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COMTE
fat.- D E fit^âUl;
WARWICK.
Par MaJami >D AV LNOT.
TOME PREMIER.
Sar tinfrimi 11 Pintt.
A AMSTERDAM,
Ch« Jaque s DesboR^ * 1
M. D C C. X »>
/} 9^r Cru
*»
**
' |
Tfr&%H
MONSIEUR
LE MARQUIS
DE
PIROU BRESSEY.
O R S, que fai commencé
FHiftoire que je vous en-
voyé , mon cher Coujîn >fa~
Vois lieu de croire qu'elle [e-
toit, ajjkz, divertijfante : vous y re-
marquerez,. d'abord un caraElére en-
joué * qui fe feroit foûtenu s'il niar
voit été permis, de l'achever dans le
même efprh : Mais Von a trouvé que
les événement étoient trof récens &
trop connu*. Je vous avoué' que ce**
-m j **
E P I T R E
te objection m'a jet tée dans un grand*
embarras. J'ai été obligée de cher*
cher dans tes Siècles paffex, r une
Cour & des noms qui convinrent à.
ceux dont je par lois. Il a fallu fui-
vre le Régne d'Edouard d?Yorck Roi
d'Angleterre * fanr m éloigner de la
mérité. Enfin , je me promettais que
s il y avoit des fautes , je* n'en paroi-
trois pas r Auteur ,. & qu * après avoir
écrit la Relation de mon Voyage £Ef-
pagne j (r le* Aiémoires de la mê-
me Cour , les Nouvelles Efpagnoles*
Hipolite Comte de IXuglas , Jean de.
Bourbon Prince dé Car ency, buitTor
mes des Contes des Fées , les Mémoi*
res Hifioriques y ceux de la Cour
d'Angleterre , deux Paraphrafes fur
les Pfeaumes > fans mettre mon nom
à pas un de ces Ouvrages , ilmefe-
roit encore permis cte le fupprimeï :
Mais on me donné tant de Livrés que
je tt ai point faits y & cela efijl aifé
en mettant un D avec dés étoiles , que
j'aime mieux convenir que le Comte
de.
E P I T R E.
de Waruûïck > efl à moi.) que dente
laijfer attribuer des Livres qui ne
n£ appartiennent point. Je vous en-
voyé celui-ci pour vous divertir dans
ce beau Château que nos Poètes ont
chanté plus d y me fois > & qui méri~
te de Vitre fur un ton encore plus
haut & plus harmonieux > depuis que
vous en êtes le Maître, &que vous
y avez rafjemblè tout ce que le goût
le plus exquis , & ta magnificence
moderne pourvoient faire trouver chez,
les Princes ; vous y pajfez d'heureux
jours dans votre aimable FamiUe ;
• ton s'emprejfe de la chercher » &
quelquefois quonfe donne lk-dejfus %
Von en efl payé avec ufure dès quon
vous trouve > & qu'on voit Mada-
me de Pirou ; fefpére bien que firai
auffi partager vêtre charmant repos*
& profiter de ce bon efprit qui vous,
rend les délices de la Province : nous
méditerons aux bords de la Mer le
fujet de quelque Ouvrage qui mérite*
ra vôtre Approbation. Veuillez* ce-
pendant
E P I T R E.
fendant agréer celui-ci , je vous h
dédie y mon cher Ctufin » comme à
mon meilleur Ami , & à mon plus
proche Parent.
tE
LE
COMT E
D E
WARWICK.
TOME PREMIER.
E n ri de Lanclaftrc , Roi
d'Angleterre , avoir paifîblc-
menc régné trente ans , lors
que Richard , Duc d'Yorck,
dont les Ancêtres poffédoient
cette Gouronae , trouvant
une occafion favorable pour rétablir fes
droits , il ne manaua pas de la faifir, fé-
condé par Edouard , Comte de la Mar-
che Ton fils , U par Richard de Neville •
Comte dé Warwick fon Ami. Ils levè-
rent des Troupes , Us affcmblcrent leurs
T*mc I. A Ctt *~
i
i L E C O M T E
Créatures * , & commencèrent la Guer-
re contre Henti.
Il fembloit que la Fortune avoit choifi
le Royaume d'Angleterre, pour en faire
le Théâtre de tous les caprices ; après
plusieurs Batailles ,-donr le fuccès fut dif-
férent i le Duc d'Yorck étant fur le point
d'«n donnes une r André Ttolop, yieux
Capitaine ,. pour lequel il afroit ^beaucoup
de confiance , pafià tàut «rua cou)> «du
côté du Roi avec r Armée du Duc. Cet-
te defertion lui ôtant te forces , il n'eut
point d'autre Parti a prendre » que de
s'élclgfterproiqptemenr.
Le/Comt^s de la , Marche 6^ de War-
wick le quittèrent > jpour aller travailler
à leurs communes affaires • & chacun re-
venant fur fes pas , avec des Troupes
nouvelles » ils marchèrent vers Londres,
profitans 11 bien des intelligences qu'ils y
avoient ménagées , qu'ils furent reçus
ijans li- Ville , peft&mt tque le-Roi fe re-
tirait à la Tour. Marguerite d'Anjou fa
Femme , donc le courage étoit intrépi-
de ,• ne ltmla pas <k râflembler des Sol-
dats , & xle-fe mettre tfreb le Roi à la
têtef «d'une grôffé Armée •: comme elle ne
tfaevchbit' que Toecafion de combattre»
& que les deùia Comtes la cherckoient
*um y les uns & fes autres-l'èurent bien-
tôt trouvée 3 là Bataille & donna à Nor-
' " tamptoa,
" * I4S*.
DEWARWICK. a
tampton , les Comtés la gagnèrent , ce
l'infortuné Henri tomba entre leurs mains,'
pour fer vir a leur triomphe. *
Malgré ce bon fuccès, le Ducd'Yorck
ifrYânt pas trouvé les drfpofîtiôns dont il
s'étôit Hâté, il voulut garder quelque me*
ftre , par un accommodement qu'il fie
avec le Roi captif*; mais la Reine plus
fiêre 6c moins traitable que fon Mari, ne
pût corifentir'à' vivre fous cette efpécede
Tutelle > qui ne convenoit ni à fon cou-
rage, ni à fon rang.. Etterefufa contam-
inent de revenir à Londres , bien qu'on
obligeât le Roi de la rappcller » te conti-
nuant de travailler à rétablir fon Parti,
elle fe trotfva bien-tôt en état de donner,
une grande Bataille au Duc d'Yofck.
Ce Prince méprifoit des forces corn*
mandées par une Femme ; elle fur cepen-
dant vi&orieufc , t il y perdit lui-même
la vie , avec le Comte de Rutland fon
£ls 5 la Reine irritée » fît expofer leurs
têtes Fur une des fortes de la Ville d' YorckJ
- Elle rournoxt fes pas rers Londres , pour
voir le Roi fon Epoux , &pour le tirer
d'oppreflïoh , lors quelle apric que les
Cormes de la Marche ôc dé. Warwick le
eonduifoient comme leur Priibnnicr , $c
qu'ils a voient une nouvelle Armée, elle
n'hérita pas à la combattre . A triompha
encord r mais elle jouît peu de fon bon-
' •• ' A a hçuri
. * 1457. t 14*.
4 LE COMTE
heur i le Comte de. la Marche la prévint,
il entra dans Londres , ôc fe fit recon-
noître pour Roi, fous le nom d'Edouard
IV, •
Cette nouvelle étant portée à Henri
ôc à Marguerite , ils la repentirent vive-
ment* ôc travaillèrent à former un Parti.
Edouard ayant apris qu'ils avoient déjà
bien des forces» il ne • voulut pas fe laifler
âffiéger dans Londres , de manière qu'il'
tourne avec le Comte de Warwick vers
fon Armée , ôc trouvant celle de Henri,
proche dé Saxton , il s'y donna une Ba-
taille fi furieufe. qu'elle dura deux jours j
il y périt trente- fix mille hommes, Edouard
remporta la Viûoire » de ne voyant per-
sonne qui pût tenir la Campagne contre
lui » il fe mit en état de récompenfer fes
Amis » Ôc dé goûter les douceurs d'un re-
pos qu'il neconnoiflbit pas depuis long-
temps.
Ce Prince étoic doué de toutes les qua-
Btcx qui rendent aimables. La grandeur
de faNaiflancc, Ôc la Couronne qu'il por-
foit, lui attiraient, moins le rcfpe Ôc
l'amour de fes Sujets» que fa bonne mine
j& fes grandes qualkçz ; il avoit unefprk
engageant , vif , plein de douceur » le
€œur rendre > il étoit trop galant , ôclcs
différentes inclinations qu'il a eues, lui
peuvent attirer quelque reproche $ mais
r«tt
DE W A R W.I C K. s ,",;
tout au moins, il n*àimoft, que lors qu'il
n'avoit point de Guerre ? quand il s'âgif-
foit de combattre , il n'y avoit rien au
deflus de lui.
L'on peut juger de. l'extrême jôye qtté
chacun- reflentit , le voyant revenir à
Londres chargé des Lautter» qu'il venoir.
de moiflbnner y le Général Talbot Com-
te de Strop étoit un de ceux qui Tavoient
mieux fervi , & ce jeune Monarque vou-
lant que tout le monde fçût les obliga-
tions qu'il lui avoir , le combla de biens,
l'honora de fa confidence > & d'un crédit
qui- lui attiroit une Cour considérable:
Le Comte de Dévonsbire avoit alors
des affaires importantes y il rechercha l'a-
mitié dur Général Talborv & il auroîc
peut-être eu delà peine à la gagner, car
c'étoit un homme peu praticable , qui
faifoit confifter toute (à pohteffe à être
fidelle ferviteur du Roi ÔV bon Soldat?
mais ayant été un jour fé promener ,2
Hamptoncourt , -il trouva dans le jardin
la Comteflc de Dévonshire fi belle ôctf
charmantes qu'il en panit éblouï, ^lé
Comte <PAngIefey fon Père Pa voit 'tou-
jours gardée chez lui depuis fon mariage»
eraigaant que fa beautç naifTanre ne fie
trop de fracas à ta Cour * il falloit qu'â-
ne rencontre imprévue fournît l'bccaûor*
delà*' voir.
. Le Général demeur* également frappe
<r*mottr*tferefpea, il n'ofa l'abord**
A} u
6 LE CO M T E
il fe contenta de paflef cent fois dansune
Allée de Charmille d'où il pouvoic J>p-
percevoir 5 il revint à Londres tout rem-
pli de cette charmante idée, & fe rendit
à Withall.
l^c Roi écoic au Jeu avec pluficurs Da^
mes 5 une greffe troupe dc.CquTtifans
l'entouroit ; Le Comte t de Warwic^sM-
coit écarté de là fpule, vpujant çcrirefui;
fe$ Tablettes quelque choie qu'il avoit in-
térêt de ne pas oublier* .
J'ai déjà dit qu s il fe nommeit Richard
de Nevillc , Comte de Warwick > mais
je n'ai pas dit qu'ayant été élevé, av*ç le]
Roi » ce Grince f aiaaqit plus chèrement
de Sarisburg , Grand Chancelier d'Angle*
cerre , & d'AÏicie fille unique de Thomas,
de. Montaigu , Comte de Sarisburg* Bief}
?u*il fut très -jeune , jl étoit déjà Veuf
^nne, Soeur de Henri Duc deWaVwiçkj
Celui don* j'écris l'Hïûoirç , &oiç : .fep4î
rieur çn'mçrite , .en valeur. >f àt-çn gçjÂ
fojïté , à tout ce qu'il y ayoit/d'honrtfnçs
à la Cour. Ces qualitez rqutc$ merveù-
leufes lui avoient aquis dans le monde le
furnom de Grand : L'on n'a .jamais déi
penfé plus volontiers , & donné dC'fqejK
jeure grâce que lui » il fe fouçioie.- njoiiXS
d'amafler du bien , ou de toafelrver le fie n,
que fi le bien eût été une, fcto/c absolu*
ment
DE W-A RWI C K. 7
ment inutile 5 mois malgré cette indificr
rente , il ne Jaifibit pas d'être le plus rir
che Seigneur de tout le Royaume ; fan
efpric croit fi fupé rieur aux autres , que
quelque prévenu que Ton fût , fok pour
le contrarier , ou pour ne le pas croire,
ii-cot. qu'il, partait , Ton deraeuroit conx-
me enchanté, âe l'on ne vouloir rien que
ce qu'il vouloir^ ? il ètoit admirablement
beau & bica fait * fa magnificence jointe
à la galanterie qui lui étoit naturelle , le
rendoit également aimable & dangereux.
Le Roi Taimoit par inclination & par dc-
voirjr il poffédoitfa confiance, & Ics.prc-
mie>e* Chargea de la Couronne : L'on
peut dire- encore , qu'il n'y auroït rien
eu au deffits de ia Sphère > s'il a voit été
capable d'application j ma» (on penchant
pour Tamouç , & le Syûêmc qu'il s'était
fait » que les plus grands honneurs, coû-
tent troo chex . 9 quand il faut; facrifiçr les
plaiûrs de la vie , le faifoient quelquefois
reculer di&ns une carrière où il ne. dépçn-
doi* quedç lui, d'aller àuffi loin qu'il au-
roit voulu»
Ce Portrait, fur lequel je me Cuis peut-
être trop étendue , m'a éloignée du* QM*
Aérai Talbot : IL regarda jouer un mo-
ment -, mais auifi»tôt qu'il apperçût le
Comte de Warwick , il vint à lui > 3c lui
dit tout bas : Vous été* trop galant, pour
vous foupeonner d'écrire autre chofeqœ
des Vers à votre Maitrcfle ? mais que
A 4 vous
8 , LE COMTE
vous êtes heureux , Mylord , d'en fçavoif
faire I Le Comrc le regarda , & foûrianc
de ce qu'il lui difoic : Eft-ce le Générai
Talbot, répliqua- 1- il, qui comprend quel-
que plaifîr dans les cendres fentimens qui
font faire des Vers ? Il ne lui répondit
quen levant les yeux au Ciel, d'une ma-
nière fi plaifante , qu'il- remarqua dans
ceux du Comte cet air ironique & matai
qu on lui reprochoit : Ha ! s'écria le Ge-
neral , je voulbis vous faire une confiden-
ce , mais vous n'êtes pas affez indulgent.
A ce mot de confidence , le Comte feri-
tit une extrême envie de fçavoir fon fc-
cret ; rljavoit déjà jugé par (es foûpirs *
par fon émotion , qu'il s'agiflbit d'un en-
gagement , Se il comprenoit comme une
enofe très plaifante , de voir cette efpéce
de^Sauvagc pris dans les filets d'une jeune
Raffures-vous , lui dit-il , contre mes
manières badines , je fçai être férieux
quand il le faut ; je pénétre une partie de
vos penfees $ vous aimez , & vous doh-
vcz compter que je fuis l'homme du mort,
de de qui vous recevrez les meilleurs avis.
Il eft impoffibfc aue j; a ime en fi peu de
temps, répliqua le Général /il n'y a pas
trois heures que j'ai vu , pour la premié-
mo; " » » 1 P" fc Mc.qiii me fait foûpircr,
mais, Mylord, continua- r-il , que je k
tadon C b f, 11C / î ona . ir fftnob!eVLaffcc.
"«on , d n'a jamais été une taille plus
par-
D E WARWÎCK. #
parfaite j Ton teint ,1a couleur Je fes che-
veux, tous fes traits > tout, dis-je, char*'
me en elle. Jfétoisalîé à Hamptoncourt,
pour y; voir fc Dcrc de Norfolck 5 il y cft
malade* depuis quelques jours- 5 je fuis en-
tré dans, le Jardin » le Corme de Dêvon-
shire de fa Femine fe promenoient : Com-
me il fouhaite que je le fer ve dans une
affaire directement oppofée< aux' intérêt*
d'un de mes amisr fit 6c que je Fai re-
connu , j*ai pris foin de l'éviter :'- JV»î-prf«
fé dans une Allée où je ne crojrtfo pas
qu'il dût venir 3 hcîas V au bout de quel*
ques momens v je Târ apperçû affis ave***
m Comtefle fur un lit de gazon Vtëfai-i
foie chaud' ; elle ctoit laffe de s^érre pro-
menée y fes joues reflemblbient à- des rô-
les Hanche? mêlée» d'incarnat fc-elle avoit
les yeux fi briUansv que je n'eftttt poinc
rû de pareils ? Vous le dirai -je encore
bien des fois , Mylord , je la trouve nu
vhTanre ? Vous me le dires tout autan»
que cela vous fera de plaifir , repartit le
Comte 5 Je fuis charmé que vous foye*
fenfîble pour une belle perfonne , & je
m'imagine déjà que je vous vois filer com-
me Hercule faifoit près d'Omphafe. -Qu'il
s^en'faut qifcilefoit mon Omphale, ajou-
ta t il* , vous voyez un* malheureux qui
ne fçairpas les premier* principe* d'un
afrt où^vous excelle^:; Ne parlons poinc
d'ignorance, répondit le Comte , il fui"-
fit d'ainwr , y»» aquém ft*iu«eot«ou-
io LE COM T E
ce la capacité donc on a beïbin * ôc puis
vous ne me ferez, pas accroire que vous/
n'ayez jamais été touche par quelque au-.
çre ? Non , die- il , je ne connois point
rArriour $ je vais vous en faire des fer-
mens cpbuventables.
Il alîoic en effet attefter le Ciel tic la
Terre , lors que le Comte l'interrompit :
Je vous croi , Mylord , je vous croi, lui
dit-il i Je fuis perfuadé que vous n'avez'
pagine -, majs apprenez moi ce' que' je
peux faire pour ijôtrc fcryfçé. Vpds poii«J
vtz , dit -il , rn'mftmire de la conduite
que je dois tenir pour me feireainièr : car
enfin., vous le fçavez jpiieux qu'homme?
du. monde. \U faudroit que je connuiïe la
Comieile de Dévomhîre , répliqua le
Cowt^,/4ue je l'eufle pratiquée, & qu'el-
le ^ 4©mW quelque part dans fa confi-
dence ; -je ppufrois alpr^ vous Tei vi£ 4k
guide <jnais vous me mettez dans' un-
Païs où je ne fuis pas oriente ';. jej n'en fça|
fit ks mœurs ni le langage' : Ç^p puis- je
voua dire qui ne ferve à vous jetjer dans
de nouveaux embarras ? Je n'en aurai pai-
au moins pour- être agréablement refft
fhcz.eltè ,' r.fprit.le Cjên^raî j. fon Mai;{ r
cônJme*j«:VousJ*ai jjféj^ d«> abeloin de^
feoî,& je k fervira^dç map jjiïçux $ mai"
fcnJeô pas tp{jjo««s un, moyen fur, pour,
plaire* â l'Bpouie;, que dp plaida TE*
poUx. Ç'eft en tout cas un jrand ache-
minement , AU k Çomce , ,& il .arrive
« ' plua
DE WARWKSK.
plus fou vent , que ceux (fui plaiferit ;
Dame , déplacent au Mari ,. qifrl n'a
Te , que ceux .qui piaifent au Mari ,
plaifenc à fa Femme. Il rit de tout
cœur , de ce" que Monfieur de Warvu
lui difoic : Vous m'encouragez > ajoû
m'1 $ Je meurs d'envie de m'embarq
fous de fi favorables aufpices : Au t<
qu'ai-je à rifquer h Une liberté dont
dois être las. Je ne fçrf £ vous en é
las , dit le Comre , mat* je fçsi biç& c
vou< devriez en être honteux.
Ils partaient avec une d'attention ^ c
k Roi avoir fini ion Je», (ans qu'ils Fe
£ém remarqué' $. il i'étok même ar)pj
ché d'euxanez doucement , & comm<
entendit les derniers mots de leur conv<
fation , il l'interrompit en demandant, c
quoi k Général dtfvoit être honteux ? i
Comte alloit lui dire pour le diverti
quand il lui lit figne de ne le pas decel
11 répondît à 8a Majefté, qu'il reproche
au Général fon indifirence , & qu'il j
propofoit de troquer , fi cela iè pouvo
une partie dclàfenfibiliré contre une pi
tic de fon infenfibilit ê. Le . Roî repliqu
en fouriant , qu^il en fçavoit bon gré j
Comte ,• cY qu'il airiHttt affez Je Généi
pour lui fouhaieer un atnufémcnt. •
Tout cd que le Général a vt>it dit
Monfou* deWarack* de4a Cofmefle*
Dëvônânire , lui donna une extrême c
vie de la connoîïrc $ il t'k voit déjà vu
ii LE COJV1TE
mais elle lui fcmbloit fi jeune , on la laif-
Ibîc paroîrrc fi rarement à la Cour ,• & il
étôît fi occupé d'une autre perfonne • que
les charmes n'avoient fait aucune impref-
fion fur lui : Il n'eut pas de peine à trou-
ver un prétexte pour aller chez elle i il
choifît un jour qu'il fçavoit que le Com-
te étoit à la Chaûe , il feignit d'avoir à
l'entretenir , ôc compofant une affaire
qu'il a voit très- bien arrangée , il fit de-
mander à k Comteûe s'il pouvoir 9 (ans
l'incommoder, lui parler fur quelques uv
térets qui regardoient fon Mari.
Elle étoit dans une Grotte qui termine
fon Jardin > il fâifoit fort chaud > il la
trouva couchée fur un lit de gazon , avec
une Robbe de chambre de taffetas couleur
de rofe à fleurs d'argent , elle paroifTojc
négligée & reveufe 5 la Comtcffe <TAn-
glefey fa Mère étoit affife fur le même lit
3e gazon.
Bien que les exagérations (k les tranf-
ports du Général Talbot Teufient tort pré*
venu , il ne laiflà pas de goûter tout le
plaifir de la furprife 3 fon coeur d'accord
avec fes yeux , l'aHurérent qu'il n'y avoic
rien au monde de fi beau que Madame de
Dévonshire j 8c malgré cette bardiefie
naturelle qu'on reprocJhoît au Comte»
gbajgré le plan ipj'il s'étoû fait Je parler
d'une affaire afiez fpécieufe,?pour n'avoir
rien à craindre , il demeura fi interdit,
que fans ceffer de faire dei révérences , U
fatigua
DEWARWICK. 13
fatigua beaucoup ces Dames , il chcrchoit
cepeodanc ce qu'il Touloit leur dire , ôc \
il n'en retrou voit pas le premier mot.
L'embarras pour fc placer fut bien une
autre chofc > la Comtefîe d'Anglefey
vouioit qu'il fc mit auprès d'elle * il crut
qu'il ne verroit pas aflez bien ûl Fille:
mais ayant trouvé un grande Coquille de
marbre , qui recevoit ordinairement l'eau
d'un Vafe pofe au defius , il s'aûu fur le
bord, fans prévoir ce qui lui pourroir ar-
river , & pria ces Dames de l'y foqârir.
Il commença alors le compliment , ou
pour mieux dire , . le galimatias le plus ab-
lirait que Ton puûTe faire > il s'en apper-
cevoit bien , mais il avançoit toujours
chemin, quand il fentitau bout d'un mo-
ment une fraîcheur ii extraordinaire 1 qu'il
ne fçayoit que devenir } les Fontanicrs
qui l'a voient vu entrer dans la Grotte s'e-
tans hâtez de faire, jouer les, eaux ., celle
qui tomboit du. Vafe, prit fon cours dans
fon habit > &Je mouilla , comme s'il eût
été au Bain : En cet endroit fon embar-
ras augmenta à tel point , que tout cTu*
coup a le rendit muet, mais fi bien rrtuet,
que la Çonueffe de Déytonshirc'qui l'é->
' coutoic avec attention , & qui n'en avoia
pas moins pour, le regarder, lui; voyant
perdre la parole au milieu de fou difeburs*
elle crut, qu'il fc trou voit mai x Permet-
tez-moi , Mylotd, lui dit-elle , de vous
demaato ^pwmsint vous, vousipottc* 1
A 7 "
i 4 LE CQMJ E:
Ilpenfà lui -dire» qu'il feportoit forrmaF».
& il lui aurait dit *rai ; : U demeura tout
confus de cette qàcftion. Sam doute, di-
fbir-ilen lui-même , qu'elle connaît mon
embarras * lui apprendrai-je que je fuis
pénétré d'eau jolques aux os ? elle me
plaifantera > mais auffi je ferai bien plus
plaifanté , pour peu que je reftedans cet-
te maudite Coquille.
Pendant ou'il raifoimoit li-deflus , il
ne répondoit pas un mot. La Comtefle
d'Anglefey oerfuadéé qu'il avoit* perdu Ja
parole , le leva brufquemene , ôt lui jet*
tant de l'eau au virage : M y lord, s'écria*
t-elle , m'entendez-vous ? Oui , Mâdà*
me , répliqua- 1- il > en éclatant de rire,
de la penfee qui leur étok venue , je vous
entends & je vous voî* très-bien , ii s'en
feut tout que je ne fois évanoui > la Fon-
taine qui m'innonde, m'cmpêcheroitbieif
dé romberen foibftsfle , quand- même j'y
aurois quelque drfpontton. En achevant
ces mots* il fe leva tout moailté. La jeur-
ne Comtefle fie-de- fi longs éclats de rire,
que tout le férieux de fà Mère ne pût les
modérer ; l'air, de yojt qu'elle a voit pris,
dulipa l'embatfraadii Comte , & lui infpfc
ra tant de vivadté, qo*etle n'avoir jamais
entendu une cotnverfatidn'fi^briHanre.
L'état oà il étok , 'ne hjfipertmt pas de
refter auprès d'elle œ& lông-tfcrclps iprï!
l'aurok fouhaité Y mais comme if fçavoit
que fon Mari ne reviendrok pas k léndc-
> -• main»,
DE WARWICK. if
main , il ne die qu'une partie de l'a flaire
qui fervoie de prétexte pour l'introduite {,
éc il lui deroar^a la permulion de venir
encore l'en informer. Bien qu'elle Veut
pas envie de réfuter une grâce fi médio-
cre à un homme de fà qualité , elle re-
garda fa Mère avant que de répondre» &
le Comte s'apperçût qu'elle en atrendoie
la permiffion y la Comtefle d'Anglefey lut
dkt qu'illeur feroit beaucoup d'honnci^v
êc que Ton Avanture leur eau (bit troj£
d'inquiétude , pour ne pas defirer d'en
Ravoir bien-tôt les fuites , je crains que
.vous ne foyez enrûtné > Mylord » die
la Comteffe de Dévomhirc » le Bain dont
vous fortez éçoic afTez mal préparé. . Il
prit congé des Dames , ôc revint ou fon
Chariot l'attendoit -, Ses gens furprts de le
voir ainfi pénétré d'eau » ne poùvoiént
comprendre ce qui lui étpjt arrivé, l
Audi tôt qu'il fut chez lui , il fe mie
au lit , Ôc fans faire le délicat il en a voie
befoin > mais il penfâ bien moins ' à fa
famé , qu'a Paimable perfonne qu'il ve*
noit de quitter ; il Tavoit M fortement
dans Pic)ee f qu'il croyait toujours la voir;
& l'entendre. i jl.rbulôic dans fon efprftj
mflïç dedans confus , aucuns n'alloient
a lç guérir , ils tendoiept tous £ augmen*;
ter fan mil.ô # ce qui Je tourmentoic
&va#rige,,^ <étoit .la manière dor)t i|
voyait que Macfamc iTÀngiefey jjar don Q -
FiUf : QtfclAfgus, Yecrioit.il', ilmcfe?
4
i6 LE COMTÉ
ra impofiïble de trouver un moment fif*
vorable pour me faire entendre 5 mais il*
penfoit , que fi la Comteffê aimoit quel-
que chofe , ce n'étoit que fon Mari , ôt
félon Tes Régies , un Mari éroit moins re-
doutable qu'un Amant ; plus il revoit â'
elle , & plus fa paffion augmentoir.
Il s'écoit infenliblement oublié dansées
différentes réflexions , quand on l'avertir
oue le Roi venoit de fortir de Table. Il'
ic leva promipeement , & ne tarda guère
à fe rendre auprès de lui 2 Aufli- tôt qu'il*
Papperçât, il lui dit de le fuivre dans ioa
Cabinet -> M avoir reçu des nouvelles de
France , qu'il lui fît lire tout haut , de
comme il les lifoit , il lui demanda s'il
Yenoit de fe baigner x qu'il paroifloit en»
roiié & morfondu î Cette queftioft ftir-
prit le Comte , ' mais ne pouvant s'imagi-
ner qu'il fçût ce qui s*étôit paffê dans lar
Grotte , il lui répliqua que là foiréc étant
un peu fraîche , il s'étoit enrûmé.
' Le Roi foûrit d'un air malicieux > le
Comte rougit 6c fe déconcerta ; il le re-
marqua ôc rie davantage , le Comte rou-
git encore plus j le Roi. s'en réjouit , ÔC
continuant de le railler \ Sçavez - vous»
dit il, que le Comte de Dévonshire vient
de me prier de vous défendre d'aller cher
lui j il eff jaloux de la liberté que vous
avez prife de vous baigner devant fa Fem-
me. Ha, Sire, s'écria-tii, slleftvrai
que vous Cachiez mort Avanture , l'on
vous-
DE WARWICE. i7
vous donne des avis d'une médiocre im-
portance. Comment, reprit le Roi,croycz-
vous aue je ne (ois pas bien-aife de fçavoir
à quoi vous vous occupez ? De bonne
foi , Mylord, ajoura- 1- il /après quelques
momens de fîlence » qu'alliez- vous faire
chez cette belle Dame ? vouliez - vous*
{>arler à fon, Mari ? Oiii , Sire , répliqua
e Comte , il étoit à la Chaûe , & je ne
l'ai vue qu'un moment. Vôtre harangue
étoit mal arrangée , dit le Roi » vous ne
fçaviez ce que vous difiez. Il crut par ce
reproche , que la Comteûe ou fa Mère
Ta voient plaifanté , & il le fentit piqué à
tçl point , qu'il repartit aufïi-tôt : Ceâ
deux Dames ne m'ont pas- aflez furpris
pour me déconcerter, comme Vôtre Ma'
jefté le penfe , leur mérite n'a rien <Tcx^
traordinaire. Je ne vous confcille pas pour
votre honneur d'en parler ainfi , conti-
nua le Roi , car il vaut mieux que l'on
croye que vôtre galimatias eft un dfet d*é^
tonnetntnt , que dé l'attribuer à II cori-
fufion de vôtre efprit. —
Il fentit un chagrin extrême de la raiP
IcrieduRoi, &medkolt quelques moyen*
pour fc yanger de ces Dames , lors qu'il
lui dit encore : Eft-ce. que vous aimez
Madame de Dévomhire , « que vous trou-»
vez mauvais qu'elle ait rendu compte à
fon Mari de ce qui s'eft paflfé en fon ab->
fence ? Je ne donne pas mon coeur, Sire*
avec tant de facilité , lui rcfôqua-t-jl > l*
,8 fcEvCQM'TET
Coimefle ferait encore pJusaiiqaMTOu'flle
nel'eft, qu,e je voudrais la connojtreparj
ticuliérement ayant que de m'attacher a
elle. Plus vous la connoîtriez &plus v$u$.
l'aimeriez , s'écria lé Roi en foupicaÀt,^
la nature n'a jamais rien fait de (i j^cheVé-.
c'eft un, de les Miracles. L'air dont il pro-
nonça ce peu' dé paroles furpric le Comte
à tel point » que n'ayant pas 'la force de
fe foûtenir , il «'appuya contre un Cabi-
net ; Le Roi ne remarqua point- le trou-
ble ou il étoit ? parce qu'il s'abandonna
tout entièrement a fes penfées. ..
Le Comte iifoit v alors tout ce ojii Te
paffoit ^rw îefpnV du, Roi : ppoi.euVî)
doncp oflfiWc i dif oit-il >.qjûe mon Ma&
Cre fou. mon Rival,, &/uii| au fi waiçu
çaçhççlcs fcntimens t. que je naye pomç
encore découvert ce qu'il refont pour là
Conite(fe : ? Pendant , qu'il revoit proton?
dément à cet efpécç.dc Miwclc (#aç c'eft
tin ^w^l/cquejcs;5^^craini .purent ai?
tncr J fans : Dçyit ?c fans éclat) le Roi-jctta
les yciïx fur lui : Myjofil w 4jfriU*«*: uf *
air de bofaté.*&&bta ,cn tpuMKferequfcn
un Rivai* v*>ws m'éces cher , je ne port
confenûr à, vôt*e perte y comptez- que
tous feriez penUi , fi. vous preniez tk Ta-
mour pour la Corxueffe ; je Vous ôterdis
mes bonnes grades» Ôc vous ne parvien-
driez paMUX fiertne» j loti coruri afekr ne
veur yow au nombre de fes Efclaves qi*t
&s Roi* r & je oloi qu'clk ttéûaîgnerok
-i mes
DE.WAR/WIGK. ,1.9
*nes propres Frères., Sire , répliquât- il,
je reflens , comme je le dois » le charita-
ble foin que Vôtre Majeflé prend de me
garantir du naufrage s mais je lui avoue-
rai fincercment > que je ne me fuis point
trouve en danger * peut erre que dans la
fuite cette bcure/ataJe, dont <?n nefçaij-
roii; fe défeniîrçy m'a u roi t livré à,la Ccrr).
teflfe, àçpeutçue que nu) raifdp n/aûr"oit
pu fauyer jnôn cœur • ce o/ie j'apprends
de vôtre bouche nie, (eryiraj.de çontrepoi»-
ibn. Je ne veux pas , ajouta le Roi , qjie
voua ayez lieu dç/ptnfer,, qije je neWojjs
fiû s, qa'uneilcmi- confidence ? il^tyaus
donner, mon fcçrçr (QUt enuer , '# vous
4 vouer «acsjfoiplcffesv . , ••• Si - ' r r
devojs pa/Tec quelques jowi;*, vous a$ef
la fièvre , & la plupart; iles Cpurtifims ro-
pétoiem une Comédie , arôcç les Dame*
qui réitèrent à Wichall auprès de Madai
iBc JaDuc^cfle.ma.Mcre : jçtt'avois avec
moi que cevx qui Jie suaient pu dtfpdfc-
te de me; fui vie., la 3 troupe «toi* ajfcfc
ptftioe , fie dans ^ferdairv 4e,fa Gh«ûe je
m'égarai ;. Le Soleil avoic déjà pesduiuiie
rrne de £1 force ; le Citel étoit couvert,
romps froid 1 .il commença de pîcû^
voir , j*avoi* beaucoup couru , je ne voyon
plus les Chiens *»• & Je bruit des Gens, me
parQiflbkif éitpgné ,. que j*aiaiot8 mieux
ks attendre éàtm urie: grande ftotiec où
je me. trouvai » a^iie de les' aller, chercher.
J'ap-
*o LE COMTE s
J'apperçûs une touffe d'Arbres afftfc
propre pour me garantir de l'Orage , je
mis. pied à terre , de je fus me* ranger deÊ
fous :. mai* j'y étois à peine quand j'en-
tendis de grands cris » Se que j'apperçûs
une femme que fort cheval emportoit > il
venoit vers moi * je n'eus pas de peine à
l'arrêter ; & jettent les yeux fur celle que
j'avois fecouruc , je la reconnus' pour la
ComterTedeDévorohirt : dlfétofr fi pair
le de fi tremblante , que jugeant qu'elle
fe trouvoit mal , je la pris entre mes bras».
& je la défeendis de cheval. Dans les
Premiers mouvemens de fon trouble , et-
: ne me reconnut- point, Se eHc*ne me
parla quç de fa peur : CelTêz /Madame,
d'en avoir > liir dis je , vous êtes tn feu-
rete ; plût au Ciel qu'en vous y mettant,
je pûflê aufli m'y mettre $ mais je fens dé-
jà qu'il eft difficile de fe garantir de tous
les maux qui font inféparablcs du plaifir
& vous voir, Pendant que je parfois*
elle s'étôit aflez remtfe » pour remarquer
avec étonnenxnt toute la liberté de ma
sonverfation, elle arrêta les .yeux f«r
moi » & me rcconnoiftànc : TJubi , c'efl
à vous , Sire , s'écria- t-elle > en fe levant
du lieu oà elle étois affife , c*éft à vous à
qui je dois la vie ? de quels termes me
feryirai- je pour vous marquer ma recon»
noifiance ! Si vous, me permettez , lui
dis-jeu de vousdiâec les termes dont je
vciix qu'e vous vousierwçz , ils n'emprua*
teronc
DE WARWICK. il
teront rien du refpeâde de la fçâmiffioi?»
je fouhaite quelque chofe moins commun
& plus tendre. Elle rougit , & me pria,
de trouver bon qu'elle ne reftât pas da-
vantage auprès de moi : Quepenferoitlc
Comte de Dévonshlre , dit-elle , s'il me
trouvoit feule dans un lieu fi folitaire avec
Votre Majefté ? Il me croiroit plus Heu-
reux que je ne le fuis , Madame » repli-
quai- je > mais il ne pourroit me -croire
plus touché de vôtre mérite & de vôtre
beauté.
En. effet «continua le Roi ♦ je n'ai ja-
•mais, rien vu de plus charmant , fes che-
veux tomboient par boucles fur Tes épau-
les i elle avoit un Juite-au-corps qui lait
foit voir toute fa taille , 8c vous (çavee.
que c'eft une merveille , l'incarnat qui
avoit fuivi fa pâleur , tisu'ffoit fur ton
teint les rofes avec les iy$ $ elle avoit une
émotion extraordinaire de crainte , et
peut-être de joye , de ma rencontre im-
prévue , qui ajoûtoit de nouvelles grâces
a celles que tout le monde lui trouves
enfin je la regardois avec un plai/ïr que je
ne feaurois exprimer § je voulois la rete-
nir , je craignois de lui taire de la peine»
parce que ion Mari «qui fc .promenoir
dans la Forêt , -alloit (ans doute la cher-
cher par tout : mais la voyant fur fcpoinc
de monter à cheval : Eft-il poffiblc , lui
dis-jc , que vous puifïicz encore vous ej-
pofer au m?mc péril que vous W£^£ c t
u .,-LE COMTE
courir ? Non , Madame > je ne le fouf-
frîrai ptf s , & s'il eft vrai que vous ayèrf
des 'raiftms pour me fuir , je veux bici
m'élolgoer ; quelque violence que je me
faite ; de vous quitter, mais promettez*
raofque vous me ménagerez <f autres mo.
mens. Il n'en cft point avec moi , Sire>
répondk>eIle modeftement , qui ne doi-
vent vousfitre indifferens.
' Jamais Orage rf a été plus terrible que
cfekri que : j'euuyai ;• l'on me cherchoit
avec beaucoup d'inquiétude , de de mon
côtié j'en tefîentois une très* violence de
ce qui feroit arrivé à la Comteffc. Non,
difois-je en moi-même , je rie fçaurois cx-
cïifer rijon imprudente cômplàifance > je
l'ai quittée au milieu de cette Fdr3c » le
ttctfps éft affreUx 5 que je me fuis cruel
d'avoir négligé une occafion fî favorable
de refter auprès d'elle ! S'il lui arrive
quelque accident pourrai-je me le pardon-
ner ? la Fortune & l'Amour d'intelligen-
ce Croient conduite dans cette Solitude,
niais je la laiflè de gayeté de cœur , & je
pçr<ls:uR bien que je regretterai peut-être
toute ma vie. . ■
'* Lorsque je fus à. Windfor , je dis en
loupant , que l'6n avertît \t Comte 4c
Dévonshlfc de m' envoyer (à meute, par-
te que n'ayant' pas amené mes grands
Chiens , je ne pouvois chafler le Cerf 5
je ne doutois point qu'il ne me vint faire
& Coût i a ày manqua pas aûflr ,' de jfe
s .» .. .. l€
D;E :WAR.WICK. 23
le reçus cçmmc.ie Maritime per&nne
que j?aûnoJis déjà ,' c'eft à dire y forcincn *
car: il cft rare qu'on veuille- e&roucher
un Çpoux : jcelui-Jà étoit ïbûtenu pac le
Comte d'Anglefcy & par Ta. Bclie-mere,
dïune manière i me perfuader que je de-
vois -garder ;de\grandes mefures à Regard
de k jeune CotnrdTe. Je lui. demandai
ce qo'il.a^m fait la vdlkycV pourquoi
il niçois pas venu à la Chafiè ? 11 médit
que «tétant, t/ouvé jiiai , il avoir pris le
paai , de. fe .promener en Chariot , que la
Femme qui étoit à Cheval > avoir couru
le plus grand danger que Ton puiffe ima-
giner ,<&qn>lle devoir la. vie à un Pat-
Jan qutÇavoit iàuvéc.
Je m'arriérai peu, avec lui 5 je partis
poucefier à la Chafleidu côté de fa Mai-
ion i j'avais tant d'envie d'y arriver , que
j'en â^perçfts à. peine ks, Pavillons , qu'il
me içmblofc • qu'ils ruyoienÉ devant mes
yeux.
Mais pour garder des mefures , malgré
nk>n mipatience , je fuivis le Cerf, qu'on
vênoit-dc, lancer,, dans une fiiurieufe
crante $tt'il ( ne<me menât, trop Un , oue
jfétoi* tente à tous momens de jfatre tirer
dcfîus : Amour ? difoisrje » tn'èAç d'une
de tes flèches vavisicclc^momeàsôù je
* dois voir la Gomteue ,-, tu oc fçaurois me
tendre, iin meilleur, office. '•
Je feignis, quand le Carf fut pris, «Tê-
ttcfbrt a^éikCo|nt«Wi»wV»^;
fi
i 4 LE CO'MTE
crcr ehez lui > je ne l'obligeai pas à m'en
prier plus d'une fois : Au or uit des Cors
êc des Chiens > la jeune Dame parue fur
une Tcrraflc de pkîa-pted à fon Appar-
tement i elle le promenoir avec quelques
Femmes du voiunage *& fa Mère. Sire»
s'écria le Comte de Warwick • en inter-
rompant le. Roi, qu'étoîrelle donc deve-
nue î Elle aime peu la Campagne» repli-
quat-il , le Comte d'Anglelëyne icpôr-
toit pas bien. C'cft â dire , continua le
Comte 9 en levant les yeux au Ciel » que
' tout favorifoit Votre Majefté ? J'en con-
viens , ajouta le Roi , car le Comte oc-
cupé à donner des ordres» pour me faire
fervir une fuperbe Collation -, /ne laiffa
rentière liberté d'entretenir la Comtefle.
Qlic vous m'avez cauft d'inquiétudes»
lui dis- je ! Helas 1 Madame» je craignois
tout pour vous 9 après ce qui vous étoic
déjà arrivé f & combien me fuis-je re-
proché la complaifance que j'avois eue de
vous quitter ! Rien n'étoit plus néceftai-
re , pour le repos de tout le monde» ré-
pondit-elle en foûriant , Vôtre Majefté
n'étoit pas encore fort éloignée, quand
Monfieur de Dévonshirc arriva. Il me
demanda par quel Miracle j'avois pu échap-
per de la fureur d'un cheval emporté ; je
lui en rendis compte , à cela près > qu'au "
lieu de nommer Vôtre Majefté , je parlai
d'un Païfan qui m'avoit garantie d'être
tuée. Le myûérc que vous avez fait là-
deflus
* DE WAR WICK. if
deflus m'efl d'un heureux préfege, repli-
quai-jc s je veux croire que vous avez
été attentive à me garantir de la jaloufîe
de vos Survdllans, &il neferoit pas pof-
ûble , que me voulant fauver auprès d'eux,
vous voulufliez me perdre auprès de vous.
Elle rougit des efpérances dont je roe £â-
tois : J'ai peut-être eu tort , me dit-elle»
de faire un myftére d'une chofe (î inno-
<ente * mais * Sire * a mon. âge on a fi
peu d'expérience» qu'il eft difficile de fai- .
re toutaufli bien qu'on le voudroit. Ah!
Madame, m'écriai je; que vos réflexions
font cruelles 1 laiûez-moi quelque cfpc-
rance de vôtre coté s pendant que je vous
aimerai du mien , avec un attachement fi
tendre 6c fî parfait > que vous ferez con-
vaincue de toute ma paffion.
Elle m 'écouta d'abord fans me répon-
dre 5 puis levant les' yeux qu'elle avoit
toujours tenus baifièz > & que diroit-on
dans le monde T Sire , dès qu'on feroit
informé de vos fencimens ? L'on diroit,
rrepliauai-je , que ma fortune eft plus
ranac de vous plaire , que de pofledcrlc
oyaume d'Angleterre > Et ceux qui ont
4in droit abfolu fur mes volontez, continuâ-
t-elle • comment s'en accommoderaient-'
ils ? Laiflez-moi démêler cette affaire avec
eux , lui dis-je , fodgez à m'aflurer vôtre
coeur 9 je vous attirerai contre toute la ter-
re , Non, Sire, non, s'ccria-t.clle,perfonne
a'aura mon coeur que celui à qui je le dois.
T«ml. B Je
tf LEtOMTE
Je lui parfois avec tant d'application éc
^vivacité, quefon Mari qui vendit me
^joindre:, li'étok plus q#i'à quelques pas
de nous y lorsqu'elle s'en apperçtic s elic
ne fc déconeewô potm ». & 4k , confine
£ elk m'eut réperidu : j'aime fou krChaf-
ie > & j'y vais qudqfttefbta s le Cotitte
^emeifraawtodé qu'il n?éttik paaqucftion
•d'autre chofe » il me pria d'eacrcr dans
Airt .grand Salion , où je trouva* un emfe*-
■gu, Tc^vi avenant de propreté, -que fen
butoir été fart iîÉCfsfkic^ *fik diligence eue
jfcé mttàns .grande > triais j ! étoi$ au defe£-
-pok d'avoir. v& interrompre nôtre cent.
•verfaiiow, & je nepcnfbts qu'atjxtrjoyens
jfle ta rerioiier. Lacnofe n'étoit pfts<atfee*
J'importune dvikee» de Dévorahire nVîm-
patientok ,.je propofài à: k Comte (Te de
^oûer , je pria pour riees l'Ambafladcur
^Ë^pagne qui' m'avbic accompagné $ il
<ne-4$ak point FAngi6fe.; : le Comte me die
*enc fois que h Femme étoit une igno-
rante » & qit'â me demandok la pcrmtf-
Jion de hri' donner quelques confeils, afin
-qtfelle jouât mieux & plus vite, je lut
4tis que c*étok juftement k moyen de mèe
•ehagrincr $ qwe je ncvouloîs doint qu'on
regardât les. jeux • Se je 6s & bien qu'il
^ut k promener tfvec ceux de me lutte.
Dès quTd eut pris Son Pafti , je pris le
-«rien , qui fat de pcHuadcr à PAmbaffa-
"tâeuv , aue le Jeu ne nie piakok qu'ail taat
4juc jetatfcîs de longs xaifamemens fur
les
DE WARWICK. zj
Us coups. paficz > &fur ceux qui fe ofcw
sentoicnt ; de force que je parlois à Ja
Gorateflc , & qu'elle me répondoit fans
que nacre tiers s?*ppcrçût de rien. Hejail
kit difois-jc , charmante ÇomteiTê, quand
vous ûwez de retour à Londres , que fe-
iai<je, £ je ne vous vois pas cous les
jours ? Ha I voua m'abandonnerez, Ù
«j'en coûtera la vie s elle ibûrioic d'un
«r en&ntin » .&ncvpuk>U point me dire
ce qu'il fàlok faire , pour trouver quel-
que accès chez ofle qui la garantie du fra-
cas : jq pénétrai que c'itoit ce qu'elle
ccttgnok-davaitfage, & plus je connus ia
«imidieé *:plus je lui donnai lieu dfypre-
•bender Impatience d^un homme quin'ejc
jm ao€OÔtt»siié,aiMtoI?ftacl€S t mes raifons
ate purent cècbtre ion opiniâtreté , elle
aie me «tifoit rien de dur s mais elle St
gardait bien xjé «*C rien dire (TobJigeaatj
Je coatmonempreflenieat ne m'attira que *
detafluraarees de refpcâ. «
J'avois chargé mon premier Valet de
Chambre de pfencfcc langue » ù il tra-
v*illa avec tant de bonheur » qu'il dé-
couvrit une. vieille Demojlcile .qui avoîyc
été Gouvernante de laComtefle 5 en l'en-
«retenant il s'opperçût quelle étoit d'une
tmmeBrfimtérdETée > qu'elle ne réfîfieroit
pas à mes libérante* ) cn&n après avoir
longtemps parié à Madame de Dévon-
sèire , je ia quittai fi «empli de fan mé-
rite , qjuf«WOteq^*c,»« vo«)ut |Qinc
N,
38 LE COMTE
flàter ma paflïon , je réfolus de l'aimer
toute ma vie ; fon Mari m'accompagna
jufqu'à Windfor , je lui dis que je vbu-
lois courir le Cerf le lendemain ôc qu'il
ne manquât pas d'y venir $ je paffai une
f>artie de la nuit â rêver fur tout cequ'el-
e m'avoit dit , ôc fur ce que je devois
faire pour gagner Tes bonnes grâces.
Je me levai avant le Soleil , ma dili-
gence fur prie tout le monde , j'étois par-
.ci de G bonne heure * que Dévonshireue
me trouva plus. Il me vint chercher avec
beaucoup de hâte j je le reçus agréable-
ment , êc prenant le prétexte de lui par-
ler de fa maifon , pour lui pader de (a
Femme , je lui demandai de £c$ nouvel-
les : Elle eft caufe*, Sire, me dit-il, que
j'ai un peu tardé à me rendre auprès de
Vôtre Majefté , elle a voulu retourner ce
matin à Londres , je ne fçai s'il me rcr
gardoit alors > mais je perdis toute con-
tenance, & il eut le temps de m'appren-
-dre que le Comte d'Anglefey.» qui fe
trou voit déjà mal lors qu'elle étoit partie,
Touhaitoit de la -voir auprès, de lui.* parce
4}u*il n'avoit du pi ai fi r à rien ,.4eque peut-
être fa converlàtion le divertiroir. Je me
remis un peu , pendant qu'il achevoit.de
me dire le fujet d'un Voyage qui mecau-
foit. déjà tant de chagrin 4 mais après
avoir (uivi un moment Je Cerf , je pouf-
fai tout d'un coup mon cheval dans des
«Routes écartées , fiufimt.fi bien., que Je
me
DE WARWICK. 19.
ne trouvai fcul. Je mis pied à rerre fit
je me couchai fous des Arbres qui ra'of»
iroient une fraîcheur agréable.
Quand je fus en liberté de rêver , je
m'abandonnai roue entier au fouvenir de
laComtefle : Que je me promettois de
plaifîrs , difois-jc ! Faut ri qu'un moment
me dérobe ce que j'aime ? je n'ai pris au-
cunes mefures pour Ja revoir ni pour
lui écrire-, devois-je m 'éloigner d'elle j il
falloir plutôt feindre d'être malade pour
refter dans- fa maifon ou la ramener à
Windfor fur quelques prétextes : Helasl
de quoi me Cerc d'avoir une autorité' ab-
fohic fi je n'en ufe pas ? Je prenôis donc
des réfolutions pour l'avenir $ mais je le*
abandonnons dès que je pou vois croire'
qu'elles lui d^plairoient 5 ainfi combattu*
entre mes dtfîrsâc mes craintes , je flo-
tois fur une Mer qui n'eft jamais tranquil-
le ; & j'en venois toujours à m'affligcrr
du départ de ma charmante Comte (Te,
lors que j'entendis le bruit de plusieurs-
chevaux- , & la voix- de quelques fem-
mes : je n'aurois eu aucune curiofitépour
les voir parler • fans que c'étoit fi près de
moi , que me levant afin de les éviter , la
première chofe que j'apperçûs ce fut Ma-
dame de Dévon&hire > je retfeotis dans ce
moment tout leplaifir d'une agréable fur-
prife i je courus à' elle , & tans lui de-
mander C\ elle vouloit defeendre , & (ans
bien feavoir moi-même ce que je vouloir?
*> LE COMTÉ
Je \â pris entre *«« bras , U je la mis à
xerre.
La réflexion vint au bout d'un mo»
nient j je m'inouiétois de ce que je ve-
nois de faire , il étoit un peu tard pour y
remédier , je lui en demandai pardon , St
la conjurai de m'apprendre par quel boa-
heur imprévu elle revenojt far fe* paat
e/He me dit que la flèche de fon Charge
s'étoit rompu* dans un mauvais* chemin»
ôu'il ne falloir pas moins qu'un jour-pou*
la raccommoder , et qu'elle avoi* pris le
parti de retourner chez elle $ je lui ra#
contai l'état où m'a voit mfe fon départ $
que je ne m'étois éloigné de tous ceux
qui nfactompagnoieiK , qjw pour venir
en feeret penfer â die , * rtgretter de
paffèr un jour fans la voir : ei&nicyîr'iC •
touchée d'une chofé qtt'clie ne pouvok
guère mettre en doute, me trouvant dan*
ce Heu écarté , où jfgnorois le defordrç
arrivé à fon équipage . ni que je la ren-
contrerois. \
Je remarquai entre les femmes qui la
fuïvoient Aibine , qu'on m'avoit Ci pat-
Virement bien dépeinre , qu'il étoit im-
pofljble de s'y méprendre j j'aurois bien,
voulu dans cet inltanr travailler à m'aflti*
rer d'elle 5 mais iesCrands ont le mal-
heur de ne pouvoir rien faire qui ne foie
remarqué : cette même ratfon m'empê-
cha de rerenir la ComteflTc aufli long-temps
«lue je Taurois fouhaité , je lui dis tout ce
que
DE WARWICK. 3t
que l'on poût imaginer: de plus teftdMy
«lie oc me parut point dans une autre &*.
sustion que celle où eileétoit 1» veille , &
je remis à Londres les moyens de mena*
ger quelque* moment pour h voir * je le*
fui vis dés yeux, je pouffai mille foôpira
après elfe, je retournai erviuitc oiUe bruis
de lfr<%a#t<m%ppettoiff.
^ Le -Comte- de Etévonshke ne fçavoi*
tien 4e et qui croit arrivé â l'équipage de/
4à Femme > il l'apprit de moi , & que je
i'-evois rencontrée, s je croyois qu'il ïcroie
fbm dangereux d'en faire un myftére,que.
d'en parler naturellemeric $ mais pour le
coup j'en fus la dupe, ii expliqua touteo
Mari- jaloux : il ffanprit a\clkdu<d*forr
afee de ton Chariot- , il crut que noué
avions arrêté de nous rencontrer dans 1a.
Forêt , ce fans examiner que nous ne pots*-
vtons deviner la maladie du Comte d' An~-
«fe&y » qu'ils n'apprirent qu'après mon
départ $ il refolut de ^éloigner de mon'
voifinage avec, la dernière diligence. Je'
«ne rifappercus point de ce qu'il méditoir,*
9c je finis w Charte d\tflfe& bonne beure:
Dès qu'il* m'eut qitkté » il aHa donner fe*<
ordres » ne voulant s'en fier qu'à lui* mê»
«ne ; de forte qu'il parrit avec elle au mi-
lieu de la nuk , ,dc la pauvre Femme fu%
livrée à de» reproches qu'elle tie raéricoir
•pas."
Dès que jt le ($(& , Je revins à Wit-
fcaîl , k vieille Alotnè qui ©toit dans me*
n/ 4 . mtc-
2 LE COMTE
iccrêts, me die que le Comte deDévoi»*
lire avoic prié Madame d'Anglefcy de
trderfe Fille plus (oigneufemcnc que ja-
lais j que je Pavois vue de qu'afTuré-
lent je la trouvois à mon gré. Ces nou-
illes me pénétrèrent de douleur » je lui
rivis j elle oc me fie réponfe que pour
c prier avec ardeur de vouloir bien fih
ificr mon impatience à (a gloire j ju-
vl , continua le Roi > de la manière
>nr je l'aime , puis que j'ai été capable
fqu'à préfem de vous en faire un my-
:re. J'ai tous les jours de (es nouvelles,
je fuis certain de lui parler dès qu'on
t trouvera une occafîon favorable : Ccr
ridant j'ai fçû par Albine la Yifite que
>us lui avez rendue , <jue vous avez par
trés-embarraflé, Se qu'on vous foup-
nne d'y être allé de ma part • cela ac#>
mmoderoit auffi peu mes affaires que
vôtres : Croyez-moi , je ne yeux ni
>nfidcnt ni Rival , aimez, ailleurs » U
voyez plus ma Comteû*c< ,
Je n'ai rien à facrifier à Votre Majefté,
>liqua le Comte de Warwick , qui avoir
le loifir de fe remettre , 6c de penfer
e qu'il avoit à dire > fi la jeune Coin*
Te m'avoit paru auffi belle qu'à voua,
e • je l'oublierais pour le refte de mes
irs , m'en, ducil epûter la. vie ; mais
n'eft pas fur moi que la fatalité tombe,
:ft uniquement fur le Général Talbot':
i , Sire , il. aime Madamq de Dévon*
shirc
i
1
DE WARW'ICK; 33;
shtre avec tant de paffion , que s'il vous
trouve dans fon chemin , il ne réfiftera-
pas à fa douleur- Je ne fcaûrois croire
ce que vous me dites , répondit le Roi},
où avez- vous gris que le Général foie*
amoureux , lui qui ne Ta été de fa vie,.
& qui eft un des hommes du monde le
plus fage&le plus indiffèrent î C'efrune*
confidence qu'il me falloir un certain jour
uc Vôtre .Mâjefté s'approcha de noua-
it le Comte i Je voulus fur lé champ
en réjouir Votre Majefté , mais il ment.
un figne royftéricux , & je me retranchai -
à parler de fon indifférence, .au lieu de-
vous ent retenir de fa tendfcfle.
Le Roi ne répondit rien $ Ton coeur
croit plus généreux que fcnfible : il ar-
moit le Général par reconnoiflânee , il
aîmoit la .charmante Cômtcfle par incli-
nation - y Ton embarras étoit fi grand % que *
Sour-cn cacher une parcie au Comte, dont
1 pénétration lui déplaifoit , il forcit de
fon Cabinet , 6c il entra dans la Chambre
de la Duchefîe d'Yôrck (a Mère. Le Com-
te revint chez, lui avec une fombre tri-
ftcfle , J'on n'a jamais oaflé une nuit plus *
agitée : CejûTe , cefle , infortuné , difoit-
il , d'adorer une beauté inacceffible , elle
plait à ton Maître > malgré fes foins de-
là grandeur > il n'a julques ici aucune
certitude d'être aimé > quelle feroit ca de*
ftinèe fî tu t'opiniâtrois dans uncpaflîbn
nonc
AU4IWW 11 Ml W WirillIAVl v»«» «•••»•» «•■•« j»— — - — -
fcfitallc l il fric y renoncer , & reg*£
3 4 LE COMTE
«1er cette aimable perfonne comme tir*
ccueil dangereux qui te menace d'un crue!
naufrage : Ces résolutions ér oient à pei-
ne priics, qu'il les defavoiïoit comme des
foibîefics indignes de foa courage , Se de
rheureufe témérité qui lui avoir toujours
féiïffi. Ma paflîon clt elle fi faible, con--
tinuoit il , que je cède avec tant de fâciv
Uté au torrent qui s'oppofe à ces progrès ?"
n'<ai*je pas remarqué dans tes yeux de la
Coaueue quelque chofe de favorable ? Il
iâur feulement perfuader au Roi , que fi
]c Gêné rai Talbot l'a pour Riva], il mour-
ra de douleur » & convaincre Ëtifabcth de
Luc/ de l'infidélité du Monarque , afin
qu'elle fonge à le retenir.
Cétotc une Fille de qualité , dont la
JMaifon avoit toujours été diftmguée par
<3e grandes Charges. En 1173 Renard
•de Lucy , Juftickr d'Angleterre, com*
mandoit les Armées pour Te R oi pendant
les Guerres Civiles, de depuis ce temps la
Jtfatfbn de Lucy ayant été inviolablemenc
attachée à celle dTorck , elle s'eroit vue
friuficuxs fois éloignée delà faveur * quand
Edouard monta far le Thrône , elle fen>
^nala entre les plus affectionnées , cela
fut caufe que tous les Favoris , ôc partf.
«liliétenicni le Comte de Warwick , jer>-
*érenc les yeux fur Elifâbeth de Lucy,
pour en faire la Maîtrefle du Roi : lis y
réunirent fans peine 3 le jeune Monarque
*«©it> comme je l'ai déjà dit, 'leplusga>
land
de w^kwick; 3r~
Uhd Prince die (on Stccle , le tatcux fait*,
k plcisibrfffè , 3b «te plus fjarjtucL Etifer.
bech 44 ion gâté , pouvoir être regardée -
comme tu* aûrade 4e Baauté ; rien n'è*
gafoit celle de fa «allé* & fon esprit au*
r^*fuifrp©afcfaire valoir ides charowsbiciv
inférieurs aux ïkns : il eÛ vrai qu'elle
avoit beaucoup d'orgueil & de hauteur *•
etk ic croyait eu droit de daiotfirdes Ado»
*a*euH ; <liws Ja Famille Royale » Jrqu'uifci
lui 6û (toit une grande injuâke de poeter»
d*a« tteK-dbafacs que tes bennes. >
-"L»4ljet"n« ( put hrr refnfer fon -cœur 5 &
fe vfrd'sibavd avec des roéoagcmens pou»,
& réputation : mois Ueft difficile que l'A m*
Ht ion du c£te de la Makrcfle , & JVU
mot»? de' tidut <fe i'Àipast iaii&nc ignorer
fôfig*<%rflpnurr feeteado oeneeacure,; el^
k» vttqhit tore tlcvée ; .le Roi la fit Mot*
«ptffcid*fftr<ford : ce néuvxi àonaeuriui /
attira une groâe£oirt r A «beaucoup dfcb»-
V§eÙf(t¥; ' :ll
Comme 1 le Kt fe trouva dan» ^une en»
ttéee liberté de Aire les galanteries , ôc
l'éclat qui pouvoir fetrsfake fa paffion , il .3
hà^fi* 4*tm<Âwc ipar coût 5 mais* peut- erre r
iqu'ua'c^^cftemc^it^t^c tarte de brttir
comnrèaçôit- à'perdvc ce qu'à <ayeit^ 4t
plulsi^Kac^ o^plu*agr«fi*ie. > < ;
Quoi qu'il en foir , la Comteffè de D6v
Tontnfrf taf ' platfbï* infiniment ; il fur
tooc*« d'apprendre que fe iGéoéral Tal-
bot eu* dW^rf^WM^^^^^ f^^fh
B <6* *r^
r.
36 LE COMTE
le : Il coraprenott avec douleur celle qu'il
lui cauferoie * fle fa.générofiré étoit fi gran-
de , que s'il avoir pu lui iacri&er Ton at-
tachement , il auroit été capable de le
faire j il combattott là-deflus » Se k fi-
chait que Ton cœur manquât de docilité,
& ne voulût pas & guérir.
Pour foulager (on inquiétude > il pen-
fa que le Conte de Warwick*qui étoic
adroit de hardi , fe fervott peut-être d<*
Général , comme d'un bouclier? avec le*
quel il lui feroit at(é de fe cacher : Car
enfin» difoit v il 4 il n'y a point d'apparen-
ce que ce Guerrier ,. incapable jtffqu'ioi
d'aucune galanterie, s'arvife de s'entêtef
û mai à propos -, ne doit-il pas . confid£
ter qu'il n'y a rien qui puifiê Jtft» Wter de.
plaire à Madame doDérônshirej? eileeft
une des plus grandes Daniel dt£ Royaume;
par ùl naiflàncc ôc par (ei rich€fl<S; , ^rten
n'égale fa beauté&fon cfpiit i. oft<Uga!>
de plus foigneufement que IaToifoj}d'o£<
par où donc s'en promet-il la* conquête ?
quoi, qu'il Toit bien fait , il n'eft plus jeu-
ne : Ah ! fans doute., c'eft Warjgjck
qui l'aime , il cherche à me donner^ k
change. Cette opinion le ^onfoloit $ mail
ffour s'en afiurer davantage , il réfolut de
trouver les moyens d'c£*oifyej: le Géné>
*aî; :. •• t . ; v a.' r 3 ; ■. ;•.'.,•, : '•
Cependant le Comte de Warwckavoic
«pris par le récit du MpfUtrgue ^qu'une
des femmes de Madame, d* Dévomtvçe
i * n'étoit
DE WARWICK. 37
n'éioit pas inaccefiîblc > il penfa qu'il
pourroit la gagner par des Préfcns plus
confîdérabks , que ceux qu'elle avoit re-
çut du Roi , & il regarda cet endroit com-
me une ehofe aéceûairc à ion repos,, afin
d'interrompre le commerce de Lettres de
ion Maître avec là ComteiTe, ôc d'en éta-
blir un pour lui-même-.: il prit encore la
résolution de ne point parler au Général
de tout ce qui s'étoit, pafle > craignant
qu'il ne voulût tout céder au Roi , car
«eiU'générofitC'sVccordoit'mal avec tes
de&eina. ».
:> U ic rendit de bonne heure chez k Roî,
& pafla le refte du jour dans l'Apparte*
ment de la Marquife d'Hercford ,.. mais il
lui. fut impoffible de Jui apprendre qu'elle
avoit .une dangerrfuic Rivale ; ^ falloir
.pourtant. Ja faire agir » : pour empocher
que k Roi ne Rengageât davantage dans
cette nouvelle paffcoja > comme il étoit
incertain de trouver une heure favorable
pour l'entretenir » il bazarda de lui écri-
re ces mots:
« - «
IL^n'4 p+t tetm, * met y Madame , de
peu/ ètatgnfir*> te cfragrin de ffaveir Je
Ret, infidèle. » j'siefit lut r*ttéfe#ter ce qu'il
.dut +fe*ferniens.s é^le'.teri f«V/ a M
veut pxéflh** t* Cmtejfe de Dèvmhire*
jemt*hiicbatmej fe*t. fiéuferieur* aux vo-
freu Que vouiex,-veus 9 Madame, i'Amçur
rfi *mtk . ir> **> fi '«*+* *£ J&
3 8 L E C O M T Ê
paffiin fûtêr vis intérêt* , m'engage à ni*
gliger ietfieus 4 met avis Ut/ont devenur
jùjfecbî , il '»j a qae vo/ reprecèns nui'
puiffènt vens Le rendue ;■ sW efl mfin/me
à cette tendait* , je vous camfeilteuie dire
que vous fierez, -m ■écUtouivnus'mengerade
lin mauvais précédé. Ne négligez, rie», .
Madame, xy fartent ne mejàfriifîex, fa*> .
fuis an* vwt n avez* f#ivt>JAmt> au$< veut
feitpiiadeuùenu^mek {< *>-> <
guc le Roi n'avoit plus les mêmes ctapreth
temere pour t&e iWa»foii#rrigtteavec
k Comccffa d< DcVioiwhire était encore
fi fecreetc , 4juc ' malgré fes Joins ». cilc
n'eu avofr f Û tfeft-dôocmwir. La 4*ttcre
du Comte <k Wa*wk<k l'éclatait tow
d^UH-coUp^for mille douf et qui* kl 'coar r
«mefet-oient 5 fa 8rt**tionn'en tevînt gujh
te maileuve. Cbatoato Mit étok naturel»
knKnt fiéw , «Ne eu* «biendet'li peftuf 4 .
■prendre ie parti de là atafteeur , rooifrclJfc
n'avoic pas encore eu de dém&CB avec le
Roi , fle elle jugea ». en perfonne habile» .
èuïbfcHoit coarVwtr* fo* tawrôk*a*a0t
■ee ^*ire coiwioître f* n'en? Ktt*>l6HM*ifs
«tatfsfoa Cabinet , ne «pouvant fe oaft-
tramdre ïvtt ctkx Jnuï^kaHXft .arrêta
ebefc eNe ^ pour lui *wrc ku?<*Mir«, «•• , <>-
- l^ConwedcWa^wk^a^w^imld^f-
flû > que fe trouvant accablé «J'oné grw-
4$ migraine « il ne pAc 4c lever» ~ ~
DE WARWICK. 39
namcrae ordre qu'on ne lui fit roir pcr*
fcmne. Le Général Taibot vint , les gen»
du Comte crurent qu'un homme û in>
portant étoic toujours excepté y ainfi ils
le laifTérent entrer : Le Générai parut an
defdpoîr de ritvdifpofaion du Comte}
peur- être q^u'en un autre temps il n'en
aurôit pas été fi touché , mats il Jercgar»
doit alors comme fon fidèle guide , dans
un Pais donc il ne connotooic point en*,
core les route»»
Depuis que je ne vous ai .vô , iui dic r iJt
J*ai eu, Myjord , des avant* ces infinies*
&. vous ferez peut-être aufli furpris que
moi de l'adreue avec laquelle je m'en Uns
tiré. Je ne me (crois jamais, douce que
F'Amour m'eût rendu Un Ôc ruié $ roc»
allcx pourtant en convenir. Parie*, Myu
lord, tant qu'il vous plaira > dit le Com-
te » je fuis plus en état de nous - écomet,
que de vous répondre. *
Lors que je <&is hier au ioir raine ma
Cour , reprit Je Général » je trouvai le
Roi occupé à regarder des Portraits que
l'on avoir peints fur des glaces de miroirs;
tlm'appclla aufit^ttoqu'il m'eut apperçè:
Avez-vous4» go& , «te dk4i , pour*c*>
forres d'Ouvrages ? Je m'approchai cVlui
dis , que lés -flambeaux n'ét oient; > guette
propres à fàfte'déeouvrir lai>oauté ou les
défauts de la Peinture : Ce oc font que
des Coptes , répliqua le Roi , ai«fi je ha*
ïarde peu ; waw ontre toute* j> un at-
tachement
10 L E CO'MT E
ichemenc particulier pour celle-là , me
ic-il , eu me montrant le Portrait de
ladame de Devonshire , le Marchand ne
ait qui c'eft > il faut qu'il s'en. informe
un Italien, qui Ta chargé de ks vendre.
J'avois une idée trop vive de cette ai-
table perfonne , continua le Général ,
sur manquer de la reconnoître ; Ton Por-
ait me jetta dans une confufion dont je
e pouvqis revenir :. la curioûté du Roi
le fit trembler ; je me gardai bien de lui
éprendre fon nom ,* de je répliquai que:
étoit fans doute une Etrangère. Pour*
uoi , dit le Roi , ne voulez - vous pas
ue ce foit une Angloife ? Il me femble, .
oûtai-je , qu'étant (i belle on l'aurok
oë quelque part. Je vous aflure , con-
nua.t-il, que j'ai un fouvenir confus de :
ivoir rencontrée* Ce pourrôic .être en
rance ou en Hollande , lui dis-jc , mais
plupart du temps les Peintres font des-
ortratt s à plaifir-, qui rcflemblcnt à tout
monde. Le Roi ne répliqua rien , il
roit les yeux attachez fur ce Portrait , ÔC -
troilïoir au», rêveur. Je revois auffi de
on côté i Quel malheur , difoisje v fi
ti un tel Rival i un Roi aimable eu plus
i. droit *de plaire que-moi : Seroit-il pof-
>le qu'il renonçât fi-tôt à (a Maitrcue ?
Le Comte de Warwick ad m ir oit- en fc-
ret la bizarrerie du Deftin , qui condui-
>it juftement le Général Talbot chez le
oi , quand on lui apportoic un Portraic
DE WARWICX 4t
delà Comtefle de Dcvonshire. U<necom~
prenoic pis bien encore pourquoi Sa Ma-
jefré fèignoit de ne lapas connoître $ car
une partie de ceux qui l'avoient fuivi à
Windfbr 9 fçavoit qu'il avoit fait Colla*
x tionchez elle ; mais il conclut que le Gé-
néral l'ignoroit , & qu'il voutoit le met*
tre à quelque épreuve , pour s'éclaifcir
de ce qu'il lui ayoit dit de fa paflîon.
Pendant qu'il revoit - toutes ces cho-
ies, le Générai l'examinoit , & l'étonné-
osent où il le trouva* Fétonna lui-même*.
Qu'avez- vous donc , Mylord , lai dit- il,
tous ne me parlez point ? Je vous ai dé-
jà déclaré , dit le Comte , que je ne vaut
rien aujourd'hui pour la belle conversa-
tion. J'y confens , ajouta le Général,
pourvu que vous me difiez tout au moins
pourquoi vous êtes fi furpria de ce que je
viens de vous apprendre ? Oeft , répli-
qua le Comte , en fc remettant un peu*
qu'il me, paroît fort extraordinaire ♦ que
quelqu'un (bit en eut de vendre le Por-
trait de la CotDteffc, car je douter ois mê-
me que la gardant, comme Toi» fait , on
voulut la laiflcr peindre. Quoi qu'il en
foit , répondit-il , le Roi acheta ce Por-
trait ,<5c me chargea de le porter dans Ton
petit Cabinet , comme un Bijou dont il
connoifTpit le mérite : s'il m'ayoif exami-
né , il aurott vu toute mon agitation »
mais comme il commandoit- qu'on, lui
amenât le Peintre qui avoic fait ce» Pop-
' ' ' * . traits,
4* L E * CO/M'TI
traits » je nu doutai bien qtfri voufoie
s'informer du «*m. de conte belle Dame
U n'en ûlloit pas davantage pour me ré*
veiller de bon. matin } je iuis aHé ch^zic
Peintre , je iui ai taie une libéralité afi*#
confidéraWc smhmn me Kaffuner ;, je I?as>.
obligé i me vendue lOci^inainkmiloRoii
n'A que ia Copie y élde wi jdipe -que **©w
la belle Itofemonde , fille du Cosper dé
CliftW ,. Maîtreffe de Henri I l. Roi
d'Angleterre, fluyucs'tl trouvait J& drap»
Krk tflopmadeene pour être de ce. temps-
, il lui jdkqu^il l'a voie habillé à Un mor
de pour s'*rr défoicc «peux 5 enfin je l'ai
fr bien, t nftruk , . «fnfil- s!eft tké i merveilJ
le» de toutes les questions du. Idonaraue,
î^én ai voulu êere le témoin , as] ri de rai-
ner s'il aiàflqiioiî a quelque chaft , 6fc de
temps en- temps le Roi medifctc : Kfi vé-
rité, Rofemonde. éeok bien aîmaMe » je
se fpuvçotnr furpri* «tte« Henri n'aie fa-
nais paédonné à (* Femote 'devoir taip
mourir une Stic G charmante : la&ein*
Rlconor te vepandok avec desycu* jàloù* t
Sire » et je répliqué. Oui ,' a dit le Roi,
ic pour nk>i je l'admir* ; voftà ce qui fait'
k différence de nés- fencîmen*. Je n'ai
presque rien répondu à cela ; j'avois tant de
peur de lui mertre Itofanonde trop avant
dftns fefyrit >>& qu'il ne trouvât la Côm*
jefle de Dévomhire en fon chemin , tjtfe
Jai c4ier4hé 6>îgnéufemertt à le dKTipcr>
par une-pireic de. Paume que je lui ai don*
né
DE WARWICK. 4j
ne envie de faire avec le DtocdeGJocçûer,
Ce qui nr met en repos , continuai -il»
c'eft que le voilà perfuadé qu'il ne s'agi*
Sue 4e Rofcmonde , & que la Comtcffir
'Anglefcy , qui connok la befeuré de A
Fille , de ce qu'elle pourrok produire au:
un jeune Prince fiifccptiblû des plus tcfli-
dres impreffions » la cache fî fpigneu(e>
ment qu'elle ne l'a pas amenée 4 la Cour,
cVqu'elJefait croire à tout le mondequ'elr
le cft prcfque toujours malade.
Mais je fçai , continua -t-ij > à quoi
m'en tenir , ôt je luis résolu à Taire une
étroite amitié avec le Comte de Dcyou*
«hirc. Je vous ai déjà dit , Mylord , qu'à
* befbin de moi dans une grande *Bk$r&
où je voulois prendre un Parti qui luiétoit
fer? ©ppofê $ mon cràîk peut faire ja».
ener laoalanccde quelque câtéqull tour*
ne ; ces raiforts l'ont obligé à me recevoir
avec des égards infinis , de quand j'allai
chez, lui , il me pria. d'entrer dans TAg»
psrtement de fà Femme. Je vous avoue
que les charmes de Ton efprit achevèrent
ce que ceux de fa perfoune avotent con>
mencez. J*étois fi ébloui' ôt fi eneftame*
qu'il ne falloit pas moins que la présence
de Ton Mari , pour m'e m pêcher de ftirc
fur le chamo ma déclaration $ je inodé-
tois mes fotrpirs avec une violence capa-
ble de m'étotrifer , cV jamais homme &
mon âge n*a fak un fi rud* Noviciat. Hfti-
las ! je ne fuis plus furptis que l'Amour
44 LE COMTE
opprivoife les Tygres&les Ours j.voîit
jugez bien cependant ,. que fi j'ètois con-
damné à rote Caire encore long* temps , je
choifirois auffi tôt la mort * mais il ne
m'eft pas aifé d'entrer en convçrfatioit &
Vous ne me faites, le plaifir de venir avec
moi , vous entretienarez le Comte , & je
parlerai a mon aife ila Conneiîc.
Cette proportion convenoit trop bien
«H Comte de Warwick pour Ja refuferi il
avoit fait pkifieurs tentatives , afin de la
revoir, il y croit allé différentes fois &:
ibus divers prétextes. Madame d'Angle-
£ef , qui étoit unç Surveillante habile,
avoit donné de fi bons «ordres , quepaûV
la première Vifire , oui proprement par*
1er il la furprit , il y avoit toujours des
«ufons cV des exeufes preecs-pour lesreav
voyer honnêtement j de manière que lors
rie Général qui s'étoit impatronifé
s la maifon le pria 4'y venir , il en fut
ravi. Il n'y avoir que le foin d'amufer le
Comte de Dévonshtrequin'étoit pas tout
à fait de foagoût 5 mais quand il luiau-
roit fait une pire condition 5 il Tauroit ac-
ceptée 1 efpérant au moins qu'il pourroit
de temps en temps dire quelques petits
mots , qui le payeraient de fa peine.
Le Général vint le prendre dans fon Ca-
rotte , afin que la livrée du Comte , que
l'on s'étoit accoutumé à renvoyer de chez.
laComteffc d'Anglefey ^. n'effrayât per-
sonne , il ne fut fuivi d'aucuns de fea
gensi
D£ WA&WICK. Af
gens 5 de force qu'ils étoienrà laportede
Madame de Dcvonshirc ifu'elle croyait
voir le Général tour feul , & bien que fo*
Mari n'y fut pas.., & Mère & elle lcju-
geoieûtn* peu redoutable ., qu'elles le ri-*
curent fans façon.
le Comte de War wick a voie trop d'in-
térêt â examiner l'accueil qu'on lui feroir,
pour n'y pas mettre toute fon application,
il .remarqua que là préfehee les embarraU
foit . > elles curent Tune & l'autre beau^
-coup de civilité pour lui 5 mai s. la jeune
Corotefîe levoit a peine les yeux pour le
regarder» que rencontrant aufiï-tôt ceux
xle fa Mère , elle les baifloit avec précipi-
tation. &changeok de couleur 3 il n'eue
.pas lieu de douter que cet air detjoye, qui
s'étoit répandu dans leur, première coa-
. verfation ., n'étoit pas approuvé par Ma*
.dame d'Anglefey , ôc qu'elle avoit peut-
. erre donné là-dcfîus des, levons qui ne lui
.étoient pas favorables 4 enfin il demeura
fort êmbarraffe à fon tour > mais le plai-
Jgr de voir une fi aimable perfonne êc£
rare , l'emporta bien-tôt fur le chagrin
-que lui caufott fon férieux.
Le Général Talbot avoit été un peu fa-
uché de trouver. Madame d'Angkféy dans
la Chambre de fa Fille , il s'épouvehtoit
bien moins du Comte de Dcvonshirc*
mais, prenant fon mal en patience , il dit
en entrant qu'il k venoit attendre ;pour
iîMWCW«lir4'ttacafliirciinpoxtantc : *
«comme
46 LECOMTE
comme il fe croîtra place proche Madame
d'Angtcfey » H pcnfa qu'à ne ferait pas
«tel de rcarfreienir pour t'itmauer dans
fon efprk. Il y avoir, des ftncts fur !e£
quels il s'éteadoic. volontiers. ; par exem-
ple , ce fameux Siège d'Orléans «ne le
Comte de Salfcbery il avec hïi , où la Pu-
cette d'Orléans commença de fe fignoler}
pat une Valeur miracutetne * aorffi bien
qu'à la Bataille de Patay quç le Gonuede
Su folk perdit. î le Général s'y furpaftà,âc
ils forent Pon ôc l'autre Mis Prisonniers
par la môme Héroïne. Le Général ne
rftendoit pas moins volontiers far la pri-
ât de Rouen par k Comte de Danois $
4tfétoit lai quirféfaàiottoettc grande Ville
arec le Çac(k Strnirntfrfe^&qtrireftaTcul
tnâtage pour cinquante mille Bcus d'or $
mais les Angf ois auraient plutôt engagé h
moitié <ki Royaume que derabandoniter.
Us f^avoiem quTil écoit un de leurs plus
braves Défenfeurs , de coMmancmentoa
Tappelloft l'Achille d* Angleterre *Tout
cela noroît ignore de perfonne, laGom-
tdfed'Artgleleyle Savoie mieux qu'aucun
autre , ayant beaucoup d'efprk , c* *m
•Rang à la Cour qui la dltiaguoit de cou-
tes les manières ; cependant* par corn-
platfance , elle ne voulut point FfAtertoni-
pre * & coantae il s'édbtmffoit aifément,
dans un récit où il avoit joué an fi beau
de un fi. grand raie , 5c que la ptéfenoede
la Comteie deDévonthtfo ki éoaaoit une
viva-
D€ WARWiOK. 47
vivacité extraordinaire,* ^1 tteut/pktfieurs
^n^roits dcîUi difcoufs où' u fuifU ifi Jiaot*
quef la jCo«teflea'Âr^le(ejr qui en ctok 4a
pjus proche ^n.iut aiityrk plus inCOm-
modee. . V
Le Comte Je Wat wick n'avoif garde «ta
perdre le moment de dire à la Conucâc
4e petits mou tout k plus ban qu'il pou*
▼oit : il feignoit pour cela de prendre du
jEabac t-êc defe tenir fouventdô, fon
mouchoir , dont iUac^oitia bouche quaad
il4iii pasloit > il ne la regardoit pas o*aps
la crainte que (a Mère ne s'en apperçûç,
jpaîfri]? ne la&a peint de cette manière de
lui dire qu'il l'adoroit* qu'il ne. deman-
doit pour toute récompenfc , '/que Ja pe#-
mi/îîon de la fervir avec k même refpcâ
qu'on fc*c bcsDkwt , toque ion deftwé-
xerTcBKAt merkoit quelque J>onté. Qu#i
qu'elle ne {\t pas fcmblant de l'entendre,
clk J'entendoit fort bien i l'application
du Corme à marmoter les roots droit £ •
£rande , qu'il arriva plus d'Orne fois que
1 Comteûe d'Arigkfcy M. adrtfla ia 5>a-
jcole (ans qu'il l'entendît :' à Filkenavog
delà peine $ elk n'étoiî peut-être pas fâ-
chée de ce qu'il lui difoit, «giseHe Tau*
roir/ été beaucoup qu'on eut pénétré <t
anyftére. Au milieu de tous ces embar-
TJ* >• laiatisfaâiondu Comte augmentait,
quand il penfoit que k Mère & k Gèné-
»! en écoieat également Jes dupes » A:
«m'il s'était déjà iSkx wptiftuo pour 6ir«
^Ifcir fil paSon. *- cur
48 LE'COMTE
Leur Vtfite piflà coures les régies des
Vifitts extraordinaires, elle fut d'une lon-
gueur horrible ; leComtc deDévonshirc
ne revcnoit point s ils ne longcoicnt phis
a s'en aller , lors que Madame d'Angle-*
fey dit d'un air ennuyé qu'itétoit tard , êc
qu'apparemment Ton Gendre fouperoit en
Ville. A ces mots ils fe levèrent êc for*
cirent.
Le Général avoir un 'extrême chagrin
du mauvais fuccèr de fa Vifîte , il querel-
la le Comte de ce qu'il s'étbit placé pro-
• che de la jeune Comtefle , trouvant que
puis qu'il l'aimoit , perfonrte que lui n'a-
voit ce droit : mais fa niauvaiie humeur,
bien loin de chagriner fon Rival , le ré-
jouit beaucoup.
Monfîeur de Warwick avoit encore dé-
couvert de nouveaux charmes dans l'ef-
prît êc dans la perfonne de la jeune Com-
tefle $ il étoit affligé de lui trouver une
terrible Surveillante , en la perfonne de
fa Mcre 9 êc comme il n'imaginott aucuns
moyens de l'apprivoifer : Helas ! s'écrioit-
il fouvent , fera-ce ici l'écueil de ma bon-
ne fortune , êc fouffrirai-je encore bien
des peines fans aucune certitude d'en voir
une feule payée au gré de mes defirs ?
II n'avoir, pas feulement fes chagrins à
foûtenir > il avoit ceux du Général ; ce-
lui-ci venoit le réveiller à la pointe du
jour pour lui conter des chofesqui luife-
roient devenues trés-mdiflirentes , fi le
nom
DE WARWI.CK. 49
ftôm de Ja Corotcfledoat elles étoienç n?é-*
lecs , n'eût adouci fa méchante humeur*
Il n'a voit pu trouver i'oceafton de retour*
ocr chez, elle , par.ee que le Comte de Dé-i
voitshirc ayant apris que . le Général Va»
voit attendu fi long-temps , étoit allé;
chez lui plufieurs fois de fuite : cV corn*
me le Général n'étoit pas fertile en expe-
dients. amoureux» quelque Gnvicqu'ileûç
de ménager des prétextés , U ici ?vojf
tous épatiez, § de forte qu'il vint. che^ 1*
Comte avec un air ;fort &cbf f Jfc fuia au
defcfpojr , lui dk»il 5 le Ç^ça\c 4 d%jRç*
vonshire m'a vu fi fou vent que. noua aV»
vous plus rien à nous dire. 5 j'ai i£gléj'a£;
faire qu'il, avoit , plus avantageusement
four lui qujil ne J'auroit réglée, Jui^nMo^fi
cela eft; campe que j'ai fait une *pjufliç*>i
jooa meilleur Ami s il fçroblc <*uc, mc£
foins ne font d'aucun mérite, aoprjèsjie^f
Jaloux * il me prend à préfet cn^-çen^
tinua-t*sl brufqueraent , de.inc bj-qùilfer
avec lui : car enfin de quoi me fçryent
les liaifons que j'ai ménagées ? Je ne vois
plus fa Femme , jç vous avoue que jfè r
touffe fie qtfe fnon,fi}ençf mfàtp&tfa
destpenfée» qui pQUnroîènt iuipjaire^ Ç;
ier^ic un méchant mpyifft» jdit.k^Çqn^"
pour vpiMjfcir* imvw^viÀ'mfum^
voy* Ifwiiiller. av*c ; Mrn#ft fftBtym
Vqus le connoiCd plus quq moi > Ceignes
qu'il veut vendre U.kçllc ^iaifon, -fm'&l
proche de Windfo^ ^tqu^isjfiw^i'av
T*m€l. C cheteri
jo L£ CO MTE
cheter ; allons le trouver ensemble, tfii
y eft, vous l'entretiendrez d'abord , &jc
cacherai de parlera la Comceflè, pour k
préparer à vous écouter favorablement;
s'il n'y eft pat /tous profiterez de Toc*
cafion.
' Le Général rut fi content de cet expé-
dient» qu'il l'cmbraflâ de tout (on coeur j
ils envoyèrent fcavolr fi le Comte de Dc-
▼onshtr* étott chci tuî , on vînt leur dire
que non 5 c'cft ce qu'ils demaadoient. * Ils
y forent auflt-tét * il étofc déjà revenu;
Gette nouvelle penfe les defefpcrcr » kw
Caroffc étbit entré dans la Cour 3 au tien
de àefccndrci • ik i'anwiércnt à régler ce
tyrïb 'dévoient làtrc* Pun vouloir mon-
tèttàiit'dt&h 4àM la Chambre de laCom-
èdfcdcDcvômhfte , 1 autre vouloir qu'on
ôeVît perfoW& qtfonVcn retournât*
htiAti regfrdoit'par tes fenêtres <jiii dif-
pWtdicht eèriitiié des gens 1 en colère ; en-
fi* le tJcftme de Warwittk gagna fur le j
Général qu'il ddcendfoit fcul, que fa Vi-
fitc (erôk fore «oûrre , dequll ne parte-
Toit point de li Méiïbaide Campagne * ce
^2b,4voleAt régi* 'dnfembte tot «xaûe-
teént exécuté > Te Générât pâfla un mo-
«fceht «Veic Wy*ond d* Dévôiutâre qui lui
ftattftfè lafoigueûrdtafe année j iltei*-
itttdfois fort Carofte comme un poffihlé.
fcTtfis au defcfpoir 9 dk-il au Comte > je
trjWte ett mon cliemfa' des obftacles 1n-
Atnkonublcs \ n'cft-ccquc pour moi fcul
iwai» ., a qu'ils
DEWAKWJCK. n .
qu'ils fooç fak» ij'avçiâ 13 Ajoura *ftt*4~:
dupMler de l'Amour commue d'unq pàf n
fion douce * qui caufck 4e grands plajfr*
& rastementiLss peènea : Jie.crQyois qu'il
fuffifoU d'aimer fwuc Je.it w. ^Uq6 ,. pour,
& le dirai pôle £ike<bs paf ciçs de jPro-
menade enfemble ; j ai conptf mtlle;geft$
<^$ïl<Âafdtp\tinrpifiis\wb loua wî*
wefles , «mile Maîudfftt ^j^^C
CDROofflbic que, .pat l& ftrtr* fapmifa
4c Jflutt, AsuÉift n ^à&ofuigtAdjtow^Jrç
régies, font ^l»»çêcsDS ^«rpâvfljjvxw^
des.Dntjansjà cpm^Étae^je,o 7 ahpÛ4ttr-|
1er jÉ cette que j'adore, & ina tgtieoeeiCft,
aukàh plus rude lift cuve ; C'en e/t fric*
*tyJord,v£o£ii* bêd'vocritfx diâçr^tQ
dectfcï€^fabiTùeticàj*fy\tà pfâcMi
jçjDC tara plus £*o%crityfÀ &è fttaAUû
libei^o^ c'cÛ «llei<^ji|fcia îpon ifeiqiéC
MaJtiicflc ; de [jo inekMun|te< fi-J^ mîc» £*>
pire jamais.': y. rr.fr! j.n-:.-, ;,-' v .f-
II aHirpic parle avec iajacDçic y ehéweq<
œ le r cite in* jour , firt^ ûHm>ti } Wf£-
h*U ,ib aict^ctitfflJjarpMyi te&<feqf)
mnttûit ; U : Gojfatcjde; WttAp<& Âttgttét
diesdsmeittariontdu too4raJ*;& fr^itt^c
defeendre dcCaiaffc/^dUt[>dkr*Hif AUtfrib
Dlbàivfebezuftràs ârjSi&o, rcjft^qaitoQitya*
tel , Viètréi Majefte, fopfitftt fc«o*aX0**
jtuss qiteie fais ave*ieifiéflét»i«< Jr.arrtj»
«açnb > idîtrîl ai** m* **«* ****£
- t LE CO M T Et.
ne m travaux i& P"^ )« f «» «f
futè que tous êtes aff« malui pour en-
Sir fon amour <fc quelque flateufa
Staoco. Il n'a p*M«n^«£ »e 6£
teïà deffus, dit le Comr« en mot, il cft
fort foigneix de fe perfuader tout ce qui
h,i it U RÔi , r r ««retena|it atnfi . pafla dan«
foh Cabinet «r-lut-d» ï J« »« potwott
J M «que kGéneral fe «««gagé fi mal a
mojk*. & fur toW'dansunagefi avancé,
Ljrtjtt, «ut «me- rtoiflit 5 car ayam ' toit
qu'elle fait feâ ; comme pavois infiràt
gatem , » envoya M Marchand ,#
rendre-, leOcoénl.Hnqu»?»*» **••-•
mVSompV -?.*1be4edeodemain che*k
Peintre .lui dottM .bien de l>rge«*, • *
fe chargea de me faire accroire qu il s'a-
'S& & Rof«m«Mle Maîtrefle de Henn
|*> morte il y a plu* «M?' »,^ 18 .*?*' *
aSEU* dV ** .«roovea, fi^fcc^*^
& dMKTiuéafeianft» pwnd :* «"«.'«*?
dttdMadtfnttUle D«voœ»«*.t % J .-,,'
jtàu de me conter , dit le Comte .<K
Général ..iglorieu* d'un tour fi fin^ me
«fattba pou »?«■ »*»«»* ,.tfc f ont*»..
"àtt iJ ure ?
DE WARWICK. f3
tirer mes applaudjfiemens > je m'en aquit-
tai auflî en homme complaifanr. Il vous
en fçaura gré toute fa vie l reprit le Roi ;
mais vous venez de chez la Comtefle, di-
tes- moi, de fes nouvelles : Toujours invi-
sible à nos yeux , répliqua le Comte, elle
ne s'<ft point montrée, fonMaria paru;
le Général a penfé le brufquer de fçavoir
fi peu vivre » que de fe trouver dans fa
maifon quand il le croyoit for ci.
Le Roi ne répliqua rien à ce que lui
difoit le Comte , il étoit tombé dans une
grande rêverie * mais il lui dit en fuite :
Vous voyez que je pafle tout d'un coup
de la joyeà la trifteffe , j'ai de la peine de
celle que le Général ibuffrira » s'il fçait
l'intrigue que iVi avec k Comtefle de
Dévonshire. Vous êtes donc bienheu-
reux, Sire» s'écria le Comte ?Non,ju(«
qu'ici je n'ai eu que des efpérances agréa*
blés, répliqua- 1- il , ^ fî ce n'étoit Albi-
ne qui me confole , je. me dérerminerois
à prendre le Parti d'agir ouvertement avec
fil MaîtrefTe 5 car enfin qu'ai- je â crain-
dre f & que fçais je fi Ta Gouvernante ne
me trompe poiot ? Vôtre Majcfté eft au
dclTus de tout , dit le Comte * mais n'eft-
ce pas un plaifir capable de toucher un
coeur délicat , de penfer que vous êtes
peut-être le feul Monarque dont les
Amours font fecrettes ? Oui » répondit;
Je Roi , j'y ferois fenfible , & je goûte-
rois ce myftére dans toute revendue de
■ c j f° n
J
f4 L Ê C O M T E
ftnfAérîte, rï j'étais heureux : maitfchan»
Sons de Thcfe .t je fuis peut- être le feul
onarque (Jurait Impatience de foûpirer
fi long-temps , fans fçavoir mieux ma de*
ftinéc, je m élaîffe conduire par une Vieil-
le qui radott* ? je trains dèdcphfre à lii
ComtcfTe , cY je fôuffre bttfrtttûp «fen*
dàtîttfn jour favorable : Ileft Vrai; ft)oû*
û-cil , qui ce jour ^eft plus el6igné , je
dois envoyer Dévonshire Ôe Anglefey à
Yorek. Le prétexte cft léger , il s'agit de
Quelques différents, dont ik iront i'iftfbr*
mer , pour m'en rendre compte.
'• Apparemment» dit le Comte, V&rc
Majeftê ira fans façon chez la Coorieife
èè* qu'fl^fçront partis ? Je fi'/ prévois*
qu'une difficulté , c'eft la préfence de
Madame <f Anglefey , qui eft une cruelle
Surveillante quand on parle à Û Fille;
mais il faudra foire provifîon d'Opium.
Vous raillez à votai aife » reprit le Roi,
fàzthtz que je n'ignore pas Phumeur de
et Drtjjbrr i Voici dôric ce e,uc j'ai if rê-
të avec AWne ; fcrriêmè foîr que j'en*
foyetai le PerecV le Mari à Yôtck % yU
rai proche de leur raaifori dû côté cTuné
Certaine petite Porte qui donne vers le
Jardin , je ferai très-bien dé^uifé 6c voua
àuffi. Comment , Sire , dit le Comte*
Vôtre Kiajefté me met de là partie , eft-
ce pour entretenir là bonne Gouvernait»
t$ ? A peu près , dit k Rot . car il fau-
dra tjuc -vous alliez frapper à là grande
Porte»
i
DE WARWICK. si
Porte , & que vous foyex très-bien tra-
vefti , &que vous demandiez à lui parier,.
Dès qu'elle fera. venue, vous lui direz:
Vôtre Neveu vicnt~de fc battre * il a tué
ion ennemi, oh' le cherche,* il eft ici -près,
&il attend qiie vous le firifitfz entrer pour
paffer feulement 1» nuit en feurete , il
s'embarquera avant le jour , & je le con-
duirai en Hollande , alors la Vieilk toute
fremblame ira parler à la Comrefîc d'An*
glefey, elle la priera de trouver bon que
Ion Neveu entre , & fi elle peut obtenir
la Clef de la petite Porte » j'irai par un
Degré dérobé , dans l'Appartement de la
Comtcfle. Mais fi (a Mère ne veut point
▼ou* recevoir , Sire , que ferez- vous-, dit
-le Comte ? Elle ie voudra bien , cbnti-
nàà-r-il , car die aime Albînt * et elk
aura pkié de ùt peine.
Le Roi , en uni(&ni ces mots , ente*
àartis fa Chambre , 5c. le Cotpte ie rttim
chefc lui , fi pénétré de douleur » qu'il
ne pût fiûrlf antre idhofié <pic dé fe jeteer
fitr fon lie ; ft pefta- contre fa mauvaUe
fortune y il fe reprochoir d'atair différé
fi long tcïnpt à mettre AMnb dans fes in-
ttërets i i f ne comprenait? point la caufe
Al fïlence d*Eli(abeth de Luc/ , & tout
fes railhnneffivn* alloicnl à croire qu'il
étoit le phis malheureux de tous les hom-
mes : 11 ne m'eft pas même" permis , s'é-
trioic»ft»' d'ignorer l'excès de mes difgra-
Tgnorer
:au4e
C 4
CCt i Celui qui kt caufe éft mon Maître*
S 6 LE COMTE
ôc m'a choifi pour Ton Confident , il veut
que je le fuive dans un lieu où je ne pour-
rai le voir (ans mourir. Quoi , je le laif-
ferai chez la Comtcfle , après que j'aurai
«pris tous les foins néceifatres pour l'y fai-
re entrer ! Je pourrai m'aller jetter la tê-
te la première dans la Tamife : mais ne
vaudroiuil pas mieux que j'y fufle dès à
préfenc > je c roi rois au moins que quel?
que chofe auroit empêché l'heureux fuc-
cès de ce Rendez-vous ?
Le Comte fe tourmentott , fe levoir,
s'efleyott , ôc fe fentoit fi accablé qu'il ne
Tcavofr à quoi fe réfoudre $ Ton efprit
peu accoutumé à fuccomber, ne s'inquié-
toit pas tant d'avoir le Roi pour Rival,
-qu'il s'inquiétoit des fentimens trop ten-
dres que la ComtefTe avoit pour le Mo-
narque. Beaux yeux , s'écrioit-il , que
vouliez vous donc me dire dès la premiè-
re fois oue je vous vis ? qu'entendiez- vous
encore l'autre jour par ces regarda lancez
à la dérobée pleins d'efprit ôc de tendref-
fc ? Ah ! pourquoi ne me témoigniez-
vous pas de la colère » quand je vous di-
foisqueje n'adoroisque vous, Jccroyois,
continuoit-t-il , qu'elle n'auroit voulu
m'entendre que pour me facrifier , fi elle
avoit informé le Roi de mes démarches ;
mais elle en a gardé le fecret ? à quoi bon
ce myflére ? d'où vient qu'elle me mena-
e d'un côté » quand elle me poignarde
e l'autre ? ôc lors que j'aurai mis Albine
dans
1
DE WARWICK, j7
dans mes intérêts , quelle utilité m'en
pourra- 1- il revenir, puis que fa Maîtrefle
aime aflez le Roi pour le recevoir en fc-
crct? .
La moitié de la nuit étoit déjà paffée,
(ans qu'il eut pu fê déterminer fur rien,
lors que tout d'un coup il lui vint de nou-
Telles efpéranccs qui le confièrent un
peu i il en regarda la réuffire comme une
cfpécc de Miracle qui pourrait peut-être
apporter un grand changement au trifte
état de fes affaires , & fon. cobiîr fJcu ac->
coutume à la défdatjon , ie laifla roton-i
tiers flâten
Il ne fit aucune démarche vers Madame
de Dévonshire, ôc vit partir fans inquié-
tude fon Père êc fon Mari que lé Roi énv
Voyaa Yorck, ilïurauffi-ror rrdûVerEIi-
labech de Lucy. Quoi J Madame , lui
dit- il , après avoir été capable de ûorifier
vôtre réputation, cfc de vouloir * paflèr
pour la MaltrciFe du Roi ,* vous foufFrez
patiemment qu'on vous l'enlève i de quel-
le honte vôtre triomphe va-t-il être fui-
tî ? c'eft cette nuit, Madame, qui en
doit décider • Icltoi n'a pu encordtntre-
tenir la Comtëfle de Dévonshire * tour eft
réglé pour le faire entrer fecrettemenc
chez elle , "voulez-vous être lâ-deflus auffi*
tranquille que vous avez été fur mes pre«4
miers Avis ? Mylord , dir-elle , je ri'ai
Joint été infenfible au malheur dont j'ai
té menacée » je me flâtois que mon dé-*
Cf. plaifir
S$ L E C O M T E
pkifir joint à ma tcndrciTe efiaccroit ma
Rivale d'un coeur que j*aï fou vcraincmcnt •
poffédc ; j'attcndois Quelque conjondu- :
xfi faverabk , pour découvrit mes fenti-
ipea^an Roi j nuis puis que le mal pref-
£o , il faut que je Penvoye prier de mé
venir trouver » que je l'accable derepro-
«jK»,.qiKJÉ pleuré, que je crie, & que
je k menace de me tuer a fes yeu* â s'fl
me quitte, Rien n'eft mieux, Madame,
dk , le Comte ». mais jouez de grâce un
pettr AcV de Comédie devant moi , afin
que je vous applaudiffc , ou que je vous
Corrige , car vous fçavcz que j'ente!» af-
fcz; Je Théâtre* Non , Mylord , s'écrk
la* Matquifc , ce n>'efl point ici une ebofe
ûir laquelle je fotaen état deplaifariter, je
A& rien.r.cfliuitîen ma vie plus viv citent}
^)a*9 lû: dit-ell€^ après avoir rêvé quelque
reiaps*, je ne i^ai pa* où. le Roi connoît
k ÇomtciÇ: , ni, ce qu'il a fait pour lut
pluae * il £Mtt Ai*en inftruiré ,' le Coiritc
ne k trouva, pas moins à propos quelle >
il lui rendit compte de laChafle de Wind-
&r ,. A. la pria.-ûir tout de ne point par*
tfaukrifcr Je f^end^i^.yàus ou le Roi de*
y/m ; aller k fois tnêmé % parce qu'il Tac-'
qRferoie de. If lui avoir die > n'en ayant
parlé i perfonne qu'à lui.
i 11 n-étoir pas néccflâireque le Comté
dc'Watwick donnât du courage à Élifa-
bèth de Lucy \ elkfe fencoit trop vive*
«catpiquéc i pour; emprunter des armes
ait-
fiE WARWfCK. 19
ailleurs que chez elle 5 elk ne négligea
aucun de (es mrftagts : ià Robe «rua
fond or 6c bleu école attachée aux extre-
Jtiitêt par des Agraffes de Pierreries ; fa
Coëffiire paroiffoit, négligée Y fcris cachet
fo cheteux , dont lé ifôir lùftté lui fcyoit
trés-bien i elle avoir le Porc raie Vlu Roi
4 fan bras , & tore* avoir confoké fon
tiroir , il lt confeiM* fi bieri , qu'elle nta
jamais été fluttatatatrî* > eHe envoya prier
9a Majefte de tenir chez eJfé pour une
tnofe dfe ebftttqttcftac' 11 n'avoir sarde
d'y manquer ; on nt pxnrydk conserver
Cus d'égards cjuVUe en «ottfervoit , &
aflgfé fa nouvelle pafton ? eBe aven tua
attendant fur lui , dont if n'étoit pas le
«faftre.
- II s'inquiet* dé PenJpreffeniënt on'elfe
snarquoit , èc fe tournait vers k Comte
4c Wântflc* : que me v entcDe , lui did.
U , ne pouvéx-Vcfcti point le deViner ? Sire»
répondit le Comté, je devine Que laMaî-
treffe d'une jetant Rôi atlffi aimable que
vtrtfc , n'a point àc plus» preffans defirs,
^ût de te ràit s de Itfi plaire , & de irié-
rfagér tfn céëtft Jotir la pôfleffion fait la fô-
lidté de âvt£? dtt rèftè ; j'ignore 6 quel-
^iS aflafréi font feëtôes dans le Oqmpli-
trient qu'eflè Vient Renvoyer à Vôtre Mi** -
jéftc. J'y rali pflffer une demie heure, dit
"tt Roi, car ce fbif je ne véu* rien trou-
ver en mort ehtiniA qui m'arrête ', le
Cfctffé fttoth *«*s tno* •* * pour Mwr-
C 6 der
6o LECOMTE
der le Roi , il le fie fouvenir qu'il avoit
promis Audience à l'Ambafladeur d'Efpa-
gne , qu'il alioic fe rendre à Withall , de
qu'il valoir mieux n'aller chez la jeune
Eiifabeth qu'après l'avoir vu.
Le Roi différa fa Vitite , U G -tôt que
l'Ambafladeur l'eue quitté , il fut chez (à
Maitrcfle > il trouva qu'elle chantoit un
air fore trifte , dès qu'elle vit le Roi elle
cefla de chanter , mais il la pria de con-
tinuer : Telle ouo le Ctgne aubordduScu-
maudri • dit-cue > plaint fa mort far fit
chants , telle j^ annonce la mienne aujour-
d'hui, ey je l'annonce % Sire, on vous rc-
proibant de me l'avoir caujée : Il «rougit
à ces mots , ôi la regarda d'un air ten-
dre : Que voulez -vous donc me dire, ré-
pliqua- t *il ■ par des reproches fi peu mé-
ritez i elle s'en expliqua auflwôt avec
beaucoup de vivacité & de larmes. Le Roi
furpris de la voir (î bien informée > fe re-
trancha fur des afiurances que rien au
monde n'étoit plus faux, qu'il n'a voit vu
la Comtcfle de Qcvonshire qu'un moment
chez.elle pendant fon Voyage de Wind-
sor, ôc que depuis ce temps-là il n'y a voie
Îias même penfc : que s'il étoit vrai qu'cl-
e Peut frappé d'admiration au Point qu'el-
-k le croyoit , il ne lui auroit peut-être
pas été impoflible de la retrouver : mais
Qu'apparemment on vouloit lui fournir
des .armes pour fe détruire elle - même,
-puis qu'il ne haïfioit rien davantage que
■■ï * les
DE WARWICK. <5i
les cclaircifiemens ôc les tracafîerics. La
Marquife piquée de le voir fi ferme furie
dcfcveu de Ton infidélité, «'emporta avec
excès , & ne voulut jamais fbufftir qu'il
forcit de chez elle j dès qu'il parlote de
s'en aller, elle jettoit des crisperçans, ôc
difoit qu'elle alloit fe tuer à fes yeux.
Comme il fçavoit que Meilleurs d'An-
glefey & de Dévonshirc reâcroicnt quel-
ques, jours dans leur petit Voyage , il
comptoir, qu'au plaifir près de voir la
Comccfie de Devonshire t qui alloit être
reculé , il feroit égal qu'il y tut ce foi r- là
ou le. lendemain j de forte qu'il ne Quit-
ta Elifabcth de Lucyquc fort tard j ilrap-
paifa un peu > & le Comte de Warwick
qui étoit très-intrigué de ce qui fe pafibit
chez elle, Cachant que les Officiers a voient
ordre d'y porter le Souper du Roi , ne
douta point que l'autre Partie ne fût
rompue.
Dans cette confiance , il courut chez
lui ; il fe déguifa de fon mieux j pritBc-
rincourt : C'éroit un de fes Gentilshom-
mes qui éroir accoutumé de longuc-main
aux galanteries, noâurncs de fon Maître,
il l'infiruific en deux mots , ôc fe recom-
mandant à. fa bonne fortune, il fe rendit
à la petite Porte du Jardin de laComtcfle
d'Anglcfey , ôc envoya aufli-tdt Bcrincourc
pailer à Albinc.
Tout ce qu'il faifoit étoit fi téméraire
qu'U a'ofoit y refléchir. U s'agjffoit de
^ C 7 crom-
6% LE GO M TE
tromper la jeune Comtcffe en paûancpotTr
H Roi ; de il ienoroit dans quel lieu elfe
te rtftâvroic > sïi feroit éclairé ou obfcur *
if devoir cour craindre de la parc de fou
Maître* s'il découVroitfon avanriire?ei#-
ftn il pouvoir arriver mille concr* cernés
imprévu f tous auffi fâcheux lés uns que
l&âarrea ; cependant fera intrépidité na-
turelle 6e fon amour * ne lui permirent
4'errvg&gëf le péril que pew le brader ; il
V cour ur fans-béfîtèr un moipenr.
bèt'Jjtt'it rut proche du Jdrdîn , il s'y
irrita pendant que fterinéoifrc s'aquittofc -
tic fa comrmiïion ; tout était fi tietérett-
ferrtent préparé , que le Corniè entende
tien* plutôt qu'il ri'aurofc ofé efpérer , le
brdrt d'nneCtef qui raifort cent tours dans
laâèrrurefarîs la paaioh ouvrir $ Albine
ne s'énferFoic jamais , de elle fc trouvôk
fi tciÊiié qu'elle ne (ça voit ce qu'elle rai*
foit , toutes Tes peines étoient inacircsV
*tté £«eoîc la Serrure , & après favok
brén mêlée » elle dit par. une feheé de ta
Porte <ju'il lui étoit impousble d'ettvrir,
qu'elle ne vojoic point y qu'elle n'ôfok
Aller quérir de la lumière j que pour ce
♦jour- là elle nltnaeinoit aucun remèdes
Le Coince penfà le dcfcfpérer * il com-
prenoit que s'ilpcrdbit cette èccàfion , il
n'y en auroit plus de fembftbles pour lui,
& que le Roi vien droit lui-même débrouit*
ier ronces les Enigmes } qu'il fçauroic ce
qu^ tmïvott arrivé , * lui Youotok au-
cane
1
V
DE WARWICK. «3
tant de mal qiie s'il aVoît parlé àlaCom-
teffé.
11 ctôit fort grand , de belle taille , Ôt-
très-léger 5 les murailles aflez bafles , ÔC
if avoir remarqué le jour qtf il trouva Ma-
dame de Oevonsbirc dans fa Grotte qu'el-
les étoiént garnies dTîfj&lièrsv
Il prit le Parti dé monter fut les épau-
les de fon Gentilhomme qui n'étoit pa»
petit ; Ôc fe gratifiant comte lé mur avec
force • (1 parvint jufqu'cn haut aux dépenff*
de quelques ongles arrachez de de plu*
rieurs écorchurcs.
Qgand il fut dans le Jardin , il vuidà
fes poches qu'il avoir remplies de Pièce*
d'or , 6c pria gàJarbment la vieille Albinêt
d'en être la gardienne 5 aie les reçûr vcm
fonciers , croyant toujours ^ue c*étoie le
Roi, & craignant bien qif il ae fui en don*
nât phi* , de que le dénouement de Pln>
trigue ntfjuï devint fâtaf ; de forte qu'ek
le etoit H troublée cV fi prévenue , que
quand die aurofe vu le Comte , elle fru-
roit méconnu. Il fut avec' ène jufqu'à uri
petit Degré dérobé r la Vieille demeuré
en bas , Se lui dtt qtoifrouwofc Mada*
me de Dcvorfsbire' ètf Itimi • il revoit
brotorMcmerir: à ce qu'il aîloît dire, pour
juftffier la rtabrTori qtfff fatfcit au Roi &
a die , lors qtfajtyroehanr d'une Portée
on le prit par là main , il entra douce*
tnént dansurietRambre , dé fans luîdbn-
nci le temps de parler ; - oti lui dît : Que
poli-
64 LECOMTE
pouvez- vous penfer de moi , Mylord
Comte , je n'ofe prcfque vous le deman-
der .? les démarches que je tais vous doi-
vent paraître fi criminelles * que je fuis
peut-être à la veille de perdre coure cette
eitime donc vous m'avez aflurée , quand
vous vîntes ici avec le Général Talbot.
Le Comte de Warwick écoic tellement
furpris de ce qu'il entendoit > qu'il fe trou-
voie fort embarraffepour y répondre. Par
quel hazard > difoit-il , cette perfonne
£çait elle que je ne fuis pas le Ro( ? bien
qu'elle ne voye point , elle me parle de
mes affaires avec trop de lumières pour
s'y méprendre ; eft-ce un piège que l'on
me tend ? Suis-je auprès de ma charman-
te Comtefle , ou de quelque autre qui
cherche à me tromper ? Il n'a voit pas le
temps de trop rêver à Ton aife , car cet-
te Dame attendoit fa réponfe » pour con-
tinuer la converfation. Je fuis fi confus
de l'excès de mon bonheur , lui dit -il,
que bien loin d'avoir des penfées qui puiÉ
fent vous être injurieuies » je (ens une
augmentation de tendrefle Se de recon-
noi fiance qu'il m*eft tmpofiible de vous
exprimer : Cependant, Madame, au tra-
vers de toute ma bonne fortune, je vous
avoue qu'il me manque le plaifir de vous
yoir , je vous le demande avec la derniè-
re inftance. Volontiers , replie] ua-t- elle,
je vais faire apporter de la Bougie ; elle
For tir pour appellcr Albine qui n'avoir pas
eti
DE WARWICK. 6*
eu la force de quitter le bas de l'Efcalier,
tant elle trembioit : mais ce fut bien pis,
lors ou'elle lui commanda "d'apporter un
Flambeau 5 pour le coupelle fe crut per-
due , en voici la raifort. ,
Dès la première Vifîte que le Comte de
Warwick rendit à Madame de Dévonshi-
re, cette Etoile fatale qui détermine quel-
quefois Je cœur à prendre un engagement
pour le refte de la vie , agit fi punTamment
fur le fîen , qu'elle ne ïongea pas même
à fe garantir d'une detiinée où il eft tou-
jours bon de réfifter. Bien éloigné , elle
chérit fes inquiétudes , & toute occupée
du Comte , elle dit à Albine qu'elle ne
vouloir plu$ qu'on lui parlât du Roi. Cet-
ce vicilic Gouvernante dcicfpèrce de per*
dre tout d'un coup un û gros profit , fe
garda bien de faire aucune réfîftancc à &
MaîtrdTe 5 elle fongeà que ce feroic le
moyen de perdre un fecret qu'il falioit
qu'elle poûedât pour en faire un ufage
utile : Votre éloignement pour le Roi,
lui dit-elle , n'eft point l'effet des Réfle-
xions $ jl faut , Madame > que quelque
chofe tous platfe plus que lui, ayez pour
moi une entière confiance , je, n'en abu-
ferai point , & vous ne vous en repenti-
rez jamais. Helas *! repartit la jeune
Comteflc, que je fuis aife , Albine, que
tu veuille m 'écouter, je mefoulagerai en
te racontant que je fuis charmée du mé-
rite & de refprit du Comte de Warwick:
Corn-
66 LE CO M TE
Gomme je n'aurai jamais de -commerce
arec lui 1 , que je le fuirai , cV que mon
feul devoir fera la régie de toute ma con-
duite , je mé prépare à iouffrir des pei-
nes infinies 5 je te les dirai , ri eft doux
de fe plaindre avec une perforais affedion-
née&fideJle i eependanc né manque poini
4e faire entendre au Roi que ma Famille
tue tourmente à taufede lui , que je Se
fapplie de ne plus pehfer â moi , & que
c'eft la feule grâce que je lut demande
pour le prix de tout mon refpeâ.
. Albîne fe trouva fort embar raflée dam
ime Intrigue qu'elle vouloit faire durer
pour fés inrerfts , & qui, étôit fi proche
écùi fin. Elle «voit un Neveu qui ne
fBsnquoit point cfcfprir , eUe l'apptU*
dans fon petit Confeil , À ili conclurent
Sill ne ftflôk rien dire tu Monarque des
mtmens: d'intifféteftee dé la C6mtcfle\
ajoWouvftroient les Lettres qu'if lui' écri*
ffott i 0s qu'ils en feraient d'autre* fout
fon ntfn pour y répondre, JHân 1 que cet
ealpédient fût de* plus hardis,, Albihe le
goûta y parce qu'il prolongeoit ua cônsr
nyerce» qu'elle avoit intérêt d'entretenir t
mais comrrte le Roi témoignait une etf-
ttême impatience de voir là Comtefic, 5k
qu'Albirie fijavoit bien qu'elle n'y confen-
ciroii jamafe , elle ufa d'un autre ftrarar*
genre t Madame , lui dit-elle , fi vous
Voulez empêcher le Comte de Warwick
de Je perdra , il faut que voue lui expli-
quiez
DIWARWJGK. 67
4uta& vous même vosJeimmtmj il cft
perfuadë qbe fies foins , fa paffron , le
temps , cour cnfe Vou5 difpofiewi en &
faveur. Cef te opinion te mec en état de
fmt chaque jour (le» extravagances oa-
ftéesiux dépens 4r 4^ tomme* & nfaéme
A vôire > reptation : vous cbnnônlefc
•Wiïinteurde Myiord -d* Qévanshire , s'il
aperçoit -que le C&mre vous aime, il
-éroir* que vous l'aimez > voyex-le pour
lui déclarer que fts ctpèrtnccs font mal
fondées; Ah ! quegne {0»feilles-tu , Al-
pine »> dit lâtComrtffej né t'ai-, je pascon-
•fié le déplorable éfat dé mchtcanir- ? ëfl-
cc le mpyen de guérir que de parler â un
«nrierm fr siihaWW non , tvàA , ji rdtk
tbittix ïtibztidohnct à ton fiwr , que <fc
baitardei' réméfâirëmtfit de Je voir * mes
ye'rtx pourroient démentir «ma bouche 5
éwefflt honte* Albine, sHJfçrrdlt un jour
&ès fcibteffts r ^uèlqucdéplaidr que j'en
reffe*ftc 5 ' qudqûes favolonraW qu'elles
fttoft } » ftfffit-qae je les aye^pour l'évi-
ter 3 ffiafsy Madame, répliqua cetre danl-
géréufé îtmrne , ne teft>k-cc pas un plus
r'and mal fi Vous lui attiriez Paveffiondù
ôi ,• & fi vous vous attiriez celle de vôtre
Mari ? Et pourquoi Me haïroit-il , re»
prit. elle, d'un âir plékl dis douceur * fuis-ie
Mrfrfeiîe d'un penchant qui m'a captivée
malgré moi ? tie fmVje. pari plaindre
plutôt quU bîânver ? Non , Madame,
Vous nt ft«* fas plainte 4 >cdi&*mm-t.cll£
-68 LE COMTE
: fi vous ccfufct un moment au Comte de
Warwick , -afin, qu'il (cache de vâtre bou-
che qu'il fe Hâte d'efpéranccs inutiles > Se
qu'il ne peut travailler trop toc à fa gue-
nfon : quand il ne penfera plus à voua,
je doute que vous penfîez à lui. Plût au
Ciel, s'écria la Comtefte* en verfantdcs
larmes ! mais je crains de trouver du Pot-
ion dans le Remède que tu nie propofej
cependant , continua- 1- elle , quoi que tu
n'aye rien à me reprocher , ménage un
2uart d'heure où je puiflè l'entretenir.
e fut donc fur cette permiffion que la
Vieille manda au Roi qu'il pouvoit venir.
A la vérité , elle ne fçavoit pas trop
.bien quel feroit Je fuccès de cette entre-,
vue , comment le Roi fouffriroit d'être
pris pour le Comte i ôt comment la Com-
cefle s'accommoderoit de trouver l'un
pour l'autre ; ce dénouement lui paroif-
foic une des plus difficiles affaires qui fc
fut paflec dans Ton Siècle > enfin elle en
prit le hazard , perfuadéc contre toutes
les régies qu'ils n'en viendroient pas à ua
éclaircifTeraent , mais qu'au fond fa Maî-
trefle ne pouvoit être fâchée d'avoir un
Roi tendre , aimable & fournis , au lieu
du Comte.de Warwick.
Bien qu'elle eue fait fon compte fur ce
pied , lor^ que la CotmefTe lui demanda
de la Bougie , elle refta fi troublée qu'el-
le penfa mourir ; enfin elle prit tout d'un
coup le Parti de lui avouer ce qui fepaf-
foit i
DE \YARWrCK. 6?
foit :-i elle Te jctra à fes pieds fit la me-
nant pac fa Robe y elle lui dit avec mille
fangbots v qu'cUc- Joi^dcmandoit pardon /
de l'innocente tromperie qu'e]le venoit de :
loi faire, que ce n'etoit" qu'un effet de,
fon zétc& de fon envie de la voir au def-
fus des autres., qu'elle lui avoûoit en
tremblant, que ce n'étoit pas le Comte.
delvVaitaickqui tfwendoit dans laCnànt*,*
fece ( ,>mais que c'éroitJie itioi qui l'a voit ;
roûjqu rsaiméc tonilaaim era: ; : A ces mots* •
Madame 'de De vendre s'emporta contre i
A&àne , elle la menaça d'une haine étcr-»«
nelle j & Jàns vouloir l'écouter davanta»
gc ,• elle enrra. brusquement ^ans- une au-
tre Chambre, doav «lie ferma lai Porte.
. ^ Le £om trader Wainwck étoic fortiïbn-;
se de rce <jue ia i même; pertfonne qui 1 ai
àjroir, parle he revenait pdim; $ if n'ofait
l'alla- chercher. ilan# kit crainte die» ren*
causer d'autres qu'il taectidchdit pas*
Il .actendote avec une impatience extrê-
me v^on qn'il 'entendit; du lirait» te que
quoiqu'un en tâtonnant s'approcha de lui *
|effi|i«aii!ifeiefpoïr.^Sij« , luf dit-on ; iyfc*
dame de Dévonsfeifcid^irangt* câpmciv
eUferne/vcu* rilus revehi* ici* ^ Héqi&Jui
ai-rjejÉàic^j dit-tt, t>àûf i'obtfget âmcfuir4
Eue feiatt une chimère i de vdtre ptfulcttf
$etir £ftïabeth de Lucy, ajouta cette per*
tome , £ Vôtre Majcfté veut m'en croi-
re , clleiortira tout à l'heure du Jardin*
4telle m*, laiflera le foin 4c ; lui petOu*à*t
dtaâitfficr autrement» L *
70 LE COMTE
Le Comte *Yoàt Vetpm du, monde tc\
plus vif, il ptaétiratom d'uiicôup l'to-,
trigue , & die à Albioe qtt'iLaimoa trop,
la Comceffe pour lui oV**«nni moment ,
de chagrin* qu'il yocuoic ia xhargor d\m\
Billcc pour elle , qu'elle lui apportât de.
quoi ce cire, 5c qu'en fu|re;ilfe rctireroic. \
La Vieille fart contente 4c rofpcxanec
qu'il Ju) àonnoitj dk qudrirdtia^hiitric»>
rc; : niais quelle hktJbmtpriTe - 4 éarregar*
danc celui qui pafToic dana ibri «fprit pour
le &oî , de crotrrer auex/é&it le Comté
de Warwick 1 il ifemMmt Qu'elle ratât
d'£tre pétrifiée , elle ouvrait les yeux ôc
la bouche ùop pouvait prahonœr une pu*
rok. Jefçti »: AJtincv tou&rèiqucjraus
pcnfekji Jui du-il,. je ft'aifpas JoJtemps
de vous rien capticpiûr «t roiiira b may ca
de rafe.ftîrc parkr â,/vte«c Maîircrjc., je
ferai mi Paix ^kvo^ct. SaiTdz-nicrf,
My|ord> iuidi^allc i; allons doucement,
j'èfpMCro^c toutes Icj Portes ae nous fo-
DM»piis,ftrmcc^ ; enjoffet^ ih entrèrent
ftartaifctetftmtt j4WoGandc*«foc ^ti^i
fofij*ir«nc jMadaœc idft tD^rtrishire i, knd
r;j(^jC<Wcc â^ÎBiÀiesipîedf JunnDqu5efc>
lej fc fàti afrf?^q*'*ljr ^roit aqctoutea
prjfehe, dfeU* Miif^bl<^tàComï
ttflfe ^ >M *i*>&» *pie 'j& ftasdaiici -«nv>
iHMCCHKifPttrvJrajV^t»^ uHfc/nîe.ftw»*
pHtfcce qMCî>: bnardo eni^enaût jiWqucs
«i^ JMbjoitiilipw yoois ^efûtadert àëiàbk
'4d * /r-'>r*ni3ij£ "fofljrrffcî
paffiqn? <?jjpi , ^vousé^cs à la gjke : d£
Roi al s'çcjria-t^clle ? ba î ,je ne jiecftfçisi
?&* MjM t qw vpus fuflUfc le,CppV r
fident de fc£ fentimcns j>onr moi ? Biçri
que ïea fçache une partie , Madame, re-j
pUqua le Comte » je vous avoue qi*c je
îcroK mort de douleur plutôt que^dc l'ac-
compagner ip i niais je fuis/çuj ,<Jc vjçni
chiçfi^raiipiicsdcToiis Içïècçurp dflntj
j'ai befoin , pour foûtenîr .tquçcs Jes -pejn
n^.qu>lont i^paniyesd'Mnp.paOipn
malbeure^e. 4c ne peux iu* ne veu* voujr
^cq^v^.^brd i dit ,1a .Cogwfc.,.4i
je n'ai fonÇcnti à vous -voir , àue pour
vous ôier tout d'un coup, les idées 4005
tous vous flâtez i mon égard, Açjievez,
Madame , achevez , rcDfiqiwil % ppf,
gi^ez-moi,, vok? mon Epéc ft;mpji
Çceaut 4 > ,ce teinéraîre ofç yous^orer , n*
hi/^fufc^pj^la gMce^'strej^ni de ,150*
liBs^ioixiena^i vous luj donnez qyciqae
açtci>tion I à l fe juftifier • qpe ne vo^.ici
*oit-iJ pas *ojr , Maflanae, dans,Ja r purfc
*é & te/cntfgtfns, $ SpflgezrVogs, %-
hwA,;lH\àit-ttifi* q*Wnc«rpmpan*,^
Wl* pafj^4,Madas|ie^c ( Dçv»nfbirçi ,flç
qu'eue ne Bçufc^trc Wpcei^$satfç|k
PW *W« W>u«e^ l Grffcz ^nc pouiç
toujours de m'aipàcr ôc de mc^dirc, ca*
jCJie ftus capable que d'ingratitude pouc
tous ? Ha 1 Madame, s'ecn* le Comte»
\ç qç cannois «y* tro# Ç^> ^W%
t '•
72 LE COMTE
té } vous ne voulez cjùe des Rois pour
Efclavcs. Vous jugez mil de mes dtfpo-
fiéions , répondit 1* Omtefle » il ne rt-
git que de mon devoir, 5e j'oie vous di-
re , que s'il m'écoie permis de faire un
choix encre le Roi & vous , ce ne feroîc
pas vous , Mylord , qui auriez fujet de
vous plaindre s mais ne vous prévalez
poinc de cet aveu , il ne fera favorable
peAir perfbftrié.
' Le Comte refta dans un extfênié acca-
blement ; quoi . qu'il entrevît quelque
1 lueur d'cfpéraftcc dans la prévention quel-
le lut témotgnoit , de dans la démarche
qu'elle faifoit de lui parler S tard , & d'u-
ne manière fî myfténeufe ; mais elle con-
tinua toujours de lé prier de ne plus trou*
blèr fcm rej>os par des foins-, dont elle ne
lui «endroit aucun compte.- Il répondit
à tout ce qu'elle lui dit , avec un refpeft
et une paffion^ vive» qu'elle ne pût s'em-
pêcher de s'écrier d'un air pénétré de dbir-
feur : Ha ! MyJord » pourquoi vous ai*
je connu ? quelle fatalité pour une jeune
peribarieà qui'l'ofi fait* mener une vie fi
$&tV HeW r'àfôâame \ 'permette**
nioi 5 lui, tifMlvdé *emr partager qtie&
èuerots-Vécre (©rçrùdeVje me trouvera?
ïfbpihetfreW, & j'èl&yvrai |>ar rnlHé fôftM
ëtttprefltfz & par mille ^omplàifatfées;, £
vous adoucir la' rigueur de cette retraite»
O Dieu ! repliqua^-clle% la confdlatfoii
que vous me propofefc éft.trop* dangereu*
* ?i fcj
DE WARWICK. 7j
fc î il faut me fuir > M/lord , il faut que
je vous fuye.
Le Comte Vccoutoiiôc l'admiroit j cl-
ic luidifoit cent autres . chefes qui l'en*
chantoient 5 jamais maaiens n'ont paflié,
fi vice ; & comme Ton die qu'un Hor-
l°gt gouverné par l'Amour eft toujours
dans un grand defordre , fans Al bine ie
jour les alloit furprendre $ elle les avertie
de fe féparer. Le Comte auroit donné!»
moitié de fa vie # pour f eûer encore quel-
ques heures auprès de fa belle Comtefîè,
mais il n'y en avoit pas une à perdre pour
fe retirer fans bruit : il la quitta dans un
trouble & dans tin chagrin qu'il eu inv»
po/fible de repréfemer.
Le Comte éroic attendu par Berincourt
le long des murs du Jardin , il ne fut pas
obligé à les franchir comme il avoit fait
pour y entrer , parce qu'il trouva le moyen
d'ouvrir la petite Porte. Albjne le con-
duisit , il lui promit tant de biens & de
récompenfes, qu'elle s'engagea à n'être plus
qu'à lui ; & de dire au Roi île fi bonnes
raifons de la froideur de faMaîtrefle, qu'jl
fongeroit à fe guérir d'une paflion plus
incommode qu'agréabfe, ,1 >
% • Ainfi Monfieur.de Warwiçk rjavî $**
joir entretenu Madame dé 0éyonsbir^
île retira chez lui &'donna Tes' mpllçurs,
raomens à penfer à elle. 1 . jfl ^a.vôit <un-<
ployé le refte de la nuit, & commençoit.
à dormir yws le matin , quand on vint*
TmeL P W**
74 LECOMTE
Pé«citter , pour lui dire que le Général
Touloic abfolument lui parler * il entra
dans ùt Chambre <Turt air fi gai , que le
Comte qui le voyait toujours fort férieux
croyoit rêrcr. II le regardait • avec des
yeux cru l'on lifoit fa furprife , êc plus le
General remarquoit fon étonnement, plus
fâ joye augmentoir.
Quel excès , s*écrîa le Comre ! qu'a -
Tex- vous dbnc , Mybrd ? * oferôtt -on Vous
demander quelque part à voafcerets ? H*!
mon cher My lord, dit-il cn^cmbrttffcfcc,
vous. voyez l'homme du mon Je le plus
fccureux j regardez- moi bien : cw hm
vanité , il n'y en a pis un fur la terre»
dont la Fortune égale la mienne. Je tous
entends , rcpKqua le Comte , eeta went
dire que vous cres tout à fait guéri deceir-
ae importune paffion <\uï vous tymmwô^
Mot guèti , reprit le Général fcrufque»
ment ? j'aimeroir mieux mourk 5 vous
pouvez compter que je fuis plus malade
Sue jamais j il faut donc que vous ayw*
kit quelque* progrès dam le cœur dfc la
Comttffc deDévonshirc ? Oh , pour Cê-
lui^là, dit k Général, j'en demeured***»
cord , écoutez ce qui &tft paffé.
^ f&etfeintrcqui ma vendu le Porrrairde
«cite Pâme » ayant jugé par le prix que
j'y ai mis, £t par les leçons que je lai
iHFoû&tcs quand il iroit parler au Roî,
pen« h» ^er wader que c'étoit Rofemoti-
fit , *pic pavois de grandes raiibns d*eit
1 ?. \ " k • «fer
DE WARWICK. 7ï
ufér de cette manière, & qu'il faHoirquc
mon cœur entrât poar beaucoup dins coas
les foins que je prenois , n'a pas douté
que. je n'atmatlela CèmtenVdeDévomhr-
re î de comme ii fçait les peines infinies
qu'on a pour la voir , il a trouvé à pro-
pos de m'applanir ces difficuitez , de m'a
prppofé de me faciliter un Rerrdez-vous
avec elle $, je vous laiflfe à penfer fi jfai
accepté te Parti » $£ je lui en ai ait à mon
tour un iEçs r ftxa2itageux pour fofamme;
ôc enfin, cette nuit pendant Febfcnriié, rf
m'a conduit dan» te Jardin dte Madame
d* Angkfey ' t je fuis entré dans fit Grotte;
& par k fccoura o> quelques Bougies, j'ai
vu k jComidTè pbisbcUc que l'Aftre qui
nous, écrire * elle a eu pour moi mâle
indexes graejeufes, jufques-là qu'elle m'a»
demanda mon gros Diamant , qu'elle Te
mjs a fon doigt , À m'a donné a la place
ce petit Cœur de Tifrquoue que j'ettiaic
ftnaprût,,
. N'admirez* vous pas » continua- 1- il,
comment ce qui nous parofc quelquefois
le plu* éloigné , réiïffic par dés endroits
où l'on, ne s'attendoit jamais ï cari vô-
tre «vis ,; Myloro* , qjii le (croit douté
qu'un petit Peintre eut gouverné là plue
merveiucule personne de nos jours * je
lui ai demandé par quel; miracle celfc fi£
pou voit faire, il m'a répondu mïvemciir
qu'elle n* Vauroit peurôcre pas cJioi»
pour Confident fi elfc avoir eu ***££
76 LE COMTE
bercé ; mais qu'ayant long-temps tra-
vaillé pour la Comteflc d'Anglefey , on le
regardoit comme un ancien Domcftique,
Ôc qu'il parloit à la jeune Dame fans fç
rendre fufpeâ. Que fur l'argent que j'a-
vois donné de fon Portrait , il lui étoit
venu dansl'efprit que je Fahnois, ôc qu'il
s'étoic bazardé de lui en taire la déclara-
tion , que cette nouvelle lui avoit arra-
ché un profond foûpir , qu'elle s'écoie
écriée : Je ne fuis pas aflez heureufe,
helas ! il n'aime que la gloire $ qu'il lui
avoit rappelle là- deflus les Amours de Mars
Îtour Venus » 3c d'Hercule pour Ompha-
e ; mais qu'elle avoit répondu : Ce que
vous me racontez n'eft qu'une Fable. Ju-
gez , M y lord , ajouta le Général , du
plaifir que je pouvois refîentir par un aveu
fi naturel ôc fi agréable : toutes mes pré-
tendons fe bor noient à pouvoir l'adorer
fans lui déplaire , ôc j'ofe croire à préfent
que je ne luis pas haï.
Le Comte de Warwick ne pût l'écou-
ter davantage fans éclater de rire ; il n'en
auroit peut- être pas eu tant d'envie -, s'il
avoit été' moins certain d'avoir vu la
Comtcflc cette môme nuit. A l'air de
jove que je vous remarque , dit le Géné-
ral , fans lut donner le temps de parler,
je connois que vous êtes ravi de ma bon*
ne fortune ? Je le fuis à tel point , répli-
qua- 1- il , que je reflentirois moins la mien-
ne : Le Général Tcmbrafla & lui dit : En
vérité,
DE WARWICK. 77
vérité , Mylord , je croi être le feul aa
monde qui ait un fi bon Maître , une fi
belle MaîtrefTe , & un Ami H cendre. Le
Comte fuffoquoit d'envie de rire de la
prévention du Général > qui donnoit dans
le Panneau du Peintre , & qui fe croyoic
aimé de la ComtefTe , il ne laiflbit pas de
faire des réflexions (érieufes fur la foibleÊ
fe des plus grands Hommes dès qu'ils font
fortement touchez j & s'il avott eu moins
de (ujet d'admirer Madame de Dévonshi-
re , il auroit dans ce moment abjuré l'A-
mour pour îe reftede fa vie. Je ne dou-
te point , Mylord , dit-il au Général, qu'a-
vec le fecours du Peintre tous ne voyiez
/cuvent la ComtefTe ? C'eft un fi grand
bien , répliqua- 1- il , que fi la choie dé-
pendoit de moi , je la verrois tous les
jours $ mais elle a trop de mefures à gar-
der pour s'y expofer ,. & je n'ofe la pref-
fcr là-deiïus v crainte que fa complaifan-
ce ne lui fit dès amures. Après quelques
«Bfcours femblabks » il laifla le Comte en
liberté de- fe lever pour fe rendre chez
Elifabeth.
Il avoir fa dernière impatience de fça«
Toir d'elle le fuccès de fa converfationv
arec le Roi , il la trouva au Lit > mais
eUe le fit entrer fans façon ; il la voyoic
fouvtnr, & le -Monarque le vouloit ainfî.
Hé bien 1 Madame, lui dit- il , étes-Vous
viaorieufe ? a-t-on pu refifter à des char-
mes fi puiûans ? avez -vous cnc< £? Y J£*
78 LE COMTE
Rivale ? Ha ! Mylord , s'écria- 1. elle,
rus ne pouvez comprendre a quel point
Roi l'aime 4 je le connois trop pour
n'avoir pas pénétré couc ce qu'il a dans le
coeur j que n'y ai-je point vu ; j'en fré-
mis, c'eft un Barbare* mes larmes le tou-
choient quelquefois 5 mais enfin l'idée de
Madame de Dévonshirc lui revenoit fi for-
tement , que je voyois dans fes yeux une
fecrette colère contre moi > & même de
la haine. Il ne faut cependant pas qu'il
crove que je fois une Victime ailée à /a*
criher , je me porterai à tout ce que le
defefpoir infpire. Quoi » Madame » die
le Comte , vous n'avez pu tirer une pa-
role poficiye qu'on n'aimera que vous?
Bien loin de cola , dit-elle , il n'a jamais
voulu m 'avouer û paffion ♦ il la cache»
parce qu'elle lui eft chère » ôc craint que
ma fureur ne la trouble. Il n'a pas trop
de tort , répondit le Comte en ioûrianr,
▼ous me paroiSez peu docile fur cet arti-
cle : Je veux lui écrire » continua- t-cUe,
cV vous charger de ma Lettre. N'allez
pas lui mander , dit-il , que je fuis venu
tous voir i la moindre chofe me rendroic
fufpeâ , je ferois hors d'état de vous fer*
vir. Hé bien , répliqua- t-elle > je l'en-
voyerai par un autre ; mais trouvez-vous
auprès du Roi quand il la recevra. Pana
k moment elle écrivit ces mots ; ■
*A
DE WARW1CK. 79
VSt-il poffible qu % il foit Jî tari, fc?
-^ que Vôtre Majefté tf ait pas envoyé*
fçavoir à quelle heure je fuis morte ttt-
te nuit ; a moins d'un defafère particu-
lier , toute autre que moi ferait étouf-
fée àe Ça dm leur ; mais j'ai le malheur
<Py furvivre. Je veux croire que 'k
Ciel me référée au piaifir de la và&~
geance : Oui ? Sire, je ff aurai punir
celle qui me dérobe votre cœur ^ fefb
pour moi une perte irréparable ^depuis
fue je foi fane je compte ma vie 'pour
rien ; ma Rivale doit craindre l^eucis
Je mm defefpoir., & Votre Majs/léfè
doit refreoher àem*Ucmt*t de me Sa-
voir tanfé.
Le Coriace dp Warwkk parut à peine
-cbcK k Roi , «yiilfappdla fcn-paffitftt dans
ion Cabinet i H s'affic dans «n FakteiiU
•et lia dit i î*c^«v«t-TOtts ^tei dt coq-
«es Jet Sceaes q&e m'a toit «ftryscr ** jeune
EWabctfc ? Non , répliqua le Ccxûjpc ., je
les ignore > ce font de» reproches , des
cris , des iartnes., ôc des emportesièns ia-
fînis , repric le Roi 5 )c roudrois pour
toutes- choies découvrir les donneurs d'a-
vis. Voyiez qu'il étoit néceflaire de lui
dire que j'aime la Comteffc de DévonsM-
re , Se au fond qui le peut fçavoir ? Al-
bine cronye trop fo» compte dans mon
D * co,a *
8b LE COMTE
commerce pour fc trahir elle-même , I*
jeune Dame n'eft pas aflcz (impie pour en
parler : qui eft-ce donc r J'eipére, Sire».
<juc Vôtre Majefté ne me foupçonne pas ?
Non , dit le Roi , quoi qu'en matière
-d'Avantures amoureufes vous foyez aflcz
indiferet j mais au moins» reprit le Com-
te férieufement , je ne le fuis pas en cel-
le-ci. je vous dis encore une fois > con-
tinua k Roi , que je ne m'en prens point
à vous ; il eft vrai que je fuis fort cha-
grin de voir cette Fille fi defolée, il fem-
ble qu'elle va mourir»
Le Comte qui voulok connok/e les
'fcntiraens de fon Maître pour cette Da-
ine » lui dit en foûriant 1 Je ne tiendrais
que Vôtre Majefté dût s'affliger û* fort
quand elle mourrait , vous en aimez une
autre ; elle vous fatiguera toujours de mil*
Je reproches : rien n'eft plus defagrcable
Sue d'avoir deux Maîtreflès à ménager,
eft vrai , répliqua le Roi , que cela
pourrait m'embarràfler étant droit ôc fin-
icére au point quc*je fuis $ mais pour voua
:quj êtes Je plus grand Fripon du Royau-
me , vous en auriez trente 6c vous les
-tromperiez toutes » fans, que pas une ne
s'en apperçût. .Gomme il achevoit ces
mots , on lui rendit le Billet d'Elifabeth
de Lucy j après l'avoir lu tout bas de rc-
.vé un peu , il le lût tout haut : Voilà
une^Fille Wen outrée , dit le Roi , .que
>vous ca icmblc ? Le Comte qui connut
dans
DE WARWICK. 81
dans-fes yeux un recour de tendreflejui dit :
J'efpére , Sire > de l'humeur donc elle ciî
• qu'elle ne fera pas en vie ce foir > mais à
qui ena t-eilc, reprit leRoi ? elle fe fait
des chimères pour les combattre , m'a-
- t-elle vu moins d'empreffemens , de lîbé-
rainez , d'ouverture de coeur , où prend-
elle que j'en aime une aucre ? Allez la
trouver de ma part , & l'aflurez que fî
eWc me perd, c'çft elle qui m'y contrain-
dra par fa méfiance > enfin remettez fort
tfprit auwn* que yous le pourrez. Mais,
Sire % dit le Comte , fi vous trouvez du
goût dans la nouvelle paffion que vous
. avez prife » pourquoi s'arrêter à l'autre?
ne vaudroit-il pas mieux l'abandonner &
fondcfefpoir ? Allez * dit le Roi , fâitc$
ce que je foujiaite. *
Monfkur 4c ■ Warwkk ravi de cette
Commiflion , fut chez la bejle Elifabeth»
& lui rendit compte de ce qui s'etoit paf-
f é ; ils convinrent enfcmblc de toju .ce
qu'il devoit dire au Roi.
Il fe promenoit dans le Mail de Saine
James» le Comté l'apperçût qui mar choie
à grands, pas fans parler à perfonne , il
s'avança vers lui * le Roi s'arrêta & lui
.demanda comment il avoic crouvé cette
extravagance ? Sire» lui die il , elle m'a
paru fort tranquille » j'ai entré, dans un
long détail. de vos fentimens & de vos
bornez pour elle » je l'ai conjurée de croi-
ra que vouf n'aviez point change , que
• D f, £ ?*°-*"
82 L E C O M T E
c'étojc fes ennemis qui lai faifoient de
fcufles confidences pour troubler fon re-
pos , & peut-être pour donner atteinte £
Votre patfion $ qu'elle dévoie être ateca-
tivf là-dcnus , afin de ne s'en- pas trou*
ver la dupe : elle m'A répondu froide*
qu
Vôtre Majefté , qu'elle ne l'clpéroit plus $
que fon Parti étoit pris % en effet y con»
tinua-t-il , elle Veft tournée du côté de
la ruelle , & n'a plus vouki répondre à
tout ce que je lui difois 5 enfin après avoir
attendu affez long- temps > je luis forti j
tnais en pafîânt par fa petite GaHcrie qui
cft aflefc fombre , j'ai fend qttdqu'unqui
me tirait « j'ai recarde t jW vu Ëieonor
tout en lames : Mylord , mVt»cliedit,
tna Maîtrefle a ée finîmes défions. , cQe
veut mourir , elle «ft demandé de VO*
piufùl & *r*a détendu d'en jaricr £ per-
fonne. Quoi , s¥ttta le R«* « elfe feroic
. aflez folle pour s'ctnpoîfonner ? En dou-
tez- vous , Sire « ék le Comte , Vôtre
fcïajefténecènnoît-éHc pas affezi'feumeur
des Airgloifes , elles nlcprifent la mort,
comme ces Hluftrci Romaines «|ui fc k
donnoient fans crainte & fans foiblcfle.
je vous afvduc , dit le Roi, avec beau*:
eoup de mélancolie , que je ne fuis point
à cette épreuve ; je tfamte , t'eft une de-
$dpêre%> qot faaj-jç ? Sire , <& kCoa*.
DE W ARW1CK. 83
te , il faut vous attacher à celle qui vous
plaît davantage > & laifler périr l'autre
tout comme elle voudra. Ah i je n'en
fois pas capable , s'écria k &oi f & s'ap-
ptrgant contre un, Arbre , il revoit p/o»
fondement , lors que celui o/ai «cci jûc
les Lettres de la Comtcflc 4e Dévorahiic
lui en prefenta une.
A U vue d'un caraôérc £ cner ê il re*
vint à lui 3c décacheta le Paquet avec pré-
cipitation • il n'y trouva rien -qui Jm fie
plaifir * elle lai mande*, comme JV Urine
cnétoitconvciittë, que UCopMeffe d'An*
gleftey la taifoit «coucher daasuncQuutv»
Sre h proche de k fieonc ,. que l'on n'en*
croît dans l'une que par l'ancre i qu'elle
ftroit perdue fans refiouece , fi fa Famtf'-
le docouvrok qu'elle eût quelque coab-
aaence avec èm , qu'elle le ûççhw de ne
pas cnouUer fbai Jttpoj par un Acte qui
foi coûterait milleiépjaififj ; Se içtil w-
8ait attendre que ie temps lui fotûnît des
conjonctures favorables, . ...
Le ftfte.de celte Lettre éioitLfr différent
de celles qui Pavoicnt précédé ., que le
Roi 's'en mît véritablement en' colère > il
4a déchira en jnéces , de dit qu'elle ne mé~
rkoit pas les égards qu'il avort tcu , qu'il
y avoit dans tout cda quelque totr xk lé-
gèreté, mais .qu'il l'en feroit repentir ; M
qu'après l'avoir perdue par le bruit de fil
mffion , il la peadrek .par echai de tel
Indifférence , qu'il vouioic l'aller «voie
84 LE COMTE
chez elle avec coucc fa Cour , de lui re-
procher fa légèreté.
* VoHi un* moyen feur , dit le Comte».
de faire mourir tout au moins trois per-
formes 3 Ehfabeth de Lucy s'empoifon-
nera , le Général Talboc expirera d'en-
nui fi Vâtrc Majcfté le traverfe , ôc le
Comte de Dévonshire emporté ôc jaloux,
tuera fa Femme : N'importe, dit kRoi,
je veux une fois en ma vie contenter mon
cœur , fans écouter mille égards impor-
tuns qui nuifent à ma ûtisraâion* Je ne
prétens pas , Sire , dit le Comte , enga-
ger V&rc Majefté à des mefures férieulcs
pour perfonne. Madame Elifabeth ne mé-
rite pas que vous vous fa(fic2 aucune vio*
knec y le Général n'eft pas fage de s'ê-
tre embarqué dans une telle paffion ; ôc
four la Comcefle de Dévonshire , j'oie
*onfciller à Vôtre Majefté de l'aimer
Tambour battant , dût-on Tempoifonner
un quart. d'heure après* Pendant qu'il
parloir ainfi, le Roi rêva toujours fans
lui répondre , ôc peu après, il rentra à
.Withall.
Dès qu'il eut dîné > il paffe chez fa
Maîtreflc , il lui donna un Cachet d'une
beauté finguliére ; il étoit gravé fur un
-grand Rubis qui jettoit mille feux 1 ; le
refte étoit d'un gros Diamant fait en cœur *
le corps de la Devife repréfemoit une Lu-
ne ôc une vafte Mer, avec ces mots pour
DE WAR-WICK. 8f
BUe fait m*» tatme &> m*n mubU. •
Il lui ditlà-deflos mille jolies chofes, &
h conjura de ne le point accabler par des
(oupcons qu'il ne méritoit pas. La Mar*
quife reçût le Cachet avec auranc de joye
que de reconnoiflance j- elle étoit ravie
que la Devife eût été gravée pour elle i
mais enfin fes yeux s'emplirent de larmes,
Scelle fie encore quelques reproches au
Roi $ il crut cependant avoir aflex-gagné
rpour un jour , de ne voulut point exiger
Su'ellclui nommât ceux quîravetthToicnc
bien de ce qui fe paûoit 5 mais il ne
perdit pas l'envie de le fçavoir.
Il étoit fi tard avant que les conven-
tions de la Paix ruftënt réglées qu'ils fou*
-pérent cnfemblc ; le Comte ne manqua
pas d'attendre le Roi 5 Se commet! a voit
une entière liberté de lui parler : Je vois
dans vos yeux , lui dit-il , le triomphe de
Madame Elifabeih , & la déroute de la
Comteflc de Dévonsbire. Non > dit-il^
vous n'en voyez pas tant , il m'en refte
toujours une- idée agréable , que je ne
peux effacer aufli tôr que je le voudrois *
Mais, Sire , dit le Comte, of crois -je de-
mander à Votre Majefté » fi tout de bon
tous le voulez. ; Le Roi rô va un peu > Se
repartit en fuite : Je ne fçai ce que je
veux » -car je comprens.une fouveraine
^licite à plaire à la Corotcffc j d'ailleurs
D 7 JC
86 LECOMTE
je ne fuis pas content d'elle , ôc je crains
qu'Eltfabeth ne meure de chagrin £«llc
n'a la préférence. Comment tcrez-vous
donc» Sire , dit le Comte ? Je veux par-
ler à Madame de Dévonshire > ajouta le
Roi. Le Comte ne craignoit rien davan-
tage , fois par l'cdat qu'une Viôtc Recet-
te importance pouvoit faire» foie .par la
jaloufte que le Comte de Dévonshire en
conpevroic , ou parla jatte apprdaenfiea
que la Comnede ne fut éblouie du mérite
ôc delà grandeur de *e Monarque > ■. enfin
de quelque cétè qu'il regardât la choie,
elle lui paroifloit fore dangereufa Sire,
dit-il , vous pourriez écrire à la Coauef-
fe , que fi elle ne ménage les momeos de
vous entretenir , vous fçaureE les ména-
ger vous-même , aux dépens de tout ce
qui pourra lui en arriver ; de «elles me-
naces ia rendront diligente, eliciinmon-
tera toutes les difficultés i vous la toc rec
fans beuit , & c'eft le moyen d'épargner
vos deux Maîtrefies. Le Roi goûta fou
avis , il étoit bien aife de ne point (don-
ner des fujets eftenoick de chagria idto»
ne , en cherchant à plaire à l'auOBC*'
Cependane^le Comte fe retira, pour
-écrire à (à charmante Comteiîe , tout ce
que le cœur infpire quand on aime beau-
coup > ôc cjue l'on peut fe flâtcr de n'ê-
tre pas haï. Comme il penfcàt Jcs ebo-
fes avec une délicateûe ôc une vivacké in-
exprimable 9 illesdiloit dans des. termes
DE^WARWICK. 87
fi choihs , & naeurels » & G nobles , que
fongfprfc.n'cnchantQÎt pas moins que fa
perfenne j il mouroit d'impatience qu'ek
le lui accordât la permiffionde là*revoir •
«nais les «efurcs qu'il Éailoit .garder étoienc
trop grades, pour rifquer ji-tôt uo&cn-
dez-vous de cette importance.
Lfcnprcinte de la Cfcf <fc la Porte do
jardin , ayant été prife avant que d'être
rendue à la Cotmcfle d'Anglefcy , Albinc
renvoya au Comte , pour .qu'il en fî t &*.
re une parcelle 5 il en chargea auflwôj:
Berincomt , & celui-ci parla à un. Serru-
rier , qui lui fit de grandes difficultés,
ahn 4 en tirer une récompenfe propor-
tionnée à ce ferrie*. r
j,!* S?" re/Tcntoit une joye înfiofc
^ctr* Maure de la Clef du Jardin a &il
,*trendoit avec une impatience fans égale
quelque occafion favorable pour sVnjfcr-
wr, lors que le Roi envoya avant le jour
ctiCElm, 1 avertir de fe fendre à Witàall:
il y coante * le trouva déjà dansfon Ca-
binet ? fort inquiet 4e ,0* que le Roi Hen-
ri mvoit obtenu des Troupes de la Reine
d'Ecofle, & que la Reine fa Femme, par
fc myen.de fon Père René d'Ame* Roi
de Sicric , ^ant^nénagé iVprk du ft»l
de France , il lui donnait «deux mille Som-
mes qu'elle ronduttbic ellc-ajcroc comme
we Amazone ; Toutes leurs forces-unie*,
dit-il au Contre, marchent vers nous, tf-
kfc&nc en diligence J9iodr<c votre Prere
88 LE COM T E
&vous oppofer à nos Ennemis. LeConv~
te jufqu'alors n'avoit eu que de la joyc
Siand il s'étok éloigné de Londres pour
1er commander les Armées f mais il fon-
de bien dans cette occafion , que le Dieu
d'Amour étoit plus fore que celui de la
Guerre. Le Roi fut furpris de fa triftcfTc
de de Ton filence : Qu'avez- vous , lui dit-
il j je ne vous reconuois plus 5 il fembJe
que vous aviez de la peine du choix que
j'ai fait ? Non, lui die- il, Sire, j'en fui»
vivement souche , & j'efpére m'aqukter
4k bien démon devoir , que vous n'aurez
pas lieu de regretter la préférence que
Vôtre Majeftc m'accorde. Ha ! je pé-
nétre , ajouta le Roi , que vous aimez?
Ne pénétrez rien , Sire » répliqua le Com-
te en foûriant, je vais me préparer à vous
- obéir. En effet , il retourna chez lui,
mais avee un chagrin affreux $ il envoya
confulrer Albine par Berincourt s il lui
promertoit tout ce qu'elle voudroit au
monde , pour lui ménager un moment
où il pût dire adieu à fa belle Maîerefic:
Mais quelque foigneufe qu'elle fût de le
chercher , il ne fe préfenta point , de
Madame de Dévonshire ne voulut pas ai-
der à le faire trouver > de forte qu'il lui
écrivit avec autant de paffion que de ref-
Îkû , & après bien des irréfolutions , cl-
e lui fît la réponfe , pour lui fouhaker
une heureufe Campagne & un heureux
«tour. Il eil vrai qu'elle ça fut fâchée
prcXW
DE WARW'tCK. 89
prcfque auflî-tôt. Albine , dit- elle, que
<ie viendrois je G mon Billet étoir trouvé ?
il ne fuffit pas d'être innocente > il faut
que perfonne ne puiflè nous croire cou-
pable. Vous Vous prépara de longues
peines , Madame , Jui ait cette vieille
Femme. Ignorez- vous cjù'ôn a Toujours
Bcu de s*âpplautlir quand on n\ ritn à (t
reprocher ? Mais, mon D/cû , lé fuis 7 - je,
Albine, reprenoii la Comteffe, cV m'eft-
il permis d'écrire à Moniteur de Warwick?
En un mot , voudrois-je que le Comte
<de Dévonshire fût mon Confident ? Elle
parloir ainfi quand fa Lettre étôit déja^ en-
tre les mains du Ccmte , ^ui rie pouvoir
plus fe rèfoudrc i lire autre chofe! ; carfl
cnéroit charmé.
Il fut oblige , malgré fon empreflement
' pour h voir , de partir cV de fe joindre
au Marquis de Montaigu fon Frerc 5 la
Bataille fe donna proche d'Exhara , lé
malheur ordinaire de Henri fe contraignit
à* chercher forts* Salut dans la fuite, j 8
abandonna fe* plus fidèles Serviteurs aux
Victorieux f atrifi fsdoiiard voyant Henri
Duc de Sbmmerfer , Robert Comce de
Humgerford , & Thomas Roffe à fon
pouvoir , il leur fit trancher la tête fans
aucun quartier*
Pendant que l'infortuné Henri* fe fat*
▼oit , fans tenir aucune route certaine , la
Reine Marguerite fa Femme > quiaflfron-
«oit le periiau (milieu de FÀ* orée , voyant
1*
oo LE COMTE
la fîcnne en déroute , ne longea plus qu'à
la cônfervation du Prince de Galle : Ce
jeune Enfant lui tenoit lieu de cour , elle
le prit devant elle • de pouûant Ton Che-
val dans une- grande Forât , elle s'y ca-
cha plusieurs jours de fuite* ne marchant
que la nuit : mais il falloir vivre. Ils ne
trou voient que àcs Fruits fauvages , ÔC
Ton cher Fils ne pouvoit réfifrer à 'la fati-
gue & au befoin 5 cette tendre Mère dé-
solée imploroit le fecours du Gel , de cet-
te grande Reine croyant que rien ne pou-
voir augmenter fes malheurs , elle tomba
entre les mains d'une troupe de Voleurs,
oui ne relièrent pas médiocrement furpr»
de trouver* dans un heu fi écarté une Da»
me fi belle & fi magnifiquement vêtue*
fan air majeftueux aurok f& imposer, du
refpeâ £ tous autres qu'à des Scélérats.
Ils lui laiflereiK àipeinc une Tupej&lfyaat
dépouillée de fe> riches HabRs #c des Pier-
reries dont ils Soient couvert* * le panta*
ge- caufe emr'<eux j*ne gronde «conrefta*
don j Ja Reine les voyant courir à leurs
armes » jugea bien que c'étok le ieul mo-
ment favorable pour fe fauver 5 elle prit
fon Fils entre Ces bras : ainfi chargée d'un
fardeau que l'Amour rendoit léger > elle
s'enfuit dans un Bois voifin > & marcha
juiqu'à ce que toutes Tes forces l'abandon-
nèrent. Alors fe jettant à terre : C'cft
ici , mon cher Enfant » difoit-elle au
Piince , en mouillant ion Yiftge de fies
larmes
DE WARWICK. m
larmes & le ferrant entre Tes bras , c'eft
ici où la Reine d'Angleterre 6c l'Héritier
de la Couronne vont mourir. Comme
elle difoit ces mots , un Voleur quialloic
rejoindre fa Troupe paffa feul dans ce lien
où cette Princeffefarçglotott. Si-tôt qu'el-
le l'apperçût elle prit du courage , 6c s'a-
drciTant a ; lui : Tiens , mon Ami * dijk
elle , en lui préfentant le Prince » ùuiMÊ
le Fils du Roi > Cet homme touché ^,,
pitié 6c de refptcl , reçût avec joyc l'au-
.gufte Dépôt de la Reine , 6c la foûtenanr
pour lui aider à parvenir jufqu'aji Ri-M*-
;gc , elle, a'y embarqua 6c mit part à TE-
clufe, *l*où elle fe rendit a Bruges. £ elle
y 1&& fon Fils •, ayant trop de c)iemin^
faire pour obtenir de nouveaux fecoujp
d'hommes 6c d<argenr.
Cependant l'infortuné Henri s'étoit jet-
te dans une Place de la Principauté de
Galle, ou <raignaiît de ne. pouvoir paa
aflcmbler aiîcz promptement fes Amis 6f
ièa £deUe$ Sujets • il quiua ce lieu , fe aty
guifa 6c fut presque aiuTi-tÔt reconnu , pria
6c conduit à Londres : Edouard le .ren»
ferma dans, la Tour , Se lui & fouflnjr
une longue captivité.
Le Comte de Warwick étant déjà de
retour , fa paffion pour la ComteiTc de
DévonshireJielui permenoit pasdeipoi£>
former jufqu'anx derniers Lauriers * il
laiûalcfoin à fon Frère de difliper lesfo^
blci reftes d'une Armée battue. Edoiiar4
r reçut
YO
£i LE CO M TE
reçût le Comte avec mille témoignage*
cf amitié & de diftinâion i il loiia infini-
ment fa conduite de Tes aâtons.
Pour la Comrefle de Dévonshirc ctte
ne pût être indifférente à fa gloire ôc à
fpn retour j ils auroienrbien fouhaité fe
voir , mais il s'y trou voit des impoffibi-
(tez qui faîfoient languir le. Gorme , de
A lui dônnoient lieu d'écrire à dette ar-
able Perfonne des Lcttresfi touchantes^
qu'elle ne pouvoit lire avec indifférence»
Les choies étoient en cet état , lors que
le. Roi étant allé à fa Chaffe dti côtéd'Ox-
ford, ri fe trouva fi proche d'une tnaifon
Twi étoit la Veuve du Duc de Betfof r- Ré*
cent en France fous le Roi d^ngleterre
Henri I V. & fon Oncle , qu'il ne voulut
pas fe difpenfer 4e la voir. Cette Dame
le nomrhoit Jaqueline de Luxembourg
•Comte de Sarnt Pol , mais malgré tome
^élévation dé fa Maifoh , TAniour Ucor*.
traignit de s'abarfTer jufau'a un fîmple
Çentiihomirre appejlé Rrchard de Rivière*
i qu?eîte'époufa en fécondes NÔces, dans
1c temps où' tout ce 1 qu'A, y avoic de plus
Uluftre en France & en Angleterre fou-
haitoient fon. Alliance ; elle eut pîufîeurs
enfans de ce Mariage y entr'autres Elifa-
beth de Rivière douée de toutes les grâ-
ces de Tefprît & du corps qui tonnent
une perfonne parfaite. 11 y avoir û peu
de biens* dans fa Mai fon , que fes Parens
aeik trouvèrent point en état delà faire
paroi-
.4 ' • -
DE WARWICK. 9$,
parokre à la Cour , ils la marieront a %
Jean Grey ,. dont la Naiflance fl'étoit pas t
pUis ilcyee que la tienne. . ' ,
Ce Gentilliomme médiocrement riche L
£c naturellement jaloux , prit volontiers ,
le Parti de vivre chez lui \ te lors qu'il
fur oblige d'aller à l'Armée , il laiflà fa
Femme, avec la Duchefle de Betfort j mais
il fuc tué , ( & comme elle étoit encore
tr.es*- jeune '* elle ne quitta point ûMcrc> J
ainfî toute cette Famille unie gôûtoit en
rçpos les plaifirs innoccns.de là Campa?-,
gne : ce qui étoit bien, diffèrent de l'élé-
vation 6ù la Duchefle de Betfort s'itoir
vue : car fans compter le bien de Ton
Mari & le fien , il a voit deux cens qua-
rante mille Ecus de Penfîon, ce qui étoit
prodigieux en ce. rempila*. r } jt
' Le Rpi a voit choifi * pour aller a la'
Çhafle , un «Je ces \\ptïùi jours, où le ^6-,"
lêil eft caché , fans qu'on vffiêntc ni Vent^
rii pourdre , ni chaleur ' j'iç Duc deGlo-
cefter fon.Freré & le Comte de Warwick
Taccompagnoient j le "refte des Chaflçùrs
ctoit demeuré dans la Forêt attendant fon'
retour. ' ' • ' , j j^.' ' " .
MadameiGrey fe promenôit dins urie^
longue avenue., e¥ tenoit bai* la main
Thoma* & Ricjiard Çrey {es dcux'Fils*;-
Ils étoierit fi beaux ÔC fi jeunes, qu'ils, tef»
fèmbloient à des Amours autour de Ve-
nus i fon habit étoit fiinple , mais d'une
propreté parfaite» & le bon goût régnoic
fax coûte û perfonne. Cou*
%.
M " 'LE COMTE
Comme elle n'a voie jamais vu le Roi",
ni aucun de ceux qui le fui voient , le
premier de Tes foin» fut de baifier ungrarèk
Voile fur (on vifage de de les faluer, fans
s'irriter te (ans jetter les yeux fur eux :
des manières fi modeftes ne plurent pas
moins au Roi, que l'extrême beauté qu'il
lui avoit remarquée \ & bien qu'il la
connut auffipcu qu'elle le connoiuoic, il
tfhéftta pas à mettre pied à terre pour
r^border ,. avec cet air de politeffè & de
noble fierté qui cara&érife aifément ceux
qui l'ont :' Après Savoir fàluée , il lui
demanda galamment fi elle ne cràignofc
point étant feule , que quelqu'un ne vou-
lut être le Paris d'une d belle Hélène?
Elle lui répondit , que ces fortes d'avan-
tiu*es étaient réfervées au temps d'Ho-
mecé' » & qu'il n'y avoir dans fon Défère
ni Paris ni Hélène. Plus le Roi l'écoù-
toit,^' pjusJUimoit à l'entendre j il s'in-
forma des nouvelles de la DuckcfTc de
Betfôrt , fie 8$t iafcnfiblem ..t que Ma-
damé Gtéy étoit fa Fille.
Comme ifs a^pprochoient de la Maifon
où elle étoit » la DuchejTe qui regardoic
par les 'fenÀrcs de fon Cabinet x ne refta
pas t^édloctement (urprife. d'àbpercevofc.
&Fillé.*ni!re le kof x le Du< ^ctîioceftex
«rtç Gomtc de Warwici : lél/è courut au
devant d*cW „ <&- pour Tàccueil qu'elfe
feiïbitau jeune Mbnajque v Madame Grey
demeura confufe dans la, crainte. d'avoir
peut-
DE WARWICK. 9f
peut-être manqué an refped qui lui écoit
dû : L'attention qu'il' a?©it pour elle 3 lui
fie pénétrer ce quelle penfoit. Que ne
lui dit-il pas de joli & de galant ! elle n'a-
▼oit jamais tant trouvé ctefprit à perfon-
ne j mais là converfation ne fe foûtenoit
point » il tomboic tout d'un coup dans
une rêverie donc il ne pouvoir plus fe re-
tirer § pui* prenant les deux petits En-
fans de l» jeune Veuve , il les carcûoic
en* regardait tendlrentent lfeur Mère.
Le* Comte' de Warwk& moins occupé,
érittetenoit Va Duchtfte de Bcrfort , ôc
remarquait la> naîffcmte patâton du Roi y
il conjura ce» deux Dames de venir de-
meurer â Londres : Je vous alTure , dit*
il à la Ducheffe, que Madame la Duchef-
fe <W»r*fe ffcra ravie dtf vous revoir , vous
**e» pafîé une partie de vos- beaux jaur*
eafefnbte » il crt bien* jufte que vous lui 1
cri rcriouvellicz là mémok*, & qu'étant.
Roï* je faite' pour vos Enfer» ee ôue je ne*
pouvoir fttitfc 1 étant Comte de la Marche.
Mefâames de Betfbrt & de Grey le' re-
mercierent avec fes ; femîmens de k plua
vive reconnoiffance. Comme il eut peur
qu'on ne ^afc perçût trop du ptoifir'qui
le retehoii ûhet elle , il fcfit un effort!
pour prendre' congé de «es Dames * mai*
d-né pût s'empêcher, de parler mille foi*
de tabeMe Véùve » comme d'un* Chef*
d ? œuvre parfait.
Quelque» jours après il dit au <2 ona **
1
96 LE COMTE
de Warwick , qu'il co avoit une idée ft
tive , qu'il folioït .mourir où la revoir >
qu'il, craignoit cependant de lui déplaire
s'il rctournoic fi promptement chez elle»
& qu'il le prjpit de penfer à quelque moyen
qui pût l'attirer à Ja Cour. Le Comte,
dont rcfprie étoic fore vif, répliqua que
toute cette Famille n'étoit pas riche , qu'il
falloic donner âçs Charges au Pcrcflc aux
Trucs de Madame Grc?', dcsPenfîpnsà
fes Ënfans pour être élevez, a Ja Cour»
une Place à la Du.chefle de.Bctfort chez
Madame la Ducheffc d'Yorck-j êc que
tous ces Bienfaits qui envîronneroient Ma-
dame Grey Pcngageroient. a laifler fa fo-
litude , pour venir goûter les plaifirs du
grand monde.
; Le Roi goûta extrêmement ce que le
Comte lui difoit. Il combla en peu de
temps toute cette Maifonde fes Bienfaits s
la Pochette de Betfort & Ton Mari vin-
reat à Londres avec leurs Enfans : niais
la belle Veuve , qui étoit la feule qu'on
y vouloit , "n'y. vint pas* Le Roi en ref-
femit un chagrin vif qui l'obligea de Tal-
1er chercher > U lui fit miîlç reproches
fur fon indifférence, , ôc il ngoublia /rien >
ppur J'engager à;fç rçn/lre 4 1* Çouar. >
Vous, étestrop dajigfjreux , ; SjifC * lui dit- .
ejle avec un air de ^y^té >cj}**mantj ^ juf- '
quçs[ ici, ma /vertu n'a point £té combat*
tuë ; feule dans mon domeftique au fond
d'un Village, occupée à plaire à mon
Mari»
DE WARWICK. 97
Mari) ou occupée de fa perte , je n'ai
rien vu que j'aye eu lieu de craindre $
mais H je vous Toyois fouvenc , je fens
bien , Sire , que je devrois vous craindre
beaucoup 5 je fens encore mieux que ma
vertu eft trop fiére pour que je vouluflc
erre vâtre MaîtreiTe , & que ma fortune
n'eft pas afltz bonne pour me promettre
un Trône : Je dis , continua- 1- elle, tout
d'un coup à Votre Majefté, ce qu'une au-
tre ne lui diroit peut-être qu'au bout de
quelques années s mais j'aurai au moins
la fatisfadion de ne vous point chagriner
par des cCpérances déçues.
Le Roi n'étoit pas accoutumé à s'en-
tendre tenir un langage fi rempli de fran-
chife , il rêva quelque temps » de lui dit
en fuite qu'elle pou voit attendre tout de
fon mérite ; qu'il ne feroit jamais heu-
reux fans elle 3 qu'il lui promettoit de Im-
porter y mais qu'il falloir que ce fecrec
demeurât enféveli : qu'il avoit encore des
Ennemis qui pourroienc fe prévaloir con*
tre lui du Mariage qu'il feroit avec elle;
qu'il la conjurait donc de fe fy% à {a pa-
role .d'un Prince qui lVoorofr • ôc que fi
elle ne vouloir pas venir à Londres , il
étoit ré/olu de là chercher tous les jours
à la Campagne. rj .
. Elle trouva que le Roi faifoit tant de
chofes en fa faveur , lors qu'il vouloir
bien entendre les propositions d'une Al-
liance fi inégajc , qu'elle .n'eut pas lajor-
T*mê I. E €C
9 8 LE COMT E
ce de lui refufer plus long-temps d'aller
à la Cour * elle fe rendit a Wichall chez
la Ducheïïc de Bctfort ta Mère.
Les Vifitcs que Sa Majcfté avoir ren-
dues à cette belle Veuve , faifoient déjà
du bruit , & la joje qu'il fit paroître
quand* elle arriva > jointe à tous les foins
qu'il prit pour fon Appartement , caufé-
rent une jaloufie extrême à Elifabeth de
Lucy. Madame Grey qui avoit fon Point
de vûë , fongea qu'il falloir mettre le
Comte de Warwick dans Tes intérêts - 9 de
forte qu'elle le prévint par une diftinâion
êc une confiance > dont il ne pouvoir
manquer de lui tenir compte. Elle le
conjura d'être de Tes Amis , êc de vou*
loir lui donner quelques lumières fur les
perfonries qu'elle devoit craindre.
Le Comte ravi de cette commiffion,
lui parla de là Comtcflc de Dévonshire,
comme de celle pour qui le Roi avoit
plus de penchant. Il lui demanda un fe-
cret inviolable , & lui promit de l'aver-
tir de ce qui pourrait être contre (es in-
térêts : de forte qu'auifi'tât que le Roi
marquoit de tendres retours pour cette
Comteflè , Monfîeur de Warwick le difotc
ou l'ecrivoit à Madame Grey > & celle*
ci employoie les larmes ou les menaces de
fe retirer $ tout cela û à propos , que le
Roi lui cachoit avec le tfermer foin les
foibIcfles.dc fon cœur > mais il ne laiflbic
pas de chercher toujours les moyens de
plaire
DtWÂ&WlCK. $9
pîfirc â là ConrtëlTe de D^Vonshir* 5 il
lui écrivait p» Alfcinm**tôt «nAttant,
tèttôt en -Méltr* r & tfcujeuts comaw
lifi.Mônàrqub ^Nfllfionne : -inaii elle éiofe
frvivetrient tétlchèe 4û téétitt dt kéû-
fiéûr de Watirôck , <que quelque atten-
tion qu'elle eût ^oui 1 éloigner de ifbfi
foUvcnft 1 , Il y étoittoûjour^préftm j'c'é^
ttât'le fetri |Mtâfr qu'elle 5 fût WpâWe fo
goûter. Du i-éfte , *tea rie pouvoir foi
donner delà joyc 1 elfe « vôtilott plu*
s'habiller , elle fc rcprdfchoit*n fccttfttftè
pfcrûre qui- n'éttit pas employé e^àttfcri
plaire ,• Se nuHe cehverfatlon ne Mu etoit
fi agfêabteqUe celte d'Albinc, parce qu'd«
le ne pouvoir parler qu ? i cJie , de celai
qu'cMe aimoit déjà trép'pôur lé repos de
fovîe. '■ ' '
* La Cbmtcflfe d'Anglefey qui étudioït
foigncufetiiène fa- Fille v ne fâilbit pan â
perforine de fa fftrprifë dû la jéttôit un
changement fi extraordinaire \ enfin elle
réfbfut de lui parler. Elle fe prometeoie
tTurrâgc fr peu avance & d*u ne éducation
fi excellente , t un aveu fihcéfe * de forte-
qtiC-éiwqùSl y pàirût atttune\afte#atîon,
elle deîctndit un jour dàn* Ife Jardin à
llieijrè où il fak encore ftop-chàUd pour
fe pi'ofWeh^ lortg^ettrf* Tariséh être trt-
rtmtthodfce ; elle' s'appuyoi* Ittr la Com-
refle. Feignant que lé Soleil lui faifoit mal ,
efle entra dans i laQtotté, nwins pôuri'y
fcpofcr ,^u^i>ouir réntf etdnît avec liberté.
ioo LE CO M.T.E
Ilm'efttiDpo/nUcj dit Madame; d'Aa-?
glefey , lors Qu'elles furent affiCcs f de
Tous Voir plus longtemps, dans l'état ou :
tous itc$ , taps vous demander ce qui
peuc le caufer ? ce n'eft point par curjo.
fité , ce n'eft pas non plus par un efpric
ftvcre & pour me rendre terrible ; non,
ma chère Fille, je ne veux ni vous g r on»
der t ni vous ftirc des reproches ; l'on
cornue aifément à vôtre âge daqs des fau-
tes que Ton ne cohnoit point , je ne fou*
najfiQ?ien que dç vous fournir des arabes,
po^rrcajnbattre^ ; je veux connoitre vos
pe$0t$£fih de les foulager $ croyez-moi,
ma Fille , en m'ouvrent votre cœur vous
ne hazardçz rien ; en me le fermant vous
Itfz^rdçz tout, s laiflez-*ioi la liberté d'y
entrer » & ne craignez point que la ren-
contre imprévue de quelque Etranger que
je n'y cherche p*s , me,furprcrçne& m'ir-
rite s je mêlerai mes larmes aux. vôtres,
& je vous fer virai de bouclier pour vous
défendre 4c tous les traits trop dangereux
d'Ain enne/ni oue vous avez peuteerc la
foiblefle de ménager.
, Pendant qu'elle parloir , .la jeune Con>
tofle pnnutpit conforment dans fon ef-
prit ce qu'elle devoit répondre, , âclcPac»
ci qu'elle pou voit prendre dans une ren-
contre fi prenante ^elle fçavoit que (a
M ère étoit remplie d'efprit & de pénétra-
tion , hautaine » entêtée de fes opinions»
qui ne fe. detromperoit pas de ce qu'elle
£ . avoir
DE WA'RWIGK. ioi-
atvoit imaginé par tout ce •qu'elle auroit
pu lui dire : mafe quelle amic*tion de fa-
crifier le Comte de Warwick ! Ton cœur
ne pouvoir s'y réfoudre , étant un aveu
qui lui auroit Coiifé^our toujours le pki*
fir de le voir ; cependant le ctifoours de
h Mère s'aehevok, il fàllok y répondre/
ou s'aceufer par un fîlence qui auroit été 1
mal expliqué. •'
: EHeprit tout d'un c*up fon Parti , U
fe jet tant à (es pieds : Madame , lui dit*
elle , je fuis criminelle d'avoir pu vous
cacher une choie dans laquelle je dévots
recourir à vous potu* me conduire 5 «*€& .
cefo feulement que fài lieu de rire repro-
cher* *ar *jef fuis incapable^ 4c prends
aumhct i&ptefiiûtweontïàirGBà mon dfe--
v»ir : je firais -vbui aVoiier tfncéremcnc
que ce qui me rend- mélancolique depuis
quelque tesàps , c*<ft: la vive* pcrfécutiôft'
dut JMi«.voua«errexiptr)ce%te Lettre (ks •
fentimens pour moi &les mimrpàuiiitiit*
▼tjus vêrpttii feri deâctn de raircurt éclat j
jetpemble pour bvfoxtùne dejnonPefe)
&dé mon Mari , jJeipérpis toujours que
mcfcrîgutuir Je ùdguwoiemTans l'irri-
ter: j voyei , . Madame : i voyei fa colère*
En achevant ces mots , elle préfenra à
& Mère la. dernière .Lettre/ du -Roi qu'Ai*
bine Jt» avoir rendue* elle la> Wc ♦ «II*-;
repos dh, des lirraesde jôyo ; jAiit ferrant ^
fa.FiBcecntrcfesbcaa c Mi çhéfce fcrifanr, ;--
Jut'aSH-cUe^ ne Kçajgbei iie» ^up*«*> '
E 5 f° nnc »
*oa, >L HtWT t ;
font* i noua Comme*, «^ J*&ur«wx : qwo
tous foyez n& ave* «au* de vcur«n i q#i
ne courroie rifqac à vww 4g<t 4'&r«
éblouie par la pa{&on d'tin grmÂ&fft fi ai*
mibk I mais qu'il cft dajigOKttxfas^slcr !.
yous voyez l'infidélité qu/il fait pouf H©H*t
i la belk Elifabtth de.£*wy « à l'aima^
l*lc Madame Grcy i elles iu'U aimets £1
chèrement Ôc qui fout u. chaff&ftMeifr
Soyez pcrfuad&que vdtis feriez encore
moins capable de le fixer » parce qu'elle*
ont plus d'adrclTc cVplus d'ulàge du mon~
4c que tous ; laiflcz » iaiflfcz tonner la
«toi » noua en dfoàl coûter à jtojiskvtc*
- Cc*ie vertue ufc Mère s'stfqftdf fo :fets>
4P cet endroit * telle donoâ un libre ça*rt>
aVfts larmes ». AlaXemtcflfc ne pflr s?cm^
pécher d'en répandre i elle étoir rfcûéc à,
las pieds » elles parloieat avec aâton £*
véhémence au moment que ks Comte*
cVAngteTcy & de ûévombirc eauwrcnr
à$n*m Grotte. > . i ( ..
; L'eut ou elles étokm les . fin prie , Js»
Çomtcfle d'Angkfcy pend amusât qaei
ne» n*cfioîr plus propre à, faire tore à: tic
Fille daa? l'efprfc de Moafietur de Déroaw
ablse » qu'il s'imagineroit pcut-êcrequ'el».
U lui faifoit quelques réprimandes sur >fa
conduite s & comme clk fçaroit qu'il
avoir déjà eu des (bupçoas à eiufc de la
rencontre de fa Femme avec k Roi dtfei
la, Forêt ; Se qu'il lui en- f ar k alors- <Tuhe .
manière, 4ubc Ôc- icchtv > clic dit i Moéw.
* ... i ; i ficur
DE WARIWCK. 103
fictif d'Anglefey de à lukd'ccoutcrcc quel-
le vouloit leur apprendre. Vous louerez
ùkns doute la Comtcffc de Dévonshire,
continua-t-elle , de la manière droite &
naïve dont elle en ufc > la voilà qui me
remet entre les mains une Lettre du Roi
pleine de menaces • fi eHc continue de le
traiter avec indifférence.
Le Comte de Dévonshire rougit , &
prenant la Lettre d'un air au£ inquiet
que brufque > il en reconnut récriture de
lût avec beaucoup de platâr les plaintes
de ion Maître > il dit à Madame, d* An*
glcXcy qu'il n'avoit jamais douce que ta
Femme ne tint une pareUte conduite*
flit'iJ KXMBDttiok la borné & la droiture
de {oti casât , âc que c'esok uoeeboft
digne dTclle » de préférer fou devoir à des
idées fi fiâtouiès. &e ComtA d'Anglefey
àefon cAté ne. paaroi* marquer jufques
auaâloit fa fatis&elfon. La jeune Gomv
tefle parloir peu., U fe iseprnehoit de: ne
pas. facrtâer le Comte do: Waïwekr de Ja
même manière eju'cUehfacriavaitfk JLoâV t
Quarrd Leur cûnYorfawoaDfut athevee»
elle fe «retira pou* entretenir ?Alfc8ne de ce
cnû s'était pwffé } celle* ci ne imànqualpat
d'en informer Monucur dc-Warwick*:
mais il jugea MiSîtÙt que la Fa mille idc la
ComtcdfencclaJatflfcaoiri^ér* tai^temps
à. Londcesi , qvor tout: :lptw devandroj*
4u£pe&*, r&a quSlidtvoit fespsépaecavï une
cruelle fitraBima* « ■> >:*■■■■ - i ». .
loi L E G M T E
Ce qu-il avoit prévu arriva. Moniteur
de Dévonshire dit à fon Beau-pere que
le Roi fc rebuteroit difficilement , &quc
le meilleur moyen pour lui faire oublier
la Cbmtefle ♦ c'étoit que Madame fa Mè-
re l'emmenât à Twitnam. Le Comte
d'An&lefey approuva (i fort fa penfée,que
Ton donna fecrenement ordre aux cho-
fês néceflaires pour le Voyage *. Cepen-
dant le Roi étoir toujours dans une in*
quiétude extrême ; il vouloir aller chez
Madame de Dévonshire , & ne différait
cette Viûte qu'à eau Te de Madame Grcy,
pour laquelle fa paffion prenoit tous les
jours de nouvelles forces 5 & le Comte
de Warwfck n'oublioit pas de fon cote à
perfuader au Roi que rien n'étoit plus
beau ni plus aimable qu'elle : il fàifoit
valoir tout ce qu'elle difok j il expliquok
à fon- avantage ce qu'elle ne difoit pas,
& même ce qu'elle n'avoir jamais penfé.
La Comteflede Dévonshire fut infor-
mée par là Mère du'deflein nue l'on avoit
pris de Ja mener à la» Campagne. : cette
nouveUe lui caufa une fenfibk douleur:
die confia fà peine à Albinc ; & lui dé-
fendit de la faire fçavoir au Comte de
Warwick : mais la perfide Vieille ne lui
obéît pas. Elle ajouta que fa Makrcfle
ne pouvtoit lui dire adieu , à moins au'il
n'arrivât quelque événement imprévu*
Le Comte à cçtte nouvelle pente fe* dqfe&
pérer $ il marchoit i grands pas dans, fa
f I Chambre»
DE WARWICK. îof
Chambre, lors que le Général encra brus-
quement -, Tes yeux étoienc /ombres At
fon air chagrin. t^a v V dit-il , Mylord,
je viens d'apprendre une chofe qui m'ac-
cable ; la ComtcfTc de Devons hire' parc
avec Madame d*ÀrigIefey r pour Twfcnamt
elle me récrit » de ce -qui 'me eue » c'eft
Îju'on foupeonne que je lui ai parlé. Je
uis donc caufe deia jaloujîe defon Mari
& de la févérité de fa Mère ; je ne la
Verrai plus ; quel changement de fortu-
ne pour un homme heureux. Je vous
plains , répudia le Comte : mais enfin
vous reftez aprec la certitude d'être aimé?
Cda ne me foulage point , reprit le Gé-
néral , je crois que je préférerons à l'heu-
re qu'il cft fa rigueur i fes bornez : Elle
ne rardera peut-être pas à revenir , dit le
Comte , figurez-vous de quel agrément
fera iujvi fon retour : Figurez- vous plu-
tôt y s'êcria-t-ir*, ce cjûe'je fèufftirai par
. fon abfcnce; Je dois la voir demain pour
lui dire adieu j & ce n'eft pas fans peine
que le fidèle Peintre me ménage ce mo-
ment. ' Le Comte l'en félicita , il avoit
tant de chôfcs dans l'efprit qu'il ne vou-
lut poinr l'arrêter par des questions inu-
tiles ;.il lai dit feulement qu'il reflentoit
ce contretemps comme s'il l'eût regardé
lui-même; ôc qu'il lui dcvoitla jufticede
croire qu'il en étoit auffi touché que lui.
Dès qu'il fut en liberté d'écrire , il em-
ploya fon cfprit & les charmes qu'il fea-
£ $• voie
ioô, ht COMTE
foie û bien répandre iur ce qu'il difoit,
fur perfuader à la Conitcdé ; que fi cl-
partoit fans qu'il pût iâ voir , il en
«wurroitjk douleur. Utjiii touchât
^es exprefllons tçndrcs. & ^umtTes dç c^-
tc Lettre , & elle n'auroit peut-Stre pas
été Athée de lui accorder cette grâce :
mai* quel moyen de rlfquer une chofe fi
importante, dans une maifon remplie de
monde ? EUc, en parla, le fpir avec Albine^
Cette vieille Gouvernante écouta 1
peine là Çomteflc, qiji luj repréfehtoit la
falotlfie fc jâ valeur duCotfite de pevoiy
ahîre i & que. le Comte 4 e Harwick étant
découvert , on lui feroir un mauvais Par-
ti. Albinc . dis- je , qui avoit plus d'à-
Varice que de prudence, répliqua l§ qu'au
fis aller * le. Comte diroit qui! venoit de
U part du. M,, & .que (ans doute, on
n'en ufcroii; point^ mal avec lui de peur
d'irriter fc Monarque, , U Coipteflc n en
convint qu'avec bcajicoup.de pane * cl-
le avoit remarqué depuis quelques jours
qu'on temoignpit une défiance jPoûr elle
qui n'éroit, point ordinaire , St fur le
moindre foupçon tout auroit ctjfc en al-
larme : mais qu'il eft aifé à gagner une
jeune perfoonc déjà touchée T Albine fc •
promit d'applanir toutes les difficultez.
jRllc ajouta donc cjue le Comte de War-
wick mourroit s'il recevoit des preuves
d'une dureté fi opiniâtre : il n'en fallut
aas davantage pour convaincre la Coin-
teffe qu'elle pouvoit le voir. Il
•DË'WARWl'Cr tfij
Il cft mie de croire qu'il ne manqua pas
au Rendez-vous j bien que ce dfte êcre
fore card , il fe leva fore matin t ck fou
impatience lui persuada que le jour ne
vouloir point finir; i Que ne diiê-il pas au
Soleil * tout ce qu'un Amant feait dire
quand il cft dans fes. frenéfies. » U appella
cent fois la Nuit à Jonfecout? ; des qu'el-
le eut couvert les Cseu* deforç v^Uefoni-
bre , il Te couvrit dHtn grand Manteau,
& fcùvi feulement du fidelk Iterincoun,
il parvint à la; petite Porte du Jardin * ne
doutant point queft nouvelle G kf qu'il,
n'avoit. pas: encore effityfaa&lfoiivrU fana-
peine* Il fe donna dsftioias teen, tnuti-
les pour en venir 4 bout % die itoit mal
Jjmee Se k çato dans h Serrure : Que
lairc après ce. tnalbeur? # n'y avoir pas
d'autre Parti .'à prend» que d'cficaladerlcs
murailles o* de s^eh retourner : ilturojg
mieux aimé être tue en tentant Je. pre-
mier, que de s'exempter du péril par Ta*^
tre. Ainil'faiisihéfim il grini&a , eom-
mc il avoit déjà fait k première fois 5 6{
il «Hoir fauter dans, le Jardin , lors qu'il
le vit plein de cens quj tenaient dcsFlan>
bcaux , Ôç qui parouToient occupes à
'chercher quelque ehofe.
* En effet ,- Midame d'Anglefisy ayant
>erdu le Pqrcrau delà Duohefle d'Yorçk
•qu'elle pottoiéttoujoins à fon. bras , eik
•ne s*n éioitJspperçpë ^ufen fe mettant
au Lit jA^piès avoir fait «nctçher dans
E 6 *<W
io8 LE COMTE"
touc Ton Appartement , elle commanda
que l'on parcourue les Allées, du Jardin,
de peur que la pcfànceur de l*Or cV des
Diamants ne le fie enfoncer dans le Sable
Comme tous les Domeftiques n'étoienc
pas également occupes à ccuc recherche,
quelques-uns en levant la tête apperç fi-
rent le Comte de Warwick prêt à s'élan-
cer dans le Jardin $ ceux qui k virent ne
doutèrent pas que ce ne fût un Voleur;
ils fe prirent à crier de toutes leurs foc-
ces ; le Comte connut que le meilleur:
Parti pour lui étoit de fe retirer en dili-
gence : mais fou Gentilhomme qui su-
roît un' peu éloigné , sic croyait point
qu'il alioit revomr fi promptement » ne
le trouva pas aflcztôt an pied du mur
pour lui aider * de for te que n'ayant pas
de ce côté-là comme de l'autre un Bipa-
lier pour defeendre;, H tomba fort, rude-»
ment , cV fe Ucfla au bras de telle, forte
qu'il crut fe l'être cafic.
- Maigre la douleur qu'il foufifroit , ilfe
bâta de s'éloigner du lieu ratai où û »'£•
toit promis de voir une perfohne fi chè-
re. La manière précipitée donc il mar-
choit , regardant derrière lut , & diûmt
de temps en temps à fon Ecuyer : Ne
nous fuit-on point r perfuada un homme»
3ui par hasard les entendit * que c'étaient
es Voleurs : il es avertit le Guet, qui
fondit fur eux ,*& qui les eut plutôt en*»
iourez. qu'Us n'eurent mis l'Epée à la main
pour
DE WARWICK. 109
pour le défendre de la violence qu'on leur
faifoit.
Le Capitaine de cette Efcoiiade eroic
ivre ôc brutal ; il demanda au Comte qui
U étoic , d'où il venoit „ & où il alloir,
A cela on nç, lui, 4 époiyiit rien 1 autant
par mépris , que par la néceffité de fq
taire , car ils n'étoient pas encore bien
éloignez du Jardin , & i|s préfuppofoienr,
comme en effet cela écoit vrai > que les
Çonwcs d*Anglefey.$c de Dévonshirc fc-
roient avertis qut Ton avoit vu un hom-
fne fur la muraille
. .■ 11 cft vrai auffi que Ton courut à la pe-
tite Porte > & que l'inquiétude augmen- v
ta quand on trouva la Clef rompue $ il y
tut là-dcffus des raifonnemens inBnis ou
la fecrecte jaioufîe du Comte entroir pour
quelque cho/c. . La Comte/Te royoit fes
Projets renverfez , & la néceffité de par*
tir achevoit de là, defoJer : Elle n'ofoic
témoigner fon. inquiétude : * mais bien
qu'elle en cachât une- partie • il ne lai£
foit pesdeparoître un certaine agitation
dans Tes yeux qui pouyoit être alternent
remarquée.
Pour revenir au Comte de \Varwick,
lors qu'il (ejtrouva au milieu de Ta Brigade
du Guet , iictut 'qu'il fuffifoir de donner
de r Argent au Capitaine pour obtenir
qu'il le laiflât aller > fans faire une infor-
mation defagrcable de fon nom. 11 avoir,
rempli fes poches de Pièces d'Or pour AK-
r E 7 binc *
no LE COMTE
bme , êTn'aywit pu parvenir à la voir, il
les offrit au Capitaine $ la libéralité lui
fpt ituifiWe , cet homme jugea encore
mieux qu'il s'agitfoit d'un Vol important ,•
il Vappetçât même qu'il éioit blefl* au
Bras , ' H qu'il cachoic foigneufcmeiit (on
ttfage. 11 prit là-dcflusf la résolution de
Farréter , comme l'on arrête tous ccox
qui ne veulent p*fe faire connoîwe , lors
qu'oit les rencontre la nuit.
- II y a de» Bancs à Londres à chaque
eoifl de l Rtfë attachez centre le mur) Ton
y fait afleoir ceux que Ton foopconiie joit
pàflé leurs jambes dans des ait trouez ex-
près', fur fefquels on en rabat *n autre
fort épais qui ferme avec une Serrure * il
eft impofïiblc que Ton faffe un pas fana
le rompre les jambes > de cette efpéce de
Morgue réjouit médiocrement ceux que
l'on y ëxpofe. .
- Ôuénd le Comte vit qu'il n*étok pas
en état de fe garantir de cette; de>fca-
ble ÀVajiture , il' tira leCapéteine à parc:
Je veux bien , lui dit-il , vous confier
que je fuis le Comte de Warwick , laiflez-
moi aller , & tenez la rencontre fecretré.
A ces m$ts, lé Capitaine qui ne lui voyofc
£oint TOrdre de la Jarretière , ni le Saine
George brodé que les Chevaliers portent
fur leurs Juile-au* corps , ne doutrpàe
■que ce ne fut un Fourbe j fc ne pou-
vant comprendre qu'un auffi grand Sei-
gneur fc fût expolé à aller pendant <b
nuit
: PË WARWfCK. iii
nûîc lî mal accompagné : Va , lui dît- il,
quand, Je ne ce foupçonneVbis pas d'être
un Fripon , Timpudence avec laquelle ru
Exens le nom d'un Homme fr eonfidéra-
tç , .'te cbûtéioit cher. Alors (ans vqa-
ïcrîr f entendre davantage, il l'attacha par
les pieds > b'ieri rétfolû de les mener loi!
Gentilhomme 6c fui > des qrVir (croît jour j
chez le Comte de Waïwick.
11 eft allé de juger de la fîtuarion de
ion eiprit dans* une telle reiïconftrc. De*
puis que lé mbnde èft fatônde ; drfoit-iî,
a'F>ehncburt> y'eft-it trodre une Avafci
turc femblabte à ' là mienne ? Je m'en
cdhToîerois fi fâvois dit adrtir à la Com-
tefTe i mais je fuis û malheureux qu'on
J'émmeinc/ans que je ia Voye $ ourreque
la blcflure que je me fuis faire ne fera pas
fi-tot .guérie $ de fortfe ritte tbut ce qtii
pouvoir riVarriver de fâthèiik, m'àrrive:
je rc défit, bizarre Çbttuhé, iftérRJic.fl,
de me taire pii : Ceptridafir i ajj6ûtôit*ij,
après Quelques 1 tabrn'eris 3ié ferlerions:
Qui rie voudroit pas eh Arfgjetcrrè être à
mi place , de où feroir-oto * l'heure qu'il
cft ? aflls fur un Banc au coin d'une Ru ë,
les jambes prifés dans àts Entraves bien
ferrées & qful à'ehflèht : Voilà pourtant
où ceux qui voudïolent être dans ma pla-
ce fe trôoveroîcnt ^èfn dépit d'éqx * car
apurement j y fmVen dépit de moi. H
faudra bien r Mylôrd , dît Ibn Gentil.
' liofettc , que cet* fittilk artc le jour , ce-
* ■ lui
in N L E Ç O MT E
lui qui voudroic être Comte deWarwick
n'a ur oie point un trop méchant Parti pour
le refte de la vie .: Je ne (cai ce qui Vous
en femblç , dit-il , pour moi j'aimerois
mieux ; êcre Crochetéur > car enfin celui-
ci. travaille tant que le jour dure ^ dès
qu'il ceflè f il goûte mieux le plaïfir du
repos qu'un Général qui vient de gagner
une Bataille ; il n'a point de Maître , ôc
n'eft pas obligé de fc contraindre pour lui
plaire \ a-t-ii une Mai t relie > il la voie
fans garder aucune raclure, il meurt tou-
jours d'appétit ôc créve de fanté , quand
fa Femme le chagrine j il fe donne le plaî-
Jîr delà battre 5 il ne craint ni les Grands
ni les Voleurs » on ne fçauroit diminuer
(a fortune , Ton Souverain ignore s'il eu
Habitant de la Terre , Ôc il n'en connoît
point d'autre que celle ou il vit le mieux.
Quelle comparaifon avec des Courtifans
comme nous ? Comme vous , Mylord,
s'écria Berincourt ? fe peut-il une Etofl-
le plus heureufe que là vôtre ? le Roi
vous doit (à Couronne > ôc tout' ce qui
peut jamais faire pour vous , eft au def-
fous de tout ce que vous avez fait pour lui.
Je n'enfuis pas moins â plaindre à l'heure
qu'il cft , reprit le CTE
mène. Il fçavoit déjà le déparc précipice
de Madame de Dévonshire * Albine l'en
avok averti» ôt cecte nouvelle l'ayant fea-
fiblemenc couché , il en vouloîc conférée
avec le Comte. Enfin , lui dit-il , on
m'enlève la Comtcfle. Je fuis furpris d'ê-
tre capable de la regretter , après le pro-
cédé qu'elle a eu , & je veux croire auflî
que je regrette moins fa perfonne que le
flaifir de me vanger par un éclat. Ou-
liez-la > Sire , dit le Comte languiflàm-
ment, cUc eft indigne de votre tendrefle,
& je trouve qu'elle va être fuffilàmmenc
fmnie â laCampagne.de la légèreté qu'cl-
e a eu à Londres. Cela ne me fuffit point,
ajouta k Roi , je yeux découvrir ce qui
l'oblige à garder fi peu de mefurcs avec
moi. Il faut attendre Ton retour > répli-
qua le Comte, Votre Majefié fçaura alors
qui ofe barrer fon chemin,.
Le temps au'il falloic différer , ne con-
venoît point a l'impatiente colère du R oi j
il vouloit quelquefois la faire revenir fur
fes pas 9 un moment après il méditoit de
l'aller trouver ; en fuite il vouloit y en-
voyer fon Favori , puis il s'en défioit , ôc
fes différentes penfées l'occupèrent plu-
fieurs jours. Madame Grcy s'apperçûc
bien de fa diftraôion , elle auroit volon-
tiers recommencé fes plaintes là-dcflusj
mais elle craignott de rebuter le Roi , ôc
qu'il s'accoutumât de voir couler fes lar-
mes fans vouloir les arrêter. Elle étoit per-
suadée
DE WAITWICK. ii*
fuadée que rien n'eft plus dangereuirpour
une Maîtreflc , 6c qu'une infidélité que
Ton prend foin de cacher , promet plu-
tôt un retour qu'un engagement où l'on
ne garde point de mefurcs.
D'ailleurs , Se Comte qui Ttfvoit tou-
jours aigrie , s'étoit fort ralenti fur les
avis qu'il lui donnoic , il ne craignoic
J>refque plus les progrès du Roi , depuis
e départ de Madame de Dévonshirc > Se
il n'etoit occupé que de fes propres affai-
res i Quelles alla r mes n'avoit-il pas , quand
il penfbit qu'elle ne reviendrait de long*
teHnps -, qu'il n'y avoit aucun moyen de
la voir qui ne fût très-dangereux pour eU
lecV pour lui , Se qu'il devoit tout crain-K
dre des Confeiis de ia ComtcfTc d'Angle-
f ey , dont la vertu n'auroit pu tolérer la
plus légère fbjbleiTe dans une Fille fi chè-
re & fi parfaite ? Il s'enfermoit bien fou*
vent dans fon Cabinet , pour s'abandon-
ner tout entier à fes ; tnftes réflexions;
fon chagrin augmentoit chaque jour , fa
Tabatière n'etoit point retrouvée , Albi-
ne ne lui écrivoit plus , il vouloir tout
tenter pour voir la Comteflc, ou tout au
moins pour lui envoyer fon Ecùyer qui
ne manquok ni de courage ni de condui-
te * mais la peur de bazarder quelques
démarches, Parrêroh s & dans ces diffé-
rentes irr.éfolutions , bien loin de guérir»
fon mal empiroit. Quand le Comte de
Dévqnshire eut quitté le Capitaine^
s;6 LE COMTE
Guet , il fut jufqu'i un Bois par où il fàl*
loit paû"êr pour aller à Twitnam, & don-
nant Ton Cheval à un petit Page qui l*a-
yott fuivî , il marcha lentement le long
d'une grande Route , rivant au Voleur
qui s'étoit laiflé voir fur la muraille , à.
m Clef rompue dans la Serrure , & enfin
à la Vifion de ce Capitaine qui croybtt
avoir arrêté les Comtes de Warwick&dc
Strop : S'il n'y avoit eu que le premier»
difoit-il , je n'en douterois point 5 riaafe
le dernier eft trop fage pour fe trouver
mêlé dans une Avanture n bixarre»
Comme il fe tournoit de temps eo
temps , pour voir fi le Carofle de là BeU
Ic-mcrc approchoit , il remarqua quel*
Sic choie de brillant dans tes mains de
n Page j il s'approcha & trouva que
c'etoit une grande Tabatière d'or couver-
te de Pierreries qu'il avoit vûë pluficurs
ibis entre les mains du Comte de Wâr*
wick 5 il s'informa avec émotion où fou
Page Pavoit prife * il hit avoua qu'étant
ibrti des premiers dans la Rue • après
qu'on eût appercû le Voleur fur la mu»
raille» l'éclat de cette Tabatière d'or cou>
verte de Diamants , qui étoit à terre , avoit
arrêté fes yeux » & mie l'ayant ramaflee»
U n'avoir pas crû mal faire de la garder.
Le Comte la prit , il la confîdéra long-
temps , elle lui fembla allez, épaifte pour
y avoir un double fonds , il chercha ici
Moyens de rouvrir avec une émotion
dont
DE \yARWICK. }Zf
dont il devinoit déjà la caufe » dcs'étanc
éloigné de fon Page » il vint enfin à bout
de trouver le Portrait de fa Femme qui
y étoit renfermé ,. avec ces mots gravez
autour:
Elle eft mieux dan* mm c*w.
A cette fatale vue» il pâlit, i) friflbn-
na, fon ame fut enproycaux plus cruel*
les . réflexions * il aimoit Madame de De-
Tonshire > il vouloit quelquefois la juÂi-
£er > mais il n*<n venoit point à bout.:
car enfin le Maître de la Tabatière étoit
{ans doute le même homme qui s'étoit
muni d'une fauflè Clef pour ouvrir la pe-
tite Porte du Jardin , qui après l'avoir
rompue dans la Serrure» avoir efcaladél*
jnuraille, qui s'étqit&uvé^n fuir c, donc
la .Tabatière .se dçfignqit que, trop te
Comte de Warwiçk. ;: Qmc penfer aprçs
toutes ces prctivevJ, trouvant iur tout le
Portrait de fa Fenme par une Avanturje
£ extraordinaire. . Ù. s'abandonnoit à ion.
defefpoir , lors qu'il enrendit le bruit du
Caroflc de Madame d'Anglefcy * il re-
monta i Cheval de lui dit -quelques mots
en paffant , H voulut cacher 6>n chagrin
jufqu'à ce qu'il l'eut entretenue. Le pe-
„ lit Page étant affligé que Ton Maître eue
gardé fa Tabatière , il ne pût s'empêcher
de le raconter à Albine dont il étoit par
rem » & lui en exagéra la richeffe d'une
j 4 manière
n8 r LE C O MTE
manière oui coucha beaucoup la vieille
Avaricieufe $ elle auroic bien voulu l'a-
voir au hazard de toutes les méchantes
fuites qui pourraient lut en arriver. Dès
qu'elle pût entretenir fa Mai trèfle- elle -lui
dit ce contre-temps*, & jamais Ton a eu
plus de crainte d'être découverte par tant
de chofes qui faifoient cônnoître le Com-
te de Warwick. Ne fuis- je pas bien à.
plaindre , lui difoit-eile > que ma con*-
plaifance pour tes confeils puifle me .cou-
ler tout le repos de .ma vie ? Qu'ai-je pré-
tendu enfin , quand j'ai conférai de dire
adieu au Comte ; le Ciel m'eft témoin,
4)ue malgré ma prévention pour lui , je
ne voudrais pas fauver fa vie par un foû-
pir criminel $ de depuis le moment fatal
où je J'ai vu , j*ai tout tenté pour l'ou-
-Wicr : mais n'y pouvant parvenir , j'ai
toujours été en garde contre moi-môme,
comprenant que mon coeur n'étoit que
trop dans fes intérêts. Albîne qu'as-tu
fatt , lors que tu m'as perfuadée de lut
parler ? cette vûë fi charmante & fi re-
doutable , fit une irapreflion dans mon
ame qui ajouta de nouvelles peines à cel-
les que je foftffrois déjà > n'étois-je pas
«fiez malheureufe , fans que tu te fois fi
foigneufement appliquée a me parler de
lui ? Pourquoi lui as- tu donné le moyen
de venir dans ma maifon ? Sa Tabatière
cft entre les mains de mon Mari > il n*a
pas lieu de douter de ce que le Capitaine
du
DE WARWICK. ia 9
Au Guet lui a die ; il ne me regardera
plus qu'avec mépris , U les reproches fe-
crets que je me fais , achèveront de lui
faire remarquer la confufifn où je fuis :
Vous devez , Madame , lui dit Albine,
vous tourmenter moins , il vous cft aifé
de perfuader à toute vôtre FanittJe ,.quc
fi le Comte ait une tentative pour entrer
dans le Jardin , ce doit être par l'Ordre
du Roi y que vous n'y avez aucune part»
& que l'aveu fincére que vous avez (ait
des femimens de Sa Majefté pour vous,
cft une preuve convaincante du peu de
part que vous avez à tout ce qui s'eft par-
ie : Non, s'écria la Comtefle, je ne feai
point foûtenirle menfoftge avec la même
nardiefie que Ton foûcient la vérité $ ma
Mère lira dans mes veux tout ce qui fe
pafle : Hélas ! fi elle y lifoit de même
mon innocence de mes malheurs > qu'au-
rois- je à craindre?
Pendant qu'elle s'affligeoit ainfi , le
Comte de Devonshire impatient d'entre-
tenir Monfieur de Madame d'Anglefey,
les engagea dans une Promenade écartée,
êc leur eut en ce lieu les foupeons qu'il
avoir contre fa Femme -, il leur montra
ion Portrait dans la Tabatière du Comte
de Warwick : cette vue les accabla de 1»
plus vive douleur : il étoit difficile de ju-
ftifier la Comtefle ; cependant Madame
d'Anglefey ne pouvoir, fc refoudre à la
condamner (ans l'entendre -, cUe prUfon
Vf V* cnr
i# LE COMTÉ
Gendre de ne toi parler de rien qu'elle «ç
l'eût entretenue , & cette conversation
He fut différée que juiqu'au lendemain.
Madame dcDevonahirc jugea bien, lors
2uc Madame d'Anglcfey s'enferma avec
Ile , que c'étoit le moment où l'on allotc
la mettre à une fevére Inquifitton ; elle
trembloit, de fa pâleur niacquoir aflezfon
inquiétude : mais après avoir effuyé mil*
îe reproches fans interrompre la Comtc£-
fe : lors Qu'elle vit le Portrait qui étoït
dans la Tabatière , elle ne pût fc réfoudre
à fouffrir davantage l'opinion où étoit fa
Mère » qu'elle eût fait ce Préfcnt au Com-
te : Elle s'éleva là-dtfliis , & paria d'un
air fi irrité , quoi que ce fût fans perdre
lerefped, qu'il n'y avoit pas lieu dedou»
ter de fon innocence.
Madame d'Anglcfey demeura tres-per-
fuadée de ce que fa Fille difoit 5 elle hri
promit de ne rien oublier pour remettre
rcfprit du Comte de Devomhire dans une
firuation favorable : La Comtefle la fup>-
plia avec beaucoup de larmes de la fervhr
auprès de fon Mari ; elle penfa cent fois
lui demander en grâce de renvoyer Àlbi-
ne , mais elle craignoitque cette maligne
Vieille n'irritât encore davantage le Com-
te de Devônshire contre elle ; de que (ai*
fane des Commentaires malicieux fur la
facilité qu'elle avoit eue à parler au Com-
te pendant le Voyage de fon Père & de
fon Mari à Yorck > clk ne la brouillât
abjfofo
DE W-ARWICK; iji
abfolumcnt dans & Famille. Cette feule
raifonla fie confentir à garder auprès d'el-
le un Monftrc qui n'en pou voit être trop
tôt éloigné. • *
Madame d'Anglcféy parla fortement i
fon Gendre , & ie rendit caution de fin»
nocence de la Femme > tout rosjla4ur la
paffion du Roi , Ôc ce qui cft de vrai > c'eft
que Madame de Dévorohire nciçayjc
point le myftérc de cette Boêtc, qu'on ne
pouvoir être plus ofiènfée qu'elle l'étok
contre le Comte de Warwîck > & qu'elle
difoit à tout moment -: Que pourra peu»
fer celui qui m'a peinte ,- Albine > il croi*
raque j'ai confenti de donner cette fa-
rcur : Ah i maJheurcufe, s'écrioit-cllç,
2u'at*je fait , lors que j'ai eu- la complai-
nce d'écouter le Comte ? Que ne m'en
coûtqpt-il pas ? je perds Teftimc de mon
Mari , il lui reliera toujours de» difponV
tion à la jaloufie , que toute ma bonne
conduite ne pourront changer. Eh ! que
vous importe ■ -Madame 9 qu'il foit ja-
loux 9 dtfoit Aminc , pourvu que Voua
n'ayies rien à vous reprocher ? Si vous
aviez manqué en quelque chofe 3 il vous
feroit permis de donner un libre coure à
vos larmes : mais encore que le Comte <
de Warwickajt vôtre Portrait , vous n'en
devez pas erre blâmée. N'a-ton pas ce-
lui de toutes les Souveraines : filles le
donnent même fans que V** y trouve à
redire. Ces exemples généraux n'ont ntn
132 LE COMTE'
de commun avec une particulière comme
moi * repliqua-t-clle , une Reine pour-
roit- faire beaucoup de chofes qui feraient
innocentes à fon égard» & que Ton trou-
verait fpre criminelles au mien. Je ne fuis
ni aflez aveugle ni aflez téméraire pour me
régler fur de tels exemples : Vous n'avez
donc plus que de la haine pour le Com-
te > dit Albine ? Si j'étois parvenue aie
haïr, reprit la Comtefle en foûpirant, je
ne ferois pas inquiète au point que je le
fuis s mais un fouvenir encore trop cher
me perfécute. J'ai la foibleflc de ne le
pas haïr , cV je fuis inutilcmenc en garde
«contre mon cœur , il n'y a que Pabfencc
& le temps qui me puifTent guérir. Ma-
dame de Dévpnshire fcût par la Comtefle
d'Anglefey tout ce qui s'étoit pafTé entre
elle &fon Gendre : Vôtre conduis à l'a-
venir, lui dit-elle, doit confirmer ce que
j'aiavancé jcar enfin, ma chère Fille, j'ai-
merois mieux vous voir morte,que de vous
voir entêtée pour qui que ce (bit au mon-
de. Comme j'ai les mêmes fentimens , re-
pliqua-t-clle ) la plus grande grâce que
vous puiffiez m 'accorder, c'eftae*mclaif-
fer à la Campagne ; j'éviterai le Roi , j'é-
viterai le monde , j'éviterai enfin de per-
dre mon heureufe tranquillité > & de vous
déplaire. Madame d'Anglefey Tembrallà
avec beaucoup de tendrefle , & lui dit
qu'elle approuvokfa réfolution, qu'il fal-
lait s'éloigner de la Cour pour quelque
temps,
D«E W ARWICK. 133
temps , de qu'il étoit bien certain que le
Monarque l'oublieroit : Mais ajouta- t-eJ*
le» le Comte de Warwick n'entre- c-il pour
rien dans l'Intrigue ? Eft-il poflible qu'il
fe foit expofé à monter fur les murs de
mon Jardin, à fe faire arrêter par le Guet
êc à toutes les fuites de cette affaire uni-
quement pour fervir fon Maître , lui qui
cft de longue-main fi accoutumé à fuivre
fes volontez , qu'il n'obéît qu'à celle du
Roi qu'autant qu'il y trouve fa fiuisfàftion.
Ajoutez à cela vôtre Portrait dans fa Ta*
batiére , fi il cft: au Roi , pourquoi le
garde- t-il ? Peut être , Madame , répli-
qua la Comtefle , afîez embarrafiée de
tous les foupçons qui rouloient dans l'ef-
prit de fa Mère , peut-être que Je Roi
craint la curiofité de fa Mai trèfle, Se que
pour l'éviter il a donné cette Boëte à fon
Favori. La ComteUe parut affez conten-
te de cette raifon > & fortant delà Chanv
bre de fa Fille , elle la laiffa dan* fon Ca-
binet accablée de mille dcplaifirs.
Ne me devoit-il pas fufEre , difoitdlc
a fa Confidente , d'obéir avec foûmiflîon,
fans m'avifer de donner des confeils con-
tre mon repos ? Je demande qu'on me
laiflc à la Campagne pour le relie de ma
vie ? qu'on me garde à vû'é , & qu'on
ne me donne aucune liberté. S'il arrive
qu'on le fafîe , pourrai- je me plaindre i
& fi on le fait , pourrai-jc vivre ? Ce
trait cruel qui m'a blcffée eft encore au
i 3 4 LE COMTÉ
milieu de mon corar > je ne reverrai plus
celui que je ne fçaurois oublier. Aibine,
que je fuis malheureufe I Elle pleura long-
temps , de fa Gouvernante qui mouroit
d'envie d'entretenir toûjoursquelqde com-
merce où elle pût profiter , ne manqua
pas de prendre ce moment , pour lui pro-
pofer d'écrire au Comte l'état où elle
etoit. La Cotmefle ne fe contenta pas de
la refufer ; elle lui défendit de lui rappel*
1er davantage une idée qu'elle vouloir ef-
facer de «fou fouvenir.
L'éloignement de la Comtefle de Dé*
vonshire avoir d'abord chagriné le Roi *
mais comme il n'entendoit point parler
d'elle > & qu'il croyoit avoir lieu de s'en
plaindre , il ne voulut plus penfer qu'à
Madame Grey ; & ce retour de tendref-
fe la rendit fi fiére , qu'elle facrifioit vo-
lontiers fes meilleurs Amis, au plaifîrd'en
faire un bon Conte. Ceft ce qui arriva
à l'égard du Comte de Warwick.
Le Capitaine du Guet qui lut avoir fak
paffer une fi mauvaife nuit , en l'arrêtant
mal à propos , ne douta point de fa per-
te > s'il n'oppofoit une forte Protection à
l'Autorité du Comte. Sa Sœur étoit à
Madame Grey. Il lui dit Ton Avanture êi
fes juftes a lia r mes : Cette Fille jugea que
le Général ôc le Comte perdraient ion
Frère. Cela l'obligea de fe jetter aux pieds
de (à MaîtrefFe , pour la conjurer d'avoir
pitié de fa Famille , ôc de parler au Roi
de
DE WARWICK. 13*
de tout ce qui s'étoit paffé. Madame
Grey trouva cette Hiftoire trop plaifanté
pour manquer de la raconter au Monar-
que : Elle y ajouta mille ci r confiances qui
pouvotent y manquer , Ôc qui le réjoui-
rent beaucoup j mais après en avoir ri
long temps , il eut une force curioûté de
fçavoir d'où le Comte & le Général reve-
noient \ ÔC comme ce dernier étoit d'ua
caractère plein de bonne foi Ôc de droi-
ture , il penfa qu'il lui feroit plus aifé de
pénétrer ce myftére par fon fecours , que
par l'aveu du Comte de Warwick , qui ne
lui diroit rien de fes Intrigues.
Dès que le-Rot vit le Général , il l*ap-
pella dans fon Cabinet , Ôc lui dit d'un
air obligeant , qu'il étoit un peu offenfé
que tout le monde fçûr, excepté lui ,1'A-
vanture qu'il avoit eue avec le Guet. Si
vous voulez faire vôtre Paix , continua-
t-il 3 ouvrez-moi vôtre coeur > Ôc que je
fçache au moins d'où vous veniez. Sire,
répliqua le Générai , Vôtre Majefté m'au-
roit fort cmbarrafîé fi Elle m'avoir de-
mandé il y a quelque temps un pareil
aveu. A préfent que j'ai rompu des chaî-
nes qui me paroifloienc pefantes , ôc que
je me trouve affranchi d'une paffion ty-
rannique , pour laquelle je ne fuis point
fait , je conviendrai de bonne foi que la
beauté trop piquante de la jeune C«m«
tefle de Dévonshire m'a voit ôtc toute ma
raifon. ^
136 LE COMTE
Il lui raconta alors d'un air Soldat» Ces
fentimcns, fes inquiétudes > ôc le tour du
Peintre : Mais il ne faifoic pas femblanc
d'avoir fçû que le Roi étoit Ton Rival ,• ôc
c'étoit l'article de Politique fur lequel il
n'avoir point voulu étendre fa narration*
Le Roi l'interrompit & lui dit en riant 2
Hé quoi » M y lord , vous oubliez ce qui
me regarde ! Le Général demeura un peu
déconcerté ; mais il ne le fut pas long-
temps. Vôtre Majefté » dit-il , cache fi
bien quand Elfe veut , les fecrets de Ton
cœur 9 que je n'ai point pénétré la parc
qu'elle peut avoir dans cette Avanturc*
Nous en demanderons des nouvelles au
Portrait de Rofemonde , continua le Roi
en foûriant , il fera peut être plus fincére
que vous. Le Général rougit & parue
embarrafle. Sire , lui dit-il , la profe/fion
fincére que je fais de ne vous rien celer,
s'accommode mal avec le reproche de Vô-
tre Majcftè s je m'en trou ve.hontcux,&
vous m'épargneriez une véritable peine»
fi vous vouliez bien croire que le temps
où j'ai fou pire pour Madame de Dé\on*
shire > me paroit comme ces Songes donc
Tidéc s'efface à mefure que l'on s'éveille.
Je ne me fou viens plus de ce qui s'eft paf*
fé , ôc j'ai pu en effet oublier quelques
circonftances fans* en avoir le deffein;
mais c'eft plutôt par un défaut de mémoi-
re , que par aucune envie de manquer à
fatisfaire Votre Majefté fur ce qu'Elfe veut
fçavoîr.
DE WARWICK. 137
fç avoir. Quoi qu'il en foir , reprîr le Roi/
dites- moi fi le Comte de WarwicR vous
avoit accompagné dàns'ce *harai2tnc-Ren- :
dez^vôus ? Noh-.'sfrevdit le Général, 1 -
nous refiâmes' -auffi furpris Pun que Tait--
sre'j de nous rencontrer'' fur cet te cfpécfc'
de Sellette ; nous eûmes Inême quelques'
momens de converfation fans nous recon-
naître , âc je n'ai jamais pu arracher de
lui une confidence réciproque pour ap-
prendre d'où, il venoit. - ;
- Le Roi qui Técoucoic attentivemcnty
fcntoit • naître ' des foupcoris contre Je*
Cofnte deWarwick qu'il rejet toit dans It-
érante de s'irriter $ fa cendreflè four Iuf
fàifoit taire fa jaloufie , il auroit été fâ-
ché d'avoir les éclaircifTemens qu'il de-
mandoit ; de forte que fon esprit flottant
dans l'incertitude , ne changea point les
manières obligeantes qu'il confcrvoit tou-
jours avec et Favori.
Mais le Comte dont la paffiôn augmen-
tait, i proportion; des obftacles qui s'op-
pofoient à fon bonheur , ne cherchoit
plus que les moyens de revoir la Comtef-
fc de Dévonshire $ & comme il négli-
geoit prefquc tous ceux qui fe préfen-
toienr de faire fa Cour , le Roi ne lui
trouvoit plus cet efprit enjoué , plein de
charmes & d'agrémens qui le réjouïflbient-
fi fort. 11 remarquoit àVec peine que (bn-
caraâére n'étoit pas feulement changé,
mais que là perfonne l'etoit auffi j qu'il
* avoit
i}8 LECOMTE
avoit uo abattement qu'il ne pouvoit fur»
monter ; que (à famé s'altéroit, 6c qu'en-
fin fes dtôraâions 8c fes rêveries le me«
noient quelquefois fi loin , qu'il n'étoit
pas toujours le Maître d'en revenir. Il
s'en inquiéta avec bonté s il lui vint plus
d'une fois dans Pefprit que le Comte pou-
_ &qu'
mais comme je l'ai déjà dit » il éloignoic
cette penfée , & lut temoignoie une ten-
dreffefi égale , qu'il auroit eu lieu de s'e-
fiîmcr infiniment heureux , fi fon cœur
•voit été moins engagé.
Un jour que le Roi avoit parlé long-
temps d'un defiein très-féricux , qui me*
ritoic beaucoup d'attention , Ôc fur le-
quel il vouloic faire une Harangue au Par*»
lemçnt , il crut que fit mémoire pouvant
lui être infidelie , il feroit bien de la die>
ter au Comté pour l'écrire ; mais comme
il gardoit de tcmps.cn temps le.filente,
lors qu'il revoit à cette affaire > de que le
Comte » qui n'en étoit point occupé,
penfoit uniquement à la tienne > je veux
dire à la Comteftè , il lui vint, tout d'un
coup dans t'efprir des penfées qui le trou-
blèrent fi fort» que fans fe fou venir qu'il
tenoit un Papier que fon Maître ailoit li-
re > il écrivit ces Vers :
UBjmen
D E W A R.W I C K. *39
VMymn vous tpgagt ** • .
. Setukf Loix d'un EfiWXr »
Vitre coeur efl fan p$ttfige 9 - k •
Ttur aimer un Ammnti vçus n'eits plut &
11 auroir apparemment continué ; mais
'* Sa Majefté reprit la parole. Le Comte
fâifam un nouvel article, écrivit tout ce
qu'il lui difoit j la page s'emplit , le Rof
w tût encore , il arrangeoit dans fon eC*
mit un dtfcours qu'il vouloir rendre per*
iuafif » êc le Comte toujours entêté de la
Çomteflc continua d'écrire :
E'èime point un Epoux dent taffreufe puifi
fonte 9
Malgré têi , t'érrache i ton fort $
£t fui fan* confulter fi ton cœur efi <?**+
cordt
Qfè te faire vtûlenct*
•' Le Roi vouloir achever (a Harangue,
k Comte récrivit 9 uns fiire ré&xioii
aux Vers dont il l'avoir entrelardée ; &
comme die ne fut finie que tard, ârturïl
avoir promis à la Ducheflèfa Mère d'aller
chez elle ^ il plia ce Papier êc fortit prom*
peement de fon Cabinet fans le lire.
Monfîcur de Warwîck ne le fuivit poinr,
il avoir à faire chez lui , & il s'y rendit
prômpcçmçnc, pour, envoyer chez ,aD " ,%
*4à LECOMTE
chefle de^Norfolk , Sœur de la Comcefle
de Dévoflshirc 5 il fçavoit qu'elle cher-
choie depuis quelques jours un jardinier
pour la Contrcfle d'Angtefey , qui Ce fai-
foic un plaifadc Ces occupations chaispê-
tres , 6e qui vouloit faire rcnirwfer fou
Parterre pour en faire un autre. Le Com-
te avoir une Maifon ou pour mieux dire
un Palais à Chelfey proche de Londres,
qui étoic également orné 6e de l'Art cVde
la Nature s fa fituationaubord de laTa-
mife ajoûtoit beaucoup â fes autres beau-
tcz , 6e il n'épargnait rien pour en "faire
un lieu charmant. Il avoit fait venir de
France des Defleins de ce fameux Jardi-
nier qui avoit été employé par Charles
VIL aux Jardins d'Agnès Sorez, fa Ma?-
trèfle , dans fa jolie Maifon de Beauté»
proche Vincennes , 6e pour exécuter bien
ces Dtfleins , on lui avoit envoyé deux
Jardiniers $ il en détacha un qui fut trou*
ver la Ducheflc de Norfolk 6e lui montra
les Parterres qu'il avoit apportez.
Le Jardinier étant bien inftruit par le
Comte > 6c ne manquant pas d*efprit , s'a-
quitta fi bien de la Commiffion , que
Madame de Norfolk convint de l'envoyer
chez la Comteffe d'Anglefey , il kii de-
manda permiuion de prendre un de fes
Garçons , elle y con&ntit $ ainfi Berin-
cotfrt , qui étoit François . n'eut poihc
d'embarras pour parler fa Langue naturel*
le s il en eut bien davantage à fc travefHr
de
DE WARWICK. i4i
de manière qu'on ne k «connue pas j car
il accompagnoit affez fquvent fpn Maître
à la Cour, cV il éro|t fou bien frit $ ce-
pendant i) le déguifa à merveille , cVpar*
tït avec le Jardinier- chargé -des ordres du
Comte , 6c d'une Lettre pour la Caœ«
-ceflè de DévonsWrc, donc Je «rac^pre
paflïonnc cV refpcâueu* confervoit tout
enfemble les égards qui étoient dûs à une
Femme de (on mérite & de û naiffanec,
^avec les, témoignages de la plus grande
paffion & de la plu* vive ardçjiç. •.;,..*,:,>
.. Le Roi ne refta pas long- temps chez, h
Ducheflc,fa Mcçe j il s l'engagea adroit
ment au Jeu , il fc mû de- moitié ; ayeç. el-
le 5 fi-tôt que la Partie fut commencée,
il fortit de fon Appartement & patfa dans
celui de Madame Grey , qui iui fit quel-
ques reproches de le. voir fi tard ; Ne;
frondez pçint , luj. di* il , j'ai travaillé à
es chofes fort féricqfes , je n'ai même
*. cte qu'un moment chez Madame la Du-
chefîe , afin de me rcn4re plutôt ici : Il
•faut encore que je life la. Harangue que
j ai faite pour l'ouverture du Parlement,
car je n'ai pas eu le temps de la voir.
. Tout * u ■*»» - ?ire , reprè-elle d'un
m air careflant , Jijèzja tout haut j il le
voulut bien ■ , mais lors qu'à fe trouva
dans 1 endroit ou le Comte avoit écrie des
Vers , fon etonnement ne pût s'expri-
mer : Que penfez-vous de ceci , dic,îl à
& Maîtrcjfc ? Eft-çe exprès , cft-ce par
bazard.
*4& LE COMTE
hasard, de qui parle- t-il , qui donc l'oc-
cupe fi fort ? Madame Grcy'leslût atten-
tivement- j & fine être Sorcière, elle dé-
riva de quoi *l êroîc qùeftion.: Ha , le
Traître ! s'&ria^elley iinfaprife pour
du^B, - •
' Ces paroles pénétrèrent le Roi , il crue
que' Madame Grey étant une des plus ai-
mables perfonnes du monde, il l'avoir, ai-
mée ôc s'en étoic rate aimer » mais que
4aAs la Alite il érott encore revenu à la
charmante Gbmtefie de Dévonshire. Tout
feinpta de cette pcbfée , il regarda fiére-
rtient cet-té bejle Veuve» Se la chargea de
-Reproches avec tant de colère » qu'il ne
lui donna pas le temps de fe juftifîer \ & '
felevànt d'un airbrufque, il falloir quit-
ter i quand elle fe jetta à fes pieds , elle
cmbVaffa* fes genoux , de s'écria toute en
pleurs : Je vais mourir fî Vôtre Majefté
*efttft de m'entendre » Non , Sire » je ne
ibU point coupable : Ce que j'ai die in-*
tcoftfidérément à l'égard du Comte de
Waftvîck , n'a rien de commun avec
moi , tout roule fur Ton infidélité pour
vous. £
' Le Roi à ces mots parue un peu plus
tranquille j les bcairx -yeuxdç Madame
•Grey 1 , noyez de larmes , Tàvoient toii-
ebé jui^u'au fond de Tamç , il fe repro-
choit de lui avoir donné lieu d'en 'répan-
dre; il réprit la place qu'il tenoit. de quit-
ter i (k Madame Grey voulant profiter de
cette
DE WARWICK. 145
cette favorable Audience , lai die d'une .
voix entrecoupée defangiots : J'ignorois}
la paffionque voua' aviez pour la Corn*
teffe de Dévonshire , Vôtre J&ajefté l'au»
rbit p tue être aimée longtemps fans que
je Peuffe fçn ., fi le Comte de Warwick
n'avoit pris loin dem'er>averuppaçvingt
Billets que je vais foire voir à Vôtre Ma-
jefte. Ce rut lui encore qui vint réap-
prendre que vous vouliez l'aller chercher
a Twitnam , de j'ai toujours agi d'intel-
ligence* avec lui pour* interrompre Vos
Projets : C'cft lui qui -m'a engagé-ivous
fatiguer fi fouvenc de nies reprosbet % :fi
je m'en étois cvuë , j'aurôis tenu: unt con-
duite plus douce 6c plus rcfpeâueufc'5
mm iï me faifbi'r voir quej'érois fur le
point de rous perdre. U n'en falloir pas
davantage pour nie defefpérer > je me fi-
gurons qu'il nVaimoit aâcfc pour entrer
dans mes ituéreis , ôc que c'èteït l'uni-
que motif quf lui faifoic tout- hasarde*,
en n\e confiant un fecret qui Douvoit lui
ôret vos bonnes grâces., j'aurois foignén-
fement caché le fien , fans îque je vois
aujourd'hui les raif*ns qui l'engageaient
a me faire, des confidences où raflec^ion
n'a voit aucune part; Bien Join de m'ai-
mer, Sire, comme Vôtre Majcftc l'a pen-
Sk\ il aime laCosntefle de Dévonshire, il
cft v&rc Rival, & je fuis le Bouclier qui!
vouloit mettre entre vous & elle , pour
vous guérir par une paifion naiûantc d'u-
.ne
144 LE.COMTE
oc plus ancienne. Daignez rappeller la
conduite qu'il a tenue , lors que vous lui
ajrez ouvert vôtre cœur 4 voyez les BiU
lçcs:> & relàfcz «es premiers Vers :
«■ ?
V Hymen vom engage
Sous let Leèet d*um*Epoux , »
. . Votre epeur eft fin partage >
four aimer un Amunt vous tfites plus à
vous*
<<< Vous verrez * Sise , qu'il repond à ces
Ipctnfëes * qu'il eft. perfuadé que la Com-
jcefle aime Ton Mari , tju'il crainc de ne
4a pouvoir toucher , & que cette crainte
l'occupe fi fortement , qu'il oublie tout
d'un coup ce que Vôtre Majefté lui diâe.
Rempli de fa paffion > il écrit la chofe du
monde qui doit le mieux taire , fur un
Papier qui refte entre vos mains , & que
vous allez lire. Son extravagance eft tel-
le $ qu'il écrit encore ces Vers :
- »
Jtfasme point un Epoux dont taffreufe ptuf-
ffnce.
Maigre toi t'arrache à ton fort i
Et qui fans confulterfi ton cœur eft d'accord^
-ï : Ofe te faire violence. .
!'. Ceci regarde fans doutek précipitation
tfu.déparrde la Gpmrçflo ;ïji\ içzk qu'elle
tna eu du chagrin , & il l'employé cour»
me une bonne raifon pour ralentir l'ami-
ue
DE WARWICK. H f
né qu'elle conferve à fon Mari. Vôtre
Majefté voit â\préfent , contimia-t-cJJe,
fi je mérite les reproches dont elle vient
de m'accabler , ôc fi le Comte m'a jamais
aimée. >
Elle auroit continué de parler le refte
du foir , (ans que le Roi l'eût entendue;
il a Voit connu tout d'un coup que fes
foupçons contre elle étoient très- mai fon-
dez , ôc partant de cet objet de jaloufie à
celui de fureur qu'il trouvoit dans le pro-
cédé du Comte de Warwick , il s'étoic
abîmé dans une profonde rêverie ; Ma-
dame Grey en pénétroit trop bien la eau-
fe pour l'interrompre , elle gardoit le fi-
lence , lors qu'il s'écria , comme sW eue
f>arléau Comte : Ah, perfide .' cft-ce-là
e prix de coure la tendreiïe que j'ai eue
pour toi , de la parfaite confiance que je
t'ai témoignée , des biens donf je t'ai fait
part , ôc de mille bornez que j'ai eues ?
Quelle trahi fon ! Il m'a ravi une jeune
Mai trèfle qui m'avoit touché , & qui n'y
étoit pas indifférente. Il n'a rien oublié
pour m'arracher vôtre cœur , Madame,
fe peut-il des Lettres plus arrificieafes que
celles qu'il vous a écrites ? Que ks Rois
font miférables .' ou ils fe font haïr par
la crainte qu'ils infpirent , ou ils fe font
méprifer par la liberté qu'ils donnent , ils
ne goûtent prefque point le plaifir de fe
Croire aimez par rapport à eux-mêmes.
Il fe tût en cet endroit , fa mélancolie
Têmel. . G « me-
146 LE COMTE
i mefure qu'il réfléchie fur les grâces donc
il avoir comblé le Comte , & fur le pro-
cédé qu'il tenoit arec lui , augmenta 5 il
foûpira » regrettant d'aimer encore un
homme qui Te méritoit fi peu : en Cuite il
regarda Madame Grcy d'un air tendre* ôc
la pria d'oublier tout ce qu'il lui avoit die .
dans les premiers mouvemens de fa jalou-
fie. Elle parut contente ôc fort appaifées
mais elle avoit beaucoup d'inquiétude de
la triftefle où elle le voyoit , elle eflàya
de la diffipcf par une converfation gra-
cieufe Ôc infirmante , qui lui auroit fait
du plaifîr en tout autre temps qu'en ce-
lui-là. Il ne l'écoutoit point , ou il la
contrariait > enfin il la quitta , lui vou-
lant quelque forte de mal . de l'avoir
éclairci fur la conduite de Ton Favori.
Le Comte de Warwick ne parut point
au coucher .du Roi , il étoit tout occupé
du Voyage qu'il faifoir faire à Berrncourt,
il rouvrit trois fois la Lettre dont il l'a-
voit chargé pour la Comtefie de Dévon-
shire > il y ajouta toujours quelque cho-
fe , de mit cent répétitions qui en ôté-
fent toute la beauté i il écrivit à Albi-
nc , il lui envoya une Bague de prix , ôc
quoi qu'il fit ôc qu'il dit , il n'etoit point
content ; il craignoit toujours que quel-
que contre-temps ne déroutât fes précau-
tions » ou que Madame de Dévonshire ne
s'irritât de la liberté qu'il prenoit.
Le Roi commença ôc finit la nuit avec
mille
DE WARWICK. 147
mille inquiétu4*s , qui ne 4ui permirent
pas de fermer les yeux : La beauté 4t la
Comteffe de Déronstore , (es gra«*s &
fes agrémens revenoicnt à £mi eiprk , <fc
.tourmemoknt fou cœur awc empire sreufe, '
il les luppli* de lut rendre (es Tablettes.
Nous
DE WARWICK. IJ9
Nous le* avons trouvées , dfc la Cômtcf-
fe «FOxfon , fiias fçavoir quelles écoienc
à vous , Mylord , & nous avons été Mai*
trèfles -de nôtre curiofieé jfi vous leur
avez confié quelque feeret « foyez certain
que nous l'ignorons Je ne même pas*
Madante , rcptiquà*t il , que voua de**
gniez yot» iatérefier à ccqut me toache*
aûi/r je ne fuis point ferons de rinditfeW
rence que vous ayez eue lâ-dcffus. Nott*
ne famine* point, fi indifférentes- que vour
le croyez , reprie la Comtcfte de BatKy
nous voûtions les rompt e placé* que de
manquer à les ouvrir $ maisMrlordStan*
lcy le» a garanties de cette violence; Le
Comte à ce nom changea de couleur.
Si les Dame* avoienr été u« peu iùfor*
mèti de ce qui fe patfbk eutr'eerx , elfar
aurokflt bien vu fur le vifage 9c dans les
yeux du Comte Pagitarïon où il étoit t
mis comme elles ignoroienr l'Avanturef
du TaWeau> , elles ajoutèrent que c 'étoit
1» Comtcfte de Dévonshfre qui les avoir
trouvée? , & qui s'en étoit rendue laf
gardienne î elle cft dans ce Bois , lui df«
renr*elJcs , avec Madetaorfelle Howard éV
MyFord Stanley , il ne ttettûtt qu'à* votfs 1
de les 1 lui demander. Le Comte leur fie
une profonde révérence en s'éloignant
d'elle*.
Il étoit dans un embarras extrême $ Pi*
déc de trouver Mylord Stanley avec la.
Comtcffc de Détonshke lui fatfok de la
peine:
i6o LE COMTE
peine : mais la crainte qu'il n'eut ouvert
fes Tablettes , Ôc qu'il ne lût les plaintes
qu'il faifoit contre Lelie ^ dont apparem-
ment il ne manqueroit pas de leplaifanter
avec elle 9 ajoûxoit beaucoup à Ton dépit.
Dans cet état il s'avançoit vers une petite
Allée allez fombre , lors qu'il la vit tra-
verfer brufquement par Mylord Stanley >
l'air dont il feinbloit l'éviter lui perfuada
qu'il s'étoit rendu le Maître de Tes Ta-
blettes , ôc qu'il vouloit les garder pour
en faire quelque raillerie.
Cette idée fut fi forte qu'il le fui vit à
grands pas , Ôc lui criant : Arrêtez , My-
lord , arrêtez > il aborda d'un air mena»
çant , la main fur la garde de fon Epée *
il lui demanda fes Tablettes : Le Mylord
lui répondit fièrement qu'il ne les avoic
point , Ôc fit la même aaion que le Com-
te j de forte que fans un plus long éclair*
ciflement , ils tirèrent l'un ôc l'autre l'£-
pée , ôc commencèrent un Combat qui
auroit été funefte , fi la Comteflc de Dé-
vonshire » ôc Mademoifelle Howard qui
pafibient proche de cette Allée , n'euflenc
entendu le bruit qu'ils faifoient » ôc ne
fufient accourues vers eux : La Comtef-
fe crioit de toute fa force au fecours , ôc
ces jeunes perfonnes fe jettérent coura-
geusement entre les Epées , pour féparer
ces deux Rivaux.
Mylord Stanley n'avoit pas lieu d'être
fâché » puis que Lclic le préféroit 5 de
pour
DE WARWICK. 161
pour le Coince de Pembroc ♦"• lors qu'il
eue jette les yeux fur la belle Comtefle de
Dcvonshire , il demeura fi furpris d'ad-
miration > Ôc ta beauté lui fit fi parfaite-
ment oublier Lelie ,- qu'il ne pût croire
dans ce moment que. fou coeur eût jamais
fbûpixê pour d'autres que pour celle qu'il
voyoit, il l'avoit rencontrée plufieurs fois
fans en être frappé au point qu'il le fut
alors ; foit qu'il eût moins d'attention
pour elle , ou que l'heure de fe rendre ne
lût pas encore venue .- il prit fon Epéc
par la pointe , & mettant un genoiitl en
terre , il la lui préfema d'une manière ga-
lante & refpeftucufe : Je fuis vaincu, lui
dit-il , Madame * je vous demande une
vie que je fouhaite d'employer à vôtre
fervice. Je ne veux defarmer que votre
colère , répondit- elle, en l'obligeant de
fe lever : mais , Mylord , puis que vous
me donnez la confiance de vous deman-
der une grâce , accordez -moi celle de
tous raccommoder tout à l'heure avec
mon Frère i je fuis certaine qu'il ne tien-
dra pas à lui que vous ne foyez Amis yôe
les fujets de démêlez que vous pouvez
avoir font fi légers , que je ferois bien
honteuTe d'entreprendre cette afiàirc fans
y réiiffir. Vous pouvez tout , Madame,
répliqua le Comte : Je vous rends la Mat-
trefie abfpluë de mon Sort. En achevant
ces mots, il fit quelques pas vcrsMylord
Stanley qui s'avança $ & fans entrer dans
aucune
»6* ,LE COMTE
itfo»ne eipltcarion , ib s'ejnbraflcrenr &
& parlèrent civilement.
îh &'catreterioient tous enfemWc, lors
rit Comtcflc d'Oxfort 5c k Comteffe
Beth qui étoient furprifes de ne le»
point, voir , Tinrent les chercher , âc fçû~
rent ce qui s'étoit parlé encre le Comte ôfc
lcMylord. Elles lesprefierenc encore de?
s'embraffer devant elles , àc fe rendirent
dcpoÇtaircs de la parole qu'ils fe dùn^
notent d'être Amh. Le Comte faifoit cou*
ces les avances, parce qu'il feflâtoit qu'il?
trouverait un facile accès chez Moniteur
de Dévonshire , quand il îroit avec fon*
BeaU'frere.
La Comtcfle d'Oxfort avoir donné ou
été que Ton fcrvît un grand Souper datfs*
k Sation : C'étoit le lieu le phis agréaMé
de cette Maifon. Il croit orné de Peto-
«urcs bi de Statues mer veilleufes. IlyàVbi*
suffi un excellent Tableau de Pâchc. Le
Comte île Penabroc s'en approcha , de te
ttgardoit avec ptaifîr. Je crains , dit I»
CeanccfTe deDévon4kre y que wrte Ten-
ture ne renouvelle dan*v&re cfeur qMel»
que mouvement de depfc contre iMon-fre»
se. Ha , Madame , M dit il ! qu'il s'eftÇ
tes que je ne foi* à préfont occupé <fe*
fiijet de nôtre querelle : Non , je ne 1 fais!
pas (enfible pour Lelie , je ne tfegre**?
point ma Pfîché s mais qu'en voyant laflï-*
licite de l'Amour , que je regrette y Ma-'
dame 3 de n'être pas à f» place ; je- Wc£
ferois
DE WARWICK. îô}
ferok certaine mortelle q*i nie £a*ok fi
fort au ddfas de toutes le* autre*, qtfil
ne fout pas moins qfc'un îôuiiotftej po«f
hit plaire. Vos dcflèinst font bien ôlma*
Myfofd, re|iii9oa l^Coflocfle,. DMirc'eft 1
on • cfRx de vôtre mérit c&
ÊJk ne kfi laiû* pas. k temps de rie»
ajoâcec à ce qu'A kit avoir déjà dk : Lee
yeux de ce Carvalier s-'écoienr trop c*p&
qnex ; Se <j*ejflfue foin qu'il fe donnât 1#
rdfte de Ja -foirée peur êtroâuprès iFôlÈey
Ion adeefle à l'éviter fm fi gtando , qia^rf
la trouva* toujours âuet les Dames * Biéfr
qu'il n'y parût aucune afàâarion* Un*
laèfi* pas de s'en apercevoir > P Amour *
des Lunettes d'approche qui portent loin?
& qui découvrent ce queJes pwfonrwillï^
différentes neiçaurokftt feulement renUfr»
oner. 11 éjoit peu accotUuœé à sfovvCP
<W mairie* esiiréfcrvées : fei bonnes qu»-
lisez, joint© au» char mes de fwf espiie * 1*
gaxaniiffoicra de ee defegrément , te la
pa&on qu'il venoir de prendre ètok en*
cote fi nouvelle » qtfit fie flâta phi* fàuiù
fais de fe voir heureux s'il s'appliquait à-
le devenir.
11 ménagea fi bien Mytord Stanley, qttit
lomena chez 1* Comocife fa Soeur s mai*
il eut moins de peine à plaire à Monfîeiw
de Dévonshtre, pour lequel il n'avoit
qu'une cojnpiatiênce de Politique , qu'à
ceBe qu'il adorait. Elle obfervok mt fi
jufte tempérament entre le bon accueil
* Y qu'elle
î«4 LE COMTE
qu'elle lui taifoit , & une parfaite rete-
nue nn'Jl n^« v ^:» :«_.:,. r -^ j^ r-u::
4e perdre le Hâtcur efpoir qui foûtenoit
fa paffion. Il ne pouvoit l'écouter avec
cotoplaifahcc 5 p U i s q U 'ji n 'ofoit même
découvrir fes fentimens. 11 en avoir trou-
vé cent occasions fans profiter d'aucunes.
La crainte de déplaire à cette belle Person-
ne , retenoit fon fecret dans le fonds de
fon cœur 5 & toute fa confolation dans
fi» peines, c'eft qu'il fc flâtoit qu'elle
Ctoit également indifférente à tout le
monde , que le temps pourroit lui don-
ner des fecoursinefpérez , êc que tout au
moins il avoit Je plaifîr de la voir fou-
vent : Mais malgré fon filencc , elle s'é-
toit bien apperçuë qu'il avoir, pour elle
des fentimens particuliers 5 & peut-être
qu'elle en auroit été touchée * fî le méri-
te du Comte de Warwick ne l'avoit pas
mife hors d'état de faire attention à celui
du Comte de Pembroc. Voilà où les
chofes en étoient , lors que le Roi aprit
au Comte de* Pembroc qu'il aimoit la
Comteflc de Dévonshire , de que le Com-
te de Warwick l'aimoit auffi. Il le char-
gea , comme je l'ai déjà dit , d'aller le
trouver, & de tirer de lui une confeffion
ingénue qui méritât fon pardon.
Le^Comte de Pembroc fe fouvint aufli-
tôt de la profonde rêverie où il avoir vu
quel-
, DE WAHWiCK. i6f
quelquefois Madame de Dévonshire , des
foûpirs qui lui échapoient , des réponfes
diftraites qu'elle faifoit , & de fa joye
quand on parloir du Comte de Warwick.
Comme il nefçavoit point qu'elle leconâ *
nût , il n'avoit jamais eu de foupçons
qui puflent lui faire de la peine \ ce fuc
dans cet unique moment qu'il pénétra
l'excès de Ton malheur, & qu'il fe vit un
Rival dangereux en la perfonne du meuV
leur de Tes Amis, de d'un Ami que la co-
lère du Roi étoit fur le point de perdre,
pour peu qu'on l'aigrît.
Il eut befoin île toute fa générofieé pour
ménager les intérêts du Comte de War-
wick s & peut-être qu'il ne l'auroit pas
fait , fans que la paflion de fon Maître
pour la Comtefle ne pouvoit pas lui faire
de mal. Que n'auroit*il pas eu à fe re-
procher , s'il avoit contribué à augmen-
ter une difgrace qui le touchoit ienfîble-
ment ? Il prie là-deflus fon Parti , &fa-
crifia l'amour à l'amitié , réfolu de fervir
fon Rival , tant qu'il feroit malheureux»
êe de rompre avec lui dès qu'il cefleroit
de Pêtre.
Il trouva que le Comte de Warwick s'é-
loit mis au Lit depuis deux heures : il
avoit employé une partie de la nuit à in-
struire fon Ecuyer fur tout ce qu'il dévoie
dire à la Comtefle de Dévonshire de à la
vieille Albine : Enfin il n'oublia rien } il
répétaient fois la même chofe $ & l'ayant
\66 LE C"0 M T^E
fait partir , il croyoit prendre quelques
monter* de repos , lors qu'il foc tnstr-
rompu par le Comte de Pembroc.
, Apres qu'il *ur raconté ce qui fc paH-
fine : Ne longez, pas ; ajouta-t<- il, avoua
jufttfier a*ar un déferai : le Roi fntacotn*
mandé # c vous montrer les témoins qu'il
t de votre paflion pour la Comtefle v éc
dé vôtre msauralfe foi pour lui > il renc
on feovoir ju£fu*à la moindre circonftan-
ce : Il examinera en fuite 6*11 tous fera
grâce ou jufttce.
Le Comte de Wanrick frémit à h vôç
des Biflats anrti aroic écrits à Madame
Grey. La perfide m*a («cri fié, s'écria-
trîl : Elle a eu raifon de croire que s*tt*
n'avoir, été queftion que de Tes intérêts»
je ne nu {crois pa? misen peine de les mé-
nager j mais elle n'en fera pas moins pu-
nie avec le temps. Il ne s'agit point de
fonger i la vangeance , dit le Comte 9 il
faot appâter le Roi. Comment l'appai-
ièrai-je» répliqua le Comte de Warwick?
Jl fçaic que j'aime la Comtefle de Dévon-
ahirc i il ne lut refte plus qu'à lui faire
feavoir : toutes les Puiflances de la Terre
rjnTembiécs contre moi , ne me Croient
pas renoncera cette paffion. Le Roi de-
maflide , 'reprit le Canne de Pcmbroc, 6
vous êtes *mé ? Akné, dit le Comte de
Wanràek ! je-nVn^ai rien j otfcis fi «je
ne le fuis pas , je ne défefpére 'point de
l'ctre. Le Canne de Ptoibroc fonfroit
plus
DE WARIWÇK. tèy
plus $ue la torture en J^ntendftn* parler
ainfi. I! ne iailfoîc pas de s'étudier lifeica,
qu'on ne fM>uvok remarquer le trouve 4e
ion amé. 11 faut Ans doute, ajouta- 1. il,
que vous ayez lié un agréable comrueree
avec cette belle Per/bnije ? . Q cft vrai,
dit le Comte , que je lui ai écrit , &qu'e^
le m'a quelquefois répondu. Tendre*****
dit Pembroc ? Non , répondk»il - 9 ejfc
cft pUifle de jeirçQnfpcaioji ^c de défi«q T
ce. Cornaient accommodez -vous cefa^
avec la liberté que vous avez eue 4*e#tf<r
chez elle lajiiuit ? Moi , décria JeCjcwq-
*e ? Vous- même, reprit-il ; V&ejfsaîf
tout. Hé i nue veut-il donc davantage,
répliqua Mcmueur de Warwick , d'unir
impatient ? Il veut , dit le Comte , u*
détail e*aô qui l'inûruifc des chofes in*.
portantes , & même des bagatelles..
Le Cprnte rêva un peu . j & le regar-
dant en fuite d'un air allure : Mylordi
iui dit-il , je rcfpç&e le Roi comme mon
Souverain & mon Maître j Se faut ma
wuer il ne ferait ni l'un ni l'autre fi j>
vofc voulu i mais je l'aime auffi comme
mon meilleur Ami. Je le fiiplfe d'avoir
pitié des faiblciïts de mon cœur. JJ m
confuke pas toujours la laifon pour ff
donner. J'aimais la Comtefie de Dévon-
sbire avant que d'avoir *çû les femi*
inens que Sa Majefté avoit pour elfe
Quand il me fit l'honneur de me les con-
fier y il n'étoit plus temps de me guérir.
Je
168 L E C O M T E
Je chériflbis mes chaînes , & je les ca-
chots foigneufement , bien moins par la
crainte de déplaire au Roi , que par l'en-
vie de plaire à celle que j'adore. Enfin
fon éloigne ment m'a jetré dans un fi noir
chagrin , & me caufe de fi profondes rêve-
ries , <jue j'ai eu l'extravagance de me dé-
couvrir en écrivant des Vers , au lieu de la
Harangue que SaMajcfté mediâoit. Ma*
dame Grey a profité de cette occafioa
pour montrer mes Lettres , & pour ef-
frayer de me perdre : mais au fond <juc
v peut-on me taire ? Tant que j'aurai la
baffion qui m'occupe» je ne ferai fenfible
a rien qu'à ce qui la regarde. Les autres
biens , les autres maux , les récompen-
fes.les châtimens > tout cela ne me tou-
chera guère. Voilà peut-être la feule cho-
fe que le Roi ignore dans cette Intrigue*
Veuillez lui dire de ma part , c'efi aufïï
la feule que je puis lui mander. Le Com-
te de Pembroc touché d'amitié pour le
Ctmte » le pria de tenir une autre con-
duite, èc d'appaifer Sa Majefié par un dé-
tail fans réferve. Il répondit toujours
qu'il ne pouvoit parler autrement 5 qu'il
n'étoit pas heureux : mais que s'il arri-
voit que fa Fortune devint meilleure, les
plus cruelles menaces n'arracheroient pas
de fa bouche un mot qui pût intérefler la
gloire d'une perfonne h chère > qu'il
voyoit avec un déplaifir mortel > que le
Roi étoit prévenu d'une très-méchante
opinion
DE WÀRWICK. 169
opinion pour lui » puis qu'il le croyoic
capable de Taconcer les faveurs d'une Da-
me.' Le Comte de Pembroc lui reprefen-
ta les fuites fâcheufes defon opiniâtreté.
Il lut die qu'il alioit attendiele coup avec
tranquillité , qtfil auroic par ' devers lui-
la fecrette fàtisià&ion de n'avoir tien à fe
reprocher. 1
Toutes ces réponics ambiguës laiffoienc
floter Monfieur de Pembroc entre la crain-
te & l'efpéraiice $ il croyort quelquefois-
que- le Comte n'étoit pas tUm JicurciiK
.que lui , te d'autres fois il ne< doutoit>
point qu'il n'cAt quelque certitude de plai-i
ré » il ne pouvoir cependant s'éclaircir.
mieux 5 &plus il s'abandonnoit à Tes ré-
flexions , plus il pénétrait des myftércs
affligeans : Helas , difoiMl , je n'ai .ja-
mais ofé parier , je tfai pas même per- •
misa -mes yeux d'expliquer l'état où je
fuis , te le Comte de Warwtds à. écrit à
la Comte (Te •» il Fa entretenue au milieu,
d'une fombrenutt. Bien qu'il ne laie pas
abfolumcnc* avoiié , en puis Je douter:
acres l'Avanturc qui lui arriva- d'être ar-
rêté par le Guet ? Ah voilî ce que me
côûtt ma timidité - r Je #lénce plein de
rc/peft que j'ai gardé efepçaif comme 1 un
drime. 11 fe deioloit te, eevini i Widiall
adifiatermiqws-'iieik&ô'ifiaiadéir;
Le Roi le regarda irVed ésgsnuanàfct v it
ne po»vok ^empêcher de ioplçavoto bon
gsé d*$tre t un fi parfeic Ami 4 te lérs qu'il
'" Tsnie /. * H rendis
i 7 o LE COMTE
rendît compte à Sa Ma jrftc de ce qui s'é-
t ait patte, il n'obrait rien jww l'adou-
cir 9 êc trouvante. ftcrec.de ponçr te Roi
à ne pas exiler le Comte aufll loin qifil
lUurait réfolii. Jl le fuppliamêrçc4el;cn-
voycràChelfey ; mai* fc&pi ftawit tretp
le. plaific qu?u goûtait dans cejtjrc belle
Matfon. Il fe détermina de l'envoyer à
Cacrleon : Cétoit autrefois une grande
Ville daniJa. Parité Ja .plus .méridionale
dcJa Pfbviacê de Galle t fanée fur fo&te
vierc dlUtqoe. i/oji^y ^ .t^uypit: <j*iç
des masures & de ttiftes débm de 1' Amti-
qùirç peu ; propres àilogjçr un hpittme aufli
accoutume que lui a la magnificence ( ôc :
ait bon goût.
.SaiMajefté irritée* commanda au Com-
te de Pembroc de retourner fur te champ
ehe* le Comte de.WtfwjcJc, * Juidire de
fil part de partir date deux heures: 4c de. fe
rend/eà Cacxleotf. .JJ he£taJMJ accepte-
roic cette commiffion ,, ouis^lnjpplieroît
le QLoi d'ea charger un autre .; Jtfcisdana
h crainte que fon Ami . ne reçut bas cet
Ordre avec toute la foûmiûioa qu il 4e-
Toit y & qu'on .n'en rendit un. mauvais
compte à 5anMajcflé\, ennuë de ruinée
un Favori difgracàé * ce $*i fc pratique;
prctque toujours parmi toljC^ircifan&vil
aima mieux que Je xhoixtQWhh fèg lui»,
â£adoaBfinager£es intérêts/ y . ..]
» 14! crut nécefîauTcde dire au .Comte 4e
Warwiçjk de certaines chofc* quipréec-
: * r; ' -i ' i*"" .. ..-dent
DE WARWICK. xjt
dent ordinairement les mauvaifes nouvel-
les. . A quoi fervent vos ménagement,
Mylord » v^riaf-t-il , je vous ai dit ce
«patin que je ne pouvois être couché que
4e ce oui nvp.it quelque rapport avec Ma-
dame de ÉMven)birje | s'il ne lui cft rien
arrivé de fâcheutf ,* parlez fans crainte»
car je fuis préparé à tour. Il s'agît de
vous éloigner > Jfcii dit le Ooite dePem*
broc en i'etnbraû^nl ? j'en fins «vîx >Le
Hoi ar^ibeu la, bonté de «ne choifîr utt
Jieubien écarté du monde ? nn DcfcrtotT
jepujfle rêwï: jour&ituit., eùjepuinb
ftHipiflcr, 0c me.plaindre.de ne voir phta
k Goftit^ffQ.é où je pttifle enfin éviter
cette dangereufe Favorite » dont la» pré-
ftnice mfttearoûjoérs odieûTc. Vos &u«
rjaits fo»jt nrtnplis» dit te Comte dCtFem^
btpç , Ocrîeoateft l'endroit que le. Roi
ro4rquiP4i<our J yètiie<«il» ttltosurquoifout
Eirûtfe'daitt dieux Jteoretv :/Lfc temps ^ib
itttvcojirr>îiJt m'importe, dtaloCbitite^
jr/er«Loharnié flojrevo^r lat Rivière d'Uf.
que , ce Séjour- tût. fait un plaifîr mer-
mJleux.: allez(,, mon cher Mylond t en
aflurcr Je Roi » fcque dans deux heurea
jfi mci^ai:plusii:Lûûdres. Ua fc dirent
qitadicttibrf Hciadte-, Le Comteignoroifc
que Pembroc fcfcion: BivaL ?Aiijfi rie»
çft stoppofQÎtid dfamjiBâ qntâ *vqtt. toû-
jfturaeuë poralufrjUpaBtit ?vec'tam éfê
pr4cipit*ûoii * jjlrt laie ^voulut pas même
Avertir l'Archevêque ^Yorcki te je
ïi * Mars
tji "LE COMTE
Marquis de Montaigu Tes Frères. Il àa-
»oit appréhendé qu'écanr piquez du mau-
vais «raircment que le Roi lui faifoit , ils
ne reuflfcnt-preflé de pafler à Calais donc
U «tok Gouverneur, de chercher dans la
frotetttoft du Roi de France, les moyens
de fë vanger- d^Edouard.
• l/Ecuycr du Cotntc de Warwick arri-
va à Twitnatn chargé des Lettres de la
Ducheffc de Norfolk , pour Madame
d^Anglefey : mais il ïie' vouloir pas les
préfenrer , dans la crainte d'être connu ;
filesrfotina au» Jardinier François; qui
•afibit pour fon Maître > de il le tint ref-
peâueufement dans un coin de* 4a Salle
aflèx obfcur. -
La Comtcffc d'Angkfey viravec pMffir
Jes Defleins que le Jardinier lui montra ;
elle en choifte un pour fon Parterre ; Se
loi dit qu'il felloit commencer «éès le lefr-
dcma|n. Cela ne faHbir aucune peirte 1 p
cet homme qui étoit m f ôun ce rravâit*»
mais Btrincourt ^'y wouva fon »eu$ »- 3*.
commeon vouloir quils avançaflen* leurs
Parterres » il y avoir «oûjows quelqu'un
chargé de les prefler j. de forte "qu'il étoit
obligé de bêcher -, d*ar*acher n'es *fctfees,l
de planter des Buis ,.'&trjb y: manque^
en le quérellbit rudement : •'" ^ '• - ;»
J II vayoit tous les jouris fa Comtcfle d£
Dévxmsmre, qui fe priômtWMfc d^A^ttir
mélancolique dans les Allée* les plus fom-
bres d'un Bois^, qui ternunbit le Parter-
re:
DE WARW1CK. %7i
re : C'ccoir un endroit tout propre pour
l'aborder, s'il n'eût pas apperçû des Sur-
reilfans de tous cotez qui l'auroient dé-
couvert : Pour Albine , elle fut long-
temps fans paroître > une Fièvre lente là
retentit air Lit * y ainfî le Comte qui aft»
rendoit des* nouvelles dans fa Solitude»
n'en recevoir aucunes qui lui fiflent du
plaifir.
Berincourt fçàt qu'Albine étoit mala-
de , il lui fit dire par une Fille avec la-
quelle il mangeofe quelquefois , que fi' el-
le vouloit il la guériroit , qu'elle foàfhrlc
•qu'il lui appliquât des Herbes fur les bras,
qu'elle en verroit un effet merveilleux.
Bile le fit appcller : Après qu'il eut fak
quelques fuperfticieufes Cérémonies, il
lui mit des Herbes, & dans ce ro&ive mo-
ment i il lui fit briller à fes veux la Ba-
gue dont Ion Maître Pavoifc chargé pour,
•elle , qu'il tenottdans |ç fond 4e fa main»
êe éonrk vieille Albine demeura fi éblouie,
-qu'elle n'eut plus de repos jufqu'àce qtl*cl-
-k fAt dans le Jardin., où elfe appella le
garçon Jardinier pour l'aider à marcher,
*& pour parler , difoit-clle , des divines
Herbes dont il i'avoit guérie.
. Dès qu'elle put l'entretenir., il lui die
que > le Comte n'avoit plus d'efpérânce
jqu'enfon fecours ; qu'il venoit exprè*
ipour l'informer de tout ce qui le pafloit ,•
qu'il femoic une vive douleur de n'avoir
pas reçu des nouvelles de Madame de Dé-
H 3 vonshirc
174 tE CO M TE
Tonshjre depuis Ton déparc , ôc qu'il V&-
*oK chargé d'une grande Lettre pour fa
JMeî.iïcfie 9 & .d'une Bague pour jelte* Ù
aft arrivé tant de choies » répondit AU>%-
pe , depuis quekjue f tempr $ & Madame
Ja. Çomtede m'a fi expreflémem défendit
.d'avoir aucun commerce a*ec Mylord
fComtt , qu'ajoutant à cela iïmpoffiWùé
d'écrire fans être découvert par tous nos
Argys , jVif été contrainte de me taire»
quand je mouroi* d'en vjc de .parler^ ( . }
Elle lui. raconta au flj-tôr. lacpnvcr/atipn
idu. Capitaine du Guet afee JeCqtnre 4e
Dévomhire, l'Avantur* dt |* Tabatière
A: du^ Portrait } enfin , ces/jajeufies dp
jConge , la doulqur de>te Comtcffe » 6c
les réprimandes de 4à Mère. Comment
ferons-nous , ma chère Albine , lui dit
Beriricourt * mon Maître mourra fi v4-
tre Mai t rdk le traite aVet tant de rigueur*
çhaig cz-vots.de grâce de me ménager un
.montent . pour l'dntrctenir , ou prenez on
Lettre*' & ; m'en rende* réponfc* Je ne
▼ous promet» rien , dit Albine $ cepen-
dant comptée fur mon zélé.
Leur convcrfati&n icroit devenue fuf-
pede fi elle avott été plus longue* Albine
„ ibrtit du Jardin», mais elk y revenoittous
les jours fc, de fur de légers prétextes, ;d-
Je entrecenoît Berincourr r J'ai déjà die
flu'il éepit fort bien tait „ malgré le Soleil
^ui le jioireifibit comme un More » & la
pane qu'il prenoit à travailler ; ilnclaiflk
pas
DE^WARWÏCK. i7*
pas de plaire' à cette vidiHc Fitte 5 elle
penfk que rïer> n'étoit plus convenable
<]u'on MaY&gc entre le Confident & la
Confidente de deux perfonnes qui s'ar-
moienr. & qui étoient fon? riches , que le
Comte? pou voit faire beaucoup it hitn à
fort Ecuyer , &*jue la Comrefic n'auroit
pas moins de bonté pour elle ; enfin elle
le mit cette affaire fi avant dans la tête,
qu'elle ne longea pas à» celle du Comte de
Warwick, de lors o^ue Berincourt la pf€ft
foit , elle répondoit qu'îlyavoit de gran-
des mefures à prendre. j : '
Qiie vous iuVjè fait , lui difoit-it , pour
me retenu ici? Je - f Usa dans un péril évï-
derre fi l'on me reconnaît * je travail!*
depuis le Point du jour , jufqu'à la rlirir,
je m'ennuye d mourir , & je vois; bien
que vous n'avez aucune envie de fervît
mon Maître. Que vous êtes impatient*
lui dit eilc, &que vous taie paroitïcz. peu
touche des foins que je me donne de vous
Tenir parler à tôt» moment ? Bêlas ! fi
vôtre cœur étoii fenfible à la rcconrioif-
fance comme le mien , vous pcnferieztfti
peu «soins à vous eh aller , & vous pro-
fiteriez mieux de vos* avantages. Berhv
court , à ces mors , fMMfui 1 & Pomr <F&
dater de rire , il ne s'en emp£6ha qu'a"^
vec peine , de îè contenta de lu* répo».
dre , qu'il n*écok? pas rapatle de occu-
per d'autre chofe epe des intérêts 1 defofc
Maître 5 mais qu'il lui premettoit à l'a-
il 4 venir
176 LE CO MT E
, Tenir tous fcs foins , 6t Qu'elle autoittieu
de connoîçre qu'il l'aimoit patiionnémenu
t Albine ne fçavoit fi elle devoir le croi-
re ou douter de ce qu'il difoic : Qui peut
•m'affurer que vous mimerez , répliqua*
celle , fi vous ne m'aimes pas déjà? Une
paffion de commande me ferofc bien fitfc
peâe i il lui dit. là-defilis que la voir Se
l'aimer n avoienc été qu'une même chofe
pour kii 5 que fi elle le renvoyoit prom-
peemenc , il crouveroit moyen de revenir
exprès pour lui faire (à cour i enfin elle
fe détermina â ce qu'il fouhaitoit. Dès
le foir même elle apric à Madame de Dc-
^ronshire que Ton filence & fa froideur ne
pouvoienc rebuter le Comte , qu'il avok
tout tenté afin d'avoir de Tes nou relies » Ôt
que (on Eeuycr s'étoit travefti pour lui
rendre une Lettre» dont elle s'étoit char*
gée.
A ces mots la Comteflè changea de
couleur : Voulez-vous me perdre , Al-
bine» lui dit elle ? avez-vous oublié tout
ce qui m'eft arrivé , pour avoir eu moins
d'exaditude que je ne devois ? Bien que
je n aye rien d'eflenciel à me reprocher,
c'ett toujours trop que de donner lieu aux
foupçons : Ne me parlez plus de Mon-
iteur deWarwick, mon indocile coeur ne
m'en parle que trop* Quoi , Madame,
lui dit Albine » vous refufez fa Lettre?
Oui » je la refufe ,. répliqua r-elle , ren-
dez la à celui qui s'en eft chargé , êc lui
ordon-
DE WARWICK. 177
ordonnez de ma parc de partir inçeflàm-
ment.
Albine «ne demeura pas médiocrement
furprife de cette refolution : Vourferez
caufe de la mort du Comte , lui dic-clJe,
ou bien il fe portera à quelque extrémité
dont vous vous repentirez toute vôtre
•vie ; & depuis quand , repartit la Com-
.refle d'un air de colère , cft-il permis de
persécuter une Femme qui ne veut aimer
que Ton devoir ? Latikz moi K Albine*
je me fais une violence qui me tue :■* mais
qu'importe * ajouta- 1- elle triftement , je
n'ai rien qui me rende la vie agréable. En
achevant ces oiQtsfcs yeux s'emplirent de
larmes : Albine crut que c'étoit un mo-
ment heureux pour faire ouvrir Te Paquet
du Comte : Madame > lut dit-elle, en fe
jettant à-fes pieds ^ ne rerufez point de
lire cette Lettre , Monficur dcWarwick
croira que vous le méprifez : de quelle
manière un homme û fier pourrat-il di-
gérer un traitement fi dur ? fon amour
le changera peut-être en haine. Hé qu'il
me haitfe , s'écria» t-ellc , c'efl tout ce
je que lui demande. Son .coeur alors preflë
-de douleur , ne pouvoir plus retenir fes
foûpirs. Albine étudiait tous letf raouve-
.mens de fa Maitretfe * elle continua de
]a prefler > & lui dire mille raiforts pour
l'engager d'ouvrir ce Paquet.* Enfin,
voyant que la Comte fle refufoit de le fai-
re, elle prit le Parti de lire la Lettre tour
H s b * ut:
* 7 « LE COMTE'
haut t fille eue la foibleûe de L'écouter ;
mais elle n'y voulut jamais répondre.
Albinc rendit compte aBcnncourt de
la Scène qui s'étok paflée ; Il trouva de
h vertu & de la tendrefle dans le procé-
dé de Madame de Dévonshire. Il Jie pût
s'empêcher de la plaindre i de il auroic
bien voulu que fon Maître s'en fût déca-
ché. Ii ne latâà- pas deuprter la.>vieillc
Gouvernante de faire de nouvelles ten-
tatives pour obtenir quelques lignes de
fil main. • EUe a'obnrit ni raifons Ai priè-
res. La Comtcflc fâchée de fesimpor-
tunkez v la menaça de dire à fon Ma*
ri la perfécution qu'elle lui: fâuott j de
forte qu'il n'y eue point d'autre Parti à
prqndre pour Bortncourt , que celui de
s'en retourner.' • t..- . -* • > j
- Pour faciliter ce départ > le Jardinier
JFratiçois qui étoitavec lui, fergnk d'a-
voir btfohv dé plufietlrs chofes qu'il lui
cnvoyojt, difoic-il» chercher à Londres:
Cependant Berincourt< ne fçavok rien de
l'exil de fon Maître. Quand il en fut in-
formé , il fc hacadé l'aller trouver à
Caerjeon. Oniui dit en arrivant qu'il fc
ipromenoit au- bord 'de ta Rivière d'Uf»
Sue : En effet , il Fappcrçût fous des
aules de des Peupliers , dont l'écorce étoic
'déjà toute chargée des Chiffresde IaCom-
tefle * fie des Vers qu'il avoit faits pour
elle. Le Comte en le reconnoiffant n'eut
pas la patience de l'attendre > il courue
DE WARWÏCÏt. 179
ait devant de lui » <8c lifi demanda h ré-
ponfe de Madame de pévoiwhir'e , mais
Berincourt qui n'en appoctoit point , le
fupplia d'écouter ce qu'il avoit à lui dire.
Ce récit leîerta dans une profonde mé-
lancolie 5 il fc crac encore plus malheu-
reux qu'il ne rétoit. Il' penfa qu'Albine
par des motifs d'intérêts , aroit compofé
tous les endroits flateurs de la converfa-
rion qu'elle? difoit «voir eue arec fa Mai-
trèfle ; mais qu'il étoit vrai qu'elle ne
festoie pour lui quederindrffcrenccpuis
qu'elle ne lui avoit point écrit. Cette
opinion fefonifia fi fort par mille circon-
{tances , que fa douleur devint extrême*
II pafia ainfi trois jours voulant une
chofe , en voulant une autre. Enfin il
fe détermina à renvoyer Berincourt chez
la Comtcfle , & à hn écrire des plaintes
fi refpeâueufcs qu'elle en put être tou-
chée. Son Ecuyer qui n'aimoît point cett»
tecommiffion, lui repréfenta inutilement
qu'il ne réuffiroît pas mieux dans fon (è*
cond Voyage qu'il avoit fait au premieri
Il lui reprocha fon peu d'afôâion 4 4e le
fie partir toujours déguitô en Jardinier*
afin de irttre pas connu. ■ t
Pendant fon abfence Madame de £)&
vonshire qui «oit grofle , s^étoit bteflee»
elle en avoit penfé mourir j/dc forte que
Berincourt étant arrivé , A Urine lui die
que fa MatereCe- aurait beaucoup de pei-
ae i trouver, une heure favorable pour
H 6 P
i8o LE COMTE
l'entretenir , 6c qu'où la laiflbit rarement
icuic : mats , ajouta telle ,'ce qui cft
heureux , c'cft que je vous Terrai fou-
Tcnt s que nous prendrons des mefurcs
pour nôtre Mariage , ôc que fi nous ne
faifons pas les affaires du Comte de War-
wick & de la Comcefie.de Dévonshirc*
tout au moins nous ferons les nôtres.
Ne comptez pas là-deflus , lui dit-il
d'un air chagrin $ ma Fortune dépend
d'une heurcufe négociation , & je ne pcn-
ferai de ma vie à l'hymen , que mon
Maître ne foie content.
Ces paroles donnèrent une nouvelle vi-
vacité à la vieille Albine > elle aprit à Ql
Maîtrefle le retour de l'Ëcuyer du Com-
te : cette nouvelle la jerta dans le dernier
chagrin. Elle lui détendit abfokiment de
fc charger de (a Lettre • 6e Lui dit que s'il
ne partoit en diligence , elle l'en feroit
repentir. Enfin la chofe parut fi férieufe
à fa Confidente » qu'elle dit à Bcrincourt
dé s'éloigner au plutôt , de que tout ce
3ue le Comte tenteroit à l'avenir devien-
roit inutile, parce que laComreûcprofi*
toit de fon ablence pour écouter fa raifon ;
Qu'elle fe'détaehoit tous les jours de lui,
& qu'elle ne vouloir, point lire des Lettres,
dont le caraâére paffionné lui rappclloir
une idée trop chère U trop danger eu fe
pour fon repos. ,
Berincourt n'avoir guère de chofes à
répondre à ce que lui dtfoic Albine 5 mais
a
DE WARWICK. iSt
il connoiûoit trop bien leComte pour re-
tourner fur fes pas fans, .avoir une réponfe
-plus confolame à lui porter. Il lui rc-
préfenta qu'il, n'y auroit rien de plus re>
œarquable que Ion départ s'il le précipi-
tait fî fort , & qu'il confentoit de s'en
aller , pourvu qu'on lut donnât le temps
qu'il jugeott néceffaire. Albine fit fi bien
que Madame de Dévoftsbire goûta les rai-
tons de Berincourr.
- La Comtefle avoit pris fur elle tour ce
qu'on y peut prendre , lors Qu'elle réfu-
te avec tant de fermeté , de lire les Let-
tres du Comte de Warwick ; quelques
defîrs qu'elle eût de l'oublier , & même
-de le haïr , il eft certain qu'elle fentok
toujours dans fon cœur une fatale préven-
tion pour lui. Non , difoit-elle à ià Con-
fidente , qu'il
Vouloir, crainte de taire encore pis * s'il
s'y .Qgpojbjc par des raifons que l'on n'é-
coute guère * lors qu'on cft frappé de ja»
JpufiÇf^iAwil ItqnV.il k caojnt» «dciiic
foint , trpubkr tp *t; le t epo«\4Hk Mat foà
j#r un^Ha*. Il ùvrcprwnm qbc&Cook
ceffe ,a,v<9t afpm ttW eûtoie gênéraie*. que
£QAçrquvofe 4ains t tqiH le> mander quelle
j^ondojt amibien à, rédu<£tiori qacMi*
dame la Mère lui avoir donnée; que pour
DE WÀRWICK. .*£
peu iju'il te déchaînât , ie Éublic qui èîï
toujours mauVais , fer oit des Contes ou-
trez ôc des Môiîûrès d'un Moucheron ;
qu'il, falloir; tenir ', à fon avis ', une con-
duire fine Ôc adfoirc qui pourroit les
brouiller le Comte 'ôc elle , au'on voyoic
bien par ce qu'elle lui mandoit ^ qu'elle
vouloit préférer fôri devoir â toutes cho*
tes \ôc qu'ainfr, pourvu qu*6n y tra4
-vaîllâc » elle prcndrdtf %n Parti i coup
îçur? Enfîft il fut' réfolu entre le Comte
de Dèvonshirê ôc le Chevalier '> de gar-
der un profond lîlencc à l'égard de là
Camrefle , & d'écrire d'un caractère de
Femme ce peu de mots au Comte de
Warwick:* r *'■< " ' ' : j ï :■/
: : j: »••«,«:' : J ." ï. .'ff' "ir.-ï
iaiffeh-mèi e& repos > je ne vedk uxntÀi*
entenurè parler de'voM. ,.\\ A
Ils plièrent. le Papier ôc refirent lc^Pa-
2uet tel qu'il ctoit , ils le fermèrent d'un
lachet tout.fembîabfe à celui dont' la?
Comrcfle s'étbît fer vie } cVr *IcV Èorriîà
oui lclu? avdft'âojîiïé éfâfcprftffflâe
forte que tout a$int éttfrehSïs^slàilo^
ché de Beriridoïift ;**ds bail 'cÔrènféM
du lé moindre frf dit ^Irpfrir' comme ff
avoir, fèfolû ,•« fé* réfidk promptementf
auprès de fon Maître /donc il ctoit at-
tendu avçc la dernière impatience. Qtid-'
le fut tfrfaMfi *tôn rtfïemuTierit à j «fl
featfre i d'ftir«e»§c*ïî èàr^lî f ^«Etf? 1
194 LE COMTE:
fcnné ! Quoi , s'écria-t il , barbare , je
fbuffre poifr vous un Exil cruel ? jjc Cuis
mai ,dan$ refprit du Roi , j'étois difpo/3
à facrifier mon repos & ma Fortune au
plaifir de vous plaire , vous le fçavefc*
mes Lettres & mon empreiTemcnt vous
font àflez die > & vous ne me témoignez
gue du facpris* Non\ non, ne croyez
pas. que Je ibis ijoc^pablc de vous oublier;
1e romprai vos Cpajnes » #' Je «n'aurai oûp
a honte de les. avoir portées. A ajoura
mille reproches à ceux-ci , U reftâ plu-
sieurs jours comme un homme hors du
fens > qui croit combattre un Phantome,
ic, qui fe trouve quelquefois vaincu cV
Quelquefois vainqueur 5 il ne pouvoir (ç
éterminer à prendre aucun Parti \ il
paiToit l« nuit? au, bord de la Rivière
d'Ûfque, parlant aux Arbres à aux Ro-
chers , fans Ravoir bien fouvent ce qu'il
difeit. ...
.«Enfin cette Ke vie ? la plus dangercu-
fe de toutes , commença de fe ralentir
5 eu à peu | $ la, raifon qu Uâ^voit pas vue
epuij* lojog-tem^s fe mpiura ,tout d'un,
coup & f le charma»' Ceit aJorsau^T eut
pitié de fon Son & qu'il ça rellentiç l'a*
mertume i ce Dcferr qui luiavou^pa^ufij
aimable, n'eut plus 'pour lui que des cfe-
fagrémens infinis j il avoir juflqùes làe/rou-
vp les jours trop courts pour longer, à, fa
pifôon , il les tro#voic d'une longueur
ii&pportaWe j 'ft s'il PVtfwi # Çorn-
DE WARWICK. 19;
tefie , ce qu'il faifoit malgré lui , ce n'c-
toic que pour chercher fcs défauts.
H n'avott pas daigné écrire à fcs Frères
pour les prier d'agir en fa faveur auprès
du Rot ; il tint alors une conduite fore
difîeiente; il envoya Berincourt pour par-
ler à routes les Perfonnes qui pouvoient
le fervir , Se particulièrement au Comte
4e Pegiabroc : U le pria de dire au Roû
21CH ctok prêt devenir à fcs pieds lui
lire un aveu fincéredetout ce qu'il a voit
voulu fçavoir de fes A vantures , êr qu'il
promectoic à Sa Majefté de n'aimer jamais
£1 Comceffe de Dévonshirc.
Ces nouvelles causèrent une joye ex*
ceffive au Comte de Pembroc j il fc
yoyoit délivré d'un Rival fi dangereux,
Îu'il n'ofoit fe promettre -d'être écouté
ivocabkment tant qu'il Pauroir. Il parle-
au Roi avec tout le zélé poffible, mais lé
Pyince n'accorda pas fur le champ un re T
tour demandé fi tard $ il voulut que là
pénitence égalât la faute, &que le Com-
te réitérât des Prières qu'il avait même
felen de h peine £ écouter. i
v Après que le Chevalier eut tiré parole
4lA Comte de Dévonshirc , de s'obfervet
ô fore qu'il ne lui échaperoit pas la plus
fcgéce marque d'indifférence S< de colère
à regard de fa Femme , de qu'il fat con-
venu avec &n de ce qûfl devoir faire , il
retourna » Londres H revint au bout de
quelques jour* it> <8*étW'dans* ietemps oS*
ï 9 * LE C O MT E
]e Comte de Watwick avoir été rappelle*
cV que les Amis du Coince deDctyonshire?
lui mandèrent Ton retour. Ils ajoûcotenr
qu'il, n'avoit jamais paru £lusgai # & qtfit
«oit déjà devenu amoureux d'une des Fil»
les d Honneur de Madame h: DucheflTe
dTorck , qui étoit jeuûe , enjouée , ÔC
de fort bonne Maiibn.
Le Comte de Dévonsbïrc fut bien zïïk
déliré ces Lettres derarit fo Femme ; clr
le travaflloit à dcs.FJcurs qu'elle faifoic
avec, une adrcfle.egtremci: mais elle fut
tellement frappée 4©ceî Qu'elle entendoît,
quelle peignit des Rodes de bleu , les feuil-
les de violet , les Jafmins d'amarante» &
les Jonquilles de verd > elle monta fort-
Bouquet coût entier fenss'appcrcevoirde
Cette meprife.'- Le Comte ne la voyoic*
flue cfpp ppur.fon repos ^ & it a&roïtf
erut- être éclaté dans ce- moment , fi le
hevalier d'Hereford ne fûc entré dans la
Chambre. Sa préfenec retint/on dépit»
il lui raconta peu après le fujec qu'il a voit
eu d!en .avoir. Non, difoit»il » je ne dois
plus me flâter, cette Ingrate l'aime , die
Vf m'a cme trop, découvert k fecret'xle
jfon cœur , r & faut que je rue: frange. Le
Chevalier, alîarmé employa: Les '.Pnéres les
plus prenantes pour lui faire prendre urr
autre Parti.
. ' Deux jours aptes , comme le Chevalier r
4'Hereford fe promenoir avec elle , fc
flu'il eut une pccafion/^vorable^ereptrtK
si * il. tenir:.
DE WARWIdK. 197
tenir, il lui dit, qu'il étoit fâché de lui
apprendre une chofe -chagrinante : mais
qu?il le reprochoic de ne k pas avertir
que le Comte de Wanrick irtcnâgeoit fi
peu fas faveurs , qu'il montrait Tes Let-
tres $ qu'il y en- avoir twiequi étoit par
bonheur tombée entre fes mains , quli
s^étoit opiniâtre à la garder , & qu'il ve 7 -
noic exprès pour lui rendre. Pendant ce
difeours y la Comtcffe eflaya de* payer de
Jiardieffe , ne feachant encore s'il difoit
wai , ou s'il n'avoir point été engagé 'par
Monfieur de Dévonshire de la jetter daA*-
f«c embarras., pour voir comment elle
^'en tireroit : ;ma« qaand lelle appérçfit
fort écriture , Se qu'il nV eut 'plus lieu de
douter, elle devint d'abord auffi pâle que
£ elle eût dû mourir ; ârfen Peint fe ra-
nimant en fuire d'un rouge extrabrdlnaî»
re » ellelaiiTa, row dans fes yeux tout ce
que la fureur; y peut mettre* de plus Tif.
Mes intentions ont été trop pures , "dir>
die au Chevalier *ilors que j\d- écrit ce
que vous me rapportez , f ou r> vous nier
de l'avoir fait j & j'ofe rrre flârer que fi
Ton examine bien ce Billet , -il me fera
plus d'honneur, qu'il ne me fera dé tort ;
je ne laifie pas* de connoître dans ce ren-
contre le mauvais carâclèretHu Comtede
Warwick , coudre lequel je jure une ha^
ne, implacable. Il faut qu'il fck le plus
mal-honnête homme de tous les hommes»
ppuor m'aYoir fait une pièce fi fanglanre*
I 5 mai.*
198 LE COMTE
mais il ne fera pas die qu'il m'ait vbufo
perdre degayetede coeur*, (ans éprouver
les effets de mon reffentimenc. Madame*
répliqua le Chevalier , s'il m'eft permis de
tous donner uncanfeil utile pour vosin-
«èrçt$ ; aouffer cette affaire , afinqu'el*
le ne yienne point jufqu'à Mylord de Dé*
vonshire » vous içave* qu'il cil fort dcli*
cat fur de certains Chapitres ; & dans le
dernier Voyage que j'ai âk ici , il m'a
raconté quelque chofe de (es chagrins.
Croyez» moi, Madame, le meilleur Par*
ai à prendre , pour une. perfonne de vô-
tre naiflanec & de vâtre âge » c'eft de ne
faire jamais parler d'elle ; le monde ne
manque point de sens qui interprètent les
Î>lus innocentes actions, dans un fensejui
es rend criminelles : vous avex à plaire
à une nombreufe Famille , le mojtn de
jnériter fon Approbation , c'eft de ne
vous point donner en (peâacle » & que
l'on n'ait pas à raconter à la Cour , la
Comtefle de Dé vonshire a firit aujourd'hui
telle brufquerk au Comte de Warwick 4c
demain telle autre » parce qu'il a montré
une Lettre qu'elle lui avoir écrite.
Pendant qu'il parloît ,. elle tenoit fes
2 eux batffeft, dont il fortoh de grofles
irmes qui s'arrêtoienr fur fes iouës , eU
le regarda en fuite le Chevalier d'un air
qui marquoit aflez, qu'elle fçavoit fe pof-
ieder , & elle le remercia des conlciis
qu'il lui donnoit, l'affurant qu'elle n'ou-
blieroit
DEWÀRWrcîC. 299
Wieroic rien poui: en J profite* ; quefaréi.
fblution étoitprife, qu'elle ne voyloit pat
aller a la Cour, & qu'elle paiTeroulerafte
de fa tic à la Campagne. II lui'dk qu'il
ne falloir pas fejetter tout d'un coup dans
écs ferres <Pexrrcroîtez } quitte devoir
vouloir cequi potirroic plaire à fa FatmU
le' fans s'oppofer à fon recour à Londres»
Elle répliqua lâ'deflus qu'elle n'îrok *0u+
rément point , que le Comte de Dévo»
shire ne lui contraindroic pas , êc que
n'étant éloignfcque de douze milles , il
iroït à Londres » 6c reviendrait à Twh>
nam fans s'incommoder. Le Chevalier
vit bien qu'il contefteroit inutilement , te
qu'il raloit mieux approuver fon dcflêjn,
Suis que rttoit celui du Comte , de la
iflèr long-temps a la Campagne.
Dès qu'elle rut rentrée dans fon Appar*
rement, le Chevalier vint rejoindre Mon-
sieur de Dévonshire qui fe. promenoit vers
le Bois : Il lui dît fa convention avec la
Comtefle 5 ils s'applaudirent d'avoir déjà
fi bien reuffi , & trouvèrent qu'il valoir
mieux rompre fon commerce avec le
Comte dé Wattrtck^par des fujets mutuels
de plaintes , que d'avoir fait un éclat qui
fe feroir répandu defagréablement dans le
monde > ôc qui n'auroit fervi qu'à ferrer
leurs Chaînes* Le Chevalier dliereford
avoir tant d'appreherifion que fon Parent
ne prît d'autres mefures > qu'il nclcquic-
toic prefque plus s afin de rranquiUuer
I 4 fon
aoo JUE Çp M T E ,
fon dprîc ,fur tout ce quj auifoit pij I'
Jvladamc de Dé vonshire étant revenue,
pafla de* fa Chambre dans fon Cabinet ;
Albine remarqua quelque altération fur
fon. vi(agc • & voyant qu'eue fc jôttoit
fur un Lit de repos > fans, prononcer un.
mot , elle la (upplia de. lui dire ce qu'elle
poqyoit avoir pour être fi accablée. Ah..}
anaiheureufe » dit la Comtefie ». en la re-
gardant avec colère : C'eft toi qui caufe
mes peines > tu m'as permutée pour re-
cevoir les Lettres du Comte de Warwi£k$
tu es caufe que malgré les juftes preflen-
«îmensr que j'avais , je lui ai fait réponfc,
he perfide a (àcrifié ma Lettre à fa Mai?
$ reife , elle auroit couru de main à main .
iàns le Chevalier d'Herçford qui s'inté*
refle à ma gloire de a mon repos. Mon
3Mari l'auroit peut-être entre les fiennes j
je fuis fi piquée de cet injurieux procédé»
que je ne l'oublierai & ne le pardonnerai
de ma vie. Albine parut dans le plus grand
ctonnément qu'il dtpoflfible $ îlfembloit
qu'on venoit 4e la, pétrifier. Elle ouvriç
la bouche fans prononcer une parole , de
fes yeux' étoient fermez comme G elle eût
été morte > la Comrefie pénétrée de dou-
leur , penfoit peu à celle delà ConfiJcn-
ic. Quoi, Madame». Moniteur de War>
wick vous a joïwé un tour û indigne ! Il
»'a donc envoyé ici fon Ecuyer que pour
avoir une de vos L^etçres. x ôc pour trions
pher
DE WARWlCK. soi
pti*r dans le monde de -cet avantage. Je
v*>us protefte que je ïic : vous parlerai ja~ f
mais de lui , que pour vous conjurer d'à*
j oûcer toujours quelque chofe de nouveau
à la haine que vous lui portez. 11 n'eft-
pas nécefiaire que tu t'en mêle , dit la '
Comtefle : Accoutume- toi plutôt! à ne
prononcer de ta vie fon nom devant moi,,
j'aurai foin de tout le refte , & je m'en
acquitterai de manière a n'avoir non à me
reprocher.
S'il étoit permis > reprit Albine , après"
avoir rêvé quelque temps , de douter de 1
ce que Ton voit , je vouravouë, Mada*r
me , que jevnc condamnerois pas Mon--
fieur de Warwick fans4'entendre. Il fau-
droit avoir l'ame ba#e & intéreflëe com-
me toi , dit ia ComtelTe , pour chercher*
ait tromper à fes propres dépens : Pour
moi qui , grâces au Ciel , ne te reffem-
Wc en rien , je me fixe a la réfolutionde
le haïr jufqu'à l'horreur , de de ne le voir
de mes jours. L'un & l'autre vous fera
difficile , reprit Albine : l'on ne feauroit*
guère haïr ee qu'on a aime. EûVce que
je l'ai aimé, s'écria la Comtefle, 4'unair
impatient ? pai* tout au plus fouffert (es
importunitez $ c'efl ce que je me repro*
che , & de quoi je t'aceufe* Qu'une per- '
fonne de mon âge eft malheureufe , con*
tinua-r-elle , quand elle a des Femmes
d ! une complaisance fi criminelle > fi -tu
m'a vois fait voîp le précipice où je. cou*
'..''""" If vois,
20X LE COMTE
rois ». je me ferois arrêtée , j'aurois
perçu le danger , & ^c n'auroispas la dou-
leur d'être trahie : Mais bien loin de me
donner des confeils utiles r tu ne cber-
chois qu'à me convaincre du mérite ôc
de rattachement de mon Ennemi. Ce»
trilles penfées la jettérent dans mille ré-
flexions différentes qui l'affligeoient beau-
coup.
. Elle n'était pas en érat de parokre» el-
le fc coucha : Àlbine dit qu'elle avoit la
Migraine - y qu'il falloir la laiffler repofer 5.
fon Mari qui fe doutoit bien que c'étoit
une fuite de fon déplaifir , ne s'emprefla
point de la voir ; fon cotur était fort ir-
rite , 8c ce n*étt>it«pas fana une peine ex*
crème qu'il (c consenok \ le Chevalier
d'Herefbfd y contribuoit par toutes les
raifons qu'il pouvoir alléguer : (ans lui,
la Paix auroit été bien altérée entre eux*
Le Comte de Pembroc , qui prenoic
toujours un tendre intérêt dans toutes les
chofes où la ComreiTe en avoir , ne man-
qua point de fçavoir qu'elle étoit accablée
d'une Fièvre lente » & d'une Mélancolie
que rica ne pouvoir diifi,per y'ûùc douta
point que le changement du Comte de
Warwick n'en fût lacaufe : Quelle bizar-
rerie » s'écrioit-il J elle lui a écrit avec la
dernière rigueur » qu'elle ne veut jamais
entendre parler de lui 5 il eft aflea* heu-
reux pour prendre fon Parti ôc pour fc
guérir $ elle le f$aic à peine > qu'elle en
eft
DE W ARWlCIt; &f
^ft au defefpoir j mais peut- être • conti-
nuoit-il , que le feu feçret qui brÛJedaos
fon ame , pour le Comte de Waiwick,
fe ralentiroit , £ elle trou voit quelqu'un
qui lui fît connoitre qu'en l'aimant avec
toute l'ardeur imaginable» il n'encre rien
dans cette paffion contraire à la Vertu
dont elle fe pique j peut-être que le
Comte trop téméraire s'eft attiré les du-
rerez qu'elle lui a écrites 3 pour moi je
ne dois point appréhender un pareil Sort,
je l'aime fans cipoir , Se je ferai Satisfait,
pourvu qu'elle ne s'offenfe notât. '
L'amitié qull avoit liée avec le Comte
de Dévonshirc^icmettoitcn droit de l'al-
ler voir dans ua lieu comme Twhnam,
qui n'eft éloigné que de douze milles dé
Londres» 21 demanda permiffion au Roi
d'y paflèr quelques jours : Vous verref
donc la Comteflc deDévonshire i lui dit-
il j je voudrais bien qu'elle revint à la
Cour, car fa beauté eft fort en defofdre^
je fçai qu'elle a de grands yeux battus , le
teint de les lèvres pâles » qu'elle devient
maigre & qu'on ne la reconnoît pas : Me
voila fuffifammenr vangé de fa fierté, di-
tes-lui pour l'achever 9 que j'ai quelque*
«ÎA4»MA*4h J^ëï^àm+m *ë*^*^**.mm i^m^ liAil^iÉ^. JP^
avec moi > elle feroit triomphante à la
Cour , au lieu que fon Mari la garde à la
£ampagncr .
I 6* V°t*f
ao4 L E C O M T E
Votre Majcfté me donne une CommflÉ
fion , lui dit le Comre : , qui me fer oit ai-
iément renoncer à mon petit Voyager*
: car enfin je ne conçois pas de quelle ma-
nière je pourrai lui dire tant de duretc»':
Si vous y voulez aller , ajouta lé Roi , îi
faut que vous me ferviez d'Interprète au-
près d'elle. Le Comte lui promit de s'en
aqukrer le moins mal qu'il pourroit ; 6c
comme il forcoit de la Chambre du Roi,
il rencontra le Comte de Warwick dans
la SilledesOardes, il n'en fur pas fâché»
ayant envie de fçavoirsll continu oie d'ab*
jurer~ie& charmes de la Comtefiè. Te vais
iit-il , en parlant tout bas , coucher ce
ibir chez le Comte d'Anglefcy , n'aver-
vous point de Commiffion à me donner?
Le Comte refta furprts 6c -demeura un m-
liant fans lui .répandre , puis prenant là
parole : Vour allez voir, dit-il, un beau
petit Lion , je n'eniwe point vôtre bon-
ieur. Vous êtes en colère f Mylord , dit
le Comte de Pembroc-, mais j'apprehen»
de un peu. qu'il n'entre plus de paftion
que d'indifférence , dans les fentimensque
vous avez pour la Comt efle de£)évonshi»
je. Vous me contioiifez bien peu , re-
partit le Comte froidement , . û vous
avez cette opinion : Ignorez* vous que je
fuis tout d'une pièce , & que je n'ai ja-
mais fçû diffimuler ; le Comte de Pem*
Voc voulant i'agaffer, ajouta: Vous croyez
être guéri quand vous êtes oncoxtforc
l ' i mala-
DE WARWICK. 16s
malade. Je ne* fuis pas afTei Novice, pour
ignorer les djfydfîtions où je fuis , dit- il,
ie lis tous les jours l'obligeant Congé qu^ef-
le m'a donné , & j'y trouve tout ce qu'il
faut pour fortifier ma raifon & pour aug-
menter mon dépit. Vous avez donc en-
core befoin de ce contrepoifon , s'écria
le Comte de Pembroc : Ah .' vous êtes
touché, quoi que vous en puifliez dire,
Ç'eft n/infulter, reprit fc Comte d'un air
fort férîeux :" Il faudroit que je fufîe Je
dernier des hommes $ non , je ne penfç
plus à elle ; fai fçû qu'elle éteie malade,
& je l'ai fçû avec une efpëce deplaifir qui
me raie allez connoitre que , grâces au Ciel,
elle a perdu tout l'empire qu'elle avoir! fur
moi : Je feroîs heureux, ajoûra-t-îl, d'el
tre aufti bien guéri de la' haine > que je
fai été de l'amour $ je n'aurôis pas fans
cefle des démêlez avec le Roi fur Mada-
me Grey : bien qu'il Tadore , j'êfpére
pourtant m'en vanger y ce fera un peu
plutôt ou un peu plus tard , félon le mo-
ment favorable. Quoi , dit Pembroc,
vous ne lui avez pas pardonné le mal
qu'elle vous a fait ? Je lui pardonnerai
jfès que je Tcn aurai punie , dit lé Com-
te , jufques-li il faut que je me donne le
plaifir d'être le jflûs çïucl de fes Ennemis,
^ PJufleûrs perfonnes qui les abordèrent
interrompirent leufr converfation j, le
Comte de Warwick & le Comte dePem-
1 broc fe féparérent 5 te dernier eut une
I 7 joyr
206 L E C O M T E
. joyc difficile à exprimer de tout ce que
ion Rival lui avoir dir * mais il ctoit à
peine au bat des degrez qu'on 1 appella s
c'étoit le Comte de Warwick «qui vinc le
rejoindre. Je viens vous conjurer , lui
die- il» de ne point laifler pafler Foccafïon
d'exagérer mon entêtement pour ma nou-
velle M aï trèfle ô je veux que Madame de
Dcvonshirc fçache que fes Chaînes«nc font
pas éternelles ; que je les ai changées con-
tre d'autres , & que je fuis même incon-
folable de les avoir portées. En voila a£
fez , répliqua Moniteur de Pembroc $ je
vais lui raconter tout cela d'une manière
oui lui fera plaifir : Et pourquoi du plai-
fîr , dit le Comte de Warwick ? je ne
cherche point à lui en donner : Je fuis
perfuadé , dît malicieufement Pembroc,
qu'elle fera ravie de fçavoir que vous ne
penfez plus à elle. Le Comte de War-
wick n'eut pas affez de force pour retenir
Un profond foûpîr. A Helas ! Mylord, dit-
il , que vous êtes heureux de n'aimer
point cette cruelle Femme » je voudroîs
pour la moitié de ma vie ne l'avoir jamais
connue , ou la connoitre (ans l'aimer ^ .
mais adieu , je vous quitte 9 le récit de
mes foiblefles me cauferoit trop de honte»
En unifiant ces mots , il remonta chez
le Roi , ôc le Comte de Pembroc demeu-
ra les bras croifez appuyé contre le mur,
avec un trouble d'cfprir inconcevable j ce
que le Comte de Warwick venait de lui •
dire>
DE W ÀRWICK. 207
dire , ne le lauTa plus dans le doute donc
il s'etoit flâté ; il brûle toujours des mê-
mes feux , difott-il , ôc ce n'eft que par
un fentiment d'amour propre > qu'il feint
de méprifer celle qui le méprife j auroit*
il aum été poflîblc qu'une paffion fi vive
fe fût éteinte tout d un coup s peut* être
encore que UvComtefTe qui lui a écrit avec
tant de fierté , s'eft ait la dernière vio-
lence pour lui enveyer un Arrêt fi rude;,
que fçais-je fi elle n'a point eu des raifons*
iadifpcniablcs ? O Dieux ! à quels tour-
mens fiais -je livré ? Qu'ai- je à combat-
tre ? Qu'ai-je à détruire ? où veux- je al-
ler ? Mes Fers font déjà fi lour d&% fi je re-
vois la Comccfle , fi je lui déclare mes
fentimens cV qu'elle s'en offenfe r ne fe-
rai^fe pas encore plus, malheureux que je
ne luis ?
Il penfoit mille chofes différentes > qui
ledégoôtoientde faire le Voyage de Twit-
nam : mais enfin , difoit-il , de quelle ma-
nière qu'elle me traite > j'aurai la fatisra-
«âionde m'être déclaré : Si elle me tait,
iouffrir , elle fçaura que je fouffre pour
elle, âede touslcs malheurs le plus grand/
c'efl d'aimer & de fe taire. En achevant
de fe déterminer , il. appercut Mylord
Stanley auquel il propou le Voyage de
Twitnam , il le voulut bien » Se ils y fu-
rent reçus avec beaucoup de joye : Le
Comte de Dévonshirc étoit fort aux de
voir du «onde * afin de diffiper ce noir
cha-
îo* IiE* CO#tr
chagrin qui le devoroit dès qu'ils troir^
Toit fcul. •
Le Comre de Pembroe pafla ta 'Soirée
fans voir la Gomtefle : vile néibrtok pâtf
de fa Chambre > & fi'elJc avoir pu avec
bien-féance enrefufer l'entreci tous ceux
qui venoient chez fon Père § elle TauFoit
fait. Le Comte s'informa de fa fan té * &
pria Mylord Stanley de lui perfuader d*é>
. tre un peu moins retirée pour lui' <\ut
pour un autre. Faites-la fournir , dk«*
ifc en riant -, que c'eft pat fon ordre que
-je vous ailaifle paiftbfe poffefle-ur delà ren*
dreffe de Lelie , n'eft-il pas jufte qu'elle
m'en tienne compte , «& qu'cHe ait pour
moi quelque diftin&ion ? Lé Mylord 'en
convint , 6c l'affura qu'il le ménerott dans
J'^Ap parlement delà Sœur auffiirôc qéTel A
le iêroit éveillée.
.Mylord Stanley , pour tenir parole au
Gomce de Pembroe , vint le chercher
dans le Bois où il étoic • dés la pointe du
jour > il s'étoit fait un plaifir d'aller rê-
.ver au bord des Fontaines , Ôc dans les
mêmes endroits oùlaComreffcferendoic
fouyenc. H vit naître l'Aurore qui dimV
poit peu à peu 1'ûbfcurité de la nuit $ les
©i féaux lui contaient mille fleurettes par
leurs chants amoureux , toute la Nature
fcmbloit fe réveiller > & le Soleil jettoit
de foibles. rayons , dont la lumière arrê-
toit agréablement les yeux. Le Comte
apoftrepha jcous ks Aftrca , iHcur dit fes
inquié:
DE WiARWICX 20$
inquiétudes s il fe promena cmfoite , 0d
fe feroit eftimé trop heureux de fetrou-
ver dans un fejour que fa merveilleuse '
Comteûe habitait , û elle avoit été plus
ienfible pouf lui * ou moins fcnfiblepour
un autre cornais cette réflexion le ruokj
il fe fauveneiç pourtant bien dé c&> troU
cm quatre cruels mots ^u'dJeavoit^écritl
au Comté: de: Waivick ; c'étoit nuire f*
rcûburce, & il fondoit là-defîus la décla-
ration qu'il xotiloit lui faire.
Mylord Stanley Payant apperçû entre
use touffe d* Arbres proche d'une Cafca-
de , il le vie dans Une £ grande rêverie^
qu'ilJui dit en Pabojdant : Je fuis capei-i
né » Mylord , fi je vous arrache iunfouu
Tenir agréable ou fâcheux , . car je afai p*i
lieu de douter que vous étiez occupé de
quelque chofe qui vous tient au cœur. Le
Comte de Pembroc foûpira ? ôc fans lui
répondre que par un fourire forcé , il fe
contenta de dire » qu'on étoit fore heu-
reux lors qu'on avoit l'indifférence eopar-
tage : Il m'eftaifë de vou$. entendre , re-
prit Mylord Stanley, vous .aimez & vous
avez quelque fujjet de dépJaiiïr. Pembroc
ayant peur qu'il ne pénétrât /es fentî-
mens , il voulut le depaïfer par une fauffe
confidence , & lui raconta une Avanruré
qui lui étoit arrivée > comme & elle eue
été. toute nouvelle.
11 eit vrai» lui dit il, que pour oublier;
tout ai fa;* ringra»e Lclie , je pris la r.éfa^
lution
*io LE COMTE :
lutioa de «'attacher férieufemenc à une
perfonne qui en valut la peine : Je ne
refiai pas long- temps Ans trouver une
Veuve toute charmante : elle n'était pas
dans la première jeuneffe, mais elle a voie
con&rvé miUc boutez quîaecevoienr on
nouvel éclat de fou cfprft ; sa converik*
tion étoit aifée èc délicate > elle me voyoi*
avec degraads témoignages d'eftime, bien
cpi'dle parût d'une vertu farouche s mais
j'efpérois que le temps me fcrok ravora*
Me ; & je la fervois de bonne foi > lors
f l'étant venu chez elle , uns qu'elle en
t avertie , je jettai les jéeux par hazard
r un grand Miroir , qui étofc placé de
manière , qu'il fiufoit voir dès le Vçftt-
bule une partie de ce qui Ce peUbic dans
fà Chambre : Je i'appcrçûs , di*je , qui
poudrait un certain Pédant de Collège»
?u*elîe a voit 'donné pour Précepteur i ton*
ils : Ses cheveux toujours gras s'accota-
modoient peu avec la propreté de la dé-
licate Veuve, il ètok h laid, q*e je m'en,
effrayai pour elle s jt retournai fur mes
pas chez moi , je lui écrivis tout ce que
la colère peut infprrer , je Tinfiruilois de
ce que je iça vois, 6rda mépris que j'ayois
eu toute ma vie pour les fauffes Prudes;
Elle fe fentit piquée vivement , ôc elle ai-
ma mieux me confier fon fecret , que de
me laitier quelques impreffions defavanta-
geufes à fa Vertu, fille m'envoya un de
ies Parcns? qui étoir le feul à qui elieeôt
avoué
DE WARWICK. 2îi
avoué ion Mariage avec cet homme. Il
vint me l'apprendre , & je vous affurc
que je tombai d'un étonnement dans un
autre peut-être plus grand : Vous croyex
bien que faî travaillé à roc guérir , je ne
veux point aimer ce que 3e ne feaurois
eftimer 5 mais il me» coûte de faire tou-
jours des violentes â mon cœur , & Je
penfois très.férîcufemcnt que je dois fuir
les Dames comme recueil du repos s ôc
que s'il arrive que je me fente le plus lé-
ger penchant pour quelqu'une , je ne la
verrai de ma vie.
Vous fiâtes u»e menace au beau Sexe»
que vous ne pourrez foûtenir , répliqua
Mylord Stanley j nous nouepafierons bien
l'un de rentre, dit le Comte d'un air mu*
tin, oaaScear va vous faire un bon accueil»
répliqua le Mylord , fi elle feaitla réfolu-
tion que vous faites : Quoi > dit le Com-
te » clic ne veut pas que l'on aime ce que
Ton trouve aimable r Non , ajouta -t<il:
' fille fe déclare à tel point contre la Ga-
lanterie , que vous n'avez jamais connu
une fi terrible perfonne : Venez donc la
voir , de la réjouir de vos rares résolu-
tions.
Si le Mylord avbit pu comprendre l'ex-
trême douleur qu'il caufoit à fon Ami en
lui parlant de cette manière , il l'aurok
fans doute mieux ménagé j il fe feront
même apperçû de la trifteffe qui paroif-
foit dans Ces yeux , pour peu qu'il les eût
regar*
t
an LE CO M, T E
regardez ; mis il n'y fie aucune réfle-
xion*
: Le Comte de Pembroe tournant (es pat
vers l'Appartement de Madame de De> .'
vonshire ^il reflemtc Un trouble dom il [
n'étoit pas le Maître :JSdes chaînes ne
font-elles. pas afle» peiantes , difoic-il en
lui-même ? Ai- je befoia de la voir » afin
de l'aimer davantage ,- &c dois-je .croire
qu'elle foit dans une parfaite indifférence
.pour le Comté de Warwick ? Elle, lui a
écrit durement > helas ! ce peut cçrc l'ef-
fet d'un dépit , d'une jaloufie ti d'fciil, matt-
t vais Conte j l ? o,n revienne tout .cela
:quandion eft bien préyçnAiê), ôç U refo-
Jution que je prcns<de lui,4fc)arer nia paf-
•fion , Tara peut* être utfe des plus» 'fatales
de ma vie : Il voulut cent fois éviter une
réfolution fi dangereuse ; mais quelque
péril qu'il envisageât » le plaifir J'eoipcuv
ra fur k crainte : Il fe trouva à Importe
de l'Appartement , il y entra., &âl eut
beaucoup depeine à s'empêcher de courir*
comme un infenfé vers cette belle Malade.
Elle étoit au Lit, parée de fes propres
cliarmes , dans une négligence très- pro-
pre , afTez pâle pour laifler voir qu'elle
ibuffrojt ; mais fes yeux brilloient malgré
leur langueur , &,ils< n'en qcoienx pas
moins dangereux, i . ,„.'.•
Le Coone de Pembroc ya vous faire
des .confidences qui vous ç^armefont .dit
Wylard Staolcy en encrant -, il fuit Vir
mourj,
.J
j
"r\
Dt WARWICR ifj[
niour'i il/Uit fes' bçcafîonsycn prendre *
il s'échaptf de 'lai Ctaurf, : *--îI*.TOhc ici
fcbffahqféulUufe'' JVttitpis mal choifi rnon
t5hî*mp r 'tlè babille, i^pori^ic îe Comte
en ^interrompant '; baià,Mâdaftie, My-
lordi eft un iridiferet , qui vpus parle de
nies-fentimens iané expliquer les raifons
que j'ai pour lesafqir i.c'eft i.vous feule
que^eWeufcîcs jUftificrv Verrous défend
âez- pétfT ^MVleitti re>lïqu#ls| l Cofntef-
fc : ; yentvôiffoir plUs-âïnier ; ^ifrie fatt*
pas qtrftr'er , *cè deffein , de fi mon £fere>
itfenerôyott il le pïcndroit a ton* tour.
Vous rifalkfc livrer une trop rude guerre
avec un tel fecotfd ,' dit' Myïbrd Srariley^
cri'rwfnt : Adieu ma Soeur , 'je^is à lai
mmrîé Hu^jôur'V ±W acnèvanrW, mot*,
Btertit'î; & îâirTà le Comte eh jiBèrré d'eh- v
.^retenir Madame la<Gotritèûe de Dévon-
shtrè 1 $ c'ètok une deschofes du monde*
qu'ira voit denrée avec : lé phtfïlVdeurj
cependant i) fc trouVaterabàrfaffé s il k&
vbiÉ'iffèz J cW^I*vouloft là uTrc^ *nafi<
il» né ; feàvéîtiff -elle; volitfrofc' #mëiftr<v
cV iPcêftiniénta Ja éohVcrfatibrf^par dfef
éhetfs ihefifteienres. -^ ^ <^' *'"•*' y ' : l
* Vô^fe abfefice ; ; MWamè-y dïtfo â'Ta 1
Goiiiteiré-. -''ôfella Çpur. fôfrpfmfcèl oir-;
jieriiént : : dfepuîS que 'vous* en 4 ftçspa'rt'ie,
* i ;X peu»
ai 4 LE COM TE
peu » repliqua-t-ellc , qu'on ignore fi j'y
ai étq& fi je. n'y fuis plus . * II s'en faut
bien , Madame, que cela foie comme;
vous Te penfez, dit-il 5 le Roi parle fou-
vent de vous 3 le Comte de tfarwick aç
vous fçauroit oublier : Qui me nommez»
vous la , Afylord > lui dit-elle en rougif-
fânt ? Le Roi m'ayant trouvée par lia-
zard proche de W,indfor clans Une Mai-
jfon où nous, le reçûmes, avec le rcfpeft
qui luieft dû » ne m'a pas cherchée de*
Jrais ; pour le Comteilcft venu voir My-
ord de Dévonshire avec le Générai Ta>
bot , ôc je lui ai parlé à peine deux ou
trois fois* à ma vie. 11 m'eit aifé déjuger
par ce que voua me dite*, ajouta k Com-
te , que vous- les ayess- tpuF à tait oubliez »
je m'en réjouis compte d'une {ronnenou*
vçlle- , ;
( A ces, mots * la Comteûe ne douta point
que la Lettre, qui lui étoit revenue par le
Chevalier d'Herefard , n'eût été julqu'au
Comte de Pembroc j elle en refta fi af-
fligée , que fes yeux parurent *out d'un
coup pleins, {le larmes) ; Ah l\ que vois-
je , , 5'éctiawt-d * cn^fe mettant, a genoux
au bord dej fon Lit \ Vous .pleurez Divi-
ne Comteue 4 vous pleurez ? Cet hfçii*
rcux mortel vous coûte d&> fpâpirs J. N&
confondez point ma juftç , colère avec des
apparences qu'on peut exprimer comme
l'on veut > lui dit-çllc ,. & foyez perfuar ^
dé que, fai. Bpitfje ÇQmie;feFanwfc
t 1 " toute
DE WAHW1ÇK. aij
foute l'indignation qu'il mérite. Vous le
fcaïfiTez > Madame > Oiit , je le hais^dtf-
elle , (on fouvenir nfcft insupportable.
11 cft encore plus heureux que moi , re-
prit le Cornue, en foÛDirant * vous ne le
haïfïcz qu'après l'avoir honoré d'une cfti-
me particulière » pendant que Vous me
regarde?, avec une fi cruelle iodifl&rcncc,
que jç ne mérice pas meepe v6uc haine*
Mais, Madame, continua- t-il> puisqu'il
à ofé vous aimer > & que vous l'avez fçft
fans vous cnofFenfct, ne m f eft-il pasper*
mis de refleurir pour vous coût ce que
l'admiration , le refpeâ leplus paffionne»
êc rattachement le plus fincére peuvent
inlpira;.. ,.Jcne prétens point établir m*
fortune fur '. les débris de la $enne » ai
mériter quelque chofe auprès de. vous eq
travaillant fL ic détruire , quelque daogc*
tcux. qu/il Çoijti J'ai une forte 4cj énc>o-
•fité qui ftccôrderou mal avec* une fuper?
chenc 5 mais au moins ne refufex pas
d'entendre la déclaration de mes fient**
mens > puis cjuc vôtrp Vertu n'en (çau*
tpk otrç tyeflec , Ôt que V Aftrc qui jmû»
ecIa^ %) efti*ojns pur queJbiettqujbrAi
Je dansxnpncoîur. . Enfin,, Myjç^iiv dit
Vî Comte^j^rw^ro^ant' .vou^n'ai
Yez que trop profié dû. r ae;Çbjjdrç où jm
douleur m*a jettée $ vous m'avez dit de»
çhofes qui me défto'&nt * fe qui me con-
vainquant de (a ^rifte . opinion , ou j'p çot*
mai*
Ii6 . LE COMTE 1
toalheûrcufe que moi, Si le Cdrhre de
Warwick étoit pfàs équitable qufii n*èft,
j*e ne" vous aurois point' laifle ignorer,
lots 'qu'il tous a parlé de mes fcntinictisi
qui! n'a jamais eu lieu de s*en loiier 3 de
qu'il n'y a rien que je n'aye fait pour me
délivrer de fa perfécuti on. Mais l'Aftre
filai qui rri'a donné peut- être ijuclqjuc
feehété <} riè/lYf ait qûcpduT m'empbifon-
fadfr m\ckx y jcfferois'plurfieurctifed # êrre
hViVdfcioùïç la térfé ,' que d'être arnré<*
comme \t '* Tu». 1 'Quôr'qii'rl érifbit;
Mflord V')é vôus'eftîme trop pour, vou-
loir rompre avec vous $ j£ veux bien ou-
blier ce que vous'venez de me dire, pour-
vu que vous me^rérmetriezcWncmc voir*
jtinxu'4. Cruelle matirjère 6à pardonner ëft
là vôtre > .Madame!; : rèp1îquA-t- il brîif.
clément, qui jfc Voujs prbméïtp.dè vmirf
fuir ? Non y n8n ,;je rie, ifii» jjîus afltef
le MÉfirre'dé mes aftions , pour vôiis don-
ner i)ne parole de cette nature. Hélas J
que ri'aije pas fôuffêrc dépuis le moment
où vous tncpafûtes dansie JBpls dtfChèï-
i% ifofàte brillante* tdut^Wlléf f&rtei
prit, <^uc je pourrai bien 1 rie 1 Vous
fendre. ' ' ' ' '
* Cette marque d^fndirïerïnee te àc mê*
frn -toucha plus vrvcmêrtt le Comte, i#ié
tfWÉ&t pu faire tin V&ta*lk cfcportci
-in\ mçnt.
DE WARWICK. A17
ment. Ah ! Madame > s'écria-t-il , je ne
connois que trop que vous avez pris vô-
tre Parti. Vous ne me perfuàdercz pas
que voushaïfiez l'amour $ mais vous me
pcrfuadcrcz fans peine que vous me haïf-
fez. Il fauc mourir , continua-c-il , j(
faut mourir * en achevant ces mots , il
bailla la tête > & demeura comme un
homme qui ne Te connoît plus.
La Comteflc ayant peur que quelque
contre- temps ne le fit furprendre à ge-
noux proche de Ton Lit i elle le pria de
s'afieoir. Je fuis fi malheureufe , lui dit-
elle ; que les chofes les plus innocentes
deviennent criminelles des qu'elles ont
• quelque forte de rapport avec moi , &
je ne penfe pas que vous veûiliiez ajou-
ter de nouvelles peines à celles que j'ai
déjà. Le Comte fe remit dans fa place
d'un air rcfpeâucux s mais il continua
de garder le filcnec , 6c comme il l'en-
nuyoit par la longueur d'une Vifite a fc-
rieufe, il fe leva tout d'un coup, fit une
profonde révérence , forait de fa Cham-
bre , Se un moment après du Château,
n'ayant pas la force d'y refler , êc de fe
contraindre aflez bien , pour qu'on ne
pénétrât pas l'état où il étoir.
Comme il affecta de n'arriver à Lon-
dres que fort tard , il lui fut aifé d'y de-
meurer plusieurs jours renfermé dans fa
Maifoa , (ans que perfonne le fcût $ il
avoit befoin de repos , pour chercher les
T$m L K moyens
*iS LE COMTE
moyens de calmer l'agitation du monde
la plus violente. Enfin il parut à la Cour,
6e le Roi qui s'étoit appetçû de Ton ab-
fence , lui fît à ion retour un accueil fa-
vorable s Il lui <kmandas'ils'j6roitaquit-
té de la commtifion qu'il lui avoir don-
née ; le Comte répondit, qu'il «'a voit pu
trouver le temps dkntratenk la Comtetie
en particulier , 4k .qu'il >fembJoit qu'elle
fçavoit ce qu'il voulait lui dise» tant .elle
«toit fcigneuie -de l'éviter. .Elfe n'a point
trop mal fait » dit k Roi e* fou riant 5
mais avouez qu'elle combien changée j &
que je fuis vangé de refte. Le Comjte de
Ferabroc qui «voit de bonnes nations pour
Souhaiter que don Maître -jie^eoiat plus
à elle 9 répliqua qu'elle n'étoit pas recon-
jioiflable , & qu'il n'érett poiat naturel
-qu'une"fi 'belle perfionne devujt fi sffreufe.
C'eft l'extravagante tcndccflâc qu'elle *
prife pour le Comte de Warwick qui en
<ft catrfe , dit le Roi j mats croyez- vous
qu'elle n'aie point changé pour bii ? Sire,
xcpliqua-t.il , je ne I'm vue qu'un mo-
ment 5 elle m'a paru chagrine , ce ne
jn'a point parlé du Conte de Warwick 5
il n'en fera pas touché» ajouta le Roi : Il
ne l'aime plus * â paffion idoujinantc cft
de me persécuter iur Madame «Grey * il
la baie mortellement ; il me la Dcpréfen-
te toujours infidelle : Mais je fçai trop
bien le chagrin qui l'aigrit , pour Je croi-
re 1 dites-lui cependant cjue cela ne me
plaît
DE WARWICiC. ai*
plaît point , que tout ce qu'il en raconte
m'eft fufpeÔ , 6c que s'il veut me plaire
il lui fera fa Cour.
Le Comte de Pembroc n'avoir carde
de manquer à ce que le Roi venoit die lui
commander. Il fut chercher le Comte de
Warwick, qui le reçue avec de grands té-
moignages d'amitié. X>ites«moi 4ç* nou-
velles de Madame de Dévonshire 9 lui die
le Comte : Suis-je toujours bien mal dans
fon efprit ? EUe eft fi languiûanre * ré-
pliqua Pembroc , que je ne penfe pas
qu'elle ait aflez. de force pour «mer on
pour haïr quelque chofe , 6c je l'ai vue
avec tant de monde > qu'il auroit été dif-
ficile qu'elle m'eût parlé de vous. Je» fuis
ravi que vous n'ayez rien à me dire de (à
fart , continua le Comte die Warwick*
cela auroit peut-être détruit les progrès
que j'ai faits depuis quelques jours : C'eft
la vérité , Mylord s je l'ai prefque ou-
bliée. Je vous en fejidtç , lui dit froide-
ment Pembroc * mais fai de la peine i
vous croire. J'ai ait de férieufes réfle-
xions , ajouta le Comte». Xur tout ce qui
?'cft paffé jufqu'îci dans cette affaire ; j e
n'y trouve que des fujets de peine pour
moi > vous fçavcx cç que je vous aï con-
fié là-dcffus ; je n'ai pas été un feu] jour
content de nia Fortune > il fâlloit rifquer
tout pour la vpk un moment ; c'étoit
même malgré elle. J'avois le Roi & le
Çépéral 4'un côté , fon Mari 6c Madame
K a Çxcf
no LE COMTE
Grey de l'autre : Jugez quel embarras,
-pour un homme peu accoutumé aux con-
tre-temps ; mais jel'aimois trop pour me
rebuter par les dimcultez $ il falloir qu'el-
le s'en mêlât elle-même. Vous voyez
comme elle a fait» & le gracieux Congé
qu'elle medonnoit, pendant que je fouf*
trois un aflez rude Exil à caufe d'elle.
Toutes ces raifons m'ont paru fi fortes, '
que je commence à reflentir une véritable
indifférence $ ajoutez à cela le bon pro-
cédé d'une aimable perfonne qui m'occu-
Se à préfent : Elle en ufe avec moi auffi
ien que la Comteûe en ufoit mal $ vous
conviendrez que je n'ai jamais mieux fair»
que de prendre un deflein fixe de démet-
tre en repos.
Le Comte de Pembroc l'ccoutoit avec
ttn extrême plaifîr : Ah ! d:foit-il en lui-
même > pourquoi faut-ilquela belle Com-
tefle ne fçache pas Findiftcrcncc du Com-
te de Warwick ? Peut-être qu'un heu-
reux dépit lui parlcroic en ma faveur. Il
s'aquitta en fuite des Ordres que le Roi
lui avoit donnez. Croyez-moi , lui dit-
il» Mylord, voyez Madame Grey , de fi
vous ne pouvez gagner fur vôtre coeur de
lui pardonner en effet, tout au moins
pardonnez-lui en apparence » c'eft une
peine pour le Roi de voir fon Favori &
la Maitrcfle dans une guerre continuelle :
Vous lui en parlez d'une manière fi defo-
bligeantc , que bien loin de faire vôtre
Cour,
* DE WARWICK. ni
Cour > vous le chagrinez. J'en fuis per-
fuadé comme vous , die le Comte : & j'ai
tore de le vouloir guérir d'une paffionqui
peut le mener trop loin pour fa gloire. Je
vous avoue aufïï que j 'au rois peut-être
moins de zélé fi je ne travail lois pour ma
propre vangeance après ce qu'elle m'a fait.
Je ne peux prendre d'autre Parti que ce-
lui de me déclarer fon Ennemi. Lors que
vous revintes de Caerleon , reprit Mon-
fieur de Pembroc , vous donnâtes paro-
le au Roi de bien vivre avec elle. J'y vi-
vrois bien, dit- il, fi elle n'en ufoit point
mal avec moi ; mais n'eft-ce pas une cho-
fe rare qu'il me querelle , parce que je
connois à cette Dame une ambition dé-
mesurée. Vous agifTcz avec paflion , re-
prit le Comte de Pembroc : Il cft diffi-
cile de croire qu'elle ait des defteins fi éle-
vez ; elle fe trouve la Veuve d'un fimple
Gentilhomme. N'importe > dit Monficur
de Warwick , elle connoît tout fon Pou-,
voir. Là- de (Tus ils fe réparèrent , & le
Comte de Pembroc reffentit une fenfîble
joye de tout ce que lui avoit dit le Com-
te de Warwick dans cette converfation :
II fe trouvoit délivré d'un dangereux Ri-
val , & il faifoit fa Cour au Roi en lut
infpirant de tenir une conduite pleine d'é-
gards avec Madame Grey.
Pendant que Ton fe tranquillifoit un
peu à Withall > l'on s'afïïigeoit beaucoup
à Twîtnam j le Chevalier d'Hercford,
K j dont
an LE COMTE
donc j'ai déjà parlé > étoit de la' Mai fon-
du Comte de Dévonshfre $ ils arôknc
beaucoup d'amitié Ôc de confiance Vun
pour l'autre : Mais pour que cela eue du-
ré toujours, il aurort fallu que le Cheva-
lier n'eût pas vu Madame dé Dévonshire*
ou qu'il eût été nfoî ns fenfible à fes char-
mes '% il enavoit regardé les progrès com-
me un fimple effet de pitié pour elle» com-
prenant bien qu'une perfonne G fiére ref-
femoit virement le? injurieux foupoons
de Ton Mari. Lors qu'il vit la Lettre
qu'elle écrivoic au Comte de Warwick,
{on eftime en* augmenta , il crut qu'elle
Yôuloic l'éloigné* , de que fi elle l'avoi»
confidéré dafls foft efpric plus qu'un au-*
tre, fon coeur au moins n'avoir point for*
ri des plus auftéres régies du devoir : Tou-
tes ces petifées' cjui HVoknt d'abord rem-
pli confufémefit Ton imagination , com-
mencer en c a fe diftiriguer. 11 regarda la'
Comtéfle Comme la plut belle perfonne
du monde qui alioit être defœuvrce à la
Campagne > & qui pourroit peu à peu
s'accoutumer à le voir & à l'entendre.
C'eft ce qui lui fît embraffer avec tant
de chaleur l'occafion de brouiller le Com-
te de Warwick avec elle $ un Amant ca-
ché avance fort fes affaires , quand il peut
éloigner celui qui plaît ; tout alla augrô
de fes defirs. Madame de Dévonshirc dé-
çue par les airs de bonne for du Cheva-
lier , conçût de la haine contre le Comte
de
DE WARWICK. in
de Warwick. Elle envifagca fa perfidie»
£t fçût gré en même temps au Chevalier
de lui avoir rapporté fa Lettre» Cette obis*
gation jointe a la confiance que fon Mari
a voie pour lui , l'engagèrent à le voit vo-
lontiers f ôc à lui parler avec une entière
fihcérité. Plusieurs mois fe pafTérent ain-
û , Je Chevalier n'avoit pas bien démêlé
d'abord les véritables (èntimens ; je l'ai
déjà dit , jl s'étoit perfuadé que la pitic
* cV i'eiîime l'engageoient dans les inté-
rêts delfrComtefie > il avoit envie delui
faire oublier le Comte de Warwick > il
lai en parloir avec g$rz d'aigreur : mais*
l'amour eft une forte de mal que Ton dé*
couvre &ien-t& ;. il connût arec une fen»
fiblc douleur qto'ii èioU pris à fon tour*
Il voulut alors fe guérir, il n'étott plus
temps : La Comtefife de £<m côté loi fai-
foit mille aftthièï innocentes pour fe l'a-
quérir ; cNfeoic autant de filets fur filets
où le cœur du Chevalier demeuroit captif
fans pouvoir s'échaper * des qu'il retour-
noir a Londres , Oi qu'tt y vouloir faire
Quelque fejour , tout- lui paToiflbit env
nuytrux , ôc il s'y trou voit comme enter-
re étrangère 3 fon unique faris&clion ctoic
de voir la Comtefle.
Cependant , que ne fe reprochoit-il
, pas ? c'étoit à fon gré abufer de l'amitié
du Comte de Dévônshire , de ce tendre
Parent qui lui avoit ouvert fon cœuraveer
tant de franchife : Non, s'écrioit.il quel-
le 4, qjlC~
ai4 L E C O M T E
quefors , je ne yeux plus la voir l je veux
n'exiler volontairement d'une Maifon où
je fuis trop bien reçu pour demeurer en
repos fur la ficuation où je me trouve. II
paflbit alors plufîeurs jours à Londres , ôc
s'occupoit à faire fa Cour avec beaucoup
d'afliduité j mais rien ne lui faifoit plai-
fir, ôc malgré qu'il en eût , il rctournoit
chez Monueur de Dévonshire.
Enfin > toujours combattu de la plus
terrible pafïion qui puifle agiter un hom-
me , il tomba dangereufement malade à
Twitnam > la Comtefle commençait à fe
porter mieux : & comme elle étoit fore
reconnoiflante du fervice qu'il lui avoir
rendu , ôc qu'elle fça voit auifi que côtoie
faire fa Cour au Comte de Dévonshire»
que d'avoir de grands foins du Chevalier,
elle paflbit les jours entiers au chevet de
fon Lit, avec une bonté qui ne foulageoit
point cet infortuné malade ifepour peu
qu'il eue la Fièvre , elle lui redoublait dès
qu'elle entroit dans fa Chambre : Enfin,
le péril devint tel , que les Médecins ju-
gèrent à propos de le faire tranfporter i
Londres.
La Comtefle de Dévonshire fut la pre-
mière qui lui aprit leur fenciment ; elle
remarqua que cette nouvelle le troubloit
beaucoup : Qu'avez vous , lui dit- elle,
votre vifage change ? Madame , repli-
qua-t-il > je veux bien vous obéir en vous
dùant ce qui caufe l'état où vous me
voyez j
DE WARWIC K. ur
▼oyez > c'eft la jufte douleur de m'éloi-
gner de tous , de la certitude où je fuis
de ne revenir jamais ici. Ah J ne me dî-
tes pas une chofe fi affligeante , repris*
elle : vôtre famé n'eft point defcfpcrée»
nous vous reverrons encore, Chevalier*
& y'en ferai ravie. Je mourrois trop heu*
reux , dit-il , fi je pouvois m'en Hâter ;
mais , Madame , vous allez me haïr dés
que je vous aurai déclaré que je vous ai-
me. Oui > ajouta- t-il , je vous aime fi
éperdûment $ que c'eft k feule violence
que je me fuis faite pour me taire , qui
m'a réduk en l'état où vous me voyez»
Si quelque refte de pitié vous parle en m»
faveur > cachez moi vôtre reÎTentiraenr,
ou plûtâs n'en ayez point , divine Com-
tefle , contre un téméraire dont la mort
vous vangera allez tôt»
Il & tut après avoir dit ce peu de mots»
& fes yeux fembloient chercher grâce dans
ceux de Madame de Dévonshire j elle le
regarda avec plus de pitié que de colère :
Je vous ai de l'obligation , Chevalier , lui
dit-elle , je ne fçaurois l'oublier malgré
k déplaiûr que vous me donnez à pré-
sent -, mais comptez que je n'en ai jamais
reçu de plus fcnfible : Helas ! je vous re-
gardois comme un Ami fidelle > avec le-
quel je pouvois me confoler des fenfîblcs
chagrins qui m'accablent depuis quelque
temps > je vous perds > & cette malheu*
rcuic beauté > qui feroit pour un autre
n6 LE CO M TE
unfujet de farisfa&ion , n'eft pour mot
qu'une fource de douleurs , qui fe renoua
vellc cous les jours. L'abon Jancc de [ar*
mes qui tomboit de Ces y*u* » de quel-
ques finglots donc elle ne fut point la
Maîtreflè , Pcmp£eh«rciït d'en? dire da-
vantage. Ah ! que voia-jc > Madame,
s'éciia le Chevalier ! Vous pleurez > ôc
yen fuis en quelque façon la- ca«fe -, ma-
more fuffira-c-eiltf pwft expier ce Grime l'
je ne fouhaire point vtere m«v- , repîi*-
quatellc , je ne vciï* o^ao V^e guéri-
ion » mais une guérifon fi patfairè , quer
vous ne me parliez d# vtkrv vte' comme
vous venez de le faire. Jt ! ne me fens
point la force de vt>u% k projet ne , lui 1
dit-il i il nie fera plus 1 âlfe d* vbus fuir*
que de négliger une pirata* qW je chéri*
malgré vôtre rigueur y pourquoi 1 ife fuii*
je pasle Omtè de Wa*\vi«k ? Eil-fl puf-
fîbie , dit la 1 Comtcflfc dAHt air iridigié,
que fi vous avez pour nttH» ks fentimens
que vous venez de me déclarer, , il foii
poffible que tous- enviez la Fortune du
plus cruel Entiemr que fayt au monde :
Helas i Madame , loi dif«tl > Vtfus ères
bien trompée , fi vous avez crû jufqu'icl
haïr Monfieur de Wafwkfc. Le lecree
intérêt que j'avoi* d'étiudfcr vos fenn-
mens , m'a etigagéplufieUt» fors de vou#
parler de lui fans affectation , & de vous
en entendre parler fans défiance $ je n'ai
que trop connu qtfil vous eft encore cher %
I en
DÉ WàRWick: iiiy
j* en ai toujours été au defefpoir ; mais
mon refpcâ pour vous , Madame , m'a
forcé au fikncé : Je ifôfow vout décou-
vrir vos propres fentîmsns , la crainte de
-vous cmbarràfïer où de vou* déplaire»
m'étoit une Loi pour feindre de nç me
pas appercevoir des avantages qu'il s'eft
aquis dans vôtre Arrîe 5 bien que j'aye été
foigneux dé guérir k Comte de Dévon-
shife des foopçons 4 qui tedevotent, je lui
parlors contre mes propres lumières; mais
je lui parfois , Madame , pour vôtre re-
pos y & )t vouloir vous faerifièr tout le
lijjeri.
Quoi que vous vous foyex trompé dans*
ros conjectures > dit la Comtefle en Tin*
terrompant , jt ne fuis pas moins rede*
vable de là conduite que vous avez tenue-
à l'égard de mon Mari» que de celle que
vous avez gardée au mien y, mais je peux
vous afîurer que fi vous étiez moins pré-
venu , ou fi vous connoifïkz mieux mes
difpofitions > vous ne nVaccuferiez pas>
comme vous le faites , d'être aflez faible
pour vouloir quelque bien au plus mal*
honnête homme du Royaume y oui > je
lui pardohnerois plâtoc ma mort, que je
ne lui pardonnerai d'avoir travaillé à me
déshonorer dans le monde. Vous ne l'ai*
mez donc point , Madame , reprit le
Chevalier en foûpirant ? Je le hai impla-
cablement , dit-elle 5 Si cela cft, conti-
»ua-r>il • ne puis-jc rien efpérçr de vôtre
¥L 6 pitié?
218 LE CO M T E
picié ? Vous pouvez vous promettre , rèr.
pondit la ComteflTe , que j'oublierai touc
ce quejyous m'avez dit aujourd'hui, pour-
vu que vous ne me donniez plus aucun
lit jet de me plaindre à l'avenir. J'aime
mieux m'cxilcr , lui dit- il : Je ne pour*
rois vous tenir, la parole que vous exigez;,
il faut , Madame , que je cette de vous
voir > le Comte de Dévonshire n'en fera
Eut-être pas de meilleure humeur $ je
i fou vent calmé » & un autre que moi
auroit fçû s'en faire un mérite auprès de
vous. Mais , lui dit-elle en l'interrom-
pant , eft-il poffiblc que vous ayez fi peu
d'attention pour lui > que de me parler
comme vous faites ? je vous arouë que
je n'en peux revenir , & quç de tous les
iiommes qui font capables de foiblcflc,
vous feriez celui que j'en foupçonnerois
le moins. Je ne fçai point me juftifier là-
«îeflus , lui dit.il , fic'cft un Crime, Ma*
dame , je croi que je l'aurai bien tôt ex*
pie par la fin d'une vie qui m'eft odieufe
depuis long-temps. En finifiant ces mots»
une grande foiblefle le faifit , i] demeura
fans connoifiance ,• la Comtcflc agitée en»
are la compafiion & le reûentiment , ap-
pella du fecours & fortit en fuite de fa
Chambre , pour fe retirer dans la tienne»
elle y trouva Albiné qui n'avoit point en-
core perdu fon crédit auprès d'elle.
Ah ! qu'il vient de fe paffer une étran-
ge Sccne , Albine * lui (Uc : cl{e ,. d'un ait
DE WARWICK. 229
tout troublé , mes malheurs bien loin de
diminuer augmentent à tous momens $ le
Chevalier d'Hereford m*a fait une décla-
tion qui me dcfole , je le regardois com-
me mon meilleur Ami ; helas i il n'eft
pas plus fage que le Comte de Pembroc,
ôc je ne fcai encore comment je le dois
m traiter : h je le rebute » il s'en rangera».
' car mon Mari l'écoute & croit tout ce
Su'il lui dû s fi je lui témoigne de la con*
dération > que pourra-t-il penferde mon
indulgence > & que n'aurois je pas même
à craindre ? ma condition en deviendroic
pire , cV puis, enfin , je fuis la Mai trèfle
de mon coeur ? de ce coeut qui fe ré vol-
ce contre tous les Préceptes que ma rai-
(on lui donne ? il cft allez lâche pour me
faire encore voir du mérite dans mon plus
mortel Ennemi. Oui , Albine , je ne
feaurois haïr le Comte de Warwick , que
je fuis heureufe de ne le voir plus > que
j'aime cette Solitude > j'y fouffre , mais
qu'importe > j'y conferve mon innocence*
Albine n'avoit ofé jufqu'alors parler en
faveur du Comte de Warwick , fà Mai*
trèfle lui a voit toujours paru fi irritée con-
tre lui , qu'elle ne croyoit pas qu'il fût
aufli bien dans fon efprit qu'il y étoic,
die ne voulue point négliger cette occa-
fion. Peut-être, lui dit-elle, Madame»
que le Comte cft moins coupable qu'on,
ne vous Ta repréfenté 3 fouvenez • voua
«ucc'çft lç Chevalier d'Hereford qui vous
. ' K 7 fc
zp L E COM TE
Je fait voir Criminel ; ncfe peut-il pas
faire , <%u*il avoit dès ce ttftapslà des in*
térêts fecrecs pour le détruire dans vôtre
efprit ? Non, non, s'écria la Gomtcfle*
je ne dois point prendre te chaTnge , le
Comte de Warwick a eu- an procédé &
indigne » qu'il fau droit que jfcfiuTc la plus
aveugle de toutes les Femmes* pour m'y.
tromper 5 je ne .nry trompe pas âuïFij
continua- 1- elle , je déflore feulement Ve*+
ces de mon malheur, quiméfaft trouve*
tant d'Ennemis païmî \dè pctfon&cts o^i m*
doivent le plus d'égards. Elfe fc tûtf , &
rêva profondément fans Vouloir* éArentiré
ce qu'Albine toi difôit , cV fiW/iîpoti-
dre une parole*.
Le Comte dé Dévbnsfnire étirftt dttn&ce
moment ; la nWIfcdïe de fort Gô'ofin Ko-
quiétoit beaucoup j il l'aîrntffr : e'étoft
le fcul homnlê à' qtf if eût confié fa jV
loufic & fa peirie * il prit l$i% fôlûtion de
Raccompagner à Londretf , & dé rie pas
revenir que la Sârité du Chevalier ne fut.
rétablie : il dit à la Cotateflc qu'il alloic
avec lui , qu'il n'aufoir. pis une bonrte
heure s'il le laiffbir tout felrf, 8t que fi &
maladie écoit trop lotigue, il prîeroit Ma^
dame d'Anglefey & elle dé reVerik à là
Cour s elfe répondit froidement qu*!! au*
roit pu lui donner quelque péffonne de
confiance cVfe difpenfer d'y aller lui mê-
me ; mais qu'enfin il étoit le Maître, &
qu'elle avoit fi peu de crédit fur lui qu'él-
it
DE WARWICK., 2:3*
le n'ôfoit haiarder de lui rien repréfenter
pour le faire refter à Twitnam : il la re-
garda d'un air chagrin , de fans lui répon-
dre , il forcit de & Chambre.
Elle entendit peu après atfez de broie
dans la Cour , c'étoft le Chevalier qu'on
avoit mis dans une Litière **& le Comte
de Dévonshire dans fonCarofTe qui le; fui*
voit r ils arrivèrent atnrl à Londres v on
le fçût bien- 1 et £ 1a Coii* y le Corn te de
Watvrick cV lé Comte de Petâbro* en fu.
rent les premiers àvcrriv, cette nouvelle
réveilla leur paffiorK Le Comte dé War-
vtrick ne pouvait efpcrer de parler à la
Comtéflc tant <fué fon Mari lui fervirôit
d'Argus , & fe Corrfte d'ePettbfrôtdlffoft
c<Stéf ftf rlata qu'ayant plus de liber té, elle?
vcttdroit peuevêtre en jouir , U le r cco
voif favorablement.
Il ne fit point de myftcre att» Comte de
Dévonshire de 1 fon Voyage àTttitnaitt;
bien éloigné de cela , il lui rdridît Vifite»
8t fe changea de fes Lettres pot» fa- Fem-
me : Mais 1 il ne dfc point au Comte dé
Wa* wieb cju'il aHoie voir 1* Gonf tcfl* ; il
lé regardait totijatfrs comifie fort Rival ;
KerTqué la- haÏHtf cju'tt avoit pour Mada-
me Grey fit etiPeéKvement quelque diver-
flon dafctf fori ceeur , & qu'il travaillât
avec application à la détruire » elle ni-
e croit pas fes démarches , Oc comme ci-
en faifok de fon côté de très- vives con-
tre lui, U Roi a'cmcmloic autre chofe
que
V--'
* 3 i LE COMTE
que des plaintes de fon Favori fur fa Mat-
trèfle , ôc des aceufations de fa Maitrefte
contre fon Favori. Il s'étoit lié d'incé-
rêc avec Elifabeth de Lucy , c'étoit une
Fille de qualité d'une beauté merveilleu-
fc. Dans ce ternes que le Roi étoic Cony-
te de la Marthe , il prit un tendre enga-
gement arec elle , la Couronne ne la dé-
truisit point dans ion cœur }. mats les-
charmes de l'eiprit aufE bien que ceux de
la beauté , qui fc rencontrèrent unis en
la perfonne de Madame Grey , faifoient
grand tort à la jeune de Lucy , elle le ref~
lcntoit comme une Maitrefle outragée > 5a
elle obligeoit bien fouvent le Comte de
Warwick à donner au Roi des Mémoires-
contre la conduite de Madame Grey. Ces
Avis étoient fufpccfc venans d'un homme,
qui lui vouloit tant de mal. Cette aima-
ble Veuve m'eft fidcllc , difoit le Monar-
que , pourquoi voulez- vous diminuer 1»
paffion que j'ai pour elle l or qui voulez-
vous qu'elle choifiue dans mon Royaume
pour me le préférer ? Si l'amour 5c la rai-
ion étoient toujours d'intelligence >. ré-
pliqua le Comte , Vôtre Majcfté auroic
lieu de croire que Madame Grey connoic
tout fon bonheur , ôc que j'impofe à la
vérité , lors que je lui dis des chofesà foa
defavantaçe : Mais , Sire , l'Amour cft
aveugle , eprouvez-la dans quelque ren-
contre , qui vous confirme la poflcflïoa
de foa cœur ». ou qui vous éclaire fur fa
coi*
DE WARW1CK. 233
conduite. Le Roi fatigué de tout ce qu'il
lui répé ~" * *' A '" 2 J: - "" "'"
qu'il ne
prcnoir ^
penfe à Vôtre Majefté , repliqua-t-il d'un
air libre & enjoué , mais j'aurai au moins
la fatisfeûion de faire mon devoir. Ah 1
lui dit le Roi , que vôtre zélé cft impor-
tun , vous pouvez me fervir en d'autres
©ccafîons , &mc laifler en repos fur ce
qui regarde ma Maîtrcfîe. t
Le Comte de Warwick ne fe rebuta
point , il informoit le Roi de plufieurs
chofes qui fc trouvoient prefque toujours*
fauffes, mais qui ne laiûoient pas d'attirer
de temps en temps des chagrins fenfibles»
à la belle Veuve 5 êc ce qui la touchoit
davantage > ce fut fon opiniâtreté à faire
valoir le mérite d'Elifabeth de Lucy > elle
avoit de grands intérêts à l'éloigner de
l'cfprit du Roi , de forte qu'elle ne gar-
da plus de mefures avec le Comte.
Voilà l'état où les chofes étoient à Wit-
ball , lors aue le Comte de Dévonshire
vint à Londres avec le Chevalier d'Hère-
ford > le Comte de Warwick qui ne pou-
voir oublier les charmes de la Comtcife
de Dévonshire, &qui fou haitoit pa flîon -
nément de l'entretenir , afin de lui flaire
des reproches & de regagner quelque cré-
dit auprès d'elle , s'il î'avoit entièrement
perdu , n'auroit pas manqué de l'aller
chercher à Twitnam , fans qu'il regarde»
com-
*34 LE COMTE
comme un Point efièncifcl à foti repos ô&
à Ton élévation de détruire Madame Grey *.
il avoit déjà frappé des coups pour l'éloi-
gner , qui auroient été bien certains avec-
tout autre qu'un Roi fore touché Ôc pré»
venu de la plus forte eftime : Mais com-
me il efpéroit que fa bonde Fortune lui
ai d croit à découvrir quelque choïe au de*
favantage de fon Ennemie , il difréroit le
Voyage de Twitnam.
Le Comte de, Pcmbroc qui avoit fe*
de/Teins , ne voulut pa« manquer de s'in-
ftruire de ceux du Comte de Warwick , il
l'embarqua aifement fur le Chapitre de
Madame de frrvon&ftire , & comme il ne
croyoit pas parler à fon Rival , il lui die
de bonne toi que fans une affaire de la
dernière conféquenc* qu'il a voi t à la Cour»,
il tenteroit à la faveur d'un diguifenvenc
de voir la belle Comtcfle. Pembroc fa*
ravi que le Comte de Warwick fe trou-
vât pour lors occupe de forte qu'il n'y pût
aller -, il ne perdit pas un moment à tra-
vailler au de (Tel n qui lui étoit vent» dans
rcfpric d'enlever la Corareffe , & : de la
mener fecrettement dans quelqu'une de
fes Terres où il la garderoit le plus long-
temps qu'il pourroit : il n'ofoit écouter-
tout ce que fa raifon lui repréfentoit la-
deffus j il étoit amoureux , c'eft tout ce
qui fe peut dire pour fe juftïfier.
H fie faire un petit Vaiffcau exwême-
ment léger 3 peint ôc doré , mais d'une
manière.
DE WARWICK. 235
nftaniére & jolie et fi bizarre, qu'il n'a voie
rien du goûc Européen ; il vonloic faire
croire qu'il arrivoit de la Chine. ; & com-
me il éeoit'impofïiblc que (tans un fi long
Voyage ce Vaifleau eût conférre Tair pro-
pre Ôt magnifique qu'il tfvoit , il difoic
que c'ctoîc par un fecrec extraordinaire.
Après avoir pris toutes les mefures nc-
ceifaires > il partit à la faveur de la nuit,
êc le lendemain l'on vit briller proche de
Twitnam cette Merveille flotante j il étoit
deflus habillé en Chinois & fi bien dégui~
fé > qu'on ne potivoit le reconnottre 5 ir*
, envoya un de les gens qui paffoir pour fon
Truchement , propoler aux Comtcffes
d'Anglcfey&deDévonshire'de venir voir
les Raretez qu'il avoir apportées-. Elles.
allèrent le même jour dans ce Vai(Teau >
où il avoir raflemblé tout ce que Ton trou-
ve de plus curieux aux Indes ; il ne s'eft
jamais vu un Marchand plus poli & moins
intérclTé $ il dit à la Comtefle de Dévon-
shire , en mauvais Anglois , que fi elle
vouloit venir le lendemain fans Madame
-fa Mère , il lui montreroit les plus riches
Etoffes Oc les plus belles Porcelaines de
rUnivers. Pourquoi , repliqua-t. elle , ne
voulez -vous pas que ma Merc y fort?
Parce , lui dit-il , qu'en partant de Pe-
kim j'ai promis à nos Pagodes & à nos
Bonzes*, de ne vendre la Marchandife
dont je vous parle qu'à de jeunes perfon-
ncs donc le goût a'eft point encore ufé.
*36 LE COMTE
La Comteffc ne pûc s'empêcher de rire de
la bizarrerie du Chinois ; elle ne retour-
na point au Vaifleau le lendemain , mais
elle s'y rendit le jour d'après > n'étant fui-
vie que de quelques-unes de Tes Femmes.
Dans le temps où elle étoit la plus oc-
cupée à choifir mille jolies chofes 9 oit*
a voit tendu les Voiles , êc le Vaifleau vo-
guoit déjà ; lors qu'elle s'en apperçùr , cl»
le regarda vers le Rivage , elle s'en vit af-
fez eloignie : Cette Promenade ne l'ef-
fraya pas d'abord > où allons-nous , dic-
etle au prétendu Chinois ? Nous allons
à la Chine» Madame » lui dit-il * l'Em- ,
pereur mon Maître m'a envoyé exprès
pour vous y mener. Ce Compliment la
fit rire , elle croyoit encore que cétoit
quelque Cérémonie étrangère , & que fur
le champ elle alloit revenir au Port : Mais
voyant qu'il n'en étoit plus queftion, el-
le fut faille d'une fi étrange frayeur qu'el-
le en penfa mourir , ne vous attendez pas
de m'emmener plus loin , je me d >nne-
rai la mort avant que d'y confentir. Le
Comte de Pembroc voulut la raflurer, il ,
lui dit : Ne craignez rien, Madame, c*eft
le Comte de Warwick qui m'envoye ici»
il faut qu'il vous parle ou qu'il meure, j'ai
ordre de vous conduire dans un lieu déli-
cieux , où vous le trouverez plus amou-
reux cV plus fîdclle que jamais.
La Comreffe encore plus indignée lui
dit a qu'elle ne rouloit le voir de fa vie»
&
DE WARWICK. 237
Se qu'avant qu'il pût fe rendre à l'endroit
où le, Comte de Warwick l'attendoit » el-
le fc précipiteroit dans l'eau > ou fe ruë-
roit de fes propres mains. L'excès de Ton
defcfpok paroiûoit fur Ton vifage ce dans
toutes fes aâions $ elle ne pleur oit point,
mais elle ehoififlbit d'un ail furieux un
endroit pour fe lancer dans la Rivière.
Le Comte de Pembroc écott à fes pieds
n'ofaftt/c faire connoitre , crainte de l'ir-
riter davantage $ il la conjura de s'appai-
f er , ce lui promit qu'il la raméneroit à
- Twitnam , en cas Qu'elle le voulut abfo-
lument : elle ne daignoit l'écouter , ni
lui répondre , quand tout d'un coup , com-
me il s'en défioit le moins , elle fe jetta
dans la Tamife. O Dieu ! que devint cet
Amant paffionné , il n'auroit jamais crû
qu'elle eût pris une réfolution fi contrai-
re à fa vie * ëc nq fongeant plus à mé-
nager la fienne , il fe jet» après elle.
.Comme il fçavoic fort bien nager , il la
prit par fa Robe dans le moment qu'elle
. revenoit fur l'eau; malgré cela ils (croient
Éris tous deux > fi quelques Matelots ne
; euffent promprement fecourus. Les
Femmes de la Comteûe jettoient des cris
épouvencables % elles la voyoient fans au-
cune connoiflance comme une perlonnc
morte.
Le Comte de Pembroc jugea bien par
ce qui venoit de fe ptûer au nom du
Comte de Watwick • qu'il rVavoit rien à
cfpércr
A
438 LE C O MTE
cfpércrfous le fie n propre 5 il prit le Par-
ti de ne fe point faire coiinoitre , 6c de
conduire la ComtefTe où il l'avoit prifej
Madame , lui dit-il , lors qu'elle fut un
peu revenue à foi , il n'étoit pas nécef-
t'aire de vous jetter dans l'eau , 6c ë'ex-
pofer vôtre vie, pour m'ohMger de tous
remener à Twitnam , l'on vouloit vous
rendre heur eu fe , vous y avez 4c 1* répu-
gnance , il feroit bien cruel de s'attirer
vôtre haine » quand on a£ cherche jqtfà
mériter vos bonnes grâces ; Sftvcz, Ma-
dame , vivez «pour up Mari jaloux * fuyez
vos véritables Ajqjs » c'eft uue bizarrerie
de vôtre Etoillc , doue vous vous repen-
tirez peut être quelque jour.
Allez, Fourbe, allez, Impoûeur, lui
dit-elle , allez réduire quelque peribone
moins vertueufe ou plus crédule que moi,
êc bcrâflcfc le Ciel que je fuis ici la plus
foible 5 car je vous feroisrcfieiràrleju&e
courou* que j'ai de la pièce que vous ve-
nez <lc me faire. En parlant amfî, ils ar-
rivèrent fî proche du bord de la Rivière,
qu'avec le lecours d'une longue Planche,
la Comtefle 0c fei Femmes Sortirent du
Vaiflfeau. Le Comte dePembroc prie ter-
re un moment après , il quitta for* habit
de Chinois ôr fe rendit à Londres , pen-
dant que fes gens voguoient d'un côcé
tout oppofè » Je qu'à la faveur 4e la mutt
ils mirent le feu au petit Vaiûeau , après
en avoir dté toutes les choies de prix
4ont il ètoit rempli. Cette
DEWARWICL 239
Cette précaution n'é*toit pas inunie
^jour empêcher qu'on ne découvrît un
«nyftére qu'il éioit iaiponant de cacher,
~par rapport. aux personnes intéceûees. La
Çomtcfie ide Dévonshkc «nvifagea tout
-d'un coup une -partie dos dépiatârs que
fon enlèvement allôk Ivà causer. Plu-
sieurs Bourgeois de Twitnam l'avoient
vue entrer dans le Vaft&au., q»i s'étok
«Soigné -avec Ja dernière diligence $ quel-
xujes atttees la vir^n*: tomber dans reau,
& que le Capitaine Gantois s'y jettoit après
eue ; tout cela £t un Spectacle où les Cu-
rieux, prirent part ; on fut k dire chez
le Conte d'Anglefey , la Comcene inquiè-
te du Sort de 4a -Fille , courut fur le Ri-
rage quelle «enok de <lefecndre encore
toufte mouillée 5 die lui demanda avec
beaucoup de hauteur , quelle Promenade
celle a voit faite ? La Cpmteue parut em-
barraffée > & cet cmbar*as devint fufpeâ
à (a Mère , de Cotte que 4à«s attendre là
reponfe, elle lui "dk qu'il s'agtflbit de
quelque tour de feunefc où l'amour avoit
plus de part que la râtfen. Je vous affu-
re , Madame , répliqua '4a Oomtefle de
Dévonshù-c , que cousine rendez la plus
grande injufliee du monde , vôtre efprit
eft prévenu contre moi , fi cela rr'étoit
pas , xojisfrfen croiriez <au récit que je
tous ferais de cette Avamure : mais je
fuis bien certaine <qtte vous -n^v voudriez
fês ajouter foi. Voua -ne devez point ju-
ger
i 4 o LE COMTE
ger de mes penfées , répondit Madame
d'Anglcfey ; parlez feulement 6c je ver-
rai fi vous êtes fincére ou fi vous ne Tê-
tes pas. Je fuis dans un état , ajouta la
Comtcfle de Dévonshire, qui m'empê-
che » Madame , de vous rendre compte
tout à l'heure de ce qui s'eft paflé > ce
fera , s'il vous plaît , dans vôtre Appar-
tement que je me juftificrai. Elles mon-
tèrent en Carotte > & la jeune Comteffe
avoit l'air fi effrayé , qu'on eût penfé ea
la voyant qu'elle étoit coupable.
Mais pour peu qu'on eut fait réflexion
qu'elle s'étoit expofée à fe noyer , pour
fuir le Comte de Warwick , ( car elle
croyoit qu'il la rai foie enlever , ) il eft cer-
tain qu'on ne l'auroit pas foupçonnee,
comme l'on fit, d'y avoir donné les mains*
Dès qu'elle fut arrivée elle fe coucha «el-
le avoit fouffert par fa chute dans l'eau >
mais elle fouffroit bien davantage par les
penfées qui l'accabloient : ce que le Com-
te de Warwick venoit d'entreprendre lui
paroifibit irrémifliblc dans les régies delà
Vertu Ôc de la Euen-féance s enlever une
Femme mariée , de fa qualité & de fa
conduite , c'étoit une Action fi témérai-
re , qu'elle ne pouvoir partir que d'une
pafilon (ans bornes ; il lui fembloit le
voir à fes pieds lui jurer un refpeâ éter-
nel > & s'exeufer d'en avoir manqué fur
la force de fon amour : mais clic ne laif-
foit pai de s'irriter contre luit Q^oim'cn-
fcrer,
DE WÂRWÎCK. 141
lever, di foi t- elle à la vieille Albi ne lyaeU
le opinion a-t-il tic moi ? peut-il marner
s'il 4'a fi mauvaife ? & s'il Ta meilleure*
peut-il' penfer que j'euffe Voulu refter tint
moment en Ton pouvoir'? Hclas ! côntt*
nubit-clle, je ferai aceufée de tout ce qui .
s'eft parTé J' & dans le temps où je veut
oublier le Comte de Warwick, que je
'me défends jufqu'au plaifîr de penfer à lut»
on croira que je confens à le fuivre dans
'iin lieu folitatre. Que je ferow heureufe»
ajoûtoit-ellc > fi l'on ne nv'avôit par fau-
vée du péril où je me fuis mife autour*
tl'hui ! que de difgraces épargnées dans le
cours de ma trille vie ! En dUànt ces
mots , elle pleuroic amèrement. v
AJbine prit Ja liberté de l'interrompre.
Il faudroit être bien injufte , lu» dit-elle,
pour vous aceufer <f une f choie où tous
avez fi peu de part*. Non, Madame, ne
vous alterniez, point , votre innocence
confondra vos Ennemis , de quelque ir- s
rite que puifle être le Comte de Warwick
contre vos rigueurs , il ne pourra s'em*
pêcher de vous admirer ôc de publier ve-
rre Vertu : L'on eft mal loiiéc pamun
Amant en colère , reprit la Comtdîe;
quoi qu'il put dire de moi , il pou rr oie
erre fuipccl : Mais Àlbine , qu'en croira
le Comte de Dévonshlre & ma Mère, je
fuis certaine qu'ils me regarderont corn-;
me une Criminelle. O jour fatal à «mon
repos 1 cruelle entreprife , par où rhe,
< fou /. L fuls -
1
24X LE COMTE
fois <• je attire ce dernier majheuf •
Elle parloic ainfi , lors qqe 1* ComtcT-
fe d' Angkt'cy. çntrt>,dan$ fa Çb^cnbrç 3 l'c-
ttoeion où;cUe*\ftpk trouvée, paj cous les
fujats d!aU*wresÂd£cb*g*îraqpU voies*
«gué fou âme «. Wi ayapt fait apprêtai»*
der de prendre un Paru tcop extrême
»vec(* Fille & ellcs'étok renfermée quel-
ques momens . pour chercher dans la
force de Ton efprifi la tranquillité donc el-
le «rote ibefoMi i en cffc.t , la Çoaueffie
4e .Dévonshige lui trouva, des jdifpofitjoa*
fi, ftvorajita , qeç (a crajntç cédant tout
4'ua coup à (a confiance , elle prit les
main* de Ta. Mère • elle les baifa plufieurs
fois , & lui fit un récit fîncére de tout
ce qui «'«toit pafli^ : fa ptévcnwon pour
le Comtfcnc l'empêcha pas dévouer qu'il
étoit P Auteur de cet enlèvement ; elle
s'imagina qu'il fuffifoit de 4ke la Mérité,
pout perfuader qu'elle la difoit : Mai* la
ComMe d'Anglefey rappella toutes 4es
impreflions qu'elle avoit déjà prifes que
le Comte de Warvick & la Comteflc de
Dévonshire agifloient de concert > fan
Portrait trouvé dans la Tabatière , accent
autres ckconftançca jointes a celle-ci, la
eoimiaqutrent que fa. Fille avoit le mal-
heur d?aitaer êc d'être aimée ; fon hu«
metjr févere ne pût fupporter fans em-
portement une îdèe qui lui faifoit envifit*
ger tout le péril où la Comtcflc ctoit e*-
poféej bien loin delà xonfolcr? eUePac-
caj>la
DE WARWICK. 14 3
câbla de reproches > elle lui dit que l'a-
veu qu'elle venoit de lui faire lui paroif*
foit forcé t qu'elle oc lui confioit que les
chofes qui alloicnr fans doute éclater |
mais qu'elle pénétnok (on caraâére faux
à travers ces airs de fimpKcttéAc de bonne
foi : qu'elle pouvoir compter qu'elle pren-
droit toujours le Parti de Monficur de
Dévonshire contr'etle * qu'elle kii pretc-
roit la main pour l'opprimer , puisqu'el*
le écoit afiex malheurcufe de fe biffer
prévenir par des fentimecs G propres à
faire rougir* Lu Comccfle de Dévonshire
refta fi. éperdue de la manière «font elle
avoir expliqué tout ce qu'elle venoit de
lui dire > qu'elle n'eut puis la force de fe
défendre * fon filencc acheva de la cou*
damner devant 6 Mère , & elle la quit-
ta convaincue que le Comte de Warwick
n'avoit tait la tentative de l'enlever que
par fa permiffion*
Bien que la Conueflfe d'Anglefey eût
l'efprit frappé de cette erreur » elle étoit
trop prudente pour négliger de prendre
toutes les mefurcs néceâSres , afin que
le Comte de Dévonshire n'en içtit jamais
rien , elle cherchoit a donner des allar-
me* à & Fille , dont elle ne vouloir pas
3u'elle éprouvât les eficts ,' &ù> fon envie
e la corriger , n'alioit point jufqu'à la
perdre- ' "■ t
Lç Comte de Dévonshire ne revenofc
pcfout plus à Tw*nam depuis la awfc-
^ r ■ - ■ La dV
,V
1*4 L E € Ô M T E
àfo du Chevalier d^Hcreford , fon amitié
pour tut , & fon indttit rcncc pour fa Fem-
me, l'art êtoien ta Londres 5 H fâifoic ré-
gulièrement fa Cour, s'il lui avoit été
pûffibie d'oublier que la Comeefïc écoit la
plus aimable pcrfonne du monde , il fc
f croit volontiers atraché à quelque autre 5
«tais il eft des «harmes dont l'împreflïon
ne fçaurok s'effacer , cependant il aurore
peut être ignoré l'enlèvement de faFem-
me , (i le Comte de Pembroc qui étott
revenu à, Wtthall , poffédé du plus noir
chagrin , ne fe fût mis dans Teiprît que
te meilleur moyen de fe guérir • c'étoir de
^occuper tout entier du foin de fa For-
tune i quelques honte* que le Roi eut
pour lui elles auroient été bien plus loin
s'il avoit vpulu : mais fa paflîon pour la
Comtefle lui tertoic lieu de tant de cho-
ses , qu'il préféroit le rdaifir de rêver à
die dans le fond de fon 'Cabinet » à tous
les avantages qui vouvoient lui Devenir de
fai f $ régulièrement fa Cour.
Il regretta alors le 'temps qu'il avoit
perdu.» « le defir de fe vanger du Com-
te -^kkftVarwick en l'éloignant de la fa-
veur/, l'obligea de s'attacher à Madame
.Grcy »' il gagna l'amitié d'Edouard Wo-
dewilk, Comte de Rivière» dont 4e mé-
rite le diftinguoit .plus que l'avantage d'ê-
tre Frère de cette belle Veuve j fa For-
tune bailleurs étoit fort bornée, le Com-
x* de Pembroc qui étoit un des plus grands
Sei-
DE \W ARWIiCK. Ml
Seigneurs d'Angleterre , ne voulut pù&
rien avoir fans le partager avec tyi.« De»
manières fi gçnéreufes touchèrent Mada-
me Grey de Feconnoiilance , âç elle og
trouve» rien à fouhairer dans lie Comte,
qu'une extrême averfion pour le Comt*
de Warwick , il luj avo/c même lai (Té eut
cendre , que s'ilavoit trouvé en fcnche?
min un autre Rival que Jc^oj,., il fe for
roic attaché à elle j ce comme elle étQÎa
extrêmement fage 9 & qu'elle, vouloir un
établiflcmcnc ferieux r elle n'aurois paf
été fâchée de l'aquérir aflea , fortement
pour qu'il pen(ât à i'épouUr $ il étoit,bic§
irait , magnifique + engageant ainfi.toiit
concourut à leur intelligence. . f , -
Le Comte de Pembroc fçavoit les fu-
jets de plaintes que Madame Grey avoir
contre le Comte de Warwick , il ne prit
pas beaucoup fur lui pour le haïr autant
qu'elle ,. ii en avoit des fujets oui n'é-
toient guéres moins vifs , & il fe fit un
plaifir de lui raconter comme une chofe
très-véritable , la tentative que, le Comte
venoit de faire , d'enlever la Comtefle de
Dévonshîre ^ le Vaiflcau orné tout ex-
près , le confenrement qu'elle y avoir
donné , & tout ce qui devoir fuivre ce
Projet , fans que par malheur elle étoic
tombée dans la Rivière , & que cet acci-
dent avoit dérouté l'entreprit^
Madame Grey s'étonna qu'une chofçfî
fînguliére > qui venoit d'arriver à huk
L. 3. licuèV
246 L E C O M T E
lieues de Londres , n'eût fait aucun éclat,
êc que le Comte de Dévonshire plus in-
téreffë que perfonne dans l'A ramure l'i-
gnorât , fi bien qu'il contiauctit de refter
à la Cour ; elle n'étok pas moins furpri-
fe du procédé de Monficur de Watwick,
û ayoït toujours paru attaché à fa nou-
velle MakrdTc , fes occupations d'àffiure*
& de plaifirs ctoknt Its mêmes , Ôc Ton
air paroifïbit tranquille : Peut-on , difoir-
ellc , fçavoir fi parfaitement l'arc de fein-
dre ? qui le fou pçonnerok, pendant quM
donne des Fêtes à toutes les Dames &
qu'il ne les quitte prefque point , qu'il
fonge à en enlever une , ôc qu'il fçache
Î>ar fa propre expérience l'obligation que
'on a aux gens qui troublent nôtre repos
de gayeté de coeur.
En effet , eUe convint avec le Contre
de Pembroc de répandre dans le monde
le bruit de cet Enlèvement , il l'inform*
de toutes les particularitez. Qui pou vote
les fça voir mieux que lui ? rien ne fût ob*
mis , fle comme elle ne gardoit aucunes
mefures avec le Comte de Warwick , elle
aprir cette no u Telle au Roi, & il y parut
plus fcnfible qu'elle ne Pauroit fouhaité.
Eft-il poffible , lui dit-il , qu'une perfonne
de tant de mérite & de naiflànce égare
& raifon jufqu'au Point de confentir à fe
perdre pour jamais ? fi elle ne vouloitplus
garder de mefures > que ncchoifîflbitcllc
préférahlcinent mon coeur * â celui d'un
hom-
DE WARWICK. HT
IrammeindifcfetBt volage.' Ces réflexion*
ftc réjouirent pas la belle Veuve % elle en>
totjgit plus chine fois ,..& prit fur elk-
même de fe taire. »o * v ,"'
Le "Rfri ébok fi rempli de cette Avantu*
re , q**ai*fli-t6t qàe le Comte de War*
wick partit , il lut en paria i fon éton-
ntment eaufa du*témt au.&fanfcrque * H
crût que Cétoit une feinte pour ne rien
avouer 5 de forte qu'il *'eà fàlhtt fort peu
qirtl ne tèriwfr en colère.
- lie Gtfmte de Warwtck ne, pouvoit «fia
Son cdrè comment expirer une A van*
9UPt «è l'on &i donnok tant de part,
btoi^fH'jt ify *n tût aucune ♦ il en «oit
6 Ottfûpé qu'il j»e>prQflok pas garde aux
iHWiVàri^i Al Roi ; car ils auroiem dû
toi-WbtXft tr&pierieux pour ne ft p&i
perfiiàiléf tout au ««oins que fon Makrt
penfefc * qu'à difoit v malgré cela il
ÇoOWva «tëjaifttf bit enlèvement prétendu
ett ttitferlfev tttfcis il ne laiiTott pas de vbu>
l*fe «^Màirdr^n diligence de te qui pont
^ Jftàafce Gr*? hai'ffoit trop Madame Je
DêrtMShiî* , poor perdre une fi bcllepc*
iaifièii de vangeanec , de forte que W
Mari fkr irtfotftîé^e ce qui s'étoit pafle à
9MliHifr4 * «jouta aifémem foi à fou
malheur • êc vint cH faire bar* au Che*
WHàç WHttâot&6\il fe partagea tomme
16 fierté propre. Mônfieur d« Pembrric
étok lé-r^ qui tenoit U ckf dt céSc-
L-f crée.
2»8 LE COMTE
crée* Il avoit le plaifir de defefpérer cou*
tes les perfonnes qui s'intérefibient au Sort
de la Comtt0e.de Dévonshire , cV de fe
ranger de fes rigueurs : à la vérité c'é-
tait d'une manière cruelle » il cft même
cerrain qu'il ne l'auroic pas mis en ufage
fans Madame Grey , pour laquelle il corn*
mençoit à avoir une extrême confidéra-
lion.
Le Comte de Warwick reflentit alors
toutes les peines de la jaloufie, il croyoit
îfitre guéri , il s'amufoit dfune autre pat
fion , avec quelque forte de goût ;_raa\*
il fe trouva, plus touché! & plus mallieu-»
rcux qu'il l'eût encore été. Il vtyottigué
la Comteflc ne Ta voit méprifé t que pou*
donner la préférence i uïi nouvel Amant,
il lui venoic là deflus mille chimères dans
i'efprit qui le perlécutojcnt, Quels Pro-
jets de vangeance ne. faifiûic-il point ïjl
vouloit devenir le Confiant di* Comté
deDévonshiix , pour lui ;dopncr,de%opn.
îàk violens contre fa Fejam*» il.Yqul&c
connoître fon Rival ; afin. 4e le .pojgnarr
deraux yVux de la Comtctfle , Ôc ilcrou-
voit que cet enlèvement avoir quelque
chofe de fi hardi & de fi peu régie» qu'il
fe reprochoit d'être encore capable ^'eili-
mer une perfonne qui venoic <}c s'çKfwfc?
à une telle Avancur*. \ • : , . ;>«m
. Le Comte de Pembrpc voulanj: jpujfr
de fon triomphe viade voir» ≤Ççr)$*
-ce de Warwick impatient de l'entretenir,
fe
DE WARWICKv r 4 y
ft donna à peine le temps de fermer la
porte de Ton Cabinet , pour lui dire qu'il
mouroit d'envie de lui parler de l'extraor-
dinaire enlèvement de la Comtefle deBc-
vonshirc, qu'on m et toit fur (on compte.
Il eft vrai • répliqua Monfieur de Pem-
broc , qu'on vous en charge , 9c qu'en-
fin il ne feroit pas extraordinaire qu'un
Paris comme vous, ravie une Hélène
comme elle l Si je Paimois encore » ré-
pondit le Comte , fa gloire me feroit trop
chère pour Pexpofcr, & ne l'aimant plus,
il y- auroit de l'extravagance de vouloir
me charger d'une affaire aufli délicate*
Qu'eft-ce donc , ajouta Pembroc , qui
peut avoir donné lieu au foupçon que l'on
a , que ce coup c'eft raie par vos Ordres ?
G'eft ce que j'ignore > de ce que je tâ-
cherai de découvrir , dit le Comte V mais
il faut que vous m'y aidiez » & que la
profeffion que vous faites d'être Ami de
Madame Grcy , n'altère point les fenti»
mens que nous avons l'un pour l'autre.
Le Comte de Pembroc l'affûta qu'il rc-
nonceroit plus volontiers à elle qu'à lui,
& qu'il lui avoûoit qu'auffitôt qu'on eût
dit ce qui a'étoit parlé à Twîtnam , il
avoit ajouté foi au bruit public ; mais
qu'il alloit s'attacher â pénétrer l'Intri-
gue, puis qviïl le fouhaitoit. Ils fe fé-
paterent les meilleurs Amis du monde.
Jti» dm Premier Zbm*i-
.. J
I J.
t.
*J . 4'-i'V»i i
.rît- !•.'?•*•';■'.' * :*•■•.•,*{-!>*. a^v • . v : •• ":
-' -"- T i - p k, '* ît "»'-t- ••4*«*%. r---. . „> - :.
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Ki.! , « f
IrvaBE?-?..
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COMTE
D E
WARWICK-
Par Madame DAVLNOT.
TOME SECOND.
ÛrPlmfrlmi 11 Psrâ.
A AMSTERDAM,
Chw. Jaques Dessoudes,
M. D C C. X V.
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LE
C O MX E
D E
WARWICK.
» i * *
• « . . ! • .
Tome seconb.
Épcndant le Chevalier d'He-
rtford „ mieux guéri de fil
grande maladie que de fa pat
?w.pjp».> Çoimeflè de.pt
.,<. hfteau defe^'rquejui^w-
fcit une Nouvelle ayffi étognaAts q^e f*»
4nlévemenq £ fc foui le pré^e^épour
fer la qucrelfe du Comte le Dcvonshitc*
{! iengeoic uns cefic 4 vanger k fieaac
SirticuGére : N'aimez rien .,. cruelle pet*
. ra* jMb n» a ***M .fgjjfc
z S 6 LE CO MTE
quefois ,Jç malheur de mes Rivaux nie
cpnfolera du mien > mais ne croyez pas
qu'il vous foie permis de faire un choix fi
înjuftc r non , je ne fouftrirai point que
le Comte de Warwick jouïfle feui de la
félicité de vous plâtre. " Quels Projets ne.
faifoit-il point la-dèflus* ? Helas ! que la
Comteucétok à plaindre, faV<rcu èc Ton
Innocence ne fuffifoienc pas pour la ga-
hïffrir dcrïureurs de Ion iftarf & itfes
adorateurs j plus r elle çtoit aimée, plus
ils la trouvoient criminelle , & glus ils>
vouloient lui faire de la peine.
Le Coince de Dévônshire & le Cheval-
lier .d'ÎJerçford. partirent cnfemble.pour
Twitnam. Us repentirent l'un Ôc l'autre
une fLfuiicufc émotion en approchant du
Château où la Comteflè étoit , qu'ils fu«
lent oyàge^id^)sSr^cetid|0s ynvpetit
Bois pour fc tranquiliifer un peu ; il fài»
foie frais, ; le Solçil écoit déjà couché yiU
mirent pied à terre , s'affîrent foîii des
Arbre» > & après quelques momens le
Comte dit au Chevalier :- Enfin vous ne
-Vous oppofeta? plus à ja 1 Vengeance que
jgmcâmiFiTMfera^ertôs d'enfermer
pour jatoais cette ibfîdclk , ôc Je lut fiu>
ire un traitement proportionné irâfiront
t|Ue j'en ai reçu. •* ]| ferois; bîç« raché^,
M^lord, répondit fc Chevalier > de vous
voir dans d'autres difpofîtiohs ; il n'y aj
point de Cachots aflez, obfcurs pour met*
tre roirc Femme ;il faut rcncfaaî^cr
• : corn»-
DE WARWICK. isi
comme «ne petite Lionne, & lui donner
les derniers dégoûts. J'appréhende la ten-
dareflè que là Mère a pour elle » ajouta le
Comte ; il efrhors d'apparence qu'elle
fouffrè que fon Château fer ve de Prifon à
fa Fille. : Myiord Stanley Viendra au fe-
cours de fa Soeur > il ieroic defagréablef
{>our moi d'entreprendre une; chofe dans
aqucllc j'échoiierois. Ce que vous dîtes
eft judicieufement penfé > reprit le Che-
valier , il faut les faire entrer dans vos
juftes plaintes. Qu'auront-ils à répondre
quand vous. leur direz, que vous êtes in*
flruit de fa mauyaife conduite , que fon
. Enlèvement, fait un: bruit furieux à la
Cour, que le Comte de Warwick ne
vous regarde plus que â?un œil ironique»
Se nue vos Ennemis, triomphent 4e votre
malneur ? Il cft aifé » dîjt k Comte , de
trouver deadexeufes v lors iu'on en ctiér-
che\poiirappaifer les deforares:d a uiieiÎ6pJ
turfe >. croyez-moi 4. puis cjue i ? eclat-ett» *
feittvne ménageons tien , il faut Tenle-'
▼er/à nôtref tour \ nôtsre ^diligence pré*
tiendra celle de fes Parais. Le Cheva-
lier approuva fort ce Projet , de la nuit
' ctott déjà bicnràvancée, qoand ils celte-
«iitïd'eiiîpjidér.^ ; . .'.1 *■ .
-: ta Corr^cflTekkvDévonshiDôfaJloir pref-
que colisj ks jdurs darisUemëmb Bois pleu-
rer» fes djfgrâccsj), & s'abartdqrmep â « fon
cnjtgrjn 1; elle trou voit: quelque. confola-
Urin dans P horreur de la nuit & du filcn-
*.-.... ce.
af8 LE COMTE '
ce. Bien qut tyladame fa Merc lui eûtôtc*
toute force de liberté » eUc âvoit eaéord
cclle.de s'éloigner de ceufc quiftocom*
pâgftoknt * & de rtftcr feftk àugLtang*
temps qu'elle vouloir Lfc ha»srd fliuarok
conduit le Gpmce de DOYohsMrc A foa
Coufin dans tin lieu, proche de cbluL où
elle ctok » permit qu'ils ne s'en apperçu-
renc point , (k qu'elle entendît leur ron-
verfattdn j car encore qu'ils pariafifett*
afltZtbas , clic fe trouva u proche d'eux*
qtfc {ans un BuhToa j£rc>éptii quitte» fc-
parott,; ils foutoient dTorcéicnt déco»*
rc*te» , :» . -\ •
., Son dêfefpoar ike égal à fon étonne*
inent Y eUe rtouva as: màlbéut s augaanw
tes par mille ctrtfonftanees; plus cruelles
te* unes inieJcs autres ^ «ttc connut alors.
qu'Une fuffifode pas «d'être innocence (tour
n!être ni aecnfteriti ptriénuwx^êe cnt^cU
le. aUofâ fournir triabiéce i twyptsilesîtiié*
duanecs que iWyeu&onfamifur ion
compte $.cllé connut encore que fonià**
ti fe portoic flbix rèfolarions tes phis^ \io«
lentes , êc que le Chttaifer d'Mcrèford
irrité cbnt réelle , profkoit de cette oc*
cafion f»ur .fe vançcr. de'Mndiffeitneo
qu'elle avoit pour lui j enfin* *He comme
qlwic Omît de Wàrtridr^tifaMui e*i-
rok tant de déplaifid yrt*iq*i if?â**c
mieux que pcrfoàrie ce «quitte étw <MN
pafck de foire pour ne pastothber enyfoa
pouvoir , étoicSjscdarcur tvahqattta des
injuftiecs qu'on lui faifoic. Ces»
DE WARWICK. 2S9
Ces différentes réflexions fc préfenté-
rent tout d'un coup à Ton cfprit -, elle de*
meura d'abord fi accablée , qu'elle fe ré*
folut d'attendre le fondre qu'on allbit lan-
cer fur fa tête , &defe laifler conduire où
le Comte de Dévonshire vottdroit. Que
m'importe, difoitelle, de mourir dans
une Tour ou dans un Cachot , d'être em-
poifonnée ou poignardée. > en quelque
lieu que l'on me mène > de quelque gen-
re de mort qu'on me deftine, j'aurai pour
confolàtion le fecret témoignage de ma
confeience , je fçaurai que je n'ai rien à
me reprocher , qtoe je n'ai point mérité
les maux qui m'accablent > n'en eft-cfc pas
aflez pour quitter la vie fans regret ? mais
«lie trouvoic en fuite que fa gloire étanc
inféparable de 6 juftiêcation » clic ne dc-
voit négliger aucun moyen de faire conv
rioître (on innocence * elle s'affermit dam
cedcfleïn, & le regarda comme unecho-
fe digne de fes foins. Mon , difoit-cllé,
je ne peux me réfoudre à fournir des ar-
mes â mes Ennemis * fi je les latte Maî-
tres de ma deftinée , je ne ferai plus en
état d'effacer les foupçons que Ton a pris
contre moi $ ne vaut-il pas mieux les fuir
& me cacher en quelque Heu I Le Ciel
qui permet que j'entende la converfation
de mon Mari avec fon Parent , ne fem-
t>fo»t*U pas m 'ordonner d'en profiter ?
Les momens me font» précieux. Helas ï
je nto| ai déjà que trop perdu. Où me
mettrai-
%6q LE COMTE
mcttrai-je en feurcté ? Comment fortfr
de ce Bois fans être entendue ? Grand»
Dieux I que vai-jc devenir ? pour me ti-
rer d'un Labyrinthe , j'entrerai dans un
autre.
Ellefe leva toute tremblante y elle n'o*
J'oie., partir de (à place -, le Comte ôc le
Chevalier cootinuoient de s'entretenir
avec tant d'application , qu'ils ne fon-
geotent guéres à. ce qu'on rai foie autour
d'eux * Je Vent qui s'étoit levé agito/r Si
fon les Quilles , qu'il étpit trè$\facile de
marçfer fans être entendu f elle prit en-
fin fa réfolution , ôc fc tirant douceneat
du voifinage de fon Mari , elle s'avança
avec la dernière diligence du côté deTwit-
nam > ne fçachant encore fi elle fe mec*
troit fur la Rivière , ou fi elle fe réfugie-
r«iç dans quelqu'une des Maifons de cet-
te petite VJWe. Malgrér cette incertitu-
de; ç{\c ne laûToit pas de fe hâter , & de
voir coût le péril qu'elle évitoit „ & tout
celui qu'elle alloit «ourir» l
. Une Femme de fa qualité , Ci belle ôc
fi jeune, devenir fugitive >fe fauver com-
me une Criminelle , pour fe garantir de
la rage de fon Epoux , ne pou voit guéres
cfpérer qu?une , telle démarche fut biça
expliquée dans le monde : mais les hor-
reurs de Ja Prifqn dont elle étoit mena-
cée j Ja. Konbloient 6, fort ,. qu'il n'y a
rien qu'elle n'eût tenté pour l'éviter.
Elle entendu dans ce moment du~bruit 9
«fc
DE WARWICK. 261
3c s'apperçût que c'étoit deux Chevaux
tjui n'étoient conduits par perfonnè j elle
ne douta point que ce ne fuflent ceux du
Comte de Dpvortshire ôc du Cbevalkr
d'Hercfqrd 5 clle : ne fe.tronrpok j>oint,
ils les avoientmal attachYz ; ôc ils retour-
noient .vers Londres. Aufli-cor elle fe jet-
ta fur l'un * elle <ô ta la bribe de l'autre,
pour qu'on ne pût la fuivre , ôc parfit
blus légèrement qu'un trait j elle avoir
ï>efoiivcîe-tirer des forcés deia propre foi-
quelques _
avant le jour (car elle était urrefort bon-
ne Cavalière) elle mit piei à terre, Jaitfà
fon Cheval , ôc fut chez fa Nourrice
oui étoit une riche Bourgeoife > très^
ndelle Ôc très- attachée à fon fervice :
mais la crainte d'être découverte l'enga-
gea de Renvoyer fur le champ lui acheux
un habit de Cavalier , dont die ft trave-
ftit après avoir caché fes, cheveux fous un
Bonnet , car en ce tcraps-Ji on nepor-
toit pas de Perruques i elle parut n" belle
cV fi bien faite , qu'on ne pou voit la voir
avec indifférence 5 fa taille éroit des plus
majeftueufes ôc des mieux prifes j fon air
avoir tout èhfemble de la fierté & de la
douceur , quelque chofe de vif & defpi-
rituel brilfoit, dans fes yeux, ôc le dégui-
fetrjentlui ét0ic fi naturel , que tout le
inonde y pouvbit être trompé * elle -ne
* * ' *■ trouva
i6i L E C O M T E
troun pourtant point que ce fût une af-
fcz grande feurcté , pqur fe cacher à la
vigilance deMonfieur deDévonshirc $ de
forte qu'ayant raconté à fa Nourrice tous
Icsfujctsd'apprchcnfion qu'elle avoit , el-
les tombèrent d'accord que cette bonne
Femme écriroit à Madame Digby cjui de-
meuroît à la Campagne > qu'eue lyi man-
4eroit qu'elle lui envoyon fon Fila, qu'il
lui étoie arrive une ucheufe affaire , êc
qu'elle la prioit de le garder jufqu'i ce
qu'elle fût accommodée.
Comme elle ne l'avoit jamais vu » il
n'y eut rien de plus aifé que de la trom-
per U-deflus. Madame de Dévonshire for*
tit de Londres en diligence , de peur d'y
être trouvée par les personnes à qui elle
avoit intérêt de fe cacher ; elle ne vou-
lut être accompagnée que d'un vieux Va-
let de fa Nourrice oui la conduifit jufcjues
chez Madame Digby , de qui revint fur
fes pas : mais avant que de parler de L'ac-
cueil qu'elle y reçût , il faut retourner a
Twitnam.
Les gens de Madame de Dcvonshire
ctoient aflèz accoutumez à lui voix paf-
fer plufîeurs heures au bord d'un Ruif-
feauqui traverfoit le Bois, & la nuit c toit
fort avancée avant qu'ils euflent rienfoup-
çonné de fon départ ; il n'y eut donc que
la crainte qu'elle fe trouvât mal , qui les
obligea de la chercher. Ils reftérent fore
furpris de rencontrer le Comte, de Dc-
vonshire
^
DE WARWIGK. 161
vooshirç & fqn. Çoufln , <|ui informè-
rent *'ib-avojfmc vu leurs Qwau*. &
3ui leur diren* dtaitr*;: dv* U plu* épais
u Bois p<m? (es faœftneir. Un* parue
©béï* à. cet q$oH» ô^l'a^r*: continua de
parcourir ^ l*g endroits PU l%Com«C&
fç fc cachou quelquefois , nuis leur pei-
ne fut inutjjc i clic n'y ©toit plus , çoa*
me je viens & ,1e dire , & le Chevet 4 qui
elle *vçit 4*ç k. bridé jouïftnt de; & li-
berté , s'étojt prompe^meftt ploigpi.
Le Comte Ô£ Pevonshire. igqQrojr que
ft Femme efo pafé ]a foirée dens, U Buts*
Lors qu'on lui aprit qu'elle, n* p»rpifcit
point , fc qu'en ne fçavoic ps* ce que
leurs Chevaux écoient devenus , il fttt
r Fcs-furpris , & il lui vint com 4*U9 coup
dans r«iprjt, que cette perte n.'étoitpojflt
Un effet du ha^rd , ôt que la Comtefle
y a voit plus contribue que perfonrw, U
en parla au Chevalier qui oc pût le croi-
re , il lui die qu'elle étott peuMtre ren
tournée toute feule au Château • qu'il y
falloir aller , qu'auffi bien quand ib von-
droient la fuivre , ils n>vo^enc pas de
Chevaux , & que te meilleur Paroi «noie
de s'éclaircir de ce qui fc pafioit;
Comme le Comte de Dévonshkc & le
Chevalier n'éroient pas revenue à Twit-
nam , depuis l'Ayantur e que la Çomeflo
avoiceufurlaTanûfc, leursjwrd&isurifto
4c embarraûe. Madame d'Aagtefcy crai-
£itok pour fa FiiJc le* efiw 4'ua efrm
irrité,
.A
. <
^4 LE G*0 M T E
irrité', cY fon premier mouvement fut
qu'elle reftât dans fa Chambre (ans venir
. dans la fienne » jufqu'à ce qu'elle eut pé-
nétré les diipofitions du Comte deDéyon-
shire : mais la pérfonne à qui : elle donna
cet ordre ^ lui dit cour bas qu'elle ne pa-
roifibit point , qu'on la cherchoit inuti-
lement ,- ôc que le Comte étoit dam ce
Bois en ȑme temps qu'elle.
; Ceçte nouvelle lut caufa une extrême
inquiétude > elle craignît t dut 7 d'uneotip
les plus finiftres événemens pour fa Fille)
ion teint changea plufieurs fois de cou-
leur j la violence qu'elle fe faifoic pour
cacher fa peine , contrifcuoit à la faire ,
paroitre.
; Le Comte de Dévonshirc & le Cheva-
lier dltercford : n*étoiçnt pas moins agi-
tez. . Ce dernier demanda des nouvelles
-et laComtefle , êc fi Ton pouvoir la voir
fans l'incommoder. A ces mots- Madame
d'Anglefcy ne fe fentit plus Maîtrefle- de
garder le nlence. Ah ! Mylord , dit-elle
a fon Gendre , vous fçavez mieux que
>perfonne où vôtre Femme peut être , je
*" n'ignore pas que vous ne Payez rencoa-
trée , puis qu'elle ne paroi c plus > que
lui avez -vous dit de fi effrayant ? elle
n'eft point revenue -, vous ne rendez ju«
ftice ni à fon mérite , ni à fa vertu. Le
Comte la regarda froidement , & lui ré-
pondit fans entrer dans aucun détail, que
s'il avoit trouvé la Comtcflc ils f eroient
revenus
DEvWARWICK, 16s
revenus enfcmblc , que Ton abfence lut
faifoit de la peine > qu'il la fupplioit de
trouver bon >qu'il envoyât la chercher,
êc q&'il y fût lui- même.* Il for tic de fa
Chambre, & donna ordre qu'on retour-»
nât'dans le Bois avec des Flambeaux. Tout
le tAhps ou'on mit à le parcourir fut né-
ce flaire à kdpomtcfle de Dévonshire pour
Jui donner lieu de fe mettre en feu r été.
Enfin , l'on vint dire à fon Mari que Ton
remarquoit les pieds d'un Cheval nouvel-
lement imprimez fur la terre > & que
c'étoit cq des endroits fi peu fréquentez,
qu'il y avoît toute apparence que la Com-
tcfîe ayoit pris cette Route. Le Comte
êc lej Chevalier le crurent, & partirent
pour s'en informer , ne voulant confier
ce foin a perfonne.
La piite qu'ils fuivoient les conduifit
vers àes hautes Montagnes -pleines de Ro-
chers & de Précipices j ils y perdirent les
traces qui les avoient guidez jufques- là.
Le jour ayant dilïipè la nuit , ils mirent
pied à terreau bord d'un Ruifllau, Ôc s'y
repofoient , loris qu'ils virent pafler devant
eux le Cheval du Chevalier d'Hercford,
qui n'a voit ni felle ni bride , & qui cou-
roi t de toute ù force 5 k Chevalier qui
ctoit toujours amoureux de la belle Cofcir
cciTe , penfa mourir de peur. N'en dou;
tcz point , Mylord , s'écria- t-il , vôtre
Femme s'efi tuée dans ces Montagnes > je
pénétre â préfent tout le myftérc , elle sT
T$me IL M enten-
f » #
%66 LE COMTE
entendu nôtre converfation, Se p«ur ft ga-
rancir de la vtngeânce que vous méditiez,
elle a profité de la rencontre de mon Che-
val ,- Se s'eft jettée deflfus ; elle Ta pouffé
â Taranture ; contente de fuir , elle n'a
point regardé où elle fuyoit. Helas ! il
la portée dans ce Défère $ il faut que
quelque mauvais pas ait fait tourner h
(elle > Se qu'en fe détachant , cette mal-
heureufe perfonne foit perte dans quel-
qu'un des Abîmes qui nous environnent.
Bien que la douleur fut peinte fur fon
virage , le Comte étoît fr occupé de et
qu'il lui difott , qu'il ne remarqua point
fe trouble du Chevalier. Toutes les ap-
parences aident à me perfuader ce que
vous dfices , répliqua- 1- il : mais il eft -de
certaines chofes , dont on ne doit parler
qu'avec une entière certitude, celle-ci eft
de ce nombre ; ft je difois que ma Fem-
me eft morte de la manière que vous le
dites, je ne fçai fî l'on ne feroit pas atfez
injufte pour me foupçonner d'y avoir eu
quelque part ; Se S nos conjectures font
faufles , qu'elle vive Se qu'elle fc retrouve,
je m'atrrrerorè mille mauvaifes plakante-
ries qui poufferaient ma patience à bout.
Je # Turs doroç d'avis qu'après avoir tout
employé pour fçavpir où elle eft , nous
nous retirions dans 4 une Maifoh que j'ai
au milieu des Bois j nous y pourrons at-
tendre réclairciflemcnt dont j'ai befoin.
'• Le Chevalier approuva ce deflein ; ils
} con-
DE WARWICK. x6j
continuèrent de chercher , & ne trou-
Tan© rien > ris fo rendirent »à i un. Vidage
o/rïb kppercuDqnc de raucnc.cdtf de ht
Montagne * ikentrérrnc. dans une» Mai*
fenneufc avec leurs gens* & donnaient
toupies -ordres* ^néceffairos > Jn>ùr vqoj** l'on.
allât à Londres de à mille outres endroits
à la quête de 1* Comteficif
^•Dcs quo cela, fat fini , Je Comte de le
Chevalier. remontèrent ;à Cbcvah, g*r+
danc l'un & l'autre un morne ifiJence<j il$
ne ipaifoien* point f pour : .a vioir - trop' < de
choies àJcidtte > le Comte ^s.'il eft ptr*
misn4cleucroir<^ orargnoia un peuàlsè Ci
Femme ne fe fût pas tuée , de le Grevai
hcT'cn avoir une fi horrible peur , qu'il
eue mt£ lieu de ïe. convaincre qu'il n'é*
mtipu%mà càmtaxti #vaJr/ofc s'eofrU
rer. ' La:j*kafor!<Stii^ haine agitoient le
Comte» l'amour^ ia crainte agitaient te
Chc¥àliar * Jfi&ïl pdffibk; , lui drtril, que
vous perdiez la plus aimable perfonne dâ
monde, qu&toosf cachiez, qu'elle eft mor-
te r -ô* que vou* foyer auffi tranquille
qae je vous vois ? Qui von* a dit , re»
pliqiua le Corme > que je l'ai perdue , de
ailojeluk tranquille ? tout mVnYéreCê
ëa»s la Sccnt* qtà fc patte , le rôlle que
j'y joui eft trop»cruel pour le- joiiér av-ec
icu&fërencc ;J mats il eft dc« petite» \Pttl
iic4efpécfc fi terrible , qu'on 1 les renferme
coûtes dans fon coeur * fans les donrtcr'cn
(pcftacl*. Vous pourriez les partager aVec
■) Ma moi.
»68 L E CO M TE
moi , die le Chevalier , notre amitié ett
trop étroite, ptflir ;«jitr ces réfenres vous
foient permîtes, &jelefcprensanffi com-
me des offenfts.: je ne içai ce, que vous
co jugez. 9 rt partit froidement le Xomie»
je fçai bien feu|cment a««ivous avjcz beau-
coup de dtfpofiiion a me faire injuflice.
Le Chevalier auroit pu lui alléguer fon
état » & lui prouver qu'il étoit encore plus
touché que luis, «ai* il ne jugea pas à
propos dé luh faire une telle confidence;
il s'obfcrvoitoncme , pour lui cacher k
déplorables fituation où il tfe troufok.
Enfin , ils» arrivèrent xbe^iU^GomtCi
Sa Maifon étoit au milieu d'une fombre
Forêt > il falloit des Guides pour pouvoir
y arriver fans fe perdre i il. n'y êtojt allé
en toute fa vie qu'une feule foi*. Ce vieux
Château avott quelque chofe" de fifuneite,
qu'il n'etoit que trop. propre à nourrir la
noire joloufie, double Comte fe fentoit
. Pendant qu'ils s'établiflbtenc dans ce
triûc Séjour ., le Comte d'Anglcfev & fa
Femme mouraient de déplaiSr à Twit-
sam. yXwctftitvde du Sort de leur Fille
leur caufoit des al larmes continuelles., plus
■e^ç leur étoit chère , &plu$ leur imagi-
nation étoit ingénieurs à' Jcs tourmenter.
JLe: Comte de DévonshW, qui. devoir, ja*
turelleroent revenir chez eux > tvoit pris
un autre Parti avec fon Ami $ Sis infe-
fW«i de cette conduite» que fa confeien-
cc
■ 1
DE W ARWICK. 2«9
celui peprochoit quelque Crime à regard
de fa Femme > tic qu'il rie pouvoit' foute*
kir leur vue ; ils donnèrent Ordre que
Fon s'informât par toUt de for* Son ; de
Madame. d'Angleféy ne pouvant être trart*
quille en aucun endrok > quitta la Cam-
pagne , & revint* à Londres i où Ton in*
quiétude la fu'ivitt a*ec : la* ntêdle vivacké.
Il auroir 4té difficile qu'un .Evénement
qui intérefloft-tant de perfbnns delà pre-
mière qualité , élut pu être long- temps
ignoré* à la C6ur. t,e Roi l^ût que là
Cbnïtefl© de Dévoftshire ëteh «lifparuêV
&* que Ton accûfofc- fon Mari dd lùraveit
fait un méchant Paru > il plâignoit ren-
dre menthe Sort d'VLhc fi aftnable Perfora
ne } & comme le Comte de Warwick en-
tra dans fon Cabinet au moment qu'il y
revoie , il lui dit- : Qne n'avez- vous pas
â vous reprocher y Mylord , .fur leCha»
^tred'e Madame de De vonstrir* ? on croie
qu'elle eft morte , ôc que l'extravagance
que vousr avez faite de Vouloir l'enlever»
hii caafe ce malheur. Ce Comte refta fî.
ftlrpris de cette nouveire , qo'il fut long-
temps farte pouvoir répondre ; tout- le
mérite Se toute la beauté de la Comteflc
Je renouvelèrent à tel point , dans fon
cceur ôc dans fone%it , qu'il reflehritk»
mêmes feu* dont ii'avoit brûlé. pour elle*
Ne jugez pas , Sire , dit. il au Roi , pap
les divers changement de mon viïage , &
par l'altération où je me trouve , que
M 3 j'aye
z7<* L B C O M T E
j'aye rien à me reprocher fur ce que me
dû Vôtre Majefté j je n'ai de ma Ttc ten-
te d'enlever Madame de Dévonshire • ôc
j'ai reflemi vivement la foibleffc qu'elle a
eu dans cette occafion en faveur de quel-
que autre que rnoi ; je me fiâtois même
que cela m'avoit guéri de la paffion que
j'avois pour elle : mais , Sire , je feus
coûte la forte de (es charmes par la crain-
te mortelle où je fuis de ne les revoir plus ;
Voilà ce qui me met dftis. l'état du mon-
de le plus déplorable. . Ses yeux fç cou-
vrirent de larmes s & le Roi l'ayant re-
marque : Vous la pleurez, Warwick, lui
dit -il ? Non , Sire , répliqua le Comte,
je ne fuis pas capable d'une fi grande foi-
bleffc. Ah ! pleurez, pleurez» s'écria*
t-il , il eft permis à un Amant chéri 'de
regretter fa Mai trèfle. Je n*ai jamais eu
lieu de la regarder fur ce pied , continua
k Comte , elle ne m'a témoigné que de
l'indifférence & du mépris > je le refîcn*
rois à tel Paint , que je m'étois attaché
ailleurs * je l'avois prefque oubliée > mais
j'avoue à Vôtre Majefté > que l'incertitu-
de où me met fa deftinée , me çaufe un
defefpoir dont je ne fuis point le Maître*
De quelque manière que vous en ayczufé,
reprit le Roi, (oit qu'en effet vous l'ayez,
enlevée , ou feulement que vous la per-
diez , je vous plains, & le meilleur Parti
à prendre, c*eft de vous guérir. Le Com-
te bailla la tête » fans rien répondre , fur
un
DE W ARWICK. *7t
un Confcil qu'il trouvoit difficile â fui-,
vrc ; 6c fon cœur étant preffé de dou-
leur , il fe retira le plutôt qu'il pût.
£n traverfant le Jardin de Withall , il
trouva le Comte de Pembroc qui fe pro-
mcnoic. dans une Allée fonibre. Le Com-
te de Warwick n'eut pas la force de fe re-
fufer la confolation de l'entretenir > il l'a-
borda d'un air fi trîfte , ^ju'il comprit
auffi-tor qu'il avoit quelque grand fujec
de déplaiur. Helas ! Mylord, lui dit
Warwick , je ne la verrai plus. Et de qui
parlez.- vous , répliqua Monfi'eur de Pem-
broc en l'interrompant ? Je ne puis par-
ler que- d'elle , continua le Comte de
Warwick > fe peut il rien ajouter au mal-
heur de la perdre ? Le Comte de Pem-
broc nedevinoit pas fur qui rouloit cette
plainte * & pour- s'en expliquer, Je vous
entends, lui dit- il , vôtre jeune MaîcreP»
fe fe va marier & quitter la Cour , vous
êtes bien fenfible à cette téparatkuû Pltic
au Ciel ! s'écria Mylord , qu'elle fût
l'objet de ma douleur , vous me verriez.
plus de courage ; il n'en eft pas de même
à l'égard de la ComtdTe de Ocvonshircj
c'eft elle , c'eft elle dont je déplore le Sort.
Son Mari vient de l'enlever de la Maifon
de fon Père ; on ne fçait où elle eft : tout
le monde penfe qu'il l'a fàcrifiéc à fa ja-
loufie 9 & l'on m'aceufe d'en être la eau te j
mais ce ne font pas les reproches publics
qui m'affligent , c'eft fa perte particulier
M 4 ré.
27* LE COMTE
rc. Vous fouvenez- vous , Mylord, con-
tinua-t-il , de cectc taille majcitueufe qui
fitrpafTe toutes les autres, de fonairp/e/a
de douceur & de noblciïc , de tant de
charmes enfin qui fe font admirer ôc ref-
peclcr. Avec toutes ces beautez > au mi-
lieu de Ton Pais & de fa Famille , cette
pauvre Femme n'a ptrfonnc qui prenne
f affirmative pour elle j ce nom terrible
de Mari impofe à tous {es Parens , fes
cruautez leur deviennent refpcdables. Hé
bien , je ferai donc le feul qui entrepren-
dra fadéfenfe > mais je la porterai fi loin,
que le Comte de Dcvonshire & ceux qui
le fécondent auront lieu de s'en fou ve-
nir. Il eut à peine achevé ces dernières
paroles , que tout tranfporté par fa colè-
re , il s'éloigna plus vice qu'un trait, fans
fe fou venir qu'il vouloir confulter le Com-
te de Pcmbroc. Celui-ci fut bien âife de
n'être pas obligé de fe contraindre devant
lui , comme il auroit fallu le faire. Dès
qu'il Peut perdu de vue, il fe coucha fous
un Aibre , ôt s'cnfénclit dans la plus pro-
fonde rêverie.
Quels fujets n'avoit-il pas de s'affliger»
puis que c'étoit fa pafTion trop violente
êc trop indifererte qui caufoit à la Corn-
tefle la perte de fon repos , ôc peut-être
celle de fa vie ? Il foûpira, de fermant les
yeux , il refta comme un homme qui va
mourir. Le nouvel engagement qu'il avoir
pris avec Madame Grey , étoit fi fort af-
faibli
1
DE WARWlCt Vrf
ftribli par le fou venir de la C*mte(Te de
Devonshirc» par tous les fentimens d'efti-
me qu'il dévoie à fon mérite , & par la
pitié qu'il reflèntoit 1 pour (es malheurs*
qu'il fouhaita mille fois que la fin de fil
▼ie pût fervir à la juftification d'une inn( -
cenec fi violemment opprimée. Oui, tfi-
foie- il , je vais publier routes les extrava-
gances que j'aicommifes $ je veux m'efr*
pofer aux fureurs de Ton Mari » à HridLs
gnation du Roi , à la colère de fst M aï*
trèfle *, & a la vangeance du Comté de
Watwick j je veux enfin être haï de tou-
te la terre , perdre mes Amis & ma For-
tune, 6c je ne ferai pas encore afi*ez«pui <n
II fe tourraentoit lui même r de fc /ai-
foie mille reproches , Jori qu'il fut abor-
dé par Madame Grey* Le Roi venoit c'e
lui rapporter avec quelle douleur le Corn*
ce de Warwick a voit apris ce qui fe pu*
blioit fur Madame de Devonshirc. Sa joye
pouvoit à peine fe contenir. Elle fepro-
menoic feule , pour s'abandonner toute
entière au plainr de la vengeance $ elle
envifageoit Ton plus cruel Ennemi dans un
état pitoyable j & lors qu'elle apperçût
le Comte de Pembroc qui fer voit fi b?en
fa haine contre le Corme de Warwick 4 ,
file fut i lui d'un air gai : Enfin , nous
triomphons , Mylord , secria-celle , îc .
Comte de Warwick payera cher le mal
qu'il a voulu me faire * fi vous fçaviez
toute, la douleur qu'il a eu quand Je Roi
.,'""' M s toi
*74 t E C O M T E
lui a dit que Ja Comteflc de Dévonsfaire
ne paroît plus , Ôc qu'on croie que ion
Mari s'eft porté aux dernières violences
contre elle , vous jugeriez aifément de
ma fatisfaâion.
Le Comte de Pembroc qui avoit le»
yeux fermez » les ouvrit , & ne foûtinc
Ion discours qu'avec la dernière impatien-
ce. Ofcrois-jc vous dire , fyladame , rc-
pVquat-il , que vous êtes trop vindicaii-
ye 5 bêlas ! decjucl Crime cft-cUc cou-
pable à vôtre égard ? Quoi , dit-elle»,
n'eft-ce point un Crime d'avoir fçû pbù-
rc au Roi , n'en cft - ce point' un autre
d'aimer le Comte de Warwick ? Ce Per-
fide qui me devoit tant d'égards , non
feulement par la profcffiofl qu'il a tou-
jours faîte d'être Ami de la Maifon d« Lu-
xembourg , qui cft celle de ma Mère»
mais aufli par rapport à tous les bons of-
fices que j'eflavois délai rendre» a^a cher-
ché qu'a me perdre > vous fçavez affe*
les Contes ridicules qu'il a faits au Roi de
gayeté de cœur , ce font des chofes im-
pardonnables , éc je vous avoue que tout
ce qu'il fouffre , & tout ce qui peut être
arrivé à laComtefte, ne me fuffit pas en-
core.
Hé bien , s'écria Pembroc > s'il vous
faut une nouvelle Viâime pour calmer
vôtre colère , me voici > Madame , je
vous demande la mort > comme le feul
bien que je fuis à préfçnt en état dcgoûfc
ter,
DE WARWIGK. 37*
ur. Ne me croyez pas moins coupable
«fcue le Comte de Warwick » j'aime la
Comtcfle de Dévonsbke plus que lui > je -
n'ai pas laifle de fervir vôtre haine contre
elle ôc contre mon Rival » quelle horreur
n'ai-je point de # ce Crime r je l'ai com-
mis (ans peine*» le reûentiment que j'a-
vois de ion indifférence » la jaloufîe qui
me tourmentoit - y en uiumot , le pouvoir
de vos charmes fiant canfe des Jantes que
j'ai faites contre elle j fi ma vie peut re-
muer à l'excès de ma douleur , je veux pu-
blier par toute la terre ce.qui le pafTe.
Madame Grcy écoutoit le Comte.de
Pembroc avec tant de furprife > qu'elle
ne concevoir pas que tout ce qu'elle en-
tendoit pût être po/fible > ellcrcfta long-
temps fans lui répondre ; mais elle Tac*
câbla en fuite de reproches & de mena-
ces* Il entendit l'un & l'autre , mais (ans
s'en émouvoir , fans s'exeufer , & fans
chercher par un retour à lui faire oublier
cous les écarts qu'il venoit de faire-
Elle alloit le quitter , (aific de rage &
de colère , lors qu'elle fit réflexion que
s'il partait au Comte de Warwick, il pour-
voit démêler que c'étoit par Tes foins que
Ton avoir répandu le bruit de l'enlève-
. ment de la Comteffe de Dévonshïre > Se
bien qu'elle eût lieu de croire qu'il feroic
difficile à l'avenir de lui faire tort dans
l'efprit du Roi , elle connoiûoic que le
Comte <fe Wargfck y avoit tant ;dc cré-
M 6 drt
276 LE COMTE
die qu'elle ne Youlut pas hazardcrlla cho>
fe ; elle prie on air moins terrible , &
pria le Comte de Pcmbroc de garder en-
core pour quelques jours le fil en ce. Que
hazardez- vous par cette conduire, lui dît-
elle ? je vous en fçaurai gré , ôc vous ne
trouverez que trop le temps de parler à
J'avantage de vôtre mcrveilleufe Comtcf-
fc. Il connut par ce retour à quel point
la chofe lui tenoit au coeur , puis qu'elle
Youloit bien malgré fa fierté naturelle Se
ion refiemiment , lui taire une prière. U
lui die qu'en l'état où il fe trouvoit il
croit û peu le Maître de fe taire > qu'il
aimoit mieux prendre le Parti de s'éloi-
gner , que de lui donner une parole à la-
quelle il pousroit manquer , que tout
rouloic fur la permiflion du Roi , qu'elle
fe chargeât de l'obtenir > cV qu'il iroie
dans une de fes Marfons de Campagne fe
cacher à couee la terre. e
Madame Grey goûta cet expédient ; el-
le fe fit force de l'agrément du Roi , &
l'affura qu'elle alloit lui en parler 3 elle
prétexta ce petit Voyage de ce qui lui pa-
rut plus plaufible > & ne faiffa pas d'avpir
de fa peine à faire confentir le Roi que ce
nouveau Favori s'éloignât. Vous voyez
la triftefle du Comte de War wick , lui dit-
il -> les fâcheufes nouyelles qui fe font
répandues de la mort de Madame de Dé»
vonshirelui font perdre Jaraifon , il n'eft
pas ca état d'être fouYçnc auprès de moi»
- - -- ^ .
1
DE WARWIÇK. »77
& je comptois que Pcmbroc rempliroiffa
place » jufqu'à ce que Pcfprit du Coince
fût plus tranquille. Madame Grey repli*
qùa que le Comte de Pcmbroc lui paroiC-
toit malade depuis quelques jours , qu ? il
pourrait en changeant d'air rétablir fa
famé » 6c fe mettre plûtât en état de re-
venir s enfin elle le vouloir, 6c ç'enétofc
aflez pour ne fe rendre pas auxraifonsdtf
Roi , il fe rendit donc aux formes, >
La jeune Veuve fit partir le Comte de
Pcmbroc avec toute la diligence poffible;
elle lui dit qu'il ne revint que lors qu'il
fcroit tout à fait guéri des Vtâons dont (a
tête étoit remplie > & qu'elle lui promet»
toit de ne rien négliger en Ton abfencc
pour fa Fortune. Faites ce qu'il voift
plaira , Madame , lui dit-il froidement*
je ne fuis plus touche d'ambition , il me
femble que je ne defîre que la ttiort, , U
je vous ferois plus obligé de m'en annon-
cer une bien prompte , que dç me laifler
vivre le plus malheureux de tous les hom-
mes. Eft-ce moi qu'il en faut aceufer?
repliq*a,«t-elle d'un air impatient, : mais
je vous pardonne malgré vous , je veux
bien vous regarder comme un intente qui
n'eft plus le Maître de ce qu'il fait * al-
lez chercher la raifon où vous l'avez per-
due , & revenez en état de me faire ou-
blier tous les fujets de plaintes que voua
me donnez. Le Comte de Perabroc fe
«étira fans lui sépondre v il ne pouvoit
M 7 kii
*?» LE COMTE
fcu pardonner l'éclat qu'elle avait ùit coov
ire h pauvre CormeÛè de Dévonshirc
Lors qu'il laitfa Madame Grey , elle
lentit plus vivement qu'elle eût encore
fric > qu'il ne lui étoit pas indifférent t
file craignit que bien loin de négliger &
uiftefle à la Campagne , il ne contraclâc
vue habitude avec elle qui paurroit intev
jcjflc* fa famé. U va» dit-elle, dans quel-
que Maifon éloignée du vende , tenter-
ier avec lcfouvcnir dclaComteâe dcDc-
yonshire, il fera difficile de l'en retirer >tl
y tombera malade j que fçai-je ? il y
inaurra peut- être i hefas J il y mourra.
Cette penféelui caufà une extrême peine :
tUe fut for» furprife de s'intéreiTer £1 ten-
drement à ce qui touchoit Pembroc $ fon
*uftérc Vertu s'en feroit effrayée , fi elle
pli voit pas eu à fe retrancher fur la For-
tune qu'elle feroit étant Fille & Veuve de
iknpks Gentilshommes , d'époufer une
perfonne défi grande diftinâion , &dans
fon inquiétude elle ne pût .s'empêcher
d'envoyer chercher le Comte de Rivière
fon Frère pour l'entretenir.
Il n'y avoit point à la Cour de fi joli
homme aue lui 5 il et oit parfaitement
bien auprès du Roi, indépendamment de
la faveur de fa Sœur j on le regardait
comme un des Favoris , & les bontez de
ion Maître lui attirèrent â tel Point la ja-
loufie du Comte de Warwick , qu'ils s'é-
foient voulu battre il n'y avoit pas long-
^r temps.
DE WARWICK. *7fr
temps. Pour empêcher qu'ils n'eu fient
aucun différend à l'avenir , le Roi leur
avoit preferit une conduite de laquelle ili
ne pou voient s'éloigner fans lui déplaire*,
ils ne laiflbient pas devoir un fond d'ai-
greur l'un Bour l'autre , que Madame
Grey avoit u bien nourrie , que' cela étok
irréconciliable s elle penfa donc qu'eue
ne pou voit remettre Pcmbroc en de meil-
leures mains que celles de fpn Frère, pour
l!empêchcr d'avoir commerce avec k
Comte de Warwick.
Dès qu'il fut entré dan» Ta Chambre».'
elle lui dit qu'elle vouloit lui donner lieu
de l'obliger , que le Comte de Pcmbroc
avoit un noir chagrin, qu'il alloick por-
ter au fond d'une Solitude , où loin de
diminuer il prendroit de nouvelles forces*
qu'elle faûoit profeffion d'être de fes
Amies , qu'elle le prioit de le mener â ut
belle Maiton de Grafton , & d'y aller pat
fer quelque temps avec lui : Vous vour
drez peut-être me repréfemer » continua"
t-elle, que vous -ne pouvez vous éloigner
(ans faire tort à vôtre Fortune > fiir tout
quand vous laifiez le Comte de Warvick
Maître du Champ de bataille : Mais, mon
Frère, fiez- vous fur la parole nue je vous
donne , de parler fi fouvent de vous au
Roi , que vous trouverez à vôtre retour
vos Affairer bien avancées.
U n'en fallut pas davantage pour enga*
ces le Comte de Rivière à faire ce quo
Ma<i
PÏW
2*0 LE COMTE
Madame Grey fouhairoit ; il lui dît que
cette occafîon de. lui faire plaifir lui écotc
trop précieufe pour ne la pas ménager,
qu'il alloic chez le Comte de Pembrc>c,
éi qu'il le perfu'aderoit aûurément de choî-
fir Grafton plutôt qu'aucun- autre lieu.
En effet, il le trouva comme il fe [5répa-
roit à partir. Ils croient déjà intimes
Amis , & le Comte de Rivière reignfrtc
d'ignorer fon Voyage , lui dit qu'il vc-
noit le voir , parce ' qu'il alloit lelcntfe-
main à Grafton. Avez- vous fait quelque
Parti 9 repartit le Comte de Pcmbroc,
2uî vous oblige d'aller faire en ce lieu une
lourfc de Chevaux ? Non , rcpliqua-t il,
je vais chez moi me délafler un peu de la
vie bruyante de la Cour > cYfî vous étiez
aflez de mes Amis pour y venir , je vous
en t fend rois compte toute ma vie. Je
par» , dit le Comte de Pcmbroc d'un aie
trifte , pour aller plus loin , jVû des rai*
fons prenantes de fuir ce qui me feroit le
plus* de plaifir. Le Comte de Rivière pa-
rut furpris de cette réfolution , il la corn*
battit avec tant' de- fuccès , qu'il lui per-
fuada de ne le -point refufer , puis qu'il
feroit au (Ti folitâire chez lui que dans les
Defcrts de la Thebaïdc.
Leur départ ne fut différé qucjufqu'au-
lendemain. Le Comte de Perabroc ne
rencontra en aucun endroit le Comte de
Wartvick , car ils étoient enferme*, cha-
cun chez, eux y ôc fe defoloient de la morr,
ou.
DE WARWICK. lit
ou tout au moins de la perte de la Corn*
terTcdeDéforohire. Elle écoit allée, com-
me je l'ai déjà die , chez Madame Digby,
où on i'avoit reçue avec bonté -, de bien
qu'elle parlât pour cire d'une médiocre
condition ,fon air impofoit û'fon qu'en
ne pou voit lui manquer d'égards > elle
étoit proprement vêtue en homme , &
fe faifoit appeller Jaime > qui eft un nom
très-commun en Angleterre. Madame
Digby avait deux Fil» déjà grands, ôeunc
Nu ce fort bien faite > c'etoit une Fille
mélancolique & férieufe , douce » t r es-
par ticu lier e , de qui avoir de l'efprit ; elle -
i'appclloit Lconore. Madame Digby vou-
loir la marier à Ion Fils aîné qui étoit pe-
tit , contrefait , & d'une humeur muti-
ne : cela étoit caufe que cette Femme
qui avoit de Pefprit , ne vouloir pas que
Lconore vît perfonne plus aimable eue
fon Fils , dans la crainte qq'elle ne Vint
à le haïr , & qu'elle refulâc fon confen-
tement pour une Alliance réfoluë.
Leonore pafloit fes beaux jours enfer-
mée dans la Maifon de fa Tante , lorsque
la Comtefle de Dévonshire arriva. Son
nouvel habit ne lui étoit point étranger s
iifembloir qu'elle étoit née pour le por-
ter toujours y elle ne faifoit rien qui ne
fût accompagné d'une grâce particulière,
cV le premier moment où elle parut cap-
tiva Lconore ; fes yeux accoutumez à De
voir qu'un Coufin laid & mal fait , ne
s'atta?
*8* LE COMTE
attachèrent plus que fur Jaime. Comme
die avoit refprit bien tourné , Jaime l'en-
tretint aftez fouvent , 6c faiioit naître
dans fename une tendreûe qu'il n'a voie
aucun defletn de lut infpirer.
/Sans compter qu'elles étoient de mêm«
Sexe j la Comcefie de Dévomhire aroit
tint, 1 de fujets de détefter l'Amour , qu'el-
le ne fe feroic pas permis la plus légère
plaûanterie oà il auroit eu quelque parr $
elle éroit toute occupée de fes malheurs,
incertaine fur le Parti qu'elle deroit pren-
dre à l'avenir , irritée contre le Comte
de Warwick, irréconciliable avec fon Ma-
ri 6c le Chevalier d'Hcreford , inquiète
des femimens de fa Famille , 6c des Hif-
eokes qui coirroicnt dans le monde fur
fon compte : toutes ces chofes écoient
aflex importantes pour mériter fon appli-
cation, 6c pour revenir Courent dans fon
esprit. Il cft vrai aufïi qu'elle fe aégK-
gepic avec excès 5 que fi elle fe trou?oic
1 dans le Parc , en quelque Heu folitaîre»
elle y paftbit la nuit à rêver , 6c que rien
ne l'en détournoi t que le plaifir d'appren-
dre à faire des Armes , & à tirer aufli jufte
qu'aucun hootme du monde. Madame
Digby avoir un Maître d'Armes pour fe»
deux Fils , qui voulut bien enfeiguer à
Jaime tout ce qu'il feavoir; de forte qu'en
peu de temps cette belle ComteiTc ne'dc-
vinc pas moins- dangereufe par fon bras»
Reliera voie toujours été par fies yeux.
Léo-
DE WARW1GK. , *£
Ixonore admiroît les progrès que Jai-
faifoit dans l'Art militaire $ clic avoir
évité jufques-là de voir fon Coufin , le
Fleuret à la main , (a figure lui caufortde
la peine ; ôc quand elle fongeoit qu'on
vouloic le lui donner pour Mari * fa*dou- '
ceur fe tournoit en defc(i>oir : mais de-
puis l'arrivée de Jaime > elle prenoit tant
de plaiiîr â fe trouver où il étoit » qu'elle
ne fe foucioic plus de la préfence de Dig-
by. 11 ne feavoit point comme il dévoie
expliquer ce changement ; mais après y
avoir bien rêvé , rite fit en fa faveur \ oc
dans l'excès de fa joye il pria Taime de lut
aider à faire un Couplet de Chanfon pour
fa belle Confine. Celui-ci s'en exeufa (ci-
chement , U mit Digby en fi grofle co-
lère , qu'il fauta à fa gorge. Se qu'il Pau*
rote étranglé s'il l'avoit pu. Au bruit
qu'ils ranoieiK , Leortojit fbrtit de fa
Chambre , de fans hefiter elle prie fou
Coufin parles cheveux , et le tira fi fort,
qu'il laiua Jaime. Ingrate , s'écria ce pe-
tit homme , fi vous fçaviefc le fujet de
notre querelle , vous le haïriez pour le
moins autant que moi ; je le priois de
mettre en Vers quelques Rimes que je
vouiois vous préfenter y il a ofe me ré-
pondre d'un air mépri&nt , qu'il ne fça-
voit point faire des Vers de commande*
cteque s'il travailloit pour lui , il en vien-
ovok peut-être à bout. Leonore regarda
fim Confia avec mépris , fans daigner lui
répon-
a84 LE COMTE
répondre 5 0c paflànt en fuite dans le Parc,
cjlc chercha un endroit écarté pour pleu-
rer des malheurs dont elle (e fcntoîr rr-
vement pénétrée.- ■ '
En effet y dpuis l'arrivée de Jsirae cl/c?
ri*avoit pjus goûté de repos* ' Dans les
premiers j\>urs fan cowr ne s'en éroic
point aJlarmé $ bien loin de cela , clic
41 voie regardé cette tendrefle naiiTanre,
comme un moyen de Te confolcr de lafc-
crette horreur qu'elle reffencoit pour le
petit Monflrc qui lut.étok deftiné : mais
elle connut peu après eue l'amour ne per-
fécuce pas moins que la haine ; elle ou-
vrit alors les yeux fur fa fîtuarion , & la
trouva d terrible , qu'elle ne cetfbit plu»
de foûpirer & de Ce plaindre.
Dès qu'elle fut au fond du grand Bois?
dont le Soleil a voit peine à difliper Fob-
fcuuté , elle s'agit au bord d'un Ruif- -
feau t .èi rêva long temps . puis.fc par-
lant à elle-même : Que veux- tu donc»
infortunée Leonore , difeit -elle ? eft-il
polit blc que tu fois af&£ ennemie de ta
gloire 9 pour avoir des ientimens particu-
liers en faveur d'un jeune homme M fore
au defibus de toi ? quelle* vûé as -tu, puis
qu'il ne peut être ton Mari ? Mais pour-
quoi ? rcprcnoit-clle , j'ai du bien & je
n*ai pas d'ambition ;,il n'y a point de lieu
fur la terre où je ne me trouve heureufe
avec lui , Ôc fans doute il regarderont corn*
me la meilleure Fortune du monde de
m'avoir
DE WARWIGK. itf
tt*avoir époùféc. Elle continua de falue
cent Projets agréables qui (c détruifircrft
en un moment ^.& de cette manière , va-
riant entre la crainte &?4'eipérance , elle
ne\ prenoit aucun Parti , A continuoitde
s'affliger -, lors qu'elle entendit quelque
bruit procrTe d'elle L* peur d'avoir été
écoutée par fa Tante ou par Digby , l'o-
bligea de fe lever brufqucmenr. Elle ré-
garda de tous^Ce* , & vit J*ime qui s**-
ioîgna.dès qu'il Peut apperçûc. ' * .
Elle juge* que c'étoit par rcfpecl: mais
n'étant pkusfe Maîtrcflc de fon cœur, el-
le PappeJla ôc kit fit, figne de Rapprocher.
Jl eft bien jufte , lui dit-elle en i où riant,
que je vous rafle des reproches de la ma-
nière dont vous avez refufé mon Courut,
quand il vous a. prié de faire des Vers
pour. moi. ? Jen&nfqrois trop mal aquit-
tc , repiiqua^-il % &je n'ai pas l'clprk
aflez iibrp pour , «l'attacher à ces fortes
.d'Ouvrages. : Di&s plutôt que vous êtes
occupé Tecrettement d'une paillon trop
forte , pour vous permettre de longer à
quelque autre quîà celle que vous aime*.
11 rcAa un moment fans répondre -, &
l'impatiente Uonoxe continuant fon, diù
.nurs : Vws gardez uni filencc bien inl
«elligible , dû-cJle. Ah / Jaune , vous
étesampurcua j c'eft peut *êtrc pour cer>
te perfanne qu$ vous vous êtes battu à
Londres > c'eft elle qui eft la caufe que
je vous çosinoif * quelle fatalité ? Jaime
repro.
1
%%6 LE COMTE
*tpreAant fes efprits lui dit : SI votfsfç*
iritz. toits les fujcts que j'ai 4c me plain-
dre île ma Fortune 1 voulue crofeiez pas
5)ue je iuite en eu* <km\>ccupir de cette
juulton j je •• stfeni ai jamais- ci* $ ib feu]
-pem de l'amour me fait novfrur Scroit-
jl poflibk que vous eufitez tant de baine
pour ce que vous ne connohTcz point ?
xcprit<llc.> il feut que : vous ayez aimé,
4tque vous fcyefc < mécontent : mais J
vous avez été malheureux dan*tUirèœj>s,
ce n'cïl point une rahon qui dom tous
v rebuter. Te me comtois un peu au x Aftr es
<c à la Phùlonoaue , je vois tout favora-
ble pour vous ; aimez tk vous ferez aimé.
Jaimè fut fort ftirpis de ce qu'elle lai
diloir. Belle Leonore , dit-il , je »e fois
pas aflez docile pour fui vrfc vos tconfêrif ;
je ne veux m'occuper -que dû foi* de ma
Fortune v In mieane oit déployable 5 f ai
irop de coour pour m'en accommoder ; il
faut que je meure ou«quv je parvienne à
changer ma deftinéc. Je connbk bien,
dît-elle , que vous êtes encore touché du
traitement que vous avez reçu de mon
Coufin ^cependant voua dcvêfc ; f*excu-
fer * fî vous; vous fou venez qu'iî a mille
fujcts d'être jaloux de vou*. De moi, re-
prit Jaimc, bêlas .' par quel enck^>k ? p
a vu v continua^t-elle d'an* air èiribarrif-
£6 i que je vous regarde toujours avec
plaiGr , que je ne peux m'cmpêdier de
your louer * il a peut-être encore vu que
•• . • " je
DE WAHWICK. 287
je pfnfc en vôtre faveur bien plus de cho+
les que je n'en dis.. Helas ! Jairoc',iM
?avez~vous point vu comme lui è ::.»
J'entends raillerie , répondic«il y , ■whjj
roulez, vous réjouir à mes dépens , A
poorr peu que cela vous faffe de plaifir^
l'y confens * mais foiftenez*vous que ma
complaifancc n'ira point juiqu'a vous lait
fer croire que je donne dans le Panneau;
& il n'eft pas moins vrai que 1 Vil croît
pciiïbkque vous vousafaif&ffozr jufytfa
moi , je me trouve dans, une foliation <.£
bizarre , que {c ne'profecpou d'aucuucde
vos bontez. Quoi i s'écria Leonore me
impatience , vous ne voudriez pas m'é>
pouler ? tous réfuteriez une fortune Û
avantageai ? Je paye*ois mal à Madame
Digby moipkalwé qu'etfé exerce i mon
e^axd, répliqua -t il Vous vous vàngeriex
au rat?) us de fou Hk, dir-elk. Ce moyen
ne 01c convienc pas, contimw*t~il j je
•veux travailler à mc*n rrpo* avant que de
fonger à l'hymen; Je reçois vâtre For-
tune, dit-elfe, je fuis riche, ôc je ferais
trop concerne de partager k mienne avec
vous* Vos Parem en icroienr indignes^
répliqua t.ii Je m'en vei rois aucun y réw
-pondir~e)Ic v noms irions dans le plus beau
Pais de Europe r noua ferions une cfptf-
<t d'Hermîiage dans, un Vallon délirieûk
où les fontaines eoulcroicnt doucement
entre les Saules & les Peupliers ; nous
aurions des Livres , des Inftrumens ,. des
Jardina
i88 LE'CO MT E
jardins cultivez , peu de Domeftiques?»
des Meubles amples 6c propres j éloignez
du monde , nos beaux jours cou 1er oient
comme un Songe. Tout ce que vous re-
stez de me -dire en cft déjà un , répondit
Jaime en foûnant y ôc je ne fçavois * pas
Qu'une auûl aimable Fihc que vous eût le
don de faire des Contes i perte de vûë.
Ah 1 ceffez , cruel , de me railler fur
une tendreûe que vous devriez relpeâer;
vous ne voyez -que trop les (entimens de
mon foible cour s je me dois encore ce
témoignage , c'eft qu'il n'y a rien que je
tVayc fait ponr les combattre , cela n'a
fervi qu'à me faire fouffrir , toujours pré-
fent à mon cfprit , vous avez decruit mes
plus férieufes rcfoiutions. J'ignore ce
que j'ai fait , dit-il , tout a été involon-
taire ; Je vous le répète» Leonore* nous
ne fournies pas nez l'un pour l'autre.
Cette Fille pénétrée de douleur de de
honte fe laiûa tomber comme une -per-
sonne morte 4 elle perdit toute connoif-
ftnee 9 ôc ne donna pas moins de peine
que de pitié à Jaime pendant qu'il la fc-
couroit. Hclas 1 difoit-il, quelle eft donc
«ton Etoile ? voici l'amour qui me vient
encore perfécuter. Je croyois avoir trou-
vé dans la Solitude un Azile contre luis
il faut que cette charmante Fille devien»
ne trop fenfible pour moi , ôc que je con-
tribue innocemment à la rendre malheur
jwufe*
L'eau
DE WARWICK. 289
L'eau qu'il avoic jettéefur le vifagc de
Leonore étoit fi fraîche , qu'elle revint
bien-côt à elle ; Tes yeux écoient à demi
ouverts , pleins de langueur & de ten-
dreffe y * elle avoit fa tête appuyée fur les
genoux de Jaime \ ils revoient l'un ôc
Pautre * chacun murmtfroit contre fon
Sort > lors qu'ils entendirent un grand
bruit de Cors ôc de Chiens , ôc qu'un
Cerf qui étoit entré par une brèche dans-
le Parc vint chercher un Azile aux pieds-
de Leonore. Tous les Chaûeurs le fui-
voient , ils en firent la Curée devant elle.
La Meute étoit au Comte de Rivière. Sa
Maifon n'étoit qu'à trois lieues de celle
de Madame Digby : mais il ne la voyoit
point , leur âge Ôc leurs occupariôns
n'ayant rien de commun.
Le Comte ne fut pas médiocrement
furpris de trouver la charmante Leonore
dans ce petit Bois avec l'homme le plus
beau de le mieux fait. Elle eut de font
côté une extrême peine qu'il l'eût vue
dans le temps où fa tête étoit appuyée
fur Jaime. Elle fe leva brufquement , ôc
voulut s'éloigner : mais le Comte de Ri*
viére n'ayant plus d'attention que pour ce
qu'elle fàifbit, il la fui vit ôc l'aborda d'un
air mêlé de crainte ôc de confiance.
Je vous ai interrompue > Madame , lui
dit-il , dans un temps où vous alliez peut* ,
être vous endormir , ne m'en voulez
pas de mal » vous êtes déjà vangée $ & fï
Tome I L N j\à
* 9 o L E C O M T E
j'ai dérobé quelques mornens à vôtre re-
pos , je dois craindre d'avoir perdu \c
mien.
Leonore connoifipit au£ peu Je Croa-
te qu'elle en étoit cenauë » cependant el-
le jugea bien que c'etoit un- hornmediâtn*
gué , 8c elle auroic p& recevoir agréable-
ment ce qu'il lui difoit , fi fa prévention
pour Jaime lui avoit lai (lé quelque liberté
d'efprit. Elle le regarda, froidement , as
lui dit : Si vous voua plaignez auffi peut
de moi que je me plains de voue, MyAer<f»
je ne penfe pas que vous puifîiem erre fâ-
che de m'a voir rencontrée » mais pouu
vous, laifler une entière liberté , je me re-
tire.
fille voulpîp s'avancer ver» la Maifoit
qui écoic fort proche , lorsqu'il cûayade
la retenir. Une id«ee comme la votre n*eft
pas facile a s'effacer* lui dit- il > jl ne fel*
îoit point vous voi*'* le mal eft fait , &
ne peut qu'augmenter par vôtre abience.
Leonore fe donna à peine le loifir de l'cn-
tendrç > elle rentra- chez elle j & le Com-
te craignant de lui déplaire s'il la fuivotc
plus loin > s'en retourna avec un chagrin
qui ne lui écoit pas ordinaire. 11 auroic
bien voulu retrouver. Jaime où il Pavait
JailTé , pour lui demander qui etoit Léo-
Àore , 6V i ça voir , s'il le pou voie , qui il
etoit lui-même. Sa euriofîté ne fut point
far is faite. Jaime l'avoir vu avec la der-
nière inquiétude > de. bien qu'il n'y eût
aucune
DE WARWICK. 291
aucune apparence qu'on reconnût la Com-
tcfle de Dévonshirc auflr parfaitement
traveftie qu'elle l'étoit , elle n'en voulue
pas courre le hazard.
Après que le Comte de Rivière eut re-
gardé de tous cotez , pour appercevoir
quelqu'un, il vit enfin Digby, êc il cou-
rut vers lui , pour le prier de l'inftruirc
de ce qu'il fouhaitoit d'apprendre. Cette
belle Fille s'appelle Lconore , dic-il au
Comte > elle eft ma Coufine , & fera ma
Femme avant un mots. Monûeur de Ri-
vière ne le regarda pas comme un Rival
redoutable : mais il eue pitié de celle que
Ton deftinoic à un homme 6 mal fait.
Il retourna chez lui. Le Comte de Pcm-
broc Pattendoit, avec fa mélancolie ordi-
naire. Le Comte de Rivière lui repro-
cha laparefiè qui i'avoitempâcbédeveni*
à la Chatte 5 il lui rendit compte de ce qui
sfy étoic pafle , & n'oublia pas la belle
Lconore , Jaime & Digby. Le Comte
de Pembroc dit qu'il connoiffok la Hère
de ce jeune Garçon ♦ qu'il avoir été chez
elle lors que le Roi fejournoir à Graffon»
qu'appareafrneat £1 Nièce n'y étoir pas
dan* ce tcraps-là , ou qu'on* U lut avoit
cachée. Quand on cft fart comme vous*
M y lord , dû le Comte de Rivière , ilett
de la prudence de vous éviter. Mato,
ajoûta-t-U > j'ai trouvé un jeune homme
auprès d'elle que je crois rrès-dangercux ;
&û Madame Difiby veut canferverleceeur
N % de
2 9 i LE COMTE
de fa Nièce à fon Fils , elle pourroît fc
dtfpcnler d'avoir de tels Hôtes» Ocft
peut-être encore un de fes Fils , continua
Pembroc. Quoi qu'il foit , répliqua le
Comte » il n'eft pas indifférent à Leono-
re i elle appuyoit fa tête fur fes genoux,
& pouvoir à peine détourner. 'fes regards
Î>our les attacher fur autre chofe que fur
ui. Ah ! que je voudrois bien fçavoir
cous lturs fecrers. Et qu'eft-cc que cela
vous fait ? Mylord 9 répondit froide mène
le Comte de Pembroc. Dites plutôt, s'é-
cria le Comte de Rivière , dites plutôt,
qu'eft-cc que cela ne me fait pas ? Eit il
poffible que vous ne voyiez point depuis
une heure l'intérêt que j*y prens ? Mon*
ficur de Pembroc ne daigna pas lui répon-
dre ? enféveii dans fa rêverie ordinaire,
il ne lui parla de fort long, temps, cVpen-
fk le defefpérer par fon filence.
Lé Comte de Rivière crut que laiflam
palier quelques jours fans voir Leonore,
ion idée s'effteeroit de fon cfprit. Il fe
trompa. De quelque côté qu'il allât il
Jiafïbit toujours proche de fa Maifon : mais
es murailles a voient été trop bien répa-
rées pour pouvoir entrer par aucune brè-
che i cV lt Comte de Pembroc n'avoir pas
eu jufqu'alors la complaifance d'y vouloir
aller > quelques Prières que fon Ami lui
en eût faites. Ne fuis -je pas auez perfé-
cuté par ma pafïîon ? difoit-il $ faut-il
que vous me tourmentiez de la vôtre ?
Laiflcz-
DE WARWICK. 493
Laiffez-moi recourner à Londres, ou cei-
fez d'aimer à Grafton. Le Comte ne pou-
voir s'empêcher de foûrire de l'air bruf-
que du Myiord ; mais il t rai toi t la con-
noiflance de Leonore trop iérieuferaent
pour l'abandonner.
Cependant cette belle Fille étudioic
toutes les démarches de Jaime ; elle n'eu
remarquoit aucune qui n'aidât à lui per-
fuader Ton indifférence ; Ôt c'étoit tous
les jours des fujets de la plu* vive dou-
leur. Quelle honte pour elle d'armer un
homme dont la naiflance lui était fi infé-
rieure, &de s'en trouver méprifée! quel
defcfpoir de lui avoir déclaré fes fenti-
rnens i toutes. ces chofes lui pareillement
fi humiliantes , qu'elle tomba enfin dans
une noire mélancolie , donc elle ne pou-
voie plus fe retirct ..
Digby le remarqua malgré Ton peu d'ef-
prit * ci fa jaloufie naturelle le conduire
à fe prendre à (aime de la mauvaife hu-
meur de fa Maîtrefle. Il lui faifoit cous
les jours mille brufqueries , de réfoluc de
le cuer s'il cr ou voit une main fi délie à qui
en confier le foin , car il n'étoit pas allez
brave pour le prendre lui-même.
Après avoir rêvé aux moyens de faire
réûflîr Ces méchantes intentions » il jetta les
yeux fur Ton Maître d'armes , comprenant
que perfonne ne s'en aquitteroit mieux:
mais il choifit mal. C'étoit un honnête
homme > & Jaime ne lut étoit pas moins
N j chec
294 LE COMTE
cher que s'il eût été Ton Fils. Il feignît
d'accepter cette Comroiffion , pour qu'el-
le ne tombac point en d'autres mains s ôc
il avertit Jaime des fîniftres deffeins que
Ton for moi t. Helas 1 que m'importe ?
s'écria- t-i) triftement ; ma vie ne vaut
pas la peine que je me donnerois pour la
garantir 5 je vous avoue que ie ferois feu-
lement fâché de trouver en vous un en-
nemi : mais Djgby n'a qu'à charger un
autre de m'aflafïiner , je ne m'en détour*
nerai pas. Voilà une indifférence qui me
dit bien de vos nouvelles , répliqua le
Maître d'armes , je ne puis la' tolérer s &
je vous demande en grâce de fongerà par-
tir > dans la crainte qu'il ne vous arrive
quelque malheur.
Jaime le remercia de l'intérêt qu'il pre*
noit aux fiens 5 & du refte il parut fi in-
différent fur un Projet où il y alloit du
tout pour lui , que cet homme fe trouva
obligé d'en parler à Lconore. 11 avoit re-
connu qu'elle le diftinguoit d'une maniè-
re avantageufe s & de plus c'étoit à cau-
fc d'elle que Digby vouloit du mal à Jai-
me. Il lui raconta ce qui fe pafToit , &
Tallarma étrangement. La violence qu'el-
le s'étoit faite pour le fuir & pour lui
témoigner une extrême froideur , cé-
da aux juftes raifons qu'elle avoit de l'en?
tretenir.
Ce fut encore dans le même Dois où
clic lui avoic découvert fes fentimens.
Elle
DE WARWIÇK. >2&
Elle l'aborda d'un air qui n'étoit pasmoir*
«rifle & moins cmbarrafie que la prenne-
rc fois. Le procédé que vous tenez de-
puis quelque temps , lui dit-elle , pour-
voit bien me diipenfer dé m'intéreâcr
pour vous ., fi je pouvais m'en difpenfor
moi-même :,mats la fatale defiinée qui
m'a rendue lenfibk â vôtre mérite, ne
me permet pas de fçavoir le péril où tous
«tes , iàns trembler pour vos jours. Oui,
Jaime, vôtre vie m'eft chère. malgré J'ir*-
gratitu de dont vous m'accablez j prenez
donc des me fur es pour la mettre en feu-
ré té contre le perfide Digby. H ne fume
pas à ce petit Monftre de me perfétuter
par fon importune paffion ; il faut qu'il
vous foupçonne d'en avoir trop pris pour
moi , Ôc qu'il vous immole t s'il le peur,
à fa jalouue. Je ne mérite pas , belle
Leonore > répliqua jaime > l'inquiétude
obligeante que je vous eau te 4 vous de-
vez me regarder comme un malheureux
-qui ne fçauroit répondre â< vos borniez,
vous devez enfin me voir périr fans dou-
leur. Et pourquoi périr* , lui dit relie,
Jaime } n'cft-il point. pofEble que vous
preniez le Parti que je vous ai offert?
Fuyez cette Marfon , mais fouffrez que
je partage votre fuite. Vos Ennemis ne
font-ils pas les miens 3 Allons dans tel
Pais que vous voudrez choifir , je ferai
toujours contente aver vous. Jaime fe
voyant plus prefic que jamais , pouflà un
N 4 pro-
^6 LE CO MTE
profond foûpir : Vous ne me connoif-
ïez point affcz , belle Leonore , lui dit-
il , pour vous déterminer û aifémcnc en
ma faveur > Ôc s'il faut vous l'avouer , je
fuis attaché par des liens fi étroits que
jienau monde ne peut les rompre. Quoi i
'vous, Vous êtes marié ? s'écria- t-ellcj
je perds toute efpérance > que ne m'avez-
vous dit plutôt le fecret que vous me
confiez aujourd'hui ? peut-être que Tim-
poffibiiité de réunir dans une affaire, que
je fouhaite auroic aidé a me guérir. Elle
lui fit beaucoup de reproches > & forma
xtans cet infiant la réfolution de mourir.
Ce -n'eft pas une chofe effrayante parmi
les Ahglois -, ils fe portent fans peine à
des extrêmitez ou les autres n'oferoient
feulement penfer : mais elle ne voulut
pas fe tuer , ni prendre rien de violent j
elle auroic appréhendé que Ton eût décou-
vert le fujet de Ton defefpoir 3 elle avala
donc un Poifon lent , dont les premiers
effets lui donnèrent un air de langueur
qui ne dioiinuoit rien de Ces charmes.
Cependant la Comtcfle de Dévonsbire
atrendoit avec impatience que (es affaires
puffent lui permettre de prendre un autre
Parti , que celui de refter traveftic fous
le nom de Jaime chez Madame Digby.
Elle recevoit fou vent des nouvelles de (a
Nourrice » qui lui rendoit compte du
bruit que fon abfence caufoit , & de l'at-
tention du Comte de Dévonshire pour la
cher-
\.
DE WARW1CK. 297
chercher. Bien qu'il ne parât plus à la
Cour , il y avoir de fî grandes corrcfpoa-:
dances , qu'il n'ignoroit rien de ce qui
s'y pafîbit > 6c non content de cela , il
cnvoyôit dans- toutes les Provinces pour
eflayer de la découvrir * de forte qu'elle
avoic beaucoup de mcfures à garder.
. Cette ieule raifon pouvoit la retenir
dans un lieu où la tendrcfle de Leonorç,
ôc la haine de Digby la perfécutoient éga-
lement. Ce n'écoit pas même à ces dif-
férentes peinas que fe terminoient les fien-
nes 5 le fou venir trop importun du Com-
te de Warwick revenoit à' tout moment
dans Ton efprit. Lors qu'elle fe trouvoie
au fond d'un Bois elle croyoit le voir ;
fon air , fa caille , le ion de fa voix , cet
efprit fupérieur aux autres , ces manières
engageantes : tout cela fàifoit de nouvel-
les impreffions que la folirude rortifioirv
Elle paûoit les jours dans quelque Allée
{ombre à lui faire des reproches , comme
s'il eût pu les entendre v elle découvroic
ainfi dans fon ame une inclination pour
lui qu'elle ne pouvoit vaincre j elle fe
vouloit un mal mortel , & tournoit con*
ire elle-même toute fa colère.
Le Comte de Rivière n'étoit guéres
moins à plaindre. Lés difficulcez qu'il
rrouvoit pour entretenir Leonore la r en-
doit à fon imagination mille fois plus pré-
cieufe. Il parloir (ans celle ^'elle au Com-
te de Pcmbroc , qui ne lui répondoit ja~
H $ mais
29». LE COMTE
mais rien fur ce Chapitre , de qui conti*
nuoic de Ton cote à lut vanter le mérite
te l'innocence de Madame de Dévonshi-
re. Comme rien ne l'ennuyait davanta-
ge , il évitoit de le jetter dans cette con-
vention autant qu'il lui étoit poffible.
Lors qu'il n'étoitpas le Maître de chan~
ger de dife ours , il gardoit un fikrnce
opiniâtre qui fâcaoit Te Comte de Peia-
broc. Je voudrois bien fçavojr , lui dî*
Ébit-il d'un air impatient > quel a été vo-
tre ddTein quand vous m'avex amené ici?
Vous eft- il entre dans l'efprir que je n'y
venois que pour être le Confident de vô-
tre amour chimérique, & qu'il ne me 6-
roit pas permis de me plaindre du mien,
& de chercher en vous un Ami qui me
confoleroit ? H ne s'agit point d'une Vi-
fion , répondit le Comte de Rivière j Léo-
nore n'eft pas un Phantome qu'on ren-
contre inopinément. Il fcrablfi que la
même Fortune qui nous Ta fait connoi-
tre , £e doit mêler de tout le refte pour
nous favorifer. Enfin , quoi .que vous
en dificx , je me trouve très.faifonnable;
Ja chofe eft toute différente à vôtre égard.
Madame de Devons bire n'aime riejn i &
fi elle aime > vous êtes bien certain que
c ? eft le Comte de WarWick- Un tel Ri-
val nefe détruit pas quand on le veut,;
c'eft perdre fon temps , c'eft perdre fes
peines j quel nom donacrai*je à votre
entêtement ?
Telles
DE WARWlCl 2
Telles ctotent leurs converfatkxis.
fe quittoient quelquefois pleins de dé
l*an centre l'artne ; nfats te Comte
Jtivâére ayant befoin du -Comte de Pei
broc \ il commença de érâter fa douleu
& en fuite il k conjura d'aller chez M
dame Dâgby, afin de parler à Leonore,
d'cirantiner Jaime qui lai a voie paru tr
aimabk pour n'être pas très-dangereu:
Les infbuices qu'il kn fit , jointes à
complaisance qu'il avoit marquée pour
foibJeue «engagèrent Pembroc dVl
chez Madame Digby » afin de trouver
moment favorable pour entretenir Le
nore. Le Comte de Rivière voulant s
vancer k ptoifir d'en fçavoir des nouv
les , foivie fou Ami su petit Pas , âc 1
vertit de l'endroit -où H le retrouver*
dans k Foret. Que je vais avoir d'imj
tience, lut dk-il en k quittant ! te
mon repos eft attaché au (uccès de vô
éonverfation j fi l'on me rebute , coi
pecz. que je fats un homme perdu. Vc
une paffion bien vive pouT avoir fi r,
d'efpccaaoe , répondit Monfieur de Pc
broc. Pourquoi parlez- vous ainfî, dii
Comte de Rivière ? Ne feavez-voûs |
par vdire propre expérience , que 1"
, peut aâmcrfai» efpotr -, & n'aurois-je ]
même ptas de raifon d'en avoir quevo
par rapport à la fituation de la Corne :
de Dévonshke ? Elle n'a eu que des
gueur* pour VOU$ > die eft mariée
N 6* i<
1
300 LE COMTE
vous fçavcz, qu'elle vous préfère le Com-
te de Warwick.
Il fut tellement frappé de ce que lui
difoit fort Ami > qu'il penfa refter où ils
étoient , fans pouvoir fe réfoudre "à s'en
éloigner/ Vous voulez , dit-il , me tuer
de gayeté de cœur ? que vous ai-jc fait
pour me rappeller de n triftes fouvenirs ?
11 alloic continuer fes plaintes , lors qu'il
en fut empêché par les inftances de Mon-
iteur de Rivière, qui l'obligea daller chez
Madame Digby. Il la trouva dans une ex-
trême douleur de l'état pitoyable où Léo*
nore étoit réduite. Le Poifon n'avoir eu
ue trop de diligence pour avancer la fin
e fa vie. Tout le monde pleuroit dans
cette Maifon. Il en demanda la caufe à
Madame Digby , qui lui dit que fa Niè-
ce n'a voit peut-être pas deux heures à vi-
vre i que Ton ne pouvoir la foulager, par-
ce qu'elle ne vouloir prendre aucun Re-
mède - y Ôc qu'effeâivement les meilleur*
Médecins étoient ceux qui connoiffoieoc
le moins la caufe de fon mal.
Le Comte de Pembroc foc touché de
pitié pour cette jeune perfonne. Il de-
manda' la pcrmuTion d'entrer dans ù
Chambre , Je Madame Digby l'y condui-
sît. Leonore étoit dans un grand Fau-
teuil , proprement coiffée , couverte d'u-
ne légère Robe de chambre' , bien qu'il
ne fit pas chaud : mais elle brûloit , eije
vouloit toujours être appuyée fur Jaune*
Je
DE WARWICK. 301
& qu'il foûtint fa tête. Elle le regardoic
avec de grands yeux qui n'avoient plus de
vivacité j fa pâleur étoic extrême , &
fans ceffe elle difoic : Je me meurs , me
lauTerez-vous mourir l c'étoient les uni-
ques paroles qu'on pouvoir tirer d'elle.
Le pauvre Jaime étoit inconfolablc de
Pcxt remité d'une Fille fi charmante 5 il
foûpiroit auprès d'elle. Il fembloit que
fesioûpirs la fatiguoient, ôc le regardant
d'un oeil irrité > elle côntinuoit de direz
Je me meurs , me laifîcrez- vous mourir?
Le Comte regarda la Malade avec at-
tention > il lui trouva delà jeunefTe de de
beaux traits. Son état étok touchant ,
ôc il fembloit qu'elle demandât la vie à
quelqu'un. Il lui fit un compliment au*
quel elle ne répondit que par un figne de
tête > & fes plaintes ordinaires continué*
rent d'un ton de voix fi mélancolique»
qu'elle arrachoit des larmes de tous ceux
qui l'entendoienf»
Le Comte de Pembroc leva les yeux
fur Jaime , & lui trouva une fi grande
refiemblance avec la Cojnteffe de Devons
shire ,. qu'il eft impofiible de dire l'agita-
tion qu'il reftenrit. Comme clic lerecôn*
nut dès qu'il entra , plus il la regardoir,
Ôc plus elle écoit embarrafféc. Les divers
changemens» de fon vifage , marquoient
allez fon inquiétude. Elle ferait {ortie dte
la Chambre , fi Leonore avoir pu lefouf-
frir t mai* elle ne vouloir point que Jaf-
N 7 me
jdi /. L E Ç O M TE
me s'éloignât j de' forte qu'il fe trouva'
expofé à toute la curiofîte du Comte de
Pcmbroc. Dès qu'il pût s'en approcher,
il Jui dit : Vous êtes Couvent auprès de
cette pauvre mourante ? Myiord , ré-
pondit Jaimc d'une voix baffe , crainte
4|u'iJ n'en reconnut le Son , je lui rends
tous les petits services dont je fuis capa-
ble. Apparemment , ajouta le Comte,
<que vous éces de Tes Parcns ? Je n'ai pas
•cet honneur , repliqua-t-il. Et que fai-
êtes -vous donc ici ? continua le Myiord ;
.un jeune Homme aulïi bien fait que vous
jKonrroit £e .placer avantageusement fans
xefUr à la Campagne. Au Heu de répon-
dre à cela , Jaimc lui dit : Myiord , la
Malade me veut pas que Ton parle fi pro-
che d'çl la*
Le Comte qui, s'étoit levé pour entre*
tenir jairae a fe plaça fur une Chaife d'où
jl pou voit le voir de l'examiner.- Plus il
te regardoit , & plus il lui trouvok i air
À les manières de la Comtcûe * Eit-cHe
véritabberoent échapée aux fureurs defan<
JMari ? difoit-il en lui-même > et ferok-
jp}Jç venue , , a in fi déguiiée , chercher on
jAzUe dans ces lieux ?,ll étoii enféveli
dans une profonde rêverie. La Couueiiè
4c Dévônshire l'examinoir , de commen-
<$oit â croire > que s'il ne la connoilîoir
pas encore avec une entière certitude ,. il
ne refterok pas long - temps ians la de-
couvrir.
~ ti Jamais
DE W ARWICE. 303
Jamais. embarras n'a «té égal à celui 4e
cette Daine : elle ne fçavoir i quoi le ré*
foudre. Dès qu'elle vît un moment pro-
pre , pour fe retirer , elle fortit prom-
ptement $ & n'ayant pas encore déter-
miné à ce qu'elle devoit faire , elle entra
dans le Bois , fongeant à la nécelTué où
die étoit de s'éloigner. O fatalité fan»
pareille ! s'écria- t-elic $ bizarre fortune»
me pourfuivras-tu long-temps ? De quel-
que coté que j'aille je trouve des Perde*
cutcurs. Les uns par une haine implaca-
ble confpirent contre ma vie > les autres
far une paffion que je ne puis approuver
ne me tourmentent pas moins. Fuyons»
fuyons dans un Defcrt où je puifle palier
mes triftes jours avec quelque forte de re-
pos. Elle prit en fuite. la réfolution de
partir : mais comme elle vouloir fortîr
du Parc » elle trouva le Comte de Pcm-
broc qui i'arrêta.
Il s'étott fi bien apperçû de l'inquiétu-
de avec laquelle Jaime étoit; forti de la
Chambre de ia Malade , quefes foupeona
augmentèrent. U attendrit jmpati<jmmei}E
que quelque chofe hii donnât] Jieu de le
chercher. Leon«re lui en fournit bien*
tôt 1 !occafion. Elle demanda où il étoir,
eUe s'affligea de ne le pas voir y ôc My-
Jord k levant d'un air cmprelTé, èefcen*
dit pour le chercher* & fut dans le Parc*
Leonore vous demande , dit-U à Jai-
me » mais je vous demande auffi , il tau*
que
3 o4 LE COMTE
que j'aye un moment de convcrfatlon
avec vous. Mylord , repliqua-t-il , je
ne me fens pas afiez a'elprit pour vous
entretenir ; vous fçavez qu'en l'état où
fe trouve cette pauvre mourante , il ne
faut pas que je tarde à me rendre auprès
d'elle. En achevant ces mots , il voulut
paÛer en diligence. Tous les doutes du
Comte s'étant confirmez par cette aâion,
h crainte de perdre un bien fi précieux
l'empêcha de garder des mefurcs , il cou-
rut a Jaîme , & l'arrêta avec quelque for-
ée de violence. Non , non , lui dit-il,
vous n'aurez point la liberté de vous éloi-
gner ; & le prenant par la main , il le
mena prefque malgré lui dans le Bots.
- Lors qu'ils y furent , le Comte le re-
garda y lès yeux découvt oient une partie
de ce qui fe paûoit danfrfon Ame. Ne pé-
nétrez-vous pas , lui dit-il , ce que je
fgai du myftére que vous me faites ? ado*,
rable Comtefle ; ne me refufez plus vo-
tre confiance. Quels regrets , quelles
larmes n*ai«je pas données aux foupeons
de vôtre mort ! Je vous reconnois f rien
*ie (fauroii furprendre ma pénétration; ,
contentez que* je tous fois redevable d'un
fecretquc jepoflede déjà. Le refpe&que
j'ai' pour vous , Mylord', répondît Jaime
modestement , nie perfùade plûr& que
vous m'avez pris. pour le fujet de quelque
raillerie» que de me laitier croire que
vous vous trompez/ dans ce que vous di».
tes::
DE WARWICK. 30*
tes ; mais enfin , oferois je vous demah*
der fur quoi fondé vous m'appeliez Com-
tefle ? Ah ! cruelle , reprit-il, pouvez-
vous croire que je m'y méprenne? Quoi!
ce cœur qui vous adore ne vous recon-
noîtroir plus 5 ces yeux qui vous ont
tant pleuré fe méprendroient lors qu'ils
vous voyent , & vos- rigueurs mêmes ne
fuffiroienr pas pour m'apprend reqtle vous
ères, toujours la même ? Je ne feai pour
qui vous me prenez , Mylord , repartit
Jaime d'un air chagrin : mais vous pour-
riez bien vous paffer de m'arrêrer lors
que Lecnore me demande. Pour qui je
vous prens , Madame ? continua. le Com-
te 5 Ah i je vous prens pour la plus in-
humaine per/bnne qui foit au monde}
vous n'êtes acceffible qu'au Comte de
Warwick ; cet heureux mortel difputc
l'empire de vôtre Cœur à tous vos Ado-
rateurs j vous vous faites un pîaifir feu-
fible de me maltraiter pour lui plaire.
Que de mépris , que de colère brillent
dans vos yeux ? Helas ! vous prenez
pour l'objet de vôtre haine l'Amant de
tous le plus rcfpeâueux , le plus tendre
& le plus infortuné.
La Comteffe le voyoit •& extraordinai*
rement touché , qu'elle en reflentit de
la peine 5 elle baifla la tête , croifa les
bras , demeura en cet état quelque temps»
incertaine (î elle lui raconteroit fes mal-
heurs , ou fi elle continueroic de lui ca-
cneg
3o6 LE COMTE
cher Ton nom. Il pénétra tout d'un coup
ce qui fe paflbit dans Ton Ame j & fe fc-
foic jetié à les pieds pour la conjurer d'à*
Voir une confiance' parfaite en lui , s'il
n'avoir appréhendé qu'on ne Peut vu:
nais que ne lui dit il pas iur l'obligation
qu'il Jm auroit de partager (on Secret avec
lui > Enfin elle ne* Je voulut point , ôc
ft'opiniltra à fe taire > elle fe contenta de
lui dire en deux mots qu'il y avoic beau*
coup de dureté à perfécuter une person-
ne qui n'a voit rien à démêler avec luis
tic là-deffus elle s'éloigna fi troublée,
qu'elle ne {çavoît plus ce qu'elle faifok.
Le Comte ne rétoit pas moins ; il ne
pouvoir fe déterminer fur aucun Parti}
li la fuivoit des yeux , & l 'auroit bien vi-
te atteinte , fi le refpect, ne s'y étoit op.
pifé. 11 tarda quelques raomens dans k
B^is j en foi te l'impatience de la revoir
l'obligea de retourner dans ia Chambre
4e Lcoftore ; mai* ii demeura fort fùr-
pris de ne l'y pas rencontrer. Elle de-
mandent Jaime avec h d erniére vivacité.
je vaw mourir , difoic-tlle , je veux lui
parler pour une chofe qui m'importe, ce
qui le regarde. Après lavoir cherché de
cous c&ez , Ton vint dire qu'il étoit
Monté à Cheva! , qu'on l'avoit rencon-
tré , qu'il «'éloignoit en grande diligen-
ce. A ces nouvelles Leonore 9c le Corn*
te s'afH'gérent également ; la première
pouffa un profond ibûpir , & pria le Corn*
•e de s'approcher. Vous
DEWARWICK. 3?1
Vous ferez furpris , Mylord , lui dit-
ellc , que n'ayant point rhonneur de
¥OU8 etre connue , je vous choififle pat
préférence a toute ma Famille , pour vont
rendre dépofitairc de mes dermercs vo-
lontez : mais comme je defire qu'elle*
foient exécutées , & que Digby * la Mè-
re n'enferoient rien, je me prometstant
de vôtre généro&é , que vous voudrez
bien remettre entre les mains de Jaimc la
Donation que je lut fais de tout ce que
j'ai au monde. Il aura lieu d'en être fur-
pris i j'ai le cœur aufli bon à fon égard
qu'il l'a mauvais au mien : mais peut être
encore que j'ai tort de me prendre à lui
de fon ingratitude. Car enfin , Mylord,
il s'agit des (entimens dir coeur dont o»
n'eft pas toujours le Maître ; je lui* de-
mandois autant de part dans le fîen qu il
en a dans le mien ; ôc malgré l'inégalité
de nos conditions , j'aurais confenti â
fépoufer r ail l'avok voulu t mais for*
indifférence ne m'a pas laine un doute
ngréable. Je meurs enfin , c'eft le feui
plaiiir qui n'a fçû m'ôter.
A ces mors » fes yeux s'emplirent de
larmes ; & le Comte qui avoit la derniè-
re difpofition à s'affliger , partagea vive-
ment fa douleur. Elle* s'en apperçût, elle
l'en remercia avec des paroles touchantes.
Je mourrois fatisfeite , dit-elle • d j'avob
vil faire à Jaime quelque choie qui me
marquât des (entimens pareils à ceux que
^ voua
/
3o8 LE CQMTE
vous me témoignez. Tout autre que lui ne
m'auroit pas dénié une fi médiocre con-
folation : mais fi fon cœur vous étoir
connu • vous feriez furpris de fa dureté.
Helas ! Madame » lui dit le Comte K je
ne le corînois que trop ; s'il fait les mal-
heurs de vôtre vie > il fait aufïi bien ceux
de la mienne. Que me dites- vous , My-
lord , reprit Leonore ? Avez- vous bien
entendu que je vous parle dejaime , de
ce jeune Garçon qui. étoit dans ma Cham-
bre ? Oui , Leonore , répondit-il , je
vous ai bien entendue ; & pour que vous
m'entendiez à vôtre tour , fçachez que
celui que vous chérifTez fous le nom de
Jaime , eft une Dame qui (croit encore
céans > fi je n'y étois pas venu j ma fata-
le préfence lui déplaît , elle me fuie , nous
ne la verrons plus ; mais quoi qu'il en
foit , gardez mon fecret aufïi religieulc*
ment que je garderai le vôtre.
Leonore éperdue & confufe des nou-
velles qu'elle apprenoit , ne pouvoit par-
ler. Elle avoit de la peine à croire, le
Comte ; cependant elle fou h ai toit qu'il
lui eux dit la vérité y il lui' fembloit que
fon repos & fa vie en dépendoient > elle
lui fit mille qu eft ions* Elle l'obligea de
lui jurer cent fois que ce n'étoit pas un
menfonge ; & pour ie leperfuader, elle
rappelloit à fon fouvenir mille chofes
qu'elle avoit vu faire à Jaime , qui con-
venoient bien mieux à une Femme qu'à
un
DEWARWICK. 309
un Homme» & qui lui fcroicnt devenues
fufpeâes , pour peu qu'elle eût été éclai-
rée.
Enfin 4 après avoir agité dans Ton et-
prie coûtes les circonftanccs où elle fe\
trouvoit , les approches de la mort com-
mencèrent à l'effrayer 5 elle avoit fait (on
compte de toucher Jaime d'amour ou de
pitié ; elle lui dévoie donner Ton Tcfta-
v ment , ôc lui déclarer qu'elle avoit pris
du Poifon i elle fe flâtoit qu'une preuve
fi extraordinaire de fa tendrefîe auroic
plus d'effet que tous Tes difeours ? mais
ce Projet étoit renverfé par Ton abfcnce,
& par les nouvelles que le Comte venoic
de lui apprendre. Elle revoit Ji-deftiis;
£c le Comte occupé de fa belle Comtefie
ne fongeoit qu'à die > (ans dire, un mot
à Leonorc
Elle reprit la parole au bout de quel-
que temps. L'aveu que je vous fais de*
mes fentimens » lui dit- elle , a du être fi
difficile pour une perfonne de mon hu-
meur, que tout ce qui fuit cette premiè-
re démarche me devient moins pénible.
Je vous dis cela» Mylord, continua- t-el-
le , par rapport à l'état ou vous me voyez ;
c*e(r l'ouvrage de mon defefpoif > je me
fuis empoifonnée. Le Comte frémit d'u-
ne chofe fi étrange. Eu il poffible, Leo-
nore, s'écria- 1- il , que vous ayez eu le'
courage d'attenter à vôtre vie ? Ah 1 que
1 je vous foffe foulager , & que je cherche
1 proro-
3io L E C O M T E
Eromptement les fecours donc vous avez
eiotn. Je n'y au rois peut-être pas de
répugnance . répliqua- r- elle , fi mes Pa-
ïens Pignoroicnr : mais ils m'accableront
de reproches , 5c ma Tance me forcera
de prendre fon Fils pour Mari. Le defir
d'éviter ce malheur n'a voit pa> médiocre-
ment contribué à me faire accorder la
préférence à Jaimc*
Le Comte voyant que Leonorc n'étoic
plus combattue que par fa vanité » &
quVJle conientoir de vivre » pourvu qu'on
ne fçdt pas qu'elle avoic voulu mourir»
Paflura qu'il alloit lui-même chercher ce
qu'elle fouhaitoit > ôc que fi fes affaire!
le raj>pdloient a Londres , le Comte de
Rivière lui apporterait du contre- Poifon;
que c'étoit un de Tes meilleurs Amis»
qu'il ofoit lui dire qu'il s'intéreflbit pour
cMe d'une manière fi particulière, qu'elle
pouvoir lui accorder fa confiance (ans
craindre qu'il en abufar.
Il partit avec la dernière diligence. Le
defîr de retrouver fon Ami , ôc de lui
apprendre tout ce qui s'étoit pafie , l'o-
bligea d'aller prompt emenc dans l'endroit
de la Forêt où ils s'etotent donné Ren-
dez-vous, Il y étoir encore û inquiet ôc
fi furpris de ce qu'il tembloit l'avoir ou-
blié , qu'il ne le lui pouvoir aflez dire.
.Mais lors que Monfitur de Pcmbroç lui
particularisa ce qui s'étoit patte , Ton ne
feauroie exprimer fon affliction. L'exrrê-
mité
DE WARWICK. $n
mité de Lconore ue lui cauia pas fauta*
ment un trouble extrême \ il s'allasint
de ion Rivai i & peafa tuoutrtc quand il
lui die qu'elle avoit bu du-Pojfrnt livou*
loit prendre Ja Pv*iU lur le champ , ê&m
d'aller chercher tous les Remèdes dont osi
fe ferc en de feublables occafion». i4
Comte de Pembroc ac lut coofeitta pa*-dt
faire cette démarehK. Si vous retour«t%
à Londres , die- il » te que vous es repam
riez fans voir le Roi « Madame Grqjr,
ils pour root le trouver mauvais * £ von*
leur faites vôtre Cour , H vous en coû-
tera du temps i de s'ils vous arrêtent , et
fera bien pis. Croyez -moi, reftex 4 Graft
ton } je vais partir , ii fout que je luira
ma cruelle deâûiée. Hclav I y ers at t-tt
encore une pareille ? Je retrouve Mada*
me de Devons ni rc far l'avanrure du mon*
de la plu* cattaof «foui re ; ii fomble quo
l'Amour vouloit me fiure quelques fir#
veurs i j'oibis me flâtçr , lors qu'il s'dk
montre. au(fi baibarç qu'à ton ordinaire.
Que vou cz-vou* donc tenter de nou*
veau ? lui die le Comce de Rivière. La
ration & le defcf r >oir devroteni m'avoitt
guéri , rcprk-il ,. mais ils mfont ctédVuit
iecours inutile.
Ils parvient de cette maoiéne, Ion
qu'ils arrivèrent. Le G 'tare de Pcmbroc
3 langea un morceau pendant quM acte»*
oit des Chevaux de Pùilc. Le Comte
de Rivière profita de. ce mosnent pour lui
faire
3 n L E C O M T E
fifre mille qucftions furLconorc. Pcrifcz
vous» lui dit-il, qu'elle (e guériflc de la paf-
fion qu'elle a pour Jaime ? Après s'être
ctnpoifonnée, elle voudra encore mourir
Eour lui Les chofes font dans un écac
[en différent â l'heure qu'il eft , reprit
Moniteur de Pembroc > je lui aï décou-
vert fon erreur $ 1a mort commence à
l'effrayer > 6c voue devez lui perfuader
que le meilleur fecret du monde pour ou-
blier Jaime , c'eft de vous mettre à fz
place. Il eft vrai , reprit le Comte > que
fi je pouvois la convaincre de cette nécef-
fité , j'aurois lieu d'cfpérer quelque cho-
it de favorable : mais fes maximes de les
miennes font peut-être différentes* Hé-
las ! ajoûta-til, il n'eft pas encore temps
de fonger à lui plaire ; fongeons à nous
la conlèrvcr. Myiord , je vous conjure
de ne perdre pas un moment pour m'en-
voyer du contre-Poifon : veuille le Gel
qu'il lui (bit utile.
Ils s'embraflérent 5 le Comte de Pem-
broc le laiffà tout occupé de fes pen fées $
il fut jufqu'à Londres enféveli dans les
Sennes > incertain de la conduite qu'il dc-
yoit tenir , foit en cherchant la Cotntcf-
fe , pour lui rendre tous les fervices dont
il ctoit capable , ou ne la cherchant point
de peur de lui déplaire par cet emprefle-
ment. 11 fouhaitoit même que perfonne
ne fçût qu'elle étoit encore au monde.
Le premier motif regardoit le repos de
DE WARWICK. 313
h Comtefle j il craignoit que le Comte
de Dcvonshire ne le troublât par un éclac
terrible * il ne craignoit pas moins les
iuires de h paffion du Comte de War-
Wlck - „ L'«« où il l'airoit vu depuis les
nouvelles de la mort de Madame de Dé-
vonshirc , faifoit connoître qu'il laimoic
toujours j ilavoit peur que s'illa retroù-
voit , fa paffion Se fa perfévérance ne la
touchaffent; Qu'il «ft difficile , difoir-il,
a erre éternellement rigoureufe à un hom-
me qui plaît , & qui m éri,e de plaire 1
ma* fi m, deftince pouvoir changer en
mieux, il foudroit que je trouvafle la
Comtefle , & qu'elle confentît de venir
chercher du repos dans une douce SoJiru-
de ou perfonne nepartageroit fou fecrer ;
jenfcrois le feul dépoficaire , jaideroi,
a la cacher. Dieux ! juftes Dieux ! s'é-
crioitil tranfporté de cette idée , vous
porterai-je envie ?
Toutes ces chofes agitèrent fon efprit
plufieurs jours de Alite } cependant fon
premier foin fut d'envoyer du contre-'
PoOon pour Leonore , qui en reflentic
•des effet, fi heureux , qu'elle «vint de
a ¥**i K ', £ ettc diK 8 ence *»«" fiite,
il chercha la Comtefle à petit bruit , ce
Toyoït le Comte de WarWick , fans lui
nen dire oui aDDrochâr A* /•» «...- .>i.~v
émojgnoic
""'" ,v » *t M,t * U1 «emoignoie pour ja per-
te de Madame de Dévooshire ne le tou-
T9nnll. O choit
3 i4 L E G O M T E
choit d'aucune pitié ; il nourriffoit la
douleur de (on Rival , il lui difoit fans
cette que la Comtcfle étoit morte ; enfin
le Comte de Warwick ne pouvant plus
refter à Withall , où Ton devoir Pappel-
loit à tous momens auprès du Roi, il lui
demanda la permiffion de fe retirera Sion-
hill : c*cft une belle Maifon qui n'eftqu'à
trois lieues de Londres ; il l'avoit fait
bâtir proche la Taraifc fur le chemin de
Windlor.
Comme le Comte de Pemfcroc étoit
revenu , 6c que Madame Grey le proté*
geoit autant) qu'elle nuifoit au Comte de
Warwick i elle engagea le Roi de le bif-
fer àSionhili > elle comptoir comme un
grand bien pour elle d'éloigner ce terri-
ble Ennemi > & c*étoic un bien pour lai
de le Jaiffer dans la liberté de s'abandon-
ner à la plus vive douleur qu'on 'punie
reflentir.
Il laiflà prefquc toute fa Maifon à Lon-
dres > il mena feulement Berincourt &
quelques Domeftiques , aufqucls il don-
na ordre de réfuter fa Porte à tout le
monde. Airifi renfermé avec lui* même,
il eut la trifte confobtion de fe plaindre
fans témoins , & de pouvoir rappeller £
fon (ou venir toutes its circonstances d'un
engagement qui le latâbit fans aucun ef-
poir.
Dans l'excès de fa mélancolie , il prit
la réfolution de palier en France. 11 vou-
lut
DE WARWICK. 31;
lac s'arrêter à Calais dont le Roi lut a voit
donné le Gouvernement ,» ce bien qu'il y
eût Vaudair , Gentilhomme Gafcon , au-
quel il jurait une entière confiance : ce
Jtofte fitojt fi beau & fi ■ digne d'envie,
Su'il fallait une pafficm du «caractère de la
enne pour la Comtefle de Dévonshirc,
pour refter en Angleterre.
A quoi iuis-je réduit , difoit-il à Bc-
rincourt ? je veux fuir la Cour , je veux
quitter Chcifcy & Sionhfll , je veux en-
nn m'élojgner de ceJLoyaume , parce que
{put n'y rappelle le Convenir demaCoaa-
AeUfi. Mais. Mylocd, repliquoit ce-Gen-
f jlhomme , pouvez - vous croire qu'un
fouvenir uîcher ne voua ftjivra pas en
.quoique endroit que vous saliez ? àvez-
jvems oublié tes triftes jours que vpus paf-
fâtes à Caerleon ? Que ce temps eâ dif-
férent .de jceluû ci ! s'écrîa*tjl; jeeroyois
*vcc àiïtï. de raifon que la Comtefle ne
Aie?haïl&tt <,pasL> ôc je fçavois qu'elle étojt
«n repos au .milieu de toute fa Famille ,•
jl n'eft pi us queition des mêmes choies }
•ciller m'atécritavec le dernier mépris , elle
j?*ftiatt enlever. Quelle démarche, grand
JDieu » pour une Femme d'un mérite fi
diftingué ! Que lui avoiVje ftit pour ne
répandre pas fur moi (es faveurs plutôt
iquefur un autre Amant ? Pou voit- il lai-
mçr comme je l'aimois ? Cependant ce
,fut dans le deflein de lui faire un Sacrifi-
ce agréable qu'elle rompit avec moi:
O a mais,
3 i6 LE COMTE
mais > conrinuoic-il , tout ce que je ràp-
{>cllc à mon fouvenir cft à préfeht inuti-
e y je ne peux douter de fa more ; Ton
cruel Mari l'a facrifiéc à fa jaloufie ; je ne
fuis que trop vangé , & je ne penfe plus
à elle que pour me perfuader qu'elle n'a
pas tant de tore a mon égard, comme je
me le fuis figuré > je veux la croire ri-
delle , pour la regretter le refte de ma
rie.
Le Comte avoic fouvent des conven-
tion* femblables avec Berincourt , Ôc s'il
.gardoit le filence , ce n'étoit que pour
s'abandonner avec moins de diffraction
au fouvenir de Madame de Dévonshire,
il n'étoit capable que de cela. Le foin de
fa Fortune ne l'occupoie plus. Tous les
coups que Madame Grey y portoit luidc-
venoient indiiféfens.
Les Comtes de Pembroc ôc de Rivière
auraient pu mettre à profit une abfencc
qui leur étoit û avantageufe » s'ils en
avoient été capables eux-mêmes. Lèpre*
mier plus touché qu'il l'eût été de fa vie,
ne s'occupoit oue du foin de chercher
Madame de Dévonshire aflez fecrette-
ment , pour ne répandre point dans le
monde une nouvelle qui auroit pu avoir
de grandes fuites. Le fécond ne (bngeofc
qu'à Lconore. Le contre- Poifon qu'il
lui porta fut reçu avec empreflemenr.
Cette belle Fille ne vouloit plus mourir,
elle en avoit perdu l'envie dès qu'elle
avoic
DE WARWICK. 317
avoic feu que Jaime était une Femme s
elle eue honte de Tes foiblcflcs , & ne
fongea qu'à fe guérir d'une pafhon mal-
heureuse qui ne l'avoir que trop tour-
mentée. Le Comte de Rivière n'oublia
tien pour la perfuader en fa faveur s U
comme les foins qu'il lui rendojt auroiene
pu devenir fufpeas à Madame Digby > il
lui die adroitement qu il ne confieroit à
perfonne la conduite de fon Remède,
qu'il falloic qu'il en vit les progrès tous
les jours » & que cela durerait long-temps.
Toute la Famille de Leonore témoigna
beaucoup de reconnoiflance pour la pei-
ne qu'il vouloit prendre > l'on fe garda
bien -de l'en empêcher ; il y alloit de la
vie de Leonore , & tous ceux qui la con-
noiftbient paroiflbient également intérêt
fez à fa confervation.
Cependant la fuite de Jaime faifoit quel-
que bruit. Une des Femmes de Leono-
re avpit entendu plu (leurs chofes de fa
converfation avec le Comte de Pembroc s
elle raficmbla d'autres circonstances qui
lui aidèrent toutes à la convaincre que
Jaime étoit travefti , & que ce n'étoic
- point un homme. Elle die là-deflus fon
leotimenc à Ces Amies qui en parlèrent à
d'autres ; de forte qu^en peu de temps le
bruit fe répandit de cette Avanture , à la-
quelle on ajouta tout ce qui pou voit y
manquer ; & le Comte dcDévonshire qui
tvott des Efpions en mille endroits > fçût
' O $ bien-
3i8T LE COMTE
bie&'tât ce qui s'étoir pàfle chez Madame
Digby. La- nouvelle en vint auffi à Lon-
dres* ; on lecontoic de cent manicres<iif-
férentes. Le Roi Ôc Madame Grey firent
des questions au Comte de Pctnbroc qui
Pembarratférenc fort. Il eraignoit que
Madame de Dévonshire ne faceufât <Pa«
ton* divulgué Ton fecrer. Ouf , s'écrtoit-
Ht , je fuis aflez malheureux oour oublie
firffe rooicr for mon indiferétion le dé-
nouement de toute cette affaire, moi qui
lui fuis plus fidelie qu'aucun de Tes Amis,
êc qui enoifiroit plutôt la mort , que de
lui caufer It moindre mal , je fuis certain
qu'elle jugera tout autrement.
Le Marquis deMontaigu , quiétoitun
des plus honnêtes hommes. 6c le plus ai-
mable d'Angleterre , a voit une fi tendre
amitié pour le Comte de Wawwck foa
Frère , qu'il ne îaiflbit échaper aucune
occafîon de lui fiûre plaifir. Dès qu'il fçût
les bruits qui conroient fur la Comreûe
de Dévomhire, il le vint trouver à Sion-
hilf , pour lui dire qu'on la croyoit en*
core vivante. Il fçavoit bien qu'il ne
pou voit lui faire un plus grand plaifir :
mais lors qu'il fut arrivé , Ber incourt lut
dit t que le Comre ne voyoit perfomnej
qu'il étoir forci de Londres, pouf éviter le
monde ; que s'il t'exceptoit entre tous
ses Proches » il iïy en auroit pas un qui
ne le trouvât mauvais , de qu'il le prioit
d'entrer dans fes raifons*. Mon Frcre
fjair,
m DE WARWICX Vf
içait , répondit le Marquis » qu'il aie doit,
regarder comme fon meilleur Ami.;, j'au-
rois lieu de me plaindre-* s'il voulait à
prêtent me mettre fur un autre, pied ; ce-
pendant allez lui dire , que s'il ne veuc
pas aujourd'hui me recevoir , parce que
je fuis le Marquis deMnmaigu , qu'il me,
reçoive parce que je fuia un Courier qui
lut apporte des nouvelles de la. Comtcdc
de Dé vonshire*
A ces mots., Berincourt encra dans la
Chambre de fon Maître > auquel il apriq
ce . que- le* Marquis, venoit de lut dire» Le
Comte charme du fcul non* de cette Da*
me, courut au. devant de lui , otTcm».
brafla de tour fon. cour -, il le conjura»
s'il avoit de bonnes nouvelles , de ne le
pas faire attendre* Mais . mon cher Fre-
se, ajouta t- ri , ne tne fiâtez point > que
le défirde foulager ma douleur ,. ne vous*
•^^ffS-^K * *3S donner de fauffe* cfpé-
nnccsv " Je m fçai riea d'affez certain
pour vous en être caution , reprit' le Mar-
quis* Cependant , Mylord , les appa*
rences font fi favorables que vous y pou-
vez faire un grand fond. 11 entra dans le
détail de tout; ce qui fe débteoit dans le
inonde $ As le Comte reflemit une fenfi-
Ut cotffotanon d'entendre quelque chofe
qui le foulageât , au moins pour quelques
tnomens. , r .
Quoi qu'il dît au Marquis qu'il n olotc
fe promettre un fi. grand bien , û ne lait-
O.4. foi».
\
1
32o L E C O M T E
foie pas d'être ravi ; fon cœur oui çtoit
û agité depuis tout l'éclat que l'Affaire
de Madame de Dévonshirc -avoit fait,
commença de prendre une affiette plus
tranquille. Il arrêta le Marquis. qaî vou-
loir retourner à Londres. Demeurez ici,
dit-il , agitions de concert pour me trom-
per ; perfuadez-moi quelaComtcftcn'dt
point morte : Mais , que dis-je , ajouta-
t-il , ai-jc jamais crû qu'elle le fût ? n'en
ferois je pas mort ? Je vous avoue, mon
Frère » que j'en ai été garanti par un
preffewùment que vous venez de confir-
mer. Le Marquis n'obmit rien pour for-
tifier l'opinion où il étoit , & ils paffé-
rent le relie de la Soirée dans une agréa-
ble converfation.
Le lendemain & les jours fuivans , le
Marquis ne quitta point le Comte -, ils
jflloient à la Chatte , à la Pèche , à la
Promenade enfemble -, enfin Monfîcurde
Warwick felafla de n'être pas feul , pour
rêver avec plus de liberté a la Comtefle.
Ils étoient alors au bord de la Tamifc,
Je prenant tout ({'un coup la parole, il
dit au Marquis : Mon cher Frère , je
vous conjure de permettre que je me pro-
mène fans vous : choififlez un côté , je
prendrai l'autre » nôtre rendez-vous eft
à Sionhill. Hé quoi ! M y lord , dit le
Marquis en riant > ai je une converfation
fi fatiguante , que vous ne puiffiez plus
me fouffrir ? Helas ! s'écria le, Comte,
je
DE WARWICK. 311;
je ne peux me fouffrir moi-même. Le
Marquis retienne une véritable pitié de
fpn état ; & fanr rien répliquer , il s'é-
loiéria dé lui.
Le Comte de Wàrwick s'avança dans
une SaufTaycquibordoit la Rivière ; il fc
mît au pied d'un Arbre où il pouvoir être
difficilement vu ; il agttott dans (on etyrir,
s'il devoir retourner à Londres pour y
chercher la'CotmefiV, ou rïl écriroit au
Comte de Pembroe , afin d'être informé
de ce qui s'étoit pafle chez MadameDig-i
by. Ce qui Pcn,avoit empêché jufqu l a-
lors , c'étoit le myûére que Monficur de
Pembroe lui en avoit fait. 'J'ai déjà dit
qu'ils s'ét oient vus à fan retour de Graf-
ton , fans- qu'il lui en eût parié. Au con-
traire^ le Comte de Pembroe l'avoir touV
jours aflciré avec écs certitudes extraordi-
naires , que Madame de Dèvonshire étoit
morte. Le Comte de Warwick le regar-
doie comme la Créature de Madame Grey ;
il fe fouvenoit qu'il avoit paffé plufieuts
tours à la Campagne avec le Comte de
Rivière , Frère de cette Dame » contre
lequel il s'étoit battu. Ces», réflexions lui
rendoient Montreur de Pembroe très-fuf-
peft; 11 vouloir- enmi prendre Je Parti
d'envoyer Berfncoùrt 's'informer foigneu*
fement de y 'tout* ce tyie feavok Madame
Digby : mais il cràignoit que fi effcàrvel
ment T A vanrure touchoit Madame de Dé»
Tonshirc , ùt cttrftofiié n*iui : fit »ft*
^ . Pj B
3 i* LE COMTE
Il flocoit dans ces différentes penfées,
loi s qu'il yk un homme aflïs ûtr ua peric
Bateau. Son Bonnet à l'Angloife ctok
rabattu , & lui couvroic trop le vtïàge
pour qu'on pût le reconnaître. Un feui
Batelier le conduisit, ils s'approcnércnt,
& après avoir attaché leur Barque „ cet
bomme entra «bat la Sauuaye. Vn a
SionhfU, dit-il au Marinier > informe-toi
fi le Comte de Warwick.ne.veur. encore
voir perfoMc* s'il y aurait moyen 4e lui
rendre une. Lettre , de quel côté il va,
quand il fort i n'oublie rien $ je vaiVat-
tendre.
Le Comte étoit fi proche de celui qui
venotc de parler * qu'il n'avok pctcu*au-
cune de Tes paroles. Dès que le Batelier
Ce fat éloigné, la curioûie lui» prit de
OeavoiD ce qu'on luivoulok j 6c fe levant
du lieu où il étoit : fe fuis ,. dit -il , au
Comte de Warwick j fi vous jugez à*pro-
goa de me confier une Lettre pour lui , je
m'engage de vous en rapporter la répon-
fe. Je vous cannois trop bien , répliqua
cet nomma » furnris de le trouver en ce
lieu,, pour; m'y, apprendre - t jevienapour
avoir votre vie , ou pour vous Jaifiir la
mienne. £a même tempâ il mit l'fipée
à la main , & la fit briller aux yeux du
Comte. San* quartier, faut quartier,
criojt il 9 défendez- vous, ou jp vous tue.
Mo n fi ou r de Warwick , ^ui etoit un des
plus luftjv«jr Jionjunçi du mpade, n'aurok
point
DEWARW'ICK. 323*
point eu befoin d'être preffié par cet In-
connu* fi le fou delà Voix ne l'a voie pal
frappé d'abord» Il ne douta point que et
ne fût £1 Comtcffe > & que tout ce que
le Marquis de Montaîgu lui avoit racon-
té d'elle » ne lui fût arrivé.
Quelle joyc d'être convaincu par lui-
même de la vie d'une Pcrfonne fi chère !
mais quelle douleur de h trouver fi en
colère , qu'il ne Mon pas moins que fon
Sang pour l'appatfcr ! Dans cet état il
demearoit immobile ; enfin il prit tout
d'un coup fon Parti > de bien loin de re*
culer » il s'avança. Vous voulez ma mort,
divine Comtcffe : frappez, lui dit- il, voi-
ci peut-être le (cul moment où j'aurai pu
vous plaire. Il fe précipiroir kir l'Epce
qu'elle tenoit ( car c'écoit elle en effet. )
Mais qu'une foumiffion fi parfaite eft pro-
pre à defarmer une pcrfonne déjà tou*-
chée par la plus feafible eftime I
Cette belle Dame demeura fi (urprife
d'être reconnue , àc fi incertaine de ce
qu'elle devoit faire» qu'elle avoir de. la
peine à fôutenit fon Epée i Se ûins un*
Arbre contre lequel elle s'appuya , elle
alloit tomber. Un tremblement la faifît j
elle voyoit le Comte à fes pieds > il cm*
braffok fes genoux « sTmouilloi^ fes mains
de fes fermer y 6ô ùt voi* entrecoupée
par mille foûpirs , pouvoir à p*fcec*pff<»
mer les fentiméns de fon égsup. Lever*
*o>i*, Mjflofd i H»i dit-cite , jt ne fçau-
Çy 6> toi*
3 i4 LE COMT E
xois vous fouffirir à mes pieds. Hé ! M*»
dame 9 repKqua-t-il , permettez que j'y
meure % ou rendez-moi vos bonnes grâ-
ces. Il y a fi long- temps , dit-elle , que
vous avez travaille à les perdre > que j'i-
§nore par quel malheur je ne vous haï pas
avantage. J'ai travaillé à m'éloigner de
vôtre cœur , s'écria le Comte. HeiasJ
que faut -il donc faire pour s'en appro-
cher ? Ne vous ai;je pas toujours fervie
avec autant de refpeâ que Ton fert les
Dieux ? Non , Mylord , non lui dît-elle
d'un ton de voix terme , vous avez fait
fout le mauvais ufàge que vous avez pâ
d'une Lettre que je vous écrivis par Be-
rincourt. Quoi ! s'écria-t-il , me par-
lez-vous de ces deux cruelles lignes qui
me furent rendues pendant mon Exil , &
qui m'ont fait plus de mal que toutes mes
difgraccs enfemble ?
Ce fut en cet endroit que les éclaircif.
femens commencèrent de part de d'autre,
& que leur furprife ne pût s'exprimer.
Car enfin l'Enlèvement de la Comteflc
dans ce petit Vaifleau, donc «lie aceufoit
le Comte de Warvick , & dont il fc ju-
ftifioit, la jettadans un étonnementt)u'il
cft impoflîbied'exprmner. Elle lui racorr*
ta de bonne foi qu'elle ne pçùvoic s'em»
pêcher d'en acculer le Comte de Pembroc
ou le Chevalier d'Hereford » parce qu'ils
lui avoient déclaré qu'ils Taimotcnt. Le
Comtç connut alors qu'il *ro« bien été
U
DE WARWICK. 32^
la dupe d'un homme qu'il crçyoit fbli
meilleur Ami > &il rappellâ dans fonfou-
venir mille chofes qui s'étoient paffccs
entr'eux, toutes propres à confirmer cet
foupçons.
_ Mais enfin, Madame , dit-il i laCom>
teffe de Dévonshire, qui eft-ce qui vous
a portée à venir ici pour me tuer ? que
vous avois-je fait ? Si mon Crime eft de
vous adorer , je ferai toujours également
coupable ; éc pourquoi différez-vous une
chofe qui vous aurbit fait quelque plaifîr?
Je vous avoue ingénument ; Mylord , ré-
pliqua- t- elle , que fi j'avois été feule in-
formée devosfentimens, ils me touchent
trop pour que j'eufie pu vouscn punir:
mais fouvenez-vous que t dut le monde
croit que c'eftvous qui m'aviez* enlevée»
n'eft pas toujours le Maître : mais plutôt
par un mouvement de mépris , & pour
me brouiller avec toute ma Famille ,. en
me perdant dans le monde. Cette idée
trop forte m'a fait 'prendre le dcflcih de
me juftifier aux dépens dé vôtre vie j je
Croyois que ma gloire feroit réparée, lors
qu'on fçauroit ce que fe defefpoir m'au-
roit fait faire ; & il me fetnbloît que c'cf-
toit l'unique moyen de retrouver mon
repos. Hé bien ! Madame , lui dit-il,
lie difôrca point , je confens avtc plaifir
.— --•- * 07 de
3*6 LE COMTE
de me fâcrificr pour vous $ vous connaî-
trez au moins ce que je fuis capable de
faite. Çc deflèin , lui dix clic , que je
confervots chèrement dans mon cetujr,
m'a auitté aufli tôt que vous l'avez fé-
conde > j'avois apris chez- Madame Digby
à faire des Armes tout exprès pour ne
Tous pis manquer $ & malgré tout cek
je ftntois bien <juc pour réiïuir , j'aurois
plus de peine a me vaincre qu'à vous
vaincre. Hé ! ne fcaviez-voiis pas , Ma-
dame» que vous eces toujours la Maî-
treiTe de ma vie ? reprit le Comte , vous
fattok-il une Epéeou d'autres Armes pour
me donner la mort ? Si vous croyez en-
core que ce fait une circonftancc utile â
vôtre gloire » n'épargnez pas un malheu-
reux que vous avez toujours fait fouf&ir.
Ha ! Mylord , repartit-elle r que vous
avez degarands oui vous raflurent contre
ma Colère ! n'inlulrez pas au moins à l'a-
veu de ma foiblcfle; fi eue fait ma honte»
je peux m'atfiirer qu'elle ne fera pas vôtre
triomphe. Que vous ai-je donc fait ajou-
tait- il » pour me dire des dutetez ? Crai-
gnez- vous , Madame , que je me fTâte
trop ? Je ne fçai ce que je crains , lui
dicvelle : mais il me fcrable que je dois
être avec vous dans une fecrette défiance
de moi-même.
Le Comte ne pouvoit plus contenir fa
joye* Il étoit fur le Point de fe jetteraux
! pieds de la belle Comtcflc , quand U en
, ' fuc
I>E WARWICK. 3 i>
fot empêché par le recour du Batelier qui
rendit compte de ce qu'il avoit apris à
SKonbill. £lle lui dit de s'éloigner & de
l'attendre. Que voulez- vous taire > Mi*
dame , loi dit le Comte ? cruyez-voua
que je fouffrirai que vous alliez aînfi feu-
le vous expofcr a, de nouveaux périls?
Venez paûer quelque temps à Smafailî,
nous, y prendrons des meijures pour vô-
jjj ç- cojruer varion > jene vou&vcrrai qu'aux
|t€|ire$ que vous voudrez me le permet-
tre' » cV peribnne au monde ne içaura le
fejour que vous. y ferez. Helas ! je ic
fç aurai , MylorA , s'écria la Comtefic*
cela fuffit pour ne le pas vouloir : de
quelques dangers dont je parois mena-
cée , je ne puis me rpioudre , pour, le*
éviter;» de m'expofer a ce que l'on pour*
roit dise d'une telle démarche. Quoi!
vous voulez partir ,. cruel Je personne \
s'écria le Comte ; faut'il que le defir jdç
me fuir vous falTc tomber encre les mains
d'un Mari terrible ? Il faut me cachée,
reprit- elle : mais il n'eft pas absolument
nécefJaire que je vous en laifle Je foin 9 je
retournerai chez ma Nourrice , ^c-jepT%
fiterai delà première occafîon pour pa£»
fer en France.
Ah ) Madame,, M dit le Comte.? vou*
allez vous perdre de gayeté de c«urr;
foyez certaine qu'il ne s'efl rien fiait dans
la M3i(bn <dc Madame Digby dont UCos&«
tcdfiDcyonshitcnefouinfowaé. Il^gai*
3 i8 LE COMTE
que Jaime venoic de la parc de Vôtre
Nourrice : routes les circonstances raf-
femblées vous défîgnent parfaitement. SU
vôtre' délicatcfle ne peut fouflfrir que je
refte avec vous , je confcns de retourner
à Londres , & je vais partir dans cet lu-
ttant fi vous me l'ordonnez.
La Comtcfledifputa encore long-temps,
bietf qu'elle connût tout le péril que le
Comte lui repréfehtoit * enfin elfe fe'rea»
dit â Tes raifons , & ne voulut pas qu'il
partit fi tard. La* nuit étoit vernie m-
fenfiblemenr fans qu'ils s'en fufient apper-
çûs ; ils avoient aufli tant de chofes a fc
dire : , que plufieurs heures ne fuffifoienc
pas.
Le BareKer s'en retourna feul » & la
belle Comrcfle fous fon habit de Cavalier
s'avança avec le Comte vers Sionhill : c'é-
toit pour la première fois qu'ils croient
eu quelque forte de liberté. Le Comte
tranfporté de joye l'arrêtoit à tout mo-
ment*, & recommençoit à lui parler com-
me s'il ne lut eût pas encore dit un mot;
qu'il fe trouvoit heureux ; qu'il étoit fa*
tfsfait s 11 'avoir, craint d'être haïjilavotf
appirchendé'là mort de faXbmteflc : tou-
tes fes allarmes étoient ditfipées 5' il h rc-
Voyoit •', & elle ne paroifloit point fâchée
de ne l'avoir pas tué. • < '
Le Marquis de Montaigu ne s'rnqiric-
tôic pas médiocrement , de ce que fon
Frère ne revenoit point }il craignoittout
DE WARWICK. 32&
pour lui 9 fon.defefpoir & fes Ennemis*
La haute faveur qu'il pofledoît lui en at-
tiroit plufieurs , & particulièrement les
Parens de la Comteûe de Dcvonshirc lui ,
vouloient un mal mortel ; ils l'accufoient '
de fes malheurs ; fon Mari n-'éteit pas
médiocrement irrité. Le Chevalier d'He-
reford , dont la paflton toute infortunée
ne diminuoit point , re&ardoit le Comte
de Warwick comme fon plus cruel enne*
mi j & les Créatures de Madame Greync
témoignoient pas moins d'animofité con-
tre lui > de manière que le Marquis de
M ont aigu ne pouvant refter dans une fi.
terrible incertitude ; il fortit feul , et par-
courut tous ks endroits où le Comte fe
faifoit des cachettes pour fe plaindre » &
pour foûpjrcr en liberté.
Comme il tournoi t fes pas verslaSauf-
faye > il le vit venir avec un homme qui
parut furpris à fon abord , & qui vouloir
s'éloigner quand ie Comte ie râflura. Ne
craignez rien , dit-il , je vous répons de
mon Frère, & vous jugez bien que je ne
ferois pas capable de vous expofer. 11 s'a^
vança vers lui > & l'embrasant étroite-
ment : Je ne peux , dit-il , m 'empêcher
de partager ma joye avec vous ; ce Ca-
valier vient de m'apporter des nouvelles -
de la Comtefie de Dévonshire , foyez fc-
cret fi vous m'aimez : mais quand nous
ferons à Sionhill , qu'il paroiffe que c'eft
vous qu'il cft venu chercher > afin dedé-
païfer
330 LE COMTE
pfMÏêr par ce moyen la curiofiré de mes
gêna.
Le Macquis fut ravi des témoignages
de confiance que le Comte lui donnoir,
il faiua es Gentilhomme y & lors qu'il
pût le voir , il lui trouva une beauté B
régulière , & des traits fi délicats > qu'il
fut frappé d'une véritable furprtfe. Plus
il la regardoit , & plus il confirmoit le
ioupçoa qui lui étoit venu d'abord dans
l'efpnt , que c'étoic la Comtefie de Dé-
veinshire qui cherchoit un Refuge chez
le Comte Cette penfée fe fortiSoit par
toutes. Us aâions qu'elle faifoit j le ton
de fo Voix y la douceur de fes Yeux , un
air de modeftie , & tant de grâces ra£
fcmblées ne pou voient gnéres fe trouver
dans une autre perfonne.
dr Comte , le Manpm > Mflk fou-
per«nt, ou pour parier plus jufte, fe mi-
rent, à Table > car ils ne mangèrent point.
*^Ç \j9î5u wc^it tramporte ae joye , *e
Marquis ne fbrtoir point d'admiration , &
s'abattdonnoic à tout le plâifir de regarder
la Comtefte. Elle n'étoit pas indifféren-
te à la juftification du Comte & à la-ft»-
tisfaâion de l'avoir wrrouvé. Mai$ fcs
fècrets mouvemem étoitnt troublez par ,
tant de réflexions, que k triftefle paroif-
fofc de temps en tem >s fur fon vifàge* Le
Comte qui l'étudioit , devinoit fans pei-
ne une partie de fes penfées. Dèt qu'il
put lui parier en particulier , il la conju-
ra
DE WARWICK. 33T
rar de fetranqutUifer* Que craignez-vous,
Madame ? lai dit*tfc } ma vie , ma for*
tune > moir. crédit font à vôtre difpofi»
cîon s je périrai avant qu'il vous arrive
la plus* légère dtfgEace* Ah ! MylorA
s^écria- t-elle- ea vcrJant des larmes, lea
offirvs- généreufes que vous me fiâtes ne
fçauroicnc fuifirc à ma. dclieatcûe. Pen*
fez~vous que je m'camfage à Sionhill,
traveftie en Cavalier , feule > fugitive ,
abandonnée de toute ma Famille , ac-
eufée par mille gens > fans feemir d'hor-
reur contre moi-même r Ne m'alleguce
point mon innocence ce la confblatioa
que je dois avoir de ne fentir rien dans
mon coeur qui me puifle faire rougir $ je
ne fçai même fî je dois me ûater d'être
dans cewe fîcuation depuis que je vous
4&**m ? Se comme H me Ibavicm toû*
jours de ce que Cefar difoit à regard de
fa Femme , je ne m'en dis pas moins , ÔC
je fuis ptas févére for mon compte qu'on
ne le peur être. Dans ces difpofitions,
Mylotd , que faut. il donc que je* devhtt*
. ne ? Si je m'arrête ici , ne fuis- je pas per-
due ? Q je m'en éloigne » je m'expofe:
jugez par mon état mon inquiétude.
C'eft moi qui m'éloignerai, Madame, re-
prit le CoVntc y j'ai déjà penféque je peux
vous tftifler mon Frère. 11 cft fsgc * fyiu
rituel , je dois compter fer loi f ft**i et*
pendant m'k»fora*er deipuc cequ*fepa£
fc a* Londres > perafettex-tm» dtf veafe
de
331 LE COMTE.
de temps en temps vous en rendre com-
pte de recevoir vos Ordres. La Comtefte
3 ai (ouhaitoit fon départ , ne lai (là pas
efoûpirer quand elle connut qu'il nefe-
rott différé que jufqu'au Lendemain ; elle
k remercia de fa complaifance , »3c lui die
qu'en toute autre occaûon elle n'auroit
pas fouffert qu'il eût quitté fa Maifon:
mais que c'étoit pour donner quelque re-
pos à fon cfprit.
. Le Comte fe retira afin qu'elle eût k
liberté de fe coucher. Comme il ne pou-
rvoit dormir , il fe jetta fur fon Lit avec
1e Marquis de Montaigu , cV ils employé-
rem le reftedela nuit à parler delà Coin*
teflfc. Le Comte ne regrettoit plus les
maijx Qu'il avoir foufferts pour elle , 'û
envifa^coit même à l'avenir beaucoup de
traverfes qu'il fe préparoit à combattre,
êc tout lui paroifloit doux , pourvu qu'il
pût lui plaire.
Vous me confiez l'Objet de vôtre ten-
dreflè , lui dit le Marquis r mais encore
que cela me (uf&fc pour me rendre infen-
fibleàfes charmes , j'ai des yeux , j'ai un
cœur ; permettez , Mylord , que je ne
jn'expofe point au plus grand danger que
je puifle courir. Il feroit bien extraor-
dinaire , répliqua le Comte, qu'ayant été
indifférent jufqu'ici , vous commença/liez
par aimer ce que j'aime 5 non ,» je vous
connois mieux que vous ne vous con-
noiiTçi 5 ne vous effarouchez point mal
i
DE WARWICK. 333
à propos , fongez feulement à me garder
unTrefor qui m'eft plus cher que ma Vie
Le jour parut -, h Comtenc fc leva , cl-
le reçût le Comte Ce le Marquis arec une
magnifique Robe ' de Chambre , un Ru-
ban couleur de feu » pâffé dans le col de*
fa chêmife, Tes cheveux bouclez tombant
fur fes épaules , & un petit Bonnet fur
fa tête » couleur de feu & or , doublé de
velours : noir. Le Comte la trouva fi belle
en cet état , qu'y fut quelques moment
fans parler. H vint en fuite fe mettre i
genoux proche d'elle. Je m'es vais re-
tourner à Londres , Madame > lui dtt>
îl ; mon Frère qui pofféde notre Secret
demeure ici pour vous tenir compagnie, .
pour vous parler quelquefois de moi , Si
pour me donner à tout moment de vo$
nouvelles. Vous engagez le Marquis , ro»
pliqua»r-elle, dans un embarras inutile;
il ne me faut que des Livrés & quelque ".
Cabinet folitaire où je puiffe rêver en li-
berté. Le Marquis ne répondit rien ; il
fentoit déjà les premières atteintes d'un
feu qu'il vouloit étouffer. Mais le Corn*
te n'y faifant pas d'attention , le pria de
relier , & dit en fuire à la Comrefic tout
ce que la plus vive paflion peut faire ima-
giner de plus tendre de de plus rèfpe*
ctueùx i éc comme il avoit une peine
mortelle à la quitter , il la conjura de lui
accorder la permiffion de paffer encore
un jour à Sionhill. Si elle n'en avoir con-
. . fuhé
LE COMTE
(té que fon coeur > elle ne lui auroic pas
rcfiifë : m«s cUe étoit déiaaiTcz allnrméc
4'êtrc chez lui. Mes malheurs fane tels,
répondit-elle 3 que je dois me dénier tout
ce qui peut contribuer à ma 4atis£a&toii.
Vousfçavez, Mylord» quc-c'elt, unerc-
gîe que je me fuis faite depuis lojjg- temps j
un autre jouïroit A l'égard du monde de
cette petite violence , & il femble que le
monde auffi pourrait s'enrayer : mais le
defiin m'eft fi contraire^ qu'il empoifon-
aie toutes les chofes où j'ai quelque pan.
J£o finiflane ces mots , les bernes lui «ia-
lent aux yeux. Le Comte s'en étant ap-
perçft , en fut pénétré de tsjftejfic- Hejat !
Madame » s'écria-t-il, çtnporterai-jc une
idée fi cruelle ? Je vous ai rû pleurer,
cft-ce moi qui en fuis la caufe ? «moidû-
je 9 qui vous aime avec ttnt,dc;rgfpcôft
d'attachement ! Ma paflion vous ; fisra-
*>cllc fouffrir ? La Comrefie norcpUqua
rien i & levant les yeux vers le Ciel* ,clr
le reva quelque temps, en fuite cllqpen-
cha la tète vers le Comte. Allez » My-
lord , allez , lui dît-elle 5 fuyez-moi , je
vous en conjure» & nem'ôtez jamais vo-
ire coeur. Il prit aufii-tot congé d'elle :
ce fut avec la même violence que s'il eût
été quefiion d'aller au bout du monde*
Son retour à Withall furprit toute h
Cour. Chacun L'étudioit i on lui remar-
quoitun air de tranquillité » dont onvou-
loit deviner la caufe. Madame Grey, Se
le
DE WARWIC3C. 33J
loCoiritc de Pembroc Ven tourmentaient
p\us que perfonne. Le &oi xn avait de
la joye ., parce qu'il retrouvoit .dans fou
Favori toute cette .belle ihumcur qui iluj
ptaifoit au: pointillé ne pourvoir tfcn paf-
Cçr *•& les véritables Amis 4u j Comte «Y
irttercflbîent par,, rapport à lui.
Cependant le CoaiGedciDévombire^e
le Chevalier d'Hereford :êtoient revenus
à Londres , pour fiiivre les iunmres qui
brilloîent déjà i Jeuts yeux, iUrawicnt
lieu de croire /que la Conweôe jtfétok
point, morte > iMalbritla trouver 5 ils 7
donnaient .tous leuis. foins ,;• 6c l*on ni
jamais fait plus* depos, Jasùs' pfais. degens
fur les voyes. Us ;fca voient- quetoCora-
ce de Warwrck:fc rendoit fto«s »tes;fotrs
au coucher du Roi-, êc qu'il >partoit on
moment après pour SionhilJ. Ils fi'igno*
iroicnt point que le» Marquis* de "Montaigu
y étoit reitd, &quc le Comte -y avoir en-
voyé un fameux Peintre rt'Iea lie , auquel
il donnoît une grone 'Penlïon pour ne
. travailler que pour lui. 'Il t'arok envoyé
à Sionhill pour tirer la Comrtflèfooafon
.habit de ' Cavalier , ne «croyant pas qtrïl
pût la reconnaître. !ïl fer&ifoit une fitn-
-fible joye de mettre Cow Portrait dans un
lieu où il .eût le plainr ;de iercgsrdcr -à
tous momens , mais elle réfuta de felaif-
fer peindre. H fallut ptufteups jours pour
l'y réfoudre , pendant lefqucts le Peintre
qui la voyoit louvent démêla quetf ctok
une
336 LE COMTE
une Femme. Il fe garda bien d'en par-
ler * bien éloigné, il feignit parfaitement
d'être dans Terreur , & ne dit rien qui
pût le rendre fufpeâ.
. Le Marquis de Montaigu s'aquittoic
«avqc beaucoup de foin & de fidélité de la
Commiflion que le Comte de Warwick
•lui avoic donnée > il çardoit la Comtcflc
exactement > & ne negligeoit rien pour
la defennuyer* Le Comte le fecondoit.
II venoit la yoir tous les deux jours , &
feroit Tenu plus fouvent s'il n'avoir pas
eu des raiforts pour s'en empêcher. Il
2 rendoit compte à Madame de Dévonsfai-
re de tout ce qu'il apprenoit 5 il compo-
.foit des nouvelles jrour l'effrayer» afin
Qu'elle ne fongeât point à changer de lieu,
t il faifoit fk fouveraine félicité de la re-
tenir à Sionhill. *
, A regard du Marquis de Montaigu , il
Jentoit bien que toutes les réfolufions
d'indifférence qu'il avoit faites en fe char-
geant de relier avec la ComtciTe, échoue*
roient contre fon mérite 8t fa beauté.
Mon Frère ne peut fe plaindre» difoii-il,
iefouffre fans demander le plus léger fou-
lagernenc. Helas ! que lui a vois -je fait
pour m'ériçcr en Confident ; Je n'ai en-
core rien aimé 5 peut- il croire que je fe-
rai infenfible à tout ce qu'il y a de plus
aimable ? Il m'a préparé un martyre,
dont les fuites ne peur çac qu'être funeftes
à mon repos.
Comme
DE WARWICK. 337
Comme il faifoit ces Réflexions , le
Comte de Warwick arriva. IlTapperçûc
au bord de la Rivière 9 affis fur le pied
d'une Roche. Il fut droit à lui , oc le
trouva fi rêveur , qu'il ne pur s'empê-
cher de lui en demander la caufe. Je
veux bien vous l'avouer , répliqua le Mar-
quis , c'eft que j'aime Madame de Dé-
vonshire ; fçs veux n'ont pas moins de
pouvoir fur moi qu'ils en ont fur vous.
J'ai gardé jufqu'à préfent un profond fî-
lence , mais j'ai eu mille fois envie de le
rompre. Je ne vous dis pas cela comme
quelque chofe qui doive vous faire de lt
peine : je ne fuis pas un Rival dangereux
pour vous $ cependant je ne me pardon-
nerons pas d'abufer ici de votre confiance.
Vous voulez, Mylord, que je ne lui par-
le que de vous , je ne fçaurois plus lui
parler que de moi ; vous voulez que je
vous ferve, je meurs d'envie de vousdef-
fervir. Après cette déclaration , permet-
tez que je retourne à Londres * mon de-
> voir m'/ rappelle , & je ne ferai rien qui
puifTe vous déplaire.
Le Comte le regarda quelque temps»
en fuite il l'cmbraûa , & lui dit : De-
mandez moi tout ce que j'ai au monde»
je vous le donnerai ; mats , mon cher
' Frère , i l'égard de vôtre paffion je ne
peux rien faire pour la foulager. Vous
me faites un vrai plaifir 4e vouloir vous
rendre à Withall'i car je feus que je de*
Tme II. P vicadrois
1
338 LE COMTE
viendrais aifément jaloux. Nous retour-
nerons enfemble , die le Marquis. Plût
au Ciel n'être jamais venu ici ! Le Com-
te ne répliqua rien. S'il airooit chère-
ment Ton Frère » il aimoic plus chèrement
là Comtefle , & il ne concevoit pas par
3uel aveuglement il Ta voit laifle auprès
'elle > avec tant de mérite & de bonnes
qualitez.
Us allèrent enfemble la trouver. Elle
avoit une mélancolie extrême de voir des
difficultés prefque infurmonrables à Ton
départ. Le Comte étoit très-foigneux
d'en faire naître , de de la confoler en
fuite par quelques cfpérances. Tantôt il
lui ménageoit la Protection du Roi \ une
autrefois le. retour des bonnes grâces de
la Comtefïe d'Angltfey fa Mère 5 il ajoû-
toit qu'il la conduiroit lui- même en Fran-
ce. Pour toutes ces chofes il ne lui de-
mandoit qu'un peu de temps , de in fenfî-
bleinent il l'arrêcoit dans un lieu où il avoit
fouvenHe plaifîr d'être auprès d'elle.
A l'égard du Marquis de Montaigu , il
lui dit qu'il fe trouvoit fi inutile à fon
fervice , qu'il retournoit à Londres pour
cfiaycr de lui en rendre de plus efienciels.
Elle répliqua , qu'elle étoit fâchée qu'il
s'éloignât de Sionhill , que fon efprit de
fa complaifance n'a voient pas médiocre-
ment adouci l'amertume de fes déplaifirs,
de qu'elle l'auroit retenu fans qu'elle ef-
péroit de n'y être pas encore long-temps.
D E W A R W I C K. 339
Il ne répondit â tout ce qu'elle difoit d'o-
bligeant que -par un filence refpc^tucux,
plus intelligible pour le Comte que pour
die y il ne voulut pas l*expofer à voir da-
vantage une. fi belle perfonne * cV ce fut
pour la première fois qu'il eut envie de
retourner à Londres pour remmener avec
lui.
Le fameux Peintre que le Comte avoit
envoyi pour peindre Madame de Dévon-
shire , n'avait pu refufer aux inftances du
Marquis de Moncaigu, de lui donner une
Copie du Portrait qull venoit de tirer a
SionhiU. Céroit un médiocre* foulage-
ment , pour un homme aufli touche qu'il
Tétoit > mais enfin il le regardoit com-
me la feule ch ofe qu'il pouvoit fe per-
mettre fans offenfer fon Frère. A l'égard
du Peintre , il ne fe divertùToit pas a fiez
à la Campagne pour y refter ; il ai m oie
pafiïonnémenc une jeune Ecoliére quifai-
foit des Portraits merveilleux en émail.
Elle auroit bien eu la prefic , fi l'Italien
oui s'étoit afiez impatronifé dans fa Mai*
fon , n'en eût éloigné tout le monde au-
tant qu'il le pouvoit. Mais malgré fes
précautions , le Comte de Dévonsnirene
laifla pas d'être informé de tout ce qui
s'érojt pafie à SionhiU. Il en parla à cet-
te Fille , & la mit aifément dans fes in-
térêts La pafïion que le Peintre avoir
pour elle , ne pût prévaloir fur celle de
faire fa Fortune » elle penfâ même qu'en
p a décou-
Mo 'LE COMTE
détouvrant la Corotefle de Dévonshire.
ce n'étoit point facrificr fou Amant , &
elle craignoit peu les fuites de cette affai-
re , parce qu'elle étoit réfoluë de paflèr
en Italie des qu'elle auroit dequoi s'y ma*
rier. ;
Ces considérations l'engagèrent de pro-
mettre au Comte de Dévonshire tous fes
foins pour découvrir fa Femme. Et com-
me Ton Amant n'étoit qu'un habile Pein-
tre » s de que d'ailleurs il avoit médiocre-
ment de Pefprir , elle lui dit , qu'elle ne
croyoit point qu'il eût été à Sionhill;
que c'étôit un prétexte dont il s'étoit fer-
vi pour la quitter , 6c pour aller fe pro-
mener ailleurs ; que l'amour avoit été
caufe de ion abfence : 6c peu à peu Tes
reproches prenant plus de force * elle lui
témoigna qu'elle ne cefleroic jamais de le
ioupgonner > s'il ne fe juftifioit parfaite-
ment. Ce Peintre en prit la réfolution,
& lut confia le Secret de fon Maître. Le
Comte de Warwick .' lui die- il, m'a Eut
peindre une jeune Dame que je ne con-
nois point , 6c qu'il a fi peu envie que
je connoifle , qu'elle a toujours été vê-
cuê v en homme. Je l'ai habillée en Affri-
quain ; tout cela s'èft fait devant lui, car
il ne m'a guéres perdu de vue, mais mat
gré fes précautions j'en ai tiré feerctte-
ment une Copie pour le Marquis de Mon-
taigu , 6c une que je veux vous montrer,
9c que j'ai coince en Femme. Je vous
' " i , avoue
DE WARWICK; 34*
avoue que je la trouve mieux fous Ton
véritable Sexe , que fous celui où elle fc
cache.
Cette Fille charmée du Portrait de la
Comtcfle , conjura le Peintre de le lui
brider pour le aire en Email. Il n'en fça-
voit point les conféquences $ il le voulut
bien , & par ce moyen le Comte de Dé*
vonshire découvrit unmyftére qu'on a voit
grand intérêt de lui cacher » & dont il
avoie déjà de terribles foupeons^
' U eft aifé de croire qu'if ne perdit pas
un moment à prendre des mefures,pour
arracher (à Femme d'entre les mains du
Comte de Warwick. Le Chevaiieï d'He-
reford , qui n'étoit pas feulement irrité
contre fon Parent & fon Ami , mais qui
Tétoit comme un Amant méprifé , le fé-
conda de tout fon pouvoir. Ils raflèm-
blérent leurs Amis , & malgré la qualité
& la faveur du Comte , ils réfolurent de
faire un éclat proportionné à l'affront
qu'ils croyoient en recevoir. De quels
injurieux foupçons ne noirci flbient- ils pas
la Vertu de la Comtefle ? Les apparences
étoient contre elle > ils ignoroient ce qui
pouvoir Ja juftifier $ dedans leur empor-
tement ils auroient été bien fâchez de la
trouver innocente.
SionhiJl eft une très-belle Maifon fans
défenfe , & uniquement propre aux plai-
firs de la Promenade , de la Chatte de de
la Pêche > il ne falloit pas prendre de
P 3 'gran-
342 L E C O M T E
grandes mefurcs pour y enlever la Co râ-
telle, l'ur tour dans un temps où elle croy oie
être en feurecé, par le Secret qui s'étoit
obfervé depuis Ton arrivée. Us fçtvoient
que Ton Appartement régnoit fur une Ter-
rafle , & qu'il n'étoit queftion que d'en-
foncer quelques Fenêcres pour y entrer
aifément. Ils fçavoient même que le Comrc
de Warwick (donc l'intrépidité au r oit pu
les obliger à garder des mefurcs) n'y dé-
voie pas venir ce foir-là ; de forte qu'ils
entrèrent fans bruit dans le Jardin , fe
partagèrent par petites troupes, À au
même fignal ils environnèrent le Corps
de Logis où couchoit la Comtcflc 3 de
manière qu'il n'étoit pas pofliblc qu'elle
Jeur échapâr.
L'action fut fi vive 6c fi prompte , fur
tout dans un temps où tous les Domefti-
ques étoient endormis » qu'ils fe rendi-
rent les Maîtres de la Chambre ou h
Comtefle logeoit j 6c voyant un homme
endormi fur le Lit • ils lui eurent plûtât
mis un mouchoir dans la bouche > qu'il
n'eut le temps d'appeller du fecours. Cha-
cun prêtant le bras pour le porter , on le
jetta dans une Litière. Le (Jomte de Dé-
irons hire de le Chevalier d'Hercford 11*01»
tourérent -, on la fit marcher vers la Mai-
fon que le Comte avoit proche deWind-
for , cet endroit ayant été choifi , parce
que Siohhill n'en eft pas éloigné*
Lors qu'on fut arrivé , 6c que toutes les
Portes
DE W ARWICK. 34?
1? ortes eurent été fermées avec beaucoup
de précaution , le Comte de Dévonshire
qui avoir gardé jufques là un morne fi*
]ence , commença d'éclater par de furieux
reproches. On cira le. Captif de fa Litiè-
re i ôc~ comme Pon s'attendoit à voirpa-
roitre la belle Comtefle toute en pleurs,
ôc qu'on le fbrtifioit contre un Objet de
pitié Ç\ touchant , on vit un jeune Gar-
çon , laid & borgne , fi éperdu de peur»
qtTil fembloit être fur le point de mou*
rir. Jamais métamorphofe n'a été fi fur*
prenante. On chercha par tout laCom^
tefle fans la rencontrer. Le Comte de Dé-
vonshire prit beaucoup fur lui-même»
pour ne pas maltraiter celui qu'il trou voie
à la place de fa Femme.
Voici ce qui l'avoit garantie d'être en-
levée. Berincourt auquel le Comte de
Warwick l'avoit .confiée , voyant qu'elle
s'en nu y oit , lui propofa d'entrer dans une
Barque , de fe promener fur la Rivière,,
Oc d'y jetter des Filets : mais comme c'é-
toit lui qui conduifoit ce petit Bateau*
ne voulant fe fier à perfonne , ils s'éloi-
gnèrent infenfiblement , & dans le temps
où ils efpéroient de revenir au Rivage, ils
furent furpris d'urt Vcnt& d'une Tem-
pête G extraordinaire , que la Comtefte
& Berincourc crurent que c'étoit le der-
nier jour de leur vie.
La nuit étoir.déja fort avancée avant
qu'ïUfuffcntaubord. Quelques Pêcheurs
P 4 le*
344 LE COMTE
les reçurent dans leurs pauvres Cabanes/
on leur offrit un Lie deGlajculsâc dcRo-
feaux. La Tempête étoit trop grande
pour bazarder de retourner à Sionhlll
pendant la nuit. Il prirent la réfolution
de refter chez leurs bons Hâtes , dont ils
ne laiiîérent pas d'être régalez en leurs
manières (impies & ruiliques.
. Cependant le Concierge du Comte &
quelques autres Dpmeftiques , ayant en-
tendu une partie de ce qui s'étoic patte
dans r Appartement de lalerraflTe, y cou-
rurent , & trouvèrent un grand de/or-
dre. Les Fenêtres & les Portes étoient
brifées , & tous les Bijoux qui ornoienc
la Chambre caflez en mille pièces. Ils ne
pou voient imaginer ce qui avoit donné
lieu à un fi grand détordre* Us montè-
rent à Cheval , & furent en avertir le
Comte de Warwick. Perfonne n'oû le
réveiller ; mais auffi-tât qu'on pût lui
parler.» on lui rendit compte de ce qui
a'étoit paûe â Sionhill. Que devint-il à
ces nouvelles î Il ctoit furieux , &dans
le defordre de Ton efprit , il confondoit
ce Garçon enlevé avec la Comtcfle. II
croyoit quec'étoit elle > il ne fe donnoit
pas le temps de s'en éclaircir $ il envoya
quérir le Marquis deMontaigu. Dès qu'il
1'appercût , il courut à lui , & l'embraA
fant , il lui dit : Ah ! mon cher Frère»
mourons , mourons , je n'ai pu gardée
le Trefor que la Fortune m'avoit confié.
11
DE W ARWICJC 34f
Il lui raconta là»dcflu$ ce qui s'étoitpaûe.
Le Marquis » donc la douleur ne cédoic
point à la fienne , fe trouva hors d'état
«le confoler. 11 joignit fes plaintes à
celles du Comte > en fuite ils prirent la
réfolution d'aller a Sionhill , pour s'in-
former de toutes chofcs.
Il n'a jamais été un petit Voyage plut
trifte que celui-là. Le Comte prcnoic
des réfblutions de la dernière violence
contre Monfieur de Dévonshire : bien
qu'à regarder cette affaire dans Ton véri-
table Point de vûë , ce ne fut pas lui qui
eût fujet de fe plaindre ; mais la faveur
qu'il pofledoit ravoir accoutumé de lon-
gue-main à croire qu'il ne pouvoir, avoir
tort. Enfin ils arrivèrent proche du Châ-
teau. A f* vûë Ton déplaifîr prit de nou-
velles forces. Voilà donc , diioit*il , cet-
te infidelle Maifon qui n'a pu me garder
celle que j'aime ? Je la brûlerai » je ne
tcux pas qu'il en refteune Pierre* èc ma
Tangeance égalera mon dcfefpoir. Le
Marquis lui dit qu'il le feconderoit avec
chaleur, bien qu'il dût lui parohre moins
terrible de voir la Comtefie chez Ton Ma-
ri que chez un Rival qui l'adoroit , &
dont le mérite étoit fort fupérieur aux
autres.
Ils croient encore aux bords de la Ri-
vière , quand ils virent une petite Barque
qui s'approchoir. Ils reconnurent aufll-
tôt la Conuefle & Berincourt. Le Com-
P S te
34<S LE COMTE,
te & le Marquis ne pou voient croire leurs
ycx ; ils t». mue en c Lurs Chevaux dans
l'eau vec fi peu Je m^.iagemenc , qu'ils
ne renia- quéi eue pas combien la Pluyede
la n ;îr :'avoit groffie. Le Cheval du
Co nte peHic terre , le courant l'ayant
cmy<> t- malgté les efforts , il fe trouva
au bouc d*un moment dans le plus grand
danger où Ton puilfe être.
Ce fut ce moment auffi qui convain-
quit la Comtefle , qu'elle l'aimoit plus
chèrement qu'elle n'avoit jamais voulu le
croire. Elle p >ufla des cris fi perçans,
qu'il eut la coniolarion de les entendre:
& comme elle le perdit de vue, de qu'el-
le ne douta plus de fa mort , elle tomba
dans la Barque demi morte & fans aucu-
ne connoiffancej Berincourt ne pouvoit
la (oulager , parce que lui & fon Batelier
ramoient de toutes leurs forces après le
Comte , pour eftayer dé le iecourir En.
effet , lors quM (entit que fon Cheval ne
pouvoit plus nager, il s'en débarraifa > &
trouvant heureufement une Chaloupe en-
foncée , dont \c mât paroiflbit un peu » il
s'y attacha déboute fa force. Berincourt
arriva au bout d'un moment , & le fit
entrer dans la petite Chaloupe.
Madame de Oévonshirè n'étoît point
encore revenue de fon évariouïflemenr.
Le Comte s'approcha d'elle , ôc lui jet ta
de l'eau fur le vifage, l'appellanc plufieurs
fois , la fotkcnant entre fts bras » de lui
don-
t> Ê W A R W l C £. 347
donnant tout le fecours poflible. Elle rc*
vint un peu. Le premier objet qui frap-
pa les yeux , ce fur le Comte qu'elle
croyoic noyé. Ah ! Mylord , lui dit elle,
dans quelles allarmes venez- vous de nie
jeteer ? quel phi fi r de vous voir ! Mais
vous-même, Madame, par quel bonheur
inefpéré vous trouvai je ici , lors que je
vouscroyois encre les mains du Comte de
Dévonshire ? & comment en êtes* vous
échapée ?
La Comtcfle parut furprife , & s'inquic-
ta de ce qui pouvoir s'être paffé en Ton
abfence. Elle aprit au Comte l'Avanture
qui Tavoit empêchée de coucher à Sion-
hill ; de le Comte jugea par laque le jeu-
ne homme enlevé etoit le fils de fo*
Concierge > qui couchoit toujours dans
P Appartement bas , à caufe des Meubles
magnifiques qui auroient pu être volez.
Cependant le Comte & la Comteffe vi-
rent bien que leur Secret étoit.découverr»
que Monfieur de Dévonshire la cherchoic
par tout , & qu'il n'y avoit guéres d'ap-
parence que ce fût pour lui faire un boa
Parti.
Le Comte de Warwick de la Comteftê
de Dévonshire agitèrent entr*eux ce qui
pou voit arriver d'un commencement fi
violent. Il réfolut de la mener dans fa
belle Maifon de Chelfev. Perfonne au
monde » lui dit-il , ne le fçaura. Si vous
y venez , répliqua- 1- elle , il n*en faudra
F 6 pas
348 L E C O M T E
fês davantage. Non , Madame , conrt-
nua-c-îl , je oie ferai coûte la violence nc-
ccflaire pour vous garantir de vos Enne-
mis. Je viens de rcûentir de trop cruel*
les allarmes de la feule apprehenfion de
vous voir enlevée * je me garderai bien
de vous y txpofer $ il m'en coûterait la
vie ; & fi vous fçayicz ce que j'ai fouf-
fert , vous auriez lieu de croire qu'il n'y
a jamais eu un attachement fi parfait que
le mien. Elle avoit trop de lagefiè pour
lui répondre dans les mêmes termes. Au
contraire , elle s'affligeoit qu'il eue été té-
moin de fon évanouïucmcnt $ elle en
prétextoit la caufe fur fa furprife plûtât
que fur fa tendrefle $ & elle auroit fou-
haité de tout fon coeur , qu'il ne fe fut
jamais apperçû du penchant qui le rendoit
aimable à fes yeux.
Après une longue converiation , ils ar-
rêtèrent de fe féparer. Le Comte descen-
dit au bord de l'eau, & la Comtefic con-
tinua d'aller fur la Tamife , bien que ce
ne fût pas le plus court , mais c'étoit au
moins le plus certain. Le Comte lui fit
un adieu auffi touchant , que s'il l'eût
quittée pour le refte de (à vie. En fuite
il s'avança vers Sionhill , & trouva le
Marquis de Montaigu avec tout fon mon-
de. Leur joye parue extrême quand ils fe
virent. Le péril avoit été fi évident,
qu'on n'ofoit prefque fe promettre qu'il
l'éviteroit* Il avoit été trop moiïijlé pour
que
DE WARWICK. 349
que fes habits ne fufîent pas pénétrez
d'eau- Il vînt en changer > & refta quel-
ques heures chez lui.
Fendant ce temps-là le Marquis étoit
pafle dans le Cabinet du Comte , pour
avoir la liberté d'y rêver quelque^ mo-
mens. Quel cft mon Sort ! difoitil $ je
fuis devenu le Rival d'un Frère qui m'a
toujours été cher -, je frémis encore de la
crainte où j'ai été de le perdre ,• de ce-
pendant il va faire tous les malheurs de
ma vie. Le Comte de Watwick l'ayant
apperçû dans cette profonde rêverie , en-
tra , & lui dit : Ne vous plaignez pas
feul y mon cher Frère > je fouffre tout
ce qu'on peut fouffrir » de n'avoir pas af-
fez de force pour vous céder le peu d'a-
vantage que j'ai fur nôtre belle Comtefle:
mais je vous avoue que tous mes efforts
(ont inutiles. Ah l Mylord , répliqua
le Marquis» de quoi me parlez- vous ? Se-
rait -il pofliblc que vous euflîez des fenti-
mens fi tendres pour moi ? La feule in-
tention de rompre vos chaînes cft un Cri-
me irrémiffible à l'égard de la Comtefle.
Si je fuis condamné à porter les tiennes
comme vous» que mes malheurs ne trou*
blerït pas vos plaifïrs. Je fçai bien qu'il
m'en coûtera la vie ; mais n'euSil pas
jufteque je meure après l'imprudence que
j'ai eue de relier avec elle , cfc de croire
que je pourrois me garantir de l'aimer?
]e fçavois l'état où vous étiez réduit , de
P 7 j'avoi*
3fo LE COMTÉ/
j 'a vois la témérité de ne rien craindreV
Vous n'avez pas eu le temps de faire des
réflexions , répondit le Comte $ il me pa-
rue que Tes premiers regards vous a votent
pénétté , & fi je manquai d'y faire une
férieufe attention , c'eft qu'il me fembla
qu'on ne pouvoir la voir fans l'admirer.
Le Marquis foûpira , de lui dit qu'il n'o-
foit s'informer du lieu où elle étoic allée;
parce que malgré toute ion envie de h
fuir , il la chercheroit foigneufementdès
qu'il pourroit efpèrer de la voir. Si cela
eft ainfi , die le Comte de Warwick , je
ne vous confierai pas mon Secret • Hé-
las ! mon Frère, ajouta -t il d'un air tri-
lle , ferois il poffibie que l'amour inter-
rompît le cours de nôtre parfaite amirié?
Quels prefTemimens avez vous , répliqua
le Marquis ? Mylord > ne fuisse pas allez
afflige , n'ajoutez rien a mes peines. Us
fe tendirent alors les bras , & s'embraf-
férent étoitement : Aimons- nous , ai-
mons-nous , s'écrièrent- ils , & que rien
au monde n'altère noire tend relie.
Dans ce petit efpace de temps le bruîc
fe répandit à Londres , que le Comte de
Warwick j>'étoic noyé La nouvelle étoic
circonftanciée , comme toues celles qui
çourenr > où chacun ajoute quelque cho-
fe d* ûen ; de lorte que le Roi la reçue
avec tant d'apparence de vérité» que Ma-
dame G; ey y chez qui il étoit alors , eut
Ic^déplaifir de lui voir la pli» fenEble dou-
leur
■*
DE WARWICK. 3Ji
ls.ur que Ton puifle imaginer. Il partie
fur le champ pour aller lui-même a Sion-
hill. On l'informa pendant le chemin de
ce qui s'y écoit pane $ que le Comte de
Dévonshire croyant y trouver fa Femme»
avoit enfoncé les Fenêtres ôc les Pot tes,
ôc qu'il avoit enlevé le Fils du Concierge.
Le Comte deWarwick revenoii à Lon-
dres y lors qu'il rencontra le Roi. Cette
marque de fa bontéétoit précédée de tanc
d'autres » qu'il n'en fut pas furprisj mais
il y parue, auffi fenfible qu'il le devoir. Le
Roi lui dit mille choies obligeantes furies
alla r mes qu'il venoit d'avoir. 11 le fit
monter auprès de lui dans fon Chariot,
& lui demanda de bonne foi , Sil étoic
vrai que la Cotîitefle eût cherché un Azi-
le a Siorjhill ? Je fouhaite là-deflus un
aveu fîncére , ajoura- 1 il ; ôc vous me fe-
rez platur de ne me le pas rdufer. Le
Comte refta fort embarrafle. S'il n'a voie
été queftion que de découvrir Ton Secret
& celui de la Comtcûe au Roi , il l'au-
roit fait fans hériter ; mais il n'ignoroic
pas qu'il pafle roi c juft)U'à Madame Greyj
& il ne pouvoit le remettre à perfonne
qui s*en prévalut mieux pour lui faire du
mal. Dans cette penfee , il dit au Roi
en riant , qu'il le fupplioit d'examiner,
s'il étoit en fa place , s'il parlcroic d'une
Dame quife fier oit a lui ; qu'il étoit cer-
tain que le Comte de Dévonshire s 'et oit
trompé , qu'on lui avoit donné de faux
Mé-
3 fz L E C O M T E
Mémoires ; Ôc que s'il ar ri voit qu'un
jour la Comreûe eue aflez de confiance
en lui pour venir dans fa Maifon , il
mourroit plutôt que d'en rien dire. Le
Roi connut bien par cette réponfe qu'il
le queftionneroit inutilement. Il ne laif-
fa pas de trouver très-mauvais qu'un Fa*
Yori , pour lequel il avoit une fi force
amitié , refulât de lut ouvrir Ton cœur.
Le Comte de Dévonshire n'eut pas de
peine â fçavoir de celui qu'il avoit emmené»
que Jaime étoit à Sionhill , qu'il n'y avoit
pas couché cette nuit- là , 6c que félon
toutes les apparences il alloit changer de
retraite. Sa colère étoit montée à tel
Point qu'elle n'avoit plus de bornes i 6c
ne pouvant différer davantage de cher-
* cher querelle avec le Comte de Warwick,
puis que c'étôit lui qui l'offenfoit , il vint
a Londres , fuivi de Tes Amis , 6c fut le
lendemain à la Comédie où il fjût que le
Comte étoit.
Comme le bruit s'étoit déjà répandu de
ce qui s'étoit paflé à Sionhill , & qu'il y
avoit long-temps qu'on ne les avoit vu '
paroître dans le même endroit -, chacun
devint plus attentif à ce qui fe paÛeroic
entr'eux qu'au Speâaele. Mais ils ne tar-
dèrent pas fans en donner un autre ; car
le Comte de Dévonshire s'avança fière-
ment vers le Comte de Warwick , au mo-
ment que le premier Aâe finiifcit , 6c lui
donna un coup de feta Gand dans Je vi-
rage.
DEWARW1CK. 3S3
fagc. Si le Comte fut fenfible â cet af-
front , lui qui avoit autant de fierté que
de valeur , il cft ailé d'en jugera II mie
l'Epée à la main. Le Comte de Dévon-
shire y avoit déjà la fienne. Le Théâtre
alloic leur fervir de Champ de Bataille,
lors que cous ceux qui s'y étoient placez
fe jettérem enrr'cux & les féparérent,
malgré le defir qu'ils avoient de ne pas
différer le Combat. - *
Ils forrirent avec un air furieux qui ne
refpiroit que la vangeance. Le Duel ayant
été réglé pour le lendemain , ils quittè-
rent promptement la Cour , de crainte
que le Roi ne les fît arrérer , & ne les
empêchât de fc battre. En effet , il don-
na Ordre qu'on gardât les Portes , Se vou-
lut qu'on allât x dans tous les endroits où
l'on pourrait les trouver > paroiflfant fort
inquiet de l'événement dVne querelle qui
ne pouvoic guéres finir que par une Ca-
taftrophe.
Madame Greyqui connoiflbit le Comte
de Dévonshire pour un des plus braves
Hommes <\ui fut au monde , & qui pour*
roit bien là fe défaire de fon Ennemi, di-
foit au Roi qu'il ne devoit pas empêcher le
Combat entr'eux , que toutes les appa-
rences étoient fûufles , ou que le Comte
de Warwick aidoit à la Comteflc de Dé-
vonshire à fe cacher 5 que c'étoit-là un
fujet de plainte difficile à digérer pour un
M »« 5 que d'ailleurs le Comte de War-
wick
3f4 LE COMTE
wick avoit reçu un affront fi fignalé à k
Comédie , que rien ne pou voie le difpen-
fer d'en avoir railon. Je vous entends,
Madame, repartie impatiemment le Roi»
vous êtes ravie qu'on vange vôtre querel-
le particulière j & pourvu que le Comte
de Wa> wickfoit égorgé ,- vous vous char-
geriez volontiers de faire fon Oraifon Fu-
nèbre. Pour moi qui regarde la chofe
avec d'autres yeux quç vous , je conçois
que je ne peux manquer de perdre dans
l'événement de cette affaire. Si le Com-
te de Warwick périt , je ferai inconfola-
ble 5 (î le Comte de Dévonshire fuccom-
be, j'aurai à regretter un Homme de mé-
rite * ai nu* je veux les accommoder à
quelque prix que ce foie.
Cependant les deux Comtes a voient
pris leur Rendez vous le long de la Ta-
mife à deux ltcuës de Londres. Cet en-
droit s'appelle Barnealms , & c'efl: un des
plus agréables que Ton puifle trouver, lis
avoient chacun un Second. Du côté du
CofiKC dz Warwick. le Marquis de Mon-
taîgu , ôc de celui du Comte de Dévon-
shire. le Chevalier d'Hcreford. Ces deux
derniers ne fe battirent pas l'un contre
Pautre , comme des Seconds qui fervenc
feulement leurs Amis. Une averfion fc-
crette , dont ils ignoraient la raifon , les
engagea au Combat avec la dernière fu-
reur. En effet , ils étoient Rivaux ♦ &
ne fe féparérenc que par la mort du Che-
valier
DE WARW1CK. iff
valier d'Hereford , & par l'extrémité du
Marquis de Montaigu qui tomba cruelle-
ment bleffé. Les Comtes de Warwick cfc
de Dévonshire s'attaquèrent en Lions, &
foûtinrent le Combat de même* Le peu
de ménagement qu'ils a voient pour leurs
vies les mit bien-tât en état de la perdre.
Le Comte de Dévonshire reçût un coup
d'Epée dont il tomba, mort , & le Comte
de Warwick en eut un dans le bras : c'eft
ainfî que f e pafla cette funefte Affaire.
Le Comte de Warwick reflentit vive-
ment la dangereufe bleflure du Marquis
de Montaigu. Il fe perfuada que fa paC-
fion pour la ComteiTe , & le peu d'efpé-
rance d'en être aimé en étoient la caufe.
Il fe reprocha de l'avoir choifi pour Se-
cond. Helas I c'eft moi , difoit il , qui
ai engagé mon Frère dans une affaire que
je devois démêler tout feul. Ne fuis- je
pas bien malheureux de Ta voir fait refter
a Sionhili auprès de la Comtcfle ! Je pa-
vois que le pouvoir de fes charmes eft in-
évitable. Que petois imprudent fc le
biffer dans un lieu fi dangereux \ Je dois,
continuait- il , périr , s'il périt , & s'il
ne périt pas , je dois lui céder celle qu'il
aime , 6e dont il! eft plus digne que moi»
Pendant qu'il failoit ces regrets , il ne
laifloit pas de fecourir le Marquis , lors
Su'uVapperçûtquefon fang couloitabon-
amment. L'ardeur du Combat l'avoit
ttopêché de i entir un coup d'Epée qui lut
perçoit
3f< . LE COMTE
perçoit le bras ; Ôc comme cet endroit
n'étoit pas un lieu où ils duffent demeu-
rer long temps , il fe mie fur la Tainife
avec fon Frère , Ôc fe rendit en diligence
à Londres , où il l'obligea de relier ca-
ché jufqu'à ce qu'on eût pénétré les fen-
timens du Roi fur cette Affaire. En fui-
te il fe rendit fecrettement à Chcifcy.oii
il entra feul par une Porte qui donnoit
dans le Jardin , ôc dont il avoir toujours
la Clef:
Comme il étoit blefîe , ôc qu'il avoît
perdu beaucoup de fang • il chercha un
endroit où fe repofer. Il tourna fes pas
▼ers un grand Cabinet de verdure qui
n'étoit guère couvert , parce que là Su-
fon étoit peu avancée ; de forte qu'il y
remarqua une Femme. Il s'approcha dou*
cernent , ôc vit que c'étoit la Comrefle
de Dévomhire. Cette vue lui caufà une
émotion qu'on peut aifément imaginer s
ôc ce qui venoit de fe pafler étoit un évé-
nement qui allait décider ge tant décho-
ies , qu'il ne fçavoit comment le lui ra-
conter > ni comment le taire. Enfin cet-
te inclination naturelle qui nous engagea
chercher ce que nous aimons , l'empor-
ta fur tous les égards qu'il devoit à la
Veuve du Comte de Dévonshirc. Il en-
tra dans le Cabinet où elle revoit à fes
difgraces. Il l'aborda d'un air timide, Se
fe j errant tout d'un coup à ics pieds , il
lui préfenta fon Epée. Si vous croyez que
je
DE WARWICK. 3J7
je mérite vôtre colère, lut dit- il , punit*
fez- mol , Madame : voici la mêmeEpée
qui vient de Vous vanger du Comte de
Dévonshirc. 11 n'eft plus 5 voudrez-vous
percer un cœur qui vous adore ?
Pendant Ton difeours la Comtefic étoit
demeurée éperdue , ne feachant quelle
en feroit la fin , lors qu'elle aprit que
l'Homme du monde qui lui étoit le plus
cher , avoit tué Ton Mari. Elle jetta un
cri douloureux avec lequel elle penfa ren-
dre Pâme. Ses yeux relièrent ouverts âc
fans mouvement. Son corps tranfî fem-
blost pétrifié. Elle ne pou voit parler.
Quelle fuite funefte n'envifageoit-eile pas!
Le Comte connoifibit allez l'état où elle
étoit. Il n'ofoit lui rien dire : mais fon
émotion devint fi grande , que le^fahg
qui couloit de fon bras en abondance»
mouillait toute la terre. Je vais mourir,
lui dit-il y vous le fouhaitez > Madame.
Je ne me plaindrai pas de mon Sort. Oui,
cruel , dit- elle • fe raifant violence pour
parler, je defirela fin de vôtre vie, c'eft
un Sacrifice que je dois à la mémoire du
Comte de Divonshire. Vous êtes fon
Meurtrier ; helas ! que n'êtes- vous plu-
tôt le mien ? je vous pardonneras ma
mort , mais il ne m'eft pas permis de vous
pardonner la fienne. Tout m'engage à
vous haïr. 11 faut que je vous déclare une
9 u «re implacable , Ôc que je. n'oublie
rien pour me vanger. Encore un coup,
fui
Îf8 LE COMTE
lui die- il» ne cherchez aucun fecours con-
tre moi que votre averfion. Vous voyez
l'état où je fuis ; je crains que mon fang
ne coule trop lentement pQur fervir vo- I
tre colère, employez mon Epée s ne me '
refufez pas la trifte confolacion de mou*
rir de votre main. Hé ! le puis-je ? bar-
bare > s'écria-t-elle ; igoorez-vous le fa-
tal afeendant que vous avez fur mon cœur ?
Hdas ! vous n'en êtes que trop inftruit;
vous m'infultez , quand vous ofez voas
préremer à mes. y eux j vous ne m'inful-
tez pas moins , quand vous voulez que je
-vous donne la mort. Laiffez-moi pleurer
en repos l'excès de mes malheurs. Cette
dernière Cataftrophe me jette dans unde-
fefpoir inconcevable. Car enfin , je vois
en vous l'Ennemi de mon Mari , de mes
Enfans A &de ma Maifon 5 & cependant
je vous fouffre , ôc je ne reflens point les
mouvement de l'implacable haine que je
vous dois. .Puniflez-raoi , Madame > je
fuis à vos pieds prêt à tout fouffrir , rc*
pliqua le Comte d'une voix altérée & foi-
blc. En finjiïant ces mots , fes forces l'a-
bandonnèrent 3 il, tomba tout couvert de
fang > une fueur froide le furprit » Une
pouvoir, plus parler. .
L'embarras de la belle Comtçfle n'eft
pas concevable. . Elle remit dans ce mo-
ment le foin de fa vangeance aux Loix du
Paï's & à la volonté du Roi ; ôc trouvant
qu'il y avoit une efpéce de lâcheté à b*t-
DE WARWICK. 3»
cre un Ennemi déjà vaincu , elle ne lon-
gea plus qu'à le fecourir. Berincourt qui
avoic été averti de l'arrivée de fon Maî-
tre , Ôc qui* le cherchoit , vint le trouver
dans ce moment. Dès qu'il Tapperçûc
avec la Comtefle , il voulue par refpect fc
retirer , mais elle lui dit de s'approcher ;
êc montrant le Comte dont elle foûte-
noit la tête : Venez à nôtre aide , s'é-
cria- 1- elle , nous allons tous deux mou-
rir. Berincourt demeura fort effrayé dé
voir l'état où étoit fon Maître. Il pria
la Comtefle de lui .aider , elle lui relia le
bras avec tant d'adrefle , que le fang s'ar-
rêta. Il fut quérir de l'eau pour lui en
jetter & d'un Elixir qui rappelia tous les
efprits qui avoient été di/ïïpez par la per-
ce de fon fang , & par la douleur que lui
caufoient les reproches de la Comtefle de
Dévonshire. 11 reflentit une exrrémejoye
de la voir fi proche de lui. Helas ! Ma-
dame , lui dit-il , eft-ce vous ? fuis je di-
gne de votre pitié ? voulez-vous que je
vive , ou me rélervez-vous à une van-
§eance plus éclatante ? Elle ne lui répon-
it rien , ôc continua de pleurer
Le Comte de \yarwick Sécant levé»
marcha doucement , appuyé fur Berin-
court , vers la Maifon. La Com telle ne
le fuivit point s elle demeura dans le Ca-
binet où il l'avoit trouvée > pour s'aban-
donner à toute fa douleur. La prefence
du Comte l'avoit un peu fufpcnduc, mais
lors
360 LE COMTE
lors qu'elle fut feule , combien de crifies
réflexions fie-elle fur fa deftinée ? Elle
avoit trop d'efprit , pour ne pas envisa-
ger les fuites d'un fi funefte commence-
ment. Que ne devoit-on point lui im-
puter fur la mort du Comte de Dcvon-
shire , dans le même temps qu'elle étoft
cachée chez le Comte de Warwick ? A
quoi cela reflemblc-t-il ? Qui pouroic
pénétrer fon innocence au travers de tant
d'obfcuritexi
Elle fe regardoit comme une Femme
Ïirofcrite dans le monde , abandonnée de
es Proches Ôc de fes Amis. A qui avoir
recours, après des circonftances fîtriftes?
Comment paroître à la Cour , Ôc corn*
ment palier le relie â^ÙLYte » errante &
foupeonnée d'une galanterie ? Sa douleur
prenoit tant de force, qu'elle étoit furie
point de mourir * quand Berincourt vint
la conjurer de la part du Comte de mon-
ter dans fa Chambre* Je ne veux janaû
le voir , lui dit- elle d'une voix entrecou-
pée par fes fanglots > il m'âte ma gloi-
re » il trouble tout le repos de ma vie»
je fuis réfoluc de partir d'ici , quoi qu'il
tn'en puiûe arriver.
Berincourt auroit été furpris de ce qu'el-
le lui difoit , G c'a voit été dans une au-
tre occafîon ; mais il comprit aflez les
juftes fujets qui PafHigeoient. Il ne né-
gligea rien pour la confoler $ de lui fit de
S grandes infiances de voirie Comte pour
conférer
DE WARW1CK. 361
conférer fur leurs affaires » lui repréfen*
cane au refte qu'elle feroit caufe qu'il fe
léveroic pour la chercher , qu'enfin elle
fe laifla perfuader.
Madame , lui die le Comte , je fuis
trop jaloux de tout ce qui vous regarde,
pour fouffrir patiemment que l'on puifte
vous aceufer d'avoir pour moi quelque
indulgence favorable. Je voudrois vous
plaire , c'eft Tunique defîr qui m'occu-
pe , .& l'unique bien que je connouTe:
mais d ce bonheur, le plus grand de tous,
nf arrivoit aux dépens de vôtre gloire , je
ferois capable d'y renoncer. Jugez après
cela H je penfc férieufement à ce que vous
devez faire dans cette occafion-ci. J'ofe
vous confeiller d'aller au plutôt vous jet-
ter aux pieds du Roi , de lui demander
ma têcc , puis que je me fuis battu con-
tre votre Mari fans fa permiflion, que les
Loix le défendent , & que je l'ai tué. Ce-
pendant , Madame, comme il pourra ar-
river que le Comte & la Comteûc d'An-
gle fc y continueront d'être irritez contre
vous , & que les Tuteurs de vos Enfans,
mai prévenus en vôtre faveur , vous re-
fuseront les fecours né ce flaires pour pa-
roi cre à la Cour , voici des Pierreries
confidérables que je vous fupplie d'accep-
ter ,'afin d'être en état de pourfuivre ma
mort.
Quelles Armes me préfentez-vous pour
vous combattre ? & le plus généreux En-
Tme II <i nemi
3 6i LECOMTE
ncmi qui fera jamais i s'écria la Comcef-
fe. Quoi ! voulez-vous que je me fer-
re de vos bienfaits pour vous perfécuter,
êc que je me déclare vôtre ennemie quand
tous me comblez de grâces ? LaifTez-
moi , Mylord , l'entière liberté de vous
haïr ; le chemin que vous prenez pour
arriver à mon cœur cft trop offenfanc ;
je ne veux rien de vous , afin de n'être
pas ingrate quand je vous ferai du mal.
Le Comte employa tout fon efpric pour
la perfuader 5 mais ce fut inutilement:
fou ame étoit trop noble pour contracter
une telle obligation.
Après qu'elle eut dit tout ce qui cft na-
turel de dire fur un procédé fi rare:
Pourrai je , ajouta- 1- elle demander au
Roi une vangeance proportionnée au mal
mie vous m'avez fait , quand je vous dois
d'ailleurs une fi grande reconnoiflanec ?
Et bien qu'on en ignore les motifs dans le
monde, Von cft déjà tellement perfuadé à
mon defavantage , qu'on croira que je joue
la Comédie. Cela n'importe, Madame,
répliqua le Comte , il faut que vous n'ayez
rien à vous reprocher : le temps de Ja
Fortune décideront du refte. Eft-il poffi-
ble, lui dic-elîe, que vous vous puiflïcz ima-
giner que je ferai à l'avenir votre plus
cruelle ennemie ? Etferoit ilpofîlble ,lui
dit-il , Madame, que vous la puffiez de-
venir ? Je vous ai toujours aiméeaveedes
fentimens fi purs & û refpe&ueux 5 j'ai
eu
DE WARWICK. 365
eu fi peu de parc aux contre-temps qui
vous ont défolée s j'ai reçu un affront fi
fanglanc du Comte dé Dévonshire . avant
que d'en tirer la vangeance , que fi voui
examinez toute ma conduite , vous con-
viendrez que je fuis feulement digne de
pitié.
Après avoir patlé long-temps enfem-
ble , le Comte la vit partir avec une dou-
leur fi fenfible , que jamais réparation
n'a caufé plus de peine. Berincourr rac-
compagna jufqu'à Londres. Le Comte
fe mie dans fa Berge , 6c y revint auffi. Il
conduifoit des yeux le petit Barreau où
Ton adorable Comtefle s'étoit embarquée.
11 auroit bien mieux aimé la fuivre, fût-
ce au bouc du monde , que d'être Roi
d'Angleterre.
Le Combat des Comtes de Warwick Se
de Dévonshire étoic à peine fini , que le
Roi & cous leurs Parcns en et oient déjà
informez. Chacun courut à Barnealms,
les uns par amitié , 6c les autres par cit-
riofîré : mais on n'y trouva perfonnet
les morts avoient été enlevez , &lesb!ef-
fez s'étoient retirez. Le Roi reflentit une
extrême inquiétude , il ne fçavoir pat
l'événement de cette affaire $ Se de quelle
manière qu'elle tournât , elle ne pou voit
qu'être facheufe pour le Comre de War-
wick ôc pour la Comtefle de Dévonshire.
Il confervoic encore de 'l'inclination pour
elle , bien qu'il fût irrité du procédé qu'elle
avoir, eu avec lut. Q * *"•
3 6 4 L E C O M T E
Le Comte de Warwick n'oft defccndre
à Wichall. 11 écrivit au Roi une Let-
tre relpeftueufc & foûmife , pour le fup-
Îilier de lui accorder fa Protection contre
a Veuve & les Parens du Comte de Dé-
vonsbire. Illuircpréfcrkoit que T Affront
2u'il en avoit reçu à la Comédie étoit
'une nature à ne pouvoir s'effecer que par
la mort de Ton ennemi , & qu'il n'ofoit
s'aller jettera fes pieds {ans fa permiffion.
Le Roi reçût favorablement fa Lettre;
mais il ne lai (Ta pas de lui mander de relier
caché 9 parce que s'il étoit venu fi- tôt
dans T Appartement qu'il occupoit à Wit-
hall » toute la Famille du Comte de Dé-
▼onshirc fc foûleveroit , pour fe plaindre
de le voir toujours dans une faveur qui
f.mbloit les éloigner de celle du Roi.
La Comtcfle de Dévonshire arriva de
fon côté , ôc fc rendit chez fa Nourrice.
Cétoit prefque la feule Maifon où l'on
voulut la recevoir. Qiicl étrange revers
de Fortune pour la plus belle perfonne
du Royaume * qui étoit née avec tant de
biens , & qui appartenoit à tout ce qu'il
y avoit de plus grand à la Cour ! Quel
étrange revêts , dis-je , pour une Fem-
me de fon âge qui avoit facrific Ton incli-
nation à fa vertu » & qui n>voit rien d'ef-
fenciel à fe reprocher ! Il eft vrai que fon
innocence la confoloit 5 & fi elle avoit
été coupable > fes malheurs l'a u roi en t bien
plus troublée. Elle écrivit à toute fa Fa-
mille j
DE WARWICK. 36s
mille y elle parla aux Tuteurs de fes En-
fans , pour qu'ils voulurent prendre des
mefures avec elle , afin de pourfuivre le
Comte de Warwick , mais ils la reçurent
fi mal , qu'après lui avoir dit mille dure-
tez , ils lui déclarèrent qu'ils alloient di-
rectement l'attaquer , & qu'elle pouvoir
fonger à fe défendre , parce que c'étoit
une des plus férieufes affaires de fa vie.
Un accueil fi différent de celui qu'elle fe
prometcok , là furprit & l'affligea 5 elle
tenta tout auprès du Comte & de la Com-
tefle d'Anglefey > pour rentrer dans leurs
bonnes grâces. Leur tendrefle pour elle
n'etoit point afTez éteinte pour manquer
de fe réveiller, fi l'on n'a voit pas travail-
lé à lui rendre mille méchans offices.
Tous ces malheurs ne purent afFoiblir
fon courage. EUe avoir pris la réfolucîon
la plus difficile , qui étoit de demander
juftice contre le Comte de Warwick. Les
peines qu'on lui faifoit d'ailleurs ne pou»
voient égaler celle-là. Elle vint fe jetter
aux pieds du Roi avec fon Habit lugubre
de Veuve > & bien que fes yeux fuffent
noyez de larmes , ils n'en étoient pas
tnoins dangereux. Le Roi la trouva mil-
le fois plus belle que lors qu'elle fit fa
conquête $ & le Comte de Warwick lui
parut mille fojs plu* coupable d'avoir fçû
plaire à une Perfonnc d charmante , que
d'avoir tué le Comte de Dévonshirc. Il
promit à la Cpanefle de traiter fon En-
Ci 3 nemi
3<$6 L E C O M T E
nemî dans toute la rigueur dés Loix. Il
fc faifoit un plaifir lenfiole de la tourmen-
ter , nar un moyen dont elle n'oioit fé
plaindre. Mais quelque mefure qu'elle
gardât pour empêcher que Ton vifage ne la
trahit , le jeune Monarque ne connoiflbit
que trop la douleur : c'eft ainfî qu'ils fe
rangement l'un de l'autre ; le Roi en
menaçant celui que la Comtefie aimoit ;
& la Comtcflc en lui lai flanc voir fes fen-
cimens pour un Rival aimé.
Enfin elle aprit qu*on la comprenoft
dans les pour fui ces qu'elle avoit elle mê-
me commencées contre le Comte dcWar-
wick , 6c qu'on ne prétendoit pas moins
que de s'afluner de fa perfonne , pour lui
faire rendre compte de ce qu'elle écoit de-
venue en s'éloignant de fa Maifon. Ces
nouvelles difgraces Perîgagérent d'avoir
recours à la bonté du Roi , elle vint l'im-
plorer un foir qu'elle fcût qu'il s'étoit trou-
vé mal , 6c que les Ordres étoienc don-
nez pour la taire entrer dans fon Cabinet.
Elle étoit feule en Chaife , 6c couverte
d'un grand Voile. Comme elle paftbk
fous une Gallerie affez ôbfcure , un hom-
me envelopé de fon Manteau s'approcha»
& fit arrêter les Porteurs. Où allez- vous,
Madame ? lui dit-il y ne vous fôuvient-
ïl plus de rattachement que le Roi a pour
vous 9 6c des louanges qu'il vous a don-
nées depuis peu ? Ah ! cruelle , vous
voulez me facajfier à ce dangereux Rivai »
vous
DE WARWICK. 367
vous voulez rallumer fes premiers feu*.
La Comtefle à ces mocs reconnut le Com-
te de Watwick. Helas ! ignorez- vous,
lui dit-elle , l'état de mes affaires f fau-
dra t-il que je périfle (bus le pouvoir de
mes ennemis 5 &ne croyez- vous pas com-
me moi que le Roi a pris dts engagement
fi forts avec Madame Grcy » qu'il m'a
oubliée ? Je ne fçaurois m 'endormir Air
cette confiance , repartit le Comte ; je
fçai que les imprciïïons que vous faites
font trop vives pour s'effacer ; û le Roi
vous revoit encore • le Roi vous aimera -,
je viens de le quitter , c'eft lui qui ,m*a
informé que vous alliez arriver. Il vous
attend avec impatience ; n'y allez pat»
Madame , au nom des Dieux , garantir-
iez- moi du malheur que j'appréhende.
Vous m'effrayez pour moi-même, My-
lord . lui dit elle > je ne cherche point à
plaire au Roi ; parlez en ma faveur , ob-
tenez un Ordre pour me faire recevoir
dans un Monaftére. Hclas i j'y ferois
déjà , fi la brigue de mes ennemis ne
ni'empêchoit d*y aller ,• Se puis qu'il ne
m'eft plus permis de vous voir fans crime»
faites que je ne voye perfonne au monde*
Le Comte fut ravi de la complaisance que
la Comtefle a voit pour lui. Après qu'il
lui eut fait mille tendres remerciemens, il
Faflura qu'il ne négligeroit rien pour l'Or-
dre qu'elle fouhaitoit du Roi j maisaufïi-
tôt qu'il voulut lui parler du deflein que
Q 4 la
368 LE COMTE
la Comtcflc avoir pris » ce Prince lui die
qu'il n'y confentiroit pas ; qu'elle n'en
avoic pas envie lors qu'elle vint Je trou-
ver , que c'étoit Feffct de fes confeils, Se
qu'il n'écoit pas affez bon pour le merrre
en repos à fes dépens. Le Comte demeu-
ra fur pris de la réponfc du Roi ; il con-
nut bien que le temps & les charmes de
Madame Grey n'avoient point effacé ceux
de la Comrefle de Dévonshire ; Ôc il ju-
gea qu'il ne pou voit l'engager trop tôt £
le cacher.
Quelque prande que fût l'autorité du
Comte de Warwick , en Angleterre , il
fe trouva obligé de garder des mefuresde
bien-féance à caufe de la mort du Com-
te de Dévonshire , de forte qu'il ne fc
hifîbit voir qu'à fes meilleurs Amis. Le
Marquis de Monraigu n'étoit pas moins
reciré. Ses blefiures avoient été fi dan-
gereufes , qu'on defefpéra plufieurs fois
de fa vie. Le peu de foin qu'il en pre-
noit l'empêchoit même de guérir. Le
Comte de Warwick auroit bien voulu
tefter toujours auprès de lui , mais la paf-
fion qu'il avojt pour la Comte (Te de Dé-
ronshire , l'àppelloit dans tous les en-
droits où il pou voit la fervir.
Cette belle Veuve ayant apris que le
Roi ne vouloit pas favorifer le deuein de
fa retraire dans un Couvent , elle ne pen-
fa plus qu'à s'en faire une qui ne £àt fçûc
île gerfonne. Elle avoit befoin du Comte
de
DE WARWICK. 369
de Warwickpour la trouver , c'aurait été
une chofe bien impoffible s'il n'y avoir, pat
réùfïî. Il fît acheter fous* main une Mai»
fon de peu d'apparence > dont il rendit
les dedans fi magnifiques ôc (i ornez , que
le Palais de Pfiché , bâti par l'Amour mê-
me , ne pût être ni plut promptement
fait , ni plus agréable.
La Comtcfic y voulue bien aller, à con-
dition que Monfieur de Warwick ne vien-
drait point la voir. Elle étoit persuadée
qu'elle ne*pouvoit conferver ianajtaioie»
un commerce étroit avec un homase qui
venoit de tuer fon Mari > ôc comme il
craignoit qu'on ne découvrît fon Séjour»
iï elle dirféroit d'aller dans celui qu'il ve-
nait de lui faire préparer , il lui promit
tout ce qu'elle fouhaitoir.
Le Comte de Warwick envoya Berin*
court chez Madame de Dévomhire dana
fon nouveau Palais , de pour lui il refta
à Londres avec le Marquis de Momaigu,
Il n'auroit pas même été long- temps (ans
fe trouver de cruels ennemis fur \t$ bras»
& L'amitié que le Roi avoir pour lui l'eût
abandonné, i leur reffentiment 3 mais il
les arrêta j & bien qu'ils réitéraient fana
cerTc leurs inftances , pour obtenir la per*
million de le pourfuivre félon lesLoix du
Pais, le Roi qui ne le vouloit point» élu*
doit toujours les répbnfes » & rv'cn fia foi t
aucune qui n'eût un fens altéré , fur le»-
qucl irkvoyoicnt bien qu'il Ât faUok.pa*
*gir* Q $ P^
370 L Ë t3 M T E
D'ailleurs , la Comtefle qui s'étoit re-
tirée > comme je viens de le dire » ne
fongeott qu'à régler Tes affaires - t ôc vi-
vant Ifcns brait & fans éclat , elle fe ââ-
toit quelquefois d'être oubliée de tout le
monde , lors que le Comte de Pembroc
plus couché pour elle qu'il l'eût été de là
vie» découvrit fa Maifon , & mit cous (es
foins à, pouvoir fe la, rendre praticable.
L'affaire n'étoit pas aifée ; mais en An-
fleterre comme ailleurs , il n'eft guéres
e . cfeofes dont on ne vienne r à bouc,
quand <on n'y épargne rien.
Le Comte gagna une des Femmes de
la Comtefle. Celle-ci lui ouvrit la Porte
d'un petit Jardin plein de Fleurs rares,
où fa Maîtreflc alloic fe promener tous
Us Soirs. Il s'écoic caché derrière des
Caiftès d'Orangers > quand il l'apperçût
venir négligée dans fon deuil , ôc plus
belle que la Mère des Amours. Sa pre-
fence le jetta dans un trouble inconceva-
ble. S'il l'ai moi t plus que toute chofe au
monde , il ne la refpcdoic pas moins j il
craignoû de lui déplaire en l'abordant,
fille fera offerifée, difoic»il,.de ma li-
berté ; mes (èrmens n'empêcheront point
que je ne lu! fois fufpeâ , & qu'elle ne
me regarde comme le meilleur Ami de
Madame Grey. Que fçaî-je même fi elle
ne croit pas que je l'aime ? Mais elle ne
daignera pas aire ces fortes de réflexions $
VhcQtéux Comte de Warwick l'occupe
c -' trop,
t>É WARWldtf. jtt
trop > pour cp'clle s'occupe de moi.
Cette dernière penféefut celle ^ui s'im-
prima avec plus de force dans Ton cfprir.
La Comtcffc avoir déjà fait plusieurs tours
de Jardin avant qu'il eue ofé paroltre $,
enfin il forcit du lieu où il s'étoumis , te
yinc cour d'un coup fe jeteer à fes pieds.
Elle fut fi effrayée /.quelle s'enfuit de tou-
te fa force* Le Comte fe figura qu'elle
l'avoir reconnu , & que la feule averfion
lui attiroit un mauvais accueil. II la fui-
vie brufquement , réfolu de &*éclaircir
avec elle fur tout ce qui le tourmetftoit.
Non , Madame > lui dit-il en l'arrêtant ;
non , je ne viens point déplorer à vos
pieds les maux inconcevables que vous me
faîtes fouffrir , je viens pour vous fes re-
procher comme à h plus cruelle de tou-
tes les Femmes $ je viens , dis-jc , pour
me plaindre de i'injufte préférence que
vous accordez au Comte de Warwick , à
celui qui a tué votre Mari , a l'Ennemi
de vôtre Maifon > c'cftkrique vouschoi-
fiffez peur le dépofîtaire de vos Secrets,
pour vôtre Protecteur Ôc pour le plus
cher de vos Amis , pendant que je traî-
ne une vie infortunée qu'il rtTeft rmpofïi-
blc de foûtenir (ans vous Claire , ôc que
je viens vous (àcrifier , fi vous ne la trou-
vez pas digne de vos foins. Il y a fi peu
de raifon à tout ce que vous m'avez dit,
répliqua la Comtcffe piquée de fes repro-
ches > qu'il faut eue bien offcnûuit pour
Q 6 venir
37* LE COMTE
venir dans un lieu où je ne veux voir per-
fonne • m'infultcr (ur ma méchante For-
tune. Une fois pour coûte , Mylord , je
vous défends de m'y chercher jamais.
Dans ce même moment le Comte de Pcm-
broc apperçût le Comte de Waiwick.
Quelle vûë pour un homme amoureux &
jaloux ! Il ne douta point qu'ils n'euffent
tous les Soirs des convergions dans ce
Jardin y & que leur intelligence ne fût
parfaitement établie. Le Comte de War-
wick ne fut pas médiocrement irrité d'u-
ne rencontre fi imprévue.
Quoi ! c'eft vous > Mylord , s'écria
Monfieur de Warwick i cft-il poffibleque
la curiofîté vous rende fi peu attentif i
ce qu'on doit aux perfonnes de la qualité
& du mérite de Madame de Dévon&hire?
Et vous - même , Mylord , repartit le
Comte fièrement ; quel exemple me don-
nez-vous ? ft'ai-jepas pour elle autant de
aéle & de refpeâ , n'ai-jc pas une extrê-
me envie de la fervir ; en un mot , ai-je
contribué à fes malheurs ? Tout cela ne
lignifie rien , répondit brufqucment le
Comte de Warwick > la comparaifon de
vôtre attachement avec le mien n'eft pas
Jufte : mais nous ne fommes point ici
pour difputer là-deflus.
Comme le Comte de Warwick portoit
encore fon bras en écharpe , le Comte
de Pcmbroc ne pût contenter renviequ'il
avoic depuis long-temps de fe battre contre
DE WARWICK. 373
lui j & pendant qu'ils partaient la Com telle
avoit pris le Parti de fe retirer. Son dé-
plaifir étoic extrême d'être découverte
dans fa Retraite ; c'étoir peut-être la feu-
le confolation qui lui réftoit , de fe croi-
re cachée en ce lieu pour tout le monde.
A l'égard du Comte dePembroc , il et oit
accoutumé à faire des fautes par chagrin»
donc il refTcntoit en fuite les plus cuiians
déplaifîrs $ c'eft ce qui arriva dans cette
rencontre. Il fe retira comme un fu-
rieux , & fe rendit chez Madame Grey,
à laquelle il raconta des nouvelles de leurs
communs Ennemis. Elle parut charmée
de trouver une occafîon fi favorable pour
fe vanger d'eux. Et fans perdre un mo-
' ment , die fit répandre dans le monde
que la ComreiTe de Dévonshire nefecon-
. tentoit pas d'attirer mille malheurs à fa
Maifon , qu'elle demeuroit impunément
à Londres , ôc qu'elle y occupoit une des
Maifons du Comte Warwick.
Ces nouvelles piquèrent à tel point tou-
te la Famille de cette Dame, qu'il ferort
difficile de comprendre le méchant effet
qu'elles produisirent pour elle. Cepen-
dant les Tuteurs de fes Enfans pré ferrè-
rent une Requête au Parlement qui écoic
aflemblé , pour qu'on défendit au Coin re
de Warwick d'aller chez la Comte £Te. Le
Parlement reçût favorablement la Requê-
te , & condamna le Comte à cent Marcs
d'Os 4* Amende chaque fois qu'il la ver-
roit. Q^ 7 Quand
#4 L Ê C O M T Ë
Quand on le lui lignifia, il s'enembar-
radk fort peu ; U pour la Comte (Te elle
en relfcntit une fccrettcjoyc. Enfin, dit-
elle , je ne ferai plus dans le rifque de re-
cevoir des Vifitcsqui m'auroient toujours
fourni mille fujets de trouble. Une longue
abfencc cft quelquefois néceflaire pour
guérir : mais après quelques réflexions»
puis-je efpércr un tranquille repos ? n'ai-
je pas éprouvé depuis le jour fatal que j'ai
vu le Comte de Warwick * que Je dcâin
qui me perfécute ne m'a encore jamais
laifle la liberté de l'oublier ? Quels com-
bats rfai-je pas livré à mon cœur ? Je n'ai
point à me reprocher de lui avoir été
trop indulgente. Et plût au Ciel que Je
monde fut auffi bien informé que moi de
la droiture de mes fentimens.
Comme elle vivoit dans une grande re-
traite , le Roi chercha inutilement à la
voir •, elle ne vouloir point qu'on, ajoutât
de nouvelles Hiftoires fur fon compte , &
elle s'en défenditavec autant de force que
de refpeâ. Le Roi en aceufoit le Comte
de Warwick. Qu'elle cft prévenue pour
lui ! diloit-il , en parlant d'elle , & qu'il
pouffe loin ma patience d'ofer aimer ce
que j'aime 1 Toutes ces réflexions effa-
çoient peu à peu les fentimens de recon-
noiftânee que ce Monarque devoit au
Comte. Il oublioit qu'il lui avoit mis la
Couronne fur la tête , ou s'il s'en fouve-
aoit , ce n'écoit plus que pour regretter
de lui en avoir l'obligation. Il
DE WARWICK. 37*
11 cft certain qu'un homme moins tou-
ché que le Comte de Waiwick , ou moins
.généreux > auroic eu de l'attention pour
une Amende de cent Marcs d'Or. Afon
égard .il la méprifa > ôc s'il prit des me*
fures quand il fut chez la Comteffe , ft
n'eut point d'autre vue» que d empêcher
<ju'on ne parlât d'elle.
Son impatience de raller.tr ou ver le mit
au détins de coûtes les réflexions. Il fe
contenta de fe cacher fous fon Manteau*
daller feul ôc fort tard chez elle. On ne
Ï>cuc être plus furprife qu'elle le parue
ots qu'il entra dans fa Chambre. Son-
gez- vous , bien » M y lord, lui dit- elle, à
la démarche que vous faites , aux armes
que vous allez fournir à nos communs
Ennemis , ôc à ce que vous peut coûter
une Vifîtc auffi inutile que celle que vous
me rendez ? Pourvu qu'elle ne vous dé*
plaife point > repltqua-t-il , j'ai penfé à
tout lerefte. Madame , ce n'eft pas ache-
ter bien cher le plaifir de vous voir , que
de payer cent Marcs d'Or toutes les fois
que j'aurai cet honneur -, ôc je ne ferois
point aûurémentembarraflé de l'Amende,
fi vous me donniez la permilfion de me
mettre dans lerifque de la payer plus fou-
vent. Il y a trop peu de raifon dans ce
que vous me dites , ajouta- t-elle : mais»
Mylord , il ne faut pas feulement ména-
ger vôtre bien dans cette rencontre ici, il
fiuu ménager ma gloire qui vous doit être
* mille
376 LE COMTE
mille fois plus chère. Figurez -vous cer
3u'on pourroit croire , fi vous me ren-
iez des foins ; je n'ai pas cette d'être la
Veuve du Comte de Dêvonshire. Ha i
Madame , repartit le Comte , vous n'a-
yez pas ceiTé en effet d'être pour moi la
plus cruelle perfonne du monde > mon
attachement*, ma confiance , mon ref-.
pe& > tien ne peut m'applanit une route
dans vôtre coeur j vous m'êtes toujours
également rigoureufe. La Comtcflc ne
répondit rien à fes reproches > elle fe
contenta de lever les yeux vers le Ciel,
& de pouffer un profond foûpir.
Le Comte refta auprès d'eileauffi long-
temps qu'elle le voulut bien (ouffrir. La
Vifitc fut fçûë , on l'cpioir , & l'on fea*
voit tous ceux qui entroient chez Mada-
me de Dêvonshire. L'on n'eut point de
peine à le convaincre d'être allé la voir {
& par conféquent qu'il devoit l'Amende,
laquelle il paya avec une noblefle qui don-
na plus deconfufion à fes Ennemis , qu'el-
le ne lut caufa de chagrin.
Le Roi ne laiua pas de lui en parler.
Eft-il poffible , lui dit-il , que vous vou-
liez vous ruiner de gayeté de cœur , &
que vous ne foyez pas atfez fage pour
vous empêcher d'aller chez la Comtetfc
de Dêvonshire ? Si Vôtre Majefté fça-
voit jufyu'où va mon extravagance , ré-
pliqua t-il , elle me parle roi c bien autre-
ment» Car enfin » Sire , jufques ki je
n'ai
DE WARW1CK. 377
n'ai pas vu le plus petit jour à me flater
d'être aimé ; je la cherche malgré elle,
j'en fouffre des duretez qui m'affligent;
ôc pour achever de nfaccabler , l'on me
condamne à cent Marcs d'Or. Je ne veux
pas vous croire , dit le Roi en riant ; car
en vérité il faudroit vous envoyer aux
Petites- Ma ifons.
La Comteûe aprit avec un d épiai fir ex-
trême que le Comte de Warwick avoir
payé l'Amende , Ôc que cette dernière
circonûance étoit toute propre a persua-
der contre elle les mieux intentionnez.
Elle s'en affligea , Ôc pleura plusieurs jours
de fuite. Le Comte qui ne pouvoir fe
parler de fçavoir à toute heure de Tes nou-
velles , n'eut plus de repos qu'il ne re-
tournât Ja voir pour râcher de la confo-
ler 5 mais ayant aullï mal pris fes raclu-
res que la première fois , il fut décou-
vert tout comme il l'a voit déjà été , ôc
l'on ne lui fit pas meilleur quartier ; de
manière qu'il lui en coûta encore autant.
Le Roi le menaça de fa difgrace , s'il ne
vouloit pas fe corriger , & la Comteûe
Sœur du Duc s'aigrit à tel point contre la
Comteûe de Dévonshirc , qu'elle fe joi-
gnit à Madame Grey de à fes autres En-
nemis pour la déchirer.
Cette averûon venoit d'une furieufeja-
loufie ou'cllc a voit contre elle. Leur
heauté les avoir toujours mi fes en con-
currence. La Comteûe d'Oxford qui ai-
mois
37* LE COMT E
motr chèrement fon Mari , s'ctoit pet-
fitadée Qu'il foûpiroit pour la Comtcflc de
Dé vonsnire , peut- être qu'elle ne fe trom-
poit point : mais s'il rdfcntoit de la paf- f
Son pour elle , fa deftinée n'étoit point
meilleure que celle de coures les perfon*
nés qui l'ai m oient. Cette Dame ne laif-
ioit pas de haïr la CorateflTe de Dcvonshi-
le , bien que ce fût fans fujet : cela ren-
gagea de faire un bruit defcfpéré dans le
monde fur les extravagances du Comte
de Warwick. Il s'en fâcha inutilement,
il céda de la voir ,• elle s'aigrit davantage
fin? cefler de prendre l'affirmative , &de
répandre dans le monde des Avanturcsfa-
buleufes , que l'on reçût comme vérita-
blés. Il fuffit ordinairement que les coups
portent contre une jolie Femme , pour
trouver beaucoup de Scâateurs. A plus
forte rai fon à l'égard d'une perfonne mal-
heureufe , dont la beauté & les charmes
Atrjroicnr l' envie.
Le Comte de Warwick defcfpéré de
trouver tant d'obftaciesà fon chemin » s'a-
vifa de faire creufer fous terre des Cham-
bres de des Allées qui répondoient jufqu'i
la Maifon de la Comtefle de Dévonshire.
Il fit là des Appartenons pour toutes les
Saifons * les uns incruftez de Marbre &
de Lapis , étoientpour l'Eté , & les autres
lambriflez de Bois rares , parquetez ât
remplis du plus beau Lac de la Chine &
de Glaces j étoient pour l'Hiver. Il y
mie
DE WARWICK. 379
intc pour deux cens mille Ecus de Meu-
bles s de ceux à qui il permectok d'y en-
trer croyoiem voir un enchantement. Ce
n'étoit que Statues de Bronze , Vaiffelle
d'Or , Vafes de Criftaï , Tableaux > Lits
de Brocard : tout y croit d'un goût G ex-
quis & fi particulier , qu'ij n'y avoit riefi
<jui ne pût fervir de modelle.
Quand il eut achevé ce* Appartement
ce qu'il fit avec autant de diligence, que
s'il avoit eu la Baguette des Fées , il écri-
vit à la Comteflè la Lettre du monde la
plus refpeducuie & la plus touchante pour
la conjurer d'y vouloir venir. II ne fal-
loir pour cela que lui permettre de faire
une Porte qui entrât dans ion Jardin,
mais elle y eut une répugnance invincible,
& le refufa d'une hauteur à ne lui laifler
là-defTus aucune efpérance.
Il en demeura accablé pour plufîeurs
jours. Le Marquis de Montaigu étant
alors avec lui > remarqua toute fa triftef-
t\r. J'ai de la peine > lui dit-il , à vous
demander vôtre Secret 5 vous croyez peut-
être que je fuis curieux par rapport à
moi-même plutôt que par rapport avou*.
.Mais , Mylord , quelque idée qui puifle
vpus venir là-defîus, je ne fjaurois m'ern-
pêcher de partager vôtre doujeur , Ôç de
la regarder comme la mienne propre. Ha !
mon Frerc , s'écria lé Comte , ne crai-
gnez point de m'être fufpcft , mes affai-
rés font dans un trop méchant état pour
que
38o LE COMTE
que perfonnc veuille les traverfcr. L*
ComteJTe de Dévomhire me défend de la
voir i je ne fçai que foupçonner d'une ri-
gueur fi peu méritée. Le Roi l'aime cou- \
jours. Hé quoi ! s'écria-tsil , l'éclat de
fa Couronne effacer oit - il auprès d'el-
le le mérite de ma pafïion ? Ignore-t-el-
1c que fi j'avois été capable de profiter
de tous mes avantages , je ftrois à pré-
fent fur le Trône qu'il occupe ? Un pro-
cédé fi defintéreffé n'eft-il point digne
d'eftioie ? J'ai peine à croire , dit le Mar-
quis , que la Comrcfte vous préfère le
Roi ; & plût au Ciel n'avoir que lui a
redouter dans fon cœur : mais, M y lord...
Je vous entends, mon Frère, dit le Com-
te , vous continuez de l'aimer ; ôc vos
égards pour moi empêchent que vous ne
vous embarquiez fur; cette fatale Mer*
Vous ne fçavez point à. quel point enco-
re elle la rend terrible j ™\ s ne m'en
croyez pas , ôc ne me ménagez plus j fi
je fuis deftiné au malheur d'avoir des
Rivaux « vous m'aiderez à les combat-
tre j ÔC s'il ne m'eft pas accordé de lut
plaire , faites . vous aimer , ce me fera
une efpéce de confolation.
Le Marquis tranfporté de joye de ce
qu'il lui difoit , Tembrafla étroitement
Quoi ! Mylord* repliqua-t-il, youscon-
f entez que je ferve vôtre divine Comtek
fe ? Ce que vous venez de me dire part-
il d'un premier mouvement > ou le dois-
DE WARWICK. 381
Je à vos réflexions ? Ne vous inquiétez
point, dit le Comte, de la caufe de mon
difcours 5 mais profitez-en fi vous le pou-
vez. Monfieurde Montaigu le garda bien
de pou (Ter la conrerfation plus loin ; il
étoic fi rempli de l'idée flâceufe de plaire
à la Comtcfle, ou tout au moins d'y tra-
vailler , & de mourir à Tes yeux , fi elle
ne lui permettoit pas de vivre pour elle,
qu'il ne fongea plus qu'aux moyens de la
voir* Ce n'etoit pas une chofe aifée 5 elle
étoic fi forte en garde contre les Vifites
que le Roi & les Comtes de Warwick'
& de Pembroc vouloient lui rendre, que
fà Mai (on étoit devenue' une efpéce de
petite Fortcrefîe.
Cependant le Marquis y fut 5 fonnom
la fur prit , elle hefica â le voir. C'ctoit
le Frère du Comte de Warwick , c'étoic
lui qui Tavoit fécondé dans fon Combat :
mais quel moyen de fe dérober toujours
au plaifir d*en apprendre quelques nou- .
velles ! elle croyoit qu'il venoit lui en di-
re , de rien ne k touchoit davantage. Le
Marquis l'aborda avec une crainte qui la
furprit. Je viens me juftifîer , Madame,
lui dit-il , vous avez peut-être penfé que
fée ois informé de ce qui fe paffoit enrre
les Comtes dcDévonshireàc de Warwick,
lors qu'ils fe battirent, je l'aurois fçû en
effet fi je m'etois trouvé à Londres , mais
le hazard m'en ayant fait fortir le jour de
leur querelle , le hazard ne m'y ramena
qu'au
j8i LE COMTE
3ifau moment où mon Frère eut bclbin
e moi. Il fe contenta de me taire fça-
voir le lieu où je devoisaller. Je me trou-
vai au Rendez- vous ; Ôc je vous laifïê i
juger de ma furprife , quand je vis Je
Comte de Dcvonshire ôc le Chevalier
d'Hcrcford. Ce dernier m'attaqua : vous
n'êtes que trop informée du refte , Ma-
dame. Helas ! Mylord , lui dit-elle» ne
me rappeliez point des malheurs affreux 5
je ne laide pas de reffentir quelque confo«
lation du foin que vous prenez de vous
juftifier. Elle pouffa un profond foûpir,
ôc le Marquis incertain s'il lui étoit per-
mis de parier , fe jet ta à Tes pieds comme
un homme qui ne fe poifede point. Ja-
mais furprife n'a été égale à celle de la
Com telle y elle pénétra fur le champ les
fecrets d'un cœur amoureux , qui n'avoir,
fçû jtifqu'alors que brûler ôc fe taire. Vous
voyez , Madame > lui dit il d'un ton de
voix tremblant ôc ait? ré. , une déplorable
Viâime qui vient s'offrir à vôtre colère»
ôc fi l'on vous offenfede vous chérir plus
que la lumière du jour , je fuis le plus
coupable de vos adorateurs. C'cft le fort
de vôtre Maifon , s'écria la Comteflc»
d'accabler la mienne dedifgraccs $ qu'ai-
jc donc fait pour m'attircr tant de déplai-
sirs ? Mais plutôt , répliqua le Marquis»
quel a été mon Crime pour être livre â
toute vôtre indifférence ? vous ne dai-
gnez pas feulement vous fâcher. Ah !
Mada-
DEWARWICK, 383
Madame , je fuis mille fois plus malheu-
reux que je ne croyois l'être. Le Com-
te de Warwick , ajoûta-t-elie , fjait.il la
converfation que vous avez avec moi?
Oui , il la fçait, répliqua le Marquis ; il,
m'a plaine , Ôc fans douce il a jugé par
fa propre expérience , que ma deitinéc
ne îeroir pas meilleure que la Henné. Mais»
Madame , la bieniw-ance qui vous défend
de le choifir pour vôtre Epoux , ne vous
défendroit rien , ce me femble à mon
égard. Je pour rois vous garantir des vifs
cmpreiTernens du Roi > & de Panimoficé
de vos Ennemis. J'ofe vous répéter qu'il
cil de certains noms que Ton n'opprime
pas aifément -, mon Frère verra ma féli-
cité avec fatisfaâion. Ce que vous me
dites feroit - il poflibie ? reprit la Comtcf-
fe en l'interrompant ; fi cela cft , il feue
mourir. Dieux ! qu'entends-je ? dit le
Marquis , je m et ois trop flâté. Il tom-
ba dans une rêverie affreufe. La Cora-
tefle n* et oit gueres moins trifte ; elle for-
moit mille defleins confus qui fe rermi*
notent tous à fuir l'Angleterre > dès que
les Ports feroient moins bien gardez ;
mais le Roi qui avoit prévu fes intentions,
ayant ordonné qu'on ne la laiflât pas paf-
fer , il écoit inutile d'en faire la tenta-
tive.
Le Marquis fe retira le plus amoureux
& le plus affligé de tous les hommes. \{
rttoit Bâte que Madame de E>cvon*hirc
ne
384 .LE COMTE
ne feroit point fâchée de quitter Ton nom
pour prendre le fi en. La grandeur de fa
Mai f on , la faveur où elle éroit montée,
la bienveillance des Peuples , & plus que
tout cela , Ton mérite perfonnel partaient
fi fort pour lui , qu'il n'y avoit prefque
pas lieu de douter. Mais bien que Mada-
me de Dévonshirc fût encore dans fa bel-
le jeunette » elle avoit déjà fait défi cruel-
les expériences des révolutions du mon-
de • elle y avoit eu de fi trilles jours,
qu'elle ne fongeoit plus qu'aux moyens de
trouver du repos > en cachant cette beau-
té fatale qu'on ne pou voit Voir avec in-
différence.
Le Roi continuoit de voir Madame
Grey avec de grands foins , pendant qu'il
travailloit d'ailleurs â détruire par tous
les moyens poffibles le Comte de War-
vick dans l'efprit de la Comteffe de Dé-
vonshirc , 6c qu'il n'oublioit rien pour
perfuader à Elifabeth de Lucy qu'il n'ai-
moi t qu'elle. Tant de galanteries pou-
▼oient difficilement le rendre heureux ,&
pouvoient encore moins fatisfaire fes Mai*
trèfles.
La fiére Vertu de Madame Grey lui
donnofc un empire, fur le Roi , qu'elle
auroît perdu fi elle n'avoir pas été une des
plus fages Perfonnes de fon Siècle. Elle
commençoit à fe lafler de voir toujours
éluder le Mariage dont il l'avoit flâtéc.
Vous feavez j Sire , lui difoic-ellc, fous
que-
DE WARWICK. &s
quelles conditions vous m'avez engagée
de quitter ma Solitude pour venir à la
Cour. H ne i croit pas jufte que l'chvic
de tenir vôtre parole vous obligeât à con-
clurre un mauvais Traité avec moi ; mais
il feroit encore moins jufte que je demeu-
rante plus long-temps dans un lieu où l'on
pourroitme Soupçonner de quelques com-
ptai fa necs criminelles. Vous m'avez tout
promis ; je ne vous demande rien > Sire»
que la pcrmiflîon de vous éviter. Entrez
un peu dans l'état de mes affaires , repli-
quoit le Roi j je fuis à peine affermi fur
un Trône qui m'eft encore difputé par les
Lenclaftres > ils ont leurs Parti faits qui
ne manqueroient de profiter de la con-
joncture de nôtre Mariage , pour me fai-
re tort dans l'efprit des Anglois; le Com-
te de Warwick , dont le Pouvoir n'eft
que trop grand , feroit leur Chef ; vous
fçavcz fes> fencimens > de û vous, voulez
m'accorder quelque temps , je tenterai
jufqu'à l'împoffiblc pour vôtre fatisfa&ion.
Vôtre Majcfté fe trompe apparemment la
première » quand vous me parlez comme
vous faites, Sire , ajoûtoit Madame Grey,
car il ne m'eft pas permis de croire qu'el-
le voulût décevoir ma bonne foi ; cepen-
dant je connois aflez bien le langage qu'el-
le me tient pour m'y méprendre un peu
moins que je n'ai fait. Je fçai vôtre paf-
fion , sire , pour la Comtefle de Dévon-
shirc ; je fçai vos fentimens pour Elift-
'. Tome II. K beth
386 L E C O M T E
bah de Lucy ; je ne fçsjirois pafier ma
vie â détruire leurs progrès - x Ôc j'ai une
forte d'orgueil qui me laifîc croire qu'un
cœur partagé n'eft pas digne de moi.
Le Roi repondoic aux reproches de la
belle Veuve en Amant touché > mais il
ne pfenoit aucunes mefures pour lui te-
nir fil parole > il écoit trop occupé de la
Comtefle de Dévonshirc > il vouloit la
voir j cela ne dépendoit que de lui, par-
ce qu'elle avoit changé de Maifon > ôc que
le peu de perfonnes qui pofledoient Ton
Secret fçavoient fe taire. Ces difficultez
le rourmentoient fans le rebuter ; il s'i-
magiha que Je Comte de Warwick étoit
fçul heureux * les extrêmes obligations
qu'il lui avoit le chagrinoient fuffifam-
ment , il n'a voit béfoin pour le haïr que
de trouver en lui un Rival.
Comme le Comte de Pembroc avoit
toujours eu beaucoup de part dans fcs bon-
nes grâces , ôc qu'il remarquoir une gran-
de froideur entre Monfîcur de Warwick
et lui » il le choific pour Confident. Je
n'ai point ' celle d'aimer la ComtefTe de
Pévonshire f lui dit-il > fon procédé avec
moi me pique 5 il me femble que ma gloi-
re s'y trouve intéreïïee ; elle me fuie, el-
le fe cache à mes foins , Warwick a tou-
tes les préférences $ je veux qu'elle m'ai-
me pour me vanner d'elle ôc de lui 5 ef-
fayez donc à la découvrir , je ferai en fui-
le mon capital de lui plaire.
Le
DE WARWICK. 387
Le Comte de Pcmbroc reçût la derniè-
re joye de cet Ordre j il étoit absolument
brouillé avec le Comte de Warwick. Ce-
lui-ci l'a voit accablé des plus fahglfcns re-
proches » jufqu'à l'appeller ingrat & per-
fide* Pcmbroc n'étost pas accoutumé à
recevoir des nomsfi outragcans,il y avoit
répondu avec beaucoup de fierté : 6c de-
puis ce temps-là ils oc feToyolenr que
chez le Roi. Sa paffioh pour ii.Comteffe
n'avoir plus rien que de furieux 1 il ref-
fentolt toute h rage d'une affreufe jaiou-
fie , de tout le deiefpoir qui cft infépara-
ble d'un amour maltraité. Il lui vint auf-
fi-rôt dans l'efprit ^le perfuader au Roi
d'éloigner le Camte de Warwick s il lui
en 5c la proportion , ôc le Roi la goûta
infiniment 5 il ne falloir plus qu'un pré-
texte.
J'ai déjà dit que Monfeur de Warwick
ôc Madame Grcy avoient une haine im-
placable l'un pour l'autre. Ce Comte
éroic perfuadé que cette Dame l'a voit fa-
crifié au Roi , ôc qu'elle et oit en partie la
taufe.des dffgraces de la belle ComtriTe de
•Pèvonsjiire. Madame Grey croyoit de
ipn cocé qu'il avoit jufqu'alors empêché
le Roi de l'époufer. Le Comte de Pem-
.broc la fit entrer dans le Projet d'éloigner
ce Favori. L'âge ôc les affaires du Roi
demandoient qu'il fc mariât. On avoit
jette les yeux fur trois Partit qui pou-
f oient lui convenir % c'étok Marguerite
R * Prin-
.1 j.j
388 LE COMTE
Princcfle d'Ecoflc, Ifabelle héritière Je
Caftille , qui époufa le Roi d'Arragon , &
Bonne de Savoy c , Soeur de CharJotre
Femme de Louis X I. Roi de France. Il
feignit de préférer cette dernière aux au*
très s il en parla ,au Comte de Warwick
d'un air qui lui perfuada que c'etoie Ton
deflejn i & comme il avoirroûjours craint
que la Roi n'époufât Madame Grey , il
ne manqua pas de fai/ir cette occafîon,
Î>our lui montrer tous les avantages qui
ut reviendroient de cette Alliance. Il
ajouta que Marguerite d'Anjou > dont le
courage ne cédoit point â fa màuvaife
Fortune » & qui prefibit fans celle Louis
X I. de lui donner des Troupes pour les
conduire en Angleterre » cY l'aider â re-
mettre Henri fur le Trône , ne pourrait
phis lui demander du fecours dès qu'il fe-
xoic Ton Beau- frère. Enfin , il n'ebmit
jien pour convaincre Edouard de la né-
ceffité de fuivre ce deffein. Le Roi lui
dit alors , que pour une Négociation fi im-
portante > il ne pouvoit jetter les yeux fur
perfonne qui fçûr s'en aquitter mieux que
lui , Se qu'il fouhaitoit que fans s'arrêrer
a prendre un Train magnifique , il paf-
{at la Mer en diligence. Le Comte fe
Toyant effectivement utile au fervicc de
fon Maître , n'hefîta pas à l'aflîirer de Ton
zélé , & auffi-tôt II alla fe préparer à fon
yoyage.
Le Marquis de Monraigu Patrendoit
chez
DE WARWICK. 380
chez lui. Mon cher Frère» lui die le
Comte , je vais en France pour le fer vice
du Roi, & pour le repos de la Comtefle;
j'efpére qu'une Princefie telle que Bonne
de Savoye fixera Ton cœur ; que nous ne
le verrons plus amoureux de toutes les
belles perfonnes qu'il voit ; que Madame
Grcy fera éloignée » & qu'il fe fou vien-
dra de ce que nous avons fait pour lui.
Il faut que je voye Madame de Dcvonshi-
re . que je lui rende compte de ce qui fe
paile y ôc que je reçoive d'elle les Loix
que je dois fuivre. Allez , Mylord., ré-
pondit le Marquis , elle vous recevra fans
chagrin ; ce rfeft point vous qu'elle veuc
éviter quand elle fe cache , c'eft le Roi,
c'eft Pembroc , c'eft Oxfort , enfin c'effc
moi. Plût au Ciel , s'écria le Comte!
mais il n'eft que trop vrai que ma defti-
née n'a rien de particulier 5 elle écoute
fon devoir préférable ment à fon inclina-
tion 5 je fuis proferit depuis mon Combat
avec fon Mari ; ôc vous en pouyei juger
par le foin qu'elle a pris (Je fe cacher
mieux pour moi que pour vous. Cepen-
dant , mon Frère , foit qu'elle me haïfle*
je vous la recommande , comme tout ce
que j'ai 9 de plus cher au monde j vous
avez aflezde difpofîtions.àlafervir , pour
qu'il foit néceflaire que je vous en prelTe:
mais je ne laiflerai pas de vous en -etreauifi.
obligé , que fi vous le faifïez avec répu-
gnance. Helas l Mylord , répliqua le
R 5 Mar-
390 LE COMTE
Marquis , qu'ai- je à vous répondre ? Vous
fcarcz ma pafïion , je vous aï choifîpour
mon unique Confident , je je me pofféde
encore allez pour n'être point jaloux des
progrès que vous ferez auprès d'elle, je
là fervirai donc â vôtre nom comratb au
mien : après cela que voulez- vous exiger
du plus infortuné de tous les hommes ?
H fe eût. Le Comte ne répondit rien > de
lors qu'il pût forcir fans être découvert,
il alla chez la Comtefte. Elle avoit chan-
gé de Quartier & de nom. Le Comte
etoîc informé de toutes ceschofes. Il n'a-
voit mené perfonne avec lui , de crainte
d'être reconnu ; il s'étoit contenté d'é-
crire un Billet qu'il porta lui-même , 3c
Su'il donna à ceux qui lui ouvrirent , {ans
ire aucune inftanec pour entrer.
La Comteflc lût le Billet avec une ex-
trême émotion. Le départ du Comte la
furprit s elle ne feavoit â quoi (è réfou-
dre. Quel moyen de le laitier palier en
Franceïans le voir ! &quel moyen de le
voir , fans craindre mille nouveaux mal-
heurs ! Cependant elle écouta moins (à
prudence que fon inclination ; elle per-
mit au Comte d'entrer dans fon Cabinet.
Eft-il pofliblc , Mylord » que vous me
chercherez toujours ? N'eft-il pas temps
de me lâifler mourir en repos ? Voua
fçavez ce que je dois appréhender de ceux
qui me haïffent. Ne me reprochez pas
mes empreflemens , Madame , repartit le
Comte;
DE WARWICK. 39X
Comte 5 j'ai pris fur mot au delà de ce
qu'on y peut prendre , pour me modérer
fur l'envie de vous voir : mais enfin au-
riez- vous la dureté de réordonner de par-
rir » fans vous venir conjurer d'être du
Voyage ? Je trouverai le moyen de vous
faire embarquer , Madame 3 vous laifle-
rai-»je à Londres , quand je vais â Paris?
Et puis-je vous y fuivre , Mylord ? s'é-
cria la Comtcflc d'un air impatient $ quel-
les couleurs donneroie on à cette démar-
che ? entrez, dans mes véritables intérêts»
5c dites-moi vous-même s'il m'eft permis
de le faire.
Si le danger que vous allée courir étote
moins grand > répandit le Comte • je no
tous pouffe rois point fi vivement de l'é-
viter. Mais , croyez-moi , Madame » le
Roi n'eft pas H occupé de Madame Grcy,
ni d'Elifabeth de Lucy $ il ne penfe pas
E fort au Mariage qu'il veut contracter
avec la Princcffc de Savoye , qu'il ne Con-
gé au moyen de gagner votre coçar. Plus
la conquête lui parôît difficile , plus il la
defire ; plus il y trouve de gloire» & plus
ii y fent de plaiiir ; enfin » Madame > il
eft Roi » il eft aimable , bien fait , fpiri-
tuel , que n'ai-je point â craindre ? Rien,
Mylord aflurémrent , lui dit-elle , rien du
tout ; vous n'êtes pas Roi , il n'a terni
qu'à vous de l'être.
Au refte , vous fçavez fi j'ai accordé
dans mon efprk quelque avantage au Roi'*
R 4 U
39^ • LE COMTE .
Se plût au Ciel que je pufle vous traiter
comme lui 1 Hé ! venez donc en Fran-
ce , ajouta le Comte > en fe jetrant à fes
pieds ; venez , divine Comcefle , dans
une Cour où l'on vous rendra toute la
juftice que vous méritez j éloignons nous
de celle-ci > je connois depuis quelque
temps que le Roi a pour moi une fecrer-
te averfion $ elle éclate malgré Je foin
qu'il a de me la cacher > & fi vous aviez
quitté l'Angleterre > je pourrois bien la
quitter auffi.
M y lord , dit la Comtcfle d'un air trifle
& féricux , rattachement que vous me
témoignez me touche trop pour que je
me pique d'y paroître indifférente. Mal-
gré toutes les raiCons de bienféance qui
me preferivent de prendre d'autres fenti-
mens pour vous , je n'en fuis point aflez
laMaitrcûe pour les écouter. Si cetavotu
vous peut être de quelque confolation,
goûtez- en toute la douceur : mais après
cela > Mylord , ne fouhairez ôc ne de-
mandez rien ; je vous fuirai toute ma
vie y 6c je fens bien que ne pouvant vous
yoir , je ne verrai plus perfonne. Oui,
mon Parti eft pris > nous fommes mal-
heureux l'un & l'autre > il n'eft pas mê-
me poffiblc que nous nous plaignions en-
femble j tout nous eft défendu , jufqu'à
la trifte confolation de mêler nos larmes •
Se nos fbûpirs. Qui vous a donné des
Loix fi févercs , dit l'amoureux Comte ?
&
DE WARWICK. 393
& par où me fuis-je rendu fi odieux ? Ne
me flâtez point > Madame ,' d'une atren-
tion particulière ; je vois toute l'étendue
de ma difgrace 5 & fi vous- ne me ha 1 (liez
pas * pourriez- vous prendre les réfolu-
cions que vous prenez ?
La Comteflc lui dit toujours les mê-
mes chofes qu'elle a voit déjà dites. Ne
croyez pas , ajoûta-t^elle , qu'en me dé*
fendant de palier avec vous en France, je
n'y veuille point aller * jeprendra* mon
temps pour m'y rendre fecrettemenr,raais
je vous avoue que jt n'oublierai rien pour
tous le cacher ; je vous crains plus qu'un
autre , parce que je vous eftime davanta-
ge. Ce motif eft obligeant & les effets
cruels , répliqua le Comte d'un air cha-
frin ; & s'érant tu quelque temps : EiU
n , Madame , lui dit il , fî- fe ne peux
rien cfpérer de favorable pour moi , ne
refufez pas mon Frère ; il vous adore, il
a du mérite , rendez-lui juftice', epou-
fez-lc, fon bonheur me confoiera, Se vô-
tre Vertu fçaura bien le garantir de tous
les foupçons qu'il pourroit avoir contre
le Roi.
-Ah ! Mylord , s'écria Madame de Dc-
vonshire , je ne vous pardonne point un
fi grand défaut de dcliearcflê j non , je
ne donnerai point ma main au Marquis
de Montaigu , je ne la donnerois pas au
Maître de l'Univers ; la fatalité qui m'em-
pêche de recevoir la vôtre , ne me pref-
R ? cric
594 L.E COMTE
cric point de recevoir celle de vôtre Frè-
te : mais fcroy>il poffible encore une fois
que vous pufliçz. fouârir que je devinïïe
v5tre Bclle-fatur ? Hclas ! Madame , rc-
Îrarcit le Comte en prenant fa main , <3c
a baiïant œalgré^clle , je ne fçai ce que
je veux > quand vous ra'otez toute cfpé-
rance , je perds la raifon , & je combe
dans un defefpoir qui feroit pitié à tout
autre qu'à vous. La Çomteûe dont les
)ieux étojenc pleins de larmes , le regar-
da tendrement. Leur cœur fe faifït à tel
point * qu'ils rçÛércnt quelques momens
fans pouvoir parler. Ib convinrent en
fuite qu'elle prendroit un habit d'hom-
me > & que pour être mieux cachée , e!<
le fe laiûeroit mener par le Marquis de
Monraigu_dans ccs mervcillcufes Caves
que le Comt£ de Warwick avoic fait ac-
commoder pour la voir , & où elle a voit
toujours refufé de defeendre. Le Comte
ne la quitta; qu'avec une peine extrême i
il voyoit bieiiOjU'ii pouvoit fe flàter d'e-
tre aimé, nuis il payoit chèrement ce
bonheur. "
Le Comte de Pcmbroc n'avoir pas corn*
pris le meilleur moyen pour découvrir le
fejourde la Comte (Te de Dé vonshirc , que
de faire fiiivre par tout le Comte de War-
wick. U ne raettoit pas en doute qu'é-
tant fur le point de partir pour la Cour
de France $ il verroit la Comteflc. Des
gens fidelles & adroits s'étoient fait forts
de
DE WARWICK. 39*
de loi rendre boa compte de fes démar-
ches j ôc en effet, ils vinrent lui dire -an
milieu de la nuit que le Comte étoit allé
dans un des endroits de la Ville le plus re-
culé , ôc que fans doute c'étoit en ce lieu
que la Comteffe fe reciroir. Sur la rela-
tion qu'ils lui firent , Monfîcur de Pem.
broc le le perfuada.aifément. Cependant
Monfieur deWarwick prit congé du Roi,
ôc s'embarqua pour Calais dont il étoic
Gouverneur. Il avoir infirme le. Marquis
de Montaigu de ce qu'il devoir faire en
Ton abfence 5 ôc il fuffifoit que les inté-
rêts de la belle' Comtefle s'y rencontraf-
fent pour s'affurcr de tous fes foins.
En effet , le foir même il fut la pren-
dre & la conduific fous l'habit de Cava-
lier avec deux de ces Femmes travefliea
de même dans ces Caves ravivantes, dont
la beauté furpaflbir celle du plus magnifi-
Îjue Palais. La Comtefle en demeura fi
urprife , que malgré fon accablement el-
le ne pût s'empêcher d'admirer une cho-
fe fi rare pour les Peintures ôc les Mar-
bres s car les Meubles «5c les Bijoux en
avoient été âtez. Il y avoit pluheurs en-
droits où fe retirer , fi parfaitement fer-
mez , OjU'il falloit les connoltre de Ion*
gue-main pour les pouvoir ouvrir. Le
Marquis en aprit tous les fecrets â Ma-
dame de Dèvonshire ; Ôc dans la crainte
qu'elle ne lut défendit de la venir voir,
s'il cominuoit à l'entretenir de fa paffion,
Ri il
^6 L E CO MT E
il Te fie violence > (es yeux feulement lai
en parlèrent. Elle l'eftimoic trop pour
écre infenfïblc à un procédé u* noble & fi
rare s elle le pria d'être perfuadé de Ton
cftime , de de venir quelquefois la confo«
ler dans Tes difg races.
Le Comte de Perabroc voulant être en
état de rendre un compte exad au Roi de
ce qui regardoit la Comtefte , s'étoit dé-
guifé , de fe tenoit proche de fa Matfon
lors que le Marquis de Montaîgu y vint.
Il le reconnut malgré lVb feu rite ,. de re-
connut auffi Madame de Dévonshire dès
qu'elle parut.. 11 l'avoir* vue chez Mada-
me Digby fous le même habit qu'elle a voit,
mais de quelque manière qu'elle eût éré,
auroit-il pu la méconnoître ? Le trait fatal
dont elle le blcfia à Chelfey , quand il la
rencontra avec la Comteflc d*Oxfort , ce
même trait , dis je , étoit toujours dans
ion cœur > avec cette différence qu'il ne
(entoit plus que les fureurs d'une cruelle
jaloufie , qu'il vivoit fansefpoir , ôcaud
agiflbit comme un homme qui ne ména-
ge plus rien. • ,
Il courut chez le Roi , il l'informa du
fejour de la Comteflc > & ce Monarque
qui n'éroit plus arrêté par hs égards qu'il
confervoit pour le Gomte te Warwick,
ne fongea qu'à furprendre une perfonne
malheur eu fe , dénuée de Proiedion , &
accablée d'Ennemis. Il choifit la plus
{ombre nuit , & ne voulut avec lui que
le
DE WARW1CK. 397
le Comte de l'embroc , le Chevalier Har-
bert fonFrerc , & quelques autres Cour-
tifans.
Ils fe rendirent à la Porte de cette Ca-
ve , donc il falloit bien f ça voir le chemin
pour la trouver -> ils n'eurent pas de pei-
ne à l'enfoncer. Le grand bruit qu'ils fi-
rent jetta la Comtefle de fes Femmes dans
la dernière frayeur ; elles étoient routes
trois retirées dans un de ces Cabinets,
dont il croit impoiTible de découvrir la
Porte » mais elles pou voient aifémenr en-
tendre ce qui fe paifoit. La Comtefle re-
connut la voix du Roi & celle de Pcm-
broc. Ils cherchèrent par tout , & con-
vinrent qu'il falloit qu'elle en fût fortte
pour aller ailleurs. Pourquoi ai je diffé-
ré à venir ici , s'écrioit le Roi ? je Tau-
rois fans doute trouvée ; où pourrai je
donc la rencontrer ? Le Comte de Pem-
broc lui faifoit tout cfpérer de fes (oins.
Elle a peut-être voulu, lui difoir-il , ten-
ter fon embarquement ; cV comme elle
n'y réiiffirapas , elle reviendra encore ici.
Mais, répliqua le Roi, dés qu'elle verra
la Porte enfdncée > cette Retraite lui de*
viendra fufpefte > elle fera foigneufe de
l'éviter. Tout fera répa repavant le jour,
continua Pcmbroc , Vôtre Majefté peut
s'en repofer fur moi. Le Roi ne pût fe
retirer qu'il n'eût parcouru une féconde
fois les Caves ; Ôc panant proche d'une
grande Glace inilru&éc dans un Cadre
R 7 de
398 LE COMTE
de Lapis , il écrivic dcflus avec la pointe
d'un Diamant:
Si je l'euffe tnuvêe » W&r»ïtk^n* Pauroh
fit*. '
II jugea bien qu'il lut ctoit inutile et*
rcfter davantage en ce lieu s il fe retira
avec un fenfible déplaifir d'avoir fait de*
démarches fi inutiles. La Comtcffc n'e-
toit pas médiocrement inquiète fur le Par*
ti qu'elle dévoie prendre » elle avoit en-
tendu le départ du Roi » mais elle enten*
doit le Comte de Pembroc qui difoit à
quelqu'un qu'il avoit retenu : Dès que
le jour parotera » il faut que vous alliez
chercher des Ouvriers pour raccommo-
der la Porte s à mon égard je relierai ici
jufqu'à ce que j'aye mis tous mes Ëfpions
en Campagne. Madame de Dévonshirc
craignit que fî le Marquis de Montaigu
venoit la chercher.» il ne la fit découvrir»
ou que trouvant le Comte de Pembroc
en ce lieu » ils ne fe portaient l'un con-
tre l'autre à des extrémités violentes.
Elle prit ùneréfolutionqui partou autant
de fon defefpoir que de Ton courage » ce
fut de fortiravec fes deux Femmes du lieu
où elles s'étoient enfermées , de mettre
toutes l'Epée & le Piftoict à la main , &
de fe défendre fi le Comte les attaquoît
Auffi t<5t qu'elles parurent , Pembroc
& fon Frcrçnvoyans briller des Armes»
incer-
DE WARWICK. 399
incertains de ce que fe pouvoit être , ils
s'avancèrent fièrement pour attaquer la
Comtcfle qu'ils n'avoient pas reconnue:
niais elle Te jetta fur le Comte , ména-
geant ii peu fa vie , qu'elle mit la fienne
en grand péril. Elle le blcfià d'un coup
d'Epcc , qu'elle alloit redoubler , fi elle
n'eue pas remarqué qu'il ne le défendoic
plus. En effet , il la reconnue 3 de fa
paillon triomphant toujours de tomes fes
autres résolutions, il n'ofà s'oppoferafon
courroux » ni l'arrêter , quelque envie
qu'il en eût de le faire. Le Chevalier
Harbert » moins refpeâueux > alloit van-
ger foa Frère , quand il lui faifit le bras $*
ainfi la belle ConuefTe s'étant fait paflâge
à travers fes Ennemis , elle forcit de là
Retraite fdûterrainc , Se fans vouloir re-
tourner dans la Maifon qu'elle avoir quit-
tée , elle alla dans une autre qui ne lui
étoit pas moins fidellc.
11 auroit été difficile que le Comte de
Pembroc fût bleffé , fans qu'on l'eût fçû
à la Cour. Le Roi ayant apris toute cet-
te Avanture par le Chevalier Harbcrt, il
rcûentit un chagrin mortel de n'avoir.
point découvert le lieu où laComtcfTcde
bévonshire s'étoit enfermée j ôC il ne
pouvoit s'empêcher de vouloir quelque
mal à Pembroc & a fon Frère de. ne l'a-
voir pas retenue. D'ailleurs » Madame
Grey fôrmoit mille foupeons confus con-
tre le Roi qu'elle ne pouvoit. bien éclair-.
cira
4 oo L E Ç O M T E
cir -, elle étoit toûj >urs perfuadce que i*
jeune Comteûe cenoie un grand rang dans
fbn cœur *V mai* lors qu'elle penfoit à la
paflion que Pembroc avoit pour elle, ce-
la détruifoit ridée qu'elle avoit peut-être
prife que le Roi écoic de la Partie noctur-
ne. On ne parloir pas du Roi dans tout
ce qu'on difoit ; on parloit auffi peu de
la Comtefle de Dévonshire $ il n'étoic
queftierti que d'un Combat entre des hom-
mes $ la chofe paroiûoit allez évidence :
mais malgré les apparences , elle n'ôtoic
point de Ton tfprit que TAvanture rou-
loic fur le Roi & fur la Comteûe. Le
Marquis de Montaigu refientoit encore
plus d'agitation ; il étoit allé chercher ùl
chère Comtefic, & il ne l'avoifplus trou-
vée. Que devint -il ? En voyant une lon-
gue trace de fang , plufieurs chofes rom-
pues , Ôc la Porte de la Cave en pièces»
il craignait qu'on ne l'eût enlevée , il en
aceufoie tout le monde » tantôt c'étoit le
Roi ou Pembroc > tantôt les Ennemis de
la Comtefle ; fa douleur n 'avoit aucune
mefure * enfin il fçût que le Comte écoic
fort blefle. Cette dernière circonftancc
le jerta dans un nouvel embarras. Qui
l'a voit blefle , étoit celui qui étoit venu
jufqu'en ce lieu perfécuter la Cotnteue.
Ce coup paroiflbit fî hardi , par rapport
au Comte de Warwick , que s'il çroyoic
Pembroc aflez téméraire pour le faire, il
h croyoit en même temps trop fage pour
DE WARWICK. +oi
&" y hasarder ; & plus il y faifoit réflexion,
plus il jugeoic que le Roi étoit Chef de la
Partie : Mais comment en fcavoir le dé*
nciiement ? Madame de Dévonshire jouïf-
£oit-clle de fa liberté, ou lui avoit -elle
été ravie ? L'Amoureux Montaigu s'abt*
rnoit dans un cahos de penfées différen-
ces , fans pouvoir fe fixer fur rien. >
Il auroit fallu prendre bien des mefu-
rcs , que le Roi avoit négligées > pour
«jue Madame Grey eût ignoré une Avan-
ture aufli fînguliére que celle-ci. Elle
avoit beaucoup de Créatures , qui luifai-
foient leur Cour aux dépens du Sccrec
d'Êdoiiard. Elle ne fe donna pas le temps
de s'éclairer davantage ; & montant dans
fa Litière avec une très* petite fuite , elle
fut à l'endroit où Ton avoit vu la Porte
de cette Cave rompue , & elle y entra
comme le Marquis de Montaigu cher-
choit encore par tout. Us réitèrent aufli
furpris l'un que l'autre de fe trouver dans
ce lieu, L'averfîon qui étoit entre le
Comte de Warwick & Madame Grey.
ayant obligé le Marquis de fuivre les in-
térêts de fon Frère , il n'alloit jamais
chez elle.
Cependant la grande naifîancc de Ja-
oueline de Luxembourg , Mère de cette
oelle Veuve , & fa Vertu pcrfonnclle ne
difpenfoient perfonne d'avoir pour elle
beaucoup de refpcâ j & le Marquiscrai-
gnanc de l'embarrailer , alloic le retirer,
lors
4M LE COMTE
lors qu'elfe le pria de refter. Vous jugeai
bien , Mylord , lui dit-elle , que j'ai des
raifons très-fortes pour m'êrre rendue ici >
peut-être que fi vous le voulez. vousm'é-
ciaircirèz tout d'un coup de ce que je
yeux fçavoir. Il n'eft queftion que de
«Rapprendre fi la ComteÛe de Dévonshi-
re a été ici. Oui , Madame , répondit
le Marquis ; il cft certain qu'elle y a été.
Ah ! s'écria -t- elle , je ne dois plus dou-
ter de tout ce que je foupçonnois j le
Roi eft un infidellc. En difant ces mots
elle jetta les yeux fur la Glace du Miroir
où il avoit écrit ,
Si je Vtufft trettvêe d'imaginer que je puiffe
S 3 jamait
4x4 .Ï.'E. '6'6'Mté' :
jamais hic repentir devoir cpoufé Leone»
re > bien éloigné , il me femble qu'avec
elle je n>i rien à defirer , ôc que fans cl-
le rien ne me peut donner de plaifîr.
Oui y Sire , je ferai toujours riche fi je
l'ai , je ferai toujours pauvre fi je ne. l'ai
pas. Hé bien , die le Roi • fuivçz les
mou remens d'une paffion fi rendre , je
ferois injufte de 14 troubler, dans le temps
où je viens, de facrificr tour à la mienne.
Le Comte de Rivière comblé de joye,
fe jetta au* pieds du Roi , & lui die tout
ce qui fe prèfenta à fon cfprit de plus pro«
fer , elle dit le lendemain à fon Frère >
qu'elle verroit fa chère Leonore avec plai-
nr , que fon unique envie étoit de le ren-
dre heureux , que s'il l'en avoit laiflee la
MaîtrerTe a elle aurait p&y parvenir , mais
qu'elle ne vouloit pas le contraindre. Le
Comte l'aflura que la poffef&on de tout
PUnivers le toucheroit moins que celle
de fa Maurefle , & que fa Fortune ne
pouvoit être mauvaife , tant qu'il la par-
cageroit avec une perfonne fi aimable.
Il ne tarda pas à l'aller trouver chez
Madame Digby. Son Eqtiipage étoit pro-
portionné au Rang qu*il tenott à la Cour.
Lcohorc oui ne feavoit point encore le
Mariage ou Roi avec Madame Grcy , ne
foiivoit comprendre d'oii renoit cette
magni*
magnificence $ mai* et fur un bien plu»
grand fojet â'étoffaement lors qu'il pré*
renta les Pierreries & les Habits donc lu
nouvelle Rtine*l'avoit chargé. Il lui ra-
coma Fétat de Tes a flaires , & il ajouta
«|u'il venoit la. conjurer de quitter cette
rrifte Retraite /afin de jùftifier fon choix
à Londres. Toute fa Famille & elie-mc*
me croyoit rêver. Quel changement de
Fortune^, pour une pauvre Demoifelle
qui a paffé fa vie à la Campjgne, de fe
trouver tour d'un coup Belle fceardu Roi
d'Angleterre, Sctranfplaméc dans la plus
brillante Cour de T Europe ?
Comme Leorrore a voit naturellement
beaucoup d'cfprit ôc de rai fon , il ne fal-
lut pas de grandes leçons pour devenir
parfaite. Elle aimoit chèrement le Cont-
re de Rivière • de elle connottfbit ce qu'il"
faifoît pour elle avec la plus fcnfible re-
connoiflance s enfin il la mena à Withalî*
où les Noces fc firent avec autant de*
Pompe , que fi elle avoit été une Prin.
ççflè.
Pendant que toutes ces chofes fe par-
taient â Londres , fans que le Marquis de
Momaigu eût paru, dans aucune des Fèces
publiques qui s*éroient faites , h Comte
de Warwick qui avoit négocié le Mariage
d'Edouard avec Bonne de Savoye , reçût
plufîeurs avis de la part de fes Frères de
de (es Amis de ce qui fe paflbit , fans y
vouloir ajouter foi. U y «voit à cela une
'* S 4. «oar
4ié L E COMTE
conduite fi peu réglée de la parc du Roi
fc il avoit fi bonne opinion de Ton efprit>
3u'il aimoic mieux douter de la fînecrité
e ceux qui lui écri voient : .Mais enfin,
il fallut bien les croire , lors que le Roi
de France lui cri plrla.
CoomJe ce Prince fe pofledoit , ôc qu'il
étoit un des plus grands Politiques du
monde » il modéra toute ùl colère , Se
dit froidement au Comte » qu'il y avoir
de certaines faures qui puniiloienc ]>lus
ceux qui les commettoient , que ceux
contre qui elles étoient co m miles. Si le
Roi vôtre Maître, ajouta* t il, avoit pré-
féré une autre Prince (Te à ma Belle- fer ur,
je ferois fenfibic à cette ofFcnfe j mais,
comme il s'agit cftine fimoje Dcmoifelle
née fa Sujette , qui ne lui apporte d'autre
avantage que de fatisfaire la paffion qu'il
a pour elle • je vous aflurc , Moniteur
l'Ambafladcur, que je refte fort tranquil-
le. Ah ! 'Sire • s'écria le Germe , je fup-
plie Vôtre Majcfté de ne me plus nom-
mer A mba fadeur , je ne le ferai jamais
d'un Rot capable de manquer à (à parole.
11 fentit alors que pour peu qu'il parlât il
découvriroit trop fon refientiment ; ainfî
il eftaya de fe modérer , afin que le Roi
n'en pénétrât pas l'excès , fçachanr bien
que cet habile Prince mettpk tout i
profit.
Comme il fortoit de l'Audience , la
Reine lui jic dire qu'elle vouloit lui par-
' ïcx.
DE WARWICK. 417
1er* 11 la trouva avec la Princefle de Sa-
▼oye ; elles étoient Tune & l'autre trans-
portées de colère. Dires à vôtre Maître,
lui die la Reine » qu'il nous renvoyé le
Portrait de ma Sœur » il eft indigne de
polféder jamais l'Original , 6c même d'en
garder la Copie. La Prtnceflc regardant
alors l'Ambaffadcur : L'affront qu'on me
me fait , lui dit-elle , eft commun avec
vous ; je ne me lerois peur-être pas fiée
à des Propositions qui m'auroient été fai-
tes par tout autre que par le Comte de
Warwick , j'aurois appréhendé la lé-
gèreté du Roi d'Angleterre j mais vô-
tre nom » Mylord , ma raffurée j fou-
venez* vous donc du traitement que noua
recevons , ôc fi vous ave» quelque pou*
voir employez-le â nous vanger. Je n'o-
ie plus vous rien promettre , Madame»
répliqua le Comte , mais Je temps voua
fera connoltre » fi je. fuis fenfiblc au pro-
cédé que Ton a & pour Vôtre Altcflc 4c
pour «10L
Son impatience de Ce rendre à Londre»
croit trop forte , & le Perfonnage qu'il
faifoit à Paris étoit jrap dcfàgréable pour
y refter plus long-temps. 11 en partit tout
occupé de tout ce qui venoit de fc pafler
en faveur de Madame Grey^. L'averfion
qu'ils avoient l'un pour l'autre ne luipcr-
mettoit plus de fe promettre à l'avenir
aucune part dans les bonnes grâces du
Roi, & la préférence qu'il lui avottdoo-
S 5 ace
4 i8 LE C O M T E
née pour l'envoyer négocier un Mariage
qu'il ne vouloir pas faire , lui paroifloic ft
cruelle , qu'il n'y avoir point de vangean-
ceaudeflus de Ton reflFcntrmcAt.
Il no fçavoit pas encore ce qui s' croit
paflé â l'égard de la Comtcflc de Dévon-
shire > il cfpérott la trouver dans fa Re-
traite Coûter raine : de & quelque chofe
pouvolt adoucir ramena me de Ion cœur*
c'écoit le plaifir de revoir la perfbiwe du
inonde qui lui croit la plu» chère. Il apric
en approchant de Londres , que les Ré-
jouïfTanccs publiques y .continuoient ,.
qu'Antoine, Bâtard de Bourgogne » avoit
pafle 2a Mer fi bien accompagné , que
deux Vaifleaux de Corfàfrcs qui s'étoienc
hazardez â l'attaquer > a votent été pris
charge* de biens considérables > Ôc que
les autres s'ét oient retirer. C'ctoit un
des plus braves & des plus galands Che-
valiers de Ton' Siècle. Charles Comte de
Charolois, infiniment content d'Edouardr
&. des, marques d'amitié qu'il lui avoit
données par le Comte de Saint Paul» ju-
geant qu'il lui étoit de grande conféqu en-
ce de s'allier avec ce Monarque , pour le
détacher entièrement de la Ligue que
Louis. XL lui propofoit contre le Doc de
Bourgogne , Père de ce Comte y char*
gea Ton Frère naturel de preflemir Edouard'
fur le Mariage de Madame Marguerite
d'Yorck (à Sœur. Il ne pou voit mettre
(es intérêts en de meilleures sjains que les
fie Or
DE WARWICK. 4ry
fietincs. A fon arrivée on rcnouvclla toutes
les Joutes Ôc tous les Tournoi» t k Sei-
pneur Dçfcalles , Beau-frcre de la nouvel-
le Reine > devofc (oûtentr contre loi , ôc
le jour fut arrêté entre eux pour un
Combat , où ranimoficé. n'auroit point
de part.
Le Comte de Wafw/tk fçût toutes cet
circonstances en approchant de Londres r
mais au lieu d'y aller tout droit , il fe
rendit 4 Sionhill fi fecrarement , que le
Marquis de Monraigtr Pfgnora. Le Com-
te de Warwick chargea Berincourt de lui
avoir des Armes noires, & de faire pein-
dre fur Ton Ecti un Bras qui lance le Fou-
dre far une Couronne , avec ces mots£
C'tfl a'mfi <pt h* DhmMfi vtngent. .
Les Plumes, fon Eeharpe cV la Houflede
ion Cheval étoient couleur de feu , pour
figntfer fa colère * & pour que ceux qut
te fçaurotera en chemin ,* penfalfenr qu'il
y étoit encore. H fit répandre le bruit
d'une maladie * il ne voulutgrn partant
de Sionhill que Berincourt pour le fui*
vre : ils avaient Pu* & l'autre feaifle la rU
fiére de leurs Cafques \ & comme ils s'a*
rançoienr au petit pas vers Londres , ih
virent eraverfer le chemin par un Cheva-
lier , dont les Armes étoient fi femblai
blés à celles du Comte , qu'ils ne purent
t'cmpëcher de le regarder, avec attention $,
S 6 puis
410 L E C O M T E
puis jcrrant les yeux fur fon Bouclier ». 3
lût ces mots :
Jamais les yeux n'eut vm une fi belle
Dame.
Ces paroles inréreflbient trop les char-
mes de la ComtcfTc de Dévonsnirc , pour
que le Comte de Warwick les fouffric
patiemment. Qui que vous foyez. , Che-
valier , dit- il à cet Inconnu» vous dé-
cidez avec trop de pr éfomption en faveur
de celle qui vous paroît belle » & je peu*
m'affurer que j'en connois une qui laiur-
paûc. Il me fcmble que vous décidez' en*
corc plus témérairement que moi , repli*
qua l'Inconnu > mais je fuis certain de ce
que j'ai avancé , que je vous en ferai con-
venir dès que vous aurez vu fon Portrait $
£ vous ne l'avouez pas , voici ••dit* il > en
montrant fon Epéc , ce qui vous le fera
avouer. Telle menace m'effraye peu,
répliqua le Comte en foûriant j mon-
trez* moi donc ce divin Portrait , êc vous
préparez en même temps au Combat.'
L'Inconnu, fans répliquer» tira une lon-
gue Chaîne d'Or qui auachoit à fon coû
une Boërc magnifaoue couverte de Dia-
mans » dans laquelle il fit voir au Com-
té de Warwick le Portrait de la Comtcffc
de Devons hire.
Tout ce qu'on peur imaginer eu au
defibus de la iurprife du Comte. Il pouf-
fa
DE WARWICK. 4*1
la- un cri douloureux , êc demeura qoel*
que remps confine un homme qui ne fe
po iïede point ; mais revenant tout d'un
coup à lui : Non » dit-il , je ne d if pure
pas que cette Dame ne foie la plus belle
de toutes , mais je foûtiens que tous ne
txiéritez pas un Gage fi précieux de fon
amitié » En achevant ces mots > il vou*
lut prendre fa Lance que Bcrin court te-
i*oit , pendant que l'Inconnu piqué de
ces paroles fe préparoit à fondre fur lui,
anats Berincourt qui voyoit tout ce qui fe
pafToitavec plus de fang- froid » ayant re-
connu la Boëte de Diamans où ctoit le
Portrait de la Comtefle , parce qu'il a voit
été chargé de la faire faire > il ne douta
point que ce Chevalier ne fût le Marquis
de Montaigu.
Ah I Mylord , dit»il â fon Maître en
refufant de lui donner fa Lance s c'eft
Mylord vôtre Frère ; jettez le* yeux fur
lui avec attention , Ôc vous le reconnoî-
t rez comme moi. Le Comte de Warwick
le reconnoiflânt en effet » lui fit iîgne de
* la main» qu'avant de commencer le Com-
bat , il railoit qu'il lui parlât. Hé quoi t
mon Frère , dit-il , voulons-nous tour-
. ncr da Armes contre nous , qui ne doi-
vent être employées que contre nos corn-
muns Ennemis ? En achevant ces mots»
il leva la Vifiérc de fon Cafque 5 & le
Marquis au defefpoir de ce qui s'etoit paf-
ic * le précipita de fon Cheval , pendant
S 7 que
4ii L E C O M T E
que le Comte qui venoit d'en dcCccndce,
«évinça vers lui les bras <fti verts.
Vous et es ici, Mylord , s'écrit le Mar-
quis y & vous me Pavez laine ignorer i
Que vous ai-je fait ? Ne maceufez point
d'indifférence , répliqua le Comte > voua
fçavez à quel Point je vous aime > mai»
ayant apris les Courlès où la Reine a fes
Chevaliers , j'ai en envie de m'y trouver
HHogmsê • de (bûtentr que la beauté de
la Comteflc de Dévonshire furpaûe la n'en*
ne ; & d'attirer le Roi dans la querelle,
pour commencer à lui £ûre fenrir la for»
ce de mon bras : Je ne voulois pas voua
y mêler , afin de ne vous point détour*
ner des foins que vous rendez à votre
adorable Comtdfc. Le Marquis levant les
yeux vers le Ciel : Ah i Mylord , lui
dit-il » voua ne fçavez encore qu'une par-
tie des fujets de plaintes que nous avons
contre Edouard.
Ils fe retirèrent l*un de l'antre vers une
touffe d'Arbres , où. ils pouvoieru parler
en liberté v & ce fut-là que le Marquis-
dit i Ton Frère l'enlèvement de la Corn-
teiiè , Se toutes les ci r confiances de. leur
commun malheur. Vous voyez * conri»
nua-t-fi , les Armes noires qie je porte»
cc.n'cft que par rapport â elle j jallois
dans le* même detiein que tous > pour
joûrer contre le Roi ôc contre l'indigne
Pembroc, s'il eft guéri des bkûures qu'il
a reçues : enfin je vous attendris avec la
der-
DE WARWICK 42}
dernière impatience, pour unir no&juftea*
reffentimens contre nôtre commun En-
nemi.
Pendant que \t Marquis- partait , le
Comte rouloit dans fori efprjt mille fu-
neftes penfées , qui lui Soient l'ufage de
la voix. Au bout de quelques momens,
il revint à lui , mais ce ne fut que pour
at reflet le Ciel & la Terre , qu'aucun Su«,
jet ne fe vangeroir avec plus d'éclat. C'eft
donc ainfî , s'écriat-il , qu'il oublie de
qui il tient te Couronne d'Angleterre ? Je
ne lui ai pas feulement donnée , je l'ai
affermie fur fa tête y & pour récompen-
fç , il me fait deux Affronts M fanglants»
qu'il les épargnerait â fon plus cruel en-
nemi. Allons , mon Frère , au Tour-
nois ; s'il pâroît, unifions- nous pour l'at-
taquer j ôi C\ nous mourons vangez » ne
regrettons point de mourir.
Non , M y lord , dit te Marquis , il ne
faut pas courir le rifque d'une partie ft
inégale -, nouspouvons difputer aux Che-
valiers de la Reine > qu'elle mérite feule
le prix de la beauté j G le Roi en eft un,
nous^ l'épargnerons moins que les autres j
Biais il faut que de longues & de férieu-
fes réflexions conduifent vos grands Dcf-
feins.
Le Comte goûta fort ce que lui difoic
fon Frère ; ils remontèrent à Cheval , &
parurent au bout de la Lice dans lé temps
«ne la Reine suivie d'urne greffe Cour» fe
plaçoit
4H . tE COMTE
plaçoit fur un Balcon tout brillant de ri-
ches Tapis ôc de Carreaux brodez d'Or.
Le Comte de Warwick ôc le Marquis de
Momaigu , en jettant les yeux fur elle»
refTentircnt une augmentation de fureur
qu'ils pouvaient à peine modérer.
Le Comte de Rivière > le Seigneur
d'Haflingue Duc d'Excetcr & grand Cham-
bellan , le Seigneur Defcalles Bcau-frcrc
d; la Reine, Jean Comte d'Oxfort , Jeaa
de Moubray Duc de Norfolk , ôc Hum-
fray Duc de Bouquinkam étoîcnc à Che-
val autour des Barrières , qui attendoieàc
le Bâtard de Bourgogne , avec toute la
brillante Jeunefle qui i'accompagnoit.
Comme il tardoit un peu» & que le Com-
te de Warwick & fon Frerc etoient im-
patiens» ils envoyèrent un des Héraut»
du Camp défier Je Seigneur Defcalles &
le Comte de Rivière , leur mandant qu'il*
s'offroient de foûtenir contre eux , que
la beauté de la Reine & de coûtes lcsPcr-
fonnes de la Cour n'égaloit pas celle delà
Dame qu'ils fervoienr. Un Défi fi offen-
fant ne les furprit pas moins que les au-
tres Chevalière que je viens de nommer:,
il fe fit un murmure entre eux qui fuc
bien-toc porté au Roi & à la Reine 5 ils
rougirent de dépit , & trouvèrent qu'il
falloir être bien impoli , pour venu de
gayeté de cœur ofFcnfcr tant de Dames.
Cependant comme le droit de franchi-
se eçoic mviolablc, particulièrement dans.
CCS
DE WARWICK. 4?î
ces fortes de Fêtes , on ne voulut pas cf-
layer de faire dédire par la violence ces
deux Chevaliers ; à joindre qu'ils avoienc
un fi grand air, qu'ils împoloient du ref-'
pcâ à tous ceux qui les voyoient. La
Reine fît appeiler le Comte de Rivière 2
Mon Frère > lui dit-elle modeftement , ri
j'écoi.s feule intércfîee dans le Défi qu'on
vous fait , je ne vous confcillerois pas de
foûtenir une auffi mauvaife Caufe • mata
voilà vôtre Femme & tant de perfonnes
fi aimables 6c fi charmantes , que voua
devez l'entreprendre avec courage > au
r.cfte , je vous lai (Te le Maître des condi-
tions. Madame , dit ' le Roi en Tinter-
rompant , perfonne ne le fera mieux que
moi , je veux foûtenir une beauté que j'a-
dore i le Comte de Rivière fera mon Se-
cond. Non , Sire , s'écria la Reine, s'ef-
forcent de le retenir , je vous demande
en grâce de vouloir être feulement fpeâa~
teur du Combat i & de quelque manière
qu'il tourne > je ferai trop contente après
l'honneur que Vôtre Majcftéveut me fai-
re. Le Roi ne fe donna pas la patience
de l'écouter } il s'arma » & defeendit.
Auffi-tôt qu'il parut » les Barrières fu-
rent ouvertes , on entendit de tous cotez
le bruit des Trompettes & dés Timbales.
Comme il n'étoit pas encore monté à
Cheval , le Comte de Warwick & le.
Marquis de Montaigu mirent pied à ter-
re & s'avancèrent. Chevaliers « dit le Roi»
voua
4i6 L E C O M T E
vous venez à ma Cour foûtcmr la T>cautc
dune fnconnuë contre celle de la Reine
& de fes Daines ; peur être queparcom-
plaifancc ou par juftice on vous céderoir,
fi on la voyoit ; mais qui peut eh déci-
der } Ccft vous-même, Sire > die Je
Comte de Warwick ^ en lui lançant des
regards plus vift- que àcs Eclarrs : il n'y
a pas d'apparence epe vous la méconnoif-
fiez 5 & lui montrant le Portrait de la
Comte/Te de Dcvonshire , le Roi en de-
meura fî furpris de fi charmé , qu'il hefï-
ta un moment s'il devoir continutr à foû-
renir pour la fleine , ou s'il devoir fe ran-
ger du c<5ré des Chevaliers delà Comrtef-
fe r ri regardoit fon Portrait , il regar-
doit en fuite ces Inconnus ; tour ce qui
fe paffoit lui faïfoit démêler le Comte de
Warwick. Un procédé fî hardi ne pou-
▼oit guéres convenir qu'à lui. Je doute
dit-il y que celle dont vous avez le Por-
trait , vous avouât r G elle fçavoit Tu Pa-
ge que vous en faites ; elle a trop deref-
peft pour la Reine , Ôc trop de politeffcv
Îrour vouloir infulter à fa beauté & -a ccl-
e de toutes les Dames de la Cour. Je
n*ài rien dit de fa part , Sire > répliqua
fort fièrement le # Comte > mais j'ofe
demander fi vous êtes contre elle. J'y au-
rais de la peine » dit la Roi » en route
autre occafîon que celle-ci : cependant*
je n'hefîte point , fongez à vous défen-
dre , nous romprons chacun crois Lan-
ces l
DE WARWICJt. 42r
ces s & celui qui aura l'honneur du Com-
bat , emportera le Portrait de la Dame
Vaincue. Cela ne fuffit pas pour nous,
Sire i répliqua le Comte de Warwick, it
fauc que nous 070ns plus d'un Portrait à
remporter à celle dont nous fommes Us
Chevaliers ; ainfi nous fuppfions Vôtre
Majefté d'ordonner , que ceux qui font
armez aux Barrières cooreront contre
nous 5 s'ils font vaincus , ils nous don-
neront les Portraits de leurs Dames ; fi
nous le fommes, nous leur donnerons
celui de h narre. Le Roi leur fit ligne
Mf s'approcher 9 - ne voulant pas rèpon*
are fans leur avoir parlé , mais iLn*y en
cat aucun qui ne goûtât cette Propor-
tion»
Ils «voient fur eux des Portraits , Ut
uns de leurs Femmes , & les autres de
leurs Maîtrcfles. Quel moyen que les
Galans du temps jadis fe pafTaflent de voir
ce cjuSls aimoient 'fi chèrement ! c'étoiç
h fource de leur courage > & c'ctoitleur
confolation dans les rrilrcs Avanturcs at-
tachées au Métier des Chevaliers errans.
Le Roi fut le premier qui mit le Portrait
de la Reine fous un Arc de Triomphe,
élevé à un des coins de la Lice ; le Com-
te de Rivière y mit celui de fa Leonorç
Digby , Ôc tous les autres en apportèrent;
dans des Boëtes d*Or fermées.
La Courfe commença entre le Roi Se
te Comte de* Wartrick/ te Marquis dé
Mon*
4*8 "LE COMTE .
Muncaijgu 6c le Comte de Rivière. "Mille
cris de joye s'élevèrent en l'air , lors qtToii
yit partir ces quatre Combat uns fi bien
à Cheval & d'un fi grand air. Ce fut
tout autre chofe quand ils fc rencontrè-
rent $ mais quelque adrefle que le Roi
pût employer , le Comte de Warwick
écoit trop animé • pour refter trop long*
temps incertain de l'avantage. La Reine
& toutes les Dames voyoient tout ce qui
le pailoit avec un fenlible déplaifir > êc
s'il avoit été permis de faire quelque fu-
percherie dans cette occafion , elles n'au-
roient rien épargné. Le Comte & Ton
Frère remportèrent toute la gloire de la
Çourfc. Ils ne prirent point le Portrait
de la Reine. Chacun jugea que c 1 écoit
par refpecl , fans juger que c'étoit par
averti on. A fon égard elle ne s'y trom-
pa poinr. Elle avoit reconnu fon Enne-
mi particulier en la perfonne du Cheva-
lier aux Arracs noires , cVla Devifedont
fon E eu écoit charge, ne lui échapa point*
Le R >i & le Comte de Rivière fc re-
tirèrent avec beaucoup de chagrin. Ceux
Cjui coururent contre Meflicurs de War-
wick ôc de Montaigu , n'eurent pas une
meilleure Avanture. Ils perdirent tous lei
Portraits de leurs Dames. Les deux Victo-
rieux n'en voulurent point profiter* Ils
rendirent aux Chevaliers les Boêtes fer-
mées» fans avoir jnême lacuriofîté de Ici
ouvrir. . Ils fc contentèrent d'emportés
celle*
DE WARWICK, 415
celhfs du Duc d'Exceter de du Comte d'Ox-
fore leurs Beaux- frères. Cependant le
Bâtard de Bourgogne étoit'vcnu aux Bar-
rières 3 il avoit vu arec admiration l'a-
dfcffc des deux braves Inconnus , & H
avoit déjà demandé permiflïon à h Priiu
cette d'York de foûtenir pour elle contre
eux , mais elle ne le voulut point , Se ce
qu'il venoit de foire lui donnât tant de
crainte ,que Ton Portrait* n'eût le Sort
des autres , qu'elle répliqua modeftemenc
qu'elle ne fe piquoit de rien , & qu'elle
le prioit de fe fouvenir , puis qu'il le dé-
claroit fbn Chevalier, que laCourfe étoiç
arrêtée contre le Seigneu*- Dcfealles. Ce
peu de mots fut un Ordre auquel le Bour-
guignon ne répondit qu'avec beaucoup dé
refped. Il rompît plusieurs Lances à
l'honneur de la Prince/Te , Se ces Cheva-
liers exercèrent leur adreffe contre les
jtnglois , iàns que Ton vît ni d'une parc
ni de l'autre rien qui égalât «le Comte de
Warwick.
II i'etoit retiré avec fon Frère fi dili-
Semaient , gue le Roi n'eut pas le temps
e le (aire fuivre , 6e la Reine étoit de fi
mauvaife humeur , qu'elle feignit de fe
trouver mal afin de fe retirer, & de pou-
voir donner un libre cours à fon dépit.
Le Roi ne tards g n ères à la venir trou.
Ver. Ah ! Sire , lut dit-elle, ne doutes
'point que le téméraire qui vient de cou-
rir contre vous ne foh Warwick s je l'ai
c* . encore
433 LE COMTE
encore mieux connu au defleui de m'af-
fencer qu'à fa caille , 6c à tout ce qui le
defignoit. J'en fuis perfu ad é, comme vous,
Madame , répliqua le Roi ; îi eu piqujg
de Ton Voyage de France • ô£pcuc*ctre
que s'il et oit fécondé il efTayeroit de me
chagriner * mais le Parti de Henri fc
trouve dans un tel état » qu'on ignore à
prêtent qu'il y ait eu une Maifon de Len r
claftrc.
Le Comte de Warwiçk $c fonFrcrcrCr
tournèrent à Siontyll, Ce premier en r
Voya Berincourt chercher la vieille Albi-
ne pour lui parler fccrettcmçnt. Com-
me elle n'avoir point quitté laComtcflc
d'Anglefcy , il fe perfuada qu % il pourrok
apprendre par cette voyc quelques nou-
velles de la ComfcefTe.de Dévqashire* Si-
tôt qu'il fut Parti le Comte & le Marquis
regardèrent les Ho ères /qu'ils avaient em-
portées par préférenpc. JLeur furprife fur
extrême de trouver le Portrait de la Cura-
telle de Dévonshirè dans celle dn Comte
d'Oxforr. Je vous avoue , dit le Caime
en le montrant au Marquis de Monraigu,
que je ne pouvots fouffrip la jaloufic, de
ma Sœur contre la CoovdTe ?J mais.vptp
voyez aftez Qu'elle Ravoir point; de xqrft
Hé Quoi i éft il donc p©flïtye.quÉ Mada-
me de Dévooshire ait ,affcz contiûhé Jf
Comte d'Oxforr pour lui en donner une
telle preuve.? Quelque malheureux que
Jje fo^s » répondit le Marquises ^jvfoçraîr
i*>
DE WARWIGK. 43*
gu » je Jui rends plus de juftice que vous.
Sans douce le Comte d'Orforc * eu ce
Portrait faos iâ participation ; c'eft ainfi
que j'ai celui quia penfé eau fer un Com-
bat encre nous* Ah ! mon Frère » s'é-
cria le Comte , que vous me foulagczl
je vous avoue que je n'ai jamais rciknti
une peine plus vive que la vue du Por-
trait que vous avez, je ne voulois point
vous questionner là-dcflus dans ia crainte
de vous cmbarraûer par ma curioflté $ mats
il y a eu cent momens où la jaloufîe m'a
fait une peine inexprimable. ' Hela* ! My-
lord , que craignez-vous ? reprit trifte-
mcntle Marquis, ne fc, avez- vous pas que
tous êtes aimé ? que pourrois je vouloir
avec un pareil bonheur ? I! fc tût & s'a-
- bîma dans ces triftes réflexions. Regar-
dez -vous mon Sorc , die le Comie >
comme un crac digne d'en vie ? Soit qu'on
me veuille du bien , foie qu'on me veuil-
le du mal , ne fçavcz-vous pas de quelle
manière on me traice 5 toure efpérance
m'eft orée par mon Combat contre (on
«Mari. Je ferors pkis heureux qu'il m'eût
tué , continuât-il » car je ne fçai ooint
de Martyre comparable au mien. Le Mar-
iais' leva les yeux vers le Ciçl , comme
voulant dire qu'il en connoifloit de plus À
plaindre que lui. Après quelques mo»
jnens de nlence , le Comte demanda au
Marquis la conduite qu'il lut confeilloit
4e tenir il'égaid. de la Cour. Je voua
con-
43» , LE COMTE
confeille d'y paraître , lui dit-il , afin de
ne vous pas rendre fufpcâ j cela ne vous
empêchera point de prendre toutes les
mefurcs que vous voudrez. Met démar-
ches , répliqua Moniteur de Warwick,
dépendent beaucoup des nouvelles que
j'apprendrai de vôtre chère Comtcfle ;
ainfi je refterai encore deux jwrs à Sion-
hill avant que de me readre à Londres.
.Le Marquis approuva fa refolution. il
acténdoit impatiemment Berincourt lors
qu'il revint & qu'il préfenta au Comte
une Lettre de Madame de Dévomhirc. Il
la reçût avec une joye inexprimable , cV
l'ayant ouverte il lût ces paroles :
ff E mets vitre eftime à trop haut prix,
•J pour bazarder de la perdre par otm Jt-
ience qui pourrott vous la$ffer croire que le
Roi ma enlevée , &* que je fuit entre fet
maint. 'Vous fc aurez , • MyUrd , ce qui me»
m garantie par la perfoune qui sefi char*
fée de vous dire de mes nouvelles $ elle vous
priera do ma part de ne fonger plus k me
voir > c'eft une ebofe également néceffaire
pour ma gloire c pour mon repos.
Le Comte de Warwick donna ce Billet
£ lire au Marquis , qui lui dit en fuite :
Je vous avo*c, Myiord , que j'avois une
terrible crainte , ce il ne falloir guéres
moins qu'un Miracle pour, garantir la
Conucffc du péril où. clic croit. Dites*
nous»
DE WARWICK. 453
nous- en les particularisez , continua le
Marquis , en s'adreflanc à Berincourt-
Myiord, reprit ce Gentilhomme , j'ai vu
Albine j elle a fait d'abord de grandes
difficultez de me parler avec franchife de
la Comtcfle de Dévonshirc -, mais corn*
me je connoii ion humeur intéreflée , je
lui ai dit que j'avois fait faire en France
une Bague pour elle , & que je la lui ap-
portas. A ces mots toute fa confiance
s'eft réveillée. S'il étoit poffible , mV
t-elle du , que vous vouluffiez m'épou-
fer , ôç que cette Bague fût un Gage de
vôtre Foi , je la recevrois avec plaifïrj
mais il eft certain que vous n'avez fongé
qu'aux affaires de vôtre Maître , fans vous
inquiéter de mes fentimens. Des qu'on
en ufc ainfî , je n'ai plus rien i dire.. J'ai
promis tout ce qu'a voulu jllbine , con-
tinua Benncourc , & j'ai fçû que Mada-
me de Devonshire s'etoit cachée dans un
des Cabinets de la Gave , lors que le Roi
y vint avec le Comte de Pembroc. Ils la
cherchèrent , & lui firent une extrême
frayeur j enfin le Roi ayant dit qu'il al-
loit fe retirer , Monfîeur de Pembroc
étant refté , c \k ne prit confeil que de
fon defefpt>ir , & parut tout d'un coup
fous 1 habit d'Homme qu'elle avoir mi»
pour fe traveftir. Elle tenoit courageu-
sement des Piftolets, & fe faifant unpaf-
fage , elle fe retira chez une ancienne
Amie de fa Maifon . mais fi tremblante
Tome II. X du
434 r LE COMTE
du péril qu'elle venoic d'éviter , qu'elle
prie la réfolutton de voir Ton Frère , ôc
de tout tenter , pour trouver un Azile
dans fa Famille. .
Myford Stanley aimoit chèrement fa
Sœur. Il a toujours été pénétré de fes
malheurs ; ôc il n'étoit pas poflible que
la colère du Comte d'Angleicy ôc de fa
Femme allât plus loin , fans expofer leur
Fille a des A van turcs cruelles. C'eft ce
que Mylord Stanley fcût leur repréfenter
fi tendrement , qu'ils convinrent de la re-
cevoir & de là défendre contre fes enne-
mis > qu'elle fuivit à l'avenir leurs con-
feils » qu'elle ne vit jamais le Comte de
Warwick, ôc qu'elle demeura en Religion
auffi long-temps qu'ils le jugeroient à
propos. Mylord Stanley avoit une fi gran-
de envie de voir fa Soeur tranquille*, qu'il
accepta tovtes les conditions que la Corn-
refle d'Anglefcy impofoit à fa Fille , ôc
Madame de Dévonshire elle-même n'hc-
fita point à obéïr s àe forte qu'elle vint
fe jetter aux pieds de fa Mère , Ôc qu'el-
le regagna ailèmentdans fon cœur ce que
les contre- temps de fa vie lui avoient fait
perdre. .
Elle eft , continua Albine , dans une
Abbaye où je ne fçaùrois vous la faire
voir y mais je lui parlerai dès demain du
Comte de Warwick. En effet , ajouta
Berincourt , elle m'a donné le Billet que
je viens de vods rendre , Mylord > elle
m'a
DE WARWICK. 43f
m a dit que Madame de Dévonshire Voua
conjure de ne faire aucunes démarches
qui ayent quelque rapport à elle, Oc que
rien au inonde ne feroit plus oppofé àfes
intentions.
Enfin , s'écria le Comte, en interrom-
pani .ion Ecuyer , la Coimcfle a eu le
bonheur dT-viter le Roi & fon indigne
favori 4 je commence à refpirer -, car je
vous avoue , mon Frère , que j'étois in-
génieux pour me faire de la peine. Une
r^? ï V*w" fie don / je nc P° uvoi « «"
rendre le Maure , devoroit mon ame 6c
mabïmoit dans la tnfteffe. J'ai encore
Plus fouffert que vous , Mylord , repli.
?"! • M , a T i$ ' T el< l w habitude que
J aye a m affliger , je trouvois dam cette
Avanturc des choies fi cruelles , que i'é-
toi? incpnfolable. Le Comte ne refondit
fflens de filence, Us convinrent enfemble
« partir le lendemain pour la Cour.
Le Comte de Wamrick n'avoir pas mé-
diocrement à prendre fur lui-même, pour
cacher fon reffentiment au Roi. 11 en fut
Efî aV u C Ja dcr , niére froideur - ^ Ro'ne
"ant chagrine de ce qui »'étoit patte au
Tournois , & ne doutant point q„ e ces
deux Inconnus ne fufien/le CoLc de
Warwk & le Marquis de Montaigu, él-
Z*° avoit Parle cent fois au Roi. Ceft
pour vous braver , Sire , lui difoifcllc,
• Pounnfulter a vôtre choi* , qu'il, ô«
T * foû-
436 LE COMTE
foûtcnu fi hautement la beauté de la Corn-
telle de Dévonshire , au préjudice de la
mienne. Le Roi aimoit extrêmement Ut
Reine , & n étoit guéres fatisfaic que le
Comte de Warwick eût remporté dans la
Courfç tant d'avantage fur lui > de forte
qu'au lieu d'effayer par un accueil favora-
ble à lui faire oublier l'affront qu'il lui
avoit fait » en préférant Ifabclle Wodvillc
â la Princefle de Savoye > il renouvella fi
fort le chagrin du Comte » qu'il réfoluc
de s'en vanger , ôc de détruire un Mo-
narque qu'il ay oit élevé fur le Trône. Il
prit pour cet effet des liaifonsavecleDuc
de Clarence » l'un des Frères du Roi : ils
fe virent , ôc le Comte lui fit époufer fa
Fille , qui écoit fort jeune , ôc la plus
grande Héritière d'Angleterre. Le Ma-
riage s'accomplit à Calais , pendant que
l'Archevêque d'Yorck ôc le Marquis de
Montaigu allèrent en plufieurs endroits,
où leurs préfences étoient nécefîaires,
pour faire de grandes Intrigues.
Le Comte de Warwick étant de retour»
leva une grofle Armée , ôc marcha droit
à Londres > à deffein de dépofer Edouard,
& de remettre Henri fur le Trône. Edouard
ne refta pas médiocrement furpris de ces
nouvelles inopinées. Bien qu'il fût un des
Princes du monde le plus courageux > il
s'endormoit volontiers parmi les plaifîrs,
cV fe flâtoit toujours que fa bonne For-
tune triompherait de (es Ennemis ; ce*
pendant
\
D E W A R W I C K. 437
pendant il trouva que les affaires dcvc-
noient fi féricufes, qu'il ordonna au Com-
te de Pembroc de rama fier en diligence
tout ce qu'il pourrait trouver de Trou-
pes , Ôc d'aller au devant des. Rebelles.
C'étoic une 'CCafîon bien agréable pour
le Comte ; il ne pouvoir pardonne* à
Monficur de Warwick d'être mieux que
lui dans feiprit de la Comtefle deDévon-
shire. Richard Harbert fon Frère écoic
aufliun des Généraux ; & quand leCom-
tc de Waiwick içût que c'étoit eux qu'il
avoit à combattre , la haine Ôc (on ému-
lation augmentèrent j de* forte qu'il fe
pafla mille belles aâions de part & d'au-
tre , dont l'Hiftoire parle. Mais enfin la
Bataille de Bamberik ayant été donnée,
les Troupes de Warwick écoient fur le
Point de céder , lors que Jean Ciapan,
brave Capitaine Ôc ancien Serviteur de
cette M ai ion , s'avança avec cinq ou fix
cens hommes deNorthampton > portails
dans leurs Enfeignes un Ours blanc , qui
étoit celle du Comte , Ôc criant tous en-
semble , Vive Warwick , ils inlpirérenc
une fi grande terreur à l'Armée du Roi,
qu'elle fe mit en fuite. Le Comte de
Pembroc Ôi fon Frère , inconsolables de
cette difgrace , combattirent jufqu*au der-
nier tronçon de leurs Epées , ôc furenc
enfin pris par les Troupes vi&o ri eu f es. Le
Comte de Rivière , Frère de la Reine , fe
trouva envelopé dans la même difgrace.
T 3 La
438 LE COMTE
La Comtefle de Rivière qui l'aimoit avee
les fentimens de la plus vive reconnoif-
fance-âc de la plus forte tcndrcfle , ne
pou voit goûter aucun repos en fon ab-
fence. Elle craignoit pour lui tous les
malheurs qui arrivent à la Guerre i &
lors qu'elle fç ût qu'il étoit Prifonnier , el-
le en fut au defefpoir. Le Roi Edouard
avoit fait (i peu de quartier à Tes Prifon-
nicrs , Ôc la trifte Caraftrophe de Henri
Duc de Sommerfet , étoit encore fi ré*
cente , qu'elle ne douta point que fon
Mari ne fût facrifîc fur le prétexte de rat-
fon d'Etat , à l'a verfion particulière que
la Reine de le Comte avoient l'un pour
l'autre. Elle ne comprit rien de meilleur
pour fe mettre à l'abri des malheurs qui
la menacoient , que le crédit de la Corn*
teffe de Dévonshire. Elle fut la trouver
dans le Couvent où elle s'étoit retirée.
Helas ! Madame , vous voyez l'infortu-
née Leonore qui vient implorer vôtre pi-
tié pour le Comte de Rivière , il eft en-
tre les mains du Comte de Watwick ,1'on
craint qu'il refufe la Rançon de fes Pri-
sonniers ; jugez de l'état où je peux être»
ôc de la pafiion avec laquelle je vous con-
jure de vous ihtérefler à la confervation
d'un homme qui n'a pour Crime Que de
fervir fon Roi , & d'être Frcrc de la Rei-
ne. Préfervez fa vie du terrible coup qui
le menace $ en vous demandant la fien-
**e > je vous demande la mienne. Ma-
dame,
DE WARWICK. 439
dame, n'y prendriez- vous plus d'intérêt ?
auriez-vous oublié que fans mes foins , le
méchant Digby facrifioit Jaime à fa ja-
foufie ? Je fçai ce que je vous dois, Ma-
dame , répliqua la Comteffe en l'embraf-
fant tendrement , ôc vous n'avez pas be-
foin des motifs de ma reconnoifianec,
pour m'engager à faire tour ce qui eft à
«ion pouvoir. Ne perdons pas un mo-
ment , Madame , car il n'en eft aucun
qui ne foit précieux dans une telle ren-
contre. Elle écuvit une Lettre au Com-
te de Warwick , la plus touchante qu'el-
le eût jamais écrite , & la donna i la
Comteffe de Rivière , & lui confeilla de
profiter de tous les momens.
Cette Damechoifir le meilleur Courier
pour la porter ; mais par un malheur ex-
trême , il arriva dans le moment où l'on
venoic de trancher la tête au Comte. La
Prière de Madame de Dévonshire auroic
été unQrdre irrévocable pour. celui à qui
elle l'adreftbir. Il courut dans la Tente,
où Ton gardotc cet iiiuûrc Prifonnier.
Vous devez tout à la Coiïitefïè de Dévon-
shire , Myiord , dit.il en entrant > elle
me* preferit de vous rendre la liberté,
jouïffez du bien qu'elle veut vous faire.
Comme il ne paroifloit point , ëc que
tous ceux qui l'entendoient parler crat-
gnoient d*avoir trop précipité fa mort,
perfonne n'ofoit f annoncer * mais il ju-
gea bien par ce morne fîlence , que c'en
Itoit fait. T 4 W
440 LE COMTE ^
II en reflentit un déplaifir extrême i
c'éroir la feule grâce que la Comtefle de
Dévonshire lui eût demandée ; un mo-
ment le mettoit en état de la fatisfaire s il
leva les yeux vers le Ciel : Que je fuis
Malheureux , s'écria- 1 il i tous les con-
tre-temps font faits pour moi. Barbares
Loix d'une implacable Guerre » où on ne
reconnoîc plus les fentimens d'huma-
nité , à quoi me contraignez. vous ? Il
s'affligea beaucoup , en fuite il écrivit à
Ja ComteiTe de Dévonshire , pour Te ju-
itifier de ne lui avoir pas obéi.
Cependant la Comtefle de Rivière im-
patiente de revoir Ton cher Epoux > sa-
vançoic à grandes journées fur les pas du
Courier qu'elle svoit dépêché , lors qu'el-
le l'apperçûr qui venoit comme un hom-
sae concerné.
Elle n'eut pas befoin de lui parler pour
décider la t rifle Cataftrophe de fonMari.
Un ferrement de cœur ôc mille funeites
preflentimens , ne hii annonçaient que
trop les nouvelles qu'elle craignoir. Elle
pouffa des cris 4c des plaintes capables de
toucher les Rochers dont elle étoic envi-
ronnée. Elle voulut cent fois fe précipi-
ter de leur fommet , & tous ceux qui l'ac-
compagnoient n'étoient pas médiocre-
ment embarrafîez. à la retenir. Quoi!
difoic-elle , m'empêchera-t-on de fuirre
celui qui m'a tant aimée , & que j'aimois
fi chèrement ? Il n'a fç,û vivre fans moi,
aurois-
DE WARWICK. 441
aurois-je l'ingratitude de vivre fans lui ?
ôc quand je ferois capable de le vouloir,
'helas 1 le pourrois-je ? Ses Domeiiiqucs
prirent le Parti de la conduire dans une
Abbaye de Filles peu éloignée du lieu où
elle étoit. Elle n'en voulue pas fpreir , ôc
elle eut au moins la crifte confolation de
pleurer le refte de fa vie, ce qu'elle a voie
fi chèrement aimé.
Le Comte de Pembroc ôc Richard Har-
bert Ton Frère étant Prifonniers de Guer-
re , le Comte de Warwkk les condamna
à perdre la tête comme le Comte de Ri-
vière.
A ces funeftes nouvelles Pembroc vou-
lut parler au Comte de Warwick. Ce
iTeft point » lui dit-il , pour vous priée
de me conferver la vie , que j*ai voulu
vous entretenir $ je ferois fâché de vous
devoir un fi grand bien , ôc «ju'unc rai-
fon fi forte put diminuer la haine que j'ai
pour vous ; mais , Mylord *que vous a
fait mon Frère ? eft-il caufe de /c que'
nous fommes Rivaux ? Sa jeunette , fon
courage, fa naiffance, tout vous deman-
de çrace pour lui. Une Viftimc comme
moi ne iufnVclte pas pour vous ? Sau-
vez-le , Ôc me perdez tout feul. Je n'au-
rai rien à vous reprocher , vous n'aurez
rien à me reprocher', ôc nous ferons l'an
ôc l'autre comens. L'état où vous êtes»
Mylord , répliqua le Comte de Warwick»
pou rr oit me fake oublier les trahifonsque
T $ v«u»
44i LE COMTE
vous m'avez faites , & m'engager a Vous
les pardonner , s'il ne s'agiflbic à préfent
que de mes intérêts particuliers , mais je
ne fçaurois vous faire quartier fans man-
quer à ce que me preferivent lesLoix de
la Guerre. Si j'étois tombé entre vos
mains , vous en uferiez pour moi» com-
me j'en ufe pour vous. Oui , Mylord,
repartit fièrement le Comte de Pembroc,
je pourrais bien en effet fonger à me dé-
faire de vous : mais examinez fans paf-
fion votre Sort te le mien ; vous avez
toujours été mon Rival , vous avez tou-
jours été aimé , j'ai toujours été maltrai-
té • que n'ai-je pas fouffert ? Vous en
êtes Punique caufe , ôc vous n'en fçaurîcz
-avoir de juftes que l'impatience d'immo-
ler un 'malheureux qui ofc chérir celle
que vous chériffez ; mais en m'ôtant la
Vie ", vous me rendez malgré vous an bon
office. 11 y a fi long-temps qu'elle m'eft
odieufe , que je (erois fâché de vous de-
mander autre chofe que la mort. Com-
mandez donc qu'on me la donne prom-
ptement. Il n'en cft p?s ainfî de mon
Frère. Hetos ! que vous a-t-il fait ? il
ignore mes fentimens pour la ComteiTe Ôc
pour vous , il fert fon Roi cV fon Bien-
faiteur 5 ne feriez- vous pas dans les mê-
mes intérêts , fi vous n'aviez pas un fu-
jet particulier de vous plaindre d'Edouard ?
& n'eft-ce pas vous qui Pavez mis fur le
Trône d'où vous voulez l'arracher ? My-
lord,
DE WARWICJC. 443
Jbrd , dit le Comte de Warwick en Tin.
terrompanc , ma colère n'agit point dans
cette rencontre-ci , c'éft la raifon d'Etat;
je ne peux faire ce que tous fouhaitez j je
vous quitte ., car il me feroit impoifible
de vous réfifter. Il fortit craignant que
la pitié ne l'empêchât de facrifîer à la
Comtcffe de Dévonsfaire un homme qui
avoit voulu la perdre. C'eft de cette ma-
nière que finirent le brave Comte de Fcin*
broc ôc fon Frerc.
Edouard en fut plus touché , que de
la perte de U Bataille. Helas ! djfpk-ik
que mon amitié eft funefte à mes fîdeUcs
Sujets ! qui pourra jamais remplir la pla-
ce que ces braves Gens occupoienc dans
mon affettion *
Edouard infiniment touché de tant de
mauvais fuccès> joignit avec des Trou p<s
nouvelles le relie de celles qui a voient étc
battues > mais fe trouvant trop foiWe , il
fit parler d'accommodement $ & dansl'ef-
pérance d'en conclurre un avantageux , il
fe relâcha de la Difcipline qui fe doit ob-
ferver à l'Armée. Le Comte en étant
averti ,* Rrofita de l^biçuritjé de ia nuit*
,tua tout ce qui vouloir l'empêcher de fe
rendre Maître du Camp y îç parvint ainfi
jufqu'4. la Tente du Roi qui dormok d'un
profond iTommeil, . .
Quelle furprife pour ce Prince, devoir
à. labeur des Flambeaux le Comte de
Warwick tout armé, l'Epé.e i., la, main,
T °* qui
444 ,LE COMTE
qui droit fon rideau d'un air hardi , 8c
qui le regardoit avec des yeux pleins de
feu & de fierté ! Le Roi connut bien
qu'il n'étoit plus en état de fe défendre.
Vous êtes Vi&orieux f lui dit-il d'une voix
ferme 8c tranquille > je fuis vôtre Prifon-
Jlier , mais j'efpére , Mylord , que vous
n'abuferez pas des faveurs de la Fortune.
Je fçai le rcfpeft que je vous dois , Sire,
-répliqua modefrement le Comte s plat au
Ciel que Votre Majefté eût fçû de même
'■€c quelle devoxt à un Serviteur tel que
moi. Comte , dit le Roi , mes malheurs
•font afîez grands , ne me faites point de
reproches ; vous n'avez aucun fijjct de
vous plaindre que fur mon Mariage» II
me fcmble que perfonne au monde ne
Jfok fçavoir mieux que vous jufqu'où va
la puiflance de Tamour : mais pour tous
marquer la bonne opinion que je confér-
ée ^pour vous , je vous conjure que fi h
Reine tômfcc en vôtre pouvoir , vous
ayez pour erle tous les égards que fon
Rang 8c fa Vertu méritent. Sire , repli*
qua le Comte .l'honneur où Vôtre Ma-
jefté ft élevée' de fon Sexe me mettent
'ilafté des engagemens fi précis , que je n'y
manquerai jamais. Edoiiard pouffa un
(profond foûpir , Se kin>hc voir une f om-
bre triftefle fur fon vifage ,. il ne parla
plus,' mais il fe leva poùrfuivrc fon Vain-
queur , qui le conduifît dans le Château
àQ Warwkk. Cependant après quelques
réfter
DE WARWICK. 44^
réflexions , il ne le trouva pas allez ieu-
rement. H' pria l'Archevêque dTorck
fon Frère de le recevoir dans le Château
de Mcdelan , Ôc de l'y' garder ; en fuite
il partit ôc fut à Londres avec la derniè-
re diligence. Son coeur le rappclloit tou-
jours vers la Comtcfle de Dévomhirc j il
ïçavoit le Couvent où elle s'étoit retirée,
il s'y rendit ôc la demanda.
Tout ce qui s'étoit pafTé depuis c â je la
Comtcfle ne Favoit vu étoit fi considéra-
ble ', qu'elle ne crût pas devoir refufer de
lui parler. Je parois devant vous , lui
dit-il >„ Madame , malgré la défenfe que
vous m'en avez faite : mais il eft bien
jufte de vous confulter fur la deftinée de
deux grands Rois , fur la vôtre ôc fur la
mienne.
, Vous n'aurez pas de peine à croire»
Madame', que je n'ai jamais fouhaite la
Couronne. d'Angleterre , puis qu'ayant
été Maître de la mettre fur ma tête, j'ai
préféré celle d'Edouard. Comme je me
trouve encore dans la fîtuation de vous
1 l'offrir ,je ne peux réfifter a ce plaifîr.
"jf£ viens donc mettre â vos pieds la Cou-
1 rûnne d'Angleterre. Si vous voulez que
\ je vous aide à monter fur le Trône , fi
: ; Vous voulez m'y faire place , je vous ds-
vrai mille fois plus que vous ne me de-
vrez. Hcrri 'eft encore en Prifon dans
la Tour de Londres , Edoiiard eft à Mc-
delan j Ôc moi" ,' Madame , je fuis plus
T 7 Pri-
446 L E C O M T E
P/ifonnier que ces deux Princes > faites
de lérieufes réflexions fur ce que je vous
dis i le temps prefle, & vous pouvez me
rendre hturcux , &ns .que perfonne au
monde s'y cfppofc.
M y lord , die fa Comteffe , je n'ai pas
befoin de faire de longues réflexions pour
répondre aux offres que vous me faites.
Ce n'eft point l'éclat d'une Couronne qui
pourroit m'éblouïr i je n'ai pas attendu
que vous fufliez en état de m'en donner»
pour rendre juftice à vôtre mérite* Je
vous rends donc juftice * Mylord , & je
ne m'étendrai pas même davantage fur ce
Chapitre , ne voulant point vous décou-
vrir juïqu'où va mon malheur , quand
je me trouve forcée par le devoir 6c par
la bieiiiéance de reftifer un Epoux qui
peut faire la félicité de ma vie. Ah ! -Ma-
dame , s'écria le Comte en pouffant un
profond foûpir , n'adouciflez point ' par
des termes obfîgeans , toute l'amertume
d'un di (cours fi cruel. Vous trouveriez
bien des raifom pour m'accorder -vôtre
main , fi la mienne ne vous ctoit pa»
odieufe , mais vous, aimez mieux renon-
cer au Royaume que je vous offre , que
de régner avec moi. Après cela , Ma-
dame ., il ne me relie plus rien à faire
qu'à mourir. Je vais être auffi foi gn eux
d'en chercher les occafions , que je Tau-
rois été de les éviter, fi vous aviez d'au-
ttes fentimens. Achevez» Mylord , ache-
vez
DE WARWICK. 447
vez de m 'accabler , répliqua la Corot elle ;
doutez de mes paroles , doutez , puis
que vous me forcez de le dire , doutez
de la poffeffion de mon coeur*, doutez
que je vous aime plus que roue ce quiref-
{rire. Helas ! Madame , die le Comte en
'interrompant , qui eft-ce qui pourrok
m'en perfuader ? Vous avez Ja bonté de
ne mepasaflbmmer tout d'un coup, vous
me deftinez à un plus long Martyre» mars
je ne Cuis point en état de ré {îfter au re-
fus que vous me faites , j'en mourrai af-
furémenr.
Toute la converfation du Comte de
Warwick & de la Comteflc de Dévonshi-
re roula fur des prières & des reproches»
fur des aflurances d'amitié ôc des justifi-
cations. Enfin > ils fe réparèrent avec
une égale douleur de fe quitter, & la
ComtefTe demeura pénétrée de la plus vi-
ve inquiétude pour fon cher Comte. Le
Kolle qu'il joùoit étoit fi grand > il y
avoir tant de périls attachez pour lui , que
tout allarmoit cette belle perfonne.
Le Comte de Warwick dcfcfpérant de
pouvoir perfuader Madame de Dévonshi-
* e , 4e .recevoir la Couronne de fa main,
& n'étant capable de la vouloir qu'à eau**
fe d'elle $ il tourna Ces pas vers Londres,
réfolu de tirer Henri de la Tour où Edouard
l'avoir toujours retenu Prilonnier , de
d'oppofer ce Roi à l'autre : mais comme
il croît ça chemin > le Duc de Clarcnce
foo
448. LE COMTE
fon Gendre & le Marquis de Monraîga
vinrenr le joindre, & lui apprirent qu'E-
doihrd ayant perfuadé à l'Archevêque
d'Yorck de le laitier forcir quelquefois du
Château de Medelanpour aller à la Chai*
fe , ce Prélat n'en voyant pas les confé-
quences , n'avoir pu refufer une fi petîre
chofe à fon Roi , lequel s'étoit fauve par
le moyen de Guillaume Stanley 6c de
Thomas Borogh , tous deux fidcUcs à ce
Prince.
- Ces nouvelles changeoient absolument
la face des affaires. Bien loin de s'appro-
cher de Londres , il falloit s'en éloigner»
parce qu'Edouard y étoit déjà retourné,
& qu'il y avoit été reçu avec de grandes
acclamations. Ils fe rendirent tous à Lin-
coln. Le Roi de fon coté ne carda pas à
former une Armée » qui ayant rencontré
celle du Comte de Warwick commandée
par Robert Weles , le Combat fe donna
proche de Staford > Weles fut pris , le
Roi lui rit trancher la tête, ôc Je. Parti
du Comte fut mis en déroute.
Un changement de Fortune fi prompt
6c fi peu attendu auroit été capable dcéè-
concerter un génie moins ferme que le
•fien : Il vit bien qu'il n'y avoit point de
Salur pour lui en Angleterre. Tout fon
dcfefpoir étoit d'y Jaiffcr la Cdiritefle de
Dévonshire. Qtrcne craignoit-il pas pour
elle de l'amour ou de la haine d'Edouard ?
11 lui écrivit une Lettre & lui envoya Be-
iriacourc. Les
DE WARWICK. 44?
Les 'Guerres Civiles du Royaume agi-
roient tant de dirlercns intérêts > que Ja
ComtefTc étant obligée de fe relâcher utt
peu de la grande Retraite qu'on lui avoic
preferite, elle parla à Bcrincourt. 11 lui
raconta les dit'g races de Ton Maître , com-
me quoi il allott à Calais avec le Duc &
la Duc h elle de Ciarence ', qu'il la conju-
roit d'y venir , qu'elle n'auroit rien à
craindre de leurs communs Ennemis > Si
qu'en la voyant , il jouïroit d'un repos
dont il avoit befoin , pour n'être pas ac-
cable par mille autres contre-temps. La
Comteilç parut uès-lcnfible aux malheurs
de (on Amant , aufli bien qu'à tout ce
qu'il faîfoit de tendre pour elle ; mais el«
le ne pût fe réloudre de paffer la Mer.
L'on oubli eroit tout ce que je dois crain-
dre d'Edouard en Angleterre , dit- elle,
pour ne fe fou venir que du Comte de
Warwickquc je trouverais en France. Je
ne prétends pourtant pas braver le péril i
je ferai foigneulè de me cacher. Elle écri-
vit au Comte afin de le confoler , mail;
fa douleur la prciTant » elle quitta Berin*
court , & s'enferma pour répandre dei
ruiifeaux de larmes
En effet , on n'a jamais aimé plus chè-
rement qu'elle aimoit cet illuftre Comte»
depuis le premier jour qu'elle l'avait con-
nu , jufqu'alors. Eile ne pouvoitlui re-
procher un moment de négligence. Les
chofes ont bien changé dans le temps où
. nous
4fo L E CO MT.E,
nous fommcs. I] ne faut point être Hé-
ros pour être infidelle * il fuffit d'être
lequté : en ce temps-là le Héros et oit fî-
delle fans être écouté.
Le Comte de Warwick attendoît im-
patiemment le retour de Bertncourt. La
Lettre de la Comtefte étoit fi pofitiye,
que ne pouvant fe Hâter qu'elle fe laide*
roit perfuader de venir à Calais , il fon*
gea que Ton Salut dépendoit de la dili-
gence qu'il feroit pour s'y rendre. IJ
quitta les Côtes d'Angleterre, regrettant
amèrement Madame de Dévonshire , &
lai raifant mille reproches fecrets : enfin
il arriva dans le Port de Calais , où bien
loin de le recevoir , il éprouva le con-
tra fie ordinaire aux personnes perfécutées
par la Fortune. Il y avoh Jaifle , pour
commander en Ton abfence , Vau clair
Gentilhomme de Gafcogne. Celui-ci (ca-
chant la déroute de (on Bienfaiteur, loin
de lut ouvrir les Portes , fit tirer le Ca-
non fur fa petite Flotte * Se fans que le
£omte de Warwick ordonna prompt ement
qu'on tint le large ; il auroit été coulé à
fond.
Il eft aife de juger de l'inquiétude &
de l'indignation de ce brave Homme.
Pour combJede difgrace , la Ducheflcde
Clarence fa Fille , enrayée du péril où
elle fe trou voit , fur prife de violentes
douleurs , & mit au monde un Fils qui
aoanquoit de tout fecours > & même de
ceux
DE WARWICK., 4f*
ceux qai font néceffaires à la vie. Le
Comte de Warwick la voyant en cet étar,
fit céder fon reflenriment contre Vauclair,
à fa tendreffe pour <a Fille. Il l'envoya
prier de fouffirir que le petit Prince de
Clarencc qui venoit de naître , reçût le
Baptême dans la Ville , ôc qu'on en rap-
portât des rafrakhiflemens pour laDu-
chefle qui étoit mourante dans le Vai fléau.
Vauclair voulut bien l'un & l'autre * le
Comte 3c le Duc ne fe promettant plus
l'Azile qu'ils avoient lieu d'efpcrcr dans
cette Place , remirent à la Voile , àc ar-
rivèrent à Dieppe , où ils furent ire»-
bien reçus. ,
Après s'être donné le temps de s y r*-
pofer y la Duchcflcde Clarencc fe trouv»
affçz. bien pour entreprendre avec fon
Père , fon Mari , & fa Sœur , d'aller
joindre Louïs XI. à Amboife. Il leur fie
»n accueil fi favorable , qu'ils eurent tout
fujet de fe promettre l'honneur de fa Pro-
tection ; en effet , il ne doutoit pas que
le Comte de Warwick , fenfible à YAf-
front commun qu'il avoit reçu avec la
Princefle de Savoye , s'étoit révolte con-
tre Edouard, pour s'en vanger. Le Com-
te fçût à fon tour que Charles Duc de
Bourgogne , avoir été affez hardi pour
menacer le Roi d'une Guerre , s'il prc-.
noit fon Parti . & que ce Prince pique
Toulon: embrafler fes Intérêts hautement.
Marguerite d'Anjou Femme du Roi in-
° forcune,
4f* L E C O M T E
fortune , qu'Edouard tenoit Prifonnicr,
menoit une vie trifte en France s c'étoitle
feul endroit d'où elle put (c promettra
du Secours pour remonter fur le Trône.
Elle fçavoic ce que le Comte de Warwick
vouloir faire pour le fervice du Roi fon
Mari ; k reconnoiflance qu'elle lui dé-
voie la prefla de le voir de de le remercier
elle même. La Duchefle de Carence étant
incommodée de la fatigue du Voyage, la
Reine vint chez elle avec fon Fils > c*é-
toic un jeune Prince dont la caille fort au
defïus de Ion âge , Ja beauté de le grand
-tir défîgnoient allez la nobieiïe de fon
Sang. La Reine & la Duchefle de Caren-
ce répandirent b? ucoup de larmes : le
ibuvenir de leurs malheurs les empêcha
pour quelque temps de pouvoir penfer cfc
parler d'autre chofe \ mais lors que la
Reine jetca les yeux fur Aune de Ncvilk
Fille du Comte de Warwick , & la Ca-
dette de la Ducheffe , elle rcfla un mo-
ment éblouie de ta i a vidante beauté. Le
•Prince de Galle en retienne la force aufli-
t6t qu'il la vit , êc bien qu'il eût l'efprit
agréable èc fia , il ne fut capable que d'ad-
miration fans pouvoir l'en t retenir com-
me il l'auroir voulu. .
La Reine prit de grandes mefures avec
le Comte en faveur de Henri , contre
:£doùard. Cette Princefle l'engagea de
.joindre fon Crédit au fîen , pour obtenir
des Troupes de Louis X L Biça qu'elle
lui
DE WARWICK. m
lut appartînt , âc qu'elle l'en preffâc de-
puis long- temps , il Ta voit toujours re-
fufée fur divers prétextes ; mais auffi-tôc
que le Comte en voulut partager l'obliga-
tion , le Roi leur accorda tout ce qu'ils
fouhaitoienr.
L'efpcrance de retourner bien-tât en
Angleterre à la tête d'une Armée , don-
noie une fecrettejoye à la Reine êc au
Comte. Pour entretenir l'union dans
leurs Familles , ils fe voyoient tous les
jours , cV faifoienr de petites Fêtes fans
éclat , où le Prince de Galle fe furpaflbic
pour Miledy Anne j il lui apportoit des
Couronnes de Fleurs & des Guirlandes*
qu'il lui préfentoit d'un air timide de cm-
barrafle. Elle les recevoir avec émotion.
& bien qu'ils parla fient peu , quand ils
étoient enfemble , ils s'ennu voient dès
qu'ils étoient iéparez.
Le Prince de Galle s'étoir flâté que la
Ducheflfe de Clarenceôc Miledy Anneac-
compagneroient la Reine fa Mcre , qui
vouloir pafler à la tête des Troupes qu'on
préparoit pour l'Angleterre s mais il fçût
que le Comte de Warwick ne jugeoit pas
à propos que Tes Filles quittaient la Cour
de France , & il le fçût avec un déplaifir
capable de le faire mourir. II n'a voit
point encore découvert Tes fentimens à
Miledy Anne. Les premières pallions font
plus refpectueufcs Ôc plus fortes que tou-
t« les autres. Il trcmbloit dés qu'il fe
placoir
4J4 L E C O M T E
plaçoic auprès d'elle , & quelque envie
qu'il eût de lui parjer , il n'ofoit le foi-
re. L'inquiétude «3c les divers combats
qui fe paffoient dans Ton cœur , le rendi-
rent bien- tôt méconnoiffablc. La Reine
d'Angleterre en et oit effrayée» Se le relie
de la Cour commençait à s'en apperce-
voir.
La Duchtfle de Clarence étoit fouvent
dans fa Chambre. Miledy Anne l'accom-
pagnoit i ôc quand la Reine y venoir,
comme elle parloit avec la Dtichcfle , le
Prince entretenoit Miledy : Au refte,
Madame , j^ui dit-il un jour , malgré la
langueur qui m'accable , je fuis très -vif
fur tout ce qui vous regarde > ôc j'ai été
foigneux d'envoyer demander chez Ma-
dame * votre Bocte. Cela s'appelle , rc*
pliqua Miledy , que fa Lottcrie eft tirée;
je vous avoué que je feroîs ravie d'y avoir
quelque chofe~, j'en prendrons un boa
augure pour nos grandes affaires. Cette
Lotterie eftcomoofée de tant de Lotsdif-
férens , dit le Prince» qu'il nous en vien-
dra peut-être Quelqu'un que vous ne trou-
verez pas à votre gré. Il eft vrai , répli-
quait- elle , en baiâànt la voix , que s'il
y a quelques Bijoux curieux > Madame
les fera tomber au Comte de Beaujeux.
Quoi ! vous vous êtes donc apperçûc,
continua le Prince , que cette Princcffca
des fentimens particuliers pour lui ? En
vérité iï ne faut pas être fore habile * re-
prit-
DE WARW1CK. 4J7
prie-elle > pour deviner ce qu'elle penfc
Jà-dcflus , & mon Père en parle fi fou*
vent avec Madame ma Sœur , que je ne
mérite pas feulement l'honneur de la dé-
couverte. Mais, Seigneur, ajouta- 1 elle,
farisfaites ma curiofité , donnez-moi ma
Boëtc. Une fi bette main, lui dit-il , ne
fçauroit tirer que de bons Billets. En
achevant ces mots , il lui préfenta une
Boëte fort jolie cachetée avec une Anti-
que qui repréfentoit le Dieu du Silence.
Devinez , lui dit Miledy Anne en rianr,
ce que veut dire ce Hierogliphe > c'eft
que fi nous n'avons rien nous en garde-
rons le fecret , car en ce monde il ne fe
faut pas vanter de fes difg races. Pour moi,
Madame , répliqua le Prince de Galle, je
l'explique encore d'une autre manière»
c c Dieu du Silence preferit aux gens con-
tins de fe taire , car en ce monde il ne
faut pas le vanter de fa bonne Fortune.
Quoi ! vous ne parleriez point de la v6-
tfe, lui dit- elle ? Non, Madame, con-
tinua-cil , je n'en parlerons point , ou
je n'en parlerois qu'à vous.
Cependant Miledy bu vroit laBoête, &
décachetant un petit Billet elle fit un cri :
Ah 1 Prince, dit-elle avec un air de joye,
j'ai quelque chofe 5 elle lût auffi-tot,
te Cmir du Prince de Galle fottr Miledy
%jlnnt.
4j6 L E C O M T E
Elle revoit à ce qui venoit de fepafler,
lors que laififiant cette occaûon : Mada-
me, lui dit il, je n'a vois pas befoin pour
me donner à vous que le hazard déter-
minât mon Sort > mais J'ofe profiter de
cette conjoncture • p*ur vous faire un
a vœu fincére ck ref peau eux » que vous '
recevrez peut-être avec mépris , bien
qu'il vous fafle connoître la force de vos
charmes , & celle de mon attachement»
Pourquoi , Seigneur , vous entend rois-
je avec cette indifférence offenfante que
vous craignez ? Helas ! Madame, con-
tinua t-il , je me rends juftice , je fuis
un Prince infortuné, fans Couronne, fans
Royaumes -, vous en méritez , Madame^
je ne puis vous en offrir $ j'ai pour tout
bien un cœur fidelle & tendre qui vous
adore. 11 fe tût en cet endroit , fes yeux
timides n'ofoient plus regarder Miledy;
mais comme elle n'avoit rrn vu en fa vie
de fi aimable que ce jeune Prince , elle
lui dit avec beaucoup de modeftie & de
grâce ; Croyez- vous , Seigneur , que j'aye
oublié que vous êtes le Fils d'un grand
Roi , & que la même Révolution qui l'a
arraché du Trône peut l'y remettre avec
plus d'éclat ? C'cft en effet unechofe pof-
lîble , ajouta le Prince : mais , Madame,
fi je reftois toujours malheureux > me dé-
fendriez vous de vous adorer ? Miledy
rougit y & lui dit en riant , qu'elle n'é-
* toic
DE WARWICK. 4f 7
toic pas accoutumée à répondre à de*
guettions fi peu néceiïaires.
La Reine accoucha en ce temps là d'un
Dauphin , qui fut Charles VI H. Toute
la France en reflentit une.cxcefiïve joye,
& le Roi voulut que le Prince de Galle *
fût un des Parrains. La Cérémonie ayanc
été fort pompeufe , le jeune Prince alla
remercier ce Monarque de l'honneur qu'il
lui avoit fait , Se comme il le trouva fcul
dans fon Cabinet , ôc que le Roi qui étoic
ravi d'avoir un Fils , lui difoit avec bon-
té : Je veux vous rendre heureux > il fe
jet ta à Ces pieds , ôc embraflant fes ge-
noux : Sire , dit- il , Votre Majefté peuc
tout pour la félicité de ma vie. Ce n'eft*
ni vos T refors ni vos Troupes que je de-
fire s j'ai une ambition qui furpafle touc
cela. Que délirez,- vous donc , mon Ne-
veu , répliqua le Roi , furpris des paro-
les du jeune Prince ? Site, continua-t-il,
puis que Votre Majcfté me permet de le
{lire , je defire Miledy Anne s faite que
je l'époufe. Quelque cruelle que me fok
la Fortune, je ferai toujours content. Le
Roi lui promit d'y penfer 5 & comme il
lui fembla qu'il feroit fort bien d'unir la
Maifon de Warwick à celle de. Lenclaftre,
^ par conféquent le Duc de Clarencede-
. viendroit Beaufrcrc du Prince de Galle,
la Reine d'Angleterre ayant parfaitement
bien reçu la Proportion nue le Roi lui fie
<fe ce Mariage > il fe célébra avec une
Tome IL V grande
4f8 L E C O M T E
grande magnificence., & la plus fendbïc
joye que Ton aie jamais retienne de la
parc de deux jeunes Epoux.
Les Partifans du Comte n'avoient pas
difeontinué de travailler fecrettement à
rétablir Ton Parti. Ses deux. Frères pa-
roifloient en apparence dans celui d'E-
douard > mais ils ne s'étoient attachez à
lui que pour être informez de toutes fes
démarches. Il croyoit fes Ennemis abat-
jus fans>rettburce. Toute Ton application
alloit à inventer des Fêtes , des Chattes,
& des Jeux où les plus belles per formes
triomphoient à leur tour.
Le Duc de Bourgogne fon Beau -frère,
moins galant & mieux averti , ne difeon-
tinuoit pas delui mander qu'il au roit bien-
tôt un Hydre à combattre . dont il ne
pourroic couper toutes les têtes , & qu'il
de voit l'empêcher de bonne heure de fc
former i mais ces Avis étoient trop mé-
prifez pour être fui vis.
L'on écrivoit fans cette au Comte de
Warwick que tout étoit prêt , qu'il parût
feulement , de qu'on lui répondoit du
rcite. Il ne manqua pa.s d'en rendre com-
pte au Roi de France de à la Reine d'An-
gleterre, & comme les Troupes que Louïs
donnoit â Marguerite n*ét oient pas enco-
re en état de partir » Ton fût d'avis que
Je Comte allât devant , afin de profiter
de la bonne volonté de fes Créatures Un
feul obùâck faifoit de la peine $ c'elr. que
le
, DE WARWICJC. 4f0
M,? M j dc 1/ Bo , ur B°g n « *"* couvert J«
M !T de . Vaiflêaux , pour empêcher le
«out hazarder dans ce Trajet ; & que ne
devwtpas craindre Je Comte deWrvick
du Duc de Bourgogne for, Ennemi capi-
tal ?n vojwk l« péri! aufli grand qu'il
I î. & ,a £cule P enfée qu'il alloit fe ra-
K" d 5 fa ch . é " Comte/Te , fuffifoit
pour Je faire partir.
Une Providence particuliers veilla à fa
fturete. La formidable Flotte du Duc de
Bourgogne fut difperfée par une Tempe!
«au moment que le Comte paflbit: a i n C
'1 prit terre à Dartmouth avec tous ceux
qui laccompagnoKnt, fans trouver au-
Ût dl t " 8 f " Am,î - Auffi ' tot °n 'bu-
fut de toutes parts pour fe joindre a lui
II fit quç ceiw qui pourroient porter les
Armes depuis feizejufqu'à foi/ante Ans!
«uc d Yorck avoir injustement chaue du
ït^' dc A ma ™re qu'il fe trouvait
tête d'une Armée defoixante mille hôa*
DlaiffrT ' ,ctar S"î uc où l'amour 5c ie*
Plaifirs le «noient enchanre. Il avoir u*
8«ce ce qu'il pût de Troupe, j n^Ti
460 LE COMTE,
en avoir fi peu , que Ton premier foin fut
de fe camper proche de la Mer , pour
ctre prêt à tout événement. Celui qui
lui arriva d'être abandonné par (à petite
Armée à la follicitation du Marquis de
Moncaigu pour lequel il ayoit eu beau-
coup de confiance , & qui en abufa dans
cette rencontre , le contraignit de ne
plus fonger qu'à s'embarquer, 11 étoit
pour lors au Château de Linnes ; & com-
me il entendit crier de tous cotez. Vive
le Roi Henri , il commanda qu'on gar-
dât bien le Pont , pendant qu'il entreroit
avec le Duc de Gloccfter fon Frère dans
un Vaiflcau , pour fe réfugier chez fes
Voifins. Il prit la Route de Flandres,
très-mal accompagné , manquant de Pro-
vifions de des choies les plus néceffaires à
la Vie, H n'avoit que fes Armes pour fe
défendre , ou pour mourir en homme de
courage. Quelle Révolution , mon Frère i
difoit-il au Duc de Gloccfter * nous voi-
ci errans fur la Mer , fans biens , fans re-
traite, fans Amis ; qui peut compter fur
la Fortune ? Je n'ai plus d'efpoir en quit-
tant l'Angleterre qu'au Duc de Clarencc.
Et quoi, Sire ! dit le Duc de Glocefter,
mon Frère , cft-il aflez heureux pour ren-
trer dans vos bonnes grâces ? Vôtre Ma-
jefté lui a-t-ellc pardonné fa Rébellion ?
C'eft un fecret , répliqua le Roi , que je
teux bien vous confier.
J'ai renvoyé en France une des Fem-
mes
iu
DE WARWICK. 461
mes de la Duchefle de Clarence , à qui
j'ai trouvé tanc d'efprit & de conduite»
que je lui ai laifle le foin de négocier avec
fon Maître ce que je fouhaicois. Elle lui
a fait connoître que rien n'eft plus oppo*
féâ la grandeur de notre Maifdn , que de
fervir celle de Lcnclaftre 5 que fes véri-
tables intérêts êc ceux du Comte de War-
\rick font fort différais 5 àc que je lui
pardonnerai volontiers , s'il fe repent de
bonne foi.
Ceft ce qu'il a fait , ajouta Edoiiard:
mais le temps de fe déclarer n'eft pas cri-
core venu ; cependant cette idée me flâ-
*c , mon amc flotanre entre la crainte cV
l'efpérancc , trouve des poflibilitez dan*
nion retour qui me foûtiennent. Je fuis
perfuadé comme Vôtre Majefté ., dit le
Duc de Glocefter , que nous verrons en-
core une Révolution favorable qui vous
remettra fur le Trône que vous venez de*'
perdre. C'cft ainfi que. ces Princes in- T
fortunez cherehoient quelque confola-
tion à leurs peines.
b Dès que le Marquis de Montaigu eut
joint fon Frère , ils s'enfermèrent enfem-
Me , & tout le monde jugea que c'étoit
pour concerter ce qu'ils dévoient faire
dans la fuite d'une entreprifc.dont les com-
nicncemensétoient fi heureux. Maisaprès
s'être embraflez , ils ne parlèrent que de
Ja Comtdflfe de Dévonshire. Le Comte
en demanda des nouvelles avec le damier
V 3 coi
4?^ L E C O M T E
empreiTemenr. Le Marquis lui dit qu'E-
douard ayant découvert (a Retraite , il y
âtoic allé , & l'a voie- conjurée qu'il pût
l^cntrctenir > que Ja crainte de lui déplai-
re , &; de le mettre en droit d'en mal
ufer , l'avoir obligée de paroître. Ah!
mon t rcre i que me dites-vous , s'écria
le Comte ? Ce Prince efî aimable : que
je redoute la converfation qu'il a eue i II
cil: certain , reprit le Marquis » que je
n'en étois pas moins allarmé que vous,
& que j'aurois donné ma vie pour inter-
rompre leur tête à tête', mais au retour
le Roi m'appella & me dit : Quelque re-
buté que je fois de l'indifférence & de la
fierté de la Comtelîe , je ne peux lui re-
fit fer mon eftime. Elle a tant de vertu»
qu'en perdant Tcfpoirde lui plaire > je ne
peux cefler, de l'aimer. Cette confiden-
ce , continua le Marquis , me foulagea
au point que vous pouvez vous l'imagi-
ner. Je priai le Roi de bannir de ion
coeur, une Perfonne fi peu reconnoiûan-
te 5 àc comme je m'appercûs qu'il fon>
geoit encore â là revoir , je lut écrivis,
que (i mes confeils ne lui étoient point
fufpecls » il me fembloit qu'elle ne feroic
point mal de s'éloigner de Londres, pour
éviter des empreâemens fâcheux. Elle
me fçût gré de mes foins , ôc partit pref-
que aufïi-tôt avec Myiord Stanley & fa
Femme pour Notingham. Quoi ! dit le
Comte i ellccû fi près dénoue ? Allons,
allons
DE W ARWICK. 463
allons la chercher , je ne peux vif r clans
la voir .
Si le Comte de Warwick avoit eu moins
de paAion, pour 4a Contrefie dcDivonsh*»
r* , il anrotc fuivi Edouard , 5c l'attroic
arrêté : s&ais il otoois point d'iméfcca
qui ne cédaûesu à Ton amour. 11 pria Ton
Ivcrc de relier dans Ici Camp , pcndtfnc
qu'il- chcrchcroic la Comcciïe. Il voulut
encore, lui offrir une Couronne que la
Fortune venote de remet cre «nrre fes
mains , ôc donc il pouvoir difpofer au gré
de Ces defirs. Mille penfées différente* 4e
flâtérent >Ô€ le defelpépércnt là-deflus*
tantôt il croyoit qu'elle l'accepter oit , tan-
tôt il craignoit qu'elle ne la refuilt. 11 le
rendit à Nowngkar» arec la dernière di-
ligence y niais il fçût en arrivant que My*
lord Stanley n'y étoic plus 5 que toute fa
famille effrayée par les Armées qui envi-
ronnement cette Ville , s'écoit mife en che-
miapourt retourner à Londres r et que la
Comtefiedft Dévonshice méiteoit une Re-
traite qui feroit difficile à tronver. * i
Dès que le Comte eut «pris ces parti-
cukritex , il voulut la fuivre $ mais enfin
il comprit tout le péril où il alloits'expo.
fer , s'tt écoit rencontré par quelque reite
du Parti d'Edouard 5 qu'il n'étoit poinc
accorâpagné , & qu'il valoit mieux depb*
cher rkrincourt à la Comteffe. IllechaN
gea d'uri*L4ttrt cA-ces termes;
Ce
4 64 LE COMTE
/~*M mime corur oui vous adore , Mada-
me » vient s'offrir à vous avec la Cou-
ronne d'Angleterre > dijfefez. du cœur >/iif-
fofez. de la Couronne ; rendez, mon Sort
heureux j acceptez, lun çr l'autre,
Perfuadez. à Madame de Dévonshire,
die le Comte , que fi elle me refufe avec
k même opiniâtreté qu'elle jne fie paroi-
tre la dernière fois que je l'ai vu cj qu'en
perdant l'efperance de la pofleder , je
n'aurai plus de foin pendant ma vie que
de chercher une prompte mort. Berin-
court partit & trouva la ComtcfFe à quel-
ques milles de Londres , dans une. Maifon
où elle .s'é toi c arrêtée. Lors qu'elle L'ap-
perçût elle changea de couleur , & ref-
fentit toute l'émotion que Ton a quand
en va apprendre des nouvelles de ce qu'on
aime.
Mylord cft cncoreVLftorieux , dit- elle,
•n s'a vançant vers ce Gentilhomme i vous
jugez bien que j'en ai plus de* joyc que
perfonne. H ne tiendra «qu'à, vous , Ma-
dame , répliqua Berincourt , de le con-
vaincre de cette vérité. 5 jufqu'à préfent
vous l'avez mis en état d'en douter. La
Comtefie ne répondit que par un profond
foûpir ; & prenant le Billet qu'il lui pré-
senta » elle le lût plus d'une fois, en fui-
te elle dit i Berincourt les mêmes chofes
qu'elle avoic dites à ton Maître. Je fuis
plus
DE WARWICK. 46 f
plus cendre qu'ambitieufè , ajouta-t-cUe;
je connois le mérite infini du Comte de
Warwîck -, j'ai lieu de croire qu'il m'ai-,
me , j'en ai une fincére r(C >nnoi(Tancei
je fens bien que je ne peux être heureufe
fans lui de fans fa tendreffe ; mais après
cet avœu , que me demande-t-il ? N'eft-
ce pas lui qui s'eft battu contre mon Ma-
ri ? n'eft-cc pas lui qui fa tué ? Il ne
m'eft pas permis de l'époufcr ; de fi j'é-
tois capable d'y confentir , je fuisperfua-
déc qu'il cefleroit de m'eftimer. Tout ce
que Berincourt pût dire pour lui infpirer
d'autres fentimens, devint fi inutile , qu'il
fut obligé de la quitter avec un extrême
chagrin de n'avoir pas rcufïî. Elle écri-
Tit au Comte pour le remerder de l'hon-
neur qu'il lui faifoit , & pour l'a durer de'
fa douleur d'être hors d'état d'accepter fes
offres. Enfin Berincourt partit , ellerefta
plus affligée qu'elle l'eût été de fa vie.
Le Comte de Warwick attendoit im-*
patiemment le retour de fon Ecuyer. Les
nouvelles qu'il lui apporta de Madame de
Dévonshire , ne fervirent qu'à le rendre
plus malheureux II s'enferma dans fon
Cabinet» pour laifier un libre cours à fes
plaintes. Il pleura , il fouhafta mille fois
la mort ; en fuite il agita ce qu'il dévoie
faire d'une des plus belles Couronnes dix]
inonde , dont il étoit le Maître > & pre-
nant tout d'un coup fon Parti , il fe tait
à la têce de l'Armée qui attendoit fes Ôr-
V s dresj
a66 LE C O M TE
dres ; êc cria , Vire le Roi Henri , que
le Ciel le conferve , ÔC que fon Régne
{bit rempli de félicite. À ces mots les
Officiers & les Soldats pouffèrent de grand*
Cris , répétèrent les paroles du Comte.
Ils prirent tous enfemble le chemin de
Londres , où le Comte de Warwick vou-
lant achever Ton Ouvrage , il fut dans la
Tour retirer Henri de rennuyeufe& lon-
gue captivité qu'Edouard lui avoit fait
fouffrir.
II cft aifé de juger de la joye de de Pé-
tonnement de ce Roi infortuné, & de ce
qu'il pût dire à fon Libérateur , dans un
temps où il fe promettent fi peu la liberté
5c la Couronne. Le Comte reçût fes ca-
refles avec un profond rcfpeft > 6c lors
qu'il lui parla de fa reconnoiflance > il le
fupplia de le regarder comme un Sujet
fournis , qui s'eftimoit trop heureux d'a-
voir contribué à le remettre fur le. Trô-
ne. ' H le mena en fuite â TEvêché j de
le jour étant arrête , il le conduifît â la
Cathédrale, revêtu des Ornemens Royaux,
après avoir donné ks Ordres néceflaires,
pour que cette Cérémonie fe paflâc avec
tout l'éclat poflible.
4 Cependant l'infortunée Reine Elifabeth,
qui Vavoît pu fuivre Edoiiard dans fa fui-
tp\, apprenant l'étrange Révolution qui
vc'nplr, «Tarn ver aire affaires du Roi Ion
Mari * & que le Comte de Warwick Con
plus cruer.Êuncmicntroit Victorieux dans
Londres,
a
DE WARWICK. 467
Londres, elle courut s'enfermer dan* 1 £-
glife de Weftminfler , s'y promettant ua
Azile- i & foit que l'affliâion qui la de*
voroic eût avancé fon terme » elle mit ail
monde l'aîné des Fils d'Edouard , qui
porta le nom de fon Père , ôc qui ne fut
euéres plus heureux que lui. Le Comte
içacharu l'état où cette Princcffe étoit ré-
duite , envoya Beriucourt Taflurer de fon
refpect , êc la peier de ne rien craindre
dans un lieu où il avoit qutlquc Crédit.
La Reine ne répliqua à ce Compliment
que par des fanglots àc par des larmes. +
• Berincourt dit au Comte que la Reine
croit dans un état pitoyable , manquant
de tout. Il fut pénétré de cômpaffion ôt
Je renvoya fur le champ lui prefenteruna
Som.tne très : confid érable d$ns, uWCaflen
t,c magnifique. Quelque droit que j'aye,
dit-elle,, fur l'Argent que vous m'appor-
te*, il fuffit qu'il me vienne par le Com-
te de Warwick, pour le refufer* Le trifte
eut où je fuis réduite ne peut me faire
oublier qu'il eft notre plus cruel Ennemi ;*
reportez- lui fon Préfent : Jl s'accoutume
volontiers à donner ce^qui n'cA pas à lui,
témoin la Couronne, d'Edouard qu'il va
mettre fur la tête de Henri. Madame,
lui -#t Berincourt.,, j'ofe rçpréfeiater à
Vôtre Majcfté , qu'il çft dejs temps ou
Ton ne doit pas écouter tout fon reffen-
timent ; acceptez ce que mon Maître
vous offre > ce fera peut-être un moyen
V 6 de
a68 LE COMTE
«le le rappellcr dans vos Intérêts. Non»
a'écria-t-elle , je ne me promets rien d'un
Sujet révolté. Dans l'état où la Maifon
Royale eft réduite , nous ne pouvons at-
tendre que du Ciel des fecours favorables.
C'eft ainfî que cette grande Princeffc rc«
fufa ceux du Comte , & quelle demeura
toujours dans Weftminfter , pout éviter
les violences de Lenciaftrc.
Auffi.tôtque fous P Autorité du Roi»
le Comte eut muj l'Ordre nécenaire aux
affaires préfentes , & qu'il eut dépêché
# des Couriers à Louïs XI. & à la Reine
Marguerite , pour leur donner avis, du
bon fuccès des affaires dont il avoit pris
la conduite , il s'informa exactement du
Parti que l'infortuné Edouard avoit pris
en partant d'Angleterre. Il fçût qu'étant
€n pleine Mer , huit Vaiffeaux Corfaires
s'étoient trouvez fur fon paflage , qu'ils
l'avoient pourfuivl , que la Partie étoit fi
inégale , qu'il n'y avoit aucune apparen-
ce de combattre , lors qu'un Vent favo*
rable les pouffa dans le Port d!Alkmar en
Hollande. Le Seigneur de la Grutuze qui
en étoit Gouverneur , fe trouva heur eu-
fement pour Edouard dans cette petite
Ville. Aux premières nouvelles de fa dis-
grâce & de fon arrivée , il fut le trouver
& lui offrit tout ce qui pouvoit être en
fon Pouvoir. Ma lîtuation eft déplora- .
Me , lui dit Edouard : mais vous me re-
cevez fi bien , que je n'ai pas, lieu de
m'ap-
DE WARWICK. 46?
m*appcrcevoir de mon malheur : en lui*
ce fe* tournant vers le Capitaine du Navi-
re qui Pavoit conduit , il lui préicnta fa
Robe doublée de Martre Zibeline. Je vous
donne peu déchoie, lui dit-il, c'elHouc
ce qui me refte. Le Capitaine mit un ge-
nou en terre , & bai tant la main du Roi :
Je fuis trop récompenic > Sire, rÊpliqua-
t-il , par l'honneur que j'ai eu de fervir
Vôtre Majcité.
Le Seigneur de la Grutuze fournit à
Edouard & à tous ceux qui l'avoient fui-
vi , des Robes , du Linge <3c de l'Argent
arec lequel il fe rendit à Ja Haye , à la
Cour du Duc de Bourgogne. Sa fîtua-
cion étoit Ci déplorable , qu'elle toucha
ce Prince , qui d'ailleurs étoit fon Beau*
frère. Il prit foin de lui Ôc de fa fuite»
on leur donna toutes les chofes néceflai-
res à leurs perfonnes ,• mais les Secours
qu'il demandait pour retourner en An*
glcterrc, ne lui furent pas.accordez avec
tant de facilité.
Le Comte de Warwick moins occupé
du poids de fes affaires ,que de ccluj,de
fon amour» ne fongeoic cju'i fa chère
Conncfle. 11 ja^cherchoix inutilement»
& fe deftfpéroit, de ne la point trouver.
Helas î di (bit- il au Marquis de Montaigu»
puis que vous l'aimez toujours , époufez-
la » mon Frère > je vous verrai heureux»
ce fera un motif de confolation ppur moi»
de une raifon pour me guérir de l'efpé-
V 7 ranec
470 LE C O M T E a
Tance que je ne fçaurois perdre d'être un
jour Ton Mari. Vous voyez cependant fa
rigueur , elle me fuie 9 je ne puis parve-
nir à la voir. Elle n*a pas moins de du-
reté pour moi, répliqua le Marquis, avec
cette différence qu'elle vous aime , &
qu'elle me regarde comme un ViTïonnai-
re » dorçt la paffion l'importune. Ils. par-
lèrent long* temps de leurs communs cha-
grins , e'étoit Tunique confolation enl'ab-
ience de la Comtefic ; Ôc enfin le Comte
preffé de fa douleur , avoiia à fou Frère,
qu'il fouhaitoit padionnément que la more
le délivrât des crucHes peines qu'il fouf-
froit.
Comme le Roi Henri .avoir nommé le
Comte de War^svïck £e le Duc de Claren-
ce Gouverneurs du Royaume * ce pre-
mier veillpit foigneufement à tout ce qui
fe parlait. Ir fut obligé de partir de Lon-
dres pour mener des Troupes au Nord du
Royaume, où 'il arrrvoit fbuveht descho-
fes contre les intérêts du Roi $ cela fut
caufe qu'il ne fçût pas qu'Edouard venoit
de prendre terre avec deux mille h omî-
mes. • Ceux tju'i! avoir commis' à h gar-
<*e de* GôtesPlelaififçfent'riafler'; 8c le
Bue de Clatfence foir Frère t^ui, paroiffbiç
iî irrité contre !uf", & qui s'èroit/ aqujs
beaucoup de Crépir darts fefprir"dc Hen-
ri -de du Oomre , les abandonna Tun &
l'autre , pour fé joindre à fon Frcrc , Se
grotiïr fon Parti de tous fes Amis.
DE WARWICK. 47ï
Ils s'approchèrent cnfctnbk de Lon-
dres. Cette Ville inégale dans fon choix,,
nefongeaqu'à lui ouvrir fes Portes. L'in-
fortuné Heori qui étoit à Withall ne put -
l'empêcher , il fe vie au pouvoir du Vi-
ctorieux , & Prisonnier pour la quatriè-
me fois. A ces nouvelles aulTi triftes que
Surprenantes , le Comte de Warwick re-
vint fur fes Pas ; Ôc ra mafia nt ce qu'il
pût de Troupes , il vouloir prévenir.
Edouard > mais ce Prince auiïi vigilant»
dans les grandes occa fions , qu'il étoit .
pareûeux dans les petites , étoit déjà en
Campagne >& marchoit au devant de lui.
Le Comte animé par la préfence d'un
Monarque qui avoir fi peu relTenti (es
Services ; ôc craignant que fon Parti ne
fe fortifiât par le temps à mefure que le
fien s'arToibliroiCj ne voulut pas attendre
le fecours que la courageufe Marguerite
d'Anjou lui amenoit. Vous voulez com-
battre , lui dit le Marquis de M ont aigu,
& je le veux aufli ; mais il faut que cet-
te journée décide du refte de notre vie.
Si nous fommes battus , ayons au moins
la triûe confolation de mourir fur le
Champ de Bataille , fans porter plus loin
nôtre honte &nos malheurs. 11 faut nous
ôter jufqu'aux moyens de fuir , en cas
que nous fu (lions allez lâches pour les*
chercher , reprit le Comte. Alors met-
tant *pied à terre » le Marquis en uia de
même. Ils envoyèrent leurs Chevaux/
hors
47i L E C O M T E
hors du Camp ; ôc Berincourt partit par
l'Ordre de Ton Maftre > pour affluer la
Comteflc de Dévonshirc > que s'il mou-
roit dans cette grande journée , il nere-
gretteroit point la vie, mais qu'il regret-
ter oit uniquement de n'avoir pu mériter
fon cœur & fa main.
La fameufe Bataille de Barner commen-
ça aufiï-tot 3 les grandes A&ions d'E-
doiiard , celtes du Comte ôc du Marquis
effacèrent coûtes lès autres. Mais enfin
la Fortune du Rof'étant vi&orieule , lès
Troupes que le Comte commandoit , après
avoir fait reculer celles d'Edouard, recu-
lèrent à leur tour. 11 en périt plus de dix
mille les Armes à la main. Le Comte de
Warwick fécondé par le Marquis de Mon-
taigu , n'oublia rien pour îoûtenir fon
Parti. Le Roi de fon coté voioit par tour,
il animoit Ces Troupes du gefte ôc de la
voix ; dès qu'il apperçût le Comte » il
courut vers lui PEpèe à h main , il fuc
reçu de même ; Ôc le Combat alloit dé-
cider emr'eux leurs querelles particuliè-
res , lors qu'une foule de Soldats fe jet-
cérent fur le Comte , ôc lé blefférent mor-
tellement. Le Marquis de Montatgueut
le même Sort en voulant défendre fon
Frère. C'eft ainiî que périrent ces deux
grands Hommes.
On les avoit toujours vus redoutables.
Le Comte de Warwick ayant été furnom-
tté l'Achille d'Angleterre , s'étoit rendu
l'amour
DE WARWICK. 473
l'amour des Peuples & la tcrrcurîdte fet *
Ennemis. Us durent universellement re-
grettez * : Edouard fcul comprit de grands
avantages dans cette pet te générale.
En effet le bruit s'en répandit à peine, <
que tout le Parti de l'infortuné Henri*
perdant courage > Edouard ne trouva plus
de réfiftance que celle de la Reine Mar-
guerite , & du Prince de Galle qui venoic
d'arriver x & qu'il rencontra prcsdcTcu-
kisbery , avec toutes les forces qu'ils con-
duifoietu de France. 11 regarda la Batail-
le qu'il avoic gagnée contre le Comoc de*
Warwick > comme un prefage de celle;
qu'il alloit remporter fur la Reine. Cette
courageufe Princefle combattant mieux-
qu'une Amazone â la tête de Tes Trouw:
pes » vit tomber proche d'elle Ton cher
Fils le Prince de Galle percé de plusieurs
epups. Elle fe précipita fur fon corps,
pour le garantir de ceux: qu'on au r oit en-
core pu lui porter j elle le ferroit étroi-
tement d'un de fes bras >• pendant quelle
le dcfcndoiti de l'autre : mais elle s'expo-
foit inutilement > cet Enfant unique tTé*
toit déjà plus. De* qu'elle s'en fut ap-
perçue , elle négligea le foin de fa vie.
Edouard la prit Prifonniére. Le Duc de
3ommerfet Prince du Sang de Lcnclaftrc
étant pris à fes cotez , eut le lendemain
la tête tranchée par l'Ordre d'Edouard.
C'eftainfî que l'Angleterre arroféeduSang -
de fes Princes 6c de fes Sujets , fe dechi-
rois
474 LE COMTE.
rose dfe<même par des Guerres internes*
• Le Roi victorieux crainoir à fa fuite le
trifte Henri & la Reine Marguerite , ( dé-
plorable exemple de l'ùiftabilité des gran-
deurs humaines. ) L'on me noir proche
de leurs Licier es un Chariot fur lequel on
ponroit les Corps découverts du Comte
de Warwick & de fon Frerc le Marquis
de Montaigu. Edouard vouloir Us faire
voir à tour le monde > afin que Ton ne
fe fiât a t plus de les trouver encore prêts
4fe mettre à la tête d'un nouveau Parti*
Uprkila Route de Londres avec cette ef-
péce de Triomphe $ il y enferma Henri
dans la Tour , de peu de jours après le
Duc de Glocefter , d'une main trop té-
méraire , ofa le mer. A l'égard de la
Reine, le Roi de Sicile fon l'ère paya cin-
quante mille Ecus pour fa Rançon.
, LaComteflc deDévonshire me noie une
Tic fi retirée,, depuis le dernier refus qu'el-
le avoir, fait d'époufer Moniteur de War-
vrick, de ce refus lui conçoit fi cher , qu'elle
ne vouloitpas même voir' fa Bamille. Elle
a voit acheté une petire Maifon dans le
Quartier le plus folitaire de la Ville j elle
fe fa i foie un plaifir de Tajufter > Ton y
peignoir par fon Ordre toutes fes Avan»
tares „ dans un Cabinet oà le Portrait du
Comte de Warvirickparoiffbit en mille en-
droits. Elle avoir avec cela des Livres,
des Oif aux , un Jardin rempli de Fleurs,
& trois de les. Femmes qui f^avoien te han-
"ter
DE W A R WICK. Alt
ter Se jouer de plufieurs Inftrumcns de 1*
manière du inonde la plus parfaite» 1) lui
fembioie que cette Solitude pouroic lui
tenit lieu d'un Couvent $ die n'y rece-
voir aucune Vifite , U fans cefle elle prioic
U Ciel d'être favorable aux Armes du»
Comte de Warwick. Le péril qu'il cou-
rait ne la laiiToit jouir d'aucun, repos 5 elle»
fc.Ic figuroit au milieu d'une Armée faite
à la hâte > qur pouvoir abandonner fon
Parti pour fuivre celui d'Edouard j et
même fans que cette ci r confiance arrivât,
die apprehendoit ladécifîon d'une Batail-
le , ou quelque funefte Rencontre. -
Elle étoit dans ces difpo fit ions, lorsque
Berincourt arriva atrprès d'elle* «Il lui die
que fon Maître l'a voit fait partir» dans le
moment où il ailoit donner une Bataille s
que les grandes affaires qui rouloient fur
les foins ne déroboient rien à fa paffion,
qu'il ftmbloit y apporter toutes choies*
Que quelque rude que lui Tût fon ék>i-
% gnement , il n'en étoit pas moins fidellc,'
* & que le Héros chez lu* ne faifott point
de tore à l'Amant, je fçai tout ce que je
dois au Comte , répliqua la Comtefle >
fans cefle remplie de fon idée > je deman-
de au Ciel qu'il le conferve , fût-ce aux
dépens de mes jours ; &' la gloire dont il
fe fait une Couronne immortelle me don-
ne des mouvement de vanité , où mon
amour propre trouve bien- fon compte.
Mais , Berincourt , que je paye cher ces
înftans
476 LE COMTE
inftansde pltifirs ! je combe dans dette»
cablemens de trifteffe , qui me font tout
craindre pour une Tête fi chère. Que
l'heureufe indifférence cft digne d'envie !
Sn.difànt ces mots , Tes yeux s'emplirent
de larmes. Vous voyez • continua- t« elle,
que je pkure fans avoir la force de m'en
empêcher * des Songes fi tri (les m'allar-
menr. O Dieux l s'écria- t-cl le > pour-
rois je furvivre à mon illuftrc Ami ? Re-
tournez auprès de lui i informez. -le de
nies foiblellcs , recommandez- lui de ma
part le £ jin d'une Vie à laquelle la mien-
ne cft attachée ; qu'il revienne . enfin,
qu'il revienne. Mais , Madame , dit Bc-
rincourt , vous ne me donnez, aucune
parole pour le Mariage qu'il defire. Tant
que vous refuferez d'unir vôtre deftinée
a la fienne » foyez perfqadée qu'il ne £e
ménagera point. S'il mourait , Madame»
que n'auriez vous pas â vous reprocher?
Vous m'accablez , continua- telle > mais
croyez moi » te fuis aûTez malheureufe,
n'y ajoutez point de nouvelles allarmes.
B crin court rut âinfi obligé de partir fans
avoir rien obtenu en faveur de fon Maî-
tre.
Comme elle ne vouloit point être vue
de perfonne lors qu'elle alloit à l'Eglife,
elle forcoic tous les jours fort matin dans
f* Litière > elle fe rendoit couverte d'un
Voile à la Chapelle .du Comte de War-
wick. £Uc y étoit quand fon Corps de
celui
DE WARWIGK, 477
celui du Marquis de Monratgu furent cx-
pofez dans PEglife de Saine Paul par l'Or-
dre d'Edouard. Ils étoienc encore cou-
verts de fang » leurs blcflures parouToieot
en plu fi eu r s endroirs , de la mort croît
peinte fur leurs vifages.
Je ne peux exprimer ce que la Comtef-
fe de Dcvonshire reflentit à cette vûë.
Elle avoit été aimée du Comte cV du Mar-
quis avec une paffion fi vive , fî égale de
fi refpeâueule , qu'ils ne lui avoient ja-
mais donné que des fujets de fe louer
d'eux. Il n'étoit pas moins vrai qu'elle
ne connoifloit perfonne dont le mérite
fût au dcfïus de celui du Comte de War-
wick. Il poffedoit dans un degré fubli-
tne , l'cfprit , la valeur , ôc les cjualitez
qui forment le plus parfait Cavalier de
toute la terre ; jufou'à ce fatal moment
elle a voie été Maîtrcffcdc cacher dans foti
coeur la tendrefle infinie qu'elle reflentoie
pour lui : Mais alors toutes ces pafliont )
arrêtées fous l'empire de la raifon , agi*
rent fur elle avec tant de violence» qu'a-
près avoir fait mille cris ôc mille plaintes,
elle fe jetta fur le corps froid de anglaise
de fon fidelle Amant. Elle y répandit un
torrent de larmes ; quand elle perdit roue -
d'un coup la vûë Ôc la voix. Elle ne pieu- .
ra plus. Ses yeux ouverts ôe fans mouve-
ment fe fixèrent fur lui. Son teint de Lys
ôe de Rofes fe plomba ôe fe couvrit d'u-
ne pâleur mortelle. On voulut l'empor-
ter,
478 L Ç C O M T E , &c.
ter 9 elle ferra encore plus étroitement la
.nain du Comte, qu'elle tenojt fur Ton
.cœur ; & pouffant enfin un profond foû-
pir , elle mourut entre les bras de fes
-Femmes , avant qu'on eût pu l'arracher
de ce lieu , ni la fecourir. Heur eu Ce dans
/on infortune , que & douleur la mit hors
d'état de furvivre à ce qu'elle ai moi t.
I+SL qualité de la Comtefle étoit il di-
stinguée » &ia beauté & rare ck fi connue,
qu'il n'y eut perfonne en Angleterre qui
41e fçût Ci trifte deftinée , & qui ne Ja
plaignit. Mylord Stanley fon Frère qui.
l'aimoit chèrement détint inconfolable :
il fupplia le Roi de permettre qu'elle fût
renfermée dans le Tombeau du Comte de
Warwick. fcdoùard trouva qu'il étoit
jufte d'unir des Cendres fi précieufes. Il
ne pût apprendre la déplorable fin d'une
fi mervcilleufc perfonne qu'il a voit fi chè-
rement aimée, fans en être extrêmement
touché : mais il fe trouvoit encore tant
d'Ennemis , qu'il reuentit moins dans ce
temps- là , qu'il n'auroit fait dans un au-
tre , la mort de la Comteûe de Dcvoa-
ahire.
F I N.
M*«M«
Catalogue de Livres François , qui fe
trouvent à Amfterdant , chez.
Jaques T>js. s b o r d e s.
x\
.A
Bregé de la Nouvelle Méthode
Latine * pour apprendre facile*
ment la Langue Latine , enri-
chie d'un Traité des Particules
Françoifes , par Meilleurs de
Port-Royal. •
— de l'Hiftoire d'Efyagne , par deman-
des & par réponfes , par le P. Buffier.
-— de THirtoirc de France , par de-
mandes & par réponfes , ou Méthode
facile pour l'apprendre , tirée de Mc-
zeray , &c. n.
— - de l'Hiftoire de France , par Mr.;
de Mezeray , 7 voll. ii.
Chronologique de tous les Empe-
reurs , depuis le commencement juf-
qu'à Leopold ,8.
-^- de miftoire Univcrfelle, parle'P.
Petau » Paris 4 voll. 8.
de PHiftoirc des Plantes Ufuelles,
dans lequel on donne leurs noms diffé-
rent , en François &en Latin ,11.
— • de PHiftoire Grecque & Romaine;
traduit de Valejus Paterculus, par Mr.
Doujat , % volt il.
Abrégé
CATALOGUE.
Abrégé de Politique , 12.
— — des Sciences en généra! , pour mon-
ter à Cheval , &c. 8.
de l'Hiftoire du Siècle de Fer , &c.
par Jean Pari val , 8.
Académie Gatanre *> contenant diverfes
petites Hiftoires très-curieufes , 1 z.
Aâes Ôc Mémoires fervant a l'Hiftoire de
la Paix de Nimégue , 7 vôif. iz.
1 ■ & Mémoires de Rvfwik, j- voll. 12.
■ de la Paix d'Utrecht , 4 voll. 1*.
Actions èc paroles remarquables ck mémo-
. râbles de Philippe, Second Roi d'Efpa-
gne, 11. •
Admirables Secrets de la Médecine Chi-
mique du Sieur J. Quioti } 11, x
'■ le même , en Italien , qui cil l'Or
riginal , 12.
Allix de France, Nouvelle Hiftorique, 12.
Amans Cloîtrez , ou l'Heur eu fe incon-
ftance ,12.
Malheureux , Nouvelle Hiftori-
que , 11.
Heureux ôc Malheureux , 12. par
J. D. G
Amant oirtf , contenant $0 Nouvelles
Efpagnoles, 11.
libéral , ou les Amours de Richard
& de Leonice , 12.
raifonnable, ou les Complaifances
Amoureufcs , 12.
Amintedu Tafle, Italien & François, 12.
avec fîg.
AmkicZj
..CATALOGUE.
Amitiez , Amours , ôc Amourettes , par
Mr. le Pais, 2 voll. ir.
Amours du Duc de Nemours ôc de la Prin-
cefle de Cléves.
de Pfiché ôc de Cupidon, par Mr.
de la Fontaine ,11.
des Dames Uluftres de nôtre Siècle,
ii.
de Henri IV. Roi de France , avec
fes Lettres salantes , ôc les Réponfesde
fes Maîtrenes , ia.
— — des Grands Hommes > par Mada«
me de Villcdieu, ia,
— d'£umene Ôc de Flora > ou Hiftoî-
rc véritable des Intrigues amoureufes ..
d'une grande Princefle de nôcre Siècle»
de l'Empereur de Maroc pour la
Princefle de Conti , 12.
de Lyiandre * de Caliôc , Nou-
velle galante ,^ 12.
idem 3 François Ôc Allemand 3 *+>
avec fig. ' — .
dégage , oulcsrAvantures de Don
Fremal ôc de Garcie » 12.
d'une Religieuse iniéreflee avec
PHiAoire du Cornue deiClarc , 12. >
de Cornelie, H ifloire Galante, 11.
A"AVanturcs d'Arcan de de Belife,
1 2. ;/
fecrettes de Madame de Main tenon
fur de nouveau! Mémoires tré*cu-
rieux » 12.
Tom$ IL X Ama-
V
CATALOGUE.
Amufcmens féricux de comiques , i x.
Ancien Bâtard , Protecteur du Nouveau,
IX.
Arlequin , Alexandre le Grand , ou Ba-
lourd amoureux , Comédie.
L'Arc de ne point s'ennuyer , ix.
Art de plumer la Poule (ans crier , ix.
Arlantis de Madame Manley traduit de
l'Arlglois , contenant les Intrigues po-
litiques & amoureufes de la Noblcfic
de cette lfle, &lcs Révolutions depuis
i48|. jufqu'à préfent , x voll. 8.
Avantures de Telemaque , ou fuite du 4.
Livre de l'Odifféc d'Homère , par Mr.
de Cambrai, ix.
— d'Apoionius de Tyr , par Mr. le Br.
•— - de PaCquin , &c. ix.
— — Grenadines , par Mademoifelle' D. 11.
wm— d'Abdala , fils de Hanif , envoyé par
le Sultan à la découverte de FIÛc de
Borico , par Mr. de Sandiflon , n.
— - feercues & pkifantes, par M . de G. 1 % .
— fecrettes arrivées au Siège de Con-
ftantinople , ix. Paris.
B
£> A tailles mémorables des Franco», de-
f puis le commencement de la Monar-
chie, jufqu'à préfenc , x voll. ix.
Bâtard (/*) de Navarre , Nouvelle Hi-
ftorique, 1».
Berger Fidelle , traduit de l'Italien en
Vers François , ix. aveefig.
— Idem , Italien & François , 11. fie.
CATALOGUE.
Le Berger inconnu , Paftoralle , 12.
Bête dégradée en Machine» parMr.Dar-
mençon , 1 ».
Bigarrures Ingénieufes ». ou Recueil de
diverfes Pièces curieufes galantes , en
. Profe & en Vers., i&.
Bons Mots ,' Paroles remarquables , de
MaximeJ des Orientaux , avec des Re-
marques ,n.
Bornes de la France , réduites à la Paix
des Pyrénées , 1*.
Bouclier d'Etat & de Juftice , contre le
deflein de la France , qui afpire ouver-
tement à la Monarchie Wniverfelle, fous
le vain prétexte, des prétenfions de ia
Reine de France , par le Baron die Li-
fola ,11.
C
CAra Mufiapha » Grand Vifir , Hi-
ftoire f ii.
Cafimir > Roi.de Pologne . 1». <
Cavalerie Françoife , compofe par Mr.
la Brouc , Paris , fol. ' /
Chevaliers errans , ou le Génie familier,
par Madame la Comteflc D * * *. .
Comte d'Ujcfelt , Grand Maître de Da-
nemarc ,11.
de -Soldons, Nouvelle Galante, ji.
de Gabalis , ou Entretiens fur les
Sciences fecrettes , 2 vol!. 12. Se B.
.■ ■ ■ de Tekely. Nouvelle Hiftorique, 1 1.
Contes de ma Mère l'Oye , avec des Mora-
litez, par le Fils de Mr. Perrault, n.fig.
X a Çontr
CATALOGUE.
Contes des Fées , par Madame Daulnoy,
plusieurs voll. 1 ». avec fig.
de Bocace , i voll. 8. avec fig.
& Nouvelles de la Reine de Na-
varre , nais en beau langage • accom-
modé au goût de ce temps « avec fig.
x voil. 8.
de Mr. de la Fontaine , a voll. 8«
avec fig. de fans fig.
de Pogc , ii.
ôc Dilcours bizarres , du Sieur de
Cholicrs , i voll. i x.
Courier Gaiand, dédié à Madame la Mar-
quife D * • **n. divers Mois.
Curieux impertinent , Comédie de Mr.
des Touches , 1 1.
Ctiriofitez de la Nature êc de l'Art fur la
Vegeration , l'Agriculture & le Jardi-
nage dans leur perfeâion , par Yalle-
niont . 8. avec fig. Paris.
Cyrus, Tragédie, par Mr. Danchec, ia*
D Ames Galantes de Mr. de Brantôme,
2 Voll. 12.
Le Defcfpoir amoureux avec des nouvel-
les Yinoiis de Don Quixotte , 1 1. fig.
Devifes d'Armes ôc d'Amours , du Sieur
Paul Jovc , en Dialogues , 4. avec fig.
Les Deux Amantes , ou les Amour? de
Marc- Antoine & de Thcodofe , de D.
Raphaël de de Leocadic , Nouvelle Hi-
ftorique , u.
Diable boiteux , 11.
Dialogue
\
CATALOGUE.
Dialogue des Mores d'un tour nouveau»
pour Pinftru&ion des Vivans, n.
— Satyriqucs ôc Moraux* , par Mr. Pe-
tit , i%.
— Politique» ou bien la Politique dont
fe fervent à préfent les Princes ôt le*
Républiques de l'Europe, 2V0II. 12.
— François , par J. Parival , avec l'E-
cole pour rire , 12.
— — de Gcncs ôc d'Algers , Villes fou-
droyas par la France » 1*-. le même en
Italien , Livre divertiflant.
— des Grands Hommes aux Champs
, Elifces, .12.
— des Morts,parMr.deFontcnel!e,ïi.
—centre le Maréchal de Turenne ôc la
Prince d'Auvergne , dans les Champs
Elilccs , 1*.
Difgrace des Amans , Nouvelle Hiftort-
qtie s 11.
Diflertations fur diverfes matières de Re-
ligion ,2 VOII. 12.
Diverfitex curieufes , pour fervir de Re- ,
• création à TEfprit , 7 voll. 12.
Divertifïemens de Seaux , 12. à Trévoux.
Dona MaïUde , ou les Amours du Duc
D** # 12.
Duc d'Alençon , Hiftoirc Galante ,1*.
Du Bon & du Mauvais ufage dans les ma*
niéres de s?expr imer , 1 2.. à Paris.
Duc de Monmouth, Nouvelle hiftorique
ôc Galante , 1 2.
DuchefiTe de Milan, Nouvelle galante, i ».
CATALOGUE.
La Ducbefle de Châtillon , Hiûoirc gi-
lance 6c véritable , n.
E
ECole du Monde, oulnftru&ion de la
' Jeuneiïe, par le Noble,6volI. n.
■ des Amans , ou nouvelle décou-
verte des moyens infaillibles de triom-
pher en Amour , 12.
Edouard » Hiftoirc d'Angleterre , 1 %.
Ecueil des Amans , ou les Amours de Don
Pedro de Mcndofi ôc de Dorfl Juan*
de Cineros ,12.
Elémcns de PHiftoire » par Vallemonc.
— de la Politcfle , ou r Art de Plaire, 1 2 •
Elite de bons Mots 6c de Penfécs choifïes,
recueillies avec foin àe& plus célèbres
Auteurs , de principalement des Livres
en An a , 2 voll. 12.
Eloge de l'Yvrcflc . 8. à la Haye.
— de la Folie , par Erafme de Rotter-
dam , 12.
Eloquence du temps enfeignée à une Da-
me de Qualité , 6c accompagnée de
bons Mots 6c de Penfées ingenieufes»
parN # **ix.
Emblèmes d'Amour en quatre Langues,
avec prés de 50 figures.
Entretiens d'Aride 6c d'Eugène , par le
Père Bouhours , 8. & 12.
de Tartuffe de de Rabelais , fur les
Femmes ,12.
familiers des Animaux parlans, où
(ont découvertes les plus grandes véri-
té*
+
CAT ALOGUE.
tcz. importâmes Oc fecrettes de l'Euro-
pe , avec une Clef, 12.
Entretiens de Clcandre de d'Eudoxe, 12.
— Uir les Vies des Peintres , par Mon-
iteur Felibicn » 6 voll. 12.
——fur la pluralité des Mondes, parFon-
tcnclle » 12.
— - entre le Diable Boiteux de le Diable
Borgne , ou les Diables à la Douane,
par Mr. le Noble, 12.
fur le» Sciences dans lefqueb , outre
la Méthode d'étudier, on apprend com-
ment on fe dois fer vir de* Sciences, 1 2»
■— Galands , ou Conventions fur la
Solitude > n.
— de Charles V. & de François I. 12;
Toutes les Épîcrcs & Elégies amoureufes
d'Ovide, ri*
——idem , augmentées de 1 5 Epitres St
de 5 Elégies , tant en Vers qu'en Pro-
fc » 8 . avec fig. Latin & François.
— — en François feul > 8.
Epoufe Fugitive , Hiftoire Galante , par
le Sieur Crofnier y it.
L'Ephefienne , Tragi- Comédie , 11.
Efpadon Satyrique > par le Sieur d'Eftcr-
nod ,12.
Eforit du Siècle , 12.1708.
Efpton Turc dans les Cours des Princes
Chrétiens, ou Lettres & Mémoires d'un
Envoyé fecret delà Porte dans les Cours
de l'Europe r où iî découvre les affaire»
les plus lecrettes , leurs Forces , leur
X 4 PolitL*
CATALOGUE.
Politique t & leur Religion ,6 voll. i*.
avec figures.
Eflais fur Pufage de la Raillerie , 12.
Etat prêtent du Royaume de Danemarc,
tel qu'il étoit en 1692. par Mr. Mole-
fworth , Ambafîadeur de Sa Majefté
Guillaume III. 12.
Europe Efclave , G l'Angleterre ne rompt
fes Fers , par Lifoh , 12,
Examen des Préjugez vulgaires » pour dif-
pofer-l'Efprit à juger plus fainement de
tout , 1 1. Pafis.
Excellence du Mariage , de fa néceffitc,
ôc des moyens d*y vivre heureux , par
Mr. Chauffée» 12.
Exilez delà Courd'Augufte , par Mada-
me de Vifledieu , 1 1.
Explication Hiftorique des Fables, où l'on
découvre leur Origine cV leur Confor-
mité avec PHifloirc ancienne, 2 voll. 12.
F
FAblcs d'Efopc Phrygien , enrichies de
Difcours nouveaux , Moraux , de
Hiftoriques , à la fin de chaque Dif-
.cours il y a un Quatrain , par Mr.
de Bellegarde ,12.
— & Contes^ de Mr. le Noble , avec
le Sens moral > 8.
Choifîes en Vers , par Mr. de la
Fontaine » 5 voll. 8. avec fig.
de du Ruiûeau ,12.
de Phèdre , Affranchi d'Augufte,
11*
lu
Fables
CATALOGUE.
Fables de Pilpay , Philofophe Indien 1 1 a.
- Hiftonques, Politiques & Morales,
avec les figures , par k Sr . G. i vol. 1 1»
Paris,
Facecieux Réveille- matm des Efprits mé-
lancoliques ,12.
Faftum pour les Religieufcs de Sainte Ca- .
cherine y contre les Cordeliers , n.
Faites de h Matfon d'Orléans & de Bour-
bon * 8. Paris.
Fauffcté des Vertus Humaines , par Mr.
Efprit, i voll, 12.
Fauflc Veftale , ou l'Ingrate Chanotnefîc;
■ ■ Conncffc d'Ifembcrg , par Mr. îe
Noble 9 i2.
■ ■ Clclic , Hiftoire Françoîfc , Ga-
lante ôc Comique , i*.
Faveurs ôc difgraces de l'Amour , ou les
Amans heureux , trompez & malheu-
reux , iuavcc fig.
Feftin Nuptial dreffe dans l'Arabie heu-
reufe, au Mariage <r*Efopc , de Phèdre
ôc de Pilpay, avec crois Fées, en Vers»
par Mr. de Palaydor , 8.
Fées, Contes des Contes, par Mad.D, il.
Frédéric de Sicile , Hiftoire galante , ia.
Fidélité couronnée , ou PHiftoirc de Par-
ménide > Prince de Macédoine , 1 2.
Flandre galante , contenant les Conque*
tes amoureufes de plufieurs Officiers , de
les Avantures qui leur font arrivées,' i »,
Fortification de Saint Julien , ou Forge
de Vukain j 8. avec £g.
X; 1/
CATALOGUE.
La Fourbe découverte , & le Trompeur
trompé , il.
Franc Bourgeois * Comédie.
France Galante, ou Riftoircs amoureufes
de la Cour , I i.
toujours Ambitieufc 6c toujours
Perfide > 1 1.
iméreffee à rétablir PEdit de Nan-
tes ,12.
Funeftes effets de l'Amour , & les defor-
dres de cette paifion, a voll. i».
G
G Age touché, Hiftoires Galantes, nou-
velle Edition , i s.
Galanteries Angloifcs, Nouvelle HiAori-
que , 1 1.
— — d'une Religieufe mariée à Dublin , ï i •
le Génie , la PolitciTe , l'Efprit 6c la Délica-
teiTe de la Langue Françoife, &c. li.
de l'Homme parfait,, par le P. An*
toine y 4. Paris.
de Tercullicn y par. Mr.delaFayo-
le , 4. Par».
Géographie Hiftoriquc , Ancienne cV Mo*
derne , par Audiffret,. 3 vol. 11. de de
pluficurs autres Auteurs * avec figures*
6c fans figures.
Géométrie Pratique fur le Papier 6c fur le
Terrain , par le Clerc , z. voll. 8. 6c de
plusieurs autres Auteurs anciens & mo-
dernes.
Gomgam , ou THiftoire prodigicufcjtjranf-
portc dans l'Air , fur la Toçrc 6c fous
» les*
CATALOGUE.
les Eaux , 2- voll. n. arec figures-
Grammaire Françôife fur un Plan nou-
veau , pour en rendre les Principes plu»
-rxikiirs* 6t la Pratique plusaiféc > parle
P. Buffier 9 n. outre celle- la il s'y en
.< troujre de toute autre force» pour zp-
• prendre toutes fortes de Langues , par
divers Auteurs.
Guerre des Turcs avec la Pologne » la Mof-
covie , &la Hongrie , par le Sieur de
• la Croix , i&. .
>" ■ ' . de Flandres , par Strada , $ voll.
8. nouvelle Edition.
Guerrier Prudent & Politique , 4. Pari*
HArangues prononcées par Meilleurs
de l'Académie Françôife, dans kur s
réceptions , de en d'autres occafions
différentes , 4. Paris.
■■ tûrqes de l'Hiûoire de France de
Mezeray , 12. Lion*
Héroïne incomparable de notre Siècle,
• repréfentée dans la belle Hollandoife*
. par Mademoifclle S.. . Hiftoircgalaœc.
— ■■ Moufquetaire , iz.
Hiftoirc du Temps , ou les trois Véritcz
Historiques 1 Politiques & Chrétien-
nes , fur les affaires du temps > par L.
G. CD. 4. 1686.
— » des Tromperies des Prêtres- &. des
Moines» décrite dans u a Voyage d'I-
talie, où l'on découvre les Artifices
donc ils fe fervent pour tenir les Pcu-
X 6 pla*
CATALOGUE.
pies dans l'erreur . par Mr.de Mîlian, 8.
Hiftoire Amoureuie des Gaules., par Mr.
Raburin , ix.
*■— très curieufe & véritable d'uueCom-
tefle d'Allemagne , i *i Pafis.
— d'Udegertc , Reine de Nortwégue,
ou l'Amour magnanime *' par ic Noble*
— — de Jean de Bourbon , Prince de Ca-
v renct, par Mad.Daninoy , 12.
•— •Sccrette de la Reine de Zarab Se des
Zaraziens , ou la Duchcfle de Marlbo-
roug démarquée , et U Clef de cette
Hiftoire, 12. comptée , 17 i-i.
dtesjAniours 6c Infortunes d'Eloï&âc
d'Abelard, par feu Mr. du Bois > 12.
— Galante & véritable de la Duchdïb
deChâdHon, 11.
Galantes de diverfes Perfonnes qui
fe font rendues Uluftrcs par leur Sça-
Yok , ou par Leur Bravoure , 11.
de la Princcflè de Montfer rat , ôc les
Amours du Comte deiSaluce , 12.
de Aventures* furprenances de Ga-
brielle , Marquife de Vico , par M. D.
— — • des Sevarambes , communément
appellée la Terre Auftrale, * vol. ia.
d*Hipolite , Comte de Duglas > 1 x.
de Forturtatus , n. -
de Henriette Sylvie de Molière T ou
les Mémoires de fa Vie > ta.
du Duc d'Ariane H de laComteflc
Victoria , xi.
de la Vie de Ulcfpicglc , ia.
Jaloux,
CATALOGUE.
I
ÎAloux ( le ) d'Eftramadure , ou ks
Amours de Carizale & de Lconorc, i ».
llluftres Fées, Contes Galamk » par Mad.
D. . . ia. avec fig.
Tournai Amoureux de la Cour devienne.
Ifmaël, Prince de Maroc, NouvelicGa-
lance 9 n.
L
L Etires de Clément Maroc , à M. D...
couchant ce qui s'eft pane à l'arri-
vie de. Jean Baptifte de Lully aux,
Champs Eli fées , n.
diverfesdu Chevalier d'Hcr , 12.
de Rcfpefc , d'Obligation & d'A-
mour , par Mr. Bourfault , a voll. 1 %.
— . de Mr. Patin , Doâeur en Médeci-
ne » a voll. 11.
Htftoriqucs 8c Galantes , par Mad. ^
du Noyer , 6 voll. ia.
I/bcrtins en Campagne , Mémoires tirez
duPcrcdelaJeyc, ancien Aumônier de .
la Reine dTvetot , n.
M
XJF Arçuerites Françoifcs , ou Fleurs de
iVA bien dire , n.
Mariage précipité , Comédieen 3 Acles , 8.
Marie d'Anjou, Remède Majorque , Nou-
velle Hiûorique & Galante , 1 1.
Mémoires du feu Duc d'Orléans , 1 2.
de la Cour d'Angleterre , par Ma*
dame Daulnoy , 12.
du Chevalier Hazard , ia.
Mé-
CATALOGUE.
Mémoires de la Cour d'Efpagne , avoIL
1 1. par Madame Daulnôy.
■ curicox ôc galands d'un nouveau
Voyage d'Italie , i a.
du Marquis de Montbrun , fig. i a.
de Hollaodc, ou les Avanturcs d'u-
ne belle Juive, ia.
__ de Madame la Duchcffe de Ne-
mours , ia. #
Méthode pour étudier l'Hiftoirc, avec un
Catalogue des principaux Hiftoriens,
& des Réflexions Critiques fur leur a
Ouvrages , a voll.
NOuveau Théâtre Italien , compofé
par M. Dominique Biancolleli , 1 1.
P-» Quichotte de la Manche,
par Avcllanedo, a voll. n. avec fie.
Nouvelles Françoifcs , contenant plu heurs
Amours & Hiftoires Galantes , par Mr.
H. V. B.
Nouvelles Amoureufes & Tragiques , de
Dona Maria de Zayas ,12.
O
OEuvres de Racine , x voll. 1 a.
Oeuvres de Boilcau, a voll. ia. Nou-
velle Edition.
Oeuvres de Clément Marot de Cahors,
Valet de Chambre du Roi , a voll. ia.
Oeuvres de Hautcrochc » ia. Paris. •
Oeuvrcî de Régnier , ia.
Oeuvres de Mr. de la Fofle , il. Paris.
Oeuvres de Cyrano de Bergerac > conte-
nant
CATALOGUE.
nanc le Pédant joiié , fon Voyage dan*
là Lune, fes Lettres furdifrerensfujets,
la Tragédie d'Agrtpîne , Tes Fragmcns
d'Hiftoires Comiques , de fes nouvelles
Oeuvres , i voll. 8. fig.
Les Oeuvres de Mr. Pavillon , en Proie
& en Vers , 8.
P
PAfle par coutGaland ,12.
Plucon Malcorier , Nouvelle Galante.
Princes Rivaux , Nouvelle Galante , il.
Prince Kouchimen , HiftoirçTartare , &
Don Alvar del Sol , Hiûoirc Napoli-
taine» ia.
Prince de Condé, nouvelle Galante, 12.
Princcfle de Cleves , ou fes Amourettes
avec le Duc de Nemours , n.
Q
QUinte-Curce, de la Vie & des Actions
d'Alexandre le Grand , par Vauge-
las , x roll. 1 a. avec figures»
R
RAmond, Comte de Barcelone, 11.
Recueil de Pièces Galantes , en Pro-
fc & en Vers par Madame la Com-
teflc|delaSufc, Monfieur Pcliflbn,
&c. ». voL
Recueil de di vtrfes Pièces Comiques, Gail-
lardes êc Amoureufes , 8.
Récréations Joy eu fes , ia.
Religieufe intéreûee cV Amoureufe , ou
l'Hiftoire du Comte de Clare ,11.
Religieufe Cavalière, Mémoires Galands.
Rome
CATALOGUE.
Rome Galante » Hifloires Secrettes fous
les Régnes de Jules Cefar &d'Augufte.
SEcrccairc des Amans, ou la manière d'é-
crire avec juftefle des Lettres fur di-
vers fujets , augmenté du Secrétaire
des Dêmoifelles , contenant des Bil-
lets Galands , avec les Réponfes ,12.
Siècle d'Or de Cupidon , ou lesheureufes
A vantures d'Amour » 11.
Si.re d'Aubiguy, Nouvelle Historique* ïa.
Sœurs Rivales , HiHoire Galante , ** # .
T
TAbleau de l'Amour dans l'éfat Con-
jugal , ou la Génération de l'Hom-
me, par Mr Venettc, 12. aveefig.
Tablettes de PHomme du Monde * 1 1.
Teifficr , les Eloges des Hommes SçavanJ,
4 voll. 8.
Théâtre de l'Amour & de la Fortune»
par Mademoiselle Barbier * t a*
Traité de l'incertitude des Sciences.
~, V
VEnus dans le Cloître > ou la Rcli-
gieufe en Chemife , 1 u
Viâoires de l'Amour, ouHiftoiredcZaï-
de, dcLeonor, & de la Marq.de Vico
Vie de la Ducheffcde la Valiére , où l'on
voit une relation curieufe de fcs Amours.
La Voiture embourbée , ia.
Z
ZAïde, Hiftoire Efpagnolc, 11.
Ziska, ou le Redoutable Aveugle» 1 a*
FIN.