LEÇONS
SUR
LA PHYSIOLOGIE
ET
L'ÂNÂTOMIE COMPAREE
DE L'HOMME ET DES ANIMAUX.
Tari». — Imprimerie de E. Maktinet, rue Mignon, 2.
LEÇONS ^
SUR
LA PHYSIOLOGIE
ET
L'ANATOMIE GOMPÂRÉE
DE L'HOMME ET DES ANIMAUX
FAITES A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS
PAK
U. ilILMË i:U^VARD.«î
Câ„¢.L.H., C.O.M.P.; C.L.N., CE. P., C.C.
Doyen de la Faculté des sciences de Pari? , Professeur au Muséum d'Histoire nalureilo ;
Membre de l'Iiistitut^Académie des scienres) ;
des Sociélés royale-: de Lojidres et d'Edimbourg ; des Académies de Sloikholm,
de SaiiU-Pélersbourg-, de Berlin, de Kônigsberg-, do Copenbague, d'Amsterdam, do Bruxelles,
de Vieillie, de Hongrie, d? Bavière, do Turin et de Naples; des Curieux de la nature de rAUcmagiic;
de la Société Hollandaise des sciences ; de l'Académie Américaine;
De la Société des Naturalistes do Moscou ;
des Sociélés des sciences d'Upsal, de Go^ttingue, Munich, Tiblenbourg,
Lié^e, Somerset, Montréal, l'ile Maurice; des Sociélés Linnéenne et ZoDlogique de L'uilres;
des Académies des sciences naturelles de Philadelphie et de San-Francisco ;
du Lycéum de New-York;
des Sociélés Enlomologiqucs de France et de Londres ; des Sociélés Anthropologique
de Londres et Ethnologiques d'Angleterre et d'Amérique ;
do l'Institut historique du Brésil;
Do.l'Académie impériale de Médecine de Paris;
des Sociétés médicales d'Edimbourg, Je Suède et de Bruges ; de la Société des Pharmaciens
de l'Allemagne septentrionale;
Des Sociétés d'Agriculture Je ['"rance, de New-York, d'Albaay, etc.
TOME NEUVIÈME
PATtlS
VICTOTx MASSON ET FILS
PLACE DK L'ÉCOLE-DE-MÉDECINE
M DCCC LXX
Droit de ti\aduclion réservé.
LEGONS
SUR
LA PHYSIOLOGIE
ET
L'ANATOMIE COMPAREE
DE i/HOMME ET DES ANIMAUX.
SOIXANTE -SEIZIEME LEGON
\T
De l'appareil de la génération chez les Mammifères.
Vi- — l^ans la classe des Mammifères, l'appareil de la eérié- D'^po^ï'''^"
^ ' ri o générale.
ration se complique beaucoup plus que chez les Vertébrés ovi-
pares, surtout dans sa portion subterminale. Dans les deux
sexes, les organes copulateurs sont très-perfectionnés, et chez
la femelle une portion du canal évacuateur est disposée de façon
non-seulement à servir de chambre incubatrice, mais à pouvoir
devenir un organe alimentateur de l'embryon; enfin il existe
comme complément de cet appareil des glandes particulières,
dites mammaires, dont les produits sont destinés à nourrir les
jeunes pendant un temps plus ou moins long après la naissance.
Ces glandes se trouvent chez le mâle aussi bien que chez la
femelle, mais elles ne remplissent leur rôle fonctionnel que chez
celte dernière. Les Animaux des autres classes n'en sont jamais
pourvus, et elles constituent un des caractères les plus remar-
quables du groupe zoologique dont l'étude nous occupe ici. De
IX. 1
^-//
L
y
/
2 REPRODUCTION.
là le nom de ^lamniifères, ou Animaux à mamelles, que ces
êtres ont reçu. •
l'.iïtrences Les ludividus de sexes différents sout en général faciles à dis-
tinguer par la conformation des organes génitaux extérieurs, et,
dans le plus grand nombre des cas, le maie csl reconnaissable
aussi à un ensemble de caractères indicatifs d'une puissance
supérieure à celle de la femelle. D'ordinaire il est plus grand,
ses muscles sont plus développés; il est plus courageux et il est
mieux armé. Lorsque les dénis deviennent des inslrumenls de
défense, c'erst toujours chez lui qu'elles sont le mieux adaptées
à cet usage, et dans les espèces dont la tète est pourvue de
cornes, ces appendices manquent souvent chez la femelle, ou
du moins restent plus faibles que chez le mâle. Enfin, c'est
aussi chez ce dernier que le système pileux se développe le plus,
et constitue parfois une barbe ou une crinière dont la femelle
est dépourvue.
Appareil § 2. — L'appareil mâle est toujours uni intimement à l'ap-
pareil urinaire dans sa portion terminale, et débouche au deliors
en avant de l'anus, quelquefois dans un cloaque ou vestibule
commun; le plus souvent d'une manière tout à fait indépen-
dante du tube intestinal, et même à une assez grande distance
de son extrémité.
Tesiicuies. Lcs testicules de la plu[)art des Mammifères (1) sont ovoïdes ;
quelquefois ils sont globuleux : chez l'Éléphant, le Blaireau et
le Raton, par exemple; ou allongés, ainsi que cela se voit chez
les Carnassiers amphibies et les Cétacés ('i). En général, leur vo-
(1) Vanorchie, ou l'absence de tes- lieu d'occuper leur position ordinaire.
Ucules, est une anomalie extrêmement Pour plus de détails sur les anomalies
rare : dans l'espèce humaine on en con- de cet organe, on peut consulter utile-
naît quelques exemples (a) ; mais dans nient un article sur ce sujet, publié
la plupart des cas où l'on a cru que par M. Curling, dans Todd's Ctjclop,
ces glandes manquaient, elles étaient of Anat.,t. IV, p. 986-1016.
seulement logées dans l'abdomen, au (2) Exemple, chez le Marsouin {h).
(a) Voyez Ssppey, Traité d'anatomic descriptive, I lit, p. 5i8.
— Godart, Éludes sur V absence congénitale du testicule, llièsc. Paris, 1858.
(b) Voyez Canis el Ollo, Tab. Anal, conpar. illustr., pars v, pi. '0, fig, 1,
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. o
liime augmente beaucoup à l'époque du rut, et ils sont alors
remarquablement gros chez les Rongeurs et les Insectivores;
mais ils sont loin de présenter sous ce rapport des différences
aussi considérables que chez les Oiseaux (1).
Comme d'ordinaire, ces glandes sont revêtues d'une tunique
albuginéc, ou membrane fibreuse propre, et enveloppées dans
un prolongement du péritoine qui leur constitue une tunique
séreuse extérieure. Mais leur position varie beaucoup, et pour
bien saisir le caractère des particularités qui se font remarquer
à cet égard, il est nécessaire de prendre en considération le
mode de développement de ces organes dans l'embryon.
Chez tous les Mammifères, les testicules naissent dans la ré-
gion lombaire de l'abdomen, près des reins, où ils sont recou-
verts par le péritome (2). Chez plusieurs de ces Animaux, ils de
Posiiion
des lesticules
et
enveloppes
ces organes.
(1) Le volume des testicules varie
beaucoup chez les différents indi-
vidus d'une même espèce : ainsi, chez
l'Homme, ces différences sont souvent
dans le rapport de 1 Ã 2. Leur poids
varie de la même manière (a).
(2) Ainsi, dans l'Homme ces glandes
naissent sur le côté interne des corps
de Wolff (6), immédiatement au-des-
sous des reins et au devant du muscle
psoas, à la partie postérieure de la
cavité abdominale, dans un repli du
péritoine appelé mesolestis ou mésor-
chide, et comparable au mésentère.
Jusque vers la fin du troisième mois
de la vie intra-utérine, les testicules
conservent cette position. On trouve
dans un mémoire de Haller l'indica-
tion des premières observations sur
le développement intra-abdominal des
testicules et des remarques judicieuses
sur le passage de ces glandes au de-
hors (c) ; mais c'est principalement a
J. Hunter et à ses successeurs que l'on
est redevable de la connaissance exacte
de ce phénomène {d).
(a) Voyez Kraiise, Vermischte Beobachtungen (Miiller's Archiv fûv Analomic nnd PhvsioloQic,
1637, p. 20).
— Sappey, Traité d'anatomie descriptive, t. III, p. 548.
(b) Voyez tome VII, p. 306.
(c) Haller, Optiscula patholog., observ. 28, 1755, p. 56, etc.
(d) Voyez W. Hunter, Médical Commentaries, 1762.
— J. Hunier, A Description of Ihe Situation of the Testls in the fœtus, with its descent inlo
the scrotum {Animal Œconomy, 1706; — Œuvres complètes, trad. par Richelol, t. IV, p. 65,
et suiv.).
— Pallelta, Nova gubernaculi testis mmteriani et tunicce vaninalis anatomica descriiHw.
Mediolani, 1777.
— Bergham, De teslium in fœtu posil., etc., 1785.
— Seiler, Observ. de testiculorum ex abdomine in scrotum descensu, 1817.
Weber, Ueler den descensus testicul:rum bei dem Menschen und eiwgcn Sdugethieren
[Verhandl. der Sdchsischen Gcsellscliafl der Wissenschaften ï^it Leivx-ig, 1848, 1. 1 n 24 • —
Muller's^rc^iw, 1848, p. 403).
REPRODUCTION.
restent toujours daus cette position (1); mais chez d'autres
espèces ils ne tardent pas à la quitter et à descendre dans la ré-
gion inguinale, puisa sortir de la cavité abdominale et à se loger
sous la peau. Ce déplacement est porté plus ou moins loin suivant
les espèces, et là où il est le plus considérable, les testicules par-
viennent sous le périnée, dans une bourse cutanée particulière,
appelée scrotum. Lorsque les testicules sont destinés à quitter
ainsi leur place primitive, chez l'Homme, par exemple, une
sorte de bride, appelée le gubernaculum testis (2), en grande
(1) Les Mammifères qui portent les
testicules dans rintéricur de la cavité
abdominale, et qui sont désignés par
quelques auteurs sous le nom de Tes-
ticonda proprement dits, appartien-
nent principalement aux groupes infé-
rieurs, mais il en existe aussi dans
plusieurs autres ordres. Ainsi, je cite-
rai, parmi les l'acliydermes, l'Élé-
phant (a) et le Daman (h). Suivant
quelques analomistes, il en serait de
même chez les Riiinocéros ; mais chez
l'individu dont M. Owen a fait Tana-
tomie, les testicules étaient placés Ã
l'extérieur, près de l'anneau ingui-
nal (c).
Parmi les Insectivores, on cite le Ten-
rec (d). La même disposition est géné-
rale et dominante chez les Amphibiens,
les Siréniens (e), les Cétacés propre-
ment dits (/) et les Monotrèmes (g).
(2) llunter fut le premier à décrire
ce cordon conducteur qui, chez le foe-
tus de l'Homme et des autres Mam-
mifères, dont les testicules deviennent
extérieurs, s'étend de la partie in-
férieure de chacune de ces glandes
au pubis, en traversant le canal ingui-
nal. L'axe de ce gubernaculum testis
est occupé par une substance molle et
gélatineuse, qui se compose de tissu con-
jonctif en voie de développement (h),
et qui est entouré d'un faisceau de
fibres musculaires. Cette gaîne char-
nue est à son tour recouverte d'une
couche de tissu conjonctif lâche, et le
tout est logé dans un repli du péri-
toine. A son extrémité inférieure, ce
faisceau musculaire se divise en trois
portions, dont l'une se fixe à l'arcade
crurale (ou ligament de Poupart), dans
Tinlérieur du canal inguinal; une
(a) Arislote, Histoire naturelle des Animavx, tracl. de Camus, liv. II, chap. ix, t. I, p. 65.
— Camper, Hisl. anatom. d'un Éléphant mâle, p. 35, pi. 4, fii,', l.
(b) Stanniiis et Siebold, Manuel d'anatomie comparée, t. II, p. 509.
(c) Owen, On the Anatomy ofttie Indian Rhinocéros [Trans. of the Zool. Soc, 1862, vol. IV,
p. 36).
(d) Cani.» et Ollo, Tab. Anat. compar. illustr., pars v, lab. 9, lig. 2.
(e) Par exem|ik', le Lamcniin ; \oyez Daiibenion (BulTon, Mammifères, pi. 404, fig. 6, édit. in-8).
(f) Par exemple, le Marsouin ; voy. Hunier [Illuslr. Catal. of the Physiol. Séries of comp. Anal,
m the Muséum of the Coll. of Surgeons, t. IV, pi. 57). — Cariis et Ollo, Tab. Anat. compar.
illustr., pars V, lab. 9, fit; 1).
(g) Exemfle : l'Orniihorhynque ; vuy. Meckel, Op. cit., fig. 8, fig. 2.
{h) Curlinçr, Observ. on the Strticture of the Gubernaculum and on the descent of the Testis
in the fxtus (Lond Med. Gazelle, 1841). — Arl. Testicle (Todd's Cyclop. of Anat. and Physiol. ,
t. IV, p. 982).
APPAREIL OR LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 5
partie musculaire, s'étend de chacun de ces organes jusqu'au
bord antérieurdu bassin, et s'y engage dans un canal oblique qui
traverse de part en part la paroi de l'abdomen, au-dessus de l'ar-
cade du pubis, entre une sorte de pont tendineux appelé arcade
crurale et les aponévroses des muscles adjacents. Ce passage, qui
a reçu le nom de canal inguinal (ou sus-pubien), débouche donc
au dehors dans le tissu conjonctif sous-cutané (1), et son entrée
est occupée par la portion correspondante du péritoine, dont
les parois de la cavité abdominale sont partout tapissées. Les
choses restent dans cet état pendant un certain temps, mais peu Ã
peu le testicule s'éloigne des reins, descend vers le canal ingui-
nal en poussant devant lui ]e gubernaculum, qui, se renversant
comme un doigt de gant, y forme une gaine cellulo-musculaire.
autre s'insère au pubis et à la gaîne
apouéviotique du muscle droit de
l'abdomen ; enfin, la troisième, située
entre les deux précédents, sort de
l'anneau inguinal pour gagner le fond
du scrotum et s'y fixer au darlos.
Plusieurs anatomistes ont méconnu
l'existence de fibres musculaires dans
le gubernaculum; mais aujourd'hui
l'exactitude des observations de Hun-
ier, sur ce point, a été mise hors de
doute, et l'on sait, par les recher-
ches des micrographes, que ce cordon
renferme des fibres musculaires striées,
aussi bien que des fibres musculaires
lisses (a).
(1) Le canal inguinal est un passage
ménagé entre le bord supérieur de l'ar-
cade crurale ou ligament de Fallope,
qui se fixe, d'une part à l'épine supé-
rieure et antérieure de l'os iliaque.
d'autre part au pubis, et les parties
adjacentes des parties musculaires ou
aponévrotiques des parois de l'abdo-
men. En dessus, il est limité par les
muscles oblique et transverse; eu
avant, il est cloisonné par l'aponévrose
du grand muscle oblique, et en arrière
par le fascia transversalis, lame apo-
névrotique qui se rend du muscle trans-
versal à l'arcade. On donne le nom
d'anneau inguinal à l'orifice inférieur
ou extérieur de ce canal, situé à l'angle
inférieur et interne de l'aponévrose du
muscle grand oblique de l'abdomen.
Pour plus de détails au sujet de la
structure de ce passage, je renverrai
aux ouvrages spéciaux sur l'anato-
mie descriptive de l'Homme , par
exemple le traité de Bourgery et Ja-
cob 1 1. 11, pi. 69 et suiv.) ou V Allas de
!\1M. Bonamy et Beau (t. ill, pi. 57).
(a) Donders, Dood door yEthevisatie, verlorene zamentreckbaavheid van hel Hart, Cryptorchis,
Gubernaculum Hunteri {Nederlandsch Lancet, 2' série, 1849, I. V, p. 38'-2).
— Robin, Recherches sur la nature musculeuse du gubernaculum teslis et sur la situattun
du testicule dans l'abdomen (Mém. de la Soc. de biologie, 1850, t. I, p. 1).
— Follin, Recherches sur les corps de Wolff, thèse. Paris, 1850.
6
REPRODUCTION.
La portion du péritoine qui adliérait à la suiiace du testicule
accompagne cet organe dans ce mouvement, et, entraînant à sa
suite la portion adjacente de cette membrane séreuse, déter-
mine la formation d'un prolongement appendiculaire de ce sac,
qui traverse aussi le canal inguinal et communique librement
avec la cavité de l'abdomen par son extrémité supérieure. Le
testicule, toujours enveloppé de la sorte, franchit ensuite l'ori-
tice externe du canal inguinal, et se loge à l'extérieur du bassin
sous la peau, dans un repli delà portion inférieure du petit sac
péritonéal, qui constitue ainsi autour de cette glande une double
enveloppe, appelée tunique vaijinale^ dont la cavité débouche
supérieurement dans l'abdomen (1). Quelques semaines avant
(1) Les anatomistes se sont beau-
coup occupés de la cause déiernii-
ïuinle de la descente du testicule. En
général, on attribue ce phénomène Ã
Faction des fibres musculaires du gu-
bernacuhim testis, et les objections
que quelques auteurs ont faites à cette
explication (o) me paraissent dépendre
de ce qu'ils avaient négligé de prendre
en considération l'action de la portion
de ce faisceau contractile, qui, après
avoir traversé l'anneau inguinal, va
s'insérer au scrotum. Chez l'adulte,
cette portion médiane du muscle sus-
penseur est encore représentée par
une bride de tissu conjonctif dense,
qui remonte du scrotum sur la face
inférieure du testicule, dans l'espace
compris entre les deux replis qui unis-
sent le feuillet pariétal de la tunique
vaginale au feuillet viscéral de la
même membrane (6). Lorsque, par
suite d'une anomalie organique, le
gubernacidum s'insère à l'épididyme,
au lieu de se fixer comme d'ordinaire
au testicule lui-même, c'est la pre-
mière de ces parties qui descend dans
les bourses, tandis que le testicule
peut rester dans l'abdomen ou dans
le canal inguinal (o).
Il est aussi à noter que le muscle
crémaster manque chez les Animaux
dont les testicules restent toujours
dans l'intérieur de l'abdomen, tels que
l'Eléphant, etc.
Je dois ajouter cependant que les
recherches faites récemment sur la
structure du gubernaculum chez di-
vers Mammifères, par un anatomiste
d'Edimbourg, M. Cleland, sont défa-
vorables à l'cxplicalion donnée ci-
dessus. En effet, chez l'embryon du
!\Touton et de la Vache, cet anatomiste
n'a pas trouvé de fibres musculaires
dans l'intérieur de ce cordon sous-
pf'ritonéal [d).
{a) Voyez Burdacli, Traité de physiologie, t. III, p. 592.
(6) Curling', art. Testicle (Todd's Cyclop. of Anal, and Physiol., t. IV, p, 983, dg. 637).
(c) Follin, Etudes anatoniiqnes et pathologiques sur les anomalies de pontion et les atrophies
du testicule (Arch. gén. demédecine, juillet 1851, p. 271).
(d) i. Cleland, The Mechanism of the Giibernaculuni testis, Edinburgh, 185C.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 7
la naissance de l'enfant, ce déplacement est d'ordinaire effectué,
et le canal inguinal est si large, que le testicule peut facilement
retourner sur ses pas pour rentrer dans la cavité abdominale
ou franchir de nouveau ce détroit. Le sac vaginal communique
aussi avec cette cavité par un large col qui traverse le canal in-
guinal, mais bientôt ces passages se rétrécissent; peu à peu le
canal inguinal s'oblitère, et alors le fond du prolongement va-
ginal du péritoine se trouvant séparé de la portion intra-abdo-
minale de la grande poche séreuse dont cette tunique est un
appendice, cesse de communiquer avec l'abdomen (4), et con-
stitue autour du testicule un sac sans ouverture (*2). Par l'effet
de ces changements, le testicule cesse donc de pouvoir ren-
trer dans la cavité abdominale (o), et se trouve suspendu Ã
(1) La surface interne et libre de ce
sac membraneux est tapissée d'une
couche de tissu ulriculaire épitliélique
dont les cellules, minces et transpa-
rentes, ont 0'",01 Ã C^sOIS de dia-
mètre, et dont le noyau est bien appa-
rent (a).
(2) En général, l'occlusion du canal
inguinal est très-avancée au moment de
la naissance, et souvent elle est même
déjà complète, soit d'uu côté seule-
ment, soit partout (6). Lorsque le
col de la tunique vaginale reste ou-
vert, il arrive fréquemment que la sé-
rosité sécrétée dans la cavité du péri-
toine descend dans cette bourse et y
détermine chez les nouveau-nés un
gonflement que les pathologistes con-
naissent sous le nom d'hydrocèle con-
génitale. C'est aussi ù raison de la non-
oblitération du canal inguinal que les
hernies sont très-fréquentes chez les
enfants qui viennent de naître.
(3) Il arrive parfois que dans l'es-
pèce humaine, les testicules n'accom-
plissent pas cette migration, et restent
dans l'intérieur de la cavité abdomi-
nale. Cet état anormal existe tantôt
d'un côté seulement et plus rarement
des deux côtés ; on le désigne sous le
nom de cryptorchie ou (Tectopie, Go-
dart, à qui l'on doit un travail très-
élendu et très-approfondi sur ce sujet,
réserve le nom de cryptorchie pour
les cas dans lesquels les deux testicules
sont restés inclus dans l'abdomen, et
appelle monarchie, l'arrêt d'un seul de
ces organes. Pour plus de détails sur
ces anomalies, je renverrai à l'ouvrage
de ce jeune anatomiste pleiii de zèle,
dont la mort prématurée est à re-
gretter (c).
(a) Kollikcr, Eléments d'histologie, p. 561.
— Canis, Traité d'anatomie comparée, t. II,- p. 424.
(b) Ciimper, Vcrl andeling over de Oonaaken der meenigviildige breuken in de eersgehoorene
Kinderen {Verliandelingen uitgegeeven door de HoUandsche Maatchappyc drr Weetenscluippen te
Haarlem, â– 1761, t. VI. part. 1, p. 235).
(c) Gudarl, Éludes sur la wonorchie et la cryptorchie chei l'Homme, 185T (extrait des Mém. de
la Société de biologie pour 1855).
s REPRODUCTION.
l'extrémité externe du canal inguinal par une sorte de cordon
formé principalement par le gubernaculum testis retourné au
dehors et garni des fibres musculaires que nous avons remar-
quées dans l'épaisseur de cette bride. Le muscle suspenseur ainsi
constitué est fixé au pourtour de l'anneau inguinal, et a reçu
le nom de muscle crémaster (1). 11 forme autour du testicule
une sorte de bourse charnue, très-mince et fort incomplète,
que quelques anatomistes appellent h tunique énjthrouk (2),
et par ses contractions il fait remonter cet organe contre le
pubis (3). 11 est aussi à noter que l'on donne souvent le nom
de tunique fibreuse commune à la couche de tissu conjonctif
mêlée de quelques fibres élastiques, qui s'étend à la face in-
terne de la tunique charnue, depuis l'orifice interne du canal
inguinal jusqu'au-dessous du testicule, et qui relie ces parties
entre elles [h\
(1) M. J. Cloqiiet et quelques au- chez les Animaux où les testicules ne
très anatomistes pensent que le cré- sortent de Tabdomen qu'à l'époque
masler ne préexiste pas à la descente du rut.
du testicule, et qu'il est formé par (2) Le nuiscle crémaster constitue
des fibres du bord inférieur du une sorte de bourse très-mince, dont
muscle oblique interne entraînées en le col embrasse les vaisseaux nourri-
bas, lors du passage de celte glande ciers, ainsi que le canal évacuateur
par l'anneau insruinal (a) ; mais cette du testicule, et dont l'extrémité supé-
opinion n'est pas admissible, etilunter. rieure s'évase pour aller se confondre
avait raison de dire que le cré- avec les fibres des muscles abdomi-
master (ou musculus testis) se porte naux adjacents sur les côtés de l'anneau
d'abord du pubis dans l'intérieur de inguinal (b).
l'abdomen pour constituer la partie (3) En général, ces contractions ne
principale du gubernjculum, puis se sont pas sous l'empire de la volonté,
renverse en dehors comme un doigt de mais dans quelques cas exceptionnels
gant, sans être en aucune façon un il peut en être autrement (c).
démembrement du muscle petit obli- (/i) Quelques anatomistes considèrent
que. Cela est surtout facile à constater cette tunique dite fibreuse comme une
(a) J. Cloquel, Mémoire sur le muscle crémaster {Journal de médecine, de chirtirgie et de
pluirmacie, ISIS).
— Follin et Goiibaiix, De la crijptorchidie chez l'Homme el les principaux Animaux domesiiqxies
(.Vdm. de la Soc. de biologie, 1855, p. 293).
(6) Voyez Bourgery, Traité de l'anatomie de l'Homme, t. H, p. 40, pi. 82, fig'. i.
— Bonaniy, Beau et Broca, Allas, t. III, pi. 57, fig. 2.
(c) Godart, Op. cit., p. 28.
— Hutchinson, Practical Observ. in Surgery, p. 4 80.
APPAREIL DE L.V GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES.
Chez la plupart des Mainmiteres, l'anneau inguinal qui livre
de la sorte passage aux testicides (1) reste ouvert, ainsi que le col
de la (unique vaginale, et même chez beaucoup de ces animaux
ce passage conserve toujours son calibre primitif, de manière
que ces glandes peuvent facilement rentrer dans la cavité abdo-
minale ou se montrer de nouveau au dehors. Cette disposition
se rencontre chez la plupart des Rongeurs (-2) et des Insecti-
vores (^3), ainsi que chez les Chéiroptères, et c'est principale-
ment à l'époque du rut que les testicules vont se placer sous
la peau, soit dans le pli de l'aine, soit dans le périnée.
Chez quelques Mamnnfères, ils demeurent toujours dans
l'une ou l'autre de ces deux dernières positions, sans y avoir
de loges spéciales ; ainsi ils sont serrés sous la peau de l'aine
chez les Chameaux (4) et les Loutres, et ils sont placés de la
portion de raponévrose fascia lata
qui aurait été entraînée par le testicule
lors de la descente de cette glande
dans le scrotum [a) ; mais cette opinion
ne paraît pas être fondée, et même,
dans la plupart des cas, la tunique en
question est ù peine fibreuse [h). On
l'appelle tunique commune , parce
qu'elle entoure le cordon spermatique
aussi bien que le testicule.
(1) Tantôt la descente des testicules
de la cavité abdominale dans les
bourses s'effectue plutôt que dans
l'espèce humaine : chez le Bœuf, par
exemple ; mais d'autres fois ce phé-
nomène n'a lieu que plus tardivement :
ainsi, chez les Solipèdes, les testi-
cules restent souvent engagés dans le
canal inguinal jusqu'à l'âge de six Ã
dix mois. La manière dont leur dépla-
cement se fait est à peu près la même
que chez l'Homme {c).
(2) Notamment chez les Écureuils,
les Rats, les Cochons d'Inde, les Agou-
tis, le Porc-épic, le Castor, l'Ondatra.
Chez le Lapin, les testicules restent
souvent à l'entrée du canal inguinal,
leur extrémité postérieure, formée par
l'épididyme, faisant seule saillie dans
le scrotum (cl).
(3) Les Taupes, les Musaraignes, les
Hérissons (e).
(4) Quelques anatomistes avaient
pensé que le scrotum manque chez
les Chameaux, mais Emert a con-
staté que, chez ces animaux, il en
existe un qui est assez bien carac-
térisé (/■).
(a) i. Cloquet, Recherches analomiques sur les hernies, thèse, 1817.
(b) Sappey, Traité d'anatomie descriptive, l. III, p. 535.
(c) Voyez Chauveau, Anatomie des Animaux domestiques, p. 178, lig-. 197.
(d) Lereboullet, Recherches sur l'anatoinie des organes génitaux des Animaux vertébrés, \>. 8,
pi. 6, llg. 71 {Nota Acta Acad. nat. curios., t. XXIII).
(t) Hunier; voyez Catat. ofthe Mus. of the Collège ofSuriieons, Physiol. Séries, t. IV, pi. 54.
if) Voyez Canis, Anatomie comparée, t. II, p. 424.
10 REPRODUCTION.
même manière sous la peau du périnée chez les Civettes. Mais
chez les Quadrumanes (1), la plupart des Carnassiers et des
Ruminants, les Solipèdes et plusieurs autres Mammifères, ils
descendent plus bps, et ils sont logés, comme chez l'Homme,
dans un scrotum, ou bourse cutanée, qui est suspendu sous le
pubis, à la partie antérieure et inférieure du bassin (2), ou plus
en arrière, près de l'anus (â).
La peau qui forme ce sac est hérissée de poils épars, et son
pourtour est fixé aux parties adjacentes du périnée et du pubis
par des expansions fibreuses qui en occupent la partie supé-
rieure. Sur la ligne médiane du corps , un prolongement
analogue descend en manière de cloison entre les deux moitiés
du scrotum [li), et dans le point d'insertion de la lame verti-
cale ainsi constituée, celui-ci présente chez le fœtus un sillon
tjui le divise en deux parties. Mais, parles progrès du dévelop-
pement de l'organisme, les bords de ce sillon se rapprochent,
et, en se soudant entre eux, donnent naissance à une ligne sail-
lante appelée raphé. Alors les deux bourses, qui primitivement
étaient distinctes, se confondent extérieurement en un seul sac
(l)Cliez les Quadi-iimanes, les tcsti-
riili's sont en gC-néral serrés contre le
pubis, près de l'anneau inguinal.
(2) Chez les Marsupiaux, les testi-
cules ne traversent le canal inguinal
qu'après la naissance, et sont reçus
dans une bourse pédonculée qui se
trouve suspendue au pubis, Ã une dis-
lance assez considérable en avant de
l'orifice génito-urinaire [a).
(3) Chez les Chats, les Mangoustes,
les Ours et plusieurs autres Carnas-
siers, les testicules sont placés en
arrière du bassin, au-dessous de
l'anus.
(/i) Cette cloison du scrotum, dont
plusieurs anatpmistcs de répo([ue de la
renaissance avaient dit quelques mois,
a été étudiée d'une manière irès-appro-
fondie par Raw, anatomiste hollandais
du xvn* siècle, et par plusieurs autres
auteurs (6j.
(a) Exemples: Didelphis philander ; voy. Canis et OUo, Tab. Anat. compar. itlustr., pars v,
tab. 9, fig. 0.
— Didelphis virginiana et D. cancrivora; voy. Hunter, Catalogue of the Muséum of the Coll.
nf Surg., t. IV, pi. 51 ; — Eytioux et Laurent, Recherches sur les Marsupiaux {Voiiage de la
Favorile, ZooL., t. I, pi. 1, (ig. 2 et 9) ; — Martin Sainl-Ange, Op. cit. (Mém. de lAcad. des
sciences, Savants étrangers, t. XIV, pi. 3, fig. 1).
i,b) Raw, Epistola ad Ruyschium de septo scroli, 1G99.
— Klcisniann, De seplo et raphi scroti, dissert, inaiig. Berolini, 1864.
APPAREIL DE LA fiÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 11
scrotal, mais à l'inlérieiir ils restent encore séparés par la cloi-
son verticale de structure fibreuse dont je viens de parler.
Une couche de tissu musculaire à fibres lisses, appelée dartos,
tapisse la face interne de ces bourses scrotales, et par ses con-
tractions détermine dans celles-ci des rides nombreuses (1).
Chez quelques Mammifères, le sillon primordial qui, chez
l'Homme, s'eftace pour être remplacé par le raphé, s'agrandit
;iu contraire, et il en résulte que les deux testicules ont alors
chacun une bourse particulière : par exemple, chez le
Lièvre ('2); mais d'autres fois l'union de ces deux moitiés de
l'appareil réceptaciilaire de ces glandes est encore plus intime;
il n'y a point de cloison médiane à l'intérieur, et les deux tes-
ticules sont logés dans une cavité commune. Cette dernière
disposition se voit chez divers Marsupiaux, tels que les
Kanguroos.
En résumé, nous voyons donc que, chez les Mammifères
dont les testicules sont extérieurs, les enveloppes de ces glandes
sont très-nombreuses, et consistent dans le scrotum, le dartos,
(1) La plupart des fibres du dartos,
qui arrivent sur la ligne médiane,
passent d'un côté à l'autre, de sorte
que cette tunique contractile est coni-
nuuie aux deux bourses; mais d'autres
fibres se réflécbissent sur la cloison
verticale composée de tissu conjonc-
lif et de tissu élastique, de façon Ã
rendre cette cloison contractile comme
lo reste du scrotum.
('2) Chez les Levrauts, les scrotums
ne sont pas apparents, parce que les
testicules ne sont pas encore sortis de
l'abdomen; chez l'adulte, ces bourses
sont situées de chaque côté dans
l'aine, entre la verge et la cuisse (a) ;
leur disposition est à peu près la même
chez le Lapin.
Chez les Roussettes, les deux bourses
sont très-éloiguées l'une de l'autre (6) .
Chez les Solipèdes, il existe au-des-
sous de chaque anneau inguinal une
bourse particulière formée par le dar-
tos, et ces deux sacs sont simplement
adossés l'un à l'autre sur la ligne mé-
diane (c), mais la portion correspon-
dante de la peau, qui y adhère forte-
ment et qui constitue le scrotum, forme
pour les deux bourses une seule en-
veloppe.
(a) Daulienlon, Description du Lièvre (Biiffon, Mammifères, t. III, p. 318, ^il. 95, fig. 1 , édit.
in-S).
(b) Qiioy et Gaiinai'il, Voyage de rA.stro!,il)c, ZûOL., l. I, pi. 10, fi;-!:. 13.
(c) Voyez Chaiiveau, Anatomie comparée des Aniiniux domestiques, p. 7S8, fig. 199.
1 '2 REPRODUCTION.
la tunique érylliroïde, la tunique commune, enfui la tunique
vaginale, qui est double, puisqu'à la manière des poches séreuses
en général, l'une de ses portions, repliée en dedans, adhère
à la surface de l'organe inclus, tandis que l'autre portion enca-
puchonné le tout. Ainsi que je l'ai déjà dit, cette dernière tu-
nique forme chez l'Homme un sac fermé de toutes paris et ne
communi(juant pas avec la cavité abdominale; mais cette dispo-
sition est extrêmement rare : on l'observe chez le Chimpanzé,
tandis que chez presque tous les Singes (i), ainsi que chez les
autres Mammifères, le col de la tunique vaginale reste ouvert
et débouche dans l'abdomen, lors même que les testicules ne
doivent pas quitter le scrotum pour remonter dans cette
grande chambre viscérale.
Artères § 3. — Lc déplacement des testicules qui s'opère chez le fœtus
détermine dans l'arrangement des vaisseaux nourriciers de ces
glandes une particularité remarquable. En général, l'artère qui
se rend à un organe naît d'un tronc adjacent et ne va pas très-
loin sans se ramifier; mais pour les artères des testicules il en
est autrement : ces vaisseaux naissent de l'aorte, près des
artères rénales, et vont de là jusque dans les bourses, en tra-
versant les canaux inguinaux, sans donner naissance à aucune
branche importante, puis se distribuent dans les testicules et
leurs annexes. Or, il est facile de comprendre que cela dépend
de la position primitive occupée par les testicules tout à côté
du tronc aortique, et de l'allongement progressif de leurs ar-
tères à mesure qu'ils s'éloignent de la région lombaire pour
descendre dans le périnée. Les veines suivent une marche
(1) Chez rOrang-Oiitan (a) et le vaginale et rabdomen reste libre. U
Gibbon (6), par exemple, la conimu- en est de même chez le Cercopithecus
nicaiion entre la cavité de la tunique sahœus (c).
(a) Owen, Notes (Å’uvres de Hunier, trad., l. IV, p. 74).
(b) Hunter, Essays and Observations, t. II, p. 9.
(c) Idem, ibid., p. H.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 13
analogue en remontant vers le tronc de la veine cave, et ces
divers vaisseaux, accompagnés de nerfs et accole's au canal
évacuateur des testicules, constituent, avec le muscle crémas- cordon,
1er, une sorte de corde, au moyen de laquelle cette glande se
trouve suspendue dans le scrotum. C'est ce suspenseur que
l'on désigne sous le nom de cordon spemiatique.
§ /î. — La tunique albuginée, ou tunique propre du testi- (j^^p.
cule, à laquelle adhère le feuillet interne ou réfléchi de la tunique '^ "' 5"'°''^'
vaginale, recouvre de toutes parts cet organe, et se compose de
deux lames de texture fibreuse qui, chez l'Homme, sont diffi-
ciles à séparer, mais qui sont très- distinctes chez quelques
autres Mammifères, le Sanglier, par exeuiple. Vers le bord
postérieur et supérieur du testicule, elle présente un épaississe-
ment, et se prolonge en dedans, dans la substance de la glande,
où elle forme une sorte de crête ou de cloison médiane qui loge
les principaux vaisseaux sanguins, et qui a été appelée le corps
dllighmore (1) ou mediastinum testis. D'autres expansions,
constituées par du tissu conjonctif, partent de ce prolongement
en s'irradiant et en plongeant entre les divers faisceaux des
tubes séminifères, divisent la substance du testicule en un
nombre considérable de lobes et de lobules. La forme du
eorps d'Highmore varie un peu chez les différents Mammi-
fères, mais ces particularités n'offrent rien qui puisse nous
intéresser ici (-2).
§ 5. — Lorsqu'on examine à l'œil nu la substance du testicule, structure
ou la croirait formée d'une matière pulpeuse, homogène, et plus
(!) Highmore, médecin anglais du ne s'avance que très-peu dans la sub-
xviie siècle, fut le premier à décrire stance du testicule, et presque aussitôt
ce corps, mais sans donner une idée Tespèce de crête verticale qu'il forme
bien exacte de sa structure (o). se résout en une multitude de la-
Ci) Chez l'Homme, la portion basi- nielles cloisonnaires minces et diver-
laire ou initiale du corps d'Highmore gentes (6).
\a] Kighmore, Corporis humani descriptio anatomica, 1652, n. 31.
ib) Voyez Kôlliker, Traité d'histologie, p. 553, flg. 259.
du testicule
1/j REPRODUCTION.
OU inoiiis grisâtre; mais lorsqu'on l'observe au microscope, et
après l'avoir convenablement disposée, on reconnaît aisément
qu'elle se compose d'une multitude de tubes capillaires con-
tournés sur eux-mêmes et réunis en paquets, de façon à con-
stituer les lobes et les lobules compris entre les expansions
cloisonnaires de la tunique albuginéc, et convergeant, vers le
corps d'Highmore (1). Ces tubes sont les canaux spermo-
gènes (^2). Cbez l'Homme, ils ont environ 0""\15 à 0""",25 de
diamètre ; leurs parois sont plus épaisses que celles des cana-
licules analogues dans d'autres glandes, et l'on peut y distin-
guer une tunique externe fibreuse, une tuniijue moyenne ou
(1) Voyez, Ã ce sujet, les observations le tesiiciilc de rHomme , un excellent
de Duvenioy (a). travail analomiquC;, accompagné de
(2) Graaf fut le premier à donner figures qui ont été reproduites par la
une idée nette de la structure du tes- plupart des auteurs plus récents (/").
ticule(6). Environ un siècle après, Albi- r3elle Cliiaje (de Naples) s'est igale-
nus réussit à injecter au mercure les ment occupé de ce sujet chez divers
canaux conslilnlifs de l'épididynie, et Mammifères {g).
Hallcr donna de nouveaux détails sur (3) Ces lobes sont piriformes et va-
la disposition des conduits qui vont de rient en nombre : sui\ant Monro, il y
la glande à cette portion complémen- en aurait 150 ; M. Kolliker en compte
taire (c). En 1755, A. Monro fils de 100 à !250 (^) ; Ai. Sappey a donné
poussa les inji étions mercuriclles jus- comme terme moyen 275 («); enfin,
que dans les canaliculesspermaliques, d'après les calculs de Krauss, il y en
et fit mieux connaître la structure aurait plus de ZjOO (j). Ces didV'rpnces
de l'épididynie {d). FMus récemment, dépendent en partie des variations
A. Cooper étudia mieux qu'on ne individuelles, et en partie de l'incerli-
l'avait fait avant la disposition de la lude qu'il y a souvent entre ce qui
tunique albuginée (e). Enfin M. Lauth doit être considéré comme des lobes
(de Strasbourg) publia en 1832, sur ou comme des lobules.
(a) Cuvier, Anatomie comparée, 2" éOit., t. VIII, p. 105.
(b) Graaf, Tractatus de vironnn organis generationi inservientibus, 1668.
(c) Albinus, Amœnil. Acad., 17.55, lib. II, cap. vi.
— Halier, De vasis seminalibus obsevvaliones, programma^ 1745. — Opéra minora, t. II, p. 1.
(d) Al. Monro, Dissert, inaug. de testibus et de sem.ine in variis Animalibiis, Eriinb., 1755
(Smellie, Thesaurits mcdicus, l. Il, p. 317).
(e) Asll. Cooper, Obscrv. on the Structure and the Diseases oftlie testis, 1830.
(/■) E. A. Laulh, Mémoire sur le testicule Immain (Mém. de la Soc. d'histoire )ia(urelle de
Strasbourg, t. I).
(g) Delle Cliiaje, Miscellanca anatotnico-pathologica, 18-17, I. I, ]>. 44, pi. 24-27.
(h) Kolliker, Eléments d'histologie, p. 554.
(i) Sappey, Traité d' anatomie , 1. 111, p. 555.
(j) Krauss, Op. cit. (MùUer's Archiv, 1837, p. 23).
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 15
membrane basilaire, et une tunique interne ou épithéliale, com-
posée de cellules polygonales (1). Leur longueur est très-con-
sidérable (2), et à leur extrémité initiale ils sont terminés en cul-
de-sac, mais ils s'anastomosent souvent entre eux au moyen de
branches transversales, de façon à constituer un réseau, et
ils décrivent de nombreuses tlexuosités (3). Successivement ils
se réunissent entre eux pour former des conduits plus gros,
et vers l'extrémité amincie de chaque lobule ils se réduisent
ainsi à un petit nombre de tubes presque rectilignes. Ceux-ci,
ou des troncs résultant de la réunion de plusieurs d'entre eux
en un tronc commun, pénètrent dans le corps d'Highmore, et
par leurs anastomoses y donnent naissance à un réseau très-
serré (/)), dont partent les canaux excréteurs ou vaisseaux effé-
(1) La tunique externe est consti-
tuée par du lissu conjonctif vague-
ment fibrillaire, sans mélange de fibres
musculaires, mais offrant toujours des
traces défibres élastiques. La tunique
interne, beaucoup plus mince, ne se
compose que d'une seule couche de
cellules qui sont pâles et finement
granulées chez l'enfant, mais plus ou
moins chargées de granulations grais-
seuses chez l'adulte (a).
(2) Les calculs que plusieurs anato-
mistes ont faits pour évaluer la lon-
gueur et le nombre de ces tubes sémi-
nifères ne reposent que sur des bases
très-incertaines ; aussi les résultats
obtenus sont-ils peu concordants, et si
je les cite ici, ce n'est que pour mon-
trer que toujours les chiffres sont très-
élevés. Lautii pense que dans un tes-
ticule humain de moyenne grandeur
il y a environ 8ZiO tubes séminifères,
et il estime en moyenne à environ
1750 pieds (ou environ 562 mètres) la
longueur totale de ces vaisseaux (6).
M. Sappey porte cette évaluation Ã
850 mètres (c), et M. Monro l'élevait
à 157Zi mètres.
(3) Ces branches anastomotiques,
dont la découverte est due à Lauth,
sont souvent très-longues, de façon
à constituer des anses qui masquent
plus ou moins complètement la partie
initiale ou caecale des tissus sémini-
fères (d). Le nombre des caecums qui
doivent être considérés comme l'ori-
gine de tous ces tubes est en général
de 2 Ã 7 (e)par lobe ; on n'en rencontre
que rarement dans le voisinage du
corps d'tiighmore.
(4) Appelé rete testis, rete vascu-
lorum.
(a) Kôllikcr, Traité d'histoloijie, p. 555.
{b) Laulli, Op. cit., p. 44.
(cj Sappcj-, Op. cit., t. III, p. 55G.
(d) Laulh, Op. cit., pi. 4, \ig. 5 ; pi. 'S, lig. 19.
— Kollilicr, Éléments d'histologie, p. 354, fig. 260.
(e) Sappey, Op. cit., t. III, p. 559.
16 REPRODUCTION.
rents du testicule (1), qui, au nombre de 7 Ã 15, traversent la
tunique albuginée pour pénétrer dans l'épididyine (2).
Chez les autres Mammifères, on rencontre quelques variations
dans l'arrangement des canalicules spermatiques (3) et dans la
disposition des parties accessoires du testicule, particulièrement
(1) VasaGiciafiana, scu vam eff'e-
reniia testis.
(2) Les artères des testicules, connue
je l'ai déjà dit, sont logées dans le
cordon spermatiquo et pénètrent dans
ces glandes par le corps d'Higlimore.
Quelques branches superficielles che-
minent dans l'épaisseur de la tunique
albuginée; mais les autres s'avancent
davantage vers le centre, puis rayon-
nent vers la circonférence en suivant
les cloisons interlobulaires, et leurs
divisions forment autour des cana-
licules spermatiques un réseau Ã
longues mailles.
Les veines accompagnent les ar-
tères, et, en remontant le long du cor-
don pour aller gagner le tronc de la
veine cave abdominale, elles forment
un plexus appelé vaisseaux patnpini'
formes.
Les vaisseaux lymphatiques des tes-
ticules sont également très-dévelop-
pés, et suivent le cordon pour se
rendre aux ganglions lombaires (a).
(3) Chez le Lapin, chaque lobule du
testicule a la forme d'une longue ban-
delette repliée sur elle-même et con -
slituée par deux tubes sécréteurs
extrêmement longs, repliés de façon Ã
former de nombreuses anses, et mar-
chant en sens contraire pour se réunir
au miheu du paquet et donner nais-
sance à un canal unique, lequel se
jette dans le rete testis, sans se réunir
préalablement à ses congénères (b).
M. Marliu Saint-Ange pense que ces
conduits vont déboucher dans un ré-
servoir situé sur le bord interne du
testicule, et dont partiraient six ou
sept petits canaux qui, après s'être
anastomosés entre eux, constitueraient
l'épididynic (c); mais' le réservoir hi-
termédiairc dont il est ici question ne
me paraît pas exister.
Chez le Sumndol, la structure inté-
rieure du testicule est plus simple, et
la tunique albuginée de cette glande
est si transparente, qu'elle permet de
voir la disposition des vaisseaux sper-
matiques qu'elle renferme. Ces tubes
sont placés parallèlement entre eux
dans une direction perpendiculaire
à l'axe du testicule, cl lorsqu'ils arri-
vent à la surface de l'organe, ils se
recourbent brusquement pour revenir
sur eux-mêmes dans une direction
opposée ; ils paraissent ne pas se ra-
mifier ni s'anastomoser, et ils percent
la tunique albuginée en nombre con-
sidérable, pour aller former l'épidi-
dyme ((/).
(a) Paiiizza, Osservaiioni antropo-iootomicù-tisiologiche, pi. 8.
— Liidwig et 'Ionisa, Die Lymfwege des [lodens und ihr Verhdltniss xic den Blul-und-
Samen-gefdssen {Silzungsbericht der Akad. der lV'isse/!«c/t., Wien, 1861, I. XLVI, p. 221, pi. J).
(6) Lereboullet, Op. cit., p. 10, pi. 1, lig. 1.
(c) Martin Saint-Ange, Op. cit., p. 8.
(d) Prévost et Dumas, Sur l'appareil géndratcur des Animaux indien iÀiin. des sciences nal ,
i8'24, t. I, p. nS, pi. 11, lig. 8 et U).
Al'I'ARKIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 17
dans la forme du corps d'Highmorc (1); mais l'étude de ces
détails n'a été que peu approfondie, et n'offre pas assez d'im-
portance pour que nous nous y arrêtions ici.
Vépidiclyme est un corps d'apparence glandulaire, qui se EHiHjmo
trouve accolé ou suspendu au testicule, et qui fait partie des
voies séminifères. Chez l'Homme, il est piriforine, replié en
manière d'anse, et appliqué directement sur le testicule, auquel
il adhère par ses deux extrémités. Son extrémité supérieure,
(pii est renflée, est désignée cominnnément sous le nom de
tête, et l'on appelle queue la portion atténuée qui le termine
inférieurement.
En y pénétrant, les canaux efférents du testicule se resser-
rent beaucoup et décrivent de nombreuses circonvolutions, de
laçon à former un cerlain nombre de paquets coni(]ues (2) dont
la réunion constitue le renflement lobiforme dont je viens de
parler sous le nom de tête de l'épididyme. Ces mêmes vais-
seaux se réunissent ensuite entre eux successivement, et don-
nent ainsi naissance à un tronc commun, qui augmente peu
à peu de calibre et se pelotonne sur lui-même d'une manière
pres({ue inextricable. Chemin faisant, ce conduit évacuateur
reçoit une branche accessoire provenant d'un petit appendice
constitué par un tube de même apparence, qui se termine en
cul-de-sac, et qui est pelotonné comme le reste de l'épidi-
dyme (3). Enfin, dans la portion caudale de l'épididyme, le
tronc commun devient de moins en moins flexueux, et à quel-
(1) Pour plus de détails au sujet de le testicule, et font saillie à rcxtréniiié
la disposition du corps d'Highmore et supérieure de cette glande, au-dessous
des cloisons qui en partent, je renver- de l'origine de Tépididynie.
rai aux observations de Duvernoy {a) (3) Ce diverticulum a été désigne
et aux traités d'anatomie humaine (6). sous le nom de vas aberrans [nw
(2) Ces corps pyramidaux, ou cônes llaller, et de conduit déférent borgne
séminifères, ont la pointe dirigée vers par A. Cooper.
(a) Cuvior, Analomk comparée, I.VIII, p. 107.
'b] Voyez l'Atlas de MM. Bluh, Bunauiy ot Biocii, l. 111, pi. dO.
IX. 2
18 UEPRODUCTION.
que distance du testicule il constitue un tube presque droil, qui
a reçu le nom de canal déférent. Ce conduit évacuatcur, de
même que l'épididyme, est revêtu d'une tunique (iijreuse, et
entre cette enveloppe et la membrane muqueuse qui en forme
la paroi propre (1), on trouve une couche de libres musculaires
lisses (2) et un plexus de nerfs très-forts (3). 11 remonte dans
l'épaisseur du cordon spermatique, vers l'aimeau inguinal,
traverse cet orifice pour pénétrer dans la cavité abdominale ;
puis plonge dans le bassin, gagne la partie postérieure et in-
férieure de la vessie en se rapprochant de son congénère ;
enfin, après s'être réuni avec un organe accessoire sur lequel
je reviendrai bientôt, et après avoir changé encore une fois
de nom (7i), il va déboucher dans le commencement du canal
de l'urèthre, sur les côtés d'une petite éminencc appelée verii-
montamim ,
La forme de Tépididynic varie beaucoup chez les divers Mam-
mifères, et parfois sa portion caudale semble occuper presque
toute la longueur du conduit évacuateur, car celui-ci est très-
fluxueux jusqu'auprès de son extrémité uréthrale. Celte dispo-
sition est surtout remarquable chez les Mammifères dont les
(1) CcUc uieinbranc muqiieiiso est la portion pelvienne du canal défcrcnl,
blanche et plissée longiludinalemcnt ; et envoient des branches dans la sub-
elle offre dans sa partie intérieure stance du testicule ; ils paraissent venir
une foule de petites dépressions qui tous des plexus vésicaux latéraux et
lui donnent un aspect réticulé, et elle moyens, du plexus hémorrhoïdal et du
est revêtue d'une couche de tissu épi- plexus bypogaslrique (6).
thélique pavimenteux, (Zi) La portion terminale du canal
(2) Cette tunique musculaire se déférent qui est commune à ce conduit
compose principalement de libres Ion- et à la vésicule séminale a reçu le nom
gitudinales; à sa partie moyenne on y de conduit éjaculateur, mais celte
trouve aussi des hbres circulaires ou distinction, qui peut être utile dans
obliques. Les éléments de ce lissu sont Tanalomie descriptive de l'homme,
des fibres-cellules rigides et pâles (o). n'est pas applicable à la plupart des
(3) Ces nerfs sont nombreux dans Mammifères.
(a) liôllikcr, Éléments d'hisloIO(jie, p. 562.
(()) Swai:, JServes of the htiman Budij, jil. 5 cl <j.
— Ki-ause, Op. cil. (Mullcr's Archiv fur Anal, und PhysiuL, 1S37, j). 30).
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 19
testicules restent dans l'intérieur de l'abdomen. Il est aussi Ã
noter que le volame de l'épididynie est très-considérable chez
certaines espèces, et que dans quelques cas ce corps, au lieu
d'élre appliqué directement contre le testicule, s'y trouve
suspendu par un pédoncule étroit et assez long, formé par les
canaux efférents de cette glande : par exemple, chez les Mar-
supiaux et les Monotrèmes (1).
Chez plusieurs Mammifères , le canal déférent change de
structure vers sa partie inférieure, et y présente une disposition
très-analogue à celle que nous avons déjà rencontrée dans la
partie correspondante de l'oviducte chez les Oiseaux, les Rep-
tiles et les Poissons cartilagineux, où cette portion constitue un
utérus ou un organe analogue destiné à fournir aux ovules des
produits complémentaires. En effet, des organes sécréteurs
se développent dans l'épaisseur de cette portion terminale du
conduit évacuateur de la semence, et y déterminent parfois un
renflement très-remarquable. Le Cheval est un excellent exemple
pour l'étude de cette zone du canal déférent (2), dont le mode
d'organisation est analogue chez quelques Ruminants, tels que
(1) Chez rOrniihorhynquc (a) el glanduleuse du canal déférent est net-
cliez l'Echidné (h) , l'épididynie est lemcnt séparée de la partie précé-
énornie, et ne tient au testicule que dente du même conduit, et elle a la
par le pédoncule dont il est question forme d'un gros boudin cylindrique (rfj.
ci-dessus, el par un ligament mem- Le tube qui en occupe Taxe n'est
brancux, situé inférieurement à son gahre élargi, mais ses parois sont ex-
extrémité opposée. Chez les Marsu- trèmement épaisses.
piaux, l'épididynie n'est pas aussi dé- Chez l'Éléphant, le conduit déférent
veloppé, mais il est également éloigné forme dans ce point une ampoule glo-
du testicule (c). buleuse très-considérable, qui adhère
(2) Chez le Cheval, cette portion à son congénère (e).
(îx) Mccltel, Omitliorhynchi paradnxi descr. anat., pi. 8, fig. 2.
— Martin Saint-Aiigo, Op. cit. [Mém. de l'Acad. des sciences, Sav. élvang., l. XIV, i>l. 5, fig. 1).
(6) Ciivier, Anatomie comparée, i'° édit., t. V, pi. 51, fig. 2 et 3.
— Martin Saint-Ange, loc. cit., pi. 7", fig. 1.
(c) Exemple : le Didelphe crabicr ; vnypz Martin Saiiit-Angc, loc. cil., p!. 3, fig. 2.
(d) Voyez Cliauvcaii, Analomic comparée des Animaux domestiques, p. 782, p. lOR.
(e) Olivier, Analomie comparée, t. VIII, p. 127.
Canal
Jéforcnl.
20 HEl'RODUCTION.
Je Bélier. Chez divers Rongeurs, la portion terminale de ces tubes
est entourée d'un anneau de glandules (1), et chez l'Homme
on reconnaît encore des indices de ce mode d'organisation ;
mais chez les Carnassiers, les organes sécréteurs en dispa-
raissent presque complètement et n'y produisent qu'un cpais-
sissement à peine sensible ("2).
Il est aussi à noter que chez quelques Mammifères les deux
canaux délerents, au lieu de se rapprocher sim[)lemcnt l'un
de l'autre, se soudent entre eux à leur extrémité inférieure,
de façon à ne former dans ce point ([u'un cylindre unique et
médian, bien que leurs cavités restent distinctes. Presque tou-
jours ils débouchent isolément dans rurèthre, mais parfois ils
se confondent complètement vers le bout, et communiquent
avec le canal génito-urinaire par un orifice commun situé sur la
ligne médiane (3).
Vésicules (]hez plusieurs Mammifères, l'Homme par exemple, la por-
tion subtcrminale de chacun de ces conduits évacuateurs du
sperme porte latéralement un organe appendiculaire qui rem-
plit à la fois les fonctions d'un réservoir pour la semence, et
d'un instrument de sécrétion dont les produits se mêlent à ce
(J) Chez les Rais (a), par exemple. de Tlnde, et représentée par cet ana-
Chez le Castor, 1j portion glanduleuse tomiste dans un dessin appartenant Ã
de ce conduit est fusiforme (^),et chez la bibliothèque du Muséum, mais elle
le Hamster elle est plus développée (c). n'est ])as constante; car M. Owen ne
(12) Chez le Chien, on aperçoit encore l'a pas trouvée dans l'individu dont
quelques traces de ce renflement glan- il a lait l'anatomie (e). Pallas en a
dulaire {d). signalé aussi l'exislence chez un Ron-
(3) Cette disposition a été constatée gcur très-voisin du Lièvre, le Lago-
par Vicq d'Azyr chez le Rhinocéros mys ogotona (/").
(n) Duvevnoy et LerebouUet, Idoles sur les Mammifères de l'Algérie (Mém. de la Soc. d'hist. nal.
de Strasbourg, t. III|.
{[)} Wcbcr, Zusâtzeiur Lehre vom Dau und von den Verrichtungen der Geschlechtsorgane,
y]. {Abhandlung bei Begriindung der Sâchsischen Gesellschaft der Wissetischaflen , Leipsi^,
1S4C).
(c) Pallas, Novœ species quadrupediim e Glirium ordine , 1778, pi. 17, fig. 1.
{d) Weber, loc. cit., pi. 7, %. 2.
{fil Owpn, On Ihe Anatomy of the Indian Rhinocéros {Trans. of the Zool. Soc, 18i')2, i. 1\',
1^ 49, pi. 10 et 17, W'j;. 4).
(/'J l^alla>, NoViC specics quadrupedum e Glirium ordine, 1778, p. 08, pi. 4, L!, li-. 15.
féminales.
Canal
Je i'urèiliro.
AI'PARFIL DR LA GÉNÉRATION DF.S MAMMIFÈRES . 51
liquide. On désigne ces organes sous le nom de vésicules sémi-
nales, et l'on appelle conduit éjaculateur le canal excréteur qui canai
' ' VA tjacukiteuf,
leur est commun avec le conduit déférent, et qui parait être
tantôt la continuation directe de celui-ci, d'autres fois un complé-
ment de ce même tube fourni par le col allongé de la vésicule.
Dans tous les cas, le canal déférent, ou le canal éjaculateur qui
y fait suite, va s'ouvrir dans l'urèthre. Il est aussi à noter que
les fibres musculaires logées dans l'épaisseur des parois du
canal éjaculateur sont plus développées que celles de la portion
précédente du canal déférent. Quant aux vésicules séminales,
je n'en parlerai pas avec plus de détail en ce moment, me
proposant d'y revenir lorsque je traiterai de l'ensemble des
organes sécréteurs qui se trouvent dans la même région.
§ 6. — Ainsi que je l'ai déjà dit, chez tous les Mammifères,
l'appareil excréteur des testicules, constitué d'abord par des
canaux qui sont des dépendances directes de ces glandes, se
complète par voie d'emprunt, en utilisant une portion du conduit
évacuateur de l'urine. En effet, les canaux déférents débouchent
toujours dans l'urèthre, plus ou moins près de la vessie, et le
sperme ne peut arriver au dehors qu'en traversant le tube qui
est spécialement destiné à livrer passage à l'urine. Toujours
aussi ce conduit génito-urinaire, qui fait suite à la vessie, et qui
est constitué comme celle-ci par une membrane muqueuse,
pourvue d'une couclie épaisse de tissu epithélique et entourée
de fibres musculaires (1), est en connexion avec un appendice
(1) La couche inusculeuse du canal tissu fibreux ordinaire et du tissu
de l'urèthre se compose principale- conjonctif (a).
ment de fibres lisses, et renferme du D'autres libres musculaires qui sont
[a] Kôlliker, Beitrage zur Kenntniss der glalten Muskelii [Zeitsclirift fur tvissenschafl.
Zoologie, 1848, t. I, p. 67 el suiv.).
— Hancock, On the Physiuloijij of the maie Vnthra (Lancet, 1852). — Structure of the
Urethra, 1852.
— Ellis, An Account of tlie Arrangement of Ihe muscidar Substance of ihe Urinary and
cirtain of the Cenerathe Organs of the human Bodg [Medico-cltirurgical Transactions, t. XXXIV,
p. 3ï7).
— L'ffelinann, Zur Anatomie der llainruhre {Zeilschr. fur rat. Med., 180.<, i. X\1I, [>. 2j*i.
22 REPRODUCTION.
copulateur tubulaire. Ce dernier canal appartient parfois exclu-
sivement à l'appareil génital, et ne sert pas à l'évacuation de
l'urine; mais en général l'appareil urinairc, après avoir été
mis à contribution pour compléter les voies excrétoires de l'ap-
pareil génital, emprunte la portion terminale de ces dernières
pour se compléter à son tour, et alors l'urèthre se compose de
deux portions dont la seconde fait suite à la première et constitue
avec elle un tube unique. Le canal génito-urinaire, dépendant
de l'appareil rénal, forme ce que les analomistes désignent
souvent sous le nom de portion pelvienne^ ou de portion mem-
braneuse de l'urèthre ; le (Conduit qui y est ajouté et qui sert
toujours au passage de la semence, mais n'est pas toujours mis
au service de l'excrétion urinaire, est la portion spongieuse de
l'urèthre^ ou canal de la verge.
Cette diversité d'origine des deux portions du canal , qui
d'ordinaire sert alternativement à l'évacuation, soit de l'urine,
soit de la liqueur séminale, est mise en évidence par le mode
d'organisation des Monotrèmes. Chez ces Mammifères sin-
guliers, le conduit commun fourni par l'appareil urinaire, et
correspondant à la portion membraneuse de l'urèthre, va dé-
boucher dans le cloaque; le canal du pénis s'y embranche près
de son extrémité inférieure, mais ne donne pas accès à l'urine ;
ce liquide est versé directement dans le cloaque, et la portion
spongieuse de l'urèthre n'entre en fonction que pendant le coït,
striées, et qui se contractent sous Tin- iiiée entre les deux feuillets du fascia
fluence de la volonté, sont coniiguës à profond du périnée agit de la sorte, cl
la portion membraneuse de l'urèthre fournit à ce canal une expansion dont
et en déterminent la constriction. J. Millier a décrit la disposition avec
Ainsi une couche charnue mince si- soin (a).
(a) Voyez Sar.loiini, Septemdecim Tabulai, tab. xv (Op. pos(h., edit. Cirandi, 1775).
— Wilson, Description of the Muscles surrounding part of the Urethra [Medico- ehirurg .
Transactions, 1815, t. I, p. 175).
— Guihrie, Anatomy and Diseases of the. Urinary Organs, 183G, p. 30 et suiv.
— J. Millier, L'eber die organischen Nerven der ercctden mannlichen Geschleehtcorgane
(Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1835).
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES 5L\MMIFÈRES. 23
lorsque, par l'effet de la turgescence du tissu ércclile circon-
voisin, son orifice supérieur se dilate pour recevoir le sperme,
et qu'en même temps l'orifice urinaire ou cloacal se trouve
fermé par l'action des muscles adjacents (1).
Dans certains cas tératologiques, on a vu quelque chose
d'analogue chez l'Homme: le canal de l'urèthre débouche au
dehors par une fissure située au périnée, derrière la racine de
la verge, et ce dernier organe ne servait plus à l'excrétion de
l'urine (2). Mais dans l'état normal chez fous les Mammifères,
à l'exception des Ornithorhynques et des Echidnés, il n'existe
aucune ouverture dans les parois de la portion membraneuse de
l'urèthre, et ce canal se continue sans interruption avec la portion
spongieuse du même conduit, qui va se terminer à l'extrémité
de l'appendice copulateur. Quehptefois, chez le Sanglier par
exemple, la portion membraneuse de l'urèthre débouche à la
partie supérieure d'un cul-de-sac formé par l'extrémité supé-
(1) Ainsi, cliez rOrnitliorhynque ,
dont les organes mâles ont été très-
bien représentés par Meckel, la portion
membraneuse de l'iirètbre, ou canal
nrélhro-génilal, reçoit comme d'or-
dinaire les canaux déférents vers sa
partie supérieure, mais déboucbe di-
rectement dans le cloaque un peu
au devant de Textrémité du rectum,
de façon à verser directement l'urine
dans cette portion terminale du tube
digestif (a). Le pénis naît à la portion
inférieure du canal uréthro-génital, et
dans l'état de repos cet appendice est
logé dans une grande poche pré-
putiale qui s'ouvre dans le cloaque, Ã
quelque dislance au-dessous de l'ori-
fice urinaire; il est bifurqué vers le
haut et traversé dans toute sa longueur
par un canal étroit qui naît du conduit
urétbro-génital près de la terminaison
de celui-ci, et se divise inférieurement
en deux branches pour aller s'ouvrir
au deiiors, à l'extrémité de chacun
des glands formés par la bifurcation
du pénis. Chez l'Echidné, la dispo-
sition des organes copulateurs est e'i
peu près la même que chez l'Orni-
ihorhynque , si ce n'est que chaque
branche terminale du pénis se in-
furque, en sorte que le canal génital
débouche au dehors par quatre ori-
fices (6).
(2) On donne le nom iVhypo^padias
ù celte monstruosité, qui parfois si-
mule l'hermaphrodisme.
{a) Meckel, Ornithorhynchi paradoxi descriptio anatomica, p. 50, pi. S, fi^-. 2, 3 cl 4.
— Martin Saint-Ansro, Op. cit. (Mém. de IWcad. des sciences, Sav. élninij, t. XIV, p. 30,
pl. 5, lig. 1-4).
(6) Martin Saint-Ange, Op. cit., pl. 7, llg. 1-4.
réilii.
'2/| REPRODUCTION'.
lieure de la portion spongieuse du même canal (1), mais d'ordi-
naire ces deux tubes sont unis bout à bout.
Je rappellerai que la porlion pelvienne ou membraneuse de
l'urèlhre du mâle correspond à la totalité du canal urétla^al chez
les femelles, où l'analogue de l'appendice copulateur reste rudi-
mentaire et n'est pas tubulaire. On y remarque, Ã peu de dis-
tance du col de la vessie, une saillie médiane appelée veru-
montanum ou crête uréthrale{^), qui en occupe la paroi
postérieure et qui est bordée latéralement par des sillons lon-
gitudinaux où débouchent les glandes prostatiques.
La porlion suivante du canal de l'urèlhre, qui appartient plus
directement à l'organe copulateur, fait jjarlie de l'appendice
érectile appelé pénis, lequel est destiné à pénétrer profondément
dans l'appareil femelle et à y porter la liqueur fécondante.
§ 7. — Le pénis, ou verge des IMammifères, est toujours
situé en avant ou au-dessous de rorifice anal; mais sa position
est d'ailleurs sujette à des variations assez grandes, que l'on
peut rapporter à cinq types principaux. Ainsi, dans la grande
division des ^lammifères Didelphiens, c'est-à -dire chez les
.Monotrèmes elles Marsupiaux, cet organe est logé dans l'in-
térieur du cloaque et ne parait pas au dehors quand le muscle
sphincter est contracte (3). Cliez beaucoup de Rongeurs, les
Lièvres et les Rats par exemple, il se dirige en arrière et va
aboutir tout près de l'anus, sans être cependant compris dans
l'espèce de bourse formée par le sphincter. Chez la plupart des
.^tammifères, il s'avance jusqu'au pubis, et ensuite on le voit
(1) Une disposition analogue existe (3) Ainsi, chez la Sarigue de Vir-
cliez les Uuminanls. ginie, l'orilicc du fourreau de la verge
(2) Les analomistes désignen' aussi se trouve imméilialement en avant
cette crête médiane sous les noms de de l'ouverture anale (a) et est coni-
capitt GaUinaijinii> et de coIUcu'ms pris dans le même sphincter.
seininalin.
>
{a} Hunier, voyez Catal. of the Mus. o( the Coll. of SwQeons, Physlot. Séries, t. IV, (il. 51.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 25
tantôt se recourber en arrière ou en dessous, pour se terminer
aussitôt ou pour se rapprocher de l'anus, ainsi que cela a lieu
chez divers Rongeurs (1) ; d'autres fois s'avancer vers l'ombilic
dans un repli de la peau, qui le lient suspendu sous la ligne
médiane de l'abdomen, ou bien devenir libre et pendant au
devant de l'arcade pelvienne (2). Cette dernière disposition ap-
partient aux Quadrumanes et aux Chéiroptères, aussi bien qu'Ã
l'Homme (3); mais le mode d'organisation précédent est le
plus ordinaire. En eiïet, la verge est fixée sous l'abdomen par
un fourreau adhérent, chez les Carnassiers terrestres et aqua-
tiques, les Proboscidiens, les Solipèdes, les Pachydermes, les
Ruminants et les Cétacés (4). il est aussi à noter que dans ce
dernier cas, cet organe se dirige d'ordinaire en ligne droite
d'arrière en avant, mais quelquefois sa longueur est trop
considérable pour qu'il puisse se loger ainsi dans sa gaine cu-
tanée, et alors il s'y infléchit de façon à y décrire une ou plu-
sieurs courbures. Chez l'Éléphant, par exemple, la verge se
replie en forme de double S italique (5).
(1) Clioz rAgouti, cette courbure de
la verge est très- remarquable (a).
(2) La base de la portion libre de la
verge est fixée au pubis par des ex-
pansions fibreuses appelées ligaments
. suspenseurs du pénis. Quelquefois ces
ligaments sont renforcés par des fibres
contractiles, qui constituent une paire
de nuiscles releveurs de la verge : par
exemple, chez les Cynocéphales.
(3) Un mode de conformation ana-
logue se voit aussi chez le Dugong (6).
(4) La verge est suspendue à la
paroi de l'abdomen par du tissu con-
jonctif plus ou moins fort, qui se trans-
forme même en un ligament élastique,
lorsque le poids de cet appendice de-
vient très-considérable, comme chez
l'Eléphant. 11 existe aussi une paire
de muscles élévateurs du pénis chez
certains liongeurs, tels que les Lièvres
et les Cochons d'Inde et chez certains
Marsupiaux.
(5) Chez les Piuminants, la verge,
dans l'état de rétraction, se recourbe
aussi à sa base, et cette disposition est
déterminée principalement par l'action
d'une paire de muscles qui s'implan-
tent latéralement sur le corps caver-
neux, et qui se rendent au bord de
l'anus, où ils se continuent avec des
cordons fibreux dont l'extrémité pos-
(a) Hunter, voyez Catal. of the Collège of Suvgeons, Physiol. Séries, t. IV, pi. 52 et 5.
[b] Quoy et Gaimard, Voyage d» t'Aslrulalie, Mammifères, pi. 27, lîg. i et (!.
26 REPRODUCTION.
La portion de la peau qui avoisine l'extrcmilé libre de la
verge se réfléchit en dedans pour se continuer avec la mem-
brane muqueuse qui revêt cette extrémité, et pour former ainsi
une espèce de gaine ou de sac appelé jorep^ce, dans l'intérieur
duquel cet organe se retire d'ordinaire pendant l'état de repos,
mais dont il se dégage lors de l'érection. Sou vent ces changements
sont aidés par l'action démuselés particuliers, appelés rétrac-
teurs et protracteurs du fourreau, chez le Bœuf par exemple (I).
En général, le pénis est à peu près cylindrique dans toute sa
longueur, mais, ainsi que nous le verrons bientôt, son extrémité
varie beaucoup dans sa forme, et parfois se bifurque plus ou
moins profondément.
De même (juc chez certains Reptiles et Oiseaux dont il a été
question dans la dernière leçon, le pénis des Mammifères est
formé principalement par le corps caverneux, organe qui est
composé de deux cylindres de tissu érectile, réunis plus ou
moins intimement entre eux de façon à offrir à leur face pos-
térieure une gouttière ou canal médian ; mais le conduit ainsi
Icrieurc est fixée au sacrum. ïlilnier a
tii-s-bien représenté ces muscles ré-
tracteurs de la verge chez la Clièvre (o),
mais Ciivier paraît les avoir confondus
avec les rétracteurs du prépuce. Chez
le Cheval, ces muscles sont repré-
sentés, et on les désigne communément
sous le nom de cordons snspenseurs
de la verge (b). Chez l'Eléphant, ces
muscles manquent, ou plutôt sont re-
présentés par les muscles qui ont été
considérés par quelques anatomistes
comme étant des élévateurs de la
verge, et qui naissent du pubis pour
aller s'attacher au gland (c).
(1) Les muscles rétracteurs du four-
reau consistent en une paire de mus-
cles qui s'avancent sur les côtés de la
verge, de la région périnéenne jus-
qu'au manchon prépulial, et qui le
tirent en arrière. Les muscles pro-
tracteurs du fourreau, composés de
plusieurs languettes, naissent des pa-
rois de l'abdomen en avant de l'ou-
verture préputiale, et se réunissent
sur le bord postérieur de ce pli cu-
tané, de façon à constituer une sorte
de sphincter en forme d'anse. Ces divers
muscles ont été très-bien représentés,
chez le Bœuf, par M. Chauveau (d).
[a] Voyez Catalogue of the Muséum of ihe Collège of Surgeons, Physiol. Séries, t. IV, p.l. 5G.
(6) Voyez Chauveau, Traité d'anatomie comparée des Animaux domestiques, p. 788.
(c) Camper, Description anatomique d'un Éléphant mâle, p. 34, pi. -i, fig. 1.
{d) Cliauvoau, Traité d'anatomie cumparéc des Animaux domestiques, p. 789, llg. 200.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 27
constitué, au lieu de servir directement au passage de la liqueur
fécondante, loge un tube particulier qui reçoit ce liquide de la
portion pelvienne de l'urèthre et le porte au dehors. Ce tube est
susceptible d'entrer dans un état de turgescence comme le corps
érectile auquel il est uni, et il constitue le canal dont j'ai déjÃ
parlé sous le nom de portion spongieuse de l'urèthre. Son extré-
mité est d'ordinaire plus ou moins renflée et est appelée gland.
Une enveloppe commune de structure fibreuse et très-élastique
entoure ces parties et les réunit entre elles (i). Enfin, chez
un grand nombre de Mammifères, l'appendice copulateur est
renforcé par un os dii pénial, qui est logé dans sa profondeur
et (]ui en augmente la rigidité. Nous passerons en revue ces
différentes parties.
Les deux cylindroïdes qui constituent le corps caverneux
sont écartés entre eux à leur extrémité postérieure, et y forment
à la base du pénis deux prolongements, que les analomistes
désignent sous le nom de racines de la verge. Presque toujours
ces parties initiales du corps caverneux sont de forme conique, et
sont solidement fixées aux branches ischio-pubiennes du bassin ;
enfin des muscles appelés ischio-caverneux les recouvrent en
grande partie, et, lorsqu'ils se contractent, les compriment (2).
Chez les Cétacés, où le bassin est rudimentaire, les racines de la
verge ne sont pas amincies de la sorte, mais elles adhèrent non
moins intimement aux os pelviens (3). Enfin, chez les Mar-
' Corps
caverneux.
(1) On désigne ceue tunique fibreuse
sous-cuinnée sous le nom de fascia
â– pp.nis. En avanl, elle se perd sur la
surface du gland, et en arrière elle
se confond avec les aponévroses du
périnée, des aines et du pubis. On y
distingue deux plans de fd^res (a).
(2) Les muscles ischio-caverneux
naissent du bord interne de la tube-
rosité de l'ischion, et se dirigent en
avant sur les côtés du périnée, pour
aller embrasser les racines de la verge.
Chez rilomme, ils sont grêles et médio-
crement allongés (6) ; chez l'Éléphant,
ils sont fornrés de quatre portions.
(3) Ce sont principalement les mus-
fa) Lacaucliie, Traité d'hydrotomie, 1853, p. 50.
[b) Voyez Bourg-ery, Anatnmie de l'Homme, I. II, pi. iOi.
58 RKPRODtCTION.
supiaux, elles sont libres, et ne tiennent à l'ischion que par le
tendon du muscle ischio-caverneux , qui enveloppe chacune
d'elles. 11 est aussi à noter que chez les Kanguroos elles se
bifurquent. Dans le reste de leur étendue, les deux moitiés du
corps caverneux sont intimement unies entre elles. D'ordinaire
elles offrent à leur face inférieure, sur leur ligne de jonction, une
dépression en forme de gouttière, qui loge la portion spon-
gieuse de Turèthre, mais quelquefois les bords de ce sillon se
rencontrent en dessous, de façon à le transformer en un canal
qui engaîne com|)létement le corps spongieux (1). Ce mode
d'organisation exceptionnel existe chez les Kanguroos.
Les corps caverneux sont constitués essentiellement par une
sorte de cliar[)ente fibreuse et des réservoirs sanguins. La
char[)ente fibreuse se compose d'une tunique extérieure ou
gaîne, et d'une multitude de trabéculcs qui se détachent de la
paroi interne de cette gaîne, et se réunissent entre eux de façon
à circonscrire incomplètement une foule de petites aréoles
en .communication les unes avec les autres. La tunique est
composée de tissu conjonclif et de tissu fibreux élastique ; son
épaisseur varie beaucoup suivant les espèces et devient parfois
très-considérable, chez les Cétacés surtout ; elle est d'un blanc
opaque, et l'on y remarque de nombreux i)ertuis qui livrent pas-
sage aux vaisseaux sanguins. Sur la ligne médiane, où les deux
corps caverneux sont intimement unis entre eux, les portions
adjacentes de cette enveloppe se confondent, et constituent au
milieu du pénis une cloison longitudinale plus ou moins in-
cles iscliio-caveineux qui lixent les (1) Il en résulte que dans une sec-
racines de la verge aux os slylifornies lion transversale de la verge, le corps
dont se compose le bassin rudinicnlaire caverneux affecte une ligure annii-
des Cétacés (a). laire (6).
(a) Exemple : le Marsouin ; voyez Hunier (Catalogue of llie Muséum of the Collège of Surgeons ;
Plajsiol. Séries, t. IV, pi. 47 et 48). — Carus et Otlo, Tab. Anat. compar. illustr., pars v, pi. 'J,
fig. 1.
(6) Cuvier, Leçons d'anatomie comparée, i" ('•liit., i. V, pi. i9, fii^-. 3.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 29
romplèle. Souvent elles disparaissent même entièrement dans
ce point, de sorte qu'il n'existe dans l'intérieur de la verge
aueune cloison médiane, et qu'il ne semble y avoir qu'un seul
corps caverneux impair. Cette dernière disposition se rencontre
chez la plupart des Pachydermes, les Ruminants, les (Cétacés,
l'Ours, le Blaireau, et quelques Quadrumanes, tels que le Saï.
f.a cloison est au contraire complète chez d'autres Singes (1),
le Chien, le Rhinocéros, etc. Enfin, elle existe d'une manière
partielle chez l'Homme, chez plusieurs Singes, tels que les
Cynocéphales, et chez les Makis (12).
Les trabécules qui subdivisent en aréoles la cavité générale
du corps caverneux, consistent en filaments et en lamelles de
couleur rougeatre, formées de tissu conjonctif, de fibres élas-
tiques et de fibres musculaires lisses (3). Beaucoup d'entre
(1) Une cloison coniplèle a ilé con- (3) Depuis les premières observa-
stalt^e chez le Callilrichc et chez le lions de Vésale et de Malpighi sur la
Mandril (a). struclurc du pénis, la disposition gé-
(2) Chez la plupart des Cercopi- néralc dos trabécules du tissu caver-
Ihèques, la cloison ne s'étend pas au neux, et des cavités qu'elles circon-
delà de la partie moyenne du corps scrivent, a été étudiée par beaucoup
caverneux. d'auteurs [h) ; mais on a été en désac-
(a) Ciuier, Anatomie comparée^ t. VIII, p. 20r>.
(b) Vésale, De corporls liumani fabrica, lib. V, cap. XIV, p. G29.
— Malpiglii, Opeva omnia, t. U, p. 221 .
— Hunier, Observ. on Ihe Animal Œconomy, et Œuvres, Irad. par Riclielot. t. IV, p. 93.
— G. Duvernoy, De pinguedine, prosUitx musculis, nervis, vasis sanguineis, corporibus
nerveo-sponowsis, eorumquc septo; balano pénis; urelhrcc bulbo, ejusque coijore spongioso
{Comment. Acad. scient. PetropoUlanœ, 1729, t. Il, p. 372y.
— Cuvier, Anatomie comparée, i" cilil., t. V, p. 204.
— Tiedeniaiiu. Ueber den sclnuammigen Kbrper der Piuthe des Pferdes (MockaVs Deutsches
Archiv far die Physiologie, 1816, l. II, p. 95, pi. 3, lit;-. 1-3). — Notice sur les corps caver-
neux, etc. (Journal complémentaire du. Dictionnaire des sciences médicales, t. IV, p. 283).
— Ribes, Exposé sommaire de quelques recherclies anatomiques (il/m. de la Société médicale
d'émulation, t. VI!!, p. 005).
— Moresclii, Comment, de urethrœ corp. spong. glandisque structura, 1817.
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— EUis, Op. cit. (Medico-chirurgical Transactions, t. XXXIX).
— Langer, Ueber das Gefâsssystem der mdiinlichem Schwellorgane (Sitziingsbericht der Wiener
.Midd., 1803, t. XLVI, p. 120).
— .\insi que plusieurs autres analomisles dont les noms sont citci plus bas.
âO REI'RODUCTION.
elles renferment des vaisseaux sanguins, et leur surfaee est
garnie partout d'une couehe de tissu épithclique qui adhère
intimement aux parties sous-jacentes. Il en résulte que les
espaces ou méats circonscrifs par cette espèce de charpente Ã
claire-voie sont tapissés par de l'épilhélium, et ces cavités sont
en communication avec le système vasculaire adjacent, de façon
à recevoir le sang dans leur intérieur (1). En effet, les ramus-
coi'd touchant la nature de ces brides.
Leur structure musculaire est particu-
lièrement manifeste chez le Cheval,
et a été démontrée par l'action des
réactifs chimiques, aussi bien que par
la constatation des caractères phy-
siques de ces parties (a). Cela a été
révoqué en doute par quelques ana-
tomistes (6), et il est à noter que la
proportion de tissu musculaire et de
tissu fibreux qui entre dans la com-
position de ces parties varie beaucoup
suivant les espèces. Chez le Taureau,
les parties fibreuses sont très-déve-
loppées (c).
(1) Les anaiomisles ne sont pas
d'accord sur le mode de terminaison
des artères dans le corps caverneux et
dans les antres tissus érectiles. Ainsi
que l'a constaté J. Millier, l'artère ca-
verneuse ne se divise pas dichoto-
miquement, comme le font d'ordinaire
les vaisseaux de même ordre, mais
émet latéralement une multitude de
branches qui se terminent par un bou-
quet de ramuscules. Ces ranniscules
sont en général très-flexueux, et sou-
vent (principalemeut dans l'état de
reposdu tissu érectile)ilssont recourbés
en tire-bouchon, disposition qui leur a
valu le nom iVartères hélicines [d].
Millier croyait qu'ils se terminaient en
cul-de-sac dans rinlérieur des cellules
du corps caverneux, et M. KiiUiker,
tout en reconnaissant que cela n'est
pas, pense que la portion en forme
de doigt de gant à laquelle serait duc
cette apparence, se continue jusqu'au
sinus veineux correspondant sous la
forme d'un canalicule très-étroit (e).
Mais il paraît, d'après les recherches
de MM. Valenlin, Ilenle, Bouget, Sap-
pey, etc., que ces formes sont dues en
majeure partie à la manière dont l'in-
jection ou la dissection ont été faites,
et que les artères dites hélicines, après
s'être recourbées, et quelquefois avoir
formé des anses, débouchent directe-
ment dans les petits sinus du tissu
érectile {[].
i (a) J. Millier, Eericht {Arch. fur Annt., 4 835, p. 28).
(b) Krausu, Anatomische Jicmerkungen (Hecker's Annalen der gesammten Heilkiinde, 1834,
t. XXVni, |i. 141).
(c) Lacauchie, Traité dliydrotomie, p. Gl.
(d) J. Millier, Enldcckung der bei der Ereclion des vidnnlichen Gleides vArksamen Arterien
{Archiv fur Anal, und PhysioL, 1835, p. 202, pi. 3).
(e) Kôlllker, Traité d'histologie, p. 567.
(/") Valenlin, Ueber den Verlaitf der Blutgeftisse in dem Peiiis des Mcnsclicn und einiger
Sâugethiere (Miiller's Archiv, 1838, p. 182).
• — Rouget, Recherches sur les organes érectiles [Journal de jjliysiologic de lirowii-Sénuaril,
1838, t. I, p. 326.
— Sappey, Traité d'analoiiiie descriptive, I. lit, p. 581.
— E. Wilson, art. Penis (Todd's Cyclop. of Anal, und PhysioL, l. III, p. 917).
APPAREIL DE LA GÉNÉP.ATION DES MAMMIFÈRES. âl
Cilles des artères profondes du pénis y débouchent, et elles con-
stituent un vaste système de sinus qui communiquent entre eux,
et se vident dans les troncs veineux circonvoisins par un cer-
tain nombre de courts canaux de décharge appelés veines
émissaires du pénis. Les cellules du corps caverneux sont donc
des réservoirs sanguins très-analogues aux lacunes interor-
ganiques qui, chez beaucoup d'Animaux inférieurs, tiennent lieu
d'une portion plus ou moins considérable du système veineux (1),
et comme leurs parois sont très-élastiques, elles sont suscepti-
bles de se distendre et d'augmenter de capacité lorsque le sang
y arrive plus abondamment que d'ordinaire, ou que des obstacles
s'opposent à l'écoulement de ce liquide dans les troncs veineux
adjacents. Lu substance spongieuse du corps caverneux se gonfle
alors, et quand la gaine hbreuse de ce corps est fortement dis-
tendue, elle devient rigide, état qui constitue l'érection, phéno-
mène sur lequel nous aurons bientôt à revenir. J'ajouterai que
cette partie de la verge est pourvue d'un grand nombre de lilets
nerveux appartenant au système ganglionnaire [2).
(1) Les sinus sanguins du tissu aréo-
laire du corps caverneux pourraient
être considérés aussi comme le résultat
de la dilatation brusque des radicules
veineuses, qui s'anasiomoseraient très-
souvent entre elles, de manière à for-
mer des réseaux, et qui se contour-
neraient très-irrégulièrement de façon
à perdre tout aspect tubulaire (a). Les
observations de Cuvier, sur la struc-
ture du pénis de l'Éléphant et de quel-
ques autres grands Mammifères, ainsi
que les recherches de Tiedeniann sur la
verge du Cheval, sont favorabl s Ã
cette interprétation des choses (6);
mais les cavités en question n'ont pas
de parois propres, et ne sont limitées
que par les trabécules circonvoisines
dont la surface est revêtue d'une mince
couche de tissu épithéliquc.
(2) Le plexus nerveux du pénis du
Cheval et de l'Homme 'a été étudié
avec soin par J. Millier, qui en a
donné de très-belles figures (c).
(a) J. Millier, Ueber die organischen Nerven der erectilen mânnlichen Gesehlechtsorgane des
Menschen uud der Sdugethiere (Mém. de L'Acad. de Berlin pour 1835, p. 121, ji!. 2 et 3j.
(b) Hunier, Obscrv. on certain parts of the Animal Å’conomy, p. 4S,
— Ribes, Expusé sommaire de quelques recherches aiiatomiques {.)Iém. de la Société médicale
d'émulation, l. VII, p. 605).
— E. Wilsoii, art. Penis (Todd's Cijclop. of Anal, and Pkijsiol., t. III, p. 91").
(c) Guvier, Leçons d'analoiuie comparée, t. VIII, p. 204.
— Tietleniaïui, i'eber den schtuammigen Kôrper des Ruthe der Pferdes (Meckcl's Deulsckcs
Archiv fUr die Physiol., 1810, t. II, p. 'J5, pi. ï!, lit;. 1, -2, 3).
32 REPRODUCTION.
roriion La portion spongieuse ou pénienne de l'urèthre, qui s'unit
spongieuse *"" ,
de rûrèihre. OU coFps Ctivemeux de la verge, est également susceptible de
turgescence, et sa structure n'en diffère que peu, si ce n'est que
son axe est occupé par le tube excréteur. On y trouve aussi
une tunique fibreuse (1) circonscrivant un système de petites
aréoles sanguifèresqui sont incomplètement séparées entre elles
par des trabécules délicates, et qui se distendent par l'afflux
du sang dans leur intérieur. Les caractères de ce tissu érectile
qui entoure toute celte portion terminale de l'urèthre ne pré-
sentent aucune particularité importante à noter (^2) ici, mais le
cylindroïde ainsi constitué varie un peu quant à sa forme. Son
extrémité postérieure est renflée, et constitue à l'entrée de la
rainure pratiquée à la face inférieure du corps caverneux, entre
les racines de ce corps ou un peu plus en arrière, une saillie
appelée bulbe de l'urèthre (3). D'ordinaire ce renflement est ova-
laire et médian, mais quelquefois il se divise en deux branches.
Cette dernière disposition est commune aux Marsupiaux (û), et
se rencontre aussi chez quelques Rongeurs, notamment chez
le Rat d'eau (5). 11 est aussi à noter que le bulbe de l'urèthre
repose sur une paire de petits muscles dont les fibres vont de
la ligne médiane du périnée à la partie adjacente des corps
caverneux (6), et qu'il est relié aux branches ischiatiques par
(1) Cette tunique est moins forte (4) Ces deux branches du bulbe sont
que celle des corps caverneux. libres, et chacune d'elles est enveloppée
(2) On peut remarquer cependant par un muscle particulier, comme celi
qu'en général, la substance spon- a lieu pour les racines du corps ca ver-
gieuse de l'urèthre ressemble davan- ncux. Ces muscles paraissent être les
tage à un timple plexus veineux. analogues des muscles transversaux
(3j Quelquefois le bulbe de Turèthrc du périnée,
est placé plus en arrière. Ainsi, chez (5) Chez le Chameau, le bulbe de
les Cynocéphales, il se trouve sous l'urèthre présente aussi les rudiments
l'anus, tandis que les corps caverneux de deux branches,
ne commencent qu'en avant des tube- (6) Ces muscles, appelés éjaculateurs
rosités ischiatiques (a). ou bulbo-caverneux, à raison de leurs
(a) Cuvier, Analomie comparée, 1. Vlil, p. 215.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 3o
des faisceaux musculaires (1). La portion suivante du corps
spongieux est généralement assez grcle, et dans les espèces où
la verge est soutenue par un os pénial très-gros, la couche de
tissu érectile qui y entoure le canal de l'urèlhre disparaît presque
complètement vers le bout de cet appendice; mais en général
elle devient au contraire beaucoup plus épaisse près de l'ex-
trémité de la verge, et donne à cette partie une forme arrondie
ou renflée. Il est aussi à noter que presque toujours le corps
spongieux est intimement uni au corps caverneux dans toute la
longueur de celui-ci (2), et le dépasse plus ou moins à son ex-
trémité pour constituer le gland, partie dont la forme varie
beaucoup suivant les espèces, et sur la disposition de laquelle
j'aurai bientôt à revenir.
rapports anatomiques, sont bien dis-
tincts entre eux chez quelques Mammi-
fères, tels que les Marsupiaux et cer-
tains Rongeurs ; mais (rordinaire ils
sont unis si intimement sur la ligne
médiane, que les anaiomistes les con-
sidèrent comme ne formant qu'un seul
muscle impair. Telle est leur dispo-
sition chez rHomme, où ils recouvrent
la presque totalité de la portion péri-
néenne de Turèthre ; en arrière, ils
s'unissent aux muscles sphincter de
l'anus et transverses du périnée, et
leurs fibres se dirigent obliquement en
avant et en dehors (a). Chez le Cheval,
les deux muscles bulbo-caverneux sont
complètement confondus sur la ligne
médiane, leurs fibres sont transver-
sales, et ils s'étendent jusque dans le
voisinage du gland {b). D'autres fois, au
contraire, ces muscles ne s'appliquent
que sur le cul-de-sac formé par le
bulbe de l'urèthre, en arrière du point
de jonction de celui-ci avec la portion
pelvienne du même tube, et ils sont
sans action sur le canal traversé par
l'urine : par exemple, chez la Marmotte
et l'Ecureuil. Chez l'ichneumon, ces
muscles sont réduits davantage et
n'exercent leur action que sur les
glandes de Couper.
(1) Ces fibres, disposées oblique-
ment, constituent les muscles trans-
versaux du périnée, et d'ordinaire
suivent le bord postérieur des muscles
ischio-caverneux : par exemple, chez
l'Homme (c) et chez le Cheval (d).
(2) La Gerboise de Mauritanie fait
exception à celte règle. MM. Duvernoy
et Lereboullet ont constaté que la por-
tion extra-pelvienne de l'urèthre reste
libre dans presque toute son étendue,
et n'est unie au corps caverneux que
par du tissu conjonctif (e).
(a) Voye? Bouigery et Jacob, Anatomie de l'Homme, t, II, pi. d04.
(b) Voyez GurI, Dig Anatomie des Pferdes, pi. 12, liij. 2.
(c) Voyez Bourgery, Op. cit., t. II, pi. 104.
(d) Voyez Gurl, Op. cit., pi. 12, fig. 2.
(e) Duveinoy cl Lereboullet, Notes et renseignements sur les Animaux vertébrés de l'Algérie,
p. 47, pi- 4, lig- 10 {Mém. de la Soc. d'hist. nat. de Strasbourg, t. UIj.
ix, 3
34 REPRODUCTION.
Os Chez beaucoup de Mammifères, la rigidité de la verge est
de la \erge.
assurée, non pas seulement au moyen de la turgescence des
corps érectiles dont je viens de parler, mais encore à l'aide d'un
os qui s'étend sur une longueur plus ou moins considérable
dans l'épaisseur de cet appendice, au-dessus du canal de l'urè-
Ihrc, et qui remplit les fonctions d'un tuteur. Cet os pénial
existe chez les Quadrumanes (1), les Chéiroptères, presque
tous les Carnassiers (2), les Phoques, les Rongeurs (3) et les
Baleines. Son développement est d'ordinaire en raison inverse
de celui du corps caverneux, et quelquefois môme il forme la
plus grande partie de l'appendice copulateur : par exemple, chez
le Chien, la Marie, la Loulre, le Blaireau, le Raton et l'Ours.
Son extrémité basilaire est solidement unie à la charpente
fibreuse du corps caverneux (4), et en général il s'avance
dans l'intérieur du gland au-dessus de la portion terminale
du canal de l'urèthrc. Sa forme varie beaucoup suivant les
(1) Exemples : le Chimpanzé, VO- (3) Exemples : le Castor (j),
raHg(a),lcCallilnchc(6),le]Nycticèbe. l'Agomi (/*;), rÉcurcuil (0, la Cior-
(2) Exemples : le Chien (c), le boise (m), TUélamys (n).
Lonp {dj, le Blaireau (e), l'Ichneu- (h) Chez les Chiens, les Maries, les
mon (/â– ), la LouUe (y), la Fouine (/O, Loutres, les Ours, les Phoques, etc.,
le Coati (*). Les Hyènes eu sont dé- la cavité du corps caverneux cesse
pourvues. où Tos pénial commence, et sa tu-
(a) Crisp., On Ihe os pénis of the Chimpanzé and the Orang {Proe. i,ool. Soc, 1863, p. iH).
(b) Cariis et Otio, Tab. Anal, compar. illustr., pars V, pi. 9, lig. 10.
(c) Uaiibeiitoii, Œuvres de Buffon, édit. in-8, MAMMiFiiiiEs, pi. :>d, fig;. 7 et 8.
(d) Canis et Otto, Tab. Anat. compar. illustr., pars v, pi. 9, %. H.
(e) Daubenlon, loc. cit., t. XIX, pi. 111, iig. 2, 3 et 4.
(/■) Ciivier, Analomie comparée, \" édit., t. V, pi. 47, fig. 2.
(g) Carus et Otto, loc. cit., pi. 9, llg. 12.
(A) Carus et Otto, ibid., fig. 13.
(î) Perrault, Jtfémoires pour servir à l'histoire naturelle des Animaux,^' parlie, p. 21 , pi. 38,
ng. P.
{j) Daubenlon, Description anatomique (Buffon, Œuvres, édit. in-8, t. XX, pi. 187, fij. 3).
— Pallas, Novœ species Quadriipedum, e Gliriitm ordine, pi. 17, (ig-, 1, b, c, d.
(k) Daubenlon, loc. cit., pi. 199, fig. 2.
|/) Idem, loc. cit., pi. 131, fig. 4.
{m} Duvemoy et Lereboiillet, Op. ci(., pi. 4, fii,'. 12 (Mém. de la Soc. d'hist. nat. de Strasbourg,
t. III).
(n) Calori, Sulla siruclura deW Hdanns cafcr [Mem. délia Accad. délie scienze de llologiia,
1854, t. X, pi. 12, fig, 21).
Al'l'AUElL DE LA GÉNÉliATlON DES MAMMIFERES. 35
espèces : ainsi, chez la Baleine, où son développement est
très-considérable, il est cylindroïde, presque droit et renllé
en massue à son extrémité libre ; chez le Raton, il est courbe
en S (1).
Ainsi que je l'ai déjà dit, cet os manque chez beaucoup de
Mammifères : les Ruminants, les Pachydermes, les Insectivores
et les Édentés, par exemple ("2). Chez l'Homme, il est quelque-
fois représenté par un petit cartilage prismatique situé au mi-
lieu du gland (o) ; mais cette anomalie est rare, et d'ordinaire on
n'en aperçoit aucune trace.
Le gland, ou portion terminale de la verge, qui, dans l'état
d'érection, se déploie hors du prépuce, est formé le plus ordi-
nairement en entier ou en majeure partie par un renflement du
corps spongieux, qui dépasse l'extrémité du corps caverneux
et qui porte le méat urinaire ou orifice du canal del'urèthre {li).
En général, il est arrondi ou conique (5), indivis ou faiblc-
Glaiv.l.
nique fibreuse se confond avec le
périoste de ce dernier.
(1) U est aussi à noter que, chez le
Raton, rextrcmitc de l'os pénial est
renflé en forme de tète bilobée (o).
(2) Les Lamentins et les Dauphins
sont également dépourvus de Tos
pénial.
(3) Ce petit cartilage a été observé
chez des INègres et chez quelques
Hommes de race blanche dont le pénis
était très-volumineux (6).
{li) Souvent la partie terminale du
gland est formée presque entièrement
par l'extrémité de l'os pénial , qui
s'avance en forme de stylet au-dessus
du méat urinaire : par exemple, chez
le Coati (c) et chez l'Ecureuil volant
ou Pleromys {d).
(5) Chez le Sanglier, par exemple,
le gland est grêle et conique (e).
Chez le Chameau, le pénis se ter-
mine par un appendice de substance
dure et conique, qui est courbé en
forme de crochet et se dirige transver-
salement {[).
Chez le Dugong, son extrémité est
conique, mais sa portion subtermi-
nale a la forme d'un bourrelet bi-
lobé ((/).
(a) Daubenlon, Description du Raton (Buffoii, Œuvres, t. XX, p. 395, pi. l'J2, ûg. 3, éJit.
in-8).
(b) Mayer, Ueber die Structur des Pénis (Froricp's Notizen, 1834, n» 883, t. XLI, p. 36).
(c) Perrault, Mém. pour servir à l'histoire naturelle des Animaux, 2" partie, pi. 38, fig'. F,
((() Carus et Otto, loc. cit., pi. 9, fig. 3a et Sb.
(e) Daubenlon, Deseription anatomlque (Buiroii, Mammifères, édit. in-8, l'I. 33/.
(/■) Pcrranlt, Op. cit., 1'° partie, p. 78, pi. 8, 11g. L.
(<1^ Ev. lluiue, Lectures on cumpar. Anal., t. IV, pi. HO, fife'. ••
36 REPRODUCTION.
ment bilobé(l); mais chez certains Mammifères, notamment
les Monotrèmeset la plupart des Marsupiaux (2), il est fourchu,
et quelquefois chacune de ses branches terminales est à son
tour divisée vers le bout, en sorte que son extrémité, au
lieu d'être simple, est quadrifide. Cette dernière disposition se
rencontre chez l'Echidné (3). Quelquefois le canal de l'urè-
thre s'arrête à la base de la fissure médiane, dont résulte la
bifurcation du gland : par exemple, chez les Sarigues et les
Phalangers; mais d'autres fois, chez l'Ornithorhynque et chez
les Péramèles notamment, ce conduit excréteur se divise en
deux pour pénétrer jusqu'au bout de chacune des branches ter-
minales du pénis.
La peau qui revêt le gland est toujours très-délicate et d'une
grande sensibilité; en général, elle ressemble beaucoup à une
membrane muqueuse et présente de nombreuses papilles (û).
(1) Pour plus de détails sur la coniques (d). Chez la Manuose et
forme de la verge, je renverrai à le Cayopolin, ces divisions sont irès-
VAnatomie comparée de Cuvier , longues et creusées sur leur face an-
2»^ édition, t. VIII, p. 220 et suiv. lérieure d'une gouttière longitudi-
(2) Chez les Marsupiaux , qui ne nale.
niellent has qu'un petit par portée, les (3) Ces quatre lobes terminaux sont
Kanguroos par exemple, le pénis est arrondis et creusés d'une fossette où
simple (a); mais cliez les autres es- vient aboutir une brandie du canal de
pècesde cet ordre, ainsi que chez les l'urèlbrc {e). Chez le Phascolomo, le
OrniUiorhynques {h), il est plus ou gland est fail)lcment quadrilobé, mais
moins profondément divisé. Chez le le canal génito-urinairc s'arrête à la
Koala, le gland est seulement biiobé(c). base de ces divisions (/").
Chez la Sarigue de Virginie, il est (û) Chez le Cheval, ces papilles sont
divisé en deux branches courtes et très-longues et pédiculées sur la por-
(a) Exemple : le Kanguroo géant; voy. Cuvier, Anat. comparée, i" édit., pi. 49, f\g. i et 2.
— Le Potoroo, ou Hypsiprymnus ; voy. Owen, Marsupialia (Todd's Cyclopcudia of Anatomy,
t. III, p. 3H, fig. 235 A).
(6) Home, Lectures on comparative Anatomy, t. IV, pi. d3i, ll.uf. 1.
— Meckel, Oniithorhynchi paradoxi descriptio anatomica, pi. 8, i'ig. 2 et 3.
(c) Owen, Op. cit. (Todd's Cyclop., t. III, fig. 135 A).
(rf) Cowper, An Account of the Anatomy of those parts of the maie Opossum thaï differ
from the female {Philos. Trans., 1704, p. 1583, pi. 1, fig. 2, et pi. 2, fig. 3, 4).
— Owen, Op. cit. (Todd's Cyclop., t. Ill, p. 312, fig. 130).
(e) Cuvier, Analomie comparée, 1" édit., t. V, pi. 51, fig. 1 et 2.
— Martin Saint-Ange, Op. cit. {Mém. de IWcad. des sciences, Sav. clr., t. XIV, pi. 7, fig. 4).
(/â– } Cuvier, Op. cit., p. 91, pi. 50, fig. 1 et 2.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 37
Souvent elle est garnie aussi d'épines ou d'écaillés épider-
miques, qui sont destinées, soit à exciter les parois du vagin,
soit à faciliter la rétention de la verge dans l'intérieur de cet
organe pendant le coït.
Comme exemples de Mammifères dont le gland est
fortement armé de crochets rétenteurs, je citerai les Ger-
boises (1), les Agoutis (2), les Cochons d'Inde (3) et les
Monotrèmes (/i).
C'est aussi pour mieux maintenir le pénis dans la cavité
tion préputiale des téguments du
gland (a).
Les vaisseaux lymphatiquesdu gland
ont été récemnaent l'objet de recher-
ches nouvelles (b).
(1) Chez la Gerboise de Mauritanie,
le gland est trilobé, et, indépendam-
ment des petites épines épidermiques
qui hérissent la surface de son lobe
supérieur, il est armé d'une paire de
longs stylets cornés et courbés vers le
bout, qui s'appuient sur l'os pénial (c).
La conformation du gland est à peu
près la même chez la Gerbille d'E-
gypte id).
(2) Chez l'Agouti, le gland, creusé
d'un sillon dans toute sa longueur, est
hérissé de petites papilles roides et
piquantes dont la pointe est dirigée
en arrière, et en outre il est garni
latéralement d'une paire de lamelles
osseuses dont le bord est découpé en
dents de scie (e).
(3) M. Rymer Jones décrit de la ma-
nière suivante le pénis du Cabiai. Il est
pourvu d'un os lamelleux qui s'avance
jusqu'à l'extrémité du gland, et au-des-
sous de l'orifice de l'urèthre se trouve
une poche contenant deux longues épi-
nes cornées qui font saillie au dehors,
lors de l'érection; la surface du gland
est hérissée de crochets ; enfin il existe
un peu plus en arrière une paire de
lames cornées à bords denticulés (/").
Chez les Insectivores décrits par
M. Peters sous le nom de Rhyncho-
rion, l'extrémité du pénis est armée
d'une crête denticulée {g).
[h) Chez rOrnithorhynque, les épi-
nes qui garnissent la portion terminale
de chaque branche du pénis sont très-
nombreuses et très-fortes {h).
(a) Burckhardl, Ueier den Bau der Haut {Bericht ûbei' die Verhandl. der naturforschenden
Gesellsch. m Basel, iin Jahre 1835, p. Gj.
(b) Sappey, Injection, préparation et conformation des vaisseaux lymphatiques, 1843.
— Belaiff, Recherches microscopiques sur les vaisseaux lymphatiques du gland {Journal
d'anatomie, l§G(j, t. III, p. 465).
(c) Duvernoy et LerebouUet, Op. cit., p. 48, pi. 4, fig. 12 (Mém. de la Soc. d'hist. nat, de
Strasbourg, t. III).
(d) Carus et Otlo, Tab. Anat. compar. illustr., pars v, pi. 9, fig. 4.
(e) Daubenlon, Description de l'Agouti (Buffon, Œuvres, édit. in-8, t. XX, p. 442, pi. 198,
fig. 1 et 2, et pi. 199, fi^. 1).
(f) Rymer Jones, A gênerai Oiitline of the Animal Kingdom, 1841, p. 725, fig. 333.
(g) Peters, Reise nach Mossambique, t. I (Saugethiere, pi. 24, fig-, 7, 7 a, 1852). ;
(h) Meckel, Ormlhor. parad. descript. anat., pi. 8, llg. 2 et 3.
— Martin Saint-Ange, Op. cit. (Mém. de l'Acad. des sciences, Sav. étr., t. XIV, pi. 5, fig. 4 et 5).
Organes
sécrcleurf.
Glandes
fariélales.
38 I^RPRODUCTION.
vaginale, que le premier de ces organes présente chez le Chien
une particularité fort remarquable. A la base du gland, le corps
spongieux de l'urèthre présente un second renflement composé
de deux lobes, dont la saillie devient très-considérable lorsque
l'érection est complète (1). Chez le Chat, il existe une disposi-
tion analogue, quoique moins bien caractérisée.
§ 8. — Des organes sécréteurs, dont le nombre est souvent
très-considérable et dont le développement est parfois énorme,
débouchent dans le canal génifo-urinaire ou dans le voisinage
de son orifice externe, et doivent être considérés comme des
dépendances de l'appareil mrde. On peut les classer en trois ca-
tégories, savoir : les glandules pariétales de Curèthre^ qui sont
logées dans l'épaisseur des parois de ce conduit, ou disséminées
entre les fibres musculaires qui en dépendent ; les glandes
accessoires du canal excréteur, qui, toutenétant indépendantes
de l'urèthre, entourent ce conduit et y versent leurs produits,
soit directement, soit par l'intermédiaire de l'extrémité inté-
rieure des canaux déférents ; enfin, les glandes annexes de la
verge, qui débouchent à l'extérieur, soit dans le prépuce, soit
dans le voisinage moins immédiat de l'orifice génito-urinaire,
et fournissent des matières odorantes dont le principal usage
paraît être de provoquer le rapprochement sexuel.
Les glandes pariétales de l'urèthre sont des glandules soli-
taires et disséminées, qui sont logées sous la tunique muqueuse
de ce canal, et qui consistent en fossettes ou en petites cavités
tubulaires simples ou rameuses, terminées par des caecums ou
(1) Ce renflement pénial acces-
soire (a) est situé à la base de la
portion libre de la verge, et embrasse
les parties latérales et supérieures de
l'os pénial ; il est indépendant du
corps caverneux et ne communique
pas directement avec le gland. Sa tur-
gescence ne devient complète qu'a-
près celle des autres parties de la
verge, et c'est pour cette raison qu'elle
ne se manifeste qu'après l'introduc-
tion de cet organe dans le vagin.
(a) Daubenton, Description anatomique (Buffon, Œuvres, Mammifères, édit. in-8, pi. 39,
fig. 4 et 2) .
— Cariisct Otto, Tah. Annt. compar. illitstr., pars v, pi. 9, (Ig. 9.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. o9
par des ampoules, et affectant alors la forme de petites grappes
éparses. Elles présentent quelques différences sous le rapport
de leur position ou de leur structure, et dans les traités d'ana-
tomie descriptive on les distingue entre elles sous les noms
de glandes de Littre et de lacunes de Morgagni^ mais leur
histoire n'offre pas assez d'intérêt pour nous arrêter ici (1).
§ 9, — Les organes appendiculaires que je réunis sous
le nom de glandes accessoires du conduit génital mâle for-
ment, d'ordinaire deux groupes, situés, l'un dans la région pel-
vienne, près de l'embouchure des canaux déférents, l'autre
dans la région périnéenne, à l'origine de la portion péniale ou
spongieuse de l'urèthre. Ce second groupe se compose des
glandes de Cowper. Le premier est en général beaucoup plus
complexe; il comprend les vésicules séminales, dont j'ai déjÃ
eu l'occasion de parler, un organe appelé prostate, et certains
appendices du canal de l'urèthre dont la détermination précise
offre quelque difficulté. C'est dans l'ordre des Rongeurs que
Glaiulos
accessoires.
(1) Les glandules muqueuses des
parois de l'urèthre sont Irès-nom-
breuses et logées pour la plupart dans
l'épaisseur de la tunique musculaire
de ce canal. Les plus iniportantes sont
les glandes de Littre, ainsi nommées
en riionneur d'un membre de notre
ancienne Académie des sciences, à qui
l'on est redevable des premières bonnes
observations sur leur disposition ana-
tomique (a). Les unes sont de petites
papilles piriformes, simples ou agré-
gées, tapissées par un épitbéliimi cy-
lindrique, et fort semblables aux
glandes mucipares des parois de la
vessie; d'autres sont racémeuses ou
constituées par des caecums tubuleux
très-flexueux et réunis en grappes (6).
Quelques auteurs réservent plus par-
ticulièrement le nom de glandes de
Littre pour les glandules nuiqueuses
de la portion mem])raneuse ou pel-
vienne de l'urèthre (c). Les orifices de
ces cavités mucipares, et d'autres fos-
settes qui se trouvent principale-
ment dans la partie spongieuse de
l'urèthre (d), ont été décrits sous le
nom de lacunes de Morfjagni ; mais
il est à noter que quelques-unes de ces
dernières dépressions paraissent ne
pas être tapissées d'un épithélium sé-
créteur (e).
(a) Littre, Description de Vurèthre de l'Homme {Mém. de l'Acad. des sciences, iTOO).
(6) Voyez KÔlIiker, Traité d'histologie, p. 205, 500.
(c)Sa|ipey, Traité d'analomie descriptive, t. UI, |i. 019.
(d) Gruaf, Tractatus de viroruin organis generationi inservientibus, IGGS.
— Morgagni, Advers. anat., t. IV, p. 32.
(e) Kijlliker, Op. cit., p- 567.
vésicules
séminatee.
liO REPRODUCTION.
ce groupe de glandes accessoires pelviennes est le plus dé-
veloppé, et il en résulte qu'il y aurait avantage à les étudier
d'abord chez ces animaux; mais on les connaît mieux dans
l'espèce humaine, et c'est à l'aide des noms sous lesquels ces
organes y ont été décrits qu'on les désigne chez les autres
Mammifères ; par conséquent, c'est l'Homme que nous pren-
drons pour premier terme de comparaison.
Les vésicules séminales, ainsi que je l'ai déjà dit (1), sont des
appendices des conduits déférents, et s'ouvrent dans ces canaux
à quelque distance en amont de leur embouchure dans l'urè-
thre. Chez l'Homme, ces réservoirs sont très-développés, et
consistent en un tube caecal, rameux, irrégulièrement dilaté
d'espace en espace, et contourné sur lui-môme de façon à former
de chaque côté du col de la vessie une masse ovalaire qui est
revêtue d'une enveloppe générale, et qui présente l'apparence
d'une vésicule à parois bosselées (2). Son extrémité inférieure
se rétrécit en forme de col, et se confond avec la partie adjacente
du conduit déférent, à 2 ou 3 centimètres de l'orifice uréthral
de ce tube. Ces vésicules séminales renferment un liquide
transparent et légèrement visqueux, qui se transforme facile-
ment en une substance gélatiniforme ; souvent on y trouve
(1) Voyez ci-dessus, page 20.
(2) Ouelques anatomistes représen-
tent les vésicules séminales comme
étant des poclios membraneuses divi-
sées en alvéoles à l'intérieur (a); mais
lorsqu'on dissèque avec un peu de soin
les parties constitutives de ces organes,
on reconnaît qu'ils sont composés d'un
tube rameux dont les divisions offrent
une apparence variqueuse, et se sou-
dent intimement entre elles de façon
à former une sorte de pelote {b).
Les parois du tube rameux qui
constitue chaque vésicule séminale
sont composées de la même manière
que celles du conduit déférent. Du
tissu conjonctif réunit entre eux les
replis formés par ce tronc et par les
branches en doigt de gant qui en nais-
sent. Enfin, le tout est recouvert d'une
enveloppe fibro-cellulaire qui se com-
pose de deux lames, et qui renferme
beaucoup de fibres musculaires hsses,
aussi bien que du tissu conjonctif.
(a) Martin Saint-Ange et Grimaux, Histoire de la génération de l'Homme, p. 91, pi. 5, fig. 2.
— Bonamy, Beau et Broca, Atlas d'anat. descript., t. III, pi. 62, fig. i et 2.
(6) Weber, Op. cit., pi. 1, fig. 1 ; pi. 2, fig. 1-4.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. Ûl
aussi des spermatozoïdes, et, de même que les canaux éjacu-
lateurs, leurs parois sont contractiles (1).
Chez plusieurs autres Mammifères, il existe aussi des réser-
voirs appendiculaires en connexion directe avec les canaux
déférents. Chez les Quadrumanes, la disposition de ces vési-
cules séminales est à peu près la môme que chez l'Homme (2).
Chez le Cheval, elles prennent un grand développement, mais
leur structure se simplifie, et elles ne consistent qu'en une paire
de sacs dont le col va rejoindre la portion terminale de chaque
conduit déférent (3). On trouve aussi chez quelques Rongeurs,
(1) MM. Vircllow et Kolliker y ont
déterminé des contractions énergiques
au moyen du galvanisme, sur le ca-
davre d'un supplicié, peu de minutes
après la mort (a).
(2) Chez les Singes, les vésicules sé-
minales ont, avec les canaux défé-
rents, les mêmes rapports que chez
l'Homme {b}, mais elles sont en géné-
ral plus ramifiées, et elles sont parfois
très-volumineuses (c). Chez les Makis,
elles paraissent être représentées par
une paire de gros boyaux coniques
dont la cavité est simple, et dont l'ou-
verture est commune avec celle des
canaux déférents. Pour plus de dé-
tails à ce sujet, on peut consulter
VAnaiomie comparée de Cuvier, et la
description des préparations du cabi-
net Hunlérien du Collège des chirur-
giens, Ã Londres (d).
(3) Chez les Solipèdes, ces réservoirs
ont la forme de grands sacs ovoïdes et
membraneux, dont les parois sont
minces et composées de deux tuniques,
savoir, d'une membrane muqueuse et
d'une couche musculaire située entre
la précédente et le péritoine (e). Leur
canal excréteur s'accole à la partie
terminale du conduit déférent, mais
ne s'anastomose avec celui-ci que près
de son embouchure dans l'urèthre (f),
et il y a lieu de douter qu'ils aient les
fonctions qu'on leur attribue généra-
lement. En effet, Hunter a constaté
que le contenu de ces sacs ne ressemble
(a) Kolliker, l'eber einige an der Leiche eines Hingerichteten angestelte Yersuche und
Beobachtimçen (Zeitsrhrift fur wissensch. Zoologie, 1851, t. 111, p. 41).
(6) Exemple : le Macaque à courte queue {M. cynomolgus); voy. Leuckart, art. Vesicula PROSTA-
TICA, dans Todd's Cijclop. of Anat. and Physiol., t. IV, p. 1416, fig-. 874.
— Le Cynocéphale hamadryas ; voy, Leydig-, Zur Anatomie der mânnlichen Geschlechtsorgane
{Zeitschr. fur wissenschaftl. Zoologie, 1850, t. II, pi. 3, fig. 29.
(c) Par exemple, chez l'Orang-Oulan [Simia satyrus) ; voy. G. Sandifordt, Ontleedkundige
Beschouwing van een volwassen Ovang-Ulan {Verhandelingen over de Naïuurlijke Geschiedems
der Nederlandsche oveszeeschebez-ittingen Zoologie, i^Zl, pi. 7, Cig, 4).
{d} Cuviei', Anatomie comparée, t. VllI, p. 102.
— Descriptive and illustrated Catalogue of the Physiologlcal Séries of comparative Anatomy
contained in the Muséum of the B. Collège of Surgeons in London, 1838, t. IV, p. 102.
(e) Exemple : le Cheval; voy. Cliauveau, Anatomie comparée des Animaux domestiques, p. 782,
fig. 198.
— L'Ane; voy. Leuckart, Op. cit. (Todd's Cyclop., t. IV, p. 1420, ûg. 878).
(0 Weber, Op. cit., pi. 3, ùg. 1 (Scichsische Gesellsch. der Wissensch., 1846, t. I).
Proslale.
42 REPRODUCTION.
le Surmulot par exemple, des appendices sécréteurs analogues,
quoique peu développés, dont le conduit excréteur va débou-
cher dans le canal déférent près du verumontanum, et chez
le Castor ces vésicules acquièrent un volume très-considé-
rable (1). Mais les organes annexes que les analomistes dési-
gnent sous le nom de vésicules séminales, chez la plupart des
Animaux de cet ordre, ainsi que chez les Insectivores, ne me
paraissent pas en être les représentants. Les Carnivores et les
Ruminants, ainsi que les Marsupiaux et les Monotrèmes, en sont
privés (2).
§ 10. — La prostate, dans l'espèce humaine, est une glande
agrégée qui entoure, en avant et sur les côtés, le commence-
ment de l'urèthre, et qui se compose de vésicules pirilbrmes ou
sphériques réunies en petites grappes, entremêlées de beaucoup
de fibres musculaires et s'ouvrant sur les côtés du verumon-
milleincnt au sperme, et ne diffère pas
chez les étalons et les chevaux hon-
gres (o).
Chez l'Éléphant, on trouve aussi,
au côté externe de cliaquc canal
éjaculateur, une grosse poche dont le
canal excréteurdébouchedansTurèthre
par le même orifice que ce dernier.
Lesanatomistcs la considèrent comme
une vésicule séminale, mais par sa
structure elle ressemble extrêmement
à une prostate.
(1) Les vésicules séminales du Cas-
tor consistent chacune en un paquet
de gros tubes branchas, conlournés
sur eux-mêmes, et unis par du tissu
conjonctif, de façon à former une
masse ovoïde d'aspect cérébroïde, si-
tuée au côté externe de la portion ter-
minale du canal déférent, et débou-
chant avec cekii-ci par un canal éjacu-
lateur très-court (6).
Chez le Surmulot, ces organes ne
sont représentés que par un petit pa-
quet de cœcums piriformes très-sem-
blables à ceux de la prostate, mais
s'insérant sur la partie subterminalc
du conduit déférent par un canal
excréteur commun.
(2) L'absence des vésicules sémi-
nales a été constatée aussi chez le
Tatou (c).
{a) Hunter, Sur les glandes situées entre le reclum et la vessie, et qu'on appelle vésimles
séminales [Œuvres, t. IV, p. 88).
(6) Brandt et Ratzeburg, Mcdicinische Zoologie, t. I, [il. 4, fig. 1 .
— Weber, Op. cit., pi. 6.
(c) Owcn, voy. Catal. of Ihe Muséum of the Coll. of Surgeons, t. IV, p. 100.
APPAREIL DR LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. li^
tanum (1). La matière qu'elle sécrète paraît être analogue
à celle fournie par les vésicules séminales (2).
Chez presque tous les IMammifères, il existe une ou plusieurs
glandes analogues à la prostate de l'homme (3), mais dont la
(1) La substance glanduleuse de la
prostate de rHomnie est très-dense et
d'une couleur ?;risrougeà tre. On trouve
dans cette glande de 30 Ã 50 grappes
de vésicules nettement pédiculées et
beaucoup de faisceaux de fibres muscu-
laires pâles (rt). Elle est revêtue d'une
tunique fibreuse ou capsule qui est en
continuité avec le fascia de la vessie
urinaire, et elle se compose de deux
lobes principaux ou lobes latéraux,
entre lesquels on trouve en arrière
une portion fibreuse qui simule parfois
un lobule impair (6).
(2) Il se forme d'ordinaire, dans les
culs-de-sac des glandes prostatiques,
des concrétions qui augmentent avec
l'âge, et qui chez les vieillards pren-
nent parfois un développement très-
considérable (c). M. Virchow a trouvé
que ces calculs sont composés d'une
substance albuminoïde soluble dans
l'acide acétique, et semblable à celle
qu'on rencontre dans les vésicules sé-
minales (d) ; lorsqu'elles sont volumi-
neuses, elles renferment du phosphate
de chaux (e).
(3) Chez les Quadrumanes (/") et
chez les Chéiroptères, la conforma-
tion de la prostate est assez semblable
à ce que nous venons de voir dans
l'espèce humaine ; chez les Carnas-
5;iers, ces glandes sont généralement
très-petites (g).
Chez les Rongeurs , la prostate est
souvent très-développée et composée
de plusieurs groupes de cœcums clavi-,
formes, dont les canaux excréteurs se
réunissent de façon à donner à ces
glandes une structure subracémeuse (h) .
(a) Millier, De glandularum secernentium structura: penitiori, pi. 3, Rg. 15.
— H. Jones, Observations respccting the origin and gracoUs certain conâ'etions in the pro-
static gland {Médical Gazette, new séries, t. V, p. 328).
— Kolliker, Eléments d'histologie humaine, p. 563.
— Ellis, Op. cit.(Trans. of the Medico-Chirnrg. Soc, 1856, t. XXXIX, p. 330).
— Jarjavay, Recherches anatomiques sur l'urèthre de l'Homme, 1856, p. 117 et suiv.
— Schmt, Ontleedkundige beschouwing der menschelijke Voorstanderklier. Lciain, ISâ-i, pi. 2,
fi-. 2.
(6) Ev. Home, An Account of a small lobe of the Uuman prostate Gland wliich lias not yet
bcen taken notice ofby Anatomists (Philos. Trans., 1806, p. 195).
— Mercier, Recherches sur la prostate des vieillards, 1836. — Recherches anatomiques,
pathologiques et thérapeutiques sur les maladies des organes urinaires et génitaux, ISil.
(c) Dupuytren, Sur les calculs de la prostate (Bull, de l'Acad. de méd., t. VU, p. 135).
— C. H. Jones, On calculous concrétions of the Prostate (Médical Gazette, 1847j.
(d) Kolliker, p. 564.
(e) Prout, On the Nature, etc., of Diabètes, Calculus, and olher affections of the Urinary
Organs.
(f) Exemple : le Cynocéphale hamadryas ; voy. Levdig-, Op. cit. (Zeitschrift fiir wissensch.
Zoologie, 1850, l. Il, pi. 3, fig. 29).
(g) Exemple : le Chien ; voy. Prévost et Dimias, Op. cit. (Ann. des sciences nat., 1824, t. I,
pl.3, fig. 1).
— Le Chat; voy. Prévost et Dumas, loc. cit., t. I, pi. 9, fig'. 1.
— Le Putois ; voy. Prévost et Dumas, loc. cit., t. 1, pi. 1, fig. 1.
(h) Exemple : le Castor; voy. Miiller, De gla7idul. secernentium struct. penitiori, pi. 3, fig-. 1.
— Le Hamster ; voy. Miiller, Op. cit., pi. 3, fig-. 10.
— Le Hat; voy. Miiller, Op. cit., pi. 3, fig. 11.
/|/l REPRODUCTION.
siructure est souvent un peu ditïérente, par suite du faible
développement du tissu musculaire dans l'épaisseur de ces or-
ganes, de l'allongement des canaux sécréteurs qui prennent
l'aspect de tubes piriformcs, ou du grand développement de
leur canal excréteur commun, qui parfois s'élargit en un réser-
voir central (1).
Chez quelques Mammifères, cet appareil glandulaire se sub-
divise en plusieurs portions parfaitement distinctes entre elles.
Ainsi, chez l'Éléphant, il existe de chaque côté deux prostates
faiblement lobulées et pourvues d'une grande cavité centrale,
qui débouchent isolément dans l'urèthre par un canal excréteur
particulier (2). Chez le Lapin, la [)rostate forme quatre paires de
lobes bien distincts entre eux (3). J'ajouterai que les organes
appendiculaires, d'un volume très-considérable, auxquels on
donne généralement le nom de vésicules séminales chez le Hé-
risson, me paraissent être plutôt des prostates accessoires {k).
(1) La stinctnre intime de la pro-
state a été étudiée avec soin chez un
grand nombre de Mammifères par
M. Leydig (o).
(2) Ainsi que je l'ai déjà dit, les
poches que l'on considère géné-
ralement comme les vésicules sémi-
nales de l'Éléphant (6) ont la même
structure que ces lobes prostatiques,
et elles pourraient bien être des parties
du même appareil sécréteur, ce qui
porterait à trois paires le nombre des
prostates chez cet animai.
(3) Les lobes prostatiques des trois
paires principales sont pédicules;
ceux de la quatrième paire sont re-
présentés par un petit groupe de vé-
sicules allongées, et on les désigne
quelquefois sous le nom de prostates
accessoires (c).
(Zi) Chez le Hérisson, deux paires de
glandes très-volumineuses et pédoncu-
lées s'insèrent au canal de l'urèthre
tout auprès de l'embouchure des ca-
naux déférents, mais sans s'anastomo-
ser avec ceux-ci {d). L'une d'elles, cor-
respondant à la prostate ordinaire, est
moins grande que l'autre et se trouve
couchée sur le col de la vessie (e);
Ces glandes sont divisées en plusieurs
lobes et se composent de tubes rameux
terminés en cul-desac. Quelques aiia-
(a) Leydig, Zur Anatomie der mdnnlichen Geschlechtsovgane (Zeitschrift. fur ivisscnsch.
Zooh, 1856, t. II,p 1. pi. 1-4).
(6) Cuvier, Anatomie comparée, t. VllI, p. 4 65.
(c) Marliii Sainl-Aiige, Op. cit., pi. 2, fig. 4.
(d) Hunier, Catalogue of the Muséum of the Collège of Siirgeons, t. IV, pi. 55.
— Prévost et Dumas, Sur la génà -ation {Ann. des sciences nat., t. I, pi. 10, ûg. i).
{e) Voyez Cariis et Olto, Tab. Anat. compar. illustr., pars v, pi. 9, fig. 5.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. ft5
11 est aussi à noter que chez beaucoup de Mammifères, le volume
(le la prostate varie beaucoup avec les saisons, et augmente con-
sidérablement à l'époque du rut (l).
§11. — Enfin, il existe chez l'Homme, à la partie postérieure
de l'urèthrc, entre les deux canaux éjaculateurs, un petit appen-
dice vésiculaire, ou sac membraneux, qui débouche au sommet
du verumontanum (2). Cet organe, découvert par Morgagni,
n'a que peu d'importance physiologique; mais dans ces derniers
Vésicule
wcbérieniie,
ou
ulérus
masculin.
tomistes les ont décrites sous le nom
de vésicules séminales accessoires. Les
autres glandes accessoires de cette
région de svoies génito-urinaires sont
des grappes qui montent de chaque
côté de la vessie ; elles se compo-
sent de tubes entortillés et rameux
réunis en groupes, de façon à consti-
tuer plusieurs lobes insérés sur un
canal excréteur commun. En général,
on les considère comme des réser-
voirs séminaux, mais MM. Prévost et
Dumas ont constaté qu'elles ne ren-
ferment jamais de spermatozoïdes (a).
Il est aussi à noter que leur embou-
chure dans Turèthre est complète-
ment indépendante de Torifice termi-
nal du canal déférent.
(1) Hunter a constaté que chez la
Taupe la prostate est à peine visible en
hiver, mais devient très-grosse au
printemps, à l'époque du rut (b). Cet
anatomiste a fait des observations ana-
logues chez quelques autres Mam-
mifères.
(2) Cet appendice, que Ton désigne
quelquefois sous les noms de vésicule
prostatique, de sinus prostaticus, de
sinus pocularis, de vesicula sperma-
tica spuria, ou d'utérus cystoïdes,
est un petit diverliculum de l'urèthre
qui est tapissé par un prolongement
de la membrane muqueuse de ce
canal, recouvert d'une couche épaisse
de fibres élastiques et très-riche en
glandules. Ainsi que je l'ai déjà dit,
il se trouve entre les deux conduits
éjaculateurs, derrière le col de la ves-
sie. En général, sa longueur n'est
que d'environ 1 centimètre, mais on
cite des cas dans lesquels elle était
de plus de 3 centimètres (c). D'ordi-
naire il est piriformc et arrondi au
bout, mais, chez quelques enfants
nouveau-nés, on y a trouvé un pro-
longement filiforme dont l'extrémité
était bifide ((/). Dans un cas d'hypo-
spadias décrit par M. Theile, cette
vésicule présentait un développement
remarquable (e).
(o) Prévost et Dumas, Op. cit. (Ann. des sciences nal., 1824, 1. 1, ji. 170).
(b) Hunier, Observations sur Véconomie animale {Œuvres, t. IV, p. 92).
(c) Adams, Prostate gland (Todd's Cijclop. ofAnat. and Physiot., t. IV, p. 151).
— VVeber, Op. cit. {Abhandl. der Sà chsischen Geselischaft der Wlssenschaflen, 1840, l.I ,
pi. 1, lig. 1.
(d) H. Meckel, Ziir Morphologie der Harn uni Geschlechtswerkz-euge, 1848, p. 48, pi. 2,
%. 23.
(e) Thclle, Analomischc Untersiichung eines Hijpospadias (.Muller's Arcliiv fiir Anat, uni
Physiol., 1847, p. 17, pi. 3, fig. 4).
/|6 KErilODtCTlON.
temps les anatomistes s'en sont beaucoup occupés, à cause des
questions théoriques qu'il a lait naître. M. Weber l'a considéré
comme l'analogue de la matrice chez la femme, et l'a désigné
sous le nom d'utérus masculin. Au premier abord, une pareille
assimilation peut paraître fausse j mais, lorsqu'on tient compte
du mode de développement de l'appareil de la génération dans
les deux sexes, elle semble ne pas être dépourvue de fonde-
ment. En effet, l'organe dont il s'agit paraît résulter de l'atro-
phie d'un appendice tubulaire qui, chez l'embryon, côtoie le
canal wolfien, et qui correspond au tube destiné à former chez
la femelle l'oviducte aussi bien- que l'utérus. En ce moment,
l'examen de cette question serait prématurée, mais bientôt j'au-
rai l'occasion d'y revenir (1).
Cet organe appendiculaire, auquel on donne parfois le nom
de vésicule wébérieune lorsqu'on ne veut rien })réjuger quant Ã
(1) Morgagni dt^crivit cette vésicule
appendiculaire avec assez d'exacti-
tude {a) ; Albinus en donna une
figure (b); et, dans ces derniers temps,
plusieurs chirurgiens qui se sont par-
ticulièrement occupés des maladies
des voies urinaires en ont fait une
étude attentive. Mais ce sont les vues
de M. E. Weber (c) qui ont le plus con-
tribué à donner à l'histoire de cet or-
gane un intérêt scientifique. La publi-
cation de ses observalions sur ce sujet
a provoqué des recherches d'anatomic
comparée, parmi lesquelles je citerai
principalement celles de MM. Leuc-
kart, Kobelt, Leydig et Wahlgren (</).
(a) Morgagni, Adversaria anatomica, IV, 17G2, p. 110.
(b) Albinus, Academicarum annotalionum libri IV, i758, pi. 3, iig. 3.
(c) Krctzscliniar, Dissert, inaug. circa lineamphysiol. morbor. Leipzig, 183G.
— E. H. \Veber, Avitlicher liericht iiber die Versammlung Dcutscher Natiirforscher la
Braunschweig, 1842, p. 02. — Zusâlze der Lehre vom Bau iind dm Verrichtungcn dcr
Gesclileclilsorgane {Abhandl. der bei Begrùndtiny der K. Sdchsischcn Gescllschaft der Wissen-
schaften, heratisgegeben voit der fûrsllich jablntiowiskichen Gesellschaft. Leipzig, 1846, p. 381,
pL l-9j.
(d) Leucliarl, 7Air Morphologie und Analomie der Geschlechtsorgane. Gtittingen, 1847.-^
Art. Vesici'La prostatica, dans Todd's Cyclop. of Anpt. and Physiol., t. IV, p. 1415.
— Kobelt, Der Nebeneicrstock des \Yeibcs. Hcidelbcrg, 1847.
— J. van Deen, Beitrag %ur Enlivickelungs-Geschichle des Menschen und der Saugcthiere,
mit besondere Beriicksichtigung der Ulerus masculinus (Zeitschrift fur tvissenschaftliche Zoolo-
gie, 1849, t. I, p. 294, pi. 20 ei 21).
Betz, Ueber den Ulerus masculinus (Miiller's Archiv fiir Anat. und Physiol., 1850, p. 65,
pi. 2).
— Leydig, Zur Anatomie der mà iiulichen Geschlechtsorgane und Analdrûsen der Sâugethiere
(Zeitschrift fur tvissenschaftliche Zoologie, 1850, t. II, p. 1).
— Walilgren, Bidrag lill Gencralions-Organernas Analomi och Physiologi hos Menneskan och
Daggdjttren. Lund., 1840. — Ueber dcn L'tcrus masculinus, Weber, ba, dem Mcnschcu und
Sâiigelhieren (MuUcr's Archiv fur Anat. ïuid fhysioL, 1849, p. 080, pi. 9j.
APPAREIL DE LA GENERATION DES MAMMIFÈRES. /l7
son origine, est rudimentaire chez les Quadrumanes, où sa con-
formation est assez semblable à ce qui existe chez l'Homme (1).
II en est de même chez les Chéiroptères, et chez les Carnassiers
il est encore plus réduit (2); mais chez d'autres Mammileres il
présente un développement plus considérable, et, au lieu d'être
simple, il se bifurque supérieurement, ou se trouve représenté
par une paire de csecums dont la longueur est parfois très-con-
sidérable. Ainsi, chez les Solipèdes, on voit déboucher dans
l'urèthre, entre les deux canaux éjaculateurs, un sac médian
dont l'extrémité supérieure se continue avec un tube ou un cor-
don membraneux qui se divise en deux branches à son extré-
mité supérieure (3). Chez certains Rongeurs, cet organe pré-
(1) M. Leiicliart a constaté l'existence
de cette vésicule chez VInuus cyno-
molgits (a), VInuus nemestrinus, le
Cynocephalus maimon, et une espèce
indéterminée d'Ouistiti.
(2) Chez le Chien ot chez le Chat,
on trouve souvent, au devant de la
prostate, dans un repli du péritoine
qui s'étend entre les deux canaux éja-
culateurs, une petite vésicule qui s^n-
sère sur l'urèthre, mais qui n'y dé-
bouche pas, et qui est évidemment
l'analogue de l'organe wébérien (6) ;
d'autres fois cet appendice ne présente
aucune cavité , et parfois il paraît
manquer complètement. Chez le Re-
nard et chez le Léopard, il est trans-
formé en un cordon solide. Chez
l'Hyène rayée, l'organe wébérien con-
siste en une petite vésicule allongée,
située comme d'ordinaire entre les
canaux déférents, mais dépourvue
d'orifice (c). Chez la Loutre, la confor-
mation de cet organe se rapproche
davantage de ce que nous avons vu
chez les Ruminants : il consiste en une
paire d'appendices filiformes accolés
aux canaux déférents et réunis entre
eux inférieurement pour constituer un
cylindre impair et médian dont le
diamètre est assez considérable (d).
Chez le Blaireau, l'appendice wébérien
est également bicorne, et chacune de
ses branches se prolonge en un cordon
filiforme (e).
(3) Chez le Cheval, la disposition de
cet organe appendiculaire est sujette
à des variations considérables (/). En
général, il affecte la forme d'une petite
vessie ovoïde, dont le col plus ou moins
(a) Leuckart, Op. cit. (Todd's Cydop., t. IV, p. -1416, fît?. 874.).
(6) Weber, Op. cit., pi. 7, fig'. 1 [Sâchsische Gesellschaft der Wissenschaften, i84G, t. I).
(c) Leuckart, Op. cit. (Todd's Cyclop., t IV, p. tiH, fig-. 875).
{d} Lejdig-, Zur Anatomie der mà imlichen Geschlechtsorgane und Analdrûsen der Sdugethiere
{Zeitschrift fiir wissensch. Zoologie, 1850, t. II, p. -iO, pi. k, fl!,^ 35).
(e) Leuckni-t, Op. cit. (Todd's Cyclop., t. IV, p. 1417, ng.-87t!).
(f) Guil, Uie Anatomie. des l'ferdes, pi. 10, (ig. 1.
— • Wcber, Op. cit., pi. 3, llij. 1.
— Leydig, Op. cit. {Zeitschr. fur luissensch. Zool., (. IV, p. 30).
/l8 REPRODUCTION.
sente même un développement très-considérable : par exemple,
chez le Castor, où il est constitué par une paire de tubes
csecaux qui s'étendent depuis le testicule jusqu'à l'urèthre, et
s'élargissent vers leur extrémité (1). Chez la Yiscache, ces
appendices sont non moins développés, mais ils sont séparés
entre eux dans toute leur longueur, et chacun d'eux consiste
en un gros tube intestinilorme terminé en caecum et contourné
allongé descend entre les deux canaux
éjaculateurs, et va s'ouvrir dans
rurètlire un peu au-dessous de Tem-
bouchure de ces conduits ; supérieu-
rement, ce sac se continue sous la
forme d'un cordon cylindrique plus ou
moins grêle, qui se bifurque à peu de
distance de son extrémité. Quelquefois
l'ouverture urétbrale de cet appen-
dice est divisée en deux par une cloi-
son médiane ; d'autres fois elle s'unit Ã
l'un des orifices éjaculateurs ou se
ferme. Souvent sa cavité est complè-
tement oblitérée dans toute In portion
grêle qui surmonte le renflement infé-
rieur, et quelquefois cette oblitération
s'étend à toute sa longueur. Parfois
aussi cet organe manquecomplétement,
tandis que dans un cas j'ai pu suivre
ses cornes filiformes le long des ca-
naux déférents dans une étendue très-
considérable. Cuvier inclinait à penser
que cet appendice était une vésicule
prostatique (a) , et d'autres analo-
mistes l'appellent la vésicule séminale
médiane (Gurl), ou la troisième vési-
cule séminale (Chauveau). M. Ilauss-
niann paraît avoir été le premier Ã
le considérer comme l'analogue de
l'utérus (6).
Chez l'Ane, la vésicule wébérienne
est tubulaire et ouverte inférieurement
pendant une partie de la vie em-
bryonnaire ; mais à l'époque de la
naissance son orifice se ferme,, et elle
s'oblitère dans presque toute sa lon-
gueur (c).
(1) Ces appendices tubulaires sont
fusiformesdans leur portion subtermi-
nale, où ils se réunissent entre eux
pour aller déboucher dans l'urèthre,
sur la ligne médiane, un peu au-des-
sous des orifices éjaculateurs ; ils se
séparent ensuite pour longer le bord
interne des canaux déférents, et, arri-
vés près des testicules, se recourbent
en crosse, se dilatent notablement et
se terminent en cul-de-sac. Dans la
figure que M. Weber en a donnée, ils
paraissent avoir été coupés à peu de
distance de leur élargissement infé-
rieur {d), mais leur portion supérieure
a été représentée dans une figure pu-
bliée par M. Brandt (e).
(a) Cuvier, Anatomie comparée, t. VIII, p. HT).
— Chauveau, Anatomie comparée des A7iimav.c domestiques, p. 782, fig. 198.
(6) Voyez Beij;niann, L'eber den Einlhiss der Physiologie aufdie gerichtliche Medicin (Wagner's
Uandworterbuch der Physiologie, t. 111, p. 130J.
(c) Leuckart, Op. cit. (Todii's Cyclop., l. IV, y. 1120, fv;. 878).
(d) Weber, Op. cit., pi. fl {Athandlungen bei Begrundumj der K. Sâchsischen Gesellschaft der
\Vissettschalten, 1840, t. I).
— Leuckart, arl. Vesici'LA prostatica (Todd's Cyclop., t. I\', p. 1418, liij. 87").
(t) Brandt et Raizeburg, Medicinischen Zoologie, t. 1, pi. 4 a, dg. 1.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. /l9
sur lui-même, et suspendu dans un repli du péritoine, de façon
à ressembler à un long oviducte (l). Chez le Cochon d'Inde,
on trouve à la même place une paire d'appendices tubuleux,
dilatés d'espace en espace, et portant quelques prolongements
latéraux qui me paraissent être les analogues de ces organes ;
les auteurs les désignent sous le nom de vésicules séminales,
mais ils n'ont ni les connexions anatomiques, ni les fonctions
physiologiques des réservoirs annexés aux canaux déférents
chez les .Mammifères supérieurs (2).
Chez le Lapin, les appendices wébériens présentent une dis-
position différente; ils sont courts, très-dilatés, et réunis entre
eux de façon à constituer une grosse vésicule, dont le col reçoit
l'extrémité inférieure des canaux déférents avant de déboucher
(1) Chez la Viscache, le système des
glandes accessoires est moins compli-
qué que chez le Castor. Les canaux
déférents restent simples et filiformes
jusqu'à leur insertion à l'urèlhre, et
il n'y a pas de vésicules séminales.
La prostate est muitilobée et très-
grosse. Enfin, les glandes de Cowper
sont très-développées et ont chacune
un conduit excréteur.
Les glandes appendiculaires de la
région prostatique de l'urèthre sont
aussi très-développées chez le Lago-
mys gris {Lepus ogotona, Pallas), le
Hamster et quelques autres Rongeurs
décrits par Pallas ; mais nos connais-
sances relatives à l'histoire anatomique
de ces orgiincs sont encore très-incom-
plètes («).
(2) llunter a trouvé que le contenu
de ces tubes est épais, vis(pieux, ou
inêmc caséiforme; cette substance ne
ressemble en aucune façon à la liqueur
séminale sécrétée par les testicules, et
elle n'est pas reconnaissable dans les
matières éjaculées pendant le coït.
Hunter a constaté aussi expérimentale-
ment que chez un Animal dont l'un des
testicules avait été extirpi' depuis six
mois , ces prétendues vésicules sémi-
nales étaient également pleines des
deux côtés, et ne s'étaient pas vidées
pendant l'accouplement. Il en conclut
que ce ne sont pas des réservoirs sémi-
naux (6). MM. Prévost et Dumas ont
étudié au microscope le contenu de ces
organes, et n'y ont pas trouvé de sper-
matozoïdes. Les parois de ces tubes sont
très-conlracliles; à leur extrémité in-
férieure ils sont accolés Tun à l'autre,
mais chacun d'eux débouche isolement
dans l'urèthre (c).
(a) Pallas, Aovœ species Quadrupedum e Glirium ordine, 1778, pi. 4B, fig. 15, et pi. 17,
fig. 1, etc.
(b) Himter, Observations sur les glandes situées entre le rectum et la vessie, et qu'on appelle
vésicules séminales [Obs. sur l'économie animale, dans Œuvres, t. IV, p. 89).
(c) Prévost et Dumas, Observations relatives à l'appareil générateur chez les mdles (Ami. des
sciences nat., 1824, 1. 1, p. 173, pi. Il, fig. 1 et 2).
ix. u
50 REPKODUCTION.
dans l'iirèthre; par conséquent la liqueur s[)ennatique peut
y pénéirer, et ils sont réellement susceptibles de remplir le
rôle d'une vésicule spermatique, nom sous lequel ils ont été
décrits par la plupart des anatomistes (1).
L'existence des appendices wébériens a été constatée chez
plusieurs Ruminants, mais ils y sont en général plus ou moins
atrophiés et perdent en totalité ou en partie leur structure tubu-
laire. Ainsi, chez le Bouc, M. Leuckart a Irouvé entre les deux
canaux déférenis un appendice cylindrique médian qui, à quel-
que distance de l'urèthre, se divisait en deux cornes et se prolon-
geait jus(]u'à i'épididyme, mais dont la cavité était quelquefois
en partie oblitérée, tandis que d'autres ibis elle se dilatait infé-
rieuremcnt en forme de vésicule (2). C.hez le Mouton, cet
appendice man'pic d'ordinaire (o), et chez le Lama on n'en
a découvert aucun vestige ; mais il en existe des rudiments
(1) Cette poche membraneuse, dont
le fond est bilobé, paraît simple lors-
qu'on ne Texaniine que superficielle-
meni, mais dans presque toute son
étendue elle est divisée intérieurement
en deux cavités par une cloison mé-
diane. Les canaux déférents descendent
entre elle et le col de la vessie urinaire,
de façon à n'y déboucher que tout
près de son insertion sur l'urèthre (a).
Chez le Lièvre, ce réservoir est moins
développé (6). Une disposition ana-
logue paraît exister chez les Lago-
mys (c).
(2) M. Leuckart ajoute que la por-
gane est longue de ù à 5 centimètres,
et unie intimement aux deux canaux
déférents par du tissu conjonctif ; les
cornes longent les mêmes canaux et
se icrmincnl dans les enveloppes de
i'épididyme. Chez un individu il trouva
une première dilatation vésiculaire Ã
la partie inférieure du tronc médian,
et un second élargissement au point
de bifurcation, mais la portion inter-
médiaire était transformée en un cor-
don solide (rf).
(u) iM. Leuckart en a souvent con-
staté l'absence chez cet animal, mais
M. Wahlgren en a trouvé des vestiges
lion médiane et impaire de cet or- chez quelques individus (e).
(a) Voyez LerebouUet, Recherches sur l'analomic des organes génitaux des Animaux verté-
brés, pi. 6, fig. "i'i [Nova Acla Acad. nat. curios., t. XXllI).
— Marlin Saint-Ange, Op. cit., pi. 2, llg. d, 3, 4.
— Weber, Op. cit., pi. 5, fig. 1.
(6) Leuckart, Op. cit. (Todd's Cyclop., t. iV, p. 1410).
(c) Pallas, Nov. spec. Quadrup. e Gltrium ordine, 1778, p. 67.
{d} Leuckart, art. Vesiclxa prostatica (Todd's Cyclop. of Anat. and Physiol., t. IV, p. I4iil,
Cg. 880).
(c) Wahlgren, Op. cit. (MùUer's Archiv fur Anat. und Physiol., 1849, p. 696).
APPAREIL DE LA GÉNÉKATlOîS DES MAMMIFÈKES. 51
chez le Cerf et le Bœuf (1), ainsi que chez plusieurs aulres
Mammifères ('2).
§ ri. — Les glandes de Cowper (3), comme je l'ai déjà dit,
sont situées beaucoup plus loin du col de la vessie ; elles débou-
chent dans la portion bulbeuse de l'urèthre, et à raison de
leur position on les désigne souvent sous le nom de glandes
bulbo-caverneuses. Par leur structure, elles ressemblent un
peu aux glandes prostatiques, mais les grappes de caecums am-
puliformes qui les constituent ne sont pas empâtées dans une
masse charnue comme dans la prostate, et forment des lobes
et des lobules comme dans la plupart des glandes racémeuses.
Il y a une paire de ces organes, et tous les conduits excréteurs
Glandes
de Co\> |ier.
(1) Chez un Cerf nouveau -né,
M. Leuckart a trouvé, entre les canaux
déférents, dans un repli du péritoine,
un appendice qui s'insérait à Turèllire
et se bifurquait supérieurement, mais
qui élait filiforme el dépourvu de
cavité (a); chez un fœtus, cet appen-
dice était tubulairp, et son embou-
chure dans Turèthre était bien dis-
tincte.
Ciiez le Bœuf, le même auteur a
trouvé, immédiatement au-dessous
des orifices éjaculatcurs, une petite
ouverture médiane qui donnait dans
la cavité tubulaire d'un petit organe
wébérien caché sous la prostate.
(2) chez le Cochon, cet appendice
consiste en un cylindre très-grèle qui
se bifurque supérieurement pour lon-
ger le bord interne des canaux défé-
rents (6).
Chez le Marsouin {Delphinus pho-
cœna), l'appendice wébérien a la forme
d'un petit sac impair et allongé, logé
dans la prostate sous le veramonta-
nuin (c). Sa conformation est à peu
près la même chez le Karval (d).
(3) Jadis ces glandes étaient dési-
gnées sous le nota de prostates infé-
rieures (e). Leur découverte appar-
tient à Méry, et non à Cowper, dont
les observations sont postérieures Ã
celles de l'anatomisle français que je
viens de citer (/). Aussi les désignc-t-on
quelquefois sous le nom de glandes
de Méry {g).
(a) Leuckart, Op. cit. (Todd's Cyclop. of Anal, and PhysioL, t. IV, p. 1421, fig. 879).
(b) Weber, loc. cit., pi. 4, fig-. 5.
(c) Leydig, Op. cit. {Zeitsr.hr. fur wissensch. ZooL, 1850, t. Il, pi. i, fig. 13).
(d) Leuckart, Op. cit. (Todd's Ojclop.. t. IV, p. 1421, ûg. 881).
(e) Duverney, Å’uvres anatomiqucs, 1701, t. II, p. 2'J4.
(0 Méry, Observations au atomiques (Journal des savants, 1G84, n" 17, p. 304).
— Cowper, Descriplion of iwo Glands and their excretory duels late/y discovercd in the
humaii Body {Phdosophical Transactions, 1699, t. X\I, n" -254, p. 304).
((;)Gubler, Des glandes de Méry, etc. (tiièse, 1849, n' 17ii).
— Jarjavay, Op. cit., p. 95.
52 RErROULCTlON.
(le chacun d'eux se réunissent en un tronc commun qui dé-
bouche dans l'urèlhre par un orifice très-étroit.
Les glandes de Cowper ne manquent que rarement chez les
Mammifères, et parfois elles sont les seuls organes sécréteurs
qui soient annexés au canal génito-urinaire. Ainsi les Mono-
trèmes, qui ne possèdent ni vésicules séminales, ni prostates,
ni appendices wébéricns, ont de chaque côté du cloaque une
glande ovalaire dont le conduit excréteur va déboucher dans la
partie initiale du canal du pénis (1).
Chez les Marsupiaux, les glandes de Cowper sont très-dévc-
loppées ; souvent on en compte trois paires (2). Chez les Singes,
les Makis, les Chéiroptères et quelques Insectivores, elles sont
en même nombre que chez l'Homme, mais leur volume est plus
considérable (3); elles sont aussi très-grosses chez l'Hyène et
chez quelques autres Carnassiers (4), mais elles manquent chez
(1) Ces glandes sont pourvues d'une el composées d'un grand nombre de
cavitfî centrale, et leur canal excréteur tubes courts, groupes autour de con-
csl très-long (a); un uuisclc très-fort duits ranieux (r/).
les enveloppe, et détermine par ses Chez le Desmau de Russie, elles sont
contractions Texpulsion de leur cou- allongées et courbées en genou (p).
tenu. Chez la Taupe, elles sont situées
{'2) Par exemple, chez la Sarigue de sous la peau, près de la base de la
Virginie (6), le Cayopolin, les Phalan- queue, assez loin de Turètlire, où
gers, le Phascolome, le Kanguroo ou elles débouchent par un canal long et
Hypsiprymne (c). Suivant Duvernoy, étroit (/').
il n'y en aurait que deux paires chez (/i) Chez les Hyènes, les glandes de
la Sarigue. Cowper sont composées de lobes bien
(3) Chez le Hérisson, les glandes de distincts.
Cowper sont remarquablement grosses Chez le Chat, elles sont moins déve-
((i)Meckel, Ornithorhynchi paradoxi deseriptio anatomka, 18-20, p. 52, pi. 8. fig. 2 et 3.
{b: Cowper, Description of two Glands. {Phil. Trans., 1690.)
— Geoffroy Saint-Hilaire, Études progressives d'tin naturaliste, pi. 5, fiçr. 3.
(c) Owen, art. Marsupiaux (Todd's Cyclopœdia of Anat. und PhysioL, t. III, p. 311, fig. 135).
(d) Vovez Hunier, Catalogue of the PhysioL Serks of Comp. Anat. contained in the Muséum
of the R. Collège of Surgeons, t. IV, pi. 55.
Voyez Carus et Otto, Tab. Anat. comp. illustr., pars v, pi. 9, fig. 5.
le) Bra'ndt, Bemerkung iiber dcn innern Dau des Wuychuchol (Archiv fiir Naturgcschichte,
1836, t. I, p. iVJ).
{f) Voyez Miiller, De glanduîarum secern. striict. penlt., pi, 3, (Ig 2.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 5o
d'autres animaux du même ordre, tels que les Ours, les Ratons,
les Martres, les Chiens et les Loutres, ainsi que chez les
Phoques ; chez les Rongeurs, les Pachydermes et les Rumi-
nants, elles sont en général bien développées (1).
§ 1o. — Les glandes annexées à la verge ne consistent
ordinairement qu'en un petit nombre de follicules situés autour
du gland, sous le repli préputial, et sécrétant une matière onc-
tueuse destinée à lubrifier la surface de la portion terminale de
la verge (2) ; mais chez quelques Mammifères elles prennent
un très-grand développement : par exemple, chez le Chevrotain
porte-musc et le Castor. Chez le premier de ces Animaux, elles
forment sous la peau du ventre une grosse masse lobulée dont
le centre est occupé par une poche ovalaire qui s'ouvre au de-
vant du prépuce, et qui sert de réservoir pour la matière grasse
sécrétée dans leur intérieur. Cette substance, dont l'odeur est
remarquablement intense, est employée comme parfum et
comme médicament : c'est \e musc {2>) . Une poche préputialc
filanJes
de la vpr^t;.
loppées, mais cependant elles sont
plus grosses que les prostates ((/).
Chez i'Ichneunion, les canaux excré-
teurs de ces deux glandes s'accolent
entre eux, mais débouchent séparé-
ment au fond du cul-de-sac formé par
le bulbe de l'urèthre.
(1) Chez beaucoup de llongeurs, les
glandes de Cowper sont allongées et
lobulées latéralement (6).
(2) Chez l'Homme, ces follicules
sébacés, désignés sous les noms de
glandes jjrépuliales ou de glandes
de Tyson (c), sont de petites poches
simples ou branchues, et à col étroit,
disposées en cercle autour du gland.
La substance qu'elles sécrètent est
un liquide gras, d'un blanc jaunâtre,
qui répand une odeur forte, et qui, en
se desséchant, prend une consistance
caséeuse.
(3) Le Moschus moschi férus (d),
que l'on appelle souvent le Chevrotain
porte-musc, mais que l'on ne doit pas
ranger dans le genre Chevrotain ou
Tragulus, est un pelit Ruminant très-
voisin des Cerfs, bien que sa tète ne
soit pas armée de bois et que ses
(fl) Voyez Prévost et Dumas, Op. cit. {Ann. des sciences nat., 1824, t. I, pi. 9, lig. 1).
(b) Exemple : le Cochon d'Inde; voy. Prévost et Dumas, Op. cit. (Ann. des sciences nat., 1824,
t. 1. pi. M, %. 1).
(c) Tyson, anatomiste anglais du xvii* siècle, fut le premier à les faire connaître. Littre les
décrivit également (Mém. de l'Acad. des sciences, 1700), et, plus récemment, Burkhardt en a éga-
lement traité (Froriep's newe Notu-en, 1838, t. VI, p. 118).
(d) Voyez Atlas du Règne animal de Cuvier, Mammifères, pi. 86, fig. 1.
5/j REPRODUCTION.
analogue se trouve chez l'Antiiopc onclueuse (1), et chez le
Castor un appareil glanduleux de même nature, mais beaucoup
plus développé, sécrète la matière odorante qui est connue en
pharmacie sous le nom de castoréum (2). Chez plusieurs autres
dents canines soient très-saillantes (a).
Il habite toute la partie centrale de
l'Asie, et l'on en fait une chasse très-
active : ainsi on iHalue à pins de
300 000 le nombre d'individus tués
chaque année pour subvenir au com-
merce de Canton. L'appareil moschi-
fère de ce petit Animal est une poche
formée par un prolongement de la
peau du prépuce et tapissée de glan-
dules sébacées, qui se trouve entre
l'ombilic et le prépuce. La slriictiire
en a été étudiée par plusieurs anato-
mistes {b\, mais n'est encore que très-
iniparfailement connue sous le rapport
histologique.
Le musc est une substance onc-
tueuse qui, à l'état frais, a la consistance
du miel, mais qui devient solide et gru-
meleuse par la dessiccation; son odeur
dépend de la volatilisation d'tme ma-
tière dont la diffusibilité est extrême-
ment grande. L'analyse chimique y a
fait découvrir de l'albumine, une sorte
de résine, de la cire, beaucoup de
carbonate d'ammoniaque et divers sels
minéraux (c).
(1) Palias a constaté l'existence de
celte poche glanduleuse préputiale
chez y Antilope (juUurosa de l'Asie
centrale (d), mais il est fort douteux
que la matière sébacée sécrétée par
cet organe soit odorante comme le
musc [e).
(2) Chez le Castor (/â– ), il existe sur les
côtés du prépuce une paire de grosses
glandes lobulées et piriformes, qui
sont creusées chacune d'une grande
cavité, dont le col, dirigé en arrière, va
se joindre à son congénère et débou-
cher dans une fossette médiane située
à la partie dorsale et postérieure du
prépuce, à peu de distance de l'anus.
Ces glandes sécrètent le castoréum et
sont suivies d'une seconde paire de
sacs sécréteurs qui s'ouvrent isolément
sur les côtés de l'anus, et qui ne pro-
duisent pas la même matière odorante.
(n) Alplionse Milne Edwarrts, Recherches sur la famille des Chevrotains {Ann. des sciences
nat., 5' série, 1804, t. II, p. 49).
(6) Sliroeti, Historia Moschi, cap. x, p. 25.
— Gmelin, Descriptio Animalis moschiferi {Novi Comment. Acad. PctropoL, 1752, t. IV,
p. 400, pi. 9, fig 1).
— Palias, Spicilcgia znologica, fasc. XIII, p. 29, pi. G, fie;. 4-10.
— Branilt et Ralzebourcr , Mediciitische Zoologie, t. I, p. 45, pi. 8, fig. 2.
(c) Thieiiiaiin ; voy. .loliii, Tnbl. chim. du Règne animal, p. 13lj.
— Giiibourt et Blondeau, Journal de pharmacie, t. III, p. 105.
— fieiger el Heemann ; vny. Gmelin, Handbuch der Chcmie, t. Il, p. 1449.
(d) Palias, Spicilegia zoologica, fa.«c. XII, p. 58, pi. 3, fig. 15.
(e) Alphonse Milne Edwards, Op. cit., p. 76.
(/■) Gotiwaldt, Bemerkungen ûber den Biber. Nùrenbfirg, 1782, pi. B, fig. 1 , pi. F et jil. G.
— Eoun, Anatome Castoris. Lugd. Bat., 1806, pi. 1, fig. 1.
— Brandt et l'.aizeburg, Medicinische Zoologie, t. I, pi. 4, fig. 1-3.
— J. Millier, De glandularum secernentiuni structura pcnitiori, p. 41, pi. 2, fig. 5.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES.
55
Rongeurs, tels que les Rats(î), les Campagnols et les Hams^
ters, on trouve des glandes prépuliales dont le volume est con-
sidérable, et l'on doit considérer comme les analogues de ces
organes une paire de glandes ovalaires qui, chez le Lièvre, sont
logées dans l'aine, et expulsent leurs produits par un orifice
situé de chaque côté du prépuce (2).
§ lii. — Les glandes anales, qui sont très-développées chez
certains Mammifères, principalement les Carnassiers, peuvent
aussi être rangées parmi les annexes de l'appareil génital, car la
matière odorante qu'elles sécrètent paraît être destinée princi-
palement à exciter l'appétit sexuel de la femelle : chez la Civette,
par exemple, ces organes sécréteurs sont très-développés, et
leurs produits ont quelque analogie avec le musc (3).
('â– landes
aiuiles.
(1) Duverney fit connaître la dispo-
sition de ces glandes prépuliales du
Rat (a).
(2) Les glandes inguinales des
Lièvres sont de forme ovalaire, et
elles débouchent dans une petite aréole
seniilunaire dépourvue de poils (6).
Elles produisent une humeur jaunâtre
et très-puante. Ces glandes existent
aussi chez le Lapin (c), mais elles
manquent chez les Lagomys, lîongeurs
qui sont d'ailleurs très-voisins des
Lièvres.
(3) Cet appaieil consiste en une
paire de poches piriformes placées
entre l'anus et l'orifice du prépuce,
réunies inférieurement et s'ouvrantau
dehors par une fente longitudinale
commune, dont les lèvres sont garnies
de longs poils. La surface interne de
ces réservoirs est sillonnée en tra-
vers, tapissée d'une couche épider-
mique et garnie de quelques poils;
leurs parois sont épaisses et glandu-
leuses (d). Enfin une tunique muscu-
laire l'enveloppe et sert à en chasser
le contenu. Chez la femelle, l'appareil
moschiière est disposé de même (e).
11 y a en outre une paire de glandes
anales très-grosses.
Chez la Loutre, il existe de chaque
côté de l'anus une poche à parois mem-
braneuses qui débouche au bord de
cet orifice (/"); des follicules très-pe-
lils s'y ouvrent et y versent une ma-
tière mucilagineuse dont l'odeur est
(a) Duverney, Å’uvres anatomiqiies, t. II, p. 299.
(b) Dmhea\on^ Description du Lièvre (Buiron, Mammifères, t. III, p. 319, pi. 94 et 93, tdil.
in-8).
(c) Daubeiilon, loc. cit., pi. 90, bg. 1.
(d) Morand, Nouvelles observations sur le sac et le parfum de la Civette [Mém. de l'Acad. des
sciences, 1728, p. 403, [d. 20 et 21).
(ê) Lapeyi-onnie, Description anatomique d'un Animal connu soiis le nom de Musc {Mém. de
l'Acad. des sciences, 1731, p. 443, pi. 25 et 26).
— Brandi et Ratzeboui-g, Medicinische Zoologie, t. I, pi. 2, fig. 2-4.
if) Daubenton, Up. cit. {Buffun, Mammifbres, t. IV. p. 98, pi. 115, (ïg. 2 et 3, édil. in-8).
Éreciion
du
pénis.
^'Q HEPRODUfTION.
Chez richneumon, une poche analogue entoure l'anus (1).
Enfin, chez l'Hyène et le Blaireau, cette glande débouche au
dehors, entre l'anus et la base de la queue (2). On trouve
aussi des glandes anales vésiculaires chez plusieurs Ron-
geurs (3) et chez les Phoques. Elles manquent dans les autres
ordres de Mammifères, mais elles y sont souvent représentées
par des follicules plus ou moins nombreux (4).
§ 15. — Dans l'état de repos, l'organe copulateur est plus
ou moins flasque et contracté; mais, pour remplir ses fonc-
tions, il doit être au contraire gonflé et rigide. Ce change-
très-piquante (a). Les glandes anales
sont disposées à peu près de la
même manière chez les Putois, les
Martres, etc.
(1 ) Chez richneumon (b) , cet appareil
sécréteur se compose de trois séries de
glandes, savoir : 1" une poche dont
la surface interne présente un grand
nombre d'orifices donnant dans des
follicules piriformes d'où suinte une
humeur jaunâtre, épaisse et huileuse ;
2" une paire de vésicules anales qui
débouchent dans la poche précé-
denie ; 3° une triple rangée de glan-
dules conglomérées, s'ouvrant isolé-
ment le long du bord supérieur de
l'anus.
(2)Chez l'Hyène, il existe au-dessus
de l'anus une fente transversale qui
conduit dans deux poches situées cha-
cune au centre d'une glande lobulée,
et présentant à leur partie supérieure
l'embouchure d'un long canal excré-
teur qui naît d'une seconde paire de
glandes analogues aux précédentes. Le
nombre total de ces bourses est donc
de quatre (c). Les lobules sont consti-
tués par autant de petites glandes
racémiformes (d)
Chez le Blaireau, cet orifice sécré-
teur est situé de même, mais il donne
dans une bourse cutanée, simple, dont
les parois sont glanduleuses et lais-
sent suinter une matière grasse très-
odorante (e).
(3) Chez les Marmottes, il y a trois
de ces sacs glandulaires, et leurs con-
duits excréteurs s'ouvrent isolément
sur le bord de l'anus, au milieu d'au-
tant de papilles qui font saillie au de-
hors lorsque l'Animal est inquiet.
Chez les Cabiais, le Paca et l'Agouti,
il en existe une paire.
(i) Par exemple , chez le Desman
de Russie {f) , le Macroscélide de
Rozet (</) et les Cerfs (h).
(a) Millier, De glandularum secernentium structura penitiori, p. ii, pi. 2, {[g. 3.
(6) Cuvier, Anatomie comparée, \^« édit., t. V, pi. 47, flg. 1.
(c) Daubenton, Op. cit. (Biifl'on, Mammifères, t. VI, p. 350, pi. 22G ot 227).
(d) J. Millier. De glandularum secernentium structura peniliori, p. 42, pi. 2, fig. 3.
(e) Daiibetilon, toc. cit., t. IV, p. 57, pi. Il et lH .
(f) Pallas, Sû7-ices aliquot illustrali (Acta Acad. Petrop., 4781, pars 11, p. 529).
(g) A. Wa^rner, voyez Schreber's, Sà ugethiere, c. 2, Supplém., p. 85.
{ti} Rapp, Ueber ein eigenthumliches druse7i(ïhnliches Organ des Hirsrhes (MùUer's Archiv fur
Anat.., 1839, p. 362).
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 57
ment est amené par racciimulation du sang dans les cavités
veineuses dont son tissu éreclile est creusé, et cette accu-
mulation peut être produite par toute action mécanique qui
diminue notablement le débit des veines efterentes de la
verge, sans affaiblir la pression sous laquelle le courant cir-
culatoire arrive par les artères correspondantes. Pour s'en
convaincre, il suffit de pousser fortement dans ces derniers
vaisseaux une injection coagulable; on détermine ainsi sur
le cadavre une érection artificielle, et si l'on incise ensuite
le pénis gontlé de la sorte, on trouve que les sinus du tissu
spongieux et du corps caverneux de cet organe sont disten-
dus par la matière injectée. On peut aussi constater expéri-
mentalement que la pression nécessaire pour opérer cette tur-
gescence du tissu érectile de la verge n'est pas supérieure à celle
sous laquelle le sang se meut d'ordinaire dans les artères, car
il suffit d'une colonne d'eau de 2 mètres de haut pour produire
un état analogue lorsqu'on fait arriver le liquide directement
dans le corps caverneux à l'aide d'.un tube dont l'extrémité infé-
rieure est introduite dans le tissu érectile, et que l'on comprime
les veines de l'abdomen de façon à empêcher l'écoulement par
les veines du pénis.
Les causes qui déterminent la suspension ou le ralentisse-
ment du retour du sang par les systèmes veineux de la verge
sont : d'une part, le relâchement des fibres musculaires lisses
logées dans les lamelles du tissu érectile-, d'autre part, la con-
traction de divers muscles qui,'^ situés dans le voisinage des
principaux troncs efférents, compriment ceux-ci et y gênent
le passage des liquides (i).
(1) Les physiologistes ne sont pas les voies de communication entre les
d'accord sur le rôle des fibres muscu- sinus veineux du tissu érectile et les
laires du corps caverneux dans l'érec- troncs vasculaires efférents se rétré-
tion; quelques auteurs pensent que, cissent, et que le cours du sang qui
sous l'intluence de leurs contractions, sort de la verge se trouve ainsi ra-
58 REPRODUCTION.
C'est surtout sous rinlluenee des muscles compresseurs
des gros troncs veineux que la turgescence devient com-
plète. Le bulbo-caverneux et l'ischio-caverneux, en pressant
sur le bulbe de Turèthre, contribuent beaucoup à détermi-
ner l'accumulation du sang dans le corps spongieux (1); ces
muscles, ainsi que les autres muscles du périnée, agissent
d'une manière analogue sur les veines dorsales du pénis, en
poussant la verge contre le bord inférieur du pubis; enlin il
existe souvent à la base de cet organe une paire de faisceaux
charnus qui sont spécialement chargés de comprimer ces
vaisseaux efférents (2).
lenli ; mais il rôsiilte des recherches
de M. Kullikor que la turgescence des
corps caverneux suit le relâchenjeiu
des fibres musculaires des irabécules
du tissu ércctile, relà clioment qui est
détermine'' par l'action nerveuse et
qui permet aux aréoles du tissu spon-
gieux de se distendre sous la pression
exercée par le sang qui y afflue (a).
(1) L'influence des contractions du
muscle bulbo-caverneux sur la tur-
gescence du gland est bien démontrée
par une expérience de M. Kobelt.
Lorsque sur des chiens récemment
étranglés, ou sur le point d'être as-
phyxiés par strangulation, et dont il
avait mis à nu la racine de la verge,
ce physiologiste stimulait mécanique-
ment cet organe, il constata que s'il y
avait déjà un commencement d'érec-
tion, chaque excitation était suivie de
contractions saccadées de ce muscle, et
qu'.; ces contractions poussaient le sang
d'arrière en avant dans les veines du
corps spongieux, de façon à produire
peu à peu le développement complet
du gland. Dans ces expériences les
muscles ischio-caverneux se contrac-
tèrent de la même manière (6).
(2) Les muscles compresseurs des
veines dorsales de la verge se trouvent
chez rilomme, mais ils sont plus déve-
loppés chez quelques autres Mammi-
fères, tels que les Singes, l'Ours, le Ra-
ton, la Fouine, le Chien, le Chat et le
Cheval; ils naissent sur les racines du
pubis, au-dessus de l'insertion du bulbo-
caverneux et du muscle transverse du
périnée, remontent obliquement en
avant et se réunissent sur la ligne mé-
diane en passant au-dessus des veines
dorsides du pénis (c).
(fli Kôlliker, Anatamische tmd physiologische Verhalteii des cavemosen Kôrper der Sexual-
organe (Vevhandl. der physikalisch-medir.inischen Gesellschaft in Wuraburg, 1852, t. II, p. tl8).
(6) Kobelt, De l'appareil du sens génital, p. 36 et 69.
(c) Voyez à ce sujet : Cuvier, Leçons d'anatomie comparée, \" édition, t. V, p. t02.
— Houston, An Account of iwo newhj discovered Muscles for compressing tlie dorsal vein of
thepenis in Man and other Animais {Dublin Hospital Reports, 1830, l. V, pi. 4, 5 et 6;.
— Krause, Beobachtungen und Demerkungen (Mùller's Aixhiv fur Anat., 183C,p. 30 et
suiv., }il. 21.
— Kobelt, De l'appareil du sens génital, 1851, p. 41.
— Henle, Ueber den Mechanismus der Erection {Zeitschr. fiir ration. Med., 18G3, t. XVIII,
p. l,pl. 1).
femelle.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 59
Quant à la cause éloignée de l'érection, elle consiste en une
action nerveuse réflexe provoquée, soit par l'excitalion méca-
ni({ue de la verge, soit par certaines impressions physiques
ou psychologiques.
Les nerfs de la verge appartiennent, les uns au système gan-
glionnaire, les autres au système cérébro-spinal (1); les pre-
miers prédominent dans la portion spongieuse de l'urèthre,
tandis que le gland ne reçoit guère que des nerfs sensitifs (2).
§ 16. — L'appareil femelle est beaucoup plus parfait chez Appareil
les Mammifères qu'il ne l'est chez les Oiseaux, les Reptiles ou
les Vertébrés anallantoïdiens, et les perfectionnements qu'il
présente sont en rapport principalement avec l'importance du
travail incubateur dont il doit être le siège et avec la manière
dont la fécondation doit s'opérer. Ici, comme chez les autres
Vertébrés, le canal génito-urinaire sert au coït, mais presque
toujours il existe pour la réception du pénis un canal spécial qui
appartient en propre à l'appareil de la génération, et qui a
reçu le nom de vagin. îl est aussi à noter que dans cette classe
d'Animaux la vulve, ou orifice commun des voies génito-uri-
naires, est toujours située en avant de l'anus, et qu'en général
elle est nettement séparée de cette ouverture excrémentitielle.
(]hez les Monotrèmes, et même chez les Marsupiaux, il existe un
(1) La plupart des branches des nerfs (2) Les principaux nerfs de la verge
dorsaux de la verge sont destinées à la sont connus sons le nom de nerfs hon-
membrane muqueuse qui recouvre le veux internes ; ils naissent du plexus
gland, et, avant d'atteindre sa cou- sciatique et fournissent les nerfs dorsaux
rnnne, elles forment autour des veines de la verge et plusieurs branches qui
dorsales de cette partie un plexus très- se distribuent au périnée et an canal de
serré, ainsi que cela a été constaté d'à - l'urèthre. D'auti'es filets proviennent
bord par Cuvier chez l'Eléphant («), de la branche génito-crurale du plexus
et plus récemment chez l'Homme par lombaire.
Millier, Valentin, Kobelt, et quelques Les nerfs du système ganglionnaire
autres anatomisles [b). émanent du plexus hypogastrique.
(a) Cuvier, Anatomie comparée, i" édition, t. V, p. 104.
(6) J. Millier, Uebcr die organis>'hen N,Tven der erectilen m^nnlichen Geschlechtsorgane
{Mém. de l'Acad. de Berlin pour 1835).
— Kolielt, Op. cit., p. iO, pi. i, fig. 3.
60 REPRODUCTION.
cloaque comme chez les Oiseaux et les Reptiles ; mais chez les
Mammifères ordinaires l'appareil génito-urinaire devient com-
plètement indépendant de l'appareil digestif (1). Le conduit
qui transporte au dehors les produits de l'ovaire se compose
donc presque toujours des trompes ou oviductes, de l'utérus ou
chambre incubatrice, du vagin, et du vestibule génito-urinaire.
Comme exception à cette règle, je citerai les Monolrèmes, qui
n'ont pas de vagin proprement dit.
La forme générale de cet appareil varie beaucoup dans cette
classe d'Animaux ; mais les principales différences que l'on y
rencontre ne dépendent d'aucun changement dans son mode
de composition organique, et résultent seulement de la coa-
lescence plus ou moins étendue de ses deux moitiés constitu-
tives, qui tantôt sont distinctes entre elles dans presque toute
leur longueur, tandis que d'autres fois elles se réunissent et se
confondent sur le plan médian du corps, de façon à ne plus
former qu'un organe unique. Cette fusion ne s'étend jamais
ni aux ovaires, ni aux trompes ou oviductes, et quelquefois
elle ne dé[)asse pas les limites du vestibule génito-urinaire,
de sorte qu'il existe deux vagins et deux utérus faisant suite
(1) Il existe dans la classe des Mam- grand nombre de Rongeurs elles sont
niiftircs plusieurs formes organiques entourées par les fibres d'un même
intermédiaires aux deux modes de muscle spbincter. Chez le Castor, Tes-
slruclure indiqués ici, et la ligne de pèce de vestibule commun formé par
démarcation entre les Animaux qui ont la région génito-anale ainsi circon-
un cloaque commun et ceux qui en scrite constitue une sorte de bourse
sont dépourvus est loin d'être nette- très-contractile, qui mérite tout à fait
ment tracée. En général, chez les le nom de cloaque, et ne diffère pas no-
Mammifères Didelphiens, la vulve est tablement de celui de plusieurs Marsu-
séparée de l'anus par un isthme de la piaux.
peau, et ces deux ouvertures sont Comme exemple d'un grand écarte-
complétement indépendantes l'une de ment entre l'anus et la vulve, on cite
l'autre; mais chez quelques Carnas- le /?(/</ima, où, d'après Steller, le pé-
siers, tels que les Loutres, elles se rinée de la femelle aurait huit pouces
rapprochent beaucoup, et chez un de long (a).
(o) Sleller, Dissert, de Bestiis marinis [Novi Comm. Acad. Pelrop., l^Dl, t. Il, \>. 295).
APPAREIL DE LA GÈNÉKATION DES MAMMIFÈRES. 61
aux deux oviductes ; mais presque toujours elle affecte le vagin ;
dans beaucoup de cas, elle gagne la portion inférieure des uté-
rus, et quelquefois elle s'avance jusqu'au fond de cet organe,
qui, de même que le vagin, devient alors unique et médian dans
toute sa longueur.
Quelques Marsupiaux de la famille des Sarigues nous offrent
un exemple de Tindépendance complète des parties qui appar-
tiennent en propre à l'appareil femelle (l).
Le vestibule uréthro-sexuel est très-dé veloppé chez plusieurs
Mammifères inférieurs, mais se raccourcit beaucoup chez ceux
dont l'organisation est la plus perfectionnée; chez les Mono-
trèmcs, où l'appareil génital débouche dans un cloaque com-
mun, ce canal est très-long et tient lieu de vagin (2).
L'entrée des voies génito-urinaires affecte ordinairement la vestibule
forme d'une fente longitudinale dont les deux bords, appelés
grandes lèvres de la vulve, sont garnis de poils extérieurement
et tapissés en dedans par une membrane muqueuse très-vas-
culaire. Quelquefois cet orifice est transversal, par exemple
uréthro-sexuel.
(1) Par exemple, le Cayopolin («).
Chez d'autres, la même disposition
existe en réalité, mais est moins ap-
parente à cause du rapprochement de
la portion supérieure des vagins qui
sont accolés l'un à l'autre.
(2) Chez rOrn^thorhynque (a) et
chez l'Ecliidné (6), le vestibule génito-
urinaire est séparé du cloaque par un
sphincter, el près de son extrémité
supérieure où s'ouvre la vessie uri-
naire, se trouvent les orifices des urè-
thres, ainsi que les embouchures des
deux utérus {h). Il n'y a donc là rien
qui puisse être assimilé au vagin des
Mammifères ordinaires.
Le vestibule génito-urinairc est
très-allongé chez le Kinkajou (c).
(a) Voyez Owen, On lac génération of Marsupial Animais {Philos. Trans., 1844, pi. 6,
fig. 5).
(6) Voyez Evrard Home, Lectures on comp. Anat., Supplem., 1828, t. VI, pi. 60, fig'. 1,2, 3.
— Meckel, Ornithorlajnchi paradoxi descriptio anatomica, pi. 8, fig'. 1.
— Duvernoy, Fragment d'anatomie comparée sur les organes de la génération de l'0)'nitho~
rhynque et de l'Échidné, pi. 1 , iiç;. 5 {Mém. de la Société d'histoire naturelle de Strasbourg, t. I).
— Owen. On the Jlammarij glands of the Ornithorhynclius {Philos. Trans., 1832, pi. 15,
fig. 1 ; pi. 17, fig. 1). — Article Marsupialia (Todd's Cyclopœdia of Anat. and Physiol., t. III,
p. 393, lig. 171).
— Martin Saint-Ange, Etude de l'appareil reproducteur {Mém. de l'Acad. des sciences, Savants
étrangers, t. XIV, pi. 0, fig. 1 , 2 et 3;.
— Viacovic, Dell' apparechio sessualc de' Monotremi (Sitzuiigsbcriclit dcr Wiciicr .\kaJ. .
1852, t. IX, pi. 20, lig. 1).
(c) Voyez Carus et Otto, Tab. .\nat. compar. illuslr., pars v, pi. 8, fig. ô.
G2 REPRODUCTION.
chez l'Hyène, et d'autres fois circulaire, notamment chez les
Rongeurs.
Clitoris. Le méat urinaire en occupe la partie inférieure (ou antérieure
lorsque la position du corps est verticale), et en avant ou au-
dessous de cet orifice se trouve un organe érectile analogue
au pénis du mâle, et appelé clitoris. Cet appendice ressemble Ã
la verge par sa structure aussi bien que par sa forme, si ce
n'est qu'il est d'ordinaire plus ou moins rudimenlaire (1), et
que dans l'immense majorité des cas il n'est point perforé.
Souvent, cependant, il est creusé d'une gouttière qui fait suite
à l'urèthre. Chez les I\Iakis et les Loris, cette ressemblance est
portée encore plus loin, car le canal urinaire parcourt le clitoris
dans presque toute sa longueur ("2). Il est formé principalement
(1 ) c'est chez les Singes d'Amérique
que le clitoris acquiert son plus grand
développement. Chez les Alèles, cet or-
gane est remarquablement long, mais
il n'est que peu érectile et ne doit son
grand volume qu'Ã une accumulation
de tissu graisseux (a).
Le volume du clitoris est aussi très-
grand chez la plupart des Carnassiers
et des Rongeurs (6).
Chez un Éléphant femelle, dont
Perrault a fait l'anatomie, le clitoris
était si grand, que pendant la vie de
l'animal on avait cru que celui-ci était
un mâle (c).
Dans l'espèce humaine, cet organe
est en général peu dé\ eloppé ; mais
on cite des cas dans lesquels il avait
les proportions du membre viril de
riiomme {d). Il paraît que le cliloris
est plus grand chez quelques races
nègres que chez les peuples cauca-
siques (e).
('i) Chez le Chien, le Chat et plu-
sieurs autres Carnassiers, un sillon lon-
gitudinal qui part de Torifice de l'u-
rèUu-e est creusé sur le dos du clilo-
ris. Chez les Loris et les Makis, le
canal de Turèllire se prolonge sur le
dos de cet organe jusque près de sa
pointe (/■). «
En général, le clitoris est situé près
du bord de la vulve, mais quelquefois
il est placé beaucoup plus profondé-
(a) Fugger, De singulari clitoridis in Simiis gêner is Atelis magnitudine, i83b (\oy.m\\er's
Archiv, 1836; Berickt, [>. lvi).
(b) Exemples : le Surmulot; voy. Caïus et Otto, Tab. Anal. comp. illustr., pars v, pi. 8,
fig. i.
— Le Lapin ; voy. LerebouUet, Op. cit., pi. 10, fig. 102.
(c) Perrault, Méin. pour servir à l'histoire nalurelle des .inimaux, 3* partie, p. 152, pi. 20,
fig. 3, T; pi. 21, fig. 1.
(d) Voyez à ce sujet :
— Hallor, EUmenta physiologiœ, t. VII, piirsit, p. 81.
Huschke, Traité de splanchnologie, Irad. par Jourdaii, p. 477.
(e) Home, On Hermaphrodites {Phiios. Trans., 17'J9, p. lt;2).
(f) Voyci! Cuvicr, Analoniic comparée, l. Vill, p. 233 et suiv.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 63
par un corps caverneux dont les branches s'insèrent sur les
branches ischio-pubiennes (1), et, chez les espèces où le pénis
du maie contient un os, on trouve aussi chez la femelle, dans
l'inlérieur de cet organe, un cartilage ou même un os. Son ex-
trémité antérieure (ou inférieure) est libre et plus ou moins
comparable au gland (2); elle est ordinairement simple, mais
elle est bifurquée chez les Marsupiaux à pénis fourchu (o), et
elle se continue en arrière avec des replis membraneux situés
sur les côtés de la vulve, auxquels on a donné les noms
de petites lèvres ou de mjmphes [h). Enfin, la portion termi-
nale de cet appendice, pourvue de beaucoup de nerfs et de
ment, par exemple chez la CiveUe; et
d'autres fois il est logé dans une poche
à orifice étroit ou dans un cul-de-sac
préputial, ainsi que cela se voit chez
la Louve et chez l'Ours : chez ce der-
nier, il est recourbé en double S.
(1) La disposition des vaisseaux san-
guins du clitoris a été étudiée avec
beaucoup de soin par M. Kobelt («).
(2) Il est cependant à noter qu'ana-
tomiqueraent cette assimilation man-
que de justesse, car le gland du pénis
est formé, non par le corps caverneux,
mais par un développement de la por-
tion terminale du corps spongieux de
l'urèthre (6).
(3) Par exemple, chez le Didelphe
crabier (c).
(k) Dans l'espèce humaine, les nym-
phes sont en général plus petites que
les grandes lèvres, mais parfois elles
les dépassent, et chez quelques races
elles pendent même très-bas entre les
cuisses, disposition qui est portée re-
marquablement loin chez les femmes
boschimanes, où elles constituent ce
que l'on a appelé le tablier des Hot-
tenlotes {d).
On connaît des cas dans lesquels les
petites lèvres étaient doubles ou même
triples (e).
(a) Lacuire, Appareils éreetiles che% la Femme, thèse. Paris, tS56, p. 20.
(b) Kobelt, jDe i'oppacdi (h4 se»s (jifc'?ii<aZ, trad. par Kurico, 1851, p. 10-2 iil 3 fin- ■) o q.
pi. 4, fig. l,etc. - s. , -, o,
(c) Voyez Martin Saint-Ange, Op. cit. (Mém. de l'Acad. des sciences, Savants étrang. t. XIV
pi. 4, fig. 1). â– ' " '
(d) Goten Rliyne, Descript. capitis Bonœ-Spei, 1679, p. 34.
— Levaillant, Voyage en Afrique, t. II, p. 17.
— Barrow, Travels into tlie interior of South Africa, 1801.
— Péron ; voy. Freyanet, Relation du voyage aux terres australes, t. II.
— Cuvier, Observations faites sur le cadavre d'une Femme comme à Paris et à Londres
sous le nom rfe Vénus hottentole (Mém. du Musétcm, 1817, t. III, p. 259). -^Annt l'nmn '
l. VIII, p. 250. ^nac.Lomp.,
— J. Millier, Ueber die ausscren fJeschlechtstheitc dcr Buschmdnninen {.irchiv fur Anat
undPhijsiol., 1834, p. 319, pi. 6, fig-. 1 et 2).
(e) Neubauer, Die triplici nymphorum ordine. lense, 1774.
64 REPRODUCTION.
papilles vasculaires (l), est enveloppée par un prolongement
tégumentaire analogue au prépuce de la verge (2), et en con-
tinuité avec les petites lèvres. Des glandules mucipares et
sébacées y sont logées, et de nombreuses papilles nerveuses
en garnissent la surface interne (3).
(1) Le mode de terminaison des nerfs
du clitoris et la structure des papilles
qui en garnissent la surface ont été
étudiés récemment par MAI. Nylan-
der et Kôlliker (a).
(2) Le prépuce du clitoris constitue
parfois une poche qui ne communique
au dehors que par un orifice.
Ainsi, chez rOrnitliorhynque le cli-
toris est petit et logé dans un prépuce
en forme de gaine lubulaire qui s'ou-
vre à la face ventrale du cloaque (i).
Chez rOurs, le prépuce constitue
aussi un sac à orifice étroit, mais il
débouche dans la vulve. Chez la Louve,
rextrémité du clitoris est également
logée dans un cul-de-sac, mais Torifice
de celui-ci est plus large.
Dans l'espèce humaine, le prépuce
du clitoris n'est en général que peu
développé; mais, chez diverses races
de l'Afrique et de l'Asie, ce repli mem-
braneux acquiert souvent une grande
longueur, circonstance qui a donné lieu
à la coutume de la circoncision pour
les femmes aussi bien que pour les
hommes, chez divers peuples de ces
régions : par exemple, chez les Abys-
sins.
(3) Les organes sécréteurs logés
dans l'épaisseur des petites lèvres
sont d'une structure assez complexe ;
les plus importantes constituent de
chaque côté de la vulve une glande ar-
rondie, dont l'existence fut d'abord
constatée dans la Vache (c), et dont le
développement est assez considérable
dans l'espèce humaine {d). Dans ces
derniers temps la structure en a été
étudiée avec soin (e). Ces glande»
vulvo-vaginalcs sont conglomérées et
mucipares; on les considère comme
les analogues des glandes de Cowper
chez le mà ¢le.
D'autres glandules qui sécrètent des
matières sébacées débouchent dans
le prépuce du clitoris et correspondent
aux glandes de Tyson chez le mâle.
(a) IvôUiker, Eléments d'histologie, p. 589.
(6) Meckel, Ornithorliynchi paradoxi descript. anal., pi. 8, fig. 1.
— Owen, Op. cit. [Philos. Trans., 1832, pi. 15, fig. 1).
— Martin Saint-Ange, Op. cit. (Méin. de l'Acad. des sciences, Savants étrangers, t. XIV, pi. 6,
fig. 1,2, 3).
(c) Diiveinoy, Å’uvres anatomiques, l. II, p. 319.
{d) Gasp. Bcrtholin, De ovariis muUerum, 1677.
(e) Wendt, (Jeber die menschliche Epidermis (Miiller's Archiv fur Anal, uhd PhysioL, 1834,
pi. 4, ùg. 6).
— Burliliardt, Anatom. Bemerkungen iiber die Talg-iind Schleimbdlge namentlich in den
ISymphen (Froriep's Neue Nutizen, t. VI, p. 117).
— Tiedemaiin von den Duverney'schen , BarthoUn'schen oder Cowper'schen Driïsen des
Weibes, 1840.
— Knox, Some Observations on the Glands of Cowper in the Female {London Med. Gazette,
1839, t. XXIII, p. 588\
' — Huguier, Mém. sur les appareils sécréteurs des organes génitaux externes de la Femme et
che% les Animaii.t {Ann. des sciences nat., 3* série, 1850, t. XIII, p. i23y, pi. 9).
— Martin cl Léger, Recherches stir les appareils sécréteurs des organes génitaux externes
de la Femme {.irch. gén. de inéd., 1862).
APrAIlEIL DE LA GKNÉHATION DES MAMAIIFKIIES. 65
Enfin, un plexus vasculairc très-riche constitue en général,
de chaque côté de la vulve, une sorte de bulhe érectilequi con-
tribue à rendre l'embouchure des voips gcnilales béante sous
l'influence de l'excitation vénérienne (1).
L'entrée du vagin est souvent plus ou moins obstruée par
une cloison membraneuse incomplète (]ui, tantôt n'exisie que
chez les individus vierges, et se rompt lors du coït (2), d'au-
tres fois s'effac^e peu à peu par suite de la parturition (3). On la
désigne sous le nom d'hymen. Jadis on pensait que cette parti-
cularité n'appartenait qu'à l'espèce humaine, mais on la ren-
contre chez beaucoup de Singes (h), et même chez divers
Hjmen.
(1) Pour plus de détails sur ces
corps érecliles, auxquels on a donné
les noms de bulbe du vagin, de
bulbe vcstibulaire, de plexus réti-
forme, etc., je renverrai surtout à un
opuscule de M. Kobelt et aux recher-
ches de M. Rouget (a).
(2) La rupture de cette membrane
n'est pas toujours la conséquence
d'un rapprochement sexuel fécond, et,
dans quelques cas, bien que le pénis
n'ait pu pénétrer dans le vagin , la
liqueur séminale a dû être lancée
dans ce canal, car il y a eu concep-
tion {b).
(3) On donne le nom de caroncules
myrtiformes à de petites rugosités
qui, chez la femme, sont situées sur
les bords de la vulve et sont consi-
dérées par la plupart des anatomistes
comme divers lambeaux provenant
de la rupture de cette membrane (c).
Je dois ajouter cependant que tous
les anatomistes ne leur attribuent pas
cette origine (d). On a signalé beau-
coup de variations dans la forme de
l'hymen (e).
(/i) Chez les Ouistitis, le Coaita et
quelques autres Singes, la membrane
de l'hymen est représentée par deux
replis semi-circulaires et transversaux
qui rétrécissent l'entrée du vagin, et
qui par leurs commissures se réunis-
sent à deux colonnes longitudinales
situées sur le plan médian, l'une à la
paroi antérieure, l'autre à la paroi
postérieure de ce canal sexuel. Chez la
Taupe, l'occlusion est complète (/').
(a) Ivobcit, De l'appareil du sens génital, 1851, p. 81, pi. 3.
— Rouget, Recherches sur les organes érecliles de la Femme, etc. {Journal de physiologie,
1858, t. I, p, 320).
(b)'Farre, art. Utékus (ToJd's Cijclop. ofAnal., Supplé;ii., p. 711).
— Voyez Burdacii, Traité de physiologie, t. I!, p., 203.
(c) DeviUiei-s, Nouvelles recherches sur l'hymen et les caroncules hyméniales. Paris, 1840.
(d) S.appey, Traité d'anatomie descriptive, t. 111, p. 680.
{ej Voyez Parmeiiticr, Dissert, de génital, imiliebr. nat. formœ varietate, 1831.
— Tolberg, De varietate hymenum {dissert. inaiiy.). Hallœ, ll'Jl, p. 14.
— llu^clikc. Traité de splanchnologie., \>. 472.
(/■) E. Geoffroy Saiiit-llilaire, Cours de l'histoire naturelle des Mammijères., 18J8, livr. xviii,
p. 23.
IX. 5
66 REPRODUCTION.
Carnassiers (i) et chez plusieurs autres Mammifères (2). D'au-
tres fois ia ligne de démarcation entre le vagin et le vestibule
uréthro-sexuel est indiquée primitivement par un étranglement
circulaire qui se dilate peu à peu et finit par s'effacer après
plusieurs portées : chez le Chien et le Chat, par exemple.
Enfin, chez la Truie et chez divers Ruminants, l'hymen est
représenté par une bride transversale, de façon que la vulve
communique avec le vagin jiar deux orifices (3).
§ 17. — Le vagin, qui, chez presque tous les Mammifères,
fait suite au vestibule génito- urinaire et conduit à l'utérus, est
un canal long et très-cxteusible, destiné spécialement à recevoir
le pénis pendant le coït (Zi). Ainsi que je l'ai déjà dit, cet or-
gane manque chez les Monotrèmcs, mais il est double chez la
plupart des Marsupiaux (5), et môme chez beaucoup de ces der-
niers Mammifères les deux vagins se confondent dans une por-
(1) Diiverney a trouvé chez rOurs
brun lia repli incuibraneux, épais, en
forme de lèvre, situé en avant de ren-
trée du vagin et réduisant cet orifice
à une simple feule transversale. Cet
anatomiste a constaté une disposition
analogue chez l'Hyène (a).
(2) Par exemple, chez le Phoque (6)
et le Rhytiiia (c).
(3) M. Owen a constaté cette dispo-
sition non-seulement chez la Truie {d),
mais aussi chez la Jument, l'Anesse, la
Vache et le Paresseux ; il pense qu'elle
est commune à tous les Ruminants qui
n'ont pas encore reçu le mâle (e).
Quelquefois l'hymen est percé de
deux trous dans l'espèce humaine (/").
Chez la Jument, souvent la membrane
hyméniale est parfois percée d'un ou
de deux trous {g), et dans la première
copulation elle se rompt avec perte de
sang (/i).
(û) Chez l'Éléphant, le vagin paraît
manquer, car le méat urinaire n'est
séparé de l'orifice de l'utérus que par
un repli membraneux, et c'est le vesti-
bule uréthro-sexuel quireçoil le pénis
du mâle pendant le coït (/).
(5) Chez le Cayopollin, ou Didelphis
dorsigera, les deux vagins sont à peu
(a) Duvernoy, Mém. sur l'hymen {Mém. de l'Acad. des sciences, Savants étrangers, t. I),
(6) Lobslcin, Obs. d'anal, cump. sur le Phoque à ventre blanc, p. 30 (Journ. deméd., t. XXIX).
(c) Stellcr, De bestiis marinis (iSov. Comment. Acad. PetropoL, 1749, t. II, p. 289).
(d) Owen, Op. cit. {Philos. Trans.., 1834, pi. C, i]g. 2).
(e) Exemple, le Lama; voy. Carus et Otto, Tab. Anat. camp, illustr., pars v, pi. 8, fig. 5).
(/â– ) Owpn, loc. cit., pi. 6, fig. 1.
(g) Cliauveau, Analomie comparée des Animaux domestiques, p. 799.
(h) Grève, Kleine Beilrdge zur vergleichenden Anatomie und Physiologie (Meckel's Deutsches
Archiv fur die Physiologie, 1820, l. VI, p. 53],
(i) Mayer , Deitrà ge zur Anatomie der Elephanlus {I\'ûva Acta Acad. nat. curios., l. XXII,
pars U, p. 38).
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 67
tion de leur longueur, de façon à constituer une seule cavité
médiane où débouchent les deux utérus (1). Chez quelques
espèces, le fond du cul-de-sac résultant de la réunion de la
portion supérieure de ces deux tubes vecteurs communique
directement avec le vestibule génito-urinaire par un oritice
médian (2). Enfin, chez tous les Monodelphiens, le vagin
constitue un tube impair qui oiîcupe la ligne médiane du
corps. Il est situé entre le rectum et la vessie, et, de môme
que ces organes, il traverse d'ordinaire le bassin ; mais,
près cylindriques dans toute leur lon-
gueur, et forment de chaque côté une
anse flexueuse ; ils se dilatent un peu
dans leur portion moyenne, et se rap-
prochent l'un de Tautre à leur extré-
mité supérieure, mais sans se confon-
dre (a). Les deux vagins sont égale-
ment distincts chez les Phalangers
volants, etc.
(1) La Sarigue présente un exemple
très-instruciifde cette coalescence des
vagins. Deux canaux débouchent isolé-
ment dans le vestibule génito-urinaire
et restent parfaitement distincts entre
eux jusque dans le voisinage des uté-
rus ; mais là ils s'élargissent et se réu-
nissent sur la ligne médiane de façon
à constituer un réservoir en forme de
sac, qui à l'extérieur paraît être simple,
mais qui à l'intérieur est divisé en deux
loges par une cloison médiane. Cha-
cune de ces loges renferme l'orilice
terminal de l'utérus correspondant (6).
Chez le kanguroo géant {Macropus
major), le réservoir médian, formé par
la réunion de la portion supérieure des
vagins, est beaucoup plus grand, et la
cloison qui le divise intérieurement
est incomplète (c).
Chez le f'otorou, ou Kanguroo rat
[Hypsiprymnus), le cul-de-sac formé
par la dilatation et la confluence de la
portion supérieure des vagins se déve-
loppe beaucoup plus, et se replie sur
lui-même de façon à entourer non-
seulement sa partie initiale, mais aussi
les deux utérus qui viennent y débou-
cher (d).
Chez le Crabier ou grande Sarigue
de Cayenne {Did. cancrivora), le récep-
tacle commun où débouchent les deux
utérus est plus nettement séparé de la
portion tubulaire des deux vagins (<?),
et il a été considéré par quelques ana-
tomistes comme une dépendance de
l'utérus, mais l'analogie nous conduit
à le rapporter aux vagins.
(2) 11 en résulte que chez ces ani-
maux le vestibule uréthro-génital com-
munique avec la portion utérine du
vagin par trois ouvertures : deux la-
térales, qui donnent dans la portion
(a) Owen, Op. cit. [Philos. Trans., 1834, pi. 6, fig. 5). — Art. Maksupialia (Toild's Cijclop.
ofAnat. und l'hijs'wL, t. 111, p. 31lî, lig. 139).
(6) Voyez. Milne Edwards, Allas du Régne animal de Cuvier, MAMMIFÈRES, pi. 46, fig. 2.
(c) Owen, Op. cil. (Philos. Trans., i8'6i, pi. G, tig. 7). — Art. Maksupialia (Todd's Cyclop.,
t. 111, p. 314, lig. 138).
[d) Owen, Op. cit. (Philos. Trans., 1834, p. 354, pi. 6, fig. 6).
(«) Martin Saint-Auge, Op. cit., pi. 4, lig. 1, 2 et 3 (Mém. de l'Acad. des sciences, Savants
étrangers, t. XIV),
68 niil'KODLCTlON,
chez la Taupe, l'arcade du pubis passe derrière l'intestin (1). Ses
parois sont formées par une membrane muqueuse, papilleuse,
plus ou moins plissée (2) , garnie d'un épithélium pavimenteux, et
revêtue du côté opposé par une couche de fibres musculaires lisses
qui, Ã son tour, est couverte par une membrane fibreuse mince
et blanchâtre. Cet organe sécrète en abondance un mucus acide
chargé de débris d'épithélium (3), et chez divers Mammilëres il
est pourvu de glandules nombreuses (û). Sa longueur varie beau-
coup suivant les espèces (5). Enfin on trouve dans l'épaisseur de
ses parois, chez quelques ^Mammifères, une paire de canaux qui
s'ouvrent dans le vestibule génito-urinaire, et qui paraissent être
analogues aux tubes péritonéaux, que nous avons déjà rencon-
trés chez les Crocodiles (6) . On les désigne sous le nom de canaux
de Gartner^ mais on ne sait rien touchant leurs usages (7).
lubulaiie et inférieure de chaque
vagin, et une médiane, qui conduit di-
rectement dans la poclie vaginale su-
périeure formée par la réunion et la
portion supérieure de ces deux tubes
et logeant les orifices des deux utérus.
Ce mode d'organisation a été constaté
chez le Kanguroo Bennettii, par
M. Poelman et par M. Alix («).
(1) Le bassin de la Taupe est extrê-
mement étroit, et les viscères passent
entre les muscles abdominaux et l'ar-
cade pubienne, pour déboucher au
dehors sous la queue (6).
(2) Chez la Femme il existe beaucoup
de replis transversaux et deux renfle-
ments longitudinaux, l'un antérieur,
l'autre postérieur, qui sont garnis de
rugosités, et qui ont reçu le nom de
colonnes du vagin. Pour plus de dé-
tails à ce sujet, je renverrai aux traités
d'anatomie humaine.
(3) Le mucus vagiual contient parfois
des globules de pus et des animalcules
microscopiques parasites , notamment
des Trichomonas et des Vibrions (c).
(h) Ces glandules sont bien déve-
loppées chez les Ruminants, mais chez
la Femme il n'en existe pas.
(5) Pour plus de détails à ce sujet,
je renverrai à VAijaioinie comparée de
Cuvier, 2"^ édit., t. VIII, p. 259.
(6) Voyez tome VIII, page 510.
(7) Chez la Vache et chez la Truie,
(a) Poelman, Description dts organes de la génération chez le Macropus Bcnnctlii femelle
{Bulletin de l'Acad. des sciinces de Belgique, 1851, t. XVIII, I" partie, p. 595, et II' partie
p. 271).
— Alix, Sur Us organes de la parturition chez les Kanguroos (Comptes rendus de l'Acad. des
sciences, 18G6, t. LXII, p. liG).
(6) Jacobs, Talfœ curopccœ anatome. lenœ, 181 G.
— D. Geoffroy Saint-Hilaire, Cours de l'hist. nat. des Mammifères, liv. xviii, p. dG.
(c) Donne, Recherches microscopiques sur la nature du mucus, 1837, p. 15, pi. 1. Cours
de mwroscopie, 1844, p. 157 et siiiv., tig. 33.
— Koiliker et Scanzoni, Das Secret der Schkimhaut der Vagina (Scanzoni, Beitrdge zur
Geburtsktmde, 1855, t. II).
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 69
L'orifice de l'iitériis dans le vagin est en général situé an
sommet d'un cône plus ou moins saillant, que les anatomistes
désignent sous le nom de museau de tanche; mais quelqueiois
la ligne de démarcation entre ces deux organes n'est pas bien
marquée : chez les Tatous, par exemple (1).
Cette chambre incubatriceest fournie par la portion moyenne
du canal évacualeur spécial, dont la partie initiale constitue
l'oviducte on conduit de Fallope, et se prolonge juscprà l'ovaire.
Mais, ainsi que je l'ai déjà dit, ces tubes peuvent rester dis-
tincts dans toute leur longueur ou se confondre entre eux infé-
rieurement, de façon à constituer, soit un utérus simple et impair
dans le voisinage du vagin et bicorne supérieurement, soit un sac
unique ou réservoir commun où débouchent les deux trompes.
Les deux utérus sont complètement séparés l'un de l'autre, et
chacun d'eux débouche isolément dans l'appareil copulateur chez
les Monotrèmes, les Marsupiaux, et plusieurs Rongeurs, tels que
le Lapin et le Lièvre [Tj. Mais, chez la plupart des Mammifères
de ce dernier ordre, ils se réunissent près de leur extrémité,
de façon à communiquer avec le vagin par un orifice médian,
ces canaux débouchent au dehors, Ã
côté du méat urinaire, et se prolongent
à une certaine distance sur les côtés
du vagin, dans l'épaisseur des parois
de cet organe (a).
(1) Chez ces Édentés, l'utérus et le
vagin sont confondus, ou plutôt cette
dernière partie ne semble être repré-
sentée que par le col de l'utérus extrê-
mement allongé (6).
(12) Daubenton, tout en figurant la
double embouchure de l'utérus du La-
pin, a considéré à tort le vagin de ces
animaux comme étant l'analogue du
corps de la matrice, et les utérus pro-
prement dits comme des cornes uté-
rines seulement (c), erreur qui a été
partagée par Geoffroy Saint-Hilaire (d)
et relevée par M. Owen. U existe deux
ouvertures utérines distinctes (e). Les
utérus de ces animaux sont très-allon-
gés et cylindriques {[}.
{a) Blainville, Note sur les doubles canaux de la matrice des Mammifères parongulés, décou-
verts par M. Gartner (Bulletin de la Soc. philomathique , 18-25, [>. lO'J).
(6) Voyez Owen, On the Génération of Marsupial Animais [Philos. Trans., 1834, pi. C<,ùs;. 4).
(c) Voyez Buffon, Op. cit., pi. 102, fis;-. 2.
(d) GccifTi'oy Saint-Hilaire, Anatomie philosophique, pi. 17, fis. 13.
(e) Owen, On the Génération of Marsupial Animais (Philos . Trans., 1834, p. 351).
(/■) Voyez Lereboullet, Anatomie des organes génitaux, pi. 10, fitr. 102 (AVn'a Acta Acad. nul.
curios., t. XXUI).
— Maiiin Saint-Anse, Op. cit., pi, 5, fia-. 3.
70 REPRODUCTION.
qui est commun (luxdeux organes (1). Ils sont également libres
dans une portion considérable de leur longueur, mais ils de-
viennent confluents dans la moitié ou le tiers de leur longueur :
chez les Carnassiers, les Insectivores, les Pachydermes, les
Ruminants et les Cétacés (2). D'autres fois la fusion des deux
(1) Chez le Rat, la confluence des
utérus a lieu presque à rextréniité de
ces organes (a) ; chez le Surmulot (6)
et chez l'Arvicole ampliihie, ou Rat
d'eau (c), le corps commun de l'utérus
est un peu plus long.
Chez la 'J'ruie, les utérus ne se réu-
nissent qu'à leur extrémité infé-
rieure (d).
(2) Les anatomistes désignent en gé-
néral sous le nom de corps de l'utérus
la portion commune des deux organes,
et appellent cor7ies de l'utérus la por-
tion supérieure de ceux-ci restée indé-
pendante. Cela vient de ce que ces
auteurs ont pris pour point de départ
l'utérus de la femme, qui est un or-
gane simple, et qu'ils ont considéré la
partie bitubulaire des utérus doubles
comme étant le résultat de la bifurca-
tion de ce réservoir unique.
Chez les Carnassiers, les cornes uté-
rines sont en général à peu près de la
longueur de la portion commune ou
corps de la matrice (e).
Il en est à peu près de même chez
le Cheval (/").
Chez le Lama {g) et la Girafe, les
deux utérus ne sont confondus que
dans le tiers de leur longueur {h).
La portion commune de la chambre
titérine est encore plus courte chez
la Vache («), la Chèvre (j) et la
r.iche (/.•).
Chez l'Éléphant, les deux utérus sont
séparés dans presque toute leur Ion-
(a) Voyez BiifTon Mammifères (cdit. in-8 de Verdière), pi. 135, i'ig. 3.
(b) Voyez Buffon, Op. cit., pi. 141, (\g. 1.
(c) Carus et Ollo, loc. cit., pi. 8, (ig. 1.
{(l) Voyez Buffon, Op. cit.. pi. 3i, tig. 1.
— Leisering, Atlas der Anatomie des Pferdes und ilbrigen Haiisthiere, pi. 41 , fig. 9.
(e) Exemples : La Lionne ; voy. Carus et Otto, Tab. Anat. Comp. illustr., pars v, pi. 8, fig. 7.
— La Panthère ; voy. Buffon, Op. cit., ]A. 211, lig. 2.
— La Genelte; voy. Buffon, Op. cit., pi. 235.
— Le Zibet; voy. Buffon, Op. cit., pi. 231, fig. 1.
— La Fouine; voy. Trcviranus, Ueber die Verbindung der Eierstôck mit den Muttertrompeten
in einigen Fam. der Sâugetliiere (Zeitschrifl fiir Physiologie, 1824, t. I, pi. 8, fig. 1).
— Le Chien ; voy. Buffon, Op. cit., pi. (i, fig. 1.
— La Loutre ; voy. Buffon, Op. cit., pi. 118, fig. 2.
— Le Phoque; voy. BulTou , Op. cit., pi. 398, fig. 1; — P.osenthal, Zur Anatomie der
Lechunde (NovaAcad. nat. curios., 1831, t. XV, pi, ^^, fig. 1).
— Le Kinkajou (Cercoleples) ; voy. Carus et Otto, Op. cit., pars v, pi. 8, fig. t5.
(/â– ) Voyez Gurlt, Anat. des Pferdcs, pi. 20, fig. 1 et 2.
— Leisering, Op. cit., pi. 24, fig. 4.
{g) Voyez Carus et Otto, Tab. Anat. comp. illustr., pars v, pi. 8, fig. 5.
(/i) Owen, Notes on the Nubian Giraffa {Trans. of tlie Zool. Soc, t. II, pi. 46, fig, 1).
— Joly et Lnvocal, Recherches sur la Girafe, pi. 6, fig. 1 (Mém. de la Soc. d'hist. nat. de
Strasbourg., t. III).
(i) Voyez Jorg, Abbildunge7i der Organe des thierischen Korpers, 1. 1, pi, 7, fig. 1.
— Leisering, Op. cit., pi. 40, fig. 3.
(j) Voyez Rouget, Op. cit., pi. 5, fig. 3 (Journal de physiologie, 1858, t. 1).
(kj Perrault, Mém, pour servir à l'histoire naturelle des .animaux, 2* partie, pi. 46, fig. k.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈBES. 71
utérus en une poche unique est portée plus loin, de façon
que cet organe a la forme d'une poche médiane , dont le
fond est bicorne, et même chez les Makis cette fusion est portée
très-loin (1).
Enlîn, chez la Femme, ainsi que chez plusieurs autres Mam-
mifères, la confluence est complète, et l'utérus est simple et
piriforme ou triangulaire (2). Sa portion inférieure, séparée
du corps ou portion renflée de l'organe par un léger rétrécissement
nommé isthme de la matrice, s'allonge en manière de col, et
s'engage dans la partie supérieure du vagin, de façon à y faire
saillie (3). Ce mode d'organisation existe chez les Singes (4),
les Tardigrades et les Édentés.
Les parois de l'utérus sont en général beaucoup plus épaisses
que celles du vagin (5), et l'épithélium pavimenteux qui revêt
gueiir, et la cavité commune que Per-
rault a décrite comme étant le corps
de cet organe pourrait bien être Tana-
logue du vagin (a).
(1) Chez le Loris grêle, les cornes de
l'utérus sont très-bien caractérisées (6).
(2) Chez l'embryon, la matrice est
au contraire bicorne, et ce mode de
conformation est d'autant plus marqué^
queledéveloppement est moins avancé.
A l'époque de la naissance, cet organe
est presque cylindrique, el ce n'est
que vers l'époque de la puberté qu'il
devient piriforme. Il représente alors
un cône renversé et aplati d'avant en
arrière, dont la base est arrondie.
(o) L'orifice de l'utérus, dirigé trans-
versalement, occupe le sommet de la
partie qui fait ainsi saillie dans le va-
gin et qui est désignée sous le nom de
museau de tanche.
(Z|) L'utérus est piriforme chez la
plupart des Singes (c), quelquefois
cependant le fond de cet organe est
faiblement bilobé (d).
(5) Cette épaisseur n'est pas partout
la même, de façon que la forme de la
cavité intérieure necorrespond pas tou-
jours à celle de l'organe considéré exté-
rieurement. Ainsi, chez la Femme, cette
cavilé est triangulaire, et sa face supé-
rieure est surbaissée par suite de l'é-
paisseur beaucoup plus considérable
de la paroi correspondante au milieu
que sur les côtés. Cette disposition est
d'ailleurs beaucoup plus marquée avant
la conception que chez les Femmes qui
ont eu plusieurs enfants.
(a) Perrault, Mêm. pour servir à l'histoire naturelle des Aitimaux, 3' partie, pi. 2.
— Hunter, voy. Descriptive and illustrated Catalogue o( the Muséum of the Collège of Sur-
geons, t. IV, p. 170.
(6) Voyez BiilTon, Op. cit , pi. 464, fig. 4.
(e) Par exemple, chez le Maiip-ahey ; voy. Bnfî"on, Op. cit., pi. 429, fig'. 2.
{d} Par exemple, chez le Palas; voy. Buffon, Op. cit., pi. 427, Cig. 4.
— Le Mycetes fvscus; voy. Carus et Otto, Tah. Anat. comp. i'ilustr., pars V, pi. 8, fig. 8.
7"2 REPRODUCTION.
la face interne de ce dernier canal y est remplacé par une couche
de cellules épithéliques portant des cils vibratiles. Ony distingue
trois tuniques. L'une, externe, de nature séreuse, qui est formée
par la portion adjacente du péritoine, et qui se continue de
chaque côté pour constituer une paire de grands replis appelés
ligaments larges de Vutérus (1). La tunique moyenne est com-
posée d'un tissu musculaire dont les éléments sont des fibres-
cellules fusiformes, courtes et à noyau cellulaire, entremêlées
à une quantité plus ou moins considérable de tissu conjonctif.
Le mode d'arrangement de ces fibres est en général Irès-difii-
cile à distinguer, surtout quand les parois de l'utérus présen-
tent beaucoup d'épaisseur, comme dans l'espèce humaine (2).
(1) Dans l'espèce humaine, ainsi la disposition a été étudiée avec beau-
que chez les autres Mammifères où coup de soin par M. Rouget, chez la
Tutérus est simple, on remarque aussi Femme et plusieurs autres iMainmi-
deux paires de replis analogues de la fères (6). Il est aussi l\ noter que le
tunique périlonéale, qui se portent, bord supérieur de ces cloisons mem-
l'une en avant, sur le pubis, l'autre braneuses est subdivisé en trois por-
en arrière, sur le sacrum, et qui sont lions que l'on désigne sous le nom
appelées les ligaments ronds de l'até- d'ailerons.
rus. Les ligaments larges sont beau- (2) Jadis beaucoup d'analomistes
coup plus développés, et s'étendent n'admettaient pas l'existence de fibres
latéralement de façon à constituer une musculaires dans les parois de l'uté-
cloison transversale qui divise le petit rus de la Femme, soit d'une manière
bassin en deux parties et qui loge absolue, soit lors de la gestation (c).
les oviductes et les ovaires. Entre les Leur présence a cependant été re-
deux lames de la membrane séreuse connue dès l'époque de la renaissance
qui forme ces plis, il existe du tissu de l'anatomie (d), et depuis quelques
cellulo-vasculaire et divers faisceaux années on en a fait l'objet d'obser-
de libres musculaires striées (a), dont vations nomljreuses, non-seulement Ã
(n) Rainey, On thc Sh'uctuve and use of Vie ligamenlura rotiimlum iileri (Philos. Trans.,
4 850, p. 515. pi. 39, llij. 1 et 2).
{b) Hoiiuret, Hecherches sur les organes érecliles de la Femme et sur l'appai'eUtubo-ovarien
(Journal de physiologie , 1858, t. I, p. 350, pi. 1. Ilç;. i ; pi. 3, liif. 2, 3, 4 ; pi. 5, lig-. ?,).
(cj Monro, Structure of the Utérus (Edinhuvgh médical Essays, t. I, p. 450, 470.
— J. G. Waiter, Beobacht. ilber die (JeburtsUteile des weibUchen Gcschlechts, § 35.
— Blumenbach, Institut. physioL, 1787, g 38.
— Azzof^iiiili, De uteri constructione, g 22.
— r.ilike, L'eber die Structtir de.r Gebdrmutter, 1793.
— Sriit'llie, Trcatise on the Theory of Midivifery, p. 97.
((/) Vesale, De corp. humani fabr., 1512, p. 057.
— Ilaller, Eléments physiologiques, t. VII, p. C>i.
— Waisberg', Commenlationes, p. 307.
APPARFIL BE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 7o
Il est aussi à noter qu'en général ces fibres cliarnues sont plus
développées autour du col de l'utérus que sur le corps de cet
organe, et y forment une sorte de sphincter. La tunique interne
de l'utérus est une membrane muqueuse qui adhère très-inti-
mement aux parties sous-jacentes et qui est très-épaisse.
Sa surface libre, revêtue, comme je l'ai déjà dit, d'un épithé-
lium vibratile, présente en général des rides ou des rugosités
plus ou moins saillantes et nombreuses, qui tantôt n'existent
que dans sa portion inférieure ou cervicale (1) ; d'autres
l'état de grossesse (a), mais aussi dans
l'élat de repos de l'organe incuba-
teur (6).
Chez les Mammifères dont l'utf'-rus
est allongé et intestiniforme, les fibres
musculaires de cet organe sont plus
faciles à étudier, et leur contractilité
a été constatée par des observations
directes : ainsi on y a vu des mouvements
y être provoqués, soit par des excita-
lions mécaniques (c), soit par le gal-
vanisme (d).
On distingue dans cette tunique
moyenne trois couches de fibres mus-
culaires, dans chacune desquelles cel-
les-ci sont, les unes transversales, les au-
tres longitudinales ou obliques ; c'est la
couche moyenne qui est lapins épaisse.
(1) Chez la Femme, la surface interne
du corps de l'utérus est presque lisse,
mais il existe dans la portion cervicale
de cet organe des saillies formées par
des replis de la tunique muqueuse, sou-
tenues parles prolongements de la cou-
che musculaire sous-jacente et disposées
d'une manière très-remarquable sur
chacune des parois (antérieure et pos-
térieures) du col; une de ces saillies,
plus forte que les autres, est dirigée
longitudinalement, et il en part de cha-
que côté des saillies secondaires obli-
ques, de façon à ressembler aux ner-
vures d'une feuille à axe médian (e).
Les anciens anatomisies donnaient Ã
ces systèmes de plis palmés, le nom
iVarbre de vie.
Souvent on trouve aussi dans les
parois de cette portion de l'utérus
des vésicules closes qui sont remplies
d'une matière muqueuse, et qui ont
été désignées sous le nom LVanifs de
Naboth (/").
Les villosités qui garnissent la mu-
queuse utérine sont de formes varia -
(a) Calza, Ragioname7ito sopra il meecanismo délia gravidenza{Saggi delU Acad. Padova, 1780,
t. I, p. 41, pi. 1 Ã H ; l. Il, p. 35, pi. 1 et 2).
— Héiie, Recherches sur la disposition des libres musculaires développées pendant la gros-
sesse, 1864.
(ft) Kasper,.flisse;'J. de structura uteri fibrosa, 1840.
(c) Haller, Elementa physiologia:, t. VIII, p. 59.
((/) Wagner, Comment, de [eminarum in gravidilate mutationibus, p. 179.
(e) Robin, Mémoire pour servir à l'histoire anatomique et pathologiqtie de la membrane
muqueuse utérine, de son mucus et des œufs, ou mieux des glandes de Naboth (Arclùves géné-
rales de médecine, 4» série, 1848, f. XVII, p. 257).
(/■) Farre, art. Utérus (Todd's Cyclop., Supplém., p. C25, fig. 424, 420 et 431).
— Guyon, Etudes sur les cavités de l'utérus (Journal de physiologie, 1850, t. II, p. 180).
— Cornil, Rech. sur la structure de la muqueuse du col utérin (Journal d'anntomie, 1804,
t. I, p. 380).
Ik REPRODUCTION.
fois prennenl un grand développement, ei forment parlout,
d'espace en espace, des saillies arrondies appelées cotylédons o\i
caroncules, mode d'organisation qni se rencontre chez la plupart
des Ruminants (l), et qui est en rapport, comme nous le verrons
bientôt, avec la manière dont les relations organiques ont lieu
entre la mère et son produit pendant la gestation. Il importe
également de noter que cette tunique muqueuse loge dans
son épaisseur une multitude de petites glandes utérines dont
les orifices sont béants à sa surface. La plupart de ces orga-
nites sont de simples tubes terminés en cul-de-sac ; mais il en
est qui sont plus ou moins racémeux (2), et chez quelques Mam-
bles, t't ressemblent beaucoup à celles qui les sépare entre elles est à peu
de la tunique interne de l'intestin près ég:al à leur diamètre. Dans le col
grêle {a). de riiti^riis on trouve des follicules
(1) Chez le Mouton, par exemple, anfractueux et desglandules en forme
ces saillies ont la forme de gros tuber- de grappe (e), qui débouchent au fond
cules arrondis et souvent un peu des sillons de l'arbre de vie ; les uns
étranglés à leur base (6). et les autres paraissent devoir être
Les cotylédons utérins sont très- considérés comme des cryptes mu-
développés chez la Girafe (c). queux, tandis que les glandes utérines
Ci) Dans l'espèce humaine, les proprement dites ne sécrètent pas de
glandes utérines, dont la structure a mucus et ont des usages spéciaux. Les
été étudiée avec soin par Weijer et par orifices de ces follicules du col utérin
plusieurs autres anatomisles (rf), sont sont irréguliers, et donnent h la sur-
logées dans les parois du corps de l'uté- face de cette portion de la membrane
rus non gravide, et consistent en petits interne de l'utérus un aspect caver-
tubes cylindriques droits ou légère- neux, lorsqu'on l'examine à la loupe,
ment flexneux, en général simples et Le mucus sécrété par les glandes du
terminés en culs-de-sac. L'intervalle col de l'utérus est alcalin (f).
(a) Ki-ause, Handbuch iler Anatomie, t. I, p. 5G5.
— Bischoff, Traité du développement, p. i02.
(6) Cohbolci, art. Ruminantia (Tortd's Cyclop., Siipplém., p. 544, Ctg. SfiC).
(c) Owen, On the Anat. of the ^ubian Giraffa, etc. (Trans. of ihe Zooi. Soc, t. II, pi. 4G,
fig. 1).
(d) E. H. Weber, Zusâtze ziir Lehre vom liaue und den Verricht. der Geschlechtsorgane.
— Sharpey ; voyez Eléments of Physiology by J. Mùller, Irans. by Baly , 1842, t. II,
p. 1574, fig. 209, etc.).
— Berres, Œsterreichische Jahrbûcher, Bd. XXIII, S. 538.
— Robin, Méin. pour servir à l'histoire de la membrane muqueuse utérine (Arch. gén. de
médecine, i^ série, t. XVII).
— Reichert, l'eber die Bildung der hinfâlligen Haute {liiiWer's Archiv fur Anat. und PhysioL,
1848).
(e) Sappey, Traité d'anatomie, t. III, p. 672.
(f) Donné, Cours de microscopie, p. 155.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 75
niifères ils offrent, memeduraiil la période de repos de l'appa-
reil reproducteur, des dimensions considérables : chez la Vache,
par exemple, où ils affectent la forme de vaisseaux contour-
nés en spirale (1). A l'époque de la gestation, ces cryptes ou
glandules se développent énormément, et jouent un rôle très-
important dans l'établissement des connexions placentaires de
l'embryon. J'aurai donc à revenir bientôt sur leur histoire.
J'ajouterai que les parois de l'utérus sont très-vasculaires (2)
et recouvrent diverses branches nerveuses fournies par les
plexus adjacents (o).
§ 18. — Les oviductes, ou trompes de Fallope, font suite Ã
l'utérus, et, lorsque cet organe est double, la ligne de démarca-
tion qui le sépare de ces conduits n'est pas toujours bien mar-
Ov'nliicles.
(1) Ces glandes tabulaires ont été
décrites sous le nom de vasa spi-
ralia (a) .
{'2) Les vaisseaux sanguins de la
matrice et du vagin sont très-dévelop-
pés, et leurs branches, très-flexueuses,
constituent do chaque côté de ces or-
ganes un appareil sanguifère très-re-
marquable, dont la disposition a été
particulièrement étudiée par M. Rou-
get (6). Les artères proviennent en
partie des artères iliaques internes, en
partie des artères ovariennes ; elles y
arrivent par les ligaments larges, et les
capillaires qui en naissent forment à la
surface de la tunique muqueuse un
réseau dans les mailles duquel sont
logés les orifices des glandes utérines.
Les veines sont beaucoup plus déve-
loppées, et l'ensemble de ce système
vasculaire forme de chaque côté du
vagin, aussi bien que de l'utérus, un
corps spongieux analogue à un tissu
éreclile.
(3) Les nerfs de l'utérus appartien-
nent pour la plupart au système gan-
glionnaire, mais il s'en trouve aussi
qui proviennent de la moelle épinière.
L'étude en a été faite avec beaucoup
de soin dans l'espèce humaine (c).
(a) Bui'ckliardt, Observ. de uteri vaccini fahrica, tSSi, pi. 1 (voy. Bencht ûber die Verhand-
iungender \aturforschenden Gesellschaft in Basel, 1835, p. 10).
(fc) I\oug-et, Recherches sur les organes érectiles de la Femme, etc. (Journal de physiologie,
1858, t. I, p. 320, pi. 1, fig. 7),
(c) Tiedeniann, Tabuhc nervoruni uteri, 1822.
— r;. Lee, On the Anat. of the Nerves of the Utérus (Philos. Trans., 1841. — On
the ganglioned Nerves of the Vterus [Philos. Trans., 1841, p. 209; 1842, p. 173; 1846,
pi. 14).
— Snow Beck, On the Nerves of the Utérus (Philos. Trans., 184G, p. 219).
— Jobert (de Lamballe), Recherches sur la disposition des nerfs de l'utérus (Comptes rendus
de l'.Acad. des sciences, 1841, p. 882).
— Kilian, Die Nerven des Utérus (Zeitschr. fiir ration. Med., 1851, t. X).
— Hirschfield, Note sur les nerfs de l'utérus (Gaz., méd., 1852).
— Boullaiid, Quelques mots sur l'utérus, 1853.
76 REPRODUCTION.
quL'ê. Ce sont des tubes élroits plus ou moins repliés sur eux-
mêmes et dilatés vers leur extrémité supérieure, qui, de même
que chez les Oiseaux, les Reptiles, les Batraciens elles Poissons
plagiostomes, est béante dans l'intérieur de la cavité abdominale.
L'espèce d'entonnoir constitué par leur portion terminale est
désigné d'ordinaire sous le nom de/3au!7/on, et se fait remar-
quer par la disposition frangée ou lacérée de ses bords (1),
mode de conformation qui n'existe pas chez les Vertébrés ovi-
pares. Cette ouverture évasée se trouve dans le voisinage immé-
diat de l'ovaire, et peut s'appli(|uer sur cet organe de façon Ã
l'embrasser plus ou moins exactement (2). Chez beaucoup de
Manmiifères les ra|iports du [lavillon avec l'ovaire sont assurés
au moyen d'un repli du péritoine qui encapuchonné plus ou
moins complètement ces organes. Chez le Chien, le Chat, etc.,
la poche ainsi constituée est ouverte du côté de l'abdo-
men (3) ; mais dans d'autres espèces, par exemple les Ours et
(1) Ainsi que Graaf l'a fait rcmar- conduit, qui est creusé en goiittit-re
qucr, on ne peut bien voir les franges et qui s'élend jusqu'à la partie adja-
du pavillon qu'en disséquant celte par- cente de Tovaire.
tie sous l'eau, précaution que les élu- (3) Chez la Chienne, la poche mem-
diants en médecine négligent trop sou- braneuse, ainsi constituée, ne présente
vent. La disposition de celte bordure qu'une fenle très-élroite, et ses parois
est très-variable, et c'est chez les sont garnies de fibres musculaires (6).
jeunes Femmes que les franges margi- Le mode de conformation de ce ca-
nales paraissent être les plus nom- puchon péritonéal est à peu près le
breuses (a). Les anciens anatomistes même chez le Cochon d'Inde (f). Chez
désignaient cesdéchirures sous le nom le Lapin, la fente est plus large <d).
de morsus diaboU. Une disposition assez analogue se
(2) Dans les traités d'anatomie bu- retrouve cliez l'Ornithorbynque, où le
maine, on donne communément le ligament large se divise en deux bran-
nom de ligament de la trompe à un ches pour embrasser l'ovaire et rem-
prolongement du limbe frangé de ce bouchure de la trompe (e).
(a G. Richard, Anatoinie des trompes de l'utérus chez la Femme (Ihèse, 1851, pi. d , lig. 1 , 2).
(b) Rouget, Op. cit.. pi. 3, fi^. 4 {Journal de physiologie, 1858, 1. 1).
(c) Idem, ibid., pi. 3, fig. 3.
(d) Idem, ibid., yl. 3, fig. 2.
(e) Owen, On the Mammary Glands of the Ornitlioi-hynctius paradoxus {Philos. Trans., J832,
p. 527, pi. 10, fitr. d).
AI'l'AUElL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 77
plusieurs petits Carnassiers, elle est fermée de toutes parts (1).
Enfin les fibres musculaires, dont j'ai déjà indiqué l'existence
entre les deux lames des ligaments larges de l'utérus, con-
courent aussi à rapprocher l'embouchure des oviductes de la
surface des glandes ovigères (2).
Les parois des trompes sont constituées, comme celles de
î'ulérus, par trois tuniques, savoir : une membrane muqueuse,
qui en occupe la surface interne (3), et qui est pourvue d'un
épithélium vibratile {li) ; une couche moyenne, qui paraît être
formée de fibres musculaires lisses (5), et une couche externe,
(1) Par exemple, chez les Pho-
ques (a), la Loutre (6), la Fouine (c).
Une disposition semblable existe chez
les Chauves -Souris {d).
(2) M. Rouget a fait connaître la
disposition et le mode d'action de ces
fibres musculaires chez plusieurs Mam-
mifères, et plus particuhèreraent chez
la Chèvre (e).
(3) Chez la Femme, cette tunique
pr(5sente un grand nombre de plis lon-
gitudinaux, de façon à diviser le ca-
nal des oviductes en une série de gout-
tières étroites. A raison de leur struc-
ture et de leur persistance, ces plis ont
été comparés aux valvules connivcntes
de l'intestin. La disposition de celte
tunique a été étudiée chez divers
Mammifères par M. IMayerstein (/").
Le mode de distribution des vais-
seaux sanguins dans les parois de l'o-
viducte a été étudié avec soin par
M. Richard, et celui des nerfs a été
décrit par M. Snow Beck {(j).
(à ) L'épithéliuni vibratile existe à la
surface des franges du pavillon (/().
Le mouvement vibratile dont il vient
d'être question ne se manifeste pas,
lors de la gestation, immédiatement
après la mise bas, et il paraît être une
des conditions de la fécondité (i).
(5) Les histologistes ne sont pas
(a) Albers, Beilr. %ur Anat. imd Physiol. der Thiere, t. lî, p. 21.
— Lobslein, Observ. d'anat. comp. siw le Phoque à vcnlre blanc (Journal de médecine et de
chirurgie, 1817, t. XXXIX, p. 36).
(6) E. H. Wcbcr, Ueber die Einhûlluny der Elerstôckc einiger Sdtigethiere in einem vollkom-
men geschlossencn von der Dauchhaut gebildeten Sache (Mcckel's Archiv fur Anat, und Physiol.,
18-20, p. 105, pi. 3).
(c) Treviraniis, Ueber die Verbindung der Eierstôcke mit den Mûttertrompeten in einigen Fami-
lien der Sdugetidere {Zeitschrift fiir Physiol., 1S25, t. I, pi. 8, tig. 1).
(d) Erameri unit Ijurgaetzy, Beobacht. ûber einige schwangere Fledermâuse (UcckeVs Deutsches
Archiv, 1818, t. IV, p. 7).
(e) Rouget, Op. cil., pi. 5, fijr. 3 [Journal de physiologie, 1858, t. I).
(/") Majcrsicin, Ueber die Eileiter einiger Sdugethiere {Zeitschrift fiir rationelle Medicin,
1865, t. XXIII, p. 03).
(g) Richard, Op. cit., pi. 1, fiy. 2.
— Snow Deck, On the Nerves of Ihe Utérus {Philos. Traits., 184G, pi. 12).
{h) HeiilOj Ueber die .Uisbreitung des Epithcliuin im menschllchen Kurper (Mûller's Archiv fur
Anat. und Physiol., 1838, p. lU).
(() Meckel, Manuel d'anatomie, t. II!, p. 000.
— KoUiker, Éléments d'histologie humaine, p. 579.
Corps
de
78 REPRODUCTION.
qui est séreuse et constiluée par la portion du péritoine for-
mant le bord de l'aileron moyen du ligament large.
§ 19. — Ces replis péritonéaux logent aussi dans leur épais-
Rosenmuuer. seur Ics restes de l'organe transitoire dont j'ai parlé dans une
précédente leçon, sous le nom de corps de Volff (1). En effet,
cette glande rénale primitive, tout en s'atropliiant, ne disparaît
pas complètement, et constitue chez la femelle adulte un paquet
de petits tubes tortueux, de forme conique, qui se trouve entre
la trompe de Fallope et l'ovaire, et qui a reçu les noms de
corps de Rosenmulkr ou de parovarium (2).
Les recherches faites depuis quelques aimées sur le mode de
développement de cette portion de l'appareil génital et sur les
transformations du corps de Wolff, jettent un nouveau jour sur
un point de philosophie anatomiquc qui offre beaucoup d'intérêt :
l'uniformité de plan organique des deux sexes^ et la concor-
dance des parties constitutives du système reproducteur chez
le mâle et la femelle.
Ainsi que je l'ai déjà dit, il n'existe primitivement aucune
différence appréciable entre l'appareil mâle et l'appareil femelle,
et lorsque le développement en est achevé, on trouve dans l'un
et l'autre des parties qui se correspondent plus ou moins exac-
tement. Par exemple, nous avons vu que le clitoris est l'ana-
logue de la verge; que la vulve représente la portion mem-
Comparsisdii
entre
les orii^^ines
mâles
et femelles,
d'accord sur la nature de la tunique
moyenne des trompes. Suivant la plu-
part des observateurs, elle serait com-
posée en grande partie de fibres mus-
culaires (a) ; mais quelques microgra-
pbes pensent qu'elle ne renferme que
du tissu conjonctif et des éléments
fibro-cellulaires [b). Gliez d'autres
Mammifères, et particulièrement chez
le Marsouin, la nature musculaire de
ces fibres est indubitable (c).
(1) Voyez tome VII, page 306.
(2) Le sommet du cône constitué
par ce corps adhère au bord de l'o-
vaire, mais ne paraît avoir aucune
communication avec cet organe.
(a) Robin ; voyez Richard, Analomie des trompes de l'utérus, p. 24.
(bi Farre, Utérus and ils Appendayes (Todd's Cyclop. of Anat., Supplém., p. 603).
(t) Voyez Bisciioff, Traité du développement, p. 26.
— RoscnmùUer, Quœdam de ovariis embryonum et fœtuum humanorum, 1802.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 79
braneuse de l'urèthre du iiifile, et que, sous le rapport des
fonctions aussi bien que de la forme et des connexions, l'ovi-
ducte peut être comparé au canal déférent ; enfin les testicules
du mâle sont représentés chez la femelle par les ovaires. Mais
ces analogies ne sont pas toutes aussi complètes qu'on pour-
rait le croire au premier abord, et quelques-unes des parties
que de la sorte on assimile généralement n'ont pas une même
origme.
Nous avons vu précédemment que chez l'embryon, dans la
classe des Mammifères aussi bien que chez les Oiseaux et les
Reptiles, les reins primordiaux, ou corps de Wolff, n'ont qu'un
rôle transitoire (1) ; mais leur conduit évacuateur ne subit pas
toujours le même sort, il est bientôt côtoyé par l'uretère et par
un autre tube très-grêle, auquel on a donné le nom de canal de
Muller, parce que l'illustre anatomiste de Berlin Jean Mûller fut
le premier à en bien constater l'existence. Or, ces deux conduits,
le canal wolflîen et le canal de Muller, deviennent, pour ainsi
dire, la propriété de l'appareil générateur; mais l'un s'atro-
phie pendant que l'autre se développe, et celui qui devient ru-
dimenlaire chez la femelle est au contraire celui qui grandit et
se perfectionne chez le mâle. Ainsi, chez le mâle, les canaux
wolffiens deviennent les épididymes et les canaux déférents,
pendant que les canaux de Mûller s'atrophient ou restent sta-
tionnaires, et paraissent donner naissance aux appendices dont
j'ai parlé précédemment sous le nom de tubes tuébériens, ou
utérus mâle ; tandis que chez la femelle les canaux de Muller,
au lieu de s'atrophier, se développent et deviennent les tubes
évacuateurs, dont la portion supérieure constitue les trompes et
la portion inférieure l'utérus. Enfin les canaux wolffiens, qui
sont employés chez le mâle comme conduits évacuateurs des tes-
ticules, se flétrissent, et disparaissent en majeure partie chez la
(1) Voyez tome VII, page 306*
80
REPRODUCTION.
Femme, où, à l'élat adulte, ils ne sont représenlés que par un
prolongement tlliibrme du corps de Rosenmiillcr, et peut-être
aussi par les fubes de Gartner, dont j'ai déjà signalé la pré-
sence dans les parois du vagin, chez quelques Mammifères.
Ainsi, les appendices wébériens du mâle seraient les analogues
des oviductes, aussi bien que des utérus, et les conduits défé-
rents seraient les représentants des canaux wolffiens, dont la
femelle ne conserverait que des vestiges (i). La connaissance
de ces faits nous permet de comprendre, mieux qu'on ne le
faisait jadis, comment dans certains cas il puisse y avoir dans
l'espèce humaine, non-seulement hermaphrodisme apparent,
mais coexistence d'organes mà lcs et femelles (2).
§ 20. — Les ovaires sont situés dans le bassin, de chaque
(1) L'i-ludc du développement des
organes de la génération pendant la
période embryonnaire, chez les Mam-
mifères, a occupé plusieurs observa-
teurs habiles, mais ce sont principale-
ment les travaux de J. Millier et de
M. Kobelt qui ont conduit aux résul-
tats présentés ci-dessus (a;.
Chez l'embryon, le canal wolflien
et le tube de IMiiller se terminent l'un
et l'autre par un cul-dc-sac ou une
ampoule. Par les progrès du travail or-
ganogénique, Tampoule wolffieune ne
reste pas bien développée, comme nous
l'avons vu chez quelques Batraciens,
mais s'étrangle et ne constitue bientôt
qu'une petite vésicule qui, chez le mrde,
est appendue à l'épididyme, ct.chcz la
femelle est attachée au bord du paro-
varium, oii la plupart des anatomistes
l'ont confondue avec les productions
morbides appelées kystes. L'ampoule
terminale des conduits de Muller ne
disparaît pas toujours, et souvent on
la retrouve sous la forme d'une vési-
cule pédouculée, suspendue à l'extré-
mité supérieure de la iroujpc de Fal-
lopc. Chez l'homme, elle paraît con-
stituer la petite vésicule appelée kyste
de Morgagni, tandis que l'extrémité
opposée des mêmes canaux, isolée
l)ar suite de l'atrophie de la portion
intermédiaire, semble former la vési-
cule prostatique ou ampoule wébé-
rienne. La présence de cet organe ru-
dimeniaire a été signalée même chez
rÉchidné (6).
(2) Ainsi que j'ai déjà eu l'occa-
sion de le dire, il peut y avoir pseudo-
hermaphrodisme chez l'Homme; par
suite de l'existence d'une ouverture
dans la portion membraneuse de l'u-
rèthre, qui alors simule une vulve;
et chez la Fenune la même apparence
peut résulter de la hernie des ovaires
avec développement excessif du cii-
(a) J. Millier, Bildungsgeschkhtc der Genitalien, 1830.
— Kobelt, Des Nehen-Eierstock des Weibes, 1847.
(6) Viacovic, Dell' apparecchio sessuale de' Monotremi {Sitzungiber. der Wiener Acad,,
1852,1. IX, p. 1G6).
APPAREIL DE LA (lÉNÉHATION DES MAMMIFÈRES. 81
côté de l'ulcrus (1), et de même que les trompes, ils sont logés
dans les replis péritonéaux qui constituent les ligaments larges
loris (a) ; mais, dans d'autres cas, la
réanion des caractères propres aux
deux sexes a été portée beaucoup plus
loin, et Ton a constaté dans respècc
humaine l'existence d'un testicule d'un
côté du corps, tandis que du côté op-
posé il y avait un ovaire (6), ou même
deux testicules et un ou deux ovaires,
chez divers Animaux (c), aussi bien que
chez un enfant (rf).
(1) Dans quelques cas téralologi-
ques, les ovaires sont sortis de la ca-
vité abdominale par les anneaux in-
guinaux (e) ou même par le trou ovale,
et se sont logés dans le pli de l'aine,
ou sont même descendus dans l'épais-
seur des grandes lèvres, de façon Ã
ressembler à des testicules. Lorsqu'une
hernie de ce genre coexiste avec un
développement excessif du clitoris, les
parties externes de l'appareil génital
de la Femme simulent le mode d'or-
ganisation des organes mâles, en même
temps qu'elles offrent les caractères es-
sentiels des organes de l'autre sexe,
et il en résulte un hermaphrodisme
apparent, mais non réel. C'est de la
sorte qu'on peut se rendre compte de
la disposition des parties chez divers
individus réputés androgynes : par
exemple, ime prétendue hermaphro-
dite qui aurait des menstrues, et une
autre dont la grossesse a été con-
statée (/■).
(a) Voyez à ce sujet :
— Isid. Gcofl'roy Saint-Ililairc, Histoire des anomalies de l'organisation, t. II, p. 30.
1— Farre, art. Heumaphrodism (Todd's Cyclop. ol Anal, aud l'hysiol., t. II, p. 084).
— Lefort, Des vices de conformation de l'utérus et du vagin, thèse de concours. l'avis, 1863.
(fc) Morand, De hermaphroditis , 1149.
— Varodcr, voyez Collection académique, partie ctraiigèic, t. IX, appendice, p. 71, 1770
{3Iém. de la Soc. de méd. de Paris, t. IV, p. 342).
— Maret, Description d'un Hermaphrodite {Mém. de l'Acnd. de Dijon, 1774, t. II, p. 157).
— Rudolplii, Ueber Zwitlerbildung {Abhandl. Akad. der Wissensch. zu Berlin fur 1825,
P, 60).
(c) Par exemple, dans l'espèce bovine. Voyez :
— Mascagni, Istoria di un ennafrodito delta specie Bovina {Atli dclV Accad. délie scienze
diSiena, t. VUl, p. 201).
— Hunter, Animal Œconomy, p. 63, pi. 0.
— Velpeau, Traité de l'art des accouchements , t. I, p. 145.
Chez la Chèvre. Voyez :
— Mayer, Icônes selectœ prœparat . musei anat. Bonnemis, decas hermaphrodiloriim, 1831,
p. 20.
— Délie Chiaje, Dissertazioni sidV anatomia timana comparativa et pathologica, t. I,
p. 772, pi. 40.
Chez le Mouton ; voy. Scriha , Beitrag zur Gescliichte von den Zwittern (Schriften der
Gesellsch. naturforschender Freunde au Berlin, 1792, t. X, p. 367).
Chez l'Ane j voy. Hiuiter, Op. cit., p. 58.
— Borkhausen, Ueinisch. Mag. zur Erweiterung der Naturkunde, 1793, I. I, p. flOS.
Chez le Cochon ; voy. Farre, art. Hermaphrgdism (Todd's Cyclop. of Anat., t. II, p. 713).
— Chez un Gibbon {Simia concolor] • voy. Harlaii, Médical and Pliys. Researches, p. 19.
(d) Schrcll ; voy. Schenk, Med.-chir. Archiv, 1804, l. 1.
— Béclard, Description d'un individu dont le sexe a quelque chose d'équivoque (Bulletin de
la Faculté de médecine, 1815, p. 274).
(e) Deneux, Recherches sur tes hernies de l'ovaire, 1813.
— Oldhani, History of Iwo cases ofHernia ofthe Ovaries {Proceed. ofllte Royal Society, 1857,
t. VIII, p. 377).
(/â– ) Arnaud, Dissertation sur les Hermaphrodites, p. 263.
— Hcndy; voyez Todd's Cyclopœdia of Anat. uiid PhysiuL, t. II, p. 732.
IX. 6
82 REPRODUCTION.
dont j'ai déjà eu l'occasion de parler plus d'une fois; ils occu-
pent l'aileron postérieur de ces cloisons musculo-membraneuses,
et ils sont relenus par un cordon arrondi qui s'étend à l'uté-
rus (1), et qui se compose [)rincipalement de fibres musculaires
lisses. L'enveloppe séreuse, ainsi constituée, adhère très-inti-
mement à la surface de l'ovaire, et, comme je viens de le dire,
elle est parfois recouverte à son tour par un autre repli périto-
néal qui encapuchonné plus ou moins complètement cet
organe (2).
Chez presque tous les Mammifères, les ovaires sont dévelop-
pés d'une manière à peu près symétrique; leur forme est arron-
die ou ovalaire, et leur surface n'est que fiiiblement bosselée
ou garnie seulement d'un petit nombre de vésicules; mais
dans quelques espèces ils ressemblent davantage à ceux des
Oiseaux. Ainsi, chez les Monolrèmes, l'ovaire droit reste très-
petit, tandis que l'ovaire gauche se développe beaucoup au
moment du rut et se recouvre de sphères plus ou moins pédi-
culées, dont plusieurs grandissent de façon à se séparer du
reste de l'organe. Cette disposition subracémeuse se retrouve
aussi, quoique à un moindre degré, chez quelques Marsupiaux,
Rongeurs et Insectivores ; mais en général le nombre et le
volume des follicules ovifères qui naissent simultanément ne
sont pas assez considérables pour influer beaucoup sur la forme
de ces organes (3).
(1) On donne à ces freins le nom exemple de la disposition subracé-
de ligaments de l'ovaire. meuse que cet organe peut affecter
(2) Voyez ci-dessus, page 76, chez les Monotrèmes, je citerai l'Or-
(3) Chez presque tous les Manmii- nithorhyuque disséqué par Duvernoy,
ières, Tovaire est un petit organe de et surtout l'individu en état de gesta-
forme ovalaire dont la surface est lisse tion dont M. Owen a fait l'anato-
ou faiblement bosselée (a). Comme mie (6).
(a) Voyez Cosie, Histoire du développement., pi. 4.
(b) Duvernoy, Mém. sur les organes de la génération de V Ornithorhynque et de l'Echidné
{Mém. de la Soc. d'hist. nut. de Strasbourg., 1834, t. I).
Owen, On the ova ofthe Ornithorhynchtis paradoxm (Philosophical Transacliens, 1834i
pi. 25, fig. \ et 2).
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES MAMMIFÈRES. 8S
La substance de l'ovaire est désignée, ainsi que je l'ai déjÃ
dit, sous le nom de gangue ou de stroma; elle est dense, et la
plupart des anatomisles s'accordent à considérer sa couche la
plus superficielle comme consliluant une enveloppe particu-
lière appelée tunique albuginée (1). Ce revêtement est en effet
blanchâtre, plus dense et plus résistant que le tissu sous-jacent,
mais il n'en est pas nettement séparé et ne parait en être
qu'une modification (2). Le stroma est composé principalement
de tissu conjonctif fibroïde (3) et de vaisseaux sanguins. Dans la
partie centrale de l'organe, qui est parfois désignée sous le nom
de bulbe de l'ovaire (4), l'élément vasculaire est le plus abon-
dant, et dans le jeune âge on n'y aperçoit pas de vésicules,
tandis que dans la porlion superficielle ou corticale, on en
trouve toujours un nombre plus considérable. Chez l'adulte,
ces vésicules se montrent aussi dans les parties profondes
de l'ovaire, et présentent entre elles des différences très-
grandes dépendantes de leur degré de développement. Les
premiers observateurs qui nous firent connaîlre l'existence de
ces cellules, ap[)elées communément follicules de de Graaf^ les
considéraient comme étant des œufs ; mais on sait aujourd'hui
(1) L'ovaire est recouvert par une
couche épithéliale qui est en coiUi-
nuilé avec celle du péritoine, et qui
doit être considérée comme apparte-
ïiant à celte tunique séreuse. C'est
au-dessus de cette enveloppe que se
trouve la couche superficielle de l'or-
gane à laquelle on a donné le nom de
tunique fibreuse (a).
(2) Voyez à ce sujet les observa-
lions de M. Sappey (6).
13) D'après M. Rouget, la plupart
de ces fibres seraient de nature nuis-
culaire (c), mais presque tous les histo-
logistes n'y reconnaissent pas ce ca-
ractère. En effet, le parenchyme de
l'ovaire est compacte et composé d'élé-
menls fibroïdes qui ne se divisent pas
en faisceaux, et sont entremêlés de gra-
nules et de libres embryonnaires fusi-
formes.
[Ix) M. Rouget considère cette partie
de l'ovaire comme ayant les caractères
d'un organe érectile {Op. cit.).
(a) Voyez Kôlliker, Eléments d'histologie, p. 573.
(fc) Sappey, Traité d'analomie, 1864, t. III, p. 625.
(c) Rouget, Recherches sur les organes érectiles de la Femme (Journal de physiologie, 1858,
1.1).
8/l REPRODUCTION'.
qu'elles sont des organKes dans l'intérieur desquels les œufs
prennent naissance, et on les désigne sous le nom cVovisacs.
L'étude de ces follicules se lie donc d'une manière intime Ã
celle du développement de l'œuf, et trouvera sa place dans la
prochaine leçon.
SOIXANTE -DIX -SEPTIÈME LEÇON.
Du travail de la génération chez les Mammifères. — Puberté. — Périodes de rut. —
Ovulation spontanée. — Fécondation des œufs. — Arrivée des œufs dans l'utérus;
changements qui s'opèrent dans cet organe pour l'approprier à son rôle dans la
gestation. — Développement de la couche caduque.
§ I. — Pendant la première période de l'existence, chez les Pi.beiu.
Mammifères, de même que chez les autres Animaux, toutes les
forces de l'organisme sont employées au développement de
l'individu, et ce n'est qu'à une époque où l'accroissement du
corps se ralentit beaucoup, que la puissance reproductrice se
manifeste. Jusqu'alors l'appareil de la génération reste dans
un état de torpeur, mais à un certain moment des signes d'ac-
tivité fonclionnelle s'y manifestent, etdemême que chez divers
Animaux dont l'étude nous a déjà occupés, les Oiseaux, par
exemple (1 j, ces phénomènes sont en général accompagnés de
certains changements dans l'élat de diverses parties de l'orga-
nisme, dont les relations avec les instruments de la reproduc-
tion ne nous sont pas connues : par exemple, le système tégu-
mentaire et les organes vocaux. On appelle cette période de la
vie Vâge de la puberté.
Dans l'espèce iiumaine,elle arrive d'ordinaire lorsque la crois-
sance du corps en longueur touche presque à son terme ; mais
elle est soumise aussi à l'intluence d'autres causes, parmi les-
quelles il faut ranger en première ligne le climat. Les femmes,
comme chacun le sait, sont plus précoces que les hommes, et
c'est aussi chez elles qu'on observe le plus de variations dans
l'âge où l'activité fonctionnelle de la génération commence.
Dans les régions chaudes du globe, les filles sont nubiles plus tôt
(Ij Voyez lome Mil, page 5oo.
86
REPRODUCTION.
que dans les pays tempérés, et dans les régions froides l'apti-
tude à la reproduction est en général plus tardive. La plupart des
auteurs, s'appuyant sur des cas exceptionnels, exagèrent beau-
coup ces différences, mais la tendance à la précocité dans les
pays chauds est un fait bien avéré (1). L'influence des races
(1) Les physiologistes du siècle der-
nier et du commencement du siècle
actuel admettaient tous que Tintluenco
du climat sur la précocité des femmes
était très-considérable (a) ; mais les re-
cherches entreprises il y a une tren-
taine d'années par un médecin anglais,
M. Robcrton, prouvent que les'diiïé-
rences en rapport avec les latitudes
sont moins grandes qu'on no le sup-
posait (6). Cet auteur me paraît être
tombé dans une exagération en sens
contraire de celle commise par ses
prédécesseurs, et, d'après l'ensemble
des documents recueillis jusqu'ici (c),
on voit que les cas de puberté pré-
coce sont en réalité plus fréquents
dans les régions tropicales que dans
les pays tempérés, et que les exemples
de menstruation tardive sont plus
nombreux dans le Nord que chez
nous.
Ainsi, dans l'Inde, la plupart des
jeunes filles sont réglées de onze Ã
quatorze ans, tandis qu'en France c'est
ordinairement de quatorze à seize ans
que la menstruation s'établit ((/). Dans
les relevés numériques recueillis par
l'auteur que je viens de citer, l'âge
moyen de la puberté est de douze ans
et demi pour Calcutta, de treize ans
pour la totalité de l'Inde, et de qua-
torze ans dix mois pour l'Angle-
terre (e). D'après les faits enregistrés
par M. Raciborsky, cette moyenne gé-
nérale serait d'environ quatorze ans
dans le midi de la France, de quinze
à seize ans en Pologne, dans le nord
de l'Allemagne et en Suède; enfin de
dix-huit ans en Laponie (/"). En Nor-
(a) Haller, Elem. physiol., t. VII, p. 140.
(b) Roberton, An Inqià ry into the natural history of the Menstrual function {Edinburgh
Med. and Snrg. Journal, 1832, t. XXXVIII, p. 227). — Le même auteur a publié une série
J'autres mémoires sur ce sujet dans les tomes LVIII, LXII, LXIV et LXVI du même recueil pério-
dique.
(c) Voyez à ce sujet :
— Oisander, De fluxu menstruo, etc., dissert. Gôttingen, 1868.
— Pétrequin, Recheixhes sur la menstruation, thèse. Paris, t83.5.
— Marc d'Espine, Recherches sur quelques-unes des causes qxii hâtent OU retardent la pu-
berté {Archives générales de rttédecine, 2* série, 1835, t. IX).
— Prichard, Researches into the Physical History ofMankind, 1836, t. I, p. 130.
— Brierre de Boismont, De la menstruation {Mém. de l'Acad. de méd., 1841 , t. IX, p. 10/|).
— Raciborsky, De la puberté et de l'dge critique chez la Femme, 1844.
— Tilt, Reflections on the causes which advance or retard the appearance of first Menstrua-
tionin Women, with a synoptical Table shovjing the mean nge of first Menstruation in 10,42 o
Women in hot, temperate and cold climates (Munthhj Journal of Médical Scietice, 1850, t. XI,
p. 289).
— Lagneau, Recherches comparatives sur la menstruation en France (Bulletin de la Société
d'anthropologie, 1865, t. VI, p. 724).
(d) Raciborsky, Op. cit., p. 9.
{e) Roberion, On the period of Puberty in Hindu U'omeH {Edinburgh Med. and Surg. Journal,
1846, t. LXVI, p. 60).
(/â– ) Raciborsky, Op. cit., p. 17.
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 87
paraît aussi se faire sentir dans le développement plus ou
moins rapide de la puissance procréatrice (l); mais il existe
à cet égard, chez les individus qui semblent être placés dans
des conditions similaires, des variations dont il me paraît êlre
difficile de rendre compte, et les limites extrêmes s'éloignent
beaucoup de la moyenne (2).
A l 'époque de la puberté, le travail nutritif s'accélère dans l'ap-
pareil de la génération et dans ses annexes. Ainsi, chez la Femme,
les glandes mammaires, qui jusque-là étaient restées rudimen-
taires, se développent rapidement; la peau se garnit de poils
dans diverses parties du corps, et le système vasculaire des
organes reproducteurs ejitre dans un état de turgescence suivie
vëge, cette moyenne paraît être d'en-
viron dix-sept ans et demi (a) ; mais
si les observations recueillies au Ca-
nada par M. Rameau sont exactes, les
femmes de race française qui habi-
tent cette région froide de FAmérique
seraient au contraire remarquable-
ment précoces (6). Suivant M. Peixoto,
médecin à Rio-Janeiro , ce serait
vers l'âge de dix ans que la plupart
des jeunes fdles seraient réglées au
Brésil (c).
(1) Ainsi, en Turquie et en Pologne,
les juives passent pour être plus pré-
coces que les femmes de race slave {d) ;
mais la différence, si elle existe, n'est
pas bien considérable. Quelques au-
teurs avaient assuré que les négresses
arrivaient à l'âge de la puberté plus
tôt que les filles de race blanche,
mais aux Antilles cela ne paraît pas
être (e). Humboldt attribue à une
influence de rnce la précocité des In-
diennes Chaymas de l'Amérique méri-
dionale (/â– ) ; mais M. Boussingault a re-
marqué que cette particularité n'existe
que chez les habilants des Terres
chaudes,
(2) On cite un certain nombre
d'exemples de menstruation chez des
petites filles en bas âge {g), et il n'est
pas rare de voir en France des jeunes
(a) Faye, Menstruation ofFemales in Norway [Montldy .Journal ofMed.Sc.,iHhi, t. XIV, p. 83).
(6) Rameau, Note sur les modifications subies par tes Européens transplantés en Amérique
{Bulletin de la Société d'anthropologie, IRGl, t. II, p. Gi-2\.
(c) Racihorsky, Op. cit., p. 16.
{d) Oppenheim, On the state ofmedicine in Turkey {Edinb. new Philosophical Journal, 1844,
t. XVI, p. 119).
— Racihorsky, Op. cit., p. 31.
(e) Robertùii, On Puberty in Negro Wom.en {Edinburgh Med. and Surg. Journal, 1 842, t. LVIII,
p. l]2i.
(/■) Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent: Relation historique,
.1, p. 472.
(Bi Voyez Dezeimeris, Cas de menstruation précoce (l'Expérience, 1838, t. II, p. 12).
88 REPRODUCTION.
bicnlùt d'une évacuation sanguine, qui dès ce moment se
renouvellera périodiquement, tant que l'aptitude à la propaga-
tion persistera, et qui est désignée communément sous le nom
de menstrues (i).
Chez l'Homme, le réveil de la puissance propagatrice est
caractérisé par le développement du système pileux sur le
menton, sur le pubis, et en général aussi sur d'autres parties
filles qui arrivent à la puberté avant
l'âge de douze ans. Sur 500 individus
pris au hasard h Paris, M. Raciborsky
trouve :
i femme qui avait été réglée à 8 ans.
7 femmes qui l'avaient été à 9
18
id.
id.
à 10
34
i>l
id.
à 11
40
id.
id.
à 12
35
id.
id.
à 13
11
id.
id.
à 14
31
id.
id.
à 15
72
id.
id.
à 10
35
id.
id.
à 17
2C
id.
id.
à 18
24
id.
id.
à 19
U
id.
id.
à 20
2
id.
id.
à 21
i
id.
id.
â– 1 25
(a).
Dans l'île de Madère, où la tempé-
rature ne varie que très-peu, les dif-
férences de cet ordre paraissent être
beaucoup moins considérables. Ainsi,
sur 228 cas recueillis par M. Roberlon,
il ne s'est trouvé que 2 individus
dont les menstrues s'étaient établies
avant l'âge de quatorze ans, et 31
qui, à ce moment, avaient dépassé
di.v-sept ans, tandis qu'en Angleterre
sur 5Ù0 individus le même auteur
compta :
3 qui avaient été réglées à 9 ans.
14
19
35
66
99
104
85
54
34
16
8
2
1
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
à 10
à 11
à 12
à 13
14
15
IG
17
18 .
19
à 20
à 21
à 22 (6).
Jl est aussi à noter que la préco-
cité paraît augmentée par un régime
abondant, le séjour des villes, etc.
(t) Le flux menstruel est en général
précédé par la sécrétion d'une matière
odorante provenant des glandules de la
vulve cl la production plus abondante
du mucus vaginal. Ce liquide devient
ensuite sanguinolent, et bientôt la
proportion de globules bématiques y
devient tellement considérable, qu'il
ressemble presque à du sang normal,
mais il ne contient que peu de fibrine,
et dans la plupart des cas n'est pas
(a) Raciborsky, Op. cit., p. 9.
(()) Roberlon, Un the Age of l'uherlu in the islanil of Madeira {Kdinburgh Med. and Surg.
Journal, 1840, l. lAM, p. 281).
FONCTIONS DE L\ GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 89
du corps (1); par l'agrandissement du larynx et des change-
ments correspondants dans la voix; enfin par le développe-
ment des spermatozoïdes dans la liqueur séminale élaborée
par les testicules, et l'excitabilité plus grande des organes
reproducteurs. Il est aussi à remarquer que chez les individus
rendus stériles, soit par quelque vice organique, soit par la
castration, ces changements dans l'ensemble de l'économie
ne se manifestent pas ; le diapason de la voix reste élevé, le
système pileux conserve le caractère juvénile, et les formes gé-
nérales se rapprochent de celles de la femme ou de l'enfant (2).
coagulable ou ne l'est que très-impar- de cinq ou six jours environ, mais sou-
faitement. Denis (de Commercy) y a vent elle se prolonge davantage (c).
trouvé alors pour 1000 parties : La non-apparition des menstrnes
dans les cas d'atrophie congénitale
Eau 825,0 des ovaires a été signalée par pi usleius
Mucus 45,3 auteurs, et l'on trouve aussi dans les
F'i^rine 0,5 annales de la chirurgie des exemples
^"^""""^ '^^•^ de la cessation des règles à la suite de
'^^'"''°'*"" *^^'* l'extirpation de ces glandes (d).
Graisse, matières minérales, etc. il,5{a). ,n „, . ,
(1) Nous reviendrons sur ce sujet
La proportion d'eau et de mucus y lorsque nous étudierons le système té-
est du reste très-variable, suivant les gumentaire.
individus, aussi bien que suivant la (2) C'est à raison de cette influence
période à laquelle on observe cephé- de la castration sur le diapason et sur
nomène, car après un certain temps le timbre de la voix que jadis, en
l'écoulement reprend peu à peu le ca- Italie, on pratiquait souvent cette opé-
ractère muqueux. Le sang évacué de ration sur des enfants dont on voulait
la sorte provient principalement des faire des chanteurs pour le service des
parois de la matrice, dont les vaisseaux chapelles et des théâtres. Ces castrats
capillaires sont alors très-turgides, et sont imberbes et ont les formes arron-
dont la couche épithéliqiie se ramollit dies. L'état des organes de la généra -
ou se dilate (b). tion chez les eunuques a été étudié
La durée de chaque menstruation récemment par M. Billiarz, médecin
est très-variable ; en moyenne, elle est au Caire (e).
(a) Denis, Recherches expérimentales s^ir le sang humain, p. 166.
(6) Pouchet, Théorie positive de l'ovulation spontanée, p. 241.
(ci Hrierre de boismont, Op. cit. (Mém. de l'Acad. demédecine, 1841, t. IX, p. 128).
{d) P. Polt, Å’uvres chirurgicales, 1777, t. I, p. 492.
(e) Bilharz, Beschreibung der Genitalorgane einiger scfuuarzen Eunuchen, nehst Bemerk.
ûber die Beschreibung der Clitoris und kleinen Schamlippen ^Zeilschrift fiir wissenscli . Zoolo-
gie, 1860, t. X, p. 281).
90 REPRODUCTION.
On sait aussi, par l'observation journalière des effets de la cas-
tration sur le Taureau et le Cheval, que l'impuissance rend ces
Animaux plus dociles et les dispose à s'engraisser facile-
ment (1). La cessation de la fécondité chez les femelles est au
contraire très-souvent accompagnée de particularités extérieures
qui donnent à celles-ci un aspect masculin (2).
Des changements non moins considérables mar(|uent le pas-
sage de l'enfance à l'âge viril chez beaucoup d'autres Mammi-
fères. Ainsi, chez plusieurs Animaux de cette classe, le pelage
est tacheté ou rayé chez les jeunes individus, mais se colore
(1) Les Chevaux hongres (ou châ-
trés) sont moins vigoureux et plus
doux que les étalons on Chevaux en-
tiers. Le Bœuf (ou Taureau châtré) est
aussi plus disposé à prendre de la
graisse. La castration exerce une in-
fluence très-remarquable sur les bois
des Cerfs. Elle en empêche la chute lors-
que ces prolongements frontaux exis-
tent au momentdel'opéraiion, et elleen
empêche le développement lorsqu'elle
a été pratiquée après qu'ils sont tom-
bés et avant qu'ils aient repoussé (a).
Suivant Grève, les défenses du San-
glier ne s'allongent pas chez les indi-
vidus châtrés (6). L'influence du cha-
ponage, ou castration, sur les Coqs est
encore plus prononcée ; quand cette
opération a été faite de bonne heure,
non-seulement l'Animal a la chair très-
tendre et s'engraisse bien, mais il ne
chante plus.
(2) L'extirpation des ovaires exerce
aussi sur la constitution de la Femme
une influence remarquable: pratiquée
dans le jeune âge, celte opération em-
pêche le bassin de s'élargir et les ma-
melles de se développer ; le pubis reste
dénudé, les règles ne s'établissent pas.
Il paraît que dans quelques parties de
l'Asie on a souvent l'occasion de ren-
contrer de ces eunuques femelles, et
qu'elles ont quelque chose de viril dans
leur aspect et dans le timbre de leur
voix. Cette cause de stérilité est sou-
vent accompagnée d'un développement
de barbe plus ou moins prononcé.
Du reste, cette apparence virile, et
même le développement de la bar])e,
s'observent souvent chez les femmes
qui ont cessé d'avoir leurs menstrues,
et qui par conséquent sont devenues
stériles. Ces femmes-hommes n'avaient
pas échappé à l'attention d'IIippocrate,
et les Romains les désignaient sous le
nom de viraginea.
Des faits du même ordre se présen-
tent chez les Animaux : ainsi parfois
les Biches ont la tête ornée de bois
comme le Cerf, et l'on a constaté
qu'elles sont alors stériles (c).
Il est aussi à noter que chez les Oi-
seaux on observe des phénomènes
analogues : ainsi les vieilles femelles
(o) Buffon, art. Cerf, Hist. nat. {Œuvres, édit. in-8, t. XVIII, p. 89).
(6) Grève, Kleine Beitr. zur vergl. Anat. und Physiol.
(c) Wililungen, Taschenhuch fiïr Forst- iind Jagdfreunde, p. il.
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 91
uniformément à l'époque de la puberté (1). C'est aussi à cette
période de la vie que la crinière se développe chez le Lion, et que
le front des Cerfs s'arme des prolongements osseux appelés bois.
On remarque d'une manière plus générale qu'à ce moment les
forces musculaires augmentent rapidement et que de nouveaux-
instincts se manifestent. Les mâles cessent ordinairement de
vivre en bon accord entre eux et se séparent ou se combattent;
en même temps ils recherchent les femelles, et, guidés par
qui ont cessé de pondre prennent sou- chez un Faisan doré qui offrait cette
vent le plumage des nià ies. Beaucoup particularité, j'ai constaté que les ovai-
d'exeniples de ce genre ont été cités (a), res étaient atrophiés,
et Yarrell a souvent constaté que, dans (1) La livrée des jeunes Sangliers
les cas de ce genre observés chez de est un exemple remarquable de ce
jeunes individus, les ovaires étaient mode de coloration transitoire du sys-
dans un état morbide [h). Ces jours-ci, tème tégumentaire.
(a) Par exemple, chez la Poule, par :
— Arislote, Hist. Anim., lib. XVIII, cap. xxxvr.
— Tucker, Ornithologia Damnonsensis .
— Buller, On the Change of plumage exhibited bij many species of Birds in an advanced
period of Life (Mem. of the Wernerian Soc, t. II!, p. 183).
— Jameson, Note, etc. (Edinburgh new Philosophical Journal, 182G, 1. 1, p. 309).
— Grève, Bruchstûcke zur vergl. Anat. und Physlol., p. 45.
Chez le Faisan commun, par :
— Mauduit, Encyclop. méthod., Ornithol., t. II, p. 3.
— Hunter, Account of an extraordinary Pheasant {Philos. Trans., 1780, p. 527).
— Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Sur des femelles de Faisans à plumage de mâles (Mém. du
Muséum, 1825, t. XII, p. 220, et Essais de zoologie générale, 1841, p. 498).
Chez le Faisan doré, par :
— Blumenbach, De anomalis et vitiosis quibusdam nisus fonnalivi aberrationibus, p, 8
{Commentationes recentiores Soc. scient. Gottingmsis, l. II).
— Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Op. cit., p. 228.
Chez le Faisan argenté, par Bechstein, Nattirgeschichte Detitschlands , t. III, p. 1210.
Chez le Faisan à collier, par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Op. cit., p. 228.
Chez la Dinde, par Bechstein, Op. cit.
Chez le Paon, par :
— Hunter, Op. cit. {Œuvres, t. IV, p. 113).
— Gerbe, art. Oiseaux du Dictionnaire universel d'histoire naturell£, t. IX, p. 15.
— Jameson, loc. cit.
Chez la Perdri.K, par :
— Monlagu; voy. Jameson, loc. cit., p. 310.
— Yarrell, On the Change in the Plumage of some Hen-Pheasants {Philos. TcaMS., 1827,
p. 263).
Chez le Canard, par Tiedemann, Zoologie, t. 111, 1814, p. 306.
Chez le Coucou, par Peyraudeau ; voyez le Bulletin des sciences naturelles de Férussac, t. XIII,
p. 243.
Chez le Cotinga, par Dufresne (Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Op. cit., p. 228).
Chez le Pinson, par M. Florent Prévost (Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, loc. cit.).
Chez des Veuves, par Blumenbach, Op. cit.
(6) Yarrell, Op. cit. {Philos. Trans., 1827, p, 268).
Un Bouvreuil observé par Ménétriès paraît avoir été aussi une femelle à plumage de mâle. {Cata-
logue raisonné des objets de zoologie recueillis pendant un voyage au Caucase, 1832, p. 43.)
92 REPRODUCTION.
l'odeur que celles-ci exhalent, ils les poursuivent souvent de
très-loin. Chez la plupart des Mammifères, cet élat d'activité des
facultés reproductrices s'interrompt hienlôt(l) , pour recommen-
cer après un repos plus ou moins prolongé (2). Chez beaucoiTp
d'Animaux de cette classe, la périodicité de ce phénomène, que
(1) La durée du temps pendant le-
quel les femelles sont en chaleur varie
suivant les espèces. Ainsi, chez la
Chienne, cet état peut durer neuf ou
dix jours; chez la Jument et la Vache,
il cesse beaucoup plus tôt, ei chez la
Brebis il ne dure i;uère que vingt -
quatre heures.
(2) Pendant cette période d'activité
fonctionnelle des organes reproduc-
teurs, ceux-ci sont dans un état de tur-
gescence plus ou moins grande. Les
testicules grossissent et les glandes ac-
cessoires se gonflent.
Chez quelques Mammifères, les tes-
ticules changent aussi de position Ã
cette époque {a). 11 est aussi à noter
que chez le Chameau l'époque du rut
est caractérisé par la sécrétion d'une
matière très-oilorante, et que chez le
Dromadaire le voile du palais fait sou-
vent saillie hors de la bouche de façon
à simuler une véhicule (6).
Chez la femelle, l'état de rut est en
général indiqué par la congestion san-
guine des organes génitaux externes,
et la sécrétion plus abondante du mu-
cus par les parois du vagin. Chez les
Singes, ce gonflement des bords de la
vulve est souvent énorme, et dans
beaucoup de cas il est suivi d'évacua-
tions sanguines qui constituent de véri-
tables menstrues (r). Dans quelques
Singes, tels que le I\liésus, on a ob-
servé aussi à ces époques des signes
de turgescence dans certaines parties
de la face {d). J'ai constaté que chez
les Tatous il y a aussi des écoulements
sanguinolents chez les femelles en cha-
leur, mais le retour de ce phénomène
n'est pas régulier. Souvent l'état de
chaleur est accompagné d'un écoule-
ment analogue chez la Vache et chez
le Buffle (e).
Chez l'Éléphant femelle, l'état de
rut est accompagné d'un déplacement
de la vulve qui se porte peu à peu
en arrière, de façon à changer com-
plètement la direction du jet uri-
naire(/').
(a) Voyez ci-dessus, page 9.
{l) Voyez tome VI, page 27) .
(c) Fréd. Cuvier, Du rut (Aun. du Muséum, 1807, t. IX, p. 418.
— Rengger, Naturgeschichle der Sà ttgelhiere von l'araguay, 1830, p. 49.
— Ehi-eiiberg, i/ebec de/i Cynoceplialus {Abhandl. der Berlin. Akad., 183^, p. 351).
— Isid. Geoffroy Saint-Hilairu ; voy. Brescliut, Recherches sur la gestation des Quadrumanes
(Mémoires de VInslitut, 1845, t. -MX, p. 402 et suiv.).
(d) F. Cuvier, aii. Singes à queue de Cochon, p. 2, et art. Rhésus femelle, p. i (Histoire des
Mammifères, t. I.
(e) KMeii, Bemerkungen ûber physiologische Gegenstands (Meckel's Deulsches Archiv fur die
Physiologie, 1823, t. VIU, p. 332).
— Nuinaii, Over de periodische ontlaslung von bloed uil de Geslachtsdeelen bij sommige
huisdleren (Tijdschrift voor Naturliike geschiedenis in Physiologie, 1838, t. IV, p. 334).
(f) G. Cuvier, art. Éléphant des Indes, p. C> (l.acépède et Cuvier, Ménagerie du Muséum,
1801).
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈKES. 93
l'on appelle le rut, est Irès-marquée chez le mâle aussi bien que
chez la femelle : dans la grande famille des Cerfs, par exemple ;
mais en général l'intermittence de l'aptitude à la procréation
n'est complète que chez la femelle, et c'est surtout chez elle
que cette propriété se réveille avec régularité à des époques tixes.
Son retour est d'ailleurs subordonné à diverses circonstances.
Ainsi, presque tous ces Animaux refusent le maie lorsqu'ils sont
en état de gestation (1), et pour plusieurs d'entre eux l'activité
fonctionnelle de l'appareil reproducteur est suspendue pendant
l'allaitement des jeunes; mais il arrive Iréquemment qu'une
femelle non fécondée à l'époque ordinaire entre de nouveau en
chaleur quelque temps après. L'abondance et la nature des
aliments influent également sur ce phénomène ; mais ce qui
semble régler principalement les époques de rut, c'est le rap-
port entre la marche des saisons et le moment où le travail de
la gestation étant terminé, les nouveau-nés verront le jour.
En effet, par suite d'une de ces harmonies naturelles, dont l'é-
tude des Animaux nous a déjà fourni de fréquents exemples, les
choses sont en général disi)0sées de telle sorte (\m pour chaiiue
espèce la mise bas a lieu pendant la saison la plus favorable
à l'existence des jeunes, et que l'époque du rut précède cette
saison d'un espace de temps égal à la durée de la gestation.
Ainsi, dans la grande majorité des cas, c'est l'été qui est le
plus favorable aux jeunes, et c'est au printemps que le rut se
déclare chez les espèces dont la gestation est de courte durée,
tandis que c'est en hiver que cet état d'aptitude à la pro-
création se montre d'ordinaire chez celles dont la gestation
dure trois ou quatre mois (2). C'est généralement en automne
(1) La Truie l'ail exceplion à ceUc décembre à lévrier, el la durée de la
règle. gestation de ces animaux est de trois
(2) Les Loups sont en chaleur de mois (a). L'Isatis, qui habite les con-
(o) Fréd. Cuvier, Du rut {Annales du Muséum, 1807, t. IX, p. 122J.
94 REPRODUCTION.
que les signes de chaleur se manifestent chez les femelles qui
portent neuf ou dix mois, et à cette période de l'année les es-
pèces à courte gestation, où l'état de rut peut s'être renouvelé
deux ou plusieurs fois pendant la durée de la belle saison, ces-
sent presque toujours d'être disposées à l'accouplement (1). Des
rapports analogues existent entre le moment du rut et la marche
des saisons chez les espèces dont la gestation se prolonge pen-
dant près d'un an, car chez celles-ci la femelle entre en cha-
leur presque aussitôt après avoir mis bas ; de sorte que l'année
n'est pas perdue pour la multiplication de sa race, et que sa
progéniture vient cependant au monde dans la saison conve-
nable. 11 est aussi à remarquer que pour des Animaux qui ne
diffèrent que peu entre eux, mais qui habitent des régions où la
marche des saisons n'est pas la même, les temps de rut varient
d'une manière correspondante. Ainsi, dans les parties froides
ou tempérées de notre hémisphère, le Chat est en rut vers le
mois de janvier ou de février, en sorte que ses petits naissent
au printemps ; mais transporté depuis plusieurs siècles dans
l'Amérique centrale, où la température reste à peu près la même
pendant toute la durée de l'année, cet Animal a cessé d'entrer
en chaleur à une -époque déterminée (•2). Chez nous, pour les
trées septcnirionales et qui porte neuf
semaines seulement, entre en rut vers
la fin de f(5vrier (a).
(1) Ainsi, le Chat sauvage, aussi bien
que le Chat domestique, peut entrer
en rut deux fois par an, en février et
en automne. Beaucoup d'autres petits
Carnassiers sont dans le même cas : la
Fouine, le Furet, par exemple. La
Taupe est en rut pour la première fois
au commencement de l'hiver, et pour
la seconde fois en été.
La Souris, le Rat et beaucoup d'autres
petits Rougeurs sont aptes à la pro-
création trois ou quatre fois par an,
ou même davantage.
(2) M. Roulin, Ã qui nous devons la
connaissance de ce fait curieux, a
fait la même remarque au sujet du
Chien (6).
(fl) i. C. Gmelin, Animalium quorutndam qtiadrupedum descriptio {Nova Comment. Petrop.,
n55, t. V, p. 358).
(b) Roulin, Remarques sxir quelques changements observés dans les Animaux domestiques
transportés de l'ancien dans le nouveau continent (Ann. des sciences nat,, 1829, i. XVI,
p. 29;.
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 95
Chiens, cet élatse déclare vers la fin de l'hiver, et en Australie,
où la marche des saisons est l'inverse, ces Animaux entrent en
rut en juillet (1). Je citerai également à ce sujet les différences
qui existent sous ce rapport entre la Vache, qui est un animal
originaire des régions temj)érées, et qui entre en chaleur
au commencement du printemps, et le Bison d'Amérique, qui
habite un pays où l'été n'arrive que très-tardivement, et qui
n'est en rut que vers le mois de juin (2).
Ainsi qu'on peut le prévoir d'après tout ce qui vient d'être
dit, le caractère du climat influe également sur le retour plus
ou moins fréquent de l'état tle rut. Dans les régions où le climat
est extrême, c'est-à -dire où les différences entre la température
de l'été et celle de l'hiver sont très-considérables, la périodicité
de ce phénomène physiologique est en général à plus long
terme que dans les contrées tropicales où la chaleur règne sans
interruption. Ainsi, chez les grands Mammifères de l'Inde et de
l'intérieur de l'Afrique, les signes d'aclivité procréatrice se
manifestent souvent à de très-couris intervalles, et les nais-
sances ont lieu en toutes saisons. Cela se voit non-seulement
chez les Singes (3), mais aussi chez plusieurs Pachydermes et
(1) Cela a élé constaté sur un Din-
go, ou Chien indigène de l'Australie,
qui a vécu à la ménagerie du Mu-
séum («).
(2) Des différences inverses existent
entre le Phoque commun de nos mers
et les espèces de la même famille qui
habitent les mers polaires : le premier
est en rut au mois de septembre et
met bas en juin, tandis que le Phoque
du Groenland et le Phoque à capuchon
s'accouplent en octobre. Mais il ne
faudrait pas trop généraliser les con-
clusions à déduire de ces faits. Ainsi le
Phoque à trompe des mers du Sud est
en rut aussi au mois d'octobre (6),
bien que ce moment de l'année soit,
quant aux saisons, ie correspondant
du mois d'août dans notre liémi-
sphère.
(3) Le retour mensuel de l'état de
rut a été souvent constaté chez divers
Singes, notamment le Mangabey, les
Macaques et les Cynocéphales (c).
(a) Fréd. Cuvier, Histoire naturelle des Mammifères, art. Chien de la Nouvelle- Hollande.
(b) Péron, Voyage aux Terres australes, t. II, p. 34.
(c) Fréd. Cuvier, Histoire des Mammifères, t. I.
96 REPRODUCTION.
Ruminants, tels que l'Éléphant (l), la Girafe (*2), des Anti-
lopes et divers Cerfs propres aux pays chauds (3\
Les saisons exercent moins d'iniluence sur les Animaux éle-
vés en domesticité, et, comme je l'ai déjà dit, l'abondance des
aliments peut huter le retour de l'aptitude à la procréation (/i).
Ainsi, à l'aide d'un régime convenable, on peut provoquer le
rut chez la Jument à toutes les époques de l'année, surtout
lorsque l'excitation déterminée par la présence du mâle vient
corroborer l'action des aliments stimulants.
L'âge des individus exerce aussi quelque inlluence sur l'é-
poque de l'année où la puissance procréatrice se réveille. Ainsi
les jeunes Animaux sont en général plus tardifs, sous ce rapport,
que ne le sont les vieux. Chez les Cerfs, par exemple, cette
différence est très-marquée (5).
(1) La Ciirafe fonicllc qui a vécu
très loiiglciiips dans la nicnagciic du
.Muséum donnait des signes de cha-
leur tous les mois («).
(2) On ne possède que peu d'obser-
vations directes sur ce sujet, mais on
sait que les Eléphants femelles que
l'on prend pour les réduire en servi-
tude, et qui sont pleines au moment
de leur capture, mettent bas en toutes
saisons (6).
(3) Ainsi j'ai pu constater dans la
ménagerie du Muséum que le Cerf du
^lalabar, l'Axis, le Cerf cochon et le
Cerf de Virginie se reproduisent en
toutes saisons. Il en a été de même
pour les Lamas. Les Antilopes de Sôm-
mering, dont la gestation dure sept
mois, ont mis bas en janvier, en mars,
en août et en novembre. Enfin l'Hip-
popotame, qui porte environ dix mois.
a mis bas en mai, en juillet et en
août.
(i) Il est probable que la différence
entre la fréquence du rut chez les es-
pèces sauvages du genre Canis et chez
nos Chiens domestiques dépend prin-
cipalement de cette cause. Le Loup, le
Chacal et le Renard n'entrent en cha-
leur qu'une fois par an, tandis que
chez le Chien cet état se manifeste sou-
vent deux fois par an.
(5) Chez ces Animaux, la saison du
rut coïncide toujours avec la mue des
bois, et les circonstances qui accélèrent
Icdéveloppementde ces prolongements
frontaux hâtent aussi le moment où le
mâle recherche la femelle. Ainsi, lors-
que le printemps a été tardif et que la
croissance des bois n'a pas commencé
en temps ordinaire, l'époque de la
mue de ces appendices, c'est-Ã -Jire
(a) Fréd. Cuvier, art. Girafe {Histoire des Mammifères, par F. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire).
(b) Corse, On the Manners, Habits and nalural History of the Eléphant {Philos. Trans.,
n99, p. 3i).
FONCTIONS DE LA. GÉNÉIÎATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 97
Il est d'autres différences du même ordre, dont il est moins
facile de se rendre compte. Ainsi, en général, le rut se déclare
vers la fin de mars chez la Jument, et environ deux mois plus
tard chez l'Anesse, dont la portée est de même durée. Le Bou-
quetin des Alpes est en chaleur au mois de janvier, mais on
assure que le Bouquetin des Pyrénées entre en rut au mois de
novembre, et chez l'TEgagre ce phénomène se manifeste en
automne (1).
11 est également à noter que les circonstances dont je viens
de parler comme influant sur les époques de rut peuvent exer-
cer une action analogue sur le degré de la puissance procréa-
trice, lors même que celle-ci n'est pas sujette à des intermit-
tences périodiques et s'exerce d'une manière continue. En effet,
des recherches statistiques sur la proportion mensuelle des
naissances montrent que, dans l'espèce humaine, le nombre
des conceptions varie suivant les saisons, et se trouve subor-
donné jusqu'à un certain pointà l'étatde l'alimentation publique.
Ainsi, en France, la fécondité est la plus grande au printemps
et descend au minimum pendant l'automne et le commencement
de l'hiver ; les différences extrêmes arrivent plus fard dans nos
départements méridionaux que dans la région septentrionale
de ce pays, bien que les différences de latitude n'y soient pas
très-considérables. Ce retard, en rapport avec la marche des
le moment où leur croissance éinnt
terminée, ils se dépouillent de leur
enveloppe cutanée, est retardée pareil-
lement, et il en est de même pour le
rut.
Dans les circonstances ordinaires,
notre Cerf commun est en rut dès la se-
conde moitié de septembre, lorsqu'il
est vieux; pour le Cerf dix cors, c'est-
à -dire d'un âge moyen, cet état ne
se manifeste que dans la première moi-
tié d'octobre, et pour les jeunes indi-
vidus il est retardé jusque vers la fin
du même mois.
(1) Pour plus de détails sur l'époque
du rut cbez divers ÎMammifères, on
peut consulter un mémoire de h\ Cu-
vier, et un article dans lequel Duvernoy
a rassemblé beaucoup de renseigae-
ments à ce sujet (a).
((() Fi-cd. Cuvicr, Du rut {.\nn. du Muséum, t. IX, 1807).
— Diiveinuy, article l'RorAGATioN (Uiclionnaire universel d'histoire naturelle, (.X, p. 511 cl
suiv.).
IX.
98 REPRODUCTION.
saisons, se marque encore mieux lorsque l'on compare le midi
de la France à la Belgique ou à la Hollande; et dans riiémisphère
austral, où l'été correspond à notre hiver, on observe le même
renversement dans les époques du maximum ei du minimum
des conceptions. Les temps de disette ou d'abslinence coïnci-
dent aussi avec une diminution dans le nombre relatif des con-
ceplions, et les époques d'insalubrité exerceront une influeiiee
analogue. En un mot, tout ce qui affaiblit l'organisme diminue
la puissance propagatrice, et ce qui excite l'économie sans la
débiliter, tend à augmenter celte puissance (1).
Ovulation. § 2. — ■Les signes indicatifs de l'aplilude à la procréation,
que nous venons de passer en revue chez les Mammilcres fe-
melles, se lient d'une manière intime à une autre série de phé-
nomènes beaucoup plus importants qui ont leur siège dans
l'ovaire et qui doivent maintenant nous occuper, savoir, la
production et la chute des œufs.
Pendant longtemps les physiologistes n'ont eu que des idées
très-incomplètes ou même Irès-fausses sur le rôle des ovaires
dans la procréation. Les uns pensaient que ces organes sécré-
taient comme les testicules du maie un liquide prolifique (2),
et d'autres les considéraient comme n'intervenant pas dans le
travail embryogénique. Ainsi, Harvey supjjosait qu'un liquide
séminal produit par la matrice elle-même donnait naissance Ã
l'œuf du Mammifère, et que cet œuf n'était autre chose que le
sac membraneux dans lequel l'embryon est logé pendant son
séjour dans cette chambre incubatrice (3). Sténon fut mieux
(1) Un de mes anciens amis et col- et a été partagée par la plupart def5
laborateurs, Villermé, a publié un tra- auteurs de l'époque de la renaissance,
vail très-intéressant sur ce sujet (a). (3) Ainsi que j'ai ou déjà l'occasion
(2) Cette opinion remonte à Galien de le dire, Harvey fit un grand nombre
(a) D. Pi. Villermé, De la distribution par mois des conceptions et des naissances de l'Homme,
considérée dans ses rapports avec les saisons, avec les climats, etc. [Annales d'hygiène publiqjie,
1831, t. V, p. 55).
FONCTIONS DE L^ GÉNÉRATION CHKZ LES MAMMIFÈRES. 99
inspiré lorsqu'il assimila à Fovr.ire des Oiseaux les organes appe-
lés jusqu'alors les testieules de la femme et des femelles des
autres Mammifères ; mais cette opinion ne reposait encore que
sur des bases peu solides, lorsque Régnier de Graaf en fit le
sujet de recherches expérimentales, et constata le développement
normal des vésicules ovariennes dont j'ai déjà eu l'occasion
de parler brièvement dans la dernière Leçon (1). Ce physio-
logiste prit ces vésicules pour de véritables œufs (2). Cependant
on ne tarda pas à lui objecter que jamais on ne trouve dans les
de recherches sur la génération, et il
en formula les résultats généraux en
disant : «Tout être vivant provient
d'un œuf. » Mais il pensait que l'œuf
de la Fennne et des autres Mammi-
fères prenait naissance dans l'utérus.
Ayant ouvert un grand nombre de
Daims et de Biches peu de temps après
l'accouplement , il n'apercevait rien
qui fût de nature à lui faire adtnettre
que l'œuf préexistât à la fécondation
ou descendît de l'ovaire dans l'uté-
rus; il en conclut que ces glandes dé-
signées alors sous le nom de testi-
cules femelles ne jouent aucun rôle
appréciable dans l'acte de la reproduc-
tion, et il les assimila aux ganglions
lymphatiques du mésentère [a).
(1) Voyez ci-dessus, page 83.
(2) Fallope et plusieurs autres ana-
tomistes des XYi"^ et xvii'= siècles (h)
avaient aperçu dans les ovaires de
la Femme des vésicules remplies d'une
humeur limpide ; mais les uns consi-
déraient ce produit comme étant un
liquide prolifique, et d'autres le sup-
posaient étranger aux fonctions de la
génération. Sténon, guidé par l'ana-
tomie comparée, soupçonna l'analogie
qui existe entre ces glandes et les
ovaires des Vertébrés ovipares, et il
leur donne le nom qu'elles portent
aujourd'hui {<â– ) ; mais ces vues ne re-
posèrent sur des bases solides que lors-
que Régnier de Graaf eut institué sur
sur ce sujet une série d'observations
et d'expériences sur le développement
ella rupture des vésicules ovariennes,
ainsi que sur la présence des vésicules
dans l'utérus à la suitcde cette rupture.
Il admit donc que l'œuf de la Femnn;
et des autres Mammifères résulte, non
pas d'un liquide formé dans l'utérus ou
versé dans cet organe, soit par les
ovaires, soit par les trompes, mais se
constitue dans les ovaires, et passe
de là dans la matrice pour s'y déve-
lopper {d).
{a) Harve;v, Exevcilallones de ijeiiei'aiiv7>e Animalium, 1G51 {Opéra umnia, p. 493).
{b) Fallope, Observationes analumicœ, 1502, p. 118.
— Castro, De universa Mulierum medicina, 1603,- 1, cap. iv, p. 8,
— Riolan, Anthropographia, 1618, t. Il, p. 214.
(c) Siéiion, Elementurum myulogiœ specimcn, etc., 1667, p. 117. — ûbserv. anatomicce
ipeclanles ova viviparorum, obs. 88 {Actes de Copenhague).
(d) R. de Graaf, De Mulierum vrijnnis gcncralioni inservieulibus Iravlatun iwvus, 167s!.
100 REPRODUCTION.
trompes des vésicules aussi volumineuses (\uc le sont ces pré-
tendus œufs ovariens; on rencontrait parfois dans ces canaux
évacuateurs des cellules arrondies et remplies d'un liquide albu-
mineux, mais ces corpuscules étaient toujours très-petits, et ne
ressemblaient en rien aux grosses vésicules dont la surface de
l'ovaire était garnie avant la conception et dont la rupture pa-
raissait avoir eu lieu (I). Il régnait donc encore une grande
obscurité relativement aux fonctions de l'ovaire, lorsque de
nos jours la question a été nettement tranchée par les observa-
tions d'un naturaliste éminent, M. de Biier (2).
§ 3. — Des ovules à l'état de germe, ou tout au moins des
corpuscules assimilables aux protoblasles, dont j'ai parlé dans
une précédente Leçon (3), existent dans l'ovaire des Mammi-
fères longtemps avant que l'activité fonctionnelle de l'appareil
reproducteur se manifeste. Ainsi, dans l'espèce humaine,
aussi bien (|ue chez divers animaux, on a pu constater la
(!) Haller fit adopter assez générale-
ment l'opinion que le liqiiiilc seul des
vésicules de de (Iraaf épanché dans la
trompe à la suite de la fécondation
fournissait les matériaux nécessaires Ã
la constitulion de Tœuf utérin (a) ; et
dans leur beau travail sur la généra-
tion, publié en 18!2/i, MM. î'révost et
Dumas, sans s'expliquer sur ce point,
insistèrent sur les différences de volume
qui existent toujours entre les vésicules
graafiennes et les jeunes ovules trou-
vés dans les trompes {b).
(2) Les deux physiologistes français
que je viensde citer avaient aperçu dans
l'intérieur des vésicules de de Graaf,
chez des Chiennes, un petit corps sphé-
riqueà peu près du volume des ovules
qu'ils avaient observés dans les trom-
pes ; mais ce corpuscule leur ayant
paru plus transparent, ils n'insistèrent
pas sur ce fait et ne crurent pas de-
voir y attacher de l'importance (c).
Ce fut en 1827 que M. C. E. Biier
démontra l'existence de l'œuf propre-
ment dit dans l'intérieur de la vési-
cule de de Graaf, sa sortie de ce
réceptacle, et son passage dans les
trompes [d).
(3) Voyez tome VIII, p. 388.
(a) Haller, Elem. physiol, l. VIII, p. 52.
(b) Prévost et Dumas, De la génération dans les Mammifères, et des premiers indices du déve-
loppement de l'embryon (Ann. des sciences nat., 1" série, 1824, I. III, p. i22 et suiv.).
(c) Prévost et Dumas, Op. cit. (.\nn. des sciences nat., 1824, t. III, p. 135).
(d) Bà er, Epistola de ovi Mammalium et Uominis genesi, 1827. — Comment. (Heusinger's
Zcilschrift, i. Il, p. 125). — Lettre sur la formation de l'xuf, trad. pai- hreschcl {Répertoire
d'anatomie, t. IV, pi. 6).
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 101
présence de vésicules de ce genre non-seulement chez des
enfants très-jeunes, mais encore ctiez l'embryon (1).
Lorsque l'ovaire des Mammifères commence à se constituer,
il ne consiste qu'en une accumulation de globules ou de cellules
d'apparence ordinaire, dont les unes se transforment en fibres
ou en vaisseaux, et dont d'autres donnent naissance aux folli-
cules graafiens (2). Le nombre de ces cellules est immense (3),
et pendant fort longtemps la plupart d'entre elles restent
extrêmement petites ; mais bientôt quelques-unes s'accroissent
assez pour devenir visibles à l'œil nu, et l'aspect du tissu de l'o-
vaire est alors comparable à celui d'une roche amygdaloïde (4).
(1) Ce fait avait été remarqué par
Valiisnieri (a), mais n'avait que peu
fixé l'altenlioiî des physiologistes,
lorsqu'en 1837 Carus publia des ob-
servations sur l'existence de vésicules
de de Graaf renfermant des ovules chez
des filles nouveau-nées (6). M. Va-
lentin publia bientôt après des recher-
ches sur la formation de ces vésicules
chez le Cochon nouveau-né, ainsi que
chez quelques autres jeunes Mam-
mifères, et vers la même époque
M. Barry étudia ces phénomènes chez
le Chien, le Chat, la Vache, etc. (c).
(2) Jusque dans ces dernières années
les anatomistes confondaient sous le
nom général de slroma le tissu fibroïde
de l'ovaire et ses utricules rudimen-
taires. Les follicules ovariques dont ils
parlaient étaient seulement ceux dont
le développement était plus avancé, et
dont le nombre était par conséquent
peu considérable. M. Barry a appelé
l'attention sur l'existence, la grande
abondance et Textrème petitesse des
vésicules graafiennes rudimentaires, et
nous apprend que, dans l'espace d'un
pouce cube, la substance de l'ovaire
de la Vache doit en renfermer à peu
près 200 millions {d).
(3) M. Sappey a cherché à se rendre
compte du nombre des vésicules ova-
riques rudimentaires qui existent dans
l'ovaire de la Femme, et à Taide de
mesures micrométriques il a cru pou-
voir évaluer, chez un enfant de deux
ou trois ans, ce nombre à plus de
800 000; dans un cas (chez une pe-
tite fille de quatre ans), il estime Ã
1150 000 le nombre de ces cap-
sules exisiantes dans les ovaires, et
chez des fœtus de huit, de sept, de
six et même de cinq mois, il trouva
ces organites en plus grande abon-
dance (e).
(Zi) Le tissu de l'ovaire ainsi farci
(a) Valiisnieri, Istoria délia generazione delV Uomo e degli Animali (Opéra, t. II, p. 105).
(b) Carus, Aujfindiing des ersten Ei-oder Dotterblâschens in sehr frûlien Lebensperioden des
meiblichen Korpers, elc. (Miiller's Archiv fur Anat. und PhtjsioL, 1837, p. 442). — Décotiverte
de l'ovule primitif [Annales françaises et étrangères d'anatomie, t. I, p. 414).
(c) Martin Barry, Rcsearches in Embryologij {Philos. Trans., 1838, p. 301).
<ii) Barry, Op. cit. (Philos. Trans., 1838, p. 300).
(e) Sapppy, Traité d'anatomie, t. II!, p. 031,
10-2
REPRODUCTION.
On distingue alors dans ces follicules : 1° une lunique |)ropre,
(jiii est très-mince; 2° une enveloppe fibreuse ou externe;
3° une couche granuleuse interne ou épilhélique, composée de
cellules et offrant dans un j)oint un opaississement que les
ovologistes appellent le disque proligère; l\° une cavité rem-
plie d'un liquide jaunâtre; et 5° un ovule logé dans le cumulus
dont je viens de parler. Cet ovule lui-même est une cellule limi-
tée [)ar la membrane vitelline hyaline (1), qui renferme u!»
vitellus visqueux et granuleux, et qui loge aussi dans son inté-
rieur une vésicule purkinjienne, dans laquelle on aperçoit un
nucléole appelé, comme je l'ai déjà dit, tache germinative ('2):
ainsi, le follicule de dcGraaf, ou ovisac, est l'analogue des cap-
sules ovariennes dans lesquelles nous avons vu les œufs des
Oiseaux ou des Reptiles se constituer, et chez les Mammifères
ces œufs sont représentés par la petite vésicule qui, au lieu
d'occuper la totalité de la cavité du follicule ou capsule, est
enchâssée dans l'épaisseur delà paroi de ce réceptacle. Arrivés
à l'état de maturité, ces œufs sont d'une petitesse extrême :
ainsi dans l'espèce humaine ils n'ont qu'environ un quart de
d'ovisacs a été représentt' do grandeur
naturelle, ou un peu grossi, par beau-
coup d'anatomistes (a) ; mais, pour
s'en former une idée exactï;", il faut
l'observer au microscope, avec un
grossissement de /lOO diamètres ou da-
vantage. On peut consulter à ce sujet,
avec avantage, les planches dans les-
quelles M. Barry a figuré le stroma
ovarique chez plusieurs Mammifères
d'espèces différentes (6).
(1) Cette tunique propre de l'ovule
ovarique est désignée souvent sous le
nom assez impropre de zone transpa-
rente. Quelques auteurs ovologistes
pensent que la sphère vitelline est
pourvue d'une enveloppe membra-
neuse indépendante de la tunique dont
il vient d'être question (c). Mais les
observations de M. Bischoff sont con-
traires à cette opinion (rf).
(2) Voyez tome Vil 1, p. 3'i2.
(a) Costo, Histoire du développement, pi. 4, (ij. d.
— Négrier, Recherches sur les ovaires, pi. 1 .
— Farre, art. llTEnus and its appeiidncjes (TorM's Cyrlop. ofAnat., supplém., p. 547 ot siiiv.).
(b) Barry, Researches in Embrijoloijy (Philos. Trans., ISiiS, pi. ,5, t'vj;. 4, 10, 11, etc.).
(c) Reidiert, Ueber Furchungs-Process der Balrachier-Eier (Miiller's Archiv fur Anat. \ind
P/iysioL, 1841, p. 5-23).
— Mcyer, Ueber das Sduoethierei (Miiller's Archiv, 1842, p. 17).
(d) BischolT, Traité du développement de l'Homme et des Mammifères, p. 12.
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. lOo
millimètre en diamètre, et c'est à raison de cette circonstance
que pendant si longtemps ils ont échappé aux recherches des
anatomistes.
Il existe encore beaucoup d'incertitude relativement au mode
de formation de ces corps reproducteurs (1). D'après les obser-
vations faites par M. Valentin sur l'embryon de la Truie et de la
Vache, la substance primordiale ou blastème de l'ovaire don-
nerait naissance à des tubes comparables aux canalicules sémini-
fères du testicule, et ce serait dans l'intérieur de ces tubes que
les follicules prendraient naissance; puis ces vaisseaux ovigènes
se détruiraient, et laisseraient en liberté au milieu du slroma les
utricules qu'ils renfermaient {'2). Des recherches plus récentes
(1) Depuis un quart de siècle, beau-
coup de reciieixhes ont été faites sur
le mode d'origine et la multiplication
des ovules dans la substance de To-
vaire. Dans ces derniers temps sur-
tout, ce sujet a donné lieu à de nom-
breuses pul)lications; mais la plupart
des résultats annoncf^s ne sont pas
encore suffisamment l)ien établis, et
sur plusieurs points essentiels le dés-
accord le plus complet règne parmi
les auteurs spéciaux. Je ne m'y arrê-
terai donc que peu ici, et, pour plus
de détails, je renverrai aux ouvrages
de ces observateurs (a).
(2) Chez les très-jeunes embryons,
M. Valentin trouva le blastème con-
densé suivant des lignes parallèles.
(rt) Barry, Op. cit. (Philos. Trans., 1838).
— Bisclioir, Traite du développement de l'Homme et des Mammifères, p. 304.
— Kollik- r, Traité d'hislologie, p. 590.
— His, BeobachiuiKjen iiber den Uau des Sâugethiere Eicrstokcs (Archiu fUr microseopische
Anatomie, 184i, t. I, p. 141).
— Sieinlin, Ueber die Entwichel. der Graafschen Follikel und Eier der Saïigethiere {Mittheil.
der Zilrcher Naturforsch. GeselUch., 184G, t. I, p. 150).
— Spiei,'flberg, Die EntiuicKelung der EterstockfoUikel und der Eier der Sâugethiere (NachricUt
von d\e.Soc. wiss. zu Gôltingen, 1800, p. i^Ol).
— Pfliig-cr, llntersiK-h. zur Aiiat. und Physiol. der EierstOcke der Sâugethiere (Med. central
Zeitung, 1801).
— Kl(-bs, Die Eierstockseier der Wirbellhiere .{Archiv fiir pathol. Anat., 1861, t. XXI,
p. 302). —Die Ewrstocks-Eier der Sâugethiere und Vogcl {Op. cit., 1803, t. XXVIII, p. 301).
— Scliron, Beilrag zur Kennlniss der Anaiomie und Physiologie des Eierstocks der Sâuge-
thiere (Zeitschrilt fiir nissensch. Zoologie, 1862, 1. XII, p. 409).
— Quineke, Notizen ilber die Eierslotk der Sâugethiere (Zeitschrift fur wissensch. Zoologie,
1862, t. XII, p. 483).
— Borzeiikow, Ueber den feinern Bau des Eierstocks {Notiz. Wurzburg v.atwgesch. Zeit-
schrift, 1803, t. III).
— Bischoff, Ueber die Bildung des Sâugethiere-Eies und seine Stellung in der Zellenlehre
{Sitzungsbcrichle der bager. Akad. der Wissensch. zu Miinchen 1803, I. 1, p. 242j.
— Grolic, Uther den Bau und das Warltslum des menschlichen Eierstocks, elo. {Arch. fiir
palh. Anat., 1863, t. XXVIll, p. 301 tl jTU;.
lO/i
ÃŽJF.PRODUCTION,
faites par M. Pllijger s'accordent assez bien avec celle opi-
nion (1) ; mais elle n'a pas été confirmée par les observations
de la majorité des physiologistes, et la plupart de ceux-ci
considèrent les follicules de de Graaf comme étant formés pri-
mitivement par une agglomération de cellules blastémiques qui
se creusent d'une cavité où s'amasse un liquide et où se déve-
loppe l'ovule.
Quoi qu'il en soit à ce sujet, les follicules de de Graaf sont d'a-
bord visibles seulement dans la partie périphérique de l'ovaire,
mais par la suite ils se disséminent davantage et ils envahis-
sent toutes les parties de cet organe. A l'époque de la puberlé,
quelques-unes de ces capsules ovariques grossissent nolablc-
ment et se rapprochent de plus en plus de la surface de l'o-
vaire ; bientôt elles y font saillie, et la l'orme générale de l'organe
dépend alors principalement du nombre des tubercules ainsi
constitués et de leur degré de développement. Dans l'espèce
liumaine et chez les autres Mammifères unipares en général, un
seul follicule ovifère, quelquefois deux ou même trois, arrivent
à maturité en même temps. Dans les espèces où chaque porlée
se compose de plusieurs petits, on trouve avant la ponte un
nombre correspondant ou plus considérable de vésicules ova-
pcrpcndiculaires à la surface de l'o-
vaire et séparées entre elles par des
rangées de grains plus gros. Ces lan-
guettes se subdiviseraient ensuite, et
deviendraient des tubes dans Tinté -
rieur desquels les follicules se déve-
lopperaient (a).
(1) Suivant cet auteur, dont les re-
cherches ont été faites principalement
sur le Chai, les ovules primordiaux
naîtraient par bourgeonnement, de
tubes ovariens, 'i peu prfîs comme dans
les cas observés chez les Animaux in-
férieurs par M. Meissner (6). M. Grolie
n'a pu trouver aucune trace de ces
tubes, et M. Borzenkow pense que les
follicules de de Graaf résultent du
fractionnement d'un tractus de cel-
lules disposées en réseau (c). Suivant
MM. Pfliiger, Klebs, Quineke et autres,
les ovules primordiaux se muliiplie-
raient par scission.
{a] Valentin, Ueber die Entwickelung der Follikel in dem Eierslocke der Sdugethiere (Muller's
Aixhiv fiir Anat., 1848, p. 526).
{b) Pfliiger, Ueber die Eierstock der Sâugethiei'e, 48G3.
(c) Voyez ci-dessus, p. 103.
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHFZ LES MAMMIFÈRES. 105
liques dont la maluralion s'achève; et dans les espèces où les
portées peuvent se succéder rapidement, on voit d'ordinaire
deux ou plusieurs séries de ces follicules à des degrés différents
de développement, mais déjà assez gros pour faire saillie à la
surface de l'ovaire (i).
§ h. — Lorsqu'un follicule de de Graaf est arrivé à maturité, il Formation
/ , , des
est destine à s'ouvrir et h se vider (2), puis sa cavité restée béante corps jaunes
devient le siège d'un travail de cicatrisation ; il s'y déve-
loppe un tissu adventif, et bientôt le tout se transforme en une
sorte de petite tumeur solide que l'on désigne sous le nom de
corps jaune {i^). Celle-ci reste dans un état stationnaire pendant
quelque temps, puis s'atrophie et disparaît plus ou moins rapi-
dément. L'existence des corps jaunes dans l'ovaire est donc
l'indice de la sortie d'un nombre correspondant d'œufs, et d'a-
près l'état dans lequel on les trouve, on peut juger du temps
qui s'est écoulé depuis la rupture de la vésicule graalicnne. Des
phénomènes analogues ont lieu chez les autres Mammifères,
mais l'aspect des follicules en voie d'oblitération et d'atrophie
varie suivant les espèces : ainsi, chez la Truie, les corps jaunes
sont représentés par des masses d'apparence charnue, dont la
couleur rappelle celle du foie [li).
(1) Par exemple chez la Truie (a). mation des corps jaunes a été un sujet
(2) M. Rariborski a décrit avec dé- d'étude pour jjeaucoup de médecins
tail le mode de formation et les ca- et de physiologistes (c).
raclères des tubercules qui, chez la (^t) Lorsque la vésicule firaafienne
Truie, correspondent aux corps jaunes est arrivée à maturité, les capillaires
de l'ovaire de la Femme (6). sanguins qui se trouvent au sommet de
(3) La structure et le mode de for- l'espèce de tumeur constituée par ce
(a) Voyez Ponclief, Théorie positive de l'ovulation spontanée, pi. 6 et 7.
{b) Racihorski, De la puberté, etc., ISii, p. 365.
(c) R. Home, On the. passage of the Ovum from the Ovariuin ta the Utérus in Women {Philos.
Trans., 1817, p. 252). — On the corpora lutea {Philos. Trans., 1810, p. 59).
— Paterson, Observations ou corpora lutea [Edinburgh and Surgirai Journal, 18i0, t. LUI,
p. 49, pi. 1).
— Zvrieky, De corporum luteorum origine atque trans formatione. Turini, 1844.
— Coste, Histoire du développemeiit des corps organisés, t. I, p. 240 et siiiv.
— SchrÔn, Op. cit. {Zeitschrift fiir wissensch. Zoologie, 1 862, t. XII, p. 422).
100
REPRODl'CTION.
spontanée.
Ovulation § 5. — Jusque clans ces dernières années, la plupart des phy-
siologisles pensaient que chez la Femme et les autres Mammi-
fères, la rupture d'un follicule ovarique, la chute d'un œuf et la
production d'un corps jaune correspondant étaient des phé-
nomènes dépendants de la fécondation; mais on sait aujour-
d'hui que dans l'espèce humaine, aussi bien que chez les
Animaux , l'ovulation peut avoir lieu indépendamment de
toute influence exercée par le mâle, et s'effectue en général
par suite du travail physiologique propre à l'ovaire. On a
constaté celte ponle spontanée chez des filles encore vierges
et chez beaucoup de 3Iannnifères qui avaient été privés de
tout rapport avec le mfde. Depuis longtemps les anatomisles
avaient enregistré de loin en loin des faits très-significatifs
au sujet de l'élat des ovaires chez des femelles non fécon-
dées (1); mais on n'y avait accordé que peu d'attention jus-
qu'au moment où presque simultanément MM. Négrier, (]oste,
Raciborski et Pouchet, en France, et M. Bischoff en Alle-
magne, démontrèrent, soit par des observations cadavériques,
soit par des expériences physiologiques, que la ponte ovarienne
(ou, pour me servir de l'expression généralement employée,
corps s'injectent, puis la portion cor- jaunes clans Tovaire de jeunes filles
respondnnte de la tunique ovarienne encore vierges (a) : mais, pour meure
s'amincit dans le même point jusqu'à ces fuits en accord avec les idées ré-
ce qu'une fente s'y forme; alors la vé- gnantes, quelques auteurs avaient cru
sicule se rompt et laisse échapper son pouvoir établir une distinction entre
contenu. les vrais corps jaunes qui auraient ét(''
(1) Ainsi plusieurs anatomistes une conséquence de la fécoiidalioii et
avaient constaté l'existence de corps les produits en question-
fa) Vallisniori, Istoria délia generazione delV Uomo e degli Animali, parte il : Délie nova dclle
femndïd vivipare lUpera omnia, t. II, p. 180).
— Santorini, Observ. anaiomicœ de Mulierum fiarlihus, 1724.
— Bertranili, De glandtilarum ovarii corporibus luteis {Mise. Taur.).
— Brng-none, De ovarlis eorumqxie corporibus luteis {Méin. de l'Acad. de Turin, 17901.
— Home, On ihe corpora lutea {fhiins. Trans., 1819).
— Velpcau, Traité des accouchements, t. I, p. 148.
— Monigomciy, O'i the Signs of Pregnancy.
— Lee, On the Structure o( corpora luiea {Med.-chir. Trans., 1839, l. XXll, p. 329).
— Paterson, On corpora lutea {Edinbnrgh med. and Surg. .lournal, 1840, 1. 1,111, p. 04 ; t. LV,
p. 395).
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 107
l'ovulation) s'effectue en vertu des seules formes physiologiques
de la femelle (1).
La chute des œufs a lieu périodiquement et coïncide avec les
(1) En 1831, M. Nôgrier, médecin
à Angers, communiqua h la Société
médicale de cette ville un mémoire qui
resta inédit, mais dans lequel il éta-
blit que les menstrues sont une consé-
quence de l'état des ovaires et de la
maturité des folliculesde de Graaf ; que
ceux-ci se vident sans qu'il y ait eu
fécondation, et qu'il en résulle la for-
mation d'un corps jaune. Ce travail ne
fut imprimé qu'en 1840 (a), à la suite
de la publication d'un ouvrage de
Cendrin (6).
En 1837, M. Coste émit aussi
l'opinion que la chute des ovules s'ef-
fectue indépendamment de toute in-
nuence exercée par le mâle (c).
En 18Û0, M. Paterson, dans un
mémoire sur les corps jaunes de l'o-
vaire, s'exprime dans les termes sui-
vants : « Chez quelques Animaux infé-
» rieurs, telsque la Truie et la Génisse,
» soit que l'animal ait été ou non en
» rapport avec le mâle, les folliculesde
» de Graaf se rompent spontanément
)) vers la fin de la période de chaleur, »
l'ius loin il ajoute : « Chez la Femme,
» la période de menstruation est (!ga-
» lement marquée par la proéminence
» d'une ou de plusieui's vésicules, et
B quelquefoispar leur rupture {d). »
En 1842, :\I. Bischotr constata sur
le cadavre de deux femmes mortes
pendant le flux menstruel, non-seule-
ment la lurs^escence des ovaires, mais
l'existence d'une vésicule de de Graaf
ouverte et contenant un corps jaune en
train de se développer, et il annonça
avoir constaté que, lorsqu'on empêche
l'accouplement chez le^ Animaux en
chaleur, les follicules tuméfiés se con-
vertissent également en corps jaunes.
Enfin cet auteur ajoute qu'il regardait
comme indubitable que chaque mens-
truation est accompagnée de l'évolu-
tion d'un follicule de de Graaf et d'un
ovule, puis de la formation d'un corps
jaune {c).
La même année, Duvernoy professa
une opinion analogue {fi, et M. Pou-
chet fil paraître un travail dans lequel,
après avoir rappelé beaucoup de faits
à l'appui de cette opinion, il présente
comme une loi physiologique que,
dans toute la ^éria animale, l'ovaire
émet ses ovules indépendamment de
la fécondation, proposition qu'il déve-
loppa plus tard dans un autre ou-
vrage {g).
En 18^(3, M. Uaciborski soumit au
jugement de l'Académie un mémoire
dans lequel il s'exprime de la manière
suivante : « A chaque menstruation,
» un follicule vient former une saillie
{a\ Négrier, Recherches anatomiques et physiologiques sur les ovaires dans l'espèce humaine,
1840.
' (6) Gendriri, Traité de médecine pratique, 1838, I. II, p. 28.
(c) Cosle, Embrijnlogie comparée, 1837, p. 4-55.
(ii) Paterson, Observations on corpora lutea {Edinburgli mcd. and. Surg. Jnirnal, 1840,
I. LUI, p. 03).
(e) BiscliotV, Entivickelimgsgeschichte der Sâtigethiere und des Menschcn, 18ii. — Traité du
développement de l'Homme et des Anirnuux, traj. par .Jounlaii, 1843, p. 42.
(/■) Duvernoy, Quelques ulées relatives A la génération (Revue zonlogique, 1S4-2, p. 394).
{g) Poucliet, Théorie positive de la fécondation des Mammifères , 1S42.
108
REPRODUCTION.
temps de rut dont j'ai déjà eu l'occasion de pailer. Ainsi, chez
la Femme, l'ovulation spontanée est accompagnée des évacua-
tions menstruelles (1), et l'on comprend par conséquent com-
» à la surface de l'ovaire, où il subit
» ensuite une rupture, et se vide de son
» contenu sans qu'il y ait besoin pour
» cela, comme le prétendaient de Graaf
» et Haller, d'aucune excitation véné-
» riènne préalable («).
Le même jour, l'Académie reçut
communication de recberclies expéri-
mentales faites sur le même sujet Ã
Heidelberg par M. Bischoff (6), et si ce
physiologiste éminent n'a pas la prio-
rité pour l'annonce des vues dont
il est ici question, je ne pense pas
qu'on puisse lui refuser le mérite d'a-
voir été le premier à rendre incon-
testable la production des œufs par
l'ovaire des Mammifères, sans l'inter-
vention du mâle ; fait sur lequel il
entre dans plus de détails dans un
mémoire publié en I8Z16 (t).
Je citerai également ici une obser-
vation faite par M. Ilyrtl (de Menue)
sur une jeune fille de dix-sept ans qui
était vierge, et qui mourut cinq jours
après le début de la menstruation :
on lui trouva un œuf dans la deuxième
portion de l'une des trompes {d).
Des faits recueillis par d'autres ob-
servateurs sont venus corroborer les
vues exposées ci-dessus (e) ; et du
reste il est ù noter que la liaison du
phénomène de la chute des œufs ova-
riens avec la menstruation, chez la
Femme, avait été aflirmée il y a près
de deux siècles par Kerkringe {[).
■(1) La réciproque n'est pas toujours
vraie : Ainsi, chez la Femme, il y a
des cas dans lesquels la menstruation
a lieu sans qu'aucun follicule graa-
fien s'ouvre : I\I. Coste en cite des
exemples {g). Mais il y a toujours
connexité entre Fétat d'érélhisme de
l'ovaire, qui produit la rupture de ces
vésicules, et la turgescence de l'utérus,
qui produit l'écoulement menstruel.
L'état de turgescence périodique des
ovaires a pu être constaté chez des
Femmes où ces organes faisaient her-
nie au dehors, et les phénomènes de
lut ont été même observés dans un
cas léraiologique où la matrice et le
vagin manquaient, de sorte qu'il ne
pouvait y avoir aucun écoulement
menstruel [h].
(a) Raciborski, Étuiles phijsiologiques sur la mensli-uation {Comptes rendus de VÀcad. des
sciences, 184.'!, t. XVU, p. 100).
(b) BiscliolT, Sur le détachement et la fécondation des œufs humains et des œufs des Mammi-
fères {Comptes rendus de VAcad. des sciences, 1843, t. XVII, p. 121).
(c) Bisclioff, il/m. sur la maturation et la chute périodique de V œuf de l Homme et des Mam-
mifères, indépendamment de la fécondation {Ann. des sciences nat., 2* série, 1844, t. Il,
p. 104).
(d) Hyi'il, Manuel d'anatomie, p. 310.
(e) Courly, De l'œuf et de son développement dans l'espèce humaine, 1845, p. 04.
— Lellieby, An Account of two cases in which Ovules or their remains were discovered in
the Fallopian tubes of unimpregnated ]Vomen who had died durinq the period of Menstruation
{Philos. Trans., 1852, p. 57).
(/â– ) Kerkringius, An Account of what has been obscrved conceming Eggs to be found in ail
sorts of Femates {Philos. Trans., 1672, t. VII, p. 1018).
(g) Coste, Histoire du développement des corps organisés, 1. 1, p. 221.
(/() Olillia'm, History of two cases of Hernia of the Ovaries, in one of which there was a perio-
dical enlargement of one or other of ihfse Organs (Proceed. of the Rnijnl Society, 1f!37, t. VIII,
p. 377).
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ Li:S MAMMIFÈRES. 109
ment il se fait que la fécondité se trouve liée à l'exislence de
cette héniorrhagie sexuelle. Ainsi, sous ce rapport, comme sous
beaucoup d'autres, il n'existe aucune différence essentielle entre
les Mammifères et les Vertébrés ovipares ; ceux-ci accomplis-
sent leurs fonctions comme le font les Animaux inférieurs, et
l'espèce humaine ne fait pas exception à la règle commune.
L'excitation et l'état de turgescence de l'appareil génital qui
résultent du coït ne sont pas toujours une condition nécessaire
pour amener la chute des œufs ovariens ; mais celte circonstance
contribue à déterminer la rupture des follicules graafiens,
et chez quelques Animaux elle paraît même exercer beau-
coup d'influence sur la mise en liberté des œufs logés dans
l'ovaire (1).
Lors de la rupture du follicule ovarien, l'œuf qui se trou-
vait dans cet organe s'en échappe en entraînant avec lui
une portion de la tunique granuleuse qui l'entourait, et passe
dans la trompe (2). Ainsi que nous l'avons vu dans la Leçon
précédente, cet orifice évasé de l'oviducte est en rapport
permanent avec la surface de l'ovaire chez beaucoup de
Mammifères, et dans les espèces où il est libre il vient s'ap-
(1) Ainsi dans des expériences faites
par M. Coste sur des Lapines placées
dans les mêmes circonstances, mais
dont les unes s'étaient accouplées, et
dont les autres avaient été séparées
du mâle au moment où le coït allait
avoir lieu, on trouva que chez les pre-
mières, tuées dix ou quinze heures
après le rapprochement sexuel, les
œufs avaient ordinairement quitté
les ovaires, tandis que chez les se-
condes ils y étaient encore ren-
fermés dans les follicules de de
Graaf {a).
(2) On a désigné sons le nom de
rétinacules, des prolongements de ce
tissu granuleux qui s'étendent en
rayonnant du cumulus aux parties
adjacentes de la cavité graafienne, et
qui paraissent servir à y fixer ce
corps (6). Lors de la sortie de l'ovaire,
celui-ci entraîne avec lui les rétinacu-
les, aussi bien que le disque proligère
ou cumulus (c).
(a) Cosle, Histoire du dcveloppement des corps organisés, 1847, i. I, p. iSo.
(b) Barry, Hesearchcs in Embryology {Pliilos. Traiis., 1838, p. 3i4, pi. 7, fig. 50 i 58).
— Coste, 0;). cit., 1. 1, p. 166.
(c)Bà rry, Hesearchcs in Embryology, second séries, i^l. 5, (Ig. 1 {ridlos. Trans., IS'6'J).
FéconHaliod
des
ovules.
i'IO HEPRODUCTION,
pliflLier sur ccl organe pendant l'état d'érëlliisme qui accom-
pagne le rut (1).
§ 6. — C'est après leur sortie de l'ovaire et leur entrée
dans la trompe que les ovules rencontrent les spermatozoïdes,
et que la fécondation s'opère. En cClèt, on a constaté que si un
obstacle mécanique s'oppose à l'arrivée de la liqueur séminale
dans cette partie reculée de l'appareil femelle, les œufs ne sont
pas fécondés, bien qu'ils y descendent comme d'ordinaire, ainsi
que nous l'avons déjà vu ("i). On a constaté également que les
spermatozoïdes lancés dans le vagin ou dans l'utérus pendant le
(1) M. Rouget a étudié dernièrement
le mécanisme à l'aide ducjuel la
trompe est amenée à embrasser l'o-
vaire pendant la période de l'ovula-
tion : il a fait bien connaître le jeu des
faisceaux musculaires des ligaments
larges qui contribuent 5 e/Teoluer ce
rapprochement, et il attribue aussi
avec raison un rôle important à l'état
de turgescence du système vasculairc
de l'ovaire, qu'il considère comme un
tissu érectile (a). Quelques auteurs
assurent qu'au moyen d'injections pra-
tiquées sur le cadavre, on a vu les
franges de la trompe se redresser et
s'appliquer sur l'ovaire; mais les re-
cherches récentes de .M. Ilougel ten-
dent à établir que ce canal n'est pas
érectile (6).
(2) On sait par les expériences de
Nuck, faites il y a un siècle, que la
ligature des cornes de l'utérus, pra-
tiquée chez les Chiennes trois jours
après l'accouplement, n'empêche pas
des ovules de se développer en anionl
de l'obstacle opposé ainsi à leur des-
cente (c). Quelques années plus lard,
Ilaighton varia davantage les expé-
riences de ce genre, et constata que
chez le Lapin, après la section de l'un
des oviductes pratiquée avant lac-
couplement, les corps jaunes ne se
développent que du côté où la com-
municaUon entre le vagin et le pavil-
lon n'avait pas été interrompue. Il ob-
tint le même résuhat en coupant l'un
des oviductes six heures après l'ac-
couplement, {d) D'où nous pouvons
conclure que si le rapprochement
sexuel est nécessaire pour déterminer
la rupture des follicules de de Graaf,
les œufs ne sont féconds que lorsque
le sperme peut arriver en contact avec
ces corps, et que, chez le Lapin, il
faut plus de six heures pour que les
spermatozoïdes remontent de l'uté-
rus dans la portion supérieure des
trompes. Les expériences faites vers
(a) P.ouget, Recherches sur les organes érecHles de la Femme et sur l'appareil musculaire
lubu- 01 arien dans leurs raïqioris avec l'ovulation et ta menstruation {Journal de physiologie^
1858, t. 1, p. 738).
[b) iliiuget, loc. cit., p. 3;î7.
(c) Nuck, Adeiiographia curiosa, p. 09 (Upera oniuia, 1773).
{d} Haighlon, An Experiinentul lnquir>j concermng Animal inipreynalion {Philos. Trans.,
1797, p. 159).
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES, ill
coïl s'eiigagent dans les ovidactes et y remontent très-haut,
quelquefois même jusque dans le pavillon (1). Enfin on a ob-
servé encore la présence de ces filaments fécondateurs sur la
la même époque par Giossmeyer et
par Cruilishaiik. (a) n'introduisirent
clans la science aucun fait important.
D'autres recherches faites plus récem-
ment par Bhmdell et par Haussmann
conlirmèrent les résultais obtenus par
Haighton, mais n'y ajoutèrent rien de
bien nouveau (6). Les expériences
faites de IS/il à 18/iZi par]\l. BischoiT
furent plus significatives ; car, dans un
cas, cet auteur trouva des œufs dans
les trompes, chez une Chienne dont
l'utérus avait été lié et coupé «avant
l'accouplement ; il en constata égale-
ment dans les trompes d'une Brebis
et d'une Truie qui étaient en rut au
moment de l'expérience , mais n'a-
vaient pas été couvertes (c).
(1) Fallope, Uuysch, et plusieurs au-
tres physiologistes, disent avoir trouvé
du sperme dans l'ulérus ou même
dans les trompes, cliez des Femmes
mortes immédiatement après le coït ;
mais comme ces auteurs n'employè-
rent pas le microscope pour constater
les caractères de ce liquide, on ne
peut atlMclier que peu d'importance Ã
leurs observations {d). Leeuwenhoek
a reconnu la présence des sperma-
tozoïdes dans les cornes de l'utérus
chez la Cliienue et chez la Lapine (e).
MM. Prévost et Dumas ont constaté
des faits analogues , mais ces phy-
siologistes n'ont pu découvrir de sper-
matozoïdes, ni dans les trompes, ni
sur l'ovaire (/). Plus récemment,
d'autres observateurs , notamment
;\].\l. Bairy , Wagner, BischoiT et
antres , ont trouvé des spermato-
zoïdes jusque dans les pavillons delÃ
trompe, et même sur la surlace de
l'ovaire (r/). La cause du transport des
spermatozoïdes de lu cavité copula-
trice jusqu'Ã la surface des ovaires a
été l'objet de diverses hypothèses et
n'est pas encore parfaitement déter-
(a) Grossmeyer, De fecundatione et conceplione hutnana. GoUingiic, n89.
— Cruikshank, Vil the existence of Ova in the Fallopian tubes of Babbits thvee days after
imprégnation {Philos. T)-ans., 1797, p. 197).
(6) Blunriell, Researches physiological and Pathological^ 1825, p. 32.
— Haussmann, Ueer die Zeugung des wahren weiblichen Eies, 1840.
(c) Bisclioff, Mém. sur la m<Uuration et la chute périodique des œufs de l'Homme et des Mam-
mifères, indépendamment de la fécondation {Aan. des sciences nat., 3* série, 1844, t. II, p. 117
et suiv.).
(d) Fallopo, Adversaria analomico-chirurgica, VI, § 1.
— Ruyscli, Thésaurus analom., VI, § 21, p. 4 et 15.
(e),Leeuwenhoek, Opéra omnia, t. 1, p. 149 et iQ6.
(/■) Prévost et Dumas, De la génération chez, les Mammifères [Ann. des sciences nat., 1824,
1" séiie, t. III, p. 119).
{g) M. Barry, Researches in Embr/jology {Philos. Trans., 1838, p. 315).
— Biscboff, Traité du développement, p. 500.
— Wagner, Ueber eine Ehifac.he und Leicht iti wiedcrholende Beobacht. tuodurch nwei mcrk-
luilrdige Momentein dcr Physiologie der Zeugung constatïrt werden (l'roriep's Ncue Notizen.,
1837, t. III, p. 99).
— BischotT, Traité du développement, p. 49.
— Haussmann, Op. Cit. {Wochenschrift, 1838, p. 48).
— Mayeilein, Ueber die Eileiter einiger Sà ugethiere {Zeitschrifl fur ralwnelle Medicin,
1865, t. XXUI, p. 63).
i]2 REPRODUCTION.
surface des ovules contenus dans les trompes (1), et môme
leur pénétration dans l'épaisseur des parois de ces ovules (2).
Ainsi le moment du coït n'est pas celui de la fécondation,
et l'on comprend que le laps de temps qui s'écoule entre
niim'c (a). Ouclques pliysiologislcs al-
Iribuaicnt à l'utérus les facultés d'exer-
cer unesorledc succion sur le sperme
lancé dans le vagin. Mais il y a lieu
de croire que Tintroduction de ce li-
quide est due philôt à des contractions
progressives des voies génitales de la
femelle. Ces contractions ont été ob-
servées chez des Chiennes et des La-
pines par plusieurs physiologistes {b) ;
ils n'ont pas tout à fait le caractère
des mouvements péristaltiques, mais
ils sont dirigés vers l'ovaire (c). Quel-
ques auteurs pensent que les cils vi-
bratiles de l'utérus jouent aussi un
rôle important dans le transport des
particules fécondantes vers l'ovaire (d);
mais cela ne paraît pas être probable,
car dans toutes les circonstances dans
lesquelles ce mouvement épilhélique a
été étudié, on a constaté que le cou-
rant se dirigeait en sens contraire,
c'est-à -dire de l'intérieur de l'appareil
génital vers l'extérieur (e). Les mou-
vements de translation que les sper-
matozoïdes sont susceptibles d'ed'eciuer
au moyen de la construction ondula-
tricc de leur appendice caudal peu-
vent contribuer aussi à les faire avan-
cer dans le canal vecteur des œufs. En
efl'i.'t, leurs mouvements sont d'ordi-
naire très-vifs et très-forts lorsqu'ils
pénètrent dans l'appareil femelle {f) ;
mais rimporlance de cette progression
spontanée me paraît avoir été exagérée
par quelques auteurs (y).
(1) M. BischofT a souvent trouvé
dans l'oviducte de la Chienne des œufs
dont la surface était couverte de sper-
matozoïdes, et chez le Lapin il en a
constaté la présence dans l'épaisseur
de la couche album ineuse qui se dé-
veloppe autour de l'œuf dans l'inté-
rieur des trompes ;/!)• Ce physiologiste
a constaté aussi l'existence de sper-
matozoïdes sur les œufs chez le Co-
chon d'Inde. M. Keber pense qu'ils
pénètrent dans l'œuf (/).
(2) Voyez tome VIII, pages 361
et o63.
(a) De Graaf, De Mulierum organis generalioni inservientibus, p. 153.
— Vallisnieri, Hist. délia genero.ziotie.
— Hallcr, Elementa physiologiœ, t. VHI, p. 21.
— Gunllier, UiUersuchungen iind Erfahruxgen im Gebiete dcr Anatomie, 1837.
— Poucliet, Op. cit., p. 387.
(b) Blundell, Researches physiolûgical and pathological, 1823, p. 55.
— BiscliolT, Traité du développement, p. 503.
— Kehrei-, Ueitr. zur vergleichenden e.xperimentalle7i Geburtzkunde. Gicxen, 1804.
(c) Millier, Manuel de physiologie, l. II, p. 028.
(d) Purkinje et Valenlin, De motu vibratorio, p. 51. — Entdeckung conlirMirlicher durch
Wimperhaare erzeiigter Flimmerbewegungen [WuWa^i Archiv, 1834, p. 391).
— Bisclioir, Traité du développement, p. 5G4.
(e) Idem, ibid.
if) Henle, Anatomie générale, t. II.
(g) BischofT, Op. cit., p. 59 el 01. — Sur le développement de l'œuf de Chien {Ann. des
sciences nat., 3" série, 1845, 1. 111, p. 309).
(h) Biscliofl", Entii'ickelungsgeschlchte dcr Meerschwcinchcns, 1852, p. 17, pi. 1, lig. 4-7.
(i) kebcr, Uebcr den Einheit der Samenzellen m den El, 1853.
FOKCTIOINS DE LA GÉNÉRATION CHLZ LKS MAMMIFÈUES. llo
ces deux phénomènes puisse être très-variable (1). Si la chute
de l'ovule et l'entrée du spermatozoïde dans l'utérus coïncident,
ces deux corps marchent l'un au-devant de l'autre et se
rencontrent plus ou moins vite, suivant que leurs progrès sont
plus ou moins rapides. Si le coït précède la rupture du tbllicule et
que les spermatozoïdes aient eu le temps nécessaire pour arriver
très-loin dans les trompes avant que l'ovule y tombe, celui-ci
pourra être fécondé aussitôt après avoir quitté l'ovaire ('2). En fm
il se pourra aussi que l'ovule ait déjà pénétré plus ou moins
loin dans l'oviducte avant que Taccouplement ait eu lieu, et
qu'il ait conservé ses propriétés génésiques pendant assez long-
temps pour être fécondé par le contact de la liqueur séminale,
bien que l'arrivée de celle-ci soit plus ou moins tardive (3).
(1) Jadis 011 supposail que dans l'es-
pèce humaine, aussi bien que chez les
autres Animaux, la conception s'effec-
tiiait instantanément et avait lieu au
moment même du coït. .MAI. i'rcvost
et Dumas insistèrent avec raison sur
la distinction à établir entre ces deux
phénomènes, et sur ie laps de temps
plus ou moins considérable qui s'é-
coule entre le rapprochement sexuel
et la rencontre des agents génésiques,
c'est-Ã -dire les ovules et les spermato-
zoïdes (a).
(2) M. Poucliel (6) a cru pouvoir éla-
bhr que la rencontre de l'œuf et des
spermatozoïdes n'avait lieu que dans
la cavité de l'utérus, et que l'intérieur
des trompes était rempli d'un nuicus
compacte qui s'opposait constamment
à l'action de la liqueur séminale dans
ces canaux; ce nuicus, en conséquence,
a été désigné par cet auteur sous le
nom de mucus infranchissable. Mais
cette opinion n'est pas admissible.
(u) il est évident que la limite du
temps qui peut s'écouler entre la chute
des ovules et leur fécondation est su-
bordonnée à la faculté que ces ovules
possèdent de se conserver dans un état
tel que le contact du sperme puisse y
exciter le travail embryogénique. Or,
M. Coste a fait chez divers Mammi-
fères, aussi bien que chez les Oiseaux,
beaucoup d'observations en vue de dé-
terminer l'éiat des ceufs non fécondés,
après un séjour plus ou moins long
dans le canal vecteur, et il y a toujours
vu des signes de décomposition au
bout de dix ou douze heures; il en
conclut que ce doit être toujours dans
l'ovaire, dans les trompes ou dans le
tiers supérieur de l'oviducte, que les
œufs doivent rencontrer le fluide sé-
minal pour que leur fécondation ait
(a) Prévost et Dumaa, De la génération dans les Mammiftres (Ann. des sciences nat., i8îi,
t. m, p. H 9). '
(b) Poiichet, Théorie positive de l'ovulaticn, p. 371.
iX. 8
d^s ovules
darn
)es oviducle?.
ïik REPRODUCTION.
Les œufs dos Mammifères parvenus dans les trompes y des-
cendent plus ou moins rapidement vers l'ulérus, et ce transport
paraît être du à l'action des cils vibralilcs dont ces conduits
sont pourvus, aussi bien qu'aux conlractions de leurs parois (l) .
Pendant qu'il s'effectue, les ovules manifestent des signes d'ac-
tivité physiologique avant d'être fécondés : la vésicule germi-
native disparaît, si toutefois elle n'a déjà cessé d'exister avant
l'ouverture du follicule graafien ('2), la couche granuleuse ou
disque dont ils sont d'abord entourés disparaît (3), et chez
quelques Mammifères leur surface se recouvre d'une couche
lieu, tandis que plus bas ils ne sont
plus fécondajjles (a) ; mais il est pro-
bable que la persistance plus ou moins
grande de la vitalité des ovules apri^s
leur sorliedcla vOsiculeovarieiine varie
beaucoup suivant les espèces. .M. Cis-
cholT pense que dans l'espèce humaine
l'œuf continu à être susceptible de fé-
condation huit ou même douze jours
après son entréi; dans l'oviducte (b).
D'après quelques observations in-
complètes, on avait pensé que cliez le
Chevreuil, après l'accouplement, l'o-
vulo restait fort longtempsdans l'ovaire
ou dans l'oviducte avant de subir
l'inlluence fécondante du sperme (c) ;
mais on sait aujourd'lmi. par les ob-
servations de AI. Biscboir, que cette
partie du travail reproducteur s'ac-
complit de la manière ordinaire, et
que c'est dans l'utérus, après la fé-
condation, que l'œuf reste dans un
état d'inactivité pendant plus de quatre
mois {(i).
(1) Ainsi que nous l'avons déjà vu,
les courants microscopiques déter-
minés par l'action des cils vibratiles
de la surface interne des trompes pa-
raissent être toujours dirigés vers
l'utérus (e).
(2) Dans quelques cas, M. Bischoli
est parvenu à constater la présence de
la vésicule germinative dans des œufs
déjà parvenus dans l'oviducte (cbez
la Chienne notamment) ; mais en gé-
nérai on n'aperçoit aucune trace de
cette cellule dans les œufs encore logés
dans l'ovaire, lorsqu'ils sont arrivés
à maturité et près de tomber {f).
(3) Voyez ci-dessus, page 109.
(a) Coste, Détermination précise du lieu, où s'opère la fécondation chez les Vertébrés supé-
rieurs {Comptes rendus de l'Académie drs sciences, 1850, t. XX\, p. 091). — Histoire du déve-
loppement des corps organisés, 1850, 1.11, p. 41 et suiv.
(b) Bisclioir, Op. cit. (Ann. des sciences nat., 3* série, 1814, t. II, p. 144).
(e) Pockels, Ueber die Brunslieit der liehe (.VliiUsi's Arctdv fiir Anat., 1836, p. 193).
— Ziegler, Deobachtungen uber die lirunst uiid den Embryn der Relie, 1843.
(d) Bisclioff, Entwickelunysgeschichte des Relies, 1856.
(e) Puikinje et Valciilin, De motu vibratorio, p. 51.
— Bisclioll', Traité du développement de l'Homme et des Animaux, p. 55.
— Pouchct, Théorie positive, p. 151.
. — Cosie, Histoire du dévelopiiement, t. 1, p. 278.
\f) Wliarion Jones, On the Ova of Women and Hlammiferous Animais {Edinb. Philos. Mag.^
3e séiie, 1835, t. VII, p. 209).
— Bischoff, Traité du développement des Mammifères, p. 48.
FONCTIONS DK LA CÉNÉRATK» CHEZ LKS MAMMIFÈRES. 115
de substance gélatineuse que l'on assimile souvent à l'albumen
des Oiseaux (1); puis des indices de segmentation apparais-
sent (2), mais ne persistent pas si la fécondation n'a pas eu lieu,
et sont alors promptement suivis de phénomènes indicatifs
d'un travail de désorganisation.
L'œuf fécondé augmente peu à peu de volume à mesure
qu'il descend dans les trompes ; sa tunique externe se modifie,
elle devient vilieuse, et elle constitue en partie l'enveloppe
membraneuse dont j'aurai bientôt à parler plus longuement
sous le nom de cliorion.
Dans quelques cas, on a observé dans l'intérieur de l'œuf un
mouvement de rotation opéré par la sphère vitelline, et parais-
sant être dû à l'action de cils vibratiles (3). On constate aussi
que le vitellus se resserre, ou du moins l'espace compris entre
lui et la tunique transparente augmente notablement et se rem-
(l) C'est vers le milieu des trompes
que celte enveloppe gélalineuse com-
mence à se former chez la Lapine (a) ;
elle s'accroît par couches superpo-
sées, et c'est entre ces strates que l'on
aperçoit les spermatozoïdes privés de
mouvement, dont j'ai parlé ci-dessus,
page 112. Chez la Chienne, où le pas-
sage des œufs du pavillon dans l'uté-
rus se fait beaucoup plus rapide-
ment , l'enveloppe albumineuse est
peu épaisse. M. Bischoli avait même
pensé qu'elle manquait complète-
ment (6) ; mais sa présence a été con-
statée par M. A. Tiiompson (c). D'après
M. Bischoff, l'œuf du Cochon d'Inde
serait privé de l'enveloppe albumi-
neuse {d).
(2) iM. Bischoff a constaté des in-
dices d'un commencement de division
du vitellus, dans des œufs d'une Truie
qui n'avait pas été fécondée (ej. Ce
fait s'accorde avec ceux observés chez
beaucoup d'Animaux inférieurs et cités
dans une Leçon précédente ( voyez
tome Vin, page l39Zi).
(ôj Ainsi que je l'ai déjà dit {f),
M. Bischoff a découvert ce mouve-
ment rotatoire dans les œufs du
Lapin parvenus vers le milieu des
(a) T. Wh.'.rton Jones, On Ihe first Changes in the Ova of Mammifera in conséquence of
Imprcgnalion, de. {t'Iiilos. Trans.. 1837, p. 339, pi. 46, fig. i).
(6) BiscliolV, Traité du développement des Animaux, p. 61 .
(c) Allen Thompson, arl. Uvum (ToLld's Cuclop. of Anat., Supplém., p. 85).
{di Bischoir, Entwickelungsgesch. des Meevschweinchens, 1852.
(e) Bisclioli; Mém. .sur la maturation et la chute périodique de l'œuf {Ann. des sciences nat.
3* sèio (1844, t. il, p. 134).
{/) Voyez tome VllI, page 395.
116 i;Ei'iu)i)i;t;rio.N.
Iili[ d'un liquide hyalin (1); puis, le vitellus laisse échapper
une ou plusieurs gouttelettes graisseuses (2), et le fraclionne-
raent dont j'ai déjà eu l'oecasion de parler (3) s'établit. Cette
sphère se divise en deux moitiés qui affectent bientôt une
forme sphérique, et qui, à leur tour, ne tardent pas à se subdi-
viser, pour constituer quatre sphérules; celles-ci se partagent
ensuite de la même manière, et par l'effet de ces mouvements
d'agglomération de la matière vitelline autour de centres d'at-
traction qui se multiplient dichotomiquement, le globe qui, pri-
mitivement était simple et unique, se trouve transformé en un
agrégat de s[)hérules dont le nombre augmenteprodigieusement
en même temps ((ue le volume de chacun de ces petits globes
diminue. Au centre de chaque sphère ou sphérule on aperçoit un
espace [)lus clair que la portion pori[)lîérique, qui |)araîtctre for-
mée princi|)alement de matière grasse et qui laisse apercevoir
dans son intérieur un point obscur : ce sont ces parties que l'on
désigne communément sous le nom de noyau et de nucléole
des sphères de segmentation (J\). Dans le principe, les sphères
elles-mêmes ne paraissent pas être limitées par une mem-
brane (5); mais lorsque le travail de fractionnement est arrivé
à un certain degré, ces agglomérats de substance vitelline
se revêtent d'une couche membraniforme, et offrent l'aspect
trompes [a). Mariin Barry a vu des Animaux inférieurs, a été observée
pliciiomèncs analogues dans l'uté- par divers physiologisles cliez plu-
rus (6). sieurs Mannnilères, notamment ciicz
(1) Voyez tome VIII, page 39Z|. le Cliien, le Lapin, [d), le Cochon
(2) Ainsi que je l'ai déjà dit (c), d'Inde (c), la Brebis {f).
cette émission d'un globule de ma- (3) Voyez tome VHI, page 397.
tière grasse, signalée d'abord chez les {h) Voyez tome VIII, pageZiO/j.
(a) Bischolï, Ueher das Dreheii des Dotters im Sdugethiereie w&hrcnâ dessen Durchgang durch
den Eileiter (WMer's Archiv, lS4i, p. di, pi. 1, fig. C).
(ft) Barry, Uesearchcs in Embryologij {Philos. Trans., 1839, p. 350).
(c) Voyez tome VIII, p. 390.
(d) Barry, Op. cit. (Philos. Traiis., 1840, pi. -24, fig. 135-4^7).
(fi) Bischolï', Enlu'ickel. dis Mecrschwcinchens, pi. i, fii;. 4-7.
(f) Iflciii, Suv la matitration de l'œuf, etc. {.\nn. des sciences nat., 3' série, 4844, t. II, pi. 8,
flg. 10).
FONCTIONS DR LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 117
d'autant de cellules ou utricules. Celte série de phénomènes
embryogéniques ressemble donc tout à fait à ce que nous
avons déjà vu dans l'œuf de divers Vertébrés; elle a été
étudiée avec beaucoup de soin par plusieurs physiologistes, au
nombre desquels on doit placer en première ligne MM. Barry
et Bischoff (1) ; mais son histoire laisse encore beaucoup
à désirer.
Ainsi que nous l'avons déjà vu dans une précédente Leçon,
la portion périphérique de la masse vitelhne dont le frac-
tionnement est achevé se condense un peu pour former la
couche appelée blastoderme, dont une partie, en se dévelop-
pant, va constituer le corps de l'embryon. Pour le moment, je
ne décrirai pas les phénomènes qui s'y manifestent, mais
j'aurai bientôt l'occasion d'y revenir.
§ 7. — Chez les JMammifères, ainsi que chez les Oiseaux chan
et les autres Vertébrés inférieurs, les ovules traversent plus se mn'mfcstent
ou moins rapidement la portion du canal vecteur qui con- lùté'.'us.
stitue les trompes, mais ils ne se comportent pas de même dans
la portion suivante du conduit évacuateur. En effet, chez les
Mammifères, ils doivent y faire un séjour très-long, et l'utérus,
dans le({uel ils s'arrêtent ainsi, ne remplit pas seulement les
fonctions d'une chambre incubatrice, il devient aussi un agent
nourricier qui pourvoit aux besoins des jeunes individus en voie
de formation, en même temps qu'il s'agrandit pour loger ces
produits. Toutes ses propriétés vitales se développent à un
haut degré (2). Chez la plupart des Mammifères, cet état d'ac-
(1) Voyez tome VIII, pages /jOo et cipalement de l'accroissement de
suivantes. celles-ci. On a évalu(5 raiigmentatiou
('i) Cet agrandissement de l'utérus de la masse de la substance solide
n'est pas seulement le résultat de la de l'utérus chez la Femme, pendant
dilatation de sa cavité et de ramincis- la gestation, à environ vingt fois son
sèment de ses parois; il dépend prin- volume primitif (aj.
ia) Meckel, Anatomie, t. IV, p. C9I.
ffeiiieiiis
([iii
inifi
H 8 REPRODUCTION.
tivilé j)hysioIogique ne devient bien apparent qu'après l'arrivée
des ovules dans la cavité de l'utérus. Mais chez d'autres il se
manifeste plus tôt, et la chambre incubatrice semble se préparer
à recevoir les produits du travail génésique toutes les fois que
les vésicules ovariennes deviennent mûres et que l'ovulation
s'effectue.
Ainsi, dans l'espèce humaine, les évacuations menstruelles
et la rupture des foUicules de de Graaf qui accompagne ces éva-
cuations sanguines coïncident avec un état de turgescence de
l'utérus et de ramollissement de la muqueuse utérine (1).
Lorsque la conception n'a pas eu lieu, ces phénomènes di-
minuent bientôt d'intensité, et l'utérus retombe dans un état
d'inactivité ; mais dans les cas de grossesse, ils persistent, et
sont promptement suivis de changements très-considérables
dans la structure aussi bien que dans le volume de cet organe.
Membrane A la suitc dcs obscrvatious de William Hunter sur les pre-
caduquo.
mières périodes de la gestation, les physiologistes pensaient
généralement que, chez la Femme, la matrice se tapissait alors
(1) A l'époque des menstrues, l'u-
térus augmente de volume et son tissu
devient plus lâche, phénomènes qui
dépendent principalement de la dila-
tation des vaisseaux sanguins de cet
organe et de l'abondance plus grande
du plasma sanguin dont son tissu est
Imprégné. Dans certains cas, la mu-
queuse utérine augmente beaucoup
d'épaisseur et présente une véritaljle
hypertrophie, car une foule de jeunes
cellules sphériques ou fusiformes se
développt'nt dans son tissu, l'épithé-
lium est éliminé en totalité ou en
partie, et les glandules muqueuses
s'élargissent beaucoup (b). Quelques
auteurs ont pensé qu'à chaque pé-
riode menstruelle, l'utérus de la
Femme se tapissait de villosités ou
d'une pseudo-membrane nouvelle ana-
logue à la prétendue membrane ca-
duque de l'utérus dans Tétat gra-
vide, qui se détacherait ensuite et
tomberait, si la concepUon n'avait pas
lieu; mais ces opinions ne sont pas
admissibles [c).
(a) Pour plus de détails à ce sujet, voyez :
— Cosie, Histoire du développement des êtres organisés, t. I, p. 208 et suiv.
— KôllJker, Traité d'histologie, p. 582.
(6) Baer, Enlwickelungsgeschichte, t. II, p. 266.
— E.Weber, Disquisitio anat. uter. et ovar. puellœ., 1830, p. 52.
(c) Raciborski, De l'exfoliation physiologique et pathologique de la membrane interne de
l'utérus, 1857.
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 119
d'une tunique nouvelle, Ã laquelle on donna le nom de mem-
brane caduque (1), çt l'on supposait que l'œuf, en arrivant dans
le réservoir occupé de la sorte, déprimait une portion de l'espèce
de sac ainsi formé pour s'y loger, à la manière des viscères
qui s'encapucbonnent dans les poclies séreuses (2). Mais les
recherches entreprises sur ce sujet depuis une vingtaine
d'années ont montré que les choses se passent d'une autre
façon, et que la couche molle et vasculaire que l'on avait prise
pour une sorte de fausse membrane n'est en réalité qu'une
portion de la tunique muqueuse préexistante qui s'est tuméfiée
et qui a subi certains changements dans ses caractères bislolo-
giques (3).
C'est dans la couche charnue delà matrice que ces change-
ments sont le plus considérables. Là , non-seulement les élé-
ments musculaires déjà existants augmentent de volume (^), mais
il y a formation d'éléments histologiques nouveaux, dont les uns
sont des libres musculaires et les autres des parties constituantes
du tissu conjonctif. Ainsi, les fibres-cellules contractiles de l'uté-
. (l) Membrana decidua (a), epicho- de la caduque a été adoptée depuis
rion (6), epione (c), nidamentum (d), fort longtemps par quelques anato-
perione (e), etc. mistes, mais elle n'a prévalu gêné-
(2) Nous aurons k revenir sur ce ralement que depuis une vingtaine
sujet dans une prochaine Leçon. d'années, à la suite des recherches de
(3) Cette opinion relative à l'origine jM. Sharpey et de M. Coste {f).
(a) Himter, Anatomia uteri humant gravidi tabulis illustrata, 1174.
(b) Chaussier, Lettre contenant quelques remarques sur la structure de l'utérus, etc., 1818.
(c) Diiirochet, Recherches sur les enveloppes du fœtus {Mém. de la Société médicale d' émula-
lation, 1826, t. IXJ.
id) Burdach, Traité de physiologie, t. 11, p. 412.
(ê) Breschet, Études de l'œxif dans l'espèce humaine {Mém. de l'Acad. de médecine, 1833,
t. II, p. 98).
(/■) E. H. Weber, Zusâtze zur Lehre vom Bait, und dem Verrichte der Geschlechtsorgane,
1846.
— Sharpey, voyez la traduction anglaise de la Physiologie de Miillcr, 184â, t. Il, p. 1574.
— Coste, Mémoire sur la formation de la caduque dans l'œuf humain [Comptes rendus de
l'Acad. des sciences, t. XV, 1842J.
— Schrœder van der Kolk, Waarnemingen over het Maaksel van de menschelijke placenta en
over haren Bloeds-omlop (Verhandl. van het Nederlandsche Instituut, derde Reeks., t. IV,
1851).
— Farre, art. Utérus (Todd's Cyclop. of.\nal., Supplem., p. 636).
120 REPRODUCTION.
rus deviennentde sept à onze fois plus longues, et de deux à sept
fois plus larges qu'elles ne l'étaient avant la gestation (1). La pro-
duction de fdjres charnues nouvelles a lieu dans les couches in-
ternes de la tunique musculaire, et paraît se prolonger pendant
les six premiers mois de la grossesse. La tunique séreuse de la
matrice présente des phénomènes d'accroissement analogues,
quoique moins marqués ('2). [.a muqueuse utérine se mo-
difie en même temps d'une manière très-remarqnable (o).
Non-seulement sa substance devient plus molle et plus vascu-
laire, mais son revêtement épithélique se modifie de diverses
manières, et il se fait dans son épaisseur un développement
(1) Chez la Femme, les ce'.lnles-
fibres conlraciiles de riiténis n'ont
dans Tétai ordinalicqu'environO""", 05
à O'°'",07 de longucin- sur 0™'",05 de
largeur; atteignent au cinquième mois
de la grossesse 0""",15 Ã 0""",'J7 de
longueur, et, dans la seconde moitié
du sixième mois, elles ont jusqu'Ã
0""",52 de longueur sur 0™™,006 d'é-
paisseur (a).
C'est principalement dans la couche
charnue de l'utérus que se trouvent
les vaisseaux sanguins de cet organe,
et l'augmentation de calibre de ces
canaux pendant la grossesse est très-
remarquable ; c'est en partiel à cette
circonstance qu'il faut attribuer la dis-
tinction plus nette qui s'('tablit alors
entre la tunique musculaire et la tu-
nique muqueuse.
Les nerfs de l'utérus dcvieiment
beaucoup plus distincts à mesure que
cette hypertrophie s'effectue (h). Quel-
ques anatomistes pensent que cela ne
dépend pas d'une augmentation du
noml)re de ces nerfs (c), mais tient seu-
lement à l'épaississement de leur enve-
loppe fibreuse (c?); cependant beaucoup
d'observations semblent prouver qu'il y
adéveloppement des éléments nerveux
aussi bien que des autres parties con-
stitutives de l'utérus (e).
(2) L'augmentation de volume des
ligaments de la matrice pendant la
gestation est ^ très-prononcée, et dé-
pend en majeure partie du développe-
ment des fdjres musculaires lisses dont
ces replis siispenseurs sont pourvus.
(3) Les éléments histologiques de la
couche caduque de la muqueuse uté-
rine ainsi hypertrophiée ont été étu-
diés avec soin par Schrœder van der
Kolk, anatomiste hollandais de beau-
coup de mérite (f).
(a) Kôllilter, Traité d'histologie, p. 58i, C\g:. 272, 27i.
(6| Tiedeni:inn, Op. cit.
— Ivilian, Die .Xerven des Utérus (Zeilschrift fur ration. Medicin, 1S40, t. X, p. il).
(c) Snow Beck, On the Nerves of tlie Utérus [Philos. Trans.).
(d) Jobert (de Lamliallc) , Recherches sur les nerfs de l'utérus Comptes rendus de l'.-\rad. des
sciences, iSii, t. \U. p. SS2}.
(e) Voyez KoUiker, Traité d'histologie, p. 587.
(f) Schrœder van derlvoili, Op. cit. (Mém. de l'Institut hollandais., 185i).
FONCTIONS DE L.\ GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 121
considérable de tissu conjonctif nouveau ; enfin les glandules
qui y sont logées, ou qui, placées plus profondément, la tra-
versent pour aller déboucher à sa surface, s'agrandissent et
se dilatent beaucoup (l).
Lorsque cette hypertrophie de la tunique muqueuse de l'utérus
est arrivée à un certain degré, la couche modifiée de la sorte
perd de son adhérence avec les couches sous-jacentes et peut
en être séparée plus ou moins facilement, mais non sans rup-
ture des vaisseaux et des autres parties organiques intermé-
diaires (2). L'utérus se dépouille alors d'une portion de sa propre
substance, et la couche profonde de sa tunique muqueuse, mise
à nu, croît de nouveau et se recouvre d'une lame épithélique,
comme dans l'état primitif (3).
Jadis cjuelques physiologistes pensaient que cette couche
(1) Le col derutérus s'épaissit aussi,
et ses follicules muqueux se dévelop-
pent ; mais il conserve son épitliéliuni
et ne prend aucune part à la forma-
tion de la couche caduque (a).
(2) Dans quelques cas d'avortement
pendant les premiers temps de la ges-
tation, la couche caduque se détache
en entier des parois de l'utérus et est
expulsée au dehors. Elle constitue
alors une poche dont la forme corres-
pond à celle de la cavité de la ma-
trice, et l'on y trouve trois orifices,
dont deux occupent la position des
embouchures des trompes, et l'autre
correspondait au col utérin ; enfin on
aperçoit dans l'épaisseur de ses parois
l'œuf logé dans une petite cavité fer-
mée de toutes parts et complètement
distincte de la cavité générale de l'es-
pèce de sac ainsi constituée (b).
(3) La couche musculaire de l'uté-
rus ne se trouve pas à nu par l'effet
de cette séparation de la couche ca-
duque de la muqueuse utérine; une
couche molle de jeune tissu muqueux
reste en place, et, en s'accroissant,
constitue ce que l'on a appelé une
muqueuse de remplacement ; sa sur-
face libre est d'abord rugueuse, mais
au bout de quelques jours elle devient
lisse (c).
fa) Robin, Mém. pour servir à l'histoire anatomique et pathologique de la membrane mvqueuse
utérine, etc. {Arch. géii. deméd., 4' série, 1848, t. XVII).
(6) Voyez W. Hunier, Anatûinia nleri hinnani gravidi tabulis illustrala, 1774, pi. 34,
fig. 5, G, etc.
— Coste, Histoire dii développement, pi. 12, fig. i-'3.
(c) Robin, Mém. sur quelques points de l'anatoinie et de la physiologie de la muqueuse et de
l'épithélium utérins pendant la grossesse {Journal de physiologie, 1858, t. I, p. 48). — Mém.
sur les modifications de la muqueuse utérine pendant et après la grossesse [Mém. de l'Acad
deméd., 1S61, t. NXV].
l^S REPRODUCTION.
nidulante de l'utérus, ou membrane caduque, ne se développait
que chez la Femme (1), mais on en a constaté l'existence chez
beaucoup d'autres Mammifères, tels que les Singes, les Chéi-
roptères, les Insectivores, les Rongeurs et les Carnassiers ('2).
Il est cependant à noter qu'elle y est rarement aussi épaisse
que chez la Femme, et qu'elle manque complètement chez les
Solipèdes, les Pachydermes ordinaires, les Ruminants et les
Célacés, aussi bien que chez les Didelphiens. J'aurai à revenir
sur ce^ diflerences, lorsque je traiterai des connexions qui
s'établissent entre l'embryon et les parois de l'utérus chez
les divers .Mammifères, et ici je me bornerai à ajouter que
l'existence ou l'absence d'une couche nidulante destinée à se
séparer de l'organisme maternel et à être expulsée au dehors
avec le fœtus, paraît coïncider avec des particularités impor-
tantes dans la structure des Manimifères, et a été prise récem-
ment comme base de la division des Monodelphiens en deux
groupes naturels (3).
Dans une des prochaines Leçons, nous verrons comment
le jeune Animal vertébré se constitue dans l'intérieur de l'n^uf
produit par l'ovaire et évacué au dehors par l'oviducte, ou
retenu dans l'intérieur de la chambre utérine pendant un temps
plus ou moins long.
Pour le moment, je n'ai voulu que ftiire connaître, sous le
(1) Celte opinion a été partagée par W^eber à ce sujet, a proposé de diviser
W. Hunter et par quelques auteurs les Mammifères placentaires, ou Mono-
du siècle actuel (a) ; mais aujourd'hui delphiens, en deux groupes compre-
elle est complètement abandonnée. nant, d'un côté ceux qui possèdent
(2) Je reviendrai sur ce point en une decidua, et d'autre part ceux qui
traitant du placenta. en sont dépourvus, classification qui
(3) M. Huxley, adoptant les vues de parait être naturelle (6).
(a) W. Hunier, Op. cit.
— Saniiiel, Dissert. de ovorum ilammalium velamentts, p. i.
(b) VVe-ber, Zur Verbindung von Mutter und Frucht (Froriep's Nolizen, 1835, t. XLVI, p. 90).
— Hildebrandl's .\natomie.
— Huxley, Lectures on the Eléments of Comparative A7iatomy, 1864.
FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION CHEZ LES MAMMIFÈRES. 123
rapport physiologique, aussi bien qu'anatomique, les organes
à l'aide desquels le travail génésique s'effectue dans ce grand
embranchement zoologique, et par conséquent, pour terminer
cette esquisse, il ne me reste plus qu'Ã parler d'une partie
complémentaire de l'appareil de la reproduction qui, chez les
Mammifères, est destinée à pourvoir aux besoins des nouveau-
nés, jusqu'au moment oii ceux-ci seront assez développés pour
chercher au loin leur nourriture et pour vivre à la façon de
leurs parents; savoir, des organes sécréteurs du lait.
Alimentalion
des
Animaux
nouveau-nés.
Glandes
mammaires.
SOIXANTE -DIX -HUITIÈME LEGON.
Suite de l'histoire anatoniique et pliysiologique de l'appareil reproducteur des Mam-
mifères. — Organes complémentaires de cet appareil. — Glandes mammaires.
— Structure de ces glandes. — Parties accessoires de l'appareil de lactation
chez les Marsupiaux. — Produits de la sécrétion mammaire. — Composition
chimique du lait. — Circonstances qui inOuent sur les qualités ou sur la quantité
de cette sécrétion.
^ \^ — Nous avons VU précctlcinmcnt que chez les Ovipares,
l'Auimal, en naissant, est presque toujours capable, sinon de se
procurer lui-même des aliments, au moins de manger et de di-
gérer les substances nutritives dont les adultes font usage et dont
ses parenlsliii apportent sa part; mais que chez quelques Oiseaux
il en est autrement, et que le jeune Animal a besoin, pendant
un certain temps, de recevoir un liquide nourricier spécial,
élaboré dans leur organisme pour lui être administré. C'est
ainsi (pie, chez les Pigeons, un [iroduit comparable au lait est
préparé pour rahmeutalion des nouveau-nés, et ce résultat est
obtenu au moyen d'une sorte (remprunt physiologique fait Ã
l'appareil digestif; car c'est le jabot qui devient momentané-
ment l'organe sécréteur de cette matière nutritive particu-
hère (1). Dans la classe des Mammifères, ce qui est excep-
tionnel chez les Oiseaux devient la règle commune, et l'éla-
boration de ce liquide alimentaire, au lieu d'êlre confiée à un
agent emprunté à (piehiue autre appareil physiologique, est
opérée par un appareil spécial créé pour cet usage : I'appareil
MAMMAIRE, ct. alusi quc cliacun le sait, ce liquide est le lait.
Les glandes qui sont affectées à celle sécrétion particulière
se présentent sous la forme la plus simple chez les Ornitho-
rhyncjues, où elles se composent seulement d'un groupe de
(1) Voyez tome Vill, page 5/|0.
APPAIIKIL MAMMAIRE. 125
csecums claviforines, qui débouchent au dehors paruucmul-
lilude de petits orifices réunis dans un petit espace ovalaire
et dénudé de la peau du ventre (1).
La conformation des glandes mammaires est la môme chez
les Echidnés (2), et une disposition analogue, quoiqu'un peu
[)lus perfectionnée, se rencontre chez les Cétacés (S). Mais
chez tous hîs autres Animaux de la classe des Mammifères, ces
(1) L'existence de glandes niair.- pupille figurée par cet anatomiste (e)
maires chez rornithorliynque avait n'existe pas d'ordinaire. Les ose-
été révoquée en doute par plusieurs cums glandulaires sont allongés, sub-
naturalistes (a), et lorsque l'existence cylindriques et graduellement rétrécis
des organes dont il est ici question eut vers leur embouchure; on en compte
été constatée par Meckel (6), quelques dans chaque glande environ 150 à 200,
auteurs crurent y reconnaîlrc les ana- et ils sont groupés en petits paquets
logues de certaines glandes sous-rula- par la réunion de leurs canaux ex-
nées d'un autre ordre, plutôt qu'un créleurs, qui sont très-courts, de façon
appareil galactogène; mais les obser- à constituer un certain nombre de
valions de M. Baer et de M. Owen ont lobes et lobules (/").
mis hors de doute le caractère de ces (2) Ce fait anatomique a été con-
parties (c), et du reste la sécrétion du staté par M. Owen {g).
lait dans leur intérieur a été constatée (3) Chez les Cétacés, les glandes
directement {cl). Il n'y a pas de marne- mammaires sont racémeuses, mais les
Ion saillant, et l'auréole où débouchent caecums qui garnissent les grappes
les cauciux lactifères est très-difficile à nesont pas renflés et arrondis en forme
distinguer; sa position a été bien in- d'ampoules, comme chez les Mammi-
diquée par Meckel, mais l'espèce de fères ordinaires {h).
{a) Lamarck, Philosophie anatomique, t, 1, p. 145 et 342.
— Vander Hiiven, Mémoire sur le genre Orniihorhijnque (Nova Acta Aead. nat. curios., 1823,
t. XI, p. 308).
— E. Geoffroy Saint-Hilaire, Extrait des observations de Home sur l'Echidné {Bulletin de la
Soc. philom.].
(6) Meckel, Uebev die Sâuqethiernatur der Ornithorhyncliiis (Froriep's Notizen, 1824, I. VI,
p. 144). — Ornilhorhijnchi paradoxi descript. anat., p. 53, pi. 8, fig-. 5). — Ueber die
Brustdrilse der Ornithorhijnchus [Archiv fiir Anai. und PtvjsioL, 1827, p. 23).
(c) GeoilVoy Saint-Hilairc, Sur un appareil glandulaire récemment découvert en Allemagne
dans l'Ornithorhijnque, et faussement considéré comme glande mammaire (Anii. des sciences
7ia[., 1826, t. IX, p. 457).
{d} Baer, Noch eine Bemerkung iiber die Zweifel welche man gegen die Milchdrïise der Orni-
thorhynchus erhoben hat, cic (UeckeVs Archiv fur Anat. und PhgsioL, 1827, p. 568).
— P.. Owen, On the Mammary Glands of the Ornithorynclms paradoxus {Philos. Trans., 1 832,
p. 517).
(e) Meckel, Op. cit., pi. S, fig'. 5.
if) P.. Owen, loc. cit., pi. 15, lig. 2; pi. Ifl, fij. 2; pi. 17, fi;^. 1-4.
(g) Owen, On the Mammary Glands of the Echidna (Proceed. of the Zool. Soc. (1852, p. 179).
{h) .1. Muller, De glandularum secernentium structura penitiori^ p. 50, pi. 17, lig. 1 et 2.
— H. Fiudolphi, Elnige Bemerkungen ûber den Bail, der Bruste [Mém. de l'.icad. de Berlin
pour 1831, p. 337, pi. 1, fig. 2).
120
REPRODUCTION.
organes ont une structure plus complexe et ressemblent beau-
coup aux parotides et au pancréas.
Ils se composent d'une mnliitiidc de petites ampoules pédon-
culées, réunies en groupes autour de petits canaux excréteurs,
et ces tubes, en se réunissant à leur tour, Ibrment des branches,
puis des troncs de plus en plus gros, de façon à donner au tout
une disposition racémeuse, c'est-à -dire analogue à celle d'une
grappe de raisin (1), Ces ampoules ou cœcums sont tapissés
intérieurement par du tissu utriculaire, comme le sont toutes les
cavités sécréloires (!2). Du tissu connectii' mêlé de fibres élas-
(1) L'existence de ces acini, ou am-
poules sécrôloircs, thuis les glandes
mammaires, lut conslalée d'abord chez
le Hérisson (a) par J. Duvernoy, ana-
tomisle du xviii* sif'cle, qu'il ne laut
pas confondre avec le naturaliste de
même nom qui occupait de nos jours
la chaire d'analoniic comparée au
Muséum. Quelques années plus tard,
ces vésicules sécréloires lurent ob-
servées chez la Femme par Cruiks-
hank [b],
('_') Ce sont les jobulins formés par
des agrégats des ampoules terminales,
et non ces vésicules elles-mêmes, qui
donnent à la substance de ces glandes
l'aspect grenu que Tony remarque (c\
Chez la l'emme, la glande mammaire
est de forme discoïde, et se trouve at-
tachée au fascia aponévrotiquc qui re-
couvre les muscles pectoraux par des
brides de tissu élastique appelées par
quelques anatomistes liijamenls supé-
rieurs de cet organe. Partout, excepté
vers le point de sortie de ses canaux
excréteurs dans l'espace correspondant
à l'auréole du mamelon, elle est sé-
parée de la peau par une couche
épaisse de tissu conjonctif chargé de
graisse, qui dissimule les inégalités de
sa surface et qui. s'enfonce entre ses
lobes constitutifs, où il se trouve mêlé
à des libres élastiques, de façon à unir
très-intimement toutes ces parties
entre elles. Les lobes, au nombre de
quinze à vingt, ou même davantage,
sont subdivisés en lobules partagés Ã
leur tour en lobulins qui donnent à la
substance de l'organe un aspect grenu,
et qui se composent de petits groupes
d'ampoules arrondies ou piriformes,
dont le diamètre n'est que d'environ
0""",1 à 0'""',15. Les canaux excré-
teurs qui en partent se réunissent suc-
cessivement de la manière indiquée
ci-dessus, et finissent par former pour
chaque lobe un conduit laclifère large
de 1 à 5 millimètres environ, ta-
pissé d'un épilhélium à cellules cy-
lindriques et revêtu d'une tunique
(a) J. Duvernoy, Animadversiones variœ in Erinaceorum anatomen (Comment. Petropol.,
1751. t MV, p. 21)9).
(bi Cruilishanli, Op. cit., 1797, p. 209.
(c) Vojez J. Millier, De glaiidularum secementium penitkri structura, pi. 4, fig. 2 et 3
(Lapin) ; fig. 4-8 (Hériseon).
APPAREIL MAMMAIRE. 127
tiques et de vésicules graisseuses les réunit par paquets, et se
prolonge sous forme de cloisons à diverses profondeurs entre
les agrégats ainsi constitués, de façon à diviser l'ensemble de
la glande en lobes et en lobules. Enfin, les conduits excréteurs,
ou canaux galactophore^, qui en partent, se réunissent en un
petit nombre de troncs principaux, ou même parfois en un tube
unique ; souvent leur portion subterminale se dilate de façon
à constituer des sinus ou réservoirs pour l'emmagasinemenl
des produits du travail sécrétoire, et leur oritice est situé au
sommet d'un mamelon^ ou tétine, faisant saillie au dehors, ou
fibreuse. Près de leur extrémité, ces
canaux se dilatent de façon à former
autant de petits réservoirs fusiformes
appelés sinus lactifères, dont le dia-
mètre varie de 5 à 10 millimètres, et
dont le coi se rétrécit beaucoup pour
pénétrer dans le mamelon. Celui-ci,
percé à son sommet de dix à quinze
ou même vingt petits orifices (a), qui
sont les emboucliures d'aulant de ca-
naux galactophores , est enloui é de
fibres musculaires lisses qui s'étendent
autour de sa base dans l'espace cor-
respondant à l'auréole, et y constituent
une sorte de pannicule charnu qui rend
cette émiiience contractile [h). La peau
qui recouvre le mamelon, ainsi que
l'auréole, est colorée en rouge paie ou
brun par une couche de tissu pigmen-
taire, et sa surface est bosselée par
des papilles tactiles et par de petits
tubercules dus à la présence de glandes
sudorifères et de follicules sébacés
en connexion avec de petits poils d'une
finesse extrême (.-). Le mamelon est
riche en vaisseaux sanguins, mais il
ne paraît pas contenir du tissu érectilc
proprement dit, ainsi que le pensaient
quelques anatomistes. Les artères des
mamelles proviennent principale-
ment des branches dites mammaires
externes, des artères sous clavières, et
elles forment autour des ampoules
glandulaires un réseau capillaire assez
serré; enfin les veines qui en naissent
forment sons l'auréole du mamelon
un cercle plus ou moins complet [d).
Pour plus de détails sur la struc-
ture des glandes mammaires de la
Femme , je renverrai aux travaux
spéciaux qui ont été publiés sur ce
sujet depuis quelques années [e) et
aux ouvrages généraux d'anatomic
humaine.
(n) Les anciens auteurs n'admettent l'existence que rie cinq à douze de ces orifices, et M. Sappey
n'a pu en compter plus de quatorze {Anatomic descriptive, t. III, p. G96); mais d'autres analonii<tes
en ont trouvé parfois vingt et même vingt-quatre (Husclilie, Traité de splanchnologte, 184-5,
p. 48/1.).
{b} Muscle sous-aréolaire (Sappey, Traité d'aiiatomie descriptive, t. III, p. 693).
, (c) Biiiktiaiid et Berres, Anat. der miliroscop. Gdnlde, XII, p. 250, pi. 24, Cr;;. 1 et 3.
((/) Selia5.tian, De circido venoso anolce mammœ circumscripto. Groningen, 1837.
(e) Asiley Cooper, The Anatomy of the Breasi, 1839.
— Langer, Ueber den liau, und die Entwickelimg der Milchdriiseii {Denksehrifc. d. Wiener
Akad., 1851, t. III, p. 25).
128 REPRODUCTION.
du moins étant susceptible de devenir saillant quand l'appa-
reil dont il dépend doit entrer en fonctions. Dans l'espèce
humaine, les embouchures de ce système de canaux sont
nombreuses et les sinus lactifères peu développés; mais chez la
Yache, ces réservoirs acquièrent une capacité considérable,
et débouchent au dehors ]iar un seul canal (d), de façon que
le lait qui en sort forme un gros jet unique, tandis que chez
la Femme ce liquide s'en échappe sous la forme d'une gerbe
. de filets très -grêles (2)/
Les mamelles, ainsi constituées, sont placées superficielle-
ment entre la })eau, ou le pannicule charnu dont cette tunique
(1) Chez la Vaclic, les canaux lacti-
fères se dilatent irrégulièrenicnt, de
façon à donner à la glande maniinairc
une apparence caverneuse, et ils
dc^jouchent dans «ne grande cavité
centrale qui se prolonge dans le ma-
melon sous la forme d'un conduit
unique (a).
(2) Chez beaucoup de Mannnifères,
le sommet du mamelon est percé de
plusieurs orifices excréteurs : ainsi chez
la Truie il y en a deux (6).
il est aussi à noter que là où il existe
deux ou plusieurs de ces orifices, il n'y
a pas un sinus central comme chez la
Vache, mais chaque tronc galaclophore
terminal peut se dilater do façon à for-
mer un réservoir partiel plus ou moins
développé : parcxemple,cliezla Jument
(c)cl le Lapin (c?;; d'autres fois,ciiez les
Carnassiers, le Chat (e) et le Chien (/"},
par exemple, ces dilatations sont Ã
peine marquées, et par conséquent il
n'y a que des réservoirs hictifères ru-
dimontaires. Chez le Marsouin, il n'y
a pas de sinus, mais les canaux galac-
lophores sont extrêmement grands
dans toute leur longueur (r/). Pour
plus de détails au sujet de la struc-
ture des glandes mannnaires chez
les divers Mammifères, je renverrai
principalement aux ouvrages d'AstIcy
Cooper et de J. Millier, ainsi qu'Ã un
mémoire de M. Descliamps (/i).
(a) Voyez Rudolplii, Einigc Bemerkungen iibir den Bau der Brûsle {)!ém. de l'Acad. de
Berlin pour 1831, pi. 1, lig. 3).
— Asl'.cy Cooper, On tlie Anal, of the Dreast, 1 840, pi. 1 , lig. d .
(fe) ^â– oyez Aslley Cooper, Op. cit., pi. 9.
— Ueschamps, Recherches d'analomie comparée sur l'appareil excrétoire du lait, et prin-
cipalement sur les réservoirs lactifères (Gazette médicale de Pans).
(c) \oycz Lcisering, Atlas der Anatomie des P fardes, pi. '2't, l'ig. 5 el 0.
(d) Voyez Aflloy Cooper, Op. cit., pi. G, fig. 2.
(€) Voyez hiulolphi, Op. cit., pi. 3, lij. G. (Mém. de l'Acad. de Berlin i>om' 1831],
— Astley Cooper, Op. cit.,p\. 7, fig. 4.
(/â– ) Voyez Rudolphi, loc. cit., pi. 3, lig. 7.
— Aslley Cooper, Op. cit., pi. 8.
(jj) Voyez Aslley Cooper, Op. cit., pi. 10, l]g. l.
(h) J- Millier, De glandulan'.m secernentium struclura pemtiori, p. 48.
— D*-'schainpè, Op. cil.
APPAREIL MAMMAIRE. 120
peut être revêtue intérieurement, et les muscles sous-jacents.
Presque toujours elles affectent une disposition symétrique
de chaque cote de la ligne médiane et occupent la face ventrale mamoiies.
du corps, mais elles varient beaucoup quant à leur nombre et
à leur position. Chez les Animaux qui ne produisent d'ordi-
naire qu'un seul petit à la fois, il n'y a en général qu'une seule
paire de ces glandes ; mais chez les espèces qui sont multipares,
leur nombre augmente, et il existe presque toujours une cer-
taine concordance entre le nombre de ces organes et le nombre
des individus dont la portée se compose, en sorte que chaque
nouveau-né peut toujours irouver une tétine à sucer. Chez
quelques petits Mammileres, on compte jusqu'Ã sept paires de
mamelles, et il est à noter que leur nombre est d'autant plus
variable chez les différentes espèces d'un même groupe zoolo-
gique que ce nombre est plus élevé. Quelquefois même il cesse
alors "d'être constant chez les différents individus d'une môme
espèce. Chez les Animaux, même de petite taille, qui se rap-
prochent de l'Homme par l'ensemble de leur organisation, tels
que les Singes (1), il n'existe, ainsi que dans l'espèce humaine,
qu'une seule paire de ces organes ('2) ; il en est de môme pour
la plupart des Mammifères de très-grande taille, notamment
l'Éléphant, le Rhinocéros, l'Hippopotame, le Tapir, les Soli-
pèdes, les Siréniens et les Cétacés. Mais chez presque tous les
Ruminants il y a quatre mamelles (3). Ces organes sont en
(1) Il n'y a que deux mamelles chez la Femme, mic seconde paire de ma-
tous les Quadrumanes, Ã Texceplion melles.
des Loris, qui en ont quatre. Les (3) Dans les genres Chèvre et Mou-
Chauves-Souris n'ont aussi qu'une seule ton, il n'y a qu'une seule paire de ces
paire de mamelles, mais les Cliéiro- organes qui soient bien développés,
ptères du genre Galéopithèque en ont mais on trouve, outre la paire de
deux paires [a). telines principales, une paire de ma-
is) On connaît quelques cas térato- melons rudimentaires, et quelquefois
logiques dans lesquels il existait, chez même ils se développent presque au-
(fl) Canlraine, Obs. sur l'apfar. mammaire des Caléopilhéques (Bull, de l'Acad. de Bruxelles
1839, t. VI, 2« [larlie, p. ()5j. '
IX.
9
lâO rxEPRODLCTlON.
même nombre eliez <jiielques grands Carnassiers ; mais chez la
plupart des petites espèces de cet ordre, il y en a trois ou
même ipiatre paires (1). Le Cochon en possède cinq paires,
ainsi que le Hérisson (2), le Lapin, le Lièvre et quelques autres
Rongeurs (o), T Agouti, six ou même sept paires; mais chez d'au-
tres Rongeurs on en compte rarement pUisde trois ouquatre pai-
res, et parfois même ces petits Animaux n'en ont que deux paires
ou même une seule, ainsi que cela se voit chez le Hamster {[\).
tant que les autres (a). Chez le Cha-
meau, il y a quelquefois uu mamelon
surnuméraire d'tni côté, ce qui porte
le nouihre total de ces organes Ã
cinq. Chez la Vaciie, on trouve aussi
dans beaucoup de cas une troisième
paire de glandes mammaires rudi-
mentaires (6).
[i) Il y a deux paires de mamelles
chez le Lion, la l'anthère, la Gcnette,
la Loutre.
Trois paires chez le Couguar, le
Co^Ati, le Blaireau, le Haton et l'Ours.
Quatre paires chez le Chat, le
Serval.
Cinq paires chez le Chien, Ã moins
que quelques- uns de ces organes n'a-
vortent, ce qui arrive souvent; ce qui
peut en réduire le nombre total Ã
sept ou huit (c).
Lorsque les glandes mammaires
sont nombreuses, elles se rencontient
par leur base, de façon à former de
chaque côté de la ligne médiane une
bande en apparence continue (</).
(2) Chez les autres Insectivores, le
nombre des mamelles est quelquefois
non moins considérable : chez la Mu-
saraigne d'eau [Sorex fodietis), par
exemple. Mais, en général, il y en a
moins : ainsi on n'en compte que qua-
tre paires chez la Musaraigne com-
mune (S. araneus), ainsi que chez
la Taupe. Chez le Sorex Ilermannii,
il n'y en a que trois paires {e).
(3) On en compte aussi dix chez le
Lièvre et chez la Marmotte commune.
Chez le Rat noir, il y en a dix ou même
douze, comme chez le Surnudol. il
en existe quatre paires chez l'Ecureuil
comme chez quelques autres petits
Rongeurs (/").
(L[) Chez le Zenuniet chez le Cochon
d'Inde {g), il n'y a qu'une paire de
mamelles.
Il en existe deux paires chez le
Paca, le Castor, le Capromys FoW'
nini, l'IIclamys, la Gerboise, l'Écu-
reuil palmiste, etc.
Il y en a trois paires chez le Loir,
(a) Daubenlon, Descript. du. Bouc (GM'on, Mammif.,1. II, p. 197, pi. 28, fig. ij 2et 3 (édit. in-8).
(b) Aslley Cooper, Op. cit.
{c) Pour plus de détails à ce sujet, voyez : Bellinjeri, Délia (econdilà , etc., con coiisider. anat.
physiol. sull numéro e posiùone délie mamelle. Turino, 18iO.
(rf) Exemple : le Chai ; voyez A. Cooper, 0/'. cit , pi. 7, fi^:. i.
— Rudolplii, Op. cit., pi. 3, tijf. (l/ew. de L'Acud de Berlin pour d83il.
(g) Duveruoy, Fragnicnts sur les Musaraignes, pi. 1, l\g. l, et Supplém., p. 7 {Mém. de la
Soc. d'hist. nat. de Strasbourg, t. II).
([} Voyez le lableau numérique donné par Cuvier dans la première édition de son Anatomie
comparée, t. V, p. 157.
(3) Voyez A. Cooper, Op. cit., pi. 7, lig. 1,
APl'ARlilL M.Vl^iMAlHE. iot
Leur nombre est également Irès-variable dans l'ordre des
JMarsiipiaiix et devient souvent non moins grand que chez les
Rongeurs. Il est aussi à noter que chez les Marsupiaux, ils sont
souvent en nombre impair, probablement par suite de l'avor-
tementde l'une de ces glandes (1).
La position des glandes mammaires varie aussi beaucoup ;
presque toujours ces organes sont situés sur la face ventrale du
corps, soit dans la région thoracique, soil sousl'abdomcn ou dans
le voisinage de l'anus ; mais chez quelques espèces, ils se rencon-
trent sur les lianes ou se logent même sur le dos, ainsi que cela
se voit chez le Myopotame, grand Rongeur voisin du Castor (2).
le Mulot, l'Ondalra, le Peka, le Pola- maux, on a U'ouvé les mauielons en
touche. Dans le genre Arcicola, ce plus grand nombre chez le fœtus que
nombre varie de deux à trois, suivant chez l'individu adulte, circonstance
les espèces. qui fait supposer que ces organes peu-
(1) On en trouve seulement quatre vent s'atrophier en partie pendant que
chez quelques Marsupiaux, tels que les d'autres se développent (c).
Kanguroos (a), les l'halaugers (b) et la Chez beaucoup de ces Animaux, les
Thylassine. Chez d'autres espèces, il y mamelons sont disposés de façon k
en a huit: par exemple chez le Z)i£/e/^j/(?5 décrire un cercle ou un ovale au mi-
crassicaudata et le D. brachyura, le lieu duquel se trouve, soit une paire^
Phascogala penicillata et le Feramela soit un seul de ces organes placé sur
nasuta. On en a trouvé neuf chez le la ligne médiane {d).
Caijopollin, le D. opossum et le D. (2) Chez le Coypu, ou Myoputnme,
dorsujera ; onze chez le D. can- les glandes mammaii-es sont placées Ã
crivora; treize chez la Sarigue de Vir- peu de distance de l'épine dorsale (e).
ginie, et quatorze chez le D. murina Chez le Capromys Fournieri, il y a
et le D. tricolor. Il est aussi à noter deux mamelles derrière les aisselles et
que chez quelques-uns de ces Ani- deux autres en avant des cuisses, tout
(o) Morgan, A Description of tlie Mammary Organs of the Kanguroo {Trans. of ihe Linn. Soc,
l. XVI, pi. 5).
(6) Exemple : Pkalangisla gliriformis ; voy. Th. Bell, Descript. cf new ip. of Phalangisla
{Trans. of the Linn. Soc, i. XVI, pi. 14, %. i).
(c) Eydoux et Laurent, Recherches sur les Marsupiaux {Voyage de la Favorite sous le comman-
dement du capitaine Laplace, t. V, p. 70).
(rf) Exemple :i)t(Ze;j)/iis7/iMri(ia; voy. CaruselOlto, Tab. Anat. cotnp.illustr., parsv,pl. 8, fig. 3.
(e) Cliristy, ^'ote on the position of the Mamrnie in the Cogpus (Proceed. of the Zool. Soc.
1835, p. 182).
— Traill, On the Siruclure and Uses of tlie Mammary Glands in Cetacea (Edinbiu-gh neiu
Phil. Jouni. 18o4, t. XVU, p. 117 et 3ii3).
— Jacub, On the Slriict. of the Mammary Glands in the Cetacea {Britisk Association, 1835 ;
Trans. of the Soc, p. 86).
— Uu\ernoy, t' édit. de VAnatomie comparée de Cuvier, t. VllI, p. 60(j.
— Fahrà ui, Ueber die Sangorganc bel Myopotamus (Isis, iSi-i, p. 353),
Posilinn d :
niMiiiplIc-.
'lo*2 r.EI'ilODUCTlON.
Les mamelles sont pcclorales ou à la fois pectorales et épi-
{]çastriques cliez les Mammifères qui se rapprochent le plus de
l'Homme par l'ensemble de leur organisation, c'est-Ã -dire les
Quadrumanes et chez ceux qui ont avec ces derniers des rapports
zoologiques très-inlimes, tels que les Chéiroptères (1). Mais ce
caractère n'appartient pas exclusivement à ces Animaux et se re-
trouve aussi chez quelques représentants d'autres types, les Élé-
phants, certains Tatous ('2), ctles Siréniens, par exemple (3). Chez
la plupart des Quadrupèdes, les mamelles sont abdominales,
parfois elles sont logées dans les aines, ainsi que cela se voit
chez le Chevîil et le Chameau; enfin, chez les Cétacés, elles
à fait sur le côté et plus près du dos
que du ventre (a).
Chez la Viscache,les mamelles sont
placées sur les côtés de la poitrine,
près de la face dorsale du corps (6).
Chez les grandes Roussettes , les
mamelles sont axillaires; mais chez
les Chauves-Souris du genre l\ichy-
slome, elles sont placées en avant de
rinserlion du hras (c).
(1) Elles sont pectorales seidcment
lorsqu'il n'en existe qu'une seule paire,
ainsi que cela a lieu chez tous les
Singes et les Chauves-Souris. Lorsqu'il
en existe une seconde paire, celle-ci est
parfoisplacéelmmédiatement en arrière
de la précédente, et occupe par consé-
quent le thorax ou l'épigastre. L'Unau,
le Tamanoir, le Pangolin, etc., n'ont
qu'une pairedemamellespectorales(d).
(2) Chez le Cachicame {Dasypus
noveincinctus), il y a, outre la paire
de mamelles pectorales, une seconde
paire de ces glandes dans la région
inguinale.
Chez le Fourmilier didactylc, il y a
aussi quatre mamelles, dont deux sur
la poitrine et deux sur l'ahdomen.
(3) Chez les Carnassiers, par exem-
ple, les mamelles sont en général ab-
dominales, seulement lorsqu'elles ne
sont pas très-nombreuses ; mais quand
il y en a beaucoup, quelques-unes de
ces glandes sont pectorales.
Chez les Insectivores, les mamelles
sont en partie abdominales et en par-
tie inguinales.
Chez les P.ongeurs, elles peuvent être
inguinales seulement, ainsi que cela
se voit chez le Zemmi (Spalax ty-
phlus), ou uniquement abdominales,
comme chez le Sukeran, ou Elohius
talpinus; mais en général elles oc-
cupent à la fois l'abdomen et les aines,
ou celles-ci <t le thorax (e), ou bien
ces trois régions à la fois : ainsi, chez
le Lemming, il y a deux paires de
mamelles pectorales, deux paires de
niaiiiclles abdominales et deux paires
de mamelles inguinales.
(a) Desmarest, art. Mamelles {Bict'wnn. des sciences naturelles, t. XXVIII, p. 408).
(6) Is. GeolTioy et dOibigny, Notice sur la Yiscache, etc. [Ann. des sciences nat., 1830,
t. XXI, p. 287).
ie) Is. Geoffroy Saint-Hilaire, art. Roussette [Dicl. classique d'hist. nat., t. XIV, p. 704).
(d) Voyez Bellingeri, Délia fecondilà , t. HI, p. 85.
te) Exemple : le Paca ; voy, Cuvier, Anatomie comparie, 1" édii., i. V, p. 157.
mammaire
.1rs
Marsupiaux.
APPAREIL MAMMAIRR. ' 1 S3
ne s'ouvrent au dehors que sur les côtés de la vulve, et l'on
connaît un petit Insectivore on elles sont refoulées sous la base
de la queue (1).
En général, les glandes mammaires, entourées de tissu
graisseux en plus ou moins grande abondance, font saillie
à la surface extérieure du corps, et les mamelons destinés à la
sortie du lait sécrété par chacune d'elles sont à découvert; mais
quelquefois, notamment chez les Cétacés, ces organes destinés
à être saisis par la bouche du nouveau-né et à y verser ce
liquide nourricier, se trouvent cachés dans une petite fossette
cutanée, de façon à ne pas être apparents au dehors {"2), et chez
d'autres Animaux de cette classe cette disposition se pronon-
çant davantage, il en résulte que les mamelles occupent le fond
d'une grande poche formée par deux replis de la peau du ventre poc,,^
et susceptible de loger les petits pendant toute la période de
l'allaitement (oj. C'est à raison de ce mode d'organisation que
les Marsupiaux^ ou Mammifères à bourse, ont reçu le nom
qu'ils portent. Leur poche mammaire a été comparée, non sans
(1) Duvernoy a trouvé chez le Sorecc hors, lorsque les lèvres de ces fentes
crassicaiidatus trois paires do ma- sont rapprochées, car les glandes
nielles dont deux dans Faine et une mammaires elles-mêmes sont minces
à la hase de la queue, au niveau de et ne font pas saillie à la surface du
l'anus (a). corps. Elles sont logées entre les mu -
(2) Ainsi, chez le Marsouin, i! y a clés droits de l'ahdomen et un muscle
de chaque côté de la vulve une petite peaucier, de façon à pouvoir être com-
ouverture longitudinale en forme de primées par celui-ci (c).
boutonnière, qui donne dans une fos- (3) En général, cette poche est assez
sette au fond de laquelle le mamelon grande pour cacher compléicment
l'ait saillie (6). 1! en résulte que les l'appareil mammaire, ainsi que lés pe-
manielles ne sont pas visibles au de- tits, qui se suspendent aux tétines (d).
(a) Duvernoy, Supplément au Mémoire sjir les Musaraignes, p. 7 {Mém. de la Soc. d'hist. nat.
de Strasbourg, t. II).
(6) Astley Coopei', On Ihe Anatomy of the Breast, 1840, pi. 10.
— Sally, Mammary GUmds (ïodd's Cijclop. ofAnat. and Phijsiol, t. III, p. 252, fig-. 77-79).
(c) Kulni, Descript. de l'appareil mannnaire du Marsouin (Féiussac, Bullet. des se. nat.,
1830, t. XXII, p. 322).
— Kapp, Beitrâije zttr Anatomie und Physiologie der Wallftsche (Meckel's .\rchiv fur Anat.,
1830, p. 358). — Die Cetaceen zool.-nnat. dargestellt, 1837, p. 178.
(d) Exemple : le Giabier (0. ir.arsu}iiaU>! ou D. canerivora); voy. Milne Edwards, .itlas du
Règne animal de Cuvicr, Majimifèrf.s, pi. 4ri,llg-. 1, ia.
134 RRPRODLCTION.
quelque raison, à une matrice extérieure, car c'est en effet une
chambre où les jeunes, nés dans un état de faiblesse et d'imper-
fection extrême, restent presque immobiles pendant fort long-
temps et achèvent leur développement.
Chez quelques Animaux de ce groupe naturel, les replis
cutanés qui constituent ce réceptacle ne sont que peu mar-
qués ; mais d'ordinaire ils sont très-grands et logent dans
leur épaisseur une partie de larges muscles sous-cutanés, de
façon à avoir beaucoup de force et à pouvoir fermer l'ouver-
ture que leurs deux lèvres laissent entre elles. 11 est aussi Ã
noter que chez tous les Marsupiaux, ainsi que chez les Mono-
trèmes, où il n'existe cependant aucune poche de ce genre, les
parois de l'abdomen sont renlbrcées en dessous par deux
branches osseuses qui s'appuient sur l'arcade du pubis et
s'avancent vers l'ombilic (1).
Chez le Didelpliis dorsigera , elle
est au coiilraiie loui à fait nidimen-
taire (a).
(1) Tyson et plusieurs autres ana-
lomistes ont décrit la structure de
h poche niannnaire des Marsu-
piaux (6), mais le travail le plus com-
plet sur ce sujet est dû à M. Morgan,
et a eu pour objet le Kanguroo. Sur
la ligne mt'-dianc du ventre, la peau se
replie t^ur elle-même de façon à sVn-
foncer profondément entre les parois
musculaires de l'abdomen et les par-
lies correspondantes des téguments
commune. Une couche épaisse de fibres
musculaires sous-cutanées, qui recou-
vre Tabdomen en dessous et sur les
côtés, se trouve comprise en partie
entre les deux lames des replis cutanés
ainsi formées, et constitue avec elles
la paroi inférieure de la poche, dont le
fond est occupé par la portion de la
peau intermédiaire à ces rep'.is, qui
a!lhèr(î directement aux parois de
l'ubdomen et recouvre les glandes
mammaires. Quelques-unes des libres
qui constituent ce pannicule charnu, ou
muscle pcaucier ventral, sont dirigées
transversalement , mais la plupart
d'entre elles se portent d'avant en ar-
rière, entourent l'entrée du sac en ma-
nière de sphincter, et vont se terminer
sous le pubis, où elles se fixent en
partie au bord antérieur de la vulve,
de façon à pouvoir, en se contractant,
rapprocher cet orifice de l'entrée de la
(a) Voyuz Owcn, ail. Marsupialia (Todd's Cyclnp. of Anal, and Vhysiol., t. III, p. 328,
ûg. d43).
(6) Tyson, Anatomy ofthe Opossum (Philos. Tvans., t. XX, p. 1050).
— Duvprnoy, Sttr la dissection de deux femelles du Didelpliis virginiana (Bulletin de la
Société philomatique, I. III, p. IfiO, pi. 19).
— 1<. Geotfrov Saini-Hilaire, art. Marsupiaux (Ulct. des sciences nat., t. XXIX, p. 231).
APPAREIL MAMMAIRE.
135
Les glandes mammaires existent dans les deux sexes; mais FoncHons
chez le mâle elles restent à l'état rudimentaire (1) et ne sont le ç^iande.
niaiiimaires
siège d'aucun travail sécrétoire, si ce n'est dans quelques cas
exceptionnels (2). Chez les femelles, ces organes ne se déve-
loppent aussi que très-peu pendant le jeune âge, et ne deviennent
poche mammaire (a). Les letincs oc-
cupent donc le fond on lace dorsale
de cette espèce de bourse cutanée, et,
dans Tétat de repos de l'appareil
mammaire, ces appendices sont sou-
vent complètement rétractés, de façon
que leur existence n'est indiquée que
par un pore ; mais à l'époque de l'al-
laitement, ils se renversent au dehors
et acquièrent une longueur très-consi-
dérable (6). Les glandes mammaires
elles-mêmes sont logées dans d'autres
muscles qui sont également irès-déve-
loppés et qui s'avancent obliquement
du bord des os iliaques jusque sur la
ligne médiane de l'abdomen, où ils se
rencontrent, et, chemin faisant, ils se
divisent en deux feuillets entre les-
quels ces organes sécréteurs se trou-
vent compris. Ces muscles, larges et
minces, forment donc une sorte de
sangle sous-ventrière qui renferme
dans son épaisseur les glandes niain-
niaires, et qui, en se contractant, doit
les comprimer de façon à contribuera
la sortie du lait contenu dans leur in-
térieur (c). Il est aussi à noter qu'.une
gaîne charnue analogue au petit mus-
cle sous-aréolaire dont il a été question
ci-dessus chez la Femme, entoure les
canaux lactifères dans le mamelon el
s'étend ensuite sur la glande elle-
même, de façon h y constituer une
mince tunique charnue {cl). Les os
marsupiaux ne concourent pas à la
formation de la poche, mais s'avancent
entre les muscles larges qui cloison-
nent en dessous la cavité abdominale
et qui portent à leur face externe l'ap-
pareil mammaire tout entier (e). Sui-
vant M. Pappenheim, le sphincter de
la bourse mammaire de la Sarigue
{Didelphis virginiana) serait formé
par une portion des muscles droits de
l'abdomen {().
(1) La structure des glandes mam -
maires de l'Homme a été étudiée ré-
cemment par M. Luschka {(j).
(2) La sécrétion du lait dans l'appa-
reil mamru.iiredu mâle a été observée
dans l'espèce humaine aussi bien que
chez quelques Quadrupèdes : ainsi
Aristote parle d'un Bouc qui présen-
tait ce phénomène (/i), et dans ces
{a) Morgan, A Description ofthe Mammary Organs of the Kanguroo {Trans. of the Linn. Soc,
t. XVI, pi. i).
(b) Owen, On the Génération ofMarsxtpial Animais {Philos. Trans., 1834, pi. T, fig. 14).
— Morgan, Op. cit., pi. 2, 3 et 5.
(c) Idem, ibid., pi. 5.
(d) Idem, ibid., pi. 8, fig. 1 et 2.
(e) Idem, ibid., pi. 6 el 7.
if) Pappenheim, Sur l'anatomie de la Sarigue femelle ICumptes rendus de l'Acad. des sciences,
1847, t. XXIV, p. 186).
(g) Luschka, Die Anatomie der mânnlichen Bnistd.rûsen (Miillpr's Arckiv fUr Anat , iSâi,
p. 402).
(h) Aristote, Histoire des Animau.v., Irad. de Camus, t. I, p, iCi'i.
loG REPRODLCTION.
aptes à remplir leurs fonctions qu'à l'époque de la puberté. Us
se garnissent alors d'une multitude de cœcums ampulliformes
qui bourgeonnent en quelque sorte à l'extrémité des canaux
galactopbores et augmentent rapidement de volume (1); mais
ils n'en restent pas moins inactifs jusqu'au moment où, la ges-
tation étant arrivée à son terme, ils vont être appelés à fournir
aux nouveau-nés une nourriture spéciale (2).
dernières années pUisienrs exemples
analoguesonl été enregistrés (u). Chez
l'Homme, la production de lait a été
également assez abondante pour pou-
voir suffire à l'alimentation d'un nour-
risson (6).
(Ij Dans l'espèce humaine, les glan-
des mannuaires commencent à se for-
mer du quatrième au cinquième mois
de la vie intra-utérine, et chacune
d'elles ne consiste alors qu'on une
sorte d'excroissance vorrucifornie de
la couche muqueuse de l'épiderme, qui
s'enfonce dans une fossette du derme.
Bientôt après, dos bourgeons se déve-
loppent sur ce tubercule, et constituent
la première ébauche dos lobes de la
glande future. A l'époque de la nais-
sance, on compte douze ou quinze de
ces prolongements, dont l'extrémité
est renflée, et leurs pédoncules sont
creusés d'un canal excréteur centrai,
tapissé d'une couche épithélique. Chez
l'enfant, ces liourgeons se multiplient
et se ramifient, mais d'une manière
très lente; les branches sont des cy-
lindres pleins vers leur extrémité, et
les ampoules terminales ne s'y mon-
trent avec leurs cavités qu'à l'époque
de la puberté. Les vésicules galacto-
gènes ne se développent même que
d'une manière incomplète avant la
conception, et ce n'est que pendant la
première grossesse que ce travail or-
ganogénique s'achève (c). En général,
il s'opère aussi à cette époque un
changement dans la coloration de l'a-
réole, qui, d'une teinte rosée chez les
jeunes filles, prend alors une couleur
brune.
(2) Chez les enfants nouveau-nés,
on voit souvent suinter des glandes
mammaires un liquide qui ressemble
beaucoup à du lait, et qui résulte pro-
(a) Hallcr, Elementa pliysiologiœ, t. VII, pars 2, p. 18.
— Blumonbach, Vergl. Anat., 1805, p. 594.
— Is. Geoffroy Paint-Hilaiie, Sur %tn Bouc laclifère {Comptes rendus de l'Acad. des sciences,
t. XXI, 1845, et t. XXXIV, 1852, p. 380).
— Schlossberger, A7iahjse dcr Milch eines Bock {Ann. der Chemie uni Phann., 1844, t. V,
p. 431).
(6) Robert, Bishop of Cork, Letter concerning a man who give suek to achild [Philos. Trans.,
1741, no4Gl, t. XLT, p. 813).
— Hiimboklt, Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent : Helalion historique,
t. I, p. 310.
— Franklin, Narrative of a Journal to Ihe shores of the Polar sea, 1819, p. 157.
— Albers, ilastitis pubescentium virilis (Hôser's Archiv fur die gesammte lUedicin, 1844,
t. \I, p. 272i.
— Dureglison (voyez Carpenter, Principles of Human Physiology, 1S53, p. lOGI).
(c) Lantrer, Op. cit. (Denkschrilt der Wiener Akad., 1851, t. Hl).
— Kdibker, ÉU'ments d'histologie, p. 59G.
COLOSTRUM. 137
Lorsque le travail sécrétoire commence à s'établir dans f^^'osuum
l'appareil mammaire, des cellules graisseuses se développent
dans l'intérieur des vésicules galactogènes, et sont peu à peu
entraînées au dehors avec des débris d'épithélium au milieu
d'un liquide jaunâtre et albumineux ou même visqueux, dans
lequel on voit flotter les corpuscules granuleux provenant des
utricules adipeuses dont je viens de parler. On désigne cette
liumein' sous le nom de colostrum (1).
bablement de la fonte de la portion
centrale des cylindres constitutifs de
cet organe, lorsqu'ils se creusent pour
devenir des canaux ; mais cette sécré-
tion s'arrête bientôt, et pendant toute
l'enfance les mamelles restent dans un
état de torpeur complète. Elle a été
observée chez les garçons aussi bien
que chez les petites filles (a).
(1) M. Donné, qui a fait une étude
microscopique très-attentive de celte
espèce de lait imparfait, et y a trouvé,
outre les globules laiteux qui, au lieu
de nager librement, sont liés entre
eux par une matière visqueuse, des
corpuscules d'un aspect granuleux et
de formes variées, qui paraissent être
constitués par des cellules renfermant
une multitude de granules graisseux
groupés autour d'un globule laiteux
central (6). Peu à peu ces corpuscules
granuleux diminuent de nombre. Sui-
vant M. d'Outrepont, ils disparais-
sent ordinairement vers le troisième
jour (c), mais M. Donné en a aperçu
pendant beaucoup plus longtemps, no-
tamment au dixième jour.
L'analyse chimique du colostrum
et du lait normaldela Femme adonné
les résultats suivants :
Eau
Graisse . . .
Caséine . . .
Sucre (le lait.
Cendres. . .
Colostrum.
828,0
50.0
40,0
70,0
3,0
Lait normal.
887,6
25,3
34,3
48,-2
2,3 (d).
Le colostrum de la Vache présente
des caractères analogues : il a été ana-
lysé par plusieurs chimistes (e), et il
(a) Korgagni, Adversaria anatomica V; animadversio i {opéra omnia, t. I, p. 140).
— Scanzoni, Ueber die Milchsecretion bel Neugebornen [VerlLandl. d. Phys. Med. Gesellsch. in
Wûrzbitrg, 1851, t. H, p. 300).
— Natalis Guillot, De la sécrétion du lait chei, les enfants nouveau-nés {Arch. gén. de méd.,
4853).
— Cobbokl, Milk from Mamma {MoiiUdij Journal, dS.")*, t. XVIII, p. 271).
— Gubler, Mém. sur la sécrétion et la composition du lail chez les enfants nouveau-nés des
deux sexes {Mém. de la Soc. de biologie, 2" série, 1855, t. II, p. 283).
(b) Donné, Cours de microscopie, p. 398 et suiv., 1844. — Du lait, et en particulier de celui
des nourrices, 1833.
(c) D'Outrepont, Zeitschrift fi'ir Geburtskunde, 1840.
(d) Fr. Simon, Animal Chemistry, t. II, p. 50.
(e) Chevallier et Henry, Mén. sur lelait {Journaldechimie médicale, 'i' série, 1839, t. V, p. 193).
— Boussingault et Lebel, Hecherches stir l'influence de la nourriture des Vaches, sur la quan-
tité et la constitution chimique du lait {Ann. de chim. et de phys., 1839, t. LXXI, p. 72).
— Fr. Simon, Animal Chemistry, t. II, p. 01.
— Lassaigne, Examen chimique du lait de Vache avant et après le part (Ann. de cUimie et
de physique'^ iS'S'i. t. XLIX, p 31).
— Moleschoit, Chem. u. mikroskop. Notizen ûber die Milch (Vierordt's Archiv fur physiol
Heilkunde, 1852, t. XI, p. 090).
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4 38 REPRODUCTION.
Lait. § '^- — Le lait qui est sécrété par l'appareil dont nous
venons d'étudier la structure, et qui constitue, comme chacun
lésait, la nourriture de tous les jeunes Mammifères, ressemble
beaucoup par sa composition chimique au jaune de l'œuf, et
réunit toutes les conditions qui sont caractéristiques des ali-
ments parfaits (1). C'est une sorte d'émulsion formée par des
matières grasses dans un état de division extrême et tenues en
suspension dans de l'eau chargée de matières albuminoïdes,
sucrées et salines,
coraposiiion L'aliuieut azoté qui se trouve en dissolution dans ce liquide
chimique , i"» >
du lait, est essentiellement la caséine^ dont nous avons doja eu a nous
occuper lorsque nous étudiâmes la constitution du sang (2). Sa
composilion chimique paraît être la même que celle de l'albu-
mine (3); elle est presque insoluble dansl'eau, mais elle forme;
avec les alcalis et même avec les carbonates alcalins des com-
posés solubles, et c'est à raison de la potasse et de la soude
contennes dans le lait qu'elle se trouve en dissolution dans ce
liquide. En effet, le lait dans son état normal est presque tou-
jours légèrement alcalin, et tant qu'il conserve celte (jna-
lité, la caséine ne s'en sépare pas; mais lorsqu'un acide y est
contienl en géïK^ml assez d'all)iinicn Deyeux publièrent snr ce sujoi un
pour être coagulable par la chaleur. Uailé spécial (6).
L'analyse du colostrum de la Cliicnne (2) Voyez tome I, page 168.
et de l'Anesse a fourni des r(îsullats (3j Les analyses faites par MM. Du-
analogues (o). niaset Cahours prouvent aussi que la
(1) L histoire chimique du lait a été composition élémentaire de la caséine
l'objel de beaucoup de travaux. A la est la même dans le lait provenant de
lin du siècle dernier, Parmenlier et diirérents Mammifères (c).
{a) Ctievallier et Henry, Mémoire sur le lait {Joitrnal de pharmacie, 1839, I. XXV, p. 332).
(6) Paniiciitier et Deyeux, Mémoire sur celte question : Déterminer par l'examen comparé des
propriétés physiques et chimiques, la nature des laits de Femme, de la Vache, de la Chèvre, de
Brebi.i et de. Jument (Mém. de la Société de médecine, i 787, p. 415). — Précis d'expériences et
d'observations sur les différentes espèces de laits, considérées dans leur rapport avec la chimie,
la médecine et l'économie rurale, iii-8, an VU.
(c) Dumas et Cahours, Mém. sur les matières azotées neutres de l'organisation (Aitn. de chimie
et de physique, 3* série, ■1842, t. VI, p. 411).
LAIT.
139
versé ou s'y développe (1), cette matière se précipite sous la
forme de grumeaux blancs qui ressemblent beaucoup à de
l'albumine coagulée, qui serait pulvérulente (2). Il est aussi Ã
noter que la pepsine rend également la caséine insoluble (3),
et que certains acides, tels que l'acide pbosphorique et même
l'acide acétique en excès, en opèrent la dissolution.
La caséine n'est pas la seule substance protéique qui d'or-
dinaire se trouve* dans le lait; on rencontre aussi dans ce liquide
un peu d'albumine (/i), et quelques cliimistes croient devoir
distinguer de ces deux corps une autre matière azotée (jui a
(1) Il s'acidifie très- facilement, et
quelquefois, cliez la Vache, il a été
modifié de la sorte pendant son sé-
jour dans les glandes mammaires;
mais, dans l'état normal, il est plus ou
moins alcalin au moment de sa sortie
de l'organisme (a).
Le lait de la Femme à l'état nor-
mal est également toujours alcalin ou
neutre, ainsi que cela a été constaté
par un grand nombre d'observa-
teurs (6), notamment par M. I^lsasser
chez 385 nourrices, et par M. Rullen-
raanndans "272 cas (c).
Le lait de la Chienne paraît être gé-
néralement un peu acide.
(2) L'acide phospborique ne pro-
duit pas cet effet.
La solidification de la caséine, et par
conséquent la coagulation du lait, est
déterminée par beaucoup de substan-
ces, dont les unes produisent cet effet
en s'emparaut de l'eau contenue d uis
cette substance (l'alcool, par exemple),
d'autres en s'y combinant et en don-
nant naissance à des composés insolu-
bles : c'est de la sorte qu'agissent la
plupart des sels métalliques, le tan-
nin, etc. Une plante nommée Pin-
guicula vulgaris \omt da la singulière
propriété, non-seulement d'aigrir le
lait, mais de le rendre si visqueux,
qu'on peut l'étirer en fils. Dans le
nord de la Suède, le lait ainsi mo-
difié est employé comme aliment {d).
L'action des bases et des acides sur la
caséine a été étudiée récemment par
MM. Millon et Commaille (e).
(3) C'est à raison de cette propriété
de la pepsine que la présure coagule
le lait (voyez tome VII, page 32).
(Ã ) Comme l'albumine est ordinai-
rement en trop petite quantité dans le
lait normal pour que ce liquide se
coagule par l'ébnllition, cette substance
a passé inaperçue dans la plupart des
(a) Donné, Cours de microscopie, p. 350.
(6) Beuscli, Ueber die Gegenwart des Milchenshers in der Milch der Fleisehfresser {Ann. dev
Cliemie und Phann., lSi7, t. LXI, p. 2'2i).
— Riiff, vojez Oay, Phtjsiological Chemistry, p. 274.
(c) Els-a-ser, On lluman Milk [iVuntlily Journal ofMed. Se, 1854, l. XVIII, p. 356).
((/) Berzelius, Traité de chimie, t. VIII, p. 631.
(«) Millon et Coiiiiiiaille, De l'apiiuté de la caséine pour les bases, etc. {Comptes rendus de
VAcad. desseiences, 1805, t. LX, p. 118 et 859 ; t. LXI, p. 221).
lÛO REPRODUCTION.
reçu le nom de lactoproléine ; mais il est fort douteux que
ce produit soit un principe immédiat particulier (1).
Le suoe de lait, qu'on désigne aussi sous les noms de
lactose ou de lactine (2), est soluble dans 6 parties d'eau froide
el dans 2 parties d'eau bouillante. 11 est susceptible de cris-
talliser en prismes, et dans cet état sa composition chimique
est la même que celle de l'acide lactique monohydraté (3) ;
aussi sous l'influence de certains ferments, peut-il facilement
se transformer en cet acide (û), tandis que par l'action d'autres
analyses ; mais son existence a été
constatée par Doyère, ainsi que par
phisieurs autres cliimisles {a).
(1) MM. iNIillon et Commaillc don-
nent le nom de lactoproléine à une
substance albuminoïde qui reste en
dissolution dansle pj'tit-liiil après que
l'on a déterminé la coagulation de la
caséine et de l'alhumine par l'addition
d'une certaine quanlilé d'acide acéti-
que et par l'ébullitioii (6). Cette ma-
tière n'est coagulée, ni par l'acide
azotique, ni par le bicldorure de mer-
cure, mais est précipitée par le réactif
appelé liqueur nitro-mercurique. Ces
chimistes ont reconnu la présence de
cette matière protéiqne daus le lait
de Vache, de Chienne, de Brebis,
d'Anesse et de Femme.
(2) La découverte du sucre de lait
paraît dater de 1619 et être due à un
chimiste nonnué Bertholdi (c). Four-
croy en ht une élude alleiilive (d). Le
nom de lactose lui fut donné par
M. Dumas, et celui de lactine par
AL Baudrimoiit (e).
(3) L'acide lactique fut découvert
par Scheele en 1780, dans le petit-lait
aigri (/").
{!\) La composition de la lactine est
représentée par la iornude
C24H2402*;
celle de l'acide lactique par
C6ll505,HO.
Chauffée à 120 degrés, la lactine perd
!2 équivalents d'eau, et à 130 degrés
elle en abandonne encore 3 ; elle se
trouve par conséquent réduite Ã
C2<II'90'»,
et c'est aussi lacomposilion ([u'elle pré-
sente lorsqu'elle est combinée avec de
l'oxyde de plomb.
Pour le dosage du sucre de lait,
(a) Doyère, Du lait ati point de vue physiologique et économique lAnnales de l'Institut agro-
nomique de Versailles, 1852, t 1, p. 2:i5).
— Quevenne, De la présence de l'albumine dans le lait à l'état normal (Journal de phar-
macie, 3' série, d853, t. XXIV, p. 94).
(6) Millon et Commaillc. Nouvelle substance albuminoïde contenue dans le lait [Comptes rendus
de l'Académie des sciences, 1804, t. LIX, p. HOI).
(c) Voyez Robin, Traité de chimie anaiomique, t. 1[, p. 580.
(d) Fomcruy, Système des connaissances chimiques, t. IX, [>. 482.
(e) Dum.is, Traité de chimie, 18 43, t. VI, p. £95.
— Baudrimtinl, Thèse sur l'état actttel de la chimie organique, 1838.
(/) Scheele, Upuscula chemira, t. Il, p. 311.
LAIT. 1^1
agenls il se comporte comme les sucres ordinaires et donne
naissance à de ralcool ainsi qu'à de l'acide carbonique (^).
Les matières grasses du lait constituent le beurre ('2) ; mais
cette substance n'est pas un principe immédiat, c'est un mélange
de margarine, d'oléine, de butyrine (5), de caprine et de ca-
proïne, composés qui tous paraissent être dus à la combi-
naison de la glycérine (4) avec des acides organiques particu-
liers auxquels on a donné les noms d'acide margarique, d'acide
oléique, d'acide butyrique, etc.
Le lait contient aussi quelques autres substances organiques,
mais elles n'ont que peu d'importance (5).
M. Poggiale profite de l'action rédiic- que les recherches de M. Heintz ten-
trice de cette substance sur le tarirate dent à faire penser que la substance
cupro-potassique, ou bien encore de désignée généralement sous le nom
son influence sur le plan de polarisa- de margarine se compose de quatre
tion de la lumière (a). corps gras neutres qui se distinguent
(1) On sait depuis longtemps que entre eux par les acides résultant de
les Tartares fabriquent avec le lait leur saponification (e); mais dans l'état
de la jument une liqueur enivrante actuel de la science, ces distinctions
appelée koumiss {b). n'influent pas sur l'étude physiolo-
(2) C'est principalement aux beaux gique du lait.
travaux de M. Chevreul sur les corps (3) La butyrine est une huile très-
gras que l'on est redevable des con- analogue à l'oléine, mais qui s'en dis-
naissances que les chimistes possèdent tingue par l'acide volatil qui s'en sé-
aujourd'hui sur la composition du pare lorsqu'on l'a traitée par un acide,
beurre et sur les propriétés des ma- Elle est peu odorante, mais l'acide
tières qui s'y trouvent ou qui dérivent butyrique a au contraire une odeur
de ces principes immédiats (c). Plus particulière très-intense, qui est celle
récemment, la composition du beurre du beurre rance.
a été étudiée de nouveau par quelques (6) Voyez tome 1, page 191.
autres chimistes {d), et je dois ajouter (5) Ainsi, en traitant le lait de la
(a) Pog-iïifile, Dosage du sucre de lait, etc. {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1849,
t. XXVni, p. 505).
(6) Pallas, Sammlung liist. Nachrichten ilber die mongolischen Yôlkerschaflen, 177G, t. I,
p. 133.
— Note sur le sucre de lait {Bulletin de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. 1837,
t. II, p. 120).
(c) Clicvrenl, Recherches chimiques sur les corps gras d'origine animale, 1823, p. 250 et suiv.
{di Bronieis, Ueber die in der Butter enlhallenen Fette und Fettsauren {Aniialen der Chemie
und Pharm., 1843, t. XLII, p. 4G).
— Lerch, Ueber die (leischigen Sâureu der Butter (Ann. der Crf^m. and Pharm., 1844,
t. XLIX, p. 212).
(e) Heintz, Ueber den Wallnith (l'oggenioriï' s Annalen, 1852, t. LXX.WII, p. 21}.
GInbules
(lu liit.
.]/jO UKPRODUCTION.
Les matières minérales qui se trouvent normalement dans
le lait sont des chlorures de sodium et de potassium, des phos-
phates alcalins, des phosphates de chaux et de magnésie, enfin
un carbonate alcalin. Les composes potassiques y sont plus
abondants que les produits sodiques, et les phosphates terreux
V existent en plus forte proportion que dans le sang (1).
Il est aussi à noter que beaucoup de substances qui ont été
introduites dans le torrent de la circulation, soit avec les ali-
ments, soit de toute autre manière, sont excrétées par les
glandes mammaires, et se trouvent par conséquent dans le lait,
dont elles modifient les propriétés; mais ce sont là des accidents
(]ui n'influent pas sur la constitution essentielle de ce liquide ('2).
Examiné au microscope, le lait se montre composé d'un
li(pii(ie transparent et légèrement jaunâtre que l'on peut ap-
Varlic par du sulfure de carbone, on riiosphaïc .le soiulc o." lo
. — de cliaux U.Jou
on sépare une niatieic odurauto qui _ ^^ „Kigiiésie .... 0,050
rappelle le pailuni du fourrage ou — de fer 0,001 (c).
l'odeur particulière d'auU-cssidîstances
alimentaires; mais le même résultat Ces résultats se rapprochent l.eau-
n'a pas été obtenu en agissant sur du co.ip de ceux obtenus <ians les ana-
lai, de Chèvre («). '>^<^« ^'^ '^'^ ^»« "^''^^ P^'' ''l .""'^'-
Laprésencede l'urée a été constatée Hn (d) ; mais dans les expenena^^
aussi dans le lait de la Vache (6). faiios plus anciennement p;.r AlAl. falf
(1) i;analyse des cendres du lait et Sclnvarlz, la proportion de pl.os-
de Femme a fourni, pour 100 parties pliate de chaux était plus élevée (e).
de ce liquide: (2) Pour plus de détails .1 ce su-
jet, je renverrai aux reclierçlies de
Soude pi ovenani delà d.îcompo- ^j^]^ Chevallier Cl 0. Ilcnri, Péligot,
sillon du laclalc sodique. . . 0,030 ' '
Chlorure de potassium 0,070 RCCS (/J.
(a) 1-cfort, Sur Vexislence de Vurée dans le lait des Animaux herbivores {Comptes rendus de
VAcad. des sciences. iSQ6,uL\n, p. VJOU .,.,,,, . aqca. i itx
(b) Millon et Commaille, Analyses du lait {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 180*. t. IA.\,
^ {c) Weber, Vntersuch. der unorganischen Jiestandtheile der Kulmileh (Poggeniorifs Anna-
len der Physik und Chem., i849, t. LXXVI, p. 300).
(d) llaidkn, Veber die Sahe und die Analyse der Kulmilch (Ann. der Chemieund Phann.,
1843, t. XI.V, p. 363). . .
(e) Sdnvaiiz, Dissert, inaug. sislens nova experim. cire. tact, pnncip. consiit. Kiei, i»i.j.
(f) Clievallicr et 0. Hemy, Mà noire sur le lait {Journal de chimie médicale, 2' série, 4 839,
' _Lpéli"-ot, Mém. sur la composition chimique du laitd'Anesse {Ann. de chimie, 1836,
' — Recs, art. MiLK (Todd's Cyclop. of Anat. andPhyaioL, l. III, p. 362).
LAIT. U3
peler du sérum, et d'une multitude de cori)uscules sphériques
ou globules tenus en suspension dans le Iluide dont je viens de
parler (1 ). Ces globules, dont le volume varie beaucoup (2), sont
brillants au centre, et à cause de leur grand pouvoir réfrin-
gent, ils paraissent noirâtres sur les bords lorsqu'on les ob-
serve par transparence; mais on n'y aperçoit aucune membrane
enveloppante, et par la simple inspection il est très-diffîcile de
décider si ce sont seulement des gouttelettes de matières
grasses ou des cellules à parois minces contenant la graisse
dans leur intérieur (3). Pour résoudre la question, il tant avoir
recours à certaines manipulations (i) ou à l'action des agents
(1) La découverto des p;lobules tlu
lait est due à Lceuwenlioeck. Pour
l'histoire des travaux faits sur ce sujet
par les autres niicrograplics, je ren-
verrai à Touvrage de M. Mandl (a).
('.2) Les globules du lait ont en gé-
néral de 0""",002 à 0"'™,005 de dia-
mètre (6) ; ils présentent à peu près
les mêmes caractères chez les diffé-
rents Mammifères où on les a exami-
nés, excepté cepemLint chez le Lapin.
Les globules du lait de Chèvre (c) et
du Chameau à deux bosses paraissent
être beaucoup plus petits que ceux du
lait de Vache.
Plusieurs auteurs pensent que le
lait à l'état normal contient aussi des
globules caséiques. Mais ces corpus-
cules paraissent être produits par un
premier degré de coagulation et dus
au développement de traces d'acide
lactique, qui précipiteunpcu de caséine
dans un étal de division extrême.
(3) Les micrographes ont été très-
partages d'opinion à ce sujet.
(4) Ainsi Lélher et l'alcool, qui dis-
solvent rapidement les graisses, n'atta-
quent pas les globules du lait tant que
CCS corpuscules sont dans leur état
normal ; mais si on les soumet préala-
blement à Faction de l'acide acétique,
qui est un dissolvant pour les substan-
ces albuminoïdes, dont ils paraissent
être revêtus, ils disparaissent prompte-
ment dans l'un ou l'auti e des réactifs
indiqués ci-dessus. Ces globules se dis-
solvent également dans rétlier ou dans
Talcool, lorsque, par une ébullition
prolongée dans ce liquide ou par d'au-
tres moyens, on rompt leurs parois
membrani formes. Les phénomènes que
l'on remarque pendant que les glo-
(a) Leeuwenlioeck, Microscopical Observations (Philos. Trans., 1674, n" 103, t. IX, p. 23j. —
Opéra omnia, t. II, p. 12 ; t. IH, p. 106.
— Mandl, Anatomie microscopique, t. I, St^ partie, p. 45 et suiv.
— Haiting, Histologische Aanteekeningen {Tijdschrifi voor Natuurlijke geschiedenis en
Physiologie, 1845, l. XII, p. 39l.
— Lammerls von Bueren, Onderzoekingen over de Melkbolletjes [Nederland Lancet, 2* série,
18411, t. IV, p. 722).
(6) Kolliker, Traité d'histologie, p. 595.
(c) Donné, Cours de inicroscopie, p. 372.
ihh
REPRODUCTION.
cliimiques qui sont de nature à dissoudre la graisse, et alors on
acquiert bientôt la conviction que certains de ces corpuscules
sont formés d'une sphéride de graisse revêtue d'une couche
mince de substance albuminoïde (1). Du reste, rien ne prouve
que cette enveloppe soit une cellule organisée (2), et il est
fort possible qu'elle soit produite seulement par la saponifi-
cation d'une portion de la goultelette de graisse, dont les acides
gras, en enlevant de l'alcali à la caséine circonvoisine, détermi-
neraient la précipitation d'une couche mince de cette substance
coagulablc, ainsi que cela a été observé par Acherson dans les
émulsions formées au sein d'un liquide albnniineux (3), et l'on
a constaté expérimentalement que la graisse agitée avec de la
caséine se comporte de la même manière (/t).
billes laiteux sont attaqués par Tacide
acétique plus ou moins étendu d'eau,
tendent également à faire penser que
ce sont des utricules membraneuses
d'une délicatesse extrême renfermant
de l;i graisse (o).
Il est aussi à noter que, d'après
iM. jMulder, la quantité de graisse que
l'éther peut enlever au lait augmente
avec le temps écoulé depuis la traite,
ce que Ton explique par la destruction
progressive de rcnveloppe des globu-
les par suite de la fermentation (b).
(1) M. Dumas conclut aussi à Tcxis-
tence d'une membrane autour des
globules butyreux d'après les résultats
de l'expérience suivante : Si l'on dis-
sout du sel marin à saturation dans le
lait, la filtration de ce liquide donne
un sérum parfaitement limpide con-
tenant tout le caséum soluble, le sucre
de lait et les sels. Or, malgré les la-
vages prolongés à l'eau salée, on re-
trouve toujours une matière caséeuse
associée au beurre de ces globules, et
conséquemmont insoluble dans l'eau
salée (c).
(2) Les globules du lait présentent
à un liant degré le mouvement brow-
nien, mais ce phénomène physique
n'implique en aucune façon l'existence
de propriétés vitales dans ces petits
corpuscules (d).
(3) Voyez tome I, page 80.
{Il) Fr, Simon a observé ce phéno-
mène en agitant de la graisse dans
une dissolution de caséine provenant
du cristallin (c).
(a) Clialin, Sur le lait de la Chamelle à deux bosses (Journal de pharmacie, 4* série, 18(35,
t. I. P. 2G4).
(6) Henle, Traité d'anatomie générale, t. II, p. 522.
Alex. Mùller,, Ueber die Susse Milchgdhrung xind die Deslimrnung des Fcttgehaltcs der
Milch ohne Eindampfung derselben (Journ. jiir prakt. Chemie, 18(H, t. LXXXII, p. 13).
{c) Dumas, Constitution du lait des Carnivores {Ann. des sciences nul., 3' série, 1845, t. IV,
p. 105).
(d) Donné, Cours de microscopie, p. 35'J.
(e) Fr. Simon, Animal Chemistry, I. II, p. 43.
LAIT. l/i5
Il est aussi ù noter que ees corpuscules se eonsliluent d'abord
dans l'intérieur de vésicules assez analogues aux cellules adi-
peuses ordinaires, et que c'est dans l'intérieur de ces organites
qu'on les trouve dans les parties initiales de l'appareil mammaire ;
uiais lorsque les produits Ibrmés dans les ampoules sécrétoires
passent dans les canaux galaclophores, ces cellules se détruisent
et laissent échapper leur contenu (1).
§ 5. — L'imporlance du lait est si grande en physiologie,
en agronomie et dans l'économie domestique, que nous ne pou-
vons passer rapidement sur son histoire, et qu'après avoir tait
connaître sa constitution, il me parait indispensable d'exa-
miner les altérations qu'il jjeul subir au contact de l'atmos-
phère. En clïet, ces changements intluenl beaucoup sur ses
qualités alimentaires, et peuvent être utilisés de diverses
façons.
La pesanteur spécifique des globules du lait, formés prmci-
palement de beurre, est moindre que celle du liquide ambiant,
et par conséquent ces corpuscules lendent à monter vers la
surface. Ce mouvement s'ctïectue plus ou moins promptement
lorsque le lait est en repos, et il se forme ainsi à la surface du
liquide une couche plus ou moins épaisse de crème; mais le
départ cnti'c les globules graisseux et le sérum ne se fait pas
d'une manière complète, et la crème n'est en réalité (pie du lait
très-riche en globules butyreux, tandis que le liipiide sous-
jacent n'eu conserve que très-peu (2). Par une agitation vio-
(1) Le lail contenu clans les ampou- sur la rapidité avec laquelle la crème
les ou vésicules initiales de l'appareil se forme à la surface du lait. Lorsque
mammaire ne consiste donc qu'en un la température est entre I2>t 15 de-
liquide séreux contenant des cellules grés, ce résultat s'obtient dans l'es-
adipeuses qui paraissent s'être delà - pace de vingt-quatre heures, tandis
chées des parois de ces cavités («). qu'à une température plus basse, il se
('i) La température inlluc beaucoui) passe souvent deux jours, ou même
(a) Rcinliai-l, Op. cU. {Àrchiv fUr palhol. Anat., I. I).
IX. jO
146 REPRODUCTION.
Icute et prolongée, on peut déterminer hi réunion des parties
graisseuses du lait, qui se soudent entre elles, et c'est de la
sorte que par l'opération du barattage on obtient le beurre.
Ainsi que je l'ai déjà dit, la lacline, ou matière sucrée du lait,
est susceptible de se transformer en acide lactique. Or ce chan-
gement s'opère toujours plus ou moins rapidement lorsque cette
substance est exposée à l'action de l'atmosphère, et qu'elle se
trouve en présence d'une matière organique azotée, telle que
la fibrine, l'albumine, la caséine ou le gluten. Le lait contient
de la caséine, et par conséquent nous pouvons prévoir que,
placé dans ces circonstances, il doit s'aigrir, car de l'acide lac-
tique s'y développera. C'est elïeclivement ce que l'on observe,
et l'acide ainsi ibrmé, en agissant sur la caséine en dissolution
dans ce liquide, la coagule. La caséine précipitée de la sorte se
montre d'abord sous la forme de petits corpuscules isolés, d'une
ténuité extrême ; mais à mesure que le phénomène se développe
et que le précipité devient plus abondant, les globulins caséi-
ques se réunissent entre eux, et forment des grumeaux ou un
caillot unique qui ramasse dans ses interstices tous les autres
corpuscules en suspension dans le liquide. Cette coagulation du
lait est semblable à celle qu'on produit artificiellement en y ver-
sant de l'acide sulfurique ou toute autre substance apte à préci-
piter la caséine; et puisqu'elle résulte du développement d'un
acide libre, on voit que, pour l'empêcher de se produire, il suffi-
deux jours et demi, avant que la nos campagnes, cent litres de lait de
réimion des globules butyriques se Vache, de bonne qualité, fournissent
soit complétée. Lorsque la tempéra- huit à dix litres de crème en été et
tare est plus élevée, la coagulation do environ douze litres ea hiver [a) ; mais
la caséine a souvent lieu avant que la il résulte des expériences de M. Bous-
loialité de la crème se soit élevée singault, qu'en Alsace, les Vaches bien
h !a surface, et il reste du beurre nourries donnent un lait plus riche,
dans le fromage. Les agronomes des car on en obtient plus de 15 pour 100
environs de Paris évaluent que dans de crème (6).
(a) Ileuzc, Du lait et de son emploi en Bretagne, 1845.
(6) Boussingault, Économie rurale, t. II, p. 427.
LAIT. ilil
rait de iieulraliscr cet agent à mesure (|iri! se forme. C'est
elïectivement ce qui a lieu, et l'un des procédés employés très-
fréquemment pour empêcher le lait de tourner, comme disent
les ménagères, consiste dans l'addition de pelites quantités de
bicarbonate de soude (1). Lorsque les globules butyreux ne se
sont pas séparés du reste du lait sous in forme de sérum avant
(jue la coagulation du caséum ait eu lieu, ces corpuscules se
trouvent englobés dans le caillot, et dans tous les cas le liquide
qui reste, et qui est connu sous le nom de jjetit-lail^ contient la
lacline non décomposée, ainsi que les sels solubles du lait et les
lactates qui y ont pris naissance. Ce produit n'est pas sans
emploi, soit en médecine, soit pour l'alimentation des animaux
de ferme, et, toutes choses étant égales d'ailleurs, il est en gé-
néral d'autant plus cliargé de lactine, que la précipitation de la
caséine a eu lieu plus promptement ; aussi, lorsqu'on empêche
cette coagulation de s'effectuer en neutralisant l'acide lactique
à mesure qu'il se développe, il peut arriver (jue la totalité du
sucre de lait se transforme en acide lactique, et que le petit-
lait ne renferme plus que ce produit associé à des composés
salins (2). Jusque dans ces derniers temps les chimistes pensaient
(l)On doit à Darcet rindication de Fremy ont été conduits à penser que
ce moyen qui, employé dans certaines si la transformation du sucre de lait
limites, ne présente aucun inconvé- en acide lactique s'arrête lorsque le
nient grave, et facilite beaucoup la caillot s'est formé, cela dépend seule-
conservation du lait que l'on veut ment de ce que la caséine ne se li'ouvc
transporter à des distances considéra- plus en dissolution dans le liquide
blés, ainsi que cela est souvent néces- chargé de ce sucre, et qu'en redissol-
saire pour l'approvisionnement des vaut la caséine par un alcali on peut
grandes villes. La quantité de bicar- déterminer de nouveau !a production
bonate de soude que l'on emploie de d'acide lactique (a). En opérant de la
la sorte est de l/'2000" du poids du sorte, ils ont pu transformer la tota-
''•'t- lité de la lacline en acide lactique.
(2) Dans un travail important sur la MM. Pelouze et Gélis ont obtenu le
fermentation lactique, MM. Boulron et même résultat en ajoutant delà craie
, [a] Boulron el Fremy, Recherches sur la fermenlalioii lactique (Aiin. de chimie cl de physique,
3' série, 1841, t. U, p. 271).
j/i8 tlEPIlODUCTlON.
que la transformation dé la lactine en acide lacli(ji]e était déter-
minée par la caséine ou les autres matières organiques azotées,
qui joueraient le rôle d'un ferment : mais il résulte des recher-
ches de M. Pasteur, que les choses ne se passent pas de la sorte ;
(|ue le ferment dont l'action délcrmine ce phénomène consiste
en corps organisés vivants, qui se développent dans le lait, où
ils se nourrissent de matières azotées et autres dont ce liquide
est chargé (i).
à do l'eau sucrée contenant le forment
voulu (a).
(Ij La coagulation on apparence
spontanée du lall (c'est-à -dire la coa-
t,nilalion qui n'est pas délerminée par
Taddilion de la présure ou de tout autre
agoni cliiniiqno propre il i):écipilor la
caséine) résulte de l'action d'êtres or-
ganisés vivants, qui se développent
dans (0 liquide, et qui s'y nuillipliont
avec une grande ra])idité. Kn géné-
ral, cepliénomène est produit par des
végétaux microscopiques analogues Ã
ceux de la levure de bière, et que
J\l. Pasteur a désignés sous le nom do
ferment lactique, ils sont tués par la
chaleur ; ils ne résistent pas à 100 de-
grés, et les germes paraissent on
être déposés dans le lait par l'atmos-
phère ; ils ne prospèrent que dans un
liquide chargé de matières alimentai-
res azotées et neutres ou alcalines. On
peut les séparer par iiltration, et lors-
qu'on les sème dans un liquide ayant
les caractères que je viens d'indiquer,
ils y déterminent aussitôt la fernionta-
lion lactique; mais lorsque la liqueur
est acide, leur action s'arrête bientôt,
et la laclinc ne se transforme plus on
acide lactique. La présence d'autres
êtres microscopiques qui ont la forme
de Vibrions peut déterminer aussi la
coagulation du lait, el les germes de
ces animalcules paraissent ètresuscep-
libles de résister à une tompérature
de 100 degrés; mais lorsqu'on cliaun'e
à HO degrés du lait en vase clos her-
méliquement, on les détruit et le lait
reste inaltéré (d). On a pu on conser-
ver ainsi pendant plusieurs années,
sans qu'il se so'.t ni aigri, ni caillé, ni
putrélié.
Cette nouvelle théorie de la fer-
mentation lactique, et la deslruciion
(lu ferment végétal on question par la
chaleur, nous expliquent rulililé de
l'ébuliition du lait pour empêcher ce
liquide de s'altérer promptcment. Gay-
Lussac avait constaté qu'en faisant
chaufTcr le lait frais jusqu'Ã 100 de-
grés et on répétant celte opération
tous les jours (ou même tous les deux
jours en hiver), on peut le conserver
pendant plusieurs mois sans qu'il s'ai-
grisse (h) ; et aujourd'hui, lorsque,
pour l'approvisionnement des grandes
villes comme Paris, on transporte cette
denrée à des distances très-ronsidéra-
[a] Peloiize cl Gélis Mém. sur l'acide hulyrique [Ann. de chimie, 3» série, -1 841 , l. X, p. 437).
(b) Pasii'ur, Mémoire siw la fermentation appelée lactique (Ann. de chimie el de physique,
3' série, 1853, t. LU, p. 404). — Mém. sw les corjiuscules organiques qui cxislenl dans
l'atmosphère {.\nn. des sciences nul., 4» scne, IbGl, l. XVl, p. 52).
LAIT. U9
C'est aussi de rintrodnction accidenlelle de corpuscules or-
ganisés dans le lait et de leur développement ultérieur que dé-
pendent diverses altérations d'na autre genre, qui s'y mani-
festent parfois, par exemple l'apparition de taches bleues qui se
montrent d'abord à la surlace, et (]ui finissent par en envahir
toute la masse (l) ; mais dans la plupart des cas où le lait pré-
sente des qualités anormales, cela dépend d'un état patholo-
gique de l'individu qui produit ce liquide, et l'on y voit appa-
raître des corpuscules semblables à ceux qui caractérisent le
colostrum (-2).
§ /i. — La richesse du lait et les proportions suivant les-
quelles les diverses substances conshtutives de ce liquide s'y
trouvent mêlées, varient non-seulement dans les différentes
Degré
de richesse
du hit.
bles, 011 a souvent soin de le clianfler
au bain-marie, non-seulement avant
de l'expédier, mais à deux ou trois
reprises pendant le voyage. En clIVt,
cliaque fois qu'on élève ainsi la tcm-
péraluie du liquide, on tue les f.-r-
ments qui peuvent s'y trouver, et on
le préserve de tout cliangement, tant
que d'autres ferments charriés par
Tatmosphère n'y seront pas tombés et
ne s'y seront pas développés.
(1) Ce phénomène a été observé
plusieurs fois dans du lait de Vache, et
ftU d'abord alîiibaé au dé\eloppcmcnt
d'un Byssus (a) ; mais il résulte des
observations plus récentes de M. lùiciis,
qu'il est dû à la présence d'un ani-
malcule microscopique auquel cet au-
teur a donné le nom de Vibrio cijano-
geniis.
Une coloration en jaune peut être
produite par un autre Infusoire que
ai. Fuchs a appelé Vibrio xantho-
genus {b).
Le développement du Pénicillium
glaiicum, que Turpin attribuait Ã
une végétation des globules du lait (cj,
provient aussi de germes végétaux
introduits accidentellement dans ce
liquide.
(2) L'étude du lait de la Femme
et de la Vache dans divers étals
pathologiques a occupé rattculion
de plusieurs micrographes, parmi
lesquels je citerai en première ligne
M. Donné.
(fl) Braconnol, Observations snv le lait bleu [Journal de chimie médicale, 2= série, iSno,
I. II, p. C25).
— Bailleul, Recherches sur le lail bleu [Comptes rendais de l'Acad. des sciences, t. NVIt,
p. nss).
— GemMm, Recherches sur le lait bleu [Comptes rendus de l'Acad. des sciences, IS 13, t. XVH,
p. 133Ô).
(b) Fuchs, Beilrage zur nulieren Kenntniss der gesunden und fehlerhuflen Milch d^r Ilaus-
Ihiere iMaga^iin filr die gesainmte Tldcrtuitliuade, Jahrg. 7 (d'après Simon).
(c) Turpin, Rcch. microscopiques sur Vorganisation et la vitalité des globules du lait, etc.
[Ann. des sciences nat., 2" série, 183", l. \'lll, i'. 338j.
150
REPRODUCTION.
espèces de Mammifères, mais aussi chez le même individu, sui-
vant la période de l'allailemenl, le régime et plusieurs autres
circonstances biologiques. Le tableau suivant, emprunté à un
travail important publié sur ce sujet, il y a peu d'années, par un
de mes anciens élèves, feu M. Doyère, peut servir à fixer les
idées touchant les différences spécifiques (Il Mais en prenant
en considération les résultats fournis par l'analyse dans tel ou
tel cas particulier, il ne faut pas oublier que les limites des
variations individuelles peuvent être très-étendues.
FEMME.
VACHE.
CHÈVRE.
BREBIS.
LAMA.
ANESSE.
.lUMENT.
Eau
87,38
87,60
87,30
81,60
86,60
89,63
91,37
Beurre
3,80
3,20
li.liQ
7,50
3,10
1,50
0,55
Casé i ne
0,34
3,00
3,50
4,00
3,00
0,00
0,78
Albumine. . . .
1,30
1,20
1,35
1,70
0,90
1,33
l,'i0
Sucre de lait.
7,00
4.70
3,10
4,30
5,60
6,40
5,50
Sels
0,18
0,70
0,35
0,90
0,80
0,32
0,40
Nous voyons donc que le lait de la Brebis est remarquable-
ment riche en beurre, les matières azotées y abondent, et le
sucre de lait s'y trouve en proportion assez forte (2). Le lait
d'Anesse est au contraire très-pauvre en matières grasses et
(1) 11 est à noter que dans ces
analyses faites d'après un proc(''dé
particulier à M. Doyère, la substance
azotée désignée sous le nom d'alini-
mine a été dosée en traitant lepelit-
lait par deux fois son volume d'alcool
et en desséchant convenablement le
précipité ainsi obtenu (o).
MM.^Millonet Commaiile évaluent la
quantité d'albumine contenue dans un
litre de lait, terme moyen, Ã
11,83 chez l'Anesse;
6,43 chez la Chèvre ;
5,25 chez la Vache ;
0,88 chez la Femme (b).
(2) 11 résulte des analyses faites
par :\l\i. Filhol et Joly, que les pro-
portions des diverses substances con-
stitutives de ce lait varient notable-
ment suivant les races. Ainsi le lait des
Brebis de la race lauraguaise a fourni
8,3 de caséine, 10,4 de i)eurre et Zi,l
de sucre pour 100, tandis que dans le
lait des Brebis anglaises des .South-
dovvns, ces auteurs n'ont trouvé que
(a) Doyère, Étude du lait au point de vue pliysiologique et économique {Annales de l'Institut
agronomique de Versailles, t. I, 4 852).
(b) Millnn cl ("nniniaille, Analyse du lait (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 18G4, l. LIX,
p. 398).
L\IT. 151
albiimineuses, mois est plus riclic en lactine (1). Le lait de la
Femme (2) s'en rapproche plus que du lait de la Vache (o),
6,5 de caséine, li de beurre et li,6 de être très-considérables; ainsi quatorze
sucre (a). analyses faites par Fr. Fimon ont
(1) Il est aussi a noter que la ca- fourni pour 1000 p;uties de lait :
seine du lait d'Anesse paraît être Moyenne. Maximum. Minimum.
plus facilement attaquée par le suc Beurre. . 25,3 54,0 8,0
gastrique que la caséine du lait de Caséine . 34,3 45,2 10, G
Vache. Des expériences intéressantes S""'*^ ''<^
sur la digestibiliié comparative des ''"'^'^- '^^•- ^^'^ ^^'-
laits de Femme, d'Anesse et de ^''' " " ' "'^ ^'"' ^•'''^''^ '
Vache, ont été faites en Hollande par M. Boedeker y a trouvé seulement
M. Lammerls, et il en résulte que 31 millièmes de matières grasses (e).
pour les jeunes enfants, c'est le lait L'T proportion de lactine y est très-
d'Anesse qui paraît le plus propre à considérable. MM. Millon et Com-
remplacerlelait de la Femme (6). maille l'évaluent à 77 grammes par
(2) La composition du lait de la litre, tandis qu'ils n'ont trouvé pour la
Femme a été examinée par plusieurs nième quantité de liquide que 608', 8
chimistes: quelques auteurs ont pensé decette substance dansle lait d'Anesse,
que la proportion des matières grasses 5/iSr,7 (terme moyen) dans le lait de Va-
contenues dans ce liquide était plus che, et/iZi8',9dansle lait deChèvre(/';.
faible que celle du beurre fourni par J'ajouterai que MM. Vernois et
le lait de la Vache; mais les recher- ^'^' Becquerel, .se fondant sur les ré-
ches de M. Pleischel et de I\î. Meggcn- sultats de 89 analyses, donnent, pour
hofen tendent à établir qu'elle n'en représenter la composition moyenne
difl'ère pas, dn lait de la Femme dans l'état de
Deux analyses de lait humain fai- santé, les nombres suivants :
tes par Lhéritier ont donné les résul- Pesanteur spécifique. . . . 1032,07
tats suivants : Ea" 889,08
Sucre de kiit 43,04
■'■■■■"'">o 8i0,0 Caséine et matières extrac-
•^■^"'"•^ ''^"^'5 52,0 ti,e, _ . 39,24
'^'■''•^'"'^ 1'.^ 9.5 Beurre 26,66
Sucre de lait . . 74,0 63,4 Ceudres 1,38 (s)
Sels 4. 4 5 !r\
' ' ' (3) Le lait de Vache a été analysé
Les variations individuelles peuvent par beaucoupde chimistes etasouvent
(a) Filiiol et Joly, Analyses du lait de Brebis appartenant à différentes races (Comptes rendus
de l'Acad. des sciences, 1858, t. XLVII, p. 1013).
(6) l.amniorts von Bueren, Vergelijkende dicjestie-prÅ“ver van verschillende Melksoorlen [Neder- â–
landsch Lancet, 2- série, 1842, t. IV, p. 753).
(f) Lhéritier, Traité de chimie pathologique, p. 627.
((/) Simon, Die Franenmilch, nach ihrem chemischen und phynologischcn Xerhalten darae
stellt. Berlin, 1838. —Animal Cheinistry, t. 11, p. 51.
(e) Boedeker, Pie Zusammensetzung der Frauenmilch (Zeitschr. rat. Med., 1860, t. X,
p. 102).
If] Millon et Commaille, voyez Pelouze et Frcmy, Truite de chimie, t. VI, p. 033 (1805).
[g] Vernois et A. Becquerel, Rech. sur le lait [Ann. d'hygiène, 1853, t. L\, p. 267).
452 HEPIIODUCTION.
mais le sucre de lait y abonde davanlaj^'e. Le lait de la Clianielle
est très-ebargé de lactine et de matières azotées, mais ressemble
au lait de la Vacbc par la [)roportioii de beurre que l'on y a
rencontrée (1). Le lait de la Jument ne contient que des quan-
tités très-faibles de corps gras (2). Enfin, cbez la Truie (o) et
fourni un pou plus de corps gras que
dans les expériences de I)oy{;rc citccs
ci-dessns (a). La proportion de ces nin-
tii-res a ôlé on moyenne de h pour
100 dans les analyses faites par
1\1M. Boussingault et Lebcl {h). La pro-
portion moyenne de caséine a varié
entre 3,6 (c) et 7 pour 100 {d).
Les malirres grasses du lait de
Vache contiennent toujours nue sub-
stance colorante jaune, tandis que le
beurre provenant des laits de Clièvrc,
de lîrebis, d'Anessc et de l-'emme est
ordiiiaircniont incolore (e).
Le lait du Lama est presque iden-
tique avec celui de la Vache (/").
(1) Le lait de la Chamelle {Camelus
bactrianus) , examiné par M, Chalin,
contenait, pour 1000 parties, hO de
matières azotées (caséine et alimmine),
et 58 de sucre de lait, et oG de
beurre (g).
(2) Le lait de Jument est très-pauvre
en matières solides ; dans deux ana-
lyses faites par Doyère, la proportion
la plus forte a éié : pour la caséine, de
1 pour 100 ; pour l'albumine , de
l,9i) ; pour le beurre, de 1,70, et pour
le sucre de lait, de 6,7. L'écart entre
les maxima et les minima était très-
considérable (h).
(3) Le lait de la Truie est très-riche
en caséine, mais ne contient que peu
de matières grasses. Chez un de ces
(a) Pai-iiionlicr cl neveux, Analyse, du lait (Ann. de chimie, t. VI cl VII).
— Berzflius, Traité de cltimie, I. VIII, p. 027.
— Scliiiblor, lidili. sur le lait et sur ses principes immà liats {Biblioth. univ. de Genève,
1817, AGiiici'LT., t. II, p 27S).
— Qiievctiiie, Lait, composition chimique, etc. i.\nn. d'Iiyijièae, t. X.WI).
— I.ecami, Note concernant l'analyse du lait {Journal de pharmacie, t. XXV, p. 20).
— H:iiillcii, UeLer die balzc und die Analyse dcr Kuhmikh [Ann, der Cheiuie und Pharm.,
18i3, t. XLV, p. 2(!3).
— Simon, Op. cit., t. H, p. 02.
{b) Lflicl cl lioiissini,'a;ill, loc. cit. {.\nn.de Chimie et de Phys., 1830, t. I.XXI).
(c) Siinoii, Op. cit., t. II, p. 02.
{d) r\i;iic\ie\, L'eber Du! ter und FraucnmUch {Jahrb . der CMcmic \on Scliwciyger, 1831, t. XXXII,
p. 125).
— ^ilcgç^ùschoiai) , Cliemische Untersnchungen iiber die Frauenmitch {Zeilschrift fiir Physio-
log'.e von Tiedcniann und Treviranus. 182'J, t. 111, p. 274).
(cl Millun et Comuiaillc, Analyse du lait {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, ISGi, 1. MX,
p. 399).
(/■) Doyèie, Op. cit. {Ann. de l'Institut açironomiquc de Versailles, 18.">2, t. I, p. 254).
(ij) Chalin, Sur le lait de la Chamelle à deux bosses {Journal de pharmacie, 4* série, 18G5,
t. I, p. 204,.
[h) Van Siiplirian Luiscius cl IJaiiJl , Disquisitio, etc. {Mém. de la Soc. de méd., 1787,
p. 525).
— Lassaiç^ne, Note sitr la composition du lait de Jument (Journal de chimie médicale ,
2'sciie, 1839, t. Il, p. 87).
— lUiyOre, Op. cit. {Ann. de l'Institut agronomique de YersaUles, 1. 1, p. 235).
LAIT. ^^^^
chez les Carnivores (1), la proporlion de caséine s'élève beau-
coup, et chez ces derniers la lacline manque en général presque
I complètement.
Les aliments peuvent exercer une influence considérable sur
la composition du lait (-2). Ainsi on doit à M. Dumas des expé-
riences très-inléressantes faites sur des Chiennes soumises Ã
différents régimes, expériences dont il ressort que la quantité
de sucre de lait contenu dans ce liquide est en grande partie
animaux de race allemande, on a trouvé
ce liquide composé de :
Eau 85,49
Beurre 1,95
Sucre de lait 3,03
Caséine 8,45
Sels 1,09
Chez une autre Truie de race an-
glaise (dite d'Essex), la proporlion de
sucre de lait n'était que de 2,28 pour
100 et celle de la caséine de 7,3G pour
100 (a).
(1) Dans les analyses du lait d'une
Chienne faites par Fr. Simon, la pro-
porlion des matières solides s'éleva de
31,8 Ã 3/|,2 pour 100. La proporlion
de beurre varia entre 13,3 et 16,2;
celle de la caséine fut dans un cas de
l/i,6, et dans un autre de 17, /i pour
100. Il n'y avait que des traces de
sucre de lait [b). î\]. Clcnim trouva 27
centième.vie matières solides et con-
stata également la présence de la lac-
tine (c). Enfin ÃŽM. Dumas obtint des
résultats analogues (d).
11 est cependant à noter que dans
une analyse faite par MM. Chevallier et
Henry, la proportion de caséine et de
beurre était moindre que dans le lait
de Vache (e).
(2) M:\I. Vernois et A. Becquerel
ont analysé comparativement le lait de
nourrices dont les unes étaient très â–
bien nourries, et dont les autres l'a-
vaient été mal, et ils ont obtenu en
moyenne, pour 1000 :
Dans
le 2- cas.
104,31
18,85
38,68
45,70
Ainsi, sous l'influence d'une alimen-
tation abondante et bien choisie, il y
avait dans le lait plus de deux fois
autant de matières grasses que chez
les nourrices mal nourries, et chez ces
dernières la proporlion de lacline était
au contraire un peu augmentée; les
dilTérences dans la proporlion de ca-
séine n'étaient piis notables (/").
Dans
le 1" cas.
Matières solides. . . 123,17
Bourre '43,47
Cnséum 37,07
Sucre de lait. ... 4! ,04
(«) Sclieven^ voyez Pelouze et Freniy, Traité de chimie, t. VI, p. 024.
(6) Fr. Simon, Animal Chemistry, t 1(, p. 00.
(c) Clemm, voy. Scherer Mtlch (Wagner's HandiuurUrb. dev PhysioL, t. H, p. 407).
id) Dumas, Du lait des Carnivores {Ann. des sciences nat., 3" série, t. IV, p. 18i).
(e) Chevallier et 0. Henry, Op. cit. {.humai de pharmacie, t. XXV).
(/■) Vernois et A. P.ec(pierel, Recherches sur le lait {.inn. d'hygiène publique, 1843, t. XLIX,
p. 314).
154 REPRODUCTION.
subordonnée à la quantité d'aliments féculents dont ces Ani-
maux font usage. Ainsi que je l'ai dit, le lait de ces Carnivores
est toujours très-riche en caséine et contient aussi beaucoup de
graisse, mais en général on n'y trouve que des traces de lactine :
à la suite d'un régime de viande seulement, M. Dumas ne put
y découvrir aucune trace de cette substance, tandis qu'il en
obtint des cristaux plus ou moins abondants en opérant sur du
lait provenant de Chiens nourris principalement avec du
pain (1). La qualité du lait et celle du beurre qu'on en extrait
peuvent être également modifiées par le régime (*2), ainsi que
(1) Le laii d'uno Cliicnnc soumise
à un régime mixte a fourni :
Eau G9,8
Beurre 12,4
Matières extractivcs. . . 2,5
Caséiim 13/)
Sels solubles 0,71
Sels insolubles 0,77
Dans d'aulrcs expériences, la pro-
porlion de caséine a été même un peu
plus l'orie, et celle du beurre est des-
cendue jusqu'à "G et même jusqu'à 3
pour 100 (a). Ainsi que je l'ai dit ci-
dessus, la proportion de lactine est
notablcmenl augmentée par le régime
mixte, mais on peut encore découvrir
des traces de celte substance même
dans le lait des Chiennes qui ont été
nourries de viande seulement (6).
M. Dumas a constaté aussi que le
lait de la Cliienue possède une pro-
priété remarquable : il se prend en
bouillie épaisse lorsqu'on le chauffe ;
mais il perd cette propriété lorsqu'on
l'élend d'eau.
M. Bensch a trouvé que par l'évn-
poration, la lactine de ce lait se trans-
forme en glycose (c).
(2) La proportion de margarine et
d'oléine contenue dans le beurre peut
varier beaucoup chez les mêmes Ani-
maux, suivant le régime et les autres
conditions biologiques. Ainsi, dans les
Vosges, celte proportion est de 186 de
margarine pour 100 d'oléine en hiver,
lorsque les Vaches restent à l'éfable et
sont nourries de fourrages secs, tandis
que la proportion do margarine des-
cend jusqu'à 66 en été, lorsque ces
mêmes Animaux paissent à la mon-
tagne {d).
On doit à MI\L Boussingault et
Lebel une série d'expériences sur la
composition du lait des Vaches sou-
mises à des régimes différents ; mais
les aliments employés étaient ceux
(a) Dumas, Composition du lait des Carnivores {Ann. des sciences nat., 3" série, 1845, t. IV,
p. 184).
(6) Glenim, Op. cit.
(c) Beiiscli, leber die Darstell. der Milch {Ann. der Chemie und Pharm., 1847, t. LXI-
p. 221).
{dj Dumas, Boussingault et Payen, Bccherches sur l'engraissement des Bestiaux et la forma-
tion du lait (Ann. de chimie et de physique, 3' série, 1843, t. \Ili, p. diij.
LAIT.
155
par l'introduction accidentelle de certaines substances alimen-
taires (1).
On a souvent remarqué que chez la Vache la richesse du
lait augmente pendant une certaine période de Tallaitement (2),
et ce fait est d'accord avec les résultats fournis par des analyses
comparatives. Ainsi, chez la Femme, la quantité de caséine
dont on fait liabituellemenl usage pour
la nourriture de ces Animaux, et ils
se ressemblent tous beaucoup, quant
à leurs caractères essentiels, car ce sont
toujours des matières amylacées qu'ils
fournissent à l'organisme. H s'agit en
efl'et, tantôt de pommes de terre ou
de betteraves, d'autres fois de trèfle ou
de foin. Aussi la composition du lait
ne paraît-elle avoir été que peu in-
fluencée par ces variations de régime,
et bien que la proportion de beurre
ait présenté des écarts considéra-
, blés, il serait difficile de les attribuer
à la nature des rations (a). Dans les
expériences de M. Peligot sur le lait
d'An esse, la proportion de beurre était
plus forte lorsque l'Animal était nourri
avec de la betterave ou des pommes
de terre, que lorsque sa ration jour-
nalière se composait d'avoine et de
légumes secs (h).
L'influence de ralimenlation sur la
richesse du lait se fait senlir très-
promptement : ainsi, dans des expé-
riences faites par M. Reiset, sur des
Vaches laitières qui pendant le jour
vivaient au milieu de l'herbage, en
pleine pâture, et qui pendant la nuit
étaient renfermées dans l'étable, où
elles étaient privées de nourriture, le
lait de la traite du matin donna nota-
blement moins de beurre que celui de
la traite du soir (c).
(1) On a remarc[ué que le bon
beurre, ainsi que le lait, acquiert un
goût amer lorsque les Vaches mangent
des marrons d'Inde, des feuilles d'arti-
chaut, etc. Les fleurs de châtaignier,
dont les Vaches sont très-avides, com-
muniquent aussi au beurre un goût
désagréable (d).
(2) Pendant les premiers jours, lors-
que le lait est mêlé à une quantité
plus ou moins considérable de colos-
trum, il en est autrement; la propor-
tion de matières grasses diminue jus-
qu'à ce que la sécrétion normale se
soit établie. Ainsi, dans des analyses
(le lait fort crémeux recueilli le qua-
trième, le neuvième et le douzième
jour après l'accouchement, M. Clemm
trouva pour 1000 :
Matières grasses. . 4.2,9 35,3 33,4
Caséine 35,3 2G,9 29,1
Sucre de lait, etc. il,! 42,9 31,5 (c)
(a) Boussingaiilt et Lebel, Recherches sur l'infltience de la nourriture des Vaches sur la quan-
lité et la coiisiitution chimique du lait (Ann. de chimie et de physique, 1839, t. LXXI, p. 65).
— Boussingault, Economie rurale considérée dans ses rapports avec la chimie, etc., 2" édit.,
t. IT, p. 522.
(6) Pelig-ot, Op. cit. {Ann. de chimie, 183G, t. LXII, p. 434).
(c) Reiset, Op. cit. (.Ann. de chimie et de physique, 3' série, 1849, t. XXV, p. 88).
(d) Malag-ulti, Leçons de chimie., t. II, p. 404.
(e) Cleram, voy. Wagner's HandwOrterbuch der Physiologie, t. Il, p. 404.
156 r.EPRODUCTION.
augmente notablement depuis la seconde semaine qui suitl'ae-
coucliement jusqu'au quatrième ou cinquième mois (l), mais
décroît beaucou|) vers le dixième ou douzième; la lacline est
au contraire peu abondante dans les premiers temps, et
arrive au maximum du huitième au dixième mois (2).
11 résulte des expériences de M. Peligot et de quelques autres
cliimistes, que le lait provenant d'une même traite n'est pas
également riche au commencement et à la fin de l'opération;
le liquide qui s'écoule d'abord, et qui par conséquent a séjourné
le plus longtemps dans les canaux galactophores, au lieu d'être,
comme on aurait pu le supposer, i)lus parfait (pie celui pro-
venant des parties reculées de l'ajjpareil mammaire, est en
(1) Fr. Simon a fait une série d'a-
n;ilyse.s du lail d'une Feirimeùdivcises
époques pendant rallaitcment, et en
négligeant le premier terme, (pii se
rapporte à du colostrum philùt qu'Ã
du luit proprement dit, il résiilie de
ces recherches que la proportion d'eau
n'a pas varié d'une manière régulière,
et que la proportion de heurrc est res-
iée à peu piès stationnaire, tandis que
la quantité de caséine s'est élevée
de 2,1'2 Ã h pour 100. Le sucre de
lait, au contraire, a diminué dans
une proportion assez forte ; ainsi la
moyenne des analyses eifectuées pen-
dant le premier nmis, s'élève à 5, G,
même lorsqu'on fait abstraction des
premiers jours duraiU lesquels on
trouva 7 pour 100 de celte substance,
tandis que du deuxième au sixième
mois on n'en trouva, terme moyen,
que [i,li pour 100. Les variations dans
la proportion du beurre étaient con-
sidérables, mais n'ollraient rien de
régulier.
Dans des analyses de lait de Femme
fuites par M. Payen, la proportion de
caséine était de 0,18 pour 100 chez une
nourrice accouchée sept mois aupara-
vant, et de 0,25 pour 100 chez une autre
dont le pari datait de il ix-huit mois (fl).
L'âge des nourrices ne paraît exer-
cer que peu d'influence sur les qualités
du lait ; cepeiulan!. il résulte des re-
chertbcs de ;M\L Veruois et A. Bec-
querel, que chez les Femmes de quinze
à vingt ans ce liquide est générale-
ment plus riche que chez celles de
trente à quarante ans. Ces physiolo-
gistes ont obtenu en moyenne environ
13 p(uu- 100 de matières solides chez
les premières, et seulement 10,5 i)oar
100 chez les secondes [b).
('2) MM. A. Becquerel et Veruois
ont recueilli un griUid nombre d'ob-
servations sur ce .sujet.
(a) Paycii, Examen comparatif du lait de plusieurs Femmes el du l.iil de Chèvre {Journal
de chimie médicale, 4 828, t. IV, p. ■118).
(M Vcrnois et A. Beccuierc), licch. sur le lait {.\nn. d'hygiène publifinc, -Igr/J, l. XI.IX,
p. 273).
LAIT,
157
réalité plus a([iicu.\ (I). Ce fait a d'abord beaucoup surpris
les physiologistes, mais il est facile de s'en rendre complc. En
(■]) Ce fait avait élc remarqué par
Parmoniier et Dcyeux (a), mais ne
lïit bien démontre que par ji-s rc-
clicrclies de M. i'eligot. Ce cliiniistc
trouva que le lait d'Anes.se obtenu au
commencement de la traite contenait
90,78 d'eau snr 100, tandis qu'Ã la
fin de la même traite, ce liquide n'en
renfermait que 89,55. En analysant
le lait du même animal après vingt-
quatre heures de sevrage, il y trouva
91,?^3 pour 100 d'eau et l,'i2 de
beurre, taudis qu'après une IieiuT. et
demie d'intervalle entre les deux trai-
tes, il y constata 1,55 de beurre et
seulement 88, 3^ pour 100 d'eau (6).
M. Uci.'seta beaucoup multiplié les expé-
riences de ce genre sur la richesse com-
parative dulaitde Vache, cl il est arrivé
à des résultats analogues toutes les fois
que le séjour du lait dans les mamelles
avait été de quatre heures au moins.
Enfin, cet agiononii' a constaté des dif-
férences semblables dans la composi-
tion du lait de la Femme (c). Dans des
analyses faites par Lhéritier, du lait
recueilli chez la même Femme après
plusieurs succions, donna 1/|,'2 de
matières solides, tandis qu'après qua-
rante heures de sevrage, on n'y trouva
que 9,89 pour 100 de ces substan-
ces (rf). M. Ileynsius a trouvé 8 pour
100 de m.ilières solides dans le lait de
Vache provenant de la première moi-
tié de la trait!! du matin, et 12 pour 100
dans celui fourni par la seco:Kle partie
de la même traite (c).
il résulte également des expé-
riences compiratives faites sur le lait
de la traite du malin et de celui de la
traite du soir, par WoKY, et ainsi que
par MM. Boedeker, Wicke et Stuck-
mami, que sous l'infiuence du régime
d'hiver, le premier de ces liquides
qui a séjourné beaucoup plus long-
temps dans les mamelles de la Vache
contient plus d'eau et moins de beurre
que le lait de la traite du soir (/').
Quelques auteurs attribuent ces dif-
férences à ce que le lait ennuagasiné
dans les réservoirs galactophores au-
rait laissé monter une partie de la
crème vers les parties supérieures de
l'appareil mammaire !jj); mais cette
explication ne me semble pas satisfai-
sante : car, lorsque les Vaches sont cou
chées, comme cela arrive souvent avant
la traite, les globules butyreux, eu
obéissant à leur poids spécifique, ne re-
monteront pas de la même manière, et
d'ailleurs le repos du liquide n'est pas
assez complet pour que cette sépa-
{a) Parmeniicr et Dcjeiix, Traite sw le lail, p. 206.
(6) Feligol, Mémoire sur la composition chimique du lail d'Ancssc {Ann. de chimie et de
plvjsique, 183G, t. LXII, p. 436).
(c) r.ûiset, Expérience sur la composition du lait dans certaines phases de li traite et sur
les avantages de la traite fractionnée pour la fabrication du beurre {Ann. de chim. et de phys ,
3' série, 1849, t. XXV, p. 82).
[dj hhénlicr, Traité de chimie pathologique, p. 632.
(e) lleynsiiis, Bidrâge tôt de Kenuis van de Melkiefschciding (Nederlandseh Laneet, iSôQ,
(lenle ievio, 5''-' jaiirs'ang, p. 603).
(/■) Bœdcclîer, Ueber die normale Aenderung der Kuhmilch, in ihrer Zecranimcnsctiung in
den verschiedcnen Tagesperioden {Ann. der Cliemie und Pharm., 1856, t. XCVII).
— VViclse, Ueber den Wasser- und Fettgelialtder Zicgenmikh zu verschiedcnen Tajes.iciten
{Annalen der Chemie und l'harm.., 1850, t. XCVIIl).
158 REPRODUCTION.
effet, c'est dans les ampoules initiales des conduits lactifèrcs
que naissent et se développent les utricules sécrétoires qui four-
nissent les matières grasses et les autres substances solides
les plus importantes du lait, tandis que l'eau plus ou moins
chargée des matières salines et albuminoïdes y est ajoutée par
les parois membraneuses des tubes galaclophorcs, qui ne sont
pas aptes à sécréter les produits laiteux par excellence. 11 en
résulte que, plus le lait fourni par les ampoules traversera rapi-
dement cette portion excrétoire des glandes mammaires, moins
il sera aqueux.
L'exercice musculaire paraît exercer une certaine inllucnce
sur la composition chimique du lait (1), et l'on a souvent l'occa-
sion de constater que chez la Femme les émolions morales
peuvent déterminer des changements notables dans les qualités
de ce liquide.
Je ne pourrais, sans m'écarter du but de ces Leçons, exposer
et discuter la valeur relative des différents procédés employés
pour apprécier la richesse ou la bonne qualité du lait, et je
me bornerai à dire que les évaluations fondées sur la pesanteur
spécifique de ce liquide sont peu dignes de confiance (2).
ration paraisse probable. M. Heisct
fail remarquer aussi avec raison que
la position verticale du corps do la
Femme ue pernicltraitpasde lui appli-
quer cette hypothèse.
(1) Les observations de M. Playfair
tendent à faire penser que l'exercice
musculaire contribue à augmenter la
proportion de caséine contenue dans
le lait, et à diminuer la quantité de
beurre (a).
(2) On trouve dans la plupart des
traités de chimie des renseignements
variés sur la densité du lait, d'après
Brissonel quelques autres expérimen-
tateurs (6) ; mais ces chilires ne peu-
vent guère nous éclairer sur la richesse
de ce liquide, carie beurre étant plus
léger que l'eau (0,93), l'abondance
des matières grasses tend à diminuer
la pesanteur spécifique du mélange,
tandis que celte pesanteur augmente
avec la proportion de caséine, de lac-
tine, des sels, etc. L'emploi de l'aréo-
niètre et d'instruments analogues, tels
que le lactodensimctre de .M. Que-
(a) L. Plajfair, On the Chanfjes of Ihe Composition of the Milk of a Cow according to ils
exercise and food (Mem. of the Chemical Society of Londoii, isi3, t. I, \>. 74).
(6) Vernois et A. Becquerel, Recherches sur le lait {Aiin. d'hygiène publique, 1853, l. XLIX,
p. 273).
LAIT.
159
§ 5. — La quantité de lait produite journellement par un
Animal varie beaucoup plus que la composition chimique de ce
liquide, et les différences que l'on observe à cet égard dépendent
(Juantité
de lait
sécrélée
journellement.
venue (a), ne peut donc être approuvé.
Pour juger approximativement de la
proportion de beurre, on fait souvent
usage du galactoscope ou lactoscope,
instrument qui, inventé par M. Donné,
mesure le degré d'opacité du liquide
d'après l'épaisseur de la couche né-
cessaire pour empêcher la flamme
d'une bougie d"ètre visible à travers
le liquide (6).
Le galactomètre, inventé par Bail-
ker et appelé crémomètre, de M, Que-
venne, est une éprouvette graduée
dans laquelle on laisse le lait en repos
jusqu'à ce que la crème soit montée
à la surlace du liquide, et Ton mesure
l'épaisseur à la couche qu'elle y
forme (c).
Doyère a proposé pour le même
usage un procédé chimique qui est
plus exact, mais qui a l'inconvénient
de nécessiter l'emploi d'une balance
délicate, et par conséquent de ne pou-
voir être confié à des mains inha-
biles (d).
M. Daubrawa évalue la proportion
de beurre et de caséine en précipitant
ces deux substances par un certain vo-
lume déterminé d'alcool à 85 degrés,
et en mesurant le volume du précipité
dans un vase gradué (e).
Pour plus de renseignements sur
les méthodes propres à faire, soit l'es-
sai, soit l'analyse du lait, je renverrai
aux diverses publications spéciales
faites récemment sur ce sujet (/').
[a) Quevenne, Op. cit.
(6) Donné, Cours de microscopie, p. 387.
(c) Voyez Payen, Des substances alimentaires, 1854, p. 7G.
{d) Doyère, Op. cit.
(e) Daubrawa, voy. Pelouze et Fremy, Traité de chimie, t. VI, p. G30.
{f) Haidlen, Ueber die Salze und die Analyse der Kuhmilder {Ann. der Chemie und Pharm.,
1843, t. XLV, p. 2G3).
— Marchand, Sur un nouveau procédé propre à déterminer la richesse du lait (Journal de
pharmacie, à ' série, 1854, t. XXVI, p. 35?).
— Poggiale, Dosnge du sucre de lait par la méthode des volumes, et détermination de la
ricliesse du lait {Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1848, t. XXVIII, p. 505). — Dosage
du sucre de lait au, moyen du saccharomèlre de M. Soleil {loc. cit., p. 584).
— Brunner, Priifung der Milch {Mittheil. der naturforsehenden Gesellschaft in Bern, 1857,
p. 120).
— Lecanu, Nouveau procédé d'analyse du lait {Journal de chimie médicale, 1854, p. 579).
— Hoppe, Bestimmung des Milchzuckergehalts der Milch, înittelst des Soleil-Ventzke'schen
Polarisation-. Apparates {.\rchiv fiir pathol. Anac, 1858, t XIII, p. 276).
— Monier, Nouvelle méthode pour l'analyse du lait au moyen de liqueurs titrées (Comptes
rendxis delWcad. des sciences, 1858, t.XLVi, p. 236 et 425).
— Baunihauer, Méthode zur Bestimmung der in der Milch vorkommenden festen Stoffe (Journ.
fur prakiische Chemie, 1801, t. LNXXIV, p. 1571.
- — A. Mûller, Ueber die siissc Milchgdhrung und die Bestimmung des Fctigehaltes der Milch
ohne Einddmpfung derselben {Journ. fiir prakiische Chemie, 1861, t. LXXXII, p. 13). — Ueber
die Analyse von Milch und Butter (Op. cit., 1862, t. LXXXVl, p. 380). '
— Vogel, Eine neue Milchprobe. Erlangen, 1862. — Zeitschr. fiir rat. Med., Bericht fur
1863.
— Hoppe-Scgler Die Donné- Vogel' schen Milchprobe (Arch. fur pathol. Anat,, 1863, t. XXVII,
p. 394).
160 REPRODUCTION.
de causes Irès-diverses (1). Elle atlcint en général son maximum
peu après le part, cL se mainlienl slationnaire pendant un cer-
tain temps, puis décroît progressivement jusqu'à ce que la
sécrétion s'arrête. Chez nos V^aches, par exemple, toutes choses
étant égales d'ailleurs, le lait augmente en abondance pendant
deux ou trois semaines et ne diminue notablement (jue vers le
troisième ou lequatrième mois; maisen général versle sei)lièinc
mois la (piantité iburnie a déjà diminué de moitié environ, et
au bout de neuf ou dix mois elle est souvent réduite de plus
des trois quarts (2).
Le climat exerce une iulluence considérable sur l'activité
fonctionnelle de l'appareil mannnaire. Ainsi, dans les pays
très-chauds, les Vaches ne donnent (]ue fort peu de lait; une
température très-basse est également défavorable à la produc-
tion de ce liquide, et c'est dans les régions tempérées et humides
que la sécrétion lactée est le plus abondante. Le régime alimen-
taire intlue aussi beaucoup sur le rendement des glandes mam-
maires (3), et la puissance pr-oductrice de ces organes est éga-
(1) La quaulité de lail produito par luoiu aboiidaïUo, ccl auteur cilc le cas
la Femme osl très-diQicilo à délcrmi- d"une nourrice de consliiuliou lyii)-
iier ; cependant :\I. Xaialis Ciuillot a piiatique, qui a fourni de la sorte dans
essayé de révaluer on pesant les nour- les vingt-quatre heures 2'''',lZ|/i de
rissons avant et après qu'on leur lait (h).
donne le sein. Cela donna pour la ra- ,(2) Ces faits, bien connus des agri-
tion diurne 1500 granuues, et quel- cidteurs, ressortent très-clairement des
quefois 2000 grammes (o). documenls statistiques recueillis par
En aspirant le lait dans les mamelles M. Boussingault dans une ferme de
à Taido d'un appareil de caoulchouc l'Alsace (c).
qui fait office de ventouse, et en re- (3) Une nourriture abondante et bien
nouvelant cette opération de deux en choisie est une condition indispensable
deuxheures,!\]. Lamperierre a obtenu pour le maintien d'une production
chaque fois, terme moyen, 50 ou abondante de lail.
60 granuTies de cliaque sein. Comme MM. Chcvallior et 0. Henry ont
exemple d'une sécrétion remarquable- examiné comparativement le lait de
(a) Natalis Guillot, Rech. sur la quantitc de lait prise au sein de la nourrice par les enfants
nouveau-nés (Union médicale, 185^).
(&) Lamperierre, Des moyens de reconnaître la quantité et la qualité de la sécrétion lactée
chez la Femme (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1850, l. XX.\, p. 173).
(c) Boussingault, économie rurale, i. Il, p. 516.
LAIT. ]6i
îement subordonnée à des pcrlurbalions dans l'ensemble de
l't'conomie animale, dont il est souvent difOeile d'expli(|uer le
mode d'action, mais dont lobservaiion a permis de constater
l'importance. Or, ces parlicularilés se transmettent de généra-
tion en génération, et, se prononçant même de plus en [«lus Ã
mesure qu'elles ont été perpétuées pendant plus longtemps,
caractérisent des races de Vaches laitières dont la valeur est
très-inégale.
Toutes choses étant égales d'ailleurs, la quantité de lait four-
nie [)ar ces Animaux est en rapport avec leur taille, ou mieux
encore avec le poids de leur corps, et l'on remarque aussi (juc la
proportion cnire la consommation alimentaire de ces fabriques
galaclogènes et leur rendement varie de la même manière; en
surle que non-seulement les grands individus produisent plus
de lait quelesindividus depetiictaillc, mais que pour fournir des
quantités correspondantes, les premiers emploient moins d'ali-
ments ([ue les seconds. Lorsque les conditions agi'icoles le per-
mettent, il y a donc avantage à élever comme Vaches laitières des
Animaux de grande taille; mais le. volume des corps est loin
d'être la seule circonslance dépendante de l'organisme de ces
êtres (jui iniluc sur la puissance sécrétoire des mamelles, et c'est
seulement en tenant compte d'un certain ensemble de carac-
Vaclics noiirrios avec des caroltes cl
avec (le la beUcrave. Ils ont trouve
dans le premier cas, pour 100 :
!i,'l de caséine et 3,8 de beurre ; tan-
dis que dans le second cas, poin- la
même quantité, il n"y avait que 3,75
de caséine et '2,75 de beurre («)•
Quelques auteurs ont assuré que
l'emploi d"une certaine quantité de
sel commun dans la ration des Vaclies
augmentait Leaucoup la quantité de
lait sécrété par ces Animaux ; mais il
résulte des reclierches expérimentales
faites à ce sujet par M. Boussingault,
ainsi que par "\I\1. ri.Tudement et de
Béliague, que ce coiuliment est sans
influence sur le rendement de l'appa-
reil mammaire {h).
(a) Chevallier , et 0. Hoiiry, Mémoire sur le lait [Journal de chimie médicale, 2* scric, 1S30,
l. V, p. 145).
{b} BousswgauW, Economie rurale, I. H, p. 514.
— Baïuteiiient et de lieliague. Expériences siiv l'inllîtGnce que le sel ajouté à la ration des
Vaches peut exercer sur la consommation du fourrage et sur ta production du lait (.S'oc. Ciu-
Irale d'agriculture, 1850).
IX. Il
162 REPRODUCTION.
tères empyriqiies que, par l'inspection des formes extérieures,
on parvient à apprécier les qualités de ces Animaux comme
producteurs de lait.
Pour montrer combien les différences dues à ces diverses
causes, soit organiques, soit biologiques, peuvent être con-
sidérables, il me suffira de citer quelques faits. Dans les parties
chaudes de l'Amérique équinoxiale, une Vache ne fournit, tei me
moyen, (^l'environ 1 litre 3/4 de lait par jour, tandis que dans
les bonnes fermes de l'Alsace, ce produit moyen s'élève à plus
de 8 litres (l), et l'on assure que dans les riches pâturages de
la Normandie, ainsi qu'en Hollande et dans (juelques parties
de l'Angleterre, il n'est pas rare de voir un de ces Animaux
donner pendant plusieurs mois de suite 20 litres de lait par jour
ou même davantage (2).
L'état de santé ou de maladie intlue beaucoup sur la quan-
tité et même sur la composition du lait, mais les résultats fournis
par l'étude de l'histoire pathologique de ce produit ne seraient ici
d'aucune utilité, et par conséquent je ne m'y arrêterai pas.
Durée La durée de la période d'activité fonctionnelle des glandes
**" aVS""" tti'iinmaircs varie beaucoup suivant les espèces. Lorsque la
force productrice de cet appareil n'est pas très-grande, elle est
jusqu'à un certain point subordonnée à l'état de repos des
organes de la re[)roduction, en sorte que dans ce cas la sécré-
tion du lait s'arrête quand l'ovaire recommence à fournir des
(1) Pendanl la partie In plus produc- exceptionnel, mais il a été constaté
tive de Tannée, la quanliié de lait par plusieurs agronomes (6), et un des
fournie journellement par les Vaches écrivains les plus aulorisés eu pareille
d'après lesquelles M, Boussingault a matière, ïliaer, assure que dans quel-
établi celte évaluation, s'est élevée à ques cas on a vu des Vaches donner
plus de 12 litres par jour (a). pendant un certain temps jusqu'Ã /|7
{'2) Un rendement aussi énorme est litres de lait par jour (c).
(a) Boussingault, Économk rurale, t. II, p. 514.
(b) Voyez Joigncaux, le Livre de la ferme, t. I, p. 751.
(c) Voyez Youatt, Caille, Iheir Ureeds, Management and Diseases, p. 245.
LAIT. 163
ovules et que l'animal entre en rut; mais, lorsque le travail
sécrétoire est très-puissant, la gestation ne l'interrompt pas, et
la production du lait ne cesse que peu de temps avant un nou-
veau part, ou persiste même sans interruption pendant plusieurs
gestations successives. Ainsi nos Vaches, quoique pleines, don-
nent en général du lait pendant dix mois ou même davantage,
et souvent leurs mamelles ne tarissent que quelques jours
avant la mise bas d'un nouveau jeune. Dans l'espèce humaine,
au contraire, la sécrétion du lait s'arrête d'ordinaire lors de
la conception, ou même peu de temps après le rétablissement
des menstrues (1).
Quoi qu'il en soit à cet égard, l'excitation produite sur le
mamelon par la succion, ou même par les mouvements à l'aide
desquels la traite s'opère, influe beaucoup sur la durée de l'acti-
vité fonctionnelle des glandes mammaires, et souvent il suffit du
séjour forcé de ce liquide dans l'intérieur de ces organes pen-
dant quelques jours pour en suspendre la production; tandis que
dans d'autres cas, des stimulants mécaniques de ce genre suffi-
sent pour prolonger le travail galactogène beaucoup au delÃ
de sa durée ordinaire. On cite même des exemples du réveil de
(1) Chez la Femmo, la production sécrétion a persisté même pendant fort
du lait peut cependant être prolongée longtemps après le sevrage du dernier
beaucoup au delà du terme ordinaire. entant et n'a pu être arrêtée. Ainsi,
Ainsi rien n'est plus commun que de on cite l'exemple d'une Femme qui,
voir une nourrice allaiter successive- après avoir allaité sans interruption
ment deux ou trois enfants pendant quatre enfants l'un après l'autre, bien
plusieurs mois chacun, et chez quel- qu'ils fussent nés à quatre ans et demi
ques peuples les Femmes ont l'hahi- d'intervalle, continua à avoir du lait
tude d'allaiter leurs enfants jusqu'à en abondance. A l'époque où l'auteur
l'âge de doux ou trois ans, lors même do cette observation eut l'occasion de
qu'une nouvelle grossesse survient constater ce phénomène, la production
pLiidant cette période, en sorte que la de lait avait persisté pendant vingt-
sécrétion du lait devient continue («). sept ans (6).
Dans quelques cas de ce genre cette
(«) Vojez Carpenler, Principles of Human Pliysiologij, iSo3, p. 1005.
{b) Green, New-York Journal of Med, and Surg., 1B44 (d'après Carpenler, loc. cit.).
iGll RErnODUCTlON.
la {"acuité séoréloirc dans ces organes, déterminé par des exci-
tations de ce genre chez des Femmes qui ne venaient pas d'ac-
coucher on (pii n'avaient pas conçu, et des phénomènes de
môme ordre ont été constatés paribis non-seulement chez des
femelles d'animaux (1), mais aussi chez des mâles ('i).; il est
d'ailleurs à noter que le lait fourni par ceux-ci présente les
caractères ordinaires de ce liquide ahmentairc (3).
§ 6. — Nous venons de passer en revue tous les faits les
plus iin[)orlants à connuître, relatifs à la constitution et aux fonc-
(1) Voyez ci- dessus, page 135.
(2) L'analyse cliiniiqucclu lai[ fourni
par des Doues a uté f lilc avec soin, et a
nionUé que ce liquide ne dilliro pas
nolaijleuieul du lait sécrélé par les
mamelles de la femelle (a).
!\1. Maycr a analysé le lait fourni
par les glandes mammaires d'un
Homme, et y a trouve l,2o pour 100
de matières grasses ; 3,58 de matières
extraclives solubles dans falcool ;
1,50 de matières exiractives solubles -
dans Teau (albumine), et 1,18 de ma-
tières insolubles (sels, etc.) (6).
MM. Joly et l'ilbol ont trouvé que
chez un Animal monstrueux, formé
d'une Vaclie et d'un Taureau soudés
entre eux, le luit était sécrélé par les
deux individus réunis, et que chez
le Taureau ce liquide, tout en étant
plus aqueux que chez la Vache, con-
tenait les mêmes matières (c).
(3) On connaît un grand nombre
d'exemples du rétablissement de la
sécrétion mammaire chez la Femme,
après une interruption comjilèle pen-
dant fort longtemps, et, s'il faut en
croire le récit d'un voyageur qui a
visité les îles du Cap-Vert, les habi-
tants de r.onavista se procurent sou-
vent de la sorte des nourrices en ex-
citant les mamelles d'iuie jeune Icnune
par des applicalions répétées de feuilles
de Jatroplia curcas et par la succion
du mamelon ((/).
La sécrélion du lait a été provoquée
parfois par la succion répétée du
sein chez des femmes qui n'avaient
pas eu d'enfants (e), et ainsi que je
l'ai déjà dit, le même phénomène a
été constaté chez des Hommes (/").
On cite aussi chez les Animaux des
exemples de l'établissement de la sé-
crétion du lait chez les femelles non
fécondées. Ilarvey paraît avoir ob-
servé ce phénomène chez les Lapins.
(a) Sclilossbcrger, Anali'se der Milch eines Docks {Ann. dcr Chcmie und Pharm., i R Vi, I. LI,
p. 431).
(t) Mayov,' voy. Schineizer, Milch-Absondcrung tn mdnnl. nhislcn (Scliiiii(ll> J'.ihrbûcher,
der gcsammlen Mcd., 1837, i. XV, p. 1061.
(Cl Joly cl KiUiol, AnaUjae du lait d'un monstre appartenant au genre pijgoinêle (Journal de
pharmacie, 3'sciic, 18r)-2, t. XXI, p. 3i3).
(rf) iM'William, Ueport of the Mger Expédition (Mcd. Gaictlc, 181").
(cl Audtbcrt, Sécrétion du lait, etc. {Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier,
1840).
(/) Voyez ci-dessus, f'ogo 135.
LAIT. 1G5
lions de l'oppnreil delà reproduction eliez les divers Vertébrés.
Nous avons étudié également le mode de production de l'œuf
chez ces Animaux, et les changements qui s'y opèrent jusqu'au
moment où l'embrvon va commencer à s'v former. Si nous
n'avions à nous occuper que des Mammifères, des Oiseaux, des
Reptiles, des Batraciens et des Poissons, nous serions donc
conduits à aborder maintenant l'histoire du développement du
nouvel être qui va se constituer; mais les Vertébrés ne forment
qu'une petite portion du Règne animal, et par conséquent, vou-
lant compléter l'élude des instruments de la reproduction avant
de nous occuper spécialement d'embryologie, il nous faut inter-
rompre ici l'enchaînement naturel des faits et des idées, pour
prendre connaissance des organes qui, chez les Animaux inver-
tébrés, remplissent les mêmes fonctions.
Dans la prochaine Leçon je traiterai donc de l'appareil de la
génération de ces Animaux, considéié sous le double rapport de
sa structure et de ses fonctions.
Billion parle d'une Cliienne qui pou- tioil d'une quantité très-notable de lait
vait nourrir ainsi les petits que Ton chez une Brebis de six mois qui n'a-
metlait auprès d'elle (a), et M. Colin a vait pus encore été couverte (ô).
eu roccasion de constater la produc-
{a] Bullon, Histoire naturelle des Mammifères, adililion ù l'ailicle Chien (éilit. in-8, t. II,
p. ;i5-2).
[bj Colin, Pltijsiiiloqie compan'e des Animaux domestiques, t. Il, p. 614.
SOIXANTE - DIX - NEUVIÈME LEÇON.
De l'appareil de la reproduction chez les Animaux invertébrés. — Embranchement
des Annelés. — Insectes. — Différences sexuelles. — Copulation. — Organes
mâles. — Organes femelles. — Formation de l'œuf. — Ponte.
cractères § 1 • — Dcins Ic grand embrancliciiient des Animaux annelés,
généraux, j^^ organcs dc la reproduction sont toujours logés dans la cavité
viscérale, comme chez les Vertébrés, et sont disposés symé-
triquement de chaque côté du plan médian, bien qu'ils puissent
être, comme chez ceux-ci, composés de parties impaires aussi
bien que de parties paires. Chez les Vers, les deux sexes sont
souvent réunis chez le même individu ; mais dans le groupe
naturel des Entomozoaires, ou Animaux articulés, que l'on
confondait jadis sous le nom commun d'Insectes, l'hermaphro-
disme est très-rare (l). Nous ne le rencontrerons d'une manière
normale que dans une des divisions de la classe des Crustacés,
la famille des Cirripèdes. Dans la classe des Insectes propre-
ment dits, groupe dont nous allons d'abord nous occuper,
non-seulement les sexes sont toujours séparés, mais le mâle
féconde la femelle avant que celle-ci ait pondu ses œufs, et,
pour opérer cette fécondation, il est pourvu d'instruments
copulateurs spéciaux. L'appareil de la reproduction présente
donc chez ces Animaux invertébrés plus de perfection et de
complication que chez la plupart des Vertébrés inférieurs, et
quelquefois même le développement des Jeunes a lieu soit
dans l'intérieur d'une cavité incubatrice constituée par une
portion du conduit excréteur des ovaires modifié à cet effet,
soit dans quelque autre loge empruntée à l'appareil tégumen-
(l) Voyez ci-après, page 221.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES INSECTES. 167
taire, comme nous en aurons maints exemples dans la classe
(les Crustacés.
Il est aussi à noter que parfois, dans la classe des Insectes,
la division du travail physiologique relatif à la production et Ã
l'éducation des jeunes, parmi les divers individus appartenant
à la même espèce, est portée plus loin qu'elle ne l'est dans le
reste du Règne animal ; car il peut y avoir non-seulement des
mâles et des femelles, mais aussi des individus d'une troisième
sorte, que l'on appelle des neutres, parce qu'ils sont stériles ;
or, ces Insectes, en apparence agames, mais qui sont en réa-
lité des femelles ou des mâles frappés d'un arrêt de dévelop-
pement, n'ayant que des rudiments de l'appareil reproducteur,
font fonction de nourrices, et ont, un rôle important dans les
travaux nécessaires à la conservation de l'espèce. Les Abeilles
nous offrent un exemple remarquable de ces modifications de
l'organisme. En effet, dans chacune des colonies formées par
ces Insectes, l'individu appelé reine est la seule femelle qui
soit apte à la reproduction. Les mâles sont les individus dési-
gnés sous le nom de faux bourdons, et les ouvrières, qui con-
stituent la plus grande partie de la population de la ruche, sont
des neuli'cs, ou femelles stériles, dont les organes génitaux
sont restés à l'état rudimentaire (1). Chez les Termites, il y a
(1) Les Insectes chez lesquels il y a
normalement des neutres aussi bien
que des mâles et des femelles, vivent
tous en sociétés parfaites ou commu-
nautés, et appartiennent, soit à l'ordre
des Hyménoptères, soit à celui des
Névroptères. Ce sont: 1° les Abeilles,
les Mélipones, les Bourdons, qui con-
stituent une famille naturelle désignée
souvent sous le nom de Mellifères
sociaux ; 2" les Guêpes ; 3° les Four-
mis ; Zi" les Termites, ou Fourmis
blanches. Pour plus de détails sur les
caractères de l'appareil sexuel plus ou
moins rudimentaire des Abeilles ou-
vrières, je renverrai aux recherches de
Huber («). Les Fourmis neutres ont été
étudiées récemment par M. Lespés (6).
(a) llutier, Nouvelles observations sur les Abeilles, d814, l. II, p. 435.
(6) Lespés, Observations sur les Fourmis neutres (A7in. des sciences nat., i-' série, 1863,
t. XIX, p. 241, pi. 6).
Parliculaiitcs
«exuelle^.
iG8 REPRODUCTION.
(Jeux sortes do neulres produits, les uns aux dépens de femelles
dont l'appareil génital a avorté, les autres aux dépens de milles
frappés d'un arrêt de développement analogue (1).
^2. — Chez les Inseetes, il n'existe souvent à l'extérieur
aucune différence entre les organes mâles et femelles, qui,
chez les uns et les autres, débouchent toujours au dehors
par un orifice unique situé près de Textrémifé {)oslérieure du
corps, sous la portion terminale de rintesliii. -\hùs, dans un
grand nombre de cas, les sexes se distinguent entre eux, non-
seulement par la structure de l'appareil reproducteur, mais
aussi par des particularités dans la coloration ou dans la forme
de parties qui ne paraissent avoir aucun rapport avec la géné-
ration : les ailes et les antennes, par exemple ('2). Chez la femelle.
(1) M. Lpspus a constaté que clioz
le Termite liiciliige, les ouvrières
ordinaires sont des lemelles dont les
ovaires sont rudimentaires, el que les
individus appelés soldats sont des
mâles dont les testicules ont avorté (a).
(2) Il est Irès-rarc que les Insectes
mâles ressemblent exactement aux le-
melles. Presque toujours le mâle est
plus petit ; son corps est moins trapu et
ses pattes sont plus grêles, nuelquelois
même l'inét^alilé de taille est 1res con-
sidérable : ain^i, parmi les Cochenilles
et les Kermès, il est des espèces où la
femelle est six à liuit fois plus grosse
que le mâle, et chez les Termites la
disproportion devient énorme par suite
du développement excessif de Tabdo-
nien de la femelle.
Le nulle a, en général, des couleurs
plus vives, plus éclatantes ou plus in-
tenses que la femelle. Chez les Papil-
lons, par ex(!mple, les dilTérences de
cet ordre sont parfois si considérables,
que pendant longtemps les entomolo-
gistes ont considéré les individus de
sexes dilîérenls comme appartenant ù
des espèces distinctes : ainsi le l'a-
pilio (ou Ornithopiera) Priamus de
Linné (i) est le m;de de Pespèce dont
la femelle a été décrite sous le nom de
Papilio Panthous (c) par le même
naturaliste. Comme exemple de la di-
versité du mode de coloration, je cite-
rai aussi un Lépidoptère très-commun
en I"'rance, le Li paris dispar, dont le
mâle est brun et la femelle presque
entièrement blanche (d).
Souvent les antennes du mâle se
composent d'un nombre plus consi-
(a) l.fispés, necherches sur Vorganisalion et les mœurs du Termite lucifuge [Ann. des sciences
nat., 4" série', tSôC, l. V, p. 22"!).
,6) Voyez Cramer, Papillons exotiques, t. I, pi. 23, fig. A, B.
(c) Voyez Cramer, Op. cit.,l. H, pi. i'i'Ã , fig. A, et pi. 124, fi^ B-
(d) Voyez VAllas du Règne animal de Cuvier, Insectes, pi. 152, fi-. 1 et 2.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DLS INSFXTKS. i G9
ces parlicLilariU's sexuelles, indépendantes de la disposition des
organes de la reproduction, résultent le plus souvent d'un
arrêt de développement dans certaines parties de l'organisme,
dans l'appareil locomoteur notamment, en sorte que la confor-
mation de l'Animal adulte s'éloigne moins que d'ordinaire du
mode d'organisation imparlait qui caractérise l'état de larve,
tandis qu'au contraire le m-ale se fait remarquer par un déve-
loppement plus complet, ou même par l'exagération de cer-
taines formes propres aux adultes. Ainsi, les femelles sont
parfois aptères lorsque les mâles sont ailés (l), et ceux-ci
offrent en général des caractèi^f spécifiques plus saillants (:2).
Les différences sont parfois si considérables, qu'au premier
abord personne ne pourrait soupçonner que -les individus des
deux sexes appartiennent à une même espèce : les Vers Ini-
dérable d'articles, comme cela a lieu
riiez les Abeilles («), ou portent de
grands appendices latéraux qui nian-
qiienl ou qui ne sont que peu déve-
loppés chez la i'enielle, ainsi que cela
se voit chez beaucoup de Papillons
nocturnes (6).
Dans d'au Ires Insectes, les mandi-
bules présentent, chez la femelle, les
formes et les dimensions ordinaires,
tandis que chez le mâle elles pren-
nent un développement énorme : par
exemple, chez les Lucanes ou Cerfs-
volants (c), parmi les Coléoptères, et
chez les Corydales (d), dans l'ordre des
Névroptères.
Comme exemple des excroissances
et autres singularités du squelette té-
gumcntaircqui se font remarquer chez
les mîdes et qui n'existent pas chez les
femelles, je citerai aussi les cornes
céphaliquesct thoraciques du Scarabée
Hercule (e).
On connaît aussi des espèces dont
le mâle a les pattes antérieures d'une
longueur excessive, tandis que chez la
femelle ces organes n'olfrent rien de
particulier : par exemple, VAcrocine
longimane {f).
(1) On ne connaît aucun exemple
de la disposition inverse : parfois les
ailes manquent dans les deux sexes,
ou chez la femelle seulement ; mais
quand celle-ci est ailée, le mâle n'est
jamais aptère.
(2) Voyez tome Vllf, page 331 .
(a) Chez les Abeilles et les autres Hyménoptères porte-aiguillon, les antennes se composent de
douze articles chez la femelle et de treize articles chez le mâle.
(6) Exemple: la Zeuzère dti Marronnier d'Inde; voyez Y Atlas du Règne animal de Cuvier,
Insectes, pi. 14î), fi^. 4, 4 6 et 4 c.
(c) Voyez Olivier, Rntnmologie, Coléoptères, t. I, pi. 1, fie:. 1 /) (mâle) et tlij. 1 f ïemelle).
((/) Voyez r.4(/ajf du Règne animal Je Cuvier, Insectes, pi. lOi, fi^'. 1 et 2.
(e) Voyez ibid., pi. 40 bis, tig. i, 1 a et 2.
(/■) Voyez îliii., pi. 67, fig. 2.
170
REPRODUCTION.
sants, ou Lampyres, si communs dans nos environs (1), en
sont des exemples, et, pour voir jusqu'Ã quel point les dis-
semblances de cet ordre peuvent être portées, il suffît de jeter
les yeux sur les figures de quelques Papillons, tels que les
Orgyies et les Psychés (2).
Reproduction j)ans l'immensc majorité des cas, les Insectes ne sont aptes
des larves, à sc rcproduirc qu'après avoir terminé leur développement ;
mais les observations récentes de M. N. Wagner et de quel-
ques autres entomologistes montrent que cette règle n'est pas
sans exceptions, et que, parmi les Diptères, il est quelques
espèces dont les larves sont susceptibles de se multiplier.
Accouplement. Dc mcmc quc chez les Animaux supérieurs, c'est d'ordinaire
le mâle qui recherche la femelle, et, suivant toute probabilité,
c'est principalement l'odorat qui le guide. En elTot, on a sou-
vent vu des mâles venir de distances très-considérables s'unir
à des femelles tenues en captivité loin de leur résidence ordi-
naire et cachées dans nos maisons de façon à ne pouvoir être
(1) Il est à noter que chez (rentres
espèces du même genre, les femelles
sont souvent ailées comme les mâles :
c'est le cas pour le Lampyre ita-
lien.
(2) Les Orgyies sont de petits Pa-
pillons qui, Ã raison de leur organisa-
tion, prennent place dans la division
des Lépidoptères nocturnes, mais qui
voleut le jour. VOrgyia antiqua est
commune dans presque toute TRurope,
et le mâle a de grandes ailes brunes,
tîindis que la femelle est aptère et noi-
râtre (r/).
Les Psychés' étal)lissent le passage
entre les Bombyciens et les Teignes.
M. Bruand en a figuré beaucoup d'es-
pèces appartenant à la faune fran-
çaise (6).
Pour plus de détails relativement
aux différences sexuelles extérieures
chez les Insectes, je renverrai à quel-
ques écrits spéciaux sur ce sujet (c) et
à divers traités d'entomologie (d).
(a) Voyez le Règne animal de Cuvier, Insectes, pi. 1 52, fi^. 5 (mâle) et fi?. C (femelle).
(6) llruand, Essai monographique sur la famille des Psychides, pi. 1 et 2 {Mém. de la Société
d' émulation du Doubs, 1852).
(c) Maliiiowski, BeobarMungen aussen sichlbarer Geschlechts-Kennzeichen eirdger KÃ fergaV-
tungen und Arten (Neue Sr.hriften d. natur. Geseltsch. zu Halle, ISH, H. (ï, p. 1 d.
— Klug', Ueber die Geschechtsverschiedenheit der Piezaten (Magazin der CeKllsch. naturf.
Freunde zu Berlin, 1807, p. 68, et 1808. p. 48).
(d) Kiiby and Spcnce, An Introduction ta Entomology, t. III, p. 299 et suiv.
— Burmcisler, Handbuch der Entomologie, t. I, g 200.
— Lacordaire, Introduction à l'Entomologie, t. II, p. 409.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES INSECTES. 171
aperçues du dehors (1). On pense généralement que la
lumière émise par quelques-uns de ces Animaux peut servir
aussi à attirer les mâles; du reste, ime circonstance (jui favo-
rise singulièrement la rencontre des indiviclus dont l'union
est nécessaire pour la conservation de l'espèce, c'est que fort
souvent le nombre des mâles est de beaucoup supérieur à celui
des femelles. La disproportion est quelquefois énorme : ainsi
Huber, à qui nous devons une longue série d'observations non
moins exactes que délicates sur les Abeilles, évalue à 1500 ou
même 2000 le nombre des mâles pour une seule femelle.
Celle-ci, cependant, ne s'accouple jamais deux fois; le mâle
s'unit quelquefois à deux ou à plusieurs femelles successive-
ment : mais, quoi qu'il en soit à cet égard, son existence est
toujours de courte durée après qu'il est devenu apte à se repro-
duire, et d'ordinaire il meurt presque aussitôt après avoir
fécondé sa femelle (2).
Le rapprochement sexuel s'effectue en général pendant que
la femelle est au repos, Ã terre ou sur une branche, par
exemple (3) ; mais chez quelques espèces l'accouplement ne
peut avoir lieu que pendant le vol. Ainsi, c'est toujours à de
grandes hauteurs dans l'atmosphère que l'Abeille femelle, on
reine, reçoit le mâle, et il suffit qu'elle soit rendue incapable
(1) Des faits de cet ordre ont été
souvent constatés cliez divers Lépido-
ptères nocturnes (a), principalement
le. Bombyx du Chêne et le Li paris
dispar.
(2) La mort du mâle est quelquefois
si prompte après Taccouplement, qu'il
périt avant de s'être séparé de sa fe-
melle, et que celle-ci porte pendant
quelque temps sur son dos le cadavre
de son conjoint.
(a) Burmeisler, Op. cit., t. I, § 292.
— Lacordaire, Op. cit., t. II, p. 228.
(3) Dans la plupart des cas, la femelle
reste passive pendant les premières
approches du mâle, et souvent elle lui
résiste pendant quelque temps ; quel-
quefois cependant elle semble se dis-
poser d'avance à le recevoir, ainsi que
cela se voit pour les Bourdons. En
général, le mâle se place sur le dos de
la femelle et la saisit avec ses pattes ;
quelquefois même ces organes présen-
tent, Ã cet effet, un mode d'organisa-
Appareil
fOjuil.itcur.
172 ttRPRODL'CTION.
de voler par suite de qiiel(jLie aceidenl, ou qu'elle soil retenue
captive dans la ruche, poin' qu'elle ne s'accouple pas.
§3. — L'appareil copulatcur des Inseclcs se compose géné-
ralement de deux portions : d'un pénis tuhuleux, qui en est la
partie essentielle, et d'une armure cornée, (pii constitue, soit des
organes protecteurs pour la verge dont je viens de parler, soit
des organes rétenteurs qui servent à maintenir celle-ci dans
l'inférieur du corps de la femelle pendant ipic l'écoulcuicnt de
la liqueur s|)ermati(|ue s'elTectue. La conformation de ces par-
lies est extrêmement variable et souvent Ircs-complexe, en
lion parliciilif r : ainsi, clicz les Cok'o-
plèrps aqiialiqiios du genre Dyliqno,
les tarses des pattes antérieures du
mâle sont souvent élargis en forme
de palettes et garnis de ventouses Ã
l'aide desquelles l'Insecte se lixe sur
sa femelle («).
Dans d'autres espèces, le mAle, après
s'être emparé de la femelle au moyen
de ses pattes, l'emporle dans les airs,
ainsi que cela se voit cIkz beaucoup
de Diptères. Enfin, il est aussi des
Insectes qui sont pourvus d'une pince
caudale destinée spécialement à saisir
la femelle : les Libellules, par exemple,
sur l'Iiistoire desquelles j'aurai bieulùt
à revenir.
Quelques Insectes s'accouplent bout
à bout : la plupart des Lépidoptères
nocturnes (6) et les Punaises (c), par
exemple.
Dans l'immense majorité des cas, le
mâle monte sur le dos de la femelle;
mais l'inverse a lieu quelquefois, cbez.
les Grillons, par exemple (J).
En général, l'accouplement a lieu
pendant le jour, lorsque le soleil brille
avec éclat. Cbez quelques espaces ce
pbénomènc a lieu le soir : par exem-
ple, chez le Hanneton.
Pour plus de détails sur l'accouple-
ment des Insectes, je renverrai aux
écrits de r.éiiumiir. de lluber et de
quelques autres naturalistes observa-
teurs (e), ainsi qu'.iux traités géné-
raux d'entomologie (/').
(o) De Gcer. Mém. ]mir servir à l'histoire des Insectes, t. IV, p. 394. pi. tC, dç;. 4 et 5.
— Lyonct, Hechcrches sur Vanatomie et les métamorphoses des Insectes, p. Ht, pi. tli
fisr. 24.
(b) Exemple : le Bomhjx Fini ; voyez Ralziliurg, Die Forst-Iiiseclen, t. II, pi. 7, fig. F.
(c) Voyez de Geer. Mém. pour servir à l'histoire des Insectes, t. III, pi. 13, fijr. t5.
(d) Lespés, Mém. sur les spermatophores des Grillons (Ann. des sciences nat.., 4' série, 1855i
t. m, p. 3(57).
(e) Par exemple, les Cnntharides ; voyez Au'louiii, tiecherches pour servir à l'hisio'tre naturelle
des Cantharides (Ann. des sciences nat., d826, t. IX, p. 55).
— Lan.îdown Guilding, Tlie Natural Ilistory ofOiketicus, a ncw and singular Cenus of Lepi-
doplera [Trans. of the IJnn. Soc, t. XV. p. 371).
— Lucas, Sur la Psyché graminella (Ann,. des sciences nat., 1830, t, XX, p. 473).
if) Burnieister, Op. cit., t. I, § 207.
— Lacordaire, bitroduction à l'Entomologie, 1. Il, p. 274.
APruuiiL i)i: LA GÉ^ÉKVTlo^• dks insixtls. 173
soric que sans le secours do ligures dont je ne puis disposer ici,
il me serait impossible d'en donner une description (jui serait
à la l'ois détaillée et intelligible; mais, en me bornant à l'exa-
men d'un petit nombre d'exemples, on pourra, ce me semble,
s'en former une idée générale suffisante.
Dans l'élat de repos, la totalité de cet appareil est presque
toujo'jrs comj)létement cacliéc dans l'inférieur de l'abdomen,
dont la porlion postérieure renîre môme en dedans, de façon
à constituer une sorte de chambre cloacalc à la partie supé-
rieure de laquelle se trouve l'anus (1).
La verge est consliluée par la portion subterminale du canal l'éms.
évacualcur de l'appareil mfde, qui est susceptible de rentrer en ;â– â–
elle-même ou de se dérouler au dehors (2). Ses parois sont
é|)aisses, a[)!cs h devenir turgides, et en général renforcées par
des plaques ou des baguettes solides, d'a[iparence cornée, qui
dépendent du srpielette légumentaire. D'ordinaire aussi l'inva-
gination de ce tube n'est pas simple, mais double, en sorte
(pie la porlion terminale de ra[)pendice copulateur, n-on-seule-
menl rentre dans une es[)cce de fourreau formé par la porlion
suivante du même tube, mais ce fourreau rentre dans ini second
repli analogue qui constitue une sorte de prépuce, ou fourreau
extérieur. Des muscles, qui prennent souvent un développe-
ment Irès-considérable et qui entourent l'une et l'autre porlion
de ce pénis, sont disposés de façon à en opérer, soit la |)ro-
traction au dehors, soit la rétraction (o).
Chez quelques Insectes, le bord libre de la portion de la
(1) Voyez tome V, page 618. description lorl détaillée et d'excel-"
(2) Les bords de Poiilicc qui 1er- lentes figures de ces muscles, ainsi
mine le tube excréteur lorsque celui- que des autres parties de l'appareil co-
cieiU rétracté, deviennent donc la base pulateur du Hanneton, dont la verge
de la verge quand cet organe se dé- prend un développement irès-considé-
roule au dcliors. rablc, bien que Tarmurc copulati'ice
(3) Straus-Durkbeim a doimé yinc soit presque rudimentairc (a).
(a) Slraus-Durkhdim, Considérations sur iaiMtoinic coinparéc des Annnaux articulés^ pi. 2,
fiff. 21; pi. 3, fis. 5; pi. 5, fig. 1-3; pi. G, fig. 1.
Armure
copuUitrice.
illi REPRODUCTION.
verge, qui rentre ainsi dans le fourreau prcputial, est garni
d'une rangée de petites baguettes stylilbrnies, qui se réunissent
en un faisceau conique lorsque l'organe est en état de rétraction
dans l'intérieur de la gaine, mais qui s'écartent et se renversent
lorsqu'il se déroule en dehors de façon à former une couronne
d'aiguilles rayonnantes. Or, ce mouvement ne s'opère <^ue
lorsque le [)énis s'est déjà introduit dans la cavité copulatrice
de la femelle, cl par conséquent les stylets qui n'avaient opposé
aucun obstacle à l'introduction de l'organe mâle parce qu'ils
étaient réunis en un faisceau conique, font alors office de
crampons poui' empêcher la verge de sortir (1).
En général, cette fonction est dévolue à l'armure co[)ula-
trice, c'est-à -dire à un système de pièces solides et articulées
entre elles, qui entourent la base du pénis, et qui, dans l'état
de repos, servent aussi à le protéger. Cet appareil est très-
développé chez beaucoup d'Insectes hyménoptères, où sa
siructurc a été étudiée avec soin par un entomologiste (jui
pendant -sa longue carrière a rendu beaucoup de services
à la science, mon regretté ami Léon Dufour (2). Chez les
Bourdons ou chez les Psithyrus, par exemple (5), il se com-
(1) Cette disposition curieuse des
organes réleutciirs a été décrite et (i-
giirée avec beaucoup de hoiu par
Audouin, chez la l'yrale de la Vigne («).
('i) Cet entomologiste distingué
naquit en 1782, et mourut en 1865.
n a beaucoup conlril)iié à favancc-
nient de nos connaissances sur i'ana-
tomie des Insectes, et j'ai eu souvent
à citer ses travaux dans le cours de
ces Leçons.
(3j néaumur a décrit et figuré
Tappareil copulaleur du Bourdon (6) ;
Audouin Ta également représenté (c).
Mais la descriplion que Léon Dufour a
donnée des mêmes parties chez un
autre Uyniénoptère de la même fa-
mille, le l'sithyrus campestris, est
plus exacte et plus utile à consul-
ter [dj. .M. là urmeistcr a donné des
ligures de cet appareil chez la
Guêpe (e).
(a) Audouin, Histoire des Insectes nuisibles à la Vigne, p. 73 et 79, pi, i, fig. 13, 24 el 25.
(6) Réaumur, Jlém. pour servir à l'histoire des Insectes, t. VI, p. â5, pi. 3, fig. 4, 5 et 0.
(c) Voyez l'Atlas du Règne animal de Cuvier, Insectes, pi. 9, fig. 1.
(d) Léon Dufour, lieclierches aiiatomiques et physiologiques sw les Orthoptères, les Hymé-
noptères, etc., p. 138 el 182, pi. 0, fig. 58.
(e) Burmeister, liaudbuch der Entomologie, 1. 1, pi. 26, fig, 11-13.
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES INSECTES. 175
pose d'une pièce basilaire médio-inférieure, qui donne inser-
tion à une paire d'appendices crochus, roi^ustes et mobiles, (]ui
sont disposés en manière de pince, et qui constituent les bran-
ches de l'organe préhenseur auquel Dufour a appliijué le nom
de forceps. En dedans et un peu en arrière de cette pince, se
trouve la volselle, formée par une seconde paire d'appendices
moins solides et portant à leur extrémité une pièce mobile en
forme de truelle ; entre ces parties et le pénis se trouve Vhypo-
tome, qui est constitué par une troisième paire de petits appen-
dices lamelleux, spatuliformes et portés sur une pièce mé-
diane ; enfin, le fourreau de la verge, situé au milieu de cet
appareil complexe, est garni en dessus d'une lamelle cornée
de forme lancéolée, et il est flanqwé à droite et à gauche par
une baguette cornée terminée en manière d'hameçon. La forme
et le développement relatif de ces différentes pièces varient
beaucoup de genre à genre dans la même famille, et souvent
r hypotonie ou même la vol selle manque (1). Parmi les membres
d'une môme famille naturelle, il y a parfois des modilications
encore plus considérables dans la constitution de l'appareil
copulateur. Ainsi, chez l'Abeille, on trouve, outre les parties
correspondantes aux branches du forceps et à la volselle, au
fourreau et à la verge proprement dite, une paire de grosses
vésicules ayant la forme de cornes et susceptibles d'une sorte
d'érection, non par l'afflux du sang dans leur intérieur, mais
par l'accumulation de l'air dans les réservoirs pneumatiques
creusés dans leur intérieur (^2). Huber, à qui l'on doit une
foule d'observations délicates et intéressantes sur les mœurs
(1) Pour plus de détails à ce sujet, été désignées par Swammerdani sous
je renverrai au niénioire de Léon le nom d'appendices creux et poin-
Dufour, déjà cité. tus {a). On ne connaît rien de sem-
(2) Ces cornes vésiculaires, appelées blable chez aucun autre Insecte. Dans
pneumophijses pur Léon Dufour, ont quelques cas, elles font saillie à l'ex-
(o) Swammerdani, Bi&iia iVafurcE, p. 338, pi. 20, fig. 4, 5, 6 k.
170 lÅ’PRODUCTION.
des; Abeilles, ii Iroiivé (ju'à la siiilcdc raeeoupleineiil, la verge
du mule se rompt sans sortir de la vulve delà lemelle, et y reste
im[)lanlée pendant qnelijue temps (1); phénomène qui paraît
ne pas être rare cliez beaucoup d'autres Insectes.
Le mode d'organisation dominant dans l'ordre des Hymé-
noptères se retrouve à peu de chose près chez certains
Névropfèrcs (2). et les analogues de la plupart des pièces de
l'armure copulatrice de ces Insectes existent également chez
quehpics Orthoptères (3) et chez beaucoup de Coléoptères (fi),
lérieur de riilxioinci). cl elles pciivont
rentrer au gré de IWiiiinal (a). Il est
aussi à noter que la jiortion basilairc
de la verge est cerck-e de petites
pièces cornées. Les autres parties
de l'armure copulatrice sont fort ré-
duites [II).
. (1) Iluber a souvent trouvé l'appen-
dice en question retenu ainsi dans la
\ul\e d'une Abeille reine qui venait
d'èlre l'écondc-e, et, en comparant cet
appendice brisé avec la partie tenni-
n;ile de la verge du nià le, il n'bésita
pas à la considérer comme étant un
fragment de l'organe copulaleur. M a
trouvé aussi des mà lrs dont le pénis
était inulilé d'une manière correspon-
dante {(■) ; des faits analogues ont été
découverts cbez d'autres Insectes, tels
que des Coléoptères et des Lépido-
ptères ((/).
(S) Cbez les Panorprs, par exem-
ple (c).
(o)Clioz la plupart des Ortboptèrcs,
l'appareil copulaleur est beaucoup
plus simple ; mais cbez quelques uns
de ces Insectes, les Mantes, par exem-
ple, on trouve autour de la \ergc une
armure qui ressemble beaucoup Ã
celle de divers Hyménoptères (/'").
Cbez les rorlicules, l'appareil copula-
teur se compose de la verge, d'un étm'
bivalve et d'une pince caudale qui
paraît être un organe excitateur (y). La
verge est souvent armée d'im crochet
terminal (/;),
('j) Ainsi, cbez le Il.mneton (/),
l'appareil que Siraus appelle V ('â– lui de
la verye est l'analogue de l'armure
copulatrice, et la pièce que cet aulem-
désigne sous le nom de tambour de
la verge correspond à la pièce basi-
(a) Léon Diifour, Op. cit., p. 170, pi. C, fig. 55. ^
{bj Rcaumur, Mém. pour servir à Vhistuire des Insectes, t. V, pi. 33, lig. 4 à H. cl pi. 34,
fig. 1-9.
(c) !•'. Iliibcr, \ouveUes observations sur les .abeilles, 1S14, t. I, p. 50 el .•iiiiv.
((/) Aiulouii), Lettre sur la génération des Insectes {Ann. des sciences nat., iSil, i. II,
p. 283).
(e) Léon D'.ifiuir, Op. cit., pi. I -, lii,'. 172.
(/â– ) l.leiii, ibid., pi. 4, fig. 3G.
(g) Uc Geer, Mém. pour servira l'histoire des Insectes, I. III, p. 553, pi. 25. Cig. 25.
— Léon Diifoiir, Hecherches anatomiques sur les Labidoures, ou Perce oreilles (Ann. des
sciences nat., 1828, t. Xlll, p. 375, pi. 21, fig. 3). (
{h} Moineri, Anatomia l'orficulavum, fii,'. 8, etc. Copcnliatjuc, 18G3.
(i) Slraiis-Dmklicim, Considérations sur l'analomie comparée des Animaux articules, p. 135,
pi. 2, fib'. 19. 21, 22.
Al'l'AC.KIL DK l,A GÉNÉKATION DES LNSIXTES. 177
ainsi que chez certiiiiis Diplères (i). Mais, comiiic je l'ai déjÃ
dit, la forme de ces pièces varie beaucoup, et le degré de
complication de l'appareil est en général moindre. Il ne parait
pas utile d'entrer ici dans plus de détails à ce sujet, et je me
bornerai à indiquer que^iues particularités remarquables qui se
rencontrent dans les organes à l'aide desquels l'accouplement
se fait chez les Grillons et les Libellules.
Nous avons vu dans une précédente Leçon que chez quel- spermaio-
, , . pliores.
qucs .Vnunaux mvertebres, la liqueur spermatique, au lieu
laire décrile ci-dessus ; les brandies
qui eu partent correspondent à la
volselle, et les pinces dites anales /n-
/'er/f'»7('5 paraissent tenir lieu dcî bran-
ches du forceps ; enlin, les filets cor-
nés qui souliennent immédiatement la
verge sont les représentants des ba-
guettes du pénis sus-mentionnées. En
généra], dans Tordre des Coléoptères,
Tarmure copulatrice est peu compli-
quée, et se compose principalement du
fourreau de la verge et de siyleis, ou
de crochets correspondant à la vol-
selle.
On doit à M. Ormancey un travail spé-
cial sur Yétui pénial ou armure co-
pulatrice de ces Insectes, dans lequel
cet auteur s'attache à faire connaître les
dillérences de forme que les princi-
pales pinces conslitulricesdecet appa-
reil présentent dans divers genres ou
espèces de cet ordre (a). L'armure
copulatrice a été décrite aussi chez plu-
sieurs Coléoptères par M. Burraeister,
mais il est à noter qu'il la considère
comnie formant partie du pénis (6).
Pour plus de détails à ce sujet, on peut
consulter aussi les recherches de Léon
Dufour et de plusieurs autres natura-
listes (c).
Chez les Hémiptères, l'armure copu-
latrice est peu développée {d). Elle l'est
davantage chez les Lépidoptères (e).
(1) Chez quelques Diplères, l'ar-
mure copulatrice est encore plus com-
pliquée que celle des Hyménoptères,
notamment chez les Tipules (/). Chez
les Tabaniens, les Stratiomides, les
Asiliques et les Volucelles, etc. Uj),
cet appareil ressemble davantage Ã
celui que nous avons vu chez les
Hyménoptères.
(a) Ormancey, Recherches sur l'élui pénial considéré comme limtlc de iesiicce dans les
Colcoptà 'cs (Ann. des sciences 7iat., 3" série, 1849, t. Xll, p. i-l~i , pi. 'tj.
(b) bnimeisler, Handbuch der Entomologie, t. 1, § 15^.
(c) Léon Diitbui-j Recherches anulomiques sur les Carabvjues et sur plusieurs antres Insectes
Coléoptères {Ann. des sciences nat., ISiiS, 1. VI, p. i55 ctsiiiv., pi. -i-S).
— Audouin, Recherches anatomiques sur le Unie jaundire (Ann. des sciences nat., 18:! l,
I.II, p. 458, pi. 15].
(d) Léon Dufour, Hech. anal, et physiol. sur les Hémiptères, 1833, pi. 12, oic. [Mém. de
l'Acad. des science, Sav. élrany., t. IV';.
(e) Exemple : le Deileptiila Galii ; voy. Biirmeislcr, Op. cil., pi. 13, fiy. 28.
(/') Réaumur, Mcm, pour servir ci l'hisloire des Insectes, i. 1, g ih-, pi. '25 el ^2ri.
— Léon Dufour, Rech. anat. et physiol. siir les Diplères [Mém. de l'Académie des sciences,
Sav. étrang., t. XI, p. aïO, pi. 3, li-. -.7).
(g) Léon Dufour, Op. cit., p. 231, de, pi. i, IÎ-. 41, 10; pi. 5, lig. 47, 48, etc.; pi. 7,
Kg. 81).
IX. 12
178 REPRODUCTION.
d'être éjnculée à l'élnt de liberté, se Irouve préalablement ren-
fermée dans une capsule, ou quelque autre instrument analogue
qui fait office de vase, et que c'est le spermatophore ainsi con-
stitué qui est employé à la fécondation des œufs de la femelle
au moment de la ponte (1). Il paraît, d'après les observations
de M. Lespés, que l'accouplement des Grillons ne consiste
pas, comme chez les autres Insectes, dans l'inlroduclion de
la verge du mfde dans l'intéiieur de ra[)pareil génital de la
femelle, et l'injection du liquide séminal dans la profondeur de
celle partie de l'organisme ; mais que le rapprochement sexuel
a pour objet le dépôt d'un sac à parois membraniformes et
rem|)li de sperme dans la cavité cloacale, où la liqueur fécon-
dante ne devient libre (jue plus ou moins longtemps après que
le coït s'est terminé (2). Quelques physiologistes pensent (pje
les choses se passent à peu près de la même manière chez
beaucoup d'autres Insectes, et que le corps trouvé souvent
dans l'appareil génital de la femelle ne serait pas, comme on le
suppose généralement, le pénis du mille rompu et resté im-
planté dans la cavité copulatrice, mais un spermatopliore (3).
(1) Voyez tome VIII, page 371. des spermatozoïdes filiformes, et
(2) M. Lespés a décrit ce mode de M. Lespés pense que ces réceptacles
fécondation chez le Grillus domesti- prennent naissance dans une portion
eus, le Gr. campestris et le Gr. syl- élargie et siiijterminalcdu canal dél'é-
vextris [a). Le corps que le nià lc rcnt ; mais il ne me paraît pas encore
laisse dans le vagin de la femelle, et sulTisamment démontré que ces pré-
que ce naluraliete consid^re comme tendus spermatopliores ne soient pas la
étant un spermatophore, est mie pe- portion terminale du pénis, qui, lors
tite vésicule blanchâtre offrant à l'une de Taccouplcment, se délachcrail et
de ses extrémités une lamelle por^ resterait implantée dans l'appareil fê-
tée sur trois petites pièces carlilagi- melle, ainsi que cela se voit très-sou-
neuses, dont l'une, médiane, est tubu- vent chez beaucoup d'autres Insectes,
leuse, et dont les deux autres, situées (3) Longtemps avant la publication
sur les côtes, sont arciformes. On des observations de I\I. Lespés, dont je
trouve dans l'intérieur de ce petit sac viens de parler, M. Siebold avait re-
(a) Lespés, Mém. tur les spermatophores des Grillons {Ann. des sciences nat., i* série, 1855,
t. 111, p. 300, pi. 10; t. IV, p. 240, pi. 8B).
APPAREIL DE LA GÉNÉIUTION DES INSECTES.
179
Le mode d'accouplement des Libellules présente aussi des api.,.rmi
particularités remarquables (i). Lorsque le rapprochement sexuel <ics
Libellules.
marqué, dans la" poche copulatricc de
divers Locustaires réceninienl fécon-
dés, une vésicule pédouculée qu'il con-
sidère comme un spermatopiiorc (o).
M. Stein avait aussi signalé des faits
analogues chez divers Coléoptères, et il
avait été conduit à penser que le corps
trouvé souvent implanté dans le vagin
n'est pas le pénis du mâle, comme on
le pense généralement, mais un sper-
matophore (b). Il est fort possible
que cela soit dans certains cas, mais
d'autres fois il m'a paru évident que
l'appendice en question était bien une
portion de l'appareil pénial.
(1) Swammerdam, Homberg, Réau-
mur et Rœsel, ont très-bien décrit et
figuré les préliminaires de l'accouple-
ment des Libellules, des Agrions, et
des autres Insectes de la même fa-
mille (c) ; mais c'est de nos jours
seulement que l'on a étudié anatomi-
quemont l'appareil mâle de ces Névro-
ptères de façon à connaître les points
les plus importants de leur histoire.
Les recherches de Rathke, et celles
plus récentes de Léon Dufour, nous
ont appris que le canal éjaculateur se
termine, comme d'ordinaire, près de
l'extrémité postérieure du corps, et
n'a aucune communication avec l'ap-
pareil copulateur situé sous la partie
antérieure de l'abdomen. L'orifice de
ce canal est placé à la partie infé-
rieure du neuvième anneau abdominal,
au sommet d'un petit cylindre mem-
braneux qui constitue un pénis rudi-
mcntaire et qui est recouvert par une
paire de petites valves. L'appareil co-
pulateur ou excitateur (J) est placé
sous le deuxième et le troisième an-
neau de l'abdomen, dans le sillon
ventral, entre les lames latérales de la
portion correspondante du squelette
tégumeutaire, et il se compose de
trois portions, savoir : une portion
antérieure portant une cavité médiane
qu'entourent six pièces cornées, dont
les deux antérieures, plus petites que
les autres, portent cbacune un crochet
mobile ; une portion moyenne compo-
sée d'une pièce carrée creusée d'une
gouttière et donnant insertion à un
crochet robuste et mobile; enfin,
une portion postérieure composée
d'un crochet, d'une sorte de tambour
ouvert en avant, et d'une pièce lan-
céolée qui part de l'extrémité posté-
rieure de ce dernier organe, et se
prolonge sous le troisième segment de
l'abdomen. Cet appareil remarquable
ne communique avec aucun organe
intérieur, et sa forme varie suivant les
espèces.
(a) Siebold, Ueber die Spermatozoiden der Lociistinen (Nova Acla Acad. nat. ciirios., t. XXI,
p. 249).
{b) Stein, Vergleichende Anatomie und Physiologie der Insecten, 1847, p. 86.
(c) Swammerdam, Biblia Natiirœ, t. II.
— Homberg, Observations sur vne sorte d'Insectes nui s'appellent ordinairement Demoiselles
(Hém. de l'Ac.ad. des sciences, 1690, p. 145).
— Réaumur, Mém. pour servir à l'histoire des Insectes, t. VI, p. 419 et suiv., pi. 40 et 41.
— Rœsel, Inscclenbelustigung, t. H, pi. 10, fig. 3-5.
(rf) H. Rathke, De Libellularum partibus genitalibus (Miscellanea anatomico-physiologica,
fasc. 1 . Regiomontii, 1832).
— Léon Dnfoiir, Recherches sur les Orthoptères, les Hyménoptères et les Névroptères, p. 306.
(e) Réaumur, Oj). cit., t. VI, pi. 41, (ig. 7-10.
— Rathke, 0}). cit., pi. 1, lig. 1, elc.
180 ni:iMiODLCTiON.
va avoir lien, le nià lu saisit [r.w le cou la l'iMnclle au moyen
d'une pince dont l'extrémité de son abdomen est armée, et les
deux individus placés ainsi presque bout à bout volent en-
semble pendant plus on moins longtemps; entui ils se posent
sur quelque feuille, et, lorsque la remellc est disposée au
coït, elle se recourbe en avant, en arc, de façon à amener
l'extrémité postérieure de son corps contre la face inférieure
de la base de l'abdomen du mCde, où se trouve un organe pré-
henseur très-complexe qu'au i)remicr abord on avait suppose
cire un appareil fécondateur, mais qui n'a pas de connexions
organiques avec les parties essentielles de l'appareil de la géné-
ration, et qui remplit seulement les fonctions d'un instrument
excitateur ou peut-être d'un spcrmatopbore. Uienlôt le mfde,
à Faide des crocbets ou des autres pièces mobiles dont cet
organe est garni, sai^^it le bout de l'abdomen de sa compagne,
qui s'y est présenté de la sorte, et l'y maintient pendant très-
longtemps enfoncé dans la dépression médiane, dont la partie
est creuse. Ce rapprochement sexuel dure souvent près d'une
demi-heure, et il est probable (pie la femelle puise dans l'ap-
I)arcil où sa vulve se trouve ainsi engagée du sperme déposé
préalablement dans cette partie par l'orifice éjaculatcur situé,
comme je l'ai déjà dit, près de Tanus. Celte portion complé-
mentaire de l'appareil nnilc, quoique parfaitement distincte et
sans communication directe avec les glandes ou les canaux
spermafiqucs, serait donc en réalité un organe copulalcur et
fécondateur, mais à la manière d'un spcrmatophorc inter-.
médiaire entre les organes génitaux essentiels du maie et la
vulve de la femelle. Je dois ajouter, cependant, que cette
explication du mode de fécondation des Libellules ne repose
pas sur des faits suffisamment probants, et, bien qu'elle soit
très-plausible et en accord avec des faiis de môme ordre dont
les Araignées nous rendent témoins, qucbpies entomologistes
pensent qu'elle n'est pas l'expression de la vérité, et qu'à la
APPAREIL DE LA GÉNÉRATION DES LNSECTES, ISl
suite des manœuvres simulant l'espèce de copulation dont il
vient d'être question, la femelle appli(pie brusquement sa vulve
contre l'orifice éjaculaleur pour recevoir directement de cet
orifice la liqueur sémiuale nécessaire à sa fécondation (1).
§ 4. — Les conduits qui naissent des testicules (2), et qui
portent le sperme à l'appareil copulateur, constituent d'abord,
de chaque coté, un tube particulier appelé canal déférent;
mais, en arrière, ces deux canaux se réunissent toujours en
un tronc commun ou canal éjaculatcur, dont le développement
est plus tardif que celui du reste de l'appareil (3), et dont la
Coiiildils
défùiTlili.
(1) Cette opinion a élé adoptée par
M. Lacordaire, qui, par conséquent,
considère les organes placés à la partie
antérieure de Tabdonieu comme con-
stituant seulement un appareil excita-
teur {a).
('2) L'étude des organes intérieurs de
la génération chez les Insectes fut
commencée dès le xyii*" siècle, par
Swammerdam (6) ; mais c'est surtout
depuis une cinquantaine d'années
qu'elle a été poursuivie a\ec persévé-
rance, et qu'elle a donné lieu ù des
publications importantes à consulter
aujourd'hui. Tels sont divers travaux
spéciaux dus à Gaede, Léon Dul'our,
Suckow, Straus-Durkheim, AL Stein,
et plusieurs autres naturalistes dont
les ouvrages seront cités dans le cours
de cette Leçon (c).
(3) Herold a fait une série d'obser-
vations très-intéressanies sur le déve-
loppement des organes génitaux chez
le Papillon du Chou (P. Brassicœ, L.)-
J'aurai bientôt à revenir sur les chan-
gements que ce naturaliste a constatés
(a) Lacordaire, Inlroduction à l'Eiitùmologie, t. II, p. 328.
(6) Swammerdam, Biblia Naturœ, 173".
(c) Gaede, Beilrâ(je ^iur Analomie der Inxecten, 1815, \<\. 1, fi,'. 9 et 10 ; l'I. iJ, ùg. 2, etc.
— Hegetschweiler, Dissert. iiiaiiQ. ioûtomica de Inseclorum geniUihbus. Tiirici, 1820,
fig. c.
— Léon Dufour, Recherches analomiques et p'iijsiologiques sur les Carabiques, etc. (Ann. des
sciences nat., 1825, t. VI, p. 150i.
— Sucliow, Geschlechlsorgane dcr liiseclen {Ueusuvj:uv'i Zeilscltrift fiir die ovganische Pltysik,
1828, t. II, p. 231, pi. 10 15\
— Léon Dufour, llecherches aiiacoiniques sur les Lahidoures, ou Perce-oreilles {.\nn. des
sciences nat., 1828, l. XIII, p. 354, pi. 21 ni 22).
— Straus-Durkheini, Considérations générales sur Vanatomie comparée des Animaux arlt-
cillés, au.rquelles ou a jouit l'anutomie descriplive du Molulouilia vulgaiis (Hanneton), iu-i,
1S28.
— Léon Dufour, Recherches anatomiques sur les Hcniiplcrcs, 1833, pi. 10-17 [Mém. de
l'.\cad. des sciences, Savants étrangers, l. IV).
— Hem, Recherches anatomiques et physiologiques sur les Orthoptères, les lUjménuylèrts et
les Névroptères, 1844 [Mém.de IWcad. des sciences. Savants étrangers, 1. ^'1I).
— Stein, Vergleichende Anatomie der hnecten, t. I, 1847.
— Roussel, Recherches sur les organes génitau.v des Insectes coléoptères de la famille des
Scarabéides {Comptes rendus de l'Arad. des seiences, ISDO, t. L, p. 230).
— l.ôfw, Hora' unulomiiie, .\l li.nidl 1, l.nU)motom<en., 18-il.
182 REPRODUCTION.
longueur varie beaucoup suivant les espèces, mais devient
parfois très-considérable (l). Ce conduit terminal, unique, de
même que ses deux branches iniliales, peut être cylindrique
dans toute sa longueur, ou dilaté dans une portion de son éten-
due, de façon à constituer une sorte de réservoir ou vésicule
séminale. Il en résulte que taiitôt il y a une paire de ces réser-
voirs formés aux dépens des deux canaux déférents, tantôt une
vésicule séminale médiane et unique qui appartient au canal
éjaculaleur; entln, danS d'autres cas, ces conduits, au lieu de
constituer eux-mêmes les réservoirs spermatiques , sont en
communication avec des sacs appendiculaires qui remplissent
des fonctions analogues, et qui, le plus ordinairement, naissent
un peu en amont du continent des canaux déférents (•2). Sou-
dans la disposition dos testicules, et ici
je me bornerai à dire que chez la Che-
nille, la portion évacuatrice de l'ap-
pareil n)Ã lc est constitiit-e presque
entièrement par deux canaux déférents
filiformes, et que le canal éjaculaleur
ne commence à se développer que
chez la nymphe; mais pendant celte
seconde période de la vie de l'Insecte,
ce tube grossit et s'allonge avec une
extrême rapidité, de façon à décrire
bientôt de nombreuses circonvolutions,
et à former la portion la plus volumi-
neuse de tout l'appareil. U est aussi
à noter qu'une paire d'appendices
tubuleux qui, chez la Chenille, n'é-
taient représentés que par deux petits
tubercules, se développent en même
temps à l'extrémité antérieure du
canal éjaculateur, et se pelotonnent
comme lui : ce sont des glandes acces-
soires (a).
(1) Chez quelques Insectes, le canal
éjaculateur reste toujours d'une briè-
veté extrême, et les canaux déférents
se prolongent presque jusqu'Ã la base
de l'appareil copulateur (b), tandis que
chez d'autres Animaux de celte classe
le tronc unique qui termine en arrière
le système des conduits elTérents mâ-
les devient extrêmement long (c).
(2) Quelquefois ces vésicules sémi-
nales naissent, au contraire, vers l'ex-
trémilé antérieure (ou testiculaire) des
canaux déférents, et par conséquent
très-loin du point où ceux-ci se réu-
nissent pour constituer le canal éjacu-
lateur (d).
[a] Herold, Enlivickelungsgeschichte der Schmelterlinge, 1815, pi. 6 Ã 32.
(6) Par exemple, cliez les Punaises et beaucoup d'autres Hémiptères; voy. Léon Dufour, liech.
analomiques sur les Hémiptères, pi. xi, fig;. 137, clc.
(c) Exemple : les Blaps ; voy. Léon Dufour, Recherches sur les Carabiques, etc. {Ann. des
sciences nat., 1825, t.. VI, pi. 8, fig. 1).
(d) Exemple : les Hyménoptères du genre Arithophore ; voyez Léon Dufour, Recherches sur les
Orthoptères, les Hyménoptères, etc., pi. 6, f\g. 03.
APPAREIL DE LA GENERATION DES INSECTES.
183
vent ces annexes envahissent même la portion terminale des
canaux déférents, de façon qu'au lieu d'avoir l'apparence d'ap-
pendices latéraux de ces tubes, ils semblent être des sacs dans
le col desquels ceux-ci iraient déboucher pour communiquer
par leur intermédiaire avec le canal éjaculateur (1); mais
ces variations de forme n'ont que peu d'importance , et il
y a lieu de croire qu'elles sont toujours le résuKat de chan-
gements consécutifs dans la conformation de tubes primitive-
ment simples jusqu'à leur embouchure dans le canal éjacu-
lateur. Quoi qu'il en soit, ces sacs appendiculaires peuvent
coexister avec les dilatations des canaux évacuateurs, de sorle
que le nombre des réservoirs spermatiques varie bermcoup {'I).
Chez quelques Insectes, les canaux déférents, tout en pré-
sentant sur une partie de leur longueur un renflement
qu'au premier abord on pourrait prendre pour une simple
dilatation de leur cavité, doivent cette conformation à une dis-
position très-dilïérente ; en effet, il n'est pas constitué par
une vésicule, mais par le pelotonnement du tube sur lui-
(1) On trouve souvent chez des In-
sectes apparlenantà une mèniefamille
naturelle des diflérences très-grandes Ã
cet égard : ainsi, chez l'Abeille, où ces
canaux déterenls se dilatent en forme
de réservoirs dans leur moitié infé-
rieure, ces tubes débouchent dans le
canal éjaculatcur à côté des vésicules
séminales, qui en sont entièrement
distinctes et très-dévcloppées (a) ; tan-
dis que chez le Bourdon, les canaux
déférents, cylindriques dans toute leur
longueur, vont s'ouvrir dans le col
des vésicules séminales, à une petite
distance de l'anastomose de celles-ci
avec le canal éjaculateur (6), et que
chez les Psithyrus, ils débouchent vers
le milieu de ces vésicules (c). Or, tous
ces Insectes appartiennent à une même
famille. Le volume de ces réservoirs
est souvent très-considérable (</).
(2) Ainsi chez la Coccinelle Argus,
il n'y a qu'un seul réservoir de ce
genre, formé par la dilatation de l'ex-
trémité antérieure du canal éjacula-
teur {e).
(a) Léon Dufoiir, Recherches anatomiques sur les Orthoptères, etc., pi. G, fig. 55.
(ft) Idem, Op. cit., pi. 0, fîg-. Gl.
(c) Idem, Op. cit., pi. 6, fig. 58.
(d) Par exemple, chez VAlhalia centifoliœ ; voy. Newport, Obs. on the Anatom\j of the Atlialia
centifoliœ, pi. 1.
(e) Léon Dufour, Recherches sur les Carahiques, etc. {.\nn. des sciences nat., ^8'25, t. VI,
Pl. 9. fig. 13).
accessaires.
I8/1. UF.PnODUCTlON.
même, en sorle que le renflement en question est comparable
à un épitUilynie (1).
D'autres organes accessoires de iialure glandulaire affectent
ordinairement la forme de tubes dont la longueur est sou-
vent très-considérable, et dont la portion subterminale se
dilate parfois en manière de réservoir ("2). En général, il n'y
a qu'une ou deux paires de ces cœcums filiformes; mais chez
quelques espèces leur nombre est très-considérable, et ils dif-
fèrent entre eux par leur forme et leur disposition, de façon Ã
donner à l'ensemble de ra{)pareil maie une structure très-com-
pliquée : chez divers Orthoptères, [tar exemple (o).
(1) Ce modo crorc;ani.sation se voit
Irès-bien chez quelques espèces de la
grande famille des Saiilerelles (a), ainsi
que chez divers Col(?oplèies {b).
(2) Chez beaucoup de Coléoptères,
ces organes appendiculaires consistent
(Ml une paire de lubes éti'oits et ter-
minés en cul-de-sac, qui s'cntorlilleni
sur eux-mêmes et se conlimienl posté-
rieurement avec le canal ("jaculateur,
soit en restant indt'peuilants des con-
duits déférents (c), soit en donnant
insertion à ceux-ci à peu de distance
de leur omboucliure((/j. Chez d'autres
espèces du même ordre, il existe deux
paires de ces tubes (e), et souvent
l'une d'elles se dilate de façon à for-
mer une paire de sacs (|iii méritent
plus particulièrement le nom de vési-
niles nêminalis (/"). Chez quelques
Coléoptères il en existe trois paires ((/)
ou même davantage, mais en général
leur structure est très-simple. Chez les
Hydrophiles cependant, où il y a huit
de ces organes appendiculaires, deux
d'entre eux, beaucoup plus gros que les
autres, portent à leur extrémité, \m
nombre considérable de petites vési-
cules (II).
{?>) Ainsi chez les Sauterelles ou
Locustaires du genre Ephippifjerti, il
existe deux sortes d'appendices faisant
fonction de vésicules sémùiales : les
uns, au nombre d'environ cin(iuanle,
sont des c;ecums longs et tubuleu,
disposés en une paire de faisceaux
longitudinaux ; les autres, beaucoup
plus petits et plus nombreux, con-
stituent quatre groupes arrondis (/),
Jùifin, plus en arrière des toulles
(a) Exemple : VKpliiiipigera vespertina ; voy. Léon Diifour, licclicrches analomiqucs sur les
Orthoptères, etc., pi. 4, lii;-. 30.
(b) Exemple : le Dijtisms Uœsclii; voy. Léon Diifuur, Rcchcrclies analomiques sur les Cara-
biques, etc. {Ann. des sciences nat., t. VI, pi. 5, fig-. i).
(c) Exemple : les Lucanes ; voy. Léon Dufoui-, licclicrches analomiques sur les Carabiques, etc.
{Ann. des sciences nat., 1S25, t. VI, pi. 7, fig-. 3).
{(/} Exemple : les Dytiques; voy. Léon Diifour, lac. cit., pi. 5, Hg'. 1 et 3.
(e) Exemple : les Priones ; voy. Léon Dufour, loc. cit., pi. 0, fig. i.
if) Exemple : les StajthijUns ; voy. Léon Dufoui', loc. cit.., pi. 5, fig. 5, et 8.
(g) Exemiile : les Mylabres ; voy. Léon Dufonr, loc. cit., pi. 8, fig-. 10.
(h) Léon Dufour, loc. cit., pi. 0, fig. 7.
(i) Léon Dufour, Recherches analomiques sur les Orthoptères, elc, p. 01 , pi. 4, fi|r. 3fi.
APPAHEII, PE LA GÉNÉttATlON DES INSECTES. 185
Les testicules sont toujours au nombre de deux, et dans le Tosiicuies
jeune âge ils sont plus ou moins éloignés l'un de l'autre : en gé-
néral, ils restent aussi séparés chez l'animal adulte; mais, dans
quelques espèces, ils se ra{)prochent au point de se confondre
sur la ligne médiane et de former un organe en apparence
unique, bien qu'il se compose toujours de deux systèmes de
cavités spermatogènes parfaitement distincts, quoique cachés
sous une enveloppe commune. Cette disposition se rencontre
chez les Papillons, et lorsqu'on étudie anatomiquement les
métamorphoses de ces Insectes, on peut facilement s'assurer
de la duplicité primitive du testicule, qui, chez l'animal parfait,
se présente sous la forme d'une sphère unique, en apparence
indivise (I).
La tunique externe de ces organes est souvent colorée d'une
nuance intense par un pigment particulier (2). Leur structure
formées par ces vésicules, on trouve
sur les côtés du canal éjaculateur une
paire de petites glandes lenticulaires
que L. Dufour a décrites sous le nom
assez mal choisi de prostates.
Chez la Mante, il existe, au milieu
d"un paquet de grosc;ecumspiriforme,
et très-nombreux, unepaii'e de grosses
vésicules séminales ovalaires {a).
(1) Ces changements successifs ont
élé suivis avec beaucoup de soin par
llerold chez le Papillon du Chou.
Chez la Chenille, les testicules sont
d'abord fort éloignés entre eux et
composés chacun de quatre lobes bien
distincts ; mais par les progrès du dé-
veloppement ils se réunissent et se
concentrent de façon à ne former
qu'un seul organe sphérique situé sur
la ligne médiane du corps (6).
Chez la plupart des Lépidoptères les
deux testicules sont réunis delà sorte ;
mais, chez quelques espèces, ils res-
tent séparés, notamment chez les Tei-
gnes et les Yponomeutes [c].
(2) Ainsi, chez divers Hémiptères,
la tunique externe des teslicules est co-
lorée en jaune foncé {d), en orangé (e),
en rouge violacé (/"), ou en vert-éme-
raude {g).
(a) Léon Dufour, loc. cit., pi. 5, fig. 40.
{b) HtTolJ, Eiilivick. der SchmetterUiuje, pi. 0, S, 10, 12, li, IG.
(c) Siickow, Ueber die Geschlechtswerkieuqe der Insekten (llensiiiger's Zeitschrift, 1. II
pi. 10, fig-. lOj.
(d) Exemple : le Naucoris optera,
(e) Exemple : les Coreas, le Pentatoma dissimilis, ele.
(f) Exemple : les Géocorises, le Pontia brassicn , elc.
{g) Exemple : les Capses, les Spltin.r, eir. .
18G REPRODUCTION.
varie beaucoup, mais peut être rapportée à trois types princi-
paux. Tantôt chacune de ces glandes se compose d'un tube étroit
très-long et pelotonné sur lui-même, qui est fermé à un bout
et qui se continue avec le canal déférent par son extrémité
opposée ; d'autres fois elle est constituée par un faisceau de
tubes courts et gros, ou de petites poches fusiformes que l'on
désigne généralement sous le nom de capsules spermi/iques ;
enfin, dans d'autres cas, elle est formée par des vésicules
groupées autour d'un certain nombre de canaux excréteurs qui
se réunissent entre eux pour donner naissance au conduit
déférent. Il en résulte des différences très-grandes dans l'aspect
des organites constitutifs de ces testicules ; mais je me haie
d'ajouter que cette diversité de forme ne parait avoir que peu
d'importance zoologique, car on la rencontre chez des Insectes
qui ont entre eux beaucoup d'affinité et qui appartiennent par-
fois à une même famille naturelle.
Le premier de ces modes d'organisa