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Full text of "Le comte de Warwick: Sur l'imprimé de Paris"

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»^^-«^Ui^a^ii.//i/A^.--.-- •'•.*-- - ;■•« 



COMTE 

fat.- D E fit^âUl; 

WARWICK. 

Par MaJami >D AV LNOT. 
TOME PREMIER. 



Sar tinfrimi 11 Pintt. 

A AMSTERDAM, 

Ch« Jaque s DesboR^ * 1 

M. D C C. X »> 



/} 9^r Cru 



*» 



** 






' | 



Tfr&%H 




MONSIEUR 

LE MARQUIS 

DE 

PIROU BRESSEY. 




O R S, que fai commencé 
FHiftoire que je vous en- 
voyé , mon cher Coujîn >fa~ 
Vois lieu de croire qu'elle [e- 
toit, ajjkz, divertijfante : vous y re- 
marquerez,. d'abord un caraElére en- 
joué * qui fe feroit foûtenu s'il niar 
voit été permis, de l'achever dans le 
même efprh : Mais Von a trouvé que 
les événement étoient trof récens & 
trop connu*. Je vous avoué' que ce** 

-m j ** 



E P I T R E 

te objection m'a jet tée dans un grand* 
embarras. J'ai été obligée de cher* 
cher dans tes Siècles paffex, r une 
Cour & des noms qui convinrent à. 
ceux dont je par lois. Il a fallu fui- 
vre le Régne d'Edouard d?Yorck Roi 
d'Angleterre * fanr m éloigner de la 
mérité. Enfin , je me promettais que 
s il y avoit des fautes , je* n'en paroi- 
trois pas r Auteur ,. & qu * après avoir 
écrit la Relation de mon Voyage £Ef- 
pagne j (r le* Aiémoires de la mê- 
me Cour , les Nouvelles Efpagnoles* 
Hipolite Comte de IXuglas , Jean de. 
Bourbon Prince dé Car ency, buitTor 
mes des Contes des Fées , les Mémoi* 
res Hifioriques y ceux de la Cour 
d'Angleterre , deux Paraphrafes fur 
les Pfeaumes > fans mettre mon nom 
à pas un de ces Ouvrages , ilmefe- 
roit encore permis cte le fupprimeï : 
Mais on me donné tant de Livrés que 
je tt ai point faits y & cela efijl aifé 
en mettant un D avec dés étoiles , que 
j'aime mieux convenir que le Comte 

de. 



E P I T R E. 

de Waruûïck > efl à moi.) que dente 
laijfer attribuer des Livres qui ne 
n£ appartiennent point. Je vous en- 
voyé celui-ci pour vous divertir dans 
ce beau Château que nos Poètes ont 
chanté plus d y me fois > & qui méri~ 
te de Vitre fur un ton encore plus 
haut & plus harmonieux > depuis que 
vous en êtes le Maître, &que vous 
y avez rafjemblè tout ce que le goût 
le plus exquis , & ta magnificence 
moderne pourvoient faire trouver chez, 
les Princes ; vous y pajfez d'heureux 
jours dans votre aimable FamiUe ; 
• ton s'emprejfe de la chercher » & 
quelquefois quonfe donne lk-dejfus % 
Von en efl payé avec ufure dès quon 
vous trouve > & qu'on voit Mada- 
me de Pirou ; fefpére bien que firai 
auffi partager vêtre charmant repos* 
& profiter de ce bon efprit qui vous, 
rend les délices de la Province : nous 
méditerons aux bords de la Mer le 
fujet de quelque Ouvrage qui mérite* 

ra vôtre Approbation. Veuillez* ce- 
pendant 



E P I T R E. 
fendant agréer celui-ci , je vous h 
dédie y mon cher Ctufin » comme à 
mon meilleur Ami , & à mon plus 
proche Parent. 



tE 




LE 



COMT E 



D E 



WARWICK. 




TOME PREMIER. 

E n ri de Lanclaftrc , Roi 
d'Angleterre , avoir paifîblc- 
menc régné trente ans , lors 
que Richard , Duc d'Yorck, 
dont les Ancêtres poffédoient 
cette Gouronae , trouvant 
une occafion favorable pour rétablir fes 
droits , il ne manaua pas de la faifir, fé- 
condé par Edouard , Comte de la Mar- 
che Ton fils , U par Richard de Neville • 
Comte dé Warwick fon Ami. Ils levè- 
rent des Troupes , Us affcmblcrent leurs 
T*mc I. A Ctt *~ 



i 



i L E C O M T E 

Créatures * , & commencèrent la Guer- 
re contre Henti. 

Il fembloit que la Fortune avoit choifi 
le Royaume d'Angleterre, pour en faire 
le Théâtre de tous les caprices ; après 
plusieurs Batailles ,-donr le fuccès fut dif- 
férent i le Duc d'Yorck étant fur le point 
d'«n donnes une r André Ttolop, yieux 
Capitaine ,. pour lequel il afroit ^beaucoup 
de confiance , pafià tàut «rua cou)> «du 
côté du Roi avec r Armée du Duc. Cet- 
te defertion lui ôtant te forces , il n'eut 
point d'autre Parti a prendre » que de 
s'élclgfterproiqptemenr. 

Le/Comt^s de la , Marche 6^ de War- 
wick le quittèrent > jpour aller travailler 
à leurs communes affaires • & chacun re- 
venant fur fes pas , avec des Troupes 
nouvelles » ils marchèrent vers Londres, 
profitans 11 bien des intelligences qu'ils y 
avoient ménagées , qu'ils furent reçus 
ijans li- Ville , peft&mt tque le-Roi fe re- 
tirait à la Tour. Marguerite d'Anjou fa 
Femme , donc le courage étoit intrépi- 
de ,• ne ltmla pas <k râflembler des Sol- 
dats , & xle-fe mettre tfreb le Roi à la 
têtef «d'une grôffé Armée •: comme elle ne 
tfaevchbit' que Toecafion de combattre» 
& que les deùia Comtes la cherckoient 
*um y les uns & fes autres-l'èurent bien- 
tôt trouvée 3 là Bataille & donna à Nor- 

' " tamptoa, 

" * I4S*. 



DEWARWICK. a 

tampton , les Comtés la gagnèrent , ce 
l'infortuné Henri tomba entre leurs mains,' 
pour fer vir a leur triomphe. * 

Malgré ce bon fuccès, le Ducd'Yorck 
ifrYânt pas trouvé les drfpofîtiôns dont il 
s'étôit Hâté, il voulut garder quelque me* 
ftre , par un accommodement qu'il fie 
avec le Roi captif*; mais la Reine plus 
fiêre 6c moins traitable que fon Mari, ne 
pût corifentir'à' vivre fous cette efpécede 
Tutelle > qui ne convenoit ni à fon cou- 
rage, ni à fon rang.. Etterefufa contam- 
inent de revenir à Londres , bien qu'on 
obligeât le Roi de la rappcller » te conti- 
nuant de travailler à rétablir fon Parti, 
elle fe trotfva bien-tôt en état de donner, 
une grande Bataille au Duc d'Yofck. 

Ce Prince méprifoit des forces corn* 
mandées par une Femme ; elle fur cepen- 
dant vi&orieufc , t il y perdit lui-même 
la vie , avec le Comte de Rutland fon 
£ls 5 la Reine irritée » fît expofer leurs 
têtes Fur une des fortes de la Ville d' YorckJ 
- Elle rournoxt fes pas rers Londres , pour 
voir le Roi fon Epoux , &pour le tirer 
d'oppreflïoh , lors quelle apric que les 
Cormes de la Marche ôc dé. Warwick le 
eonduifoient comme leur Priibnnicr , $c 
qu'ils a voient une nouvelle Armée, elle 
n'hérita pas à la combattre . A triompha 
encord r mais elle jouît peu de fon bon- 
' •• ' A a hçuri 

. * 1457. t 14*. 



4 LE COMTE 

heur i le Comte de. la Marche la prévint, 
il entra dans Londres , ôc fe fit recon- 
noître pour Roi, fous le nom d'Edouard 

IV, • 

Cette nouvelle étant portée à Henri 
ôc à Marguerite , ils la repentirent vive- 
ment* ôc travaillèrent à former un Parti. 
Edouard ayant apris qu'ils avoient déjà 
bien des forces» il ne • voulut pas fe laifler 
âffiéger dans Londres , de manière qu'il' 
tourne avec le Comte de Warwick vers 
fon Armée , ôc trouvant celle de Henri, 
proche dé Saxton , il s'y donna une Ba- 
taille fi furieufe. qu'elle dura deux jours j 
il y périt trente- fix mille hommes, Edouard 
remporta la Viûoire » de ne voyant per- 
sonne qui pût tenir la Campagne contre 
lui » il fe mit en état de récompenfer fes 
Amis » Ôc dé goûter les douceurs d'un re- 
pos qu'il neconnoiflbit pas depuis long- 
temps. 

Ce Prince étoic doué de toutes les qua- 
Btcx qui rendent aimables. La grandeur 
de faNaiflancc, Ôc la Couronne qu'il por- 
foit, lui attiraient, moins le rcfpe Ôc 
l'amour de fes Sujets» que fa bonne mine 
j& fes grandes qualkçz ; il avoit unefprk 
engageant , vif , plein de douceur » le 
€œur rendre > il étoit trop galant , ôclcs 
différentes inclinations qu'il a eues, lui 
peuvent attirer quelque reproche $ mais 

r«tt 



DE W A R W.I C K. s ,",; 

tout au moins, il n*àimoft, que lors qu'il 
n'avoit point de Guerre ? quand il s'âgif- 
foit de combattre , il n'y avoit rien au 
deflus de lui. 

L'on peut juger de. l'extrême jôye qtté 
chacun- reflentit , le voyant revenir à 
Londres chargé des Lautter» qu'il venoir. 
de moiflbnner y le Général Talbot Com- 
te de Strop étoit un de ceux qui Tavoient 
mieux fervi , & ce jeune Monarque vou- 
lant que tout le monde fçût les obliga- 
tions qu'il lui avoir , le combla de biens, 
l'honora de fa confidence > & d'un crédit 
qui- lui attiroit une Cour considérable: 

Le Comte de Dévonsbire avoit alors 
des affaires importantes y il rechercha l'a- 
mitié dur Général Talborv & il auroîc 
peut-être eu delà peine à la gagner, car 
c'étoit un homme peu praticable , qui 
faifoit confifter toute (à pohteffe à être 
fidelle ferviteur du Roi ÔV bon Soldat? 
mais ayant été un jour fé promener ,2 
Hamptoncourt , -il trouva dans le jardin 
la Comteflc de Dévonshire fi belle ôctf 
charmantes qu'il en panit éblouï, ^lé 
Comte <PAngIefey fon Père Pa voit 'tou- 
jours gardée chez lui depuis fon mariage» 
eraigaant que fa beautç naifTanre ne fie 
trop de fracas à ta Cour * il falloit qu'â- 
ne rencontre imprévue fournît l'bccaûor* 
delà*' voir. 

. Le Général demeur* également frappe 
<r*mottr*tferefpea, il n'ofa l'abord** 

A} u 



6 LE CO M T E 

il fe contenta de paflef cent fois dansune 
Allée de Charmille d'où il pouvoic J>p- 
percevoir 5 il revint à Londres tout rem- 
pli de cette charmante idée, & fe rendit 
à Withall. 

l^c Roi écoic au Jeu avec pluficurs Da^ 
mes 5 une greffe troupe dc.CquTtifans 
l'entouroit ; Le Comte t de Warwic^sM- 
coit écarté de là fpule, vpujant çcrirefui; 
fe$ Tablettes quelque choie qu'il avoit in- 
térêt de ne pas oublier* . 

J'ai déjà dit qu s il fe nommeit Richard 
de Nevillc , Comte de Warwick > mais 
je n'ai pas dit qu'ayant été élevé, av*ç le] 
Roi » ce Grince f aiaaqit plus chèrement 



de Sarisburg , Grand Chancelier d'Angle* 
cerre , & d'AÏicie fille unique de Thomas, 
de. Montaigu , Comte de Sarisburg* Bief} 

?u*il fut très -jeune , jl étoit déjà Veuf 
^nne, Soeur de Henri Duc deWaVwiçkj 
Celui don* j'écris l'Hïûoirç , &oiç : .fep4î 
rieur çn'mçrite , .en valeur. >f àt-çn gçj 
fojïté , à tout ce qu'il y ayoit/d'honrtfnçs 
à la Cour. Ces qualitez rqutc$ merveù- 
leufes lui avoient aquis dans le monde le 
furnom de Grand : L'on n'a .jamais déi 
penfé plus volontiers , & donné dC'fqejK 
jeure grâce que lui » il fe fouçioie.- njoiiXS 
d'amafler du bien , ou de toafelrver le fie n, 
que fi le bien eût été une, fcto/c absolu* 

ment 



DE W-A RWI C K. 7 

ment inutile 5 mois malgré cette indificr 
rente , il ne Jaifibit pas d'être le plus rir 
che Seigneur de tout le Royaume ; fan 
efpric croit fi fupé rieur aux autres , que 
quelque prévenu que Ton fût , fok pour 
le contrarier , ou pour ne le pas croire, 
ii-cot. qu'il, partait , Ton deraeuroit conx- 
me enchanté, âe l'on ne vouloir rien que 
ce qu'il vouloir^ ? il ètoit admirablement 
beau & bica fait * fa magnificence jointe 
à la galanterie qui lui étoit naturelle , le 
rendoit également aimable & dangereux. 
Le Roi Taimoit par inclination & par dc- 
voirjr il poffédoitfa confiance, & Ics.prc- 
mie>e* Chargea de la Couronne : L'on 
peut dire- encore , qu'il n'y auroït rien 
eu au deffits de ia Sphère > s'il a voit été 
capable d'application j ma» (on penchant 
pour Tamouç , & le Syûêmc qu'il s'était 
fait » que les plus grands honneurs, coû- 
tent troo chex . 9 quand il faut; facrifiçr les 
plaiûrs de la vie , le faifoient quelquefois 
reculer di&ns une carrière où il ne. dépçn- 
doi* quedç lui, d'aller àuffi loin qu'il au- 
roit voulu» 

Ce Portrait, fur lequel je me Cuis peut- 
être trop étendue , m'a éloignée du* QM* 
Aérai Talbot : IL regarda jouer un mo- 
ment -, mais auifi»tôt qu'il apperçût le 
Comte de Warwick , il vint à lui > 3c lui 
dit tout bas : Vous été* trop galant, pour 
vous foupeonner d'écrire autre chofeqœ 
des Vers à votre Maitrcfle ? mais que 

A 4 vous 



8 , LE COMTE 

vous êtes heureux , Mylord , d'en fçavoif 
faire I Le Comrc le regarda , & foûrianc 
de ce qu'il lui difoic : Eft-ce le Générai 
Talbot, répliqua- 1- il, qui comprend quel- 
que plaifîr dans les cendres fentimens qui 
font faire des Vers ? Il ne lui répondit 
quen levant les yeux au Ciel, d'une ma- 
nière fi plaifante , qu'il- remarqua dans 
ceux du Comte cet air ironique & matai 
qu on lui reprochoit : Ha ! s'écria le Ge- 
neral , je voulbis vous faire une confiden- 
ce , mais vous n'êtes pas affez indulgent. 
A ce mot de confidence , le Comte feri- 
tit une extrême envie de fçavoir fon fc- 
cret ; rljavoit déjà jugé par (es foûpirs * 
par fon émotion , qu'il s'agiflbit d'un en- 
gagement , Se il comprenoit comme une 
enofe très plaifante , de voir cette efpéce 
de^Sauvagc pris dans les filets d'une jeune 

Raffures-vous , lui dit-il , contre mes 
manières badines , je fçai être férieux 
quand il le faut ; je pénétre une partie de 
vos penfees $ vous aimez , & vous doh- 
vcz compter que je fuis l'homme du mort, 
de de qui vous recevrez les meilleurs avis. 
Il eft impoffibfc aue j; a ime en fi peu de 
temps, répliqua le Général /il n'y a pas 
trois heures que j'ai vu , pour la premié- 
mo; " » » 1 P" fc Mc.qiii me fait foûpircr, 
mais, Mylord, continua- r-il , que je k 

tadon C b f, 11C / î ona . ir fftnob!eVLaffcc. 
"«on , d n'a jamais été une taille plus 

par- 



D E WARWÎCK. # 

parfaite j Ton teint ,1a couleur Je fes che- 
veux, tous fes traits > tout, dis-je, char*' 
me en elle. Jfétoisalîé à Hamptoncourt, 
pour y; voir fc Dcrc de Norfolck 5 il y cft 
malade* depuis quelques jours- 5 je fuis en- 
tré dans, le Jardin » le Corme de Dêvon- 
shire de fa Femine fe promenoient : Com- 
me il fouhaite que je le fer ve dans une 
affaire directement oppofée< aux' intérêt* 
d'un de mes amisr fit 6c que je Fai re- 
connu , j*ai pris foin de l'éviter :'- JV»î-prf« 
fé dans une Allée où je ne crojrtfo pas 
qu'il dût venir 3 hcîas V au bout de quel* 
ques momens v je Târ apperçû affis ave*** 
m Comtefle fur un lit de gazon Vtëfai-i 
foie chaud' ; elle ctoit laffe de s^érre pro- 
menée y fes joues reflemblbient à- des rô- 
les Hanche? mêlée» d'incarnat fc-elle avoit 
les yeux fi briUansv que je n'eftttt poinc 
rû de pareils ? Vous le dirai -je encore 
bien des fois , Mylord , je la trouve nu 
vhTanre ? Vous me le dires tout autan» 
que cela vous fera de plaifir , repartit le 
Comte 5 Je fuis charmé que vous foye* 
fenfîble pour une belle perfonne , & je 
m'imagine déjà que je vous vois filer com- 
me Hercule faifoit près d'Omphafe. -Qu'il 
s^en'faut qifcilefoit mon Omphale, ajou- 
ta t il* , vous voyez un* malheureux qui 
ne fçairpas les premier* principe* d'un 
afrt où^vous excelle^:; Ne parlons poinc 
d'ignorance, répondit le Comte , il fui"- 

fit d'ainwr , y»» aquém ft*iu«eot«ou- 



io LE COM T E 

ce la capacité donc on a beïbin * ôc puis 
vous ne me ferez, pas accroire que vous/ 
n'ayez jamais été touche par quelque au-. 
çre ? Non , die- il , je ne connois point 
rArriour $ je vais vous en faire des fer- 
mens cpbuventables. 

Il alîoic en effet attefter le Ciel tic la 
Terre , lors que le Comte l'interrompit : 
Je vous croi , Mylord , je vous croi, lui 
dit-il i Je fuis perfuadé que vous n'avez' 
pagine -, majs apprenez moi ce' que' je 
peux faire pour ijôtrc fcryfçé. Vpds poii«J 
vtz , dit -il , rn'mftmire de la conduite 
que je dois tenir pour me feireainièr : car 
enfin., vous le fçavez jpiieux qu'homme? 
du. monde. \U faudroit que je connuiïe la 
Comieile de Dévomhîre , répliqua le 
Cowt^,/4ue je l'eufle pratiquée, & qu'el- 
le ^ 4©mW quelque part dans fa confi- 
dence ; -je ppufrois alpr^ vous Tei vi£ 4k 
guide <jnais vous me mettez dans' un- 
Païs où je ne fuis pas oriente ';. jej n'en fça| 
fit ks mœurs ni le langage' : Ç^p puis- je 
voua dire qui ne ferve à vous jetjer dans 
de nouveaux embarras ? Je n'en aurai pai- 
au moins pour- être agréablement refft 
fhcz.eltè ,' r.fprit.le Cjên^raî j. fon Mai;{ r 
cônJme*j«:VousJ*ai jjféj^ d«> abeloin de^ 
feoî,& je k fervira^dç map jjiïçux $ mai" 
fcnJeô pas tp{jjo««s un, moyen fur, pour, 
plaire* â l'Bpouie;, que dp plaida TE* 
poUx. Ç'eft en tout cas un jrand ache- 
minement , AU k Çomce , ,& il .arrive 
« ' plua 



DE WARWKSK. 

plus fou vent , que ceux (fui plaiferit ; 
Dame , déplacent au Mari ,. qifrl n'a 
Te , que ceux .qui piaifent au Mari , 
plaifenc à fa Femme. Il rit de tout 
cœur , de ce" que Monfieur de Warvu 
lui difoic : Vous m'encouragez > ajoû 
m'1 $ Je meurs d'envie de m'embarq 
fous de fi favorables aufpices : Au t< 
qu'ai-je à rifquer h Une liberté dont 
dois être las. Je ne fçrf £ vous en é 
las , dit le Comre , mat* je fçsi biç& c 
vou< devriez en être honteux. 

Ils partaient avec une d'attention ^ c 
k Roi avoir fini ion Je», (ans qu'ils Fe 
£ém remarqué' $. il i'étok même ar)pj 
ché d'euxanez doucement , & comm< 
entendit les derniers mots de leur conv< 
fation , il l'interrompit en demandant, c 
quoi k Général dtfvoit être honteux ? i 
Comte alloit lui dire pour le diverti 
quand il lui lit figne de ne le pas decel 
11 répondît à 8a Majefté, qu'il reproche 
au Général fon indifirence , & qu'il j 
propofoit de troquer , fi cela iè pouvo 
une partie dclàfenfibiliré contre une pi 
tic de fon infenfibilit ê. Le . Roî repliqu 
en fouriant , qu^il en fçavoit bon gré j 
Comte ,• cY qu'il airiHttt affez Je Généi 
pour lui fouhaieer un atnufémcnt. • 

Tout cd que le Général a vt>it dit 
Monfou* deWarack* de4a Cofmefle* 
Dëvônânire , lui donna une extrême c 

vie de la connoîïrc $ il t'k voit déjà vu 



ii LE COJV1TE 

mais elle lui fcmbloit fi jeune , on la laif- 
Ibîc paroîrrc fi rarement à la Cour ,• & il 
étôît fi occupé d'une autre perfonne • que 
les charmes n'avoient fait aucune impref- 
fion fur lui : Il n'eut pas de peine à trou- 
ver un prétexte pour aller chez elle i il 
choifît un jour qu'il fçavoit que le Com- 
te étoit à la Chaûe , il feignit d'avoir à 
l'entretenir , ôc compofant une affaire 
qu'il a voit très- bien arrangée , il fit de- 
mander à k Comteûe s'il pouvoir 9 (ans 
l'incommoder, lui parler fur quelques uv 
térets qui regardoient fon Mari. 

Elle étoit dans une Grotte qui termine 
fon Jardin > il fâifoit fort chaud > il la 
trouva couchée fur un lit de gazon , avec 
une Robbe de chambre de taffetas couleur 
de rofe à fleurs d'argent , elle paroifTojc 
négligée & reveufe 5 la Comtcffe <TAn- 
glefey fa Mère étoit affife fur le même lit 
3e gazon. 

Bien que les exagérations (k les tranf- 
ports du Général Talbot Teufient tort pré* 
venu , il ne laiflà pas de goûter tout le 
plaifir de la furprife 3 fon coeur d'accord 
avec fes yeux , l'aHurérent qu'il n'y avoic 
rien au monde de fi beau que Madame de 
Dévonshire j 8c malgré cette bardiefie 
naturelle qu'on reprocJhoît au Comte» 
gbajgré le plan ipj'il s'étoû fait Je parler 
d'une affaire afiez fpécieufe,?pour n'avoir 
rien à craindre , il demeura fi interdit, 
que fans ceffer de faire dei révérences , U 

fatigua 



DEWARWICK. 13 

fatigua beaucoup ces Dames , il chcrchoit 
cepeodanc ce qu'il Touloit leur dire , ôc \ 
il n'en retrou voit pas le premier mot. 

L'embarras pour fc placer fut bien une 
autre chofc > la Comtefîe d'Anglefey 
vouioit qu'il fc mit auprès d'elle * il crut 
qu'il ne verroit pas aflez bien ûl Fille: 
mais ayant trouvé un grande Coquille de 
marbre , qui recevoit ordinairement l'eau 
d'un Vafe pofe au defius , il s'aûu fur le 
bord, fans prévoir ce qui lui pourroir ar- 
river , & pria ces Dames de l'y foqârir. 
Il commença alors le compliment , ou 
pour mieux dire , . le galimatias le plus ab- 
lirait que Ton puûTe faire > il s'en apper- 
cevoit bien , mais il avançoit toujours 
chemin, quand il fentitau bout d'un mo- 
ment une fraîcheur ii extraordinaire 1 qu'il 
ne fçayoit que devenir } les Fontanicrs 
qui l'a voient vu entrer dans la Grotte s'e- 
tans hâtez de faire, jouer les, eaux ., celle 
qui tomboit du. Vafe, prit fon cours dans 
fon habit > &Je mouilla , comme s'il eût 
été au Bain : En cet endroit fon embar- 
ras augmenta à tel point , que tout cTu* 
coup a le rendit muet, mais fi bien rrtuet, 
que la Çonueffe de Déytonshirc'qui l'é-> 
' coutoic avec attention , & qui n'en avoia 
pas moins pour, le regarder, lui; voyant 
perdre la parole au milieu de fou difeburs* 
elle crut, qu'il fc trou voit mai x Permet- 
tez-moi , Mylotd, lui dit-elle , de vous 
demaato ^pwmsint vous, vousipottc* 1 

A 7 " 



i 4 LE CQMJ E: 

Ilpenfà lui -dire» qu'il feportoit forrmaF». 
& il lui aurait dit *rai ; : U demeura tout 
confus de cette qàcftion. Sam doute, di- 
fbir-ilen lui-même , qu'elle connaît mon 
embarras * lui apprendrai-je que je fuis 
pénétré d'eau jolques aux os ? elle me 
plaifantera > mais auffi je ferai bien plus 
plaifanté , pour peu que je reftedans cet- 
te maudite Coquille. 

Pendant ou'il raifoimoit li-deflus , il 
ne répondoit pas un mot. La Comtefle 
d'Anglefey oerfuadéé qu'il avoit* perdu Ja 
parole , le leva brufquemene , ôt lui jet* 
tant de l'eau au virage : M y lord, s'écria* 
t-elle , m'entendez-vous ? Oui , Mâdà* 
me , répliqua- 1- il > en éclatant de rire, 
de la penfee qui leur étok venue , je vous 
entends & je vous voî* très-bien , ii s'en 
feut tout que je ne fois évanoui > la Fon- 
taine qui m'innonde, m'cmpêcheroitbieif 
dé romberen foibftsfle , quand- même j'y 
aurois quelque drfpontton. En achevant 
ces mots* il fe leva tout moailté. La jeur- 
ne Comtefle fie-de- fi longs éclats de rire, 
que tout le férieux de fà Mère ne pût les 
modérer ; l'air, de yojt qu'elle a voit pris, 
dulipa l'embatfraadii Comte , & lui infpfc 
ra tant de vivadté, qo*etle n'avoir jamais 
entendu une cotnverfatidn'fi^briHanre. 

L'état oà il étok , 'ne hjfipertmt pas de 

refter auprès d'elle œ& lông-tfcrclps iprï! 

l'aurok fouhaité Y mais comme if fçavoit 

que fon Mari ne reviendrok pas k léndc- 

> -• main», 



DE WARWICK. if 

main , il ne die qu'une partie de l'a flaire 
qui fervoie de prétexte pour l'introduite {, 
éc il lui deroar^a la permulion de venir 
encore l'en informer. Bien qu'elle Veut 
pas envie de réfuter une grâce fi médio- 
cre à un homme de fà qualité , elle re- 
garda fa Mère avant que de répondre» & 
le Comte s'apperçût qu'elle en atrendoie 
la permiffion y la Comtefle d'Anglefey lut 
dkt qu'illeur feroit beaucoup d'honnci^v 
êc que Ton Avanture leur eau (bit troj£ 
d'inquiétude , pour ne pas defirer d'en 
Ravoir bien-tôt les fuites , je crains que 
.vous ne foyez enrûtné > Mylord » die 
la Comteffe de Dévomhirc » le Bain dont 
vous fortez éçoic afTez mal préparé. . Il 
prit congé des Dames , ôc revint ou fon 
Chariot l'attendoit -, Ses gens furprts de le 
voir ainfi pénétré d'eau » ne poùvoiént 
comprendre ce qui lui étpjt arrivé, l 
Audi tôt qu'il fut chez lui , il fe mie 
au lit , Ôc fans faire le délicat il en a voie 
befoin > mais il penfâ bien moins ' à fa 
famé , qu'a Paimable perfonne qu'il ve* 
noit de quitter ; il Tavoit M fortement 
dans Pic)ee f qu'il croyait toujours la voir; 
& l'entendre. i jl.rbulôic dans fon efprftj 
mflïç dedans confus , aucuns n'alloient 
a lç guérir , ils tendoiept tous £ augmen*; 
ter fan mil.ô # ce qui Je tourmentoic 
&va#rige,,^ <étoit .la manière dor)t i| 
voyait que Macfamc iTÀngiefey jjar don Q - 
FiUf : QtfclAfgus, Yecrioit.il', ilmcfe? 



4 



i6 LE COMTÉ 

ra impofiïble de trouver un moment fif* 
vorable pour me faire entendre 5 mais il* 
penfoit , que fi la Comteffê aimoit quel- 
que chofe , ce n'étoit que fon Mari , ôt 
félon Tes Régies , un Mari éroit moins re- 
doutable qu'un Amant ; plus il revoit â' 
elle , & plus fa paffion augmentoir. 

Il s'écoit infenliblement oublié dansées 
différentes réflexions , quand on l'avertir 
oue le Roi venoit de fortir de Table. Il' 
ic leva promipeement , & ne tarda guère 
à fe rendre auprès de lui 2 Aufli- tôt qu'il* 
Papperçât, il lui dit de le fuivre dans ioa 
Cabinet -> M avoir reçu des nouvelles de 
France , qu'il lui fît lire tout haut , de 
comme il les lifoit , il lui demanda s'il 
Yenoit de fe baigner x qu'il paroifloit en» 
roiié & morfondu î Cette queftioft ftir- 
prit le Comte , ' mais ne pouvant s'imagi- 
ner qu'il fçût ce qui s*étôit paffê dans lar 
Grotte , il lui répliqua que là foiréc étant 
un peu fraîche , il s'étoit enrûmé. 
' Le Roi foûrit d'un air malicieux > le 
Comte rougit 6c fe déconcerta ; il le re- 
marqua ôc rie davantage , le Comte rou- 
git encore plus j le Roi. s'en réjouit , ÔC 
continuant de le railler \ Sçavez - vous» 
dit il, que le Comte de Dévonshire vient 
de me prier de vous défendre d'aller cher 
lui j il eff jaloux de la liberté que vous 
avez prife de vous baigner devant fa Fem- 
me. Ha, Sire, s'écria-tii, slleftvrai 
que vous Cachiez mort Avanture , l'on 

vous- 



DE WARWICE. i7 

vous donne des avis d'une médiocre im- 
portance. Comment, reprit le Roi,croycz- 
vous aue je ne (ois pas bien-aife de fçavoir 
à quoi vous vous occupez ? De bonne 
foi , Mylord, ajoura- 1- il /après quelques 
momens de fîlence » qu'alliez- vous faire 
chez cette belle Dame ? vouliez - vous* 

{>arler à fon, Mari ? Oiii , Sire , répliqua 
e Comte , il étoit à la Chaûe , & je ne 
l'ai vue qu'un moment. Vôtre harangue 
étoit mal arrangée , dit le Roi » vous ne 
fçaviez ce que vous difiez. Il crut par ce 
reproche , que la Comteûe ou fa Mère 
Ta voient plaifanté , & il le fentit piqué à 
tçl point , qu'il repartit aufïi-tôt : Ceâ 
deux Dames ne m'ont pas- aflez furpris 
pour me déconcerter, comme Vôtre Ma' 
jefté le penfe , leur mérite n'a rien <Tcx^ 
traordinaire. Je ne vous confcille pas pour 
votre honneur d'en parler ainfi , conti- 
nua le Roi , car il vaut mieux que l'on 
croye que vôtre galimatias eft un dfet d*é^ 
tonnetntnt , que dé l'attribuer à II cori- 
fufion de vôtre efprit. — 

Il fentit un chagrin extrême de la raiP 
IcrieduRoi, &medkolt quelques moyen* 
pour fc yanger de ces Dames , lors qu'il 
lui dit encore : Eft-ce. que vous aimez 
Madame de Dévomhire , « que vous trou-» 
vez mauvais qu'elle ait rendu compte à 
fon Mari de ce qui s'eft paflfé en fon ab-> 
fence ? Je ne donne pas mon coeur, Sire* 
avec tant de facilité , lui rcfôqua-t-jl > l* 



,8 fcEvCQM'TET 

Coimefle ferait encore pJusaiiqaMTOu'flle 
nel'eft, qu,e je voudrais la connojtreparj 
ticuliérement ayant que de m'attacher a 
elle. Plus vous la connoîtriez &plus v$u$. 
l'aimeriez , s'écria lé Roi en foupicaÀt,^ 
la nature n'a jamais rien fait de (i j^cheVé-. 
c'eft un, de les Miracles. L'air dont il pro- 
nonça ce peu' dé paroles furpric le Comte 
à tel point » que n'ayant pas 'la force de 
fe foûtenir , il «'appuya contre un Cabi- 
net ; Le Roi ne remarqua point- le trou- 
ble ou il étoit ? parce qu'il s'abandonna 
tout entièrement a fes penfées. .. 

Le Comte iifoit v alors tout ce ojii Te 
paffoit ^rw îefpnV du, Roi : ppoi.euVî) 
doncp oflfiWc i dif oit-il >.qjûe mon Ma& 
Cre fou. mon Rival,, &/uii| au fi waiçu 
çaçhççlcs fcntimens t. que je naye pomç 
encore découvert ce qu'il refont pour là 
Conite(fe : ? Pendant , qu'il revoit proton? 
dément à cet efpécç.dc Miwclc (#aç c'eft 
tin ^w^l/cquejcs;5^^craini .purent ai? 
tncr J fans : Dçyit ?c fans éclat) le Roi-jctta 
les yciïx fur lui : Myjofil w 4jfriU*«*: uf * 
air de bofaté.*&&bta ,cn tpuMKferequfcn 
un Rivai* v*>ws m'éces cher , je ne port 
confenûr à, vôt*e perte y comptez- que 
tous feriez penUi , fi. vous preniez tk Ta- 
mour pour la Corxueffe ; je Vous ôterdis 
mes bonnes grades» Ôc vous ne parvien- 
driez paMUX fiertne» j loti coruri afekr ne 
veur yow au nombre de fes Efclaves qi*t 
&s Roi* r & je oloi qu'clk ttéûaîgnerok 
-i mes 



DE.WAR/WIGK. ,1.9 

*nes propres Frères., Sire , répliquât- il, 
je reflens , comme je le dois » le charita- 
ble foin que Vôtre Majeflé prend de me 
garantir du naufrage s mais je lui avoue- 
rai fincercment > que je ne me fuis point 
trouve en danger * peut erre que dans la 
fuite cette bcure/ataJe, dont <?n nefçaij- 
roii; fe défeniîrçy m'a u roi t livré à,la Ccrr). 
teflfe, àçpeutçue que nu) raifdp n/aûr"oit 
pu fauyer jnôn cœur • ce o/ie j'apprends 
de vôtre bouche nie, (eryiraj.de çontrepoi»- 
ibn. Je ne veux pas , ajouta le Roi , qjie 
voua ayez lieu dç/ptnfer,, qije je neWojjs 
fiû s, qa'uneilcmi- confidence ? il^tyaus 
donner, mon fcçrçr (QUt enuer , '# vous 
4 vouer «acsjfoiplcffesv . , ••• Si - ' r r 

devojs pa/Tec quelques jowi;*, vous a$ef 

la fièvre , & la plupart; iles Cpurtifims ro- 

pétoiem une Comédie , arôcç les Dame* 

qui réitèrent à Wichall auprès de Madai 

iBc JaDuc^cfle.ma.Mcre : jçtt'avois avec 

moi que cevx qui Jie suaient pu dtfpdfc- 

te de me; fui vie., la 3 troupe «toi* ajfcfc 

ptftioe , fie dans ^ferdairv 4e,fa Gh«ûe je 

m'égarai ;. Le Soleil avoic déjà pesduiuiie 

rrne de £1 force ; le Citel étoit couvert, 
romps froid 1 .il commença de pîcû^ 
voir , j*avoi* beaucoup couru , je ne voyon 
plus les Chiens *»• & Je bruit des Gens, me 
parQiflbkif éitpgné ,. que j*aiaiot8 mieux 
ks attendre éàtm urie: grande ftotiec où 
je me. trouvai » a^iie de les' aller, chercher. 

J'ap- 



*o LE COMTE s 

J'apperçûs une touffe d'Arbres afftfc 
propre pour me garantir de l'Orage , je 
mis. pied à terre , de je fus me* ranger deÊ 
fous :. mai* j'y étois à peine quand j'en- 
tendis de grands cris » Se que j'apperçûs 
une femme que fort cheval emportoit > il 
venoit vers moi * je n'eus pas de peine à 
l'arrêter ; & jettent les yeux fur celle que 
j'avois fecouruc , je la reconnus' pour la 
ComterTedeDévorohirt : dlfétofr fi pair 
le de fi tremblante , que jugeant qu'elle 
fe trouvoit mal , je la pris entre mes bras». 
& je la défeendis de cheval. Dans les 

Premiers mouvemens de fon trouble , et- 
: ne me reconnut- point, Se eHc*ne me 
parla quç de fa peur : CelTêz /Madame, 
d'en avoir > liir dis je , vous êtes tn feu- 
rete ; plût au Ciel qu'en vous y mettant, 
je pûflê aufli m'y mettre $ mais je fens dé- 
jà qu'il eft difficile de fe garantir de tous 
les maux qui font inféparablcs du plaifir 
& vous voir, Pendant que je parfois* 
elle s'étôit aflez remtfe » pour remarquer 
avec étonnenxnt toute la liberté de ma 
sonverfation, elle arrêta les .yeux f«r 
moi » & me rcconnoiftànc : TJubi , c'efl 
à vous , Sire , s'écria- t-elle > en fe levant 
du lieu oà elle étois affife , c*éft à vous à 
qui je dois la vie ? de quels termes me 
feryirai- je pour vous marquer ma recon» 
noifiance ! Si vous, me permettez , lui 
dis-jeu de vousdiâec les termes dont je 
vciix qu'e vous vousierwçz , ils n'emprua* 

teronc 



DE WARWICK. il 

teront rien du refpeâde de la fçâmiffioi?» 
je fouhaite quelque chofe moins commun 
& plus tendre. Elle rougit , & me pria, 
de trouver bon qu'elle ne reftât pas da- 
vantage auprès de moi : Quepenferoitlc 
Comte de Dévonshlre , dit-elle , s'il me 
trouvoit feule dans un lieu fi folitaire avec 
Votre Majefté ? Il me croiroit plus Heu- 
reux que je ne le fuis , Madame » repli- 
quai- je > mais il ne pourroit me -croire 
plus touché de vôtre mérite & de vôtre 
beauté. 

En. effet «continua le Roi ♦ je n'ai ja- 
•mais, rien vu de plus charmant , fes che- 
veux tomboient par boucles fur Tes épau- 
les i elle avoit un Juite-au-corps qui lait 
foit voir toute fa taille , 8c vous (çavee. 
que c'eft une merveille , l'incarnat qui 
avoit fuivi fa pâleur , tisu'ffoit fur ton 
teint les rofes avec les iy$ $ elle avoit une 
émotion extraordinaire de crainte , et 
peut-être de joye , de ma rencontre im- 
prévue , qui ajoûtoit de nouvelles grâces 
a celles que tout le monde lui trouves 
enfin je la regardois avec un plai/ïr que je 
ne feaurois exprimer § je voulois la rete- 
nir , je craignois de lui taire de la peine» 
parce que ion Mari «qui fc .promenoir 
dans la Forêt , -alloit (ans doute la cher- 
cher par tout : mais la voyant fur fcpoinc 
de monter à cheval : Eft-il poffiblc , lui 
dis-jc , que vous puifïicz encore vous ej- 
pofer au m?mc péril que vous W£^£ c t 



u .,-LE COMTE 

courir ? Non , Madame > je ne le fouf- 
frîrai ptf s , & s'il eft vrai que vous ayèrf 
des 'raiftms pour me fuir , je veux bici 
m'élolgoer ; quelque violence que je me 
faite ; de vous quitter, mais promettez* 
raofque vous me ménagerez <f autres mo. 
mens. Il n'en cft point avec moi , Sire> 
répondk>eIle modeftement , qui ne doi- 
vent vousfitre indifferens. 

' Jamais Orage rf a été plus terrible que 
cfekri que : j'euuyai ;• l'on me cherchoit 
avec beaucoup d'inquiétude , de de mon 
côtié j'en tefîentois une très* violence de 
ce qui feroit arrivé à la Comteffc. Non, 
difois-je en moi-même , je rie fçaurois cx- 
cïifer rijon imprudente cômplàifance > je 
l'ai quittée au milieu de cette Fdr3c » le 
ttctfps éft affreUx 5 que je me fuis cruel 
d'avoir négligé une occafion fî favorable 
de refter auprès d'elle ! S'il lui arrive 
quelque accident pourrai-je me le pardon- 
ner ? la Fortune & l'Amour d'intelligen- 
ce Croient conduite dans cette Solitude, 
niais je la laiflè de gayeté de cœur , & je 
pçr<ls:uR bien que je regretterai peut-être 
toute ma vie. . ■ 

'* Lorsque je fus à. Windfor , je dis en 
loupant , que l'6n avertît \t Comte 4c 
Dévonshlfc de m' envoyer (à meute, par- 
te que n'ayant' pas amené mes grands 
Chiens , je ne pouvois chafler le Cerf 5 
je ne doutois point qu'il ne me vint faire 

& Coût i a ày manqua pas aûflr ,' de jfe 

s .» .. .. l€ 



D;E :WAR.WICK. 23 

le reçus cçmmc.ie Maritime per&nne 
que j?aûnoJis déjà ,' c'eft à dire y forcincn * 
car: il cft rare qu'on veuille- e&roucher 
un Çpoux : jcelui-Jà étoit ïbûtenu pac le 
Comte d'Anglefcy & par Ta. Bclie-mere, 
dïune manière i me perfuader que je de- 
vois -garder ;de\grandes mefures à Regard 
de k jeune CotnrdTe. Je lui. demandai 
ce qo'il.a^m fait la vdlkycV pourquoi 
il niçois pas venu à la Chafiè ? 11 médit 
que «tétant, t/ouvé jiiai , il avoir pris le 
paai , de. fe .promener en Chariot , que la 
Femme qui étoit à Cheval > avoir couru 
le plus grand danger que Ton puiffe ima- 
giner ,<&qn>lle devoir la. vie à un Pat- 
Jan qutÇavoit iàuvéc. 

Je m'arriérai peu, avec lui 5 je partis 
poucefier à la Chafleidu côté de fa Mai- 
ion i j'avais tant d'envie d'y arriver , que 
j'en â^perçfts à. peine ks, Pavillons , qu'il 
me içmblofc • qu'ils ruyoienÉ devant mes 
yeux. 

Mais pour garder des mefures , malgré 
nk>n mipatience , je fuivis le Cerf, qu'on 
vênoit-dc, lancer,, dans une fiiurieufe 
crante $tt'il ( ne<me menât, trop Un , oue 
jfétoi* tente à tous momens de jfatre tirer 
dcfîus : Amour ? difoisrje » tn'èAç d'une 
de tes flèches vavisicclc^momeàsôù je 

* dois voir la Gomteue ,-, tu oc fçaurois me 
tendre, iin meilleur, office. '• 

Je feignis, quand le Carf fut pris, «Tê- 

ttcfbrt a^éikCo|nt«Wi»wV»^; 



fi 



i 4 LE CO'MTE 

crcr ehez lui > je ne l'obligeai pas à m'en 
prier plus d'une fois : Au or uit des Cors 
êc des Chiens > la jeune Dame parue fur 
une Tcrraflc de pkîa-pted à fon Appar- 
tement i elle le promenoir avec quelques 
Femmes du voiunage *& fa Mère. Sire» 
s'écria le Comte de Warwick • en inter- 
rompant le. Roi, qu'étoîrelle donc deve- 
nue î Elle aime peu la Campagne» repli- 
quat-il , le Comte d'Anglelëyne icpôr- 
toit pas bien. C'cft â dire , continua le 
Comte 9 en levant les yeux au Ciel » que 
' tout favorifoit Votre Majefté ? J'en con- 
viens , ajouta le Roi , car le Comte oc- 
cupé à donner des ordres» pour me faire 
fervir une fuperbe Collation -, /ne laiffa 
rentière liberté d'entretenir la Comtefle. 
Qlic vous m'avez cauft d'inquiétudes» 
lui dis- je ! Helas 1 Madame» je craignois 
tout pour vous 9 après ce qui vous étoic 
déjà arrivé f & combien me fuis-je re- 
proché la complaifance que j'avois eue de 
vous quitter ! Rien n'étoit plus néceftai- 
re , pour le repos de tout le monde» ré- 
pondit-elle en foûriant , Vôtre Majefté 
n'étoit pas encore fort éloignée, quand 
Monfieur de Dévonshirc arriva. Il me 
demanda par quel Miracle j'avois pu échap- 
per de la fureur d'un cheval emporté ; je 
lui en rendis compte , à cela près > qu'au " 
lieu de nommer Vôtre Majefté , je parlai 
d'un Païfan qui m'avoit garantie d'être 
tuée. Le myûérc que vous avez fait là- 

deflus 



* DE WAR WICK. if 

deflus m'efl d'un heureux préfege, repli- 
quai-jc s je veux croire que vous avez 
été attentive à me garantir de la jaloufîe 
de vos Survdllans, &il neferoit pas pof- 
ûble , que me voulant fauver auprès d'eux, 
vous voulufliez me perdre auprès de vous. 
Elle rougit des efpérances dont je roe £â- 
tois : J'ai peut-être eu tort , me dit-elle» 
de faire un myftére d'une chofe (î inno- 
<ente * mais * Sire * a mon. âge on a fi 
peu d'expérience» qu'il eft difficile de fai- . 
re toutaufli bien qu'on le voudroit. Ah! 
Madame, m'écriai je; que vos réflexions 
font cruelles 1 laiûez-moi quelque cfpc- 
rance de vôtre coté s pendant que je vous 
aimerai du mien , avec un attachement fi 
tendre 6c fî parfait > que vous ferez con- 
vaincue de toute ma paffion. 

Elle m 'écouta d'abord fans me répon- 
dre 5 puis levant les' yeux qu'elle avoit 
toujours tenus baifièz > & que diroit-on 
dans le monde T Sire , dès qu'on feroit 
informé de vos fencimens ? L'on diroit, 

rrepliauai-je , que ma fortune eft plus 
ranac de vous plaire , que de pofledcrlc 
oyaume d'Angleterre > Et ceux qui ont 
4in droit abfolu fur mes volontez, continuâ- 
t-elle • comment s'en accommoderaient-' 
ils ? Laiflez-moi démêler cette affaire avec 
eux , lui dis-je , fodgez à m'aflurer vôtre 
coeur 9 je vous attirerai contre toute la ter- 
re , Non, Sire, non, s'ccria-t.clle,perfonne 
a'aura mon coeur que celui à qui je le dois. 
T«ml. B Je 



tf LEtOMTE 

Je lui parfois avec tant d'application éc 
^vivacité, quefon Mari qui vendit me 
^joindre:, li'étok plus q#i'à quelques pas 
de nous y lorsqu'elle s'en apperçtic s elic 
ne fc déconeewô potm ». & 4k , confine 
£ elk m'eut réperidu : j'aime fou krChaf- 
ie > & j'y vais qudqfttefbta s le Cotitte 
^emeifraawtodé qu'il n?éttik paaqucftion 
•d'autre chofe » il me pria d'eacrcr dans 
Airt .grand Salion , où je trouva* un emfe*- 
■gu, Tc^vi avenant de propreté, -que fen 
butoir été fart iîÉCfsfkic^ *fik diligence eue 
jfcé mttàns .grande > triais j ! étoi$ au defe£- 
-pok d'avoir. v& interrompre nôtre cent. 
•verfaiiow, & je nepcnfbts qu'atjxtrjoyens 
jfle ta rerioiier. Lacnofe n'étoit pfts<atfee* 
J'importune dvikee» de Dévorahire nVîm- 
patientok ,.je propofài à: k Comte (Te de 
^oûer , je pria pour riees l'Ambafladcur 
^Ë^pagne qui' m'avbic accompagné $ il 
<ne-4$ak point FAngi6fe.; : le Comte me die 
*enc fois que h Femme étoit une igno- 
rante » & qit'â me demandok la pcrmtf- 
Jion de hri' donner quelques confeils, afin 
-qtfelle jouât mieux & plus vite, je lut 
4tis que c*étok juftement k moyen de mèe 
•ehagrincr $ qwe je ncvouloîs doint qu'on 
regardât les. jeux • Se je 6s & bien qu'il 
^ut k promener tfvec ceux de me lutte. 

Dès quTd eut pris Son Pafti , je pris le 
-«rien , qui fat de pcHuadcr à PAmbaffa- 
"tâeuv , aue le Jeu ne nie piakok qu'ail taat 
4juc jetatfcîs de longs xaifamemens fur 

les 



DE WARWICK. zj 

Us coups. paficz > &fur ceux qui fe ofcw 
sentoicnt ; de force que je parlois à Ja 
Gorateflc , & qu'elle me répondoit fans 
que nacre tiers s?*ppcrçût de rien. Hejail 
kit difois-jc , charmante ÇomteiTê, quand 
vous ûwez de retour à Londres , que fe- 
iai<je, £ je ne vous vois pas cous les 
jours ? Ha I voua m'abandonnerez, Ù 
«j'en coûtera la vie s elle ibûrioic d'un 
«r en&ntin » .&ncvpuk>U point me dire 
ce qu'il fàlok faire , pour trouver quel- 
que accès chez ofle qui la garantie du fra- 
cas : jq pénétrai que c'itoit ce qu'elle 
ccttgnok-davaitfage, & plus je connus ia 
«imidieé *:plus je lui donnai lieu dfypre- 
•bender Impatience d^un homme quin'ejc 
jm ao€OÔtt»siié,aiMtoI?ftacl€S t mes raifons 
ate purent cècbtre ion opiniâtreté , elle 
aie me «tifoit rien de dur s mais elle St 
gardait bien xjé «*C rien dire (TobJigeaatj 
Je coatmonempreflenieat ne m'attira que * 
detafluraarees de refpcâ. « 

J'avois chargé mon premier Valet de 
Chambre de pfencfcc langue » ù il tra- 
v*illa avec tant de bonheur » qu'il dé- 
couvrit une. vieille Demojlcile .qui avoîyc 
été Gouvernante de laComtefle 5 en l'en- 
«retenant il s'opperçût quelle étoit d'une 
tmmeBrfimtérdETée > qu'elle ne réfîfieroit 
pas à mes libérante* ) cn&n après avoir 
longtemps parié à Madame de Dévon- 
sèire , je ia quittai fi «empli de fan mé- 
rite , qjuf«WOteq^*c,»« vo«)ut |Qinc 



N, 



38 LE COMTE 

flàter ma paflïon , je réfolus de l'aimer 
toute ma vie ; fon Mari m'accompagna 
jufqu'à Windfor , je lui dis que je vbu- 
lois courir le Cerf le lendemain ôc qu'il 
ne manquât pas d'y venir $ je paffai une 

f>artie de la nuit â rêver fur tout cequ'el- 
e m'avoit dit , ôc fur ce que je devois 
faire pour gagner Tes bonnes grâces. 

Je me levai avant le Soleil , ma dili- 
gence fur prie tout le monde , j'étois par- 
.ci de G bonne heure * que Dévonshireue 
me trouva plus. Il me vint chercher avec 
beaucoup de hâte j je le reçus agréable- 
ment , êc prenant le prétexte de lui par- 
ler de fa maifon , pour lui pader de (a 
Femme , je lui demandai de £c$ nouvel- 
les : Elle eft caufe*, Sire, me dit-il, que 
j'ai un peu tardé à me rendre auprès de 
Vôtre Majefté , elle a voulu retourner ce 
matin à Londres , je ne fçai s'il me rcr 
gardoit alors > mais je perdis toute con- 
tenance, & il eut le temps de m'appren- 
-dre que le Comte d'Anglefey.» qui fe 
trou voit déjà mal lors qu'elle étoit partie, 
Touhaitoit de la -voir auprès, de lui.* parce 
4}u*il n'avoit du pi ai fi r à rien ,.4eque peut- 
être fa converlàtion le divertiroir. Je me 
remis un peu , pendant qu'il achevoit.de 
me dire le fujet d'un Voyage qui mecau- 
foit. déjà tant de chagrin 4 mais après 
avoir (uivi un moment Je Cerf , je pouf- 
fai tout d'un coup mon cheval dans des 
«Routes écartées , fiufimt.fi bien., que Je 

me 



DE WARWICK. 19. 

ne trouvai fcul. Je mis pied à rerre fit 
je me couchai fous des Arbres qui ra'of» 
iroient une fraîcheur agréable. 

Quand je fus en liberté de rêver , je 
m'abandonnai roue entier au fouvenir de 
laComtefle : Que je me promettois de 
plaifîrs , difois-jc ! Faut ri qu'un moment 
me dérobe ce que j'aime ? je n'ai pris au- 
cunes mefures pour Ja revoir ni pour 
lui écrire-, devois-je m 'éloigner d'elle j il 
falloir plutôt feindre d'être malade pour 
refter dans- fa maifon ou la ramener à 
Windfor fur quelques prétextes : Helasl 
de quoi me Cerc d'avoir une autorité' ab- 
fohic fi je n'en ufe pas ? Je prenôis donc 
des réfolutions pour l'avenir $ mais je le* 
abandonnons dès que je pou vois croire' 
qu'elles lui d^plairoient 5 ainfi combattu* 
entre mes dtfîrsâc mes craintes , je flo- 
tois fur une Mer qui n'eft jamais tranquil- 
le ; & j'en venois toujours à m'affligcrr 
du départ de ma charmante Comte (Te, 
lors que j'entendis le bruit de plusieurs- 
chevaux- , & la voix- de quelques fem- 
mes : je n'aurois eu aucune curiofitépour 
les voir parler • fans que c'étoit fi près de 
moi , que me levant afin de les éviter , la 
première chofe que j'apperçûs ce fut Ma- 
dame de Dévon&hire > je retfeotis dans ce 
moment tout leplaifir d'une agréable fur- 
prife i je courus à' elle , & tans lui de- 
mander C\ elle vouloit defeendre , & (ans 
bien feavoir moi-même ce que je vouloir? 



*> LE COMTÉ 

Je \â pris entre *«« bras , U je la mis à 

xerre. 

La réflexion vint au bout d'un mo» 
nient j je m'inouiétois de ce que je ve- 
nois de faire , il étoit un peu tard pour y 
remédier , je lui en demandai pardon , St 
la conjurai de m'apprendre par quel boa- 
heur imprévu elle revenojt far fe* paat 
e/He me dit que la flèche de fon Charge 
s'étoit rompu* dans un mauvais* chemin» 
ôu'il ne falloir pas moins qu'un jour-pou* 
la raccommoder , et qu'elle avoi* pris le 
parti de retourner chez elle $ je lui ra# 
contai l'état où m'a voit mfe fon départ $ 
que je ne m'étois éloigné de tous ceux 
qui nfactompagnoieiK , qjw pour venir 
en feeret penfer â die , * rtgretter de 
paffèr un jour fans la voir : ei&nicyîr'iC • 
touchée d'une chofé qtt'clie ne pouvok 
guère mettre en doute, me trouvant dan* 
ce Heu écarté , où jfgnorois le defordrç 
arrivé à fon équipage . ni que je la ren- 
contrerois. \ 

Je remarquai entre les femmes qui la 
fuïvoient Aibine , qu'on m'avoit Ci pat- 
Virement bien dépeinre , qu'il étoit im- 
pofljble de s'y méprendre j j'aurois bien, 
voulu dans cet inltanr travailler à m'aflti* 
rer d'elle 5 mais iesCrands ont le mal- 
heur de ne pouvoir rien faire qui ne foie 
remarqué : cette même ratfon m'empê- 
cha de rerenir la ComteflTc aufli long-temps 
«lue je Taurois fouhaité , je lui dis tout ce 

que 



DE WARWICK. 3t 

que l'on poût imaginer: de plus teftdMy 
«lie oc me parut point dans une autre &*. 
sustion que celle où eileétoit 1» veille , & 
je remis à Londres les moyens de mena* 
ger quelque* moment pour h voir * je le* 
fui vis dés yeux, je pouffai mille foôpira 
après elfe, je retournai erviuitc oiUe bruis 
de lfr<%a#t<m%ppettoiff. 
^ Le -Comte- de Etévonshke ne fçavoi* 
tien 4e et qui croit arrivé â l'équipage de/ 
4à Femme > il l'apprit de moi , & que je 
i'-evois rencontrée, s je croyois qu'il ïcroie 
fbm dangereux d'en faire un myftére,que. 
d'en parler naturellemeric $ mais pour le 
coup j'en fus la dupe, ii expliqua touteo 
Mari- jaloux : il ffanprit a\clkdu<d*forr 
afee de ton Chariot- , il crut que noué 
avions arrêté de nous rencontrer dans 1a. 
Forêt , ce fans examiner que nous ne pots*- 
vtons deviner la maladie du Comte d' An~- 
«fe&y » qu'ils n'apprirent qu'après mon 
départ $ il refolut de ^éloigner de mon' 
voifinage avec, la dernière diligence. Je' 
«ne rifappercus point de ce qu'il méditoir,* 
9c je finis w Charte d\tflfe& bonne beure: 
Dès qu'il* m'eut qitkté » il aHa donner fe*< 
ordres » ne voulant s'en fier qu'à lui* mê» 
«ne ; de forte qu'il parrit avec elle au mi- 
lieu de la nuk , ,dc la pauvre Femme fu% 
livrée à de» reproches qu'elle tie raéricoir 
•pas." 

Dès que jt le ($(& , Je revins à Wit- 

fcaîl , k vieille Alotnè qui ©toit dans me* 

n/ 4 . mtc- 



2 LE COMTE 

iccrêts, me die que le Comte deDévoi»* 
lire avoic prié Madame d'Anglefcy de 
trderfe Fille plus (oigneufemcnc que ja- 
lais j que je Pavois vue de qu'afTuré- 
lent je la trouvois à mon gré. Ces nou- 
illes me pénétrèrent de douleur » je lui 
rivis j elle oc me fie réponfe que pour 
c prier avec ardeur de vouloir bien fih 
ificr mon impatience à (a gloire j ju- 
vl , continua le Roi > de la manière 
>nr je l'aime , puis que j'ai été capable 
fqu'à préfem de vous en faire un my- 
:re. J'ai tous les jours de (es nouvelles, 
je fuis certain de lui parler dès qu'on 
t trouvera une occafîon favorable : Ccr 
ridant j'ai fçû par Albine la Yifite que 
>us lui avez rendue , <jue vous avez par 
trés-embarraflé, Se qu'on vous foup- 
nne d'y être allé de ma part • cela ac#> 
mmoderoit auffi peu mes affaires que 
vôtres : Croyez-moi , je ne yeux ni 
>nfidcnt ni Rival , aimez, ailleurs » U 
voyez plus ma Comteû*c< , 
Je n'ai rien à facrifier à Votre Majefté, 
>liqua le Comte de Warwick , qui avoir 
le loifir de fe remettre , 6c de penfer 
e qu'il avoit à dire > fi la jeune Coin* 
Te m'avoit paru auffi belle qu'à voua, 
e • je l'oublierais pour le refte de mes 
irs , m'en, ducil epûter la. vie ; mais 
n'eft pas fur moi que la fatalité tombe, 
:ft uniquement fur le Général Talbot': 
i , Sire , il. aime Madamq de Dévon* 

shirc 



i 



1 



DE WARW'ICK; 33; 

shtre avec tant de paffion , que s'il vous 
trouve dans fon chemin , il ne réfiftera- 
pas à fa douleur- Je ne fcaûrois croire 
ce que vous me dites , répondit le Roi}, 
où avez- vous gris que le Général foie* 
amoureux , lui qui ne Ta été de fa vie,. 
& qui eft un des hommes du monde le 
plus fage&le plus indiffèrent î C'efrune* 
confidence qu'il me falloir un certain jour 
uc Vôtre .Mâjefté s'approcha de noua- 
it le Comte i Je voulus fur lé champ 
en réjouir Votre Majefté , mais il ment. 
un figne royftéricux , & je me retranchai - 
à parler de fon indifférence, .au lieu de- 
vous ent retenir de fa tendfcfle. 

Le Roi ne répondit rien $ Ton coeur 
croit plus généreux que fcnfible : il ar- 
moit le Général par reconnoiflânee , il 
aîmoit la .charmante Cômtcfle par incli- 
nation - y Ton embarras étoit fi grand % que * 
Sour-cn cacher une parcie au Comte, dont 
1 pénétration lui déplaifoit , il forcit de 
fon Cabinet , 6c il entra dans la Chambre 
de la Duchefîe d'Yôrck (a Mère. Le Com- 
te revint chez, lui avec une fombre tri- 
ftcfle , J'on n'a jamais oaflé une nuit plus * 
agitée : CejûTe , cefle , infortuné , difoit- 
il , d'adorer une beauté inacceffible , elle 
plait à ton Maître > malgré fes foins de- 
là grandeur > il n'a julques ici aucune 
certitude d'être aimé > quelle feroit ca de* 



ftinèe fî tu t'opiniâtrois dans uncpaflîbn 

nonc 



AU4IWW 11 Ml W WirillIAVl v»«» «•••»•» «•■•« j»— — - — - 

fcfitallc l il fric y renoncer , & reg*£ 



3 4 LE COMTE 

«1er cette aimable perfonne comme tir* 
ccueil dangereux qui te menace d'un crue! 
naufrage : Ces résolutions ér oient à pei- 
ne priics, qu'il les defavoiïoit comme des 
foibîefics indignes de foa courage , Se de 
rheureufe témérité qui lui avoir toujours 
féiïffi. Ma paflîon clt elle fi faible, con-- 
tinuoit il , que je cède avec tant de fâciv 
Uté au torrent qui s'oppofe à ces progrès ?" 
n'<ai*je pas remarqué dans tes yeux de la 
Coaueue quelque chofe de favorable ? Il 
iâur feulement perfuader au Roi , que fi 
]c Gêné rai Talbot l'a pour Riva], il mour- 
ra de douleur » & convaincre Ëtifabcth de 
Luc/ de l'infidélité du Monarque , afin 
qu'elle fonge à le retenir. 

Cétotc une Fille de qualité , dont la 
JMaifon avoit toujours été diftmguée par 
<3e grandes Charges. En 1173 Renard 
•de Lucy , Juftickr d'Angleterre, com* 
mandoit les Armées pour Te R oi pendant 
les Guerres Civiles, de depuis ce temps la 
Jtfatfbn de Lucy ayant été inviolablemenc 
attachée à celle dTorck , elle s'eroit vue 
friuficuxs fois éloignée delà faveur * quand 
Edouard monta far le Thrône , elle fen> 
^nala entre les plus affectionnées , cela 
fut caufe que tous les Favoris , ôc partf. 
«liliétenicni le Comte de Warwick , jer>- 
*érenc les yeux fur Elifâbeth de Lucy, 
pour en faire la Maîtrefle du Roi : lis y 
réunirent fans peine 3 le jeune Monarque 
*«©it> comme je l'ai déjà dit, 'leplusga> 

land 



de w^kwick; 3r~ 

Uhd Prince die (on Stccle , le tatcux fait*, 
k plcisibrfffè , 3b «te plus fjarjtucL Etifer. 
bech 44 ion gâté , pouvoir être regardée - 
comme tu* aûrade 4e Baauté ; rien n'è* 
gafoit celle de fa «allé* & fon esprit au* 
r^*fuifrp©afcfaire valoir ides charowsbiciv 
inférieurs aux ïkns : il eÛ vrai qu'elle 
avoit beaucoup d'orgueil & de hauteur *• 
etk ic croyait eu droit de daiotfirdes Ado» 
*a*euH ; <liws Ja Famille Royale » Jrqu'uifci 
lui 6û (toit une grande injuâke de poeter» 
d*a« tteK-dbafacs que tes bennes. > 

-"L»4ljet"n« ( put hrr refnfer fon -cœur 5 & 
fe vfrd'sibavd avec des roéoagcmens pou», 
& réputation : mois Ueft difficile que l'A m* 
Ht ion du c£te de la Makrcfle , & JVU 
mot»? de' tidut <fe i'Àipast iaii&nc ignorer 
fôfig*<%rflpnurr feeteado oeneeacure,; el^ 
k» vttqhit tore tlcvée ; .le Roi la fit Mot* 
«ptffcid*fftr<ford : ce néuvxi àonaeuriui / 
attira une groâe£oirt r A «beaucoup dfcb»- 

V§eÙf(t¥; ' :ll 

Comme 1 le Kt fe trouva dan» ^une en» 
ttéee liberté de Aire les galanteries , ôc 
l'éclat qui pouvoir fetrsfake fa paffion , il .3 
hà^fi* 4*tm<Âwc ipar coût 5 mais* peut- erre r 
iqu'ua'c^^cftemc^it^t^c tarte de brttir 
comnrèaçôit- à'perdvc ce qu'à <ayeit^ 4t 
plulsi^Kac^ o^plu*agr«fi*ie. > < ; 

Quoi qu'il en foir , la Comteffè de D6v 
Tontnfrf taf ' platfbï* infiniment ; il fur 
tooc*« d'apprendre que fe iGéoéral Tal- 

bot eu* dW^rf^WM^^^^^ f^^fh 

B <6* *r^ 



r. 



36 LE COMTE 

le : Il coraprenott avec douleur celle qu'il 
lui cauferoie * fle fa.générofiré étoit fi gran- 
de , que s'il avoir pu lui iacri&er Ton at- 
tachement , il auroit été capable de le 
faire j il combattott là-deflus » Se k fi- 
chait que Ton cœur manquât de docilité, 
& ne voulût pas & guérir. 

Pour foulager (on inquiétude > il pen- 
fa que le Conte de Warwick*qui étoic 
adroit de hardi , fe fervott peut-être d<* 
Général , comme d'un bouclier? avec le* 
quel il lui feroit at(é de fe cacher : Car 
enfin» difoit v il 4 il n'y a point d'apparen- 
ce que ce Guerrier ,. incapable jtffqu'ioi 
d'aucune galanterie, s'arvife de s'entêtef 
û mai à propos -, ne doit-il pas . confid£ 
ter qu'il n'y a rien qui puifiê Jtft» Wter de. 
plaire à Madame doDérônshirej? eileeft 
une des plus grandes Daniel dt£ Royaume; 
par ùl naiflàncc ôc par (ei rich€fl<S; , ^rten 
n'égale fa beauté&fon cfpiit i. oft<Uga!> 
de plus foigneufement que IaToifoj}d'o£< 
par où donc s'en promet-il la* conquête ? 
quoi, qu'il Toit bien fait , il n'eft plus jeu- 
ne : Ah ! fans doute., c'eft Warjgjck 
qui l'aime , il cherche à me donner^ k 
change. Cette opinion le ^onfoloit $ mail 
ffour s'en afiurer davantage , il réfolut de 
trouver les moyens d'c£*oifyej: le Géné> 
*aî; :. •• t . ; v a.' r 3 ; ■. ;•.'.,•, : '• 

Cependant le Comte de Warwckavoic 
«pris par le récit du MpfUtrgue ^qu'une 
des femmes de Madame, d* Dévomtvçe 

i * n'étoit 



DE WARWICK. 37 

n'éioit pas inaccefiîblc > il penfa qu'il 
pourroit la gagner par des Préfcns plus 
confîdérabks , que ceux qu'elle avoit re- 
çut du Roi , & il regarda cet endroit com- 
me une ehofe aéceûairc à ion repos,, afin 
d'interrompre le commerce de Lettres de 
ion Maître avec là ComteiTe, ôc d'en éta- 
blir un pour lui-même-.: il prit encore la 
résolution de ne point parler au Général 
de tout ce qui s'étoit, pafle > craignant 
qu'il ne voulût tout céder au Roi , car 
«eiU'générofitC'sVccordoit'mal avec tes 
de&eina. ». 

:> U ic rendit de bonne heure chez k Roî, 
& pafla le refte du jour dans l'Apparte* 
ment de la Marquife d'Hercford ,.. mais il 
lui. fut impoffible de Jui apprendre qu'elle 
avoit .une dangerrfuic Rivale ; ^ falloir 
.pourtant. Ja faire agir » : pour empocher 
que k Roi ne Rengageât davantage dans 
cette nouvelle paffcoja > comme il étoit 
incertain de trouver une heure favorable 
pour l'entretenir » il bazarda de lui écri- 
re ces mots: 

« - « 

IL^n'4 p+t tetm, * met y Madame , de 
peu/ ètatgnfir*> te cfragrin de ffaveir Je 
Ret, infidèle. » j'siefit lut r*ttéfe#ter ce qu'il 
.dut +fe*ferniens.s é^le'.teri f«V/ a M 
veut pxéflh** t* Cmtejfe de Dèvmhire* 
jemt*hiicbatmej fe*t. fiéuferieur* aux vo- 
freu Que vouiex,-veus 9 Madame, i'Amçur 

rfi *mtk . ir> **> fi '«*+* *£ J& 



3 8 L E C O M T Ê 

paffiin fûtêr vis intérêt* , m'engage à ni* 
gliger ietfieus 4 met avis Ut/ont devenur 
jùjfecbî , il '»j a qae vo/ reprecèns nui' 
puiffènt vens Le rendue ;■ sW efl mfin/me 
à cette tendait* , je vous camfeilteuie dire 
que vous fierez, -m ■écUtouivnus'mengerade 
lin mauvais précédé. Ne négligez, rie», . 
Madame, xy fartent ne mejàfriifîex, fa*> . 
fuis an* vwt n avez* f#ivt>JAmt> au$< veut 
feitpiiadeuùenu^mek {< *>-> < 

guc le Roi n'avoit plus les mêmes ctapreth 
temere pour t&e iWa»foii#rrigtteavec 
k Comccffa d< DcVioiwhire était encore 
fi fecreetc , 4juc ' malgré fes Joins ». cilc 
n'eu avofr f Û tfeft-dôocmwir. La 4*ttcre 
du Comte <k Wa*wk<k l'éclatait tow 
d^UH-coUp^for mille douf et qui* kl 'coar r 
«mefet-oient 5 fa 8rt**tionn'en tevînt gujh 
te maileuve. Cbatoato Mit étok naturel» 
knKnt fiéw , «Ne eu* «biendet'li peftuf 4 . 
■prendre ie parti de là atafteeur , rooifrclJfc 
n'avoic pas encore eu de dém&CB avec le 
Roi , fle elle jugea ». en perfonne habile» . 
èuïbfcHoit coarVwtr* fo* tawrôk*a*a0t 
■ee ^*ire coiwioître f* n'en? Ktt*>l6HM*ifs 
«tatfsfoa Cabinet , ne «pouvant fe oaft- 
tramdre ïvtt ctkx Jnuï^kaHXft .arrêta 
ebefc eNe ^ pour lui *wrc ku?<*Mir«, «•• , <>- 
- l^ConwedcWa^wk^a^w^imld^f- 
flû > que fe trouvant accablé «J'oné grw- 
4$ migraine « il ne pAc 4c lever» ~ ~ 



DE WARWICK. 39 

namcrae ordre qu'on ne lui fit roir pcr* 
fcmne. Le Général Taibot vint , les gen» 
du Comte crurent qu'un homme û in> 
portant étoic toujours excepté y ainfi ils 
le laifTérent entrer : Le Générai parut an 
defdpoîr de ritvdifpofaion du Comte} 
peur- être q^u'en un autre temps il n'en 
aurôit pas été fi touché , mats il Jercgar» 
doit alors comme fon fidèle guide , dans 
un Pais donc il ne connotooic point en*, 
core les route»» 

Depuis que je ne vous ai .vô , iui dic r iJt 
J*ai eu, Myjord , des avant* ces infinies* 
&. vous ferez peut-être aufli furpris que 
moi de l'adreue avec laquelle je m'en Uns 
tiré. Je ne me (crois jamais, douce que 
F'Amour m'eût rendu Un Ôc ruié $ roc» 
allcx pourtant en convenir. Parie*, Myu 
lord, tant qu'il vous plaira > dit le Com- 
te » je fuis plus en état de nous - écomet, 
que de vous répondre. * 

Lors que je <&is hier au ioir raine ma 

Cour , reprit Je Général » je trouvai le 

Roi occupé à regarder des Portraits que 

l'on avoir peints fur des glaces de miroirs; 

tlm'appclla aufit^ttoqu'il m'eut apperçè: 

Avez-vous4» go& , «te dk4i , pour*c*> 

forres d'Ouvrages ? Je m'approchai cVlui 

dis , que lés -flambeaux n'ét oient; > guette 

propres à fàfte'déeouvrir lai>oauté ou les 

défauts de la Peinture : Ce oc font que 

des Coptes , répliqua le Roi , ai«fi je ha* 

ïarde peu ; waw ontre toute* j> un at- 
tachement 



10 L E CO'MT E 

ichemenc particulier pour celle-là , me 
ic-il , eu me montrant le Portrait de 
ladame de Devonshire , le Marchand ne 
ait qui c'eft > il faut qu'il s'en. informe 
un Italien, qui Ta chargé de ks vendre. 

J'avois une idée trop vive de cette ai- 
table perfonne , continua le Général , 
sur manquer de la reconnoître ; Ton Por- 
ait me jetta dans une confufion dont je 
e pouvqis revenir :. la curioûté du Roi 
le fit trembler ; je me gardai bien de lui 
éprendre fon nom ,* de je répliquai que: 
étoit fans doute une Etrangère. Pour* 
uoi , dit le Roi , ne voulez - vous pas 
ue ce foit une Angloife ? Il me femble, . 
oûtai-je , qu'étant (i belle on l'aurok 
oë quelque part. Je vous aflure , con- 
nua.t-il, que j'ai un fouvenir confus de : 
ivoir rencontrée* Ce pourrôic .être en 
rance ou en Hollande , lui dis-jc , mais 

plupart du temps les Peintres font des- 
ortratt s à plaifir-, qui rcflemblcnt à tout 

monde. Le Roi ne répliqua rien , il 
roit les yeux attachez fur ce Portrait , ÔC - 
troilïoir au», rêveur. Je revois auffi de 
on côté i Quel malheur , difoisje v fi 
ti un tel Rival i un Roi aimable eu plus 
i. droit *de plaire que-moi : Seroit-il pof- 
>le qu'il renonçât fi-tôt à (a Maitrcue ? 

Le Comte de Warwick ad m ir oit- en fc- 
ret la bizarrerie du Deftin , qui condui- 
>it juftement le Général Talbot chez le 
oi , quand on lui apportoic un Portraic 



DE WARWICX 4t 

delà Comtefle de Dcvonshire. U<necom~ 
prenoic pis bien encore pourquoi Sa Ma- 
jefré fèignoit de ne lapas connoître $ car 
une partie de ceux qui l'avoient fuivi à 
Windfbr 9 fçavoit qu'il avoit fait Colla* 
x tionchez elle ; mais il conclut que le Gé- 
néral l'ignoroit , & qu'il voutoit le met* 
tre à quelque épreuve , pour s'éclaifcir 
de ce qu'il lui ayoit dit de fa paflîon. 

Pendant qu'il revoit - toutes ces cho- 
ies, le Générai l'examinoit , & l'étonné- 
osent où il le trouva* Fétonna lui-même*. 
Qu'avez- vous donc , Mylord , lai dit- il, 
tous ne me parlez point ? Je vous ai dé- 
jà déclaré , dit le Comte , que je ne vaut 
rien aujourd'hui pour la belle conversa- 
tion. J'y confens , ajouta le Général, 
pourvu que vous me difiez tout au moins 
pourquoi vous êtes fi furpria de ce que je 
viens de vous apprendre ? Oeft , répli- 
qua le Comte , en fc remettant un peu* 
qu'il me, paroît fort extraordinaire ♦ que 
quelqu'un (bit en eut de vendre le Por- 
trait de la CotDteffc, car je douter ois mê- 
me que la gardant, comme Toi» fait , on 
voulut la laiflcr peindre. Quoi qu'il en 
foit , répondit-il , le Roi acheta ce Por- 
trait ,<5c me chargea de le porter dans Ton 
petit Cabinet , comme un Bijou dont il 
connoifTpit le mérite : s'il m'ayoif exami- 
né , il aurott vu toute mon agitation » 
mais comme il commandoit- qu'on, lui 

amenât le Peintre qui avoic fait ce» Pop- 
' ' ' * . traits, 



4* L E * CO/M'TI 

traits » je nu doutai bien qtfri voufoie 
s'informer du «*m. de conte belle Dame 
U n'en ûlloit pas davantage pour me ré* 
veiller de bon. matin } je iuis aHé ch^zic 
Peintre , je iui ai taie une libéralité afi*# 
confidéraWc smhmn me Kaffuner ;, je I?as>. 
obligé i me vendue lOci^inainkmiloRoii 
n'A que ia Copie y élde wi jdipe -que **©w 
la belle Itofemonde , fille du Cosper dé 
CliftW ,. Maîtreffe de Henri I l. Roi 
d'Angleterre, fluyucs'tl trouvait J& drap» 

Krk tflopmadeene pour être de ce. temps- 
, il lui jdkqu^il l'a voie habillé à Un mor 
de pour s'*rr défoicc «peux 5 enfin je l'ai 
fr bien, t nftruk , . «fnfil- s!eft tké i merveilJ 
le» de toutes les questions du. Idonaraue, 
î^én ai voulu êere le témoin , as] ri de rai- 
ner s'il aiàflqiioiî a quelque chaft , 6fc de 
temps en- temps le Roi medifctc : Kfi vé- 
rité, Rofemonde. éeok bien aîmaMe » je 
se fpuvçotnr furpri* «tte« Henri n'aie fa- 
nais paédonné à (* Femote 'devoir taip 
mourir une Stic G charmante : la&ein* 
Rlconor te vepandok avec desycu* jàloù* t 
Sire » et je répliqué. Oui ,' a dit le Roi, 
ic pour nk>i je l'admir* ; voftà ce qui fait' 
k différence de nés- fencîmen*. Je n'ai 
presque rien répondu à cela ; j'avois tant de 
peur de lui mertre Itofanonde trop avant 
dftns fefyrit >>& qu'il ne trouvât la Côm* 
jefle de Dévomhire en fon chemin , tjtfe 
Jai c4ier4hé 6>îgnéufemertt à le dKTipcr> 
par une-pireic de. Paume que je lui ai don* 

né 



DE WARWICK. 4j 

ne envie de faire avec le DtocdeGJocçûer, 
Ce qui nr met en repos , continuai -il» 
c'eft que le voilà perfuadé qu'il ne s'agi* 

Sue 4e Rofcmonde , & que la Comtcffir 
'Anglefcy , qui connok la befeuré de A 
Fille , de ce qu'elle pourrok produire au: 
un jeune Prince fiifccptiblû des plus tcfli- 
dres impreffions » la cache fî fpigneu(e> 
ment qu'elle ne l'a pas amenée 4 la Cour, 
cVqu'elJefait croire à tout le mondequ'elr 
le cft prcfque toujours malade. 

Mais je fçai , continua -t-ij > à quoi 
m'en tenir , ôt je luis résolu à Taire une 
étroite amitié avec le Comte de Dcyou* 
«hirc. Je vous ai déjà dit , Mylord , qu'à 
* befbin de moi dans une grande *Bk$r& 
où je voulois prendre un Parti qui luiétoit 

fer? ©ppofê $ mon cràîk peut faire ja». 

ener laoalanccde quelque câtéqull tour* 
ne ; ces raiforts l'ont obligé à me recevoir 
avec des égards infinis , de quand j'allai 
chez, lui , il me pria. d'entrer dans TAg» 
psrtement de fà Femme. Je vous avoue 
que les charmes de Ton efprit achevèrent 
ce que ceux de fa perfoune avotent con> 
mencez. J*étois fi ébloui' ôt fi eneftame* 
qu'il ne falloit pas moins que la présence 
de Ton Mari , pour m'e m pêcher de ftirc 
fur le chamo ma déclaration $ je inodé- 
tois mes fotrpirs avec une violence capa- 
ble de m'étotrifer , cV jamais homme & 
mon âge n*a fak un fi rud* Noviciat. Hfti- 
las ! je ne fuis plus furptis que l'Amour 



44 LE COMTE 

opprivoife les Tygres&les Ours j.voîit 
jugez bien cependant ,. que fi j'ètois con- 
damné à rote Caire encore long* temps , je 
choifirois auffi tôt la mort * mais il ne 
m'eft pas aifé d'entrer en convçrfatioit & 
Vous ne me faites, le plaifir de venir avec 
moi , vous entretienarez le Comte , & je 
parlerai a mon aife ila Conneiîc. 

Cette proportion convenoit trop bien 
«H Comte de Warwick pour Ja refuferi il 
avoit fait pkifieurs tentatives , afin de la 
revoir, il y croit allé différentes fois &: 
ibus divers prétextes. Madame d'Angle- 
£ef , qui étoit unç Surveillante habile, 
avoit donné de fi bons «ordres , quepaûV 
la première Vifire , oui proprement par* 
1er il la furprit , il y avoit toujours des 
«ufons cV des exeufes preecs-pour lesreav 
voyer honnêtement j de manière que lors 

rie Général qui s'étoit impatronifé 
s la maifon le pria 4'y venir , il en fut 
ravi. Il n'y avoir que le foin d'amufer le 
Comte de Dévonshtrequin'étoit pas tout 
à fait de foagoût 5 mais quand il luiau- 
roit fait une pire condition 5 il Tauroit ac- 
ceptée 1 efpérant au moins qu'il pourroit 
de temps en temps dire quelques petits 
mots , qui le payeraient de fa peine. 

Le Général vint le prendre dans fon Ca- 
rotte , afin que la livrée du Comte , que 
l'on s'étoit accoutumé à renvoyer de chez. 
laComteffc d'Anglefey ^. n'effrayât per- 
sonne , il ne fut fuivi d'aucuns de fea 

gensi 



D£ WA&WICK. Af 

gens 5 de force qu'ils étoienrà laportede 
Madame de Dcvonshirc ifu'elle croyait 
voir le Général tour feul , & bien que fo* 
Mari n'y fut pas.., & Mère & elle lcju- 
geoieûtn* peu redoutable ., qu'elles le ri-* 
curent fans façon. 

le Comte de War wick a voie trop d'in- 
térêt â examiner l'accueil qu'on lui feroir, 
pour n'y pas mettre toute fon application, 
il .remarqua que là préfehee les embarraU 
foit . > elles curent Tune & l'autre beau^ 
-coup de civilité pour lui 5 mai s. la jeune 
Corotefîe levoit a peine les yeux pour le 
regarder» que rencontrant aufiï-tôt ceux 
xle fa Mère , elle les baifloit avec précipi- 
tation. &changeok de couleur 3 il n'eue 
.pas lieu de douter que cet air detjoye, qui 
s'étoit répandu dans leur, première coa- 
. verfation ., n'étoit pas approuvé par Ma* 
.dame d'Anglefey , ôc qu'elle avoit peut- 
. erre donné là-dcfîus des, levons qui ne lui 
.étoient pas favorables 4 enfin il demeura 
fort êmbarraffe à fon tour > mais le plai- 
Jgr de voir une fi aimable perfonne êc£ 
rare , l'emporta bien-tôt fur le chagrin 
-que lui caufott fon férieux. 

Le Général Talbot avoit été un peu fa- 
uché de trouver. Madame d'Angkféy dans 
la Chambre de fa Fille , il s'épouvehtoit 
bien moins du Comte de Dcvonshirc* 
mais, prenant fon mal en patience , il dit 
en entrant qu'il k venoit attendre ;pour 
iîMWCW«lir4'ttacafliirciinpoxtantc : * 

«comme 



46 LECOMTE 

comme il fe croîtra place proche Madame 
d'Angtcfey » H pcnfa qu'à ne ferait pas 
«tel de rcarfreienir pour t'itmauer dans 
fon efprk. Il y avoir, des ftncts fur !e£ 
quels il s'éteadoic. volontiers. ; par exem- 
ple , ce fameux Siège d'Orléans «ne le 
Comte de Salfcbery il avec hïi , où la Pu- 
cette d'Orléans commença de fe fignoler} 
pat une Valeur miracutetne * aorffi bien 
qu'à la Bataille de Patay quç le Gonuede 
Su folk perdit. î le Général s'y furpaftà,âc 
ils forent Pon ôc l'autre Mis Prisonniers 
par la môme Héroïne. Le Général ne 
rftendoit pas moins volontiers far la pri- 
ât de Rouen par k Comte de Danois $ 
4tfétoit lai quirféfaàiottoettc grande Ville 
arec le Çac(k Strnirntfrfe^&qtrireftaTcul 
tnâtage pour cinquante mille Bcus d'or $ 
mais les Angf ois auraient plutôt engagé h 
moitié <ki Royaume que derabandoniter. 
Us f^avoiem quTil écoit un de leurs plus 
braves Défenfeurs , de coMmancmentoa 
Tappelloft l'Achille d* Angleterre *Tout 
cela noroît ignore de perfonne, laGom- 
tdfed'Artgleleyle Savoie mieux qu'aucun 
autre , ayant beaucoup d'efprk , c* *m 
•Rang à la Cour qui la dltiaguoit de cou- 
tes les manières ; cependant* par corn- 
platfance , elle ne voulut point FfAtertoni- 
pre * & coantae il s'édbtmffoit aifément, 
dans un récit où il avoit joué an fi beau 
de un fi. grand raie , 5c que la ptéfenoede 
la Comteie deDévonthtfo ki éoaaoit une 

viva- 



D€ WARWiOK. 47 

vivacité extraordinaire,* ^1 tteut/pktfieurs 
^n^roits dcîUi difcoufs où' u fuifU ifi Jiaot* 
quef la jCo«teflea'Âr^le(ejr qui en ctok 4a 
pjus proche ^n.iut aiityrk plus inCOm- 
modee. . V 

Le Comte Je Wat wick n'avoif garde «ta 

perdre le moment de dire à la Conucâc 

4e petits mou tout k plus ban qu'il pou* 

▼oit : il feignoit pour cela de prendre du 

jEabac t-êc defe tenir fouventdô, fon 

mouchoir , dont iUac^oitia bouche quaad 

il4iii pasloit > il ne la regardoit pas o*aps 

la crainte que (a Mère ne s'en apperçûç, 

jpaîfri]? ne la&a peint de cette manière de 

lui dire qu'il l'adoroit* qu'il ne. deman- 

doit pour toute récompenfc , '/que Ja pe#- 

mi/îîon de la fervir avec k même refpcâ 

qu'on fc*c bcsDkwt , toque ion deftwé- 

xerTcBKAt merkoit quelque J>onté. Qu#i 

qu'elle ne {\t pas fcmblant de l'entendre, 

clk J'entendoit fort bien i l'application 

du Corme à marmoter les roots droit £ • 

£rande , qu'il arriva plus d'Orne fois que 
1 Comteûe d'Arigkfcy M. adrtfla ia 5>a- 
jcole (ans qu'il l'entendît :' à Filkenavog 
delà peine $ elk n'étoiî peut-être pas fâ- 
chée de ce qu'il lui difoit, «giseHe Tau* 
roir/ été beaucoup qu'on eut pénétré <t 
anyftére. Au milieu de tous ces embar- 
TJ* >• laiatisfaâiondu Comte augmentait, 
quand il penfoit que k Mère & k Gèné- 
»! en écoieat également Jes dupes » A: 
«m'il s'était déjà iSkx wptiftuo pour 6ir« 
^Ifcir fil paSon. *- cur 



48 LE'COMTE 

Leur Vtfite piflà coures les régies des 
Vifitts extraordinaires, elle fut d'une lon- 
gueur horrible ; leComtc deDévonshirc 
ne revcnoit point s ils ne longcoicnt phis 
a s'en aller , lors que Madame d'Angle-* 
fey dit d'un air ennuyé qu'itétoit tard , êc 
qu'apparemment Ton Gendre fouperoit en 
Ville. A ces mots ils fe levèrent êc for* 
cirent. 

Le Général avoir un 'extrême chagrin 
du mauvais fuccèr de fa Vifîte , il querel- 
la le Comte de ce qu'il s'étbit placé pro- 
• che de la jeune Comtefle , trouvant que 
puis qu'il l'aimoit , perfonrte que lui n'a- 
voit ce droit : mais fa niauvaiie humeur, 
bien loin de chagriner fon Rival , le ré- 
jouit beaucoup. 

Monfîeur de Warwick avoit encore dé- 
couvert de nouveaux charmes dans l'ef- 
prît êc dans la perfonne de la jeune Com- 
tefle $ il étoit affligé de lui trouver une 
terrible Surveillante , en la perfonne de 
fa Mcre 9 êc comme il n'imaginott aucuns 
moyens de l'apprivoifer : Helas ! s'écrioit- 
il fouvent , fera-ce ici l'écueil de ma bon- 
ne fortune , êc fouffrirai-je encore bien 
des peines fans aucune certitude d'en voir 
une feule payée au gré de mes defirs ? 

II n'avoir, pas feulement fes chagrins à 
foûtenir > il avoit ceux du Général ; ce- 
lui-ci venoit le réveiller à la pointe du 
jour pour lui conter des chofesqui luife- 
roient devenues trés-mdiflirentes , fi le 

nom 



DE WARWI.CK. 49 

ftôm de Ja Corotcfledoat elles étoienç n?é-* 
lecs , n'eût adouci fa méchante humeur* 
Il n'a voit pu trouver i'oceafton de retour* 
ocr chez, elle , par.ee que le Comte de Dé-i 
voitshirc ayant apris que . le Général Va» 
voit attendu fi long-temps , étoit allé; 
chez lui plufieurs fois de fuite : cV corn* 
me le Général n'étoit pas fertile en expe- 
dients. amoureux» quelque Gnvicqu'ileûç 
de ménager des prétextés , U ici ?vojf 
tous épatiez, § de forte qu'il vint. che^ 1* 
Comte avec un air ;fort &cbf f Jfc fuia au 
defcfpojr , lui dk»il 5 le Ç^ça\c 4 d%jRç* 
vonshire m'a vu fi fou vent que. noua aV» 
vous plus rien à nous dire. 5 j'ai i£gléj'a£; 
faire qu'il, avoit , plus avantageusement 
four lui qujil ne J'auroit réglée, Jui^nMo^fi 
cela eft; campe que j'ai fait une *pjufliç*>i 
jooa meilleur Ami s il fçroblc <*uc, mc£ 
foins ne font d'aucun mérite, aoprjèsjie^f 
Jaloux * il me prend à préfet cn^-çen^ 
tinua-t*sl brufqueraent , de.inc bj-qùilfer 
avec lui : car enfin de quoi me fçryent 
les liaifons que j'ai ménagées ? Je ne vois 
plus fa Femme , jç vous avoue que jfè r 
touffe fie qtfe fnon,fi}ençf mfàtp&tfa 
destpenfée» qui pQUnroîènt iuipjaire^ Ç; 
ier^ic un méchant mpyifft» jdit.k^Çqn^" 

pour vpiMjfcir* imvw^viÀ'mfum^ 

voy* Ifwiiiller. av*c ; Mrn#ft fftBtym 
Vqus le connoiCd plus quq moi > Ceignes 
qu'il veut vendre U.kçllc ^iaifon, -fm'&l 
proche de Windfo^ ^tqu^isjfiw^i'av 
T*m€l. C cheteri 



jo L£ CO MTE 

cheter ; allons le trouver ensemble, tfii 
y eft, vous l'entretiendrez d'abord , &jc 
cacherai de parlera la Comceflè, pour k 
préparer à vous écouter favorablement; 
s'il n'y eft pat /tous profiterez de Toc* 
cafion. 

' Le Général rut fi content de cet expé- 
dient» qu'il l'cmbraflâ de tout (on coeur j 
ils envoyèrent fcavolr fi le Comte de Dc- 
▼onshtr* étott chci tuî , on vînt leur dire 
que non 5 c'cft ce qu'ils demaadoient. * Ils 
y forent auflt-tét * il étofc déjà revenu; 
Gette nouvelle penfe les defefpcrcr » kw 
Caroffc étbit entré dans la Cour 3 au tien 
de àefccndrci • ik i'anwiércnt à régler ce 
tyrïb 'dévoient làtrc* Pun vouloir mon- 
tèttàiit'dt&h 4àM la Chambre de laCom- 
èdfcdcDcvômhfte , 1 autre vouloir qu'on 
ôeVît perfoW& qtfonVcn retournât* 
htiAti regfrdoit'par tes fenêtres <jiii dif- 
pWtdicht eèriitiié des gens 1 en colère ; en- 
fi* le tJcftme de Warwittk gagna fur le j 
Général qu'il ddcendfoit fcul, que fa Vi- 
fitc (erôk fore «oûrre , dequll ne parte- 
Toit point de li Méiïbaide Campagne * ce 
^2b,4voleAt régi* 'dnfembte tot «xaûe- 
teént exécuté > Te Générât pâfla un mo- 
«fceht «Veic Wy*ond d* Dévôiutâre qui lui 
ftattftfè lafoigueûrdtafe année j iltei*- 
itttdfois fort Carofte comme un poffihlé. 
fcTtfis au defcfpoir 9 dk-il au Comte > je 
trjWte ett mon cliemfa' des obftacles 1n- 
Atnkonublcs \ n'cft-ccquc pour moi fcul 
iwai» ., a qu'ils 



DEWAKWJCK. n . 

qu'ils fooç fak» ij'avçiâ 13 Ajoura *ftt*4~: 

dupMler de l'Amour commue d'unq pàf n 

fion douce * qui caufck 4e grands plajfr* 

& rastementiLss peènea : Jie.crQyois qu'il 

fuffifoU d'aimer fwuc Je.it w. ^Uq6 ,. pour, 

& le dirai pôle £ike<bs paf ciçs de jPro- 

menade enfemble ; j ai conptf mtlle;geft$ 

<^$ïl<Âafdtp\tinrpifiis\wb loua wî* 

wefles , «mile Maîudfftt ^j^^C 

CDROofflbic que, .pat l& ftrtr* fapmifa 

4c Jflutt, AsuÉift n ^à&ofuigtAdjtow^Jrç 

régies, font ^l»»çêcsDS ^«rpâvfljjvxw^ 

des.Dntjansjà cpm^Étae^je,o 7 ahpÛ4ttr-| 

1er jÉ cette que j'adore, & ina tgtieoeeiCft, 

aukàh plus rude lift cuve ; C'en e/t fric* 

*tyJord,v£o£ii* bêd'vocritfx diâçr^tQ 

dectfcï€^fabiTùeticàj*fy\tà pfâcMi 

jçjDC tara plus £*o%crityfÀ &è fttaAUû 

libei^o^ c'cÛ «llei<^ji|fcia îpon ifeiqiéC 

MaJtiicflc ; de [jo inekMun|te< fi-J^ mîc» £*> 

pire jamais.': y. rr.fr! j.n-:.-, ;,-' v .f- 

II aHirpic parle avec iajacDçic y ehéweq< 
œ le r cite in* jour , firt^ ûHm>ti } Wf£- 
h*U ,ib aict^ctitfflJjarpMyi te&<feqf) 
mnttûit ; U : Gojfatcjde; WttAp<& Âttgttét 
diesdsmeittariontdu too4raJ*;& fr^itt^c 

defeendre dcCaiaffc/^dUt[>dkr*Hif AUtfrib 
Dlbàivfebezuftràs ârjSi&o, rcjft^qaitoQitya* 
tel , Viètréi Majefte, fopfitftt fc«o*aX0** 
jtuss qiteie fais ave*ieifiéflét»i«< Jr.arrtj» 
«açnb > idîtrîl ai** m* **«* ****£ 



- t LE CO M T Et. 

ne m travaux i& P"^ )« f «» «f 
futè que tous êtes aff« malui pour en- 
Sir fon amour <fc quelque flateufa 
Staoco. Il n'a p*M«n^«£ »e 6£ 
teïà deffus, dit le Comr« en mot, il cft 
fort foigneix de fe perfuader tout ce qui 

h,i it U RÔi , r r ««retena|it atnfi . pafla dan« 
foh Cabinet «r-lut-d» ï J« »« potwott 
J M «que kGéneral fe «««gagé fi mal a 
mojk*. & fur toW'dansunagefi avancé, 

Ljrtjtt, «ut «me- rtoiflit 5 car ayam ' toit 

qu'elle fait feâ ; comme pavois infiràt 
gatem , » envoya M Marchand ,# 
rendre-, leOcoénl.Hnqu»?»*» **••-• 

mVSompV -?.*1be4edeodemain che*k 
Peintre .lui dottM .bien de l>rge«*, • * 
fe chargea de me faire accroire qu il s'a- 
'S& & Rof«m«Mle Maîtrefle de Henn 
|*> morte il y a plu* «M?' »,^ 18 .*?*' * 

aSEU* dV ** .«roovea, fi^fcc^*^ 

& dMKTiuéafeianft» pwnd :* «"«.'«*? 
dttdMadtfnttUle D«voœ»«*.t % J .-,,' 

jtàu de me conter , dit le Comte .<K 
Général ..iglorieu* d'un tour fi fin^ me 
«fattba pou »?«■ »*»«»* ,.tfc f ont*».. 

"àtt iJ ure ? 



DE WARWICK. f3 

tirer mes applaudjfiemens > je m'en aquit- 
tai auflî en homme complaifanr. Il vous 
en fçaura gré toute fa vie l reprit le Roi ; 
mais vous venez de chez la Comtefle, di- 
tes- moi, de fes nouvelles : Toujours invi- 
sible à nos yeux , répliqua le Comte, elle 
ne s'<ft point montrée, fonMaria paru; 
le Général a penfé le brufquer de fçavoir 
fi peu vivre » que de fe trouver dans fa 
maifon quand il le croyoit for ci. 

Le Roi ne répliqua rien à ce que lui 
difoit le Comte , il étoit tombé dans une 
grande rêverie * mais il lui dit en fuite : 
Vous voyez que je pafle tout d'un coup 
de la joyeà la trifteffe , j'ai de la peine de 
celle que le Général ibuffrira » s'il fçait 
l'intrigue que iVi avec k Comtefle de 
Dévonshire. Vous êtes donc bienheu- 
reux, Sire» s'écria le Comte ?Non,ju(« 
qu'ici je n'ai eu que des efpérances agréa* 
blés, répliqua- 1- il , ^ fî ce n'étoit Albi- 
ne qui me confole , je. me dérerminerois 
à prendre le Parti d'agir ouvertement avec 
fil MaîtrefTe 5 car enfin qu'ai- je â crain- 
dre f & que fçais je fi Ta Gouvernante ne 
me trompe poiot ? Vôtre Majcfté eft au 
dclTus de tout , dit le Comte * mais n'eft- 
ce pas un plaifir capable de toucher un 
coeur délicat , de penfer que vous êtes 
peut-être le feul Monarque dont les 
Amours font fecrettes ? Oui » répondit; 
Je Roi , j'y ferois fenfible , & je goûte- 
rois ce myftére dans toute revendue de 
■ c j f° n 



J 



f4 L Ê C O M T E 

ftnfAérîte, rï j'étais heureux : maitfchan» 

Sons de Thcfe .t je fuis peut- être le feul 
onarque (Jurait Impatience de foûpirer 
fi long-temps , fans fçavoir mieux ma de* 
ftinéc, je m élaîffe conduire par une Vieil- 
le qui radott* ? je trains dèdcphfre à lii 
ComtcfTe , cY je fôuffre bttfrtttûp «fen* 
dàtîttfn jour favorable : Ileft Vrai; ft)oû* 
û-cil , qui ce jour ^eft plus el6igné , je 
dois envoyer Dévonshire Ôe Anglefey à 
Yorek. Le prétexte cft léger , il s'agit de 
Quelques différents, dont ik iront i'iftfbr* 
mer , pour m'en rendre compte. 
'• Apparemment» dit le Comte, V&rc 
Majeftê ira fans façon chez la Coorieife 
èè* qu'fl^fçront partis ? Je fi'/ prévois* 
qu'une difficulté , c'eft la préfence de 
Madame <f Anglefey , qui eft une cruelle 
Surveillante quand on parle à Û Fille; 
mais il faudra foire provifîon d'Opium. 
Vous raillez à votai aife » reprit le Roi, 
fàzthtz que je n'ignore pas Phumeur de 
et Drtjjbrr i Voici dôric ce e,uc j'ai if rê- 
të avec AWne ; fcrriêmè foîr que j'en* 
foyetai le PerecV le Mari à Yôtck % yU 
rai proche de leur raaifori dû côté cTuné 
Certaine petite Porte qui donne vers le 
Jardin , je ferai très-bien dé^uifé 6c voua 
àuffi. Comment , Sire , dit le Comte* 
Vôtre Kiajefté me met de là partie , eft- 
ce pour entretenir là bonne Gouvernait» 
t$ ? A peu près , dit k Rot . car il fau- 
dra tjuc -vous alliez frapper à là grande 

Porte» 



i 



DE WARWICK. si 

Porte , & que vous foyex très-bien tra- 
vefti , &que vous demandiez à lui parier,. 

Dès qu'elle fera. venue, vous lui direz: 
Vôtre Neveu vicnt~de fc battre * il a tué 
ion ennemi, oh' le cherche,* il eft ici -près, 
&il attend qiie vous le firifitfz entrer pour 
paffer feulement 1» nuit en feurete , il 
s'embarquera avant le jour , & je le con- 
duirai en Hollande , alors la Vieilk toute 
fremblame ira parler à la Comrefîc d'An* 
glefey, elle la priera de trouver bon que 
Ion Neveu entre , & fi elle peut obtenir 
la Clef de la petite Porte » j'irai par un 
Degré dérobé , dans l'Appartement de la 
Comtcfle. Mais fi (a Mère ne veut point 
▼ou* recevoir , Sire , que ferez- vous-, dit 
-le Comte ? Elle ie voudra bien , cbnti- 
nàà-r-il , car die aime Albînt * et elk 
aura pkié de ùt peine. 

Le Roi , en uni(&ni ces mots , ente* 
àartis fa Chambre , 5c. le Cotpte ie rttim 
chefc lui , fi pénétré de douleur » qu'il 
ne pût fiûrlf antre idhofié <pic dé fe jeteer 
fitr fon lie ; ft pefta- contre fa mauvaUe 
fortune y il fe reprochoir d'atair différé 
fi long tcïnpt à mettre AMnb dans fes in- 
ttërets i i f ne comprenait? point la caufe 
Al fïlence d*Eli(abeth de Luc/ , & tout 
fes railhnneffivn* alloicnl à croire qu'il 
étoit le phis malheureux de tous les hom- 
mes : 11 ne m'eft pas même" permis , s'é- 
trioic»ft»' d'ignorer l'excès de mes difgra- 



Tgnorer 

:au4e 

C 4 



CCt i Celui qui kt caufe éft mon Maître* 



S 6 LE COMTE 

ôc m'a choifi pour Ton Confident , il veut 
que je le fuive dans un lieu où je ne pour- 
rai le voir (ans mourir. Quoi , je le laif- 
ferai chez la Comtcfle , après que j'aurai 
«pris tous les foins néceifatres pour l'y fai- 
re entrer ! Je pourrai m'aller jetter la tê- 
te la première dans la Tamife : mais ne 
vaudroiuil pas mieux que j'y fufle dès à 
préfenc > je c roi rois au moins que quel? 
que chofe auroit empêché l'heureux fuc- 
cès de ce Rendez-vous ? 

Le Comte fe tourmentott , fe levoir, 
s'efleyott , ôc fe fentoit fi accablé qu'il ne 
Tcavofr à quoi fe réfoudre $ Ton efprit 
peu accoutumé à fuccomber, ne s'inquié- 
toit pas tant d'avoir le Roi pour Rival, 
-qu'il s'inquiétoit des fentimens trop ten- 
dres que la ComtefTe avoit pour le Mo- 
narque. Beaux yeux , s'écrioit-il , que 
vouliez vous donc me dire dès la premiè- 
re fois oue je vous vis ? qu'entendiez- vous 
encore l'autre jour par ces regarda lancez 
à la dérobée pleins d'efprit ôc de tendref- 
fc ? Ah ! pourquoi ne me témoigniez- 
vous pas de la colère » quand je vous di- 
foisqueje n'adoroisque vous, Jccroyois, 
continuoit-t-il , qu'elle n'auroit voulu 
m'entendre que pour me facrifier , fi elle 
avoit informé le Roi de mes démarches ; 
mais elle en a gardé le fecret ? à quoi bon 
ce myflére ? d'où vient qu'elle me mena- 
e d'un côté » quand elle me poignarde 
e l'autre ? ôc lors que j'aurai mis Albine 

dans 



1 



DE WARWICK, j7 

dans mes intérêts , quelle utilité m'en 
pourra- 1- il revenir, puis que fa Maîtrefle 
aime aflez le Roi pour le recevoir en fc- 
crct? . 

La moitié de la nuit étoit déjà paffée, 
(ans qu'il eut pu fê déterminer fur rien, 
lors que tout d'un coup il lui vint de nou- 
Telles efpéranccs qui le confièrent un 
peu i il en regarda la réuffire comme une 
cfpécc de Miracle qui pourrait peut-être 
apporter un grand changement au trifte 
état de fes affaires , & fon. cobiîr fJcu ac-> 
coutume à la défdatjon , ie laifla roton-i 
tiers flâten 

Il ne fit aucune démarche vers Madame 
de Dévonshire, ôc vit partir fans inquié- 
tude fon Père êc fon Mari que lé Roi énv 
Voyaa Yorck, ilïurauffi-ror rrdûVerEIi- 
labech de Lucy. Quoi J Madame , lui 
dit- il , après avoir été capable de ûorifier 
vôtre réputation, cfc de vouloir * paflèr 
pour la MaltrciFe du Roi ,* vous foufFrez 
patiemment qu'on vous l'enlève i de quel- 
le honte vôtre triomphe va-t-il être fui- 
tî ? c'eft cette nuit, Madame, qui en 
doit décider • Icltoi n'a pu encordtntre- 
tenir la Comtëfle de Dévonshire * tour eft 
réglé pour le faire entrer fecrettemenc 
chez elle , "voulez-vous être lâ-deflus auffi* 
tranquille que vous avez été fur mes pre«4 
miers Avis ? Mylord , dir-elle , je ri'ai 

Joint été infenfible au malheur dont j'ai 
té menacée » je me flâtois que mon dé-* 

Cf. plaifir 



S$ L E C O M T E 

pkifir joint à ma tcndrciTe efiaccroit ma 

Rivale d'un coeur que j*aï fou vcraincmcnt • 

poffédc ; j'attcndois Quelque conjondu- : 

xfi faverabk , pour découvrit mes fenti- 

ipea^an Roi j nuis puis que le mal pref- 

£o , il faut que je Penvoye prier de mé 

venir trouver » que je l'accable derepro- 

«jK»,.qiKJÉ pleuré, que je crie, & que 

je k menace de me tuer a fes yeu* â s'fl 

me quitte, Rien n'eft mieux, Madame, 

dk , le Comte ». mais jouez de grâce un 

pettr AcV de Comédie devant moi , afin 

que je vous applaudiffc , ou que je vous 

Corrige , car vous fçavcz que j'ente!» af- 

fcz; Je Théâtre* Non , Mylord , s'écrk 

la* Matquifc , ce n>'efl point ici une ebofe 

ûir laquelle je fotaen état deplaifariter, je 

A& rien.r.cfliuitîen ma vie plus viv citent} 

^)a*9 lû: dit-ell€^ après avoir rêvé quelque 

reiaps*, je ne i^ai pa* où. le Roi connoît 

k ÇomtciÇ: , ni, ce qu'il a fait pour lut 

pluae * il £Mtt Ai*en inftruiré ,' le Coiritc 

ne k trouva, pas moins à propos quelle > 

il lui rendit compte de laChafle de Wind- 

&r ,. A. la pria.-ûir tout de ne point par* 

tfaukrifcr Je f^end^i^.yàus ou le Roi de* 

y/m ; aller k fois tnêmé % parce qu'il Tac-' 

qRferoie de. If lui avoir die > n'en ayant 

parlé i perfonne qu'à lui. 

i 11 n-étoir pas néccflâireque le Comté 

dc'Watwick donnât du courage à Élifa- 

bèth de Lucy \ elkfe fencoit trop vive* 

«catpiquéc i pour; emprunter des armes 

ait- 



fiE WARWfCK. 19 

ailleurs que chez elle 5 elk ne négligea 
aucun de (es mrftagts : ià Robe «rua 
fond or 6c bleu école attachée aux extre- 
Jtiitêt par des Agraffes de Pierreries ; fa 
Coëffiire paroiffoit, négligée Y fcris cachet 
fo cheteux , dont lé ifôir lùftté lui fcyoit 
trés-bien i elle avoir le Porc raie Vlu Roi 
4 fan bras , & tore* avoir confoké fon 
tiroir , il lt confeiM* fi bieri , qu'elle nta 
jamais été fluttatatatrî* > eHe envoya prier 
9a Majefte de tenir chez eJfé pour une 
tnofe dfe ebftttqttcftac' 11 n'avoir sarde 
d'y manquer ; on nt pxnrydk conserver 

Cus d'égards cjuVUe en «ottfervoit , & 
aflgfé fa nouvelle pafton ? eBe aven tua 
attendant fur lui , dont if n'étoit pas le 
«faftre. 

- II s'inquiet* dé PenJpreffeniënt on'elfe 
snarquoit , èc fe tournait vers k Comte 
4c Wântflc* : que me v entcDe , lui did. 
U , ne pouvéx-Vcfcti point le deViner ? Sire» 
répondit le Comté, je devine Que laMaî- 
treffe d'une jetant Rôi atlffi aimable que 
vtrtfc , n'a point àc plus» preffans defirs, 
^ût de te ràit s de Itfi plaire , & de irié- 
rfagér tfn céëtft Jotir la pôfleffion fait la fô- 
lidté de âvt£? dtt rèftè ; j'ignore 6 quel- 

^iS aflafréi font feëtôes dans le Oqmpli- 
trient qu'eflè Vient Renvoyer à Vôtre Mi** - 
jéftc. J'y rali pflffer une demie heure, dit 

"tt Roi, car ce fbif je ne véu* rien trou- 
ver en mort ehtiniA qui m'arrête ', le 

Cfctffé fttoth *«*s tno* •* * pour Mwr- 

C 6 der 



6o LECOMTE 

der le Roi , il le fie fouvenir qu'il avoit 
promis Audience à l'Ambafladeur d'Efpa- 
gne , qu'il alioic fe rendre à Withall , de 
qu'il valoir mieux n'aller chez la jeune 
Eiifabeth qu'après l'avoir vu. 

Le Roi différa fa Vitite , U G -tôt que 
l'Ambafladeur l'eue quitté , il fut chez (à 
Maitrcfle > il trouva qu'elle chantoit un 
air fore trifte , dès qu'elle vit le Roi elle 
cefla de chanter , mais il la pria de con- 
tinuer : Telle ouo le Ctgne aubordduScu- 
maudri • dit-cue > plaint fa mort far fit 
chants , telle j^ annonce la mienne aujour- 
d'hui, ey je l'annonce % Sire, on vous rc- 
proibant de me l'avoir caujée : Il «rougit 
à ces mots , ôi la regarda d'un air ten- 
dre : Que voulez -vous donc me dire, ré- 
pliqua- t *il ■ par des reproches fi peu mé- 
ritez i elle s'en expliqua auflwôt avec 
beaucoup de vivacité & de larmes. Le Roi 
furpris de la voir (î bien informée > fe re- 
trancha fur des afiurances que rien au 
monde n'étoit plus faux, qu'il n'a voit vu 
la Comtcfle de Qcvonshire qu'un moment 
chez.elle pendant fon Voyage de Wind- 
sor, ôc que depuis ce temps-là il n'y a voie 
Îias même penfc : que s'il étoit vrai qu'cl- 
e Peut frappé d'admiration au Point qu'el- 
-k le croyoit , il ne lui auroit peut-être 
pas été impoflible de la retrouver : mais 
Qu'apparemment on vouloit lui fournir 
des .armes pour fe détruire elle - même, 
-puis qu'il ne haïfioit rien davantage que 
■■ï * les 



DE WARWICK. <5i 

les cclaircifiemens ôc les tracafîerics. La 
Marquife piquée de le voir fi ferme furie 
dcfcveu de Ton infidélité, «'emporta avec 
excès , & ne voulut jamais fbufftir qu'il 
forcit de chez elle j dès qu'il parlote de 
s'en aller, elle jettoit des crisperçans, ôc 
difoit qu'elle alloit fe tuer à fes yeux. 

Comme il fçavoit que Meilleurs d'An- 
glefey & de Dévonshirc reâcroicnt quel- 
ques, jours dans leur petit Voyage , il 
comptoir, qu'au plaifir près de voir la 
Comccfie de Devonshire t qui alloit être 
reculé , il feroit égal qu'il y tut ce foi r- là 
ou le. lendemain j de forte qu'il ne Quit- 
ta Elifabcth de Lucyquc fort tard j ilrap- 
paifa un peu > & le Comte de Warwick 
qui étoit très-intrigué de ce qui fe pafibit 
chez elle, Cachant que les Officiers a voient 
ordre d'y porter le Souper du Roi , ne 
douta point que l'autre Partie ne fût 
rompue. 

Dans cette confiance , il courut chez 
lui ; il fe déguifa de fon mieux j pritBc- 
rincourt : C'éroit un de fes Gentilshom- 
mes qui éroir accoutumé de longuc-main 
aux galanteries, noâurncs de fon Maître, 
il l'infiruific en deux mots , ôc fe recom- 
mandant à. fa bonne fortune, il fe rendit 
à la petite Porte du Jardin de laComtcfle 
d'Anglcfey , ôc envoya aufli-tdt Bcrincourc 
pailer à Albinc. 

Tout ce qu'il faifoit étoit fi téméraire 
qu'U a'ofoit y refléchir. U s'agjffoit de 
^ C 7 crom- 



6% LE GO M TE 

tromper la jeune Comtcffe en paûancpotTr 
H Roi ; de il ienoroit dans quel lieu elfe 
te rtftâvroic > sïi feroit éclairé ou obfcur * 
if devoir cour craindre de la parc de fou 
Maître* s'il découVroitfon avanriire?ei#- 
ftn il pouvoir arriver mille concr* cernés 
imprévu f tous auffi fâcheux lés uns que 
l&âarrea ; cependant fera intrépidité na- 
turelle 6e fon amour * ne lui permirent 
4'errvg&gëf le péril que pew le brader ; il 
V cour ur fans-béfîtèr un moipenr. 

bèt'Jjtt'it rut proche du Jdrdîn , il s'y 
irrita pendant que fterinéoifrc s'aquittofc - 
tic fa comrmiïion ; tout était fi tietérett- 
ferrtent préparé , que le Corniè entende 
tien* plutôt qu'il ri'aurofc ofé efpérer , le 
brdrt d'nneCtef qui raifort cent tours dans 
laâèrrurefarîs la paaioh ouvrir $ Albine 
ne s'énferFoic jamais , de elle fc trouvôk 
fi tciÊiié qu'elle ne (ça voit ce qu'elle rai* 
foit , toutes Tes peines étoient inacircsV 
*tté £«eoîc la Serrure , & après favok 
brén mêlée » elle dit par. une feheé de ta 
Porte <ju'il lui étoit impousble d'ettvrir, 
qu'elle ne vojoic point y qu'elle n'ôfok 
Aller quérir de la lumière j que pour ce 
♦jour- là elle nltnaeinoit aucun remèdes 
Le Coince penfà le dcfcfpérer * il com- 
prenoit que s'ilpcrdbit cette èccàfion , il 
n'y en auroit plus de fembftbles pour lui, 
& que le Roi vien droit lui-même débrouit* 
ier ronces les Enigmes } qu'il fçauroic ce 
qu^ tmïvott arrivé , * lui Youotok au- 

cane 



1 

V 



DE WARWICK. «3 

tant de mal qiie s'il aVoît parlé àlaCom- 
teffé. 

11 ctôit fort grand , de belle taille , Ôt- 
très-léger 5 les murailles aflez bafles , ÔC 
if avoir remarqué le jour qtf il trouva Ma- 
dame de Oevonsbirc dans fa Grotte qu'el- 
les étoiént garnies dTîfj&lièrsv 

Il prit le Parti dé monter fut les épau- 
les de fon Gentilhomme qui n'étoit pa» 
petit ; Ôc fe gratifiant comte lé mur avec 
force • (1 parvint jufqu'cn haut aux dépenff* 
de quelques ongles arrachez de de plu* 
rieurs écorchurcs. 

Qgand il fut dans le Jardin , il vuidà 
fes poches qu'il avoir remplies de Pièce* 
d'or , 6c pria gàJarbment la vieille Albinêt 
d'en être la gardienne 5 aie les reçûr vcm 
fonciers , croyant toujours ^ue c*étoie le 
Roi, & craignant bien qif il ae fui en don* 
nât phi* , de que le dénouement de Pln> 
trigue ntfjuï devint fâtaf ; de forte qu'ek 
le etoit H troublée cV fi prévenue , que 
quand die aurofe vu le Comte , elle fru- 
roit méconnu. Il fut avec' ène jufqu'à uri 
petit Degré dérobé r la Vieille demeuré 
en bas , Se lui dtt qtoifrouwofc Mada* 
me de Dcvorfsbire' ètf Itimi • il revoit 
brotorMcmerir: à ce qu'il aîloît dire, pour 
juftffier la rtabrTori qtfff fatfcit au Roi & 
a die , lors qtfajtyroehanr d'une Portée 
on le prit par là main , il entra douce* 
tnént dansurietRambre , dé fans luîdbn- 

nci le temps de parler ; - oti lui dît : Que 

poli- 



64 LECOMTE 

pouvez- vous penfer de moi , Mylord 
Comte , je n'ofe prcfque vous le deman- 
der .? les démarches que je tais vous doi- 
vent paraître fi criminelles * que je fuis 
peut-être à la veille de perdre coure cette 
eitime donc vous m'avez aflurée , quand 
vous vîntes ici avec le Général Talbot. 

Le Comte de Warwick écoic tellement 
furpris de ce qu'il entendoit > qu'il fe trou- 
voie fort embarraffepour y répondre. Par 
quel hazard > difoit-il , cette perfonne 
£çait elle que je ne fuis pas le Ro( ? bien 
qu'elle ne voye point , elle me parle de 
mes affaires avec trop de lumières pour 
s'y méprendre ; eft-ce un piège que l'on 
me tend ? Suis-je auprès de ma charman- 
te Comtefle , ou de quelque autre qui 
cherche à me tromper ? Il n'a voit pas le 
temps de trop rêver à Ton aife , car cet- 
te Dame attendoit fa réponfe » pour con- 
tinuer la converfation. Je fuis fi confus 
de l'excès de mon bonheur , lui dit -il, 
que bien loin d'avoir des penfées qui puiÉ 
fent vous être injurieuies » je (ens une 
augmentation de tendrefle Se de recon- 
noi fiance qu'il m*eft tmpofiible de vous 
exprimer : Cependant, Madame, au tra- 
vers de toute ma bonne fortune, je vous 
avoue qu'il me manque le plaifir de vous 
yoir , je vous le demande avec la derniè- 
re inftance. Volontiers , replie] ua-t- elle, 
je vais faire apporter de la Bougie ; elle 
For tir pour appellcr Albine qui n'avoir pas 

eti 



DE WARWICK. 6* 

eu la force de quitter le bas de l'Efcalier, 
tant elle trembioit : mais ce fut bien pis, 
lors ou'elle lui commanda "d'apporter un 
Flambeau 5 pour le coupelle fe crut per- 
due , en voici la raifort. , 

Dès la première Vifîte que le Comte de 
Warwick rendit à Madame de Dévonshi- 
re, cette Etoile fatale qui détermine quel- 
quefois Je cœur à prendre un engagement 
pour le refte de la vie , agit fi punTamment 
fur le fîen , qu'elle ne ïongea pas même 
à fe garantir d'une detiinée où il eft tou- 
jours bon de réfifter. Bien éloigné , elle 
chérit fes inquiétudes , & toute occupée 
du Comte , elle dit à Albine qu'elle ne 
vouloir plu$ qu'on lui parlât du Roi. Cet- 
ce vicilic Gouvernante dcicfpèrce de per* 
dre tout d'un coup un û gros profit , fe 
garda bien de faire aucune réfîftancc à & 
MaîtrdTe 5 elle fongeà que ce feroic le 
moyen de perdre un fecret qu'il falioit 
qu'elle poûedât pour en faire un ufage 
utile : Votre éloignement pour le Roi, 
lui dit-elle , n'eft point l'effet des Réfle- 
xions $ jl faut , Madame > que quelque 
chofe tous platfe plus que lui, ayez pour 
moi une entière confiance , je, n'en abu- 
ferai point , & vous ne vous en repenti- 
rez jamais. Helas *! repartit la jeune 
Comteflc, que je fuis aife , Albine, que 
tu veuille m 'écouter, je mefoulagerai en 
te racontant que je fuis charmée du mé- 
rite & de refprit du Comte de Warwick: 

Corn- 



66 LE CO M TE 

Gomme je n'aurai jamais de -commerce 
arec lui 1 , que je le fuirai , cV que mon 
feul devoir fera la régie de toute ma con- 
duite , je mé prépare à iouffrir des pei- 
nes infinies 5 je te les dirai , ri eft doux 
de fe plaindre avec une perforais affedion- 
née&fideJle i eependanc né manque poini 
4e faire entendre au Roi que ma Famille 
tue tourmente à taufede lui , que je Se 
fapplie de ne plus pehfer â moi , & que 
c'eft la feule grâce que je lut demande 
pour le prix de tout mon refpeâ. 
. Albîne fe trouva fort embar raflée dam 
ime Intrigue qu'elle vouloit faire durer 
pour fés inrerfts , & qui, étôit fi proche 
écùi fin. Elle «voit un Neveu qui ne 
fBsnquoit point cfcfprir , eUe l'apptU* 
dans fon petit Confeil , À ili conclurent 

Sill ne ftflôk rien dire tu Monarque des 
mtmens: d'intifféteftee dé la C6mtcfle\ 
ajoWouvftroient les Lettres qu'if lui' écri* 
ffott i 0s qu'ils en feraient d'autre* fout 
fon ntfn pour y répondre, JHân 1 que cet 
ealpédient fût de* plus hardis,, Albihe le 
goûta y parce qu'il prolongeoit ua cônsr 
nyerce» qu'elle avoit intérêt d'entretenir t 
mais comrrte le Roi témoignait une etf- 
ttême impatience de voir là Comtefic, 5k 
qu'Albirie fijavoit bien qu'elle n'y confen- 
ciroii jamafe , elle ufa d'un autre ftrarar* 
genre t Madame , lui dit-elle , fi vous 
Voulez empêcher le Comte de Warwick 
de Je perdra , il faut que voue lui expli- 
quiez 



DIWARWJGK. 67 
4uta& vous même vosJeimmtmj il cft 
perfuadë qbe fies foins , fa paffron , le 
temps , cour cnfe Vou5 difpofiewi en & 
faveur. Cef te opinion te mec en état de 
fmt chaque jour (le» extravagances oa- 
ftéesiux dépens 4r 4^ tomme* & nfaéme 
A vôire > reptation : vous cbnnônlefc 
•Wiïinteurde Myiord -d* Qévanshire , s'il 
aperçoit -que le C&mre vous aime, il 
-éroir* que vous l'aimez > voyex-le pour 
lui déclarer que fts ctpèrtnccs font mal 
fondées; Ah ! quegne {0»feilles-tu , Al- 
pine »> dit lâtComrtffej né t'ai-, je pascon- 
•fié le déplorable éfat dé mchtcanir- ? ëfl- 
cc le mpyen de guérir que de parler â un 
«nrierm fr siihaWW non , tvàA , ji rdtk 
tbittix ïtibztidohnct à ton fiwr , que <fc 
baitardei' réméfâirëmtfit de Je voir * mes 
ye'rtx pourroient démentir «ma bouche 5 
éwefflt honte* Albine, sHJfçrrdlt un jour 
&ès fcibteffts r ^uèlqucdéplaidr que j'en 
reffe*ftc 5 ' qudqûes favolonraW qu'elles 
fttoft } » ftfffit-qae je les aye^pour l'évi- 
ter 3 ffiafsy Madame, répliqua cetre danl- 
géréufé îtmrne , ne teft>k-cc pas un plus 

r'and mal fi Vous lui attiriez Paveffiondù 
ôi ,• & fi vous vous attiriez celle de vôtre 
Mari ? Et pourquoi Me haïroit-il , re» 
prit. elle, d'un âir plékl dis douceur * fuis-ie 
Mrfrfeiîe d'un penchant qui m'a captivée 
malgré moi ? tie fmVje. pari plaindre 
plutôt quU bîânver ? Non , Madame, 
Vous nt ft«* fas plainte 4 >cdi&*mm-t.cll£ 



-68 LE COMTE 
: fi vous ccfufct un moment au Comte de 
Warwick , -afin, qu'il (cache de vâtre bou- 
che qu'il fe Hâte d'efpéranccs inutiles > Se 
qu'il ne peut travailler trop toc à fa gue- 
nfon : quand il ne penfera plus à voua, 
je doute que vous penfîez à lui. Plût au 
Ciel, s'écria la Comtefte* en verfantdcs 
larmes ! mais je crains de trouver du Pot- 
ion dans le Remède que tu nie propofej 
cependant , continua- 1- elle , quoi que tu 
n'aye rien à me reprocher , ménage un 

2uart d'heure où je puiflè l'entretenir. 
e fut donc fur cette permiffion que la 
Vieille manda au Roi qu'il pouvoit venir. 

A la vérité , elle ne fçavoit pas trop 
.bien quel feroit Je fuccès de cette entre-, 
vue , comment le Roi fouffriroit d'être 
pris pour le Comte i ôt comment la Com- 
cefle s'accommoderoit de trouver l'un 
pour l'autre ; ce dénouement lui paroif- 
foic une des plus difficiles affaires qui fc 
fut paflec dans Ton Siècle > enfin elle en 
prit le hazard , perfuadéc contre toutes 
les régies qu'ils n'en viendroient pas à ua 
éclaircifTeraent , mais qu'au fond fa Maî- 
trefle ne pouvoit être fâchée d'avoir un 
Roi tendre , aimable & fournis , au lieu 
du Comte.de Warwick. 

Bien qu'elle eue fait fon compte fur ce 
pied , lor^ que la CotmefTe lui demanda 
de la Bougie , elle refta fi troublée qu'el- 
le penfa mourir ; enfin elle prit tout d'un 
coup le Parti de lui avouer ce qui fepaf- 

foit i 



DE \YARWrCK. 6? 

foit :-i elle Te jctra à fes pieds fit la me- 
nant pac fa Robe y elle lui dit avec mille 
fangbots v qu'cUc- Joi^dcmandoit pardon / 
de l'innocente tromperie qu'e]le venoit de : 
loi faire, que ce n'etoit" qu'un effet de, 
fon zétc& de fon envie de la voir au def- 
fus des autres., qu'elle lui avoûoit en 
tremblant, que ce n'étoit pas le Comte. 
delvVaitaickqui tfwendoit dans laCnànt*,* 
fece ( ,>mais que c'éroitJie itioi qui l'a voit ; 
roûjqu rsaiméc tonilaaim era: ; : A ces mots* • 
Madame 'de De vendre s'emporta contre i 
A&àne , elle la menaça d'une haine étcr-»« 
nelle j & Jàns vouloir l'écouter davanta» 
gc ,• elle enrra. brusquement ^ans- une au- 
tre Chambre, doav «lie ferma lai Porte. 
. ^ Le £om trader Wainwck étoic fortiïbn-; 
se de rce <jue ia i même; pertfonne qui 1 ai 
àjroir, parle he revenait pdim; $ if n'ofait 
l'alla- chercher. ilan# kit crainte die» ren* 
causer d'autres qu'il taectidchdit pas* 
Il .actendote avec une impatience extrê- 
me v^on qn'il 'entendit; du lirait» te que 
quoiqu'un en tâtonnant s'approcha de lui * 
|effi|i«aii!ifeiefpoïr.^Sij« , luf dit-on ; iyfc* 
dame de Dévonsfeifcid^irangt* câpmciv 
eUferne/vcu* rilus revehi* ici* ^ Héqi&Jui 
ai-rjejÉàic^j dit-tt, t>àûf i'obtfget âmcfuir4 
Eue feiatt une chimère i de vdtre ptfulcttf 
$etir £ftïabeth de Lucy, ajouta cette per* 
tome , £ Vôtre Majcfté veut m'en croi- 
re , clleiortira tout à l'heure du Jardin* 
4telle m*, laiflera le foin 4c ; lui petOu*à*t 
dtaâitfficr autrement» L * 



70 LE COMTE 

Le Comte *Yoàt Vetpm du, monde tc\ 
plus vif, il ptaétiratom d'uiicôup l'to-, 
trigue , & die à Albioe qtt'iLaimoa trop, 
la Comceffe pour lui oV**«nni moment , 
de chagrin* qu'il yocuoic ia xhargor d\m\ 
Billcc pour elle , qu'elle lui apportât de. 
quoi ce cire, 5c qu'en fu|re;ilfe rctireroic. \ 
La Vieille fart contente 4c rofpcxanec 
qu'il Ju) àonnoitj dk qudrirdtia^hiitric»> 
rc; : niais quelle hktJbmtpriTe - 4 éarregar* 
danc celui qui pafToic dana ibri «fprit pour 
le &oî , de crotrrer auex/é&it le Comté 
de Warwick 1 il ifemMmt Qu'elle ratât 
d'£tre pétrifiée , elle ouvrait les yeux ôc 
la bouche ùop pouvait prahonœr une pu* 
rok. Jefçti »: AJtincv tou&rèiqucjraus 
pcnfekji Jui du-il,. je ft'aifpas JoJtemps 
de vous rien capticpiûr «t roiiira b may ca 
de rafe.ftîrc parkr â,/vte«c Maîircrjc., je 
ferai mi Paix ^kvo^ct. SaiTdz-nicrf, 
My|ord> iuidi^allc i; allons doucement, 
j'èfpMCro^c toutes Icj Portes ae nous fo- 
DM»piis,ftrmcc^ ; enjoffet^ ih entrèrent 
ftartaifctetftmtt j4WoGandc*«foc ^ti^i 
fofij*ir«nc jMadaœc idft tD^rtrishire i, knd 

r;j(^jC<Wcc â^ÎBiÀiesipîedf JunnDqu5efc> 
lej fc fàti afrf?^q*'*ljr ^roit aqctoutea 
prjfehe, dfeU* Miif^bl<^tàComï 
ttflfe ^ >M *i*>&» *pie 'j& ftasdaiici -«nv> 
iHMCCHKifPttrvJrajV^t»^ uHfc/nîe.ftw»* 
pHtfcce qMCî>: bnardo eni^enaût jiWqucs 
«i^ JMbjoitiilipw yoois ^efûtadert àëiàbk 
'4d * /r-'>r*ni3ij£ "fofljrrffcî 



paffiqn? <?jjpi , ^vousé^cs à la gjke : d£ 
Roi al s'çcjria-t^clle ? ba î ,je ne jiecftfçisi 
?&* MjM t qw vpus fuflUfc le,CppV r 
fident de fc£ fentimcns j>onr moi ? Biçri 
que ïea fçache une partie , Madame, re-j 
pUqua le Comte » je vous avoue qi*c je 
îcroK mort de douleur plutôt que^dc l'ac- 
compagner ip i niais je fuis/çuj ,<Jc vjçni 
chiçfi^raiipiicsdcToiis Içïècçurp dflntj 
j'ai befoin , pour foûtenîr .tquçcs Jes -pejn 
n^.qu>lont i^paniyesd'Mnp.paOipn 
malbeure^e. 4c ne peux iu* ne veu* voujr 
^cq^v^.^brd i dit ,1a .Cogwfc.,.4i 
je n'ai fonÇcnti à vous -voir , àue pour 
vous ôier tout d'un coup, les idées 4005 
tous vous flâtez i mon égard, Açjievez, 
Madame , achevez , rcDfiqiwil % ppf, 
gi^ez-moi,, vok? mon Epéc ft;mpji 
Çceaut 4 > ,ce teinéraîre ofç yous^orer , n* 
hi/^fufc^pj^la gMce^'strej^ni de ,150* 

liBs^ioixiena^i vous luj donnez qyciqae 
açtci>tion I à l fe juftifier • qpe ne vo^.ici 
*oit-iJ pas *ojr , Maflanae, dans,Ja r purfc 
*é & te/cntfgtfns, $ SpflgezrVogs, %- 
hwA,;lH\àit-ttifi* q*Wnc«rpmpan*,^ 
Wl* pafj^4,Madas|ie^c ( Dçv»nfbirçi ,flç 
qu'eue ne Bçufc^trc Wpcei^$satfç|k 
PW *W« W>u«e^ l Grffcz ^nc pouiç 
toujours de m'aipàcr ôc de mc^dirc, ca* 
jCJie ftus capable que d'ingratitude pouc 
tous ? Ha 1 Madame, s'ecn* le Comte» 
\ç qç cannois «y* tro# Ç^> ^W% 



t '• 



72 LE COMTE 

té } vous ne voulez cjùe des Rois pour 
Efclavcs. Vous jugez mil de mes dtfpo- 
fiéions , répondit 1* Omtefle » il ne rt- 
git que de mon devoir, 5e j'oie vous di- 
re , que s'il m'écoie permis de faire un 
choix encre le Roi & vous , ce ne feroîc 
pas vous , Mylord , qui auriez fujet de 
vous plaindre s mais ne vous prévalez 
poinc de cet aveu , il ne fera favorable 
peAir perfbftrié. 

' Le Comte refta dans un extfênié acca- 
blement ; quoi . qu'il entrevît quelque 
1 lueur d'cfpéraftcc dans la prévention quel- 
le lut témotgnoit , de dans la démarche 
qu'elle faifoit de lui parler S tard , & d'u- 
ne manière fî myfténeufe ; mais elle con- 
tinua toujours de lé prier de ne plus trou* 
blèr fcm rej>os par des foins-, dont elle ne 
lui «endroit aucun compte.- Il répondit 
à tout ce qu'elle lui dit , avec un refpeft 
et une paffion^ vive» qu'elle ne pût s'em- 
pêcher de s'écrier d'un air pénétré de dbir- 
feur : Ha ! MyJord » pourquoi vous ai* 
je connu ? quelle fatalité pour une jeune 
peribarieà qui'l'ofi fait* mener une vie fi 
$&tV HeW r'àfôâame \ 'permette** 
nioi 5 lui, tifMlvdé *emr partager qtie& 
èuerots-Vécre (©rçrùdeVje me trouvera? 
ïfbpihetfreW, & j'èl&yvrai |>ar rnlHé fôftM 
ëtttprefltfz & par mille ^omplàifatfées;, £ 
vous adoucir la' rigueur de cette retraite» 
O Dieu ! repliqua^-clle% la confdlatfoii 
que vous me propofefc éft.trop* dangereu* 
* ?i fcj 



DE WARWICK. 7j 

fc î il faut me fuir > M/lord , il faut que 
je vous fuye. 

Le Comte Vccoutoiiôc l'admiroit j cl- 
ic luidifoit cent autres . chefes qui l'en* 
chantoient 5 jamais maaiens n'ont paflié, 
fi vice ; & comme Ton die qu'un Hor- 
l°gt gouverné par l'Amour eft toujours 
dans un grand defordre , fans Al bine ie 
jour les alloit furprendre $ elle les avertie 
de fe féparer. Le Comte auroit donné!» 
moitié de fa vie # pour f eûer encore quel- 
ques heures auprès de fa belle Comtefîè, 
mais il n'y en avoit pas une à perdre pour 
fe retirer fans bruit : il la quitta dans un 
trouble & dans tin chagrin qu'il eu inv» 
po/fible de repréfemer. 

Le Comte éroic attendu par Berincourt 
le long des murs du Jardin , il ne fut pas 
obligé à les franchir comme il avoit fait 
pour y entrer , parce qu'il trouva le moyen 
d'ouvrir la petite Porte. Albjne le con- 
duisit , il lui promit tant de biens & de 
récompenfes, qu'elle s'engagea à n'être plus 
qu'à lui ; & de dire au Roi île fi bonnes 
raifons de la froideur de faMaîtrefle, qu'jl 
fongeroit à fe guérir d'une paflion plus 
incommode qu'agréabfe, ,1 > 

% • Ainfi Monfieur.de Warwiçk rjavî $** 
joir entretenu Madame dé 0éyonsbir^ 
île retira chez lui &'donna Tes' mpllçurs, 
raomens à penfer à elle. 1 . jfl ^a.vôit <un-< 
ployé le refte de la nuit, & commençoit. 
à dormir yws le matin , quand on vint* 
TmeL P W** 



74 LECOMTE 

Pé«citter , pour lui dire que le Général 
Touloic abfolument lui parler * il entra 
dans ùt Chambre <Turt air fi gai , que le 
Comte qui le voyait toujours fort férieux 
croyoit rêrcr. II le regardait • avec des 
yeux cru l'on lifoit fa furprife , êc plus le 
General remarquoit fon étonnement, plus 
fâ joye augmentoir. 

Quel excès , s*écrîa le Comre ! qu'a - 
Tex- vous dbnc , Mybrd ? * oferôtt -on Vous 
demander quelque part à voafcerets ? H*! 
mon cher My lord, dit-il cn^cmbrttffcfcc, 
vous. voyez l'homme du mon Je le plus 
fccureux j regardez- moi bien : cw hm 
vanité , il n'y en a pis un fur la terre» 
dont la Fortune égale la mienne. Je tous 
entends , rcpKqua le Comte , eeta went 
dire que vous cres tout à fait guéri deceir- 
ae importune paffion <\uï vous tymmwô^ 
Mot guèti , reprit le Général fcrufque» 
ment ? j'aimeroir mieux mourk 5 vous 
pouvez compter que je fuis plus malade 

Sue jamais j il faut donc que vous ayw* 
kit quelque* progrès dam le cœur dfc la 
Comttffc deDévonshirc ? Oh , pour Cê- 
lui^là, dit k Général, j'en demeured***» 
cord , écoutez ce qui &tft paffé. 
^ f&etfeintrcqui ma vendu le Porrrairde 
«cite Pâme » ayant jugé par le prix que 
j'y ai mis, £t par les leçons que je lai 
iHFoû&tcs quand il iroit parler au Roî, 
pen« h» ^er wader que c'étoit Rofemoti- 
fit , *pic pavois de grandes raiibns d*eit 
1 ?. \ " k • «fer 



DE WARWICK. 7ï 

ufér de cette manière, & qu'il faHoirquc 
mon cœur entrât poar beaucoup dins coas 
les foins que je prenois , n'a pas douté 
que. je n'atmatlela CèmtenVdeDévomhr- 
re î de comme ii fçait les peines infinies 
qu'on a pour la voir , il a trouvé à pro- 
pos de m'applanir ces difficuitez , de m'a 
prppofé de me faciliter un Rerrdez-vous 
avec elle $, je vous laiflfe à penfer fi jfai 
accepté te Parti » $£ je lui en ai ait à mon 
tour un iEçs r ftxa2itageux pour fofamme; 
ôc enfin, cette nuit pendant Febfcnriié, rf 
m'a conduit dan» te Jardin dte Madame 
d* Angkfey ' t je fuis entré dans fit Grotte; 
& par k fccoura o> quelques Bougies, j'ai 
vu k jComidTè pbisbcUc que l'Aftre qui 
nous, écrire * elle a eu pour moi mâle 
indexes graejeufes, jufques-là qu'elle m'a» 
demanda mon gros Diamant , qu'elle Te 
mjs a fon doigt , À m'a donné a la place 
ce petit Cœur de Tifrquoue que j'ettiaic 
ftnaprût,, 

. N'admirez* vous pas » continua- 1- il, 
comment ce qui nous parofc quelquefois 
le plu* éloigné , réiïffic par dés endroits 
où l'on, ne s'attendoit jamais ï cari vô- 
tre «vis ,; Myloro* , qjii le (croit douté 
qu'un petit Peintre eut gouverné là plue 
merveiucule personne de nos jours * je 
lui ai demandé par quel; miracle celfc fi£ 
pou voit faire, il m'a répondu mïvemciir 
qu'elle n* Vauroit peurôcre pas cJioi» 
pour Confident fi elfc avoir eu ***££ 



76 LE COMTE 

bercé ; mais qu'ayant long-temps tra- 
vaillé pour la Comteflc d'Anglefey , on le 
regardoit comme un ancien Domcftique, 
Ôc qu'il parloit à la jeune Dame fans fç 
rendre fufpeâ. Que fur l'argent que j'a- 
vois donné de fon Portrait , il lui étoit 
venu dansl'efprit que je Fahnois, ôc qu'il 
s'étoic bazardé de lui en taire la déclara- 
tion , que cette nouvelle lui avoit arra- 
ché un profond foûpir , qu'elle s'écoie 
écriée : Je ne fuis pas aflez heureufe, 
helas ! il n'aime que la gloire $ qu'il lui 
avoit rappelle là- deflus les Amours de Mars 

Îtour Venus » 3c d'Hercule pour Ompha- 
e ; mais qu'elle avoit répondu : Ce que 
vous me racontez n'eft qu'une Fable. Ju- 
gez , M y lord , ajouta le Général , du 
plaifir que je pouvois refîentir par un aveu 
fi naturel ôc fi agréable : toutes mes pré- 
tendons fe bor noient à pouvoir l'adorer 
fans lui déplaire , ôc j'ofe croire à préfent 
que je ne luis pas haï. 

Le Comte de Warwick ne pût l'écou- 
ter davantage fans éclater de rire ; il n'en 
auroit peut- être pas eu tant d'envie -, s'il 
avoit été' moins certain d'avoir vu la 
Comtcflc cette môme nuit. A l'air de 
jove que je vous remarque , dit le Géné- 
ral , fans lut donner le temps de parler, 
je connois que vous êtes ravi de ma bon* 
ne fortune ? Je le fuis à tel point , répli- 
qua- 1- il , que je reflentirois moins la mien- 
ne : Le Général Tcmbrafla & lui dit : En 

vérité, 



DE WARWICK. 77 

vérité , Mylord , je croi être le feul aa 
monde qui ait un fi bon Maître , une fi 
belle MaîtrefTe , & un Ami H cendre. Le 
Comte fuffoquoit d'envie de rire de la 
prévention du Général > qui donnoit dans 
le Panneau du Peintre , & qui fe croyoic 
aimé de la ComtefTe , il ne laiflbit pas de 
faire des réflexions (érieufes fur la foibleÊ 
fe des plus grands Hommes dès qu'ils font 
fortement touchez j & s'il avott eu moins 
de (ujet d'admirer Madame de Dévonshi- 
re , il auroit dans ce moment abjuré l'A- 
mour pour îe reftede fa vie. Je ne dou- 
te point , Mylord , dit-il au Général, qu'a- 
vec le fecours du Peintre tous ne voyiez 
/cuvent la ComtefTe ? C'eft un fi grand 
bien , répliqua- 1- il , que fi la choie dé- 
pendoit de moi , je la verrois tous les 
jours $ mais elle a trop de mefures à gar- 
der pour s'y expofer ,. & je n'ofe la pref- 
fcr là-deiïus v crainte que fa complaifan- 
ce ne lui fit dès amures. Après quelques 
«Bfcours femblabks » il laifla le Comte en 
liberté de- fe lever pour fe rendre chez 
Elifabeth. 

Il avoir fa dernière impatience de fça« 
Toir d'elle le fuccès de fa converfationv 
arec le Roi , il la trouva au Lit > mais 
eUe le fit entrer fans façon ; il la voyoic 
fouvtnr, & le -Monarque le vouloit ainfî. 
Hé bien 1 Madame, lui dit- il , étes-Vous 
viaorieufe ? a-t-on pu refifter à des char- 
mes fi puiûans ? avez -vous cnc< £? Y J£* 



78 LE COMTE 

Rivale ? Ha ! Mylord , s'écria- 1. elle, 

rus ne pouvez comprendre a quel point 
Roi l'aime 4 je le connois trop pour 
n'avoir pas pénétré couc ce qu'il a dans le 
coeur j que n'y ai-je point vu ; j'en fré- 
mis, c'eft un Barbare* mes larmes le tou- 
choient quelquefois 5 mais enfin l'idée de 
Madame de Dévonshirc lui revenoit fi for- 
tement , que je voyois dans fes yeux une 
fecrette colère contre moi > & même de 
la haine. Il ne faut cependant pas qu'il 
crove que je fois une Victime ailée à /a* 
criher , je me porterai à tout ce que le 
defefpoir infpire. Quoi » Madame » die 
le Comte , vous n'avez pu tirer une pa- 
role poficiye qu'on n'aimera que vous? 
Bien loin de cola , dit-elle , il n'a jamais 
voulu m 'avouer û paffion ♦ il la cache» 
parce qu'elle lui eft chère » ôc craint que 
ma fureur ne la trouble. Il n'a pas trop 
de tort , répondit le Comte en ioûrianr, 
▼ous me paroiSez peu docile fur cet arti- 
cle : Je veux lui écrire » continua- t-cUe, 
cV vous charger de ma Lettre. N'allez 
pas lui mander , dit-il , que je fuis venu 
tous voir i la moindre chofe me rendroic 
fufpeâ , je ferois hors d'état de vous fer* 
vir. Hé bien , répliqua- t-elle > je l'en- 
voyerai par un autre ; mais trouvez-vous 
auprès du Roi quand il la recevra. Pana 
k moment elle écrivit ces mots ; ■ 



*A 



DE WARW1CK. 79 

VSt-il poffible qu % il foit Jî tari, fc? 
-^ que Vôtre Majefté tf ait pas envoyé* 
fçavoir à quelle heure je fuis morte ttt- 
te nuit ; a moins d'un defafère particu- 
lier , toute autre que moi ferait étouf- 
fée àe Ça dm leur ; mais j'ai le malheur 
<Py furvivre. Je veux croire que 'k 
Ciel me référée au piaifir de la và&~ 
geance : Oui ? Sire, je ff aurai punir 
celle qui me dérobe votre cœur ^ fefb 
pour moi une perte irréparable ^depuis 
fue je foi fane je compte ma vie 'pour 
rien ; ma Rivale doit craindre l^eucis 
Je mm defefpoir., & Votre Majs/léfè 
doit refreoher àem*Ucmt*t de me Sa- 
voir tanfé. 

Le Coriace dp Warwkk parut à peine 
-cbcK k Roi , «yiilfappdla fcn-paffitftt dans 
ion Cabinet i H s'affic dans «n FakteiiU 
•et lia dit i î*c^«v«t-TOtts ^tei dt coq- 
«es Jet Sceaes q&e m'a toit «ftryscr ** jeune 
EWabctfc ? Non , répliqua le Ccxûjpc ., je 
les ignore > ce font de» reproches , des 
cris , des iartnes., ôc des emportesièns ia- 
fînis , repric le Roi 5 )c roudrois pour 
toutes- choies découvrir les donneurs d'a- 
vis. Voyiez qu'il étoit néceflaire de lui 
dire que j'aime la Comteffc de DévonsM- 
re , Se au fond qui le peut fçavoir ? Al- 
bine cronye trop fo» compte dans mon 

D * co,a * 



8b LE COMTE 

commerce pour fc trahir elle-même , I* 
jeune Dame n'eft pas aflcz (impie pour en 
parler : qui eft-ce donc r J'eipére, Sire». 
<juc Vôtre Majefté ne me foupçonne pas ? 
Non , dit le Roi , quoi qu'en matière 
-d'Avantures amoureufes vous foyez aflcz 
indiferet j mais au moins» reprit le Com- 
te férieufement , je ne le fuis pas en cel- 
le-ci. je vous dis encore une fois > con- 
tinua k Roi , que je ne m'en prens point 
à vous ; il eft vrai que je fuis fort cha- 
grin de voir cette Fille fi defolée, il fem- 
ble qu'elle va mourir» 

Le Comte qui voulok connok/e les 
'fcntiraens de fon Maître pour cette Da- 
ine » lui dit en foûriant 1 Je ne tiendrais 
que Vôtre Majefté dût s'affliger û* fort 
quand elle mourrait , vous en aimez une 
autre ; elle vous fatiguera toujours de mil* 
Je reproches : rien n'eft plus defagrcable 

Sue d'avoir deux Maîtreflès à ménager, 
eft vrai , répliqua le Roi , que cela 
pourrait m'embarràfler étant droit ôc fin- 
icére au point quc*je fuis $ mais pour voua 
:quj êtes Je plus grand Fripon du Royau- 
me , vous en auriez trente 6c vous les 
-tromperiez toutes » fans, que pas une ne 
s'en apperçût. .Gomme il achevoit ces 
mots , on lui rendit le Billet d'Elifabeth 
de Lucy j après l'avoir lu tout bas de rc- 
.vé un peu , il le lût tout haut : Voilà 
une^Fille Wen outrée , dit le Roi , .que 
>vous ca icmblc ? Le Comte qui connut 

dans 



DE WARWICK. 81 

dans-fes yeux un recour de tendreflejui dit : 
J'efpére , Sire > de l'humeur donc elle ciî 
• qu'elle ne fera pas en vie ce foir > mais à 
qui ena t-eilc, reprit leRoi ? elle fe fait 
des chimères pour les combattre , m'a- 

- t-elle vu moins d'empreffemens , de lîbé- 
rainez , d'ouverture de coeur , où prend- 
elle que j'en aime une aucre ? Allez la 
trouver de ma part , & l'aflurez que fî 
eWc me perd, c'çft elle qui m'y contrain- 
dra par fa méfiance > enfin remettez fort 
tfprit auwn* que yous le pourrez. Mais, 
Sire % dit le Comte , fi vous trouvez du 
goût dans la nouvelle paffion que vous 

. avez prife » pourquoi s'arrêter à l'autre? 
ne vaudroit-il pas mieux l'abandonner & 
fondcfefpoir ? Allez * dit le Roi , fâitc$ 
ce que je foujiaite. * 

Monfkur 4c ■ Warwkk ravi de cette 
Commiflion , fut chez la bejle Elifabeth» 
& lui rendit compte de ce qui s'etoit paf- 
f é ; ils convinrent enfcmblc de toju .ce 
qu'il devoit dire au Roi. 

Il fe promenoit dans le Mail de Saine 
James» le Comté l'apperçût qui mar choie 
à grands, pas fans parler à perfonne , il 
s'avança vers lui * le Roi s'arrêta & lui 
.demanda comment il avoic crouvé cette 
extravagance ? Sire» lui die il , elle m'a 
paru fort tranquille » j'ai entré, dans un 
long détail. de vos fentimens & de vos 
bornez pour elle » je l'ai conjurée de croi- 
ra que vouf n'aviez point change , que 

• D f, £ ?*°-*" 



82 L E C O M T E 

c'étojc fes ennemis qui lai faifoient de 
fcufles confidences pour troubler fon re- 
pos , & peut-être pour donner atteinte £ 
Votre patfion $ qu'elle dévoie être ateca- 
tivf là-dcnus , afin de ne s'en- pas trou* 
ver la dupe : elle m'A répondu froide* 




qu 

Vôtre Majefté , qu'elle ne l'clpéroit plus $ 
que fon Parti étoit pris % en effet y con» 
tinua-t-il , elle Veft tournée du côté de 
la ruelle , & n'a plus vouki répondre à 
tout ce que je lui difois 5 enfin après avoir 
attendu affez long- temps > je luis forti j 
tnais en pafîânt par fa petite GaHcrie qui 
cft aflefc fombre , j'ai fend qttdqu'unqui 
me tirait « j'ai recarde t jW vu Ëieonor 
tout en lames : Mylord , mVt»cliedit, 
tna Maîtrefle a ée finîmes défions. , cQe 
veut mourir , elle «ft demandé de VO* 
piufùl & *r*a détendu d'en jaricr £ per- 
fonne. Quoi , s¥ttta le R«* « elfe feroic 
. aflez folle pour s'ctnpoîfonner ? En dou- 
tez- vous , Sire « ék le Comte , Vôtre 
fcïajefténecènnoît-éHc pas affezi'feumeur 
des Airgloifes , elles nlcprifent la mort, 
comme ces Hluftrci Romaines «|ui fc k 
donnoient fans crainte & fans foiblcfle. 

je vous afvduc , dit le Roi, avec beau*: 
eoup de mélancolie , que je ne fuis point 
à cette épreuve ; je tfamte , t'eft une de- 
$dpêre%> qot faaj-jç ? Sire , <& kCoa*. 



DE W ARW1CK. 83 

te , il faut vous attacher à celle qui vous 
plaît davantage > & laifler périr l'autre 
tout comme elle voudra. Ah i je n'en 
fois pas capable , s'écria k &oi f & s'ap- 
ptrgant contre un, Arbre , il revoit p/o» 
fondement , lors que celui o/ai «cci jûc 
les Lettres de la Comtcflc 4e Dévorahiic 
lui en prefenta une. 

A U vue d'un caraôérc £ cner ê il re* 
vint à lui 3c décacheta le Paquet avec pré- 
cipitation • il n'y trouva rien -qui Jm fie 
plaifir * elle lai mande*, comme JV Urine 
cnétoitconvciittë, que UCopMeffe d'An* 
gleftey la taifoit «coucher daasuncQuutv» 
Sre h proche de k fieonc ,. que l'on n'en* 
croît dans l'une que par l'ancre i qu'elle 
ftroit perdue fans refiouece , fi fa Famtf'- 
le docouvrok qu'elle eût quelque coab- 
aaence avec èm , qu'elle le ûççhw de ne 
pas cnouUer fbai Jttpoj par un Acte qui 
foi coûterait milleiépjaififj ; Se içtil w- 
8ait attendre que ie temps lui fotûnît des 
conjonctures favorables, . ... 

Le ftfte.de celte Lettre éioitLfr différent 
de celles qui Pavoicnt précédé ., que le 
Roi 's'en mît véritablement en' colère > il 
4a déchira en jnéces , de dit qu'elle ne mé~ 
rkoit pas les égards qu'il avort tcu , qu'il 
y avoit dans tout cda quelque totr xk lé- 
gèreté, mais .qu'il l'en feroit repentir ; M 
qu'après l'avoir perdue par le bruit de fil 
mffion , il la peadrek .par echai de tel 
Indifférence , qu'il vouioic l'aller «voie 



84 LE COMTE 

chez elle avec coucc fa Cour , de lui re- 
procher fa légèreté. 

* VoHi un* moyen feur , dit le Comte». 
de faire mourir tout au moins trois per- 
formes 3 Ehfabeth de Lucy s'empoifon- 
nera , le Général Talboc expirera d'en- 
nui fi Vâtrc Majcfté le traverfe , ôc le 
Comte de Dévonshire emporté ôc jaloux, 
tuera fa Femme : N'importe, dit kRoi, 
je veux une fois en ma vie contenter mon 
cœur , fans écouter mille égards impor- 
tuns qui nuifent à ma ûtisraâion* Je ne 
prétens pas , Sire , dit le Comte , enga- 
ger V&rc Majefté à des mefures férieulcs 
pour perfonne. Madame Elifabeth ne mé- 
rite pas que vous vous fa(fic2 aucune vio* 
knec y le Général n'eft pas fage de s'ê- 
tre embarqué dans une telle paffion ; ôc 
four la Comcefle de Dévonshire , j'oie 
*onfciller à Vôtre Majefté de l'aimer 
Tambour battant , dût-on Tempoifonner 
un quart. d'heure après* Pendant qu'il 
parloir ainfi, le Roi rêva toujours fans 
lui répondre , ôc peu après, il rentra à 
.Withall. 

Dès qu'il eut dîné > il paffe chez fa 
Maîtreflc , il lui donna un Cachet d'une 
beauté finguliére ; il étoit gravé fur un 
-grand Rubis qui jettoit mille feux 1 ; le 
refte étoit d'un gros Diamant fait en cœur * 
le corps de la Devife repréfemoit une Lu- 
ne ôc une vafte Mer, avec ces mots pour 



DE WAR-WICK. 8f 

BUe fait m*» tatme &> m*n mubU. • 

Il lui ditlà-deflos mille jolies chofes, & 
h conjura de ne le point accabler par des 
(oupcons qu'il ne méritoit pas. La Mar* 
quife reçût le Cachet avec auranc de joye 
que de reconnoiflance j- elle étoit ravie 
que la Devife eût été gravée pour elle i 
mais enfin fes yeux s'emplirent de larmes, 
Scelle fie encore quelques reproches au 
Roi $ il crut cependant avoir aflex-gagné 
rpour un jour , de ne voulut point exiger 

Su'ellclui nommât ceux quîravetthToicnc 
bien de ce qui fe paûoit 5 mais il ne 
perdit pas l'envie de le fçavoir. 

Il étoit fi tard avant que les conven- 
tions de la Paix ruftënt réglées qu'ils fou* 
-pérent cnfemblc ; le Comte ne manqua 
pas d'attendre le Roi 5 Se commet! a voit 
une entière liberté de lui parler : Je vois 
dans vos yeux , lui dit-il , le triomphe de 
Madame Elifabeih , & la déroute de la 
Comteflc de Dévonsbire. Non > dit-il^ 
vous n'en voyez pas tant , il m'en refte 
toujours une- idée agréable , que je ne 
peux effacer aufli tôr que je le voudrois * 
Mais, Sire , dit le Comte, of crois -je de- 
mander à Votre Majefté » fi tout de bon 
tous le voulez. ; Le Roi rô va un peu > Se 
repartit en fuite : Je ne fçai ce que je 
veux » -car je comprens.une fouveraine 
^licite à plaire à la Corotcffc j d'ailleurs 

D 7 JC 



86 LECOMTE 

je ne fuis pas content d'elle , ôc je crains 
qu'Eltfabeth ne meure de chagrin £«llc 
n'a la préférence. Comment tcrez-vous 
donc» Sire , dit le Comte ? Je veux par- 
ler à Madame de Dévonshire > ajouta le 
Roi. Le Comte ne craignoit rien davan- 
tage , fois par l'cdat qu'une Viôtc Recet- 
te importance pouvoit faire» foie .par la 
jaloufte que le Comte de Dévonshire en 
conpevroic , ou parla jatte apprdaenfiea 
que la Comnede ne fut éblouie du mérite 
ôc delà grandeur de *e Monarque > ■. enfin 
de quelque cétè qu'il regardât la choie, 
elle lui paroifloit fore dangereufa Sire, 
dit-il , vous pourriez écrire à la Coauef- 
fe , que fi elle ne ménage les momeos de 
vous entretenir , vous fçaureE les ména- 
ger vous-même , aux dépens de tout ce 
qui pourra lui en arriver ; de «elles me- 
naces ia rendront diligente, eliciinmon- 
tera toutes les difficultés i vous la toc rec 
fans beuit , & c'eft le moyen d'épargner 
vos deux Maîtrefies. Le Roi goûta fou 
avis , il étoit bien aife de ne point (don- 
ner des fujets eftenoick de chagria idto» 
ne , en cherchant à plaire à l'auOBC*' 

Cependane^le Comte fe retira, pour 
-écrire à (à charmante Comteiîe , tout ce 
que le cœur infpire quand on aime beau- 
coup > ôc cjue l'on peut fe flâtcr de n'ê- 
tre pas haï. Comme il penfcàt Jcs ebo- 
fes avec une délicateûe ôc une vivacké in- 
exprimable 9 illesdiloit dans des. termes 



DE^WARWICK. 87 

fi choihs , & naeurels » & G nobles , que 
fongfprfc.n'cnchantQÎt pas moins que fa 
perfenne j il mouroit d'impatience qu'ek 
le lui accordât la permiffionde là*revoir • 
«nais les «efurcs qu'il Éailoit .garder étoienc 
trop grades, pour rifquer ji-tôt uo&cn- 
dez-vous de cette importance. 

Lfcnprcinte de la Cfcf <fc la Porte do 
jardin , ayant été prife avant que d'être 
rendue à la Cotmcfle d'Anglefcy , Albinc 
renvoya au Comte , pour .qu'il en fî t &*. 
re une parcelle 5 il en chargea auflwôj: 
Berincomt , & celui-ci parla à un. Serru- 
rier , qui lui fit de grandes difficultés, 
ahn 4 en tirer une récompenfe propor- 
tionnée à ce ferrie*. r 

j,!* S?" re/Tcntoit une joye înfiofc 
^ctr* Maure de la Clef du Jardin a &il 
,*trendoit avec une impatience fans égale 
quelque occafion favorable pour sVnjfcr- 
wr, lors que le Roi envoya avant le jour 
ctiCElm, 1 avertir de fe fendre à Witàall: 
il y coante * le trouva déjà dansfon Ca- 
binet ? fort inquiet 4e ,0* que le Roi Hen- 
ri mvoit obtenu des Troupes de la Reine 
d'Ecofle, & que la Reine fa Femme, par 
fc myen.de fon Père René d'Ame* Roi 
de Sicric , ^ant^nénagé iVprk du ft»l 
de France , il lui donnait «deux mille Som- 
mes qu'elle ronduttbic ellc-ajcroc comme 
we Amazone ; Toutes leurs forces-unie*, 
dit-il au Contre, marchent vers nous, tf- 
kfc&nc en diligence J9iodr<c votre Prere 



88 LE COM T E 

&vous oppofer à nos Ennemis. LeConv~ 
te jufqu'alors n'avoit eu que de la joyc 

Siand il s'étok éloigné de Londres pour 
1er commander les Armées f mais il fon- 
de bien dans cette occafion , que le Dieu 
d'Amour étoit plus fore que celui de la 
Guerre. Le Roi fut furpris de fa triftcfTc 
de de Ton filence : Qu'avez- vous , lui dit- 
il j je ne vous reconuois plus 5 il fembJe 
que vous aviez de la peine du choix que 
j'ai fait ? Non, lui die- il, Sire, j'en fui» 
vivement souche , & j'efpére m'aqukter 
4k bien démon devoir , que vous n'aurez 
pas lieu de regretter la préférence que 
Vôtre Majeftc m'accorde. Ha ! je pé- 
nétre , ajouta le Roi , que vous aimez? 
Ne pénétrez rien , Sire » répliqua le Com- 
te en foûriant, je vais me préparer à vous 
- obéir. En effet , il retourna chez lui, 
mais avee un chagrin affreux $ il envoya 
confulrer Albine par Berincourt s il lui 
promertoit tout ce qu'elle voudroit au 
monde , pour lui ménager un moment 
où il pût dire adieu à fa belle Maîerefic: 
Mais quelque foigneufe qu'elle fût de le 
chercher , il ne fe préfenta point , de 
Madame de Dévonshire ne voulut pas ai- 
der à le faire trouver > de forte qu'il lui 
écrivit avec autant de paffion que de ref- 

Îkû , & après bien des irréfolutions , cl- 
e lui fît la réponfe , pour lui fouhaker 
une heureufe Campagne & un heureux 
«tour. Il eil vrai qu'elle ça fut fâchée 

prcXW 



DE WARW'tCK. 89 

prcfque auflî-tôt. Albine , dit- elle, que 
<ie viendrois je G mon Billet étoir trouvé ? 
il ne fuffit pas d'être innocente > il faut 
que perfonne ne puiflè nous croire cou- 
pable. Vous Vous prépara de longues 
peines , Madame , Jui ait cette vieille 
Femme. Ignorez- vous cjù'ôn a Toujours 
Bcu de s*âpplautlir quand on n\ ritn à (t 
reprocher ? Mais, mon D/cû , lé fuis 7 - je, 
Albine, reprenoii la Comteffe, cV m'eft- 
il permis d'écrire à Moniteur de Warwick? 
En un mot , voudrois-je que le Comte 
<de Dévonshire fût mon Confident ? Elle 
parloir ainfi quand fa Lettre étôit déja^ en- 
tre les mains du Ccmte , ^ui rie pouvoir 
plus fe rèfoudrc i lire autre chofe! ; carfl 
cnéroit charmé. 
Il fut oblige , malgré fon empreflement 
' pour h voir , de partir cV de fe joindre 
au Marquis de Montaigu fon Frerc 5 la 
Bataille fe donna proche d'Exhara , lé 
malheur ordinaire de Henri fe contraignit 
à* chercher forts* Salut dans la fuite, j 8 
abandonna fe* plus fidèles Serviteurs aux 
Victorieux f atrifi fsdoiiard voyant Henri 
Duc de Sbmmerfer , Robert Comce de 
Humgerford , & Thomas Roffe à fon 
pouvoir , il leur fit trancher la tête fans 
aucun quartier* 

Pendant que l'infortuné Henri* fe fat* 
▼oit , fans tenir aucune route certaine , la 
Reine Marguerite fa Femme > quiaflfron- 

«oit le periiau (milieu de FÀ* orée , voyant 

1* 



oo LE COMTE 

la fîcnne en déroute , ne longea plus qu'à 
la cônfervation du Prince de Galle : Ce 
jeune Enfant lui tenoit lieu de cour , elle 
le prit devant elle • de pouûant Ton Che- 
val dans une- grande Forât , elle s'y ca- 
cha plusieurs jours de fuite* ne marchant 
que la nuit : mais il falloir vivre. Ils ne 
trou voient que àcs Fruits fauvages , ÔC 
Ton cher Fils ne pouvoit réfifrer à 'la fati- 
gue & au befoin 5 cette tendre Mère dé- 
solée imploroit le fecours du Gel , de cet- 
te grande Reine croyant que rien ne pou- 
voir augmenter fes malheurs , elle tomba 
entre les mains d'une troupe de Voleurs, 
oui ne relièrent pas médiocrement furpr» 
de trouver* dans un heu fi écarté une Da» 
me fi belle & fi magnifiquement vêtue* 
fan air majeftueux aurok f& imposer, du 
refpeâ £ tous autres qu'à des Scélérats. 
Ils lui laiflereiK àipeinc une Tupej&lfyaat 
dépouillée de fe> riches HabRs #c des Pier- 
reries dont ils Soient couvert* * le panta* 
ge- caufe emr'<eux j*ne gronde «conrefta* 
don j Ja Reine les voyant courir à leurs 
armes » jugea bien que c'étok le ieul mo- 
ment favorable pour fe fauver 5 elle prit 
fon Fils entre Ces bras : ainfi chargée d'un 
fardeau que l'Amour rendoit léger > elle 
s'enfuit dans un Bois voifin > & marcha 
juiqu'à ce que toutes Tes forces l'abandon- 
nèrent. Alors fe jettant à terre : C'cft 
ici , mon cher Enfant » difoit-elle au 
Piince , en mouillant ion Yiftge de fies 

larmes 



DE WARWICK. m 

larmes & le ferrant entre Tes bras , c'eft 
ici où la Reine d'Angleterre 6c l'Héritier 
de la Couronne vont mourir. Comme 
elle difoit ces mots , un Voleur quialloic 
rejoindre fa Troupe paffa feul dans ce lien 
où cette Princeffefarçglotott. Si-tôt qu'el- 
le l'apperçût elle prit du courage , 6c s'a- 
drciTant a ; lui : Tiens , mon Ami * dijk 
elle , en lui préfentant le Prince » ùuiMÊ 
le Fils du Roi > Cet homme touché ^,, 
pitié 6c de refptcl , reçût avec joyc l'au- 
.gufte Dépôt de la Reine , 6c la foûtenanr 
pour lui aider à parvenir jufqu'aji Ri-M*- 
;gc , elle, a'y embarqua 6c mit part à TE- 
clufe, *l*où elle fe rendit a Bruges. £ elle 
y 1&& fon Fils •, ayant trop de c)iemin^ 
faire pour obtenir de nouveaux fecoujp 
d'hommes 6c d<argenr. 

Cependant l'infortuné Henri s'étoit jet- 
te dans une Place de la Principauté de 
Galle, ou <raignaiît de ne. pouvoir paa 
aflcmbler aiîcz promptement fes Amis 6f 
ièa £deUe$ Sujets • il quiua ce lieu , fe aty 
guifa 6c fut presque aiuTi-tÔt reconnu , pria 
6c conduit à Londres : Edouard le .ren» 
ferma dans, la Tour , Se lui & fouflnjr 
une longue captivité. 

Le Comte de Warwick étant déjà de 

retour , fa paffion pour la ComteiTc de 

DévonshireJielui permenoit pasdeipoi£> 

former jufqu'anx derniers Lauriers * il 

laiûalcfoin à fon Frère de difliper lesfo^ 

blci reftes d'une Armée battue. Edoiiar4 

r reçut 



YO 



£i LE CO M TE 

reçût le Comte avec mille témoignage* 
cf amitié & de diftinâion i il loiia infini- 
ment fa conduite de Tes aâtons. 

Pour la Comrefle de Dévonshirc ctte 
ne pût être indifférente à fa gloire ôc à 
fpn retour j ils auroienrbien fouhaité fe 
voir , mais il s'y trou voit des impoffibi- 
(tez qui faîfoient languir le. Gorme , de 
A lui dônnoient lieu d'écrire à dette ar- 
able Perfonne des Lcttresfi touchantes^ 
qu'elle ne pouvoit lire avec indifférence» 
Les choies étoient en cet état , lors que 
le. Roi étant allé à fa Chaffe dti côtéd'Ox- 
ford, ri fe trouva fi proche d'une tnaifon 
Twi étoit la Veuve du Duc de Betfof r- Ré* 
cent en France fous le Roi d^ngleterre 
Henri I V. & fon Oncle , qu'il ne voulut 
pas fe difpenfer 4e la voir. Cette Dame 
le nomrhoit Jaqueline de Luxembourg 
•Comte de Sarnt Pol , mais malgré tome 
^élévation dé fa Maifoh , TAniour Ucor*. 
traignit de s'abarfTer jufau'a un fîmple 
Çentiihomirre appejlé Rrchard de Rivière* 
i qu?eîte'époufa en fécondes NÔces, dans 
1c temps où' tout ce 1 qu'A, y avoic de plus 
Uluftre en France & en Angleterre fou- 
haitoient fon. Alliance ; elle eut pîufîeurs 
enfans de ce Mariage y entr'autres Elifa- 
beth de Rivière douée de toutes les grâ- 
ces de Tefprît & du corps qui tonnent 
une perfonne parfaite. 11 y avoir û peu 
de biens* dans fa Mai fon , que fes Parens 
aeik trouvèrent point en état delà faire 

paroi- 
.4 ' • - 



DE WARWICK. 9$, 

parokre à la Cour , ils la marieront a % 
Jean Grey ,. dont la Naiflance fl'étoit pas t 
pUis ilcyee que la tienne. . ' , 

Ce Gentilliomme médiocrement riche L 
£c naturellement jaloux , prit volontiers , 
le Parti de vivre chez lui \ te lors qu'il 
fur oblige d'aller à l'Armée , il laiflà fa 
Femme, avec la Duchefle de Betfort j mais 
il fuc tué , ( & comme elle étoit encore 
tr.es*- jeune '* elle ne quitta point ûMcrc> J 
ainfî toute cette Famille unie gôûtoit en 
rçpos les plaifirs innoccns.de là Campa?-, 
gne : ce qui étoit bien, diffèrent de l'élé- 
vation 6ù la Duchefle de Betfort s'itoir 
vue : car fans compter le bien de Ton 
Mari & le fien , il a voit deux cens qua- 
rante mille Ecus de Penfîon, ce qui étoit 
prodigieux en ce. rempila*. r } jt 
' Le Rpi a voit choifi * pour aller a la' 
Çhafle , un «Je ces \\ptïùi jours, où le ^6-," 
lêil eft caché , fans qu'on vffiêntc ni Vent^ 
rii pourdre , ni chaleur ' j'iç Duc deGlo- 
cefter fon.Freré & le Comte de Warwick 
Taccompagnoient j le "refte des Chaflçùrs 
ctoit demeuré dans la Forêt attendant fon' 
retour. ' ' • ' , j j^.' ' " . 

MadameiGrey fe promenôit dins urie^ 
longue avenue., e¥ tenoit bai* la main 
Thoma* & Ricjiard Çrey {es dcux'Fils*;- 
Ils étoierit fi beaux ÔC fi jeunes, qu'ils, tef» 
fèmbloient à des Amours autour de Ve- 
nus i fon habit étoit fiinple , mais d'une 
propreté parfaite» & le bon goût régnoic 
fax coûte û perfonne. Cou* 



%. 



M " 'LE COMTE 

Comme elle n'a voie jamais vu le Roi", 
ni aucun de ceux qui le fui voient , le 
premier de Tes foin» fut de baifier ungrarèk 
Voile fur (on vifage de de les faluer, fans 
s'irriter te (ans jetter les yeux fur eux : 
des manières fi modeftes ne plurent pas 
moins au Roi, que l'extrême beauté qu'il 
lui avoit remarquée \ & bien qu'il la 
connut auffipcu qu'elle le connoiuoic, il 
tfhéftta pas à mettre pied à terre pour 
r^border ,. avec cet air de politeffè & de 
noble fierté qui cara&érife aifément ceux 
qui l'ont :' Après Savoir fàluée , il lui 
demanda galamment fi elle ne cràignofc 
point étant feule , que quelqu'un ne vou- 
lut être le Paris d'une d belle Hélène? 
Elle lui répondit , que ces fortes d'avan- 
tiu*es étaient réfervées au temps d'Ho- 
mecé' » & qu'il n'y avoir dans fon Défère 
ni Paris ni Hélène. Plus le Roi l'écoù- 
toit,^' pjusJUimoit à l'entendre j il s'in- 
forma des nouvelles de la DuckcfTc de 
Betfôrt , fie 8$t iafcnfiblem ..t que Ma- 
damé Gtéy étoit fa Fille. 

Comme ifs a^pprochoient de la Maifon 
où elle étoit » la DuchejTe qui regardoic 
par les 'fenÀrcs de fon Cabinet x ne refta 
pas t^édloctement (urprife. d'àbpercevofc. 
&Fillé.*ni!re le kof x le Du< ^ctîioceftex 
«rtç Gomtc de Warwici : lél/è courut au 
devant d*cW „ <&- pour Tàccueil qu'elfe 
feiïbitau jeune Mbnajque v Madame Grey 
demeura confufe dans la, crainte. d'avoir 

peut- 



DE WARWICK. 9f 

peut-être manqué an refped qui lui écoit 
dû : L'attention qu'il' a?©it pour elle 3 lui 
fie pénétrer ce quelle penfoit. Que ne 
lui dit-il pas de joli & de galant ! elle n'a- 
▼oit jamais tant trouvé ctefprit à perfon- 
ne j mais là converfation ne fe foûtenoit 
point » il tomboic tout d'un coup dans 
une rêverie donc il ne pouvoir plus fe re- 
tirer § pui* prenant les deux petits En- 
fans de l» jeune Veuve , il les carcûoic 
en* regardait tendlrentent lfeur Mère. 

Le* Comte' de Warwk& moins occupé, 
érittetenoit Va Duchtfte de Bcrfort , ôc 
remarquait la> naîffcmte patâton du Roi y 
il conjura ce» deux Dames de venir de- 
meurer â Londres : Je vous alTure , dit* 
il à la Ducheffe, que Madame la Duchef- 
fe <W»r*fe ffcra ravie dtf vous revoir , vous 
**e» pafîé une partie de vos- beaux jaur* 
eafefnbte » il crt bien* jufte que vous lui 1 
cri rcriouvellicz là mémok*, & qu'étant. 
Roï* je faite' pour vos Enfer» ee ôue je ne* 
pouvoir fttitfc 1 étant Comte de la Marche. 
Mefâames de Betfbrt & de Grey le' re- 
mercierent avec fes ; femîmens de k plua 
vive reconnoiffance. Comme il eut peur 
qu'on ne ^afc perçût trop du ptoifir'qui 
le retehoii ûhet elle , il fcfit un effort! 
pour prendre' congé de «es Dames * mai* 
d-né pût s'empêcher, de parler mille foi* 
de tabeMe Véùve » comme d'un* Chef* 
d ? œuvre parfait. 
Quelque» jours après il dit au <2 ona ** 




1 

96 LE COMTE 

de Warwick , qu'il co avoit une idée ft 
tive , qu'il folioït .mourir où la revoir > 
qu'il, craignoit cependant de lui déplaire 
s'il rctournoic fi promptement chez elle» 
& qu'il le prjpit de penfer à quelque moyen 
qui pût l'attirer à Ja Cour. Le Comte, 
dont rcfprie étoic fore vif, répliqua que 
toute cette Famille n'étoit pas riche , qu'il 
falloic donner âçs Charges au Pcrcflc aux 
Trucs de Madame Grc?', dcsPenfîpnsà 
fes Ënfans pour être élevez, a Ja Cour» 
une Place à la Du.chefle de.Bctfort chez 
Madame la Ducheffc d'Yorck-j êc que 
tous ces Bienfaits qui envîronneroient Ma- 
dame Grey Pcngageroient. a laifler fa fo- 
litude , pour venir goûter les plaifirs du 
grand monde. 

; Le Roi goûta extrêmement ce que le 

Comte lui difoit. Il combla en peu de 

temps toute cette Maifonde fes Bienfaits s 

la Pochette de Betfort & Ton Mari vin- 

reat à Londres avec leurs Enfans : niais 

la belle Veuve , qui étoit la feule qu'on 

y vouloit , "n'y. vint pas* Le Roi en ref- 

femit un chagrin vif qui l'obligea de Tal- 

1er chercher > U lui fit miîlç reproches 

fur fon indifférence, , ôc il ngoublia /rien > 

ppur J'engager à;fç rçn/lre 4 1* Çouar. > 

Vous, étestrop dajigfjreux , ; SjifC * lui dit- . 

ejle avec un air de ^y^té >cj}**mantj ^ juf- ' 

quçs[ ici, ma /vertu n'a point £té combat* 

tuë ; feule dans mon domeftique au fond 

d'un Village, occupée à plaire à mon 

Mari» 



DE WARWICK. 97 

Mari) ou occupée de fa perte , je n'ai 
rien vu que j'aye eu lieu de craindre $ 
mais H je vous Toyois fouvenc , je fens 
bien , Sire , que je devrois vous craindre 
beaucoup 5 je fens encore mieux que ma 
vertu eft trop fiére pour que je vouluflc 
erre vâtre MaîtreiTe , & que ma fortune 
n'eft pas afltz bonne pour me promettre 
un Trône : Je dis , continua- 1- elle, tout 
d'un coup à Votre Majefté, ce qu'une au- 
tre ne lui diroit peut-être qu'au bout de 
quelques années s mais j'aurai au moins 
la fatisfadion de ne vous point chagriner 
par des cCpérances déçues. 

Le Roi n'étoit pas accoutumé à s'en- 
tendre tenir un langage fi rempli de fran- 
chife , il rêva quelque temps » de lui dit 
en fuite qu'elle pou voit attendre tout de 
fon mérite ; qu'il ne feroit jamais heu- 
reux fans elle 3 qu'il lui promettoit de Im- 
porter y mais qu'il falloir que ce fecrec 
demeurât enféveli : qu'il avoit encore des 
Ennemis qui pourroienc fe prévaloir con* 
tre lui du Mariage qu'il feroit avec elle; 
qu'il la conjurait donc de fe fy% à {a pa- 
role .d'un Prince qui lVoorofr • ôc que fi 
elle ne vouloir pas venir à Londres , il 
étoit ré/olu de là chercher tous les jours 
à la Campagne. rj . 

. Elle trouva que le Roi faifoit tant de 
chofes en fa faveur , lors qu'il vouloir 
bien entendre les propositions d'une Al- 
liance fi inégajc , qu'elle .n'eut pas lajor- 
T*mê I. E €C 



9 8 LE COMT E 

ce de lui refufer plus long-temps d'aller 
à la Cour * elle fe rendit a Wichall chez 
la Ducheïïc de Bctfort ta Mère. 

Les Vifitcs que Sa Majcfté avoir ren- 
dues à cette belle Veuve , faifoient déjà 
du bruit , & la joje qu'il fit paroître 
quand* elle arriva > jointe à tous les foins 
qu'il prit pour fon Appartement , caufé- 
rent une jaloufie extrême à Elifabeth de 
Lucy. Madame Grey qui avoit fon Point 
de vûë , fongea qu'il falloir mettre le 
Comte de Warwick dans Tes intérêts - 9 de 
forte qu'elle le prévint par une diftinâion 
êc une confiance > dont il ne pouvoir 
manquer de lui tenir compte. Elle le 
conjura d'être de Tes Amis , êc de vou* 
loir lui donner quelques lumières fur les 
perfonries qu'elle devoit craindre. 

Le Comte ravi de cette commiffion, 
lui parla de là Comtcflc de Dévonshire, 
comme de celle pour qui le Roi avoit 
plus de penchant. Il lui demanda un fe- 
cret inviolable , & lui promit de l'aver- 
tir de ce qui pourrait être contre (es in- 
térêts : de forte qu'auifi'tât que le Roi 
marquoit de tendres retours pour cette 
Comteflè , Monfîeur de Warwick le difotc 
ou l'ecrivoit à Madame Grey > & celle* 
ci employoie les larmes ou les menaces de 
fe retirer $ tout cela û à propos , que le 
Roi lui cachoit avec le tfermer foin les 
foibIcfles.dc fon cœur > mais il ne laiflbic 
pas de chercher toujours les moyens de 

plaire 



DtWÂ&WlCK. $9 

pîfirc â là ConrtëlTe de D^Vonshir* 5 il 
lui écrivait p» Alfcinm**tôt «nAttant, 
tèttôt en -Méltr* r & tfcujeuts comaw 
lifi.Mônàrqub ^Nfllfionne : -inaii elle éiofe 
frvivetrient tétlchèe 4û téétitt dt kéû- 
fiéûr de Watirôck , <que quelque atten- 
tion qu'elle eût ^oui 1 éloigner de ifbfi 
foUvcnft 1 , Il y étoittoûjour^préftm j'c'é^ 
ttât'le fetri |Mtâfr qu'elle 5 fût WpâWe fo 
goûter. Du i-éfte , *tea rie pouvoir foi 
donner delà joyc 1 elfe « vôtilott plu* 
s'habiller , elle fc rcprdfchoit*n fccttfttftè 
pfcrûre qui- n'éttit pas employé e^àttfcri 
plaire ,• Se nuHe cehverfatlon ne Mu etoit 
fi agfêabteqUe celte d'Albinc, parce qu'd« 
le ne pouvoir parler qu ? i cJie , de celai 
qu'cMe aimoit déjà trép'pôur lé repos de 
fovîe. '■ ' ' 

* La Cbmtcflfe d'Anglefey qui étudioït 
foigncufetiiène fa- Fille v ne fâilbit pan â 
perforine de fa fftrprifë dû la jéttôit un 
changement fi extraordinaire \ enfin elle 
réfbfut de lui parler. Elle fe prometeoie 
tTurrâgc fr peu avance & d*u ne éducation 
fi excellente , t un aveu fihcéfe * de forte- 
qtiC-éiwqùSl y pàirût atttune\afte#atîon, 
elle deîctndit un jour dàn* Ife Jardin à 
llieijrè où il fak encore ftop-chàUd pour 
fe pi'ofWeh^ lortg^ettrf* Tariséh être trt- 
rtmtthodfce ; elle' s'appuyoi* Ittr la Com- 
refle. Feignant que lé Soleil lui faifoit mal , 
efle entra dans i laQtotté, nwins pôuri'y 
fcpofcr ,^u^i>ouir réntf etdnît avec liberté. 



ioo LE CO M.T.E 

Ilm'efttiDpo/nUcj dit Madame; d'Aa-? 
glefey , lors Qu'elles furent affiCcs f de 
Tous Voir plus longtemps, dans l'état ou : 
tous itc$ , taps vous demander ce qui 
peuc le caufer ? ce n'eft point par curjo. 
fité , ce n'eft pas non plus par un efpric 
ftvcre & pour me rendre terrible ; non, 
ma chère Fille, je ne veux ni vous g r on» 
der t ni vous ftirc des reproches ; l'on 
cornue aifément à vôtre âge daqs des fau- 
tes que Ton ne cohnoit point , je ne fou* 
najfiQ?ien que dç vous fournir des arabes, 
po^rrcajnbattre^ ; je veux connoitre vos 
pe$0t$£fih de les foulager $ croyez-moi, 
ma Fille , en m'ouvrent votre cœur vous 
ne hazardçz rien ; en me le fermant vous 
Itfz^rdçz tout, s laiflez-*ioi la liberté d'y 
entrer » & ne craignez point que la ren- 
contre imprévue de quelque Etranger que 
je n'y cherche p*s , me,furprcrçne& m'ir- 
rite s je mêlerai mes larmes aux. vôtres, 
& je vous fer virai de bouclier pour vous 
défendre 4c tous les traits trop dangereux 
d'Ain enne/ni oue vous avez peuteerc la 
foiblefle de ménager. 
, Pendant qu'elle parloir , .la jeune Con> 
tofle pnnutpit conforment dans fon ef- 
prit ce qu'elle devoit répondre, , âclcPac» 
ci qu'elle pou voit prendre dans une ren- 
contre fi prenante ^elle fçavoit que (a 
M ère étoit remplie d'efprit & de pénétra- 
tion , hautaine » entêtée de fes opinions» 
qui ne fe. detromperoit pas de ce qu'elle 
£ . avoir 



DE WA'RWIGK. ioi- 

atvoit imaginé par tout ce •qu'elle auroit 
pu lui dire : mafe quelle amic*tion de fa- 
crifier le Comte de Warwick ! Ton cœur 
ne pouvoir s'y réfoudre , étant un aveu 
qui lui auroit Coiifé^our toujours le pki* 
fir de le voir ; cependant le ctifoours de 
h Mère s'aehevok, il fàllok y répondre/ 
ou s'aceufer par un fîlence qui auroit été 1 
mal expliqué. •' 

: EHeprit tout d'un c*up fon Parti , U 
fe jet tant à (es pieds : Madame , lui dit* 
elle , je fuis criminelle d'avoir pu vous 
cacher une choie dans laquelle je dévots 
recourir à vous potu* me conduire 5 «*€& . 
cefo feulement que fài lieu de rire repro- 
cher* *ar *jef fuis incapable^ 4c prends 
aumhct i&ptefiiûtweontïàirGBà mon dfe-- 
v»ir : je firais -vbui aVoiier tfncéremcnc 
que ce qui me rend- mélancolique depuis 
quelque tesàps , c*<ft: la vive* pcrfécutiôft' 
dut JMi«.voua«errexiptr)ce%te Lettre (ks • 
fentimens pour moi &les mimrpàuiiitiit* 
▼tjus vêrpttii feri deâctn de raircurt éclat j 
jetpemble pour bvfoxtùne dejnonPefe) 
&dé mon Mari , jJeipérpis toujours que 
mcfcrîgutuir Je ùdguwoiemTans l'irri- 
ter: j voyei , . Madame : i voyei fa colère* 
En achevant ces mots , elle préfenra à 
& Mère la. dernière .Lettre/ du -Roi qu'Ai* 
bine Jt» avoir rendue* elle la> Wc ♦ «II*-; 
repos dh, des lirraesde jôyo ; jAiit ferrant ^ 
fa.FiBcecntrcfesbcaa c Mi çhéfce fcrifanr, ;-- 
Jut'aSH-cUe^ ne Kçajgbei iie» ^up*«*> ' 

E 5 f° nnc » 



*oa, >L HtWT t ; 

font* i noua Comme*, «^ J*&ur«wx : qwo 
tous foyez n& ave* «au* de vcur«n i q#i 
ne courroie rifqac à vww 4g<t 4'&r« 
éblouie par la pa{&on d'tin grmÂ&fft fi ai* 
mibk I mais qu'il cft dajigOKttxfas^slcr !. 
yous voyez l'infidélité qu/il fait pouf H©H*t 
i la belk Elifabtth de.£*wy « à l'aima^ 
l*lc Madame Grcy i elles iu'U aimets £1 
chèrement Ôc qui fout u. chaff&ftMeifr 
Soyez pcrfuad&que vdtis feriez encore 
moins capable de le fixer » parce qu'elle* 
ont plus d'adrclTc cVplus d'ulàge du mon~ 
4c que tous ; laiflcz » iaiflfcz tonner la 
«toi » noua en dfoàl coûter à jtojiskvtc* 
- Cc*ie vertue ufc Mère s'stfqftdf fo :fets> 
4P cet endroit * telle donoâ un libre ça*rt> 
aVfts larmes ». AlaXemtcflfc ne pflr s?cm^ 
pécher d'en répandre i elle étoir rfcûéc à, 
las pieds » elles parloieat avec aâton £* 
véhémence au moment que ks Comte* 
cVAngteTcy & de ûévombirc eauwrcnr 
à$n*m Grotte. > . i ( .. 

; L'eut ou elles étokm les . fin prie , Js» 
Çomtcfle d'Angkfcy pend amusât qaei 
ne» n*cfioîr plus propre à, faire tore à: tic 
Fille daa? l'efprfc de Moafietur de Déroaw 
ablse » qu'il s'imagineroit pcut-êcrequ'el». 
U lui faifoit quelques réprimandes sur >fa 
conduite s & comme clk fçaroit qu'il 
avoir déjà eu des (bupçoas à eiufc de la 
rencontre de fa Femme avec k Roi dtfei 
la, Forêt ; Se qu'il lui en- f ar k alors- <Tuhe . 
manière, 4ubc Ôc- icchtv > clic dit i Moéw. 
* ... i ; i ficur 



DE WARIWCK. 103 

fictif d'Anglefey de à lukd'ccoutcrcc quel- 
le vouloit leur apprendre. Vous louerez 
ùkns doute la Comtcffc de Dévonshire, 
continua-t-elle , de la manière droite & 
naïve dont elle en ufc > la voilà qui me 
remet entre les mains une Lettre du Roi 
pleine de menaces • fi eHc continue de le 
traiter avec indifférence. 

Le Comte de Dévonshire rougit , & 
prenant la Lettre d'un air au£ inquiet 
que brufque > il en reconnut récriture de 
lût avec beaucoup de platâr les plaintes 
de ion Maître > il dit à Madame, d* An* 
glcXcy qu'il n'avoit jamais douce que ta 
Femme ne tint une pareUte conduite* 
flit'iJ KXMBDttiok la borné & la droiture 
de {oti casât , âc que c'esok uoeeboft 
digne dTclle » de préférer fou devoir à des 
idées fi fiâtouiès. &e ComtA d'Anglefey 
àefon cAté ne. paaroi* marquer jufques 
auaâloit fa fatis&elfon. La jeune Gomv 
tefle parloir peu., U fe iseprnehoit de: ne 
pas. facrtâer le Comte do: Waïwekr de Ja 
même manière eju'cUehfacriavaitfk JLoâV t 

Quarrd Leur cûnYorfawoaDfut athevee» 
elle fe «retira pou* entretenir ?Alfc8ne de ce 
cnû s'était pwffé } celle* ci ne imànqualpat 
d'en informer Monucur dc-Warwick*: 
mais il jugea MiSîtÙt que la Fa mille idc la 
ComtcdfencclaJatflfcaoiri^ér* tai^temps 
à. Londcesi , qvor tout: :lptw devandroj* 
4u£pe&*, r&a quSlidtvoit fespsépaecavï une 
cruelle fitraBima* « ■> >:*■■■■ - i ». . 



loi L E G M T E 

Ce qu-il avoit prévu arriva. Moniteur 
de Dévonshire dit à fon Beau-pere que 
le Roi fc rebuteroit difficilement , &quc 
le meilleur moyen pour lui faire oublier 
la Cbmtefle ♦ c'étoit que Madame fa Mè- 
re l'emmenât à Twitnam. Le Comte 
d'An&lefey approuva (i fort fa penfée,que 
Ton donna fecrenement ordre aux cho- 
fês néceflaires pour le Voyage *. Cepen- 
dant le Roi étoir toujours dans une in* 
quiétude extrême ; il vouloir aller chez 
Madame de Dévonshire , & ne différait 
cette Viûte qu'à eau Te de Madame Grcy, 
pour laquelle fa paffion prenoit tous les 
jours de nouvelles forces 5 & le Comte 
de Warwfck n'oublioit pas de fon cote à 
perfuader au Roi que rien n'étoit plus 
beau ni plus aimable qu'elle : il fàifoit 
valoir tout ce qu'elle difok j il expliquok 
à fon- avantage ce qu'elle ne difoit pas, 
& même ce qu'elle n'avoir jamais penfé. 

La Comteflede Dévonshire fut infor- 
mée par là Mère du'deflein nue l'on avoit 
pris de Ja mener à la» Campagne. : cette 
nouveUe lui caufa une fenfibk douleur: 
die confia fà peine à Albinc ; & lui dé- 
fendit de la faire fçavoir au Comte de 
Warwick : mais la perfide Vieille ne lui 
obéît pas. Elle ajouta que fa Makrcfle 
ne pouvtoit lui dire adieu , à moins au'il 
n'arrivât quelque événement imprévu* 
Le Comte à cçtte nouvelle pente fe* dqfe& 
pérer $ il marchoit i grands pas dans, fa 
f I Chambre» 



DE WARWICK. îof 

Chambre, lors que le Général encra brus- 
quement -, Tes yeux étoienc /ombres At 
fon air chagrin. t^a v V dit-il , Mylord, 
je viens d'apprendre une chofe qui m'ac- 
cable ; la ComtcfTc de Devons hire' parc 
avec Madame d*ÀrigIefey r pour Twfcnamt 
elle me récrit » de ce -qui 'me eue » c'eft 

Îju'on foupeonne que je lui ai parlé. Je 
uis donc caufe deia jaloujîe defon Mari 
& de la févérité de fa Mère ; je ne la 
Verrai plus ; quel changement de fortu- 
ne pour un homme heureux. Je vous 
plains , répudia le Comte : mais enfin 
vous reftez aprec la certitude d'être aimé? 
Cda ne me foulage point , reprit le Gé- 
néral , je crois que je préférerons à l'heu- 
re qu'il cft fa rigueur i fes bornez : Elle 
ne rardera peut-être pas à revenir , dit le 
Comte , figurez-vous de quel agrément 
fera iujvi fon retour : Figurez- vous plu- 
tôt y s'êcria-t-ir*, ce cjûe'je fèufftirai par 
. fon abfcnce; Je dois la voir demain pour 
lui dire adieu j & ce n'eft pas fans peine 
que le fidèle Peintre me ménage ce mo- 
ment. ' Le Comte l'en félicita , il avoit 
tant de chôfcs dans l'efprit qu'il ne vou- 
lut poinr l'arrêter par des questions inu- 
tiles ;.il lai dit feulement qu'il reflentoit 
ce contretemps comme s'il l'eût regardé 
lui-même; ôc qu'il lui dcvoitla jufticede 
croire qu'il en étoit auffi touché que lui. 
Dès qu'il fut en liberté d'écrire , il em- 
ploya fon cfprit & les charmes qu'il fea- 

£ $• voie 



ioô, ht COMTE 

foie û bien répandre iur ce qu'il difoit, 

fur perfuader à la Conitcdé ; que fi cl- 
partoit fans qu'il pût iâ voir , il en 
«wurroitjk douleur. Utjiii touchât 
^es exprefllons tçndrcs. & ^umtTes dç c^- 
tc Lettre , & elle n'auroit peut-Stre pas 
été Athée de lui accorder cette grâce : 
mai* quel moyen de rlfquer une chofe fi 
importante, dans une maifon remplie de 
monde ? EUc, en parla, le fpir avec Albine^ 
Cette vieille Gouvernante écouta 1 
peine là Çomteflc, qiji luj repréfehtoit la 
falotlfie fc jâ valeur duCotfite de pevoiy 
ahîre i & que. le Comte 4 e Harwick étant 
découvert , on lui feroir un mauvais Par- 
ti. Albinc . dis- je , qui avoit plus d'à- 
Varice que de prudence, répliqua l§ qu'au 
fis aller * le. Comte diroit qui! venoit de 
U part du. M,, & .que (ans doute, on 
n'en ufcroii; point^ mal avec lui de peur 
d'irriter fc Monarque, , U Coipteflc n en 
convint qu'avec bcajicoup.de pane * cl- 
le avoit remarqué depuis quelques jours 
qu'on temoignpit une défiance jPoûr elle 
qui n'éroit, point ordinaire , St fur le 
moindre foupçon tout auroit ctjfc en al- 
larme : mais qu'il eft aifé à gagner une 
jeune perfoonc déjà touchée T Albine fc • 
promit d'applanir toutes les difficultez. 
jRllc ajouta donc cjue le Comte de War- 
wick mourroit s'il recevoit des preuves 
d'une dureté fi opiniâtre : il n'en fallut 
aas davantage pour convaincre la Coin- 
teffe qu'elle pouvoit le voir. Il 



•DË'WARWl'Cr tfij 

Il cft mie de croire qu'il ne manqua pas 
au Rendez-vous j bien que ce dfte êcre 
fore card , il fe leva fore matin t ck fou 
impatience lui persuada que le jour ne 
vouloir point finir; i Que ne diiê-il pas au 
Soleil * tout ce qu'un Amant feait dire 
quand il cft dans fes. frenéfies. » U appella 
cent fois la Nuit à Jonfecout? ; des qu'el- 
le eut couvert les Cseu* deforç v^Uefoni- 
bre , il Te couvrit dHtn grand Manteau, 
& fcùvi feulement du fidelk Iterincoun, 
il parvint à la; petite Porte du Jardin * ne 
doutant point queft nouvelle G kf qu'il, 
n'avoit. pas: encore effityfaa&lfoiivrU fana- 
peine* Il fe donna dsftioias teen, tnuti- 
les pour en venir 4 bout % die itoit mal 
Jjmee Se k çato dans h Serrure : Que 
lairc après ce. tnalbeur? # n'y avoir pas 
d'autre Parti .'à prend» que d'cficaladerlcs 
murailles o* de s^eh retourner : ilturojg 
mieux aimé être tue en tentant Je. pre- 
mier, que de s'exempter du péril par Ta*^ 
tre. Ainil'faiisihéfim il grini&a , eom- 
mc il avoit déjà fait k première fois 5 6{ 
il «Hoir fauter dans, le Jardin , lors qu'il 
le vit plein de cens quj tenaient dcsFlan> 
bcaux , Ôç qui parouToient occupes à 
'chercher quelque ehofe. 
* En effet ,- Midame d'Anglefisy ayant 
>erdu le Pqrcrau delà Duohefle d'Yorçk 
•qu'elle pottoiéttoujoins à fon. bras , eik 
•ne s*n éioitJspperçpë ^ufen fe mettant 
au Lit jA^piès avoir fait «nctçher dans 

E 6 *<W 



io8 LE COMTE" 

touc Ton Appartement , elle commanda 
que l'on parcourue les Allées, du Jardin, 
de peur que la pcfànceur de l*Or cV des 
Diamants ne le fie enfoncer dans le Sable 
Comme tous les Domeftiques n'étoienc 
pas également occupes à ccuc recherche, 
quelques-uns en levant la tête apperç fi- 
rent le Comte de Warwick prêt à s'élan- 
cer dans le Jardin $ ceux qui k virent ne 
doutèrent pas que ce ne fût un Voleur; 
ils fe prirent à crier de toutes leurs foc- 
ces ; le Comte connut que le meilleur: 
Parti pour lui étoit de fe retirer en dili- 
gence : mais fou Gentilhomme qui su- 
roît un' peu éloigné , sic croyait point 
qu'il alioit revomr fi promptement » ne 
le trouva pas aflcztôt an pied du mur 
pour lui aider * de for te que n'ayant pas 
de ce côté-là comme de l'autre un Bipa- 
lier pour defeendre;, H tomba fort, rude-» 
ment , cV fe Ucfla au bras de telle, forte 
qu'il crut fe l'être cafic. 
- Maigre la douleur qu'il foufifroit , ilfe 
bâta de s'éloigner du lieu ratai où û »'£• 
toit promis de voir une perfohne fi chè- 
re. La manière précipitée donc il mar- 
choit , regardant derrière lut , & diûmt 
de temps en temps à fon Ecuyer : Ne 
nous fuit-on point r perfuada un homme» 

3ui par hasard les entendit * que c'étaient 
es Voleurs : il es avertit le Guet, qui 
fondit fur eux ,*& qui les eut plutôt en*» 
iourez. qu'Us n'eurent mis l'Epée à la main 

pour 



DE WARWICK. 109 

pour le défendre de la violence qu'on leur 
faifoit. 

Le Capitaine de cette Efcoiiade eroic 

ivre ôc brutal ; il demanda au Comte qui 

U étoic , d'où il venoit „ & où il alloir, 

A cela on nç, lui, 4 époiyiit rien 1 autant 

par mépris , que par la néceffité de fq 

taire , car ils n'étoient pas encore bien 

éloignez du Jardin , & i|s préfuppofoienr, 

comme en effet cela écoit vrai > que les 

Çonwcs d*Anglefey.$c de Dévonshirc fc- 

roient avertis qut Ton avoit vu un hom- 

fne fur la muraille 

. .■ 11 cft vrai auffi que Ton courut à la pe- 
tite Porte > & que l'inquiétude augmen- v 
ta quand on trouva la Clef rompue $ il y 
tut là-dcffus des raifonnemens inBnis ou 
la fecrecte jaioufîe du Comte entroir pour 
quelque cho/c. . La Comte/Te royoit fes 
Projets renverfez , & la néceffité de par* 
tir achevoit de là, defoJer : Elle n'ofoic 
témoigner fon. inquiétude : * mais bien 
qu'elle en cachât une- partie • il ne lai£ 
foit pesdeparoître un certaine agitation 
dans Tes yeux qui pouyoit être alternent 
remarquée. 

Pour revenir au Comte de \Varwick, 
lors qu'il (ejtrouva au milieu de Ta Brigade 
du Guet , iictut 'qu'il fuffifoir de donner 
de r Argent au Capitaine pour obtenir 
qu'il le laiflât aller > fans faire une infor- 
mation defagrcable de fon nom. 11 avoir, 
rempli fes poches de Pièces d'Or pour AK- 
r E 7 binc * 



no LE COMTE 

bme , êTn'aywit pu parvenir à la voir, il 
les offrit au Capitaine $ la libéralité lui 
fpt ituifiWe , cet homme jugea encore 
mieux qu'il s'agitfoit d'un Vol important ,• 
il Vappetçât même qu'il éioit blefl* au 
Bras , ' H qu'il cachoic foigneufcmeiit (on 
ttfage. 11 prit là-dcflusf la résolution de 
Farréter , comme l'on arrête tous ccox 
qui ne veulent p*fe faire connoîwe , lors 
qu'oit les rencontre la nuit. 

- II y a de» Bancs à Londres à chaque 
eoifl de l Rtfë attachez centre le mur) Ton 
y fait afleoir ceux que Ton foopconiie joit 
pàflé leurs jambes dans des ait trouez ex- 
près', fur fefquels on en rabat *n autre 
fort épais qui ferme avec une Serrure * il 
eft impofïiblc que Ton faffe un pas fana 
le rompre les jambes > de cette efpéce de 
Morgue réjouit médiocrement ceux que 
l'on y ëxpofe. . 

- Ôuénd le Comte vit qu'il n*étok pas 
en état de fe garantir de cette; de&gtfca- 
ble ÀVajiture , il' tira leCapéteine à parc: 
Je veux bien , lui dit-il , vous confier 
que je fuis le Comte de Warwick , laiflez- 
moi aller , & tenez la rencontre fecretré. 
A ces m$ts, lé Capitaine qui ne lui voyofc 
£oint TOrdre de la Jarretière , ni le Saine 
George brodé que les Chevaliers portent 
fur leurs Juile-au* corps , ne doutrpàe 
■que ce ne fut un Fourbe j fc ne pou- 
vant comprendre qu'un auffi grand Sei- 
gneur fc fût expolé à aller pendant <b 

nuit 



: PË WARWfCK. iii 

nûîc lî mal accompagné : Va , lui dît- il, 
quand, Je ne ce foupçonneVbis pas d'être 
un Fripon , Timpudence avec laquelle ru 

Exens le nom d'un Homme fr eonfidéra- 
tç , .'te cbûtéioit cher. Alors (ans vqa- 
ïcrîr f entendre davantage, il l'attacha par 
les pieds > b'ieri rétfolû de les mener loi! 

Gentilhomme 6c fui > des qrVir (croît jour j 

chez le Comte de Waïwick. 

11 eft allé de juger de la fîtuarion de 

ion eiprit dans* une telle reiïconftrc. De* 

puis que lé mbnde èft fatônde ; drfoit-iî, 
a'F>ehncburt> y'eft-it trodre une Avafci 
turc femblabte à ' là mienne ? Je m'en 
cdhToîerois fi fâvois dit adrtir à la Com- 
tefTe i mais je fuis û malheureux qu'on 
J'émmeinc/ans que je ia Voye $ ourreque 
la blcflure que je me fuis faire ne fera pas 
fi-tot .guérie $ de fortfe ritte tbut ce qtii 
pouvoir riVarriver de fâthèiik, m'àrrive: 
je rc défit, bizarre Çbttuhé, iftérRJic.fl, 
de me taire pii : Ceptridafir i ajj6ûtôit*ij, 
après Quelques 1 tabrn'eris 3ié ferlerions: 
Qui rie voudroit pas eh Arfgjetcrrè être à 
mi place , de où feroir-oto * l'heure qu'il 
cft ? aflls fur un Banc au coin d'une Ru ë, 
les jambes prifés dans àts Entraves bien 
ferrées & qful à'ehflèht : Voilà pourtant 
où ceux qui voudïolent être dans ma pla- 
ce fe trôoveroîcnt ^èfn dépit d'éqx * car 
apurement j y fmVen dépit de moi. H 
faudra bien r Mylôrd , dît Ibn Gentil. 

' liofettc , que cet* fittilk artc le jour , ce- 
* ■ lui 



in N L E Ç O MT E 

lui qui voudroic être Comte deWarwick 
n'a ur oie point un trop méchant Parti pour 
le refte de la vie .: Je ne (cai ce qui Vous 
en femblç , dit-il , pour moi j'aimerois 
mieux ; êcre Crochetéur > car enfin celui- 
ci. travaille tant que le jour dure ^ dès 
qu'il ceflè f il goûte mieux le plaïfir du 
repos qu'un Général qui vient de gagner 
une Bataille ; il n'a point de Maître , ôc 
n'eft pas obligé de fc contraindre pour lui 
plaire \ a-t-ii une Mai t relie > il la voie 
fans garder aucune raclure, il meurt tou- 
jours d'appétit ôc créve de fanté , quand 
fa Femme le chagrine j il fe donne le plaî- 
Jîr delà battre 5 il ne craint ni les Grands 
ni les Voleurs » on ne fçauroit diminuer 
(a fortune , Ton Souverain ignore s'il eu 
Habitant de la Terre , Ôc il n'en connoît 
point d'autre que celle ou il vit le mieux. 
Quelle comparaifon avec des Courtifans 
comme nous ? Comme vous , Mylord, 
s'écria Berincourt ? fe peut-il une Etofl- 
le plus heureufe que là vôtre ? le Roi 
vous doit (à Couronne > ôc tout' ce qui 
peut jamais faire pour vous , eft au def- 
fous de tout ce que vous avez fait pour lui. 
Je n'enfuis pas moins â plaindre à l'heure 
qu'il cft , reprit le CTE 
mène. Il fçavoit déjà le déparc précipice 
de Madame de Dévonshire * Albine l'en 
avok averti» ôt cecte nouvelle l'ayant fea- 
fiblemenc couché , il en vouloîc conférée 
avec le Comte. Enfin , lui dit-il , on 
m'enlève la Comtcfle. Je fuis furpris d'ê- 
tre capable de la regretter , après le pro- 
cédé qu'elle a eu , & je veux croire auflî 
que je regrette moins fa perfonne que le 

flaifir de me vanger par un éclat. Ou- 
liez-la > Sire , dit le Comte languiflàm- 
ment, cUc eft indigne de votre tendrefle, 
& je trouve qu'elle va être fuffilàmmenc 

fmnie â laCampagne.de la légèreté qu'cl- 
e a eu à Londres. Cela ne me fuffit point, 
ajouta k Roi , je yeux découvrir ce qui 
l'oblige à garder fi peu de mefurcs avec 
moi. Il faut attendre Ton retour > répli- 
qua le Comte, Votre Majefié fçaura alors 
qui ofe barrer fon chemin,. 

Le temps au'il falloic différer , ne con- 
venoît point a l'impatiente colère du R oi j 
il vouloit quelquefois la faire revenir fur 
fes pas 9 un moment après il méditoit de 
l'aller trouver ; en fuite il vouloit y en- 
voyer fon Favori , puis il s'en défioit , ôc 
fes différentes penfées l'occupèrent plu- 
fieurs jours. Madame Grcy s'apperçûc 
bien de fa diftraôion , elle auroit volon- 
tiers recommencé fes plaintes là-dcflusj 
mais elle craignott de rebuter le Roi , ôc 
qu'il s'accoutumât de voir couler fes lar- 
mes fans vouloir les arrêter. Elle étoit per- 
suadée 



DE WAITWICK. ii* 

fuadée que rien n'eft plus dangereuirpour 
une Maîtreflc , 6c qu'une infidélité que 
Ton prend foin de cacher , promet plu- 
tôt un retour qu'un engagement où l'on 
ne garde point de mefurcs. 

D'ailleurs , Se Comte qui Ttfvoit tou- 
jours aigrie , s'étoit fort ralenti fur les 
avis qu'il lui donnoic , il ne craignoic 

J>refque plus les progrès du Roi , depuis 
e départ de Madame de Dévonshirc > Se 
il n'etoit occupé que de fes propres affai- 
res i Quelles alla r mes n'avoit-il pas , quand 
il penfbit qu'elle ne reviendrait de long* 
teHnps -, qu'il n'y avoit aucun moyen de 
la voir qui ne fût très-dangereux pour eU 
lecV pour lui , Se qu'il devoit tout crain-K 
dre des Confeiis de ia ComtcfTc d'Angle- 
f ey , dont la vertu n'auroit pu tolérer la 
plus légère fbjbleiTe dans une Fille fi chè- 
re & fi parfaite ? Il s'enfermoit bien fou* 
vent dans fon Cabinet , pour s'abandon- 
ner tout entier à fes ; tnftes réflexions; 
fon chagrin augmentoit chaque jour , fa 
Tabatière n'etoit point retrouvée , Albi- 
ne ne lui écrivoit plus , il vouloir tout 
tenter pour voir la Comteflc, ou tout au 
moins pour lui envoyer fon Ecùyer qui 
ne manquok ni de courage ni de condui- 
te * mais la peur de bazarder quelques 
démarches, Parrêroh s & dans ces diffé- 
rentes irr.éfolutions , bien loin de guérir» 
fon mal empiroit. Quand le Comte de 
Dévqnshire eut quitté le Capitaine^ 



s;6 LE COMTE 

Guet , il fut jufqu'i un Bois par où il fàl* 
loit paû"êr pour aller à Twitnam, & don- 
nant Ton Cheval à un petit Page qui l*a- 
yott fuivî , il marcha lentement le long 
d'une grande Route , rivant au Voleur 
qui s'étoit laiflé voir fur la muraille , à. 
m Clef rompue dans la Serrure , & enfin 
à la Vifion de ce Capitaine qui croybtt 
avoir arrêté les Comtes de Warwick&dc 
Strop : S'il n'y avoit eu que le premier» 
difoit-il , je n'en douterois point 5 riaafe 
le dernier eft trop fage pour fe trouver 
mêlé dans une Avanture n bixarre» 

Comme il fe tournoit de temps eo 
temps , pour voir fi le Carofle de là BeU 
Ic-mcrc approchoit , il remarqua quel* 

Sic choie de brillant dans tes mains de 
n Page j il s'approcha & trouva que 
c'etoit une grande Tabatière d'or couver- 
te de Pierreries qu'il avoit vûë pluficurs 
ibis entre les mains du Comte de Wâr* 
wick 5 il s'informa avec émotion où fou 
Page Pavoit prife * il hit avoua qu'étant 
ibrti des premiers dans la Rue • après 
qu'on eût appercû le Voleur fur la mu» 
raille» l'éclat de cette Tabatière d'or cou> 
verte de Diamants , qui étoit à terre , avoit 
arrêté fes yeux » & mie l'ayant ramaflee» 
U n'avoir pas crû mal faire de la garder. 
Le Comte la prit , il la confîdéra long- 
temps , elle lui fembla allez, épaifte pour 
y avoir un double fonds , il chercha ici 
Moyens de rouvrir avec une émotion 

dont 



DE \yARWICK. }Zf 

dont il devinoit déjà la caufe » dcs'étanc 

éloigné de fon Page » il vint enfin à bout 

de trouver le Portrait de fa Femme qui 

y étoit renfermé ,. avec ces mots gravez 

autour: 

Elle eft mieux dan* mm c*w. 

A cette fatale vue» il pâlit, i) friflbn- 
na, fon ame fut enproycaux plus cruel* 
les . réflexions * il aimoit Madame de De- 
Tonshire > il vouloit quelquefois la juÂi- 
£er > mais il n*<n venoit point à bout.: 
car enfin le Maître de la Tabatière étoit 
{ans doute le même homme qui s'étoit 
muni d'une fauflè Clef pour ouvrir la pe- 
tite Porte du Jardin , qui après l'avoir 
rompue dans la Serrure» avoir efcaladél* 
jnuraille, qui s'étqit&uvé^n fuir c, donc 
la .Tabatière .se dçfignqit que, trop te 
Comte de Warwiçk. ;: Qmc penfer aprçs 
toutes ces prctivevJ, trouvant iur tout le 
Portrait de fa Fenme par une Avanturje 
£ extraordinaire. . Ù. s'abandonnoit à ion. 
defefpoir , lors qu'il enrendit le bruit du 
Caroflc de Madame d'Anglefcy * il re- 
monta i Cheval de lui dit -quelques mots 
en paffant , H voulut cacher 6>n chagrin 
jufqu'à ce qu'il l'eut entretenue. Le pe- 
„ lit Page étant affligé que Ton Maître eue 
gardé fa Tabatière , il ne pût s'empêcher 
de le raconter à Albine dont il étoit par 
rem » & lui en exagéra la richeffe d'une 

j 4 manière 



n8 r LE C O MTE 

manière oui coucha beaucoup la vieille 
Avaricieufe $ elle auroic bien voulu l'a- 
voir au hazard de toutes les méchantes 
fuites qui pourraient lut en arriver. Dès 
qu'elle pût entretenir fa Mai trèfle- elle -lui 
dit ce contre-temps*, & jamais Ton a eu 
plus de crainte d'être découverte par tant 
de chofes qui faifoient cônnoître le Com- 
te de Warwick. Ne fuis- je pas bien à. 
plaindre , lui difoit-eile > que ma con*- 
plaifance pour tes confeils puifle me .cou- 
ler tout le repos de .ma vie ? Qu'ai-je pré- 
tendu enfin , quand j'ai conférai de dire 
adieu au Comte ; le Ciel m'eft témoin, 
4)ue malgré ma prévention pour lui , je 
ne voudrais pas fauver fa vie par un foû- 
pir criminel $ de depuis le moment fatal 
où je J'ai vu , j*ai tout tenté pour l'ou- 
-Wicr : mais n'y pouvant parvenir , j'ai 
toujours été en garde contre moi-môme, 
comprenant que mon coeur n'étoit que 
trop dans fes intérêts. Albîne qu'as-tu 
fatt , lors que tu m'as perfuadée de lut 
parler ? cette vûë fi charmante & fi re- 
doutable , fit une irapreflion dans mon 
ame qui ajouta de nouvelles peines à cel- 
les que je foftffrois déjà > n'étois-je pas 
«fiez malheureufe , fans que tu te fois fi 
foigneufement appliquée a me parler de 
lui ? Pourquoi lui as- tu donné le moyen 
de venir dans ma maifon ? Sa Tabatière 
cft entre les mains de mon Mari > il n*a 
pas lieu de douter de ce que le Capitaine 

du 



DE WARWICK. ia 9 

Au Guet lui a die ; il ne me regardera 
plus qu'avec mépris , U les reproches fe- 
crets que je me fais , achèveront de lui 
faire remarquer la confufifn où je fuis : 
Vous devez , Madame , lui dit Albine, 
vous tourmenter moins , il vous cft aifé 
de perfuader à toute vôtre FanittJe ,.quc 
fi le Comte ait une tentative pour entrer 
dans le Jardin , ce doit être par l'Ordre 
du Roi y que vous n'y avez aucune part» 
& que l'aveu fincére que vous avez (ait 
des femimens de Sa Majefté pour vous, 
cft une preuve convaincante du peu de 
part que vous avez à tout ce qui s'eft par- 
ie : Non, s'écria la Comtefle, je ne feai 
point foûtenirle menfoftge avec la même 
nardiefie que Ton foûcient la vérité $ ma 
Mère lira dans mes veux tout ce qui fe 
pafle : Hélas ! fi elle y lifoit de même 
mon innocence de mes malheurs > qu'au- 
rois- je à craindre? 

Pendant qu'elle s'affligeoit ainfi , le 
Comte de Devonshire impatient d'entre- 
tenir Monfieur de Madame d'Anglefey, 
les engagea dans une Promenade écartée, 
êc leur eut en ce lieu les foupeons qu'il 
avoir contre fa Femme -, il leur montra 
ion Portrait dans la Tabatière du Comte 
de Warwick : cette vue les accabla de 1» 
plus vive douleur : il étoit difficile de ju- 
ftifier la Comtefle ; cependant Madame 
d'Anglefey ne pouvoir, fc refoudre à la 
condamner (ans l'entendre -, cUe prUfon 

Vf V* cnr 



i# LE COMTÉ 

Gendre de ne toi parler de rien qu'elle «ç 
l'eût entretenue , & cette conversation 
He fut différée que juiqu'au lendemain. 
Madame dcDevonahirc jugea bien, lors 

2uc Madame d'Anglcfey s'enferma avec 
Ile , que c'étoit le moment où l'on allotc 
la mettre à une fevére Inquifitton ; elle 
trembloit, de fa pâleur niacquoir aflezfon 
inquiétude : mais après avoir effuyé mil* 
îe reproches fans interrompre la Comtc£- 
fe : lors Qu'elle vit le Portrait qui étoït 
dans la Tabatière , elle ne pût fc réfoudre 
à fouffrir davantage l'opinion où étoit fa 
Mère » qu'elle eût fait ce Préfcnt au Com- 
te : Elle s'éleva là-dtfliis , & paria d'un 
air fi irrité , quoi que ce fût fans perdre 
lerefped, qu'il n'y avoit pas lieu dedou» 
ter de fon innocence. 

Madame d'Anglcfey demeura tres-per- 
fuadée de ce que fa Fille difoit 5 elle hri 
promit de ne rien oublier pour remettre 
rcfprit du Comte de Devomhire dans une 
firuation favorable : La Comtefle la fup>- 
plia avec beaucoup de larmes de la fervhr 
auprès de fon Mari ; elle penfa cent fois 
lui demander en grâce de renvoyer Àlbi- 
ne , mais elle craignoitque cette maligne 
Vieille n'irritât encore davantage le Com- 
te de Devônshire contre elle ; de que (ai* 
fane des Commentaires malicieux fur la 
facilité qu'elle avoit eue à parler au Com- 
te pendant le Voyage de fon Père & de 
fon Mari à Yorck > clk ne la brouillât 

abjfofo 



DE W-ARWICK; iji 

abfolumcnt dans & Famille. Cette feule 
raifonla fie confentir à garder auprès d'el- 
le un Monftrc qui n'en pou voit être trop 
tôt éloigné. • * 

Madame d'Anglcféy parla fortement i 
fon Gendre , & ie rendit caution de fin» 
nocence de la Femme > tout rosjla4ur la 
paffion du Roi , Ôc ce qui cft de vrai > c'eft 
que Madame de Dévorohire nciçayjc 
point le myftérc de cette Boêtc, qu'on ne 
pouvoir être plus ofiènfée qu'elle l'étok 
contre le Comte de Warwîck > & qu'elle 
difoit à tout moment -: Que pourra peu» 
fer celui qui m'a peinte ,- Albine > il croi* 
raque j'ai confenti de donner cette fa- 
rcur : Ah i maJheurcufe, s'écrioit-cllç, 

2u'at*je fait , lors que j'ai eu- la complai- 
nce d'écouter le Comte ? Que ne m'en 
coûtqpt-il pas ? je perds Teftimc de mon 
Mari , il lui reliera toujours de» difponV 
tion à la jaloufie , que toute ma bonne 
conduite ne pourront changer. Eh ! que 
vous importe ■ -Madame 9 qu'il foit ja- 
loux 9 dtfoit Aminc , pourvu que Voua 
n'ayies rien à vous reprocher ? Si vous 
aviez manqué en quelque chofe 3 il vous 
feroit permis de donner un libre coure à 
vos larmes : mais encore que le Comte < 
de Warwickajt vôtre Portrait , vous n'en 
devez pas erre blâmée. N'a-ton pas ce- 
lui de toutes les Souveraines : filles le 
donnent même fans que V** y trouve à 
redire. Ces exemples généraux n'ont ntn 



132 LE COMTE' 

de commun avec une particulière comme 
moi * repliqua-t-clle , une Reine pour- 
roit- faire beaucoup de chofes qui feraient 
innocentes à fon égard» & que Ton trou- 
verait fpre criminelles au mien. Je ne fuis 
ni aflez aveugle ni aflez téméraire pour me 
régler fur de tels exemples : Vous n'avez 
donc plus que de la haine pour le Com- 
te > dit Albine ? Si j'étois parvenue aie 
haïr, reprit la Comtefle en foûpirant, je 
ne ferois pas inquiète au point que je le 
fuis s mais un fouvenir encore trop cher 
me perfécute. J'ai la foibleflc de ne le 
pas haïr , cV je fuis inutilcmenc en garde 
«contre mon cœur , il n'y a que Pabfencc 
& le temps qui me puifTent guérir. Ma- 
dame de Dévpnshire fcût par la Comtefle 
d'Anglefey tout ce qui s'étoit pafTé entre 
elle &fon Gendre : Vôtre conduis à l'a- 
venir, lui dit-elle, doit confirmer ce que 
j'aiavancé jcar enfin, ma chère Fille, j'ai- 
merois mieux vous voir morte,que de vous 
voir entêtée pour qui que ce (bit au mon- 
de. Comme j'ai les mêmes fentimens , re- 
pliqua-t-clle ) la plus grande grâce que 
vous puiffiez m 'accorder, c'eftae*mclaif- 
fer à la Campagne ; j'éviterai le Roi , j'é- 
viterai le monde , j'éviterai enfin de per- 
dre mon heureufe tranquillité > & de vous 
déplaire. Madame d'Anglefey Tembrallà 
avec beaucoup de tendrefle , & lui dit 
qu'elle approuvokfa réfolution, qu'il fal- 
lait s'éloigner de la Cour pour quelque 

temps, 



D«E W ARWICK. 133 

temps , de qu'il étoit bien certain que le 
Monarque l'oublieroit : Mais ajouta- t-eJ* 
le» le Comte de Warwick n'entre- c-il pour 
rien dans l'Intrigue ? Eft-il poflible qu'il 
fe foit expofé à monter fur les murs de 
mon Jardin, à fe faire arrêter par le Guet 
êc à toutes les fuites de cette affaire uni- 
quement pour fervir fon Maître , lui qui 
cft de longue-main fi accoutumé à fuivre 
fes volontez , qu'il n'obéît qu'à celle du 
Roi qu'autant qu'il y trouve fa fiuisfàftion. 
Ajoutez à cela vôtre Portrait dans fa Ta* 
batiére , fi il cft: au Roi , pourquoi le 
garde- t-il ? Peut être , Madame , répli- 
qua la Comtefle , afîez embarrafiée de 
tous les foupçons qui rouloient dans l'ef- 
prit de fa Mère , peut-être que Je Roi 
craint la curiofité de fa Mai trèfle, Se que 
pour l'éviter il a donné cette Boëte à fon 
Favori. La ComteUe parut affez conten- 
te de cette raifon > & fortant delà Chanv 
bre de fa Fille , elle la laiffa dan* fon Ca- 
binet accablée de mille dcplaifirs. 

Ne me devoit-il pas fufEre , difoitdlc 
a fa Confidente , d'obéir avec foûmiflîon, 
fans m'avifer de donner des confeils con- 
tre mon repos ? Je demande qu'on me 
laiflc à la Campagne pour le relie de ma 
vie ? qu'on me garde à vû'é , & qu'on 
ne me donne aucune liberté. S'il arrive 
qu'on le fafîe , pourrai- je me plaindre i 
& fi on le fait , pourrai-jc vivre ? Ce 
trait cruel qui m'a blcffée eft encore au 



i 3 4 LE COMTÉ 

milieu de mon corar > je ne reverrai plus 
celui que je ne fçaurois oublier. Aibine, 
que je fuis malheureufe I Elle pleura long- 
temps , de fa Gouvernante qui mouroit 
d'envie d'entretenir toûjoursquelqde com- 
merce où elle pût profiter , ne manqua 
pas de prendre ce moment , pour lui pro- 
pofer d'écrire au Comte l'état où elle 
etoit. La Cotmefle ne fe contenta pas de 
la refufer ; elle lui défendit de lui rappel* 
1er davantage une idée qu'elle vouloir ef- 
facer de «fou fouvenir. 

L'éloignement de la Comtefle de Dé* 
vonshire avoir d'abord chagriné le Roi * 
mais comme il n'entendoit point parler 
d'elle > & qu'il croyoit avoir lieu de s'en 
plaindre , il ne voulut plus penfer qu'à 
Madame Grey ; & ce retour de tendref- 
fe la rendit fi fiére , qu'elle facrifioit vo- 
lontiers fes meilleurs Amis, au plaifîrd'en 
faire un bon Conte. Ceft ce qui arriva 
à l'égard du Comte de Warwick. 

Le Capitaine du Guet qui lut avoir fak 
paffer une fi mauvaife nuit , en l'arrêtant 
mal à propos , ne douta point de fa per- 
te > s'il n'oppofoit une forte Protection à 
l'Autorité du Comte. Sa Sœur étoit à 
Madame Grey. Il lui dit Ton Avanture êi 
fes juftes a lia r mes : Cette Fille jugea que 
le Général ôc le Comte perdraient ion 
Frère. Cela l'obligea de fe jetter aux pieds 
de (à MaîtrefFe , pour la conjurer d'avoir 
pitié de fa Famille , ôc de parler au Roi 

de 



DE WARWICK. 13* 

de tout ce qui s'étoit paffé. Madame 
Grey trouva cette Hiftoire trop plaifanté 
pour manquer de la raconter au Monar- 
que : Elle y ajouta mille ci r confiances qui 
pouvotent y manquer , Ôc qui le réjoui- 
rent beaucoup j mais après en avoir ri 
long temps , il eut une force curioûté de 
fçavoir d'où le Comte & le Général reve- 
noient \ ÔC comme ce dernier étoit d'ua 
caractère plein de bonne foi Ôc de droi- 
ture , il penfa qu'il lui feroit plus aifé de 
pénétrer ce myftére par fon fecours , que 
par l'aveu du Comte de Warwick , qui ne 
lui diroit rien de fes Intrigues. 

Dès que le-Rot vit le Général , il l*ap- 
pella dans fon Cabinet , Ôc lui dit d'un 
air obligeant , qu'il étoit un peu offenfé 
que tout le monde fçûr, excepté lui ,1'A- 
vanture qu'il avoit eue avec le Guet. Si 
vous voulez faire vôtre Paix , continua- 
t-il 3 ouvrez-moi vôtre coeur > Ôc que je 
fçache au moins d'où vous veniez. Sire, 
répliqua le Générai , Vôtre Majefté m'au- 
roit fort cmbarrafîé fi Elle m'avoir de- 
mandé il y a quelque temps un pareil 
aveu. A préfent que j'ai rompu des chaî- 
nes qui me paroifloienc pefantes , ôc que 
je me trouve affranchi d'une paffion ty- 
rannique , pour laquelle je ne fuis point 
fait , je conviendrai de bonne foi que la 
beauté trop piquante de la jeune C«m« 
tefle de Dévonshire m'a voit ôtc toute ma 
raifon. ^ 



136 LE COMTE 

Il lui raconta alors d'un air Soldat» Ces 
fentimcns, fes inquiétudes > ôc le tour du 
Peintre : Mais il ne faifoic pas femblanc 
d'avoir fçû que le Roi étoit Ton Rival ,• ôc 
c'étoit l'article de Politique fur lequel il 
n'avoir point voulu étendre fa narration* 
Le Roi l'interrompit & lui dit en riant 2 
Hé quoi » M y lord , vous oubliez ce qui 
me regarde ! Le Général demeura un peu 
déconcerté ; mais il ne le fut pas long- 
temps. Vôtre Majefté » dit-il , cache fi 
bien quand Elfe veut , les fecrets de Ton 
cœur 9 que je n'ai point pénétré la parc 
qu'elle peut avoir dans cette Avanturc* 
Nous en demanderons des nouvelles au 
Portrait de Rofemonde , continua le Roi 
en foûriant , il fera peut être plus fincére 
que vous. Le Général rougit & parue 
embarrafle. Sire , lui dit-il , la profe/fion 
fincére que je fais de ne vous rien celer, 
s'accommode mal avec le reproche de Vô- 
tre Majcftè s je m'en trou ve.hontcux,& 
vous m'épargneriez une véritable peine» 
fi vous vouliez bien croire que le temps 
où j'ai fou pire pour Madame de Dé\on* 
shire > me paroit comme ces Songes donc 
Tidéc s'efface à mefure que l'on s'éveille. 
Je ne me fou viens plus de ce qui s'eft paf* 
fé , ôc j'ai pu en effet oublier quelques 
circonftances fans* en avoir le deffein; 
mais c'eft plutôt par un défaut de mémoi- 
re , que par aucune envie de manquer à 
fatisfaire Votre Majefté fur ce qu'Elfe veut 

fçavoîr. 



DE WARWICK. 137 

fç avoir. Quoi qu'il en foir , reprîr le Roi/ 
dites- moi fi le Comte de WarwicR vous 
avoit accompagné dàns'ce *harai2tnc-Ren- : 
dez^vôus ? Noh-.'sfrevdit le Général, 1 - 
nous refiâmes' -auffi furpris Pun que Tait-- 
sre'j de nous rencontrer'' fur cet te cfpécfc' 
de Sellette ; nous eûmes Inême quelques' 
momens de converfation fans nous recon- 
naître , âc je n'ai jamais pu arracher de 
lui une confidence réciproque pour ap- 
prendre d'où, il venoit. - ; 
- Le Roi qui Técoucoic attentivemcnty 
fcntoit • naître ' des foupcoris contre Je* 
Cofnte deWarwick qu'il rejet toit dans It- 
érante de s'irriter $ fa cendreflè four Iuf 
fàifoit taire fa jaloufie , il auroit été fâ- 
ché d'avoir les éclaircifTemens qu'il de- 
mandoit ; de forte que fon esprit flottant 
dans l'incertitude , ne changea point les 
manières obligeantes qu'il confcrvoit tou- 
jours avec et Favori. 

Mais le Comte dont la paffiôn augmen- 
tait, i proportion; des obftacles qui s'op- 
pofoient à fon bonheur , ne cherchoit 
plus que les moyens de revoir la Comtef- 
fc de Dévonshire $ & comme il négli- 
geoit prefquc tous ceux qui fe préfen- 
toienr de faire fa Cour , le Roi ne lui 
trouvoit plus cet efprit enjoué , plein de 
charmes & d'agrémens qui le réjouïflbient- 
fi fort. 11 remarquoit àVec peine que (bn- 
caraâére n'étoit pas feulement changé, 

mais que là perfonne l'etoit auffi j qu'il 
* avoit 



i}8 LECOMTE 

avoit uo abattement qu'il ne pouvoit fur» 
monter ; que (à famé s'altéroit, 6c qu'en- 
fin fes dtôraâions 8c fes rêveries le me« 
noient quelquefois fi loin , qu'il n'étoit 
pas toujours le Maître d'en revenir. Il 
s'en inquiéta avec bonté s il lui vint plus 
d'une fois dans Pefprit que le Comte pou- 




_ &qu' 

mais comme je l'ai déjà dit » il éloignoic 
cette penfée , & lut temoignoie une ten- 
dreffefi égale , qu'il auroit eu lieu de s'e- 
fiîmcr infiniment heureux , fi fon cœur 
•voit été moins engagé. 

Un jour que le Roi avoit parlé long- 
temps d'un defiein très-féricux , qui me* 
ritoic beaucoup d'attention , Ôc fur le- 
quel il vouloic faire une Harangue au Par*» 
lemçnt , il crut que fit mémoire pouvant 
lui être infidelie , il feroit bien de la die> 
ter au Comté pour l'écrire ; mais comme 
il gardoit de tcmps.cn temps le.filente, 
lors qu'il revoit à cette affaire > de que le 
Comte » qui n'en étoit point occupé, 
penfoit uniquement à la tienne > je veux 
dire à la Comteftè , il lui vint, tout d'un 
coup dans t'efprir des penfées qui le trou- 
blèrent fi fort» que fans fe fou venir qu'il 
tenoit un Papier que fon Maître ailoit li- 
re > il écrivit ces Vers : 



UBjmen 



D E W A R.W I C K. *39 

VMymn vous tpgagt ** • . 
. Setukf Loix d'un EfiWXr » 

Vitre coeur efl fan p$ttfige 9 - k • 
Ttur aimer un Ammnti vçus n'eits plut & 



11 auroir apparemment continué ; mais 
'* Sa Majefté reprit la parole. Le Comte 
fâifam un nouvel article, écrivit tout ce 
qu'il lui difoit j la page s'emplit , le Rof 
w tût encore , il arrangeoit dans fon eC* 
mit un dtfcours qu'il vouloir rendre per* 
iuafif » êc le Comte toujours entêté de la 
Çomteflc continua d'écrire : 

E'èime point un Epoux dent taffreufe puifi 
fonte 9 
Malgré têi , t'érrache i ton fort $ 
£t fui fan* confulter fi ton cœur efi <?**+ 
cordt 
Qfè te faire vtûlenct* 

•' Le Roi vouloir achever (a Harangue, 
k Comte récrivit 9 uns fiire ré&xioii 
aux Vers dont il l'avoir entrelardée ; & 
comme die ne fut finie que tard, ârturïl 
avoir promis à la Ducheflèfa Mère d'aller 
chez elle ^ il plia ce Papier êc fortit prom* 
peement de fon Cabinet fans le lire. 

Monfîcur de Warwîck ne le fuivit poinr, 
il avoir à faire chez lui , & il s'y rendit 
prômpcçmçnc, pour, envoyer chez ,aD " ,% 



*4à LECOMTE 

chefle de^Norfolk , Sœur de la Comcefle 
de Dévoflshirc 5 il fçavoit qu'elle cher- 
choie depuis quelques jours un jardinier 
pour la Contrcfle d'Angtefey , qui Ce fai- 
foic un plaifadc Ces occupations chaispê- 
tres , 6e qui vouloit faire rcnirwfer fou 
Parterre pour en faire un autre. Le Com- 
te avoir une Maifon ou pour mieux dire 
un Palais à Chelfey proche de Londres, 
qui étoic également orné 6e de l'Art cVde 
la Nature s fa fituationaubord de laTa- 
mife ajoûtoit beaucoup â fes autres beau- 
tcz , 6e il n'épargnait rien pour en "faire 
un lieu charmant. Il avoit fait venir de 
France des Defleins de ce fameux Jardi- 
nier qui avoit été employé par Charles 
VIL aux Jardins d'Agnès Sorez, fa Ma?- 
trèfle , dans fa jolie Maifon de Beauté» 
proche Vincennes , 6e pour exécuter bien 
ces Dtfleins , on lui avoit envoyé deux 
Jardiniers $ il en détacha un qui fut trou* 
ver la Ducheflc de Norfolk 6e lui montra 
les Parterres qu'il avoit apportez. 

Le Jardinier étant bien inftruit par le 
Comte > 6c ne manquant pas d*efprit , s'a- 
quitta fi bien de la Commiffion , que 
Madame de Norfolk convint de l'envoyer 
chez la Comteffe d'Anglefey , il kii de- 
manda permiuion de prendre un de fes 
Garçons , elle y con&ntit $ ainfi Berin- 
cotfrt , qui étoit François . n'eut poihc 
d'embarras pour parler fa Langue naturel* 
le s il en eut bien davantage à fc travefHr 

de 



DE WARWICK. i4i 

de manière qu'on ne k «connue pas j car 
il accompagnoit affez fquvent fpn Maître 
à la Cour, cV il éro|t fou bien frit $ ce- 
pendant i) le déguifa à merveille , cVpar* 
tït avec le Jardinier- chargé -des ordres du 
Comte , 6c d'une Lettre pour la Caœ« 
-ceflè de DévonsWrc, donc Je «rac^pre 
paflïonnc cV refpcâueu* confervoit tout 
enfemble les égards qui étoient dûs à une 
Femme de (on mérite & de û naiffanec, 
^avec les, témoignages de la plus grande 
paffion & de la plu* vive ardçjiç. •.;,..*,:,> 
.. Le Roi ne refta pas long- temps chez, h 
Ducheflc,fa Mcçe j il s l'engagea adroit 
ment au Jeu , il fc mû de- moitié ; ayeç. el- 
le 5 fi-tôt que la Partie fut commencée, 
il fortit de fon Appartement & patfa dans 
celui de Madame Grey , qui iui fit quel- 
ques reproches de le. voir fi tard ; Ne; 
frondez pçint , luj. di* il , j'ai travaillé à 
es chofes fort féricqfes , je n'ai même 
*. cte qu'un moment chez Madame la Du- 
chefîe , afin de me rcn4re plutôt ici : Il 
•faut encore que je life la. Harangue que 
j ai faite pour l'ouverture du Parlement, 
car je n'ai pas eu le temps de la voir. 

. Tout * u ■*»» - ?ire , reprè-elle d'un 
m air careflant , Jijèzja tout haut j il le 
voulut bien ■ , mais lors qu'à fe trouva 
dans 1 endroit ou le Comte avoit écrie des 
Vers , fon etonnement ne pût s'expri- 
mer : Que penfez-vous de ceci , dic,îl à 
& Maîtrcjfc ? Eft-çe exprès , cft-ce par 

bazard. 



*4& LE COMTE 

hasard, de qui parle- t-il , qui donc l'oc- 
cupe fi fort ? Madame Grcy'leslût atten- 
tivement- j & fine être Sorcière, elle dé- 
riva de quoi *l êroîc qùeftion.: Ha , le 
Traître ! s'&ria^elley iinfaprife pour 
du^B, - • 

' Ces paroles pénétrèrent le Roi , il crue 
que' Madame Grey étant une des plus ai- 
mables perfonnes du monde, il l'avoir, ai- 
mée ôc s'en étoic rate aimer » mais que 
4aAs la Alite il érott encore revenu à la 
charmante Gbmtefie de Dévonshire. Tout 
feinpta de cette pcbfée , il regarda fiére- 
rtient cet-té bejle Veuve» Se la chargea de 
-Reproches avec tant de colère » qu'il ne 
lui donna pas le temps de fe juftifîer \ & ' 
felevànt d'un airbrufque, il falloir quit- 
ter i quand elle fe jetta à fes pieds , elle 
cmbVaffa* fes genoux , de s'écria toute en 
pleurs : Je vais mourir fî Vôtre Majefté 
*efttft de m'entendre » Non , Sire » je ne 
ibU point coupable : Ce que j'ai die in-* 
tcoftfidérément à l'égard du Comte de 
Waftvîck , n'a rien de commun avec 
moi , tout roule fur Ton infidélité pour 
vous. £ 

' Le Roi à ces mots parue un peu plus 
tranquille j les bcairx -yeuxdç Madame 
•Grey 1 , noyez de larmes , Tàvoient toii- 
ebé jui^u'au fond de Tamç , il fe repro- 
choit de lui avoir donné lieu d'en 'répan- 
dre; il réprit la place qu'il tenoit. de quit- 
ter i (k Madame Grey voulant profiter de 

cette 



DE WARWICK. 145 

cette favorable Audience , lai die d'une . 
voix entrecoupée defangiots : J'ignorois} 
la paffionque voua' aviez pour la Corn* 
teffe de Dévonshire , Vôtre J&ajefté l'au» 
rbit p tue être aimée longtemps fans que 
je Peuffe fçn ., fi le Comte de Warwick 
n'avoit pris loin dem'er>averuppaçvingt 
Billets que je vais foire voir à Vôtre Ma- 
jefte. Ce rut lui encore qui vint réap- 
prendre que vous vouliez l'aller chercher 
a Twitnam , de j'ai toujours agi d'intel- 
ligence* avec lui pour* interrompre Vos 
Projets : C'cft lui qui -m'a engagé-ivous 
fatiguer fi fouvenc de nies reprosbet % :fi 
je m'en étois cvuë , j'aurôis tenu: unt con- 
duite plus douce 6c plus rcfpeâueufc'5 
mm iï me faifbi'r voir quej'érois fur le 
point de rous perdre. U n'en falloir pas 
davantage pour nie defefpérer > je me fi- 
gurons qu'il nVaimoit aâcfc pour entrer 
dans mes ituéreis , ôc que c'èteït l'uni- 
que motif quf lui faifoic tout- hasarde*, 
en n\e confiant un fecret qui Douvoit lui 
ôret vos bonnes grâces., j'aurois foignén- 
fement caché le fien , fans îque je vois 
aujourd'hui les raif*ns qui l'engageaient 
a me faire, des confidences où raflec^ion 
n'a voit aucune part; Bien Join de m'ai- 
mer, Sire, comme Vôtre Majcftc l'a pen- 
Sk\ il aime laCosntefle de Dévonshire, il 
cft v&rc Rival, & je fuis le Bouclier qui! 
vouloit mettre entre vous & elle , pour 

vous guérir par une paifion naiûantc d'u- 

.ne 



144 LE.COMTE 
oc plus ancienne. Daignez rappeller la 
conduite qu'il a tenue , lors que vous lui 
ajrez ouvert vôtre cœur 4 voyez les BiU 
lçcs:> & relàfcz «es premiers Vers : 



«■ ? 



V Hymen vom engage 

Sous let Leèet d*um*Epoux , » 

. . Votre epeur eft fin partage > 
four aimer un Amunt vous tfites plus à 

vous* 

<<< Vous verrez * Sise , qu'il repond à ces 
Ipctnfëes * qu'il eft. perfuadé que la Com- 
jcefle aime Ton Mari , tju'il crainc de ne 
4a pouvoir toucher , & que cette crainte 
l'occupe fi fortement , qu'il oublie tout 
d'un coup ce que Vôtre Majefté lui diâe. 
Rempli de fa paffion > il écrit la chofe du 
monde qui doit le mieux taire , fur un 
Papier qui refte entre vos mains , & que 
vous allez lire. Son extravagance eft tel- 
le $ qu'il écrit encore ces Vers : 

- » 

Jtfasme point un Epoux dont taffreufe ptuf- 

ffnce. 

Maigre toi t'arrache à ton fort i 

Et qui fans confulterfi ton cœur eft d'accord^ 

-ï : Ofe te faire violence. . 

!'. Ceci regarde fans doutek précipitation 
tfu.déparrde la Gpmrçflo ;ïji\ içzk qu'elle 
tna eu du chagrin , & il l'employé cour» 
me une bonne raifon pour ralentir l'ami- 

ue 



DE WARWICK. H f 

né qu'elle conferve à fon Mari. Vôtre 
Majefté voit â\préfent , contimia-t-cJJe, 
fi je mérite les reproches dont elle vient 
de m'accabler , ôc fi le Comte m'a jamais 
aimée. > 

Elle auroit continué de parler le refte 
du foir , (ans que le Roi l'eût entendue; 
il a Voit connu tout d'un coup que fes 
foupçons contre elle étoient très- mai fon- 
dez , ôc partant de cet objet de jaloufie à 
celui de fureur qu'il trouvoit dans le pro- 
cédé du Comte de Warwick , il s'étoic 
abîmé dans une profonde rêverie ; Ma- 
dame Grey en pénétroit trop bien la eau- 
fe pour l'interrompre , elle gardoit le fi- 
lence , lors qu'il s'écria , comme sW eue 

f>arléau Comte : Ah, perfide .' cft-ce-là 
e prix de coure la tendreiïe que j'ai eue 
pour toi , de la parfaite confiance que je 
t'ai témoignée , des biens donf je t'ai fait 
part , ôc de mille bornez que j'ai eues ? 
Quelle trahi fon ! Il m'a ravi une jeune 
Mai trèfle qui m'avoit touché , & qui n'y 
étoit pas indifférente. Il n'a rien oublié 
pour m'arracher vôtre cœur , Madame, 
fe peut-il des Lettres plus arrificieafes que 
celles qu'il vous a écrites ? Que ks Rois 
font miférables .' ou ils fe font haïr par 
la crainte qu'ils infpirent , ou ils fe font 
méprifer par la liberté qu'ils donnent , ils 
ne goûtent prefque point le plaifir de fe 
Croire aimez par rapport à eux-mêmes. 
Il fe tût en cet endroit , fa mélancolie 
Têmel. . G « me- 



146 LE COMTE 

i mefure qu'il réfléchie fur les grâces donc 
il avoir comblé le Comte , & fur le pro- 
cédé qu'il tenoit arec lui , augmenta 5 il 
foûpira » regrettant d'aimer encore un 
homme qui Te méritoit fi peu : en Cuite il 
regarda Madame Grcy d'un air tendre* ôc 
la pria d'oublier tout ce qu'il lui avoit die . 
dans les premiers mouvemens de fa jalou- 
fie. Elle parut contente ôc fort appaifées 
mais elle avoit beaucoup d'inquiétude de 
la triftefle où elle le voyoit , elle eflàya 
de la diffipcf par une converfation gra- 
cieufe Ôc infirmante , qui lui auroit fait 
du plaifîr en tout autre temps qu'en ce- 
lui-là. Il ne l'écoutoit point , ou il la 
contrariait > enfin il la quitta , lui vou- 
lant quelque forte de mal . de l'avoir 
éclairci fur la conduite de Ton Favori. 

Le Comte de Warwick ne parut point 
au coucher .du Roi , il étoit tout occupé 
du Voyage qu'il faifoir faire à Berrncourt, 
il rouvrit trois fois la Lettre dont il l'a- 
voit chargé pour la Comtefie de Dévon- 
shire > il y ajouta toujours quelque cho- 
fe , de mit cent répétitions qui en ôté- 
fent toute la beauté i il écrivit à Albi- 
nc , il lui envoya une Bague de prix , ôc 
quoi qu'il fit ôc qu'il dit , il n'etoit point 
content ; il craignoit toujours que quel- 
que contre-temps ne déroutât fes précau- 
tions » ou que Madame de Dévonshire ne 
s'irritât de la liberté qu'il prenoit. 
Le Roi commença ôc finit la nuit avec 

mille 



DE WARWICK. 147 

mille inquiétu4*s , qui ne 4ui permirent 
pas de fermer les yeux : La beauté 4t la 
Comteffe de Déronstore , (es gra«*s & 
fes agrémens revenoicnt à £mi eiprk , <fc 
.tourmemoknt fou cœur awc empire sreufe, ' 
il les luppli* de lut rendre (es Tablettes. 

Nous 



DE WARWICK. IJ9 

Nous le* avons trouvées , dfc la Cômtcf- 
fe «FOxfon , fiias fçavoir quelles écoienc 
à vous , Mylord , & nous avons été Mai* 
trèfles -de nôtre curiofieé jfi vous leur 
avez confié quelque feeret « foyez certain 
que nous l'ignorons Je ne même pas* 
Madante , rcptiquà*t il , que voua de** 
gniez yot» iatérefier à ccqut me toache* 
aûi/r je ne fuis point ferons de rinditfeW 
rence que vous ayez eue lâ-dcffus. Nott* 
ne famine* point, fi indifférentes- que vour 
le croyez , reprie la Comtcfte de BatKy 
nous voûtions les rompt e placé* que de 
manquer à les ouvrir $ maisMrlordStan* 
lcy le» a garanties de cette violence; Le 
Comte à ce nom changea de couleur. 

Si les Dame* avoienr été u« peu iùfor* 
mèti de ce qui fe patfbk eutr'eerx , elfar 
aurokflt bien vu fur le vifage 9c dans les 
yeux du Comte Pagitarïon où il étoit t 
mis comme elles ignoroienr l'Avanturef 
du TaWeau> , elles ajoutèrent que c 'étoit 
1» Comtcfte de Dévonshfre qui les avoir 
trouvée? , & qui s'en étoit rendue laf 
gardienne î elle cft dans ce Bois , lui df« 
renr*elJcs , avec Madetaorfelle Howard éV 
MyFord Stanley , il ne ttettûtt qu'à* votfs 1 
de les 1 lui demander. Le Comte leur fie 
une profonde révérence en s'éloignant 
d'elle*. 

Il étoit dans un embarras extrême $ Pi* 
déc de trouver Mylord Stanley avec la. 
Comtcffc de Détonshke lui fatfok de la 

peine: 



i6o LE COMTE 

peine : mais la crainte qu'il n'eut ouvert 
fes Tablettes , Ôc qu'il ne lût les plaintes 
qu'il faifoit contre Lelie ^ dont apparem- 
ment il ne manqueroit pas de leplaifanter 
avec elle 9 ajoûxoit beaucoup à Ton dépit. 
Dans cet état il s'avançoit vers une petite 
Allée allez fombre , lors qu'il la vit tra- 
verfer brufquement par Mylord Stanley > 
l'air dont il feinbloit l'éviter lui perfuada 
qu'il s'étoit rendu le Maître de Tes Ta- 
blettes , ôc qu'il vouloit les garder pour 
en faire quelque raillerie. 

Cette idée fut fi forte qu'il le fui vit à 
grands pas , Ôc lui criant : Arrêtez , My- 
lord , arrêtez > il aborda d'un air mena» 
çant , la main fur la garde de fon Epée * 
il lui demanda fes Tablettes : Le Mylord 
lui répondit fièrement qu'il ne les avoic 
point , Ôc fit la même aaion que le Com- 
te j de forte que fans un plus long éclair* 
ciflement , ils tirèrent l'un ôc l'autre l'£- 
pée , ôc commencèrent un Combat qui 
auroit été funefte , fi la Comteflc de Dé- 
vonshire » ôc Mademoifelle Howard qui 
pafibient proche de cette Allée , n'euflenc 
entendu le bruit qu'ils faifoient » ôc ne 
fufient accourues vers eux : La Comtef- 
fe crioit de toute fa force au fecours , ôc 
ces jeunes perfonnes fe jettérent coura- 
geusement entre les Epées , pour féparer 
ces deux Rivaux. 

Mylord Stanley n'avoit pas lieu d'être 
fâché » puis que Lclic le préféroit 5 de 

pour 



DE WARWICK. 161 

pour le Coince de Pembroc ♦"• lors qu'il 
eue jette les yeux fur la belle Comtefle de 
Dcvonshire , il demeura fi furpris d'ad- 
miration > Ôc ta beauté lui fit fi parfaite- 
ment oublier Lelie ,- qu'il ne pût croire 
dans ce moment que. fou coeur eût jamais 
fbûpixê pour d'autres que pour celle qu'il 
voyoit, il l'avoit rencontrée plufieurs fois 
fans en être frappé au point qu'il le fut 
alors ; foit qu'il eût moins d'attention 
pour elle , ou que l'heure de fe rendre ne 
lût pas encore venue .- il prit fon Epéc 
par la pointe , & mettant un genoiitl en 
terre , il la lui préfema d'une manière ga- 
lante & refpeftucufe : Je fuis vaincu, lui 
dit-il , Madame * je vous demande une 
vie que je fouhaite d'employer à vôtre 
fervice. Je ne veux defarmer que votre 
colère , répondit- elle, en l'obligeant de 
fe lever : mais , Mylord , puis que vous 
me donnez la confiance de vous deman- 
der une grâce , accordez -moi celle de 
tous raccommoder tout à l'heure avec 
mon Frère i je fuis certaine qu'il ne tien- 
dra pas à lui que vous ne foyez Amis yôe 
les fujets de démêlez que vous pouvez 
avoir font fi légers , que je ferois bien 
honteuTe d'entreprendre cette afiàirc fans 
y réiiffir. Vous pouvez tout , Madame, 
répliqua le Comte : Je vous rends la Mat- 
trefie abfpluë de mon Sort. En achevant 
ces mots, il fit quelques pas vcrsMylord 
Stanley qui s'avança $ & fans entrer dans 

aucune 



»6* ,LE COMTE 

itfo»ne eipltcarion , ib s'ejnbraflcrenr & 
& parlèrent civilement. 
îh &'catreterioient tous enfemWc, lors 

rit Comtcflc d'Oxfort 5c k Comteffe 
Beth qui étoient furprifes de ne le» 
point, voir , Tinrent les chercher , âc fçû~ 
rent ce qui s'étoit parlé encre le Comte ôfc 
lcMylord. Elles lesprefierenc encore de? 
s'embraffer devant elles , àc fe rendirent 
dcpoÇtaircs de la parole qu'ils fe dùn^ 
notent d'être Amh. Le Comte faifoit cou* 
ces les avances, parce qu'il feflâtoit qu'il? 
trouverait un facile accès chez Moniteur 
de Dévonshire , quand il îroit avec fon* 
BeaU'frere. 

La Comtcfle d'Oxfort avoir donné ou 
été que Ton fcrvît un grand Souper datfs* 
k Sation : C'étoit le lieu le phis agréaMé 
de cette Maifon. Il croit orné de Peto- 
«urcs bi de Statues mer veilleufes. IlyàVbi* 
suffi un excellent Tableau de Pâchc. Le 
Comte île Penabroc s'en approcha , de te 
ttgardoit avec ptaifîr. Je crains , dit I» 
CeanccfTe deDévon4kre y que wrte Ten- 
ture ne renouvelle dan*v&re cfeur qMel» 
que mouvement de depfc contre iMon-fre» 
se. Ha , Madame , M dit il ! qu'il s'eftÇ 
tes que je ne foi* à préfont occupé <fe* 
fiijet de nôtre querelle : Non , je ne 1 fais! 
pas (enfible pour Lelie , je ne tfegre**? 
point ma Pfîché s mais qu'en voyant laflï-* 
licite de l'Amour , que je regrette y Ma-' 
dame 3 de n'être pas à f» place ; je- Wc£ 

ferois 



DE WARWICK. îô} 

ferok certaine mortelle q*i nie £a*ok fi 
fort au ddfas de toutes le* autre*, qtfil 
ne fout pas moins qfc'un îôuiiotftej po«f 
hit plaire. Vos dcflèinst font bien ôlma* 
Myfofd, re|iii9oa l^Coflocfle,. DMirc'eft 1 
on • cfRx de vôtre mérit c& 

ÊJk ne kfi laiû* pas. k temps de rie» 
ajoâcec à ce qu'A kit avoir déjà dk : Lee 
yeux de ce Carvalier s-'écoienr trop c*p& 
qnex ; Se <j*ejflfue foin qu'il fe donnât 1# 
rdfte de Ja -foirée peur êtroâuprès iFôlÈey 
Ion adeefle à l'éviter fm fi gtando , qia^rf 
la trouva* toujours âuet les Dames * Biéfr 
qu'il n'y parût aucune afàâarion* Un* 
laèfi* pas de s'en apercevoir > P Amour * 
des Lunettes d'approche qui portent loin? 
& qui découvrent ce queJes pwfonrwillï^ 
différentes neiçaurokftt feulement renUfr» 
oner. 11 éjoit peu accotUuœé à sfovvCP 
<W mairie* esiiréfcrvées : fei bonnes qu»- 
lisez, joint© au» char mes de fwf espiie * 1* 
gaxaniiffoicra de ee defegrément , te la 
pa&on qu'il venoir de prendre ètok en* 
cote fi nouvelle » qtfit fie flâta phi* fàuiù 
fais de fe voir heureux s'il s'appliquait à- 
le devenir. 

11 ménagea fi bien Mytord Stanley, qttit 
lomena chez 1* Comocife fa Soeur s mai* 
il eut moins de peine à plaire à Monfîeiw 
de Dévonshtre, pour lequel il n'avoit 
qu'une cojnpiatiênce de Politique , qu'à 
ceBe qu'il adorait. Elle obfervok mt fi 
jufte tempérament entre le bon accueil 
* Y qu'elle 



î«4 LE COMTE 

qu'elle lui taifoit , & une parfaite rete- 
nue nn'Jl n^« v ^:» :«_.:,. r -^ j^ r-u:: 



4e perdre le Hâtcur efpoir qui foûtenoit 
fa paffion. Il ne pouvoit l'écouter avec 
cotoplaifahcc 5 p U i s q U 'ji n 'ofoit même 
découvrir fes fentimens. 11 en avoir trou- 
vé cent occasions fans profiter d'aucunes. 
La crainte de déplaire à cette belle Person- 
ne , retenoit fon fecret dans le fonds de 
fon cœur 5 & toute fa confolation dans 
fi» peines, c'eft qu'il fc flâtoit qu'elle 
Ctoit également indifférente à tout le 
monde , que le temps pourroit lui don- 
ner des fecoursinefpérez , êc que tout au 
moins il avoit Je plaifîr de la voir fou- 
vent : Mais malgré fon filencc , elle s'é- 
toit bien apperçuë qu'il avoir, pour elle 
des fentimens particuliers 5 & peut-être 
qu'elle en auroit été touchée * fî le méri- 
te du Comte de Warwick ne l'avoit pas 
mife hors d'état de faire attention à celui 
du Comte de Pembroc. Voilà où les 
chofes en étoient , lors que le Roi aprit 
au Comte de* Pembroc qu'il aimoit la 
Comteflc de Dévonshire , de que le Com- 
te de Warwick l'aimoit auffi. Il le char- 
gea , comme je l'ai déjà dit , d'aller le 
trouver, & de tirer de lui une confeffion 
ingénue qui méritât fon pardon. 

Le^Comte de Pembroc fe fouvint aufli- 
tôt de la profonde rêverie où il avoir vu 

quel- 



, DE WAHWiCK. i6f 

quelquefois Madame de Dévonshire , des 
foûpirs qui lui échapoient , des réponfes 
diftraites qu'elle faifoit , & de fa joye 
quand on parloir du Comte de Warwick. 
Comme il nefçavoit point qu'elle leconâ * 
nût , il n'avoit jamais eu de foupçons 
qui puflent lui faire de la peine \ ce fuc 
dans cet unique moment qu'il pénétra 
l'excès de Ton malheur, & qu'il fe vit un 
Rival dangereux en la perfonne du meuV 
leur de Tes Amis, de d'un Ami que la co- 
lère du Roi étoit fur le point de perdre, 
pour peu qu'on l'aigrît. 

Il eut befoin île toute fa générofieé pour 
ménager les intérêts du Comte de War- 
wick s & peut-être qu'il ne l'auroit pas 
fait , fans que la paflion de fon Maître 
pour la Comtefle ne pouvoit pas lui faire 
de mal. Que n'auroit*il pas eu à fe re- 
procher , s'il avoit contribué à augmen- 
ter une difgrace qui le touchoit ienfîble- 
ment ? Il prie là-deflus fon Parti , &fa- 
crifia l'amour à l'amitié , réfolu de fervir 
fon Rival , tant qu'il feroit malheureux» 
êe de rompre avec lui dès qu'il cefleroit 
de Pêtre. 

Il trouva que le Comte de Warwick s'é- 
loit mis au Lit depuis deux heures : il 
avoit employé une partie de la nuit à in- 
struire fon Ecuyer fur tout ce qu'il dévoie 
dire à la Comtefle de Dévonshire de à la 
vieille Albine : Enfin il n'oublia rien } il 
répétaient fois la même chofe $ & l'ayant 






\66 LE C"0 M T^E 

fait partir , il croyoit prendre quelques 
monter* de repos , lors qu'il foc tnstr- 
rompu par le Comte de Pembroc. 
, Apres qu'il *ur raconté ce qui fc paH- 
fine : Ne longez, pas ; ajouta-t<- il, avoua 
jufttfier a*ar un déferai : le Roi fntacotn* 
mandé # c vous montrer les témoins qu'il 
t de votre paflion pour la Comtefle v éc 
dé vôtre msauralfe foi pour lui > il renc 
on feovoir ju£fu*à la moindre circonftan- 
ce : Il examinera en fuite 6*11 tous fera 
grâce ou jufttce. 

Le Comte de Wanrick frémit à h vôç 
des Biflats anrti aroic écrits à Madame 
Grey. La perfide m*a («cri fié, s'écria- 
trîl : Elle a eu raifon de croire que s*tt* 
n'avoir, été queftion que de Tes intérêts» 
je ne nu {crois pa? misen peine de les mé- 
nager j mais elle n'en fera pas moins pu- 
nie avec le temps. Il ne s'agit point de 
fonger i la vangeance , dit le Comte 9 il 
faot appâter le Roi. Comment l'appai- 
ièrai-je» répliqua le Comte de Warwick? 
Jl fçaic que j'aime la Comtefle de Dévon- 
ahirc i il ne lut refte plus qu'à lui faire 
feavoir : toutes les Puiflances de la Terre 
rjnTembiécs contre moi , ne me Croient 
pas renoncera cette paffion. Le Roi de- 
maflide , 'reprit le Canne de Pcmbroc, 6 
vous êtes *mé ? Akné, dit le Comte de 
Wanràek ! je-nVn^ai rien j otfcis fi «je 
ne le fuis pas , je ne défefpére 'point de 
l'ctre. Le Canne de Ptoibroc fonfroit 

plus 



DE WARIWÇK. tèy 

plus $ue la torture en J^ntendftn* parler 
ainfi. I! ne iailfoîc pas de s'étudier lifeica, 
qu'on ne fM>uvok remarquer le trouve 4e 
ion amé. 11 faut Ans doute, ajouta- 1. il, 
que vous ayez lié un agréable comrueree 
avec cette belle Per/bnije ? . Q cft vrai, 
dit le Comte , que je lui ai écrit , &qu'e^ 
le m'a quelquefois répondu. Tendre***** 
dit Pembroc ? Non , répondk»il - 9 ejfc 
cft pUifle de jeirçQnfpcaioji ^c de défi«q T 
ce. Cornaient accommodez -vous cefa^ 
avec la liberté que vous avez eue 4*e#tf<r 
chez elle lajiiuit ? Moi , décria JeCjcwq- 
*e ? Vous- même, reprit-il ; V&ejfsaîf 
tout. Hé i nue veut-il donc davantage, 
répliqua Mcmueur de Warwick , d'unir 
impatient ? Il veut , dit le Comte , u* 
détail e*aô qui l'inûruifc des chofes in*. 
portantes , & même des bagatelles.. 

Le Cprnte rêva un peu . j & le regar- 
dant en fuite d'un air allure : Mylordi 
iui dit-il , je rcfpç&e le Roi comme mon 
Souverain & mon Maître j Se faut ma 
wuer il ne ferait ni l'un ni l'autre fi j> 
vofc voulu i mais je l'aime auffi comme 
mon meilleur Ami. Je le fiiplfe d'avoir 
pitié des faiblciïts de mon cœur. JJ m 
confuke pas toujours la laifon pour ff 
donner. J'aimais la Comtefie de Dévon- 
sbire avant que d'avoir *çû les femi* 
inens que Sa Majefté avoit pour elfe 
Quand il me fit l'honneur de me les con- 
fier y il n'étoit plus temps de me guérir. 

Je 



168 L E C O M T E 

Je chériflbis mes chaînes , & je les ca- 
chots foigneufement , bien moins par la 
crainte de déplaire au Roi , que par l'en- 
vie de plaire à celle que j'adore. Enfin 
fon éloigne ment m'a jetré dans un fi noir 
chagrin , & me caufe de fi profondes rêve- 
ries , <jue j'ai eu l'extravagance de me dé- 
couvrir en écrivant des Vers , au lieu de la 
Harangue que SaMajcfté mediâoit. Ma* 
dame Grey a profité de cette occafioa 
pour montrer mes Lettres , & pour ef- 
frayer de me perdre : mais au fond <juc 
v peut-on me taire ? Tant que j'aurai la 
baffion qui m'occupe» je ne ferai fenfible 
a rien qu'à ce qui la regarde. Les autres 
biens , les autres maux , les récompen- 
fes.les châtimens > tout cela ne me tou- 
chera guère. Voilà peut-être la feule cho- 
fe que le Roi ignore dans cette Intrigue* 
Veuillez lui dire de ma part , c'efi aufïï 
la feule que je puis lui mander. Le Com- 
te de Pembroc touché d'amitié pour le 
Ctmte » le pria de tenir une autre con- 
duite, èc d'appaifer Sa Majefié par un dé- 
tail fans réferve. Il répondit toujours 
qu'il ne pouvoit parler autrement 5 qu'il 
n'étoit pas heureux : mais que s'il arri- 
voit que fa Fortune devint meilleure, les 
plus cruelles menaces n'arracheroient pas 
de fa bouche un mot qui pût intérefler la 
gloire d'une perfonne h chère > qu'il 
voyoit avec un déplaifir mortel > que le 
Roi étoit prévenu d'une très-méchante 

opinion 



DE WÀRWICK. 169 

opinion pour lui » puis qu'il le croyoic 
capable de Taconcer les faveurs d'une Da- 
me.' Le Comte de Pembroc lui reprefen- 
ta les fuites fâcheufes defon opiniâtreté. 
Il lut die qu'il alioit attendiele coup avec 
tranquillité , qtfil auroic par ' devers lui- 
la fecrette fàtisià&ion de n'avoir tien à fe 
reprocher. 1 

Toutes ces réponics ambiguës laiffoienc 
floter Monfieur de Pembroc entre la crain- 
te & l'efpéraiice $ il croyort quelquefois- 
que- le Comte n'étoit pas tUm JicurciiK 
.que lui , te d'autres fois il ne< doutoit> 
point qu'il n'cAt quelque certitude de plai-i 
ré » il ne pouvoir cependant s'éclaircir. 
mieux 5 &plus il s'abandonnoit à Tes ré- 
flexions , plus il pénétrait des myftércs 
affligeans : Helas , difoiMl , je n'ai .ja- 
mais ofé parier , je tfai pas même per- • 
misa -mes yeux d'expliquer l'état où je 
fuis , te le Comte de Warwtds à. écrit à 
la Comte (Te •» il Fa entretenue au milieu, 
d'une fombrenutt. Bien qu'il ne laie pas 
abfolumcnc* avoiié , en puis Je douter: 
acres l'Avanturc qui lui arriva- d'être ar- 
rêté par le Guet ? Ah voilî ce que me 
côûtt ma timidité - r Je #lénce plein de 
rc/peft que j'ai gardé efepçaif comme 1 un 
drime. 11 fe deioloit te, eevini i Widiall 
adifiatermiqws-'iieik&ô'ifiaiadéir; 

Le Roi le regarda irVed ésgsnuanàfct v it 

ne po»vok ^empêcher de ioplçavoto bon 

gsé d*$tre t un fi parfeic Ami 4 te lérs qu'il 

'" Tsnie /. * H rendis 



i 7 o LE COMTE 

rendît compte à Sa Ma jrftc de ce qui s'é- 
t ait patte, il n'obrait rien jww l'adou- 
cir 9 êc trouvante. ftcrec.de ponçr te Roi 
à ne pas exiler le Comte aufll loin qifil 
lUurait réfolii. Jl le fuppliamêrçc4el;cn- 
voycràChelfey ; mai* fc&pi ftawit tretp 
le. plaific qu?u goûtait dans cejtjrc belle 
Matfon. Il fe détermina de l'envoyer à 
Cacrleon : Cétoit autrefois une grande 
Ville daniJa. Parité Ja .plus .méridionale 
dcJa Pfbviacê de Galle t fanée fur fo&te 
vierc dlUtqoe. i/oji^y ^ .t^uypit: <j*iç 
des masures & de ttiftes débm de 1' Amti- 
qùirç peu ; propres àilogjçr un hpittme aufli 
accoutume que lui a la magnificence ( ôc : 
ait bon goût. 

.SaiMajefté irritée* commanda au Com- 
te de Pembroc de retourner fur te champ 
ehe* le Comte de.WtfwjcJc, * Juidire de 
fil part de partir date deux heures: 4c de. fe 
rend/eà Cacxleotf. .JJ he£taJMJ accepte- 
roic cette commiffion ,, ouis^lnjpplieroît 
le QLoi d'ea charger un autre .; Jtfcisdana 
h crainte que fon Ami . ne reçut bas cet 
Ordre avec toute la foûmiûioa qu il 4e- 
Toit y & qu'on .n'en rendit un. mauvais 
compte à 5anMajcflé\, ennuë de ruinée 
un Favori difgracàé * ce $*i fc pratique; 
prctque toujours parmi toljC^ircifan&vil 
aima mieux que Je xhoixtQWhh fèg lui», 
â£adoaBfinager£es intérêts/ y . ..] 

» 14! crut nécefîauTcde dire au .Comte 4e 
Warwiçjk de certaines chofc* quipréec- 

: * r; ' -i ' i*"" .. ..-dent 



DE WARWICK. xjt 

dent ordinairement les mauvaifes nouvel- 
les. . A quoi fervent vos ménagement, 
Mylord » v^riaf-t-il , je vous ai dit ce 
«patin que je ne pouvois être couché que 
4e ce oui nvp.it quelque rapport avec Ma- 
dame de ÉMven)birje | s'il ne lui cft rien 
arrivé de fâcheutf ,* parlez fans crainte» 
car je fuis préparé à tour. Il s'agît de 
vous éloigner > Jfcii dit le Ooite dePem* 
broc en i'etnbraû^nl ? j'en fins «vîx >Le 
Hoi ar^ibeu la, bonté de «ne choifîr utt 
Jieubien écarté du monde ? nn DcfcrtotT 
jepujfle rêwï: jour&ituit., eùjepuinb 
ftHipiflcr, 0c me.plaindre.de ne voir phta 
k Goftit^ffQ.é où je pttifle enfin éviter 
cette dangereufe Favorite » dont la» pré- 
ftnice mfttearoûjoérs odieûTc. Vos &u« 
rjaits fo»jt nrtnplis» dit te Comte dCtFem^ 
btpç , Ocrîeoateft l'endroit que le. Roi 
ro4rquiP4i<our J yètiie<«il» ttltosurquoifout 

Eirûtfe'daitt dieux Jteoretv :/Lfc temps ^ib 
itttvcojirr>îiJt m'importe, dtaloCbitite^ 
jr/er«Loharnié flojrevo^r lat Rivière d'Uf. 
que , ce Séjour- tût. fait un plaifîr mer- 
mJleux.: allez(,, mon cher Mylond t en 
aflurcr Je Roi » fcque dans deux heurea 
jfi mci^ai:plusii:Lûûdres. Ua fc dirent 
qitadicttibrf Hciadte-, Le Comteignoroifc 
que Pembroc fcfcion: BivaL ?Aiijfi rie» 
çft stoppofQÎtid dfamjiBâ qntâ *vqtt. toû- 
jfturaeuë poralufrjUpaBtit ?vec'tam éfê 
pr4cipit*ûoii * jjlrt laie ^voulut pas même 
Avertir l'Archevêque ^Yorcki te je 

ïi * Mars 



tji "LE COMTE 

Marquis de Montaigu Tes Frères. Il àa- 
»oit appréhendé qu'écanr piquez du mau- 
vais «raircment que le Roi lui faifoit , ils 
ne reuflfcnt-preflé de pafler à Calais donc 
U «tok Gouverneur, de chercher dans la 
frotetttoft du Roi de France, les moyens 
de fë vanger- d^Edouard. 
• l/Ecuycr du Cotntc de Warwick arri- 
va à Twitnatn chargé des Lettres de la 
Ducheffc de Norfolk , pour Madame 
d^Anglefey : mais il ïie' vouloir pas les 
préfenrer , dans la crainte d'être connu ; 
filesrfotina au» Jardinier François; qui 
•afibit pour fon Maître > de il le tint ref- 
peâueufement dans un coin de* 4a Salle 

aflèx obfcur. - 

La Comtcffc d'Angkfey viravec pMffir 
Jes Defleins que le Jardinier lui montra ; 
elle en choifte un pour fon Parterre ; Se 
loi dit qu'il felloit commencer «éès le lefr- 
dcma|n. Cela ne faHbir aucune peirte 1 p 
cet homme qui étoit m f ôun ce rravâit*» 
mais Btrincourt ^'y wouva fon »eu$ »- 3*. 
commeon vouloir quils avançaflen* leurs 
Parterres » il y avoir «oûjows quelqu'un 
chargé de les prefler j. de forte "qu'il étoit 
obligé de bêcher -, d*ar*acher n'es *fctfees,l 
de planter des Buis ,.'&trjb y: manque^ 
en le quérellbit rudement : •'" ^ '• - ;» 
J II vayoit tous les jouris fa Comtcfle d£ 
Dévxmsmre, qui fe priômtWMfc d^A^ttir 
mélancolique dans les Allée* les plus fom- 
bres d'un Bois^, qui ternunbit le Parter- 
re: 



DE WARW1CK. %7i 

re : C'ccoir un endroit tout propre pour 
l'aborder, s'il n'eût pas apperçû des Sur- 
reilfans de tous cotez qui l'auroient dé- 
couvert : Pour Albine , elle fut long- 
temps fans paroître > une Fièvre lente là 
retentit air Lit * y ainfî le Comte qui aft» 
rendoit des* nouvelles dans fa Solitude» 
n'en recevoir aucunes qui lui fiflent du 
plaifir. 

Berincourt fçàt qu'Albine étoit mala- 
de , il lui fit dire par une Fille avec la- 
quelle il mangeofe quelquefois , que fi' el- 
le vouloit il la guériroit , qu'elle foàfhrlc 
•qu'il lui appliquât des Herbes fur les bras, 
qu'elle en verroit un effet merveilleux. 
Bile le fit appcller : Après qu'il eut fak 
quelques fuperfticieufes Cérémonies, il 
lui mit des Herbes, & dans ce ro&ive mo- 
ment i il lui fit briller à fes veux la Ba- 
gue dont Ion Maître Pavoifc chargé pour, 
•elle , qu'il tenottdans |ç fond 4e fa main» 
êe éonrk vieille Albine demeura fi éblouie, 
-qu'elle n'eut plus de repos jufqu'àce qtl*cl- 
-k fAt dans le Jardin., où elfe appella le 
garçon Jardinier pour l'aider à marcher, 
*& pour parler , difoit-clle , des divines 
Herbes dont il i'avoit guérie. 
. Dès qu'elle put l'entretenir., il lui die 
que > le Comte n'avoit plus d'efpérânce 
jqu'enfon fecours ; qu'il venoit exprè* 
ipour l'informer de tout ce qui le pafloit ,• 
qu'il femoic une vive douleur de n'avoir 
pas reçu des nouvelles de Madame de Dé- 

H 3 vonshirc 



174 tE CO M TE 

Tonshjre depuis Ton déparc , ôc qu'il V&- 
*oK chargé d'une grande Lettre pour fa 
JMeî.iïcfie 9 & .d'une Bague pour jelte* Ù 
aft arrivé tant de choies » répondit AU>%- 
pe , depuis quekjue f tempr $ & Madame 
Ja. Çomtede m'a fi expreflémem défendit 
.d'avoir aucun commerce a*ec Mylord 
fComtt , qu'ajoutant à cela iïmpoffiWùé 
d'écrire fans être découvert par tous nos 
Argys , jVif été contrainte de me taire» 
quand je mouroi* d'en vjc de .parler^ ( . } 
Elle lui. raconta au flj-tôr. lacpnvcr/atipn 
idu. Capitaine du Guet afee JeCqtnre 4e 
Dévomhire, l'Avantur* dt |* Tabatière 
A: du^ Portrait } enfin , ces/jajeufies dp 
jConge , la doulqur de>te Comtcffe » 6c 
les réprimandes de 4à Mère. Comment 
ferons-nous , ma chère Albine , lui dit 
Beriricourt * mon Maître mourra fi v4- 
tre Mai t rdk le traite aVet tant de rigueur* 
çhaig cz-vots.de grâce de me ménager un 
.montent . pour l'dntrctenir , ou prenez on 
Lettre*' & ; m'en rende* réponfc* Je ne 
▼ous promet» rien , dit Albine $ cepen- 
dant comptée fur mon zélé. 

Leur convcrfati&n icroit devenue fuf- 
pede fi elle avott été plus longue* Albine 
„ ibrtit du Jardin», mais elk y revenoittous 
les jours fc, de fur de légers prétextes, ;d- 
Je entrecenoît Berincourr r J'ai déjà die 
flu'il éepit fort bien tait „ malgré le Soleil 
^ui le jioireifibit comme un More » & la 
pane qu'il prenoit à travailler ; ilnclaiflk 

pas 



DE^WARWÏCK. i7* 

pas de plaire' à cette vidiHc Fitte 5 elle 
penfk que rïer> n'étoit plus convenable 
<]u'on MaY&gc entre le Confident & la 
Confidente de deux perfonnes qui s'ar- 
moienr. & qui étoient fon? riches , que le 
Comte? pou voit faire beaucoup it hitn à 
fort Ecuyer , &*jue la Comrefic n'auroit 
pas moins de bonté pour elle ; enfin elle 
le mit cette affaire fi avant dans la tête, 
qu'elle ne longea pas à» celle du Comte de 
Warwick, de lors o^ue Berincourt la pf€ft 
foit , elle répondoit qu'îlyavoit de gran- 
des mefures à prendre. j : ' 

Qiie vous iuVjè fait , lui difoit-it , pour 
me retenu ici? Je - f Usa dans un péril évï- 
derre fi l'on me reconnaît * je travail!* 
depuis le Point du jour , jufqu'à la rlirir, 
je m'ennuye d mourir , & je vois; bien 
que vous n'avez aucune envie de fervît 
mon Maître. Que vous êtes impatient* 
lui dit eilc, &que vous taie paroitïcz. peu 
touche des foins que je me donne de vous 
Tenir parler à tôt» moment ? Bêlas ! fi 
vôtre cœur étoii fenfible à la rcconrioif- 
fance comme le mien , vous pcnferieztfti 
peu «soins à vous eh aller , & vous pro- 
fiteriez mieux de vos* avantages. Berhv 
court , à ces mors , fMMfui 1 & Pomr <F& 
dater de rire , il ne s'en emp£6ha qu'a"^ 
vec peine , de îè contenta de lu* répo». 
dre , qu'il n*écok? pas rapatle de occu- 
per d'autre chofe epe des intérêts 1 defofc 
Maître 5 mais qu'il lui premettoit à l'a- 
il 4 venir 



176 LE CO MT E 

, Tenir tous fcs foins , 6t Qu'elle autoittieu 
de connoîçre qu'il l'aimoit patiionnémenu 
t Albine ne fçavoit fi elle devoir le croi- 
re ou douter de ce qu'il difoic : Qui peut 
•m'affurer que vous mimerez , répliqua* 
celle , fi vous ne m'aimes pas déjà? Une 
paffion de commande me ferofc bien fitfc 
peâe i il lui dit. là-defilis que la voir Se 
l'aimer n avoienc été qu'une même chofe 
pour kii 5 que fi elle le renvoyoit prom- 
peemenc , il crouveroit moyen de revenir 
exprès pour lui faire (à cour i enfin elle 
fe détermina â ce qu'il fouhaitoit. Dès 
le foir même elle apric à Madame de Dc- 
^ronshire que Ton filence & fa froideur ne 
pouvoienc rebuter le Comte , qu'il avok 
tout tenté afin d'avoir de Tes nou relies » Ôt 
que (on Eeuycr s'étoit travefti pour lui 
rendre une Lettre» dont elle s'étoit char* 
gée. 

A ces mots la Comteflè changea de 
couleur : Voulez-vous me perdre , Al- 
bine» lui dit elle ? avez-vous oublié tout 
ce qui m'eft arrivé , pour avoir eu moins 
d'exaditude que je ne devois ? Bien que 
je n aye rien d'eflenciel à me reprocher, 
c'ett toujours trop que de donner lieu aux 
foupçons : Ne me parlez plus de Mon- 
iteur deWarwick, mon indocile coeur ne 
m'en parle que trop* Quoi , Madame, 
lui dit Albine » vous refufez fa Lettre? 
Oui » je la refufe ,. répliqua r-elle , ren- 
dez la à celui qui s'en eft chargé , êc lui 

ordon- 



DE WARWICK. 177 

ordonnez de ma parc de partir inçeflàm- 
ment. 

Albine «ne demeura pas médiocrement 
furprife de cette refolution : Vourferez 
caufe de la mort du Comte , lui dic-clJe, 
ou bien il fe portera à quelque extrémité 
dont vous vous repentirez toute vôtre 
•vie ; & depuis quand , repartit la Com- 
.refle d'un air de colère , cft-il permis de 
persécuter une Femme qui ne veut aimer 
que Ton devoir ? Latikz moi K Albine* 
je me fais une violence qui me tue :■* mais 
qu'importe * ajouta- 1- elle triftement , je 
n'ai rien qui me rende la vie agréable. En 
achevant ces oiQtsfcs yeux s'emplirent de 
larmes : Albine crut que c'étoit un mo- 
ment heureux pour faire ouvrir Te Paquet 
du Comte : Madame > lut dit-elle, en fe 
jettant à-fes pieds ^ ne rerufez point de 
lire cette Lettre , Monficur dcWarwick 
croira que vous le méprifez : de quelle 
manière un homme û fier pourrat-il di- 
gérer un traitement fi dur ? fon amour 
le changera peut-être en haine. Hé qu'il 
me haitfe , s'écria» t-ellc , c'efl tout ce 
je que lui demande. Son .coeur alors preflë 
-de douleur , ne pouvoir plus retenir fes 
foûpirs. Albine étudiait tous letf raouve- 
.mens de fa Maitretfe * elle continua de 
]a prefler > & lui dire mille raiforts pour 
l'engager d'ouvrir ce Paquet.* Enfin, 
voyant que la Comte fle refufoit de le fai- 
re, elle prit le Parti de lire la Lettre tour 

H s b * ut: 



* 7 « LE COMTE' 

haut t fille eue la foibleûe de L'écouter ; 
mais elle n'y voulut jamais répondre. 

Albinc rendit compte aBcnncourt de 
la Scène qui s'étok paflée ; Il trouva de 
h vertu & de la tendrefle dans le procé- 
dé de Madame de Dévonshire. Il Jie pût 
s'empêcher de la plaindre i de il auroic 
bien voulu que fon Maître s'en fût déca- 
ché. Ii ne latâà- pas deuprter la.>vieillc 
Gouvernante de faire de nouvelles ten- 
tatives pour obtenir quelques lignes de 
fil main. • EUe a'obnrit ni raifons Ai priè- 
res. La Comtcflc fâchée de fesimpor- 
tunkez v la menaça de dire à fon Ma* 
ri la perfécution qu'elle lui: fâuott j de 
forte qu'il n'y eue point d'autre Parti à 
prqndre pour Bortncourt , que celui de 
s'en retourner.' • t..- . -* • > j 
- Pour faciliter ce départ > le Jardinier 
JFratiçois qui étoitavec lui, fergnk d'a- 
voir btfohv dé plufietlrs chofes qu'il lui 
cnvoyojt, difoic-il» chercher à Londres: 
Cependant Berincourt< ne fçavok rien de 
l'exil de fon Maître. Quand il en fut in- 
formé , il fc hacadé l'aller trouver à 
Caerjeon. Oniui dit en arrivant qu'il fc 
ipromenoit au- bord 'de ta Rivière d'Uf» 

Sue : En effet , il Fappcrçût fous des 
aules de des Peupliers , dont l'écorce étoic 
'déjà toute chargée des Chiffresde IaCom- 
tefle * fie des Vers qu'il avoit faits pour 
elle. Le Comte en le reconnoiffant n'eut 
pas la patience de l'attendre > il courue 



DE WARWÏCÏt. 179 

ait devant de lui » <8c lifi demanda h ré- 
ponfe de Madame de pévoiwhir'e , mais 
Berincourt qui n'en appoctoit point , le 
fupplia d'écouter ce qu'il avoit à lui dire. 

Ce récit leîerta dans une profonde mé- 
lancolie 5 il fc crac encore plus malheu- 
reux qu'il ne rétoit. Il' penfa qu'Albine 
par des motifs d'intérêts , aroit compofé 
tous les endroits flateurs de la converfa- 
rion qu'elle? difoit «voir eue arec fa Mai- 
trèfle ; mais qu'il étoit vrai qu'elle ne 
festoie pour lui quederindrffcrenccpuis 
qu'elle ne lui avoit point écrit. Cette 
opinion fefonifia fi fort par mille circon- 
{tances , que fa douleur devint extrême* 

II pafia ainfi trois jours voulant une 
chofe , en voulant une autre. Enfin il 
fe détermina à renvoyer Berincourt chez 
la Comtcfle , & à hn écrire des plaintes 
fi refpeâueufcs qu'elle en put être tou- 
chée. Son Ecuyer qui n'aimoît point cett» 
tecommiffion, lui repréfenta inutilement 
qu'il ne réuffiroît pas mieux dans fon (è* 
cond Voyage qu'il avoit fait au premieri 
Il lui reprocha fon peu d'afôâion 4 4e le 
fie partir toujours déguitô en Jardinier* 
afin de irttre pas connu. ■ t 

Pendant fon abfence Madame de £)& 
vonshire qui «oit grofle , s^étoit bteflee» 
elle en avoit penfé mourir j/dc forte que 
Berincourt étant arrivé , A Urine lui die 
que fa MatereCe- aurait beaucoup de pei- 
ae i trouver, une heure favorable pour 

H 6 P 



i8o LE COMTE 

l'entretenir , 6c qu'où la laiflbit rarement 
icuic : mats , ajouta telle ,'ce qui cft 
heureux , c'cft que je vous Terrai fou- 
Tcnt s que nous prendrons des mefurcs 
pour nôtre Mariage , ôc que fi nous ne 
faifons pas les affaires du Comte de War- 
wick & de la Comcefie.de Dévonshirc* 
tout au moins nous ferons les nôtres. 

Ne comptez pas là-deflus , lui dit-il 
d'un air chagrin $ ma Fortune dépend 
d'une heurcufe négociation , & je ne pcn- 
ferai de ma vie à l'hymen , que mon 
Maître ne foie content. 

Ces paroles donnèrent une nouvelle vi- 
vacité à la vieille Albine > elle aprit à Ql 
Maîtrefle le retour de l'Ëcuyer du Com- 
te : cette nouvelle la jerta dans le dernier 
chagrin. Elle lui détendit abfokiment de 
fc charger de (a Lettre • 6e Lui dit que s'il 
ne partoit en diligence , elle l'en feroit 
repentir. Enfin la chofe parut fi férieufe 
à fa Confidente » qu'elle dit à Bcrincourt 
dé s'éloigner au plutôt , de que tout ce 

3ue le Comte tenteroit à l'avenir devien- 
roit inutile, parce que laComreûcprofi* 
toit de fon ablence pour écouter fa raifon ; 
Qu'elle fe'détaehoit tous les jours de lui, 
& qu'elle ne vouloir, point lire des Lettres, 
dont le caraâére paffionné lui rappclloir 
une idée trop chère U trop danger eu fe 
pour fon repos. , 

Berincourt n'avoir guère de chofes à 
répondre à ce que lui dtfoic Albine 5 mais 

a 



DE WARWICK. iSt 

il connoiûoit trop bien leComte pour re- 
tourner fur fes pas fans, .avoir une réponfe 
-plus confolame à lui porter. Il lui rc- 
préfenta qu'il, n'y auroit rien de plus re> 
œarquable que Ion départ s'il le précipi- 
tait fî fort , & qu'il confentoit de s'en 
aller , pourvu qu'on lut donnât le temps 
qu'il jugeott néceffaire. Albine fit fi bien 
que Madame de Dévoftsbire goûta les rai- 
tons de Berincourr. 

- La Comtefle avoit pris fur elle tour ce 
qu'on y peut prendre , lors Qu'elle réfu- 
te avec tant de fermeté , de lire les Let- 
tres du Comte de Warwick ; quelques 
defîrs qu'elle eût de l'oublier , & même 
-de le haïr , il eft certain qu'elle fentok 
toujours dans fon cœur une fatale préven- 
tion pour lui. Non , difoit-elle à ià Con- 
fidente , qu'il 
Vouloir, crainte de taire encore pis * s'il 
s'y .Qgpojbjc par des raifons que l'on n'é- 
coute guère * lors qu'on cft frappé de ja» 
JpufiÇf^iAwil ItqnV.il k caojnt» «dciiic 
foint , trpubkr tp *t; le t epo«\4Hk Mat foà 
j#r un^Ha*. Il ùvrcprwnm qbc&Cook 
ceffe ,a,v<9t afpm ttW eûtoie gênéraie*. que 
£QAçrquvofe 4ains t tqiH le> mander quelle 
j^ondojt amibien à, rédu<£tiori qacMi* 
dame la Mère lui avoir donnée; que pour 



DE WÀRWICK. .*£ 
peu iju'il te déchaînât , ie Éublic qui èîï 
toujours mauVais , fer oit des Contes ou- 
trez ôc des Môiîûrès d'un Moucheron ; 
qu'il, falloir; tenir ', à fon avis ', une con- 
duire fine Ôc adfoirc qui pourroit les 
brouiller le Comte 'ôc elle , au'on voyoic 
bien par ce qu'elle lui mandoit ^ qu'elle 
vouloit préférer fôri devoir â toutes cho* 
tes \ôc qu'ainfr, pourvu qu*6n y tra4 
-vaîllâc » elle prcndrdtf %n Parti i coup 
îçur? Enfîft il fut' réfolu entre le Comte 
de Dèvonshirê ôc le Chevalier '> de gar- 
der un profond lîlencc à l'égard de là 
Camrefle , & d'écrire d'un caractère de 
Femme ce peu de mots au Comte de 
Warwick:* r *'■< " ' ' : j ï :■/ 

: : j: »••«,«:' : J ." ï. .'ff' "ir.-ï 

iaiffeh-mèi e& repos > je ne vedk uxntÀi* 
entenurè parler de'voM. ,.\\ A 






Ils plièrent. le Papier ôc refirent lc^Pa- 

2uet tel qu'il ctoit , ils le fermèrent d'un 
lachet tout.fembîabfe à celui dont' la? 
Comrcfle s'étbît fer vie } cVr *IcV Èorriîà 
oui lclu? avdft'âojîiïé éfâfcprftffflâe 
forte que tout a$int éttfrehSïs^slàilo^ 
ché de Beriridoïift ;**ds bail 'cÔrènféM 
du lé moindre frf dit ^Irpfrir' comme ff 
avoir, fèfolû ,•« fé* réfidk promptementf 
auprès de fon Maître /donc il ctoit at- 
tendu avçc la dernière impatience. Qtid-' 
le fut tfrfaMfi *tôn rtfïemuTierit à j «fl 
featfre i d'ftir«e»§c*ïî èàr^lî f ^«Etf? 1 



194 LE COMTE: 

fcnné ! Quoi , s'écria-t il , barbare , je 
fbuffre poifr vous un Exil cruel ? jjc Cuis 
mai ,dan$ refprit du Roi , j'étois difpo/3 
à facrifier mon repos & ma Fortune au 
plaifir de vous plaire , vous le fçavefc* 
mes Lettres & mon empreiTemcnt vous 
font àflez die > & vous ne me témoignez 
gue du facpris* Non\ non, ne croyez 
pas. que Je ibis ijoc^pablc de vous oublier; 

1e romprai vos Cpajnes » #' Je «n'aurai oûp 
a honte de les. avoir portées. A ajoura 
mille reproches à ceux-ci , U reftâ plu- 
sieurs jours comme un homme hors du 
fens > qui croit combattre un Phantome, 
ic, qui fe trouve quelquefois vaincu cV 

Quelquefois vainqueur 5 il ne pouvoir (ç 
éterminer à prendre aucun Parti \ il 
paiToit l« nuit? au, bord de la Rivière 
d'Ûfque, parlant aux Arbres à aux Ro- 
chers , fans Ravoir bien fouvent ce qu'il 
difeit. ... 

.«Enfin cette Ke vie ? la plus dangercu- 
fe de toutes , commença de fe ralentir 

5 eu à peu | $ la, raifon qu Uâ^voit pas vue 
epuij* lojog-tem^s fe mpiura ,tout d'un, 
coup & f le charma»' Ceit aJorsau^T eut 
pitié de fon Son & qu'il ça rellentiç l'a* 
mertume i ce Dcferr qui luiavou^pa^ufij 
aimable, n'eut plus 'pour lui que des cfe- 
fagrémens infinis j il avoir juflqùes làe/rou- 
vp les jours trop courts pour longer, à, fa 
pifôon , il les tro#voic d'une longueur 
ii&pportaWe j 'ft s'il PVtfwi # Çorn- 



DE WARWICK. 19; 

tefie , ce qu'il faifoit malgré lui , ce n'c- 
toic que pour chercher fcs défauts. 

H n'avott pas daigné écrire à fcs Frères 
pour les prier d'agir en fa faveur auprès 
du Rot ; il tint alors une conduite fore 
difîeiente; il envoya Berincourt pour par- 
ler à routes les Perfonnes qui pouvoient 
le fervir , Se particulièrement au Comte 
4e Pegiabroc : U le pria de dire au Roû 

21CH ctok prêt devenir à fcs pieds lui 
lire un aveu fincéredetout ce qu'il a voit 
voulu fçavoir de fes A vantures , êr qu'il 
promectoic à Sa Majefté de n'aimer jamais 
£1 Comceffe de Dévonshirc. 

Ces nouvelles causèrent une joye ex* 
ceffive au Comte de Pembroc j il fc 
yoyoit délivré d'un Rival fi dangereux, 

Îu'il n'ofoit fe promettre -d'être écouté 
ivocabkment tant qu'il Pauroir. Il parle- 
au Roi avec tout le zélé poffible, mais lé 
Pyince n'accorda pas fur le champ un re T 
tour demandé fi tard $ il voulut que là 
pénitence égalât la faute, &que le Com- 
te réitérât des Prières qu'il avait même 
felen de h peine £ écouter. i 

v Après que le Chevalier eut tiré parole 
4lA Comte de Dévonshirc , de s'obfervet 
ô fore qu'il ne lui échaperoit pas la plus 
fcgéce marque d'indifférence S< de colère 
à regard de fa Femme , de qu'il fat con- 
venu avec &n de ce qûfl devoir faire , il 
retourna » Londres H revint au bout de 
quelques jour* it> <8*étW'dans* ietemps oS* 



ï 9 * LE C O MT E 

]e Comte de Watwick avoir été rappelle* 
cV que les Amis du Coince deDctyonshire? 
lui mandèrent Ton retour. Ils ajoûcotenr 
qu'il, n'avoit jamais paru £lusgai # & qtfit 
«oit déjà devenu amoureux d'une des Fil» 
les d Honneur de Madame h: DucheflTe 
dTorck , qui étoit jeuûe , enjouée , ÔC 
de fort bonne Maiibn. 

Le Comte de Dévonsbïrc fut bien zïïk 
déliré ces Lettres derarit fo Femme ; clr 
le travaflloit à dcs.FJcurs qu'elle faifoic 
avec, une adrcfle.egtremci: mais elle fut 
tellement frappée 4©ceî Qu'elle entendoît, 
quelle peignit des Rodes de bleu , les feuil- 
les de violet , les Jafmins d'amarante» & 
les Jonquilles de verd > elle monta fort- 
Bouquet coût entier fenss'appcrcevoirde 
Cette meprife.'- Le Comte ne la voyoic* 
flue cfpp ppur.fon repos ^ & it a&roïtf 

erut- être éclaté dans ce- moment , fi le 
hevalier d'Hereford ne fûc entré dans la 
Chambre. Sa préfenec retint/on dépit» 
il lui raconta peu après le fujec qu'il a voit 
eu d!en .avoir. Non, difoit»il » je ne dois 
plus me flâter, cette Ingrate l'aime , die 
Vf m'a cme trop, découvert k fecret'xle 
jfon cœur , r & faut que je rue: frange. Le 
Chevalier, alîarmé employa: Les '.Pnéres les 
plus prenantes pour lui faire prendre urr 
autre Parti. 

. ' Deux jours aptes , comme le Chevalier r 
4'Hereford fe promenoir avec elle , fc 
flu'il eut une pccafion/^vorable^ereptrtK 
si * il. tenir:. 



DE WARWIdK. 197 

tenir, il lui dit, qu'il étoit fâché de lui 
apprendre une chofe -chagrinante : mais 
qu?il le reprochoic de ne k pas avertir 
que le Comte de Wanrick irtcnâgeoit fi 
peu fas faveurs , qu'il montrait Tes Let- 
tres $ qu'il y en- avoir twiequi étoit par 
bonheur tombée entre fes mains , quli 
s^étoit opiniâtre à la garder , & qu'il ve 7 - 
noic exprès pour lui rendre. Pendant ce 
difeours y la Comtcffe eflaya de* payer de 
Jiardieffe , ne feachant encore s'il difoit 
wai , ou s'il n'avoir point été engagé 'par 
Monfieur de Dévonshire de la jetter daA*- 
f«c embarras., pour voir comment elle 
^'en tireroit : ;ma« qaand lelle appérçfit 
fort écriture , Se qu'il nV eut 'plus lieu de 
douter, elle devint d'abord auffi pâle que 
£ elle eût dû mourir ; ârfen Peint fe ra- 
nimant en fuire d'un rouge extrabrdlnaî» 
re » ellelaiiTa, row dans fes yeux tout ce 
que la fureur; y peut mettre* de plus Tif. 
Mes intentions ont été trop pures , "dir> 
die au Chevalier *ilors que j\d- écrit ce 
que vous me rapportez , f ou r> vous nier 
de l'avoir fait j & j'ofe rrre flârer que fi 
Ton examine bien ce Billet , -il me fera 
plus d'honneur, qu'il ne me fera dé tort ; 
je ne laifie pas* de connoître dans ce ren- 
contre le mauvais carâclèretHu Comtede 
Warwick , coudre lequel je jure une ha^ 
ne, implacable. Il faut qu'il fck le plus 
mal-honnête homme de tous les hommes» 
ppuor m'aYoir fait une pièce fi fanglanre* 

I 5 mai.* 



198 LE COMTE 

mais il ne fera pas die qu'il m'ait vbufo 
perdre degayetede coeur*, (ans éprouver 
les effets de mon reffentimenc. Madame* 
répliqua le Chevalier , s'il m'eft permis de 
tous donner uncanfeil utile pour vosin- 
«èrçt$ ; aouffer cette affaire , afinqu'el* 
le ne yienne point jufqu'à Mylord de Dé* 
vonshire » vous içave* qu'il cil fort dcli* 
cat fur de certains Chapitres ; & dans le 
dernier Voyage que j'ai âk ici , il m'a 
raconté quelque chofe de (es chagrins. 
Croyez» moi, Madame, le meilleur Par* 
ai à prendre , pour une. perfonne de vô- 
tre naiflanec & de vâtre âge » c'eft de ne 
faire jamais parler d'elle ; le monde ne 
manque point de sens qui interprètent les 

Î>lus innocentes actions, dans un fensejui 
es rend criminelles : vous avex à plaire 
à une nombreufe Famille , le mojtn de 
jnériter fon Approbation , c'eft de ne 
vous point donner en (peâacle » & que 
l'on n'ait pas à raconter à la Cour , la 
Comtefle de Dé vonshire a firit aujourd'hui 
telle brufquerk au Comte de Warwick 4c 
demain telle autre » parce qu'il a montré 
une Lettre qu'elle lui avoir écrite. 
Pendant qu'il parloît ,. elle tenoit fes 

2 eux batffeft, dont il fortoh de grofles 
irmes qui s'arrêtoienr fur fes iouës , eU 
le regarda en fuite le Chevalier d'un air 
qui marquoit aflez, qu'elle fçavoit fe pof- 
ieder , & elle le remercia des conlciis 
qu'il lui donnoit, l'affurant qu'elle n'ou- 

blieroit 



DEWÀRWrcîC. 299 

Wieroic rien poui: en J profite* ; quefaréi. 
fblution étoitprife, qu'elle ne voyloit pat 
aller a la Cour, & qu'elle paiTeroulerafte 
de fa tic à la Campagne. II lui'dk qu'il 
ne falloir pas fejetter tout d'un coup dans 
écs ferres <Pexrrcroîtez } quitte devoir 
vouloir cequi potirroic plaire à fa FatmU 
le' fans s'oppofer à fon recour à Londres» 
Elle répliqua lâ'deflus qu'elle n'îrok *0u+ 
rément point , que le Comte de Dévo» 
shire ne lui contraindroic pas , êc que 
n'étant éloignfcque de douze milles , il 
iroït à Londres » 6c reviendrait à Twh> 
nam fans s'incommoder. Le Chevalier 
vit bien qu'il contefteroit inutilement , te 
qu'il raloit mieux approuver fon dcflêjn, 

Suis que rttoit celui du Comte , de la 
iflèr long-temps a la Campagne. 
Dès qu'elle rut rentrée dans fon Appar* 
rement, le Chevalier vint rejoindre Mon- 
sieur de Dévonshire qui fe. promenoit vers 
le Bois : Il lui dît fa convention avec la 
Comtefle 5 ils s'applaudirent d'avoir déjà 
fi bien reuffi , & trouvèrent qu'il valoir 
mieux rompre fon commerce avec le 
Comte dé Wattrtck^par des fujets mutuels 
de plaintes , que d'avoir fait un éclat qui 
fe feroir répandu defagréablement dans le 
monde > ôc qui n'auroit fervi qu'à ferrer 
leurs Chaînes* Le Chevalier dliereford 
avoir tant d'appreherifion que fon Parent 
ne prît d'autres mefures > qu'il nclcquic- 
toic prefque plus s afin de rranquiUuer 

I 4 fon 



aoo JUE Çp M T E , 

fon dprîc ,fur tout ce quj auifoit pij I' 

Jvladamc de Dé vonshire étant revenue, 
pafla de* fa Chambre dans fon Cabinet ; 
Albine remarqua quelque altération fur 
fon. vi(agc • & voyant qu'eue fc jôttoit 
fur un Lit de repos > fans, prononcer un. 
mot , elle la (upplia de. lui dire ce qu'elle 
poqyoit avoir pour être fi accablée. Ah..} 
anaiheureufe » dit la Comtefie ». en la re- 
gardant avec colère : C'eft toi qui caufe 
mes peines > tu m'as permutée pour re- 
cevoir les Lettres du Comte de Warwi£k$ 
tu es caufe que malgré les juftes preflen- 
«îmensr que j'avais , je lui ai fait réponfc, 
he perfide a (àcrifié ma Lettre à fa Mai? 
$ reife , elle auroit couru de main à main . 
iàns le Chevalier d'Herçford qui s'inté* 
refle à ma gloire de a mon repos. Mon 
3Mari l'auroit peut-être entre les fiennes j 
je fuis fi piquée de cet injurieux procédé» 
que je ne l'oublierai & ne le pardonnerai 
de ma vie. Albine parut dans le plus grand 
ctonnément qu'il dtpoflfible $ îlfembloit 
qu'on venoit 4e la, pétrifier. Elle ouvriç 
la bouche fans prononcer une parole , de 
fes yeux' étoient fermez comme G elle eût 
été morte > la Comrefie pénétrée de dou- 
leur , penfoit peu à celle delà ConfiJcn- 
ic. Quoi, Madame». Moniteur de War> 
wick vous a joïwé un tour û indigne ! Il 
»'a donc envoyé ici fon Ecuyer que pour 
avoir une de vos L^etçres. x ôc pour trions 

pher 



DE WARWlCK. soi 

pti*r dans le monde de -cet avantage. Je 
v*>us protefte que je ïic : vous parlerai ja~ f 
mais de lui , que pour vous conjurer d'à* 
j oûcer toujours quelque chofe de nouveau 
à la haine que vous lui portez. 11 n'eft- 
pas nécefiaire que tu t'en mêle , dit la ' 
Comtefle : Accoutume- toi plutôt! à ne 
prononcer de ta vie fon nom devant moi,, 
j'aurai foin de tout le refte , & je m'en 
acquitterai de manière a n'avoir non à me 
reprocher. 

S'il étoit permis > reprit Albine , après" 
avoir rêvé quelque temps , de douter de 1 
ce que Ton voit , je vouravouë, Mada*r 
me , que jevnc condamnerois pas Mon-- 
fieur de Warwick fans4'entendre. Il fau- 
droit avoir l'ame ba#e & intéreflëe com- 
me toi , dit ia ComtelTe , pour chercher* 
ait tromper à fes propres dépens : Pour 
moi qui , grâces au Ciel , ne te reffem- 
Wc en rien , je me fixe a la réfolutionde 
le haïr jufqu'à l'horreur , de de ne le voir 
de mes jours. L'un & l'autre vous fera 
difficile , reprit Albine : l'on ne feauroit* 
guère haïr ee qu'on a aime. EûVce que 
je l'ai aimé, s'écria la Comtefle, 4'unair 
impatient ? pai* tout au plus fouffert (es 
importunitez $ c'efl ce que je me repro* 
che , & de quoi je t'aceufe* Qu'une per- ' 
fonne de mon âge eft malheureufe , con* 
tinua-r-elle , quand elle a des Femmes 
d ! une complaisance fi criminelle > fi -tu 
m'a vois fait voîp le précipice où je. cou* 
'..''""" If vois, 



20X LE COMTE 

rois ». je me ferois arrêtée , j'aurois 
perçu le danger , & ^c n'auroispas la dou- 
leur d'être trahie : Mais bien loin de me 
donner des confeils utiles r tu ne cber- 
chois qu'à me convaincre du mérite ôc 
de rattachement de mon Ennemi. Ce» 
trilles penfées la jettérent dans mille ré- 
flexions différentes qui l'affligeoient beau- 
coup. 

. Elle n'était pas en érat de parokre» el- 
le fc coucha : Àlbine dit qu'elle avoit la 
Migraine - y qu'il falloir la laiffler repofer 5. 
fon Mari qui fe doutoit bien que c'étoit 
une fuite de fon déplaifir , ne s'emprefla 
point de la voir ; fon cotur était fort ir- 
rite , 8c ce n*étt>it«pas fana une peine ex* 
crème qu'il (c consenok \ le Chevalier 
d'Herefbfd y contribuoit par toutes les 
raifons qu'il pouvoir alléguer : (ans lui, 
la Paix auroit été bien altérée entre eux* 
Le Comte de Pembroc , qui prenoic 
toujours un tendre intérêt dans toutes les 
chofes où la ComreiTe en avoir , ne man- 
qua point de fçavoir qu'elle étoit accablée 
d'une Fièvre lente » & d'une Mélancolie 
que rica ne pouvoir diifi,per y'ûùc douta 
point que le changement du Comte de 
Warwick n'en fût lacaufe : Quelle bizar- 
rerie » s'écrioit-il J elle lui a écrit avec la 
dernière rigueur » qu'elle ne veut jamais 
entendre parler de lui 5 il eft aflea* heu- 
reux pour prendre fon Parti ôc pour fc 
guérir $ elle le f$aic à peine > qu'elle en 

eft 



DE W ARWlCIt; &f 

^ft au defefpoir j mais peut- être • conti- 
nuoit-il , que le feu feçret qui brÛJedaos 
fon ame , pour le Comte de Waiwick, 
fe ralentiroit , £ elle trou voit quelqu'un 
qui lui fît connoitre qu'en l'aimant avec 
toute l'ardeur imaginable» il n'encre rien 
dans cette paffion contraire à la Vertu 
dont elle fe pique j peut-être que le 
Comte trop téméraire s'eft attiré les du- 
rerez qu'elle lui a écrites 3 pour moi je 
ne dois point appréhender un pareil Sort, 
je l'aime fans cipoir , Se je ferai Satisfait, 
pourvu qu'elle ne s'offenfe notât. ' 

L'amitié qull avoit liée avec le Comte 
de Dévonshirc^icmettoitcn droit de l'al- 
ler voir dans ua lieu comme Twhnam, 
qui n'eft éloigné que de douze milles dé 
Londres» 21 demanda permiffion au Roi 
d'y paflèr quelques jours : Vous verref 
donc la Comteflc deDévonshire i lui dit- 
il j je voudrais bien qu'elle revint à la 
Cour, car fa beauté eft fort en defofdre^ 
je fçai qu'elle a de grands yeux battus , le 
teint de les lèvres pâles » qu'elle devient 
maigre & qu'on ne la reconnoît pas : Me 
voila fuffifammenr vangé de fa fierté, di- 
tes-lui pour l'achever 9 que j'ai quelque* 

«ÎA4»MA*4h J^ëï^àm+m *ë*^*^**.mm i^m^ liAil^iÉ^. JP^ 




avec moi > elle feroit triomphante à la 
Cour , au lieu que fon Mari la garde à la 
£ampagncr . 

I 6* V°t*f 



ao4 L E C O M T E 

Votre Majcfté me donne une CommflÉ 
fion , lui dit le Comre : , qui me fer oit ai- 
iément renoncer à mon petit Voyager* 
: car enfin je ne conçois pas de quelle ma- 
nière je pourrai lui dire tant de duretc»': 
Si vous y voulez aller , ajouta lé Roi , îi 
faut que vous me ferviez d'Interprète au- 
près d'elle. Le Comte lui promit de s'en 
aqukrer le moins mal qu'il pourroit ; 6c 
comme il forcoit de la Chambre du Roi, 
il rencontra le Comte de Warwick dans 
la SilledesOardes, il n'en fur pas fâché» 
ayant envie de fçavoirsll continu oie d'ab* 
jurer~ie& charmes de la Comtefiè. Te vais 
iit-il , en parlant tout bas , coucher ce 
ibir chez le Comte d'Anglefcy , n'aver- 
vous point de Commiffion à me donner? 
Le Comte refta furprts 6c -demeura un m- 
liant fans lui .répandre , puis prenant là 
parole : Vour allez voir, dit-il, un beau 
petit Lion , je n'eniwe point vôtre bon- 
ieur. Vous êtes en colère f Mylord , dit 
le Comte de Pembroc-, mais j'apprehen» 
de un peu. qu'il n'entre plus de paftion 
que d'indifférence , dans les fentimensque 
vous avez pour la Comt efle de£)évonshi» 
je. Vous me contioiifez bien peu , re- 
partit le Comte froidement , . û vous 
avez cette opinion : Ignorez* vous que je 
fuis tout d'une pièce , & que je n'ai ja- 
mais fçû diffimuler ; le Comte de Pem* 
Voc voulant i'agaffer, ajouta: Vous croyez 
être guéri quand vous êtes oncoxtforc 

l ' i mala- 



DE WARWICK. 16s 

malade. Je ne* fuis pas afTei Novice, pour 
ignorer les djfydfîtions où je fuis , dit- il, 
ie lis tous les jours l'obligeant Congé qu^ef- 
le m'a donné , & j'y trouve tout ce qu'il 
faut pour fortifier ma raifon & pour aug- 
menter mon dépit. Vous avez donc en- 
core befoin de ce contrepoifon , s'écria 
le Comte de Pembroc : Ah .' vous êtes 
touché, quoi que vous en puifliez dire, 
Ç'eft n/infulter, reprit fc Comte d'un air 
fort férîeux :" Il faudroit que je fufîe Je 
dernier des hommes $ non , je ne penfç 
plus à elle ; fai fçû qu'elle éteie malade, 
& je l'ai fçû avec une efpëce deplaifir qui 
me raie allez connoitre que , grâces au Ciel, 
elle a perdu tout l'empire qu'elle avoir! fur 
moi : Je feroîs heureux, ajoûra-t-îl, d'el 
tre aufti bien guéri de la' haine > que je 
fai été de l'amour $ je n'aurôis pas fans 
cefle des démêlez avec le Roi fur Mada- 
me Grey : bien qu'il Tadore , j'êfpére 
pourtant m'en vanger y ce fera un peu 
plutôt ou un peu plus tard , félon le mo- 
ment favorable. Quoi , dit Pembroc, 
vous ne lui avez pas pardonné le mal 
qu'elle vous a fait ? Je lui pardonnerai 
jfès que je Tcn aurai punie , dit lé Com- 
te , jufques-li il faut que je me donne le 
plaifir d'être le jflûs çïucl de fes Ennemis, 
^ PJufleûrs perfonnes qui les abordèrent 
interrompirent leufr converfation j, le 
Comte de Warwick & le Comte dePem- 
1 broc fe féparérent 5 te dernier eut une 

I 7 joyr 



206 L E C O M T E 

. joyc difficile à exprimer de tout ce que 
ion Rival lui avoir dir * mais il ctoit à 
peine au bat des degrez qu'on 1 appella s 
c'étoit le Comte de Warwick «qui vinc le 
rejoindre. Je viens vous conjurer , lui 
die- il» de ne point laifler pafler Foccafïon 
d'exagérer mon entêtement pour ma nou- 
velle M aï trèfle ô je veux que Madame de 
Dcvonshirc fçache que fes Chaînes«nc font 
pas éternelles ; que je les ai changées con- 
tre d'autres , & que je fuis même incon- 
folable de les avoir portées. En voila a£ 
fez , répliqua Moniteur de Pembroc $ je 
vais lui raconter tout cela d'une manière 
oui lui fera plaifir : Et pourquoi du plai- 
fîr , dit le Comte de Warwick ? je ne 
cherche point à lui en donner : Je fuis 
perfuadé , dît malicieufement Pembroc, 
qu'elle fera ravie de fçavoir que vous ne 
penfez plus à elle. Le Comte de War- 
wick n'eut pas affez de force pour retenir 
Un profond foûpîr. A Helas ! Mylord, dit- 
il , que vous êtes heureux de n'aimer 
point cette cruelle Femme » je voudroîs 
pour la moitié de ma vie ne l'avoir jamais 
connue , ou la connoitre (ans l'aimer ^ . 
mais adieu , je vous quitte 9 le récit de 
mes foiblefles me cauferoit trop de honte» 
En unifiant ces mots , il remonta chez 
le Roi , ôc le Comte de Pembroc demeu- 
ra les bras croifez appuyé contre le mur, 
avec un trouble d'cfprir inconcevable j ce 
que le Comte de Warwick venait de lui • 

dire> 



DE W ÀRWICK. 207 

dire , ne le lauTa plus dans le doute donc 
il s'etoit flâté ; il brûle toujours des mê- 
mes feux , difott-il , ôc ce n'eft que par 
un fentiment d'amour propre > qu'il feint 
de méprifer celle qui le méprife j auroit* 
il aum été poflîblc qu'une paffion fi vive 
fe fût éteinte tout d un coup s peut* être 
encore que UvComtefTe qui lui a écrit avec 
tant de fierté , s'eft ait la dernière vio- 
lence pour lui enveyer un Arrêt fi rude;, 
que fçais-je fi elle n'a point eu des raifons* 
iadifpcniablcs ? O Dieux ! à quels tour- 
mens fiais -je livré ? Qu'ai- je à combat- 
tre ? Qu'ai-je à détruire ? où veux- je al- 
ler ? Mes Fers font déjà fi lour d&% fi je re- 
vois la Comccfle , fi je lui déclare mes 
fentimens cV qu'elle s'en offenfe r ne fe- 
rai^fe pas encore plus, malheureux que je 
ne luis ? 

Il penfoit mille chofes différentes > qui 
ledégoôtoientde faire le Voyage de Twit- 
nam : mais enfin , difoit-il , de quelle ma- 
nière qu'elle me traite > j'aurai la fatisra- 
«âionde m'être déclaré : Si elle me tait, 
iouffrir , elle fçaura que je fouffre pour 
elle, âede touslcs malheurs le plus grand/ 
c'efl d'aimer & de fe taire. En achevant 
de fe déterminer , il. appercut Mylord 
Stanley auquel il propou le Voyage de 
Twitnam , il le voulut bien » Se ils y fu- 
rent reçus avec beaucoup de joye : Le 
Comte de Dévonshirc étoit fort aux de 
voir du «onde * afin de diffiper ce noir 

cha- 



îo* IiE* CO#tr 

chagrin qui le devoroit dès qu'ils troir^ 
Toit fcul. • 

Le Comre de Pembroe pafla ta 'Soirée 
fans voir la Gomtefle : vile néibrtok pâtf 
de fa Chambre > & fi'elJc avoir pu avec 
bien-féance enrefufer l'entreci tous ceux 
qui venoient chez fon Père § elle TauFoit 
fait. Le Comte s'informa de fa fan té * & 
pria Mylord Stanley de lui perfuader d*é> 
. tre un peu moins retirée pour lui' <\ut 
pour un autre. Faites-la fournir , dk«* 
ifc en riant -, que c'eft pat fon ordre que 
-je vous ailaifle paiftbfe poffefle-ur delà ren* 
dreffe de Lelie , n'eft-il pas jufte qu'elle 
m'en tienne compte , «& qu'cHe ait pour 
moi quelque diftin&ion ? Lé Mylord 'en 
convint , 6c l'affura qu'il le ménerott dans 
J'^Ap parlement delà Sœur auffiirôc qéTel A 
le iêroit éveillée. 

.Mylord Stanley , pour tenir parole au 
Gomce de Pembroe , vint le chercher 
dans le Bois où il étoic • dés la pointe du 
jour > il s'étoit fait un plaifir d'aller rê- 
.ver au bord des Fontaines , Ôc dans les 
mêmes endroits oùlaComreffcferendoic 
fouyenc. H vit naître l'Aurore qui dimV 
poit peu à peu 1'ûbfcurité de la nuit $ les 
©i féaux lui contaient mille fleurettes par 
leurs chants amoureux , toute la Nature 
fcmbloit fe réveiller > & le Soleil jettoit 
de foibles. rayons , dont la lumière arrê- 
toit agréablement les yeux. Le Comte 
apoftrepha jcous ks Aftrca , iHcur dit fes 

inquié: 



DE WiARWICX 20$ 

inquiétudes s il fe promena cmfoite , 0d 
fe feroit eftimé trop heureux de fetrou- 
ver dans un fejour que fa merveilleuse ' 
Comteûe habitait , û elle avoit été plus 
ienfible pouf lui * ou moins fcnfiblepour 
un autre cornais cette réflexion le ruokj 
il fe fauveneiç pourtant bien dé c&> troU 
cm quatre cruels mots ^u'dJeavoit^écritl 
au Comté: de: Waivick ; c'étoit nuire f* 
rcûburce, & il fondoit là-defîus la décla- 
ration qu'il xotiloit lui faire. 

Mylord Stanley Payant apperçû entre 
use touffe d* Arbres proche d'une Cafca- 
de , il le vie dans Une £ grande rêverie^ 
qu'ilJui dit en Pabojdant : Je fuis capei-i 
né » Mylord , fi je vous arrache iunfouu 
Tenir agréable ou fâcheux , . car je afai p*i 
lieu de douter que vous étiez occupé de 
quelque chofe qui vous tient au cœur. Le 
Comte de Pembroc foûpira ? ôc fans lui 
répondre que par un fourire forcé , il fe 
contenta de dire » qu'on étoit fore heu- 
reux lors qu'on avoit l'indifférence eopar- 
tage : Il m'eftaifë de vou$. entendre , re- 
prit Mylord Stanley, vous .aimez & vous 
avez quelque fujjet de dépJaiiïr. Pembroc 
ayant peur qu'il ne pénétrât /es fentî- 
mens , il voulut le depaïfer par une fauffe 
confidence , & lui raconta une Avanruré 
qui lui étoit arrivée > comme & elle eue 
été. toute nouvelle. 
11 eit vrai» lui dit il, que pour oublier; 

tout ai fa;* ringra»e Lclie , je pris la r.éfa^ 

lution 



*io LE COMTE : 

lutioa de «'attacher férieufemenc à une 
perfonne qui en valut la peine : Je ne 
refiai pas long- temps Ans trouver une 
Veuve toute charmante : elle n'était pas 
dans la première jeuneffe, mais elle a voie 
con&rvé miUc boutez quîaecevoienr on 
nouvel éclat de fou cfprft ; sa converik* 
tion étoit aifée èc délicate > elle me voyoi* 
avec degraads témoignages d'eftime, bien 
cpi'dle parût d'une vertu farouche s mais 
j'efpérois que le temps me fcrok ravora* 
Me ; & je la fervois de bonne foi > lors 

f l'étant venu chez elle , uns qu'elle en 
t avertie , je jettai les jéeux par hazard 
r un grand Miroir , qui étofc placé de 
manière , qu'il fiufoit voir dès le Vçftt- 
bule une partie de ce qui Ce peUbic dans 
fà Chambre : Je i'appcrçûs , di*je , qui 
poudrait un certain Pédant de Collège» 

?u*elîe a voit 'donné pour Précepteur i ton* 
ils : Ses cheveux toujours gras s'accota- 
modoient peu avec la propreté de la dé- 
licate Veuve, il ètok h laid, q*e je m'en, 
effrayai pour elle s jt retournai fur mes 
pas chez moi , je lui écrivis tout ce que 
la colère peut infprrer , je Tinfiruilois de 
ce que je iça vois, 6rda mépris que j'ayois 
eu toute ma vie pour les fauffes Prudes; 
Elle fe fentit piquée vivement , ôc elle ai- 
ma mieux me confier fon fecret , que de 
me laitier quelques impreffions defavanta- 
geufes à fa Vertu, fille m'envoya un de 
ies Parcns? qui étoir le feul à qui elieeôt 

avoué 



DE WARWICK. 2îi 

avoué ion Mariage avec cet homme. Il 
vint me l'apprendre , & je vous affurc 
que je tombai d'un étonnement dans un 
autre peut-être plus grand : Vous croyex 
bien que faî travaillé à roc guérir , je ne 
veux point aimer ce que 3e ne feaurois 
eftimer 5 mais il me» coûte de faire tou- 
jours des violentes â mon cœur , & Je 
penfois très.férîcufemcnt que je dois fuir 
les Dames comme recueil du repos s ôc 
que s'il arrive que je me fente le plus lé- 
ger penchant pour quelqu'une , je ne la 
verrai de ma vie. 

Vous fiâtes u»e menace au beau Sexe» 
que vous ne pourrez foûtenir , répliqua 
Mylord Stanley j nous nouepafierons bien 
l'un de rentre, dit le Comte d'un air mu* 
tin, oaaScear va vous faire un bon accueil» 
répliqua le Mylord , fi elle feaitla réfolu- 
tion que vous faites : Quoi > dit le Com- 
te » clic ne veut pas que l'on aime ce que 
Ton trouve aimable r Non , ajouta -t<il: 
' fille fe déclare à tel point contre la Ga- 
lanterie , que vous n'avez jamais connu 
une fi terrible perfonne : Venez donc la 
voir , de la réjouir de vos rares résolu- 
tions. 

Si le Mylord avbit pu comprendre l'ex- 
trême douleur qu'il caufoit à fon Ami en 
lui parlant de cette manière , il l'aurok 
fans doute mieux ménagé j il fe feront 
même apperçû de la trifteffe qui paroif- 
foit dans Ces yeux , pour peu qu'il les eût 

regar* 



t 



an LE CO M, T E 

regardez ; mis il n'y fie aucune réfle- 
xion* 

: Le Comte de Pembroe tournant (es pat 
vers l'Appartement de Madame de De> .' 
vonshire ^il reflemtc Un trouble dom il [ 
n'étoit pas le Maître :JSdes chaînes ne 
font-elles. pas afle» peiantes , difoic-il en 
lui-même ? Ai- je befoia de la voir » afin 
de l'aimer davantage ,- &c dois-je .croire 
qu'elle foit dans une parfaite indifférence 
.pour le Comté de Warwick ? Elle, lui a 
écrit durement > helas ! ce peut cçrc l'ef- 
fet d'un dépit , d'une jaloufie ti d'fciil, matt- 
t vais Conte j l ? o,n revienne tout .cela 
:quandion eft bien préyçnAiê), ôç U refo- 
Jution que je prcns<de lui,4fc)arer nia paf- 
•fion , Tara peut* être utfe des plus» 'fatales 
de ma vie : Il voulut cent fois éviter une 
réfolution fi dangereuse ; mais quelque 
péril qu'il envisageât » le plaifir J'eoipcuv 
ra fur k crainte : Il fe trouva à Importe 
de l'Appartement , il y entra., &âl eut 
beaucoup depeine à s'empêcher de courir* 
comme un infenfé vers cette belle Malade. 

Elle étoit au Lit, parée de fes propres 
cliarmes , dans une négligence très- pro- 
pre , afTez pâle pour laifler voir qu'elle 
ibuffrojt ; mais fes yeux brilloient malgré 
leur langueur , &,ils< n'en qcoienx pas 
moins dangereux, i . ,„.'.• 

Le Coone de Pembroc ya vous faire 
des .confidences qui vous ç^armefont .dit 
Wylard Staolcy en encrant -, il fuit Vir 

mourj, 



.J 



j 



"r\ 



Dt WARWICR ifj[ 

niour'i il/Uit fes' bçcafîonsycn prendre * 

il s'échaptf de 'lai Ctaurf, : *--îI*.TOhc ici 

fcbffahqféulUufe'' JVttitpis mal choifi rnon 

t5hî*mp r 'tlè babille, i^pori^ic îe Comte 

en ^interrompant '; baià,Mâdaftie, My- 

lordi eft un iridiferet , qui vpus parle de 

nies-fentimens iané expliquer les raifons 

que j'ai pour lesafqir i.c'eft i.vous feule 

que^eWeufcîcs jUftificrv Verrous défend 

âez- pétfT ^MVleitti re>lïqu#ls| l Cofntef- 

fc : ; yentvôiffoir plUs-âïnier ; ^ifrie fatt* 

pas qtrftr'er , *cè deffein , de fi mon £fere> 

itfenerôyott il le pïcndroit a ton* tour. 

Vous rifalkfc livrer une trop rude guerre 

avec un tel fecotfd ,' dit' Myïbrd Srariley^ 

cri'rwfnt : Adieu ma Soeur , 'je^is à lai 




mmrîé Hu^jôur'V ±W acnèvanrW, mot*, 
Btertit'î; & îâirTà le Comte eh jiBèrré d'eh- v 



.^retenir Madame la<Gotritèûe de Dévon- 
shtrè 1 $ c'ètok une deschofes du monde* 
qu'ira voit denrée avec : lé phtfïlVdeurj 
cependant i) fc trouVaterabàrfaffé s il k& 
vbiÉ'iffèz J cW^I*vouloft là uTrc^ *nafi< 
il» né ; feàvéîtiff -elle; volitfrofc' #mëiftr<v 
cV iPcêftiniénta Ja éohVcrfatibrf^par dfef 
éhetfs ihefifteienres. -^ ^ <^' *'"•*' y ' : l 

* Vô^fe abfefice ; ; MWamè-y dïtfo â'Ta 1 
Goiiiteiré-. -''ôfella Çpur. fôfrpfmfcèl oir-; 

jieriiént : : dfepuîS que 'vous* en 4 ftçspa'rt'ie, 

* i ;X peu» 



ai 4 LE COM TE 

peu » repliqua-t-ellc , qu'on ignore fi j'y 
ai étq& fi je. n'y fuis plus . * II s'en faut 
bien , Madame, que cela foie comme; 
vous Te penfez, dit-il 5 le Roi parle fou- 
vent de vous 3 le Comte de tfarwick aç 
vous fçauroit oublier : Qui me nommez» 
vous la , Afylord > lui dit-elle en rougif- 
fânt ? Le Roi m'ayant trouvée par lia- 
zard proche de W,indfor clans Une Mai- 
jfon où nous, le reçûmes, avec le rcfpeft 
qui luieft dû » ne m'a pas cherchée de* 

Jrais ; pour le Comteilcft venu voir My- 
ord de Dévonshire avec le Générai Ta> 
bot , ôc je lui ai parlé à peine deux ou 
trois fois* à ma vie. 11 m'eit aifé déjuger 
par ce que voua me dite*, ajouta k Com- 
te , que vous- les ayess- tpuF à tait oubliez » 
je m'en réjouis compte d'une {ronnenou* 
vçlle- , ; 

( A ces, mots * la Comteûe ne douta point 
que la Lettre, qui lui étoit revenue par le 
Chevalier d'Herefard , n'eût été julqu'au 
Comte de Pembroc j elle en refta fi af- 
fligée , que fes yeux parurent *out d'un 
coup pleins, {le larmes) ; Ah l\ que vois- 
je , , 5'éctiawt-d * cn^fe mettant, a genoux 
au bord dej fon Lit \ Vous .pleurez Divi- 
ne Comteue 4 vous pleurez ? Cet hfçii* 
rcux mortel vous coûte d&> fpâpirs J. N& 
confondez point ma juftç , colère avec des 
apparences qu'on peut exprimer comme 
l'on veut > lui dit-çllc ,. & foyez perfuar ^ 

dé que, fai. Bpitfje ÇQmie;feFanwfc 
t 1 " toute 






DE WAHW1ÇK. aij 

foute l'indignation qu'il mérite. Vous le 
fcaïfiTez > Madame > Oiit , je le hais^dtf- 
elle , (on fouvenir nfcft insupportable. 
11 cft encore plus heureux que moi , re- 
prit le Cornue, en foÛDirant * vous ne le 
haïfïcz qu'après l'avoir honoré d'une cfti- 
me particulière » pendant que Vous me 
regarde?, avec une fi cruelle iodifl&rcncc, 
que jç ne mérice pas meepe v6uc haine* 
Mais, Madame, continua- t-il> puisqu'il 
à ofé vous aimer > & que vous l'avez fçft 
fans vous cnofFenfct, ne m f eft-il pasper* 
mis de refleurir pour vous coût ce que 
l'admiration , le refpeâ leplus paffionne» 
êc rattachement le plus fincére peuvent 
inlpira;.. ,.Jcne prétens point établir m* 
fortune fur '. les débris de la $enne » ai 
mériter quelque chofe auprès de. vous eq 
travaillant fL ic détruire , quelque daogc* 
tcux. qu/il Çoijti J'ai une forte 4cj énc>o- 
•fité qui ftccôrderou mal avec* une fuper? 
chenc 5 mais au moins ne refufex pas 
d'entendre la déclaration de mes fient** 
mens > puis cjuc vôtrp Vertu n'en (çau* 
tpk otrç tyeflec , Ôt que V Aftrc qui jmû» 
ecIa^ %) efti*ojns pur queJbiettqujbrAi 
Je dansxnpncoîur. . Enfin,, Myjç^iiv dit 

Vî Comte^j^rw^ro^ant' .vou^n'ai 
Yez que trop profié dû. r ae;Çbjjdrç où jm 
douleur m*a jettée $ vous m'avez dit de» 
çhofes qui me défto'&nt * fe qui me con- 
vainquant de (a ^rifte . opinion , ou j'p çot* 

mai* 






Ii6 . LE COMTE 1 

toalheûrcufe que moi, Si le Cdrhre de 
Warwick étoit pfàs équitable qufii n*èft, 
j*e ne" vous aurois point' laifle ignorer, 
lots 'qu'il tous a parlé de mes fcntinictisi 
qui! n'a jamais eu lieu de s*en loiier 3 de 
qu'il n'y a rien que je n'aye fait pour me 
délivrer de fa perfécuti on. Mais l'Aftre 
filai qui rri'a donné peut- être ijuclqjuc 
feehété <} riè/lYf ait qûcpduT m'empbifon- 
fadfr m\ckx y jcfferois'plurfieurctifed # êrre 
hViVdfcioùïç la térfé ,' que d'être arnré<* 
comme \t '* Tu». 1 'Quôr'qii'rl érifbit; 
Mflord V')é vôus'eftîme trop pour, vou- 
loir rompre avec vous $ j£ veux bien ou- 
blier ce que vous'venez de me dire, pour- 
vu que vous me^rérmetriezcWncmc voir* 
jtinxu'4. Cruelle matirjère 6à pardonner ëft 
là vôtre > .Madame!; : rèp1îquA-t- il brîif. 
clément, qui jfc Voujs prbméïtp.dè vmirf 
fuir ? Non y n8n ,;je rie, ifii» jjîus afltef 
le MÉfirre'dé mes aftions , pour vôiis don- 
ner i)ne parole de cette nature. Hélas J 
que ri'aije pas fôuffêrc dépuis le moment 
où vous tncpafûtes dansie JBpls dtfChèï- 
i% ifofàte brillante* tdut^Wlléf f&rtei 



prit, <^uc je pourrai bien 1 rie 1 Vous 
fendre. ' ' ' ' ' 

* Cette marque d^fndirïerïnee te àc mê* 
frn -toucha plus vrvcmêrtt le Comte, i#ié 
tfWÉ&t pu faire tin V&ta*lk cfcportci 
-in\ mçnt. 



DE WARWICK. A17 

ment. Ah ! Madame > s'écria-t-il , je ne 
connois que trop que vous avez pris vô- 
tre Parti. Vous ne me perfuàdercz pas 
que voushaïfiez l'amour $ mais vous me 
pcrfuadcrcz fans peine que vous me haïf- 
fez. Il fauc mourir , continua-c-il , j( 
faut mourir * en achevant ces mots , il 
bailla la tête > & demeura comme un 
homme qui ne Te connoît plus. 

La Comteflc ayant peur que quelque 
contre- temps ne le fit furprendre à ge- 
noux proche de Ton Lit i elle le pria de 
s'afieoir. Je fuis fi malheureufe , lui dit- 
elle ; que les chofes les plus innocentes 
deviennent criminelles des qu'elles ont 
• quelque forte de rapport avec moi , & 
je ne penfe pas que vous veûiliiez ajou- 
ter de nouvelles peines à celles que j'ai 
déjà. Le Comte fe remit dans fa place 
d'un air rcfpeâucux s mais il continua 
de garder le filcnec , 6c comme il l'en- 
nuyoit par la longueur d'une Vifite a fc- 
rieufe, il fe leva tout d'un coup, fit une 
profonde révérence , forait de fa Cham- 
bre , Se un moment après du Château, 
n'ayant pas la force d'y refler , êc de fe 
contraindre aflez bien , pour qu'on ne 
pénétrât pas l'état où il étoir. 

Comme il affecta de n'arriver à Lon- 
dres que fort tard , il lui fut aifé d'y de- 
meurer plusieurs jours renfermé dans fa 
Maifoa , (ans que perfonne le fcût $ il 
avoit befoin de repos , pour chercher les 

T$m L K moyens 



*iS LE COMTE 

moyens de calmer l'agitation du monde 
la plus violente. Enfin il parut à la Cour, 
6e le Roi qui s'étoit appetçû de Ton ab- 
fence , lui fît à ion retour un accueil fa- 
vorable s Il lui <kmandas'ils'j6roitaquit- 
té de la commtifion qu'il lui avoir don- 
née ; le Comte répondit, qu'il «'a voit pu 
trouver le temps dkntratenk la Comtetie 
en particulier , 4k .qu'il >fembJoit qu'elle 



fçavoit ce qu'il voulait lui dise» tant .elle 
«toit fcigneuie -de l'éviter. .Elfe n'a point 
trop mal fait » dit k Roi e* fou riant 5 
mais avouez qu'elle combien changée j & 
que je fuis vangé de refte. Le Comjte de 
Ferabroc qui «voit de bonnes nations pour 
Souhaiter que don Maître -jie^eoiat plus 
à elle 9 répliqua qu'elle n'étoit pas recon- 
jioiflable , & qu'il n'érett poiat naturel 
-qu'une"fi 'belle perfionne devujt fi sffreufe. 
C'eft l'extravagante tcndccflâc qu'elle * 
prife pour le Comte de Warwick qui en 
<ft catrfe , dit le Roi j mats croyez- vous 
qu'elle n'aie point changé pour bii ? Sire, 
xcpliqua-t.il , je ne I'm vue qu'un mo- 
ment 5 elle m'a paru chagrine , ce ne 
jn'a point parlé du Conte de Warwick 5 
il n'en fera pas touché» ajouta le Roi : Il 
ne l'aime plus * â paffion idoujinantc cft 
de me persécuter iur Madame «Grey * il 
la baie mortellement ; il me la Dcpréfen- 
te toujours infidelle : Mais je fçai trop 
bien le chagrin qui l'aigrit , pour Je croi- 
re 1 dites-lui cependant cjue cela ne me 

plaît 



DE WARWICiC. ai* 

plaît point , que tout ce qu'il en raconte 
m'eft fufpeÔ , 6c que s'il veut me plaire 
il lui fera fa Cour. 

Le Comte de Pembroc n'avoir carde 
de manquer à ce que le Roi venoit die lui 
commander. Il fut chercher le Comte de 
Warwick, qui le reçue avec de grands té- 
moignages d'amitié. X>ites«moi 4ç* nou- 
velles de Madame de Dévonshire 9 lui die 
le Comte : Suis-je toujours bien mal dans 
fon efprit ? EUe eft fi languiûanre * ré- 
pliqua Pembroc , que je ne penfe pas 
qu'elle ait aflez. de force pour «mer on 
pour haïr quelque chofe , 6c je l'ai vue 
avec tant de monde > qu'il auroit été dif- 
ficile qu'elle m'eût parlé de vous. Je» fuis 
ravi que vous n'ayez rien à me dire de (à 
fart , continua le Comte die Warwick* 
cela auroit peut-être détruit les progrès 
que j'ai faits depuis quelques jours : C'eft 
la vérité , Mylord s je l'ai prefque ou- 
bliée. Je vous en fejidtç , lui dit froide- 
ment Pembroc * mais fai de la peine i 
vous croire. J'ai ait de férieufes réfle- 
xions , ajouta le Comte». Xur tout ce qui 
?'cft paffé jufqu'îci dans cette affaire ; j e 
n'y trouve que des fujets de peine pour 
moi > vous fçavcx cç que je vous aï con- 
fié là-dcffus ; je n'ai pas été un feu] jour 
content de nia Fortune > il fâlloit rifquer 
tout pour la vpk un moment ; c'étoit 
même malgré elle. J'avois le Roi & le 
Çépéral 4'un côté , fon Mari 6c Madame 

K a Çxcf 



no LE COMTE 

Grey de l'autre : Jugez quel embarras, 
-pour un homme peu accoutumé aux con- 
tre-temps ; mais jel'aimois trop pour me 
rebuter par les dimcultez $ il falloir qu'el- 
le s'en mêlât elle-même. Vous voyez 
comme elle a fait» & le gracieux Congé 
qu'elle medonnoit, pendant que je fouf* 
trois un aflez rude Exil à caufe d'elle. 

Toutes ces raifons m'ont paru fi fortes, ' 
que je commence à reflentir une véritable 
indifférence $ ajoutez à cela le bon pro- 
cédé d'une aimable perfonne qui m'occu- 
Se à préfent : Elle en ufe avec moi auffi 
ien que la Comteûe en ufoit mal $ vous 
conviendrez que je n'ai jamais mieux fair» 
que de prendre un deflein fixe de démet- 
tre en repos. 

Le Comte de Pembroc l'ccoutoit avec 
ttn extrême plaifîr : Ah ! d:foit-il en lui- 
même > pourquoi faut-ilquela belle Com- 
tefle ne fçache pas Findiftcrcncc du Com- 
te de Warwick ? Peut-être qu'un heu- 
reux dépit lui parlcroic en ma faveur. Il 
s'aquitta en fuite des Ordres que le Roi 
lui avoit donnez. Croyez-moi , lui dit- 
il» Mylord, voyez Madame Grey , de fi 
vous ne pouvez gagner fur vôtre coeur de 
lui pardonner en effet, tout au moins 
pardonnez-lui en apparence » c'eft une 
peine pour le Roi de voir fon Favori & 
la Maitrcfle dans une guerre continuelle : 
Vous lui en parlez d'une manière fi defo- 
bligeantc , que bien loin de faire vôtre 

Cour, 



* DE WARWICK. ni 

Cour > vous le chagrinez. J'en fuis per- 
fuadé comme vous , die le Comte : & j'ai 
tore de le vouloir guérir d'une paffionqui 
peut le mener trop loin pour fa gloire. Je 
vous avoue aufïï que j 'au rois peut-être 
moins de zélé fi je ne travail lois pour ma 
propre vangeance après ce qu'elle m'a fait. 
Je ne peux prendre d'autre Parti que ce- 
lui de me déclarer fon Ennemi. Lors que 
vous revintes de Caerleon , reprit Mon- 
fieur de Pembroc , vous donnâtes paro- 
le au Roi de bien vivre avec elle. J'y vi- 
vrois bien, dit- il, fi elle n'en ufoit point 
mal avec moi ; mais n'eft-ce pas une cho- 
fe rare qu'il me querelle , parce que je 
connois à cette Dame une ambition dé- 
mesurée. Vous agifTcz avec paflion , re- 
prit le Comte de Pembroc : Il cft diffi- 
cile de croire qu'elle ait des defteins fi éle- 
vez ; elle fe trouve la Veuve d'un fimple 
Gentilhomme. N'importe > dit Monficur 
de Warwick , elle connoît tout fon Pou-, 
voir. Là- de (Tus ils fe réparèrent , & le 
Comte de Pembroc reffentit une fenfîble 
joye de tout ce que lui avoit dit le Com- 
te de Warwick dans cette converfation : 
II fe trouvoit délivré d'un dangereux Ri- 
val , & il faifoit fa Cour au Roi en lut 
infpirant de tenir une conduite pleine d'é- 
gards avec Madame Grey. 

Pendant que Ton fe tranquillifoit un 
peu à Withall > l'on s'afïïigeoit beaucoup 
à Twîtnam j le Chevalier d'Hercford, 

K j dont 



an LE COMTE 

donc j'ai déjà parlé > étoit de la' Mai fon- 
du Comte de Dévonshfre $ ils arôknc 
beaucoup d'amitié Ôc de confiance Vun 
pour l'autre : Mais pour que cela eue du- 
ré toujours, il aurort fallu que le Cheva- 
lier n'eût pas vu Madame dé Dévonshire* 
ou qu'il eût été nfoî ns fenfible à fes char- 
mes '% il enavoit regardé les progrès com- 
me un fimple effet de pitié pour elle» com- 
prenant bien qu'une perfonne G fiére ref- 
femoit virement le? injurieux foupoons 
de Ton Mari. Lors qu'il vit la Lettre 
qu'elle écrivoic au Comte de Warwick, 
{on eftime en* augmenta , il crut qu'elle 
Yôuloic l'éloigné* , de que fi elle l'avoi» 
confidéré dafls foft efpric plus qu'un au-* 
tre, fon coeur au moins n'avoir point for* 
ri des plus auftéres régies du devoir : Tou- 
tes ces petifées' cjui HVoknt d'abord rem- 
pli confufémefit Ton imagination , com- 
mencer en c a fe diftiriguer. 11 regarda la' 
Comtéfle Comme la plut belle perfonne 
du monde qui alioit être defœuvrce à la 
Campagne > & qui pourroit peu à peu 
s'accoutumer à le voir & à l'entendre. 

C'eft ce qui lui fît embraffer avec tant 
de chaleur l'occafion de brouiller le Com- 
te de Warwick avec elle $ un Amant ca- 
ché avance fort fes affaires , quand il peut 
éloigner celui qui plaît ; tout alla augrô 
de fes defirs. Madame de Dévonshirc dé- 
çue par les airs de bonne for du Cheva- 
lier , conçût de la haine contre le Comte 

de 



DE WARWICK. in 

de Warwick. Elle envifagca fa perfidie» 
£t fçût gré en même temps au Chevalier 
de lui avoir rapporté fa Lettre» Cette obis* 
gation jointe a la confiance que fon Mari 
a voie pour lui , l'engagèrent à le voit vo- 
lontiers f ôc à lui parler avec une entière 
fihcérité. Plusieurs mois fe pafTérent ain- 
û , Je Chevalier n'avoit pas bien démêlé 
d'abord les véritables (èntimens ; je l'ai 
déjà dit , jl s'étoit perfuadé que la pitic 
* cV i'eiîime l'engageoient dans les inté- 
rêts delfrComtefie > il avoit envie delui 
faire oublier le Comte de Warwick > il 
lai en parloir avec g$rz d'aigreur : mais* 
l'amour eft une forte de mal que Ton dé* 
couvre &ien-t& ;. il connût arec une fen» 
fiblc douleur qto'ii èioU pris à fon tour* 
Il voulut alors fe guérir, il n'étott plus 
temps : La Comtefife de £<m côté loi fai- 
foit mille aftthièï innocentes pour fe l'a- 
quérir ; cNfeoic autant de filets fur filets 
où le cœur du Chevalier demeuroit captif 
fans pouvoir s'échaper * des qu'il retour- 
noir a Londres , Oi qu'tt y vouloir faire 
Quelque fejour , tout- lui paToiflbit env 
nuytrux , ôc il s'y trou voit comme enter- 
re étrangère 3 fon unique faris&clion ctoic 
de voir la Comtefle. 
Cependant , que ne fe reprochoit-il 
, pas ? c'étoit à fon gré abufer de l'amitié 
du Comte de Dévônshire , de ce tendre 
Parent qui lui avoit ouvert fon cœuraveer 
tant de franchife : Non, s'écrioit.il quel- 
le 4, qjlC~ 



ai4 L E C O M T E 

quefors , je ne yeux plus la voir l je veux 
n'exiler volontairement d'une Maifon où 
je fuis trop bien reçu pour demeurer en 
repos fur la ficuation où je me trouve. II 
paflbit alors plufîeurs jours à Londres , ôc 
s'occupoit à faire fa Cour avec beaucoup 
d'afliduité j mais rien ne lui faifoit plai- 
fir, ôc malgré qu'il en eût , il rctournoit 
chez Monueur de Dévonshire. 

Enfin > toujours combattu de la plus 
terrible pafïion qui puifle agiter un hom- 
me , il tomba dangereufement malade à 
Twitnam > la Comtefle commençait à fe 
porter mieux : & comme elle étoit fore 
reconnoiflante du fervice qu'il lui avoir 
rendu , ôc qu'elle fça voit auifi que côtoie 
faire fa Cour au Comte de Dévonshire» 
que d'avoir de grands foins du Chevalier, 
elle paflbit les jours entiers au chevet de 
fon Lit, avec une bonté qui ne foulageoit 
point cet infortuné malade ifepour peu 
qu'il eue la Fièvre , elle lui redoublait dès 
qu'elle entroit dans fa Chambre : Enfin, 
le péril devint tel , que les Médecins ju- 
gèrent à propos de le faire tranfporter i 
Londres. 

La Comtefle de Dévonshire fut la pre- 
mière qui lui aprit leur fenciment ; elle 
remarqua que cette nouvelle le troubloit 
beaucoup : Qu'avez vous , lui dit- elle, 
votre vifage change ? Madame , repli- 
qua-t-il > je veux bien vous obéir en vous 
dùant ce qui caufe l'état où vous me 

voyez j 



DE WARWIC K. ur 

▼oyez > c'eft la jufte douleur de m'éloi- 
gner de tous , de la certitude où je fuis 
de ne revenir jamais ici. Ah J ne me dî- 
tes pas une chofe fi affligeante , repris* 
elle : vôtre famé n'eft point defcfpcrée» 
nous vous reverrons encore, Chevalier* 
& y'en ferai ravie. Je mourrois trop heu* 
reux , dit-il , fi je pouvois m'en Hâter ; 
mais , Madame , vous allez me haïr dés 
que je vous aurai déclaré que je vous ai- 
me. Oui > ajouta- t-il , je vous aime fi 
éperdûment $ que c'eft k feule violence 
que je me fuis faite pour me taire , qui 
m'a réduk en l'état où vous me voyez» 
Si quelque refte de pitié vous parle en m» 
faveur > cachez moi vôtre reÎTentiraenr, 
ou plûtâs n'en ayez point , divine Com- 
tefle , contre un téméraire dont la mort 
vous vangera allez tôt» 

Il & tut après avoir dit ce peu de mots» 
& fes yeux fembloient chercher grâce dans 
ceux de Madame de Dévonshire j elle le 
regarda avec plus de pitié que de colère : 
Je vous ai de l'obligation , Chevalier , lui 
dit-elle , je ne fçaurois l'oublier malgré 
k déplaiûr que vous me donnez à pré- 
sent -, mais comptez que je n'en ai jamais 
reçu de plus fcnfible : Helas ! je vous re- 
gardois comme un Ami fidelle > avec le- 
quel je pouvois me confoler des fenfîblcs 
chagrins qui m'accablent depuis quelque 
temps > je vous perds > & cette malheu* 
rcuic beauté > qui feroit pour un autre 



n6 LE CO M TE 

unfujet de farisfa&ion , n'eft pour mot 
qu'une fource de douleurs , qui fe renoua 
vellc cous les jours. L'abon Jancc de [ar* 
mes qui tomboit de Ces y*u* » de quel- 
ques finglots donc elle ne fut point la 
Maîtreflè , Pcmp£eh«rciït d'en? dire da- 
vantage. Ah ! que voia-jc > Madame, 
s'éciia le Chevalier ! Vous pleurez > ôc 
yen fuis en quelque façon la- ca«fe -, ma- 
more fuffira-c-eiltf pwft expier ce Grime l' 
je ne fouhaire point vtere m«v- , repîi*- 
quatellc , je ne vciï* o^ao V^e guéri- 
ion » mais une guérifon fi patfairè , quer 
vous ne me parliez d# vtkrv vte' comme 
vous venez de le faire. Jt ! ne me fens 
point la force de vt>u% k projet ne , lui 1 
dit-il i il nie fera plus 1 âlfe d* vbus fuir* 
que de négliger une pirata* qW je chéri* 
malgré vôtre rigueur y pourquoi 1 ife fuii* 
je pasle Omtè de Wa*\vi«k ? Eil-fl puf- 
fîbie , dit la 1 Comtcflfc dAHt air iridigié, 
que fi vous avez pour nttH» ks fentimens 
que vous venez de me déclarer, , il foii 
poffible que tous- enviez la Fortune du 
plus cruel Entiemr que fayt au monde : 
Helas i Madame , loi dif«tl > Vtfus ères 
bien trompée , fi vous avez crû jufqu'icl 
haïr Monfieur de Wafwkfc. Le lecree 
intérêt que j'avoi* d'étiudfcr vos fenn- 
mens , m'a etigagéplufieUt» fors de vou# 
parler de lui fans affectation , & de vous 
en entendre parler fans défiance $ je n'ai 
que trop connu qtfil vous eft encore cher % 

I en 



DÉ WàRWick: iiiy 

j* en ai toujours été au defefpoir ; mais 
mon refpcâ pour vous , Madame , m'a 
forcé au fikncé : Je ifôfow vout décou- 
vrir vos propres fentîmsns , la crainte de 
-vous cmbarràfïer où de vou* déplaire» 
m'étoit une Loi pour feindre de nç me 
pas appercevoir des avantages qu'il s'eft 
aquis dans vôtre Arrîe 5 bien que j'aye été 
foigneux dé guérir k Comte de Dévon- 
shife des foopçons 4 qui tedevotent, je lui 
parlors contre mes propres lumières; mais 
je lui parfois , Madame , pour vôtre re- 
pos y & )t vouloir vous faerifièr tout le 
lijjeri. 

Quoi que vous vous foyex trompé dans* 
ros conjectures > dit la Comtefle en Tin* 
terrompant , jt ne fuis pas moins rede* 
vable de là conduite que vous avez tenue- 
à l'égard de mon Mari» que de celle que 
vous avez gardée au mien y, mais je peux 
vous afîurer que fi vous étiez moins pré- 
venu , ou fi vous connoifïkz mieux mes 
difpofitions > vous ne nVaccuferiez pas> 
comme vous le faites , d'être aflez faible 
pour vouloir quelque bien au plus mal* 
honnête homme du Royaume y oui > je 
lui pardohnerois plâtoc ma mort, que je 
ne lui pardonnerai d'avoir travaillé à me 
déshonorer dans le monde. Vous ne l'ai* 
mez donc point , Madame , reprit le 
Chevalier en foûpirant ? Je le hai impla- 
cablement , dit-elle 5 Si cela cft, conti- 
»ua-r>il • ne puis-jc rien efpérçr de vôtre 

¥L 6 pitié? 



218 LE CO M T E 

picié ? Vous pouvez vous promettre , rèr. 
pondit la ComteflTe , que j'oublierai touc 
ce quejyous m'avez dit aujourd'hui, pour- 
vu que vous ne me donniez plus aucun 
lit jet de me plaindre à l'avenir. J'aime 
mieux m'cxilcr , lui dit- il : Je ne pour* 
rois vous tenir, la parole que vous exigez;, 
il faut , Madame , que je cette de vous 
voir > le Comte de Dévonshire n'en fera 

Eut-être pas de meilleure humeur $ je 
i fou vent calmé » & un autre que moi 
auroit fçû s'en faire un mérite auprès de 
vous. Mais , lui dit-elle en l'interrom- 
pant , eft-il poffiblc que vous ayez fi peu 
d'attention pour lui > que de me parler 
comme vous faites ? je vous arouë que 
je n'en peux revenir , & quç de tous les 
iiommes qui font capables de foiblcflc, 
vous feriez celui que j'en foupçonnerois 
le moins. Je ne fçai point me juftifier là- 
«îeflus , lui dit.il , fic'cft un Crime, Ma* 
dame , je croi que je l'aurai bien tôt ex* 
pie par la fin d'une vie qui m'eft odieufe 
depuis long-temps. En finifiant ces mots» 
une grande foiblefle le faifit , i] demeura 
fans connoifiance ,• la Comtcflc agitée en» 
are la compafiion & le reûentiment , ap- 
pella du fecours & fortit en fuite de fa 
Chambre , pour fe retirer dans la tienne» 
elle y trouva Albiné qui n'avoit point en- 
core perdu fon crédit auprès d'elle. 

Ah ! qu'il vient de fe paffer une étran- 
ge Sccne , Albine * lui (Uc : cl{e ,. d'un ait 



DE WARWICK. 229 

tout troublé , mes malheurs bien loin de 
diminuer augmentent à tous momens $ le 
Chevalier d'Hereford m*a fait une décla- 
tion qui me dcfole , je le regardois com- 
me mon meilleur Ami ; helas i il n'eft 
pas plus fage que le Comte de Pembroc, 
ôc je ne fcai encore comment je le dois 

m traiter : h je le rebute » il s'en rangera». 

' car mon Mari l'écoute & croit tout ce 

Su'il lui dû s fi je lui témoigne de la con* 
dération > que pourra-t-il penferde mon 
indulgence > & que n'aurois je pas même 
à craindre ? ma condition en deviendroic 
pire , cV puis, enfin , je fuis la Mai trèfle 
de mon coeur ? de ce coeut qui fe ré vol- 
ce contre tous les Préceptes que ma rai- 
(on lui donne ? il cft allez lâche pour me 
faire encore voir du mérite dans mon plus 
mortel Ennemi. Oui , Albine , je ne 
feaurois haïr le Comte de Warwick , que 
je fuis heureufe de ne le voir plus > que 
j'aime cette Solitude > j'y fouffre , mais 
qu'importe > j'y conferve mon innocence* 
Albine n'avoit ofé jufqu'alors parler en 
faveur du Comte de Warwick , fà Mai* 
trèfle lui a voit toujours paru fi irritée con- 
tre lui , qu'elle ne croyoit pas qu'il fût 
aufli bien dans fon efprit qu'il y étoic, 
die ne voulue point négliger cette occa- 
fion. Peut-être, lui dit-elle, Madame» 
que le Comte cft moins coupable qu'on, 
ne vous Ta repréfenté 3 fouvenez • voua 
«ucc'çft lç Chevalier d'Hereford qui vous 
. ' K 7 fc 



zp L E COM TE 

Je fait voir Criminel ; ncfe peut-il pas 
faire , <%u*il avoit dès ce ttftapslà des in* 
térêts fecrecs pour le détruire dans vôtre 
efprit ? Non, non, s'écria la Gomtcfle* 
je ne dois point prendre te chaTnge , le 
Comte de Warwick a eu- an procédé & 
indigne » qu'il fau droit que jfcfiuTc la plus 
aveugle de toutes les Femmes* pour m'y. 
tromper 5 je ne .nry trompe pas âuïFij 
continua- 1- elle , je déflore feulement Ve*+ 
ces de mon malheur, quiméfaft trouve* 
tant d'Ennemis païmî \dè pctfon&cts o^i m* 
doivent le plus d'égards. Elfe fc tûtf , & 
rêva profondément fans Vouloir* éArentiré 
ce qu'Albine toi difôit , cV fiW/iîpoti- 
dre une parole*. 

Le Comte dé Dévbnsfnire étirftt dttn&ce 
moment ; la nWIfcdïe de fort Gô'ofin Ko- 
quiétoit beaucoup j il l'aîrntffr : e'étoft 
le fcul homnlê à' qtf if eût confié fa jV 
loufic & fa peirie * il prit l$i% fôlûtion de 
Raccompagner à Londretf , & dé rie pas 
revenir que la Sârité du Chevalier ne fut. 
rétablie : il dit à la Cotateflc qu'il alloic 
avec lui , qu'il n'aufoir. pis une bonrte 
heure s'il le laiffbir tout felrf, 8t que fi & 
maladie écoit trop lotigue, il prîeroit Ma^ 
dame d'Anglefey & elle dé reVerik à là 
Cour s elfe répondit froidement qu*!! au* 
roit pu lui donner quelque péffonne de 
confiance cVfe difpenfer d'y aller lui mê- 
me ; mais qu'enfin il étoit le Maître, & 
qu'elle avoit fi peu de crédit fur lui qu'él- 
it 



DE WARWICK., 2:3* 

le n'ôfoit haiarder de lui rien repréfenter 
pour le faire refter à Twitnam : il la re- 
garda d'un air chagrin , de fans lui répon- 
dre , il forcit de & Chambre. 

Elle entendit peu après atfez de broie 
dans la Cour , c'étoft le Chevalier qu'on 
avoit mis dans une Litière **& le Comte 
de Dévonshire dans fonCarofTe qui le; fui* 
voit r ils arrivèrent atnrl à Londres v on 
le fçût bien- 1 et £ 1a Coii* y le Corn te de 
Watvrick cV lé Comte de Petâbro* en fu. 
rent les premiers àvcrriv, cette nouvelle 
réveilla leur paffiorK Le Comte dé War- 
vtrick ne pouvait efpcrer de parler à la 
Comtéflc tant <fué fon Mari lui fervirôit 
d'Argus , & fe Corrfte d'ePettbfrôtdlffoft 
c<Stéf ftf rlata qu'ayant plus de liber té, elle? 
vcttdroit peuevêtre en jouir , U le r cco 
voif favorablement. 

Il ne fit point de myftcre att» Comte de 
Dévonshire de 1 fon Voyage àTttitnaitt; 
bien éloigné de cela , il lui rdridît Vifite» 
8t fe changea de fes Lettres pot» fa- Fem- 
me : Mais 1 il ne dfc point au Comte dé 
Wa* wieb cju'il aHoie voir 1* Gonf tcfl* ; il 
lé regardait totijatfrs comifie fort Rival ; 
KerTqué la- haÏHtf cju'tt avoit pour Mada- 
me Grey fit etiPeéKvement quelque diver- 
flon dafctf fori ceeur , & qu'il travaillât 
avec application à la détruire » elle ni- 

e croit pas fes démarches , Oc comme ci- 
en faifok de fon côté de très- vives con- 
tre lui, U Roi a'cmcmloic autre chofe 

que 



V--' 



* 3 i LE COMTE 

que des plaintes de fon Favori fur fa Mat- 
trèfle , ôc des aceufations de fa Maitrefte 
contre fon Favori. Il s'étoit lié d'incé- 
rêc avec Elifabeth de Lucy , c'étoit une 
Fille de qualité d'une beauté merveilleu- 
fc. Dans ce ternes que le Roi étoic Cony- 
te de la Marthe , il prit un tendre enga- 
gement arec elle , la Couronne ne la dé- 
truisit point dans ion cœur }. mats les- 
charmes de l'eiprit aufE bien que ceux de 
la beauté , qui fc rencontrèrent unis en 
la perfonne de Madame Grey , faifoient 
grand tort à la jeune de Lucy , elle le ref~ 
lcntoit comme une Maitrefle outragée > 5a 
elle obligeoit bien fouvent le Comte de 
Warwick à donner au Roi des Mémoires- 
contre la conduite de Madame Grey. Ces 
Avis étoient fufpccfc venans d'un homme, 
qui lui vouloit tant de mal. Cette aima- 
ble Veuve m'eft fidcllc , difoit le Monar- 
que , pourquoi voulez- vous diminuer 1» 
paffion que j'ai pour elle l or qui voulez- 
vous qu'elle choifiue dans mon Royaume 
pour me le préférer ? Si l'amour 5c la rai- 
ion étoient toujours d'intelligence >. ré- 
pliqua le Comte , Vôtre Majcfté auroic 
lieu de croire que Madame Grey connoic 
tout fon bonheur , ôc que j'impofe à la 
vérité , lors que je lui dis des chofesà foa 
defavantaçe : Mais , Sire , l'Amour cft 
aveugle , eprouvez-la dans quelque ren- 
contre , qui vous confirme la poflcflïoa 
de foa cœur ». ou qui vous éclaire fur fa 

coi* 



DE WARW1CK. 233 

conduite. Le Roi fatigué de tout ce qu'il 

lui répé ~" * *' A '" 2 J: - "" "'" 

qu'il ne 
prcnoir ^ 

penfe à Vôtre Majefté , repliqua-t-il d'un 
air libre & enjoué , mais j'aurai au moins 
la fatisfeûion de faire mon devoir. Ah 1 
lui dit le Roi , que vôtre zélé cft impor- 
tun , vous pouvez me fervir en d'autres 
©ccafîons , &mc laifler en repos fur ce 
qui regarde ma Maîtrcfîe. t 

Le Comte de Warwick ne fe rebuta 
point , il informoit le Roi de plufieurs 
chofes qui fc trouvoient prefque toujours* 
fauffes, mais qui ne laiûoient pas d'attirer 
de temps en temps des chagrins fenfibles» 
à la belle Veuve 5 êc ce qui la touchoit 
davantage > ce fut fon opiniâtreté à faire 
valoir le mérite d'Elifabeth de Lucy > elle 
avoit de grands intérêts à l'éloigner de 
l'cfprit du Roi , de forte qu'elle ne gar- 
da plus de mefures avec le Comte. 

Voilà l'état où les chofes étoient à Wit- 
ball , lors aue le Comte de Dévonshire 
vint à Londres avec le Chevalier d'Hère- 
ford > le Comte de Warwick qui ne pou- 
voir oublier les charmes de la Comtcife 
de Dévonshire, &qui fou haitoit pa flîon - 
nément de l'entretenir , afin de lui flaire 
des reproches & de regagner quelque cré- 
dit auprès d'elle , s'il î'avoit entièrement 
perdu , n'auroit pas manqué de l'aller 
chercher à Twitnam , fans qu'il regarde» 

com- 



*34 LE COMTE 

comme un Point efièncifcl à foti repos ô& 
à Ton élévation de détruire Madame Grey *. 
il avoit déjà frappé des coups pour l'éloi- 
gner , qui auroient été bien certains avec- 
tout autre qu'un Roi fore touché Ôc pré» 
venu de la plus forte eftime : Mais com- 
me il efpéroit que fa bonde Fortune lui 
ai d croit à découvrir quelque choïe au de* 
favantage de fon Ennemie , il difréroit le 
Voyage de Twitnam. 

Le Comte de, Pcmbroc qui avoit fe* 
de/Teins , ne voulut pa« manquer de s'in- 
ftruire de ceux du Comte de Warwick , il 
l'embarqua aifement fur le Chapitre de 
Madame de frrvon&ftire , & comme il ne 
croyoit pas parler à fon Rival , il lui die 
de bonne toi que fans une affaire de la 
dernière conféquenc* qu'il a voi t à la Cour», 
il tenteroit à la faveur d'un diguifenvenc 
de voir la belle Comtcfle. Pembroc fa* 
ravi que le Comte de Warwick fe trou- 
vât pour lors occupe de forte qu'il n'y pût 
aller -, il ne perdit pas un moment à tra- 
vailler au de (Tel n qui lui étoit vent» dans 
rcfpric d'enlever la Corareffe , & : de la 
mener fecrettement dans quelqu'une de 
fes Terres où il la garderoit le plus long- 
temps qu'il pourroit : il n'ofoit écouter- 
tout ce que fa raifon lui repréfentoit la- 
deffus j il étoit amoureux , c'eft tout ce 
qui fe peut dire pour fe juftïfier. 

H fie faire un petit Vaiffcau exwême- 
ment léger 3 peint ôc doré , mais d'une 

manière. 



DE WARWICK. 235 

nftaniére & jolie et fi bizarre, qu'il n'a voie 
rien du goûc Européen ; il vonloic faire 
croire qu'il arrivoit de la Chine. ; & com- 
me il éeoit'impofïiblc que (tans un fi long 
Voyage ce Vaifleau eût conférre Tair pro- 
pre Ôt magnifique qu'il tfvoit , il difoic 
que c'ctoîc par un fecrec extraordinaire. 

Après avoir pris toutes les mefures nc- 
ceifaires > il partit à la faveur de la nuit, 
êc le lendemain l'on vit briller proche de 
Twitnam cette Merveille flotante j il étoit 
deflus habillé en Chinois & fi bien dégui~ 
fé > qu'on ne potivoit le reconnottre 5 ir* 
, envoya un de les gens qui paffoir pour fon 
Truchement , propoler aux Comtcffes 
d'Anglcfey&deDévonshire'de venir voir 
les Raretez qu'il avoir apportées-. Elles. 
allèrent le même jour dans ce Vai(Teau > 
où il avoir raflemblé tout ce que Ton trou- 
ve de plus curieux aux Indes ; il ne s'eft 
jamais vu un Marchand plus poli & moins 
intérclTé $ il dit à la Comtefle de Dévon- 
shire , en mauvais Anglois , que fi elle 
vouloit venir le lendemain fans Madame 
-fa Mère , il lui montreroit les plus riches 
Etoffes Oc les plus belles Porcelaines de 
rUnivers. Pourquoi , repliqua-t. elle , ne 
voulez -vous pas que ma Merc y fort? 
Parce , lui dit-il , qu'en partant de Pe- 
kim j'ai promis à nos Pagodes & à nos 
Bonzes*, de ne vendre la Marchandife 
dont je vous parle qu'à de jeunes perfon- 
ncs donc le goût a'eft point encore ufé. 



*36 LE COMTE 
La Comteffc ne pûc s'empêcher de rire de 
la bizarrerie du Chinois ; elle ne retour- 
na point au Vaifleau le lendemain , mais 
elle s'y rendit le jour d'après > n'étant fui- 
vie que de quelques-unes de Tes Femmes. 
Dans le temps où elle étoit la plus oc- 
cupée à choifir mille jolies chofes 9 oit* 
a voit tendu les Voiles , êc le Vaifleau vo- 
guoit déjà ; lors qu'elle s'en apperçùr , cl» 
le regarda vers le Rivage , elle s'en vit af- 
fez eloignie : Cette Promenade ne l'ef- 
fraya pas d'abord > où allons-nous , dic- 
etle au prétendu Chinois ? Nous allons 
à la Chine» Madame » lui dit-il * l'Em- , 
pereur mon Maître m'a envoyé exprès 
pour vous y mener. Ce Compliment la 
fit rire , elle croyoit encore que cétoit 
quelque Cérémonie étrangère , & que fur 
le champ elle alloit revenir au Port : Mais 
voyant qu'il n'en étoit plus queftion, el- 
le fut faille d'une fi étrange frayeur qu'el- 
le en penfa mourir , ne vous attendez pas 
de m'emmener plus loin , je me d >nne- 
rai la mort avant que d'y confentir. Le 
Comte de Pembroc voulut la raflurer, il , 
lui dit : Ne craignez rien, Madame, c*eft 
le Comte de Warwick qui m'envoye ici» 
il faut qu'il vous parle ou qu'il meure, j'ai 
ordre de vous conduire dans un lieu déli- 
cieux , où vous le trouverez plus amou- 
reux cV plus fîdclle que jamais. 

La Comreffe encore plus indignée lui 
dit a qu'elle ne rouloit le voir de fa vie» 

& 



DE WARWICK. 237 

Se qu'avant qu'il pût fe rendre à l'endroit 
où le, Comte de Warwick l'attendoit » el- 
le fc précipiteroit dans l'eau > ou fe ruë- 
roit de fes propres mains. L'excès de Ton 
defcfpok paroiûoit fur Ton vifage ce dans 
toutes fes aâions $ elle ne pleur oit point, 
mais elle ehoififlbit d'un ail furieux un 
endroit pour fe lancer dans la Rivière. 

Le Comte de Pembroc écott à fes pieds 
n'ofaftt/c faire connoitre , crainte de l'ir- 
riter davantage $ il la conjura de s'appai- 
f er , ce lui promit qu'il la raméneroit à 
- Twitnam , en cas Qu'elle le voulut abfo- 
lument : elle ne daignoit l'écouter , ni 
lui répondre , quand tout d'un coup , com- 
me il s'en défioit le moins , elle fe jetta 
dans la Tamife. O Dieu ! que devint cet 
Amant paffionné , il n'auroit jamais crû 
qu'elle eût pris une réfolution fi contrai- 
re à fa vie * ëc nq fongeant plus à mé- 
nager la fienne , il fe jet» après elle. 
.Comme il fçavoic fort bien nager , il la 
prit par fa Robe dans le moment qu'elle 
. revenoit fur l'eau; malgré cela ils (croient 

Éris tous deux > fi quelques Matelots ne 
; euffent promprement fecourus. Les 
Femmes de la Comteûe jettoient des cris 
épouvencables % elles la voyoient fans au- 
cune connoiflance comme une perlonnc 
morte. 

Le Comte de Pembroc jugea bien par 
ce qui venoit de fe ptûer au nom du 

Comte de Watwick • qu'il rVavoit rien à 

cfpércr 



A 



438 LE C O MTE 

cfpércrfous le fie n propre 5 il prit le Par- 
ti de ne fe point faire coiinoitre , 6c de 
conduire la ComtefTe où il l'avoit prifej 
Madame , lui dit-il , lors qu'elle fut un 
peu revenue à foi , il n'étoit pas nécef- 
t'aire de vous jetter dans l'eau , 6c ë'ex- 
pofer vôtre vie, pour m'ohMger de tous 
remener à Twitnam , l'on vouloit vous 
rendre heur eu fe , vous y avez 4c 1* répu- 
gnance , il feroit bien cruel de s'attirer 
vôtre haine » quand on a£ cherche jqtfà 
mériter vos bonnes grâces ; Sftvcz, Ma- 
dame , vivez «pour up Mari jaloux * fuyez 
vos véritables Ajqjs » c'eft uue bizarrerie 
de vôtre Etoillc , doue vous vous repen- 
tirez peut être quelque jour. 

Allez, Fourbe, allez, Impoûeur, lui 
dit-elle , allez réduire quelque peribone 
moins vertueufe ou plus crédule que moi, 
êc bcrâflcfc le Ciel que je fuis ici la plus 
foible 5 car je vous feroisrcfieiràrleju&e 
courou* que j'ai de la pièce que vous ve- 
nez <lc me faire. En parlant amfî, ils ar- 
rivèrent fî proche du bord de la Rivière, 
qu'avec le lecours d'une longue Planche, 
la Comtefle 0c fei Femmes Sortirent du 
Vaiflfeau. Le Comte dePembroc prie ter- 
re un moment après , il quitta for* habit 
de Chinois ôr fe rendit à Londres , pen- 
dant que fes gens voguoient d'un côcé 
tout oppofè » Je qu'à la faveur 4e la mutt 
ils mirent le feu au petit Vaiûeau , après 
en avoir dté toutes les choies de prix 
4ont il ètoit rempli. Cette 



DEWARWICL 239 

Cette précaution n'é*toit pas inunie 
^jour empêcher qu'on ne découvrît un 
«nyftére qu'il éioit iaiponant de cacher, 
~par rapport. aux personnes intéceûees. La 
Çomtcfie ide Dévonshkc «nvifagea tout 
-d'un coup une -partie dos dépiatârs que 
fon enlèvement allôk Ivà causer. Plu- 
sieurs Bourgeois de Twitnam l'avoient 
vue entrer dans le Vaft&au., q»i s'étok 
«Soigné -avec Ja dernière diligence $ quel- 
xujes atttees la vir^n*: tomber dans reau, 
& que le Capitaine Gantois s'y jettoit après 
eue ; tout cela £t un Spectacle où les Cu- 
rieux, prirent part ; on fut k dire chez 
le Conte d'Anglefey , la Comcene inquiè- 
te du Sort de 4a -Fille , courut fur le Ri- 
rage quelle «enok de <lefecndre encore 
toufte mouillée 5 die lui demanda avec 
beaucoup de hauteur , quelle Promenade 
celle a voit faite ? La Cpmteue parut em- 
barraffée > & cet cmbar*as devint fufpeâ 
à (a Mère , de Cotte que 4à«s attendre là 
reponfe, elle lui "dk qu'il s'agtflbit de 
quelque tour de feunefc où l'amour avoit 
plus de part que la râtfen. Je vous affu- 
re , Madame , répliqua '4a Oomtefle de 
Dévonshù-c , que cousine rendez la plus 
grande injufliee du monde , vôtre efprit 
eft prévenu contre moi , fi cela rr'étoit 
pas , xojisfrfen croiriez <au récit que je 
tous ferais de cette Avamure : mais je 
fuis bien certaine <qtte vous -n^v voudriez 
fês ajouter foi. Voua -ne devez point ju- 
ger 



i 4 o LE COMTE 

ger de mes penfées , répondit Madame 
d'Anglcfey ; parlez feulement 6c je ver- 
rai fi vous êtes fincére ou fi vous ne Tê- 
tes pas. Je fuis dans un état , ajouta la 
Comtcfle de Dévonshire, qui m'empê- 
che » Madame , de vous rendre compte 
tout à l'heure de ce qui s'eft paflé > ce 
fera , s'il vous plaît , dans vôtre Appar- 
tement que je me juftificrai. Elles mon- 
tèrent en Carotte > & la jeune Comteffe 
avoit l'air fi effrayé , qu'on eût penfé ea 
la voyant qu'elle étoit coupable. 

Mais pour peu qu'on eut fait réflexion 
qu'elle s'étoit expofée à fe noyer , pour 
fuir le Comte de Warwick , ( car elle 
croyoit qu'il la rai foie enlever , ) il eft cer- 
tain qu'on ne l'auroit pas foupçonnee, 
comme l'on fit, d'y avoir donné les mains* 
Dès qu'elle fut arrivée elle fe coucha «el- 
le avoit fouffert par fa chute dans l'eau > 
mais elle fouffroit bien davantage par les 
penfées qui l'accabloient : ce que le Com- 
te de Warwick venoit d'entreprendre lui 
paroifibit irrémifliblc dans les régies delà 
Vertu Ôc de la Euen-féance s enlever une 
Femme mariée , de fa qualité & de fa 
conduite , c'étoit une Action fi témérai- 
re , qu'elle ne pouvoir partir que d'une 
pafilon (ans bornes ; il lui fembloit le 
voir à fes pieds lui jurer un refpeâ éter- 
nel > & s'exeufer d'en avoir manqué fur 
la force de fon amour : mais clic ne laif- 
foit pai de s'irriter contre luit Q^oim'cn- 

fcrer, 



DE WÂRWÎCK. 141 

lever, di foi t- elle à la vieille Albi ne lyaeU 

le opinion a-t-il tic moi ? peut-il marner 

s'il 4'a fi mauvaife ? & s'il Ta meilleure* 

peut-il' penfer que j'euffe Voulu refter tint 

moment en Ton pouvoir'? Hclas ! côntt* 

nubit-clle, je ferai aceufée de tout ce qui . 

s'eft parTé J' & dans le temps où je veut 

oublier le Comte de Warwick, que je 

'me défends jufqu'au plaifîr de penfer à lut» 

on croira que je confens à le fuivre dans 

'iin lieu folitatre. Que je ferow heureufe» 

ajoûtoit-ellc > fi l'on ne nv'avôit par fau- 

vée du péril où je me fuis mife autour* 

tl'hui ! que de difgraces épargnées dans le 

cours de ma trille vie ! En dUànt ces 

mots , elle pleuroic amèrement. v 

AJbine prit Ja liberté de l'interrompre. 
Il faudroit être bien injufte , lu» dit-elle, 
pour vous aceufer <f une f choie où tous 
avez fi peu de part*. Non, Madame, ne 
vous alterniez, point , votre innocence 
confondra vos Ennemis , de quelque ir- s 
rite que puifle être le Comte de Warwick 
contre vos rigueurs , il ne pourra s'em* 
pêcher de vous admirer ôc de publier ve- 
rre Vertu : L'on eft mal loiiéc pamun 
Amant en colère , reprit la Comtdîe; 
quoi qu'il put dire de moi , il pou rr oie 
erre fuipccl : Mais Àlbine , qu'en croira 
le Comte de Dévonshlre & ma Mère, je 
fuis certaine qu'ils me regarderont corn-; 
me une Criminelle. O jour fatal à «mon 
repos 1 cruelle entreprife , par où rhe, 
< fou /. L fuls - 



1 



24X LE COMTE 

fois <• je attire ce dernier majheuf • 

Elle parloic ainfi , lors qqe 1* ComtcT- 
fe d' Angkt'cy. çntrt>,dan$ fa Çb^cnbrç 3 l'c- 
ttoeion où;cUe*\ftpk trouvée, paj cous les 
fujats d!aU*wresÂd£cb*g*îraqpU voies* 
«gué fou âme «. Wi ayapt fait apprêtai»* 
der de prendre un Paru tcop extrême 
»vec(* Fille & ellcs'étok renfermée quel- 
ques momens . pour chercher dans la 
force de Ton efprifi la tranquillité donc el- 
le «rote ibefoMi i en cffc.t , la Çoaueffie 
4e .Dévonshige lui trouva, des jdifpofitjoa* 
fi, ftvorajita , qeç (a crajntç cédant tout 
4'ua coup à (a confiance , elle prit les 
main* de Ta. Mère • elle les baifa plufieurs 
fois , & lui fit un récit fîncére de tout 
ce qui «'«toit pafli^ : fa ptévcnwon pour 
le Comtfcnc l'empêcha pas dévouer qu'il 
étoit P Auteur de cet enlèvement ; elle 
s'imagina qu'il fuffifoit de 4ke la Mérité, 
pout perfuader qu'elle la difoit : Mai* la 
ComMe d'Anglefey rappella toutes 4es 
impreflions qu'elle avoit déjà prifes que 
le Comte de Warvick & la Comteflc de 
Dévonshire agifloient de concert > fan 
Portrait trouvé dans la Tabatière , accent 
autres ckconftançca jointes a celle-ci, la 
eoimiaqutrent que fa. Fille avoit le mal- 
heur d?aitaer êc d'être aimée ; fon hu« 
metjr févere ne pût fupporter fans em- 
portement une îdèe qui lui faifoit envifit* 
ger tout le péril où la Comtcflc ctoit e*- 
poféej bien loin delà xonfolcr? eUePac- 

caj>la 



DE WARWICK. 14 3 

câbla de reproches > elle lui dit que l'a- 
veu qu'elle venoit de lui faire lui paroif* 
foit forcé t qu'elle oc lui confioit que les 
chofes qui alloicnr fans doute éclater | 
mais qu'elle pénétnok (on caraâére faux 
à travers ces airs de fimpKcttéAc de bonne 
foi : qu'elle pouvoir compter qu'elle pren- 
droit toujours le Parti de Monficur de 
Dévonshire contr'etle * qu'elle kii pretc- 
roit la main pour l'opprimer , puisqu'el* 
le écoit afiex malheurcufe de fe biffer 
prévenir par des fentimecs G propres à 
faire rougir* Lu Comccfle de Dévonshire 
refta fi. éperdue de la manière «font elle 
avoir expliqué tout ce qu'elle venoit de 
lui dire > qu'elle n'eut puis la force de fe 
défendre * fon filencc acheva de la cou* 
damner devant 6 Mère , & elle la quit- 
ta convaincue que le Comte de Warwick 
n'avoit tait la tentative de l'enlever que 
par fa permiffion* 

Bien que la Conueflfe d'Anglefey eût 
l'efprit frappé de cette erreur » elle étoit 
trop prudente pour négliger de prendre 
toutes les mefurcs néceâSres , afin que 
le Comte de Dévonshire n'en içtit jamais 
rien , elle cherchoit a donner des allar- 
me* à & Fille , dont elle ne vouloir pas 

3u'elle éprouvât les eficts ,' &ù> fon envie 
e la corriger , n'alioit point jufqu'à la 

perdre- ' "■ t 

Lç Comte de Dévonshire ne revenofc 
pcfout plus à Tw*nam depuis la awfc- 
^ r ■ - ■ La dV 



,V 



1*4 L E € Ô M T E 

àfo du Chevalier d^Hcreford , fon amitié 
pour tut , & fon indttit rcncc pour fa Fem- 
me, l'art êtoien ta Londres 5 H fâifoic ré- 
gulièrement fa Cour, s'il lui avoit été 
pûffibie d'oublier que la Comeefïc écoit la 
plus aimable pcrfonne du monde , il fc 
f croit volontiers atraché à quelque autre 5 
«tais il eft des «harmes dont l'împreflïon 
ne fçaurok s'effacer , cependant il aurore 
peut être ignoré l'enlèvement de faFem- 
me , (i le Comte de Pembroc qui étott 
revenu à, Wtthall , poffédé du plus noir 
chagrin , ne fe fût mis dans Teiprît que 
te meilleur moyen de fe guérir • c'étoir de 
^occuper tout entier du foin de fa For- 
tune i quelques honte* que le Roi eut 
pour lui elles auroient été bien plus loin 
s'il avoit vpulu : mais fa paflîon pour la 
Comtefle lui tertoic lieu de tant de cho- 
ses , qu'il préféroit le rdaifir de rêver à 
die dans le fond de fon 'Cabinet » à tous 
les avantages qui vouvoient lui Devenir de 
fai f $ régulièrement fa Cour. 

Il regretta alors le 'temps qu'il avoit 
perdu.» « le defir de fe vanger du Com- 
te -^kkftVarwick en l'éloignant de la fa- 
veur/, l'obligea de s'attacher à Madame 
.Grcy »' il gagna l'amitié d'Edouard Wo- 
dewilk, Comte de Rivière» dont 4e mé- 
rite le diftinguoit .plus que l'avantage d'ê- 
tre Frère de cette belle Veuve j fa For- 
tune bailleurs étoit fort bornée, le Com- 
x* de Pembroc qui étoit un des plus grands 

Sei- 



DE \W ARWIiCK. Ml 

Seigneurs d'Angleterre , ne voulut pù& 
rien avoir fans le partager avec tyi.« De» 
manières fi gçnéreufes touchèrent Mada- 
me Grey de Feconnoiilance , âç elle og 
trouve» rien à fouhairer dans lie Comte, 
qu'une extrême averfion pour le Comt* 
de Warwick , il luj avo/c même lai (Té eut 
cendre , que s'ilavoit trouvé en fcnche? 
min un autre Rival que Jc^oj,., il fe for 
roic attaché à elle j ce comme elle étQÎa 
extrêmement fage 9 & qu'elle, vouloir un 
établiflcmcnc ferieux r elle n'aurois paf 
été fâchée de l'aquérir aflea , fortement 
pour qu'il pen(ât à i'épouUr $ il étoit,bic§ 
irait , magnifique + engageant ainfi.toiit 
concourut à leur intelligence. . f , - 

Le Comte de Pembroc fçavoit les fu- 
jets de plaintes que Madame Grey avoir 
contre le Comte de Warwick , il ne prit 
pas beaucoup fur lui pour le haïr autant 
qu'elle ,. ii en avoit des fujets oui n'é- 
toient guéres moins vifs , & il fe fit un 
plaifir de lui raconter comme une chofe 
très-véritable , la tentative que, le Comte 
venoit de faire , d'enlever la Comtefle de 
Dévonshîre ^ le Vaiflcau orné tout ex- 
près , le confenrement qu'elle y avoir 
donné , & tout ce qui devoir fuivre ce 
Projet , fans que par malheur elle étoic 
tombée dans la Rivière , & que cet acci- 
dent avoit dérouté l'entreprit^ 

Madame Grey s'étonna qu'une chofçfî 
fînguliére > qui venoit d'arriver à huk 

L. 3. licuèV 



246 L E C O M T E 

lieues de Londres , n'eût fait aucun éclat, 
êc que le Comte de Dévonshire plus in- 
téreffë que perfonne dans l'A ramure l'i- 
gnorât , fi bien qu'il contiauctit de refter 
à la Cour ; elle n'étok pas moins furpri- 
fe du procédé de Monficur de Watwick, 
û ayoït toujours paru attaché à fa nou- 
velle MakrdTc , fes occupations d'àffiure* 
& de plaifirs ctoknt Its mêmes , Ôc Ton 
air paroifïbit tranquille : Peut-on , difoir- 
ellc , fçavoir fi parfaitement l'arc de fein- 
dre ? qui le fou pçonnerok, pendant quM 
donne des Fêtes à toutes les Dames & 
qu'il ne les quitte prefque point , qu'il 
fonge à en enlever une , ôc qu'il fçache 

Î>ar fa propre expérience l'obligation que 
'on a aux gens qui troublent nôtre repos 
de gayeté de coeur. 

En effet , eUe convint avec le Contre 
de Pembroc de répandre dans le monde 
le bruit de cet Enlèvement , il l'inform* 
de toutes les particularitez. Qui pou vote 
les fça voir mieux que lui ? rien ne fût ob* 
mis , fle comme elle ne gardoit aucunes 
mefures avec le Comte de Warwick , elle 
aprir cette no u Telle au Roi, & il y parut 
plus fcnfible qu'elle ne Pauroit fouhaité. 
Eft-il poffible , lui dit-il , qu'une perfonne 
de tant de mérite & de naiflànce égare 
& raifon jufqu'au Point de confentir à fe 
perdre pour jamais ? fi elle ne vouloitplus 
garder de mefures > que ncchoifîflbitcllc 
préférahlcinent mon coeur * â celui d'un 

hom- 



DE WARWICK. HT 

IrammeindifcfetBt volage.' Ces réflexion* 
ftc réjouirent pas la belle Veuve % elle en> 
totjgit plus chine fois ,..& prit fur elk- 
même de fe taire. »o * v ,"' 

Le "Rfri ébok fi rempli de cette Avantu* 
re , q**ai*fli-t6t qàe le Comte de War* 
wick partit , il lut en paria i fon éton- 
ntment eaufa du*témt au.&fanfcrque * H 
crût que Cétoit une feinte pour ne rien 
avouer 5 de forte qu'il *'eà fàlhtt fort peu 
qirtl ne tèriwfr en colère. 
- lie Gtfmte de Warwtck ne, pouvoit «fia 
Son cdrè comment expirer une A van* 
9UPt «è l'on &i donnok tant de part, 
btoi^fH'jt ify *n tût aucune ♦ il en «oit 
6 Ottfûpé qu'il j»e>prQflok pas garde aux 
iHWiVàri^i Al Roi ; car ils auroiem dû 
toi-WbtXft tr&pierieux pour ne ft p&i 
perfiiàiléf tout au ««oins que fon Makrt 
penfefc * qu'à difoit v malgré cela il 
ÇoOWva «tëjaifttf bit enlèvement prétendu 
ett ttitferlfev tttfcis il ne laiiTott pas de vbu> 
l*fe «^Màirdr^n diligence de te qui pont 

^ Jftàafce Gr*? hai'ffoit trop Madame Je 
DêrtMShiî* , poor perdre une fi bcllepc* 
iaifièii de vangeanec , de forte que W 
Mari fkr irtfotftîé^e ce qui s'étoit pafle à 
9MliHifr4 * «jouta aifémem foi à fou 
malheur • êc vint cH faire bar* au Che* 
WHàç WHttâot&6\il fe partagea tomme 
16 fierté propre. Mônfieur d« Pembrric 
étok lé-r^ qui tenoit U ckf dt céSc- 

L-f crée. 



2»8 LE COMTE 

crée* Il avoit le plaifir de defefpérer cou* 
tes les perfonnes qui s'intérefibient au Sort 
de la Comtt0e.de Dévonshire , cV de fe 
ranger de fes rigueurs : à la vérité c'é- 
tait d'une manière cruelle » il cft même 
cerrain qu'il ne l'auroic pas mis en ufage 
fans Madame Grey , pour laquelle il corn* 
mençoit à avoir une extrême confidéra- 

lion. 

Le Comte de Warwick reflentit alors 
toutes les peines de la jaloufie, il croyoit 
îfitre guéri , il s'amufoit dfune autre pat 
fion , avec quelque forte de goût ;_raa\* 
il fe trouva, plus touché! & plus mallieu-» 
rcux qu'il l'eût encore été. Il vtyottigué 
la Comteflc ne Ta voit méprifé t que pou* 
donner la préférence i uïi nouvel Amant, 
il lui venoic là deflus mille chimères dans 
i'efprit qui le perlécutojcnt, Quels Pro- 
jets de vangeance ne. faifiûic-il point ïjl 
vouloit devenir le Confiant di* Comté 
deDévonshiix , pour lui ;dopncr,de%opn. 
îàk violens contre fa Fejam*» il.Yqul&c 
connoître fon Rival ; afin. 4e le .pojgnarr 
deraux yVux de la Comtctfle , Ôc ilcrou- 
voit que cet enlèvement avoir quelque 
chofe de fi hardi & de fi peu régie» qu'il 
fe reprochoit d'être encore capable ^'eili- 
mer une perfonne qui venoic <}c s'çKfwfc? 
à une telle Avancur*. \ • : , . ;>«m 
. Le Comte de Pembrpc voulanj: jpujfr 
de fon triomphe viade voir» &le;Ççr)$* 
-ce de Warwick impatient de l'entretenir, 

fe 



DE WARWICKv r 4 y 

ft donna à peine le temps de fermer la 
porte de Ton Cabinet , pour lui dire qu'il 
mouroit d'envie de lui parler de l'extraor- 
dinaire enlèvement de la Comtefle deBc- 
vonshirc, qu'on m et toit fur (on compte. 
Il eft vrai • répliqua Monfieur de Pem- 
broc , qu'on vous en charge , 9c qu'en- 
fin il ne feroit pas extraordinaire qu'un 
Paris comme vous, ravie une Hélène 
comme elle l Si je Paimois encore » ré- 
pondit le Comte , fa gloire me feroit trop 
chère pour Pexpofcr, & ne l'aimant plus, 
il y- auroit de l'extravagance de vouloir 
me charger d'une affaire aufli délicate* 
Qu'eft-ce donc , ajouta Pembroc , qui 
peut avoir donné lieu au foupçon que l'on 
a , que ce coup c'eft raie par vos Ordres ? 
G'eft ce que j'ignore > de ce que je tâ- 
cherai de découvrir , dit le Comte V mais 
il faut que vous m'y aidiez » & que la 
profeffion que vous faites d'être Ami de 
Madame Grcy , n'altère point les fenti» 
mens que nous avons l'un pour l'autre. 
Le Comte de Pembroc l'affûta qu'il rc- 
nonceroit plus volontiers à elle qu'à lui, 
& qu'il lui avoûoit qu'auffitôt qu'on eût 
dit ce qui a'étoit parlé à Twîtnam , il 
avoit ajouté foi au bruit public ; mais 
qu'il alloit s'attacher â pénétrer l'Intri- 
gue, puis qviïl le fouhaitoit. Ils fe fé- 
paterent les meilleurs Amis du monde. 

Jti» dm Premier Zbm*i- 



.. J 



I J. 

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*J . 4'-i'V»i i 



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COMTE 

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WARWICK- 

Par Madame DAVLNOT. 

TOME SECOND. 



ÛrPlmfrlmi 11 Psrâ. 

A AMSTERDAM, 

Chw. Jaques Dessoudes, 

M. D C C. X V. 






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WARWICK. 

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Tome seconb. 




Épcndant le Chevalier d'He- 
rtford „ mieux guéri de fil 
grande maladie que de fa pat 

?w.pjp».> Çoimeflè de.pt 



.,<. hfteau defe^'rquejui^w- 
fcit une Nouvelle ayffi étognaAts q^e f*» 
4nlévemenq £ fc foui le pré^e^épour 
fer la qucrelfe du Comte le Dcvonshitc* 
{! iengeoic uns cefic 4 vanger k fieaac 

SirticuGére : N'aimez rien .,. cruelle pet* 
. ra* jMb n» a ***M .fgjjfc 



z S 6 LE CO MTE 

quefois ,Jç malheur de mes Rivaux nie 
cpnfolera du mien > mais ne croyez pas 
qu'il vous foie permis de faire un choix fi 
înjuftc r non , je ne fouftrirai point que 
le Comte de Warwick jouïfle feui de la 
félicité de vous plâtre. " Quels Projets ne. 
faifoit-il point la-dèflus* ? Helas ! que la 
Comteucétok à plaindre, faV<rcu èc Ton 
Innocence ne fuffifoienc pas pour la ga- 
hïffrir dcrïureurs de Ion iftarf & itfes 
adorateurs j plus r elle çtoit aimée, plus 
ils la trouvoient criminelle , & glus ils> 
vouloient lui faire de la peine. 

Le Coince de Dévônshire & le Cheval- 
lier .d'ÎJerçford. partirent cnfemble.pour 
Twitnam. Us repentirent l'un Ôc l'autre 
une fLfuiicufc émotion en approchant du 
Château où la Comteflè étoit , qu'ils fu« 
lent oyàge^id^)sSr^cetid|0s ynvpetit 
Bois pour fc tranquiliifer un peu ; il fài» 
foie frais, ; le Solçil écoit déjà couché yiU 
mirent pied à terre , s'affîrent foîii des 
Arbre» > & après quelques momens le 
Comte dit au Chevalier :- Enfin vous ne 
-Vous oppofeta? plus à ja 1 Vengeance que 
jgmcâmiFiTMfera^ertôs d'enfermer 
pour jatoais cette ibfîdclk , ôc Je lut fiu> 
ire un traitement proportionné irâfiront 
t|Ue j'en ai reçu. •* ]| ferois; bîç« raché^, 
M^lord, répondit fc Chevalier > de vous 
voir dans d'autres difpofîtiohs ; il n'y aj 
point de Cachots aflez, obfcurs pour met* 
tre roirc Femme ;il faut rcncfaaî^cr 

• : corn»- 



DE WARWICK. isi 

comme «ne petite Lionne, & lui donner 
les derniers dégoûts. J'appréhende la ten- 
dareflè que là Mère a pour elle » ajouta le 
Comte ; il efrhors d'apparence qu'elle 
fouffrè que fon Château fer ve de Prifon à 
fa Fille. : Myiord Stanley Viendra au fe- 
cours de fa Soeur > il ieroic defagréablef 

{>our moi d'entreprendre une; chofe dans 
aqucllc j'échoiierois. Ce que vous dîtes 
eft judicieufement penfé > reprit le Che- 
valier , il faut les faire entrer dans vos 
juftes plaintes. Qu'auront-ils à répondre 
quand vous. leur direz, que vous êtes in* 
flruit de fa mauyaife conduite , que fon 

. Enlèvement, fait un: bruit furieux à la 
Cour, que le Comte de Warwick ne 
vous regarde plus que â?un œil ironique» 
Se nue vos Ennemis, triomphent 4e votre 
malneur ? Il cft aifé » dîjt k Comte , de 
trouver deadexeufes v lors iu'on en ctiér- 
che\poiirappaifer les deforares:d a uiieiÎ6pJ 
turfe >. croyez-moi 4. puis cjue i ? eclat-ett» * 
feittvne ménageons tien , il faut Tenle-' 
▼er/à nôtref tour \ nôtsre ^diligence pré* 
tiendra celle de fes Parais. Le Cheva- 
lier approuva fort ce Projet , de la nuit 

' ctott déjà bicnràvancée, qoand ils celte- 
«iitïd'eiiîpjidér.^ ; . .'.1 *■ . 
-: ta Corr^cflTekkvDévonshiDôfaJloir pref- 
que colisj ks jdurs darisUemëmb Bois pleu- 
rer» fes djfgrâccsj), & s'abartdqrmep â « fon 
cnjtgrjn 1; elle trou voit: quelque. confola- 
Urin dans P horreur de la nuit & du filcn- 

*.-.... ce. 



af8 LE COMTE ' 

ce. Bien qut tyladame fa Merc lui eûtôtc* 
toute force de liberté » eUc âvoit eaéord 
cclle.de s'éloigner de ceufc quiftocom* 
pâgftoknt * & de rtftcr feftk àugLtang* 
temps qu'elle vouloir Lfc ha»srd fliuarok 
conduit le Gpmce de DOYohsMrc A foa 
Coufin dans tin lieu, proche de cbluL où 
elle ctok » permit qu'ils ne s'en apperçu- 
renc point , (k qu'elle entendît leur ron- 
verfattdn j car encore qu'ils pariafifett* 
afltZtbas , clic fe trouva u proche d'eux* 
qtfc {ans un BuhToa j£rc>éptii quitte» fc- 
parott,; ils foutoient dTorcéicnt déco»* 
rc*te» , :» . -\ • 

., Son dêfefpoar ike égal à fon étonne* 
inent Y eUe rtouva as: màlbéut s augaanw 
tes par mille ctrtfonftanees; plus cruelles 
te* unes inieJcs autres ^ «ttc connut alors. 
qu'Une fuffifode pas «d'être innocence (tour 
n!être ni aecnfteriti ptriénuwx^êe cnt^cU 



le. aUofâ fournir triabiéce i twyptsilesîtiié* 
duanecs que iWyeu&onfamifur ion 
compte $.cllé connut encore que fonià** 
ti fe portoic flbix rèfolarions tes phis^ \io« 
lentes , êc que le Chttaifer d'Mcrèford 
irrité cbnt réelle , profkoit de cette oc* 
cafion f»ur .fe vançcr. de'Mndiffeitneo 
qu'elle avoit pour lui j enfin* *He comme 
qlwic Omît de Wàrtridr^tifaMui e*i- 
rok tant de déplaifid yrt*iq*i if?â**c 
mieux que pcrfoàrie ce «quitte étw <MN 
pafck de foire pour ne pastothber enyfoa 
pouvoir , étoicSjscdarcur tvahqattta des 
injuftiecs qu'on lui faifoic. Ces» 



DE WARWICK. 2S9 

Ces différentes réflexions fc préfenté- 
rent tout d'un coup à Ton cfprit -, elle de* 
meura d'abord fi accablée , qu'elle fe ré* 
folut d'attendre le fondre qu'on allbit lan- 
cer fur fa tête , &defe laifler conduire où 
le Comte de Dévonshire vottdroit. Que 
m'importe, difoitelle, de mourir dans 
une Tour ou dans un Cachot , d'être em- 
poifonnée ou poignardée. > en quelque 
lieu que l'on me mène > de quelque gen- 
re de mort qu'on me deftine, j'aurai pour 
confolàtion le fecret témoignage de ma 
confeience , je fçaurai que je n'ai rien à 
me reprocher , qtoe je n'ai point mérité 
les maux qui m'accablent > n'en eft-cfc pas 
aflez pour quitter la vie fans regret ? mais 
«lie trouvoic en fuite que fa gloire étanc 
inféparable de 6 juftiêcation » clic ne dc- 
voit négliger aucun moyen de faire conv 
rioître (on innocence * elle s'affermit dam 
cedcfleïn, & le regarda comme unecho- 
fe digne de fes foins. Mon , difoit-cllé, 
je ne peux me réfoudre à fournir des ar- 
mes â mes Ennemis * fi je les latte Maî- 
tres de ma deftinée , je ne ferai plus en 
état d'effacer les foupçons que Ton a pris 
contre moi $ ne vaut-il pas mieux les fuir 
& me cacher en quelque Heu I Le Ciel 
qui permet que j'entende la converfation 
de mon Mari avec fon Parent , ne fem- 
t>fo»t*U pas m 'ordonner d'en profiter ? 
Les momens me font» précieux. Helas ï 
je nto| ai déjà que trop perdu. Où me 

mettrai- 



%6q LE COMTE 

mcttrai-je en feurcté ? Comment fortfr 
de ce Bois fans être entendue ? Grand» 
Dieux I que vai-jc devenir ? pour me ti- 
rer d'un Labyrinthe , j'entrerai dans un 
autre. 

Ellefe leva toute tremblante y elle n'o* 
J'oie., partir de (à place -, le Comte ôc le 
Chevalier cootinuoient de s'entretenir 
avec tant d'application , qu'ils ne fon- 
geotent guéres à. ce qu'on rai foie autour 
d'eux * Je Vent qui s'étoit levé agito/r Si 
fon les Quilles , qu'il étpit trè$\facile de 
marçfer fans être entendu f elle prit en- 
fin fa réfolution , ôc fc tirant douceneat 
du voifinage de fon Mari , elle s'avança 
avec la dernière diligence du côté deTwit- 
nam > ne fçachant encore fi elle fe mec* 
troit fur la Rivière , ou fi elle fe réfugie- 
r«iç dans quelqu'une des Maifons de cet- 
te petite VJWe. Malgrér cette incertitu- 
de; ç{\c ne laûToit pas de fe hâter , & de 
voir coût le péril qu'elle évitoit „ & tout 
celui qu'elle alloit «ourir» l 
. Une Femme de fa qualité , Ci belle ôc 
fi jeune, devenir fugitive >fe fauver com- 
me une Criminelle , pour fe garantir de 
la rage de fon Epoux , ne pou voit guéres 
cfpérer qu?une , telle démarche fut biça 
expliquée dans le monde : mais les hor- 
reurs de Ja Prifqn dont elle étoit mena- 
cée j Ja. Konbloient 6, fort ,. qu'il n'y a 
rien qu'elle n'eût tenté pour l'éviter. 

Elle entendu dans ce moment du~bruit 9 

«fc 



DE WARWICK. 261 

3c s'apperçût que c'étoit deux Chevaux 
tjui n'étoient conduits par perfonnè j elle 
ne douta point que ce ne fuflent ceux du 
Comte de Dpvortshire ôc du Cbevalkr 
d'Hercfqrd 5 clle : ne fe.tronrpok j>oint, 
ils les avoientmal attachYz ; ôc ils retour- 
noient .vers Londres. Aufli-cor elle fe jet- 
ta fur l'un * elle <ô ta la bribe de l'autre, 
pour qu'on ne pût la fuivre , ôc parfit 
blus légèrement qu'un trait j elle avoir 
ï>efoiivcîe-tirer des forcés deia propre foi- 




quelques _ 

avant le jour (car elle était urrefort bon- 
ne Cavalière) elle mit piei à terre, Jaitfà 
fon Cheval , ôc fut chez fa Nourrice 
oui étoit une riche Bourgeoife > très^ 
ndelle Ôc très- attachée à fon fervice : 
mais la crainte d'être découverte l'enga- 
gea de Renvoyer fur le champ lui acheux 
un habit de Cavalier , dont die ft trave- 
ftit après avoir caché fes, cheveux fous un 
Bonnet , car en ce tcraps-Ji on nepor- 
toit pas de Perruques i elle parut n" belle 
cV fi bien faite , qu'on ne pou voit la voir 
avec indifférence 5 fa taille éroit des plus 
majeftueufes ôc des mieux prifes j fon air 
avoir tout èhfemble de la fierté & de la 
douceur , quelque chofe de vif & defpi- 
rituel brilfoit, dans fes yeux, ôc le dégui- 
fetrjentlui ét0ic fi naturel , que tout le 
inonde y pouvbit être trompé * elle -ne 
* * ' *■ trouva 



i6i L E C O M T E 

troun pourtant point que ce fût une af- 
fcz grande feurcté , pqur fe cacher à la 
vigilance deMonfieur deDévonshirc $ de 
forte qu'ayant raconté à fa Nourrice tous 
Icsfujctsd'apprchcnfion qu'elle avoit , el- 
les tombèrent d'accord que cette bonne 
Femme écriroit à Madame Digby cjui de- 
meuroît à la Campagne > qu'eue lyi man- 
4eroit qu'elle lui envoyon fon Fila, qu'il 
lui étoie arrive une ucheufe affaire , êc 
qu'elle la prioit de le garder jufqu'i ce 
qu'elle fût accommodée. 

Comme elle ne l'avoit jamais vu » il 
n'y eut rien de plus aifé que de la trom- 
per U-deflus. Madame de Dévonshire for* 
tit de Londres en diligence , de peur d'y 
être trouvée par les personnes à qui elle 
avoit intérêt de fe cacher ; elle ne vou- 
lut être accompagnée que d'un vieux Va- 
let de fa Nourrice oui la conduifit jufcjues 
chez Madame Digby , de qui revint fur 
fes pas : mais avant que de parler de L'ac- 
cueil qu'elle y reçût , il faut retourner a 
Twitnam. 

Les gens de Madame de Dcvonshire 
ctoient aflèz accoutumez à lui voix paf- 
fer plufîeurs heures au bord d'un Ruif- 
feauqui traverfoit le Bois, & la nuit c toit 
fort avancée avant qu'ils euflent rienfoup- 
çonné de fon départ ; il n'y eut donc que 
la crainte qu'elle fe trouvât mal , qui les 
obligea de la chercher. Ils reftérent fore 
furpris de rencontrer le Comte, de Dc- 
vonshire 



^ 



DE WARWIGK. 161 

vooshirç & fqn. Çoufln , <|ui informè- 
rent *'ib-avojfmc vu leurs Qwau*. & 
3ui leur diren* dtaitr*;: dv* U plu* épais 
u Bois p<m? (es faœftneir. Un* parue 
©béï* à. cet q$oH» ô^l'a^r*: continua de 
parcourir ^ l*g endroits PU l%Com«C& 
fç fc cachou quelquefois , nuis leur pei- 
ne fut inutjjc i clic n'y ©toit plus , çoa* 
me je viens & ,1e dire , & le Chevet 4 qui 
elle *vçit 4*ç k. bridé jouïftnt de; & li- 
berté , s'étojt prompe^meftt ploigpi. 

Le Comte Ô£ Pevonshire. igqQrojr que 
ft Femme efo pafé ]a foirée dens, U Buts* 
Lors qu'on lui aprit qu'elle, n* p»rpifcit 
point , fc qu'en ne fçavoic ps* ce que 
leurs Chevaux écoient devenus , il fttt 
r Fcs-furpris , & il lui vint com 4*U9 coup 
dans r«iprjt, que cette perte n.'étoitpojflt 

Un effet du ha^rd , ôt que la Comtefle 
y a voit plus contribue que perfonrw, U 
en parla au Chevalier qui oc pût le croi- 
re , il lui die qu'elle étott peuMtre ren 
tournée toute feule au Château • qu'il y 
falloir aller , qu'auffi bien quand ib von- 
droient la fuivre , ils n>vo^enc pas de 
Chevaux , & que te meilleur Paroi «noie 
de s'éclaircir de ce qui fc pafioit; 

Comme le Comte de Dévonshkc & le 
Chevalier n'éroient pas revenue à Twit- 
nam , depuis l'Ayantur e que la Çomeflo 
avoiceufurlaTanûfc, leursjwrd&isurifto 
4c embarraûe. Madame d'Aagtefcy crai- 

£itok pour fa FiiJc le* efiw 4'ua efrm 

irrité, 



.A 



. < 



^4 LE G*0 M T E 

irrité', cY fon premier mouvement fut 
qu'elle reftât dans fa Chambre (ans venir 
. dans la fienne » jufqu'à ce qu'elle eut pé- 
nétré les diipofitions du Comte deDéyon- 
shire : mais la pérfonne à qui : elle donna 
cet ordre ^ lui dit cour bas qu'elle ne pa- 
roifibit point , qu'on la cherchoit inuti- 
lement ,- ôc que le Comte étoit dam ce 
Bois en ȑme temps qu'elle. 
; Ceçte nouvelle lut caufa une extrême 
inquiétude > elle craignît t dut 7 d'uneotip 
les plus finiftres événemens pour fa Fille) 
ion teint changea plufieurs fois de cou- 
leur j la violence qu'elle fe faifoic pour 
cacher fa peine , contrifcuoit à la faire , 
paroitre. 

; Le Comte de Dévonshirc & le Cheva- 
lier dltercford : n*étoiçnt pas moins agi- 
tez. . Ce dernier demanda des nouvelles 
-et laComtefle , êc fi Ton pouvoir la voir 
fans l'incommoder. A ces mots- Madame 
d'Anglefcy ne fe fentit plus Maîtrefle- de 
garder le nlence. Ah ! Mylord , dit-elle 
a fon Gendre , vous fçavez mieux que 
>perfonne où vôtre Femme peut être , je 
*" n'ignore pas que vous ne Payez rencoa- 
trée , puis qu'elle ne paroi c plus > que 
lui avez -vous dit de fi effrayant ? elle 
n'eft point revenue -, vous ne rendez ju« 
ftice ni à fon mérite , ni à fa vertu. Le 
Comte la regarda froidement , & lui ré- 
pondit fans entrer dans aucun détail, que 
s'il avoit trouvé la Comtcflc ils f eroient 

revenus 



DEvWARWICK, 16s 

revenus enfcmblc , que Ton abfence lut 
faifoit de la peine > qu'il la fupplioit de 
trouver bon >qu'il envoyât la chercher, 
êc q&'il y fût lui- même.* Il for tic de fa 
Chambre, & donna ordre qu'on retour-» 
nât'dans le Bois avec des Flambeaux. Tout 
le tAhps ou'on mit à le parcourir fut né- 
ce flaire à kdpomtcfle de Dévonshire pour 
Jui donner lieu de fe mettre en feu r été. 
Enfin , l'on vint dire à fon Mari que Ton 
remarquoit les pieds d'un Cheval nouvel- 
lement imprimez fur la terre > & que 
c'étoit cq des endroits fi peu fréquentez, 
qu'il y avoît toute apparence que la Com- 
tcfîe ayoit pris cette Route. Le Comte 
êc lej Chevalier le crurent, & partirent 
pour s'en informer , ne voulant confier 
ce foin a perfonne. 

La piite qu'ils fuivoient les conduifit 
vers àes hautes Montagnes -pleines de Ro- 
chers & de Précipices j ils y perdirent les 
traces qui les avoient guidez jufques- là. 
Le jour ayant dilïipè la nuit , ils mirent 
pied à terreau bord d'un Ruifllau, Ôc s'y 
repofoient , loris qu'ils virent pafler devant 
eux le Cheval du Chevalier d'Hercford, 
qui n'a voit ni felle ni bride , & qui cou- 
roi t de toute ù force 5 k Chevalier qui 
ctoit toujours amoureux de la belle Cofcir 
cciTe , penfa mourir de peur. N'en dou; 
tcz point , Mylord , s'écria- t-il , vôtre 
Femme s'efi tuée dans ces Montagnes > je 
pénétre â préfent tout le myftérc , elle sT 

T$me IL M enten- 



f » # 



%66 LE COMTE 

entendu nôtre converfation, Se p«ur ft ga- 
rancir de la vtngeânce que vous méditiez, 
elle a profité de la rencontre de mon Che- 
val ,- Se s'eft jettée deflfus ; elle Ta pouffé 
â Taranture ; contente de fuir , elle n'a 
point regardé où elle fuyoit. Helas ! il 
la portée dans ce Défère $ il faut que 
quelque mauvais pas ait fait tourner h 
(elle > Se qu'en fe détachant , cette mal- 
heureufe perfonne foit perte dans quel- 
qu'un des Abîmes qui nous environnent. 
Bien que la douleur fut peinte fur fon 
virage , le Comte étoît fr occupé de et 
qu'il lui difott , qu'il ne remarqua point 
fe trouble du Chevalier. Toutes les ap- 
parences aident à me perfuader ce que 
vous dfices , répliqua- 1- il : mais il eft -de 
certaines chofes , dont on ne doit parler 
qu'avec une entière certitude, celle-ci eft 
de ce nombre ; ft je difois que ma Fem- 
me eft morte de la manière que vous le 
dites, je ne fçai fî l'on ne feroit pas atfez 
injufte pour me foupçonner d'y avoir eu 
quelque part ; Se S nos conjectures font 
faufles , qu'elle vive Se qu'elle fc retrouve, 
je m'atrrrerorè mille mauvaifes plakante- 
ries qui poufferaient ma patience à bout. 
Je # Turs doroç d'avis qu'après avoir tout 
employé pour fçavpir où elle eft , nous 
nous retirions dans 4 une Maifoh que j'ai 
au milieu des Bois j nous y pourrons at- 
tendre réclairciflemcnt dont j'ai befoin. 
'• Le Chevalier approuva ce deflein ; ils 
} con- 



DE WARWICK. x6j 

continuèrent de chercher , & ne trou- 
Tan© rien > ris fo rendirent »à i un. Vidage 
o/rïb kppercuDqnc de raucnc.cdtf de ht 
Montagne * ikentrérrnc. dans une» Mai* 
fenneufc avec leurs gens* & donnaient 
toupies -ordres* ^néceffairos > Jn>ùr vqoj** l'on. 
allât à Londres de à mille outres endroits 
à la quête de 1* Comteficif 
^•Dcs quo cela, fat fini , Je Comte de le 
Chevalier. remontèrent ;à Cbcvah, g*r+ 
danc l'un & l'autre un morne ifiJence<j il$ 
ne ipaifoien* point f pour : .a vioir - trop' < de 
choies àJcidtte > le Comte ^s.'il eft ptr* 
misn4cleucroir<^ orargnoia un peuàlsè Ci 
Femme ne fe fût pas tuée , de le Grevai 
hcT'cn avoir une fi horrible peur , qu'il 
eue mt£ lieu de ïe. convaincre qu'il n'é* 
mtipu%mà càmtaxti #vaJr/ofc s'eofrU 
rer. ' La:j*kafor!<Stii^ haine agitoient le 
Comte» l'amour^ ia crainte agitaient te 
Chc¥àliar * Jfi&ïl pdffibk; , lui drtril, que 
vous perdiez la plus aimable perfonne dâ 
monde, qu&toosf cachiez, qu'elle eft mor- 
te r -ô* que vou* foyer auffi tranquille 
qae je vous vois ? Qui von* a dit , re» 
pliqiua le Corme > que je l'ai perdue , de 
ailojeluk tranquille ? tout mVnYéreCê 
ëa»s la Sccnt* qtà fc patte , le rôlle que 
j'y joui eft trop»cruel pour le- joiiér av-ec 
icu&fërencc ;J mats il eft dc« petite» \Pttl 
iic4efpécfc fi terrible , qu'on 1 les renferme 
coûtes dans fon coeur * fans les donrtcr'cn 
(pcftacl*. Vous pourriez les partager aVec 
■) Ma moi. 



»68 L E CO M TE 

moi , die le Chevalier , notre amitié ett 
trop étroite, ptflir ;«jitr ces réfenres vous 
foient permîtes, &jelefcprensanffi com- 
me des offenfts.: je ne içai ce, que vous 
co jugez. 9 rt partit froidement le Xomie» 
je fçai bien feu|cment a««ivous avjcz beau- 
coup de dtfpofiiion a me faire injuflice. 
Le Chevalier auroit pu lui alléguer fon 
état » & lui prouver qu'il étoit encore plus 
touché que luis, «ai* il ne jugea pas à 
propos dé luh faire une telle confidence; 
il s'obfcrvoitoncme , pour lui cacher k 
déplorables fituation où il tfe troufok. 

Enfin , ils» arrivèrent xbe^iU^GomtCi 
Sa Maifon étoit au milieu d'une fombre 
Forêt > il falloit des Guides pour pouvoir 
y arriver fans fe perdre i il. n'y êtojt allé 
en toute fa vie qu'une feule foi*. Ce vieux 
Château avott quelque chofe" de fifuneite, 
qu'il n'etoit que trop. propre à nourrir la 
noire joloufie, double Comte fe fentoit 

. Pendant qu'ils s'établiflbtenc dans ce 
triûc Séjour ., le Comte d'Anglcfev & fa 
Femme mouraient de déplaiSr à Twit- 
sam. yXwctftitvde du Sort de leur Fille 
leur caufoit des al larmes continuelles., plus 
■e^ç leur étoit chère , &plu$ leur imagi- 
nation étoit ingénieurs à' Jcs tourmenter. 
JLe: Comte de DévonshW, qui. devoir, ja* 
turelleroent revenir chez eux > tvoit pris 
un autre Parti avec fon Ami $ Sis infe- 
fW«i de cette conduite» que fa confeien- 

cc 



■ 1 



DE W ARWICK. 2«9 

celui peprochoit quelque Crime à regard 
de fa Femme > tic qu'il rie pouvoit' foute* 
kir leur vue ; ils donnèrent Ordre que 
Fon s'informât par toUt de for* Son ; de 
Madame. d'Angleféy ne pouvant être trart* 
quille en aucun endrok > quitta la Cam- 
pagne , & revint* à Londres i où Ton in* 
quiétude la fu'ivitt a*ec : la* ntêdle vivacké. 
Il auroir 4té difficile qu'un .Evénement 
qui intérefloft-tant de perfbnns delà pre- 
mière qualité , élut pu être long- temps 
ignoré* à la C6ur. t,e Roi l^ût que là 
Cbnïtefl© de Dévoftshire ëteh «lifparuêV 
&* que Ton accûfofc- fon Mari dd lùraveit 
fait un méchant Paru > il plâignoit ren- 
dre menthe Sort d'VLhc fi aftnable Perfora 
ne } & comme le Comte de Warwick en- 
tra dans fon Cabinet au moment qu'il y 
revoie , il lui dit- : Qne n'avez- vous pas 
â vous reprocher y Mylord , .fur leCha» 
^tred'e Madame de De vonstrir* ? on croie 
qu'elle eft morte , ôc que l'extravagance 
que vousr avez faite de Vouloir l'enlever» 
hii caafe ce malheur. Ce Comte refta fî. 
ftlrpris de cette nouveire , qo'il fut long- 
temps farte pouvoir répondre ; tout- le 
mérite Se toute la beauté de la Comteflc 
Je renouvelèrent à tel point , dans fon 
cceur ôc dans fone%it , qu'il reflehritk» 
mêmes feu* dont ii'avoit brûlé. pour elle* 
Ne jugez pas , Sire , dit. il au Roi , pap 
les divers changement de mon viïage , & 
par l'altération où je me trouve , que 

M 3 j'aye 



z7<* L B C O M T E 
j'aye rien à me reprocher fur ce que me 
dû Vôtre Majefté j je n'ai de ma Ttc ten- 
te d'enlever Madame de Dévonshire • ôc 
j'ai reflemi vivement la foibleffc qu'elle a 
eu dans cette occafion en faveur de quel- 
que autre que rnoi ; je me fiâtois même 
que cela m'avoit guéri de la paffion que 
j'avois pour elle : mais , Sire , je feus 
coûte la forte de (es charmes par la crain- 
te mortelle où je fuis de ne les revoir plus ; 
Voilà ce qui me met dftis. l'état du mon- 
de le plus déplorable. . Ses yeux fç cou- 
vrirent de larmes s & le Roi l'ayant re- 
marque : Vous la pleurez, Warwick, lui 
dit -il ? Non , Sire , répliqua le Comte, 
je ne fuis pas capable d'une fi grande foi- 
bleffc. Ah ! pleurez, pleurez» s'écria* 
t-il , il eft permis à un Amant chéri 'de 
regretter fa Mai trèfle. Je n*ai jamais eu 
lieu de la regarder fur ce pied , continua 
k Comte , elle ne m'a témoigné que de 
l'indifférence & du mépris > je le refîcn* 
rois à tel Paint , que je m'étois attaché 
ailleurs * je l'avois prefque oubliée > mais 
j'avoue à Vôtre Majefté > que l'incertitu- 
de où me met fa deftinée , me çaufe un 
defefpoir dont je ne fuis point le Maître* 
De quelque manière que vous en ayczufé, 
reprit le Roi, (oit qu'en effet vous l'ayez, 
enlevée , ou feulement que vous la per- 
diez , je vous plains, & le meilleur Parti 
à prendre, c*eft de vous guérir. Le Com- 
te bailla la tête » fans rien répondre , fur 

un 



DE W ARWICK. *7t 

un Confcil qu'il trouvoit difficile â fui-, 
vrc ; 6c fon cœur étant preffé de dou- 
leur , il fe retira le plutôt qu'il pût. 

£n traverfant le Jardin de Withall , il 
trouva le Comte de Pembroc qui fe pro- 
mcnoic. dans une Allée fonibre. Le Com- 
te de Warwick n'eut pas la force de fe re- 
fufer la confolation de l'entretenir > il l'a- 
borda d'un air fi trîfte , ^ju'il comprit 
auffi-tor qu'il avoit quelque grand fujec 
de déplaiur. Helas ! Mylord, lui dit 
Warwick , je ne la verrai plus. Et de qui 
parlez.- vous , répliqua Monfi'eur de Pem- 
broc en l'interrompant ? Je ne puis par- 
ler que- d'elle , continua le Comte de 
Warwick > fe peut il rien ajouter au mal- 
heur de la perdre ? Le Comte de Pem- 
broc nedevinoit pas fur qui rouloit cette 
plainte * & pour- s'en expliquer, Je vous 
entends, lui dit- il , vôtre jeune MaîcreP» 
fe fe va marier & quitter la Cour , vous 
êtes bien fenfible à cette téparatkuû Pltic 
au Ciel ! s'écria Mylord , qu'elle fût 
l'objet de ma douleur , vous me verriez. 
plus de courage ; il n'en eft pas de même 
à l'égard de la ComtdTe de Ocvonshircj 
c'eft elle , c'eft elle dont je déplore le Sort. 
Son Mari vient de l'enlever de la Maifon 
de fon Père ; on ne fçait où elle eft : tout 
le monde penfe qu'il l'a fàcrifiéc à fa ja- 
loufie 9 & l'on m'aceufe d'en être la eau te j 
mais ce ne font pas les reproches publics 
qui m'affligent , c'eft fa perte particulier 

M 4 ré. 



27* LE COMTE 

rc. Vous fouvenez- vous , Mylord, con- 
tinua-t-il , de cectc taille majcitueufe qui 
fitrpafTe toutes les autres, de fonairp/e/a 
de douceur & de noblciïc , de tant de 
charmes enfin qui fe font admirer ôc ref- 
peclcr. Avec toutes ces beautez > au mi- 
lieu de Ton Pais & de fa Famille , cette 
pauvre Femme n'a ptrfonnc qui prenne 
f affirmative pour elle j ce nom terrible 
de Mari impofe à tous {es Parens , fes 
cruautez leur deviennent refpcdables. Hé 
bien , je ferai donc le feul qui entrepren- 
dra fadéfenfe > mais je la porterai fi loin, 
que le Comte de Dcvonshire & ceux qui 
le fécondent auront lieu de s'en fou ve- 
nir. Il eut à peine achevé ces dernières 
paroles , que tout tranfporté par fa colè- 
re , il s'éloigna plus vice qu'un trait, fans 
fe fou venir qu'il vouloir confulter le Com- 
te de Pcmbroc. Celui-ci fut bien âife de 
n'être pas obligé de fe contraindre devant 
lui , comme il auroit fallu le faire. Dès 
qu'il Peut perdu de vue, il fe coucha fous 
un Aibre , ôt s'cnfénclit dans la plus pro- 
fonde rêverie. 

Quels fujets n'avoit-il pas de s'affliger» 
puis que c'étoit fa pafTion trop violente 
êc trop indifererte qui caufoit à la Corn- 
tefle la perte de fon repos , ôc peut-être 
celle de fa vie ? Il foûpira, de fermant les 
yeux , il refta comme un homme qui va 
mourir. Le nouvel engagement qu'il avoir 
pris avec Madame Grey , étoit fi fort af- 
faibli 



1 



DE WARWlCt Vrf 

ftribli par le fou venir de la C*mte(Te de 
Devonshirc» par tous les fentimens d'efti- 
me qu'il dévoie à fon mérite , & par la 
pitié qu'il reflèntoit 1 pour (es malheurs* 
qu'il fouhaita mille fois que la fin de fil 
▼ie pût fervir à la juftification d'une inn( - 
cenec fi violemment opprimée. Oui, tfi- 
foie- il , je vais publier routes les extrava- 
gances que j'aicommifes $ je veux m'efr* 
pofer aux fureurs de Ton Mari » à HridLs 
gnation du Roi , à la colère de fst M aï* 
trèfle *, & a la vangeance du Comté de 
Watwick j je veux enfin être haï de tou- 
te la terre , perdre mes Amis & ma For- 
tune, 6c je ne ferai pas encore afi*ez«pui <n 
II fe tourraentoit lui même r de fc /ai- 
foie mille reproches , Jori qu'il fut abor- 
dé par Madame Grey* Le Roi venoit c'e 
lui rapporter avec quelle douleur le Corn* 
ce de Warwick a voit apris ce qui fe pu* 
blioit fur Madame de Devonshirc. Sa joye 
pouvoit à peine fe contenir. Elle fepro- 
menoic feule , pour s'abandonner toute 
entière au plainr de la vengeance $ elle 
envifageoit Ton plus cruel Ennemi dans un 
état pitoyable j & lors qu'elle apperçût 
le Comte de Pembroc qui fer voit fi b?en 
fa haine contre le Corme de Warwick 4 , 
file fut i lui d'un air gai : Enfin , nous 
triomphons , Mylord , secria-celle , îc . 
Comte de Warwick payera cher le mal 
qu'il a voulu me faire * fi vous fçaviez 
toute, la douleur qu'il a eu quand Je Roi 
.,'""' M s toi 



*74 t E C O M T E 

lui a dit que Ja Comteflc de Dévonsfaire 
ne paroît plus , Ôc qu'on croie que ion 
Mari s'eft porté aux dernières violences 
contre elle , vous jugeriez aifément de 
ma fatisfaâion. 

Le Comte de Pembroc qui avoit le» 
yeux fermez » les ouvrit , & ne foûtinc 
Ion discours qu'avec la dernière impatien- 
ce. Ofcrois-jc vous dire , fyladame , rc- 
pVquat-il , que vous êtes trop vindicaii- 
ye 5 bêlas ! decjucl Crime cft-cUc cou- 
pable à vôtre égard ? Quoi , dit-elle», 
n'eft-ce point un Crime d'avoir fçû pbù- 
rc au Roi , n'en cft - ce point' un autre 
d'aimer le Comte de Warwick ? Ce Per- 
fide qui me devoit tant d'égards , non 
feulement par la profcffiofl qu'il a tou- 
jours faîte d'être Ami de la Maifon d« Lu- 
xembourg , qui cft celle de ma Mère» 
mais aufli par rapport à tous les bons of- 
fices que j'eflavois délai rendre» a^a cher- 
ché qu'a me perdre > vous fçavez affe* 
les Contes ridicules qu'il a faits au Roi de 
gayeté de cœur , ce font des chofes im- 
pardonnables , éc je vous avoue que tout 
ce qu'il fouffre , & tout ce qui peut être 
arrivé à laComtefte, ne me fuffit pas en- 
core. 

Hé bien , s'écria Pembroc > s'il vous 
faut une nouvelle Viâime pour calmer 
vôtre colère , me voici > Madame , je 
vous demande la mort > comme le feul 
bien que je fuis à préfçnt en état dcgoûfc 

ter, 



DE WARWIGK. 37* 

ur. Ne me croyez pas moins coupable 
«fcue le Comte de Warwick » j'aime la 
Comtcfle de Dévonsbke plus que lui > je - 
n'ai pas laifle de fervir vôtre haine contre 
elle ôc contre mon Rival » quelle horreur 
n'ai-je point de # ce Crime r je l'ai com- 
mis (ans peine*» le reûentiment que j'a- 
vois de ion indifférence » la jaloufîe qui 
me tourmentoit - y en uiumot , le pouvoir 
de vos charmes fiant canfe des Jantes que 
j'ai faites contre elle j fi ma vie peut re- 
muer à l'excès de ma douleur , je veux pu- 
blier par toute la terre ce.qui le pafTe. 

Madame Grcy écoutoit le Comte.de 
Pembroc avec tant de furprife > qu'elle 
ne concevoir pas que tout ce qu'elle en- 
tendoit pût être po/fible > ellcrcfta long- 
temps fans lui répondre ; mais elle Tac* 
câbla en fuite de reproches & de mena- 
ces* Il entendit l'un & l'autre , mais (ans 
s'en émouvoir , fans s'exeufer , & fans 
chercher par un retour à lui faire oublier 
cous les écarts qu'il venoit de faire- 

Elle alloit le quitter , (aific de rage & 
de colère , lors qu'elle fit réflexion que 
s'il partait au Comte de Warwick, il pour- 
voit démêler que c'étoit par Tes foins que 
Ton avoir répandu le bruit de l'enlève- 
. ment de la Comteffe de Dévonshïre > Se 
bien qu'elle eût lieu de croire qu'il feroic 
difficile à l'avenir de lui faire tort dans 
l'efprit du Roi , elle connoiûoic que le 
Comte <fe Wargfck y avoit tant ;dc cré- 

M 6 drt 



276 LE COMTE 

die qu'elle ne Youlut pas hazardcrlla cho> 
fe ; elle prie on air moins terrible , & 
pria le Comte de Pcmbroc de garder en- 
core pour quelques jours le fil en ce. Que 
hazardez- vous par cette conduire, lui dît- 
elle ? je vous en fçaurai gré , ôc vous ne 
trouverez que trop le temps de parler à 
J'avantage de vôtre mcrveilleufe Comtcf- 
fc. Il connut par ce retour à quel point 
la chofe lui tenoit au coeur , puis qu'elle 
Youloit bien malgré fa fierté naturelle Se 
ion refiemiment , lui taire une prière. U 
lui die qu'en l'état où il fe trouvoit il 
croit û peu le Maître de fe taire > qu'il 
aimoit mieux prendre le Parti de s'éloi- 
gner , que de lui donner une parole à la- 
quelle il pousroit manquer , que tout 
rouloic fur la permiflion du Roi , qu'elle 
fe chargeât de l'obtenir > cV qu'il iroie 
dans une de fes Marfons de Campagne fe 
cacher à couee la terre. e 

Madame Grey goûta cet expédient ; el- 
le fe fit force de l'agrément du Roi , & 
l'affura qu'elle alloit lui en parler 3 elle 
prétexta ce petit Voyage de ce qui lui pa- 
rut plus plaufible > & ne faiffa pas d'avpir 
de fa peine à faire confentir le Roi que ce 
nouveau Favori s'éloignât. Vous voyez 
la triftefle du Comte de War wick , lui dit- 
il -> les fâcheufes nouyelles qui fe font 
répandues de la mort de Madame de Dé» 
vonshirelui font perdre Jaraifon , il n'eft 

pas ca état d'être fouYçnc auprès de moi» 

- - -- ^ . 



1 



DE WARWIÇK. »77 

& je comptois que Pcmbroc rempliroiffa 
place » jufqu'à ce que Pcfprit du Coince 
fût plus tranquille. Madame Grey repli* 
qùa que le Comte de Pcmbroc lui paroiC- 
toit malade depuis quelques jours , qu ? il 
pourrait en changeant d'air rétablir fa 
famé » 6c fe mettre plûtât en état de re- 
venir s enfin elle le vouloir, 6c ç'enétofc 
aflez pour ne fe rendre pas auxraifonsdtf 
Roi , il fe rendit donc aux formes, > 
La jeune Veuve fit partir le Comte de 
Pcmbroc avec toute la diligence poffible; 
elle lui dit qu'il ne revint que lors qu'il 
fcroit tout à fait guéri des Vtâons dont (a 
tête étoit remplie > & qu'elle lui promet» 
toit de ne rien négliger en Ton abfencc 
pour fa Fortune. Faites ce qu'il voift 
plaira , Madame , lui dit-il froidement* 
je ne fuis plus touche d'ambition , il me 
femble que je ne defîre que la ttiort, , U 
je vous ferois plus obligé de m'en annon- 
cer une bien prompte , que dç me laifler 
vivre le plus malheureux de tous les hom- 
mes. Eft-ce moi qu'il en faut aceufer? 
repliq*a,«t-elle d'un air impatient, : mais 
je vous pardonne malgré vous , je veux 
bien vous regarder comme un intente qui 
n'eft plus le Maître de ce qu'il fait * al- 
lez chercher la raifon où vous l'avez per- 
due , & revenez en état de me faire ou- 
blier tous les fujets de plaintes que voua 
me donnez. Le Comte de Perabroc fe 
«étira fans lui sépondre v il ne pouvoit 

M 7 kii 



*?» LE COMTE 

fcu pardonner l'éclat qu'elle avait ùit coov 
ire h pauvre CormeÛè de Dévonshirc 

Lors qu'il laitfa Madame Grey , elle 
lentit plus vivement qu'elle eût encore 
fric > qu'il ne lui étoit pas indifférent t 
file craignit que bien loin de négliger & 
uiftefle à la Campagne , il ne contraclâc 
vue habitude avec elle qui paurroit intev 
jcjflc* fa famé. U va» dit-elle, dans quel- 
que Maifon éloignée du vende , tenter- 
ier avec lcfouvcnir dclaComteâe dcDc- 
yonshire, il fera difficile de l'en retirer >tl 
y tombera malade j que fçai-je ? il y 
inaurra peut- être i hefas J il y mourra. 
Cette penféelui caufà une extrême peine : 
tUe fut for» furprife de s'intéreiTer £1 ten- 
drement à ce qui touchoit Pembroc $ fon 
*uftérc Vertu s'en feroit effrayée , fi elle 
pli voit pas eu à fe retrancher fur la For- 
tune qu'elle feroit étant Fille & Veuve de 
iknpks Gentilshommes , d'époufer une 
perfonne défi grande diftinâion , &dans 
fon inquiétude elle ne pût .s'empêcher 
d'envoyer chercher le Comte de Rivière 
fon Frère pour l'entretenir. 

Il n'y avoit point à la Cour de fi joli 
homme aue lui 5 il et oit parfaitement 
bien auprès du Roi, indépendamment de 
la faveur de fa Sœur j on le regardait 
comme un des Favoris , & les bontez de 
ion Maître lui attirèrent â tel Point la ja- 
loufie du Comte de Warwick , qu'ils s'é- 
foient voulu battre il n'y avoit pas long- 

^r temps. 



DE WARWICK. *7fr 

temps. Pour empêcher qu'ils n'eu fient 
aucun différend à l'avenir , le Roi leur 
avoit preferit une conduite de laquelle ili 
ne pou voient s'éloigner fans lui déplaire*, 
ils ne laiflbient pas devoir un fond d'ai- 
greur l'un Bour l'autre , que Madame 
Grey avoit u bien nourrie , que' cela étok 
irréconciliable s elle penfa donc qu'eue 
ne pou voit remettre Pcmbroc en de meil- 
leures mains que celles de fpn Frère, pour 
l!empêchcr d'avoir commerce avec k 
Comte de Warwick. 

Dès qu'il fut entré dan» Ta Chambre».' 
elle lui dit qu'elle vouloit lui donner lieu 
de l'obliger , que le Comte de Pcmbroc 
avoit un noir chagrin, qu'il alloick por- 
ter au fond d'une Solitude , où loin de 
diminuer il prendroit de nouvelles forces* 
qu'elle faûoit profeffion d'être de fes 
Amies , qu'elle le prioit de le mener â ut 
belle Maiton de Grafton , & d'y aller pat 
fer quelque temps avec lui : Vous vour 
drez peut-être me repréfemer » continua" 
t-elle, que vous -ne pouvez vous éloigner 
(ans faire tort à vôtre Fortune > fiir tout 
quand vous laifiez le Comte de Warvick 
Maître du Champ de bataille : Mais, mon 
Frère, fiez- vous fur la parole nue je vous 
donne , de parler fi fouvent de vous au 
Roi , que vous trouverez à vôtre retour 
vos Affairer bien avancées. 

U n'en fallut pas davantage pour enga* 
ces le Comte de Rivière à faire ce quo 

Ma<i 



PÏW 



2*0 LE COMTE 

Madame Grey fouhairoit ; il lui dît que 
cette occafîon de. lui faire plaifir lui écotc 
trop précieufe pour ne la pas ménager, 
qu'il alloic chez le Comte de Pembrc>c, 
éi qu'il le perfu'aderoit aûurément de choî- 
fir Grafton plutôt qu'aucun- autre lieu. 
En effet, il le trouva comme il fe [5répa- 
roit à partir. Ils croient déjà intimes 
Amis , & le Comte de Rivière reignfrtc 
d'ignorer fon Voyage , lui dit qu'il vc- 
noit le voir , parce ' qu'il alloit lelcntfe- 
main à Grafton. Avez- vous fait quelque 
Parti 9 repartit le Comte de Pcmbroc, 

2uî vous oblige d'aller faire en ce lieu une 
lourfc de Chevaux ? Non , rcpliqua-t il, 
je vais chez moi me délafler un peu de la 
vie bruyante de la Cour > cYfî vous étiez 
aflez de mes Amis pour y venir , je vous 
en t fend rois compte toute ma vie. Je 
par» , dit le Comte de Pcmbroc d'un aie 
trifte , pour aller plus loin , jVû des rai* 
fons prenantes de fuir ce qui me feroit le 
plus* de plaifir. Le Comte de Rivière pa- 
rut furpris de cette réfolution , il la corn* 
battit avec tant' de- fuccès , qu'il lui per- 
fuada de ne le -point refufer , puis qu'il 
feroit au (Ti folitâire chez lui que dans les 
Defcrts de la Thebaïdc. 

Leur départ ne fut différé qucjufqu'au- 
lendemain. Le Comte de Perabroc ne 
rencontra en aucun endroit le Comte de 
Wartvick , car ils étoient enferme*, cha- 
cun chez, eux y ôc fe defoloient de la morr, 

ou. 



DE WARWICK. lit 

ou tout au moins de la perte de la Corn* 
terTcdeDéforohire. Elle écoit allée, com- 
me je l'ai déjà die , chez Madame Digby, 
où on i'avoit reçue avec bonté -, de bien 
qu'elle parlât pour cire d'une médiocre 
condition ,fon air impofoit û'fon qu'en 
ne pou voit lui manquer d'égards > elle 
étoit proprement vêtue en homme , & 
fe faifoit appeller Jaime > qui eft un nom 
très-commun en Angleterre. Madame 
Digby avait deux Fil» déjà grands, ôeunc 
Nu ce fort bien faite > c'etoit une Fille 
mélancolique & férieufe , douce » t r es- 
par ticu lier e , de qui avoir de l'efprit ; elle - 
i'appclloit Lconore. Madame Digby vou- 
loir la marier à Ion Fils aîné qui étoit pe- 
tit , contrefait , & d'une humeur muti- 
ne : cela étoit caufe que cette Femme 
qui avoit de Pefprit , ne vouloir pas que 
Lconore vît perfonne plus aimable eue 
fon Fils , dans la crainte qq'elle ne Vint 
à le haïr , & qu'elle refulâc fon confen- 
tement pour une Alliance réfoluë. 

Leonore pafloit fes beaux jours enfer- 
mée dans la Maifon de fa Tante , lorsque 
la Comtefle de Dévonshire arriva. Son 
nouvel habit ne lui étoit point étranger s 
iifembloir qu'elle étoit née pour le por- 
ter toujours y elle ne faifoit rien qui ne 
fût accompagné d'une grâce particulière, 
cV le premier moment où elle parut cap- 
tiva Lconore ; fes yeux accoutumez à De 
voir qu'un Coufin laid & mal fait , ne 

s'atta? 



*8* LE COMTE 

attachèrent plus que fur Jaime. Comme 
die avoit refprit bien tourné , Jaime l'en- 
tretint aftez fouvent , 6c faiioit naître 
dans fename une tendreûe qu'il n'a voie 
aucun defletn de lut infpirer. 
/Sans compter qu'elles étoient de mêm« 
Sexe j la Comcefie de Dévomhire aroit 
tint, 1 de fujets de détefter l'Amour , qu'el- 
le ne fe feroic pas permis la plus légère 
plaûanterie oà il auroit eu quelque parr $ 
elle éroit toute occupée de fes malheurs, 
incertaine fur le Parti qu'elle deroit pren- 
dre à l'avenir , irritée contre le Comte 
de Warwick, irréconciliable avec fon Ma- 
ri 6c le Chevalier d'Hcreford , inquiète 
des femimens de fa Famille , 6c des Hif- 
eokes qui coirroicnt dans le monde fur 
fon compte : toutes ces chofes écoient 
aflex importantes pour mériter fon appli- 
cation, 6c pour revenir Courent dans fon 
esprit. Il cft vrai aufïi qu'elle fe aégK- 
gepic avec excès 5 que fi elle fe trou?oic 
1 dans le Parc , en quelque Heu folitaîre» 
elle y paftbit la nuit à rêver , 6c que rien 
ne l'en détournoi t que le plaifir d'appren- 
dre à faire des Armes , & à tirer aufli jufte 
qu'aucun hootme du monde. Madame 
Digby avoir un Maître d'Armes pour fe» 
deux Fils , qui voulut bien enfeiguer à 
Jaime tout ce qu'il feavoir; de forte qu'en 
peu de temps cette belle ComteiTc ne'dc- 
vinc pas moins- dangereufe par fon bras» 
Reliera voie toujours été par fies yeux. 

Léo- 



DE WARW1GK. , *£ 

Ixonore admiroît les progrès que Jai- 
faifoit dans l'Art militaire $ clic avoir 
évité jufques-là de voir fon Coufin , le 
Fleuret à la main , (a figure lui caufortde 
la peine ; ôc quand elle fongeoit qu'on 
vouloic le lui donner pour Mari * fa*dou- ' 
ceur fe tournoit en defc(i>oir : mais de- 
puis l'arrivée de Jaime > elle prenoit tant 
de plaiiîr â fe trouver où il étoit » qu'elle 
ne fe foucioic plus de la préfence de Dig- 
by. 11 ne feavoit point comme il dévoie 
expliquer ce changement ; mais après y 
avoir bien rêvé , rite fit en fa faveur \ oc 
dans l'excès de fa joye il pria Taime de lut 
aider à faire un Couplet de Chanfon pour 
fa belle Confine. Celui-ci s'en exeufa (ci- 
chement , U mit Digby en fi grofle co- 
lère , qu'il fauta à fa gorge. Se qu'il Pau* 
rote étranglé s'il l'avoit pu. Au bruit 
qu'ils ranoieiK , Leortojit fbrtit de fa 
Chambre , de fans hefiter elle prie fou 
Coufin parles cheveux , et le tira fi fort, 
qu'il laiua Jaime. Ingrate , s'écria ce pe- 
tit homme , fi vous fçaviefc le fujet de 
notre querelle , vous le haïriez pour le 
moins autant que moi ; je le priois de 
mettre en Vers quelques Rimes que je 
vouiois vous préfenter y il a ofe me ré- 
pondre d'un air mépri&nt , qu'il ne fça- 
voit point faire des Vers de commande* 
cteque s'il travailloit pour lui , il en vien- 
ovok peut-être à bout. Leonore regarda 
fim Confia avec mépris , fans daigner lui 

répon- 



a84 LE COMTE 

répondre 5 0c paflànt en fuite dans le Parc, 
cjlc chercha un endroit écarté pour pleu- 
rer des malheurs dont elle (e fcntoîr rr- 
vement pénétrée.- ■ ' 

En effet y dpuis l'arrivée de Jsirae cl/c? 
ri*avoit pjus goûté de repos* ' Dans les 
premiers j\>urs fan cowr ne s'en éroic 
point aJlarmé $ bien loin de cela , clic 
41 voie regardé cette tendrefle naiiTanre, 
comme un moyen de Te confolcr de lafc- 
crette horreur qu'elle reffencoit pour le 
petit Monflrc qui lut.étok deftiné : mais 
elle connut peu après eue l'amour ne per- 
fécuce pas moins que la haine ; elle ou- 
vrit alors les yeux fur fa fîtuarion , & la 
trouva d terrible , qu'elle ne cetfbit plu» 
de foûpirer & de Ce plaindre. 

Dès qu'elle fut au fond du grand Bois? 
dont le Soleil a voit peine à difliper Fob- 
fcuuté , elle s'agit au bord d'un Ruif- - 
feau t .èi rêva long temps . puis.fc par- 
lant à elle-même : Que veux- tu donc» 
infortunée Leonore , difeit -elle ? eft-il 
polit blc que tu fois af&£ ennemie de ta 
gloire 9 pour avoir des ientimens particu- 
liers en faveur d'un jeune homme M fore 
au defibus de toi ? quelle* vûé as -tu, puis 
qu'il ne peut être ton Mari ? Mais pour- 
quoi ? rcprcnoit-clle , j'ai du bien & je 
n*ai pas d'ambition ;,il n'y a point de lieu 
fur la terre où je ne me trouve heureufe 
avec lui , Ôc fans doute il regarderont corn* 
me la meilleure Fortune du monde de 

m'avoir 



DE WARWIGK. itf 

tt*avoir époùféc. Elle continua de falue 
cent Projets agréables qui (c détruifircrft 
en un moment ^.& de cette manière , va- 
riant entre la crainte &?4'eipérance , elle 
ne\ prenoit aucun Parti , A continuoitde 
s'affliger -, lors qu'elle entendit quelque 
bruit procrTe d'elle L* peur d'avoir été 
écoutée par fa Tante ou par Digby , l'o- 
bligea de fe lever brufqucmenr. Elle ré- 
garda de tous^Ce* , & vit J*ime qui s**- 
ioîgna.dès qu'il Peut apperçûc. ' * . 

Elle juge* que c'étoit par rcfpecl: mais 
n'étant pkusfe Maîtrcflc de fon cœur, el- 
le PappeJla ôc kit fit, figne de Rapprocher. 
Jl eft bien jufte , lui dit-elle en i où riant, 
que je vous rafle des reproches de la ma- 
nière dont vous avez refufé mon Courut, 
quand il vous a. prié de faire des Vers 
pour. moi. ? Jen&nfqrois trop mal aquit- 
tc , repiiqua^-il % &je n'ai pas l'clprk 
aflez iibrp pour , «l'attacher à ces fortes 
.d'Ouvrages. : Di&s plutôt que vous êtes 
occupé Tecrettement d'une paillon trop 
forte , pour vous permettre de longer à 
quelque autre quîà celle que vous aime*. 
11 rcAa un moment fans répondre -, & 
l'impatiente Uonoxe continuant fon, diù 
.nurs : Vws gardez uni filencc bien inl 
«elligible , dû-cJle. Ah / Jaune , vous 
étesampurcua j c'eft peut *êtrc pour cer> 
te perfanne qu$ vous vous êtes battu à 
Londres > c'eft elle qui eft la caufe que 
je vous çosinoif * quelle fatalité ? Jaime 

repro. 



1 



%%6 LE COMTE 

*tpreAant fes efprits lui dit : SI votfsfç* 
iritz. toits les fujcts que j'ai 4c me plain- 
dre île ma Fortune 1 voulue crofeiez pas 
5)ue je iuite en eu* <km\>ccupir de cette 
juulton j je •• stfeni ai jamais- ci* $ ib feu] 
-pem de l'amour me fait novfrur Scroit- 
jl poflibk que vous eufitez tant de baine 
pour ce que vous ne connohTcz point ? 
xcprit<llc.> il feut que : vous ayez aimé, 
4tque vous fcyefc < mécontent : mais J 
vous avez été malheureux dan*tUirèœj>s, 
ce n'cïl point une rahon qui dom tous 
v rebuter. Te me comtois un peu au x Aftr es 
<c à la Phùlonoaue , je vois tout favora- 
ble pour vous ; aimez tk vous ferez aimé. 
Jaimè fut fort ftirpis de ce qu'elle lai 
diloir. Belle Leonore , dit-il , je »e fois 
pas aflez docile pour fui vrfc vos tconfêrif ; 
je ne veux m'occuper -que dû foi* de ma 
Fortune v In mieane oit déployable 5 f ai 
irop de coour pour m'en accommoder ; il 
faut que je meure ou«quv je parvienne à 
changer ma deftinéc. Je connbk bien, 
dît-elle , que vous êtes encore touché du 
traitement que vous avez reçu de mon 
Coufin ^cependant voua dcvêfc ; f*excu- 
fer * fî vous; vous fou venez qu'iî a mille 
fujcts d'être jaloux de vou*. De moi, re- 
prit Jaimc, bêlas .' par quel enck^>k ? p 
a vu v continua^t-elle d'an* air èiribarrif- 
£6 i que je vous regarde toujours avec 
plaiGr , que je ne peux m'cmpêdier de 
your louer * il a peut-être encore vu que 
•• . • " je 



DE WAHWICK. 287 

je pfnfc en vôtre faveur bien plus de cho+ 
les que je n'en dis.. Helas ! Jairoc',iM 
?avez~vous point vu comme lui è ::.» 
J'entends raillerie , répondic«il y , ■whjj 
roulez, vous réjouir à mes dépens , A 
poorr peu que cela vous faffe de plaifir^ 
l'y confens * mais foiftenez*vous que ma 
complaifancc n'ira point juiqu'a vous lait 
fer croire que je donne dans le Panneau; 
& il n'eft pas moins vrai que 1 Vil croît 
pciiïbkque vous vousafaif&ffozr jufytfa 
moi , je me trouve dans, une foliation <.£ 
bizarre , que {c ne'profecpou d'aucuucde 
vos bontez. Quoi i s'écria Leonore me 
impatience , vous ne voudriez pas m'é> 
pouler ? tous réfuteriez une fortune Û 
avantageai ? Je paye*ois mal à Madame 
Digby moipkalwé qu'etfé exerce i mon 
e^axd, répliqua -t il Vous vous vàngeriex 
au rat?) us de fou Hk, dir-elk. Ce moyen 
ne 01c convienc pas, contimw*t~il j je 
•veux travailler à mc*n rrpo* avant que de 
fonger à l'hymen; Je reçois vâtre For- 
tune, dit-elfe, je fuis riche, ôc je ferais 
trop concerne de partager k mienne avec 
vous* Vos Parem en icroienr indignes^ 
répliqua t.ii Je m'en vei rois aucun y réw 
-pondir~e)Ic v noms irions dans le plus beau 
Pais de Europe r noua ferions une cfptf- 
<t d'Hermîiage dans, un Vallon délirieûk 
où les fontaines eoulcroicnt doucement 
entre les Saules & les Peupliers ; nous 
aurions des Livres , des Inftrumens ,. des 

Jardina 



i88 LE'CO MT E 

jardins cultivez , peu de Domeftiques?» 
des Meubles amples 6c propres j éloignez 
du monde , nos beaux jours cou 1er oient 
comme un Songe. Tout ce que vous re- 
stez de me -dire en cft déjà un , répondit 
Jaime en foûnant y ôc je ne fçavois * pas 
Qu'une auûl aimable Fihc que vous eût le 
don de faire des Contes i perte de vûë. 
Ah 1 ceffez , cruel , de me railler fur 
une tendreûe que vous devriez relpeâer; 
vous ne voyez -que trop les (entimens de 
mon foible cour s je me dois encore ce 
témoignage , c'eft qu'il n'y a rien que je 
tVayc fait ponr les combattre , cela n'a 
fervi qu'à me faire fouffrir , toujours pré- 
fent à mon cfprit , vous avez decruit mes 
plus férieufes rcfoiutions. J'ignore ce 
que j'ai fait , dit-il , tout a été involon- 
taire ; Je vous le répète» Leonore* nous 
ne fournies pas nez l'un pour l'autre. 

Cette Fille pénétrée de douleur de de 
honte fe laiûa tomber comme une -per- 
sonne morte 4 elle perdit toute connoif- 
ftnee 9 ôc ne donna pas moins de peine 
que de pitié à Jaime pendant qu'il la fc- 
couroit. Hclas 1 difoit-il, quelle eft donc 
«ton Etoile ? voici l'amour qui me vient 
encore perfécuter. Je croyois avoir trou- 
vé dans la Solitude un Azile contre luis 
il faut que cette charmante Fille devien» 
ne trop fenfible pour moi , ôc que je con- 
tribue innocemment à la rendre malheur 
jwufe* 

L'eau 



DE WARWICK. 289 

L'eau qu'il avoic jettéefur le vifagc de 
Leonore étoit fi fraîche , qu'elle revint 
bien-côt à elle ; Tes yeux écoient à demi 
ouverts , pleins de langueur & de ten- 
dreffe y * elle avoit fa tête appuyée fur les 
genoux de Jaime \ ils revoient l'un ôc 
Pautre * chacun murmtfroit contre fon 
Sort > lors qu'ils entendirent un grand 
bruit de Cors ôc de Chiens , ôc qu'un 
Cerf qui étoit entré par une brèche dans- 
le Parc vint chercher un Azile aux pieds- 
de Leonore. Tous les Chaûeurs le fui- 
voient , ils en firent la Curée devant elle. 
La Meute étoit au Comte de Rivière. Sa 
Maifon n'étoit qu'à trois lieues de celle 
de Madame Digby : mais il ne la voyoit 
point , leur âge Ôc leurs occupariôns 
n'ayant rien de commun. 

Le Comte ne fut pas médiocrement 
furpris de trouver la charmante Leonore 
dans ce petit Bois avec l'homme le plus 
beau de le mieux fait. Elle eut de font 
côté une extrême peine qu'il l'eût vue 
dans le temps où fa tête étoit appuyée 
fur Jaime. Elle fe leva brufquement , ôc 
voulut s'éloigner : mais le Comte de Ri* 
viére n'ayant plus d'attention que pour ce 
qu'elle fàifbit, il la fui vit ôc l'aborda d'un 
air mêlé de crainte ôc de confiance. 

Je vous ai interrompue > Madame , lui 
dit-il , dans un temps où vous alliez peut* , 
être vous endormir , ne m'en voulez 
pas de mal » vous êtes déjà vangée $ & fï 

Tome I L N j\à 



* 9 o L E C O M T E 

j'ai dérobé quelques mornens à vôtre re- 
pos , je dois craindre d'avoir perdu \c 
mien. 

Leonore connoifipit au£ peu Je Croa- 
te qu'elle en étoit cenauë » cependant el- 
le jugea bien que c'etoit un- hornmediâtn* 
gué , 8c elle auroic p& recevoir agréable- 
ment ce qu'il lui difoit , fi fa prévention 
pour Jaime lui avoit lai (lé quelque liberté 
d'efprit. Elle le regarda, froidement , as 
lui dit : Si vous voua plaignez auffi peut 
de moi que je me plains de voue, MyAer<f» 
je ne penfe pas que vous puifîiem erre fâ- 
che de m'a voir rencontrée » mais pouu 
vous, laifler une entière liberté , je me re- 
tire. 

fille voulpîp s'avancer ver» la Maifoit 
qui écoic fort proche , lorsqu'il cûayade 
la retenir. Une id«ee comme la votre n*eft 
pas facile a s'effacer* lui dit- il > jl ne fel* 
îoit point vous voi*'* le mal eft fait , & 
ne peut qu'augmenter par vôtre abience. 
Leonore fe donna à peine le loifir de l'cn- 
tendrç > elle rentra- chez elle j & le Com- 
te craignant de lui déplaire s'il la fuivotc 
plus loin > s'en retourna avec un chagrin 
qui ne lui écoit pas ordinaire. 11 auroic 
bien voulu retrouver. Jaime où il Pavait 
JailTé , pour lui demander qui etoit Léo- 
Àore , 6V i ça voir , s'il le pou voie , qui il 
etoit lui-même. Sa euriofîté ne fut point 
far is faite. Jaime l'avoir vu avec la der- 
nière inquiétude > de. bien qu'il n'y eût 

aucune 



DE WARWICK. 291 

aucune apparence qu'on reconnût la Com- 
tcfle de Dévonshirc auflr parfaitement 
traveftie qu'elle l'étoit , elle n'en voulue 
pas courre le hazard. 

Après que le Comte de Rivière eut re- 
gardé de tous cotez , pour appercevoir 
quelqu'un, il vit enfin Digby, êc il cou- 
rut vers lui , pour le prier de l'inftruirc 
de ce qu'il fouhaitoit d'apprendre. Cette 
belle Fille s'appelle Lconore , dic-il au 
Comte > elle eft ma Coufine , & fera ma 
Femme avant un mots. Monûeur de Ri- 
vière ne le regarda pas comme un Rival 
redoutable : mais il eue pitié de celle que 
Ton deftinoic à un homme 6 mal fait. 

Il retourna chez lui. Le Comte de Pcm- 
broc Pattendoit, avec fa mélancolie ordi- 
naire. Le Comte de Rivière lui repro- 
cha laparefiè qui i'avoitempâcbédeveni* 
à la Chatte 5 il lui rendit compte de ce qui 
sfy étoic pafle , & n'oublia pas la belle 
Lconore , Jaime & Digby. Le Comte 
de Pembroc dit qu'il connoiffok la Hère 
de ce jeune Garçon ♦ qu'il avoir été chez 
elle lors que le Roi fejournoir à Graffon» 
qu'appareafrneat £1 Nièce n'y étoir pas 
dan* ce tcraps-là , ou qu'on* U lut avoit 
cachée. Quand on cft fart comme vous* 
M y lord , dû le Comte de Rivière , ilett 
de la prudence de vous éviter. Mato, 
ajoûta-t-U > j'ai trouvé un jeune homme 
auprès d'elle que je crois rrès-dangercux ; 
&û Madame Difiby veut canferverleceeur 

N % de 



2 9 i LE COMTE 

de fa Nièce à fon Fils , elle pourroît fc 
dtfpcnler d'avoir de tels Hôtes» Ocft 
peut-être encore un de fes Fils , continua 
Pembroc. Quoi qu'il foit , répliqua le 
Comte » il n'eft pas indifférent à Leono- 
re i elle appuyoit fa tête fur fes genoux, 
& pouvoir à peine détourner. 'fes regards 

Î>our les attacher fur autre chofe que fur 
ui. Ah ! que je voudrois bien fçavoir 
cous lturs fecrers. Et qu'eft-cc que cela 
vous fait ? Mylord 9 répondit froide mène 
le Comte de Pembroc. Dites plutôt, s'é- 
cria le Comte de Rivière , dites plutôt, 
qu'eft-cc que cela ne me fait pas ? Eit il 
poffible que vous ne voyiez point depuis 
une heure l'intérêt que j*y prens ? Mon* 
ficur de Pembroc ne daigna pas lui répon- 
dre ? enféveii dans fa rêverie ordinaire, 
il ne lui parla de fort long, temps, cVpen- 
fk le defefpérer par fon filence. 

Lé Comte de Rivière crut que laiflam 
palier quelques jours fans voir Leonore, 
ion idée s'effteeroit de fon cfprit. Il fe 
trompa. De quelque côté qu'il allât il 

Jiafïbit toujours proche de fa Maifon : mais 
es murailles a voient été trop bien répa- 
rées pour pouvoir entrer par aucune brè- 
che i cV lt Comte de Pembroc n'avoir pas 
eu jufqu'alors la complaifance d'y vouloir 
aller > quelques Prières que fon Ami lui 
en eût faites. Ne fuis -je pas auez perfé- 
cuté par ma pafïîon ? difoit-il $ faut-il 
que vous me tourmentiez de la vôtre ? 

Laiflcz- 



DE WARWICK. 493 

Laiffez-moi recourner à Londres, ou cei- 
fez d'aimer à Grafton. Le Comte ne pou- 
voir s'empêcher de foûrire de l'air bruf- 
que du Myiord ; mais il t rai toi t la con- 
noiflance de Leonore trop iérieuferaent 
pour l'abandonner. 

Cependant cette belle Fille étudioic 
toutes les démarches de Jaime ; elle n'eu 
remarquoit aucune qui n'aidât à lui per- 
fuader Ton indifférence ; Ôt c'étoit tous 
les jours des fujets de la plu* vive dou- 
leur. Quelle honte pour elle d'armer un 
homme dont la naiflance lui était fi infé- 
rieure, &de s'en trouver méprifée! quel 
defcfpoir de lui avoir déclaré fes fenti- 
rnens i toutes. ces chofes lui pareillement 
fi humiliantes , qu'elle tomba enfin dans 
une noire mélancolie , donc elle ne pou- 
voie plus fe retirct .. 

Digby le remarqua malgré Ton peu d'ef- 
prit * ci fa jaloufie naturelle le conduire 
à fe prendre à (aime de la mauvaife hu- 
meur de fa Maîtrefle. Il lui faifoit cous 
les jours mille brufqueries , de réfoluc de 
le cuer s'il cr ou voit une main fi délie à qui 
en confier le foin , car il n'étoit pas allez 
brave pour le prendre lui-même. 

Après avoir rêvé aux moyens de faire 
réûflîr Ces méchantes intentions » il jetta les 
yeux fur Ton Maître d'armes , comprenant 
que perfonne ne s'en aquitteroit mieux: 
mais il choifit mal. C'étoit un honnête 
homme > & Jaime ne lut étoit pas moins 

N j chec 



294 LE COMTE 

cher que s'il eût été Ton Fils. Il feignît 
d'accepter cette Comroiffion , pour qu'el- 
le ne tombac point en d'autres mains s ôc 
il avertit Jaime des fîniftres deffeins que 
Ton for moi t. Helas 1 que m'importe ? 
s'écria- t-i) triftement ; ma vie ne vaut 
pas la peine que je me donnerois pour la 
garantir 5 je vous avoue que ie ferois feu- 
lement fâché de trouver en vous un en- 
nemi : mais Djgby n'a qu'à charger un 
autre de m'aflafïiner , je ne m'en détour* 
nerai pas. Voilà une indifférence qui me 
dit bien de vos nouvelles , répliqua le 
Maître d'armes , je ne puis la' tolérer s & 
je vous demande en grâce de fongerà par- 
tir > dans la crainte qu'il ne vous arrive 
quelque malheur. 

Jaime le remercia de l'intérêt qu'il pre* 
noit aux fiens 5 & du refte il parut fi in- 
différent fur un Projet où il y alloit du 
tout pour lui , que cet homme fe trouva 
obligé d'en parler à Lconore. 11 avoit re- 
connu qu'elle le diftinguoit d'une maniè- 
re avantageufe s & de plus c'étoit à cau- 
fc d'elle que Digby vouloit du mal à Jai- 
me. Il lui raconta ce qui fe pafToit , & 
Tallarma étrangement. La violence qu'el- 
le s'étoit faite pour le fuir & pour lui 
témoigner une extrême froideur , cé- 
da aux juftes raifons qu'elle avoit de l'en? 
tretenir. 

Ce fut encore dans le même Dois où 
clic lui avoic découvert fes fentimens. 

Elle 



DE WARWIÇK. >2& 

Elle l'aborda d'un air qui n'étoit pasmoir* 
«rifle & moins cmbarrafie que la prenne- 
rc fois. Le procédé que vous tenez de- 
puis quelque temps , lui dit-elle , pour- 
voit bien me diipenfer dé m'intéreâcr 
pour vous ., fi je pouvais m'en difpenfor 
moi-même :,mats la fatale defiinée qui 
m'a rendue lenfibk â vôtre mérite, ne 
me permet pas de fçavoir le péril où tous 
«tes , iàns trembler pour vos jours. Oui, 
Jaime, vôtre vie m'eft chère. malgré J'ir*- 
gratitu de dont vous m'accablez j prenez 
donc des me fur es pour la mettre en feu- 
ré té contre le perfide Digby. H ne fume 
pas à ce petit Monftre de me perfétuter 
par fon importune paffion ; il faut qu'il 
vous foupçonne d'en avoir trop pris pour 
moi , Ôc qu'il vous immole t s'il le peur, 
à fa jalouue. Je ne mérite pas , belle 
Leonore > répliqua jaime > l'inquiétude 
obligeante que je vous eau te 4 vous de- 
vez me regarder comme un malheureux 
-qui ne fçauroit répondre â< vos borniez, 
vous devez enfin me voir périr fans dou- 
leur. Et pourquoi périr* , lui dit relie, 
Jaime } n'cft-il point. pofEble que vous 
preniez le Parti que je vous ai offert? 
Fuyez cette Marfon , mais fouffrez que 
je partage votre fuite. Vos Ennemis ne 
font-ils pas les miens 3 Allons dans tel 
Pais que vous voudrez choifir , je ferai 
toujours contente aver vous. Jaime fe 
voyant plus prefic que jamais , pouflà un 

N 4 pro- 



^6 LE CO MTE 

profond foûpir : Vous ne me connoif- 
ïez point affcz , belle Leonore , lui dit- 
il , pour vous déterminer û aifémcnc en 
ma faveur > Ôc s'il faut vous l'avouer , je 
fuis attaché par des liens fi étroits que 
jienau monde ne peut les rompre. Quoi i 
'vous, Vous êtes marié ? s'écria- t-ellcj 
je perds toute efpérance > que ne m'avez- 
vous dit plutôt le fecret que vous me 
confiez aujourd'hui ? peut-être que Tim- 
poffibiiité de réunir dans une affaire, que 
je fouhaite auroic aidé a me guérir. Elle 
lui fit beaucoup de reproches > & forma 
xtans cet infiant la réfolution de mourir. 
Ce -n'eft pas une chofe effrayante parmi 
les Ahglois -, ils fe portent fans peine à 
des extrêmitez ou les autres n'oferoient 
feulement penfer : mais elle ne voulut 
pas fe tuer , ni prendre rien de violent j 
elle auroic appréhendé que Ton eût décou- 
vert le fujet de Ton defefpoir 3 elle avala 
donc un Poifon lent , dont les premiers 
effets lui donnèrent un air de langueur 
qui ne dioiinuoit rien de Ces charmes. 

Cependant la Comtcfle de Dévonsbire 
atrendoit avec impatience que (es affaires 
puffent lui permettre de prendre un autre 
Parti , que celui de refter traveftic fous 
le nom de Jaime chez Madame Digby. 
Elle recevoit fou vent des nouvelles de (a 
Nourrice » qui lui rendoit compte du 
bruit que fon abfence caufoit , & de l'at- 
tention du Comte de Dévonshire pour la 

cher- 



\. 



DE WARW1CK. 297 

chercher. Bien qu'il ne parât plus à la 
Cour , il y avoir de fî grandes corrcfpoa-: 
dances , qu'il n'ignoroit rien de ce qui 
s'y pafîbit > 6c non content de cela , il 
cnvoyôit dans- toutes les Provinces pour 
eflayer de la découvrir * de forte qu'elle 
avoic beaucoup de mcfures à garder. 
. Cette ieule raifon pouvoit la retenir 
dans un lieu où la tendrcfle de Leonorç, 
ôc la haine de Digby la perfécutoient éga- 
lement. Ce n'écoit pas même à ces dif- 
férentes peinas que fe terminoient les fien- 
nes 5 le fou venir trop importun du Com- 
te de Warwick revenoit à' tout moment 
dans Ton efprit. Lors qu'elle fe trouvoie 
au fond d'un Bois elle croyoit le voir ; 
fon air , fa caille , le ion de fa voix , cet 
efprit fupérieur aux autres , ces manières 
engageantes : tout cela fàifoit de nouvel- 
les impreffions que la folirude rortifioirv 
Elle paûoit les jours dans quelque Allée 
{ombre à lui faire des reproches , comme 
s'il eût pu les entendre v elle découvroic 
ainfi dans fon ame une inclination pour 
lui qu'elle ne pouvoit vaincre j elle fe 
vouloit un mal mortel , & tournoit con* 
ire elle-même toute fa colère. 

Le Comte de Rivière n'étoit guéres 
moins à plaindre. Lés difficulcez qu'il 
rrouvoit pour entretenir Leonore la r en- 
doit à fon imagination mille fois plus pré- 
cieufe. Il parloir (ans celle ^'elle au Com- 
te de Pcmbroc , qui ne lui répondoit ja~ 

H $ mais 



29». LE COMTE 

mais rien fur ce Chapitre , de qui conti* 
nuoic de Ton cote à lut vanter le mérite 
te l'innocence de Madame de Dévonshi- 
re. Comme rien ne l'ennuyait davanta- 
ge , il évitoit de le jetter dans cette con- 
vention autant qu'il lui étoit poffible. 

Lors qu'il n'étoitpas le Maître de chan~ 
ger de dife ours , il gardoit un fikrnce 
opiniâtre qui fâcaoit Te Comte de Peia- 
broc. Je voudrois bien fçavojr , lui dî* 
Ébit-il d'un air impatient > quel a été vo- 
tre ddTein quand vous m'avex amené ici? 
Vous eft- il entre dans l'efprir que je n'y 
venois que pour être le Confident de vô- 
tre amour chimérique, & qu'il ne me 6- 
roit pas permis de me plaindre du mien, 
& de chercher en vous un Ami qui me 
confoleroit ? H ne s'agit point d'une Vi- 
fion , répondit le Comte de Rivière j Léo- 
nore n'eft pas un Phantome qu'on ren- 
contre inopinément. Il fcrablfi que la 
même Fortune qui nous Ta fait connoi- 
tre , £e doit mêler de tout le refte pour 
nous favorifer. Enfin , quoi .que vous 
en dificx , je me trouve très.faifonnable; 
Ja chofe eft toute différente à vôtre égard. 
Madame de Devons bire n'aime riejn i & 
fi elle aime > vous êtes bien certain que 
c ? eft le Comte de WarWick- Un tel Ri- 
val nefe détruit pas quand on le veut,; 
c'eft perdre fon temps , c'eft perdre fes 
peines j quel nom donacrai*je à votre 
entêtement ? 

Telles 



DE WARWlCl 2 

Telles ctotent leurs converfatkxis. 
fe quittoient quelquefois pleins de dé 
l*an centre l'artne ; nfats te Comte 
Jtivâére ayant befoin du -Comte de Pei 
broc \ il commença de érâter fa douleu 
& en fuite il k conjura d'aller chez M 
dame Dâgby, afin de parler à Leonore, 
d'cirantiner Jaime qui lai a voie paru tr 
aimabk pour n'être pas très-dangereu: 

Les infbuices qu'il kn fit , jointes à 
complaisance qu'il avoit marquée pour 
foibJeue «engagèrent Pembroc dVl 
chez Madame Digby » afin de trouver 
moment favorable pour entretenir Le 
nore. Le Comte de Rivière voulant s 
vancer k ptoifir d'en fçavoir des nouv 
les , foivie fou Ami su petit Pas , âc 1 
vertit de l'endroit -où H le retrouver* 
dans k Foret. Que je vais avoir d'imj 
tience, lut dk-il en k quittant ! te 
mon repos eft attaché au (uccès de vô 
éonverfation j fi l'on me rebute , coi 
pecz. que je fats un homme perdu. Vc 
une paffion bien vive pouT avoir fi r, 
d'efpccaaoe , répondit Monfieur de Pc 
broc. Pourquoi parlez- vous ainfî, dii 
Comte de Rivière ? Ne feavez-voûs | 
par vdire propre expérience , que 1" 
, peut aâmcrfai» efpotr -, & n'aurois-je ] 
même ptas de raifon d'en avoir quevo 
par rapport à la fituation de la Corne : 
de Dévonshke ? Elle n'a eu que des 
gueur* pour VOU$ > die eft mariée 

N 6* i< 



1 



300 LE COMTE 

vous fçavcz, qu'elle vous préfère le Com- 
te de Warwick. 

Il fut tellement frappé de ce que lui 
difoit fort Ami > qu'il penfa refter où ils 
étoient , fans pouvoir fe réfoudre "à s'en 
éloigner/ Vous voulez , dit-il , me tuer 
de gayeté de cœur ? que vous ai-jc fait 
pour me rappeller de n triftes fouvenirs ? 
11 alloic continuer fes plaintes , lors qu'il 
en fut empêché par les inftances de Mon- 
iteur de Rivière, qui l'obligea daller chez 
Madame Digby. Il la trouva dans une ex- 
trême douleur de l'état pitoyable où Léo* 
nore étoit réduite. Le Poifon n'avoir eu 
ue trop de diligence pour avancer la fin 
e fa vie. Tout le monde pleuroit dans 
cette Maifon. Il en demanda la caufe à 
Madame Digby , qui lui dit que fa Niè- 
ce n'a voit peut-être pas deux heures à vi- 
vre i que Ton ne pouvoir la foulager, par- 
ce qu'elle ne vouloir prendre aucun Re- 
mède - y Ôc qu'effeâivement les meilleur* 
Médecins étoient ceux qui connoiffoieoc 
le moins la caufe de fon mal. 

Le Comte de Pembroc foc touché de 
pitié pour cette jeune perfonne. Il de- 
manda' la pcrmuTion d'entrer dans ù 
Chambre , Je Madame Digby l'y condui- 
sît. Leonore étoit dans un grand Fau- 
teuil , proprement coiffée , couverte d'u- 
ne légère Robe de chambre' , bien qu'il 
ne fit pas chaud : mais elle brûloit , eije 
vouloit toujours être appuyée fur Jaune* 

Je 



DE WARWICK. 301 

& qu'il foûtint fa tête. Elle le regardoic 
avec de grands yeux qui n'avoient plus de 
vivacité j fa pâleur étoic extrême , & 
fans ceffe elle difoic : Je me meurs , me 
lauTerez-vous mourir l c'étoient les uni- 
ques paroles qu'on pouvoir tirer d'elle. 

Le pauvre Jaime étoit inconfolablc de 
Pcxt remité d'une Fille fi charmante 5 il 
foûpiroit auprès d'elle. Il fembloit que 
fesioûpirs la fatiguoient, ôc le regardant 
d'un oeil irrité > elle côntinuoit de direz 
Je me meurs , me laifîcrez- vous mourir? 
Le Comte regarda la Malade avec at- 
tention > il lui trouva delà jeunefTe de de 
beaux traits. Son état étok touchant , 
ôc il fembloit qu'elle demandât la vie à 
quelqu'un. Il lui fit un compliment au* 
quel elle ne répondit que par un figne de 
tête > & fes plaintes ordinaires continué* 
rent d'un ton de voix fi mélancolique» 
qu'elle arrachoit des larmes de tous ceux 
qui l'entendoienf» 

Le Comte de Pembroc leva les yeux 
fur Jaime , & lui trouva une fi grande 
refiemblance avec la Cojnteffe de Devons 
shire ,. qu'il eft impofiible de dire l'agita- 
tion qu'il reftenrit. Comme clic lerecôn* 
nut dès qu'il entra , plus il la regardoir, 
Ôc plus elle écoit embarrafféc. Les divers 
changemens» de fon vifage , marquoient 
allez fon inquiétude. Elle ferait {ortie dte 
la Chambre , fi Leonore avoir pu lefouf- 
frir t mai* elle ne vouloir point que Jaf- 

N 7 me 



jdi /. L E Ç O M TE 

me s'éloignât j de' forte qu'il fe trouva' 
expofé à toute la curiofîte du Comte de 
Pcmbroc. Dès qu'il pût s'en approcher, 
il Jui dit : Vous êtes Couvent auprès de 
cette pauvre mourante ? Myiord , ré- 
pondit Jaimc d'une voix baffe , crainte 
4|u'iJ n'en reconnut le Son , je lui rends 
tous les petits services dont je fuis capa- 
ble. Apparemment , ajouta le Comte, 
<que vous éces de Tes Parcns ? Je n'ai pas 
•cet honneur , repliqua-t-il. Et que fai- 
êtes -vous donc ici ? continua le Myiord ; 
.un jeune Homme aulïi bien fait que vous 
jKonrroit £e .placer avantageusement fans 
xefUr à la Campagne. Au Heu de répon- 
dre à cela , Jaimc lui dit : Myiord , la 
Malade me veut pas que Ton parle fi pro- 
che d'çl la* 

Le Comte qui, s'étoit levé pour entre* 
tenir jairae a fe plaça fur une Chaife d'où 
jl pou voit le voir de l'examiner.- Plus il 
te regardoit , & plus il lui trouvok i air 
À les manières de la Comtcûe * Eit-cHe 
véritabberoent échapée aux fureurs defan< 
JMari ? difoit-il en lui-même > et ferok- 
jp}Jç venue , , a in fi déguiiée , chercher on 
jAzUe dans ces lieux ?,ll étoii enféveli 
dans une profonde rêverie. La Couueiiè 
4c Dévônshire l'examinoir , de commen- 
<$oit â croire > que s'il ne la connoilîoir 
pas encore avec une entière certitude ,. il 
ne refterok pas long - temps ians la de- 
couvrir. 
~ ti Jamais 



DE W ARWICE. 303 

Jamais. embarras n'a «té égal à celui 4e 
cette Daine : elle ne fçavoir i quoi le ré* 
foudre. Dès qu'elle vît un moment pro- 
pre , pour fe retirer , elle fortit prom- 
ptement $ & n'ayant pas encore déter- 
miné à ce qu'elle devoit faire , elle entra 
dans le Bois , fongeant à la nécelTué où 
die étoit de s'éloigner. O fatalité fan» 
pareille ! s'écria- t-elic $ bizarre fortune» 
me pourfuivras-tu long-temps ? De quel- 
que coté que j'aille je trouve des Perde* 
cutcurs. Les uns par une haine implaca- 
ble confpirent contre ma vie > les autres 
far une paffion que je ne puis approuver 
ne me tourmentent pas moins. Fuyons» 
fuyons dans un Defcrt où je puifle palier 
mes triftes jours avec quelque forte de re- 
pos. Elle prit en fuite. la réfolution de 
partir : mais comme elle vouloir fortîr 
du Parc » elle trouva le Comte de Pcm- 
broc qui i'arrêta. 

Il s'étott fi bien apperçû de l'inquiétu- 
de avec laquelle Jaime étoit; forti de la 
Chambre de ia Malade , quefes foupeona 
augmentèrent. U attendrit jmpati<jmmei}E 
que quelque chofe hii donnât] Jieu de le 
chercher. Leon«re lui en fournit bien* 
tôt 1 !occafion. Elle demanda où il étoir, 
eUe s'affligea de ne le pas voir y ôc My- 
Jord k levant d'un air cmprelTé, èefcen* 
dit pour le chercher* & fut dans le Parc* 
Leonore vous demande , dit-U à Jai- 
me » mais je vous demande auffi , il tau* 

que 



3 o4 LE COMTE 

que j'aye un moment de convcrfatlon 
avec vous. Mylord , repliqua-t-il , je 
ne me fens pas afiez a'elprit pour vous 
entretenir ; vous fçavez qu'en l'état où 
fe trouve cette pauvre mourante , il ne 
faut pas que je tarde à me rendre auprès 
d'elle. En achevant ces mots , il voulut 
paÛer en diligence. Tous les doutes du 
Comte s'étant confirmez par cette aâion, 
h crainte de perdre un bien fi précieux 
l'empêcha de garder des mefurcs , il cou- 
rut a Jaîme , & l'arrêta avec quelque for- 
ée de violence. Non , non , lui dit-il, 
vous n'aurez point la liberté de vous éloi- 
gner ; & le prenant par la main , il le 
mena prefque malgré lui dans le Bots. 
- Lors qu'ils y furent , le Comte le re- 
garda y lès yeux découvt oient une partie 
de ce qui fe paûoit danfrfon Ame. Ne pé- 
nétrez-vous pas , lui dit-il , ce que je 
fgai du myftére que vous me faites ? ado*, 
rable Comtefle ; ne me refufez plus vo- 
tre confiance. Quels regrets , quelles 
larmes n*ai«je pas données aux foupeons 
de vôtre mort ! Je vous reconnois f rien 
*ie (fauroii furprendre ma pénétration; , 
contentez que* je tous fois redevable d'un 
fecretquc jepoflede déjà. Le refpe&que 
j'ai' pour vous , Mylord', répondît Jaime 
modestement , nie perfùade plûr& que 
vous m'avez pris. pour le fujet de quelque 
raillerie» que de me laitier croire que 
vous vous trompez/ dans ce que vous di». 

tes:: 



DE WARWICK. 30* 

tes ; mais enfin , oferois je vous demah* 
der fur quoi fondé vous m'appeliez Com- 
tefle ? Ah ! cruelle , reprit-il, pouvez- 
vous croire que je m'y méprenne? Quoi! 
ce cœur qui vous adore ne vous recon- 
noîtroir plus 5 ces yeux qui vous ont 
tant pleuré fe méprendroient lors qu'ils 
vous voyent , & vos- rigueurs mêmes ne 
fuffiroienr pas pour m'apprend reqtle vous 
ères, toujours la même ? Je ne feai pour 
qui vous me prenez , Mylord , repartit 
Jaime d'un air chagrin : mais vous pour- 
riez bien vous paffer de m'arrêrer lors 
que Lecnore me demande. Pour qui je 
vous prens , Madame ? continua. le Com- 
te 5 Ah i je vous prens pour la plus in- 
humaine per/bnne qui foit au monde} 
vous n'êtes acceffible qu'au Comte de 
Warwick ; cet heureux mortel difputc 
l'empire de vôtre Cœur à tous vos Ado- 
rateurs j vous vous faites un pîaifir feu- 
fible de me maltraiter pour lui plaire. 
Que de mépris , que de colère brillent 
dans vos yeux ? Helas ! vous prenez 
pour l'objet de vôtre haine l'Amant de 
tous le plus rcfpeâueux , le plus tendre 
& le plus infortuné. 

La Comteffe le voyoit •& extraordinai* 
rement touché , qu'elle en reflentit de 
la peine 5 elle baifla la tête , croifa les 
bras , demeura en cet état quelque temps» 
incertaine (î elle lui raconteroit fes mal- 
heurs , ou fi elle continueroic de lui ca- 

cneg 



3o6 LE COMTE 

cher Ton nom. Il pénétra tout d'un coup 
ce qui fe paflbit dans Ton Ame j & fe fc- 
foic jetié à les pieds pour la conjurer d'à* 
Voir une confiance' parfaite en lui , s'il 
n'avoir appréhendé qu'on ne Peut vu: 
nais que ne lui dit il pas iur l'obligation 
qu'il Jm auroit de partager (on Secret avec 
lui > Enfin elle ne* Je voulut point , ôc 
ft'opiniltra à fe taire > elle fe contenta de 
lui dire en deux mots qu'il y avoic beau* 
coup de dureté à perfécuter une person- 
ne qui n'a voit rien à démêler avec luis 
tic là-deffus elle s'éloigna fi troublée, 
qu'elle ne {çavoît plus ce qu'elle faifok. 

Le Comte ne rétoit pas moins ; il ne 
pouvoir fe déterminer fur aucun Parti} 
li la fuivoit des yeux , & l 'auroit bien vi- 
te atteinte , fi le refpect, ne s'y étoit op. 
pifé. 11 tarda quelques raomens dans k 
B^is j en foi te l'impatience de la revoir 
l'obligea de retourner dans ia Chambre 
4e Lcoftore ; mai* ii demeura fort fùr- 
pris de ne l'y pas rencontrer. Elle de- 
mandent Jaime avec h d erniére vivacité. 
je vaw mourir , difoic-tlle , je veux lui 
parler pour une chofe qui m'importe, ce 
qui le regarde. Après lavoir cherché de 
cous c&ez , Ton vint dire qu'il étoit 
Monté à Cheva! , qu'on l'avoit rencon- 
tré , qu'il «'éloignoit en grande diligen- 
ce. A ces nouvelles Leonore 9c le Corn* 
te s'afH'gérent également ; la première 
pouffa un profond ibûpir , & pria le Corn* 
•e de s'approcher. Vous 



DEWARWICK. 3?1 

Vous ferez furpris , Mylord , lui dit- 
ellc , que n'ayant point rhonneur de 
¥OU8 etre connue , je vous choififle pat 
préférence a toute ma Famille , pour vont 
rendre dépofitairc de mes dermercs vo- 
lontez : mais comme je defire qu'elle* 
foient exécutées , & que Digby * la Mè- 
re n'enferoient rien, je me prometstant 
de vôtre généro&é , que vous voudrez 
bien remettre entre les mains de Jaimc la 
Donation que je lut fais de tout ce que 
j'ai au monde. Il aura lieu d'en être fur- 
pris i j'ai le cœur aufli bon à fon égard 
qu'il l'a mauvais au mien : mais peut être 
encore que j'ai tort de me prendre à lui 
de fon ingratitude. Car enfin , Mylord, 
il s'agit des (entimens dir coeur dont o» 
n'eft pas toujours le Maître ; je lui* de- 
mandois autant de part dans le fîen qu il 
en a dans le mien ; ôc malgré l'inégalité 
de nos conditions , j'aurais confenti â 
fépoufer r ail l'avok voulu t mais for* 
indifférence ne m'a pas laine un doute 
ngréable. Je meurs enfin , c'eft le feui 
plaiiir qui n'a fçû m'ôter. 

A ces mors » fes yeux s'emplirent de 
larmes ; & le Comte qui avoit la derniè- 
re difpofition à s'affliger , partagea vive- 
ment fa douleur. Elle* s'en apperçût, elle 
l'en remercia avec des paroles touchantes. 
Je mourrois fatisfeite , dit-elle • d j'avob 
vil faire à Jaime quelque choie qui me 
marquât des (entimens pareils à ceux que 
^ voua 



/ 



3o8 LE CQMTE 

vous me témoignez. Tout autre que lui ne 
m'auroit pas dénié une fi médiocre con- 
folation : mais fi fon cœur vous étoir 
connu • vous feriez furpris de fa dureté. 
Helas ! Madame » lui dit le Comte K je 
ne le corînois que trop ; s'il fait les mal- 
heurs de vôtre vie > il fait aufïi bien ceux 
de la mienne. Que me dites- vous , My- 
lord , reprit Leonore ? Avez- vous bien 
entendu que je vous parle dejaime , de 
ce jeune Garçon qui. étoit dans ma Cham- 
bre ? Oui , Leonore , répondit-il , je 
vous ai bien entendue ; & pour que vous 
m'entendiez à vôtre tour , fçachez que 
celui que vous chérifTez fous le nom de 
Jaime , eft une Dame qui (croit encore 
céans > fi je n'y étois pas venu j ma fata- 
le préfence lui déplaît , elle me fuie , nous 
ne la verrons plus ; mais quoi qu'il en 
foit , gardez mon fecret aufïi religieulc* 
ment que je garderai le vôtre. 

Leonore éperdue & confufe des nou- 
velles qu'elle apprenoit , ne pouvoit par- 
ler. Elle avoit de la peine à croire, le 
Comte ; cependant elle fou h ai toit qu'il 
lui eux dit la vérité y il lui' fembloit que 
fon repos & fa vie en dépendoient > elle 
lui fit mille qu eft ions* Elle l'obligea de 
lui jurer cent fois que ce n'étoit pas un 
menfonge ; & pour ie leperfuader, elle 
rappelloit à fon fouvenir mille chofes 
qu'elle avoit vu faire à Jaime , qui con- 
venoient bien mieux à une Femme qu'à 

un 



DEWARWICK. 309 

un Homme» & qui lui fcroicnt devenues 
fufpeâes , pour peu qu'elle eût été éclai- 
rée. 

Enfin 4 après avoir agité dans Ton et- 
prie coûtes les circonftanccs où elle fe\ 
trouvoit , les approches de la mort com- 
mencèrent à l'effrayer 5 elle avoit fait (on 
compte de toucher Jaime d'amour ou de 
pitié ; elle lui dévoie donner Ton Tcfta- 
v ment , ôc lui déclarer qu'elle avoit pris 
du Poifon i elle fe flâtoit qu'une preuve 
fi extraordinaire de fa tendrefîe auroic 
plus d'effet que tous Tes difeours ? mais 
ce Projet étoit renverfé par Ton abfcnce, 
& par les nouvelles que le Comte venoic 
de lui apprendre. Elle revoit Ji-deftiis; 
£c le Comte occupé de fa belle Comtefie 
ne fongeoit qu'à die > (ans dire, un mot 
à Leonorc 

Elle reprit la parole au bout de quel- 
que temps. L'aveu que je vous fais de* 
mes fentimens » lui dit- elle , a du être fi 
difficile pour une perfonne de mon hu- 
meur, que tout ce qui fuit cette premiè- 
re démarche me devient moins pénible. 
Je vous dis cela» Mylord, continua- t-el- 
le , par rapport à l'état ou vous me voyez ; 
c*e(r l'ouvrage de mon defefpoif > je me 
fuis empoifonnée. Le Comte frémit d'u- 
ne chofe fi étrange. Eu il poffible, Leo- 
nore, s'écria- 1- il , que vous ayez eu le' 
courage d'attenter à vôtre vie ? Ah 1 que 
1 je vous foffe foulager , & que je cherche 
1 proro- 



3io L E C O M T E 

Eromptement les fecours donc vous avez 
eiotn. Je n'y au rois peut-être pas de 
répugnance . répliqua- r- elle , fi mes Pa- 
ïens Pignoroicnr : mais ils m'accableront 
de reproches , 5c ma Tance me forcera 
de prendre fon Fils pour Mari. Le defir 
d'éviter ce malheur n'a voit pa> médiocre- 
ment contribué à me faire accorder la 
préférence à Jaimc* 

Le Comte voyant que Leonorc n'étoic 
plus combattue que par fa vanité » & 
quVJle conientoir de vivre » pourvu qu'on 
ne fçdt pas qu'elle avoic voulu mourir» 
Paflura qu'il alloit lui-même chercher ce 
qu'elle fouhaitoit > ôc que fi fes affaire! 
le raj>pdloient a Londres , le Comte de 
Rivière lui apporterait du contre- Poifon; 
que c'étoit un de Tes meilleurs Amis» 
qu'il ofoit lui dire qu'il s'intéreflbit pour 
cMe d'une manière fi particulière, qu'elle 
pouvoir lui accorder fa confiance (ans 
craindre qu'il en abufar. 

Il partit avec la dernière diligence. Le 
defîr de retrouver fon Ami , ôc de lui 
apprendre tout ce qui s'étoit pafie , l'o- 
bligea d'aller prompt emenc dans l'endroit 
de la Forêt où ils s'etotent donné Ren- 
dez-vous, Il y étoir encore û inquiet ôc 
fi furpris de ce qu'il tembloit l'avoir ou- 
blié , qu'il ne le lui pouvoir aflez dire. 
.Mais lors que Monfitur de Pcmbroç lui 
particularisa ce qui s'étoit patte , Ton ne 
feauroie exprimer fon affliction. L'exrrê- 

mité 



DE WARWICK. $n 

mité de Lconore ue lui cauia pas fauta* 
ment un trouble extrême \ il s'allasint 
de ion Rivai i & peafa tuoutrtc quand il 
lui die qu'elle avoit bu du-Pojfrnt livou* 
loit prendre Ja Pv*iU lur le champ , ê&m 
d'aller chercher tous les Remèdes dont osi 
fe ferc en de feublables occafion». i4 
Comte de Pembroc ac lut coofeitta pa*-dt 
faire cette démarehK. Si vous retour«t% 
à Londres , die- il » te que vous es repam 
riez fans voir le Roi « Madame Grqjr, 
ils pour root le trouver mauvais * £ von* 
leur faites vôtre Cour , H vous en coû- 
tera du temps i de s'ils vous arrêtent , et 
fera bien pis. Croyez -moi, reftex 4 Graft 
ton } je vais partir , ii fout que je luira 
ma cruelle deâûiée. Hclav I y ers at t-tt 
encore une pareille ? Je retrouve Mada* 
me de Devons ni rc far l'avanrure du mon* 
de la plu* cattaof «foui re ; ii fomble quo 
l'Amour vouloit me fiure quelques fir# 
veurs i j'oibis me flâtçr , lors qu'il s'dk 
montre. au(fi baibarç qu'à ton ordinaire. 
Que vou cz-vou* donc tenter de nou* 
veau ? lui die le Comce de Rivière. La 
ration & le defcf r >oir devroteni m'avoitt 
guéri , rcprk-il ,. mais ils mfont ctédVuit 
iecours inutile. 

Ils parvient de cette maoiéne, Ion 
qu'ils arrivèrent. Le G 'tare de Pcmbroc 

3 langea un morceau pendant quM acte»* 
oit des Chevaux de Pùilc. Le Comte 
de Rivière profita de. ce mosnent pour lui 

faire 



3 n L E C O M T E 

fifre mille qucftions furLconorc. Pcrifcz 
vous» lui dit-il, qu'elle (e guériflc de la paf- 
fion qu'elle a pour Jaime ? Après s'être 
ctnpoifonnée, elle voudra encore mourir 

Eour lui Les chofes font dans un écac 
[en différent â l'heure qu'il eft , reprit 
Moniteur de Pembroc > je lui aï décou- 
vert fon erreur $ 1a mort commence à 
l'effrayer > 6c voue devez lui perfuader 
que le meilleur fecret du monde pour ou- 
blier Jaime , c'eft de vous mettre à fz 
place. Il eft vrai , reprit le Comte > que 
fi je pouvois la convaincre de cette nécef- 
fité , j'aurois lieu d'cfpérer quelque cho- 
it de favorable : mais fes maximes de les 
miennes font peut-être différentes* Hé- 
las ! ajoûta-til, il n'eft pas encore temps 
de fonger à lui plaire ; fongeons à nous 
la conlèrvcr. Myiord , je vous conjure 
de ne perdre pas un moment pour m'en- 
voyer du contre-Poifon : veuille le Gel 
qu'il lui (bit utile. 

Ils s'embraflérent 5 le Comte de Pem- 
broc le laiffà tout occupé de fes pen fées $ 
il fut jufqu'à Londres enféveli dans les 
Sennes > incertain de la conduite qu'il dc- 
yoit tenir , foit en cherchant la Cotntcf- 
fe , pour lui rendre tous les fervices dont 
il ctoit capable , ou ne la cherchant point 
de peur de lui déplaire par cet emprefle- 
ment. 11 fouhaitoit même que perfonne 
ne fçût qu'elle étoit encore au monde. 
Le premier motif regardoit le repos de 



DE WARWICK. 313 

h Comtefle j il craignoit que le Comte 
de Dcvonshire ne le troublât par un éclac 
terrible * il ne craignoit pas moins les 
iuires de h paffion du Comte de War- 
Wlck - „ L'«« où il l'airoit vu depuis les 
nouvelles de la mort de Madame de Dé- 
vonshirc , faifoit connoître qu'il laimoic 
toujours j ilavoit peur que s'illa retroù- 
voit , fa paffion Se fa perfévérance ne la 
touchaffent; Qu'il «ft difficile , difoir-il, 
a erre éternellement rigoureufe à un hom- 
me qui plaît , & qui m éri,e de plaire 1 
ma* fi m, deftince pouvoir changer en 
mieux, il foudroit que je trouvafle la 
Comtefle , & qu'elle confentît de venir 
chercher du repos dans une douce SoJiru- 
de ou perfonne nepartageroit fou fecrer ; 
jenfcrois le feul dépoficaire , jaideroi, 
a la cacher. Dieux ! juftes Dieux ! s'é- 
crioitil tranfporté de cette idée , vous 
porterai-je envie ? 

Toutes ces chofes agitèrent fon efprit 

plufieurs jours de Alite } cependant fon 

premier foin fut d'envoyer du contre-' 

PoOon pour Leonore , qui en reflentic 

•des effet, fi heureux , qu'elle «vint de 

a ¥**i K ', £ ettc diK 8 ence *»«" fiite, 
il chercha la Comtefle à petit bruit , ce 

Toyoït le Comte de WarWick , fans lui 
nen dire oui aDDrochâr A* /•» «...- .>i.~v 



émojgnoic 



""'" ,v » *t M,t * U1 «emoignoie pour ja per- 
te de Madame de Dévooshire ne le tou- 
T9nnll. O choit 



3 i4 L E G O M T E 

choit d'aucune pitié ; il nourriffoit la 
douleur de (on Rival , il lui difoit fans 
cette que la Comtcfle étoit morte ; enfin 
le Comte de Warwick ne pouvant plus 
refter à Withall , où Ton devoir Pappel- 
loit à tous momens auprès du Roi, il lui 
demanda la permiffion de fe retirera Sion- 
hill : c*cft une belle Maifon qui n'eftqu'à 
trois lieues de Londres ; il l'avoit fait 
bâtir proche la Taraifc fur le chemin de 
Windlor. 

Comme le Comte de Pemfcroc étoit 
revenu , 6c que Madame Grey le proté* 
geoit autant) qu'elle nuifoit au Comte de 
Warwick i elle engagea le Roi de le bif- 
fer àSionhili > elle comptoir comme un 
grand bien pour elle d'éloigner ce terri- 
ble Ennemi > & c*étoic un bien pour lai 
de le Jaiffer dans la liberté de s'abandon- 
ner à la plus vive douleur qu'on 'punie 
reflentir. 

Il laiflà prefquc toute fa Maifon à Lon- 
dres > il mena feulement Berincourt & 
quelques Domeftiques , aufqucls il don- 
na ordre de réfuter fa Porte à tout le 
monde. Airifi renfermé avec lui* même, 
il eut la trifte confobtion de fe plaindre 
fans témoins , & de pouvoir rappeller £ 
fon (ou venir toutes its circonstances d'un 
engagement qui le latâbit fans aucun ef- 
poir. 

Dans l'excès de fa mélancolie , il prit 
la réfolution de palier en France. 11 vou- 
lut 



DE WARWICK. 31; 

lac s'arrêter à Calais dont le Roi lut a voit 
donné le Gouvernement ,» ce bien qu'il y 
eût Vaudair , Gentilhomme Gafcon , au- 
quel il jurait une entière confiance : ce 
Jtofte fitojt fi beau & fi ■ digne d'envie, 

Su'il fallait une pafficm du «caractère de la 
enne pour la Comtefle de Dévonshirc, 
pour refter en Angleterre. 

A quoi iuis-je réduit , difoit-il à Bc- 
rincourt ? je veux fuir la Cour , je veux 
quitter Chcifcy & Sionhfll , je veux en- 
nn m'élojgner de ceJLoyaume , parce que 
{put n'y rappelle le Convenir demaCoaa- 
AeUfi. Mais. Mylocd, repliquoit ce-Gen- 
f jlhomme , pouvez - vous croire qu'un 
fouvenir uîcher ne voua ftjivra pas en 
.quoique endroit que vous saliez ? àvez- 
jvems oublié tes triftes jours que vpus paf- 
fâtes à Caerleon ? Que ce temps eâ dif- 
férent .de jceluû ci ! s'écrîa*tjl; jeeroyois 
*vcc àiïtï. de raifon que la Comtefle ne 
Aie?haïl&tt <,pasL> ôc je fçavois qu'elle étojt 
«n repos au .milieu de toute fa Famille ,• 
jl n'eft pi us queition des mêmes choies } 
•ciller m'atécritavec le dernier mépris , elle 
j?*ftiatt enlever. Quelle démarche, grand 
JDieu » pour une Femme d'un mérite fi 
diftingué ! Que lui avoiVje ftit pour ne 
répandre pas fur moi (es faveurs plutôt 
iquefur un autre Amant ? Pou voit- il lai- 
mçr comme je l'aimois ? Cependant ce 
,fut dans le deflein de lui faire un Sacrifi- 
ce agréable qu'elle rompit avec moi: 

O a mais, 



3 i6 LE COMTE 

mais > conrinuoic-il , tout ce que je ràp- 

{>cllc à mon fouvenir cft à préfeht inuti- 
e y je ne peux douter de fa more ; Ton 
cruel Mari l'a facrifiéc à fa jaloufie ; je ne 
fuis que trop vangé , & je ne penfe plus 
à elle que pour me perfuader qu'elle n'a 
pas tant de tore a mon égard, comme je 
me le fuis figuré > je veux la croire ri- 
delle , pour la regretter le refte de ma 

rie. 

Le Comte avoic fouvent des conven- 
tion* femblables avec Berincourt , Ôc s'il 
.gardoit le filence , ce n'étoit que pour 
s'abandonner avec moins de diffraction 
au fouvenir de Madame de Dévonshire, 
il n'étoit capable que de cela. Le foin de 
fa Fortune ne l'occupoie plus. Tous les 
coups que Madame Grey y portoit luidc- 
venoient indiiféfens. 

Les Comtes de Pembroc ôc de Rivière 
auraient pu mettre à profit une abfencc 
qui leur étoit û avantageufe » s'ils en 
avoient été capables eux-mêmes. Lèpre* 
mier plus touché qu'il l'eût été de fa vie, 
ne s'occupoit oue du foin de chercher 
Madame de Dévonshire aflez fecrette- 
ment , pour ne répandre point dans le 
monde une nouvelle qui auroit pu avoir 
de grandes fuites. Le fécond ne (bngeofc 
qu'à Lconore. Le contre- Poifon qu'il 
lui porta fut reçu avec empreflemenr. 
Cette belle Fille ne vouloit plus mourir, 
elle en avoit perdu l'envie dès qu'elle 

avoic 



DE WARWICK. 317 

avoic feu que Jaime était une Femme s 
elle eue honte de Tes foiblcflcs , & ne 
fongea qu'à fe guérir d'une pafhon mal- 
heureuse qui ne l'avoir que trop tour- 
mentée. Le Comte de Rivière n'oublia 
tien pour la perfuader en fa faveur s U 
comme les foins qu'il lui rendojt auroiene 
pu devenir fufpeas à Madame Digby > il 
lui die adroitement qu il ne confieroit à 
perfonne la conduite de fon Remède, 
qu'il falloic qu'il en vit les progrès tous 
les jours » & que cela durerait long-temps. 
Toute la Famille de Leonore témoigna 
beaucoup de reconnoiflance pour la pei- 
ne qu'il vouloit prendre > l'on fe garda 
bien -de l'en empêcher ; il y alloit de la 
vie de Leonore , & tous ceux qui la con- 
noiftbient paroiflbient également intérêt 
fez à fa confervation. 

Cependant la fuite de Jaime faifoit quel- 
que bruit. Une des Femmes de Leono- 
re avpit entendu plu (leurs chofes de fa 
converfation avec le Comte de Pembroc s 
elle raficmbla d'autres circonstances qui 
lui aidèrent toutes à la convaincre que 
Jaime étoit travefti , & que ce n'étoic 
- point un homme. Elle die là-deflus fon 
leotimenc à Ces Amies qui en parlèrent à 
d'autres ; de forte qu^en peu de temps le 
bruit fe répandit de cette Avanture , à la- 
quelle on ajouta tout ce qui pou voit y 
manquer ; & le Comte dcDévonshire qui 
tvott des Efpions en mille endroits > fçût 

' O $ bien- 



3i8T LE COMTE 

bie&'tât ce qui s'étoir pàfle chez Madame 
Digby. La- nouvelle en vint auffi à Lon- 
dres* ; on lecontoic de cent manicres<iif- 
férentes. Le Roi Ôc Madame Grey firent 
des questions au Comte de Pctnbroc qui 
Pembarratférenc fort. Il eraignoit que 
Madame de Dévonshire ne faceufât <Pa« 
ton* divulgué Ton fecrer. Ouf , s'écrtoit- 
Ht , je fuis aflez malheureux oour oublie 
firffe rooicr for mon indiferétion le dé- 
nouement de toute cette affaire, moi qui 
lui fuis plus fidelie qu'aucun de Tes Amis, 
êc qui enoifiroit plutôt la mort , que de 
lui caufer It moindre mal , je fuis certain 
qu'elle jugera tout autrement. 

Le Marquis deMontaigu , quiétoitun 
des plus honnêtes hommes. 6c le plus ai- 
mable d'Angleterre , a voit une fi tendre 
amitié pour le Comte de Wawwck foa 
Frère , qu'il ne îaiflbit échaper aucune 
occafîon de lui fiûre plaifir. Dès qu'il fçût 
les bruits qui conroient fur la Comreûe 
de Dévomhire, il le vint trouver à Sion- 
hilf , pour lui dire qu'on la croyoit en* 
core vivante. Il fçavoit bien qu'il ne 
pou voit lui faire un plus grand plaifir : 
mais lors qu'il fut arrivé , Ber incourt lut 
dit t que le Comre ne voyoit perfomnej 
qu'il étoir forci de Londres, pouf éviter le 
monde ; que s'il t'exceptoit entre tous 
ses Proches » il iïy en auroit pas un qui 
ne le trouvât mauvais , de qu'il le prioit 
d'entrer dans fes raifons*. Mon Frcre 

fjair, 



m DE WARWICX Vf 

içait , répondit le Marquis » qu'il aie doit, 
regarder comme fon meilleur Ami.;, j'au- 
rois lieu de me plaindre-* s'il voulait à 
prêtent me mettre fur un autre, pied ; ce- 
pendant allez lui dire , que s'il ne veuc 
pas aujourd'hui me recevoir , parce que 
je fuis le Marquis deMnmaigu , qu'il me, 
reçoive parce que je fuia un Courier qui 
lut apporte des nouvelles de la. Comtcdc 
de Dé vonshire* 

A ces mots., Berincourt encra dans la 
Chambre de fon Maître > auquel il apriq 
ce . que- le* Marquis, venoit de lut dire» Le 
Comte charme du fcul non* de cette Da* 
me, courut au. devant de lui , otTcm». 
brafla de tour fon. cour -, il le conjura» 
s'il avoit de bonnes nouvelles , de ne le 
pas faire attendre* Mais . mon cher Fre- 
se, ajouta t- ri , ne tne fiâtez point > que 
le défirde foulager ma douleur ,. ne vous* 
•^^ffS-^K * *3S donner de fauffe* cfpé- 
nnccsv " Je m fçai riea d'affez certain 
pour vous en être caution , reprit' le Mar- 
quis* Cependant , Mylord , les appa* 
rences font fi favorables que vous y pou- 
vez faire un grand fond. 11 entra dans le 
détail de tout; ce qui fe débteoit dans le 
inonde $ As le Comte reflemit une fenfi- 
Ut cotffotanon d'entendre quelque chofe 
qui le foulageât , au moins pour quelques 

tnomens. , r . 

Quoi qu'il dît au Marquis qu'il n olotc 
fe promettre un fi. grand bien , û ne lait- 

O.4. foi». 



\ 



1 



32o L E C O M T E 

foie pas d'être ravi ; fon cœur oui çtoit 
û agité depuis tout l'éclat que l'Affaire 
de Madame de Dévonshirc -avoit fait, 
commença de prendre une affiette plus 
tranquille. Il arrêta le Marquis. qaî vou- 
loir retourner à Londres. Demeurez ici, 
dit-il , agitions de concert pour me trom- 
per ; perfuadez-moi quelaComtcftcn'dt 
point morte : Mais , que dis-je , ajouta- 
t-il , ai-jc jamais crû qu'elle le fût ? n'en 
ferois je pas mort ? Je vous avoue, mon 
Frère » que j'en ai été garanti par un 
preffewùment que vous venez de confir- 
mer. Le Marquis n'obmit rien pour for- 
tifier l'opinion où il étoit , & ils paffé- 
rent le relie de la Soirée dans une agréa- 
ble converfation. 

Le lendemain & les jours fuivans , le 
Marquis ne quitta point le Comte -, ils 
jflloient à la Chatte , à la Pèche , à la 
Promenade enfemble -, enfin Monfîcurde 
Warwick felafla de n'être pas feul , pour 
rêver avec plus de liberté a la Comtefle. 
Ils étoient alors au bord de la Tamifc, 
Je prenant tout ({'un coup la parole, il 
dit au Marquis : Mon cher Frère , je 
vous conjure de permettre que je me pro- 
mène fans vous : choififlez un côté , je 
prendrai l'autre » nôtre rendez-vous eft 
à Sionhill. Hé quoi ! M y lord , dit le 
Marquis en riant > ai je une converfation 
fi fatiguante , que vous ne puiffiez plus 
me fouffrir ? Helas ! s'écria le, Comte, 

je 



DE WARWICK. 311; 

je ne peux me fouffrir moi-même. Le 
Marquis retienne une véritable pitié de 
fpn état ; & fanr rien répliquer , il s'é- 
loiéria dé lui. 

Le Comte de Wàrwick s'avança dans 
une SaufTaycquibordoit la Rivière ; il fc 
mît au pied d'un Arbre où il pouvoir être 
difficilement vu ; il agttott dans (on etyrir, 
s'il devoir retourner à Londres pour y 
chercher la'CotmefiV, ou rïl écriroit au 
Comte de Pembroe , afin d'être informé 
de ce qui s'étoit pafle chez MadameDig-i 
by. Ce qui Pcn,avoit empêché jufqu l a- 
lors , c'étoit le myûére que Monficur de 
Pembroe lui en avoit fait. 'J'ai déjà dit 
qu'ils s'ét oient vus à fan retour de Graf- 
ton , fans- qu'il lui en eût parié. Au con- 
traire^ le Comte de Pembroe l'avoir touV 
jours aflciré avec écs certitudes extraordi- 
naires , que Madame de Dèvonshire étoit 
morte. Le Comte de Warwick le regar- 
doie comme la Créature de Madame Grey ; 
il fe fouvenoit qu'il avoit paffé plufieuts 
tours à la Campagne avec le Comte de 
Rivière , Frère de cette Dame » contre 
lequel il s'étoit battu. Ces», réflexions lui 
rendoient Montreur de Pembroe très-fuf- 
peft; 11 vouloir- enmi prendre Je Parti 
d'envoyer Berfncoùrt 's'informer foigneu* 
fement de y 'tout* ce tyie feavok Madame 
Digby : mais il cràignoit que fi effcàrvel 
ment T A vanrure touchoit Madame de Dé» 
Tonshirc , ùt cttrftofiié n*iui : fit »ft* 
^ . Pj B 



3 i* LE COMTE 

Il flocoit dans ces différentes penfées, 
loi s qu'il yk un homme aflïs ûtr ua peric 
Bateau. Son Bonnet à l'Angloife ctok 
rabattu , & lui couvroic trop le vtïàge 
pour qu'on pût le reconnaître. Un feui 
Batelier le conduisit, ils s'approcnércnt, 
& après avoir attaché leur Barque „ cet 
bomme entra «bat la Sauuaye. Vn a 
SionhfU, dit-il au Marinier > informe-toi 
fi le Comte de Warwick.ne.veur. encore 
voir perfoMc* s'il y aurait moyen 4e lui 
rendre une. Lettre , de quel côté il va, 
quand il fort i n'oublie rien $ je vaiVat- 
tendre. 

Le Comte étoit fi proche de celui qui 
venotc de parler * qu'il n'avok pctcu*au- 
cune de Tes paroles. Dès que le Batelier 
Ce fat éloigné, la curioûie lui» prit de 
OeavoiD ce qu'on luivoulok j 6c fe levant 
du lieu où il étoit : fe fuis ,. dit -il , au 
Comte de Warwick j fi vous jugez à*pro- 
goa de me confier une Lettre pour lui , je 
m'engage de vous en rapporter la répon- 
fe. Je vous cannois trop bien , répliqua 
cet nomma » furnris de le trouver en ce 
lieu,, pour; m'y, apprendre - t jevienapour 
avoir votre vie , ou pour vous Jaifiir la 
mienne. £a même tempâ il mit l'fipée 
à la main , & la fit briller aux yeux du 
Comte. San* quartier, faut quartier, 
criojt il 9 défendez- vous, ou jp vous tue. 
Mo n fi ou r de Warwick , ^ui etoit un des 
plus luftjv«jr Jionjunçi du mpade, n'aurok 

point 



DEWARW'ICK. 323* 

point eu befoin d'être preffié par cet In- 
connu* fi le fou delà Voix ne l'a voie pal 
frappé d'abord» Il ne douta point que et 
ne fût £1 Comtcffe > & que tout ce que 
le Marquis de Montaîgu lui avoit racon- 
té d'elle » ne lui fût arrivé. 

Quelle joyc d'être convaincu par lui- 
même de la vie d'une Pcrfonne fi chère ! 
mais quelle douleur de h trouver fi en 
colère , qu'il ne Mon pas moins que fon 
Sang pour l'appatfcr ! Dans cet état il 
demearoit immobile ; enfin il prit tout 
d'un coup fon Parti > de bien loin de re* 
culer » il s'avança. Vous voulez ma mort, 
divine Comtcffe : frappez, lui dit- il, voi- 
ci peut-être le (cul moment où j'aurai pu 
vous plaire. Il fe précipiroir kir l'Epce 
qu'elle tenoit ( car c'écoit elle en effet. ) 
Mais qu'une foumiffion fi parfaite eft pro- 
pre à defarmer une pcrfonne déjà tou*- 
chée par la plus feafible eftime I 

Cette belle Dame demeura fi (urprife 
d'être reconnue , àc fi incertaine de ce 
qu'elle devoit faire» qu'elle avoir de. la 
peine à fôutenit fon Epée i Se ûins un* 
Arbre contre lequel elle s'appuya , elle 
alloit tomber. Un tremblement la faifît j 
elle voyoit le Comte à fes pieds > il cm* 
braffok fes genoux « sTmouilloi^ fes mains 
de fes fermer y 6ô ùt voi* entrecoupée 
par mille foûpirs , pouvoir à p*fcec*pff<» 
mer les fentiméns de fon égsup. Lever* 
*o>i*, Mjflofd i H»i dit-cite , jt ne fçau- 

Çy 6> toi* 



3 i4 LE COMT E 

xois vous fouffirir à mes pieds. Hé ! M*» 
dame 9 repKqua-t-il , permettez que j'y 
meure % ou rendez-moi vos bonnes grâ- 
ces. Il y a fi long- temps , dit-elle , que 
vous avez travaille à les perdre > que j'i- 

§nore par quel malheur je ne vous haï pas 
avantage. J'ai travaillé à m'éloigner de 
vôtre cœur , s'écria le Comte. HeiasJ 
que faut -il donc faire pour s'en appro- 
cher ? Ne vous ai;je pas toujours fervie 
avec autant de refpeâ que Ton fert les 
Dieux ? Non , Mylord , non lui dît-elle 
d'un ton de voix terme , vous avez fait 
fout le mauvais ufàge que vous avez pâ 
d'une Lettre que je vous écrivis par Be- 
rincourt. Quoi ! s'écria-t-il , me par- 
lez-vous de ces deux cruelles lignes qui 
me furent rendues pendant mon Exil , & 
qui m'ont fait plus de mal que toutes mes 
difgraccs enfemble ? 

Ce fut en cet endroit que les éclaircif. 
femens commencèrent de part de d'autre, 
& que leur furprife ne pût s'exprimer. 
Car enfin l'Enlèvement de la Comteflc 
dans ce petit Vaifleau, donc «lie aceufoit 
le Comte de Warvick , & dont il fc ju- 
ftifioit, la jettadans un étonnementt)u'il 
cft impoflîbied'exprmner. Elle lui racorr* 
ta de bonne foi qu'elle ne pçùvoic s'em» 
pêcher d'en acculer le Comte de Pembroc 
ou le Chevalier d'Hereford » parce qu'ils 
lui avoient déclaré qu'ils Taimotcnt. Le 
Comtç connut alors qu'il *ro« bien été 

U 



DE WARWICK. 32^ 

la dupe d'un homme qu'il crçyoit fbli 
meilleur Ami > &il rappellâ dans fonfou- 
venir mille chofes qui s'étoient paffccs 
entr'eux, toutes propres à confirmer cet 
foupçons. 

_ Mais enfin, Madame , dit-il i laCom> 
teffe de Dévonshire, qui eft-ce qui vous 
a portée à venir ici pour me tuer ? que 
vous avois-je fait ? Si mon Crime eft de 
vous adorer , je ferai toujours également 
coupable ; éc pourquoi différez-vous une 
chofe qui vous aurbit fait quelque plaifîr? 
Je vous avoue ingénument ; Mylord , ré- 
pliqua- t- elle , que fi j'avois été feule in- 
formée devosfentimens, ils me touchent 
trop pour que j'eufie pu vouscn punir: 
mais fouvenez-vous que t dut le monde 
croit que c'eftvous qui m'aviez* enlevée» 




n'eft pas toujours le Maître : mais plutôt 

par un mouvement de mépris , & pour 

me brouiller avec toute ma Famille ,. en 

me perdant dans le monde. Cette idée 

trop forte m'a fait 'prendre le dcflcih de 

me juftifier aux dépens dé vôtre vie j je 

Croyois que ma gloire feroit réparée, lors 

qu'on fçauroit ce que fe defefpoir m'au- 

roit fait faire ; & il me fetnbloît que c'cf- 

toit l'unique moyen de retrouver mon 

repos. Hé bien ! Madame , lui dit-il, 

lie difôrca point , je confens avtc plaifir 

.— --•- * 07 de 



3*6 LE COMTE 

de me fâcrificr pour vous $ vous connaî- 
trez au moins ce que je fuis capable de 
faite. Çc deflèin , lui dix clic , que je 
confervots chèrement dans mon cetujr, 
m'a auitté aufli tôt que vous l'avez fé- 
conde > j'avois apris chez- Madame Digby 
à faire des Armes tout exprès pour ne 
Tous pis manquer $ & malgré tout cek 
je ftntois bien <juc pour réiïuir , j'aurois 
plus de peine a me vaincre qu'à vous 
vaincre. Hé ! ne fcaviez-voiis pas , Ma- 
dame» que vous eces toujours la Maî- 
treiTe de ma vie ? reprit le Comte , vous 
fattok-il une Epéeou d'autres Armes pour 
me donner la mort ? Si vous croyez en- 
core que ce fait une circonftancc utile â 
vôtre gloire » n'épargnez pas un malheu- 
reux que vous avez toujours fait fouf&ir. 
Ha ! Mylord , repartit-elle r que vous 
avez degarands oui vous raflurent contre 
ma Colère ! n'inlulrez pas au moins à l'a- 
veu de ma foiblcfle; fi eue fait ma honte» 
je peux m'atfiirer qu'elle ne fera pas vôtre 
triomphe. Que vous ai-je donc fait ajou- 
tait- il » pour me dire des dutetez ? Crai- 
gnez- vous , Madame , que je me fTâte 
trop ? Je ne fçai ce que je crains , lui 
dicvelle : mais il me fcrable que je dois 
être avec vous dans une fecrette défiance 
de moi-même. 

Le Comte ne pouvoit plus contenir fa 

joye* Il étoit fur le Point de fe jetteraux 

! pieds de la belle Comtcflc , quand U en 

, ' fuc 



I>E WARWICK. 3 i> 

fot empêché par le recour du Batelier qui 
rendit compte de ce qu'il avoit apris à 
SKonbill. £lle lui dit de s'éloigner & de 
l'attendre. Que voulez- vous taire > Mi* 
dame , loi dit le Comte ? cruyez-voua 
que je fouffrirai que vous alliez aînfi feu- 
le vous expofcr a, de nouveaux périls? 
Venez paûer quelque temps à Smafailî, 
nous, y prendrons des meijures pour vô- 
jjj ç- cojruer varion > jene vou&vcrrai qu'aux 
|t€|ire$ que vous voudrez me le permet- 
tre' » cV peribnne au monde ne içaura le 
fejour que vous. y ferez. Helas ! je ic 
fç aurai , MylorA , s'écria la Comtefic* 
cela fuffit pour ne le pas vouloir : de 
quelques dangers dont je parois mena- 
cée , je ne puis me rpioudre , pour, le* 
éviter;» de m'expofer a ce que l'on pour* 
roit dise d'une telle démarche. Quoi! 
vous voulez partir ,. cruel Je personne \ 
s'écria le Comte ; faut'il que le defir jdç 
me fuir vous falTc tomber encre les mains 
d'un Mari terrible ? Il faut me cachée, 
reprit- elle : mais il n'eft pas absolument 
nécefJaire que je vous en laifle Je foin 9 je 
retournerai chez ma Nourrice , ^c-jepT% 
fiterai delà première occafîon pour pa£» 
fer en France. 

Ah ) Madame,, M dit le Comte.? vou* 
allez vous perdre de gayeté de c«urr; 
foyez certaine qu'il ne s'efl rien fiait dans 
la M3i(bn <dc Madame Digby dont UCos&« 
tcdfiDcyonshitcnefouinfowaé. Il^gai* 



3 i8 LE COMTE 

que Jaime venoic de la parc de Vôtre 
Nourrice : routes les circonstances raf- 
femblées vous défîgnent parfaitement. SU 
vôtre' délicatcfle ne peut fouflfrir que je 
refte avec vous , je confcns de retourner 
à Londres , & je vais partir dans cet lu- 
ttant fi vous me l'ordonnez. 

La Comtcfledifputa encore long-temps, 
bietf qu'elle connût tout le péril que le 
Comte lui repréfehtoit * enfin elfe fe'rea» 
dit â Tes raifons , & ne voulut pas qu'il 
partit fi tard. La* nuit étoit vernie m- 
fenfiblemenr fans qu'ils s'en fufient apper- 
çûs ; ils avoient aufli tant de chofes a fc 
dire : , que plufieurs heures ne fuffifoienc 
pas. 

Le BareKer s'en retourna feul » & la 
belle Comrcfle fous fon habit de Cavalier 
s'avança avec le Comte vers Sionhill : c'é- 
toit pour la première fois qu'ils croient 
eu quelque forte de liberté. Le Comte 
tranfporté de joye l'arrêtoit à tout mo- 
ment*, & recommençoit à lui parler com- 
me s'il ne lut eût pas encore dit un mot; 
qu'il fe trouvoit heureux ; qu'il étoit fa* 
tfsfait s 11 'avoir, craint d'être haïjilavotf 
appirchendé'là mort de faXbmteflc : tou- 
tes fes allarmes étoient ditfipées 5' il h rc- 
Voyoit •', & elle ne paroifloit point fâchée 
de ne l'avoir pas tué. • < ' 

Le Marquis de Montaigu ne s'rnqiric- 
tôic pas médiocrement , de ce que fon 
Frère ne revenoit point }il craignoittout 



DE WARWICK. 32& 

pour lui 9 fon.defefpoir & fes Ennemis* 
La haute faveur qu'il pofledoît lui en at- 
tiroit plufieurs , & particulièrement les 
Parens de la Comteûe de Dcvonshirc lui , 
vouloient un mal mortel ; ils l'accufoient ' 
de fes malheurs ; fon Mari n-'éteit pas 
médiocrement irrité. Le Chevalier d'He- 
reford , dont la paflton toute infortunée 
ne diminuoit point , re&ardoit le Comte 
de Warwick comme fon plus cruel enne* 
mi j & les Créatures de Madame Greync 
témoignoient pas moins d'animofité con- 
tre lui > de manière que le Marquis de 
M ont aigu ne pouvant refter dans une fi. 
terrible incertitude ; il fortit feul , et par- 
courut tous ks endroits où le Comte fe 
faifoit des cachettes pour fe plaindre » & 
pour foûpjrcr en liberté. 

Comme il tournoi t fes pas verslaSauf- 
faye > il le vit venir avec un homme qui 
parut furpris à fon abord , & qui vouloir 
s'éloigner quand ie Comte ie râflura. Ne 
craignez rien , dit-il , je vous répons de 
mon Frère, & vous jugez bien que je ne 
ferois pas capable de vous expofer. 11 s'a^ 
vança vers lui > & l'embrasant étroite- 
ment : Je ne peux , dit-il , m 'empêcher 
de partager ma joye avec vous ; ce Ca- 
valier vient de m'apporter des nouvelles - 
de la Comtefie de Dévonshire , foyez fc- 
cret fi vous m'aimez : mais quand nous 
ferons à Sionhill , qu'il paroiffe que c'eft 
vous qu'il cft venu chercher > afin dedé- 

païfer 



330 LE COMTE 

pfMÏêr par ce moyen la curiofiré de mes 

gêna. 

Le Macquis fut ravi des témoignages 
de confiance que le Comte lui donnoir, 
il faiua es Gentilhomme y & lors qu'il 
pût le voir , il lui trouva une beauté B 
régulière , & des traits fi délicats > qu'il 
fut frappé d'une véritable furprtfe. Plus 
il la regardoit , & plus il confirmoit le 
ioupçoa qui lui étoit venu d'abord dans 
l'efpnt , que c'étoic la Comtefie de Dé- 
veinshire qui cherchoit un Refuge chez 
le Comte Cette penfée fe fortiSoit par 
toutes. Us aâions qu'elle faifoit j le ton 
de fo Voix y la douceur de fes Yeux , un 
air de modeftie , & tant de grâces ra£ 
fcmblées ne pou voient gnéres fe trouver 
dans une autre perfonne. 

dr Comte , le Manpm > Mflk fou- 
per«nt, ou pour parier plus jufte, fe mi- 
rent, à Table > car ils ne mangèrent point. 

*^Ç \j9î5u wc^it tramporte ae joye , *e 
Marquis ne fbrtoir point d'admiration , & 
s'abattdonnoic à tout le plâifir de regarder 
la Comtefte. Elle n'étoit pas indifféren- 
te à la juftification du Comte & à la-ft»- 
tisfaâion de l'avoir wrrouvé. Mai$ fcs 
fècrets mouvemem étoitnt troublez par , 
tant de réflexions, que k triftefle paroif- 
fofc de temps en tem >s fur fon vifàge* Le 
Comte qui l'étudioit , devinoit fans pei- 
ne une partie de fes penfées. Dèt qu'il 
put lui parier en particulier , il la conju- 
ra 



DE WARWICK. 33T 

rar de fetranqutUifer* Que craignez-vous, 
Madame ? lai dit*tfc } ma vie , ma for* 
tune > moir. crédit font à vôtre difpofi» 
cîon s je périrai avant qu'il vous arrive 
la plus* légère dtfgEace* Ah ! MylorA 
s^écria- t-elle- ea vcrJant des larmes, lea 
offirvs- généreufes que vous me fiâtes ne 
fçauroicnc fuifirc à ma. dclieatcûe. Pen* 
fez~vous que je m'camfage à Sionhill, 
traveftie en Cavalier , feule > fugitive , 
abandonnée de toute ma Famille , ac- 
eufée par mille gens > fans feemir d'hor- 
reur contre moi-même r Ne m'alleguce 
point mon innocence ce la confblatioa 
que je dois avoir de ne fentir rien dans 
mon coeur qui me puifle faire rougir $ je 
ne fçai même fî je dois me ûater d'être 
dans cewe fîcuation depuis que je vous 
4&**m ? Se comme H me Ibavicm toû* 
jours de ce que Cefar difoit à regard de 
fa Femme , je ne m'en dis pas moins , ÔC 
je fuis ptas févére for mon compte qu'on 
ne le peur être. Dans ces difpofitions, 
Mylotd , que faut. il donc que je* devhtt* 
. ne ? Si je m'arrête ici , ne fuis- je pas per- 
due ? Q je m'en éloigne » je m'expofe: 
jugez par mon état mon inquiétude. 
C'eft moi qui m'éloignerai, Madame, re- 
prit le CoVntc y j'ai déjà penféque je peux 
vous tftifler mon Frère. 11 cft fsgc * fyiu 
rituel , je dois compter fer loi f ft**i et* 
pendant m'k»fora*er deipuc cequ*fepa£ 
fc a* Londres > perafettex-tm» dtf veafe 

de 



331 LE COMTE. 

de temps en temps vous en rendre com- 
pte de recevoir vos Ordres. La Comtefte 
3 ai (ouhaitoit fon départ , ne lai (là pas 
efoûpirer quand elle connut qu'il nefe- 
rott différé que jufqu'au Lendemain ; elle 
k remercia de fa complaifance , »3c lui die 
qu'en toute autre occaûon elle n'auroit 
pas fouffert qu'il eût quitté fa Maifon: 
mais que c'étoit pour donner quelque re- 
pos à fon cfprit. 

. Le Comte fe retira afin qu'elle eût k 
liberté de fe coucher. Comme il ne pou- 
rvoit dormir , il fe jetta fur fon Lit avec 
1e Marquis de Montaigu , cV ils employé- 
rem le reftedela nuit à parler delà Coin* 
teflfc. Le Comte ne regrettoit plus les 
maijx Qu'il avoir foufferts pour elle , 'û 
envifa^coit même à l'avenir beaucoup de 
traverfes qu'il fe préparoit à combattre, 
êc tout lui paroifloit doux , pourvu qu'il 
pût lui plaire. 

Vous me confiez l'Objet de vôtre ten- 
dreflè , lui dit le Marquis r mais encore 
que cela me (uf&fc pour me rendre infen- 
fibleàfes charmes , j'ai des yeux , j'ai un 
cœur ; permettez , Mylord , que je ne 
jn'expofe point au plus grand danger que 
je puifle courir. Il feroit bien extraor- 
dinaire , répliqua le Comte, qu'ayant été 
indifférent jufqu'ici , vous commença/liez 
par aimer ce que j'aime 5 non ,» je vous 
connois mieux que vous ne vous con- 
noiiTçi 5 ne vous effarouchez point mal 

i 



DE WARWICK. 333 

à propos , fongez feulement à me garder 
unTrefor qui m'eft plus cher que ma Vie 
Le jour parut -, h Comtenc fc leva , cl- 
le reçût le Comte Ce le Marquis arec une 
magnifique Robe ' de Chambre , un Ru- 
ban couleur de feu » pâffé dans le col de* 
fa chêmife, Tes cheveux bouclez tombant 
fur fes épaules , & un petit Bonnet fur 
fa tête » couleur de feu & or , doublé de 
velours : noir. Le Comte la trouva fi belle 
en cet état , qu'y fut quelques moment 
fans parler. H vint en fuite fe mettre i 
genoux proche d'elle. Je m'es vais re- 
tourner à Londres , Madame > lui dtt> 
îl ; mon Frère qui pofféde notre Secret 
demeure ici pour vous tenir compagnie, . 
pour vous parler quelquefois de moi , Si 
pour me donner à tout moment de vo$ 
nouvelles. Vous engagez le Marquis , ro» 
pliqua»r-elle, dans un embarras inutile; 
il ne me faut que des Livrés & quelque ". 
Cabinet folitaire où je puiffe rêver en li- 
berté. Le Marquis ne répondit rien ; il 
fentoit déjà les premières atteintes d'un 
feu qu'il vouloit étouffer. Mais le Corn* 
te n'y faifant pas d'attention , le pria de 
relier , & dit en fuire à la Comrefic tout 
ce que la plus vive paflion peut faire ima- 
giner de plus tendre de de plus rèfpe* 
ctueùx i éc comme il avoit une peine 
mortelle à la quitter , il la conjura de lui 
accorder la permiffion de paffer encore 
un jour à Sionhill. Si elle n'en avoir con- 
. . fuhé 




LE COMTE 

(té que fon coeur > elle ne lui auroic pas 
rcfiifë : m«s cUe étoit déiaaiTcz allnrméc 
4'êtrc chez lui. Mes malheurs fane tels, 
répondit-elle 3 que je dois me dénier tout 
ce qui peut contribuer à ma 4atis£a&toii. 
Vousfçavez, Mylord» quc-c'elt, unerc- 
gîe que je me fuis faite depuis lojjg- temps j 
un autre jouïroit A l'égard du monde de 
cette petite violence , & il femble que le 
monde auffi pourrait s'enrayer : mais le 
defiin m'eft fi contraire^ qu'il empoifon- 
aie toutes les chofes où j'ai quelque pan. 
J£o finiflane ces mots , les bernes lui «ia- 
lent aux yeux. Le Comte s'en étant ap- 
perçft , en fut pénétré de tsjftejfic- Hejat ! 
Madame » s'écria-t-il, çtnporterai-jc une 
idée fi cruelle ? Je vous ai rû pleurer, 
cft-ce moi qui en fuis la caufe ? «moidû- 
je 9 qui vous aime avec ttnt,dc;rgfpcôft 
d'attachement ! Ma paflion vous ; fisra- 
*>cllc fouffrir ? La Comrefie norcpUqua 
rien i & levant les yeux vers le Ciel* ,clr 
le reva quelque temps, en fuite cllqpen- 
cha la tète vers le Comte. Allez » My- 
lord , allez , lui dît-elle 5 fuyez-moi , je 
vous en conjure» & nem'ôtez jamais vo- 
ire coeur. Il prit aufii-tot congé d'elle : 
ce fut avec la même violence que s'il eût 
été quefiion d'aller au bout du monde* 

Son retour à Withall furprit toute h 
Cour. Chacun L'étudioit i on lui remar- 
quoitun air de tranquillité » dont onvou- 
loit deviner la caufe. Madame Grey, Se 

le 



DE WARWIC3C. 33J 
loCoiritc de Pembroc Ven tourmentaient 
p\us que perfonne. Le &oi xn avait de 
la joye ., parce qu'il retrouvoit .dans fou 
Favori toute cette .belle ihumcur qui iluj 
ptaifoit au: pointillé ne pourvoir tfcn paf- 
Cçr *•& les véritables Amis 4u j Comte «Y 
irttercflbîent par,, rapport à lui. 

Cependant le CoaiGedciDévombire^e 
le Chevalier d'Hereford :êtoient revenus 
à Londres , pour fiiivre les iunmres qui 
brilloîent déjà i Jeuts yeux, iUrawicnt 
lieu de croire /que la Conweôe jtfétok 
point, morte > iMalbritla trouver 5 ils 7 
donnaient .tous leuis. foins ,;• 6c l*on ni 
jamais fait plus* depos, Jasùs' pfais. degens 
fur les voyes. Us ;fca voient- quetoCora- 
ce de Warwrck:fc rendoit fto«s »tes;fotrs 
au coucher du Roi-, êc qu'il >partoit on 
moment après pour SionhilJ. Ils fi'igno* 
iroicnt point que le» Marquis* de "Montaigu 
y étoit reitd, &quc le Comte -y avoir en- 
voyé un fameux Peintre rt'Iea lie , auquel 
il donnoît une grone 'Penlïon pour ne 
. travailler que pour lui. 'Il t'arok envoyé 
à Sionhill pour tirer la Comrtflèfooafon 
.habit de ' Cavalier , ne «croyant pas qtrïl 
pût la reconnaître. !ïl fer&ifoit une fitn- 
-fible joye de mettre Cow Portrait dans un 
lieu où il .eût le plainr ;de iercgsrdcr -à 
tous momens , mais elle réfuta de felaif- 
fer peindre. H fallut ptufteups jours pour 
l'y réfoudre , pendant lefqucts le Peintre 
qui la voyoit louvent démêla quetf ctok 

une 



336 LE COMTE 

une Femme. Il fe garda bien d'en par- 
ler * bien éloigné, il feignit parfaitement 
d'être dans Terreur , & ne dit rien qui 
pût le rendre fufpeâ. 

. Le Marquis de Montaigu s'aquittoic 

«avqc beaucoup de foin & de fidélité de la 

Commiflion que le Comte de Warwick 

•lui avoic donnée > il çardoit la Comtcflc 

exactement > & ne negligeoit rien pour 

la defennuyer* Le Comte le fecondoit. 

II venoit la yoir tous les deux jours , & 

feroit Tenu plus fouvent s'il n'avoir pas 

eu des raiforts pour s'en empêcher. Il 

2 rendoit compte à Madame de Dévonsfai- 

re de tout ce qu'il apprenoit 5 il compo- 

.foit des nouvelles jrour l'effrayer» afin 

Qu'elle ne fongeât point à changer de lieu, 
t il faifoit fk fouveraine félicité de la re- 
tenir à Sionhill. * 
, A regard du Marquis de Montaigu , il 
Jentoit bien que toutes les réfolufions 
d'indifférence qu'il avoit faites en fe char- 
geant de relier avec la ComtciTe, échoue* 
roient contre fon mérite 8t fa beauté. 
Mon Frère ne peut fe plaindre» difoii-il, 
iefouffre fans demander le plus léger fou- 
lagernenc. Helas ! que lui a vois -je fait 
pour m'ériçcr en Confident ; Je n'ai en- 
core rien aimé 5 peut- il croire que je fe- 
rai infenfible à tout ce qu'il y a de plus 
aimable ? Il m'a préparé un martyre, 
dont les fuites ne peur çac qu'être funeftes 
à mon repos. 

Comme 



DE WARWICK. 337 

Comme il faifoit ces Réflexions , le 
Comte de Warwick arriva. IlTapperçûc 
au bord de la Rivière 9 affis fur le pied 
d'une Roche. Il fut droit à lui , oc le 
trouva fi rêveur , qu'il ne pur s'empê- 
cher de lui en demander la caufe. Je 
veux bien vous l'avouer , répliqua le Mar- 
quis , c'eft que j'aime Madame de Dé- 
vonshire ; fçs veux n'ont pas moins de 
pouvoir fur moi qu'ils en ont fur vous. 
J'ai gardé jufqu'à préfent un profond fî- 
lence , mais j'ai eu mille fois envie de le 
rompre. Je ne vous dis pas cela comme 
quelque chofe qui doive vous faire de lt 
peine : je ne fuis pas un Rival dangereux 
pour vous $ cependant je ne me pardon- 
nerons pas d'abufer ici de votre confiance. 
Vous voulez, Mylord, que je ne lui par- 
le que de vous , je ne fçaurois plus lui 
parler que de moi ; vous voulez que je 
vous ferve, je meurs d'envie de vousdef- 
fervir. Après cette déclaration , permet- 
tez que je retourne à Londres * mon de- 
> voir m'/ rappelle , & je ne ferai rien qui 
puifTe vous déplaire. 

Le Comte le regarda quelque temps» 
en fuite il l'cmbraûa , & lui dit : De- 
mandez moi tout ce que j'ai au monde» 
je vous le donnerai ; mats , mon cher 
' Frère , i l'égard de vôtre paffion je ne 
peux rien faire pour la foulager. Vous 
me faites un vrai plaifir 4e vouloir vous 
rendre à Withall'i car je feus que je de* 
Tme II. P vicadrois 



1 



338 LE COMTE 

viendrais aifément jaloux. Nous retour- 
nerons enfemble , die le Marquis. Plût 
au Ciel n'être jamais venu ici ! Le Com- 
te ne répliqua rien. S'il airooit chère- 
ment Ton Frère » il aimoic plus chèrement 
là Comtefle , & il ne concevoit pas par 

3uel aveuglement il Ta voit laifle auprès 
'elle > avec tant de mérite & de bonnes 
qualitez. 

Us allèrent enfemble la trouver. Elle 
avoit une mélancolie extrême de voir des 
difficultés prefque infurmonrables à Ton 
départ. Le Comte étoit très-foigneux 
d'en faire naître , de de la confoler en 
fuite par quelques cfpérances. Tantôt il 
lui ménageoit la Protection du Roi \ une 
autrefois le. retour des bonnes grâces de 
la Comtefïe d'Angltfey fa Mère 5 il ajoû- 
toit qu'il la conduiroit lui- même en Fran- 
ce. Pour toutes ces chofes il ne lui de- 
mandoit qu'un peu de temps , de in fenfî- 
bleinent il l'arrêcoit dans un lieu où il avoit 
fouvenHe plaifîr d'être auprès d'elle. 

A l'égard du Marquis de Montaigu , il 
lui dit qu'il fe trouvoit fi inutile à fon 
fervice , qu'il retournoit à Londres pour 
cfiaycr de lui en rendre de plus efienciels. 
Elle répliqua , qu'elle étoit fâchée qu'il 
s'éloignât de Sionhill , que fon efprit de 
fa complaifance n'a voient pas médiocre- 
ment adouci l'amertume de fes déplaifirs, 
de qu'elle l'auroit retenu fans qu'elle ef- 
péroit de n'y être pas encore long-temps. 



D E W A R W I C K. 339 

Il ne répondit â tout ce qu'elle difoit d'o- 
bligeant que -par un filence refpc^tucux, 
plus intelligible pour le Comte que pour 
die y il ne voulut pas l*expofer à voir da- 
vantage une. fi belle perfonne * cV ce fut 
pour la première fois qu'il eut envie de 
retourner à Londres pour remmener avec 
lui. 

Le fameux Peintre que le Comte avoit 
envoyi pour peindre Madame de Dévon- 
shire , n'avait pu refufer aux inftances du 
Marquis de Moncaigu, de lui donner une 
Copie du Portrait qull venoit de tirer a 
SionhiU. Céroit un médiocre* foulage- 
ment , pour un homme aufli touche qu'il 
Tétoit > mais enfin il le regardoit com- 
me la feule ch ofe qu'il pouvoit fe per- 
mettre fans offenfer fon Frère. A l'égard 
du Peintre , il ne fe divertùToit pas a fiez 
à la Campagne pour y refter ; il ai m oie 
pafiïonnémenc une jeune Ecoliére quifai- 
foit des Portraits merveilleux en émail. 
Elle auroit bien eu la prefic , fi l'Italien 
oui s'étoit afiez impatronifé dans fa Mai* 
fon , n'en eût éloigné tout le monde au- 
tant qu'il le pouvoit. Mais malgré fes 
précautions , le Comte de Dévonsnirene 
laifla pas d'être informé de tout ce qui 
s'érojt pafie à SionhiU. Il en parla à cet- 
te Fille , & la mit aifément dans fes in- 
térêts La pafïion que le Peintre avoir 
pour elle , ne pût prévaloir fur celle de 
faire fa Fortune » elle penfâ même qu'en 

p a décou- 



Mo 'LE COMTE 

détouvrant la Corotefle de Dévonshire. 
ce n'étoit point facrificr fou Amant , & 
elle craignoit peu les fuites de cette affai- 
re , parce qu'elle étoit réfoluë de paflèr 
en Italie des qu'elle auroit dequoi s'y ma* 
rier. ; 

Ces considérations l'engagèrent de pro- 
mettre au Comte de Dévonshire tous fes 
foins pour découvrir fa Femme. Et com- 
me Ton Amant n'étoit qu'un habile Pein- 
tre » s de que d'ailleurs il avoit médiocre- 
ment de Pefprir , elle lui dit , qu'elle ne 
croyoit point qu'il eût été à Sionhill; 
que c'étôit un prétexte dont il s'étoit fer- 
vi pour la quitter , 6c pour aller fe pro- 
mener ailleurs ; que l'amour avoit été 
caufe de ion abfence : 6c peu à peu Tes 
reproches prenant plus de force * elle lui 
témoigna qu'elle ne cefleroic jamais de le 
ioupgonner > s'il ne fe juftifioit parfaite- 
ment. Ce Peintre en prit la réfolution, 
& lut confia le Secret de fon Maître. Le 
Comte de Warwick .' lui die- il, m'a Eut 
peindre une jeune Dame que je ne con- 
nois point , 6c qu'il a fi peu envie que 
je connoifle , qu'elle a toujours été vê- 
cuê v en homme. Je l'ai habillée en Affri- 
quain ; tout cela s'èft fait devant lui, car 
il ne m'a guéres perdu de vue, mais mat 
gré fes précautions j'en ai tiré feerctte- 
ment une Copie pour le Marquis de Mon- 
taigu , 6c une que je veux vous montrer, 
9c que j'ai coince en Femme. Je vous 
' " i , avoue 



DE WARWICK; 34* 
avoue que je la trouve mieux fous Ton 
véritable Sexe , que fous celui où elle fc 
cache. 

Cette Fille charmée du Portrait de la 
Comtcfle , conjura le Peintre de le lui 
brider pour le aire en Email. Il n'en fça- 
voit point les conféquences $ il le voulut 
bien , & par ce moyen le Comte de Dé* 
vonshire découvrit unmyftére qu'on a voit 
grand intérêt de lui cacher » & dont il 
avoie déjà de terribles foupeons^ 
' U eft aifé de croire qu'if ne perdit pas 
un moment à prendre des mefures,pour 
arracher (à Femme d'entre les mains du 
Comte de Warwick. Le Chevaiieï d'He- 
reford , qui n'étoit pas feulement irrité 
contre fon Parent & fon Ami , mais qui 
Tétoit comme un Amant méprifé , le fé- 
conda de tout fon pouvoir. Ils raflèm- 
blérent leurs Amis , & malgré la qualité 
& la faveur du Comte , ils réfolurent de 
faire un éclat proportionné à l'affront 
qu'ils croyoient en recevoir. De quels 
injurieux foupçons ne noirci flbient- ils pas 
la Vertu de la Comtefle ? Les apparences 
étoient contre elle > ils ignoroient ce qui 
pouvoir Ja juftifier $ dedans leur empor- 
tement ils auroient été bien fâchez de la 
trouver innocente. 

SionhiJl eft une très-belle Maifon fans 
défenfe , & uniquement propre aux plai- 
firs de la Promenade , de la Chatte de de 
la Pêche > il ne falloit pas prendre de 

P 3 'gran- 



342 L E C O M T E 

grandes mefurcs pour y enlever la Co râ- 
telle, l'ur tour dans un temps où elle croy oie 
être en feurecé, par le Secret qui s'étoit 
obfervé depuis Ton arrivée. Us fçtvoient 
que Ton Appartement régnoit fur une Ter- 
rafle , & qu'il n'étoit queftion que d'en- 
foncer quelques Fenêcres pour y entrer 
aifément. Ils fçavoient même que le Comrc 
de Warwick (donc l'intrépidité au r oit pu 
les obliger à garder des mefurcs) n'y dé- 
voie pas venir ce foir-là ; de forte qu'ils 
entrèrent fans bruit dans le Jardin , fe 
partagèrent par petites troupes, À au 
même fignal ils environnèrent le Corps 
de Logis où couchoit la Comtcflc 3 de 
manière qu'il n'étoit pas pofliblc qu'elle 
Jeur échapâr. 

L'action fut fi vive 6c fi prompte , fur 
tout dans un temps où tous les Domefti- 
ques étoient endormis » qu'ils fe rendi- 
rent les Maîtres de la Chambre ou h 
Comtefle logeoit j 6c voyant un homme 
endormi fur le Lit • ils lui eurent plûtât 
mis un mouchoir dans la bouche > qu'il 
n'eut le temps d'appeller du fecours. Cha- 
cun prêtant le bras pour le porter , on le 
jetta dans une Litière. Le (Jomte de Dé- 
irons hire de le Chevalier d'Hercford 11*01» 
tourérent -, on la fit marcher vers la Mai- 
fon que le Comte avoit proche deWind- 
for , cet endroit ayant été choifi , parce 
que Siohhill n'en eft pas éloigné* 

Lors qu'on fut arrivé , 6c que toutes les 

Portes 



DE W ARWICK. 34? 

1? ortes eurent été fermées avec beaucoup 
de précaution , le Comte de Dévonshire 
qui avoir gardé jufques là un morne fi* 
]ence , commença d'éclater par de furieux 
reproches. On cira le. Captif de fa Litiè- 
re i ôc~ comme Pon s'attendoit à voirpa- 
roitre la belle Comtefle toute en pleurs, 
ôc qu'on le fbrtifioit contre un Objet de 
pitié Ç\ touchant , on vit un jeune Gar- 
çon , laid & borgne , fi éperdu de peur» 
qtTil fembloit être fur le point de mou* 
rir. Jamais métamorphofe n'a été fi fur* 
prenante. On chercha par tout laCom^ 
tefle fans la rencontrer. Le Comte de Dé- 
vonshire prit beaucoup fur lui-même» 
pour ne pas maltraiter celui qu'il trou voie 
à la place de fa Femme. 

Voici ce qui l'avoit garantie d'être en- 
levée. Berincourt auquel le Comte de 
Warwick l'avoit .confiée , voyant qu'elle 
s'en nu y oit , lui propofa d'entrer dans une 
Barque , de fe promener fur la Rivière,, 
Oc d'y jetter des Filets : mais comme c'é- 
toit lui qui conduifoit ce petit Bateau* 
ne voulant fe fier à perfonne , ils s'éloi- 
gnèrent infenfiblement , & dans le temps 
où ils efpéroient de revenir au Rivage, ils 
furent furpris d'urt Vcnt& d'une Tem- 
pête G extraordinaire , que la Comtefte 
& Berincourc crurent que c'étoit le der- 
nier jour de leur vie. 

La nuit étoir.déja fort avancée avant 
qu'ïUfuffcntaubord. Quelques Pêcheurs 

P 4 le* 



344 LE COMTE 

les reçurent dans leurs pauvres Cabanes/ 
on leur offrit un Lie deGlajculsâc dcRo- 
feaux. La Tempête étoit trop grande 
pour bazarder de retourner à Sionhlll 
pendant la nuit. Il prirent la réfolution 
de refter chez leurs bons Hâtes , dont ils 
ne laiiîérent pas d'être régalez en leurs 
manières (impies & ruiliques. 

. Cependant le Concierge du Comte & 
quelques autres Dpmeftiques , ayant en- 
tendu une partie de ce qui s'étoic patte 
dans r Appartement de lalerraflTe, y cou- 
rurent , & trouvèrent un grand de/or- 
dre. Les Fenêtres & les Portes étoient 
brifées , & tous les Bijoux qui ornoienc 
la Chambre caflez en mille pièces. Ils ne 
pou voient imaginer ce qui avoit donné 
lieu à un fi grand détordre* Us montè- 
rent à Cheval , & furent en avertir le 
Comte de Warwick. Perfonne n'oû le 
réveiller ; mais auffi-tât qu'on pût lui 
parler.» on lui rendit compte de ce qui 
a'étoit paûe â Sionhill. Que devint-il à 
ces nouvelles î Il ctoit furieux , &dans 
le defordre de Ton efprit , il confondoit 
ce Garçon enlevé avec la Comtcfle. II 
croyoit quec'étoit elle > il ne fe donnoit 
pas le temps de s'en éclaircir $ il envoya 
quérir le Marquis deMontaigu. Dès qu'il 
1'appercût , il courut à lui , & l'embraA 
fant , il lui dit : Ah ! mon cher Frère» 
mourons , mourons , je n'ai pu gardée 
le Trefor que la Fortune m'avoit confié. 

11 



DE W ARWICJC 34f 

Il lui raconta là»dcflu$ ce qui s'étoitpaûe. 
Le Marquis » donc la douleur ne cédoic 
point à la fienne , fe trouva hors d'état 
«le confoler. 11 joignit fes plaintes à 
celles du Comte > en fuite ils prirent la 
réfolution d'aller a Sionhill , pour s'in- 
former de toutes chofcs. 

Il n'a jamais été un petit Voyage plut 
trifte que celui-là. Le Comte prcnoic 
des réfblutions de la dernière violence 
contre Monfieur de Dévonshire : bien 
qu'à regarder cette affaire dans Ton véri- 
table Point de vûë , ce ne fut pas lui qui 
eût fujet de fe plaindre ; mais la faveur 
qu'il pofledoit ravoir accoutumé de lon- 
gue-main à croire qu'il ne pouvoir, avoir 
tort. Enfin ils arrivèrent proche du Châ- 
teau. A f* vûë Ton déplaifîr prit de nou- 
velles forces. Voilà donc , diioit*il , cet- 
te infidelle Maifon qui n'a pu me garder 
celle que j'aime ? Je la brûlerai » je ne 
tcux pas qu'il en refteune Pierre* èc ma 
Tangeance égalera mon dcfefpoir. Le 
Marquis lui dit qu'il le feconderoit avec 
chaleur, bien qu'il dût lui parohre moins 
terrible de voir la Comtefie chez Ton Ma- 
ri que chez un Rival qui l'adoroit , & 
dont le mérite étoit fort fupérieur aux 
autres. 

Ils croient encore aux bords de la Ri- 
vière , quand ils virent une petite Barque 
qui s'approchoir. Ils reconnurent aufll- 
tôt la Conuefle & Berincourt. Le Com- 

P S te 



34<S LE COMTE, 

te & le Marquis ne pou voient croire leurs 
ycx ; ils t». mue en c Lurs Chevaux dans 
l'eau vec fi peu Je m^.iagemenc , qu'ils 
ne renia- quéi eue pas combien la Pluyede 
la n ;îr :'avoit groffie. Le Cheval du 
Co nte peHic terre , le courant l'ayant 
cmy<> t- malgté les efforts , il fe trouva 
au bouc d*un moment dans le plus grand 
danger où Ton puilfe être. 

Ce fut ce moment auffi qui convain- 
quit la Comtefle , qu'elle l'aimoit plus 
chèrement qu'elle n'avoit jamais voulu le 
croire. Elle p >ufla des cris fi perçans, 
qu'il eut la coniolarion de les entendre: 
& comme elle le perdit de vue, de qu'el- 
le ne douta plus de fa mort , elle tomba 
dans la Barque demi morte & fans aucu- 
ne connoiffancej Berincourt ne pouvoit 
la (oulager , parce que lui & fon Batelier 
ramoient de toutes leurs forces après le 
Comte , pour eftayer dé le iecourir En. 
effet , lors quM (entit que fon Cheval ne 
pouvoit plus nager, il s'en débarraifa > & 
trouvant heureufement une Chaloupe en- 
foncée , dont \c mât paroiflbit un peu » il 
s'y attacha déboute fa force. Berincourt 
arriva au bout d'un moment , & le fit 
entrer dans la petite Chaloupe. 

Madame de Oévonshirè n'étoît point 
encore revenue de fon évariouïflemenr. 
Le Comte s'approcha d'elle , ôc lui jet ta 
de l'eau fur le vifage, l'appellanc plufieurs 
fois , la fotkcnant entre fts bras » de lui 

don- 



t> Ê W A R W l C £. 347 

donnant tout le fecours poflible. Elle rc* 
vint un peu. Le premier objet qui frap- 
pa les yeux , ce fur le Comte qu'elle 
croyoic noyé. Ah ! Mylord , lui dit elle, 
dans quelles allarmes venez- vous de nie 
jeteer ? quel phi fi r de vous voir ! Mais 
vous-même, Madame, par quel bonheur 
inefpéré vous trouvai je ici , lors que je 
vouscroyois encre les mains du Comte de 
Dévonshire ? & comment en êtes* vous 
échapée ? 

La Comtcfle parut furprife , & s'inquic- 
ta de ce qui pouvoir s'être paffé en Ton 
abfence. Elle aprit au Comte l'Avanture 
qui Tavoit empêchée de coucher à Sion- 
hill ; de le Comte jugea par laque le jeu- 
ne homme enlevé etoit le fils de fo* 
Concierge > qui couchoit toujours dans 
P Appartement bas , à caufe des Meubles 
magnifiques qui auroient pu être volez. 
Cependant le Comte & la Comteffe vi- 
rent bien que leur Secret étoit.découverr» 
que Monfieur de Dévonshire la cherchoic 
par tout , & qu'il n'y avoit guéres d'ap- 
parence que ce fût pour lui faire un boa 
Parti. 

Le Comte de Warwick de la Comteftê 
de Dévonshire agitèrent entr*eux ce qui 
pou voit arriver d'un commencement fi 
violent. Il réfolut de la mener dans fa 
belle Maifon de Chelfev. Perfonne au 
monde » lui dit-il , ne le fçaura. Si vous 
y venez , répliqua- 1- elle , il n*en faudra 

F 6 pas 



348 L E C O M T E 

fês davantage. Non , Madame , conrt- 
nua-c-îl , je oie ferai coûte la violence nc- 
ccflaire pour vous garantir de vos Enne- 
mis. Je viens de rcûentir de trop cruel* 
les allarmes de la feule apprehenfion de 
vous voir enlevée * je me garderai bien 
de vous y txpofer $ il m'en coûterait la 
vie ; & fi vous fçayicz ce que j'ai fouf- 
fert , vous auriez lieu de croire qu'il n'y 
a jamais eu un attachement fi parfait que 
le mien. Elle avoit trop de lagefiè pour 
lui répondre dans les mêmes termes. Au 
contraire , elle s'affligeoit qu'il eue été té- 
moin de fon évanouïucmcnt $ elle en 
prétextoit la caufe fur fa furprife plûtât 
que fur fa tendrefle $ & elle auroit fou- 
haité de tout fon coeur , qu'il ne fe fut 
jamais apperçû du penchant qui le rendoit 
aimable à fes yeux. 

Après une longue converiation , ils ar- 
rêtèrent de fe féparer. Le Comte descen- 
dit au bord de l'eau, & la Comtefic con- 
tinua d'aller fur la Tamife , bien que ce 
ne fût pas le plus court , mais c'étoit au 
moins le plus certain. Le Comte lui fit 
un adieu auffi touchant , que s'il l'eût 
quittée pour le refte de (à vie. En fuite 
il s'avança vers Sionhill , & trouva le 
Marquis de Montaigu avec tout fon mon- 
de. Leur joye parue extrême quand ils fe 
virent. Le péril avoit été fi évident, 
qu'on n'ofoit prefque fe promettre qu'il 
l'éviteroit* Il avoit été trop moiïijlé pour 

que 



DE WARWICK. 349 

que fes habits ne fufîent pas pénétrez 
d'eau- Il vînt en changer > & refta quel- 
ques heures chez lui. 

Fendant ce temps-là le Marquis étoit 
pafle dans le Cabinet du Comte , pour 
avoir la liberté d'y rêver quelque^ mo- 
mens. Quel cft mon Sort ! difoitil $ je 
fuis devenu le Rival d'un Frère qui m'a 
toujours été cher -, je frémis encore de la 
crainte où j'ai été de le perdre ,• de ce- 
pendant il va faire tous les malheurs de 
ma vie. Le Comte de Watwick l'ayant 
apperçû dans cette profonde rêverie , en- 
tra , & lui dit : Ne vous plaignez pas 
feul y mon cher Frère > je fouffre tout 
ce qu'on peut fouffrir » de n'avoir pas af- 
fez de force pour vous céder le peu d'a- 
vantage que j'ai fur nôtre belle Comtefle: 
mais je vous avoue que tous mes efforts 
(ont inutiles. Ah l Mylord , répliqua 
le Marquis» de quoi me parlez- vous ? Se- 
rait -il pofliblc que vous euflîez des fenti- 
mens fi tendres pour moi ? La feule in- 
tention de rompre vos chaînes cft un Cri- 
me irrémiffible à l'égard de la Comtefle. 
Si je fuis condamné à porter les tiennes 
comme vous» que mes malheurs ne trou* 
blerït pas vos plaifïrs. Je fçai bien qu'il 
m'en coûtera la vie ; mais n'euSil pas 
jufteque je meure après l'imprudence que 
j'ai eue de relier avec elle , cfc de croire 
que je pourrois me garantir de l'aimer? 
]e fçavois l'état où vous étiez réduit , de 

P 7 j'avoi* 



3fo LE COMTÉ/ 

j 'a vois la témérité de ne rien craindreV 
Vous n'avez pas eu le temps de faire des 
réflexions , répondit le Comte $ il me pa- 
rue que Tes premiers regards vous a votent 
pénétté , & fi je manquai d'y faire une 
férieufe attention , c'eft qu'il me fembla 
qu'on ne pouvoir la voir fans l'admirer. 
Le Marquis foûpira , de lui dit qu'il n'o- 
foit s'informer du lieu où elle étoic allée; 
parce que malgré toute ion envie de h 
fuir , il la chercheroit foigneufementdès 
qu'il pourroit efpèrer de la voir. Si cela 
eft ainfi , die le Comte de Warwick , je 
ne vous confierai pas mon Secret • Hé- 
las ! mon Frère, ajouta -t il d'un air tri- 
lle , ferois il poffibie que l'amour inter- 
rompît le cours de nôtre parfaite amirié? 
Quels prefTemimens avez vous , répliqua 
le Marquis ? Mylord > ne fuisse pas allez 
afflige , n'ajoutez rien a mes peines. Us 
fe tendirent alors les bras , & s'embraf- 
férent étoitement : Aimons- nous , ai- 
mons-nous , s'écrièrent- ils , & que rien 
au monde n'altère noire tend relie. 

Dans ce petit efpace de temps le bruîc 
fe répandit à Londres , que le Comte de 
Warwick j>'étoic noyé La nouvelle étoic 
circonftanciée , comme toues celles qui 
çourenr > où chacun ajoute quelque cho- 
fe d* ûen ; de lorte que le Roi la reçue 
avec tant d'apparence de vérité» que Ma- 
dame G; ey y chez qui il étoit alors , eut 
Ic^déplaifir de lui voir la pli» fenEble dou- 
leur 

■* 



DE WARWICK. 3Ji 

ls.ur que Ton puifle imaginer. Il partie 
fur le champ pour aller lui-même a Sion- 
hill. On l'informa pendant le chemin de 
ce qui s'y écoit pane $ que le Comte de 
Dévonshire croyant y trouver fa Femme» 
avoit enfoncé les Fenêtres ôc les Pot tes, 
ôc qu'il avoit enlevé le Fils du Concierge. 
Le Comte deWarwick revenoii à Lon- 
dres y lors qu'il rencontra le Roi. Cette 
marque de fa bontéétoit précédée de tanc 
d'autres » qu'il n'en fut pas furprisj mais 
il y parue, auffi fenfible qu'il le devoir. Le 
Roi lui dit mille choies obligeantes furies 
alla r mes qu'il venoit d'avoir. 11 le fit 
monter auprès de lui dans fon Chariot, 
& lui demanda de bonne foi , Sil étoic 
vrai que la Cotîitefle eût cherché un Azi- 
le a Siorjhill ? Je fouhaite là-deflus un 
aveu fîncére , ajoura- 1 il ; ôc vous me fe- 
rez platur de ne me le pas rdufer. Le 
Comte refta fort embarrafle. S'il n'a voie 
été queftion que de découvrir Ton Secret 
& celui de la Comtcûe au Roi , il l'au- 
roit fait fans hériter ; mais il n'ignoroic 
pas qu'il pafle roi c juft)U'à Madame Greyj 
& il ne pouvoit le remettre à perfonne 
qui s*en prévalut mieux pour lui faire du 
mal. Dans cette penfee , il dit au Roi 
en riant , qu'il le fupplioit d'examiner, 
s'il étoit en fa place , s'il parlcroic d'une 
Dame quife fier oit a lui ; qu'il étoit cer- 
tain que le Comte de Dévonshire s 'et oit 
trompé , qu'on lui avoit donné de faux 

Mé- 



3 fz L E C O M T E 

Mémoires ; Ôc que s'il ar ri voit qu'un 
jour la Comreûe eue aflez de confiance 
en lui pour venir dans fa Maifon , il 
mourroit plutôt que d'en rien dire. Le 
Roi connut bien par cette réponfe qu'il 
le queftionneroit inutilement. Il ne laif- 
fa pas de trouver très-mauvais qu'un Fa* 
Yori , pour lequel il avoit une fi force 
amitié , refulât de lut ouvrir Ton cœur. 

Le Comte de Dévonshire n'eut pas de 
peine â fçavoir de celui qu'il avoit emmené» 
que Jaime étoit à Sionhill , qu'il n'y avoit 
pas couché cette nuit- là , 6c que félon 
toutes les apparences il alloit changer de 
retraite. Sa colère étoit montée à tel 
Point qu'elle n'avoit plus de bornes i 6c 
ne pouvant différer davantage de cher- 
* cher querelle avec le Comte de Warwick, 
puis que c'étôit lui qui l'offenfoit , il vint 
a Londres , fuivi de Tes Amis , 6c fut le 
lendemain à la Comédie où il fjût que le 
Comte étoit. 

Comme le bruit s'étoit déjà répandu de 
ce qui s'étoit paflé à Sionhill , & qu'il y 
avoit long-temps qu'on ne les avoit vu ' 
paroître dans le même endroit -, chacun 
devint plus attentif à ce qui fe paÛeroic 
entr'eux qu'au Speâaele. Mais ils ne tar- 
dèrent pas fans en donner un autre ; car 
le Comte de Dévonshire s'avança fière- 
ment vers le Comte de Warwick , au mo- 
ment que le premier Aâe finiifcit , 6c lui 
donna un coup de feta Gand dans Je vi- 
rage. 



DEWARW1CK. 3S3 

fagc. Si le Comte fut fenfible â cet af- 
front , lui qui avoit autant de fierté que 
de valeur , il cft ailé d'en jugera II mie 
l'Epée à la main. Le Comte de Dévon- 
shire y avoit déjà la fienne. Le Théâtre 
alloic leur fervir de Champ de Bataille, 
lors que cous ceux qui s'y étoient placez 
fe jettérem enrr'cux & les féparérent, 
malgré le defir qu'ils avoient de ne pas 
différer le Combat. - * 

Ils forrirent avec un air furieux qui ne 
refpiroit que la vangeance. Le Duel ayant 
été réglé pour le lendemain , ils quittè- 
rent promptement la Cour , de crainte 
que le Roi ne les fît arrérer , & ne les 
empêchât de fc battre. En effet , il don- 
na Ordre qu'on gardât les Portes , Se vou- 
lut qu'on allât x dans tous les endroits où 
l'on pourrait les trouver > paroiflfant fort 
inquiet de l'événement dVne querelle qui 
ne pouvoic guéres finir que par une Ca- 
taftrophe. 

Madame Greyqui connoiflbit le Comte 
de Dévonshire pour un des plus braves 
Hommes <\ui fut au monde , & qui pour* 
roit bien là fe défaire de fon Ennemi, di- 
foit au Roi qu'il ne devoit pas empêcher le 
Combat entr'eux , que toutes les appa- 
rences étoient fûufles , ou que le Comte 
de Warwick aidoit à la Comteflc de Dé- 
vonshire à fe cacher 5 que c'étoit-là un 
fujet de plainte difficile à digérer pour un 
M »« 5 que d'ailleurs le Comte de War- 

wick 



3f4 LE COMTE 

wick avoit reçu un affront fi fignalé à k 
Comédie , que rien ne pou voie le difpen- 
fer d'en avoir railon. Je vous entends, 
Madame, repartie impatiemment le Roi» 
vous êtes ravie qu'on vange vôtre querel- 
le particulière j & pourvu que le Comte 
de Wa> wickfoit égorgé ,- vous vous char- 
geriez volontiers de faire fon Oraifon Fu- 
nèbre. Pour moi qui regarde la chofe 
avec d'autres yeux quç vous , je conçois 
que je ne peux manquer de perdre dans 
l'événement de cette affaire. Si le Com- 
te de Warwick périt , je ferai inconfola- 
ble 5 (î le Comte de Dévonshire fuccom- 
be, j'aurai à regretter un Homme de mé- 
rite * ai nu* je veux les accommoder à 
quelque prix que ce foie. 

Cependant les deux Comtes a voient 
pris leur Rendez vous le long de la Ta- 
mife à deux ltcuës de Londres. Cet en- 
droit s'appelle Barnealms , & c'efl: un des 
plus agréables que Ton puifle trouver, lis 
avoient chacun un Second. Du côté du 
CofiKC dz Warwick. le Marquis de Mon- 
taîgu , ôc de celui du Comte de Dévon- 
shire. le Chevalier d'Hcreford. Ces deux 
derniers ne fe battirent pas l'un contre 
Pautre , comme des Seconds qui fervenc 
feulement leurs Amis. Une averfion fc- 
crette , dont ils ignoraient la raifon , les 
engagea au Combat avec la dernière fu- 
reur. En effet , ils étoient Rivaux ♦ & 
ne fe féparérenc que par la mort du Che- 
valier 



DE WARW1CK. iff 

valier d'Hereford , & par l'extrémité du 
Marquis de Montaigu qui tomba cruelle- 
ment bleffé. Les Comtes de Warwick cfc 
de Dévonshire s'attaquèrent en Lions, & 
foûtinrent le Combat de même* Le peu 
de ménagement qu'ils a voient pour leurs 
vies les mit bien-tât en état de la perdre. 
Le Comte de Dévonshire reçût un coup 
d'Epée dont il tomba, mort , & le Comte 
de Warwick en eut un dans le bras : c'eft 
ainfî que f e pafla cette funefte Affaire. 

Le Comte de Warwick reflentit vive- 
ment la dangereufe bleflure du Marquis 
de Montaigu. Il fe perfuada que fa paC- 
fion pour la ComteiTe , & le peu d'efpé- 
rance d'en être aimé en étoient la caufe. 
Il fe reprocha de l'avoir choifi pour Se- 
cond. Helas I c'eft moi , difoit il , qui 
ai engagé mon Frère dans une affaire que 
je devois démêler tout feul. Ne fuis- je 
pas bien malheureux de Ta voir fait refter 
a Sionhili auprès de la Comtcfle ! Je pa- 
vois que le pouvoir de fes charmes eft in- 
évitable. Que petois imprudent fc le 
biffer dans un lieu fi dangereux \ Je dois, 
continuait- il , périr , s'il périt , & s'il 
ne périt pas , je dois lui céder celle qu'il 
aime , 6e dont il! eft plus digne que moi» 
Pendant qu'il failoit ces regrets , il ne 
laifloit pas de fecourir le Marquis , lors 

Su'uVapperçûtquefon fang couloitabon- 
amment. L'ardeur du Combat l'avoit 
ttopêché de i entir un coup d'Epée qui lut 

perçoit 



3f< . LE COMTE 

perçoit le bras ; Ôc comme cet endroit 
n'étoit pas un lieu où ils duffent demeu- 
rer long temps , il fe mie fur la Tainife 
avec fon Frère , Ôc fe rendit en diligence 
à Londres , où il l'obligea de relier ca- 
ché jufqu'à ce qu'on eût pénétré les fen- 
timens du Roi fur cette Affaire. En fui- 
te il fe rendit fecrettement à Chcifcy.oii 
il entra feul par une Porte qui donnoit 
dans le Jardin , ôc dont il avoir toujours 
la Clef: 

Comme il étoit blefîe , ôc qu'il avoît 
perdu beaucoup de fang • il chercha un 
endroit où fe repofer. Il tourna fes pas 
▼ers un grand Cabinet de verdure qui 
n'étoit guère couvert , parce que là Su- 
fon étoit peu avancée ; de forte qu'il y 
remarqua une Femme. Il s'approcha dou* 
cernent , ôc vit que c'étoit la Comrefle 
de Dévomhire. Cette vue lui caufà une 
émotion qu'on peut aifément imaginer s 
ôc ce qui venoit de fe pafler étoit un évé- 
nement qui allait décider ge tant décho- 
ies , qu'il ne fçavoit comment le lui ra- 
conter > ni comment le taire. Enfin cet- 
te inclination naturelle qui nous engagea 
chercher ce que nous aimons , l'empor- 
ta fur tous les égards qu'il devoit à la 
Veuve du Comte de Dévonshirc. Il en- 
tra dans le Cabinet où elle revoit à fes 
difgraces. Il l'aborda d'un air timide, Se 
fe j errant tout d'un coup à ics pieds , il 
lui préfenta fon Epée. Si vous croyez que 

je 



DE WARWICK. 3J7 

je mérite vôtre colère, lut dit- il , punit* 
fez- mol , Madame : voici la mêmeEpée 
qui vient de Vous vanger du Comte de 
Dévonshirc. 11 n'eft plus 5 voudrez-vous 
percer un cœur qui vous adore ? 

Pendant Ton difeours la Comtefic étoit 
demeurée éperdue , ne feachant quelle 
en feroit la fin , lors qu'elle aprit que 
l'Homme du monde qui lui étoit le plus 
cher , avoit tué Ton Mari. Elle jetta un 
cri douloureux avec lequel elle penfa ren- 
dre Pâme. Ses yeux relièrent ouverts âc 
fans mouvement. Son corps tranfî fem- 
blost pétrifié. Elle ne pou voit parler. 
Quelle fuite funefte n'envifageoit-eile pas! 
Le Comte connoifibit allez l'état où elle 
étoit. Il n'ofoit lui rien dire : mais fon 
émotion devint fi grande , que le^fahg 
qui couloit de fon bras en abondance» 
mouillait toute la terre. Je vais mourir, 
lui dit-il y vous le fouhaitez > Madame. 
Je ne me plaindrai pas de mon Sort. Oui, 
cruel , dit- elle • fe raifant violence pour 
parler, je defirela fin de vôtre vie, c'eft 
un Sacrifice que je dois à la mémoire du 
Comte de Divonshire. Vous êtes fon 
Meurtrier ; helas ! que n'êtes- vous plu- 
tôt le mien ? je vous pardonneras ma 
mort , mais il ne m'eft pas permis de vous 
pardonner la fienne. Tout m'engage à 
vous haïr. 11 faut que je vous déclare une 
9 u «re implacable , Ôc que je. n'oublie 
rien pour me vanger. Encore un coup, 

fui 



Îf8 LE COMTE 

lui die- il» ne cherchez aucun fecours con- 
tre moi que votre averfion. Vous voyez 
l'état où je fuis ; je crains que mon fang 
ne coule trop lentement pQur fervir vo- I 
tre colère, employez mon Epée s ne me ' 
refufez pas la trifte confolacion de mou* 
rir de votre main. Hé ! le puis-je ? bar- 
bare > s'écria-t-elle ; igoorez-vous le fa- 
tal afeendant que vous avez fur mon cœur ? 
Hdas ! vous n'en êtes que trop inftruit; 
vous m'infultez , quand vous ofez voas 
préremer à mes. y eux j vous ne m'inful- 
tez pas moins , quand vous voulez que je 
-vous donne la mort. Laiffez-moi pleurer 
en repos l'excès de mes malheurs. Cette 
dernière Cataftrophe me jette dans unde- 
fefpoir inconcevable. Car enfin , je vois 
en vous l'Ennemi de mon Mari , de mes 
Enfans A &de ma Maifon 5 & cependant 
je vous fouffre , ôc je ne reflens point les 
mouvement de l'implacable haine que je 
vous dois. .Puniflez-raoi , Madame > je 
fuis à vos pieds prêt à tout fouffrir , rc* 
pliqua le Comte d'une voix altérée & foi- 
blc. En finjiïant ces mots , fes forces l'a- 
bandonnèrent 3 il, tomba tout couvert de 
fang > une fueur froide le furprit » Une 
pouvoir, plus parler. . 

L'embarras de la belle Comtçfle n'eft 
pas concevable. . Elle remit dans ce mo- 
ment le foin de fa vangeance aux Loix du 
Paï's & à la volonté du Roi ; ôc trouvant 
qu'il y avoit une efpéce de lâcheté à b*t- 



DE WARWICK. 3» 

cre un Ennemi déjà vaincu , elle ne lon- 
gea plus qu'à le fecourir. Berincourt qui 
avoic été averti de l'arrivée de fon Maî- 
tre , Ôc qui* le cherchoit , vint le trouver 
dans ce moment. Dès qu'il Tapperçûc 
avec la Comtefle , il voulue par refpect fc 
retirer , mais elle lui dit de s'approcher ; 
êc montrant le Comte dont elle foûte- 
noit la tête : Venez à nôtre aide , s'é- 
cria- 1- elle , nous allons tous deux mou- 
rir. Berincourt demeura fort effrayé dé 
voir l'état où étoit fon Maître. Il pria 
la Comtefle de lui .aider , elle lui relia le 
bras avec tant d'adrefle , que le fang s'ar- 
rêta. Il fut quérir de l'eau pour lui en 
jetter & d'un Elixir qui rappelia tous les 
efprits qui avoient été di/ïïpez par la per- 
ce de fon fang , & par la douleur que lui 
caufoient les reproches de la Comtefle de 
Dévonshire. 11 reflentit une exrrémejoye 
de la voir fi proche de lui. Helas ! Ma- 
dame , lui dit-il , eft-ce vous ? fuis je di- 
gne de votre pitié ? voulez-vous que je 
vive , ou me rélervez-vous à une van- 

§eance plus éclatante ? Elle ne lui répon- 
it rien , ôc continua de pleurer 
Le Comte de \yarwick Sécant levé» 
marcha doucement , appuyé fur Berin- 
court , vers la Maifon. La Com telle ne 
le fuivit point s elle demeura dans le Ca- 
binet où il l'avoit trouvée > pour s'aban- 
donner à toute fa douleur. La prefence 
du Comte l'avoit un peu fufpcnduc, mais 

lors 



360 LE COMTE 

lors qu'elle fut feule , combien de crifies 
réflexions fie-elle fur fa deftinée ? Elle 
avoit trop d'efprit , pour ne pas envisa- 
ger les fuites d'un fi funefte commence- 
ment. Que ne devoit-on point lui im- 
puter fur la mort du Comte de Dcvon- 
shire , dans le même temps qu'elle étoft 
cachée chez le Comte de Warwick ? A 
quoi cela reflemblc-t-il ? Qui pouroic 
pénétrer fon innocence au travers de tant 
d'obfcuritexi 
Elle fe regardoit comme une Femme 

Ïirofcrite dans le monde , abandonnée de 
es Proches Ôc de fes Amis. A qui avoir 
recours, après des circonftances fîtriftes? 
Comment paroître à la Cour , Ôc corn* 
ment palier le relie â^ÙLYte » errante & 
foupeonnée d'une galanterie ? Sa douleur 
prenoit tant de force, qu'elle étoit furie 
point de mourir * quand Berincourt vint 
la conjurer de la part du Comte de mon- 
ter dans fa Chambre* Je ne veux janaû 
le voir , lui dit- elle d'une voix entrecou- 
pée par fes fanglots > il m'âte ma gloi- 
re » il trouble tout le repos de ma vie» 
je fuis réfoluc de partir d'ici , quoi qu'il 
tn'en puiûe arriver. 

Berincourt auroit été furpris de ce qu'el- 
le lui difoit , G c'a voit été dans une au- 
tre occafîon ; mais il comprit aflez les 
juftes fujets qui PafHigeoient. Il ne né- 
gligea rien pour la confoler $ de lui fit de 
S grandes infiances de voirie Comte pour 

conférer 



DE WARW1CK. 361 

conférer fur leurs affaires » lui repréfen* 
cane au refte qu'elle feroit caufe qu'il fe 
léveroic pour la chercher , qu'enfin elle 
fe laifla perfuader. 

Madame , lui die le Comte , je fuis 
trop jaloux de tout ce qui vous regarde, 
pour fouffrir patiemment que l'on puifte 
vous aceufer d'avoir pour moi quelque 
indulgence favorable. Je voudrois vous 
plaire , c'eft Tunique defîr qui m'occu- 
pe , .& l'unique bien que je connouTe: 
mais d ce bonheur, le plus grand de tous, 
nf arrivoit aux dépens de vôtre gloire , je 
ferois capable d'y renoncer. Jugez après 
cela H je penfc férieufement à ce que vous 
devez faire dans cette occafion-ci. J'ofe 
vous confeiller d'aller au plutôt vous jet- 
ter aux pieds du Roi , de lui demander 
ma têcc , puis que je me fuis battu con- 
tre votre Mari fans fa permiflion, que les 
Loix le défendent , & que je l'ai tué. Ce- 
pendant , Madame, comme il pourra ar- 
river que le Comte & la Comteûc d'An- 
gle fc y continueront d'être irritez contre 
vous , & que les Tuteurs de vos Enfans, 
mai prévenus en vôtre faveur , vous re- 
fuseront les fecours né ce flaires pour pa- 
roi cre à la Cour , voici des Pierreries 
confidérables que je vous fupplie d'accep- 
ter ,'afin d'être en état de pourfuivre ma 
mort. 

Quelles Armes me préfentez-vous pour 
vous combattre ? & le plus généreux En- 

Tme II <i nemi 



3 6i LECOMTE 

ncmi qui fera jamais i s'écria la Comcef- 
fe. Quoi ! voulez-vous que je me fer- 
re de vos bienfaits pour vous perfécuter, 
êc que je me déclare vôtre ennemie quand 
tous me comblez de grâces ? LaifTez- 
moi , Mylord , l'entière liberté de vous 
haïr ; le chemin que vous prenez pour 
arriver à mon cœur cft trop offenfanc ; 
je ne veux rien de vous , afin de n'être 
pas ingrate quand je vous ferai du mal. 
Le Comte employa tout fon efpric pour 
la perfuader 5 mais ce fut inutilement: 
fou ame étoit trop noble pour contracter 
une telle obligation. 

Après qu'elle eut dit tout ce qui cft na- 
turel de dire fur un procédé fi rare: 
Pourrai je , ajouta- 1- elle demander au 
Roi une vangeance proportionnée au mal 
mie vous m'avez fait , quand je vous dois 
d'ailleurs une fi grande reconnoiflanec ? 
Et bien qu'on en ignore les motifs dans le 
monde, Von cft déjà tellement perfuadé à 
mon defavantage , qu'on croira que je joue 
la Comédie. Cela n'importe, Madame, 
répliqua le Comte , il faut que vous n'ayez 
rien à vous reprocher : le temps de Ja 
Fortune décideront du refte. Eft-il poffi- 
ble, lui dic-elîe, que vous vous puiflïcz ima- 
giner que je ferai à l'avenir votre plus 
cruelle ennemie ? Etferoit ilpofîlble ,lui 
dit-il , Madame, que vous la puffiez de- 
venir ? Je vous ai toujours aiméeaveedes 
fentimens fi purs & û refpe&ueux 5 j'ai 

eu 



DE WARWICK. 365 

eu fi peu de parc aux contre-temps qui 
vous ont défolée s j'ai reçu un affront fi 
fanglanc du Comte dé Dévonshire . avant 
que d'en tirer la vangeance , que fi voui 
examinez toute ma conduite , vous con- 
viendrez que je fuis feulement digne de 
pitié. 

Après avoir patlé long-temps enfem- 
ble , le Comte la vit partir avec une dou- 
leur fi fenfible , que jamais réparation 
n'a caufé plus de peine. Berincourr rac- 
compagna jufqu'à Londres. Le Comte 
fe mie dans fa Berge , 6c y revint auffi. Il 
conduifoit des yeux le petit Barreau où 
Ton adorable Comtefle s'étoit embarquée. 
11 auroit bien mieux aimé la fuivre, fût- 
ce au bouc du monde , que d'être Roi 
d'Angleterre. 

Le Combat des Comtes de Warwick Se 
de Dévonshire étoic à peine fini , que le 
Roi & cous leurs Parcns en et oient déjà 
informez. Chacun courut à Barnealms, 
les uns par amitié , 6c les autres par cit- 
riofîré : mais on n'y trouva perfonnet 
les morts avoient été enlevez , &lesb!ef- 
fez s'étoient retirez. Le Roi reflentit une 
extrême inquiétude , il ne fçavoir pat 
l'événement de cette affaire $ Se de quelle 
manière qu'elle tournât , elle ne pou voit 
qu'être facheufe pour le Comre de War- 
wick ôc pour la Comtefle de Dévonshire. 
Il confervoic encore de 'l'inclination pour 
elle , bien qu'il fût irrité du procédé qu'elle 
avoir, eu avec lut. Q * *"• 



3 6 4 L E C O M T E 

Le Comte de Warwick n'oft defccndre 
à Wichall. 11 écrivit au Roi une Let- 
tre relpeftueufc & foûmife , pour le fup- 
Îilier de lui accorder fa Protection contre 
a Veuve & les Parens du Comte de Dé- 
vonsbire. Illuircpréfcrkoit que T Affront 

2u'il en avoit reçu à la Comédie étoit 
'une nature à ne pouvoir s'effecer que par 
la mort de Ton ennemi , & qu'il n'ofoit 
s'aller jettera fes pieds {ans fa permiffion. 
Le Roi reçût favorablement fa Lettre; 
mais il ne lai (Ta pas de lui mander de relier 
caché 9 parce que s'il étoit venu fi- tôt 
dans T Appartement qu'il occupoit à Wit- 
hall » toute la Famille du Comte de Dé- 
▼onshirc fc foûleveroit , pour fe plaindre 
de le voir toujours dans une faveur qui 
f.mbloit les éloigner de celle du Roi. 

La Comtcfle de Dévonshire arriva de 
fon côté , ôc fc rendit chez fa Nourrice. 
Cétoit prefque la feule Maifon où l'on 
voulut la recevoir. Qiicl étrange revers 
de Fortune pour la plus belle perfonne 
du Royaume * qui étoit née avec tant de 
biens , & qui appartenoit à tout ce qu'il 
y avoit de plus grand à la Cour ! Quel 
étrange revêts , dis-je , pour une Fem- 
me de fon âge qui avoit facrific Ton incli- 
nation à fa vertu » & qui n>voit rien d'ef- 
fenciel à fe reprocher ! Il eft vrai que fon 
innocence la confoloit 5 & fi elle avoit 
été coupable > fes malheurs l'a u roi en t bien 
plus troublée. Elle écrivit à toute fa Fa- 
mille j 



DE WARWICK. 36s 

mille y elle parla aux Tuteurs de fes En- 
fans , pour qu'ils voulurent prendre des 
mefures avec elle , afin de pourfuivre le 
Comte de Warwick , mais ils la reçurent 
fi mal , qu'après lui avoir dit mille dure- 
tez , ils lui déclarèrent qu'ils alloient di- 
rectement l'attaquer , & qu'elle pouvoir 
fonger à fe défendre , parce que c'étoit 
une des plus férieufes affaires de fa vie. 
Un accueil fi différent de celui qu'elle fe 
prometcok , là furprit & l'affligea 5 elle 
tenta tout auprès du Comte & de la Com- 
tefle d'Anglefey > pour rentrer dans leurs 
bonnes grâces. Leur tendrefle pour elle 
n'etoit point afTez éteinte pour manquer 
de fe réveiller, fi l'on n'a voit pas travail- 
lé à lui rendre mille méchans offices. 

Tous ces malheurs ne purent afFoiblir 
fon courage. EUe avoir pris la réfolucîon 
la plus difficile , qui étoit de demander 
juftice contre le Comte de Warwick. Les 
peines qu'on lui faifoit d'ailleurs ne pou» 
voient égaler celle-là. Elle vint fe jetter 
aux pieds du Roi avec fon Habit lugubre 
de Veuve > & bien que fes yeux fuffent 
noyez de larmes , ils n'en étoient pas 
tnoins dangereux. Le Roi la trouva mil- 
le fois plus belle que lors qu'elle fit fa 
conquête $ & le Comte de Warwick lui 
parut mille fojs plu* coupable d'avoir fçû 
plaire à une Perfonnc d charmante , que 
d'avoir tué le Comte de Dévonshirc. Il 
promit à la Cpanefle de traiter fon En- 
Ci 3 nemi 



3<$6 L E C O M T E 

nemî dans toute la rigueur dés Loix. Il 
fc faifoit un plaifir lenfiole de la tourmen- 
ter , nar un moyen dont elle n'oioit fé 
plaindre. Mais quelque mefure qu'elle 
gardât pour empêcher que Ton vifage ne la 
trahit , le jeune Monarque ne connoiflbit 
que trop la douleur : c'eft ainfî qu'ils fe 
rangement l'un de l'autre ; le Roi en 
menaçant celui que la Comtefie aimoit ; 
& la Comtcflc en lui lai flanc voir fes fen- 
cimens pour un Rival aimé. 

Enfin elle aprit qu*on la comprenoft 
dans les pour fui ces qu'elle avoit elle mê- 
me commencées contre le Comte dcWar- 
wick , 6c qu'on ne prétendoit pas moins 
que de s'afluner de fa perfonne , pour lui 
faire rendre compte de ce qu'elle écoit de- 
venue en s'éloignant de fa Maifon. Ces 
nouvelles difgraces Perîgagérent d'avoir 
recours à la bonté du Roi , elle vint l'im- 
plorer un foir qu'elle fcût qu'il s'étoit trou- 
vé mal , 6c que les Ordres étoienc don- 
nez pour la taire entrer dans fon Cabinet. 
Elle étoit feule en Chaife , 6c couverte 
d'un grand Voile. Comme elle paftbk 
fous une Gallerie affez ôbfcure , un hom- 
me envelopé de fon Manteau s'approcha» 
& fit arrêter les Porteurs. Où allez- vous, 
Madame ? lui dit-il y ne vous fôuvient- 
ïl plus de rattachement que le Roi a pour 
vous 9 6c des louanges qu'il vous a don- 
nées depuis peu ? Ah ! cruelle , vous 
voulez me facajfier à ce dangereux Rivai » 

vous 



DE WARWICK. 367 

vous voulez rallumer fes premiers feu*. 
La Comtefle à ces mocs reconnut le Com- 
te de Watwick. Helas ! ignorez- vous, 
lui dit-elle , l'état de mes affaires f fau- 
dra t-il que je périfle (bus le pouvoir de 
mes ennemis 5 &ne croyez- vous pas com- 
me moi que le Roi a pris dts engagement 
fi forts avec Madame Grcy » qu'il m'a 
oubliée ? Je ne fçaurois m 'endormir Air 
cette confiance , repartit le Comte ; je 
fçai que les imprciïïons que vous faites 
font trop vives pour s'effacer ; û le Roi 
vous revoit encore • le Roi vous aimera -, 
je viens de le quitter , c'eft lui qui ,m*a 
informé que vous alliez arriver. Il vous 
attend avec impatience ; n'y allez pat» 
Madame , au nom des Dieux , garantir- 
iez- moi du malheur que j'appréhende. 

Vous m'effrayez pour moi-même, My- 
lord . lui dit elle > je ne cherche point à 
plaire au Roi ; parlez en ma faveur , ob- 
tenez un Ordre pour me faire recevoir 
dans un Monaftére. Hclas i j'y ferois 
déjà , fi la brigue de mes ennemis ne 
ni'empêchoit d*y aller ,• Se puis qu'il ne 
m'eft plus permis de vous voir fans crime» 
faites que je ne voye perfonne au monde* 
Le Comte fut ravi de la complaisance que 
la Comtefle a voit pour lui. Après qu'il 
lui eut fait mille tendres remerciemens, il 
Faflura qu'il ne négligeroit rien pour l'Or- 
dre qu'elle fouhaitoit du Roi j maisaufïi- 
tôt qu'il voulut lui parler du deflein que 

Q 4 la 



368 LE COMTE 

la Comtcflc avoir pris » ce Prince lui die 
qu'il n'y confentiroit pas ; qu'elle n'en 
avoic pas envie lors qu'elle vint Je trou- 
ver , que c'étoit Feffct de fes confeils, Se 
qu'il n'écoit pas affez bon pour le merrre 
en repos à fes dépens. Le Comte demeu- 
ra fur pris de la réponfc du Roi ; il con- 
nut bien que le temps & les charmes de 
Madame Grey n'avoient point effacé ceux 
de la Comrefle de Dévonshire ; Ôc il ju- 
gea qu'il ne pou voit l'engager trop tôt £ 
le cacher. 

Quelque prande que fût l'autorité du 
Comte de Warwick , en Angleterre , il 
fe trouva obligé de garder des mefuresde 
bien-féance à caufe de la mort du Com- 
te de Dévonshire , de forte qu'il ne fc 
hifîbit voir qu'à fes meilleurs Amis. Le 
Marquis de Monraigu n'étoit pas moins 
reciré. Ses blefiures avoient été fi dan- 
gereufes , qu'on defefpéra plufieurs fois 
de fa vie. Le peu de foin qu'il en pre- 
noit l'empêchoit même de guérir. Le 
Comte de Warwick auroit bien voulu 
tefter toujours auprès de lui , mais la paf- 
fion qu'il avojt pour la Comte (Te de Dé- 
ronshire , l'àppelloit dans tous les en- 
droits où il pou voit la fervir. 

Cette belle Veuve ayant apris que le 
Roi ne vouloit pas favorifer le deuein de 
fa retraire dans un Couvent , elle ne pen- 
fa plus qu'à s'en faire une qui ne £àt fçûc 
île gerfonne. Elle avoit befoin du Comte 

de 



DE WARWICK. 369 

de Warwickpour la trouver , c'aurait été 
une chofe bien impoffible s'il n'y avoir, pat 
réùfïî. Il fît acheter fous* main une Mai» 
fon de peu d'apparence > dont il rendit 
les dedans fi magnifiques ôc (i ornez , que 
le Palais de Pfiché , bâti par l'Amour mê- 
me , ne pût être ni plut promptement 
fait , ni plus agréable. 

La Comtcfic y voulue bien aller, à con- 
dition que Monfieur de Warwick ne vien- 
drait point la voir. Elle étoit persuadée 
qu'elle ne*pouvoit conferver ianajtaioie» 
un commerce étroit avec un homase qui 
venoit de tuer fon Mari > ôc comme il 
craignoit qu'on ne découvrît fon Séjour» 
iï elle dirféroit d'aller dans celui qu'il ve- 
nait de lui faire préparer , il lui promit 
tout ce qu'elle fouhaitoir. 

Le Comte de Warwick envoya Berin* 

court chez Madame de Dévomhire dana 

fon nouveau Palais , de pour lui il refta 

à Londres avec le Marquis de Momaigu, 

Il n'auroit pas même été long- temps (ans 

fe trouver de cruels ennemis fur \t$ bras» 

& L'amitié que le Roi avoir pour lui l'eût 

abandonné, i leur reffentiment 3 mais il 

les arrêta j & bien qu'ils réitéraient fana 

cerTc leurs inftances , pour obtenir la per* 

million de le pourfuivre félon lesLoix du 

Pais, le Roi qui ne le vouloit point» élu* 

doit toujours les répbnfes » & rv'cn fia foi t 

aucune qui n'eût un fens altéré , fur le»- 

qucl irkvoyoicnt bien qu'il Ât faUok.pa* 

*gir* Q $ P^ 



370 L Ë t3 M T E 

D'ailleurs , la Comtefle qui s'étoit re- 
tirée > comme je viens de le dire » ne 
fongeott qu'à régler Tes affaires - t ôc vi- 
vant Ifcns brait & fans éclat , elle fe ââ- 
toit quelquefois d'être oubliée de tout le 
monde , lors que le Comte de Pembroc 
plus couché pour elle qu'il l'eût été de là 
vie» découvrit fa Maifon , & mit cous (es 
foins à, pouvoir fe la, rendre praticable. 
L'affaire n'étoit pas aifée ; mais en An- 

fleterre comme ailleurs , il n'eft guéres 
e . cfeofes dont on ne vienne r à bouc, 
quand <on n'y épargne rien. 

Le Comte gagna une des Femmes de 
la Comtefle. Celle-ci lui ouvrit la Porte 
d'un petit Jardin plein de Fleurs rares, 
où fa Maîtreflc alloic fe promener tous 
Us Soirs. Il s'écoic caché derrière des 
Caiftès d'Orangers > quand il l'apperçût 
venir négligée dans fon deuil , ôc plus 
belle que la Mère des Amours. Sa pre- 
fence le jetta dans un trouble inconceva- 
ble. S'il l'ai moi t plus que toute chofe au 
monde , il ne la refpcdoic pas moins j il 
craignoû de lui déplaire en l'abordant, 
fille fera offerifée, difoic»il,.de ma li- 
berté ; mes (èrmens n'empêcheront point 
que je ne lu! fois fufpeâ , & qu'elle ne 
me regarde comme le meilleur Ami de 
Madame Grey. Que fçaî-je même fi elle 
ne croit pas que je l'aime ? Mais elle ne 
daignera pas aire ces fortes de réflexions $ 
VhcQtéux Comte de Warwick l'occupe 
c -' trop, 



t>É WARWldtf. jtt 

trop > pour cp'clle s'occupe de moi. 

Cette dernière penféefut celle ^ui s'im- 
prima avec plus de force dans Ton cfprir. 
La Comtcffc avoir déjà fait plusieurs tours 
de Jardin avant qu'il eue ofé paroltre $, 
enfin il forcit du lieu où il s'étoumis , te 
yinc cour d'un coup fe jeteer à fes pieds. 
Elle fut fi effrayée /.quelle s'enfuit de tou- 
te fa force* Le Comte fe figura qu'elle 
l'avoir reconnu , & que la feule averfion 
lui attiroit un mauvais accueil. II la fui- 
vie brufquement , réfolu de &*éclaircir 
avec elle fur tout ce qui le tourmetftoit. 
Non , Madame > lui dit-il en l'arrêtant ; 
non , je ne viens point déplorer à vos 
pieds les maux inconcevables que vous me 
faîtes fouffrir , je viens pour vous fes re- 
procher comme à h plus cruelle de tou- 
tes les Femmes $ je viens , dis-jc , pour 
me plaindre de i'injufte préférence que 
vous accordez au Comte de Warwick , à 
celui qui a tué votre Mari , a l'Ennemi 
de vôtre Maifon > c'cftkrique vouschoi- 
fiffez peur le dépofîtaire de vos Secrets, 
pour vôtre Protecteur Ôc pour le plus 
cher de vos Amis , pendant que je traî- 
ne une vie infortunée qu'il rtTeft rmpofïi- 
blc de foûtenir (ans vous Claire , ôc que 
je viens vous (àcrifier , fi vous ne la trou- 
vez pas digne de vos foins. Il y a fi peu 
de raifon à tout ce que vous m'avez dit, 
répliqua la Comtcffe piquée de fes repro- 
ches > qu'il faut eue bien offcnûuit pour 

Q 6 venir 



37* LE COMTE 

venir dans un lieu où je ne veux voir per- 
fonne • m'infultcr (ur ma méchante For- 
tune. Une fois pour coûte , Mylord , je 
vous défends de m'y chercher jamais. 
Dans ce même moment le Comte de Pcm- 
broc apperçût le Comte de Waiwick. 
Quelle vûë pour un homme amoureux & 
jaloux ! Il ne douta point qu'ils n'euffent 
tous les Soirs des convergions dans ce 
Jardin y & que leur intelligence ne fût 
parfaitement établie. Le Comte de War- 
wick ne fut pas médiocrement irrité d'u- 
ne rencontre fi imprévue. 

Quoi ! c'eft vous > Mylord , s'écria 
Monfieur de Warwick i cft-il poffibleque 
la curiofîté vous rende fi peu attentif i 
ce qu'on doit aux perfonnes de la qualité 
& du mérite de Madame de Dévon&hire? 
Et vous - même , Mylord , repartit le 
Comte fièrement ; quel exemple me don- 
nez-vous ? ft'ai-jepas pour elle autant de 
aéle & de refpeâ , n'ai-jc pas une extrê- 
me envie de la fervir ; en un mot , ai-je 
contribué à fes malheurs ? Tout cela ne 
lignifie rien , répondit brufqucment le 
Comte de Warwick > la comparaifon de 
vôtre attachement avec le mien n'eft pas 
Jufte : mais nous ne fommes point ici 
pour difputer là-deflus. 

Comme le Comte de Warwick portoit 
encore fon bras en écharpe , le Comte 
de Pcmbroc ne pût contenter renviequ'il 
avoic depuis long-temps de fe battre contre 



DE WARWICK. 373 

lui j & pendant qu'ils partaient la Com telle 
avoit pris le Parti de fe retirer. Son dé- 
plaifir étoic extrême d'être découverte 
dans fa Retraite ; c'étoir peut-être la feu- 
le confolation qui lui réftoit , de fe croi- 
re cachée en ce lieu pour tout le monde. 
A l'égard du Comte dePembroc , il et oit 
accoutumé à faire des fautes par chagrin» 
donc il refTcntoit en fuite les plus cuiians 
déplaifîrs $ c'eft ce qui arriva dans cette 
rencontre. Il fe retira comme un fu- 
rieux , & fe rendit chez Madame Grey, 
à laquelle il raconta des nouvelles de leurs 
communs Ennemis. Elle parut charmée 
de trouver une occafîon fi favorable pour 
fe vanger d'eux. Et fans perdre un mo- 
' ment , die fit répandre dans le monde 
que la ComreiTe de Dévonshire nefecon- 
. tentoit pas d'attirer mille malheurs à fa 
Maifon , qu'elle demeuroit impunément 
à Londres , ôc qu'elle y occupoit une des 
Maifons du Comte Warwick. 

Ces nouvelles piquèrent à tel point tou- 
te la Famille de cette Dame, qu'il ferort 
difficile de comprendre le méchant effet 
qu'elles produisirent pour elle. Cepen- 
dant les Tuteurs de fes Enfans pré ferrè- 
rent une Requête au Parlement qui écoic 
aflemblé , pour qu'on défendit au Coin re 
de Warwick d'aller chez la Comte £Te. Le 
Parlement reçût favorablement la Requê- 
te , & condamna le Comte à cent Marcs 
d'Os 4* Amende chaque fois qu'il la ver- 
roit. Q^ 7 Quand 



#4 L Ê C O M T Ë 

Quand on le lui lignifia, il s'enembar- 
radk fort peu ; U pour la Comte (Te elle 
en relfcntit une fccrettcjoyc. Enfin, dit- 
elle , je ne ferai plus dans le rifque de re- 
cevoir des Vifitcsqui m'auroient toujours 
fourni mille fujets de trouble. Une longue 
abfencc cft quelquefois néceflaire pour 
guérir : mais après quelques réflexions» 
puis-je efpércr un tranquille repos ? n'ai- 
je pas éprouvé depuis le jour fatal que j'ai 
vu le Comte de Warwick * que Je dcâin 
qui me perfécute ne m'a encore jamais 
laifle la liberté de l'oublier ? Quels com- 
bats rfai-je pas livré à mon cœur ? Je n'ai 
point à me reprocher de lui avoir été 
trop indulgente. Et plût au Ciel que Je 
monde fut auffi bien informé que moi de 
la droiture de mes fentimens. 

Comme elle vivoit dans une grande re- 
traite , le Roi chercha inutilement à la 
voir •, elle ne vouloir point qu'on, ajoutât 
de nouvelles Hiftoires fur fon compte , & 
elle s'en défenditavec autant de force que 
de refpeâ. Le Roi en aceufoit le Comte 
de Warwick. Qu'elle cft prévenue pour 
lui ! diloit-il , en parlant d'elle , & qu'il 
pouffe loin ma patience d'ofer aimer ce 
que j'aime 1 Toutes ces réflexions effa- 
çoient peu à peu les fentimens de recon- 
noiftânee que ce Monarque devoit au 
Comte. Il oublioit qu'il lui avoit mis la 
Couronne fur la tête , ou s'il s'en fouve- 
aoit , ce n'écoit plus que pour regretter 
de lui en avoir l'obligation. Il 



DE WARWICK. 37* 

11 cft certain qu'un homme moins tou- 
ché que le Comte de Waiwick , ou moins 
.généreux > auroic eu de l'attention pour 
une Amende de cent Marcs d'Or. Afon 
égard .il la méprifa > ôc s'il prit des me* 
fures quand il fut chez la Comteffe , ft 
n'eut point d'autre vue» que d empêcher 
<ju'on ne parlât d'elle. 

Son impatience de raller.tr ou ver le mit 
au détins de coûtes les réflexions. Il fe 
contenta de fe cacher fous fon Manteau* 
daller feul ôc fort tard chez elle. On ne 

Ï>cuc être plus furprife qu'elle le parue 
ots qu'il entra dans fa Chambre. Son- 
gez- vous , bien » M y lord, lui dit- elle, à 
la démarche que vous faites , aux armes 
que vous allez fournir à nos communs 
Ennemis , ôc à ce que vous peut coûter 
une Vifîtc auffi inutile que celle que vous 
me rendez ? Pourvu qu'elle ne vous dé* 
plaife point > repltqua-t-il , j'ai penfé à 
tout lerefte. Madame , ce n'eft pas ache- 
ter bien cher le plaifir de vous voir , que 
de payer cent Marcs d'Or toutes les fois 
que j'aurai cet honneur -, ôc je ne ferois 
point aûurémentembarraflé de l'Amende, 
fi vous me donniez la permilfion de me 
mettre dans lerifque de la payer plus fou- 
vent. Il y a trop peu de raifon dans ce 
que vous me dites , ajouta- t-elle : mais» 
Mylord , il ne faut pas feulement ména- 
ger vôtre bien dans cette rencontre ici, il 
fiuu ménager ma gloire qui vous doit être 
* mille 



376 LE COMTE 

mille fois plus chère. Figurez -vous cer 

3u'on pourroit croire , fi vous me ren- 
iez des foins ; je n'ai pas cette d'être la 
Veuve du Comte de Dêvonshire. Ha i 
Madame , repartit le Comte , vous n'a- 
yez pas ceiTé en effet d'être pour moi la 
plus cruelle perfonne du monde > mon 
attachement*, ma confiance , mon ref-. 
pe& > tien ne peut m'applanit une route 
dans vôtre coeur j vous m'êtes toujours 
également rigoureufe. La Comtcflc ne 
répondit rien à fes reproches > elle fe 
contenta de lever les yeux vers le Ciel, 
& de pouffer un profond foûpir. 

Le Comte refta auprès d'eileauffi long- 
temps qu'elle le voulut bien (ouffrir. La 
Vifitc fut fçûë , on l'cpioir , & l'on fea* 
voit tous ceux qui entroient chez Mada- 
me de Dêvonshire. L'on n'eut point de 
peine à le convaincre d'être allé la voir { 
& par conféquent qu'il devoit l'Amende, 
laquelle il paya avec une noblefle qui don- 
na plus deconfufion à fes Ennemis , qu'el- 
le ne lut caufa de chagrin. 

Le Roi ne laiua pas de lui en parler. 
Eft-il poffible , lui dit-il , que vous vou- 
liez vous ruiner de gayeté de cœur , & 
que vous ne foyez pas atfez fage pour 
vous empêcher d'aller chez la Comtetfc 
de Dêvonshire ? Si Vôtre Majefté fça- 
voit jufyu'où va mon extravagance , ré- 
pliqua t-il , elle me parle roi c bien autre- 
ment» Car enfin » Sire , jufques ki je 

n'ai 



DE WARW1CK. 377 

n'ai pas vu le plus petit jour à me flater 
d'être aimé ; je la cherche malgré elle, 
j'en fouffre des duretez qui m'affligent; 
ôc pour achever de nfaccabler , l'on me 
condamne à cent Marcs d'Or. Je ne veux 
pas vous croire , dit le Roi en riant ; car 
en vérité il faudroit vous envoyer aux 
Petites- Ma ifons. 

La Comteûe aprit avec un d épiai fir ex- 
trême que le Comte de Warwick avoir 
payé l'Amende , Ôc que cette dernière 
circonûance étoit toute propre a persua- 
der contre elle les mieux intentionnez. 
Elle s'en affligea , Ôc pleura plusieurs jours 
de fuite. Le Comte qui ne pouvoir fe 
parler de fçavoir à toute heure de Tes nou- 
velles , n'eut plus de repos qu'il ne re- 
tournât Ja voir pour râcher de la confo- 
ler 5 mais ayant aullï mal pris fes raclu- 
res que la première fois , il fut décou- 
vert tout comme il l'a voit déjà été , ôc 
l'on ne lui fit pas meilleur quartier ; de 
manière qu'il lui en coûta encore autant. 
Le Roi le menaça de fa difgrace , s'il ne 
vouloit pas fe corriger , & la Comteûe 
Sœur du Duc s'aigrit à tel point contre la 
Comteûe de Dévonshirc , qu'elle fe joi- 
gnit à Madame Grey de à fes autres En- 
nemis pour la déchirer. 

Cette averûon venoit d'une furieufeja- 
loufie ou'cllc a voit contre elle. Leur 
heauté les avoir toujours mi fes en con- 
currence. La Comteûe d'Oxford qui ai- 

mois 



37* LE COMT E 

motr chèrement fon Mari , s'ctoit pet- 
fitadée Qu'il foûpiroit pour la Comtcflc de 
Dé vonsnire , peut- être qu'elle ne fe trom- 
poit point : mais s'il rdfcntoit de la paf- f 
Son pour elle , fa deftinée n'étoit point 
meilleure que celle de coures les perfon* 
nés qui l'ai m oient. Cette Dame ne laif- 
ioit pas de haïr la CorateflTe de Dcvonshi- 
le , bien que ce fût fans fujet : cela ren- 
gagea de faire un bruit defcfpéré dans le 
monde fur les extravagances du Comte 
de Warwick. Il s'en fâcha inutilement, 
il céda de la voir ,• elle s'aigrit davantage 
fin? cefler de prendre l'affirmative , &de 
répandre dans le monde des Avanturcsfa- 
buleufes , que l'on reçût comme vérita- 
blés. Il fuffit ordinairement que les coups 
portent contre une jolie Femme , pour 
trouver beaucoup de Scâateurs. A plus 
forte rai fon à l'égard d'une perfonne mal- 
heureufe , dont la beauté & les charmes 
Atrjroicnr l' envie. 

Le Comte de Warwick defcfpéré de 
trouver tant d'obftaciesà fon chemin » s'a- 
vifa de faire creufer fous terre des Cham- 
bres de des Allées qui répondoient jufqu'i 
la Maifon de la Comtefle de Dévonshire. 
Il fit là des Appartenons pour toutes les 
Saifons * les uns incruftez de Marbre & 
de Lapis , étoientpour l'Eté , & les autres 
lambriflez de Bois rares , parquetez ât 
remplis du plus beau Lac de la Chine & 
de Glaces j étoient pour l'Hiver. Il y 

mie 



DE WARWICK. 379 

intc pour deux cens mille Ecus de Meu- 
bles s de ceux à qui il permectok d'y en- 
trer croyoiem voir un enchantement. Ce 
n'étoit que Statues de Bronze , Vaiffelle 
d'Or , Vafes de Criftaï , Tableaux > Lits 
de Brocard : tout y croit d'un goût G ex- 
quis & fi particulier , qu'ij n'y avoit riefi 
<jui ne pût fervir de modelle. 

Quand il eut achevé ce* Appartement 
ce qu'il fit avec autant de diligence, que 
s'il avoit eu la Baguette des Fées , il écri- 
vit à la Comteflè la Lettre du monde la 
plus refpeducuie & la plus touchante pour 
la conjurer d'y vouloir venir. II ne fal- 
loir pour cela que lui permettre de faire 
une Porte qui entrât dans ion Jardin, 
mais elle y eut une répugnance invincible, 
& le refufa d'une hauteur à ne lui laifler 
là-defTus aucune efpérance. 

Il en demeura accablé pour plufîeurs 
jours. Le Marquis de Montaigu étant 
alors avec lui > remarqua toute fa triftef- 
t\r. J'ai de la peine > lui dit-il , à vous 
demander vôtre Secret 5 vous croyez peut- 
être que je fuis curieux par rapport à 
moi-même plutôt que par rapport avou*. 
.Mais , Mylord , quelque idée qui puifle 
vpus venir là-defîus, je ne fjaurois m'ern- 
pêcher de partager vôtre doujeur , Ôç de 
la regarder comme la mienne propre. Ha ! 
mon Frerc , s'écria lé Comte , ne crai- 
gnez point de m'être fufpcft , mes affai- 
rés font dans un trop méchant état pour 

que 



38o LE COMTE 

que perfonnc veuille les traverfcr. L* 
ComteJTe de Dévomhire me défend de la 
voir i je ne fçai que foupçonner d'une ri- 
gueur fi peu méritée. Le Roi l'aime cou- \ 
jours. Hé quoi ! s'écria-tsil , l'éclat de 
fa Couronne effacer oit - il auprès d'el- 
le le mérite de ma pafïion ? Ignore-t-el- 
1c que fi j'avois été capable de profiter 
de tous mes avantages , je ftrois à pré- 
fent fur le Trône qu'il occupe ? Un pro- 
cédé fi defintéreffé n'eft-il point digne 
d'eftioie ? J'ai peine à croire , dit le Mar- 
quis , que la Comrcfte vous préfère le 
Roi ; & plût au Ciel n'avoir que lui a 
redouter dans fon cœur : mais, M y lord... 
Je vous entends, mon Frère, dit le Com- 
te , vous continuez de l'aimer ; ôc vos 
égards pour moi empêchent que vous ne 
vous embarquiez fur; cette fatale Mer* 
Vous ne fçavez point à. quel point enco- 
re elle la rend terrible j ™\ s ne m'en 
croyez pas , ôc ne me ménagez plus j fi 
je fuis deftiné au malheur d'avoir des 
Rivaux « vous m'aiderez à les combat- 
tre j ÔC s'il ne m'eft pas accordé de lut 
plaire , faites . vous aimer , ce me fera 
une efpéce de confolation. 

Le Marquis tranfporté de joye de ce 
qu'il lui difoit , Tembrafla étroitement 
Quoi ! Mylord* repliqua-t-il, youscon- 
f entez que je ferve vôtre divine Comtek 
fe ? Ce que vous venez de me dire part- 
il d'un premier mouvement > ou le dois- 



DE WARWICK. 381 

Je à vos réflexions ? Ne vous inquiétez 
point, dit le Comte, de la caufe de mon 
difcours 5 mais profitez-en fi vous le pou- 
vez. Monfieurde Montaigu le garda bien 
de pou (Ter la conrerfation plus loin ; il 
étoic fi rempli de l'idée flâceufe de plaire 
à la Comtcfle, ou tout au moins d'y tra- 
vailler , & de mourir à Tes yeux , fi elle 
ne lui permettoit pas de vivre pour elle, 
qu'il ne fongea plus qu'aux moyens de la 
voir* Ce n'etoit pas une chofe aifée 5 elle 
étoic fi forte en garde contre les Vifites 
que le Roi & les Comtes de Warwick' 
& de Pembroc vouloient lui rendre, que 
fà Mai (on étoit devenue' une efpéce de 
petite Fortcrefîe. 

Cependant le Marquis y fut 5 fonnom 
la fur prit , elle hefica â le voir. C'ctoit 
le Frère du Comte de Warwick , c'étoic 
lui qui Tavoit fécondé dans fon Combat : 
mais quel moyen de fe dérober toujours 
au plaifir d*en apprendre quelques nou- . 
velles ! elle croyoit qu'il venoit lui en di- 
re , de rien ne k touchoit davantage. Le 
Marquis l'aborda avec une crainte qui la 
furprit. Je viens me juftifîer , Madame, 
lui dit-il , vous avez peut-être penfé que 
fée ois informé de ce qui fe paffoit enrre 
les Comtes dcDévonshireàc de Warwick, 
lors qu'ils fe battirent, je l'aurois fçû en 
effet fi je m'etois trouvé à Londres , mais 
le hazard m'en ayant fait fortir le jour de 
leur querelle , le hazard ne m'y ramena 

qu'au 



j8i LE COMTE 

3ifau moment où mon Frère eut bclbin 
e moi. Il fe contenta de me taire fça- 
voir le lieu où je devoisaller. Je me trou- 
vai au Rendez- vous ; Ôc je vous laifïê i 
juger de ma furprife , quand je vis Je 
Comte de Dcvonshire ôc le Chevalier 
d'Hcrcford. Ce dernier m'attaqua : vous 
n'êtes que trop informée du refte , Ma- 
dame. Helas ! Mylord , lui dit-elle» ne 
me rappeliez point des malheurs affreux 5 
je ne laide pas de reffentir quelque confo« 
lation du foin que vous prenez de vous 
juftifier. Elle pouffa un profond foûpir, 
ôc le Marquis incertain s'il lui étoit per- 
mis de parier , fe jet ta à Tes pieds comme 
un homme qui ne fe poifede point. Ja- 
mais furprife n'a été égale à celle de la 
Com telle y elle pénétra fur le champ les 
fecrets d'un cœur amoureux , qui n'avoir, 
fçû jtifqu'alors que brûler ôc fe taire. Vous 
voyez , Madame > lui dit il d'un ton de 
voix tremblant ôc ait? ré. , une déplorable 
Viâime qui vient s'offrir à vôtre colère» 
ôc fi l'on vous offenfede vous chérir plus 
que la lumière du jour , je fuis le plus 
coupable de vos adorateurs. C'cft le fort 
de vôtre Maifon , s'écria la Comteflc» 
d'accabler la mienne dedifgraccs $ qu'ai- 
jc donc fait pour m'attircr tant de déplai- 
sirs ? Mais plutôt , répliqua le Marquis» 
quel a été mon Crime pour être livre â 
toute vôtre indifférence ? vous ne dai- 
gnez pas feulement vous fâcher. Ah ! 

Mada- 



DEWARWICK, 383 

Madame , je fuis mille fois plus malheu- 
reux que je ne croyois l'être. Le Com- 
te de Warwick , ajoûta-t-elie , fjait.il la 
converfation que vous avez avec moi? 
Oui , il la fçait, répliqua le Marquis ; il, 
m'a plaine , Ôc fans douce il a jugé par 
fa propre expérience , que ma deitinéc 
ne îeroir pas meilleure que la Henné. Mais» 
Madame , la bieniw-ance qui vous défend 
de le choifir pour vôtre Epoux , ne vous 
défendroit rien , ce me femble à mon 
égard. Je pour rois vous garantir des vifs 
cmpreiTernens du Roi > & de Panimoficé 
de vos Ennemis. J'ofe vous répéter qu'il 
cil de certains noms que Ton n'opprime 
pas aifément -, mon Frère verra ma féli- 
cité avec fatisfaâion. Ce que vous me 
dites feroit - il poflibie ? reprit la Comtcf- 
fe en l'interrompant ; fi cela cft , il feue 
mourir. Dieux ! qu'entends-je ? dit le 
Marquis , je m et ois trop flâté. Il tom- 
ba dans une rêverie affreufe. La Cora- 
tefle n* et oit gueres moins trifte ; elle for- 
moit mille defleins confus qui fe rermi* 
notent tous à fuir l'Angleterre > dès que 
les Ports feroient moins bien gardez ; 
mais le Roi qui avoit prévu fes intentions, 
ayant ordonné qu'on ne la laiflât pas paf- 
fer , il écoit inutile d'en faire la tenta- 
tive. 

Le Marquis fe retira le plus amoureux 
& le plus affligé de tous les hommes. \{ 
rttoit Bâte que Madame de E>cvon*hirc 

ne 



384 .LE COMTE 

ne feroit point fâchée de quitter Ton nom 
pour prendre le fi en. La grandeur de fa 
Mai f on , la faveur où elle éroit montée, 
la bienveillance des Peuples , & plus que 
tout cela , Ton mérite perfonnel partaient 
fi fort pour lui , qu'il n'y avoit prefque 
pas lieu de douter. Mais bien que Mada- 
me de Dévonshirc fût encore dans fa bel- 
le jeunette » elle avoit déjà fait défi cruel- 
les expériences des révolutions du mon- 
de • elle y avoit eu de fi trilles jours, 
qu'elle ne fongeoit plus qu'aux moyens de 
trouver du repos > en cachant cette beau- 
té fatale qu'on ne pou voit Voir avec in- 
différence. 

Le Roi continuoit de voir Madame 
Grey avec de grands foins , pendant qu'il 
travailloit d'ailleurs â détruire par tous 
les moyens poffibles le Comte de War- 
vick dans l'efprit de la Comteffe de Dé- 
vonshirc , 6c qu'il n'oublioit rien pour 
perfuader à Elifabeth de Lucy qu'il n'ai- 
moi t qu'elle. Tant de galanteries pou- 
▼oient difficilement le rendre heureux ,& 
pouvoient encore moins fatisfaire fes Mai* 
trèfles. 

La fiére Vertu de Madame Grey lui 
donnofc un empire, fur le Roi , qu'elle 
auroît perdu fi elle n'avoir pas été une des 
plus fages Perfonnes de fon Siècle. Elle 
commençoit à fe lafler de voir toujours 
éluder le Mariage dont il l'avoit flâtéc. 
Vous feavez j Sire , lui difoic-ellc, fous 

que- 



DE WARWICK. &s 

quelles conditions vous m'avez engagée 
de quitter ma Solitude pour venir à la 
Cour. H ne i croit pas jufte que l'chvic 
de tenir vôtre parole vous obligeât à con- 
clurre un mauvais Traité avec moi ; mais 
il feroit encore moins jufte que je demeu- 
rante plus long-temps dans un lieu où l'on 
pourroitme Soupçonner de quelques com- 
ptai fa necs criminelles. Vous m'avez tout 
promis ; je ne vous demande rien > Sire» 
que la pcrmiflîon de vous éviter. Entrez 
un peu dans l'état de mes affaires , repli- 
quoit le Roi j je fuis à peine affermi fur 
un Trône qui m'eft encore difputé par les 
Lenclaftres > ils ont leurs Parti faits qui 
ne manqueroient de profiter de la con- 
joncture de nôtre Mariage , pour me fai- 
re tort dans l'efprit des Anglois; le Com- 
te de Warwick , dont le Pouvoir n'eft 
que trop grand , feroit leur Chef ; vous 
fçavcz fes> fencimens > de û vous, voulez 
m'accorder quelque temps , je tenterai 
jufqu'à l'împoffiblc pour vôtre fatisfa&ion. 
Vôtre Majcfté fe trompe apparemment la 
première » quand vous me parlez comme 
vous faites, Sire , ajoûtoit Madame Grey, 
car il ne m'eft pas permis de croire qu'el- 
le voulût décevoir ma bonne foi ; cepen- 
dant je connois aflez bien le langage qu'el- 
le me tient pour m'y méprendre un peu 
moins que je n'ai fait. Je fçai vôtre paf- 
fion , sire , pour la Comtefle de Dévon- 
shirc ; je fçai vos fentimens pour Elift- 
'. Tome II. K beth 



386 L E C O M T E 
bah de Lucy ; je ne fçsjirois pafier ma 
vie â détruire leurs progrès - x Ôc j'ai une 
forte d'orgueil qui me laifîc croire qu'un 
cœur partagé n'eft pas digne de moi. 

Le Roi repondoic aux reproches de la 
belle Veuve en Amant touché > mais il 
ne pfenoit aucunes mefures pour lui te- 
nir fil parole > il écoit trop occupé de la 
Comtefle de Dévonshirc > il vouloit la 
voir j cela ne dépendoit que de lui, par- 
ce qu'elle avoit changé de Maifon > ôc que 
le peu de perfonnes qui pofledoient Ton 
Secret fçavoient fe taire. Ces difficultez 
le rourmentoient fans le rebuter ; il s'i- 
magiha que Je Comte de Warwick étoit 
fçul heureux * les extrêmes obligations 
qu'il lui avoit le chagrinoient fuffifam- 
ment , il n'a voit béfoin pour le haïr que 
de trouver en lui un Rival. 

Comme le Comte de Pembroc avoit 
toujours eu beaucoup de part dans fcs bon- 
nes grâces , ôc qu'il remarquoir une gran- 
de froideur entre Monfîcur de Warwick 
et lui » il le choific pour Confident. Je 
n'ai point ' celle d'aimer la ComtefTe de 
Pévonshire f lui dit-il > fon procédé avec 
moi me pique 5 il me femble que ma gloi- 
re s'y trouve intéreïïee ; elle me fuie, el- 
le fe cache à mes foins , Warwick a tou- 
tes les préférences $ je veux qu'elle m'ai- 
me pour me vanner d'elle ôc de lui 5 ef- 
fayez donc à la découvrir , je ferai en fui- 
le mon capital de lui plaire. 

Le 



DE WARWICK. 387 

Le Comte de Pcmbroc reçût la derniè- 
re joye de cet Ordre j il étoit absolument 
brouillé avec le Comte de Warwick. Ce- 
lui-ci l'a voit accablé des plus fahglfcns re- 
proches » jufqu'à l'appeller ingrat & per- 
fide* Pcmbroc n'étost pas accoutumé à 
recevoir des nomsfi outragcans,il y avoit 
répondu avec beaucoup de fierté : 6c de- 
puis ce temps-là ils oc feToyolenr que 
chez le Roi. Sa paffioh pour ii.Comteffe 
n'avoir plus rien que de furieux 1 il ref- 
fentolt toute h rage d'une affreufe jaiou- 
fie , de tout le deiefpoir qui cft infépara- 
ble d'un amour maltraité. Il lui vint auf- 
fi-rôt dans l'efprit ^le perfuader au Roi 
d'éloigner le Camte de Warwick s il lui 
en 5c la proportion , ôc le Roi la goûta 
infiniment 5 il ne falloir plus qu'un pré- 
texte. 

J'ai déjà dit que Monfeur de Warwick 
ôc Madame Grcy avoient une haine im- 
placable l'un pour l'autre. Ce Comte 
éroic perfuadé que cette Dame l'a voit fa- 
crifié au Roi , ôc qu'elle et oit en partie la 
taufe.des dffgraces de la belle ComtriTe de 
•Pèvonsjiire. Madame Grey croyoit de 
ipn cocé qu'il avoit jufqu'alors empêché 
le Roi de l'époufer. Le Comte de Pem- 
.broc la fit entrer dans le Projet d'éloigner 
ce Favori. L'âge ôc les affaires du Roi 
demandoient qu'il fc mariât. On avoit 
jette les yeux fur trois Partit qui pou- 
f oient lui convenir % c'étok Marguerite 

R * Prin- 



.1 j.j 



388 LE COMTE 

Princcfle d'Ecoflc, Ifabelle héritière Je 
Caftille , qui époufa le Roi d'Arragon , & 
Bonne de Savoy c , Soeur de CharJotre 
Femme de Louis X I. Roi de France. Il 
feignit de préférer cette dernière aux au* 
très s il en parla ,au Comte de Warwick 
d'un air qui lui perfuada que c'etoie Ton 
deflejn i & comme il avoirroûjours craint 
que la Roi n'époufât Madame Grey , il 
ne manqua pas de fai/ir cette occafîon, 

Î>our lui montrer tous les avantages qui 
ut reviendroient de cette Alliance. Il 
ajouta que Marguerite d'Anjou > dont le 
courage ne cédoit point â fa màuvaife 
Fortune » & qui prefibit fans celle Louis 
X I. de lui donner des Troupes pour les 
conduire en Angleterre » cY l'aider â re- 
mettre Henri fur le Trône , ne pourrait 
phis lui demander du fecours dès qu'il fe- 
xoic Ton Beau- frère. Enfin , il n'ebmit 
jien pour convaincre Edouard de la né- 
ceffité de fuivre ce deffein. Le Roi lui 
dit alors , que pour une Négociation fi im- 
portante > il ne pouvoit jetter les yeux fur 
perfonne qui fçûr s'en aquitter mieux que 
lui , Se qu'il fouhaitoit que fans s'arrêrer 
a prendre un Train magnifique , il paf- 
{at la Mer en diligence. Le Comte fe 
Toyant effectivement utile au fervicc de 
fon Maître , n'hefîta pas à l'aflîirer de Ton 
zélé , & auffi-tôt II alla fe préparer à fon 
yoyage. 
Le Marquis de Monraigu Patrendoit 

chez 



DE WARWICK. 380 

chez lui. Mon cher Frère» lui die le 
Comte , je vais en France pour le fer vice 
du Roi, & pour le repos de la Comtefle; 
j'efpére qu'une Princefie telle que Bonne 
de Savoye fixera Ton cœur ; que nous ne 
le verrons plus amoureux de toutes les 
belles perfonnes qu'il voit ; que Madame 
Grcy fera éloignée » & qu'il fe fou vien- 
dra de ce que nous avons fait pour lui. 
Il faut que je voye Madame de Dcvonshi- 
re . que je lui rende compte de ce qui fe 
paile y ôc que je reçoive d'elle les Loix 
que je dois fuivre. Allez , Mylord., ré- 
pondit le Marquis , elle vous recevra fans 
chagrin ; ce rfeft point vous qu'elle veuc 
éviter quand elle fe cache , c'eft le Roi, 
c'eft Pembroc , c'eft Oxfort , enfin c'effc 
moi. Plût au Ciel , s'écria le Comte! 
mais il n'eft que trop vrai que ma defti- 
née n'a rien de particulier 5 elle écoute 
fon devoir préférable ment à fon inclina- 
tion 5 je fuis proferit depuis mon Combat 
avec fon Mari ; ôc vous en pouyei juger 
par le foin qu'elle a pris (Je fe cacher 
mieux pour moi que pour vous. Cepen- 
dant , mon Frère , foit qu'elle me haïfle* 
je vous la recommande , comme tout ce 
que j'ai 9 de plus cher au monde j vous 
avez aflezde difpofîtions.àlafervir , pour 
qu'il foit néceflaire que je vous en prelTe: 
mais je ne laiflerai pas de vous en -etreauifi. 
obligé , que fi vous le faifïez avec répu- 
gnance. Helas l Mylord , répliqua le 

R 5 Mar- 



390 LE COMTE 

Marquis , qu'ai- je à vous répondre ? Vous 
fcarcz ma pafïion , je vous aï choifîpour 
mon unique Confident , je je me pofféde 
encore allez pour n'être point jaloux des 
progrès que vous ferez auprès d'elle, je 
là fervirai donc â vôtre nom comratb au 
mien : après cela que voulez- vous exiger 
du plus infortuné de tous les hommes ? 
H fe eût. Le Comte ne répondit rien > de 
lors qu'il pût forcir fans être découvert, 
il alla chez la Comtefte. Elle avoit chan- 
gé de Quartier & de nom. Le Comte 
etoîc informé de toutes ceschofes. Il n'a- 
voit mené perfonne avec lui , de crainte 
d'être reconnu ; il s'étoit contenté d'é- 
crire un Billet qu'il porta lui-même , 3c 
Su'il donna à ceux qui lui ouvrirent , {ans 
ire aucune inftanec pour entrer. 
La Comteflc lût le Billet avec une ex- 
trême émotion. Le départ du Comte la 
furprit s elle ne feavoit â quoi (è réfou- 
dre. Quel moyen de le laitier palier en 
Franceïans le voir ! &quel moyen de le 
voir , fans craindre mille nouveaux mal- 
heurs ! Cependant elle écouta moins (à 
prudence que fon inclination ; elle per- 
mit au Comte d'entrer dans fon Cabinet. 
Eft-il pofliblc , Mylord » que vous me 
chercherez toujours ? N'eft-il pas temps 
de me lâifler mourir en repos ? Voua 
fçavez ce que je dois appréhender de ceux 
qui me haïffent. Ne me reprochez pas 
mes empreflemens , Madame , repartit le 

Comte; 



DE WARWICK. 39X 

Comte 5 j'ai pris fur mot au delà de ce 
qu'on y peut prendre , pour me modérer 
fur l'envie de vous voir : mais enfin au- 
riez- vous la dureté de réordonner de par- 
rir » fans vous venir conjurer d'être du 
Voyage ? Je trouverai le moyen de vous 
faire embarquer , Madame 3 vous laifle- 
rai-»je à Londres , quand je vais â Paris? 
Et puis-je vous y fuivre , Mylord ? s'é- 
cria la Comtcflc d'un air impatient $ quel- 
les couleurs donneroie on à cette démar- 
che ? entrez, dans mes véritables intérêts» 
5c dites-moi vous-même s'il m'eft permis 
de le faire. 

Si le danger que vous allée courir étote 
moins grand > répandit le Comte • je no 
tous pouffe rois point fi vivement de l'é- 
viter. Mais , croyez-moi , Madame » le 
Roi n'eft pas H occupé de Madame Grcy, 
ni d'Elifabeth de Lucy $ il ne penfe pas 
E fort au Mariage qu'il veut contracter 
avec la Princcffc de Savoye , qu'il ne Con- 
gé au moyen de gagner votre coçar. Plus 
la conquête lui parôît difficile , plus il la 
defire ; plus il y trouve de gloire» & plus 
ii y fent de plaiiir ; enfin » Madame > il 
eft Roi » il eft aimable , bien fait , fpiri- 
tuel , que n'ai-je point â craindre ? Rien, 
Mylord aflurémrent , lui dit-elle , rien du 
tout ; vous n'êtes pas Roi , il n'a terni 
qu'à vous de l'être. 

Au refte , vous fçavez fi j'ai accordé 
dans mon efprk quelque avantage au Roi'* 

R 4 U 



39^ • LE COMTE . 

Se plût au Ciel que je pufle vous traiter 
comme lui 1 Hé ! venez donc en Fran- 
ce , ajouta le Comte > en fe jetrant à fes 
pieds ; venez , divine Comcefle , dans 
une Cour où l'on vous rendra toute la 
juftice que vous méritez j éloignons nous 
de celle-ci > je connois depuis quelque 
temps que le Roi a pour moi une fecrer- 
te averfion $ elle éclate malgré Je foin 
qu'il a de me la cacher > & fi vous aviez 
quitté l'Angleterre > je pourrois bien la 
quitter auffi. 

M y lord , dit la Comtcfle d'un air trifle 
& féricux , rattachement que vous me 
témoignez me touche trop pour que je 
me pique d'y paroître indifférente. Mal- 
gré toutes les raiCons de bienféance qui 
me preferivent de prendre d'autres fenti- 
mens pour vous , je n'en fuis point aflez 
laMaitrcûe pour les écouter. Si cetavotu 
vous peut être de quelque confolation, 
goûtez- en toute la douceur : mais après 
cela > Mylord , ne fouhairez ôc ne de- 
mandez rien ; je vous fuirai toute ma 
vie y 6c je fens bien que ne pouvant vous 
yoir , je ne verrai plus perfonne. Oui, 
mon Parti eft pris > nous fommes mal- 
heureux l'un & l'autre > il n'eft pas mê- 
me poffiblc que nous nous plaignions en- 
femble j tout nous eft défendu , jufqu'à 
la trifte confolation de mêler nos larmes • 
Se nos fbûpirs. Qui vous a donné des 
Loix fi févercs , dit l'amoureux Comte ? 

& 



DE WARWICK. 393 

& par où me fuis-je rendu fi odieux ? Ne 
me flâtez point > Madame ,' d'une atren- 
tion particulière ; je vois toute l'étendue 
de ma difgrace 5 & fi vous- ne me ha 1 (liez 
pas * pourriez- vous prendre les réfolu- 
cions que vous prenez ? 

La Comteflc lui dit toujours les mê- 
mes chofes qu'elle a voit déjà dites. Ne 
croyez pas , ajoûta-t^elle , qu'en me dé* 
fendant de palier avec vous en France, je 
n'y veuille point aller * jeprendra* mon 
temps pour m'y rendre fecrettemenr,raais 
je vous avoue que jt n'oublierai rien pour 
tous le cacher ; je vous crains plus qu'un 
autre , parce que je vous eftime davanta- 
ge. Ce motif eft obligeant & les effets 
cruels , répliqua le Comte d'un air cha- 

frin ; & s'érant tu quelque temps : EiU 
n , Madame , lui dit il , fî- fe ne peux 
rien cfpérer de favorable pour moi , ne 
refufez pas mon Frère ; il vous adore, il 
a du mérite , rendez-lui juftice', epou- 
fez-lc, fon bonheur me confoiera, Se vô- 
tre Vertu fçaura bien le garantir de tous 
les foupçons qu'il pourroit avoir contre 
le Roi. 

-Ah ! Mylord , s'écria Madame de Dc- 
vonshire , je ne vous pardonne point un 
fi grand défaut de dcliearcflê j non , je 
ne donnerai point ma main au Marquis 
de Montaigu , je ne la donnerois pas au 
Maître de l'Univers ; la fatalité qui m'em- 
pêche de recevoir la vôtre , ne me pref- 

R ? cric 



594 L.E COMTE 

cric point de recevoir celle de vôtre Frè- 
te : mais fcroy>il poffible encore une fois 
que vous pufliçz. fouârir que je devinïïe 
v5tre Bclle-fatur ? Hclas ! Madame , rc- 

Îrarcit le Comte en prenant fa main , <3c 
a baiïant œalgré^clle , je ne fçai ce que 
je veux > quand vous ra'otez toute cfpé- 
rance , je perds la raifon , & je combe 
dans un defefpoir qui feroit pitié à tout 
autre qu'à vous. La Çomteûe dont les 
)ieux étojenc pleins de larmes , le regar- 
da tendrement. Leur cœur fe faifït à tel 
point * qu'ils rçÛércnt quelques momens 
fans pouvoir parler. Ib convinrent en 
fuite qu'elle prendroit un habit d'hom- 
me > & que pour être mieux cachée , e!< 
le fe laiûeroit mener par le Marquis de 
Monraigu_dans ccs mervcillcufes Caves 
que le Comt£ de Warwick avoic fait ac- 
commoder pour la voir , & où elle a voit 
toujours refufé de defeendre. Le Comte 
ne la quitta; qu'avec une peine extrême i 
il voyoit bieiiOjU'ii pouvoit fe flàter d'e- 
tre aimé, nuis il payoit chèrement ce 
bonheur. " 

Le Comte de Pcmbroc n'avoir pas corn* 
pris le meilleur moyen pour découvrir le 
fejourde la Comte (Te de Dé vonshirc , que 
de faire fiiivre par tout le Comte de War- 
wick. U ne raettoit pas en doute qu'é- 
tant fur le point de partir pour la Cour 
de France $ il verroit la Comteflc. Des 
gens fidelles & adroits s'étoient fait forts 

de 



DE WARWICK. 39* 

de loi rendre boa compte de fes démar- 
ches j ôc en effet, ils vinrent lui dire -an 
milieu de la nuit que le Comte étoit allé 
dans un des endroits de la Ville le plus re- 
culé , ôc que fans doute c'étoit en ce lieu 
que la Comteffe fe reciroir. Sur la rela- 
tion qu'ils lui firent , Monfîcur de Pem. 
broc le le perfuada.aifément. Cependant 
Monfieur deWarwick prit congé du Roi, 
ôc s'embarqua pour Calais dont il étoic 
Gouverneur. Il avoir infirme le. Marquis 
de Montaigu de ce qu'il devoir faire en 
Ton abfence 5 ôc il fuffifoit que les inté- 
rêts de la belle' Comtefle s'y rencontraf- 
fent pour s'affurcr de tous fes foins. 

En effet , le foir même il fut la pren- 
dre & la conduific fous l'habit de Cava- 
lier avec deux de ces Femmes travefliea 
de même dans ces Caves ravivantes, dont 
la beauté furpaflbir celle du plus magnifi- 

Îjue Palais. La Comtefle en demeura fi 
urprife , que malgré fon accablement el- 
le ne pût s'empêcher d'admirer une cho- 
fe fi rare pour les Peintures ôc les Mar- 
bres s car les Meubles «5c les Bijoux en 
avoient été âtez. Il y avoit pluheurs en- 
droits où fe retirer , fi parfaitement fer- 
mez , OjU'il falloit les connoltre de Ion* 
gue-main pour les pouvoir ouvrir. Le 
Marquis en aprit tous les fecrets â Ma- 
dame de Dèvonshire ; Ôc dans la crainte 
qu'elle ne lut défendit de la venir voir, 
s'il cominuoit à l'entretenir de fa paffion, 

Ri il 



^6 L E CO MT E 

il Te fie violence > (es yeux feulement lai 
en parlèrent. Elle l'eftimoic trop pour 
écre infenfïblc à un procédé u* noble & fi 
rare s elle le pria d'être perfuadé de Ton 
cftime , de de venir quelquefois la confo« 
ler dans Tes difg races. 

Le Comte de Perabroc voulant être en 
état de rendre un compte exad au Roi de 
ce qui regardoit la Comtefte , s'étoit dé- 
guifé , de fe tenoit proche de fa Matfon 
lors que le Marquis de Montaîgu y vint. 
Il le reconnut malgré lVb feu rite ,. de re- 
connut auffi Madame de Dévonshire dès 
qu'elle parut.. 11 l'avoir* vue chez Mada- 
me Digby fous le même habit qu'elle a voit, 
mais de quelque manière qu'elle eût éré, 
auroit-il pu la méconnoître ? Le trait fatal 
dont elle le blcfia à Chelfey , quand il la 
rencontra avec la Comteflc d*Oxfort , ce 
même trait , dis je , étoit toujours dans 
ion cœur > avec cette différence qu'il ne 
(entoit plus que les fureurs d'une cruelle 
jaloufie , qu'il vivoit fansefpoir , ôcaud 
agiflbit comme un homme qui ne ména- 
ge plus rien. • , 

Il courut chez le Roi , il l'informa du 
fejour de la Comteflc > & ce Monarque 
qui n'éroit plus arrêté par hs égards qu'il 
confervoit pour le Gomte te Warwick, 
ne fongea qu'à furprendre une perfonne 
malheur eu fe , dénuée de Proiedion , & 
accablée d'Ennemis. Il choifit la plus 
{ombre nuit , & ne voulut avec lui que 

le 



DE WARW1CK. 397 

le Comte de l'embroc , le Chevalier Har- 
bert fonFrerc , & quelques autres Cour- 
tifans. 

Ils fe rendirent à la Porte de cette Ca- 
ve , donc il falloit bien f ça voir le chemin 
pour la trouver -> ils n'eurent pas de pei- 
ne à l'enfoncer. Le grand bruit qu'ils fi- 
rent jetta la Comtefle de fes Femmes dans 
la dernière frayeur ; elles étoient routes 
trois retirées dans un de ces Cabinets, 
dont il croit impoiTible de découvrir la 
Porte » mais elles pou voient aifémenr en- 
tendre ce qui fe paifoit. La Comtefle re- 
connut la voix du Roi & celle de Pcm- 
broc. Ils cherchèrent par tout , & con- 
vinrent qu'il falloit qu'elle en fût fortte 
pour aller ailleurs. Pourquoi ai je diffé- 
ré à venir ici , s'écrioit le Roi ? je Tau- 
rois fans doute trouvée ; où pourrai je 
donc la rencontrer ? Le Comte de Pem- 
broc lui faifoit tout cfpérer de fes (oins. 
Elle a peut-être voulu, lui difoir-il , ten- 
ter fon embarquement ; cV comme elle 
n'y réiiffirapas , elle reviendra encore ici. 
Mais, répliqua le Roi, dés qu'elle verra 
la Porte enfdncée > cette Retraite lui de* 
viendra fufpefte > elle fera foigneufe de 
l'éviter. Tout fera répa repavant le jour, 
continua Pcmbroc , Vôtre Majefté peut 
s'en repofer fur moi. Le Roi ne pût fe 
retirer qu'il n'eût parcouru une féconde 
fois les Caves ; Ôc panant proche d'une 
grande Glace inilru&éc dans un Cadre 

R 7 de 



398 LE COMTE 

de Lapis , il écrivic dcflus avec la pointe 
d'un Diamant: 

Si je l'euffe tnuvêe » W&r»ïtk^n* Pauroh 
fit*. ' 

II jugea bien qu'il lut ctoit inutile et* 
rcfter davantage en ce lieu s il fe retira 
avec un fenfible déplaifir d'avoir fait de* 
démarches fi inutiles. La Comtcffc n'e- 
toit pas médiocrement inquiète fur le Par* 
ti qu'elle dévoie prendre » elle avoit en- 
tendu le départ du Roi » mais elle enten* 
doit le Comte de Pembroc qui difoit à 
quelqu'un qu'il avoit retenu : Dès que 
le jour parotera » il faut que vous alliez 
chercher des Ouvriers pour raccommo- 
der la Porte s à mon égard je relierai ici 
jufqu'à ce que j'aye mis tous mes Ëfpions 
en Campagne. Madame de Dévonshirc 
craignit que fî le Marquis de Montaigu 
venoit la chercher.» il ne la fit découvrir» 
ou que trouvant le Comte de Pembroc 
en ce lieu » ils ne fe portaient l'un con- 
tre l'autre à des extrémités violentes. 
Elle prit ùneréfolutionqui partou autant 
de fon defefpoir que de Ton courage » ce 
fut de fortiravec fes deux Femmes du lieu 
où elles s'étoient enfermées , de mettre 
toutes l'Epée & le Piftoict à la main , & 
de fe défendre fi le Comte les attaquoît 

Auffi t<5t qu'elles parurent , Pembroc 
& fon Frcrçnvoyans briller des Armes» 

incer- 



DE WARWICK. 399 

incertains de ce que fe pouvoit être , ils 
s'avancèrent fièrement pour attaquer la 
Comtcfle qu'ils n'avoient pas reconnue: 
niais elle Te jetta fur le Comte , ména- 
geant ii peu fa vie , qu'elle mit la fienne 
en grand péril. Elle le blcfià d'un coup 
d'Epcc , qu'elle alloit redoubler , fi elle 
n'eue pas remarqué qu'il ne le défendoic 
plus. En effet , il la reconnue 3 de fa 
paillon triomphant toujours de tomes fes 
autres résolutions, il n'ofà s'oppoferafon 
courroux » ni l'arrêter , quelque envie 
qu'il en eût de le faire. Le Chevalier 
Harbert » moins refpeâueux > alloit van- 
ger foa Frère , quand il lui faifit le bras $* 
ainfi la belle ConuefTe s'étant fait paflâge 
à travers fes Ennemis , elle forcit de là 
Retraite fdûterrainc , Se fans vouloir re- 
tourner dans la Maifon qu'elle avoir quit- 
tée , elle alla dans une autre qui ne lui 
étoit pas moins fidellc. 

11 auroit été difficile que le Comte de 
Pembroc fût bleffé , fans qu'on l'eût fçû 
à la Cour. Le Roi ayant apris toute cet- 
te Avanture par le Chevalier Harbcrt, il 
rcûentit un chagrin mortel de n'avoir. 
point découvert le lieu où laComtcfTcde 
bévonshire s'étoit enfermée j ôC il ne 
pouvoit s'empêcher de vouloir quelque 
mal à Pembroc & a fon Frère de. ne l'a- 
voir pas retenue. D'ailleurs » Madame 
Grey fôrmoit mille foupeons confus con- 
tre le Roi qu'elle ne pouvoit. bien éclair-. 

cira 



4 oo L E Ç O M T E 

cir -, elle étoit toûj >urs perfuadce que i* 
jeune Comteûe cenoie un grand rang dans 
fbn cœur *V mai* lors qu'elle penfoit à la 
paflion que Pembroc avoit pour elle, ce- 
la détruifoit ridée qu'elle avoit peut-être 
prife que le Roi écoic de la Partie noctur- 
ne. On ne parloir pas du Roi dans tout 
ce qu'on difoit ; on parloit auffi peu de 
la Comtefle de Dévonshire $ il n'étoic 
queftierti que d'un Combat entre des hom- 
mes $ la chofe paroiûoit allez évidence : 
mais malgré les apparences , elle n'ôtoic 
point de Ton tfprit que TAvanture rou- 
loic fur le Roi & fur la Comteûe. Le 
Marquis de Montaigu refientoit encore 
plus d'agitation ; il étoit allé chercher ùl 
chère Comtefic, & il ne l'avoifplus trou- 
vée. Que devint -il ? En voyant une lon- 
gue trace de fang , plufieurs chofes rom- 
pues , Ôc la Porte de la Cave en pièces» 
il craignait qu'on ne l'eût enlevée , il en 
aceufoie tout le monde » tantôt c'étoit le 
Roi ou Pembroc > tantôt les Ennemis de 
la Comtefle ; fa douleur n 'avoit aucune 
mefure * enfin il fçût que le Comte écoic 
fort blefle. Cette dernière circonftancc 
le jerta dans un nouvel embarras. Qui 
l'a voit blefle , étoit celui qui étoit venu 
jufqu'en ce lieu perfécuter la Cotnteue. 
Ce coup paroiflbit fî hardi , par rapport 
au Comte de Warwick , que s'il çroyoic 
Pembroc aflez téméraire pour le faire, il 
h croyoit en même temps trop fage pour 



DE WARWICK. +oi 

&" y hasarder ; & plus il y faifoit réflexion, 
plus il jugeoic que le Roi étoit Chef de la 
Partie : Mais comment en fcavoir le dé* 
nciiement ? Madame de Dévonshire jouïf- 
£oit-clle de fa liberté, ou lui avoit -elle 
été ravie ? L'Amoureux Montaigu s'abt* 
rnoit dans un cahos de penfées différen- 
ces , fans pouvoir fe fixer fur rien. > 

Il auroit fallu prendre bien des mefu- 
rcs , que le Roi avoit négligées > pour 
«jue Madame Grey eût ignoré une Avan- 
ture aufli fînguliére que celle-ci. Elle 
avoit beaucoup de Créatures , qui luifai- 
foient leur Cour aux dépens du Sccrec 
d'Êdoiiard. Elle ne fe donna pas le temps 
de s'éclairer davantage ; & montant dans 
fa Litière avec une très* petite fuite , elle 
fut à l'endroit où Ton avoit vu la Porte 
de cette Cave rompue , & elle y entra 
comme le Marquis de Montaigu cher- 
choit encore par tout. Us réitèrent aufli 
furpris l'un que l'autre de fe trouver dans 
ce lieu, L'averfîon qui étoit entre le 
Comte de Warwick & Madame Grey. 
ayant obligé le Marquis de fuivre les in- 
térêts de fon Frère , il n'alloit jamais 
chez elle. 

Cependant la grande naifîancc de Ja- 
oueline de Luxembourg , Mère de cette 
oelle Veuve , & fa Vertu pcrfonnclle ne 
difpenfoient perfonne d'avoir pour elle 
beaucoup de refpcâ j & le Marquiscrai- 
gnanc de l'embarrailer , alloic le retirer, 

lors 



4M LE COMTE 

lors qu'elfe le pria de refter. Vous jugeai 
bien , Mylord , lui dit-elle , que j'ai des 
raifons très-fortes pour m'êrre rendue ici > 
peut-être que fi vous le voulez. vousm'é- 
ciaircirèz tout d'un coup de ce que je 
yeux fçavoir. Il n'eft queftion que de 
«Rapprendre fi la ComteÛe de Dévonshi- 
re a été ici. Oui , Madame , répondit 
le Marquis ; il cft certain qu'elle y a été. 
Ah ! s'écria -t- elle , je ne dois plus dou- 
ter de tout ce que je foupçonnois j le 
Roi eft un infidellc. En difant ces mots 
elle jetta les yeux fur la Glace du Miroir 
où il avoit écrit , 

Si je Vtufft trettvêe  d'imaginer que je puiffe 

S 3 jamait 



4x4 .Ï.'E. '6'6'Mté' : 

jamais hic repentir devoir cpoufé Leone» 
re > bien éloigné , il me femble qu'avec 
elle je n>i rien à defirer , ôc que fans cl- 
le rien ne me peut donner de plaifîr. 
Oui y Sire , je ferai toujours riche fi je 
l'ai , je ferai toujours pauvre fi je ne. l'ai 
pas. Hé bien , die le Roi • fuivçz les 
mou remens d'une paffion fi rendre , je 
ferois injufte de 14 troubler, dans le temps 
où je viens, de facrificr tour à la mienne. 
Le Comte de Rivière comblé de joye, 
fe jetta au* pieds du Roi , & lui die tout 
ce qui fe prèfenta à fon cfprit de plus pro« 




fer , elle dit le lendemain à fon Frère > 
qu'elle verroit fa chère Leonore avec plai- 
nr , que fon unique envie étoit de le ren- 
dre heureux , que s'il l'en avoit laiflee la 
MaîtrerTe a elle aurait p&y parvenir , mais 
qu'elle ne vouloit pas le contraindre. Le 
Comte l'aflura que la poffef&on de tout 
PUnivers le toucheroit moins que celle 
de fa Maurefle , & que fa Fortune ne 
pouvoit être mauvaife , tant qu'il la par- 
cageroit avec une perfonne fi aimable. 

Il ne tarda pas à l'aller trouver chez 
Madame Digby. Son Eqtiipage étoit pro- 
portionné au Rang qu*il tenott à la Cour. 
Lcohorc oui ne feavoit point encore le 
Mariage ou Roi avec Madame Grcy , ne 
foiivoit comprendre d'oii renoit cette 

magni* 



magnificence $ mai* et fur un bien plu» 
grand fojet â'étoffaement lors qu'il pré* 
renta les Pierreries & les Habits donc lu 
nouvelle Rtine*l'avoit chargé. Il lui ra- 
coma Fétat de Tes a flaires , & il ajouta 
«|u'il venoit la. conjurer de quitter cette 
rrifte Retraite /afin de jùftifier fon choix 
à Londres. Toute fa Famille & elie-mc* 
me croyoit rêver. Quel changement de 
Fortune^, pour une pauvre Demoifelle 
qui a paffé fa vie à la Campjgne, de fe 
trouver tour d'un coup Belle fceardu Roi 
d'Angleterre, Sctranfplaméc dans la plus 
brillante Cour de T Europe ? 

Comme Leorrore a voit naturellement 
beaucoup d'cfprit ôc de rai fon , il ne fal- 
lut pas de grandes leçons pour devenir 
parfaite. Elle aimoit chèrement le Cont- 
re de Rivière • de elle connottfbit ce qu'il" 
faifoît pour elle avec la plus fcnfible re- 
connoiflance s enfin il la mena à Withalî* 
où les Noces fc firent avec autant de* 
Pompe , que fi elle avoit été une Prin. 
ççflè. 

Pendant que toutes ces chofes fe par- 
taient â Londres , fans que le Marquis de 
Momaigu eût paru, dans aucune des Fèces 
publiques qui s*éroient faites , h Comte 
de Warwick qui avoit négocié le Mariage 
d'Edouard avec Bonne de Savoye , reçût 
plufîeurs avis de la part de fes Frères de 
de (es Amis de ce qui fe paflbit , fans y 
vouloir ajouter foi. U y «voit à cela une 
'* S 4. «oar 



4ié L E COMTE 

conduite fi peu réglée de la parc du Roi 
fc il avoit fi bonne opinion de Ton efprit> 

3u'il aimoic mieux douter de la fînecrité 
e ceux qui lui écri voient : .Mais enfin, 
il fallut bien les croire , lors que le Roi 
de France lui cri plrla. 

CoomJe ce Prince fe pofledoit , ôc qu'il 
étoit un des plus grands Politiques du 
monde » il modéra toute ùl colère , Se 
dit froidement au Comte » qu'il y avoir 
de certaines faures qui puniiloienc ]>lus 
ceux qui les commettoient , que ceux 
contre qui elles étoient co m miles. Si le 
Roi vôtre Maître, ajouta* t il, avoit pré- 
féré une autre Prince (Te à ma Belle- fer ur, 
je ferois fenfibic à cette ofFcnfe j mais, 
comme il s'agit cftine fimoje Dcmoifelle 
née fa Sujette , qui ne lui apporte d'autre 
avantage que de fatisfaire la paffion qu'il 
a pour elle • je vous aflurc , Moniteur 
l'Ambafladcur, que je refte fort tranquil- 
le. Ah ! 'Sire • s'écria le Germe , je fup- 
plie Vôtre Majcfté de ne me plus nom- 
mer A mba fadeur , je ne le ferai jamais 
d'un Rot capable de manquer à (à parole. 
11 fentit alors que pour peu qu'il parlât il 
découvriroit trop fon refientiment ; ainfî 
il eftaya de fe modérer , afin que le Roi 
n'en pénétrât pas l'excès , fçachanr bien 
que cet habile Prince mettpk tout i 
profit. 

Comme il fortoit de l'Audience , la 
Reine lui jic dire qu'elle vouloit lui par- 

' ïcx. 



DE WARWICK. 417 

1er* 11 la trouva avec la Princefle de Sa- 
▼oye ; elles étoient Tune & l'autre trans- 
portées de colère. Dires à vôtre Maître, 
lui die la Reine » qu'il nous renvoyé le 
Portrait de ma Sœur » il eft indigne de 
polféder jamais l'Original , 6c même d'en 
garder la Copie. La Prtnceflc regardant 
alors l'Ambaffadcur : L'affront qu'on me 
me fait , lui dit-elle , eft commun avec 
vous ; je ne me lerois peur-être pas fiée 
à des Propositions qui m'auroient été fai- 
tes par tout autre que par le Comte de 
Warwick , j'aurois appréhendé la lé- 
gèreté du Roi d'Angleterre j mais vô- 
tre nom » Mylord , ma raffurée j fou- 
venez* vous donc du traitement que noua 
recevons , ôc fi vous ave» quelque pou* 
voir employez-le â nous vanger. Je n'o- 
ie plus vous rien promettre , Madame» 
répliqua le Comte , mais Je temps voua 
fera connoltre » fi je. fuis fenfiblc au pro- 
cédé que Ton a & pour Vôtre Altcflc 4c 
pour «10L 

Son impatience de Ce rendre à Londre» 
croit trop forte , & le Perfonnage qu'il 
faifoit à Paris étoit jrap dcfàgréable pour 
y refter plus long-temps. 11 en partit tout 
occupé de tout ce qui venoit de fc pafler 
en faveur de Madame Grey^. L'averfion 
qu'ils avoient l'un pour l'autre ne luipcr- 
mettoit plus de fe promettre à l'avenir 
aucune part dans les bonnes grâces du 
Roi, & la préférence qu'il lui avottdoo- 

S 5 ace 



4 i8 LE C O M T E 

née pour l'envoyer négocier un Mariage 
qu'il ne vouloir pas faire , lui paroifloic ft 
cruelle , qu'il n'y avoir point de vangean- 
ceaudeflus de Ton reflFcntrmcAt. 

Il no fçavoit pas encore ce qui s' croit 
paflé â l'égard de la Comtcflc de Dévon- 
shire > il cfpérott la trouver dans fa Re- 
traite Coûter raine : de & quelque chofe 
pouvolt adoucir ramena me de Ion cœur* 
c'écoit le plaifir de revoir la perfbiwe du 
inonde qui lui croit la plu» chère. Il apric 
en approchant de Londres , que les Ré- 
jouïfTanccs publiques y .continuoient ,. 
qu'Antoine, Bâtard de Bourgogne » avoit 
pafle 2a Mer fi bien accompagné , que 
deux Vaifleaux de Corfàfrcs qui s'étoienc 
hazardez â l'attaquer > a votent été pris 
charge* de biens considérables > Ôc que 
les autres s'ét oient retirer. C'ctoit un 
des plus braves & des plus galands Che- 
valiers de Ton' Siècle. Charles Comte de 
Charolois, infiniment content d'Edouardr 
&. des, marques d'amitié qu'il lui avoit 
données par le Comte de Saint Paul» ju- 
geant qu'il lui étoit de grande conféqu en- 
ce de s'allier avec ce Monarque , pour le 
détacher entièrement de la Ligue que 
Louis. XL lui propofoit contre le Doc de 
Bourgogne , Père de ce Comte y char* 
gea Ton Frère naturel de preflemir Edouard' 
fur le Mariage de Madame Marguerite 
d'Yorck (à Sœur. Il ne pou voit mettre 
(es intérêts en de meilleures sjains que les 

fie Or 



DE WARWICK. 4ry 

fietincs. A fon arrivée on rcnouvclla toutes 
les Joutes Ôc tous les Tournoi» t k Sei- 
pneur Dçfcalles , Beau-frcre de la nouvel- 
le Reine > devofc (oûtentr contre loi , ôc 
le jour fut arrêté entre eux pour un 
Combat , où ranimoficé. n'auroit point 
de part. 

Le Comte de Wafw/tk fçût toutes cet 
circonstances en approchant de Londres r 
mais au lieu d'y aller tout droit , il fe 
rendit 4 Sionhill fi fecrarement , que le 
Marquis de Monraigtr Pfgnora. Le Com- 
te de Warwick chargea Berincourt de lui 
avoir des Armes noires, & de faire pein- 
dre fur Ton Ecti un Bras qui lance le Fou- 
dre far une Couronne , avec ces mots£ 

C'tfl a'mfi <pt h* DhmMfi vtngent. . 

Les Plumes, fon Eeharpe cV la Houflede 
ion Cheval étoient couleur de feu , pour 
figntfer fa colère * & pour que ceux qut 
te fçaurotera en chemin ,* penfalfenr qu'il 
y étoit encore. H fit répandre le bruit 
d'une maladie * il ne voulutgrn partant 
de Sionhill que Berincourt pour le fui* 
vre : ils avaient Pu* & l'autre feaifle la rU 
fiére de leurs Cafques \ & comme ils s'a* 
rançoienr au petit pas vers Londres , ih 
virent eraverfer le chemin par un Cheva- 
lier , dont les Armes étoient fi femblai 
blés à celles du Comte , qu'ils ne purent 
t'cmpëcher de le regarder, avec attention $, 

S 6 puis 



410 L E C O M T E 

puis jcrrant les yeux fur fon Bouclier ». 3 

lût ces mots : 

Jamais les yeux n'eut vm une fi belle 
Dame. 

Ces paroles inréreflbient trop les char- 
mes de la ComtcfTc de Dévonsnirc , pour 
que le Comte de Warwick les fouffric 
patiemment. Qui que vous foyez. , Che- 
valier , dit- il à cet Inconnu» vous dé- 
cidez avec trop de pr éfomption en faveur 
de celle qui vous paroît belle » & je peu* 
m'affurer que j'en connois une qui laiur- 
paûc. Il me fcmble que vous décidez' en* 
corc plus témérairement que moi , repli* 
qua l'Inconnu > mais je fuis certain de ce 
que j'ai avancé , que je vous en ferai con- 
venir dès que vous aurez vu fon Portrait $ 
£ vous ne l'avouez pas , voici ••dit* il > en 
montrant fon Epéc , ce qui vous le fera 
avouer. Telle menace m'effraye peu, 
répliqua le Comte en foûriant j mon- 
trez* moi donc ce divin Portrait , êc vous 
préparez en même temps au Combat.' 
L'Inconnu, fans répliquer» tira une lon- 
gue Chaîne d'Or qui auachoit à fon coû 
une Boërc magnifaoue couverte de Dia- 
mans » dans laquelle il fit voir au Com- 
té de Warwick le Portrait de la Comtcffc 
de Devons hire. 

Tout ce qu'on peur imaginer eu au 
defibus de la iurprife du Comte. Il pouf- 
fa 



DE WARWICK. 4*1 

la- un cri douloureux , êc demeura qoel* 
que remps confine un homme qui ne fe 
po iïede point ; mais revenant tout d'un 
coup à lui : Non » dit-il , je ne d if pure 
pas que cette Dame ne foie la plus belle 
de toutes , mais je foûtiens que tous ne 
txiéritez pas un Gage fi précieux de fon 
amitié » En achevant ces mots > il vou* 
lut prendre fa Lance que Bcrin court te- 
i*oit , pendant que l'Inconnu piqué de 
ces paroles fe préparoit à fondre fur lui, 
anats Berincourt qui voyoit tout ce qui fe 
pafToitavec plus de fang- froid » ayant re- 
connu la Boëte de Diamans où ctoit le 
Portrait de la Comtefle , parce qu'il a voit 
été chargé de la faire faire > il ne douta 
point que ce Chevalier ne fût le Marquis 
de Montaigu. 

Ah I Mylord , dit»il â fon Maître en 
refufant de lui donner fa Lance s c'eft 
Mylord vôtre Frère ; jettez le* yeux fur 
lui avec attention , Ôc vous le reconnoî- 
t rez comme moi. Le Comte de Warwick 
le reconnoiflânt en effet » lui fit iîgne de 
* la main» qu'avant de commencer le Com- 
bat , il railoit qu'il lui parlât. Hé quoi t 
mon Frère , dit-il , voulons-nous tour- 
. ncr da Armes contre nous , qui ne doi- 
vent être employées que contre nos corn- 
muns Ennemis ? En achevant ces mots» 
il leva la Vifiérc de fon Cafque 5 & le 
Marquis au defefpoir de ce qui s'etoit paf- 
ic * le précipita de fon Cheval , pendant 

S 7 que 



4ii L E C O M T E 

que le Comte qui venoit d'en dcCccndce, 
«évinça vers lui les bras <fti verts. 

Vous et es ici, Mylord , s'écrit le Mar- 
quis y & vous me Pavez laine ignorer i 
Que vous ai-je fait ? Ne maceufez point 
d'indifférence , répliqua le Comte > voua 
fçavez à quel Point je vous aime > mai» 
ayant apris les Courlès où la Reine a fes 
Chevaliers , j'ai en envie de m'y trouver 
HHogmsê • de (bûtentr que la beauté de 
la Comteflc de Dévonshire furpaûe la n'en* 
ne ; & d'attirer le Roi dans la querelle, 
pour commencer à lui £ûre fenrir la for» 
ce de mon bras : Je ne voulois pas voua 
y mêler , afin de ne vous point détour* 
ner des foins que vous rendez à votre 
adorable Comtdfc. Le Marquis levant les 
yeux vers le Ciel : Ah i Mylord , lui 
dit-il » voua ne fçavez encore qu'une par- 
tie des fujets de plaintes que nous avons 
contre Edouard. 

Ils fe retirèrent l*un de l'antre vers une 
touffe d'Arbres , où. ils pouvoieru parler 
en liberté v & ce fut-là que le Marquis- 
dit i Ton Frère l'enlèvement de la Corn- 
teiiè , Se toutes les ci r confiances de. leur 
commun malheur. Vous voyez * conri» 
nua-t-fi , les Armes noires qie je porte» 
cc.n'cft que par rapport â elle j jallois 
dans le* même detiein que tous > pour 
joûrer contre le Roi ôc contre l'indigne 
Pembroc, s'il eft guéri des bkûures qu'il 
a reçues : enfin je vous attendris avec la 

der- 



DE WARWICK 42} 

dernière impatience, pour unir no&juftea* 
reffentimens contre nôtre commun En- 
nemi. 

Pendant que \t Marquis- partait , le 
Comte rouloit dans fori efprjt mille fu- 
neftes penfées , qui lui Soient l'ufage de 
la voix. Au bout de quelques momens, 
il revint à lui , mais ce ne fut que pour 
at reflet le Ciel & la Terre , qu'aucun Su«, 
jet ne fe vangeroir avec plus d'éclat. C'eft 
donc ainfî , s'écriat-il , qu'il oublie de 
qui il tient te Couronne d'Angleterre ? Je 
ne lui ai pas feulement donnée , je l'ai 
affermie fur fa tête y & pour récompen- 
fç , il me fait deux Affronts M fanglants» 
qu'il les épargnerait â fon plus cruel en- 
nemi. Allons , mon Frère , au Tour- 
nois ; s'il pâroît, unifions- nous pour l'at- 
taquer j ôi C\ nous mourons vangez » ne 
regrettons point de mourir. 

Non , M y lord , dit te Marquis , il ne 
faut pas courir le rifque d'une partie ft 
inégale -, nouspouvons difputer aux Che- 
valiers de la Reine > qu'elle mérite feule 
le prix de la beauté j G le Roi en eft un, 
nous^ l'épargnerons moins que les autres j 
Biais il faut que de longues & de férieu- 
fes réflexions conduifent vos grands Dcf- 
feins. 

Le Comte goûta fort ce que lui difoic 
fon Frère ; ils remontèrent à Cheval , & 
parurent au bout de la Lice dans lé temps 
«ne la Reine suivie d'urne greffe Cour» fe 

plaçoit 



4H . tE COMTE 

plaçoit fur un Balcon tout brillant de ri- 
ches Tapis ôc de Carreaux brodez d'Or. 
Le Comte de Warwick ôc le Marquis de 
Momaigu , en jettant les yeux fur elle» 
refTentircnt une augmentation de fureur 
qu'ils pouvaient à peine modérer. 

Le Comte de Rivière > le Seigneur 
d'Haflingue Duc d'Excetcr & grand Cham- 
bellan , le Seigneur Defcalles Bcau-frcrc 
d; la Reine, Jean Comte d'Oxfort , Jeaa 
de Moubray Duc de Norfolk , ôc Hum- 
fray Duc de Bouquinkam étoîcnc à Che- 
val autour des Barrières , qui attendoieàc 
le Bâtard de Bourgogne , avec toute la 
brillante Jeunefle qui i'accompagnoit. 
Comme il tardoit un peu» & que le Com- 
te de Warwick & fon Frerc etoient im- 
patiens» ils envoyèrent un des Héraut» 
du Camp défier Je Seigneur Defcalles & 
le Comte de Rivière , leur mandant qu'il* 
s'offroient de foûtenir contre eux , que 
la beauté de la Reine & de coûtes lcsPcr- 
fonnes de la Cour n'égaloit pas celle delà 
Dame qu'ils fervoienr. Un Défi fi offen- 
fant ne les furprit pas moins que les au- 
tres Chevalière que je viens de nommer:, 
il fe fit un murmure entre eux qui fuc 
bien-toc porté au Roi & à la Reine 5 ils 
rougirent de dépit , & trouvèrent qu'il 
falloir être bien impoli , pour venu de 
gayeté de cœur ofFcnfcr tant de Dames. 

Cependant comme le droit de franchi- 
se eçoic mviolablc, particulièrement dans. 

CCS 



DE WARWICK. 4?î 

ces fortes de Fêtes , on ne voulut pas cf- 
layer de faire dédire par la violence ces 
deux Chevaliers ; à joindre qu'ils avoienc 
un fi grand air, qu'ils împoloient du ref-' 
pcâ à tous ceux qui les voyoient. La 
Reine fît appeiler le Comte de Rivière 2 
Mon Frère > lui dit-elle modeftement , ri 
j'écoi.s feule intércfîee dans le Défi qu'on 
vous fait , je ne vous confcillerois pas de 
foûtenir une auffi mauvaife Caufe • mata 
voilà vôtre Femme & tant de perfonnes 
fi aimables 6c fi charmantes , que voua 
devez l'entreprendre avec courage > au 
r.cfte , je vous lai (Te le Maître des condi- 
tions. Madame , dit ' le Roi en Tinter- 
rompant , perfonne ne le fera mieux que 
moi , je veux foûtenir une beauté que j'a- 
dore i le Comte de Rivière fera mon Se- 
cond. Non , Sire , s'écria la Reine, s'ef- 
forcent de le retenir , je vous demande 
en grâce de vouloir être feulement fpeâa~ 
teur du Combat i & de quelque manière 
qu'il tourne > je ferai trop contente après 
l'honneur que Vôtre Majcftéveut me fai- 
re. Le Roi ne fe donna pas la patience 
de l'écouter } il s'arma » & defeendit. 

Auffi-tôt qu'il parut » les Barrières fu- 
rent ouvertes , on entendit de tous cotez 
le bruit des Trompettes & dés Timbales. 
Comme il n'étoit pas encore monté à 
Cheval , le Comte de Warwick & le. 
Marquis de Montaigu mirent pied à ter- 
re & s'avancèrent. Chevaliers « dit le Roi» 

voua 



4i6 L E C O M T E 

vous venez à ma Cour foûtcmr la T>cautc 
dune fnconnuë contre celle de la Reine 
& de fes Daines ; peur être queparcom- 
plaifancc ou par juftice on vous céderoir, 
fi on la voyoit ; mais qui peut eh déci- 
der } Ccft vous-même, Sire > die Je 
Comte de Warwick ^ en lui lançant des 
regards plus vift- que àcs Eclarrs : il n'y 
a pas d'apparence epe vous la méconnoif- 
fiez 5 & lui montrant le Portrait de la 
Comte/Te de Dcvonshire , le Roi en de- 
meura fî furpris de fi charmé , qu'il hefï- 
ta un moment s'il devoir continutr à foû- 
renir pour la fleine , ou s'il devoir fe ran- 
ger du c<5ré des Chevaliers delà Comrtef- 
fe r ri regardoit fon Portrait , il regar- 
doit en fuite ces Inconnus ; tour ce qui 
fe paffoit lui faïfoit démêler le Comte de 
Warwick. Un procédé fî hardi ne pou- 
▼oit guéres convenir qu'à lui. Je doute 
dit-il y que celle dont vous avez le Por- 
trait , vous avouât r G elle fçavoit Tu Pa- 
ge que vous en faites ; elle a trop deref- 
peft pour la Reine , Ôc trop de politeffcv 

Îrour vouloir infulter à fa beauté & -a ccl- 
e de toutes les Dames de la Cour. Je 
n*ài rien dit de fa part , Sire > répliqua 
fort fièrement le # Comte > mais j'ofe 
demander fi vous êtes contre elle. J'y au- 
rais de la peine » dit la Roi » en route 
autre occafîon que celle-ci : cependant* 
je n'hefîte point , fongez à vous défen- 
dre , nous romprons chacun crois Lan- 
ces l 



DE WARWICJt. 42r 

ces s & celui qui aura l'honneur du Com- 
bat , emportera le Portrait de la Dame 
Vaincue. Cela ne fuffit pas pour nous, 
Sire i répliqua le Comte de Warwick, it 
fauc que nous 070ns plus d'un Portrait à 
remporter à celle dont nous fommes Us 
Chevaliers ; ainfi nous fuppfions Vôtre 
Majefté d'ordonner , que ceux qui font 
armez aux Barrières cooreront contre 
nous 5 s'ils font vaincus , ils nous don- 
neront les Portraits de leurs Dames ; fi 
nous le fommes, nous leur donnerons 
celui de h narre. Le Roi leur fit ligne 
Mf s'approcher 9 - ne voulant pas rèpon* 
are fans leur avoir parlé , mais iLn*y en 
cat aucun qui ne goûtât cette Propor- 
tion» 

Ils «voient fur eux des Portraits , Ut 
uns de leurs Femmes , & les autres de 
leurs Maîtrcfles. Quel moyen que les 
Galans du temps jadis fe pafTaflent de voir 
ce cjuSls aimoient 'fi chèrement ! c'étoiç 
h fource de leur courage > & c'ctoitleur 
confolation dans les rrilrcs Avanturcs at- 
tachées au Métier des Chevaliers errans. 
Le Roi fut le premier qui mit le Portrait 
de la Reine fous un Arc de Triomphe, 
élevé à un des coins de la Lice ; le Com- 
te de Rivière y mit celui de fa Leonorç 
Digby , Ôc tous les autres en apportèrent; 
dans des Boëtes d*Or fermées. 

La Courfe commença entre le Roi Se 
te Comte de* Wartrick/ te Marquis dé 

Mon* 



4*8 "LE COMTE . 

Muncaijgu 6c le Comte de Rivière. "Mille 
cris de joye s'élevèrent en l'air , lors qtToii 
yit partir ces quatre Combat uns fi bien 
à Cheval & d'un fi grand air. Ce fut 
tout autre chofe quand ils fc rencontrè- 
rent $ mais quelque adrefle que le Roi 
pût employer , le Comte de Warwick 
écoit trop animé • pour refter trop long* 
temps incertain de l'avantage. La Reine 
& toutes les Dames voyoient tout ce qui 
le pailoit avec un fenlible déplaifir > êc 
s'il avoit été permis de faire quelque fu- 
percherie dans cette occafion , elles n'au- 
roient rien épargné. Le Comte & Ton 
Frère remportèrent toute la gloire de la 
Çourfc. Ils ne prirent point le Portrait 
de la Reine. Chacun jugea que c 1 écoit 
par refpecl , fans juger que c'étoit par 
averti on. A fon égard elle ne s'y trom- 
pa poinr. Elle avoit reconnu fon Enne- 
mi particulier en la perfonne du Cheva- 
lier aux Arracs noires , cVla Devifedont 
fon E eu écoit charge, ne lui échapa point* 
Le R >i & le Comte de Rivière fc re- 
tirèrent avec beaucoup de chagrin. Ceux 
Cjui coururent contre Meflicurs de War- 
wick ôc de Montaigu , n'eurent pas une 
meilleure Avanture. Ils perdirent tous lei 
Portraits de leurs Dames. Les deux Victo- 
rieux n'en voulurent point profiter* Ils 
rendirent aux Chevaliers les Boêtes fer- 
mées» fans avoir jnême lacuriofîté de Ici 
ouvrir. . Ils fc contentèrent d'emportés 

celle* 



DE WARWICK, 415 

celhfs du Duc d'Exceter de du Comte d'Ox- 
fore leurs Beaux- frères. Cependant le 
Bâtard de Bourgogne étoit'vcnu aux Bar- 
rières 3 il avoit vu arec admiration l'a- 
dfcffc des deux braves Inconnus , & H 
avoit déjà demandé permiflïon à h Priiu 
cette d'York de foûtenir pour elle contre 
eux , mais elle ne le voulut point , Se ce 
qu'il venoit de foire lui donnât tant de 
crainte ,que Ton Portrait* n'eût le Sort 
des autres , qu'elle répliqua modeftemenc 
qu'elle ne fe piquoit de rien , & qu'elle 
le prioit de fe fouvenir , puis qu'il le dé- 
claroit fbn Chevalier, que laCourfe étoiç 
arrêtée contre le Seigneu*- Dcfealles. Ce 
peu de mots fut un Ordre auquel le Bour- 
guignon ne répondit qu'avec beaucoup dé 
refped. Il rompît plusieurs Lances à 
l'honneur de la Prince/Te , Se ces Cheva- 
liers exercèrent leur adreffe contre les 
jtnglois , iàns que Ton vît ni d'une parc 
ni de l'autre rien qui égalât «le Comte de 
Warwick. 

II i'etoit retiré avec fon Frère fi dili- 

Semaient , gue le Roi n'eut pas le temps 
e le (aire fuivre , 6e la Reine étoit de fi 
mauvaife humeur , qu'elle feignit de fe 
trouver mal afin de fe retirer, & de pou- 
voir donner un libre cours à fon dépit. 
Le Roi ne tards g n ères à la venir trou. 
Ver. Ah ! Sire , lut dit-elle, ne doutes 
'point que le téméraire qui vient de cou- 
rir contre vous ne foh Warwick s je l'ai 
c* . encore 



433 LE COMTE 

encore mieux connu au defleui de m'af- 
fencer qu'à fa caille , 6c à tout ce qui le 
defignoit. J'en fuis perfu ad é, comme vous, 
Madame , répliqua le Roi ; îi eu piqujg 
de Ton Voyage de France • ô£pcuc*ctre 
que s'il et oit fécondé il efTayeroit de me 
chagriner * mais le Parti de Henri fc 
trouve dans un tel état » qu'on ignore à 
prêtent qu'il y ait eu une Maifon de Len r 
claftrc. 

Le Comte de Warwiçk $c fonFrcrcrCr 
tournèrent à Siontyll, Ce premier en r 
Voya Berincourt chercher la vieille Albi- 
ne pour lui parler fccrettcmçnt. Com- 
me elle n'avoir point quitté laComtcflc 
d'Anglefcy , il fe perfuada qu % il pourrok 
apprendre par cette voyc quelques nou- 
velles de la ComfcefTe.de Dévqashire* Si- 
tôt qu'il fut Parti le Comte & le Marquis 
regardèrent les Ho ères /qu'ils avaient em- 
portées par préférenpc. JLeur furprife fur 
extrême de trouver le Portrait de la Cura- 
telle de Dévonshirè dans celle dn Comte 
d'Oxforr. Je vous avoue , dit le Caime 
en le montrant au Marquis de Monraigu, 
que je ne pouvots fouffrip la jaloufic, de 
ma Sœur contre la CoovdTe ?J mais.vptp 
voyez aftez Qu'elle Ravoir point; de xqrft 
Hé Quoi i éft il donc p©flïtye.quÉ Mada- 
me de Dévooshire ait ,affcz contiûhé Jf 
Comte d'Oxforr pour lui en donner une 
telle preuve.? Quelque malheureux que 
Jje fo^s » répondit le Marquises ^jvfoçraîr 

i*> 



DE WARWIGK. 43* 

gu » je Jui rends plus de juftice que vous. 
Sans douce le Comte d'Orforc * eu ce 
Portrait faos iâ participation ; c'eft ainfi 
que j'ai celui quia penfé eau fer un Com- 
bat encre nous* Ah ! mon Frère » s'é- 
cria le Comte , que vous me foulagczl 
je vous avoue que je n'ai jamais rciknti 
une peine plus vive que la vue du Por- 
trait que vous avez, je ne voulois point 
vous questionner là-dcflus dans ia crainte 
de vous cmbarraûer par ma curioflté $ mats 
il y a eu cent momens où la jaloufîe m'a 
fait une peine inexprimable. ' Hela* ! My- 
lord , que craignez-vous ? reprit trifte- 
mcntle Marquis, ne fc, avez- vous pas que 
tous êtes aimé ? que pourrois je vouloir 
avec un pareil bonheur ? I! fc tût & s'a- 
- bîma dans ces triftes réflexions. Regar- 
dez -vous mon Sorc , die le Comie > 
comme un crac digne d'en vie ? Soit qu'on 
me veuille du bien , foie qu'on me veuil- 
le du mal , ne fçavcz-vous pas de quelle 
manière on me traice 5 toure efpérance 
m'eft orée par mon Combat contre (on 
«Mari. Je ferors pkis heureux qu'il m'eût 
tué , continuât-il » car je ne fçai ooint 
de Martyre comparable au mien. Le Mar- 
iais' leva les yeux vers le Ciçl , comme 
voulant dire qu'il en connoifloit de plus À 
plaindre que lui. Après quelques mo» 
jnens de nlence , le Comte demanda au 
Marquis la conduite qu'il lut confeilloit 
4e tenir il'égaid. de la Cour. Je voua 

con- 



43» , LE COMTE 

confeille d'y paraître , lui dit-il , afin de 
ne vous pas rendre fufpcâ j cela ne vous 
empêchera point de prendre toutes les 
mefurcs que vous voudrez. Met démar- 
ches , répliqua Moniteur de Warwick, 
dépendent beaucoup des nouvelles que 
j'apprendrai de vôtre chère Comtcfle ; 
ainfi je refterai encore deux jwrs à Sion- 
hill avant que de me readre à Londres. 
.Le Marquis approuva fa refolution. il 
acténdoit impatiemment Berincourt lors 
qu'il revint & qu'il préfenta au Comte 
une Lettre de Madame de Dévomhirc. Il 
la reçût avec une joye inexprimable , cV 
l'ayant ouverte il lût ces paroles : 

ff E mets vitre eftime à trop haut prix, 
•J pour bazarder de la perdre par otm Jt- 
ience qui pourrott vous la$ffer croire que le 
Roi ma enlevée , &* que je fuit entre fet 
maint. 'Vous fc aurez , • MyUrd , ce qui me» 
m garantie par la perfoune qui sefi char* 
fée de vous dire de mes nouvelles $ elle vous 
priera do ma part de ne fonger plus k me 
voir > c'eft une ebofe également néceffaire 
pour ma gloire c pour mon repos. 

Le Comte de Warwick donna ce Billet 
£ lire au Marquis , qui lui dit en fuite : 
Je vous avo*c, Myiord , que j'avois une 
terrible crainte , ce il ne falloir guéres 
moins qu'un Miracle pour, garantir la 
Conucffc du péril où. clic croit. Dites* 

nous» 



DE WARWICK. 453 

nous- en les particularisez , continua le 
Marquis , en s'adreflanc à Berincourt- 
Myiord, reprit ce Gentilhomme , j'ai vu 
Albine j elle a fait d'abord de grandes 
difficultez de me parler avec franchife de 
la Comtcfle de Dévonshirc -, mais corn* 
me je connoii ion humeur intéreflée , je 
lui ai dit que j'avois fait faire en France 
une Bague pour elle , & que je la lui ap- 
portas. A ces mots toute fa confiance 
s'eft réveillée. S'il étoit poffible , mV 
t-elle du , que vous vouluffiez m'épou- 
fer , ôç que cette Bague fût un Gage de 
vôtre Foi , je la recevrois avec plaifïrj 
mais il eft certain que vous n'avez fongé 
qu'aux affaires de vôtre Maître , fans vous 
inquiéter de mes fentimens. Des qu'on 
en ufc ainfî , je n'ai plus rien i dire.. J'ai 
promis tout ce qu'a voulu jllbine , con- 
tinua Benncourc , & j'ai fçû que Mada- 
me de Devonshire s'etoit cachée dans un 
des Cabinets de la Gave , lors que le Roi 
y vint avec le Comte de Pembroc. Ils la 
cherchèrent , & lui firent une extrême 
frayeur j enfin le Roi ayant dit qu'il al- 
loit fe retirer , Monfîeur de Pembroc 
étant refté , c \k ne prit confeil que de 
fon defefpt>ir , & parut tout d'un coup 
fous 1 habit d'Homme qu'elle avoir mi» 
pour fe traveftir. Elle tenoit courageu- 
sement des Piftolets, & fe faifant unpaf- 
fage , elle fe retira chez une ancienne 
Amie de fa Maifon . mais fi tremblante 
Tome II. X du 



434 r LE COMTE 

du péril qu'elle venoic d'éviter , qu'elle 
prie la réfolutton de voir Ton Frère , ôc 
de tout tenter , pour trouver un Azile 
dans fa Famille. . 

Myford Stanley aimoit chèrement fa 
Sœur. Il a toujours été pénétré de fes 
malheurs ; ôc il n'étoit pas poflible que 
la colère du Comte d'Angleicy ôc de fa 
Femme allât plus loin , fans expofer leur 
Fille a des A van turcs cruelles. C'eft ce 
que Mylord Stanley fcût leur repréfenter 
fi tendrement , qu'ils convinrent de la re- 
cevoir & de là défendre contre fes enne- 
mis > qu'elle fuivit à l'avenir leurs con- 
feils » qu'elle ne vit jamais le Comte de 
Warwick, ôc qu'elle demeura en Religion 
auffi long-temps qu'ils le jugeroient à 
propos. Mylord Stanley avoit une fi gran- 
de envie de voir fa Soeur tranquille*, qu'il 
accepta tovtes les conditions que la Corn- 
refle d'Anglefcy impofoit à fa Fille , ôc 
Madame de Dévonshire elle-même n'hc- 
fita point à obéïr s àe forte qu'elle vint 
fe jetter aux pieds de fa Mère , Ôc qu'el- 
le regagna ailèmentdans fon cœur ce que 
les contre- temps de fa vie lui avoient fait 
perdre. . 

Elle eft , continua Albine , dans une 
Abbaye où je ne fçaùrois vous la faire 
voir y mais je lui parlerai dès demain du 
Comte de Warwick. En effet , ajouta 
Berincourt , elle m'a donné le Billet que 
je viens de vods rendre , Mylord > elle 

m'a 



DE WARWICK. 43f 

m a dit que Madame de Dévonshire Voua 
conjure de ne faire aucunes démarches 
qui ayent quelque rapport à elle, Oc que 
rien au inonde ne feroit plus oppofé àfes 
intentions. 

Enfin , s'écria le Comte, en interrom- 
pani .ion Ecuyer , la Coimcfle a eu le 
bonheur dT-viter le Roi & fon indigne 
favori 4 je commence à refpirer -, car je 
vous avoue , mon Frère , que j'étois in- 
génieux pour me faire de la peine. Une 

r^? ï V*w" fie don / je nc P° uvoi « «" 
rendre le Maure , devoroit mon ame 6c 

mabïmoit dans la tnfteffe. J'ai encore 
Plus fouffert que vous , Mylord , repli. 

?"! • M , a T i$ ' T el< l w habitude que 
J aye a m affliger , je trouvois dam cette 
Avanturc des choies fi cruelles , que i'é- 
toi? incpnfolable. Le Comte ne refondit 

fflens de filence, Us convinrent enfemble 
« partir le lendemain pour la Cour. 

Le Comte de Wamrick n'avoir pas mé- 
diocrement à prendre fur lui-même, pour 
cacher fon reffentiment au Roi. 11 en fut 

Efî aV u C Ja dcr , niére froideur - ^ Ro'ne 
"ant chagrine de ce qui »'étoit patte au 

Tournois , & ne doutant point q„ e ces 
deux Inconnus ne fufien/le CoLc de 
Warwk & le Marquis de Montaigu, él- 
Z*° avoit Parle cent fois au Roi. Ceft 
pour vous braver , Sire , lui difoifcllc, 
• Pounnfulter a vôtre choi* , qu'il, ô« 

T * foû- 



436 LE COMTE 

foûtcnu fi hautement la beauté de la Corn- 
telle de Dévonshire , au préjudice de la 
mienne. Le Roi aimoit extrêmement Ut 
Reine , & n étoit guéres fatisfaic que le 
Comte de Warwick eût remporté dans la 
Courfç tant d'avantage fur lui > de forte 
qu'au lieu d'effayer par un accueil favora- 
ble à lui faire oublier l'affront qu'il lui 
avoit fait » en préférant Ifabclle Wodvillc 
â la Princefle de Savoye > il renouvella fi 
fort le chagrin du Comte » qu'il réfoluc 
de s'en vanger , ôc de détruire un Mo- 
narque qu'il ay oit élevé fur le Trône. Il 
prit pour cet effet des liaifonsavecleDuc 
de Clarence » l'un des Frères du Roi : ils 
fe virent , ôc le Comte lui fit époufer fa 
Fille , qui écoit fort jeune , ôc la plus 
grande Héritière d'Angleterre. Le Ma- 
riage s'accomplit à Calais , pendant que 
l'Archevêque d'Yorck ôc le Marquis de 
Montaigu allèrent en plufieurs endroits, 
où leurs préfences étoient nécefîaires, 
pour faire de grandes Intrigues. 

Le Comte de Warwick étant de retour» 
leva une grofle Armée , ôc marcha droit 
à Londres > à deffein de dépofer Edouard, 
& de remettre Henri fur le Trône. Edouard 
ne refta pas médiocrement furpris de ces 
nouvelles inopinées. Bien qu'il fût un des 
Princes du monde le plus courageux > il 
s'endormoit volontiers parmi les plaifîrs, 
cV fe flâtoit toujours que fa bonne For- 
tune triompherait de (es Ennemis ; ce* 

pendant 



\ 



D E W A R W I C K. 437 

pendant il trouva que les affaires dcvc- 
noient fi féricufes, qu'il ordonna au Com- 
te de Pembroc de rama fier en diligence 
tout ce qu'il pourrait trouver de Trou- 
pes , Ôc d'aller au devant des. Rebelles. 
C'étoic une 'CCafîon bien agréable pour 
le Comte ; il ne pouvoir pardonne* à 
Monficur de Warwick d'être mieux que 
lui dans feiprit de la Comtefle deDévon- 
shire. Richard Harbert fon Frère écoic 
aufliun des Généraux ; & quand leCom- 
tc de Waiwick içût que c'étoit eux qu'il 
avoit à combattre , la haine Ôc (on ému- 
lation augmentèrent j de* forte qu'il fe 
pafla mille belles aâions de part & d'au- 
tre , dont l'Hiftoire parle. Mais enfin la 
Bataille de Bamberik ayant été donnée, 
les Troupes de Warwick écoient fur le 
Point de céder , lors que Jean Ciapan, 
brave Capitaine Ôc ancien Serviteur de 
cette M ai ion , s'avança avec cinq ou fix 
cens hommes deNorthampton > portails 
dans leurs Enfeignes un Ours blanc , qui 
étoit celle du Comte , Ôc criant tous en- 
semble , Vive Warwick , ils inlpirérenc 
une fi grande terreur à l'Armée du Roi, 
qu'elle fe mit en fuite. Le Comte de 
Pembroc Ôi fon Frère , inconsolables de 
cette difgrace , combattirent jufqu*au der- 
nier tronçon de leurs Epées , ôc furenc 
enfin pris par les Troupes vi&o ri eu f es. Le 
Comte de Rivière , Frère de la Reine , fe 
trouva envelopé dans la même difgrace. 

T 3 La 



438 LE COMTE 

La Comtefle de Rivière qui l'aimoit avee 
les fentimens de la plus vive reconnoif- 
fance-âc de la plus forte tcndrcfle , ne 
pou voit goûter aucun repos en fon ab- 
fence. Elle craignoit pour lui tous les 
malheurs qui arrivent à la Guerre i & 
lors qu'elle fç ût qu'il étoit Prifonnier , el- 
le en fut au defefpoir. Le Roi Edouard 
avoit fait (i peu de quartier à Tes Prifon- 
nicrs , Ôc la trifte Caraftrophe de Henri 
Duc de Sommerfet , étoit encore fi ré* 
cente , qu'elle ne douta point que fon 
Mari ne fût facrifîc fur le prétexte de rat- 
fon d'Etat , à l'a verfion particulière que 
la Reine de le Comte avoient l'un pour 
l'autre. Elle ne comprit rien de meilleur 
pour fe mettre à l'abri des malheurs qui 
la menacoient , que le crédit de la Corn* 
teffe de Dévonshire. Elle fut la trouver 
dans le Couvent où elle s'étoit retirée. 
Helas ! Madame , vous voyez l'infortu- 
née Leonore qui vient implorer vôtre pi- 
tié pour le Comte de Rivière , il eft en- 
tre les mains du Comte de Watwick ,1'on 
craint qu'il refufe la Rançon de fes Pri- 
sonniers ; jugez de l'état où je peux être» 
ôc de la pafiion avec laquelle je vous con- 
jure de vous ihtérefler à la confervation 
d'un homme qui n'a pour Crime Que de 
fervir fon Roi , & d'être Frcrc de la Rei- 
ne. Préfervez fa vie du terrible coup qui 
le menace $ en vous demandant la fien- 
**e > je vous demande la mienne. Ma- 
dame, 



DE WARWICK. 439 

dame, n'y prendriez- vous plus d'intérêt ? 
auriez-vous oublié que fans mes foins , le 
méchant Digby facrifioit Jaime à fa ja- 
foufie ? Je fçai ce que je vous dois, Ma- 
dame , répliqua la Comteffe en l'embraf- 
fant tendrement , ôc vous n'avez pas be- 
foin des motifs de ma reconnoifianec, 
pour m'engager à faire tour ce qui eft à 
«ion pouvoir. Ne perdons pas un mo- 
ment , Madame , car il n'en eft aucun 
qui ne foit précieux dans une telle ren- 
contre. Elle écuvit une Lettre au Com- 
te de Warwick , la plus touchante qu'el- 
le eût jamais écrite , & la donna i la 
Comteffe de Rivière , & lui confeilla de 
profiter de tous les momens. 

Cette Damechoifir le meilleur Courier 
pour la porter ; mais par un malheur ex- 
trême , il arriva dans le moment où l'on 
venoic de trancher la tête au Comte. La 
Prière de Madame de Dévonshire auroic 
été unQrdre irrévocable pour. celui à qui 
elle l'adreftbir. Il courut dans la Tente, 
où Ton gardotc cet iiiuûrc Prifonnier. 
Vous devez tout à la Coiïitefïè de Dévon- 
shire , Myiord , dit.il en entrant > elle 
me* preferit de vous rendre la liberté, 
jouïffez du bien qu'elle veut vous faire. 
Comme il ne paroifloit point , ëc que 
tous ceux qui l'entendoient parler crat- 
gnoient d*avoir trop précipité fa mort, 
perfonne n'ofoit f annoncer * mais il ju- 
gea bien par ce morne fîlence , que c'en 
Itoit fait. T 4 W 



440 LE COMTE ^ 

II en reflentit un déplaifir extrême i 
c'éroir la feule grâce que la Comtefle de 
Dévonshire lui eût demandée ; un mo- 
ment le mettoit en état de la fatisfaire s il 
leva les yeux vers le Ciel : Que je fuis 
Malheureux , s'écria- 1 il i tous les con- 
tre-temps font faits pour moi. Barbares 
Loix d'une implacable Guerre » où on ne 
reconnoîc plus les fentimens d'huma- 
nité , à quoi me contraignez. vous ? Il 
s'affligea beaucoup , en fuite il écrivit à 
Ja ComteiTe de Dévonshire , pour Te ju- 
itifier de ne lui avoir pas obéi. 

Cependant la Comtefle de Rivière im- 
patiente de revoir Ton cher Epoux > sa- 
vançoic à grandes journées fur les pas du 
Courier qu'elle svoit dépêché , lors qu'el- 
le l'apperçûr qui venoit comme un hom- 
sae concerné. 

Elle n'eut pas befoin de lui parler pour 
décider la t rifle Cataftrophe de fonMari. 
Un ferrement de cœur ôc mille funeites 
preflentimens , ne hii annonçaient que 
trop les nouvelles qu'elle craignoir. Elle 
pouffa des cris 4c des plaintes capables de 
toucher les Rochers dont elle étoic envi- 
ronnée. Elle voulut cent fois fe précipi- 
ter de leur fommet , & tous ceux qui l'ac- 
compagnoient n'étoient pas médiocre- 
ment embarrafîez. à la retenir. Quoi! 
difoic-elle , m'empêchera-t-on de fuirre 
celui qui m'a tant aimée , & que j'aimois 
fi chèrement ? Il n'a fç,û vivre fans moi, 

aurois- 



DE WARWICK. 441 

aurois-je l'ingratitude de vivre fans lui ? 
ôc quand je ferois capable de le vouloir, 
'helas 1 le pourrois-je ? Ses Domeiiiqucs 
prirent le Parti de la conduire dans une 
Abbaye de Filles peu éloignée du lieu où 
elle étoit. Elle n'en voulue pas fpreir , ôc 
elle eut au moins la crifte confolation de 
pleurer le refte de fa vie, ce qu'elle a voie 
fi chèrement aimé. 

Le Comte de Pembroc ôc Richard Har- 
bert Ton Frère étant Prifonniers de Guer- 
re , le Comte de Warwkk les condamna 
à perdre la tête comme le Comte de Ri- 
vière. 

A ces funeftes nouvelles Pembroc vou- 
lut parler au Comte de Warwick. Ce 
iTeft point » lui dit-il , pour vous priée 
de me conferver la vie , que j*ai voulu 
vous entretenir $ je ferois fâché de vous 
devoir un fi grand bien , ôc «ju'unc rai- 
fon fi forte put diminuer la haine que j'ai 
pour vous ; mais , Mylord *que vous a 
fait mon Frère ? eft-il caufe de /c que' 
nous fommes Rivaux ? Sa jeunette , fon 
courage, fa naiffance, tout vous deman- 
de çrace pour lui. Une Viftimc comme 
moi ne iufnVclte pas pour vous ? Sau- 
vez-le , Ôc me perdez tout feul. Je n'au- 
rai rien à vous reprocher , vous n'aurez 
rien à me reprocher', ôc nous ferons l'an 
ôc l'autre comens. L'état où vous êtes» 
Mylord , répliqua le Comte de Warwick» 
pou rr oit me fake oublier les trahifonsque 

T $ v«u» 



44i LE COMTE 

vous m'avez faites , & m'engager a Vous 
les pardonner , s'il ne s'agiflbic à préfent 
que de mes intérêts particuliers , mais je 
ne fçaurois vous faire quartier fans man- 
quer à ce que me preferivent lesLoix de 
la Guerre. Si j'étois tombé entre vos 
mains , vous en uferiez pour moi» com- 
me j'en ufe pour vous. Oui , Mylord, 
repartit fièrement le Comte de Pembroc, 
je pourrais bien en effet fonger à me dé- 
faire de vous : mais examinez fans paf- 
fion votre Sort te le mien ; vous avez 
toujours été mon Rival , vous avez tou- 
jours été aimé , j'ai toujours été maltrai- 
té • que n'ai-je pas fouffert ? Vous en 
êtes Punique caufe , ôc vous n'en fçaurîcz 
-avoir de juftes que l'impatience d'immo- 
ler un 'malheureux qui ofc chérir celle 
que vous chériffez ; mais en m'ôtant la 
Vie ", vous me rendez malgré vous an bon 
office. 11 y a fi long-temps qu'elle m'eft 
odieufe , que je (erois fâché de vous de- 
mander autre chofe que la mort. Com- 
mandez donc qu'on me la donne prom- 
ptement. Il n'en cft p?s ainfî de mon 
Frère. Hetos ! que vous a-t-il fait ? il 
ignore mes fentimens pour la ComteiTe Ôc 
pour vous , il fert fon Roi cV fon Bien- 
faiteur 5 ne feriez- vous pas dans les mê- 
mes intérêts , fi vous n'aviez pas un fu- 
jet particulier de vous plaindre d'Edouard ? 
& n'eft-ce pas vous qui Pavez mis fur le 
Trône d'où vous voulez l'arracher ? My- 
lord, 



DE WARWICJC. 443 

Jbrd , dit le Comte de Warwick en Tin. 
terrompanc , ma colère n'agit point dans 
cette rencontre-ci , c'éft la raifon d'Etat; 
je ne peux faire ce que tous fouhaitez j je 
vous quitte ., car il me feroit impoifible 
de vous réfifter. Il fortit craignant que 
la pitié ne l'empêchât de facrifîer à la 
Comtcffe de Dévonsfaire un homme qui 
avoit voulu la perdre. C'eft de cette ma- 
nière que finirent le brave Comte de Fcin* 
broc ôc fon Frerc. 

Edouard en fut plus touché , que de 
la perte de U Bataille. Helas ! djfpk-ik 
que mon amitié eft funefte à mes fîdeUcs 
Sujets ! qui pourra jamais remplir la pla- 
ce que ces braves Gens occupoienc dans 
mon affettion * 

Edouard infiniment touché de tant de 
mauvais fuccès> joignit avec des Trou p<s 
nouvelles le relie de celles qui a voient étc 
battues > mais fe trouvant trop foiWe , il 
fit parler d'accommodement $ & dansl'ef- 
pérance d'en conclurre un avantageux , il 
fe relâcha de la Difcipline qui fe doit ob- 
ferver à l'Armée. Le Comte en étant 
averti ,* Rrofita de l^biçuritjé de ia nuit* 
,tua tout ce qui vouloir l'empêcher de fe 
rendre Maître du Camp y îç parvint ainfi 
jufqu'4. la Tente du Roi qui dormok d'un 
profond iTommeil, . . 

Quelle furprife pour ce Prince, devoir 
à. labeur des Flambeaux le Comte de 
Warwick tout armé, l'Epé.e i., la, main, 

T °* qui 



444 ,LE COMTE 

qui droit fon rideau d'un air hardi , 8c 
qui le regardoit avec des yeux pleins de 
feu & de fierté ! Le Roi connut bien 
qu'il n'étoit plus en état de fe défendre. 
Vous êtes Vi&orieux f lui dit-il d'une voix 
ferme 8c tranquille > je fuis vôtre Prifon- 
Jlier , mais j'efpére , Mylord , que vous 
n'abuferez pas des faveurs de la Fortune. 
Je fçai le rcfpeft que je vous dois , Sire, 
-répliqua modefrement le Comte s plat au 
Ciel que Votre Majefté eût fçû de même 
'■€c quelle devoxt à un Serviteur tel que 
moi. Comte , dit le Roi , mes malheurs 
•font afîez grands , ne me faites point de 
reproches ; vous n'avez aucun fijjct de 
vous plaindre que fur mon Mariage» II 
me fcmble que perfonne au monde ne 
Jfok fçavoir mieux que vous jufqu'où va 
la puiflance de Tamour : mais pour tous 
marquer la bonne opinion que je confér- 
ée ^pour vous , je vous conjure que fi h 
Reine tômfcc en vôtre pouvoir , vous 
ayez pour erle tous les égards que fon 
Rang 8c fa Vertu méritent. Sire , repli* 
qua le Comte .l'honneur où Vôtre Ma- 
jefté ft élevée' de fon Sexe me mettent 
'ilafté des engagemens fi précis , que je n'y 
manquerai jamais. Edoiiard pouffa un 
(profond foûpir , Se kin>hc voir une f om- 
bre triftefle fur fon vifage ,. il ne parla 
plus,' mais il fe leva poùrfuivrc fon Vain- 
queur , qui le conduifît dans le Château 
àQ Warwkk. Cependant après quelques 

réfter 



DE WARWICK. 44^ 

réflexions , il ne le trouva pas allez ieu- 
rement. H' pria l'Archevêque dTorck 
fon Frère de le recevoir dans le Château 
de Mcdelan , Ôc de l'y' garder ; en fuite 
il partit ôc fut à Londres avec la derniè- 
re diligence. Son coeur le rappclloit tou- 
jours vers la Comtcfle de Dévomhirc j il 
ïçavoit le Couvent où elle s'étoit retirée, 
il s'y rendit ôc la demanda. 

Tout ce qui s'étoit pafTé depuis c â je la 
Comtcfle ne Favoit vu étoit fi considéra- 
ble ', qu'elle ne crût pas devoir refufer de 
lui parler. Je parois devant vous , lui 
dit-il >„ Madame , malgré la défenfe que 
vous m'en avez faite : mais il eft bien 
jufte de vous confulter fur la deftinée de 
deux grands Rois , fur la vôtre ôc fur la 
mienne. 

, Vous n'aurez pas de peine à croire» 
Madame', que je n'ai jamais fouhaite la 
Couronne. d'Angleterre , puis qu'ayant 
été Maître de la mettre fur ma tête, j'ai 
préféré celle d'Edouard. Comme je me 
trouve encore dans la fîtuation de vous 
1 l'offrir ,je ne peux réfifter a ce plaifîr. 
"jf£ viens donc mettre â vos pieds la Cou- 
1 rûnne d'Angleterre. Si vous voulez que 
\ je vous aide à monter fur le Trône , fi 
: ; Vous voulez m'y faire place , je vous ds- 
vrai mille fois plus que vous ne me de- 
vrez. Hcrri 'eft encore en Prifon dans 
la Tour de Londres , Edoiiard eft à Mc- 
delan j Ôc moi" ,' Madame , je fuis plus 

T 7 Pri- 



446 L E C O M T E 

P/ifonnier que ces deux Princes > faites 
de lérieufes réflexions fur ce que je vous 
dis i le temps prefle, & vous pouvez me 
rendre hturcux , &ns .que perfonne au 
monde s'y cfppofc. 

M y lord , die fa Comteffe , je n'ai pas 
befoin de faire de longues réflexions pour 
répondre aux offres que vous me faites. 
Ce n'eft point l'éclat d'une Couronne qui 
pourroit m'éblouïr i je n'ai pas attendu 
que vous fufliez en état de m'en donner» 
pour rendre juftice à vôtre mérite* Je 
vous rends donc juftice * Mylord , & je 
ne m'étendrai pas même davantage fur ce 
Chapitre , ne voulant point vous décou- 
vrir juïqu'où va mon malheur , quand 
je me trouve forcée par le devoir 6c par 
la bieiiiéance de reftifer un Epoux qui 
peut faire la félicité de ma vie. Ah ! -Ma- 
dame , s'écria le Comte en pouffant un 
profond foûpir , n'adouciflez point ' par 
des termes obfîgeans , toute l'amertume 
d'un di (cours fi cruel. Vous trouveriez 
bien des raifom pour m'accorder -vôtre 
main , fi la mienne ne vous ctoit pa» 
odieufe , mais vous, aimez mieux renon- 
cer au Royaume que je vous offre , que 
de régner avec moi. Après cela , Ma- 
dame ., il ne me relie plus rien à faire 
qu'à mourir. Je vais être auffi foi gn eux 
d'en chercher les occafions , que je Tau- 
rois été de les éviter, fi vous aviez d'au- 
ttes fentimens. Achevez» Mylord , ache- 
vez 



DE WARWICK. 447 
vez de m 'accabler , répliqua la Corot elle ; 
doutez de mes paroles , doutez , puis 
que vous me forcez de le dire , doutez 
de la poffeffion de mon coeur*, doutez 
que je vous aime plus que roue ce quiref- 

{rire. Helas ! Madame , die le Comte en 
'interrompant , qui eft-ce qui pourrok 
m'en perfuader ? Vous avez Ja bonté de 
ne mepasaflbmmer tout d'un coup, vous 
me deftinez à un plus long Martyre» mars 
je ne Cuis point en état de ré {îfter au re- 
fus que vous me faites , j'en mourrai af- 
furémenr. 

Toute la converfation du Comte de 
Warwick & de la Comteflc de Dévonshi- 
re roula fur des prières & des reproches» 
fur des aflurances d'amitié ôc des justifi- 
cations. Enfin > ils fe réparèrent avec 
une égale douleur de fe quitter, & la 
ComtefTe demeura pénétrée de la plus vi- 
ve inquiétude pour fon cher Comte. Le 
Kolle qu'il joùoit étoit fi grand > il y 
avoir tant de périls attachez pour lui , que 
tout allarmoit cette belle perfonne. 

Le Comte de Warwick dcfcfpérant de 
pouvoir perfuader Madame de Dévonshi- 
* e , 4e .recevoir la Couronne de fa main, 
& n'étant capable de la vouloir qu'à eau** 
fe d'elle $ il tourna Ces pas vers Londres, 
réfolu de tirer Henri de la Tour où Edouard 
l'avoir toujours retenu Prilonnier , de 
d'oppofer ce Roi à l'autre : mais comme 
il croît ça chemin > le Duc de Clarcnce 

foo 



448. LE COMTE 

fon Gendre & le Marquis de Monraîga 
vinrenr le joindre, & lui apprirent qu'E- 
doihrd ayant perfuadé à l'Archevêque 
d'Yorck de le laitier forcir quelquefois du 
Château de Medelanpour aller à la Chai* 
fe , ce Prélat n'en voyant pas les confé- 
quences , n'avoir pu refufer une fi petîre 
chofe à fon Roi , lequel s'étoit fauve par 
le moyen de Guillaume Stanley 6c de 
Thomas Borogh , tous deux fidcUcs à ce 
Prince. 

- Ces nouvelles changeoient absolument 
la face des affaires. Bien loin de s'appro- 
cher de Londres , il falloit s'en éloigner» 
parce qu'Edouard y étoit déjà retourné, 
& qu'il y avoit été reçu avec de grandes 
acclamations. Ils fe rendirent tous à Lin- 
coln. Le Roi de fon coté ne carda pas à 
former une Armée » qui ayant rencontré 
celle du Comte de Warwick commandée 
par Robert Weles , le Combat fe donna 
proche de Staford > Weles fut pris , le 
Roi lui rit trancher la tête, ôc Je. Parti 
du Comte fut mis en déroute. 

Un changement de Fortune fi prompt 
6c fi peu attendu auroit été capable dcéè- 
concerter un génie moins ferme que le 
•fien : Il vit bien qu'il n'y avoit point de 
Salur pour lui en Angleterre. Tout fon 
dcfefpoir étoit d'y Jaiffcr la Cdiritefle de 
Dévonshire. Qtrcne craignoit-il pas pour 
elle de l'amour ou de la haine d'Edouard ? 
11 lui écrivit une Lettre & lui envoya Be- 
iriacourc. Les 



DE WARWICK. 44? 

Les 'Guerres Civiles du Royaume agi- 
roient tant de dirlercns intérêts > que Ja 
ComtefTc étant obligée de fe relâcher utt 
peu de la grande Retraite qu'on lui avoic 
preferite, elle parla à Bcrincourt. 11 lui 
raconta les dit'g races de Ton Maître , com- 
me quoi il allott à Calais avec le Duc & 
la Duc h elle de Ciarence ', qu'il la conju- 
roit d'y venir , qu'elle n'auroit rien à 
craindre de leurs communs Ennemis > Si 
qu'en la voyant , il jouïroit d'un repos 
dont il avoit befoin , pour n'être pas ac- 
cable par mille autres contre-temps. La 
Comteilç parut uès-lcnfible aux malheurs 
de (on Amant , aufli bien qu'à tout ce 
qu'il faîfoit de tendre pour elle ; mais el« 
le ne pût fe réloudre de paffer la Mer. 
L'on oubli eroit tout ce que je dois crain- 
dre d'Edouard en Angleterre , dit- elle, 
pour ne fe fou venir que du Comte de 
Warwickquc je trouverais en France. Je 
ne prétends pourtant pas braver le péril i 
je ferai foigneulè de me cacher. Elle écri- 
vit au Comte afin de le confoler , mail; 
fa douleur la prciTant » elle quitta Berin* 
court , & s'enferma pour répandre dei 
ruiifeaux de larmes 

En effet , on n'a jamais aimé plus chè- 
rement qu'elle aimoit cet illuftre Comte» 
depuis le premier jour qu'elle l'avait con- 
nu , jufqu'alors. Eile ne pouvoitlui re- 
procher un moment de négligence. Les 
chofes ont bien changé dans le temps où 

. nous 



4fo L E CO MT.E, 

nous fommcs. I] ne faut point être Hé- 
ros pour être infidelle * il fuffit d'être 
lequté : en ce temps-là le Héros et oit fî- 
delle fans être écouté. 

Le Comte de Warwick attendoît im- 
patiemment le retour de Bertncourt. La 
Lettre de la Comtefte étoit fi pofitiye, 
que ne pouvant fe Hâter qu'elle fe laide* 
roit perfuader de venir à Calais , il fon* 
gea que Ton Salut dépendoit de la dili- 
gence qu'il feroit pour s'y rendre. IJ 
quitta les Côtes d'Angleterre, regrettant 
amèrement Madame de Dévonshire , & 
lai raifant mille reproches fecrets : enfin 
il arriva dans le Port de Calais , où bien 
loin de le recevoir , il éprouva le con- 
tra fie ordinaire aux personnes perfécutées 
par la Fortune. Il y avoh Jaifle , pour 
commander en Ton abfence , Vau clair 
Gentilhomme de Gafcogne. Celui-ci (ca- 
chant la déroute de (on Bienfaiteur, loin 
de lut ouvrir les Portes , fit tirer le Ca- 
non fur fa petite Flotte * Se fans que le 
£omte de Warwick ordonna prompt ement 
qu'on tint le large ; il auroit été coulé à 
fond. 

Il eft aife de juger de l'inquiétude & 
de l'indignation de ce brave Homme. 
Pour combJede difgrace , la Ducheflcde 
Clarence fa Fille , enrayée du péril où 
elle fe trou voit , fur prife de violentes 
douleurs , & mit au monde un Fils qui 
aoanquoit de tout fecours > & même de 

ceux 



DE WARWICK., 4f* 

ceux qai font néceffaires à la vie. Le 
Comte de Warwick la voyant en cet étar, 
fit céder fon reflenriment contre Vauclair, 
à fa tendreffe pour <a Fille. Il l'envoya 
prier de fouffirir que le petit Prince de 
Clarencc qui venoit de naître , reçût le 
Baptême dans la Ville , ôc qu'on en rap- 
portât des rafrakhiflemens pour laDu- 
chefle qui étoit mourante dans le Vai fléau. 
Vauclair voulut bien l'un & l'autre * le 
Comte 3c le Duc ne fe promettant plus 
l'Azile qu'ils avoient lieu d'efpcrcr dans 
cette Place , remirent à la Voile , àc ar- 
rivèrent à Dieppe , où ils furent ire»- 

bien reçus. , 

Après s'être donné le temps de s y r*- 
pofer y la Duchcflcde Clarencc fe trouv» 
affçz. bien pour entreprendre avec fon 
Père , fon Mari , & fa Sœur , d'aller 
joindre Louïs XI. à Amboife. Il leur fie 
»n accueil fi favorable , qu'ils eurent tout 
fujet de fe promettre l'honneur de fa Pro- 
tection ; en effet , il ne doutoit pas que 
le Comte de Warwick , fenfible à YAf- 
front commun qu'il avoit reçu avec la 
Princefle de Savoye , s'étoit révolte con- 
tre Edouard, pour s'en vanger. Le Com- 
te fçût à fon tour que Charles Duc de 
Bourgogne , avoir été affez hardi pour 
menacer le Roi d'une Guerre , s'il prc-. 
noit fon Parti . & que ce Prince pique 
Toulon: embrafler fes Intérêts hautement. 
Marguerite d'Anjou Femme du Roi in- 
° forcune, 



4f* L E C O M T E 

fortune , qu'Edouard tenoit Prifonnicr, 
menoit une vie trifte en France s c'étoitle 
feul endroit d'où elle put (c promettra 
du Secours pour remonter fur le Trône. 
Elle fçavoic ce que le Comte de Warwick 
vouloir faire pour le fervice du Roi fon 
Mari ; k reconnoiflance qu'elle lui dé- 
voie la prefla de le voir de de le remercier 
elle même. La Duchefle de Carence étant 
incommodée de la fatigue du Voyage, la 
Reine vint chez elle avec fon Fils > c*é- 
toic un jeune Prince dont la caille fort au 
defïus de Ion âge , Ja beauté de le grand 
-tir défîgnoient allez la nobieiïe de fon 
Sang. La Reine & la Duchefle de Caren- 
ce répandirent b? ucoup de larmes : le 
ibuvenir de leurs malheurs les empêcha 
pour quelque temps de pouvoir penfer cfc 
parler d'autre chofe \ mais lors que la 
Reine jetca les yeux fur Aune de Ncvilk 
Fille du Comte de Warwick , & la Ca- 
dette de la Ducheffe , elle rcfla un mo- 
ment éblouie de ta i a vidante beauté. Le 
•Prince de Galle en retienne la force aufli- 
t6t qu'il la vit , êc bien qu'il eût l'efprit 
agréable èc fia , il ne fut capable que d'ad- 
miration fans pouvoir l'en t retenir com- 
me il l'auroir voulu. . 

La Reine prit de grandes mefures avec 

le Comte en faveur de Henri , contre 

:£doùard. Cette Princefle l'engagea de 

.joindre fon Crédit au fîen , pour obtenir 

des Troupes de Louis X L Biça qu'elle 

lui 



DE WARWICK. m 

lut appartînt , âc qu'elle l'en preffâc de- 
puis long- temps , il Ta voit toujours re- 
fufée fur divers prétextes ; mais auffi-tôc 
que le Comte en voulut partager l'obliga- 
tion , le Roi leur accorda tout ce qu'ils 
fouhaitoienr. 

L'efpcrance de retourner bien-tât en 
Angleterre à la tête d'une Armée , don- 
noie une fecrettejoye à la Reine êc au 
Comte. Pour entretenir l'union dans 
leurs Familles , ils fe voyoient tous les 
jours , cV faifoienr de petites Fêtes fans 
éclat , où le Prince de Galle fe furpaflbic 
pour Miledy Anne j il lui apportoit des 
Couronnes de Fleurs & des Guirlandes* 
qu'il lui préfentoit d'un air timide de cm- 
barrafle. Elle les recevoir avec émotion. 
& bien qu'ils parla fient peu , quand ils 
étoient enfemble , ils s'ennu voient dès 
qu'ils étoient iéparez. 

Le Prince de Galle s'étoir flâté que la 
Ducheflfe de Clarenceôc Miledy Anneac- 
compagneroient la Reine fa Mcre , qui 
vouloir pafler à la tête des Troupes qu'on 
préparoit pour l'Angleterre s mais il fçût 
que le Comte de Warwick ne jugeoit pas 
à propos que Tes Filles quittaient la Cour 
de France , & il le fçût avec un déplaifir 
capable de le faire mourir. II n'a voit 
point encore découvert Tes fentimens à 
Miledy Anne. Les premières pallions font 
plus refpectueufcs Ôc plus fortes que tou- 
t« les autres. Il trcmbloit dés qu'il fe 

placoir 



4J4 L E C O M T E 

plaçoic auprès d'elle , & quelque envie 
qu'il eût de lui parjer , il n'ofoit le foi- 
re. L'inquiétude «3c les divers combats 
qui fe paffoient dans Ton cœur , le rendi- 
rent bien- tôt méconnoiffablc. La Reine 
d'Angleterre en et oit effrayée» Se le relie 
de la Cour commençait à s'en apperce- 
voir. 

La Duchtfle de Clarence étoit fouvent 
dans fa Chambre. Miledy Anne l'accom- 
pagnoit i ôc quand la Reine y venoir, 
comme elle parloit avec la Dtichcfle , le 
Prince entretenoit Miledy : Au refte, 
Madame , j^ui dit-il un jour , malgré la 
langueur qui m'accable , je fuis très -vif 
fur tout ce qui vous regarde > ôc j'ai été 
foigneux d'envoyer demander chez Ma- 
dame * votre Bocte. Cela s'appelle , rc* 
pliqua Miledy , que fa Lottcrie eft tirée; 
je vous avoué que je feroîs ravie d'y avoir 
quelque chofe~, j'en prendrons un boa 
augure pour nos grandes affaires. Cette 
Lotterie eftcomoofée de tant de Lotsdif- 
férens , dit le Prince» qu'il nous en vien- 
dra peut-être Quelqu'un que vous ne trou- 
verez pas à votre gré. Il eft vrai , répli- 
quait- elle , en baiâànt la voix , que s'il 
y a quelques Bijoux curieux > Madame 
les fera tomber au Comte de Beaujeux. 
Quoi ! vous vous êtes donc apperçûc, 
continua le Prince , que cette Princcffca 
des fentimens particuliers pour lui ? En 
vérité iï ne faut pas être fore habile * re- 
prit- 



DE WARW1CK. 4J7 

prie-elle > pour deviner ce qu'elle penfc 
Jà-dcflus , & mon Père en parle fi fou* 
vent avec Madame ma Sœur , que je ne 
mérite pas feulement l'honneur de la dé- 
couverte. Mais, Seigneur, ajouta- 1 elle, 
farisfaites ma curiofité , donnez-moi ma 
Boëtc. Une fi bette main, lui dit-il , ne 
fçauroit tirer que de bons Billets. En 
achevant ces mots , il lui préfenta une 
Boëte fort jolie cachetée avec une Anti- 
que qui repréfentoit le Dieu du Silence. 
Devinez , lui dit Miledy Anne en rianr, 
ce que veut dire ce Hierogliphe > c'eft 
que fi nous n'avons rien nous en garde- 
rons le fecret , car en ce monde il ne fe 
faut pas vanter de fes difg races. Pour moi, 
Madame , répliqua le Prince de Galle, je 
l'explique encore d'une autre manière» 
c c Dieu du Silence preferit aux gens con- 
tins de fe taire , car en ce monde il ne 
faut pas le vanter de fa bonne Fortune. 
Quoi ! vous ne parleriez point de la v6- 
tfe, lui dit- elle ? Non, Madame, con- 
tinua-cil , je n'en parlerons point , ou 
je n'en parlerois qu'à vous. 

Cependant Miledy bu vroit laBoête, & 
décachetant un petit Billet elle fit un cri : 
Ah 1 Prince, dit-elle avec un air de joye, 
j'ai quelque chofe 5 elle lût auffi-tot, 

te Cmir du Prince de Galle fottr Miledy 
%jlnnt. 



4j6 L E C O M T E 

Elle revoit à ce qui venoit de fepafler, 
lors que laififiant cette occaûon : Mada- 
me, lui dit il, je n'a vois pas befoin pour 
me donner à vous que le hazard déter- 
minât mon Sort > mais J'ofe profiter de 
cette conjoncture • p*ur vous faire un 
a vœu fincére ck ref peau eux » que vous ' 
recevrez peut-être avec mépris , bien 
qu'il vous fafle connoître la force de vos 
charmes , & celle de mon attachement» 
Pourquoi , Seigneur , vous entend rois- 
je avec cette indifférence offenfante que 
vous craignez ? Helas ! Madame, con- 
tinua t-il , je me rends juftice , je fuis 
un Prince infortuné, fans Couronne, fans 
Royaumes -, vous en méritez , Madame^ 
je ne puis vous en offrir $ j'ai pour tout 
bien un cœur fidelle & tendre qui vous 
adore. 11 fe tût en cet endroit , fes yeux 
timides n'ofoient plus regarder Miledy; 
mais comme elle n'avoit rrn vu en fa vie 
de fi aimable que ce jeune Prince , elle 
lui dit avec beaucoup de modeftie & de 
grâce ; Croyez- vous , Seigneur , que j'aye 
oublié que vous êtes le Fils d'un grand 
Roi , & que la même Révolution qui l'a 
arraché du Trône peut l'y remettre avec 
plus d'éclat ? C'cft en effet unechofe pof- 
lîble , ajouta le Prince : mais , Madame, 
fi je reftois toujours malheureux > me dé- 
fendriez vous de vous adorer ? Miledy 
rougit y & lui dit en riant , qu'elle n'é- 

* toic 



DE WARWICK. 4f 7 

toic pas accoutumée à répondre à de* 
guettions fi peu néceiïaires. 

La Reine accoucha en ce temps là d'un 
Dauphin , qui fut Charles VI H. Toute 
la France en reflentit une.cxcefiïve joye, 
& le Roi voulut que le Prince de Galle * 
fût un des Parrains. La Cérémonie ayanc 
été fort pompeufe , le jeune Prince alla 
remercier ce Monarque de l'honneur qu'il 
lui avoit fait , Se comme il le trouva fcul 
dans fon Cabinet , ôc que le Roi qui étoic 
ravi d'avoir un Fils , lui difoit avec bon- 
té : Je veux vous rendre heureux > il fe 
jet ta à Ces pieds , ôc embraflant fes ge- 
noux : Sire , dit- il , Votre Majefté peuc 
tout pour la félicité de ma vie. Ce n'eft* 
ni vos T refors ni vos Troupes que je de- 
fire s j'ai une ambition qui furpafle touc 
cela. Que délirez,- vous donc , mon Ne- 
veu , répliqua le Roi , furpris des paro- 
les du jeune Prince ? Site, continua-t-il, 
puis que Votre Majcfté me permet de le 
{lire , je defire Miledy Anne s faite que 
je l'époufe. Quelque cruelle que me fok 
la Fortune, je ferai toujours content. Le 
Roi lui promit d'y penfer 5 & comme il 
lui fembla qu'il feroit fort bien d'unir la 
Maifon de Warwick à celle de. Lenclaftre, 
^ par conféquent le Duc de Clarencede- 
. viendroit Beaufrcrc du Prince de Galle, 
la Reine d'Angleterre ayant parfaitement 
bien reçu la Proportion nue le Roi lui fie 
<fe ce Mariage > il fe célébra avec une 
Tome IL V grande 



4f8 L E C O M T E 

grande magnificence., & la plus fendbïc 
joye que Ton aie jamais retienne de la 
parc de deux jeunes Epoux. 

Les Partifans du Comte n'avoient pas 
difeontinué de travailler fecrettement à 
rétablir Ton Parti. Ses deux. Frères pa- 
roifloient en apparence dans celui d'E- 
douard > mais ils ne s'étoient attachez à 
lui que pour être informez de toutes fes 
démarches. Il croyoit fes Ennemis abat- 
jus fans>rettburce. Toute Ton application 
alloit à inventer des Fêtes , des Chattes, 
& des Jeux où les plus belles per formes 
triomphoient à leur tour. 

Le Duc de Bourgogne fon Beau -frère, 
moins galant & mieux averti , ne difeon- 
tinuoit pas delui mander qu'il au roit bien- 
tôt un Hydre à combattre . dont il ne 
pourroic couper toutes les têtes , & qu'il 
de voit l'empêcher de bonne heure de fc 
former i mais ces Avis étoient trop mé- 
prifez pour être fui vis. 

L'on écrivoit fans cette au Comte de 
Warwick que tout étoit prêt , qu'il parût 
feulement , de qu'on lui répondoit du 
rcite. Il ne manqua pa.s d'en rendre com- 
pte au Roi de France de à la Reine d'An- 
gleterre, & comme les Troupes que Louïs 
donnoit â Marguerite n*ét oient pas enco- 
re en état de partir » Ton fût d'avis que 
Je Comte allât devant , afin de profiter 
de la bonne volonté de fes Créatures Un 
feul obùâck faifoit de la peine $ c'elr. que 

le 



, DE WARWICJC. 4f0 

M,? M j dc 1/ Bo , ur B°g n « *"* couvert J« 
M !T de . Vaiflêaux , pour empêcher le 

«out hazarder dans ce Trajet ; & que ne 
devwtpas craindre Je Comte deWrvick 
du Duc de Bourgogne for, Ennemi capi- 
tal ?n vojwk l« péri! aufli grand qu'il 

I î. & ,a £cule P enfée qu'il alloit fe ra- 

K" d 5 fa ch . é " Comte/Te , fuffifoit 
pour Je faire partir. 

Une Providence particuliers veilla à fa 
fturete. La formidable Flotte du Duc de 
Bourgogne fut difperfée par une Tempe! 
«au moment que le Comte paflbit: a i n C 
'1 prit terre à Dartmouth avec tous ceux 
qui laccompagnoKnt, fans trouver au- 

Ût dl t " 8 f " Am,î - Auffi ' tot °n 'bu- 
fut de toutes parts pour fe joindre a lui 

II fit quç ceiw qui pourroient porter les 
Armes depuis feizejufqu'à foi/ante Ans! 

«uc d Yorck avoir injustement chaue du 
ït^' dc A ma ™re qu'il fe trouvait 
tête d'une Armée defoixante mille hôa* 

DlaiffrT ' ,ctar S"î uc où l'amour 5c ie* 
Plaifirs le «noient enchanre. Il avoir u* 

8«ce ce qu'il pût de Troupe, j n^Ti 



460 LE COMTE, 

en avoir fi peu , que Ton premier foin fut 
de fe camper proche de la Mer , pour 
ctre prêt à tout événement. Celui qui 
lui arriva d'être abandonné par (à petite 
Armée à la follicitation du Marquis de 
Moncaigu pour lequel il ayoit eu beau- 
coup de confiance , & qui en abufa dans 
cette rencontre , le contraignit de ne 
plus fonger qu'à s'embarquer, 11 étoit 
pour lors au Château de Linnes ; & com- 
me il entendit crier de tous cotez. Vive 
le Roi Henri , il commanda qu'on gar- 
dât bien le Pont , pendant qu'il entreroit 
avec le Duc de Gloccfter fon Frère dans 
un Vaiflcau , pour fe réfugier chez fes 
Voifins. Il prit la Route de Flandres, 
très-mal accompagné , manquant de Pro- 
vifions de des choies les plus néceffaires à 
la Vie, H n'avoit que fes Armes pour fe 
défendre , ou pour mourir en homme de 
courage. Quelle Révolution , mon Frère i 
difoit-il au Duc de Gloccfter * nous voi- 
ci errans fur la Mer , fans biens , fans re- 
traite, fans Amis ; qui peut compter fur 
la Fortune ? Je n'ai plus d'efpoir en quit- 
tant l'Angleterre qu'au Duc de Clarencc. 
Et quoi, Sire ! dit le Duc de Glocefter, 
mon Frère , cft-il aflez heureux pour ren- 
trer dans vos bonnes grâces ? Vôtre Ma- 
jefté lui a-t-ellc pardonné fa Rébellion ? 
C'eft un fecret , répliqua le Roi , que je 
teux bien vous confier. 
J'ai renvoyé en France une des Fem- 
mes 



iu 



DE WARWICK. 461 

mes de la Duchefle de Clarence , à qui 
j'ai trouvé tanc d'efprit & de conduite» 
que je lui ai laifle le foin de négocier avec 
fon Maître ce que je fouhaicois. Elle lui 
a fait connoître que rien n'eft plus oppo* 
féâ la grandeur de notre Maifdn , que de 
fervir celle de Lcnclaftre 5 que fes véri- 
tables intérêts êc ceux du Comte de War- 
\rick font fort différais 5 àc que je lui 
pardonnerai volontiers , s'il fe repent de 
bonne foi. 

Ceft ce qu'il a fait , ajouta Edoiiard: 
mais le temps de fe déclarer n'eft pas cri- 
core venu ; cependant cette idée me flâ- 
*c , mon amc flotanre entre la crainte cV 
l'efpérancc , trouve des poflibilitez dan* 
nion retour qui me foûtiennent. Je fuis 
perfuadé comme Vôtre Majefté ., dit le 
Duc de Glocefter , que nous verrons en- 
core une Révolution favorable qui vous 
remettra fur le Trône que vous venez de*' 
perdre. C'cft ainfi que. ces Princes in- T 
fortunez cherehoient quelque confola- 
tion à leurs peines. 

b Dès que le Marquis de Montaigu eut 
joint fon Frère , ils s'enfermèrent enfem- 
Me , & tout le monde jugea que c'étoit 
pour concerter ce qu'ils dévoient faire 
dans la fuite d'une entreprifc.dont les com- 
nicncemensétoient fi heureux. Maisaprès 
s'être embraflez , ils ne parlèrent que de 
Ja Comtdflfe de Dévonshire. Le Comte 
en demanda des nouvelles avec le damier 

V 3 coi 



4?^ L E C O M T E 

empreiTemenr. Le Marquis lui dit qu'E- 
douard ayant découvert (a Retraite , il y 
âtoic allé , & l'a voie- conjurée qu'il pût 
l^cntrctenir > que Ja crainte de lui déplai- 
re , &; de le mettre en droit d'en mal 
ufer , l'avoir obligée de paroître. Ah! 
mon t rcre i que me dites-vous , s'écria 
le Comte ? Ce Prince efî aimable : que 
je redoute la converfation qu'il a eue i II 
cil: certain , reprit le Marquis » que je 
n'en étois pas moins allarmé que vous, 
& que j'aurois donné ma vie pour inter- 
rompre leur tête à tête', mais au retour 
le Roi m'appella & me dit : Quelque re- 
buté que je fois de l'indifférence & de la 
fierté de la Comtelîe , je ne peux lui re- 
fit fer mon eftime. Elle a tant de vertu» 
qu'en perdant Tcfpoirde lui plaire > je ne 
peux cefler, de l'aimer. Cette confiden- 
ce , continua le Marquis , me foulagea 
au point que vous pouvez vous l'imagi- 
ner. Je priai le Roi de bannir de ion 
coeur, une Perfonne fi peu reconnoiûan- 
te 5 àc comme je m'appercûs qu'il fon> 
geoit encore â là revoir , je lut écrivis, 
que (i mes confeils ne lui étoient point 
fufpecls » il me fembloit qu'elle ne feroic 
point mal de s'éloigner de Londres, pour 
éviter des empreâemens fâcheux. Elle 
me fçût gré de mes foins , ôc partit pref- 
que aufïi-tôt avec Myiord Stanley & fa 
Femme pour Notingham. Quoi ! dit le 
Comte i ellccû fi près dénoue ? Allons, 

allons 



DE W ARWICK. 463 

allons la chercher , je ne peux vif r clans 
la voir . 

Si le Comte de Warwick avoit eu moins 
de paAion, pour 4a Contrefie dcDivonsh*» 
r* , il anrotc fuivi Edouard , 5c l'attroic 
arrêté : s&ais il otoois point d'iméfcca 
qui ne cédaûesu à Ton amour. 11 pria Ton 
Ivcrc de relier dans Ici Camp , pcndtfnc 
qu'il- chcrchcroic la Comcciïe. Il voulut 
encore, lui offrir une Couronne que la 
Fortune venote de remet cre «nrre fes 
mains , ôc donc il pouvoir difpofer au gré 
de Ces defirs. Mille penfées différente* 4e 
flâtérent >Ô€ le defelpépércnt là-deflus* 
tantôt il croyoit qu'elle l'accepter oit , tan- 
tôt il craignoit qu'elle ne la refuilt. 11 le 
rendit à Nowngkar» arec la dernière di- 
ligence y niais il fçût en arrivant que My* 
lord Stanley n'y étoic plus 5 que toute fa 
famille effrayée par les Armées qui envi- 
ronnement cette Ville , s'écoit mife en che- 
miapourt retourner à Londres r et que la 
Comtefiedft Dévonshice méiteoit une Re- 
traite qui feroit difficile à tronver. * i 
Dès que le Comte eut «pris ces parti- 
cukritex , il voulut la fuivre $ mais enfin 
il comprit tout le péril où il alloits'expo. 
fer , s'tt écoit rencontré par quelque reite 
du Parti d'Edouard 5 qu'il n'étoit poinc 
accorâpagné , & qu'il valoit mieux depb* 
cher rkrincourt à la Comteffe. IllechaN 
gea d'uri*L4ttrt cA-ces termes; 



Ce 



4 64 LE COMTE 

/~*M mime corur oui vous adore , Mada- 
me » vient s'offrir à vous avec la Cou- 
ronne d'Angleterre > dijfefez. du cœur >/iif- 
fofez. de la Couronne ; rendez, mon Sort 
heureux j acceptez, lun çr l'autre, 

Perfuadez. à Madame de Dévonshire, 
die le Comte , que fi elle me refufe avec 
k même opiniâtreté qu'elle jne fie paroi- 
tre la dernière fois que je l'ai vu cj qu'en 
perdant l'efperance de la pofleder , je 
n'aurai plus de foin pendant ma vie que 
de chercher une prompte mort. Berin- 
court partit & trouva la ComtcfFe à quel- 
ques milles de Londres , dans une. Maifon 
où elle .s'é toi c arrêtée. Lors qu'elle L'ap- 
perçût elle changea de couleur , & ref- 
fentit toute l'émotion que Ton a quand 
en va apprendre des nouvelles de ce qu'on 

aime. 

Mylord cft cncoreVLftorieux , dit- elle, 
•n s'a vançant vers ce Gentilhomme i vous 
jugez bien que j'en ai plus de* joyc que 
perfonne. H ne tiendra «qu'à, vous , Ma- 
dame , répliqua Berincourt , de le con- 
vaincre de cette vérité. 5 jufqu'à préfent 
vous l'avez mis en état d'en douter. La 
Comtefie ne répondit que par un profond 
foûpir ; & prenant le Billet qu'il lui pré- 
senta » elle le lût plus d'une fois, en fui- 
te elle dit i Berincourt les mêmes chofes 
qu'elle avoic dites à ton Maître. Je fuis 

plus 



DE WARWICK. 46 f 

plus cendre qu'ambitieufè , ajouta-t-cUe; 
je connois le mérite infini du Comte de 
Warwîck -, j'ai lieu de croire qu'il m'ai-, 
me , j'en ai une fincére r(C >nnoi(Tancei 
je fens bien que je ne peux être heureufe 
fans lui de fans fa tendreffe ; mais après 
cet avœu , que me demande-t-il ? N'eft- 
ce pas lui qui s'eft battu contre mon Ma- 
ri ? n'eft-cc pas lui qui fa tué ? Il ne 
m'eft pas permis de l'époufcr ; de fi j'é- 
tois capable d'y confentir , je fuisperfua- 
déc qu'il cefleroit de m'eftimer. Tout ce 
que Berincourt pût dire pour lui infpirer 
d'autres fentimens, devint fi inutile , qu'il 
fut obligé de la quitter avec un extrême 
chagrin de n'avoir pas rcufïî. Elle écri- 
Tit au Comte pour le remerder de l'hon- 
neur qu'il lui faifoit , & pour l'a durer de' 
fa douleur d'être hors d'état d'accepter fes 
offres. Enfin Berincourt partit , ellerefta 
plus affligée qu'elle l'eût été de fa vie. 

Le Comte de Warwick attendoit im-* 
patiemment le retour de fon Ecuyer. Les 
nouvelles qu'il lui apporta de Madame de 
Dévonshire , ne fervirent qu'à le rendre 
plus malheureux II s'enferma dans fon 
Cabinet» pour laifier un libre cours à fes 
plaintes. Il pleura , il fouhafta mille fois 
la mort ; en fuite il agita ce qu'il dévoie 
faire d'une des plus belles Couronnes dix] 
inonde , dont il étoit le Maître > & pre- 
nant tout d'un coup fon Parti , il fe tait 
à la têce de l'Armée qui attendoit fes Ôr- 

V s dresj 



a66 LE C O M TE 

dres ; êc cria , Vire le Roi Henri , que 
le Ciel le conferve , ÔC que fon Régne 
{bit rempli de félicite. À ces mots les 
Officiers & les Soldats pouffèrent de grand* 
Cris , répétèrent les paroles du Comte. 
Ils prirent tous enfemble le chemin de 
Londres , où le Comte de Warwick vou- 
lant achever Ton Ouvrage , il fut dans la 
Tour retirer Henri de rennuyeufe& lon- 
gue captivité qu'Edouard lui avoit fait 
fouffrir. 

II cft aifé de juger de la joye de de Pé- 
tonnement de ce Roi infortuné, & de ce 
qu'il pût dire à fon Libérateur , dans un 
temps où il fe promettent fi peu la liberté 
5c la Couronne. Le Comte reçût fes ca- 
refles avec un profond rcfpeft > 6c lors 
qu'il lui parla de fa reconnoiflance > il le 
fupplia de le regarder comme un Sujet 
fournis , qui s'eftimoit trop heureux d'a- 
voir contribué à le remettre fur le. Trô- 
ne. ' H le mena en fuite â TEvêché j de 
le jour étant arrête , il le conduifît â la 
Cathédrale, revêtu des Ornemens Royaux, 
après avoir donné ks Ordres néceflaires, 
pour que cette Cérémonie fe paflâc avec 
tout l'éclat poflible. 

4 Cependant l'infortunée Reine Elifabeth, 
qui Vavoît pu fuivre Edoiiard dans fa fui- 
tp\, apprenant l'étrange Révolution qui 
vc'nplr, «Tarn ver aire affaires du Roi Ion 
Mari * & que le Comte de Warwick Con 
plus cruer.Êuncmicntroit Victorieux dans 

Londres, 



a 



DE WARWICK. 467 

Londres, elle courut s'enfermer dan* 1 £- 
glife de Weftminfler , s'y promettant ua 
Azile- i & foit que l'affliâion qui la de* 
voroic eût avancé fon terme » elle mit ail 
monde l'aîné des Fils d'Edouard , qui 
porta le nom de fon Père , ôc qui ne fut 
euéres plus heureux que lui. Le Comte 
içacharu l'état où cette Princcffe étoit ré- 
duite , envoya Beriucourt Taflurer de fon 
refpect , êc la peier de ne rien craindre 
dans un lieu où il avoit qutlquc Crédit. 
La Reine ne répliqua à ce Compliment 
que par des fanglots àc par des larmes. + 
• Berincourt dit au Comte que la Reine 
croit dans un état pitoyable , manquant 
de tout. Il fut pénétré de cômpaffion ôt 
Je renvoya fur le champ lui prefenteruna 
Som.tne très : confid érable d$ns, uWCaflen 
t,c magnifique. Quelque droit que j'aye, 
dit-elle,, fur l'Argent que vous m'appor- 
te*, il fuffit qu'il me vienne par le Com- 
te de Warwick, pour le refufer* Le trifte 
eut où je fuis réduite ne peut me faire 
oublier qu'il eft notre plus cruel Ennemi ;* 
reportez- lui fon Préfent : Jl s'accoutume 
volontiers à donner ce^qui n'cA pas à lui, 
témoin la Couronne, d'Edouard qu'il va 
mettre fur la tête de Henri. Madame, 
lui -#t Berincourt.,, j'ofe rçpréfeiater à 
Vôtre Majcfté , qu'il çft dejs temps ou 
Ton ne doit pas écouter tout fon reffen- 
timent ; acceptez ce que mon Maître 
vous offre > ce fera peut-être un moyen 

V 6 de 



a68 LE COMTE 

«le le rappellcr dans vos Intérêts. Non» 
a'écria-t-elle , je ne me promets rien d'un 
Sujet révolté. Dans l'état où la Maifon 
Royale eft réduite , nous ne pouvons at- 
tendre que du Ciel des fecours favorables. 
C'eft ainfî que cette grande Princeffc rc« 
fufa ceux du Comte , & quelle demeura 
toujours dans Weftminfter , pout éviter 
les violences de Lenciaftrc. 

Auffi.tôtque fous P Autorité du Roi» 
le Comte eut muj l'Ordre nécenaire aux 
affaires préfentes , & qu'il eut dépêché 
# des Couriers à Louïs XI. & à la Reine 
Marguerite , pour leur donner avis, du 
bon fuccès des affaires dont il avoit pris 
la conduite , il s'informa exactement du 
Parti que l'infortuné Edouard avoit pris 
en partant d'Angleterre. Il fçût qu'étant 
€n pleine Mer , huit Vaiffeaux Corfaires 
s'étoient trouvez fur fon paflage , qu'ils 
l'avoient pourfuivl , que la Partie étoit fi 
inégale , qu'il n'y avoit aucune apparen- 
ce de combattre , lors qu'un Vent favo* 
rable les pouffa dans le Port d!Alkmar en 
Hollande. Le Seigneur de la Grutuze qui 
en étoit Gouverneur , fe trouva heur eu- 
fement pour Edouard dans cette petite 
Ville. Aux premières nouvelles de fa dis- 
grâce & de fon arrivée , il fut le trouver 
& lui offrit tout ce qui pouvoit être en 
fon Pouvoir. Ma lîtuation eft déplora- . 
Me , lui dit Edouard : mais vous me re- 
cevez fi bien , que je n'ai pas, lieu de 

m'ap- 



DE WARWICK. 46? 

m*appcrcevoir de mon malheur : en lui* 
ce fe* tournant vers le Capitaine du Navi- 
re qui Pavoit conduit , il lui préicnta fa 
Robe doublée de Martre Zibeline. Je vous 
donne peu déchoie, lui dit-il, c'elHouc 
ce qui me refte. Le Capitaine mit un ge- 
nou en terre , & bai tant la main du Roi : 
Je fuis trop récompenic > Sire, rÊpliqua- 
t-il , par l'honneur que j'ai eu de fervir 
Vôtre Majcité. 

Le Seigneur de la Grutuze fournit à 
Edouard & à tous ceux qui l'avoient fui- 
vi , des Robes , du Linge <3c de l'Argent 
arec lequel il fe rendit à Ja Haye , à la 
Cour du Duc de Bourgogne. Sa fîtua- 
cion étoit Ci déplorable , qu'elle toucha 
ce Prince , qui d'ailleurs étoit fon Beau* 
frère. Il prit foin de lui Ôc de fa fuite» 
on leur donna toutes les chofes néceflai- 
res à leurs perfonnes ,• mais les Secours 
qu'il demandait pour retourner en An* 
glcterrc, ne lui furent pas.accordez avec 
tant de facilité. 

Le Comte de Warwick moins occupé 
du poids de fes affaires ,que de ccluj,de 
fon amour» ne fongeoic cju'i fa chère 
Conncfle. 11 ja^cherchoix inutilement» 
& fe deftfpéroit, de ne la point trouver. 
Helas î di (bit- il au Marquis de Montaigu» 
puis que vous l'aimez toujours , époufez- 
la » mon Frère > je vous verrai heureux» 
ce fera un motif de confolation ppur moi» 
de une raifon pour me guérir de l'efpé- 

V 7 ranec 



470 LE C O M T E a 

Tance que je ne fçaurois perdre d'être un 
jour Ton Mari. Vous voyez cependant fa 
rigueur , elle me fuie 9 je ne puis parve- 
nir à la voir. Elle n*a pas moins de du- 
reté pour moi, répliqua le Marquis, avec 
cette différence qu'elle vous aime , & 
qu'elle me regarde comme un ViTïonnai- 
re » dorçt la paffion l'importune. Ils. par- 
lèrent long* temps de leurs communs cha- 
grins , e'étoit Tunique confolation enl'ab- 
ience de la Comtefic ; Ôc enfin le Comte 
preffé de fa douleur , avoiia à fou Frère, 
qu'il fouhaitoit padionnément que la more 
le délivrât des crucHes peines qu'il fouf- 
froit. 

Comme le Roi Henri .avoir nommé le 
Comte de War^svïck £e le Duc de Claren- 
ce Gouverneurs du Royaume * ce pre- 
mier veillpit foigneufement à tout ce qui 
fe parlait. Ir fut obligé de partir de Lon- 
dres pour mener des Troupes au Nord du 
Royaume, où 'il arrrvoit fbuveht descho- 
fes contre les intérêts du Roi $ cela fut 
caufe qu'il ne fçût pas qu'Edouard venoit 
de prendre terre avec deux mille h omî- 
mes. • Ceux tju'i! avoir commis' à h gar- 
<*e de* GôtesPlelaififçfent'riafler'; 8c le 
Bue de Clatfence foir Frère t^ui, paroiffbiç 
iî irrité contre !uf", & qui s'èroit/ aqujs 
beaucoup de Crépir darts fefprir"dc Hen- 
ri -de du Oomre , les abandonna Tun & 
l'autre , pour fé joindre à fon Frcrc , Se 
grotiïr fon Parti de tous fes Amis. 



DE WARWICK. 47ï 

Ils s'approchèrent cnfctnbk de Lon- 
dres. Cette Ville inégale dans fon choix,, 
nefongeaqu'à lui ouvrir fes Portes. L'in- 
fortuné Heori qui étoit à Withall ne put - 
l'empêcher , il fe vie au pouvoir du Vi- 
ctorieux , & Prisonnier pour la quatriè- 
me fois. A ces nouvelles aulTi triftes que 
Surprenantes , le Comte de Warwick re- 
vint fur fes Pas ; Ôc ra mafia nt ce qu'il 
pût de Troupes , il vouloir prévenir. 
Edouard > mais ce Prince auiïi vigilant» 
dans les grandes occa fions , qu'il étoit . 
pareûeux dans les petites , étoit déjà en 
Campagne >& marchoit au devant de lui. 
Le Comte animé par la préfence d'un 
Monarque qui avoir fi peu relTenti (es 
Services ; ôc craignant que fon Parti ne 
fe fortifiât par le temps à mefure que le 
fien s'arToibliroiCj ne voulut pas attendre 
le fecours que la courageufe Marguerite 
d'Anjou lui amenoit. Vous voulez com- 
battre , lui dit le Marquis de M ont aigu, 
& je le veux aufli ; mais il faut que cet- 
te journée décide du refte de notre vie. 
Si nous fommes battus , ayons au moins 
la triûe confolation de mourir fur le 
Champ de Bataille , fans porter plus loin 
nôtre honte &nos malheurs. 11 faut nous 
ôter jufqu'aux moyens de fuir , en cas 
que nous fu (lions allez lâches pour les* 
chercher , reprit le Comte. Alors met- 
tant *pied à terre » le Marquis en uia de 
même. Ils envoyèrent leurs Chevaux/ 

hors 



47i L E C O M T E 

hors du Camp ; ôc Berincourt partit par 
l'Ordre de Ton Maftre > pour affluer la 
Comteflc de Dévonshirc > que s'il mou- 
roit dans cette grande journée , il nere- 
gretteroit point la vie, mais qu'il regret- 
ter oit uniquement de n'avoir pu mériter 
fon cœur & fa main. 

La fameufe Bataille de Barner commen- 
ça aufiï-tot 3 les grandes A&ions d'E- 
doiiard , celtes du Comte ôc du Marquis 
effacèrent coûtes lès autres. Mais enfin 
la Fortune du Rof'étant vi&orieule , lès 
Troupes que le Comte commandoit , après 
avoir fait reculer celles d'Edouard, recu- 
lèrent à leur tour. 11 en périt plus de dix 
mille les Armes à la main. Le Comte de 
Warwick fécondé par le Marquis de Mon- 
taigu , n'oublia rien pour îoûtenir fon 
Parti. Le Roi de fon coté voioit par tour, 
il animoit Ces Troupes du gefte ôc de la 
voix ; dès qu'il apperçût le Comte » il 
courut vers lui PEpèe à h main , il fuc 
reçu de même ; Ôc le Combat alloit dé- 
cider emr'eux leurs querelles particuliè- 
res , lors qu'une foule de Soldats fe jet- 
cérent fur le Comte , ôc lé blefférent mor- 
tellement. Le Marquis de Montatgueut 
le même Sort en voulant défendre fon 
Frère. C'eft ainiî que périrent ces deux 
grands Hommes. 

On les avoit toujours vus redoutables. 
Le Comte de Warwick ayant été furnom- 
tté l'Achille d'Angleterre , s'étoit rendu 

l'amour 



DE WARWICK. 473 

l'amour des Peuples & la tcrrcurîdte fet * 
Ennemis. Us durent universellement re- 
grettez * : Edouard fcul comprit de grands 
avantages dans cette pet te générale. 

En effet le bruit s'en répandit à peine, < 
que tout le Parti de l'infortuné Henri* 
perdant courage > Edouard ne trouva plus 
de réfiftance que celle de la Reine Mar- 
guerite , & du Prince de Galle qui venoic 
d'arriver x & qu'il rencontra prcsdcTcu- 
kisbery , avec toutes les forces qu'ils con- 
duifoietu de France. 11 regarda la Batail- 
le qu'il avoic gagnée contre le Comoc de* 
Warwick > comme un prefage de celle; 
qu'il alloit remporter fur la Reine. Cette 
courageufe Princefle combattant mieux- 
qu'une Amazone â la tête de Tes Trouw: 
pes » vit tomber proche d'elle Ton cher 
Fils le Prince de Galle percé de plusieurs 
epups. Elle fe précipita fur fon corps, 
pour le garantir de ceux: qu'on au r oit en- 
core pu lui porter j elle le ferroit étroi- 
tement d'un de fes bras >• pendant quelle 
le dcfcndoiti de l'autre : mais elle s'expo- 
foit inutilement > cet Enfant unique tTé* 
toit déjà plus. De* qu'elle s'en fut ap- 
perçue , elle négligea le foin de fa vie. 
Edouard la prit Prifonniére. Le Duc de 
3ommerfet Prince du Sang de Lcnclaftrc 
étant pris à fes cotez , eut le lendemain 
la tête tranchée par l'Ordre d'Edouard. 
C'eftainfî que l'Angleterre arroféeduSang - 
de fes Princes 6c de fes Sujets , fe dechi- 

rois 



474 LE COMTE. 

rose dfe<même par des Guerres internes* 
• Le Roi victorieux crainoir à fa fuite le 
trifte Henri & la Reine Marguerite , ( dé- 
plorable exemple de l'ùiftabilité des gran- 
deurs humaines. ) L'on me noir proche 
de leurs Licier es un Chariot fur lequel on 
ponroit les Corps découverts du Comte 
de Warwick & de fon Frerc le Marquis 
de Montaigu. Edouard vouloir Us faire 
voir à tour le monde > afin que Ton ne 
fe fiât a t plus de les trouver encore prêts 
4fe mettre à la tête d'un nouveau Parti* 
Uprkila Route de Londres avec cette ef- 
péce de Triomphe $ il y enferma Henri 
dans la Tour , de peu de jours après le 
Duc de Glocefter , d'une main trop té- 
méraire , ofa le mer. A l'égard de la 
Reine, le Roi de Sicile fon l'ère paya cin- 
quante mille Ecus pour fa Rançon. 

, LaComteflc deDévonshire me noie une 
Tic fi retirée,, depuis le dernier refus qu'el- 
le avoir, fait d'époufer Moniteur de War- 
vrick, de ce refus lui conçoit fi cher , qu'elle 
ne vouloitpas même voir' fa Bamille. Elle 
a voit acheté une petire Maifon dans le 
Quartier le plus folitaire de la Ville j elle 
fe fa i foie un plaifir de Tajufter > Ton y 
peignoir par fon Ordre toutes fes Avan» 
tares „ dans un Cabinet oà le Portrait du 
Comte de Warvirickparoiffbit en mille en- 
droits. Elle avoir avec cela des Livres, 
des Oif aux , un Jardin rempli de Fleurs, 
& trois de les. Femmes qui f^avoien te han- 

"ter 



DE W A R WICK. Alt 

ter Se jouer de plufieurs Inftrumcns de 1* 
manière du inonde la plus parfaite» 1) lui 
fembioie que cette Solitude pouroic lui 
tenit lieu d'un Couvent $ die n'y rece- 
voir aucune Vifite , U fans cefle elle prioic 
U Ciel d'être favorable aux Armes du» 
Comte de Warwick. Le péril qu'il cou- 
rait ne la laiiToit jouir d'aucun, repos 5 elle» 
fc.Ic figuroit au milieu d'une Armée faite 
à la hâte > qur pouvoir abandonner fon 
Parti pour fuivre celui d'Edouard j et 
même fans que cette ci r confiance arrivât, 
die apprehendoit ladécifîon d'une Batail- 
le , ou quelque funefte Rencontre. - 

Elle étoit dans ces difpo fit ions, lorsque 
Berincourt arriva atrprès d'elle* «Il lui die 
que fon Maître l'a voit fait partir» dans le 
moment où il ailoit donner une Bataille s 
que les grandes affaires qui rouloient fur 
les foins ne déroboient rien à fa paffion, 
qu'il ftmbloit y apporter toutes choies* 
Que quelque rude que lui Tût fon ék>i- 
% gnement , il n'en étoit pas moins fidellc,' 
* & que le Héros chez lu* ne faifott point 
de tore à l'Amant, je fçai tout ce que je 
dois au Comte , répliqua la Comtefle > 
fans cefle remplie de fon idée > je deman- 
de au Ciel qu'il le conferve , fût-ce aux 
dépens de mes jours ; &' la gloire dont il 
fe fait une Couronne immortelle me don- 
ne des mouvement de vanité , où mon 
amour propre trouve bien- fon compte. 
Mais , Berincourt , que je paye cher ces 

înftans 



476 LE COMTE 
inftansde pltifirs ! je combe dans dette» 
cablemens de trifteffe , qui me font tout 
craindre pour une Tête fi chère. Que 
l'heureufe indifférence cft digne d'envie ! 
Sn.difànt ces mots , Tes yeux s'emplirent 
de larmes. Vous voyez • continua- t« elle, 
que je pkure fans avoir la force de m'en 
empêcher * des Songes fi tri (les m'allar- 
menr. O Dieux l s'écria- t-cl le > pour- 
rois je furvivre à mon illuftrc Ami ? Re- 
tournez auprès de lui i informez. -le de 
nies foiblellcs , recommandez- lui de ma 
part le £ jin d'une Vie à laquelle la mien- 
ne cft attachée ; qu'il revienne . enfin, 
qu'il revienne. Mais , Madame , dit Bc- 
rincourt , vous ne me donnez, aucune 
parole pour le Mariage qu'il defire. Tant 
que vous refuferez d'unir vôtre deftinée 
a la fienne » foyez perfqadée qu'il ne £e 
ménagera point. S'il mourait , Madame» 
que n'auriez vous pas â vous reprocher? 
Vous m'accablez , continua- telle > mais 
croyez moi » te fuis aûTez malheureufe, 
n'y ajoutez point de nouvelles allarmes. 
B crin court rut âinfi obligé de partir fans 
avoir rien obtenu en faveur de fon Maî- 
tre. 

Comme elle ne vouloit point être vue 
de perfonne lors qu'elle alloit à l'Eglife, 
elle forcoic tous les jours fort matin dans 
f* Litière > elle fe rendoit couverte d'un 
Voile à la Chapelle .du Comte de War- 
wick. £Uc y étoit quand fon Corps de 

celui 



DE WARWIGK, 477 

celui du Marquis de Monratgu furent cx- 
pofez dans PEglife de Saine Paul par l'Or- 
dre d'Edouard. Ils étoienc encore cou- 
verts de fang » leurs blcflures parouToieot 
en plu fi eu r s endroirs , de la mort croît 
peinte fur leurs vifages. 

Je ne peux exprimer ce que la Comtef- 
fe de Dcvonshire reflentit à cette vûë. 
Elle avoit été aimée du Comte cV du Mar- 
quis avec une paffion fi vive , fî égale de 
fi refpeâueule , qu'ils ne lui avoient ja- 
mais donné que des fujets de fe louer 
d'eux. Il n'étoit pas moins vrai qu'elle 
ne connoifloit perfonne dont le mérite 
fût au dcfïus de celui du Comte de War- 
wick. Il poffedoit dans un degré fubli- 
tne , l'cfprit , la valeur , ôc les cjualitez 
qui forment le plus parfait Cavalier de 
toute la terre ; jufou'à ce fatal moment 
elle a voie été Maîtrcffcdc cacher dans foti 
coeur la tendrefle infinie qu'elle reflentoie 
pour lui : Mais alors toutes ces pafliont ) 
arrêtées fous l'empire de la raifon , agi* 
rent fur elle avec tant de violence» qu'a- 
près avoir fait mille cris ôc mille plaintes, 
elle fe jetta fur le corps froid de anglaise 
de fon fidelle Amant. Elle y répandit un 
torrent de larmes ; quand elle perdit roue - 
d'un coup la vûë Ôc la voix. Elle ne pieu- . 
ra plus. Ses yeux ouverts ôe fans mouve- 
ment fe fixèrent fur lui. Son teint de Lys 
ôe de Rofes fe plomba ôe fe couvrit d'u- 
ne pâleur mortelle. On voulut l'empor- 
ter, 



478 L Ç C O M T E , &c. 

ter 9 elle ferra encore plus étroitement la 

.nain du Comte, qu'elle tenojt fur Ton 

.cœur ; & pouffant enfin un profond foû- 

pir , elle mourut entre les bras de fes 

-Femmes , avant qu'on eût pu l'arracher 

de ce lieu , ni la fecourir. Heur eu Ce dans 

/on infortune , que & douleur la mit hors 

d'état de furvivre à ce qu'elle ai moi t. 

I+SL qualité de la Comtefle étoit il di- 
stinguée » &ia beauté & rare ck fi connue, 
qu'il n'y eut perfonne en Angleterre qui 
41e fçût Ci trifte deftinée , & qui ne Ja 
plaignit. Mylord Stanley fon Frère qui. 
l'aimoit chèrement détint inconfolable : 
il fupplia le Roi de permettre qu'elle fût 
renfermée dans le Tombeau du Comte de 
Warwick. fcdoùard trouva qu'il étoit 
jufte d'unir des Cendres fi précieufes. Il 
ne pût apprendre la déplorable fin d'une 
fi mervcilleufc perfonne qu'il a voit fi chè- 
rement aimée, fans en être extrêmement 
touché : mais il fe trouvoit encore tant 
d'Ennemis , qu'il reuentit moins dans ce 
temps- là , qu'il n'auroit fait dans un au- 
tre , la mort de la Comteûe de Dcvoa- 
ahire. 



F I N. 



M*«M« 



Catalogue de Livres François , qui fe 
trouvent à Amfterdant , chez. 

Jaques T>js. s b o r d e s. 



x\ 



.A 

Bregé de la Nouvelle Méthode 
Latine * pour apprendre facile* 
ment la Langue Latine , enri- 
chie d'un Traité des Particules 
Françoifes , par Meilleurs de 
Port-Royal. • 
— de l'Hiftoire d'Efyagne , par deman- 
des & par réponfes , par le P. Buffier. 
-— de THirtoirc de France , par de- 
mandes & par réponfes , ou Méthode 
facile pour l'apprendre , tirée de Mc- 
zeray , &c. n. 

— - de l'Hiftoire de France , par Mr.; 
de Mezeray , 7 voll. ii. 

Chronologique de tous les Empe- 
reurs , depuis le commencement juf- 
qu'à Leopold ,8. 

-^- de miftoire Univcrfelle, parle'P. 
Petau » Paris 4 voll. 8. 

de PHiftoirc des Plantes Ufuelles, 
dans lequel on donne leurs noms diffé- 
rent , en François &en Latin ,11. 
— • de PHiftoire Grecque & Romaine; 
traduit de Valejus Paterculus, par Mr. 

Doujat , % volt il. 

Abrégé 



CATALOGUE. 

Abrégé de Politique , 12. 
— — des Sciences en généra! , pour mon- 
ter à Cheval , &c. 8. 

de l'Hiftoire du Siècle de Fer , &c. 
par Jean Pari val , 8. 
Académie Gatanre *> contenant diverfes 

petites Hiftoires très-curieufes , 1 z. 
Aâes Ôc Mémoires fervant a l'Hiftoire de 

la Paix de Nimégue , 7 vôif. iz. 
1 ■ & Mémoires de Rvfwik, j- voll. 12. 

■ de la Paix d'Utrecht , 4 voll. 1*. 
Actions èc paroles remarquables ck mémo- 
. râbles de Philippe, Second Roi d'Efpa- 

gne, 11. • 

Admirables Secrets de la Médecine Chi- 
mique du Sieur J. Quioti } 11, x 
'■ le même , en Italien , qui cil l'Or 

riginal , 12. 
Allix de France, Nouvelle Hiftorique, 12. 
Amans Cloîtrez , ou l'Heur eu fe incon- 
ftance ,12. 

Malheureux , Nouvelle Hiftori- 
que , 11. 

Heureux ôc Malheureux , 12. par 
J. D. G 
Amant oirtf , contenant $0 Nouvelles 
Efpagnoles, 11. 

libéral , ou les Amours de Richard 
& de Leonice , 12. 

raifonnable, ou les Complaifances 
Amoureufcs , 12. 
Amintedu Tafle, Italien & François, 12. 
avec fîg. 

AmkicZj 



..CATALOGUE. 
Amitiez , Amours , ôc Amourettes , par 

Mr. le Pais, 2 voll. ir. 
Amours du Duc de Nemours ôc de la Prin- 
cefle de Cléves. 

de Pfiché ôc de Cupidon, par Mr. 
de la Fontaine ,11. 

des Dames Uluftres de nôtre Siècle, 
ii. 

de Henri IV. Roi de France , avec 
fes Lettres salantes , ôc les Réponfesde 
fes Maîtrenes , ia. 

— — des Grands Hommes > par Mada« 
me de Villcdieu, ia, 
— d'£umene Ôc de Flora > ou Hiftoî- 
rc véritable des Intrigues amoureufes .. 
d'une grande Princefle de nôcre Siècle» 

de l'Empereur de Maroc pour la 
Princefle de Conti , 12. 

de Lyiandre * de Caliôc , Nou- 
velle galante ,^ 12. 

idem 3 François Ôc Allemand 3 *+> 
avec fig. ' — . 

dégage , oulcsrAvantures de Don 
Fremal ôc de Garcie » 12. 

d'une Religieuse iniéreflee avec 
PHiAoire du Cornue deiClarc , 12. > 

de Cornelie, H ifloire Galante, 11. 

A"AVanturcs d'Arcan de de Belife, 

1 2. ;/ 

fecrettes de Madame de Main tenon 
fur de nouveau! Mémoires tré*cu- 
rieux » 12. 

Tom$ IL X Ama- 



V 



CATALOGUE. 

Amufcmens féricux de comiques , i x. 
Ancien Bâtard , Protecteur du Nouveau, 

IX. 

Arlequin , Alexandre le Grand , ou Ba- 
lourd amoureux , Comédie. 

L'Arc de ne point s'ennuyer , ix. 

Art de plumer la Poule (ans crier , ix. 

Arlantis de Madame Manley traduit de 
l'Arlglois , contenant les Intrigues po- 
litiques & amoureufes de la Noblcfic 
de cette lfle, &lcs Révolutions depuis 
i48|. jufqu'à préfent , x voll. 8. 

Avantures de Telemaque , ou fuite du 4. 
Livre de l'Odifféc d'Homère , par Mr. 
de Cambrai, ix. 

— d'Apoionius de Tyr , par Mr. le Br. 

•— - de PaCquin , &c. ix. 

— — Grenadines , par Mademoifelle' D. 11. 

wm— d'Abdala , fils de Hanif , envoyé par 
le Sultan à la découverte de FIÛc de 
Borico , par Mr. de Sandiflon , n. 

— - feercues & pkifantes, par M . de G. 1 % . 

— fecrettes arrivées au Siège de Con- 
ftantinople , ix. Paris. 

B 

£> A tailles mémorables des Franco», de- 
f puis le commencement de la Monar- 
chie, jufqu'à préfenc , x voll. ix. 
Bâtard (/*) de Navarre , Nouvelle Hi- 

ftorique, 1». 
Berger Fidelle , traduit de l'Italien en 
Vers François , ix. aveefig. 

— Idem , Italien & François , 11. fie. 



CATALOGUE. 

Le Berger inconnu , Paftoralle , 12. 

Bête dégradée en Machine» parMr.Dar- 
mençon , 1 ». 

Bigarrures Ingénieufes ». ou Recueil de 
diverfes Pièces curieufes galantes , en 

. Profe & en Vers., i&. 

Bons Mots ,' Paroles remarquables , de 
MaximeJ des Orientaux , avec des Re- 
marques ,n. 

Bornes de la France , réduites à la Paix 
des Pyrénées , 1*. 

Bouclier d'Etat & de Juftice , contre le 
deflein de la France , qui afpire ouver- 
tement à la Monarchie Wniverfelle, fous 
le vain prétexte, des prétenfions de ia 
Reine de France , par le Baron die Li- 
fola ,11. 

C 

CAra Mufiapha » Grand Vifir , Hi- 
ftoire f ii. 
Cafimir > Roi.de Pologne . 1». < 
Cavalerie Françoife , compofe par Mr. 

la Brouc , Paris , fol. ' / 

Chevaliers errans , ou le Génie familier, 

par Madame la Comteflc D * * *. . 
Comte d'Ujcfelt , Grand Maître de Da- 
nemarc ,11. 

de -Soldons, Nouvelle Galante, ji. 

de Gabalis , ou Entretiens fur les 

Sciences fecrettes , 2 vol!. 12. Se B. 

.■ ■ ■ de Tekely. Nouvelle Hiftorique, 1 1. 

Contes de ma Mère l'Oye , avec des Mora- 

litez, par le Fils de Mr. Perrault, n.fig. 

X a Çontr 



CATALOGUE. 

Contes des Fées , par Madame Daulnoy, 
plusieurs voll. 1 ». avec fig. 

de Bocace , i voll. 8. avec fig. 
& Nouvelles de la Reine de Na- 
varre , nais en beau langage • accom- 
modé au goût de ce temps « avec fig. 
x voil. 8. 

de Mr. de la Fontaine , a voll. 8« 
avec fig. de fans fig. 
de Pogc , ii. 

ôc Dilcours bizarres , du Sieur de 
Cholicrs , i voll. i x. 
Courier Gaiand, dédié à Madame la Mar- 

quife D * • **n. divers Mois. 
Curieux impertinent , Comédie de Mr. 

des Touches , 1 1. 
Ctiriofitez de la Nature êc de l'Art fur la 
Vegeration , l'Agriculture & le Jardi- 
nage dans leur perfeâion , par Yalle- 
niont . 8. avec fig. Paris. 
Cyrus, Tragédie, par Mr. Danchec, ia* 

D Ames Galantes de Mr. de Brantôme, 
2 Voll. 12. 

Le Defcfpoir amoureux avec des nouvel- 
les Yinoiis de Don Quixotte , 1 1. fig. 

Devifes d'Armes ôc d'Amours , du Sieur 
Paul Jovc , en Dialogues , 4. avec fig. 

Les Deux Amantes , ou les Amour? de 
Marc- Antoine & de Thcodofe , de D. 
Raphaël de de Leocadic , Nouvelle Hi- 
ftorique , u. 

Diable boiteux , 11. 

Dialogue 



\ 

CATALOGUE. 

Dialogue des Mores d'un tour nouveau» 
pour Pinftru&ion des Vivans, n. 

— Satyriqucs ôc Moraux* , par Mr. Pe- 
tit , i%. 

— Politique» ou bien la Politique dont 
fe fervent à préfent les Princes ôt le* 
Républiques de l'Europe, 2V0II. 12. 

— François , par J. Parival , avec l'E- 
cole pour rire , 12. 

— — de Gcncs ôc d'Algers , Villes fou- 
droyas par la France » 1*-. le même en 
Italien , Livre divertiflant. 

— des Grands Hommes aux Champs 

, Elifces, .12. 

— des Morts,parMr.deFontcnel!e,ïi. 

—centre le Maréchal de Turenne ôc la 
Prince d'Auvergne , dans les Champs 
Elilccs , 1*. 

Difgrace des Amans , Nouvelle Hiftort- 

qtie s 11. 

Diflertations fur diverfes matières de Re- 
ligion ,2 VOII. 12. 

Diverfitex curieufes , pour fervir de Re- , 
• création à TEfprit , 7 voll. 12. 
Divertifïemens de Seaux , 12. à Trévoux. 
Dona MaïUde , ou les Amours du Duc 

D** # 12. 
Duc d'Alençon , Hiftoirc Galante ,1*. 
Du Bon & du Mauvais ufage dans les ma* 

niéres de s?expr imer , 1 2.. à Paris. 
Duc de Monmouth, Nouvelle hiftorique 

ôc Galante , 1 2. 
DuchefiTe de Milan, Nouvelle galante, i ». 






CATALOGUE. 

La Ducbefle de Châtillon , Hiûoirc gi- 
lance 6c véritable , n. 

E 

ECole du Monde, oulnftru&ion de la 
' Jeuneiïe, par le Noble,6volI. n. 

■ des Amans , ou nouvelle décou- 

verte des moyens infaillibles de triom- 
pher en Amour , 12. 

Edouard » Hiftoirc d'Angleterre , 1 %. 

Ecueil des Amans , ou les Amours de Don 
Pedro de Mcndofi ôc de Dorfl Juan* 
de Cineros ,12. 

Elémcns de PHiftoire » par Vallemonc. 

— de la Politcfle , ou r Art de Plaire, 1 2 • 
Elite de bons Mots 6c de Penfécs choifïes, 

recueillies avec foin àe& plus célèbres 
Auteurs , de principalement des Livres 
en An a , 2 voll. 12. 
Eloge de l'Yvrcflc . 8. à la Haye. 

— de la Folie , par Erafme de Rotter- 
dam , 12. 

Eloquence du temps enfeignée à une Da- 
me de Qualité , 6c accompagnée de 
bons Mots 6c de Penfées ingenieufes» 
parN # **ix. 
Emblèmes d'Amour en quatre Langues, 

avec prés de 50 figures. 
Entretiens d'Aride 6c d'Eugène , par le 
Père Bouhours , 8. & 12. 

de Tartuffe de de Rabelais , fur les 
Femmes ,12. 

familiers des Animaux parlans, où 
(ont découvertes les plus grandes véri- 
té* 



+ 

CAT ALOGUE. 

tcz. importâmes Oc fecrettes de l'Euro- 
pe , avec une Clef, 12. 
Entretiens de Clcandre de d'Eudoxe, 12. 
— Uir les Vies des Peintres , par Mon- 
iteur Felibicn » 6 voll. 12. 
——fur la pluralité des Mondes, parFon- 

tcnclle » 12. 
— - entre le Diable Boiteux de le Diable 
Borgne , ou les Diables à la Douane, 
par Mr. le Noble, 12. 

fur le» Sciences dans lefqueb , outre 

la Méthode d'étudier, on apprend com- 
ment on fe dois fer vir de* Sciences, 1 2» 
■— Galands , ou Conventions fur la 

Solitude > n. 
— de Charles V. & de François I. 12; 
Toutes les Épîcrcs & Elégies amoureufes 

d'Ovide, ri* 
——idem , augmentées de 1 5 Epitres St 
de 5 Elégies , tant en Vers qu'en Pro- 
fc » 8 . avec fig. Latin & François. 
— — en François feul > 8. 
Epoufe Fugitive , Hiftoire Galante , par 

le Sieur Crofnier y it. 
L'Ephefienne , Tragi- Comédie , 11. 
Efpadon Satyrique > par le Sieur d'Eftcr- 

nod ,12. 
Eforit du Siècle , 12.1708. 
Efpton Turc dans les Cours des Princes 
Chrétiens, ou Lettres & Mémoires d'un 
Envoyé fecret delà Porte dans les Cours 
de l'Europe r où iî découvre les affaire» 
les plus lecrettes , leurs Forces , leur 

X 4 PolitL* 



CATALOGUE. 

Politique t & leur Religion ,6 voll. i*. 
avec figures. 

Eflais fur Pufage de la Raillerie , 12. 

Etat prêtent du Royaume de Danemarc, 
tel qu'il étoit en 1692. par Mr. Mole- 
fworth , Ambafîadeur de Sa Majefté 
Guillaume III. 12. 

Europe Efclave , G l'Angleterre ne rompt 
fes Fers , par Lifoh , 12, 

Examen des Préjugez vulgaires » pour dif- 
pofer-l'Efprit à juger plus fainement de 
tout , 1 1. Pafis. 

Excellence du Mariage , de fa néceffitc, 
ôc des moyens d*y vivre heureux , par 
Mr. Chauffée» 12. 

Exilez delà Courd'Augufte , par Mada- 
me de Vifledieu , 1 1. 

Explication Hiftorique des Fables, où l'on 
découvre leur Origine cV leur Confor- 
mité avec PHifloirc ancienne, 2 voll. 12. 

F 

FAblcs d'Efopc Phrygien , enrichies de 
Difcours nouveaux , Moraux , de 
Hiftoriques , à la fin de chaque Dif- 
.cours il y a un Quatrain , par Mr. 
de Bellegarde ,12. 
— & Contes^ de Mr. le Noble , avec 
le Sens moral > 8. 

Choifîes en Vers , par Mr. de la 

Fontaine » 5 voll. 8. avec fig. 
de du Ruiûeau ,12. 

de Phèdre , Affranchi d'Augufte, 
11* 

lu 

Fables 




CATALOGUE. 

Fables de Pilpay , Philofophe Indien 1 1 a. 

- Hiftonques, Politiques & Morales, 
avec les figures , par k Sr . G. i vol. 1 1» 
Paris, 

Facecieux Réveille- matm des Efprits mé- 
lancoliques ,12. 

Faftum pour les Religieufcs de Sainte Ca- . 
cherine y contre les Cordeliers , n. 

Faites de h Matfon d'Orléans & de Bour- 
bon * 8. Paris. 

Fauffcté des Vertus Humaines , par Mr. 
Efprit, i voll, 12. 

Fauflc Veftale , ou l'Ingrate Chanotnefîc; 

■ ■ Conncffc d'Ifembcrg , par Mr. îe 
Noble 9 i2. 

■ ■ Clclic , Hiftoire Françoîfc , Ga- 

lante ôc Comique , i*. 

Faveurs ôc difgraces de l'Amour , ou les 
Amans heureux , trompez & malheu- 
reux , iuavcc fig. 

Feftin Nuptial dreffe dans l'Arabie heu- 
reufe, au Mariage <r*Efopc , de Phèdre 
ôc de Pilpay, avec crois Fées, en Vers» 
par Mr. de Palaydor , 8. 

Fées, Contes des Contes, par Mad.D, il. 

Frédéric de Sicile , Hiftoire galante , ia. 

Fidélité couronnée , ou PHiftoirc de Par- 
ménide > Prince de Macédoine , 1 2. 

Flandre galante , contenant les Conque* 
tes amoureufes de plufieurs Officiers , de 
les Avantures qui leur font arrivées,' i », 

Fortification de Saint Julien , ou Forge 
de Vukain j 8. avec £g. 

X; 1/ 



CATALOGUE. 

La Fourbe découverte , & le Trompeur 

trompé , il. 
Franc Bourgeois * Comédie. 
France Galante, ou Riftoircs amoureufes 
de la Cour , I i. 

toujours Ambitieufc 6c toujours 
Perfide > 1 1. 

iméreffee à rétablir PEdit de Nan- 
tes ,12. 

Funeftes effets de l'Amour , & les defor- 
dres de cette paifion, a voll. i». 

G 

G Age touché, Hiftoires Galantes, nou- 
velle Edition , i s. 
Galanteries Angloifcs, Nouvelle HiAori- 

que , 1 1. 
— — d'une Religieufe mariée à Dublin , ï i • 
le Génie , la PolitciTe , l'Efprit 6c la Délica- 
teiTe de la Langue Françoife, &c. li. 

de l'Homme parfait,, par le P. An* 
toine y 4. Paris. 

de Tercullicn y par. Mr.delaFayo- 
le , 4. Par». 
Géographie Hiftoriquc , Ancienne cV Mo* 
derne , par Audiffret,. 3 vol. 11. de de 
pluficurs autres Auteurs * avec figures* 
6c fans figures. 
Géométrie Pratique fur le Papier 6c fur le 
Terrain , par le Clerc , z. voll. 8. 6c de 
plusieurs autres Auteurs anciens & mo- 
dernes. 
Gomgam , ou THiftoire prodigicufcjtjranf- 
portc dans l'Air , fur la Toçrc 6c fous 
» les* 



CATALOGUE. 

les Eaux , 2- voll. n. arec figures- 
Grammaire Françôife fur un Plan nou- 
veau , pour en rendre les Principes plu» 
-rxikiirs* 6t la Pratique plusaiféc > parle 
P. Buffier 9 n. outre celle- la il s'y en 
.< troujre de toute autre force» pour zp- 

• prendre toutes fortes de Langues , par 
divers Auteurs. 

Guerre des Turcs avec la Pologne » la Mof- 
covie , &la Hongrie , par le Sieur de 

• la Croix , i&. . 

>" ■ ' . de Flandres , par Strada , $ voll. 

8. nouvelle Edition. 
Guerrier Prudent & Politique , 4. Pari* 

HArangues prononcées par Meilleurs 
de l'Académie Françôife, dans kur s 
réceptions , de en d'autres occafions 
différentes , 4. Paris. 
■■ tûrqes de l'Hiûoire de France de 

Mezeray , 12. Lion* 
Héroïne incomparable de notre Siècle, 
• repréfentée dans la belle Hollandoife* 
. par Mademoifclle S.. . Hiftoircgalaœc. 
— ■■ Moufquetaire , iz. 
Hiftoirc du Temps , ou les trois Véritcz 
Historiques 1 Politiques & Chrétien- 
nes , fur les affaires du temps > par L. 
G. CD. 4. 1686. 

— » des Tromperies des Prêtres- &. des 
Moines» décrite dans u a Voyage d'I- 
talie, où l'on découvre les Artifices 
donc ils fe fervent pour tenir les Pcu- 

X 6 pla* 



CATALOGUE. 

pies dans l'erreur . par Mr.de Mîlian, 8. 
Hiftoire Amoureuie des Gaules., par Mr. 

Raburin , ix. 
*■— très curieufe & véritable d'uueCom- 

tefle d'Allemagne , i *i Pafis. 
— d'Udegertc , Reine de Nortwégue, 
ou l'Amour magnanime *' par ic Noble* 
— — de Jean de Bourbon , Prince de Ca- 
v renct, par Mad.Daninoy , 12. 
•— •Sccrette de la Reine de Zarab Se des 
Zaraziens , ou la Duchcfle de Marlbo- 
roug démarquée , et U Clef de cette 
Hiftoire, 12. comptée , 17 i-i. 

dtesjAniours 6c Infortunes d'Eloï&âc 
d'Abelard, par feu Mr. du Bois > 12. 
— Galante & véritable de la Duchdïb 
deChâdHon, 11. 

Galantes de diverfes Perfonnes qui 
fe font rendues Uluftrcs par leur Sça- 
Yok , ou par Leur Bravoure , 11. 

de la Princcflè de Montfer rat , ôc les 
Amours du Comte deiSaluce , 12. 

de Aventures* furprenances de Ga- 
brielle , Marquife de Vico , par M. D. 
— — • des Sevarambes , communément 
appellée la Terre Auftrale, * vol. ia. 
d*Hipolite , Comte de Duglas > 1 x. 
de Forturtatus , n. - 
de Henriette Sylvie de Molière T ou 
les Mémoires de fa Vie > ta. 

du Duc d'Ariane H de laComteflc 
Victoria , xi. 

de la Vie de Ulcfpicglc , ia. 

Jaloux, 





CATALOGUE. 

I 

ÎAloux ( le ) d'Eftramadure , ou ks 
Amours de Carizale & de Lconorc, i ». 
llluftres Fées, Contes Galamk » par Mad. 

D. . . ia. avec fig. 
Tournai Amoureux de la Cour devienne. 
Ifmaël, Prince de Maroc, NouvelicGa- 

lance 9 n. 

L 

L Etires de Clément Maroc , à M. D... 
couchant ce qui s'eft pane à l'arri- 
vie de. Jean Baptifte de Lully aux, 
Champs Eli fées , n. 
diverfesdu Chevalier d'Hcr , 12. 
de Rcfpefc , d'Obligation & d'A- 
mour , par Mr. Bourfault , a voll. 1 %. 
— . de Mr. Patin , Doâeur en Médeci- 
ne » a voll. 11. 

Htftoriqucs 8c Galantes , par Mad. ^ 

du Noyer , 6 voll. ia. 
I/bcrtins en Campagne , Mémoires tirez 
duPcrcdelaJeyc, ancien Aumônier de . 
la Reine dTvetot , n. 

M 
XJF Arçuerites Françoifcs , ou Fleurs de 
iVA bien dire , n. 
Mariage précipité , Comédieen 3 Acles , 8. 
Marie d'Anjou, Remède Majorque , Nou- 
velle Hiûorique & Galante , 1 1. 
Mémoires du feu Duc d'Orléans , 1 2. 
de la Cour d'Angleterre , par Ma* 
dame Daulnoy , 12. 

du Chevalier Hazard , ia. 

Mé- 



CATALOGUE. 

Mémoires de la Cour d'Efpagne , avoIL 

1 1. par Madame Daulnôy. 
■ curicox ôc galands d'un nouveau 

Voyage d'Italie , i a. 

du Marquis de Montbrun , fig. i a. 
de Hollaodc, ou les Avanturcs d'u- 



ne belle Juive, ia. 

__ de Madame la Duchcffe de Ne- 



mours , ia. # 

Méthode pour étudier l'Hiftoirc, avec un 
Catalogue des principaux Hiftoriens, 
& des Réflexions Critiques fur leur a 
Ouvrages , a voll. 

NOuveau Théâtre Italien , compofé 
par M. Dominique Biancolleli , 1 1. 
P-» Quichotte de la Manche, 
par Avcllanedo, a voll. n. avec fie. 
Nouvelles Françoifcs , contenant plu heurs 
Amours & Hiftoires Galantes , par Mr. 

H. V. B. 

Nouvelles Amoureufes & Tragiques , de 
Dona Maria de Zayas ,12. 

O 

OEuvres de Racine , x voll. 1 a. 
Oeuvres de Boilcau, a voll. ia. Nou- 
velle Edition. 
Oeuvres de Clément Marot de Cahors, 
Valet de Chambre du Roi , a voll. ia. 
Oeuvres de Hautcrochc » ia. Paris. • 
Oeuvrcî de Régnier , ia. 
Oeuvres de Mr. de la Fofle , il. Paris. 
Oeuvres de Cyrano de Bergerac > conte- 
nant 



CATALOGUE. 

nanc le Pédant joiié , fon Voyage dan* 
là Lune, fes Lettres furdifrerensfujets, 
la Tragédie d'Agrtpîne , Tes Fragmcns 
d'Hiftoires Comiques , de fes nouvelles 
Oeuvres , i voll. 8. fig. 
Les Oeuvres de Mr. Pavillon , en Proie 
& en Vers , 8. 

P 

PAfle par coutGaland ,12. 
Plucon Malcorier , Nouvelle Galante. 
Princes Rivaux , Nouvelle Galante , il. 
Prince Kouchimen , HiftoirçTartare , & 
Don Alvar del Sol , Hiûoirc Napoli- 
taine» ia. 
Prince de Condé, nouvelle Galante, 12. 
Princcfle de Cleves , ou fes Amourettes 
avec le Duc de Nemours , n. 

Q 

QUinte-Curce, de la Vie & des Actions 
d'Alexandre le Grand , par Vauge- 
las , x roll. 1 a. avec figures» 
R 

RAmond, Comte de Barcelone, 11. 
Recueil de Pièces Galantes , en Pro- 
fc & en Vers par Madame la Com- 
teflc|delaSufc, Monfieur Pcliflbn, 
&c. ». voL 
Recueil de di vtrfes Pièces Comiques, Gail- 
lardes êc Amoureufes , 8. 
Récréations Joy eu fes , ia. 
Religieufe intéreûee cV Amoureufe , ou 

l'Hiftoire du Comte de Clare ,11. 
Religieufe Cavalière, Mémoires Galands. 

Rome 



CATALOGUE. 

Rome Galante » Hifloires Secrettes fous 
les Régnes de Jules Cefar &d'Augufte. 

SEcrccairc des Amans, ou la manière d'é- 
crire avec juftefle des Lettres fur di- 
vers fujets , augmenté du Secrétaire 
des Dêmoifelles , contenant des Bil- 
lets Galands , avec les Réponfes ,12. 
Siècle d'Or de Cupidon , ou lesheureufes 

A vantures d'Amour » 11. 
Si.re d'Aubiguy, Nouvelle Historique* ïa. 
Sœurs Rivales , HiHoire Galante , ** # . 

T 

TAbleau de l'Amour dans l'éfat Con- 
jugal , ou la Génération de l'Hom- 
me, par Mr Venettc, 12. aveefig. 
Tablettes de PHomme du Monde * 1 1. 
Teifficr , les Eloges des Hommes SçavanJ, 

4 voll. 8. 
Théâtre de l'Amour & de la Fortune» 

par Mademoiselle Barbier * t a* 

Traité de l'incertitude des Sciences. 

~, V 

VEnus dans le Cloître > ou la Rcli- 
gieufe en Chemife , 1 u 
Viâoires de l'Amour, ouHiftoiredcZaï- 
de, dcLeonor, & de la Marq.de Vico 
Vie de la Ducheffcde la Valiére , où l'on 
voit une relation curieufe de fcs Amours. 
La Voiture embourbée , ia. 

Z 

ZAïde, Hiftoire Efpagnolc, 11. 
Ziska, ou le Redoutable Aveugle» 1 a* 
FIN.