Skip to main content

Full text of "Le clergʹe vendʹeen, victime de la Rʹevoltion française: notices biographiques"

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 





> 




I 



LE CLERGÉ VENDÉEN 



VICTIME DE LA RI'.VOUITION FRANÇAISE 




MONSKIGNEL'U MAHII^.caki.KS-ISIDOHK DE MEHCY 
i':VKQi:K DK m;Ç()x 

i>i'^ irrfi A 1802 




LE 






rtV^'* 



>[^\j'^ Notices biographiques 

y^ 1790-1801 



par 

L'Abbé A. BARAUD, Prêtre 



c Laudemns viros gloriosos et parentes 
nostros in generatione ma, b 

EccL XXIV, 

c La France eot des victimes, 
Mais la Vendée ent des martyrs» v 
Victor Hugo. Odes et Dalladei. 



LUÇON 

BIPR»(ERIE M. BIDBAUX 
1904 



W<^ EH cours de vûtites pastoralei, le 45 mars 4904. 

CÇON 

u 

Cher Monsieur VAbbé, 

Nous avons beaucoup à gagner^ en notre pays de 
Vendée, à reporter nos souvenirs vers les temps où 
nos ancêtres donnèrent à la France Vexemple d^un 
véritable héroïsme religieux. C'est pour ce motif que 
je me plais à provoquer et à encourager les travaux 
qui ont pour but de faire ressortir la foi vaillante de 
la vieille Vendée^ dont les enfants ont sacrifié leur 
vie, en si grand nombre^ pour la religion. 

Lhistoire du c Clergé vendéen victime de la Révo- 
lution française », notices biographiques, est une étude 
qui a déjà provoqué bien des essais^ mais qui laisse 
toujours place à de nouvelles recherches , tant est 
considérable la somme de travail qu'elle exige. 

Je O0US félicite de poursuivre cette œuvre si utilCj et 
de la compléter par un regard rétrospectif sur Vancien 
clergé et un état du personnel du diocèse après le Con- 
cordat. Voire zèle et la compétence dont vos précéden- 
tes publications ont déjà donné des preuves nous ga- 
rantissent le succès de cette pieuse entreprise. 

Vous ne sauriez mieux employer un temps et des sol- 
licitudes qu'il ne vous est plus possible de consacrer au 
ministère pa^toral^ et votre mérite est d'autant plus 
grand que vous travaillez dans des conditions de santé 
plus douloureuses. 

Que Dieu daigne vous en récompenser! Et puissent 
les Annales de nos héros et de nos martyrs animer le 
clergé d'une sainte générosité dans les difficultés pré- 
sentes^ et porter l'édification dans les âmes des fidèles, 
à Vheure surtout où, commue il y a un siècle, elles sen- 
tent si vivement le prix de la liberté religieuse. 

Je bénis donc de tout cœur le vaillant et laborieux 
ouvrier^ en le priant d'agréer^ avec mes félicilations, 
l'assurance de mon religieux et tout dévoué attaehe- 
ment en N. S. 

t CloviS'J^, Bv, de Luçon. 



BUT, PIAN ET DIVISION 

DE L'OUVRAGE 



Le lecteur, qui parcourt aujourd'hui les diverses his- 
toires des Guerres de la Vendée^ oublie souvent qu'à 
côté des paysans vendéens, qui se battent et luttent 
pour la liberté de leurs croyances, il y a des héros obs- 
curs, qu'on n'aperçoit pas et qui soutiennent ces sol- 
dats de la foi sur les champs de bataille, et leurs fa- 
milles au foyer domestique : ce sont les prêtres "de la 
Vendée. 

Leur dévouement et leurs souffrances, dans cette 
lutte de près de dix années, n'ont été connus que dans 
un cercle restreint et appréciés que d'un petit nombre 
de témoins. 

Il n'est que temps de tirer de l'oubli ces figures ad- 
mirables de nos martyrs, marqués de l'onction sacer- 
dotale et dont plus d'un siècle a effacé le souvenir. 

A côté des victoires ou des défaites dont la Vendée 
fut le théâtre, que de drames privés, que d'humbles 
victimes dans le clergé, et non les moins intéres- 
santes, attendent depuis cent ans leur historien. Tan- 
dis que leurs actes d'héroïsme étaient inscrits au Livre 
de vie, leur humilité dérobait à la postérité une foule 
de faits édifiants, qui eussent justement trouvé place 
à côté des prodiges de courage des soldats vendéens. 

L'histoire de notre clergé, pendant cette période, est 
un grand édifice à construire pour l'éternel honneur 
de TEglise de Luçon. Les prêtres, victimes de la Ter- 
reur notamment, dont le souvenir est pourtant si cruel, 
sont le patrimoine sacré que chacun de nous doit 
connaître et conserver précieusement. 



-^ 2 — 

Gel ouvrage répond à nnn sainte pensée de plusieurs, 
de nos évoques* 

Par une lettre circulant uu il uriul«jc 1807, Monsei- 
gneur Colf t deuiaaduîl aux firéLres de son diurèse de 
répondra a l'appel de M, Haudry, eurù du Bernard, <pii, 
le premier, a leuLu d'euirepreudre «x* travuiî, el de lui 
adresser les matériaux capables d'ériger un monu- 
ment à ces héros sacrés. 

De son côté, notre évéque, aimé et vénéré, Monsei- 
gneur CatleaUj il y a queWiues années, faisait à ses 
prêtres la mùme invitation, les priant de recherclitT 
avec soin tous les litres de gloire de sa chère église do 
Luçon, conservés encore dans le i)ays. 

Il y avait là une lacune que M. Baudry cl M. Ponde- 
vie ont voulu cumbl<*r : M. Baudry, avec son talent 
d'archéulo;:;ui^, toujours amoureux du passe ; M. Pun- 
dévie, avec sa palienc*» de chercheur infaUgablc et im- 
partial. Diverses circonstances, et surtout une mort 
prématurée, n'ont pwi permis de mener ce travail à 
bonne lin (1). 

Reprenant ce projet, el prolltant des Notes do MM* 
Pondevie et Bourloton, dont ce dernier a publie une 
partie dans la Revue du Bas-Poitou, et des documents 
que l'histoire el la tradition nous ont mis sous la main, 
nous ttaitons de nouveau un essai en ce genre. Ce tra- 
vail sera loin d'être complet, mais nous creusons le 



(I) M, Hourlotori, dévoué cul Iftbo râleur ilo M- Pondevie, i*cri- 
vaiui ce sujet (Revuû du Bas-Poitou, Année 18in, ï^ livr,)*. « I/his- 
toire liu clergé venrlèen penHaiU U\ Uevuïutiou ;i déjà êle eulre- 
prlse au moins Hcux fois dans ces flerriieres années. M. l'ahliL» 
Baudry eut à peine le temps de s orienter dant? la recherche des 
documents. Plus heureux <(ue lui» M. riihhë iN>ndevîe put ecrn- 
eacrer à cetle œuvre, pendant près de vingt ans, sa pttuenciî do 
chercheur et l'ingénieuse activité d'un esprit Mmourcux de tra- 
vail ; aussi a-l-il *>pui8é ou [lea s'en faut les retiseiwrnemeuLs el 
les documents (|ui «uhsisient encore sur celle période déjji loin* 
laine de noire hiîiitoire. 11 avaiL m*îme compose le*? premiers cUu* 
pitres (luand il fui surprifi par la mort* Le concours qut^ nous 
lui avons prêlô v.i l'indulgence d'une longue amitié nous; a valu 
le leg^ de ces preoieusets archives; et ai noujs n'avona pas la 
prétenuou de continuer la^uvre cotisidt*rablo qu'il avait entre- 
prise, noua mmons îk espérer que d'autres èauroul tirer parïi «les 
matériaux dont nous avons l'unique el \nSs modeste ambition de 
publier auJQurdliui la collection Uicdilo* v 



sillon, comme déjà Tont fait dans cette voie nos prédé- 
cesseurs ; d'autres y entreront et Tachèveront après 
nous, et dans quelques années, nous Tespérons , sera 
réalisée cette entreprise plusieurs fois résolue et aban- 
donnée. 



Dans ces pages, il nous sera donné d'admirer les ver- 
tus souvent héroïques, qui furent nécessaires à nos 
prêtres, pour traverser si victorieusement de si rudes 
épreuves sur ce sol arrosé de leurs sueurs, de leurs 
larmes et parfois de leur sang, ou sur la terre d'exil qui 
fut le tombeau d'un certain nombre, t C'est parmi les 
prêtres vendéens plus spécialement persécutés alors, 
écrit avec raison M. Bourloton , que l'on rencontre 
souvent des vertus . aujourd'hui doublement d'un 
autre âge, sans oublier toutefois qu'ils n'étaient pour- 
tant que des hommes sujets aux faiblesses et aux dé- 
faillances de l'humanité. » 

En d'autres temps, ces prêtres n'eussent été que de 
bons et modestes curés de campagne, sans histoire, 
sans renommée ; mais les événements les ont obligés 
à s'élever à la hauteur des circonstances. Et vraiment, 
plusieurs parmi eux sont véritablement grands: grands 
devant Dieu, dont ils ont soutenu la cause, souvent au 
prix de leur vie ; grands devant les hommes, témoins 
de leurs vertus, poussées jusqu'à Théroisme du 
martyre. 

f Pour prouver le martyre, dit Benoit XIV, il suffit 
que le persécuteur soit mû par la haine contre la foi. » 
Ainsi, lorsque par esprit d'impiété les auteurs de la 
Révolution excitèrent des fanatiques contre les prê- 
tres, lorsqu'ils les livraient à leur fureur sacrilège 
pour leur donner la mort, par une espèce de droit 
de guerre, jure belle, suivant l'expression d'Eusébe 
racontant de semblables persécutions contre les chré- 
tiens de son temps, les prêtres qui furent tués furent 
de vrais martyrs. 

Baronius n'hésite pas à décerner la palme du mar- 
tyre à tous les chrétiens qui, par crainte de trahir leur 
foi, quittent la famille, leurs bieis et leur patrie, et 
qui, par suite de ce banissement volontaire, succom- 
bent à la souffrance sur les terres étrangères. C'était 



— 4 — 

également le sentiment de S. Jérôme (i), de S. Gy- 
prien (ï) et de S. Thomas : t II y a martyre, dit le 
grand théologien, quand la mort est TelFet de Texil, 
de la spoliation ou de Temprisonnement pour la foi. » 
Or, beaucoup des vénérables ecclésiastiques du pre- 
mier volume sont dans ce cas. 

Les détails que nous donnons sur leur genre de mort 
peuvent n'être pas d*une vérité absolue, car plusieurs 
reposent sur la tradition orale, qui, on le sait, s'altère 
aisément. A plus de cent ans de distance, il est impos- 
sible de contrôler leur exactitude. Mais ce n'est là 
qu'un point secondaire. Le point principal est celui 
de leur mort, peu importe le genre. Ces prêtres Tont- 
ils endurée pour rester fidèles à la vraie foi et à leurs 
devoirs de parleurs? là est le point principal, et il 
n'est, certes, pas douteux. 



Notre travail comprend non seulement le plus grand 
nombre des prêtres de la Vendée qui exerçaient le mi- 
nistère quand éclata la Révolution et sont demeurés 
Udèles à l'Eglise, soit qu'ils fussent restés cachés en 
Vendée, soit qu'ils fussent partis en exil ; mais encore 
les ecclésiastiques revenus d'exil, ou échappés à la 
persécution, et les prêtres étrangers au diocèse, qui 
ont été pourvus des fonctions de curés, aumôniers ou 
vicaires à leur retour, après le Concordat du 15 août 
1801 (3). 

Leurs noms et titres ont été copiés par nous sur 
VElat manuscrit des prêtres rentrés dans le ministère 
à cette date. Cet Etal fut dressé par l'Evôché de La 
Rochelle après 1801 : il est conservé aux Archives de 
l'Evêché de Luçon (4). 

Nous n'avons pas la prétention d'avoir retrouvé tous 
les noms et les faits principaux de leur vie : pour cela. 



(!) Epistola adversum Jovinianum. 

(2) Epist. 56 ad Thibaritanos. 

(3) Nous ne parlons pas ici des assermentés, qui ne sont pas 
l'objet de ce livre : leur tour viendra un jour. 

(4) Nous avons constaté quelques erreurs dans cet Etat manus- 
crit, et plusieurs autres que nous ne pouvons contrôler nous 
échapperont sans doute. Le lecteur devra nous être indulgent. 



— 8 — 

îJ faudrait être assez heureux de posséder les 908 dos- 
siers laissés par M. Pondevie (1). 

D'un autre côté il n'est pas toujours facile d'assigner 
à chacun une catégorie. En fait, il est des prêtres dont 
le sort n'a pu être connu exactement, et dont on sait 
seulement qu'ils ont obéi à leur conscience; tous 
n'envisageaient pas, au même point de vue, les di- 
vers serments exigés dans le cours de la période 
révolutionnaire. 

' Le défaut de preuves certaines sur les serments 
qu'ils ont prêtés en ces temps déjà si lointains, et sur- 
tout la partialité de certains historiens, ont obscurci la 
vérité sur ce point important. Plusieurs, par erreur ou 
à dessein, ont donné de faux chilFres au sujet du nom- 
bre des prêtres qui prêtèrent le serment à la Constitu- 
tion civile ou le refusèrent, ou le prêtèrent avec res- 
triction. Quelques-uns, après avoir donné leur adhé- 
sion, reconnurent leur erreur et la rétractèrent en- 
suite. 

Tel. le clergé de Noirmoutier, qui, en janvier 1791, 
lit adhésion à la Constitution civile, mais six mois 
après, dit Piet, préférait se rétracter, et subit l'exil. 
C'était un devoir de conscience, et ces prêtres Taccôm- 
plirent avec honneur (2). 

Or, quelques auteurs n'ont pas tenu compte de la ré- 
tractation d'un certain nombre de membres de notre 
clergé. 

Cependant, il n'est pas possible de compter parmi 
les partisans de la Constitution civile ceux qui ont 
subi la mort ou Vexil en haine de l'impiété révolution- 
naire. Pour nous, nous regardons comme très proches 
de la vérité les chiffres donnés par MM. Pondevie et 
Bourloton qui, de tous les historiens du clergé de cette 



(1) Ce chiffre assurément paraîtra exagéré à plusieurs. Mais il 
faut noter que le chapitre de la cathédrale comptait 42 chanoines 
ou prêtres attachés au chapitre, et que les plus petites paroisses, 
telles que Chasnais, Saint-Médard avaient des vicaires. De plus, 
plusieurs paroisses existaient, qui ont été supprimées depuis le 
Concordat. 

(2) Recherches sur Noirmoutier. Et non pas au mois de mars 
1793, comme l'affirme Ghassin, s'appuyant faussement sur M. 
Piet. Quelques-uns de ces prêtres, ajoute ce dernier historien, 
subirent la déportation, les autres se caehèrent dans l'île (p. 539). 



-6- 

époque, ont le mieux étudié ce fait. Or, M. Bourlolon 
écrit que sur huit cent cinquante prêtres du diocèse de 
Luçon, six cent cinquante-six reîus^èvGulle serment, et 
cent quatre-vingt quatorze le prêtèrent. Huit de ces 
derniers le rétractèrent (1). Ce qui ramène le chiffre to- 
tal des insermentés à six cent soixante-quatre et celui 
des assermentés à cent quatre-vingt-six (2). 

Pour nous, ce qui nous a déterminé à donner les 
noms des prêtres insermentés inscrits dans ces volu- 
mes, c'est — d'un côté, leur refus positif du serment,' 
appuyé sur la tradition des paroisses où ils ont vécu, 
sur les documents déposés dans les archives munici- 
pales, départementales ou judiciaires, ou consignés 
dans les historiens vraiment dignes de foi ; — de l'au- 
tre, leur départ pour l'exil, ou leur séjour dans notre 
pays, où ils continuèrent secrètement leur ministère, 
toujours cachés et poursuivis par les partisans de la 
Révolution. Ce que les prêtres assermentés n'ont ja- 
mais fait. Jamais ils ne se sont exilés. Pourquoi l'eus- 
sent-ils fait, puisqu'ils trouvaient que tout allait à leur 
gré dans notre pays ? Jamais, demeurés sur la terre de 
Vendée, ils n'ont été poursuivis et persécutés par les 
autorités révolutionnaires, qui, au contraire, les proté- 
geaient. 



Deux ou trois volumes doivent former cet ouvrage. 

Le premier, qui paraît en ce moment, contient des 
Notices sur les prêtres victimes de la Révolution, qui. 
de 1790 à 1801, ont trouvé la mort dans les prisons, 
sur Téchafaud, dans les fusillades ou les noyades de 
Carrier, sur la terre d'exil, ou sur le sol vendéen, ca- 
chés dans les bois, les fermes isolées, continuant au 
péril de leur vie l'administration des sacrements. 

Les autres contiendront des Notices sur les prêtres 



(1) Reçue du Bas-Poitou. Année 1902, J« livr. 

(2) Le tableau donné par Cbassin, observe D. Chamard {Pré- 
par, à ijnerre de Vendée^ T. 1, \\. '204), doit être par conséfjueiil 
inexact, à moins ([ii'il n'ait (*ompté comme assermentés les prê- 
tres qui avaient fait serment avec restriction pour ce qui est du 
domaine spirituel, ce (pie plusieurs municipalités acceptèreut 
malgré la défense otlicielle. 



— 7 — 

qui, par le fait de la Révolution, ont souffert la per- 
sécution ou Texil, mais lui ont survécu, pnt été nom- 
més à un poste dans le diocèse après le Concordat, 
et qui sont décédés dans le siècle suivant. 

Dans le dernier volume, on trouvera les noms d'un 
certain nombre de ces prêtres, la date de leur départ, 
leur retour d^exil et l'année de leur mort. Nos recher- 
ches n'ont pas abouti à en savoir davantage sur la vie 
et la mort de ces confesseurs de la foi. D'autres, plus 
heureux, viendront après nous et compléteront ces dé- 
tails.- 



Toutes les paroisses de notre beau diocèse, que ces 
événements ont rendu célèbre dans la France en- 
tière, sont intéressées à cette publication; toutes y 
retrouveront le souvenir de leurs anciens pasteurs, 
dont le nom même est ignoré de plusieurs. 

Leurs archives paroissiales ne seront pas complètes 
sans ces volumes. 



La reconnaissance même nous fait un devoir de re- 
cueillir ces précieux exemples de dévouement. Car si 
nos populations vendéennes possèdent encore à un 
degré si élevé Tesprit chrétien, le mérite en revient 
à ces généreux confesseurs, qui ont sacrifié leur 
repos et souvent leur vie pour le conserver et le 
fortifier dans l'âme de nos ancêtres, pendant les 
mauvais jours de la Révolution. 

De plus, la situation actuelle du Clergé de France 
a une grande analogie avec celle du clergé de 1790 
et de 1791. Celle-ci comporte pour la génération con- 
temporaine des enseignements dont il est utile de 
profiter. 

Redisons donc la louange des hommes glorieux, 
qui sont les pères de notre génération : Laudemus 
oiros gloriosos et parentes nostros in generatione 
sud* 

VA si des jours mauvais, tels que ceux qu'ils ont 
traversés venaient à se présenter, nous aurions du 
moins sous les yeux, et présents à la pensée, de 



— 8 — 

grands exemples, de fortes et précieuses leçons dont 
nous saurions profiter. * A.-B. 

Pour ne pas rompre la suite de nos récits, nous avons 
renvoyé dans un Appendice à la lin de ce volume des 
documents importants, et, parmi eux, les noms et le 
souvenir de plusieurs prêtres de ce diocèse, victimes 
des guerres de Religion au xvi" siècle. 

Nota. — Dans ces pages, il ne faut pas confondre 
curé et desservant. Beaucoup de prêtres ont desservi 
des paroisses sans en être le propre curé. Celui-ci était 
prisonnier, ou exilé, ou mort. Leurs paroisses étaient 
alors pourvues des secours spirituels par des prêtres 
de passage, réfugiés sur leur territoire, parfois même 
étrangers au diocèse, venus chercher un lieu de refuge 
parmi nos populations dont ils connaissaient le respect 
et la vénération pour le caractère sacerdotal. Là, ils 
étaient assurés de n^être ni persécutés, ni trahis. 

Les vicaires généraux qui, en l'absence de Mgr de 
Mercy réfugié en Italie^ gouvernaient le diocèse, 
avaient donné à ces desservants de circonstance les 
pouvoirs nécessaires. Ces desservants ont été appelés 
parfois, mais improprement, curés, en sorte que des 
paroisses semblent avoir simultanément deux curés : 
Vun de droit, Vautre de fait. Cest ce qu'il ne faut pas 
oublier. 

Pendant la Révolution le département de la Vendée 
était divisé en six districts : Fontenay, la Châtaigne^ 
raicy Challans, MontaigUy la Rochesur-Von, les Sables- 
d'Olonne. 



— 9 — 



PERSÉCUTION RÉVOLUTIONNAIllE EN FRANCE 



Si la Révolution fut antimonarchique, elle fut sur- 
tout et avant tout anticléricale (1), on le verra clans ces 
pages. 

c Son œuvre capitale, dit Edm. Birô, fut de chasser 
el de tuer les prêtres ; de profaner, de fermer les 
églises : d'arracher à Tâme de la France sa foi en 
Jésus-Christ. » 

A cette guerre impie, elle employa de longues années, . 
tellement était douée d'énergie la conscience catho- 
lique. A l'Assemblée Constituante revient le triste hon- 
neur de l'avoir inaugurée. 

Les Girondins, ces prétendus modérés, ont été les 
émules des plus ardents Jacobins. A la Législative, ils 
ont proscrit les honnêtes gens, laissé faire, sous leurs 
yeux, les massacres de Septembre. A la Convention, 
ils devaient essayer de faire prévaloir une Constitution 
qui avait pour couronnement V Anarchie. 

La Révolution supprime, tout d'abord, le clergé 
comme ordre politique, et le dépouille de ses biens 
dans le but de lui enlever sa force et ses moyens de 
subsistance. Elle décrète que la religion catholique 
cessera d'être la religion de l'Etat et ne sera plus 
qu'une simple société religieuse, à côté du protestan- 
tisme et du judaïsme, 

(1) « Si tout s*était borné, en 1789 et 1793, dit Mgr Freppel, à 
renverser une dynastie, à substituer une forme de gouvernement 
à une autre, il n'y aurait eu là qu'une ûv ces catastrophes dont 
rhistoire offre maint exemple. 

€ Mais la Révolution française a un tout autre caractère : elle 
est une doctrine, ou, si Ton aime mieux, un ensemble de doc- 
trines en matière religieuse, politique et sociale. > (La Rnolution 
française à propos du centenaire de 89.) 



— 10 — 

Après lui avoir enlevé son rang d'honneur, les enne- 
mis de l'Eglise lui arrachent son gouvernement, c'est- 
à-dire celte société spirituelle, qu'elle a reçue de Dieu 
pour maintenir Tunite et la pureté de la foi. 

Le 12 juillet 1790, la Constitution civile du Clergé est 
volée. 

Elle bouleverse la discipline de TEglise, ce qui est 
une usurpation spirituelle; elle rejette rautoritè du 
Saint-Siège, ce qui est un schisme ; elle transporte aux 
Assemblées électorales le pouvoir d'institution et de 
juridiction, qui appartient à TEglise, dont elle veut 
détacher les catholiques, ce qui est une hérésie. 

Restait à imposer aux consciences ce schisme et 
cette hérésie. Tel fut l'objet d'un second décret, celui 
du 27 novembre. Il disposait que les évoques, vi- 
caires généraux, directeurs de séminaires, curés et 
vicaires, tous les ecclésiastiques réputés fonctionnai- 
res publics, seraient tenus, sous peine de destitution, 
de prêter serment à la Constitution civile. Ce fut 
rhonneur et la gloire de l'immense majorité dos prê- 
tres, et en particulier du chapitre de l'Eglise cathé- 
drale de Luçon, de protester un des premiers contre 
celle mesure attentatoire aux droits de TEglise. 

La persécution violente était proche. «L'Assemblée 
législative, continue ici M. Biré, allait tirer les consé- 
quences des principes posés par l'Assemblée Consti- 
tuante. La Législative, c'est la Gironde, et ce qui dis- 
tingue par dessus tout les Girondins, c'est la haine 
violente qu'ils éprouvent pour le prêtre : c En compa- 
« raison de ces prêtres (k's prêtres lldéles), dit un de 
« leurs principaux orateurs (2), les athées sont des 
• anges, » 

Et voici ce qui montre l'étendue et la profondeur de 
leur haine : t S'il existe des plaintes contre le prêtre 
qui n'a pas prêté serment, il doit être forcé de sortir du 
royaume. // ne faut pas de preuves. » 

La Législative multipliera donc les lois contre l'Eglise. 
A la veille de se séparer, le 26 août 1792, elle rendra 
un décret aux termes duquel tous les ecclésiastiques non 



(!) Faucher, êvi^quc conj^titutionncl du Calvado? (Séance du 
*26 octobre Dl). 



— 11 — 

assermentés qui, dans un délai de quinze jours, n'auront 
pas quitté le royaume, seront déportés à la Guyane fran- 
çaise. 

* Cette expulsion en masse est un fait unique dans 
l'histoire des peuples. . 

II n'y a pas d'autre exemple d'une grande nation 
chassant subitement et, comme disaient ses meneurs, 
vomissant au dehors tous les ministres de son culte, 
tout être sacré portant une livrée religieuse. A ce 
moment on vit, sur tous les points de notre territoire, 
les évoques dont les prédécesseurs avaient fait la 
France, des prêtres gardiens séculaires de la morale et 
de la conscience publique, arrachés à leurs autels, à 
leurs foyers, et poussés violemment hors des frontiè- 
res de leur patrie. Sur les grands chemins, sur les 
mers, dans la profondeur des forêts, par les cols étroits 
des montagnes, dans les ports, partout où s'ouvre une 
issue vers l'étranger, se pressèrent des milliers d'infor- 
tunés dépouillés de tout, môme de leur argent, seul 
secours pour vivre en exil, fuyant les coups des assas- 
sins qui les traquent 

Et cette loi, qui entraîne l'expulsion de France de 
40,000 prêtres, repose sur une base unique, qui n'est 
pas sérieuse, la dénonciation, ïaccusation, même non 
signée, qui n'est pas admise en justice. 

A la Législative succède la Convention ; la Terreur 
bientôt est à l'ordre du jour. Ce n'est plus seulement la 
déportation qu'encourent les prêtres fidèles, ceux qu'on 
nomme improprement les réfractaires, c'est la peine 
de mort. Le décret du 23 avril 1793 édicté la peine capi' 
iale, avec exécution dans les 24 heures, contre tout 
prêtre non assermenté surpris sur le territoire de la 
République. Et ce n'est pas seulement une menace, 
mais une loi qui a été exécutée cent fois. 

Tous les prêtres, cependant, ne partiront pas : que 
deviendrait la foi en France, sans culte et sans sacre- 
ments? Dieu ne peut permettre que les Français res- 
semblent à une nation païenne et sauvage. Beaucoup 
resteront, sans souci des dangers auxquels ils s'expo- 
sent. Ils continueront, malgré les tyrans cruels, à dire 
la messe et à confesser, à visiter les malades, à admi- 
nistrer les sacrements. 

A Paris et dans les grandes villes, une carte de 
civisme est rigoureusement exigée pour pouvoir circu- 



— 12 — 

lor librement. Ne pouvant décliner leurs noms et qua- 
lité sans se trahir, plusieurs de ces prêtres auront 
recours à un subterfuge. Ils prennent de faux noms ou 
simplement leurs prénoms, et de fausses qualités pour 
obtenir cette carte de civisme qui, leur permettant 
d'aller et venir librement, leur donnera la facilité de 
travailler encore à la sanctification des âmes. 

Grâce aux prêtres demeurés en France, et dans 
notre Vendée en particulier, un grand nombre de fidè- 
les et de prisonniers condamnés à mort (1) ont la con- 
solation de recevoir les sacrements, si précieux sur- 
tout au moment de l'agonie, et de nombreux enfants 
ont encore le bonheur de faire leur première commu- 
nion. 

Tous alors deviennent forts pour soutenir la lutte 
contre les ennemis de Dieu, fort principalement et 
courageux pour mourir en chrétiens. Dieu a permis 
que des prêtres fussent presque partout emprisonnés 
avec des fidèles, pour que ceux-ci pussent recevoir 
les consolations et les sacrements avant le grand 
sacrifice. 



(!) Voir Appendice d'intéressants détails sur le service des 
condamnés à mort, à Paris. 



-13 — 



II 
PERSÉCUTION RÉVOLUTIONNAIRE EN VENDÉE 



De toutes les provinces de France, c'est le Bas-Poitou, 
la Vendée d'alors, qui a le plus souffert de la Révolu- 
tion. 

La Vendée fut le principal champ de bataille où la 
Convention dirigea et concentra la plus furieuse de ses 
attaques, et nulle part on ne vit une application plus 
désastreuse, plus acharnée et plus sanglante du sata- 
nisme de cette cruelle époque, selon la parole de 
Joseph de Maistre. 

La Terreur déchaîna sur cette malheureuse province 
près de 300,000 soldats, et après la guerre, en 1816, on 
comptait encore 30,000 veuves et 140,000 orphelins. 

Au témoignage de Prud'homme, qui n'était pas, 
certes, un clérical, 15,000 hommes et 22.000 enfants 
furent victimes de cette lutte contre la tyrannie. 

Le but de cette guerre était avant tout la suppression 
de l'idée et du culte religieux. Aussi sont ce les chefs 
surtout qu'on cherche à frapper ; ce sont les prêtres 
Mêles qu'on recherche et qu'on poursuit. Dans ce but, 
tous les moyens étaient bons : la guerre ouverte, la 
trahison, 100 livres étaient promises à quiconque 
livrait un prêtre (1); la chasse, avec ses battues, des 
chiens dressés, des tireurs à l'affût, au coin des bois et 
des fermes, comme on eût fait pour des bêtes féroces. 

Il importe de connaître le théâtre de la lutte, pour 
apprécier les difficultés et les dangers que ces prêtres 
ont dû vaincre dans l'exercice de leur ministère. 



(i) Dans les Deux-Sèvres, une récompense de 500 livres était 
promise à quiconpue dénoncerait un prêtre et faciliterait son 
arrestation. (Ghassin, Préparation, T. III, p. 217.) 



— 14 — 



V A LUCON 



En 1789, lo diocèse de Luçon comprenait le départe - 
mçnt actuel de la Vendée, moins les deux doyennés de 
Fontcnay-le-Comte et de Saint-Laurent-sur-Sèvre, 
attribués à Tévéché de Maillezais (1) et, de plus, deux 
paroisses : Legé et Saint-Etienne de-Gorcoué. Trois 
paroisses actuellement de notre diocèse faisaient partie 
de celui de Nantes : Cugand, la Bernardière et la Bruf- 
ficre. 

Au moment de la Révolution, Mgr Marie-Isidore- 
Charles de Mercy était évoque et baron de Luçon. Sacré 
le 18 février 1776, il avait pris possession de son siège 
quelques semaines plus tard. 

Parmi les vicaires généraux, on distinguait : MM. de 
Rieusscc, Charette de la Golinière (2), de Fresne, de 
Rozan, et surtout les MM. de Beauregard, frères. Les 
Etats furent convoqués par une Ordonnance royale 
du 27 décembre 1788 et se réunirent le 4 mars suivant. 

Le Poitou prit sa part au mouvement général. 

L'Assemblée du clergé de cette province fut présidée 
par les évèques de Poitiers et de Luçon. Avaient été 
convoqués : les bénéficiaires et les chapitres, les 
monastères réguliers, les curés et les simples prêtres. 

Le 30 mars commencèrent les élections, et les dépu- 
tés furent élus. Les deux évèques, celui de Luçon sur- 
tout, ne passèrent pas des premiers : les idées d'égalité 
avaient envahi tous les ordres. 

La première séance des Etats généraux eut lieu à 
Versailles le 5 mai 1789. Le clergé et la noblesse refu- 
sèrent d'abord de se réunir aux Tiers-Etat pour la 
vérification des pouvoirs. 

A l'appel de la représentation du Poitou, Tabbé Jallet. 
député (3), parlant au nom de tous, s'exprima en des 



(1) G'fist en 1650 qu'un intérêt politique ût abandonner Maille- 
zais et transférer l'évêché à La Rochelle. 

(2) Cousin du futur général. 

(3) Curé de Cherigné. 




NIVEAU ÉGALITAIRE ET FRANC-MAÇONNIQUE 

DE LA RÉVOLUTION 

SUR LES TROIS ORDRES 



- 16 — 

termes où rien n'annonçait le prêtre, ni même le chré- 
tien. La salle retentit d'applaudissements et, pour récom- 
pense, on plaça l'orateur au bureau. 

Le lendemain, parut une autre bande et, à sa tête, 
Dillon, curé du Vieux-Pouzauges. Son discours égale- 
ment excita Tenthousiasme des révolutionnaires. Une 
partie du clergé secondait ainsi les vues du Tiers Etat. 

Des lois déplorables sortirent de cette Assemblée. 

Quelques mois suffirent aux Etats Généraux pour 
renverser toute l'ancienne organisation de la France, 
et la Vendée fut des premières à en souff'rir. 

Tout en proclamant le règne de la Justice^ la Révolu- 
tion allait s'emparer des biens des églises et du clergé; 
elle ne parlait que de la Liberté de conscience et elle 
allait chasser, comme de nos jours, les religieux de 
leur couvent, bien plus, faire plier la conscience du 
prêtre sous la joug de la Constitution civile, cet inflexi- 
ble niveau égalitaire(l). 

Les évoques de Poitiers et de Luçon furent des pre- 
miers à protester contre l'empiétement de l'Assemblée 
sur les droits sacrés de l'Eglise, mais ils eurent la dou- 
leur de voir plusieurs prêtres, députés comme eux, 
approuver des mesures contre la foi ou la discipline 
ecclésiastique. Heureusement, ces prêtres furent des 
exceptions. 

Pendant qu'à Rome on avisait aux moyens de conju- 
rer l'orage, trente évéques français signèrent, le 30 
octobre 1790, une profession de foi devenue célèbre 
sous le titre à! Exposition des principes sur la Constitu- 
tion cioile du Clergé. Les signataires réclamaient en 
faveur des droits de TEglise et rappelaient qu'à elle 
seule appartient de fixer sa discipline, de faire des 
règlements, d'instituer les évéques et de leur donner 
une mission. Us se plaignaient de la suppression des 
religieux et en appelaient au Pape, seul juge légitime 
en pareille matière. 

L'évêque de Luçon fut au nombre des trente évéques 
protestataires. 

De son côté, uni à son évéque, le Chapitre de Luçon 
envoya à l'Assemblée une énergique protestatioadont 
il fut donné lecture. On peut la lire en Appendice à la 
fin de ce volume. 

(1) Voir vieille gravure du temps. 



Le Chapitre de la cathédrale était composé des cha- 
noines dignitaires suivants: MM. Defresne^ doyen; de 
Caqueray, archidiacre de Luçon ; Chaînette de la Coli- 
niére, archidiacre d'Aizenay ; Guyet de la Platière, 
archidiacre de Pareds ; Brumauld de Beauregardy 
chantre ; de Fontaine, prévôt du Chapitre ; Brumauld 
de Beauregard, André, chancelier et théologal; de 
Rozan, sous-doyen ; Leroy de Sérocourt^ prévôt de 
Parthenay ; Aoice de Mougon, prévôt de Fontenay ; 
Lejeune, prévôt des Essarts. 

Les chanoines ordinaires étaient au nombre de 
vingt-et-un. On trouvera leurs noms dans l'ordre al- 
phabétique de ces volumes. On comptait seulement 
deux chanoines honoraires : MM. Baudouin, curé de 
Luçon, et de Rieussec. Il y avait aussi plusieurs cha- 
noines hebdomadiers que nous retrouverons plus loin. 

La persécution religieuse ne tarda pas à se faire sen- 
tir en Vendée : elle s'attaqua d'abord au chef du diocèse. 

Convoqués pour l'élection d'un évêque constitution- 
nel par une lettre du 9 février 1791, les électeurs se 
réunirent à Fontenay le dimanche i£7 du même mois. 
Le lendemain, Jean Servant, supérieur de l'Oratoire de 
Saumur, réunit la majorité des voix. 

Le 3 mars seulement, il répondit qu'il acceptait, mais 
comme il avait encore des scrupules, son consentement 
définitif était subordonné à l'acceptation du serment 
par Mgr de Mercy, disposition vraiment trop naïve. 

Considérant avec raison, dit D, Chamard (1). cette 
proposition comme une injure, Mgr de Mercy répondit, 
le 10 mars, à l'Oratorien dévoyé, une lettre imprimée 
destinée à être répandue dans tout le diocèse (2). On y 
lit: € L'Eglise m'avoue, elle me retient. Vous. elle vous 
méconnaît, elle vous repousse. . . Ah I c'est à mon tour 
de vous conjurer de ne pas provoquer tous ses ana- 
Ihèmes ! Vous m'épargnerez la douleur' de m'armer 
contre vous de toute la sévérité de l'Eglise pour punir 
un attentat auquel elle m'ordonne, autant pour sa 
gloire que pour le salut de mon troupeau, de résister 
avec toute la force de l'autorité qu'elle m'a confiée. » 
Le nouvel élu, tout d'abord, ne fut pas ému par une 



(!) Origines. 

(2) InSo de 4 pages, Collection DuoAST*MAtîFfiux. 



- w- 

proleslalion si luuchatili! ol se roiidil h Parr* pour s'j 
faire canèàcrcr* Mais Lnillu, cédant aux roniôntPHncc 
de quehiucsi èvéquos et n^doutîuU l\»ppnsiLion qn'ni 
allait lui vrùrr en VL'iu!i'»e, il t'iivoya sa drinissi<ûi. 

C'est alors «pt eut lien rèleciioii de Hodri^ue, qui 
nous rapfiortons plus Infît (l), derlarè hieutùt evpqiiT 
eonsUtutionuel du département de lu Veiulée. 

Somme de donner sa déniission, Mgr de Mercy répon 
dit de Paris < qu'il ferait volontiers ce sHin*i!lce s'ti 
devait avoir pour resullal de donner à son diocèse 
un pasteur légitime, mais comme celui qu'on vouait 
d'élire était un faux pasteur, il devait conserver sa 
charge, t 

L'arrivée de Rodrigue à Luron allait créer de nou- 
velles dilTicullês aux véritables pasteurs, Tëvéquei oL 
le curé M. Baudouin. 

A Luçon, le Clergé paroissial fut le premier attiùut 
par les mesures que provoqua la ConstUaiion cioile, 

I*a cathédrale était desservie par le Chapitre, et la 
ville n'avait qu'une église paroîssiale, SaintMathurin. 

En 1790, le curé de la paroisse do Sanil Matliurin rtait 
M- Martin Baudouin, aîné. Il avriit pour vicaire?^ son 
frère Louis-Marie Baudouin (plus lard le i\ Baudouin), 
et M. Lehédesque. Tous iniis avaient éncr^iqueraont 
refusé le serment aux nouvelles lois impies. 

La municipalité de Lu«;on, d'aboni pnu disposée d 
des mesures vexatoireSj les avait laissés en paix et 
fermé les yeux sur leur opposition au décret jusquïi 
Tarrivée de Rodrigue. 

Combien grave était la situation du GlerfJîé, M, André 
de BeauréKard l'avait prévu, car (pielques semaines 
plus lard, le 31 mai !79L il envoyait, en qualité de 
vicaire général, aux principaux curés du dior<!se, une 
lettre*circulaire jtour recommand<*r de prémunir leurs 
lîdéles contre toute communication avt*c les pasteurs 
scliismatiques, dans les églises où les prêtres inlrus 
allaient s'installer. 

€ Pour éviter un si grand mal, écrivait-il, les curés 
sentiront la nécessité de s'assurer d'un lavai où ils 
pourront exercer leurs fonctions el réunir leurs parois- 
siens. Une simple grange, un autel portatif, une cha» 



(i) V, NoUcç sur Mgr dn Mercif et ceUes des MM. Baitdûuin. 



-49-. 

subie d'indienne, des vase.s d'étain suffiront pour célé- 
brer les Saints Mystères. Les catacombes furent le 
berceau de notre sainte religion. » 

Au mois de juin. Rodrigue étant venu usurper le 
siège èpiscopal de Luçon, M. Baudouin et ses vicaires 
avaient refusé .d'entrer en relation avec lui. Bien plus, 
M. Baudouin jeune, se trouvant à l'hôpital, près d'un 
malade où l'avait devancé le prêtre apostat, il l'apos- 
tropha vivement. Celui-ci, confus, fut obligé de se 
retirer sans avoir pu exercer son ministère sacrilège. 

Un mandat d'amener fut bientôt lancé contre le cou- 
rageux vicaire. Jeté en prison à Luçon, M. Louis Bau- 
douin écrivait: t Oh! que cette première nuit me parut 
longue ! Jamais je n'ai entendu tant de blasphèmes ni 
tant d'horreurs 1. . . Ma présence excitait sans doute la 
fureur des malheureux qui me gardaient C'était à qui 
vomirait le plus d'abominations ! » 

Le lendemain, Tabbô Baudouin était emmené à Fon- 
lenay et incarcéré. 

C'était le premier prêtre du diocèse emprisonné pour 
son attachement à l'Eglise. 

« A cette époque, écrit le chanoine Prunier, la haine 
des patriotes contre le clergé réfractaire fut encore 
activée par les commissaires nationaux Gallois et Gen- 
sonné. Ils étaient accompagnés du général Dumouriez 
qui, donnant carrière au plus fougueux patriotisme, se 
couvrit la tête du bonnet rouge, dansa sous les halles 
de Luçon avec la populace et lit tous ses efforts pour 
attirer les rigueurs de la République sur la Vendée (1). 

« Le H juin 1791, la municipalité Luçonnaise fit fer- 
mer l'église paroissiale de Sâint-Mathurin, ordonnant au 
curé de transporter les vases sacrés à la cathédrale et 
d'y célébrer désormais la messe. Sur le refus de M. Bau- 
douin, le procureur de la commune requit l'abbé 
Gandin, ex-oratorien, d'opérer cette translation, de 
faire fermer les portes de la ci-devant église pa* 
roissiale, et d'en déposer les clefs au greffe de la 
municipalité (2). > Dès le lendemain, la commune 
prit un arrêté défendant à tout prêtre non asser- 
menté de remplir aucune fonction ecclésiastique, et 



(1) Vie de Monseigneur de Beauregard, p. 45. 

(2) Archives municipales de Luçon, 



— 20 — 

lit signiller copie de sa délibération au sieur Bau^ 
douin. 

€ Le curé et le vicaire de Luçou n'en continuèrent 
pas moins à dire la messe dans les chapelles, et Tévéque 
constitutionnel en fit une information judiciaire (I). > 

Cependant, à Fontenay, les juges ayant déclaré 
qu'il n'y avait pas de motifs suffisants pour prolonger 
la détention de M. Louis Baudouin, il est mis en liberté 
vers le mois de septembre 1791 et retourne à Luçon. 

Mais le flot de la Révolution montait sans cesse, et des 
mesures de rigueur étaient prises chaque jour contre 
le clergé fidèle. La municipalité ayant interdit la messe 
aux prêtres réfractaires, ceux-ci la dirent en des cha- 
pelles particulières. 

Bientôt, ces chapelles sont fermées. Puis la gendar- 
merie de Luçon se présente à la même époque, (sep- 
tembre 1791), chez tous les prêtres insermentés de 
Luçon, chanoines ou autres, pour leur enjoindre de 
sortir du département s'ils n'y étaient pas nés, mesures 
qui atteignaient surtout les chanoines étrangers au 
diocèse, venus avec Mgr de Mercy. Mais déjà la plupart 
d'entre eux, n'ayant pas charge d'àmes, après avoir 
refusé le serment, s'étaient dispersés, quelques-uns 
même si discrètement, observe M. Bourloton, qu'on 
n'a pu suivre leurs traces. Quelques-uns avaient trouvé 
un refuge dans des familles amies, d'autres en exil. 

Pendant que l'évéque de Luçon défendait à Paris les 
droits de l'Eglise, ses vicaires généraux demeurés dans 
le diocèse ne négligeaient rien pour éclairer les ecclé- 
siastiques de la Vendée et les détourner de prêter 
serment. 

A cette fin, ils répandaient dans les villes et les cam- 
pagnes les brefs du Pape Pie VI, des brochures, des 
lettres, et plus tard une brochure importante de 
l'évéque de Luçon : // est encore temps^ laquelle amena 
heureusement la rétractation d'un certain nombre de 
prêtres faibles. Par suite de cette propagande, de nou- 
velles mesures sont prises contre les ecclésiastiques 
du diocèse. 



(i) Martyre de la Vendée, p. 42. Excellent ouvrage, où nous 
avons puisé plusieurs pages. L'auteur, dans des récits attachants, 
montre bien toutes les gloires de la Vendée catholique. (Chez 
pACTBAU, imprimeur à Luçon, Vendée,) 



— 21 — 

Un arrêté du Directoire départemental contre les 
prêtres insermentés ordonnait à trente-trois d'entre- 
eux, parmi lesquels M. Louis Baudouin, de se consti- 
tuer prisonniers à Fontenay. Tous sont dénoncés 
comme perturbateurs de l'ordre public, alors qu'ils 
sont paisiblement occupés au ministère de leur paroisse. 
Et cet arrêté est signé du 9 maïs, an IV de la Liberté î 
quelle dérision ! 

Les chefs du clergé vendéen n'étaient pas oubliés. 
Vers cette époque, les deux MM. André et Jean 
de Beauregard, vicaires généraux, comparaissaient 
devant les tribunaux de Fontenay, et le dernier eut à 
subir, dans cette ville, un long emprisonnement de 
trois mois sans qu'il en connût exactement la cause. 
Rendu à liberté, il reprit à Luçon, avec le même cou- 
rage, l'administration du diocèse, de jour en jour deve- 
nue plus difficile. 

Des vexations nouvelles lui étaient préparées. Il fut 
averti qu'on allait le saisir et le conduire à Fontenay 
lié sur une charrette. Il évita cette nouvelle captivité en 
se réfugiant dans sa famille, au Moulinet, prés de Poi- 
tiers, aux environs de Pâques 4792. Il avait à peine 
quitté Luçon qu'on l'informe que tout le clçrgé vendéen 
était mandé à Fontenay pour prêter serment, sous 
peine, pour les réfractaires, de perdre leurs émolu- 
ments, d'être réputés suspects et traîtres à la Patrie, 
soumis à une surveillance sévère ou chassés dans leur 
département d'origine. Dans cette grave circonstance, 
dit le chanoine Prunier, la résolution du grand vicaire 
fut bientôt prise : t A Dieu ne plaise, dit-il, que j'épar- 
gne ma vie. Je ne vaux pas mieux que mes frères et je 
ne suis leur chef que pour leur servir d'exemple dans 
la foi. C'est mon devoir et j'y cours. » 

Son arrivée à Fontenay causa un certain étonne- 
raent; sa présence n'était pas désirée, car on le savait 
inflexible. 

Le district de Fontenay-le-Peuple avait pour chef 
M. P. . ., avocat distingué : « Que venez- vous faire ici? 
dit-il durement au vicaire général. — J'obéis à vos 
ordres, répond celui-ci, et je viens présider le clergé 
de la Vendée. — On sait assez votre entêtement ; vous 
n'êtes point disposé à vous soumettre à la loi. — Je 
suis disposé à obéir en tout ce que me permettra ma 
conscience. » 



— 22 — 

A Texemple de leur vicaire général, tous les membres 
du clergé présents refusèrent le serment à la Constitu- 
tion civile. 

Quelques jours après, ordre était donné à ceux qui 
n'étaient pas originaires du département d'en sortir 
dans les vingt-quatre heures. 

M. Jean de Beauregard, que cet arrêté visait princi- 
palement, quitta la Vendée le 15 juin 1792. 

Obligé de s'arrêter dans une auberge, en passant 
prés de Saint Fulgent, il y rencontra le général de 
Sapinaud, déguisé comme lui. Celui-ci lui apprit que la 
chasse aux prêtres était commencée et que ce jour là 
même ou était à la recherche du curé du canton, 
M. Gourdon. Il arriva devant la gendarmerie de Saint 
Fulgent. Là, un jeune homme lui demanda s'il n'avait 
point vu un prêtre dans le canton : t PU par quel ordre, 
répond M. de Beauregard, poursuit-on ainsi les prêtres? » 

Puis, ne se trouvant guère en sùrelè, il met son che- 
val au galop Quelques jours après, il était retiré au 
Moulinet, avec André, son frère, et son neveu, Amable 
de Gurzon. Il y vécut jusquïi sa déportation en Anglo- 
terre. 

Pendant ces événements, la situation était intoléra- 
ble à Luçon, comme dans le reste du diocèse, pour les 
prêtres insermentés, condamnés à la déportation par 
le décret du 26 août 1792. Chaque jour insulté, empêché 
d'exercer son ministère, le clergé paroissial de Luçon, 
bien déterminé à ne jamais devenir prévaricateur, 
devait chercher un asile secret ou prendre le chemin 
de l'exil. Il choisit ce dernier parti et, au mois de sep- 
tembre, après avoir célèbre la fête de la Nativité de la 
Sainte-Vierge, MM. Baudouin et Lebèdesque s'embar- 
quèrent aux Sables-d'Olonne, pour 1 Kspagne, avec un 
grand nombre d'ecclésiastiques. 

Après le départ d(î hmrs prêtres, les catholiques de 
Luçon auraient dû comprendre que la Révolution 
poursuivait la ruine du catholicisme. Ils ne se rési- 
gnèrent pas à vivre sans culte religieux et, le 6 octobre, 
un groupe considérable réclama, avec une singulière 
cnergi(î, dans une lettre au ministère de rintérieur, 
celte liberté religi(uise, cojistitntionnellement garantie: 
€ La nninicipalitè de Luçon, y était-il dit, a fait fermer 
successivement depuis trois mois toutes les églises de 



- 23 — 

cette ville (4). Un grand nombre de catholiques dont la 
conscience ne permet pas de participer au culte établi 
dans les églises nationales, ont été privés par là de 
l'exercice de leur religion. 

« Désireux de profiter de la liberté religieuse, accor^ 
dée par la Constitution, reconnue et proclamée dans la 
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, ils 
choisirent l'église qu'occupaient les ci- devant capu- 
cins de cette ville, pour y exercer, sous la protection de 
la loi, le culte dont ils ont toujours fait profession. Us 
adressèrent, en conséquence, au Directoire du dépar- 
tement, une pétition par laquelle ils demandaient d'être 
autorisés à s'assembler dans cette église pour l'exercice 
de leur religion. 

t Cette pétition est restée jusqu'ici sans réponse... 

• Ici, comme ailleurs, des citoyens, réunis en club 
sous le nom d'amis de la Constitution, décident seuls 
et règlent tout (2). Ils espèrent que le Pouvoir exécutif, 
maintenant qu'il est entré dans l'exercice de ses fonc- 
tions (3), mettra des bornes à l'oppression qu'ils éprou- 
vent. 

t Cette liberté d'avoir des lieux spécialement consa- 
crés à leur culte, les Juifs, les Luthériens, les Calvi- 
nistes, toutes les sectes Tout obtenue. A Paris même, 
les protestants sont en possession d'une église enlevée 
aux catholiques romains. Ceux-ci, depuis deux ans, 
voués à tous les genres d'opprobres et de persécutions, 
seraient ils les seuls à qui on refuserait un asile que 
la loi leur accorde ?. . . » 

Cette pétition ne s'adressait pas, hélas ! à l'autorité 
capable en tait, sinon en droit, d'y donner suite. L'oppo- 
sition venait de plus haut et l'Administration départe- 
mentale avait les mains liées, en supposant qu'elle eut 
de la bonne volonté pour répondre au désir des catho- 
liques de Luçon 

Des pétitions analogues étaient envoyées par les 
catholiques des Sables, de Saint-Mars-la-Réorthe et 



(1) La cathédrale seule était restée ouverte pour le culte des 
apostats. 

(2) C'était la Société des Jacobins, dont les afliliés de province 
se cachaient sous ce nom (Note de D. Chamard). 

i3) Illusion véritable sur la réalité du pouvoir accordé au roi 
et à SCS ministres. 



— A — 



_— ij'-r ^;iii5 n.^ponse. 

Œ. i^:solaiion re<nia 

-^ ---Hva «tu culte 

-r^ ■ ' - ''^anioa aux 

X / / ^^utiuioru Les 

. r^.- roiiines. 



r 



-25 — 



2" A FONTENAY-LE-COMTE 



En i789, Fontenay comptait trois paroisses : Notre- 
Dame, Saint-Jean et Saint-Nicolas. Les religieux avaient 
quatre couvents d'hommes : les Jacobins, les Capucins, 
les Cordeiiers et les Lazaristes ; trois couvents de fem- 
mes : les Tertiaires de Saint-François, les Dames de 
l'Union chrétienne et les Filles de Notre-Dame. Enlin, 
le service de l'hôpital Saint-Louis et du vieil Hôtel-Dieu 
ou rhôpital Saint-Jacques (paroisse de Saint-Jean), 
était conlié aux Sœurs de Saint-Laurent- sur-Sèvre. 

f Le clergé de Fontenay, écrit M. Bourloton (1) s'as- 
socia d'abord à Tenthousiasme patriotique qui salua les 
premières réformes tentées par l'Assemblée Consti- 
tuante de 1789. Le curé-doyen de Notre-Dame, M. Tous- 
saint - Paul Bridault , ancien membre de la Compa- 
gnie de Jésus, fut Tun des ecclésiastiques qui allèrent 
à Poitiers pour l'élection des députés aux Etats Géné- 
raux, et, quand l'Assemblée nationale eut décrété, le 6 
janvier 1790, le remplacement des anciens corps de 
ville par des municipalités, M. Bridault devint membre 
de la municipalité de Fontenay. 

«Au même temps, Pierre-Raymond Sabouraud, curé 
de Saint-Jean, faisait partie du Comité patriotique que 
la municipalité s'était adjoint pour renforcer son auto- 
rité. On ne pouvait donc pas dire que le clergé du chef- 
lieu de la Vendée fut rélro^ade. 

• Mais, qnand l'Assemblée Constituante, sortant de 
son rôle exclusivement politique, émit la prétention 
de réglementer l'Eglise ellemome, ces mêmes pré- 
Ires, retenus par leur conscience et par les engage- 
ments solennels pris aux pieds des autels , durent 
refuser une adhésion et un concours, qu'à leur avis 
le pouvoir civil n'avait pas le droit d'exiger. 

« Ce n'est pas le lieu, poursuit M. Bourloton, de dis- 
cuter ici la valeur de la Constitution civile du clergé. 



(1) Revue du Bas-Poitou, 1^ Année, 1894. 



-26- 

L'Eglise catholique, ne reconnaissant pas à chaque 
fidèle le droit, absolument anarchique, de libre exa- 
men, tout catholique, doit se soumettre à l'enseigne- 
ment donné par Rome, par le Pontife suprême, à qui 
Jésus-Christ a remis le droit et le pouvoir d'enseigner. 

« Quand Rome a parlé, la cause est entendue : on est 
catholique ou on l'est pas. Or, nul n'ignore que le Pape 
et les évoques se prononcèrent contre cette Constitu- 
tion civile. Toutefois, pour ne pas fournir même un 
prétexte d'opposition systématique, les prêtres furent 
autorisés à prêter un serment conditionnel, dont TAs- 
semblée eût du se contenter, puisque la restriction 
portait expressément et exclusivement • sur les choses 
qui dépendent essentiellement de l'autorité spirituelle. » 

En refusant d'accepter cette formule, l'Assemblée, 
malgré les protestations contraires des auteurs de la 
Constitution, entendait donc bien faire relever les cho- 
ses d'ordre essentiellement spirituel de sa très discu- 
table compétence. 

€ La Constitution civile n'eùt-elle été que pavée de 
bonnes intentions, ce qui n'était pas, cette prétention 
de régler le spirituel devait donner à rclléchir. En ma- 
tière d'autorité spirituelle, le clergé, soucieux de sa di- 
gnité et de ses devoirs, no pouvait pas hésiter entre le 
Pape de Rome et l'Assemblée constituante fortuite- 
ment déguisée en Concile. » 

La loi du 26 octobre 1790 obligea au serment tous les 
membres du clergé pourvus de bénélices ayant charge 
d'âmes, ou voués à l'instruction, et ce serment devait 
être prêté devant les municipalités. 

Le clergé de Fontenay fut mis en demeure de faire 
ce serment. 

M. Bridault, curé de Notre-Dame, qui, depuis quinze 
ans, administrait cette paroisse avec autant de piété que 
de zèle, exposa au prône du dimanche 23 janvier la si- 
tuation aux fidèles. Il dit à quoi l'obligeaient ses devoirs 
de citoyen envers l'Etat et ses engagements de prêtre 
et de pasteur envers l'Eglise. Il conjura ses auditeurs 
d'être soumis, comme lui, à la puissance civile en tout 
ce que permettait la conscience, et de ne pas oublier 
que l'éternité est plus longue que la vie présente. 

Le même Jour, M. Sabouraud, curé de Saint-Jean, 
adressa des paroles semblables à ses paroissiens. 

Huit jours après, devant la municipalité réunie à No- 



-27 - 

Ire-Dame, après la grand*messe, devant M. Pichard du 
Page, maire, qui requit M. le curé et ses vicaires de 
faire le serment, M. Bridault parla en ces termes ; 

• Je jure d'accepter la Constitution civile, excepté 
dans les choses qui dépendent de Tautorité spiri- 
tuelle.» 

Après cette déclaration, qui ne pouvait satisfaire la 
municipalité, le maire déclara à M. Bridault que son 
serment n'était pas constitutionnel, et qu'il s'exposait 
aux peines portées par la loi. 

A quoi M. le curé répondit avec dignité : 

f Messieurs, vous mé permettrez de vous faire ob- 
server que je ne suis pas ici devant des juges. Déjà 
vous m'aviez dit vous-mêmes que vous n'étiez pas ju- 
ges, que votre rôle consistait à être présents à la près - 
tation. Je vous avais demandé si mon serment res- 
trictif serait constitutionnel ou non. Vous m'avez ré- 
pondu qu'on ne pouvait le savoir à moins que je ne 
l'eusse prononcé. J'ai donc lieu d'être surpris de votre 
observation. On ne l'estime pas constitutionnel. Le mot 
estime est à peu près le môme que celui : on ne le juge 
pas constitutionnel. Il n'appartient pas au Conseil gé- 
néral de décider si mon serment est inconstitution- 
nel. » 

Le maire n'insista pas, et fit rédiger procès-verbal de 
la prestation du serment de M. Bridault. 

LesvicairesdeNotrc-Damo, Antoine François Juliard, 
Pierre-Charles Joubort et Pierro-Mathurin Payraud, 
suivirent exactement l'exemple de leur curé. Ils prêtè- 
rent le serment restrictif, y persistèrent malgré les ob- 
servations du maire et signèrent le procès-verbal. 

Les^ prêtres qui dirigeaient le collège communal ne 
furent pas moins énergiques. C'étaient M VI. Jean 
Loriou, directeur du collège, Giraudeau, professeur de 
rhétorique. Blaisn Garncreau de seconde, Leclercerau 
de troisième, Gabriel Garnereau de sixième. Les autres 
professeurs n'étant pas dans les Ordres ne fureht pas 
astreints au serment. 

M. Sabouraud, curé de Saint- Jean, fit les mêmes res- 
trictions que le clergé de Notre-Dame. 11 avait donné 
une preuve do son patriotisme en versant, l'année pré- 
cédente, 200 livr^*s à la contribution patriotique. Tous 
ces prêtres justifièrent publiquement leur conduite. 
Le Directoire dèpurtemcnlu!, jusqu'alors relativement 



- 28- 

modéré, n'osa donner suite à celte affaire. Il préféra 
s'attaquer aux vicaires généraux, MM. de Beauregard : 
on Ta vu plus haut. 

Seul, parmi le clerg-é paroissial, M. Daudeteau, curé 
de Saint-Nicolas, prêta sans restriction le serment de- 
mandé. M. Pierre-Benjamin Sabouraud, aumônier de 
rhôpital, ne prêta que le serment restrictif. 

Les trois jacobins du couvent de Fontenay, Jean- 
Baptiste Perreau, prieur, Joseph Barré et Louis 
Debrant, jurèrent sans restriction, ainsi que les trois 
Capucins du couvent : Guillaume Hervé, gardien ; 
François Pierre Tanguy et Henri Letard. 

Au contraire, les quatre Cordeliers ne firent que le 
serment restrictif. C'étaient Pierre -François Bonnet, 
gardien, Pierre Biron, Claude-Joseph Godron et Jean- 
Baptiste Bodaille, ainsi que les Lazaristes ou prêtres 
de la Mission : Jean Baptiste Chinault, supérieur, Fran- 
çois Ari(»t, Jean-Baptiste Ariet(l) et Jean-Baptiste Le- 
toquart (2). 

Lorsque, l'année suivante, la Révolution appliqua 
le serment aux communautés de femmes, toutes les 
religieuses de Fontenay, et c'est leur gloire, furent 
unanimes dans leur résistance à prêter Todieux ser- 
ment aux lois persécutrices. 

C'étaient : les Tertiaires de Saint-François au nombre 
de vingt-cinq, la Communauté de l'Union chrétienne, 
quatorze religieuses, et les Filles de Notre-Dame, 
dix huit. 

La première conséquence du refus de serment fut, 
pour les prêtres, la privation de leurs fonctions. Ils fu- 
rent remplacés en juillet suivant par des prêtres ju- 
reurs, religieux de Fontenay, qui reçurent la récom- 
pense de leur apostasie. Bientôt un arrêté du dépar- 
tement ayant interdit à M. Bridault de prêcher, le curé 
de Notre-Dame lit venir de Niort un abbé Bernard 
pour le remplacer. Mais l'élection du curé constitu- 
tionnel, J.-B. Perreau, obligea M. Bridault à quitter 
le presbytère en juin. Il loua une maison en ville, 
à la famille Pichard, pour 4% livres. 



(1) V. à la fin de ce volume. 

(2) Il faut ajouter, dit Chassin, aux déclarations des commu- 
nautés religieuses, celle des Dominicaius de Fontenay, qui fut 
faite à la même époque. 



-29- 

L^arrîvèe en Vendée des commissaires Gensonnè el 
Gallois, envoyés par la Constituante au mois de juillet, 
vint aggraver la crise religieuse. La guerre aux prêtres 
devenait le mot d'ordre du parti avancé. Dès le lende- 
main, le 30 juillet 1791, Gensonnè et Gallois, en pré- 
sence de toutes les autorités civiles de Fontenay et du 
district, arrêtèrent que, à dater du lendemain, toutes 
les églises de la ville, à l'exception des églises parois- 
siales, seraient fermées au public et que les prêtres 
nou-conformistes, c'est à-dire les prêtres qui avaient re- 
fusé le serment, ne pourraient dire la messe en dehors 
de ces oratoires nationaux. 

C*était un moyen déguisé de les surveiller. 

Cet arrêté, destiné en apparence à régler la police du 
culte dans Fontenay, pouvait être appliqué dans les au- 
tres paroisses du département, mais les mauvaises mu- 
nicipalités allaient en abuser; c'est ce qui arriva à Fon- 
tenay, par le fait de la municipalité, moins favorable- 
ment disposée que le Directoire. 

D'ailleurs, les deux commissaires eux-mêmes allaient 
être circonvenus par les exaltés du parti républicain, 
réunis dans la Société des Amis de la Constitution, 

Celte société, analogue à la Franc-Maçonnerie d'au- 
jourd'hui, était un centre de propagande antireligieuse, 
qui poussait partout les municipalités à la persécu- 
tion. 

Déjà toute puissante à Nantes, à Angers, à Niort, à 
Cholet et même aux Sables-d'Olonne, elle n'avait pu 
jusque-là s'établir à Fontenay, où le Directoire, composé 
de membres appartenant au parti constitutionnel, s'ef- 
forçait d'appliquer avec modération la Constitution ci- 
vile. Cette secte avait pour principal agent en Vendée 
Mercier du Rocher, qui par sa mère appartenait à la 
noblesse de robe de notre pays. Afiilic dés l'origine au 
club des Jacobins de Paris, il était venu habiter une 
maison champêtre à Vouvant, et, de là, dirigeait la lutte 
contre les modérés. Grâce à sa bouillante activité, il 
gagna en peu de temps un grand nombre d'adhérents 
parmi les municipalités vendéennnes, et les réunit au 
château de l'Oie, paroisse de Sainte-Florence, le 6 fé- 
vrier 1791. 

Le programme adopté fut de combattre à outrance 
l'influence des prêtres non assermentés, et, pour le 
rendre acceptable par nos populations religieuses, Mer- 



-30 - 

cier du Rocher osait écrire les mensonges suivants : 
« La Constitution civile n'a point rompu l'unité de TE- 
gliso... Qu'est-ce qui constitue l'unité de l'Eglise ? c*est 
la même croyance, la même communion. Voilà l'unité. 
L'Assemblée nationale n'y a point touché ; elle n'a dé- 
truit que ce qui était l'ouvrage des hommes... Ils sont 
donc bien coupables, les hommes (les prêtres réfrac- 
taires) qui s'opposent aux décrets de l'Assemblée na- 
tionale ; les hommes qui, par des insinuations perlides 
et hypocrites, cherchent à vous soulever contre les lois 
de votre patrie ?... » 

Mais de semblables mensonges, loin de séduire les 
Vendéens, n'eurent pour résultat que de leur faire dé- 
tester davantage le régime qui produisait de telles im- 



En même temps, le général Dumouriez fut le mau- 
vais génie des commissaires Gensonné et Gallois. Tout 
en promettant aux catholiques la tolérance et la liberté 
religieuse, il savait les tromper et inspirer aux envoyés 
de l'Assemblée des idées tout opposées. Circonvenus 
ainsi de tous côtés, et d'ailleurs assez mal disposés en 
faveur des catholiques, les commissaires reviennent à 
Fontenay, après avoir visité la Mothe-Achard, la Roche- 
sur- Yon et Ghantonnay, et y rencontrent Dumouriez le 
15 août. Ils trouvent la ville fort agitée par la question 
religieuse, qu'avait ravivée leur arrêté du 30 juillet. 

Assaillis par une foule de personnes honorables et 
des plus modérées, sollicitant pour les prêtres non as- 
sermentés l'autorisation de célébrer le culte dans des 
maisons particulières, Gensonné et Gallois n'osaient 
accéder à leurs désirs. Gallois, plus modéré, eût encore 
accordé leur demande, mais Gensonné, violent et hai- 
neux, répondit par une lin de non-recevoir. 

Celui-ci écrit, à la lin d'août 4791 : « Nous avons eu 
toutes les peines du monde à empêcher que les corps 
administratifs ne permissent à Fontenay l'établisse- 
ment d'une maison particulière pour les non confor- 
mistes, et, malgré nos instances, s'ils le permettaient, 
le même établissement aurait lieu, avant quinzaine, 
dans toutes les paroisses du département. Partout les 
paysans le demandent^ et nous avons déjà reçu par 
écrit et verbalement plusieurs pétitions à cet égard {!).* 

(1) Ouv. CuASsiN, cités, T. II. p. 46. 



On voît quo le parti violent et ennemi de la liberté 
de conscience l'emporte dans lés décisions et la con- 
duite des commissaires. Ce refus de la tolérance reli- 
gieuse, bientôt éonnu dans tout le département, cause 
une irritation extrême, et dans certain district, comme 
celui de la Châtaigneraie, on répondit que puisque 
toute liberté religieuse était refusée, on saurait la 
prendre. 

C'était une menace d'insurrection, qu'on devait com- 
prendre. Les catholiques vendéens étaient poussés à 
bout. 

Quelques mois se passèrent dans cette agitation qui 
envahit tout le pays, quand le 42 octobre suivant, le 
Directoire de Paris eut un bon mouvement d'esprit li- 
béral. 

Il prit un arrêté, en vertu duquel tout citoyen, toutes 
les sociétés et communautés religieuses pouoaient ou- 
vrir leurs églises, chapelles, temples et autres lieux 
destinés à Vexercice dun culte religieux quelconque, 
sans être soumis à d'autre surveillance qu'à celle des 
officiers de police, à condition que rien de contraire à 
tordre public ne s'y passerait. 

Cette décision, parue dans le Moniteur, eut en 
Vendée un immense retentissement, et beaucoup de 
municipalités la suivirent. 

A Fontenay, les libéraux catholiques crurent au 
triomphe de la liberté. Aussitôt le Directoire du dépar- 
tement prit un arrêté conforme. 

Ce n'était, hélas ! qu'un temps d'arrêt bien court dans 
la persécution, une dernière lueur d'espérance avant 
la catastrophe. 

Les violents étaient les maîtres à Paris ; à Fontenay, 
ils avaient de plats serviteurs toujours disposés à 
obéir: ils le savaient et agirent en conséquenca. 

Au reste, la plupart des bons prêtres ne s'y trom- 
paient pas, depuis l'internement, au mois de mars 1792, 
de trente-trois prêtres de la Vendée dans les prisons 
de Fontenay. 

Les administrateurs du Directoire à Fontenay s'étaient 
hâtés de faire part de cette mesure de rigueur; avec 
quels cris de joie, on va le voir .: 

f Fontenay, le 10 mars 1792, l'an IV de la Uberté (!!!) 
A Messieurs les administrateurs du département de la 
Loire-Inférieure. 



— 3Î - 

« Frères et amis, 

« Grâces soient rendues à vos bons avis ! Nous en 
avons profité, et maintenant nos factieux peuvent aller, 
venir, demeurer ou partir, mais ils ne répandront pas 
de fiel sur notre territoire Par notre arrêté vous verrez 
que nous avons su mettre des barrières à rexôculion 
de leurs projets. 

«Les malveillants croient-ils donc encore que notre 
administration veuille tremper dans leurs complots ? 
Non, frères et amis, non, d'un pas égal au vôtre, nous 
voulons les atteindre. Si, d'intelligence nécessaire, tous 
les corps administratifs prenaient h) même parti, peut- 
être, commci vous le dites bien, la paix renaîtrait en 
France avec le départ de ces saints personnages pour 
Rome 

f Les administrateurs composant le Directoire du dé- 
partement de la Vendée. 

« J.P'M Fayau, pour le vice-président ; 
« J.'M, Cougnaud, secret, général. » (1) 

C'est contre C(;tle injuste dètcmtion que réclamait M. 
André de Beauregard, le 28 avril suivant, dans une lettre 
au ministre de l'Intérieur dont nous citerons quelques 
passages : 

« Monsieur, depuis plus d'un mois, les prêtres cités 
par diirèrenls arrêtés du Directoire du département de 
la Vendée sont retenus à Fontenay. Depuis plus d'un 
mois, ils demandent (ju'on leur fasse connaître les mo- 
tifs de cette rigoureuse (let(»ntion. Cette justice leur est 
refusée... Ce qu'il y a de très certain, il n'y a d'autres 
troubles dans \i\ département de la Vendée que les per- 
sécutions injustement suscitées contre les prêtres non 
sermentaires et contre les catholiques privés de la 
liberté du culte que la loi garantit. C'est un fait qui 
n'est pas moins certain, et il est facile d'en acquérir la 
preuve. 

t Ces ministres, qu'on traite comme séditieux et re- 
belles, n ont cessé de recommander, comme un des 
premiers devoirs, de la religion, le respect pour Tauto- 
rité civile, la soumission due aux lois. Ils en ont tou- 
jours donné l'exemple, et si, dans ce département où 
le peuple, fidèle par principe à la religion de ses pères, 



(1) Chassin, Ouv. cité, T. II, 395. 



àoufïre en paix réloigiiement de ses ministres et la 
cessation du culte auquel il est attaché, c'est aux sages 
avis qu'il reçut de ses pasteurs... Qu'on rende à ce 
bon peuple les ministres qui ont sa conliance; qu'on 
lui permette l'exercice du culte auquel il est attaché, il 
est paisible, bientôt il sera heureux. Nous ne deman- 
dons d'autre grâce, disaient ils unanimement aux com- 
missaires envoyés dans le département, nous ne solli- 
citons d'autre faveur que de conserver les prêtres aux- 
quels nous avons conliance ; nous payerons^ s' il le faut 
pour l'obtenir, le double de nos impositions... (l) » 

Mais toutes ces réclamations, demandes et prières 
étaient inutiles. Ce qui faisait écrire aux catholiques de 
Bazoges-en Pareds : t Si les demandes du peuple n'é- 
taient pas accordées, il pourrait se porter à l'insurrec- 
tion. » 

Au lieu de faire droit à ces demandes si légitimes, 
l'administration entra dans une nouvelle voie de per- 
sécution. Les prêtres fldéles, qui avaient refusé le ser- 
ment, s'étaient vus privés de leurs paroisses, et s'ils ne 
se cachaient avec soin, obligés de se rendre à Fontenay. 

Voici les noms de ceux qu'un arrêté du 9 mars 1792 
(an IV de la Liberté) obligeait à se constituer prisonniers 
à Fontenay: MM. Herbert, curé à Maillé ; Vilain, vicaire 
àMaillezais; Baudouin, curé de Luçon; Baudouin, vi- 
caire ; Brumauld de Beauregard, théologal ; Defresne, 
doyen du chapitre ; Sicard, Le Brasse, Paillon, Villoing, 
chanoines; Borde, sacriste du chapitre; Gobin, curé, et 
Priouzeau, vicaire d'Antigny ; Genay, curé, et Braud, 
vicaire de Loge-Fougereuse; Dénoyer, vicaire de Saint- 
Maurice-des-Noues ; Béraud, prêtre de Saint-Maurice- 
des-Noues; Raillon, curé à Montaigu; Fouasson, curé, 
et Lusson, vicaire à Saint-Georges -de-Montaigu ; 
Gourdon, curé, et Brillaud, vicaire à Saint- Fulgent; Bi- 
rel, curé à Bouaine ; Chevalier, curé à Tififauges; Noi- 
rci, curé à Sallertaine ; Morand, curé de Saint Jean- 
de-Monts ; Lausier, euré de la Mothe-Achard ; Poingt, 
curé de Sainte-Flaive ; Morisset, vicaire à Bretignol- 
les ; Arrandet, curé à Poiroux ; Robin, vicaire aux Es- 
sarts ; Thomas, curé à Venansault, et Guillet, curé à 
Saint-Martin-des-Noyers. Tous ces prêtres s'étaient si- 



(1)Chaôsi«, OuV. cité. T. Il, p. 413. 



— Si- 
gnalés par leur zèle à combattre les principes révolu- 
tionnaires. 

D'après Fart VII dudit arrêté, ces ecclésiastiques ne 
pouvaient s'éloigner de plus d'une lieue du chef-lieu 
du département, et pour s'assurer de leur présence, on 
les obligeait à s'inscrire tous les jours et par tous les 
temps au secrétariat du département, à 11 heures du 
matin. 

Cette convocation avait lieu le dimanche plus sévè- 
rement que les autres jours, pour les empêcher de sor- 
tir de Fontenay et d'aller dans les campagnes voisines 
dire la messe et rendre quelques services aux fidèles 
délaissés. Les prêtres avaient toujours affaire à un com- 
missaire à l'humeur maussade, ennuyé déjà de cet of- 
fice quotidien. Les clubs, les meneurs avaient là des 
vauriens, des lilles ou femmes du peuple au cœur en- 
durci par le vice ou Timpiété, qui souvent accablaient 
d'injures les ministres de Dieu. Les soldats de gîirde ne 
faisaient qu'applaudir. Des membres mêmes de la mu- 
nicipalité venaient aux fenêtres voisines jouir de ce 
répugnant spectacle et se réjouir entre eux des mena- 
ces, des sarcasmes et des blasphèmes dont la populace, 
chaque jour, abreuvait ces prêtres paisibles et humi- 
liés (i). 

Toutefois, les autorités départementales n'eurent 
rien à gagner en influence et en dignité auprès des 
honnêtes gens et des catholiques de la ville, par suite 
de cette mesure de rigueur. C'est ce que constate avec 
amertume Mercier du Rocher, dans une page de ses Mé- 
moires inédits, citée par Chassin (2) ; « Notre arrêté 
(9 mars) eut son entière exécution. Les prêtres réfrac- 
taires se rendirent à Fontenay ; ils y furent bien accueil- 
lis des habitants et les fanatisèrent au point de leur 
inspirer le plus souverain mépris pour l'administration. 
Pichard avait fait ouvrir l'église du grand hôpital pour 
éviter au peuple d'aller entendre la messe à Pissotte, qui 
était le rendez- vous des factieux. Les réfrac taires célé- 
brèrent dans cette chapelle; elle ne pouvait contenir 
tous ceux qui s'y rendirent. C'était un concours conti- 



(1) Le 29 mai suivant, d auuea prêtres reçurent le même or* 
dre. (Ghassih, II. 424.) 

(2) T. U, p. 391, 



Huel depuis quatre heures du matin jusqu'à midi, on y 
voyait courir des gens qui, depuis plus de vingt ans, 
avaient cessé de fréquenter les églises. L'imbécillité du 
pauvre peuple, l'hypocrisie des riches, le charlatanisme 
des célébrants, tout cela formait un spectacle digne de 
pitié et de haine. Je fis en vain auprès des femmes et de 
tous ceux que je croyais de bonne foi, ce que je pus 
pou rieur dèsillerles yeux... Je leur offris le tableau des 
siècles passés, je leur dis que les prêtres avaient fait 
couler des flots de sang, qu'ils le feraient eticore. Mes 
représentations furent vaines. J'étais aux yeux de ces 
personnes égarées un impie : j'accusais les prêtres... » 

La persécution ne faisait que ranimer la foi. 

Parmi ces prêtres les uns étaient logés dans les pri- 
sons, d'autres dans la ville ou les faubourgs, dans des 
familles amies ou dévouées, ou même dans les gre- 
'niers ou les caves. 

Il fut fait, dit Chassin, aux chefs-lieux de district de 
nouvelles élections de curés le 1*' juillet 1792, après le 
décret d'expulsion contre les prêtres étrangers. Mais 
les candidats, comme le constate le même historieçi 
fort disposé en leur faveur, ne se présentèrent qu'en 
petit nombre. On ne put combler, pour la majorité des 
paroisses, les vides laissés par les prêtres iAsermentés 
et ceux qui, ayant fait d'abord serment, Tavaient ré- 
tracté (i). 

Cette aggravation de la persécution venait de dé- 
terminer plusieurs prêtres, réfractaires au serment, à 
quitter la Vendée dés les mois de juin et de juillet. Au 
mois d'août, soixante-quatorze prêtres, en prison à 
Fontenay, persistant dans leur refus de serment, dé- 
clarèrent vouloir se retirer on Espagne, et eurent la 
faculté de retourner dans leurs paroisses ou leurs 
familles pour faire leurs apprêts de départ pour l'exil. 
Après le délai accordé par le décret de l'Assemblée 
nationale, ils devaient être exportés en Guyane. 

Un peu avant ces dernières mesures, Gensonnè, de 
retour à Paris, avait fait adopter par ses collègues une 



(1) Chassix, Ouv. cité, III, p. 62. Ainsi dans le district des Sa- 
bles, les électeurs ne nommèrent que douze curés pour plus de 
^gt cures vacantes. Quant aux vicaires, il était plus difficile 
encore d'en trouver. La môme proportion existait dans tout le 
département. 



-36 - 

série de décrets qui faisaient prévoir la crise linale. C'é- 
taient la prohibition du costume religieux et ecclésias- 
tique, la loi des suspects internés au chef-lieu du dé- 
partement, comme les prêtres sous la surveillance de 
la police, et autres prohibitions analogues toutes diri- 
gées contre le culte catholiques. Toutes ces graves 
nouvelles apportées à Fontenay avaient produit une 
véritable stupeur. Ce fut bien pis quand parurent les 
décrets relatifs à l'exil et à la déportation en Guyane. 
L'Assemblée jouait ainsi gros jeu, et désormais il fal- 
lait peu de chose pour faire éclater ce volcan de haines 
et de colères, allumé dans le cœur des Vendéens par 
la conliscation de la liberté de conscience et Texil de 
leurs prêtres. Tout était prêt pour déterminer Tinsur- 
rection générale de Tannée 1793. 



-37 — 



5^ AUX SABLES-D'OLONNE 



En 1790, le clergé sablais est composé de M. Boitel, 
curé, et de ses trois vicaires : MM. Brèchard, Chauvi- 
teau et Gourdin. A la Chaume, M. Deau est curé et 
M. Darnaud vicaire . Il y a de plus , aux Sables : 
MM. Charles Boulineau, aumônier de l'hôpital ; Guyard, 
des Bénédictines, et, comme prêtres habitués : MM. Tor- 
tereau-Dubois, ancien curé de Challans ; Guinemand, 
ancien curé de l'Aiguillon -sur -Vie ; M. Menanteau, 
ancien jésuite» et un couvent de cinq capucins. 

Tous, non sans crainte, voyaient venir la Révolution 
avec ses législateurs impolitiques et faibles, imbus de 
la philosophie voltairienne. 

Comme beaucoup de catholiques et de prêtres, à 
notre époque pareillement troublée, ils espéraient une 
réaction, car ils n'avaient rien à espérer, mais tout î 
craindre des chefs de la Révolution à Paris, comme de 
la municipalité sablaise. 

Cette réaction ne vint pas. Ils allaient devenir le 
jouet et bientôt la victime des graves événements qui 
étaient proches. 

Aux Sables. Gandin Taîné est le plus acharné persé- 
cuteur des prêtres. C'est lui qui, partout et toujours,, 
poussera la municipalité à partir en guerre contre les 
bons prêtres. Son ambition, son activité, ses intrigues 
et l'esprit voltairien dans lequel il a été élevé, vont le 
mettre à la tête de la Révolution aux Sables, où il sera 
toujours prêt pour les plus répugnantes besognes (1). 

Dans le courant du mois de janvier 1791, Mgr de 
Mercy, gardien vigilant de la/ foi dans son diocèse, de 
concert avec un grand nombre d'évêques ayant adopté 



(1) Cent hommes du régiment de Perche-Infanterie, en garni- 
son aux Sables en mars 1791, avaient reçu Tordre de poursuivre 
les populations catholiques du pays ; ils s'y refusèrent: c Nous nâ 
deton$ le service que pour l'intérieur de la ville, répondirent-ils 
au maire, et non pas pour courir les campagnes à la recherche de 
bofif ^faysans. » 



-38- 



Vlnstruction pastorale du l'évfque de Bnulogne contre 
la violation dé !a liberté religifmse, Tavail envoyée à 
tous ses prêtres, avec une lettre dans LK^iielle il tes 
adjurait d(^ ne pas prêter serment el de ne pas aban- 
donner leur fioslê. 

C'était son droit et son dovoir, 

La municipalité des Suides, aassîltM alarméo, s*î dis- 
tingua |)ar son zèle persécuteur. Dés le 21 janvier, dit 
Chassin, une information est ouverte» alrn de saisir les 
lettres de l'évéque et» le 27, elle prend rnrrétê suivant: 

« Considérant que quelques écrits de l'evéipie de 
Lueon étant dangereux pour soulever les habitants 
de la ville et ceux du diocèse, il décide do faire im- 
primer et afficher une adresse proposée par le maire, 
J.-M. Gaudin, alla d'éclairer et de retenir, s'il est pos- 
sible, les citoyens • 

Cette adresse ridicule commeneait ainsi: « Citoyens, 
la municipalité est instruite qu'il crircule dans cette 
ville une lettre de l'èvéque de Luron aux curés de son 
diocèse, ainsi qu'un mandement portant adhésion à 
une instruction pastorale de eetui de lîoulo^ne: écrits 
très dangereux. 

f KtiVayée <le Timpression que pourraient faire sur 
vous de tels écrits, elle s'empresse de vous avertir du 
poison dont on voudrait vous enivrer... De quoi s'agit- 
il et qui peut exciter les injustes réclamations des 
prélats qui accusent rAssenihlre nationale? > 

Apres avoir répète ces absurdités, que le bouleoer- 
sèment des anciennes limites diocésaines, la suppre^* 
sion des cures et des écéchés, l'élection des écêques et 
curés par des laïques, même protestants ou juifs^ ne 
touchaient pas aux intérêts spirituels et ne ruinaient 
pas la religion de nos pères, les théolof^iens de la 
municipalité ajoutaient: t On vous a travaillés, échauf- 
fés, avec des papiers incendiaires. Aujourd'hui, c'est 
avec des mandements et des instructions pastorales 
qu'on veut vous porter les derniers coups. » 

Ce manifeste insensé, placardé sur les murs de la 
ville des Sables et do la Chaume, protluisit un eJTel 
contraire à celui que s'étaient propose ses auteurs. 
■ La population sablaise, dit avec raison l'auteur des 
Prisons des Sables^ n'avait rieu de révolutionnaire 



- 39- 

dans le sang ni dans les idées. . . Son esprit était plutôt 
libéral et religieux (I). » 

Le 6 février suivant, les municipaux font publier le 
décret du 27 novembre sur Tobligation du serment, qui 
ordonnait à tous les prêtres de le prêter. 

M. Deau, curé de la Chaume, officier municipal, 
donne sa démission, ne voulant pas continuer de rem- 
plir cette fonction sous un gouvernement impie et 
lyrannique. La plus grande partie de la population 
sablaise proteste contre ce serment et profère des 
menaces contre les autorités. Des femmes et des 
ouvriers sont arrêtés. 

Le lendemain, tout le clergé sablais et chaumois, 
convoqué à l'effet de prêter serment, le refuse publi- 
quement. De là. grande émotion dans la ville, qui 
approuve généralement la conduite de ses prêtres, à 
part quelques exaltés conduits par les municipaux (2). 

Aussi, le Directoire de Fontenay, ayant appris ces 
manifestations et redoutant des désordres, croit devoir 
surseoir à l'élection des curés constitutionnels. 

Ce retard permet aux curés des deux paroisses de 
continuer leur ministère et d'expliquer aux fidèles les 
motifs de leur résistance à la loi impie qu'on veut leur 
imposer. 

Pour le moment, aucune mesure de rigueur n'est 
prise contre eux. 

A la même époque, vingt-six curés du district des 
Sables refusent le serment, et on n'ose les remplacer 
que plus tard, vers le mois de juin, tant était con- 
sidérable l'effervescence populaire (3). 

Le 9 mars, mercredi des Cendres. M. Boitel fit à ses 
paroissiens une instruction vraiment touchante, dans 



(1) Prisùtis des Sables, par Jos. Renolleau. 

(2) M. Ghauviteau se décida ensuite à le prêter, suivi des 
Capucins. 

(3) Cavoleau lui-même, qui si facilement prêta serment et 
donna le scandale de l'apostasie, ne put s'empêcher de condam- 
ner ce serment à la Constitution civile. Dans sa Statistique de 
la Vendée, écrite après la Révolution, à une époque où il pouvait 
l'apprécier plus sainement, il disait : « En iî%, l'Assemblée 
nationale obligea les prêtres catholiques à un serment qui a 
(ait pln^ de mal à la France que les echafauds de Robespierre et 
les armées d'Europe coalisées contre elle. {Origines, p. 156.) 



— le — 

laqxit^no il dif-riil : € Si f^nr^ais deux âmes, je ferais te 
sermenT qu* •./«\<r .-::•.<::*. it'. ^fcis je n'en ai qu'une. Je 
ne i>ei,T p'éS ,a jte^slr^- t*r;f •'nf .V '^emi i>as. » 

Ce> i..îr. 1' > <\ .irf.jit :<->. *•: c- ;-!i îant fort naturelles 
dans la !• ».: Lo ci;:. \- :.:;.:»• z:::.:>îr*^ de Dieu, éton- 
nent et t:'r:»\i :.: ::: :v u-„ . :::..>*. F^- - If- l»'ndoniain elle 
est convo.yj'.-' %: -. - :. .:t>>- uTi i'!-*imi* oflioiel, non 
nio:r:> :\:e :. '.• u • . h > n t- l* ra: .< i;:r«*, 

loiv..^:> .>;:.:: :.r:.'' •: ". :*> -■::: !>. u !<*> êleclion.*^ 
ilis or.rif i;: >: ;..: :.:.t >, a-',:-: »• i-rovixation aux 
os*.!:.-: ..e> /.t :. > - i~ : :: - :. -î ::î î ai> haut, ces 
r.tv: v.v < v.î ... : . ; - .-r-, •'. - ■' > » Hi: :: lats z loute- 
f::>, un vvr:.. :; 0- -,;?,. --: :. r. .1 - . .:r*- intrus aux 

B::.:,:^ .-.s r,:..^t .:> :• : ..-> v.-i.!.f::t atrtrraver 
:^ >^:.:.;::.^:: r: . ^ : v.>: 1:' i! . /.:. ::. n: ; rn-iid^la fuite 
v:ii rv.\ >::: ?.^rt>-: . -^ >;-_ r: * :• f : : a Paris. L'in- 
^;v.:::v,;.e t: le v.^.'-' . > :: :. :: u: !> mesures, 
t"*^^'^ V v.:rf T> :-- -.> :>:'j. : :> -: ^-s su>j«eots. 
v":t'\:t :::;- V.; \ y :^.. ''-.>• s T.. :-:'_•:- t -mps, les 
av.^-r.,:> s.\. \>-.s. >•..-::■.■.: - .: ::> > il-YfinentN 
se rrv^; .. >- •... >/? : „; : .. -.. . : .. < A\ ::..•• uis-iu'à 
*>.,. ,,^, :,_. ._y^ -..S. .— . i.'_.-:.: .:< -^.f^TrS -.lomioi- 
^ ^ -^ > :■--;: :;. - ;. , : ;.^^, ?. \ ; •- :• s : : 2. .:x robles. 

^'^ -^ :^. ::.;.-.'..>.. . --:>.: - :^ : .-e ie la 
^^ ... . i. , ^ 

^'- •- V .. >:^/ ,. . ^ î -S -S-."- --srtrrao- 

N.^ f , > > -: > :,, :. v -> :. s .:: : ^^S !t> 

l;-'^^^ -- : ,:--;.<..<: < : :. — s ^tiiii.ts 

4,., -..-.. - - - - i..i 






— 41 - 

à rentrée aux Sables, consigne aux portes donnée à 
cet effet (1). 

€ Ont signé : Paloadeau^ Guénier, Delange^ Bécherel, 
Duguetj Gaudiriy maire, Rouillé, secrétaire. > 

Cet arrêté fut aussitôt expédié au Directoire, qui en 
accusa réception sans en délibérer. 

Mais on voit quelle rigueur employait la municipalité 
sablaise contre des prêtres dont le seul crime était 
d'être fidèles à leurs devoirs de pasteur spirituel. 

Au mois de novembre 1791, une détente sembla se 
produire. Le Directoire départemental prit un arrêté 
favorable à la liberté religieuse, lequel déclarait urgente 
la nécessité d'ouvrir à tous les prêtres les églises de la 
ville de Foutenay. Aussitôt, les catholiques sablais 
adressent au Ministre de l'Intérieur une pétition pour 
obtenir la même faveur. Elle est datée du 3 novembre, 
mais n'eut aucun résultat et ne pouvait en avoir, étant 
donné les dispositions malveillantes des municipaux 
des Sables. 

Au mois de mars suivant, l'Administration sablaise, 
très effrayée au sujet des ennemis du nouveau régime, 
cherche à sévir contre les prêtres, dans les manifesta- 
tions qui éclatent au Château- d'Olonne, à Angles, à 
Bretiguolles, à la Boissière-des-Landes, au:ç Sables, 
contre les curés intrus imposés à ces paroisses, et plu- 
sieurs prêtres insermentés sont emprisonnés. M. Boitel 
lui-même est recherché par les municipaux, qui se 
rendent à l'hôpital, où on le croit retiré, et en font le 
siège pour le saisir. Mais les marins sablais, dévoués à 
leur curé, ont recours à un subterfuge pour' le sauver. 
Ce prêtre échappe pour quelque temps à ses persécu- 
teurs. 

Peu après, en avril 92, ce furent quelques citoyens et 
citoyennes exaltés qui eurent le triste honneur de pro- 
voquer un arrêt définitif de proscription contre les 
prêtres fidèles, par une pétition publique, au moment 
même où le jacobin Goupilleau, de Montaigu, pressait 
l'Assemblée législative de se débarrasser des prêtres 

(i) Chassin, Ouvr. cité, T. I, 364. MM. Boitel et Gourdin 
n'allaient point soulever les habitants d'Olonne, mais disaient la 
messe et exerçaient leur ministère à la chapelle de PAbbaye de 
Saint-Jean-d*Orbestier, située sur la côte des Sables, protégés 
par les habitants du pays. 



- M — 

par la déportation et Texil : graves mesures que TAssem- 
blée allait voter. 

Les officiers municipaux sablais poursuivaient de 
leur haine tout ce qui représentait pour eux la religion 
catholique. Le 3 avril, ils avaient mis à la porte de leur 
couvent do Bon-Secours les quatre religieuses de la 
Sagesse qui instruisaient la jeunesse: leur crime était 
d'avoir refusé le serment, le 15 février précédent (IV 

Malgré cette persécution, non seulement les anciens 
curés et vicaires de la ville et de la Chaume n'étaient 
pas partis, mais à eux s'étaient joints plusieurs prêtres 
insermentés du voisinage, dont la résidence avait été 
reconnue légale par le district. « Les femmes, dit Chas- 
sin, en très grande majorité, s'abstenaient de tout rap- 
port avec le curé constitutionnel, Cintras ; ne se con- 
fessaient qu'aux réfractaires et les suivaient par masses 
aux messes qu'ils disaient en pleine campagne (2). » 

Cette conduite de la plus grande partie de la popula- 
tion sablaise et chaumoise exaspéra tellement les 
municipaux, ainsi que les vexations envers les intrus, 
qu'ils procédèrent immédiatement à l'expulsion et au 
transport à Fontenay de tous les prêtres non asser- 
mentés qui se trouvaient aux Sables, moins un, le curé 
de la Chaume, qui n'avait pas encore de remplaçant 
constitutionnel (juin 1792). Ces prêtres sont arrêtés, 
jetés en prison, puis transférés à Fontenay. 

Le 27 juin, les religieuses du couvent des Bénédic- 
tines sont, à leur tour,' expulsées de leur couvent de 
Sainte-Croix (séminaire actuel), et leur maison trans- 
formée en hôpital. L'aumônier, M. Guyard, venait d'être 
interné à Fontenay. 

Ce n'était pas sans résistance que la population catho- 
lique soulTrait cette tyrannie des municipaux. On le vit 
bien un jour, quand le curé intrus, Bonnaud, arrivant 
à la Chaume, y fut reçu avec des cris et des injures de 
la part d'un groupe de Chaumois et de Chaumoises. La 
force armée dut être appelée pour protéger l'apostat et 
arrrêta un homme et quatre femmes, qui furent amenés 
à la prison de la Coupe à 8 heures du soir. 



(1) Le 31 août, les vases sacrés de la chapelle de la Sagesse 
furent saisis et envoyés au département. 

(2) T. U, 425. 



L 



- 43 — 

Mais rien ne peut s'opposer à la guerre impie déchaî- 
née dans le pays par TAdministration sablaise. Le 29 
août, le district fait expulser le curé de la Chapelle- 
Hermier, M. Brillaud, qui n'avait pas voulu quitter sa 
paroisse. Amené aux Sables, ce prêtre est écroué à la 
prison de la Coupe, puis conduit à Pontenay. De même, 
au mois de septembre, le district dénonce et persécute 
MM. Maroilleau, curé de Saint-Hilaire-de-Talmont, 
Rampillon, curé de Jard, et Reguin, vicaire de Saint- 
Christophe-du-Ligneron. 

Aussi, devant la tempête, plusieurs prêtres veulent 
fuir. Dès les mois de juin et de juillet, une vingtaine 
s'embarquent aux Sables pour TEspagne. Puis, vient le 
Directoire de Fontenay qui, à la grande joie des muni- 
cipaux sablais, met à exécution la loi de déportation 
contre les prêtres insermentés. 

Sexagénaires et infirmes sont détenus au chef-lieu 
du département (1), mais tous les ecclésiastiques vali- 
des qu*on peut saisir sont envoyés aux Sables, dont la 
prison Tortereau est encombrée. 

Toujours rigoureuse, la municipalité essaye d'obtenir 
l'apostasie des prêtres au prix de la liberté qu'elle leur 
offre. Mais aucun ne cède. De plus, tous sont dépouil- 
lés de l'argent et de l'or qu'ils possèdent pour payer 
leurs frais de voyage : en retour, on leur donne le pa- 
pier de la République, les assignats dont personne ne 
veut en pays étranger. 

220 prêtres sont embarqués aux Sables de septembre 
à janvier 1793. Plusieurs infortunés languissent en- 
core dans les prisons de Fontenay. d'autres plus heu- 
reux, comme M. Petiot f2) monteront sur réchafaud(3). 

L'emprisonnement et la déportation des prêtres ame- 
nèrent encore dans la religieuse population sablaise 
des murmures et des troubles. Plusieurs Sablais et des 
habitants de l'Aiguillon de passage aux Sables furent, 
I de ce fait, arrêtés et condamnés à la prison. La Terreur 



(1) Tous ces vieillards et infirmes avaient été contraints de 
quitter la soutane ou la soutanelle. 

[1] M. Petiot aux Sables, M. Tourtereau à Saumur. (V. ces 
Noms.) 

(3) Au total 234 prêtres s'embarquèrent pour l'exil dans nos 
ports de Vendée, 220 aux Sables, et 14 à Saint-Gilles. (V. Ghassin. 
Ouvr. cité. T. m, p. 99.) 



— «- 

Tignait déjà sur vvl ètrnîl Loiri de Uîrre, comme dans 
toute la Vendée, grâce à ane minorité de petits tymns 
sanf^ulnaires. 

Aux Sables, outre Gaudin Talnè, un des pln^ fanalî» 
ques ennemis de la liberUî religieuse et des în'èlres, il 
y eut également on certain Birct, natif du Champ- 
Saint- Père, ancien fivoué, intrigant t»t ambitieux. II 
était procureur-syndic du dislrict en 1792, Quand b^si 
prêtres déportes eurent quitté les Sables, il restait i 
dépouiller les églises et à chasser quelques religieuses, 
Biret se chargea de cette répugnante besogne. 

Dans le but de détruire, comme il réerivait, tes pt*6' 
jugés de la superstition et du fanati^nte, le 18 novem<* 
bre 1793, il réunissait le romité de surveillance révolu- 
tionnaire des Sables, et lui faisait prendre un arrêté 
pour s'emparer dt»s vases sacrés des églises de la 
Chaume et des Sables, tout en prenant soin, pour ne 
pas interrompre le culte schîsmatique des intrus^ de 
remplacer ces objets sacrés par des t vases en bois» 
étain, verre ou toute autre matière ». Mais ceux-ci ne 
lardèrent pas à être également défendus et supprimer, 
ce culte étant lui-même taxé de superstilieux. 

Alors Biret, lier de cotte équipée, écrit, Iw l*^ février 
179i, au Président de la Convention, en lui envoyant le 
bordereau du montant de ses vols saeriléges : 

« Dis a la Montagne que lesinstrnmenls du mensonge 
ne souilleront plus enfin notre malheureux territoire. 
Il n'existe pas plus de ces vains et ridicules ornemeui 
que de ces animaux amphibies qu'on appelait prêtre^ 
Tous ont été citasses ou ont fait amendi* honorable à II 
raison et à la philosophie. Vive la Hcpubliqiie ! (l) » 

C'est ainsi qu'aux Sables comme à Foutenay et a Lu- 
çon, une minorité d*éuerguméncs imposait ses ordres 
despotiques et sanguinaires à Timmense majorité des 
honnêtes gens et des cnllioliques, qui n^osaient les ba- 
layer. 

Le départ des prêtres ne di^sarma point aux Sables 
les persécuteurs et n'amena point la tranquillité rninme 



(l) Biret ne fut pas toujours farouchr* iiilrausigoAni 
avoir plusieurs fois changé t^ou fusil d'i'jmuîe, *du* 
fut heureux d'avoir le pOMe de receveur ilu*. t>roit*-li. 
Rochelle. (V. b Vcndce Uùtunnue, I90U.) 



Anr 



i.iiii^ ^< ».»*%. 



-48- 

on eût pu le croire. Les prisons étaient remplies de ca- 
ttioliques saisis dans les émeutes des paroisses de la 
côte vendéenne. Il y avait là une vengeance à exercer 
qu'on décorait du nom de justice. justice ! que de 
crimes sont commis en ton nom ! 

Au mois d'avril 1793, la Commission militaire, sié- 
geant dans une première sessio](;i, condamna à mort 
68 individus, ouvriers, domestiques et cultivateurs (1). 
D'autres sont arrêtés et subissent longtemps une dure 
prison (2); parmi ceux-ci sont M. Riou, de Coëx, et 
ses quatre fils dont deux sont ecclésiastiques , et 
M. Dorval, diacre de la Chaume. Ce dernier fut éva- 
cué sur rile de la Montagne (Noirmoutier) au mois de 
juin (3). 

Cette funèbre session se prolongea jusqu'au 10 waL 
Ce jour-là, la loi de mort, dit CoUinet, est suspendue 
aux Sables. C'était en vertu d'un décret de la Chambre 
des Députés, provoqué par Danton, et portant que c la 
peine de mort ne sera plus applicable désormais qu'aux 
chefs et instigateurs des révoltes. > On verra comment 
la Commission militaire sablaise tint compte de cet 
amendement. 

Dans une deuxième et troisième session, cette der- 
nière tenue à la fin de 1793, les bourreaux prononcè- 
rent vingt-trois condamnations à la peine capitale. 

< Et nous voici au terme de cette lugubre année 1793, 
qui incarne, dans son chiffré maudit, toute l'époque 
révolutionnaire, non parce qu'elle fut la seule année 
lugubre de la Révolution, mais parce qu'elle dépassa 
toutes autres en crimes et en horreurs de toutes 
sortes. Cette fm de l'année 1793 est marquée par tout 
le paroxisme de la folie antireligieuse. 

cLa Convention, sous la poussée satanique d'Hébert et 
de Chaumette, voulut réaliser un de ses vœux les plus 



(1) V. leurs noms et domicile dans : Prisons dûs Sables, p. 95 et 
&mv. Excellent ouvrage très documenté auquel nous empruntons 
les pages suivantes. 

(2) On les employa, comme les esclaves de Tantiquité païenne, 
à tourner des moulins à bras pour moudre le blé, à balayer les 
rues de la ville et à faire la vidange des cabinets publics et par^ 
licuiiers. (V. Prisons, p. 118.) 

(3) Nous avouons que quelques condamnations à mort furent 
prononoées pour faits de guerre. 



-46- 

chers : anéantir dans l'esprit, du peuple loul senlimenl 
religieux. Elle décréta Tabolition du catholicisme et le 
culte de la Raison. Tout ce qui avait un caractère reli- 
gieux fut aboli ou détruit. 

t Aux Sables, comme dans les principaux centres, on 
fit des fêtes burlesques à la Raison, à la Jeunesse, à la 
Vieillesse, au Bonheur, au Malheur, à TAgriculture, à 
la Victoire, à l'Abondance, etc. On obligea à l'observa- 
tion du jour décadaire ; on honora les nouveaux saints 
du calendrier républicain, des fleurs, des fruits, des lé- 
gumes, des animaux; on remplaça les noms de baptômc 
par des noms romains ou grecs ; on débaptisa les com- 
munes d'origine religieuse ou féodale ; on abattit les 
arceaux et les calvaires dressés dans la ville et les 
bourgs voisins, ou sur le bord des routes ; on dépouilla 
les églises et les chapelles. 

t L'église de la Chaume fut à moitié brûlée ; celle des 
Sables, une fois pillée, servit de magasin, de club et de 
bivouac. On fit appel aux marins sablais pour descen- 
dre les cloches de l'église Notre-Dame. Mais, tous 
comme un seul homme (disons-le à leur honneur) re- 
fusèrent de prêter la main à cette besogne sacrilège. 

f On parvint cependant, se passant d'eux, à des- 
cendre trois cloches à terre : deux furent jugées néces- 
saires, Tune pour la sonnerie des heures, l'autre pour 
le service du port, les trois autres furent envoyées aux 
fonderies de Rochofort pour être converties en canons. 

€ Ajoutons que les prêtres intrus, des Sables et de la 
région, se sentant avilis, méprisés, jetèrent bas les der- 
niers lambeaux de leur masque. 

« Après avoir apostasie publiquement en chaire, à la 
suite de Gérard, ils prirent une large part à la démence 
générale : < Abyssus abyssum invocat », Tablme ap- 
pelle Tabime. 

€ Enfin, le 20 décembre, dans l'église de Notre Dame- 
de-Bon-Port, désalfectée du culte catholique et plu- 
sieurs fois souillée, on célèbre la fête de la Raison qui 
comprend une procession dans les rues de la pauvre 
cité en mal d'athéisme. > 

Toutes ces orgies, observe l'historien que nous citons, 
étaient d'un triste augure pour l'avenir, et la persécu- 
tion loin de toucher à son terme. Vienne le mois de 
janvier, jugements et condamnations de gens inno- 
cents vont reprendre de nouveau, tellement vraie est 



-47- 

celle parole : « Olez Dieu de la vie sociale, il ne reste 
plus de rhomme que la bète », une bête qui a le goût 
du sang et cherche à le satisfaire. 

Du 6 janvier au 13 avril, la Commission militaire con- 
damne encore à mort 36 prisonniers, qui furent fusillés. 
La guillotine de la ville, qui jusque-là avait fonctionné, 
avait été remplacée par la fusillade, qui fut exécutée sur 
le rivage. 

Dans le même mois, dit Collinet, on fusillait à Apre- 
mont 102 paysans, à la Mothe-Achard 86, aux environs 
d'autres encore, en tout à peu près 300. Les uns souf- 
fraient pour la cause politique, d'autres pour la cause 
religieuse. 

Et ce n'étaient pas les seules victimes. Outre ces con- 
damnations à la peine capitale, la Commission militaire 
des Sables, au cours de cette même session, prononça 
neuf condamnations à la prison jusqu'à la paix, trente- 
six condamnations aux fers d'un an à dix ans, et cinq 
condamnations à la déportation. 

Plusieurs autres captifs furent envoyés au Tribunal 
de Fonteuay, d'où ils ne revinrent pas. C'était pour eux 
la mort. 

Enfin, pour compléter le chiffre de ces victimes de la 
persécution aux Sables, il faudrait, dit M. RenoUeau, 
ajouter à ceux que nous avons pu citer les noms des 
détenus morts en prison. Mais les registres de la mu- 
nicipalité des Sables de 1789 à 1793 sont presque indé- 
chiffrables par suite de leur vétusté, et ces captifs n'ont 
pu être nombreux s'ils ne sont déjà sur les listes pu- 
bliées par cet auteur. 

Mais, nous en avons dit assez pour faire connaître 
les auteurs et les effets de cette persécution qui 
atteignit surtout les ministres de Dieu. 

Assez de crimes !... 




LE SERMENT CIMQUE 



t DANS LES PAROISSES RURALES 



Dans les campagnes vendéennes, où la foi souvent 
était plus vive que dans les villes, les liabitants furent 
inquiets dés 1790 au sujet de leurs prêtres et ne purent 
supporter qu'on voulût les persécuter. De là des trou- 
bles et des émeutes nombreuses qui se produisirent 
dès cette époque, au commencement de 1790, dans les 
paroisses d'Avrillé, de Saint-Jean-de Monts et d' Apre- 
mont. 

Cependant, un certain nombre de curés, pour mon- 
trer qu ils n'étaient pas opposés de parti-pris aux idées 
nouvelles, firent toutes les concessions possibles, 
comme déjà nous Tavons vu à Fonlenay et aux Sables. 
A Challans, le 13 mai 1791, au milieu d'une grande 
foule et de 600 hommes sous les armes, le curé bénit 
les drapeaux, célébra une messe solennelle et prêta, 
avec la municipalité, le serment civique. 

Ces fêtes nationales eurent lieu dans plusieurs 
paroisses de campagne, comme dans les villes de Fon- 
tenay et des Sables (1). Mais déjà ceux qui s'appelaient 
des patriotes voulurent les détourner de leur but. 
Souvent, ils forçaient les gens paisibles à crier comme 
' eux : Vive la Nation I Vive la Liberté ! Et ceux qui refu- 
i salent de partager leur enthousiasme étaient victimes 
' de leurs injures, et parfois de leurs coups. 
\ Celte pression irrita les paysans (2) et la violence 

I des patriotes finit par leur arracher des cris oppo- 
sés à ceux qu'on voulait exiger d'eux. Il arriva même 
que ceux qui avaient consenti à faire partie de la 
députation officielle, présente à ces cérémonies, 
furent mal reçus de leurs compatriotes. 

Ainsi s'accentuait la division parmi nos populations 
vendéennes, mauvais présage pour l'avenir. 
Ce fut bien pis lorsque, deux mois plus tard (12 juil- 



(i) Aux Sableâ-d'Olonne, le 14 juillet. 

(2) Nous employons, dans ces pages, le mot paysan dans le 
sens d'habitants des campagnes. 

4 



- 8Ô - 

let), la Constitution civile fut imposée au clergé par la 
majorité de TAssembièe Quand les bons habitants de 
nos campagnes s'aperrurent qu'on voulait les priver 
des prêtres fidèles et lés remplacer par des intrus, et 
que, déjà, on avait commencé à vendre les biens des 
cures et des églises, alors, en beaucoup de paroisses, 
ils menacèrent do s'insurger. De là les émeutes qui 
éclatèrent à SaintJean-de-Monts, à Apremont, à Coëx, 
à Saint-Révérend et à S^int-Ghristophe-du-Ligneron (1). 

Plusieurs furent tellement graves que les patriotes 
qui les avaient provoquées durent demander des 
troupes à Challans ou même aux Sables - d'Olonne. 
Bientôt, le mécontentement gagna les paroisses de 
Froidfond, de Soullans, de Saint-Paul-Mont-Penit. 

Vingt-trois arrestations furent faites et les prison- 
niers emmenés à Challans, quelques-uns même incar- 
cérés au BoufTay, à Nantes. 

De ces faits, il ressort que ces commencements d'in- 
surrection furent causés par la (crainte, malheureuse- 
ment fondée, de voir substituer à leurs pasteurs légi- 
times et vénérés des prêtres sans pouvoir et sans 
mission, par conséquent point catholiques; et nos 
paysans avaient raison quand ils accusaient tous ces 
bourgeois, campagnards ambitieux revêtus de l'auto- 
rité civile, de vouloir changer de religion^ puisqu'il 
s'agissait de remplacer le culte vraiment catholique 
par un autre qui n'en avait (juc Topparence et n'était au 
fond qu'une n^ligion nationale, schismatique et héré- 
tique, comme celles d'Angleterre et de Russie (2). 

Ces faits eurent un tel retentissement que l'écho en 
parvint jusqu'à l'Assemblée Constituante, mais rien ne 
fut changé dans les mesures prises contre les bons 
prêtres. 



(1) V. Origines, p. 2ii, 250, 270. 

(2) « On doit donc admirer comme une parole digne d'un 
martyr, écrit D. Ghamard, cctle réponse faite dans le combat du 
2 mai par un paysan de Saint-Christophe, nommé GuiUon. 
Atteint de \ingt-deux blessures, il continuait de se battre 
avec une fourche de fer. Un gendarme lui crie : — Rends-toi. 
— Rends-moi mon Dieu, répond-il, et il tomba expirant. » 

Ce fait, rapporté par M"»® de la Rochojaquelein, Test aussi par 
les officiers du district de Challans et par Mercier du Hocher 
dans ses Mémoires inédits. (Guassin I.) 



A Vautre extrémité du département, les habitants, 
plus calmes mais non moins énergiques de Saint- 
Mars la-Réorthe, poursuivent, dans le mois suivant, le 
même but que ceux du marais et de la côte de Saint- 
Jean-de-Monts à Saint-Gilles-sur- Vie, par une pétition 
adressée aux administrateurs du département de la 
Vendée, à Teffet d'obtenir Tautorisation de célébrer 
roffice public dans une chapelle particulière, celle de 
M"« de Touchepré. Mais vains également furent leurs 
efforts : la douceur et la modération n'eurent pas plus 
de succès auprès des autorités que Tagitation et les 
menaces. 

Ce qui n'empêchait point les municipalités patriotes 
des cantons de la Châtaigneraie et de Chantonnay, 
ainsi que les curés constitutionnels du Breuil-Barret et 
d'Antigny, d'affirmer, dans une lettre collective, citée 
par Ghassin (1), que « les voies de la persécution ne 
sont point dans leur caractère. Vous avez décrété la 
liberté des cultes, c'est en faveur de cette liberté que 
nous parlons. » 

Quel étrange renversement des mots et des choses ! 
et quelle aberration I Permettre la liberté religieuse et 
supprimer le local nécessaire pour l'exercer! La passion 
révolutionnaire peut seule aveugler à ce point, et nous 
verrons désormais la violence l'emporter toujours sur 
la modération dans la conduite des gouvernants. 

C'est ce que prouve une lettre du 3 septembre sui- 
vant, écrite par Gensonné à Gallot, député de la 
Vendée : c Je vous avoue que je ne conçois pas 
comment on pourra résister et rétablir Tordre dans 
votre département, si on n'expulse pas les prêtres 
non assermentés. Mais, alors même, quel nouvel 
embarras! Plus de la moitié des remplaçants (de ces 
prêtres) n ent pu se faire, et je crains tout lorsque 
les paysans seront privés de leurs prêtres (2). » 

Alors, pourquoi persévérer dans cette voie? C'est 
donc une provocation à la révolte, c'est donc bien véri- 
tablement la guerre civile qu'on veut déchaîner, c'est 
l'insurrection contre les lois impies de la Révolution 
qu'on prépare. 



(i) Préparation, T. I. 
(2) Ibid. T. n. 



C^esl ce qui va se produire et ce que le général 
Duraouriez est forcé de constater, après avoir passé 
par les Epesses et Saint-Laurent- sur- Sèvre: t Les 
villages, écrit-il, sont en insurrection pour avoir des 
églises non-conformistes et, pour peu qu'on n*y remédie 
pas, cela dégénérera en guerre civile religieuse. Les 
patriotes sont les moins nombreux et les plus taquins. 
Il est dangereux de les soutenir trop fortement. Mais si 
on accorde trop aux autres, tout est à craindre pour la 
Constitution elle-même (1). » 

Avec ce système de bascule, les Vendéens ne pou- 
vaient obtenir ni justice ni liberté. « Qu'on nous 
accorde la liberté religieuse, ne cessaient de répéter de 
tous côtés les catholiques des campagnes comme des 
villes, et nous promettons de nous soumettre à toutes 
les lois civiles. » 

Avec cette persécution de plus eu plus violente, 
c'était pousser les Vendéens à la révolte. Et il faut 
remarquer avec Dumouriez, ennemi déclaré des catho- 
liques, que les patriotes étaient peu nombreux et les 
plus taquins, tandis que souvent ils se posaient en 
victimes. Pour que ce général avouât que les patriotes 
étaient les plus taquins, il fallait qu'il eût vraiment des 
choses graves à leur reprocher, ce qu'il n'osait faire 
publiquement. 

Avant d'arriver à chasser du sol de la patrie les 
prêtres fidèles, nos révolutionnaires, petits et grands, 
voulaient les arracher à leurs paroissiens, qui les 
aimaient et les vénéraient. De là cette mesure vrai- 
ment odieuse qui enjoignait à tous les prêtres inser- 
mentés de résider au chef- lieu du département et 
encore de répondre chaque jour, à heure lixe, à l'appel 
du commissaire départemental. xVlors, ce furent des 
cris de joie féroce que d'avoir sous la main ces prê- 
tres si détestés : « Frères et amis, écrivaient-ils triom- 
phants, grâces soient rendues à vos bons avis. * 

Comme l'avait prévu et annoncé M. de Cazalès, dés 
le mois de janvier 1791. les fidèles catholiques s'atta- 
chèrent d'autant plus à leurs pasteurs qu'ils étaient 
plus poursuivis. Un certain nombre, près de quatre- 
vingts de ces prêtres, avaient refusé de partir en exil 



(1) CuASsm, T. II. 



-83- 

el demeuraient cachés dans les bois et les fermes 
isolées, remplissant leur ministère paroissial. Les 
, paysans les suivirent dans les cavernes et dans les 
bois et désertaient les églises où célébraient les intrus 
schismatiques. 

Chaque dimanche, les habitants de nos campagnes 
se rendaient au fond des vallées et des bois où, sur des 
autels ornés de fleurs sauvages, leurs curés proscrits 
célébraient la sainte messe, tandis que les enfants et 
les jeunes gens, montés sur les coteaux ou perchés sur 
les grands arbres, faisaient le guet et signalaient rap- 
proche des Bleus (1). Alors, tous se dispersaient sans 
bruit. 

Dans Tautomne de 1792 fut organisée la chasse aux 
prêtres lidéles. Ils sont traqués et poursuivis comme 
des assassins, des bourgs dans les campagnes, des 
villages dans les fermes isolées et jusqu'au fond des 
forêts, où leur présence était soupçonnée, par les gar- 
des nationales des gros bourgs et les soldats de la 
République. De là devait sortir la grande insurrection 
qui éclata Tannée suivante. 

Cependant, à cette époque, le plus grand nombre des 
prêtres insermentés avaient pris le chemin de Texil. 
Us ne partirent pas tous : que serait devenue la foi de 
nos bonnes populations ? 

Ils ne restèrent pas tous : dans ce cas, quelle horrible 
boucherie en eût été faite et comment, après la tour- 
mente révolutionnaire, eût pu être reconstitué le clergé 
de notre diocèse? Pour les •prêtres comme pour les 
iidèles. Texil et la persécution furent une expiation et 
une épreuve: expiation pour les coupables, quel ordre 
n'a pas les siens ? Epreuve pour les âmes justes, et 
elles étaient nombreuses. Tous, saintes victimes, offri- 
rent à Dieu leurs souffrances pour TEglise et leur 
malheureux pays. Mais une haine profonde pour le 
régime persécuteur de la religion des ancêtres pénétra 
jusqu'au fond des cœurs du peuple vendéen. Sans 
doute, la persécution élait pour lui une gloire et un 
gage d'espérance, car il était sûr du triomphe final ; 
mais, pour y atteindre, que de larmes, que de sang, 



(1) Od appelait ainsi les soldats républicains, à cause de la 
couleur de runiforine des gardes nationaux. 



- 54- 

allaient être versés! que de ruines allaient s'amonce- 
ler sur notre infortuné pays ! 

Enfin, après huit années de terribles épreuves, Dieu ^ 
accomplira sur la France, et la Vendée en particulier, ' 
ses desseins de miséricorde. 

Secondant les vues de la Providence, tout en ne 
croyant servir que sa propre ambition, Bonaparte, sur 
la fin de 1799, renversait le Directoire, dispersait les 
Conseils, faisait rentrer dans l'ombre le jacobinisme et 
concentrait, en ses seules mains, tous les pouvoirs. 

Rendre à TEglise ses biens, ses privilèges, Bona- 
parte n'y songeait pas. Sa foi était trop faible, trop 
vaste son ambition. Mais son génie d'homme d'Etat lui 
montrait, dans la religion catholique, un appui moral. 
Dédaignant les fureurs des anciens conventionnels, 
aussi bien que les railleries de ses amis, il n'hésita 
point à rouvrir les églises et à rendre aux prêtres leur 
pays et la liberté. 

En 1800, il toléra l'exercice public du culte catho- 
lique, en attendant la conclusion du Concordat avec le 
chef suprême de l'Eglise. 



- 5Î5 - 



MARIE-CHARLES-ISIDORE DE MÉRCY 

ÉVÈQUE DE LUÇON 

1739-1811 



Ce prélat appartenait à une noble famille qui a fourni 
des illustrations à la Champagne et à la Lorraine. En- 
tré dans l'état ecclésiastique, il était remarquable par 
son extérieur et ses belles manières, et occupait le poste 
de vicaire général de Sens et d'Auxerre, avec un cano- 
nicat dans Téglise de Vannes, quand il fut nommé, le 
17 novembre 177S, à l'évéché de Luçon. 

Sacré le 18 février 1776, il ne tarda pas à prendre pos- 
session de son siège. Dès l'année suivante, ayant hâte 
de connaître son clergé, il lit en son diocèse une visite 
pastorale, dans laquelle il plut beaucoup à ses prêtres. 
Partout on s'empressa de rendre les honneurs dus à 
sa dignité et à ses vertus : partout ce respectable prélat 
montra les qualités d'un bon pasteur. 

Après le clergé en exercice, les élèves de son sémi- 
naire furent la portion la plus précieuse et la plus chère 
de son troupeau. 11 s'occupa de suite à fortifier leurs 
études et fit rédiger pour le séminaire de Luçon un 
programme des exercices académiques, daté dii 7 août 
1789. Dans cette question des études ecclésiastiques, 
l'èvèque était aidé par les chanoines André et Jean de 
Beauregard, dont le premier fonda à Luçon le Petit 
Saint-Cyr, pour Téducation et l'instruction des jeunes 
lllles (1). 

Monseigneur de Luçon avait une cour splendide, 
composée de prêtres, dont la plupart appartenant à des 
familles riches et puissantes étaient pourvus de gros 
bénéfices, et d'une noblesse laïque nombreuse. Riche 
lui même, et, malgré ses richesses manquant souvent 
d'argent, tant était considérable le train de sa maison, 



(!) V. la Notice qui concerne l'abbé André de Beauregard, 



— 86 — 

le Prélat ne négligeait point, cependant, Tadministra- 
tion de son diocèse. Pour le seconder dans cette œuvre 
importante, il avait des vicaires généraux parmi les- 
quels on distinguait Tabbé de Rieussec (1), Tabbé Gha- 
rette de la Goliniére, Tabbé Dcfresno. Tabbé de Rozan, 
avec MM. de Beauregard frères. M. de Rozan surtout 
semblait posséder toute la confiance de l'évêque : il 
était spirituel et instruit, dit le chanoine Du Tressay, 
et écrivait avec une égale facilité en vers et en prose. 



Les Etats généraux furent convoqués le 27 décembre 
1788 et se réunirent au mois de mai suivant. Le Poitou 
prit sa part au mouvement général. L'Assemblée du 
clergé de cette province fut présidée par les évoques 
de Poitiers et de Luron. On nomma des commissaires 
pour la rédaction des cahiers. Les élections eurent 
lieu : dix députés furent élus, parmi lesquels Mgr de 
Mercy, qui partit à Versailles, pour l'Assemblée des 
Etats généraux, au printemps de 1789. L'administra- 
tion diocésaine était confiée à trois vicaires généraux, 
MM. André et Jean de Beauregard frères, et Charelte 
de la Goliniére. Prêtres courageux et gardiens de la foi, 
ils ne négligèrent rien pour l'afTiîrmir dans le clergé 
confié à leurs soins ; lettres, brochures, brefs du Pape 
répandus dans ce but, et leurs elTorts furent couronnés 
de succès. 

Le 4 janvier avait été fixé aux ecclésiastiques de l'As- 
semblée nationale pour la prestation du serment. Les 
révolutionnaires attendaient ce jour avec impatience 
pour torturer la conscience des ministres sacrés (2). 

Mgr de Mercy était là, près de Mgr dc^ Saint-Aulaire, 
évoque de Poitiers, qui monte à la tribune et dit ces 
remarquables paroles : « Messieurs, fai soixante-dix 



(1) V. ce nom, T. L et les suivants, T. L et IL 

(2) Deux ou trois cents brigands, soudoyés (Pordinaire par les 
Jacobins dans les graves occasions, entouraient la salle des déli- 
bérations et vociféraient le cri si connu : A la lanterne ! à l'a- 
dresse des réfractaires. Les députés du clergé ne s'en émurent 
pas. Le président de l'Assemblée, M. Emmery, était fils d'un 
juif, et ce fut sur la motion d'un protestant, Barnave; qu'on exi- 
gea le serment sans restriction. (Barruel.J 



— 87 — 

ans ;J*en ai trente-cinq dans Vépiscopatje ne souille- 
rai pas mes cheveux blancs par le serment exigé dans 
vos décrets. Je ne jurerai pas. » 

A ces mots, le clergé de la droite se lève, applaudit à 
ces nobles paroles et proclame qu'il est tout entier dans 
les mêmes sentiments : Mgr de Mercy s'associe à la dé- 
claration de l'évêque de Poitiers. 

L'Église se félicitera toujours de cette victoire du 
clergé, et le Bas-Poitou, qui était la Vendée, restera 
fier de la conduite de son évoque. Mgr de Mercy n'hé- 
sita pas un instant, et inébranlable dans sa foi, préféra 
l'exil à l'apostasie (1). 

Déclaré déchu de son siège, il apprend à Paris que le 
Directoire du département de la Vendée convoque les 
électeurs le 27 février, afin de procéder à son rempla- 
cement. Rodrigue fut élu (2) et Monseigneur de Luçon 
lança de Paris une protestation publique contre l'usur- 
pation de son siège. L'évoque et ses vicaires généraux, 
ceux-ci encore dans le diocèse, furent décrétés d'accu- 
sation et cités devant le tribunal de Fontenay. 

La persécution est désormais à l'ordre du jour, t On 
ne pouvait, cependant, observe Dom Chamard, accuser 
Mgr de Mercy d'être un fanatique ; c'était, au contraire, 
un modéré. Mais sa modération même ne donnait que 
plus de poids à ses conseils et à sa conduite. De con- 
cert avec un grand nombre d'évéques de France (3), il 
adopta riNSTRucTioN PASTORALE dc l'évéque de Boulo- 
gne, Mgr Asseline (4), sur l'autorité spirituelle, et l'a- 



(1) Loué, sacristain de Venansault, ayant appris que l'évêque 
de Luçon avait refusé de prêter serment, fier de cet acte de vi- 
gueur de son évêque, voulut se donner la gloire d'écrire, en son 
patois, une lettre de félicitations au vaillant prélat. Touché de ce 
iiaif témoignage, Mgr de Mercy lui fit une réponse aimable. Dans 
l'enthousiasme de sa reconnaissance, Loué, attachapt en guise 
de bannière un linge blanc au bout d'un bâton, y fixa la lettre de 
son évéque et la promena comme un trophée dans tous les villa- 
ges de la paroisse de Venansault. {Martyre de la Vendée.) 

(2) Après Servant. (V. plus haut : La Persécution en Vendée.) 

(3) Notamment l'archevêque de Paris et les évêques de Poi- 
tiers, de Digne et d'Uzès. (V. Bairuel. Collection IIL) 

(4) Cette Instruction pastorale réfutait savamment tous les ar- 
guments employés par les révolutionnaires pour justifier les em- 
piétements commis par les auteurs de la Goûstitutioo civile du 



-88 — 

dressa, dans le courant du mois de janvier 1791, à tous 
les curés, desservants et vicaires de son diocèse, avec 
une lettre confidentielle, dans laquelle il les adjurait 
de ne pas adhérer à la Constitution civile, s'ils vou" 
latent rester catholiques^ et leur ordonnait de ne pas 
répondre aux injonctions qui leur seraient faites de 
prêter le serment^ sans toutefois abandonner leurs cu" 
res. » 



Malgré ces communications, et, nous dirons ces sup- 
plications, de la part do l'évoque, des défections se pro- 
duisirent aussitôt dans le clergé du diocèse, dès le mois 
de février. Plusieurs prêtres, parmi lesquels M. Noirot, 
curé de Sallertaine, envoyèrent une adresse au pre- 
mier pasteur du diocèse pour l'assurer de leur fidéli- 
té. L'évéque répondit à M, Noirot : « J ai baigné de mes 
larmes, mon cher curé, votre lettre et la déclaration 
qu'elle contenait : j'en ai répandu de joie sur ceux de 
vos confrères que j'ai vu soussignés, et de douleur sur 
ceux qui se sont séparés de vous. Espérons que bien- 
t-ôt ils reconnaîtront leur erreur et que nous les ver- 
rons revenir à Tunitè... Non, je ne me persuaderai ja- 
mais que des ministres de la Religion, qui avaient fait 
jusqu'à présent la gloire de l'Eglise et ma consolation, 
puissent aujourd'hui devenir ses ennemis et l'objet de 
mon éternelle douleur. Ils se souviendront du ser- 
ment qui les lie à leur évéque légitime. Ils ne laban- 
donneront pas pour se livrer à un intrus, qui ne peut 



clergé. M. Ghassin eu cite un fragment sans importance, omet- 
tant les plus puissantes démonstrations de l'éloquent prélat. 

n n'est pas sans intérêt de reproduire sur ce sujet l'opinion 
d*un de nos adversaires, protestant parfois libéral, M. de Pres- 
sensé : t L'Assemblée nationale, dit-il dans VEglise et la Révolu- 
tion, n'avait pas le droit d'exiger autre chose qu'un serment gé- 
néral à la loi et au roi. Faire porter le serment sur la Constitu- 
tion civile du clergé, c'est-à-dire sur une mesure qui blessait 
profondément la conscience d'un nombre considérable de prêtres 
honorables, c^était transformer la résistance en un devoir sacré ; 
c'était jeter un défi à des convictions respectables, et entrer dans 
une voie au bout de laquelle était lu dictature, puis la proscrip- 
tion. » 



être pour eux et leur troupeau qu'un ministre de 
mort... Nous devons employer toutes les ressources 
de la charité, tous les efforts du zèle pour les gagner, 
pour les défendre contre leur propre faiblesse... 

« Je ne reviens pas de la désertion de tous les prê- 
tres de rîle de Noirmoutier. Jamais ma confiance ne 
fut plus cruellement trompée... Mais il s'en faut que je 
les regarde comme perdus pour moi et pour l'Eglise. 
Ils nous reviendront^ fen suis sûr (1). Je le demande 
avec instance au père des miséricordes. Ils verront, et 
vous verrez avec eux, le Bref que le Pape vient d'adres- 
ser à M. TArchevêque de Sens (23 février 179i), et ils 
ne douteront plus de la façon de penser du chef de l'E- 
glise... On n'établira pas de nouveaux curés avant que 
le faux évêque puisse les établir, et, jusque-là cous 
pouvez et vous devez continuer toutes vos fonctions,.. 
Quand la liberté vous sera ôtée d'exercer publiquement 
vos fonctions, sans doute vous devrez les exercer en 
secret, vous resterez toujours pasteurs et seuls légiti- 
mes... Sûrement tous les secours (2) qui vous seront 
nécessaires je les rapprocherai de vous. Ils vous se- 
ront communiqués. 

« Bientôt vous aurez un plan de conduite et d'instruc- 
tions convenables (3). » 

Poursuivant ses tentatives de père tendre et dévoué, 
Mgr de Mercy adressa au mois d'avril une brochure : Il 
est encore temps^ avec une lettre intime et affectueuse 
pour presser le retour des prêtres égarés un moment. 
Elle eut les plus heureux résultats, car un grand nom- 
bre qui avaient prêté le serment, avec ou sans res- 
triction, se rétractèrent, (ce dont plusieurs histo- 
riens n'ont pas tenu compte), dés que fut connue la 
condamnation de la Constitution civile par le Pape (4). 



(t) Cette espérance paternelle ne devait se réaliser qu'en mars 
1793, remarque Dom Chamard, lorsque Gharette se fut emparé 
de Noirmoutier. Ceux de Barbâtre se mêlèrent aux insurgés ; 
ceux du chef-lieu s'exilèrent en Espagne ou en Westphalie. 
(Ghassin.) 

(ï) Le Prélat fait ici allusion à une caisse de secours pour les 
prêtres dans le besoin. 

(3) Ce fut M. André de Beauregard qui se chargea de commua 
niquer au clergé ce plan de conduite. 

(4) Le 10 mars 1791 et le 13 avril suivant. 



— 60 - 

Mais, bientôt, Téveque de Luçon dut pourvoir à son 
salut. Le 10 août, ordre fut donné à Paris d'arrêter tous 
les prêtres et évêques présents dans la capitale. Le pré- 
lat, avec Tabbé de Rozan, quitta Paris la veille des mas- 
sacres de septembre et s'enfuit en Suisse, commençant 
un long pèlerinage en exil (1). 

De là il entretint avec ses prêtres restés en Vendée 
ou partis en exil une correspondance suivie de huit 
années. Monseigneur s'informait auprès de ses vicaires 
généraux de l'asile de chacun des prêtres et des reli- 
gieux de son diocèse, et adressait des lettres pleines 
d'une affectueuse bienveillance à ceux qui, comme lui, 
gémissaient sur la terre étrangère. Il faisait parvenir en 
Vendée des ordonnances, des décisions et autres écrits 
à ceux qui exerçaient encore dans nos campagnes leur 
ministère, pourvoyant à tous les besoins spirituels de 
ses diocésains. 



Au mois de janvier 1794, le prélat publia une lettre 
pastorale, donnée dans l'espérance du rétablissement 
de la religion catholique. Il déclare d'abord avoir ac- 
cepté avec respect et soumission les lettres monitoria- 
les de Pie VI, datées du 13 avril 1791 et du 19 mars 1792. 



(1) L'évôquc (le Luçon t'tait l'un des trente évéques députés à 
r Assemblée et membre de la Commission « spécialement char- 
gée à Paris des intérêts de la religion ». Il avait résolu de rester 
avec ses confrères le jdus longtemps possible. Mais t il a fallu, 
écrivait-il, céder à la cruelle loi de déportation. Quinze jours 
plus tard, je n'y aurais plus été à temps; car à peine fus-je i>arti 
que l'ordre de m'arréier fut <lonné, que tout ce que je possédais 
fut envahi, confisqué et vendu, et tout ce (jue possédait ma 
famille. • Et dans une autre lettre : « Nous avons rempli nos 
pénibles devoirs au milieu des troubles et des orages et nous 
n'avons pas laissé la crainu^ approcher de notre àme. Nous subi- 
rons notre destinée, quelle qu'elle puisse être, avec le courage 
que la religion inspire. Nous courons une noble carrière, celle 
de l'adversité. » 

c Oui, c'était une noble carrière, ajoute l'abbé Sicard, et nous 
aimons à voir ces prélats, qu'on croyait affadis par les délices de 
l'ancien régime trouver une force de résistance qui étonna 
leurs adversaires, et qui ne pouvait être inspirée que par une 
couvictiofl forte. » 



-•Bi- 
ll confirme ensuite toutes ses instructions, lellres pas- 
torales, ordonnances précédentes. Il proteste contre 
l'intrusion de Rodrigue, le déclare suspens de toutes 
les fonctions épiscopales, curiales et sacerdotales; dé- 
fend à tout prêtre de l'absoudre, hors le danger de 
mort, sans un pouvoir spécial du pape ou de Tévê- 
que ; défend aux fidèles de communiquer avec lui in 
dioinis et les engage à prier pour sa conversion. Le 
prélat déclare également suspens tous les prêtres in- 
trus. Il interdit toute fonction curiale et sacerdotale 
aux prêtres simplement jureurs, c'est-à-dire qui ont 
fait serment à la Constitution civile. Il donne ensuite 
les conditions de Tabsolution pour les prêtres ren- 
trant dans ces diverses catégories et déclare nulles 
toutes les absolutions données par les intrus. 

Mgr de Mercy engage enfin les prêtres exilés à ren- 
trer dans le diocèse dès qu*ils le pourront et continue, 
à eux et à ceux qui sont restés en Vendée, les 
pouvoirs nécessaires pour l'exercice de leur ministère, 
dans les circonstances difilciles oii Ton se trouvait. Il 
veut cependant qu'on obéisse aux vicaires généraux 
qu'il a laissés dans le pays, lorsqu'on pourra se mettre 
en rapport avec eux. 

Suivent des instructions relatives aux églises profa- 
nées, aux choses bénites ou consacrées par les prêtres 
apostats, à Tadministration des sacrements. L'évêque 
de Luçon aborde ensuite la question diflîcile du mariage, 
rappelle les règles principales du droit en cette ma- 
tière, et donne à ses prêtres des pouvoirs pour les dis- 
penses. \ 

Nous ne suivrons pas le prélat dans le détail de ces 
dispositions, qui ne peuvent intéresser tous les lec- 
teurs. Nous remarquerons seulement qu'il y avait dans 
le diocèse diverses catégories de prêtres : 1* les prêtres 
fidèles ; 2*^ les prêtres simplement jureurs restés dans 
les paroisses où les avait placés l'évêque catholique ; 
3« les intrus nommés par l'évêque schismatique ; 4« les 
prêtres n'exerçant plus aucune fonction de leur état et 
vivant laïquement. 

Monseigneur de Luçon parle de la conduite à tenir à 
l'égard de ceux qui sont tombés dans le schisme, ou 
sont intrus, ou ont renoncé à toute fonction sacerdotale 
ou curiale. Il demande ce que sont devenues les reli- 
gieuses des divers couvents du diocèse ; il veut cou- 



— eî — 

naître l*asile de celles qui ont échappé aux persécu- 
teurs, afin de leur faire parvenir les consolations dont 
elles ont besoin. Il les engage à reprendre le plus tôt 
possible l'habit de leur ordre et lï regagner, si les cir- 
constances le permettent, leurs pieux établissements. 
On voit ici que le prélat se berçait d'illusions, 
croyant apercevoir bientôt la lin de la Révolution. Or, 
on n'était encore qu'au commencement de 179i. 



Mgr de Mercy, surpris vers cette époque à Ghambéry 
par l'invasion subite des soldats de la République fran- 
çaise, s'enfuit précipitamment, y abandonnant la petite 
somme qui devait servir à ses besoins. • Ce premier 
asile que j'avais choisi, écrit-il, j'ai été obligé de l'aban- 
donner et de fuir. Je m'y étais réuni à ma famille et 
m'en voilà séparé. > 

La situation va donc s'aggraver de toute la détresse 
qu'accompagne la pauvreté. Ce qui faisait dire au 
prélat: • Je vais pour la première fois apprendre à me 
servir moi-même. > 

Mais le généreux Pie VI était au courant de sa situa- 
tion. 11 fit savoir à l'évéquc de Luron qu'il pouvait con- 
server son domestique et aussi deux prêtres, « que 
depuis deux ans, écrivait Mgr de Mercy, je nourris de 
mon propre sang. 9 

Kxpresëion énergique qui dit toute la valeur du 
moindre sacrifice d'argent fait par le noble exilé, 
défendjn contre la faim par de maigres ressources. 
C'est que l'adversité a appris aux grands sefgneurs 
comme aux simples prêtres à vivre de peu. 

La Cour de Rome vint heureusement à son secours 
et lui alloua une faible pension. 

Cependant, le prélat avait quitté Mondrifio, baillage 
suisse italien, où il avait vécu en 1794, pour se réfugier 
chez les Bénédictins de Ravenne. C'était peut-être une 
imprudence, comme on va le voir. 

Il avait été charmé do l'accueil fait par ses hôtes, dit 
l'abbé Sicard (1), mais ces démonstrations cachaient, 
paralt-il, les véritables sentiments de cœurs dépourvus 
d'enthousiasme. 

(i) Le clergé rf'fugié en Italie. 



Au milieu de l'année 1796, Mgr de Mercy ècril que 
les communautés religieuses ne veulent plus recevoir 
d'émigrés, sous prétexte qu'elles ont payé une contri- 
bution aux Français et qu'à Saint -Vital on veut se 
débarrasser de lui. « Entré chez les Bénédictins de 
Ravennes, on l'avait reçu, disait il, avec Tempresse- 
ment le plus flatteur et le plus honorable. • Peu à peu, 
ses lettres signalent le ralentissement d'une afl'ection 
qu'il avait crue profonde et éternelle. Lorsque l'armée 
française menace le çays où il se trouve, Mgr de Mercy 
juge prudent de se retirer à Venise. 

Quelle fausse manœuvre ! le père abbé de Saint- 
Vital et tous les religieux protestent, il est vrai, de 
leurs regrets, lui assurant tous que leur maison est la 
sienne, qu'elle lui serait toujours ouverte. « Je leur 
laissai mon cœur pour gage, dit ingénument Tévêque 
de Luçon ; je crus emporter les leurs, car je me flattais 
d'en être aimé autant que je les chérissais tous bien 
sincèrement. » 

C'est le cas de répéter que les absents ont toujours 
tort. 

Quand Mgr de Mercy voulut retourner à Saint- Vital, 
le père Abbé lui écrivit que c sa communauté y répu- 
gnait 1, qu'il devait prendre les ordres de la Secrétai- 
rerie d'Etat. Rome, sur les instances du prélat, aurait 
peut-être fait ouvrir les portes de l'abbaye, mais 
l'évéque désabusé renonça à retourner dans une mai- 
son où il ne devait être reçu qu'avec répugnance. 

Heureusement, il en fut largement dédommagé en 
Autriche. 

Plus tard, nous le trouvons à Venise qu'il quitta 
aussi bientôt et qn il n'aurait pas dû laisser, observe 
un évoque de ses amis. 

Le 30 juillet 1796, Mgr de Mercy écrit d'Italie : c Dans 
ce pays-ci, nulle part les Français n'ont inquiété et 
molesté les émigrés. Ils les ont plutôt protégés, et sur- 
tout les prêtres. Les prêtres restés ont été aimablement 
traités. Us ont eu la consolation de voir beaucoup de 
soldats français venir entendre la messe. • 



Partout où séjournait Tévêque de Luçon il emportait 
le deuil de la patrie absente et le souvenir des maux 



-61- 

Quî dèsolaienl son diocèse?. Le même courrier lui 
apprenait le récit de prêtros vendéens massacrés ou 
morts do misère et de froid au fond des campagnes, 
rinstalialion de ministres jureurs dans les paroisses, 
la dèvaslatiou et l'incendie des églises, l'apostasie de 
quelques prêtres livrant leurs lettres d'ordination et 
dévastant la bergerie des brebis fidèles, en un mot ce 
que Rodrigue appelait ^interrègne de la Dioinité en 
France. Si grand est le mal, si nombreuses sont les 
ruines accumulées par la Révolution, le tableau de la 
Situation de la France est si sombre que IVxilé. étourdi 
par ces terribles événements, se demande si cc^ n'est 
pas la lin du monde. 

Comme l'évèciue de Blois du fond de l'exil, il pouvait 
dire: • Nous portons dans notre sein nos fidèles dis- 
ciples, les invincibles ministres de Jésus-Christ, ses 
vierges incomparables, et notre cruel martyre est 
d'être loin du péril et de les y savoir. Nous souffrons 
de toutes les alarmes et d(»s violences qu'ils éprou- 
vent, nous sommes tourmentés de tout notre amour 
pour eux et de tous les excès dont leurs ennemis 
sont coupables (i). » 

Durant tout le temps de son long exil, le bon évêque 
continue de s'enquérir de la sittuaion et des lieux de 
refuge de tous ses prêtres séculiers ou réguliers. Ses 
lettres, nombreuses, vont les retrouver au fond de 
l'Espagne, où beaucoup sont retirés, et jusque sur les 
plages de rAngletern», dont le gouvernement schisma- 
tique alloue à chacun d'eux un secours mensuel Le 
prélat les fortifie de ses bous conseils, les console, pour- 
voit à leurs besoins dans la mj'sure de son pouvoir. 

C'est ainsi que passèrent les années de la Révolution. 

On arrivait au 18 brumaire, Bonaparte apparaissait : 



(i) En Allemap:ne, le clergé rcfu'.'ié à Munster avait composé 
un office dont le premier nocturne porte ce titre : Clertis gaili- 
canus hospilio exceptus, le clergé de France reçoit l'hospiialité. 
Le second nocturne est ainsi annoncé : Cltrus gallicanus cibo 
refectus, le clergé de France est nourri par ses hôtes. On y lit : 
« Les temples du Tout-Puissant sécroulent sous la hache impie, 
le Pontife tombe comme une victime, les autels boivent le sang 
de leurs prêtres, et c'est une mort semblable à la vôtre, ô Christ, 
qui fait cotiler leur sang. » 



la Constitution de l'an VIII avait renversé celle de Tan 
III. C'était une politique de conciliation : après dix an- 
nées de troubles, de massacres, de terreur, la France 
respirait enfin. L'ère de réparation semblait s'ouvrir. 

Les prêtres n'étaient plus astreints au serment à la 
Constitution civile, mais à jurer fidélité à la nouvelle 
Constitution s'ils voulaient rester en France ou y ren- 
trer. C'est alors que Tévêque de Luçon fut en désac- 
cord avec ses vicaires généraux, demeurés en Vendée, 
et principalement avec M. Mady, l'un d'eux, curé de 
Saint-Denis-la-Chevasse. Du reste, le prélat déclarait, 
avec une grande sincérité, qu'il s'en rapportait au ju- 
gement de l'Eglise (!). 

Mgr de Mercy avait quelque confiance dans le nou- 
veau gouvernement et voulait que ses prêtres fissent le 
serment demandé ! Tels n'étaient pas les sentiments 
de ses vicaires généraux et de M. Mady en particulier, 
t Ni les décrets portés par le Consulat, ni les hommes 
chargés de les appliquer ne leur permettaient une 
sécurité complète. Le nouveau gouvernement n'a, en 
efi'et, nettement annulé aucune des dispositions prises 
par le Directoire contre le Clergé, bien que les Consuls 
déclarent que la liberté des cultes est garantie par la 
Constitution. Ces affirmations étaient bonnes, mais 
elles inauguraient plutôt un nouvel esprit qu'une 
nouvelle législature (2). » (L'abbé Sicard.) 



En diverses circonstances, Mgr de Mercy se plaint de 
l'opposition de ses vicaires gônùraux. M. l'abbé Sicard, 
qui a lu toute la correspondance inédite du prélat, en 
parle en ces termes : < L'homme de confiance de Mgr 
de Mercy, son vicaire général de prédilection, M. Pail- 



(i) — f Oui, la terre est enivrée du sang des martyrs ; ceux qui 
survivent, exilés à travers mille dangers, ont gagné des contrées 
baignées par un autre soleil. — C'est assez de colère, ô Dieu, ne 
méprisez pas ces précieux restes, ou bien la terre verra s'ache* 
ver la ruine de la foi... O Père, en souvenir de vos enfants pieux, 
daignez abréger ces jours cruels. > 

Dans les vêpres on lit : Cleri gallicani benedictio super hospi- 
tes. Sicard. T. III, p. 157. 

(2) Sicard, T. m, p. 493, 

8 



ioui (f}xe sa modération et ses mérites devaient élever 
bientôt sur le siège de La Rochelle, est exilé en Espa- 
gne. En son absence trois grands vicaires gouvernent 
le diocèse de Luçon comme un pays vendéen, c'est-à- 
dire avec une grande intransigeance de principes. Ils 
détournent le clergé de la promesse de fidélité. 

€ Cette conduite désole Mgr de Mercy, qui, dans ses 
lettres à M. Paillon, nous fait part de ses doléances, 
parfois de son exaspération. 

t Que font donc, s ecrie-t-il, les dépositaires de ma 
confiance s'ils ne vengent pas ma doctrine? Quoi, on 
me laisse traiter de schisraatique. accuser de donner 
des décisions ridicules, de prêcher Terreur, et ceux 
qui ont entre les mains de quoi confondre de pareilles 
calomnies se taisent ! » 

Il se plaint en particulier du principal d'entre eux, le 

• vénérable M. Mady ». Il s'étonne que ce vieillard, 
aussi entêté que vertueux, ne comprenne point que, 
c gouvernant, dit- il, mon troupeau en mon nom et de 
ma part, ce n'est point son opinion qui doit Hre sa 
règle, mais la mienne. Il me laisse avilir, calomnier. 
Sa conviction est faite au sujet de la promesse de fidé- 
lité, t 

Ausi bien, la lutte est ouverte de toutes parts, parmi 
les évoques de France en exil, qui sont divisés sur ce 
point capital, et parmi les prêtres vendéens divisés 
également. 

Ceux pour qui l'exil n'était pas trop lourd, qui y 
avaient une situation passable, des moyens d'existence, 
attendant la paix complète, ne voulaient pas rentrer : 

• On n'est pas mal en Angleterre, écrivait-on de l'un 
d'eux. Il n'en veut point partir sans la certitude qu'îf 
fait bon en France. » 

D'autres qui souffraient, et, de loin, savaient leurs pa- 
roisses souffrir de leur absence, voyaient avec joie les 
portes de la patrie ouvertes et en voulaient profiter. Et, 
de fait, plusieurs rentrèrent. Mais cette grave contro- 
verse empêcha le retour d'un grand nombre. 

€ A cette date, le préfet de la Vendée, dit M. Sicard, 
d'après un document conservé aux Archives nationa- 
les, énumère 50 prêtres insermentés du diocèse de Lu- 
çon qui exercent alors : 34 constitutionnels en exercice ; 
57 prêtres dont beaucoup sont rentrés d'Espagne et pa- 



raîssent dans leur ancienne paroisse, enfin il prêtres 
venus du dehors, en tout 158 prêtres (1) . 

Le temps apaisa la querelle soulevée. Au reste, les 
événements marchaient vite. 



Mais déjà, quelques prétentions s'étaient introduites 
dans les rangs du clergé rentré dans le diocèse. Quel- 
ques années auparavant, Tévêque de Luçon avait prévu 
ce mal et cherché à mettre ses prêtres en garde. 

t Rappelez-vous, mes amis, cette époque funeste qui 
a commencé tous nos malheurs. Vous savez que c'est 
celle où l'homme ennemi a semé dans le sanctuaire 
cet esprit d'insubordination et de jalousie. Je tremble 
que si la Providence rappelle un jour les ministres de 
l'Eglise de France, on ne voie revivre des jalousies et 
des prétentions. * 

Et dans une autre lettre : • Il me revient de toutes 
parts que déjà des ecclésiastiques émigrés, déportés, 
annoncent des prétentions effrayantes, des principes 
qui sont en opposition avec Tesprit d'unité. Beaucoup 
voudraient s'ériger en censeurs de leurs maîtres (2). » 



(i) Le préfet de la Vendée écrit : « Le plus grand nombre de 
ceux (des prêtres) ne se montre point l'ennemi du gouvernement. 
Mais comme ils sont tous dans une situation précaire, ils mani- 
festent souvent de l'inquiétude sur leur sort. Les rassurer, ras- 
surer les habitants de campagnes, ce serait consolider la paix et 
attacher invariablement les Vendéens au gouvernement qu'ils 
sont très disposés à chérir et dont ils apprécient les bienfaits. • 
(Archiv. nation citées p. Sigard). 

(2) Cette persécution de l'Eglise, cette Révolution, dit un con- 
temporain, ont produit une inflexibilité et une rigueur dans cer- 
tains hommes, une facilité si étonnante en certains autres, qu'il 
n'est presque plus personne de sang- froid... 

La témérité, qui fait prononcer souverainement, n'est pas tant 
à redouter que l'irrésolution de certains esprits, qui ne veulent 
ou ne savent se déterminer sur rien. Saussol. Le self-govern' 
ment dont tout prêtre, tout missionnaire a joui pendant la Révo- 
lution, est vite devenu un besoin. De plus, chaque paroisse veut 
choisir son curé, chaque curé sa paroisse. L'indépendance et le 
l&isser-aller des années passées cherchent a conserver leurs al- 
lures : ce qui est peu étonnant. Ceci ne fut pas propre au diocèse 
de Luçon. 



\ 






.•A^A^'l^v^v 



•À*-.^'-" Aa\^*^"\ o\\^^^a î^>^ -«iVC,* '^a.\ï*^' ;» c 

'rc- *''"r;^ n^;;^o i^H^^-^v-ve^ '^- 



-^ïé\ 



lO^* 







V»At>^ovvVV^^^^.,vy. 



v\l\V ^ v>>- 






- :•• '-■ ■•■'' \:>^ 



V- 



.v^'*-^ 

^N'-' 






^ > 



H»' 



'-V 






V-v> 




en présence de deux témoins catholiques, après quoiils 
se présenteront devant la municipalité. » C'est d'après 
cette solution donnée par le Pape à Tévêque de Luçofl 
qu'on jugera de la validité des mariages contractés 
pendant la Révolution. 

Quant aux acquéreurs et détenteurs des biens ecclé* 
siastiques, une extrême prudence est recommandée 
aux confesseurs. Prêtres et fldèles devront être dans 
la disposition de s'en rapporter au jugement qui sera 
porté par l'Eglise. 

En attendant, les prêtres devront faire preuve d'un 
désintéressement absolu pour eux-mêmes. 

Déjà, quelques années auparavant, Mgr de Coucy, 
évèque de La Rochelle, prêchait le renoncement et Ta- 
bandon à la divine Providence. Le clergé, d'ailleurs, 
dans les privations de Texil avait depuis longtemps dé- 
sappris son bien-être de l'ancien régime. 1 11 n'exigera, 
dit l'évêque de Luçon, et ne demandera aucun salaire, 
se contentant pour sa subsistance des offrandes volon- 
taires. • Mais cette situation ne pouvait durer toujours. 
Le régime de la chaumière et de la ferme, bon pour un 
temps de Révolution, ne saurait convenir à tout un 
clergé rendu à la liberté î 

Il faudra bien, plus tard, aborder la question prosaï- 
que du budget. 

Partout, dans les instructions données à cette époque 
par Mgr de Mercy, il est question de paix, de pardon, 
d'oubli du passé. Le prêtre doit planer au-dessus des 
pa,ssions humaines et politiques, être soumis à toutes 
les lois.... et exercer les fldèles à la même soumission. 

La division du diocèse en paroisses, en supprimant 
quelques-unes des anciennes, la nomination des prê- 
tres rentrés dans les paroisses et de préférence dans 
leurs anciennes paroisses, telle est la grande préoccu- 
pation du prélat : « J'approuve fort, écrit-il à ses vicai- 
res généraux, la division que vous avez faite de mon 
diocèse et la répartition des ouvriers évangèliques 
proportionnelle à chaque canton. » 



Mais n'anticipons pas sur les événements. Nous ne 
sommes pas encore arrivés à la paix créée par le Con- 
cordat. 



— 70 - 



C'est en 1800, La situation du clergé reste encûro in- 
certaine, el çù cl là pleine de périls. Les mesures de 
déportation, lt?8 peines trincarcêration u*ont point été 
nettement rapport*t(\^, ries menaces pèsent toujours sur 
les prêtres. Lr ?téâ déparlemenlales cl la polico 

le savent parla i. 

Voici, en plein mois d'aoï^i, une scène qui rappelle 
sur certains points la Terreur, même en pleine Vende©, 
Le culte en divers lieux est célèbre la nuit dans une 
maison amie, une sentinelle a la porte, le prêtre aux 
agm^ts, s'enqaéraut au moindre bruit si on vient l'ar- 
rêter, Hnvasion bruyante des jarnbins, la fuite obligée 
du célébrant. Aussi Févéquo de Luçon ne s était point 
hàlè de rentrer dans son diocèse. 

A cette date, Mgr d*Aviau. archevêque de Vienne, 
fait une ordination de préIres, et, parmi eux» de deux 
Vendéens, dans les montagncsde l'ArdéchCj au Mones- 
tier. • La cérémonie a lieu en pleine nuit i\mM^ la 
grange d*un presbytère. C'est itans ce réduit sauvage 
et dans la solitude que les ordinands venus secrè- 
tement de divers départements, deux du fond de la 
Vendée, attendent le prélat consi'crateur. Les jeunen 
gens accourus avec la résolution, s'il le faut, de rouvrir 
la carrière du martyre, reçoivent le sacerdoce el ne 
sont point étonnés d'entendre le pieux évoque leur 
tenir ce mAle langage : 

f Mes chers enfants, si jamais vocation fut inspirée 
du ciel, n'est-ce pas la votre ? N't^sl-ce pas Dieu lui- 
même qui vous a appelés ? Que viendrîez-vous cher- 
cher dans le sanctuaire ? 11 n*y a plus de bénénces, 
plus de richesses, plus d'Iionneurs. Les temples ont 
été dévastés, les autels lirises, les prêtres incarcérés, 
honnis, insultés! Que dis-je ? les echafauds sont «en- 
core dressés, les prisons regorgent d'«!c^lésiastiques 
qui n'ont pas été élargis, la terre d'exil n*a pas encore 
rendu ses proscrits. Ces verrous, ces fers, ces haches 
ensanglantées ne vous épouvantent pas '^ j 

i Ces paroles, dit M. Sir!ard, qu'on aurait jm faire en-- 
tendre sous la Terreur, étaient dites en plein Consulat, 
au milieu de Tannée !800 v.i à l'aube dn xix» siècle. • 
Heureusement l'avenir ne devait pasjusliller les previ* 
sions sinistres du vaillant evéfjue. 

Cependant les catholiques qui assistent en France au 
mouvement réparateur du Consulat s'empressenl d'eu 



^71 — 

prévenir leurs prêtres restés à l'étranger. De toutes 
parts les paroissiens réclament leurs curés. Les maux 
qu'ils ont soufferts, les années passées sans culte ont 
fait oublier les petits diflèrends qui, dans les paroisses 
les plus unies, s'élèvent parfois entre le pasteur et le 
troupeau. Les Vendéens qui, plus que les autres Fran- 
çais, avaient tant souffert de la Révolution, regardaient 
à rhorizon, croyant à tout instant voir apparaître leur 
pasteur blanchi par Tâge et le malheur. 

Mgr de Mercy reçoit des lettres qui réclament les 
prêtres exilés, c M. Gergaud, curé de Beauvoir, nous 
écrit que nos populations respectives nous attendent 
avec une impatience extraordinaire, que si nous pou- 
vons pénétrer jusque-là, nous serons reçus avec tous 
les transports de la joie la plus marquée. Nous avons 
répondu à nos paroissiens que, puisqu'on nous assu- 
rait Texercice libre et sans entraves, nous ne désirions 
rien tant que de nous rendre à leurs vœux (1). • 

Néanmoins quelques-uns des prêtres qui rentrent ou 
qui n'ont pas quitté la Vendée, prévoyant de nouveaux 
malheurs, hésitent à reprendre un service actif. Mgr 
de Mercy s'en plaint, dans une lettre du 20 avril 1801, à 
son vicaire général, c Peignez ma douleur et les larmes 
que ma cause leur indifférence. Faites tonner à leurs 
oreilles les menaces du prophète. > 

Un prêtre de notre diocèse, l'abbé Coupperie, écrit de 
Munich : t Plusieurs émigrés, tant prêtres que laïques, 
sont déjà partis pour retourner en Vendée; d'autres se 
disposent à partir tout prochainement. Ils n'ont pas 
obtenu de passeports pour la France, mais pour la 
Souabe, pour la Suisse... Les prêtres sont bien dans 
l'intention d'attendre la décision de Rome, avant de 
faire l'acte exigé pour exercer publiquement le culte 
catholique ; mais ils se proposent de vivre, en atten- 
dant, chez eux ou ailleurs, sans se produire beaucoup, 
persuadés qu'il vaut mieux demeurer parmi une na- 
tion où l'on a des amis que parmi des étrangers où 
l'on ne peut se promettre une grande tranquillité. 
Tous les evêques qui étaient ici avant l'arrivée des 
Français y sont encore (2). » 



(1) Lettre de Mgr de Mercy, 5 nov. 4800: 

('2; Papiers inédits de Mgr de Mercy, cités par M. Sigard. 



-7» — 



Enfin, Bonaparte, sourd aux sarcasmes des esprits 
révolutionnaires qui l'entouraient, et voyant quel ma- 
laise jetait en France la position faite à l'Eglise par la 
Révolution, avait ouvert des négociations avec le Pape, 
et, le 16 juillet 1801, le Concordat fat signé par le pre- 
mier Consul. Ce ne fut pas sans de longues et pénibles 
négociations. 

Un mois plus tard, il était ratifié par le Souverain 
Pontife, « forcé par la nécessité des temps, • ainsi qu'il 
le dit dans sa lettre aux évêques de France. Il les en- 
gageait à se résigner comme lui au nouvel état de cho- 
ses. Quarante-cinq donnèrent leur démission, trente- 
six la refusèrent, mais la plupart ne tardèrent pas à se 
soumettre. De cent trente six évêchés qui existaient en 
France, le nombre fut réduit à cinquante. Les deux 
évêchés de Luçon et de Saintes furent réunis à La Ro- 
chelle, et ainsi Ton créa un vaste diocèse qui englo- 
bait la Vendée et s'étendait des bords de la Loire aux 
rives de la Gironde. 

L'évéque titulaire de La Rochelle, Mgr de Coucy, 
était à Londres, et n'avait pas adhéré au Concordat. 
En conséquence, Mgr Dcmandolc fut appelé à gou- 
verner ce diocèse. Il remplaçait à la fois Mgr de 
Mcrcy, qui allait être nommé archevêque de Bourges, 
et Mgr de Coucy, qui, rentré avec la Restauration, 
devait mourir sur le siège de Reims en 1824. 

En cette atïiiire, la Révolution avait obtenu gain de 
cause. Elle tenait à enlever à notre pays sa religion et 
sa foi politique, et pensait que privée de la présence 
d'un évéque, la Vendée transigerait avec sa conscience. 
Elle fut heureusement dcoue dans son attente. 

Mgr de Mercy mourut sur le siège de Bourges en 
1811. 

Ce prélat, écrit M. Du Tressay, « avait apporté dans 
le sanctuaire quelque chose de la légèreté de Thomme 
du monde et des allures du grand seigneur. Il avait vu 
la Révolution avec un déplaisir extrême, il avait lutté 
contre elle avec talent et énergie ; mais dès qu'il avait 
aperçu une lueur d'autorité poindre à l'horizon, il s'é- 
tait tourné, non sans penser parfois à ses intérêts, vers 
elle, comme vers l'aurore d'un beau jour. Il passa du 
siège de Luçon à celui de Bourges, oii, mûri par l'âge 



-«73 — 

et le malheur, il a donné l'exemple d'une vie tout épis- 
copale... Sous les auspices du cardinal Gaprera, légat 
de Pie VII, il s'occupa sérieusement de la réorganisa- 
tion de son diocèse. « Laborieux, charitable, respecta- 
ble en tout, il était aimé de tous ses diocésains, i écrit 
M. Tabbé Moulinet, archiprètre de la métropole. II 
avait emmené Tabbé de Bozan, qui continua à remplir 
prés de lui les fonctipns de vicaire général. Il eut le 
malheur de le perdre en 1806. 



-74 — 



HENRI ÂGAISSE 

DIACRE 

1763-1798 



Cet ecclésiastique appartient au diocèse de Nantes 
par sa naissance, et à celui de Luçon par son séjour 
dans les prisons de la Vendée. Né à Rezé, Henri 
Agaisse avait un frère atné qui souffrit comme lui 
pendant la Révolution ; il n'était que clerc tonsuré 
quand le schisme fut proposé à l'Eglise de France, en 
1791. Sa mère était une femme au-dessus de tout éloge 
par sa foi et sa piété ; elle aurait mieux aimé voir 
mourir ses deux fils que de les voir infidèles à Dieu. 

L'attachement du jeune Henri aux principes catho- 
liques le rendit aussi odieux aux persécuteurs que s'il 
eût été prôtre. Il n'avait que vingt-deux ans et fut arrêté 
à celte époque où le féroce Carrier exerçait à Nantes 
ses fureurs. Mais Dieu, qui le destinait à honorer une 
autre catastrophe de la Révolution, le préserva des 
noyades et de la guillotine, à la fin de 1793 et l'année 
suivante. Quand furent interrompues les exécutions, 
au printemps de 1794, l'abbé Agaisse fut relâché, en 
considération de ce qu'il n'était pas prêtre, mais banni 
do France. 

Il se rendit en Espagne, à Tolède, où se trouvaient 
plusieurs prêtres vendéens, MM. Baudouin et Lebé- 
desque, devenus bientôt ses amis intimes. Quoique le 
plus jeune, Tabbé Agaisse se faisait remarquer par sa 
piété, sa pureté, sa douceur et sa modestie. Cette belle 
&me se peint admirablement dans les lettres qu'il écri- 
vit de Tolède à sa mère et à son frère, et que Tabbè 
Caron cite en partie dans sa notice sur le jeune 
lévite (1). 

M. Baudouin, dont le diocèse de Luçon devait plus 



(i) M. Baudouin disait n'avoir jamais connu une âme si intel- 
ligente, plus pure et plus candide. 6on innocence, son angélique 



- 76- 

tard admirer les grandes œuvres, Tavait pris en vive 
amitié, et c'est avec un extrême regret qu'il se sépara 
de lui, en juin 1797, pour rentrer en France. 

Après un exil de trois années, dans Tété de 1797, 
M. Agaisse, apprenant qu'une paix relative régnait 
dans sa patrie, se crut autorisé à y rentrer. Parti de 
Tolède, après des fatigues et des dangers de toutes 
sortes, il aborda sur la côte de Vendée. 

Mais la catastrophe du 18 fructidor (4 septembre 1797) 
venait de rallumer brusquement la persécution. Il fut 
arrêté près de Montaigu et jeté d'abord en prison à 
Saint- Fulgent, d'où on le conduisit dans celle de Mon- 
taigu. 

Là, sa douceur angélique et son extérieur aimable 
séduisirent ses geôliers. On lui permit de sortir en 
ville, sur la promesse qu'il avait faite de ne pas s'éva- 
der. Quoiqu'il ne fût pas prêtre, il était inscrit comme 
tel sur la liste des émigrés. 

Son frère, Pierre Agaisse, qui exerça le ministère 
aux environs de Montaigu et à Vieillevigne, en même 
temps qu'à Chàteau-Thébaud, ayant appris son empri- 
sonnement, envoya à Montaigu un de ses élèves et son 
cousin, avec mission de lui ramener son frère à tout 
prix. Mais ceux-ci trouvèrent le jeune homme iné- 
branlable. 

Il ne veut pas fuir, puisqu'il a donné sa parole, et il 
réfute toutes les raisons qu'on allègue pour le persua- 
der qu'il n'est pas tenu à sa parole. L'élève et le cousin 
reviennent désolés. M. Pierre Agaisse, au risque d'être 
pris à son tour, se rend secrètement avec eux à Mon- 
taigu, mais trouve son frère inébranlable. Ils l'engagent 
à protester qu'il n'est pas prêtre (il était alors diacre), 
mais il repousse ce conseil comme entaché de men- 
songe. 

Peu de temps après, le jeune prisonnier est transféré 
à Fontenay, puis de là Rochefort, pour être exporté à 
la Guyane. Cette fois c'était l'exil définitif et la mort 



piété faisaient penser à S. Louis de Gonzague. Aussi, dès 
qu'il le vit, le P. Baudouin Taima et s attacha a lui. (Vie du P. 
Batidimn.J 



— 78- 

Cet aimable jeune homme édifia lous los prisonDiers 

de Rochtîfort par sou humilité el sa charité. Qtiaïui de 
nouveaux déportés arrivaif^nt à ht prison, il Inur ren- 
dait les services les pins bas et les plus humiliants* On 
lo voyait ôter leur chaussure el leur baiser les pied^, se 
souvenant sans doute de cette paroln de nos saints 
Livres; < Quam speciosi pedes eoangclUaniium. * 

De là, il écrivait à sa mère sa joit^ dans ses souf- 
frances et sa conliance en Dieu : • Quelque ehose q\ii 
m*arrive, je serai toujours content, car je suis persuadé 
que tout sera pour ia plus grande gloire de Dieu et 
pour mon salut. Ce qui me console, c'est que c'est pour 
Dieu que je soulTro. Oh ! il m'en rêcompensern bien î ^ 



Le S décembre, étant encore a Rorhefort» il adressait 
une nouvelle lettre à sa mcre pour - - sup^ 

porter ses peines. Oubliant les - , ivait: 

« Dieu veuille augmenter et fortiîler en vous c^ cou* 
rage et cette résignation a la volonté de Dieu que je ne 
cesse et ne cesserai dadmirer en vous. Nous ne nous 
reverrons |»eut-étre jamais, mais ne nous abn'! is 

pour cela. Dieu le veut ainsi^ humilions-uou- iit 

lui, adorons ses desseins impénétrables, > Toutes les 
lettres qu'il écrivit à sa mère et à d'autres parentH, 
jusqu'à son embarquement, sont remplies des mêmes 
sentiments de soumission à Dieu et de douce joie. Un 
prêtre, <'ompagnon de sa captivité, a écrit de lui ces 
lignes qui nous le font bien connaître : 

t Une des plus chères occupations d'Agaisse était de 
consoler les déportés qui, chaque jour, arrivaient à 
Rochefort accables de lassitude, souvent après qua- 
rante et même soixante jours de marche, surtout les 
prêtres de la Belgique, A leur arrivée» il préparait leur 
humble couche, et plus d*unt' fois, sous prétexte dr îr*^ 
aider à ôler leur chaussure collée à leurs i 
meurtris, il les baisait avec respect. > Il était réduiru- 
tion de tous ces venerabh-s ministres du Selgnrîur. 

Ce fut le 12 mars 1798 qu*on l'embarqua sur la fré- 
gate la Charente, avec cent soixante-quinze autres de- 
portés. Bientôt après, il passa avec eux sur la frégate 
la Décade. 

Us étaient là nombreux, ces prêtres du la Frauuo^ (lê_ 
la Savoie et du la Belgique. 



-»- 

I^endant quatorze heures de nuit, et parfois plus 
longtemps, il leur fallait demeurer enfermés dans un 
infect entrepont où Ton ne recevait d'air que p<r 
deux ouvertures de trois pieds en carré, c'est-à-dire 
par les écoutilles qui servaient d'entrée et de sortie 
au moyen d'une échelle presque perpendiculaire, de 
laquelle plusieurs vieillards firent des chutes mor- 
telles. Dans cet entrepont se trouvaient entassés tous 
ces prêtres, la plupart infirmes, passant leurs quatorze 
heures dans des hamacs étroits, suspendus les uns sur 
les autres, de telle sorte que ceux qui couchaient dans 
les rangs supérieurs, lorsqu'ils cessaient, par leur 
poids, d'avoir la face contre le plancher de l'entrepont, 
pesaient sur ceux du rang inférieur. 

L'air de ce gouffre devenait bientôt si fétide que les 
sentinelles postées aux écoutilles, en dehors, demandè- 
rent que le temps de leur faction fût abrégé; et ce 
n'était pas sans quelque raison que le capitaine d'ar- 
mes chargé de faire rentrer les prêtres, tous les soirs, 
dans ce lieu d'infection, ne manquait jamais, en leur 
donnant toutefois une qualification pour le moins 
absurde, de fredonner à leurs oreilles ce vers d'une 
chanson d'alors contre les rois : 

« Tyrans, descendez au cercueil. » 

La journée était supportable pour eux, parce qu'ils 
en. passaient une partie en plein air, sur le pont, 
où ils prenaient leurs repas bien plus que modestes; 
mais le supplice de la nuit était si affreux que huit y 
périrent pendant la traversée, et leurs corps furent 
jetés à la mer. . 

M. Agaisse supporta volontiers toutes ces souffran- 
ces. Ayant abordé à Gayenne le 43 juin 1798, après trois 
longs mois de traversée, affaibli et presque mourant, il 
fut du nombre des quarante-cinq déportés qu'on plaça 
à l'hôpital. Quand il fut un peu rétabli, des personnes- 
charitables obtinrent de l'agent national qu'en raison 
de sa jeunesse et de sa faiblesse, M. Agaisse n'allât 
point dans le désert de Konanama, ni à Sinnamary, 
contrée plus affreuse. 

On le plaça alors chez un nègre, nommé Séverin, 
avec deux autres prêtres. 

I U n'avait aucun argent, écrit Mgr de Beauregard 



— 78 - 



qui l'a connu, et le gouvernement ne donnait rîéJi 
comestibles ni autres nécessités aux déportes plac* 
dans j.les habitations. Stnerin ne devait donner ' 
logement. On lui avait fait à Cayenne une j^ , 

désolante, mais trop vraie, du sort tiui raltendail à 
Jout y manque et on lui demanda; • Comment ferez- 
€ vous pour vivre? i 11 était d*une santé très deUcalei 

tt Celle (piei^tion lui était faite avec un tendre intérêt 
Un déporte répondit pour lui : t II travaillera a la terre », 
Cette parole brisa son cœur et il fut saisi d'un*? tris^ 
tesse profonde. » 

Certes, il avait raison de s'aftlîger. Situé le long d( 
Tembouchure de la rivière de Cayenn**, ce lieu flaîB 
brûlant et Ton était dévoré par les moustiques la 
nuit et le jour; sans aucun moyen de se préserver (U 
leurs piqûres incessantes. Point d*eau potable, n 
fruits bons à manger, la plupart au contraire étaien" 
propres à empoisonner. Aussi celte habitation était 
elle appelée Tout y manque. Agaisse n'avait pu recou* 
vrer complètement la santé et se soutenait a peine, 
manquant de tout. La faiblesse, les privations, U 
climat, amenèrent une lièvre bilieuse; il ne fut poin 
soigne et succomba en peu de jours. 

C'était le 22 septembre 1798. 

Un déporté, qui n'était pas prêtre, revenu de Cayenne] 
en 1803| écrivait : * Le jeune M. Agaisse, avant sa mortJ 
pouvait être mis au rang des saints et même des 
martyrs» f Un vénérable prêtre déporté, revenu de la 
Guyane, disait, en 1805, qu'il allait souvent au tombeau 
du jeune martyr dunt il avait admiré les vertus, et que 
toujours il en revenait paisible et résigné à ses maux 

Enfin Mgr de Beauregard , exilé également i 
Cayenne, et qui succéda à M, Agaisse dans la maîsott 
du nègre Séverin, a ôcriLces lignes à la louange du 
jeune abbé : 

f Je demandai le lieu où était son tombeau. J'y allais 
presque tous les jours prier pour mon jeune ami et pour 
moi. Je rétablis sur sa fosse une petite croi.v que les 
nègres y avaient plantée. Pauvre M, Agaisse! Je ne 
doute plus de son bonheur! Je n'ai jamais prié sur son 
tombeau sans éprouver plus de soumission ix mes peines 
Quand je dus sortir de son insalubre demeure, je fus 
dire le dernier adieu à mon ami et le louer à Tcmbli ûo 
tous les hommes. Mais moi je ne roublierai jamais et 



quand je célèbre la messe, où je prie toujours pour 
ceux de mes confrères décèdes en exil, mon âme se 
repose un moment sur le tombeau du cher Agaisse. ^ 

c Ce tombeau était sur le bord d'un bois. J'aurais 
voulu y prendre du repos, mais les insectes dévorants 
venaient me disputer cette romantique retraite. En 
Europe, nos bois, nos bocages, nos forêts réalisent, en 
effet, par leur fraîcheur, les douces images que s'en 
forme l'imagination. Les bois de la Guyane sont impé- 
nétrables et le moindre inconvénient est d'en être 
déchiré. > 

Voilà quel triste séjour était assigné aux prêtres de 
Jésus-Christ fidèles à leur devoir. 



«-M- 



CHARLES AU6IS 

PRÊTRE LAZARISTE, CURÉ DE BEAULIEU-S.-MAREUIL ({) 
DESSERVANT DE LA MEILLERAYE 

1728-1796 



Le cardinal de Richelieu, pendant son ëpiscopat, 
avait fait venir à Luçon des prêtres de la congrégation 
de la Mission. Plus tard, une fondation ayant été 
faite par M. Jean Bampillon, curé de Beaulieu-sur 
Mareuil, en faveur de ces religieux, la maison des 
prêtres de la Mission fut établie à Beaulieu. 

Ils étaient au nombre de quatre. 

Mgr de Barillon, qui les estimait beaucoup et avait 
reçu de S. Vincent de Paul une bénédiction spéciale 
à r&ge de trente ans, demanda un cinquième prêtre 
pour les missions du diocèse, et par testament il légua 
six mille livres pour la fondation d'un sixième mis- 
sionnaire. 

En 1767, les Lazaristes de Beaulieu furent appelés 
par Mgr Gaultier d'Ancyse à diriger le séminaire de 
Luçon. Ils durent abandonner les missions. A dater de 
cette époque, la maison de Luçon n'en fit qu*une avec 
celle de Beaulieu. 

Celle-ci porta longtemps le nom de couvent. 

Placée sur le point le plus élevé de la colline, elle 
était agréablement située et, de ses fenêtres, on aper- 
cevait la plaine, le marais avec ses innombrables 
canaux et, dans le lointain, la mer. 

En 1778, la présence de M. Charles Augis au couvent 
de Beaulieu est constatée par le procès-verbal de la 
visite de Mgr de Mercy. M. Augis faisait les fonctions 
curiales dans cette paroisse, M. Jean-Baptiste Barbault 
était le supérieur. 



(i) Cette paroisse, supprimée au Concordat, fut réunie avec 
celle de Belienoue à la paroisse actuelle de Château-Guibert. 



I 



Àprès avoir refusé le serment à la Constitution civile, 
M. Augis voulut exercer encore sa charge curiale. Mais 
des mesures de rigueur furent prises contre lui et il 
dut se rendre à Fontenay où il jouit quelque temps 
d'une liberté relative, à la condition de se présenter 
chaque jour devant la municipalité (1). Comme les 
autres prêtres insermentés du diocèse présents à Fon- 
tenay, le curé de Beaulieu fut enfin arrêté et interné, 
jusqu'au 28 mai 1793. époque à laquelle l'armée ven- 
déenne lui rendit la liberté, lors de la prise de cette 
ville. 



Au lieu de fuir et de quitter la Vendée, M. Augis 
n'aspirait qu*à se rendre utile, malgré les dangers de 
mort auxquels il était exposé ; il se retira à la Meil- 
leraye, quil desservit avec zélé et courage, depuis 
le mois de juin 1793 jusqu'au 11 avril 1796. 

Pendant ces années de persécution, le ministère 
paroissial était particulièrement pénible. 



(1) Cet appel était nominal. Chaque prêtre signait pour consta- 
ter sa présence. Tous les jours et par tous les temps, il fallait se 
présenter à la municipalité à onze heures du matin. Ces convo^ 
cations devinrent de plus en plus pénibles et vexantes. Le 
dimanche, elles avaietit lieu plus sévèrement que les autres jours 
pour empêcher les prêtres d'aller dans les paroisses voisines dire 
la messe ou rendre service aux fidèles délaissés. Ces vénérables 
confesseurs avaient toujours affaire avec un commissaire à Thu- 
meur maussade, peu sympathique d'ailleurs et ennuyé de cet 
office quotidien. Les clubs, les meneurs avaient là des vauriens, 
des femmes ou filles du peuple au cœur endurci par le vice et 
l'impiété, qui souvent accablaient d'injures les ministres de Dieu. 
Les soldats placés à l'entrée de la salle , loin d'empêcher ce dé- 
sordre, l'encourageaient parfois et en faisaient l'objet de leurs 
plaisanteries. Des membres mômes de la municipalité venaient 
aux fenêtres voisines pour jouir de ce répugnant spectacle et se 
réjouir entre eux des sarcasmes, des outrages et des blasphèmes 
dont la populace abreuvait ces prêtres paisibles et humiliés. Les 
vauriens épuisaient sur eux leurs sottes et sales plaisanteries, et 
les prêtres ne pouvaient se défendre. 

Quelle vie chaque jour I Et ce n'était que le commencement des 

épreuves. 

6 



-84- 

Sa présence csl signalée au Synode du Poirè-sur* 
Vie (I) en 1795. 

Un témoin et un guide de M. Augis dans ses 
courses à travers le bocage vendiien a écrit : c Nous 
ne faisions tous les deux que marcher à droite el k 
galoche, et pendant toutes nos roules nous ne faisions 
que prier et reciter nos chapelets ou autres formules 
de prière, jour et nuit. Il n'y avait pas de temps doux 
pour nous. Nous voyagions comme deux mlsôrabloi 
sous la pluie, la neige, sous lu vent» le tonnerre, 
dans la boue, les marécages, les taillis, sans routeô 
ni chemins praticables, pour nous rendre où il était 
demande pour administrer les sacrements. 

i Nos habits déchirés, nos culottes frangées et dêfon* 
cées, nos chapeaux rabattus et attachés souvent avec 
des liens, sans force et sans vie, dans Tétat le plus 
pitoyable... Les bonnes gens nous faisaient bon feu 
rhiver, lorsque nous entrions dans leurs maisons, et 
avaient pitié de nous. On nous donnait des chemises 
et autres hardes à changer. De temps à autre, nous 
étions habilitas i faire rire le monde; nos hardes se 
trouvaient trop petites ou trop grandes. » 

Bien que cette situation offrit certains côtés qui 
eussent prêté à rire, elle était avant tout lamentable. Il 
fallait une forte dose de foi pour la supporter et vrai- 
ment elle ne décourageait pas le proscrit. Il y puisail 
matière à mérite et l'occasion de se dépenser pour le 
prochain. 

Mais les fatigues devinrent si excessives qu'elles dé- 
passèrent ses forces, M. Augis en tomba malade griè- 
vement et dangereusement. 

Maigre les l)uns soins que lui procurèrent de pieux et 
dévoues catholiques, il mourut dans la paroisse de la 
Meilleraye, le il avril 17S>6, à l'âge de soixante-huit ans 



{i] V. App^dkr, Il lu Un du voliimr 



-te- 



PIERRE BÂBIN 

CURÉ DE GOEX 

1794 



Au printemps de i792, le décret relatif à la Gonstitu- 
lion civile avait profondément irrité les habitants du 
marais de Saint Jean-de-Monts et des paroisses voisi- 
nes, qui craignaient avec raison de perdre leurs prê- 
tres. Déjà quelques troubles partiels s'étaient pro- 
duits (1). Le district de Challans, craignant de les voir 
se reproduire, envoya des troupes dans le pays. Les 
plus ardents parmi les catholiques, et qui n'étaient pas 
les plus sages, résolurent de briser, dans les églises, 
les bancs appartenant aux bourgeois patriotes : c'était 
leur manière de protester contre l'oppression reli- 
gieuse qu'ils subissaient de la part de ces hommes 
qui, partout, s'étaient emparés de l'administration 
civile, qu'ils savaient irréligieux et qui, dans leur 
pensée, n'avaient aucun droit d'occuper à l'église une 
place d'honneur. C'était là une vengeance inutile. 

Le 3 mai, les habitants de Goëx et de Saint-Révérend 
allèrent sonner le tocsin à Apremont, pour commencer 
là cette exécution. 

M. Babin s'était opposé à ce désordre, mais en vain. 
Un certain Gantin, d'Apremont, qui était chargé de 
répandre l'alarme, en sonnant le tocsin dans toutes 
les paroisses voisines, qu'il parcourait à cheval, pas- 
sant à Goëx, entre dans l'église et, malgré les protes- 
tations du vénérable pasteur, brise tous les bancs des 
patriotes notables. 

Le curé de Goëx n'en fut pas moins poursuivi par 
des troupes envoyées de Ghallans, car on le savait prê- 
tre fidèle et insermenté. Il quitta le pays qui devint 



(1) Un coup de fasil avait été tiré sur un vicaire assermenté de 
6aiûtJean*de-Mont8. 



— » — 

îîijfiL^c <a pL-fiiji^ i2.scr7?t:^!L. et sVnfnît dans le bû- 



3L D«x£&?t- V&iLfeTix assors ^ il fin fosîlié vers Mon- 



-85- 

M. BALLON 

CURÉ D'ARDELAY 

1794 



M. Ballon fut un de ces prêtres, infirmes ou âgés, qui, 
chassés de leur presbytère, exposés à toutes sortes de 
privations et de dangers, avaient demandé à Gharette 
de se retirer à Noirmoutier, comme en un lieu sûr et 
paisible. 

Le général était loin de partager leur confiance, l'Ile 
pouvant être cernée et occupée par terre et par mer, et 
il ne put s'empêcher de leur exprimer ses craintes; 
mais ces vénérables ecclésiastiques persistant à croire 
que la ville de Noirmoutier, avec ses 1800 hommes de 
garnison, était un asile à Tabri de tout danger, il n'osa 
refuser leur demande. Dix-sept prêtres du diocèse de 
Luçon et un de celui de Nantes s'y rendirent en 1792 
et 1793. 

Mais, au commencement de janvier 1794, une armée 
révolutionnaire de 6.000 hommes est envoyée pour 
s'emparer de l'Ile. Elle réussit à forcer l'entrée du Gois. 
Bientôt Barb&tre est envahi par ces barbares soldats. 
En vain les vieillards, les femmes, les enfants restés 
seuls dans le bourg demandent grâce ; tous sont impi- 
toyablement massacrés. Carrier avait donné Tordra c de 
tout exterminer, de tout incendier, i 

La garnison de Noirmoutier, à l'approche de l'en- 
nemi, se voyant dans l'impossibilité de résister, pro- 
posa de se rendre : c Nous ne devons, ni ne voulons 
composer avec les brigands ! » fut-il répondu, c Qu'ils 
soient tous passés au fil de Tépée ! i C'est l'arrêt de 
mort de tous les habitants. 

En vain le général Haxo demanda-t-il, au nom de 
l'humanité, que les vaincus fussent épargnés, à con- 
dition de se soumetttre. Il n'obtint qu'une promesse 
trompeuse. 

Cependant, sur cette promesse, la garnison se rendit. 



^86- 

déposa les armes en faisceau sur la place et se consti- 
tua. prisonnière dans Téglise; mais le lendemain, au 
mépris des droits les plus inviolables, les malheureux 
prisonniers furent conduits par escouades de soixante, 
à travers la rue de Banzeau, au lieu où se dresse au- 
jourd'hui une croix, et là impitoyablement fusillés. Là, 
tombèrent pêle-mêle ces valeureux soldats de la 
Vendée, qui avaient abandonné leur maison et leur fa- 
mille pour défendre la cause sacrée de la religion et 
aussi la royauté ; là, ces pauvres victimes se débatti- 
rent dans la boue, où elles étaient à demiensevelies. 

Les jours suivants, l'air étant empesté par ce char- 
nier humain, des hommes furent requis pour transpor- 
ter les cadavres dans les sables de la côte. 

Mais ce n'était pas tout : d'autres victimes restaient à 
trouver et à immoler. Si, grâce à l'intervention d'Haxo, 
l'ensemble des habitants de la ville fut épargné, un 
bon nombre de réfugiés venus de la Vendée, prêtres, 
vieillards, femmes sans défense furent traqués dans 
les maisons où ils s'étaient cachés, dans le bois de la 
Chaize et dans la campagne, plus ou moins blessés à 
coup de sabre ou de fusil. Dix-huit prêtres, victimes de 
choix, furent arrêtés et renfermés « agonisants pendant 
trois jours et trois nuits, dit Dugast-Matifeux, dans l'é- 
glise de Noirmoutier, et entin fusillés sur la place pu- 
blique. » 

M. Ballon consomma là son matyre commencé du 
jour où, chassé de sa paroisse, il avait erré à la recher- 
che d'un asile. Il était tombé sous les balles de la 
république impie et triomphante. 



— 87 - 



LOUIS BARITAUD 

CURÉ DE SAÏNT-ANDRÉ-d'ORNAY 

1731-1792 



M. Baritaud, ancien curé de Saint-Paul*en-Pareds, 
depuis 1758, prit possession de la cure de Saint- 
André d'Ornay, en remplacement de M. Louis Michel 
Voyneau, nommé curé de Notre-Dame-des-Lucs. 

M. Baritaud ne prêta pas le serment constitutionnel. 
Le dernier acte qu'il signe sur le registre de sa pa- 
roisse est du 8 juillet 1792. Bien que. d'après la loi, 
son âge avancé lui permit d'échapper à la déportation, 
il voulut partager le sort de la plupart de ses con- 
frères, n'ayant d'ailleurs aucune illusion sur le sort 
qui lui était réservé en France. 11 s'embarqua le 
10 septembre suivant aux Sables, pour TEspagne, sur 
X Heureux - Hasard , avec trente -huit prêtres de la 
Vendée. 

Son âge et ses infirmités ne purent résister aux fati- 
gues d'un si long voyage, aux émotions et aux priva- 
tions de Texil. Il mourut peu après son arrivée en 
Espagne (1). 



(1) D'après M. Bourloton. 



PIERRE-MARTIN BAUDOUIN 

GURi DE LUÇON, VICAIRE GÉNÉRAL 

1748-1796 



Né à Montaigu, M. Pierre Baudouin eut la gloire 
d'être le frère du R. P. Baudouin et le bonheur d'avoir 
une pieuse mère dont les vertus le conduisirent au 
sacerdoce. D'abord vicaire aux Brouzils, puis à Ghan- 
tonnay , il fit venir prés de lui son jeune frère et devint 
son maître de latin (1). Au mois d'août 1782, nommé 
curé à Angles, il y appela Louis -Marie et lui fit 
terminer ses humanités. Quelques années après, 
M. Pierre Baudouin passa, à l'importante cure de 
Luçon et eut pour vicaire Louis-Marie, récemment 
ordonné prêtre. M. Lebédesque était second vicaire. 

Formé au saint ministère par son frère aîné, M. Bau- 
douin jeune en remplit les fonctions avec un zèle 
extraordinaire. Le curé de Luçon, dont la santé était 
aff'aiblie, se reposait fréquemment sur le jeune prêtre 
du soin de la prédication. 

Cependant, l'orage politique grondait sur la France 
et la foudre allait éclater. Le 12 juillet 1790. rAsserablée 
Constituante, sans égard pour la courageuse remon- 
trance des évêques et foulant aux pieds les droits du 
Saint-Siège, décréta la Constitution civile du clergé^ 
qui devait être pour l'Eglise et pour l'Etat la source 
des plus grands malheurs. 

M. Pierre Baudouin n'hésita pas à signer contre 
elle une énergique protestation envoyée par le cha- 
pitre de Luçon, qui fut lue à l'Assemblée. 

Le 27 novembre, un décret statua que les évêques et 
les prêtres qui, sous huit jours, n'auraient pas fait ser- 
ment de fidélité à la Constitution civile, seraient cen- 
sés avoir renoncé à leurs fonctions. 



(1) Après avoir éié Télève de l'abbé de la Roche- Saint- André, 
«lore retiré à Montaigu. 



C'était un schisme que rAssemblée voulait créer en 
France. Mais le clergé était prêt à tout souffrir pour 
demeurer fidèle à la foi catholique, et celui de la Vendée 
plus résolu encore. Mgr de Mercy eut la consolation de 
voir la très grande majorité de ses prêtres Timiter dans 
son refus du serment. M. Baudouin aîné n'hésita pas 
un seul instant à rejeter le schisme, son frère limita 
et tous deux refusèrent énergiquement d'adhérer à la 
Constitution civile devant les magistrats de Luçon. 
L'abbé Louis-Marie appuya même son refus de ces 
paroles : c Messieurs, je vois bien que si vous eussiez 
fait partie du tribunal qui a condamné Jésus-Christ à 
mort, vous ne vous seriez pas. abstenus. » — c Non, 
certainement^ répondit l'un deux, ceux qui l'ont jugé 
étaient dans la légalité. » 

Parole épouvantable, bien digne de ces temps d'im- 
piété! 



Le clergé paroissial de Luçon fut ainsi le premier 
atteint par les mesures que provoqua la Constitution 
civile. La cathédrale étant desservie par le chapitre, la 
ville n'avait qu'une église paroissiale, Saint-Mathurin. 

Le 11 juin, la municipalité fit fermer cette église, 
ordonnant au curé de transporter les vases sacrés à la 
cathédrale et d'y célébrer désormais la messe. M. Bau- 
douin refusa. Le procureur de la commune requit 
l'abbé Gaudin, ex-oralorien, vicaire épiscopal constitu- 
tionnel de la Vendée, d'opérer cette translation, de 
faire fermer les portes de la cideoant église paroissiale 
et d'en déposer les clefs au greffe de la municipalité. 

Dés le lendemain, la commune prit un arrêté défen- 
dant à tout prêtre non assermenté de remplir aucune 
fonction ecclésiastique, et fit signifier copie de sa déli- 
bération au sieur Baudouin. Le curé et les vicaires de 
Luçon n'en continuèrent pas moins à dire la messe 
dans les chapelles, ce qui provoqua contre eux une 
information judicaire. La persécution s'accentuait. 



Cependant le digne curé de Luçon avait déjà subi 
une grave épreuve. C'était l'arrivée dans la ville épis- 



-91-. 

« oous persécute dans une ville ^ fuyez dans une 
« autre. • 

Au mois de septembre, après avoir célébré la fête de 
la Nativité de la Sainte -Vierge, il s'embarqua aux 
Sables d'Olonne, avec son frère et un certain nombre 
de prêtres du diocèse de Luçon. 



Les rivages de la France avaient disparu à Thorizon 
et M. Martin Baudouin, ne voyant autour de lui que le 
vaste Océan, sentit plus vivement les douleurs dont 
son âme était oppressée. Des pensées désolantes vien- 
nent assiéger son esprit. La France, lille aînée de 
TEglise, ne va-t-elle point être séparée à jamais du 
centre de l'unité ? Reverra-t-il jamais sa patrie, ses 
chers paroissiens exposés à tant de périls? 

A ces sujets de peine se joignait le délabrement de sa 
santé ; pour surcroît d'épreuves, une violente tempête 
s'éleva, durant plusieurs jours, et le navire à chaque 
instant semblait prés de sombrer. 

Le confesseur de la foi crut toucher à sa dernière 
heure, mais il n'était pas temps encore pour lui d'en- 
trer dans le repos éternel. Après six jours de navi- 
gation apparurent les côtes d'Espagne. C'était l'exil 
avec toutes ses tristesses et amertumes. M. Baudouin 
et ses compagnons saluèrent cependant avec quelque 
joie la terre hospitalière devenue leur refuge. 

Débarqués à Saint-Sébastien le 14 septembre 1792, 
ils furent reçus avec empressement par Mgr Le Quien, 
évêque de Dax, obligé de quitter la France dés le mois 
de juin 1791. Ce prélat accueillit avec beaucoup de 
bonté ces ecclésiastiques du diocèse de Luçon et leur 
indiqua les lieux où ils pourraient se fixer. MM. Bau- 
douin se rendirent à Valence et y furent bien reçus. 

Cet accueil favorable ne pouvait faire oublier leur 
patrie, dont les malheurs s'aggravaient chaque jour. 
La Convention ayant mis à mort Louis XVI, les na- 
tions étrangères, indignées de cet attentat, s'unirent 
pour le venger. Le gouvernement espagnol conseilla 
aux ecclésiastiques des villes frontières de la France 
de se retirer à l'intérieur du royaume. Cette mesure 
parut pénible aux exilés, mais ils durent se soumettre. 

A quelque distance de Valence^ MM. Baudoin quit- 



— 92 — 

tant colle villo, furent arrêtés ci pillés par uoo troupô 
de voleurs qui les meuacèrenl de hîurs fusils, peudiint 
qu'ils les dévalisaient : t Avez- vous peur, dit Tun des 
voleurs aux MM. Baudouin ? — Non, répond Louiâ* 
Marie, ma vie est entre les mains de Dieu, il en est 
le mrdtre, S*il veut vous la livrer, que son saint nom 
soit béni ! » Les voleurs, ue trouvant sur lui qu'une 
piastre, se regardent les uns tes autres, et l'un d*eux 
dit avec raccent de la pitié : PobrecUo^ le pauvret ! Ils 
n'étaient pas riches, nos pauvres exilés t 

Apres avoir passé Madrid, ils arrivent à Tolède, 
épuisés de fatigue et dénués de tout. L'archev»>que de 
cette ville ne put voir sans une profonde piti< 
pectabies confesseurs de la foi réduits ii un r 
plorable. Il s'empressa de leur procurer un lo^emcar 
et le vivre. Ce fut chez un honnête artisan vivant uui- 
quement du travail de ses mains. 



Là, leurs journées furent employées à la prière, àl 
méditation et à Télude. Le temps que les pieux exilés 
ne donnaient pas à la prière, ils le passaient dans la lu* 
bliothëque de rarchevéchej étudiant rFcriture sainte^ 
les ouvrages des Pères et la théologie Dordinaire» ils 
terminaient leur journée par la visite de qurlMiin 
église pour y adorer le divin Maître et faire m< 
vers lui leurs soupirs, avec les gémissements dr in 
France chrétienne. 

Mais tant d'émotions et d'épreuves avaient grave- 
ment compromis la santé de M, le curé de Luron. Il 
dut entrer à Thospice de la Miséricorde^ où son frère le 
sui\it pour pourvoir à ses soins. Au bout de deux nioi| 
la santé du vénérable malade* fut assez bien rétabli 
pour qu1l pùl sortir de rhospice. La joie qu'eu ri*ssél 
lit son frère fut partance par tous les ecclésiastiqui 
français réfugiés à Tolède et auprès desquels M. Bau- 
douîn aîné jouissait d*une grande considération. 

Cette santé acquise provisoirement ne fit que pro* 
longer les peines de Tcxtle. Dnni<_'l et ses corn? s 

sur les rives de TEupbrate lùurnai»»nt conlinur ii 

leurs regards vers Jérusalem. Ainsi, sur les bords du 
Tage,M. Baudouin et ses compagnons d'exil élait'nl sar 
cesse occupés des maux de leur patrie qui toujours s'a 



gravaient. Les églises détruites, les autels renversés, 
les prêtres chassés ou égorgés, le feu, la ruine dans les 
campagnes de la Vendée, surtout les outrages à Dieu 
et à sa sainte religion, toutes ces lugugres images fai- 
saient verser fréquemment des larmes. Aussi que de 
ferventes prières montaient sans cesse vers le ciel, du 
fond de l'exil, pour la malheureuse France et pour la 
Vendée, qui venait de succomber dans sa lutte contre 
la Révolution. 

Tant d'inquiétudes et d'épreuves morales ravagèrent 
profondément le cœur et la santé de M. le curé de Lu- 
çon. Peu à peu ses forces se consumèrent. Ni les soins 
empressés de son jeune frère, ni les secours de l'art, 
ni les prières les plus ferventes ne purent retenir une 
vie qui s'échappait. Le pieux malade fut un modèle ad- 
mirable de patience et de résignation. Son sacrifice 
était fait du jour où il avait quitté sa paroisse et sa pa- 
trie, mais il regrettait de mourir si loin de ceux pour 
lesquels il avait vécu. 

Enfin, Dieu allait le récompenser et le rendre à sa 
véritable patrie. Ce fut le 4 septembre 1796, après qua- 
tre ans de séjour en Espagne et &gé de quarante-huit 
ans, qu'il rendit son àme à Dieu. 

Sa mort fut une grande cause de tristesse pour les 
prêtres réfugiés en ce pays, et notamment pour son 
frère, qui ressentit davantage l'isolement et les dou- 
leurs de l'exil. 

Une circonstance ajouta aux sentiments de regrets 
qu'éprouvèrent les prêtres français. Parmi les papiers 
du défunt, on trouva des lettres de vicaire général, qui 
lui avaient été données par Mgr de Mercy et dont il 
n'avait pas usé. 

L'humilité du vénérable prêtre avait laissé ignorer 
cette marque de haute estime de son évêque. 



LOUÏS-MARÏE-CLAUDE BAODRY 

CURft DE SAIKT-MALO-DU-lïaiS 



M. Baudry prit posseî^«iion do la cure rlc Salnt-Malo, 
lo 16 juin 177-2. Il dirigeait donc snn peuplo depuis 
longtemps dùjà, quand vinrent les mauvais jours de 
la R<:îVOlu(ian. Il élait altachu à sa paraisse et seis 
paroissiens n'étaient pas niuins atlaclies à lui. Âussii 
pasteur fidèle, il ne put se resigner h iiu4(ler î^cm 
troupeau. D'après le Journal dun fbnienaisien /><?/?• 
dant la Rùvolution, le 16 août 1792, il demanda à 
partir en exil. Ayant refus('! do prêter le :>t, 

il rourut de grands dangers en restant à Sai >, 

malgré les menaces dont étaient l'objet les bonâ 
prêtres, et cela d'autant plus que cette paroisse ûtaîl 
signalée, dés 1791, comme un foyer d'agitation roya- 
liste. 

Il est certain, en effet, que pendant toute la durée de 
la guerre les hommes de Sainl-Malo se portaient en 
masse à tous les appels des chefs de Tarmee vendéenne» 
Mais, chaque expédition terminée, ils rentraient dans 
leurs foyers, à Texception de 150 environ qui suivirent 
toujours Tarmée catholique. 

Ce qui faisait écrire a Dumouriez dans un r;: 'a 

29 décembre 1791 à radniinistratlon departerii • : 

« La paroisse de Saint-Malo, trop voisine do Saint- 
Laurent, est un des points de rassemblement, et si 
les volontaires n'étaient pas craints, ils seraient as» 
sommés.,. • 

Cela prouve que le vaillant curé de Saint* Malo, dès 
cette époque» pouvait compter sur la protection et la 11- 
délité de ses bons paroissiens. 

M. Baudry Tavait bien compris! Néanmoins, quaml 
arrivèrent les années terribles 1793-1794, ce (U'étre ne 
se crut plus en sûreté dans les maisons du bourg, ni 
dans les villages les plus isolés el les plus retirés de la 
paroisse. 



-.as- 
Une précieuse note, écrite de la main de M. Pichaud, 
l'un de ses successeurs, nous apprend qu'il s'était ar- 
rangé une petite cachette sous un tas de pierres, hé- 
rissé de broussailles, au beau milieu d'un champ de la 
métairie de la Mainfrére, appelé le Champ du Buisson. 
Dans ce réduit étroit et malsain on avait placé un ba- 
hut oblong, sorte de cercueil, où il se couchait pour 
dormir, chaque soir, quand il ne parcourait pas le pays 
pour administrer les Sacrements après avoir fait à 
Dieu le sacrillce de sa vie. 

C'est dans cette misérable cachette qu*on lui portait 
sa nourriture, quand les alertes continuelles et les 
bruits de guerre ne lui permettaient pas de sortir. Son 
chien fidèle rôdait sans cesse aux alentours, sentinelle 
vigilante, tout prêt à l'avertir et à le défendre si l'en- 
nemi qui passait à distance avait approché. 

Le soin de sa paroisse occupa sans cesse le pasteur. 
Combien de temps M. Baudry vécut il ainsi ? Notre pe- 
tite note ne le dit pas. Ce que nous savons seulement, 
c'est qu'un jour de cette année 17913, miné par les fati- 
gues, les privations, la maladie, le zélé pasteur sentit 
que sa dernière heure était proche. Son tombeau d'ail- 
leurs et son cercueil étaient prêts. Il n'avait qu'à s'y 
coucher une dernière fois pour y dormir son dernier 
sommeil. 

Cependant, l'un des braves métayers de la Main- 
frère, qui d'ordinaire pourvoyait à ses besoins, un 
nommé Robert, le voyant si épuisé, ne put se ré- 
soudre à le laisser dans sa cachette par les grands 
froids de l'hiver, il l'emmena dans sa maison pour 
être plus à même de lui donner des soins, malgré 
le danger qu'il courait lui-même. 

Grâce à cet acte de charité, le saint prêtre, martyr 
à sa manière de la persécution révolutionnaire, puis- 
qu'il ne voulut pas abandonner la paroisse confiée & 
ses soins, mourut paisiblement dans un lit, entouré 
de l'affection et des larmes de quelques paroissiens. 

Ceux-ci Tenterrèrent pendant la nuit, à la hâte, 
au milieu du cimetière de Saint-Malo. 

Tout porte à croire que M. Baudry mourut dans les 
derniers mois de Tannée 1793. 

Plus tard, ses restes vénérables furent exhumés et 



-9S- 

transférés dans le chœur de Fancienne égtise, qui ne 
fut pas brûlée pendant la Révolution (1). 



(1) Plusieurs autres prêtres pourvurent aux besoins spirituels 
de la population de Saint-Malo, dès 1794. D'abord M. Gasnault» 
vicaire de cette paroisse, qui, plus tard, quitta le pays et partit 
pour l'Espagne, dit M. Bourloton, où il se fixa à Tolède. Il est 
parlé de lui dans une lettre, datée de cette ville, du 12 mars 1796. 

L'autre prêtre fut un M. Goyàud, qui signe curé de SoM^Xam' 
dre, en Aunis, desservant de la cure de Saint-Malo, nommé par 
Mgr de Goucy, évêque de La Rochelle. Ce prêtre signe les regis- 
tres paroissiaux jusqu'à la fin de 1797. Il fut arrêté en 1799| mal* 
gré la présence de son frère, commissaire du Directoire exécutif 
à TAdministration départementale de la Vendée. (D'après Chro- 
niques paroissiales.) 




LA VÉRITABLE GUILLOTINE, A PARIS, 
PENDANT IJi RÉVOLUTION 

(MUSÉE CAIINAVALET) 



-98- 
ANDRÉ-GEORGES BRUMAULD DE BEAUREGARD 

CHANOINE THÉOLOGAL ET VICAIRE GÉNÉRAL 

1743-1794 



« On nommait André de Beauregard 
le saint liomme et c'est ainsi que le 
désignaient, à Poitiers, les Tieillards 
qui l'ont connu. » 

(Vie de. Jean de Beauregnrdp 

Cette sorte do canonisation populaire, décernée au 
pieux Georges de Beauregard, trouvera sa pleine justi- 
fication dans la Notice que nous allons lui consacrer. 

André était le frère de Jean de Beauregard, qui fut 
déporté et devint évoque d'Orléans. Nous parlons de 
lui ailleurs. 

Il naquit à Poitiers, le 17 mars 1845, d'une noble et 
religieuse famille encore dignement représentée dans 
le Poitou par M. Hilaire de Curzon, arrière-petit-neveu 
du saint théologal. 

Sa meilleure école fut celle du foyer domestique, 
dans la pure et saine atmosphère d'une famille des 
anciens jours, digne de donner à l'Eglise deux confes- 
seurs de la foi. 

Heureux l'homme à qui Dieu donne une sainte 
méro! 

André reçut du ciel cette faveur insigne de voir la 
beauté de la vertu lui apparaître près de son berceau, 
dans la douce et sainte physionomie de sa mère.- 
M™'' de Beauregard était une de ces femmes dont le 
méritée sullit à la gloire de leur maison. Inculquer à 
ses enfants l'horreur du mal, leur inspirer l'amour de 
Dieu qui partout les voit et partout les aime, en un 
mot les former à la solide piété chrétienne : telle était 
la plus active et la plus constante de ses sollicitudes. 
Tous ses exemples comme ses paroles étaient de vives 
et persévérantes leçons de vertu. 

Le jeune André profita si bien de celte éducation 
maternelle, que déjà M'"* de Beauregard pouvait Tappe- 



-»- 

1er son saint enfant, comme plus tard elle le nommera 
son saint théologal. 

Aussi, dès ses premières années, il faisait l'édiflcation 
de la famille. 

En 1763 il entrait au séminaire de Saint-Sulpice, et, 
cédant à Tattrait invincible qui l'attirait au sacerdoce^ 
il s'engagea bientôt dans les ordres sacrés. 

André était diacre quand son frère Jean alla le 
rejoindre au séminaire en 1768. Il faisait Tédiflcation 
de ses condisciples et de ses maîtres, dont il s'était 
concilié Testime et Tadmiration. Aussi le nouveau 
séminariste fut-il reçu avec une grande faveur : c Je 
ne vous demande qu'une chose, lui dit le célèbre abbé 
Couturier, c'est d'imiter votre frère. • 

On ne pouvait faire d'André un plus bel éloge. 



André de Beauregard, nommé chanoine de Notre- 
Dame de Poitiers, le fut bientôt de la cathédrale de 
Luçon, en 1762, sur la présentation de M. de la Roche- 
foucauld, ami de sa famille. • 
. Mgr Gaultier d'Ancyse, évêque de Luçon, attendait 
qu'il eût terminé ses études théologiques pour le fixer 
auprès de sa personne, quand le jeune prêtre prit la 
détermination d'entrer dans la Société des Sulpiciens. 

L'évèque lit alors passer le canonicat d'André sur la 
tète de Jean, son frère. 

La Providence disposait tout pour réunir les deux 
frères, pour rattacher leurs destinées à l'église de 
Luçon et en faire une des gloires les plus pures de la 
Vendée. 

Mais une santé minée par lo travail ne permit pas au 
nouveau Sulpicicn de travailler longtemps à l'éduca- 
tion des jeunes clercs. Quand il sortit de Saint- Sulpice, 
en 1772, Mgr Gaultier se hâta de l'appeler prés de lui 
avec le double titre de chanoine théologal et de vicaire 
général. 

En i776^ son successeur, Mgr de Mercy, lui continua 
la même confiance et les mêmes faveurs, ainsi qu'à son 
frère Jean. 

Les deux MM. de Beauregard habitèrent le même 
toit et vécurent de la même vie à Luçon. La joie de 
leur union fraternelle s'embellissait souvent pour eux 



de tous les charmes de la famille par la présence de 
leur pieuse mère et de leur sœur. M"* de Curzon, 
dont la terre était voisine de la ville épiscopale. De 
graves événements allaient troubler cotte joie et cette 
union. Comme s'il eût pressenti le terme prochain de 
sa carrière, André semblait vouloir beaucoup vivre en 
peu de temps et l'ardeur de son zèle, dit un historien, 
efirayait les âmes les plus saintes. 



C'est dans les dernières années qui précédèrent la 
Révolution que le théologal entreprit de fonder à 
Luçon, en union avec son frère, un pensionnat destiné 
à donner une éducation solide et chrétienne à une 
soixantaine de jeunes lilles de la noblesse et de la 
bourgeoisie peu favorisées des biens de la fortune. 
Les abbés de Beauregard n'étaient pas des hommes 
qui croient que la femme n'a besoin ni d'esprit, ni de 
littérature, ni d'une instruction religieuse très solide, 
pour remplir dignement dans la Société la place qui 
lui est assignée. 

Jean de Beauregard n'avait pas une confiance entière 
flans ce projet : t Le plan me parut très beau, a-t-il 
écrit, mais je le crus presque impossible à réaliser. 
Mgr de Mercy ne voulut repondre de rien I Tout le 
monde lui fut contraire et je craignais que nous ne 
fussions arrêtés par les dépenses. Le théologal nous 
disait avec une contiance inébranlable : t Vous verrez 
« que tout ira bien. * 

Et, en effet, lo pensionnat fut fondé sous le nom 
de Petit Saint-Cyr, qui réalisait bien la pensée des 
fondateurs, et ilote d'un revenu de 47,000 livres. On le 
eonlia aux religieuses de l'Union-Chretienne et, à leur 
tète, à M. Delresne, doyen du chapitre (1). 

Dans un cahier écrit de la main du fondateur, sous 
ce titre : Ce <ya'o/j se proposait dans le Pensionnat de 
Luçon, le saint théologal témoigne de la hauteur de 

(t) Au moment de la Révolutiou, le ponsionnat comptait 
environ quaire-viuiïts élèvos. U avait pour supérieure M™« Au- 
neau. Presque tomes les élèves suivirent la iirande Armée an 
passage de la Loire. Plusieurs de ces jeunes filles périrent par 
les armes lors de la déroute du Mans : d autres succombèrent sur 
le chemin, d épuisement et de maladie. 



— 101 - 

ses vues, et Ton peut constater que son intelligence 
était à la hauteur de sa vertu. 

Il avait aussi le projet de fonder un établissement 
pour Téducation des enfants des riches fermiers de la 
Plaine et du Marais. Dieu lui a tenu compte, sans 
doute, de ce désir et de tant d^autres que n'a pu réali- 
ser cet apôtre, dévoré du zèle de la gloire de Dieu et de 
la sanctification des âmes. 



« Je dois à la mémoire de mon frère, a écrit Mgr 
de Beauregard, de déclarer que, dans le caurs de sa 
vie et surtout dans l'intimité de notre commun dç- 
micile, j'ô ne lui ai connu que des vertus. Il était vérita- 
blement humble et d'une douceur admirable, mais son 
àme était courageuse, et quand il était persuadé qu'une 
chose était juste, bonne et utile, il ne changeait jamais. 
11 avait le talent précieux d'user des circonstances. Il 
les attendait avec patience, disant parfois que la Pro- 
vidence faisait les affaires des hommes. * 

Sa charité envers les pauvres semblait en faire le 
Vincent de Paul de la ville épiscopale. Il donnait sans 
compter tout ce qu'il possédait et ne songeait même 
pas à se faire vêtir. Quand il venait à manquer de linge 
ou de vêtements, son frère lui faisaii porter ce qui 
était nécessaire, et quelquefois Jean eut de la peine à 
l'empêcher d'envoyer le tout à l'hôpital. 



Par suite de Tabsence de leur évêque, les deux 
MM. de Beauregard furent chargés de l'administration 
du diocèse durant la période difficile de 1790 à 1793. 
Ils s'associèrent à toutes les courageuses manifesta- 
tions des évêques et des prêtres de France contre 
l'odieuse Constitution civile du clergé. Ils firent impri- 
mer des dissertations et surtout les brefs du Pape ; ils 
répandirent ces écrits avec profusion dans tout; le dio- 
cèse. 

Ces protostations soulevèrent contre eux les timidesi 
les lâches, et un certain nombre d'hommes pervers, 
dévoués ou vendus à la Révolution. 

Un monsieur de V. . . était alors sénéchal de Luçon. 



— 108 — 

II (icvail toutG sa fortune à rEglise; il se rangea parmi 
le^; persécuteurs. 

Deux des brochures des abbé.^ de Beaun/f^'ard lui* 
avaient élu adressées. H eu fui irrité. Hencoutranl un 
jour les deux vicaires? généraux, il les inlerpoUo bru- 
talement, 

« Monsieur le Ihéologal, dit-il à André d'un Ion (!e^ 
eolére, prenez garde u vous, votre tète ne tient pa ~^ 
bien sur vos épaules. Et vous, Monsieur le grande 
chantre, <Ut-il à l'autre, on pourra vous envoyer à Ma- 
dagascar (1). • 

La menace î<'est en partie réalisée : André a porté sa 
tête sur Téchafaud, et Jean fut déporté à la Guyane. 

La perséculiou œmmençail 

Au mois d'avril 1791, on avait saisi, à Sainte-Her- 
mine, une lettre-circulaire envoyée par le theolugal 
au curé de la Uéorthe. 

Celte lettre, datée de Lueon^ ronleimil pour MM, b!| 
eurès des instructions sages et précises sur la eonduiU 
à tenir dans la célébration du culte cathoUiiue, en fac^ 
des intrus qui avaient envahi les églises paroissiales?" 
t Messieurs les curés, disait le vicaire général au nom 
de son èvéque, sentiront la nécessité de s'assurer au 
plus 161 d'un lieu où ils puissent exercer leurs roue- 
lions et réunir leurs lidéles, dés que le pasteur sehis- 
uialique se sera emparé de leur église. Une simple 
grauge, un autel portatif, une chasuble d'iuflienne, des 
vases d etain suiFironl, dans un cas de nécessite, pour 
célébrer les saints mystères t 

Monseigneur Févéque de Luron propose à MM. lus 
curés : 

< l*» De tenir un flouble registre où seronl iuerilâ les 
actes de bajdêuie, mariage et seiiullure des ratholique^ 
de la paroisse. Un de ces registres restera entre l(;ur!t 
mains, Tautre sera par eux déposé, tous les ans, calre 
les mains d'une personne de confiance. 

4 St* Ils tiendront un autre registre double où m^ront 
inscrits les acitïs de disjMMises coni'ernant les marîa;;e^ 
Ces ncte^ seront signés de deux lemoins sûrs et lidde: 

« 3^ Ils dresseront en secret un proces-verbal de 
l'institution du prétendu curé et de l'invasion \mv IuL 



(\) L*îLbbé Jean de 
vicairii celui de grand- 



it à h>u tiUre ile gracd* 



- !03 — 

faite de Téglise paroissiale et du presbytère. Dans ce 
procès -verbal, ils protesteront formellement contre 
tous les actes de la juridiction qu'il voudrait exercer 
comme curé de la paroisse. 

« Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien nous infor- 
mer du moment de votre remplacement, s'il y a lieu ; 
de rinstallation de votre prétendu successeur, des dis - 
positions des paroissiens à son égard; des moyens que 
vous croyez devoir prendre pour le service de votre 
paroisse et de votre demeure, si vous êtes absolument 
forcé d'en sortir. 

€ Vous ne doutez sûrement pas que tous ces détails 
nous intéressent bien vivement. Vos peines sont les 
nôtres et notre vœu le plus ardent serait de pouvoir, 
en les partageant, en adoucir l'amertume. 

• J'ai l'honneur d'être, avec un respectueux et invio- 
lable attachement, votre très humble et très obéissant 
serviteur. » 

On dénonça cette lettre, dans laquelle André de 
Beauregard exprimait si nettement son horreur du 
schisme et son attachement incl5ranlable à la foi ortho- 
doxe de l'Eglise. 



Le vicaire général fut traduit devant le tribunal 
criminel de Fontenay et emprisonné sous l'inculpa- 
tion • d'avoir envoyé des lettres anonymes, tenu des 
correspondances clandestines pour répandre une doc- 
trine dangereuse, et mis en circulation des écrits con- 
traires aux décrets de l'Assemblée nationale. • 

L'accusé, paraissant devant les juges, répondit fort 
noblement, dit son frère. Mais, comme il s'était servi 
des termes mêmes de la Constitution pour revendiquer 
la liberté d'exprimer sa pensée, il se reprocha toujours 
de n'avoir pas fait, on face du tribunal, une profession 
publique et éclatante de sa foi. Il chercha, depuis, 
toutes les occasions de réparer ce que la délicatesse de 
sa conscience appelait une lâcheté. 

On verra bientôt que l'avenir le servit à souhait et 
que sa profession de foi, devant les trii)unaux révolu- 
tionnaires, eut tout l'éclat et la grandeur du martyre. 



-104- 

André de Beauregard fut acquitté par le tribunal de 
Fontenay. Mais, le jour même où le jugement était 
rendu, arrivaient en Vendée les commissaires natio- 
naux Gallois et Gensonné. Ils prirent connaissance de 
cette procédure et blâmèrent hautement, dans leur 
rapport, le ministère public de n'avoir pas fait arrêter 
le criminel. 

A Tappui de leur dire, ils transcrivaient en entier la 
lettre au curé do la Réortho: t André Beauregard, 
écrivaient-ils, ex-grand vicaire de Tex-éveque de Luçon 
et chanoine théologal, âgé de quarante-neuf stns, a été 
l'un des conspirateurs les plus audacieux et les plus 
fanatiques ; prêtre réfractairc, il a refusé de prêter le 
serment de liberté et d'égalité. 

f Ses lettres et celles qui lui ont été adressées prou- 
vent qu'il ne s'est occupé qu'à répandre et à propager 
son système liberticide de résistance et de rébellion à 
la loi. 11 est constant que c'est lui qui a été le principal 
agent, dans le département do la Vienne, des ouvrages 
incendiaires et fanatiques fabriiiués par les ci-devant 
évoque et autres contn^-rèvolutionnairos. 

« Arrêté et conduit au Comilé de sûreté générale 
de la Convention et condamné à la déportation, il s'est 
soustrait à l'exécution do i\v jugement et n'a fait usage 
de sa liberté que pour se rendre dans les départements 
de la Vendée et des Doux-Sèvres pour y fomenter la 
guerre civile qui a éclaté. 

€ Les réponses do co oonspiratour, lors do son arres- 
tation, ne font qu'ajoute;' à la nôcossilè do faire subir à 
ce scélérat la peine do ses forfaits. » 

€ Cet acte d'accusation, dit Dom Chamard, est un 
titre de gloire pour le saint théologal et prouve qu'il 
est mort martyr pour la foi catholique. * 



L'inculpé parvint à se procurer le rapport dos com- 
missaires. 11 le fit imprimer et répandre dans toute 
la Franco, avec une vi^^ourcuse réponse qu'il signa et 
qui acheva de déchaîner conlro lui toutes les fureurs 
révolutionnaires. 

On voit qu'il ne craignait ni les tyrans ni la mort. 

f Si on appelle coalition, ocrivait-il, le développe - 
m ent des principes do la foi, un ferme attachement 



— lOS - 

à rautorîté de TEglise et â son légitime pasteur, 
elle existe, cette coalition, entre Mgr de Mercy et 
la grande majorité de son clergé. Ils ne s'en défendront 
pas. Mais' ce n'est pas à l'époque de la prestation du 
serment qu'elle a p^ris naissance ; ce n'est pas dans le 
territoire du département de la Vendée qu'elle est cir- 
conscrite ; elle s'étend à tous les légitimes pasteurs, à 
tous les fidèles enfants de l'Eglise catholique. 

f Ce concert d'attachement à l'enseignement, à la 
juridiction de TEglise et à ses légitimes pasteurs, fondé 
sur l'autorité de l'Ecriture, sur la foi de tous les siècles, 
sur la nature même de la juridiction spirituelle, nous 
ne pouvons nous dispenser do le dire, serait-il un plan 
d'opposition à la loi ? 

€ Est-ce un plan d'opposition de ne point reconnaître 
pour pasteurs de l'Eglise des ministres que l'Eglise n'a 
pas institués ? Mais c'est un point essentiel (jui tient au 
dogme de la foi, que tout pasteur institué par la seule 
puissance civile et sans les formes canoniques n'a 
dans TEglise aucun pouvoir légitime ; que ceux qui 
méconnaissent l'autorité de l'Eglise ou de ses légitimes 
pasteurs se rendent coupables de schisme ; que ceux 
i\m occupent leur place sont des usurpateurs que 
l'Eglise désavoue, que les fidèles doivent méconnaître 
ot qu'il faut éviter. 

€ Il est bien démontré, par le rapport de MM. les 
commissaires, que les habitants de la Vendée conser- 
vent pour leurs anciens pasteurs un attachement 
presque unanime ; qu'ils ne sont pas moins éloignés 
de reconnaître ceux que la nouvelle Constitution leur 
présente. Mais, est-ce un crime aux yeux de la loi, qui 
accorde la liberté des opinions et du culte? Quoi ! ne 
point changer de foi avec les événements, croire 
aujourd'hui ce qu'on croyait hier, ne point admettre 
une Eglise différente de celle que dix-huit siècles ont 
admise, ce serait ce qu'on appelle un système d'oppo- 
sition aux décrets ? 

« Et cette liberté n'est refusée qu'aux catholiques 
romains, ou, s'ils en font usage, (*lle est dénoncée 
comme l'effet d'un complot criminel, le résultat de la 
politique intéressée de prêtres égarés et factieux ! 

f Ah ! sans doute, ils avaient intérêt puissant, ces 
généreux pontifes, lorsque, sourds aux cris des tribuns 
et à la fureur d'un peuple qui fait entendre ses me* 



— 108 — 

naces autour de rAsscmblée, ils ont refusé le serment 
au péril de leur vie, avec une fermeté, une unanimité 
qui a fait naître, dans les cœurs aigris par la haine, le 
sentiment de l'admiration ! 

a Mais quel intérêt supérieur à celui de la foi a pu 
soutenir lo courage do ces dignes successeurs dos apô- 
tres qui nous rappellent, dans ce siècle irréligieux, les 
plus beaux t(»mps de l'Eglise, et relèvent, par leur con- 
stance, la gloire de Tépiscopat dépouillé ? 

« Est-ce un autre intérêt qui a déterminé ces vénéra- 
bles curés à renoncer à tout, plutôt qu(^ d'admettre un 
serment que leur conscience réprouve ? Dépouillés de 
leurs revenus, réduits à un traitement humiliant et in- 
certain, les entendez vous se permettre la moindre 
plainte ? Destitués de leur place, chassés de leurs de- 
meures, placés entre les remords et l'indigence, ont-ils 
cessé de montrer la même résignation, le même atta- 
chement à leurs principes ? Les a-t on vus opposer 
la résistance à l'autorité, à la calomnie des dénoncia- 
teurs? Non : leur silence, celui de leurs adversaires 
déposent également en leur faveur, et seuls suffi- 
raient pour prouver qu'ils ne sont pas moins amis de 
Tordre et de la paix que lidéles à tous les devoirs dont 
les ministres des autels doivent donner Texemple. » 



Comme Gallois et Gensonné, les jacobins de la con- 
trée estimaient que la liére et libreparole du théologal 
était un danger pour hi République. Ils résolurent de 
se défaire à tout prix de cet inflexible adversaire. An- 
dré de Beauregard, sur un avis secret du procureur 
syndic du département, prit le parti de s'éloigner de la 
Vendée. Il alla rejoindre son évêque à Paris, le 16 no- 
vembre 1791. 

Ce n'était pas le souci de sa sécurité personnelle qui 
pouvait lui inspirer une pareille détermination; il se 
jetait au contraire dans le jjIus ardent foyer de la 
persécution religieuse. Mais il voulait sans doute 
informer Mgr de Mercy de la situation exacte du dio- 
cèse, rendre compte de son administration, et prendre 
pour l'avenir l'avis et la direction de l'autorité épiseo- 
pale. 

Le séjour de l'abbé André dans la capitale se prolon- 
gea jusqu'au Ifi octobre 1792. 



- 107 — 

Que fit-il pendant ces onze mois ? A défaut de ren- 
seignements biographiques bien précis, nous pouvons 
tout dire en trois mots : il mena la vie d'un sainte il se 
dévoua aux intérêts de l'Eglise, il fit l'apprentissage 
du martyre. 

En Vendée, un arrêté du Directoire départemental, 
daté du 9 mars 1792, le signalait avec M. Herbert, 
curé du Maillé, et les deux MM. Baudouin, comme 
un des ennemis les plus dangereux de la Constitution. 
Lui-même nous apprend que le 6 septembre, trois 
jours après le massacre des Carmes, il fut arrêté et 
cité devant un tribunal. Après l'interrogatoire qu'on 
lui fit subir, deux hommes, le sabre nu, furent char- 
gés de le garder à vue pendant vingt-quatre heures. 
L evêque intrus du Calvados, Fouchet, instruit de cette 
arrestation, courut à la section, sollicita chaudement 
la liberté du captif et finit par l'obtenir. 

Jean de Beauregard, que la persécution avait égale- 
ment chassé de la Vendée, était alors retiré chez sa 
mère, à Moulinet. 

« Nous apprîmes, dit-il, que les prêtres, les évêques 
détenus aux Carmes avaient été massacrés. Nous 
étions fort inquiets sur le sort de mon frère, le théo- 
logal de Luçon, dont nous n'entendions plus parler 
et dont la correspondance était interrompue. Nous 
restâmes plusieurs semaines dans ces vives inquié- 
tudes. Je savais que, fort estimé des évèques et sur- 
tout de ceux de Luçon et de Clermont, prélats fort 
distingués, il était admis dans leurs réunions et 
chargé par eux de plusieurs alTaires importantes et 
compromettantes. 

« Enfin nous le vîmes arriver, velu en laïc, dans un 
état déplorable et avec une grande tristesse. Ce bon 
frère était connu et estimé de tout le clergé, même 
parmi les prêtres infidèles. Il me dit une chose qui m'a 
toujours causé plus que de rétonnement, et à lui une 
douleur amère, car c'est la première plainte qu'il ait 
épanchée dans mon cœur : son évoque et surtout le 
doyen de Luçon son ami, avec lequel il partageait son 
logement, le quittèrent la surveille des massacres et 
s^enfuirent de Paris, sans lui avoir donné le moindre 
avis. » 

Les motifs qui décidèrent cette conduite de l'évêque 
ne nous sont pas connus. 



-- 108- 



Ce bonheur de se retrouver ensemble ne fui pas de 
longue durée pour les deux frères. Chaque jour pou- 
vait apporter à Moulinet les derniers malheurs. Le 
danger était tel que les deux prôtres ne célébraient la 
messe que secrètement et en pénétrant dans la cha- 
pelle par une petite fenêtre intérieure. L'abbé Jean 
nous a raconté coniment ils furent bientôt vendus par 
un traître. 

Vers la fin de décembre 4792, un officier de volontai- 
res frapi)ait à la porte de l?i maison de Moulinet, se di- 
sant allié de la famille et demandant Thospitalité. On 
lui fait un cordial accueil ; il dîne avec les MM. de 
B(»aurogard. et après avoir mangé de leur pain, après 
s'être chauffé à leur foyer, il courait à Poitiers pour dé- 
noncer ses hôtes. 

Le t^ janviiT 1793, vers sept heures du matin, les 
suspects virent arriver dans la cour une voiture et en 
descendre une femnu? voilée : c'était leur mère, qui, 
emprisonnée à Poitiers, s'était échappée pour venir 
leur apjirendre en pleurant qu'ils étaient exilés et les 
voir une dernière fois. Ils reçoivent cette nouvelle 
avec le ])lus grand calme, disent leur messe avec cette 
tranquillité d'ame quils portaient autrefois à Tautel 
du chapitre, puis tous deux se rendent à Poitiers, pour 
se mettre à la disposition de la justice républicaine. 

Le théologal tomba malade. Sa mère, qui voulait sau- 
ver au moins Tun de ses iils, obtint, à force de sollicita- 
tions, qu'André ne serait pas banni du sol français. 
Dieu voulait que cette cruelle faveur conduisît le saint 
théologal à la gloire du martyre. Son frère obtint d'al- 
ler en Angleterre comme exilé ! 



L'abbé André fut intei'né pendant trois mois à Poi- 
tiers. A la lin de mars 179i, on le transféra à Paris sur 
une charrette (^t on renferma à la Conciergerie. 

Là, sa vie fat toujours la nlèmc;, celh^ d'un saint. Il 
offrait aux malheureux compagnons de sa captivité les 
consolations de la piété chrétienne et les secours de 
son ministère. Il converlii l'évcque de Viviers, qui 
avait adopté his erreurs de la Con^UiuUon civile^ et qui 



-il»- 

les rétracta dans sa prison. On croit qu'il ne fut pas 
étranger à la conversion de M. Montault, évéque con- 
stitutionnel de Poitiers. 

Enfin, le 27 juillet, il comparaît devant le tribunal ré- 
volutionnaire, qui le condamne à mort, t comme l'un 
des conspirateurs les plus audacieux et les plus fana^ 
tiques^ comme prêtre réfractaire ayant refusé le ser- 
ment de fidélité et d'égalité, » 

La veille de son martyre, S. Flavien disait à sa 
mère : t mère vraiment pieuse et héroïque comme 
la mère des Machabées, ce qui m'arrive c'est juste- 
ment ce que j'ai toujours désiré; au lieu de pleurer 
ma mort, il faut vous en glorifier. » 

Tels étaient les sentiments qu'André de Beauregard 
exprimait à la sienne, dans une lettre admirable qu'il 
lui écrivit la veille de son supplice. 



Lettre d'André de Beauregard à sa mère, le 27 juillet 
1794 : 

« Je suis à la veille de comparaître à ce redoutable 
tribunal, où je suis traduit sans savoir pourquoi. Ma 
conscience ne me fait aucun reproche; je ne suis pas 
pour cela justifié. Le sort qui m'est destiné va, selon 
toute apparence, mettre fin pour moi aux épreuves de 
cette malheureuse vie : grilce à Dieu, il n'est pas im- 
prévu. 

I Prêt à paraître devant Dieu, il me reste encore des 
devoirs à remplir. Je vois en vous son image; c'est 
entre vos mains, ma digne et tendre mère, que je veux 
renouveler l'expression des sentiments que vous prîtes 
soin de transmettre à vos enfants. 

fJe crois tout ce que croit et m'enseigne l'Eglise 
sainte, catholique, apostolique et romaine, dépositaire 
de la vraie foi qu'il plût à Dieu de révéler aux 
hommes, et hors de laquelle il n'y a point de salut. Je 
veux mourir comme j'ai vécu, dans un fidèle attache- 
ment à sa doctrine. 

f Je rends grâce à Dieu des faveurs dont je suis 
redevable à sa providence paternelle. Je lui demande 
pardon des fautes sans nombre dont je me suis rendu 
coupable à ses yeux, et je m'humilie devant les hom- 
mes des scandales que je leur ai donnés. 



» J'implore Tassistanco do mon ange gardien, Tinter- 
cossion de S. André, mon patron, et des saints en qui 
j'eus une dévotion particulière ; celle de la sainte Vier- 
ge, à qui je fus dévoué dés mon enfance, et par une 
vocation marquée de la Providence, j'éprouvais plus 
d'une fois les effets sensibles de sa protection toute- 
puissante. J'espère qu'elle ne m'abandonnera pas à 
cet instant de ma vie, le plus important pour mon sa- 
lut. 

f Plein de confiance en la divine miséricorde, qui so 
déclare d'une manière plus éclatante pour les plus 
grands pécheurs, j'accepte en esprit de pénitence, pour 
l'expiation de mes péchés, le sacrifice de ma vie. Je l'ac- 
cepte, avec un cœur pénétré de reconnaissance, ce 
sacrifice que la foi me présente comme la plus pré- 
cieuse de toutes les grftces. Plus j'en suis indigne, 
plus j'ai lieu d'attendre, de la prédilection divine, lo 
fruit qu'elle attache à cette insigne faveur. 

f Qu'il me soit permis de le dire, ma chère bonne 
mère, en vous ouvrant mon cœur, (je dois à la bonté 
de Dieu ce témoignage), dans les épreuves auxquelles 
il a permis que je fusse soumis, j*ai déjà ressenti les 
consolants efi'ets de son infaillible parole. 

t C'est de vous que j'ai appris à le connaître ; et lors- 
que je médite ce que promet, à ceux qui seront jugés 
dignes de souffrir pour lui, Celui qui est la vérité et la 
rie, j<î crois entendre encore de votre bouche ces ex- 
hortations touchantes d'une mère de sept enfants, qui, 
sacrifiant au premier de ses devoirs ses plus chers 
intérêts, transmit à la postérité l'exemple le plus mé- 
morable de sa tendresse et de sa foi. 

c Je sens cette vertu puissante m'élevcr au-dessus 
de moi même, et, avec elle», la foi, la confiance se ré- 
pandre dans mon ûme. Si le moment du combat est 
si consolant, que sera-c(^ de la victoire ? 

f Ne vous allligez donc pas, ô la plus tendre des 
mères, de la situation de votre fils. Dans l'épreuve 
d'un moment, vous voyez la voie qui conduit à la 
vie. Et que sont toutes les tribulations du monde, en 
proportion de cette vie qui n'aura pas de fin? Soyez, je 
vous prie, ma chère bonne mère, l'interprète de ce 
que je voudrais pouvoir exprimer à tous mes frères, 
dans ces derniers moments. Vous savez combien fut 
étroite l'amitié qui nous unit; jamais elle ne souffrit 



*• m — 

la moindre altération. Les liens, que vous prîtes soin 
de former pour notre consolation et pour notre bon- 
heur, ne sont point rompus. J*ai cette confiance plus 
forte que la mort, ils nmis réuniront dans une meil- 
leure vie. 

€ Je ne sautais assez reconnaître les marques d'a- 
mitié que je reçus de mon frère aîné dans tous les 
temps, et les sacrilices qu'il lit au désir de vous être 
utile et à nous tous. Je prie Dieu qu'il soit la récom- 
pense de sa vertu et qu'il conserve auprès de vous 
notre consolateur et notre appui. 

€ Je prie Monfolon (i) de recevoir aussi l'expression 
de mes tendres sentiments et de ma reconnaissance 
de tout ce que le zèle et Tamitié lui inspirèrent de faire 
pour moi. Je sens tout ce que son cœur souffre de 
ce que nous sommes privés de la consolation de nous 
embrasser. Le mien gémit encore de l'éloignement de 
celui de mes frères à qui la Providence avait pris soin 
de m'qnir de plus près (2). Faites-lui parvenir, je vous 
prie, dès que les circonstances le permettront, les ten- 
dres expressions de mon amitié, fondée sur l'estime et 
la confiance, et de mes vœux pour lui. Puisse-t-il être 
l'interprète de mes sentiments auprès de ce digne 
évêque. que Dieu, dans sa miséricorde, donna pour 
clief à l'Eglise de Luçon; de ces vénérables confrères, 
de ces dignes pasteurs, qui m'offrirent de si grands 
exemples de zèle et de vertu. Ils savent combien m'é- 
taient chers les liens qui nous unissaient. Je renou- 
velle avec eux la profession des religieux sentiments 
(fui nous furent communs. Je les prie d'oublier les 
scandales que je leur ai donnés, et de se souvenir de 
moi dans leurs prières. 

f Je ne désire pas moins d'être rappelé au souvenir 
de ces dignes et vénérables confrères de ma captivi- 
té (3). Je mets au rang des grâces les plus précieuses 
rinstructibn et l'exemple que je trouvai parmi eux. 
J'espère de leur charité, qui fut pour moi si indul- 
gente, qu'ils voudront bien ne pas m'oublier. 

f J'embrasse ces chers enfants pour lesquels je par- 
tage avec vous les sentiments, de la plus tendre amitié. 

(\) Un de ses frères qui habitait Paris à cette époque. 

(2) Jean de Beauregard. 

(*i) Les prêtres incarcérés avec lui à la Visitation de Poitiers, 



- m - 

Ma consolation était de les voir croître sous vos yeux, 
et j'ai cette confiance que la semence que vous et leur 
vertueuse mère (1) prenez soin de répandre dans leur 
cœur, ne sera pas infructueuse. 

f Puisse ma situation devenir pour eux une leçoji 
utile ! Je recommande à Taîné de graver dans son 
cœur et de transmettre à ses frères le dernier avis 
qu'il a reçu de moi verbalement, le plus important 
de tous ceux que j'ai pu lui donner. 

4 Je voudrais également pouvoir rappeler ici tous 
ceux à qui je tiens par les liens du sang et de-Tamitié, 
ou par les devoirs de la reconnaissance. Vous serez 
l'interprète de mes sentiments que vous connaissez, 
auprès de ceux qu'il ne m'est pas permis de nommer. 

* Je prie mon ami (2) de lire dans mon cœur ce que 
je regrettais tant de ne pouvoir lui exprimer. Nommer 
mon ami, c'est assez vous faire connaître celui à qui 
est du ce titre qu'il possède depuis longtemps. 

« Puiss(i une famille chérie, qui fut pour nous l'objet 
de tant de soins, recevoir aussi l'expression de mes 
tendres sentiments. Je n'ai jamais douté de son atta- 
chement. Je recommande à son souvenir celui qui ne 
cessî* de s'occuper d'elle. 

f J'unis, ma digne el tendre mère, le sacrifice de 
tout ce qui fut cher à mon cceur aux sentiments que 
Jèsus-CHirist, mon Sauveur, conserva jusciu'à la lin 
pour sa sainl(^ Mère et pour c<.»ux (ju'il daigna appeler 
SCS frères et ses amis. 

« C'est au pied de la croix, que, vous embrassant 
pour la d<M'niere fois, je vous offre l'expression de ma 
soumission, de mon respect, de mes ï)1us tendres sen- 
timents et le regret -des mécontentements que je vous 
ai occasionnés. C'est pour vous, la plus chérie des mè- 
res, et pour tous ceux que vous aimez, c'est pour Tin- 
térét de la religion, pour notre malheureuse patrie, 
pour la persévérance des justes, pour la conversion des 
pécheurs, c'est pour tous ceux qui furent la cause ou 
l'occasion de nos peines, c'(îst i)our mes péchés, qu'uni 
par la foi à Jésus-Christ mon Sauveur souffrant et mou- 



(1) Anna-Julie Brumauld, sa sœur, veuve de J. J. Parent de 
Curzon. 

(2) M. Defresue, doyen du chapitre et vicaire général. 



tant pour moi, plein de coafiaiice en ses mérites, à sa 
parole, à ses divines promesses, je fais à Dieu le sacri- 
lice de ma vie. Je remets mon âme entre ses mains, b 

Quelle foi vive ! quel amour filial I quel courage dans 
cette lettre 1 Là tout révèle le chrétien parfait, surtout 
le prêtre. 

Cette lettre précieuse, écrivait le frère du martyr, 
Jean de Beauregard, semble tachée d'une larme. Peut- 
être la donna-t-il à la nature, ou bien elle serait une 
marque de la tendresse de notre vénérable mère. Pré" 
clause, en effet, cette lettre tachée ou plutôt enrichie 
d'une larme du fils héroïque, qui récrivit en face de 
Féchafaud, ou de l'héroïque mère qui eut la gloire et 
la douleur de la lire. 

Quand même André de Beauregard nous serait com- 
plètement inconnu par les actes de sa vie, nous le con- 
naissons désormais, et nous le voyons dans la vraie et 
pleine expression de sa physionomie. Ce testament 
Je son cœur nous révèle son âme, et sa mère, en lisant 
celte lettre, contemplait en quelque sorte le portrait de 
son saint théologal. 



André de Beauregard fit partie des vingt-trois der- 
nières victimes de Robespierre, et le même jour, 27 
juillet 1794, datait tout à la fois la chute du tyran et le 
martyre du théologal de Luçon. 

Au moment où cette dernière charrette allait partir 
pour la place de la Révolution, on fit observer à Fou- 
quier-Tinville qu'il y avait des troubles dans Paris et 
qu'il serait prudent, peut-être, de retarder cette exécu- 
tion. « Rien ne peut arrêter le cours de la justice », ré- 
pondit l'inexorable accusateur public. 

André garda jusqu'à la fin la pleine possession de 
soi-même, et on le vit marcher à la mort avec le calme 
ol la sérénité d une âme que Dieu possède tout entière. 
Il était accompagné de son frère, M. de Monfolon, 
non moins courageux que lui. En sortant de prison il 
rencontre une troupe de ces hideuses femmes, qui at- 
tendaient les victimes au passage pour profiter de 
leur dépouilles. C'était un droit qu'on ne leur disputait 
pas. La République se réservait les biens et le sang de 
ses victimes : elle abandonnait le reste. 

8 



Le bourreau jette à ces mégères le peu d'effets qu^on 
avait laissés au condamné. Elles s'arrachèrent ces mi- 
sérables vêtements, en poussant des cris sauvages. 

L'abbé de Beaurcgard, les entendant, revient sur ses 
pas: 

f Ah ! je vous en prie, mes bonnes femmes, leur dît- 
il avec une douceur angélique, ne vous disputez pas. » 
Il partage alors lui-même ses dépouilles, en s'efforçant 
de calmer leur répugnante avidité. Puis il reprend sa 
marche, en citant à son frère ce texte de l'Evangile : 
Diviserunt sibi vestimenta mea : ils se sont partagés 
mes vêtements. 

Ce nouveau trait de ressemblance avec la victime du 
Calvaire ajoutait un nouveau rayon à l'auréole de notre 
martyr. 

Quelques instants après, la tùte d'André -Georges 
Brumauld de Beauregard tombait sous le couteau na- 
tional (1). 

Comme ces âmes de martyrs se ressemblent dans 
tous les siècles, depuis S. Etienne et S. Ignace d'Antio- 
che jusqu'aux victimes do la Révolution française ! Une 
fois de plus vient de nous apparaître la douce et ra- 
dieuse image de la sainteté catholique, unissant dans 
un même (!œur les plus délicates tendresses de la piété 
filiale et de l'amitié h toutes les forces de l'héroisme 
chrétien. 

C'est le grand miracle que produit le christianisme 
dans le monde, depuis dix-neuf siècles, et c'est une des 
preuves les plus éblouissantes de sa divinité (2). 



(1) GtîiLLoN : Les Martyrs de la foi, M. de Hcauregard fut de la 
dernière charrette, veille de Thermidor. 

(2) Nous avons emprunté cette notice pres(jue entière au Mar- 
tyre de la Vendée, 



^ItB- 



GUILLAUME BELLIOT 

CURÉ DE BOULOGNE 

1793 



M. Belliot, d'abord vicaire de la Boissière-de-Mon^ 
taigu de 1774 à 1779, est mentionné, en 1788, comme 
curé de Boulogne. 

En 179i, M. Doussin, du Bourg-sous- Roche, célébrant 
un mariage à Boulogne, inscrivait dans Tacte que • le 
pasteur de cette paroisse est décédé Thiver dernier ». 
Il avait écrit d'abord « réputé martyrisé » , mais ces 
deux mots sont rayés. Par qui ? nous l'ignorons. 

Il faut en conclure que M. Belliot ne prêta pas le ser- 
ment, qu'il resta dans le pays, qu'il desservit la paroisse 
jusqu'à la fin de 1793, et mourut alors, peut-être tué 
par les républicains. 

Un récit digne de foi rapporte que le curé de Bou- 
logne s'était caché un jour chez les parents de M. La- 
vergne, récemment sacristain de l'église de la Roche- 
sur- Yon, qui habitaient Boulogne. Les Bleus firent 
une sévère perquisition dans la maison, et ils allaient 
découvrir la retraite du prêtre, lorsque les fils de la 
maison, qui servaient dans l'armée vendéenne, arri- 
vèrent subitement et sauvèrent M. Belliot, en faisant 
fuir la patrouille républicaine. 

Après la mort de M. Belliot, Boulogne fut desservie 
par M. Buet, ancien vicaire de Saint Pierre-des-Lucs, 
qui assista comme desservant de Boulogne au Synode 
du Poiré, au mois d'août 1795 (l). 



(i) M. BouRLOTON. Revue du Bas-Poitou. 



--UB.* 



NICOLAS BERNARD 

Né à Fontenay 

PRÊTBE CORDELIER d'ANCENIS 

1728-1793 



Le P. Nicolas Bernard appartient au diocèse de Lu* 
çon pat sa naissance. Ne voulant pas accepter les er- 
reurs de la Révolution contraires à la foi, il fut arrêté 
presque seul des religieux de son ordre et de son 
couvent (1), et emprisonné au château de Nantes le 
6 juin 1792, puis transféré à la maison de Saint-Glè- 
ment et de nouveau au Château. Pendant seize mois il 
eut à souffrir toutes les horreurs de la prison, et en 
particulier celles de la faim et du froid. Car M. Douaud, 
économe des prêtres détenus, écrivait, le 7 août, aux 
administrateurs : « Nous sommes réduits îi un seul re- 
pas par jour, i II ajoutait : c Presque tous les effets 
que nous avions ont été pillés. La plupart de nous 
sont dénués de tout. Comment se garantir des injures 
de la saison qui s'avance dans une maison exposée à 
tous les vents ; un bon nombre sont couchés dans des 
greniers mal couverts et mal fermés, sans feu, sans 
lumière et presque sans aucun secours. > 

Et toutes ces souffrances furent supportées sans 
plaintes et sans murmures : t Nous ne sommes pas 
accoutumés à faire entendre nos plaintes, » disaient 
les pauvres prêtres prisonniers aux administrateurs. 

Le P. Bernard, à raison de son Age , avait droit de 
s'exiler. Mais il préféra sa patrie et la mort à rexil,et fut 
victime de sa foi. Le 25 octobre 1793 on le transféra sur 
le navire la Gloire^ où la vie était plus pénible encore, 



(i) Los biens du couvent dos Gordeliors de Fontenay avaient 
été mis en vente dès le ly juin 1790 : ceux d'Ancenis furent ven- 
dus peu après. 



— 117 — 

surtout pendant l'hiver qui sévissait alors. C'était la 
dernière étape avant le terme de sa carrière. Il périt 
dans la terrible noyade ordonnée par Carrier dans la 
nuit du 15 au 16 novembre 1793. 

La rage des bourreaux y fut telle que si par hasard 
quelques victimes étaient sur le point d'échapper à la 
mort, ils s'acharnaient sur elles. Pierre Fournier, té- 
moin dans le procès des membres du comité révolu- 
tionnaire de Nantes, a déposé ce qui suit : « Il y eut à 
Nantes quatre-vingt-seize prêtres noyés vers la fin de 
brumaire. Quatre se sauvèrent à bord d'une galiote 
hollandaise. Us furent repris et noyés le lendemain. 
Ce fait m'a été certifié par le nommé Foucard présent 
à la noyade, et en faisant parade d'une paire de sou- 
liers qu'il portait à ses pieds et dont il avait dépouillé 
l'un des prêtres noyés (1). • 



(i) La Loire vengée. 



- Ii8- 



JEAN-LOUIS BIAILLE DU CLOS 

CURÉ DE SAINT -PHILBERT- DU- PONT -CHARRAULT 
1730-1793 



M. Biaille du Clos, né à la Guêmerniére, paroisse de 
Mouchamps, du mariage do Jean Biaille, sieur du Clos, 
et de Jeanne-Françoise Aubry, fut baptisé à Mou- 
champs le 7 novembre 1730. Destiné de bonne heure à 
la prêtrise, il occupa le poste de vicaire à Treize-Sep- 
tiers et, en 1857, il succédait à M. Palardy comme vi- 
caire de Saint-Philbert. Long et fructueux fut ce pasto- 
rat. En 1784 et 1785, son zèle et son courage se montrè- 
rent particulièrement auprès des malades, au milieu 
d'une cruelle épidémie qui ravagea sa paroisse pen- 
dant deux ans et enleva M. VioUeau, chirurgien habile 
et estimable, habitant Saint-Philbert. La Constitution 
civile du clergé le trouva inébranlable dans sa foi. 
Etant sexagénaire, il n'était pas soumis à la déportation 
par suite du refus du serment civique. Il fut mandé à 
Fontenay et jeté dans la prison de cette ville avec d^iu- 
tres prêtres âgés ou inlirmes (1). Les souilrances phy- 
siques et morales qu'il y ressentit allaient abréger ses 
joui:s. 11 fut sur le i)oint d'être égorgé avec les autres 
détenus des prisons de Fontenay, le 22 mars 93. Ce 
jour-là étaient arrivés dans cette ville 3,000 soldats de 
la Gironde et 500 de Marseille, pour renforcer les 
colonnes républicaines de la Vendée. Dans la soirée, 
ces soldais se portèrent aux prisons pour faire un 
mauvais parti aux détenus. CavoUîau, ceint de son 
écharpe tricolore, se (jranii)onne à la porte et s'écrie 
qu'il faudra passer son corps avant de pénétrer jus- 



(1) Parmi eux éuient MM. Rogues, Rodier, Guyard ei Do- 
mergue. (Voyez ces noms dans les i«' et 2* volumes.) 



- 119 — 

qu'aux prisonniera (1). Grâce à lui, ceux-ci ne sont pas 
massacrés. Il écrit aussitôt aux commissaires de la 
Convention, demandant que son autorité méconnue 
soit protégée et que l'indiscipline soit réprimée. Trois 
jours après, le 25 mars, les cinq prêtres nommés sont 
tranféres dans une autre prison (2). 

Un certificat de notoriété, délivré par la municipalité 
deMouzeuil, le 30 frimaire an II, porte que f Jean-Louis 
Biaille, curé du Pont-Charrault, était à la maison 
d'arrêt de Fontenay-lc-Peuple lors de rentrée des bri- 
gands dans cette ville (25 mai 1793). Il s'est éconduit 
avec eux avec la force armée. Il n'était pas sujet à la 
déportation, ayant plus de soixante ans. Ledit Biaille 
est décédé le 2 septembre 1793, âgé de soixante-deux 
ans. » Le 10 nivôse, an H, Charles-Franrois Biaille, 
maire de Mouzeuil et frère du défunt, présenta au 
Directoire du département une pétition t tendant à 
obtenir main- levée des saisies faites contre Biaille, ex- 
curé de Saint-Philbert, son frère, et jouissance des 
biens de ce dernier. » Le Directoire répondit par un 
refus : « Considérant que, d'après une pétition du 
citoyen Biaille, son frère est passé parmi les rebelles 
et qu'il est mort à Mortagne, arrête qu'il n'y a pas lieu 
de délibérer. » Cependant, dix-huit mois plus tard, les 
passions révolutionnaires étant un peu calmées, main- 
levée fut accordée par l'administration départemen- 
tale (3). 

(1) Cette intervention de Cavoleau est niée par plusieurs his- 
toriens. 

(2) C'est dans cette circonstance que le cruel Lequinio, d'après 
le témoignage de Prudhomme, étant à Fontenay, entend dire 
parmi le peuple que les prisonniers vendéens, au nombre de 
quatre ou cinq cents, étaient sur le point de se révolter par suite 
des souffrances de leur geôle. C'était un bruit vague qui venait 
des préparatifs d'une fête. Loquinio se présente dans la pièce où 
se tenaient les insurgés : « Où est, crit-il, le chef de la rébel- 
lion?... • Un homme, haut de six pieds, lui répond qu'il n'y a 
point d'insurrection, mais que les prisonniers craignent qu'on ne 
veuille les massacrer. Le ton de cet homme épouvante Lequinio 
qui lui brûle la cervelle : « Mes b..., ajoute Lequinio, si quel- 
qu'un d'entre vous ose remuer, vous serez tous fusillés; sur- 
veillez-vous, car vous répondrez tous les uns pour les autres. » 

On peut juger si les prêtres prisonniers souffraient de tous ces 
événements. 
(8) D'après- MM. Pontdevie et Bourloton. 



BILLÂUD 

CURÉ DE LA RÉORTHE 

1794 



M. Billaud était un des prêtres les plus recommanda- 
bles du diocèse. En 1791, M. Georges de Beauregard. 
vicaire général et chanoine théologal de Luçon, lui 
avait adressé une lettre pour être communiquée à ses 
confrères, dans laquelle était tracée une ligne de con- 
duite pour le clergé lidéle qu'on lira en note. Celte 
lettre fut interceptée par l'administration républi- 
caine, avant sa remise au destinataire, et attira l'at- 
tention et les foudres des gouvernants sur le curé de 
hi Héorthe. M. Billaud, pour échapper à ses persécu- 
teurs, se réfugia à Noirmoutier, s*y croyant on sûreté, 
avec seize autres prêtres vendéens Agés ou infirmes 
qui avaient demandé à Charette de s'y retirer. 

Mais, lors de la prise de celte île par les républicains, 
il fut pris et fusillé avec ses confrères et les chefs du 
parti catholique et royaliste. Il faut entendre les cris 
de triomphe et de joie de Bourbotte et Tureau dans 
une lettre au Comité de Salut public, le 8 janvier 1794: 

• Après avoir fait cerner cette ile de Noirmoutier par 
len bfttiments de notre petite flotte, nous la fouillâmes 
d'un bout à l'autre comme dans une chasse aux lapins, 
4d cette battue lit sortir des bois, des souterrains même, 
un déluge do prêtres et d'émigrés. 

« Nous avons créé à Tinslaut une commission mili- 
Uiint poiH' juger tous ces scélérats ; nous les avons 
fîjiit conduire au pied de l'arbre de la liberté! L'armée 
i'jiiiitvo s'est mise sous les armes, et tous ces nobles 
/:h^îvaliers, ces vengeurs de la couronne et de 
\ fifjliHc, ayant à leur tète li*ur généralissime, ont ete 
^'^jypés du glaive exterminateur, aux cris mille fois 
M ji'-l<'S par nos soldats de : Vive la République et 
^i'ft dùfijnscurs I * 

Ou verra que la lettre ci-conlie était plus compro- 



-121 - 

mettante pour Tauteur que pour le destinataire. M. de 
Beauregard fut, en effet, traduit devant le tribunal cri- 
minel de Fontenay (1). (V. la Notice qui le concerne.) 



(1) « Un décret de rAssomblée nationale, Monsieur, en date 
du 7 mai, accorde aux ecclésiastiques qu'elle a prétendu destituer 
pour refus de serment l'usage des églises paroissiales pour y 
dire la messe seulement; le môme décret autorise les catholiques 
romains, ainsi que tous les non conformistes, à s'assembler pour 
l'exercice de leur culte religieux dans le lieu qu'ils auront choisi 
à cet effet, à la charge que dans les instructions publiques il ne 
sera rien dit contre la Constitution civile du clergé. 

<t La liberté accordée aux pasteurs légitimes par le premier ar- 
ticle de ce décret doit être regardée comme un piège d'autant 
plus dangereux que les fidèles ne trouveront dans les églises 
dont les intrus se sont emparés d'autres instructions que celles 
de leurs faux pasteurs ; qu'ils ne pourraient y recevoir des sa- 
crements que de leurs mains, et qu'ainsi ils auraient avec ces 
pasteurs schismatiqucs une communication que les lois de l'Eglise 
interdisent. Pour éviter un aussi grand mal, MM. les curés sen- 
tiront la nécessité de s'assurer au plus tôt d'un lieu où ils puis- 
sent, en vertu du second article de ce décret, exercer leurs fonc- 
tions et réunir leurs iidèles paroissiens, dès que leur prétendu 
successeur se sera emparé de leur église ; sans cette précaution, 
les catholiques, dans la crainte d'être privés de la messe et des 
offices divins, appelés par la voix des faux pasteurs, seront bien- 
tôt engagés à communiquer avec eux et exposés aux risques 
d'une séduction presque inévitable. 

« Dans les paroisses où il y a peu de propriétaires aisés, il sera 
sans doute difficile de trouver un local convenable, de se procu- 
rer des vases sacrés et des ornements ; alors une simple grange, 
un autel portatif, une chasuble d'indienne ou de quelque étoffe 
commune, des vases d'étain suffiront dans un cas de nécessité 
pour célébrer les saints mystères et les offices divins. Cette sim- 
plicité, cette pauvreté, en nous rappelant les premiers siècles de 
l'Eglise et le berceau de notre sainte religion, peut être un puis- 
sant moyen d'exciter le zèle des ministres et la ferveur des fidè- 
les. Les premiers chrétiens n'avaient d'autre temple que leurs 
maisons ; c'est là que se réunissaient le pasteur et le troupeau 
pour y célébrer les saints mystères, entendre la parole de i)ieu 
et chanter les louanges du Seigneur. Dans les persécutions dont 
l'Eglise fut aflligéc, forcés d'abandonner leurs basiliques, on en 
vit se retirer dans les cavernes et jusque dans les tombeaux ; et 
ces temps d'épreuves furent, pour les vrais fidèles, l'époque de 
la plus grande ferveur. Il est bien peu de paroisses où MM. les 

curés ne puissent se procurer un local et des ornements tels que 

je viens de les dépeindre, et, en attendant qu'ils se soient pour- 



- I2i- 



LOUIS-JOSEPH BLANCHARD 

CURÉ DU BOURG-SOUS-LA-ROCHE 

1731-1734 



M. Blanchard fut nommé curé du Bourg en 1781, en 
remplacement de M. Maltesie. Il refusa le serment 
constitutionnel, mais ne voulut pas abandonner sa 
paroisse. Le mercredi de Pâques 1793, son vicaire, 
M. Jagueneau, et lui étaient encore au Bourg, tête 
levée, comme l'écrivait, ce jour-là, la prieure des Ceri- 



vus des choses nécessaires, ceux de leurs voisins qui ne seront 
pas déplacés pourront les aider de ce qui sera dans leurs églises à 
leur disposition. Nous pourrons incessamment fournir des pierres 
sacrées à ceux qui en auront besoin, et, dès à présent, nous pou- 
vons faire consacrer les calices ou les vases qui en tiendront lieu, 
t Monseigneur l'Evéque de Lucon, dans les avis particuliers 
qu'il nous a transmis pour servir de supplément à VInstruction 
de Langres, et qui seront également communiqués dans les dif- 
férents diocèses, propose à MM. les curés : 1«> De tenir double 
registre où seront inscrits les actes de baptême, de mariage et 
sépulture des catholiques de la paroisse. Un des registres restera 
dans leurs mains ; l'autre sera par eux déposé tous les ans entre 
les mains d'une personne de coniiance 2'* Indépendamment de 
ce registre, MM. les curés en tiendront un autre, aussi double, 
où seront inscrits les actes de dispenses concernant les mariages 
qu'ils auront accordés en vertu des pouvoirs qui leur seront don- 
nés par l'art. 18 de VInstruction ; ces actes seront signés de deux 
témoins sûrs et (idèles ; j)0ur leur donner plus d'authenticité, les 
registres'destinés à les inscrire seront approuvés, cotés et para- 
phés par Monseigneur Tévôque ou en son absence un de ses vi- 
caires généraux ; un double de ces registres sera remis à une 
personne de confiance. 3® MM. les curés attendront, s'il est pos- 
sible, pour se retirer de leur église et de leur presbytère, que leur 
prétendu successeur leur ait notifié l'acte de sa nomination et 
institution, et ils protesteront contre tout ce qui sera fait en con- 
séquence. 4° Ils dresseront, en secret, un procès-verbal de l'ins- 
titution du prétendu curé et de l'invasion par lui faite de l'église 
paroissiale et du presbytère. Dans ce procès- verbal, dont je joins 



— 143 — 

sîers (!) à la prieure des Bénédictines des Sables, en 
annonçant à la fln de sa lettre c qu'elle allait faire dire 



ici le modèle, ils protesteront contre tous les actes de la juridic- 
tion qu'ils voudraient exercer comme curé de la paroisse ; et, 
pour donner à cet acte toute l'authenticité possible, il sera signé 
par le curé, son vicaire s'il y en a un, et un prêtre voisin, et 
même par deux ou trois laïques pieux et discrets, en prenant 
néanmoins toutes les précautions pour ne pas compromettre le 
secret. 5» Ceux de MM. les curés dont les paroisses seraient dé- 
clarées supprimées sans l'intervention de l'évéque légitime use- 
ront des mêmes moyens ; ils se regarderont toujours comme 
seuls légitimes pasteurs de leurs paroisses ; et s'il leur était ab- 
solument impossible d'y demeurer, ils tâcheront de se procurer 
un logement dans le voisinage et à la portée de pourvoir aux be- 
soins spirituels de leurs paroissiens, et ils auront grand soin de 
les prévenir et de les instruire de leurs devoirs à cet égard. 6® Si 
la puissance civile s'oppose à ce que les fidèles catholiques aient 
un cimetière commun, ou si les parents du défunt montrent une 
trop grande répugnance à ce qu'ils soient enterrés dans un lieu 
particulier, quoique bénit spécialement, comme il est dit art. 19 
de VInstruetion, après que le pasteur légitime ou l'un de ses re- 
présentants aura fait à la maison des prières prescrites par le 
rituel et aura dressé l'acte mortuaire, qui sera signé par les pa- 
rents, on pourra porter le corps du défunt à la porte de l'église, 
et les parents pourront l'accompagner, mais ils seront avertis de 
se retirer au moment où le curé et les vicaires intrus viendraient 
faire la levée du corps, pour ne pas participer aux cérémonies et 
prières de ces prêtres schismatiques. 7° Dans les actes, lorsqu'on 
contestera aux curés remplacés leurs titres de curés, ils signe- 
ront ces actes de leurs noms de baptême et de famille, sans 
prendre aucune qualité. 

c Je vous prie, Monsieur, et ceux de MM. vos confrères à qui 
vous croirez devoir communiquer ma lettre, de vouloir bien nous 
informer du moment de votre remplacement, s'il a lieu ; de l'ins- 
tallation de votre prétendu successeur et de ses circonstances 
les plus remarquables; des dispositions de vos paroissiens à son 
égard; des moyens que vous croyez devoir prendre pour le ser- 
vice de votre paroisse et de votre demeure, si vous êtes absolu- 
ment forcé d'en sortir. Vous ne doutez sûrement pas que tous 
ces détails ne nous intéressent vivement; vos peines sont les 
nôtres, et notre vœu le plus ardent serait de pouvoir, en les par- 
tageant, en adoucir Tamertume. 

• J'ai l'honneur d'être, avec un respectueux ot inviolable atta- 
chement, votre très-humble et très-obéissant serviteur. 

« Georges-André de Beauregard. » 

(i) De la Ghaize-le- Vicomte. 



— m- 



la messe chanlée pour oblenir la paix t. Lo bonhnmm0^ 

ayoulait-elle, parlant du cure», m*a demandé de vc 
nouvelles. 11 me disait une fois : t Faudrait quïdle yien* 
drail faire ses pdquos ici ». M. Blanchard et M. Ja- 
RUi^neau coulinuorent à drts.sf^rvir le Bi "' Uu 

llû d'août 171)5. Les d»»rniurs actes d(î l r 

li»s re^iisti'cs paroissiaux sont du 30 cU^ t^o mois, * **ii 
vertu des pouvoirs extraordinaires accordés à tous Ié^s 
prêtres Jirléles par Mgr de Mércy» ùvéque de Luron, 
pefidanl la persécution de TEgiise en France. » M, Re- 
maud, dans ses Màmoires, njouto ces détails sur le 
vicaire du I*elil-Bourg^ M, Jafjjuoneau, parent de 
M. Payraudoau, curi> de Saligny, massacre aussi i»eu^^ 
dant la Këvolution, et, nomme lui, natif des Brouxila 
M. Payraudeau et M. Jagurmeau s'étaient r f- 
avec les vitM'Iles femmes et les enfants dans \n 
Hrala, pendant que les hommes valides < < 
sous les ordres de Chrirette. Bien que c* ui 

passai pour très sûre, ils furent surpris un jour par Jes 
Bleus et conduits prés du Poiré où on les massacra. La 
tradition locale rapporte que le massacre eut lieu sur 
In place de Saligny, dans un bas-fond ou coule le f > - 
seau La Mangeoire, au lieu dit le Pont'CaiUi 
M, Blanchard échappa à ce massacre. 

Lorsque Gharette se fut empare do Noîrmoutler, 
3Û septendire 1793, il délivra sur leur demande à dix- 
Iiuit l'cclésîastiiiues, et parmi luix M. Blanchard, <le.^ 
permissions pour aller dans cette lie se reposer de 
fatigues de la guerre et pour Ôtro moins exposés aux 
dangers. L*ahhe Remaud, dans ses Mémoires^ écrit ce 
foit : f Le général et moi nous gémissions du parti 
qu'avaii pris un aussi grand nond»re de prêlres. Nuu 
('lions loin de regardtu' t^onnue une retraite assurai 
une île que rimncmi pouvait atlaquer par mer et par 
terre avec des fon't^s redoutables; mais on ne pouvnit 
pas ralsonnablemcqil refuser à des ecclésiastiques ûgcs, 
la plupart infirun^s, un limi t|u'il regardaient comme 
celui du repos. 

« Nos presscnliments ne sont qun trop réalisés. L'il^ 
<le Noirmoulier fut reprise, le I" janvier 17U4, par les 
troupes do la République Toute la garnison fut rna.v 
>ar:rer et (Ml vit fusiller sur la place de Noirmoulier les 
dix-huit prêtres dti notre dioct»se qui étaient allés cher* 
cher un mameut de tranquillité et qui utj trouverait 



que la mort (1). Sur la liste administrative des victimes 
envoyées à la Société Populaire des Sables figure, sous 
le numéro 26 : c Nous, Joseph Blanchard, curé du 
Bourg-sous-la-Roche >. La copie est de la main de Mer- 
cier du Rocher. L'abbé Doussin du Voyer, qui desser- 
vait le Bourg en 1793, mentionne son prédécesseur en 
ces termes, dans un acte de mariage : « Le pasteur de 
cette paroisse a été martyrisé pour la religion. » 
M. Blanchard n'en avait pas moins été inscrit sur la 
liste des émigrés de la Vendée du 1" fructidor, an II, et 
ses biens, situés communes de Saint-Jean-de-la-Chaize 
et de la Perrière, avaient été conlisqués (2). 



(i) M. BouRLOTON. Revue du Bas-Poitou. 

(2) Une seconde paroisse existait avant la Révolution sur le 
territoire du Bourg-sous- la-Roche, celle de- Château-Fromage. 
Le gros village de ce nona, situé presque à l'extrémité de la com- 
mune, était le chef-lieu d'une très ancienne paroisse dont l'église 
avait pour patron S. Eutrope. « En 1793, dit M. Henri Bourgeois 
dans la Vendée Historique, Château-Fromage fut officiellement 
débaptisé, sous prétexte que Château avait un parfum trop aris- 
tocratique, et s'appela simplement : Les Fromages, Cette inepte 
débaptisation dura peu, mais Château-Fromage n'en demeura pas 
moins débaptisé comme paroisse; son église, incendiée pendant 
la Terreur, ne fut point reconstruite, et un jour vint où elle de- 
manda à être réunie au Bourg où se trouvait déjà le chef-lieu de 
la paroisse, et satisfaction fut donnée par une Ordonnance 
Royale de septembre 1827. » 



— 196-» 



LOUIS BLANCHARD 

VICAIRE DE LA BRUFFIÉRE 

1786-1794 



M. Blanchard, vicaire de la Brufflero, était originaire 
de Cugand, alors paroisse du diocèse de Nantes, comme 
la Brufflère. L'iiisloire et la tradition nous ont laissé 
peu de choses sur lui. Ce qu'il y a de certain dans sa 
vie de prêtre, c*est qu'il n'accepta point les idées €^t les 
erreurs de la Révolution et resta Jîdélc à sa con- 
science et à l'Eglise. Aussi fut- il chassé du presbytère 
paroissial. 

Le lieu qu'il choisit pour sa retraite ordinaire fut 
le village de la Poinstiére, situé au sommet d'un coteau 
élevé qui domine la Sévre. Mais cette cach(»tte était si 
insalubre qu'il se vit forcé de réchanj^^er contre une 
meilleure», et l'on ne sVtonnera i>as d(» savoir qu'il se 
cachait cntrtî quatre murs qui semblaient n'en faire 
qu'un; c'était une véritable (^av(M'ne, sans autre ou- 
verture qu'un trou pour y pénétrer. Il y régnait une 
nuit continuelle et une humidité dangereuse. 

M. Blanchard se retira donc au château de la Grange, 
qui joint le bourg de la Bruflièn^. 

Mais son asile fut vite connu : il fallut partir. Où 
aller? Que devenir? Quelle terre ingrate que celle de la 
France, quand la Révolution est maîtresse ! 

Sur les bords de la Sévre, au pied d'un coteau à pic, 
est un village, c'est Bapaunie. Ce village semble 
s'abriter sous d'énormes rochers qui le dominent et le 
menacent. Pendant quatre mois de Tannée, les rayons 
du soleil n'y peuvent pénétrer, à cause de la hauteur 
des coteaux voisins. 

On y arrivait alors par des sentiers impraticables. 
C'est le refuge que se choisit M. Blanchard, espérant y 
trouver enfin repos et sécurité. 

La famille Naud lui fit le plus bienveillant accueil. 
Elle le logea le mieux possible et il eut la facilité de 



— m — 

célébrer la messe dans une chambre assez spacieuse 
que Ton voit encore de nos jours, et sur un vieux 
meuble qui a été conservé. 

Comme son curé, M. Garaud, M. Blanchard n'eut pas 
la consolation de voir la fin de la Révolution et Taurore 
de la liberté et de la paix. Il ne devait plus revoir le 
presbytère qui Tavait abrité durant plusieurs années. 

Cest à Bapaume qu'il termina sa vie de souffrance, 
par une mort très pieuse, vers la fin du siècle, entouré 
des soins de Texcellente famille qui lui avait donné 
asile (1). 



(!) D'après M, Tabbé Charrieau, chapelain de Saint-Sympho- 
rien. 



~itt-. 



JEAN-BAPTISTE BODAILLE 

RELIGfELX CURDELIEU A FONTENAY 



Ce vénérable religieux était du couvent des Corde- 
liers de Fontenay à l'époque où parut Ic^écret de la 
Constituante sur la Constitution cioile imposée au 
clergé. Celui de Fontenay fut appelé, dès le 21 jan- 
vier 1791, à prononcer re serment. Mais la plupart des 
ecclésiastiques firent, par écrit, une déclaration qui 
peut se résumer ainsi : t Jo jure d'accf^pter la Constitu- 
tion cioile du clergé, excepte dans les choses qui 
dépendent essentiellement do l'autorité spirituelle. » 

Ce serment devait être plus explicite, et la municipa- 
lité de Fontenay eût voulu W faire retracter le 30 jan- 
vier suivant. Mais il fut maintenu dans les mêmes 
termes, devant tous l«»s membres du Conseil municipal 
et du Conseil général, par M. Bridault, curé de Notre- 
Dame, M. Sabourau<l, curé d(» Saint-Jean, les vicaires, 
1rs quatre religieux cordoliors, les Lazaristes et les 
professeurs du collège qui étaient prêtres. 

Bientôt, les événements se précipitent, et une loi 
parut qui ordonnait que tous les prêtres insermentés 
seraient déportés ou internes. 

Le P. Bodaille avait bien compris (jue la Révolution 
avançait à grands pas et qu'elle voulait supprimer tout 
d'abord les prêtres en France ; sans atteindre les der- 
niers décrets de proscription, il avait cherché à se met- 
tre en sûreté. 

Le 22 juin, un premier convoi de prêtres, partant 
pour Texil, avait quitté les Sabhîs-d'Olonne, sur la Pro- 
vidence. Parmi eux étaient le cordelier Bodaille et 
M. Paillaud, curé de Xieul-le-Dolent. Le navire arriva 
en vue de Saint-Sébastien le 25 juin, après une pénible 
traversée. • L'abbé Paillaud a écrit avec un charme 
particulier, dit M. Bourloton, le récit circonstancié du 
voyage, source précieustî de renseignements sur les 
premiers exilés. Vittoria, jolie ville voisine du pays 
basque, leur fut assignée pour résidence, et on les 



hospitalisa dans le couvent des Franciscains. C'est 
vraisemblablement dans ce monastère que le P. Bo* 
daille passa le temps de son exil et rendit son âme 
à Dieu, car on ne retrouve plus son nom. ni dans les 
mémoriaux de Texil, ni sur les listes des prêtres qui 
reutrèrent. en France au moment du Concordat, ni 
depuis cette époque. » 

Les trois autres religieux du couvent des Cordeliers 
de Fontenay avaient également refusé le serment : les 
PP. Pierre-François Bonnet, gardien, Pierre Biron et 
Claude Godron. 



— iso — 



JOSEPH-THOMAS BONNET 

VICAIRP: de saint - MARTIN - 1>ES - NOYERS 

1751-1793 



C*ost une dos nonibreusos victimes du féroce Carrier 
ot des noyud(*s de NaïUcs. Fils de Joseph Bonnet, mar- 
chand de drap, et de Anne-rélji^ie Allain, M. Bonnet, 
originaire d(^ Montai«^ai-Vendre, st; sentit de bonne 
heure incliiKî vers Télat ecch^'siaslique. Ses parents, 
très chrétiens, seeondènMit ses désirs, et il devint un 
prôtre édiliaiil. Vicaire à Saint -Martin -des -Noyers 
quand arriva la Hévolulion, il fut du nombre de ces 
prêtres vendéens, qui méritèrent d'autant plus la véné- 
ration et la eonliance des leurs paroissiens, qu'ils 
repoussèrent avec i)lus de fermeté rini(|ue (Constitu- 
tion civile, il quitta sa jiaroisse pour chercher un asile 
secret, tandis qu<» son curé. M. (iuillel, restait quelque 
temps encore, puis partait en exil le 9 sei)t(Mnbre 1792. 

Sans cesse i)Oursuivi et tra([ué, M I^Diinct fut pris 
enfin, conduit à Nant(\s et enferme dans l'ancien cou- 
vent des Carméliljîs. X'crs le mois d'août, on Tavait fait 
monter, avec plusiiuirs autres prêtres vendéens, sur 
un mauvais navire nommé la Gloire, sous prétexte <le 
les envoyer à la (luyane. Ils y soulfrirent beaucoup, 
soit par rinfeetion de reiitreiiont où ils étaient entas- 
sés, soit par les mauvais alimejits qu'on leur donnait à 
peine, soit par les insectes qui les dévoraient. 

yue de terribl(*s nuits passées dans cette prison où 
Ton pouvait à iieine respirer! La naviîiation n'était pas 
l)0ssible, les navires anulais ^^•lrdant alors les côtes; 
ces prêtres furent amenés à l'ancitMi jietit (louvcnt des 
C.apucins, d'où Carrier les lit ensuite reconduire sur 
le même naviri». 

Là, chaque^ Jour, rapporte Guillon, di» cruels gardes 
l(»ur annonçaient leur mort i)rochaine et leur enle- 
vaient les choses rjui étaient à hmr usage. Lorsqu'il fut 
décidé qu on les submerg(?rait dans un bateau disposé 



-13! - 

à cet effet, on les y conduisit, et, avant de les y faire 
entrer, on acheva de les dépouiller, ne leur laissant 
que la chemise et un caleçon : c'était pendant l'hiver. 
Par un raffinement de barbarie, ils furent attachés par 
un pied, quatre à quatre, pour les empêcher de se sau- 
A-er à la nage ; puis, dans la nuit du 16 novembre 1793, 
précipités dans la Loire. 



Carrier, qui avait surtout la haine du prêtre, cher- 
chait ce moyen. 11 venait de le trouver. Lier ces pri- 
sonniers, les faire entrer, sous prétexte de les trans- 
férer ailleurs, dans de grands bateaux, fragiles ou 
troués à dessein, puis lancer ces bateaux dans le 
fleuve et les faire sombrer, lui paraissait un moyen 
à la fois très sûr, facile et économique. Les victimes 
qu'on ne pourrait compter périraient sans bruit. Pas 
de fusillades, ce qui est une dépense; pas de guil- 
lotine, il eût fallu creuser des fosses et trop de sang 
eût été répandu. Par la noyade, le fleuve emportait à 
la mer tous ces cadavres. Quatre prêtres avaient pu 
s'échapper. Ils furent recherchés, repris, et. le lende- 
main, noyés. 

Bourreau vraiment féroce, Carrier s'applaudissait de 
sa cruauté et voulut qu'un festin fût célél)ré en mé- 
moire de cet événement. Ce festin eut lieu quelques 
jours après, dans la galiote même qui avait servi à 
noyer les prêtres, et que le proconsul avait donnée à 
son ami Lamberti. 

f II y avait, dit M. Lallié, une quinzaine de convives, 
et le menu devait être soigné si l'on en juge par la 
note du repas. Cette note, qui s'élevait à 364 livres, 
ne fut probablement jamais payée, car elle était en- 
core due l'année suivante au traiteur Gauthier. Lam- 
berty était assis à la droite de Carrier. O'Sullivan, 
Fouquet, Robin étaient du nombre. 

« Ce repas fut très gai, naturellement, et Lamberty 
anima beaucoup la société en contant qu'au moment 
où s'abîmait dans l'eau le bateau qui contenait les prê- 
tres, il leur avait crié : c Ah ! b . . . Voilà le moment ! 
• Faites un miracle. » Aussi Carrier proclama-t-il Lam- 
berty le révolutionnaire le plus accompli qu'il ait 
jamais connu, * 



- 132 — 

Co Lamberty devait expier comme Carrier une par- 
lie lie ses crimes sur l'échafaud. 

Mais cette première noyade n'était qu'un essai dont 
le tyran était satisfait. Il voulut recommenc(T, toujours 
aux dépens des prêtres. Il l'annonce dans une lettre, 
datée du 16 frimaire an II (6 décembre 1793), adressée 
au Comité du Salut public, et dont M. Lallié (J.-B. 
Carrier) donne l'analyse, rédigée dans les bureaux de 
ce comité : c L'esprit public est à Nantes depuis trois 
semaines à toute la hauteur de la Révolution. L'éten- 
dard tricolore flotte à toutes les fenêtres, et partout 
l'on voit des inscriptions civiques. Les prêtres ont 
trouvé leur tomb«'au dans la Loire, cinquant(*-trois 
autres vont subir le même sort. * 

Il s*;i^issait des prêtres d'Angers qui allaient subir ie 
même supplice que ceux de la Loire-Inférieure et de la 
V'emlre. 

Ce nouveau supplice eut lieu dans la nuit du 9 au 
10 septembre. 

Cette fois pas un seul n'échappa. 




— 133 — 



FRANÇOIS-JOSEPH BONNIN 

CHANOINE DE LA COLLÉGIALE DE SAINT-MAURICE 
A MONTAIGU 

21 septembre 179S 



François- Joseph Bonnin, neveu d'un chanoine sous- 
chanlre, qui démissionna en sa faveur, devint chanoine 
de la collégiale de Saint-Maurice de Montaigu depuis 
l'année 1753. Il était titulaire de la chapellenie des 
BarbotSj desservie en l'église de Beauvoir, quand il 
permuta la prébende de son bénéfice pour le canonicat 
de Montaigu, occupé par Etienne Piet. 

Il habitait avec sa sœur. Tous deux furent massacrés, 
le 30 septembre 93, par les soldats de Canclaux, à la re- 
prise de Montaigu, coupés on morceaux et jetés dans le 
puits du couvent de Fontevrault avec les cadavres de 
M. Feuvre, doyen, et de M. Goupilleâu, chantre de la 
collégiale. 

Il ne faut pas s'étonner de ces crimes, quand on se 
souvient des termes dans lesquels Carrier haranguait 
les soldats qui opéraient à Montaigu : « Braves soldats, 
vous qui avez porté le nom d'année infernale au Nord, 
j'espère que vous le porterez de même ici Je vous 
ordonne de mettre le feu partout et de tout fusiller 
sans distinction (1). * 

Ce même bourreau se vantait un jour, à Nantes, à la 
iin d'un dîner, de ses cruautés à Tégard des prê- 
tres : f Dans mon département, disait-il, nous allions 
û la chasse aux prêtres. Je n'ai jamais tant ri qu'en 
voyant la grimace que faisaient ces b... là en mou- 
rant > 



(1) Prudhomme : Histoire des crimes commis pendant la Révolu- 
tion, ouvrage où l'auteur calomnie souvent les prôtres. (T. VI, p. 
301, 323.) Ici, nous le voyons impartial. 



- 134- 



CHARLES BOURON 

CURÉ DE SAINT LAURENT-LA- SALLE 
179S 



L'abbé Boiirou, natif rte Foiilenay-le-Comte, voulut 
partager lo sort de la plupart des prùtn^sdi^ Vendée, en 
refusant à la Hevolution le serment schismatique 
qu'elle demandait (l). A Tapostasie il préféra l'exil, et 
demeura longtemps sur la terre étrangère. 

Il était parti en Espagne le 9 septembre 1792, sur 
W. Jean-François, capitaine Picard, avec soixante-qua- 
torze autres prêtres. Après cinq jours de pénible tra- 
versée, il aborda à Sainl.-Sél»aslien (2J. 



(1) Co sormcMit (Hait schisiiiali«iuo on ce sens quil dcfôrait 
à rôloctiou la iioininalioJi (1rs ôv(>(|iics et des cur(?s, et défendait 
à Vç\\i de s'adresser au Pape t^t aux ('ViMpies pour obtenir dos 
pouvoirs pour radniinisl ration des sacrements. 

(2) Le trait suivant montre hien à quels mauvais traitements 
étaient exposés ces V(''néral)l(^s exilés, tant était frrande la haiue 
contre le prêtre, amenée ]Kir la Révolution. Une sablaise, 
M'"" Dihon, ([ui a connu h'raiirois Picard, a raconté : « C'était un 
excellent homme. Il commamlait un petit lougre, avec ses trois 
matelots. L'un de ces hommes avait nom Berihomé. Dés «jue le 
luugre fut arrivé en pleine mer, l^erthomé dit : « (le u'est pas 
cela, il s'agit de coupei* une oreille à chacun de ces prêtre; il fau- 
dra les reconnaître, ces gaillards-là, quand nous irons les re- 
prendre en Espagne. — Tiés bien, mon ami, répliqua François 
Picard, seulement nous allons commencer par toi. Après, nous 
jugerons s'il convient de U\\n\ subir la même opération à ciîïi 
Messieurs. » H(?rthomé n'iji>ista jdus. mais sa parole ne fut pas 
oubliée à l'avenir. 11 ne porta fdiis (jue le nom d'oveillc de prêtre. 
Soit qu'il montât d.in.- ^oIl canot, soit qu'il en de^cendil, les 
hommes, les l'cmmes surtout, disaient en détournant la tête 
avec méjiris : i« Tiens, regarde cette l'ace. Le voilà, Vorcillc de 
prêtre. > Il mourut dan> la dernière misère. (Vie du V. P. Bau- 
douin, par M. Pierre ^Lchaud.) 



- 135 — 

Il laissait en France son frère, qui, d'abord avocat du 
roi, à Fontenay, avait été élu, en 1789, député aux Etats 
généraux. 

C'était ainsi qu'au nom de la liberté et de la frater- 
nité le frère fut séparé de son frère. Le' député n'oublia 
pas l'exilé : il lui fit passer des secours en argent, 
et l'exilé n'oublia pas le député au milieu des orages 
de la vie politique et des misères de l'exil. 

Le prêtre mourut en Espagne et n'eut d'autre patrie 
que le ciel. Le député, fatigué des tempêtes de la vie, 
chercha à la campagne un lieu de repos, et, grâce, 
sans doute, aux prières de son frère, il y trouva le 
Dieu qu'il avait jusque-là oublié, et mourut en chrétien. 

Combien d'autres, parmi tous ces prêtres exilés, furent 
vainement attendus après la tourmente révolutionnaire 
par leurs parents et amis! Leur départ de notre pays fut 
pour eux très douloureux, mais il le devint surtout pour 
les fidèles qu'ils laissaient. Ils étaient partis, ces 
pasteurs vénérés, qui longtemps avaient arrosé de 
leur sueur le champ confié à leurs soins. Us avaient 
disparu, faisant de loin leurs derniers adieux à la 
patrie, à la famille, à leur troupeau spirituel, car un 
certain nombre devaient mourir dans l'exil. Du rivage, 
quelques signes timides leur marquaient qu'en Ven- 
dée les cœurs restaient attachés à la foi. 

Au milieu de ces tristes événements. Dieu veillait 
sur les âmes fidèles. Si tous les prêtres étaient restés 
parmi nous, la Révolution en eût fait une épouvan- 
table boucherie et le clergé, après cette cruelle 
♦'preuve, eût mis de très longues années à se recru- 
ter. En 1825, on complaît encore près de quarante 
paroisses privées de curés. Et s'ils fussent tous par- 
tis, que seraient devenus les fidèles, privés de sacre- 
ments pendant. leur vie et surtout à la mot? Dieu 
voulut qu'il y eut des vaillants, parmi ces prêtres, 
qui n'ont pas craint le glaive des persécuteurs, tandis 
que d'autres, plus timides et craignant peut-être de 
tomber dans l'aposlasit; en face d'une mort cruelle, 
ont préfère s'enfuir dans l'exil. 



Nous devons à l'ohligeame de M. de Pontlevoye de 
Velaudin, eu Sigournais, communication des deux lettres 



- 136 — 

suivantes, écrites par Tabbê Bouron à son frère, procu- 
reur général du département de la Vendée. Ces let- 
tres ont été copiées sur Toriginal. 

t (Textuel.) Au citoyen Bouron à Fonienay, Dépar- 
tement de la Vendée^ en France-Vendée. 

€ J*ai bien rcru, mon cher ami, votre dernière datée 
de La Rochelle* Vous avez dû recevoir la réponse aux 
deux premières que vous m'avez écrit. Elles me font 
grand plaisir on m^annonrant que vous vous portez 
tous bien. Kll(»s m'en auraient fait davantage si vous 
m'eussiez donné des nouvelles du pays. Vous ne me 
parlez point de mes amis, il ne me donne aucune 
nouvelle dans votre dernière des succès de ma patrie. 
On fait ici courir le bruit que presque toute l'Europe 
est coalisée contre la République française. Que de 
maux pour l'avenir si cela est ! 

f Je serais bien ais(i de recevoir un mot de maman. 
Dieu veuille qu'elle jouisse d'une aussi bonne santé 
que la mienne. Je ne cesse de prier pour elle ainsi que 
pour des frères et sœur à qui la religion m'attache 
autant que la nature 

« Les prêtres français viennent de toute part à 
(ialahorra. On les force d'interner. Je ne sais si j'y 
resterai longtemps. Kn toul cas, écrivez-moi à (iala- 
horra, on saura bien ici (luelle est la partie de l'Ks- 
])agne que j'habiterai. 

« Des nouv(»lles de Saint-Cyr et de son pricîur ainsi 
que de ceux qui p(;nsent encore à moi. Adieu, mon 
cher ami. Portiv.vous bien, je vous embrasse tous et 
suis votre allectionné 

a Charles Bouron, prestre. » 

A Calahorra, Vicille-Castille, 
Le 10 janvier 1793. ' 

Le 6 frimaire 
de l'an 4 
« De Calahorra, CastUla oiejo^ le P 9''^^ 1795. 

t (Textuel.) C'est avec une joie inexprimable (jue je 
reçus la veille la Toussaint la lettre de lu petite 
cousine. Jugez dr» la révolution qu'elle a 0|)crtî sur 
moi, puisqu'on avait fait courir le bruit même dans 
ce pays (jui» vous étiez tous morts, (iràce à Dieu vous 
êtes tous en vie et moi aussi, quoique convalescent. 
J'ai eu à la Saint-Jean deru iere deux emoragies si abon- 



- 137 — 

danles qu'il fallut me seigner presque jusqu'à Teau. 
Ceci m'a tellement affaibli le tempérament qu'il me 
faut prendre un ménagement et un soin de ma petite 
personne qui donnerait envie de rire quand on me 
voit. Si j'avais pendant deux mois de bon consommé, 
je serais bien vite radicalement guerri, mais ici la cui- 
sine est abominable et pour les mahul(»s il faut que 
la nature supplée à tout. Les médecins sont parfaite- 
ment ignorants et ici Tignorance est vertu. Chaque 
pays, chaque usage. Si je suis toujours resté à Cala- 
horra, c'est que j'avais, c'est qu'il y a environ deux 
ans et demi, je lis connaissance avec un M' Raon, fils 
d'un ancien vice Roy des philipinnes. C'est un homme 
puissamment riche, il m'invite d'aller chez lui quand 
je voudrais et de regarder sa maison comme la 
mienne. De temps en temps j'y mange. M"*® Raon m'a 
donné un appartement garni et cela depuis dix-huit 
mois. Son mari dans ma maladie venait me voir tous 
les jours et ils ont fourni tout ce qui a été néces- 
saire pour les remèdes et bouillons. Je peux dire 
avoir trouvé dans une terre étrangaire un second père 
et une seconde mère : comme ils vous croyaient 
morts, ils ont bien pris part à ma joie ainsi que la 
maison Mancabeau, où je vais aussi quelque fois. 

f Ambrassez de ma part, mon ami, cette bonne mère 
que le ciel conserve encore ainsi que la sœur et mon 
frère. Je vous aime toujours. Bien des amitiés aux cou- 
sines et tous ceux qui furent mes amis. 

t BOURON p*. 

« Mon adresse est à D" Carlos Bouron, sacerdote fran- 
rrs, en Calahorra Castilla Viejo. Vous pouvez si vous 
voulez vous servir de la dresse franraise de il y a deux 
ans et demi. Joubert est à Madrid il se porte bien. 

« Au citoyen Bouron à Fontenay, procureur général 
du département de la Vendée^ en France. » 



— :» — 



Ti ^T : 1 :5 1 I :^in I ^ 






i.:- 



» w 


'iK-? 


! . 


..-' 


iU?* 


l.l 


r^-n* 


•:.â*' 




* I:.] 


M'- 


■ :- 


:<• I 


I » I 


1-1-* 


•-::::. 


-•*•**_ 

iT 


— * 


7 - 


:--q 


...L 


- 


''. JZ 


' ...1 




• • .1. 


■> 


... 


Ul 


-"•r 


- .: 


1' a. 


( »^ 



Enfin, quand il fut enfermé sur le navire la Gloire, 
M. Boutheron connut que la mort n'était pas loin. Il 
fut, en effet, compris dans Taffreuse noyade du 3 nivôse 
(23 décembre 1793), qui consomma son martyre (1). 
C'était l'époque où Carrier exerçait davantage sa rage 
sur les bons chrétiens et les prêtres. Leg prisons de 
Nantes étaient véritablement un entrepôt de chair 
humaine. 



Un témoin de cette malheureuse époque raconte 
qu'une marée, grossie par un vent d'ouest, avait 
ramené à Nantes une partie des victimes de Carrier, 
déjà descendues dans la Basse-Loire. On eût dit une 
débâcle de cadavres. L'eau qu'on puisait dans le 
fleuve était mêlée de lambeaux de chair humaine 
corrompue. Il fallut une ordonnance de police pour 
faire défense d'en boire, et pendant un mois on occupa 
trois cents hommes à repécher et à enterrer les 
cadavres. 

En même temps, le typhus ravage les prisons : un 
poste de grenadiers succombe tout entier, emporté par 
une peste contagieuse. 



(1) D*après M. LALLiÉ,le charpentier Allilé, chargé par Fouquet 
de procurer deux bateaux à soupape pour cette noyade, rapporte 
les horribles détails qui suivent : c Deux batelcts étaient attachés 
à chaque gabarre. On leur fit prendre le large, la soupape s'ouvrit, 
les sabords furent levés. Les prisonniers criaient miséricorde, pen- 
dant que ceux qui étaient sur le pont s'élancèrent dans les bate- 
leti). Mais ceux qui voulaient le tenter furent repoussés à coups 
de sabre. Après cette expédition, les bateliers allèrent avec les 
mombres de la compagnie Marat dans une auberge, puis chez 
un tonnelier, où l'on se partagea les effets des pri^tres noyés. » 
{Buttetin du tribunal révolutionnaire, t. VI, 318.) 



-140 — 



PIEIUK BRÉNUGAT 

VrCAinK DE IJAZOfiKS-KN PAILI.ERS 
1708 



Bion que Tabbé r*i(»rro Brrimgat, vicaire de Bazoges- 
én-Puillcrs, n'ait pas eu le bonheur de donner à Jésus- 
(Mirist le Icmoigiiage du san^ versé, nous n'hésitons 
pas à le ranger parmi les plus glorieux martyrs de la 
foi pendant la persécution révolutionnaire. De tous 
nos prêtres vendéens, il fut peut-être eelui qui sup- 
porta, pour la cause de la religion calholique, les tor- 
tures les plus longues et les plus douloureuses. 

Pierre Brénngat, né à Pornic en 1746, était vicaire de 
Bazogcs, quand la p(*rséruti(»n religieuse vint mettre à 
répreuve rinébranlal)le IVrmelé de sa foi rt l'ardeur 
di^ son zèle. Il avait repoussé avec indignation les ser- 
ments de 1791 et de 1793. 

Durant les années terribles de 1793 ri de 1794. les 
lldéles de Bazoges el des environs éprouvèrent les 
bienfaits de son infatij^^able et périlleux apostolat. Il se 
réfugia pendant (juelque temps à la (iaubretiére, avec 
une trentaine de prêtres lidéles : mais il n'en ronti- 
nuait pas moins à circuler dans la contrée, partout où 
la présence du prêtre était utile ou nécessaire. Surpris 
dans l'exercice de son nn'nislén* par une colonne du 
général (îrigny, il tut rondamné à la déportation par 
un arrêté du Din^-loire, daté du 8 frimaire, au VI de la 
République (18 décenjbrt* 1797), c ])our avoir contribué 
à corrompre l'esprit public dans le canton de Saint-Ful- 
gent, dont les habitants, très fanatiques, ne sont rien 
moins que disposés à se rallier sincèrement au gouver- 
nement. » 

Conduit dans les prisons de Rochefort, il fut embar- 
qué pour la Guyane î le 10 nuu's 1798, d'abord sur la 
frégate la Charente, puis sur la Décade, qui le condui- 
sit à destination. Il i'ut hospitalise à (^anonama, à vingt 
lieues au nord de Sinnanuiri. C'était un tombeau. 



Le Directoire comptait si bien sur les effets meur- 
triers du climat, qu'il n'avait assigné que pour trois 
mois de vivres à ses victimes. On avait dressé à la 
hâte, dans ces marais fangeux, de misérables cabanes 
appelées carbets. Les déportés étaient logés, vingt 
par vingt, dans chacune de ces cases. Ils couchaient. 
sur des paillasses ou dans des hamacs. Leur nour- 
riture, qu'ils préparaient eux-mêmes, était si mau- 
vaise que les nègres pouvaient à peine en manger. 
Ils n'avaient pour toute boisson que l'eau dégoûtante 
do la rivière ou des mares voisines. 

Brûlés par le soleil pendant le jour, ils passaient les 
nuits à se défendre des maringouins ou autres insectes, 
dont la piqûre mettait le feu dans le sang. Un poste de 
soldats insolents et durs, presque tous nègres, était 
(?Iiargé de garder chaque groupe de proscrits. 

€ La seule vraie consolation des malheureux captifs, 
dit un des déportés, c'était d'invoquer le ciel, d'offrir 
à Dieu leurs larmes et leurs souffrances, et d'attendre 
la mort qui, pour un grand nombre, ne se fit pas long- 
temps attendre. Les bons prêtres s'offraient à Dieu 
comme des victimes pour la France. 

f Tous les déportés du Cononama tombèrent malades, 
et en moins de deux mois, les trois quarts d'entre 
eux succombèrent à une lièvre bilieuse et ardente qui 
devint épidémique. » 



La mort de Pierre Brénugat fut des plus touchantes 
et mériterait d'être fixée sous les regards de la Vendée 
catholique par le pinceau d'un grand maître. Il mourut 
de faim, dans une forêt de Cononama, à genoux, les 
mains jointes, les lèvres collées sur son crucifix. C'est 
dans cette attitude sublime que des nègres rencontrè- 
rent le cadavre du prêtre martyr. Ils l'emportèrent 
dans son carbet; mais comme le défunt ne laissait 
aucun avoir, les indigènes le promenèrent de case en 
case, pendant trois jours, quêtant l'argent nécessaire 
pour l'inhumer. 

Les prêtres, ses confrères, durent creuser la fosse. 
Une lettre d'un déporté de Cononama, datée du 9 sep- 
tembre 1798, racontait ainsi la mort du vicaire de Ba- 
zoges : 



— i4î- 

I Un prêtre qui, depuis plusieurs jours, ne paraissait 
point aux appels, a été trouvé mort dans une foret voi- 
sine. Il y avait succombé d'inanition. Ses mains étaient 
jointes, et sur ses lèvres inanimées reposait un cru- 
cifix. Des nègres l'ont apporté dans cet état, et nous 
avons rendu les derniers devoirs à c^ martyr. • 

La mort de cette victime du Directoire est inscrite 
dans le registre de Cayenne, à la date du 22 fructidor, 
an VI (8 septembre 1798). 

Cette tombe lointaine et désormais ignorée de Pierre 
Brénugat en est-elle moins glorieuse ? Ah ! comme 
nous aimons à lui envoyer, par delà les mers, les 
hommages réunis de la Bretagne et de la Vendée, qui 
s'honorent, Tune de la naissance, l'autre de la vie, 
Tune et l'autre de la mort de ce vaillant athlète de la 
foi(1)! 



(1) Archives du diocèse de Luçon, Prcm. série 



-143- 
TOUSSAFNT-PAUL BRIDAULT 

CURÉ DE NOTRE-DAME DE PONTENAY- LE- COMTE 

17501799 



f Le clergé de Fontenay, dit M. Bourloton (1), s'asso- 
cia d'abord sincèroment à l'enthousiasme patriotique 
qui salua les premières réformes tentées par l'Assem- 
blée Constitutionnelle de 1789. Le curé-doyen de Notre- 
Dame, M. Bridault, ancien membre de la Compagnie 
(le Jésus, fut Tun des ecclésiastiques qui allèrent à 
Poitiers pour l'élection des députés aux Etats généraux. 
Plus tard, M. Bridault devint membre de la municipa- 
lité de Fontenay. II administrait la paroisse depuis 
quinze ans. 

f Mais quand l'Assemblée Constitutionnelle, sortant 
de son rôle exclusivement politique, émit la prétention 
(le réglementer l'Eglise elle-même, ces mômes prêtres, 
retenus par leur courage et par les engagements solen- 
nels pris au pied des autels, durent refuser une adhé- 
sion et un concours que le pouvoir civil n'avait pas le 
droit d'exiger. » 

La loi du 26 octobre 1790 obligeait au serment tous 
les membres du clergé pourvus de bénéfices ayant 
charge d'âmes, ou voués à l'instruction : t Ce serment 
devait être prêté devant la municipalité. » 

A Fontenay, le 21 janvier 1791, fut le jour lixé pour 
la prestation du serment pour les prêtres de la ville. 
Le jour même, ceux-ci présentèrent à la municipalité 
un cahier contenant cette déclaration à peu près : « Je 
jure d'accepter la Constitution civile, excepté dans les 
choses qui dépendent de l'autorité spirituelle. » Mais le 
conseil général refusa cette formule et invita le clergé 
à donner une déclaration pure et simple, le 30 janvier, 
pour prêter le serment. Comme chef du clergé de la 



(i) Revue du Bas-Poitou, 1894, 1" livraison, 



*ltt- 



sino-'î'eisut f 



■'"'> le prononce >'V- 

appelé a i^ v 



- ' F'f^'""''. H' de va Sfa"^,,V ci <\»'* 






rVUSseV 

Brénugal ejn 
nous aimoc 
ï-^mmaaes 



(0 Arc; 



--""^ ^.v.nV du devovv d« Uque^ 




- 148 - 

cclaration n'était pas précisément celle qu*at- 

il les administrateurs de la commune de FoA- 

-Sl. Bridault était cependant allé jusqu'aux der- 

limites de ces concessions et on ne pouvait 

ser d'opposition systématique. C'est ainsi qu'en 

. lorsque les autorités départementales avaient 

iu un évêque constitutionnel et que TAssemWée 

ctorale s'était réunie dans ce but à Fontenay, le curé 

• Notre-Dame avait poussé la complaisance jusqu'à 
.ire la messe avant les opérations. Le bon M. Bridault 
avait pensé que la Révolution s'arrêterait là, et vraiment 
il n'était que temps. Donc, les administrateurs s'em- 
pressèrent de faire remarquer à l'abbé Bridault que ce 
serment était inconstitutionnel, le menaçant, s'il ne le 
rectifiait, des foudres du décret. 

Prêtre courageux et fidèle, il ne pouvait faire davan- 
tage pour la Révolution. Il ne se laissa ni intimider ni 
ébranler par ces menaces et maintint énergiquement 
les paroles qu'il avaient prononcées. 

Ses trois vicaires, les professeurs du collège ecclé- 
siastique de Fontenay, aussi bien du reste que la 
grande majorité du clergé vendéen, imitèrent son cou- 
rageux exemple. 

Pour en tirer vengeance, l'administrateur républi- 
cain commença par restreindre l'exercice du culte 
catholique à certaines églises déterminées. Mais bien- 
tôt on ne s'arrêta point là. Le Bocage, surexcité par les 
mesures vexatoires, prit les armes. L'administrateiir y 
répondit par une exécution complète et immédiate de 
la loi du 26 août, l'envoi en exil de tous les prêtres qui 
refusèrent le serment. 

Le 9 septembre 1792, M. Bridault partit sur la barque 
Jean-François (capitaine François Picard), du port des 
Sables, .qui conduisait à Bilbao soixante-quinze prêtres 
vendéens. 



A son arrivée en Espagne, M. Bridault et ses deux 
vicaires, MM. Joubert et Payraud, les lazaristes Glii- 
nault, F. Ariet et J.-B Ariet furent envoyés à Gala- 
liorra. petit évèché de la vieille Gastille. L'excellent 
évoque, bien qu'il ne fût pas d3S plus riches, cormie 
récrivait plus tard un des exilés, leur donna tous 

10 



»- 146 -i 

secours dont ils avaient besoin. « Il a dit qu'il vendrait 
jusqu'à sa croix d*or et son anneau pastoral pour le 
soulagement des nécessiteux. » M. Bridault fut, du- 
rant son exil, le fondé de pouvoirs de Mgr de Coucy, 
évoque de La Rochelle, réfugié aussi en Espagne pour 
la partie du diocèse de La Rochelle comprise alors 
dans le département de Vendée. 

Entre sa sortie de la cure de Notre-Dame, juin 1791, 
et son départ pour TEspagne, la vie parait avoir été 
assez difficile, au moins matériellement, pour M. Bri- 
dault, si Ton en juge d'après les réclamations présen- 
tées par ses créanciers à la municipalité, lors de la 
confiscation de ses meubles et de leur vente. 

Des lettres de M. Bridault de 1792 et 1793 témoi- 
gnent qu'il ne quitta pas sa retraite de Galahorra. Il 
n'eut pas le bonheur de revoir la France, car il mou- 
rut de joie en apprenant qu*il lui était permis de re- 
venir, vers 1799. 

Ses deux vicaires ne le quittèrent point ; Tun, M. Jou- 
bert, mourut également en Espagne ; l'autre, M. Pay- 
reau, revint après le Concordat et fut nommé curé à 
Nieul-sur-l'Autise, où il mourut en 1805. 



&-1I7- 



AMBROISE-AUGUSTE BRIN 

CURÉ-DOYEN DE SAINT- LAURENT* SUR-SÉVRE 

1790-1793 



C'est pendant la période la plas critique de notre his- 
toire vendéenne, et au moment où les plus graves dif- 
ficultés surgissaient nombreuses de tous côtés que 
M. Brin administra cette paroisse. Nommé à la place de 
M. Jean Michaud, décédé peu auparavant, le nouveau 
pasteur fut installé le 19 juillet 1790. Il était déjà connu 
comme un prêtre recommandable sous tous les rap- 
ports et digne d'occuper cette cure importante. 

M™ la marquise de la Rochejaquelein raconte dans 
ses Mémoires que M. le curé de Saint-Laurent était de- 
puis longtemps célèbre dans le pays à cause de sa pro- 
fonde piété, de son zélé et de ses vertus. La plupart des 
historiens s'expriment sur son compte dans les mêmes 
termes, sans que nous ayons beaucoup de détails à ce 
sujet. Nous savons que c'est à lui que fut confiée Tédu- 
cation de M. Louis, frère de M. Henri de la Rochejaque- 
lein. 

Dès son arrivée, M. Brin s'occupa de Tornementation 
de son église et de la restauration du maltre-autel, pour 
lequel un marché avait été conclu avec un sculpteur 
de Nantes. On décide que Tautel sera construit à la ro- 
maine et transporté au milieu du chœur. Cette dépense 
coûtera 3,300 livres. C'était une somme relativement 
considérable pour cette époque et pour un autel. En 
1791, il fait réparer l'église et relever les murs du ci- 
metière et donne ainsi de l'ouvragé à beaucoup d'ou- 
vriers, car € la misère va croissant, les ressources di- 
minuent, presque tous les ouvriers sont sans travail, 
et, par suite, réduits à l'indigence. » Mais, déjà les évé- 
nements politiques se précipitent, la Vendée prend les 
armes pour défendre ses prêtres et ses églises : une 
armée est constituée dans le but de combattre les ré- 
publicains dans la haute Vendée. On sollicite M. Brin 



-148- 

de faire partie du conseil supérieur d'administration 
qui devait siéger à GhâtilIon-sur-Sèvre, alors les répu- 
blicains distinguaient M. Brin. 

Eugène Vouillot qui a étudié sa vie a écrit : * Le 
curé de Saint-Laurent Joignait à de grandes vertus une 
rare fermeté de caractère; sa charité ne connaissait 
pas de bornes ; bien des prisonniers républicains lui 
durent la vie. * 

Pendant que ces événements se passaient, Tarmée 
vendéenne se voyait obligée de passer la Loire. 
M. Brin avait administré sa paroisse, aidé de M. Brochu, 
vicaire, jusque vers la lin de septembre 4793. A dater 
de ce moment, il n'est plus question de lui à Saint-Lau- 
rent. Son refus do serment ot ses fonctions au gi^and 
Conseil Tobligèrent à suivre Tarméc vcmdéenne. Il 
n'eût plus été en sûreté chez lui. Il pouvait d'ailleurs 
s'absenter sans crainte, car de vaillants missionnaires 
le remplacèrent fidèlement auprès de ses ouailles. 
Nous savons seulement qu'accompagné de plusieurs 
de ses paroissiens, il traversa la Loire à Saint-Florent. 
Ce vénérable prêtre périt, sans doute, comme tant 
d'autres, dans cette campagne désastreuse : du moins, 
il ne reparut plus depuis cette époque, observe la mar- 
quise de la Rochejaqueloin dans ses Mémoires. 



-i 149 — 



PIERRE-FRANÇOIS BROCHU 

VICAIBE DE SAINT-LAURENT-SUR-SKVRE 

1768-1794 



Au milieu des chrétiennes populations où il exerçait 
le saint ministère, M. Brochu était soutenu par la fidé- 
lité de tous. Mais ce bon exemple ne lui fut pas néces- 
saire. Il resta caché dans le pays, après avoir refusé le 
serment aux lois révolutionnaires, et put pendant quel- 
que temps donner les secours spirituels à ses parois- 
siens, mais on eût dit que les soldats persécuteurs sui- 
vaient ses pas, bien qu'il n*y eût pas de traître pour le 
dénoncer. Après trois années d'un ministère parlicu- 
lièrement pénible et dangereux, il fut saisi, en février 
1794, par les Bleus, au milieu de son troupeau, et 
emmené à Fontenay devant le tribunal criminel du 
département de la Vendée. Ce tribunal était un des 
cent quarante-trois institués par la Terreur dans la 
France entière pour exterminer les honnêtes gens. 
Très sommaire était la procédure : t A quoi bon toutes 
ces lenteurs? disait Lecarpentier. Qu'avez -vous besoin 
d'en savoir si long? Le nom, la profession, la culbute, 
et voici le procès terminé. » 

Ainsi, point d'instruction préalable, point de défen- 
seur, un simple interrogatoire. 

Souvent l'accusé était condamné et exécuté quelques 
heures seulement après son arrestation. Il en fut de 
même pour M. Brochu. Le tribunal l'envoya à la mort 
comme < réfractaire à la loi » et il fut exécuté, le 
24 février 1794, sur la place de la Révolution. 

Pour cette exécution, les patriotes de Fontenay 
n'avaient pas de guillotine. Ils avaient prêté à la ville 
des Sables leur machine à décapiter. Mais lin vif 
besoin s'en étant fait sentir, ils avaient fait appel au 
civisme des républicains de Niort. Ceux-ci avaient 
répondu que leur instrument était employé à Saint- 



— IBO — 

Maixent mais que, pour suffire à toul, ils allaient fa- 
briquer cinq guillotines nouvelles (1). 



(1) Parmi les braves V^déens qui furent tués au combat des 
Quatre-Ghemins-de-rOie, en décembre 1795, malgré la victoire 
de Gharette et de Sapinaud, était un Brochu» parent du vicaire 
de Saint-Laurent, et dont la foi égalait la bravoure. 



<- 151 - 



NICOLAS BUCHET 

CURÉ DE LEGÉ 

1714^1792 



Avant 180i, la paroisse de Legé appartenait au dio- 
cèse de Luçon. Elle fut rattachée au diocèse de Nantes 
par le Concordat du 15 août 1801. 

Comme un grand nombre de paroisses des doyennés 
de Retz et de Clisson, Legé se trouvait compris dans le 
pays qui s'insurgea contre le gouvernement révolu- 
tionnaire. M. Buchet en fut le pasteur pendant qua- 
rante ans, et son zèle n'a pas peu contribué à conserver 
dans cette paroisse une foi énergique qui résista aux 
persécuteurs pendant cette funeste époque. 11 eut la 
douleur de voir la Révolution, à ses débuts, s'attaquer 
à tout ce qu'il aimait, et fit son possible pour.préserver 
son peuple des atteintes à la foi. Lui-même donna 
rexemple de la résistance en refusant le serment. 

Mais Dieu lui épargna de voir sa paroisse saccagée 
par les Bleus, son église incendiée, beaucoup des habi- 
tants chassés de leurs demeures ou massacrés. Il leur 
laissait un vicaire digne de lui, M. Gillier, qui resta 
seul dans le pays pour pourvoir aux besoins spirituels 
des paroissiens de Legé et des environs. 

M. Buchet mourut le 23 octobre 1792, dit M. Briand (1), 
à l'âge de soixante-dix-huit ans, à la maison du Motais, 
lieu de son exil, et fut inhumé dans le cimetière de 
Legé^ en présence d'un grand nombre de ses parois- 
siens. 



(I) Notices sur les Confesseurs de la Foi dans le diocèse de 
Kantes, 1. 1. 



-181- 

SIMON-JOSEPH CAMUS 

CURÉ DE THOUARSAIS 

mort on 1793 



M. Camus, né à Fontenay-le Comte, imita le clergé 
de la ville et demeura fidèle à TEglise Catholique et 
Romaine. Ne pouvant trouver de sûreté dans son pays 
contre la persécution, il s'embarqua aux Sables, le 11 
septembre 1792, sur le brick Marie-Gabriel^ capitaine 
François Loubert. Il vécut en Espagne pendant plu- 
sieurs années, mais Tinaction et l'exil étaient pour lui 
un fardeau insupportable. Il revint en Vendée et re- 
joignit Tarmée catholique. Bien que les prêtres ne 
combattissent pas, leur présence n'était pas inutile. 
Ils relevaient le courage de ceux qui semblaient fai- 
blir, leur administraient les sacrements, pourvoyaient 
à leurs besoins temporels et spirituels. Avant la ba- 
taille un prêtre leur adressait une courte allocution 
et leur donnait une absolution générale (1). 

Pendant la bataille, M. Camus courait aux blessés, 
les prenait dans ses bras, pour les mettre à Técart. 
Sous le feu de Tennemi, il pansait les blessures, con- 
fessait les mourants et prodiguait les secours religieux, 
toujours exposé à être pris et massacré par les soldats. 

C'est ce qui lui arriva. 

A la défaite du Mans, en décembre 1793, il fut pris 
par l'ennemi et ramené dans la ville conquise, où on 
le massacra à coups de sabre. Le caractère de prêtre 
était un titre certain à une mort très douloureuse. 



(1) A la prise de Mortagne, sur la demande de M. Sapiuaud, 
quatre prêtres donnèrent leur bénédiction aux paysans vendéens 
et l'absolution, les exhortant, le crucifix à la main, à combattic 
courageusement pour leur Dieu et leur religion : • Après cela, 
dit Pierre Allaire, de la Gaubretièrc, nous n'étions plus des hom- 
mes, mais des lions. » Mortagne fut emporté et les républicains 
taillés en pièces. 



— 188 — 

JACQUES-RENÉ CHAILLOU 

CURÉ DE MORTAGNE-SUR-SÈVRE 

1744-1793 



M. Chaillou, nommé à la cure de Mortagne en 1775, 
était âgé de quarante- six ans en 1790. Trop attaché à 
ses devoirs de bon pasteur pour sacrifier aux idées 
de la Révolution, il refusa de prêter serment et, par 
suite, fut condamné à la déportation. Etant tombé 
gravement malade, ses paroissiens ne permirent pas 
qu'il fût exilé. Sur leur demande, le directoire du 
département lui accorda un sursis en septembre 1792. 

Revenu à la santé, M. Chaillou ne voulut pas quitter 
sa paroisse si dévouée. Il se cacha pour se soustraire 
aux poursuites des révolutionnaires et continua de 
procurer les secours spirituels aux habitants du pays. 
Mais, Tannée suivante, on perd sa tracé, ce qui fait 
supposer qu*il succomba, victime de son zèle, vers 
1793, à la rechute de la maladie qui l'avait sauvé de 
la déportation. Les biens de sa cure furent vendus, 
le !«' juillet 1798, à deux individus étrangers au dé- 
partement de la Vendée. 



Cette religieuse paroisse fut fort éprouvée pendant 
la guerre, et elle avait un extrême besoin de la pré- 
sence d'un prêtre pour ses blessés et ses mourants. 
M. Boutillier de Saint-André a écrit dans ses Mé- 
moires (après la prise de Cholet, 14 octobre 1793) : 
i Nous traversons, pour nous rendre à Mortagne, le 
champ de bataille du 14 octobre. Jamais spectacle 
plus affreux ne s'était offert à nos regards. Toute 
la route que nous parcourûmes depuis Cholet jus- 
qu'à Mortagne était jonchée de cadavres; les uns 
gisaient nus, d'autres à demi- dépouillés, d'autres à 
demi-enterrés. Ces derniers étaient les plus hideux 



— 184 — 



et leur vue me causa une horreur indicible. C'était 
la première fois que je voyais les suites d'un sem- 
blable carnage. Les champs et les fossés voisins de 
la route étaient remplis de cadavres. Là, on voyait 
aussi des chapeaux, des casques, des bonnets, des 
couettes et d'autres effets pillés pêle-môme. Nos che- 
vaux effrayés, obligés d'enjamber comme nous à cha- 
que pas sur des corps, refusaient d'avancer, se ca- 
braient et nous causaient grande frayeur. En arrivant 
à Mortagne, un spectacle terrible s'offrit aux yeux de 
ma mère. Les approches en étaient souillées de ruines 
et de sang; des corps morts, des blessés gisaient nus 
de toutes parts. La ville était en flammes, on ne pou- 
vait traverser les rues à cause du feu. Le soir, on ap- 
porta les blessés qui étaient en grand nombre. On les 
déposa dans un petit hôpital, desservi par des reli- 
gieuses rie Sailli Laurenl. Noire nuiisoii vn était très 
voisine et Ton forra ma nicrii à aller iianser ie^ bleîî* 
ses. Les cliirLirgieiis dt^ l'arin*>e ne suflisaicnL pas, et 
Fou contraignit Loiîtes U's feniines qu'on pal trouver à 
les aider dans rc pénildi- lïihiiMtrrG. Mu pauvre mero, 
accablée d'épriHivcs e* dv fiitij^uos, lïiL obligée de tenir 
les bras ri les jambes tVxui ^n%'iiHl noiiihrr* dr blessi'^s 
durant plusieurs jours, [leiulïJiit qii\\n les auipuLail 
1^1, qu'on leur arrarlmil il us balles vl des os brisés, • 




— 155^ 



PIERRE-MARIE CHAPELAIN 

VICAIRE DE SAINT-IIILAIRB-DE-MORTAGNE 

1762.1794 



Pierre-Marie Chapelain naquit aux Epesses vers 1762, 
d'une famille aisée et profondément chrétienne. Entré 
dans les ordres; il fut nommé vicaire de Saint- 
Hilaire-de-Mortagne, le 8 novembre 1790. Comme son 
curé, M. Painaud, il refusa le serment. Celui-ci s'exila 
et le vicaire se retira dans sa paroisse natale, au milieu 
de sa famille (1). 

Là, il ne fut pas plus en sûreté qu'à Saint-Hilaire et 
dut souvent se retirer dans les bois pour échapper à 
ses persécuteurs. C'est pendant la terrible année 1793 
qu'il réussit plus dilïicilement à se cacher. 

Au mois de novembre, le citoyen Pierre Baron, 
garde-magasin à Gholet, muni de pleins pouvoirs, vint 
aux Epesses pour républicaniser ce pays. Après avoir 
fait arrêter vingt-six des principaux habitants de cette 
paroisse, seize autres lui furent signalés, et parmi eux 
MM. Chapelain, Delhumeau et Paillet, prêtres inser- 
mentés, qui échappèrent à toutes ses recherches. 
D'après MM. Fort et Bréau, le vicaire de Saint-Hilaire 
se cachait d'ordinaire dans le tronc d'un vieil arbre, 
disait la messe dans les champs ou les granges isolées, 
et remplissait, surtout pendant la nuit, les fonctions du 
saint ministère dans cette paroisse, alors privée de 
pasteur (2). 

Sur la fin de janvier 1794, une des colonnes infer- 
nales, lancée par Turreau, faisait des battues dans 
cette partie du Bocage. 



(i) M. Mathîas-Alexandre-Hilaire Paineau partit pour l'Espa- 
gne le 15 septembre 1792. 

(2) M. Delhumeau, curé de celte paroisse de 1775 à 1792, était 
mort à cette époque. L'autre Delhumeau, cité auparavant, était 
son frère ou son neveu. 



- 186- 

Des amis dévoués, qui apportaient au prêtre proscrit 
de la paille pour lui servir de couche dans sa cachette, 
en avaient laissé tomber quelques brins au pied de 
Tarbre. Cet indice donna l'éveil aux Bleus qui passè- 
rent. Ils vinrent surprendre et saisir le fugitif pendant 
la nuit. 

Cette nuit- là môme, il devait célébrer le saint sacri- 
fice dans une métairie du voisinage. Trois hommes qui 
lui apportaient ce qui était nécessaire pour la messe 
furent arrêtés avec lui. 

Ces quatre prisonniers furent conduits devant les 
autorités républicaines, fusillés et inhumés dans le 
jardin de la famille Fourneau, le 28 janvier 1794. 



On dit que le corps de l'abbé Chapelain resta deux 
jours sans sépulture. En 1845, les restes des quatre 
victimes furent retrouvés avec des lambeaux d'orne- 
ments sacrés, et, sur Tordre du propriétaire du terrain, 
on les déposa dans une nouvelle fosse, creusée auprès 
de la première. 

En 1800, M. Vincent Chapelain, frère de Tabbé lîierre- 
Marie et député de la Vendée au Conseil des Cinq- 
Cents, provoquait une enquête juridique sur la mort 
du martyr. Quatre témoins comparurent et affirmèrent 
la vérité des faits que nous venons de raconter. 

Ce récit est également confirmé par un rapport que 
le général Haxo adressait à Turreau, daté des Epesses, 
le jour même de l'exécution : « Je suis arrivé aux 
Epesses le 26 janvier, à cinq heures du soir. Deux sol- 
dats ont trouvé dans le tronc d'un arbre un prêtre non 
assermenté, je Tai fait fusiller. Il avait sur lui quinze 
louis, tant en or qu'en assignats. J'ai donné aux deux 
volontaires, pour récompense, cent livres. Je suis por- 
teur du reste (1). » 



(1) Rapport cité par Savary. t. ill, p. 95. — Ces détails pres- 
que eniiern sont dus à l'obUgeanoe de M. Hourloton, d'après les 
documents recueillis par M. rai)l)é Pontdevie et reproduits dans 
le Martyre de la Vendée. 

Pour l'enquête de 1800, v. Archives nationales^ section F. 7, 
carton 5701). 



-167- 



Des cruautés inouies furent commises, dans cette 
paroisse des Epesses, vers la môme époque. Les 
citoyens Carpenty et Morel, commissaires municipaux 
près les colonnes infernales, adressaient, le 2i mars, 
îi la Convention, un rapport où on lit : « C'est avec 
désespoir que nous vous écrivons, mais il est urgent 
que tout cela cesse. 

c A MontournaiSi aux Epesses et dans plusieurs 
autres lieux, Amey fait allumer des fours, et lorsqu'ils 
sont bien chauffés, il y jette les femmes et les enfants. 
Nous lui avons fait des représentations convenables. 
Il nous a répondu que c'est ainsi que la République 
veut faire cuire son pain. » 



«-1B8- 



JEAN-CLAUDE COHADE 

CURÉ DE LA CHATAIGNERAIE ET DE GHAISE-GIRAUD 

1729-1800 



Né le 30 septembre 1729, M. Cohade, curé de la 
Chaise-Giraud au commencement des troubles qui 
allaient ensanglanter notre pays, fut un ennemi des 
doctrines politiques et religieuses de la Révolution. Dès 
1790, son zèle s'était signalé par un mémoire rédigé 
contre la vente des biens du clergé. Aussi ses adver- 
saires ne purent lui pardonner sa lutte ouverte contre 
leurs erreurs. Ayant reçu Tordre de se constituer pri- 
sonnier à Fontenay, en mars 1792, il allégua une indis- 
position qui était réelle, mais sans doute exagérée, c^r 
étant retiré à Landevieille, où il exerçait son ministère, 
en 1792, il fut dénoncé, d*aprés Chassin, par Mairand, 
curé constitutionnel de cette paroisse, comme n'étant 
t atteint d'aucune maladie grave, mais exerçant libn*- 
ment et exactement comme par le passé les fonctions 
de son ministère. » 

Au cours de la séance du 24 avril, le procureur-syn- 
dic de Fontenay fait, à son sujet, un rapport et le 
dénonce comme • continuant ses intrigues pour soule- 
ver le peuple contre les lois » révolutionnaires, et 
demande que f le sieur Cohade soit conduit par la 
gendarmerie au chef-lieu du département. » 

C'est ce qui eut lieu peu de temps après. 

L'ancien curé de la Chaise-Giraud et de la Châtaigne- 
raie fut conduit comme un malfaiteur entre deux 
gendarmes, de brigade en brigade, jusqu'à Fontenay, 
et jeté en prison, malgré son âge déjà avancé. 

Nous ignorons ce qu'il devint, mais l'Etat des prê* 
très 9 dressé par rEvcché de La Rochelle en 1801, 
constate qu'il était mort à cette date. 



-189-* 



JOSEPH-VICTOR COUPERIE 

CHANOINE IIEBDOMADIER DU CHAPITRE 

1730-1793 



Dès le XV!* siècle, en 1473, Tévêque et le chapitre de 
Luçon avaient créé six chanoines hebdomadiers ou 
hebdomaires et pourvu à leur entretien. 

Ces chanoines remplaçaient les chanoines titulaires 
au chapitre, quand ceux-ci étaient absents : de plus, ils 
étaient envoyés dans les paroisses voisines, dépendan- 
tes du chapitre (1), à la mort des desservants, en atten- 
dant la nomination du nouveau pasteur. 

Aux approches de la Révolution, le plus ancien cha- 
noine hebdomadier du chapitre était M. Joseph-Victor- 
Augustin Couperie, né à Péault, le 17 avril 1730. L'abbé 
Aillery a écrit qu'il avait prêté le serment constitution- 
nel. C'est une erreur, ou si il Ta prêté, il le rétracta 
aussitôt, car il fut mandé à Fontenay, en mars 1792, 
pour se défendre des dénonciations faites contre lui (2). 
Ses réponses ne satisfaisant point les juges révolution- 
naires, il fut arrêté et emprisonné comme insermenté. 

Il dut subir une longue détention et connaître toutes 
les horreurs de la prison. A peine vêtu, couchant sur 
la paille, dévoré par la vermine, nourri d'un pain noir 
rare à certains jours, ne recevant de secours de per- 
sonne, il persista dans son refus d'apostasie et mourut 
enfin victime de la persécution révolutionnaire, ûgé de 
plus de soixante ans. 



(1) Triaize était dans ce cas. 

(2) M. BOURLOTON. 



— 180 — 

FRANÇOIS-RENÉ CROIZETIÈRE 

PRÊTRE DE SAINT-SULPICEj DESSERVANT A LUÇON 

1763-1801 



Né il La RorhoUo lo 25 septembro 17^)3, M. Croîzetioro 
entra do l>onno hiîuro à Saint-Sulpico. Ordonné prêtre, 
il fut envoyé on 178i) comme maître de cérémonies au 
grand séminaire do Nantes, alors dirigé par M. Pierre- 
Michel Guérin, de Torfou, du diocèse de Lucon. En 
1790, il était économe de cette maison. 

Mais, bientôt, les élèves étant dispersés ou incarcérés, 
il dut chercher à sauver sa vie et vint se cacher en 
Vendée, où il eut des pouvoirs. Son zèle ne put rester 
inactif. 

M. Croizetière retourna dans son diocèse d'origine et 
exerça le saint ministère à Marans, malgré les dangers 
qui le menaçaient, puis à l'hùpital de Rochefort où il se 
tint longt(împs caché sous le déji:uisement d'un malade. 
Il rendit aux religieuses de l'hôpital, aux déportés et 
aux prêtres d'immenses services par sa parole, ses let- 
tres et le ministère spirituel qu'il exerçait secrètement. 

M. l'abbé de Beauregard, en prison à Rochefort 
avant son départ pour la Guyane, parle dans ses Mé- 
moires de ce prêtre en termes élogic^ux. 

« Un jour, écrit-il, un sergent de marine vint deman- 
der, à huit heures du soir, d'un ton militaire : c Citoyen, 
suivez-moi. i J'arrive dans une chambre des sœurs et je 
trouve un homme avec le costume des malades, mais 
qui ne Tétait pas. Il m'embrasse et se nomme. C'était 
M. Croizetière, prêtre sulpicien, qui correspondait avec 
nous sous le déguisement d'une orthographe très fau- 
tive. Je savais qu'il avait vécu dans la durée de la 
guerre de Vendée, mais je ne savais plus où le pren- 
dre. Je lui avais envoyé, en 1796, des pouvoirs pour 
Luçon et Marans (1). 

(1) a Voici eu quelles circoustanccs furcut dounôs ces pouvoirs. 



t M. Croîzetière s'était attaché très jeune à la Congré- 
fçation de Saint-Sulpice; il n'avait eu que des emplois 
subalternes dans les séminaires, et après leur dissolu- 
tion, il rentra dans le diocèse de La Rochelle; il était 
de cette ville; sa famille était honnête et ancienne. Le 
sulpicien Croizetière, après avoir beaucoup travaillé à 
Marans, qui lui doit d'avoir conservé la foi, s'était re- 
tiré secrètement chez les sœurs à l'hôpital de Roche - 
fort, et il les a conduites pendant plusieurs années 
avec grande sagesse. Il était facile à cacher, parce 
qu'il n'avait goût que pour Tétude et les écritures. Ses 
mœurs et sa piété étaient celles d'un sulpicien, son dé- 
sintéressement très grand, et sou inattention pour sa 
personne était extrême : sa retraite profonde, nul désir 
de sortir; les sœurs lui avaient fait plusieurs cachettes 
très ingénieuses; là où on le mettait, il y restait, 
ayant toujours eu autour de lui ses portefeuilles. Il 
était proiire aux sciences, au calcul, etc. 

• Il s'était fait des méthodes, des abrégés, et il avait 
inventé, ou très perfectionné un caractère tachigraphi- 
que. (C'est l'art de peindre la parole d'une manière 
prompte.) Celui de ses frères qui avait le plus de rap- 
ports d'âge et d'amitié avec lui correspondait avec lui 
sur ce sujet et plusieurs autres, sans pouvoir pénétrer 
sa retraite. 

« Les sœurs le nommaient la sœur Anney et c'est ainsi 
qu'on lui adressait ses lettres. Sa passion était d'avoir 
des correspondances fort étendues, mais qui avaient 
pour but unique de travailler au bien de la religion et 
de connaître tout ce qui y avait rapport. Du fond de sa 



En juin 1795, M. de Beaurcgard était à Beaufou, où il remplis- 
sait les fonctions de vicaire auprt^s du curé, M. Thomas, son 
ancien précepteur. Le jour de la foire, 24 de ce mois, raconte 
M. djB Beauregard, i vint un honnête marchand qui me remit 
une lettre d'un prêtre qui me demandait des pouvoirs pour 
LuQon. > 

• Il datait ainsi sa lettre : \ aux Corint, cap. 10, v. '22. Si quis 
non amat Dominum nostrum Jesum Christiim, sit unathema^ 
maran atha. Ce prêtre était M. Croizetière, sulpicien, qui a vécu 
longtemps à l'hôpital de Rochefort, aumônier caché des sœurs de 
saint Vincent de Paul. Je l'y ai revu en 1797, et m'y a fait célé- 
brer plusieurs fois la messe. Il me fît voir alors les pouvoirs que 
je lui avais donnés, * 

ii 



— 16Î — 

reiraite, il écrivait à tout l'univers et à des ecclésiasti- 
ques notables et savants; il l'était lui-même, et per- 
sonne peutftlre n'a acquis autant de connaissances 
des matières religieuses de la Révolution. 

€ II avait fait des recueils très étendus appuyés sur 
des pièces originales, qu'il se procurait par des moyens 
toujours sûrs et prudents. Il n*a jamais cessé de cor- 
respondre avec M. l'abbé Emery, dont il n'avait pas 
partagé Je goût pour les nouveautés ; il le reprenait 
avec force et franchise; M. Emery n'a jamais voulu 
rompre avec lui. Il était vif dans ses écrits et ses let- 
tres, mais doux dans la conversation : il se rendait à 
ja vérité. Les services qu'il a rendus aux déportés, 
Uinl à Rochefort qu'à Cayenne et à l'île de Ré, sont 
infinis. Sa charité est venue me chercher jusque dans 
les déserts de la Guyane, (^est de lui que j*ai reçu 
Tespoir de n^tourner en France. Il me le manda d'une 
manière ingénieuse : il m'envoya une petite malle 
remplie de livres et autres elTets; cette malle était dou- 
blée de papiers de diverses couleurs, qui étaient cou- 
verts de caractères tarhigraphiques, par lesquels il 
me lit ])rév(>ir le nnverstnnent du Directoire, etc. Il 
joignit à ses »ir}M\l.';> un bref du pape contenant des 
pouvoirs for! Vr. . \:.> r..'.:r l»*s déportés à la Guyane, 
c iN'ii.hiiiî i.;. uyi^:/. ■ 1-. >«i';our que je lis à l'hôpital, 
je h* v»''\aî> i."h"> '<< .••c.*-i. et il nu» faisait célébrer la 
mrss( . ; Il j. iir*tn.' h-*- ciMiiST les vêpres les jours de 
d»m5iij.'îj'**v M ijiiii'u 'Jt's sœurs et des domestiques de 
)h iii:i>.Mi r> M/Hii*>i, diiUii k« t<uups (le la plus grande 
»iT*<'ir t^u* Il -Musi'ivr l'usaire du chant, et on ne 
S(vu»« 'ii.iail ' ts lu ua prèlre osât présider à ces pieux 

^, .: !»..»• t "■.i\« M. (h'oi/etiérL» ùla religion, à ses amis 

. :,. V t îî'S o'i juillet 1801. Il nfrcrivit peu de jours 

: •.;. \* :iiv'ii it rfoouiiuanda à uk»s prières la sœur 

i<^ Ui'> '^^^^ uioa temps, était ehargée de la salle 

*-, V .vi'v»4te^> inalailo it'uuo lièvre maligne; six jours 
•^ •.♦ >, .>ii stiKionra sa mort. 

* ''u % reeuoilli ses maiiuserits : il avait légué ses 
r. t N,U4 ititur séminaire de La Rochelle. 

c V xt uu»it ou a brûlé plus de mille lettres, etc. 

* n; |Vu ilius eroiro celui qui a ret^u ses derniers 
^'vii»iiH, lo ctia^nu avait hâté sa mort/ses correspon- 
uiwiu^. lui a\ sxmH uuuKlc de Rome qu on perdait l'espoir 



^163-* 

(lu rétablissement de la religion en France ; il fut at- 
terré par cette nouvelle dont je vois quelques ouver- 
tures dans ses lettres. 
€ Sa mort fut celle d'un saint prêtre, i 



-Id&^ 



DEFRËSNE 

DOYEN DU CHAPITRE DE LUÇON, VICAIRE GÉNÉRAL 
1800 



M. Defrosno avait romplacé, en 1789, Tabbé de Hercé 
on qualité de doyen du chapitre de Luçon. Personne 
mieux que lui n'était capable de relever la considéra- 
tion du poste où rélevait l'estiniiî générale, avec celle 
de son évèque, Mgr de Mercy. A ce titre, il joignait 
celui d'abbé cornmendataire de Tabbaye des Fonte- 
nelles, prés la Roche-sur-Yon. Non moins distingué 
par ses talents, sa science et ses vertus, il était jugé 
digne de Tépiscopat. 

Dieu en avait décidé autrement. 

En vertu d'un arrêté pris par le Directoire départe- 
mental contre les prêtres non assermentés, un mandai 
d'arrêt était décrété contre lui. On le si^inalait comme 
un homme actif et dang(îreux. 

Quand fut décrétée la Constitution cioile du clergé 
(12 juillet 1790), il eut le courage d(; signer, à la tête de 
son chapitre, une noble prott.'station contre Tacte de 
l'Assemblée constituante. Cette protestation, envoyée 
à Paris, y fut lue en séance publique (1). 

Au moment où on arrêtait les prêtres insermentés, 
M. Defresne quitta Luron et se retira auprès de- son 
évêque, à Paris, dont il était Tami et le commensal. 
Ce n'était pas fuir la persécution, puisiiut^ là encore 
elle était plus ardente peut-être ([ue partout ailleurs, 
témoin les massacres de sei)tembr(î ([ui allaient se pro- 
duire. 

Il y vé(Uit jus(|u'îi la veille d(î ces massacr(\s, dans la 
société de son évê(|ue, qu'il aida, coiiHue vicaire géné- 
ral, pour Taduiinislration des allaires ecclésiastiques, 



(1) Nou» l'avons donu^'c, avcîc la linto de? cbauoiiios de Luçon, 
au commencemeut du ce volume. 



- iOB- 

el aussi dans celle de son ami, l'abbé André de Beau- 
regard, qui V aimait plus que tout autre^ après sa mère 
et ses frères. 

Nous lisons, dans les Mémoires de M. Jean de Beau- 
regard, que M. Defresne partageait le logement de 
Tabbé André, et même son lit, car ils étaient logés fort 
à Tétroit dans leur cachette. Mais vers la fin du mois 
d'août, il dut quitter la capitale. Le doyen ne franchit 
pas encore la frontière et se réfugia à Saint-Claude, 
dans le Jura. Les lettres de Mgr de Mercy, avec lequel 
il resta en correspondance, tiennent au courant de sa 
position. Après avoir été retenu trois jours en prison à 
son arrivée à Saint-Claude, il fut mis en liberté. Puis il 
alla peu après en Suisse, et de là en Italie. 

€ M. Defresne a quitté la Suisse, écrit le prélat, et 
est allé à Turin, où M°»« la duchesse de L... a été 
appelée par Madame (femme du comte d'Artois). 

€ L'abbé Defresne, qui était sorti un moment de 
Turin, y est retourné et toujours avec M""' la duchesse 
deL... Mais le sort do ce pays est toujours incertain 
et l'abbé n'écrit point. * (Lettre du 30 juillet 1796.) 

Ensuite, le prélat annonce le décès du doyen, qui 
s'était dévoué pour les soldats français et était mort 
victime de sa charité, e Le si cher abbé Defresne, écrit- 
il, est mort à Clagenfurt, en Carinthie (1), le 13 de ce 
mois, martyr de son zèle et de sa charité. 

€ 11 y avait à Clagenfurt quinze cents prisonniers 
français; parmi eux s't^st manifestée une épidémie à 
laquelle on n'a pu encore trouver de remède. Les prê- 
tres français qui sont dans ce pays-là ont été invités à 
leur offrir, dans leur hôpital, les secours de leur minis- 
tère. Des quatre premiers qui y sont allés, deux sont 
morts et deux sont gravement malades. Cela n'a pas 
arrêté le zèle de notre saint doyen. 

€ Malgré les instances de ses amis, malgré la défense 
expresse de Madame, à qui il disait la messe tous les 
jours, il a cédé à l'impulsion de sa charité. Il a compté 
pour rien sa vie, il a cru en devoir le sacrifice au salut 
des âmes de ses malheureux compatriotes; il s'y est 
saintement préparé. Il a contracté la maladie, il en est 



(l) Province des Etats autrichiens prise par les Français en 
1800 et réunie à PEmpire. En 181 i, elle retournait à l'Autriche. 



- 169 — 

mort en véritable prédestiné, emportant les regrets, 
l'estime et Tadmiration de tous ceux qui Tont connu. 
C'est une grande perte pour notre diocèse. Aussi est^ 
sur elle que je pleure et sur moi, non sur lui. Il n'est 
pas mort, notre ami, il n'est qu*endormi dans le Sei- 
gneur, il jouit du repos des justes, il nous a montré le 
chemin ; profitons de ses exemples pour mériter de lui 
être un jour réunis. Recommandez-le aux prières de 
tous nos frères. » {Lettre du 26j(moier 1800.) 

M. Guillon, parlant de la mort de IL Defresne, 
ajoute : « Noua le plaçons sans hésiter au nombre des 
martyrs. » 

C'est de lui que M. André de Beauregard, massacré à 
Paris le 28 juillet 1793, dans une lettre d*adieu à sa 
mère, écrivait ces paroles : < Je prie mon ami de lire 
dans mon cœur ce que je regrette tant de ne pouvoir 
lui exprimer. Nommer mon ami^ c*est assez vous faire 
connaître à qui est dû ce titre qu'il possède depuis 
longtemps. » 

Les deux amis étaient vraiment dignes Tun de 
Tautre. 



— 167 — 



DELHUMEAU 

CURÉ DES ÉPESSËS 

1710-1792 



Ce vénérable vieillard avait quatre-vingts ans au 
moment de la Révolution. Ayant refusé le serment, il 
reçut Tordre de se rendre à Fontenay, en vertu d'un 
arrêté du Directoire du département en date du 29 mai 
1792, mais il se tint caché, n'ignorant pas le sort 
réservé aux prêtres prisonniers. 

Il fut néanmoins découvert, arrêté et incarcéré à 
Chàtillon. Malgré son grand âge, il parvint à ^'échapper 
et mourut vraisemblablement quelque temps après, 
car on n'entendit plus parler de lui. Dieu lui avait 
épargné de voir le pillage et les massacres dont furent 
victimes ses paroissiens dans le courant de mars 
1794 (1). 



(1) D'après M. Bourloton. 



-168 — 



M. DBNY 

VICAIRE A TREIZE-VENTS 

Mort vers 1798 



Ce prùire courageux était vicaire à Treize-Vents en 
1790. Plus ferme sur les principes catholiques qud son 
curé, M. Mousset, M. Deny refusa ênerglquemenl le 
serment schismatique et ne subit aucunement in- 
fluence de son curé, avec lequel il n'avait de rapports 
que pour les fonctions du saint ministère, car il ne 
logeait pas au presbytère, mais dans une maison du 
bourg. 

On raconte que le jour du Jeudi-Saint 1798, M. Deny 
ayant célébré la messe, le curé assermenté se présenta 
pour recevoir la sainte communion et se la vit refuser. 

Après ce fait, l'intrépide vicaire s'attendait chaque 
jour à être dénoncé puis arrêté par la force armée. Il 
prit donc ses mesures en conséquence pour se mettre 
en sûreté. Il n*éraigra point comme tant d'autres de ses 
confrères, mais se cacha dans le pays, pai^fois dans 
cette paroisse môme, où il était avantageusement 
connu et où il pouvait compter sur la protection et la 
discrétion des habitants. 

On savait à Treize-Vents que deux prêtres se tenaient 
cachés à la Martiniére. Ce village situé à environ deux 
kilomètres du bourg, un peu à gauche de la route qui 
conduit aujourd'hui de Treize-Vents à Saint-Laurent- 
sur-Sèvriî, et à cinq c(»nts mètres à peine de la Sévre, 
est habité, depuis au moins trois cents ans, de père en 
iils, par la famille Devaud. C'est cette excellente famille 
qui donna asile aux deux prêtres. 

Elle conserve encore religieusement le coffre de bois 
qui servait d'autel pour la célébration des saints Mys- 
tères, et montre aux visiteurs Véglise provisoire où 
s'assemblaient, pendant la nuit, les pieux fldéles du voi- 
sinage, église qui n'était qu'un vaste grenier, long do 
vingt cinq mètres, large de six et haut de deux mètres. 



Ce village heureusement ne fut pas brûlé par les 
Bleus. Quand ils le visitèrent, ils se bornèrent à incen*» 
diet les puillefs. C'est non loin de là, à cent mètres 
environ, au milieu d'un champ de genêts, que s'ouvrait 
une cachette où les deux prêtres se retiraient pendant 
le jour. Les traces en étaient encore visibles il y a peu 
d'années. 

Les missionnaires qui évangélisent les païens ne 
sont pas obligés de s'entourer de plus de précautions, 
pour éviter le regard des persécuteurs, qu'il n'en fallait 
à ces ministres de Dieu pour remplir la mission du 
salut des âmes. Leur zèle avait recours à toute espèce 
d'industries et n'épargnait aucune des ressources sug- 
gérées par une sublime charité. Pour porter aux fidèles 
les consolations de leur ministère, pardonner et bénir, 
ils changeaient les jours en nuits et les nuits en jours. 
Ils s'entendaient avec des hommes dévoués et intelli- 
gents qui les avertissaient des périls, les conduisaient 
pour confesser les malades en danger de mort, baptiser 
les petits enfants, faire goûter les joies de la sainte 
communion, donner la bénédiction nuptiale à ceux qui 
ne voulaient pas recourir aux prêtres intrus. 

Le premier des prêtres cachés vers Treize-Vents 
était M. Vion-Dubois, curé de la Chapelle Largeau, 
l'autre devait être M. Deny (1). Celui-ci avait confié les 
vases sacrés au trésorier de la fabrique de réglise, 
Jean Coûtant, qui les renferma dans de petites boîtes 
en bois cachées secrètement sous des rochers, dans un 
champ appelé le Champ de la Grande-Chicane. Les 
Bleus, qui partout faisaient main basse sur les objets 
d'or et d'argent dans leurs visites à Treize-Vents, 
essayèrent bien d'arracher à Jean Coûtant son secret. 
Mais le fidèle trésorier demeura sourd et impassible. 
Ni prières, ni menaces n'eurent sur lui aucun effet. 

Quand lurent passés les mauvais jours, on retrouva 
les vases sacrés intacts dans les cachettes. 

Au -contraire, l'église de la paroisse eut beaucoup à 
souffrir des ravages des Bleus, et le serment de 
M. Mousset ne la préserva point de l'incendie. Toutefois 



(l) Un M. Brunetière, qui, en 93, signe chanoine do La Ro- 
cbello, administra aussi à cotte époquo les deux paroisses de 
Treize- Vent s et de Mallièvre. 



- !70 — 

elle ne brûla pas entièrement quand le feu y fut mis, 
dans les premiers mois de 1794, et les flammes s'arrê- 
tèrent subitement devant un groupe de statues appelé 
la Passion, composé d'un grand Christ en bois et des 
statues de S. Jean et de la Mater dolorosa^ placé sur 
une poutre transversale en avant du sanctuaire. 

Les cloches avaient disparu du clocher. C'était autant 
de ruines à réparer. 

On ignore la date exacte de la mort de M. Deny, mais 
elle arriva avant la fin de la Révolution. 



j 



- 171- 



JEAN-PAUL-ARMAND DOLBECQ 

VICAIRE DE NOIRMOUTIER, CURÉ DE SAINTE CÉCILE 

1788-1793 



D'origine normande, M. Dolbecq, comme beaucoup 
de ses confrères, eut une vie très tourmentée pen- 
dant les mauvais jours de la Révolution. 

D'abord vicaire à Noirmoutier, il était curé à Sainte- 
Cécile en 1788, et il crut pouvoir prêter serment. Mais 
son vicaire et cousin, l'abbé Le Gouic, l'en détourna. 
Ne voulant pas subir Texil mais demeurer au service 
de ses paroissiens , il resta caché dans le pays et prin- 
cipalement chez M. Remaud, curé de Chavagnes-en- 
Paillers. Là, des âmes pieuses subvinrent à ses be- 
soins. 

Mais, un jour, la garde nationale des Herbiers étant 
survenue à l'improviste, il dut avoir recours à un 
déguisement, au moyen duquel il passa parmi les sol- 
dats sans être reconnu. 

M. Dolbecq se réfugia dans les bois. Des chasseurs 
l'y découvrirent en compagnie de plusieurs autres 
prêtres : il fallut fuir encore. Les réfugiés se dispersè- 
rent deux par deux, M. Remaud jeune et M, Dol- 
becq ensemble. 

Ils purent arriver à Mâché pendant la nuit : « Nous 
trouvâmes, mon camarade et moi, rapporte M. Remaud 
dans Ma vie pendant la Révolution^ chez M*'** Mingueti 
à Mâché, tous les égards dûs au malheur, j'ose dire 
tous les soins de Tamitié; nos jours auraient été heu- 
reux, s'ils n'avaient pas été empoisonnés par la crainte 
de voir arriver du mal à ceux qui demeuraient avec 
nous. Cette idée affreuse ne nous laissa jamais de 
repos. Nous entendions souvent des menaces, des im- 
précations. 

« Enfin, jour et nuit, 6n menaçait d'incendier la 

maison de notre retraite. Nous voulions la quitter dans 

la crainte de quelques grands malheurs^ mais nous 



— 172 — 

fûmes charitablement retenus par la maîtresse de la 
maison qui nous répétait sans cesse qu'elle n'avait 
pas plus à redouter que nous et qu'elle avait fait le 
sacrifice de sa vie en nous donnant rhospitalitè- 

« Nous passâmes ainsi cinq mois pendant un hiver 
rigoureux. M. Dolbecq tomba malade. 11 fut soigné 
avec toutes sortes d'égards. Il commençait à peine à 
guérir, quand la cruelle guerre de Vendée vint chan- 
ger nos destinées. » 

En eirel, le 13 mai 1793, le tocsin leur annonça le 
soulèvement de la Vendée. Des bandes de paysans, ar- 
més de piques, de fourches, de mauvais fusils, vinrent 
à Mâche et emmenèrent les deux prêtres pour les pro- 
téger : M. Remaud à Apremont et M. Dolbecq à Saint- 
Ktienne-du-Bois, où il s'ellorra de calmer les esprits 
agités. 

t Depuis le commencement de 1794 jusqu'au com- 
mencement do 1795, dit Tubbé Remaud, Tincendie, 
le meurtre et le pillage ont désole la Vendée. On ne sa- 
vait plus où se réfugier, chaque jour m'annonçait 
quelque nouveau malheur, quelque nouvelle perte. 
M. Dolbecq, qui m'avait promis de ne plus me quitter, 
fut invite un jour par le général Jolly d'allct l'accom- 
pagner dans une expédition qu'il allait faire dans la 
paroisse du Poiré. » 

Le pauvre prêtre, sachant sa tête mise à prix par 
les Bleus, se décida à suivre l'armée catholique. Là, du 
moins, il était en sûreté et son ministère? était Utile 
aux soldats vendéens. Mais dans une déroule prés le 
Pont- de-Vie, M. Dolbecq fut poursuivi el tué à coui)s de 
sabre par un cavalier républicain (1). 

(l) Dans la déroule du Mans, les It? et lii drcemhro 1703, 
l'abhé (iaillard, vicaire à Ghauloloui>, dans la Vendé(» anpevino, 
s'cilbrçail. de soutenir le courage de quatorze de ses paroissiens, 
qui le suivaient ei se trouvaient à bout de forces. Les voyant in- 
capables d'aller plus loin et. d'échapper à l'ennemi, il les conduit 
à l'écart, les confesse, les |)répare à la mort, leur dit que si 
la terre est triste, le ciel est toujours beau, ot qu'il resli? ou- 
vert aux martyrs de la cause catholique : « Vous êtes confessés 
et absous, ajoute-t-il, (ju avez- vous à craindre*^ Ah! vous êtes 
plus heureux que moi : je n'ai pas ici de confesseur, pour m'en- 
tend re. » 

Quelques instants après, le courafieux pasteur, surpris par 
les soldats républicains, est massacré avec le petit troupeau qui 
rentoure. 



-m- 

M. Remaud raconte le fait en ces termes : c J'appris, 
le soir, la mort de M. le Curé de Sainte-Cécile, qui 
fut sabré prés du Pont-de-Vie, à la suite d'une débûcle 
qu'éprouva le général JoUy, proche du village de la 
Montmornière, sur les bords de la rivière de Vie, 
J'ai entendu dire à son assassin qu'il était mort en 
disant : t Je remets, Seigneur/ mon ûme entre vos 
f mains. » 

« Je lui fis donnner la sépuJture dans le cimetière 
du Poiré le lendemain. La perte de cet ecclésiastique 
me fut d'autant plus sensible que je l'avais sauvé de 
toute sorte de dangers pendant la première année 
de la guerre. • 



-m^ 



GABRIEL-URBAIN DOUAUD 

DE TIFFAIJIÎKS, CHANOINE DE NANTES 

1730.1793 



La petite ville de Tiffauges, en Vendée, a donné 
naissance à deux frères Douaud, tous deux prêtres 
éminents et édiliants (1). Nous parlons ici de Talné, 
M. Gabriel-Urbain Douaud. Il iit ses études à Nantes, 
au collège des Pères de TOraloire et s'y fît constam- 
ment remarquer par ses succès, son aménité et sa 
piété. Il resta, sans dout(î. ensuite quelque temps dans 
le monde, car il ne fut ordonné prêtre qu'en 1763 par 
Mgr de la Muzanchére qui le choisit pour son secrétaire 
et le nomma chanoine de sa cathédrale. 

M. Douaud consacrait à l'étude, à la méditation et aux 
œuvres de charité tout Iv temps que lui laissaient ses 
fonctions. La ponctualité fut l'une» de ses vertus favo- 
rites. « Un<' heure m'est assignées disait-il, pour mon- 
ter à l'autel, à moi d'être fidèle au rendez-vous pour ne 
pas conclamnt'r Jésus-Christ à faire antichambre. Hélas! 
il n'attend (iu(» Iroj) déjà à la porto de tant di» cœurs qui 
lui sont absolument fermés. • 

Cette régularité était si connue qu'un vieil horloger 
du (juarticu* ne trouvait ricm de mieux pour recomman- 
der sa marchandises à ses clients que de leur dire : 



(1) Le jeune IViTe du martyr, Louis-Georges Douaud, né le 
'25 août 17.*) i, suivit dabonl la carrière des armes et devint capi- 
taine de dragons. Etant ensuite entré dans le sacerdoce, il fut 
vicaire de Saint-Donatien, à Nantes, puis curé de Saveuay en 
mars i770. Chassé de sa cure par un intrus, en mai 1791, pour 
avoir refusé le serment, et enf(?rmé à la prison Saint-Clément, en 
même tem])s que son frère (îabriel, il fit partie du convoi des 
prêtres déportés en i^^spagne en septembre 1792 et embarqués 
sur le Saint'Gereon, M. Douaud résida à Tuy, en Galicic, rentra 
en France en 1802 et redevint cure à Saveuay, où il est mort 
en 1833. (HUtoire de Savenat/y pur Lkdoux.) 



-1Î8- 

f Achetez mes pendules en toute confiance, poul* 
elles comme pour M. Douaud il n'y a ni avance ni re- 
tard; comme lui elles ne connaissent que l'heure juste 
et la minute exacte » 

La première de ses occupations favorites était d'aller 
faire le catéchisme, dans la maison du Bon-Pasteur, 
aux petites filles recueillies parmi les enfants trouvés. 
Son ministère y fut béni, et un grand nombre d'âmes 
lui durent leur persévérance dans le bien. 

€ Une autre de ses œuvres, dit M. Briand, était de 
réunir chez lui, surtout pendant l'hiver, le soir, plu- 
sieurs jeunes clercs qui, tout en suivant les cours de 
théologie au séminaire, habitaient la ville, où ils don- 
naient des leçons pour subvenir aux frais de leur en- 
tretien. Admis sous le toit et parfois à la table du 
vénérable prêtre, ils trouvaient toute facilité pour 
s'entretenir des choses de Dieu et se conserver dans 
l'esprit de leur sainte vocation. La fortune personnelle 
de M. Douaud lui permettait d'exercer largement cette 
hospitalité. Toute sa vie il eut une prédilection mar- 
quée pour les élèves du sanctuaire qui, disait-il avec 
émotion, portaient sur leurs fronts le sceau de Vélec^ 
tien divine. Avec bonheur, comme un illustre évoque 
de notre temps, lui aussi aurait aimé à dire : t Ce sémi- 
€ nariste, c'est un prêtre en fleur. » MM. les Direc- 
teurs du séminaire rendaient témoignage au zèle de 
M. Douaud pour la formation dos clercs, et se plaisaient 
à l'appeler le directeur extra muros. » 



Les réformes révolutionnaires vinrent enlever le 
pieux chanoine à ses œuvres de zèle, et sa vie édifiante 
était trop en opposition avec les idées nouvelles pour 
qu il ne fût pas une des premières victimes de la per- 
sécution. Mis en demeure, comme tous les prêtres, de 
faire serment à la Constitution civile, il refusa. Le 
département arrête que les prêtres non assermentés 
seront tenus de se retirer dans la maison dite de Saint- 
Clément (séminaire de Nantes), pour y demeurer. 

C'était l'emprisonnement déguisé. Cent-trois prêtres 
du diocèse de Nantes et quelques-uns de la Vendée 
furent arrêtés et conduits au séminaire, au mois de 
juin 1792. Un arrêté du Directoire portait que les pré- 



-176- 

1res détenus éliraient entre eux un directeur ou éco- 
nome. M. Douaud fut choisi par ses confrères pour 
remplir ces fonctions pénibles. On lui délivra un sauf- 
conduit pour pouvoir conférer avec les autorités du 
département sur les conditions matérielles des prêtres. 

l/Etai de dépenses de M. Douaud, qui coiitenail 
chaque jour le nombre des prêtres emprisonnés, com- 
mence ainsi : c juin 1792, quatre-vingt-seize prêtres i 
souper, quarante-huit livres de pain. * Le plus grand 
nombre de ces prêtres devai<mt quitter la France au 
mois de septembre, en exécution de la loi de la dépor- 
tation. 

On comprend quelle lourde charge incombait au 
prêtre directeur, d'autant plus que les relations avec 
l(îs autorités d(»vinrent de plus en plus difficiles et 
la situation des prisonniers de plus en plus grave et 
douloureuse. 

De temps à autre, on lit dans VEtat des dépenses des 
supplications comme la suivante qui montre bien les 
soucis cruels de Téconome (>t le soin qu'il prenait de 
ses malheureux confréries : « Presque tous les effets 
que nous avions dans la ri-devant maison des Carmé- 
lites ont été pillés, vous en êtes instruits ; la plupart do 
nous sont dénués de* tout. Comment garantir des 
injures d(» l'air et de la saison qui s'avance, dans une 
maison exposées à tous les vents, un bon nombre cou- 
ehés dans des greniers mal eouv(»rts et mal fermés, 
sans feu, sans lumière et sans pr(»sque aucun secours? 
Ce speetaele vous tourherait, citoyens administrateurs, 
et vous ne verriez pas sans émotion l'état où sont 
réduits des vieillards et des inlirmes. Il ne lient qu'à 
vous de nous en tirer. Depuis quinze mois, nous souf- 
frons sans plaintes et sans murmures, ne serait-il pas 
temps i\r rompre nos fers? Je su|)plie les administra- 
teurs du déparleiiK^nt de recevoir favorablement VEtat 
que j'ai riioiiiHuir ihi lui présenttT, car quelque misé, 
rable ([ue soit la vie que nous menons, à raison de la 
elierté drs vivres, il est impossible» de satisfaire» les 
fournisseurs et (h^ se procurer Tabsolu iiêeessaire. » 

Le 8 août suivant, M. Douaud, à bout de ressources, 
implore dcî nouveau la compassion des administra- 
teurs. Sa requête est enlin admise, et le secours jour- 
nalier aux prêtres élevé à 1 fr. 2o. 

Mais, du même coup, les détenus virent leur situa- 



Uon s*aggraver. On les transféra à la prison des Petits- 
Capucins, au nombre de cent-cinq prêtres. Le séjour y 
était plus pénible que précédemment, le local plus 
resserré, et la célébration de la messe impossible et 
interdite. 

Le 26 août, l'Assemblée législative ayant voté l'ex- 
pulsion du territoire français de tout ecclésiastique 
non assermenté, les prêtres âgés de soixante ans 
avaient le droit de demeurer en France : les autres de- 
vaient être exilés. M. Douaud était de la première 
catégorie. Il demanda donc à rester, mais il fut empri- 
sonné avec soixante-quatre autres prêtres au couvent 
des Carmélites, A'oh Ton avait chassé les religieuses. 
Tous étaient âgés ou infirmes et, dans cette prison, 
une infirmerie devenait nécessaire. Ce fut en vain 
que M. Douaud la réclama. Au reste, tout cela était 
inutile, le terme fatal approchait. 



Bientôt les détenus apprirent qu'ils allaient être 
transportés sur le navire la Gloire^ en station sur la 
Loire. M. Douaud osa réclamer au nom de tous ses 
confrères. C'était la dernière halte avant la mort : ils 
l'avaient compris. 

Dans cette prison plus douloureuse que toute au- 
tre, le chanoine Douaud fit rédification de tous les 
détenus par sa douce et calme résignation, par sa déli- 
cate charité et les paroles d'encouragement qu'il prodi- 
guait aux compagnons de son martyre. 

M. Douaud fut submergé dans un bateau à soupape, 
avec les prêtres internés sur la Gloire, dans la nuit du 
16 au 46 novembre. Il périt à l'âge de soixante-trois 
ans, victime de son attachement à la foi et à son devoir 
sacerdotal (i). 



(1) D*après M. Bbiand. Les Confesseurs de la Foi dans te dio-* 
cése de Nantes. 



a 



— 178 — 



SYLVEST.RE-FRANÇOIS DUCHAFFAULT 

OFFICIER, CURÉ, CHANOINE 

1734-1822 



Le comte DuchafTault est né à Montaigu, le 8 dé- 
cembre 1734, de messire Julien-Gabriel DuchafTault, 
seigneur de la Sénardière, en Boufféré, et de dame 
Jeanne Robert de Chaon. L'influence de son parrain et 
oncle, Louis-Charles Duchaflault, seigneur de Melay, 
nommé vice-amiral en 1791, aurait dû, semble-t-il, dé- 
terminer le jeune Sylvestre à choisir la marine pour 
carrière; il entra cependant dans l'armée de terre 
et prit part à la guerre de Sept-Ans, en Allemagne. 

Le M janvier 1759, il épousa Françoise Marin de 
la Guignardière , en Avrillé. Dieu bénit cette union, 
de laquelle naquirent six garçons et trois filles. Com- 
blés des dons de la fortune, heureux dans leurs en- 
fants, aimés et considérés de leurs voisins, le comte 
et la comtesse DuchafTault n'avaient rien à souhaiter 
pour leur bonheur, mais, selon la parole de TApôtre, 
il n'y a point de situation stable ici-bas. La Révolu- 
tion, qui venait d'éclater, leur en fit faire une cruelle 
expérience. 

En 1791, le comte DuchafTault dut prendre le che- 
min de l'exil pour sauver sa tète ; sa femme, qui avait 
suivi l'armée vendéenne, mourut à la Flèche, vers 
la fin de 1793; deux de ses filles périrent dans les 
prisons du Mans, la troisième, héroïque amazone, 
prise les armes à la main, combattant contre les Bleus^ 
fut fusillée comme brigande. 

Quant au comte DuchafTault, il avait rejoint le prince 
de Condé à Worms; il s'engagea dans la cavalerie, prit . 
part à toutes les batailles, se distingua par un courage 
et une constance dignes d'éloges et le dévouement 
le plus entier au service du roi. Sa belle conduite fut 
récompensée par le titre de chevalier de Saint Louis, le 
21 janvier 1798. 



— m — 

De retour en France, le 16 mars 1802, le comte 
trouva, comme les autres émigrés, sa position bien 
différente de ce qu'elle avait été jadis. 

Nous avons dit les pertes que la Révolution lui avait 
fait subir dans sa famille ; à peine lui restait-il quel- 
ques débris de sa brillante fortune. Le domaine de 
la Guignardiére, en Avrillé, était passé à des mains 
étrangères, et la Sénardière^ bien que non vendue, 
avait été en grande partie détruite par Tincendie. L'ha- 
bitation principale, construite sur un terre-plein très 
élevé et entouré de douves profondes, qui existe en- 
core, avait été détruite, les servitudes du château 
seules subsistaient. 

C'est là qu'il dut faire sa demeure. 

Comme le prophète Jérémie, pleurant sur lés ruines 
de Jérusalem, le vieux gentilhomme déplorait l'état de 
la France : tout Tattristait autour de lui. Sa foi vive lui 
inspira une résolution que son âge semblait rendre 
irréalisable, mais son tempérament robuste et son ca- 
ractère énergique lui firent retrouver une nouvelle 
jeunesse pour servir l'Eglise dans le sacerdoce. 

A soixante neuf ans, il embrassa l'état ecclésiastique 
et fut ordonné prêtre en 1803, alors que la paix venait 
d'être rétablie en France. Sa nouvelle carrière, rela- 
tivement longue, puisqu'il vécut encore plus de vingt 
ans, montra que pour avoir été tardive, sa vocation 
n'était pas moins réelle. Le noble vieillard comptait 
dans ses ancêtres plusieurs illustres prélats et même 
S. Martin de Verlou, de sorte que, comme l'écrivit, 
en 1888, M. de la Nicolliére, archiviste de la ville de 
Nantes, la vocation ecclésiastique était de tradition 
dans cette noble famille. 

Aussitôt^ Mgr Duvoisin, évéque de Nantes, voulut 
honorer son diocèse en nommant le nouveau prêtre 
chanoine honoraire de la cathédrale, en 1804. 

Après son ordination, Tabbé Duchaffault se retira 
à la Sénardière, commune de BoulFéré, à deux kilomè- 
tres de Montaigu. Là, il s'était fait arranger un mo- 
deste logement dans les servitudes de son ancien châ- 
teau. 

Il célébrait la sainte messe dans la chapelle, épar- 
gnée par les démolisseurs de la Révolution et restau- 
rée, depuis, par M"° la baronne du Landreau, qui avait 
acheté les ruines de cette propriété. Sa charité çt sa 



— 180 — 

piété rayonnaient autour de lui, âon înflaence «^taît 
considérable dans le pays (!). 

Mais cette position tranquille et modeste ne pou n an 
sutUrc au zèle du nouvel abhé et à raciivité de rancien 
soldat : il se lit autoriser à desservir rhùpital de Mon* 
taigu, en qualité d'aumùnicr, Il s'y rendait chaque 
vendredi pour confesser les malades et les religirîUSM 
qui les servaient» ce qu'il continua de faire après avoir 
accepté la cure de la Guyoniiiëre, comme nous lo dî* 
rons bientôt. 

La Vendt'o, après avoir perdu le siège épiscopal de 
Luçon par suite du Concordat de 1801, avait été réunie 
au diocèse de La Rochelle, Les prêtres manquaicnL 
Mgr Paillon olTril la cure de la Guyonniére a Talibâ 
Duchatlault qui l'accepta. Celle localité ubI située à dix 
kilomètres de Muntaiiiu. 



Il y remplit les fonctions de curé pendant plus d(* 
dix ans, avec une ardeur toute juvénile et une abnéga- 
tion dont semblaient le rendre incapable son âge et 
sa condition. 

Pour apprécier le mérite du gentilhomme desser- 
vant, il fautlrait avoir connu comme nous le presby- 
tère qui lui servit de logement dans su vieillesse, à la 
place du chilteau de ses ancêtres, H consistait dans un 
rez-de-chaussée composé de deux pièces; un escalieri 
raide comme une échelle, conduisait à un étage qui 
n'était qu'un grenier. LVglise paroissiale, pauvre et en 
ruine, n'avait plus de clocher; le pignon de la façade 
était surmonte d'une sorte de bretècM à deux baies, 
destinée à recevoir les cloches, Par dérision, les voi- 
sins appelaient ce campanile primitif les Lunettes de 
la Guyonniére, 

Une lettre écrite en 1867 par M. Amiot, siuccesseur 
immédiat de Tabbe DuchalTault, rappelle d'une manière 



I 



(l)Oii rAconlf* qa'uii jour il «lonnait h sa porïp un <ïcu à an 
pauvre et que colui-tû se i>Iaignit île ne [>na recevoir asstîz, 
M. Duchîirtîiah se (il roniêUre la pièce rrorgenl r^i floiiTia à »a 
place dmx sou^. Le mcudiaal H*en alLi unn l'onfus \a\ Uinn 
était bonfie. 



-181 — 

touchante les vertus de son prédécesseur : t Sa charité 
pour les pauvres était sans bornes et toujours exercée 
avec une extrême délicatesse. La pièce de six francs 
était Taumône la plus ordinaire, avec le morceau de 
pain. Les enfants recevaient assez souvent le petit écu 
de trois francs. La servante était toujours blâmée for- 
tement lorsque cette part des pauvres était réduite, 
pour cela que c'étaient' deux frères ou deux sœurs, le 
père et le lils, la mère et la fille, et son mot le plus 
habituel était celui-ci : c N'ont-ils pas deux estomacs? » 

€ Le généreux curé avait un stock de blé, à sa pro- 
priété de la Sénardière, qui lui servait à renouveler les 
provisions de sa cure quand elles étaient épuisées. Il 
aimait à faire remarquer, quand on lui amenait du 
blé, que c'était une attention de la Providence pour 
lui fournir le moyen de continuer ses aumônes. 

« La charité du bon prêtre envers les pauvres n'ab- 
sorbait pas entièrement ses ressources : il n'oubliait 
pas son église. 

« Il lui fit don d'un calice d'argent et d'un encensoir 
de même métal avec sa navette; les trois objets portent 
Técusson du donateur. On voit encore, dans la sa- 
cristie de cette paroisse, une vieille chasuble en satin 
rouge, qui semble être un reste de la garde -robe de 
la comtesse Duchaffault. 

f Le vieux curé laissa aussi dans la sacristie une 
armoire antique dont les panneaux sculptés sont entrés 
très ingénieusement dans le tombeau de Tautel qui 
orne la chapelle de Melay. 

€ La régularité dans le saint ministère », continue 
M. Amiot, c est restée dans le souvenir de nos vieil- 
lards. Il allait à l'église et aux malades, toujours 
empressé et avec plaisir. Il prêchait, surtout de cœur, 
et, dans ses exhortations, souvent les larmes étouf- 
faient sa voix. L'auditoire pleurait avec lui; de là un 
bien dont j'ai souvent retrouvé la solidité. Sa dévo- 
tion à la sainte messe se manifestait quelquefois par 
un attendrissement très édifiant pour l'assistance. Je 
tiens d'un prêtre qui l'a vu célébrer qu'il redoublait 
d'attention et de piété aux trois oraisons qui précè- 
dent la communion du prêtre. 

• La charité et le dévouement du bon pasteur pour 
son troupeau ne lui faisaient point oublier ses nom- 
breux enfants. Il priait et faisait prier pour eux tou- 



-i82- 

jours. Toute personne qui venait à la cure et qui n'était 
pas trop pressée de s'en retourner, recevait du bon 
prôtre la prière do réciter avec lui le chapelet; on en a 
compté douze dans un jour. 

c Quand il annonçait la prière pour ses enfants, il 
fondait en larmes et* disait : t J'ai si grand peur qu'ils 
« ne se perdent. » 

a Aux prières pour les fidèles de sa paroisse le ver- 
tueux père joignait les avis qu'il ne craignait pas de 
leur donner en public. Un jour que son ftls Gabriel 
assistait à la grand'messe, à la Guyonnière, son père 
l'admonesta publiquement en ces termes : « Gabriel, 
t tiens-toi mieux / » 

€ L'âge n'affaiblissait point les idées politiques du 
gentilhomme. Il trouva le temps de les consigner dans 
une brochure intitulée : Réflexions sur la Révolution 
française, 1813. Cet écrit fut saisi par la police comme 
renfermant des idées contraires à la Charte, 

f Son zèle, également, ne demeurait pas conflué 
dans les limites de sa paroisse. Le 10 février 1816, au 
service célébré dans l'église de Bourbon- Vendée (de- 
puis la Rochc-sur-Yon) pour le marquis Louis de la 
Rochejaquelein, le cure do la Guyonnière prononça 
l'oraison funèbre du héros qui avait succombé aux 
Mathes, paroisse de Saint-Hiluire-deRiez, en combat- 
tant pour la cause des Bourbons. 

<c Dans ce discours, (jui se ressent de l'âge de son 
auteur (quatre-vingts ans), l'orateur s'attache à flétrir 
les ennemis de la religion et de la royauté, cause des 
malheurs de la France, et à exalter le mérite et la 
valeur du héros mort en combattant les partisans de la 
Révolution. 

€ Cependant, le courageux vieillard avait atteint sa 
quatre-vingt-quatrième année. Gomme S. Martin de 
Tours, il adressait sans doute à Dieu cette prière : t Sei- 
€ gneur, si vous pensez que je sois encore utile à votre 
« peuple, je ne refuse pas do travailler pour lui, » mais 
ses forcos trahissaient son courage. Il lui fallut céder 
aux fatigues de la vieillesse. Il dut se retirer à Nan- 
tes (1). Il allait échanger son titre de chanoine hono- 
raire pour celui de titulaire, que Louis XVIII lui avait 



(1) Septembre 1817. 



— 183 - 

promis au chapitre de la cathédrale de Nantes. La mort 
ne lui permit pas de réaliser cette espérance. Il rendit 
son âme à Dieu le 9 janvier 1822, dans la vingt-unième 
année de son sacerdoce. 

€ Son corps, selon son désir, fut transporté à BoufFéré, 
près des tombeaux de plusieurs membres de sa famille, 
dans le cimetière de cette paroisse. 

« Lors de la reconstruction de Téglise, en 1861, on ou- 
vrit la tombe du saint prêtre en creusant les fondations 
du nouvel édifice Ses ossements, pieusement recueil- 
lis, furent inhumés dans Tenceinte de la nouvelle 
église. Une plaque de marbre noir, avec Tépitaphe sui- 
vante, en lettres dorées, placée au bas du piller gau- 
che du chœur, indique l'endroit précis où reposent 
les restes du comte Duchaflault, officier de cavalerie, 
prêtre, curé, chanoine : 

EPITAPHE 

Ici repose 

Haut et puissant Seigneur 

Sylvestre-François du Ghaffault, 

Marquis de la Guigoardière, 

Baron de Rié, 

Boufféré, Vildor, Avrillé et autres lieux. 

Chevalier de Saint-Louis, né à la Sénardière, 

En 1715. 

Valeureux combattant de la Vendée et de 

Tarmée de Condé, 

Il vit tomber presque tous ses enfants 

Sur les champs de bataille 

Et périr dans la tourmente révolutionnaire 

Son épouse, puis ses deux filles, la Comtesse 

De Che vigne et la Comtesse de Rorthays 

De Marmande, fusillées les armes à la main, 

Pour le Roi, en 1793. 

Ordonné prêtre en 1803, le comte 

Du Chaffault fut curé de la Guyonnière, 1809. 

Chanoine de Nantes, 1819, décédé à Nantes, dans 

Sa 88« année. 1822. 

Requiescat in pace t 



— 18*'- 



M. DURAND 

PBiTBE D'APREMONT 

1793 



-i.i .\>.UM, ff^-riUlhomme devenu révolutionnaire, | 
•'. T*.^-ir,Q a Angers en 1793, était jaloux de la î 
,^, -nr.j^i.naire de Carrier. Il avait juré d'exter- 
. \:./.n '-< qu'il appelait le fcuiatisme. 
\ i' -: '**. le farouche proconsul se signala par 
.. %r i.r.na d»»s battues autour de la ville et i 

- :..T*.f *.. aires, pour y saisir tous les catholi- I 
. -..»:: .r-* prêtres. Dans le but de découvrir 

- • ..►".• '•"» .l'rrniers, Francastel répandit dans j 
i '• - arr.fi lunes de nombreuses patrouilles, 

. .-r • ' v.fn*.- dos bûtes fauves, et commanda 
t.. --s i*'< communes de guider les soldais ' 
• -• : .-- '.jUs. j 

■.'-..• : i::*- r^lie chasse aux prêtres, on avait ! 

* ■ .-.- ;rs moyens perfides. On leur promet- | 
t^."..-'-- ' impiété ; des imprimés qui leur as- 

. ' *-- il*-' ur étaient répandus à profusion sur j 
-— . :î.i* > voisinage desquelles on soupçon- 

• • 'j-i. -: quelquefois des soldais étaient* re- ^ 
... ' - -lari»'. i*t. quand on croyait rencontrer 

- -^ '.^. --'iMiit^ dciruisés leur disaient que j 

- . n .- • • îiT v»'f'u un plein pardon, ils ne 
' i- '.>.: •• •' ->.j\Te leur exemple (!). 



' urt'nres ei des laïques au 
rj-eui conduits à Angers. 

^i-j-Mon militaire, on les 

*j~ -ûdignaûon au com- 

i^ 1- fois bravé la mort 

.. - r« d'eux-mêmes, 

:•:: — jl et le Comité fu- 

• -. - .— fa-illades et de» 

— • r ;r^ xs d'un château 




-«185- 

ff On amena ainsi, dit l'abbè Deniau, un grand nom- 
bre de Vendéens arrêtés dans leur pays, parmi les- 
quels furent M. Durand d'Apremont, et M. Tortereau, 
curé de Challans en Vendée. 

M. Durand, comparaissant devant les juges devenus 
des bourreaux, ne prit point la peine de dissimuler sa 
qualité de prêtre. Il s'en fit gloire au contraire. C'était ^ /ja-ov f^f) 
assez pour sa condamnation. Il fut guillotiné, le »^e- ' y ^têfu^^^^-^ 
rrem bro 1703, our la place du Ralliomont. ^ « ^sc^^^^**^'^^ 

C'était là qu'avaient lieu d'ordinaire les exécutions. 
M. Tabbé Gruget, confesseur de la foi, demeuré caché 
pendant toute la Terreur dans sa paroisse de la Tri- 
nité (1), se transportait secrètement dans la mansarde 
d'une maison qui avait jour sur la place du Ralliement, 
afin de donner Tabsolution aux victimes condamnées à 
la guillotine. < L'instrument fatal, écrit-il, était assez 
près de moi pour que je puisse non seulement voir, 
mais encore donner l'absolution à tous les condam- 
nés à mort. J'entendais les cris ou plutôt les hurle- 
ments qu'on jetait à chaque tête qui tombait, et je 
voyais les chapeaux qu'on élevait en l'air au cri sinis- 
tre de : Vive la République ! » 

Nous aimons à penser que M.U!)urand profita de la 
présence de ce courageux prêtre et reçut de lui une 
suprême absolution en montant àu'échafaud. 



(l)Morten'iee*Y'^^^ 



— 186 — 



M. ËNËKIG 

PRIKUn DU COUVENT DE LA FLOGBLUÉRE 

1797 



Un couvent de religieux Carmes existait à la Flocel- 
liére avant la Révolution. Le P. Emeric, qui en fut le 
prieur, dut s'exiler en Belgique, et là il n'eut pas moins 
à souffrir que dans sa patrie, des impiétés et des cruau- 
tés des révolutionnaires français. 

Un écrivain, peu suspect de cléricalisme, Prud- 
homme, a écrit au sujet de cette invasion de la Bel- 
gique : 

f Le culte catholique y était observé avec la plus 
grande lidclité. On ne tarda pas à heurter ouvertement 
les opinions religieuses par la profanation des objets 
qu'elles avaient consacrés. Une horde de Jacobins, 
comme une de ces nuées de sauterelles que Thistoire 
nous peint si malfaisantes, parcourent les communes 
de ces provinces, pénètrent dans les temples, outragent 
et chassent les ministres du culte, s'afl'ublent de leurs 
chasubles, montent sur les autels, y prêchent ouverte- 
ment l'athéisme dans le style le plus ordurier. 

€ Ces scènes indécentes lendaient à la dévastation 
des églises. Toute Targentcrie est pillée par ces bri- 
gands, parmi lesquels on comptait des septembriseurs. 
Les calices, les patènes, les ciboires sont en leur puis- 
sances; ils les font sauter en l'air avec dérision, ils se 
permettent de faire des ordures et de crucher dans les 
(îalices (ît les ciboires Les plus grossières plaisan- 
teries, accompagnées de tout ce que la dérision a de 
plus amer, firent frémir l'indignation des Belges. Mais 
trop circonspects pour la faire éclater au dehors, ils 
se préparèrent des maux sans nombre. » 

La Révolution, on le voit, est partout antichrétienne 
et satanique. 

Le P. Emeric, rentré en France, fut saisi et incarcéré 
dans la prison de Poitiers. M. de Beauregard, pendant 



~I87 — 

son séjour dans cette prison, y connut M. Emeric. Il en 
parle comme d'un leligieux très édifiant et de grande 
vertu : 

€ Parmi les prisonniers, je vis arriver un homme 
d'une taille extraordinaire. Peu après, je sus que c'était 
un prêtre qui devait rester quelques jours au dépôt» et 
j'obtins qu'il vint vivre et manger avec moi. C'était un 
religieux Carme, nommé le P. 'Emeric, qui avait été 
plusieurs fois prieur du Couvent de la Flocellière, dans 
le diocèse de Luçon. Il fut bien consolé de me retrou- 
ver. Jamais je n'ai vu un homme si content de si peu de 
chose (preuve de la grande misère qu'il avait éprou- 
vée). Avec un habit fort usé, deux paires de bas, deux 
chemises et trente livres qu'on lui donna, il disait qu'il 
était riche. 

« Il avait été déporté dans la Belgique en 1792. Il y 
était resté lors de l'invasion des Français et avait été 
arrêté comme un prêtre rentré en France, On le ren- 
voyait à son département, à Saintes. Nous établîmes 
une communauté : nous avions nos heures de silence 
et de prières. Il resta douze jours. Les gendarmes, à 
leur retour (de Saintes), me dirent qu'il avait été fusillé. 
Je répandis des larmes. Une lettre de lui rectifia ce 
mensonge. Mais, peu de jours après, j'appris qu'une 
maladie prompte avait terminé en prison ses longues 
courses en exil. 

€ Il venait d'être condamné à être déporté en Espa- 
gne. 

€ Je n'oublierai jamais la vertu douce, patiente et 
aimable, et surtout l'esprit de pauvreté de ce bon 
religieux » 



-188- 



MATHURIN FEUVRE 

CURÉ DK LA GUYONNIÉRE, 
DOYEN DE SAINT-MAURICE A MONTAIGU 

mort le 21 septembre 1793 

D-abord curé de la Guyonniére. Mathurin Feuvre si 
gne pour la première fois sur les registres de cette nt 
roisse le 24 août 1769. ^^^ P*' 

Mais il était curé dés le 16 juillet, comme le Droiivp 
la mention suivante relevée par M. le docteur wSln 

mVTtt '' 'r'*^*-*^'^" = ' "^^ seiziS^Se^îS et 
inL ' ****^""^ Peu^re, prêtre de ce diocèse anS 
possession de la cure de ce lieu vacantP nar i» îi ^- 

Luçon. . Sa dernière signature sur les recistresnaml 
siaux est du 23 avril 17?1. mais dans Ls leSrs ^ 
de la précédente année et les premiers de céîle-cT 
parait être suppléé dans ses fonctions curiies J 
^^^^fi^^^'^Ji^^' signe prêtre desservant. ^ 

ha. 1771, M. Feuvre quitte la Guyonniére nar «suif» 
de sa nominaUon comme doven dP la ^nlif5 . i^ 
Saint-Maurice.de-MoXigu It earde pSi f '/' 
jusqu'à sa mort II mourut'd'une ffn tîagiqt ''°''°" 

Le 30 septembre 1793, quand l'armée de Canclaux tp 
prit Montaigu sur les Vendéens, le doyen fut tué nar loJ 
soldats de ce général et son cadavreS dSns ifn., l 
du couvent des religieuses de Fon evrauiî i C 

cSuT'' n' ^"? "°'*P« ^'' chanoines Boînfne 
GoupUleau, ce dernier chantre de la collégiale 

I7M pf'"''' T'' été oflîcier municipal de Monteigu en 

1790 et^en cette qualité, il prit part à la lutte que sou- 

on nr.'"'?^''*^ ?^''« ^« ^•«^"'^t de Montaigï (1) 

JL £tTZ!rn ""' ^^^'^'' d'accaparelent de 
grains, au M. Bourloton, pas plus Drouvf^P mio nnii^ 

des 1800 louis d'or trouvés dans sïn fard"n ' ' " 
(0 D'après le docteur Migken, de Montaigu. 



-lB&-> 



ANTOINE-AIEXANDRE FUMOLEAU 

CURÉ DE GHAVAGNES EN-PAREDS (REDOUX) 

1734-179 



Né le 17 février 1734, M. Fumoleau fut curé à Chava- 
gnes depuis 1767 jusqu'à sa mort. Sa foi était trop vive 
et son attachement à TEglise trop profond pour lui per- 
mettre d'accepter les erreurs de la Révolution, Tout dé- 
voué à ses paroissiens, il ne voulut pas les abandonner, 
et, bien que sachant sa tête mise à prix, il demeura ca* 
ché sur le territoire de Chavagnes ou des paroisses voi- 
sines, offrant à tous les secours de son ministère. 

Il était souvent réfugié dans la ferme de la Gar- 
neraie, sur les bords du Grand-Lay. Sur les princi- 
paux points du pays, des chefs de famille, des femmes 
pieuses, connues pour leur discrétion, savaient seuls 
le lieu de sa retraite. 

Avait-on besoin de ses services, on s'adressait à ces 
personnes qni se chargeaient de le prévenir et, la nuit 
venue, le prêtre se rendait dans les maisons où il était 
demandé. En plein hiver, il lui fallait passer par des 
chemins à peine praticables ou le long des grandes 
haies pour éviter la rencontre des Bleus. - 

Le jour, le pauvre fugitif demeurait enfermé dans un 
grenier, dans une étable, derriére.un monceau de foin 
ou de paille, parfois môme dans le râtelier des bes* 
tiaux, lorsqu'on savait les ennemis proches de sa ca- 
chette. Là, sans cesse dans la crainte d'être découvert, 
il pouvait à peine réciter son bréviaire, prier ou lire 
les quelques livres qu'il avait pu emporter. La nuit 
seulement, il pouvait sortir de sa retraite et se livrer 
aux périls du ministère, recevoir les fidèles pour les 
confessions. Quand venait minuit, on préparait ce qui 
était nécessaire pour la célébration de la messe, qu'il 
disait plutôt dans l'obscurité d'une pauvre grange 
que dans une maison convenable, où il eût été trop 
exposé. 



-190- 

Àu milieu de ce dénuement, combien devaient être 
touchantes dans leur simplicité ces cérémonies de l'E- 
glise persécutée, où le prêtre, traqué comme un malfai- 
teur, s'attendait chaque jour au martyre, ainsi que les 
pieux chrétiens qui assistaient au saint Sacrifice. 

La tradition cite un généreux catholique qui sou- 
vent donna asile à M. Fumoleau, René-Âuguste Majou, 
agriculteur et fournisseur de bois pour la marine fran- 
çaise, domicilié au château des Touches. Cet homme 
dévoué, soupçonné de cacher un prêtre, fut arrêté vers 
la fin de 1793, emmené à Fontenay et condamné à la 
peine capitale. On le guillotina dans cette ville, le 3! 
décembre 1793. Il était âgé de quarante-huit ans (1). 

Sa mort causa une grande doul(3ur au pasteur de 
la paroisse. 

Quant à M. Fumoleau, âgé de plus de soixante ans, 
il ne put résister à une vie si pleines d'inquiétudes, de 
dangers, de privations et de souffrances, surtout dans 
les grands froids de l'hiver. Sa lidélité à remplir ses 
devoirs paroissiaux a prouvé que le bon pasteur donna 
sa oie pour ses brebis, 11 mourut à la peine vers la fin 
de la période révolutionnaire, au village de la Garne- 
raie, son asile ordinaire. 

Sa présence fut signalée au Synode du Poiré en 1795, 



(1) Lo jardinier du château, André Bourmaud, condamné pour 
la même cause, accompajina le même jour son maître sur lécha- 
faud. 



- 191 - 

JEAN-BAPTISTE-RENÉ GAIGNET 

VICAIRE DE DOIX 

1764.1795 



M. Jean-Baptiste Gaignet naquit au Gué-de-Velluire 
le 8 janvier 1764. Son père était boulanger. 

Ordonné prêtre, il fut nommé vicaire à Doix en 1790. 
Arrivé dans le ministère paroissial au début de la 
Révolution, il refuse le serment et part pour l'exil en 
Espagne, au mois de septembre 1792. Il s'embarque aux 
Sables, le 12, sur la MarieGabrielle, avec trente-huit 
prêtres des diocèses de Luçon et de La Rochelle, 

La déclaration d'embarquement avait été faite la 
veille par le capitaine Lambert à la municipalité. Le 
Procureur de la commune déclara qu'un grand nombre 
de prêtres réfractaires viennent en cette ville prêts à 
s'embarquer pour l'Espagne, et qu'il est intéressant de 
veiller à ce que lesdits prêtres n'emportent du numé^ 
raire dont la sortie du royaume est défendue par la 
loi. En conséquence, le Conseil a nommé M. Mercereau, 
l'un de ses membres, pour assister, avec ledit Procu- 
reur de la commune, à la visite qui sera faite des effets 
desdils prêtres pour en extraire le numéraire qu'ils 
pourraient vouloir emporter et en faire le change en 
assignats. 

C'était bien le moyen d'appauvrir complètement les 
chers exilés, car quelle valeur pouvait avoir à l'étran- 
ger le mauvais papier de la Révolution ? 

Ainsi allégés de ce qui leur était le plus nécessaire, 
les passagers de la Marie-Gabrielle firent la traversée 
en trois jours, et aussitôt débarqués, dit M. Bourloton, 
ils furent envoyés pour la plupart dans le diocèse de 
Cuença. 

M. Gaignet y resta quelque temps, puis, de là, passa 
en Angleterre, où il se joignit aux émigrés et à d'autres 
prêtres français. 

Dans ce pays hospitalier, le gouvernement allouait 



un secours mensuel aux ecclésiastiques chassés par la 
Révolution. 

Mais, souffrant avec peine un exil qui paralysait son 
zèle, le vicaire de Doix cherchait le moyen de rentrer 
en France. Ce moyen se présenta bientôt : Texpédition 
de Quiberon venait d'être décidée. Il en voulut profiter. 
Le 28 juin 1795. il débarque avec Mgr de Hercé et 
trente-neuf prêtres. Avec quelle émotion, avec quel 
enthousiasme, aussitôt descendus des navires, ils se 
prosternèrent et embrassèrent la terre natale ! Mais, 
hélas ! la joie allait être de courte durée. 

Un mois après, Tarmée royale était anéantie ou faite 
prisonnière. L'évêque de Dol et treize prêtres, au nom- 
bre desquels était M. Gaignet, comparurent devant une 
Commission militaire et furent condamnés à mort le 
27 juillet au matin. A la nuit, les condamnés sont 
enchaînés et conduits à Vannes, entassés sur une 
mauvaise charrette. 



Ils arrivèrent dans cette ville vers minuit, ignorant 
le sort qu'on leur réservait. On ne leur avait pas appris 
leur condamnation à mort. 

A Vannes, comme à Paris, lugubre contraste ! On 
venait, ce jour-là même, de célébrer l'anniversaire du 
9 thermidor, qui avait, disait-on, mis fin à la tyrannie 
qui pesait sur la France. Dans leurs discours, le Pro- 
cureur de la commune et le Président du déparle- 
ment avaient souvent employé le mot d'humanité, tout 
comme Lareveillère-Lépeaux. Les citoyennes avaient 
chanté des chœurs à la fraternité ; à minuit on dansait 
encore. Lorsque la lugubre charrette traversa la ville 
dans toute sa longueur, pour se rendre à la Porte-Pri- 
son, les condamnés purent entendre les derniers bruits 
de la fête où Ton se réjouissait que la France fût déli- 
vrée de Y oppression des partis. 

Le lendemain, l'arrêt de condamnation ne leur était 
pas encore lu et ils se préparaient à manger. Mais 
l'évoque de Dol savait tout, et vers huit heures le pré- 
lat dit à un ami qui se préoccupait du déjeuner : t Je 
vous remercie, mon cher monsieur, des peines que 
vous avez prises. . . mais tout devient inutile. On vient 
de nous annoncer que nous serons fusillés à dix heu- 



tes. Je me recommande à vos bonnes prières. 11 ne me 
reste que peu de temps pour me réconcilier avec Dieu. 
Je vous quitte. A Dieu I * 



t Les condamnés, dit M. Le Garrec (1), prirent leurs 
dernières dispositions pour paraître devant Dieu... A 
onze heures, on vint les prendre. On leur lia les mains 
derrière le dos et on les conduisit au lieu du supplice. 

La promenade de la Garenne est à quelques centai- 
nes de mètres des tours de la Porte-Prison. Pendant le 
trajet, Mgr de Hercé et les prêtres récitaient les prières 
des morts et menaient ainsi leur deuil et celui de leurs 
compagnons, les soldats prisonniers. La Garenne ren- 
ferme un grand nombre d'allées. Celle qui longe le 
mur de l'ancien couvent des Hospitalières s'appelle 
rallée des Soupirs. C'est là qu'on s'arrêta (ï). 

Les soldats du peloton d'exécution se trouvaient pour 
la première fois en face des prêtres émigrés. Parmi les 
soldats qui venaient de combattre pour la République 
à Quiberon, on n'en trouva pas qui consentissent à les 
fusiller. Un bataillon de volontaires parisiens n'éprouva 
pas ces scrupules. Sombreuil, au moment de mourir, 
protesta une fois de plus contre la violation de la capi- 
tulation et la peine de mort infligée à ses compagnons 
d'armes. Il recommanda aux soldats de viser plus à 
droite, où il se tenait, afin de ne pas le manquer, puis 
il commanda lui-même le feu. Tous ses compagnons 
tombèrent à la première décharge. Lui ne fut atteint 
qu'aux mains. Une nouvelle décharge, mieux dirigée, 
le fit tomber à son tour. » 

M. l'abbé Gaignet ne fut pas le moins courageux de 



(1) Quiberon. -^ La bataille et le martyre. 

(2) Mgr de Hercé demanda qu'on lui ôtât son chapeau aRn de 
faire sa dernière prière avec un plus grand respect. Un grenadier 
s'approcha et voulut lui rendre ce service. « Laisse, dit Som- 
breuil qui était au nombre des victimes, tu n'en es pas digne. » 
Et il enleva le chapeau de Tévêque avec ses dents. 

Sombreuil ne voulut pas qu'on lui plaçât un mouchoir sur 
les yeux : « J'ai l'habitude d^ regarder mes ennemis en face », 
s'écria-t-il. 

13 



6es prêtres. Il n'avait que trente-et-un ans. Avec lui 
fut fusillé un autre prêtre du diocèse de Luçon, M* de 
Bieussec, chanoine et vicaire général (1). 

t Gomme il est notoire, dit M. Guillon, que Tabbé 
Gaignet rentrait en France pour servir la cause reli- 
gieuse, c'est bien véritablement pour elle qu'il fui 
immolé. * 



(1) V. son nom. 



-i«- 



ANTOINE-FRANÇOIS GAGELIN 

PRIEUR-CURÉ DB SAINTE-CHRISTINE 

1701-1791 



M. Gagelin, prieur et seigneur spirituel et temporel 
des terres et seigneurie de Sainte-Christine, fut en 
même temps supérieur d^es. Religieuses carmélites de 
Niort, de 1747 à 1791. On retrouve son nom et ses titres 
dans une déclaration roturière du mois de juillet 1750. 

Messire Gagelin comptait dans sa famille des person- 
nages de haut parage. C'était un homme éminemment 
instruit, un prêtre d'une vertu peu commune et d'un 
zèle à toute épreuve. Qui n'admirerait, en effet, cette 
magnifique profession de foi qu'il fit contre ce serment 
tristement fameux de la Constitution civile du clergé. 

Pour lui prêtre, ce serment était une honte, et il au- 
rait préféré la prison et la mort plutôt que de souiller 
ses cheveux blancs par une pareille lâcheté. C'est là 
une page qui mérite d'être connue pour la gloire de 
celui qui l'a écrite. 

La voici telle qu'on la trouve à la fin du registre de 
1790: 

€ L'année qui vient de s'écouler, disait le docte Prieur, 
et celle que nous commençons, 179!^ sont celles qui 
sont les plus cruelles pour îa religion et le clergé. Le 
décret rendu pour la Constitution civile du Clergé et 
l'obligation qu'on impose aux ecclésiastiques fonction- 
naires publics de la confirmer par serment, en présence 
des municipalités, chasse tous les évêques de leurs 
sièges et tous les curés de leurs paroisses, pour être 
remplacés ou par des moines apostats ou par des prê- 
tres qui auront fait ce serment, dont voici la teneur et 
le véritable sens : 

t Faire ce serment ^ c'est jurer : 

t !• Qu'mne assemblée de laïcs peut, de son autorité 



privée, déposer les Evoques, que l'Eglise a établis el 
en créer d'autres sans autre formalité que sa seule vo- 
lonté. 

€ 2* C'est jurer contre la parole de Jésus-Christ, con- 
tre Tusage des Eglises chrétiennes, surtout celle Ad 
France, que le Pape n'a aucune autorité en France 
pour la confirmation des Evèques, pour les dispen- 
ses de mariages; qu'une simple lettre de compliments, 
de la part d'un nouvel évéque, suffit pour l'autoriser à 
exercer la juridiction épiscopale, à ordonner des prê- 
tres, leur confier les pouvoirs et la juridiction néces- 
saires pour remplir les devoirs de leur ministère. 

• 3® C'est jurer qu'un curé inamovible de droit dans 
toute la chrétienté, tant qu'il ne donne pas sa démis- 
sion volontairement, ou qu'une sentence juridique, et 
pour cause grave, ne le prive pas do sa cure, se croira 
bien déposé, qu'un faux pasteur viendra s'introduire 
dans sa bergerie, qu'un homme sans pouvoir et sans 
juridiction y viendra donner des absolutions, y célé- 
brer des mariages, qui, selon le Concile de Trente, ne 
peuvent être valides que par la présence du curé ou 
par la délégation faite par le propre curé. 

f 4* C'est approuver, par un jurement solennel, la 
dilapidation des biens du clergé, dilapidation que 
l'Eglise, dans le Concile de Trente, a chargée d'anathè- 
mes. 

• 8** C'est jurer que j'approuve et dois employer tou- 
tes mes forces pour la suppression de toutes les fon- 
dations faites dans les Chapitres et communautés. 

€ 6^ C'est jurer que j'approuve l'extinction de ces 
ordres respectacles, qui ont formé tant de saints 
pasteurs, tant de grands hommes vénérables par leur 
sagesse et leur doctrine, tant de religieux asiles de 
l'innocence, où des vierges chrétiennes se sont con- 
sacrées à Dieu et mises à couvert des tentations du 
monde à l'abri du tabernacle. 

t Quand j'aurai eu la faiblesse de souiller ma religion 
et ma vieillesse par un tel serment, j'aurai encore con- 
tracté rengagement de souscrire à tous les décrets de 
ccîtle nature qui peuvent être formés. L'Assemblée est 
allée par degrés, son autorité s'est accrue peu à peu, et 
d'abîmes en abîmes, on en est venu à précipiter pres- 
que le Clergé dans une entière extinction. 

f On vient de rendre un nouveau décret qui va sup- 



- 197- 

primer les prédications en interdisant le ministère de 
la parole à ceux qui ne font pas ce fameux serment, 
n'est-ce pas vouloir abolir la religion ? mais d'autres 
violations des règles saintes de l'Eglise se préparent. 
Nous voyons des écrits lancés dans le public, des pro- 
positions faites dans l'Assemblée sur le divorce, sur le 
mariage des prêtres, sur la légitimité des mariages 
faits sans le consentement du propre curé et en pré- 
sence des municipalités, sur la suppression des empê- 
chements dirimants, sur la suppression des ordina- 
tions, etc., etc.. 

€ L'homme religieux peut-il jurer d'être lidèle à 
toutes ces décisions si contraires à TEvangile, aux Con- 
ciles et à la tradition de l'Eglise ? J'y aurais cependant 
souscris si j'avais prêté le serment qu'on exige. Je ne 
le ferai donc pas. Je me soumets à toutes les privations 
dont je suis menacé, mais je n'accorderai jamais à mon 
successeur la juridiction que personne ne peut m'ôter, 
les absolutions qu'il donnera seront nulles et sacrilè- 
ges, les mariages qu'il bénira seront invalides et de 
vraies fornications. Qu'il pense sérieusement au mo- 
ment où il paraîtra devant son juge I 

« C'est en vain qu'il voudra alléguer les décisions 
d'une Assemblée qui se contredit elle-même. Cette As- 
semblée, par ses décrets, laisse à chacun la liberté de 
ses opinions religieuses ; elle la laisse au protestant, 
qui nie la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; 
elle la laisse au juif» qui regarde Jésus-Christ comme 
un imposteur pendu pour ses crines. Et moi, ministre 
de l'Evangile, je suis dépouillé de tout, chassé et pros- 
crit, parce que je crois à la hiérarchie de l'Eglise, à la 
supériorité du Pape sur les Evoques, à celle des Evo- 
ques sur les curés ; parce que je reconnais l'infaillibilité 
de l'Eglise et que je ne reconnais pas celle do l'Assem- 
blée : per patientiam cuvramus ad propositum nobis 
cerlamen^ et prions pour ceux qui nous persécutent. 

« Gagelin, 
« Prieur-curé de Sainte-Christine. » 



Quelle page admirable de foi, de courage et de 
science ! Elle est vraiment digne d'un Docteur, d'un 
Apôtre et d'un Martyr. Ou sent que celui qui Ta écrite 



- 108 - 

est prêt à tout souffrir, même la mort, pour sauvegar- 
der les droits de la liberté de sa foi et de l'Eglise. Bt 
Tadmiration redouble quand on songe que Fauteur est 
un vieillard de quatre-vingt-dix ans. Quelle lucidité 
dans ses idées et parfois quelle éloquence ! 

Enlin, une autre chose achève de surprendre, quand 
on considère cette écriture tracée sur le vieux registre, 
c'est de voir combien ferme était la main du vieillard : 
on dirait récriture d'un jeune homme, tant les caractè- 
res sont nets et réguliers. 

Assurément le nom de ce prùtre devait être vénéré, 
et il est encore conservé de nos jours dans la mémoire 
du peuple. Il y a peu d'années vivaient encore, dans le 
pays, des vieillards qui, se rappelant ses vertus, 
aimaient aussi à parler de sa haute taille, de sa force 
physique et de sa joyeuse humeur. M. Gagelin sem- 
blait être un homme complet. 

A ces qualités populaires venait s'adjoindre en lui le 
goût délicat des arts. Il décora magnifiquement les sal- 
les de son prieuré. Par ses soins les murs furent com- 
plètement masqués do panneaux do bois, artistement 
travaillés. Sur le dessus des portes, dans le goût du 
temps, il peignait lui-même les portraits de ses bons 
amis, de sus chats et de ses chiens. Ce travail n'était 
pas, sans doute, un chef-d'dîuvre, mais il révélait le 
cœur du vénérable prieur, qui contenait la bonté et la 
reconnaissance. 

En voici une preuve dans cette note écrite de sa 
main : 

1778. « Le 30 mai, Monseigneur l'Evéque arriva ici et 
donna, le 31, la Contirmation à la paroisse et à toutes 
celles des environs qui y vinrent. C'était un dimanche. 
J'en ai eu une satisfaction que je ne puis exprimer, et 
j'ai promis à Dieu di* dire la messe annuellement ce 
même jour pour la conservation de ce digne prélat, à 
laquelle tout mon peuple sera invité. » 

N'est-ce pas délicat de tendresse, et comme ce cœur 
de prêtre aimait bien son èvêque ! 



M. Gagelin avait une habitude très louable dans la 
rédaction de ses registres paroissiaux, c'était d'ajouter 
à la lin de chaque registre quelques notes sur les faits 



— 11» — 

principaux de l'année. Souvent, dans ces notes, le 
prieur de Sainte-Christine énumére tous les embellis- 
sements qu'il a faits dans son église, à Tautel, dans le 
chœur, dans les vitraux, les ornements, les fleurs, les 
vases d'or et d'argent qu'il achète, et parfois il ajoute : 
« Le tout à mes frais. » 

On voit quel bien ce prêtre a dû faire, avec des qua- 
lités si précieuses, dans cette paroisse de SaiiiteGhris- 
tine, et comme il dut la mettre en relief au milieu des 
paroisses voisines, pendant un long ministère de près 
de quarante-cinq années. Il n'eut que deux vicaires, 
M. G. Lion et M. Maury, seulement de l'année 1780 à 
celle de 1788. 

Enfin, le vénérable prieur mourut le 13 juillet, âgé de 
quatre-vingt-dix ans, et fut enterré dans le cimetière 
de la paroisse, à côté de deux membres de sa famille, 
Frédéric Gagelin, ancien trésorier payeur des troupes 
et receveur des droits de sa Majesté en Franche- 
Comté, et Françoise Mathieu, épouse de ce dernier et 
qualifiée sur sa tombe de c mère des pauvres. » 

Depuis quelques années, le cimetière ayant subi des 
transformations, les pierres de ces tombes ont été 
enlevées. Celle du prieur existe encore, on peut la 
voir dans un mur du cimetière, et heureusement Tin- 
scription en est conservée (1). 



(i) D'après les Chron. parois. 



-200- 



FRANÇOIS GARAUD 

CURÉ PE LA BRUFFIÉRE 

1788-i798 



Avant de consacrer quelques pages à la mémoire de 
M. Garaud, nous parlerons de l'état de sa paroisse pen- 
dant la Révolution, d'après M. le chanoine Briand (!). 

La population de la Brulllére avait été préservée des 
idées révolutionnaires par la bonne administration 
de M. Davy, recteur de cette paroisse avant 1782, et 
ensuite par celle de M. Garaud et ses deux vicaires. Ces 
dignes prêtres réussirent à conserver la foi et les prati- 
ques religieuses, môme pendant les plus mauvais 
jours. Si quelques têtes exaltées donnèrent d'abord 
dans les folies de la Révolution, les horreurs qui suivi- 
rent les firent bientôt revenir sur leurs pas, en réveil- 
lant leurs sentiments chrétiens. 

En 1790, rassemblée, pour la formation de la muai- 
cipalitè, se tint à règliso paroissiale Ce fut toujours le 
lieu des réunions civiles et politiques pendant cette 
époque troublée. Il n'est pas dit si les prêtres assis- 
tèrent à cette première constitution de la commune : la 
tradition orale n'a rien conservé sur ce point et les pa- 
ges du registre des délibérations ont été déchirées. 

Voici la formule du st^rment : t Vous jurez de main- 
tenir de tout votre pouvoir la constitution du royaume, 
décrétée par rAssemblèe nationale et acceptée par le 
Roi, d'être fidèle à la Nation, à la loi et au Roi, et de 
remplir avec exactitude et impartialité les fonctions de 
votre office? » 

Cette formule était lue par le président et chaque 
fonctionnaire répondait : Je le jure. 

Les officiers municipaux s'emparent de l'administra- 
tion religieuse et civile, font rendre compte aux an- 



(1) f^oiice iur ies Confesseurs de la Foi. Ouv. cité. 



-SOI ~ 

ciens marguilliers^ en nomment de nouveaux, et ad- 
ministrent les biens de ITEglise pendant toute la Ré- 
volution. 

1791. Il est certain que les prêtres de la Brufflère, au 
nombre de quatre : MM. François Garaud, curé ; Bona- 
venture Louis Blanchard et Charles Robert, vicaires; 
M. Jean-Baptiste Trimoreau, chapelain de Saint-Sym- 
phorien, refusèrent le serment à la Constitution ci- 
vile, mais on ne connaît pas les circonstances de leur 
refus. 

M. Charles Servanteau, maire de la commune, vou- 
lant célébrer solennellement la prise de la Bastille, in- 
vita le clergé de la paroisse qui refusa de paraître, 
comme le constate la pièce suivante : 

FÊTE NATIONALE 
Anniversaire de la prise de la Bastille 

Aujourd'hui, quatorze juillet 1791, partie des habi- 
tants de la Brufflère, assemblés avec nous, maire, offi- 
ciers municipaux et notables soussignés, sur la place 
d'Armes ; 

Désirant célébrer l'anniversaire de la prise de la 
Bastille, jour à jamais mémorable dans nos fastes, dans 
les fastes de Tunivers entier, jour où les bons citoyens 
ont renversé Tidole du despotisme et mis à sa place 
l'attribut le plus noble de l'humanité, la liberté; 

Nous sommes transportés au Bureau de cette com- 
mune où plusieurs habitants se sont inscrits sur la 
liste de la garde nationale. 

Ensuite, le sieur Bousseau, notre procureur sindic 
(sic), nous a fait part de sa députation vers MM. Ga- 
raud, recteur, et Robert, vicaire de ce lieu, pour les 
engager Tun et l'autre de nous dire une messe, ce 
jour, en action de grâces de la victoire que les bons ci- 
toyens remportèrent, il y a deux ans, sur les ennemis 
du bien public ; mais il nous a dit que tous les deux s'y 
étaient refusés, quoiqu'il ait ofTert de les salarier selon 
Tusage. 

Gela n'a pas empêché que l'assemblée se soit trans- 
portée avec ordre à l'église de cette paroisse, où 
chacun a témoigné particulièrement combien il était 



reconnaissant à Dieu de ses Meufails continuels poiir 
le soutien de notre Constitution, Sortis de rôgllsc à- 
onze heures trois quarts du malin et rendus k la : i*-^ 
d arraes, M, le Maire a \ivùiè sermeuL ni jnrp 
tidéle à la Nation et à lu lui et de niaiat<?uir dr ' 
pouvoir la Conslitutiori française; scruK^nt 4 u 

rassemblée a Ml après lui, on y ajoutant que tou.* 
étaient bien décidés à vivre libres ou à raourir, Ei*-- 
suite, M. le Maire a mis le feu au bûcher dressé sur la 
place d'armes et entonné le Te Deum qui a ' - " dé 
avec toute la décence et le plus relif*ieuseh . pos- 
sible. 

Des cris mille fois répétés de : * Vive laNaUoti! Vive 
la Loi! r se sont fait entendre et fait éclater la joie 
de toute rassemblée. 

Un repas fraternel, où a régné l'égalité la plus par* 
faite, a suivi ces cérémonies différentes. 

Fait, clos et arrêté au Bureau, les dits jour et an 'jut* 
dessus. 

Signé : Charles Skrv \ 
mairey et autres officiers murt 

Le 31 aoi\t suivant, les olBciers municipaux, assem- 
blés dans règlise, acceplenl le testament de Julien 
Bossard en faveur tles pauvres de la paraisse. Les 
prêtres ne paraissent pas a cette réunion. 

A la tin de décembre, les marguilliers senl réélus 
par les officiers municipaux. 



1792. Le ?3 mai, les prêtres de la paroisse sont appe- 
lés à coraparaUre devant le bureau de la municipalité, 
séant à la sacristii\ pour déclarer leurs noms et pro- 
noms et lieu d'origine. 

Le U juillet suivant, les prêtres disparaissent mais 
restent cachés dans la paroisse. On Irotive dans les ar- 
chives de la mairie un registre signé de M. Garaud, 
conlenanl les baptêmes et mariages faits secrètement 
pendant les années 1792, 179» et 1794. 

Cependant, en 1792, Téglise reste ouverte pour les 
réunions civiles, politiques et militaires. Ainsi sa des* 
tination est changée. Mais les incendies vi le lûllagc 
se muUipUent sur toute l'éteudue de la paroisse- k 



SaîntSymphorien, la chapelle et la demeure du chape- 
lain sont brûlées. 

En 1794, c'est Téglise aussi qui est incendiée, par 
la vengeance des Bleus, tombés plusieurs fois dans 
des embuscades et tués ou blessés par les habitants de 
la Brufïïère. 

A la fin de juillet arrive un moment de pacification; 
aussi les prêtres reparaissent et recommencent l'exer- 
cice public du culte. 

En 1795, une délibération du 12 avril décide que des 
réparations seront faites à Téglise ; les catholiques ne 
perdent pas courage. 

En 17 96 y on achève la charpente de l'église. Le 28 
novembre, une délibération porte qu'une pension de 
1.200 livres, payable en deux termes, sera faite à M. le 
curé de la paroisse, et une de 900 livres à M. Robert, 
vicaire de la dite paroisse, preuve de l'attachement des 
habitants de la Bruffliére à leurs prêtres et à leur reli- 
gion. 

En 1797, le 15 janvier, des collecteurs sont nommés 
pour recueillir les fonds de cette double pension. Au 
mois d'avril, on décide de finir la construction du 
bas de l'église pour la somme de 1.205 livres. 

A la fin de 1797, les prêtres sont obligés de nouveau 
de se cacher. Ils succombèrent bientôt par suite des 
souffrances qu'ils eurent à endurer. Désormais, il n*y a 
plus de prêtres à la Brufllére. Les années 1798 et 1799 
se passèrent tristement : plus de prêtres et plus d'exer- 
cice du culte. La tradition orale et la tradition écrite 
sont muettes dans ces malheureux jours. 

En 1799, vers décembre, le calme étant un peu réta- 
bli, des marguilliers furent nommés et prirent posses- 
sion du mobilier de Téglise, qui était à peu près le 
même qu'en 1796. 

En /SOO, M. Dugast, prêtre originaire de Vieille- 
vigne, vicaire à Gugand du 28 juin 1783 au 27 février 
1784, fut nommé curé de la Brufflère. Son vicaire était 
M. Valton, prêtre originaire de la Brufllére, ancien 
vicaire de Carquefou, revenu d'exil en Espagne, où il 
était parti le 10 septembre 1792 (1). 

(1) Pour soutenir son existence, ce prêtre avait appris et exercé 
en Espagne le métier de tailleur, U mourut prêtre habitué à 
Montaigu en 1835. 



— 204 — 

L'Assemblée générale des habitants, réunie le 2 fé- 
vrier, après convocation au prône de la messe du 
dimanche précédent, reçoit les comptes des fabriqueurs 
des années 1797, 1798 et 1799. Ce retard provient de la 
persécution. 

En 1801. vers le milieu de Tannée, des réparations 
sont faites au chœur de Téglise, par suite d'un arrêté 
pris dans une assemblée générale des paroissiens tenue 
précédemment. 



M. Garaud était né à Vay, au diocèse de Nantes, dont 
faisait partie alors la paroisse de la Brufflère. Il rem- 
plaça M. Julien Davy, né à Orvault, mort au mois de 
juillet 1782. 

M. Garaud a laissé les meilleurs souvenirs dans 
Tesprit de ceux qui Tout connu et de ceux qui ont 
entendu parler de lui par les premiers. De Taveu de 
tous, c*était un homme agréable et spirituel, grand et 
fort au physique ; mais par dessus tout c'était un prêtre 
saint et zélé, travaillant avec une ardeur infatigable à 
conduire son troupeau dans les voies du salut. Pendant 
quelque temps il lui fallut desservir, aidé de ses vicai- 
res, la paroisse de Boussay, limitrophe de la Brufflère, 
laquelle était privée de prêtre. 

M. Garaud ne vit pas, sans de grandes inquiétudes, 
arriver la Révolution avec son triste cortège d'erreurs 
et de désordres moraux et matériels, car il la détestait, 
Tabhorrait et gémissait de ses excès (1). 

Déjà on savait sa noble conduite quand, le 14 juillet 
1791, M. Servanteau, maire de la commune, Tavait prié 
de bénir le feu de joie préparé sur la place publique 
pour fêter l'anniversaire de la Révolution. Son refus 
net et catégorique indique qu'il ne voulait transiger 
en rien avec les idées nouvelles, et qu'il n'entendait 
pas compromettre sa conscience par un seul acte de 
faiblesse. 



(1) 11 fut élu néanmoins, en avril 1789, député aux Etats géné- 
raux, avec M. Pierre Richard de la Verpae, recteur de la Trinité 
de Glissou, et M. de Buor, prieur- curé de Sainl-Etienoe-de- 
Corcoué. 



t M. Garaud, disons-nous, ne voulait pas de la Révo- 
lution, la Révolution ne voulait pas de lui non plus, et 
comme il avait refusé le serment à la Constitution 
civile, il fut chassé du presbytère qu'on ofiFrit à Tinsti- 
tuteur, M. Hénon, pour en faire une maison d'école. 
Mais, par respect pour son curé, M. Hénon ne voulut 
pas accepter. 

c Le pasteur n'abandonna pas pour cela son trou- 
peau. Aussi, loin de quitter le pays pour aller mettre 
ses jours en sûreté dans une contrée étrangère, il 
resta caché dans sa paroisse, sans s'effrayer de la 
gêne et des rudes épreuves par lesquelles il lui fau- 
drait passer. » 

Il demanda donc asile à de vertueuses familles qui le 
reçurent avec empressement, malgré le danger auquel 
elles s'exposaient, à cause de la présence des soldats. 



Le chef-lieu de la paroisse étant occupé militaire- 
ment et Téglise converlie en corps de garde, il vou- 
lut se choisir un endroit pour y célébrer les saints 
Mystères, rassembler ses paroissiens et continuer à 
leur prodiguer autant que possible les secours de son 
ministère. Son choix se fixa sur le village de la Gre- 
notiére, situé au centre de la paroisse et distant du 
bourg de quinze à dix-huit cents mètres. Ce lieu lui 
ollrait d'autant plus de sécurité qu'à cette époque on 
aurait pu difficilement trouver un vrai chemin pour 
y aborder. Il fit donc préparer une grange que les 
gens du village ornèrent de leur mieux; puis on ap- 
porta du château de TEchasserie une petite cloche qui 
fut placée dans un grand marronnier au milieu du 
village (I), et, les dimanches et jours de fête, les 
pieux fidèles se réunissaient là, au son de la cloche, 
comme autrefois dans l'église paroissiale. 

Pareillement, pendant que les cloches de l'église 
étaient muettes, la petite cloche du marronnier sonnait 
discrètement ï Angélus trois fois par jour et invitait les 
lldèles à la prière. 

(1) Le marronnier existe toujours. Pendant longtemps on a pu 
y voir, à Tune des basses branches, les deux bras de fer qui sou- 
tenaient la cloche. 



C^ètait à la Grenotière que se faisaient d'ordinaire leâ 
principales cérémonies religieuses. Mais M. Garaud 
célébrait aussi ailleurs le saint sacrifice, comme à la 
Thuaudiére, aux Grandes-Fontaines, à la Poinstière. 
Tous ces lieux et d'autres encore furent les témoins de 
son zèle infatigable. 

M. Garaud ne vit pas la fin de la Révolution et ne put 
rentrer au presbytère d'où il avait été banni. Une 
bonne famille, la famille Baudry, Taccueillit au village 
de la Bureliére et se fit une vraie joie de lui donner 
rhospitalité. Il y mourut, croit-on, de Thydropisie. 

Son cercueil fut fait dans le bourg de la Brufllère. 
I/ouvrier qui l'emportait au village de la Bureliére fut 
apostrophé au milieu du bourg par un soldat qui lui 
demanda pour qui était ce cercueil. « Pour un brigand 
de la basse paroisse qui vient de mourir >, répondit 
l'ouvrier. — f Passe alors », reprit le soldat. 11 passa 
en effet, heureux d'en être quitte à ce prix. 

En de telles circonstances, il n'avait pas fallu songer 
à faire la sépulture de M. Garaud dans le cimetière de 
la Brufllère, plusieurs s'y seraient compromis. Deux 
sacristains de Boussay vinrent enlever secrètement le 
corps pour le porter au cimetière. Le corps était rendu 
au bord de la fosse. Quelques lidiMes priaient pour le 
défunt et dans un instant le cercueil allait être des- 
cendu, lorsque soudain des cris se firent entendre : les 
Bleus ! les Bleus t Ce fut un sauve-qui-pcut général ; la 
cérémonie ne fut pas terminée et le corps demeura 
prés de la fosse. . . C'était une fausse alerte, et, au bout 
de quelques heures, plusieurs paroissiens dévoués re- 
tournèrent confier le corps à la terre. 

On regrette d'ignorer l'endroit précis où fut déposé 
M. Garaud, car on pourrait lui donner une place hono- 
rable dans le cimetière de cette paroisse, évangélisée 
par le cligne prêtre (1). 



(1) D'après la relation écrite par M. l'abbé Gharrie.^u, chape- 
lain de Saint-Symphorien. 



-M7- 



N. GAUDON 

CURÉ DE SAINT-GERMÂIN«L'AIGUILLER 

1794 



Les détails nous manquent sur la vie de M. Gaudon. 
Nous trouvons sa signature sur les registres de Mouil- 
leron-en-Pareds, où il remplaçait M. Guinefolleau, curé 
de cette paroisse, du 17 mars au 4 avril 1790. 

Il avait refusé le serment schismatique et resta 
cependant parmi ses paroissiens. Malgré les menaces 
de la persécution, M. Gaudon se livrait si pleinement à 
l'ardeur de son zèle, dans Texercice du ministère pas- 
toral, qu'on pourrait parfois Taccuser d'imprudence. Il 
en fut victime. 

C'était à la fin du mois de janvier 1794: le général 
Grignon, qui semait partout sur ses pas l'incendie et 
la mort, arrivait au Boupère où était alors le curé de 
Saint-Germain. Il y trouve la garde nationale sous les 
armes et fait égorger quelques prisonniers. L'apostat 
Dugravier, qui conduisait un détacliement, arrivant 
près du bourg de Saint-Paul, vit un homme qui venait 
à travers champ : c Tiens, dit-il, c'est Gaudon, le curé 
de Saint-Germain. — C'est moi, répond celui-ci : mais 
tu n'auras pas la barbarie de me tuer. Nous avons fait 
nos études ensemble. » 

Dugravier n'ordonna point de le mettre à mort> mais 
il ne dit pas un mot pour le sauver. 

Un protestant du village de VHermondière lui tira, à 
bout portant, un coup de fusil dans la tête (1). 



(i) D*après DuaAST-MATiFBux, le cadavre fut coupé en mor* 
ceaux par les soldats bleus, et Tun d'eux osa mettre à son 
chapeau les oreilles du prêtre. Il entra à la Châtaigneraie avec 
cette marque de barbare cruauté. 



Le prèlre martyr fut enterré sur le Heu même du 
meurtre» et, plus tard, inhumé dans le cimetière de 
Saint-Paul (I). 



(i) D après le Martyre de la Vendée. 



RENE GIRARD 

CURÉ DE SAINT-VINCENT-STERLANGES 
1793 



M. Girard exerçait le saint ministère à Saint- Vincent 
avant 1778, car, le 11 septembre de la même année, il 
assista, avec ce titre, à la bénédiction de la chapelle du 
Parc-Soubise. (Archives de la paroisse de Mouchamps.) 

En 1791, il s'abstint de prêter le serment constitu-. 
tionnel et préféra Texil: Le 19 septembre 1792, avec 
huit autres prêtres insermentés, il se présenta devant 
le conseil général de la commune de Saint-Gilles- sur- 
vie, dont le port avait été désigné comme lieu d'em- 
barquement à plusieurs d'entre eux. Quelques-uns 
dirigés vers les Sables y avaient trouvé les navires 
pour l'Espagne déjà partis. 

Sur Tassurance que leur avait donnée le sieur Gavois, 
de Saint-Gilles, qu'ils pourraient s'embarquer dans ce 
port, ils s'étaient joints à leurs confrères. Le conseil de 
Saint-Gilles décida qu'il serait établi une garde de 
douze hommes, pendant le séjour de ces prêtres, pour 
les surveiller, et qu'un membre du conseil se transpor- 
terait avec le commandant du bataillon du canton 
pour fouiller chacun d'eux et confisquer l'argent et les 
autres objets précieux qu'ils possédaient. 

On voit qu'ils étaient bien traités en prisonniers. Il 
leur fut permis cependant de se promener dans la 
cour de la prison où ils étaient incarcérés. 

Le 22 octobre, la garde nationale les conduisit à la 
municipalité de Crpix-de-Vie pour les embarquer sur 
le navire du capitaine Mornet. On leur enleva la co- 
carde tricolore, et le capitaine délivra un certificat 
d'embarquement, déclarant partir pour Saint-Sébas- 
tien. 

Arrivé là, M. Girard gagna Guatéria, petite ville 
éloignée de quatre kilomètres. Mais, dés la fin de 
Tannée 1793, il fut obligé de pénétrer dans l'intérieur 

14 



du pays, par crainte de l'arrivée d'une armée fran- 
çaise qui devait envahir TEspagne. Ce déplacement lui 
fut pénible, car sur la frontière les exilés recevaient 
fréquemment des nouvelles de France. Il ne devait 
plus revoir sa patrie et mourut peu de temps après. 



JACQUES GOBIN 

CURÉ d'ANTIGNY 

Mort vers 1794 



Après avoir refusé d'adhérer à la Constitution ciTile, 
M. Gobin, trop attaché à ses devoirs de bon pasteur 
pour abandonner ses paroissiens, demeura courageu- 
sement au milieu d*eux, continuant d'exercer son mi- 
nistère. 

Mais, au mois de mars 1792, il fut arrêté et incarcéré 
à Fontenay. Gr&ce à des circonstances qui ne nous 
sont pas connues, on le relâcha quelque temps après. 

Il s'enfuit alors dans le haut bocage avec son sacris- 
tain, Boutet^ et tous deux vécurent cachés dans une 
ferme isolée. 

M. Gobin y mourut vers 1793 ou 1794. On apprit sa 
mort par le sacristain qui revint au pays. La famille 
de ce dernier existe encore à Antigny, et l'un de ses 
petits- enfants est aujourd'hui président du Conseil de 
fabrique de cette église (1). 



(4) D'après les Notés fournies par M. Tetllet, curé d'Antigny. 



*- 212 — 



\ 



CHARLES-SAMUEL-MARTIN GOUPILLEAU 

CURÉ DE LA GUYONNièRE 

1747-1792 



Fils de M. Charles Goupilleau. procureur fiscal à Tal- 
mont, et frère do M. Goupilleau. Sébastien, curé de 
la Boissière, M. Martin Goupilleau, né à Montaigu, fut 
curé près de sa paroisse natale, à la Guyonnière. aux 
approches de la Révolution. 11 eut le courage de ré- 
sister aux instances de son frère de Fontenay, dit le 
Dragon, et de refuser serment à la Constitution civile. 
Pour cette raison, mandé à Fontenay en vertu de Tar- 
rêté du 9 mars 1792, il fut interné dans la maison qui 
servait de prison aux prêtres fidèles à leur devoir. Il ne 
put résister au régime de la prison et y mourut, le 
16 décembre 1792, âgé de quarante-cinq ans. 

Cet ecclésiastique était cousin- germain du conven- 
tionnel et régicide Philippe-Charles-Aimé Goupilleau, 
né également à Montaigu en 1749 et mort dans cette 
ville en 1823. Ce fut lui qui bénit le mariage du fa- 
rouche républicain avec sa cousine Marie - Ursule 
Ordonneau, le 11 février 1782 (i;. 



(1) D'aprofl M. le D"^ Mignen, de Montaigu, qui a bien voulu 
mettre à notre disposition tous les documents recueillis par lui 
sur les prêtres de cette ville et de ce doyenné. (V. Paroissei, 
églises et cures de Montaigu, par le même.) 



«213 — 



CHARLES-FRANÇOIS GOUPILLEAU 

CURÉ DE SAINT-JACQUES DE MONTAIGU 

1793 



M. Goupilleau fut seulement pendant huit mois curé 
de Saint-Jacques de Montaigu, car no\is trouvons sa 
signature sur les registres paroissiaux depuis le 11 jan- 
vier 1767 jusqu'au 15 septembre de la même année. Il 
donna sa démission pour devenir chanoine-chantre de 
la Collégiale de Saint-Maurice, et signa, en cette qua- 
lité, sur les registres de la paroisse, les 10 et 20 no- 
vembre 1757. 

M. Goupilleau, qui tenait beaucoup à cette fonction 
de chanoine chantre, avait écrit, en 1776, plusieurs let- 
tres dans ce but à Philippe-CharlesAimé Goupilleau, 
alors avocat au Parlement de Paris, qu'il qualifie de 
parent, pour le prier d'intervenir en sa faveur auprès 
de M"* la marquise de Juigné, qui présentait à ce béné- 
flce. Il faisait valoir qu'il avait peu de fortune, que le 
bénéfice de la sous-chantrerie était peu chargé et le 
plus agréable du chapitre, tandis que son bénéfice à 
lui était très chargé et conviendrait mieux à un jeune 
prêtre. 

Bien que parent du conventionnel Goupilleau de 
Montaigu, il ne fut pas épargné pendant la Révolution, 
malgré son dévouement pour les patriotes. C'est ainsi, 
rapporte M. Bourloton, qu'à Tinsurrection du 13 mars 
1793, il sauva la vie d'un ardent patriote, M. Dugast- 
Matifeux, en le faisant évader et en le cachant dans un 
galetas de sa propre maison, tandis qu'on débattait son 
sort. 

Le 21 septembre suivant, quand les Bleus, maîtres de 
Montaigu, y mirent tout à feu et à sang, il allasecacher 
dans son jardin, situé au faubourg Saint-Nicolas. Dé- 
couvert par les Républicains qui le cherchaient, il fut 
maltraité, amené à la ville, tué peut-être, et jeté dans 



- fu- 
ie puits du couvent de Saint-Sauveur des religieuses 
Fontevristes(l). 

Sa généreuse conduite lui aurait mérité d'être épar- 
gné. Mais, à cette époque troublée, les services rendus 
et le dévouement n'étaient comptés pour rien« 



(1) D'après M. lé D. Mioneh, qui a écrit rbistoire des Religieu- 
ses Fontevristes de Notre-Dame de Saint-Sauveur, dans on livre 
Uès documenté. (Servant-Mahaud, 1902.) 



— îf: -i- 






L'antique Durirwné. aui-'^u'^l'Mi. SA^nMi*^'rw '^'•-•** 
Uontaign, Tiî naîtri'. t^r. i75î< u he^'os o» r^-u* rv,-w 
Nommé curt* lU- San»î-Ar..1^— snr-MaT;î. rn. j'^** 
M. Gouraud octnipai: r»»!!»- lon.^lmi. rwan« ^n^v;p--n 
les événements TovoiulmniiUir!^. Sf. fa, cîrti t' %t v* -. 
pour qu'il piU acrcT^U^-: Jt*> <»rrfnr> *h lïi <"o»Jsf ;.n.-vf. 
cioUe. Apres avoii rrîust Je si^rmrnî Ot \u)cUu i\\ \ i-^îv 
impies, le 6 aouî 179i. ï. Ot'maiiil» «lix «Kio-^ito ♦r»!»ïi^ 
lementaie? a quiîif.r lit Praïu^e.. eu le ti <1<V4Mnhrf >in'- 
vant, il partit avec cinq ai::rf^ cnhtrrri^ ^w: \h ,'^^n'>-- 
dence. 

Mgr de Merry, re:^Dpe en Suisse^ f*rrA«^'î rte So^errr 
à M. Paillon, le ^ decen:i»re f Tîtt : t J'ai r^i-n mt k d: 
pie curé de Sainl-ADvir^^sur-Xîareuîl de^ rit^rtveilo^t ,^<^ 
DOS frères de Victoria. > Mais hientAl IKspacne iH^ i 
menacée d'être envahie par les troupes repnMîea nés, 
etM. Gonraud dut passer en Aufrloterre av^v quelques* 
uns de ses confrères. Ayant appris que pîusiours pri"^- 
1res demeuraient au milieu de leurs panassions en 
Vendée, maigre la persécution, il envia leur son e< 5e 
reprocha sa fuite (1). Brûlant <1 impalienoe et heuivwx 



(!) € Lobligation de se sacritior |>our so« bivhi!* \^^\ m\\r lo 
pasteur im devoir incontestable. Malheur et mille foii» ninmovu i^ 
celui qui n*est pas pénétré de cette vériti^ I Q'vM \\\\ lAohi* p\ \\\) 
mercenaire. 11 est indigne du titre qu'il porto. P«!*tntUR, \\\\\ tpn» 
70US soyiez, sachez mourir pour votre trouponu. Voln» itinrl i»*! 
aussi utile que votre présence est néooHsaire. 

I Mais s'ensuit-il qu'on ne puiBHe JitmaiR n'iMoigiinr iln «nit 
troupeau ? Prenez garde, cenneurK riKi<lo»i voun nllnij inOinii- 
Qaitre l'esprit de TËvangile, voum ulli'Z cotMliiniMi<r itnpim-OliiiMl 
et ses saints. 

( Le bon Pasteur donne sa vie pour ëeë brebis, toute» Iap Um f|u« 



— 216 - 

d'exposer sa vie pour son troupeau fidèle, le curé de 
Saint-Andrù n'eut ^arde de négliger roccasion que lui 
ollrait rexpédition projetée de Quiberon pour rentrer 
en France. Il se joignit aux prêtres (fui voulaient 
accompagner rêvêque de Dol dans son retour en 
Bretagne. Arrêté au moment du débarquement, le 16 
juillet, (4 partageant la conliance des chevaliers fran- 
çais et des autres prêtres ses compagnons de traver- 
sée, il comptait sur la sauvegarde de la capitulation 
faite par le général Sombreuil avec Hoche. Mais il fut 
déru, et c'est ainsi qu'il se dévoua au martyre avec 
révêque de» Dol et quatorze prêtres. Seize autres prê- 
tres n'étaient revenus avec eux que dans des vues 
politiques. 
Tous furent conduits à Auray le 27 juillet et enfermés 



sa mort peut être utile, qu'elle honore la relif^ion, qu'elle cotitri- 
buo à ra^raiulissemeut du règae de Jésus-CIhrist. Mais si cette 
mort est inutile, si elle cause un mal sans aucuu profit, si elle 
produit un crinn' (gratuit, si elle tMilùve aux peuples leur pasteur 
sans leur rien doJiner en dédommagement, alors il est sage de 
luir la mort. On fait une bonne action en la fuyant. C'est ce qu'a 
compris lonto l'antiquité chrétienne, c'est ainsi qu'elle a inter- 
prété rKvangile. 

« Ix bon Pastpur donne sa rie pour ses brebis. Mais si les brebis 
mêmes se révoltent contre le pasteur, si elles no veulent pas en- 
tendre sa voix, si leur docilité se change en désobéissance, leur 
bonté m fureur, alors il ne faut plus rester au milieu d'elles; il 
faut aller au loin ]»Ienrer sur 1rs égarements et les crimes de 
ceux (ju'(»n a pu guérir par son zèle, il faut attendre le momonl 
où (îelui qui change les cu'urs rendra nos soins fructueux et ef- 
ficaces. 

« On serait tenté de croin* (jue c(^ «jue nous racontons est une 
fable, mais cm» genre de perséciilicni est véritable : ce sont, eu 
France, les brebis (pii ont chassé Umr pasteur, car toutes n'é- 
huient pas lidèles; le gouvernement ne fut pas seul coupable, 
car djins dans beauconi» di; paroisses, un parti s'était formé pour 
combjittn.' le [iréin' et le chasser, parfois pour le tuer. 

* (icla est inouï dans l'histoire i\v> persécutions. 

(' Qw les paij'ns aient exercé leur fureur contre une religion 
nouvelle, opj.osée à la lueur, cela n'étonne j>oint. xMais, en 
France, les prêtres ont été perséiulés par «les hommes de leur 
religion. Ce sont des catholiques (il est amer de le dire) qui se 
sont armés contre des prêtres catholiques. Ce sont des enfants 
qui se sont armés loutn^ leur père. (îest un «les caracU'^res de la 
persécution française, la plus extraordinaire qui ait jamais été 
suscitée. Quel parti devions-nous prendre? Nous en avions trois 



— 217 — 

dans l'église. Le lendemain, les officiers municipaux 
les envoyèBent à Vannes, où, le 27, ils durent compa- 
raître, avec quelques officiers français, devant une 
commission militaire, t Jamais, rapporte Alphonse de 
Beauchamp, impression ne fut plus profonde que 
lorsque, après une prière commune et par une sainte 
inspiration, les prisonniers, voués à la mort, élevèrent 
tous la voix et les mains vers le ciel pour lui demander 
le bonheur de la France. La garde, d'abord immobie 
d'étonnement, partagea bientôt cet élan religieux, 
interrompu seulement par des sanglots. Amenés de- 
vant leurs juges, la plupart des prisonniers les étonnè- 
rent par la fermeté de leurs réponses. 

cMais rien ne put les sauver. Tous furent condamnés 
à être fusillés. 

t En attendant l'heure du sacrifice, on les plaça dans 
la tour de la ville, où ils passèrent la nuit. Le prélat et 
les prêtres employèrent ce délai à préparer les soldats, 



à choisir : rester, nous défendre, ou partir. Rester nous était 
impossible : les décrets s'y opposaient, la fureur populaire en 
certaines paroisses nous en empêchait. 

€ Nous défendre f les ministres de Jésus-Christ ne se défendent 
point, ils endurent les mauvais traitements et ne se vengent pas. 
Si on veut les tiier, ils reçoivent la mort et pardonnent. 

* Partir, c'était le plus sage et le plus sûr. Notre départ con- 
servait des ministres à la religion; il épargnait des crimes au 
peuple ; il ralentissait une rage dont on avait tout à craindre. 
Partir, c'était un acte de soumission à un décret injuste. C'était 
une preuve que nous savions souffrir les injustices et faire tous 
les sacrifices pour la tranquillité publique. 

« Telle est la vraie morale de Jésus-Christ, aussi éloignée de 
la lâcheté que d'un courage puéril et gigantesque. Prétendre qu'il 
faut mourir plutôt que d'aller en exil, c'est ajouter à la sévérité 
de la loi chrétienne; c'est accréditer des principes que l'Eglise a 
toujours repoussés ; c'est se rapprocher de Tertullien qui a écrit 
contre la fuite dans les persécutions, et qui, dans cette circon- 
stance, a abandonné l'Evangile pour suivre l'erreur des Monta- 
nistcs. 

«Nous aurions voulu rester parmi nos compatriotes que nous ne 
l'aurions pas pu. Nos tyrans avaient pris le moyen de nous sui- 
vre partout, et partout d'enchaîner notre zèle et d'exciter contre 
nous la haine publique. » (Plaidoyer thcologique, cité p. Guillon. 
T.L) 



— SI8- 

leurs compagnons à la mûrt héroïque dont ils allaiei 
donner Tadmirable spectacle. > 

Enfin, le 30 juillet, on les fait marcher ensemble, le 
mains liées, vers le lieu de Texéculion, au son du tam 
bour. Ce lieu était une promenade publique appelé 1 
Garenne. Les habitants de Vannes, témoins du specta 
de, fondaient en larmes, en voyant passer ces prôtre 
de Jésus-Christ, édiflants de résignation. M. Gourau 
et ses confrères reçurent le plomb meurtrier qui les ii 
martyrs de cette foi qu'ils venaient prêcher en France 

C'est en regardant avec un égal enthousiasme 
comme Martyrs^ ces saintes victimes, qu'un royalisi 
octogénaire leur consacra dans Paris même, en 182' 
un hommage poétique, lorsqu'il apprit qu'un monv 
ment funèbre leur avait été élevé. Il leur disait : 

c Martyrs de QuiberoD, goûtez un saint repos. 

<« Priez pour nous, martyrs... 

a C'est sur ce marbre saint qu'allant nous recueillir, 

c Nous apprendrons de vous comment il faut mourir, s 



- 118- 



JEAN-LOIIS GOl IIDON 

CVnt DK SAINT-rUlJlENT 

1735-I79a 



Le Polit Bôurg-soUïi'lîi-Roclu' lui lo lieu de naissance 
(le M. GouifloM. qui succéda à M. Gilbert dans la cure 
de SainUFul^(?iil, peu iivantlaRèvoliiUnn. L'Assemblée 
consitituaut<s qui lêgiférail sur les choses rellgieunes 
comme sur les alUiires politiques, avait décidé que Teu- 
eens ne serait plus ollerL ((u'à rEtonicK 

M. Gourdoa crut devoir continuer à suivre Icîs ru* 
Il îu missel, en olTrant Teucens au Dieu de TEu- 

ti . Ce fut son erimc : il fut dénonce par le maire 

de Saml-Fulgent, Martineau, d'autant plus que ses 
sentiments envers les idées révolutionnaires étaient 
bien connus. 

Or^ un dimanche, pendant la grand'messe, au mo- 
meTif où il prêchait, lo citoyen maire de la localité, ac- 
co » des autorités repuldicaines en armes et 

pi. 1 l'un joueur de oé^e, le chapeau sur Ui tète, en- 
i?ahit tout à coup I'éj;lise. S'avaneant près de Tautel et 
lui tournant le dos, le citoyen maire pose au cure et 
A i<on vicaire les questions relatives a la Constitution 
du cierge. 

:. «iourdon refuse publiquement do prêter serment. 
Son vieain3 suit son exemple. On rédige le procès- 
• -' tl séance lenanlr», 

- aime de ses paroissiens, le curé de Saint- Fui- 
un jour, dénoncé et Livre par un traître à un 



lent de soidals qui tenaient garnison à Mon- 



laigu et qui, avec la garde nationale de rendroit, excr- 
çîi' * * -îr la contrée un« influence pénible pour les 
11' gens et souvent barbare. Il fut emmené à 

Muiiuiigu et incarcéré dans le vieux château de la gar- 
nison. 

• A cette nouvelle, dit A. de Bejarry, les habitants de 
S«iat-Fulgeut s'indignent^ s'assemblent et s'arment 



-290 -- 

comme ils peuvent; cent hommes résolus marchent 
droit à la ville où leur pasteur est emprisonné, recru- 
tant le long de la route des auxiliaires venus des pa- 
roisses voisines. La garnison de Montaigu, qui ne 
s'attendait pas à cette soudaine attaque, est désarmée ; 
quelques soldats qui voulurent résister furent blessés. 
Les paysans forcent les portes de la prison, délivrent 
leur curé et le ramènent triomphalement au milieu 
de ses paroissiens de Saint-Fulgent. Gomme trophée, 
ils rapportaient une centaine de fusils et un millier 
de cartouches. » 

M. Gourdon dut se cacher de nouveau, d'autant plus 
qu un mandat d'amener avait été lancé contre lui 
et qu'il était vivement recherché par la gendarmerie. 
C'est ce que rapporte M. Jean de Beauregard dans ses 
Mémoires. Le vicaire général de Luçon étant allé, sous 
des habits laïques, visiter les pensionnaires du Petit- 
Saint-Gyr de Luçon, réfugiées au château de la Gras- 
siére, chez M. de Gbevigné, et passant par Saint-Ful- 
gent, rencontra M. de Sapinaud de la Verrie. Le 
général lui apprit qu'on commençait à faire la chasse 
aux prêtres et que, ce jour-là même, on était à la re- 
cherche du curé de Saint-Pulgent. 

Gomme M. de Sapinaud venait de partir, entre un 
gendarme qui demande à déjeuner, c Quoi de nou- 
veau? dit l'hôtesse. — Ne m'en parlez pas! — Voilà 
trois jours que nous sommes à la chasse d'un prêtre. 
— Qu'a donc fait ce prêtre? — Je n'en sais rien, ré- 
pond le Pandore. G'est une folie qui leur passe par la 
tête.» 

Le bon gendarme était, en effet, plus sage que ceux 
qui le commandaient. 



M. Gourdon fut donc obligé de fuir sous peine de dé- 
portation et préféra l'exil à 1 apostasie. Il réussit à 
gagner la ville de Nantes et à s'embarquer pour l'Espa- 
gne, le 12 septembre 1792, à bord du bateau le Ct- 
toyen. 

€ A son arrivée à Saint-Sébastien, écrit M. Bourlo- 
ton (I), on lui donna pour séjour la petite ville de 



(\)Retuc du Bas-Poitou, année 1903. 



^221 — 

Zumarraga. Le 19 janvier 1793, à la requête de seâ 
frères, qui voulaient le faire rayer de la liste des 
émigrés sur laquelle il était inscrit, et pour empo- 
cher la confiscation de ses biens, M. Gourdon obtint 
un certificat de résidence. Ce certificat attestait que 
ledit Jean-Louis Gourdon, ex-curé de Saint-Fulgent, 
parti de Nantes pour obéir à la loi du 26 août 1792, 
s'était rendu en Espagne et était resté, depuis son 
arrivée, dans la ville de Zumarraga. » (Archiv. dé- 
part, de la Loire-Inférieure,) 

f M. Gourdon mourut en exil, continue M. Bourloton, 
probablement à Zumarraga, car un certificat, produit 
en Tan VII, mentionne qu'il est mort « au lieu de' sa 
déportation, t 

Cette indication permet de dater sa mort de la fin 
de 1793. 

Sa radiation de la liste des émigrés ne fut faite qu'en 
l'an X. 

Le préfet de la Vendée au sous-préfet de Montaigu, 
16 brumaire an X : 

€ Je vous adresse, citoyen sous-préfet, copie d'un 
arrêté du gouvernement du 6 de ce mois, qui pro- 
nonce la radiation définitive de la liste des émigrés 
de l'inscription suivante : 

€ Gourdon, ex-curé de Saint-Fulgenty district de 
Montaigu. 

« Veuillez prendre sur votre registre note de cette 
élimination et adresser la présente copie aux frères 
de cet ex-curé, qu'on dit mort au lieu de sa dépor- 
tation. > 



•^ HZ •• 



MATHIEU-FRANÇOIS DE GRUCHY 

VICAIRE DE SOULLANS, DE CHALLANS , DE BEAUVOIR, 
DE SAINT-JEAN-DE-MONTS, CURÉ DE VENANSAULT 

1761-1797 



Anglais d'origine, François de Gruchy est né à Jersey 
d'une famille noble et protestante, le 31 août 1761, 
comme le constate son acte de baptême; mais il ap- 
partient au diocèse de Luçon par la plus f?rande partie 
de sa vie sacerdotale. 

A l'époque de la dernière guerre entre l'Angleterre 
et la France pour l'émancipation des Etats-Unis, de 
Gruchy fut embarqué, très jeune encore, et fait prison- 
nier sur un corsaire français, vers 1776. Il fut détenu, 
avec plusieurs Anglais, au château de Saumur. Comme 
il parlait avec aisance la langue française, il sortait en 
ville pour faire les commissions de ses compatriotes. 
Un jour, il se trouva dans un magasin lorsque survint 
une dame qui venait aussi faire quelque achat. Le 
jeune anglais fut gracieux et poli et n'accepta d'être 
servi qu'après elle. 

Cette dame était la marquise de Toucheprès, dont le 
mari avait été conseiller au Parlement de Bretagne. 
Elle jouissait d'une belle fortune qu'elle employait en 
bonnes œuvres. Elle fut touchée de l'heureuse physio- 
nomie du jeune homme, de sa situation et des petites 
confidences qu'il lui lit, tout d'abord, avec une grande 
ingénuité. 

Il s'était avoué protestant. Comme Mme de Touche- 
près était très liée avec M. du Petit -Thouars, gouver- 
neur de Saumur, elle obtint de se charger du prison- 
nier et l'emmena dans son château, situé en Ven- 
dée (1). 

(1) Cette dame habitait Saiût*Mar8-la-Réorthe, au château de 
la Traverserie. C'est là que le jeune homme apprit le métier de 
menuisier et fit une chaire conservée encore aujourd'hui dans 
la nouvelle église de Saint-Mars. 



-223-* 

Bientôt elle lui offrit de lui faire apprendre un mé- 
tier. 

/ Je le veux bien, répondit de Gruchy, pourvu que 
ce métier ne soit pas trop vil. » 

Il y avait dans cette réponse une certaine fierté de 
race. La famille de Gruchy était pauvre, mais elle s'ho- 
norait de descendre d'une maison noble, venue en 
France à l'époque de la conquête. 

On fit apprendre à Mathieu le métier de menuisier, 
et son patron venant à partir pour SouUans, il Ty sui- 
vit. 

La pieuse marquise ne perdait pas de vue son protégé. 
Gomme elle se préoccupait surtout de sa conversion, 
elle le mit en relation avec M. Guillon, curé-prieur de 
la paroisse, homme fort instruit et d'un aimable carac- 
tère, qui ne tarda pas à gagner le cœur et la confiance 
du jeune ouvrier. Il lui parla de religion et lui mit en- 
tre les mains des ouvrages de controverse. 

De Gruchy, qui avait Tintelligence très ouverte et 
une grande droiture de volonté, fut touché par la grâce. 
Il abjura Terreur, fut baptisé sous condition et fit sa 
première communion, sans doute le jour même de son 
baptême, le 22 août 1786. 

M. Guillon, qui reconnut bien vite en lui une nature 
d'élite, lui suggéra l'idée d'apprendre le latin. De Gru- 
chy accepta volontiers, et pendant qu'il travaillait son 
bois à l'atelier, il recevait les leçons que le prieur- curé 
venait lui donner. Ses progrés furent rapides. Ses ap- 
titudes intellectuelles, jointes à sa modestie, à sa fran- 
che et profonde piété, révélaient dans l'intéressant 
néophyte toutes les marques d'une sérieuse vocation 
ecclésiastique. Quand, spontanément, il témoigna le 
désir d'entrer dans la sainte cléricature, le bon curé 
n'en fut point surpris. Il en fut heureux, car il voyait 
se réaliser dans son élève les espérances qu'il en avait 
conçues. Après avoir donné tous ses soins à la forma- 
tion cléricale du lévite, il l'envoya terminer ses études 
au séminaire de Luçon, dirigé alors par les Lazaristes. 
En 1788, Mgr de Mercy lui conféra successivement tous 
les ordres. 

Après son ordination de prêtrise, l'abbé de Gruchy 
resta deux ans encore prés de son père spirituel à Soul- 
lan?, pour perfectionner son éducation sacerdotale ; 
puis il fut employé dans le saint ministère^ d'abord à 



SouUans même, puis à Challaus, à Bois-de-Cenè, à 
Beauvoir en 1790, et surtout à SaintJeaiiHle*Monts. 



A Tépoque de la Révolution, en 1792, Tabbé de Gru- 
chy retourna dans l'Ile de Jersey, avec l'intention de 
convertir sa famille à la religion catholique. Malgré les 
persécutions des ministres protestants, qui trois fois 
le chassèrent de Tlle, il convertit sa sœur en des 
conférences secrètes qu'ils avaient ensemble, à la 
campagne ou sur des points écartés de la côte. 

Il avait également entrepris la conversion de sa 
mère, mais il lui fut impossible d'achever cette œuvre, 
si chère à son cœur de fils et de prêtre. 

Cependant, toujours de plus en plus persécuté et 
chassé une dernière fois de Jersey, i! alla se réfugier 
à Londres, où il rencontra des prêtres français et, parmi 
eux, M. Jean Brumauld de Beauregard, vicaire général 
de Luçon, avec lequel il se lia d'une étroite amitié. 

f Nous quittâmes bientôt celte ville l'un et l'autre, 
nous dit ce dernier. J'habitai six mois à Southampton, 
sans entendre parler de l'abbé de Gruchy. Et ce fut 
pourtant là qu'on le trouva, dans un hôpital, au milieu 
des soldats irlandais catholiques avec lesquels il vivait, 
leur distribuant des consolations, partageant leurs tris- 
tes rations et ne songeant pas à réclamer les aumô- 
nes que le gouvernement anglais accordait aux prêtres 
français. Mgr de Saint-Pol de Léon lui assura des 
secours et me remit quelques guinées que je lui 
fis passer, et qu'il aura sans doute partagées avec les 
indigents (1). » 



L'abbé de Gruchy fut donné pour compagnon à M. de 
Beauregard, dans la mission que celui-ci avait à rem- 
plir auprès du général de Charelte en France. Ils 
vécurent quelque temps ensemble, en Vendée, dans 
la plus intime amitié, t J'avais place M. de Gruchy à 
Yenansaulti où il oioait comme un sainte écrit le 



(!) Mémoir0$, p. 149. 



-225-. 

vicaire général. Tant que j'ai habité la Vendée, il 
venait me confesser tous les quinze jours. Il disait 
tout haut, en entrant dans l'église de Beaufou, tout 
ouverte et sans toiture : c Monsieur Tabbé, faisons- 
• nous pénitence ? » Alors les personnes que je con- 
fessais se retiraient. » 

Le saint prêtre n'avait pas eu de peine à trouver un 
logement dans cette paroisse de Venansault : de toutes 
parts il avait reçu les invitations les plus pressantes, 
mais la fureur révolutionnaire sévissait avec tant de 
force qu'il craignait de compromettre les jours de 
ceux qui le recevraient. Pour lui, il ne redoutait ni 
les privations, ni la mort. N'écoutant que sa charité 
et son amour de la mortification, il choisit pour de- 
meure le grenier de la plus pauvre maison du bourg, 
comme le lieu le moins suspect. Il y plaça le crucifix 
et l'image de la sainte Vierge qu'il portait toujours 
sur lui; et, dans cette compagnie, son taudis eut à 
ses yeux plus d'attraits que les palais des rois. 

Rien n'était comparable à son zèle. Sans cesse 
occupé à porter aux fidèles les secours de la religion, 
il restait étranger aux agitations de la politique et du 
monde. En voyageant, il avait sans cesse son chapelet 
à la main et ne perdait jamais aucune occasion de 
prier. Ses tournées s'étendaient parfois au-delà de la 
paroisse de Venansault. Il se séparait rarement de 
Loué, le sacristain, qui était, disait il, sa consolation, 
son lldéle compagnon et ami. Ils passèrent bien des 
jours et des nuits dans les maisons pillées et en 
ruines, dans les granges, dans les genêts, dans la forêt 
d'Aizenay, presque toujours sur pied et ne prenant 
presque jamais un repos complet. 

Lorsque le danger était moins pressant, les paysans, 
hommes et femmes, se réunissaient autour de lui pour 
écouter sa parole et confesser leurs péchés. Il célébrait 
la messe, leur donnait la sainte communion, baptisait 
les enfants et administrait les malades. Si les Bleus 
étaient loin, M. de Gruchy entonnait un cantique et 
l'assistance chantait avec lui. C'était là un de ses 
exercices de prédilection. 

Le général Travot, qui soupçonnait sa présence 
dans la forêt d'Aizenay, la fit fouiller en vain, il ne 
put jamais découvrir la retraite du prêtre. 

c M. de Gruchy, dit M. de Beauregard, me demanda 

15 



plusieurs fois de le laisser partir pour Jersey, pressé 
qu'il était par le zèle de convertir ses parents. Je lui 
refusai cette permission et il continua son ministère en 
Vendée. Mais, après mon départ, il se crut libre et 
résolut de rentrer dans sa famille, i 



Le <8 novembre 1797, Tabbé de Gruchy arrivait à 
Nantes déguisé en ouvrier, avec l'intention de s'em- 
barquer pour Jersey, où habitait sa vieille mère, protes- 
tante opiniâtre, qu*il voulait à tout prix convertir. Son 
passeport, qui le désignait comme anglais et menui- 
sier, allait être visé par la municipalité nantaise lors- 
qu'un prêtre assermenté, entrant au bureau de rofilcier 
municipal, se fait présenter le passeport. En y lisant 
Mathieu Gruchy^ menuisier : « Tu mens, lui dit-il, tu 
es prêtre ! — Je suis Tun et Tautre, répond le confes- 
seur de la foi. — Tu es prêtre, reprend le dénonciateur, 
tu es rentré en France après avoir été déjà banni; la 
loi te condamne à mort ! — Eh bien I soit, » dit avec 
douceur Tinculpé. 

Les municipaux, l'examinant alors de plus près, 
trouvèrent qu'en effet le voyageur avait Tair d'un 
prêtre bien plus que d'un menuisier. Jusque là ils n'y 
avaient pas pensé ! 

On lui lit la sommation de déclarer toute la vérité 
sur son compte, t Je ne crains pas de confesser hau- 
tement que je suis un prêtre catholique, répond Tabbé 
de Gruchy. J'appris dans ma jeunesse l'état de menui- 
sier; c'est par cette profession que me désigne mon 
passeport. Me renfermant dans l'exercice de mon 
ministère, depuis que je suis prêtre, je n'ai jamais 
porté d'armes, ni offensives ni défensives, mais 
j'avoue que je me suis réfugié à Jersey en 1792. » 



Dès le soir môme, on enferma M. de Gruchy dans la 
prison du Bouffay. t II édifia tous ses compagnons de 
captivité, dit M. de Beauregard. Il composait des canti- 
ques pleins de résignation et de piété. » Nous en avons 
le recueil manuscrit, daté du Bouffay, de Nantes, le 
27 novembre 1797. 



Voici la dernière strophe du dernier de ces can- 
tiques : 

Seigneur, exaucez ma prière ; 

Elle est d'un cœur humble et soumis, 

Pardonnez, charitable père. 

Pardonnez à mes ennemis. 

De tout mon cœur je leur pardonne 

Tous les maux qu'ils m'ont fait souffrir ; 

Votre sainte loi me l'ordonne : 

Je leur pardonne avec plaisir. 

Parmi ceux qui partageaient sa captivité, le prison- 
nier de Jésus-Christ lit la connaissance d'un noble 
cœur, auquel il put confier les plus intimes secrets de 
son âme : t Vous avez eu tort, lui dit cet ami, de par- 
ler de votre émigration qui est le grief capital contre 
vous. Il fallait vous borner à répondre Que vous êtes 
prêtre et que vous profitez de l'amnistie. — J'y ai 
songé, répond Tabbé de Gruchy, mais cette dissimula- 
tion m'a répugné. Elle pouvait d'ailleurs amener d'au- 
tres questions auxquelles il ne m'eût pas été si facile 
de répondre sans mensonge, et Dieu sait que pour 
sauver ma vie je ne me permettrais pas le mensonge 
le plus léger. Je n'ai que trop offensé Dieu ; je devais 
éviter d'augmenter le nombre de mes fautes. Je fais de 
bon cœur le sacrifice de ma vie; Dieu veuille l'agréer 
comme expiation de mes péchés et jeter un regard de 
compassion sur ma pauvre mère. » 

Le 26 novembre, une commission militaire se rendit 
au Bouffay pour procéder à l'interrogatoire du prison- 
nier. Ses réponses furent toujours les mêmes. 

Après le départ des commissaires, l'abbé de Gruchy 
dîna tranquillement avec les autres détenus, gardant 
le calme et la sérénité d'une âme qui est tout entière à 
Dieu. 

Au sortir de table, il se retira avec son ami dans une 
chambre qui leur était commune, et lui raconta ce qui 
s'était passé dans ce nouvel interrogatoire : « Je vous 
avoue, lui répondit celui-ci, que votre franchise exces- 
sive m'épouvante. Sans blesser la vérité, vous pourriez 
vous exposer moins que vous ne faites par vos aveux 
imprudents. — Je suis résigné, dit le prêtre vendéen, 
à tout ce que Dieu voudra m'envoyer. Je serai trop 



— as ■— 

heureux de verser mon sang pour la vérité, quelque 
indigne que je sois de cette gloire. Je demande seu- 
lement au ciel la grâce de soufïrir avec patience et 
humilité. Je prie Dieu d'agréer mon sacrifice pour 
l'expiation de nos fautes pour la conversion de ma 
famille et surtout celle de ma pauvre mère. 

€ Je vous en conjure, mon ami, unissez vos suppli- 
cations aux miennes. Veuillez me rendre un service : 
tâchez de me procurer un prêtre auquel je puisse me 
confesser avant de mourir. Le pourrez- vous ? Je ne 
sais. J'ai imploré cette faveur de la commission mili- 
taire qui vient do m'interroger, je lui ai déclaré que je 
voulais un prêtre catholique et non un prêtre jureur. 
Le rapporteur m'a répondu qu'on aviserait à cela lors 
de mon jugement, si je réitérais ma demande. Je ne 
sais ce qu'ils feront, mais je préfère mourir sans me 
confesser, plutôt que d'appeler un prêtre assermenté, 
au grand scandale des fidèles. Je mets ma confiance en 
Dieu, et malgré mes péchés je m'abandonne entière- 
ment à son infinie miséricorde. » 

€ Il nous entretenait souvent, écrit son ami, des 
grâces qu'il avait reçues de Dieu, et revenait toujours à 
son ardent désir de la conversion de sa mère. Le 
lundi matin, 27 novembre, on vint le chercher pour le 
mener à la commission militaire. J'allai moi-même 
le lui annoncer. Il me remercia en m'engageant à prier 
pour lui. Il descendit aussitôt de notre chambre et se 
livra lui-môme. Je le suivais du regard, je me mis 
à la fenêtre pour le voir passer. Il conserva son air 
tranquille, marchant d'un pas modeste et assuré. » 



Vers deux heures de l'après-midi, on vint dire aux 
prisonniers du Bouffay que M. de Gruchy était con- 
damné à mort. On ramena bientôt le condamné et on 
le mit au cachot, dans la cour réservée aux criminels. 

Son ami put le visiter et baiser ses chaînes. « Je le 
trouvai calme et ayant l'air d'un prédestiné, nous dit 
ce fidèle témoin. Il était à genoux lorsque fut ouverte 
la porte du cachot. Voyant mon affliction, il s'empressa 
de me consoler, me tendit la main de l'air le plus gra- 
cieux et témoigna la plus parfaite résignation. Il me dit 
tout bas qu'il avait eu le bonheur d'offrir le saint sacri- 



-2» — 

fice le jeudi précédent Comme le concierge était pré- 
sent, il ne me dit rien de particulier, et après une 
demi-heure d'entretien sur les miséricordes divines, il 
parut désirer se recueillir. Je le quittai en l'embras- 
sant, nous nous serrâmes tendrement. Il me demanda 
de prier et de faire prier pour lui, me promettant qu'il 
prierait aussi pour moi. » 

Afin de rassurer les personnes avec lesquelles il 
avait eu quelques rapports, le saint prêtre déclara qu'il 
n'avait fait à leur sujet aucune révélation ni compro- 
mis qui que ce fût. 

A huit heures, M. de Gruchy fit prévenir son ami 
qu'il désirait lui parler. Celui-ci s'empressa de se ren- 
dre au cachot qu'il trouva fermé. Il ne put s'entretenir 
avec le cher prisonnier qu'à travers la porte. 

Le condamné parlait en martyr. Sa mère était tou- 
jours présente à son esprit et à son cœur. A cette 
préoccupation filiale s'ajoutait le chagrin de -mourir 
sans être assisté par un prêtre catholique. 

• Mon ami, disait-il, faites en sorte qu'il s'en 
trouve un sur ma route quand j'irai au supplice et que 
je connaisse l'endroit où il se tiendra, afin que je me 
recueille en recevant l'absolution. C'est là le plus 
grand service que je puisse attendre de votre dévoue- 
ment. Ayez encore la bonté d'instruire de ma situation 
le plus grand nombre possible de prêtres, afin qu'ils 
disent la messe demain pour m'obtenir le courage et 
la force de consommer dignement mon sacrifice. » 

Son ami lui fit la promesse de faire tous ses efforts 
pour procurer au martyr de si précieuses faveurs. 

Le pieux condamné devait avoir la grande consola- 
lion qu'il demandait, et ce fut son ancien curé à Beau- 
voir, M. Gergaud, qui, caché dans sa famille à Nantes et 
averti de l'exécution prochaine de son vicaire, allait se 
trouver sur son passage pour lui donner la dernière 
absolution. 

M. de Gruchy continuait à parler de ses derniers 
moments, de son regret d'avoir ofTensé Dieu et de sa 
confiance dans la divine miséricorde; mais s'aperce- 
vant que son interlocuteur ne lui répondait plus, de 
l'autre côté de la porte, que d'une voix entrecoupée 
par les sanglots, il s'interrompit : t Je suis bien peiné, 
lui dit-il, de vous avoir si longtemps retenu. Vous 
devez être fatigué, il faut que vous alliez vous reposer. 



— 230-* 

Je vous fais mille excuses de vous avoir causé tant 
d'embarras. Nous nous reverrons demain, vers huit ou 
neuf heures. Bonsoir, mon ami ; priez pour moi, je 
prierai pour vous. » 

Le compatissant ami se retira, navré de douleur, 
mais pénétré, nous dit-il, d'une vénération profonde 
pour le confesseur de la foi. 

Pendant cet entretien, il avait engagé M. de Gruchy 
à écrire ses dernières volontés. Il avait un désir très 
vif d'avoir quelques-uns des objets qui appartenaient 
au vénérable condamné, comme son chapelet et une 
statuette de la sainte Vierge. Mais la crainte d'exciter 
dans cette âme si belle et si délicate le plus léger sen- 
timent d'amour-prbpre l'avait empêché d'exprimer son 
désir. 

En se retirant, il osa pourtant lui dire : « Vous 
ferez sagement de me confier les petits objets de piété 
qui sont en votre possession, pour éviter qu'ils ne 
tombent dans des mains profanes. » 

Le condamné le comprit et lit à son ami la promesse 
de tout lui remettre à leur entrevue du lendemain. 



Pendant la nuit, le prisonnier trouva le moyen 
d'écrire quelques lignes sur un papier grossier qui 
nous a été fidèlement conservé parmi les manuscrits 
de l'un de ses biographes, M. Sergent, chanoine de la 
métropole de Tours. 

Bien que le testateur soit en présence de la mort, son 
écriture est hardie, l'orthographe et la ponctuation 
fidèlement observées. 

Il partage entre sa mère, ses sœurs, les pauvres et 
quelques autres personnes l'argent qui lui reste. 
M"« de la Corbinière et la veuve Bordelais, du village 
de Beauregard, dans la paroisse d'Ardelay, sont dési- 
gnées comme ses exécuteurs testamentaires. 

Après avoir demandé des prières et fixé à trois livres 
l'honoraire des messes qu'on dira pour son âme, il 
termine ainsi son testament : c Je regrette de ne pou- 
voir m'expliquer plus au long sur bien d'autres arti- 
cles, le temps me manque. 

« Je fais à Dieu le sacrifice de ma vie, je remets mon 



-^231 — 

àme entre ses mains et je me recommande aux &mes 
charitables. 
€ A la prison du Bouffay, ce 27 novembre 1797. 

f Mathieu Gruchy, prêtre catholique. • 



Le lendemain, 28 novembre, jour fixé pour le sup- 
plice, Tami du condamné eut avec lui un dernier 
entretien. Il lui donna l'heureuse nouvelle qu'un prêtre 
catholique, M. Gergaud, qu'il connaissait bien, allait 
l'assister en ce moment suprême et se trouverait sur 
son passage. Grande fut la joie du prisonnier, c Oui, 
Monsieur, oui, mon ami, je suis content et heureux. Je 
ne changerais pas mon sort pour le sort le plus beau du 
monde. Je meurs innocent pour la religion; je fais de 
bon cœur le sacrifice de ma vie. Dieu veuille accepter 
TefFusion de mon sang pour l'expiation de mes péchés 
et pour la conversion de ma pauvre mère. • 

Puis il ajouta : t Je pardonne de bon cœur à mes 
ennemis et à mes juges que je crains d'avoir offensés 
par des réponses peut être déplacées. Je crains aussi 
que mon avocat, M. Guinche, n'ait trop dit pour ma 
défense; qu'il n'ait mortifié mes juges et qu'il ne soit 
exposé à quelque mauvais retour de leur part. Je 
demande pardon à ceux que j'aurais pu offenser ou 
scandaliser. * c II me remit alors sa bonne Vierge, son 
bréviaire et deux lettres, dit le confident du confesseur 
de la foi. Il me serra tendrement entre ses bras et me 
fit ses adieux d'un air doux et satisfait. Moi, les larmes 
aux yeux, je ne pouvais articuler un mot. Il m'invita 
aussitôt à prier pour lui et me promit de prier pour 
moi et pour ma famille. Il termina en disant qu'il 
allait bientôt, avec la grâce de Dieu, consommer son 
sacrifice. » Il n'eut, en effet, que le temps de faire 
encore quelques prières. 



Le funèbre cortège arrivait à la porte de la prison. 
Le condamné se livra entre les mains des soldats et 
traversa les cours du Bouffay, tête nue et pieds nus, 
tenant une petite croix dans ses mains jointes. Avant 
de quitter son cachot, il avait obtenu de voir son 



— 23Î — 

dénonciateur et lui avait dit : c En me livrant aux tri- 
bunaux et en me faisant condamner à mort, vous avez 
cru peut-être me causer un grand mal; je tiens à vous 
dire que je vous regarde plutôt comme la cause de 
mon bonheur. Celui qui a bien voulu mourir pour 
nous sur la croix m'apprend à vous pardonner comme 
je fais ici de tout mon cœur, le priant d'avoir lui-même 
pitié de vous et de moi. » 

En se rendant au lieu du supplice, le martyr chantait 
à demi- voix cette strophe d'un cantique très populaire 
en Vendée : 

Allons, mon âme, allons 
Au bonheur véritable, 
Aimons Jésus, aimons 
Le bien le plus aimable, 

L'amour 1 
Jésus est mon amour 
La nuit et le jour. 

C'est dans le trajet de la prison à la place Viarmes 
qu'il eut le grand bonheur de rencontrer son ancien 
curé, M. Gergaud. Celui-ci a souvent raconté depuis à 
ses paroissiens que c'est lui-même qui, du haut d'une 
mansarde, donna la suprême absolution au jeune prê- 
tre allant à la mort d'un pas ferme et en chantant des 
cantiques. Celui-ci, prévenu d'avance, savait dans 
quelle rue et à quelle fenêtre se trouverait M. Gergaud. 
Arrivé en face, le condamné leva les yeux. Un rapide 
coup d'œil fut échangé et le condamné reçut la sainte 
absolution, qui ranima son courage. 

Sur la place Viarmes : « Est-ce ici ? » demanda-t-il. 

Sur une réponse afiirmative, il se mit à genoux au 
bord do sa fosse, pria quelques instants, baisa son 
crucifix et tendit les bras à la mort. 

Les soldats préparent leurs armes, l'ajustent et font 
feu, mais cette première décharge ne l'atteint pas. Le 
martyr, tombé à terre, se relève et leur dit : « Vous ne 
m'avez pas blessé. » On lui ordonne de se remettre à 
genoux et il obéit. 

Les soldats fout feu de nouveau. Cette seconde dé- 
charge le blesse, mais pas assez pour lui donner la 
mort. Après ces deux cruels essais, des sauvages 
auraient épargné la victime j les bourreaux révolu- 



— Î33- 

tionnaires ne connaissent pas la pitié. Un des soldats 
s'approche alors du patient et lui met le bout du fusil 
dans l'oreille. Le coup part et empofte le crâne du 
prêtre, qui consommait ainsi son martyre, à l'âge de 
trente-six ans. 

€ Ainsi mourut ce saint prêtre, dit M. de Beaure- 
gard. Il avait toujours vécu en pieux missionnaire. 
M. Sergent, chanoine et secrétaire de l'archevêché de 
Paris, a composé la vie de ce confesseur de la foi (1). > 



(1) D'après M. SergenT| M. du Tressay, M. Prunier et la rela- 
tion de M. Gergaud. 



— 134- 



JAGQUES-GLÂUDE GlIBERT 

DE SAINT-LAURENT-SUB-SÈTRE 
1793 



Né à Saint-Laupenl-sur-Sèvre, en Vendée, M. Guibert 
était vicaire à .Vezins, district de Gholet, au moment 
de la Rèvolation. Participant à la foi vive des popula- 
tions vendéennes au milieu desquelles il vivait, il refusa 
d'accepter la Constitution civile et la déportation. Pui- 
sant dans rattachement qu'avaient pour lui ses parois- 
siens le courage de rester parmi eux, il exerça pendant 
près de deux années son ministère sous la protection 
des fidèles. Il fut à Tabri des poursuites des républi- 
cains tant que durèrent les succès de l'armée catholi- 
que. Mais quand survinrent les revers, chaque jour sa 
vie fut en danger, au milieu de ses persécuteurs. Sa 
présence étant connue, on le rechercha avec soin. Dé- 
noncé, puis conduit dans les prisons de Savenay, où 
venait d*être formée une commission militaire chargée 
de condamner à mort les Vendéens, M. Guibert compa- 
rut devant elle le saint jour de Noèl 1793. Son crime 
était d'être ministre de la religion de Jésus-Christ et ce 
titre seul suffisait à lui mériter la mort. 

Il fut condamné avec la qualification absurde et im- 
pie de brigand de la Vendée, et exécuté le même jour ^1). 



(1) Prudhomme fait cette observation : « La Convention quali- 
fia les Vendéens de Brigands : cette dénomination fausse et per- 
fide fut peut-être la première source de toutes les calamités de 
ce pays infortuné. Cette mesure accrut le parti des mécontents : 
€ Vous voyez bien, dirent*ils aux habitants de la Vendée, qu'on 
vous appelle et qu'on veut vous traiter en brigands avec lesquels 
on ne ménage rien : si vous ne vous défendez, vous allez être 
volés, incendiés, noyés, égorgés. » Histoire des crimes de la Révo- 
fution, T. VI. 



-838- 

JACQUES GUYARD 

CURÉ DE NOIRMOUTIER 

1730-1792 



Attiré en Vendée par son frère, M. Christophe Guyard, 
curé de Noirmoutier (1), Jacques Guyard, né à Parce, 
en Anjou, fut vicaire à Noirmoutier de 17S9 à 1767. Il 
disparaît à cette date, puis revient en 1768, où il signe, 
comme vicaire, une foule d'actes sur les registres pa- 
roissiaux, et, comme curé, à partir du mois de novem- 
bre de cette même année. 

Ce fut de la part de l'autorité ecclésiastique un heu- 
reux choix, car le jeune frère suivit toujours les traces 
de son aîné, digne et zélé prêtre. Son long ministère 
s'exerça heureusement pendant vingt-trois années, de 
1768 à 1792, car on doit le regarder comme curé pen- 
dant l'époque néfaste où il dut se cacher pour exercer 
encore ses fonctions. 

Dans les premiers mois de 1791, M. Jacques Guyard, 
se méprenant, sans doute, sur la portée du serment à 
la Constitution civile et ignorant sa condamnation par 
Pie VI, avait d'abord fait ce parjure, comme les autres 
prêtres de l'île. Mais, à la réception de la lettre de Mgr 
de Mercy, il se rétracta en chaire, le dimanche suivant, 
selon quelques historiens, plus tard, selon d'autres (2). 

Toutefois, si nous nous en rapportons aux pièces sui- 
vantes de la municipalité de Noirmoutier, il n'est pas 
certain que M. Guyard ait prêté ce serment, puisqu'il 
reçut l'ordre de se constituer prisonnier à Fontenay 
comme prêtre insermenté. 



(1) Un autre M. Guyard, sans doute parent des deux premiers, 
d'abord aumônier des Bénédictines des Sables, était réfugié pen- 
dant la Révolution à Chauché, où il exerça le ministère. 

Un M. Guyard était curé, en 1758, à Chavagnes-en-Paillers^ 

(2) EchQ de Saint'Philbert de Noirmoutier, n^ 72. 



— 436 — 

Ce pr<Mre, souirrant d'une grave maladie (jul deva 
prochaiiiemeiil le conduire au Loinbcau» ol uv pou 
vaut se rendre d régliso pour le seraient lr)rs(|\i1 
recul, l'ordre do le prêter, avait écriL à la mumcipalil 
(ju1l ferait plus lard, après la messe, ce .senneut 
vive voix. Ce qui ii*avait [ms eu lieu encore, 
I" avril 1701, eouirae le prouve la lettre suivante; 
« ^' nvril I79L 

t Monsieur, nous vous fèUcilons sur votre meilleur 
santé et nous vous prions de nous manjuersi. diinanc! 
prochain, vous serés en état d alliruKT devant le pet 
pie votre serment à Tissue de la grande messe, coufôi 
mènient à votre promesse par écrit, et dont ttOlj 
avons rendu compte au district <1e Challans. » 

Le 30 juin 1792, un arrélè du Directoire du départ 
ment ordonnant à tous les prêtres dissidents (non 
sermentês) de se rendre au cheMieu du dèpartemei: 
la municipalité de Noirnioutier ne s occujje pas de II 
faire observer. Aussi, le 21 septembre, le district da_ 
Challans écrit a celle-ci une lettre concernant son cm ' 
lui enjoifçnant de le faire conduire à Challans : t No^ 
nous churfçerons, si vous voulez, du reste..*. » l^c' 
taienl les représentants du districl. Ce reste n'était 
rassurant pour M. Guyard. 

Pendant (^e temps, M. Guyard, souffrant d'ulcère! 
aux jambes et ne pouvant partir ni en exil» ni à Font 
nay, était demeuré cache chez M"* Lcfebvre-ViaujI 
grand'tante de M. le docteur Viaud-Grandmarais. 

f La cachette de M. Guyard, écrit \L Jaud, curé aclu^_ 
de Noirmoutier, a été détruite (luand on a bâti les nou- 
velles classes des sœurs. Une chambre en couloir était 
divisée en deux parlies dans sa longueur par unecloi* 
son derrière laquelle elait cache le curé impotent, 
oii il disait la messe (juand sa santé le lui permettait] 

Un dit qu il avait également une autre caehelh* dai 
la maison qui apparlient acluellrmenl h M'" Hai 
rue de lAncien-HùpilaL 



Cependant une intéressante correspondance avi 
lieu entre la municipalité de Noirmoulier et le districl 
de Challans. Les olliciers numicipaux veulent à toij 
prix sauver et garder leur cure, preuve de leur esUï' 



- 2S7 — 

el de leur atlachement pour lui. D'autre part, le district 
exige le transport du prêtre insermenté à Fontenay. 
Pourquoi, s*il avait réellement fait le serment et ne l'a- 
vait pas encore rétracté, exiger son internement à Fon- 
tenay ? 

Quoi qu'il en soit, M. Lefebvre, officier municipal 
dont la dame cachait M. Guyard, va au district de Ghal- 
lans pour obtenir de garder le curé très malade. Il y 
est très mal reçu et l'on exige qu'il amène le pauvre 
prêtre. • 

Est-ce à la suite de ces démarches que M. Lefebvre 
fut jeté, comme suspect, dans la prison des Sables- 
d'Olonne, c'est possible. Mais, bientôt relâché, il dut 
s'exiler (1). 

A la suite de cette démarche, le district de Challans, 
toujours inflexible, avait pris une délibération, où nous 
lisons : 

t Après en avoir délibéré, et ouï le procureur sindic, 
arrête que le dit sieur Guiard, comme plus que sexagé- 
naire, sitôt que sa santé lui permettra de voyager, sera 
conduit par la force armée au chef-lieu du département 
pour y demeurer dans une maison commune, sous 
l'inspection de la municipalité, et que les frais occa- 
sionnés par le déplacement de la force armée, chargée 
de faire la conduite du sieur Guiard, seront supportés 
par ledit sieur Lefévre, conformément à l'art. 8 de 
l'arrêté du département cy-devant cité, ainsi que ceux 
occasionnés par l'exprès porteur des dépêches de la 
municipalité qui ont été liquidés à la somme de quinze 
livres. 

€ Le Conseil rappelle au surplus le dit sieur Lefévre, 
en sa qualité d'officier municipal, à l'exécution stricte 
des lois ; lui enjoint à l'avenir d'être plus circonspect 
dans sa conduite, et lui fait deffense de récidiver sous 
plus amples peines; arrête qu'expédition du présent 
sera adressée à la municipalité de Noirmoutier, pour en 
suivre les dispositions et le fera afficher dans le lieu 
ordinaire de ses séances. Elle demeure d'ailleurs char- 
gée de s'assurer chaque jour de la présence dudit 



(1) Il fut tué sur la côte de Sain t-Jean-de -Monts, en dirigeant 
une descente d'émigrés. 



— 238- 

Guiard, dont elle reste responsable jusqu'à sa trans- 
lation au chef-lieu du département. 

f Fait au Conseil permanent du district de Challans, 
le 21 septembre 1792, Tan 4* de la liberté et de l'éga- 
lité. » 

Les révolutionnaires du district de Challans étaient 
vraiment impitoyables. 



Or, la municipalité de Noirmoutier s'était débarrassée 
d'eux en leur écrivant que Tex-curé avait quitté l'île 
et qu'une lettre datée de Nantes annonçait qu'on l'avait 
vu partant pour son département d'origine, le Maine- 
et-Loire. 

Mais le pauvre malade n'avait pu quitter le lieu de sa 
retraite chez M. et M"** Lefebvre - Viaud. De là, des me- 
naces terribles contre cette pieuse dame et sa domesti- 
que. Le patriote Maublanc, chirurgien, et l'ex-abbé 
Maublanc (l) se dévouèrent pour les sauver. Ils allè- 
rent eux mêmes faire la déclaration du décès de 
« Jacques Guyard », curé de cette paroisse, qu'ils dé- 
clarent bien connaître, ayant été ses élèves et amis. 
En pleine Terreur, c'était assez courageux. 

Voici, d'après M. le curé actuel de Noirmoutier, dont 
nous suivons le récit, l'acte relevé aux registres de 
la commune, tel qu'il fut libellé par le curé intrus : 

€ L'an 4" de la liberté, et le samedi, 29 septembre 
1792, le corps de Jacques Guyard, prêtre, ancien curé 
de cette paroisse, décédé hier, âgé de soixante-deux ans 
environ, natif de Parce, cy-devant Anjou, lils de défunt 
Jacques Guyard et de Marthe Taillé, autant que je puis 
m'en rappeler, personne ne pouvant m'instruire, et ne 
m'en souvenant que parce que j'ai été son élève et son 
ancien ami depuis plus trente ans, a été inhumé au 
cimetière de cette paroisse par moi, desservant sous- 
signé. 

« Maublanc. » 



(i) Elève de M. Guyard et déjà curé constitutionnel de Noir- 
moutier, après avoir été vicaire de cette paroisse, seul prêtre de 
nie qui n'eût pas rétracté son serment. 



-239-^ 



PIERRE HÂLLOUIN 

DE LA BERNARDIËRE 
DOYEN DE LA COLLÉGIALE DE CLISSON 

1727-1793 



Notre-Dame de Clisson était une collégiale fondée 
par le célèbre Ollivier de Clisson, dans son testament 
de 1406. Un doyen, six chanoines, quatre semi-prében- 
dés formaient le chapitre. Le 23 novembre 1790, les 
commissaires du district vinrent intimer aux cha- 
noines Tordre de cesser leurs fonctions. Les chanoines 
protestèrent d'une façon très digne et très énergique, 
comme avaient fait ceux de la Cathédrale et de la collé- 
giale de Nantes. Comme eux, ils déclarèrent qu'ils re- 
gardaient leurs fonctions comme un devoir sacré de 
conscience, que la force seule les empêcherait de 
remplir. 

Les commissaires passèrent outre, firent l'inventaire 
et mirent les scellés sur le chœur, la salle capitulaire 
et les archives. 

Le dernier doyen fut M. Hallouin de la Pénissiére. 

Ce vénérable prêtre était né au château de la Pénis- 
siére, paroisse de la Bernardière, en 1727. Depuis le 
mois de janvier 1776, il était doyen de la Collégiale 
de Clisson. Son mauvais état de santé le dispensa 
de venir aux appels, comme tous les prêtres inser- 
mentés. 

Le 30 août 1792, il fut conduit au château de Nantes , 
où, le 8 septembre 1792, il fit connaître son intention 
de rester en France. Enfermé aux Carmélites et sur 
le navire la Thérèse^ M. Hallouin, sur certificat du 
chirurgien Godebert, obtint de se faire soigner dans 
une maison de la ville où il se retira. Oublié pendant 
quelque temps, on Tarrôta bientôt sur l'ordre de Gou- 
det, président du Comité de surveillance, qui le fit eu- 



fermer aux Saintes-Glaires, avec son neveu, ancien 
officier. 

Le doyen ne put supporter longtemps le régime de la 
prison, où il mourut bientôt. En marge de la liste 
d'écrou, on lit : t Hallouin, ancien doyen de Clisson, 
mort le 30 octobre 1793. > Son acte de décès, en date du 
S4 brumaire an II, section de la Concorde et Saint-Léo- 
nard, est conforme au registre d'écrou (1). 



(U Noikâs sur les Confestêurt de la foi dans le diocèse de 
Nantis, T. I. 



-»l-. 



JOSEPH HERBERT 

CURÉ DE MAILLÉ 

1725-1793 



« J'ai fait pour ma paroisse l'office de bon pasteur; 
« Je donne ma vie pour mes brebis. » 

Lettre de M. Herbert à sa nièce. 

Dans les premiers jours du mois de septembre 1793, 
un voyageur venant de La Rochelle et passant par An- 
dilly rencontrait une jeune bergère qu'il reconnaît, 
à son costume, pour une habitante des environs de 
Maillezais : 

« D*où es- tu, ma petite poitevine, dit-il à Tenfant. 

— Je suis de Maillé, répond-elle. — Ah! tu es de 
Maillé! Eh bien! Je viens de voir guillotiner ton prê- 
tre, M. Herbert. — C'est lui qui m'a fait faire ma pre- 
mière communion, dit la jeune fille avec émotion. 

— Tu avais un saint prêtre », reprend le voyageur, en 
continuant sa route. La présente Notice contient tout 
ce que nous avons pu recueillir d'intéressant sur 
ce saint prêtre^ M. Joseph Herbert, curé de la paroisse 
de Maillé, dans l'île de Maillezais. 

M. Herbert nous fournit lui-même quelques précieux 
détails autobiographiques qu'il a consignés dans le re- 
gistre de catholicité de sa paroisse. « Moi, Joseph Her- 
bert, prêtre, natif de la paroisse de Saint-Mélaine-des- 
Aubiers, à deux lieues de Ghûtillon-sur-Sayvre, en Bas- 
Poitou, ai pris possession de la cure de Notre-Dame de 
Maillé, le 25 septembre de cette année 1768, un jour de 
dimanche, avant Vêpres, après dix-neuf ans et trois 
mois de vicariat : ayant été ordonné prêtre le 31 mars 
1749. 

« J'avais par conséquent quarante -trois ans, quand je 
suis entré dans ma cure ; car je suis né le 30 mars 
1725. 

c Je suis le premier curé de la nomination de 

16 



-4W- 

Mpr François-Joseph Emmanuel de Crusse! d'Uzès, 
évoque de La Rochelle (1). 

« J*ai succédé à M Jacques-François Mallécot, décède 
le !3 septembre dernier. » 

M. Herbert ajoute : « J'êcrirîii tous les ans, à la Un 
du registre, les principaux événements qui seront 
arrivés dans ce pays-ci. • 

Ces notes, rédigées dans une écriture fine, nette 
et ferme, nous aideront à mettre en relief cette physio- 
nomie douce et grave d'un humble curé de campagne 
au xviii" siècle. 



L*esprit de foi, de piété et de reli«rion profonde de 
M. Herbert éclate à son insu dans les moindres détails 
que nous livre sa plume simple et naïve. 

11 trouve une de ses plus grandes joies dans l'or- 
nementation de son église, dans les parures de son au- 
tel et dans tout ce qui contribue à la beauté de la mai- 
son de Dieu. Il veut que la postérité connaisse les ma- 
gnifiques chandeliers dont il a pu doter ce cher sanc- 
tuaire de Notre-Dame de Maillé, c C'est en cette même 
année 1778, nous dit- il, que nous avons fait venir 
de Paris un beau soleil ou ostensoir, du poids de 
cinq marcs et cinq onces, qui nous a coûté en tout 
quatre cent vingt trois livres La fabrique n'y a contri- 
bué que de dix- neuf pistoles. ïa\ surplus a été le 
fruit d'une quête et de nos petites épargnes. Cet osten- 
soir mérite bien d'être ménagé. » 

Le curé de Maillé s'occui)ait avec un soin diligent 
des vieilles dévotions locales et des monuments qui les 
rappellent, t II y avait autrefois, écrit -il, dans cette pa- 
roisse de Maillé, unii chapelle dédiée à S. Pient, en 
latin Pieniius, évêque de Poitiers. Klle était située 
au bord du marais, du coté du midi, entre les deux Pi- 
chonniéres, à une distance à peu prés égale. On pré- 
tend que cette chapelle avait été bâtie par les Col- 
liberts, issus des Théifaliens,. nation scite et barbare, 



(l) Mgr (lo Crusiiol dTzrs frouverna \o cliocô.«o <le La Rochplle 
pendant vingt ans, do 1708 à 17811. Son amour pour la disciphne 
était exemplaire. 



qui, étanl venue, au commencement du xi« siècle pour 
conquérir les Gaules, avait été vaincue et obligée de se 
sauver dans les halliers impénétrables de llle de Mail- 
lezais et dans les marais circonvoisins. Quelques an- 
ciens assurent que leurs pères y ont entendu la messe 
et qu'elle subsistait encore il y a cent dix ans. Les 
domaines de cette chapelle qui sont où elle a été située 
et aux environs ont été réunis à cette cure, mais je 
n'en ai point trouvé les titres. Un monceau de terre et 
de pierres en désignait encore remplacement quand je 
suis venu ici, mais cette année (1772), j'ai tout déblayé 
jusqu'aux fondements. J'y ai occupé un homme pen- 
dant trois mois, qui en a tiré une centaine de char- 
retées de pierres. On a trouvé quatre tombeaux avec 
des ossements ; trois étaient en dedans et le quatrième 
en dehors de la chapelle. Ces tombeaux, que j'ai laissés 
dans le lieu, sont de deux morceaux chacun, creusés 
de manière à y mettre commodément un corps. II 
y a une place en rond pour la tête et des accoudoirs 
pour les bras et ils sont couverts de deux grandes 
pierres longues et plates. 

« S. Pient était autrefois chommé ici le 13 mars. 
Cette fête a été retranchée par Mgr de Crussol, notre 
évoque, dans le cours de cette année. La dévotion à 
S. Pient est contre la surdité et les maux do tête. Il n'y 
a pas de semaine que je ne reçoive quelque messe vo- 
tive à cette intention. * 



La foi vive du saint prêtre découvrait, sous le voile 
des événements contingents de la vie, la main de 
réternelle Providence qui gouverne tout. En nous par- 
lant des calamités de Tannée 1770, il nous les signale 
comme une manifestation terrible de la justice de 
Dieu. Cette disette, c'est la famine, c'est l'inondation 
formidable qui déborde et qui monte comme un dé- 
luge, qui entraîne tout dans ses flots, « ponts, maisons, 
moulins, chaussées. > 

L'eau s'élevait jusqu'à la porte du cimetière et de 
l'église. 

f Enfin, dit-il, notre principale digue ne pouvant plus 
porter un volume si prodigieux, et horriblement battue 
d'une tempête affreuse qui dura vingt-quatre heures, 



depuis la nuit du dimanche au lundi, elle creva le 
mercredi suivant, 28 novembre, sur les sept heures du 
soir, un peu au-dessous du Forl-de-Doignon. L'éboulé- 
ment a été environ de trente toises de longueur. • 

Le pieux chroniqueur termine son récit en nous 
montrant, dans ce désastre, « un effet visible de la 
colère du ciel, » 

t Et cependant, ajoutait il, Dieu a tempéré ses coups, 
du moins à notre égard, en protégeant la vie des per - 
sonnes contre cette fureur de tous les éléments dé- 
chaînés. » 



La rédaction des actes de sépulture nous indique les 
soins attentifs du pasteur envers les moribonds qu*il 
assiste. Tandis que ses prô(lécess(îurs se bornaient à 
constater strictement le décès, M. Herbert emploie 
presque toujours la formule « munie des sacrements 
de C Eglise ». FA dans le dernier acte rédigé de sa main, 
à la date du 5 juin 1791, il accentue sa religieuse for- 
mule et en fait une profession de foi catholique : t J'ai 
enterré dans le cimetière de ce lieu le corps de Marie- 
Thérèse Chartier. dècèdée hier en ce bourg, dans la 
communion de l'Eglise catholique, apostolique et ro- 
maine. » 

On croit entendre sortir du cœur du prêtre fidèle une 
énergique protcîstalion contre le serment schismatique 
dont le refus conduira, quelques jours après, M. Her- 
bert dans les prisons de Fontenay, et plus tard à 
l'échafaud. 

On l'a dit avec raison, le catholicisme est l'école du 
respect et de la subordination. Tous les actes de 
M. Herbert lui rendent témoignage qu'il fut un dis- 
ciple éminent de cette grande école. 

Rien n'est touchant comme la respectueuse et naïve 
déférence qu'il professe pour les autorités constituées 
par Dieu. 

Son évéque, Mgr Crussol, lui avait fait demander par 
le syndic du clergé une déclaration des revenus de sa 
cure. Voici la réponse qu'il a faite à cette demande 
dans le cours de Tannée 1769 : t Monsieur le syndic 
du clergé, j'ai différé jusqu'ici à donner à Monseigneur 
une déclaration des revenus du bénélice-cure dont il 



m'a gratifié. Ce n'a été ni par oubli ni par négligence, 
moins encore par indocilité pour ses ordres. Ils sont 
trop respectables et trop visiblement dictés par les 
mouvements de sa tendresse pastorale et paternelle 
pour son clergé, pour que j'hésite un moment à m'y 
soumettre. Refuser d'obéir à Sa Grandeur dans la 
circonstance actuelle serait un manque de confiance 
plus injurieux à son cœur que la désobéissance même. 

« Que le succès du projet qu'a formé notre très 
illustre prélat de faire diminuer nos impôts réponde ou 
ne réponde pas à ses désirs, je n'en serai pas, en mon 
particulier, moins reconnaissant de ses bonnes volon- 
tés pour nous. Je suis. Monsieur, nouvellement placé 
à Maillé. Je n'avais pu donner une déclaration exacte 
des revenus de ma cure, dans le temps que votre 
lettre -circulaire m'est parvenue. J'ai attendu que la 
récolte fût finie pour la faire avec plus de connaissance 
de cause. Voilà la sujet de mon retardement. » 

11 termine ainsi sa lettre : « Voilà, Monsieur, dans la 
sincérité et dans la conscience, toutes les terres, prés 
et rentes que je connais appartenir à la cure de Maillé 
et qui me font un revenu annuel de mille livres, Mon- 
seigneur a le tcrrage. Il est vrai que ces années-ci (en 
1768 et 4769), nos revenus doublent parce que le blé 
est à un prix excessif; mais on ne peut ni compter ni 
désirer que la cherté des grains dure davantage; que 
deviendrait le pauvre peuple, déjà épuisé par la famine 
de plusieurs années ? 11 vous est facile, Monsieur, de 
voir que je ne déguise rien dans Tétat que je présente 
des revenus de ma cure, puisque j'y fais entrer jus- 
qu'aux menus suffrages qui ne se comptent jamais. 
Dans le Fouillé, elle est portée à six cents livres et je 
le monte à sept, sans que je voie en quoi elle a pu 
s'améliorer de cent francs. Sur les sept cents livres qui 
constituent tout mon revenu, je paie soixante-deux 
livres en décimes et vingt francs de prestations à 
M. l'archidiacre d'Ardin. Je dois onze messes de fonda- 
tion et un boisseau de méture estimé vingt sols. C'est 
un total de quatre-vingt-neuf livres de charges que 
porte mon bénéfice, sans y comprendre les réparations 
auxquelles vous dites, Monsieur, que la Chambre 
n'aurait point d'égard. Quelle base, en comparaison 
des dix francs qu'a payés M. Rozet, un de mes prédé- 
cesseurs ! Je ne parle point des pauvres que j'ai sur les 



-246» 

bras ot de ce que me coule un maître d école que j'ai 
établi, sous le bon plaisir de Monseigneur; c'est un 
fardeau volontaire que je me suis imposé. Je le répète, 
Monsieur, voilà dans la plus grande sincérité tout ce 
qui constitue mon bénéfice, du moins je n'en connais 
pas davantage Permettez que je fasse une autre décla- 
ration : c'est d'ùtre avec un très profond respect, Mon- 
sieur le Syndic du clergé, votre très humble et très 
obéissant serviteur. Herbert, prétre-curé de Maillé. * 

A la lin do l'année 1770, il ajoutait cette simple note : 
f La déclaration que je rendis Tannée dernière des 
revenus de ma cure a été sans aucun succès : on ne 
saurait en imputer la faute à Sa Grandeur. » 

Cette lettre est un portrait; dans sa loyale et respec- 
tueuse franchise, elle nous manifeste toute la candeur 
de cette àme vraiment sacerdotale. 



Le pouvoir civil avait sa part dans son culte de Tau- 
torilé, fùt-elle représentée par un Louis XV. 

Kn 1771, M. Herbert applaudissait à la chute de cet 
audacieux Parlement de Paris, qui ne visait à rien 
moins qu'à ranôantisseincnt de l'autorité royale. II 
écrivait i\ la lin de Tannée 1774 : a C'est dans Tannée 
que nous finissons que nous avons perdu le meilleur 
des rois, Louis XV^ le tien-oinié de son peuple. * 

Maillé est si loin de Versailles ! La naïveté de cette 
note prouve que ce vieux curé du Bas-Poitou ne con- 
naissait point la chronique scandaleuse de la Cour. 
Mais ne prouve-t-oUe pas aussi qu'il restait lidéle à la 
grande école catholique du resi)cct ? 

Par un décret du 10 mai 1770, Louis X\'I portait la 
défiMiso d'enlorrer désormais le connnun des lidéles 
dans les églises; il m' faisait (exception que pour les 
archevêques, évéquos et curés, (mi y mettant certaines 
conditions : f Je ne me propose point, écrit M. Her- 
bert, d'avoir ma s^pulturci dans mon église à ces con- 
ditions, qui sont presqufî impraticables, et mes succes- 
seurs, à vM que Je pense, en feront autant. Au reste, 
ajoutait il, ce règlement est très sage et plein de reli- 
gion. 11 prévient la profanation de nos temples et les 
malheurs trop souvent arrivés à l'ouverture des tom- 
beaux placés dans nos églises. 



-247 - 

c Le cimetière doit être le dortoir général de tous les 
lidèles, en attendant la résurrection des corps, qui 
arrivera à la fin du monde, comme la foi nous rensei- 
gne. » 

ife ne me propose point d'aooit ma sépulture dans 
mon église î Hélas ! si le futur martyr eût été pro- 
phète I 

A côté de cette note de 1776, nous plaçons ici ces 
simples mots d'un procès-verbal extrait du registre 
mortuaire de La Rochelle, à la date du 6 septem- 
bre 1793 : 

€ y'ai donné lecture du dit jugement au dit Herbert, 
et ensuite Héraud, Vexécuteur des sentences crimi- 
nelles, lui a fait monter Véchafaud et Va mis à mort. 
La tête séparée de son corps, il a mis le tout dans 
un cercueil qui a été enlevé par les infirmiers de Vhô^ 
pitaL • 



Nous avons vu l'usage que le curé de Maillé faisait 
de ses modiques revenus pour soulager les pauvres et 
soutenir une école dont il payait le titulaire de ses pro- 
pres deniers. Sa conscience lui imposait l'obligation 
de défendre tous les droits de son bénéfice. C'est ce 
qu'il fit dans un procès qui tendait à lui enlever une 
partie des revenus de la cure de Maillé. 

Energique à maintenir les droits de son bénéfice, 
M. Herbert mettait les soins d'un bon père de famille à 
Taméliorer. En 1776, il faisait à son presbytère, en 
grande partie à ses propres frais, d'importantes répa- 
rations et, en 1787, il entourait de fossés sa baillette de 
Bourneau (1). Il faisait planter les terriers de quatre 
mille plants d aubier, de saule et de péton (2). 

« Je ne jouirai pas peut-être du fruit de mes travaux, 
ajoutait-il, mes successeurs en feront part aux pauvres, 
et j'espère qu'ils prieront Dieu pour moi. » 

Nous terminons ici ces extraits d'autobiographie qui, 
en nous faisant pénétrer dans l'âme du martyr de 1793, 



(1) La Baillette était un morceau de marais d'environ deux 
hectares. 

(2) Sorte d'osier. 



-.248-^ 

nous donnent jour sur un coin de la situation du 
clergé français pendant la seconde moitié du xvm* 
siècle. 

La dernière note nous livre les motifs de foi qui diri- 
geaient le pieux curé dans les soins donnés aux affaires 
matérielles de sa cure : c'est la garde vigilante d'un 
bien d'Eglise, le souci de la justice à Tégard de ses suc- 
cesseurs et le tendre intérêt qu'il portait aux pauvres 
(le sa paroisse. 



Nous l'avons dit, le dernier acte rédigé par M. Her- 
bert sur le registre de catholicilè de sa paroisse est 
l'acte de sépulture de Thérèse Cliartier, décédée dans 
la communion de V Eglise catholique ^ apostolique et 
romaine. Il est daté du 5 juin 4791. On sait qu'à partir 
du 30 janvier de cette même année, une loi frappait de 
suspension tous les prêtres qui avaient refusé le ser- 
ment schismatique à la Constitution civile. C'était 
répoqu(> où les intrus s'installaient à la place des 
pasteurs légitimes. 

M. Herbert fut saisi dans sa cure vers le milieu du 
mois de juin 1791, traîné devant les tribunaux révolu- 
tionnaires et jeté dans les prisoQS de Fontenay-le- 
Peuple^ avec le jeune vicaire de Luçon, M. Louis-Marie 
Baudouin. 

Nous lisons dans la vio du pieux fondateur de la 
Congrégation des Enfants de Afaric-Immaculée et de 
la Société des Ursulines de Jésus : « Pendant sa cai)ti- 
vité, Louis Marie Baudouin fut consolé et fortifié par la 
présence tles autres prêtres, et surtout par les discours 
et les exemples d'un vénérable vieillard dont il s'était 
concilié rafléction : c'était M. Herbert, curé de Maillé, 
qui, depuis, scella de son sang son attachement à la 
foi. 

Cette particulière ailection du curé de Maillé pour le 
Père Baudouin, le mérite de lui avoir donné des exem- 
ples et suggéré des pensées qui l'ont consolé et soutenu 
dans le bon combat, c'est tout un panégyrique, et ce 
seul éloge peut suffire à nous révéler l'âme et la haute 
vertu de M. Herbert. 

11 est probable que cette première détention ne fut 



— 249- 

pas longue et que notre prisonnier fut mis en liberté, 
comme M. Baudouin, vers le mois de septembre 1791. 

Nous regardons comme certain qu*il dut retourner 
au milieu de son troupeau, où sa présence était d'au- 
tant plus nécessaire que Tintrus Sagot y exerçait alors, 
depuis le 12 juillet, son sacrilège ministère. Mais 
comme tous les prêtres fidèles de la Vendée, il ne pou- 
vait plus séjourner dans sa paroisse qu'à titre de 
proscrit. Son zèle était réduit à s'exercer désormais 
dans Tombre, en dérobant au grand jour tous les actes 
et toutes les cérémonies du culte catholique. 

Malgré tout, sa seule présence était une force et 
comme une menace qui troublaient le triomphe inso- 
lent du culte usurpateur. A Maillé, comme dans les 
autres paroisses, les prêtres catholiques étaient c dé- 
nonces comme des perturbateurs de Vordre public^ 
des ennemis dangereux de la Constitution civile du 
clergé. » 

Le 9 mars 1792, le Directoire du département de la 
Vendée portait un arrêté qui obligeait trente-trois pré- 
Ires non assermentés à se rendre au chef-lieu du 
département, avec l'obligation de se présenter et de 
s'inscrire tous les jours, à onze heures, sur un registre 
à cet effet. En tète de la liste des prêtres dénoncés figu- 
rait le nom de • M. Herbert^ ex^curé de Maillé », avec 
les noms de t Vilain, ex-vicaire de Maillesais, BaU' 
douin, eX'Curé de Luçon, Louis- Marie Baudouin^ 
ex-vicaire, Brumauld, ex-théologal, Defresne, ex- 
doyen, » 

On le voit, les persécuteurs s'y connaissaient en 
hommes ; ils dirigeaient leurs coups contre les prêtres 
les plus érainents de la Vendée, et ils faisaient à 
l'humble curé de Maillé l'honneur de la placer au pre- 
mier rang. 



Nous ne saurions préciser la durée de cette seconde 
captivité. On peut croire que la loi du 26 août 1792, 
condamnant tous les prêtres réfractaires à la déporta- 
tion, délivra les captifs de Fontenay; et pendant que le 
P. Baudouin s'embarquait aux Sables, le 9 septembre, 



-iso- 

pour s'exiler en Espagne, M. Herbert retournait prodi- 
guer à ses paroissiens fidèles les secours légalement 
prohibés de son ministère. Par cette sainte obstination 
de son dévouement sacerdotal , rhéroïque pasteur 
jouait chaque jour sa vie, et chaque jour il la donnait 
ainsi pour les âmes qui lui étaient confiées. 

Il y eut dans la paroisse des Judas, odieuses figures 
de traîtres et d*apostats, qui vendirent leur pasteur, c II 
fut victime de son zèle, dit Guillon. Les agents de la 
persécution le saisirent vers l'automne de 1793 et le 
livrèrent aussitôt au tribunal criminel de la Charente- 
Inférieure. » Cette affirmation de l'auteur des Martyrs 
de la Foi concorde avec la tradition du pays. On 
battait le blé dans les aires, quand quelques patriotes 
de Gourçon se présentèrent dans le bourg pour s'em- 
parer de ce prêtre rebelle aux nouvelles doctrines de 
la Révolution. 

Le bruit de leur arrivée se répandit bien vite One 
femme pieuse, dont la tradition donne le nom, avait 
avec elle une de ses nièces encore enfant. Elle envoie 
en toute hâte la jeune fille prés de M. Herbert pour 
l'avertir que les républicains venaient se saisir de sa 
personne et pour lui indiquer un moyen de se dérober 
à leurs poursuites. Le saint prêtre refuse de s'évader, 
déclarant qu'il ne doit pas, qu'il ne veut pa3 abandon 
ner sa paroisse et qu'il est prêt à mourir pour ses 
paroissiens. 

Les patriotes s'emparent ainsi de lui sans peine et 
l'attachent, disent quelques anciens, à la queue de 
leurs chevaux. 

On dit aussi qu'arrivé devant la porte de l'église, 
M. Herbert se jette à genoux et supplie les agents de la 
Révolution de ne pas le conduire plus loin, mais de le 
fusiller sur place , en face do son église, afin que son 
sang soit versé sur le sol même de cette paroisse dont 
il est seul le légitime pasteur. 

Cette prière touchante ne fut point écoutée : le captif 
fut traîné jusqu'à La Rochelle et incarcéré dans une 
prison de cette ville, en attendant la sentence de 
mort. 

Sa détention ne fut pas longue. Dès le 5 septembre 
suivant, il comparaissait devant le tribunal révolution- 
naire qui le condamne, comme brigand de la Vendée, 
au supplice de la guillotine. 



— «Si — 



Quelles furent dans sa prison et devant i'échafaud les 
dernières pensées de M. Herbert? Il nous les a révélées 
lui-même dans une admirable lettre adressée à sa 
nièce, Jeanne-Modeste Ribert, qui résidait alors à 
Maillé. C'est comme le testament de cette belle âme de 
prêtre et de martyr. Nous en citerons les plus beaux 
passages : 

« Je vous dis adieu pour la dernière fois, ma chère 
nièce, lorsque les volontaires de Courçon vinrent me 
prendre chez moi. Nous ne nous reverrons plus sur la 
terre, mais dans le ciel, s'il plaît à Dieu. Je subirai 
la mort demain, après midi. 

t Je meurs innocent pour la foi, pour et par mes 
paroissiens, à qui je pardonne de tout cœur. Je meurs 
pour notre sainte religion catholique, apostolique et 
romaine, à laquelle j'ai toujours été attaché, et hors de 
laquelle il n'y a point de salut à attendre. 

oc Je meurs plein d'espérance en Dieu et en ses di- 
vines miséricordes. Je regarde le jour de demain, qui 
sera un vendredi, comme le plus beau jour de ma vie, 
car j'espère qu'il m'ouvrira les portes du ciel. . . 

c^Je me mets et vous mets sous la protection de 
la très sainte Vierge, notre patronne. 

c Adieu, je vous embrasse : vous n'avez personne 
qui vous soit plus sincèrement attaché que moi. Que 
Dieu vous préserve de tout péché, de tout malheur, de 
tout fâcheux accident. 

f Adieu, encore une fois; je ne dis pas tout ce qu'il 
faudrait dire : devinez. 

« Tout à vous, ma chère nièce. 

« Herbert, curé de Mailé, 
a prisonnier de Jésus-Christ. » 

€ Je salué tous mes paroissiens; j'ai fait pour eux 
roflice de bon pasteur : je donne ma vie pour mes bre- 
bis, heureux si elle peut leur être fructueuse. 

« Je salue principalement ceux et celles qui ont été 
fidèles à l'Eglise, notre sainte Mère, et tremble pour 
ceux qui sont sortis de son sein. Qu'ils y retournent 
au plus tôt. 

< C'est jeudi que je dois mourir, c'est-à-dire tout à 
l'heure. * 



-2SS-« 



Cette lettre, d*une simplicité si touchante, nous 
fait respirer le parfum qui s'exhale de tous les Actes 
des Martyrs, et nous pouvons la ranger parmi les mo- 
numents les plus précieux de notre martyrologe ven- 
déen. 

La main du prisonnier de Jésus-Christ en avait à 
peine tracé les derniers mots que le citoyen Héraud^ 
exécuteur des sentences criminelles, se transportait, 
sur les cinq heures du soir^ à la maison d'arrêt, s*em^ 
parait du condamné, et^ sous la garde et suroeillance 
d'un détachement de cavalerie, le conduisait sur la 
place publique, où la guillotine était dressée. 

Là, l'huissier du tribunal, Pierre Piciurit, donne 
lecture à Joseph Herbert du jugement qui le condamne 
à mort. 

Le bourreau fait monter sur Véchafaud la victime et 
Vexécute aussitôt. 

Quand la tête est séparée du corps, il met le tout 
dans un cercueil, qui est enlevé par les infirmiers de 
Vhôpital (1). 

A Maillé, c'est une tradition constante parmi les 
vieillards qu'une dame do La Rochelle recueillit quel- 
ques gouttes du sang de M. Herbert. On dit aussi 
(mais il faudrait des preuves décisives pour allirmer ce 
miracle) que le sang s'est conservé liquide dans la 
liole de cristal qui le contenait. 

Ce qui est absolument certain, c'est que la paroisse 
de Notre-Dame de Maillé a toujours vénéré M. Joseph 
Herbert comme un vrai martyr de la loi et qu'elle a 
constamment attribué à une particulière protection 
de son glorieux pasteur l'esprit chrétien qui la dis- 
tingue, depuis 1793, parmi les populations de cette par- 
tie du Bas-Poitou (2>. 



(1) Ce récit de la mort de M. Herbert est extrait textuellement 
du procès-verbal qui constate Text^cution du condamné. 

(2) Cette notice est prise presque complètement dans le Mar- 
tyre de la Vendre, do M. le chanoine Piunieu. 



-4fô-i 



FRANÇOIS HOUSSIN 

CURÉ DES BROUZILS 

1742-1794 



La cure des Brouzils, dit M. Bourloton, était à la col- 
lation des Bénédictins de Saint- Jouin-des-Marnes, qui 
y avait nommé, le 27 mai 1776, M. François Houssin, 
natif d'Angers, alors âgé de trente-quatre ans. En 1789, 
ce prêtre fut un des délégués envoyés par le clergé 
du diocèse à Poitiers pour Telection des députés aux 
Etats généraux. 

Quand fut exigé le serment schismatique, on lui dit 
que si ce serment lui répugnait, il pouvait le faire, seu- 
lement des lèvres : t Non, répondit-il. ma bouche ne 
peut pas dire ce que mon cœur dément. » Parole cou- 
rageuse qui montrait son attachement à TEglise. Lors- 
que la guerre civile Tobligea, lui, prêtre lidéle, à quit- 
ter le pays avec quelcfues-uns de ses paroissiens, il. 
suivit Tarmée vendéenne, passa la Loire et fut fait pri- 
sonnier à la déroute du Mans. Ramené à Angers, il 
comparut devant ses juges. 

Le sort du prisonnier ne pouvait être douteux, «r Le 
Comité, dit Prudhomme, n'était pas indécis sur le sort 
qu'il ferait éprouver à ses vénérables reclus, mais il 
délibérait sur les moyens de s'en débarrasser plus 
promptement, et disait au proconsul Francastel : t Les 
enverrons-nous à Nantes (où Carrier avait imaginé ses 
bateaux à soupape) ? Les enverrons-nous à la commis- 
sion militaire (déjà établie à Angers pour fusiller les 
Vendéens) ? Les ferons-nous fusiller au coin d'un bois 
ou leur ferons- nous faire la pêche au corail (c'est-à- 
dire les noierons nous) devant la Baumette (située à 
une demi-lieue d'Angers) ? Parlez... » 

Cité à la fin de décembre 1793 devant la commission 
militaire^ M. Houssin fut condamné à la peine de mort 
pour les prétendus crimes suivants : 

1« Avoir entretenu correspondance avec les brigands 



de la Vendée; — 2* Avoir enfreint la loi relative à la 
déportation; — 3^ Avoir, après infraction à cette loi, 
excité, suivi ou maintenu la révolte qui a éclaté dans 
la Vend(^e; — 4** Avoir, par ses discours perfides, 
séduit les esprits faibles en leur disant que, pour être 
agréable à l'Auteur de la nature et jouir d'un heureux 
avenir, il fallait massacrer tous les défenseurs de la 
République; — 5^ Avoir provoqué au rétablissement 
de la royauté et à l'anéantissement du peuple français ! • 
M. Houssin fut guillotiné avec quatre prêtres (1), le 
12 nivôse an II (!•' janvier 1794), sur la place du Ral- 
liement, à Angers. 

Les démagogues donnaient à leur manière des étren- 
nés révolutionnaires à leurs victimes, pendant que 
conformément à la politesse française on échangeait en 
ce jour des vœux de bonheur. 



Les prisons d'Angers regorgeaient de prêtres dès le 
mois de mars 1792; Guillon écrit : « On compta réunis 
dans Angers trois cents de ces prêtres, et cependant 
quantité de non assermentés étaient restés cachés dans 
les paroisses qu'ils desservaient, pour ne pas en 
laisser les habitants privés de* secours de l'Eglise ca- 
tholique. Les agents de la persécution en surprirent 
plusieurs, les amenèrent à Angers et les enfermèrent 
dans le petit séminaire transformé en prison. Les au- 
tres ne tardèrent pas ta l'être dans le même lieu, où ils 
restèrent les deux premiers jours et les deux premiè- 
res nuits presque sans nourriture et absolument sans 
lit. 

f Les vexations, les insultes et les outrages qu'ils y 
essuyèrent seraient impossibles à raconter. Les vieil- 
lards et les infirmes n'avaient que le pavé pour se cou- 
cher. Quelques-uns y moururent. » 

« Il faudrait, nous dit le respectable évêque d'Angers, 
M. Montaut-Desilles, des volumes entiers pour dire les 
horribles tourments que ces confesseurs de la Foi eu- 



(1) Ces prêtres étaient MM. Legault frères, Chesneau de Chi- 
non, Ilerment, curé de Sainle*Foi, prùs de Saint-Lambert-du- 
Lattay. 



renl à souffrir avant d'arriver au terme de leur mar- 
tyre. » 

Francastel ordonna de faire filer à Nantes cinquante- 
huit de ces infortunés. Carrier les fit noyer avec seize 
autres dans la seconde submersion de prêtres, la nuit 
du 9 au 10 décembre (1). 

Il en restait encore un bon nombre à Angers et on 
n'osait pas les faire périr tous par la fusillade ou la 
guillotine. Le décret de déportation délivra ceux qui 
conservaient assez de forces pour sortir de France. 



(1) Ces ecclésiastiques avaient été si réellement noyés, que 
pour la satisfaction plus complète du comité révolutionnaire 
d'Angers, Goupil, Pun des complices de la submersion, avait 
rapporté leurs vêtements à ce comité, a non moins avide de la 
dépouille que de la mort des prêtres. • 



^«M- 



OLIVIER HUGRON 

CUBÉ DE TREIZE - SEPTIEBS 

1731-1797 



Précédemment curé de la Grolle (1) (ancienne pa- 
roisse réunie à Rocheserviêre), où il était né en 1731, 
M. Hugron fut nommé à Treize-Septiers en 1782. 

Prêtre toujours fidèle à ses devoirs de bon pasteur, 
il lutta de bonne heure contre les erreurs que la Révo- 
lution apportait à la France. Dès 1T90, on le voit signer, 
avec plusieurs de ses confrères, une protestation 
contre la vente des biens du clergé, puisque déjà le 
clergé avait accepté de porter le fardeau des impôts 
communs à tous les citoyens. Il refusa également de 
prêter le serment schismatique et disparut du pays, 
obligé de fuir pour sauver sa vie On perd ensuite sa 
trace. Il est à présumer que, cache dans la contrée 
pendant la Terreur, il péril, comme tant d'autres, vic- 
time de cette etfroyable tourmente , ou fut pris et con- 
duit à Nantes. 

En 1798, sa famille le rechercha, mais en vain. Peut- 
être fut-il victime de la cruauté de Carrier. 



(I) Où il avait succédé à M. Sezestre Biaise, relire à Vieille- 
vigne, sa paroisse natale. 



— 287 — 
PIERRE-MATHURIN JAGUENEAU 

VICAIRE DU BOURG-SOUS-LA-ROCHE 

1767-1794 



f Grâce à la fidélité et au dévouement de leurs pa- 
roissiens, dit M. Henri Bourgeois (1), M. Blanchard, 
curé du Bourg-sous-la-Roche, et le vicaire M. Jague- 
neau, tous deux bravement réfractaires, demeurés 
dans leur paroisse, avaient réussi à dépister les pour- 
suites dirigées contre eux, après la proclamation de la 
Constitution civile du clergé. Lorsqu'éclata Tinsur- 
rection, ils reprirent ouvertement Texercice de leur 
ministère au Bourg et dans les paroisses voisines, sous 
la protection de Tarmée vendéenne de Bulkeley et 
de Chouppes, dont le quartier -général était établi à 
la Roche-sur-Yon. 

« Après la bataille de Luçon (14 août 1793), qui amena 
la dislocation de Tarmée du centre, tout le pays yon- 
nais, jusque-là protégé, se trouva livré sans défense 
aux républicains, et M, Jagueneau, comme son curé, 
dut abandonner son poste pour se soustraire à la 
mort. Mais les deux vaillants ecclésiastiques ne de- 
vaient quitter le pays que pour tomber, un peu plus 
loin, sous les balles des Bleus. » 

M. Jagueneau s'enfuit vers les Brouzils et se ré 
fugia dans la forêt de Grasla, où longtemps il trouva 
un asile. 

Là , on célébrait encore la messe en plein jour , 
comme au temps de la liberté, mais c'était dans les 
bois. La partie la plus habitée par de nombreuses 
familles était appelée le Refuge ou lesZogfes, commune 
de la Copechagniére , dans l'endroit le plus touflu et le 
plus écarté de la forêt. Des branches, appuyées sur des 
troncs d'arbres et sur des pieux, constituaient la char- 



(i) V. la Vendée Historique, 

17 



penle de chaque habitation, qui était placée en ligne, 
comme celles d'une ville pour former des rues. 

Chaque famille avait les meubles les plus néces- 
saires et ses provisions. Plusieurs prêtres faisaient 
là les cérémonies ordinaires du culte, le catéchisme 
aux enfants, Tadministration des sacrements, le tout 
protégé par l'isolement et la profonde obscurité de la 
forêt. Tandis que tout le reste de la Vendée était dé- 
vasté, que les églises étaient fermées ou incendiées, 
de nombreux fidèles réfugiés dans cette solitude goû- 
taient une paix et un bonheur relatifs, en attendant un 
avenir meilleur. 

M. Jagueneau passa là près d'une année, s'occu- 
pant aux soins de son ministère. Mais un jour, dans le 
courant du mois de juillet 1794, le Refuge fut découvert 
et envahi par une colonne républicaine sous les ordres 
du général Ferrand. L*abbé Jagueneau fut pris, em- 
mené par les Bleus près de Legè et massacré en haine 
du prêtre. 

Son curé avait été fusillé lors de la prise de Noir- 
moutier, en janvier 1794. (V. la Notice qui le con- 
cerne.) 

L*acte de décès de M. Jagueneau est inscrit sur les 
registres des Brouzils, à la date du 17 nivôse an II 
(6 janvier 1794), La déclaration est faite par la mère 
du défunt et par Marie-Nicolas Buet, officier de santé, 
son beau-frère. On ignore le lieu de la sépulture de cr 
prêtre (1). 



(1) Ces derniers renseignemente nous ont été fournis par M. le 
D' MiaNEN, de Montaigu. 



p. JAVELOT 

SUPÉRIEUR 
DES MISSIONNAIRES DE SAINT-LAURENT-SUR-SATRE 

1713-1794 



Au nombre des- prêtres de la Vendée qui passèrent 
la Loire à la fin de 1793, fut le P. Javelot, prêtre octo- 
génaire, supérieur des missionnaires de Saint-Laurent, 
vieillard aveugle et respecté de toute Tarmée. Il avait, 
pour le conduire, son petit servant de messe, Jean- 
Joseph Biton, quatrième fils de René-Joseph Biton, de 
Saint-Laurent-sur-Sévre. Le bon missionnaire avait 
obtenu de son évêque que son servant de messe rem- 
plît à son égard quelques-unes des fonctions de diacre. 
Sans son aide, il lui était impossible d'offrir le saint 
Sacrilice. 

Or, dans les premiers mois de Tannée 1794, le R. P. 
Javelot ayant été conduit à Château-Gontier chez des 
amis qui le cachèrent, Jean-Joseph, qui l'avait accom- 
pagné pendant la guerre, n'hésita pas à le suivre dans 
son exil et continua au saint vieillard ses pieux et pré- 
cieux services pendant toute la période révolution- 
naire. Le prêtre et l'enfant coururent plusieurs fois de 
grands dangers, mais la Providence veillait sur eux. 

Dans l'horreur de cette mêlée sanglante qui suivit fe 
désastre de Savenay, on vit ce vieillard conduit par 
l'enfant qui ne le quittait jamais. Tous deux se trou- 
vèrent seuls sur la route, isolés des Vendéens et errant 
à l'aventure. Tout-à-coup, quatre hussards républi- 
cains arrivent au galop. Le prêtre engage l'enfant à se 
sauver à travers champs, mais celui-ci veut mourir 
avec lui. M. Javelot était habillé en paysan : t Quel est 
ce vieillard que tu mènes, petit brigand? demande un 
hussard. — Messieurs, nous ne sommes pas des bri- 
gands, c'est un pauvre paysan aveugle que je conduis. 
— Non, Messieurs, reprend le vieillard, je suis un prê- 
tre, Tabbé Javelot, le supérieur des missionnaires de 



Saînl-Laurenl. Oh! la belle couronne que celle du 
martyre. Frappez ! » 

Les hussards, vaincus par une pareille grandeur 
d'âme, reculent devant le prêtre et s'éloignent sans 
faire le moindre mal au prêtre aveugle et à son guide, 
tous deux également braves devant la mort. 

Ils poursuivirent leur marche douloureuse dans les 
bois et les fermes en ruines, et retrouvèrent enlin les 
Vendéens. En passant à Ghàteau-Gontier, une pieuse 
demoiselle, émue de pitié, accueillit le vieux mission- 
naire, qui mourut peu après en sa demeure de Neu- 
ville, sur la paroisse de SaintSulpice (1). 



. (1) Vers 1800, Jean-Joseph Biton revint à Saint-Laurent. Plus 
tard, il 8'y maria et eut cinq garçons et une fille qui devint reli- 
gieuse de la Sagesse. Pendant longtemps, il remplit à Téglise de 
sa paroisse les fonctions de sacristain. 



JULIEN LARDIÈRË 

PRÊTRE DE SAINT-SULPICE-LB-VERDON 

1767-1793 



Né à Saint- Sulpice-le-Verdon, M. Lardiére était pré- 
cepteur chez M. de la Roche -Saint André. Jusqu'au 
mois de mars 1793, sans avoir prêté serment, il avait 
pu échapper aux poursuites des révolutionnaires, mais 
le 13 mars de cette année, se trouvant de passage à 
Nantes, à Tauberge de la Petite Ecurie, rue. du Port- 
Maillard, il fut arrêté et enfermé successivement aux 
prisons du Château^ aux Saintes-Claires et aux Carmé- 
lites 

Nous ne redirons pas ce qu'il eut à souffrir dans ces 
diverses prisons. On peut lire ces détails dans la notice 
consacrée à M. Douaud. 

Les chaleurs de l'été, la crainte des maladies conta- 
gieuses, le grand nombre des prisonniers avaient 
décidé les administrateurs de la ville de Nantes à 
élargir les détenus, mais des laïques seuls eurent cet 
avantage. Les prêtres étaient exceptés de cette mesure 
de clémence» tellement acharnée était la rage des geô- 
liers contre les ministres de Dieu. 

Au mois d'août, les détenus de la Thérèse, où se 
trouvait M. Lardiére. allaient être transférés, pendant 
la nuit, à la prison des Petits-Capucins. Le jeune 
prêtre crut trouver le moment favorable de s'évader 
du navire. 

Il tomba dans la Loire et y périt, t C'était le 
7 août 1793. Son acte de décès fut dressé le 20 août sui- 
vant (1). » 

La famille de M. Lardiére, dont des descendants 
existent encore à Saint-Sulpice-le-Verdon, a fourni à la 
cause religieuse d'autres victimes. En 1794, au mois de 



(1) M, L ALLIÉ. 



*— SOS ■■" 

mars, les Bleus massacrèrent dans celle paroisse des 
hommes, des femmes et jusqu'à des petits enfants, en 
tout soixante-dix-huit, et parmi ces martyrs, Pierre 
Lardière, parent de Tabbè Lardière, âgé de soixante- 
cinq ans, du village de la Villatiére, en Sainl-Sulpice- 
le-Verdon. 
Les soldats impies mirent ensuite le feu à l'église (l). 



(1) 01)ligcs de se cacher dans les landes qui s'étendent du côté 
de Mormaison, les habitants de Saint-Sulpicc, qui avaient pu 
s'échapper, eurent la douleur de voir l'incendie de leur église et 
poussèrent des cris déchirants en entendant les cloches s'écrouler 
dans le brasier. 

Après le désastre, protégée comme par miracle, une statue en 
bois de la sainte Vierge fut retrouvée intacte au milieu des 
ruines, et, depuis ce temps, cachée dans un pétrin où l'avait dé- 
posée le sacristain, au village de la Gaillaudiùre. Cette statue de 
Notre-Dame de Saiut-sulpice est aujourd'hui vénérée dans 
l'église de la paroisse. 



— M3 — 

MELCHIOR-SIMÉON LE GOUIX 

CURE A SAINTB-GÉGILE 

4788-1799 



Nous trouvons, au début de la Révolution et dès 1788, 
M. Le Gouix, curé de Sainte-Cécile, où il avait été 
vicaire, et succédant à son oncle M. Dolbecq. Celui- 
ci ayant quitté la paroisse pour se réfugier ailleurs, 
le vicaire y demeura pour l'administrer. 

M. Le Gouix dut fréquemment changer d'asile, pren- 
dre toutes sortes de déguisements pour échapper à la 
poursuite des persécuteurs. Le décret du Î6 août 1792 
condamnait à la déportation les prêtres qui refusaient 
le serment. M. Le Gouix, atteint par cette mesure, 
essaya de s'y soustraire et se cacha chez des amis, à 
Saint-Vincent-Sterlanges. Son asile ordinaire, rapporte 
M. Bourloton. était chez un nommé Auneau, au village 
de Moulin; il portait des vêtements de son hôte et 
travaillait aux champs sous le nom de Nicolas, quand 
il ne remplissait pas les fonctions de son ministère. 

Le Directoire du département avait promis une 
récompense de 100 livres à quiconque livrerait un prê- 
tre réfractaire. L'argent promis devait tenter un traître, 
qui fut un propriétaire, André Guibert. Le 9 octobre 
1794, il se présenta devant le juge de paix du canton et 
déclara que M. Le Gouix était caché chez un homme 
dévoué, Jarlot, et ses sœurs, marchands. Avec le con- 
cours de la garde nationale de Chantonnay, il fait une 
perquisition chez ces femmes, dont le père avait été 
guillotiné à La Rochelle, et s'empare de M. Le Gouix, 
caché au-dessus d'un c tilly ». Le prêtre fut emmené 
triomphalement à Fontenay par l'état-major de la garde 
nationale. 

• Le dimanche 20 janvier 1793, sur les trois heures du 
soir, le Directoire du Département de la Vendée étant 
réuni au lieu ordinaire de ses séances, sont entrés les 
citoyens Meunier, commandant de la garde nationale 



— 264 — 

du canton de Chanlonnay, Mathieu Majou, commandant 
en second, Laine, le jeune, lieutenant, et Honoré Cla- 
vel, porte-drapeau de la garde nationale du même can- 
ton. 

f Lesquels Qpt conduit un particulier, prêtre, qui 
a été arrêté ce matin, à cinq heures, à la suite de 
différentes poursuites faites d'après Tavis et le réqui- 
sitoire du procureur syndic du district de la Châtai- 
gneraie, dans le galetas de la maison où demeure le 
citoyen Jarlot, marchand au bourg de la commune de 
Saint-Vincent-Sterlangos. 

« Sur le réquisitoire du procureur général syndic, il 
a été fait au particulier les questions suivantes, les- 
quelles, ainsi que les réponses, ont été faites en ces 
termes : 

D. Gomment vous appelez-vous ? 

R. Melchior-Siméon Le Gouix. 

D. Votre âge ? 

R. Trente-cinq ans. 

D. Le lieu de votre naissance ? 

R. La Feuillée, district de Coutances, département 
de la Manche. 

1). Etiez-vous fonctionnaire public, et dans quel en- 
droit? 

R. Oui, j'étais vicaire à Sainte-Cécile. 

D. Depuis quel temps étiez-vous vicaire à Sainte- 
Cécile ? 

R. Depuis i788 jusqu'au mois d'août dernier. 

D. Pourquoi avoz-vous laissé le vicariat de Sainte- 
Cécile ? 

R. Pour satisfaire à la loi du 26 août dernier. 

I). Aviez-vous prêté le serment civique ? 

R. Non. 

I). Quelle a été votre résidence depuis l'époque du 
26 août jusqu'à votre arrestation ? 

R. Ma demeure habituelle a été chez le citoyen Jarlot 
et je me suis promené parfois pour ma santé; lorsque 
j'ai voyagé je ne suis allé que dans des aubergCvS. 

D. Quelles sont les communes où vous êtes allé en 
vous promenant ? 

R. A Chantonnay. 

D. Quelles sont les auberges que vous avez fréquen- 
tées à Chantonnay ? 

R. Je ne connais pas le nom du propriétaire, mais 



-265 — 

l'auberge où je descendais a pour enseigne le Palais 
Royal. 

D. Voyagiez-vous de jour ou de nuit î 

R. Je voyageais ordinairement le soir; j'ai aussi 
voyagé de jour. 

D. N'avez-vous pas, en parcourant les campagnes, 
cherché à y exciter le trouble ? 

R. Non. 

D. Avez-vous célébré la messe dans quelques mai- 
sons particulières ? 

R. Non. 

D. Quelles étaient vos occupations ordinaires ? 

R. Je prenais des médicaments pour la guérison de 
ma santé. 

D. Pourquoi, ayant connaissance de la loi du 26 août, 
et d'après le cas d'iniîrmité qu'elle a prévue, ne vous 
ètes-vous pas rendu au chef-lieu du département pour 
y être réuni en maison commune î 

R. Parce que j'espérais me guérir promptement et 
que j'étais dans Tintention de sortir de la République. 

D. Quel est le chirurgien qui vous a traité ? 

R. Le citoyen Chauveau, de Sainte-Cécile. 

D. Pourquoi vous teniez-vous caché chez le citoyen 
Jarlot, dans son galetas ? 

R. Je me tenais bien caché, mais je n'étais pas tou- 
jours dans le galetas. 

D. Quelle est Tespèce de maladie dont vous êtes 
atteint ? 

R. C'est une attaque de nerfs. 

D. Pourquoi, n'étant pas né dans ce département, 
n'avez-vous pas obéi à Tarrété du 30 juin qui vous pres- 
crivait d'en sortir ? 

R. Pour la même raison que celle qui ne m'a pas 
permis de satisfaire à la loi du 26 août. 

D. Le citoyen Jarlot, chez qui vous étiez retiré, avait- 
il connaissance que vous n'aviez pas fait le serment ? 

R. Je crois que oui. 

« Ces questions terminées, les conclusions du procu- 
reur général syndic ont été mises aux voix et adoptées 
par l'arrêté suivant : 

« Le Directoire, considérant qu'il résulte des réponses 
de Melchior-Siméon Le Gouix qu'il a eu connaissance 
de la loi du 26 août dernier et qu'il n'a pas fait la décla- 
ration qu'elle lui prescrivait; que si les infirmités dont 



— 266 — 

ce prêtre insermenté s'est plaint sont réelles, il devait 
les faire constater afin d'éviter la déportation et se ren- 
dre au chef-lieu du département pour y être réuni en 
maison commune; que néanmoins il n'a rempli ni 
l'une ni l'autre de ces obligations strictement et impé- 
rativement prescrites par la loi; 

a Le procureur général syndic entendu, 

€ Arrête, conformément à l'article 3 de la loi du 
26 août dernier, 

€ Que Melchior-Siméon Le Gouix sera déporté à la 
Guyane française et conduit de brigade en brigade au 
port qui sera indiqué par le Ministre pour l'embarque- 
ment. » 

L*abt)é Le Gouix fut donc mis en prison à Fontenay. 
mais pendant qu'on attendait la réponse du Ministre 
sur la direction à donner au prisonnier, les événe- 
ments se précipitèrent. 

La guerre civile éclata en février et M. Le Gouix fut 
délivré par l'armée vendéenne lors de la prise de Fon- 
tenay, en mai suivant. Il revint bravement à Sainte- 
Cécile exercer son ministère ; c'est avec le titre de 
desservant de Sainte-Cécile qu'il assista au synode du 
Poiré-sur-Vie, en août 1795. 

Au coup d'Etat du 18 fructidor an V, il crut pouvoir 
tourner le nouveau serment exigé, et, le 22, il le prêlii 
sous cette forme : 

• Je reconnais que l'universalité du peuple français 
est le souverain, et je promets soumission aux lois 
temporelles de la République. » 

En voyant ce serment, le commissaire du gouverne- 
ment demanda s'il était suffisant. On lui répondit qui* 
non^ ce qui expliqua la note du rapport envoyé à l'au- 
torité quelque temps après : t Melchior Le Gouix, 
vicaire de Sainte-(^éciie, avait prêté le serment du 
19 fructidor; n'a point exercé depuis .sa prestation, 
mais se tient caché, il paraît qu'il s'est rétracté. » 

En réalité, il n'avait point prêté le serment exigé, et 
sur VEtat des prêtres réfraclaires dressé après fruc- 
tidor an Vil est inscrit plus exactement : • Melchior- 
Siméon Le Gouix, réfractaire à toutes les lois, résidait 
à Sainte-Cécile; a formellement déclaré qu'il ne ferait 
pas le serment prescrit par la loi du 19 fructidor; il a 
cessé toutes fonctions. 11 exerce maintenant la profes- 
sion de médecin ; tous les fanatiques et dévots de son 



— 267- 

canton ont souvent recours- à sa nouvelle doctrine ; 
c'est pour mieux jouer son rôle quil s'est transformé 
en médecin; on le regarde comme un homme dange- 
reux. » 

Le commissaire du Directoire exécutif avait à peu 
près compris que ce médecin des âmes n'avait pas 
changé de fonctions. 

Le 30 thermidor an VI, un autre commissaire, le 
citoyen Pinochon, mandait des Essarts que t Melchior 
Le Gouix avait prêté serment, mais qu'il n'avait point 
exercé depuis et qu'il le croyait caché dans la commune 
de Martin (Saint-Martin- des-Noyers). » 

A partir de cette date, aucune mention de M. Le 
Gouix ne figure ni sur la liste des prêtres en Vendée 
en Tan IX, ni sur l'état des pensionnaires ecclésiasti- 
ques de l'an X, ni ailleurs. 

Gomme il est peu probable qu'il ait songé si tard à 
retourner dans son pays natal, nous devons croire 
qu'il mourut dans la retraite qu'il s'était choisie, en 
1799. 

Au Concordat, M. Guesdon, ancien vicaire de Mou- 
champs (Voir ce nom)y fut nommé curé de Sainte- 
Cécile (1). 



(i) D'après M. Bourloton. 



— 268 — 



JOSEPH LEQUINEMER 

CURÉ DE SAINT-ANDRÉ-TREIZK-YOIES 

1752-1792 



M. Joseph Lequinemer, né à Mesquer (Loire-Infé- 
rieure) et ancien vicaire de Vieîllevîgne, était curé à 
Saint-André-Treize-Voies lorsque vinrent à éclater les 
événements qui devaient ensanglanter la Vendée (i) 

Il refusa le serment, ainsi que son vicaire, M. Peigné. 
Ayant été dénoncés tous deux par le district de Mon- 
taigu (lettre du 6 février 1792), M. Lequinemer se ré- 
fugia dans sa paroisse natale. Mais les pourvoyeurs 
de Carrier surent découvrir sa retraite et aussitôt fut 
pris un arrêté pour s'emparer de sa personne. 

€ Le 3 janvier 1792, le Directoire du District, instruit 
que le sieur Lequinemer, prêtre réfractaire, résidant 
à Mesquer, ne cesse d écarter (ses paroissiens) par sa 
présence du culte salarié de la nation et de susciter 
des insultes et des menaces au curé constitutionnel du 
dit lieu, et considérant que la municipalité de Mesquer 
ne s'est pas mise en dçvoir de faire exécuter à son 
égard Tarrété du conseil du département du 9 dé- 
cembre dernier, et sur ce, ouï le procureur-syndic, 
arrête que le sieur Lequinemer sera conduit au chef- 
lieu du département et qu'en conséquence M. le com- 
mandant du bataillon de Mayenne-et-Loire sera requis 
de commander vingt-cinq hommes de sa troupe pour 
se saisir de sa personne. Un procès- verbal du comman- 
dant de ce détachement, du lieutenant de grenadiers 
Bernard, atteste l'arrestation du recteur, trouvé fuyant 
avec un sac de peau garni d'effets et porté par son soi- 
disant neveu, une perquisition amenant la découverte, 



(1) II eut un frère aîné, Jean, comlamué à la déportation, lequel 
.<'exila en Espagne. Après son retour, eu 1803, il fut nommé à la 
cure de G&rquefou, où il mourut en 1827. 



dans sa maison, d'un autel pour célébrer les ofilces, et 
Tenlèvement immédiat de la pierre sacrée, de canons 
d*autel et de quatre livres de piété. » 

L'officier termine en disant : « Nous Tavons conduit, 
ainsi que son prétendu neveu, à Guérande, dans le 
corps de garde, pour y rester jusqu'à la réclamation du 
Directoire (1). » {Archives municipales de Guérande.) 



{i) Briand, ouvr. cité, T. I, p. 390. 



-IM- 



N. LESÂ6Ë 

CURÉ DE DOMPIERRE 

1749-1794 



M. Lesage était vicaire de Chavagnes-en-Paillers en 
1777. Il est mentionné, en 1788, comme curé de Dom- 
pierre. Ce prêtre refusa le serment et put se soustraire 
à la loi de déportation. 

Le 12 août 1794, M. Doussin de Voyer, qui desservait 
le Bourg-sous la Roche et les paroisses voisines, célé- 
brant un mariage à Dompierre, inscrit sur le registre 
paroissial que • le pasteur de Dompierre est réputé 
martyrisé par les ennemis de notre sainte religion. » 

A défaut de documents officiels, la tradition rapporte 
en eff'et que M. Lesage. malade, fut massacré à la 
Chaize-le-Vicomte, livré par une femme qui « avait 
entendu dire quMl avait une plaie à la jambe et qui dit 
à ceux qui le cherchaient : • C'est à ce signe que vous 
• le reconnaîtrez. • 

€ M. Lesage fut massacré en 1794 », rapporte M. Re- 
maud dans ses Mémoires. 

M. Lesage avait construit l'arceau de la Margerie, 
remplacé par la chapelle bâtie par M. Haigron en 1840. 
II venait souvent s'y recueillir et aimait à y réciter son 
bréviaire. 




MASSACRE DES CARMES (3 SEPTEMBRE 1792) 

OU FUT ÉGORGÉ 

LE DIACRE ROBERT DE LÉZARDIÈRE 



— îTî — 
AUGUSTIN ROBERT DE LÉZAUDIÈRE 

DIACRE 

1770.4792 



Parmi les cent-quatorze victimes qui furent égorgées 
à Paris, à la prison des Carmes, en !792, le diocèse de 
Luçon compte plusieurs martyrs. C'est d'abord le dia- 
cre Augustin Robert de Lézardière, étudiant en théo- 
logie au séminaire de Saint-Sulpice. Il était né et fut 
baptisé à Challans, en Vendée, en 1770 (\), Venu à Pa- 
ris pour faire ses études ecclésiastiques, il se trouvait, 
en juin 1791, au château de la Proustiére, à Poiroux 
(Vendée). Son père, le baron Robert de Lézardière, 
habitait ce pays où il était aimé à cause de sa bienfai- 
sance. Aussi, quand les événements politiques mon- 
trèrent que la Révolution s'attaquait à Dieu et au roi, 
les chrétiennes populations de la contrée devinrent 
en effervescence et s'agitèrent pour soutenir ces deux 
nobles causes. 

Les réunions avaient lieu à la Proustiére et les habi- 
tants étaient décidés à prendre les armes sous la con- 
duite des nobles qui allaient marcher à leur tête. 

Ces réunions ne tardèrent pas à inquiéter les admi- 
nistrateurs du district des Sables, qui avaient décou- 
vert le complot, et envoyèrent des soldats à la Proutière 
qui fut incendiée. 

La famille de Lézardière, qui avait pris la fuite à l'ap- 
proche d'un bataillon républicain des Sables, ne devait 
pas tarder à tomber aux mains de ses ennemis. L'abbé 
Augustin fut arrêté, le 29 juin 1791, dans le district de 
la Roche-sur- Yon, et incarcéré dans cette ville. Les 
autres membres de la famille Robert de Lézardière, 
les trois frères d'Augustin, Jacques, Sylvestre et Char- 
les (la baronne et ses llUes s'étaient dirigées vers 



(1) Au château de la Verrie, près de Challans. 



Choisy-le-Roî), furent reconnus à Saint-Pulgenl, d'où 
ils partaient pour gagner Nantes, et emprisonnés à 
Montaigu le 30 juin. Escortés par la force militaire, 
ils furent transférés de Montaigu à la Roche, où Ton 
prit Tabbé, puis de la Roche aux Sables, où les pri- 
sonniers arrivèrent le 4 juillet et furent enfermés dans 
la prison de la Coupe (1). 

Au mois d'août, le tribunal de cette ville s'occupe de 
les juger : ils choisissent un défenseur. Mercier- Verge- 
rie. Mais survient l'amnistie pour faits politiques et 
militaires, prononcée par la Constituante le 19 septem- 
bre 1791, et la famille Lézardière est élargie dès le len- 
demain. -Le baron, sortant de prison, fit distribuer qua- 
tre cents livres de pain aux pauvres des Sables, et 
toute la famille se réunit à Choisy-le-Roi. 

Le jeune Charles, à Paris, allait avoir le courage et 
le bonheur de procurer au roi Louis XVI un confes- 
seur, Tabbé Edgeworth de Firmont, caché dans la mai- 
son des Lézardière (2). L'abbé Augustin s'était rendu 
bravement à Issy, préférant partager les dangers des 
Sulpiciens ses vénérés maîtres, déjà expulsés de leur 
résidence de Paris. 



La maison d'Issy, non loin de la rive gauche de la 
Seine, qui avait appartenu à la reine Marguerite, femme 
de S. Louis, était alors, comme de nos jours, un vé- 
ritable séminaire, où les charmes champêtres ajou- 
taient à ceux de la piété. L'abbé Robert s'y trouvait 
lorsque se produisirent les événements du 10 août 
4792 et que les chefs révolutionnaires firent rechercher 
tous les prêtres non assermentés, pour se débarrasser 
d'eux par la mort. 

Les élèves ecclésiastiques de ce séminaire ne furent 
pas épargnés. Les impies qui gouvernaient la France 
redoutaient le zèle de ces jeunes apôtres qui pouvaient 
relever les autels qu'on allait abattre. Ils les firent ar- 
rêter, le 15 août, et jeter en prison (3). Le pieux lévite, 

(1) D'après le procès-verbal de la municipalité des Sables. 

(2) Rue Serpente, 16. 

(3) Avec plusieurs prêtres de Saint-Sulpice et les vieux prêtres 
de la maison de retraite de Saint-François-de-Sales. 

18 



-274 — 

noire compatriote» ne fléchit point devant le Comité 
révolutionnaire où il comparut, et ne pouvant être 
ébranlé, il fut jeté comme condamné à mort dans 
l'église des Carmes. 

Là, il attendit paisiblement le dernier supplice, avec 
ses vénérables compagnons, destinés à la même immo- 
lation sanglante. On ne le vit point timide, au moment 
de la terrible épreuve. 

Nous lisons, en eflet, dans le procès de béatification 
de ces victimes de la Révolution, où son nom est ins- 
crit : 

i Quand vint l'heure du martyre, il se porta avec en- 
thousiasme au-devant de ses bourreaux et .mourut 
pour la foi le 2 septembre 1792. t 

C'était un dimanche. Cette journée, qui vit le massa- 
cre de deux cents prêtres aux Carmes et à Saint-Fir- 
min, est un des jours les plus glorieux pour l'Église de 
France, t Ce que les actes des martyrs des premiers 
siècles racontent de leur héroïsme, les murs du Cou- 
vent des Carmes le racontent de ces victimes saintes, 
qui les ont arrosés de leur sang. Ce fut le même cou- 
rage à confesser la foi, la même fermeté en face de la 
mort, la même générosité envers les bourreaux, et, par 
dessus tout, une simplicité, un abandon, un oubli de 
soi qui n'appartient qu'aux vrais martyrs. » 

Des témoins oculaires ont dit leur sénérité en les 
voyant marcher à la mort, selon l'expression du com- 
missaire Violette, qui était loin d'être favorable aux 
victimes. 

Mais relisons cette page sanglante, transcrite par 
rhistorien Thiers. Vingt-quatre prêtres venaient d'être 
transférés de THôtel de-Ville dans la cour de l'Abbaye 
et furent massacrés en arrivant. • Billaud-Varennes 
arrive revêtu de son êcharpo, marche dans le sang et 
sur des cadavres, parle à la foule dos égorgeurs et lui 
dit : • Peuple^ tu immoles tes ennemis, tu fais ton de- 
f voir. » 

€ Une voix s'élève après celle de Billaud, c'est celle 
de Maillard : « Il n'y a plus rien à faire ice, » s'écrie- 
t il, t allons aux Carmes t » La bande d'assassins le 
suit alors, et ils se précipitent vers l'église des Car- 
mes, où deux cents prêtres avaient été enfermés. Ils 
pénètrent dans l'église et égorgent les malheureux 
prêtres, qui priaient et s'embrassaient les uns les au- 



— S»5 — 

1res à rapproche de la mort. Ils demandent à grands 
cris l'archevêque d'Arles, le cherchent, le reconnais- 
sent et le tuent d'un coup de sabre sur le crâne... 
Après s'être servis de leurs sabres contre les autres 
prêtres, ils emploient les armes à feu et font des dé- 
charges dans le fond des salles, dans le jardin, sur 
les murs et sur les arbres, où quelques-uns s'étaient 
réfugiés. » On les transperce à coup de baïonnette 
jusqu'à ce qu'ils soient tous expirants. On vit môme 
ces assassins sauvages danser autour de leurs vic- 
times palpitantes, déchirer leurs entrailles. Quelques 
bourreaux s'abreuvaient de leur sang. 



La baronne de Lézardière ne put survivre à la mort 
sanglante de son cher Augustin; et l'abbé de Firmont 
reçut son dernier soupir. 

Le reste de la famille ne pouvait vivre en sécurité. 
En 4793. le comité de surveillance révolutionnaire des 
Sables dénonça la retraite des Lézardière à Choisy- 
le-Roi. Une perquisition fut faite, mais le père seul 
put être arrêté et interné dans une prison de Paris. 
Jacques et Sylvestre, apprenant cette arrestation, 
vinrent, démarche touchante et sublime, demander 
la libération de leur père, se constituer prisonniers 
et mourir à sa place. 

De fait, ils furent guillotinés à Paris, le 7 juillet 1794, 
et le vieux baron, brisé par tant de deuil et d'émo|,ion, 
se réfugia en Allemagne. ïl ne revint qu'au 18 bru- 
maire reprendre possession des ruines de son château 
de la Proustière, qui n'avait pas été vendu (1). 



(i) Ce fut toujours une noble et courageuse famille que celle 
des Lézardière, admirable par son dévouement aux grandes 
causes et aux grandes infortunes. On vient de voir que les frères 
du diacre Augustin moururent pour sauver leur père : ils avaient 
également tenté de sauver la reine. C'est dans la maison de la 
famille que se tint caché le prêtre qui confessa Louis XVI la 
veille de sa mort. Une sœur du diacre martyr, M"« Robert de 
Lézardière, fut également une héroïne pendant les guerres de 
Vendée. Nous raconterons ici comment elle fut sauvée, seule 
des enfanta de Lézardière. 



— 176 — 



t Aux Carmes, d'après la tradition, une partie des 
corps des martyrs avaient été jetés dans un puits du 
jardin. Ils ont été heureusement retrouvés en 1867, au 
moment du percement de la rue de Rennes, et après 
une enquête des plus approfondi(\s, pieusement dépo- 
sés, par ordre de Mgr Darboy, dans la crypte qui s'é- 
tend sous le sanctuaire. 



Dans la déroute du Mans, elle rencontra Sophie de Sapinaud» 
échappée comme elle au massacre qui suivit cette défaite. Toutes 
deux se partagèrent le secours d'un cheval hoîteux qu'elles traî- 
naient souvent derrière elles et gagnèrent la campagne pour évi- 
ter les Bleus qui massacraient tout sur la grande route. Elles 
arrivent dans une métairie où elles furent bien accueillies. On 
leur donna des habits de paysannes et elles continuèrent d'errer 
dans la campagne. Mais voici que des soldats ennemis les ren- 
contrent et leur crient : « Où allez-vous? —Nous allons au bourg 
de Bnilon. — Nous êtes des brigandes, suivez-nous. » 

On les mène au bourg voisin, menaçant de les fusiller. A Bru- 
Ion, on les introduit dans une auberge pleine de prisonniers 
vendéens qui attendaient la mort. On les dépouille de leur 
costume de paysannes, ne leur laissant que leur camisole et leur 
jupon. Mais la Providence les sauva. Elles furent coniiées à la 
garde du juge de paix, M. Tison, qui cachait des sentiments 
humains sous les airs farouches du patriote. Dans la maison de 
cet homme de cœur, elles reçurent des vêtements convenables, 
de l'argent et toute sorte de bons soins. 

Elles restèrent là six mois, pendant lesquels leur bienfaiteur 
joua* souvent sa tète. Mais cet* état ne pouvait durer. Un jour, 
M. Tison fut dénoncé et conduit au Mans avec les deux noble*i 
Vendéennes. Il suivait à pied la charrette, soufl'rant avec elles le 
froid, la pluie, l'air infect des jirisons. Arrivés au Mans, ils y 
trouvèrent encore près de trois cents captifs, dont on fusillait 
chaque jour quelques-uns sous les fenêtres de la prison. Après 
plusieurs jours de détention, M. Tison apprend que les deux pri- 
sonnières doivent être fusillées le lendemain. Il résolut de les sau- 
ver. Ayant appris que M^'* de Sapinaud avait des parents dans la 
ville, il parvient à s'aboucher avec un de leurs domestiques qui 
se charge d'enlever, le soir même, les prisonnières à travers 
l'étang. 

On se figure les angoisses de ces malheureuses qui passèrent 
toute la nuit attendant leur sauveur qui ne vint pas. Le jour 
arrivait et l'espérance s'en allait avec la nuit. P]nlin, elles enten- 
dent un léger clapotement. C'était le domestique qui venait dans 



- Î77 — 

« C'est un pieux pèlerinage de visiter cette église où 
plus de cent cinquante prêtres ont été incarcérés à la 
fois et ont offert leur vie à Dieu, avant de présenter 
leur tête aux bourreaux. Elle mérite d'être vénérée à 
Paris comme la prison Mamertine à Rome, et sa crypte, 
comme les catacombes des martyrs de Néron ou de 
Dioclétien. Elle n'a subi aucun changement. On y 
retrouve le même corridor par où s'avançaient les 
martyrs ; le perron où ils ont été massacrés et où ils 
sont tombés. Les murs gardent encore Tempreinte, 
comme à la fresque, des épées sanglantes que déposè- 
rent des ègorgeurs las de tuer. 



Teau jusqu'au cou. Il arrive au pied de la muraille du cachot. 
M"« Robert descend la première au moyen d'une corde. Elle 
monte sur les épaules du domestique qui parvient à Tautre bord. 
M*^« Sophie y aborde également par le môme moyen. 

Les voilà libres toutes deux. Elles ôtent leurs vêtements collés 
à leur peau et prennent des habits secs déposés là par les soins 
de M. Tison, avec une grande cocarde tricolore à leur coiffure, 
et accompagnées de leurs libérateurs, elles se réfugient chez 
M«« de Sapinaud. Mais elles ne pouvaient demeurer là. Au bout 
de huit jours, les deux proscrites, déguisées en lingères, se ren- 
dent à Chartres avec un passeport qu'elles avaient fabriqué. 
L'une portait le nom de Madeleine, et l'autre celui de Nanettâ 
Tardif, Elles allèrent loger bravement chez une dame Jordan, 
grossière républicaine, qui leur racontait, avec force détails, 
l'exécution des aristocrates, et voulait les conduire au club pour 
leur faire des émotions, disait-elle. 

Les Vendéennes se mirent à confectionner des chemises pour 
les Bleus, à cinq sous la pièce. La Jordan ne pouvait s'empêcher 
de sentir la distinction des deux ouvrières qu'elle appelait 
Mamzelles^ et les servait avec un certain respect, mais si chiche- 
ment que la ration de pain était souvent insuffisante. 

Un jour, elle leur proposa un partie de plaisir superbe : il 
s'agissait d'aller voir guillotiner le curé de Chartres. Mais 
M**« de Lézardière lui persuada qu'à regarder pareil spectacle 
elle s'exposait à avoir des enfants sans tète. La Jordan, naïve, 
n'insista pas. 

Plusieurs mois s'écoulèrent ainsi dans le travail, l'inquiétude 
et la misère. Enfin, un jour, on annonce grande nouvelle : on 
venait de guillotiner Monsieur Robespierre. « Qui s'en serait 
douté, ajoutait gravement la fervente républicaine. Cest vraiment 
dommage, car c*était un si aimable citoyen. > 

M*'« de Sapinaud apprit alors tous les malheurs de sa famille. 
5>ou père avait été fusillé, en présence de ses deux filles, à Save- 



— 278- 

c Les pieux fidèles peuvent vénérer dans la crypte 
les traces de sang et les restes mutilés de ces martyrs. 
Je n'écris pas ce mot pour devancer le jugement de 
TËglise, sollicité désormais dans le procès de bèatilica- 
tion, mais comme l'écho de la parole de Pie VI qui 
écrivait, le 10 octobre 1792, aux évêques de ses états : 

• Le feu de la persécution qui vient tout récemment 
c de se rallumer dans Paris et dans les provinces, 
c avec plus de fureur que jamais, a augmenté le 
c nombre des illustres combattants qui ont si bien 
€ mérité de la religion, et celui des martyrs de la 
f ï'rance. > 

f 11 me serait facile d'apporter ici les preuves de la 
même tradition dans toute la France. Oh ne prie 
pas pour les martyrs, on les invoque. Puissent des 
prières plus nombreuses et plus ferventes attirer une 
protection toute spéciale sur les pieux pèlerins qui 
aimeront ensuite à proclamer le crédit de leurs inter- 
cesseurs auprès de Dieu. 

« R. DE Teil, 
« aumônier, 
c rapporteur de la cause de béatification 
« des Martyrs des Carmes. • 



nay. Elles avaient vu sa mâchoire en lambeaux tomber sur sa 
poitrine, elles avaient entendu sa voix mourante demander, 
comme Hayard, si Dieu lui pardonnerait, La mort de Robespierre 
vint sauver les jeunes filles. 

Quant à M"«» Sophie de 8a[)inaud et Robert de LézarcUère, 
elles se rendirent à Nantes d'où elles furent conduites en sûreté 
dans leur pays. M'^« de Lézardière vint trouver son père, revenu 
(luolque temps après à la I^roustière de Poiroux. Ils y vécurent 
jusqu'à la paix du reste do leurs anciens fermages que les 
paysans leur apportaient chaque année. (D'après le Martyre de 
la Vendée.) 



— Î79 — 



JEAN-BAPTISTE LIMOUSIN 

CLERC MINORÉ 
1792 



M. Limousin (Jean Baptiste) venait de recevoir les Or- 
dres mineurs lorsqu'il fut forcé comme tant d'autres jeu- 
nes ecclésiastiques de quitter le Séminaire de Nantes. Il 
se retira dans sa famille, à Boussay, sa paroisse na- 
tale. Mais trop connu pour y rester longtemps en 
sûreté, il prit le parti de se réfugier vers Montaigu, en 
Vendée. Muni de ses provisions de voyage et de 
quelques livres, il venait de traverser la Sévre lorsqu'il 
fut assailli par des individus dans lesquels il avait 
mis sa confiance et qui vivaient souvent avec lui. 

Dépouillé de tout ce qu'il possédait, le jeune clerc fut 
massacré sans pitié sur le bord d'une petite rivière, 
la Mozelle, à un quart de lieue à peine de la maison pa- 
ternelle. Ses bourreaux l'avaient suivi de près, à sa 
sortie de son village, et, choisissant le lieu et le mo- 
ment, avaient immolé cette douce et pieuse victime. 

Le crime eut lieu prés de la grotte à Maître-Jean^ la- 
quelle, dernièrement, fut détruite pour le tracé de la 
route de grande communication n^ 60 (I). 



(1) D'après M. Mèrel, curé de Boussay. 



— »80 — 



RENÉ-CHARLES LUSSON 

VICAIRE A SAINT -GEORGES- DE -MONTAIGU 

1794 



Au début de la Révolution, on trouve M. Lusson 
vicaire à Saint-Georges-de-Montaigu sous M. Fouasson, 
curé de cette paroisse. 

Caractère ardent et plein de foi, le jeune vicaire était 
peu disposé à accepter les idées nouvelles, et encore 
moins à prêter le serment schismatique. Les admi- 
nistrateurs du département ne Tignoraient point. 
Aussi le vicaire de Saint-Georges fut-il des premiers 
persécuté. Un arrêté du département de la Vendée, 
du vendredi 9 mars 1792, ordonnait à un certain nom- 
bre de prêtres du diocèse, parmi lesquels t Fousson, 
ex^curéj et Lusson, ex-vicaire de Saint Georges », de 
se rendre au chef- lieu du département pour s'y con- 
stituer prisonniers, sous l'inculpation d'abuser des 
mystères d'une religion sainte pour égarer les habi- 
tants des campagnes et les exciter à la révolte, etc.. 
L'arrêté était signé : M. Fayau, pour le vice- prési- 
dent; Cougnaud, secrétaire général. 

M. Fouasson se décida à partir pour l'exil. Son 
vicaire ne l'imita point et demeura courageusement à 
son poste, bien décidé à affronter la haine des persé- 
cuteurs qui devaient bientôt se transformer en bour- 
reaux. Le jeune prêtre, qui connaissait bien son 
Bocage, semblait avoir deviné que l'heure de la lutte 
était proche, que les Vendéens, fidèles à leur Dieu, ne 
tarderaient pas à se révolter contre les violences aux- 
quelles ils étaient en butte, et il tenait à partager le 
sort de son troupeau au moment du danger. 

A partir du mois de mars 1792 et jusqu'à l'époque du 
soulèvement, Tabbé Lusson se tint caché dans les 
environs de Saint-Georges pour échapper aux recher- 
ches de l'autorité. Cette campagne, avec ses fourrés, 



- Î81 - , 

ses buissons et ses bois, était, au reste, très propice 
pour dissimuler la retraite du prêtre proscrit. 

€ Lorsque l'insurrection éclata dans le district de 
Montaigu, écrit M. Henri Bourgeois, et que les paysans, 
poussés à bout et enfin révoltés contre les oppresseurs 
de leur conscience et de leur religion, se décidèrent à 
recourir aux armes, le vicaire de Saint-Georges s'em- 
pressa, comme l'abbé Barbotin en Anjou et comme 
tant d'autres prêtres, de se mettre à la disposition des 
chefs insurgés et il devint le premier aumônier de 
l'armée catholique du Centre, où son frère, aubergiste 
à Saint- Fulgent, figurait en qualité de capitaine de 
paroisse (t). » 



Les aumôniers étaient nécessaires dans les rangs 
des Vendéens, qui laissaient sans défense, en leur 
pays, femmes et enfants, pour relever leur courage et 
les soutenir dans la lutte pro arts et focis. Chaque fois 
qu'il s'agissait de marcher au combat, tous ces soldats 
improvisés se mettaient à genoux, offraient à Dieu le 
sacrifice de leur vie pour la double cause de l'autel et 
du trône. Un prêtre leur faisait une courte exhortation 
à la suite -de laquelle il donnait une absolution géné- 
rale, que chacun recevait prosterné avec une grande 
ferveur. Ils se relevaient ensuite et marchaient d'un 
pas ferme à l'ennemi. 

Pendant la bataille, les aumôniers qui d'abord 
priaient ardemment et levaient les mains au ciel 
comme de nouveaux Moïse, couraient bientôt à ceux 
qui venaient d'être blessés, les soutenaient dans leurs 
bras, confessaient les mourants et, sous le feu même 
de l'ennemi, prodiguaient aux uns et aux autres toutes 
les consolations et tous les secours de la religion. 

Le ciel accordait-il la victoire aux Vendéens, leur 
premier soin était d'aller remercier Dieu dans les 
églises, si elles étaient proches et si elles n'étaient pas 
souillées par l'ennemi. Si elles étaient encore souillées 
par l'impiété sacrilège et qu'on n'eût pas le temps de les 
purifier et de les bénir, les prières et Taction de grâce 



(l) Yondée Historique, 



— 28t — 

se faisaient sur le champ même de la victoire, où sou- 
vent les prêtres célébraient la messe. 

Telles furent uniquement les occupations des prêtres 
à la guerre, et en particulier celles de Tabbè Lusson. 
Jamais il ne se trouva dans les rangs des soldats ven- 
déens pour manier un fusil ou une arme quelconque. 
Plus noble et plus élevé était son rôle devant Tennemi. 



Prêtre courageux et intrépide, M. Lusson était en 
même temps poète à ses heures et pour les besoins de 
la cause vendéenne. Il avait trouvé original de compo • 
ser, sur l'air de la fameuse Marseillaise, une poésie en 
patois du pays qu'on lira à la fin de cette notice. 

Cette parodie de la Marseillaise, connue sous le nom 
de Marseillaise vendéenne, eut vite un grand succès 
parmi les insurgés et elle contribua même, si Ton en 
croit les rapports officiels publiés par M. Chassln, à la 
victoire des Vendéens au PontCharrault, le i9 mars 
1793. Ce jour-là, en effet, le général de Marcé, parti de 
Chantonnay pour Saint-Fulgent, à son arrivée à Pont- 
Charrault, se trouva en présence d'une troupe armée 
qu'il crut reconnaître à distance pour une colonne d'in- 
surgés et il se disposait à l'attaquer. Mais, entendant 
l'air de la Marseillaise chantée dans le lointain, le 
représentant du peuple Niou, qui l'accompagnait, s'op- 
posa à Tattaquc. Il prenait les Vendéens pour un déta- 
chement de la garde nationale de Nantes venue à leur 
secours. Les Vendéens, voyant l'hésitation de leurs 
ennemis, prirent leurs positions et attaquèrent subite- 
ment les Républicains, qui furent battus et prirent la 
fuite jusqu'à Sainte Hermine. 



L'abbé Lusson ne connut sans doute jamais ce fait 
d'armes dont il fut la cause indirecte, car alors il con- 
tinuait d'exercer ses fonctions d'aumônier dans les 
rangs de Tarmèe catholique à Noirmoutier, d'où il ne 
devait pas revenir. Il se trouvait dans cette lie, avec 
d'Elbée, lors de la prise de Noirmoutier par les Répu- 
blicains. C'était une victime désignée d'avance aux 
balles ennemies. 



— 283 — 

On sait qu'avec lui se trouvaient alors dans File un 
certain nombre de prêtres âgés ou iniirmes, venus là 
pour y trouver un peu de paix et de repos 

Tous ces ecclésiastiques connaissaient racharnement 
des Bleus contre Thabit qu'ils portaient. Aussi n'implo- 
rèrent-ils point la pitié de leurs chefs et se préparé- 
rent-ils à mourir dés qu'ils furent saisis. 

En parlant des exécutions sanglantes qui suivirent 
leur victoire, Bourbotte et Tureau écrivaient au Comité 
de salut public, le 8 janvier 1794 : t Après avoir fait 
cerner cette lie par les bâtiments de notre petite flotte, 
nous la fouillâmes d un bout à l'autre, et cette battue 
lit sortir des bois, des souterrains même, un déluge de 
prêtres^ de femmes et d'émigrés. Nous avons créé à 
l'instant une commission militaire pour juger tous ces 
scélérats; nous les avons fait conduire au pied de 
l'arbre de la Liberté. . . * 

Ce déluge de prêtres se bornait à dix-sept. Mais 
c'était déjà trop. Ils arrosèrent de leur sang un grand 
peuplier, transplanté du bois de la Blanche sur la 
grande place, sous le nom d'arbre de la Liberté, et 
moururent avec cette résignation et cette fermeté 
dont la religion pénètre ses martyrs. Dugast-Matifeux 
rapporte que tous ces prêtres, plus ou moins blessés 
par les soldats Bleus, quelques-uns même agonisants, 
furent enfermés pendant trois jours et trois nuits 
avant d'être fusillés, privés de soins et de nourriture. 

Quant à M. Lusson, la tradition rapporte qu*il reçut 
la mort en face du château, au coin de la rue du Grand* 
Four, le long du mur de la maison qui a appartenu 
depuis à M"' veuve Merland. 



Voici la Marseillaise Vendéenne telle qu'elle a été pu- 
bliée par M. Dugast-Matifeux dans le Phare de la Loire 
du 12 avril 1892, et reproduite par M. Henri Bour- 
geois (1). 

1. 
Allons, armées catholiques, 
Le jour de gloére est arrivé. 



(I) Vendée Biêt., 1B97. 



-- J84- 

Gontre nous de la République 
L'étendard sanglant est levé, (bis) 
Ontondez-vous dans tchiés campagnes 
Les cris impurs d'aux scélérats? 
Le venant duchque dans vous bras 
Prendre vous feilles et vous femmes ! 
Refrain 
Aux armes ! Poitevins, formez vous bataillons ! 
Marchons, marchons 1 
Le sang daux Blieux rougira vos sellions! 



Quoô ! daux infâmes hérétiques 
Feriant la loé dans nous foyers I 
Quoêl daux muscadihs de boutique 
Nous écraseriant sô lus pieds! (bis) 
Et le Rodrique abominable, 
Infâme suppôt dau démon, 
S'installerait en la maison 
De noutre Jésus adorable! 

3. 
Tremblez, pervers, et vous, timides, 
La bourrée daux deux partis! 
Tremblez! Vous intrigues perfides 
Vont enfin recevoir lus prix, (biaj 
Tôt est levé pre ve cambattre, 
De Saint-Jeau-de-Mouts à liiaupréau, 
D'Angers à la ville d'Ainvault, 
Nous gâs ne vêlant que se battre! 

i. 
Chrétiens, vrais fails de rp]glise, 
Séparez de vous ennemis 
La faiblesse à la i)aour soumise 
Que voirez en pays conquis, (bisj 
Mais thiés citoyens sanguinaires. 
Mais les adhérents de Camus, 
Tchiés prêtres jureux ot intrus, 
Cause de totes nos misères! 

5. 
sainte Vierge Marie, 
Condis, soutins nos bras v<Migeurs. 
Contre ine siMjurlle ennemie, 
(iOmbats avec t(^s zélateurs, (bis) 
A vou.^ étendards la \ictoère 
Kst premise de tcliiau nioument; 
Que le régicico expirant 
Voie ton triomphe et noutre gloére! 



RENE MEUNIER 

CURÉ DU PUYBELLIARD 

1730-1795 



Il reste peu de documents sur ce bon prêtre qui re- 
fusa le serment. Car, en 1791, il est appelé t prêtre non 
conformiste •, dans un document administratif. Il était 
donc âgé ou infirme, en même temps. 

M. Meunier n'en fut pas moins porté sur l'état dressé 
en frimaire an II, des prêtres déportés ou qui, mis 
en prison, avaient passé dans les rangs des Vendéens, 
lors de la prise de Fontenay. 

Il mourut pendant la guerre, on ignore en quelles 
circonstances 

Une religieuse, parente de ce prêtre, N. Meunier, 
d'un couvent de Gholet, fut massacrée en 1793. Voici ce 
qu'on lit dans Guillon à son sujet : 

« Cette religieuse, restant attachée à sa Supérieure 
et à son état, lorsque les ordres monastiques furent 
supprimés, elle la suivit, avec une autre Sœur, quand 
elle se retira à la Gaubretière. S'y trouvant éloignée du 
premier théâtre de la guerre, entre l'armée catholique 
et les troupes de l'impie Convention, elle y pratiquait 
avec une sainte assurance les devoirs de sa profes- 
sion et répandait, de concert avec ses compagnes, la 
bonne odeur des vertus religieuses dans tout le pays. 
Elles ne purent manquer d'être connues des soldats de 
l'athéisme, lorsque, à la lin de 1793, ils se portèrent 
en furieux dans le canton des Herbiers. 

€ Ils arrachèrent ces trois pieuses filles de leur re- 
traite et massacrèrent la religieuse N. Meunier, avec 
sa Supérieure et sa compagne. » 



-M* 



JOSEPH-RAYMOND DE NBYRAGQ 

VICAIRE DE LA BERNARDIÈRE 
17501793 



La famille de Meyracq, originaire de Bayonne, était 
fixée à Nantes depuis longtemps, quand naquit le héros 
de cette notice. Elle habitait une maison située sur 
la place du Change. 

Elevé pieusement, le jeune homme fit, dans sa ville 
natale, ses études ecclésiastiques, et, ordonné prêtre, 
fut vicaire à Basso-Indre, puis à Saint-Aignan (Loire- 
Inférieure). En 1783, il était nommé en cette qualité à 
la Bernardiére, alors paroisse du diocèse de Nantes et 
aujourd'hui faisant partie du diocèse de Luçon. 

Tous les anciens de la Bernardiére ont été unanimes 
à dire que leur vicaire était remarquable par sa piété 
et son esprit de prière Lorsqu'on le rencontrait allant 
remplir les fonctions de son ministère, on le voyait 
toujours récitant son chapelet ou s'entretenant avec 
Di<m dans le saint bréviaire. 

Sou dernier acte sur les registres de la paroisse est 
du 8 décembre 1791. 

A cotte époque, sa mère et ses frères, redoutant pour 
lui la persécution, le firent revenir à Nantes dans leur 
maison, espérant qu'il y serait en sûreté. Sans doute 
aussi, son vénérable curé, M. Simon, afin de le conser- 
ver â l'Eglise pour des jours meilleurs, lui fit une 
sainte obligation de se cacher, persuadé que, de con- 
cert avt^c M Gaboriau (i), il suffirait à radministration 
(l(» hi paroisse de la Bernardiére et de celle de Treize- 
Septiers. Cotte séparation, dans ces jours de malheur, 
dut être douloureuse pour le vieux recteur et le jeune 
vicaire. 

M. de Mayracq, bien qu'habitant un des quartiers de 



(l) Vicaire de la Bernardiére, où il devint curé en 1806. 



Nantes les plus fréquentés, réussit à vivre incoûiiU 
et caché jusqu'au mois d'avril 1793. Mais il s'aperçut 
bientôt que sa retraite était connue des agents de* la 
Révolution. Au reste, son zélé l'avait souvent exposé 
à être saisi dans l'exercice de sa charité ou dans celui 
de son ministère prés des fidèles, si persécutés dans 
la ville de Nantes. 

Alors se livra, dans le cœur de l'apôtre, un grand 
combat, excité et soutenu par les plus nobles senti- 
ments. Il craignait, en effet, de compromettre par sa 
présence la vie de sa mère et de ses frères, et de leur 
faire payer par le martyre leur généreuse hospitalité. 

Un autre parti lui restait : c'était de se dérober à 
la poursuite de ses bourreaux en changeant de domi- 
cile. Mais, ceux ci, voyant leur proie leur échapper, se 
seraient vengés sur sa famille. Puis, il se rappelait 
le besoin que l'Eglise avait de ses prêtres, au moment 
où un si grand nombre d'entre eux était chassé ou im- 
molé. 

Enfin, la générosité pour sa famille et le vif désir du 
martyre l'emportant sur toute autre considération, il 
se fit connaître et se livra. Saisi par les agents de 
la République, le 27 avril 1793, il était aussitôt enfermé 
dans la prison des Carmélites. 



En route pour la prison et monté sur la charrette qui 
le transportait, le prêtre vint à passer devant la maison 
habitée par sa sœur, M"** Châtelier. A ce moment, il 
chercha du regard quelqu'un des siens. Ayant reconnu 
sa sœur derrière la croisée, il lui donna sa bénédiction 
et continua son chemin douloureux. 

Peu de temps après, on le transféra, avec une cen- 
taine de prêtres, sur le navire la ThérèsBy sans aucun 
effet ni d'autres vêtements que ceux qu'il portait. 

Pendant le trajet de la prison au bateau, on vit le 
captif marcher d'un pas ferme, la tête haute, le visage 
calme et serein. 

C'était un triomphe pour les agents de Carrier que 
de conduire à la mort un prêtre d'une des principales 
familles de Nantes, et ils étaient flers de la proie tom- 
bée entre leurs mains. Ils avaient arraché à ce fidèle 
enfant de la Reine du ciel son chapelet qu'il récita si 







a;u. .^^ - -- •. V- .-:-.^ ^^"^ '* , . , ^, nouvelle 
l,.. yv-u-. ^'--■•^- ■' ,:a. ^l*^^ dente. L'h^ 

Cavar.n^- ' .,.......,-. e-' -;^-:^..N-. u la f «fSaisoi^ ires 

onuuus5i-Hv ;-.•, *-.r.v.u- ^J^.^ ,e ver- J^e charge 



■ui'u^i-^'""-"' ■ o\ 1^-^ ■'*'.;-%--.■? ^'•^'^«i est tnani- 

Au^u. ^ ..i uv-^ '^, •,,,.. ren*^^-^-. .^ ce q»i^ , r.etle 

su .■.-;»'S->."%Î^»»^'-"'"''' ■ ère ua-f "J 
,,.,* Jiv l»»> • " 'oiol'W ''"^ ',,,,< p.-liis-"f " la mort- Il 

El 1"? »"« i»»» "" ' 
r«i<Hrtait euo 




ques heures après, par une froide nuit d'hiver, 20 de • 
cembre 1793, la soupape du navire s'ouvrait et le 
ministre de Jésus-Christ, avec tous ses confrères, 
était englouti dans les flots de la Loire. 

c Ainsi mourut ce jeune et saint prêtre, ajoute l'his- 
torien (1) auquel nous empruntons quelques détails, 
oflrant généreusement sa vie sacerdotale pour ses per- 
sécuteurs, pour Nantes, pour la France et aussi pour 
ses paroissiens de la Bernardière, où il avait laissé la 
meilleure affection de son âme ». 

Le corps d'un prêtre noyé fut retrouvé, quelques 
jours plus tard, dans le voisinage de Basse-Itidre. Les 
habitants reconnurent leur ancien vicaire et l'enseve- 
lirent sous un petit monticule de terre, c Ce lieu, dit 
M. Mérel (2) fut depuis visité avec vénération. » 

Le calice du martyr, trouvé caché dans la terre à la 
Bernardière, fut remis à sa famille, à Nantes, qui Ta 
toujours gardé comme un précieux souvenir. 



(1) Vendée Historique. Année 1897. 

(2) Les Confesseurs de la foi dans U diocèse de Nantes, par le 
chanoine Briand. 



id 



-p-»0-^ 



LOUIS MIGNONEAU 

CURÉ DE NESMY 
1792 



Les actes de la confrérie du Rosaire établie à 
Nesmy par M. Migiionoau prouvent qu'il était curé 
de cotte paroisse dés avant i'amiéf; 1768. 

C*est également pendant son administration que le 
prieuré bénédictin de Nesmy fut réuni à la cure, ce qui 
lui permit de joindre, à son titre de curé, celui de 
prieur. 

M. Mignoneau, qui était officier municipal de sa 
commune en avril 1790, no prêta pas le serment en 
1791. Outre qu'on n'en trouve trace nulle part, il était à 
cette date très malade, sinon mort, car dans une liasse 
de pièces de procédure, un titre du 16 juin 1791 porte 
ce qui suit : « Nous, soussignés, maire et ofïîcicrs mu- 
nicipaux de la paroisse de Nesmy, reconnaissons avoir 
retiré des mains de M"* Mignoneau, seule et unique 
héritière de feu sieur Louis Mignoneau, vivant prieur 
de Nesmy, etc. .. » 

C'est donc à tort qu'une tradition locale rapporte 
qu'au commencement de la persécution le curé de 
Nesmy aurait réuni à l'église ses paroissiens pour l(»ur 
faire ses adieux, et qu'au moment de partir, il aurait 
été arrêté et emmené du cùté de Nantes. 

Il a pu faire ses adieux dans Tinlention de partir, 
comme beaucoup de ses confrères, puis tomber malade 
ensuite et mourir. 

M. Mignoneau ne fut pas remplncé avnnt le Concor- 
dat; la paroisse fut d«'sservie pendant la Révolution par 
des prêtres du voisinage, restés cachés dans le pays. 
Le vicaire, M. Berthon, qui avait rempli l(\s fonctions 
curiales depuis la mort do M. Mignoneau, refusa de 
prêter serment et s'embarqua pour l'Espagne, le i^i sep- 
tembre 1792. 

Au Concordat du 13 août 1801, la pénurie de prêtres 



fui cause que Nesmy n'eut pas de curé. Cette paroisse 
fut alors administrée par le curé de la Boissiére-des- 
Landes, M. Perrin, ancien chanoine du chapitre de 
Luçon (1). 



(1) D'après M. Bourloton. 



-S02 -- 



JACQUES MOREAU 

CUBÉ DE SAINT-NTCOLAS DE LA CHAÎZE-LK-VICOMTE 

. 179S 



M. Moroau, né. en Bretagne, et ancien avocat au par- 
lement de Rennes, avait vécu dans le mariage. Devenu 
veuf de bonne heure, (.'1 sans enfant, il se destina à 
Tétat ecclésiastiqu(î. Arrivé comnie prêtre dans notre 
diocèse, sans (lu'on sache à (luelle épo«juo, on le irouvo 
curé de la Ghaiz<', suecêdanl à M. (iillaizeau, décédé le 
Ui août 1775. 

Très aimé de ses paroissieuis, TaïK-ien avocat du par- 
lement de Rennes jouissait d'uncî grande considéra- 
tion parmi ses confrères du clergé luçonnais. Aussi 
avait-il été au nombre des électeurs délégués à Poi- 
tiers, en 1789, pour la nomination des députés aux 
Etats Généraux. 

M.Jacques Moreau n'était pas moins pieux qu'intelli- 
gent, et tandis que M. Garnier, curé de Saint-Jean de 
la Ghaize (1). s'était (empressé de prêter serment, le 
cure de Saint Nicolas refusa de s'incliner devant la 
Constitution sehismatique. 

La lutte entre h^ prêtre jureur et le prêtre fidèle fut 
naturellement un sujet de discorde. Toutefois, à Saint- 
Jean comme à Saint-Nicolas, la grande majorité de la 
population s'était montrée opposée aux innovations 
révolutionnaires, si bien (jue l'intrus Garnier, après 
avoir essayé quelque temps d(; propager le schisme, 
dut plier bagage. Il partit, un beau jour, vers La Ro- 
chelle, d'où il ne revint plus, et le curé de Saint-Nicolas 
resta seul dans la paroiss(î. 

Plus énergique que beaucoup d'autres, M. Moreau 
refusa même de mettre sa vie en sûreté en partant 



(i) La Ghaize ntait divisée en doux puroisses : iSaim-Nicolas et 
Saint-Jean. 



-293 — 

pour Texil. Il demeura au milieu de ses paroissiens 
lidèles, lorsque la Révolution voulut lui imposer le 
choix entre la prison et Texil. 11 continua d'exercer 
librement et avec autorité son ministère, tant que les 
Vendéens furent à peu près maîtres du pays. 

Réduit à se cacher après les premiers désastres de 
l'insurrection, il trouva un refuge assuré, tantôt à la 
Chaize même ou dans la campagne, tantôt dans les 
paroisses voisines, offrant à tous les ressources de son 
ministère. 

On le trouve au Synode du Poiré, 4 août 1795. (V. 
Appendice ad flnem.) 



Au commencement de la Révolution, la cure de 
Saint-Nicolas comptait encore parmi les plus riches de 
tout le Bas-Poitou. Les biens qui en dépendaient, dit 
Tabbé Aillery, étaient affermés 2.200 livres, ce qui 
représenterait aujourd'hui un revenu considérable. 
Mais à l'époque où nous sommes arrivés, M. Moreau 
était réduit à demander l'aumône à ses paroissiens. 

Après avoir vécu ainsi en fugitif dans les fermes et 
les bois jusqu'à la lin de 1795, il mourut, le 18 décembre, 
dans la paroisse de la Limouzinière et fut inhumé dans 
le cimetière de cette église. 

L'acte de sépulture, rédigé par M. Jean de Beaure- 
gard, réfugié dans la forêt de la Chaize, et inscrit sur 
le registre paroissial de la Limouzinière, contient des 
mentions intéressantes. 

€ 18 janvier 1796. Je, soussigné, certifie que la marche 
des armées n'ayant pas permis d'inscrire sur les regis- 
tres de la paroisse de Saiiit-Nicolas de la Chaize-le- 
Vicomte l'acte de sépulture de feu Messire Jacques 
Moreau, curé de la susdite paroisse, il est constaté, 
d'après les informations que j'ai faites, et particulière- 
ment par les témoignages de Messire Jean-Baptiste 
Péchard, président du Conseil d'administration civile 
de la Chaize et notaire (I), et de Messire Pierre 



(Ij M. Péchard fut procureur fiscal à la Chaize depuis 1778. 
Réfugié pendant la Révolution dans la forêt voisine, il s'y était 
fait construire une hutte en planche. 

Ceët là que se cacha M. de Beauregard. 



— »4 - 

Raimbert, inspecteur civil et notaire de la Limou- 
zinière, soussigné avec moi, que le corps de Mes- 
sire Jacques Moreau, curé de la susdite paroisse de 
Saint-Nicolas, né en Bretagne, au diocèse de.. . ancien 
avocat au Parlement de Rennes, veuf avant sa promo- 
tion aux ordres de feue Louise Clemenceau, est décédé, 
le 18 du mois de décembre 179S, et a été enseveli, le 
49 du même mois, au cimetière de la paroisse de la Li- 
mouzinière, par M. Doussin, prieur-curé de la paroisse 
de Sainte-Marie de Tlle-de-Ré et desservant de celle 
du Bourg-sous-la-Roche, qui n'a pu dresser l'acte de 
sépulture, en Tabsence des registres. 

« A la Grange-Hardy, le 18 janvier 1796. 

c Brumault de Beauregard, 
t vie. général du dUocé&e. > 



Pour avoir quelque idée juste de la situation reli- 
gieuse de la Chaize, dans les derniers mois de 1795 
et de 1796, même après la Terreur, relisons la page 
suivante écrite par M. Jean de Beauregard dans ses 
Mémoires^ lequel desservit quelque temps cette pa- 
roisse. 

C'était par un froid rigoureux, en décembre et en 
janvier 1796. 

€ Quand j'arrivai à la maison de bois de M. Péchard, 
dans la for(>t de la Chaize, on y. pleurait ma mort... 
Nous étions ainsi logés : dans la maison de planches. 
M"* de la (]orbiniére occupait un des coins, j'étais vis- 
à-vis, M. Péchard avait le troisième coin, le quatrième 
était rempli de froment. 

• La cabane en chaume était aussi divisée eu qua- 
tre cases, occupées par M"'» de la (^orbiniére, l'abbè 
d'Esgrigny, le vieux serviteur François et la cuisine. 
C'était au mois de décembre; nous n'avions pas de 
lumière, ni huile, ni bougie, sinon pour dire la messe. 
Pendant le jour, chacun allait dans la forêt amasser 
des fagots de bois mort pour nous éclairer. C'était à 
l'aide de semblables flambeaux que nous pouvions ré- 
citer notre bréviaire... Dans cet état, d'Esgrigny et 
moi nous confessions assis dans la forêt sur des troncs 
de bois mort. Nous avions fait pour nos pénitents des 



sentiers et des cabinets do fougère. . , L'hiver se passa 
ainsi jusqu'à Noël. 

€ La veille de cette fête, nous confessâmes les ha- 
bitants et nous convînmes, l'abbé d*Esgrigny et moi, 
de dire chacun une messe à minuit. Vers les onze heu- 
res et demie, je me disposai à le faire. Je revêtis un ha- 
bit qu'il serait difficile de décrire et que nous nom- 
raions une soutane. J'avais des souliers de femme, 
en manière de pantoufles, mais nous avions un calice, 
un autel portatif et un ornement 

« Le dernier jour de décembre, les Bleus firent 
irruption au milieu de nos cabanes. Notre retraite n'é- 
tait plus tenable . Nous nous décidâmes à nous retirer 
au château de la Grange-Hardy, chez ]»"• de la Brossar- 

diêre La grande salle servait à la fois d'église et de 

lieu. de réunion. Dés le lendemain, nous fûmes visités 
par les pillards de l'armée des Bleus qui enlevèrent 
des moutons, du linge et ravagèrent le jardin. 

€ Nous étions en janvier 1796... Je me mis cependant 
à faire des instructions; les bons habitants de la 
Chaize venaient au catéchisme. Je fis établir un autel 
dans la grande salle, j'y disais la messe, et, le diman- 
che, je faisais le prône. Un vendredi, une ordonnance 
vint me signifier Tordre de me rendre au quartier gé- 
néral. M. Péchard voulut bien m'accompagner. Ce der- 
nier demanda au soldat bleu pourquoi on me deman- 
dait : « Oh! dit-il, c'est que nous avons le culte, di- 
« manche. » 

« Avant do me rendre chez le général, qui se nom- 
mail Dupuis. je fus visiter l'église de la Chaize. On en 
avait fait'une boucherie, et quand j'y entrai, quelques 
hommes étaient occupés à niveler le sol qui avait été 
bouleversé et dont les pavés avaient été enlevés, mais 
les murs étaient teints de sang et l'édifice exhalait une 
odeur révoltante. » 

Bref, M. de Beauregard fit comprendre au général 
qu'il ne pouvait célébrer dans un lieu semblable et 
celui-ci le laissa libre de visiter les malades et d'exer- 
cer son ministère dans le pays, lui promettant sécurité. 

Ce dernier acte de Tabbé de Beauregard sur les re- 
gistres de la Chaize est du 4 avril 1796 (1). 

(1) « En 1568, dit M. Henri Bourgeois dans sa Vendée Histori- 
que, 1«B protestants avaient commencé leurs ravages à la Chaize. 



'2M — 



M. MOHËNNËS 

CURÉ UE SAÏNT-MARS-LA-RÉORTHE 

179i 



M. Morennes était curé de Saint-Mars en pleine révo- 
lution. 

En juin 1791, il y recevait M. Tabbè Paillon, vicaire 
général, qui, le sachant menacé d'être remplacé par un 
intrus, était venu, dans cette circonstance pénible, Tai- 
derdeses conseils. 

La charitable baronne de Toucbeprés. en cette 
paroisse, avait préparé dans son château un apparte- 
ment convenable pour recevoir le pasteur expulsé de 
sou presbytère, et elle avait oflert d'aménager et d'a- 
grandir sa chapelle domestique, comme église provi- 
soire, pour les paroissiens qui ne voulaient pas adhè* 
rer au schisme. 

Consulté à ce sujet, M. Paillon avait applaudi à ce 
projet de la châtelaine, croyant encore que les persé- 
cuteurs allaient s'arrêter dans la voie où ils s'étaient 
engagés. 

Le vénérable curé de Saint-Mars, écrit M. Du Tres- 
say, avait pour auxiliaire dans toutes ses œuvres de 
piété et de charité M"" de Toucheprès, veuve sans en- 
fants, plus riche encore des dons célestes que des biens 



Le 15 mars, ils mirent le feu aux églises de Saint -Nicolas et de 
Saint- Jean -lîaptiste et cherchèrent à s*em parer d'un des deux 
prieurs-curés, dont ils avaient juré la mort. N'ayant pu les ren- 
contrer, ils s'emparèrent d'un des sacristains et de son fils, 
enfant de dix ans. Ils les traînèrent sur la place pulili(ïue, les at- 
tachèrent dos à dos à un poteau et les laissèrent toute la unit 
ainsi exposés et dépouillés do leurs vêtements. Or, le froid était 
vit', et lors(|ue les habitants du bour^, après le départ des Hu- 
guenots, vinrent détacher les deux victimes, celles-ci étaient 
évanouies et à moitié gelées, et ne revinrent qu'avec peiue à 
la vie. > 



- »7- 

de la terre. Elle demeurait dans la paroisse, au château 
de la Traverserie. 

Elle semblait n'être que l'économe de sa grande for- 
tune et dépensait en bonnes œuvres tous ses revenus. 

Elle fit faire une chaire et dos stalles pour Téglise 
paroissiale par un menuisier de Trémentinos, non loin 
de Cholet. Celui-ci lit achever son travail sur les lieux 
par un ouvrier d'origine anglaise, Mathieu de Gru- 
chy (1), dont on lira plus haut la vie détaillée. Voici 
comment le chanoine et vicaire général Paillon raconte 
l'expulsion de M. Morennes de sa cure et l'intrusion 
d'un nommé Rhétoré : 

< Le bon curé a été remplacé hier (19 juin) par un 
intrus Génovéfain du diocèse, Rhétoré. Nous sûmes, 
samedi, à n'en pouvoir douter, que l'intrusion s'opére- 
rait le lendemain. Le curé acheva de démeubler. 11 sut 
que rintrus serait installé et dirait la messe à huit heu- 
res du matin... Je la dis à cinq heures, l'église était 
remplie. Aussitôt la messe et après avoir monté dans 
la chambre du curé, je revins au château. Après la 
jjrestation de serment, l'intrus et ses adhérents entrè- 
rent à la cure. Le curé Morennes leur ouvrit la porte et 
déclara qu'il protestait contre la prétendue installation, 
qu'il était légalement curé de Saint-Mars, qu'il ne s'en 
était point démis, que l'Eglise ne lui avait pas enlevé sa 
juridiction; qu'en conséquence, il ne cesserait point 



(i) Ce dornier, d'une famille noble établie dans l'île de Jer- 
sey, était né protestant, mais avait abjuré. M. Morennes, près 
duquel il travailla plusieurs mois à l'ameublement de l'église, 
frappé de son humilité et de sa piété, le lit consentir à embrasser 
Tétai ecclésiastique, et persuada à M"»» de Toucheprès de se con- 
stituer sa bienfaitrice dans cette sainte entreprise. Le bon curé 
de Saint-Mars fut son premier maître de latin, dont il lui apprit 
les éléments pendant que le jeune homme travaillait dans 
Téglise. 

Ordonné prêtre et vicaire à Soullans, où il avait terminé ses 
études auprès de M. Guillon, curé, et de M. Neau, vicaire, il fut 
envoyé vicaire à Beauvoir. Passant à Nantes pour aller à Jersey 
travailler à la conversion de sa mère, on l'arrêta comme prêtre. 
11 fut bientôt condamné à mort, puis guillotiné le 20 novembre 
1797, après avoir éditié tous les prisonniers et converti plusieurs 
d'entre eux. 

M. Morennes avait ainsi préparé un martyr pour la foi. 



de se considérer comme curé de SaintrMars (I), el de 
rendre, autant qu'il le pourrait, tous les soins à son 
troupeau. 

t Aussitôt après, il les quitta et se rendit ici, où il dit 
la messe à dix heures. Presque tous ceux qui n'avaient 
pas entendu la mienne s'y rendirent. Il ne se trouva à 
la messe de l'intrus que les bourgeois et un très petit 
nombre d<' gens qui étaient la lie de la paroisse. Le 
décret pour la tolérance est envoyé aux districts, on ne 
tardera pas à Tavoir ici, et alors on chantera les vêpres. 
M"'* de Toucheprùs fait aménager sa chapelle pour un 
temple de eatholiques non-conformistes. L'autel a été 
arrangé; on y placera un tabernacle; il y aura une 
balustrade pour la communion; on ménage toute la 
place qu'on peut pour y loger le plus do lîdélcs possi- 
ble. Ces bons paysans ne demandent que cela. » 



Le décret de tolérance dont il (^st ici parlé ne pres- 
crivait aucun acte préalable pour établir un culte 
l)ublic dans un oratoire privé ou acheté ; il exigeait 
simplement (ju'une inscription, placée au-dessus de la 
porte, indiquât quel genn» de culti^ on désirait y célé- 
brer. 

Néanmoins, pour éviter, croyaient-ils, toute espèce 
de tracasseries de la part de la municipalité qui était 
mauvaise, M. Morennes, aidé par M. Paillon, lit signer, 
le 2o juin, par les principaux habitants de la paroisse, 
une iH'tition a(ln\ssée à MM. les Admimstvatcurs du 
département de la Vrndre. pciur obtenir rautorisation 
de célébrer l'oflice ])ul)li(- des ni)n coul'orniisles (catho- 
liques) dans la chapelle de la Traverseriiî. 

a Supplient, disaienl-ils, les halûLants de la paroisse 
de Saint-Mars-la-Heorthe soussignés, et un très grand 
nombre d'autres qui ju) savent pas signer, tant en leur 
nom qu'en c(»lui de leur faniill(N et ont l'honneur de 
vous exposer que diuiîinche dernier, iO du présent 
mois de juin, le sieur Uéthoré a été installé curé de 
Saint-Mars-la-Reorthe, district de la Châtaigneraie, et 



(l) Cette prolt»^lJUioll ciail ri'coiiiiiuiinlôo ilaiit riii^truclion <ie 
l'évAqut' «le Luçoii. 



que leur conscience ne leur permettant pas de com- 
muniquer avec lui dans tout ce qui concerne la reli- 
gion, ils se trouvent aujourd'hui dans Timpossibilité 
de rendre à Dieu le culte extérieur et public qui lui est 
dû. Cette privation leur est extrêmement sensible, 
mais soumis aux lois, amis de l'ordre et de la paix, ils 
souffrent cette privation dans le silence et sont trop 
éloignés de se permettre aucune action qui puisse 
troubler Tordre public: la voie de la pétition avouée et 
consacrée sur les lieux leur a paru la seule convenable 
et à laquelle ils dussent s'attacher. 

« lis ont considéré que l'Assemblée nationale avait 
consigné, dans la Déclaration des Droits de Vhomme^ 
tous les principes de la tolérance religieuse la plus abso- 
lue ; que ses diflérentes lois respirent ce même esprit 
de tolérance/.. Vous prient, en conséquence, les sup- 
pliants, ce considéré, Messieurs, qu'il vous plaise les 
faire jouir du précieux avantage de la tolérance reli- 
gieuse décrétée par l'Assemblée nationale, les autori- 
ser à se réunir dans la chapelle de la Traverserie pour 
y exercer publiquement le culte qu'ils doivent rendre 
à Dieu, en faisant mettre sur la porte une inscription 
portant ces mots : Temple des catholiques non confor-- 
mistes, ou telle autre que vous voudrez indiquer; 
prendre le prêtre dont ils feront choix sous votre sau- 
vegarde spéciale, et enjoindre à la municipalité de 
Saint- Mars de les faire jouir de toute la protection et 
de toute la sécurité que la loi accorde aux citoyens. 

€ Ils prieront Dieu pour la prospérité do l'Etat, pour 
ia vôtre. Messieurs, et prennent l'engagement qu'il ne 
se passera dans leur assemblée rien de contraire aux 
lois. » Signé à l'original : Louise-Marie-Elisabeth de 
Moulins de Rochefort de Toucfieprès. Suivent vingt- 
cinq autres signatures. 



C'était vraiment trop de confiance de la part de ce 
bon M. Morennes et des habitants catholiques de Saint- 
Mars, d'autant plus que cette requête se présentait au 
moment de la fuite du roi, de son arrestation à Varen- 
nes et de son retour à Paris. Aussi la supplique de- 
meura-t-elle sans réponse. Plus de justice ni de léga- 
lité à espérer des autorites départementales. 



-300 — 

D'autre part, les officiers municipaux de Saint-Mars, 
vexés de cette supplique, résolurent de frapper un 
grand coup pour détruire, par un acte d'autorité, tous 
les projets de leur légitime pasteur. 

Afin de donner plus d'éclat à leur opposition, rap- 
porte D. Chamard (i), ils invitèrent le maire du Bon- 
père, le procureur de la commune de Rochetrejoux, 
avec les gardes-nationales de Saint-Mars, des deux 
Pouzauges, du Boupére, de la Flocellière, de Sainl- 
Prouant, et. suivis de cet imposant cortège, ils se trans- 
portèrent, le malin du 29 juin (fête de S. Pierre), au 
château de la Traverserie, où, « d'après les bruits 
publics, la dame Desmoulins de Rochefort, veuve Mes- 
nard, retenait chez elle des prêtres non assermentés, 
disait le réquisitoire du procureur de la commune, et 
notamment le ci -devant curé de Saint r Mars, qui y 
exerçaient toutes les fonctions du ministère, par un 
abus sacrilège de leurs pouvoirs et de la conliance des 
peuples qu'ils aveuglaient, et empêchaient les habi- 
tants de cette paroisse et autres voisines d'assister aux 
offices célébrés par des cures constitutionnels. 

t Ils trouvèrent, en effet, réunis dans la chapelle 
une foule de fidèles de tous sexes (sic) et de tout âge, 
qui, à notre aspect, dit le procès-verbal, a pris la 
fuite. » 

Le maire eut l'insolence de réprimander M"" de Tou- 
cheprès de violer les lois en autorisant de pareilles 
assemblées chez elle; puis les officiers municipaux pro- 
cédèrent, sans scrupule, à une perquisition générale 
dans la maison, ouvrant tous les meubles, s'emparant 
de tous les papiers qui leur tombaient sous la main. 

Procès-verbal et dossier furent envoyés au district 
de la Châtaigneraie qui. le !•' juillet, transmit le tout à 
l'accusateur public « aux lins de poursuivre la dame 
Moulins, veuve Mesnard de Toucheprés, et le sieur 
Morennes, comme perturbateurs du repos public et 
réfractaires à la loi. » 

La pieuse baronne tul obli{.îee de s'enfuir et se réfu- 
gia à Montaigu, abandonnant sa maison et tous ses 
biens, quoique le pro(*Cv^-verbal constatât formellement 
qu^on « ri avait rien trouvé qui indiquât que ladite 
dame edl dei^ projets séditieux. » 

(1) Origines, p. 228. 



M. Morennes ne jugea pas utile de fuir. Il se laissa 
mettre en prison à Fontenay. Il y subit plusieurs inter- 
rogatoires qui n'aboutirent pas a le faire. paraître cou- 
pable. Il ne fut délivré que le 15 novembre, par suite 
de l'amnistie du 15 septembre, proclamée par la Con- 
stituante avant de se séparer. 

Ainsi furent chassés de leur domicile le plus dévoué 
des pasteurs et la mère des pauvres et des orphelins 
du pays (1). 

M. Morennes, ne sachant où mettre sa vie en 
sûreté, quitta la Vendée et suivit l'armée catholique, 
e Après le passage de la Loire, dit Dugast-Matifeux. il 
trouva la mort on ne sait en quelles circonstances. » 



(I) Le général Dumouriez lui-même faisait l'éloge de cette 
(lame. H attestait que lorsqu'il alla à Saint-Mars, en septembre 
1701, il avait entendu vanter la charité et les vertus de cette 
admirable veuve. 

De telles vexations ne pouvaient qu'irriter les babitants de 
cette paroisse et troubler l'ordre public. 



ANTOINE-CHARLES MORIN 

PRÊTRE DE VOUVANT 

1743-1800 



M. Morin ne voulut point trahir sa conscience quand 
la Révolution exigea des prêtres la promesse de fidélité 
à rimpie Constitution civile. Il demeura quand mémo 
dans le pays, exposé à être dérouvert et mis à mort. 
Mais enfin dénoncé par de mauvais patriotes et arrêté, 
il fut jeté en prison, puis condamné à la déportation. 
Les prisons de Rochefort ne suffisant plus à contenir 
les déportés qu'on destinait à la Guyane, on chercha 
d'autres lieux de détention. 

L'île de Ré devint d'abord une succursale de Roche- 
fort, puis elle lui fut substituée, écrit M. Manseau (1), 
pour être le dépôt général de tous les déportables. Les 
croisières des vaisseaux an^îlais empêchaient le trans- 
port des condamnes "en Guyane. M. Morin fut envoyé, 
en 1798, dtins la ciUidelli' de Saint-Martin-deRé et 
entasse avec douze cents prisonniers, quand les règle- 
ments pénitentiaires ne fixaient qu*à quatre cents le 
nombre de ceux qui y pouvaient être incarcérés. 

Les prisonniers actuels ont des lits avec matelas, 
draps et rouverlures, mais les pauvres prêtres, de 
1798 à 1801, n'avaient pour se coucher que la terre nue 
ou une paille infecte (|ui souillait les vêtements et les 
corps. Au lieu d'une nourriture substantielle et variée 
comme de nos jours, ils n'avaient qu un pain noir et 
grossier, de la morue rance et des haricots tellement 
vieux et avaries qu'ils étaient rebelles à la cuisson, (^e 
qui est constaté par les lettres des prisonniers et le 
rapport des commissaires. 

La viande, prescrite sept fois par décade, faisait sou- 



[\)PrêtrfS et religieux dêport/s, eicellpnl ouvrage auquel sont 
empruntés quelques détails qui suivent. 



venl défaut, et si la pitié des bons catholiques de 
Saint-Martin n'était venue au secours des déportés, 
la plupart, parmi les vieillards surtout, auraient suc- 
combé sous le poids de la misère et des privations. 

M. Morin, âgé de cinquante-cinq ans, alTaibli par un 
long séjour préventif dans les prisons de la Vendée, 
jouissait d'une mauvaise santé; de plus, il avait dû 
faire un long et pénible voyage à pied pour être amené 
à Rochefort. La vie, dans cette nouvelle prison, était 
trop dure pour le pauvre détenu. En 1800, il tomba 
dangereusement malade. Un pharmacien de Saint- 
Martin, M. Bernier, catholique bon et dévoué, obtint de 
le faire transporter dans sa maison et lui donna tous 
ses soins pour le soulager, mais inutilement. Le bon 
prêtre était arrivé au terme de ses souffrances d'ici- 
bas Il mourut, le 30 mars 1800, victime de sa fidélité à 
la foi catholique et romaine. 

Dans son agonie, il dut murmurer quelques paroles 
de cette prière qu'il récitait chaque jour en sa prison : 
€ Cœur adorable de Jésus, soyez l'unique objet de 
mon amour, le terme de tous mes désirs, le centre de 
mon cœur. Soyez ma paix et ma tranquillité à l'heure 
de ma mort et ma béatitude éternelle. > 

Espérons de la miséricorde divine qu'il a été exaucé. 



-âoi-^ 



PIERRE DE MORNAC 

PniKl.U DES FONTENKLLES 

!72i 1798. 



L'al)baye des FontonciUes, située sur le territoire de 
Saint-André d'Ornay, dans l'ancienne forêt de la Roche- 
sur Yon, fut fondiM' (mi lilO pai- Guillaume de Mauléon, 
soigneur de Talmonl(l). Elle eut une communaulê de 
religieux établie à Saint-Etieune-de-Corcoué, paroisse 
du diocèse de Luçon avant la Révolution. 

Tombée depuis plus d'un siècle en commende, l'ab- 
baye avait pour abbe, en 1790, M. Defresne, doyen du 
chapitre de Lu(;on. et pour sous-prieur Pierre de Mor- 
nac, né à Ussel (Corrèze). Des autres religieux nous 
n(î connaissons que les PP. Denonceau et Carie, ce 
(hunier devcmu dei)uis curé de la Ponuneraye. 

Au début de la Révolution, h^ P. do Moriiac avait eu 
la pensée généreuse de transformer l'abbaye en hôpi- 
tal, et il adressa en ce sens une pétition aux Etats-Gé- 
néraux qui n'y repondireiit pas. 

En vrai religieux, il eut à cette époque le courage» de 
n^fuser le serment demandé par la Constitution civile, 
et se retira à Saint-André d'Ornay. Atteint par Tarticle 
RI d(» l'arrêté du DirecloirtMle la Vendée, qui luiordon- 



(1) Nicolas Colherf s'occupa, o!i l(»Ol», do rclbrmer Tabbayo de? 
Fouloncdies. dont Piorre Hiiiault (Hait alors ]>rieur (?t Atus De- 
g(»nn(»s sous-prieur. Il n'y avait plus do ivgularité dans ce ino- 
nastôro, jdus de vio commune, plus do noviciat, et souvent plus 
do service divin. Los moines avaient partagé les domaines et ils 
les oxjïloitaienl en piirticulier. Quohiues-uns des religieux étaient 
«'tablis au dehors dans les domaines et les bâtiments du cou- 
vent. Pour parer au mal, Nicolas Colbert rendit une ordon- 
nance, le 2 dôcembrc IGOî), ])Our introduin' les chanoines réfçu- 
iiors dp Sainto-(ienovièvo aux Kontonellos. Mais ces chanoines 
ne lurent installés dans le monastère (ju'oq 107(1. (Uiatoire du 
moncuttère de Luçon, p. La Tonibnelle de Vaudoiié.) 



nuit de se retirer dans son département d*origine, il 
refusa d'obéir. 

Une visite domiciliaire opérée en la maison où il s'é- 
lait retiré à Saint- André n'amena aucune découverte 
importante : t Vérification faite, il ne s'est trouvé que 
quelques lettres, au nombre de treize, qui prouvent 
une correspondance suspecte entre lui et d'autres prê- 
tres réfractaires, lesquelles lettres nous avons saisies 
et déposées à la municipalité. » 

Le P. de Mornac ne fut pas inquiété davantage pour 
le moment. 

r.'n rapport du commissaire près l'administration 
cantonale de la Roche-sur- Yon, (m date du 30 vendé- 
miaire an VI, contient ces lignes : 

« Mornac, ex-moine, homme extrêmement â^é et in- 
firme, habite les Clouzeaux, où il- a dit la messe pen- 
dant environ deux mois, H a cessé l'exercice de ses 
fonctions sitôt la publication de la loi du 19 fructidor. 
// n'a fait aucune déclaration, ni serment, * 

Le vénérable religieux, continue le rapport, t vi- 
vait ignoré dans le fond d'une campagne, près des Fon- 
tënelles, sans y exercer aucune fonction, quand, il y a 
trois mois, les habitants des Glouzeaux allèrent le trou- 
ver et remmenèrent chez eux pour y dire la messe. Il- 
ne m'est rien paf'venu qui fasse croire qu'il a été turbu- 
lent et qu'il a influencé l'opinion publique. » 

Ainsi le bon vieillard soufTrait en paix les tristesses 
de l'heure présente. 

Dans ses Notes et Croquis, M. de Montbail raconte 
que le P. de Mornac aurait été surpris, aux Fontenelles, 
par les républicains qui lui auraient coupé le nez et les 
oreilles, abandonnant le pauvre mutilé dans le couvent 
où ils mirent le feu. Après le départ des meurtriers, des 
paysans auraient trouvé le malheureux prêtre agoni- 
sant. 

C'est, sans doute, une erreur. Car M. de Mornac vi- 
vait encore en 1798, cinq ans après l'incendie des Fon- 
tenelles. De plus, la date de sa mort et son acte de dé- 
cès contredisent cette légende. Le registre de l'état- 
civil des Glouzeaux porte, à la date du 12 pluviôse an 
VI : « Décès de Pierre Mornac, ci-devant prieur des 
Fontenellcs, âgé de soixante-dix-sept ans, étranger, 
chez le citoyen Marionneau, aubergiste à l'angle de la 
place. » 

20 



L*L».-iOirp— : A rj_.*.ii^- il^j^nx rien de plus sur cç 

:^':::zit!'zi^ rLti-^ :- ** :i .r-^ac i un âge avancé ei 
TTiân:»- :- .à rrs-r--::.n ^•'* •.ucir.nnaire (1). 



I. 'i.-zi-.rrj. 



-307- 



FRANÇOIS NICOLAS 

VICAIRE DE GHAMBRETAUD 

1786-1793 



M. François Nicolas, de concert av(u*< M. Gabard, son 
curé, administrait la paroisse de Chambretaud comme 
vicaire, quand éclata la Révolution. 

Il eut assez de foi viv(î et de caractère pour refuser 
d'adhérer à la Constitution civile, et demeura caché 
dans la paroisse ou dans une ferme de Saint Aubin, 
administrant en st^cret les sacrements. M. Nicolas ne 
devait pas tarder à être victime et martyr de son dé- 
vouement et de sa charité sacerdotale. 

Ce fut pendant la terrible année 1793. 

Un jour qu'il se tenait caché chez ses parents, habi- 
tant la paroisse de Saint-Martin-rArs-en-Tiffauges, il 
fut reconnu malgré son déguisement par une men- 
diante de Mortagne à laquelle il venait de faire 
l'aumône. Soit par imprudence de langage, soit par 
méchanceté, la malheureuse fit connaître aux soldats 
républicains en garnison à Mortagne la retraite du 
vicaire de Chambretaud. 

Vite, une expédition est organisée, car on poursui- 
vait un prêtre avec plus d'empressement qu'une bête 
féroce, et la chasse n'en était pas moins cruelle. 

Pour s'assurer leur proie, ces braves viennent, pen- 
dant la nuit, cerner la maison des parents de M. Nico- 
las. La prise ne fut pas difTicile. 

Vainqueurs et triomphants à peu de frais, les bleus 
emmènent à Mortagne leur prisonnier et, chemin fai- 
sant, l'accablent de coups et d'injures. 

Le procès fut sommaire : un semblant d'interroga- 
toire devant une commission militaire et la condamna- 
tion, que les soldats sont aussitôt chargés d'exécuter 
en vrais bourreaux. Ici, la plume se refuse à décrire la 
barbarie de ces hommes, indignes d'être français. 

Une tombe profonde est creusée pour recevoir le 



- 308 — 

cadavre du prêtre, mais au lieu de l'y étendre mort, on 
Teiiterre vivant et debout, de manière que sa tête seule 
émergeait au-dessus du sol. Puis, tandis que le pauvre 
martyr, les yeux élevés vers le ciel, recommandait à 
Dieu son âme et priait pour ses bourreaux, ceux ci, se 
retirant à distance, prennent sa tête pour cible de leurs 
coups de fusils. 

Long et cruel fut le supplice, l'agonie épouvantable. 
Ce ne fut qu'au vingtième coup de feu que le saint 
prêtre cessa de donner signe de vie. 

D'après le récit d'un vieillard (1), mort il y a peu 
d'années ù quatre-vingt treize ans, la tête du martyr 
fut ensuite coupée au ras du sol et les soldats la firent 
rouler dans les rues de Mortagno pendant deux jours. 

Voilà ce que la Révolution avait mis de soif de sang 
dans ses soldats. 

On montre encore, dans la propriété de Beauregard. 
à Mortagne, devant un pilier de la porte d'entrée, le 
sommet d'une croix de granit qui fut élevée après cette 
scène, en souvenir du martyre que nous venons de 
raconter; peut-être même est-ce là le lieu de Texécu- 
tion (i). 



(I) Le p^'m-o Haubry, iU'*cf''d('' à Saint-dhristopho-du-Boi^. 
C2) Chron. par. 



FRANÇOIS NOBAU 

CURÉ-PRIEUR DE SOULLANS 

1794 



En 1786, M. François Nœau était vicaire de Saint-Hi- 
laire de Soullans dont M. Guillon était curé prieur. A 
l'époque de la Révolution, celui-ci donna sa démission 
en faveur de son vicaire. 

En 1791, M. Nœau refusa de la façon la plus énergi- 
que le serment à la Constitution civile. Comme tant 
d'autres bons prêtres, il pouvait mettre sa vie en 
sûreté, en prenant le chemin de Texil. Mais il ne vou- 
lut point abandonner son troupeau à la merci des loups 
qui menaçaient d'envahir le bercail. Quelques mois 
après, ordre lui fut donné de se rendre à Fontenay. 
En apprenant cette sentence injuste, les municipaux 
de sa paroisse, qui lui étaient très attachés, se réuni- 
rent, et, d'un commun accord,' résolurent de tout 
tenter pour conserver un si digne pasteur. Ayant à 
leur tête le maire de la commune, l'honorable M. Gués- 
neau, le 7 mai 1792 ils allèrent se présenter au District 
pendant une de ses séances, où lecture fut donnée de 
la protestation suivante : 

• Ayant appris, par la voix publique, que le sieur 
Nœau, curé de la paroisse, en vertu d'un arrêté du 
Département, était obligé de se rendre au chef-lieu, 
nous demandons à connaître les dénonciations qui ont 
provoqué cet arrêté, et nous faisons observer que le 
sieur Nœau s'est toujours comporté, à notre connais- 
nance, très tranquillement et conformément aux lois 
constitutionnelles de l'Etat, et qu'il ne doit pas être com- 
pris dans le nombre de ceux, qui, ayant occasionné des 
troubles, étaient dangereux dans leurs paroisses. * 

Mais les tyrans révolutionnaires ne pouvaient sup- 
porter d'être contredits, ni qu'on fît la moind«re enquête 
sur les dénonciations de leurs frères et amis. Les catho- 



)---» f* 



... .-■.ùenl arrêl«'^j 
-' ' ' ' ■ ^ -..-uoncialion. 

, - ■ ■ . ., ,...-:•. .lonc rejelef. 

ixt : ' ' '■•■' • ' .. " i:.-, fié prise el 

iiot.li^" i j: •'"■•'''' ^„ .-, --. ir demeurer 

M. N'f;i' •""• • "' •'-": ~'". .,;".. -,."', -tii'-- «ians '» 
l)armi sf< ti ;•-"■* 
contrùf. 



, , ■ r-uni#sail les 

\ la favf-ur dc^ tm-.'.'— --• •' - - j ..^^^^^ bt-nissait 
ti \,\.-< dans Urs granir^-. y •- ;^^ _ ^ J-,-^. préohait à 
l,.i iiiaria!.'<'s. l)ai)ti>.iit. 1>'- •■' - . ..' .7--^^. u ne crai- 
t,,n, !.• r..ura(.'(' «-l lu n--^Y'' ■" -, ^- ; ^ ^.i ministre r 
^„a,l point .fallrr vi>il;T l'\- '-.;; ._ .-.^^^^^ ^^^ j^j j,, 
l.., uiomanls, au pnnl 'f ,^:*'^;;. Z.:,^^ aposloUques. 
S..ml->^a.T.-i.i.-iit .liins touU->;-; ^^ ;-_ ,,^ j^ souUans 
\.ix .MIN irons .!.• Faqu'-^ i'"',»; Vi !.'.'..:ïr.>issiale, uiK- 
.i.uit ^.•nn fain- l<-s '^"''"^^ !-.„'". 'ïiv.Ul invilé au soi- 
,,,,„.. i...|,fan. pi.-..s.> et «»';^f ;,• \ ,'rV prendre s.-s 

,,,,,. II .-lail au^<i n;çu, partui=. < atz - 

' ' ' « "-• ^: ^••"7;;ifrNi::''p.-titeau. lequel le lui 

, ...H.i.rl.h.v ..■tt.' J'^H-'ie quun J«'«r_ -^ „ 
.....Mr-ni .1.. fa.m -l l"''"'-^'»^' »'''^''-";,^^? rVoul volou- 

*•'::;;■':'•;.» quo .-.U. m.sur.. .le prudence n'était pa. 

NU..I tut ..i..«r..n inivof^^"'^ '* ^TJlpP M- l'fli- 
.. ,M i .M.- , , lu» >l.Mi..nc.v..uia. tl o ,, 



1 .M < 



.;.MNcv lua Nie 1-iu- un mensonge ., reponoii 



. 4M I i' 



— ail- 
la noble chrétienne, t Et si c'est un crime d*avoir donné 
à manger à un malheureux prêtre, traqué et mourant 
de faim, ce crime, je l'ai commis, croyant remplir un 
devoir d'humanité. » 

Elle fut condamnée et exécutée sur le bord de la mer, 
avec vingt autres victimes, le 4 août 1794, à quatre 
heures du soir. 



Cependant M. Nœau avait été arrêté par la gendar- 
merie et conduit de brigade en brigade à Fontenay, où 
il fut incarcéré. Mais, dans sa prison, il lui semblait en* 
tendre les voix de ses paroissiens qui imploraient de 
lui les secours religieux. Il parvint à s'échapper avant 
la déportation et retourna dans sa chère paroisse de 
Soullans, où, sans souci des dangers, il continua 
d'exercer plus ou moins secrètement son pénible 
ministère. 

Un jour, enfin» il fut surpris par les Bleus au moment 
où il venait d'achever une cérémonie. Le dévoué 
pasteur, voyant la mort de prés, eut à peine le temps 
de recommander son âme à Dieu. 

M. Nœau, dit Dugast-Matifeux (1), fut fusillé au mi- 
lieu d'un pré qu'il traversait en fuyant avec son guide. 

C'était au mois de juin 1794. La veille, il avait fait la 
procession du Saint-Sacrement de la Fête-Dieu. On a 
dû trouver sur lui les Saintes-Espèces qu'il avait Tha- 
bitude de porter, dit dans ses Mémoires M. Remaud, 
curé de Mâché. 

En louant le zèle héroïque du prêtre martyr de 
Soullans, nous ne pouvons que le féliciter de porter 
toujours sur son cœur Celui qui fait la force des 
martyrs, t N'avait-il pas, dit avec raison M. le chanoine 
Prunier, pour justifier sa sainte audace, l'exemple 
d'un ^rand nombre de martyrs des premiers siècles ? * 



(1) Chassin fait un récit différent de la mort de M. Nœau et 
dit qu'il fut fusillé dans la déroute de l'année vendéenne. Mais 
le récit que nous donnons, en outre de l'autorité des chroni- 
queurs que nous citons, est conforme à la tradition du pays. 



— 3tt — 



MATHIAS-IIILAIRE PAYNAUD 

OURK DE SAINT-HILAIKE-DE-MOUTAGNK 

1731-1800 



Au commencement de la Révolution, la paroisse de 
Saint-Hilaire-de-Morlagne avait pour curé M. Paynaud 
et pour vicaire M. Gliapelain, deux prêtres remplis de 
zèle et de foi vive. liO récit suivant ne peut manquer 
d'intèress(»r le lecteur. 

M. Hilairc Paynaud, né dans la paroisse du Pin (can- 
ton de Cerisay (Deux-Sévres), en 1731, fut nommé curé 
de Saint-llilaire-de-Mortaf^ne en 1760. 

Fidèle à son Dieu, dans les mauvais comme dans les 
bons jours, il refusa couraj^^eusement le serment schis- 
matiiiue de la (Constitution civile, mais en raison de 
son âge, il ne fut pas condamné à la déportation. Le 
saint i)rêtr(î préféra cependant l'exil volontaire à la 
réclusion et s'eiubarqua aux Sables, avec vingt -six 
autres prêtres, à bord du navire le Jeune-Aimé^ le 
13 septembn^ 1792. 

Avant son départ, liî bon pasteur, une dernière fois, 
ronvo<}ua à l'église ses paroissi(Mis pour les prémunir 
contre les dangurs (jui les menaceraient pendant son 
absence et leur donner sl's dernirrtvs instructions. 

(ie monnint fut solennel. Les adieux et les rtH-oni- 
mandalions du vénérable prêtre rcsseml)laient aux 
dernières paroles d'un père mourant à sa l'aniille éplo- 
rée. Aussi demeurèrent-ils |n'()r()n(lénicnt gravés dans 
les cdMirs de tous. Plus (h», cinciuante ajis après, les 
vi(Mllards en répétaient (encore des fragments à peu 
près textuels à M. Fort, (^ui'é de Saint-Hilaire, qui b's 
ri^cueillit respectueusement et les mit par eeril ilans sa 
elironique qaroissiale. 

a En quehfue lieu que la Providence mu conduise, 
leur dit-il, je prierai pour vous. Mon cœur et mon 
esprit seront avec vous. 

* Cliaque dimanclic, si j'en ai la faculté, j'oifrirai à 



— 313 - 

Dieu le saint sacrifice de la messe pour tous les habi- 
tants de cette paroisse. Et si, comme j'en ai malheureu- 
sement la crainte, vous ôtes privés de Tentendre dire 
par quelque bon prêtre, je vous engage à vous réunir 
tous les dimanches dans l'église, si vous le pouvez, à 
rheure où j'ai toujours eu coutume de la dire pour 
vous. A. cette heure, c'est-à-dire à dix heures, je mon- 
terai au saint autel et je célébrerai à votre intention. 
Vous unirez votre prière à la mienne et je ne doute pas 
que le bon Dieu ne vous tienne compte de cette inten- 
tion que vous aurez de satisfaire au précepte de l'audi- 
tion de la messe, le saint jour du dimanche. N'assistez 
à la messe d'aucun intrus. . . » 

Les paroissiens de Saint-Hilaire furent toujours fidè- 
les aux recommandations de leur pasteur. Chaque di- 
manche ils prirent l'habitude de se réunir dans l'église 
à l'heure indiquée, unissant leurs intentions et leurs 
prières à celles de leur curé, qui célébrait en ce mo- 
ment la messe pour eux sur la terre étrangère. 

Mais les événements se précipitaient. Le régime de 
la Terreur lit bientôt sentir ses rigueurs barbares et 
impies jusque dans les moindres bourgades de ce mal- 
heureux pays Les prêtres avaient été chassés, guillo- 
tinés ou noyés, les églises furent fermées et l'on porta 
(Ifs peines très sévères contre ceux qui osaient encore 
s'y réunir pour prier. Malgré tout, l'église de Saint- 
Hilairo était restée ouverte et, chaque dimanche, la 
rioche convoquait publiquement les fidèles à la prière. 

G'étiiit vraiment trop d'audace. L'autorité révolution- 
naire s'en émut et, un jour, un homme à écharpe tri- 
colore, escorté de gendarmes, vint déclarer aux habi- 
tants que dorénavant le culte catholique était aboli, de 
par la Convention. 

Le commissaire avait aussi mission d'arrêter le prêtre 
refractaire auteur de cette résistance; à la loi. Mais, 
visites domiciliaires et recherches de toute sorte furent 
inutiles, M. Paynaud s'était soustrait à la persécution. 
LVnvoyé dut donc se borner à mettrez les scellés sur 
les portes du sanctuaire et d'établir dans le bourg un 
poste de gendarmes pour les faire respecter. Il abattit 
ensuite quelques croix pour marquer son passage et fit 
arrêter une paysanne, coupable d'avoir récité son cha- 
pelet sur la tombe de son mari, et s'en alla. 

Le jour suivant était un dimanche. 



— 314 - 

Quelle no fut pas la surprise des gendarmes quand, 
sur les dix heures, ils entendent tout à coup la cloche 
sonner à toute volée, roramc pour appeler les fidèles à 
la messe. 

A la hâte, ils s'armenl et accourent. La foule des 
l»aroissiens était déjà répandue dans le cimetière, 
autour de l'église, et agenouillée sur les tombes, dans 
le silence» et le recueillement le plus profond. Tous ces 
braves chrétiens, pieusement découverts et le chapelet 
à la main, semblaient assisttT à la messe d'un prêtre 
invisible... * Que diable laites-vous-làî » demande le 
brigadier à un vieillard. — t Nous entendons la messe, 
répond un brave paysan nommé Louineau. Notre curé, 
en parlant, nous a promis que tous les dimanches, à 
rette heure mémo, il la dirait pour nous partout où il 
se trouverait. » 

Le brigadier, en honnne d'esprit, éclata de rire. « Im- 
béciles de superstitieux, va! s'écrie-t-il ; croire qu'ils 
entendent la messe à cent lieues de l'endroit où on la 
dit! — La prière fait plus de cent lieues, répliqua 
le vieillard, puisqu'elle moutc île la terre au ciel ! » 

Kt le l)rigadi(^r de rire plus fort. « Eh ! cu'oyez-vous 
être ici dans une église, sauvages cpie vous êtes? — 
Nous sommes dans un lieu saint, dit l'houime aux 
cheveux blancs en «'Icvaiil la voix pour prouver (|u'il 
n'avait pas |)eur. Nous soninii^s à genoux sur les osse- 
ments do nos pères ! » 

Le briga(li(M' allait répliqu(»r, mais une sourde* rii- 
UR'ur coninuMirait dr^jà à courir dans la foule. Trois 
cents têtes aux longs cheveux et aux regards étince- 
lants siî retournaient, menaçantes, vers les gendarmes, 
qui jugèrent jirudenl de s(^ retirer. La ]»atience a des 
bornes. 

Le soir même, le brigadier lit son rapport au comité 
révolutionnaire, au siège du district. Mais celui-ci avait 
sans doute sur h.'s bras d'autres allaires plus impor- 
tantes et moins dangereuses et jje s'occupa plus des 
gens de Saint-Milain^ lin conséquence, rt's bons chré- 
tiens, n'étant jdus iiKiuieles, continuèrent à se réunir 
cluKiue dimanche dans leur eimetiere pour entendre 
la messe (lue leur vénérable pasteur celel.»rail [KUir eux 
en tîxil. 

Ce qui dura jusqu'à la lin de la Révolution, au mo- 



- 318- 



ment où il leur fut permis àe rentrer dans leur église 
rendue au culte. 

C'était à Palencia, dans la Vieille -Cas tille, que 
M. Paynaud célébra la sainte messe pendant cette 
période critique, là où étaient réfugiés quelques autres 
prêtres du diocèse de Luron. La tourmente passée, il 
s'empressa de reprendre îe chemin de la France et du 
la Vendée, car il avait le plus vif désir de revoir ses 
chers paroissiens et de mourir parmi eux. Le saint 
prêtre était en route et il allait enfin arriver à Saint- 
Hilaire quand, rendu à Saintes, il y rendit le dernier 
soupir, accablé d'années et de fatigues. 

iM. Bonenfant, son confrère et son compagnon d'exil, 
lui rendit les derniers devoirs. La mémoire de M. Pay- 
naud est restée en vénération dans la paroisse de 
Saint-Hilaire-de-Mortagne. 



— 316 — 



PAYRAUDEAU 

CURÉ DE SALIGNY 

1794 



Dès avant la Révolution, la religieuse paroisse des 
Brouzils avait vu naître plusieurs prêtres dont on re- 
trouvera ici les noms. 

Parmi eux. nous comptons M. Payraudeau, curé de 
Sali^ny en 1791. 01)ligê de quitter son poste par suite 
du refus de serment, il demeura quelque temps caché 
dans sa paroisse ou aux alentours. M. Payraudeau avait 
un parent, M. Jagueneau, vicaire au Petil-Bourg-sous- 
la-Roche, prêtre courageux comme lui. Tous deux, 
poursuivis par les ennemis de la Religion, prirent le 
parti de se réfugier dans la forêt de Grala. 

M. Romand, dans ses Mémoires, fait le récit sui- 
vant : 

MM. Payraudeau et Jagueneau s'étaient réfugiés, 
avec les vieillards, les IVmmes et les enfants, dans la 
foret de Grala, pendant que les hommes valides com- 
battaient sous les ordres de Cliarette. Bien que cette 
retraite passât iM)ur très sùrcî, ils furent surpris un 
Jour par les Bleus et conduits prés du Poiré, où on les 
massacra. La tradition locale rapporte que le massacre 
e\it lieu sur la paroisse de Saligny, dans un bas-fond 
ou coule le ruisseau la Matujeoire^ au lieu dit le Pont- 
Caillou (1). 



(l)Oii il vu j)lu.>^ liaiil, «liins hi Sotlcc con.'^acK'u à M. Jague- 
neau, que J)r(iAST-MATiFEix allirnie que N* massacre «lu vicaire 
(lu Pelil-houp; eut lieu sur le lerriioire de Lotré. 



— 317 — 

FRANCOIS-PAUL PAYRAULT 

CHAPELAIN DE l'ÉPINE 

17351801 



Le héros de cette notice naquit à la Brufïière. 

Comme tout le clergé de l'Ile de Noirmoutier, M. Pay- 
rault avait fait d'abord serment, mais bientôt, éclairé 
sur la poi'tée de sa soumission à la Constitution civile, 
il la rétracta comme ses confrères et comme eux subit 
la prison et Texil. 

Il vécut, pendant les années de la Révolution, avec 
M. Bousseau, curé de Barbàtre et de Noirmoutier, en 
Westphalie, et revint avec lui. 

M. Pontdevie a dit de M. Bousseau : c II ramène avec 
lui son vieux compagnon d'infortune, M. Payrault. Par- 
lis ensemble pour la même prison et le même exil, ils 
abordent à Noirmoutier le même jour : celui-là pour y 
travailler longtemps encore, celui-ci pour y mourir. * 
Usé par les privations et les fatigues d'un long voyage 
de trois cents lieues, M. Payrault succomba, en effet, le 
lendemain de son arrivée dans l'Ile, tel que le constate 
son acte de sépulture : 

c L'an 1801 et le 28 avril, le corps de François-Paul 
Payrault^ prêtre catholique, chapelain de l'Epine et vi- 
caire de cette ville, né à la Brufflère, décédé hier soir 
au quartier de Banzeaux, âgé de soixante six ans, a été 
inhumé au cimetière de cette paroisse, par nous curé 
soussigné, en présence de François-Jérôme Boucheron, 
propriétaire; Jean Raymond, laboureur, amis et voisins 
du défunt; Jean-François Palvadeau", capitaine de na- 
vire, et Julien-Aimé Viaud, aussi capitaine de navire 
et trésorier de cette église, tous de cette paroisse, qui 
ont signé avec nous. 

c Bousseau^ 
€ curé de l'Ile de Noirmoutier. » 



ANTOINE PEIGNÉ 

VICAIRE DE SAINT-ANDRÉ-TREIZE-VOIES 

1765-1798 



M. Peigné, originaire de la Chapclle-Basse-Mer fdio- 
cèso de Nantes), ordonné prêtre en 1788, fut vicairo à 
SaintAndré-Treize-Voies pendant quelques années. 
Au moment de la Révolution, ne voulant pas accepter 
la Constitution civile du clergé, il fut dénoncé par le 
district do Monlaigu, le 6 février 1792, et demeura en- 
core à Saint-André jusqu'au 13 juin, car on retrouve à 
cette date sa signature. Alors il alla se cacher dans sa 
paroisse natale et y vécut dix mois ignoré des révolu- 
tionnaires et espérant leur échapper. Mais il fut bientôt 
arrêté à la Guyonnière chez M*"* de la Gournerie, le 19 
février 1793, et envoyé à la prison des Carmélites de 
Nantes. 

Les privations et les mauvais traitements que ce prô- 
tre y endura altérèrent profondément sa santé. Aussi 
quand, le 11 mars, il fut interné à la Permanence, son 
cerveau était malade et deux mois après il avait com- 
plètement perdu l'esprit. 

Il fut envoyé au Sanitat le 18 mai, où il mourut après 
quatre mois de détention. 



-US- 



JACQUES PETIOT 

CURÉ DE SAIXT- RÉVÉREND 

1743-1T93 



Si les auteurs de la Constitution cioile n'avaient pour 
but, en la votant, que d'injpiièter et de violenter s»*ule- 
ment le Clergé, ils se trompaient étrangement. Les ca- 
Iholiques de Vendée, en particulier, furent singulière- 
ment vexés par Tobligation du serment imposé à leui^ 
prêtres. Aussi, quand, dans les premiers mois de 1791, 
ordre fut donné de remplacer les prêtres lideles par 
ceux qui avaient prêté serment, des émeutes éclatent 
en de nombreuses paroisses sur la cote vendéenne, de- 
puis Angles et Avrillé jusqu'à Saint-Christophe du- 
Ligneron et Saint-Jean-de-Monts. 

Le 3 mai, les habitants de Coëx et de Saint-Réverend 
viennent sonner le tocsin* à Apremonl pour porter se- 
cours aux habitants rie Saint-Christophe, révoltes des 
premiers contre les intrus et les patriotes, leurs pro- 
tecteurs. Les habitants de celte contrée, voyant que la 
liberté religieuse leur était arrachée, voulaient la re» 
conquérir par les armes. 

C'est ainsi que les paroissii»ns de M. Petiot allèrent 
au château de la Vergne, situé sur le territoire de 
Saint-Révérend, demander à M. Guerry de la Vergne 
de se mettre à leur tête. 

M. Petiot fut rendu responsable de ce soulèvement 
devant les autorités, et aussitôt les troupes envoyées 
de Ghallans et les gendarmes cherchèrent à s'emparer 
de lui. Au commencement de Tannée suivante, dés 
que l'armée catholique et royale fut constituée, le curé 
de Saint -Révérend accepta, selon Tesprit des chefs, de 
remplir les fonctions de maire. Bravant les décrets de 
la Convention contre les prêtres insermentés, il voulut 
demeurer parmi ses paroissiens, bien décidé à mourir 
pour eux, si Dieu voulait lui accorder la grâce insigne 
du martyre. 



- 320 - 

Un jour qu'il fuyait devant ses persécuteurs, il fut 
arrt^té à la MoUie-Achard, avec neuf ou dix Vendéens 
accusés, comme lui, de favoriser rinsurrection contri' 
rimpiété révolutionnaire, et jeté dans la prison de h 
Coupe, aux Sabies-dOlonne. 

Le temps qu'il y passa fut employé par le saint prêtn» 
à confesser, exhorter, consoler ceux qui partageaient 
sa captivité. 

Voici les griefs relevés contre lui et transcrits sur les 
registres de la Commission militaire des Sables, à la 
date du 30 avril 1793 : 

€ Petiot, Jacques ci-devant maire, curé, quarante- 
huit ans, Saint-Hévérefjd, attroupé, a dit la messe à 
Commequiers et à Vairé; a mangé avec U»s religieuses 
à la Rociie-îiux-lU)ux; a suivi les brigands. • 

Ce misérable Jargon <''tail un arrêt do mort, et ce mê- 
me jour, 30 avril, le curé de Saint- Révérend allait 
marcher à Téchafaud. 



Dès le 6 de ce même mois, la guillotine avait été 
dressée sur le Remblai, auprès de l'emplacement ac- 
tuel du calvaire de la plage. C'est, de nos jours, un 
terrain bien fréquenté, situé entn» le casino cl la plap\ 

Mlle y fonctionna jusqu'au H janvier de l'année sui- 
vante, époque où, trop lente au gré de ses pour- 
voyeurs, elle fut remplacée par la fusillade. 

C'est sur ce terrain, désormais terre sainte pour la 
piété, que funmt imniolé(\«^ aux fureurs impies de la Ré- 
volution cent vingt-trois victimes, dont M. Petiot fut la 
plus illustre et la plus touchante. 

Il marcha calme, ferme et souriant, vers le lieu du 
supplice, au milieu d(^ deux prisonniers, les soutenant 
par ses paroles et son exemple. 

Pendant la marche, il chanta d'une voix forte et 
avec l'accent d'une grande piété cette strophe d'un 
cantique du B. P. de Montfort : 



Allons, mon âmn, allons 
Au bonheur véritablo; 
Aimons Jésus, aimons 
Le bien le plus aimable, 
L'amour I 



Jésus est mon amour, 
La nuit et le jour. 

Arrivé en face de la guillotine, le condamné demande 
à celui qui préside aux exécutions la faveur de mourir 
le dernier, afln de pouvoir encourager, au moment dé- 
cisif, ceux qui seraient exécutés avant lui. 

Enfin, le dernier, il monte à Téchafaud pour re- 
recevoir le coup fatal. Il baise, comme S. André, Tins- 
Irument de son supplice, embrasse le bourreau et lui 
fait présent de sa montre en or. Puis, le doux martyr 
courbe sa tête sous le couteau, qui, fonctionnant avec 
peine, frappa trois fois la victime avant de l'immoler. 
Son corps fut jeté avec ceux des autres suppliciés dans 
une large fosse creusée dans un angle du cimetière. 

Cinquante ans plus tard, M. l'abbé Micliaud. curé des 
Sables, fit élever dans le jardin du presbytère un mo- 
nument funèbre aux victimes de 1793. Sur une des 
faces de la croix en pierre on lit : t A la mémoire de 
M. l'abbé Petiot, curé de Saint Révérend, et des autres 
victimes de la Révolution inhumés en ce lieu »; sur 
fautre face : t Allons, mon âme, allons au bonheur vé- 
ritable * . 

La piété sablaise est demeurée fidèle à la mémoire 
du curé de Saint-Révérend, et de nos jours encore la 
tombe de Jacques Petiot est vénérée comme celle d'un 
martyr (1). 



(1) D* après D. CHAMAnD, Guillon et le chanoine Prunier, le 
docteur Petiteau, des Sables, a donné les détails suivants sur les 
exécutions de cette triste époque : t Les condamnés à mort 
étaient conduits dans les cachots du Minage, dont la sortie 
ouvrait sur le chemin de la guillotine, c'est-à-dire sur le Rem- 
blai. Les exécutions avaient presque toujours lieu le lendemain 
de la condamnation. La veille, le fils du bourreau, un allemand, 
venait mettre les fers aux condamnés. Les uns se plaignaient 
avec amertume ou résistaient, d'autres, accablés de douleur, 
étaient anéantis. Le lendemain, le greflîer lisait les arrêts aux 
condamnée. Quelques instants après, le bourreau les liait par 
couple; alors, escortés de gendarmes et d'un piquet de gardes- 
nationaux, ils marchaient au lieu du supplice. Arrivés à vingt 
pas de l'écbafaud, ils. s'arrêtaient; le bourreau et son fils com- 
mençaient l'exécution par les premiers venus. Chaque exécution 
durait une minute et quart Enfin, un tombereau s'avangait, 

21 



-s^- 



JEAN-JOSEPH PICHARD 

CURÉ DE CHASSAIS -L*KGLISE, EN SIGOURNAIS 

1785-1794 



M. Pichard était né à Poitiers. II exerça le ministère 
dans le diocèse de Luçon. D'abord vicaire à Sainte- 
Cécile, il fut ensuite nommé curé de Chassais, refusa 
le serment à la Constitution et, pour obéir à Tarrêté 
qui bannissait du département de la Vendée les prêtres 
qui n'en étaient pas originaires, se retira dans sa ville 
natale. Son attachement à l'Eglise ne tarda pas à le 
rendre suspect : les autorités de la Vienne le firent 
jeter en prison en 1793 

Dans les premiers mois de 1794, on le conduisit avec 
plusieurs autres prêtres à Rochefort, pour être déporté 
à la Guyane. 

Long et douloureux fut ce voyage de Poitiers à 
Rochefort : « Nous voyagions, a écrit Tun d'eux, sur de 
bien cruelles charrettes, à travers des avaries sans 
cesse renaissantes, et nos haltes, sur toute la route, 
ne se faisaient qu'en d'épouvantables cachots, partout 
insultés et outragés. » 

A leur arrivée au port de Rochefort, ils furent incar- 
cérés, les uns dans les prisons de la ville, les autres 
à bord d'un vieux vaisseau, nommé le Bonhomme- 
Richard, qui servait de prison d'Etat. En ces divers 
lieux de captivité, leurs peines s'aggravaient de jour 
en jour, jusqu'à celui de l'embarquement qui y mettait 
le comble. 11 commença vers le milieu de mars 1794 
par un temps rigoureux. On les dépouilla de tout et on 
les transporta sur le ponton les Deux- Associés^ navire 



suivi de gens à flgures ignobles, sorte d'oiseaux de proie, qui ne 
8*acbarnent que sur les cadavres. Ils jetaient dans le tombereau 
les restes des suppliciés qu'ils dépouillaient de leurs vêtements 
et jetaient dans une vaste fosse qu'ils recouvraient de chaux 
vive. » 



)Ë,mènagé pour la traite des noirs qu'il avaît faite pen- 
dant de longues années. Ce ponton, avec le Wahsing" 
ton, était réservé pour recevoir les prêtres destinés à 
la déportation. Mais le séjour et le régime des détenus 
étaient plus terribles et plus funestes aux prisonniers 
des Deux-Associés qu'à ceux du Wahsington, Celui-ci, 
sur deux cent-vingt déportés, n'en vit mourir que vingt 
et dix-neuf envoyés à terre, tandis que les Deux-Asso^ 
ciés, sur quatre cent quatre-vingt-dix sept, en perdit 
deux cent quarante-cinq et en plaça cent quarante - 
quatre à l'hôpital, où plusieurs moururent encore. On 
jugera des souffrances endurées par les malheureux 
prêtres d'après les détails suivants, écrits par des vic- 
times qui y ont souffert. Quelques heures après leur 
arrivée sur les Deux Associés à la nuit tombante, trois 
coups de sifflet se font entendre, puis, d'une voix 
retentissante, un officier s'écrie : c En bas les déportés , 
d se coucher. » 

Les victimes se dirigent vers le trou noir et béant de 
Técoutille comme vers un tombeau destiné à les ense- 
velir tout vivants. Sur tous les visages se lit un senti- 
ment d'horreur. Mais, bieiitôt accablés d'outrages par 
les matelots, les prisonniers précipitent leurs pas, s'en- 
tassent vers l'étroite ouverture et roulent comme une 
vague humaine au fond de leur cachot. Les geôliers 
verrouillent alors les portes, mettent le pélard sur 
Técoutille pour le fermer hermétiquement et abandon- 
nent les prêtres à leur cruelle situation. 

Gomment tenir dans cette étroite prison ? Comment 
s'y organiser pour goûter un repos nécessaire? Les 
uns se rendent sur les placets, les autres montent 
dans les hamacs, le plus grand nombre s'étend sur le 
plancher, où quelques-uns sont forcés de rester accrou- 
pis dans la plus fatigante des positions. 

Les malheureux, disent les annalistes, étaient pres- 
sés comme des harengs en caque et le plus petit des 
mouvements exigeait d'extrêmes efforts et d'inimagi- 
nables précautions. 



Mais écoutons un témoin oculaire : 
t Nous n'avions presque pas d'air pour respirer, 
puisqu'il était intercepté, à l'égard de ceux qui cou- 



«-sé- 
chaient sur le plancher, par des placets s*avançant au- 
dessus de leur tète, et à Tégard de ceux qui, comme 
des momies d'Egypte ou comme des morts dans un 
caveau, étaient étendus sur les placets. 

€ En effet, sur la hauteur de cinq pieds et demi qu'a- 
vait notre cachot, ôtez, outre Tespace qu'occupaient 
leurs tètes, l'épaisseur des deux sacs de nuit sur les- 
quels elles reposaient, quelle distance trouverez-vous 
entre leur flgure et les planches qui la dominaient ? Un 
peu plus d'un pied. 

« Je parle du plus grand nombre, car il y en avait 
tels qui n'avaient pas plus de cinq à six pouces pour 
respirer. C'étaient ceux qui étaient placés sous une 
solive, et surtout sous une poutre, car, encore un 
coup, il n'y avait aucun espace, et ces solives et pou- 
tres étaient très multipliées et les dernières extrême- 
ment épaisses et fortes de bois. 



« J'ai couché durant longtemps, et pendant les plus 
grandes chaleurs, sous une de ces poutres Outre le 
terrible supplice de sentir mon haleine répercutée par 
cet obstacle insupportable qui était si proche de ma 
bouche, il y avait l'incommodité, non moins cruelle, de 
ne pouvoir faire aucun mouvement, ni môme de sou- 
lever tant soit peu la tête, une fois que j'étais encoffré 
là-dessous, quelque pénible et douloureuse que fût 
mon attitude ou quelque besoin que j'éprouvasse ; ou 
si je faisais quelque mouvement involontaire pendant 
les courts instants de sommeil que la nature dérobait 
quelquefois, en dépit de la douleur, je courais risque 
de me casser la tète contre l'inflexible ciel de ipon lit. 

f Je ne puis me comparer en cet état cruel qu'à la 
vendange sous le pressoir au moment où on va la 
pressurer. On s'imagine bien que je ne sortis de là que 
pour aller à l'hôpital et que je ne fus pas des derniers. 

i Ceux d'entre nous qui n'étaient pas encaissés dans 
ces étroites niches n'étaient pas pour cela mieux ca- 
chés, ou plutôt ils l'étaient encore plus mal. Etendus 
dans le milieu du cachot sur plusieurs lignes, ils ne 
laissaient aucun espace vide, pas le plus petit passage 
libre, en sorte qu'ils étaient nécessairement foulés aux 
pieds par ceux qui voulaient aborder les placets, outre 



que plusieurs avaient à leur proximité, et même tou- 
chaient immédiatement, les puants baquets qui ser- 
vaient de latrines à près de quatre cents hommes, 
durant dix à onze heures de nuit. S^ils n'avaient pas de 
placets au-dessus de leur tête, ils avaient, ce qui était 
pis encore, des hamacs tendus les uns si près des 
autres que ceux qui les occupaient se comprimaient 
mutuellement d'une étrange manière ; des hamacs por- 
tant deux hommes chacun, ce qui était auparavant 
sans exemple, et par conséquent très affaissés et 
incommodant excessivement ceux qui étaient au-des- 
sous, lesquels leur servaient le plus souvent de mar- 
chepied pour s'élancer dans leur couche douloureuse. * 

« Il est facile de comprendre, comme Técrit M. Rous- 
seau, que plusieurs infortunés cherchassent à respirer 
en collant leur bouche contre les fentes de leur prison. 
Ils tombaient bientôt comme les autres dans un état 
spasmodique qu'ils regardaient comme Tavant-Coureur 
d'une mort certaine. 

« Le spectacle d'animaux qu'on ferait expirer lente- 
ment sous des machines pneumatiques nous donne- 
rait la plus juste idée des souffrances endurées par les 
prêtres dans l'intérieur du vaisseau. » 



t Quand nous étions enfermés sous la foi des clefs et 
des verrous, reprend M. Labiche de Reignefort, c'en 
était fait pour jusqu'au lendemain matin à pareille 
heure, même dans les plus grands jours. Le tonnerre 
eût grondé que nous ne l'eussions pas entendu, tant 
c'était un épouvantable vacarme que celui que produi- 
saient nécessairement quatre cents hommes qui cher- 
chaient leurs places à tâtons, qui se heurtaient, se fou- 
laient les uns les autres ! Il eût fait mille éclairs que 
nous ne les eussions pas aperçus, tant étaient épaisses 
les ténèbres au milieu desquelles nous errions au 
hasard, comme des aveugles dépourvus de guides! 
Nous eussions été fortement incommodés jusqu'à 
perdre connaissance, nous eussions crié à l'aide, au 
secours, nous eussions rendu le dermer soupir (et cela 
est arrivé quelquefois^, qu'on ne nous eût donné ni 
secours ni iiide, qu'on n'eût pas même su que nous en 
réclamions. 9 



^ 326 — 

Qui ne comprendrait la terreur des prisonniers sur 
le point d'être engloutis dans cet enfer après plusieurs 
jours de détention. La crainte qu'ils avaient éprouvée 
le premier soir se trouvait centuplée par une doulou- 
reuse expérience. 

L'entassement seul était si difïlcile ! Le contact hu- 
main avec des hommes considérés comme des frères, 
il est vrai, mais qui n'en portaient pas moins le poids 
des misères inhérentes à noire nature: la malpropreté, 
conséquence inévitable de ce contact, ne sufflt-il pas 
pour expliquer la répugnance que notre auteur nous 
peint en ces termes : « Qu'on juge si la perspective de 
ces affreuses nuits devait nous effrayer ! Aussi leur 
approche toute seule nous glaçait-elle d'épouvante. Tel 
un malade, consumé par une fièvre ardente, qui voit 
arriver l'heure du redoublement; ou plutôt, tel un mal- 
heureux patient qu'on vient prendre pour le conduire 
à Téchafaud. 

€ Mais le moment fatal était-il venu? Quel supplice, 
grand Dieu ! Quand ce n'eût été que Tair fétide et cor- 
rompu et les exhalaison infectes et empoisonnées qui 
sortaient de ce lieu empesté et qui, dès l'entrée, vous 
saisissaient vivement l'odorat et vous portaient forte- 
ment au cœur. 

f Mais comment parvenir à sa place à travers les 
hommes et les effets qui obstruaient ce lieu d'horreur? 
Ce n'était partout sur le passage que sacs de nuit où 
l'on allait buter; que mâts ou poteaux contre lesquels 
on risquait de se casser la léte; que hamacs déjà occu- 
pés, sous lesquels il fallait passer en se courbant 
jusqu'à terre, et sans pouvoir se poser nulle part, à 
moins de fouler quelques bras ou quelques jambes de 
ceux qui étaient déjà étendus sur le plancher et de leur 
faire jeter les hauts cris. On était en nage avant d'arri- 
ver à sa place. 

€ Y était-on parvenu à force de temps et d'efforts, 
comment la distinguer de celle de ses voisins? car 
il n'y avait aucune séparation, aucune ligne de dé- 
marcation, et cependant si Ton se trompait de quelques 
pouces, on dérangeait toute une ligne, et il se trouvait 
quelqu'un qui se trouvait sans place. 

« Dans un espace si étrangement borné, comment 
faire les mouvements nécessaires pour se dépouiller 
de ses habits ? Ou comment ne pas étouffer dans les 



-327- 

grandes chaleurs, si on ne les déposait? Gomment 
prendre quelque repos, ayant les os (qui étaient pres- 
que à nu chez la plupart) brisés ou moulus par les 
planches, étant en outre inondés de sueur et dévorés 
de poux, ayant perpétuellement le sang en ébullition, 
éprouvant des démangeaisons si intolérables que nous 
nous déchirions le corps sans ménagement comme 
sans relâche. 

• • 

« Cette presse corrompait un air parcimonieusement 
mesuré aux athlètes de la foi, et pour le purifler on 
employait d'étranges moyens. Tous les matins, mais 
au moment seulement où les malheureux allaient vider 
leur cachot, on les exposait à la plus barbare des fumi- 
gations. Les matelots apportaient un petit tonneau 
plein de goudron, dans lequel ils plongeaient deux ou 
trois boulets tellement rouges qu'ils produisaient quel- 
quefois, au milieu des épaisses ténèbres, un flamme 
subite aussi dangereuse qu'eff'rayante. On se hâtait de 
réteindre, il est vrai, mais ce qu'on ne cherchait point 
à arrêter, ou plutôt ce qu'on avait eu pour but de pro- 
duire, c'était une fumée épaisse et une odeur forte et 
acre qui se répandait par flots dans notre cachot et qui, 
pour prévenir la maladie, commençait par donner la 
mort aux infortunés Aussitôt, chacun de tousser, de 
moucher, de cracher, souvent jusqu'à convulsion. 
Encore si l'on eût permis à ceux que cette fumée 
incommodait le plus de sortir ; mais une pareille 
grâce était presque sans exemple, il fallait la respirer, 
dùton cracher le sang, dùt-on rendre l'âme au milieu 
des efforts et des convulsions qu'elle occasionnait. » 

€ Tel était le terrible dédommagement qu'on nous 
donnait régulièrement chaque matin, dit M. de La- 
biche, des cruelles nuits qu'on nous faisait passer, et 
telles étaient ces nuits elles-mêmes! Faut-il s'étonner 
qu'elles nous fussent si funestes, que tels d'entre nous, 
qui étaient entrés le soir au cachot sans aucun symp- 
tôme de maladie prochaine, fussent trouvés le lende- 
main défaillants et presque sans vie, et que les maladies 
les plus terribles lissent parmi nous de si rapides et de 
si incroyables ravages ? > 

Ces récits embleront peut-être à quelques-uns des 



— 398 — 

nos lecteurs imaginés pour le besoin de la cause. Nous 
renvoyons ceux qui ne voudraient pas croire à tant de 
cruautés aux documents officiels qui confirment point 
par point le récit de M. de Labiche de Reignefort. 

Les Archives de la Médecine navale renferment un 
rapport fort intéressant fait par un chirurgien, d'après 
les ordres du Comité chargé de veiller à la salubrité du 
port de Rochefort. L'épidémie qui décimait les prêtres 
à bord des Deux-Associés commençait à gagner l'équi- 
page. Il fallait bien aviser pour sauvegarder la santé 
des matelots. Un chirurgien de première classe fut dé- 
légué par le Comité. 

11 vint à bord des vaisseaux, et malgré les précau- 
tions dont il s'entoura, à peine fut-il descendu dans 
l'entrepont qu'il fut obligé de s'arrêter, et suffoqué par 
l'air méphitique dont il fut entouré, il remonta en di- 
sant à haute voix : « Si on mettait là quatre cents 
chiens, pendant une nuit seulement^ le lendemain on 
les trouverait morts ou enragés. * 



M. Pichard, déjà usé par les privations et un empri- 
sonnement de prés de deux années, ne put résister 
longtemps à de telles tortures. Il mourut dans la nuit 
du tl août 1794, âgé seulement de trente-neuf ans. Son 
corps fut inhumé dans l'île Madame (1), où gisent 
encore les ossements sacrés de deux cent soixante- 
quatorze prêtres, véritables martyrs de la foi. 



(1) Un étranger, parcourant cette île, vit un jour un paysan de 
Saintc-Soulle, agenouillé et faisant sa prière. Il lui demande la 
raison de cet acte religieux : t Eh ! quoi, répond le pieux chré- 
tien, vous ne savez donc pas que c'est ici que sont enterrés les 
saints? > 

Il y a plusieurs centaines de ces tombes dans l'ile Madame! 



JEAN-FRANÇOIS POIRAUD 

CURÉ DU CHATEAU-D'OLONNE 

1769-1794 



Il est de tradition, parmi les anciens de Tllfe de Noir- 
moutier, qu'un prêtre, nommé François Poiraud, pri- 
sonnier dans Téglise de cette ville aux jours de la Ter- 
reur et atteint d'une fluxion de poitrine, avait été trans- 
porté chez une dame charitable pour y être soigné. 

Là, il reçut des confessions nombreuses et remplit, 
autant que son état le lui permettait, ses devoirs de 
prêtre. Dénoncé pour ces faits, il fut ramené dans 
l'église où il expira, peu de jours après, sur les marches 
de la chapelle de Saint-Philbert, soit dans Tescalier du 
côté de l'Evangile, le seul existant à cette époque. 

M. Bourloton, héritier des notes de M. l'abbé Pontde- 
vie, complète comme suit les lignes précédentes : 

« Le prêtre si inhumainement traité ne peut être que 
Tabbè Poiraud (Jean-François), et le fait se passa, non 
en 1793, comme le veut la tradition noirmoutrine, mais 
le 19 floréal an II, soit le 8 mai 1794. 

« M. Poiraud, né en 1789, vicaire de Noirmoutier de 
mars 1785 à novembre 1788, curé du Ghâteau-d'Olonne 
d'avril 1789 à novembre 1790, dut cesser le ministère 
actif par suite de maladie, et se retira comme prêtre 
habitué à Saint-Georges-de-Pointindoux. 

f Le 5 avril 1794, après dénonciation, il fut traduit 
devant la commission militaire des Sables d'Olonne, 
retenu prisonnier pour complément d'enquête, expédié 
à nie de la Montagne (1) le 28 avril, avec soixante deux 
suspects et vingt-cinq t brigands ». 

€ Réclamé le 8 mai par M"' Jolly pour être soigné, il 
fut réintégré le môme jour dans l'église, parce qu'on 
venait d'apprendre qu'il était prêtre, et y mourut vrai- 



(i) C'est ainsi que la Bépublique appelait Tile de Noirmoutier. 



-330 — 

semblablement le soir même, puisqu'on n'a plus eu 
aucune nouvelle de lui depuis cette date. 

t II ne faut pas le confondre avec l'abbé François- 
Paul Payraud, chapelain de l'Epine depuis 1764, émi- 
gré en Wesphalie, rentré dans Tile en 1800, et mort à 
Noirmoutier le 27 avril 1801. » 

N'est-ce pas un merveilleux et consolant spectacle 
que celui de ce prêtre râlant, qui oublie, à l'exemple du 
divin Sauveur, ses propres souffrances pour ne penser 
qu'au salut des autres, qu'il absout malgré sa maladie 
grave ? Quel admirable sujet de tableau, et ne serait-il 
pas juste qu'une plaque commémorative de ce fait fût 
placée à Tendroit où est mort cet ancien vicaire de Noir- 
moutier, prêtre jusqu'au bout et martyr du devoir (1) ? 



(1) Dr Viaud-Grànomaraib. Echo de SaitU-Philbcrt. 



— 331 — 



RENÉ-CHARLES LOUVART DE PONTLEVOYE 

PRÊTRE-PRIEUR DE CHATEAUDUN, AUMONIER DE LA 
GARDE NATIONALE DE FONTENAY 

1759-1794 



Le 11 novembre 1789, naissait René-Charles; son 
père, François de Louvart, seigneur de Pontlevoye, pos- 
sédait une propriété à Réaumur (Vendée), qu'il habitait 
en la belle saison et où est né Tabbé (à la Révolution 
tout fut brûlé, saccagé et vendu par parcelle), mais Tha- 
bitation ordinaire était à Paris, un hôtel grand et con- 
fortable, situé près de Saint-Sulpice, rue des Mauvaises- 
Paroles (rue disparue aujourd'hui) 

Le grand -père de Tenfant, Pierre -Louis Louvart, 
écuyer, seigneur de Pontlevoye, était mort après avoir 
servi près de onze ans aux Mousquetaires. 11 avait pris 
part glorieusement à plusieurs batailles, son congé 
avait été signé par le marquis de Vins, lieutenant- 
général, au lendemain de la bataille de Malplaquet dont 
il était revenu très éclopé, mais avec des souvenirs 
brillants et des éloges flatteurs sur sa valeur et son 
courage militaires. 

La mère de l'enfant était d'Alençon, Marie-Made- 
leine de Marigné. Elle apportait à son mari une fortune 
considérable pour Tépoque. C'était une femme très 
aimable, douée, disait on, de toutes les qualités du 
cœur et de Tesprit, ce qui donnait à son foyer un 
charme dont restaient imprégnés ses enfants. 

Pendant que les lils aînés, pour continuer les tradi- 
tions de la famille, se préparaient à la carrière des ar- 
mes, le dernier, René-Charles, d'une santé plus délicate, 
restait près de sa mère, tout en faisant facilement et 
brillamment ses études à Paris, ses parents le desti- 
naient à la clérica'ure; leurs relations à la Cour, leur 
situation de famille leur assuraient pour celui-ci uu 



— 332 - 

tL bénéfice ». Le futur aljbé i^tail olevô dans ua miU^ 
très élégant (i). 

Au contact journalier de sa méiv, l^euraul ' 
prendr<^ Thabitude d'ime grande jj;ùnén*sUé et u 
aussi rexttrnpiB d'unt? piété très vive. Au momenl oi 
René-Charles, Agé de onze ans, devait, choisir sa voca- 
tion, sa mère lui donna de beaux exemples de eharib^ 
envers les défunts. Elle fonda, le 18 juillet 1770. r 
moire d'une tante, Fierrabras des Mottes, rnorte .j . 
çon sans postérité, un salut du Saint-SacremenL 

A Toecasion de la mort de eette tante, elle donniit 
encore, de concert avec ses cousines» la somme de trob 
cents livrefi aux pauvres Capucins, à «î ' !«. 

quanlo messes et un service au jour , . la 

famille 

i Aux pauvres religieuses de Sainte-Clâîrc la somme 
de trois cents livres à charge de faire dire â perpeluîlé 
un service dans leur église avec une communion d€ 
toutes les religieuses, et en avertiront la famille, 

« A rhùpital d'Alençon trois cents livres à coadIUoci 
qu'ils feront faire un service et la communion tant des 
sœurs que des pauvres à Tintention de la dite dame. 

• Donné aux pauvres d'Aleneon cent livres, plus à ht 
marmite des pauvres cent livres (rraprès un règlement 
de compte existant). 

• Donne à l'église paroissiale d'Hauterive la somioe 
de mille livres pour aider â avoir un vicaire en la dite 



(1) Voici d'après un inveotaire «le Tcpoquo le molûlif^r d'ufl 
salou fmsilial : 

« Dans Jtt s;allp d'entrée deux rideaux de portière do moquet^v, 
deux fnurpuiU do i^ommodiié à accotoires garnies ; deux fauteuiU 
do gros poinlii â nccuioires caanclees; trois labuurel» garois de 
plumcïi; un Ht de repos gari»i de broquart; un miroir loui dtf 
glace; uae table de placage â îlour*", etc., etc. w 

D'après ce mùme iuve maire voici le mobilier d*utio cb&nillK 
qui devait cHre celle du jeune abbé : 

« Deux rideaux de portière ; quatre fautouilft et la chaiêe do 
point d'Angleterre; une table à jour garnie de mpisgen'-; nu îii^til 
bureau en placage ; quatre tabourets de point d'A ^ 

doux de veloupft; un peiit portrait ilu roi en êiaïu. à p*- ^ , .y,, mî» 
roir de glace ; uu grand périrait de Notre-Dame j u» lit de âcrgu 
grise figurée de rubauâ bluut», composé du iiui& d<d Ul A la du* 
cbe^âe, etc., ©ic. 



paroisse, (Jui célébrera et dira tous les dimanches et 
fêtes une première messe et la recommandation de 
Tàme de la dite dame à Toffertoire et pour sa famille. » 

La cousine-germaine de sa mère, qui était veuve de 
Nicolas Girard, écuyer aux chevau- légers de la garde 
du Roy, donnait aussi pour l'œuvre cinq cents livres; 
et une autre de ses cousines germaines, veuve de Nico- 
las Boullay, seigneur de Blesbourg, conseiller du Roy, 
lieutenant-général en la ville d'Alençon, donnait aussi 
cinq cents livres pour un fonds à l'intention du dit 
sieur vicaire dont la nomination se fera par le dit sieur 
curé et la famille. 

Une épitaphe à un pilier de cette église faisait men- 
tion de cette fondation (1). 

Ceci dit pour montrer les habitudes du milieu où 
s'élevait le jeune abbé qui continuait ses études tout 
en fréquentant une nombreuse société dont plusieurs 
parents avaient des charges à la Cour. 

Des lettres dimissoriales (datées du 8 décembre 1782), 
accordées par M«'' TEvêque de Luçon, lui permettaient 
de recevoir le sous-diaconat des mains de TArchevô- 
que de Paris. A vingt-deux ans il était prêtre, et immé- 
diatement nommé prieur commendataire de Tabbaye 
du Saint-Sépulcre de Ghâteaudun. 

Le contact de la bonne société, son esprit naturelle- 
ment ouvert avaient fait de lui un abbé spirituel et 
charmeur, au cœur généreux sans compter; il conti- 
nuait de vivre à Paris dans cette société de la fin du 
xviir siècle, où il apportait son appoint de gaîté heu- 
reuse, d'esprit fin et délié. Le 2 janvier 1788, il se fait 
recevoir licencié en théologie de la maison et société 
royale de Navarre. Tout semblait arriver au gré de ses 



(1) Pour renterrement de cette dame Fierrabras des Mottes, 
dans des comptes du temps, on trouve qu*elle avait payé : 

pour l'annuel deux cents livres ; 

pour l'enterrement quatre-vingt-dix livres cinq sols ; 

pour la capitation cinquante-quatre livres ; 

au confesseur vingt livres ; 
pour serge dont on a revêtu douze femmes, cinquante-quatre li- 
vres douze sols ; pour la cire soixante -trois livres ; toile à mettre 
à la croix vingt-deux livres huit sols. 

Toutes sommes qui représentaient pour l'époque une généro- 
sité très large. 



désirs, tl était jeune, encore à cet âge où les regreU 
n'assombrissent pas le cœur, où l'avenir se pare des 
plus belles espérances, qui paraissaient bien solide- 
ment appuyées par la haute situation de sa famille et 
les heureux dons de sa nature. Dieu semblait se com- 
plaire à lui montrer la vie dans ce qu'elle peut avoir 
de plus brillant et de plus heureux, sans doute pour lui 
faire goûter plus profondément une à une toutes les 
amertumes dont bientôt il va être abreuvé jusqu'à sa 
mort. 

Le jeune abbé, qui ne s'occupait point des alOTaires 
d'argent, avait pris à Paris un régisseur général pour 
les revenus de son abbaye, lequel régisseur (M. Ber- 
nier) tenait en même temps l'hôtel Saint-Pierre, rue 
des Cordeliers; son régisseur lui présente un compte 
(qui existe encore) où, à la suite des revenus, terres, 
bois et autres rendements du prieuré, se montant à 
trois mille trois cent six livres onze sols, les dépenses 
faites à ce même prieuré en entretien, largesses et 
divers, se montent à trois mille trois cent trente livres ! 

Ainsi les dépenses étaient plus considérables que le 
revenu. Un mémoire est fait pour l'abbé où, à cause de 
ses terres et seigneuries du Saint-Sépulcre réunies à 
la ville de Châleaudun, de Gardebuche, de la Boiteuse, 
etc , sur lesquelles il a le droit de haute, moyenne et 
de basse justice et autres droits seigneuriaux, et puis- 
que Je bénéfice de l'abbaye est maintenant à la nomi- 
nation de sa Majesté, qu'il est d'une grande consé- 
quence d'en conserver tous les droits, c'est pourquoi, 
dit le mémoire, l'abbé de Pontlevoye, qui est d'une 
famille noble et ancienne, toujours distinguée par son 
zélé et sa fidélité au service de Majesté, et qui désire 
conserver en son intégrité un bénéfice qu'il tient de 
ses bontés, demande qu'il lui soit accordé le droit de 
tabellionage et de notariat à raison de son prieuré. 



L'orage grondait sur toutes les anciennes institu- 
tions. La métairie de la Guillaumerie qui, depuis 1489, 
payait au prieuré une rente de dix muids de bons 
grains et trente-deux sols six deniers, refusait toute 
redevance. G était le commencement de 1789. Ses pa- 
rentS| trop âgés pour songer à émigrer sans ressource 



el sans crédit, cherchant un peu de sécurité, se réfu- 
gient à Fontenay-le-Peuple (le Comte) et se faisaient 
entrepositeurs des tabacs dans une maison de modeste 
apparence, rue des Loges, paroisse Saint-Jean. 

Des frères aînés de notre abbé, l'un était à Saint- 
Domingue premier aide-de-camp du comte de Peigné, 
gouverneur de l'île, où il allait se battre bravement et 
perdre toute la fortune qu'il avait acquise dans l'île, 
dans le soulèvement de Toussaint Louverture. 

Un autre était revenu des Indes Orientales en 1785, 
après y avoir fait toutes les campagnes sous les ami- 
raux de Bussy et de Suffren comme capitaine de ca- 
nonniers, ayant eu leurs éloges sur le champ de bataille, 
il venait d'être nommé officier au régiment d'Aqui- 
taine (1) et restait à Paris, y trouvant son devoir; pro- 
fondément dévoué au Roy et s'employant avec ardeur 
à sa cause ; en 1789, il était nommé électeur de la no- 
blesse de Paris. Notre abbé était à Fontenay, près de 
ses parents, consolant leurs cheveux blancs des amères 
tristesses de l'époque, tâchant de payer les notes qu'on 
lui envoyait de Paris; la dernière fut payée le 1*' juillet 
1790, la somme de quatre cent trente et-une livres un 
soi à son tailleur M. Dupré. 

Dans une lettre du 7 avril 1790, qu'il écrit à son 
régisseur à Paris, il manifeste l'envie de revenir un 
peu à Paris; il voyagera avec son frère François (celui 
qui était de retour des Indes et qui était venu voir 
ses parents à Fontenay); l'abbé paraît encore ne déses- 
pérer de rien; il ira, dit -il, s'établir dans son abbaye si 
sa santé le lui permet; il off*re même à son régisseur 
de s'employer à lui rendre le service de faire rentrer la 
créance d'un apothicaire. 

Il se trouva à Paris à la grande fête de la fédération, 
il s'ancra dans l'espoir que tout pouvait s'arranger; 
il revint à Fontenay avec ses belles illusions ; son ama- 
bilité aisée, ses dispositions si conciliantes séduisi- 
rent à Fontenay même les autorités de l'époque. Il 
était nommé aumônier de la garde nationale de Fonte- 
nay et comme tel assista à la cérémonie de Notre- 
Dame. 

(1) Nommé peu après lieutenant de maréchaussée, à ToU' 

lOttSO. 



Bîenlôl, éclaire, sans doute, sur lo trirsle rôlo qu'an 
lui deaiandoraii, il dul. quitter Fontonay. 

Un papier de justice, tirnlire du 20 juillet 1791, nouj? 
montre qu'il était à Châteauilun, rue ilu Lion-d'Or^ pa* 
roisse Saint- Valérie, où des ouvriers démocrates qu'il 
avait obligés envoient • assignation au ci-devani abbé 
Louvart-Pontlevoye d'avoir à leur remettre cinquaule- 
deux livres au sujet de sa cy-devant abbaye de Châ- 
teaudun ». 

Il revint tristement à Fonlenay ; les ari^oiss<*s de toute 
sorte s'accumulaient chaque jour plus aiguës; dans la 
Jamillo on était sans nouvelle de son frère François 
qu'il aireclionnait tendrement et qui était dans tous les 
périls de la eapitale. Ce dernier écrivait, le 4 mars 
1792j très éoura^eusement, une adresse au pcaiple 
franeais pour sauver le roi, laquelle servit plus tard de 
chef d'accusation contre le malheureux Louis XVI. La 
santé de ses parents, âges de prés de soixante dix ans, 
périclitait dans les navrantes incertitudes du lende- 
main; la midadie, la misère et la mort devaient enlever 
à la guillotine ces deux nobles têtes (5 et 7 nrinîm* 
17931. 

En 1792, Tabbé de l'onilevoye avait dû, non-ou, 
se lier avec Tabb** Paillon, en ce temps à Fontenay ; lui 
aussi avait lait ses études à Paris; conciliants, tous les 
deux, plus que d'autres ils auraient mis la paix, si lu 
tempête n'eût souflle avec tant de violence. 

Six éner^uniènes dénoncent le citoyen Louvari- 
Pontlevoye, il est incarcéré et t condamne à la dépor- 
tation avec les citoyens Gandillun, Paillon, La Cou* 
draye et autres », et mené en eriminel aux Sables, atiu 
d'y être embarqué pour TEspagne, le 9 septembre 1791 

Dans un inventaire fait à la mort de ses parents el 
qui constate un assez misérable mobilier, la chanibro 
de l'ablie se composait « (Vun lit a balliére, contenant 
une couverture de cutou blanc, un rideau de colon 
rouge, une table couverte d'un vieux tapis do diver- 
ses couleurs, un fauteuil matelasse à anciens clous 
dorés, un instrument de musique, ap])ele épinette, 
etc., j 

L'abbé de Pontlevoye arrivait malade à Salauder et 
y mourait pieusement en 179'j. Dieu lui avait donne le 
temps de méditer, dans la maladie et la misère, corn» 
bien sont vaines les esperanees des hommes j le Sei- 



-337- 

gneur souffle sur les avenirs les plus assurés et tout 
s'écroule lamentablement..., mais Dieu eut la bonté de 
lui mettre au cœur quelques-unes de ces consolations 
divines qui éclairent parfois d'un rayon céleste les 
derniers jours de notre existence avant de goûter 
les grandes joies du paradis (i). 



(i)M. Simon de Pontlevoye, qui habite le château de Velaudin 
(Bazoges-en-Pare4s}, est le seul en France, dans la ligne mascu- 
line, représentant cette famille. 

Nous sommes redevable de cette notice à M. de Pontlevoye 
que nous remercions aussi pour les autres documents qu*il a 
bien voulu nous communiquer. 



22 



-àâ8- 



PIERRE-JEAN POTEL 

CURÉ DB SAINT-JEAN-BAPTISTE DE tfONTAIGU 
1790 



M. Potel était originaire de Gandé, en Anjou. Son 
frère, procureur prés le Parlement de Paris, fut chargé 
de défendre les intérêts de Thôpital de Montaigu, lors 
de son procès avec Charles-Antoine Durcot, seigneur 
de Puy tesson en 1776. 

La première signature de M. Potel sur les registres 
paroissiaux est du 10 octobre 1768; c'est donc à cette 
date qu'il prit possession de la cure de Saint-Jean-Bap- 
tiste de Montaigu. 

Le 20 juin 1790, à Tissue des vêpres, M. le curé Potel, 
accompagné de MM du chapitre de Saint-Maurice, et 
de concert avec les curés de Saint-Jacques et de Saint- 
Nicolas, bénit solennellement un nouveau cimetière, 
situé prés l'église Saint-Jacques. 

La cérémonie eut lieu par une après-midi des plus 
chaudes. M. le curé, exposé aux rayons d'un soleil 
ardent, fit à ses paroissiens un sermon sur la fragilité 
de la vie humaine : 

« Chrétiens, mes frères, s'était-il écrié, nos jours 
s'évanouissent comme la fumée. La vie de Thomme sur 
cette terre est le passage d'une ombre. Peut-être moi 
qui vous parle, oui, moi peut-être le premier, je vous 
précéderai dans cette nouvelle demeure. Puissé-je, ô 
mon Dieu, l'inaugurer heureusement et y trouver le 
repos éternel (1)1 » 

Paroles de circonstance auxquelles les événements 
donnèrent un caractère prophétique. M. le curé avait, 
en effet, été frappé là d'une insolation dont il mourut, 
le 17 septembre suivant. 



(1) Paroles rapportées par Duoabt-Matifbux qui les tenait 
d'ua témoin. 



ïl fut le troisième enterré dans le cimetière qu'il ve- 
nait de bénir (i). 



(!) Nous devons cette notice et plusieurs autres à l'extrême 
obligeance de M. le D' Mignen, de Montaigu, qui a bien voulu 
nous faire profiter du fruit de ses recherches. 



— 340 — 



CHARLES-DOMINIQUE PODLAIN 

CURÉ DE TREIZE -SEPTIERS 
ET DE SAINT -NICOLAS' DE MONTAIGU 



1793 



Charles-Dominique Poulain était venu du diocèse de 
Saint-Malo. Il fut d'abord curé de Treize Sep tiers de 
1775 à 1782 (1), puis de Saint-Nicolas de Montaigu de 
janvier 1782 jusqu'à sa mort, en octobre 1793. Il avait 
permuté avec M. Hugron, d'abord curé de Saint-Nico- 
las de Montaigu et ensuite de Treize-Septiers. 

M. Poulain eut le malheur de se laisser séduire par 
les idées révolutionnaires et fraternisait avec les fau- 
teurs de la Constitution civile à laquelle il prêta volon- 
tiers serment. Mais, ayant reconnu bientôt son erreur, 
il la répara par un sincère et éclatant repentir. 

Il voulut rétracter le serment prêté et se sépara 
plibliquement des frères et amis, t Vous m'avez con- 
duit, leur dit-il, jusqu'aux portes de l'enfer, mais je 
donnerai ma vie pour ne pas y entrer. » 

Il devait tenir parole. 

Cette énergique déclaration ameuta contre lui toutes 
les haines de ses anciens amis, elle le voua à la persé- 
cution et au martyre. Obligé de fuir de Montaigu, 
occupé sans cesse par des troupes républicaines, il alla 
se cacher dans la paroisse de la Brulliére. 

Mais, en octobre 1793, M. Poulain y fut découvert par 
une patrouille républicaine de larmt'e du Nord et, bien 
que paralyse, amené à Montaigu et fusillé sur le pont 
Saint-Nicolas. On jeta son corps à la rivière. Le cada- 
vre, emporte par les eaux, fut recueilli par un meunier 
et inhume sur les bords de la Maine. 



(l) Au mois de jainier !T78, M. Poulain perdit une tante, 
Jeanne Hainon, ?«pur du tiers-onln» ilo S. Dominique, qui vivait 
avec lui au prt^shyit're «le Treize-S^-pàers, ain^i que sa mére, 
décédée le 7 octobre 177*2. 



i 



— 341 — :* 

Au mois de mai 182B, M. Sidoli, curé de Montaigu, J 

voulant donner aux restes du martyr une sépulture 
chrétienne, les fit rechercher. Mais le courant avait 
miné le terrain et emporté le cadavre. 

Des témoins certifièrent avoir vu, vingt ans aupa- 
ravant, des ossements surnager et entraînés par les 
eaux. 

M. Poulain fut le dernier curé de Saint -Nicolas de 
Montaigu (1). 



(i) M. le D*" MiGNEN a retrouvé l'acte suivant, qui prouve le 
passage de M. Poulain à la cure de Saint-Nicolas : « Messire 
Charles-Dominique Poulain, prêtre et cure de la paroisse de 
Saint-Nicolas de Montaigu, afferme à Pierre Hervouet, laboureur, » 

demeurant à la Bougonuière, paroisse de Saint-Hilaire-de-Lou- ' 

lay, pour trois années à partir de la Saint-Georges 1790, son '| 

bénéfice, appelé Lazard, situé paroisse de Saint-Hilaire-de-Lou- i 

lay, consistant en vingt boisselées de terre, tant en pré qu'en . 

terres labourables, avec une maison y joignant, qui jadis était j 

une chapelle, moyennant le prix annuel de 86 livres et trois | 

charrois de bœufs et charrette par chacun an, à la volofité du )? 

bailleur. Fait et passé au presbytère dudit Poulain, le 26 janvier ,' 

1790. » Signé Poulain, curé de Saint-Nicolas; Trastoor, notaire ï 

royal; Musset, notaire royal, pour registre. ' •' 

Cette ferme ne put parvenir à son échéance à cause de la ^ 

Révolution. Les terres qui constituaient le temporel de la cha- 
pelle Saint-Lazare furent vendues nationalement le 22 février 1791, 
pour la somme de 3,525 livres. Quant à la chapelle elle-même, 
ajoute le D' Mignen, auquel nous devons cette notice, il n'en 
reste plus rien. Bâtie au fond du vallon, sur le bord même du 
chemin du Moyen- Age, ce n'était qu'une très modeste habitation 
qui, comme l'indique la ferme susdite, ne servait plus au culte 
longtemps avant la Révolution. 



— 34i » 



MCQUËS-GALtltlEL KAIMBEUT 

GUné DE LA LIMOUZINIÈRK 
1795 



Lf^ 16 février I7fi2, le si pur Siniou Gonpilleati, notaire 
aposloliquo «le Saiiit-Gillns-sur-Vie, rédigeait le titre 
clérical de Jact^ues r:;ihri»'î n;rftnin'rt, clerc Lousure, né 
à Vairè. 

Ce jeune clerc fut urunïmc iueLrc a NôtU de i7H3, cl, 
quelques semaines après, nommé vicaire au Granil-Luc, 
En février 1779, il fut appelé a la cure de la Limou/.i- 
niére, vacante par la mort de M. Thibaudeau, qui Toc- 
cupait depuis 1767* Lorsqu'après le refus du serment 
îï la Constitution civile la situation ne fut plus tenable 
pour tes prêtres lidèles, M. Haimberl apposa une der^ 
nitre fois sa sif^nature sur le registre paroissial, et 
quelques jours après, le 25 juillet 1792, sans attentlre 
le décret de proscription, se présenta aux Sables avec 
quelques confrères pour s'embarquer sur le sloop la 
Prooidence. 

Los vents contraires ayant retardé le départ, Ja mu^ 
nicipalité des Sables songea à interner les prétre.s à 
Fontenay. A leurs prières, le capitaine prit la mer et 
les conduisit h Saint-Sébastien, où ils vendirent une 
cargaison de sel, embarquée pour se créer des ressour- 
ces à l'arrivée en Espagne. 

L'un des passagers, M. Gandin, vicaire de GoCx, écri- 
vait, le 1% septembre suivant, â sa mère : t J'ai trouvé 
abondants le repos et la tranquillité que j'ai cherchés 
sur une terre étrangère. Vous savez que M. Raiuibert 
partage mou bonheur. » 

Les deux amis habitaient Briones dans la Vieille-Cas» 
tille, sur les bords de l'Ebre, à vingt-huit lieues de 
Saint-Sebastien. 

M. Baimbert mourut en exil dans les premiers mois 
de l79o. Le 2 juin de cette année, M«' de ^î ' >i\ 

son éloge eu écrivant a M. Paillon : « Je re^ i a* 



- 343- 

ment la mort de trois de mes frères, particulièrement 
celle de rexcellent curé de la Limouzinière, annoncée 
dans votre lettre du 17 avril (1). » 



(I) M. BouRLOTOB. Revtie du Bas-Poitou, 1900. 



— 3i4-« 



FRANÇOIS-JOSEPH RELIQUET 

CURÉ 0£ LA BOISSIËRS-DE-MONTAIGU 

Décembre 1793 



M. Reliquet, né à Vieille vigne en 17i8, était curé de 
la Boissière-de-Montaigu bien avant l'époque de la 
Révolution, car on trouve sa signature dés 1784 sur les 
registres de cette paroisse. Obligé de quitter la Bois- 
sière pour avoir refusé le serment, il se retira à Vieil- 
levigne, au village de l'Hommetiére, jusqu'au moment 
où il suivit la grande armée, dans laquelle son frère 
Gabriel avait un commandement, lors de la défaite de 
Ghallans, le 13 avril 1793. 

Il revint de nouveau se réfugier à rHommetiére 
dans Tune de ses propriétés, et s*y tint caché ou bien 
dans la campagne autour de Vieillevigne, dans la par- 
tie opposée à Montaigu, où était une garnison républi- 
caine. Mais toujours pourchassé par les Bleus, M. Reli- 
quet se vit obligé de quitter le pays et de regagner 
l'armée d'Anjou. Il passa la Loire, accompagnant plu- 
sieurs de ses paroissiens et quelques hommes de Vieil- 
levigne, parmi lesquels il avait un parent, IL Guéraud, 
et les deux enfants de celui-ci. 

Dans la déroute de Savenay, il trouva la mort avec 
un grand nombre de Vendéens, le 21 décembre 1793, 
ainsi qu'il résulte d'un certificat notarié en date du 9 
prairial, an VIII (1). 



(!) D'après M. Pontdevie et M. BomDEAUT, vicaire de Vieille- 
vigne. 



-348- 



JEAN-BAPTISTE REMAUD 

CURÉ DES CLOUZEAUX (1) 

1794 



La religieuse paroisse de Chavagnes-en-Paillers 
donna naissance à M. Remaud, curé aux Glouzeaux en 
1786. En 1791, il consigna sur le registre paroissial ce 
qui suit au sujet du serment constitutionnel : 

« Aujourd'hui, 20 février 1791, en chaire, à notre 
messe paroissiale, après avoir fait mon prône ordinaire, 
j'ai fait le serment civique exigé du clergé de France par 
les laïques de l'Assemblée nationale : Je jure de veiller 
avec soin sur les fidèles dont la conduite m'est ou me 
sera confiée par l'Eglise, d'être fidèle à la nation, à la 
loi et au roi, de maintenir de tout mon pouvoir la Con- 
stitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée 
par le Roi, tout ce qui est de la compétence de l'Assem- 
blée, sous la réserve expresse des droits de la sainte 
Eglise catholique, apostolique et romaine, dans son 
régime spirituel. 

c Remaud, 
« curé des Clouzeaux. » 

Cette formule, en effet, était loin de satisfaire Tauto- 
rité civile et M. Remaud, se considérant comme démis- 
sionnaire, régla ses comptes avec la fabrique, le 10 
août 1791, en lui remettant dix- huit livres, recueillies à 
l'église comme oblations depuis le 20 juillet et dont 
un reçu fut signé au sieur Remaud, ci-devant curé. 

Le bon pasteur s'éloigna le moins possible des Clou- 
zeaux pour se tenir à la disposition de ses paroissiens, 
disant la messe chez les dames de la Blanchére en 
Sainte-Flaive. Ces dames ayant été massacrées chez 



(1) Un autre M. Remaud, Pierre-Marie, son neveu, était curé 
de Ghavagnes-en-Paillers et mourut en 1801. M. Baudouin lui 
succéda. Un autre était vicaire de Ghavagnes. 



elles^ il se cacha tour à tour u wnbriillùYt*^, u u 

rAurioliôre, puis A Ghal^^ne-Vert et à la P;- ni 

prés de Nioul-lc-DoU»uL 

Ealla ceclanl aux conseils ili.» sa servante, originaire 
comme lui de Chavagnes-eii-PaillorH, il se réfugia dans 
sa paroisse natal e. 

Ceux de ses confrères qui traversaient Chàvaprnrà 
pour se rendre ii an porld*embarquemfnl tt»|)ressaieut 
de les suivre. Maïs il refusa d*: i[iiiUer le»; dfux îihhrs 
Fîcmaud, ses n«?veux, curtî et vicain* à Chav, 
ainsi que M. Dolbecq^ curé de Saiiile-Cêcile, el M. tn n* 
laud, curé de Sainl-Fulgent, rclirês auprès d'eux. Lors* 
qup les ressources c*omnunies furent épuisées, Us 
eurent recours à la charile des âmes pieuses. 



Un jour la garde naliouale des Herbiers survînt « 
l'improviste pour arrêter ces prêtres. Grfteo a des 
déguisements ils réussirent îï traverser les pontes qui 
cernaient le presbytère et ils se cachèrent daas les 
bois où des amis leur apportaient la nourriture. 

Mais des chasseurs ayant découvert leur n " i^ 
curé des Clouzeaux et celui de Chavaguos i al 

au bourg et y passèrent la fin de la terrible année 
1793, Au commencement de 1794, par crainte des co- 
lonnes infernales, le curé des Clouzeaux se réfugia 
dans la paroisse des Essarls. 

Il disait la messe dans un grenier du logis do la Vri- 
gnonnière quand on vint le prévenir de Tarrivéo d*tiii 
détachement de cavalerie républicaine. Ayant voulu 
s'assurer du fait, il tomba au milieu de ses ennemis et 
fut égorgé a Tinstant Les Bleus cruels, pour assouvir 
leur haine, lui arrachèrent la langue et mirent son 
corps en lambeaux. U fut enterré dans la prairie voi- 
sine du Logis. C'est ainsi que termina ses jours ce Lion 
prêtre qui avait voulu remplir jusqu*à la tin ses devoirs 
de pasteur. 

c LVUleution et le respect des fidèles, dit M. Prunier, 
restèrent tournés vers cette tombe vénérable et le peu- 
ple crut y voir comme un rayonnement miraculeux de 
gloire. C'est la tradition locale, dit M. Tabbé Grolleau, 
curé des Essarls, que de nombreux témoins ont aperçu, 
le soir, une lumière mystérieuse brillant sur les reslêâ 



-347 — 

de ce prêtre immolé en haine de son caractère sacer- 
dotal. 

« Vers !840, M"* Jaud, propriétaire du manoir de la 
Vrignonnière, avait observé que Therbe ne poussait 
janoiais sur la tombe de M. Remaud. Frappée de ce 
phénomène, elle eut l'idée de faire exhumer le corps 
du martyr. On le trouva dans un état de parfaite con- 
servation, mais au premier contact, les chairs tombè- 
rent en poussière, et il ne reste que les ossements, qui 
furent d'abord transportés dans le cimetière de la 
paroisse et qui sont aujourd'hui déposés dans l'église. 

€ Le sacristain d'alors prit comme une relique Tos du 
pouce, maintenant entre les mains de M~ la vicom- 
tesse de Rougé. • 

{Martyre de la Vendée, p. 308 et 309.) 



— 348 — 



CHARLES RETAILLEAU 

VICAIRE, PUIS CURÉ DES LANDES-GENXJSSOX 
1794 



M. Charlos Retaillcau, d'abord vicaire des Landes de 
1761 à 1779, sous le vénéré M. Thomazeau, puis curé de 
Sainte-Soullo, en Aunis, revint comme curé en la pre- 
mière paroisse à l'origine de la Révolution, le 28 mars 
1789. C'était à la mort de son ancien curé, auquel il 
succédait immédiatement. 

Né à la Verrie, où sa famille jouissait d'une considé- 
ration méritée, ce saint prêtre n'était donc pas un 
inconnu pour ses paroissiens. 

Nous l'appelons Saint et ce mot semble bien lui con- 
venir puisque, mettant fidèlement en pratique les con- 
seils évangéliques, il vendit ses biens pour en em- 
ployer le prix en bonnes œuvres : soulagement des 
pauvres, restauration et décorotion des églises, etc. 

Il possédait, en Saint- Aubin-les-Ormeaux, la moiti«î 
d'unie métairie dont les revenus furent employés, en 
grande partie, pour l'église de Sainte-Soulle. 

t Voici, dit M. Jean-Baptiste Poireau (l), comment on 
m'a raconté sa nomination à la" cure des Landes. 

f M^'" l'évuque de La Rochelle étant allé le voir à 
Sainte-Soulle, lui dit avant de le quitter, sans lui desi- 
gner encore le poste auquel il allait l'appeler : t Mon- 
f sieur le curé, vous avez fait dire bien des chapelets 
€ à Sainte-Soulle, il est temps que vous retourniez 
€ dans votre pays, car c'est là que vous devez finir vos 
f jours. » Ces dernières paroles devaient être prophé- 
tiques, car elles ont eu leur accomplissement aux jours 
de la Terreur. 

f Formé à Técole de M. Thomazeau, prêtre distingué 
sous tous les rapports, M. Retailleau semblait avoir 



(1) Curé de la Chapelle- Achard. 



-349- 

hèrité des vertus de son ancien maître, auquel la Pro- 
vidence rappelait à succéder. Aussi, les jours mauvais 
qui se levaient à l'horizon et qui effrayaient les plus 
braves n'abattirent point son courage. Sa vertu, au 
contraire, sembla grandir avec les difticultés. Il ne 
devait pas quitter le troupeau chéri dont Dieu l'avait 
constitué le principal gardien, mais en vrai pasteur des 
âmes, il allait donner sa vie pour ses brebis. » 

Voici le portrait qu'a tracé de lui un membre de sa 
famille : 

f Mon grand-oncle, écrivait, en 1895, M. Bouchet, curé 
de Chambretaud, a laissé dans notre famille le souve- 
nir d'un saint : il paraissait heureux quand il entendait 
gronder le tonnerre. On le voyait alors ouvrir sa fenê- 
tre comme pour mieux jouir du grandiose spectacle, 
mais si on lui en demandait la raison, il répondait que 
lorsqu'il tonne, bon nombre de pécheurs demandent 
pardon à Dieu et qu'il ne se commet point alors de 
péchés, f C'est pourquoi, disait -il, je voudrais que 
t Torage durât bien longtemps. » Et il semblait prier 
Dieu d'augmenter la violence du tonnerre, afin de 
donner aux hommes une grande idée de sa puissance 
et l'occasion d'implorer leur pardon. 

f Ne redoutant point la mort, il n*a jamais aban- 
donné sa paroisse. Il avait eu soin, de son vivant, de 
se débarrasser de toutes les richesses qui n'ont pas 
cours au ciel. » 

C'était bien le pasteur qu'il fallait dans la paroisse 
des Landes, aux jours dangereux de la Révolution. 



Après avoir, comme tant d'autres bons prêtres, refusé 
le serment, M. Retailleau ne voulut point quitter son 
cher troupeau. Il se retira dans une maison du bourg, 
appelée le Grand-Logis, et continua d'exercer son zélé 
et sa charité avec un dévouement qui devait le con- 
duire à la mort, mais aussi à la gloire. 

Dans sa retraite du Grand -Logis, située dans la 
grande rue, en face de celle qui conduit au presbytère, 
sa présence était peu soupçonnée et, en cas de danger, 
la fuite devenait facile. Le péril semblait-il le menacer 
on le prévenait, et il se sauvait par une porte du fond 
du jardin, à trois cents mètres de là, dans un grand 



^ 580 - 

clmtnp apiirlè le Pâtis dn la TissurmU'^nN 11 .4'^Ulil 
amënagô là, au inilirm d'uDt» hiiiu ùptiisst^ uni» piflite 
cachette très difficile â dêrouvrir. îlnti fois <iî*nH ce 
refuge, il pouvait faeilemoiil échapper aux recherches 
les plus minutieuses des i^oldals répuhllcalnsi à moinâ 
d'être trahi, ce qu*il n'avait pas ù craindre de ses 
paroissiens. Mais Dieu voulut le sacrîtlce de sa viei 
pour donner sans doute un grand exemple do dûvoiïi*' 
ment aux habitants des Landes. 

La peur d'être découvert ne le reteîiait pas oisif, el 
les registres de la Pal»rique (^.onstatent quMI a fait des 
sépultures en sa paroisse pendant le régne le pitis 
dangereux de la Terreur, notamment lo B scplembrc» 
1793 et les 18 et 22 octobre suivants : 

M. Aillory, dans ses Chroniques, fait le réeil (Wfy dou- 
loureux événements qui précédèrent et accompagné' 
renl sa mort : t Le 7 février 1794, une colonne répubU* 
caino, forte de l.iOO hommes^ allait en corresr - V iicô 
de Montaîgu à Mortagne par TilVauges. et tri- les 

ponts de cette dernière localité coupés, vint par les 
Landes pour reprendre la roule de Morlagne- Au pont 
de Ghambrette. cinquante hommes du pays obser- 
vaient ce qui allait se passer. A la vue des républi* 
cains. ils hrent une décharge et prirent la faite. Les 
républicains les poursuivirent jusqu'au bourg, ou iLs 
saisirent toutes les personnes qm s'y trouvai(*nt» fem- 
mes et enfantSi et les conduisirent, au nombre d'une 
centaine, dans un champ voisin, sur la route de TifTau» 
ges, et les fusillèrent au nombre de (juatre-vingt huit 
Une douzaine de personnes seulement trouva le moyen 
de se sauver. Après la fusillade, ces républicains cou- 
pèrent par morceaux les enfants et autres qui n*6laient 
pas morts. Depuis ce temps, le champ a louyours porté 
le nom de Champ du massacre. 

« Ce même jour, une partie du bourg fut brûlée. 

• Le dimanche de la Passion, même année, les sol* 
dats répubUcains, se rendant de Mortagne à MnntiUfjU^ 
après avoir tué les personnes quils trouvèrent ilans le 
bourg, entre autres M. Retailleau, brûlèrent Teglise el 
les maisons qui existaient encore, t 

M, labbé Bourhet précise les circonstances de 11 
mort de M. Retailleau ; t Le saint prêtre s'élall caché 



dans un buisson (1), près du bourg, quand arrivèrent 
les soldats. Sa sœur, surnommée la bonne sœur à 
cause de son dévouement pour les pauvres et les 
enfants, et sa servante se trouvaient non loin de là. 
Il s'empresse de sortir de sa cachette pour les prévenir 
du danger. C'était trop tard. Il est aperçu par les sol- 
dats qui déchargent sur lui leurs fusils et Tachévent 
ensuite à coups de sabre. Quelques instants après, sa 
bonne sœur était fusillée à son tour. Seule, la servante 
put échapper à la mort par la fuite. 

M. Bouchet ajoutait : t Un des frères du bon curé des 
Landes fut sabré, à la tête de ses cavaliers, à la bataille 
de la Tremblaye. Un autre, vieux et criblé de blessu- 
res, se fit attacher sur son cheval pour pouvoir conti- 
nuer à se battre, au dernier combat de Rocheserviére. 
Frères et sœurs étaient dignes les uns des autres. » 



Les chroniqueurs ne sont pas d'accord sur l'époque 
de la mort de M. Retailleau M. Bouchet, on Ta vu, 
parle du temps de la Passion. Mais une autre version 
porte à croire que ce fut vers la fête de tous les saints, 
c Ce qui nous le fait présumer, dit M. Tabbé Poiraud, 
c'est qu'une note laissée par son successeur pour servir 
de guide, pendant celte lugubre époque, ne mentionne 
aucun acte postérieur à cette date. Les deux derniers 



(1) Les buissons fourrés et les arbres creux furent souvent un 
asile pour ces proscrits de la Révolution. Une dizaine d'années 
après ces sanglants événements, des bûcherons abattaient, un 
jour, dans cette paroisse, un vieux chêne têtard, lorsque tout-à- 
coup ils reculent épouvantés... En ouvrant le tronc creux, ils 
aperçoivent un squelette d'bomme debout auquel des chairs des- 
séchées étaient encore adhérentes sur certaines parties. La pré- 
sence de ce cadavre paraissait très explicable pour tous ceux qui 
avaient vécu ces jours de sinistre mémoire. 

Ce squelette, à n'en pas douter, était celui d'un homme, d'un 
prêtre peut-êlre, caché là pendant la Terreur pour échapper aux 
poursuites des Bleus et qui y était mort de faim ou de maladie. 

Ce fait, ajouté à tant d'autres, ne donne-t-il pas raison au poète 
qui a dit qae dans les champs de l'héroïque Vendée 

Aucun épi n'est pur de sang humain, 
au moins dans les années qui suivirent ces tristes événements. 



— 384- 

acles do sou minislère signes de lui sonl deux sépul- 
tures, l'une îi la date du 18, l'aulre du ii uctobro 17W. 
♦ Un pareni de ce rligne prêtre m'a dit qu'il avait H^. 
découvfîri par un de ces cliiens qi*e les sdidals répu- 
blicains menaient avec eux, et eoupê en morceaux» 
ainsi que Irniji religieuses cachées près de là », Quoi 
qu'il eu soit le lait certain, c*esl que la mort ûe 
M. RelaiUeau est l'œuvre des impies républicains et 
qu'elle est celle d'un saint et d un martyr. 



Pendant ces jours de triste mémoire, le troupeau ne 
fut pa*î plus épargné que h* pasteur. Le.s è|>ûqiies les 
plus terribles pour les Landes ont êlc les (lernit 
mois de 1793 et le?» premiers de 171)4, alors que 
Mayencais et les colonnes infernales, parcouraul 1^ 
pays, portaient partout le ravage et la mort. 

Outre les faits racontés plus haut, nous avons des 
faits et des noms plus précis. Le 3 février 1794 furent 
tués et inhumes dans le cimetière des Lnndes parle 
sacristain, Perrine RelaiUeau, lemme Audureau à la 
Vincendiére, et Perrine AudureaUj sa lille. î\gèe il^ 
quinze ans. Le même jour fut lue Julien Jourtrinau. 
ills de Julien JoulTriiiau et de Marie Ouvrard, à Lou- 
vrardiére, Agé de trrntc-ciiKj ans. 

A la même époque, un vieillard, Pierre Girard, 
occupe à soigner ses bœufs, fui atteint d'un coup de 
feu par les soldats bleus. Plus lard, il mourut de (îolle 
blessure- C/est lui qui avait fait élever, sur le chemin 
du Plessis, non NMu de Thuct, la croix de granit qu oft 
voit encore aujourd'hui. Pendant la Révolution, ce bon 
vieillard cachait les prêtres au péril de sa vie, et il mé- 
ritait celte gloire d'être victime des ennemis des prè* 
très. Il a ilû monter au ciel chargé de mérites. 

€ A tous ces noms, continue M. Poireau, ajoutons cn^ 
core celui d'une femme figée de soixante-tleux anSj 
Jeanne Duuciu, veuve de Jean Mineau. Ses parenlâ 
allèrent Tinhumer dans le cimetière de Saint-Martin, te 
3 mars 1794. » 

Tous ces chrétiens, ayant ète massacrés en haine de 
la Religion, leurs noms qui nous ont été transmis avec 
soin sont vraiment des noms de martyrs, dignes du 
prélre qui lut leur chef et leur modèle dans sa vie t{ 
dans sa mort. 



^m^ 



FRANÇOIS-PIERRE DE RIEUSSEC 

CHANOINE, VICAIRE GÉNÉRAL 

1754-1795 



L'abbé de Rieussec était étranger au diocèse de 
Luçon. 

Né à Lyon, il avait été appelé en Vendée par M^f de 
Mercy, qui le tenait en haute estime. Bien qu'ayant 
refusé le serment constitutionnel comme titulaire du 
prieuré de Belle-Noue et de la chapelle Saint Nicolas, 
en Belleville, il obtint du district de Fontenay un trai- 
tement provisoire de 3.000 livres. 

En qualité de vicaire général et fondé de pouvoirs 
des ecclésiastiques de la ville de Luçon non fonction- 
naires publics, il adressa au môme district une pétition 
tendant à ce que, sans égards a la réquisition du sieur 
Rodrigue, évoque, il fût permis aux prêtres connus et 
domiciliés à Luçon de dire la messe dans l'église de 
rhôpital comme dans les autres, sans qu'il fût néces- 
saire de faire vérifier leur qualité de prêtres. 

Cette pétition devait être communiquée au citoyen 
évéque de la Vendée, aux administrateurs de l'hôpital 
et à Ja municipalité de Luçon, pour obtenir leur avis et 
le communiquer au Directoire. 

Il faut avouer que cette démarche était audacieuse à 
cette époque, et dans les circonstances où se trou- 
vaient les prêtres. 

Mais la marche des événements ne permit pas de 
terminer cette affaire. Bientôt même M. de Rieussec 
dut pourvoir à sa sûreté personnelle. 

Il se réfugia d'abord chez M"° la comtesse de la Bou- 
tetiére, à Saint-Mars, prés Saint- Philbert du-Pont- 
Gharrault, avec un autre chanoine, M. Villoing. Puis, 
lorsque cet asile ne fut plus lui même sans dangers, il 
se décida à gagner la Suisse, d'où il entretint avec 
W de Mercy une correspondance suivie et donna 

23 



des preuves d'un zèle que le malheur ne décourageait 
pas. 

€ M. de Rieussec est à Fribourg », écrivait à M. Pail- 
lon Tévéque de Luçon, le 6 novembre 1792. 

Les lettres du prélat vont, jusqu'à la fin de cette dou- 
loureuse époque, indiquer l'itinéraire de l'exil de ses 
vicaires généraux qu'il ne perd pas de vue, non plus 
qu'aucun de ses prêtres. 

f L'abbé de Rieussec a quitté Fribourg. Je viens de 
recevoir une lettre de lui du 27 mars, datée de Liège où 
il venait d'arriver à bon port, après bien des désa- 
gréments et des fatigues. Il ne me mande pas le lieu où 
il se fixera; il me le mandera et à vous quand il y sera. 
Il parait que ce ne sera pas loin de Liège. » (Lettre du 
15 avril 1794) 

M. de Rieussec lui-même ne savait guère où il devait 
se fixer, son activité le portant toujours à aller où il 
pouvait y avoir quelque chose pour exercer son zèle. 

€ L'abbé de Rieussec me mande de Bruxelles qu'on 
est plein d'espérance dans ce pays-là, et que, d'après 
les données qu'ils ont, il espère que la Vendée nous 
sera ouverte cet automne : ainsi soitill » (Lettre du 
13 mai 1794) 

Mais les succès de l'armée vendéenne furent de 
courte durée, et l'invasion de la Belgique par les Fran- 
çais mit bientôt ces illusions à néant. Deux mois plus 
tard, M^ de Mercy écrivait (27 juillet 1794) : t S'il est 
vrai, comme on le craint, qu'on soit obligé d'abandon- 
ner Bruxelles, je ne sais ce que deviendra la multitude 
de prêtres qui sont dans ce pays, et particulièrement 
l'abbé de Rieussec, dont j'ai eu des nouvelles du 
20 juin, et qui alors paraissait encore tranquille. » Et à 
la lin de la même lettre : c Comme tous les autres 
émigrés, l'abbé de Rieussec est sorti de Bruxelles le 
27 juin. J'ignore où il est allé... L'abbé de R. a été 
obligé de fuir de Bruxelles la veille que les régicides y 
sont entrés. Je n'en ai pas eu de nouvelles depuis, je 
sais seulement qu'il est en sûreté. » 

On voit comme le prélat s'intéressait à son ami. 

Les nouvelles vinrent bientôt : t L'abbé de Rieussec 
est actuellement à la Haye, et Dieu veuille qu'il y soit 
longtemps tranquille. » (Lettre du 8 octobre 1794.) Mais 
au 8 janvier 179o, le vicaire général avait quitté la 



Hollande pour passer en Angleterre, où sa présence 
paraissait plus utile aux intérêts qu'il voulait servir. 



Dans son histoire de la Vendée militaire, Tabbé De- 
niau parle du rôle important que M. de Rieussec joua 
dans les négociations entamées pour ramener la con- 
corde entre Puisaye et d'Hervilly, et dit que les lettres 
écrites par l'abbé, dans ce but, aux deux chefs roya- 
listes, sont des chefs d'œuvre de raison, de nobles sen- 
timents et de dévouement à la cause royaliste. 

Ce fut en pure perte, et M. de Rieussec, pour faire 
diversion à cette triste affaire, résolut de prendre part 
à Texpédition de Quiberon pour rentrer en France. 

€ Le 10 mai, Tabbé de Rieussec me mandait qu'on 
croyait BrumauU (de Beauregard) heureusement arrivé 
en Vendée. Lui-même se disposait à partir avec l'évé- 
que de Dol et d'autres prêtres. » 

Le vicaire général partit, en effet, de Londres, le 
8 juin 1798. 

M. de Beauregard, dans ses Mémoires^ raconte que, 
dans la traversée d'Angleterre à Quiberon, il aperçut 
le bâtiment qui portait l'évêque de Dol, l'abbé de 
Rieussec et d'autres prêtres. Il les salua avec le porte* 
voix et ce fut M. de Rieussec qui lui cria : « Nous 
allons nous revoir. Je vous porte quelques effets et de 
l'argent. Votre frère va vous rejoindre. » 

On sait quel désastre termina cette expédition fa- 
tale, mais on n'en connut pas de suite toute reten- 
due. € Je suis dans des inquiétudes mortelles sur le 
compte de l'abbé de Rieussec qui faisait partie de ce 
débarquement du 26 juin à Quiberon >, écrivit M»' de 
Mercy, le 28 août 1795. 

Les Anglais avaient effectué leur débarquement à 
Quiberon et, en effet, dans ce débarquement étaient 
compris l'évêque de Dol, l'abbé de Rieussec et une 
vingtaine de prêtres Mais le vicaire général, qui, 
d'abord, avait échappé au massacre, fut fait prisonnier, 
enfermé à Auray, puis envoyé à Vannes avec quinze 
autres prêtres, sur des charrettes, dans la soirée du 27 
juillet, après avoir comparu devant une commission 
militaire. 

Le funèbre cortège arriva à Vannes vers minuit et 



les condamnés furent enfermés dans des cachots, au- 
dessous d'une porte de la ville. Le lendemain matin, à 
neuf heures, on vint leur annoncer qu'ils seraient 
passés par les armes à dix heures. Conduits, les mains 
liées, sur la promenade de la Garenne, on les fit passer 
sur urte seule ligne et on les fusilla {l). 

C'est là que se termina la vie si agitée de M. de 
Bieussec. Sur le monument élevé à Quiberon est gravé 
son nom pafmi ceux des autres victimes. 



(1) D'après M. Bouhloton, Revue du Bas-Poitou. L'exécution 
eut lieu le 28 juillet 1795. 



-357 — 



M. RIOU 

CURÉ d'APREMONT 

1793 



La famille de M. Riou, domiciliée à Coëx, comptait 
quatre enfants, dont deux ecclésiastiques qui, avec leur 
père, furent incarcérés dans la prison de Rosnay, aux 
Sables-d'Olonne. dès le début de la Révolution. Deux 
des enfants flrent partie d'un convoi de prisonniers des 
Sables, envoyés par mer dans lès prisons de Noirmou- 
tier. Cette famille, désignée par ses sentiments reli- 
gieux et royalistes aux exaltés de cette époque, eut 
beaucoup à souffrir des événements révolutionnaires. 

M. Riou, un des enfants, était curé à Apremont, 
depuis plusieurs années Pieux, attaché à ses devoirs, 
et très aimé de ses paroissiens, il était d'un caractère 
un peu faible. Aussi, quand fut promulguée la Consti- 
tution civile, il crut pouvoir l'accepter et faire serment. 
Mais bientôt, effrayé des suites de son adhésion,, il se 
rétracta et fit quelques restrictions. 

Les officiers municipaux d' Apremont, qui lui étaient 
dévoués, fermèrent les yeux sur ces restrictions ap- 
portées au nouveau serment, sauf en ce qui pouoait 
être contraire à la religion catholique, apostolique et 
romaine, dans laquelle il déclarait vouloir vivre et 
mourir. 

Au mois d'avril 1791, eut lieu à Apremont une 
émeute d'une gravité exceptionnelle, dont faillit être 
victime le bon M. Riou. 

f Le 2i de ce mois, rapporte D. Chamard, sur Tinitia- 
tive de l'un des membres du district de Ghallans et 
avec le concours du vicaire assermenté Michel Miracle 
et du juge de paix d'Apremont, René Merlet, les patrio- 
tes de ce bourg prenaient la résolution de fonder dans 
le village un Club des vrais amis de la Constitution^ et 
par là même de s'affilier au Club des jacobins de Pa- 



ris (1). L^appel aux adhérents était fait publiquement au 
prône le lundi de Pâques par le vicaire assermenté. » 

Il est facile de comprendre pourquoi cette invitation 
à s'unir à une société impie, faite dans une église, un 
jour de fête (le lundi de Pâques), souleva d'indignation 
tous les bons habitants lldèles à la religion de leurs 
pères. 

Le sieur Merlet, nommé président de la nouvelle 
société, osa même, à Tissue de la grand'messe, inviter 
plusieurs paysans de la paroisse à assister à la pre- 
mière séaTice qui devait avoir lieu après les vêpres. 

Cette profanation du lieu saint fut très sensible à la 
foi vive de M. Riou. C'en est trop. 

L'imprudent provocateur est aussitôt entouré d'une 
foule nombreuse qui le menace. Son fils et les autres 
patriotes accourent à son secours, mais ne peuvent 
contenir la colère des fidèles paroissiens. » Vous coules 
chasser notre curé, criait la foule; c'est un braoe 
homme : nous ne voulons pas qu'il s'en aille; toute la 
matinée il a pleuré dans son confessionnal, » 

Il pleurait alors la faute qu'il avait d'abord commise, 
en faisant serment sans condition. Ses paroissiens, 
compatissant à sa douleur, étaient d'autant plus irrités 
contre ceux qui l'avaient entraîné dans ce scandale. 



Après les vêpres du même jour, nouvelle? émeute 
plus grave encore que le malin. Olîiciers municipaux 
et gardes nationaux furent poursuivis à coup de faux et 
de fourches. Le dimanche suivant, i" mai, une foule 
de i)aysans, armés de fusils et de faux, s'attroupent au- 
tour de la maison du vicairr assiu'mcnlê et le condui- 
sent de force chc/ le curé, avec injonction d'imiter 
celui ci et de se rétracter comme lui, sous peine d'être 
chassé de la paroisse. 

Afin mênn^ d'empêcher les patriotes de remplacer 
leur cure par un intrus, ils résolurent de monter la 
garde, nuit (H jour, îiulour du presbytère. Aussi bien, 
ces prêcaulions n'étaient pas inutiles, car quatre 
patriotes au moins, ditChassin, avaient projeté de le 



(1) Ghassin. 



mettre à mort. Ces exaltés avaient proposé à M. Rîou 
d'aller avec eux se promener sur le bord de la rivière 
pour Ty jeter et le noyer. 

Dans Tinterrogatoire que le curé d'Apremont subit à 
la suite de ces faits, il avoua qu'on avait tellement 
indisposé contre lui les soldats qui allaient venir à 
Apremont que le projet était formé de lui trancher la 
tète, en arrivant, et de l'emporter en triomphe à Chal- 
lans. Il était décidé, au reste, à se faire couper le cou 
plutôt que de changer ses principes et ne quitterait la 
paroisse que forcément. 

Appuyé sur le concours et rattachement de ses pa- 
roissiens, M. Riou resta longtemps dans le pays, malgré 
les persécutions dont il était sans cesse Tobjet. Mais 
il dut se cacher lorsque, par arrêté du Département, 
les prêtres réfractaires furent internés au chef lieu. 

Il ne s'embarqua pas pour l'Espagne, en exécution 
de la loi du 26 août 1792, mais demeura aux environs 
de sa paroisse pour continuer ses fonctions curiales, 
assuré de la protection des bons catholiques. 

On le retrouve l'un des plus actifs parmi les promo- 
teurs du soulèvement de mars 1793; il étonna ses amis 
par l'énergie et la fermeté de sa conduite. Il allait payer 
de sa vie cette fermeté dans les principes de la foi 
catholique, car un jour les patriotes réussirent à s'em- 
parer de lui et l'emmenèrent à Challans, où il fut em- 
prisonné et mourut, au témoignage de Dugast-Mati- 
feux. 



— 360-* 



AMBROISE-JACQUES RIVEREAU 

CUnÈ DE SAINT-PAUI.MOXT-PENIT ET DE GOMMKQUIERS 

1793 



A Tépoque révolutionnaire, M. Rlvereau était curé de 
Saint- Paul et fut chargé aussi de la paroisse de Com- 
mequiers. Dans cette dernière, il eut un sacristain, 
Jean Grivet, qui paya de sa vie son dévouement à la 
cause catholique et royaliste. Celui-ci fut arrêté, con- 
duit aux Sables, après le départ de son curé, et con- 
damné à mort. Son exécution eut lieu le 23 mai 1793. 

Le 15 septembre 1792, M. Rivereau, ferme dans sa foi 
et ses devoirs de pasteur, ne voulant point adhérer 
aux doctrines révolutionnaires, fut forcé, comme tant 
d^autres. de prendre le chemin de l'exil, et, pourtant, il 
ne voulait pas laisser son troupeau sans pasteur; sa 
piété lui suggéra d'exécuter un dessein vraiment 
venu du ciel, t Une tradition locale, dit M. le chanoine 
Prunier, lidèlemenl conservée, nous dit qu'avant son 
départ, inspiré par un zèle qu'on serait tenté de taxer 
d'imprudence, il conçut la pensée de donner pour gar- 
dien aux brebis qu'il abandonnait Jésus-Christ lui-mê- 
me, toujours présent dans le tabernacle de l'église 
de Saint-Paul. » 

Après avoir célébré une dernière fois le saint sa- 
crifice de la messe et consommé les saintes espèces 
cont(mues dans le cil^oin', il laisse à dessein dans le 
tabernacle une hostie consacrée qu'il enveloppe avec 
soin dans un corporal, puis, il referme à clef la porte 
sur le divin prisonnier, éteint la lampe du sanctuaire et 
part pour l'exil, laissant son église et sa paroisse à la 
garde du Dieu de l'hostie. 

Il avait mis dans la confidence de son pieux secret 
quelques saintes personnes de Saint-Paul, en leur con- 
liant, sans doute, la clef du tabernacle. Ces geôlières 
privilégiées de Jésus-Christ, caché dans son sacre- 
ment, n'abandonnèrent pas Tadorable Captif. Elles 



— 361 — 

lui firent avec prudence de nombreuses et ferventes 
visites. 

Mais un jour, Saint -Paul, tout abrité qu'il était dans 
les profondeurs des bois, est envahi par les bandes im- 
pies que la persécution lançait en tout sens sur les po- 
pulations chrétiennes de la Vendée. Les profanateurs 
de nos temples viennent occuper militairement ce 
bourg solitaire, et, pendant huit jours, ils font de 
l'église une caserne et, sans doute, une écurie, comme 
ils faisaient partout ailleurs. 



Les confidentes du pasteur exilé, comme Marie-Ma- 
deleine autour du Saint- Sépulcre, ne cessaient de 
rôder, à la dérobée, autour de Téglise et de THôte 
divin qui Thabitait toujours. Jésus Christ restait là, 
jour et nuit, en présence des envahisseurs. Mais il vou- 
lut y rester, non pas seulement sous Thumilité de sa 
vie cachée, mais aussi dans sa puissance, comme le 
fort armé dont nous parle l'Evangile, et qui se charge 
de garder lui-même sa demeure. 

C'est, en effet, la croyance traditionnelle et constante 
des habitants de Saint-Paul que Jésus-Christ, présent 
dans l'Eucharistie, a préservé leur église des flammes 
incendiaires qui ont ravagé celles des paroisses voi- 
sines. 

Les Vandales révolutionnaires n'essayèrent même 
pas d'y mettre le feu. Cependant, leur seule présence 
dans le lieu saint, qu'ils faisaient retentir de leurs blas- 
phèmes, était une profanation qui soulevait la colère 
de cette religieuse population de Saint-Paul-Mont-Pe- 
nit. Par l'initiative et sous la direction du vaillant ca- 
pitaine de la paroisse, Tallonneau, les paysans de l'en- 
droit s'organisent, prennent les armes et se soulèvent 
en masse. Tout à coup , ils viennent cerner l'église 
et sommer les Bleus de se rendre. 

Ceux-ci. honteux de se voir ainsi traqués, sont réso- 
lus à se défendre et veulent tenter une sortie. Ils se 
précipitent jusqu'au devant de la porte de l'église où 
les assiégeants les attendent, et se battent avec tout le 
courage du désespoir. 

Mais les Vendéens, électrisés par l'ardeur de leur foi 
et de leur sainte indignation, font tète à cet assaut et 



— 86J — 

massacrent sans pitié les ennemis de leur Dieu, de 
leurs prêtres et de leur culte. Près de trois cents cada- 
vres de ces profanateurs restent sur le terrain et rou- 
gissent dans leur sang les marches de Téglise. 

Quant à l'hostie du tabernacle, elle resta cachée &àm 
son humble demeure pendant toute la période révolu- 
tionnaire, c'est-à-dire pendant près de dix ans. Lorsque 
l'heure de la délivrance sonna pour la Vendée, le curé 
nouvellement nommé de Palluau, M. Lansier, célébrant 
la messe dans l'église de Saint-Paul, trouva l'hostie à 
la même place où M. Rivereau l'avait déposée, et dans 
un état de conservation parfaite. Elle était aussi fraîche 
et aussi blanche que le jour où elle avait été consacrée. 

Le vénérable doyen la retire du corporal, Télève 
entre ses doigts et la montre à tout le peuple qui la 
contemple et qui l'adore, avec le saisissemeni qu'on 
éprouve à la vue d'un grand miracle. 

L'hostie miraculeuse de Saint-Paul-Mont-Penit n'est- 
elle pas comme un symbole du culte catholique, pros- 
crit, caché, mais toujours vivant pendant la Terreur, 
en attendant le jour glorieux où il sortira de ses ca- 
tacombes, pour jouir, en pleine lumière, de la liberté 
conquise par tant de luttes et achetée par le sang de 
tant de martyrs? 



— 363 — 



CHARLES ROBERT 

VIGAIRB A LA BRUFFIÈRE 

1797 



M. Charles Robert eut le malheur d'applaudir d'abord 
à la Révolution. 

Né à Riaillé, au diocèse de Nantes, il arriva comme 
vicaire à la Bruffière au mois de février 1789, précisé- 
ment dans les jours où éclatait sur la France Torage 
révolutionnaire. L'année suivante, le 27 novembre, 
paraissait la loi qui prescrivait à tous les prêtres le 
serment à la Constitution cioile du Clergé. M. Robert, 
paraît-il, ne fit nulle difficulté de prêter un serment 
que sa conscience réprouvait ; et quand ses confrères, 
pour sauver leur vie, abandonnèrent le presbytère et 
vinrent se cacher dans les villages, il demeura tran- 
quille dans une maison qu'il avait achetée au centre 
du bourg. 

La paroisse de la Brufflère ressentit une peine 
extrême en voyant la conduite de M. Robert, un mé- 
contentement général se manifesta dans le public. Peu 
de gens voulurent avoir avec lui des relations; on allait 
même jusqu'à éviter sa rencontre, et personne n'assis- 
tait à la messe, qu'il ne craignait pas de célébrer 
encore. 

Mais par bonheur, il demeura peu de temps dans son 
égarement. Dieu, qui appelle les prêtres ses amis, lui 
dessilla les yeux et toucha son cœur. Sa conversion fut 
sincère. Bientôt, en eff'et, ce ne fut plus le même 
homme. Il abandonna ses idées sur la Révolution, 
rétracta publiquement le serment fait à la Constitution 
cioile, et, pour mettre ses jours en sûreté, quitta sa 
maison et vint, lui aussi, demander asile aux chaumiè- 
res et aux champs de la paroisse. Un vieillard qui vit 
encore (1867) assure que M. Robert avait fait transpor- 
ter un lit dans un champ de genêt, appelé le Patis des 

Vallées, non loin du village de la Grenotière\ et pen- 



-364- 

dant plusieurs semaines, il a couché dans ce lieu, sous 
la garde et la surveillance du susdit vieillard, qui 
n'était alors qu'un enfant de dix à douze ans. 

II célébrait la sainte messe tantôt dans un lieu, tan* 
tôt dans un autre, de manière à procurer le bonheur 
de l'entendre à plusieurs quartiers de la paroisse. 

Les villages où il la disait le plus souvent sont la 
Grenoiière, les Grandes- Fontaines et la Thuaudière. 
Jusqu'à sa mort, il s'employa au salut des âmes, mais 
l'époque précise de sa mort n'est pas connue d'une 
manière précise (i). 

Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans un temps où 
l'orage politique parut s'apaiser, il put revenir dans sa 
maison du bourg, où il rendit son âme à Dieu dans les 
meilleurs sentiments. 

Il répara ainsi solennellement le scandale qu'il avait 
donné durant quelques jours à la population de cette 
contrée (2). . 



(1) D'après M. Lalmé, M. Robert mourut en 1797. 

(2) D*après M. Guarribau, chaj)elain do Saint-Sympborien. 



— 388 — 

LOUIS-JOACHIM DE LA ROCHE-SAINT-ANDRÉ 

VICAIRE GÉNÉRAL 

1706-1793 



L'abbé de la Roche-Saint-André, issu d'une antique 
famille qui remonte jusqu'aux Croisades, naquit à Mon- 
tai^u-Vendée en 1706. 

Dès son enfance, comme plusieurs de ses ancêtres, 
Louis Joachim se sentit appelé au sacerdoce. Aussitôt 
après son ordination, il fut reçu bachelier en Sorbonne 
où il se distingua par sa science non moins que par sa 
piété, et témoigna surtout de sa soumission et de son 
dévouement envers l'Eglise par le zèle qu'il mit à dé- 
*fendre la bulle Unigenitus, publiée par Clément XI 
pour arrêter les progrès du Jansénisme. 

L'ardeur qu'il déploya dans ses prédications, au dio- 
cèse de Nantes, parut exagérée à l'évêque trop favo- 
rable aux Jansénistes. 

Ce prélat invita l'abbé de la Roche à s'éloigner. L'abbé 
se rendit à Paris, où il rencontra l'évoque de Dax, 
M8^ Suarez d'Aulan, qui l'emmena dans son diocèse 
en qualité de vicaire général, à son retour des Etats- 
Généraux de 1745. 

La dignité dont fut honore l'abbé de la Roche ne 
l'empêcha point de se livrer aux travaux apostoliques, 
son œuvre de prédilection. C'était son moyen de se 
dévouer plus complètement au salut des âmes. Il em- 
ploya donc aux missions tous les loisirs dont il put dis- 
poser, se joignant comme prédicateur aux missionnai- 
res appelés par son évoque à l'occasion du Jubilé. 

< Ardent, incisif, convaincu, il allait stigmatisant le 
vice, dénonçant les abus et les erreurs et menant con- 
tre le Jansénisme une savante et vigoureuse campagne 
dans la chaire et au confessional. 

« On s'étonna d'abord, en voyant cet étranger parler 
avec une si Hère indépendance. Puis une cabale se 
forma. Vainement révoque prit-il fait et cause pouy son 



vîcaïre général, et afin de marquer en quelle estime il 
lo tenait, le fit-il nommer, en 1730, abbé commanda- 
taire de la célèbre abbaye de Ville-Dieu ou Divielle (1), 
les esprits s'écliaufi'èrent à ce point que M. de la Roche 
crut prudent de s'effacer devant Topposition, dans Tin- 
térèt de la paix (2). • 

Ayant quitté Dax, il vint se fixer à Montaigu, au 
centre de sa famille, mettant ainsi en pratique celte 
recommandation de Notre-Seigneur : Lorsqu'on vous 
persécutera dans une ville^ fuyez dans une autre. 

C'était en 1731. 

Là, l'ancien vicaire général mena une vie toute con- 
sacrée aux (euvres de zèle et de charité et prépara pour 
le sanctuaire quelques âmes choisies. Parmi elles fut 
Louis-Marie Baudouin, que Dieu destinait à être le res- 
taurateur du clergé dans les diocèses de Luçon et de 
La Rochelle, après les malheurs qui allaient fondre sur 
l'Eglise de France. 

Né en 1765 à Montaigu» Louis Marie Baudouin fut 
élevé par sa pieuse mère, qui lui enseigna une tendre 
dévotion pour la Sainte Vierge. Ce saint amour se 
développa dans le cœur de l'enfant par les rapports 
quotidiens avec l'abbé de hi Roche, lui-même grand 
serviteur de Marie. 



Lo saint prêtre vit avec joie revenir au château de 
Melay, on 1789, son beau-frèns le comte du Ghafiault, 
amiral rcîtiré de la niarin(\ Petit-fils par sa mère de 
l'amiral Gilles d(» la Roche -Saint- André, le comte, 
engagé dans la marine dès l'âge de douze ans, s'était 
signalé par son intrépidité. Marin consommé, il fit des 
prises importantes sur les Anglais et gravit, de cam- 
pagne en campagne, tous les degrés jusqu'au sommet 
de la hiérarchie, après les avoir teints de son sang. 
Chef d'escadre, lieutenant des armées navales, il avait 
été nommé amiral en 1791. Agé de quatre-vingt-un ans, 
après soixante neuf ans consacrés au service de la 

(1) Antique abbayo «les PrômoiUrés, dans l'ancien diocèse de 
Dax, sur les bords de l'Adour. 

(1!) Semaine religieuse du diocèse d'Aire et de DaXy 21 février 
1891. 



Prance, il revenait à Melay attendre, près de ââi fidèle 
compagne, sœur de Tabbé de la Roche (1), Theure 
d'aller rejoindre au ciel le fils que les Anglais avaient 
tué au combat naval d'Ouessant et où lui-même avait 
été blessé grièvement. Ce qu'il fut jusque-là, les 
Mémoires de Mgr Brumault de Beauregard, ancien 
évêque d'Orléans, nous l'apprennent : t Chrétien fer- 
vent, a écrit ce prélat, autant que marin habile et 
capitaine plein de bravoure, il se distingua par son 
exactitude à remplir tous les devoirs de la religion et 
jamais ne s'embarqua sans avoir à bord un capucin 
de Nantes, son confesseur. » Il communiait trois fois 
la semaine. Tel était le compagnon de solitude et le 
fidèle ami de l'abbé de la Roche. Leurs âmes vibraient 
à l'unisson dans le concert de la piété. Tous deux 
s'entr'aidaient pour les bonnes œuvres et les aumô- 
nes qu'ils semaient dans le peuple, montrant aussi 
l'ardeur de leur patriotisme dans la lutte contre les 
idées révolutionnaires qui débordaient de plus en 
plus autour d'eux. On vit bientôt l'abbé de la Roche 
déployer contre la Constitution civile du clergé le 
zèle dont il avait fait preuve en combattant le Jan- 
sénisme. Caractère ardent, il employa son énergie à 
maintenir, là encore, toute la pureté de la foi. 

Il n'en fallait pas tant pour exciter la colère des 
tyrans impies, maîtres du pays. L'abbé de la Roche- 
Saint- André avait une habitation à Montaigu, où il fai- 
sait sa résidence lorsqu'il n'était pas chez son beau- 
frère à Melay, situé à trois kilomètres de là. Au moment 
où la Révolution venait d'éclater, il s'y était fixé défi- 
nitivement, mais bientôt, ne s'y trouvant plus en sûreté, 
il vint se cacher à la campagne, dans la maison d'un 
domestique ou homme d'affaires, nommé Aigron. 

Mais, les temps devenant plus mauvais, il dut se 
retirer dans un lieu plus écarté. Ce fut à la Basse-Bau- 
rie, chez l'un de ses fermiers, en la paroisse de Treize- 
Sep tiers. 

Chaque jour, ou du moins fréquemment, trop fré- 
quemment sans doute, son domestique, Hilaire Robin, 
allait faire des provisions à Montaigu. Cet homme fut 
remarqué et interrogé I 

(i) Pélagie de la Roche<»SaiQi-André, qui mourut à Melay en 



t Dis donc, citoyen, ce n*est pas pour loi que tu viens 
si souvent acheter de bons morceaux ? C'est pour 
ton maître sans doute. Où est-il caché ?. . . . » 

On lui promit la vie sauve s'il révélait l'endroit où 
s'était réfugié son maître. Devant les menaces d'un 
côté et, de l'autre, les promesses qui lui étaient faites, 
le trop faible domestique, ne songeant qu'à lui-même, 
livra le secret demandé et trahit son bienfaiteur. Le 
traître ne bénéficia point de sa délation, car il hit pris, 
condamné et guillotiné à Nantes. 

Cependant, sur ses indications, des émissaires de 
Carrier, envoyés à Montaigu, vinrent secrètement à la 
Basse Bourie, dans les derniers mois de 1793, et sans 
peine s'emparèrent du vénérable prêtre. C'en était fait: 
Dieu lui réservait la palme du martyre. L'abbé de la 
Roche allait la cueillir à quatre-vingt-huit ans. 



Amené à Nantes et écroué à la prison du Bouffay, le 
19 décembre, le prisonnier fut traduit deux jours après 
devant le tribunal révolutionnaire qui siégeait à Thôlel 
de Bellisle, et condamné à mort pour être exécuté 
dans les vingt-quatre heures. Voici la copie textuelle du 
jugement relevé aux Archioes du grefl'e du tribunal (1): 

En marge : « Louis Joachim La Roche de Saint- 
« André, prêtre à mort Au nom de la Loi. 

• Les juges formant le Tribunal Révolutionnaire du 
département de Loire-Inférieure, séant à Nantes, après 
avoir entendu Goudet, accusateur public, dans son 
accusation contre Louis-Joachim La Roche-Saint-An 
dré, prêtre, ci-devant abbé commandataire, natif de 
La Rochelle (2), domicilier de montaigue depuis treize 
ans, âgé de quatre-vingt-huit ans, présent, 

€ Le Tribunal, vu ce qui résulte des dépositions des 
témoins et de l'aveux de Louis Joachim de la Roche- 
Saint-André, prêtre, ci-devant noble et abbé comman- 
dataire, déclare et reconnaît pour constant qu'il n'a 
point prêM le serment de fidélité à la République pres- 
crit par la loi; qu'il a habité un pays en insurrection 



(4) Par M. le baron de Wismes. 
(2) Erreur. 



afin de mieux fanatiser les habitants des campagnes, 
que même il ne s'est point conformé à la loi des vingt- 
neuf et trentième jour du premier mois de Tan second 
de la République française. L'a déclaré atteint et con- 
vaincu des dits faits, même de n'avoir point constater 
de sa résidence sur ce territoire français, pour répara- 
tion de quoi conformément à la Loi susdatée le con- 
damne à la peine de mort^ et d'après l'article 7 de celle 
du 19 mars dernier, déclare ses biens acquis au profit 
de la République française, ordonne que pour la con- 
servation des dits biens, il sera à la diligence de Taccu- 
sateur public adressée une expédition du présent juge- 
ment au département, lequel sera exécuté dans les 
vingt-quatre heures de ce jour, imprimé et affiché par- 
tout oii besoin sera. 

c Ordonne... 

f Fait en Taudience publique où présidait Phelippes et 
assistaient le Normand, le Pelley, Le Coq et Daverst, 
juges du Tribunal. 

• Présent Goudet accusateur public. 

f Douze mots rayés nuls, le mot Hilaire retouché 
approuvé. » 

(Signé) Lenormand A. Lecoq Phelippes 

Lepeley Daverst (i;. 

En entendant prononcer cette injuste sentence, 
le condamné ne dissimula point sa joie de mourir 
pour Jésus-Christ, et entonna le psaume Lœtatus sum 
in his quœ dicta sunt mihi, in domum Domini ibimus. 
En sortant du palais de justice (!) il chanta l'hymne 
des martyrs : Deus, tuorum militum, puis le cantique 
que nous citerons plus loin. 



Oui, certes, c'était bien un martyr. Un seul mot pou- 
vait le sauver, un mot qu'il pouvait prononcer sans 
porter atteinte à sa foi et à son honneur. Il lui suffisait 
d'invoquer l'art. 11 du décret du 29 vendémiaire an II, 
en faveur des prêtres âgés de plus de soixante ans. 

Mais, le Christ mourant volontiers sur la croix 
apparut aux regards de son âme et la captiva. Aussi, 



(i) Nous avons respecté le texte et l'orthographe. 



-370- 



**vrU^r -nn bon 

mûrir 



oublieux de loul sur la lerre, il dut n>f 

Maître Jb rocrasion qui lui èlail prr- 

pon - > chaais rtîVcleiiL ii;i g àlfk» 

[to> es. Il riait prêt pou i - ♦.♦. 

Ramone eu prison, il profila des dernières lieured 
qui lui étaient laissées pour exhorter à la n*<?''H-t'nr\, 
à la soumission à Dieu ses compagnons de ï ;, t*l 

prononcer sur eux les paroles de l'absolution. U i.uva 
leurs âoics vers le ciel, en chantauL un t'antinue, com- 
pûsù par lui dans ces jours de deuih 

l^e lendemain, 20 derembrtî, ajouta-! le baron de W$» 
mes, le vieillard de qualre-vin^^t-huit ans fut comlttil 
au suppliée, Dauï^ le court trajet de I. ' lia- 

l'aud dresse en permanenee sur la |i ., vy^ 

il entonna le psaume Miserere mei Deuë, puis i ttymno 
Vexilla régis. Devant cet héroïque courage, un Ail les 
assistants et les soldats de Tescorte eux-in«**mea verser 
des larmes d'attendrissement et de pitîè. 

Arrivé au pied de rinslrumcnt du supplice, le CûlUi^$* 
seur de la foi se mit a «genoux, et, d'une voix forte, qui 
ne trahissait aucune »>motion, il entonna le p.saume : 
Laudate Dominum omnes génies, remorcianl Dieu de 
la mort qu'il allait subir. 

Puis, se relevant et jetant sur ses bourreaux H âês 
juges (1), venus aussi pour le voir mourir, un regunl 
de compassion, il leur dît : € Vous me faites HuMirir 
injustement : dans un an vous périrez comme m 

Ces paroles furent prophétiques. C'était leîO dnrriu- 
bre 1793. 

Or, le 16 dûccmbrc i79/, Fouquclet Li " vé* 

culeurs des ordres sanguinaires de Gan ni 

monter à Téchafaud, et Carrier lui-même, Tinvenléur 
des noyades de Nantes, mandé par le Comité revoluliun- 
nairc de Paris, fut décrété d*accusalion le 23 novembre 
179 i. Le 16 décembre de la même année, ce mou^tit 
suivait ses séides dans la tombe. 

Le prétre-martyr avait prédit l'avenir. 

Ne croirait-on pas lire une page des AcU^ des inar* 
tyrs des premiers siècleSi tellement ces paroleîi el ce» 
actes révèlent un courage et une foi sublimes ? 



(1) Carrier, t'ouquet et Lamberty. 



-.371- 



Terminons cette notice en citant quelques lignes d'un 
article que la Semaine d'Aire et de Dax a consacré à ce 
héros de la foi. 

t L'ancien vicaire général de Dax tombait avec hon- 
neur. 

t L'Eglise recueillait précieusement son nom et Tin- 
scrivait avec orgueil sur la longue et glorieuse liste des 
confesseurs de la foi. Le diocèse de Dax, évangélisé par 
lui, aime à garder la mémoire de cet intrépide servi- 
teur de Dieu, et regarde un peu comme sien le patri- 
moine de foi constante, de vertus héroïques laissées 
par Tabbé de la Roche-Saint-André. Ces La Roche 
avaient tous des âmes de héros. Ils montèrent à Técha- 
faud calmes, souriants, comme se tenaient autrefois 
leurs pères devant l'ennemi en Palestine, à Bouvines, 
dans le combat épique des Trente Bretons. » 

Le diocèse de Luçon est plus fier encore de l'avoir vu 
naître et vivre de longues années (1) pour l'édification 
des populations vendéennes, qu'il réconforta dans la 
foi (2). 

Le saint prêtre a laissé un manuscrit intitulé : Eléoa- 
tions sur les principaux mystères de la vie de N.-S, 
Jésus-Christ, qu'un de ses petits-neveux, l'abbé de 
Suyrot de Melay, eut l'heureuse inspiration de faire 
imprimer. 

M*^ Golet en a loué « la richesse des pensées, la 
noblesse et l'élévation des sentiments, et môme quel- 
que fois une onction très pénétrante et très propre à 
inspirer la dévotion », dans une approbation, à laquelle 
ont souscrit MM. les vicaires capitulaires de Nantes, 
l'abbé Richard, aujourd'hui cardinal -archevêque de 
Paris, et l'abbé Laborde, depuis évéque de Blois. 

Voici le cantique composa dans sa prison par l'abbé 
de la Roche : 



(i) De 1751 à 1793. 

(2) Les faniUisant, selon l'expression de ses juges. 



-3)1- 



Âir : Comment §aêUr fuHqm nposf 



vous, peufkle saint, peuple roi, 

vous, innocentes victimes 

Des fléaux vengeurs de nos crimes. 

Illustres soutiens de la foi. 

De ses amoureuses haleines 

Puisse l'esprit consolateur 

De vos maux tempérer l'ardeur. 

Alléger le poids de vos chaînes, (bis) 

Pour les esclaves du démon 
La croix est scandale et folie. 
Son apparente ignominie 
Confond l'orgueilleuse raison. 
Elle est prudence, elle est sagesse 
Pour celui qui vit de la Foi, 
Son cœur l'embrasse sans effroi, 
lï la porte avec allégresse, (bis) 

Sa vertu nous ouvre le ciel; 
C'est l'étendard de la victoire* 
Jésus n'est entré dans sa gloire 
Qu'abreuvé d'opprobre et de fiel. 
Pour cueillir les palmes divines 
Semons avec lui dans les pleurs; 
Peut-on triompher sans douleurs. 
Sous un chef couronné d'épines? {bisj 

Dans les succès, dans les revers. 
Avec amour et sans contrainte, 
Adorons la volonté sainte 
Du Dieu qui régit l'univers. 
II nous éprouve, mais en père 
Jaloux de nous rendre parfaits, 
Le méchant boit seul à longs traits 
Dans la coupe de sa colère, (bis) 

De ces faux biens qu'on nous ravit 
Nous n'étions que dépositaires : 
Nos corps sont les vivantes pierres 
Que le ciseau taille et polit. 
O mort! quelle est donc ta victoire? 
Ces agneaux percés de tes coups 
Avec Dieu jugeront les loups, 
Au jour de terreur et de gloire, (bit) 



-373 — 

Grand Dieu! pour l'honneur de ton nom, 
Attire-les à pénitence. 
Ah ( n'écoute que ta clémence I 
Pour eux n'as- tu point de pardon ? 
Esprit-Saint, rayon efficace, 
Ou t'a vu, subjuguant son cœur. 
Faire un saint d'un persécuteur. 
C'est le triomphe de la grâce! {bis) 

Hélas ! nous portons ce trésor 
Dans un faible vaisseau d'argile : 
Tremble et veille, vase fragile, 
L'ancien serpent respire encor. 
Le disciple de l'Ëvangile, 
Ardent à l'œuvre du Seigneur, 
Se méprise en sondant son cœur, 
Gomme un serviteur inutile, (bis) 

L'aveu de son iniquité 

Est l'ancre de son espérance, 

Sa faiblesse fait sa puissance, 

Le néant sa sécurité ; 

O Dieu des vrais Israélites, 

Oui, pleins de foi, nous espérons 

Que tu couronneras tes dons, 

En récompensant nos mérites, {bis) 

Pourquoi, partageant nos travaux, 
Renoncer à nos espérances? 
Et par d'inutiles souffrances 
Perdre tout le prix de nos maux? 
Chrétien lâche et déraisonnable, 
Sans la foi, sans la charité, 
Aux yeux de la Divinité 
Le martyre est abominable, {bis) 



— 374 — 
JEAN-LÉON RODIER 

CHANOINE, VICAIRE GÉNÉRAL 

1730-1794 



M. Rodi(ir (i) est Tun des chanoines auxquels les 
Dauphinois, amenés on Vendée par M«' de Mercy, 

avaient hiissù quelques prêliondes. Il était originaire de 
Benêt, d'une famille aisée dont plusieurs membres 
avaient déjà ilguré avec honneur dans le clergé de 
Luron. En 1772, un Pierre Rodicr était sous-doyen du 
Chapitre. La même année, son neveu, dont nous par- 
lons ici, alors vicaire aux Herbiers, avait été nommé 
curé de TAiguillon-sur-Vie, où il ne resla qu'un an, 
pour entrer à son tour au Chapitre de la Cathédrale. 

Comme ses confrères, il refusii de prêter serment de 
iidélité à la Constitution révolutionnaire, et, le 15 jan- 
vier, il fournit au Directoire du district les titres de ses 
bénétlces de Sainte-Catherine et de la Mothe, sis à 
Challans el à Sallerlainf^ pour la llxation de son traite- 
ment. H(»tiré quelcjue temps i\ BeiK^l dans sa famille, 
il y exerra les fonctions curial<.'S, l>aptisant les enfants, 
administrant les malades et procédant aux mariages, 
(•ar M-"" de Mercy lui avait donné les pouvoirs de vi- 
caire général. 

On peut lire (encore sur la couverture d'un n^gistiv 
paroissial contenant sa signature a::^ paroles écrites 
])ar im vrai républicain do cetti^ êi)oque : * Ne croyez 
pas toutes les sottises que vous débitfMit les prêtres. » 

Souvent dénoncé à Tautorité, M. Rodier fut mandé et 
emprisonné à Fontenay comme prétn» sexagénaire et 
infirme, en vertu de l'arrêté du 9 mars 1792 (Archioes 
de la Vendée). Ces rigueurs n'apaisèrent pas ses enne- 
mis. En février 17i)3, fut envoyée une pétition de • Ro- 
dier >, ci devant chanoine à Lucon, actuellement logé ù 
Fontenay chez les citoyennes Gaspard. 

(1) Un autre M. Rodier (Françoii») était curé de Corps en 1790. 



^875- 

« Ouï, le procureur général syndic, le Directoire du 
département arrêta, conformément à l'article 6 de la loi 
du 26 août 1792, relative aux ecclésiastiques qui n'ont 
pas prêté le serment ou qui, l'ayant prêté, Font rétracté 
et ont persisté dans leur rétractation, que Rodier sera 
tenu de sortir du territoire de la République dans le 
délai fixé par Tarticle 4 de la loi, et que le présent 
arrêté sera notifié audit Rodier par le district du terri- 
toire de Fontenay, avec sommation de s'y conformer. » 
{Arch.) 

Mais on n'était qu'au début de la guerre civile et 
ces arrêtés étaient plus faciles à prendre qu'à faire 
exécuter. 

M. Rodier ne fut pas mis en demeure d'y obéir. 



L'approche de l'armée vendéenne avait affolé les au- 
torités. Les prêtres suspects à Fontenay furent con- 
duits en masse au donjon de Niort, puis ramenés à 
Fontenay, où la prise de la ville par les Vendéens, le 
28 mai 1793. les remit en liberté. La plupart suivirent 
leurs libérateurs. Lorsqu'on établit peu après, à Ghâ- 
tillon-sur-Sèvre, le Conseil supérieur de l'armée ca- 
tholique et royale, M. Rodier fut nommé membre du 
Comité ecclésiastique. En qualité de vicaire général, il 
procéda à la nomination de plusieurs curés, notam- 
ment de celui de Sallertaine, en novembre 1793. 

Mais bientôt les succès des armées républicaines mi- 
rent la déroute dans les rangs des Vendéens. M. Rodier 
avait obtenu de Charette de se réfugier à Noirmoutier, 
avec seize autres prêtres, vieux ou infirmes : tous s'y 
croyaient plus en sûreté que sur le continent. En jan- 
vier 1794, cette île fut entourée et prise par les républi- 
cains. De sanglantes exécutions suivirent cette vic- 
toire, et les prêtres furent les premiers massacrés. 

M. Rodier avait réussi à se cacher pendant quelques 
jours, mais sa retraite fut découverte et on le fusilla 
sur-le-champ sans aucun jugement ni formalités préa- 
lables, ainsi que le constate le procès-verbal du juge de 
paix de Noirmoutier. 

Cette exécution sommaire eut lieu sur la place du châ- 
teau, le 14 nivôse an II, 3 janvierl794, auprès de la mai- 
son de M"' veuve Merland. Le corps fut enterré à quel- 



— 376 — 

ques pas de là, dans la douve, et quand celle-ci fut 
creusée en 18i5, les ossements du martyr furent exhu- 
més et déposés dans le cimetière de la paroisse. 



— 377- 



JACQUES ROUSSELOT 

CURÉ DE LA VERRIE 

1728-1796 



Les Chroniques paroissiales du diocèse montrent ce 
prêtre à la tête de la paroisse de la Verrie dès 1772. Il 
était encore dans sa cure à la Révolution et jusqu'au 
commencement de 1792, époque à laquelle, d'après une 
note insérée par lui en tète du registre de 1793, il fut 
obligé de fuir avec les ecclésiastiques non asser- 
mentés. Il demeura donc bravement à son poste du- 
rant ces premières années si agitées et si dangereuses 
pour les prêtres. 

Voici la note qu'il a laissée et que nous transcri- 
vons : 

< Tous les ecclésiastiques non assermentés ayant été 
contraints de fuir, à cause de la persécution, plusieurs 
enfants de tun et de Vautre sexe sont nés dans cette 
paroisse de la Verrie pendant notre absence^ Van der- 
nier et les trois premiers mois de la présente année 
J793, lesquels enfants n'ayant été qu'enregistrés par 
des officiers laïcs sans faire mention de parrains ou de 
marraines, les parents nous ont requis de baptiser sous 
condition ou du moins de suppléer les cérémonies du 
baptême à ceux de leurs enfants cy-après qui n'aoaient 
point encore été présentés à Véglise. Ce que trouvant 
convenable, nous avons inséré ici^ comme par forme de 
supplément^ tous les actes de baptême venus à notre 
connaissance. » 

Il y eut vingt-quatre baptêmes sous condition (1), 
M. BufTard commence à signer, le vingt-trois, comme 
vicaire. 

Donc, en avril 1793, M. Rousselot, malgré les plus 
grands dangers qui le menaçaient, vint reprendre son 



(1) Le premier est du 22 avril. 



— 378 — 

poste de pasteur à la Verne, passa la période la plus 
dangereuse caché dans la paroisse ou dans les alen* 
tours, changeant presque chaque jour ou chaque nuit 
de maison, ou plutôt de cachette dans les villages éloi- 
gnés des routes ou dans les bols, exposé à toutes les 
intempéries des saisons comme aux persécutions et à 
la mort. 

Sa vie fut vite usée à ce régime. Il mourut, le 10 sep- 
tembre 1796, âgé de soixante-huit ans, oa ignore en 
quelles circonstances. 



— 379 — 



PIERRE-ANTOINE SAVARY 

CURÉ DE SAINT-HÂRS-DES-PRKS 

1760-1800 



M. Savary était élranger au diocèse de Luron et né à 
Bourges en 1750. Nous ignorons comment irvint exer- 
cer le ministère en Vendée. 

Il administrait la paroisse de Saint-Mars-des-Prés au 
moment de la Révolution, et se montra digne de sa foi 
et de sa patrie d'adoption en refusant le serment. Il 
essaya bien d'échapper à la loi de la déportation, mais 
ne put y réussir. La lettre suivante donne les détails 
de son insuccès dû à ce qu'il ne craignit pas de 
s*avouer prêtre. 

€ Le Comte, juge de paix à La Rochelle, à M. le Pro- 
cureur syndic de la Vendée. 

t A Dompierre, près La Rochelle, le 10 septembre 
1792. l'an IV" de la liberté et de l'égalité. 

« Les troubles, Monsieur, dont plusieurs districts du 
département des Deux-Sèvres et peut-être quelques- 
uns de celui de la Vendée ont été agités, ont dû donner 
lieu à ce qu'on recherchât toutes les personnes venant 
de ces quartiers. Sur quelques soupçons qu'on conçut 
d'une part, du canton do La Rochelle*, qu'un particulier 
nouvellement arrivé chez un prêtre insermenté pou- 
vait être un fugitif des environs de Ghâtillon, la muni- 
cipalité du lieu le fit arrêter et le conduisit à la ville où 
il fui mis en lieu de sûreté. Ce ne fut qu'avant-hier, 
huit heures, en ma qualité de juge de paix du canton 
de La Rochelle, que je pus l'interroger. Dans cet in- 
tervalle, le prévenu, quoique habillé en séculier, a 
convenu être prêtre et cydevant curé d'une paroisse 
qu'il a nommée Saint-Mars des-Prés, en Puybelliard, 
district de la Châtaigneraie. Il s'appelle Pierre- Antoine 
Savary, né à Bourges. Les papiers dont il était muni 
consistaient : 

c Suit le détail de ces pièces : l"" un extrait de bap* 



-380- 

tême;2* un passe-port délivré, le 14 juillet, à Saint-Mars, 
signé Paradis, maire, auquel le juge de paix n'attribue 
aucune valeur ; 3«* un certificat de complaisance donBé 
par un M. Gorin de Ponsay, certifiant qu'il l'avait servi 
lidèlement pendant sept ans. » 

Le magistrat poursuit : « J'interroge ce qu'il avait 
fait et où il avait été depuis le 17 juillet jusqu'au 29 
août, temps beaucoup plus que suffisant pour venir de 
Fontenay en ces quartiers ; il a répondu s'être arrêté 
en chemin chez diverses personnes, que son déguise- 
ment en séculier et les qualités de citoyen français 
qu'il avait pris (sic) avaient eu pour objet de cacher 
son état, contre lequel il savait le peuple très pré- 
venu en ce moment; qu'il avait ignoré jusqu'à ces 
jours derniers qu'il y eut des désordres dans le district 
de Châtillon, même cette ville lui était absolument 
inconnue, t 

Ces raisons ne parurent pas convaincantes au juge 
de paix qui maintint M. Savary en prison jusqu'à plus 
ample renseignement. 

Voici le signalement du prétro donné en la pièce ci- 
dessus : taille cinq pieds six pouces, cheveux et sour- 
cils châtains, yeux bleus un peu enfoncés, bouche 
moyenne un peu béante, un petit fosset au menton, 
nez long et bien fait, figure pleine et colorée, beaucoup 
marquée de petite vérole, bien pris dans sa taille. 

Les renseignements obtenus ne lui étant pas favo- 
rables, M. Savary, après quelques mois de détention, 
dut obéir à la loi de la déportation et partir par terre 
pour l'Espagne, à travers mille difficultés sur sa route, 
où il était arrêté à chaque instant comme suspect. 

Une lettre d'un de ses compagnons d'exil signale 
sa présence à Villaréal avec d'autres prêtres. Lors des 
incursions des troupes républicaines en Espagne, les 
ecclésiastiques réfugiés cherchèrent dans rintérieur 
un refuge moins exposé, et M. le Curé de Saint-Mars 
fut de ceux qui descendirent jusqu'à Cordoue en 
mars 1793. De là il passa en Portugal et mourut dans ce 
pays vers 1800. 

Après son départ de sa paroisse, M. Paillât, ancien 
aumônier des religieuses à Cholel, l'administra, caché 
dans le pays. 

La République ayant banni les saints, Saint*Mars- 
des-Prés était affublé du nom approximatif de la PraÀ^ 
riale. 




EXÉCUTION DU P. SERRES, A SAINT-LAURENT-SUR-SÈVRE 



p. SERRES 

MISSIONNAIRE A SAINT-LAURENT-SUR-SÉVRE 

179-i OU 1795 



Le 31 janvier, rapportent los> Chroniques paroissiales, 
J.-Pierre Boucn^t, commandant la troisième division de 
Tarméo infernale de Turreau, faisait son entrée à Saint- 
Laurent. 

Dès le soir de son arrivées, il écrit au général en 
chef : t Je suis arrivé à cinq heures. Saint-Laurent 
étant assez considéré, il me faudrait au moins deux 
jours pour purger ce pays. Je ferai comme à Maulé- 
vrier, je brûlerai tout avant de ])artir. • Kt le 2 février, 
dans sa correspondance datée de la Verrie, on lit : 
€ Pour m(î rendre plus promptement à ma destination, 
je m(» suis dépéché de brûler tout Saint-Laurent. * 

Malheureusement l'incendie ne sufllt pas à marquer 
les traces de son passage : le pillage et les massacres. 

La maison des Missiounain^s, convertie en hnpiUil 
pour les soldats blessés des deux partis, commet la 
Sag(»sse, rerut plus d'une fois la visihî des soldats de 
Boucret. Le R. i^ Supiot, supérieur général, surpris un 
jour par leur arrivée subite, n'cnit que le temps de se 
blottir dans un coin, (iommi^ il faisait un peu sombre, 
ceux-ci le prirent pour un tas de funn'er déposé <lîins la 
cour et passèrent leur ch«*min. Mais le P. Serres, se 
trouvant dans le bourg, fut rencontré par ces hommes 
féroces qui, insensibles au dévouement avec b'quel il 
soignait leurs blessés, le fusillèrent sans pitié. Un 
jeune soldat, qui le connaissait et l'aimait, se jeta à ses 
pieds avant l'exécution. 

Plusieurs frères du Saint-Ksprit eurent le uiéme sort, 
f Quatre d'entre eux furent arrêtés dans le bourg et 
eurent la gloire de verser leur sang pour la religion 
dans ces jours : le Frère Bouch<T, né à Saint-Laurent, 
âgé de soixante ans, qui travaillait au jardin; le Frère 
Olivier, un breton, âgé de trente ans; le Frère Jean, du 



même âge, et le Frère Antoine. Le Frère Olivier était 
grand et robuste. Les républicains cherchèrent à Ten- 
tralner dans leur parti. « Celui-là, disaient-ils, nous 
fera un beau soldat. » Mais comme le bon Frère rejetait 
cette proposition avec horreur et mépris, ils l'empalè- 
rent, épouvantable supplice, pour le faire souffrir 
davantage. 

Le Frère Antoine, emmené à Gholet, fut fusillé. Deux 
autres Frères devinrent aussi les victimes de la Révo- 
lution, mais nous ne savons dans quelles circon- 
stances (1). 

La maison des Missionnaires du Saint-Esprit fut 
heureusement préservée, par une protection naturelle- 
ment inexplicable» des incendies que les républicains 
allumèrent à diverses reprises et dont elle garda long- 
temps les traces (2). 



(t> Ui$toir0 dû la Ca»ij|r^altVni d€$ Frér0$ dâ Soént-Gabriei, par 

F. FONTENSAU, 

(2) Les républicaÎAs dans leur rage isassacrèrent aussi les 
blessés royalistes de ThOpital. 



-364- 



PIERRE-ALEXIS TORTEREAU-DUBOIS 

CURÉ DE GHALLANS 

1718-1793 



M. Tortereau, prêtre distingué par ses talents et sa 
piété, occupait la cure de la Roche- sur- Yon en 1788, 
époque à laquelle il donna sa démission. 

On le trouve de nouveau dans le ministère comme 
curé de Challans, en 1753. Il demeura à ce poste jus- 
qu'à Tépoque de la Révolution. Malgré son âge avancé, 
sans craindre la persécution ni Texil, il fut un de ces 
vaillants qui refusèrent énergiquement le serment 
schismatique imposé par la Constitution civile. 

Il dut abandonner sa cure et se réfugia aux Sables- 
d*01onne, où il avait une maison, pensant s'y faire 
oublier et finir ses jours dans la paix. Mais la persécu- 
tion vint Ty trouver. Requis de nouveau de prêter 
serment avec tout le clergé sablais, le 14 février 1791, 
il le refusa une seconde fois, montrant qu'il était l'en- 
nemi irréconciliable des erreurs révolutionnaires. 

Ce nouveau refus lui attira la haine de la municipa- 
lité des Sables, qui le fit arrêter en juin 1792 et le lit 
prisonnier en sa propre maison. Cotte maison allait lui 
être enlevée pour en faire la prison où devaient être 
enfermés les prêtres pendant la période sanglante qui 
venait de commencer. 

De là, le vénérable vieillard fut emmené à pied jus- 
qu'à Fontenay, pour y être incarcéré et comparaître 
devant ses juges. Il y demeura réduit à une grande 
misère jusqu'en mars 1793, époque à laquelle les Ven- 
déens le délivrèrent par la prise de Fontenay. M. Tor- 
tereau voulut retourner parmi ses anciens paroissiens 
de Challans, mais il fut bientôt repris et conduit à 
Angers. 

Là étaient près de trois cenWprètres de Maine-et- 
Loire, pauvres prisonniers presdje sans nourriture et 
absolument sans lits. Vieillard^ eiNinfirmes n'avaient 



oux-mèmes que le pavé pour prenore le repos de la 
nuit. Cependant, une sorte de pitià( avait fait enfin 
transférer ceux-ci dans le grand séimnaire. Les vexa- 
tions, les outrages qu'ils essuyaient de làspart des gar- 
diens et des soldats, étaient les épreuves de chaque 
jour pour M. Tortereau et ses confrères. Plusieurs prê- 
tres y moururent de misère. 

Quant au prêtre vendéen, il fut envoyé de là à 
Saumur, où siégeait une Commission militaire qui 
jugeait à la hâte pour se débarrasser des prisonniers. 
Le proconsul Francastel, qui allait venir en octobre 
1793, devait encore hâter ces cruelles opérations. ^ J^_^ 

Traduit devant cette Commission le lJ-j«iHet 1793, Y ^^^^''-^^-''^^^^ " 
M. Tortereau fut promptement condamné à mort 
f pour avoir été membre et instigateur du rassem- 
blement des brigands >. Son exécution eut lieu le 
jour môme, à quatre heures du soir, sur la place de 
la Billange, ainsi que celle de M. Durand, prêtre 
d'Apremont, et d'autres ecclésiastiques. * 

Le vénérable vieillard reçut la mort avec joie; elle 
lui procurait du môme coup* le bonheur éternel auquel 
il avait aspiré, surtout depuis sa première arresta- 
tion (I). 



(<) Nous avons dit que la municipalité sablaise s'était emparée 
(11* la maison de M. Tortereau pour en faire une prison. C'est 
dans cette maison, située devant l'ancienne place de la Liberté, 
aujourd'hui place du Palais de Justice, que les prêtres de passage 
aux Sables furent emprisonnés. Il existe encore aujourd'hui, 
raconte l'auteur des Prisons des Sables, une preuve matérielle de 
sa destination. C'est un modeste cadre, appendu au mur d'une 
chambre et portant, sur un carton sous verre, cette émouvante 
inscription : t Ici fut enfermé, en 1792, M. Darnaud, vicaire de 
la Chaume, et plusieurs de ses confrères. > 

Une main pieuse, peu après la tourmente révolutionnaire, a 
voulu conserver par ce tableau, toujours respecté par les divers 
habitants de la maison, le souvenir de la captivité de M. Darnaud 
et des autres confesseurs de la foi. 



2tS 



-sse- 



JEAN-BAPTISTE TRIMOREAU 

CHAPKLAIN-DESSKRVANT DE SAINT- SYMPHORIEN 

1738-1793 



Le petit bourg des Touches (diocèse de Nantes), 
donna naissance, en 1738, à un enfant très désiré, la 
première bénédiction accordée à un jeune foyer, et le 
complément de son bonheur. La piété régnait dans 
cette famille. 

Enfant prédestiné, aux instincts les plus heureux, il 
répondit de bonne heure aux espérances de ses pa- 
rents. Jeune encore il fut confié à son oncle, Jacques- 
Claude Trimoreau, vicaire de la Bruffiére, qui, pen- 
dant plusieurs années, devint son maître et son guide 
dans la science et la vertu. 

A la rentrée des classes qui suivit sa première com- 
munion, Jean-Baptiste fut dirigé vers la cité nantaise, 
au collège des Oratoriens, qui possédaient alors le 
monopole de rinstruction de la bourgeoisie française. 
Les penchants du jeune homme le portaient vers le 
sanctuaire et personne n*y mit obstacle. 

Sa mère seule lui restait et habitait la Bruffiére. Elle 
fut heureuse de la vocation de son fils, qui entra au 
séminaire diocésain. Jean-Baptiste y trouva pour maî- 
tres les enfants de M. Olier, qui, depuis plus de deux 
cents ans, remplissaient là Timportante mission de la 
formation des clercs. Il devint Tun des meilleurs 
élèves de ses heureux maîtres et leur fut redevable 
de ce qu'il y eut de bon en lui. 

Le jeune clerc devint prêtre en 1757 et fut nommé 
vicaire à la Bruffiére. Le curé de cette paroisse, qui 
aimait singulièrement le jeune prêtre, n'était pas, sans 
doute, étranger à cette nomination. Ainsi le fils était 
rendu à sa mère et logeait probablement chez elle, car, 
à cette époque, les vicaires habitaient rarement avec 
leur curé. 
C'était, certes, un très beau début que le ministère à 



exercer dans cette grande paroisse pour se former à la 
parole, à la direction des consciences, au soin des 
enfants et des malades. L'abbè Jean-Baptiste Trimo- 
reau remplaçait son oncle, devenu vicaire de la collé- 
giale d'Ancehis. 

Le nouveau vicaire déploya là une grande activité 
pour satisfaire son zélé et sa piété, à la grande édifica- 
tion du pasteur et des paroissiens. Ce qui dura douze 
années, après lesquelles il fut nommé vicaire non loin 
de la Brufflére, à la Boissière-deMontaigu. Il y demeura 
cinq années dans les travaux ordinaires du ministère. 
Enfin, en 1774, M. Trimoreau reçut des pouvoirs comme 
prêtre auxiliaire desservant le prieuré de Saint-Sym- 
phorîen (1), situé dans sa bonne paroisse de la Bruf- 
flére. Là, il avait l'avantage de connaître le caractère et 
les dispositions de son petit troupeau et celui d'être de 
nouveau auprès de sa vieille mère. En attendant les 
graves événements dont nous allons parler, nous 
n'avons rien à signaler dans la vie du nouveau pas- 
teur. 

Cette vie fut celle de tant d'autres ministres de Dieu, 
qui passent de longues années dans les obscures occu- 
pations du ministère pastoral, faisant le bien en secret, 
sans autre désir que de sauver les âmes en leur appre- 
nant à connaître et aimer Jésus-Christ et la sainte doc- 
trine. 



En attendant que des circonstances imprévues com- 
mandassent le sacrifice de sa vie, l'abbé Trimoreau 
faisait à Dieu l'oblation de tout son temps, de ses forces, 
de ses talents, de ses ressources pour soulager les 
corps et les âmes de ses paroissiens. Il avait été pourvu, 
en 1776, de la Chapellenie des Audureau, attachée à 



(1) Les religieux de la Madeleine de Geneston avaient fondé 
anciennement ce prieuré au village de Saint-Symphorien. La 
chapelle, mise sous le vocable du saint martyr d*Autun, remonte 
à une époque très ancienne. Il s'y faisait autrefois de toute la 
contrée un pèlerinage aujourd'hui dégénéré en foire ou plutôt 
en assemblée. Ce bourg et le domaine de Saint-Symphorien 
avaient été bâtis sur la terre du fief de la Roulière appartenant 
aux seigneurs de TEchasserie. 



— 388 — 

l'église de la Bruflière, qui augmentail quelque peu se^ 
modestes ressources. 11 y succédait à M. J. Ménard, 
chapelain, qui, lui-même, avait remplacé M. Vinet. Il 
vivait là tranquille et vénéré de ses paroissiens. 

Mais déjà le chapelain de Saint-Symphorien enten- 
dait gronder Torage révolutionnaire et s'efforçait de 
préserver de ses terribles effets ses chers paroissiens, 
craignant plus pour eux que pour lui-môme, en vrai 
pasteur des âmes. Vivant dans la solitude et adonné 
tout entier à son ministère, le bon prêtre était étranger 
à la politique. Ce qu'il en savait ne lui lit pas croire aux 
crimes prochains de la Révolution. Comme beaucoup 
d'autres, il se fît des illusions. Il crut d'abord que les 
violences et les abus de justice de la première heure 
ne dureraient pas. 

On était arrivé à Tannée 1790, année de terrible 
épreuve pour le clergé. Le serment à la funeste consti- 
tution lui était demandé; il ne se mit pas en peine de 
le faire, qu'avait il à en attendre? Bientôt il vit traquer 
les prêtres, les riches, les royalistes, Jes suspects. 
C'était trop fou pour durer : il n'y pouvait croire. 

Il était bon, dit son biographe, mais d'une rare béni- 
gnité, d^une modération et d'un calme exceptionnels. 
Ses réponses à ses juges le démontreront plus loin. Il 
n'avait sondé que le fond de son cœur et y assimilait 
celui des autres. Voilà pourquoi il s'obstina à rester 
dans le pays. 

Toutefois, ce ne fut pas pour longtemps. 11 allait être 
obligé de fuir. 

Au moment où l'armée catholique se précipitait vers 
la Loire, laissant derrière elle les maisons en flammes, 
les églises dévastées, une colonne incendiaire, venant 
de Montaigu, se dirigea vers Tiffauges et Cholet, met- 
tant tout à feu et à sang sur son passage. Après avoir 
fait un affreux massacre de Vendéens dans un champ 
de genêt, elle déboucha à Saint-Symphorien, un ma- 
tin, à l'instant où M. Trimoreau disait la sainte messe. 

Instruit de l'approche des Bleus, il se hâta de termi- 
ner et s'enfuit précipitamment. Ce fut heureux pour 
lui, car, quelques heures plus tard, le hameau, l'église 
et le prieuré étaient la proie des flammes. 

Un officier républicain, chargé par Kléber d'une 
reconnaissance, quelques jours après, fait, de ce pays 
désolé, le tableau suivant : « Arrivé à Saint-Sympho- 



rien, le bourg était encore en feu, et je vis quelques 
habitants occupés à ravir aux flammes le peu d'objets 
qui n'étaient pas encore consumés. Après avoir dépassé 
le bourg, à une demi heure, nous commençâmes à 
découvrir la trace de quelques chevaux. Tout" le pays 
que nous parcourions, naguère si vivant, ressemblait 
alors à une vaste solitude. De gros tourbillons de feu 
et de fumée annonçaient seulement des habitations, 
autrefois l'asile du bonheur, aux environs desquelles 
erraient des troupeaux de toutes les espèces qui gar- 
nissent les fermes. Leurs cris plaintifs, qui peignaient 
leur inquiétude, ajoutaient encore une sorte d'horreur 
à ces lieux. 

• Ici, sur les décombres fumants, des chiens dont les 
hurlements lamentables déchiraient l'âme, par l'idée 
des malheurs arrivés à leurs maîtres... Là, sur un 
tertre et devant des maisons encore embrasées, des 
vaches que leurs mugissements répétés appelaient 
celles qui leur donnaient des soins, des troupeaux 
cherchaient inutilement leurs bergères.... Dans les 
champs, dans le chemins creux, tous ces animaux 
fuyant à droite et à gauche comme s'ils étaient toujours 
poursuivis, annonçant ainsi les regrets de leur domes- 
ticité et l'embarras que leur causait cette liberté. 

t Depuis que nous avions quitté Saint-Symphorien, 
nous n'avions rencontré figure humaine. Nous avan- 
cions en tâtant le terrain de tous côtés, écoutant atten- 
tivement sans rien découvrir, ni amis ni ennemis. 
C'était le désert. * 



Cependant, le chapelain, suivi d'un certain nombre 
d'hommes de sa paroisse, avait réussi à rejoindre le 
corps de la grande armée, d\i côté de Cholet et de 
Saint-Florent. Avec elle il passa la Loire, mais se 
sépara d'elle dés la première étape, c'est-à-dire à 
Gandé, et se réfugia dans cette contrée religieuse, peu 
distante de son pays, qu'il se flattait de regagner au 
plus tôt. Pendant six longs mois d'hiver, le fugitif 
mena une vie errante et menacée, changeant souvent 
d'asile pour ne pas compromettre les braves gens qui 
le logeaient. 

Bientôt il se hasarda à changer de refuge et de pays. 
Il ne put aller loin. 11 traversait une vaste lande, appe- 



— 390 - 

Ic'îc Lando-du -Moulin-Blanc, lorsqu*apparut- une pa- 
Irouillo réi)ublicaiue qui le reconnut pour un prèlre el 
l'aiTôta. Conduit aussitôt à Segré, emprisonné, M. Tri- 
moi(îau comparaît devant le magistral instructeur qui 
dresse un mandat d'arrôt, l'interroge avec rigueur et 
renvoie à la prison d'Angers, pour y comparaître 
devant le tribunal criminel du département de Maine- 
et-Loire. 

Là, son calme, sa dignité et la sincérité de ses répon- 
ses étonnent tous les assistants, excepté les juges, peu 
sensibles à sa candeur. 

L'abbé Jean-Baptiste Trimoreau n'avait prêté aucun 
serment. Au lieu de se soumettre à la loi de déporta- 
tion, il l'avait bravée en restant sur le territoire de la 
République. 

Quand on lui demande pourquoi il n'a pas prêté ser- 
ment : € Je ne l'ai pas jugé à propos, et, en plus, je ne 
l'ai pas voulu, répond-il. » 

11 reconnaît aussi que c'est la crainte de perdre sa 
liberté qui l'a détourné de répondre aux exigences du 
Din?ctoire de la Vendée, l'obligeant à se rendre à Fon- 
tenay, dans la maison de réclusion des prêtres. On 
pourrait dire le parc des malheureux prêtres entasses 
sans i)ilié sur une litière peuplée des plus répugnants 
insectes (1). 

Aux yeux des juges, il reste démontré que le chape- 
lain est un grand (»oupablo, digne de la déportation à 
Cayenne ou de Téchataud. C'est la perspective qui 
plana sur le prisonnier, pendant un mois, dans les 
cachots de Segré. 

La victime, épuisée par les privations d'une vie de 
ru^Mtif pendant onze ou douze mois et par les mauvais 
traitements de la prison, semble absolument résignée 
à tout. Il avait fait à Dieu le sacrifice de sa vie Ce sacri- 
lice fut agréé, et, le 28 brumaire, on le trouva mort 
dans la maison de détention d'Angers. 

Au revers du dernier feuillet du dossier du prétendu 
criminel, de Tinsoumis aux lois cruelles de la Républi- 
(|ue, on lit : « Procédure de Jean Trimoreau^ prêtre 



(I) Si les prctics viMidéeut^ parLuf^èreiit le traitement des 
ecclésiastiques nalllJli^, ils eurent à souflrir plus que ceux-ci, 
car ïU un reçurent aucun objet de literie. 



- 391 — 

non assermenté^ détenu dans les prisons de Segré. > 
Puis, un peu au-dessous et d'écriture différente : « dé' 
cédé en la prison nationale^ dix heures du soir. » 

L'éloge du saint prêtre est tout entier dans ces 
quelques lignes. Il est court, mais complet. Prêtre, non 
assermenté, c'est-à-dire prêtre catholique, ferme dans 
sa foi, fidèle à son Dieu et à la sainte Eglise de Jqsus- 
Christ. Décédé à la prison nationale^ c'est-à-dire mort 
pour sa foi, martyr et victime de ses saintes convic- 
tions, Adèle jusqu'à la mort au devoir du prêtre. 



— 302- 



JEAN-BAPTISTE TRIQUERIE 

RELIGIEUX CORDKLIER DU COUVENT D'OLONNE 

1737-1794 



Ce prêtre, religieux cordelier de la maison d*0- 
lonne (1), puis gardien du couvent de Laval et né dans 
cette ville, fut du nombre des quatorze vétérans du 
sacerdoce, infirmes ou sexagénaires, qui, emprisonnés 
pour avoir refusé le serment, subirent la peine capi- 
tale, le 21 janvier 1794. Ils étaient enfermés à Laval« 
quand les Vendéens, y passant en vainqueur, les mi- 
rent en liberté. Mais ces généreux confesseurs de la 
foi se reconstituèrent prisonniers, l'armée vendéenne 
ayant évacué le pays au mois de décembre 1793. En 
janvier 1794, on leur lit subir un interrogatoire, dans 
lequel il leur fut proposé de jurer qu'ils renonçaient à 
la religion catholique, apostolique et romaine, et de ne 
reconnaître aucun autre culte que celui de la déesse 
Raison. 

A cette proposition impie un non absolu et unanime 
fut la seule réponse. Enfin on leur demanda s'ils avaient 
encore le dessein d'enseigner la religion catholique, 
apostolique et romaine, t Oui, dès que nous le pour- 
rons, » répondirent les quatorze prêtres. Le 21 janvier, 
dès huit heures du matin, ils reçurent Tordre de se 
rendre au tribunal et avant le départ pour la prison, 
on les obligea à payer un salaire au geôlier. Dix d'entre 
eux llrentle trajet à pied entre deux haies de soldais; 
les quatre autres, trop infirmes pour marcher, furent 
jetés dans une charrette qui passait par hasard dans la 
rue. Le nouvel interrogatoire fut à peu près le même 



(1) Au commencement de 1792, par ordre du district des Sa- 
bles, la cloche du couvent est descendue du beffroi, brisée et ses 
débris envoyés à la Monnaie à Nantes pour être convertis en 
numéraire. 



— 393 — 

pour les quatorze accusés. De chacun on exigeait le 
serment de ne professer aucune religion, surtout la 
religion catholique. Tous le refusèrent également. 

Pour oe qui concerne le R. P. Triquerie, voici les 
questions qui furent poàées : c Veux- tu prêter le ser- 
ment ? — Quel est donc le serment que vous exigez de 
moi ? N'étant point fonctionnaire, je ne m'en suis vu 
demander aucun. — Le serment que nous exigeons de 
toi, reprit le président du tribunal, c'est d'être fidèle à 
la République, de ne professer aucune religion, pas 
même la catholique qui est sans doute la tienne. — Ah ! 
vraiment non. Je ne ferai jamais un pareil serment, s'é- 
crie le vieillard. Je serai fidèle à Jésus-Christ jusqu'au 
dernier soupir. » « Enfant de S. François, continua 
le P. Triquerie, j'étais mort au monde, je ne m'occu- 
pais point de ses aff*aires, je me bornais dans ma soli- 
tude à prier pour ma patrie. » 

Alors un des membres du tribunal lui coupa la parole 
par ces mots : « Ne viens pas ici pour nous prêcher. * 
Voyant bien qu'il venait de prononcer sa sentence de 
mort, l'accusé se sentit défaillir. Dans cette terrible 
épreuve, l'infirmité de l'homme n'en révèle qu'avec 
plus d'éclat l'héroïsme du martyr. 

M""*Duret, cousine du religieux, qui se trouvait pré- 
sente, envoya chercher un peu de vin pour le fortifier. 
Irrité de cet acte de compassion, un des juges fit jeter 
en prison cette femme, qui, après cinq semaines, fut 
condamnée à mort, mais le chirurgien de la prison la 
lit évader pendant la nuit. 

L'interrogatoire terminé, l'accusateur public donna 
ses conclusions qui furent fort courtes. Il prononça la 
peine de mort contre tous les accusés. 

Voici, dans sa brutalité, le texte de la sentence pro- 
noncée contre le P. Triquerie et ses treize compagnons 
infirmes : 

€ La liberté ou la mort ! 

< La République française une et indivisible. 

i Jugement de la commission révolutionnaire établie 
par les représentants du peuple dans le département 
de la Mayenne qui condamne à mort.... t Jean-Baptiste 
Triquerie... Séance publique tenue en la commune de 
Laval, le 2 pluviôse an II de la république et le 1'^ de 
la mort du tyran, vu l'interrogatoire de Jean-Baptiste 
Triquerie, Ambroise, etc. par lequel il est prouvé que, 



— 394 — 

requis par la loi de prêter le serment exigé des fonc- 
tionnaires publics, ils s'y sont constamment refusés... 
sur ce, ronsidérant que les principes que ces hommes 
professaient étaient les mêmes qui avaient allumé la 
^nierre de la Vendée .. la commission révolutionnaire, 
entendu le citoyen Volclerc, accusateur public, et ses 
conclusions, condamne à mort les dits prêtres et or- 
donne qu(* le présont jugement sera exécuté sur-le- 
champ et qu'en conformité de la loi, leurs biens, meu- 
bles et immeubles seront et demeureront acquis au 
profit de la République. 

« La même commission révolutionnaire, vu Tînterro- 
gatoire de René Sorin, de Saint-Paui-Montpenit, de 
François Drapeau, laboureur, de la commune de 
Beaurepaire, de Joseph Verdeau, menuisier, do la 
commune de Sainte-Cécile... par lequel il est prouve 
qu'ils ont fiiit partie des Brigands de la Vendée... 
entendu l'accusateur public, condamne à mort les dits 
Sorin, Drapeau, Verdeau, etc. » 

Les quatorze prêtres (entendirent prononcer leur sen- 
tence avf.'C le calme des anciens martyrs. Avant d'aller 
au supplice, ils se donnèrent le baiser de paix, se 
confessèrent mutuellement et entendirent les confes- 
sions des \'en(léeiis qui devaient être exécutés avec 
eux. 

En marchant à Téchafaud, ils se disposaient à chan- 
ter le Saloe Regina, mais ils en furent empêchés par le 
bourreau. 

Arrivés au pied de la guillotine, ils se tenaient là, 
recueillis, comme devant un autel, attendant le 
moment du sacrifice. 

Après rexècuiion de la première victime, ils levèrent 
les yeux au ciel, en actions do grâccîs, et se dirent 
entre eux quelques paroles, sans doute pour expri- 
mer leur joie du bonheur dans lequel venait d'entrer 
le nouveau martyr. 

« Taisez-vous, cabaieurs, taisez-vous, » leur crie 
alors d'une voie brutale et courroucée le comman- 
dant àr gendarmerie (1). 

L'un des martyrs adn'ssa aux assistants ces paroles 
remarquabl(»s : « Nous vous avons appris à vivre, 
apprenez de nous à numrir. » 

(1) Le Martyre de la Vendée, p. 30 i. 



— 395 — 

A l'un© des fenêtres voisines de Téchafaud on voyait 
quatre membres du tribunal révolutionnaire, le verre 
eu main; à chaque tète qui tombait ils le vidaient en 
saluant le peuple. Le greflier du tribunal, voyant un 
des vénérables curés monter l'escalier de Tèchafaud, 
lui montra un verre de vin rouge en lui disant : t A ta 
santé, je vais boire comme si c'était ton sang. » Le 
martyr répondit : c Et moi je vais prier pour vous. » 

Lorsque ces quatorze tètes de prêtres sont tombées 
les unes après les autres,' trois soldats de la Vendée 
militaire sont exécutés à leur tour. 

Les corps, ti^ansportés dans deux tombereaux sur la 
paroisse d'Aveniéres, furent jetés dans une fosse com- 
mune. 



Le 9 août i8i6, ils furent exhumés et transportés 
avec un religieux respect dans Téglise d'Aveniéres. 
Déjà, môme pendant la période révolutionnaire, on 
faisait des pèlerinages au lieu de leur sépulture. 

Mais, le jour de cette cérémonie, le peuple se porta 
en foule. Chacun voulait avoir quelques parcelles des 
ossements des martyrs dont il fut distribué une 
grande quantité. Beaucoup de personnes avaient une 
grande dévotion aux quatorze martyrs, les invoquaient 
souvent et leur attribuaient l'heureux effet de leurs 
prières. 

Sur ces restes vénérables fut érigé un magnifique 
monument, qui porte gravé le récit de la mort glo- 
rieuse de ces confesseurs de la foi. Une belle croix de 
mission s'élève aujourd'hui sur le lieu même de leur 
martyre, et, sur Tune des faces on lit cette inscription : 

< Sur cette place, 
Le jour même de l'anniversaire de la mort de Louis XVI, 
Quatorze prêtres 
Dont les noms sont inscrits au Livre de vie, 
Ayant dû choisir entre le serment et la mort, 
Scellèrent de leur sang la pureté de leur foi 
£t, conformément aux paroles de l'un d'entre eux, 
Après avoir appris au peuple à bien vivre, 
Ils lui apprirent encore à bien mourir. > 

Par une ordonnance du 18 avril 1839 M«' TEvêque 



— 396** 

du Mans ordonna qu'il fût faif, selon les formes cano- 
niques, une enquête pour constater juridiquement les 
circonstances du jugement et de la mort de ces véné- 
rables prêtres, et au mois de septembre 18W, le même 
cvêque fit placer, dans Téglise de la Trinité, une pla- 
que de cuivre rappelant brièvement la mort des qua- 
torze prêtres et la liste de leurs noms. 



- 897 — 
ANDRÉ VERGÉ ET M. DAUCHE 

MISSIONNAIRES DE SAINT-LAURENT-SUR -SEVRE 

1789-1793 



M. André Verger naquit en Pannecé, paroisse du 
diocèse de Nantes, à la métairie de la Papinière, le 
4 novembre 17S9. Il était fils de Jean Verger et de 
Catherine Marceau. C'était une de ces familles de sim- 
ples laboureurs qu'on pourrait appeler patriarcales, 
telles qu'on les retrouvait encore en grand nombre 
avant la Révolution dans plusieurs contrées de la Bre- 
tagne, de l'Anjou et de la Vendée. Là régnaient une foi 
vive, des mœurs simples et pures, une loyauté et une 
probité à toute épreuve, l'union la plus intime entre 
tous les membres de la famille, le respect le plus pro- 
fond pour l'autorité paternelle, et enfin la pratique de 
toutes les vertus chrétiennes. La famille Verger jouis- 
sait en outre d'une honnête aisance, fruit du travail, de 
l'ordre et de l'économie. 

André Verger était l'aîné de six enfants. Elevé avec 
soin dans ces traditions de foi et de piété qui se trans- 
mettaient alors de père en fils, comme la partie la plus 
précieuse de l'héritage paternel, il sentit de bonne 
heure naître en lui le goût et le désir de se consa- 
crer au service des autels, et, quoiqu'il fut l'aîné, ses 
parents étaient trop chrétiens et sentaient trop le 
prix d'une telle vocation pour y mettre les moindres 
entraves. Il fut donc décidé que le jeune André com- 
mencerait les études préparatoires qu'exige l'état 
ecclésiastique. 

Ce fut chez le curé de Vigneux, son oncle, qu'André 
Verger, encore enfant, alla chercher les premiers élé- 
ments de la science cléricale; de là, il fut envoyé au 
collège d'Ancenis; puis enfin il vint à Nantes terminer 
le cours de ses études classiques au collège que diri- 
geaient les Oratoriens. Partout, dans ces différentes 
positions, il donna l'exemple de cette piété franche et 



-«t- 



ie 

la 
If* 



Sincère dont il avan piu6»> les {>r. "ri- 

sein clf> sa fimulh?, et qui ne lit qu ^x 

l'A^e et (les connaissances plus ètenduei. 

Ses éludes classiques terminées, il entra au grand 
séminaire de Nantes qui éluil alorà sous la dlrccUon 
du pieux et savant M. Duelos, Jug<'î plus t ■ ' '": 
remplacer M. Erneîry comme supérieur u 
Compagnie de Saint Sulpîee La piété du j^ 
riste redoulila de ferveur rians ce saint asii 
et de la science ecclésiastique. Ce qui Je lU s 
remarquer au milieu des autres jeuno:^ '^*^î ' r-^ 
^agna tous les cœurs, c'était son iniii 
son aimable égalité de caractère, sa picLe m 
si vraie Comme on lui demandait un jour eu» 
faisait pour ne se fâcher jamais : « Il est plus farilHi' 
répondit-il, d'éviter le précipice que de s'en rrtî- * 
quand on y est tombé; et si je me fAchai.^» je r 
eirais qu'il ne m'en eoutîU trop pour par^î r 

m'éviter celte peine, j'ai pris le parti de T 

jamais avec personne • 

Après avoir terminé son cours de IheuKii^n , i. .-o.^ix 
diacre du séminaire, et comme il était encore trop 
jeune pour recevoir prochainement le sacerdoce, il Fui 
placé iTmime prér**pienr dans une excellente famille, il 
Saint'Etienne-de-Montluc, la fainille de M, Leloup de Is 
Billiais, conseiller au Parlement de Bret^igne. Tout le 
monde sait ([uel fut le dévouement admirable de M. de 
la Billiais et de ses fllles pendant la Terreur révolu- 
tionnaire, et avec quel c<niragu elles moulèrent sur 
Téchafaud par les ordres de l'iiorrible et sanguinaire 
Carrier, C'est dans cette noble et pieuse famille -'«i»^ 
vécut M, Yerger, depuis sa sortie du séminaire }m 
l'époque où il fut ordonné prêtre. Il fut alors pi 
comme vicaire dans cette même paroisse de Sîii 
Etiennede-Montluc dont M. Loysel était eu ré, puis 
Nort et k Coufle. 

C'est là qu'une nouvelle vocation allait se maniresl 
aux yeux du jeuue prêtre- Les missionnaires du SalnP 
Esprit de Saint^Laurent-surSèvre vinrent donner une 
mission h Coutlé. Le jeune vicaire s«î livra avec le pluà 
grand zélé à tous les travaux de la mission; il élail 
brûlé du de.sir de faire revivre la foi dans b's crBurs el 
de les embraser du feu de la divine ctiarité. Dans 
commerce ialime qu'il avait avec lés missionnaireSpi 



se lia de plus en plus avec eux, admira leur zèle, envia 
bientôt leur genre de vie apostolique. Mais craignant 
les obstacles que M. de la Bauche, curé de Couffé, 
pourrait mettre à son départ, il ne laissa rien paraître 
de son projet pendant tout le cours de la mission. A 
peine les missionnaires eurent-ils quitté CoufFé pour se 
rendre à Nort, où ils devaient aussi donner une mis- 
sion, que M. Verger disparut et alla les rejoindre à 
Nort. M. de la Bauche, surpris et inquiet de l'absence 
de son jeune vicaire, apprit bientôt qu'il était à la pri- 
son de Nort; comme il Testimait et Taffectionnait beau- 
coup, il lui envoya sur le champ un exprès pour le 
conjurer de revenir à Couffé, lui promettant de lui 
abandonner sa cure et lui rappelant tout le bien qu'il 
avait déjà fait dans cette paroisse. M. Verger, tout en le 
remerciant beaucoup des offres avantageuses qu'il lui 
faisait et des témoignages d'affection qu'il lui donnait, 
resta inébranlable dans son projet; et aussitôt après la 
mission de Nort, il se rendit à Saint-Laurent-sur - 
Sèvre. 

Nous n'avons pu recueillir que bien peu de détails 
sur les œuvres de M. Verger depuis son entrée dans la 
Congrégation des Missionnaires du Saint-Esprit jus- 
qu'au moment de son arrestation par les persécuteurs, 
c'est-à-dire pendant l'espace de trois ou quatre ans. 
Nous savons seulement qu'il fut placé comme aumô- 
nier des Filles de la Sagesse qui desservaient l'hôpital 
du Château, dans l'île d'Oléron, qu'il lit plusieurs mis- 
sions, et entre autres, quatre dans lîle d'Oléron, qu'il 
donna des retraites en Bretagne et qu'il dirigea un 
grand nombre de Filles de la Sagesse qui avaient en 
lui une entière confiance (1). 

Tant de zèle pour réveiller la foi dans les âmes, tant 
de travaux si utiles à la religion ne pouvaient man- 
quer d'exciter la rage des ennemis de l'Eglise catho- 
lique. Des cris de fureur se faisaient déjà entendre 
autour du saint prêtre; et comme la communauté des 
Filles de la Sagesse et celle des Missionnaires du 



(1) On lit dans VHistoire de la Sagesse que le P. Verger se 
trouvait à rétablissement des Sœurs de la Sagesse à Pirmil, 
quand, dans les premiers jours de janvier 1793, cinquante hom- 
mes en armes vinrent y faire une perquisition. Le P. Verger fut 
heureusement averti assez tôt pour prendre la fuite. 



— m - 



àaînl-Espril ètaienl itM-uiirrr^ uUnt- r-,ur iieslrucl 
il fut destiné à passer en l'Espagne avec un ijp sef? 
" "rores, M. Daurhe, pour forinor sur cii 
^re une nouvelle romnninaute de Fm , 
gesse avec les débris de celles de Fraure, diB|ic 
par la tempête révolutionnaire. Tous deux partjr<^i 
Saint-Laurent, se dirignant ver.s î*a Korhollt^ où ils 
valent s*enibarquer pour TKspa^nie; mais ^^ » 
voulu quitter rhabil eeclèsiM^liijuo^ ils fm . 
nus aux Herbiers par un lionuue qui avait souvei 
Inivaillé pour la communauté du Saint-Laurent; on lé 
arrêta et on les eonduisit aux Sabl*\s-d'(Jl(Uine. De ïi 
ils furent transfères a la ritadelle iJf» l'Ile de Ué, 
ils restèrent en prison quelques semaines, pernlui| 
lesquelles on les amena trois fois à La Rocliellei 
y être interrogés et juges. 

Ce n'était là sans doute iju'un prêlcxle de la pari « 
lf»urs imnemis qui espéraient qu'en 1rs montrant ain^ 
vn habit ecclésiastifjue, dans une ville on rê»^najl 
refTerveseence révolutionnaire, ils parviendraient 
exciter contre les deux saints missionnaires les fureur 
de la populace, C'est ne qui ne manqua pas (rarri^-çç 
La troisième fois qu'ils furent conduits de l'Ile de ~ ^ 

La Rochelle, ils aperçurent la p0|)ulac(* rassemblé^ 

nniltucusemenl sur les quais, s'agitanl et poussjuxl fl( 
cris de fureur. 

C'était te t! mars !793, Dans leurs deux preralêi 
comparutions devant le trilumal revolutlonri ' 
La Hoclielle, nos deux missionnaires avalent ru. 
sèment refuse de prêter serment ji laconstilulionclvii^ 
du clerfïé; c était li contre eux un crime irremiïîj 
que rendait encore plus graud leur titre de mîsi 
naires et le bien qu'ils avaient opère par leurs Lra| 
apostolique.? Ils avaient été condamnes à être dêj _ 
H la Guyane et on les ramenait à La Rochelle afin 
les embarquer pour ce long et cruel exil. 

Mais cet exil ne sufTîsait pas à la vengeance d'ut 
population furieuse contre deux prêtres rèfmi 'l'r- 
comme on nppclait alors les prêtres restés ii 
leur foi et à l'unité de TEglise. Cn v 
attendait, digne «Tun peuple de can . .l 

que rembarcation approchait du rivage^ les cris 
fureur redoublaient, les menaces de mort deve]iAie]|| 
plus violentes et plus féroces. 



- 40i - 

« Voici notre dernière heure, se dirent l'un à Tautre 
l(*s deux saints missionnaires. Préparons nous à paraî- 
tre devant Dieu. » A l'instant ils tombent à genoux 
et se confèrent mutuellement le sacrement de la ré- 
conciliation. A peine avaient-ils achevé cet acte de 
piété et de foi qu'une troupe de femmes, semblables 
à des furies sorties de l'enfer, avaient envahi l'embar- 
ration, s'étaient saisies des deux prêtres et les traî- 
naient sur le rivage, au milieu des injures les plus 
atroces, des rires d'une joie infernale, de blasphèmes 
inouïs et de cris de mort. La foule se presse autour 
des deux victimes, on frappe à coups de couteaux, de 
sabres, dç pierres, avec tous les objets qui se trou- 
vent sous, la main de ces furieux. 

Cependant, la municipalité est avertie de cette scène 
de barbares; elle envoie, par un sentiment de pudeur 
ou par un acte hypocrite d'humanité, une escorte qui 
paraît se mettre en devoir de conduire les deux prêtres 
en prison. Mais la populace, arrivée à tout l'excès de la 
rage, les arrache des mains des gardes qui les emme- 
naient. On les maltraite avec une fureur toute nou- 
velle. 

Une femme, dit-on, voulait arracher la langue de 
l'un d'eux, parce que, disait-elle, cette langue avait 
fanatisé. C'est ainsi que ces deux généreux confesseurs 
de la foi expirèrent sous les coups d'un peuple trans- 
porté d'une impiété aveugle et atroce. Cependant, à la 
vue des deux cadavres inanimés, la rage des barbares 
ne se calma pas; elle continua à s'acharnor sur ces 
tristes restes des deux victimes, on déchira leurs 
membres sanglants, on les traîna sur des claies dans 
les rues de La Rochelle; ils servirent longtemps de 
spectacle et de jouet à une populace avide de pareils 
actes de barbarie, puis enfin on alla les précipiter dans 
une énorme fosse remplie de chaux vive, où s'englou- 
tissaient chaque jour les cadavres des nombreuses vic- 
times de la rage révolutionnaire. 

On assure qu'un Frère de Saint-Laurent, nommé 
Legris, qui accompagnait les deux missionnaires, mou- 
rut à La Rochelle de l'impression que lui avait causée 
la vue de tant d'horreurs. 

Pour mettre le comble à toutes ces scènes de bar- 
barie, le juge de paix, indulgent pour d'atroces meur- 
triers, vint verbaliser froidement sur un tel événement 



-404- 

et il le fit avec tant de légèreté qu'il ne prit même pas 
la peine d'insérer, dans son procés-verbal, les noms de 
baptême ni l'âge des victimes ; après avoir constaté la 
mort de quatre autres prêtres également massacrés 
la veille, le stoique et imperturbable juge de paix 
ajoute, comme s'il s'agissait d'un simple décès : « Les 
deux derniers, Dauche et A. Verger, eurent le même 
sort, au moment où ils allaient descendre d'une barque 
qui les aurait transférés des Sables-d'Olonne à La 
Rochelle. » 

Ainsi, il ne s'informait pas même d'une manière 
exacte d'où ils venaient et il met les Sables-d'Olonne 
au lieu de l'Ile de Ré. C'est ainsi qu'on se jouait alors 
de la vie des hommes. 

Les Sœurs de la Sagesse qui se trouvaient à Thôpilal 
de La Rochelle ne purent rien conserver des restes de 
ces deux confesseurs de la foi. Leurs corps, confondus 
dans cet immense sépulcre avec ceux des autres suppli- 
ciés, ne purent être reconnus; et d'ailleurs il eût été 
impossible, à celte époque, de recueillir les restes pré- 
cieux des deux missionnaires pour leur donner une 
sépulture plus convenable. Mais depuis, on a érigé une 
croix de mission à l'endroit où leurs corps avaient été 
jetés. 

Voilà ce que nous avons pu recueillir de cette vie 
sainte et de cette mort glorieuse devant Dieu et aux 
yeux de la foi. Les autres actes de la vie de M. Verger, 
de celte vie toute consacrée au salut des âmes, sont 
connus de Dieu seul et inscrits dans le Livre de vie. 
Que ce simple souvenir d'un de ces héros de la Foi, qui 
versa son sang dans ces temps de triste mémoire, soit 
du moins pour tous les membres de sa famille et leurs 
descendants un sujet de consolation, un titre de gloire 
et un encouragement à celte lldélité chrétienne, qui a 
procuré à M André Verger la couronne des confes- 
seurs de la Foi à la lin de mars 1793. 



-403- 



PIERRE VIAUD 

CURÉ DE LA CHAPELLE-PALLUAU 

1727-1798 



Né à Barbfttre, M. Viaud fut successivement vicaire à 
la Ghapelle-Palluau, à SaintJean-de-Monts, âBeaulieu- 
sous-la-Roche, puis curé de la Chapelle-Palluau. Prêtre 
zélé, pieux et très timoré, il fonda dans cette dernière 
paroisse une école de latin ou petit collège, et fut le 
premier maître de M»' Coupprie, évoque de Babylone, 
dont M. Merland a écrit la vie. 

Ayant donné sa démission le 2 mars 1779, M. Viaud 
vint se retirer à Noirmoutier, puis à Nantes, paroisse 
Saint-Clément. 

Après avoir refusé le serment schismatique, il fut 
emprisonné au Château, mais vu son grand âge (soi- 
xante-cinq ans) et ses infirmités, on Tautorisa à 
s'exiler et il s'embarqua pour TEspagne, sur le Télé" 
maque, avec un passe port délivré pour se déporter à 
Bilbao. 

La République vendit à son profit tous ses meubles 
et eflets, le 13 messidor au II. 

Les privations et les tristesses de l'exil ruinèrent 
promptement son reste de santé et peu d'années après, 
M. Dorin, supérieur du grand séminaire de Nantes, 
exilé avec lui, écrivait à sa famille : t M. Viaud vient 
de mourir aussi saintement qu'il a vécu (1). » Son tes- 
tament dénotait une âme vraiment pieuse et charitable 
comme le prouve le couplet suivant, composé sans 
doute par un de ses confrères exilés. 

Monsieur Viaud, débonnaire. 
Toujours compatissant, 
Soulageant la misère 
Des pauvres indigents, 

D'après VEcho de Saint-Philbert et M. VtAVD^GnAMDBfAHAtd. 



Au pied de l'oratoire 
Est toujours prosterné, 
Demandant la victoire 
Pour le peuple afiligé ! 

Sa mort eut lieu vers le mois de septembre 1795. 
M. Pierre Viaud fut le grand-oncle de M. Viaud, 
ancien curé de Saint-Gilles. 



-405 — 



MICHEL VOYNEAU 

CURÉ DE NOTRE -DAME- DES -LUCS 

1724-1794 



La famille Voyneau, originaire de Saint-Etienne-du- 
Bois, compta plusieurs membres ecclésiastiques dont 
il sera parlé dans cet ouvrage. Le frère du curé des 
Lues était notaire royal à Saint-Etienne-du-Bois, et 
M. Michel Voyneau administrait depuis longtemps la 
paroisse des Lues quand vint la Révolution. 

Il ne crut pas pouvoir abandonner ses paroissiens 
dans ces jours critiques, et après avoir refusé le ser- 
ment, il demeura courageusement parmi eux. Il réussit 
à braver la Révolution pendant la terrible année 1793. 
N'ayant plus que peu de temps à vivre à l'âge auquel il 
était arrivé, mieux valait pour lui mourir à son poste 
que de s'enfuir en exil. Aussi lorsque, en février 1794, 
les soldats de la Terreur vinrent envahir sa paroisse et 
la ravager, il était là, essayant de la protéger ou du 
moins de préparer ses paroissiens à mourir. 

Cette date du 28 février 1794 doit demeurer célèbre et 
sacrée dans Thistoire de la persécution révolutionnaire 
en Vendée et dans le calendrier du martyrologe. Ce 
jour-là, un vendredi, les séides de Turreau faisaient 
subitement invasion aux Lues et massacraient prés de 
cinq cents victimes, dont un tiers était des enfants. 

Le 5 mars, des paroissiens de M. Voyneau, réfugiés 
dans les bois de la Vivantiére, en Beaufou, étaient sur- 
pris à leur tour par une colonne républicaine et égor- 
gés san» pitié, hommes, femmes, enfants et vieillards. 
« La moitié plus un des habitants des Lues furent 
immolés dans cette sanglante exécution (I). » 

Le pasteur avait bien formé ses paroissiens aux véri- 
tables et solides dévotions, celles du Sacré-Cœur et du 



(i) Notice mr la chapellâ des Lues, 



— M6 — 

Rosaire, car, en 1863, quand on découvrit les restes 
précieux des martyrs, on retrouva des débris de sc<i- 
pulaires du Sacré-Cœur et du Rosaire dont ils s'étaienl 
servis pour murmurer leur dernière prière. 

Quant à M. Voyneau, poursuivi par les Bleus dans le 
petit chemin de la Malnée, prés du Petit-Luc, il fut 
atteint et massacré le 28 février. 

Le pasteur mêla ainsi son sang à celui de son trou- 
peau et leurs âmes furent réunies devant Dieu. 



- 407 - 



M. X.. 

PRÊTRE DU DIOCÈSE DE LUÇON 

1794 



L'auteur des Martyrs du Maine (1) rapporte qu'un 
prêtre du diocèse de Luçon dont il ignore le nom, qui 
avait suivi Tarmêe vendéenne, fut assassiné dans le 
cimetière de Bernay (Mayenne). Il avait été rencontré 
dans le bois de Monléartï, avec sa mère, sa sœur reli- 
gieuse et un lidéle serviteur, par quelques habitants 
de la localité, qui, sans pitié, les livrèrent aux soldats 
de la République. 

On a peine à se figurer la cruauté avec laquelle on 
les traita : injures, menaces, paroles brutales, coups, 
rien ne fut épargné pour faire souffrir ces infortunées 
victimes. 

En passant par un village, nommé la Cône, accablés 
de fatigues et dévorés par la soif, les pauvres Ven- 
déens demandèrent de Teau à boire. Voici la réponse 
qui leur fut faite : € Il y en a sous le pont et nous allons 
y passer bientôt. » 

Une servante, témoin de ces paroles, indignée du re- 
fus, courut leur offrir ce léger soulagement et recueillit 
en récompense la bénédiction du prôtre-martyr. 

Elle-même a raconté ce fait. 

Pendant la marche douloureuse, le prêtre offrait à 
Dieu le sacrifice de sa vie et priait pour ses bourreaux. 

La vue du vénérable confesseur de la foi produisit 
dans le cœur des habitants de Bernay une impression 
profonde. Sa haute taille, sa démarche à la fois grave 
et modeste, son extérieur pieux et calme, ses regards 
lixés vers la terre, son visage serein et presque rayon- 
nant de bonheur, tout contribuait à arracher les lar- 
mes des assistants. " 



(1) Par M. PiRRiN. 1884. T. I. 



- 408 — 

Aussi ce jour fut un jour de deuil pour les habitants 
de Bernay; chacun se retira chez soi, en pleurant sur 
le sort des victimes, et les maisons furent fermées. 

On sépara les Vendéens. Les deux femmes furent 
emprisonnées, le bon curé et son domestique furent 
conduits dans le cimetière pour être immolés à la fureur 
des soldats. Le lidèle serviteur demanda à ses bour- 
reaux la grâce de recevoir la mort avant son maître, 
afin de n'avoir pas la douleur de voir couler le sang du 
prêtre. Ce qui lui fut refusé, de sorte qu'il mourut deux 
fois. 

Touché de ses sentiments, le ministre dé Dieu lui 
adressa ces paroles : « Mon lils, je n'ai jamais cessé de 
vous apprendre à bien vivn^ à vivre pour votre Dieu ; 
aujourd'hui, je suis trop heureux d'avoir l'occasion de 
vous apprendre à mourir pour lui. C'est au maître ik 
donner l'exemple. » 

Ausitôt il tomba sous une fusillade meurtrière, et 
son lidéle serviteur le suivit bientôt au ciel. 



-409 — 



JACQUES YOU 

CURK DE LA GAUBRETJÈRE 

1743-1794 



M. Yoli était Tainé de cinq enfants. Ses parents habi- 
taient le hameau de VHevbaudellerie^ tout près du 
bourg de la Gaubretière. Vicaire en cette paroisse 
depuis le 25 avril 1765, il signe comme curé à dater 
du 29 septembre 1780, succédant à M. René-Esprit 
Chesneau, qui ne mourut qu'en 1786, âgé de près de 
quatre-vingt onze ans, et dont il fit la sépulture. 

En 1788, M You faisait le mariage du futur géné- 
ralissime des armées vendéennes, Maurice-Joseph- 
Louis Gigot d'Elbée, avec Marguerite- Gliarlotte du 
Houx de Hauterive. Le premier était domicilié à Saint- 
Martin-de-Baupréau, en Anjou; la future avait son 
domicile à Noirmoutier. M. You était délégué pour 
bénir ce mariage. 

A la Révolution, M. You, ayant refusé de prêter ser- 
ment, fut obligé de quitter son presbytère et de se 
cacher en des lieux écartés pour se dérober aux 
recherches des persécuteurs. Sa dernière sépulture 
sur les registres paroissiaux est du 18 juillet 1792. 

Il se cacha successivement chez sa mère, à YHerbau- 
dellerie, aux Laitières chez M. Doublet, qui souvent 
lui prêta des vêtements pour se déguiser. 

Avec lui étaient cachés, sur cette terre de fidélité, 
des prêtres connus dans le pays et cités par Pierre 
Rangeard. Voici quelques noms : M. le curé de Saint- 
Pierre de Cholet; M. Durand, curé de Torfou, et un 
autre Durand, curé de Saint André-la- Marche; M. Buf- 
fard, caché à Bouille, qui célébrait la messe dans le 
petit bois de ce nom; M. Oger, de Saint- Aubin-des- 
Ormeaux, qui se cachait à la Jambière^ dans un grand 
champ de genêts, derrière la métairie; M. le curé de 
Bazoges, à la Touche au Boux, dans les rochers, sur 
les bords de la Crùme; c'était M. Bonnet; M. Benéteau, 



- " ' - ' ' -■ ■ — siafc- 



"* i.ir 












» 411 - 

du grand massacre. Lui-même mourut en juillet 1794, 
à la Petite Renaudière, assisté de M. Desplobein, qui 
liai administra les sacrements et reçut son dernier sou- 
pir. Cet ami du curé de la Gaubretière fut chargé de 
desservir la paroisse jusque vers la Un de la Révolu- 
tion, 



Mais écoutons le récit des principaux faits de la per- 
sécution dans cette héroiq\ie population, d*aprés un 
témoin, P. Rangeard : 

« Le 15 janvier 179i, mon malheureux père et quel- 
ques autres vieillards inlirmes étaient allés, de nuit, 
entendre la messe à la ferme de la Petite-Renaudière. 
Surpris en retournant par un détachement de républi- 
cains, ils sont sommés de crier « Vive la République ! » 
et sur leur refus, ils furent tous horriblement massa- 
crés. Leurs dernières paroles furent pour Dieu. Des 
femmes cachées dans un champ voisin furent témoins 
de cette scène tout à la fois horrible et sublime. A cette 
nouvelle, je pars avec quatre hommes. Quel spectacle 
déchirant pour les yeux d'un fils ! Il ne sortira jamais 
de ma mémoire. Le corps de mon père était étendu 
dans la boue, sanglant, mutilé, le crâne fendu, à peine 
reconnaissable au milieu de dix cadavres couverts de 
blessures. Ce n'était pas le temps de pleurer; un der- 
nier devoir nous restait à leur rendre. Notre saint prê- 
tre, M. You, était caché non loin de là; c'était sa messe 
qu'ils étaient allés entendre et ils ne pensaient pas que 
c'était la dernière pour eux. 11 est averti, accourt à la 
hâte, récite quelques prières sur ces chers et tristes 
restes, et nous les déposons sur une charrette prise à 
la ferme de la Pernuére pour les conduire au cimetière. 
Les cadavres étaient à peine couverts de terre qu'une 
colonne républicaine entrait dans le bourg. Nous n'eû- 
mes pas le temps de nous sauver. Les républicains ne 
touchèrent point à la charrette ni aux bœufs abandon- 
nés précipitamnent sur le chemin. Nous les retrou- 
vâmes à la même place quand la colonne fut partie. 

t Maîtres de la Gaubretière, les républicains trans- 
formèrent l'église en corps de garde et en écurie, éle- 
vèrent devant la principale porte un mur percé de 
meurtrières et crénelèrent {sic) toutes les fenêtres. 



Cependant, malgré toutes ces précautions, iIsn*osaient 
encore coucher, la nuit, dans cette forteresse improvî- 
séo. I.e jour soulcmcnt, ils y installaient un poste de 
sûreté, pendant ([uo des colonnes parcouraient la cam- 
pa{j[ne. Notre inlbrlunêe paroisse, déjà si cruellement 
éprouvée, comnienrait à respirer, lorsque le 27 février 
1794 vint niottro le comble à ses désastres. Dès le ma- 
tin, dos colonnes parties de Nantes, de Cholet, de Mor- 
tapne et de Montaigu la cernèrent de toutes parts. Ils 
étaient peut-être dix mille, n'ayant pour mot d'ordre 
que la mort et Tincendie. Ils n'exécutèrent que trop 
leur implacable consif^^ne, le fer n'épargna rien de ce 
qu'il put atteindre et le l'eu consuma tout. Le cœursai- 
gne encore à la pensée de tant d'horreurs. 



« J'avais eu le bonheur de m'enfuir avec ma vieille 
mère dans la commune de Beaurepaire qui n'éprouva 
rien de semblable Ou n'eu voulait qu'à la (Taubretière 
pour le moment. Du lieu de notre retraite qui n "était 
])as éloiîj:nê(», nous entendions les cris des niourauts 
mêlés aux alireuses clameurs des soldats. Dopais tour- 
billons de llammes obscurcissaient le ci(^l sur une vaste 
étendue. Le lendemain au soir, un profond silence 
avait succédé aux bruits tunmltueux. Nous nous hasar- 
dâmes, le nommé Fumoleau oi moi, à visiter notre 
nuilheureux bourp. Ce n'était ]>lus qu'un monceau de 
cendres, d'où s'échappait encon^ une chaleur brûlante 
dont l'air était tout (îuibrase Tout ce qu'il y avait de 
combustible à l'église était devenu la proie d(»s flammes, 
la toiture, une chaire magniil([ue, des boiseries nemar- 
quables, les bancs, les autels. 

« Mais le monument proté«ié par ses belh^s voûtes 
en pierres était seul resté debout au milieu de cotte 
ruin(î universelle, comme uu signe d'espérance et un 
témoignage frappant de l'indestructible existence de 
l'Eglise de Dieu. Qui pourrait dépeindre tout ce que 
j'éprouvai à ce sjiectacle. Mais ce qui navrait le cœur, 
c'était la vue (U) ces cadavr(»s dont la terre était couver- 
te. Les uns commencair»nt à se décomposer; les autres 
étaient dévorés par les chiens, les corbeaux s'abat- 
taient par nuées, cherchant uiu» pâture dans ces tristes 
restes que nous étions impuissants à défendre contre 



ces révoltants outrages. Cependant, plusieurs person- 
nes étant venues nous rejoindre, nous pûmes rendre 
les derniers devoirs aux cadavres que nous rencon- 
trions sur les chemins voisins et dans les rues. Mais 
combieu d'autres dont les ossements, blanchis par le 
temps, ont jonché pendant plusieurs années ces 
champs de désolation. 

€ Le ciel ne laissa pas, cette fois, sans vengeance, 
l'atroce conduite des républicains. 

€ Le bourg est dominé au midi par des hauteurs ap- 
pelées « les moulins du Caillou. * C'est là qu'au nom- 
bre de six à sept mille ils furent rencontrés par Cha- 
rette et Sapinaud, dont les forces réunies faisaient trois 
ou quatre mille hommes. 

c On se battit avec acharnement et l'ennemi prit la 
fuite. Un bon nombre de Bleus s'étaient renfermés 
dans trois moulins à vent placés sur ces hauteurs; ils 
périrent tous, jusqu'au dernier, sous le fer des Ven- 
déens. Les autres se vengèrent de leur défaite en in- 
cendiant, quelques jours après, les récoltes qui n'a- 
vaient pas été coupées et les quelques toits recouverts 
de chaume depuis le mois de février. 

€ Il était dit que la Gaubretiére n'aurait ni paix ni 
trêve. 

f Le 10 mars 1795, cinq religieuses Augustines, qui 
tenaient une petite Providence pour le soulagement 
des blessés, ayant quitté leur retraite, rentraient dans 
le bourg. Aperçues par une colonne si justement appe- 
lée du nom d'infernale, elles ne purent s'enfuir. On les 
arrêta au pied de la croix de mission. Aux questions 
qu'on leur adresse, elles avouent leur saint état. 
Criez : Vive la République / et à bas le bon Dieu I leur 
dit-on. — Plutôt mourir mille fois, s'écrient-elles toutes 
ensemble. Puis, tombant à genoux et saisissant les dé- 
bris mutilés de la croix, elles entonnent d'une voix 
forte et assurée : Vioe Jésus, vive sa croix f 

€ Ni les instances, ni les menaces ne purent leur 
arracher d'autres cris, et, quand leurs têtes tombèrent 
sous le tranchant de répée,' leurs lèvres murmuraient 
encore les paroles brûlantes du saint cantique. . 

c Vers le même temps eut lieu un autre massacre, 
dont voici les circonstrances. Gomme je l'ai déjà dit, 
les soldats ne couchaient pas à la Gaubretiére. Une 
nuit, les Vendéens vinrent donc pour s'emparer des 



— iU - 




vivres déposés dans Tégliâe. Surpris de grand tnatîni 
ceux qui ne purent s'enfuir fermèrent précipîtammei]' 
la porte. (Ils pouvaient être de ciuquanla à soixante 
hommes et une cinquantaine de femmes.) Ils se défea- 
. dirent avec acharnement pendant huit heures entièreSp 
et chacune des meurtrières, faites par les Bleus eux- 
mêmes, vomissait sur eux le fer et la mort* Los fem- 
mes chargeaient les fusils et animaient les assièges par 
des chants pieux. Mais, les munitions venant à leur 
manquer, il fallut se résigner à la mort. La porte de 
l'église fut enfoncée; quinze hommes et huit femmo?? 
avaient survécu *au combat et h Tassant; ils furent con- 
duits sur la route des Herbiers et fusillés au lieu appeiAI 
le pont du Grand-Henry, 

€ Cette victoire coCita cher aux républicains. 

f Grâce à la peur que leur inspirait le nom seul de la 
Gaubretiére, il nous restait encore la nuit pour remplir 
les devoirs de notre sainte religion. » 



~4l8-> 



LISTE SUPPLEMENTAIRE 

DE QUELQUES PRÊTRES 

sur lesquels nous possédons peu de documents, qui 

ont refusé le serment à la Constitution civile 

ou quiy l'ayant prèté^ Pont rétracté. 

Ces prêtres sont morts avant 

ou peu après 1801 



ABRÉVIATIONS 

c, curé - V., vicaire — m., mort — chan., chanoine 



Albert, Pierre, c. de Sainte-Florence, anc. vie. Saint- 
Hilaire-de-Talmont, en 1786, âgé de cinquante 
ans, en 1790; prête serment, ne reparaît plus 
après 1791. 

Arriel, François, prêtre lazariste du couvent de Fonte- 
nay/né à Chaumont (Langres), le 2 août 1752, 
reçu au séminaire de Paris le 7 avril 1773, a fait 
ses vœux le 8 avril 1775, refuse serment en 
janvier 1791, part des Sables pour Texil, en Es* 
pagne, en septembre 1792, réfugié avec son 
frère à Calahorra, puis à Tolède, où il est mort. 

Arriei, Jean-Baptiste, lazar. de'Fontenay, frère du pré- 
cédent, né à Chaumont 13 avril 1756. Entré au 
séminaire à Paris en 1774, y fait ses vœux le 
12 juillet 1776, refuse serment en janvier 1791, 
part des Sables pour l'Espagne en septembre 
1792, réfugié avec son frère, y meurt. 

Aujardi Louis, c. de Bessay, part pour TEspagne, sur 
\e Jean-François, 9 septembre 1792. Une tran- 
saction consentie dans l'assemblée de paroisse 
de 1787 avait montré quelle entente cordiale 




règnait entre le pasteur et ses paroissiens ! 
ne figure pas sur YEtat des prêtres après bi 

Révolution. 

Auge, François Bapt., c. de Chasnais, refuse serment^ 
dispensé do la déportation, vu son âge avancé, 
resté infirme à Tliôpital ée Fontenay jusqu'éii 
1799. Son nom n'est plus sur la liste du clergé 
après 4801. 

Béraud, prêtre de Saint-Maurîce-des-Noûes, interné à 
Fontcnay, m. pendant la Révolubon. 

Berthe de la Guibretière, titulaire de la chapellenie de 
Mathurin-Durand, en Téglise de Saint-Gilles, et 
curé de cette paroisse, devint chanoine de Mon- 
taigu après 1780, et échappa au massacre de 
1793 en cette ville : ne reparaît plus ensuite. 

Beynard^ Joseph, c. de la Couture (aujourd'hui dépen- 
dant de RosnayJ. resta au milieu de ses parois- 
siens, après avoir refusé le serment schismati- 
que. Arrêté au début de 1794. il est conduit en 
prison à Poitiers, condamné à mort 18 mars 
1794, et exécuté avec d'autres prêtres inser- 
mentés. (D'après M. Teillet, c. d'Antigny.) 

Bichon, c. de Sainte-Christine, disparaît en août 1792. 

Billaud, prieur de la Grainetière, tué par les républi- 
cains à Chambretaud (1). 

Bisselle^ prêtre, exerce le ministère à Boufferé, signe 
• sur les registres de cette paroisse de la fin de 
1792 à 1796, puis ne reparait plus. 

Bodin, c. de la Vineuse, réfugié parmi les combattants 
de Tarmée catholique, périt au passage de la 
Loire. (Dugast-Mat.) 

Boisvinet y Minù, v. Saint-Hilaire-du-Bois, partenexilen 
Espagne, 3 octobre 1792 : ne reparaît plus dans 
les rangs du Clergé vendéen après le Concordat. 

Bonnet, c. de Bazoges-en-Paillers, suivit Tarmée ven- 
déenne et mourut au passage de la Loire. (Du- 
gast-Mat.) 

Boulanger, chan., meurt pendant la Révolution. 

Brunetiére, c. de Treize- Vents de 1793 à 1801. signe 
chan. de La Rochelle, avec cette mention : 



(1) Dit inconnu par M. Botjrloton, donné par d'autres histo- 
riens. 



— 417 -. 

• Ces actes ont été faits en Tabsence du recteur, 
pendant le temps de la persécution, * Ne repa- 
raît plus depuis 1802. 

Chabirandy vie. de Saint-Malo, mis à mort à Noirmou- 
tier, après la prise de cette lie, ne voulant pas 
renoncer à sa foi. (Deniau, T. II, p. 632.) 

Chesneau, originaire des Landes-Genusson, vie. aux 
Landes, refuse serment, part des Sables, pour 
TEspagne, en 1792, anc. vie. de la Séguiniére, 
prés Gholet, meurt en exil. 

Chevallereau^ chan. de Luçon, disparaît en 1791, sans 
qu'on retrouve ensuite son domicile. M»' de 
Mercy annonce sa mort en 1796. 

Clion^ François, c. de Damvix, anc. vie. de Sainte- 
Christine, part en Espagne, 9 septembre 1792, 
ne reparaît plus. 

Cosies, Vital, né le 1«' février 1742, c. de Fontaines et de 
Chaix, m. vers 1801. (Etat des prêtres.) 

Couaud^ Pierre, curé de la Grève, aujourd'hui réunie à 
Saint-Martin-des Noyers, curé de Thorigny dés 
1775 Prêta d'abord le serment, puis se rétracta 
et disparut. 

Courtin, Pierre, chan., refuse serment et meurt peu 
après. 

Coyaud, Paul Marie, dessert Saint-Malô en 1794, avait 
pouvoir de vie. gén. de W^ de Courcy, év. de 
La Roclielle, refuse le serment. Arrêté en 1799, 
il rie reparaît plus. 

Denonceau, Louis, religieux des Fontenelles (Saint- 
André- d'Ornay), arrêté pour n'avoir pas fait 
le serment, emprisonné aux Sables jusqu'en 
décembre 1793, envoyé alors au tribunal cri- 
minel de Noirmoutier, d'où il ne revint pas. 
(Prisons des Sables, p. 133.) 

Destouche, chan., refuse serment et meurt avant la 
déportation. 

Dugast, c. de Corbaon, refuse le serment, suit l'armée 
vendéenne, tué à Savenay, 13 décembre 1793. 
(Dugast-Mat.). S'était échappé des Sables. 

Duranceau, c. de Sainte-Foy, administra cette paroisse 
depuis 1763. En 1782, bâtit l'église, reste en 
Vendée, assiste au synode du Poiré en 1795. 
On ignore la date de sa mort. 

Durandi Joseph, né à Cugand, prêtre en 1784, vie, 

S7 



^418 — 



refuse le serment, se réfugie & Noirmoulipr 

avor iHx-5ïopt pri'^ir*^'* ven(l(>*'i ' ré 

k la prise de Tile par les repui ^i 

sur les Confesseurs de la Foi, NanieSf par 
M. Brian D.) 

Durand, \ic. u Touvois (clioc, de Nanles), arrùlù m 
juiu 1791 par ordre du district de M < ' ul^ 
relilcliè, se réfuj^ie û Noirmoutier, esl . vu 

â la prise de Tlle. (V. Origines^ D. Ciiahahii, p. 
!84.) 

Forget^ Jean-Francois, vie. à Bazoges eri*Pare<is, né le 
20 juin iTGl, part en Espagne le 11 septembre 
1792, ne reparaît plus. 

Gabardj xMalhurin, diacre de Cbambretaud, niort en 
1793 sans avoir accepté la Coustitulion civile. 

Garnault, Jean Baptiste, vie. de Sainl-MaiiV-du-Bois, 
refuse serment, se réfugie à Noirmoutier, où il 
est fusille le 4 janvier 1794, d après M. Punlde* 
vie. D'autres historiens le disent exilé et mori 
eu Espagne. 

Gaudin^ vie, à Coî*x, exilé en Espagn«s & Briuneâ, 
Vieille-Castille, écrit à sa mère, ne revint \ms 
d'exil, 

Girard, succède à M. Thoumazeau, mort en 1791, e. 
de Saint-Vincent'Sterlaugf's. exile en Espagne 
pour refus de serment et y meurt, 

Goffué, Jacques, aumônier de Clmrelle, fait à la Rocl 
sur-Yon la sépulture de Guérin tué » Si 
Gyr-en-Talmondais par les Bleus, dit, h 
par quelques hisloricus, vicaire de la Rucliiî* 
sur-Yon, étranger au diocèse, tué après la mort 
de Charette par un gênerai républicain. 

Grondin^ vicaire de BarUUre de 1780 à 1702, fait ser- 
ment, le rétracte et estexilr en K il 
meurt. M. Rousseau» son ancien < -n 
Westphalie, écrivait eu 1797 : « Les nouvelles 
d'Espaj^nc me lîattent et m'allli^ent. Je re^'»*-*»** 
sincèrement MM. Viaud et Cirondin. • 

Guérin^ Pierre Michel. Né en 1750 à Torfou, dîoc. uc 
Luçon, il entra dans la Compagnie de Saint- 
Sulpice et résida, comme professeur el èi^o- 
nome, au grand séminaire de Nantes, de l"HVi 
1790. Arrêté à Issy, il fut égorgé aux Carmes, 
3 sept. 1792, en même temps que Tabbc Roborl 



tarlT 



de Lézardière. (M. Grégoire, c. de Sainte-Luce, 
dioc. de Nantes. D'après M. Briand.) 

Hamon, Jean-Léon, né à Saint-Hermant (Sainte-Her- 
mine), chan. hebdomadaire depuis 1748, pre- 
mière victime de la déportation, refuse le ser- 
ment, part pour Texil en Espace à soixante- 
quatorze ans. Le navire Jean-François, qui le 
portait, est assailli par la tempête et M. Hamon 
emporté par une vague. 

Hédon, Georges, c. du Champ-Saint-Père, part en Espa- 
gne, 11 septembre 1792, exilé à Siguenza et 
Gourdoue, disparait ensuite. 

Hilaire, prêtre de Luçon, massacré à Saumur en 1793, 
comme ennemi de sa patrie, avec d'autres 
prêtres. (Deniau, II, p. 605). 

Jagueneau^ sacriste de Saint* Jacques de Montaigu, m. 
pendant la Révolution après avoir refusé le 
serment (Dugast-Mat.). 

Jousberi de la Courte, c. de Beaufou, caché en Vendée 
après avoir refusé le serment, ne reparaît pas 
après la Révolution. On ignore Tépoque de sa 
mort. 

LetoquarU Jean-Baptiste, lazariste du couvent de Fon- 
tenay, né à Boisleux (Aisne) en 1764, reçu à 
Saint-Lazare en 1783, refuse le serment, part 
pour l'exil en Espagne, retiré chez les Laza- 
ristes de Barcelone, où il meurt. 

Merland, c. de l'Aiguillon, dessert l'Airiére (Perrière) 
pendant la Révolution, assiste au Synode du 
Poiré, ne reparaît plus, d'après VEtat des prê- 
tres, au Concordat. 

Mougtm (Avicede), chan. titulaire, prévôt de Fontenay, 
après avoir refusé le serment révolutionnaire, 
se retire à Niort. Dénoncé, il est mis aux arrêts 
dans sa maison, où il meurt infirme et dans la 
misère en 1797. 
Noiret, Charles, vie. à la Châtaigneraie, part des Sables 
en Espagne le 9 septembre 1792. On n'entend 
plus parler de lui. 
Noirely Iquem, religieux de Bois-Grolland. part en exil 
des Sables le 11 septembre 1792, disparaît 
ensuite. 
Normand^ Henri, c, de Château-Guibert en 1787, part 



- 420 - 



eu exil des Sables le 30 juillet i79î. Son nom 

ne rpparaît plus. 

Pallardyj prêtre de Cliantomuiy, après avoir refu 
son adhésion à la Constitution civile, est arrt'^ti 
conduit à Nantes, emprisonné au Bni f !i 
8 Juin 1793 et condamné à mort. (V. Pn '^ 

SablesJ 

Pasquier^ desservant Chaltans, s*énfuit avec ^a^ra<^^e 
vendéenne et meurt au passag** de la Luirt* 

(DuaAST-MAT.), 

Payau^ c. des Herbiers, refuse le serment, part en exil. 
Il meurt à Bilbao en 1792. 

Pichard, Jean-Baptiste, c. de Chassais-rEglise, en ^r. 
gournais, ne à Poitiers, condamné à la d» 
tatlon, embarqué a Rot!hefort sur le navirr w^ 
Deux-Associés^ h trente-neuf ans, mort Î7 août 
1794, inhumé à 111e Madame. 

PoissonruH, René, curé de Longevcs, part on Espagne 
le 10 septembre 179i Ne reparaît pas* 

Poiteoin, François, ne au diocèse de Lucon, c* de ta 
Reraaudière (dioc, de Nantes), refuse de prêter 
serment, suit l'armée catholique et meurt pen- 
dant la guerre, 

PriouzeaUy Thomas, vie. a Antigny, part en Espagne le 
il septembre 1792, après avoir été interné t 
Fonlenay durant six mois, réfugié à Haro, n« 
reparaît plus au Concordat (Etat des pn^i 

Rautureau, Pierre., c. du Breuil-Barret, relustî h 

nn^nl., pari pour l'exil le 10 septembre 1792. It 
n'est plus question de lui ensuite, 

Rivallon, c. de la Chupellc-Thémer, pour ne pas ôlre 
contraint au sermenl, s'enfuit avec l'armée 
vendéenne et périt au passage de la Loire 
(UuGAST Mat-). 

Roberty prêtre habitué â Apremont, refuse le serraent. 
était à la Proutiére en juin 1791, Disparaît 
ensuite, 

Rùussereau, .Jacques, c. de Saint- Pierre • du -Chemin, 
refuse le serment, disparaît h? 18 juillet 1792, 
n est pas inscrit sur Y Etat des prêtres rentres 
en Vendée en 1801. 

Serrillé, desservant les Chitelliers, reste r î. n 
V^endée, refusant le serment, assiste ai. _ ie 
du Poiré, disparaît. 



— 421 — 

Serin de Lesnardiêrei chan., refuse de prêter serment, 
s'embarque pour l'exil avec M. Paillou le 9 sep- 
tembre 4792, le suit dans ses retraites succes- 
sives et meurt avant 1801. 

Tardinière {de to), prêtre octogénaire, réfugié vers 
Montaigu, et assommé, dit Dugast-Matifkux, 
aux environs de cette ville, vers la fin de 1793. 

ThomaSy André, c. de Saint-Nicolas de Titlauges, refuse 
le serment, part pour l'Espagne le 4 octobre 
1792, réside à Guataria et meurt pendant la 
Révolution. 

Thoumaseau, Martial, c. de Saint-Vincent-Sterlanges, 
ne prête point serment, inscrit sur Y Etat des 
prêtres du district de la Châtaigneraie devant 
être déportés. Mort à la* fin de 1791. 

Vacquety prêtre caché à Boufféré, dessert cette paroisse 
en 1792, ne reparaît plus ensuite 



APPENDICE 



— an— 



PRÊTRES MARTYRS 



DES 



GUEt{l?ES DE l^EUIGIOH 



LE CHANOINE CHANTECLERC 
ET HUIT AUTRES PRÊTRES 

1568 



Au XVI* siècle, les Protestants firent plusieurs fois" le 
siège de la ville et de la Cathédrale de Luçon. Un des 
plus rudes assauts qu'ils livrèrent aux prêtres et aux 
catholiques de cette ville eut lieu en février 1868. t Le 
18 de ce mois, raconte le chanoine du Tressay, onze 
cents protestants, sortis de La Rochelle et de Marans, 
vinrent au Gué, gagnèrent Mouzeuil et arrivèrent à 
Luçon une heure avant le coucher du soleil, bien déci- 
dés à exercer leur vengeance. 

€ Ils entrèrent sans difiQculté dans la ville. 

c Mais une énergique résistance les attendait à la ca- 
thédrale. 

€ En prévision des événements, le chapitre avait 
cherché, mais en vain, un capitaine pour lui confier la 
garde de Tèglise. Aucun homme d'armes de la ville 
n'avait voulu accepter cette fonction redoutable. Le 
péril était extrême, les chanoines se cachèrent, leur 
rôle n'était pas de porter les armes et de guerroyer. Un 
seul resta : le valeureux Ghanteclerc. » 



— 426- 

Renfermé avec quelques soldats du comte de Lude 
cl une troupe de Luçonnais fidèles dans les fortifica- 
tions qui protégeaient la cathédrale, il attendit brave- 
ment les assaillants. 

Ceux-ci, commandés par Jean Boisseau et Trous- 
seau, avaient vu leurs rangs s'accroître d'un certain 
nombre de Luçonnais, parmi lesquels l'ingratitude 
avait placé les receveurs de l'évoque et du clmpitre. 

Le canon ne tarda pas à gronder et une fusillade 
meurtrière étonna les paisibles échos de la maison 
de Dieu. 

Dés le début, Chanleclerc eut la main droite empor- 
tée. L'intrépide chanoine se mit à tirer de la main gau- 
(^he, et avec tant d'adresse que tous ses coups attei- 
gnaient leur but. 

Les Calvinistes perdaient beaucoup de monde Pleins 
de rage et ne pouvant vaincre par les armes, ils réso- 
lurent d'employer le feu. Ils entassent aux portes de 
l'église des matières combustibles et y jettent de la ré- 
sine pour activer le feu. Les portes de Téglise s'embra- 
sent et tombent enfin. Mais les assiégés avaient pris 
soin de construire un mur à l'intérieur pour défendre 
encore rentrée. 

Irrités d'une telle résistance, les assiégeants s'aident 
de barres de fer, de piques et de pieux, font une trouée 
dans le mur et pénètrent dans lo temple saint. 

La nuit était venu(». 

Los sacrilèges prennent des cierges pour éclairer 
l'immolation de leurs victimes. 

Cent catholiques des plus notables sont passés au 111 
de l'épécs et parmi eux : Pierre Macé, Germain Aniand, 
Miiurice Massiot, Julien (iiraudet et Laurent Ribouleau, 
olllciers do l'église. 

Les vainqueurs pendent Matliurin Rond, choriste, et 
le brave (^hantoclerc, déjà liorriblement mutilé. Ils 
se donnent ensuite le i)laisir barbare de prendre le 
eori)s (lu dernier pour cible et le criblent de balles. 

Huit autres prêtres lurent aussi tués par les Protes- 
tants ce. jour-là. Ainsi périrent ces ministres sacrés, 
vieliines dc^ leur iittacheinont à lu foi ciitholique et 
de leur zèle à défendre la maison de Dieu. 



-4S7- 



NICOLAS MOQUET 

CURÉ DU LANGON 

iS68 



Le notaire Antoine Bernard, auteur de la Chronique 
du Langon, qui vivait au xvi" siècle, fut témoin des 
cruautés commises par les Protestants pendant les 
guerres de religion. Il nous a paru intéressant de 
reproduire le récit suivant du martyre d'un prêtre 
de la Vendée : c'est une page glorieuse de nos An- 
nales. 

« En ce mois de septembre dudit an 1868, ledit 
Mes sire Nicolas Moquet, qui avait résigné la cure du 
Langon à son cousin, Christophe Moquet, était en ce 
pays de Poitou, venu de Nantes, où, s'étant retiré, il 
servait in divinis le curé de Saint-Denis. Car le sei- 
gneur protestant du Langon ne l'avait pu soufTrir, lui 
baillant à entendre que, s'il voulait, il serait bien bon 
ministre. 

€ Mais pour blandissements, dons et promesses qui 
lui furent faits (comme il m'a dit), ne voulut accepter, 
ce quoi voyant, il lui fut interdit de résider au Langon. 
Et contraint de s'en aller, n'ayant pas grands deniers, 
s'en vint prendre congé de moi et s'en fut à Luçon, où 
il eut permission de Monseigneur TEveque de prêcher 
par tout le diocèse. 

t Et fut tenu par ses prêches et bonnes prédications, 
de sorte qu'allant à Nantes, il prêcha dans la ville, et, 
pour cette charge, eut du service en la dite cure de 
Saint-Denis. C'était un bon prédicateur de cure qui 
toujours prêcha catholiquement, comme je scais, exhor- 
tant, durant qu'il était curé d'ici, que ses paroissiens 
n'eussent d'autre foi que celle que de tout temps, et 
par succession de TEglise catholique, ils tenaient; il 
pleurait par pitié, disant qu'il voulait mourir en soute- 
nant sa croyance et qu'il serait bien heureux que cela^ 
lui advint. 




— 428 — 

t En effet, ce digne eeclésîastiquej en s*en retour^ 
nant à Nantes, fut pris entre Puyraaiifray et Bournez 
et emmené prisonnier nu cîiateau des Moutiers-sur-l»?- 
Lay, dans lequel château il fut assez tourmenté et rais 
en angoisses pour lui faire renier la foi catholique, 
tenue de l'Eglise romain t% ce qu'il ne voulut oncqm*^ 
faire. Mais tant plus était tourmenté al battu, et lant 
plus leur remontrait leurs infidélités et erreurs, 

f II en résulta que par ire, le tourmentateur s'elTorra, 
durant le dîner, de lui jeter sa dague au seînj mais ses 
compagnons l'en gardèrent, Et après, le barbare le 
mutila, d'un coup lui ôla le nezjpuis lui coupa l'oreille, 
et, après, Tautre, et encore prêchait. Après, lui arracha 
un œil, et, après, l'autre, et finalement lui ôta la vie cl 
le jeta en la rivière du Lay... 

€ Et le tourmentateur était de Luçon, nommé Parent, 
qui prétendait être évêque de Luçon, si la dite religion 
prétendue eût mis à bas la catholique. Et ainsi mourut 
le dit Moquet, martyr, comme il l'avait désiré, le 5 sep- 
tembre !568 (1). » 



(1) D'après la Vendée Historique. Année 1899. 



.4«9- 



JEAN LORIOU 

PRIEUR-CURÉ DE GRUES 
1569 



On sait qu'en 1568 les Huguenots avaient pillé et 
brûlé Tégllse cathédrale de Luçon et mis à mort ses 
principaux défenseurs. L'évêque, n'ayant plus de re- 
fuge, se retira à Niort d'où il continua de veiller sur 
son diocèse et de l'administrer. 

Après avoir, la même année, incendié un grand 
nombre de monastères et d'églises, Tannée suivante une 
bande de fanatiques parcourt le marais de Luçon, se- 
mant partout la ruine et le pillage. Passant par Triaize, 
où ils brûlèrent l'église et la démolirent en partie, 
ils arrivèrent dans le même but dans la paroisse de 
Saint-Nicolas de Grues. 

Mais le courageux prieur-curé, Jean Loriou, n'était 
pas homme à fuir. Il était, au contraire, fort décidé 
à résister aux incendiaires. Retiré dans son église avec 
un certain nombre de ses paroissiens, il voulut la 
défendre au péril de sa vie. Ayant barricadé solidement 
portes et fenêtres, les catholiques s'y croyaient en 
sûreté. Les Calvinistes réussirent à briser portes et 
fenêtres et firent irruption dans le lieu saint, se hâtant 
d'y mettre le feu pour en chasser les catholiques. 
Ceux-ci, avec leur curé, s*étaient réfugiés dans le 
clocher, rapporte M. Moreau, chanoine de Luçon. 

Sommé plusieurs fois de se rendre, M. Loriou refusa 
énergiquement et résista plusieurs heures. 

Mais la flamme montait sans cesse, attisée par les 
cruels Huguenots, à l'aide des meubles et des bancs 
de l'église. Enfin, le curé périt dans le feu, victime 
de son zèle et chantant des cantiques, 

C'était le 7 janvier 1569. 



~430~ 



It 




PROTESTATION 

DU CHAPITRE DE LDÇON 

CONTRE LA CONSTITUTION CIVILE IMPOSÉE AU GUÉMi 



1791. Le Sindic a dit q'une proclamation du Roi, en 
date du 24 août dernier, sur les décrets de rAssemblèe 
nationale pour la Constitution civile du clergé, était 
affichée depuis ce matin dans cette ville, et que les dits 
décrets ordonnaient la suppression de tous les chapi- 
tres, même de ceux des Eglises Cathédrales, sur quoi 
la Compagnie, considérant que les Chapitres de Cathé- 
drales sont spécialement chargés par leur institution 
des fonctions du culte divin et de la prière publique ; 
qu'ils sont dépositaires do la tradition de leur Eglise et 
le conseil de ses Pontifes; que l'exercice de la juridic- 
tion épiscopale leur est dévolu de plein droit dans la 
vacance du Siège et que, sous ce point de vue, ils font 
partie essentielle de la hiérarchie ecclésiastique, qu'en- 
fin ils sont astreints à un service habituel pour remplir 
les pieuses intentions do leur fondateur; 

Considérant que la puissance ecclésiastique peut 
seule anéantir ces prérogatives et les soustraire à ces 
obligations, parce que les unes et les autres émanent 
également de cette Puissance comme de Leur source; 

Considérant que, si les besoins urgents de l'Etat ont 
pu exiger qu'ils fussent dépouillés de leurs biens, qui 
sont le patrimoine des pauvres et destinés à la subsis- 
tance dos ministres des autels, nul prétexte plausible 
ne peut justifier la contrainte qu'on emploierait pour 
leur interdire le saint exercice de la prière commune 
et du culte public ; 



-431 - 

Considérant que Tîntérêt des peuples et la prospérité 
même temporelle de l'Empire, loin d'exiger la suppres- 
sion de ces fonctions sacrées, sollicitent au contraire 
leur continuation et la réunion de tous les vœux pour 
désarmer la colère du ciel, implorer ses miséricordes 
et consoler les fidèles au milieu des calamités qui affli- 
gent ce royaume. 

Considérant enfin qu'aucune puissance sur la terre 
ne peut rompre les liens de fraternité spirituelle qui 
unissent tous ses membres et que ces liens consolants 
et sacrés doivent encore se resserrer davantage au 
moment où le Chapitre voit consommer sa dissolution: 

La Compagnie, pour obéir à la loi impérieuse de la 
conscience et désirant que le dernier acte capitulaire 
qu'il lui est permis d'exercer soit l'expression des sen- 
timents dont elle est pénétrée, déclare à l'unanimité 
qu'elle ne peut ni ne doit jamais consentir à sa disso- 
lution; qu'elle est, au contraire, dans la ferme résolu- 
tion de continuer, autant qu'il lui sera possible, l'exer- 
cice des fonctions du culte et de la prière publique; 
qu'en conséquence elle proteste, au nom de la Reli- 
gion, contre la violence qui pourrait lui être faite pour 
cesser de remplir des obligations que l'Eglise lui im- 
pose et auxquelles ^lle ne peut se soustraire volontai- 
rement sans crime ; 

Déclare enfin que, si ses justes réclamations, seul 
moyen qu'elle doive et veuille employer pour sa con- 
servation, demeurent sans eftet, elle veut du moins et 
entend conserver les liens de confraternité spirituelle 
qui unissent tous ses membres et l'union des prières 
qui peut seule les consoler dans leurs malheurs. 

Chacun des Messieurs, après s'être assuré mutuelle- 
ment du plus sincère regret de se voir séparés et du 
plus inviolable attachement, se sont embrassés et ont 
clos le présent registre : 

Defresne, doyen et chanoine ; 
Brumauld de Beauregard, chantre et chan. ; 
Gandillon, sous-doyen et chan. ; 
De la Coliniére, archidiacre, chan., pour adhé- 
sion; 
RozAND, sous- chantre et chan. 
Paillou, chan. sindic; Bouhyer, chan. ; 
Jourdain, chan.; Rodier, chan.; Belluard, chan.; 



- m - 



ViLLoiNG, chan.; BRAZET,€haD.; Chevheiix, chan. 

QuERENET, chan. ; 
Chevallereau, chan., pour adhésion, 
VoissANC, chan.; Babault de Chaumont. chan.jJ 

BuoR DE LA MuLNiiRE, chan. ; De Landerneait, 

chan.; Chabot, chan.; Ds Rieusseg, chan. ; E^Ea- 

RiN, chan.; De BEAUMAifOiR, chan. 




j 



Etant absent lors de la délibération cy-dessus, a él 
prise lecture faite d'icelle, j'y adhère comme étaut 
rexpression de mes sentiments » 

De Beauregard, chan. et chanceliier- 

Etant absent lorsque la délibération cy-dessus et de 
l'autre part a été prise, lecture faite d'icelle, j'y adhère 
comme étant l'expression de mes sentiments, 

De Fontaines, chan. et prévôt. 

Pour adhésion : De Fontaines, chan. et prévôt honor. 

Signé : Le Brasse, secrétaire. 



— m — 



iii: 

SYNODE 

DU 

POIRÉ-SUR-VIE 



Le quatre août 1795. Téglise du Poiré-sur- Vie fut le 
théâtre d'un fait, qui est certainement l'un des plus re- 
marquables de rhistoire de notre Vendée. Il est même 
l'unique de ce genre dans les fastes de l'Eglise, pen- 
dant la période révolutionnaire. Il s'agit d'un des actes 
les plus graves et les plus solennels de la juridiction 
épiscopale; d'une mesure à laquelle on doit, peut-être, 
la conservation de la religion dans la contrée, la persé- 
vérance de cette province dans la grande unité ro- 
maine. 

Persécutés, emprisonnés, bannis de leur patrie, les 
premiers pasteurs du diocèse avaient vu briser les 
liens qui les unissaient à leur troupeau, et ce troupeau, 
\'iolemment dispersé, restait catholique par instinct et 
par éducation. Cette situation pouvait être périlleuse 
pour la foi et pour la discipline. L'une et l'autre n'y ont 
que trop perdu. 

M. l'abbé de Beauregard, vicaire général de M^' de 
Mercy, obligé de fuir et réfugié en Suisse, tenta de sau- 
ver de ce danger la contrée conliéc à sa sollicitude. La 
Vendée était restée fidèle à son roi et restée profondé- 
ment catholique, mais il devenait nécessaire de réta- 
blir, pour elle, les chaînons brisés de la hiérarchie reli- 
gieuse. 

M. de Beauregard résolut de tenir un Synode, au mi- 
lieu de la période révolutionnaire Bravant tous les 
périls, quittant leurs retraites ignorées, sans crainte 

28 



-434 — 

d'exposer, une fois de plus, leurs têtes vouées au mar- 
tyre, cinquante-sept prêtres, c'est-à-dire tous ceux qui 
étîuent demeurés fidèles et cachés en Vendée répon- 
dirent à son appel. 

I/église du Poire vit alors une de ces solennités bel- 
les et sublimes de simplicité et de courage, une de ces 
solennités qui retrempent la foi d'un peuple en lui fai- 
sant toucher du doigt le berceau de sa religion et Tau- 
torité de ses paslc^urs. On a vu depuis plus de cinquante 
ans assez de con^ijrés do toutes sortes; beaucoup ont 
été entourés dc^ tout l'éclat que les hommes peuvent 
donner, ont réuni d(»s noms, des fortunes, des talents 
admirés, mais aucun n*a pu impressionner, exciter au 
bien, obtenir des résultats prati(pu»s,eommecette assem- 
blée de prêtres proscrits, venant de tous les points du 
diocèse, même de ceux occupés par l'ennemi, et réunis 
au château désert de Pont de-Vie, agitant dans cette 
égliscî du Poiré, sous le regard de Dieu, des questions 
d'où peut dépendre l'avenir de la religion dans leur 
province. 

Ils savaient l)i(;n, ces héros du Christ, que leur dé- 
marche hardie les rapprochait de l'échafaud ou des 
balles révolutionnaires, mais rien ne les arrêta, rien 
ne put l'aire faiblir un instant leur courageuse lidélité! 



M«f de Mercy, évéque de Ijiron, avait réussi à s'échap- 
per (h* Paris la veille des massacres de S(»ptembre. Les 
pr(Mnicrs sucées de rinsuri'i^clion de la Vendée lui 
ayant fait espérer la lin prochaine de la Hévolution, il 
avait envoyé du lieu di* son exil, le 1" janvier iTO't, une 
Instruction pastorale destinée à tra<MM' des régies de 
conduite, et, le i"* Juin de la même année, une lettre 
pastorale à son clerfjr fidèle pour le disposera repren* 
dre aoec fruit, après le sc/iisme, l^s fonctions du saint 
ministère. 

Le 11 juin 170i, il avait écrit à M. île Beauregard aloi*s 
en Angleterre : f J'ai su tout ce que votre zèle apostoli- 
({ue vous a lait enlr(»pr(îndre. .1(^ n'en ai point été sur- 
l)ris. J'y ai a|)j)laudi, J'en ai renuM'cié Di<ni et je ne cesse 
de lui demander de répandre sur vous ses plus 
abondantes bénédictions. Vous paraissez, dans l'ordre 
de la Providence, devoir être mon prédécesseur dans 



— 438 — 

mon diocèse... Vous vous approcherez, le plus que 
vous pourrez, de mes instructions; mais je ne trou- 
verai pas mauvais qu'on s'en écarte, quand la néces- 
sité ou un plus grand bien Texigeront. » 

Il lui écrivait encore de Ravenne : « Vous avez vu 
que je vous laisse la plénitude de mes pouvoirs pour 
gouverner et décider de tout provisoirement, dans ce 
que je n'aurais pas prévu et dans les changements que 
les circonstances peuvent apporter même dans ce que 
j'ai voulu prévoir. » 

C'est en vertu de ces pouvoirs que l'abbé de Beaure- 
gard tenta de réunir dans un Synode les prêtres de- 
meurés en Vendée. 

Il s'agissait pour lui de trouver un gîte. Il arriva, le 
Il juillet 1798, à Belleville, au quartier-général de Gha- 
rette, qui eût voulu le retenir près de lui en qualité 
d'aumônier. Mais le vicaire général refusa. « Je veux, 
dit-il, prêcher l'évangile sans prendre part aux affaires 
publiques. J'ai des ordonnances de mon évèque, je les 
ferai connaître au clergé et j'administrerai le diocèse 
avec l'abbé de Charette de la Colinière, votre cousin. » 

Il se fixa donc dans la paroisse de Beaufou. L'église 
avait été brûlée. Le curé était vieux et cassé (1); ce fut 
une circonstance favorable qui lui permit do dissimu- 
ler l'importance de sa mission sous le titre modeste de 
vicaire du curé, t Je travaillai donc avec assez de fruit, 
écrit-il, dans mon vicariat de Beaufou et dans toute 
cette partie du diocèse. » 

Il s'agissait aussi de retrouver et de prévenir une soi- 
xantaine de prêtres disséminés dans tous les coins de la 
Vendée, cachés dans les villages et dans les bois inac- 
cessibles; de connaître leurs retraites, que connais- 
saient seuls les intimes et les catholiques chargés de 
pourvoir à leur subsistance. Tout cela n'était pas chose 
facile dans une contrée occupée par les soldats de la 
Révolution. 

f Quand tout fut bien établi, continue l'auteur des 
Mémoires, ie crus devoir réunir tout le clergé du dio- 
cèse de Luçon pour y faire publier les ordonnances de 
M»' de Mercy. Je fixai le lieu de la réunion dans la belle 
église du Poiré, non loin de laquelle se trouvait un 



(1) M. Jousbert de la Cour. 



- 436 — 

château dont les propriétaires avaient émigré (1). Je fis 
part de mon projet à Charette, qui m'offrit des rations 
pour les chevaux et un dîner pour les prêtres. 

« Soixante prrtres (exactement cinquante-sept) se 
rendirent à cette cérémonie qui avait attiré un grand 
concours de peuple. Je chantai la messe et prêchai, 
puis nous nous rendîmes dans la grande salle du chA- 
toau (de Pont-de-Vioj. L'abbé de Charette et moi primes 
nos places. Je désignai un promoteur et un secrétaire, 
et- après avoir fait reconnaître la signature de M»* de 
M(^rcy par lout le Synode, je fis lire ses Ordonnances. 
On établit (în tète du procès- verbal les noms des prê- 
tres assistants. 

« Un des arti(;les de ces Ordonnances disposait que 
l'évéque reconnaissait pour canonique tout ce qui avait 
été ordonné par ses délégués directs ou par ceux qui 
l'avaient été en son nom, mais ([u'aussitôt que l'un des 
anciens grands vicaires serait arrivé dans le diocèse, 
tous les pouvoirs cesseraient, excepté ceux de ce grand 
vicaire. 

« Il fut fait plusieurs règlements dont l'un portait que 
toutes les fondions ecclésiastiques seraient gratuites; 
que l'on pourrait seulement recevoir des fidèles des 
dons modérés. On pria MM. les présidents du Synode 
de déclarer qu'on n'accoplail pas les contributions que 
(ilharette avait iail otlVir (i). 

« On régla l'étendue de la juridiction de chaque 
ecclésiastique. Les présidents furent priés de rerevoir 
It^ prix drs drpcnsrs et d'en former un fonds pour les 
nécessités des prêtres vl des églises. On rédigea les 
articles qui durent être rruiis à chacun de MM. les 
crclcsiasliijues, et l'on m'iuvila à trouver les moyens 
de correspondre avec M-"" de Mercy (,3). » 



(I) Le principal corps do lofais où s'i'st tenu \o célèbre Synode 
il iMô rasô complùterm'iil. li'c'iiiplacemiMit de la chapelle domesii- 
i]U(* n'est plus marqué ijue par un mur faisant partie d'une mai- 
son récomment construite pour le fermier. On y voit cependant 
encore un ln'nitier et un petit enfoncenuMit dans la muraille pour 
loa burettes. 

(V) Pour l'eut nMien du clerfrê. 

(.'{} McmuirC'^ de Mgr Ihumnulti du hennrfitjiird, p. 8S. 



- 437- 



Voici les articles arrêtés dans celle assemblée du 
clergé, le 4 août 1795. 

Baptêmes, On réhabilitera les baptêmes faits par les 
jureurs et intrus, lorsqu'ils seront douteux, et on 
pourra suppléer les cérémonies sans Saint-Chrême. 

Messe. On ne dira plus la messe sur deux cor- 
poraux. 

Mariages, Les mariapes faits par les intrus seront 
réhabilités selon les formes établies, ainsi que ceux 
faits devant la municipalité On observera, quant au 
mariage, Tusage établi par l'Eglise, c*est à-dire que les 
parties contractantes s'approcheront des sacrements 
de Pénitence et d'Eucharistie. 

Il a été arrêté qu*il sera fait des représentations au 
général en chef de la Vendée pour pourvoir à la sub- 
sistance et aux besoins des Religieuses nécessiteuses, 
ainsi qu'à ceux des ecclésiastiques qui seraient dans le 
besoin. 

Arrêté qu'il sera fait par MM. les curés une liste des 
Religieuses qui seront dans leurs paroisses, laquelle 
sera envoyée à MM. les Vicaires généraux. 

Arrêté qu'il sera fait des recherches au sujet des 
ornements, livres d'église, calices, et généralement 
tout ce qui sert au culte de la religion; que rapport en 
sera fait aux Vicaires généraux, afin qu'on puisse en 
distribuer aux paroisses qui en manquent. MM. les Cu- 
rés donneront un état des pauvres et autres néces- 
siteux (1) qui seront dans. leurs paroisses, afin que les 
Vicaires généraux, de concert avec les pasteurs, écri- 
vent aux administrateurs pour avoir des secours. 

Arrêté que MM. les Curés donneront une liste des 
diacres et sous-diacres qui sont dans leurs paroisses, 
afin qu'il leur soit enjoint par les supérieurs d'aider les 
prêtres dans* leurs fonctions, particulièrement dans 
celle du catéchisme. 

Arrêté que MM. les C\irès feront passer à MM. les Vi- 



(1) Cette mesure était nécessaire au moment où les campagnes 
dévastées n'ofiraient presque aucun moyen de subsistance aux 
familles dont les chefs avaient péri dans les combats ou à la 
suite de Tannée vendéenne. 



-138- 

caires généraux une liste de toutes les cU^penses qfi1t|r:! 
ont accordées, en vertu du pouvoir qu'ils ont i^8çC< 
pendant la persécution, du Seigneur Evéque, afin f«1f, 
en soit tenu un registre exact pour être mis soos M-'j 
yeux du Prélat, lorsqu'il reparaîtra dans son diocèse. - ■] 

Fait et arrêté au Poiré-sur-Yie, le 4 août 1795. ^ 




LISTE DES PRETRES PRÉSENTS AU SYNODE 



MM. 

Doussin de Voijer^ desservant du Bourg-sous -la- 
Roche. 

Alexandre Ténèbre, curé de Groix-deVie : interné à 
Rochefort, déporté à Guyane. 

Alexis Molliet-Ribet, curé de Saint- Hilaire-lc-Doyen 
(Poitiers), desservant les Essarts. 

Jacques Chabot^ curé d'Aubigny. 

Simon Robin. 

Melchior-Siméon Le Gowta:, desservant Sainte-Cécile, 
prisonnier à Fontenay, délivre par Vendéens. 

Blanchard, curé de Belle-Noue. 

Moreau^ curé de Saint-Nicolas de la Ghaize-le-Vi- 
comte. 

Allain, prieur de Saint-AndréGoule-d'Oie : a souffert 
tout ce quon peut souffrir, excepté la mort, disent les 
Mémoires de M. Remaud. 

Remaudet^ à Pont- de-Vie, paroisse du Poiré. 

Madtj, curé de Saint-Denis-la-Chevasse. 

Pierre Remaud, curé de Chavagnes-en-Paillers. 

Buet^ desservant à la Merlatiére. 

O' Brien, prêtre irlandais, desservant de Boulogne. 

Audureau, vicaire à Saint-Denis-laChevasse. 

Merlandy curé de l'Aiguillon, desservant l'Airiére, 
paroisse de la Ferriére. 

Gueadon de la Poupardicre, curé de la Rabaleliére. 



— 439 — 

GoillandeaUy chanoine de la Collégiale de Montaigu, 
desservant les Brouzils- 

Amiaudy vicaire de Saint-Sulpice-le-Verdon, desser- 
vant Mormaison. 

Charles-Vincent Barbedettt\ cure du GrandLur. 

Jousberi de la Cour, curé de Beaufou, dont M. de 
Beauregard fut vicaire. 

Pierre Moreau^ curé du Poiré. 

Michel Gillier^ desservant de liCgè, 

Sauvage^ desservant de Saint Ghristophe-dc la-Char- 
treuse, paroisse de Rocheservière. 

Thouret, desservant Saint-Etienne- du -Bois. 

Guyard, à Chauché, aumônier des Bénédictines des 
Sables. 

Mitrecet/j curé à la Grollo, paroisse de Rocheser- 
vière. 

Hervouet, vicaire de Bouaine (Saint-Philbert). 

Huet^ curé de Landevieille, à Luçon. 

Voisin^ curé de Landeronde, à... 

Gaboriaud, desservant de Treize-Septiers. 

Veillard, desservant de Saint-Etienne-de-Corcoué. 

Duranceau, curé de Sainte-Foy. 

Le Breton, desservant de Saint-Michel-Mont-Mor- 
cure. 

Serre, desservant la Flocellière, missionnaire du 
Saint-Esprit, tué à Saint-Laurent. 

Paillar, aumônier des Religieuses de Gholet, desser- 
vant Saint-Mars. 

Boursier, curé des Moutiers-sur-Lay, desservant 
Ardelay. 

Jacques Boursier, prieur do Mouchamps, incarcéré 
plus tard à Rochefort. 

Fumoleau, curé de Chavagnes en-Pareds. 

Vrignaudy vicaire de Cheffois, desservant le Bou- 
père. 

Macé, desservant de Saint-Paul- en Pareds. 

Seri/lé, desservant des Châtelliers. 

Fr. Julien, capucin de Machccoul, desservant le Pe- 
tit-Bourg-des-Herbiers. 

Brillaud, desservant de Saint-Fulgent. 

Cornu, curé de la Barotière. 

Desplobains, curé de Puymaufrais, à Chantonnay. 

Imbert, curé de la Ronde (Deux-Sévres), prés la Châ- 
taigneraie. 



:'^ 



— 440 — 



Marion, curé de Saint- Jacques de Montaigu, à Saint- 
Georges-de-Montaigu. 

Charles Augis, curé de Beaulîeu, desservant là Meil- 
leraye. 

GLraud, dessorvant Landeronde, vicaire à Olonne. 

Jac(iu(3S Gautier, desservant do la Boissière-de-Mou- 
taigu. 

Pierre Bvénugat, desservant de Bazoges-en-Paillers : 
fut déporté à la Guyane, où il est mort de misère et 
de faim, en 1798, trouvé mort à genoux, mains jointes, 
le crucifix sur l(»s lèvres. Ses confrères durent creuser 
sa fosse de leurs mains. 

Pierre-Charles Jagueneau^ à la Guyonniére, arrêté et 
jeté en prison à Nantes et à Paris. 

Mathieu de Gruchy, desservant à Venansault, fut 
arrêté et fusillé à Nantes, en 1797, âgé seulement do 
trente six ans. 

De Cfiareite de la Colinière^ vieaire général. 

Jean Brumauld de Beauregard^ vicaire général, fai- 
sant fonctions d(» vicaire de Beaufuu. 

Tous ces prêtres, ayant refusé I(î serment, tombaient 
sous le coup de la déportation (1). 



Qu(»lle magnillque et glorieuse assemblée que celle 
de ces généreux confesseurs de la foi, qui, pour de- 
meurer lidéles à leurs devoirs et ne pas laisser les ca- 
tholiques de Vemlêe vivre et mourir snns sacrements, 
avaient déjà souffert des jxM'sécutions de toutes sortes, 
sans asile et sans autre appui que leur conliance en 
Dieu, toujours poursuivis la nuit et le jour par les en- 
nemis de TKglise, et dont quelques-uns avaient connu 
les horreurs de la prison, notamnumt à Fontenay . 

Cet événement rappelait un des premiers conciles 
des Gaules, tenu à Paris au iv° siècle, et où parut le 
grand S. Hilaire, victime des persécutions de Tempe - 
reur Constance. S. Jérôme, parlant de ce héros de la 
foi, écrivait : t II serrait impossible d'exprimer avec 
(luelle tendresse la Gaule n^jut son Hilaire et embrassa 
ce héros qui revenait du combat. » 



(i) A part les sexagénaires. 



— 441 - 

Au Synode du Poiré, ce n'était pas seulement un 
héros qui revenait du combat, mais un grand nombre, 
qui, meurtris déjà, allaient y retourner et dont plu- 
sieurs y laisseraient leur vie. 

Mais, qu'importe ! ils en avaient fait le sacrifice pour 
Dieu et les âmes. 



-44*- 



LES prêtres' 

DANS LE 

SERVICE DES CONDAMNÉS A MORT 
ET DES PRISONNIERS 




En présence des milliers de victimes, immolées par 
la Révolution en haine de la foi, le lecteur catholique 
s'est demandé sans doute si ces nombreux prisonniers 
ont pu recevoir le sacrement de la réconciliation. 

Cette page a pour but de répondre à cette question. 

Dieu a presque toujours pourvu que des prêtres fus- 
sent mêlés aux laïques dans les prisons de la Vendée, 
comme à Paris, pour être leur force et leur réconcilia- 
tion au moment suprême. 

A Paris, un service était organisé à cette fin par l'au- 
torité ecclésiastique, ('omme le rapporte M. Edmond 
Biré. 

Dans la capitale, pendant la Terreur, lorsque les 
bourreaux avaient commencé d'exécuter trente ou qua- 
rante victimes par jour, un saint prêtre, l'abbé Bichet, 
vicaire général et représentant de M«^ de Juigné, cher- 
cha les moyens d'assurer aux pauvres prisonniers les 
secours de la religion avant leur exécution. 

Voici le service vraiment admirable qu'il avait orga- 
nisé et qui fonctionna parfaitement. 



— 443 - 

"Des prêtres, au nombre de sept, accompagnaient 
tour à tour les charrettes qui conduisaient les condam- 
nés à Téchafaud, depuis la conciergerie jusqu'au pied 
de la guillotine. Chacun d'eux avait son jour, même le 
dimanche, car on guillotina aussi le dimanche. 

La plupart des condamnés avaient été prévenus, dés 
la prison, qu'ils pouvaient compter sur la présence 
d'un prêtre qui, au moment de l'arrivée des charrettes, 
donnerait une absolution générale. Souvent d'ailleurs, 
pendant le trajet même, quelques-unes des victimes 
pouvaient, à certains signes, reconnaître le prêtre à 
son déguisement, lire dans ses regards et échanger 
avec lui une confession muette. 

Le ministre de Dieu qui risquait ainsi sa vie avait 
bien soin, lorsque les charrettes sortaient de laConcier^ 
gerie, de se placer infimédiatement après les gardes 
nationales qui fermaient le convoi. Il tâche alors, par 
des signes, de révéler sa présence aux condamnés qui, 
étant assis à rebours, peuvent le voir facilement. 

Ceux qni ont le bonheur de le reconnaître ne man- 
quent guère alors d'incliner la tète, de se recueillir 
avec la contrition de leurs péchés et de prier. La foule 
elle-même en est frappée et dit parfois : « En voilà un 
qui fait son acte de contrition. » 

A l'arrivée devant l'échafaud, le prêtre se place aussi 
prés que possible des charrettes, toujours derrière les 
gardes nationales A 1 instant où commencent les exé- 
cutions, il donne une aUsolution générale. Tous les 
spectateurs, dés que le bourreau a saisi la première 
victime, sont obliges d'ôler leurs chapeaux, pour que 
ceux qui sont aux derniers rangs puissent mieux voir. 

Le prêtre sait mettre à proht cette circonstance. Il 
fait, en avant de son chapeau, un signe de croix qui 
est presque toujours vu des condamnés, tandis qu'il 
échappe aux assistants, qui tous ont les yeux fixés sur 
la scène lugubre. 

Le prêtre, souvent, ne se bornait pas à une absolu- 
tion générale. Lorsque, par le journal de la veille au 
soir, il a vu que tous les condamnes étaient des hom- 
mes honorables (et c'était le cas presque chaque jour), 
il donne une absolution individuelle au moment où 
chaque condamné gravit les degrés de Téchafaud. 

Les sept ecclésiastiques dévoues, qui restèrent à ce 
poste périlleux pendant la Terreur, étaient : l'abbè 



- 444 — 

Gaston de Samlmcy (1), qui faisait ses fonctiou:; > 
dimanche; labbê Renaud, le jeudi; l'abbé Philbert «V 
Bruillard (2), le vendredi; l'abbé de Keravenant {:\^\ 
Tabbé de Malmaison; Tabbé de Voisins (4), et l'abie 
Charles, t Ce dernier nom, ajoute M. Edmond Bip- 
était un nom de guerre. Je n'ai pu retrouver le vrai 
nom de celui qui le portail (5). » 

La même (fuestion se pose pour nos prisonniers A 
les condamnés à mort dans les diverses prisons dr la 
Vendée (6). L'aut(»ur des Prisons des Sables y re\mv\ 
ainsi : « (^es hommes, ces femmes, ces jeunes ilUes qui 
ont subi la mort étaient vraiment chrétiens. Les hom- 
mes avaient pris les armes pour la Religion avant tout, 
les femmes s'étaient compromises pour la Religion, 
souvent pour cacher des prêtres. Dans leur captivité, 
et surtout avant de monter à l'échafaud ou de tomber 
sous les l)alles, avaient ils la consolation d'avoir l'abso- 
lution d'un prêtre ? Nous répondons que beaucouj», 
presque tous, eurent celle suprême consolation. » 

Nous savons, en eflet, que Tabbé Petiot, curé de Gi- 
vrand, exécuté le» 30 avril 1793, séjourna longtemps à 
la prison delà Coupe, et fut, comme les autres con- 
damnés à mort, transféré au Minage la veille de son 
sup|)licc. Sans nul doute, les détenus de ces deu.\ pri- 
sons profitèrent de son passage. 

Nous savons que l'abbé Denonceau, de l'abbaye des 
Fontenelles, fut enferme dans la prison Delange et 
qu'il y resta longtemps; car il fut du nombre des ren- 
voyés au Tribunal criminel, d'où il ne revint point. 11 
va sans dire qu'il mil son ministère à la disposition de 
ses compagnons de captivité ! 

Nous avons vu que l'abbé Boulineau, ancien aumô- 
nier de l'hôpital des Sables, passa tout le temps de la 
Terreur cache aux Sables-d'Ulonne. 



(I) Plus lard, aumônier du comlo d'Artois. 

C-) Evêque de Grenoble sous la Restauration. 

(.i) Mort curé de Saint-(iermain-des-Prés. 

(i) Successivement curé de Saint -Etienne -du -Mont, puis 
vicaire général à Saini-Flour. 

i'i) Mois pittoresque et littéraire, année 1ÎH)*2. 

(6) Aux Sables, cent-vingt-sept prisonniers furent condamnés 
et exécutés du i" avril 1793 au 1 i avril 1794. (V. Prisons des 
Sables, p. 125.) 



-U6- 

tl n'est point téméraire de penser que, par diverses 
industries, M. Boulineau. se trouva souvent sur le pas- 
sage des condamnés à mort, avertis secrètement qu'un 
bon prêtre se Uouverait à un endroit déterminé pour 
les absoudre. 

Nous verrons que dans les prisons des Sables se 
trouva un autre prêtre, Tabbé Pacroux, qui fit partie 
des prisonniers évacués sur Noirmoutier. 

Enfin, nous remarquons, outre ces quatre prêtres, 
plusieurs abbés non encore parvenus au sacerdoce, 
Vabbé Dorval, les abbés Roux. Tous ces ecclésiasti- 
ques surent, à n'en pas douter, prodiguer aux malheu- 
reux qui allaient ou pouvaient aller à la mort les 
meilleures consolations chrétiennes. Dieu ménage ici- 
bas ces suprêmes attentions de sa bonté infinie à ceux 
qui s'étaient levés pour sa cause (1). » 

A Fontenay, nous savons également que, dès le com- 
mencement de 1791, des prêtres furent détenus en 
cette ville, dans les mêmes prisons, d'où sortaient, 
pour aller à l'échafaud, tant de vaillants vendéens, 
et qu'il y eût là des prêtres jusqu'à la prise de Fonte- 
nay par l'armée catholique, il est certain que ces 
prêtres firent profiter de leur saint ministère toutes 
ces victimes qui allaient être jugées par les commis- 
sions militaires. 

Quand furent supprimées, au mois d'avril 1793, par 
le Comité de salut public, les commissions militaires 
de Fontenay et des Sables et qu'elles furent rempla- 
cées par le tribunal révolutionnaire de l'Ile de la Mon- 
tagne (Noirmoutier), où Fontenay et les Sables envoyè- 
rent leurs détenus, il se trouva des prêtres dans les 
prisons de l'Ile. 

Un historien digne de foi a donné le détail suivant : 

Lors de la prise de Noirmoutier par les troupes ré- 
publicaijies, celles-ci avaient cru s'emparer de tous les 
prêtres et les avoir massacrés, mais la tradition rap- 
porte que, en javier 1794, quand d'Elbée fut porté mou- 
rant au poteau du supplice, au moment où les rangs 
des soldats s'ouvraient sur son passage, un prêtre, 
vêtu en paysan, s'avança et lui présenta un cruciilx 
caché sous ses vêtements, et l'on vit le JVont du mar- 



11) Prison$ des Sables, p. 133. 




tyr s'incliner devant le signe du salut et le geste d'une 
suprême absolution. 

Ainsi, dans toutes ces prisons où s'exerçait la ven- 
geance humaine, Dieu était là par ses ministres pour y 
faire régner sa justice et sa miséricorde. 




-447- 



TABLE 



ABRÉVIATIONS 

c, curé. — Vm vicaire. — m., mort. — chan., chanoine. 
(I. sup)., liste supplémentaire. 



Pages 
Déclaration de Tauteur. 
Lettre de Monseigneur TEvôque à Tauteur. 

But plan et division de Touvrage 1 

Persécution religieuse en France 9 

— en Vendée, 1" à Luçon 14 

— — 2*» à Fontenav ... 25 

— — 3» aux Sables-d'O- 

lonne 37 

— — 4« dans les pa- 

roisses rurales. 49 
Notices : M»^ de Mercy, évoque de Luçon pendant 

la Révolution 85 

MM. Agaisse, diacre 74 

Albert, Pierre, c. de Sainte-Florence (1. supp.). 415 

Arriet, François, lazariste de Fontenay (1. supp.) 415 

Arriet, Jean- Baptiste, lazariste (1. supp.; 415 

Aujard, c. de Bessay (1. supp.) 415 

Auge^ c. de Chasnais (1. sup.) 416 

Augis, c. de Beaulieùs-Mareuil 80 

Rabin, c. de Coéx 83 

Ballon, c. d'Ardelay 85 

Raritaud, c. de Saint-André- d'Ornay 87 

Raudouin, Martin, c. de Luçon 88 

Haudry, c. de Saint-Malo-du-Rois 94 

Reauregard (André de), vie. général 98 




1 



HH. Belliot, c. de Boulogne .• . • - ^* * - * - tti^ 

Béraudy prêtre de Saint-Maorice^des-Nouds (K ^ 

sup.) é ...,.- 415 

Bernard, cordelier de Fontenay .\ .,...*. • llti 

Berthe de la Guibretière, c. de Saint- Giltes (t 

sup.) ■ ;.,'...> m 

Beynard. c. de la Couture (1. sap.) • • • . 418 

Biaille du Clos, c. de Saint-Philbert* de-Pont-' 

Charrault .♦.. .' IIS 

Bichon, c de Sainte-Christine (1. snp.) .../••.. 416 

Billaud. c. de la Réorthe Itt 

Biliaud, prieur de la Grenetière (1. sup.). . • . ; • ; ' 4lt 

Bisselle, prêtre à Boufféré (1. sup.). . . .'. 4I# 

Blanchard, c. du Bourg-sous-la Roche 122 

Blanchard, vie. de la Bruffiére 126 

Bodaille. religieux cordelier de Fontenay 128 

Boisvinet, c. de Saint-Hilaire du-Bois (l. sup.). . • 416 

Bodin, c. de la Vineuse (1. sup.) 416 

Bonnet, vie. à Saint-Martin-des-Noyers 130 

Bonnet, c. de Bazoges-en-Paillers (l. sup.) 416 

Bonnin, chan. de Montaigu 133 

Boulanger, chan (1. sup.) 416 

Bouron, c. de Saint-Laurent-la-Salle 134 

Boisvinet, v. de Saint-Hilaire-du Bois 416 

Boutheron, chartreux de la Châtaigneraie 138 

Brénugat. vie. de Bazoges-en-Paillers 140 

Brldault, c. de Notre-Dame à Fontenay 143 

Brin. c. doyen de Saint-Liiurent-sur-Sévre 147 

Brochu, vie. à Saint-Laurent-sur-Sèvre 149 

Brunetière, desservant de Treize- Vents (1. sup.) 416 

Buehet, c. de Legé 15t 

Camus, e de Thouarsais 152 

Ghabirand, vie de Saint-Malo (1. sup.) - 417 

Chailloux, e. de Mortagne-sur-Sèvre 153 

Chapelain, vie. de Sainl-Hilaire-de Mortagne ... 155 

Chevallereau, chan. (1. sup.) 417 

Clion. e. de Damvix (1. sup.) 417 

Cohade, e. de la Châtaigneraie 158 

Couliaud, c. de la Grève (Saint -Martin -des - 

Noyers) (1. sup.) 417 

Coste, curé de Fontaine et de Chaix (1. sup.) ... 417 

Couperie, clian. hebdomadaire iS9 

Courtin, chan. (1. sup.) 417 

Coyaud, desservant Saint Malo du Bois (1. sup ) , 417 



PagM 

MSI. Croizetiëre, de SaintSulpice 160 

Defresne, doyen du chapitre 164 

Delhumeau, c. des Ëpesses 167 

Denonceau, religieux des Fontenelles (1. sup.) . . 417 

Deny, vie. à Treize-Vents 168 

Destouche, chanoine (1. supp.) 417 

Dolbecq, c. de Sainte -Cécile 171 

Douaud, de Tiffauges, chan. de Nantes 174 

Duchaffault, c. de la Guyonnière 178 

Dugast, c. de Corbaon (1. sup.) 417 

Duranceau, c. de Sainte-Foy (1. sup.) 417 

Durand, prêtre d'Apremont 184 

Durand, prêtre de Gugand (1. sup.) 417 

Durand, vie. à Touvois (1. sup ) 418 

Emerie, prieur de la Flocelliére 186 

Feuvre, c. de la Guyonnière, chan. de Montaigu 188 

Forget, vie. à Bazogesen-Pareds (1. sup.), t. II. 418 

Fumoleau, c. de Chavagnes-en-Pareds 189 

Gabard, diacre de Chambretaud (1. sup.) 418 

Gaignet, vie. de Doix 191 

Gagelin, prieur- curé de Sainte-Christine 195 

Garaud. c. de la Brufflère 200 

Garnault, vie. de Saint-Malo (1. sup.) 418 

Gaudon, c. de Saint-Germain-r Aiguillon 207 

Gaudin, vie. à Goëx (1. sup.) 418 

Girard, c. de Saint- Vincent Sterlanges 209 

Gobin. curé d'Antigny 211 

Gogué, aumônier de Charette (1. sup.) 418 

Goupilleau, c. de la Guyonnière 212 

Goupilleau, c. de Saint-Jacques-de-Montaigu . . . 213 

Gouraud, c. de Saint-André s-Mareuil 215 

Gourdon, vie. de Saint-Fulgent 219 

Grondin, vie. de Barbâtre (1. sup.) 418 

Gauchy (de), vie. de Soullans et Venansault 222 

Guérin, de Torfou (1. sup) 418 

Guibert, de Saint-Laurent-sur-Sèvre 234 

Guyard, c. de Noirmoutier 236 

AUouio, de la Bemardière 239 

Hamon, chan. hebdomadaire (I. sup.) 419 

Hédon, c. de Champ-Saint-Père (1. sup.) 419 

Herbert, c. de Maillé 241 

Hilaire, prêtre de Luçon (1. sup.) 419 

Houssin, c. des Brouzils 253 

Hugron,c. de Treize- Septiers 268 

29 



■^itô'^ 



'l'I 



HM. Jagueneau, vie. du Petit-Bourg-scms-RoAa . * •« 

Jagueneau, sacriste de IfoftUigo (1. sap.) *.. • ^ • • • ' 411 

Javelot, missionnaire de Samt-Littrent ,•*,«•.« m 

Jousbert de la Courte , c. de BeavfofQ (L mp^ . • ^ 
Lardière, prêtre de Saint-Solpioe^le-yerdoa p.. 

La Tardinière (de) ..•„..«••«.• 

LeGooix, vie. de Sainte-Cécile.. 

Lequinemer , c. de Saint- Andi^Treixe-¥<»ieft , « • MB 

Lesage, c. de Dompierre «• SVB 

Letoquart, lazariste de Fontenaj (K svp.) 411 

Lezardière (Robert de), diacre ». ..•••.«• fil 

Limouzin, clere minoré • ; «....••• HV 

Lusson, vie. à Saint-Georges-de-Honittga ••.«•.. M 

Meunier, e. du Puybelliard Î85 

Merland, desservant de l'Airière (1. supO 419 

Meyracq (de), vie. à la Bernardière 286 

Mignoneau, c. de Nesmy 490 

Moreau, c. de Saint Nicolas-de-la-Chaise.. . . • . . 292 

Morennes, c. de Saint-Mars la-Réorthe 296 

Morin, prêtre de Vouvant 302 

Mornac (de), prieur des Fontenelles 304 

Mougon (Aviee de), chanoine (1. sup.) 419 

Nicolas, vie. de Ghambretaud 307 

Nœau, c. prieur de SouUans 309 

Noirel, religieux de Bois-Grolland (l. sup.) 419 

Noiret, vie. de la Châtaigneraie (l. sup.) 419 

Normand, c. de Château Guibert (1. sup.) 419 

Pallardy, de Chantonnay (1. sup.) 420 

Pasquier, desservant Challans (1. sup.) 420 

Payau, c. des Herbiers (1. sup.) 420 

Paynaud, c. de Saint-Hilairede Mortagne 312 

Payraudeau, e. de Saligny 316 

Payrault, chapelain de l'Epine 317 

Peigné, vie. de Saint-André-Treize-Voies 318 

Petiot, c. de Saint-Révérend 319 

Piehard, e. de Chassais -l'Eglise, en Sigournais 

(1. sup.) 322 

Poiraud, c. du Gliâteau-d'Olonne 329 

Poissonnet, c. de Longèves (I. sup.) 420 

Poitevin, prêtre (l. sup.) 420 

Pontlevaye (de), prieur et aumônier militaire . . . 331 

Potel, c. de Saint-Jean-Baptiste de Montaigu. . • 338 

Priouzeau, v. d'Antigiiy (1. sup.) 420 

Poulain^ c. de Treize-Septiers 340 



- 451 - 

Pages 

MM . Raimbert^ c. de la Limouziniére 342 

Raulureau, c. du Breuil-Barret (1. sup ) 430 

Reliquat, c de la Boissière-de-Monlaigu 344 

Remaud, c. des Clouzeaux 345 

Retailleau, c. des Landes Genusson 348 

Rieussec (de), chau. , yic. général 353 

Riou, c. d'Apremont 357 

Rivallon, c de Chapelle-Thémer (1. sup.) 420 

Rivereau, c. de Saint-Paul-Mont Penit 360 

Robert, vie. de.la Bruffiére 363 

Robert, prêtre habitué à Apremont (1. sup.) .. . 420 

Roche (de la), Saint-André, vie. général 365 

Rodier, chan., vie. général 374 

Rousselot, c. de la Verrie 377 

Roussereau. c.de Sainl-Pierre-duChemin (l.sup) 

Savary, c. de Saint-Mars-des-Prés 379 

Serillé, desseiTant des Chalelliers, c. de T Ai- 
guillon-sur- Vie (1. sup.) 420 

Serin de Lesnardière, chan. (1. sup.) 421 

Serres (de), miss, de Saint-Laurent surSévre. . , 382 

Tardinière (de la), à Montaigu (1. sup.) 421 

Thomas, c. de Tiffauges (1. sup.) 421 

Tortereau-Dubois, c. de la Roche-sur- Yon, de 

Challans 384 

Thoumazeau, c. de Saint- Vincent -Sterlanges 

(1. sup.) 421 

Trimoreau, chap. de Saint-Symphorien 386 

Triquerie, cordelier d'Olonne 392 

Vacquet, desservant Palluau (1. sup.) 421 

Verger et Dauch, miss, de Saint-Laurent sur- 
Sévre 397 

Viaud, c. de la Ghapelle-Palluau 403 

Voyneau, c. de Notre- Dame-des Lues 405 

X... prôlre du diocèse de Luçon 407 

You, c. de la Gaubretiére 409 



Liste supplémentaire de quelques autres 

prêtres 416 



— 4M — 

Afppendice : I. — Victimes de> guerres de Religion. . 423 

Ckianteclerc, cban. et boit prêtres . 4% 

Nogmet, c. da Langon 4!E7 

Loriou, c. de Grues 429 

II. — Protestation da Chapitre de Luçon. 430 

III. — Synode da Poiré-sor-Vie 433 

IV. — Les prêtres dans le s^inice des con- 

damnés à mort 442 



Table alphabétique 447 




— 483 — 

mum l DOCUIENTS COUSETÉS 



Lie Clergé de la Vendée pendant la Révolution 

Articles publiés par M. Bourloton dans la Revue du Bas^Poiiou 

État des prêtres rentrés en Vendée après 1801 

dressé par rÉYéché de La Rochelle 

Chroniques paroissiales du diocèse de Luçon 

Notices sur les Confesseurs de la foi dans le diocèse de Nantes 

par le Chanoine Briand 

Les Origines de Tlnsurrection vendéenne 

par D. Ghàuard 

Martyre de la Vendée 

par le Chanoine Prunier 

Mémoires de Mgr de Beauregard 

Les prisons des Sables 

par M. Rbnollbau 

Mes notes 

par A. B. 

Chassin. Préparation de la guerre de Vendée 

3 volumes 

Vendée Historique 

par Henri Bourgeois, Luçon 

Papiers inédits de Dugast-Matifeux 

à la Bibliothèque de Nantes 

Quiberon 

par Lb Gârrbg 

Histoire de la Vendée 

par Deniau 

ParoisseSj églises et cures de Montaigu 

par le D^* Mignen 

Martyrs de la foi 

par GuiLLON 

Prêtres et Religieux déportés 

par Mamceau 

Histoire des Moines et Évéques de Luçon 

t. lli 

L'Ancien clergé de France 

par TAbbé Sigard, t III 

Histoire des erreurs et crimes de la Révolution 

PRUDHOlflfB 

Cent ans après 

par TAbbé Charpentier 
Souvenirs de la Terreur 



LÀ VENDÉE HISTORIQUE 

(Revue OC LA VCM»tC ■n.lTâlll& 
PARAISSANT LE 5 ET LE 20 DE CHAQUE MOIS 



A Mlf»!! (VumÉSi 



Olractenr : Hrart BOURGEOIS, Afocat 



Edition sur papier fort : Vendée et Départements limitrophes, 
un an, • fr.; autres Départements, • fr. M. 



Edition sur papier ordinaire : Vendée et Départements limi* 
trophes, un an, 4 fr. 56; autres Départements, ft fr. 



Les abonnements partent du i*' janvier 
et sont payables d'avance. 



LuçoQ. - M. HIDBAUX, Imprtativ de rtvèehé el dB <»MSé.