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Full text of "Le dialecte alaman de Colmar (Haute-Alsace) en 1870, grammaire et lexique"

rURCHASED FOR THE 

UNIVERSITY OF TORONTO LÎBRARY 

FROM THE 

CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT 

FOR 



LINGUISTICS 



•4?^ 



UNIVERSITE DE PARIS 



BIBLIOTHÈQUE 



FACULTE DES LETTRES 



XII 



LE DIALECTE ALAMAN DE GOLMAR (Haute-Alsace) 

EN 1870 

GRAMMAIRE ET LEXIQUE 



Librairie FÉLIX ALCAN, io8, Boulevard Saint-Germain, Paris 



BIBLIOTHÈQUE 

DE LA 

FACULTÉ DES LETTRES DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS 



L — De l'authenticité des Épigrammes de Simonide, par Amédée 
Hauvette, professeur adjoint de langue et de littérature 

grecques à la Faculté, i vol. in-8° 5 fr. 

II. — Antinomies linguistiques, par Victor Henry, professeur de 
sanscrit et grammaire comparée des langues indo-européennes 
à la Faculté, i vol. in-8° 2 fr. 

III. — Mélanges d'histoire du moyen âge, publiés sous la direction de 

M. le Professeur Luchaire, par MM. Luchairh, Dupont- 
Ferrier et PouPARDiN. I vol. in-8° 3 fr. 50 

IV, — Études linguistiques sur la Basse-Auvergne. Phonétique histo- 

rique du patois de Vinzelles, par A. Dauzat, licencié es lettres. 
Préface de A. Thomas, chargé du cours de philologie romane 
à la Faculté, i vol. in-8° 6 fr. 

V. — La Flexion dans Lucrèce, par A. Cartault, professeur de 
poésie latine à la Faculté, i vol. in-8° 4 fr. 

VI. — Le Treize Vendémiaire an IV, par Henry Zivy, étudiant à la 

Faculté, i vol. in-8° 4 fr. 

VIL — Essai de restitution des plus anciens mémoriaux de la Chambre 
des Comptes de Paris [Pater, Noster ', Noster^, Qui es in cœlis. 
Croix, A '), par MM. Joseph Petit, archiviste aux Archives 
nationales, Gavrilovitch, Maury et Teodoru, avec une 
préface de Ch.-V. Langlois, chargé de cours à la Faculté. 

I vol. in-8°, avec une planche hors texte 9 fr. 

VIII. — Études sur quelques manuscrits de Rome et de Paris, par 
Achille Luchaire, professeur d'histoire du moyen âge à 
la Faculté . i vol. in-8° 6 fr. 

IX. — Étude sur les Satires d'Horace, par A. Cartault, professeur 

de poésie latine à la Faculté, i vol. in-8° 11 fr. 

X. — L'Imagination et les Mathématiques selon Descartes, par Pierre 
Boutroux, licencié es lettres, i vol. in-8° 2 fr, 

XL — Le dialecte alaman de Colmar (Haute- Alsace), en 1870. — 
Grammaire et Lexique, par Victor Henry, professeur de sans- 
crit et grammaire comparée des langues indo-européennes 
à l'Université de Paris, i vol. in-8° 8 fr. 

XII. — La main-d'œuvre industrielle dans l'ancienne Grèce, par P. 

Guiraui), professeur adjoint à la Faculté, i vol. in-8°. 7 fr. 

XIII. — Mélanges d'histoire du moyen âge, publiés sous la direction de 

M. le Professeur Luchaire, par MM. Luchaire, Halphen et 
Michel, i volume inédit. {Sous presse.) 

MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS. 



UNIVERSITE DE PARIS 



BIBLIOTHÈQUE 

DE LA 

FACULTÉ DES LETTRES 



XI 



LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

(Haute-Alsace) 
en 1870 

GRAMMAIRE ET LEXIQUE 

PAB 

VICTOR HENRY 

PROFESSEUR DE SANSCRIT ET GRAMMAIRE COMPAREE DES LANGUES 
INDO-EUROPÉENNES A l'uNIVERSITÉ DE PARIS 



PARIS 
FÉLIX ALCAN', ÉDITEUR 

ANCIENNE LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET C'e 
108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108 

1900 

Tous droits réservés. 



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64 
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74 



75 
78 
81 
84 
85 

86 



Pages 

PRÉFACE VII 

GRAMMAIRE 

Première partie. — PHONE- 
TIQUE I 

CHAPITRE I". — Voyelles et 

Diphtongues 2 

Section I''^. — Les Voyelles 3 

§ i". — Brèves primitives 4 

§ 2. — Brèves métaphoniques. . 15 

§ 3. — Longues primitives 23 

§ 4. — Longues métaphoniques. 28 

Section II. — Les Diphtongues. . . 29 
§ ler. — Diphtongues primitives. 29 
§ 2. — Diphtongues métaphoni- 
ques 32 

CHAPITRE IL — Consonnes. ... 34 

Section I". — Semi-voyelles 39 

§ !«. — Mhd. / 39 

§ 2. — Mhd. w 40 

Section IL — Nasales 41 

§ i". — Nasale gutturale 42 

§ 2. — Nasale dentale 42 

§ 3 . — Nasale labiale 47 

Section III. — Liquides 48 

Section IV. — Explosives anciennes 50 

§ i^r. — Gutturales 50 

§ 2. — Dentales 55 

§ 3. — Labiales 57 

Section V, — Affriquées et spi- 
rantes procédant d'affriquées an- 
ciennes 59 

§ i"^. — Gutturales 60 

§ 2. — Dentales 62 

§ 3 . — Labiales 63 

Section VI. — La sifflante 64 

Deuxième partie. — MORPHO- 
LOGIE 66 

CHAPITRE I«. — DÉCLINAISON . . 67 



Nos 

87 
90 

91 
92 

96 

97 
100 

lOI 

103 
104 
105 
106 
107 

108 
109 

IIO 

III 
112 
113 

114 

IIS 
116 
119 
120 
122 
124 
125 

126 

127 

128 



P«ge$ 

Section 1«. — L'Article 68 

Section IL — Le Substantif 71 

§ \". — Le genre 71 

§ 2. — Le nombre 72 

§ 3. — Les cas 75 

Section III. — L'Adjectif 77 

Section IV. — Les Pronoms ... . 81 

§ ic. — Pronoms personnels .. . 81 

§ 2. — Démonstratifs 83 

§ 3. — Possessifs 84 

§ 4. — Relatifs 85 

§ 5 . — Interrogatifs 85 

§ 6. — Numéraux et indéfinis. . 86 

CHAPITRE IL — Conjugaison. 88 
Section I^e. — Classification des 

Verbes 88 

§ ler. — Verbes forts 90 

§ 2. — Verbes faibles. 92 

§ 3. — Autres types verbaux.. . 93 
Section IL — Modes, Temps et 

Désinences 94 

§ ler, — Indicatif. 95 

§ 2. — Impératif 96 

§ 3. — Subjonctif 96 

Section III. — Périphrases verbales 99 
§ icr. — Temps périphrastiques. . 99 
§ 2. — Modes périphrastiques. . 100 
§ 3. — Aspects périphrastiques. 102 
Appendice I. — Les formes hy- 
brides 104 

Appendice IL — Spécimen 107 

Appendice III. — Un mot de syn- 
taxe 109 

Appendice IV. — Le Vocabulaire 

Alsacien 1 10 

Additions finales 121 

Notes de la Grammaire 122 

Observation générale 131 

LEXIQUE 132 



PRÉFACE 



I. L'on ne doit essayer d'enseigner que ce que l'on sait à fond. 
J'ai eu, dans ma jeunesse, l'occasion d'entendre parler bien des dia- 
lectes alsaciens, et depuis j'ai feuilleté les spécimens littéraires les 
plus variés de la langue des bords du Rhin; mais je n'ai jamais parlé 
couramment que le patois de Colmar : c'est donc celui-là seul que 
je m'efforce ici de fixer, sans le comparer à aucun des autres, ou 
proches ou lointains'. D'autre part, j'ai quitté l'Alsace en 1871 et 
n'y suis plus retourné que pour peu de jours à de rares intervalles : 
c'est donc une étude rétrospective de trente ans que j'offre à mes 
compatriotes d'autrefois et aux germanistes de tous pays. 

Ainsi circonscrite de temps et de lieu, cette étude n'en présente 
pas moins un caractère plus étendu et plus général qu'on ne serait 
tenté de le croire au premier aspect. 

Géographiquement, d'abord : le dialecte de Colmar peut être 
pris pour type de celui de toute la plaine moyenne de lAlsace, sur 
une longueur de dix lieues et une largeur de trois; de Rouffach à 
Colmar, à Schlestadt, à Benfeld, la transition de langage est insen- 
sible, et les différences minimes. Pour la première fois, cet ensemble 
linguistique aura été, sous sa forme spécifiquement colmarienne, 
analysé dans sa phonétique et sa morphologie et historiquement 
ramené au prototype moyen-haut-allemand. 

Linguistiquement aussi ; car ce qui intéresse dans toute langue, 
c'est elle-même, et non ce qu'elle a pu emprunter à autrui. Depuis 
1870, le colmarien n'a guère pu s'enrichir que de mots, de tour- 
nures et de prononciations venus de l'allemand classique et officiel : 



I. En conséquence, si je relève telle ou telle particularité du colmarien, je n'en- 
tends point par là enseigner qu'elle lui soit exclusivement propre : il en est qu'il 
partage avec tout l'alsacien ou même tout l'alaman ; en dresser le relevé, c'est 
affaire à un lexique comparatif, mais non à une simple monographie. 



VIII PRÉFACE 

en les supprimant, en les ignorant, je le rétablis aussi pur que pos- 
sible de cet alliage qui de plus en plus l'altérera, et je conserve aux 
germanistes futurs une image exacte d'un patois germanique du 
XIX' siècle, en voie de disparition comme tous les patois ', 

Et enfin, par suite de la situation exceptionnelle de la langue 
alsacienne, cette œuvre modeste acquiert une portée nouvelle. La 
plupart des dialectes du monde entier vivent en contact continuel 
avec la langue officielle sortie de la même souche qu'eux : les 
emprunts inconscients de ceux-ci à celle-là sont de tous les jours, et 
surtout aujourd'hui, à la faveur de l'école, du régiment et des che- 
mins de fer, on désespère de rencontrer encore un dialecte à peu 
près pur. Mais l'alsacien a vécu, pendant deux siècles, en contact 
avec une langue étrangère, et isolé de sa souche primitive 2. Il nous 
apprendra ce que devient une langue qui évolue de son propre mou- 
vement, sans aucune cause extérieure qui en entrave ou en modifie 
le développement. Si, comme nous l'enseignons aujourd'hui en 
grande majorité, « les lois phonétiques sont constantes », c'est dans 
une semblable langue que cette constance doit éclater au grand 
jour'. J'ose croire que, pour quiconque me lira sans prévention, la 
démonstration en sera faite. 

II. Le tableau fidèle que je me propose, étais-je en mesure de le 
retracer? J'ai quelque scrupule à parler de moi; maisil me faut bien 
exposer mes titres à la confiance de mes lecteurs, et surtout acquitter 
ma dette de reconnaissance envers les nombreux collaborateurs qui 
m'ont aidé de tout leur dévouement. 

Je suis né à Colmar en 1850. Mon père était Lorrain et ne savait 
point d'allemand ; mais ma mère était Colmarienne. Si elle ne m'a 
jamais parlé qu'un excellent français, du moins l'ai-je souvent 
entendue parler colmarien aux gens de service, aux vignerons, à telle 
ou telle de ses amies et à sa propre mère. Celle-ci, née à Colmar un 

1. Il demeurera donc entendu une fois pour toutes que, si je parle au présent, 
c'est pour plus de commodité, et qu'il faut le traduire par l'imparfait, en tant que 
telle particularité par moi constatée aurait disparu depuis 1870. 

2. Ceci est une façon de parler : l'isolement est indéniable, mais il n'a jamais 
été absolu; on verra au n» 125 de la Grammaire ce que je dis des diverses causes- 
d'infiltration possible de l'allemand classique. 

3. Cf. V. Henry, Grammaire comparée de V Anglais et de ï Allemand, Paris 1893, 
p. 18. 



PREFACE IX 

peu avant la Révolution, représentait la tradition de notre langage 
dans toute sa pureté : elle parlait fort bien le français, mais comme 
une langue apprise, et, sachant d'ailleurs que son accent n'était point 
des plus corrects, elle évita dans mon bas âge de causer en français 
avec moi, de peur de gâter le mien. C'est donc à elle que je dus de 
savoir l'alsacien, de comprendre plus tard les domestiques et mes 
camarades d'école, de pouvoir me mêler aux conversations familières 
de nos amis ; car nous en avions plusieurs, des deux sexes, qui, bien 
que se servant habituellement de la langue française, ne se refusaient 
pas le plaisir d'un proverbe, d'une facétie ou même d'une conversa- 
tion tout entière dans la langue pittoresque et savoureuse du terroir. 
Entre autres, le juge de paix et la directrice des écoles maternelles 
de Colmar, qui fréquentaient assidûment notre maison, y rappor- 
taient souvent, comme regain de leurs pénibles fonctions, quelque 
anecdote naïve ou piquante, qu'ils contaient et mimaient avec une 
verve communicative. C'est dans ce milieu que j'ai grandi : de tous 
les propos que j'ai recueillis en mon Lexique, il n'en est presque 
pas un que je n'aie entendu au moins une fois, soit à l'école ou à la 
maison. 

Tels furent mes premiers témoins, morts depuis longtemps à l'heure 
où j'ai formé le projet d'utiliser mes souvenirs. Quant à mes témoins 
vivants, ils ne sont pas tous d'égale valeur; mais j'ai à peine besoin 
de dire que je me suis scrupuleusement appliqué à contrôler l'un par 
l'autre les documents qu'ils m'ont fournis. Une parente bien proche 
et bien chère est née à Haguenau ; mais son mari était de Colmar, 
elle-même l'a habité longtemps, et, précisément parce qu'elle par- 
lait un autre dialecte, elle a été frappée de certaines particularités 
linguistiques du milieu où elle s'est trouvée transportée. Sa fidèle 
servante est née à Benfeld, mais est venue fort jeune à Colmar : elle 
m'a été d'un secours quotidien, surtout pour les mots du vocabu- 
laire rural, dont mon éducation citadine n'avait pu me laisser que 
d'assez fugitives notions. Au contraire, c'est une contribution impor- 
tante au vocabulaire urbain que j'ai obtenue de mon excellent ami 
Jules Kahn, alors directeur du Refuge du Plessis-Piquet (1894- 
1899) : toute son enfance s'est écoulée dans un logis de la place 
Saint-Martin, au cœur du vieux Colmar, où se tenaient les grands 
marchés. Egalement versé dans lecolmarien, le judéo-alsacien et le 
bon allemand, il n'avait qu'une crainte : celle de les confondre; 



X PRÉFACE 

nous y avons paré, en revisant ensemble tous les articles de mon 
Lexique, rnot par mot. Enfin je dois une mention hors pair à mon 
ancien condisciple Xavier Hatz, sculpteur, demeuré au pays natal : 
sur les points délicats qui m'échappaient nécessairement à distance, 
je lui ai envoyé de longs questionnaires, auxquels il a répondu avec 
une minutie et une sagacité merveilleuses, prenant soin de ne ques- 
tionner à son tour, pour se renseigner, que des Colmariens nés et 
des hommes de notre génération. A tous ceux-là, et à tous ceux que 
je ne nomme pas faute de place, mais qui se sont intéressés à mon 
travail et y ont apporté quelques matériaux, j'adresse ici mes remer- 
ciements, au nom de la science et au nom de la petite patrie. 

III. Ces données rapides suffisent à faire apprécier la valeur de ma 
documentation, essentiellement orale, ainsi qu'il convient à une 
monographie dialectale. Il va de soi que je n'ai point pour cela 
négligé la documentation écrite, en tant qu'elle était utilisable; mais 
je l'ai reléguée au second plan, et, là même où j'y ai puisé, je me suis 
la plupart du temps abstenu de références, qui auraient sans profit 
encombré mes pages. Au surplus, en fait de grammaire et de lexico- 
graphie, il n'a jamais rien paru, à ma connaissance, surlecolmarien 
proprement dit, que Y Essai posthume de Holtzwarth publié par 
X. Mossmann ' : très précieux, en tant qu'œuvre d'un Colmarien 
denaissance et d'habitat (1796-1875), il est néanmoins fort insuffi- 
sant pour la grammaire, sans valeur quant à la linguistique historique, 
et sans aucune précision dans sa transcription. La littérature, au 
contraire, est fort convenablement représentée chez nous par Mangold, 
dont l'orthographe même est en général d'une très suffisante clarté : 
bien entendu, ce n'est point à ses vers, toujours plus ou moins sus- 
pects d'arrangement factice, mais exclusivement à sa prose robuste et 
sincère, qu'il faut demander l'exacte et volontiers grossière repro- 
duction du langage familier^. 

Le Wôrterbuch der Elsàssischen Mundarten de MM. Martin et 
Lienhart, dont le tome I" a seul paru jusqu'à présent et que j'aurai 



1. J.-B. Holtzwarth, Essai sur V Idiome de Colmar, in Buîl. du Musée Historique 
de Mulhouse, V (1880), pp. 45-64. 

2. On la citera par l'abréviation Mg., suivie d'un chiffre renvoyant à la pagina- 
tion de Colmererditschi Kotiudi, Colmar 1878. 



PREFACE XI 

souvent l'occasion de citer ', contient naturellement beaucoup de 
formes colmariennes ; naturellement aussi, elles ne sont pas toutes 
exactes ou correctement transcrites, ainsi qu'on doit s'y. attendre 
dans une œuvre aussi considérable, compilée de tant de mains ; mais 
je me suis expliqué ailleurs sur ce point, ainsi que sur l'admiration 
et la gratitude que nous devons à ces auteurs. D'autres œuvres dia- 
lectales importantes, mais étrangères au colmarien, je ne vois guère 
h signaler que le Pfingstmontag d'Arnold et les délicieuses poésies 
deHebel^ 

J'ai été plus sobre encore de références à la littérature germanique 
en général : les germanistes n'ont pas besoin que je les y oriente, 
et les Alsaciens qui y chercheraient les secrets de l'histoire de leur 
langage auront intérêt à se contenter, pour leurs débuts, d'un petit 
nombre d'auteurs choisis. Voici ceux qu'ils trouveront mentionnés 
çà et là dans mes pages : Paul, Mittelhochdeutsche Grammatik, Halle 
1889; Michels, Mittelhochdeutsches Elementarbuch,Heïde\herg 1900; 
Dieter, Laut- und Formenlehre der Altgermanischen Dialekte, Leipzig 
1898-1900; Wilmanns, Deutsche Grammatik, I-II, Strasbourg 
1896-97 ; Kluge, Etymologisches Wôrterbuch der deutschen Sprache, 
Strasbourg', etc. 

IV, J'ai dû nécessairement créer une graphie phonétique appro- 
priée à la transcription du dialecte de Colmar : j'espère qu'on la trou- 
vera aisément lisible et qu'elle donnera une idée aussi exacte que 
possible du phonétisme colmarien du milieu de ce siècle. Pour le 
reste, mes transcriptions et ma nomenclature ne s'écartent en aucune 
façon des usages reçus. Je rappelle seulement que j'emploie le terme 
« métaphonie » pour désigner le phénomène bien connu sous le 
nom allemand de « Umlaut » '^. Mes abréviations non plus n'ont 
rien d'insolite : les signes <C et > signifient toujours, respectivement, 



1. Voiries r\°^ 128-130 de ma Grammaire. — Cet ouvrage sera cité par l'abré- 
viation ML., suivie de l'indication du mot à chercher (s. v.) ou du chiffre de la 
page et de la colonne. 

2. On les citera d'après la pagination de l'édition des Alemannische Gedichte datée 
« Arau 18 ji ». 

3. On renverra à cet ouvrage par la simple mention « Kluge s. v. ». 

4. On observera que les formes d'allemand moderne sont en général distinguées 
des autres par le caractère d'impression : on ne les a pas mises en italiques, et les 
initiales des substantifs sont en majuscules ; l'orthographe est celle de M. Kluge. 



XII 



PRÉFACE 



« venu de » et « devenu » (ou « d'où »), la pointe de la flèche con- 
stamment tournée vers la forme postérieure et issue; le mot « empr. » 
désigne un « emprunt », et l'abréviation qui suit indique la langue 
d'où l'emprunt est provenu, soit donc « empr. fr. = emprunté au 
français ». Pour la désignation des langues, j'ai préféré les abrévia- 
tions allemandes, comme plus courtes et plus claires. On lira donc : 

ahd. = althochdeutsch (vieux-haut-allemand); 
mhd. = mittelhochdeutsch (moyen-haut-allemand); 
nhd. = neuhochdeutsch (haut-allemand moderne). 

Les autres signes abréviatifs n'offriront, je pense, aucune diffi- 
culté '. 

V. J'ai fait, enfin, de mon mieux, pour justifier h faveur de mes 
collègues qui ont bien voulu accueillir cette œuvre dans leur 
Bibliothèque. La publication n'en eût sans doute jamais été possible, 
sans le libéral concours de la Faculté des Lettres de Paris. Si ma 
ville natale et l'Alsace s'y intéressent, elles lui en rapporteront à 
bon droit tout l'honneur. 

V. HENRY. 

Sceaux (Seine), lo septembre 1900. 



I. Pour plus de sûreté, toutefois, j'ajoute encore les indications suivantes : les 
genres sont distingués par m. (ou msc), f. (ou fm.) et nt. ; les nombres, par sg. et 
pi. ; et sg. I (2, 3) signifie « i*''e(2e^ je) personne du singulier», etc. ; les cas, par 
nom. (ou nomin.), dat. et ace. (ou accus.); les temps et modes se reconnaîtront 
sans peine. 



adj. 


adjectif 


dér. 


dérivé 


ppe 


participe 


adv. 


adverbe 


dim. 


diminutif 


prép. 


préposition 


cf. 


comparer 


id. 


même forme 


subst. 


substantif 


cp. 


composé 




ou même sens 


vb. 


verbe 


cpar. 


comparatif 


loc. 


locution 


v-g. 


par exemple 



Le chiffre précédé du mot « n" » renvoie aux alinéas de la Grammaire, numé- 
rotés en caractères gras en vue de faciliter la recherche. Mais, dans le lexique, le 
mot « n» » est supprimé dans cette indication, et remplacé par l'abréviation 
« Gr. ». L'astérisque, devant une forme quelconque, indique qu'elle n'est pas 
directement attestée, ou, s'il s'agit d'un dialecte encore vivant, que la forme a 
cessé d'y subsister. 



ERRATA 



P. 2, 1. 2 du bas, lire « mhd. ie ». 

P. 7 (n° 10, 3°), lire lètik. 

P. 8 (n° 12, 2", à la fin), lire psene. 

P. 28, 1. 12 : à modifier d'après l'article Pfahl au Lexique; 
mais je me trompe fort, ou pfdl se dit également. 

P. 43, 1. 3, ajouter « sauf devant nasale dans un proclitique, 
V. g. e-mini bus (dans ma maison) ». 

P. 61, 1. 7 du bas, lire âksL 

P. 64, 1. 13, lire fâfe. 

P. 74 : le n° 93 (i") est à compléter, notamment, par l'article 
Hahn au Lexique. 

P. 74 (n° 94 A c) : la forme usuelle est anste, qui cumule Ye plural 
et la métaphonie, comme plus bas krefle. 

P. 89, 1. 5 du bas, lire respectivement ksJçsl et kslose. 

P. 107, l. 8, à gauche, lire honihayt. 

P. 139, 1. 17, lire plôs. 

P. 141, sous Bringen, ajouter le cp. omp4'efie « tuer ». 

P. 142, sous Brombeere, le pluriel rural est souvent prôinere tout 
court « mûres de ronces ». 

P. 150, sous Farn, ajoutera oxyton, empr. fr. ». 

P. 159, 1. I, lire h'ât. 

P. 163 : l'article Haken devrait, à raison de la métaphonie irrégu- 
lière du pluriel, renvoyer à l'article Pfahl, et tous deux à la note du 
n° 37 de la Grammaire. 

P. 163, sous Halde, après « ML. », ajouter « s. v. ». 

P. 174 : l'article Kleid pourrait renvoyer à Ziehen. 

P. 184, sous Macht, au lieu de mayle, lire mayte. 

P. 194, 1. 2, lire frkbgyf t. 



XIV 



p. 198, 1. 8, lire sidspolfr. 

P. 209 : l'article Schmarotzen pourrait renvoyer à Mistel. 

P. 210, 1. II, lire en deux mots nemt e. 

P. 221, 1. 7 du bas, lire tidpslàl. 

P. 227, 1. 3, Virepetsâlt. 

P. 228, 1. 8, effacer le point après âklû^yt. 

P. 235, dernière ligne du texte, lire sâye. 

P. 236, 1. 7, lire vàrm. 

P. 236, 1. II, Vire. kvnrt\ 

P. 241, sous WuNDER, ajouter : Loc. mr tat mayne vontr vas, 
exactement « on croirait [je ne sais] quelle merveille », c'est-cà-dire 
(en entendant parler qqun) « en voilà, un vantard ! » ou bien 
« en voilà, un naïf qui s'étonne de rien du tout ! » 

P. 242, 1. 3, WxQ frtsayt. 



I. La fréquence de la faute à pour à (dans les dernières pages 
seulement) provient d'un accident de tirage tenant à la fragilité du 
trait superposé à la lettre. 



LE 

DIALECTE ALAMAN 

DE COLMAR 



PREMIÈRE PARTIE 



PHONÉTIQUE 



1. L'écueil de toute étude de phonétique dialectale, c'est la 
transcription exacte des consonnes et surtout celle des voyelles : 
s'efforce-t-on de la simplifier, elle devient trop vague ; de la préciser, 
elle se complique à l'infini. Il faut opter pour un moyen terme, 
qui jamais n'est à l'abri de ce double reproche. Heureusement le 
dialecte colmarien offre peu de nuances phonétiques très délicates, 
et,, à la différence de celui de Strasbourg ou de Haguenau, un 
nombre assez restreint de signes diacritiques suffiront à en rendre 
les intonations avec une approximation satisfaisante ' . 

Il a paru superflu de marquer l'accent tonique, qui ne comporte 
qu'un renforcement d'intensité et porte presque toujours sur la 
même syllabe qu'en allemand moderne. C'eût été, dès lors, une 
complication typographique imaginée à plaisir, nuisible même, en 
ce que l'accent marqué partout aurait moins attiré l'attention du 
lecteur dans les rares cas où sa place diffère de celle que lui assigne 
la langue classique. On trouvera ces cas relevés au Lexique. 

XI. — V. Henry. — Le Dialecte Alaman de Calmar. t 



2 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

CHAPITRE I^r 
VOYELLES ET DIPHTONGUES 

2. Le colmarien a neuf voyelles pures ou orales, savoir : Va 
ordinaire, très franc ; puis, à partir de Va : 

Série grave : â, ç (ouvert), ç (fermé) ; 

— aiguë : e (ouvert), e (fermé), / ; 

— intermédiaire : e, û. 

Ve est Ve incolore ou voyelle indifférente du fr. le ou du nhd. 
Gabe, Gebirge. L'û est plutôt Vu français que Vu allemand. Va est 
un a nuancé d'p, un peu plus sombre et moins ouvert que 
Va anglais de fall, law. Les autres voyelles sont sans difficulté. 

Il n'y a pas, à proprement parler, de voyelles nasales. Cependant, 
devant un n subséquent. Va et Vo surtout sont susceptibles de 
prendre et prennent, si je me trompe, chez la majorité des sujets, 
un timbre nasalisé qui atfecte tout au moins le dernier tiers de la 
phonation : ainsi, dans les locutions injurieuses si communes 
frtântY khayp « sacrée charogne » et soyhçnt « chien-pourceau » ' . 
Mais il faudrait l'appareil de M. l'abbé Rousselot pour constater 
le moment précis de l'abaissement du voile du palais. 

Toutes les voyelles, sauf naturellement Ve, peuvent se prononcer 
longues, sans qu'il y ait une différence de timbre très appréciable 
entre la brève et la longue. Toutefois, comme en nhd., les voyelles 
tendent à se fermer en s'allongeant : il en résulte que Ve et surtout 
Vç longs sont relativement rares; ce dernier même ne prend 
naissance qu'en vertu de la loi énoncée au n° 4. ^ 

3. Le colmarien possède cinq diphtongues, toutes descendantes : 
trois d'entre elles ont pour second composant la semi-voyelle d'^, 
et nous les transcrivons par ay, ey, oy, où Vy a la même valeur qu'en 
français ; le second composant des deux autres est un e; ou un ^ 
semi-voyelle, qui sera transcrit par l'interversion de sa voyelle, 
soit respectivement d et ), ou une liaison Û9 (<C mhd. uo) et i^ 
(<C mhd. iû ou ûe). On prendra garde de ne pas les confondre : il 
n'existe pas de diphtongue * «^ ni * 19. 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 3 

Ces deux phonèmes, devenus simples voyelles en nlid., consti- 
tuent la particularité la plus caractéristique de 'notre alsacien', 
et le shiboleth de ceux qui l'ont parlé dès leur enfance. La pronon- 
ciation n'en est pas bien difficile. Mais qu'on dise à un Français ou 
même à un Allemand de s'y essayer, par exemple, dans un mot tel 
que e puvele « un petit garçon » (=: ein Bùbelein) : presque toujours 
il changera le rapport des termes, fera de la diphtongue descendante 
une diphtongue ascendante, et dira *pyevele à la grande joie de ses 
interlocuteurs. 

4. Avant de passer à l'examen détaillé du vocalisme, il est néces- 
saire de formuler deux grandes lois qui le dominent et l'éclairent 
tout entier. Sans elles il ne semblerait que chaos; mais, une fois 
qu'on les a observées, il se déroule avec une netteté et une rigueur 
qui sont tout à l'honneur du caractère absolu des lois phonétiques. 

I. Le dialecte, n'ayant point d'w (= fr. oii), ne saurait non plus 
avoir la semi-voyelle à'u. Logiquement, remplaçant û par il, il 
devrait remplacer la semi-voyelle à'u par celle d'//. Mais, poussant 
à bout l'amincissement, il n'a plus qu'une seule semi-voyelle, y, 
qui représente aussi bien la semi-voyelle (Xu que celle à'i. 

IL La semi- voyelle y ne souffre devant elle aucune voyelle fermée, 
c'est-à-dire qu'elle empêche une voyelle ouverte de se fermer et 
fait ouvrir une voyelle fermée. Soit un mot tel que mhd. rigel 
« verrou » : le ^ devenant y, il a dû donner *rcyl en colmarien; 
mais on a reyl. Soit le ppe gevlogen « volé » : avec l'allongement 
comme en nhd., il a dû aboutir à *kflôye, qui se prononce kflôye. 
Ou, si on le préfère, gevlogen s'est d'abord allongé en kflôye, après 
quoi Vç allongé n'a pas pu se fermer, comme il l'aurait dû en prin- 
cipe, parce qu'il était suivi d'un y. Ce serait un point de chronologie 
à fixer, mais en tout cas le résultat est le même. 

C'est l'application combinée de ces deux lois qui fixe la représen- 
tation colm. de la diphtongue mhd. ou. Quel'o y fût ouvert ou fermé, 
peu importe : il ne peut être qu'ouvert en colm., puisque le second 
composant est représenté par y, soit donc le résultat çy. 

Section V\ - LES VOYELLES. 

5. Notre dialecte, non plus que l'alaman en général, n'ayant 
diphtongue aucune voyelle ni contracté aucune diphtongue, super- 



4 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

pose très exactement son vocalisme à celui du moyen-haut allemand, 
auquel on le comparera directement. Les concordances avec l'alle- 
mand moderne en ressortiront d'elles-mêmes; mais il n'appartient 
qu'au Lexique de les démontrer par la multiplication des exemples. 
On distinguera les voyelles historiques de l'allemand : d'abord, 
suivant qu'elles sont brèves ou longues ; ensuite, selon qu'elles sont 
primitives, c'est-à-dire héritées telles quelles de l'état le plus ancien 
du vieux-haut-allemand, ou qu'elles ont été altérées par la métapho- 
nie (Umlaut) dans la période comprise entre le ix*' et le xv^ siècle. 
De là donc une division de la section en quatre paragraphes. 

§ 1='. — BRÈVES PRLMITIVES. 

I) Mhd. a. 

6. L'équivalent normal de mhd. a est colm. â : âkr « champ », 
âf « singe », vâsr « eau », pâp « bouillie », m/U « pré », hânt 
« main », kâns « oie » et « entier », etc. 

Cet â s'est allongé à peu près dans les mêmes conditions que Va 
nhd., soit en syllabe ouverte, et devant certains groupes de 
r -|- consonne : fâle « fil n,fâre « aller en voiture », sâye « dire », 
klâye « se plaindre », hâ « avoir » ; ârm « bras » et « pauvre », art 
« manière », kârte « jardin » ; subsidiairement, tâl « vallée », 
tsân « dent », tây « jour », etc. ; notamment enfin dans la prép. 
mhd. an > colm. â, mais seulement en tant que préfixe, v. g. 
hâlt â\ « arrête!.», àklayt {= ■^ngÛQgt) « habillé». Toutefois, cet 
allongement, n'étant, d'une et d'autre part, que l'aboutissant d'une 
tendance que d'autres actions contrarient, il est naturel qu'il accuse 
des résultats, parallèles sans doute, mais non pas rigoureusement 
concordants : 

a) Brève conservée en colm. et allongée en nhd. (ce cas est fort 
rare), nâme « nom », vâle « patauger » ; 

b) Brève conservée en nhd. et allongée en colm. (cas un peu 
plus fréquent), soit à raison de la é 
(cf. infra n° lé, 4°) devient colm. hi, v. g. vç kèshll « où vas-tu ? » ; 
mais le fait paraît lié, comme dans an >- rt, à la chute de Vn. En 
somme, il n'y a guère d'embarrassant que çntfsît « différence » et 
frsîte « différent » ; car le second au moins est populaire, au pluriel 
frsîleni « divers... » ; mais on sait que les mots de cette souche ont 
subi plusieurs contaminations par voie d'emprunt. 

16. Vi atone est traité différemment. 

1° Il demeure i en syllabe sufïixale : khçnik « roi », venik « peu », 
lostik « gai », esik « vinaigre »; khentnis « connaissance », etc.; 
aussi dans mhd. ihl enclitique, que je suppose à la finale des con- 
ditionnels / vestikt ou vesiit « je saurais », etc. (infra n" 123, i). 

2° Il descend à la voyelle indifférente : dans khomplemant « com- 
pliment », et dans mets « anis », où je soupçonne une contamina- 
tion de nhd. Anis et Anet; dans la pénultième des diminutifs, où 
souvent il disparaît tout à fait, v. g. pihele et pidvle « petit garçon », 
khçntle « petit enfant », etc. ; à la finale des féminins en -in, v. g. 
vasere « lavandière », pârîsere « Parisienne », etc. — Dans ce dernier 
cas, la finale ne tombe jamais : prçnsâs « princesse » est naturelle- 
ment le mhd, princesse, sans addition de V-in pléonastique. En 
revanche, elle est sujette à reparaître sous l'influence de la langue 
savante : khay serin « impératrice ». 

3° Dans les pronoms enclitiques ou proclitiques, on observe, 
selon le degré d'emphase, les dégradations suivantes : se « ce sont 



12 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

eux qui », sç et si (atone) « ils » ; em, em et ip, « à lui » ; mèr, mçr, 
mer etînr, « à moi », etc. 

4° La chute totale, y compris celle de l'aspirée initiale, est de 
règle dans hifi proclitique : ni « dedans » = liinein, nïls = hinaus, 
nof ^ hinauf, tiâ = hinab. 

V) Mhd. 0. 

17. Ici plus que partout ailleurs, il importe de ne pas perdre de 
vue le vocalisme mhd. ; car le nhd. a deux o confondus en un seul, 
l'un qui continue mhd. o, et l'autre qui s'est substitué sporadique- 
ment à mhd. u. Au premier, le colm. répond par ç, resté bref, ou 
bien allongé et fermé. On retrouvera l'autre au n° 20. 

1° Mhd. >■ colm. ç : kot « Dieu », klok « cloche », çps « fruit », 
klgpfe « frapper » ; hçls « bois », folye « obéir », iorf « village », 
mprye « matin » ; /p-/ « trou », ktîoye « os », rçst « rouille », etc. ; 
ppes ksçse = geschossen, ksçfe « bu », ksçlte « grondé » ou 
« insulté », kstorve « mort », etc. 

2" Allongé, en colm. comme en nhd., en à : pôte-v. sol », pore 
« percer », khôl « charbon », soi « semelle », tôr « porte charretière », 
Içp « louange », pfçle « ordonné », vol « bien » (resté bref dans 
vçlfl « bon marché » = wohlfeil) ; allongé parfois, mais non fermé, 
en colm., devant jy (supra n" 4 II), kjlôye « volé », Idôye « menti », 
pelrôye « trompé ». 

3° Resté bref en colm., allongé en nhd., cas assez fréquent : krçp 
« grossier », hovl « rabot »_, pot « messager », foyl « oiseau », çtr 
« ou » (exactement comme olr « loutre »); ppesfrpgte « prohibé », 
et aussi devant g '^ y (cf. supra 2°), ketsgye « tiré », kepoye « plié », 
etc., etc. 

4° Allongé en colm. dans spôr « éperon », Vn qui ferme la 
syllabe en nhd. (Sporn) étant hystérogène. 

18. Les irrégularités ne sont guère qu'apparentes. 

1° Mhd. >> colm. p, concordance fort rare, presque toujours 
attribuable à une alternance d'o et /<dans le vocalisme mhd. ou plus 
ancien : tçtr « jaune d'œuf », mhd. toter, mais cf. ahd. tutar-; 
içntr a tonnerre » ttUmstik « jeudi », mhd. doner, ahd. donar, mais 
cf. mhd. diinre-; hçnik « miel », mhd. honec, mais aussi hiinic, dont 
la métaphonie dénonce l'w conservé; fçrtkè « s'en aller », mhd. 



VOYELLES ET DIPHTONGUES I3 

vort, mais cf. le comparatif mhd. vurder ; khome, « venir, venu », 
mhd. konien, mais ich kume, etc. L'm n'est historiquement exclu que 
dans to-/^tr « fille >>, dont Vo est pangermanique, et dans vo-/^ 
« semaine » ■< ahd. wohha (et. Kluge s. v.) ; mais, dans ce dernier, 
Vo n'est pas plus primitif que Vu; et, dans ^ôy./f, prononciation 
également courante, le •/ a produit, en syllabe accentuée de mot 
disyllabique (cf. au contraire noy^ « encore », to^i « pourtant ») un 
allongement qui a fermé Vo. 

2° Mhd. >> colm. e, par métaphonie de Vç régulier (infra n° 29, 
1°) : fres « grenouille », tert « là ». Dans /m, la métaphonie vient 
du pi. (cf. supra n° 7, 7°). Elle a dû naître tardivement dans la 
locution terthî = dorthin ; on sait que Hebel en son alaman écrit dort. 
Bien entendu,!'^ est historique dans vêle, « vouloir, voulu », mhd. 
luoîlen, mais aussi wellen. 

19. En syllabe de moindre accentuation, on a : p, dans h^rtsok 
« duc » ; plus fermé, flottant entre et ç, dans pçsof « évêque » et 
pomât « pommade » ; plus ouvert, au contraire, dans nâ <C noy^ pro- 
clitique, V. g. nâ nçt « pas encore » et na me « davantage », et dans 
prâviere « essayer » ; e (métaphonique), dans ep <C mhd. obe « si » 
dubitatif (cf. Kluge s. v.); simple e, dans âpetèk « pharmacie ». 

VI) Mhd. u. 

20. Vu bref est constamment représenté en colm. par 0. Les 
exemples surabondent pour Vu conservé en nhd. : slok « gorgée », 
tçriytsok « courant d'air », pçtr « beurré », potse « nettoyer » ; 
sçlt «dette », khorts « court »; prçne « fontaine », hont « chien », 
tçm « sot » ; nçs « noix », frçyj « récolte », foks « renard », etc. ; 
ppes ketrçnke « bu », ksone « chanté », etc. ; allongé en nhd., mais 
resté bref en colm., dans t-stçp « la pièce principale de la maison » 
= die Stube. 

L'p colm. est allongé dans son « fils » <; mhd. sun, et se trouve 
dès lors avoir par hasard le même timbre qu'en nhd. où Vu est 
devenu 0. Comparer colm. sçn « soleil » -< mhd. sunne, tandis 
qu'on a dans nhd. Sonne. 

Le colm., en efi"et, conserve scrupuleusement ç <. u, alors même 
que le nhd. le change en g : troke « sec » <C mhd. trucken ; trçtse <C. 
mhd. trui:(e:t >> nhd. trotxen ; sost et sonst <C mhd. sust et sunst >■ 



14 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

nhd. sonst; trçm « tambour », trompèt « trompette », sçmr « été », 
etc. ; ppes knome « pris », kvone « gagné », psçne « avisé », etc. 
Dans kone « donner volontiers » < mlid. gimnen, le nhd. a de plus 
opéré une métaphonie (gônnen). Sur plot « nu », voir Wilmanns, 
1% n° 47, n. 3 ; et cf. supra n° i8, i°. 

21. On distinguera en outre quatre équivalences. 

1° Mhd. u > colm. ç, régulièrement devant^ (supra n° 4 II) : 
khoyl « boule ». Dans sçpf « hangar » et tgtset « douzaine » (nhd. 
Schuppen, Dutzend), il n'y a point d'u, mais bien Vo inaltéré de 
mhd. schopfet tot:(en. 

2° Dans pertsle « culbuter », l'alaman a une métaphonie qui 
manque au nhd. purzeln : cf. Kluge s. v. Le cas inverse est de 
beaucoup le plus fréquent : infra n° 30, 5°. 

3° Le vocalisme des prétérito-présents est, au moyen âge encore, 
beaucoup trop flottant et capricieux, pour qu'on s'étonne de colm. 
terfe « avoir la permission de », en regard de mhd. durfen et dûrfen. 
Ve est ici métaphonie d'p. 

4° La seule affection importante de mhd. u en colm. est parallèle 
à l'affection signalée pour z (supra n" 15, 2"), mais de plus large 
portée : elle consiste en ce que le colm. y répond parfois par il ou il, 
comme si l'on avait mhd. û (infra n° 36, 1°). Le phénomène doit 
être attribué : soit à un allongement sporadique d'u en syllabe 
ouverte fortement accentuée, dans les premiers temps et dans 
certains domaines du nhd. ; soit à un emprunt postérieur au nhd. 
ou à un dialecte alaman ou souabe qui n'assourdissait pasl'w mhd. ; 
et probablement à l'une et l'autre cause ensemble. — La première 
paraît prépondérante dans : siïplât « tiroir » == Schublade, qui est 
un mot populaire, mais il faut observer que la langue n'a conservé 
aucun équivalent du nhd. Schub; firân « bisaïeul » -< mhd. urane, 
et similaires. — La seconde est tout au moins probable dans : kùke 
« épier », kiits « voiture » et nfitle « nouilles », puisque ces mots 
n'apparaissent qu'en nhd. ; spfir « trace », qui a gardé, malgré 
l'énorme usage du vb. ksplre, une forte nuance de terme savant; 
spûk tt fantôme », qui n'est pas populaire (on dit kspanst = Ges- 
penst); yât « juif », qui a. un doublet régulier, mais méprisant, 
jyp/f . Elle me paraît sûre dans : pMr « pur », lui-même emprunté 
au fr. ; tir « horloge », lui-même venu du bas-allemand ; yfiket 



VOYELLES ET DIPHTONGUES I5 

« jeunesse », mot abstrait et par conséquent demi-savant par rapport 
iiyçn « jeune » ; et, à plus forte raison, tfiket « vertu ». 

22. En syllabe de moindre accentuation, l'équivalence est la 
même, notamment dans les féminins en -ung >■ colm. -o?ï. La copule 
und >> colm. on se réduit à un simple e dans les numéraux (seks-e- 
tsvânsik « 26 ») et dans certaines locutions d'emploi courant: tânetvân 
« de temps en temps » = dann und wann ; hçtlçvetânk « Dieu 
merci » = Gotte Lob und Dank. Le pronom de sg. 2 est/rt accentué, 
mais te atone. 

§ 2. — BRÈVES MÉTAPHONIQ.UES. 

23. Abstraction fliite, bien entendu, des contaminations analo- 
giques auxquelles la métaphonie n'est pas moins exposée dans les 
dialectes qu'en allemand classique, — d'où résulte souvent, des 
uns à l'autre, l'opposition d'une voyelle métaphonique à une 
voyelle pure, ou réciproquement, — les conditions mécaniques du 
phénomène sont à peu près exactement, les mêmes dans les deux 
domaines. Tout au plus faut-il relever, dès le début, et pour n'avoir 
plus à y revenir, quelques légères discordances qui ne sont pas 
spéciales au colmarien (cf. supra n"'' 7, 6", et 10, i"). 

1° Mhd. a devante est sujet en alaman à une métaphonie récente 
(a) qui se traduit en colm. par a pur (infra n° 27) : on n'a donc 
pas *as « cendre », mais as (Hebel en son alaman écrit Ae^chen pi., 
p. 240), et de même as = nhd. Esche, vase « laver » ; cf. Wilmanns, 
P, p. 258. 

2° Uë primitif mhd. se confond entièrement, dans certains cas, 
avec l'f de métaphonie, — cf. Michels, Mhd. Elem., § 48, — c'est-à- 
dire qu'il est traité en colm. comme s'il était une métaphonie 
ancienne d'un a primitif, et dès lors représenté par e (infra n° 24). 
Le fait se produit de préférence devant mhd. sch >- colm. s, ou 
devant tout autre groupe qui développe s en colm. : lèse 
« s'éteindre », trese « battre en grange » ; teste = nhd. desto 
kestrt « hier », svesir « soeur »; et toutefois nast « nid ». Colm- 
sestr « boisseau » ( = Sechter) forme la transition naturelle au cas 
de seks « six » (mais sây^tsê « seize » et sàytsik « 60 ») et de tsè =: 
mhd. ^ëhen avec contraction et allongement postérieurs. Un b mhd. 
>,colm. V produit le même effet dans eve <C ëben et veue « tisser » 



l6 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

< vjëben ; mais on a régulièrement nave « près de » , nàvl 
« brouillard », etc., supra n° 9. Enfin, — cf. Wilmanns, P, p. 256, 
— la particule et- a aussi le timbre métaphonique : etliki « quelques- 
uns », eps = etwas, etc. ; ainsi que les mots yè particule, yètr 
« chacun » (ceux-ci avec un allongement qui a fermé IV), yètvetr 
« chacun » (dans les deux syllabes) etyets « maintenant ». — Dans 
colm. khervelekrût « cerfeuil » il y a lieu de soupçonner l'influence 
latente de khervele « petite corbeille » [à herbes potagères]. 

3° Ua pur de traytr « entonnoir » et de khamï « cheminée » ne 
saurait surprendre, en présence du vocalisme, variable historique- 
ment, de ces deux emprunts au latin. 

I) Mhd. f (> nhd. e ou a), métaphonie ancienne d'à. 

24. A la différence de Vë primitif, qui en nhd. s'est confondu 
avec Ve de métaphonie, mais que le colm. traduit par a (supra n° 9), 
Ve de métaphonie se maintient dans notre dialecte avec le timbre^ ', 
mais à la condition, — ce point est de la plus haute importance, — 
qu'il appartienne à la phase chronologique ancienne de la métapho- 
nie et qu'il remonte aux bas temps de l'ahd. ou tout au moins aux 
premiers temps du mhd. ; plus tard, la métaphonie à' a se confond 
avec Vë (infra n° 27). Soit les deux verbes « fourrer » et « être 
caché », que le nhd. confond à l'infinitif sous une seule forme 
(stecken) et dont la conjugaison seule accuse la différence : le colm. 
a pour l'un steke et pour l'autre stake, et ainsi toujours avec une 
remarquable constance. 

1° Avant de poursuivre cette constance à travers toutes les appli- 
cations possibles de la métaphonie ancienne (infra n° 26) commen- 
çons par la constater là où elle s'accuse avec le plus de netteté, c'est- 
à-dire dans les substantifs qui présentaient de prime abord la 
métaphonie au nomin. sg. et, par suite, dans toute leur flexion, de 
telle sorte qu'aucune influence analogique n'a pu intervenir pour la 
troubler : ek « coin », pek « boulanger », pei « lit », iepik « tapis » ; 
hçyt « brochet », metsyer « boucher », esik « vinaigre », fest 
« solide », lefl « cuiller », nets « filet »; keye « vers, contre, vis-à- 
vis » ; h(rt « dur » (supra n° 7, 7"), erp « héritier », hetpst « ven- 
dange », merts « Mars » ; el « aune », ksel « compagnon », fels 
« rocher », sçhn « coquin », stelse « èchasses »; subsidiairement, 
f//« II », tsvelf if. 12 », etc., etc. 



VOYELLES ET DIPHTONGUES I7 

2° Cette loi générale ne comporte qu'une seule exception, générale 
elle aussi, et d'une parfliite clarté : quand Ve était suivi d'un groupe 
commençant par une nasale, il a dû prendre de bonne heure un 
timbre analogue à celui de Vé , et en conséquence il s'est confondu 
avec lui en a colm. : nasale gutturale, an « étroit », aûl « ange », 
kspafist « spectre » ; nasale dentale, mans « homme », fanstr 
« fenêtre » ^, ant « fin », ant « canard », et le second e de èlant 
« chétif » ; nasale labiale, hamp « chemise »_, framt « étranger », 

25. D'accidents, il n'y en a guère à signaler, et presque tous se 
justifient par quelque particularité indéniable. 

I" On constate allongement, sans changement de timbre, dans 
lèp « lion » = mhd. lave, et prêtike « prêcher » '. 

2° Mais en général l'allongement s'accompagne de fermeture, 
comme en nhd. : ètl « noble » (au sens moral), èsl « âne », khêfik 
« cage », lètik « célibataire » (supra n° lo^ 3°), sêle « peler » ■< 
ahd. scellen, et le premier e de èlant « chétif ». 

3° Sur Ve de krempl « brocante », cf. supra n° 10, 2°. 

4° Va, d'ailleurs long, de râtik « radis » et sâml « escabeau », en 
regard de mhd. rettch et schemel, s'explique tout naturellement par 
des formes métaphoniques d'^ primitif (infra n" 37); car ahd. ràtih 
est attesté, et ahd. scàmal est au moins très probable. 

5° Moins clair est le timbre a, comme si la voyelle était de méta- 
phonie récente, dans quelques mots où la métaphonie remonte 
certainement très haut. Je remarque, toutefois, que Ve y est suivi 
d'un groupe commençant par une liquide, lequel a pu sporadique- 
ment produire le même effet qu'un groupe nasal : arps « pois », 
sparvr « épervier » ; talr « assiette », kharl = nhd. Kerl, vais = 
nhd. Welsch. Hors delà, je ne vois que tsval « essuie-mains » = 
mhd. iwehele, et hah « sorcière », qui peuvent être réempruntés à 
quelque dialecte du nhd. 

6° Dans va// « queue » (= nhd. Wedel), on a la voyelle pure de 
mhd. wadel, et non la métaphonie de mhd. wedel. 

26. Désormais en possession des concordances générales, nous 
n'avons plus qu'à les constater, — sauf exceptions analogiques qui 
appartiennent au domaine de la grammaire et du lexique beaucoup 
plus qu'à celui de la phonétique, — dans chacune des catégories 
grammaticales qui requièrent la métaphonie. 

XI. — V. Hknry. — Le Dialecte AUiman de Calmar, 2 



l8 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

1° Abstraits féminins dérivés. — Le timbre e est constant : khelte 
« froidure », verme « chaleur », etc. ; même lefie « longueur », par 
analogie des précédents (cf. supra n° 24, 2°, et infra 7°); mais, 
régulièrement, mane « multitude », ane « étroitesse ». 

2° Pluriels masculins. — On a Ve dans les anciens thèmes en -i- 
et ceux qui s'y sont de bonne heure assimilés : he'st « hôtes », nest 
« branches », epfl « pommes » ; allongé, slêy « coups », nêyl « ongles ». 
Dans krans « guirlandes », çmstant « façons cérémonieuses », la 
métaphonie, même à la supposer ancienne, n'a pu donner que a, et 
il en faut sans doute dire autant de tsàn « dents », puisque le mhd. 
a encore avec :(an le doublet :(ant, qui montre le groupe nasal 
primitif. Les métaphonies plus récentes se traduisent par a pur : 
plats « places », pay « rivières », fatr « pères » ; allongé, kârte 
'« jardins », tàrni « boyaux »,fâte « des fils ». A plus forte raison 
en est-il de même pour les métaphonies spéciales au dialecte : tây 
« jours », ârm « bras ». Sans préjudice des cas où la métaphonie 
manque au colm., tandis qu'elle s'est produite en nhd. (infra n° 92 B, 
2° a), même parfois au singulier (sâvl « sabre »), etc. 

3° Pluriels féminins. — La métaphonie est ancienne : slet « villes », 
krefte « forces » ; a devant groupe nasal, haut « mains », kans 
« oies», paûk « bancs ». Mais elle est plus récente, quand Va ahd. 
se trouvait devant une gutturale qui l'empêchait de se métapho- 
niser : donc tiàyj « nuits », mayt « puissances », makt « servantes ». 
Elle manque tout à fait, même au pi. dans are « épis », en regard 
de nhd. sg. Aehre. 

4° Pluriels neutres. — La métaphonie est ancienne : ieyr « toits », 
pl^tj « feuilles » (d'où le sg. pkt, supra n° 7, 7°); allongement, 
klès^' « verres », krês^ « herbes », rêtr « roues », krêvr « tombes » ; 
a devant groupe nasal, lant^ « pays », pantr « rubans » et (msc.) 
inanr « hommes » . Bien curieuse est l'absence totale de métaphonie 
dans le plurale tantum irâvere « marcs de raisins », en regard de 
ahd. trebir. 

5° Diminutifs. — On a le type ancien dans un diminutif si isolé 
qu'il n'est plus compris comme tel, ennl « manche ». Mais les 
diminutifs en mhd. -lîn, très nombreux et usuels, ont la métapho- 
nie récente : que l'on compare fesr (= Passer) et /:ïj/^ (=^ Fiisslein), 
klâsle, krâsle, etc., et les pi. nt. cités au 4", même s-voyeplatle « le 
journal hebdomadaire » en regard de plet, etc. ; le contraste est 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 19 

frappant. Citons encore : nâyle « petit clou y>, pàrtele « petite barbe », 
saftle « petite gaule », statle « petite ville », maytele « petite fille » ; 
et deux raisons pour une imposent le timbre a dans pfanle « petite 
casserole », et dans le terme bien colmarien khanstrle, « petit bahut, 
petite réunion d'intimes ». 

6° Adjectifs en nhd. -ig. — La métaphonie est ancienne : 
kreftik « vigoureux », fertik^ « prêt, achevé », exactement « équipé 
pour le voyage », de mhd. vart >> nhd. Fahrt ; sauf devant un y, 
infra n° 27, 2° \ et cf. aussi n° 27, 3°. 

7" Comparatifs. — La métaphonie est ancienne, et même les 
mots qui devraient avoir le timbre a ont pris en colm. le timbre e, 
par analogie des autres : pesr « meilleur », eltr « plus âgé » et // 
eltre « les parents », eryer « plus violent », ermr « plus pauvre » 
(sans allongement, cf. supra n° 6), sveyj « plus faible », etc. ; de 
même, leur « plus long » (cf. supra 1°), krenkr « plus malade », etc. 

8° Verbes faibles. — La métaphonie est représentée par e dans 
tous les cas où l'on peut l'attester ancienne : teke « couvrir », veke 
« éveiller », streke « étendre y),jereke {= verrecken), vête « parier », 
netse « mouiller », setse « placer », rete « sauver », sepfe « puiser », 
heve « soulever », spere « entraver », ver me « chauffer », stèle 
« placer », smelse « faire fondre », etc., etc. ; allongé en f', dans 
tsçle « compter » et rète « parler » ; en è dans svêre « jurer » (cf. 
nhd. schwôren) ; a devant le groupe nasal, tanke « penser », sanhe 
« verser », antre « changer », prane « brûler », rane « courir », 
khane (aussi khene ') « connaître », etc. On a aussi Va dans laye, 
« coucher, placer » ; mais il y vient du présent er layt ( = mhd. er 
kit <C leget, cf. supra n° 7, 6°), et a dû être favorisé par la néces- 
sité d'éviter la confusion avec le vb. fort leye dont le vocalisme 
est régulier (supra n° 15, 1°). Les autres cas de vocalisme â! rentrent 
dans les faits de métaphonie récente ou se sont confondus avec eux 
(infra n° 27) "". 

II) Mhd. rt >> ^ (> nhd. a), métaphonie récente d'à. 

27. Il n'appartient qu'à une grammaire générale de la langue 
allemande ' de tracer les limites chronologiques, d'ailleurs assez 
fuyantes, de l'une et de l'autre métaphonie de Va. La phonétique 
d'un dialecte particulier peut et doit se borner à distinguer et à 
classer les cas où chacune se constate : pareil classement a déjà été 



20 Ll- DIALECTE ALAMAX DE COLMAR 

opéré au n" 26, :iu point de vue des principales catégories gramma- 
ticales qui exigent la métaphonie ; il reste à l'effectuer eu égard aux 
conditions phonétiques ou analogiques qui l'ont déterminée ou 
modifiée. 

Lorsque ahd. a n'a pas subi la métaphonie, et que celle-ci est 
intervenue plus tard, le phonème résultant s'est confondu avec 
mhd. c, et a donné colm. a. Énumérons, en suivant l'ordre des 
temps, les causes qui ont pu amener cette confusion. 

1° La métaphonie était ancienne, mais une cause spéciale au 
dialecte l'a confondue avec l'^' primitif : c'est le cas du groupe nasal 
subséquent, loi formulée au n° 24, 2", et dont on a vu dans toutes 
les divisions du n" 26 les multiples applications. 

2° La métaphonie ancienne eût dû se produire ; mais elle a été 
retardée par un groupe entravant, notamment par /;, / ou r suivi 
d'une consonne. Alors on a les types : arps « pois », etc. (supra 
n" 25, 5°), et cependant khelvr « veaux »; nâyt « nuits » (supra 
n° 26, 3"); adjectifs, mayjik « puissant », praytik « magnifique » 
(supra n° 26, 6"), etc., etc. 

3" La voyelle du suffixe n'a causé métaphonie qu'à l'époque 
tardive où la métaphonie ancienne avait épuisé tous ses effets : 
c'est le cas, notamment, des adjectifs en -Uch, soit donc colm. Imslik 
« hideux », etc. ; c'est aussi celui des noms d'agent en -er {yàyer 
« chasseur »), à moins que l'analogie ne les ait même tirés tout 
bonnement du verbe, sans métaphonie d'aucune sorte (klàyer « plai- 
gnant »); c'est enfin celui de la masse des diminutifs (supra n" 26, 
5", et cf. Paul, Mhd. Gr., § 40, anm. 6). 

4" La dérivation n'a donné naissance au mot marqué de métapho- 
nie, que postérieurement à la période de métaphonie ancienne; ou 
bien ce mot, né auparavant, a néanmoins adopté, par analogie 
d'autres tvpes de même formation, la voyelle de métaphonie 
récente. Ce cas est tout particulièrement celui des verbes dérivés 
(supra n" 26, 8"), dont la langue, à toutes les époques, a largement 
enrichi la catégorie : siy saine « avoir honte », alors que got. sik 
skaman exclut la métaphonie ancienne; isane, « grincer des dents, 
rager », où au surplus il y a peut-être groupe nasal; kvâle « tour- 
menter », refait sur le substantif (comme nhd. Quai : qualen), 
puisqu'il a une longue en regard de mhd. queUen avec e bref en 
syllabe fermée; îiw/.v<' « bavarder » et frkvatse « mettre en bouillie », 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 21 

malgré mhd. swet:^en et kwetxen, parce que ces mots ont bien pu 
naître à part les uns des autres, dans divers dialectes et à diverses 
époques de la langue allemande ; etc. — Quant à l'absence totale 
de métaphonie dans la conjugaison des verbes forts (er fait « il 
tombe », er fart « il va en voiture », etc.), elle procède naturelle- 
ment de l'analogie des autres flexions. 

5° Le mot est venu de l'étranger, et si tard que la distinction des 
deux e avait complètement disparu : nat « joli ». Et, comme le 
timbre est toujours plus incertain dans un mot importé que dans 
le fonds indigène, il se peut même que des emprunts assez anciens 
présentent pareille confusion. Il est bien entendu, enfin, que 
plusieurs des causes ci-énumérées ont pu parfois se cumuler, et que, 
dans tel cas donné, il est loisible d'hésiter entre deux de ces causes. 
Mais, malgré toutes ces raisons d'altération, le nombre des cas qui 
échappent aux concordances générales et bien définies demeure, 
ainsi qu'on s'en assurera au Lexique, infiniment restreint. 

28. Les deux voyelles de métaphonie colm. f et a s'allongent, 
ainsi qu'on l'a vu, à peu près dans les mêmes conditions qu'en 
nhd. et que la voyelle pure d'où elles sont issues. La longue de Va 
est à sans difiiculté. Mais la longue de Ye est è (timbre ancien 
conservé à la faveur de cet allongement), excepté devant y (supra 
n° 4 II), ou dans les catégories grammaticales où la permanence de 
Ve bref tendait à introduire le timbre e jusque dans la longue, soit 
rètr « roues » à cause de teyj « toits ». C'est ce dont les n°' 25-26 
ont fourni de nombreux exemples. 

III) Mhd..o >> (> nhd. o), métaphonie d'o. 

29. La métaphonie toute récente d'o est d'une grande simplicité et 
tient en quelques propositions. 

i" De même que la voyelle pure est représentée par colm. p, la 
voyelle métaphonique se traduit en e et se confond dès lors entière- 
ment avec la métaphonie ancienne de Va (supra n" 24, 1°) : pluriels, 
rek « robes », velf « loups », feyl « oiseaux », khepf « têtes », 
hejsr « morceaux de bois », le-^/j « trous », hernr « cornes » ; 
comparatifs, eftr « plus souvent », hrevr « plus grossier » (cf. supra 
n° 17, 3°); diminutifs, esepk « une petite chope », etc.; féminins, 
khe/c « cuisinière », etc. ; isolés, kherpr « corps » (kvelp « voûte »)^ 
etc., etc. 



22 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

2° De mt'me que p allongé devient à (supra n° 17, 2"), cet e se 
ferme en s' allongeant : èfe « poêles », e-n ëfele « un petit fourneau », 
èl « de l'huile », etc. Dans içytr « filles », Vç est le corrélatif de IV de 
toyjr, supra n° 18, 1°. 

3° A plus forte raison a-t-on le timbre ç, lorsque la métaphonie 
n'est celle d'o qu'en apparence, mais en réalité celle de mhd. u : 
t-sçn « les fils », e sênle « un petit garçon », etc. ; supra n°' 17 et 20, 
et infra n° 30, 1°. 

4° Il se peut que la métaphonie se soit produite en nhd. et 
manque en colm. : pi. storike « des cigognes »; sg. krot « crapaud ». 
On a vu le cas inverse supra n° 18, 2°. 

IV) Mhd. u >> û (>> nhd. «), métaphonie d'w. 

30. La métaphonie de Vu n'est pas moins simple que celle de Vo. 
Elle se ramène à la formule g : e = : e, c'est-à-dire que mhd.o 
et u et leurs métaphonies sont représentés en colm., respectivement, 
par la voyelle ouverte et la voyelle fermée. Il s'ensuit, comme 
conséquence immédiate, que le colm. a complètement confondu 
mhd. / et M. 

1° Mhd. û >> colm. c- — Mots isolés : evr (== ûber) ; fimj 
« cinq » (cf. infra 3°), sçnt « péché », tçn « mince », mçnstr « cathé- 
drale »;/^r « pour », ter « desséché »; klçk « bonheur », 'pçks 
« boîte »; pour khoy^ « cuisine » cf. Ve de kheye, supra n° 29, 1°; 
khenik <C mhd. kiinec > nhd. Kônig, supra n° 18, 1°, etc. — Plu- 
riels : hçnt « chiens y^, fçhs « renards », strçmf « bas », vermr « vers ». 
— Cpar. yenr u plus jeune ». — Dimin. : pentl « baluchon », hçntle 
«petit chien ». — Verbes dérivés : sçte « verser*», sçtle « secouer », 
reste « apprêter », khçmre « affliger », vense « souhaiter », fêle, « rem- 
plir, farcir », etc., etc. 

2° Mhd. û >> colm. e devant colm. y (supra n° 4 II) : preyl 
(== Prûgel), « gourdin, raclée », très usuel; peyîe (= bïigeln) 
« repasser [du linge] au fer », etc. 

3° Dans feriyte et feriye « avoir peur », la voyelle n'est pas la 
métaphonie d'w (fûrchten), mais celle de Vo du mhd. vorht et de 
l'ahd. forahtan. 

4° De même que spûr « trace » ( supra n° 21, 4°) a Vu qui répond 
régulièrement à mhd. û, ainsi kspire (= *gespûren) a 1'/ qui est la 
métaphonie régulière de mhd û. 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 2$ 

5° Il est assez fréquent que la métaphonie du nhd. manque au 
colm. : mots isolés, hçft « hanche » (plus correct que nhd. Hûfte), 
mçk « mouche », prok « pont », khoy^ « cuisine ^^,foftsè « 15 » et 
foftsik « 50 » (cf. infra n° 58, 2°); pi. nose « des noix »; verbes 
dérivés, nçtse « être utile », troke « presser ^), frvçrye « étrangler », 
roke « reculer », et aussi tsrok « zuruck ». On a vu qu'au contraire 
le cas inverse est fort rare : supra n° 21, 2°. 

§ 3, — LONGUES PRIMITIVES. 

I) Mhd. â. 

31. Aux rares linguistes qui révoquent encore en doute le 
principe de la constance phonétique, on peut hardiment opposer, 
entre autres bonnes raisons, la lumineuse concordance : mhd. à >« 
colm. ô. Tandis, en effet, que le nhd. confond souvent l'ancien a et 
l'ancien à, le colm. les tient toujours séparés par une très forte 
différence de timbre : l'un y est â, et tout au plus â s'il vient à 
s'allonger postérieurement ; l'autre est ô ou modification ultérieure 
d'p. Il vaut la peine de multiplier les exemples : tô « ici », vô « où », 
et cf. infra n° 32, 2°; mol « fois », emôl « une fois », et cf. infra 
n° 32, 7°; niôk « peindre », en contraste avec mâle « moudre »; 
slÇif « sommeil », en contraste avec slâf « lâche »; çl « anguille », 
Çwe « soir », ômays « fourmi »; plôse « souffler », prôte « rôtir » ; 
keprôyt « apporté », illustrant la longue de mhd.^^^m/;/(>> gebracht); 
hôr « poil », hîrôt « mariage », yôr « an », klôftr « mesure de bois à 
brûler », môs « mesure de bière » , nôypr « voisin » , nçtl « aiguille », 
pfôl « poteau », sôme « semence », snçk « moustique », strôf v. châ- 
timent » , strôs « route » ; rôte « conseiller, deviner » ; krçme « trafi- 
quer » ; là « laisser » (<C mhd. lân <C lâjen), et cf. infra n° 32, 3°. 

A plus forte raison a-t-on ô lorsqu'en nhd. même Va ancien a 
suivi la même évolution : ône « sans », seks ôme « 3 hectolitres » [de 
vin], ôttn « haleine », ômâyt « syncope », mon « lune » ; îôye 
« mèche » garde la forme et la quantité primitives. 

32. Les altérations sont peu importantes et, sauf celle qui sera 
relevée au 5°, toutes parfaitement normales. 

1° Mhd. à > colm. ô devant colm. y (supra n° 4 II) : frôye 
« interroger »^ ppe kfrôyt, et plô)>e « tourmenter » (= plagen) ; vôy 



24 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

« balance » ' ; sans métaphonie en colm., svôyer « beau-frère », et 
lôyel, loyele, « petit tonnelet servant de gourde », etc. 

2° Abrègement, sans changement de timbre, en prononciation de 
moindre énergie : tç pçn i « me voici » ; vo « où ( non interrogatif), 
lorsque », et voroni? « pourquoi? », qui fait contraste avec tçirçm 
« par cette raison même » ; yô « oui », mais yo pour la particule (ja) 
dans le corps de la phrase ; prçmpèr « mûre de ronce » ; tsiiskçp 
(==^ nhd. Zugabe) « la réjouissance en argot de boucherie », cf. 
mhd. gâbc « don », etc^. 

3° Abrègement, avec changement de timbre, dans la conjugaison 
du vb. lô, V. g. Içs mi kè (= lasse mich gehen) « f. ..-moi la paix », 
et dans flrçve (= Feierabend) ';> fîrçve ^. 

4° Métaphonie récente, justifiée par Vi de la syllabe suivante, 
dans màntik « lundi », cf. infra n° 45, 5°. 

5° Les cas les plus embarrassants sont ceux où l'on rencontre à, 
mais ils sont presque tous plus ou moins suspects d'emprunt au 
nhd. Cela est assuré pour : stât « État », mot moderne; knât 
« grâce », qui vient de la langue officielle ou ecclésiastique; tât 
« action », de même origine, qui d'ailleurs, prononcé */ô?, se 
confondait fâcheusement avec tôt « mort ». Probable au moins pour : 
kràf « comte », dont la vraie forme populaire est krôf, et strâl 
« rayon », auquel répond le nom de famille alsacien « Strohl » 
(Hebel en son alaman écrit aussi Strahl et 's strahll^. Restent seu- 
lement : al « alêne », qui se serait confondu avec ('/« anguille », 
etprâle « faire le fanfaron », qui après tout peut être emprunté. 

6° Il faut attribuer à la même cause Va très rare de syllabe fermée : 
âplâs « indulgence » (au sens catholique) vient très sûrement de la 
langue des sermonnaires ; on en dira autant da ântâyt « piété », où 
l'emprunt est d'ailleurs dénoncé par le maintien de Vn en première 
syllabe (infra n" 56, 1°); quant k vâfe, « armes, armoiries », c'est 
un terme technique et officiel. 

7° La liaison mhd. ein mal a en colm. quatre prononciations, 
distinctes de sens : ayn mol « une seule fois » ; ejnôl « une fois » ; 
arnÇû « évidemment » ; et enfin, la seule qui nous intéresse ici, avec 
atonie complète de la finale, l'exclamation am|, « bien sûr, cela va 
sans dire, tu as trouvé çà tout seul? », etc., tout à fait caractéris- 
tique des parlers de la Haute-Alsace. 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 25 

II) Mhd. l. 

33. Ue mhd., voyelle assez rare et fermée, ne change pas en 
colm., non plus qu'en nhd., de timbre ni de quantité. On a donc : 
lêne « prêter », en contraste avec làne « appuyer » ; 1ère « ensei- 
gner », khère « s'en retourner » ; sël « âme », sèr « douloureux » 
(sens étymologique); èr « honneur », èvik « éternel » ; se « mer », 
tsè « orteil », klè « trèfle », vê « mal », snè « neige » ; kê « aller », 
slè « se tenir », etc. Comme en nhd. aussi, il y a, en syllabe fermée, 
abrègement avec changement de timbre, dans her « monsieur » et 
erst « premier ». 

ni) Mhd. t. 

34. La non-diphtongaison alamane d'î et û (supra n" 5) est un 
fait si banal, qu'on peut se borner à résumer brièvement les concor- 
dances très claires qui en résultent. 

1° Colm. ï : — a) devant nasale, /- préfixe (= ein-), rï « vin », 
sine « luire », slim « glaire » ; — b) devant liquide, tsîl « ligne », 
fîre « fêter » ; — c) devant s, pris « prix », tse « fer » ; — d) devant 
explosive gutturale ou labiale (mais mhd. b >> colm. v), fîk 
« figue », kîk « violon », sîp « vitre » et pi. stve, srlve « écrire » ; 
— e) devant mhd. d >> colm. t, nït « envie », krlt « craie », 
snlte « couper », lîte « soufi'rir » ; — f) dans tsvlfl « doute », 
malgré 2° c. 

2° Abrègement en / : — a) devant un groupe de consonnes, 
tiksl « timon », kits « avarice », liyt « léger », piyte « se confesser »i 
linUidy^ « linge » ' ; — b) notamment aussi, devant mhd. 5 >- colm. 
s, pise « mordre », rise « arracher », vis « blanc », slis « charpie », 
et dans ris « riz » qui se distingue ainsi de ris « sarment » ; — 
c) devant spirante gutturale ou labiale, viye « céder », kliy^ « égal », 
Pfif " P^P^ ^^ ^^^/^ " saisir », slife « aiguiser » ; — d) devant colm. t 
<C mhd. / (cf. I" e), sit « côté », tsit « temps », vit « loin », strite 
« lutter », nVg « chevaucher »; — e)dans les proclitiques,^/ « chez» 
(mais -pey sous l'accent, 3°), mi, ti, si (possessifs), fm. mi?îi, etc. 

3° Diphtongaison. — Quand l'Jse trouvait à la finale absolue, ou 
médial devant voyelle, il a dû tout d'abord se diphtonguer en iy, 
dont les deux éléments ont été traités rigoureusement selon les loiis 
qui leur sont propres : y est demeuré intact (infra n° 52); quant ai 



26 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

bref, il est devenu colm. ç (supra n" 14) > colm. e devant y 
(supra n° 4 II). - — Final : sey « sois », trey « trois », fî'pçy (= vor- 
bei);/;'0'« libre » (et adverbe « même ») a entraîné par analogie 
freymûrer « franc-maçon », mais on a Vi normal dans frllik « certai- 
nement » |et fripçryer « habitant de Fribourg » ; quant kfrayhayt 
« liberté », c'est sûrement un mot savant. — Médial devant voyelle : 
sey « filtre » et seye « filtrer », friseye « pardonner » (-< mhd. :(îhen), 
sreye « crier », kleye « du son », spyereye « « des cochonneries », 
etc. — Un excellent exemple de Falternance ey : /, respectivement 
devant voyelle et consonne, est fourni par le vb. veye « bénir », 
dont le ppe est demeuré intact dans la locution kvtyt vâsr « eau 
bénite ». Noter aussi le cp. sïpeke « passoire ». 

4° Colm. kseyt « avisé », au lieu duquel certains dialectes de la 
Basse-Alsace ont ksît , n'est qu'une exception apparente : il repré- 
sente, non pas mhd. geschîde, mais mhd.gescheit qui existe également; 
cf. supra n" 15, 3° ^. 

5° Dans trois mots, on a 1 >> ^, comme si 1'/ s'était abrégé d'assez 
bonne heure pour être traité en colm. comme i bref (supra n° 14) ; 
fent « ennemi » ', qui fait pendant à frent « ami » ; vel « parce que » 
<C mhd. wïle, mn'ise vil « un espace de temps »; infinitif se « être » 
(et ppe ksê « été »), avec allongement postérieur, supra n° 14. 

6° Vi faiblement accentué des diminutifs en -lin s'est assourdi en 
simple e, resle « petit cheval », supra n° 16, 2°. 

IV) Mhd. ô. 

35. De même que mhd. è, mhd. ô est resté semblable à lui- 
même en colm., ce qui revient à dire qu'il s'y est confondu totale- 
ment avec mhd. à > colm. ô ' : flç v. puce », Uôstr « couvent », 
çstre « Pâques », trust « consolation », rôt « rouge », prôt « pain » 
(comme prôte « rôtir »), Ion « salaire », kràn « couronne », hçr^ 
« haut », krôs « grand », stase « pousser », pôshâft « malin », âmpôs 
« enclume », etc. 

On a naturellement 6 devant y : trôye « menacer » (< mhd. 
droîiwen, supra n° 4 I-II); de plus, il y a abrègement dans strçy 
« paille » (mhd. gén. strôîves). 

Dans sçn et sa « déjà », il y a abrègement sans changement de 
timbre, ainsi que dans sç proclitique : mây-s esô « fais-le ainsi », 
mais net sç sên « pas si beau ». Simple corrélatif, ce dernier se 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 2'] 

réduit à se : van i-vçt, se khgm (= wenn du willst, so komme), 
« viens si tu veux » . 

V) Mhd. û. 

36. A cela près que le colm. n'a plus d'w et qu'il remplace û par 
fl, il y a corrélation remarquable entre le traitement de mhd. 
l (supra n" 34) et celui de mhd. il. 

i" Colm. /7, en général devant les sonores, y compris celles qui 
sont devenues sourdes en colm. : ffll, « pourri, paresseux » ; 
peture « regretter », trurik « triste » ; khfim « à peine », tflme « pouce », 
prûn « brun » ; sûke « sucer », strûp « vis », iPip « pigeon », stût 
« tige », rftt « gale » ; aussi snfife « respirer avec effort » (nhd. 
schnauben), sflfr « propre » (nhd. sauber ) et sflfl « pelle » (nhd. 
Schaufel, mais cf. le vb. schieben). 

2° Abrègement en û, en général devant les sourdes : fis (= aus), 
hils « maison », et toutefois mus « souris », lus « pou », hfise « éco- 
nomiser », cf. le pi. hisr « maisons » ; priiyf « se servir de », pûy 
« ventre » ; hiife « tas », sûfe « boire » ; hilt « peau », lût « à haute 
voix », kriit « herbe », rûp « chenille » ; à plus forte raison devant 
un groupe,///^/ « poing », hhûts « chouette »; enfin, malgré sûke^ 
dans pludtsûkr ' « sangsue », sans doute par réduction en syllabe 
semi-atone. 

3° Diphtongaison. — Devant voyelle et à la finale absolue, ù a 
dû se diphtonguer en uw, dont chaque élément a suivi sa loi propre : 
w >> colm. ^; « > colm. p > p devant y. On a donc : poye 
« bâtir », kroysâm « cruel » (-< mhd. grilwesariï); soy « pourceau ». 
Cf. supra n°^ 4 et 34, 3°. 

4° On ne rencontre jamais la diphtongue devant consonne. Les 
seuls exemples que j'en connaisse sont : koyl « bidet », qui peut fort 
bien être emprunté au souabe; ploytre « bavarder », dont le voca- 
lisme est flottant même en allemand historique; et, le plus surpre- 
nant, ioysik « mille », qui, selon toute apparence, est refait sur une 
forme d'allemand classique et officiel. Il est à remarquer que Hebel, 
en son alaman, écrit tusig « 1000», mais pour le juron potx_ tuusig 
ou pot:( tausig (pp. 189, 96 et 205). 

5° Colm. trivl « raisin », en regard de mhd. trûbe, est simple- 
ment un diminutif (nhd. * Trâubel), qui montre en conséquence 
la métaphonie régulière d'û, infra n° 39. 



28 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

6° Le vocalisme de çf « sur » accuse dans ce proclitique un abrè- 
gement précoce de mhd. ///en uf, cf. supra n°' 20 et 34, 5°. 



§ 4. — LONGUES MÉTAPHONiaUES. 

I) Mhd. à '^ ae (métaphonie d'à). 

37. Toutes les métaphonies de longues étant récentes, celle d'à 
ne comporte en aucune fiiçon les délicates distinctions qui 
encombrent celle d'^f. En conséquence, on a toujours mhd. ae \> 
colm. â, et je ne sais pas de plus satisfaisante corrélation que la 
constance avec laquelle Yô pur appelle, dans les dérivations et les 
flexions, 1'^ métaphonique : — noms d'agent, krâmr « marchand », 
sàfr « berger » ; — adjectifs, kfàrlik « périlleux » ; — diminutifs, 
hârk « petit poil », sàfele « petit mouton »; — pluriels, pfàl 
« poteaux » ; — impf. du subj., / vâr « je serais » ; — mots isolés, 
khàs « fromage », svâr « lourd », âknâm « agréable », sâr « ciseaux », 
fàle « manquer » (< mhd. vaeleti), etc. 

Cet â ne s'abrège que rarement : soit en syllabe de moindre 
accentuation, âknam « agréable », ântaytik « dévot » , cf. supra 
n° 32, 6"; soit à l'impf. du subj.,. / tat « je ferais », sans doute 
d'après i bat « j'aurais ». 

Il peut se faire que la métaphonie, opérée en nhd., ne le soit pas 

en colm. : spot, « tard, tardif », régulier en tant qu'adverbe et 

.irrégulier en tant qu'adjectif ' ; dans les dérivés, slàfrik « qui a 

sommeil » ; elle manque toujours au présent des verbes forts, te plôs 

« tu soufiles», er prôt « il rôtit ». 

II) Mhd. à >oe. 

38. La métaphonie d'ô donne en colm. è (cf. supra n°^ 3 5 et 30), 
qui ne se distingue nullement de Yè <i mhd. è, et ne subit, non 
plus que lui, aucune altération : pês « méchant », sên « beau » ; 
krêsr « plus grand » ; hè « hauteur » ; hère « entendre » et ppe 
khârt, stère « déranger », tète « tuer », trèste « consoler »; Tp\. flè 
« des puces »; dimin. e klèstrie « un petit couvent », etc., etc. Je 
ne sache point d'accident qui traverse cette concordance. 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 29 

III) Mhd. iu (= n), métaphonie d'il. 

39. La métaphonie de mhd. il se confond entièrement en colm. 
avec mhd. ;, et donne Heu aux mêmes observations. 

1° Cohii. i : fîr « feu », pîl « bosse »; pi. Ils « des poux », mis 
« des souris », hisr (malgré hiis bref, supra n° 36, 2°); dimin. hîsle 
« maisonnette », mllele « petite bouche », etc. 

2° Abrègement devant une sourde ou un groupe : lit « gens », 
lite « sonner » (= lauten) ; krits « croix » , fiyt « humide »_, siftse 
« soupirer » ; Jjst « poings » ; piyje « petit ventre » , etc. 

3° Diphtongaison en iy '>- çy^ey devant voyelle et à la finale : 
pi. sey « pourceaux », corrélatif au sg. sçy; cf. supra n°' 34, 3°, 36, 
3°, et infra n" 43, 3°. 

4° Métaphonie nhd. omise en colm. : sfil « colonne », rfime 
(nhd. raumen) « faire la chambre », nltik « galeux ». 

Section II. — LES DIPHTONGUES. 

40. On sait que le mhd. possédait cinq diphtongues primitives : 
ei, ie, iu (>> n), ou, uo. Ces trois dernières étaient susceptibles de 
métaphonie. Mais il va de soi qu'en colm. la métaphonie à'iu ne 
peut plus se distinguer d'm même. 

§ I^^ DIPHTONGUES PRIMITIVES. 

I) Mhd. ei. 

41. La prononciation colm. est ay, comme en nhd., par consé- 
quent toujours parfaitement distincte de l'ancien ï, qui, lorsqu'il se 
diphtongue, se traduit en ey\ comme le montre le remarquable 
contraste de trey « 3 » et tsvay « 2 ». Les exemples surabondent : 
ay « œuf », ayn « un », payn « jambe », hnayn « commun », 
tayl « partie », fayl « à vendre », kays « chèvre », hayse « deman- 
der », maystr « maître », sayf « savon », plciyy^ « pâle », tayk « pâte », 
layp « miche », payls « fouet », payti « tous deux », klayt « vête- 
ment », laytr « échelle », et les deux suffixes d'abstraits -hayt et 
-khayt. L'énergie habituelle de la dénégation a allongé le premier 
composant dans l'unique mot colm. này « non ». 



30 LK DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Au contraire, en syllabe de moindre accentuation, on a : 

1° Colm. e, dans khe <C mhd. kein, infra n" 89; 

2° Colm. a, dans mnôl « évidemment », supra n° 32, 7°; 

3° Colm. e atone : — - a) dans l'article indéfini, emôl « une fois », 
e mân « un homme », e froy « une femme » ; — b) dans ârvet 
« travail », et dans la finale de quelques abstraits tout à fait usuels, 
vÇwet « vérité », kvànet « habitude », krânket (aussi krânkhayt) 
« maladie », mais toujours tçmhayt « sottise », klaynikhayt « minutie » ; 
— c) à la finale des noms de lieux, v. g. er es t-haym « il est chez 
lui », mais vçnsene « Wintzenheim », ekse « Éguisheim », etc. ; 

4" Réduction à une liquide voyelle dans : Jiktl « quart », etc., 
comme en nhd. ; volfl (== nhd. wohlfeil). 

II) Mhd. ie. 

42. La diphtongue ie est restée diphtongue en colm., où elle est 
représentée par un / très bref, suivi d'un e semi-voyelle, que je 
renverse pour le distinguer de Ve voyelle : supra n° 3 ' . 

i" Ahd. ia >> mhd. ie >> colm. /i : hi^ « ici », //i « ceux-ci », 
pri^f « lettre missive », Jîwr « fièvre », kri^y « guerre », tsi)yl 
« tuile », spi)yl « miroir » etc. 

2° Ahd. io >• mhd. ie >> colm. i) : ti)f « profond », tiJp 
« voleur », li)p « cher », Ii)t « chanson », pih « bière », siJr 
« presque », fi^r « quatre », ni)re « rognons », rime « courroie » ; 
tsi)ye « tirer » ^, fli)ye « voler », si^te « bouillir », sli^se « fermer à 
clef », si^ss (= schiessen); w.?« comment? » (interrogatif, cf. 
infra 3"). Il importe peu, naturellement, que l'orthographe nhd. 
représente par un simple /la diphtongue historique : li^yt « lumière » 
i= Licht). 

3° En syllabe atone, on a : quelquefois tè « ceux-ci » ; souvent 
ve^ « comme », v. g. krop ve sçypnnestrçy « grossier comme fanes de 
fèves », et même ve kèt-s? « comment çà va-t-il? » ; ti et syncope 
totale (/-) dans les formes de l'article défini, infra n"" 43, 87 et 88. 

4" Colm. kni « genou », qui semble monophtongué, ne représente 
point mhd. knie, mais évidemment son doublet kniu, ainsi qu'il 
résulte du vocalisme du vb. kneye, infra n° 43, 3". 

III) Mhd. m(>«). 

43. La diphtongue et la voyelle iu (supra n" 39), s'étant de très 
bonne heure confondues en mhd., ne se distinguent pas non plus en 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 3I 

colm. La diphtongue ne donne lieu, d'ailleurs, qu'à très peu d'obser- 
vations. 

1° Colm. î : knî ■< mhd. kniu, supra n° 42, 4°. 

2° Abrègement : à la finale féminine et pi. nt. des possessifs et 
des adjectifs, 7nini, tini, sini, kiidti <C mhd. guotiu, etc. ; au cas 
oblique pi. du pronom de 2" personne, / <C mhd. iu, et dans 
l'article défini ; mais, en général, ce dernier syncope totalement sa 
voyelle sans distinction de genre, t-frgy « la femme », t-frgye « les 
femmes », t-lit « les gens », t-vïvr « les femmes », etc. 

3° Diphtongaison en ey devant voyelle et à la finale : kneye 
« s'agenouiller », eyer « votre » ; ney « nouveau ». Le vocalisme de 
eyy « vous », au lieu duquel d'autres dialectes ont iy , est donc 
irrégulier ; mais il est aisé de voir qu'il a été maintenu ou refait sur 
celui de eyer. Quant à colm. teyjl « diable », au lieu de *tîfl, on ne 
peut l'attribuer qu'à la langue ecclésiastique. 

4° Colm. hçt « aujourd'hui » ttfrent « ami » supposent que mhd. 
hiute et vriunt ont subi de bonne heure un abrègement de syllabe 
fermée en hiït etfriint. Cf. supra n°^ 30, 1°, 34, 5°, et 36, 6°. 

5° Il n'y a plus en colm., non plus d'ailleurs qu'en nhd. usuel, 
aucune trace de l'alternance des deux diphtongues ie et iu dans la 
conjugaison : / tsl^y « je tire », te flisy's « tu voles », er kridyt « il 
rampe », etc. 

IV) Mhd. ou (> nhd. aii). 

44. Le premier composant de cette diphtongue n'était propre- 
ment ni un ni un a, et il tenait de l'un et de l'autre. S'il en fallait 
une preuve de plus, la voici : le colm. traite ce phonème comme si 
c'était un 0, tandis qu'il traite sa métaphonie comme la métapho- 
nie récente d'à, infra n° 46. Uu semi- voyelle devenant}', la voyelle 
qui le précède ne peut donner que colm. p, supra n° 4. 

La corrélation est constante : çy « aussi », frçy « femme », pfoy 
« paon » ; pçym « arbre », soym « ourlet », tsçym « bride » ; gyk 
« œil », tçyp « sourd » (cf. tûp « pigeon »), stoyp « poussière » ; 
kyy, « poireau » , rpy-/ « fumée » ; khoyfe « acheter » , kJçyve « croire » ; 
pi. kloye « gritîes », etc. 

Il y a allongement dans *lôy « tiède », qui usuellement prend la 
forme métaphonique lây. Colm. loyfe « courir », régulier, fait au 
ppe klofe, infra n° iio Vil. 



32 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

V) Mhd. uo (> nhd. û). 

45. Les deux composants subissent chacun son évolution phoné- 
tique normale : ii voyelle demi-longue devient û très bref; quant 
ào, semi- voyelle et semi-atone, il s'assourdit en un e semi-voyelle 
que l'on représentera par p; cf. supra n°' 3 et 42. 

1° La concordance est très ferme : tsû3, « chez, trop » (cf. infra 
3°), siiJ (■<. soulier », khiïd etkhu9y (infra n" 47) « vache », tû9 « faire » ; 
Iwye « regarder », stiii>l « chaise », rïPiii « réputation » ifim « pied », 
hi'psie « tousser », pi'py^ « livre »; kii3t « bon », ri'Pt « verge à 
fouetter », miÏ9t « disposition d'esprit », vilPt « rage », prii9t 
« couvée y),prûdtr « frère ^^, fûHr « fourrage », etc. — Je ne connais 
d'exception que hnr (=Hure), qui doit être emprunté au nhd. 

2" La métaphonie, qui manque en nhd., a été opérée dans le 
colm. ridfe. « appeler «(infra n° 47), ppe krmfe(\-n]\à. riiofen et nïefen, 
mais toujours geruofen), 

3° En syllabe atone, Vuo s'est monophtongué en bref : riytçtn 
« richesse », pestom « évêché ». Il en est de même pour tsii9 procli- 
tique, V. g. tsom (== zum), etc. Ce dernier, même, en atonie 
complète, se réduit à tse ou perd sa voyelle, v. g. tse kholmr « à 
Colmar », s-çs tse fil ou tsfil « c'est trop ». 

4° Cet est devenu 0, — peut-être sous l'influence lointaine de 
kol « Dieu », — dans les locutions courantes : liote morye et kote tây 
« bonjour », kote-n-ôve « bonsoir », kgt nâyt « bonne nuit » ; mais 
kiïdte-n-âpetit « bon appétit », etc. 

5" Un effet curieux, mais unique, de l'atonie est celui qu'on 
remarque dans hansik « gant », où Vi métaphonique, — venu peut- 
être d'une forme de pluriel, — est assez ancien pour avoir produit 
métaphonie de la première syllabe (cf. mântik, n" 32, 4°) et pour 
imposer à la gutturale finale le traitement qui ne résulte que d'un / 
précédent, infra n° 77 C a. 

§ 2. — DIPHTONGUES MÉTAPHONIQ.UES. 

I) Mhd. ou >> ou (eu). 

46. La métaphonie de colm. çy est ay (supra n° 44), tout à fait 
pareille à la diphtongue qui procède de mhd. ei : pi. paym « arbres », 
etc.; dimin. payiiile, etc.; vb. dérivés, tayfe « baptiser », siayve 
« épousseter ^) , trayme (■< rêver », etc.; mot isolé hay « foin ». Ce 



VOYELLES ET DIPHTONGUES 33 

dernier fournit la transition naturelle au traitement identique du 
groupe mhd. ew, âizns frayt « joie », er hetsi-kfrayt « il s'est réjoui ». 

DsLns frlaymte « calomnier », ay n'est pas régulier : le mot doit 
avoir été emprunté à la langue officielle et juridique. 

Le colm. omet quelquefois la métaphonie conservée en nhd. : 
khçyfr « acheteur », te Içyjs « tu cours ». 

n) Mhd. uo > ûe ( > nhd. //). 

47. Ici encore triomphe la constance phonétique : on sait que 
mhd. // >> colm. / et que la métaphonie de mhd. o est colm. e, en 
sorte que la métaphonie de mhd. uo ne peut donner que colm. /i, 
identique à la diphtongue qui représente mhd. ie. Exemples : plu- 
riels, hhuy « vaches ^),fih « pieds », pi^yj « livres », priMr « frères »; 
verbes dérivés, priHe « couver », rihe « remuer »; adj. dér. viHik 
« enragé » ; mots isolés, hrim « vert » , miH « fatigué » , nidytr 
« à jeun », muy « peine », etc. Ce dernier mot et khidy montrent 
en outre que la diphtongue développe, devant voyelle, un y de 
transition, qu'on a déjà noté dans tsidye ' (supra n° 42, 2°), et qui 
au surplus existait déjà partiellement en mhd., v. g. mûen et 
mikjen >> colm. siy^ pemipye « se donner de la peine » (= sich 
bemûhen). 

Dans li^y « mensonge », la diphtongue n'est point régulière 
(mhd. liige), mais visiblement analogique du vb. li^ye « mentir » 
<; mhd. liegen. 

La métaphonie est omise dans ri'pste « orme », auquel corres- 
pond à peu près nhd. Rùster; mais colm. 7-i^str existe en tant que 
nom de famille. 



XL — V. Henry. — Le Dialecte Alaman de Coltnar. 



34 LE DIALFXTE ALAMAN DE COLMAR 

CHAPITRE 11 
CONSONNES 



48. Les consonnes colmariennes sont toutes sujettes à un certain 
nombre d'accidents mécaniques, d'ailleurs fort simples, qu'il y a 
avantage à traiter en bloc pour déblayer le terrain toute affaire 
cessante. Quand le hasard amène en contact deux ou plusieurs 
d'entre elles, il se peut que le groupe consonnantique qui en 
résulte subisse un allégement parfois considérable. Le cas le plus 
général et le plus fréquent est celui de deux consonnes identiques 
ou similaires qui viennent à se rencontrer dans un seul mot ou à la 
commissure de deux mots : la première alternative ne se produit 
guère en nhd., parce que la langue classique sépare les deux 
consonnes par un e atone que le colm. syncope (supra n° 12); 
d'autre part, à la jonction des deux termes d'un composé, et à plus 
forte raison de deux mots distincts, l'orthographe allemande, tout 
au moins, maintient les deux consonnes, que le colm. fond en une 
seule; et la fusion est presque toujours si intime, qu'il faut étymo- 
logiser pour se douter que la consonne est double. On donnera les 
principales applications de cette loi. 

I" La plus fréquente se produit à la rencontre de deux /, ou, ce 
qui revient au même (infra n" 68), de^-f- L 

a) Dans l'intérieur d'un mot : krçst « prêt » (= gerùstet), exacte- 
ment comme krçst « chrétien » (= Christ) ; sâte « nuire », d'où 
ppe ksâl (= geschadet) et s-sât niks « il n'y a pas de mal » ; er sçl 
« il verse » (-— er 'schùttet), er pat « il prie », er piyt « il se con- 
fesse », etc., etc. 

b) A la commissure des deux termes d'un composé : nâytes 
« table de nuit » (= Nacht-tisch) ; patsit « l'angélus » (= Bete-zeit); 
et toutefois plutôt pât-tsçv^ « baignoire » ; tout dépend, naturelle- 
ment, de la fréquence d'emploi du mot. 

c) En juxtaposition syntactique : nç-tir « pas cher » (= nicht 
teuer), etc., cf. infra n*" 49, 1° b; hçntrtivay « 102 », kgtlgvetâfik , 



CONSONNES 3 5 

supra n° 22 ; surtout devant et après l'article défini, ve fil hernr 
het-r pçk ? (pour het tr = hat der) « combien le bouc a-t-il de cornes ? » 
jeu d'enflint, mâ-/^ ter tsûd (pour t-tèr (= die Tùr) « ferme la porte », 
si het-sçn kskfe (pour het t-tson = hat die Zunge) « elle a la langue 
aiguisée = méchante langue », etc.; et devant le pronom de sg. 2, 
très-ti (== trôste dich) « aie bon courage », rçs-ti « apprête-toi », 
vàr he-ti hhayse ? « qui t'a dit de faire cela ? » , i rô-tr (= ich rate 
dir) « je te conseille », s-hhèr-tr net (= es gehôrt dir nicht), subsi- 
diairement, avec syncope du p (infra n° 49, 2° b, er giebt dir es = ) 
er h-tr-s « il te le donne » (cf. Hebel, p. 259, haUi=\i2i\x.t dich, etc.). 

— Ce dernier phénomène a entraîné une conséquence gramma- 
ticale des plus importantes : les locutions mhd. bist du « es-tu », 
gesihest du « vois-tu », etc., étant devenues respectivement colm. 
*pçst ie >> pes-te, *hèsi te >■ ksès-te, etc., ont donné l'illusion d'une 
finale verbale de sg. 2 en s tout court au lieu de st, et cette dernière 
a entièrement disparu, infra n° 114, I, 2. 

2° Groupe k -{- k,g -\- k, etc. — a) Dans un mot : après syncope 
' dç Ve du ge- participial, kâtïe (== gegangen); khçst (=: gekostet), 
comme khost Q=^ Kost) « pension de nourriture », avec double 
syncope; cf. supra 12, 1°. — b) En composition : rekrçt « épine 
dorsale » (= Rùckgrat), et le très usuel trçnkalt « pourboire » 
(= Trinkgeld), etc. 

3° Groupe p -\- p,b-\-b, etc. — c^ En juxtaposition syntactique, 
e lay-prôt « une miche de pain » (== ein Laib Brot). 

4° Groupes 5 -}- .f (> j), j -j- i (> j) et .y -f- 5 (> s). — a) te 
les (pour *les-s <C mhd. leschest, supra 1° c) « tu éteins »; te lâs, 
pour *lâs-s <; * les-est, « tu lis » ; te pis mi « tu me mords », pour 
*pis-s ■< bîjest, etc. ; frânsès (= franzôsisch). — b) *hçls-siie >> 
hçlsiid « sabot », çniistèlik (= unausstehlich) « insupportable », etc. 

— c) t^-sçn tçmhayte ! « en voilà des bêtises ! », pour tçs sen (= dies 
fc sind); mais toujours s-srïve « le fait d'écrire », etc. 

5° Semi-voyelle : s-neyôr « le nouvel an », pour* «^3/ yôr (= das 
neue Jahr) ; s-fridyôr « le printemps » ' . 

6° Liquide : b) fereke ( = verrecken) ; ferokt {== verrùckt), 
« écervelé, timbré »; ^i/â/fj- (= Quâl-Lise), sobriquet d'une femme 
hargneuse et toujours mécontente. 

7° Nasale (n + «>> n, m-|-w>>m, w-|-w>» m). — b) çnètik 
« inutile » (=^ un-nôtig). — c) / pç-nçt mik (j)çn nçt) « je ne suis 



3^ LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

point las » ; kho-met-mr (khoni) « viens avec moi » ; çf aymôl « d'un 
seul coup » ; mr sen « nous sommes », mr van « nous voulons », 
mais en inversion se-mr, va-mr, yets mid-mr fçrt « il est temps que 
nous partions », etc. 

49. La disparition d'une consonne devant une autre consonne 
non similaire est naturellement un phénomène beaucoup plus rare, 
moins aisé aussi, dans certains cas, à ramener à une loi fixe, en ce 
qu'il dépend à l'origine de la rapidité variable des prononciations 
individuelles. On se bornera donc à enregistrer ici les allégements 
consonnantiques les plus constants. 

1° L'explosive dentale est la moins tenace des consonnes. 

a) Devant un s, un / disparaît toujours après « ou / (cf. infra 2° a), 
ce qui fait qu'en cette position mhd. :{ devient s simple : hols « du 
bois », tânse « danser » '; rensflays « du bœuf » (= Rindsfleisch); 
aussi devant.?, /;aw^/^ (= Handschuh, supra n° 45, 5°). Exception- 
nellement, on ^ ts '^ s après 7 > k, dans le mot très usuel nih 
« rien » <C mhd. nihtes. 

b) Le t final de tiet tombe, non seulement devant t (supra n° 48, 
1° c), mais en prononciation rapide devant toute explosive : ne-krçs 
« pas grand » ; ne-kseyt, très usuel, « fou, sot » ; sey ne pês {= sei 
nicht bôse) « ne te fâche pas », etc^ ^. Mais il se maintient rigoureu- 
sement devant voyelle, semi-voyelle, nasale, liquide et sifflante : 
net ait, net yçn, netnat, netrçt, netsfijr, net sèn. Le t final du procli- 
tique çn « et » tombe toujours, même devant voyelle : on iy^ « et 
moi », comme çn tû « et toi », etc. ; dans la forme tout à fait 
assourdie, il s'est maintenu dans tân-et-vân, mais non pas ailleurs : 
supra n° 22 (fimfoftsik « 54 »). 

c) A la commissure d'un composé, on observe parfois un allége- 
ment de groupe par chute de t : devant p, dans ârpêr « fraise » 
(= Erdbeere) et velprat « gibier » ; devant k, dans selkrot « tortue » 
(= Schildkrôte) et kreskhentl « Noël » K Aussi devant k en liaison 
syntactique dans la locution fort usitée s-es-in rây-ksâ (== es ist ihm 
recht geschehen), « c'est bien fait, c'est tant pis pour lui, il n'a que 
ce qu'il mérite ». 

d) Pour les autres cas où t tombe même devant voyelle, on se 
reportera à l'étude de cette consonne, infra 68, 2°. 



CONSONNES 37 

2° Le ^ (^ > éventuellement v, infra n° 73) est aussi assez 
instable, mais sensiblement plus stable que le t. 

a) Devant un /, un p disparaît toujours après m ^ : tâmf « vapeur » ; 
stromf « bas », pi. stremf, etc. ; de même momfl « bouchée » 
(= mund-voll), hâmfl « poignée » (= hand-voll), où l'assimilation 
a d'abord changé nt en nip. 

h) Le p ou b '> V ayant disparu, dès l'époque du mhd., dans la 
conjugaison usuelle et bien connue du vb. haben >■ hân, une action 
semi-phonétique semi-analogique l'a effacé également dans celles 
d'autres verbes d'emploi très courant. Ainsi on a dû commencer par 
dire er ht pour * kept (= er gibt) ; puis, de même, te kes, i hep ou ke, 
surtout avec les prônons, / ke-tr-s « jeté le donne », / ke-s-m « je le 
lui donne », etc., mais en inversion kev-i « donné-je »; infinitif kâ 
« donner », ppe kâ. On dit aussi : er plipt ou plit « il reste », tepltps 
ou plis, i pu, mais pltv-i « resté-je » ; infinitif plîve et bien plus 
souvent pU, mais ppe kepleve. Au contraire, toujours er srlpi « il 
écrit », er trïpf (= er treibet), etc. 

c) Ce dernier phénomène a eu pour conséquence la création d'un 
V épenthétique, qui a comblé certains des hiatus laissés par la chute 
d'« final ou toute autre cause. Un rapport tel que / hâ : hâv-i a 
naturellement entraîné, en partant de i khâ « je puis », la quatrième 
proportionnelle khâ-v-i « puis-je ». Le rapport / plî : pliv-i, étant 
donnée surtout la synonymie des vb. pli et stè, s'est reproduit dans 
la locution courante : io pen-i, to stê-v-i, « j'y suis, j'y reste »; et 
l'on a de même yets ksé-v-i (gesihe ich) kâr niks mê « je n'y vois 
plus rien », etc. L'emploi de cette épenthèse verbale est exclusive- 
ment affaire d'usage; mais elle a fait une large concurrence à l'épen- 
thèse nasale, infra n° 57, 3° : là où Hebel écrit thueni « fais-je », 
siehni « vois-je », le colm. prononce tw-v-i, sè-v-i, etc. 

d) En composition, on a : râ-vale « sarments » (= Rebewellen), 
où la chute du p s'explique en réalité par un groupe v -\- v (infra 
n° 73); et, par analogie sans doute, râ-masr « serpette ». 

3° Le ^ subsiste en toute position, sauf dans celle qui est à peu 
près homologue à 1° a et 2° a : devant s ou t, un k disparaît après n 
et se fond avec lui, tout de même que mhd. ng est devenu n simple. 
On a donc : non seulement slân « serpent », ânst « peur », rens 
« tout autour » ; mais aussi leûs « à gauche », ketsânt « querellé >) 



38 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

(= gezankt), ketant « pensé » ( = *gedenkt), kelont « trempé » 
(= getunkt), etc. 

4° Le 7 (mhd. ch h) ne disparaît guère, sauf dans hofârt = Hoch- 
fahrt « luxe», qu'à la finale de quelques enclitiques ou proclitiques; 
mais là sa chute accidentelle s'est étendue, la plupart du temps, à 
toutes les positions syntactiques que le mot était susceptible 
d'occuper. 

a) Dans les pronoms, iy, miy, tiy, siy, elle a dû se produire de 
préférence devant gutturale initiale : i kê « je vais », los mi kè 
« laisse- moi tranquille ». Mais elle s'est propagée partout ailleurs : 
devant toute consonne, i tû9, i mày « je fais » ; à la pause, hep ti 
« tiens-toi bien » ; même devant voyelle, i èr « j'honore », los mi 
omkheyt (grossier) « laisse-moi tranquille », lak mi âm ârs (injure 
grossière et courante), / terf ti oy hnotse (ich darf dich auch kùssen), 
etc. La gutturale ne sonne plus que : lorsqu'on insiste sur le pronom_, 
w/'-/ oy « moi aussi », vas ket-s tiy â? « en quoi cela te regarde-t-il ? 
>• de quoi te mêles-tu? », vas vays iy trfô ? « qu'en sais-je moi? » ; 
et facultativement dans le pronom réfléchi, qui autrement se confon- 
drait avec si (= sie), v. g. si ère siy « vous vous trompez ». 

b) Dans nôy (= nach) on doit supposer une origine analogue : 
soit nç-kè (== nachgehen) « suivre »; puis, nô-mâye « imiter », 
(abrégé) nonietây « après-midi » ; enfin, à la pause, i kè tr nô « je te 
suis », on /m)(darnach) « ensuite ». Mais la finale est maintenue dans 
l'adjectif «07 « proche » et la locution nçy-n-nôy^ « peu à peu ». 

c) Dans mhd. ouch, il y a fusion de 7 avec la palatale précédente : 
colm. oy, souvent réduit à dans le corps de la phrase ; oyy fait l'effet 
d'une prononciation savante. 

d) On a vu les liaisons wa net et nâ mè (supra n° 19). Partout 
ailleurs, noy^ « encore » garde sa finale intacte. 

e) Le groupe yt s'est réduit à simple / dans net (<C mhd. nihî^, 
dont le vocalisme suppose la chute de la gutturale '. 

5° La liquide dentale / disparaît devant dentale («, s ou /) dans 
un enclitique et quelques verbes auxiliaires : mr van (= mhd. 
weln), infra n° 1 12, 6 ; eltrâs iy « plus âgé que moi » (cf. anglais «5); 
es{) « ainsi », mais âlso « ainsi donc » au début d'une phrase; vas 
vçt? « que veux-tu? », / vot « je voudrais » (= ich v^^ollte), te sots 
« tu devrais » (= du solltest). Il y a un effet de dissimilation dans 
UHrik, « mesquin, gueux, sans valeur », opposé à mhd. liederlich. 



CONSONNES 39 

50. Conformément à la classification reçue, on distribuera le 
consonnantisme colm., toujours rapporté à celui du mhd., entre six 
sections : — i° semi-voyelles primitives; — 2° nasales; — 
3° liquides; — 4° explosives; — 5° affriquéeset spirantes provenues 
d'affriquées; — 6° spirante primitive Çs). 

Section l'\ — SEMI- VOYELLES. 

5 1 . La semi-voyelle d'i, que nous transcrivons partout y, soit en 
diphtongue, soit entre voyelles, à la fin ou au commencement d'un 
mot, — quoique, bien entendu, il y ait entre ces diverses positions 
des nuances d'articulation, au surplus bien connues de tous les 
phonétistes, — est le / allemand ou l'v fr. du mot « yeux » . 

La semi-voyelle d'w est un peu plus compliquée. Lorsqu'en mhd. 
elle en est venue à faire diphtongue avec une voyelle précédente, 
elle est restée semi-voyelle et a été traitée comme telle en colm., où 
elle est devenue y (supra n° 4 1) : on négligera désormais ce cas, dont 
les applications ont été vues dans la section des diphtongues. Partout 
ailleurs, mhd. lu est devenu la spirante bilabiale que le fr. représente 
par V, et nous adoptons ce dernier symbole, en dépit des usages de 
l'orthographe nhd., parce que le u>, à notre sens,, devrait être exclu- 
sivement réservé pour la semi-voyelle. 

§1^''. — Mhd. /. 

52. Ce phonème est en colm. aussi fréquent qu'en mhd., et par 
conséquent beaucoup plus fréquent que dans le nhd., qui a fait 
disparaître en principe tout / iptervocalique . 

1° Initial, colm. y : yoy^ « joug », yon « jeune », yçr « année », yç 
« oui », ye distributif. Quand le nhd. hésite entre ^ et/, le colm. a 
y : yâre « fermenter », yâte « sarcler », 

2° Médial, colm. y : nâye « coudre », mâye « moissonner », sâye 
« semer », tràye « tourner » (nhd. drehen), plïjye « fleurir », siy 
pemijye « s'évertuer » (= mhd. naejen, blikjen, etc.); ppes knâyt, 
kepluyt, etc. ; même spàyer « espion », cf. mhd. spaehe < ahd. spàhi, 
et infra 4°. 

3° Mhd. y n'est jamais final, mais colm. y le devient souvent par 
chute de voyelle finale : mièy « peine », frih « de bonne heure » 



40 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

(sans distinction entre l'adjectif et l'adverbe), pruy « du bouillon » 
(= mhd. miïeje, vriieje, brûejé). 

4° On se bornera à rappeler ici que le colm. a, pour son propre 
compte, développé y médial : soit comme second composant des 
diphtongues en u et lu, pgye « construire », trôye « menacer », 
supra n° 5 1 ; soit comme substitut du g, erkeye « à la rencontre de », 
fâye « balayer », infra n° 66, 2°; soit enfin comme insertion eupho- 
nique, tsi^ye « tirer », riûycK se reposer », ppe hrii?yt comme kfàyt, 
supra n"^ 42, 45 et 47. Il va de soi que ce y à son tour devient 
final, soit par chute d'une vovelle, soit même par suraddition 
analogique : poy « construis », Jây « balaie »; khi)y « des vaches », 
d'où e khiidy pour e khiid « une vache » ; rûd et rûdy « repos », etc. 

§ 2. — Mhd. lu. 

53. Le colm. a également beaucoup plus de v (sonore!) que le 
nhd., soit parce que le b mhd. y est devenu v (infra n° 73), soit à 
cause de son épenthèse labiale (supra n" 49, 2° c). Mais ces circon- 
stances accessoires ne compliquent pas la phonétique propre à la 
semi-voyelle ancienne devenue spirante. 

1° Initial, colm. v : vàlt « forêt », vârm « chaud », verme « chauf- 
fer », vè « mal », vis « blanc », vip « femme », vorst « saucisse » et 
pi. versty vase « laver », etc. Le pronom wir est devenu colm. mer, 
par une altération qui dépasse de beaucoup les limites du dialecte ' . 

2° Médial après voyelle, colm, v : èvik«- éternel ». 

3° Médial après consonne. — a) Après k (puisque kw et qn sont 
au fond phonétiquement identiques), colm. v : kvâk « tourmenter» 
(= quâlen); kvats « prune » (= Quetsche : Zwetsche)*. 

b) Après / (rare) : ântvçrt « réponse » ; mais le groupe tiu s'assi- 
mile en /)dans les juxtaposés epe « par hasard », epr « quelqu'un », 
épis > epes >> eps « quelque chose » (etwa, etwer, etwas). Sur tiv 
mhd. initial, voir infra e. 

c) Après liquide, iv a dû devenir /'comme en nhd., si l'on en juge 
par fârp « couleur » <; mhd. fanue; mais b médial est redevenu 
colm. V (infra n" 73), en sorte qu'on a le contraste fârp = Farbe : 
farve = fiirben. Le w est devenu m, sans raison apparente, dans 
le diminutif svalmele « hirondelle ». 

d) Après s ^ s, colm. v : svâris « noir », svâr « lourd », sveslf 
« soeur », svêre « jurer », svçp « Souabe ». 



CONSONNES 41 

e) Après ts, y compris le groupe mhd. tw >> colm. tsv, comme 
en nhd. :(iu : tsvay « deux », tsvïfl « doute » ; evrtsvariy^ « tout de 
travers » (= nhd. * ûber-zwerch). 

4" Final, w avait disparu dès le mhd. : se « mer )),/rô « content». 
Il est devenu final en colm. dans lèp « lion », où le changement en 
p n'est pas phonétique, mais analogique de rapports tels que pi. 
knâve « garçons » : sg. knâp, etc., d'après le pi. régulier lève « lions ». 

Section II. — NASALES. 

54. Cette matière est dominée, ici comme dans toutes les langues 
indo-européennes, mais beaucoup plus encore en colm. qu'en nhd., 
par le principe général de l'assimilation de la nasale à la consonne 
(gutturale, dentale, labiale) qui la suit, — principe dont au surplus 
les applications ne peuvent jamais être absolues, parce qu'elles sont 
souvent entravées par le sens étymologique. 

1° La nasale gutturale ne s'assimile pas, puisqu'elle est toujours 
suivie d'une consonne gutturale, qui, même latente, survit dans 
l'articulation de la nasale. Toutefois, yofifr (= Jungfer) est ordinai- 
rement yomfr, mot très usuel, d'où le sens de « jeunesse » est si 
complètement banni, qu'on l'applique sans la moindre difficulté à 
des personnes très âgées, pourvu qu'elles n'aient jamais été mariées, 

2° La nasale dentale, au contraire, s'assimile avec une extrême 
facilité, et presque constamment. — a) En n, devant gutturale : 
onkrût « mauvaise herbe » ; s-pranklekle « le tocsin » (Brenn-glôck- 
lein). — b) En m, devant labiale : hâmfl, niomfl, supra n° 49, 
2° a; ompsone « malavisé » (=: unbesonnen); hrompère « des 
pommes de terre » (= Grund-); femfi « cinq », sâmjt « doux », 
samft « moutarde ». Toutefois, on a tsonft « fondation pieuse », 
maintenu sans doute par la langue ecclésiastique; et l'étymologie 
évidente a empêché le changement dans khenpâke « mâchoire » et 
autres. 

3° La nasale labiale reste habituellement intacte : framt « étran- 
ger » ; to khomt-r « le voici qui vient » (on sait que Hebel écrit 
chmnt). Cependant l'injure frtântr khayp est au moins aussi com- 
mune que frtâmtr, parce qu'on a à demi oublié le rapport avec le 
vb. frtâme, qui n'appartient qu'à la langue religieuse comme fr. 
« damner ». Un mot curieux est colm. hamp « chemise » (•< mhd. 



42 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

hemede), où s'est développé, entre l'm et le d, quand ils ont été en 
contact ', une labiale épenthétique qui a maintenu la labialité. Sur 
le rapport de omkheyt et onkheyt, — ce dernier, je crois, est à peine 
colmarien, — voir ma conjecture, infra n" 129 a, 

4° A ces nuances près, et sauf la disparition de Yn final, presque 
aussi constante en colm. qu'en vieil-islandais (infra n°^ 56-57), les 
trois nasales se reproduisent très fidèlement. 

§ I'^'. NASALE GUTTURALE. 

55. Historiquement, Vn ne peut jamais être que médial, sauf à 
devenir final en colm. par l'absorption du g subséquent et la chute 
éventuelle de la voyelle finale. Il ne comporte aucune autre observa- 
tion : sene « chanter », tsvene « contraindre », ppes ksone, ketsvone, 
etc.; trenke « boire », tonke « tremper », ppes ketronke, ketont, 
supra n" 49, 3"; lân « long », ksân « chant », ajï « étroit », hûsâltoh 
« ménage », tsoh « langue »_, etc. Cette consonne est adventice, par 
assimilation du g à Yn subséquent, dans : ânenês ' (= Agnes), 
sobriquet d'une femme geignarde et agaçante; mânnêt « aimant » 
(= Magnet), 

§ 2. — NASALE DENTALE. 

I) Mhd. n final. 

56. Après voyelle ou diphtongue accentuée^ Yn final se maintient 
en principe, sauf les distinctions assez délicates qui vont suivre. Elles 
porteront, non seulement sur les lois de maintien ou de chute de 
Yn final après toute autre voyelle que e atone, mais encore sur les 
cas d'analogie où Yn est tombé dans une forme où il devait phoné- 
tiquement demeurer, et sur l'épenthèse nasale que ces alternances 
ont développée dans le dialecte. 

1° Après a QX. â colm., brefs ou longs, Yn est fixe : tan, « alors, 
car » ; nuin « homme » ; îsepân « chemin de fer » ; tsân « dent », pi. 
isàn, etc. Aussi dans mhd. an >■ colm. an, quand il est préposition : 
devant voyelle, ân-m « à lui » ; ou consonne, an tr vaut « contre le 
mur » ; sauf assimilation et chute devant nasale, â-mim klayt « à 
mon vêtement ». Mais, quand ce mot est préfixe ou final d'adverbe, 
n disparaît et à s'allonge : âfâne « commencer », sg. 3 er fâht à, etc., 
et adverbialement âfâne « pour commencer » sans allongement; 



CONSONNES 43 

âknâm « agréable » ; trâ (= daran) ; cf. supra n° 6 b. Le vb. i 
hhâ « je puis » me paraît être analogique de i hâ « j'ai ». 

2" Après f colm., n se maintient : en « dans », tren (= darin), 
khen « menton », Un « mince » ; m final ne se présente pas. Sur khe 
« aucun », voir infra 6° ; sur se « être », stè « se tenir debout », 
tsê « dix », etc.^ voir infra 7°. 

3° Après mhd. i >> colm. / ou /, et même après mhd. i >> exception- 
nellement colm, 1, n est tombé sans merci : t- préfixe (= ein), vï 
« vin », tr n « le Rhin » ; khamï « cheminée », ht (= hin); posses- 
sifs, mi, ti, si, malgré les formes déclinées mini, etc., devant consonne, 
mi sais « mon trésor », et devant voyelle, mi anl « mon ange ». 
Colm. mâsin « machine » n'est naturellement pas une exception, ni. 
colm. nui « neuf », infra 5"; colm. fin « fin » en est une, mais ce 
mot est un emprunt plutôt récent et cf. le féminin fini. 

4° Après p et p colm., il y a deux exemples de chute de Vn, tous 
deux monosyllabes : c'est son « déjà », ordinairement so, même à 
la pause ou devant voyelle, et/p on fo — le timbre est indécis — 
(mhd. von\ même devant voyelle, excepté devant l'article indéfini 
et les pronoms enclitiques : to khomt-r so « le voici déjà qui vient », 
er es son ou so âkhome « il est déjà arrivé » ; fo mêr « de moi »,/p 
âlkheriy « d'Altkirch », fo em « de lui » (pronom accentué); mais 
fon-rii « de lui »,/p» ère « d'elle » (pronoms atones), fon-cre froy 
owfçnre froy « d'une femme », -etc. 

5° Après mhd. u et sa métaphonie, n est fixe : prûn « brun », 
nin « neuf », ce dernier en contraste très net avec la chute régulière 
après colm. / < mhd. t. 

6° Il en est de même après toute diphtongue : payn « os », 
klayn « petit » (jamais rien d'analogue aux formes que Hebel écrit 
chlei « petit » et Stei « pierre »); hïmi « poule » (sur tiid, cf. 7°); 
krièn « vert », etc., etc. Mais trois monosyllabes en -ein subissent des 
réductions variées : « non » ne se dit jamais que nây, supra n° 41 ; 
mhd. hein devient colm. khe en toute position (khe mans « per- 
sonne », khe ânst « pas peur »), et perd même Vn devant la, 
désinence du pronom nt., khes, malgré la forme de flexion isolée 
kheni pi. ; enfin, l'article indéfini est e devant consonne, infra n° 89. 

7° A ces cas sporadiques de chute d'« final après voyelle autre 
que e atone, il convient d'en ajouter immédiatement d'autres, plus 
généraux et beaucoup plus importants, mais qui, à les bien consi- 



44 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

dérer, rentrent dans la catégorie étudiée au n° 57, soit qu'en effet 
Vn final y ait été précédé historiquement d'un e atone disparu par 
suite de contraction^ soit que, dans les infinitifs et participes mono- 
syllabiques, Vn final soit tombé par analogie de sa chute constante 
dans les infinitifs et participes disyllabiques où Ve atone le précédait. 
- — Dans la "première classe, on rangera, par exemple : tsê « dix » 
(«< mhd. Xfhen), et par analogie tr tsêrtte >> tsête « le 10^ » ; sa « voir » 
(<C mhd. sëhen) et ppe ksâ, etc., etc. — Dans la seconde, les infini- 
tifs anciennement monosyllabiques, et les infinitifs historiquement 
syncopés, soit en mhd., soit en colm. : kè « aller », stê « se tenir », 
tû3 « faire » et ppe ketci ; hâ « avoir », Ion (<C mhd. lân) et lô 
« laisser », sen « être » et ksen « été », mais ordinairement se Qtksè; 
subsidiairement, mi^ « être obligé », kâ « donner » et « donné », 
slâ « frapper », trâ « porter », plî « rester », etc., ppes klgn et klô 
« laissé », mais toujours sans syncope kslâye, kepleve, etc. — Ce 
qui montre bien que c'est ici surtout l'analogie qui est en jeu, 
c'est que, au contraire, Vn final ne tombe jamais, bien qu'il se 
trouve phonétiquement dans la même position, à la forme du pi. du 
présent : on dit mf sâfe « nous travaillons », tout comme sâfe 
« travailler » ; mais, partout ailleurs qu'après e atone, mr ksân « nous 
voyons », wf kèn « nous allons », mr stèn « nous restons », wf 
twn « nous faisons »-(et s-es ayntûdn « c'est indifférent »), mr han 
« nous avons », mr lim « nous laissons », mr sen « nous sommes », 
mr mim « il fiiut que nous », mr kan « nous donnons », etc. — 
Dans ni^me « personne » (<< mhd. nieman), Vn suit un e atone 
colm., et il en est de même dans les diminutifs en mhd. -Un >> colm. 
-le, supra n° 34, 6°. 

8° Après consonne, Vn final ne tombe jamais : torn « épine », 
tsorn « colère » ; et l'effet conservateur de la consonne est bien 
illustré par le mhd. morgen, qui donne colm. mgrye « matin », 
mais qui, lorsque Ve se syncope et que Vn vient ainsi en contact de 
la consonne précédente, se prononce colm. morn « demain ». Il va 
de soi que, dans spçr « éperon » et pèr « poire », ce n'est pas le 
colm. qui a perdu un n, mais le nhd. qui l'a ajouté. 

9° Les exemples i°-8° suffisent à montrer que, quand le colm. 
conserve Vn, il le reproduit sans modification. Une seule irrégularité, 
d'ailleurs bien connue : le pronom « on » se dit mf , non par change- 
ment d'« en r, mais parce que, étant devenu *me comme forme 



CONSONNES 45 

atone, il a pris ensuite la forme du pronom mr (supra n° 53, i"), 
sans doute à cause de la synonymie aperçue entre « nous » et « on ». 

57. A la suite de Ve atone, la loi de l'w final se résume en quatre 
observations d'une grande simplicité. 

1° Devant consonne initiale et à la pause, il disparaît toujours. 

— a) Noms terminés en mhd. -en au sg. : tr pâte « le sol », trnâme 
« le nom » (supra n° 13,3°); s-lâve « la vie ». — b) Pluriels faibles : 
t-manse « les hommes », t-froye « les femmes », t-pyke « les yeux ». 

— c) Sur les cas du sg. de décl. faible, et sur le datif pi. de décl. 
forte, voir infra n° 96, i°-2''. — d) Infinitifs : rête « parler », 
seke « envoyer », trate « marcher », etc., cf. supra n° 56, 7°. — 
e) Participes forts : kâne « allé », kase « mangé », ketrate « marché », 
ksofe « bu »; etc.; aussi ksâ « vu », supra n° 56, 7°. — f) Pluriel 
des verbes, bien que la 2''et la 3'= personnes ne soient pas primitive- 
ment en -en, mais en -ent, car on sait que l'analogie a effacé cette 
différence : mr (er, si) trate, ase, siïfe, seke, etc., etc. ; mais mr km, 
etc., supra n° 56, 7°. — Joindre nime « personne », où le d final 
nhd. est adventice, et çve « soir » (<; mhd. àbent), où le t final a été 
supprimé de bonne heure, dans certains dialectes, par analogie de 
mhd. morgen. 

2° Devant voyelle initiale. Vu sonne en liaison et fait réellement 
partie de la syllabe suivante, ce qui justifie la transcription ci-dessous : 
s-lâve-n-es lîr « la vie est chère » ; t-manse-n-ère t-tûket net « les 
hommes n'honorent pas la vertu » ; âm peste-n-ort « au meilleur 
endroit » ; mr veje-n-ase-n-on trenke « nous voulons manger et boire » ; 
mr han kase-n-on ketronke « nous avons mangé et bu » ; s-tsôve-n-ase 
« le goûter », etc. 

3° Considérons maintenant un doublet syntactique, fondé sur 
i"-2", tel que : me-taiii teke mans « avec ce gros homme », et of tam 
teke-n-êsl « sur ce gros âne ». Comme, d'autre part, on dit aussi, au 
nominatif, târ teh mâns, tr teke mans, et même, analogiquement, e 
teke mans, il paraîtra tout naturel qu'on en soit venu à dire, en qua- 
trième proportionnelle, tàr, tr, e teke-n-êsl, etc. ; cela d'autant plus 
aisément, que, si Vn final n'est pas régulier au nominatif, il l'est à 
l'accusatif, et que, comme on le verra, ces deux cas se sont entière- 
ment confondus. De même : e rçte-n-epjl « une pomme rouge », 
e Jayste-n-gks « un bœuf gras », e riye-n-âkf « un champ fertile » ; 



46 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

et, en bref, une loi d'épenthèse qui veut que, chaque fois qu'un e 
atone final se rencontre avec une voyelle ou diphtongue initiale, il 
s'insère entre eux, — non pas obligatoirement, mais usuellement ', 
— un « euphonique. Cf. le v étudié supra n° 49, 2° c. 

4° Toutefois le domaine de Vn épenthétique, déjà beaucoup plus 
étendu que celui du v, l'est encore beaucoup plus qu'on n'en jugerait 
d'après cette seule loi ; car il intervient en outre à la suite de nombre 
de petits mots, particules, prépositions et conjonctions, qui se 
terminent par voyelle ou diphtongue, mais non par e atone. Là, son 
origine est diverse. Ainsi on dit/p mêr^ mais fo?î-tit, fon-ere, supra 
n° 56, 4° : par imitation, après tsiid, on a dit tsûs-n-iii « chez lui », 
tsud-n-ere « chez elle » ; mais tso cm (pronom accentué). De même, 
on dit e mân, e froy, e fç « une bête » ; mais, après ve^ par exemple, 
l'wde mhd. ein reparaît, et l'on dit ve-ne mân « comme un homme », 
ve-nefroy, ve-ne fê, etc. : delà, alors, l'insertion d'un w euphonique 
après ve, v. g. ve-n-e-n-êsl « comme un âne » (où Vn de l'article 
sonne deux fois), lûd ve-n-r lûdyt « regarde comme il regarde » 
(formulette pour se moquer d'un ahuri), mais (devant consonne) 
lii9 ve-s-sprent « regarde comme cela saute » et (devant pronom 
accentué) ve âr « comme lui » . Il n'y a que l'usage qui puisse ensei- 
gner ces multiples et capricieuses épenthèses. Mais on en trouvera 
bon nombre en feuilletant au hasard le Lexique ^ 

H) Mhd. n médial. 

58. 1° Vn médial ne tombe jamais qu'après e atone, et encore 
n'est-ce que dans trois positions nettement définies. 

a) A la commissure d'un composé dont le second terme commence 
par une consonne : pàretâns (f. danse d'ours », pâketsân « molaire », 
tçtekhopf « crâne » ; znssi fârekriit {= Farnkraut) « fougère », parce 
qu'il s'y est développé un e épenthétique ; mais kârtenops « fruit de 
verger », vensene « Wintzenheim », etc. 

b) Devant s, sans ou après syncope, liaison rare : frètesreytr 
« juge de paix », keprçtes (== gebratenes) « du rôti ». 

c) Devant /, constamment : keyet « contrée », tgtset « douzaine », 
tçrpeiin « térébenthine » ; tf sevete « le y*" » ; tr henkele pot « le Mes- 
sager boiteux » (titre d'un almanach rural); frkâvets « en vain » a 
inséré le /, et navets « à côté » a pris la même finale en tant 
qu'adverbiale. Sur iânetvân et aynetsvânsik « 21 », voir supra n° 49, 



CONSONNES 47 

1° b. Sur la chute totale (apparente) de nt (si name < mhd. si nëment, 
et âve « soir »), cf. supra n° 57, i". 

2° Les rares cas où ?i médial semble tomber après une autre 
voyelle sont de pure apparence : sost correspond à mhd. sust, 
doublet de sunst « sans cela » ;foftsê « 15 » eifoftsik « 50 » sont les 
types réguliers et bien connus fûytsên et fûytsiy, où le second / est 
rentré sous l'influence de fçmf « 5 », etc. ; les datifs de possessifs, 
niini « à mon », mire « à ma », etc. , sont refaits sur le nominatif 
mi, supra n'' 56, 3°; enfin, dans ômâyt « pâmoison » (•< mhd. 
âmaht), c'est le nhd. qui a ajouté un faux n (Ohnmacht). 

3° A cela près, concordance absolue : entre voyelles, sïne « luire », 
sône « épargner y),kekrene ppe de krîne « pleurer »; après consonne, 
tsornik « irrité »; devant consonne, ant « fin », ant « canard », 
pente « lier », keponte « lié », tsens « intérêt d'un capital », krâns 
« guirlande ». Dans kspanst « fantôme », il y a mutation, peu expli- 
cable, mais légère, en n guttural. 

III) Mhd. n initial. 

59. Colm. nâs « mouillé », nâs « nez », nàvl « brume », nêtr 
« bas », 7tiks « rien », nôtl « aiguille », nâtle « des nouilles », etc., 
etc. Dans pranesl « ortie » (= Brenn-nessel), la rencontre et la 
fusion des deux n a donné l'illusion d'un mot*t'j/, qui d'ailleurs n'est 
pas employé seul. Par contre, * e-n-ast « une branche » (supra n° 56, 
6") a engendré le mot nâst, et de même nôtm « haleine » ; mais je 
suis sûr que ce dernier n'est pas colmarien. 

§ 3. — NASALE LABIALE. 

60. A la diff"érence de w, m est très fixe et se maintient parfaite- 
ment presque en toute position. 

1° Final : kroysâm « cruel », jnmi « pieux », ôttn « haleine », 
t-haym « à la maison » (mais cf. supra n" 41, 3°); en finale de 
proclitique, pi sim fâtr « chez son père » ; après e atone, en êrem hiis 
« dans votre maison ». Exceptionnellement, le fr. cataplâme (pro- 
nonciation de cataplasme au xvii^ siècle) a été entendu et reproduit 
avec il guttural, khâteplân ' . 

2° Médial : ômays « fourmi », tflme « pouce », krempl « brocante », 
prôsmete « mie de pain », kmayn « vulgaire » ; mais tombé à la 
commissure de l'unique com posé /)p;yi'p/ « coton ». 



48 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

3° Initial : mon « lune », marik « marché », nieliy^ « lait », mens 
« monnaie », metsyer « boucher », etc., etc. 



Section m. — LIQUIDES. 

I) Mhd. /. 

61. Les concordances de liquides sont sans difficulté. Colm. / 
répond et ressemble à mhd. nhd. /, dont la prononciation est, si je ne 
me trompe, exactement la même que celle de 17 français. La suppres- 
sion en est tout exceptionnelle (supra n° 49, 5"), et l'on a vu les 
cas où il prend une valeur vocalique (supra n° 12, 3°). 

i" Liitial : laytr « échelle », loyfe,v. courir », lus « pou » et pi. Ils, 
lôn « salaire », etc. Colm. âmpl « lampe » ne procède point par 
métathèse de mhd. lampe, mais reproduit fort exactement mhd. 
ampel <C ahd. ampulle <C lat. ampulla. 

2" Médial entre voyelles, autrefois simple ou double, mais tou- 
jours prononcé simple aujourd'hui : salât « salade »,fâle « manquer », 
petsâle « payer », tsèle « compter » ; fâle « tomber » et ppe kfâle, 
fêle « remplir », talr « assiette ». De même, si la voyelle subséquente 
est une épenthèse dialectale : tneliy^ « lait », folik « canaille » ; infra 
n"^ 64, 3", 66, 2° B b, 77 C b. Le mot qui devrait être *soUk « tel » 
est devenu sônik, par analogie de sa auquel s'est surajouté Vu final 
épenthétique : supra n" 57, 4°. 

3" Médial après consonne : playy,^ « pâle », kleye « du son », 
flidye « voler », slos «.serrure ». Dans knovle « ail », la substitution 
de n à / appartient déjà au mhd. klobelouch > knobelouch. Colm. 
krestih « clystère » est refliit par étymologie populaire sur le ppe 
krçst « apprêté », supra n° 48, 1° a. 

4" Médial devant consonne : vâlt « forêt », valt « monde », 
halfe « aider » et ppe kholfe, kholve « massue », selm « coquin », 
hols « bois », cf. supra n° 49, 1° a. 

5" Final : en consonne, tâl « vallée », hal « clair yy,fil « beaucoup », 
/()/ « plein » ; en voyelle, mânl « défout », ir'ivl « raisin », s^tl 
« selle » (ksâtlt « sellé »), pçkl « bosse », pâplpoym « peuplier », 
vaksl « change », etc. 



CONSONNES 49 

II) Mhd. r. 

62. Sous l'unique réserve de sa prononciation vocalique éven- 
tuelle (supra n" 12, 3")_, mhd. r se maintient toujours. Autant que 
j'en puis juger par mon propre organe, par mes souvenirs, et 
surtout par la stupeur que me causa l'r lingual, la première fois que 
je l'entendis nettement articulé par un Français du Midi, colm. r 
est franchement uvulaire, très peu roulé, mais un peu plus à l'ini- 
tiale que partout ailleurs '. 

i" Initial : roym « crème », rà/ « rude », râyi « droit », reylik 
« exact », reyl « verrou », etc. Naturellement, colm. vase « gazon » 
ne représente pas mhd. rase, mais mhd. wase (cf. Kluge s. v.). 

2° Médial entre voyelles, simple ou double, mais toujours simple 
en colm. : jàre « aller en voiture », pore « percer y),fihe « mener », 
tPire « durer », hère « entendre » ; khâre « charrette », niçre « grogner », 
tore « sécher », hère « des messieurs » ; aussi devant / épenthétique, 
cf. supra n° 6i, 2", kheriy^ « église », mârik « moelle », marik 
« marché », etc. 

3° Médial après consonne : kràs « grand », trâye « porter », 
prfin « brun », frihe « geler », ersrgke « effrayé », etc. 

4" Médial devant consonne, allongeant souvent â oua précédent : 
ârm « bras » et « pauvre », mais ermr « plus pauvre » ; ti ârm « les 
bras » ; art « manière » ; vârm « chaud », mais verme « chauffer » ; 
vârt « valant » (werth), ârnst « sérieux; fer/ « dur », hert « berger », 
fort « parti », tsorn « colère ». Tombé accidentellement dans le 
nom de femme pâvele (= * Bârbelein), diminutif de « Barbara » ou 
fr. « Barbe ». 

5° Final. — a) En consonne : mêr « mer », hôr « poil », ter 
« porte », ter « maigre », tîr « cher », nâr « fou », etc. Les mono- 
syllabes longs qui ont supprimé l'r en nhd., l'ont aussi perdu en 
colm. : vô, vo, « où, qui » ; tç, to « ici » ; et « plus » ne se dit 
jamais que me, même devant voyelle, me as tu « plus que toi ». — 
b) En voyelle : fâtr « père », siifr « ivrogne », srtnr « menuisier », 
sûfr « propre », klêsr « des verres ». La disparition de IV au nomin. 
sg. de l'adjectif fort, e riye pilr « ein reicher Bauer », ne relève pas 
de la phonétique, mais de la grammaire : infra n" 98, 2°. 

XI. — V. Henry. — Le Dialecte Alaman de Colmar. 4 



50 LE DIALECTH ALAMAN DE COLMAR 

Section IV. — EXPLOSIVES ANCIENNES. 

63. La concordance, assez complexe dans le détail, des explosives 
sourdes et sonores du mhd. (Ji, g, t, d, p, h), se ramène, vue 
d'ensemble, à deux formules générales. 

1° Le colm., non plus que l'alaman en principe, ne possède 
d'explosives sonores. Cependant les sourdes et les sonores anciennes 
ne se sont pas entièrement confondues, parce que : — a) la guttu- 
rale sourde s'est par ailleurs différenciée partiellement de la guttu- 
rale sonore (infra n° 64, 1° a) ; — b) deux des sonores se sont par- 
tiellement converties en spirantes (infra 2"). 

2° Initiales et finales, les sonores s'assourdissent. Mais, médiales, 
la gutturale et la labiale restent habituellement sonores et se 
changent en spirantes du même ordre : infra n°' GG, 2°, et 73. 

§ I". — GUTTURALES. 

I) Mhd. k. 

64. Mhd. k, sauf ce qu'on a vu au n" 49, 3", se maintient 
partout. Initial devant voyelle, il devient, comme en nhd., un kh 
prononcé avec énergie, mais jamais une spirante. 

1° Initial. — a) Devant voyelle : khâts « chat », khàs « fromage », 
khêre « retourner », khoste « coûter », khopfkhese « oreiller », khfim 
« à peine »; après préûxe, frkhpyfe « vendre »; en composition, 
s-svârtskhatnrle « le cabinet noir », tkhêre (= einkehren); même 
dans des mots d'introduction plus ou moins récente, khorihe 
« soigner » [un malade], khotnplemànt « compliment », khomôl 
« commode ». Dans cette dernière classe je ne connais d'exception 
que : hçlîçmr « concombre » ; kiiis « voiture », et ses dérivés; kiivçrt 
« couverture » [délit, de voyage]; kùhârt « cocarde », qui n'aspirent 
pas non plus en nhd. ; joindre konkl « quenouille », où le second k 
a assimilé le premier. — b) Devant consonne : klopfe « frapper », 
klàye « se plaindre » ; krâye « col », kriày « guerre » ; knopf v. bou- 
ton », krii « genou ». 

2° Médial. — a) Entre voyelles, simple ou double, toujours 
prononcé simple : hçke « crochet » ; hâke « hacher », hoke « se tenir 
immobile »,steke « enfoncer n,slake « lécher », moke « des mouches » ; 



COS[i>ONNHS 5 1 

paye « cuire au four » représente mhd. hachen, doublet de mhd. 
backen. — b) Devant consonne, après syncope : pakle « petite joue », 
Idçkle « petite cloche », kâkre « glousser ». — c) Après consonne : 
Isiinke « se quereller », mais ppe ketsânt, supra n" 49, 3"; avec 
épenthèse après / et r, malike « traire », merike « remarquer », 
infra 3" b. 

3" Final. — a) Après voyelle : sâk « sac »^ hek « buisson », trak 
« ordure », prok « pont », \stok « bâton », stek « morceau ». — 
b) Après consonne : le groupe nk sans difficulté, tank « merci », vçfik 
« clin d'œil ». Mais les groupes Ik et rk, comme en général tout 
groupe final de liquide et gutturale (infra n"' 66, 2" B b, 77 C b), 
développent un / intermédiaire assez net pour que les mots suivants 
ne puissent compter que pour vrais disyllabes : folik « vile canaille » 
{^olk « peuple » monosyllabe doit être un terme savant propagé par 
la littérature et le prêche) , m'//v « nuage »; stârik « fort », mârik 
« moelle », etc. De la finale, il n'est pas rare que cette prononcia- 
tion se soit transportée par analogie à la médiale : e stârike-n-gks 
« un bœuf robuste », etc., toujours; niarike « marchander »; 
vglîke « des nuages », mais vglkeploy « azuré » ; cf. aussi supra 2° c. 
Le processus est à l'état de flottement '. 

• II) Mhd. ^. 

65. Initiale, la gutturale sonore du mhd. devient gutturale sourde, 
et se confond entièrement avec mhd. /^ devant consonne (supra n" 64, 
I" b); bien entendu, ce k n'est jamais suivi d'aucune aspiration. — 
a) Devant voyelle : kâns « oie », kâns « entier », kays « chèvre », 
kê « va », kik « violon », kgt « Dieu », ki'Pt « bon »; ke~, k-, préfixe 
de ppe, supra n° 12, 1°, etc. — b) Devant consonne, avec ou sans' 

. syncope : klgk « cloche », klek « bonheur » ; krgy « gris », krçnt 
« sol » ; knât « grâce », knek « nuque ». 

66. Si l'étude du g initial tient en quelques lignes, celle du g 
médial, au contraire, est assez compliquée pour exiger un très 
grand nombre de distinctions et sous-distinctions fort délicates ; 
d'autant que, d'une part, le traitement colm. de la gutturale sonore 
est assez spécifique pour off'rir une caractéristique essentielle de ce 
dialecte, et que, d'autre part, les relations phonétiques paraissent y 
avoir été troublées par d'intenses influences analogiques. 



5^ LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

1° Il flmt, tout d'abord, mettre à part les cas fort rares où le g 
était suivi d'une vraie consonne, c'est-à-dire les anciens disyllabes 
où, par suite de l'accentuation énergique de l'initiale, la voyelle qui 
suivait le^ a disparu dès le mhd., permettant ainsi le contact du g 
et d'une explosive finale. Alors le g devient simplement k comme à 
l'initiale : ahd. Jogat >> mhd. voget >> vogt >> colm. fokt « tuteur », 
pi. fekt; ahd. magat > mhd. maget (mais pi. megde) >> colm. 
mâkt « servante », pi. makt. 

2° Partout ailleurs, le g était suivi, soit d'une voyelle, soit, ce qui 
revient tout à £ait au même, d'une nasale ou d'une liquide vocalique 
ou consonnantique, qui n'en modifie en rien le traitement. La seule 
distinction à observer, dès lors, est celle du phonème qui précède 
le ^ : si c'est un n, le g se fond avec lui, supra n°' 49, 3°, et 55 ; 
reste donc le cas où il est précédé, ou de voyelle ou diphtongue, ou 
de consonne, généralement liquide. 

A. a) En principe le g intervocalique devient y. Le passage s'est 
effectué de bonne heure, sensiblement plus tôt que la mutation 
analogue du b, infra n" 73, mais sans aucun doute par un processus 
tout pareil et chronologiquement antérieur à l'assourdissement 
général des sonores : le g explosif est devenu g spirant, comme il l'est 
dans une notable partie de l'Allemagne actuelle; ce dernier s'est 
accompagné d'une fricative parasite de transition, }', et enfin les 
deux phonèmes se sont fondus en un seul. Exemples : vâye « chariot » ; 
sâye « dire », ppe ksayt = mhd. geseit ; frôye, « demander », ppe 
kfrôyt = mhd. gevràget; fâye « balayer », ppe kfâyt, etc.; raye, 
« pluie, pleuvoir », ppe krâyt (= geregnet) ' ; foyl « oiseau », Tpl.feyl, 
dim. feyele, etc. ; peyle (= bùgeln) et peylise « fer à repasser » ; 
preyl, « gourdin, raclée » {== Prûgel), etc., etc. — Subsidiairement, 
chute de cette spirante, quand elle devient finale en colm. : sa « dis » 
(< mhd. sage), infra n° 67. 

b) Mhd. g final ^ est traité exactement comme médial : tây 
« jour », vày « chemin », etc. Le cas est assez rare; car il y a en 
allemand très peu de g à la finale absolue, sauf précisément ceux qui 
échappent à la mutation en vertu des lois formulées en c et B infra. 
Rare ou non, ce traitement ne relève sûrement pas de la phonétique; 
car, d'une part, colm. h final ne devient point spirant (infra n" 72, 
3"-4°); et, de l'autre, mhd. g final se prononçait k, prononciation 



CONSONNES 53 

parfaitement conservée et attestée par le colm. lorsqu'elle apparais- 
sait dans un mot isolé dont la forme avec gutturale finale ne pouvait 
pas être influencée par des formes de déclinaison à gutturale médiale : 
colm. kè evak >> kevak « va-t-en de là » (-< mhd. gè en luëc). Nous 
concluons donc sans hésiter que tây et vây sont dus à l'analogie des 
pi. iày (* Tiige) et vày (Wege), où le g était médial; mais, comme 
cette action a été générale, elle a abouti au même résultat, somme 
toute, que si elle se fût produite mécaniquement. 

c) Mais, si mhd. g était précédé d'une voyelle ou diphtongue qui 
a donné colm. /, }' ou û, une sorte de dissimilation a totalement 
entravé la mutation de g en y, et alors le g, resté explosif, est 
devenu, suivant la loi connue, explosive sourde, k. Il résulte de 
l'énoncé de cette nouvelle loi qu'elle s'applique aux cas suivants : — 
a) après mhd. t >- colm. i ou i, fik « figue » et pi. flke, ôrflk 
« soufflet », kîk « violon » et ktkr « ménétrier », etc. ; — (3) après 
mhd. / et g >> colm. /, khenik « roi » (mhd. kiinec) et khenikin 
« reine », tsitik « mûr » (= zeitig) et tsitiki kherse « des cerises 
mûres », kiisik « avare » et son doublet kitik (bas-allemand), employé 
dans la locution « [boire, manger] avidement », et tous les adjectifs 
de cette catégorie ; — y) après mhd. m >> colm. ï ou /, tsik « étofli"e », 
pi. tsik; — o) après mhd. ei >> colm. ay, tsayke « montrer », ppe 
ketsaykt ^, iayk « pâte », etc. ; — s) après mhd. ou > colm. oy, oyk 
« œil », pi. oyke; — Ç) après mhd. û >- colm. û et û, stlke(.<. sucer », 
ppe ksûkt, et plûdtsiïkr « sangsue ». — Il résulte du même énoncé 
que cette loi est sans application après mhd. / et il, qui deviennent 
colm. t' > f devant colm. y <<mhd. g (supra n"^ 15, 1°, et 30, 2°) : 
leye « être couché «, reyl « verrou », peyle « repasser », etc., cf. 
supra a. Qiiant au type pi^ye « courber », tsidyl « tuile » (mhd. 
biegen, ^iegeï), il n'a jamais eu d'/ devant le g, et par conséquent la 
mutation ^ >>)' le régit à plus forte raison et exclusivement '^. 

B. Quand le g suit une consonne, les mêmes faits se repro- 
duisent avec un remarquable parallélisme, sauf intrusion analogique. 

a) Si le g est suivi d'une voyelle qui puisse appuyer la consonne 
liquide, le g se change en y et ne fiiit plus guère que palataliser la 
liquide précédente : psorye « soigner » (= besorgen); frvçrye 
« étrangler » (verwiirgen); of te parye « sur les monts » (auf den 
Bergen) ;/p/)'(^ « obéir » ; helye « des images » ( =^ Heiligen « images 



')/\ LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

de sainteté »), et même analogiquement e helyc sg. ; eryer « plus 
violemment », cf. infra b; poryer « bourgeois » et stràsporyer « Stras- 
bourgeois », cf. infra b,etc. Mais, exceptionnellement, dans spâriylc 
« asperges », le^ spirant s'est développé, après épenthèse, en spirante 
sourde. 

b) Si le ^ est final ou suivi en colm. d'une consonne, il se déve- 
loppe, pour appuyer la liquide, un / épenthétique, à la suite duquel, 
conformément cà la loi A c, le ^ reste explosif et devient k : sorik 
« soin » et ^Tpepsorikt « soigné » ; pârik « montagne », et tsom krihie 
pârik « à la montagne verte » (enseigne de cabaret); vorom hes-mr 
ne-kfolikt? « pourquoi ne m'as- tu pas obéi? » (à un enfant indocile 
qui s'est blessé ou fait punir); ârik, « violent, violemment » ; 
strôsporik (.i Strasbourg », etc. K On a déjà vu le curieux contraste 
accusé par la locution colm. ruornâmorye « demain matin » {^ mor- 
gen am Morgen) : supra n° 56, 8°. 

c) Comme il est inévitable qu'un seul et même mot, suivant les 
hasards de la déclinaison ou de la conjugaison, revête tour à tour 
les deux formes avec et sans épenthèse d'/, il s'est produit entre elles 
une infinité de contaminations, qui font de ce terrain, d'ailleurs fort 
étroit, le plus vacillant de toute la phonétique colmarienne. On 
entendra le même sujet parlant, parfois dans la même phrase, dire 
successivement : psgrye (régulier), et psorike analogique, « soigner » ; 
ou encore, er folikt mr net (régulier) « il ne m'obéit pas », et ^r 
folyl mr net, où la graphie ly représente une consonne simple que je 
crois être un / mouillé. Tout dépend de l'usage individuel ou même 
de la rapidité d'élocution momentanée^. 

67. L'étude de mhd. g final ne peut se séparer de celle de g 
médial, dont elle dépend par voie d'analogie : on se reportera au 
n° (i(), 2° A b, c, et B b. Quand mhd. g, au contraire, était médial et 
est devenu final en colm., on en constate ordinairement la dispari- 
tion pure et simple : sa « dis donc », formule très commune d'inter- 
pellation, cf. sâye « dites » ; / sâ-tf-s « je te le dis » (= ich sage dir 
es); / trâ-s-fii « je le lui porte » (= ich trage es ihm), mais aussi / 
Irây, d'après wf trâye « nous portons » ; slâ tri! « tape dedans! », cri 
d'encouragement; slâ-n-m ayns « donne-lui un coup » ( = schlage 
ihm eins, avec « épenthétique), etc., etc. ' Comme, d'autre part, le 
traitement de mhd. g final n'est point phonétique, et que mhd. b 



CONSONNES 5 5 

médial devenu final en colm. disparaît également (infra n° 73), 
la loi relative à colm. g final peut tenir en deux formules. 

I" Théoriquement, mhd.^ médial devient y ou k, suivant la 
position : k demeure, médial ou final ; mais, si }' devient final en 
colm., il disparaît sans compensation après â ou a, sauf renaissance 
analogique Qây, supra n" 66, 2° A b). 

2"" Théoriquement, mhd. g final devient k, mais en pratique le 
plus souvent colm. y par transport de sa valeur médiale. 

§ 2. DENTALES. 

68. Comme l'explosive dentale sonore ne devient jamais 
spirante en colm., les deux dentales mhd. s'y confondent en une 
seule, uniformément sourde, t, et cette partie de la phonétique 
colmarienne est aussi claire que les concordances des gutturales et 
des labiales paraissent embrouillées. Il ne faut que garder mémoire 
des cas généraux de chute de la dentale, déjà exposés (supra n°' 48, 
1°, et 49, 1°), et y joindre ici quelques cas sporadiques d'apocope 
ou d'épenthèse dentale assez intéressants. 

1° Avant tout, on mettra à part les divergences purement appa- 
rentes, qui résultent de ce que le nhd. a ajouté de sa grâce une 
dentale encore inconnue au mhd. : colm. niJnie « personne » 
<< mhd. nieman; colm. yets « maintenant » -< mhd. iet:(e; colm. 
mon « lune » ■< mhd. nmne; colm. âks « hache », ops « fruit », etc. 
Colm. îôye « mèche » n'est pas exactement le même mot que mhd. 
tâht > nhd. Docht; et inversement, colm. lustre « écouter en 
cachette » n'est pas le corrélatif exact, mais le fréquentatif de mhd. 
Inschen >■ nhd. lauschen. Colm. fâsenâyt « carnaval » est le mhd. 
vasenaht, où le nhd. a inséré un t. 

2° Le colm. a perdu la dentale finale : — a) Dans ôi>e « soir » ; — 
b) Danssg. 2 de la conjugaison, cf. supra n° 48, 1° c; — c) Dans si 
sçn « ils sont », par analogie de sihan « ils ont », et cf. supra n"' 56, 
7°, et 58, 2" c; — d) Dans hamp « chemise » (< mhd. hemde), à 
la suite du développement d'une épenthèse labiale, supra n° 54, 3°; 
— e) Dans kal? « n'est-ce pas? » sans doute parce que ce mot, 
servant d'interrogatif, était très souvent suivi d'un vb. à sg. 2, dont 
le pronom fusionnait son initiale avec la finale de * kalt (cf. supra 
n° 48, i"c), soit donc kal-te-pes...? « n'est-ce pas? tu es... ? », etc.; 



5 6 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

le t reparaît au pi., c'est-à-dire lorsqu'on s'adresse à plusieurs per- 
sonnes, kalte-n-r-sen ou halte si sen...? « n'est-ce pas? vous êtes...? » 
(Hebel écrit tantôt o-^// et tantôt gelt). — f) Dans pol « bientôt », 
la chute n'est pas aussi clairement motivée : doit-on l'attribuer 
à des locutions, sûrement très fréquentes, telles que er vort pgl- 
tà-sè « il sera bientôt ici », et surtout s-es pol tsit « il s'en fait 
temps », usuelle au sens ironique? 

3° Le colm. a ajouté çà et là quelques t illégitimes. — a) La 
« cour » d'un prince se dit bien hçf; mais « la cour » d'une ferme 
ou habitation s'appelle hoft, évidemment par contamination de nhd. 
Hof et Gehôft. — b) Un « enterrement » (Leiche) se dit liyt, 
peut-être bien contaminé de lisyt « lumière » et similaires, à cause 
des cierges qui entourent le cercueil. — c) Colm. samft « moutarde » 
a dû subir l'influence immédiate ou antithétique de sâmft « doux ». 

— d) Colm. porst « Bursche » est peut-être contaminé, par voie de 
calembour facétieux, de Borste « soie de porc » '. — e) De même 
qu'on a mhd. eines >> nhd. einst, le colm. a ajouté un /à la finale 
de mhd. anderes ^ ântrst « autrement » (aussi mhd. anderst) ; q\. 
cette finale adverbiale s'est propagée tout entière dans vitfst « plus 
loin » (nhd. weiter). — f) De même nature adverbiale doit être le 
/ qui s'est surajouté dans kestrt « hier » ; car on dit kestrik « hester- 
nus ». Ajouter navets « à côté », nunets « nulle part », etc. 

I)Mhd. /. 

69. Mhd. / >> colm. /, en toute position. 

1° Initial : tes « table », tôr « grande porte », ter « porte », tâl 
« vallée », tw « faire », etc.; trate « marcher », trenke « boire », 
trçm « tambour », etc. Ce / ne s'accompagne jamais, comme le k ou 
éventuellement le p, d'aucune aspiration accessoire, excepté parfois 
dans le mot demi-savant thè « thé », où la prononciation a dû être 
influencée par l'orthographe; mais on dit aussi khameleiê « de l'infu- 
sion de camomille », lentepliidstè « ... de tilleul », etc. — Sur mhd. 
tw initial > colm. tsv, cf. supra n" 53, 3° e. 

2" Médial. — a) Entre voyelles, historiquement simple ou double, 
mais toujours prononcé simple : ketô « fait », pâte « prier », lâlàrn 
« lanterne » ; viâte « des prés », vatr « température », kvetrv orage ». 

— b) Après consonne : ait fie « mon petit vieux », ante « des 
canards », keftik « vénéneux », pâstet « pâté ». — c) Devant 



CONSONNES 57 

consonne : ketrate « marché », petronke « ivre ». — d) Entre 
consonnes : pçltre « tapager », âptret « lieu d'aisance » ; il y a 
syncope, par allégement de groupe, dans salpskepâye « [pain] cuit au 
four domestique » (selbstgebacken). 

3" Final : sât « rassasié », nat « joli », tsit « temps » ; art 
« manière », fort (= fort), nast « nid », ânst « peur ». 

II) Mhd. d. 

70. Mhd. d >> colm. t, en toute position. 

1° Initial : tây^ « toit », teke « couvrir », tek « gros », tgrf 
« village », torst « soif»; trak « ordure », troke « presser », trâye 
« tourner ». 

2" Médial. — a) Entre voyelles : fâte « fil », îâtr « cuir », maytele 
« petite fille »; les infinitifs, hte « souffrir », suite « couper », 
s'iJie « bouillir », exactement avec la même consonne que les ppes 
corrélatifs, klete, ksnete, ksote. — b) Après consonne : fente « trouver », 
koltik « d'or »; devenu final, dansâr^ « terre », ant « fin », etc. — 
c) Devant consonne : ketrokt « imprimé » \frtràyt « rusé », exacte- 
ment « tortueux, contourné » (= verdrehet). — d) Entre con- 
sonnes : fortre(.<. exiger y),faltpoym « arbre [planté à une lisière] de 
champ », seltvây « sentinelle »; parfois syncopé, supra n° 49, 1° c. 

3° Final : pat « bain », layt « chagrin », frent « ai^ii », li^t 
« chanson », hânt « main », mort « meurtre », kalt « de l'argent », 
etc. La dernière syllabe du mot demi-savant Ipysik « mille » a été 
altérée à l'imitation des finales de dizaines. 

§ 3. — LABIALES. 

71. I) Mhd. p, extrêmement rare, comme on sait, en dehors du 
groupe sp, — sauf encore ce qui concerne le groupe pf, qu'on 
retrouvera en son lieu, infra n°^ 81-82, — ne subit en colm. aucun 
changement que parfois à l'initiale. 

1° Initial : pâplr « papier », pels « fourrure », potse « nettoyer » ; 
plats « place », pris « prix ». Très rarement, devant voyelle, on 
constate une aspiration parasite due à l'attaque énergique de l'initiale : 
toujours dans ^/7p/j"... ,-' (juron); aussi dans ^Mr « sans mélange » 
(emphatique), emprunté au fr. ; dansphâk « paquet » et ses dérivés^ 



50 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

surtout dans l'exclamation phâk ti! « veux-tu te sauver » ; et dans 
pjmr ( = nhd. Paar), en litote semi-ironique, v. g. ^ phàr mçl au 
sens de « bon nombre de fois » . 

2" Médial. — a) Après voyelle, historiquement simple ou double, 
mais toujours prononcé simple : devant voyelle, âpeUk « pharma- 
cie y>, toplj « double » ; devenu final, khâp « bonnet », rup « chenille » ; 
devant consonne, klepre « claquer », khoplr « courtier » ; colm. Isâvle 
« frétiller », représente mhd. Xf^belen, et non son doublet ^appekn-^ 
et colm. sopf « chantier » est régulier en regard de nhd. Schuppen 
qui est venu du bas-allemand. — b) Après consonne : âmpl 
« lampe », lelpl « lourdaud », slolpre « trébucher » ; hâspk « dévider » ; 
spoye « cracher », sprene « sauter » et ppe ksprone, ksprây^ « dialogue ». 

3° Final : sirop « mélasse » ; mais naturellement joindre tous les 
mots terminés en b étymologique, infra n" 72, 4". 

II) Mhd. b >> colm. p, ou colm. v. 

72. Pour la mutation en spirante, mhd. b tient en colm. le 
milieu entre d etg : à la difterence de d, il peut devenir spirant ; à la 
différence de g, il ne le devient que s'il est intervocalique dans le 
dialecte lui-même. 

1° Initial, colm. p : pat « bain ^), pâte « prier », poym « arbre », 
/)//3-/ « livre », pur « paysan » ; pràt « pain », priïye « utiliser », 
plciyy^ « pâle ^^, pley « plomb ». 

2" Médial, colm. p, même intervocalique, quand la voyelle 
suivante, suivie elle-même d'une consonne sourde ou assourdie 
postérieurement en colm., s'est effacée d'assez bonne heure pour 
que le b entrât en semi-contact avec la consonne subséquente et 
s'assourdît à son tour sous son influence : âpt « abbé », cf. mhd. 
abbel >> api; çps « fruit » << mhd. obe^; kraps et kràps « écrevisse », 
etc. Ici se placent presque toutes les formes de sg. 2 et 3 des verbes 
dont le radical se termine en b, ainsi que leurs participes : te lâps 
« tu vis », er lâpt, klâpt, etc. ; te heps « tu tiens »,er hept, khepi, etc. ; 
mais cf. infra n" 73. 

3" Médial, colm. p, même intervocalique, quand la voyelle 
suivante e.st un t final, dont la disparition a rendu la consonne 
finale en colm.; mais alors \c v <C b (infra n" 73) se dénonce dans 
les flexions. Ainsi l'on a, comme plus haut, hep « tiens », i hep 



CONSONNES 59 

« je tiens » ; mais mr heve « nous tenons », etc., hçve-ne! « arrêtez- 
le ». De même, stop (= Stiibe), pi. slove, et aussi slope par analogie ', 
mais dimin. stevle, etc. 

4° Final, colm. p, à plus forte raison du précédent : vtp 
« femme », lôp « louange », stoyp « poussière », îi^p a voleur » ^. 

73. Après voyelle ou consonne liquide, et placé devant une 
voyelle, ou devant une consonne liquide, qui éventuellement 
devient vocalique, mhd. b devient colm. v, qui ne diffère en rien 
de colm. v < mhd. w. Exemples : s-làve « la vie » et lavànlik 
« vivant », me-te tidve « avec les voleurs », stoyvik « poussiéreux », 
mr plîve v nous restons », cf. supra n° 49, 2"; khevl « cuveau », 
fsçvr « baquet », t-vïvr « les femmes » ; khervele « corbeille », kholve 
« massue » ; salvr « même » (== selber). Le mot sûfr « propre » 
(sauber) relève de mhd. sûver\ 

Les alternances qui résultent des lois ci-dessus sont aisées à 
comprendre, et l'analogie ne les a que peu nivelées. On vient de 
voir, pourtant, que la phonétique de la labiale finale n'a pas été 
sans influence sur la médiale, et le cas inverse se rencontre aussi : il 
semble que, parfois, la labiale médiale des flexions se soit introduite 
à la finale colm., pour disparaître ensuite purement et simplement 
comme la gutturale en pareille position, supra n° 67. Ainsi, le sg. 
de « garçon » n'est pas * piidp, ni non plus * piidv, mais simplement 
pûd, cf. le pi. piidve et le dimin. pihele. Ainsi encore, mhd. sèlp a 
abouti au démonstratif colm. sal, infra n° 103, 2°. D'autres altéra- 
tions, plus générales et plus profondes, ont été étudiées en leur lieu, 
supra n° 49, 2° b : l'on n'y reviendra point ^ 

Il va de soi que, dans les cas où colm. p = nhd. b procède en 
réalité de mhd. lu, à plus forte raison a-t-on constamment colm. va. 
la médiale : fârp « couleur », pi. fârve, supra n° 53, 3"^ c. Mais, en 
cas de doublet nhd. (falb : fahl, gelb : *gehl), le colm. n'a générale- 
ment que la forme apocopée : fâl « fauve » ; kâl « jaune », pi. kàli. 

Section V. — AFFRIQUÉES ET SPIRANTES PROCÉDANT 
D'AFFRIQUÉES ANCIENNES. 

74, Cette catégorie de phonèmes teutoniques est à peu près 
exactement en colm. ce qu'elle est en nhd., par conséquent ce qu'elle 



6o LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

fut en mhd. Elle comprend, comme on sait : deux gutturales^ h et 
'/; deux dentales, ts et s (< mhd. ;^j etj); et deux labiales, pf ctf. 

§ I^"". . GUTTURALES. 

75. On connaît la répartition régulière des deux spirantes alle- 
mandes : h, à l'initiale; y, à la finale, ou à la médiale devant 
consonne, ou même entre voyelles, en cas de doublement mhd. hh; 
enfin, à la médiale intervocalique, h, qui cesse de s'articuler en nhd. 
Le colm. a les mêmes alternances. Seulement, l'analogie les a 
parfois développées en sens inverse du nhd. : ainsi, l'on a régulière- 
ment ri'iy (au lieu de nhd. rauh, mais cf. Rauchwerk), et irréguliè- 
rement, en flexion, rûyr, rûyi, rûys, pi. rûyi, « rudes au toucher, 
grenus », etc. ; on dit même, à l'inverse de ce qu'exigerait la phoné- 
tique, ir tsê « l'orteil », mais // tseye « les orteils » ; malgré hè 
« hauteur », régulier, on a, d'après hôy « haut », un comparatif 
hèyj et un superlatif hçyst ; de même, d'après này, âm nàysîe « au 
plus proche ». La gutturale finale de mhd. schuoch a été, comme en 
nhd., traitée en médiale, colm. sii? « soulier », sg. comme pi. ; mais 
elle reparaît (sous la forme k après /, infra n° 77 C a), dans haiisik 
« gant », pi. comme sg. '. 

VjMhd.h. 

76. I" Concordances normales. — A. Initiale, aspiration éner- 
gique : hâmr « marteau », halfe « aider », hçrn « cervelle », Jnle 
« pleurer » (= heulen), bols « du bois », bôle « quérir », hays 
« brûlant y>,hiife « amas », het-s-ti? « hat es dich [getroff"en]? » 
ironiquement à quelqu'un qui a reçu un coup ou une réponse 
piquante, etc. — B. Intervocalique, disparition totale : iksè\ <C mhd. 
ich f^esihè), te ksçs, er sel, mr sân, etc., sa « voir »; s-ksçt « cela 
arri\c », ppc k'sa, cf. le 7 régulier de kseyj « histoire ». Dans kviyj 
vàsr « eau bénite » (gewcihtes Wasser), 17; a dû entrer de bonne 
heure en contact avec le /, qui l'a conservé par mutation en •/; mais 
on a régulièrement veye « consacrer » et vînâyje « Noël » (<C mhd. 
:(en wihen nahlen). 

2" Anomalies apparentes. — A. Chute de 1'/; historique. — 
a) A l'initiale des particules adverbiales devenues proclitiques : ainsi, 
l'on dit, en aspirant fortement, bÏJ « ici », vokës bl? « ou vas-tu? », 



CONSONNES él 

vo khoms hâr? « d'où viens-tu? », //'/ hârklgfenr ! (hergelaufener) 
« espèce de vagabond! », etc.; mais, sans aspiration, en, erils, erâ 
(= herein, heraus, herab), sitr « depuis » (= seither), et même, 
avec chute totale de la syllabe, ni, niis, nâ (= hinein, hinaus, hinab), 
etc. — b) A l'initiale de çmpçr « framboise », peut-être parce que 
l'étymologie populaire a compris « baie [sur laquelle butinent] des 
abeilles ». — c) A la commissure de quelques composés très usuels : 
khoylopf « baba » (= Kugelhopf); hiisâlton « ménage » (= Haus- 
haltung); hartsâji (à\ssh-m\monï) <.<■ hardi » et exclamation d'encou- 
ragement, mais spâshâft « badin », etc. 

B. Aspiration adventice. — a) Dans halfepayn « ivoire », par 
influence quelconque de halfe = helfen? — b) Dans hartepfl 
« pomme de terre », cf. M L. s. v. Hërd. — c) Dans les locutions 
adverbiales, /() hove, tert hgve, « là haut », tô honte, tert honte, « là- 
bas », par agglutination et syncope de mhd. hier, cf. Kluge s. v. 
haits:(en. 

II) Mhd. h et ch (=- -/)• 

77. Le colm. y représente en toute position, comme en mhd., 
la même spirante, &est-à-dire qu'il n'a point changé sa place d'arti- 
culation après voyelle palatale, comme en nhd. 

1° Concordances normales. — A. Final, colm. y : tây^ « toit », 
play « fer-blanc », roy-/ « fumée », /p-/ « trou », pi'ûy^ « livre », pily^ 
« ventre ». 

B. Médial. — a) Entre voyelles : teyj « toits », leyj « trous », 
pi^^yj « livres », lâye « rire », knoye « os », striye « caresser », pilye 
« faire la lessive », royye « fumer » et ppe kroyyt, etc. 

b) Devant consonne autre que s : heyt « brochet », liyt « léger », 
piyte « se confesser », siytr « timide » (= schûchtern), Uj/} 
« lumière » et pi. //^//r, nàyt « nuit », etc. 

c) Devant s, colm. k, comme en nhd. : vâhe « croître » et ppe 
kvâkse, âh / « épaule » et pi. âksle,fgks « renard » et pi. feks, etc. ; 
mais non pas quand Vh était séparé de Vs par une voyelle en mhd., 
supra n° 75. 

C. Médial ou final. — a) En syllabe de moindre accentuation, 
après colm. /, le 7 devient également et constamment colm. k : 
klç'klik (.<■ heureux » et pi. klekliki; Ukrik « misérable » et e liètrike 
tropf « un mauvais gueux » ; mais, en syllabe accentuée, nieyl 



62 LK DIALECTE ALAMAN DH COLMAK 

« Michel », sç'/l « faucille »> âm tiyele (^= am *Deichelein oder 
* Teichelein) lieu dit près Colmar '. 

b) Après nasale ou liquide, médial ou final, le y développe devant 
lui, comme le ^ et le f (supra n"' 64, 3" b, et 66, 2° B b) un / 
épenthétique mobile, à la suite duquel, toutefois, il ne change pas 
comme dans le cas précédent : viçHy « lait », tçriy « à travers » et 
toriytsçk « courant d'air », snâriye « ronfler », faniyl et fanyl 
(( fenouil », mâniyi « maints », etc. Les exceptions ne sont qu'appa- 
rentes : mâniki, qui existe aussi, correspond, non à nhd. vianch, 
mais à son doublet mannig, etstprik « cigogne » relève, non de mhd. 
slorch, mais de son doublet store ; le mot « aile y),fatik, a régulière- 
ment le k au sg., et c'est irrégulièrement, par analogie des cas 
signalés au n° 66, 2° B c, qu'il le perd au pi., fatye, etfatyelâm 
« battu de l'oiseau », cf. petjk (= Bùttge) et pi. petye, etc. 

2" Sauf cette anomalie et les cas généraux signalés au n" 49, 4", le 
'/ est très stable. Il n'a disparu, mais ici totalement, médial et final, 
que dans l'interrogatif w/ (•< mhd. wëlch), où le phénomène appar- 
tient déjà au mhd. ^ 

§ 2. • — DENTALES. 

78. La loi d'alternance entre le ;( et le ^;^ ou 5, telle qu'elle 
s'observe à toutes les périodes de l'allemand, règne en colm. sans 
fluctuation appréciable : que l'on compare nâs « mouillé » et netse 
« mouiller », rise « arracher » et retse « égratigner », etc. Dans les 
rares cas où le colm. répond à ts par simple s, c'est : ou bien qu'il a 
réduit un groupe de consonnes accumulées, yiikse (= jauchzen), 
ppe kyiïkst, supra n° 48 init. ; ou après / ou ?t, supra n° 49, i" a ; et 
c'est dans cette dernière catégorie qu'il convient de faire rentrer le 
mot tsit « temps », devenu sit seulement dans la locution courante 
vel sit i'S-s? « quelle heure est-il ? » parce qu'il y était précédé d'un 
/. Tant sont inéluctables les lois phonétiques! 

I)Mhd.^(=/.f). 

79. Mhd. ;( >> colm, ts, en toute position, sauf ce qu'on vient 
de constater. — Initial : tsân « dent » et pi. tsâii, îsens « loyer », 
tsorn « colère », tsçkr « sucre », tsvay « deux », tsvetr (= zuwider), 
etc. — Médial : loiset « douzaine », kilsik « avare », krâlse « gratter » 



CONSONNES 63 

et ppe kekrâtst, etc. — Final : sâts « trésor », nçfs « filet », sets 
« siège », et même herts « cerf », corrompu en nhd. (Hirsch). 

II) Mhd. 35 ou 5 (>.^). 

80. Comme en nhd., la spirante historique 5 s'est entièrement 
confondue avec s, toujours prononcé simple. Sur un point seule- 
ment, de difficile constatation à cause de la rareté de la rencontre, le 
colm. accuse encore la distinction des deux spirantes telle que 
l'observait le.mhd. : on verra que le groupe st y devient toujours 
st (infra n° 84, 2") ; or, au contraire, lorsqu'un 5 vient en contact 
avec un t, le groupe reste st, mhd. veijiet >> vei^i >■ colm. fayst 
« gras ». Il est à peine utile de fiiire observer que cette loi curieuse 
n'est point violée par les superlatifs, pest « meilleur », krçst « plus 
grand », letst « dernier », etc.; car ils possédaient, à la suite l'une 
de l'autre, les deux spirantes, et, en dépit de la fausse orthographe 
nhd. (dergroszte << mhd. groejeste^, c'est naturellement la seconde, 
Vs, en contact avec le /, qui a subsisté sous la forme s, tandis que 
la première se fondait dans le groupe après la chute de Ve, supra 
n° 48, 4°. 

Mhd. j^j ou 5 >> colm. s (jamais sonore, bien entendu). — 
Final : vas « ce que » t^tvâs? « quoi? », fâs « tonneau », vis 
« blanc », nés « lente », nos « noix », înôs « mesure [de bière] », 
impératif /(V « laisse », hays « très chaud », etc. — Médial : vâsr 
« eau », masr « couteau », pise « mordre », sièse « tirer d'une arme 
de jet » et ppe ksgse, etc. ; dans là « laisser » et autres formes de ce 
vb., la syncope est déjà mhd. 

§ 3. — LABIALES. 

81. L'échange de l'affriquée pf et de la spirante ff ou f, toujours 
prononcée simple en colm., s'effectue dans les mêmes conditions 
qu'en nhd. : sâfe « travailler », mais sepfe « puiser », etc. — Bien 
rarement, on a colm. pf pour nhd./ : dans pjîfini « duvet » (mhd. 
phlilme'^ pflûme\ où le colm. conserve l'initiale ancienne; dans 
pfleyl (= Flegel) « fléau » [à battre le blé] et « mauvais drôle » ; un 
certain farinage,*très estimé dans la cuisine du vendredi, se nomme 
pflote, et non *flote. — Quant à colm. /pour mhd. pf, je ne le 
connais qu'après nasale. 



64 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

I) Mhd. p/> col m. pf. 

82. Initial : pfârer « curé », pfif « pipe », pfoy « paon », pjensie 
« Pentecôte », pjîu^y « charrue ». — Médial : epfl « pomme », 
trçpfe « goutte », hppfe (hûpfen) « sautiller », khepfe « décapiter », 
ppe kckhepft, etc. ; mais surâmfr « oseille ». — Final : khopf « tête » 
et pi. hhepf, kropf « jabot », sopf « hangar » (= anglais shop), etc. ; 
mais iâmf ((■ vapeur », khâmf « combat », hrâmf (i crampe », stromj 
« bas », supra n° 49, 2° a. 

II) Mhd. v,ff,f> colm./. 

83. Nous n'avons pas à nous occuper ici des origines historiques 
de 17 (f) initial, très différentes, comme on sait, de celles de l'jf (/) 
médial et final. Tous ces phonèmes sont confondus dès le mhd. — 
Initial -.fâte « du fil » ,fH9s « pied ^^,fûyl « à vendre », fli^ye « voler », 
frihe « geler », etc. — Médial : trafe « atteindre », sûfe « boire », 
varfe « jeter », halfe « aider »; kôfe « des épingles » (= Guffen, 
cf. ML. s. V.). Colm. bâvere « avoine » (Hafer) et svâvl « soufre » 
(Schvvefel) ne font pas exception, puisque la forme historique du 
premier est mhd. habere, et que pour le second on a mhd. siuëbel et 
swëvel. Dans colm. sûfr « propre », c'est le doublet inverse qui a 
prévalu. — Final : sef « navire », sôf « mouton », pfâf « prêtre », 
îiif « profond », rife « gelée blanche », trof « par dessus » (darauf), 
etc. 

Section VI. — LA SIFFLANTE. 

84. Les lois qui régissent l'unique sifflante allemande, dans le 
passage du mhd. au colm., sont, à bien peu de chose près, les 
mêmes que celles du nhd. ; mais il va de soi que Vs colm. est tou- 
jours et sans exception demeuré sourd. 

1° Le groupe historique sch n'est jamais qu'un simple s : initial, 
sên « beau », sm- « ciseaux », sesl « éduelle », sânt « honte », sçne 
« épargner » ; médial, hayse « demander » et ppe khayse, Içse 
« éteindre », e krgse « dix centimes » ; final, tes « table », ras 
« violent », kos « museau », etc. 

2° Les groupes sp et st deviennent sp et st, non seulement à 
l'initiale, mais en toute position : spèlc « jouer », et slè « être 



CONSONNES 6$ 

debout », ppes kspèlt, ksiânte, etc. ; mais aussi hasple « dévider », 
khâste « armoire », kast « hôte » et pi. kest, pâstçt « pâté », reste 
« apprêter », mest « fumier », prost « poitrine », fanstr « fenêtre », 
torst « soif», erst « premier », mût « peur », pykst « août », hejpst 
« vendange », etc., et à sg. 2 des verbes, te pes (== du bist), te vays 
(= *weisz-est, cf. supra n°^ 49, 1° c, et 80). Da.ns tçsl « chardon » 
(mhd. distel), on a réduction du groupe. 

3° Le groupe sk, disparu en allemand historique, mais ramené 
par quelques emprunts récents, est de même devenu sk : iiiosketnos 
« noix muscade » ; mosketalr ou mosketalr, « raisin muscat, vin 
muscat » (ital. moscatello). 

4° Le même changement s'opère, comme en nhd., dans les 
groupes mhd. sm, sn, si : sinotsik « sale », snôk « moustique », sltm 
« glaire » ; dans strup « vis », il y a eu insertion de t entre s et r, 
ou substitution de t au k plus ancien, à l'inverse du cas précédent. 

5° L'affection sporadique qui a atteint parfois \'s >> nhd. s après r, 
se reproduit en colm., mais non pas nécessairement dans les mêmes 
mots : ârs « cûlus » (= Arsch < mhd. ars^; mais aussi hers 
« millet » (= Hirse); et, inversement, toujours khers « cerise » 
(^ Kirsche), pi. kherse, et composé khersevâsr « du kirsch », etc. 

6° En toute autre position, mhd. s >> colm. s. — Initial : sâft 
« suc », sâye « dire », sa « voir », se « mer », seks « six », sïte « soie », 
somr « été », silr « aigre », sm « doux »_, sayf « savon », etc. — 
Médial, devenu ou non final : Ms « lièvre » et pi. hase, pès 
« méchant » et pi. pèsi, âhniidse « aumône », pàse « balai », làse 
« lire », hôse « culotte », plôse « souffler », khese « coussin » {ss >> 
s), etc. — Final : ops « fruit », Mns « oie », môs « mousse », lôs 
« détaché », milds « confiture », lus « pou », mns « souris », hûs 
« maison », klâs « verre » ; cf. les pluriels respectifs kans « oies », 
Us, mis, hîsf, klêsr, etc., etc. 



XI. - - V. He>»ry. — Le Dialecte Alaman de Càiniar'. 



DEUXIÈME PARTIE 



MORPHOLOGIE 



85. La grammaire proprement dite du colm. s'est considérable- 
ment réduite par rapport à celle du mhd., et apparaît même fort 
indigente en comparaison de la grammaire classique. Mais_, jusque 
dans son indigence, elle montre, pour l'emploi des formes qu'elle a 
conservées, une précision et une correction presque irréprochables. 
Ce n'est guère que dans la morphologie de l'adjectif que l'on cons- 
tatera des relations un peu lâches. Or, justement, on sait que la 
distinction de l'emploi de l'adjectif fort et de l'adjectif faible n'est 
rien moins que rigoureuse, encore en mhd., et que la langue litté- 
raire moderne l'a seule fixée à la norme immuable en usage aujour- 
d'hui. 

La morphologie comporte, ici comme partout, la dérivation, la 
composition, la déclinaison et la conjugaison. Mais les deux premiers 
procédés n'ont rien de spécial au dialecte, et, quant à des exemples, 
on en a trouvé en abondance, de l'un et de l'autre, disséminés dans 
la phonétique. Le reste est affaire au Lexique. 



DÉCLINAISON 67 

CHAPITRE P»- 
DÉCLINAISON 



86. Les mots déclinables distinguent en colm. la triple catégorie 
du genre, du nombre et du cas : il y a, comme en nhd., trois 
genres et deux nombres ; mais il n'y a plus que trois cas, — deux 
même seulement, si l'on tient compte de la confusion de forme 
constante du nominatif et de l'accusatif. 

Le génitif n'existe plus en colm., et la conscience en est, je pense, 
tout à fait abolie'. Il ne subsiste plus qu'à l'état de survivance : — 
I" Au premier terme d'un grand nombre de composés : sôns-frpy 
« bru », t-vïpslît « les femmes » (= Weibs-leute), rensfiays, khâlps- 
flays, « du bœuf, du veau », etc. ; plus dissimulé, mais non moins 
certain dans himr-oyk « œil-de-perdrix », tente-fâs « encrier », 
tôtckhûpf « tête de mort », où même le sujet parlant allemand ne 
peut plus le percevoir; — • 2" Dans les noms propres bibliques et 
autres, où la langue sacerdotale l'a fait maintenir : tr son âprahâms 
« le fils d'Abraham », t-mûdtr hôtes « la Sainte Vierge » ; surtout 
dans les locutions om kgtes vêle (= um Gottes Willen) et e kots nâme 
(= in Gottes Namen), très usuelles et de sens fort différent ^ ; — 
3° Dans quelques locutions adverbiales : e nâmets sân « un nommé 
Jean » (Namens, cf. supra n° 58, 1° c), hetiks tâys « au jour d'au- 
jourd'hui », pi. ts-âlr-erst « avant tout » ; — 4" Enfin dans quelques 
liaisons syntactiques consacrées par l'usage : tes tens ou tas teiïs, le 
démonstratif au nominatif régissant le substantif au génitif, v. g. 
an tam tens frstê-v-i niks « je ne comprends rien à des choses de ce 
genre », cf. mhd. iht dinges « irgend ein Ding » ; / hâ ne-tr tsit 
« je n'ai pas le temps », exactement « je n'ai pas n'importe quoi du 
temps » ; sini khens-khentr « ses petits-enfants » ; çnsr aynr ou 
onsr ayns (quand c'est une femme qui parle de femmes), exactement 
« l'un, l'une de nous », c'est-à-dire « nous autres, nous », et même 
« je », avec le verbe à sg. 3, etc. ; joindre mintvâye (= meinetwe- 



68 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

gen), synonyme de vaye mèr (infra) au sens de « peu m'en chaut, 
cela m'est indifférent ». 

Uabsence du génitif est suppléée, suivant l'occurrence : i" par une 
composition, t-siât-iàr « la porte de la ville » ; 2° par la préposition 
fo (--- von);, s-pelf fom yenrâl râp « la statue du général Rapp » , ou 
toute autre appropriée à la* circonstance, tr slesl tsor krime ter 
« la clef de la porte verte »; 3° spécialement quand le génitif a le 
sens possessif, par une tournure particulière, qui consiste à mettre 
le nom du possesseur au datif, en le faisant suivre du nom de l'objet 
possédé précédé de l'adjectif possessif de 3'' personne, soit donc tam 
riye pur si biis, exactement « à ce riche paysan sa maison >> la maison 
de ce riche paysan «. On donnera pour chaque catégorie décli- 
nable des exemples de ce procédé. 

Une autre conséquence de la disparition du génitif, c'est que les 
prépositions qui en nhd. gouvernent le génitif régissent le datif en 
colm. La substitution a dû se faire tout naturellement, par suite de 
la similitude générale des deux cas au féminin : ainsi, vâre-tr tsit 
« pendant le temps » (wàhrender Zeit >> wàhrend der Zeit), vaye 
tr khelte « à cause du froid », etc., peuvent aussi bien passer pour 
des datifs que pour des génitifs : de là donc, avec le datif, vâret-in 
kridy « pendant la guerre », vaye-n-in snè « à cause de la neige », 
vaye mer « à cause de moi », etc. 



Section ^^ — L'ARTICLE. 

87. L'article défini, toujours proclitique, se décline comme en 
nhd., à une exception près : l'accusatif, étant semblable au nomina- 
tif partout ailleurs qu'au masculin singulier, s'y est assimilé aussi au 
masculin singulier, en sorte que la flexion ne paraît plus comporter 
que deux cas. On observera en outre que presque tous les cas ont 
au moins deux formes : l'une, encore syllabique ; l'autre, réduite à 
une simple consonne, et beaucoup plus fréquente dans le parler 
usuel. 

Masc. Fm. Nt. PI. 

Nom. -ace. tr ti, t- tes, s-^ ti, le, t- 

Datif etriy rit, -m' tr em, m, -w' ten, te. 



DÉCLINAISON 69 

Exemptes : — tr oh « le bœuf », ksfs tr mon? « vois-tu la 
lune ? » ; (?m fâtr si stwl « le siège du père », / hâ-s cm siidlmaystr 
ksayt « je l'ai dit au maître d'école » ; voir infra n" 88 pour les 
formes réduites; — t-son « le soleil », se kè-mr en t-stât « partons 
pour la ville » ; tr mâtâm eri khâp « le bonnet de Madame » ; — ^- 
UH « la chanson », s-fç « le bétail »; em finele si pijyje « le livret 
de Joséphine »^; — t-manse « les hommes», t-vïvr « les femmes », 
en te-n-gyke « dans les yeux », me- te vtvr « avec les femmes », te 
vîpslit eri kôfestake-n-everâl (exactement « aux femmes leurs épingles 
sont fichées partout > les femmes fourrent partout des épingles » Q. 

88. Il pourra paraître intéressant de trouver ici la liste des com- 
binaisons que forme l'article défini avec les prépositions les plus 
usuelles. Je la range par ordre alphabétique des prépositions du 
nhd. Le lecteur suppléera un substantif à la suite. 

AN(= an). — Ace. : msc. an tr, fm. an t-, nt. an s-, pi. an t-. 
Datif : msc.-nt. âm, fm. an tr, pl.^« te. 

AUF(=p/). — Ace. : msc. of tr, nt. of s-, fm. et pi. of t-. — 
Datif: msc.-nt. of-m, fm. oftr, T^l.of te. 

AUS (= lis) : msc.-nt. i'is-m, fm. ils tr, pi. ils te. 

BEI (■:= pi) : msc.-nt. ^/m, fm.pitr, çl.pi te. 

FUR (=fer) : msc. fer tr, fm./^r t-, m. fer s-, ^l.fert-. 

GEGEN (= keye) : msc.-nt. keye-n-ni, fm. keye tr, pi. keye te. 

IN(=f«). — Ace. : msc. en tr, nt. en-s, fm. et pi. en t-. — 
Dat. : msc.-nt. em, fm. en tr, pi. en te. — L'homophonie de la com- 
binaison em et du datif simple a produit une conséquence impor- 
tante qu'on retrouvera au n° suivant. 

MIT (= met): msc.-nt. met-rii, fm. me-tr, pi. me-te. 

NACH « après, selon » (nôy^ wô>> no) : msc.-nt. nom, fm. 
W/, H > no tr, pi. noy te ^no te. 

NEBEN (=: mve) : nave-n-ni, nave tr, nave te. 

OHNE Q-^ me) : msc. ône tr, nt. ône s-, fm. et pi. me /-. 

UBER (= evr) et UNTER (= ontr). — Ace. : evr tr, evr-s, ev^ 
t-', ontr tr, etc. — Dat. evr-m, evr tr,evr te; ontr-rn, etc. 

VON (=-/(?) : msc.-nt. /pw et/pw, fm./p tr, ^X.fote. 



70 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

WEGEN (j= vaye) ivaye-n-ni, etc., cf. GEGEN, et supra n" 86. 
ZU(=/5«? et tso) : msc.-nt. isûd-m, Isom, tsqi; fm. tsiii) tr, tso tr 
tso te; pi. tsi'p te, tso te, tso te. 

ZWISCHEN (= tsvçse') : comme keye, nave, vaye. 

La tradition grammaticale inconsciente est si forte qu'un vrai 
Colmarien ne se trompe jamais sur ces rapports, si complexes 
soient-ils, et que sur le parvis Saint-Martin la marchande d'herbes 
a plus d'une occasion d'y reprendre Théophraste. 

89. L'article indéfini (mhd. ein) est en devant voyelle et e devant 
consonne, aux trois genres, et à l'accusatif comme au nominatif. 
Le datif, très régulier, est : msc. nt., mhd. eineme >■ colm. eme; 
fm., mhd. einere >> colm. ère ; et ces deux formes à leur tour se 
réduisent à me et re après préposition : ç-me pû3y^ « dans un livre », 
en-re stop « dans une chambre »; â-me-n-ort « à un endroit », avec 
insertion d'w adventice devant voyelle, supra n° 57, 3°-4°, et ân-re 
vànt « à une muraille »; 7nçt-me pii? « avec un garçon », met-re 
mâkt « avec une servante » ; fp-me hûs « d'une maison », fo-n-re ter 
« d'une porte » ; pi-nie her « chez un monsieur », et pi-n-re froy 
« chez une femme », avec nasale adventice imitée de la liaison de 
an, en, fon, etc. 

Jusqu'ici, rien que de normal. Mais le datif non régi par une 
préposition prend une forme un peu différente de ce qu'exigerait 
la pure théorie : on a eme et enre, qui répondent, non à mhd. 
eineme et einere, mais à mhd. in eineme et in einere. L'emploi de la 
préposition in en fonction de datif peut se justifier ainsi : à l'article 
défini, le datif simple *em était peu différent de cm « dans le », et 
ils se sont aisément confondus, d'autant qu'il y avait souvent inté- 
rêt, pour le sujet parlant, à insister sur la syllabe qui était indice de 
datif; or, une fois qu'on a eu dit e?n « à le » comme « dans le », on 
s'est trouvé naturellement amené à dire « dans un, dans une », 
pour « à un, aune ». Exemples : i hâ-s eme-n-ârme mân kà « je l'ai 
donné à un mendiant » ; i hâ-s enre-n-ârme froy kâ « ... à une pau- 
vresse » ; et observer l'insertion nasale devant voyelle ; de même, 
au possessif, çme riye pfir si hûs « la maison d'un riche paysan » 
(supra n° 86), çn-re froy er hû9t « un chapeau de femme ». 

Dans les mêmes conditions, le négatif est khe, même au pi. ; dat. 
msc.-nt. khenriitx. hhem, fm. khenre et khere. 



DECLINAISON 7I 

Mais, quand ces mots ne sont pas suivis d'un substantif, ils 
prennent les finales de nomin.-acc. : msc. aynr et khenr, fm. ayni 
et kheni, nt. ayns et hhçs, pi. kheni. 

Colm. â!_)'w, numéral et pronom indéfini reviendra infra n° 107. 

Section II. — LE SUBSTANTIF. 

90. De ce que le génitif a complètement disparu, — tous les 
autres cas, ainsi qu'on le verra, étant semblables au singulier, — il 
s'ensuit que les noms appellatifs, n'ayant pas de pluriel en général, 
ont perdu toute flexion déclinée. De là, sans doute, la rigoureuse 
habitude de toujours les faire précéder de l'article défini : tr pètr 
« Pierre », t-mârï « Marie », s-khatele « Catherine »; vo hes ir sâm- 
petis ksâ? » où as-tu vu J.-B. ? » ; cm meyl si râtnasr « la serpette 
de Michel » ; sâ-s em nâtsi on em mêy « dis-le à Ignace et à Marie», 
cf. infra n° 91 B b. Les noms de famille se construisent de la 
même façon : tr melr « Mûller », t-melere (= Mûllerin) « la 
femme Mûller » ; et au pi. on Ail pi te mçlr « dans la famille M. ». 

§ I". — LE GENRE. 

91. Le genre des noms est en colm., à bien peu de chose près, 
ce qu'il est en nhd. En cas de divergence, ce n'est pas toujours le 
colm. qui est dans son tort, comme on le verra par les exemples 
ci-dessous où le genre nhd. est pris pour point de départ. 

A. Masculins. — a) Passés au fm. : colm. t-fres « la gre- 
nouille » ; ainsi qu'on le voit par la métaphonie, le pi. a été, à un 
moment donné, pris pour un sg., — peut-être par contamination 
du genre du mot français, — et l'on a refait alors un pi. t-frese à 
l'imitation des noms faibles. 

b) Passés au neutre : e sens çrt « un joli endroit »; mais mhd. 
ort est plus souvent neutre que masculin'. 

B. Féminins. — a) Passés au msc. : tr potr « le beurre », parti- 
cularité commune à tout l'oberdeutsch ; ir fane « le drapeau », 
genre mhd. conservé; tr far se « le talon », refait sur le pi. t~farse, 
où le genre n'est pas marqué et qui naturellement était beaucoup 
plus commun que le sg. ; tr khàne « la cruche », refait de même 



72 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

sur le pi. t-khâne ; ir rut «k gale » (nhd. Riludc), qui représente 
une forme masculine sans métaphonie (*hnld), éteinte en allemand, 
mais sûrement germanique; tr trîvl « le raisin» n'est pas le même 
mot que nhd. Traube, supra n° 36, -5°. 

b) Passés au neutre. — L'habitude, dans les familles, de désigner 
les filles par le diminutif hypocoristique de leur nom, s-finele ou 
finie ii Joséphine », s-lènle « Madeleine », s-mèy « Marie », etc., 
jointe au genre neutre de vîp, maytle, etc., a entraîné pour consé- 
quence l'emploi du pronom neutre as ou s- en parlant d'elles. 
Mais cette licence n'est admise que dans la stricte intimité, et un 
étranger qui s'exprimerait ainsi commettrait une grave inconve- 
nance. 

C) Neutres. — a) Passés au msc. : tr panil « le ruban » n'est pas 
le même mot que mhd. Band, cf. trivl, supra B a. 

b) Passés au fm. : t-hû?n « la poule », parce que, mhd. henné 
ayant disparu, c'est mhd. huon qui a assumé la fonction de désigner 
la femelle; mais le pi. est resté himr, comme il conviendrait à un 
nom neutre. 

Le Lexique appellera l'attention sur ces légères discordances. 

§ 2. — LE NOMBRE. 

I) Masculins. 

92. A. Pluriels métaphoniques. — Comme la finale -e est néces- 
sairement tombée (supra n° 12, 4°), les noms de cette classe n'ont 
plus d'autre indice plural que la métaphonie elle-même. La forma- 
tion est très persistante : elle a subi peu de déchet et s'est même 
légèrement enrichie, infra n° 93, i". 

1° Monosyllabes v son, sçn « fils »; poym, paym « arbres» ; volf, 
vdf « loups » ; foks, fçks « renards » ; ffps, fih « pieds » ; hûdt, hiH 
« chapeaux » ; stàp, stâp « bâtons », etc. 

2" Polysyllabes : nâyl, nêyl « ongles»; mântl, mantl « man- 
teaux » ; fâlr, fatr « pères » ; lâte, làte « volets » ; ôfe, çfe « four- 
neaux »; hiïfe, hife « monceaux », etc. 

B. Pluriels simples sans métaphonie. — 1° Ce type, soit que 
nétiquement la voyelle radicale admette la métaphonie (Tag) 



DECLINAISON 



73 



OU en soit insusceptible (Weg), est plutôt en perte dans le dia- 
lecte, du moins en ce qui concerne les monosyllabes : c'est qu'il 
était peu commode, le pi. ne s'y distinguant pas du tout du sg. 
On verra au n° 93 conmient l'analogie l'a modifié. Il reste inaltéré, 
par exemple, dans : vây, « chemin, .chemins »; stayn, « pierre, 
pierres » ; siïd, « soulier, souliers » ; f^nt, « ennemi, ennemis » ; 
frent, « ami, amis » ; mOnet « mois ». 

2° Au contraire, parmi les polysyllabes, le colm. a, en plus grand 
nombre que le nMg. 33 « pas de douces lampées d'eau-de-vie », etc. — 
Datif : toujours régulier, met mine kiidte frent « avec mes bons 
amis ». , 

99. m. Il n'y a presque rien à dire des dérivés d'adjectifs. 

1° Le comparatif et le superlatif se forment, sans difficulté, 
comme en nhd., respectivement par-^r >■ -r et -est^ -st, et ordi- 
nairement par la métaphonie si le positif ne l'a déjà : kriht 
« vert », krihir, ir krimsi{e); hôy^ « haut y>,hèyr, tr hèysi{è), sM'^rd. 
n°^ 75 et 77, 1° B c; kros « grand », krêsr, tr krèst, supra n°* 80 et 
84, 2°; ait « càgé » eltr, tr eîsl (par syncope du t, supra n°^ 48 init.); 
ârik « violent », eryer, âm erikste, supra n° 66, 2° B b, etc. . Le Lexique 
donnera le détail. Le comparatif de fil est mè tout court, même 
devant voyelle, mê as tu « plus que toi » ; et, par analogie, la 
voyelle est la même au superlatif, âm mfsle. 

2° Certains adjectifs forment, sans métaphonie, — ce qui montre 
combien ils sont récents, — des diminutifs familiers pris substan- 
tivement : e prâfele « un brave garçon (ironique), un mauvais 
sujet » ; âltrle « mon vieux », terme d'amitié, où la finale dimi- 
nutive s'est même superposée à Vr du nomin. sg. msc. 

3° L'adverbe est, comme en nhd,, devenu identique à l'adjectif 
amorphe: kii9t, « bon, bien » (aussi z^ô/); nat, «joli, joliment»; 
siïr « aigre », et vas liidys mi so sâr â? « pourquoi me fais-tu grise 
mine ? » etc. Il en a le vocalisme : soit que l'adverbe ait adopté le 
vocalisme de l'adjectif, frijy, « précoce, de bonne heure », hert, 
« dur, durement », supra n" 7, 7°, etc. ; soit qu'au contraire il lui 
ait imposé son vocalisme, spot, « tardivement, tardif » (mhd. spàt 
et spaeté). Cependant, le colm. distingue, comme le nhd., sq 
« déjà »et sèn « bellement », dont la connexion étymologique n'ost 
plus saisissable. 



DECLINAISON 51 

Section IV. — LES PRONOMS. 

100. La répartition indo-européenne et germanique des pro- 
noms en « sexués » et « insexués » n'a plus guère de raison d'être 
aujourd'hui, puisqu'en nhd,, et à plus forte raison en colm., par 
l'effet de la dégradation des flexions, bon nombre d'anciens pro- 
noms sexués sont devenus insexués. Il semble donc préférable d'y 
renoncer et d'adopter une classification moins archaïque, soit : 
1° pronoms personnels, comprenant les pronoms insexués anciens 
et celui de y personne; 2° démonstratifs; 3° possessifs; 4° rela- 
tifs; 5° interrogatifs ; 6° indéfinis, auxquels on adjoindra les numé- 
raux. 

§ I". — PRONOMS PERSONNELS. 

101. La plupart des cas de la déclinaison des pronoms person- 
nels ont, comme du reste en nhd. parlé, deux et jusqu'à trois 
formes, selon le degré d'emphase qu'y attache le sujet parlant : s-es 
nir ayns « çà m'est égal », mais vas leyt-s mer à ? « que m'importe, 
à moi ? »; z hâ tihâ « je t'ai vu », mais vas ket-s iiy^ al (= was 
geht es dich an ?) « mêle-toi de tes affaires » ; er klnrt « il louche », 
mais âr het-s-mr ksayt « c'est lui-même qui me l'a dit » ; s-es kfâle 
« elle est tombée » (cf. supra n° 91 B b), mais as vel-s net hâ, 
« [je le voudrais bien,] c'est elle qui ne veut pas », etc. 

Les pronoms ont, comme les noms, perdu le génitif; mais ils 
ont tous conservé un accusatif distinct du nominatif. Il va sans 
dire que, dès lors, le pronom réfléchi n'a que l'accusatif : psene si 
siy toy, « fixités donc attention à ce que vous dites »; mr tat si 
same, « il y aurait de quoi avoir honte » . 



i- 


I" 


personne 


2" personne 


i 


Sg. 


PL 


Sg. 


PI. 


Nomin 


h> i _ 


mer, mer, mr 


tu, tû, te, t- 


èr, er, er 


Ace. 


miy, mi 


ons, is 


tiy, ti 


ax. i 


Datif 


mer, mer, mr çns, is 


ter, ter, tr 


m> ^ 



Le vocalisme de is est peut-être influencé par celui de i corréla- 
tif en 2'= personne ; car on attendrait plutôt quelque chose comme 

XI. — V. Henry. — Le Dialecte Alaman de Colmar. 6 



82 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

*çs >> *es\ Sur pi. i ffier, voir supra n° 53, 1°. Sur pi. 2 eyy, voir 
supra n° 43, 3°. On constatera que, comme en nhd., mhd. iuch et 
iu sont entièrement confondus. 





^' 


personne 






Msc. 




Fm. 


Nt. 


PL 


Nomin. âr, ar, er 




se, si 


as, s 


se, se, si 


Ace. êne, ene^, ne, 


e 


se, si 


as, s 


se, se, si 


Datif em, m 


ère 


, ere^, re 


em, m 


êne, ene, ene 



Le « vous » de politesse s'exprime de trois manières : 1° par 
pi. 3, si vese-s val « vous le savez bien » ; 2° par sg. 3, 5r ou si, 
suivant le sexe de la personne à qui on s'adresse ; 3° par pL 2, êr 
ou er. Mais la première est la seule tout à fait respectueuse. 
L'usage des deux autres varie 5. 

Tous ces enclitiques forment éventuellement entre eux des com- 
binaisons variées, dont il convient de donner tout au moins 
quelques exemples typiques : / hâ-ne ou ne-n-âketrpfe (= ich habe 
ihn angetroffen) « je l'ai rencontré » ; te hes-s-iii ksayt « tu le lui as 
dit » (du hast es ihm gesagt) ; i kon-s ère (^= ich gônne es ihr) 
« tant mieux pour elle » ; si han-rnr-s ksayt « vous me l'avez dit », 
mr han-tf-s kâ « nous te l'avons donné », si ha-ne-ne ksekt « ils le 
leur ont envoyé », etc.; te khas-s-mr vol klgyve, van i tr-s sa, « tu 
peux bien me (le) croire, quand je te le dis », formule usuelle d'af- 
firmation énergique devant un doute exprimé. 

On voit par quelques-uns de ces exemples, qu'il serait aisé de 
multiplier, que l'ordre de construction des pronoms-régimes entre 
eux n'est pas constamment le même en colm. qu'en nhd.; mais, 
comme en nhd. même cet ordre est encore en partie facultatif, il 
n'y a pas lieu d'insister davantage sur une notion de pur usage 
qu'illustrera le premier texte venu. 

102. Quant à l'emploi du pronom personnel, il n'est pas aussi 
obligatoire, en tant que sujet, en colm. que dans la langue clas- 
sique. Mais on sait, du reste, que les dialectes et même le parler 
usuel du nhd. en admettent souvent l'ellipse. 

1° Le pronom de sg. i est parfois omis, surtout dans des locu- 
tions très courtes, et quand l'équivoque n'est pas possible, par 



DÉCLINAISON 83 

exemple devant le vb. « être » : pen mut « je suis las »; hâ khe Içst, 
« je n'en ai pas envie, çà ne me dit rien » ; vays net vas i âfâiïe vel 
(== was ich anfangen will) « je ne sais à quel saint me vouer », etc. 

2° L'ellipse du pronom de sg. 2 est tout ce qu'il y a de plus cou- 
rant, parce que la désinence du vb. suffit à empêcher toute équi- 
voque : )'(), pes prâf, « oui, tu es sage » (à un enfant); tç> hes (=^da 
hast) « voilà pour toi »; hès ti pape? « vois-tu ton papa? »; 
khâs-s fleke? « sais-tu le raccommoder? »; khâs-s fleke! « [c'est toi 
qui l'as déchiré,] raccommode-le » ; vors toy^ kseyt se (= wirst doch 
gescheit sein) « dis donc pas de bêtises »; etc., etc. 

3° Le pronom-sujet sg. 3 est toujours exprimé, ainsi que ceux 
du pL, dont l'ellipse prêterait à amphibologie. 

§ 2. — DÉMONSTRATIFS. 

103. Les pronoms mhd. dirre (>> dieser) et jener ne sont en 
colm. d'aucun usage, à la seule exception de la forme neutre et 
indéclinable tes ou tes « cela », qui représente mhd. di^. Mais ils 
ont un certain nombre de substituts. 

1° Le plus simple est mhd. dër > colm. târ, soit donc l'article 
défini lui-même, mais prononcé avec plus ou moins d'emphase, et 
décliné comme suit : 

Msc. Fm. Nt. PI. 

Nom. -ace. târ, tar, ta, ta tu, te tâs, tes, tes tu, te 
Datif tam tare, tare tam iâne, tane. 

Il y a, de plus, un ace. msc. tmie ou tane, qui s'emploie toujours 
quand le démonstratif n'est pas suivi d'un substantif : Velr foyl hes 
ksose? — tane Q=^ Welchen Vogel hast [du] geschossen? — *Den). 
Comme tane ne peut phonétiquement répondre à mhd. dën, il est 
évident que sa désinence a été refaite sur celle de me « lui », ou 
plutôt toutes deux sur celle d'autres pronoms qui avaient régulière- 
ment, à l'ace, masc, -e final <; -en (n° 107, 2). 

2° Le corrélatif de târ correspond à la juxtaposition mhd. da^ 
sëlbe, où le premier terme s'est normalement réduit à s (supra n° 87) 
et le second a perdu sa labiale finale (supra n° 73), soit donc colm. 



84 LE DIALFXTE ALAMAN DE COLMAR 

*s-sal y> sal'; après quoi ce sal, devenu thème indépendant, a 
servi analogiquement de support à une nouvelle flexion. 

Msc. Fm. Nt. PL 

Nomin.-acc. sal, salr sali sal sali 

Datif salm salr salrii sale. 

Le nomin. salr s'emploie quand le démonstratif n'est pas suivi 
d'un substantiL Dans les mêmes conditions, il y a également un 
ace. msc. sale. Cf. supra 1° in fine. 

3° Pour préciser la situation respectivement rapprochée ou éloi- 
gnée d'un objet, on ajoute volontiers aux démonstratifs les adverbes 
de lieu tç (=da) et tert (=:dort, supra n° 18, 2°) : ta tô « celui-ci » 
est surtout d'usage très fréquent. 

§ 3. — POSSESSIFS. 

104. Les possessifs servent à la fois de qualificatifs et de pro- 
noms : mi fairmasr « mon canif » ; s-es mlns « c'est le mien » . 
Seulement, comme on le voit, ils ont des formes plus pleines et 
plus longues dans le second cas que dans le premier. Il est bien 
rare, en effet, que 1'/ du qualificatif possessif du sg. soit prononcé 
long, à moins qu'on n'y attache une valeur particulière d'emphase : 
met mim pu? « avec mon fils » ; mais met mtmpiid « avec mon fils » 
[non avec le tien ou celui de tout autre]. 

Les formes usuelles sont donc : mi, ti, si, er; onsr, eyer, er (èr). 
La première servira de paradigme : 

Msc. Fm. Nt. PI. 

Nom. -ace. mi, mmr mini, mini mi, mins miniy mini 

Dat. mim, nûmit mire ', mmre mim, mïnm mine, mine. 

Bien entendu, les finales de nomin. sg. msc. et nt. n'apparaissent 
que quand le possessif n'est pas suivi d'un substantif; et, dans ce 
cas, l'ace, msc. peut être w,ine. Quant au nomin.-acc. fm., tout 
ce que j'en puis dire, c'est que, dans le milieu où j'ai vécu, j'ai 
presque constamment entendu dire mini froy « ma femme », et que 
la forme apocopée mi froy, employée dans certains dialectes 
d'Alsace et entendue par moi dans la bouche de certaines personnes 



DÉCLINAISON 85 

à Colmar même, y eût été considérée comme une faute de langage. 
Je ne saurais donc décider dans quelle mesure cette forme est ou 
non colraarienne; mais je remarque tout au moins que Mangold 
écrit toujours mini, tini, sini, au fm. sg. comme au pluriels 



§ 4. — RELATIFS. 

105. Il n'y a plus, à proprement parler, en colm. qu'un seul 
pronom relatif, servant pour tous les genres, nombres et cas, à 
savoir l'adverbe vo « où » prononcé brièvement, que, pour en 
donner une idée adéquate, on pourrait traduire par le « que » uni- 
forme de beaucoup de locutions relatives du français populaire. 
C'est ce que feront mieux comprendre quelques exemples. — 
Nomin. : ta mân vo ta stêt « cet homme que voici »; t-frgy vo tert 
setst « la femme qu'est assise là bas », etc. — Ace. : s-maytle vo te 
khirôte hes « la fille que tu as épousée » ; avec n de liaison (supra 
n'' 57, 4°), vo-n-i khirôte hâ « que j'ai épousée », etc. — Génitif, 
cf. supra n°' 86-87 : tr pur vo til si hiis khoyft hes, « le paysan dont 
tu as acheté la maison », populaire « que tu as acheté sa mai- 
son », etc. — Datif : ta vâkes vo tii-n-m e tret kà hes, « ce polisson à 
qui tu as donné un coup de pied », populaire « que tu lui as 
donné... »; t-leyj vo si tri kiïke (= wo sie *darein gucken) « les 
trous par lesquels ils regardent » ; tr pây^ vo mr trevr miids « la 
rivière qu'il faut franchir », etc. 

Dans ces derniers exemples, l'emploi d'un adverbe de lieu est 
parfaitement justifié. Partout ailleurs il s'est répandu par voie de 
contamination extrêmement simple, comme au surplus il remplace 
aussi le pronom relatif en nhd. dans des tournures peu différentes 
(worin, wofur, womit). 

• Le démonstratif antécédent du relatif est ordinairement celui du 
n° 103, 1° : tar vo « celui qui », ti) vo « ceux qui »; cependant on 
dit également salr vo, etc. 

§ 5. — INTERROGATIFS. 

106. I. L'interrogatif « qui? quoi? » (nhd. wer? was?) est : 
msc, norn.-acc. vàr ou var suivant l'emphase, àâtiî vam; sans fm.; 
nt. vas à tous les cas : var es tô? « qui est là? » var (ou vane, supra 



S6 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

11° 103, 1°) hes ksà? « qui as-tu vu? » nwt vampfs kâiïe? « avec qui 
es-tu allé? » vâ-says ? (supv:in° 48, 4°) « que dis-tu? » vas lû^ys mi 
â? « qu'as-tu à me regarder? » of vas leyt tar stayn? « sur quoi 
repose cette pierre? », etc. Ici, l'absence du génitif est suppléée par 
une périphrase, telle que vam khèrt (=wem gehôrt) s-ràmasr vo te 
hes? « à qui appartient la serpette que tu as? » (wessen Rebmesser 
hast du ?). 

2. L'interrogatif « quel? » se décline sur un thème vel- (supra 
n° 77, 2°); mais la forme fléchie nt. vel-s ne s'emploie que quand 
le substantif n'est pas exprimé. 



Msc. 


Fm. 


Nt. 


PL 


Nomin.-acc. velr 


veli 


vel, vels 


veli 


Datif velm 


velr 


velm 


vêle. 



3. Plus usuel dans cette fonction est l'interrogatif vas fer e 
(rr^was fur ein) pour les trois genres, pi. vas fer. Les trois mots 
n'en font qu'un, avec accent intense sur l'initiale, ce qui a amené la 
création de l'adjectif dérivé vâsferik (= *was-fûr-ig), v. g. : Har- 
tepfl fayl! — Fâsferiki? — Mïslr. « Pommes de terre à vendre! 
— De quelle espèce? — De celle dite petite souris. » 

§ 6. — NUMÉRAUX ET INDÉFINIS. 

107. I. Le numéral et indéfini ayn, placé devant un substan- 
tif, ne prend aucune désinence au nom. -ace. msc. et nt.; au datif, 
il fait aymp. et ordinairement aym\ le fm. est ayni, dat. aynr. Il va 
sans dire que ces formes supposent qu'on insiste sur l'idée de l'unité. 

2. Ce même mot est employé très communément au sens du 
pronom indéfini « on » : bien entendu, dans ce cas, il n'a ni fm. 
ni nt.; mais, en revanche, il a préservé une forme d'accusatif', et 
offre ainsi l'avantage d'une déclinaison, qui manque au pronom 7nr 
(= man). Le nominatif se construit après le verbe précédé du pro- 
nom sg. 3 ni. : s-maynt ayn Q= *es meint ein), « on croit, on croi- 
rait, on dirait ». Ace. : va-mr siy en te kleye mest, frase-n-ayne t-sey, 
« quand on se fourre dans le son, les cochons vous mangent » 
(inconvénients de fréquenter mauvaise compagnie); vorom rets 
(=redest du) sa krop ayne-n-à? « pourquoi parles-tu si grossière- 



DÉCLINAISON 87 

ment aux gens? ». Datif : va-mr âm venikste trâ tant, Jâlt-s aym 
vetr ofaymôl t, « cela vous revient tout à coup au moment où l'on 
y pense le moins » . 

3. Quand le numéral ayn n'est pas suivi d'un substantif, il fait : 
nomin. ace. masc. aynr (parfois ace. aynè); nt. ayns . Ve fil hentl 
— aynr « combien de chiens? — un »; vçl sit es-s? — hâlvr ayns 
« quelle heure est-il? — midi et demi ». De même, vas fer e hontl 
vas fer e pflâns? (Fûanze) vas fer ehiis? (supra n° io6, 3), mnis vas fer 
aynr? vas fer ayni ? vas fer ayns? On en dira autant de khe « aucun » 
(supra n° 89), et de âl « tout », qui fait : datif âltii et âlr\ pi. âli et 
aie; nt. aies disyllabe% seulement quand il équivaut au lat. omnia. 

4. Le numéral « deux » est tsvay et, — sans distinction de genre, 
mais vieilli et peu usité, — tsvo\ il n'a point d'autre forme. De 
même, trey « trois », uniformément. Mais, à partir de « quatre » et 
jusqu'à « douze », le numéral employé sans substantif prend une 
désinence, nomin. -ace. -/, dat. -e : femf stonte « cinq heures » [de 
durée], mais femfi « cinq », keye te femfe « vers cinq heures »; 
tsvelf ayer « douze œufs », mais tsvelfi, « midi, minuit ». Après 12, 
on recommence à dire tritse « 13 », tsvânsik « 20 », hontrt « 100 », 
tpysik « 1000 » en toute position; hontrti et toysiki signifient « des 
centaines, des milliers ». 

5. Les indéfinis construits sur l'interrogatif (supra 11° 106) sont : 
nomin. -ace. epr « quelqu'un », dat. eprii; nt. epes et eps « quelque 
chose », indéclinable; adverbe epe « par hasard » (<C nhd, etvjà, 
supra n° 53, 3°b), et devant voyelle epe-n-, supra n° 57, 4°. Les 

. négatifs sont, respectivement, nihne « personne », et niks « rien », 
indéclinables. Les autres indéfinis ne relèvent que du Lexique. 



88 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAP 



CHAPITRE II 
CONJUGAISON 



108. Les éléments de la conjugaison sont beaucoup mieux 
conservés en colm. que ceux de la déclinaison. Ils ont toutefois 
subi un déchet très notable, commun d'ailleurs à tout l'alaman 
moderne, par la totale disparition du prétérit, d'où résulte l'absence 
d'une forme simple pour l'expression de l'imparfait et passé histo- 
rique et, la plupart du temps aussi, du conditionnel. Les catégories 
ainsi perdues ont été suppléées par un abondant développement de 
locutions verbales périphrastiques. 

Mais la grande classification des verbes germaniques en « forts » 
et « faibles » est demeurée intacte, sauf quelques altérations de 
détail, et c'est par elle qu'il convient d'ouvrir la matière de la con- 
jugaison, pour faire apprécier la continuité historique de l'admi- 
rable apophonie indo-européenne jusqu'aux plus humbles patois 
contemporains. 

Section T^ — CLASSIFICATION DES VERBES 

109. Le vb. colm. n'ayant plus de parfait à l'indicatif, et 
n'ayant même conservé la forme de ce temps que très exception- 
nellement au subjonctif (infra n° ii8), on n'en déterminera le 
classement que sur la base du participe passé à sens passif, lequel se 
termine en -e (<C -en), avec ou sans apophonie, dans les verbes 
forts, et en -/ (<C -et), toujours sans apophonie, dans les verbes 
faibles. Observons au début qu'il n'est pas sans exemple que, par 
imitation de ce qui se passe aussi en nhd. pour les prétérito-présents 
(infra n° ii2, i), le ppe lui-même soit remplacé par l'infinitif dans 



CONJUGAISON 89 

certains verbes très usuels qui à leur tour se trouvent régir un infini- 
tif : t-miidtr het mi 1ère streke « ma mère m'a appris à tricoter », au lieu 
de hrekc klèrt (=stricken gelehrt), par analogie de la tournure si 
het khene streke « elle savait tricoter », etc., etc. ' 

I" Les verbes forts du dialecte sont, à peu de chose près, ceux de 
l'allemand classique, c'est-à-dire que cette catégorie n'a presque rien 
perdu ni gagné. En fait de déchet, je signale ici, par ordre d'impor- 
tance : heve « tenir », khept (jamais *khove), au lieu de mhd. gehaben 
(gehoben); ketrayt « porté », analogique de er trayt « il porte » 
(Hebel écrit de même treit =getragen, v. g. p. 257); kvept « tissé » 
et ksiikt « sucé », jamais *kvove ni *ksoye; enfin, ksppyt « craché » et 
frvert « embrouillé ». Les autres cas, qui seront relevés au Lexique, 
proviennent de la contamination d'un verbe fort par le causatif 
faible correspondant : ainsi, khant (=^ gehangt), sans distinction des 
types verbaux (hangen, hângen, henken); klest « éteint » (gelôscht, 
erloschen), etc. Mais même cette nuance si délicate se maintient en 
général, et l'on ne confondra jamais, par exemple, e ksvolene pake 
« une joue enflée », avec ksvelti hârtepfl « pommes de terre qu'on a 
fait gonfler » [en les cuisant à l'eau dans leur pelure]. 

2° Inversement, pour les rares verbes faibles qui ont passé cà la 
flexion forte, le phénomène peut se ranger sous trois chefs. 

a) Parfois il n'est qu'apparent, en ce que le colm. montre un ppe 
fort venu du mhd. : sâlse « saler » fait ksâlse en toute fonction; vOye 
« peser » a pour ppe kvôye, qui évidemment relève de l'infinitif mhd. 
wëgen, « wâgen, bewegen ». 

b) Par analogie du ppe fort, soit qu'il ait ou n'ait pas un voca- 
lisme différent de celui de l'infinitif, on constate la substitution de -e 
à -t final. — Avec apophonie : lite « sonner la cloche », klete, 
d'après rite, etc., infra n° no I; vense « souhaiter », et tsente 
« allumer », kvonse et âketsonte, d'après pente, etc., infra n° no 
m, I. — Sans apophonie : roye « se repentir » et trôye « menacer », 
kroye et ketrôye, d'après kspoye, infra n° no I; on dit bien s-het 
kslost « il a grêlé », mais kslpse (d'après slike, infra n° no II) ne 
répugne pas au sentiment linguistique. 

c) Quand le radical du vb. faible se termine en t (supra n° 12, 5°), 
le ppe se trouve avoir une syllabe de moins que l'infinitif, et ordi- 
nairement il se maintient ainsi : reste « apprêter » et rête « parler » 



90 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

font krçst et kret. Mais l'équilibre a été rétabli, par l'addition artifi- 
cielle d'un -e de participe fort, dans hirôte « épouser », khirôte (peut- 
être d'après krôte <^m\ià.. gerâten). 

§ I". — VERBES FORTS. 

110. Les sept classes de la grammaire historique sont représen- 
tées en colm. par des types qui, du moins au point de vue de la 
quantité de la voyelle, sont souvent plus purs même qu'en nhd. 

I. Voyelles radicales : inf. / (< mhd. t > nhd. eï), abrégé en 
colm. devant une sourde du mhd., supra n° 34, 2°; ppe ^(< mhd. i 
> nhd. / ou iè), jamais allongé en colm. : ainsi, non seulement rite 
krete « chevauché », krife kekrefe « saisi », sise ksese, etc. ; mais 
encore lîte klete « souffert », snïte hsnete « coupé »; et enfin plive 
(et pli) kepleve « resté », srive ksreve « écrit », etc., toujours sans 
allongement de Ve. Le présent a naturellement le vocalisme de 
l'infinitif : er rit, er plït, i lit, i srip, etc. 

Le vb. stJke « monter », qui n'est d'ailleurs pas fort usité au ppe, 
ne fait ipas* ksteye régulier (supra n° 15, 1°), mais kstïh par transport 
pur et simple du vocalisme de l'inf. Les deux verbes sreye « crier » 
(< mhd. schrlen) et spoye « cracher » (<C mhd. spûiven doublet de 
spi-wen) font respectivement ksroye (mhd. geschrilweti) et *ksppye 
(< mhd . gespûwen) ; mais ce dernier a cédé devant un ppe faible kspoyt. 

IL Voyelles radicales : inf. iè (< mhd. ie'> nhd. iè), très nette- 
ment diphtongue ; ppe 0, presque jamais allongé : slihe kslose 
« fermé à clef », si9se ksose « blessé par une arme de jet y),frpidte 
frpote « prohibé », tsidye ketsgye « tiré » ; toutefois j^f^'}'^ kflôye « volé ». 
Présent : i slids, te slids, er sliht, mr slihe, etc., sans aucune survi- 
vance de l'ancienne métaphonie du sg. (fleugst, fleugt). Le type à 
voyelle radicale il n'est plus représenté que par un vb., qui même 
en a opéré l'abrègement : sûfe ksofe « bu » ; car sfike « sucer » est 
faible, supra n" 109, 1°. 

ni. I. Voyelles radicales : inf. e (< mhd. / > nhd. i), suivi de 
nasale -|- consonne, mais la consonne parfois absorbée dans la nasale, 
supra n° 49, 3"; ppe ç{<. mhd. u >> nhd. u) : pente keponte « lié », 
jente kfçnte « trouvé », sene ksçûe « chanté », treûke ketrçnke « bu » ; 
le présent, comme l'infinitif. 



CONJUGAISON 9 1 

2. Voyelles radicales : inf. a (■< mhd. è >> nhd. è), suivi de 
liquide -[- consonne; ppe o (■< mhd. o >> nhd. o) : halfe khglfe 
« aidé », varfe kvgrfe « jeté », starve kstorve « mort » ; allongé dans 
pfâle, d'où p dans pfôle « commandé », supra n° 17, 2° (mhd. 
bevëlben bevolhen). Le présent acolm. e (-< mhd. />> nhd. i) dans tout 
le sg. comme en mhd., et non pas seulement à sg. 2 et 3 comme en 
nhd. : / helf « j'aide » (mhd. hilfe), teverfs « tu jettes », er sterpt 
« il meurt », cf. si starve « ils meurent » ; allongé, i pfèl « j'ordonne ». 
Mais le vb. vâre « devenir » (< mhd. wërden) fait : i vor, te vors, er 
vort, mr vâre, etc., supra n° 10, 5°, et la note; ppe vore. 

IV. Voyelles radicales : inf. a (< mhd. ë >- nhd. è), plus rare- 
ment allongé en colm. qu'en nhd.; ppe, mhd, 0, scindé en colm. 
0, et ô, suivant le voisinage : trafe ketrofe « atteint », praye keproye 
« brisé »; nameknome « pris »; sâre ksôre « tondu », kepôre « né ». 
Le présent, comme dans la classe III 2 : i nem (-< mhd. nime), i tref, 
etc. ; mais sans métaphonie dans er fâyt « il fait de l'escrime », i très 
« je bats en grange », te les « tu éteins », etc., d'autant que ce 
dernier a aussi le vocalisme du causatif (supra n°' 23, 2°, et 109, i"). 

Ahd. quëman >- mhd. komen a partout introduit l'p du ppe, 
régulier devant nasale : khome, « venir, venu ». 

V. Voyelle radicale : inf. et ppe a (<; mhd. ë^ nhd. e), éventuel- 
lement allongé devant consonne simple : use kase « mangé » 
("< mhd. ^ëjjen), frkase, « oublier, oublié » ; sa « voir » et hâ 
« vu », kà « donner, donné » (supra n° 49, 2° b), làse klâse « lu », 
etc. Le présent, comme plus haut : iy es (.^ je mange » ; allongé, 
i se, et ordinairement / ^^^ (<< mhd. gesihe) « je vois »; mais, sans 
métaphonie, / làs « je lis », te lâs, er làst, mr làse, etc. 

Le type à voyelle radicale mhd. i >> colm. e est représenté par : 
setse ksase « assis » ; pete kepate « prié » , partiellement confondu avec 
le vb. hihlepate (== beten) et kepat (= gebetet); leye (supra n°' 4 II 
et 15, 1°), klàye « couché », bien distinct du causatif /ûryg klayt. 

VI. Voyelle radicale : inf. et ppe â (<< mhd. a >> nhd. a), ordi- 
nairement allongé comme en nhd. : slâye (et slâ) « battre », kslâye 
« battu »; lâteklâte « chargé », etc. ; le vb. mhd. standen a disparu 
comme en nhd., ne laissant que son ppe kstânte, qui est entré dans 
le système de stè (= stehen). Au présent, la métaphonie ancienne 
de sg. 2 et 3 ne s'est conservée que dans te slfs « tu bats », er slêt 



92 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

« il bat », avec absorption du y dans la voyelle; partout ailleurs, 
te pays « tu cuis », er fart « il va en voiture », s-hhorn vâkst « le 
blé pousse », etc. ; sur er trayt « il porte », cf. supra n° 7, 6°; sur 
U métaphonie, d'ailleurs générale et récente de vase « laver », i vas, 
te vas, er vast, ppe kvase, supra n° 23, 1°. 

Le vb. sâfe, ne signifiant jamais que « travailler », et non « créer », 
lait au ppe ksàft; quant à son doublet sepfe (Jisepfi), il ne signifie que 
« puiser ». Des deux autres verbes de cette classe à inf. métapho- 
nique, l'un a passé à la conjugaison faible, heve khept, supra n" 109, 
1°; l'autre, svère « jurer », a le même vocalisme allongé qu'en nhd., 
ksvôre. 

Vn. Voyelle radicale de nature diverse, mais toujours semblable 
à l'inf. et au ppe : halte « tenir » khâlte, prête « rôtir » kepràte, stase 
« pousser » kstôse, hayse « s'appeler » khayse, sayte « se séparer » 
ksayte, etc. Les seules exceptions sont : rpfe « appeler » (<C mhd. 
nïefen'), qui a la métaphonie à l'infinitif et au présent, mais non pas 
au ppe krii^fe ( <; mhd. geruofen'), et loyfe « courir », qui fait klofe 
(<; mhd. geloffen, et non gelouf en) . Le présent, comme dans la classe 
VI : er hâlt « il tient » ; er loyft, âvr te fâns-ne vol, « il court, mais 
tu le rattraperas bien ». 

La forme hâne (= gegangen), qui, comme en nhd., sert de ppe 
à kè (==gehen), n'est toutefois pas aussi isolée qu'en nhd. : indépen- 
damment du parfait, conservé en tant que subjonctif et condition- 
nel (infra n° 118, 1°), la locution / kâiï « je vais » existe encore, 
quoique vieillie, et en tout cas l'impératif hân nome « gehe nur » est 
au moins aussi usuel que kè « tu peux t'en aller ». 

§ 2. — VERBES FAIBLES. 

111. Le verbe faible étant aujourd'hui perçu par le sens linguis- 
tique de tout sujet parlant allemand comme la norme même de la 
conjugaison, il va sans dire qu'en colm. plus encore qu'en nhd., il 
s'est nivelé et réduit au minimum d'irrégularités : il n'y présente 
donc presque plus aucune particularité intéressante et n'appelle que 
de brèves observations (cf. supra n" 109, 2"), 

I" L'ancienne alternance de vocalisme, résultant de ce que le 
présent et l'infinitif présentaient une métaphonie partiellement sans 



CONJUGAISON 93 

application au ppe, soit le type ahd. brennen « brûler » et gibrennit, 
mais gibrantèr, a été si rigoureusement uniformisée, par extension 
de la métaphonie au ppe lui-même, que la classe dite en nhd. des 
verbes « mixtes » peut être tenue en colm. pour inexistante : ainsi, 
prane « brûler » (= brennen) et keprant (== *gebrennt), rane 
« courir » et krant, émane « nommer » [à un emploi] et ernant, etc. 
Seuls ont survécu : frvânt « propinquus », évidemment parce qu'il 
a cessé de bonne heure d'appartenir au système du vb. vante 
(= v^enden), et pekhânt au sens de substantif-adjectif (fr. « une 
connaissance »), par une raison analogue, quoique son rapport avec 
le vb. khane soit encore saisi. Des deux verbes où la modification 
vocalique, par suite d'allongement germanique, est encore plus 
ancienne et plus profonde, preûe a gardé son ppe historique keprôyt 
« apporté » (-< mhd. gebrâht), mais tanke n'a pas résisté au nivelle- 
ment et s'est créé un ppe nouveau ketaiit « pensé ». 

2" Bien que l'indice initial ke- ou k- du ppe disparaisse assez 
souvent par voie phonétique (supra n° 12, 1°), il n'en est pas moins 
perçu comme partie intégrante de cette forme verbale '. Il en résulte 
que même les verbes faibles provenus d'emprunt récent s'ornent 
assez souvent de ce préfixe : on dit bien, comme en nhd., poystepiht 
« épelé », et aussi emfeti^rt^^ invité y>,prasiht « urgent » (=pressirt), 
lerânsiht « importuné », tfspetiht « disputé » ; mais on peut dire 
aussi ketespetiht, et l'on dit couramment kspâtsiht « promené », 
klâksiht « purgé », er het si ketrompiht « il s'est trompé », ta kharl 
es kâr oiïkseniht (= ist gar * un-ge-genirt) « voilà un gaillard qui 
ne se gêne pas, bien malappris », etc. 

§ 3, — AUTRES TYPES VERBAUX. - 

112. Les types aberrants par quelque raison que ce soit appar- 
tiennent surtout au Lexique ; mais il convient d'en indiquer ici les 
particularités au moins les plus saillantes. 

I. Prétérito-présents. — a) Les types conservés par le colm. sont, 
dans l'ordre habituel d'énumèration des grammaires historiques : 
vese « savoir », kone « donner volontiers », terfe « avoir la permission 
de », khene « pouvoir », sole « être obligé de », midse ou niià « être 
contraint de » ; le vb. mhd. niiigen n'a plus guère que le parfait du 



94 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

subjonctif, /' meyt. — b) Tous ces verbes ont le ppe semblable à 
l'infinitif, sauf kvest « su )>. — ■ c) Ils ont aussi un parfait du 
subjonctif, qui fait fonction de conditionnel, infra n" ii8, 3°. — 
d) La conjugaison du présent ne diffère pas de celle du mhd. et 
nhd., c'est-à-dire que sg. 3 est semblable à sg. i (er terf, er khâ, 
er sol, er iiiius), excepté dans er vayst « il sait » . 

2. Le vb. vêle « vouloir » fait : ppe comme inf., er het pârtiï net vêle ^ 
« il n'a absolument pas voulu » ; présent / vel, er vel, mr vêle, etc. ; 
sg. 2 t-vet, plus pur qu'en nhd., reproduit curieusement mhd. wilt. 
Cf. supra n° 49, 5°, et voir infra n° 118, 3°. 

3. Le vb. se « être » (i pen, te pes, er çs, mr sen, etc.) fait au ppe 
ksé (<C mhd. gesïn, supra n° 34, 5°) et se conjugue comme en nhd. 

4. Les anciens verbes radicaux, tû9 « faire », kê « aller », stè n se 
tenir », n'ont naturellement plus que leur ppe qui les distingue de 
la conjugaison ordinaire : ketô « fait », kâïie, kstânte. 

5. Les formes contractes (ahd. segis >> mhd. seist, etc.) sont 
encore représentées en colm. par quelques survivances : te says 
« tu dis », te trays « tu portes » ; er sayt, er trayt, etc. 

6. Les deux principaux verbes syncopés sont, comme en mhd., hâ 
« avoir » et là « laisser », ppes khet et klô. On y joindra mihe >> mid 
(supra i)^ et l'on en cherchera la flexion au Lexique. 

Section n. — MODES, TEMPS ET DÉSINENCES. 

1 13. Vu le fort déchet des temps et même des désinences, il y a 
lieu de les étudier ici en fonction des modes. En dehors de l'infinitif, 
qui est hors de cause, du participe passé dont on a vu la formation 
(supra n°^ 109- 112), et du participe présent, très peu usité et tou- 
jours caractérisé par un simple -/ (< -r.d-, supra n" 58, 1° c), nous 
distinguons dans notre dialecte les trois modes usuels du germa- 
nique : indicatif, impératif et subjonctif. 



CONJUGAISON 95 

§ I". — INDICATIF. 

114. L'indicatif n'a conservé qu'un seul temps simple, le présent, 
dont le vocalisme radical, en tant qu'il diffère de celui de l'infinitif, 
a trouvé place au n" iio. Restent les désinences. 

I. Sg. I, toujours sans désinence, par chute de mhd. -e final, 
supra n" 12, 4" : inem « je prends », ifent « je trouve », i pU « je 
reste », etc., comme i kè « je vais »; ilèr « j'enseigne » et 
« j'apprends », i mây^ « je fais », / spâtsih « je me promène », etc. 

Sg. 2, désinence -s, supra n° 48, 1° c, partout propagée : te pes 
« tu es », te hes « tu as », te nçms « tu prends », te f^nts >> fçns 
(supra n" 49, 1° a) « tu trouves »; te mâys « tu fais »; te vays 
« tu sais », te khâs « tu peux », te terjs, te mii^s, etc. 

Sg. 3, désinence -t, partout propagée, sauf dans les prétérito- 
présents, supra n" 112, i d : ^r nemt « il prend », s-kèt « cela va », 
s-kçt(= es giebt) « il y a », si lèrt « elle apprend ». Disparue quand 
le radical du vb. se termine en dentale : er rit « il monte à cheval », 
mr ret « on parle », si fent-s (>- fens^ net « elle ne le trouve pas », 
s-petit yo niks « cela est insignifiant » (= es bedeutet ja nichts), etc., 
supra n° 12, 5°. Supprimée aussi dans er es « il est »_, sans doute 
par influence analogique de te pes. 

II. PL I : en fin de syllabe atone, -e (< mhd. -en > nhd. -en), 
mais avec réapparition constante de Vu final en liaison devant 
voyelle, mr name si « nous les prenons » et mr name-n-eyy « nous 
vous prenons », supra n° 57, i"-2° ; après voyelle accentuée, -«, 
V. g, mr kan « nous donnons » comme mr kan-tn « nous lui 
donnons », mr scn « nous sommes », mr han « nous avons », mr 
mih « il fiiut que nous », etc., supra n° 56, 7". Cette alternance 
phonétique constante se reproduit invariablement de même à pi. 2 
et 3. 

PL 2 : comme pi. t, mais représentant évidemment mhd. -ent, 
que l'alaman, comme on sait^ a fait passer de pi. 3 à pi. 2 (jr nëment 
d'après j-/ nëment). Postérieurement, vers le début du nhd., la finale 
de pi. 3 a perdu son t final par analogie de celle du subjonctif, et la 
désinence alamane de pi. 2 l'a fidèlement suivie dans son évolution, 
en sorte que le colm. n'a qu'une forme pour le pluriel : er kèn 



96 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

« VOUS allez », er miM « il faut que vous », er sçn « vous êtes »; 
er name, etc. 

PI. 3 : si sen « ils sont », etc., cf. pi. 2. 

§ 2. IMPÉRATIF. 

115. L'impératif n'a également qu'un temps, et au surplus se 
compose en majorité, comme en nhd., d'emprunts au subjonctif. 

I. Sg. 2, phonétiquement sans désinence, soit que le mhd. ait eu 
ou non V-e final : 1er « étudie », khoy^ « cuis » (supra n" 114, I, i); 
peut « lie », trçnk « bois ». Dans les classes III 2, IV et V de verbes 
forts, le vocalisme radical est naturellement le même que celui du 
sg. du présent : w?/« jette », nçm « prends », es « mange ». 

Sg. 3, qui appartient au subjonctif, n'est employé que par semi- 
politesse (supra n° ici, n. 3), et de cet usage unique résulte une 
curieuse contamination grammaticale : la forme, qui en colm. ne 
saurait avoir de désinence (mhd. -e >> nhd. -e) prend, dans les verbes 
à vocalisme variable, le vocalisme radical de sg. 2, également sans 
désinence, qu'elle remplace. A une servante on dira : khatele, nem 
si ti' pàse, onfây si for tr ter, « Catherine, prenez le balai, et balayez 
devant la porte ». Or la correction exige évidemment * nam si 
(<C mhd. nëme si), qui ne se dit jamais. Bien plus, la corruption 
peut aller jusqu'à faire dire nemt si, avec une désinence de sg. 3 
comme si le vb. était à l'indicatif. 

II. PI. I : name mr^ « prenons », etc., supra n° 114, II, i. 

PL 2 : name, comme pi. i, mais toujours sans pronom; après 
voyelle accentuée, kan « donnez », km « allez », etc., sans plus 
aucune trace de l'ancien -et final, supra n° 114, II, 2. 

PL 3 : name si, kan si, etc., supra n" 114, II, 3. 

§ 3. — SUBJONCTIF. 

116. Les désinences personnelles du subjonctif sont naturelle- 
ment, comme en nhd., les mêmes que celles de l'indicatif, à la 
similitude près de sg. i et sg. 3, qui dès lors en colm. sont sans 
désinence. Type de conjugaison : (présent) i sey « je sois », te seys, 
ersey, mf seye, etc. ; (imparfait) / vàr « je fusse », te vârs, er vâr, 



CONJUGAISON 97 

mr vàre, etc. On voit que le mode a gardé ses deux temps simples, 
mais non pas, tant s'en faut, dans tous les verbes. 

117. I. Présent. — Le présent du subjonctif, surtout, est très 
médiocrement représenté ; car l'emploi en est nécessairement fort 
restreint dans les idiomes populaires, et dès lors la conscience tend 
à s'en effacer. En effet, il n'y saurait apparaître que : a) dans les 
formules de souhait et en proposition subordonnée de finalité; 
b) en discours indirect ; c) en fonction d'impératif, cf. supra n"" 115. 

Cela posé, l'extrême similitude du présent du subjonctif et du 
présent de l'indicatif, partout ailleurs que dans les verbes se et hâ, 
était évidemment peu favorable à la conservation du premier de 
ces temps. Aussi peut-on résumer en peu de mots ce qu'il en reste 
dans l'usage. 

1° Le subjonctif sey « soit » est très usité en toute fonction : 
a) kot sey mr knâtik! « que Dieu ait merci de moi! », mais on dit à 
l'indicatif tâs te-n-emgl tsfrète pes « pour qu'une bonne fois tu sois 
satisfait » bien plutôt (\\itseys\ b) mr het mr ksayt er sey âkhome « on 
m'a dit qu'il était arrivé » ; c) sey tan frnemftik « sois donc raison- 
nable », etc., etc. 

2° Le vb. M a en alaman une forme de subjonctif, mhd. hebege 
>> beige > colm. hayk, qui ne s'emploie que dans le discours 
indirect : mr maynt te hayks khe pliidt en te-n-ôtre « on dirait que tu 
n'as pas de sang dans les veines ». 

3° La forme du subjonctif, reconnaissable à l'absence de dési- 
nence en sg. 3, ne subsiste plus, pour les autres verbes, que dans 
quelques formules de souhait consacrées par l'usage : say i kot 
« Dieu vous bénisse ! »' hàlfikot! (== mhd. hëlfe iu Gott) souhaita 
quelqu'un qui éternue ; phiHihot! {= mhd. behiute dich Gotf) « à 
Dieu ne plaise ! » hôl ti tr teyfl ! « le diable t'emporte ! » 
(rare, cf. infra 4° a); ay seslâtr pomr tri! Mg. 65 (euphémisme pour 
tontf) « que le tonnerre l'écrase ! » . Ici même, comme à l'impératif 
(supra n" 115, I, 3), la contamination del'indicatif est intervenue : 
on lit Mg. 66slât siy var veP! « se batte qui voudra! » 

4" Ailleurs qu'en phrase toute faite, le subjonctif est suppléé : 
— a) en formule de souhait, par une périphrase que fournit le vb. 
sole « devoir », v. g. kot sol ti trèste! (.<■ Dieu te console! » tr 

XI. — v. Henry. — Le Dialecte Alaman de Colmar. 7 



c>8 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

tey}l sol-mhôle! « le diable l'emporte! » — b) en discours indirect, 
tout simplement par l'indicatif, v. g. mr sayt er khomt morn « on 
dit qu'il viendra demain », kloyps i vor e nâr ? « crois-tu que je 
devienne fou ? >- est-ce que tu te gausses de moi ?» ; — c) pour 
l'impératif, cf. supra n° 115. 

118. IL Imparfait. — L'imparfait du subjonctif est beaucoup 
mieux conservé que le présent ; mais l'usage en est tout différent. 
Il ne saurait, en effet, jouer le rôle d'impératif, ni non plus figurer 
en discours indirect, puisque le discours direct ne connaît plus 
l'imparfait de l'indicatif. Restent donc seulement les formules de 
souhait et les propositions de finalité : vâri! « fussé-je! » hat i ! 
« eussé-je! » i vgt te vârs vo tr pfafr vâkst! « je voudrais que tu 
fusses là où croît le poivre ! » (aux pays lointains, à tous les diables). 
Ces locutions sont communes, mais souvent aussi remplacées par 
la formule conditionnelle : van i nor vâr « si seulement j'étais », 
van te nor vârs, etc. Car c'est ici, comme en nhd., la fonction con- 
ditionnelle qui demeure l'essentielle raison d'être du maintien de 
ce temps ; et cela, bien entendu, dans l'une et l'autre proposition 
de l'expression conditionnelle : van i nçr toysik livr vante hat, se vàr 
i tsfrête, « si j'avais seulement mille francs de rentes, je serais satis- 
fait y> ; van er kihït (infra 5°), « s'il allait », etc.' 

La conséquence de cette adaptation presque exclusive, c'est que 
le colm. n'a pu conserver que les imparfaits de subjonctif très 
usuels qui en nhd. sont pratiquement propres à assumer le rôle de 
conditionnel. Or ceux-ci sont, comme on sait, en assez petit 
nombre, que le colm. réduit encore. On se bornera ici à énumérer 
les plus usités. La loi de formation est exactement la même qu'en 
mhd., avec une grave contamination en plus. 

1° Verbes forts : i nâm (<[ mhd. naetne) « je prendrais », / 
khàm « je viendrais » ;/ vàr « je serais », i sa « je verrais », i kdp 
« je donnerais » (mais cf. infra 5"); ikih'i « j'irais ». 

2° Verbe faible : un seul, i hat « j'aurais ». 

3° Prétérito-présents et assimilé : ivest « je saurais », / khent « je 
pourrais », i sot « je devrais », i meyt « il se pourrait que je » ou 
« je voudrais bien », i miht « il faudrait que je », mais cf. infra 
n" 123, I ; i vot « je voudrais ». 



CONJUGAISON 99 

4° Verbe radical : un seul, / tat « je ferais» (< mhd. taeiè), avec 
abrègement très probablement analogique de i bat. 

5° Le grand nombre relatif et le caractère fort usuel des formes 
de conditionnel à -t final a amené l'addition abusive de ce -/ à 
plusieurs imparfaits de verbes forts ^ : / khâmt, ikunt, et toujours 
:iM^\., si khâmte, si kimte. Ainsi a été créée aussi une forme de con- 
ditionnel / kat (= mhd. *gaebté), qui d'ailleurs ne signifie jamais 
plus « je donnerais », mais sert d'auxiliaire dans la conjugaison 
périphrastique, infra n° 123, 3. 



Section III. — PERIPHRASES VERBALES. 

119. La conjugaison par auxiliaires, qui remédie à l'insuffisance 
de la conjugaison simple, s'applique, en colm. comme en nhd., 
aux trois catégories du temps, du mode et de Taspect verbaux. 

§ ^*^ — TEMPS PÉRIPHRASTiaUES. 

120. L Passé. — i. La complète disparition du passé histo- 
rique a eu tout à la fois pour cause et conséquence le développe- 
ment considérable du passé par les auxiliaires « être » et « avoir » . 
La répartition des verbes entre ces deux auxiliaires est, si je ne me 
trompe, exactement la même en colm. qu'en nhd. : i hâ ksayt, 
« ich sagte, ich habe gesagt », sans distinction ; te hes kmaynt, « tu 
as cru, tu croyais »; er het kloye « il a menti », mr han ksreve « nous 
avons écrit », etc. ; ipen kâne, « ich ging, ich bin gegangen », sans 
distinction ; te pes klofe, « tu courais, tu as couru » ; er es ksprçne 
« il a sauté », mr sen khome « nous sommes venus », etc. 

2. Lorsqu'il est nécessaire de préciser la notion de l'imparfait 
d'habitude, on le fait par l'addition d'un adverbe âls, qui au 
surplus nuance de même le présent' : er es âls âm sçntik tso ons 
khome « il venait chez nous le dimanche » ; sans âls, la phrase 
signifierait « il est venu chez nous dimanche dernier », et ce con- 
traste est constant. 

3. Par le même procédé, en joignant à un ppe l'imparfait du 
subjonctif de l'un de ces auxiliaires (supra n° 118, i°-2°), on 



100 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAK 

obtient un plus-que-parfait du subjonctif ou conditionnel passé : 
hat-i-s kvest ! « si je l'avais su ! » te hats sole-n-ântvorte « tu aurais dû 
répondre » ; mr hâte sçkhene vârte « nous aurions déjà pu attendre » 
(c'est en vain que nous aurions attendu) ; van i net trpi (== dabei) 
kse vâr, vâr er kfâle, « si je n'avais pas été là, il serait tombé ». 

4, Mais le plus-que-parfait de l'indicatif, lorsqu'il est absolument 
nécessaire de l'exprimer, exige naturellement une cascade d'auxi- 
liaires : er het ketrohke khet « il avait bu ». 

121. II. Futur. — I. Au moins aussi volontiers que le nhd., le 
colm. rend l'idée du futur par le simple présent : morn raysiâp, 
« demain je pars en voyage » ; van er pfife, se sefi i nem, « si vous 
sifflez, je ne chanterai plus ». Mais, pour préciser la notion du 
futur, on emploie l'infinitif régi par l'auxiliaire vàre (= werden) : 
te vors ti so stipre, « tu sauras bien faire effort, te tirer d'affaire » ; 
s-vort ti-n-emçl roye, « tu t'en repentiras un jour ». Il va de soi que 
ce vb. peut aussi se servir de futur à lui-même : va-mr sitrûs lim, 
vàre si nâs, « si nous les laissons dehors, ils se mouilleront » ; van 
te-n-em trak vais, vors kfetst, « si tu vas patauger dans la boue, 
tu auras le fouet » ' . Enfin, l'emploi usuel de cet auxiliaire incolore 
n'exclut pas plus qu'en nhd. celui d'autres verbes à signification 
future plus nuancée : evrmorn sole si âkhome, « c'est après-demain 
qu'ils arrivent » [obligatoirement]; vârt i vel tr... ! (= wart', ich 
will dir... !), « quos ego... », menace; yô, van te prâf pcs, terfs 
(= darfst) met, « oui, si tu es sage, tu viendras avec [moi, nous], 
je t'emmènerai », etc. 

2. La combinaison de l'auxiliaire vâre avec ceux du passé (n° 120) 
donne au colm. un futur antérieur, qui y a surtout, comme en 
nhd., le sens de passé dubitatif : er vort e seple (== ein Schôpplein) 
ts-fil ketrçnke hâ, « il aura bu un coup de trop = je crois bien qu'il 
a bu... » 

§ 2. — MODES PÉRIPHRASTiaUES. 

122. 1. Indicatif. — Extrêmement usitée est une périphrase qui, 
comme en nhd., a pour base l'emploi de l'auxiliaire mhd. tuon, et 
pour effet d'appuyer, d'appeler l'attention sur l'affirmation énon- 
cée : i tû9-s nètse, « je le mouille », en décrivant avec soin une série 



CONJUGAISON ICI 

d'opérations à laquelle on soumet l'objet en question; iy tu3-s 
ayketlik layke, « moi, je le nie expressément ». 

II. Impératif et subjonctif. — On a vu (n° 117, 4°) les périphrases 
qui sont de nature à suppléer le subjonctif. Quant à celle du nhd. 
par « lasst uns... », elle est inconnue à l'impératif colmarien. 

123. III. Conditionnel, — i. Parmi les quatres types de con- 
ditionnel de notre dialecte, il en vient tout d'abord un si simple en 
apparence, qu'il ne semble pas périphrastique et résiste à l'analyse. 
Il existe surtout pour les verbes qui ont déjà un conditionnel 
simple (supra n° 118), et consiste dans l'addition à celui-ci d'une 
syllabe -ikt ou -it qui fait corps avec le verbe. Je donne de l'une et 
de l'autre forme les principaux exemples relevés dans Mangold : 
terftîkt Mg. 12 « aurait loisir de », ver tikt Mg. 98 « deviendrait »; 
vertit Mg. 81 « deviendrait », vestit Mg. 34 « saurait », mihtit Mg. 
83 « serait contraint de », mais mihtikt est également d'emploi tout 
à fait courant. 

Cette affixation a un double avantage. Elle insiste sur la notion 
du conditionnel pour les verbes qui ont un conditionnel sans péri- 
phrase : ainsi vest « saurait » (= wûsste) Mg. 49 se comprend fort 
bien, mais vestit est plus clair ; d'autre part, *terft et *vert le sont si 
peu, qu'ils ont été partout remplacés dans l'usage par terftit et vertit. 
Mais, de plus, les verbes faibles, qui ne sauraient avoir de condi- 
tionnel simple, puisque l'imparfait du subjonctif s'y confond avec 
l'imparfait de l'indicatif, se procurent ainsi une forme concise de 
conditionnel par l'addition de l'affixe -it à leur imparfiiit indifférent : 
venstit Mg. 76 « souhaiterait », mayntitMg. 78 « penserait », âhèrtit 
Mg. 88 « écouterait ». 

Cela posé, qu'est-ce enfin que cet affixe ? Je n'en ai trouvé d'expli- 
cation nulle part *. Il est clair qu'on ne saurait songer au -dêdjau 
gotique. Si l'on en avait un instant la velléité, la forme à gutturale 
-/^/interdirait de s'y arrêter; car il est évident que cette forme 
plus pleine est aussi la plus ancienne, et que le type -it provient 
d'allégement en syllabe atone (cf. supra n" 49, 4" e). Dès lors, on 
se trouve naturellement amené à penser au mhd. iht, qui a le sens 
de « irgend », et qui était parfaitement approprié à se placer après 
un conditionnel pour en renforcer le sens éventuel ou dubitatif : 
bref, / vest-ikt serait l'équivalent exact de « ich wûsste *icht » et 



102 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

signifierait « je saurais d'aventure ». Pour la phonétique, voir aussi 
n° 15, 2°, et la note 5 du n° 49. 

Mais, autant la genèse de cette forme me paraît sûre, autant elle 
s'est obscurcie dans son évolution ; car cet -it n'est plus un affixe, il 
est devenu un véritable « infixe » de conjugaison. Comme on disait 
i vest et te vests, on a été tout naturellement amené, d'après / vestit, 
à dire aussi te vestits Mg. 41 « tu saurais », et de même au pi. W7f 
vestite, etc., quoique peu usité. On voit ainsi comment un mot pri- 
mitivement indépendant, mais enclitique, peut s'enkyster en 
quelque sorte et perdre toute individualité. 

2. Tous les verbes, soit qu'ils aient ^ ou non un conditionnel 
simple, peuvent se former un conditionnel périphrastique, au 
moyen du conditionnel tat (== mhd. taete, cf. supra n° 122 1) 
régissant l'infinitif : van i-s-vese tat « si je le savais » ; tu tats lû9ye, 
« c'est toi qui regarderais > tu serais bien étonné » ; mr tat-s-tii 
ne-klgyve, « il aurait beau le dire, on ne le croirait pas » ; ti9 tate 
Ipyfe, « en voilà qui courraient > se sauveraient », etc. 

3. Aussi usuel, si je ne me trompe, que l'auxiliaire tat, mais 
jamais après van « si », est l'auxiliaire kat, qui se construit de 
même et dont on a vu l'origine, supra n° 118, 5°'. 

4. Quelquefois le conditionnel de vêle « vouloir » joue très bien 
le rôle d'auxiliaire : tiy, i vot ti yo met-re-n-ôrfik tôtslâye, « toi, mais 
jeté tuerais d'un soufflet ». 

5. Sur le passé du conditionnel, voir plus haut n° "120, 3. 

§ 3. — ASPECTS PÉRIPHRASTICyjES. 

124. L'expression des aspects verbaux est la même qu'en nhd. 

I. L'aspect réfléchi s'exprime par le double pronom, sujet et 
régime : i vas mi « je me lave », te sams ti « tu as honte > tu es 
timide », er ffstekt si « il se cache », etc. ; si l'on veut insister, on 
peut ajouter salpst^ dont l'emploi est pourtant assez rare. 

IL L'aspect réciproque s'exprime de même, ou par enântr (=: 
einander) : mr ffstèn çns ou enântr, « nous nous entendons » ; si 



CONJUGAISON 103 

vele siy slâ, « ils veulent se battre » ; smotse-n-enântr , « embrassez- 
vous ». 

III. L'aspect passif combine le ppe passé du vb, avec l'auxiliaire 
vàre (= werden) : er vort kstrôft, « on le punit, on le punira » ; 
er çskfâr'ievore, « il a été pris, on l'a attrapé ». 



104 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 



APPENDICE I 
LES FORMES HYBRIDES 



125. On a pu se convaincre que le phonétisme de notre dia- 
lecte est en général d'une rare pureté, à ce point que la simple 
connaissance de l'allemand historique, accompagnée d'une stricte 
observation de nos lois phonétiques, permettrait de décalquer 
presque à coup sûr en colmarien n'importe quel mot ou quelle 
phrase de « bon allemand ». Quelques mots, toutefois, font excep- 
tion, en ce qu'ils semblent avoir subi, surtout dans leur vocalisme, 
l'influence de cette dernière langue ou de dialectes qui s'en rap- 
prochent davantage. C'est l'origine et le degré de cette influence 
que je voudrais essayer de préciser brièvement. 

Bien que l'alsacien ait vécu aussi isolé que possible, durant deux 
siècles, de la souche dont il s'est séparé, trois causes de contamina- 
tion, de très inégale importance, n'ont pas cessé d'agir sur lui et de 
gêner quelque peu son évolution normale : le voisinage, le livre, le 
culte. 

La première est presque insignifiante. Sans doute, d'un bord à 
l'autre du Rhin, les relations sont demeurées continues, mais sui- 
vies et étroites seulement entre les riverains immédiats. Colmar est 
à trois lieues du fleuve : au temps des diligences et du roulage, 
cette faible distance suffisait amplement pour que la langue badoise, 
d'ailleurs peu diff"érente de l'alsacien, demeurât à peu près confinée 
dans son domaine. Quant à l'allemand officiel, il n'a guère pu 
s'infiltrer par là que pendant la période antérieure au traité de 
Westphalie. 

La littérature mérite plus d'attention : elle comprenait quelques 
ouvrages de piété ou d'économie domestique, les almanachs 
annuels, et surtout la presse quotidienne ou plutôt hebdomadaire. 
Tous les journaux alsaciens étaient bilingues, si même ils n'étaient 
entièrement rédigés en un allemand, sans doute de style médiocre, 



APPENDICES 105 

mais d'orthographe irréprochable. A la veillée, le chef de famille 
en faisait parfois la lecture à haute voix, et se trouvait ainsi amené 
à prononcer les mots tels qu'il les voyait écrits, c'est-à-dire en 
hôytits. Mais, outre qu'il lui arrivait d'être embarrassé de le faire_, il 
se voyait souvent contraint, pour s'accommoder à l'oreille de son 
auditoire, de les traduire en phonétisme alsacien, et cette transpo- 
sition jargonnante ne laissait pas de produire les plus étranges effets, 
dont on va juger dans un instant. 

Mais le rôle capital, dans l'hybridation, appartient à coup sûr à 
ce qu'on nomme en pays protestant le pâstôretayts , à la langue à la 
fois relevée et populaire du sermon catholique, du prêche luthérien 
et de la prière en commun. Ma mère, très pieuse, m'emmenait 
parfois, tout enfant, à la récitation du rosaire, et les syllabes de la 
Salutation Angélique, mille fois répétées à mon oreille, ont laissé 
dans ma mémoire une empreinte malheureusement intranscriptible 
dans sa rigoureuse justesse. En voici la clausule : ...tù pis kepenetayt 
ontr taie vayvr, on kepenetayt is tï frçyt taynes laypes. Hayliyi Mâryâ, 
mûdtr kotes, pet fer ons, arme sûntr, yet^ ont en tr stont onseres 
âpsterves, amen. Cette simple phrase n'appelle pas moins de trois 
observations essentielles. 

1° On remarquera d'abord le caractère disparate de la représen- 
tation. Dans laypes (^^Leibes), le b allemand subsiste sous la forme 
p, tandis que, dans vayvr (=Weibern), l'association d'idées avec 
le terme alsacien très usuel vtvr amène la concordance, régulière 
par ailleurs, mhd. b >- colm. v. On attendrait pat « prie » (=: bete); 
mais il y a eu contamination de \'e de ce dernier mot avec celui de 
pet (="bitte). L'/' bref allemand, tantôt reste i, tantôt se change 
régulièrement en e colm., suivant des hasards de rythme ou d'ac- 
centuation qu'il serait trop long d'essayer de démêler. 

2° En général, cependant, les phonèmes allemands que le dialecte 
possède dans d'autres mots, restent intacts dans ceux-ci : il dira 
laypes et non lipes, âpsterves et non âpstarves, parce que la voyelle e 
et la diphtongue ay lui sont familières; il assombrit seulement Va 
allemand en â. Mais, n'ayant pas d'tt, il dira froyt, et non fruyt, 
quoique un effort de plus l'ait amené à prononcer presque un u franc 
dans tù (= du), syllabe que le rythme fait nettement ressortir. De 
même, il dira pis et is, parce que le groupe st y est, sinon tout à 



I06 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

fait inconnu, au moins d'une rareté exceptionnelle (supra n° 80) ', 
3° Enfin, ce qui se dégage surtout, pour le récitant, d'une sem- 
blable récitation, c'est la conscience confuse d'une concordance 
déterminée entre la langue noble et celle de tous les jours, c'est la 
conclusion que, pour parler correctement, il faut remplacer tel son 
du dialecte par tel autre son du « bon allemand ». De là, l'intru- 
sion de locutions absolument contraires au phonétisme du dialecte : 
l'exclamation de surprise, d'indignation ou de pitié, mayn kot! 
(jamais *mi kot) « mon Dieu! »; une locution tombée de la chaire, 
t-kheys tsûsân « la chaste Suzanne », amenant un adjectif kheys 
(=^keusch), au lieu de *khis qui seul serait régulier; et divers 
autres termes relevés qu'on a rencontrés au cours de ces pages. Une 
fois dan^ cette voie, l'illettré est sujet à l'a hyperclassicisme », et il 
pourra bien lui arriver, comme à moi dans mon enfance, de dire à 
un paysan allemand surpris à table, pour lui faire plaisir et honneur : 
« Guten *Appeteit. » 



APPENDICES 



107 



APPENDICE II 



SPÉCIMEN 



126. Je donne ici, dans ma transcription phonétique, avec la 
traduction allemande en regard, une scène colmarienne qui est un 
véritable petit chef-d'œuvre de sincérité et d'accent. 

sâmpetis. — posorerlim Jean - Baptiste . — Bonjour, ihr liebe 
lit ;posor, pape stûdlpayn;vid Leute; bonjour. Papa Stuhlbein; wie 
stèt-s me-tr ksonthait? kves steht es mit der Gesundheit? Gev^iss 
kû3t, tan s-âsâne preût-s gut, denn das Ansehn bringt es 

mit. Zeiget ' ihr Leute, nehmet 
eine Prise ^. Ohne zu flattieren, 
Meister St., ihr werdet aile 
TagejiJnger, schônerund frischer; 
Bâcklein macht ihr wie ein 
Pfeifer, lustig seyd ihr wie eine 
Lerche ; ich sehe euch ' (also) im Feld 
herummanôwr[ir]en wie ein Hase; 
ja, ja, es scheint die Besenfabricke 
mâche gute Wirkung. Es ist euch 
ts-vense,erfrtime-s,m.st., zu wunschen, ihr verdienet es, M. St., 
er frtime-s ; âvr soye n- ihr verdienet es; aber schauet, ihr 

soUtet euch jetzt ruhig^ 
setzen und aus den Renten leben. 
Ich wûsste euch einen braven, gelehrten, 
reichen, stillen, râsonnablen, 
ei ng ez og en e n, tugendsamen 
Tochtermann. Was sagt ihr 
dazu. Papa St.? Wisset ihr, 
so lang als ich Geld hâtte, hâttet 
ihr auch. Zeiget, machet 



met. tsaye-n-er lit, name- 
n-e pris... ône ts-flâtihe, 
maystr st., er vàre-n-âle 
tây yefif, sênr çnfresr; 
paklf mâye-n-r vid-n-e 
pfifr, lostig sen-r vid-n-e 
leriyj i sê-v-i âls em fait 
erommânêvre vid-n-e bas; 
ya, ya, s-'sint t-pâsefâvrik 
mâyt kii3ti verikoû. s-es-i 



er sote-n-i yets ridvik 
s et se on us te rante lave, 
i vest-i ne prâfr, klêrtr, 
riyr, stelr, resonâvlr, 
ïketsgyenr, tfiketsâmr 
toytpnân. vas sâye-n-r 
irtsiid, pape st. ? vese-n-r, 
so lâfi as i kalt hat, hate- 
n-f oy. tsaye mâye-n- 



io8 



LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 



emôl so-n-e kspâs, on 
ka-nir eyer tsilsânfer 
froy. vas han-f tseferiyte? 
t-pu9vesu9 sen ferese, 
n-e froy mûds trtsi'û, io 
helft on pat niks. i vel âs-r- 
s ku9t pekhome-n en eyre- 
n-âlte tay; er vâre tsfrête 
met mr, on çyri toytr 
evefâls. tsûsanele, te pes e 
nats teyfele, i khen-ti 
roy jrase. 

st. — â! tu vârs ta 
fâmôs toytrmân ? â sa pâ 
sëne. Vays te, sâmpetis, vas 
ter fer e froy khèrtl ter 
khêrt noy e par yôr 
t-rû9t çn tr slgtsr. này, 
nây, mini toytr es net fer 
tiy kvâkse, on tsûdtam 
es si ffsproye met-me 
mânskharl... het-s ti yets, 
âltr smiisfatye? 

s. — fârsêr âs-r sen, 
i se vol vos nus vel, s-çs 
niks ts-pakle het; i 
mû9s e-n-ântrs mol 
khome, van-Y em-e kûdte lûn 
sen; â sa, atye tfvilst, 
on niks fer onkûdt .. . het 
mi tar ait âfrontiht, ta 
maynt kloyv-i oy tr âf 
lust-tit met sire toytr, to 
vçrt krât khe prens 
khçme fer ti3; âvr s-es 
ayntiidn, i prâvik-s toy 
noy emôL 



einmal so einen Spass, und 
gebet mir eure Susanne fur 
Frau. Was habt ihr zu fùrchten? 
die Bubenschuhe sind verrissen, 
eine Frau muss dazu, da 
hilft und * batet 5 nichts. Ich will dass ihr 
es gut bekommen in eueren 
alten Tagen; ihr werdet zufrieden 
mit mir, und eure Tochter 
ebenfalls. Susânnlein, du bist ein 
nettes Teufelein, ich kônnte 
dich roh fressen. 

St. — Ha! du warest dieser 
famose Tochtermann. Ah ça, pas 
gêné. Weisst du, J.-B., was 
dir fur eine Frau gehôrt? Dir 
gehôrt noch ein Paar Jahre 
die Rute und der Schlotzer. Nein, 
nein, meine Tochter ist nicht fur 
dich gewachsen, und zudem 
ist sie versprochen mit eine m 
Mannskerl... Hat es dich jetzt, 
alter Schmausfettige ? 

f.-B. — Farceur dass ihr seyd, 
ich *sihe wohl wo es hinaus will, 
es ist nichts zu packlen heute; ich 
muss ein anderes Mal kommen, 
wenn ihr in einer guten Laune 
seyd^'; ah ça, adieu derweilen, 
und nichts fur ungut . . . Hat mich 
dieser Alte affrontiert, der meint, 
glaube ich, auch der Affe la use 
i il m mit s e i n e r Tochter, d a 
wird auch gerade kein Prinz 
kommen fur dièse; aber es ist 
*ein tuon (gleichgûltig), ich probiere 
es doch noch einmal. 



APPENDICES 109 



APPENDICE III 
UN MOT DE SYNTAXE 



127. La syntaxe d'un patois ne se décrit pas, surtout alors 
qu'elle diffère à peine de celle de la langue classique à laquelle il se 
rattache. Elle s'induit tout naturellement, soit des observations et 
des exemples semés çà et là à travers la morphologie ', soit plutôt 
des documents littéraires eux-mêmes, qui, grâce à Mangold, sont 
en nombre pour le colmarien. Il me paraît donc superflu de traiter 
ce sujet autrement qu'en appelant l'attention sur trois menues 
remarques complémentaires. 

1° Le génitif complément des verbes en mhd. est suppléé en 
colm., comme la plupart du temps aussi en nhd. : soit par l'accu- 
satif, / kon-ir-s = ich gônne es dir, er het-s frkase = er hat es ver- 
gessen ; soit par un régime prépositionnel, si lâye-n-evr miy = sie 
lachen ûber mich. Mais le datif régime du mhd. survit en colm. 
pour certains verbes d'où l'a éliminé le nhd. usuel : si het mr krùdfe 
= sie hat mich gerufen. 

2" Les verbes setse « être assis », stè « être debout », leye « être 
couché », signifient en outre, respectivement, « s'asseoir, se mettre 
debout, se coucher », et se construisent en conséquence : kè ley 
of ti pet, dit-on à une personne indisposée, « va t'étendre sur ton 
lit »; khom sets-mr of tr këre (=:Gehren), à un enfant, « viens t'as- 
seoir sur mes genoux ». 

3° La préposition « pour » se traduit par fer (=fûr), même 
lorsqu'elle régit un verbe, toujours précédé en outre, dans ce cas, 
de la préposition tse ou ts (=zu) : ksês ? tes es e riidt, fer t-çnkâtiki 
khentr tse fetse! « Vois-tu? voilà une verge, pour fouetter les enfants 
qui ne sont pas sages! ». 



IIO LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 



APPENDICE IV 
LE VOCABULAIRE ALSACIEN 



128. Je réunis ici, parce qu'ils me paraissent contenir 
quelques données utiles et que la collection de la Revue Critique 
n'est pas également accessible à tous ceux qui s'intéressent à la dia- 
lectologie alsacienne, les articles que j'ai publiés sur le Wôrterbuch 
der Elsàssischen Mundarten de MM. Martin et Lienhart, t. I^'' (Stras- 
bourg, Trûbner). Je les donne tels quels, en élaguant seulement les 
passages de moindre importance, et substituant ma graphie phoné- 
tique à la transcription rudimentaire dont il me faut bien me con- 
tenter ailleurs. 



(3 1 janvier 1898.) 

Avant d'aborder le compte rendu de ce complet et précieux réper- 
toire des dialectes alsaciens, je demande la permission de faire une 
réserve toute personnelle. Il y a déjà plusieurs années que j'ai en 
portefeuille une grammaire et un vocabulaire du dialecte de Col- 
mar : si je ne les ai pas publiés, c'est que le temps m'a manqué 
pour les achever et que d'ailleurs chaque jour presque y apporte une 
addition. Le dictionnaire ML., malgré sa haute valeur, ne les rendra 
pas inutiles : l'étude d'ensemble et la monographie trouveront place 
côte à côte et se compléteront, je l'espère, mutuellement. Mes 
transcriptions phonétiques diffèrent en général assez peu de celles 
du nouveau dictionnaire : peut-être quelques-unes seront- elles 
moins goûtées; beaucoup, si je ne me trompe, sont plus précises et 
plus claires; il m'est naturellement impossible de les discuter et 
d'en instituer la comparaison dans cette Revue, qui n'a point à sa 
disposition de types spéciaux. Tout ce que je tiens à établir, c'est 
que ces transcriptions sont miennes, qu'elles sont depuis longtemps 



APPENDICES III 

arrêtées sur le papier, et que, lorsqu'elles paraîtront, on ne devra 
pas les prendre pour un plagiat ou un perfectionnement de celles 
de ML. De même pour les mots et les formes : il va sans dire que 
plusieurs de leurs articles me seront d'un grand secours pour rap- 
peler et confirmer mes souvenirs ; mais il s'en flmt de beaucoup, on 
le conçoit, que la forme spécifiquement colmarienne soit citée, au 
moins en tant que telle, dans chacun de leurs articles, et en somme 
c'est d'après mes souvenirs et ceux de quelques témoins, qui gardent 
pieusement à Paris la langue de la petite patrie perdue, qu'a été 
composé le manuscrit destiné à une tardive publicité. 

Cela dit, je n'ai plus qu'à féliciter les auteurs de leur intelligente 
initiative, de l'exactitude et de la richesse de leur documentation, 
des ingénieuses dispositions de plan et de typographie qui leur ont 
permis de foire tenir sous un volume relativement restreint une 
énorme variété de citations et d'informations. Ce n'est point ici 
seulement un répertoire de mots : c'est, sous chaque mot, les prin- 
cipales locutions où il entre, les usages locaux, proverbes, facéties, 
devinettes, randonnées et rondes enfantines dont il éveille l'écho 
lointain au cœur de l'homme mûr. Dire que j'y ai presque tout 
retrouvé en fait de cris des rues : — jusqu'à l'exclamation railleuse 
èks! êks! qu'on pousse en passant un index sur l'autre; — jusqu'aux 
plus ineptes assonances qui nous firent sauter sur un giron bien- 
aimé et furent les premiers exercices de mémoire où se complut 
notre sens littéraire encore prompt à l'enthousiasme. En voici une 
pourtant qu'ils ont oubliée sous « André » et qui pourra trouver 
place ailleurs : antres, tii pçs pès, iy pen ItJp, on tfi pes e tidp. Je ne 
traduis pas : cela n'a de valeur que pour qui comprend d'emblée. 
Je n'ai pas retrouvé non plus [au moins sous leur forme spécifi- 
quement colmarienne, cf. ML., p. i, col. 2, et p. 25, col. i] les 
deux disyllabes, bien connus à Colmar, qui servent à dire « oui » et 
« non » sans ouvrir la bouche, savoir èhc (les deux e très brefs et 
teintés de nasalité) Qiè-e... (même nasalité, mais le second ^environ 
trois fois plus long que le premier), dont on dit respectivement 
en proverbe « ehï es e fûle yç » et « e-e es effile này ». Quelques 
locutions plus compliquées paraissent manquer : colm. âvrnày! 
exclamation d'étonnement; une autre de même sens, evetsemèr ! qui 
n'est pas colmarienne, mais du Bas-Rhin, et que, pour ma part, je 
ne me suis jamais expliquée'. Le caractère même et l'insigni- 



112 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

fiance de ces lacunes en disent assez sur la nature de l'ouvrage et 
le souci qu'ont eu les auteurs de ne rien laisser échapper. 

Je feuillette maintenant avec eux leur dictionnaire, et je souhaite 
qu'ils puissent tirer parti, dans les livraisons ultérieures, de quelques- 
unes de mes observations. — P. 15, le mot edel n'est pas donné 
comme adjectif: n'existerait-il point, par hasard, en alsacien?... — 
P. 22, sous Aug, ou plus bas sous gliiren (p. 261), manque klû- 
ryokle, injure colmarienne aux louches. Je l'ai souvent entendue.... 

— P. 24, eigentlich. La forme colm. n'est pas aykelik, mais ayketlik. 

— P. 25 : à Colmar aussi, le mot koisâkr est le seul connu pour 
« cimetière »... — P. 35, âltrle, terme d'amitié aussi très commun 
à Colmar. — P. 36, Ameise, colm. ômays, et non pas *ômis... — 
P. 68, sous Arsch, manque la grossière apostrophe lak mi âm ârs 
\çn pis mi net], trop caractéristique pour être omise. — P. 69, sous 
Art y à noter la locution courante de blâme vas es tes fer e-n-ârt? 
francisée en « qu'est-ce que c'est que çà pour une manière? »... — 
P. 83, sous etîvas, mentionner le jeu de mots colm. sur épis et fr. 
épice, particulièrement caractérisé dans la liaison épis ert (=etwas 
herein), rapportée au fr. épicerie. — P. 85, l'étymologie de la locu- 
tion oks-pgks « Taschenspieler » est passée sous silence : c'est mani- 
festement l'allemand hokus pokus (grossièrement altéré de hoc est 
corpus^. — P. 91, sous Fuchs, je n'ai pas trouvé (ni sous Ente} la 
mention de la vieille et célèbre enseigne strasbourgeoise vo tj" foks 
te-n-ente pretit. — P. 114, sous Ochsenfeld, une autre tradition 
place le « Champ du Mensonge » au Logelbach (nom corrompu 
pour *Lug-}) près Colmar. — Ib. le mot Folk a deux formes à 
Colmar : folk « peuple », mais folik « canaille ». — P. 116, on ne 
donne pas l'équivalent de l'allemand Fil:(, et pourtant les felslJs 
(pediculus pubis) sont des parasites fort connus. — P. 119, manque 
fine, abréviation populaire et constante de « Joséphine ». — P. 131 
et 145, il me semble qu'à Colmar les deux mots fèrik et fertik 
« achevé » sont employés indifféremment l'un pour l'autre sans dis- 
tinction de sens. — P. 134 sq., sous fâr, noter... [cf. supra n° 106, 3]. 

— L'alternance de l'initiale / et pf n'est pas toujours exactement 
observée : je suis sûr d'avoir entendu pfetr (j-— Vetter p. 156), et 

pfl^yl (-~ Flegeï) au moins dans le sens de « mauvais drôle » — 

P. 192, il est arrivé, à ce mot tsiidkçp (=Zugabe) « la réjouissance » 
en argot de boucherie, une assez curieuse aventure : Vç s'est à ce 



APPENDICES 113 

point abrégé, que le timbre s'en est confondu avec celui de Vo pro- 
venant d'u^ en sorte que les ménagères qui savent le français et se 
piquent d'étymologie y voient maintenant « ce que l'on coupe en 
surcroît ». — P. 199, sous Guffe [colm. e kôf « une épingle »], la 
formule « fehlt dem Dial. » est impropre : elle impliquerait que le 
dialecte est ici moins riche que la langue littéraire; il l'est au con- 
traire davantage, puisqu'il a deux mots distincts pour « aiguille » et 
« épingle ». — P. 203, porlekïkr « mauvais vin » : les deux pre- 
mières syllabes sont françaises; c'est le vin de qualité inférieure, 
qu'on réserve dans les noces pour le ménétrier ^. — P. 208, à Colmar 
on ne dit que hâfekiik [« fouille-au-pot, tatillon »] et non hâfekûkr, 
et le jeu de mots avec le nom du prophète Habacuc est de facétie 
courante, 'sans doute aussi à cause des aliments qu'il est censé avoir 
apportés à Daniel dans la fosse aux lions. — P. 219, kotnifo est un 
adverbe superlatif {comme il faut) de sens indifférent : i hà komifo 
klete « j'ai beaucoup souffert ». — P. 222 sq., je ne trouve pas le 
vb. gangen... [cf. supra n° iio VII]. — P. 236, sous Geiss, manque 
la prononciation keys, considérée par les Colmariens comme carac- 
téristique des gens d'Ingersheim. — P. 241, sous Geist, lire sâlskayst 
Co., et non sâlts., et ainsi partout : le ;^ colmarien, après un / ou 
un n, est s et non pas ts, à moins qu'il n'ait changé depuis 1870. 

— P. 243, sous la même réserve, on dit kitik [« avidement »] 
(=gitig') et non pas *kçtik. Je ne puis me tromper sur ce mot, que 
j'ai entendu maintes fois de la bouche de Colmariens pur-sang. — 
P. 25 1, le mot kilvert n'est pas « abrégé de fr. couverture », mais sim- 
plement emprunté au fr. couverte, qui a le même sens dialectalement. 

— P. 257, sous Glocke, ajouter : patsit (=Betezeit) « l'Angélus », 
aussi à Colmar; et pranklekle « le tocsin ». — P. 275, sous Grenobel, 
noter la locution vi9 tr peste-n-âpfekhât fg kranôvl, comparaison ultra- 
laudative... — P. 278, sous Grund, oublié vitekront (la terre menue 
et noirâtre qu'on trouve au creux des vieux saules), terme facétieux 
pour « mauvais tabac à priser desséché ». — P. 282, je n'ai jamais 
entendu dire krôsaverpâl, toujours proseverpâl « procès-verbal ». — 
P. 295, la superstition de tr tûme heve n'est pas restreinte aux cir- 
constances indiquées : lorsque quelqu'un se présente à une épreuve 
décisive, par exemple à un examen, autrefois à la conscription, etc., 
les personnes qui s'intéressent à lui « tiennent le pouce », c'est-à- 
dire replient le pouce droit à l'intérieur de la main droite et l'y 

XI. — V. Henry. — Le Dialecte Alaman de Colmar. 8 



114 I-E DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

tiennent renfermé à l'heure précise où l'épreuve commence et pen- 
dant tout le temps qu'elles estiment qu'elle doit durer. De là la 
façon métaphorique d'exprimer ses souhaits et sa sympathie : / hep tr 
tûme « je [me] tiendrai le pouce » 



(8-15 août 1898.) 

129 a Le participe donné (p. 310, col. 2) sous la forme 

angheften ne peut être que âkheft sans terminaison (= angeheftet) ; il 
n'y a aucune raison pour que hèfte se conjugue en verbe fort. — 
La variante çmkheyt (p. 313, i), qui est en effet la seule connue à 
Colmar, ne saurait être phonétiquement la même que la forme 
ofikheyt qui appartient à d'autres dialectes ; car, tout au contraire, à 
Colmar une nasale devant k tend à s'assimiler en n, et l'on ne 
comprendrait pas que dans cette position n fût devenu m. 
Je suppose deux locutions distinctes, los mi çûkheyt « laisse-moi sans 
me renverser » [laisse-moi debout], los mi çmkheyt « laisse-moi 
renversé » (ne me relève pas), aboutissant toutes deux au sens de 
« ne me touche pas, laisse-moi en paix ». — P. 323, 2, à Colmar 
aussi, hâlp « demi » se fléchit hâlvr hâlvi hâlps. — P. 32e, i, le 
souhait à quelqu'un qui éternue est à Colmar hàlfikot, prononcé en 
un seul mot avec un accent intense sur l'initiale. — P. 330, 2, la 
prononciation colm. est aussi hiisâlton « ménage », avec disparition 
totale de Vh médial. — P. 332, 2, on appelle également svàvlhelsle 
« allumette » un chalumeau à l'aide duquel on aspire un liquide. 
— P. 336, 2, on a omis la locution plus concise khçmplemante thaym 
« compliments chez vous » (souvent ironique, pour envoyer 
promener un importun). — P. 337, 2, j'ai toujours pensé que 
l'inexplicable exclamation himi hami (dans un jeu d'enfants) était 
une corruption dufr. « qui vive? — ami ». — P. 338, i, à Colmar, 

hamp « chemise » (a très pur) et non hemp — P. 372, 2, 

la prononciation colm. est horlipûs « hurluberlu ». — P. 377, 2, 
ajouter la randonnée enfantine : kike ktke hârtse (sic), morne (sic) 
khçme t-spâtse, evftnorn ti fçûke — P. 385, i, sous hase « écono- 
miser », noter l'expression familière âlt^- Içmp vçrçm hes ne-khust? 
(warum hast du nicht gehâust ?) à un vieillard qui expie ses excès 
de jeunesse. — P. 409, i, « année » à Colmar se dit^pr, avec un 
ç très long et très fermé, mais non pas un û. — P. 412, i, sous 



APPENDICES 115 

Josep, on s'étonne à bon droit de ne pas rencontrer une expression 
aussi courante et populaire que celle de râp-sepi, qui désigne usuelle- 
ment les « vignerons » de Colmar et de la banlieue. — P. 429, i, 
le mot kiiyoâ (sic), qui a d'ailleurs en effet perdu tout à fait le sens 
obscène, est emprunté au français. Ibidem, oublié la locution kukû 

— atà (jeu d'enfant tout petit, qui consiste à, se cacher et se 
montrer tour à tour). — P. 431, 2, à Colmar, le nom du « chou 
de Bruxelles » est prislekhèl. — P. 437, i, à Colmar, la « camo- 
mille » s'appelle khâmel, homophone de khânièl, sauf la quantité de 
Ve, qui souvent est négligeable en syllabe faiblement accentuée : ce 
qui justifie le lapsus attribué à une bourgeoise légendaire qui 
traduisait le composé khânieletè par « thé de chameau ». — P. 443, 
I, « cumin » à Colmar, non pas mâkhim, forme injustifiable, mais 
mâkhemih. — Et de même (p. 447, i), « roi » se dit khenik. Je ne 
puis qu'engager les auteurs à soumettre à une sévère critique les 
documents qui leur sont fournis sur le patois de ma ville natale 

— Enfin, sous khopf, en relevant molekhopf, les auteurs auraient pu 
ajouter que c'est spécialement à Colmar, dans la bouche du bas 
peuple, une injure à l'adresse des protestants (on y joint l'épithète 
lutrisf). Et, à propos de kriitkhopf « tête de chou », je ne saurais 
mieux finir qu'en citant le distique bouffon que par exception je 
transcris sous sa forme strasbourgeoise parce que je ne l'ai entendu 
qu'à Strasbourg et que probablement il est inconnu ailleurs : 

s-is âls niks esç trûrik çn âls niks eso petrïpt, 
âls vm six ^ kriitkhopf en e rèsl frlîpt. 

(5 décembre 1898.) 

129 b. Avant de continuer l'examen de cet ouvrage, je consigne 
ici une observation préliminaire, qui, je l'espère, ne paraîtra pas 
déplacée. Je ne sais quel accueil il a reçu en Allemagne; mais les 
auteurs ont pu se convaincre que la France y prenait grand intérêt. 
Or je ne m'aperçois pas qu'ils utilisent ni même mentionnent les 
suppléments et les corrections qu'elle a pu leur fournir. Je veux 
croire que le cadre trop rigide de leur œuvre s'y oppose pour le 
moment, et qu'ils se réservent d'en tirer parti dans leur dernière 
livraison. Mais on eût aimé à être fixé sur ce point essentiel, et un 
simple avis imprimé au verso de la couverture y eût suffi. 



Il6 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Parmi ces rectifications de détail, il en est une qui, sauf meilleur 
avis, s'impose dès à présent. On dira que je suis un témoin suspect; 
mais vraiment il faudrait que Ve colm. en diphtongue eût bien 
changé, depuis moins de trente ans que j'ai quitté l'Alsace, pour 
être devenu Va franc noté par ML. Ils écrivent liaje « mentir » 
(p. 57e, i), là oii j'écrirais li^ye (et de même kri^y « guerre », etc.) 
Gtfatjalàm (= fettiglahm p. 585, 2) dans un article où je relève une 
citation de Mg. qui écrit fattjelam. Or Mg. est, en fait d'expressions 
et d'élocution colmariennes, une autorité excellente, avec laquelle 
mes souvenirs concordent absolument. Bien plus, ML. (p. 607, 2) 
écrivent, comme j'écrirais moi-même, frlidre « perdre », qu'ils 
devraient dès lors orthographier /f/wr^ pour être conséquents ; car il 
m'est impossible de percevoir à l'audition la moindre nuance entre 
la voyelle médiale de luye et celle de frlidre, et je suis sûr qu'un 
appareil enregistreur, aussi délicat qu'on le suppose, n'y ferait 
aucune différence. Je conclus : ou les auteurs se sont adressés, pour 
le dialecte colmarien, à plusieurs témoins dont les impressions 
auditives n'ont pas coïncidé ; ou leur témoin unique a parfois manqué 
de logique dans ses transcriptions. Il sera indispensable de passer le 
rouleau sur ces menues aspérités. 

Je reviens maintenant à l'ordre alphabétique. — P. 468, 2, 
« curieux » à Colmar se dit khpryôs, et non pas hhûryôs. — P. 471, 
2, la corruption khârteplân « cataplasme » est inconnue à Colmar ' : 
j'y ai toujours entendu dire khâteplân... [supra n° 60, 1°]. — 
P. 472, 2, « casaquin » se dit kasavek, et non khasavek. — P. 474, 
I, on a omis l'expression khâsikioyke « yeux chassieux ». — P. 478, 2, 
on ne trouve pas la forme colm. du mot « catéchisme », qui est 
khâtekhèsmes . — P. 492 ou ailleurs, manque le mot colm. qui 
désigne le hoquet, tr kloksr. — P. 503, 2, je n'ai jamais entendu 
nommer nâreknêtle l'os cubital ; en tout cas, l'expression s-nârepaynle 
est bien plus usuelle. — P. 515, 2, manque la forme colm. du 
mot « cruche », e kriïdy. — P. 523, i, la locution kropf Haye me 
paraît être une déformation inintelligible du nom fr. du « jeu de la 
crosse ». — P. 525, 2, la corruption bizarre de Klystier en krçstih 
n'est pas expliquée : je suppose une influence analogique du mot 
krest « apprêté » (= gerûstet). — P. 531, i, le séneçon s'appelle à 
Colmar kritslekriit, et non kritsl- ou kritsel-. On m'en a fait souvent 
cueillir, dans mes promenades, pour des serins en cage. — 



APPENDICES 117 

P. 541, 2, la formule d'adieu la plus commune est lave si vçl. — 
P. 544, il eût fallu noter que lisvr = lieber est, comme en alle- 
mand, le comparatif obligé de kârn ^^= gern. — P. 547, i, la phrase 
colm. est tàr lâyt nor van e hiis omfâlt, « il n'y a que les accidents 
pour le faire rire». — P. 561, 2, sous kiden, manque un calembour 
anecdotique qui est un bon spécimen de prononciation. On est 
censé demander à un juif : « vorçm lite-n-r net en eyre kheriye? » 
(= làutet ihr nicht). Et il répond : « mr han so keni'id klete » (=gelit- 
ten). — P. 563, I, lotekhâri est aussi un surnom désignant un 
personnage lourd et gauche. Je vois encore la surprise d'une personne 
qui employait volontiers ce mot, un jour qu'on lui dit qu'il répon- 
dait au prénom fr. « Léger ». — P. 568, 2 : à l'école primaire, j'ai 
entendu appeler khoyelefl un camarade dont la lèvre inférieure 
faisait saillie. J'ignore d'ailleurs si le sobriquet est t le colm. aurait *hemp et non 
hamp, puisqu'il ne peut avoir ce vocalisme a que devant un groupe 
de nasale + consonne (supra n° 24, 2°). 

N" 55, n. I. — ML. ont aussi dans ce sens nâûs, qu'ils rapportent 
à un vb. signifiant « nasiller ». Il peut y avoir eu contamination des 
deux mots. 

N° 57, n. I. — Mg. omet souvent d'écrire cet n, qui, à ma con- 
naissance, intervient toujours entre deux voyelles quand le sujet 
parlant ne fait pas une pause très sensible. Peut-être bien l'omet-il 
« as a matter of course », parce qu'il sait bien que tout Colmarien 
né le prononcera de lui-même. 

N° 57, n. 2. — L'usage de cette épenthèse est parfois extraordi- 
naire. Je me souviens que nous avons eu dans mon enfance une 
domestique — il est vrai qu'elle n'était pas de Colmar — dont le 
langage, si je ne me trompe, ne comportait pas un hiatus : elle 
appelait mon oncle Oberlin mosye-n-ôvrle, mon ami Atthalin 
mosye-n-àteU, et je n'en revenais pas de l'entendre parler. 

N° 60, n. I. — Mg. Tprononœ khârteplân, qui serait une déforma- 



126 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

tion d'étymologie populaire : je ne la conteste pas ; mais je n'ai 
jamais rien entendu de pareil dans mon entourage. 

N° 62, n. I. — Je n'ignore pas combien la distinction est difficile 
à simple audition, et je sais^ d'autre part, que certains Alsaciens ont 
IV lingual. Je ne voudrais donc pas nier qu'il pût exister à Colmar 
à titre de prononciation individuelle; mais l'observation, en tout 
cas, m'en a complètement échappé. 

N° 64, n. I. — Il n'y a naturellement rien à dire de spécial du 
qu, qui n'est qu'une -graphie à part du groupe k -\- w, cf. supra 
^° 53> 3°> ^t voir le Lexique sous cette initiale. 

N° (>(), n. I. — Un n'est pas tombé par voie phonétique : le vb. 
raye a été simplement refait d'après le substantif raye (= Regen). 

N" (>(>y n. 2. — Façon de parler : le mhd. n'a pas de g final, 
puisqu'il écrit tac, etc. ; mais le génitif tages a fait restituer tag. 

N° (>G, n. 3. — On dit tsay à l'impératif, pi. tsaye, dans le sens 
d'une locution incolore « allons, voyons, eh bien, » etc. ; mais je 
ne crois pas qu'en pur colm. on en soit venu à dire *tsaye « mon- 
trer » ou *ketsayt « montré ». J'attribuerais ici la chute de la gut- 
turale à une contamination de mhd. ^(etgen par mhd. :^ihen, ce der- 
nier régulièrement représenté par colm. fr-tseye « pardonner ». 

N° 66, n. 4. — Noter encore ici la forme analogique tsi^ye 
« tirer » (supra n° 42, 2°) : ketsoye := pièye : kepoye. 

N° 66, n. 5. — De même, mais avec syncope de Vu, et b ^ v 
après r (infra n° 73), horvrik « Horbourg » (près Colmar). 

N° 66, n. 6. — La distinction revient à celle, bien connue, des 
« Lento- und Allegro-Formen », à cela près qu'ici l'un ou l'autre 
des deux types procède toujours de l'analogie. 

N" 67, n. I. — Et inversement, par analogie, à l'infinitif, sa (et 
sàyè) « dire », slà (et slâye^ « battre », etc. 

N° 68, n. I. — Il est à peine utile de faire observer que cette 
particularité, ainsi que beaucoup d'autres du reste, n'est pas seule- 
ment colmarienne, mais alsacienne ou même alamane. 

N° 72, n. I, — Le mot sçp « tamis » ne fait au pi. que sepe, 
apparemment parce qu'il se confondrait avec sève « sept ». 

N° 72, n. 2. — De même le b devenu médial à la commissure d'un 
composé : sûplàt « tiroir » = Schublade. Mais on dit aussi sûflàt. 



NOTES 127 

N° 73, n. I. — De même snilfe « respirer bruyamment » (schnau- 
ben). La locution pefrtsân « incisive proéminente » m'a toujours 
intrigué : signifie-t-elle « dent de rongeur », le premier terme 
étant mhd. *biver = biber « castor »? 

N° 73,, n. 2. — En juxtaposition syntactique, on dira, par 
exemple, selon que le mot suivant commence par voyelle ou 
consonne, à volonté, hep-ne-n-of « ramasse-le » ou hev-e-n-of= hebe 
ihn auf. — Noter aussi la chute totale dans nâ (= hinab) et erâ 
(== herab). 

N° 75, n. I. — Mais le colm. ne présente en conjugaison aucun 
phénomène pareil à celui du strasbourgeois / siy « je vois ». 

N° 77, n, I. — En d'autres termes, comme Yi précédent empêche 
le g de permuter en spirante, de même, quoique dans une moindre 
mesure, il change la spirante en explosive. 

N° 77, n. 2. — Le pi. kngvle « ail » a probablement perdu et refait 
sa finale sur le modèle de tsevle « oignons ». 

N° 86, n. I. — Bien que ce cas soit resté courant dans la langue 
mi-savante du sermon et de la prière : dans les trois lignes citées 
au n° 125, on ne relève pas moins de trois génitifs. 

N° 86, n. 2. — La première est une imploration, ou un cri d'in- 
dignation ou de violente surprise; la seconde, isolée, est au contraire 
un épiphonème de tranquille résignation; jointe à un verbe, elle 
est presque purement explétive, no se (= nun so) kê-mr e-kots-nâme 
« eh bien allons-nous-en ». 

N° 87, n. I. — Sur la forme sans dentale initiale de l'article 
allemand, consulter : A. Bauer, Mém. Soc. Ling., II, p. 384. 
N° 87, n. 2. — Sur le genre du nom propre, cf. n° 91 B b. 

N° 87, n. 3. — Sans article, le génitif s'exprime tout de même 
(cf. n" 86) : ântre-n-eri sâye « les affaires d'autrui ». Et l'article 
peut, dans cette tournure quelque peu compliquée, se combiner 
avec une préposition qui ne le régit pas, mais régit le nom de l'ob- 
jet possédé : fçm tsûsân sine hçr Mg. 35a des cheveux de Suzanne » ; 
fo régit sine hçr, et l'article -m se rapporte à tsûsân. 

N° 91, n. I. — On pourrait croire, d'après le ^fingsttmntag , com- 
posé en 18 16, que c'est là une corruption toute récente; car il fait 
dire à son Colmarien (acte II, se. 7, p. 90 de l'éd. de Strasb. 1874) 



128 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

« ^àll isch e fryndlicher un gar nahrhafter Ort ». Mais Arnold n'est 
pas une autorité en matière de haut-alsacien. 

N° 93, n. I. — Ce serait une grave erreur, que de prendre ces 
formes pour les équivalents respectifs de nhd. Diebe, Aale, etc. : 
d'abord, la phonétique générale s'y oppose (supra n° 12, 4°); et 
puis, s'il en était ainsi, on devrait avoir également *sêne (Sôhne), 
*fihe (Fusse), tandis que presque jamais on ne voit V-e final colm. 
se cumuler avec la métaphonie. 

N° 94, n. I. — Le pi. régulier se confondait avec nés (:=Niss) 
« lentes », ce qui était une raison suffisante de l'abandonner. 

N° 94, n. 2. — Sur œy épenthétique, voir supra n° 47; et ne pas 
oublier que la métaphonie à' a est double, n°^ 23-28. 

N° 98, n. I. — Les chiffres renvoient à la pagination de Colme- 
rerditschi Komedi, Colmar, Barth, 1878. 

N° 98, n. 2. — En classique on aurait ici le type faible; mais, 
dans le dialecte, où l'accusatif est partout semblable au nominatif, 
il est difficile de décider lequel des deux types serait régulier. Il 
paraît donc probable que c'est de l'accusatif que le type faible est 
parti pour contaminer le nominatif. 

N° 98, n. 3 . — Ainsi, dans la même page, des formes contradic- 
toires. 

N° 98, n. 4. — Colm. sih peut être mhd. sûe;^e'^ par confusion 
des sifflantes (supra n° 48, 4°), ou tout simplement le type 
amorphe sûe^ comme les suivants. 

N" 98, n. 5. — Cf. Mg. 86 ta lânkaysik afilantr « cet Anglais qui 
ressemble à une chèvre efflanquée », parce qu'ici l'épithète est poly- 
syllabique et le substantif lui-même terminé en -r . Mais au surplus 
cette forme est historiquement la plus correcte. 

N° 98, n. 6. — Il semble que, en employant de préférence le 
type sans désinence avec l'article défini, le dialecte ait réalisé une 
distinction utile entre le fm. sg. et le pi., infra d. 

N° 10 1, n. I. — Ou bien la métaphonie alamane vient de la 
forme mhd. unsich, où la désinence l'a produite. 

N° loi, n. 2. — . Autant ère est régulier (mhd. irè) avec finale 
conservée par proclise, autant èm paraît contraire à la grammaire 
actuelle et historique de l'allemand; mais cf. le n° 103. 



\ 



NOTES 129 

N" loi, n. 3. — Les citadins n'emploient guère pi. 2; ils se 
parlent à pi. 3, et emploient sg. 3 pour les inférieurs, les gens de 
service (cf. n° 115, I, 3). Toutefois ils se servent de pi. 2 pour 
interpeller les paysans et ouvriers, parce qu'alors ils parlent le lan- 
gage de ceux-ci. Les gens de la campagne, s'ils ne se tutoient pas, 
se disent er (cf. n° 126), et n'emploient si qu'en parlant aux supé- 
rieurs, aux bourgeois qui les emploient, etc. ; quand j'avais de douze 
à quinze ans, les bonnes de la maison me disaient er (sg. 3). A la 
campagne, enfin, l'enfant dit er (pi. 2) à son père ou à sa mère, qui 
le tutoie; en ville, le tutoiement est réciproque. 

N° 103, n. I. — Comme il a certainement existé une forme 
tsal, quoique aujourd'hui peu usuelle, on peut aussi partir de liai- 
sons telles que met tsahii, en tsalni, « avec celui-là, dans celui-là », etc., 
où le t devait normalement disparaître : supra n°^ 48, i" c, et 49, 
1° a. — Pour l'emploi, cf. déjà sèlhin Erec 4613, etc. 

N° 104, n. I. — Mg. écrit d'habitude minr, tinr; mais je suis sûr 
d'avoir entendu dans mon entourage, beaucoup plus fréquemment, 
mire, tire, comme.formes de prononciation rapide. 

N° 104, n. 2. — Cependant je ne dois pas oublier la phrase que 
ma grand'mère m'a plusieurs fois répétée, comme lui ayant été 
adressée, toute petite fille, par un quidam, sous la Terreur : maytele, 
vo hes ti kiikârt? « où est ta cocarde? » Il serait étonnant en effet 
que le colm. n'eût rien gardé de l'emploi de mhd. mîn amorphe. 
Voir aussi au n" 126, à quelques lignes de distance, les deux 
formes ^^r et eyri pour le féminin; mais la première est probable- 
ment neutre. 

N° 107, n. I. — Mais un solécisme courant consiste à remplacer 
cet accusatif par un datif : t-sâlusi mâyt aym pès Mg. 97 « la jalou- 
sie rend les gens méchants ». Cf. ML. p. 44, col. i. 

N° 107, n. 2. — Sans la syncope obligatoire, parce qu'ainsi il se 
différencie de âls <C mhd. aise. Mais âlskmây^ « tout doucement ». 

N° 109, n. I. — Dans ce cas, comme on le voit, l'infinitif ter- 
mine la proposition, dont la construction est quasi française. 

N° 1 1 1 , n. I . — De même qu'on a nhd. bleiben (< mhd. beliben) 
et ppe geblieben, le dialecte a refait, sur phâlie « garder par devers 
soi », un ppe kephâlte, qui serait en nhd. *ge-be-halten. Mais je crois 
ce cas unique. 

XI. — V. Henry. - Le Dialecte Alaman de Colmar. 9 



130 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

N" 112, n. I. — Le ppe kvelt est compris, mais prête à rire, en 
ce qu'il fait calembour avec kvelt « bouilli ». 

N° 112, n. 2. — Aussi van, au pi. du vb. vêle, quand l'idée de 
volition n'est pas en cause : mr van yets kè, « nous partons, allons- 
nous-en »; en inversion yets va-mr. Cette forme est alamane : 
Zeitschr. f. hd. Mdarten, I, p. 96. Cf. Paul, Mhd. Gr., § 181, 2. 

N° 115, n. I. — Ordinairement précédé de se (=so), qui le dis- 
tingue de l'indicatif : se-n-ase mr yets, « allons, à table ». 

N° 117, n. r. — Le vb. sâye comme plus haut raye, n° 66, n. i. 
N° 117, n. 2. — Ce qui dénonce ici manifestement le subjonctif, 
c'est l'absence de métaphonie : l'indicatif serait slêt. 

N° 118, n. I. — Devant ce mode la locution « comme si » s'ex- 
prime par as ve van (= als wie wenn) : er mâyt, as ve van-r niks 
ksât çn toyp vàr, « il fait l'aveugle et le sourd » . 

N° 118, n. 2. — Je crois que tous, sauf mr, peuvent le recevoir. 

N° 120, n. I. — V. g. er khomt âls âm tsistik, « il vient tous les 
mardis »; sans âls, « il viendra mardi prochain ». 

N° 121, n. I. — Suivi d'un substantif, le vb. « devenir » est 
volontiers rendu par kâ « donner » : er ket e prpfâsr, « il deviendra 
professeur, il se destine au professorat »; te kçs mini froy « je t'épou- 
serai ». 

N° 123, n. I. — M. Sùtterlin (Alsat. Stud., II, p. 62) le rattache 
dubitativement à mhd, taete; mais c'est parce qu'il ne semble con- 
naître que la forme strasbourgeoise, qui est phonétiquement sans 
gutturale. 

N° 123, n. 2. — Le conditionnel périphrastique comporte natu- 
rellement une nuance emphatique de plus que le conditionnel 
simple. 

N° 123, n. 3. — Voir aussi, sur cette forme, ML., I, p. 243 a. J'ai 
une vague idée qu'elle ne s'emploie guère au pluriel. 

N" 125, n. I. — On notera encore : sûntf « pécheur », pour 
colm. sçnt^; hayliyi, avec la spirante sourde remplaçant la sonore, 
mais qui serait en colm. hayliki; la conservation du ^ de çnt en 
liaison, Ve pour e à la finale de arme, etc. 

N" 12e, n. I. — Sur cette exclamation, voir supra n" 66, n. 3. 



NOTES 131 

N° 126, n. 2. — Le mot alsacien et le mot allemand viennent du 
français. 

N° 126, n. 3. — Sur l'épenthèse labiale, cf. supra n° 49, 2° c. 
Sur ^/5, cf. n" 120, n. I. 

N° 126, n. 4. — La forme colra. est métaphonique (*rûewic). 

N° 126, n. 5. — Vb. mhd. conservé dans tout l'alaman. 

N° 126, n. 6. — On attendrait en colm. en-re kildte lûn. Mais 
ML. (I, p. 593 a) constatent que le mot a partiellement changé de 
genre. 

N° 127, n. I. — Voir surtout n°^ 48, 49, 56, 57, 86, 87, loi, 
102, 105, 107, 109, 115-124. 

N° 128, n. I. — ML. ont répondu à ma question, I, p. 700 a. 

N° 128, n. 2. — J'avais toujours cru cette dérivation évidente. 
J'en suis moins sûr depuis que je connais le suisse Purligeiger 
(Gottfr. Keller). 

N° 129 b, n. I. — L'assertion est inexacte, car Mg. écrit par un 
r; mais elle indique, tout au moins, que la corruption est loin d'être 
générale. Cf. supra n° 60 et note. 



OBSERVATION GÉNÉRALE 



Dans le cours de cet ouvrage, on a rencontré parfois une même 
syllabe, tantôt notée longue, et tantôt non. Il ne fondrait pas trop 
s'en étonner, ni surtout croire à une erreur : la quantité alsacienne 
est sujette à de légères alternances, qui tiennent à un rythme de 
phrase assez délicat pour qu'on n'essaie point d'en formuler la loi, 
mais que je me suis du moins efforcé de reproduire avec toute la 
fidélité possible. 



LEXIQUE 



N. B. — On s'est efforcé de réunir dans ce lexique le plus grand 
nombre possible d'expressions courantes, caractéristiques et pitto- 
resques. Néanmoins il ne faudrait pas y chercher un recueil de 
termes rares, encore moins un Idioticum complet. C'est bien plutôt 
un aperçu phonétique et grammatical du dialecte dans ses éléments 
les plus simples et le plus directement comparables à ceux de la 
langue classique. A cet effet, les mots y sont rangés suivant la 
forme qu'ils affectent en allemand moderne, en sorte qu'un coup 
d'œil suffise aux germanistes pour vérifier d'emblée la régularité ou 
le caractère exceptionnel des modifications qu'ils ont pu subir. 

A 

Aal. — p/, pi. çle, V. g. en-ôl « une anguille ». 

Ab. — âp, V. g. âplâs « indulgence », helf mr âp « aide-moi à 
me décharger », tr hiidt âp! « chapeau bas! », etc., mais nâ 
(= hinab), et erâ {== herab), Gr. 73, n. 2. 

Abend. — çve (en compos. dev. voy. çven, cf. Essen), v. g. 
âlen-çve « tous les soirs », tsçve « ce soir » (nhd. zu Abend), koten- 
çve « bonsoir ». Cp. firçve "^ firçve (== Feierabend) « veille de 
fête », et peut-être même parfois fîrçve, Gr. 32, 3°. 

Aber. — âvr, V. g. âvr vâ{s) says? (■<■ que dis-tu là? », âvrnây! 
(= aber nein) exclamation de surprise ou d'indignation. 

Abt. — âpt. Dér. âptey « abbaye » . Mais un prêtre est dénommé 
honorifiquement her âpe ou tr her lape « M. l'abbé », empr. fr. 

AcHSEL. — âksli., pi. V. g. çf te-n-âksle « sur les épaules ». 

AcHT « attention ». — âyt, âyj (malgré mhd. âhte, cf. Gr. 6 b 



LEXIQUE : AC — AM 133 

et 32, 6°), V. g. kan âyt « prenez garde ». Dér. : vb. âyte « esti- 
mer » et ferâyte « mépriser » ; s. f. âyton « attention ». 

AcHT « huit ». — âyt, âyti (cf. Gr. 6 b) ; qqf. sans allonge- 
ment âyt, et toujours âytsê « 18 », âytsik « 80 », âyt hontrt, etc. 

AcKER. — âkr m., pi. âkr (datif v. g. of te-n-âkr), dim. aÀTk 

Adel. — âtl « noblesse » m., et cf. Edel. 

Ader. — ôtr f., pi. ôtre, dim. â^r/g, collectif sous Gâder. 

Adler. — âtlr m., pi. âtlr, dat. pi. âtlr. 

Affe. — 4/ m., pi. âfe. Loc. ?^ wa^^w^ kâr tr âf lilst-tii! 
(:= der meint (glaubt) gar der Affe lause ihm) (Gr. 126 in fine) 
« en voilà un qui s'en fait bien accroire! » et cf. Laus. 

After. — âftr m. « anus » (Holtzwarth). 

Ahle. — âl f. (malgré mhd. aie qui exigerait *ôl, et cf. Aal), 

Ahmen. — N'existe plus (mais cf. Ohm), même en composition 
pour « imiter » (nachahmen) on dit nôniâye (= nachmachen). 

Ahn. — an (peu usité), pi, ane. Cp. mi ûrân « mon bisaïeul ». 
On dit plutôt mi ûrkrosfâtr, et sinifatr « ses aïeux ». 

Ahnen. — âne, v. g. / hâ-s kânt « je l'avais bien dit ». 

Àhnlich. — ànlik. Mais le vb. *ânle (== âhneln) n'existe pas. 

Ahre. — âr, sans métaphonie, même au pi., v. g. treye-n-âre 
« les Trois Épis » (lieu dit et pèlerinage près Colmar). 

All. — âl, nt. aies, pi. ^// et qqf. âli. L'allongement est con- 
stant dans le cp. çuerâl (= ùberall) « partout ». 

Allein« seul ». — elayn. Dér. elaynik. Gr. 8. 

Almosen. — âlmildse nt.(<C mhd. almuosen). 

Als. — i/iadv., V. g. er es âls khonie « il avait coutume de 
venir », cf. Gr. 120, 2. Mais as « comme » et après un cpar., v. 
g. so fiy as âr « aussi riche que lui », krêsr as iy « plus grand que 
moi ». S'est confondu avec mhd. da^ (V. sous Dass); mais ne 
s'emploie jamais dans le sens de « lorsque », cf. Wann et Wenn. 

Also. — âlso (paroxyton), « donc, alors, eh bien »; mais esô 
(oxyton) « ainsi », v. g. mây-s esô « fais-le de cette façon ». 

Alt. — ait, cpar. eltr, sup. eltst^ elst, dim. ait rie (terme d'ami- 
tié). Dér. elte{. « vieillesse » et âltr m. (!) « âge ». 
Altar. — âltârm., v. g. trhôyâltâr « le maître-autel ». 
Amboss. — âmpôs m., v. g. tsvese hâmr on âmpôs. 
Ameise. — ômays f. (== mhd. âmeije), pi. ômayse. 
Amme. — Usité seulement dans les cp. hevâm « sage-femme » et 



134 ^^ DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

seyâm (= Sâugamme) ; mais, dans les familles urbaines, la nour- 
rice s'appelle couramment t-nûris empr. fr. 

Ampel. — &}npl f. « lampe » ;dim. ampele. 

Ampfer. — âmfr m., et surtout sûrâmfr « oseille ». 

Amsel. — âmsl f. « merle ». Cp. kçltâmsl « loriot ». 

Amt. — âmt nt., pi. atntr, dim. amtle. 

An. — an prép., v. g. an tr nâs « au nez », âm pyk « à l'œil », 
âme sayl (Gr. 89) « à une corde », ân-re tel « à une planche », etc. 
Mais généralement rt- (Gr. 6 et 56, 1°) préf., v. g. ârete « adresser 
la parole à », er het mi àkret « il m'a... », vas rets miy à? 
« qu'as-tu à m'.... ? » Cf. Anfangen, Liegen, etc. 

Andacht. — ântâytf. (mot savant, car mhd. andâht fût devenu 
*âtçyt). Dér. ântâytik « pieux ». Gr. 32, 6°, 37 et 125. 

Ander. — ântr, pi. ântri, dat. sg. tsom antre, « pour la seconde 
fois »(le crieur aux enchères publiques'). Vb. dér. antre Qtferantre, 
V. g. s-es esô, mr khene-s net antre, « c'est comme çà, nous n'y pou- 
vons rien ». Cp. enântr « l'un l'autre », et noter la locution 
enântfnô (= einander nach) « l'un à la suite de l'autre, tout à 
l'heure », v. g. er khotnt enântrnô « il va venir » ; pi-n-ântr 
« ensemble ». Adv. ântrst, v. g. ilît-s net ântrst « je ne souifrirai 
pas qu'il en soit autrement » ; cf. Gr. 68, 3°. 

Anfangen. — âfâne vb. Mais âjâne adv., y. g. i vor âfâne mih 
« je commence (cela commence) à me fatiguer». Gr. 56, 1°. 

Angel. — ânl m., pi. ânl. Cp. ffsânl « hameçon ». 

Angenehm. — âknâm (<C mhà. genaeme^ et âknam. 

Angst. — ânstL, pi. peu usité. Usage courant: si het ânst v. elle 
a peur », te mâys-ip ânst « tu lui fais peur ». Cf. Bange. 

Anis. — ânets m. (par confusion de anet et anis), tout spéciale- 
ment dans ànets-prètl-Y pi. (cf. Brod), sorte de pâtisserie. 

Anstatt. — ânstât « au lieu de » (jamais *stât tout court). 
. Antwort. — ântvort f. (et non *ântvort = mhd. antwurt). Vb. 
dér. ântvprte, ppe kântvort ou ântvort kâ (== Antwort gegeben). 

Apart. — âpârt (très usité), v. g. eps âpârts, « quelque chose de 



I . C'est, avec ântrthâlp (sous Halb), un vestige de plus de l'an- 
cien sens de « second » affecté à ce mot dans tous les dialectes 
germaniques. Ci. Bull. Soc. Ling., VIII, p. cxj. 



LEXIQUE : AP — AU * 135 

tout spécial, de distingué, une bizarrerie, iine curiosité, un secret, 
un beau venez-y-voir » (ironique), etc. Dér. âpârtik. 

Appel, —epfl m. (Gr. 7, 7°), Tpl.epfl. Cf. Kartoffel. 

Apotheke. — âpetêk f. Dér. âpetèkr « pharmacien » . 

Aprikose. — Inconnu: on dit e melele nt., pi. meleler. 

April. — âprel, v. g. âprele nâr, bats ne-kliidyt vârs khe nâr Q= 
hâttest du nicht gelugt (geschaut), wârest du kein Narr), cri dont on 
poursuit la dupe d'un poisson d'avril, 

Arbeit. — ârvet f. Mais le vb. dér. a totalement disparu 
d'usage : « travailler » ne se dit jamais que sâfe (= schaffen). 

Arg. — ârik, cpar. eryer, tous deux très usuels. 

Arm « bras ». — ârm m. ', pi. àrm. Dér. erml « manche ». 

Arm « pauvre ». — ârm, cpar, ermr, sup. ermst. Loc. t-ârmi lit 
« les pauvres gens ». Dér. ârmildt f. « pauvreté ». 

Arsch. — ârs m,, pi. ârs, v, g. lak mi (=lecke mich) âm ârs [on 
pis mi net], injure très commune dans la basse classe. 

Art. — art f., pi. ârte « manières », v. g. tes es khe art (= dies 
ist keine Art) « ce n'est pas ainsi qu'on procède, qu'on se conduit, 
voilà un vilain procédé », etc. Dér, ârtik, « gentil, affable », mais 
bien plus communément ôrtlik (sous Orden). 

Arzt. — Inconnu (on dit ir tgktr), sauf dans le cp. tsânârtst 
« dentiste » (aussi mèlârtsi). Dér. ârtseney « préparation ». 

AscHE. — as f, (Gr, 23, 1°); le pi. n'est pas usité. 

AsT. — nâst m., pi. nest (prothèse, cf. Gr. 59). 

Atem. — çtrp. m. (== mhd. âtem), et cf. Odem. 

Au. — oy î. (lieu dit), v. g. t-kriitenoy (= die Krautenau), 
nom d'un quartier de Colmar, faubourg de Bâle. 

AucH, — gy (accentué), (atone et rapide), v. g. / kloyp-s oy, 
« je le crois, moi aussi », mais t-khâl-s-qi kâ, « tu peux le lui 
donner avec le reste, de surcroît », etc. 

AuF. — p/(Gr. 36, 6°), V. g. ofm pârik « sur la montagne », stê 
p/« lève-toi », mây t-têr of « ouvre la porte », etc. Cp. trof(== 
daraut), nof(== hinauf), erof (= herauf), etc. 



I. Le Dict. ML. donne (dans sa transcription) ârm « pauvre » 
et ârm « bras » . La distinction est fausse : la longue est constante 
et identique dans les deux monosyllabes. 



136 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

AuG. — çyk nt., pi. çyke, dim. pi. t-ayklr. 

AuGUST. — gykst, v. g. em oykst « en août ». 

Aus. — lis, V. g. ûs-tn vâlt « hors du bois », mr sen ils kholmr 
« nous sommes de Colmar » Q'is inçlhûse, ils strôsporik, « de 
Mulhouse, de Strasbourg »), s-fîr es us « le feu est éteint », i stê-s 
nem lis « je ne le supporterai plus » (et onûsstêlik « intolérable » 
Gr. 48, 4° ), etc. Cp. triis, niis, eriis (comme sous Auf). 

AuswENDiG. — iisevântik, v. g. er khà-s — « il le sait par cœur ». 

AxT. — âks f. (= mhd. ackes), pi. âkse, dim. aksle. 



B 

Baar. — par, dans lecp. pàrfiids « pieds nus » ', 

Bach. — pây^ m, pi. pay, dim. payle^. 

Backen. — pake m., seul usité au sens de « joue », v. g. si het 
rôti pake ou dim. pakler « elle a les joues roses ». 

Backen « cuire au four ». — paye. Présent :ipây, te pays, er 
pâyt, mr paye, etc. ; ppe kepâye. Cf. Beck. 

Bad. — pat nt., pi. pêtr. Vb. dér. pâte, ppe kepât. 

Bahn. — Cp. tr ïsepân m. (!) « le chemin de fer ». 

Bald. — pgl (Gr. 68, 2" f), v. g. er khomt pgl « il va venir ». 

Balg. — Cp. pJçspâlik va. «soufflet de forge», pi. -palk. 

Balgen « gronder». — pàlike, « corriger, donner le fouet ». 

Balken « poutre ». —- palk, pâlke m., pi. pâlke.* 

Band. — pânt nt. « ruban », pi. pantr et pant. Dér. pantl m. 

Bange. — pan, v. g. s-es-tp pân (= es ist ihm bange) « il a peur », 
et le pléonasme ânst-e-pân (= Angst und Bange). 

Bank « banc ». — pânk m. (1) ', pi. pank. 

Bann. — pân. Vb. dér. frpâne (=^ verbannen). 

Bar. — par m., pi. pare, v, g. pâretâns « danse disgracieuse». 



1. Voir dans ML., p. 151, i, un joli calembour sur Baar et 
Paar, dont la provenance est Mûhlbach de la vallée de Munster. 

2. Kluge s. v. dit que le mot est féminin en Alsace: je ne sais 
pas dans quel dialecte; sûrement pas en colmarien. 

3. Probablement par contamination du français. 



LExiauE : BA — BE 137 

Barm-, — Dans erpârme, v. g. erpârme tiy onsr « aie pitié de 
nous » (formule de litanie contaminée d'allemand classique), et 
pârmhârtsik « charitable ». L'allongement est flottant : cf. Arm. 

Bart. — part m., pi. part, dim. par tek ^partie. 

Base. — pas, seulement dans le terme d'amitié froy pas ou pas 
« ma commère », d'où e frpy pas, « une commère, une babillarde » ; 
mais « ma cousine » se dit mini kiisin empr. fr. 

Bauch. — piiy m., v. g. piiyvê « colique » ; dim. piy le. 

Bauen. — ppye « construire», ppe kepoyt. Gr. 36, 3°, 

Bauer « paysan ». — pur m., pi. pare. Gr. ^6, 1°. 

Baum. — poym m., pi. paym, dim. paytnle. Cp. e tçtepoym « un 
cercueil », terme usuel au lieu de sârik. 

Beben. — ^ Inconnu. V. le mot usuel sous Zittern. 

Bêcher. — payj « gobelet », dim. pay rie. 

Beck « boulanger ». — pek m., pi. peke. Cp. pâstêtepek (■<■ pâtis- 
sier » et tsokrpek « confiseur ». Cf. l'art, de Kluge s. v, 

Bedeuten. — petite, v. g. vas petits ? « qu'est-ce à dire ? » 

Beere. — pèr f., pi. père (cf. Kluge s. v., et voir Birne), dim. 
perle. Cp. e-n àrpèr (=■ Erdbeere) « une fraise » , loc. ve-n-e khiis of 
e-n àrpèr « comme une vache qui flaire une fraise ». Gr. 49, 1° c, 

Beet. — pet, cp. kârtepet nt., et cf. Bett. 

Befehlen. — pefàle > pfàle. Présent / pfêl, te pfèls, er pfèlt, mr 
pfâle, etc.; ippe pfôle. Subst. m. pfâl « ordre ». 

Begegnen. — pekéye. Très peu usité : on dit âtrafe, v. g. eve 
ha-v-i-ne âketrofe « je viens de le rencontrer ». 

Begehren. — pekâre, v. g. / pekâr ne-pesr (Gr. 49, 1° b) « je 
ne demande pas mieux ». Cp. ofpekâre, « le prendre de haut, se 
fâcher », ppe ç/pekârt. Cf. Gern et Gier. 

Beginnen. — Inconnu. V. le mot sous Anfangen. 

Begleiten. — peklayte, ppe peklayt, et cf. Leiten. 

Behalten, — pbâlte, ppe kephâlte. C'est le terme courant pour 
dire « garder par devers soi, se réserver », v. g. : van tes masr kiin 
es, se sank-s net, phâlt-s fçr tiy, « si ce couteau est bon, ne le 
donne pas, garde-le ». — Gr., n" m, n. i. 

Bel — pey, pi (accentué), pi, pe (atone), v. g. er es frpey kâfie « il 
passait », / pe-net trpî ksè « je n'y étais pas » [je ne sais pas ce qui 
s'est passé], mais pi ter « chez toi », pi mire mû9tr « chez ma 
mère », pim oupem pek « chez le boulanger », etc. 



138 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Beichte. — piyt f. Vb. dér. piyte, sg. 3 er piyj, ppekepiyt. Cf. 
aussi piytfâtr « confesseur » et piyfstiûl « confessionnal » . 

Beide. — - Nomin.-acc. payti, dat. payte. 

Bein. — payn nt., dat. pi. en te payn (Gr. 96, 2°) « dans les 
jambes ». Cp. s-nârepaynle « le petit os fou » ou « des fous = la 
saillie cubitale », très sujette aux heurts étourdis et douloureux, v. 
g. hes-tr s-nârepaynle-n-âkstôse ? « t'es-tu heurté le coude? » 

Beissen. — pise, v. g. tepriïys khe ânst hâ, er pist net, « n'aie pas 
peur, il ne mord pas »; ppe kepese. — Gr. 34, i°-2°. 

Bekommen. — pekhome, seul terme vraiment usuel pour dire 
« recevoir », v. g. vas hes pekhome ? « qu'est-ce qu'on t'a donné ? »' 

Bellen. —pale, v. g. tr hçnt paît, he-kepole (Gr. 49, 1° b), « le 
chien aboie, aboyait », etc. (conjugaison quelquefois faible?), 

Beouem. — N'existe pas : on dit khomçtempv. fr. 

Bereit. — N'existe pas : on dit / pen krest (= ich bin gerûstet), 
faisant calembour avec krest (= Christ); et de même le vb. reste a 
remplacé mhd. bereiten au sens de « préparer ». 

Berg. — pârikm., pi. pârye (Gr. 66, 2° B), dim. pâryele. Loc. : 
keye pârik, « en amont, en l'air » ; ve tf oh âm pârik (= wie der 
Ochs am Berg), « ahuri, embarrassé ». 

Bergen. — N'existe pas : « cacher » se dit frsteke, et « jouer à 
la cachette y> ffstekrlis spèle. Dér. frparye, peu usuel. Cf. Fangen. 

Bersten. — N'existe pas : on dit frsprene {= verspringen). 

Besen. — pâse m., pi. pâse. 

Besser. — pesr, et sup. tr pest, t-pesti, s-pest, âm peste. 

Bestatten. — Inconnu. V. le mot usuel sous Grab. 

Bestellen. — pstele « faire une commande à un fournisseur ». 

Beten. — pâte, v. g. si pat « elle prie », ppe kepat, et e patsvestf 
« une bigote ». Cf. aussi Bitten et Gebet. 

Bett. — pet nt., v. g. peke sepe pet tek het fih f^ (= Becken 
Joseph Bettdecke hat vier Ecke), exercice de prononciation; pi. 
petr. Loc. assonancée : se kè-mr ens pet, vo mr-s ki'idt het, « allons- 
nous-en au lit, où l'on se trouve bien ». 

Betteln. — patle, ppe kepatlt. Dér. pat 1er « mendiant ». 



I. Sans complément, il prend le sens du lat. vcipulare. 



LEXIQUE : BE — BI 139 

Beule. — pîl f. : peu usité, cf. Buckel ; mais dim. epïvele, « une 
rougeur, excroissance, petit bouton sur la peau » . 

BiBER. — Je ne connais pas le mot; mais se cacherait-il par 
hasard dans l'expression très connue pçfrtsân « dent de devant mal 
plantée » (proéminente à la façon des incisives d'un rongeur), qui 
répondrait à une forme mhd. *biver, inconnue par ailleurs, mais 
homologue du rapport constaté entre sîlber et sûver ? Cf. Sauber. 

BiEGEN. — pi^ye, v. g. s-pidyt six, « cela se plie, c'est élastique »; 
ppe kepgye. Dér. e poye « un arc » et râyepoye « arc-en-ciel ». 

BiER. — pm nt. Cp. lâyerpih « bière de mars » (de conserve). 

BiENE. — N'existe pas. V. le mot sous Imme. 

BiETEN. — piHe, sg. 3 er piH, ppe kepote. Vb. à préf. frpPte, ppe 
frpote. Subst. kepot etfrpot (partout ouvert et bref). 

BiLD. — pelt ni.,peltr pi. ; mais une image, de sainteté ou non, se 
dit communément £! helye m. (cf. ML., p. 322, i). Vb. dér. pçlte, 
cp. îpelte, V. g. vas târ siy nçt ïpelt ? « que ne va-t-il pas s'imaginer ? » 
s-sen plôs îpçltone « ce ne sont que des chimères ». Subst. dér. 
pçltnr « statuaire ». Cp. e mânspelt, e vîpspçlt. 

BiNDEN. — pente, sg. 3 er peut, ppe keponte. 

BiNSE. — pçnsi., ^\. p^nse. 

BiRKE. — perki. (tt surtout perkpoyni), \)\. pçrke. 

BiRNE. — pêr f. (=mhd. bir), pi. père (entièrement identique à 
Beere). Cp. ponkrtin-pèr « poire de bon chrétien » K 

Bis. — pçs, V. g. pes tâtô (== bis dato) « jusqu'à présent ». 

Biss. — Dim. epçsele^ pesle, exactement « un petit morceau » *, 
usuellement employé au sens de « un peu » et beaucoup plus fré- 
quent que e venik, v. g. e pesle krâfik « indisposé », yets kèt-s-mfv^tf 
e pçsek pesr « à présent je me sens un peu mieux » (exclamation du 
glouton qui s'est empiffré). 

BiscHOF. —pçsofm., pi. pçsef. Cf. Wischen. 



1. Mg. 109 glose son Bunggerdinnas par « Burgundernase ». Je 
crois que c'est une erreur, sauf toutefois la confusion qui a pu se 
produire, dans l'esprit du peuple, entre deux quasi-homophones. 

2. Le vocalisme pis « bouchée » (Mg. 7), qui répondrait à mhd. 
*%, est évidemment refait sur le vb. pise = mhd. btyn. 



140 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

BiTTEN. — pçte, ppe kepate\ Subst. pet f. 

BiTTER. — pçtr (cf. Galle), cpar, petrer, etc. 

Blàhen, Blasen. — Rien que plôse. Présent : / plôs, te plôs, tf 
vçnt plôst, etc. (sans métaphonie) ; ppe keplôse. 

Blass. — -plâs est compris, mais peu usité; cf. Bleich. 

Blatt. — plet nt. (Gr. 7, 7°), pi. pletr, v. g. t-pletr fâle « les 
feuilles tombent », et (dat.) vaye te pletr « à cause des feuilles ». 
Dim. e pletle, mais s-vçyepla. — tonkl, décl. tgnkler, tçnkli, tonkls, pi. tonkli, etc. 

DûNKEN. = La loc. s-tont-mr (sans métaphonie) « il me semble» 
est comprise, mais usuellement on dit s-sint-mr. 

DûNN. — • ten, V. g. e Uns kseyt « une figure maigrelette ». 

DuRCH. — toriy, V. g. ^pn"/ ï-Mj" « à travers la rue ». 

DûRFEN. — terfe, présent er terfetc, ppe terfe, v. g. er het-s ne- 
terfe tû9 « on ne lui a pas permis de le taire ». Gr. 112, 1°. 

DùRR. — Ury V. g. e tere pçym « un arbre sec ». Cf. Dorren. 

DuRST. — torst m. V. une formulette sous Darm, 

DiJsTER. — N'existe pas. Cf. Finster^ et Kluge s. v. 

DuTZEND. — totset nt. (et non *totset, Gr. 21, 1°). 



Eben. — eve. Très usité en tant qu'adverbe : / hâ-n-e-n-eve ksâ 
« je viens de le voir » ; souvent avec un sens demi-explétif, i khmt-s 
eve net sa « je ne saurais le dire ». Aussi yûstemant empr. fr. 

Eber. — âvrm., pi. âvr. Ou hienevelti soy. 

EcHT. — ayt. (Je ne sais si le mot est colmarien.) 

EcK. — ek nt. (v. g. s-ek eroni « tournez le coin »), pi. ek, mais 
dat. pi. çn âle-n-eke « dans tous les coins ». V. sous Trumpf. 

Edel. — ètl (ne se dit qu'au point de vue moral). 

Egel. — Une « sangsue» se dit plmtsûkr m., Gr. 36; mais le cp. 
métaphorique /p%/ « ivrogne » est extrêmement usité. 

Egge. — eyt f. (<< mhd. egede), pi. eyte. 

Ehe « mariage ». — ê L, mais le terme usuel est hçytsit. 

Ehe « avant ». — ep (== *ehe ob, et cf. Ob), devant consonne et 
devant voyelle, v. g. ep er, ep si khçmt, « avant qu'il, elle vienne ». 

Eher. — N'existe pas : pour « plutôt » on a le choix entre entr, 
lihr et reûr. Voir ML. sous les deux premiers de ces mots. 

Ehre. — êr f. Vb. ère et ferère. Adj. êrlik, v. g. so vôr as i-n e-n 
èrlike mânpen, serment qui n'est guère usité, mais que par dérision 
on attribue surtout aux juifs dans la discussion d'un marché. 



148 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

El. — ay nt., pi. ayer. Cp. ôsl rayer « œufs de Pâques ». 

EicHE. ■ — ayy^ L, pi. ay/e; ou bien ayypçym m. Dér. ayylî. 
« gland », pi. dy-fle. Cf. aussi le mot suivant. 

EicHHOKN. — ayy halmele dirnm. nt., pi. ayyhalmeler. 

EiD. — ayt m., pi. ayt. L'adj. cp. maynâytik est usité, soit au sens 
de « méchant » (e maynàytihr selm), soit comme adverbe intensif 
(tes es tgy m. sèn « voilà qui est de toute beauté »); mais il est pro- 
scrit par les gens qui se piquent de savoir-vivre. 

EiDECHSE. — elyatsleà\n\. nt., pi. elyatsler. Cf. ML. s.y.egedechse. 

EiFER. — Jfr m., surtout dans le cp. tfrsçiyt « jalousie ». 

EiGEN, — ayke. Dér. àyketlik «effectivement ». 

EiLE. — // f. Ce mot et ses dér. sont à peine connus : « je suis 
pressé » se dit/pfw prasikt, et « se hâter » siy içmle, v. g. tonil H 
nçr, s-es hàyi Isit, « dépêche-toi, il est grand temps » . 

EiMER. — aymr m. Mais le nom usuel du baquet à anses est 
erikle nt. (et non *erikl ML. s. v. ôrkelè). 

EiN. — ayn (numéral, décl. aynr, ayni, ayns); article e, Gr. 89 ; 
au dat. sg., au sens dufr. « on », v. g. s-tûrtaym, « on en a du cha- 
grin, cela fait pitié ». Loc. : enântr «l'un l'autre » ; çnsr aynr (le 
vb. à sg. 3), «nous autres, moi, je », etc., v. g. onsr aynr khâ niks 
trfèr, « je n'y puis mais, ce n'est pas ma faute ». Gr. 86 et 107, 2. 

EiN. — ï, V. g. Jkhère (= einkehren) et iôtine (= einathmen), 
trîslâye « taper dessus » (= *dar-ein-schlagen). Cp. m (^^ hinein), 
et erî (= herein). Jamais Vn ne sonne: Gr. 56, 3". 

Eis. — îs nt., V. g. er hethant khâlt ve ïs. 

EiSEN. — îse nt. Cp. peylïse « fer cà repasser » (sous Bugeln) et 
rostse « fer à cheval ». Adj. dér. urn et isrik. 

Ekel. — L'expression s-eklj-mr « j'éprouve du dégoût » est com- 
prise, mais peu usitée : on dit s-knlst-mr (:= es grauset mir). 

Elend. — èlant nt. Adj. êlant et èlantik. Gr. 24-25. 

Elf. — (•//, V. g. s-slêt eJfi « il sonne onze heures ». 

Elfenbein. ~ halfepayn nt., cf. Gr. 76, 2° B. 

Elle. — f/ f., pi. ele^ v. g. trey eh lâh « long de 3 aunes », 

Elster. — âts] f., pi, âtsle,d. Kluge s. v. 

Eltern, — t-eUre « les parents », mini çltre, etc. Cf. Alt, 

Emsig. — âmsik(a et non e, d'après Gr. 24, 2°, ou 37). 

Ende, — anl nt., pi. anh\ Loc. âm anl « à la fin » et aullik 



LEXiauE : EN — EU 149 

« enfin « ; s-vort tgy^ eniôl e-n-ant hâ « cela finira bien un jour ». 
Mais le vb. dér. n'existe plus : cf. l'article Fertig. 

Eng. — an, V. g. t-sii9 se(n)-mr an « ma chaussure me gêne ». 

Engel. — anl m., pi. anl, dim. a«^/^ (terme de caresse). 

Enkel. — Inconnu : « petit-fils » etc. se dit hhenîs-hhçnt. 

Ente. — ant f., pi. ante (exactement comme Ende). 

Epheu. — ■ aphay m., et ^^r^o\s hapay par métathèse. 

Er. — âr, ar,cr,r, suivant l'emphase. Cf. Gr. loi. 

Erbe. — erp m. « héritier», pi. erve. Vb. dér. erve, ppe kerpt 
(Jicerpt est analogique). Dér. erpsâft f. «héritage ». 

Erbse. — - arps f., pi. arpse. Cp. tsokrarpse « dragées ». 

Erde. — • art f., et aussi artc, mais surtout littéraire ou de con- 
versation élevée. V. les mots usuels sous Grund et Boden. 

Erfahren. — erfâre, ppe id. Dér. erfârçn « expérience». 

Erklàren. — Usuellement remplacé par çkspletsihe empr. fr. 

Erlauben. — erloyve, ppe erloypt. Dér. erlgypnis f. 

Erle. — erle, pi. erJe, ou bien erlepoym. 

Ernst. — ârnst, surtout adverbe, v. g. er het-s nçt hrnst hnaynt 
« il l'a dit ou fait par plaisanterie ». 

Ernte. — arnteî. Le primitif subsiste : arne «moissonner». 

Erst. — erst, aussi adverbe, et avec les deux sens de l'allemand 
classique, v. g. mr fâne-n-erst à « nous commençons à peine ». Loc. 
ts-erst « d'abord » et ts-âlr-erst « avant tout ». 

Ersticken. — ^ Remplacé ^^r frsteke « étouffer » nt. 

Esche. — as ou aspoym. Cf. Krieche, et Gr. 23, i". 

Esel. — êsl m., T^\. êsl, dim. êsele. Cp. mfilèsl « mulet ». 

EsPE. • — esp f. « tremble », v. g.- te tsetrs vid espelçyp. 

Essen. — ase. Présent : iy es, te es, er est, mf ase, etc.; impér. 
es; pp. kase (jamais *kekase). Cp. : tsmetâyase « dîner »; tsôvenase 
« goûter », cf. Abend; tsnâytase « repas du soir ». 

Essig. — esik m., aussi dans le cp. esihniïdtr. 

Et-. — Cf. Gr. 53, 3° b. Les trois mots relevant de ce préfixe 
sont réunis à dessein dans la phrase burlesque : he-tr epe-n epr epes 
ketà? a par hasard qqun t'aurait-il fait qque chose ? ». On dit 
aussi épis, qui fait calembour avec fr. épice-rie, Gr. 128. Le mot 
« quelques-uns » est ejliki bien plutôt que ayniki. 

Eule. — //, m., pi. lie, et plus souvent nàytil. 

Euter. — iltr nt., pi; iitre. Gr. 95 C. 



150 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

EvANGELiUM. — efcyçlyc nt., mot demi-savant. 
EwiG. — èviky V. g. tr êvik(e) yût « le Juif errant », 



Fach. — fax nt., pi. fe^r. Surtout dans les cp. : aynfây, v. g. 
ret aynfâx « parle simplement » ; tsvayfâyi » double », treyfây, etc. 

Fackel, — fâkl f., pl.fâkle. Vb. dér.fâkle, cf. ML. s. v, 

Faden. — fâte m., pi. fàte, excepté (pour le calembour) dans la 
loc. er het hhe vlite, er het fàte, qui se dit des gens qui ont la jambe 
maigre (pas de mollets, cf. Wade). Vb. dér. îfâtle « enfiler ». 

Fahl. — fâl (d'après ML., mais je ne le connais pas). 

Fahne. — fane m. (!), p\.fàneQ.\ àim. fànk. 

Fahren. — fâre, sg. 3 er fart, ppe kfâre. Dér. fart (= mhd. vart) 
dans mâryâheinlfârt a l'Assomption delà Vierge ». 

Falb. — N'existe pas : cf. Gelb, Fahl, etKluge s. v. 

Falke. — fâlik m., pl.fâlike. 

Fallen. ■ — fâle, sg. 3 er fait, ppe kfâle. Subst. m. Jâl « chute » 
(çfyetefâl « en tout cas »), p\. fal. Subst. L fâl, « loquet, piège » 
(mûsfâl « souricière », etc.), pl.fâle. — Plus usuel kheye (Werfen). 

Falsch. — fais, cpar. /f/jf, etc. Vb. dér. frfelse. 

Falte. — fait f., p\. faite. Mais le vb. usuel est tsâmelaye « plier » 
ou en faite laye (Legen). Cp. aynfâlt f., « simplicité, bêtise », aynfâlt 
et surtout aynfaltik « imbécile » (injure courante). 

Familie. — fâmelyeî., pi. fâmelye (accent sur me). 

Fangen. — fane, v. g. vart, ifân tî, « attends, je vas te pincer »; 
sg. 3 erfânt, ppe kfâne. Loc. fânrlis spèle « jouer à l'attrape ». V. 
aussi Anfangen et Bergen (le suff. -Us est un ancien génitif). 

Farbe. - —fârp f., pi. fârve. Vb. dér. farve « teindre ». 

Vakh. — fârekrût nt. (=Farnkraut), mais plutôt f user f. 

Farre. ■ — Dans le cp. fârevâtl i<. nerf-de-bœuf». Cf. Wedel. 

Farzen. — N'existe pas. V. sous Furz. 

Fass. — fâs nt., p\. fesr, dim. fasle. Cp. pçiïMfàs « baratte ». 

Fassen. — fâse, pptkfâst. Cp. tsâmefâse « nouer en gerbe ». 

Fast. — fast « presque », moins usité que sih ou sih kâr. 

Fasten. — fâsle, ppe kfâst. Suhst. fast i., « jeûne, temps de 
jeûne », etcp.prçfâst « Quatre-Temps »; n\a\s fâsenâyt « carnaval ». 



LExiauE : FA — FE 151 

Faul, — fPd, avec le double sens « pourri » et « paresseux », 
tourné en calembour dans la loc. ftïl ve mest « p. comme du 
fumier ». Dér. fil lansr, « oisif, flâneur, badaud ». 

Faust. — fûst f., pl.fist, dim.. fistele. 

Fechten. — fà'/Je, sg. 3 erfàyt, ppe kfgxte. 

Feder. — fàtrï., pi. /â/rg (aussi « plume métallique »). 

Fegen. — fàye, ppe kfdyt. Loc. fày tu for tire ter « balaie devant 
ta porte >> mêle-toi de tes affaires ». Le sens primitif conservé dans 
le cp. fày ftr nt. « purgatoire'». Dér.fàyteî. <■<■ balayures ». 

Fehlen. — fàle, V. g. s-het nih fâle terfe » à Dieu ne plût qu'il 
y manquât rien »; ppe kfàlt. Dér. fâler m. « faute ». 

Feier. — D^nsfïrçve (sous Abend) et le vh.fïre « fêter ». 

Feige. —fihi., pl.fïke. Cp. ôrfik « soufflet ». 

Feil. — fayl. Cp. volfl « à bon marché », Gr. 17, 2°, et 41, 4°; 
cpar. velfler avec métaphonie manifestement analogique. 

Feile. — ftlî., ^l.fïle. Vb. àéi-. file « limer ». 

Feind. —fini m. (Gr. 34, 5"), pi. fini, dat. pi. id. 

Feist. — fayst {<.mhd. vei;yet, cf. Gr. 80). 

Feld. — fait nt. ; a également le sens collectif, v. g. s-falt es sên 
« la campagne est belle » ; aussi le pi. faltr est-il assez rare. 

Felge. — râtfelye f. (suppose mhd. velge et non *vëlge). 

Fell. — fal ? Non usité : on dit hiit ou pels. 

Felsen. — fels ou felse m., pi. felse. 

Fenchel. — faniyj ou fanyl m. Cf. Gr. 77, 1° C b. 

Fenster. — fanstr nt., pi. id. Loc. tsom fanstr nus. 

Ferien. —Disparu; mais a légué son initiale à l'empr. k.frkhânse 
« vacances», sauf peut-être influence du préfixe /r-. 

Ferkel. — Dim. farle nt., cf. ML. s. v. 

Fern. — Peu usité, sauf la loc. enirfarn « au loin ». 

Ferse. — farse m., ^l.farse, cf. Gr. 91 B a. 

Fertig. —fertik, et aussi fêrik. Les deux formes sont usitées con- 
curremment (cf. ML. s. vv.), avec les sens historiquement succes- 
sifs de « prêt à partir > équipé complètement > achevé > fini », 
v. g. : s-es fertik « c'est fini » ; ip^n fertik « j'ai terminé », etc. 

Fest « fête ». —fast nt., pi. cp./?M3'(= *Fest-tâge). 

Fest « solide ». —fest, cpar. /^Ifr. Dér.festçn « forteresse ». 

Fett. — Subst. s-fat « la graisse », mais non adj. Cf. Feist. 

Fetzen. — fatse m., pi. id. Vb. dér. tsrfatse « effilocher ». 



152 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Feucht. ■ — fiyt.Dér. fiyteî. « humidité ». 

Feuer. — fîr nt. Dér.fire « allumer le feu » (comme Feiern), 
fînô ! « au feu ! », fîrik « fougueux ». Cp. sous Fegen. 

FiCHTE. — fiytâne (= Ficht-tanne), où la diphtongue mhd. ie 
paraît réduite à simple/; mais cf. ahd.Jiiihta. 

FiEBER. — fikjr nt., pi. id. « accès ». Cp. narfefih<r, etc. 

FiLz. — fels m., v.g. fçlshildt, mais conservant le sens de « poil » 
dans le cp.fçlslns « pediculus pubis ». Cf. pourtant ML. s. v. lus. 

FiNDEN. — feîîte. Pr. i fent, te fens, erfint, mr fente, etc. ; ppe 
kfonte. Loc. er fent s-îâve sur « il est mélancolique ». 

FiNGER. — fenr m., pi. fenr. Dér.fenrle « doigter ». 

FiNK. — fenk m., p\. feûke (â.ussi « des savates »). 

FiNSTER. — fenstr, f. fenstri, cpar. fenstrer. 

FiscH. — fes m., ^\. fes. Vb. dér. fese, à' o\x fesr , fçserey , etc. 

FiTTiCH. — fatik m., etfatye par analogie du pi. régulier /aj/)'^. Cf. 
mhd. vëttàch vittich, et Gr. 77 1° C b. 

FiTZE. — Vb. àév. fetse « fouetter » [les petits enfants]. 

Flach. — flây, V, g. t-flâyi hânt « la paume de la main ». 

Flachs. — flâks m., seul mot usuel, cf. Lein. 

Fladen. — flâtem., pi. flûte. Cp. potrflâte « tartine de beurre ». 

Flasche, — flâsî., mais usuellement epotàl empr, fr. 

Flatteren. — flâtrè, ppe Çerom-yi/lâtrt « voleté ». 

Flaum. — pflûm m. (comme pflfim f. « prune »). 

Flechten. — flctyje, sg. 3 erflayt, ppe kflpyje. Cp. f. hôrflayt. 

Flecken. — flake m. : seulement au sens de « tache»; mais le 
dér. ancien/^^g(= flicken), « mettre une pièce, rapiécer », d'où le 
cp. pfâneflçki", « raccommodeur de vaisselle, vagabond ». 

Flegel. — fleylm. « fléau y>,mâispfleyl « chenapan ». 

Fleisch. — flays nt. ; mais le dér. *flaysr est inconnu. Cp. 
rensflays{Gr. 49, 1° a) « du bœuf », khâlpsflays « du veau ». 

Fleiss. — flis m. Dér . siyflise i(. s'appliquer » et ad].flisik. 

Fliege. — Mot inconnu. V. sous Mucke. Vb. fli^ye « voler », 
sg. 3 erfli^yt, ppe JcflOye, Gr. 4 IL Autres dér. fleyl « aile » (comme 
Flegel, cL Gr. 30, 2°) et kfleyl « volaille ». Cf. le suivant. 

Fliehen. — Inconnu : on dit fçrtlçyfe, fortflv^ye, etc. Mais floyjï. 
« fuite », etvb. dér. /f-//^? (= flûchten), sg. 3 er fleyt Mg. 41. 

Fliess. — C'est à ce mot, sous la forme mhd. vlius > nhd. 



LEXIQ.UE : FL — FR 153 

fîiïss, que se rattache le cp. flispâpir « papier buvard », originaire- 
ment sans doute « papier toison » (épais, feutré). 

Fliessen. — flihe. Peu usité : on dit 5-Wi-f loyft. 

Flink. — flenk tthflenk, mais plutôt âlert empr. fr. 

Flinte, — fient f., mais ordinairement fiisî m. empr. fr. 

Flocke. — flçk f., pi. fiçke. Cp. pi. snèfiçke. 

Floh. — flçm.., ipl.fiê. Vb. dér. fiène « épucer ». 

Floss. — fiàts f. (!), mais pl.fiôtsr (:{ pour 5). 

Flôte. — fièt f., pi. fiète, dim. flètele. 

Fluch. — flii^y. ni., non usité, mais vb. dér. fiii^ye, « sacrer, 
jurer »'. C^. Jrfliidytr... ! « sacré... ! » (injure). 

Flugge. — fiek, « [oiseau] capable de voler_, [fille] nubile ». 

Flut. — Dans le cp. sentfliidt î. « déluge ». 

FôHRE. — for f. (sans métaphonie), pi. fore''. 

FoLGEN. — « Suivre » se dit nôkè(=-- nachgehen) ; mdi?, folye est 
courant au sens d' « obéir », ppe kfçlikt, et cf. Gr. G6, 2° B. 

FoppEN. — fope, bien moins commun que ûspleke. 

FoRDEREN. — fôrtre « exiger », ppe kfortrt. Cf. Vorder. 

FoRELLE. — fçrâl f. (plutôt que frai), pi. forâle. 

Forschen. — Dér. métaph. ûsfersk « tirer les vers du nez ». 

Forst. — N'existe guère que comme mot savant, ou dans le cp. 
forsltnaystr ou le àér. ferstnr « garde forestier ». 

Fort. — /or^ (jamais *fgrt,d. Gr. 18, 1°). 

Frack. — frâk m. « veste », très usité, pi. frak, dim. frahle. 

Fragen. — frôye, ppe kfrôyt. Loc. er frôyt net lân « il ne bargui- 
gnera pas », vas frôy-i trnô ? « je m'en bats l'œil ». 

Franse. — frânslL, pi. frânsle, dim. fransle. 

Franzose. — frânsôs, et adj. dér. frânsês (= franzôsisch), v. g. 
niks parle fr., formule usuelle du paysan à qui on adresse la parole 



1. Lorsque, dans une société, quelqu'un pousse la fréquente 
exclamation (explétive ou de résignation) e kotsnâme « au nom de 
Dieu », il se rencontre presque toujours un plaisant pour ajou- 
ter es ne-kfiild'/t « n'est pas jurer », c'est-à-dire « malgré l'apparence 
ne viole pas la défense de prendre le nom de Dieu en vain ». 

2. Se lit dans les vers de Mg., mais n'est pas usuel. V. Fichte. 



154 ^E DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

en français et qui s'excuse de ne pas comprendre. Mais le terme 
d'injure est vais {= Walsch); cf. Deutsch et Cucumer. 

Fratze. — frâts f., pi. frâtse, àim. fratsle (élogieux). 

Frau. — frçy f., ^\. frgye. C'est le terme courant pour « femme », 
car vïp est injurieux. Une « dame » se dit^ mâlâm, et pour Frâu- 
lein e mâmsel, tous deux paroxytons, empr. fr. 

Frech. — frax (toujours en mauvaise part) « insolent ». 

Frei. — frçy«- libre », et adv. au sens de « même », v. g. i hâ 
frey mihe lâye « même que çà m'a fait bien rire ». Cf. Gr. 34, 3°. 

Fremd. — framt, v. g. s-çs-rii framt « il est dépaysé », t-framti 
lit^ « les étrangers », en tfframte « à l'étranger ». 

Fressen. — frase, cf. Essen. Dér. kfrasih « glouton ». 

Freude. — frayt f., pi. frayte, v. g. i hâ frayt trâ (ou s-frayt mi 
= es freuet mich ) « cela me fait plaisir ». Cf. Froh. 

Freund. — fr.ent m., pl.frent (aussi dat., cf. Gr. 43, 4°, et 96, 2°.) 
Dér. frentlik « affable », frentsâft f. « amitié », mçt epf frenl mâye 
« se lier avec qqun ». Le sens « parent » n'est pascolmarien. 

Frevel. — frâfl m. « contravention ». Vb. dér. frâfle. 

Friede. — frète m. (= Frieden, et cf. Name). Aussi dans 
frêtesreytY « juge de paix » ; mais l'équivalent de Friedhof « cime- 
tière » n'existe pas, on dit kotsâkf x):i. (== Gottesacker). Cp. tsfrête, v. 
g. er es nid tsfrête « il n'est jamais satisfait ». 

Frieren. — frihe, ppe kfrôre. Cp.frfrihe. 

Frisch. — fres, v. g. efresr vent, fresi fes, etc. 

Froh. —frô, v.g. er es frôtâs er làpt « il est content de vivre ». 

Fromm. — frçm « pieux » (= mhd. vrunî), cpar.fremr. 

Frosch. — fresî. (!), p\. frese^, notamment dans en tj fresevayt 
« à la Grenouillère » nom d'un quartier de Colmar. 

Frost. — frçst m. et (métaphonique) kfrest nt. Cf. Frieren. 

Frucht. — froyt f. « céréales », ^^\. frey te « fruits ». 

Fruh. — fri^y, Tadjectif comme l'adverbe sans distinction, et 



1 . « Vârt nçr, van te-n emol pi te framte lit pes » me disait ma 
bonne grand'mère quand je me montrais difficile pour la nourri- 
ture; et moi, je me demandais comment il se pourrait faire que je 
mangeasse jamais le pain de l'étranger! 

2. Le pi. a-t-il été pris pour un fm. sg. ? Cf. Gr. 91 A a. 



LEXIQUE : FU — G A 155 

cf. Spàt, Hart, etc. Contracté dans fridyôr nt. « printemps », et 
syncopé dans /n'ii/f^ nt. « déjeuner ». Cf. Gr. 48-49. 

FucHS. — foks^ pi. feh, âi\m. feksle (nom de chien roux). 

FûGEN. — Surtout le cp. ifi^ye (= ç.m-^ « ajuster ». 

FûHLEN. — Inconnu : on dit ârihe {= anrûhren) « toucher » et 
lispire (sous Spur) « éprouver une sensation tactile ou autre ». Mais 
on a kftl nt., v. g. er he(t) khe kfîl « il n'a pas de cœur ». 

FuHREN. — Jihe, ppe kfiht. Cp. frfihe « séduire ». Cp. dér. sous 
Braut. Subst. f. fû3r « véhicule », pi. ftÏ9re. 

FûLLEN « remplir ». — fêle, v. g. fel H klâs « emplis ton verre » ; 
ppQkfelt. Dér. feltef. a farce ». Cf. Voll. 

FûLLEN « poulain ». — Usuellement dimin. felele. 

FûNF. — fçmf, femfi, et if femft « le 5^ », mais foftsê « 15 » et 
foftsik « 50 », cf. Gr. 58, 2°. Dér. m. finifr « pièce de 5 fr. »• 

FuNKE, — fonke m. sg. et pL, d'im. fenkele, vb. àér. fenkle. 

FûR. — fer (ace. \ v.g.fer ene « pour lui y) , fer-s-lânt , etc. 

FuRCHE. — foriy^ f.,p\.forîye. 

FuRCHT. — N'existe pas, mais bien le vb. feriyte ou feriye^ 
(acc.)« avoir peur de ». Cf. Kluge s. v., et Angst, Bange. 

FuRST. — Disparu : ond'it p7-ens, pi. prense. 

FuRZ. — forts m., pi. ferls. Vb. dér. fçrtse « pedere ». 

Fuss. — fû3s m., pi. fih, dim. fhle. Loc. tret of tïni fih « marche 
sur tes pieds », dit-on à qqun qui vous marche sur le pied. 

FuTTER. — fûetr nt. Vb. dér. filtre, « nourrir, fourrer ». 



Gabe. — Dans lecp. tsûdkop, Gr, 32, 2°; mais « un cadeau » se 
dit e presànt empr. fr. Sur hop = fr. coupe, voir ML. s. v. 

Gabel, — kâvlî., pi. Mvle. Vb. dér. ofkâvle « mettre [du foin, 
etc.] en meules ». Cp. mestkâvl « fourche à fumier ». 

Gackern. — Diverses onomatopées, dont la plus commune est 
kâkse, « glousser, bégayer, babiller », ppe kekâkst. 



I. Mg. 50 et 33. Pour moi, dans mon entourage, je n'ai jamais 
entendu que feriye. Je crois que feriyte est rural. — Gr. 30, 3°. 



156 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

*Gàder. — kâir ni. « le cartilage dans la viande ». 

Gaffen. — kâfe, v. g. vas priiys mi eso âtsekâfe? « qu'as-tu à 
me regarder de cet air ahuri ? » ; ppe keMjt. 

Gâhnen. —kàne, ppekekânt (plutôt snâpe). 

Galee. — Dans l'exclamation haytekâlê ! « galère d'infidèles! » 

Galgen. — kâlye m. (et non*M/^g ML., cf. Mg. 51). 

Galle. — kâl î., v. g. pet^ ve kâl « amer comme fiel ». 

Gallerte. — kâleray f. (= wA\à. galreide'^^ 

Gang. — kân m., pi. kan. Dér. kâripr « praticable ». Cp. 
hiïskân « corridor d'entrée ». Le vb. existe au présent aussi : / kân 
yets « à présent je m'en vais »; kân nome, nif han ti sa ksâ, « fais- 
nous le plaisir de t'en aller, nous t'avons assez vu » . 

Gans. — kâns f., pi. kans, dim. kansele kansle (souvent à un 
enfant, « petit sot », semi-caressant). Le « jars » s'appelle konsr. 

Gant, — kântî. Vb. dér. frkânte « vendre aux enchères ». 

Ganz. — kâns (identique à Gans), v. g. ir kânsetây. Gr. 49, i°a. 

Gar. — kâr. Exclusivement, mais considérablement usité comme 
adverbe : er es kâr ôrtlik « qu'il est affable ! » s-es kâr tse fil « c'est 
beaucoup trop », kâr niks « rien du tout », sih kâr « à bien peu 
près » (souvent ironique). Cp. sokâr « même ». 

Garbe. — kârpL, pi. kârvc « gerbes de blé ». 

Gàren. — yàre,y. g. keyçrenr fr« vin qui a fermenté ». 

Garn. — kâr-n nt. Cp. feskârn « filet de pêche ». 

Garten. — kârte m., pi. kàrte, dim. kâr tek. Vb. dér. kârtne 
« travailler au jardin ».Subst. kârtnr « jardinier », kârinere f. 

Gasse. — kâs f., pi. kâse, dim. kasle. Seul terme usuel pour 
« rue » petite ou grande (cf. Strasse), v. g. t-khornkâs « la rue des 
Blés », s-vâsfkasle « la rue de l'Eau », etc. 

Gast. — kâst, pi. kest. Dér. kâsterey « grand repas ». 

Gâten. — yâte (= mhd. jé'ten), ppe keyât kyât. Gr. 52, 1°. 

Gatte. - Terme inconnu, ainsi que le f. : on dit mân etfroy. 
Maisl'adj. mhd. *gatec « passend » subsiste, surtout dans le cp. 
très usuel onkâtik, v. g. en ohkâtiks khent « un enfant indocile ». 

Gatter. — katr nt. (=: mhd. gëter'), dim. katrle. 



I. La chute du d vient-elle de l'analogie de ay « œuf», à cause 
de l'emploi du blanc d'œuf pour éclaircir la gelée ? 



LEXiauE : GA — GE 157 

Gau. — Dans le cp. sçnkgy, d'où le dér. sonkayer, v. g. er ret 
sonkayeris « il a l'accent du Sundgau ». Cf. Gr. 54, 2° a. 

Gaukeln. — kpykle « chanceler ». Cp. frkoykie « ensorceler ». 

Gaul. — kgyl m. (malgré mhd. gûl, cf. Gr. 36, 4°). 

Gaumen. — kilnie et /c/'/;»^ m. 

Gebàren. — • Inusité : on dit khentpetere se, etc. ; mais le ppe 
kepûre « né » (aussi en t-valt kbome « naître »), et dér. keport f. 

Gebàrde. — Le mot usuel est seste mâye (empr. fr.) « faire des 
gestes, desmines^ des grimaces, des cérémonies », etc. 

Geben. — kâ (Gr. 49, 2° b) : présenta kep ou ke, te kes, er ket, 
nir kan, etc. ; impér. kep ou ke, v. g. ke-mr-s « donne-le moi » ; ppe 
si he-tr-s kâ « elle te l'a donné ». Conditionnel, Gr. 118, 5°. 

Gebet. — kepat nt.; pi. khortsi kepatr on lâni prôtverst « courtes 
prières et longues saucisses», devise du libertin gourmand. 

Gedàchtnis. — ketaytnes nt., régulier par rapport à Denken. 

Gefahr. — kfôr f., V. g. ta es khe kfôr « il n'y a pas de danger, 
de doute », etc. Dér. kfârlik. Cp. onkfâr « environ ». 

Gefallen. — kfâle, v. g. si kfâl-tr « elle te plaît ». 

Gegen. — keye, et cp. erkeye. Dér. keyet f. « contrée ». 

Gehen. — fe(-— mhd. gën, et jamais *kà := mhd. gàn) : présent 
/ kè, tekès, er kêt, mr kèn, etc., ve kçt-s? « comment çà va-t-il ? », 
vas ket-s tiyâl (e abrégé) « en quoi cela te regarde-t-il? »; impér. 
kè ou kân (cf. Gang); subj. impf. i ki^n ou ki^nt, te kidns, etc., pi. 
mr ki^nte, etc. (rarement / ki^ntit) ; ppe kâne. Cp. Içskè « se détacher », 
nôkè « suivre y>,frkè « se dissoudre ». Cf. Schmelzen. 

Geheuer. — khlr « en sécurité ». Cp. onkhtr nt. « monstre ». 

Gehôren. — khère (identique à Kehren), v. g. s-khèr-tr net « ce 
n'est pas à toi », maytele vam khèrsl « petite, à qui appartiens-tu? » 
c'est-à-dire « qui sont tes parents? » '; ppe khêrt. 

Gehren « giron ». ■ — kêre m. : très usité, cf. Schooss. 

Geier. — kayer m. (emprunt évident au nhd.). 

Geifer. — Vb. dér. kayfre « baver », d'où kayfrte f. « bave », et 
kayfri m., sobriquet injurieux « bav-ard ». V. aussi Mantel. 



I. Question que j'ai entendu poser par ma mère, dans une de 
nos promenades, à une petite fille qui semblait égarée. 



158 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Geige. — klk ï., pi. klke, V. g. tr heml haut me-pâsklke (Mg. 10 
= der Himmel hiingt mit Bassgeigen)> métaphore de l'extase. 

Geisel. — kaysl f., mais bien moins employé que payts. 

Geiss. — kays f. (seul terme connu), pi. kayse « chèvres ». Cp. 
hàvrkays « bécasse ». Cp. dér. lânkaysik « grand efflanqué ». 

Geist. — kayst m. « esprit » dans tous les sens, v. g. sâlskayst 
« acide chlorhydrique », plôykayst « taquin », tôtekayst « fantôme», 
etc. ; pi. kaystr. Dér. ekaystlike « un ecclésiastique ». 

Geitz. — kits m., dér. kitsik et cp. kitshâls « avare»; mais 
kitik « avidement » (v. g. mr milds net kitik trenke va-mr svetst 
« il ne faut pas boire à grandes lampées lorsqu'on est en transpi- 
ration »), forme venue du bas-allemand. 

Gelb. — kâl (= mhd. gëf), décliné kâlei'y kâli, kâls, mais sans 
allongement dans kali rildve « des carottes ». Cf. Môhre. 

Geld. — kalt nt., v. g. om khe kalt « à aucun prix ». 

Gelegen. — Dans le dér. klayehayt f. « occasion ». 

Gelenk. — klank nt. (= mhd. gelenke, Gr. 24, 2°). 

Gelingen. — klene, ppe v. g. s-es-mr ne-kîone. 

Gelten. - — kalte, sg. 3 s-kelt, ppe kolte. Sur kal « n'est-ce pas ? » 
(kalte en s'adressant à plusieurs), cf. Gr. 68, 2° e. Cp. vârt, ifrkel- 
tr-s, « attends, tu me le paieras ». Cp. dér. kliykeltik « indiffé- 
rent ». Loc. vas kelt-sl « combien paries-tu? » 

Gemach. — Dans le cp. âlskmây, « tout doucement, peu à peu ». 

Gemahl. — Terme inconnu. V. sous Gatte. 

Gemein. — kmayn, v. g. kmayni lit « gens du commun », kmayni 
vâr « camelotte ». Subst. f. kmayn « la commune ». 

Gemûse. ~ kmih nt., pi. kmihr. 

Gënau. — knoy, surtout adverbe ; cpar. knoyer. 

Genesen. — Ce terme et ses dérivés sont inconnus ' : cf. Heilen. 

Genick. — knek nt., v. g. ^r het s-knek keprgye. 

Geniessen, — knihe, ppe ^wp^^. Subst. m. kngs « jouissance ». 

Genug. — knû^, et avec emphase kenïû, v. g. en t-hiit ni keni'P 
(== in die Haut hinein g.) « amplement assez, presque trop ». 



I. Et pourtant c'est dans les archives de Colmar qu'on a 
retrouvé ce verbe (virnasin) avec son acception étymologique de 
« rùckkehren, anheimfallen », 5 juillet 1293 : Alemannia, XXII, 63. 



lexique: GE — GE 159 

Gerad. — krât, adj. et adv., « droit, précisément ». 

Gerben. — karve, ppe harpt. Dér. karvr « tanneur ». 

Gering. — kren, surtout au superl. s-krenste. 

Gern. — kàrn, v. g. eps ou même epr kârn hâ, « aimer qqun ou 
qqch. »; mais cpar. lihjfQt superl. âm lupste. 

Gerste. — karst f., peut-être aussi kàrst, et cf. Brod. 

Gerte. — kert f., pi. kerte, mais peu usité. 

Geschàft. — • ksaft m.., pi. ksaftr. 

Geschehen. — ksà, sg. 3 s-ksèt « il advient », ppe v. g. s-es-m 
ra-/(f) ksà (= esist ihm recht geschehen) « c'est bien fait pour lui ». 
Dér. kseyt f., « histoire, conte », v. g. tes es nif yejs e sêni ksey^t « eh 
bien me voilà dans de beaux draps » ; pi. kseyte; dim. kseytle. 

Gescheit. — kseyt, très usité, v. g. : / kloyp te pes ne-kseyt, « je 
crois que tu deviens fou >) ; e te vors toy kseyt se, « allons donc, tu 
ne vas pas faire cette sottise ». Cf. Gr. n° 34 et n. 2. 

Geschirr. = kser nt. (peut se dire d'une seule pièce de vaisselle). 

Geschmack. — ksniâk m. D'une chose insipide on dit volontiers : 
s-het khe krâ^t où khe ksinâk. Cf. Schmecken. 

Geschweigè. — On dit f^svike tt ffksvî « à plus forte raison ». 

Geschwind. — ksvent, exclusivement adverbe, très usuel. 

Geschwister. — ksvestr « frères et sœurs » ; et, en parlant 
d'enfants de mêmes père et mère, on dit ksvestrte khentr. 

Geselle. — ksel m., pi. ksele. Dér. kselsâft « compagnie ». 

Gesetz. — ■ kset s nt., pi. ksetsr. Adj. ksetsUk « légal ». 

Gesicht. — kseyt nt., pi. kseytf. hoc. en-s-kseyt « en face ». 

Gesinde. — Seulement le dimin. ksentl « canaille ». 

Gespenst. — kspanst nt. (Gr. 58, 3°), pi. kspanstf. 

Gestank. — kstânk m. « puanteur », pi. kstank. 

Gestern. — kestrt. Dér. kestrik. C^. fôrkestrt. 

Gesund. — ksont, cpar. ksentf. La formule pour porter un toast 
est ksonthayt, et l'on y répond par pârelemân « pareillement », que 
souvent on altère plaisamment en par ele lân « long de quelques 
aunes » ou pârekemâyj « perruquier ». Cf. Paar, Elle, Perrûcke. 

Getreide. — ketrayt nt. (sur pied ou fauché). 

Gevatter. -^ Dans le cp. pi. kfâtrlit « parrain et marraine ». 
Mais « parrain » se dit pfetr, et « marraine » ketl(j= Gôttel). 

Gewalt. — kvâlt f. Adj. dér. kvâltik « violent ». 

Gewand. — kvânt nt., pi. kvantr, moins usité que klayt. 



léo LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Gewehr. — kvèr nt. : relativement peu usité; cf. Flinte. 

Gewicht. — kve'^/t nt., pi. kveyir « poids de la balance ». 

Gewinnen. — kvene, sg. 3 er kvent, ppe kvone(=-' *gewunnen). 

Gewiss. — kves, formule d'affirmation très usitée et engageant 
la conscience de celui qui l'emploie. Subst. nt. kvese « conscience », 

Gewitter. — kvetr nt., ou tontrvatr, ou simplement vatr nt. 

Gewôhnen. — kvône (sans métaphonie, cf. Kluge s. v.), ppe 
V. g. cr çs-s hait ne-kvônî « qu'y faire? il n'y est pas habitué ». Cp. 
i vel-tr-s son âpkvêne, « va, je te corrigerai de cette habitude », avec 
la métaphonie qui manque au simple. Dér. kvôneti. « habitude ». 

GiCHT. — Seulement au pi. nt. heytr « convulsions ». 

Giebel. — kavl nt. (!) = mhd. gëbel, cf. Kluge s. v. 

GiER. — Seulement dans le cp. dér. neyklrik (Gr. 15,' 3°) 
« curieux », d'ailleurs beaucoup moins usité que vontrfetsik. 

GiEssEN. — kisse, ppe kekose. Subst. m. kihe ML. s. v. 

GiFT. — keft m. % v. g. te khâs-s frsiïdye, s-es khe keft, « tu peux 
y goûter, ce n'est pas du poison », dit-on à un enfant difficile qui 
refuse un aliment; pi, keft. Dér. adj. keftik, vb. frkefte. 

GiPFEL. — kepfl m. Vb. kepjle « s'achever en pointe ». 

Gips. — keps m. Vb. dér. kepse « plâtrer ». 

GiscHT. — Inconnu : on se sert de p'àrhejt « levure de bière » ou 
de sur tayk « pâte aigrie ». V. Gâren, et cf. ML. s. v. Hab et Jast. 

GiTTER. — Inconnu : on dit e katrle. V. sous Gatter. 

Glanz. — klâns m. Vb. dér. kl anse, ppe kekianst. 

Glas. — klâs ou klâs nt., pi. klêsr, mais dim. klâsle. 

Glatt. — ■ klât, cpar. kletr. Vb. dér. klefe « polir ». 

Glauben. — klçyve, sg. i / kloyp, 2 te klçyps, 3 cr kloypt, pi. mr 
kloyve, ttc. ; ppe kekloypt. Subst. m. klçyve « foi ». 

Gleich. — kliy, aussi adv. très usuel au sens de sogleich, v. g. si 
khçmt kliy « elle va venir », Vb. dér. : kliye, ppe v. g. si ban 
cjiântf kekleye « ils se ressemblaient y>;frkHye « comparer », 

Gleiten, — Terme inconnu, V, sous Rutschen, 

Glied, — Met nt,, pi, klêtr, dat, pi, en te klètr. 

Glimpf, — Dans le dér, klemfik « doux au toucher ». 

Glitzern, — kletsre, ppe kekletsrt. 



I, Sans aucune distinction de sens; cf. ML. s. v. 



LEXIQUE : GL GR lél 

Glocke. — klok {., pi. kloke. Cp. t-loiiipeklçk « la cloche de 
10 heures ». Dim. cp. s-pranklekie (Gr. 54, 2° a) « le tocsin ». 

Gluck. — klçk nt., v. g. tsom klçk « par bonheur ». Adj. dér. 
klçklik et kUksâlik. Cp. onklek et onkJeklik. 

Glucken. — kloke « glousser ». Dér. dim. pi. klekier « des 
poussins ». Rapprocher ^/o^^f, d'où kloksr m. « le hoquet ». 

Gnade. — knât f. (mot savant, ou du moins influencé par la 
langue ecclésiastique, autrement on aurait * knçt), pi. knâte, adj, 
kfiàtik. Gr. 32, 37 et 125. 

GoLD. — kolt nt. Adj. dér. kçltik. Vb. dér. frkglte, v. g. s-es khe 
kolt, s-d norfrkçlt, « ce n'est pas de l'or, ce n'est que doré ». 

GôNNEN. — kone (= mhd. gunnen sans métaphonie), v. g. i kon 
tr-s, « j'en suis heureux pour toi », ou ironique « je ne te l'envie 
pas »; ppe kone et kont. Dér. péjoratif/r^o»^ « souhaiter du mal ». 

GoTT. — kot, pi. kejr sans usage. Juron très usuel : pi kot « par- 
dieu », qu'on atténue souvent en pi kps (sous Maul). Locutions 
courantes : e kçts nâme « au nom de D. » (sous Fluch) ; om kotes vêle 
(pour implorer énergiquement, cf. Gr. 86); kçt lov-e-iânk « Dieu 
soit loué », Gr. 22. Cp. msr herkçt « Notre Seigneur [J.-C] ». 

Grab. — krâp nt., pi. krèvr « tombes »; mais krâve m., pi. kràve 
« fossés ». Vb. dér. frkrâve « enterrer », ppefrkrâpt. 

Grad. — krât m., surtout « grade militaire ». 

Graf. — krôf et krâf m., pi. krôfe et krâfe. Cf. Gr. 32, 5°. 

Gras. — krâs nt., pi. krçsr, dim. krâsle. Vb. dér. krâse. 

Grat. — Dans le cp. rekrôt (= Rûckgrat, Gr. 48, 2°). 

Grau. — ■ kroy, v. g. ts-nâyt sen âli khâtse kr. Cpar. kreyer. 

Graus. — knls m. V. le vb. sous Ekel. 

Grausam. — krçysâm, cf. Gr. 36, 3°. Souvent employé au sens 
de « extrêmement », v. g. kr. sèn, s-kfâlt-m kr., etc. 

Greifen. — krife, sg. 3 er krift, ppe kekrefe. Gr. 34, 2°. 

Greinen. — krïne « pleurer » (des enfants), v. g. bes rôti oyke, 
hes kekrenel « tu as les yeux rouges^ est-ce que tu as pleuré? » 

Greis. — krays (mot savant, on dit en àlte niân^. 

Grempel. — Dans kremplmarik « friperie » ; mais cf. Gr. 10, 2°. 

Grenze. — krans f., pi. kranse, mais peu usuel. 

Grieb. — kri^p f. « gras de porc », mais surtout krine pi. 

Griess. — kri^s m., « gruau, semoule », sans autre sens. 

Griffel. — krefl m. « crayon d'ardoise », pi. krefl. V. Blel 

XL — V. Hexry. — Le Dialecte Alaman de Colmar. II 



I6'2 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Grimm. - — N'existe pas, ni aucun dér., mais seulement^ si toute- 
fois il est de même souche, s-krçNie nt. « la colique », 

Grind. — krent m. Adj. dér. krentik « teigneux ». 

Grob. — krop, V. g. e krçvr sOsyes (== Socius), souvent atténué en 
e mâsifr kharl, etc. V. aussi sous Brot et Stroh. Cpar. krçvr. 
Superl. nt. s-krepst « le plus gros d'un travail ». Gr. 72-73. 

Groschen. — krose m. (pièce de 10 centimes), pi. krose. 

Gross. — krôs, cpar. krêsr, superl. tr krè'ste. 

Grube. — kriï^p f., v. g. an tr sântkrûdp « à la sablonnière n (ou 
sânkrû9p, Gr. 54, 2° a) nom d'un quartier jadis rural de Colmar; 
pi. kri'ûve. Le secondaire kroft f. existe aussi, peu usité. 

Grûn. — krim, aussi subst. nt., cf. ML. s. v. 

Grund. — kronî m. Cp. vîtekront a terreau des vieux saules » se 
dit plaisamment du « tabac à priser de qualité inférieure » . 

Grunzen. — snore (des porcs), more (des personnes). 

Gruss. — krû^s m. (souvent salit, oxyton, empr. fr.), pi. krih 
peu usité. Vb. dér. krme, v. g. mâtâm Içst si kr. « Madame vous 
fait ses compliments » (cf. Compliment); ppe kekrmt. 

Grûtze. — krets f. : peu usité ; cf. Gries. 

GucKEN. — kiike (Gr. 21, 4°), ppe ki'tkt. Cp. hâfekiik « fouille-au- 
pot, tatillon », et par calembour ^rp/ç/ h.,d. HAi-ENetGr. 128. Dér. 
dim. t-kikler « les yeux », encore plus caressant que aykler. 

GuNST. — konst f. Dér. kenstik. Cp. frkonst m. « défaveur ». 

GuRGEL. — koryel f. Vb. dér. korikle « se gargariser ». 

GuRKE. — Le mot n'est pas connu. Cf. Cucumer et Kluge s. v. 

GuT. — Iw/ toujours; mais presque toujours ^0/- (Gr. 45, 4"), 
dans les locutions courantes kote niçrye, koic tây, koie-n-Çwc et kot 
nâyi (les deux premières souvent remplacées par posor empr. fr.). 
Cpar. pçsi, supQïl. pest. Cp. dans la locution counxnlQ niks fer onkihn , 
« ne le prenez pas en mal, ne m'en gardez pas rancune », formule 
d'excuse en quittant qqun avec qui on s'est trouvé en désaccord, 
qu'on a gagné au jeu, etc. Subst. ki'ût nt., pi. kihr « biens ». 

H 

Haar. — hôr nt., pi. /;Jr, v. g, otii e hôr « à un cheveu près »; 
dim. hàrle. Adj. dér. hôrik « poilu ». Cp. roshôr « crin ». 

Haben. — hà, toujours, même devant voyelle; présent / hâ, te 



LEXiauE : HA — HA 163 

he's, er het, iiir han, etc., v. g. het-s-ti bikele? k cela t'a-t-il, Huguet? 
= te voilà pincé, bien attrapé », etc.; subj. / hayk, te hayks, etc., 
Gr. 117, 2°; impf. subj. i bat, te bats, er bat, iiir bâte, etc.»; ppe kbcj. 
Loc. tar bet-s hi'ût « en voilà un qui a de la chance ». 

Haber. — bâvr, bâvre et bàvere m. « avoine ». 

Hacke. — bâki. Vb. dér. bâke, « piocher, hacher », ppe klmkt. 

Hader. — N'existe dans aucun sens. V. les synonymes. 

Hafen. — bâfe m. « pot » (seul terme usuel), pi. bâfe, dim. 
hnfele. V. une locution sous Deckel. Cp. kbçnsthâfe « pot au feu » 
(parfois employé plaisamment au sens de « pot de chambre ») et 
spârbâfe ou spârhâfek « tire-lire ». Dér. bâfnr « potier ». 

Haft. — bâft f. « agrafe », pi. bâfte. Aucun autre sens : le 
« crochet d'agrafe » et 1' « agrafe » proprement dite, respectivement, 
manele « mâle » et znveJe « femelle ». Vb. dér. âbefte « agrafer ». 

Hag. — bây m. « haie », pi. bây. Cf. Hecke. 

Hagel. — bâyel m. Vb. dér. v. g. s-bet khâyelt « il a grêlé ». 

Hâher. — bârm., pi. bâre. Cf. Gr. 96, 2". 

Hahn. — bân m., pi. bàne (fort et faible à la fois par contamina- 
tion mutuelle). A ajouter à Gr. 93, 1°. 

Haken. ■ — bôke m., pi. bêke. Vb. dér. bèkle « crocheter ». 

Halb. — bâlp et hâlv- (Gr. ji-j'^). Cp. ântrtbâlp « i '[2 ». Le 
subst. dér. n'existe pas : on dit simplement s-bâlve « la moitié ». 

Halde. — Dans le cp. ràpbalt f. « treille », pi. -balte, cf. ML. 

Haleter. — bâlftr m. (par analogie des noms en f), pi. bâlftr. 

Halm. — bâlnie (= mhd. bali)ie(jî)) m,, pi. bâlnie. 

Hals. — bals m., pi. bals, dim. balsle. Cf. Kehle. 

Halt. — bâlt, V. g. vçrom kboius net met? — i peu bâlt niiàt « pour- 
quoi ne viens-tu pas avec nous ? — c'est que je suis las » . 

Halten. — balte, sg. 3 er bâlt, ppe kbâlte. Mais on ne dit pas 
*erbâlte pour « recevoir ». Cp. dér. bilsâlton « ménage », Gr. 76, 2°. 

Hammel. — ■ bâmlm., pi. bainl. Dér. bâmk « vagabonder », 

Hammer. — bâmr m., pi. baiiif, dim. banirle. 

Hand. — bânt f., pi. bant, dim. bantele. V. g. (facétie) t-bânt en 
t-bè « levez la main » (à un témoin qui doit prêter serment — il 
lève la main gauche), t-râyt bânt! Cp. âles-tf-bânt « de toute sorte ». 

Handel. — bântl m. Vb. dér. v. g. nih tse bântle? (cri des bro- 
canteurs ambulants) « y a-t-il affaire à faire? ». Subst. dér. (pi.) 
bantl « querelle », pi. bantl, et vb. baittle « se quereller ». 



164 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Hanf. • — hânifm., v. g. ervâkst ve h. « il grandit vite ». 

Hângen. — hane, sg. 3 er haut, etc., dans tous les sens possibles 
de « pendVe, suspendre, être suspendu », v. g. : vas hans â-iiiiin 
ârm ? « pourquoi te suspends-tu à mon bras ? » ; tr omhâh es âm 
fan'str khant « le rideau pendait à la fenêtre » ; han-s an t-vânt 
« suspends-le au mur » . Mais aussi hanke, surtout intransitif. 

Hantieren. — hâniihe, ppe khântiht. 

Harfe. — hârpf L, pi. hârpfe. Dans 'mon enfance une chanteuse 
ambulante du nom de Barbe était surnommée s-hârpfepàvi . 

Hàring. — hârik m., v. g. ter ve-n-eh. « sec comme un hareng ». 

Harn. — hârn m., ne se dit que des animaux. 

Hart. — • herl, cf. Gr. 7, 7°. Cp. vâsrhert, se dit de pommes de 
terre ou autres légumes restés durs après cuisson. 

Harz. — hâr ts nt. Cp. kikehârts « colophane ». 

Hase. — bas m., pi. hase, dim. hàsle. Loc. tr hâs bet ayer klayt 
« le lièvre a pondu » dit-on aux enfants lors des œufs de Pâques. 

Hasel. — Dans bàshios « noisette », cf. Nuss. 

Haspel. — bâspl m. « dévidoir ». Vb. dér. hâsple « dévider ». 

Hass. — bas m. Vb. dér. base. Adj. basik et baslik. 

Haube. — M'est inconnu comme terme colmarien. Cf. Kappe. 

Hauchen. — Dans le cp. khiiye Q= *gehauchen), v. g. en t-fefiY 
kb. « souffler, dans ses doigts », âm fanstr kb. « faire de la buée sur 
la vitre »; mais rapprocher aussi mhd. h'icben >> Keuchen. 

Hauen. — boye, ^^tkbgye. Usuel au sens de « couper » : kep âyt, 
te bçys ti, «prends garde, tu vas te couper ». 

Haufe. — biïfe m. (= Haufen), pi. hife, dim. bijïe. Loc. e bi'ifc 
mansc « une foule ». Dér. bifik « en tas ». 

Haupt. — boypt nt., au sens de « principal ». 

Haus. — hiis nt., pi. bisr, dim. blsek bisle. Loc. tar lâyt nor 
van e biïs çmfâlt « il ne rit qu'en voyant s'écrouler une maison = 
arriver un malheur ». Vb. dér. bfise, « vivre de ménage, écono- 
miser »; V. g. âlfr lonip, vorom hes ne-kbûst? « vieille guenille, que 
ne te ménageais-tu ? » (proverbial, d'un vieillard usé d'excès). 

Haut. — bilt f., pi. /;//, dim. bitk. V. aussi Genug. 

Hebel. — be.vl m., pi. bevL Cp. trçthevl « barre du pressoir ». 

Heben. — heve, sg. i / bep, ppe kbept. Loc. hçve-ne! beve-ne! 
« arrêtez-le! » (un malfaiteur); plaisamment, /;., /;., er vel biisâr 
vâre «... il veut se faire hussard », de qqun qui s'emporte, fait la 



LKxiauE : HE — HE 165 

mauvaise tête ou le fonfliron, etc. Cp. ofheve « ramasser » (qqch. 
qui est à terre, etc.), ppe ofkhept, toujours faible. Gr. 72-73. 

Hecht. — heyt m., pi. heyte. Loc. seks-e-sâytsik heytekhepf « 6G 
têtes de brochets », exercice de prononciation. 

Hecke. — he\î. « buisson », pi. heke. Cf. Hag. 

Heer. — On dit ânnç (oxyton) f., empr. fr. ; mais cf. ML. s. v. 

Hefe. — Dans le cp. pidrheft m. V. sous Gischt et Treber. 

Heft. — heft nt. « poignée » et « liasse », pi. heft. Mais un 
« cahier à écrire » se dit e kâye (oxyton) m., empr. fr. 

Hehlen. — hâle, et ordinairement /r/;rt/t'. 

Heide « (lande), bruyère ». — baytL, pi. hayte. 

Heide « païen ». — hayt m., pi. hayte. Cf. Galee. 

Heidelbeere « airelle ». — haytlpèr i. Cf. Beere. 

Heil. — A peu près inconnu, n'appartient qu'à la langue recher- 
chée, mais dérivés nombreux, notamment : hayle vb. « guérir », 
transitif et intransitif; haylik « saint » et helye « image » (sous 
Bild); haylôs (== heil-los), «mcurable, incorrigible, violent ». 

Heim. — Exclusivement adverbe, v. g. hè haym « rentre chez toi » 
et er es thayrn (= da-heim) « il est chez lui ». Dér. hayniUk hayme- 
lik, « familier, paisible », et haymet f. « lieu natal ». Cf. Gr. 41, 3°. 

Heimchen. — hàymiyele nt. « grillon ». 

Heirat. — hlràt f., pi. hirôie. Vb. dér. hirçie, « se marier, 
épouser », intransitif et transitif; ppe klnrôte, Gr. 109, 2°c. Cf. Ehe. 

Heischen. — bayse, ppe khayse. Très usité, et implique une 
demande plus polie et plus humble que pekàre = Begehren. 

Heiser. — N'existe pas, mais le dér. haysrik « enroué ». 

Heiss. — hays. V. une loc. sous Durst. Subst. dér. hets f. 

Heissen. — hoyse. Locutions : ve hays? « comment t'appelles- 
tu? » ta hayst-s sânele /o)/ (petit Jean, sauve-toi) « à présent il 
s'agit de jouer des jambes » ; vàr he-ti khayse? « qui t'avait dit de t'en 
mêler? » (à un maladroit qui a fait une sottise). 

Heiter. — hayif, v. g. âm haie tây ksèt-r net haytr « en plein 
jour il n'y voit goutte ». Subst. dér. haytre f. 

Held. — helt] m., pi. helte. Surtout ironique : yô, tii pes-nif noy 
e nate h., e s fifre helt, etc. «... un joli coco ». 

Helfen. — halfe, v. g. tô helft on pât niks « il n'y a rien à y faire » 
(ou om, Gr. 54, 2° b) : présent / helf, te helfs, mr halfe, etc.; subj.. 



l66 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

dd.ns half i kçi , Gr. 117, 3°; conditionnel i halftit ou helftit (vieilli); 
ppe hholfc. Cp. sous Ab. Subst. hdf! « au secours ! » 
Hell. — hal, cpar. haler. Dér. cp. ofhah « s'éclaircir ». 
Helm. — helm m. : dans les deux sens de « casque » et « long 
manche », est venu du dehors et n'appartient pas au dialecte. 
Hemd. — hamp nt. (Gr. 54, 3"), pi. hampr, dim. hampek. 
Hemmen. — Terme inconnu, remplacé par Heben. V. ce mot. 
Hengst. — - hanst m., pi. hanst. Vb. dér. hanste « saillir ». 
Henken. — V. g. to plit-r hanke « le voilà accroché », cf. Hangen. 
Henné. — Absolument remplacé par Huhn. Cf. ML. s. vv. 
Her. — Accentué, hâr, v. g. vo khoms hâr? « d'où viens-tu » ?; 
atone, er-, dans erï « dedans », eriis « dehors », erof « en haut ». 
Herbst. — herpst m. Vb. dér. herpste « vendanger », ppe kherpst. 
Herd. — hârt m., pi. hàrt. Cp.firbârt. 
Herde. — hârt f., pi. hàrte, v. g. e sôfhârl, etc. 
Herr. — her m., pi. hère (jamais * miher « monsieur »). Adj. 
herlik « magnifique ». Subst. hersâft f. « les ou le maître de la mai- 
son », V. g. t-hersâft vçl-s net bâ « on me le défend ». 

Herz. — hârts nt., mais fg hartse kârn « volontiers ». De même, 
ad), dér. hàrtsik « charmant », mais hartsâft « courageux ». 
Herzog. — hertsçk m.., pi. hertsgke. 

Hetzen. — hetse, v. g. i hâ /f hçnt hhetst « j'ai excité le chien ». 
Heu. — hay nt. « Les foins » se dit t-haytnâyet f, 
Heucheln. — On connaît hayyjer « hypocrite », mot savant. 
Heulen. — hïle « pleurer bruyamment » (très usuel), ppe khîlt. 
Heuschrecke. — haysrak f. « sauterelle », pi. haysrake. 
Heute. — hete, het (Gr. 43, 4°), v. g. khom-i het net, se khoni-t 
mgrn (ironique, à un musard). Dér. au génitif hetiks tàys, Gr. 86, 
Hexe. - haks f., pi. hahe. Vb. dér. hakse intransitif et frhakse 
transitif. Subst. f. hakserey « sorcellerie ». Cf. Meister. Gr 25, 5°. 
HiE. — ■ hiè « ici » (jamais */;/c?/-), Gr. 62, 5°. Adj. dér. hihik. 
HiMBEERE. — empçr L « framboise », pi. enipère. Gr. 76, 2° b. 
HiMMEL. — heml m. Loc. kpt eni heml! « mon Dieu! » 
HiN. — Accentué, hî, v. g. vç kès hî? « où vas-tu? » ; atone, 
n-, dans nî « dedans », ntis « dehors », nof « en haut », etc. Cf. Her. 
Hindern. — hentre, et surtout frhentre, ppe frhentrt. 
HiNKEN. — hefike, ppe khçnke. L'antique « Messager Boiteux de 
Colmar » (almanach) s'appelle /;- khçlmerer heiikcte pot. 



LEXIQ.UE : HI — HO 167 

HiNTEN, HiNTER. — hcule adv. ; henir prép. 

HiRN. — hmtnt., pi. hem. Cp. ventbern « étourdi 5), 

HiRSCH. — herts m. (cf. Kluge s. v.), pi. herts. 

HiRSE. — hers m. (curieux contraste avec le précédent). 

HiRTE. — hert m., pi. herte, f. herte « bergère », Gr. 16, 2°. 

HoBEL. — hgvl m., pi. hevl. Cp. krûtbgvl « rabota choucroute ». 

HocH. — hôy, cpar. hèyj, superl. hèyst, mais subst. dér. hè dans 
er spmït en f-hê « il saute en l'air », Gr. 75. Loc. s-es hôyj tsit « il est 
grand temps » ; mais, en un mot, souvent hoytsit f . « mariage » . 

HocKEN. — hgh « se tenir inerte » (très usuel), ppe khokt. 

HoF. — hôf m., au sens de « cour princière », v. g. tr mon het e 
hôf a la lune a un halo »; adj. dér. hèjlik « poli »; aussi dans lâthof 
(= cour de chargement) « le Ladhofï » près Colmar, et varihhof 
(== Werk-hof) « le chantier municipal ». Mais la « cour d'une 
maison » se à\x.hoftm.., pi. heft; cf. Gr. 68, 3°. 

HoFFEN. — hçfe, V. g. mr veîe-s-hgfe « espérons-le » ; ppe khgft. 

HoHL. — hôl, V. g. e hôk tsân « une dent creuse ». Dér. bel i. 

HoHN. — Seulement dans le vb. dér. frbêne « dédaigner ». 

HoLD. — bgït, v. g. si es mr bglt « nous nous aimons bien ». 

HoLEN. — bûle, v. g. hê bgl ti pi'Py « va chercher ton livre »; 
ppe MjôU. Loc. tr teyfl sgl-ne hàle, Gr. 117, 4°. 

HôLLE. — bel f., v. g. s-es e sent, te kbgms en t-bel (entre enfants). 

HoLPERN. — bglpre, faisant assonance avec stglpre. 

HoLUNDER. — bgltr m. Cp. rakbgltr et rakgltr « genièvre ». 

HoLZ. — bols nt., pi. belsr, dér. dim. svâvlbelsk « allumette ». 
Loc. si bet bglsfgr-nj bus « elle a du bois devant sa porte » (les seins 
forts). Vb. dér. bglse « aller au bois » et âpbglse « déboiser ». 

HoNiG. — bonik m., v. g. e flâtek bgnik on potr. 

HoPFEN. — bgpfe m. Sur kbgylgpf, pi. kbgylepf, cf. Gr. 76, 2° c. 

HoRCHEN. -- bgriye, v. g. aynni tsiid b. « écouter qqun » ; ppe 
kbgriyt. Mais (t obéir » se dit couramment /p/3'6' = Folgen. 

HôREN. — bêre, v. g. er bêrt ne-kûdt « il a l'oreille dure », i bâ-s 
kbêrt « je l'ai entendu dire ». Subst. kbèr nt. Cf. Gehôren. 

HoRN. — bgrn nt., pi. v. g. ve fil bernr be-tr pgk? « combien le 
bouc a-t-il de cornes? » (pour faire deviner le nombre des doigts 
qu'on étend); dim. bernle. Adj. dér. bgr^tik, « corné, dur ». 

H0RNISSE. — bgrniisl dim. nt. ; cf. ML. s. v. 

HoRNUNG. — bgrnofi, seul nom du mois de février. 



l68 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

HoRST. — horst m. (= mhd. hurst), pi. herst. 

HosE. — hçse f. pL, v. g. er he-t-hôse fol khet « prae pavore se 
concacaverat », si trayt-hôse thaym « elle fait la loi à son mari ». 

HûBEL. — Aussi inconnu à ma génération que Hûgel. V. ce mot. 

HuBSCH. -- Inconnu : on dit sèn, nat, tsidrlik, etc. 

HuF. — Terme inconnu : on dit e rossiid. Cf. Schuh et Eisen. 

HuFTE. — hofl f. (Gr. 30, 5°), pi. heft, dim. heftle. 

Hûgel. — Inconnu : on dit e paryele nt. V. sous Berg. 

HuHN. — hiidn f. (! parce qu'il remplace Henné), mais pi. nt. 
hihir, et cp. himfhus « poulailler »; dim. himle « poulet ». 

HûLSE. — helsL, pi. helse. Mais la « coque » de noix se nomme 
layflte f., v. g. nose layfle « écaler des noix ». 

HuND. — hont m., pi. hmt, f. hente, dim. henlh. Les deux cp. 
hçnsfot et soyhont sont des injures tout à fait courantes. 

HuNDERT. — honirt, apocope dans hontr-tsvay « 102 ». 

HuNGER. — honr m. Adj. dér. hçnrik. V. la loc. sous Durst. 

HiJPFEN. — hopfe, ppe léopft, cf. mhd. hupfen. Gr. 30, 5°. 

HiJRDE. — hort f. (= mhd. hurf), rnais pi. horte. 

Hure. — hPir f. (Gr. 45, 1°), pi. hfire, v. g. cp. hflrehlsl nt. 
« lupanar ». Dér. hure « courir la gueuse » et hurer « coureur ». 

Hurtig. — Non usité : on dit ksvent, siy^ tonde, etc. 

HusTEN. — hii9sie m., v. g. /f pîoy hûd'ste « la coqueluche » (dont 
les crises bleuissent le patient). Vb. dér. hiïfste, ppe hhiidst. 

HuT « chapeau ». — hiïdt m., pi. Ink, dim. Initie. 

HuT « garde ». — Seulement dans les dér. hi?te « garder » [les 
bestiaux] et phpte, v. g. phis-ti kot ! « Dieu te garde! » 

Hutte. — het f. « tonnelle de jardin », pi. heîe. 

HuTZEL. — hûtsl f. (= mhd. *hût:(e!, cf. Kluge s. v.). 

I 

IcH. — iy, i, pi. mf. V. la déclinaison, Gr. loi. 
Igel. — Cp. spyeyl m. (= Sauigel) ou hontseyl (= Hundsigel). 
Iltis. — eltes m. (mot rare et peu compris). 
Imme. — em f., pi. eme, souvent dim. emJe, seul nom de l'abeille. 
Immer. — Mg. emploie enif, que pour ma part je n'ai jamais 
entendu dans mon entourage : toujours âlevU (= aile Weile). 
Impfen. ■ — Tombé en désuétude : on dit isveye, cf. Zweig. 



LEXIQUE : IN — JU 169 

In. - en (e devant le possessif /y//). Cp. tren « dedans ». 

Insel. — ensl f., pi. ensle, dim. ensek. 

Inwendig. — enevântik{=\nnQ-\\Q\\<X\o), cf. In. 

Irden. — ertCy v. g. e-n ertenes kser , cf. Geschirr. 

Irgend. — Inconnu : on dira, par exemple, d'un objet égaré, s-miids 
ioy^ âme-n-ort stake « il faut pourtant qu'il soit qq. part » . Cf. Nirgend. 

Irren. — ère, v. g. si ère siy^ « vous vous trompez », er het si kert « il 
a fait une erreur » (aussi ketrompiht). Cp.ferert « égaré ». 

J 

Ja. — Affirmatif, yô ou ya, mais particule 3'^, Gr. 32, 2", v. g. le 
pes yo ne-kseyt ! (■(■ mais tu es fou! », V. un substitut sous Nein. 

Jagd. — yâyt f. Vb. yâye « chasser », aussi fort commun au sens 
d' « expulser » Çfgrtyâye), ppe kyâyt. Dér. yâyer « chasseur ». 

Jahn. — Probablement ym m. Cf. ML. s. v. Jane. 

Jahr, — yôr nt., pi. yçr, v. g. em fôrike yôr « l'année dernière » 
et s-nayst yôr « l'an prochain », plus communément for-m-yôr et 
evr-s-yàr. Cp. neyôr « nouvel an », fri^yçr « printemps » (Gr. 48, 
5°), spôtyàr « automne ». Cp. dér. mentfyârik « mineur ». 

Jammer. — yôNir m. Vb. dér. yôinre, ppQkyônirt. 

Jànner. — yaftrm., seul nom du mois de janvier. 

Jauchert. — yiiyj't m. (disparu devant le système métrique). 

Jauchzen. — yiikse, ppe kyiikst, très usuel. 

Je. — yè emphatique et ye, mêmes usages qu'en allemand. Sub- 
sidiairement ^ j'f7r « un chacun », yetvetf « chacun », etc. Cf. Nie. 

Jemand. — Inusité : remplacé par epr. Cf. Et- et Niemand. 

Jener. — Inusité, cf. ML. s. v. — V. sous Dieser. 

Jetzt. — yets Ç= mhd. />:(«o >> ie^e). Loc. yets tô! « qu'y faire? » 
exprimant la résignation devant un accident irréparable. 

JocH. — yoy^ nt., pi. yoy.. Cp. dér. vb. ofyoye et âpyoye. 

JucKEN. — yoke, ppe kyokt. Dér. yokr m. 

JuDE. — yut m., pi. yûte. On dit aussi e yotr, mais ce dernier 
beaucoup plus rare, et toujours méprisant ou injurieux. 

Jung. — yon, cpar. yenr, superl. yenst; pi. yoni « des petits » 
[d'animal]. Un « jeune homme » e yon^ mân, mais une « jeune 
fille » e yonifr, et l'on emploie ce titre, suivi du prénom, en 
s'adressant à toute personne non mariée, même fort âgée, que 



lyO LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

l'on n'appelle pas de son prénom tout court et qu'on ne peut non 
plus traiter de mâmsel, par exemple- à la domestique d'une famille 
avec qui on est lié. Dér. yriht f. « jeunesse ». 



K 



Kachel. — hhâyl f., pi. hhâyje,à.\m.. hhayeJe. 

Kâfer. — khàfr m.., pi. khâfr. Cp. iiiayekbâff « hanneton ». 
Loc. : fi-Ji9pl ve-n-e m. « amoureux fou »; e. inayckhâffskseyt mite 
« rire ou sourire avec les traits tirés et ridés à petits plis » . 

Kàfig. — khêfiknt., pi. khê/îk, dim. khèfihle « piège ». 

Kahl. — khâl, cpar. hhâler. Subst. e khâlkhppf «. un chauve ». 

Kahn. — Inconnu. V. sous Boot ou Schiff. 

Kaiser. — khaysr m., pi. khaysf, f. khayserin, Gr. î6, 2°. 

Kalb. — khâlp ni., ip\. khelvr. Vb. dér. khelvre, « vêler, vomir ». 

Kalender. — khâlantr et khglantr m., v. g. tàr kharl hhà rèlc vid 
its-rii kholantr « ce gaillard-là parle comme un livre ». 

Kalk. — khâJik m., v. g. khâlikloy^ « bassin à chaux ». 

Kalt. — khâlt, cpar. khelif. Dér. t-khelte « la froidure », er het 
siyji'khelt « il a pris froid ». V. une loc. sous Durst. 

Kamel. — khâmêl et khâmèltm nt. Cf. Kamille. 

Kamerad. — khâmeràî, pi. khâmerâte, dim. khâmerâtele. 

Kamille. — khâmeli. Cf. Kamel et Gr. 129 a. 

Kamin. — khamï nt. (cf. Gr. 7, 6°, et 23, 3°), pi. khammf. 
Loc. : vârt, tr khamïfâyer nem-ti met, « attends, le ramoneur 
t'emmènera », menace aux petits enfants indociles. 

Kamm. — Inusité, ainsi que le vb. dér. khame. V. sous Strâhle. 

Kammer. — khâmi' f., inusité; mais le « cabinet noir » dont on 
menace les enfants indociles s'appelle s-svârtskhamrle. 

Kampf. — khâmfm., pi. khamf. Vb. dér. khamfe. 

Kaninchen. — khenyele, pi. khenyeler. Cf. Kluge s. v. 

Kanne. — khâne m., pi. khâne, dim. khanle. Cp. spretskhâne. 

Kanone. — khânôn f., pi. khânône, dim. khânènle. 

Kante. — Le terme m'est inconnu : on dit ek. Cf. ML. s. v. 

Kanzel. — khânsl f., pi. khânsie, dim. khansele. 

Kapaun. — khâpûn m. Cf. levb. ^M^f « châtrer ». 

Kapelle. — khâpal f., pi. khâpale, dim. kbâpalele ((réqucnt). 



LEXiauE : KA — KE 171 

Kappe. — khâp f. « bonnet de femme » et « bonnet » ou 
« casquette d'homme », pi. khâpe, dim. khaple. Cp. slôfkbâp. 

Kaput. —-khâpiit, «déçu, penaud, mort », familier et très usuel. 

Karbatsche. — khârvâtsï., pi. khârvâtse,<X\vn. hhârvatsle. 

Karfreitag. — khârfritik m. Facétie: âme sontik fâst-mr net ; sçkâr 
âm kh. terf-mfflays ase, van tr kh. of e sontik fait; « on ne jeûne pas 
le dimanche; on peut faire gras même le Vendredi Saint, quand 
le V. S. tombe sur un dimanche». 

Karfunkel. — khârfonkl m., pi. khârfonkl. 

Karg. — khârik, mais très peu usité en regard de kitsik. 

Karpfen. — khârpfe m., pi. khârpfe, dim. kharpfle. 

Karre. — khârem., pi. kbare, dim. kharele kharle. Cp. stertskhâre 
« tombereau » et stçskhâre « brouette » . 

Karst. — khârst m., pi. khârst. 

Karte. — ■ khârt f., pi. khârte, dim. khàrtele. V. sous Trumpf. 

Kartoffel. — N'est connu que comme mot de hôytits. Le 
terme le plus commun est hartepfl m., pi. hartepfl, Gr. 76, 2° B; 
mais on dit aussi krompèr f., pi. krompère. Cf. Apfel, Beere, Birne. 

Kàse. — khàs m. La loc. Içkhàs ! « mottes à brûler » ou hâfekhâs ! 
correspond au fr. « zut! des navets! tu peux te fouiller!» Adj. 
dér. khàsiki oyke « yeux chassieux ». 

Kasse. — Surtout dans le cp. spârkhàs f. « la caisse d'épargne ». 

Kastanie. — khest f., pi. kheste, cf. Kluge s. v. Les fruits du mar- 
ronnier d'Inde sont dits faksihkheste « châtaignes pour rire ». 

Kasten. — ■ khaste m., pi. khaste, dim. khastle, mais plus commu- 
nément khanstrle, « petite armoire, buffet, réunion intime », cf. 
ML. s. V. Kiinster. Cp. motrkhâste « grognon » (Mutzen). 

Kater. — Terme inconnu : on dit e (khâtsè)-rçlr « un matou ». 

Katze. — khâts f., pi. khâtse, dim. khatsele. « tiï spêlkhatsJe! » 
dit-on, moitié grondant moitié souriant, à un enfant joueur. 

Kauen. — khaye « ruminer » ; mais « mâcher y^frpise. 

Kaufen. — khgyfe, ppe kekboyft et khgyft. Cp. ffkhoyfe « vendre ». 

Kaum. — khiïm. Vb. dér. frkhûme « dépérir ». 

Kauz. — khiïts m., pi. khûtse. Adj. dér. khûtsik « mal peigné ». 

Keck. — khak, ((. fort, vigoureux », cf. Kluge s. v. 

Kegel. — kheyl m., pi. kheyl, rattaché par étymologie populaire 
à kheye « renverser ». Sur ce dernier, cf. ML. s. v. heijen. 

Kehle. — khâl f., v. g. er sreyt siy^ t-khâl eriis « il crie à tue- 



172 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

tête » . Mais qqun qui a avalé de travers dit s-es-mr en ir latse hais 
« dans le faux cou » ou en ir sontikhâls « dans le cou du dimanche » 
(extraordinaire) nlkâfie. Cf. aussi Hals et Letz. 

Kehren. — khêre, tout comme Gehôren. Cp. omhhêre « faire 
tourner une charrette », v. g. tâse's slayt omkhêrt « c'est un tourne-à- 
faux ». Adj. dér.frkbêrt « tout de travers ». 

Kehren « balayer ». — On ne connaît que fâye. Cf. Kluge s. v. 

Keib. — kJmyp m., pi. khayve, injure très commune. 

Keil. — khayl m. '. ]uron tontrkhayl ! « tonnerre! » 

Keim. — khîmem. (cf. mhd. kime^, dim. khimle. 

Kein. — Devant un nom, hhe invariable; à la pause, hhenr kher 
m., khenii.yhhens khesnt., kheni pi. Cf. Gr. 89. 

Kelch. — kheliy m. (demi-savant), ou peut-être ^M/^. 

Kelle. — khel f. Cp. mfirerkhele « truelles de maçon ». 

Keller. — hhaler m., pi. khaler. Dér. kbalnr « sommelier ». 

Kelter. — Terme inconnu. V. sous Trotte et Kluge s. v. 

Kennen. — khene « connaître », mais non.« savoir », cf. Kôn- 
NEN ; présent i khen, te khens, er khent, mr khene, etc. ; condition- 
nel i kheniit, etc. ; ppe khant et kekhant. Cf. Gr. 26, 8°. 

Kerbe. — kharpL, pi. kharve. Vb. dér. hharve « entailler ». 

Kerbel. — Dans khervelekrût nt. « cerfeuil »_, qui, se prononçant 
tout comme KôRBLEiN;a l'air de signifier « herbe à corbeille ». 

Kerker. — Inconnu : on dit t-prisCm empr. fr. 

Kerl. — hharl va., très usité en bonne et mauvaise part. 

Kern. — kharn etkharne m., v. g. tr kharn es vas em sfayn si ah 
« le contenu du noyau » ; pi. kharne, dim. kharnle. 

Kerze. — kherts f., pi. khertse « cierges »; mais « une bougie » 
se dit e vâkslidyi ni., ou bien e pust {., empr. fr. Cf. Schroff. 

Kessel. ■ — khesJ. m., pi. khesl. Cp. prankhesl « alambic », Gr. 
54, 2°. Vb. dér, khesle «^ mener un charivari ». 

Kette. — khet f., pi. khete. Cp. nrekhei « chaîne de montre ». 

Ketzer. — khatSY. Injure aux protestants : tiiliitrise khafsr! 

Keuchen. — khiye « être poussif », et cf. Hauchen. 



I . Devrait être *khll, et conséquemment paraît importé de la 
région rhéno-franconienne ou bavaroise, à moins que, par impos- 
sible, ce ne soit le corrélatif phonétique de l'islandais keiler. 



LEXIQUE : KE — KL 173 

Keule. — Ce terme est inconnu. V. sous Kolben. 

Keusch. — kheys (savant, cf. Gr. 125). 

KiEFER. — khefl « mâchoire >> m. inférieui"e >» menton ». 

Kien. — ■ Terme inconnu, bien qu'il existe en Basse- Alsace. 

KiES. — khesm. Adj. dér. khesik « graveleux ». 

KiESEN. — Il ne subsiste rien des formes ni des dér. de ce verbe. 

KiND. — khent nt., pi. khentr,ôi\m.. khentle. Dér. kbentis « puéril », 
kbçntbayt « enfance y),khenterey « enfontillage ». Cp. kreskhentl, nom 
populaire de la fête de Noël, cf. Gr. 49, 1° c. 

KiNN. — khen nt., aussi dans kbenpâke « mâchoires ». 

KiPPE. — kbep f., pi. kbepe. Vb. dér. kbepe « étêter ». 

KiRCHE. — kberiy^ f., pi. kberiye, dim. kberiyek (4 syllabes). 

KiRMES. — Le mot propre est khelp f. (= Kilbe), pi. kbelve. 

KiRSCHE. — khers f. (et non *kbers), pi. kberse. 

KissEN. — khese nt., pi. kbese. Cp. kbgpfkhese « oreiller ». 

KisTE. — khestî., pi. kbeste, dim. kbestele kbestle. 

KiTTEL. — kbetl m,, pi. kbetl, v. g. pbâk-e-n-âm kbetl. 

KiTZE. — Vb. dér. ketse', se dit de la chèvre qui met bas. 

KiTZELN. —Inconnu, remplacé par le quasi-homonyme Kritzeln. 

Klaff. — Je ne connais à Colmar aucun dér. de cette forme \ 

Klafter. — klôftr nt. (= 4 stères), pi. klôftr. 

Klage. — klây f., pi. klâye. Vb. klâye et siy peklâye, ppes keklâyt 
etpeklâyt. Dér. klâyer (et non *klâyer) « demandeur ». 

Klamm. — Je ne connais à Colmar aucun dér. de cette forme^. 

Klammer. — klâmr f., pi. klâmre. Vb. klame « pincer ». 

Klapp. ■ — On a les dér. métaphoniques : klepr, kleprle, « cla- 
quoir, castagnettes » ; vb. klepr e, se dit du cri de la cigogne. 

Klar. — klâr, mot évidemment savant (pour *klôr) et peu usité. 

Klauben. — klnve, v. g. klilps vetr en tr-nâs ? bes vetr en fr-nâs 
keklnpt ? à un enfant qui se fourre le doigt dans le nez. Gr. 72-73. 

Klaue. — kloye f. pi. Prière à S. Antoine de Padoue : baylikr 
ântônyiïsfon pâtiiâ, rayy-mr vas ifrlôre bâ, tr teyfl vort-s en sine kl. hâ 
«... rends-moi ce que j'ai perdu, le diable doit l'avoir en ses 
griffes ». Cette formulette passe pour infaillible. 



1 . L'initiale (k pour kb) contaminée de kays (= Geiss). 

2. On en trouvera cités dans ML. s. vv. 



174 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Klause. — klils f., « défilé, canal d'irrigation, écluse ». 

Klebhn. — klàve^ ppe keklâpt. Adj. dér. klâvrik « gluant ». 

Klee. — klê m. Cp. fihpletrklè « trèfle à 4 feuilles » (talisman). 

Kleiben. - - ^/fl'3W (causatif de Klebf.n), ppe keklaypt. 

Kleid. — klayt nt., pi. klaylr, dat. pi. v. g. en te sontikklaytr 
« en habits de dimanche ». Vb. dér. frklayte « déguiser »; mais 
« habiller » se dit t-Uaytr âlaye, d'où âlaye (= anlegen) tout court, 
V. g. pes âklayt? « es-tu habillé? » 

Kleie. — kleye f. pi. (= mhd. klien, Gr. 34, 3", et cf. 107, 2). 

Klein. — klayn, cpar. klaynr, superl. klaynst. Loc. nor e klayns 
pesele (cf. Biss), d'où la loc. franco-alsacienne « un petit peu ». 

Klette. — klat f., pi. klate, aussi au figuré, ML. s. v. 

Klettern. — klâtre ( la longue est constante), pTpekekIâfrt. 

Klimmen. — Inconnu : remplacé par le précédent. 

Klinge« lame ». — klen f., pi. klene. Quoiqu'il n'existe pas de vb. 
*klene, on a klenle « tinter », v. g. s-klenlt-mr em àr « l'oreille me 
tinte » ; mais « sonner à la porte » se dit sale, ppe ksalt. 

Kloben. — klove m., pi. kleve, dim. klevle. Cf. Schlag. 

Klopfen. — klçpfe, ppe kekiopft. Ne pas confondre avec klepfe, 
qui est d'origine différente : le marteau klppft, et le fouet klepft, d'où 
klepfr « vessie à faire éclater », etc.; cf. ML. s. vv. 

Kloster. — klôstr nt., pi. klêstr, dim. klèstrk. 

Klotz. — Mots m., pi. klets. Adj. dér. klgtsik. Cf. Kopf. 

Kluft. — kloft f., pi. kleft. Cp. jlrklçft « pincettes ». 

Klug. — Inconnu : on dit kseyt = Gescheit, etc. 

Klumpe. — klçmpe m., pl.klempe « mottes ». Gr. 93, 1°. 

Klunker. — klonkf m. « robe sans taille », pi. klenkr. Cp. nâytkl. 
« chemise de nuit ». Vb. dér. érow/e/ow^/ï' « flâner bêtement ». 

Klystier. kresiik f., vb. kresHhx, cf. Gr. 61, 3°. Loc. tes es e-n- 
âlti krestih! « en voilà un être insupportable 1 » 

Knabe. — bîâp m.; mais c'est un mot demi-savant. Cf. Bube. 

Knall. — knâl m., mais surtout les vb. dér. knele ttffknele. 

Knapp. — knâp « insuffisant ». Cf. le vb. knâpe « chanceler ». 

Knâuel. — knoyl et kloyl m., pi. id. 

Knebel. — hievl m. « bois d'attache ». Vb. dér. knevle. 

Knecht. — knayt et knàyt m., pi. knayt et knàyt. 

Kneten. — knate, ppe keknat. Cf. aussi Quetschen. 

Knicken. — knekcy avec jeu de mots possible sur Genick. 



LEXIQUE : KN — KO 175 

Knie. — kntnt., pi. JcnJ. Vb. dér. kneye, ppQkekneyt. Loc. sihneyt 
tri « elle s'agenouille dedans », d'une personne qui, si on lui offre 
une prise, plonge longtemps et profondément les doigts dans la 
tabatière. Pour le vocalisme, cf. Gr. 42-43. 

Knoblauch. — knovle pL, Gr. 77, n. 2. 

Knochen. — knoye m., pi. hioye, dim. kneyle. 

Knollen. — knok m., pi. knok, dim. hielele. 

Knopf. — knopf m., « bouton d'habit, bouton de fleur, noeud 
fait à un cordon, au mouchoir (en manière de mnémotechnie), 
etc. », pi. hiepf, dim. hiepfle. Vb. dér. tsiioknepfe « boutonner » 
et ojkn. « déboutonner », V. aussi sous Mehl. 

Knorpel. — Inconnu. On dit kàtr nt. (= Gader). 

Knospe. — Inconnu : ^m)p/ sert pour tous les sens. 

Knoten. — knôte ou knote m., « noeud d'articulation », spé- 
cialement « la cheville » (autrement, knopf\ pi. knçte, dim. knètl. 

Knûppel^ Knuitel. — Je ne connais ni l'un ni l'autre. 

KocH. — khçy^ m., pi. khey, f. kheye « cuisinière ». Vb. khoye, 
ppe kekhçyj. La « cuisine » se dit t-khoy f. (sans métaphonie). 

KôDER. — khiitr m. « déchets de chanvre », cf. Kluge s. v. 

KoFFER. — khofr m. (= Kuffer), pi. khefr, dim. khefrle. 

KoHL. — Usité sous la forme métaphonique, khêl m. « chou 
frisé », d'où les cp. prislekh. « chou de Bruxelles », plilJinekh. « chou- 
fleur », etc. Mais le « chou cabu » s'appelle simplement ^f/// = KRAUT. 

KoHLE. — khôl f., pi. kbôle. Vb. dér. frkhôle. 

KoLBEN. — khglve m. (la masse d'armes de l'écusson de Colmar). 

KoMMEN. — khome (Gr. 18, 1°), v. g. tûkhoms-mi râyt, ironique, 
pour repousser les prétentions de qqun; conditionnel, / khùDi, 
khâtiit, khàmtit, etc. ; ppe khome. Cp. trfçkhome « en réchapper », 

KôNiG. — khenikm., pi. khenik,i. khenikin. (Gr. iG, 2°). 

KôNNEN. — khem. Présent i khâ, te khas, er khà et er khât, mr 
khene, etc. ; loc. vas khâ-v-i trfêr? « qu'y puis-je faire? ce n'est pas 
ma faute » ; constamment (Gr. 26, 8°) employé au sens de 
« savoir », v. g. er khâ frânsès « il sait le fr. ». Conditionnel ikhent 
ou khentit, etc. ; ppe khene. Cf. Kennen. 

KoPF. — khçpf m., V. g. tar het e kilHe kh. « en voilà un qui est 
intelligent », pi. khepf (cf. Hecht), dim. khepfle. Cp. kriitkhopf 
« tête de chou », molekhgpf « tête carrée » (injure, cf. Gr. 129 a), 
et ^/pfj-^/;p^ (même sens, cf. Klotz). Vb. dér. khepfe « décapiter ». 



176 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

KoRB. — khorp m., pi. kherp, dim. kbçrvelc khçrvle. Mais un 
« panier long » (à deux anses) s'appelle e tsaynî. = ahd. :^''nina = 
got. tàinjô; ce mot n'est pas du Bas-Rhin. Cf. Kerbel. 

KoRK. — Inconnu : on dit piison (oxyton), empr. fr., e-t le 
« tirebouchon » s'appelle de même tr lirpuson. 

KoRN. — khgrn nt., pi. khernr, dim. khernle « grain » ; sans pi., 
« blé », V. g. t-khornkâs « la rue des Blés », etc. 

KôRPER. ■ — kherpr m., pi. kherpr « cadavres ». 

KosT. — khgstï., v. g. ekiMi kh. « une bonne table ». 

KosTEN « coûter ». — kboste, v. g. vas khpsi-s? vas het-s khosl? 
« combien cela coûte-t-il ? . . . a-t-il coûté? » Subst. non pas 
khgste m. ni son pi. kbeste ^ (ML. s. v.), mais très couramment 
onkhesle « faux frais >> frais >> dépense en général » . 

KosTEN « goûter ». — N'existe pas : on dit frsii<'ye(== versuchen). 

KoT. - Terme inconnu. V. sous Dre;ck et Schmutz, 

KoTZEN. — khotse, ppe kekhotst, usité, mais grossier. 

Krabbeln. — krâvle, ^ptkekrâvlt. Adj. krâvlik. 

Krach EN. — krâye, v. g. ke-mr e smots tâs-es krâyt « donne-moi 
un [gros] baiser de façon que cela craque », ppe kekrâyt. 

Kraft. — kraft, pi. krefte. Adj. dér. kreffik. Cf. Geschmack. 

Kragen. — krâye m.., pi. krâye, dim. krâyele. 

Krâhe. — krây f., peu usité, ainsi que vb. krâye, terme relevé. 

Kralle. — krâleî. pi. « griffes », inusité, à peine compris; mais 
ekrâlî. désigne « une perle de verre, un grain du rosaire », etc. 
(cf. Kranz et ML. s. v.), pi. krâle, dim. kralele. 

Kram. — Vb. dér. krôme « trafiquer », peu usité; mais krâiiif 
« marchand », surtout dans le semi-calembour spetsekrâmr « mar- 
chand de dentelles ou trafiquant de pointes >> finaud, farceur ». 

Krampf. — krâmfm., pi. kramf. Adj. dér. kraiiifik. 

Krank. — krâûk, cpar. krenk^. Subst. f. krânkhayt et krânkel. Adj. 
dér. kranklik « maladif », v. g. e krankliks iissâ « mauvaise mine ». 

Kkanz. — krâns m., pi. krans, dim. kransle. Cp. v. g. Ir rôsekrâns 
pâte « dire le rosaire » ; mais le « chapelet » dont on se sert à cet 
effet s'appelle communément nesii' nt, ML. s. v. Nuster, 

Krapfen. — krôpfe m. « fourche à arracher », pi. krçpj'e. 



I . Ce mot n'est compris que comme « châtaignes ». Cf. Kastanie. 



LEXiauE : KR — KU 177 

Kratzen. — krâtse, ppe kekrâtst, mais tsâmekrâtst « lésiné ». 

Krauen. — On dit t-khâts hetmi kekrâmt, cf. ML. s. v. krammen. 

Kraus. — Dér. kriïs f., pi. krûse. Vb. krûsle, ppe kekrûslt. 

Kraut. — kriit nt., pi. kritr « herbes » ; sans pi., « choux », cf. 
KoHL; dim. kritle « menue herbe »; cp. sûrkriit « choucroute ». 

Krebs. — krâps m., pi. kràps, dim. krâpsle. 

Kreide. — krït f. Vb. dér. krîte et krïtle « griffonner ». 

Kreis. — Terme inconnu : on dit e ren. V. sous Ring. 

Kreischen. — Inconnu, sinon comme du Bas-Rhin (Jcrise). 

Kresse. — krasem., ce qui suppose mhd. krësse et non *kresse. 

Kreuz. — krits nt., pi. kritsr, dim. kritsle. Sans pL, au sens 
métaphorique de « souci, chagrin », etc., v. g- fil krits « bien des 
soucis », très usité. V. aussi sous Trumpf. 

Krieche. — *^f/i-/f., inusité; corrompu dans «fj^mj^/r ' « nèfles ». 

Kriechen. — krpye, mais inusité : on dit krôple, ppe kekrôplt. 

Krieg. — h'ïpy m., pi. kri^y. Vb. dér. kri^ye « faire la guerre »; 
mais inusité au sens de « conquérir, acquérir, recevoir », sauf 
parfois en facétie, v. g. vas hes kekri^yt? « qu'est-ce qu'on t'a donné ? » 

Krippe. — krepfL, pi. krepfe. Dim. krepele « crèche de Noël ». 

Kritzeln. — kretsle, « griff^onner, chatouiller », ppe kekretslt. 

Krone. — krôn f., pi. krône. Vb. dér. krène « couronner ». 

Kropf. — krçpf m., pi. krepf, dim. krepfle. Loc. crûs met, sçns 
ket-s e kropf, « allons, accouches-en, ou cela te fera un goitre » . 

Krôte. — krot f. (Gr. 29, 4°, et 49, 1° c), pi. krote, dim. kreth. 

Krucke. — kroki. (= mhd. krucke, Gr. 30, 5°), pi. kroke. 

Krug. — krûdy m., pi. kridy, dim. kridyle. Jeu de mots ML. s. v. 

Krumm. — krçm, v. g. krçmi payn « jambes torses » ; cpar. krenif. 

Krûppel. — kreplm.., pi. krepl. Dér. kreplik et vh. ffkreple. 

Kruste. — krçst f., mais moins usité que rent = Rinde. 

KûBEL. — khevl m., pi. khevl. Dér. khevlf « tonnelier » ; cf. Kufe. 

KucHEN. — khiidye m., pi. khiidyc, dim. khuyle. Cp. : ayerkhûdye, 
« crêpe, omelette » ; Jîâmekh., « grosse tourte (au fromage blanc) » ; 
kvatsekhildye, etc., « tarte aux prunes, etc. », tous genres de pâtisse- 
rie confectionnés dans les ménages; lapkhûdye « pain d'épice ». 



I . Je suppose que le mot a été influencé par krm (= Gries), à 
cause de la sensation grumeleuse que donne la pulpe de ce fruit. 

XI. — V. Henry. — Le Dialecte Alaman de Colmar. 



lyS LE DIALECTE AL AMAN DE COLMAR 

KûcHLEiN. — Terme inconnu. V. sous Huhn et Glucken. 

KucKUCK. — kûkûk m. (suppose une prononciation mhd. kâkûk). 

KuFE. — Dér. khidff , bien plus usité que khevlf (sous Kûbel), 

KuGEL. — khçylî., pi. khçyle. V. aussi sous Hopfen. 

KuH. — khiïd et khûdy f., pi. kh'py. V. les loc. sous Beere et Neu. 

KûHL. — hh'M, cpar. khidler. Vb. dér. khidle « fraîchir ». 

KiJHN. — Inconnu : on dit/ra-/ « hardi » et hartsâft « courageux ». 

KûMMEL. — mâkhemik m. Cf. ML. s. v. Kûmmel. 

KuMMER. — khçmf m., v. g, nçr khe khçmr « mets ton cœur à 
l'aise ». Vb. dér.^ v. g. s-khenift mi pikçt net « je m'en bats Tœil », 
er pekhenift siy cm klaynikhayte « il se soucie de riens » . 

KuND. — Dans le dér. frkhente, « annoncer, proclamer », sg. 3 
er ffkhçnt, ppef^khent. Subst. f. fikhentikon « publication ». 

KuNKEL. — konkl f. (cf. Gr. 64, 1°), pi. konkk. Vb. dér. cp. 
eromkçnkle « s'en aller flâner de côté et d'autre », cf. ML. s. v. 

KuNST. — khonst f., pi. khenst ou khçnste(ï). Dér. khenstlf. 

KuPFER. — khopff nt. V. une loc. sousNase. 

KuppELN. — khople et (transitif) /f^/7çi/)/g. Dér. khoplf « courtier ». 

KûRBis. — kherps î., pi. kherpse. 

KuRSCHNER. — N'existe plus que comme nom de famille. 

KuRz. — khorts, cpar. khertsf. Loc. khorts on kiin, devise des 
viveurs, Gr. 54, 2° a. Autre loc. sous Gebet. 

Kuss. — khos m. et le vb. dér. khese sont compris, mais passent 
pour prétentieux : on dit e smots m. ; cf. Schmatzen et Krachen. 

KuTSCHE. — kûts f., pi. kiitse. Dér. kiitsi « cocher ». 

KuTTELN. — khçtleL pi. « tripes»^ auquel se rattache par étymo- 
logie populaire khçtkt f. « côtelette ». Dér. khçtlf « tripier ». 



Lab. — laple nt. dim. « petit morceau de pâte qu'on apprête la 
veille du pétrissage ». Cf. ML. s. v. et Gr. 73. 

Lâche. — M7 f., pi. lâye. Cp. mestlây « purin ». 

Lachen. — lâye, v. g. s-es tsçm lâye ksè « il y avait de quoi rire » ; 
ppe cp., V. g. si ha-mi ûsklâyt « ils se sont moqués de moi ». 

Lachs. — lâks m. « saumon » avant l'époque du frai. Cf. Salm. 

Lade. — lât f., pi. lâte, dim. lâtle. Cp. petlât « bois de lit »^ 



LExiauE : LA — LA 179 

siiplât « tiroir »_, vaslât « boîte carrée où s'agenouillent les laveuses 
à la rivière ». Loc. ve-ne pop en tf lât « gentiment arrangé ». 

Laden. — lâte m., « volet,, magasin », pi. lâte, dim. lât le. 

Laden. — lâte, « charger, inviter », sg. 3 er lât, ppe Hâte, ci. Gr. 
109, 2°. Cp. âplâte « décharger », ilâte « inviter », ce dernier 
souvent remplacé par emfetme empr, fr. 

Lage. — N'existe pas à ma connaissance ; mais on a l'autre dér. 
lâyer nt. (= Lager), « couche, surface plane, chantier de tonneau ». 

Làgel. — lôyel nt. (Gr. 32, 1°) et ordinairement dim. lôyele, le 
petit baril portatif où se rafraîchit à même le travailleur des champs. 

Lahm. — lâm. Cp. fatyelâm « battu de l'oiseau ». 

Laib. — layp m., v. g. e lay-prçt (Gr. 48, 3°) « une miche de 
pain », pi. layp, dim. layvle. Cp. sekspf ont layp « pain de 6 livres ». 

Laich. — Vb. dér. laiye « frayer », d'où layyete f. « frai ». 

Laken. — lâye m., pi. lâye, surtout dans teklâye « drap de lit ». 

Lallen. — laie (métaphonique) « laisser pendre la langue ». 

Lamm. — lâm nt.^ pi. lamf (Gr. 26, 4°), dim. lamele lamle. 

Lampe. — N'est connu que comme mot fr. On dit âmpl. 

Land. — lânt nt., pi. lant^, dim. v. g. cm khe lantle « pour rien 
au monde ». Cp. êv^lânt « Haut-Rhin » et nèt^lânt « Bas-Rhin ». 

Lang. — lân, v. g. tô mây-i net lân « je n'y vais point par 
quatre chemins » ; cpar. knf, Gr. 26, 7°. Loc. si het lâni tsit « elle 
s'ennuie ». Dér. : t-lene « la longueur »; lânsâm, « lent, lentement » ; 
vb. lâne, v. g. lâû-mf târ stayn « passe-moi cette pierre », d'où le 
cp. dér. hântlâfif « aide-maçon » et le vb. dér. plane « concerner ». 

Lappen. — lape m. Cp. dim. s-çrelaple « le lobe de l'oreille ». 

Làrche. — /m"x f., pi. leriye, dim. leriyele. 

Làrmen. — larme m. Vb. dér. larme, ppe klarmt. 

Lassen. — Iq (= mhd. lân). Pr. i Içs, te los, er lost (Gr. 32, 3°), 
mf liin, etc. Impér. v. g. los mi kê ou Içs my-çmkheyt (grossier, cf. 
Gr. 129 a) « laisse-moi tranquille ». Ppe v. g. er het mi klose « il 
m'a lâché », mais autrement klç, et Iç quand il est simple auxiliaire, 
v. g. î hâ-mfe par hçse mâye /p « je me suis fait faire un pantalon », 
Last. — lâst f. Adj. dér. lastik etevflastik. 
Laster. — lâstf nt., pi. lâstf. Aussi « personne vicieuse » 
(injure et parfois terme familier d'amitié). 

Laterne. — lâtârn f. Cp. pi. sehnelâiàrne « lanternes sourdes ». 



l80 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Latte. — lât î., pi. lâtc. Loc. fait e lât se khomt e rât « [là où] il 
manque une latte il passe un rat ». Dim. et vb. dér. latle. 

Lattich. — lâtik m. Joindre lâtvarik « électuaire ». 

Lau. — lày, cpar. lâyer, forme métaphonique, cf. ML. s. v. 

Laub. — Igyp nt. Joindre Igyp f. « tonnelle », pi. loyve. 

Lauch. — loyyi m. Cp. snetlgyyi « ciboule ». Cf. Knoblauch. 

Lauer. — Iflr et lîr m. (!) et surtout le cp. lâpelir. On dit 
aussi trenkvï m. Cf. ML. s. v, 

Lauern. — Inusité : on dit pâse et trçfpâse. 

Laufen. — loyfe, sg. 3 erlçyft, ppeklçfe. Cp. : nôloyfe « poursuivre » ; 
hârklofeni Çm]uve fréquente)^ « vagabond^ étranger ». Gr. iio, Vil. 

Lauge. — Igyk f. « eau de lessive ». 

Làugnen. — layke, et surtout laykle, ppe klayklt. 

Laune. — Itln m. (!), v. g. eme kûdte l. « de bonne humeur ». 

Laus. — lûsi.y pi. Us. V. les loc. sous Affe, Lieb et Bube. 

Lauschen. — A la base du fréquentatif liistre « être aux aguets 
pour écouter y>, v. g. tg hâ-v-i klûstrt! « alors j'ai tendu l'oreille ». 

Laut. — lut « à haute voix » (seul sens connu), cpar. lutf. Vb. 
dér. lite, v. g. s-lit patsit « il sonne l'Angélus » ; ppe klete, Gr. 109. 

Lauter. — lûtj, v. g. tar vt es yg lûtf vâsf « ce vin n'est que de 
l'eau claire », te-sen lûtf spârâfânsyes « ce sont pures sottises ». 

Laxieren. — lâksme. Subst. f. lâksih « personne insupportable ». 

Leben. — lave, sg. 3 er lâpt, ppe klâpt. Subst. s-lâve, v. g.filkrits 
ket-s (giebt es) em lave « il y a bien des chagrins dans la vie », cf. 
Kreuz ; et dans le cp. e làvestây m. (cf. Tag), « bien des ennuis, du 
souci, une scène désagréable ». Adj. dér. lavântik « vivant ». 

Leber. — lâv^ f. Cp. kânslàvf « foie d'oie », pi. kanslâvf. 

Lecken. — lake, infiniment moins usité que slake « lécher », sauf 
la locution sous Arsch. Joindre laytse « tirer la langue de soif ». 

Leder. — lâti nt. Dér. lâtrik « coriace » et làtre « rosser ». 

Ledig. — lêtik (on attendrait * lâtik, mais cf. Kluge s. v.). 

Leer. — lâr. Vb. dér. lâre et ûslàre, ppe ûsklârt « vidé ». 

Lefze. — laftse m., pi. laftse. Cf. aussi Lippe. 

Legen. — laye (Gr. 26, 8°), sg. 3 er layt, ppe klayt. V. les divers 
emplois sous Falt, Hase, Kleid, et joindre siy^ laye « se coucher ». 

Lehm. — layme m. (= mhd. leime) « argile », seul terme connu. 

Lehne. — lân f., « rampe d'escalier, parapet », pi. Idne. Vb. làne 
« aî. « matines » (1'^ final venu du pi.). 

Metz. — T)2ins staynmeis m. « tailleur de pierres ». 

Metze. — mets f., « pimbêche, chipie ». Cf. Kluge et ML. s. v. 

Metzger. — metsyerm..,^\. metsyer. Vb. metsye et metsike (Gr. 66 
B b-c), « abattre une bête, saigner un porc » (aussi kikse), etc., 
ppe kmetsikt. Subst. f. t-inetsik « la boucherie ». 

MiETEN. — Ce terme est inconnu. V. sous Lehnen. 

MiLBE. — melp f., pi. melve, dim. melvele. 

MiLCH. — meliy^ f., v. g. t-meliy-frçy « la laitière ». 

MiLD. — melt « bienveillant », très peu usité. 

MiLz. — mels nt. (!), v. g. melssoyt « mal de rate ». 

MiNDER. — N'existe pas : on dit venyer, mais cf. Jahr. 

Minute. — minûtï. (Gr. 15, 2°)^ pi. minute, dim. minutie. 



l88 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

MiNZE. — Dans le cp. pfafrmens m. (!) « menthe poivrée ». 

MiscHEN. — mese et mesle [un jeu de cartes] : peu usité ' ; on dit 
ontr enântf tû9, ou bien melihe empr. fr.,v.g. / melih mine-kàrn en 
ântre-n-eri sâye « je n'aime pas à me mêler des affaires d'autrui ». 

MisPEL. — Terme inconnu. V. le cp. sous Krieche. 

Miss. — mes, d^nsmesfâle « déplaire », meskeport « avortement ». 

MiST. — mest m., v. g. e mesthiife « un tas de fumier », et cf. 
d'autres loc. sous Faul, Gabel, Lâche. Vb. dér. meste « fumer». 

MiSTEL. — mestli., mais ^Xwxàl smârotsi' m. « parasite »^. 

Mit. — met, apocope dans / kê me-tf « je vais avec toi », me-tam 
es niks âtsefâne « il n'y a rien à faire avec lui ». Loc. metnânt^ 
« ensemble », khç-met « viens avec » [moi, nous, etc.]. 

MiTTE. — metet (Gr. 13, 2°), v. g. en tf mete « au milieu ». 
Adj , dér. tr metlr, f. t-metleri, « celui, celle qui est au milieu » 
etc. Subst. nt. metl « moyen », pi. metl. Joindre le cp. metlmàsik, 
« de moyenne taille ». 

Mode. — môte m., v. g. s-es tf môte-n-esô « c'est la mode », s-es 
tf môte net « ce n'est pas la mode », van-s tr môte-n-es se sent-mr tf 
pompfneM en /f kheriy^ « quand le mode l'exige on chante la faridon- 
daine à l'église ». Dér. cp. âltmôtis « suranné ». 

MoDER. — N'existe pas : on dit trak m. = Dreck. 

MôGEN. — Présent i mâk, compris, mais à peine usité; en réa- 
lité, il n'existe que l'impf. du subj. tneyt ou meytit, mais d'un 
emploi continuel, v. g. i meyt kàrn « je désirerais » (forme polie 
pour demander qqch. dans un magasin), yô vàr meyt tan? « qui 
donc s'en soucierait ? » etc. Cp. frmeye nt. « de la fortune ». 

MoHN. — Absolument inconnu. Cf. ML. s. v. Mag. 

Môhre. — Inconnu : les « carottes », même blanches, sont 
dites kâlirûdve (= Gelbe Rûben), sous un seul accent, mais a bref. 

MoNAT. — mônet m., pi. mônet. Ils s'appellent : yanf, hçrnçn, 
merts, âprel, may, prôym., haym., çykst, septampr, vim., ventpn., 
krestm. ; mais ces dénominations sont surtout rurales. 



1. La désuétude vient-elle de l'homophonie du ppe ^Lvec kmest 
ppe de mçste (sous Mist) ? 

2. Peut-être aussi un sobriquet populaire « haksepàse » « balai à 
sorcières », à cause des superstitions qui s'y rattachent. 



LExiauE : MO — MU 189 

MôNCH. — meniy^ m-, pi. meniye « moines cloîtrés ». 

MoND. — mon m. (= mhd. mâne), mais mântik « lundi ». 

Moos. — mçs nt. (les formes most, mos, mm, etc., ne sont pas 
proprement colmariennes), pi. môse. 

Mops. — mops m. : aussi injurieux^ « camus^ hargneux^ nain ». 

MoRCHEL. — moriyl, mais plutôt dim. svamlf pi. 

Mord. — mort m. : très peu usité; maison a les dér. mortyô! 
« au meurtre! » et mertrer « meurtrier ». Quant au vb. merte, il 
se dit peu : on le remplace couramment par tête ou omprene. 

Morgen. — mçrye m., pi. morye, cf. Gut; mais « demain » se 
dit morn, v. g. mgrn-â-morye « demain matin » ( = am Morgen). 
Loc. mçrn es (ou ket-s) vetf e tây « demain sera encore un jour > 
remettons cela à demain ». Cp. evimorn « après-demain ». 

MôRSER. — mersl m., pi. mersl. Cf. le suivant et Gr. 84, 5°. 

Mortel. — mertl m. « mortier à bâtir ». Cf. le précédent. 

Most. — most m. « le vin au sortir du pressoir ». 

MùcKE. — mok f. (= mhd. mucke), v. g. i hâ-n-e-n-of tr mok « je 
ne peux pas le souffrir » ; pi. moke, v. g. moketatsr m. « lanière 
souple pour tuer les mouches » ; dim. mekle. Cp. e krâsmçk « une 
fauvette », mais plus communément e yentele nt. Cf. Gr. p. 118. 

MucKEN. — siy mûke, v. g. van ti miiks! « si tu bouges! » 

MûDE. — mik, V. g. ni9 pen i so miH ksê « jamais je ne fus si las ». 

MuFF. — Je ne connais pas meftse (ML.), mais bien mâkle 
« puer », plus spécial que stcnke(== Stinken). 

MûHE. — mpy L Vb. dér. siypemi^ye « faire effort ». 

MûHLE. — mèl f., pi. mêle. Cp. ventmèl « mouUn à vent », etc. ; 
t-trey-rêtf-mêl « le m. à trois roues », souvenir du vieux Colmar. 

MuHME. — Inconnu : on n'emploie que tante. 

MuLDE. — fuHdl f, « pétrin », apocope sans raison apparente. 

MûLLER. — mel^m., pi. melf, f. mêler e. Cf. Mahlen. 

MuMME. — Dans le vb. dér. cp. ppe ikmçmlt « emmitouflé ». 

MuND. — N'existe pas : le terme courant est mûl (= Maul), 
qui n'a en lui-même rien de désobligeant; les termes vulgaires sont 
kçs f. (= Gosche)et mçfl f. (dim. mefele). Cf. ML. s. vv. 

MuNKELN. — monkle « chuchoter». Cf. ML., I, p. 648 et 693. 

Munster. — menstr nt., surtout « la cathédrale de Strasbourg ». 

MuNTER. — montïy peu usité, mais çfmçntre « égayer». 

MûNZE. — mens f. Cp. khçpffmçns « billon ». 



190 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

MûRBE. — merpy m. inervf, f. inervi, nt. nierps, pi. niervi. 

MuRMELN. — morvk( =* murbeln par dissimilation). 

MuRMELTiER. — Dim. mârmotl nt., empr. fr. 

MuRREN. — more, ppe kmort. Sobriquet mori « grognon » ; cf. 
morvâtl « vieux bougon » (coiffé à l'ancienne mode, avec une 
queue, héros burlesque d'une chanson populaire). Cf. Wedel. 

Mus. — mil^s nt. Cp. khâylmû^s « flan au lait », opsmiids « mar- 
melade », potemim « confiture de baies d'églantier », etc. 

Mûssen. — mihe et plutôt ?nP ' ; présent i mim, te miïfs, er mû3s, 
mr mi^n, etc. ; conditionnel mrnimt, mihtit ou mihtikt « il faudrait », 
Gr. 123 ; ppe midse et mid. V. une loc. sous Frei. 

MusTER. — mçstr nt. « patron d'habit ». Vb. dér. mostre «scruter». 

Mut. — mû^t m. « goût » [à faire qqch.] ; autrement, on dit hârts, 
ou kûrâs m. empr. fr. Cp. hôymiidt « orgueil ». Cp. dér. kmidt nt. 
et adj. kmiklik « sentimental ». Adj. dér. cp. âmidtik « gracieux ». 
Adv. (jamais 2ià].^frmûdtlik « probablement ». V. aussi Wille. 

MuTTER. — - mû9tf f., pi. midtr. Cp. krôsmûdtr « grand' mère », 
esikm. « mère de vinaigne », etc. Mais le terme familier et le plus 
usuel est marne. Cf. Vater. V. aussi sous Schwieger. 

MûTZE. — ■ Terme inconnu : on dit khâp f. ^— ^ Kappe. 

MuTZEN « grogner ». — Ce mot n'est pas connu dans cette 
acception (cf. Schmuck), mais un autre fréquentatif motre (cf. 
Murren). Sobriquet fngteri ou mçtrloy « grognon ». 



N 



Nabe. — nâp f., pi. nâve. V. g. pes evf t-nâp « par delà le 
moyeu ». 

Nabel. — nâvlm., pi. nàvl, dim. nàvele (aux enfants). 

Nach. — nçy (cf. Nah) dans nçy-e-nçy « peu à peu »; mais 
autrement nç et np, v. g. nç ter « après toi », nç tam « après cela », 
nç tam as « selon que », t^nç « ensuite », hentenç « par derrière », 
enântYUç (sous Ander), nçkê (= nachgehen) « suivre ». Inusité 



I. Par analogie du pi. du présent mim. — Cette forme serait-elle 
contaminée de mhd. miien ■< mûgen >- nhd. tnogen} 



LExiauE : nA — NE 191 

comme prép. de direction, et remplacé par tse{= Zu), v. g. ifâr 
tse vensene « je m'en vais en voiture à Wintzenheim ». 

Nachbar. — nôypr m., pi. nçyj)re, ou t-noyprsâft f. sg. 

Nacht. — nâyt et nâyt f., v. g. evr nâyt « d'un jour à l'autre », 
tây-e-nâyt « nuit et jour », t-kânsi nâyt « toute la nuit », ts-nâyt 
« ce soir » ; cf. aussi Essen, Gut, etc. ; pi. nâyt et. dér. sâtle, ppe ksâtlt. 

Sau. — soy f., pi. sey, cf. Gr. 39 et 107, 2. 

Sauber. — sûfr {= mhd. sûver), çpar. sîfrer. Souvent figuré et 
ironique, e stlfre kharl, e sûfre porst, « un fameux gaillard ». 

Sauer. — sûr, V. g. suri rûnje « des navets aigres ». Cf. Kraut. 

Saufen. — sûfe (se dit des animaux et, grossièrement, des 
ivrognes), ppe ksofe. Dér. siifr et dim. sifrle (terme de caresse à un 
jeune animal ou à un enfant qui tète bien). Cp. psofe « ivre y),fxsûje 
nt. « se noyer » et actif « dissiper en beuveries », ppe /r^p/g. 

Saugen. -^ sûke, ppe (toujours faible) ksîlh. 



LEXiauE : SA — se 205 

Saule « colonne ». — sul{., pi. sïile, dim, slhh. Cf. Kluge s. v. 
Saule « alêne ». — Terme inconnu. V. sous Ahl et Kluge s. v. 
Saum. — soym m,, pi. saym. Vb. dér. sayme, ppe ksaymt. 
Sàumen. — Surtout le cp., d'ailleurs sans métaphonie, v. g. 
i hâ mi netfrsûmt « je n'ai pas perdu de temps », cf. Kluge s. v. 

ScHABE. — sâp f. « mite », pi. sâve, terme usuel. Loc. / hâ sàve-n 
em pûy, « le ventre me démange, j'ai faim ». Gr. 72-73. 
ScHABEN. — sâve « racler », ppe ^irt/)f. Gr. 72-73. 
ScHACH. — sây^ et ordinairement sâyspèl nt. 
ScHACHTEL. — sâyjl f., pi. sâytl et sâytle, cf. Sichel et Gr. 94, 
A b. Aussi au sens de « vieille femme » e-n-âlti sâytl, facétieux. 

ScHADE. — sâte et sât m., v. g. tr hâyel het fil sâte kmâyt (sg.). 
Loc. s-es sât « c'est dommage ». Vb. dér. sâte, v. g. s-sât niks « il n'y 
a pas de mal », ppeksât, Gr. 12, 5°. Adj. sàtlik. 

Schàdel. — sâtl m., pi. v. g. t-sàtlkâs, vieille rue de Colmar. 
ScHAF. • — sçf nt., pi. sôf, dim. sàfele sàfle. Dér. sàfr « berger ». 
Schaffen. — sâfe, toujours faible, v. g. tas es prâf ksâft « voilà 
qui est bien travailler » : seul vb. usuel pour ce sens, cf. Arbeit. 
ScHAFT. — sâft m. « perche », pi. saft, dim. saftle. 
ScHALE. — sâl f. « coquille », pi. sale, dim. sâlele. Vb. sèle 
« peler », d'où sèlteï. « pelure », Gr. 25, 2°. 
ScHALK. — Compris, mais non usité, cf. Schelm. 
ScHALL. — • sâl m. Cp. vetrsâl « écho ». Mais le vb. n'existe pas. 
ScHALOTTE. — sâlot f., pi. sâlote « des échalottes ». 
ScHAM. — sâm f. « pudeur ». Autant il est peu usité, autant a 
d'emplois le vb. dér. : sam ti, te sots ti same, « tu devrais avoir 
honte » ; er samt siy^ « il est timide » ; er het si ksamt « il n'a pas 
osé » (il s'est caché parce qu'il était venu une visite). Gr. 27, 4°. 
ScHANDE. — sânt f., « honte, infamie, scandale ». Cf. Spott. 
ScHAR. — Ce terme est inconnu : on dit mane, hilfe, reyemant. 
ScHARF. — sârf, cpar. serfr. Aucun vb. dér. ; cf. Schleifen. 
ScHARLACH. — sârlây m., et surtout l'adj. sârlâyrçt. 
ScHARLEL — Inconnu : on ait porats m., empr. fr. « bourrache ». 
ScHARTE. — N'existe pas : on dit res m. ou vçnt f. 
ScHATTEN. — sâte m., V. g. em sâte « à l'ombre », pi. sate. 
ScHATZ. — sâts m., pi. sats, dim. satsle avec le sens très fréquent 
de « maîtresse » ou « promise ». Vb. dér. setse « priser », ppe ksetst.. 
ScHAUDERN. — sûtre, V. g. s-sûtft mi « j'ai le frisson ». 



206 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

ScHAUEN. — spye^ sg. 3 e7' soyt, ppe ksoyt, impér. soy (et psgy = 
beschaue), etc. : fait concurrence à Lugen. Subst. f. spy, « montre, 
étalage », et aussi « ostentation ». 

ScHAUER. — Inconnu : une « averse » se dit pflâtsrâye m. 

Schaufel. — sûfe! f., pi. sûfie. V. aussi sous Trumpf. 

ScHAUKEL. — On dit raytsl f. « escarpolette » et vb. siy raytsle. 

ScHAUM. — sûm m., et dér. sûmteî., « écume ». 

ScHECKiG. — N'existe non plus que Bunt. V. ce mot. 

ScHEEL. — N'existe pas, non plus que le vb. dér. : « loucher » 
se dit klûre (:= *gelauern), sg. 3 er klûrt, ppe keklûrt, et un louche 
est surnommé hlûri ou klûryokle. Cf. ML. s. v. gluren. 

ScHEFFEL. — sefl m., pi. sefl, dim. sefele. 

ScHEiBE. — stp f., pi. sîve, « carreaux de vitre, vitres ». 

ScHEiDE. — sayt f., pi. sayte. C^. prelesayt « étui à lunettes ». 

ScHEiDEN. — sayte « se séparer », ppe ksayte, Gr. iio VIL Adj. 
dér. pi. frslteni « divers » et subst. cp. ontfsït m. « différence » ; 
sur le vocalisme, cf. Gr. 15, 3°. V. aussi kseyt = Gescheit. 

ScHEiNEN. — sme<.( luire » et « paraître », v. g. t-sçnsînt et s-sïnt 
sç; ppe ksene. Subst. m. v. g. em stn nôyi « apparemment ». 

ScHEissEN. — sise, ppe ksese. V. une loc. sous Nase. Cp. dér. : 
hçsesisY, « poltron, imbécile », etc. ; vormsisere f. « grosse mouche 
qui contamine la viande ou le fromage ». V. aussi Triegen. 

ScHEiT. — sït et sit nt., pi. sitf, v. g. e sit hols. 

ScHEiTEL. — saytlm.. « la raie au sommet de la tête ». 

ScHELLE. — sal f., pi. sale, dim. salele. Vb. dér. sale, ppe ksalt. 

ScHELM. — selm m. (injure ou terme d'amitié), pi. selme. 

ScHELTEN. — salte, « injurier [une grande personne], gronder 
[un enfant] » : présent i selt, te selfs ou plutôt sels (Gr. 49, 1° a), 
er selt (si selti « elle te grondera »), mf salte, etc. ; ppe ksolte. 

ScHEMEL. — sâml m., pi. sâml, dim. sàmele. 

ScHENKE. — Compris, mais non usité, au contraire du vb. sahke, 
très usuel au double sens de « donner » et de « verser » : saûk-mf-s 
« fais m'en cadeau » ; s-es tk'sant « c'est versé » . 

ScHENKEL. — sanklm., pi. sankl(grossiGr) : une rue très mal famée 
à Colmar porte le sobriquet de sanklkasle. 

ScHERBE. — sarvem. (Kluge s. v.), pi. sarve « tessons ». 



LEXiauE : se — se 207 

ScHERE. — sàr f., pi. sàre '. Vb. sûre « tondre », ppe ksçre. 

ScHERZ. — N'existe pas (cf. Spass), non plus que le vb. dér., qui 
est suppléé p^r faksihe (= vexieren), ML. s. v., et cf. Kastanie. 

ScHEU. — si « timide », cf. mhd. schiuhe « terreur »; mais vb. 
sayye, ffsayye, « effaroucher, intimider » = mhd. schiuhen. Dans le 
premier mot Vin représente une simple voyelle longue ; dans le 
second, il est la métaphonie régulière de la diphtongue radicale du 
vb. causatif. Cf. Gr. 39, 43 et 75. 

ScHEUER. — sir f., pi. sire. V. une loc. sous Neu. 

ScHEUERN. — Ce mot n'est pas connu : on âi\i fâye, pçtse, etc. 

ScHiCHT. — Inconnu : on dit e lâyer nt. V. sous Lage. 

ScHiCKEN. — seke, seul mot en usage pour « envoyer », v. g. 
i hâ-ne fçrtksekt « je l'ai renvoyé ». Autre sens : s-sekt siy net, « cela 
n'est pas convenable, c'est malséant », d'où ppe ksekt « adroit ». 

ScHiEBEN. — N'existe pas, et la souche n'a même d'autre repré- 
sentant dialectal que sûplât « tiroir », Gr. 21, 4°. 

ScHiEF. — Inusité : on dit krom = Krumm. 

ScHiEFER. — sefr m., pi. sefr. Aussi sefrstayn m. 

ScHiENBEiN. — sènpayn nt. : la première syllabe allongée par 
calembour ou étymologie populaire, soit « belle jambe ». 

ScHiER. — si?r, et habituellement sih kâr « presque ». 

ScHiESSEN. — sihe, sg. 3 er smt, ppe ksçse. 

ScHiFF. — sefnt., pi. sef, dim. sefie « barque ». 

ScHiLD. — selt m., « enseigne », pi. sel t. Cf. Krôte. 

ScHiLF. — self nt., et surtout selfrçr, pi. selfrèr. Cf. Rohr. 

ScHiMMEL. — seml m. « moisissure » et « cheval blanc ». 

ScHiMMER. — semj- m. Vb. dér. s-semit « il y a un reflet ». 

ScHiMPF. — setnfm. Vb. dér. ffs^mfe « injurier ». 

ScHiNDEL. — senti f., pi. sentie « des bardeaux ». 

ScHiNDEN. — sente, sg. 3 ersent, ppe ksçnte *. 



1. Au jeu des quatre coins, le joueur qui tient le milieu doit 
s'approcher d'un des joueurs de coin et lui dire :froy pas, vç Igyf-t-sâr? 
« commère, où courent les ciseaux ? » Les autres, alors, profitent de 
ce qu'il tourne le dos pour changer de coin : à lui d'y veiller. 

2. ay ti sçnti'l « bourreau! » est un juron assez commun. 



208 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

ScHiNKEN. — sçnke m., cf. Kluge s. v., mais surtout sâmpon ou 
(assimilé par assonance) iawïppw « jambon » empr. fr. 

ScHiRM. — sçrm m., mais un « parapluie » se dit pârepH m. et 
une « ombrelle » pâresol m. Vb. dér. serme, ppe ksermt. 

ScHiRREN. — N'existe pas à ma connaissance. V. sous Spanne. 

ScHLACHT. — slâyt f. , pi, slâyte. Vb. dér. slayte « abattre [un 
animal] », ppe kslâyt, d'où slâytr « ouvrier d'abattoir ». 

ScHLAF. — slôfm. « tempe » et « sommeil », v. g. em sîàf <(. en 
dormant » et pi. t-slâf « les tempes ». Vb. slôfe « dormir », sg. 3 
er slôft, ppe kslçfe. Adj. dér. i pen slôfrik « j'ai sommeil ». 

ScHLAFF. — slâf, n'est pas usité. 

ScHLAG. — slây m., pi. slêy. Vb. slâye, v. g. e klcrue Haye « cha- 
parder » (en étendant vivement la main pour agripper au passage 
quelque peu du contenu d'une hotte ou d'une charrette); présent 
i slâ, te slê^, er slêt, mf slâye, etc. ; ppe kslâye. Gr. 56, 7°, et iio VI. 

ScHLANGE. — slânî., pi. slâùe, dim. slanle. 

ScHLANK. — N'existe pas (Kluge s. v.) : Jân, niâyer, ten, ter. 

ScHLAPPE. — slâp f., surtout injure « traîne-savate, souillon, 
fainéante » ; mais sJorve « des savates » . 

ScHLARAFFE. — slârâfL, « grimacière », pi. slârâfe. 

ScHLAU. — slçy, connu, mais peu usité, cf. List et Schlimm. 

ScHLAUCH. — Inconnu, ainsi que le congénère nhd. Schlund. 

ScHLECHT. — slâyt, cpar. slâytr, des choses plus que des personnes. 

ScHLECKEN. — slake « lécher », a entièrement remplacé Lecken ; 
ppe kslakt. Mais le dér. e slakr signifie « un friand, un fin-bec ». 

ScHLEHE. — slè{., pi. slè « des prunelles ». 

ScHLEiCHEN. — sHye, ppe hsleye, mais peu usité, cf. Blind. 

ScHLEiE. — sleye m. (?), pi. sleye « des tanches ». 

ScHLEiER. — sJayer m. « long voile de cérémonie ». 

ScHLEiFEN. — slife « aiguiser », ppe ksJefe, et cp. sârslif 
« rémouleur ambulant ». Mais slayfe « traîner », ppe kslayft, et 
dér. slayff, « traînasseur, flâneur, négligent ». Cf. Rock. 

ScHLEiM. — slïm m., sans pi., « des glaires ». 

ScHLEissEN. — Ce vb. n'existe sous aucune forme : on dit âprise, 
etc., pour faire « de la charpie » qui se nomme slis m. 

ScHLENDERN. — slantre, « flâner, traînasser », ppe kslantrt. 

ScHLENKERN. — sldûkre « faire aller de côté et d'autre, ballotter, 
vaciller », ppe kslaûkit. 



LEXIQUE : se — se 2Ô9 

ScHLEPPE. — • N'existe pas. V. sous Schleifen, mais cf. Schlappe. 

ScHLEUDER. — slûtj f. (= mhd. slûder > nhd. Schlauder). 

ScHLEUSE. — slih f., a le vocalisme normal de Schliessen. 

ScHLiCHT. — sleyt. Vb. skyte « aplanir », ppe kskyt. 

Schliessen. — slihe, sg. 3 er sliht, ppe ksiose. Cp. actiî psi me, 
V. g. t-têr es pslose « la porte est fermée [à clef ou au verrou] », 
Joindre les mots de même souche : Uos nt., « château, serrure », 
pi. slesr; slosr m. « serrurier »; slesl m. « clef », pi. slesl. 

ScHLiMM, — slem, beaucoup plus souvent pris en bonne part 
qu'en mauvaise, « malin, pas bête, qui ne se laisse pas duper ». 

ScHLiNGE. — - sien t., pi. slene. Vb. slene, ppe kslone, d'ailleurs 
très peu usité, et inconnu au sens d' « avaler », cf. Schlucken. Le 
plus usuel des mots de cette famille est le terme d'injure très 
courante slenl m. « * cordeau >- pendard >> vaurien » etc. 

ScHLiTTEN. — slete m., v, g. sletefâre « aller en traîneau ». 

ScHLiTZ. — slets m., « fente, taillade, crevé », pi. slets. 

ScHLOssE. — slos f. Vb. s-het kslost « il a grêlé », et Gr. 109, 2° b. 

ScHLOTTERN. — ■ La forme usuelle est Igtere et lotie « branler », 
ppes klotrt et klotlj. C. Wackeln. 

ScHLUCHT. — sloyt f., mais n'existe que comme nom propre. 

ScHLUCK. — slok m., pi. slek, dim. v. g. e slekle snâps « une gorgée 
d'eau-de-vie ». Vb. sloke, v. g. slok-s « avale-moi çà », ppe kslçkt, 
cp. nçntrkslokt . Le fréquentatif sloytse « sangloter » est peu usité, et 
« j'ai le hoquet » se dit i hâ tr kloksr, Gr. p. né et Glucken. 

ScHLUMMERN. — slovire, compris, mais peu usité : « faire un 
petit somme » se dit tôse, v. g. / hâ-n-e pesle ketôst. 

ScHLÛPFEN. — slopfe, sans métaphonie, ppe kslopft. C'est le terme 
usuel (et non sliye^ pour « se glisser dans » ; cf. les loc. sous Darm. 

ScHLÛRFEN. — Altéré en tserfle « siroter», ^^q ketserflj. 

ScHMACH. — smây f., peu usité, évidemment savant. 

ScHMAL. — smâl « mince », cpar. hnêler. Vb. smêlre « amincir ». 

ScHMALZ. — smâls nt. « graisse de cuisine », et se dit aussi très 
vulgairement d'une personne grasse, tàr het smâls! 

ScHMAROTZEN. — smârotse, ppe ksmârotst. Dér. smârotsr. 

ScHMATZEN. — smçtse (cf. Kluge s. v.), qui au surplus n'a d'autre 
sens que celui de « donner un baiser », ppe ksmçtst. Subst. miçts 
m., pi. smets, dim. smetsle, seul terme usuel. Cf. Kuss et Krachen. 

ScHMAUs. — hnûs m. « grand repas », terme plaisant. 

XL — V. Henry. — Le Dialecte Alaman de Colmar. 14 



210 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

ScHMECKEN. — sDicke, actif, « flairer », et nt., « avoir du parfum, 
de l'odeur, du goût », v. g. : smek vis s-smekt « sens comme çà 
sent »; s-smekt evJ, euphémisme pour s-stent » çà pue »; smekt-s? 
phrase pohe à qqun qu'on surprend en train de manger « mangez- 
vous avec phiisir? » à qqun qui sort de table on dit het-s ksmekt? 
Emploi des plus fréquents et presque exclusif. Cf. Geschmack. 

ScHMEiCHELN. — siuayyje, mais ordinairement y?rt/7^r<î empr. fr., 
qui s'emploie aussi pour « caresser » les animaux, ppe kflâtiht. 

Schmeissen. — sniise, ppe ksmese, mais peu usité, cf. Werfen. 

ScHMELZEN. — suiôlse « faire foudre », ^^tksmehi. Mais le vb. nt. 
n'existe pas : on dit s-frkêt « cela fend », s-esfrkâne. Loc. nir nemte 
stekele pçtr en-s mill, m s-frkêt (... ein Stûcklein Butter in den 
Mund...), recette facétieuse pour faire passer le mal de dents. 

ScHMERZ. — smarts m., pi. sniartse. Vb. dér. ffsinertse « se conso- 
ler d' » [une douleur, une perte, etc., accus.], ppe frsmçrtst. 

SCHMETTERLING. V. SOUS MaHLEN et ZWEIFALTER. 

ScHMiED. — sniet m., pi. sniet. Cp. playsiiiet « ferblantier », 
koltsmet « orfèvre », etc.; lensesmet, sobriquet plaisant, cf. Spalte. 

ScHMiEGEN. — Il n'existe aucun mot de cette famille. 

ScHMiERE. ■ — smér f., « graisse à oindre », v. g. « graisse de 
voiture » (vâyesmêr), etc. Vb. dér. stiiêre « enduire », ppe ksniêrt. 

ScHMOLLEN. — smoU « sourire », ppe ksmolt. 

ScHMUCK. — smok m. Vb. dér. smeke. Mais ces termes sont 
recherchés : « parer » se dit potse et surtout niotse, cf. ML. s. v. 

ScHMUTZ. — smots m. (mais cf. Schmatzen), v. g. e smotsflake 
« une tache de graisse ». Adj. hnotsik « graisseux ». Kluge s. v. 

ScHNABEL. - — snàvl m., V. g. retan (= rede denn) vç tr tr snâvl 
kvâkse-n-es « parle comme t'a poussé le bec » à qqun qui parle d'une 
manière affectée ou bafouille le /;ô-////.?; pi. snâvl, dim. simvele. 

ScHNAKE. — snôkL, pi. snôke <■<■ moustiques ». Cf. Loch. 

ScHNALLE. — snâl f., pi. suâk, dim. snalek. Cf. Schuh. 

ScHNAPPEN. — snâpc « happer », ppe ksnâpt. Loc. snâp-s « avale- 
moi çà », devenue subst. m. snâps « eau-de-vie ». 

ScHNARCHEN. ■ — snâriyc « ronfler », ppe ksnâriyt. 

ScHNATTERN. — snâtrc « frissonner », ppe ksnâtrt. 

ScHNAUBEN. — milfc, ppe ksnfift. Vb. cp. iïssnfife « reprendre 
haleine ». De même souche : snûpe m. « coryza » (jamais p/), le 



LExiauE : se — se 21 ï 

vocalisme étant celui de mhd. snûpfe; mais snopfe « priser » = mhd. 
snupfen; aussi snijîe « renifler», etc. Cf. aussi Sauber. 

ScHNAUZE. — sniits f. « groin », v. g. snûtskhâts f. « blanc-bec », 
pi. sniltse. Vb. snilfse « parler grossièrement » et snitse « souffler 
pour se moucher » (t-nâs pçtse). Joindre snoytsr m. « moustache ». 

ScHNECKE. — snakL (aussi le sens obscène), pi. snake, et cf. le 
cp. bizarre snaketans pi. « danses de ... ? > fariboles ». 

ScHNEE. — snêm. Vb. dér. sneye, sg. 3 s-sneyt, ppe ksneyt. 

ScHNEiDEN. — sntte, sg. 3 er mit, ppe ksnete. Subst. dér. : snlt t. 
« lame »; snîtr m., v. g. ^r i«. fi- e fàtetPp « le tailleur est un voleur 
de fil », refrain qu'on enseigne aux merles en cage; met m. « cou- 
pure »; mets m. pi. « quartiers de pommes ou de poires » qu'on fait 
sécher et qu'on mange en légume avec du lard. 

ScHNELL. — mel, mot savant et peu usité : on dit ksvent. 

ScHNEPFE. — snapfî. « bécasse », pi. mapfe, dim. mapfle. 

ScHNUR. — mû9r f., pi. snih, dim. mmle. Vb. dér. mihe, v. g. e 
pentl imihe « nouer un paquet », ppe ihsniht. 

ScHNURREN. — sfiorc, ppe kmort. Je crois bien avoir entendu 
snçre m. « museau » ; mais je n'en suis pas sûr. 

ScHOLLE. — sole m. (cf. Kluge s. v.), pi. sole « mottes ». 

ScHON. — so, et sçn seulement en liaison devant voyelle^ v. g. 
i hâ ti SQn-einol ksà « je t'ai déjcà vu ». La facétie t-son sin(t) sçn « le 
soleil luit déjcà », inventée pour faire voir que les Colmariens 
parlent chinois, contient en fait une légère inexactitude. 

ScHÔN. — sèn, V. g. Q ve sèn! formule courante et très usuelle 
d'admiration ; cpar. sênr. Dér. sênhayt « beauté ». 

ScHONEN. — sône, ppe ksçnt. Loc. : sçn ti, « ménage-toi, ne te 
fais pas de chagrin » ; s-peterft sônçn « elle a besoin de ménagements » . 

ScHOOss. — SOS m., terme noble; le terme usuel est kère m. 

ScHOPF. — Pour l'un et l'autre sens cf. Zopf et Schuppen. 

ScHÔPFEN. — sepfe « puiser » exclusivement, ppe ksçpft. 

ScHOPPEN. — sgpe m., pi. sgpe, dim. seple. Cf. Zwôlf. 

ScHORNSTEiN. — Inconuu : on dit khamî nt. = Kamin. 

ScHOSs « rejeton ». — sos m., pi. ses, dim. sesîe. 

ScHOTE. — Inconnu : « gousse » se dit sef et dim. sefle. 

ScHRAGEN. — srâye m. « tréteau », pi. srâye. Mais pour Schràg 
on dit krotn, cf. Schief et Krumm. 

ScHRAMME. — srâme m. « égratignure », peu usité. 



212 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

ScHRANK. — srânk m., pi. srank, mais plutôt khâste m. 

ScHRÀNKEN. — N'existe pas à ma connaissance. Cf. Schràg. 

ScHRANz. — Inconnu : cf. Schramme et Schrunde. 

ScHRAUBE. — strtlp f., pL strûve, dim. strtvle. Vb. strfive, ppe 
kslrilpt. Joindre le cp. strfipmûHr î. « écrou ». Gr. 84, 4°. 

Schrecken. — srake m. « terreur ». Vb. dér. ersreke, mais ppe 
fort ersroke sans distinction entre le simple et le causatif. Adj . dér. 
sreklik « terrible ». Cp. haysrakî. «sauterelle ». 

ScHREiBEN. — srïve, sg. 3 er sript, ppe ksreve. Dér. : sreft L, v. g. 
t-haylikl sreft « l'Écriture Sainte » ; e srivr « un employé ». 

ScHREiEN. — sreye, ppe ksrçye, Gr. iiol. Dér. cp. ksrey nt., 
« tumulte^ cris». 

ScHREiN. — On ne connaît que peks f. ; maïs srïnr « menuisier ». 

ScHREiTEN. — srite, peu usité^ on dit kè, mârsihe, etc. ; ppe 
ksrete. Mais le subst. sret m. « pas »^ d'usage courant, pi. sret. 

ScHROFF. — Inconnu : « escarpé » se dit khertsekrât. Cf. Kerze. 

ScHRÔPFEN. — srapfe, qui suppose une forme mhd. schrëpfen à 
côté de schrëpfen. De même srapfhorn nt. « ventouse ». 

ScHRUMPFEN. — V. les formcs corrélatives sous Runzel. 

Schrunde. — sront f., « crevasse, engelure », pi. sroîite. 

ScHûCHTERN. — siyjr, bien moins usité que iî (sous Scheu). 

ScHUH. — sii^m., pi. SU9, dim. si^yle. Cp. hglsus « sabot » (Gr. 
48, 4°), snâlesûd « souliers à boucles », etc. Loc. t-piïdvesiïd senferese 
« il a usé ses souliers de garçon = jeté sa gourme ». 

ScHULD. — soit f., pi. solte. Adj. dér. soltik. « débiteur ». 

ScHULE. — siïdlî., pi. sii9le. Cp. t-sontiksû^l, etc. 

ScHULTER. — soltr {., bien moins usité que âksL 

ScHULTHEiss. — sol(f)s n\., couservé comme nom propre. 

ScHUPPE. — si9p f. (métaphonique), pi. sihe. 

ScHUPPEN. — sopf m. « hangar », pi. sepf. Cf. Kluge s. v. 

ScHÛREN. — N'existe pas : « attiser » [le feu] se dit rekle. 

ScHURFEN. — Inconnu : « peler » se dit sèle, ppe ksèlt, et « la 
pelure » t-sèlte f. Cf. Schale et Gr. 25, 2°. 

ScHURKE. — sQrk m., peu usité, grosse injure, pi. sorke. 

ScHURZ. — sçrts m. « tablier d'artisan ou de cuisine », pi. serts. 
Mais un « tablier » qui n'est pas destiné à un usage salissant se dit 
e fertiidy'ni., souvent abrégé en /^r/^, àim. fertele. 

ScHUssEL. — sesl f., pi. sesle et sesl, dim. sesele. Gr. 94 A b. 



LExiauE : se — ^ se 213 

ScHUSTER. — N'existe pas : on dit e siïdmâyj m. 

ScHûTTEN. — sete « verser », terme usuels ppe kset. Cp. v. g. 
t-meliy^ es ffset « le lait est répandu ». Joindre setle « secouer »^ ppe 
ksetlt. Loc. vârt i vel ti setle « attends je vas te secouer ». 

ScHUTZ. — sçts m. Vb. dér. setse « protéger »j ppe ksetst. 

ScHWACH. — svây^ cpar. sveyr. Subst. f. sveye « faiblesse ». 

ScHWADEN. — N'existe dans aucun sens. Cf. Garbe. 

SCHM'AGER;, SCHWÀHER. V. SOUS SCHWIEGER-. 

ScHWALBE. — svâlnie m. (!), pi. id.^ ordinairement svalmele dim. 

ScHWAMM. — svâm va., dim. pi. svamler « champignons ». 

ScHWAN. — svân m.., pi. svâne. 

ScHWANKEN. — luconuu : « vaciller » se dit koyhle et toytle, 

ScHWANZ. — svâns va., a surtout le sens obscène^ car « la 
queue » d'un animal se dit tr vâtl; pi. svans. Cf. Wedel. 

ScHWARM. — svQvm wi., pi. svervi (suppose mhd. *swiirni). 

ScHWARTE. — svârte £., dans la loc. er sâft tâs-tri t-svârte krâyt 
« il travaille à se faire éclater la nuque ». 

ScHWARZ. — svârts, cpar. svertsr. Vb. dér. svertse « noircir ». 

ScHWÀTZEN. — svatse « bavarder », ppe ksvatst. 

ScHWEBEN. — svâve « flotter dans l'air », ppe ksvàpt. Gr. 72-73. 

ScHWEFEL. — svâvl m. ^ mhd. swëbel « soufre ». 

ScHWEiF. — Ce terme est inconnu. Cf. Schwanz et Wedel. 

ScHWEiGEN. — svihe, V. g. svik sîel « tais-toi » ; ppe inusité (on 
dit stel ksê ou stçl vore). Cp. sous Geschweige. 

ScHWEiN. — Seulement dans svïneflays nt. « du porc »; autre- 
ment, le mot est savant et se prononce svayn. V. Sau et Pelz. 

ScHWEiss. — svays m. Vb. svetse « suer », ppe ksvetst. 

ScH WELLE. — sval f., et cp. tèrsval, pi. svale. 

ScHWELLEN. — svak, sg. 3 s-svdt « cela enfle », ppe v. g. s-es 
ksvole « il y a une enflure ». Mais svele actif « faire gonfler », v. g. 
ksvelti hartepfl « pommes de terre en robe de chambre », Gr. 109. 

ScHWER. — svàr « lourd » et « difficile », cpar. svàrer. De même 
souche, ksvâr nt., « abcès, tumeur », cf. Kluge s. v. Schwâre. 

ScHWERT. — svart nt., pi. svartr, dim. svartele. 

ScHWESTER. — svestr f., pi. svestre, dim. svestrk. Gr, 23, 2°. 

ScHWiEGER-. — Les noms d'alliance sont: sveyerfâtr « beau-père », 
sveyermiidtr « belle-mère », svôyer « beau-frère », ksvi (= mhd. 
gesiuie) « belle-sœur », tçytrmân « gendre », et sônsfroy « bru ». 



214 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

ScHwiELE. — Inconnu : on dit herti hiit {== harte Haut). 

ScHWiMMEN. — sveine, sg. 3 er svemf, ppe ksvçme. 

ScHWiNDEL. — sventl m. « vertige ». Vb. dér. sventle. 

ScHWiNDEN. — Dans le cp. frsvente « disparaître », ppe frsvonte. 

ScHWiNGEN. — svene^ mais peu usitée ppe ksvone. 

ScHWÔREN. — svère, ppe v. g. s-çs ksvçre « c'est juré », formule 
d'engagement, et e kotsnâme es ne-ksvôre, cf. sous Fluch. 

Sechs. — seks seksi, mais sàytsè « 16 », sàytsik « 50 », Gr. 23. 

Sechter. — sestr m. « boisseau », cf. mhd. sëster et Gr. 23, 2°. 

See. — se m. « lac ». Le f. n'existe pas : on dit s-mér. 

Seele. — sel f., pi. sèle, v. g. t-àrmi sèle « les âmes du purga- 
toire ». Exclamation assez fréquente Qyèmisèl! 

Segel. — seyl nt. (emprunt probable au nhd.). 

Segen. — sâye m., v. g. tr sâye kotcs « la bénédiction de D. ». 
Vb. dér. sâye (cf. Regen), v, g. sây-i-kgt ! « D. vous bénisse ! » ppe 
ksàyt; exactement comme Sàen et Sàgen, 

Sehen. — sa, V. g. / vpt-s SCI « je voudrais bien voir çà » 
(menace); présent i se et ordinairement /f^d (-— - mhd. gcsihe), te ksfs, 
er ksit, mr ksân, etc. ; conditionnel / sa ou sât, Gr. 118; ppe hâ et 
ksàne '. Cp. ilssâ « avoir l'air », ppe iïsksà, aussi subst. nt. nssâ 
« mine » (aussi s-âsàne Mg. 49) et f. iïsseyt « vue », pi. fisse /te. 

Sehr. — sêr, a gardé le sens primitif de « douloureux », mais 
par contre peu usité au sens de « très » (on dit kâr). Vb. dér. cp. 
frsère<f. endommager », pptfrsêrt, mais de style noble. 

Sehnen. — siy sâne nô ... « désirer vivement », peu usité. 

Seichen. — Ce mot m'est inconnu : on ne dit que pronsc 
(== nhd. brunzen), ppe kepronst, et poliment s-vâsr âpslâye. 

Seide. — sïte f., V. g. e sitene rok « une robe de soie ». 



I. Cette épenthèse finale, à la faveur de laquelle se conserve 
ainsi Vn participial, ne peut guère s'expliquer que par l'analogie de 
formes déclinées sorties d'usage. — Est-ce l'impératif de ce verbe 
qu'il faut reconnaître, avec f > f par brévité énergique d'articula- 
tion, dans l'exclamation se ! « tiens ! », tout à fliit courante pour 
montrer, mais surtout pour donner qqch. ? se fies « tiens, mange », 
etc. Cela est fort probable ; car, lorsqu'on s'adresse à plusieurs per- 
sonnes, on dit san, qui peut fort bien être abrégé de sân. 



LEXiQ,UK : SE — SI 215 

Seidel. — Terme inconnu. V, sous Eimer. 

Seife. — sayf f. Vb. dér. sayfe « savonner », aussi au sens de 
« donner une fameuse grondée », ^^tksayft. 

Seihe. — sey f., pi. seye, n'est guère usité, cf. Sieb ; mais le vb. 
dér. seye (aussi pâsme empr. fr.), ppe kseyt « tamisé ». Gr. 34, 3°. 

Seil. — sayl nt., pi. sayl. Cp. v. g. âm nâresayl fihe « conduire 
[qqun] par le bout du nez », cf. Narr. Dér. sayler m. « cordier ». 

Sein « son ». — si, cf. Mein et Dein, et Gr. 104. 

Sein « être-». — se, Gr. 56, 7° : présent i pen, tepes, er es, mr 
sen, etc. ; subj. isey, teseys, er sey,mr seye, etc. ; impér. sey « sois », 
seye « soyez », Gr. 117; conditionnel / vâr ou vârt, te vârs, er 
vàr OM vârt, m^vctre, etc., Gr. 118; ppe hsè, refait sur l'infinitif. V. 
g. van i trpt kse vàr, se vâr-s net esô ksâ, « si j'avais été présent, cela 
ne se serait pas passé ainsi ». Cf. Verwesen. 

Seit. — sitr (== seither). Emploi : en préposition, sitr foin kriiy 
« depuis la guerre » ; en conjonction, sitr âs-r fort es « depuis qu'il 
est parti ». Le simple n'existe pas, vu l'homophonie du suivant. 

Seite. — sitî., « côté, page », v. g. lay ti of t-ântri sit « couche- 
toi sur l'autre flanc », â(ri) mire lenhe sit « à ma gauche » ; pi. site. 

Selb. — salvr invariable et salpst, v. g. si kêt salvf « elle ira 
elle-même », salpsQ')kepâ'/es prôt « du pain de ménage », etc. (cf. 
Backen). Comme démonstratif, salàécYxné, Gr. 103, 2°. 

Selig. — sâlih, seulement dans les loc. tnifâtr s., mini miidtr s., 
mini eltre s., « feu mon père, ma mère, mes parents », invariable. 

Selten. — salte « rare », sans autres dérivés. 

Semmel. — seinl m. = mhd. sintel, Gr. 14. 

Senden. — Inconnu, sauf comme mot savant. Cf. Schicken. 

Senf. — samft m. Cf. Gr. 68, 3°. 

Sengen. — sane (Gr. 24, 2°), ppe ksafit. 

Sensé. — sans f., pi. sanse. 

Serviette. — sâlfit f., pi. sâlfête. 

Sessel. — sasl m., pi. sasl. Cp. tr ârmsasl (il n'y en a générale- 
ment qu'un), ou plus communément tr fotel empr. fr. 

Setzen. — setse, v. g. / sets tr fâl « je suppose » ; ppe ksetst. 
Subst. nt. ksejs « loi », pi. ksetsr. 

Seufzen. — siftse, ppe ksiftst. Subst, m. siftsr « soupir ». 

SicH. — si-/, si, suivant l'emphase, Gr. 49, 4° a. 

SiCHEL. — seylî., pi. seyle et seyl, Gr. 94 Ab. 



2l6 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

SiCHER. — seyj, cpar. seyrer. Vb. dér. frseyre « affirmer ». 

SiE. — si. Ce pronom est souvent remplacé par as ou s, à cause 
de la prédominance de l'emploi du genre nt. pour désigner les 
personnes ou les objets du genre féminin : cf. Gr. 91 B b. 

SiEB. — sçp î., pi. sepe. V. le vb. usuel sous Seihe. Gr. 73. 

SiEBEN. — sève et seveni, d'où sevetsê « 17 », sevetsik « 70 «. L'or- 
dinal est régulièrement tr sevete, d'après Gr. 58, 1° c. 

SiECH. — si^y « malade de langueur », peu usité, cf. Sucht. 

SiEDELN. — Seulement dans le cp. aynsêtler <i ermite ». 

SiEDEN. — sike, ppe v. g. te khâms nir ksgte ' « tu me viendrais 
tout à point »j c'est-à-dire « je voudrais bien voir çà ! » 

SiEG. — sïk m. Mais c'est sûrement un mot importé du nhd., 
cf. Gr. 15, 3°; car il n'a même aucun dér., et l'on ne dit couram- 
ment que er het-s kvone (= mhd. gewunnen) pour « il l'a emporté, 
il est vainqueur » . Aussi nom de famille sïk, 

SiEGEL. — seyel nt. = mhd. sigel, Gr. 15, 1° : surtout dans 
seyelvâh nt. « cire à cacheter ». V. l'autre mot sous Stempel. 

SiGRiST. — seyerstm.., pi. seyerste, Gr. 15, 1°. 

SiLBER. — selvr nt. Adj. v. g. e selvrne lefl. Vb. dér. frsdvre. 

SiMS. — semse m., « console, appui de fenêtre » : paraît conta- 
miné à doses égales de mhd. sim^ m. et mhd. gesime^e nt. 

SiNGEN. — sem, ppe ksone. Subst. m. ksân. 

SiNKEN. — senke, sg. 3 s-sent(Gr. 49, 3°), ppe ksçnke. 

SiNN. — sen m., v. g. vas hes tan em sen ? « à quoi vas -tu donc 
songer? » Vb. psene, v. g. psen ti « reviens au bon sens » ; ppepsone, 
etcp. çmpsçne « indiscret ». Cp. dér. liyjsenik « léger de caractère » . 

SiTTE. — set f., peu usité, on dit tr mate = Mode; pi. v, g. 
kû9ti sete « bonnes mœurs », peu usité, on dit tilket, râyfsâfehayt , 
hèflikhayt, etc., suivant le sens; mais adj. dér. setlik « moral », 

Sitzen. — setse, sg. 2 te sets, 3 er setst, ppe ksase. Gr. 127, 2°. 

Sklave. — kslâf m. (métathèse), pi. kslâfe. 

So. — sô (et esô = Also) dans le sens de « ainsi », v. g. mây-s 
sô « fais-le comme ceci » ; sq « aussi », comparatif, v. g. er es net 



I. Naturellement, dans ce verbe non plus que dans les similaires, 
snîte, lite, mite, il n'y a aucun moyen de constater directement la 
conservation du Grammatische Wechsel. Gr. 70. 



LExiauE : SO — SP 217 

sç krôs as iy^ « il n'est pas aussi grand que moi », mây fa-net sq vi'Jst 
« ne fais donc pas le vilain comme cela » ; après une proposition 
subordonnée, au début de la proposition principale, se, w. g. van 
te ne-tsfrête pes, se stek e stake trtsil^, « si tu n'es pas content, plantes-y 
en plus un bâton », phrase qu'on dit aux gens bougons lorsqu'on a 
tout fait pour les contenter et qu'ils réclament encore ; et se-n en 
liaison devant voyelle, Gr. 57, 4°, v. g. vaniri^f, se-n-es-r nime, 
« quand je l'appelle, il n'est nulle part ». 

SocKE. — sok f., pi. soke, dim. sekle. 

SoHLE. — sol f. «semelle » et « sole » (poisson), pi. sçle. 

SoHN. — sônm.., pi. sèn, dim. sènle « petit garçon». 

SoLCH. — Ce mot, qui serait régulièrement *solik, est remplacé 
par un adj. déclinable sônik, refait par analogie, Gr. éi, 2°. 

Soldat. — soltât m. (oxyton), pi, sgltâte, dim. soltâtle. 

SoLLEN. — sole, aussi auxiliaire de futur (Gr. 121, i) ou suppléant 
éventuellement le subjonctif (Gr. 117, 4°) : présent i sol, te sols, er 
sol, mr sole, etc. ; conditionnel / sot (Gr. 49, 5°), te sots, er sot, mf 
soie, etc. ; conditionnel passé, v. g. te hats sole sa « tu aurais dû 
voir », etc. Loc. sol-itr halfe? « dois-je t'aider? » ironie et menace 
à un enfant qu'on surprend à faire une chose défendue. 

SôLLER. — Terme inconnu : on dit terâs, kâlerï f., empr. fr. 

Sommer. — somr m., v. g. tr s. es evr « l'été est passé ». 

Sonder. — sçntr, peu usité; mais les dér. psçntrs « surtout », 
sontfpâr « étrange », et sontre ou âpsontre « trier », ppe ksçntrt. 

Sonne. — sçn (., v. g. van s-ràyt çn t-son slnt, ket-s (j=%\Qht es) 
e ràyepoye, « quand il pleut et que le soleil luit, il y a arc-en-ciel » . 

SoNST. — SQHst et sost (mhd. sunst et susi). Loc. hes sonst épis? 
« as-tu qque cause d'ennui que tu ne puisses pas dire ? » 

SoRGE. — sorik f., pi. sorye. Vb. sorye et psorye, ppe horikt et 
psorikt, d'où aussi l'infinitif j-pr/^^, etc. Gr. 66, 2° B c. 

Spàhen. — Je ne connais pas ce terme : on dit çfpâse. 

Spalte. — spâlt f. « fente », pi. spâlte, et cf. Darm. Vb. dér. 
spâlte, sg. 3 er spâlt, ppe kspâlte. Dér. cp. holspâltr (Gr. 48 , 4°) 
« fendeur de bois » et lensespâltr « f. de lentilles = vieux grigou ». 

Span. — Seulement pi. spân « des copeaux » : un seul se dit 
espànle dim. nt. Cp. pi. sàyspàn « de la sciure », cf. Sage. 

Spanferkel. — splfarle m., cf. Ferkel, et Kluge s. v. 



2l8 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAH 

Spange. — Je ne crois pas que ce terme existe. Cf. Haft, 
ScHNALLE, et ajouter e-n-âkrâf L « une agrafe », empr. fr. 

Spanne. — spân. Le genre m'est inconnu, parce que je ne l'ai 
jamais entendu qu'au pi., ou dans les cp. spânelân, spâneprayt, 
« long, large d'une palme ». Vb. dér. spâne et ûsspâm « étirer », 
âspâne et îspâne « atteler », âpspâne « dételer », ppe âpkspânt. 

Sparen. — spâre « économiser », ppe kspârt, et cf. Hafen, Kasse. 

Spargel. — spârikl et spariyl m., pi. spâriyje. 

Spass. — kspâs m., pi. kspas. Cf. Scherz. 

Spàt. — spot, sans métaphonie, l'adj. comme l'adv., v. g. tse 
spot « en retard », et cf. Jahr; cpar. spçlr, irrégulier, Gr. 37, n. i. 

Spaten. — Inconnu : on dit staysfifl f. « pelle à piquer ». 

Spatz. — - spâts m., pi. spâtse, dim. spatsle. 

Spazieren. — spâtsihe, ppe kspâtsiht, Gr. m, 2°, mais plutôt 
spâtsidre kâne. Le subst. est plutôt prgmnât f. que spâtsihkân. 

Specht. — spayt m., pi. spayt. 

Speck. — spâk m. Les pommes de terre farineuses sont dites 
màlik, et celles qui ne le sont pas, peu estimées, sont spakik. 

Speichel. — Inconnu : on n'emploie que spoyfe f., cf. Speien. 

Speicher. — N'existe pas : on ne connaît que pên f. = Bûhne. 

Speien. — spoye, sg. 3 er spoyt, ppe kspoyt, Gr. iio I. 

Speise. — Dans le cp. Itpspis f. « mets de prédilection » ; mais il 
n'existe pas de vb. *spise (on dit asé) ni aucun autre dérivé. 

Spektakel. — spetâkl m., « scène violente, tumulte, vacarme ». 

Spelt. — L' « épeautre » est connu, mais sous un autre nom : 
il s'appelle krânevayse m. « blé à barbes », cf. ML. s. v. Gran. 

Spende. — Aucun des termes de cette souche n'est usité. 

Sperber. — sparvr m. (on attendrait *spervf, Gr. 25, 5°). 

Sperling. — sperlen m., compris, inusité : on ne dit que spâts. 

Sperren. — spere, mais surtout les cp., v. g. /f«p het-f s-mfll 
ofkspert « alors il est resté bouche bée », mr het-ne-n en-s svârts- 
khamrle-n Ikspert « on l'a enfermé au cabinet noir » . 

Speutzen. — spitse, ppekspitst « craché ». Cf. Speien etSpucKEN. 

Spiegel. — sppyl m., pi. spi^yl, dim. spi^yle. 

Spiel. — spèl nt., sans pi., cf. Puppe. Le suffixe des jeux est -lis, 
v. g. fân^lis spêle « jouer à l'attrape », etc., et cf. Fangen; ppe 
v. g. er mi'm âlevil kspèlt hâ « il ne saurait faire que jouer ». 

Spiess. — spih m. « broche à rôtir », pi. spm. 



LEXiauE : SP — SP 219 

Spinat, — pènats m., avec métathèse curieuse, sans pi. 

Spindel. — spentl î. « fuseau », pi. spentle. Cf. le suivant. 

Spinne. — spen f. a araignée », pi. spene, dim. spenle. Vb. spene, 
sg. 3 si spent, ppe kspone, v. g. krpp, fjn ksp., « filé gros, fin ». 

Spital. — spetâl nt., pi. spetàler. 

Spitz. — spets m. « pointe » et « roquet », très commun; pi. 
spets, dim. spefsle. Jamais adj., l'adj. est spetsik « pointu ». Jamais 
f. non plus : lesubst. f. est spetse pi. « dentelles », cf. Kram. Aussi 
au premier terme de spetspûd « coquin » et (caressant) « petit coquin ». 

Spleissen. — N'est pas connu : on ne dit que spâlte. 

Sporn. — spôr m., pi. spore, formes historiques : Kluge s. v. 

Spott. — spot m., surtout dans la loc. allitérante sânt-e-spgt 
(= Schand und Spott, Gr. 22) erlâve « souffrir les pires injures ». 

Sprache. — sprôyj., pi. sprôye, et cp. ûssprôy « prononciation ». 
Vb. spraye, presque exclusivement dans le cp. vetrspraye « contre- 
dire » : présent / sprey, te spreys, er spreyt, mr spraye, etc. ; à l'état 
simple il n'y a d'un peu usité que le ppe ksprgye, encore l'entend-on 
bien moins souvent que kret. Autre cp. frspraye « promettre » et 
frspraye nt. « promesse ». Subst. m. sproy m., « sentence, dicton, 
proverbe » (aussi spreyvgrt nt.), pi. sprey, dim. spreyje très usuel. 

Spreiten. — sprayte « étaler », v. g. tane nigrye ha-mr tr mest çf 
te-n-âhr ksprayt « ce matin nous avons fumé les champs ». 

Sprengel. — On n'a pas de goupillon ci barbes, mais un « gou- 
pillon » de métal, en forme de marteau rond percé de trous, qui se 
dit klepfl m. (sens non relevé ML. s. v. Klûpfel). 

Spreu. — Dans le dér. sprgyere pi. « baie de blé ». Cf. SprQhen. 

Springen. — - sprene, sg. 3 er sprenf, ppe ksprone. Le causatif est 
sprane « faire éclater » (Gr. 24, 2°), ppeksprant. Subst. m. spron, 
V. g. met aym spron « d'un seul bond ». Le nom d'agent dér. /f 
sprenr désigne « le bréchet » [du poulet, etc.], double os élastique. 

SpRiTZEN. — sbretse, ppe kspretst « arrosé ». Cf. Kanne. 

Spross. — Sous la forme sprùse m. « écharde », pi. sprgse. 

Spruhen. — Inconnu : on dit s-flr verftfonke. 

Spucken. — Ce terme est inconnu. V. sous Speien et Speutzen. 

Spuk. — On dit e spilk m., « un esclandre, un boucan »; mais 
ce mot, selon toute apparence, est venu du nhd., cf. Kluge s. v. ; 
et, au sens de « spectre », il est complètement inconnu. 

Spule. — spiï4 f., pi. spiidle. Le vb. n'existe pas. 



220 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Spur. — spilrnt. (= mhd. spnr nt.^ Gr. 21, 4°), v. g. âm spiïr 
nôkê « suivre à la trace ». Vb. dér. spire et kspïre, « sentir, 
éprouver une sensation » (surtout tactile), cf. Fûhlen ; ppe kspïrt : 
V. g. (facétie) s-mâyt vè « cela fait mal » dit qqun qu'on pince 
fort — / ksplr-s net répond avec calme celui qui le pince. 

Staat. — stât m., mot savant, mais familièrement employé au 
sens de « pompe, atours », v. g. vas es tes fer e stât! « que tu es 
donc bien habillé » et e stâtsmân « un homme qui impose par sa 
prestance et sa tenue ». 

Stab. — stâp m., pi. stàp, mais peu usité; on dit stçk m. 

Stachel. — stâyl m., pi. stayl. Adj. staylik. 

Stadel. — Inconnu, bien que le mot soit oberdeutsch (Kluge). 

Staden. — State m., v. g. tr fesrstate « la Poissonnerie ». 

Stadt. — stât f., pi. stet, dim. statle. Cp. fôrstât « faubourg ». 

Staffel. — stâfl f., V. g. kan âyt, (s-yen trey stâfle for tr ter, 
« prenez garde, il y a trois marches devant la porte ». 

Stahl. — stâl m. Adj. v. g. e stâlrnes masr (= Messer). 

Stall. — stâl m., pi. stal. Cp. oksestâl, khidÇjYstâl, etc. 

Stamm. — stâm m., pi. stam, dim. stamle. 

Stammeln. — stâmie, compris, mais peu populaire : on dit kâkse 
et le ppe kekâkst « bégayé » fait une excellente onomatopée. 

Stampfen. — stâmfe, ppe kstâmft. V. un emploi sous Buttge. 

Stand. — Surtout dans les loc. er es-s net em stânt « il n'en est 
pas capable » et er es-s vol em stânt « il serait bien assez sot (assez 
impudent, etc.) pour le faire ». Adj. dér. stantik « constant ». 

Stange. — stân f., pi. stâne, dim. stanle. Cp. hopfestân « perche à 
houblon », d'où « grand dadais, grande fille poussée en asperge ». 

Stapfe. — stâpfe m., pi. stâpfe, mais peu usité; on dira plutôt 
fihtret m. pi. Vb. dér. stâpfe, « marcher lourdement, patauger ». 

Star. — star m. « étourneau », pi. stâre. 

Stark. — stârik, cpar. sterikr et sterkr (d'après le suivant). Subst. 
dér. t-sterke « la force » (mot demi-savant ?), mais sterik f. « empois ». 

Starr. — star, cpar. stârer. Vb. dér. slâre. Mais cf. Steif. 

Statt. ■ — Dans la loc. ânstât (jamais *stât tout court), v. g. 
ânstât tini pi'Py « au lieu de ton livre » (datif, cf. Gr. 86 in fine), 
ânstât tse sene prult-f « au lieu de chanter il braille », etc. Mais le 
subst. Stàtte n'a pas de représentant : on dit ort ou plats. 



LEXIQUE : ST — ST 221 

Staub. — stoyp m. Adj. dér. sîoyvik. Vb. dér. ûsstayve, « épousse- 
ter », ppe ûskstaypt. Gr. 72-73. 

Staude. — stilt f., pi. stlite. 

Staunen. • — sttuiie, avec une nasale différente, que je ne sais à 
quoi attribuer, sinon peut-être à une contamination de mhd. *stûnen 
et de mhd. stiim^ Stumm. La forme la plus usuelle est le ppe cp. 
frst finit, « ahuri, hébété, muet ». Hebel écniverstiiwit. 

Stechen. — staye, v. g. rih-s net â, s-steyt, à un enfant qui 
regarde une plante piquante : présent i stey, ?nr staye, etc. ; ppe 
V. g. er çs kstoye vgre « il a reçu un coup de "couteau ». Subst. stey 
m., V. g. i hâ nçr noy e par stey « je n'ai plus que qques points 
[d'aiguille à donner pour avoir fini mon travail] » . 

Stecken « bâton ». — stake m., pi. stake, dim. stakle, d'où stakle- 
poryer, « bourgeois à canne, petit rentier musard ». Cf. So. 

Stecken. — Vb. nt. stake, v. g. vç pes kstakt? « où donc t'étais- 
tu fourré? » er stakt em trak « il est embourbé » (cf. Dreck et 
Denken), er es stake kepleve, « il est resté planté, il est resté court, 
n'a plus su que dire ' », etc. Mais vb. actif 1/f^^, v. g. vq es tan mi 
nâstû9y ? — te hes-s yç en ti sâ(k) kstekt « où est donc mon mouchoir ? 
— mais tu l'as fourré dans ta poche ». Cf. Gr. 9, 24 et 48, 2°. 

Steg. — V. l'unique survivance de ce mot sous Stiege. 

Stehen. — stê, V. g. to stê-v-i « me voici » (Gr. 49, 2° c), 
sg. 3 er stèt, ppe kstânte. Cp. v. g. : çfstè, sg. i / stê entr fridy QJ as i 
spot vây « j'aime mieux me lever de bonne heure que me coucher 
tard » ; ûsstè « souffrir » et onûstèlik (Gr. 48, 4") « intolérable » ; 
frstè « comprendre » et frstânt m., « intelligence, raison »; ontrstê 
ti! « avise-toi » [de faire telle chose, et tu auras affaire à moi!] 

Stehlen. — stàle « voler » : présent i stêl, te stéls, er stêlt, mr 
stâle, etc. ; ppe kstôle. Subst. cp. ti^pstàl m., pi. ti^pstâl. 

Steif. — stif et ordinairement kstif, qui est le terme courant 
pour dire « raide, raidi, gauche » ; cpar. kstify. Est-ce à cette 
souche qu'il convient de rattacher le vb. également très usuel siy 
stipre, « s'arc-bouter, faire effort » ? (ppe v. g. er het si kstiprt, 
Gr. 121, I.) Cf. Lexer, s. vv. stiper et stipern. 

Steigen. — stïke (Gr. 66, 1° A c), sg. ^ er stikt, ppe ksteye 



Traduction focétieuse « il est resté bâton ». V. le précédent. 



222 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

régulier ou kstlke contaminé. Cp. âpsfike « descendre ». Dér. 
ffstayre « mettre à l'encan ». Gr. 15, 3°. Cf. Steg et Stiege. 

Stein. — stayn m., pi. stayn, dim. staynle « caillou ». Aussi 
« noyau de fruit », dat. pi. v. g. va-mr met-tii kherse-n-est , se 
verft~r aym me-te stayn en s-hseyt, « quand on mange des cerises en 
sa compagnie, il vous jette les noyaux à la figure » (c'est un 
grossier merle). Cp. pâypayn « brique », vâsr stayn « évier », 
vetsstayn « pierre à aiguiser », ekslayn (sous Trumpf), etc. 

Stelle. — Seulement dans la loc. of tr stel, « sur le champ, à 
l'instant » ; autrement, on dit grt ou plats m., ce dernier aussi pour 
une « fonction » administrative. Vb. stèle, « placer, établir, instal- 
ler.» ; cp. ppe v. g. te hes kves vetr eps âkstelt! Qx un enfant terrible) 
« bien sûr tu viens encore de faire un malheur ! » 

Stelze. — stals f., pi. V. g. çf stalse kê « aller à échasses ». 

Stempel. — stampl m. « timbre » et aussi « cachet » plutôt que 
seyel = Smcm. ; pi. stampl. Vb. dér. st ample, p^t kstamplt. 

Stengel. — stanl m. « tige », pi. stanl. 

Sterben. - — starve : présent i sterp, te sterps, cr sterpt, mr starve, 
etc.; ppe kstorve. Adj. dér. starplik « mortel ». Gr. 72-73. 

Stern. — starn m., pi. starne (aussi da.ns starnekiikr, « astronome, 
astrologue », terme plaisant, cf. Gucken), dim. starnle. Gr. 96, 2°. 

Stets. — stats, mais très peu usité. Cf. Immer. 

Steuer. — stayer î. « impôt », pi. J-^^^/r^ (demi-savant). 

Sticken. — steke, ppekstekt. Dér. stekereyeî. pi. « broderies ». 

Stieben. — Inconnu : on dit s-staypt, cf. StauTî. 

Stief-. — stidf-, V. g. stpffâtr et tous autres composés. 

Stiefel. — stèfl m., pi. stèfl. 

Stiege. — Ce mot eût donné *stidy f., comme Steig > *stlk 
m. et Steg > *stày m. (cf. Weg > vày) : de tous ces mots est 
sortie une forme de compromis slày f. « escalier », pi. stàye. 

Stiel. — stêl m., pi. stêl. Cp. masrsîèl « manche de couteau ». 

Stier. — stih m., pi. stih. Vb. dér. cp. astike « regarder 
fixement de l'air farouche ou ahuri d'un ruminant ». 

Stift. ~ On dit steftçn f., dér. du vb. stefte, ppe v. g. e kstefti 
mas « une messe de fondation ». Mais playsteft est un mot savant. 

Still. — stel, cpar. sieler. V. sous Schweigen et Maus. 

Stimme. — stem f., pi. sterne, dim. slemle. Vb. dér. stnne « voter », 
ppe kstçmt. Cp. psteme « déterminer », ïsteme « adhérer », etc. 



LExiQjQE : ST — ST 223 

Stinken. — stenke, ppe kstçnke, et cf. Bock. Adj. dér. stenkik. 

Stirn. — slern L, pi. sterne, dim. sternle. 

Stock. — stok m. (aussi dans stokfes « morue séchée »), pi. v.g. 
me-teke stek « avec de gros gourdins ». Signifie aussi « le tronc ». 

Stoff. — stgf m., pi. stofe, n'a que le sens d' « étoffe ». 

Stolle. — stglem., pi. stgk. Cp. petlâtstgle «pied délit ' ». 

Stolpern. — stglpre, ppe kstglprt. Subst. stglprer m. « trébu- 
cheur », et surtout stglpri « lourdaud ». 

Stolz. — stgls, V. g. vçhâr sç stgls? « pourquoi si fier ? » en plai- 
santant, à qqun qui passe sans dire bonjour par simple inadver- 
tance; cpar. slglsr. Subst. stgls m. Vb. dér. stglsihe « se pavaner ». 

Stopfen. — stgpfe, « boucher, étouper », aussi kans stgpfe 
« gaver des oies », ppe kstgpft. 

Stoppée. — slopflei. pi. « des chaumes », cf. Kluge s. v. 

Storch. — stgrikm.. (= mhd. store), pi. stgrike (faible). 

Stôren. — stère, ppe^i/nt. Mais beaucoup plus communément 
frhentre, et surtout terânsihe, ppe sans ke-, Gr. m, 2°. 

Stossen. — stôse, sg. 3 erstQst,'ç'pQkstQse. Cf. Karre. 

Stottern. stgtre, compris, mais peu populaire, cf. Stammeln. 

Strack. — Dans l'adv. strâks, « tout droit, incontinent ». 

Strafe. — strôf {., pi. strOfe. Vb. dér. strôfe « punir », ppe kstrôft. 

Strahl. — strâl m. (malgré mhd. strâl, Gr. 32, 5°), pi. strâle. 

Stràhle. — strâl m. (= mhd. strael m.), pi. strâl. Vb. strâle, 
« peigner, étriller, rosser » (vârt i vel ti str.), ppe kstrâlt. 

Strand. — Terme inconnu : cf. Ufer et Kluge s. v. Staden. 

Strang. — strân m. « fort cordeau », pi. stran. 

Strasse. — stras f,, pi. strçse, dim. stràsle. Ne se dit que des 
« routes » : les « rues » de villes sont dénommées kâs ou hasle. V. g. 
t-hgrvrikr, t-vensenr sir., « la r. de Horbourg, de Wintzenheim ». 

Straube. — Dans le dér. strilvl m. « chevelure en désordre ». 

Strauch. — striïy^ m., pi. striy, rare, plutôt M^ f. pi. 

Strauss. — strûs m. « bouquet » [de fleurs], pi. stris, dim. 
strisele strisle. Mais le mot le plus usuel est maye = Maie. 

Streben. — strâve, ppe kstrâpt, mais bien peu usité. 

I. Les deux loc. âprepç es e petlâtstgle et ekût es e kansloy, par les- 
quelles on est censé donner le sens des deux mots fr. « à propos » 
et « écoute », sont des facéties .trop courantes pour être omises ici. 



224 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Strecken. — streke, ppe kstrekt. Cp. v, g. strek t-payn net so ils, 
i hâkhe plats, « n'allonge pas tant les jambes, je n'ai pas de place ». 

Streichen. — striye, ppe kstreye, sg. ^ er striyt. 

Streifen. — strayfe, cp. erçmstr., « flâner, courir le guilledou ». 

Streiten. — st?-ite « lutter par jeu », ppe kstrete. Mais « se que- 
reller » se dit hantle, ou tespetihe empr. fr., Gr. iii_, 2°. 

Streng. — ^/mn, cpar. stranr. Dér. strene f. « sévérité ». 

Streu. — Comme Stroh; mais vb. straye « faire de la litière ». 

Strick. — strek m. « cordeau », d'où « gibier de potence, mau- 
vais gueux », très grossier, cf. Schlinge. Vb. dér. streke « trico- 
ter », ppe kstrekt, d'où aussi strekteî. « tricot ». 

Striegel. — streyl m., pi. streyl. Vb. dér. streyle « étriller >> ros- 
ser d'importance », "^^^t kstreylt . Mg. 52, et Gr. 15, 1°. 

Strieme. — strime m., et ppecp. frstrihnt « rayé ». 

Strippe. — Inconnu : a dû se confondre avec strek = Strick. 

Stroh. — stroy m. (^ mhd. strôw-es gén., etc.). Cp. v. g. 
krop ve sûypônestroy « grossier comme litière de fanes de fèves »., 

Strom. — strôm m. « courant violent », pi. strèm. 

Strotzen. — N'est pas employé et ne serait pas compris. 

Strudel. — strûtl m. Vb. strûtle, v. g. s-vâsr strûtlt. 

Strumpf. — stromf m., pi. stremf, dim. siremfle. 

Stube. — stQp f. : désigne encore, dans les usages villageois, la 
pièce principale de l'habitation, la pièce d'honneur, où l'on reçoit 
les étrangers, etc. ; mais naturellement cette acception s'est atténuée 
dans la nomenclature bourgeoise; pi. stçve, dim. stevle. 

Stûck. — stek nt., pi. stek, dim. stekele stekle. 

Studieren. — stotihe, ppe kstçtiht, très usité, cf. Lernen. 

Stufe. — On dit krât m. « degré » et stâfl f. « marche ». 

Stuhl. — stûdl m., pi. stiH, dim. stidlele. 

Stumm. — stçm « muet ». V. aussi sous Staunen. 

Stump. — stçmpe m. « chicot», et aussi « nain, avorton », dim. 
stempele (terme de caresse). Adj. stçmf n émoussé ». 

Stunde. — stçnt f., (( heure, lieue de pays » et « leçon », pi. 
stçnte, dim. stentle. Cp. hâlpst., fiktlst., etc. 

Sturm. — stçrm m., et surtout stçrmvati nt. 

Stùrzen. — stertse, ppe kstertst, et cf. Karre. 

Stute. — N'existe pas. V. sous Màhre le seul mot connu. 

Stutzen. — On ne connaît que stgse et cp. âstçse. 



LExiauE : ST — TA 225 

Stutzen. — stetse, ppe kstetst. Subst. f. stets « appui ». 

SucHEN. — su9ye, ppe V. g. mr ha-n-en everâl ksildyt « nous 
l'avons cherché partout ». Cp. frswye « goûter », cf. Prûfen. 

SucHT. — SQyt f. : désigne, sans autre détermination, la « mala- 
die » spécifique à laquelle sont sujets les jeunes animaux et qui 
généralement ne récidive pas; entre dans la composition du nom 
d'un grand nombre de maladies chroniques, v. g. sventsoyt « phti- 
sie », vâsrsQyt « hydropisie », etc.; pi. sçyte. V. aussi sous Siech. 

SuDELN. — sotie, « bousiller, écrire malproprement, se tacher 
les doigts d'encre », ppe ksotlt. 

SûHNE. — N'existe pas : au sens d' « expiation », on a pih f. 
= Busse; au sens de « réconciliation », frsènQn de Versôhnen. 

SûLZE. — sqIs f., sans métaphonie, et nom de lieu. 

SuMMEN. — some, et plutôt sçmse « bourdonner ». 

SuMPF. — sçmfm., pi. setnf. Adj. dér. sçmfik « marécageux ». 

SûNDE. — sent f., pi. sente. Cp. tôtsent « péché mortel ». 

SuppE. — SQpi., pi. SQpe. Cç.flayss., mais., hartepfls., etc. 

SuRREN. — sçre, pptksort. Adj. dér. soris « grognon ». 

Sûss. — si3s, V. g. sidshols « réglisse » ; cpar. sihr. Cf. Met. 

Syrop. — sirop m. : désigne la mélasse épurée qui sert dans bien 
des ménages à sucrer le café au lait. 



Tabak. — tûvâk ettûvâk m., Gr. 7, 4°. Cf. Grund. 

Tadel. — tâtl m. Vb. dér. tâtle, mais usuellement salte. 

Tafel. — tâfl f., pi. tâfle, <-<■ tableaux_, peintures ». 

Tag. — tâym., pi. tây, Gr. 93, 1°. Adj. dér. tâylik. Cp. v. g. 
lâvestây (sous Leben), î-hon(f)stây «■ la canicule »,etc., sans réduction 
phonétique. Mais au contraire réduction très caractéristique dans : 
1° les noms des jours de la semaine, màntik, tsistik (= mhd. 
:(iestac), (mçtvçy), tonstik,fritik, sâmstik, sçntik, Gr. 8, et 66, 2° A c; 
2° firtik « jour férié » et vàrtih « jour ouvrable » ; 3° le mot laptik, 
qui remplace toujours lâvestây dans les phrases du genre de mi lap- 
tik hâv-i niks esô ksâ « de ma vie je n'ai rien vu de pareil ». 

Talg. — Terme inconnu : on dit onslik m. = Unschlitt. 

Tanne. — tâne, et surtout tâneppym m. ; pi. tâne. 

Tante. — tante f., cf. Gr. 13, 2° ; pi. tante. 

XI. — v. Henry. — Le Dialecte Alaman de Calmar, IS 



22é LE DIALECTE ALAMÂN DE COLMAR 

Tanz. — tâns m., cf. Bar; pi. tans, cf. Schnecke. Vb. dér. 
iânse, ppeketânst. Dér. cp. sayltânsr « danseur de corde ». 

Tapet. — Nt. seulement dans la loc. to khomt-s vetr çf-s tâpèt 
« cela revient sur le tapis »; mais f. « papier de tenture y), pi. 
tâpête. Vb. dér. tâpetsme « tapisser », d'où tâpetsiher « tapissier ». 

Tapfer. — tâpfr, V. g. e tâpfre helt (ironique). 

Tappe. — tôp f. ^= mhd. iàpe, et cf. Pfote; mais la brévité de 
la voyelle est représentée parle vb. tape « marcher lourdement ». 

Tasche. — N'existe pas. V. sous Sack et cf. Stecken vb. 

Tasse. — tâsi., pi. tâse, dim. taseJe tasle. 

Tasten. — Inconnu : « tâtonner » se dit krife = Greifen. 

Tatze. — Terme inconnu, cf. Tappe; mais on a, se rattachant 
à cette souche, tatsî., « coup du plat de la main », pi. tatse, et 
vb, tatse «^ frapper brusquement et bruyamment », ppe ketatst, « abattu 
las, vanné », etc. ; cf. aussi Mûcke. 

Tau. — toy m. Vb. s-toyt « il tombe de la rosée». 

Taub. — toyp, V. g. toyp ve-n-e rat, cf. Ratte. 

Taube. — tilp f., pi. tûve, dim. ttvele fivle. Gr. 72-73. 

Tauchen. — On ne dit que senke ou ontr s-vâsr kè. 

Tauen. — Inconnu : « dégeler » se dit offrike. Cf. Frieren. 

Taufe. — tayf î. (métaphonique), et cp. khentayf Gr. 48, 1° b. 
Vb. tayfe « baptiser », ppe ketayft. 

Taugen. — N'existe pas : on dira s-es fil vârt « cela a grande 
valeur » ou s-es niks nots « cela ne vaut rien » ; cf. Tugend. 

Taumel. — N'apparaît que sous la forme brève Tummeln. 

Tausch. — tus m. Vb. dér. tuse ti frtuse ^< faire échange ». 

Tâuschen. — Inconnu. V. sous Triegen et cf. Kluge s. v. 

Tausend. — toysik, forme très corrompue : la i'''' syllabe doit 
venir d'influence savante, et la 2^ d'analogie des décades en -tsik. 

Teich. — Dim. tiyele nt., nom propre, et cf. Deich. 

Teig. — taykvn. « pâte », pi. tayk. Aussi adj. tayk « mou ». 

Teil. — tayl m., pi. tayl. Réduit dans le cp. fihtl « quart » [de 
la livre], etc., mais aussi dans /pr// m. « avantage », qui a déve- 
loppé un pi. métaphonique /^r^|. Vb. tayle, ppe ketaylt , frtaylt , etc. 

Teller. — taler m., pi. taler <-< des assiettes ». 

Tempel. — tampl m., désigne les églises et chapelles luthé- 
riennes, pi. tampl- Populaire dans la loc.tsçm t. nus « à la porte ». 

Tenne. — tan nt. := mhd. tenne nt., Gr. 24, 2°. 



LEXIQUE : TE — TO 227 

Teppich. — tepik m., pl.tepik, et cf. Tapet. 

Testament. — testemant nt., pi. testemantf. 

Teuer. — tir, V. g. e tire khpyf « une chère emplette », er petsàlt- 
s tir « il le paiera cher », cf. Mehr; mais a aimé » Wp. 

Teufel. — teyfl m., cf. Gr. 43, 3°; pi. teyfl. Ce mot, par 
euphémisme, admet le substitut teyyrt m., cf. ML.,I, p. 715 b. 

Thal. — tâl nt., pi. tàler. 

Thaler. — tâler m., un « écu » de 5 fr. à l'époque française. 

That. — tât f. (mot savant), pi. tàte. On dit vârik--^^ Werk. 

Thon. — Ce mot est inconnu : on dit layme = Lehm. 

Thor «grande porte ». — tôr nt., pi. tôr. Cp. hlistôr « porte 
cochère », et cf. Thur. Loc. âm rofâyr tôr « au faubourg de R. ». 

Thran. — Abrégé en -tron- dans le cp. qu'on trouvera sous Ôl, 

Thràne. — trdn f., pi. trâne. Le vb. est krîne = Greinen. 

Thron. — tràn m., se dit plaisamment pour la « chaise percée ». 

Thun. — tû3 : présent i tw, te ti'ps, er tûdt, mr tiïm, etc. ; 
impér. sg. tïirS, pi. ti^n (= mhd. tiïejen forme métaphonique de 
subj.) ; conditionnel i tat, v. g. er tat-s « il le ferait », mais en 
outre couramment employé comme auxiliaire, Gr. 123 , 2, v. g. z tat-s 
sâye « je le dirais » ; ppe ketô, sous Et-. Cp. ayntiPn, ayntûP, 
« indifférent, tout de même », v. g. s-esaynt. « çà n'y fait rien », 
s-es-mr aynt. (ou simplement s-es-mr ayns) « ce m'est tout un ». 

Thûr, — ter f., pi. tère, dim. tèrle « guichet ». Cp. hûstêr « porte 
bâtarde » (cf. Thor), vâsrtèr « porte d'écluse », etc. 

Tief. — ti^f, cpar. ii^fr. Subst. f. ii^fe « profondeur ». 

TiER. — tih nt., pi. Gr. 95 C, dim. tihle. Mais les « bestiaux » 
ne se nommant que fê =Vieh, le « vétérinaire» est dit fêtoktr m. 

TiLGEN. — N'existe pas : on dit lèse (== Lôschen) et ûskse. 

Tinte. — tente f., Gr. 13, 2°, v. g. tentefâs nt. « encrier »_, 
tenteslakr m. « écrivassier », cf. Schlecken, etc. 

TiscH. — tes m., pi. tes, dim. tesele tesle. Cp. astes « table à 
manger », srïptes « bureau », nây(t)tes « table de nuit », etc. 

TocHTER. — tçyt^ f., pi. içytr (parfois p et ^ ), dim. teytrle. 

ToD. — tçt m. Adj. tçt. Vb. dér. tète « tuer », ppe ketêt. 

ToLL. — toi, à peine usité en regard de nâr et naris. 

ToLPATSCH. — tâlvâts Mg. Lex. 

TôLPEL. — telpl m., « lourdaud, imbécile », pi. telpl. 

Tonne. — N'existe pas : on ne connaît que fâs nt.; cf. Kluge. 



228 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

ToPF. — topf m. « toupie », pi. tepf. Mais « pot » sous Hafen. 

ToRKEL. — Terme inconnu, ainsi que Kelter, et cf. Trotte. 

Trab. — trâp m., et vb. dér. trâpe « trotter », entièrement con- 
fondu avec Trappen. 

Tracht. — trâyt f., « costume, belle toilette ». Cf. Staat. 

Trachten. — Gp. petrâyte « regarder avec attention ou sur- 
prise», V. g. petrâyt eniôl « regarde un peu » (admiratif ou ironique), 
ppe petrâyt, mais bien plus communément âklûdyt. (Lugen). 

Tràge. — trây, mais bien moins usité quejûl = Faul. 

Tragen. — trâye, d'où sans métaphonie trâyer « porteur » : pré- 
sent i ira (éventuellement trây par analogie du pi., Gr. 67) ou 
trâ, te trays, er trayt (Gr. 7, 6°), wr trâye, etc. ; conditionnel / 
iraytit, etc., Gr. 123, i; ppe ketrayt. Cp. haymtrâye « rapporter », 
fçr(t)trâye ou evaktrâye « emporter », eromtrâye « colporter y),frtrâye 
« supporter », et petrâye subst. nt. « conduite». 

Trampeln. — trâmple « trépigner », ppe ketrâmplt. 

Trappen. — trâpe « marcher lourdement », cf. Trab et Tappe. 

Traube. — trîvl m., pi. trïvl, dim. irïvele, Gr. 36, 5°. 

Trauen. — troye « oser », ppe v. g. te hes ne-ketroyt « tu n'en as 
pas eu le courage ». Cp. frtroye « confier » et nt. « confiance ». 

Trader. — N'existe pas (« deuil » se dit layt nt. = Leid), non 
plus que le vb. dér., bien que d'autre part l'adj. trûrik « triste » 
soit de l'emploi le plus courant. 

Traufe. — Inconnu : « gouttière » se dit tropfipy nt., cf. Rinne. 

Traum. — trgym m., pi. traym. Loc. e pêsr troym « un cauche- 
mar ». Vb. dér. trayme, v. g. ihâ ketraymt « j'ai rêvé ». 

Treber. — trâvere, double pi. sans métaphonie : trâvere- et 
trûdse-prântevt, respectivement « eau-de-vie de marc » et « de lie ». 

Treffen. — trafe « atteindre » : présent i tref, te trefs, er treft, 
mf trafe, etc.; ppe^^/rp/^. Cp. âtrafe « rencontrer ». 

Treiben. — trive, v. g. s-fè trtve « mener les bêtes », vas irîps ? 
« qu'est-ce que tu tripotes? » ppe ketreve. Cp. ûstrîve « chasser » 
[des idées de la tête], evrtreve, « exagéré, paradoxal, bizarre ». 

Trennen. — trane, seulement au sens de découdre ». 

Treppe. — Inconnu : ou du moins « escalier » = stày et 
« marche » = stâfL Cf. Staffel et Steg. 

Trester. — Le seul mot usité se trouve sous Treber. 

Treten. — traie, sg. 1 i tret, ppe v. g. te hes mf çf tf fû9s ketrate 



LEXIQUE : TR — TR 229 

« tu m'as marché sur le pied », cf. Fuss. Subst. m. h'çt, v, g. ke-n- 
ip e fret « donne-lui un coup de pied » ; pi. tut. 

Treu. — trey, et surtout ketrey, pour le distinguer de trey = 
Drei; cf. Gr. 34, 3°, et 39, 3°. Le subst. f. treye n'est pas usité. 

Trichter. — traytr m. Cf. Gr. 27, 2° (ahd. trehter). 

Triefen. — Disparu : on dit tropfe ou trepfle, vb. faibles. 

Triegen. — Cp. petri9ye « tromper » [dans un marché, etc.], 
ppe petrgye. Mais le mot vulgaire est psise « embrener », ^pe psçse. 

Trinken. — trenke, sg. 3 er trçiït, ppe ketronke. Subst. m. trçnk 
« boisson ». Cp. petronke « ivre », terme poli pour fol ou psgfe. 
Joindre tranke « abreuver », d'où trankstayn « auge ». 

Trocken. — trçke (et non *troke, cf. Gr. 20). V. une loc. sous 
Ohr. Vb. dér. trekle « sécher », ppe ketreklt. 

Trôdel. — Inconnu : on ne comprend que krempl. 

Trog. — Inconnu. V. le mot « pétrin » sous Mulde. 

Trommel. — trom f. (= mhd. trumme); pi. trome. 

Trompeté. — trçmpètî. Dér. m. trompètr « musicien ». 

Tropf. — V. g. e-n ârmr tropf « un pauvre diable », pi. trepf. 

Tropfen. — tropfe m. « goutte », pi. tropfe, dim. e trepfle snâps 
« une larme d'eau-de-vie ». Vb. dér. sous Triefen. 

Trost. — trçst m., v. g. framts layt es khe tr. « on ne se console 
pas de son malheur par celui d'autrui ». Vb. dér. trêste, v. g. 
impér. très-ti « tu peux mettre ton cœur à l'aise » ; ppe ketrèst. 

Trotte. — trot i. « pressoir », seul mot connu, pi. trgte. Vb. 
dér. trote « pressurer », ppe ketrgt. Cf. Hebel. 

Trotz. — trçts m. (et non *trgts). Vb. dér. trçtse, v. g. trçts net 
sô, trçts net sô, s-khçmt e tsit pes vetrom frç ' ; ppe ketrçtst. Adj . dér. 
tîQtsik « dépité ». Cf. Gr. 20. 

Trube. — tri^p « trouble », d'où petridpt « affligé » et trupsâl f. 

Truffel. — trefl f., pi. trèfle. 

Trug. — Dér. petrû9y m., pi. petruy, et cf. Triegen. 

Truhe. — On ne connaît que khest f. = Kiste. 

Trûmmer. — tremf pi. « décombres ». 



I. Trotze nicht so, es kommt eine Zeit bist wiedrum froh. 
Chanson très populaire qui se chante sur un air de polka. 



230 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Trumpf. — trçmf m., v. g. hàrts [ekstayn, krits, sfifl] es trçmf 
« cœur [carreau, trèfle, pique] est atout » . 
Truppen. — trope pi. : remplace Heer. V. ce mot. 
Truthahn. — Inconnu : « dindon » se dit valshân m. 
*TscHOBEN. — tsôpe m., « camisole [de femme], veston 
[d'homme] >>, pi. tsèpe, dim. fsêple, très usuel. Gr. 72-73. 

TucH. — tû9y^ nt., « drap, toile, étoff"e », etc. Cp. : lintû9y, 
« linge, drap de lit », pi. linti^yj, et cf. Lein ; fertû^y, « tablier », 
cf. Schurz; nâstû^y « mouchoir », testû9y « nappe », vastûsy 
« torchon », poyvoletû9y, « cotonnade », etc. 
TùCHTiG. — teytik, peu familier, cf. Taugen et le suivant. 
TuGEND. — Ulket f. : mot bien connu, mais évidemment 
influencé par la langue savante ou ecclésiastique, soit mhd. tugend 
prononcé *tûgend, cf. le précédent et Gr. 21, 4°; pi. tilkete. 
Tulle. — La « bobèche » s'appelle s-profîtle empr. fr. 
TuMMELN. — tçmle, V. g. toml H « dépêche-toi », i hâ mi ketçmlt 
« je me suis hâté », toujours réfléchi. Mais « je suis pressé » se dit 
/ pen prasiht, et cf. Dringen et Eile. 

TûMPEL. — Je ne connais ni *templ ni *temfl. 
Tunken. — tQfike, « plonger (actif), faire tremper » [v. g. du 
pain dans du vin, dans de la sauce, etc.], ppe ketçnt. 

TuPFEL. — tepfl m., dim. v, g. loc. s-tepfele-n çf-rii i terf net fâle 
« il ne faut pas qu'il y manque le point sur l'i ». 
Turm. — torn m. (Kluge s. v.), pi. tern, dim. Urnle. 
TuRTEL-. — tortltûp f., et surtout dim. içrihivle. 

U 

Ûbel. — evl, adj., subst. nt. et adv. ; cpar. slâytr. 

Ûben. — ihe, V. g. er idpt siy « il se donne delà peine ». 

Uber. — evr. Exemples d'emploi : evrûs « à l'excès », evrâl 
« partout », evrkân m. « passage », evrhoypt « en général », evrloyfe 
« déborder », evrtsvariy « de travers », cf. Zwerch, etc., etc. Cp. 
nev^ (== hinùber), erevf, trçuY, etc. Adj. dér. evrik « restant ». 

Ufer. — Connu comme mot savant, kussipôr m., empr. fr. 

Uhr. — ûr f. (Gr. 21, 4°), v. g. vântur « horloge », sâkûr 
«montre»; pL. tire, dim. îrle. Mais n'intervient jamais dans le 
nom des heures : on se contente de dire ayns, tsvay, trey, fim, 



LEXIQUE : UL — VE 231 

... tsvelfi, hâlvrfemf <(. 4 h. 1/2 », efihtl of seks « 5 h. 1/4 », trey 
fihtl çf sève « 6 h. 3/4 », cm te-n-âyte « vers 8 h. ». 

Ulme. — N'existe pas. V. le nom de l'arbre sous Rûster. 

Um. — om. Exemples d'emploi : « autour », omkân m. 
« détour », omstant « façons cérémonieuses », cp. s-ek erçm « en 
tournant le coin », etc. ; « vers », sous Uhr ; « pour », om kgtesvek 
« pour l'amour de Dieu », mais « pour » devant un vb. se rend 
toujours pârfer ... ^^^avec l'infinitif, Gr. 127, 3°. Cp. irçm « à cause 
de cela » (comme Trommel), mais emphatique tôrçm sous Warum. 

Un-. — on-. Exemples de liaison : onârt f. « mauvaises façons », 
çnrôt m. « ordure » ; onkâtik « indocile », onhtsefr nt. « vermine », 
çnkrût nt. « mauvaise herbe », onkseniht, « sans gêne, malappris », 
cp. d'empr. fr. ; ornpsone « étourdi », omfrnçmjt f. « déraison » ; 
çnêtik « inutile ». Cf. Gr. 48, 7°, et 54, 2°. 

Und. — çn, sans que jamais le t sonne, même en liaison devant 
voyelle; et dans tânetvân « de temps à autre », et g dans les liaisons 
fréquentes, v. g. kçtlovetânk « Dieu merci », Gr. 22. 

Unschlitt. — onslik nt. : le ^ devenu k à cause de la fréquence 
des finales en -lik, puis le k conservant Vi, cf. Gr. lé, 1°. 

Unten. — onte, et honte dans tô h. « ici-bas », tet't h. « là-bas ». 
Cp. trçnte « en bas ». V. sous Oben, Ober, et Gr. 76, 2" B. 

Unter. — ontr. Exemples d'emploi : « sous », ontrlïp m. « bas- 
ventre », ontrklayt nt. « vêtement de dessous »; « parmi, entre », 
çntrslt m. « différence », ontrvâys « le long du chemin », ontr 
enântr « pêle-mêle ». Cp. trontr « dans le nombre ». 

Ur-. — Emphatique, ûr-, v. g. (Iran, tïrkrosfâtr, etc., Gr. 21,4°; 
atténué, or-, v. g. orsây_ f. « cause », ortl nt. « jugement ». 

V 

Vagabund. — Abrégé en vâkes m., injure courante. 

Vater. — fâtr m., pi. fatr, dim. fatrle, mais le terme familier 
est pape, cf. Mutter. Cp. krôsf. et keyekrôsf., cf. ML. s. v. Adj. 
dér. fatrlik. Loc. s-fâtronsr nt. « l'Oraison dominicale ». 

Veilchen. — Les termes sont des contaminations de mhd. et de 
fr., savoir : feyelât f. la fleur, etfeyelet la couleur. 

Verdammen. — Le ppe dans les loc. dont le type estfrtâmtf et 
oràimLiremGnt fytântf khayp ! « sacré...! » Gr. 54, 3°. 



232 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Verdauen. — fïtçye, p^t frtoyt « digéré ». 

Verderben. — frterve, le vb. faible ayant complètement supplanté 
le vb. fort, v. g. te frterps-s « tu l'abîmeras », s-krâs frterpt ou 
ffterpt siy^ « l'herbe se gâte », et T^^t frterpt, non *frtgrve. 

Verdriessen. — frtrme, sg. 3 er frtriht, ppe frtrose. Subst. m. 
frtrgs « dépit ». Adj. dér. frtrmlik. 

Vergebens. — frkàvets (le t d'après les ppes présents). 

Vergessen. — frkase, aussi ppe ; présent ifrkçs, te frkes, erfrkest, 
mr ffkase, etc. Subst. va. frkas « oubli ». 

Vergeuden. — Terme inconnu. Cf. Verschwenden. 
• Vergnugen. ■ — frkni^ye nt., mais "çtlutàt frayt f., Içst f. ou plçstr 
m. empr. fr. Adj. frknisyt « satisfait ». 

Verlangen. — friâne, ^pefrlânt. Subst. nt. frlâne. 

Verlaûmden. — frlaymte, ppefrlaymt, Gr. 46. 

Verlieren. — frii^re, sg. 3 er frliht, ppe v. g. frlôre kê, « être 
perdu, gaspillé », etc. Subst. m.frlost « perte ». 

Vermôgen. — frmeye nt. « fortune ». Cf. Môgen et Reich. 

Vernunft. — frnomft f. Adj. dér. frnemftik « raisonnable ». 

Verrecken. — fereke, grossier, mais très usité, soit de la mort 
d'un animal, soit injurieusement ; ppe ferekt. 

Verrucht. — frrûdyt « mal famé ». 

Verrûckt. — ferokt « écervelé » '. Cf. Rûcken. 

Verschieden. — frsîte, i^\.frsiteni « divers ». Cf. Scheiden. 

Verschwenden. — frsvante, ^pefrsvant, Gr. 24, 2°. 

Versiegen. — Ni usité, ni compris. Cf. Verwesen. 

Versôhnen. — frsène, ppe frsênt, et cf. Sûhne. 

Verstehen. — ff^tè, etc., sous Stehen. Subst. v. g. e stek fê het 
mê ffstânt (m.^ as ta pçrst. Ad] . frstantik « sensé ». 

Verteidigen. — frtaytike, ppe frtaytikt. 

Verwandt. — frvânt m., pi. ff vante. 

Verweis. — frvls m. Wh. frvise « réprimander », ppe frvese. 

Verwesen. — frvàse « devenir à rien », ppe frvàse ^ 

1 . Le traitement différent du groupe er dans ce mot et les deux 
précédents tient à ce que le premier et le dernier sont essentielle- 
ment populaires. 

2. Seule survivance du mhd. wësen, qui a complètement disparu, 
soit de la conjugaison du verbe « être », soit comme substantif. 



LEXIQUE : VE — VO 233 

Verzehren. — frtsère « dévorer », cf. mhd. ^ern. 

Verzeihen. — frtseye, ppe frtseyt, seul mot usuel au sens de 
« pardonner ». Subst. f. frtseyt, d'où vb. frtseyte « se dispenser ». 

Vesper. — faspr f. « l'office de Vêpres », pi. faspre. 

Vetter. — fetr m., terme de confraternité plutôt que de parenté : 
pour celle-ci on dira plutôt kûsè ou kûsen (oxytons) empr. fr., ou 
bien « ils sont cousins » si sen ksvestrkhentr. Cf. Base. 

ViEH. — fi nt., sans pi., v. g. mây s-finet « ne fais pas la bête », 
stekfi « pièce de bétail », injure très commune, etc. 

ViEL. — Jil, Gr. 15, 2°, V. g. fil ops « beaucoup de fruits », fili 
lit « beaucoup de gens ». Aussi dans filiyt « peut-être », etc. 

ViER. — fih QX.fihi, aussi dans fihek -nt. K carré y> , fihehh , qx.c. 
]omdrt fihtsè « 14 » tifidrtsik « 40 ». Cf. Teil et Uhr. 

Vliess. — flis-, dans le cp. qu'on trouvera sous Plies. 

VoGEL. — foyl m.., pi. fiyl, dim. fiyele. Cp. trakfoyl « caille », 
spâsfoyl « bouffon », etc. Vb. dév.fiyle « coire », ppe kfeyelt. 

VoGT. — fpkt m. « tuteur », pl.fikt. 

VoLK. — folk nt. « peuple », mot demi-savant, pl.felkr. Mais le 
mot populaire est folik nt., sans pi., et signifie « canaille ». 

VoLL. — fol, « plein, ivre » (cf. Egel), cpar. fêler. Cp. : hâmfl 
(= Hand voll) f. « poignée », pi. analogique hâmfle, dim. hamfele 
id. ; momfl (= Mund voll) m. « bouchée », pi. analogique memfl, 
dim. V. g. fini memfeler « de friands morceaux ». 

V0LLKOMMEN. — Remplacé, en tant qu'adverbe, par divers 
empr. fr. très usuels : âpsiiUimân « absolument », pârtû (= fr. 
partout, cf. Gr. 112, 2), et (négQ.ûï) pâtiit il « pas du tout », 

Von. — fpfçi I^ nuance de Vo est variable), fon en liaison seule- 
ment devant les pronoms enclitiques qui commencent par une 
voyelle, v. g. fo terike « de Tùrckheim », fo enrse « d'Ingersheim », 
mais/p«^ « de lui y>, fonere « d'elle y),foneme « d'un », etc. 

VoR. — for préposition, v. g.for-m « avant lui »,/pr ter « devant 
toi y> , fgr-ni kreyt « en justice y^, for tr ter « devant la porte », etc. ; 
mais for- préfixe, v. g. fiçrliè « précéder », etc. ; fr- dans frpey 
(= vorbei). Adv. déi.fçrne « en avant ». 

VoRDER. — fertr (métaphonique) et vb. dér. fertre. 

VoRMUND. — Inconnu : on d\\. fokt = Vogt. 

VoRNEHM. — V. g. t-fçrnâmi lit « les classes dirigeantes ». 



234 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

W 

Waare. — vâr f., pi. vâre. 

Wabe. — vâve m. « rayon, de miel », pi. vâve. 

Wach. — vây^ « éveillé ». Subst. f. vây « veille » et vâyt, v, g. 
er stèt vâyt « il est de garde ». Vb. vâye « veiller », ppe kvâyt. 
Cf. Gr. 6 b. Causatif t'f À'(î « éveiller », ppe kvekt. 

Wachholder. — V. sous HoLUNDER, et cf. Kluge s. v. 

Wachs. — vâks nt., et cf. Siegel. Vb. dér. vekse « cirer », ppe 
kvekst. D'où aussi veks f. « cirage », plaisamment employé au sens 
de « frottée, raclée », v. g. te pekhoms veks <f. vapulabis ». 

Wachsen. — vâkse, sg. 3 er vâkst, ppe kvâkse. 

Wachtel. — vâytl f., pi. vâytle. Mais cf. Vogel. 

Wackeln. — ■ vâkle, ppe kvâklt. Mais « branler » se dit ordinaire- 
ment lotie (cf Schlottern), ppe klgtlt, d'où le dér. cp. hôselgtler 
(cf. Hosen), « grand, dadais, poltron », injure fréquente. 

Wacker. — vâkr, cpar. vâkrer. Loc. e vâkre ou vâkrer porst-<.<- un 
gaillard qui n'a pas froid aux yeux », e vâkr s niaytl, etc. 

Wade. — vâte m., pi. t-vâte. V. aussi Faden. 

Waffe. — vâff., pi. vâfe (malgré mhd. wâfen). Gr. 32, 5°. 

Wage. — vôy f. (<< *vôy, Gr. 32, 1°), pi. vôye, dim. vâyle 
(comme le dim. de Weg). Vb. dér. vèye « peser », sg. 3 er veyt, 
ppe kvôye. Subst. nt. kveyt « poids », pi. kveytf. 

Wagen. — vâye m. « chariot » (à quatre roues, en opposition à 
Karre), pi. vâye, dim. vâyele. Cp. mestvâye, etc. 

Wagen « oser ». — N'existe pas. V. sous Trauen. 

Wahl. — vâl f. Vb. dér. vâle « voter » et vêle « choisir ». 

Wahn. — N'existe pas, d'autant qu'il se serait confondu avec le 
radical de Gewôhnen. Non plus en composition : « soupçon » se 
dit fpâyt {., d'où l'adj. dér. frtaytik « soupçonneux », Gr. 32, 6°. 

Wahnsinn. — vânsen m. ; mais je crois que c'est un mot de style 
noble, en tous cas peu familier, ainsi que l'adj, dér. vânsenik. 

Wahr. — vôr, v. g. s-es net vâr, {orme de démenti courante, mais 
impolie; cf. aussi vàrsinlik « vraisemblable », vàrsâyer « prophète », 
vçrtsayye nt. « présage ». Subst. dér. vôret f., Gr. 41, 3°. 

Wahren. — Inconnu : « prendre garde » =âyt kâ, sous Acht; 



LEXIQ.UE : WA — WA 235 

« garder [pour soi] » = phâlte (= Behalten); mais on a le vb. dér. 
vârne « avertir »^ ppe kvârnt, subst. f. vârnofi. 

Wàhren. — vâu « durer », moins usité que tûre = Dauern ; 
mais prép, vàret « pendant », avec le datif, Gr. 86. 

Waid. — Je ne crois pas que la plante soit connue à Colmar. 

Waise. — Ordinairement vayslkhent, mais pi. vaysekhentr. 

Wald. — vâltm., dim. vaille. Le pi. est vâltone (= Waldungen). 

Walfisch. — vâlfes m. (l'allongement d'après Wahl?). 

Walken. — vâlke, ppe kvâlkt. 

Wall. — vâl m. (l'allongement d'après Wahl?), sans pi. : ainsi 
se nomme à Colmar le pourtour des anciennes fortifications, qui 
sert de promenade publique, mais que la ville a bien dépassé. 

Wallen « bouillir ». — vâle, ppe kvâlt. Causatif vêle « faire 
bouillir » (ne se dit que du lait), ppe kvelt, cf. Gr. 112, n. i. 

Wallen « marcher ». — Dans le cp. vôlfârt f. « pèlerinage », où 
l'étymologie populaire a évidemment vu l'adv. vol = Wohl. 

Walten. — vâlte « faire le maître », ppe kvâlt. 

Walze. — Ce mot est remplacé par vâlhols nt., et « passer au 
rouleau » se dit vâle. Mais on a valse « danser la valse », ppe kvâlst, 
et le subst. m. vâlsr, v. g. : tsaye! spèle-n-is yets e vâlsr! « voyons! 
(sous Zeigen) jouez-nous une valse à présent ' ! ». 

Wamme. — Survit dans vâmpe m. « gros ventre ». 

Wand. — vânt f., pi. vante « murailles ». V. sous Uhr. 

Wandeln. — vântle, ne signifie que « déménager ». 

Wandern. — vântre, ppe kvântrt. Dér. vântrsâft f. « voyage ». 

Wange. — vâne pi. ; mais il^i'y a d'usuel que pake. 

Wanken. — vânke, ppe kvânt. V. sous Wackeln. 

Wann. — Disparu, cf. Dann : remplacé par van = Wenn ou 
par vo = Wo, suivant que l'on exprime succession ou simultanéité 
entre les deux fliits qu'il relie, v. g. : van te-n-e ksà hes, se khçms 
mr-s sâye, « quand tu l'auras vu, tu viendras me le dire » ; mais 



I. La phrase courait Colmar dans mon enfance, attribuée à un 
honnête bourgeois, dilettante médiocre, et par lui adressée à un 
amateur de première force^ qui venait d'exécuter un splendide 
morceau classique. Il rentra son violon et ne joua plus de la soirée. 



23e LE DIALECTE ALÀMAN DE COLMAR 

VQ-n-f mi ksâ het, es-f çfldprçne ve-n-e hâs, « en rtie voyant, il s'est 
sauvé d'un bond comme un lièvre » . 
- Wanne. — vân {., pi. vâne. Cp. pâtvan « baignoire ». 

Wanst. — vânst m., vulgaire pour « grosse panse ». 

Wanze. — Ce mot n'est pas employé, à peine compris : 
« punaise » se dit vântl f., pi. vântle, cf. Kluge s. v. 

Warm. — vârm, allongé, mais cpar. vermr, et vb. dér. vernie, 
ppe kvermt, Gr. 25, 7°-8°. Subst. f. t-verme « la chaleur », cf. Gr. 
13, 2°. V. une loc. assonancée sous Darm. 

Warten. — vârte, sg. 3 er vârt, impér. vârt « attends » et vârt 
(menace), ppe v. g. mr han yets lân keni'P kvârt « voilà assez 
longtemps que nous nous morfondons ». Dér. ervârtçn « espérance ». 

-Wârts. — Surtout dans le cp. fçrvarts « en avant ». 

Warum; — - vorom. La réponse impolie est tôrom (l'p conservé par 
emphase), qui correspond à notre « pourquoi ? — parce que ! » 

Warze. — vârtsl f., pi. vârtsle (1'/ venu du diminutif?). 

Was. ■ — vas, V. g. vâ-says? « que dis-tu? ». Cf. Wer. 

Waschen. — vase ( Gr. 23, 1°), sg. 3 si vast « elle fait la lessive », 
ppe kvase. Subst. dér. vas f. « lessive » (mais non « linge », cf. 
Plunder), vasere et vasfroy, « lavandière, commère bavarde » . 

Wasen. — vase m. « gazon ». Cf. Rasen et Kluge s. v. 

Wasser. — vâsr nt., pi. vâsr. Adj. dér. vâsrik « aqueux ». Vb. 
dér. vesre « tremper », cf. Rôsten. Cp. hârtsv. « pituite gastrique », 
sâlsv. « saumure », khçrsev. « kirsch », kvatsev. « eau-de-vie de 
prunes », etc. ; mais « eau bénite » ne se dit pas vivâsr, sans doute 
pour éviter un calembour irrespectueux, puisque le mot pourrait 
s'interpréter par « eau de vin ». V. sous Weihen. 

Waten. — vâte, « passer à gué, patauger », ppe hvât. 

* Watsch. — Il serait impossible de ne pas mentionner ici, à son 
rang alphabétique, le mot extrêmement commun vais f. « gifle, 
soufflet », et son dér. vâtse « souffleter », ppe kvâtst, onomatopée. 

Watte. — vât f. Vb. dér. vâtihe « ouater », ppe Jcvâtisrt. 

Weben. — veve (vocalisme surprenant) : vb. devenu faible, sg. 3 
er vept, ppe kuept. Subst. dér. vev^ « tisserand ». Gr. 23, 2°. 

Wechsel. — vaksl m. Vb. dér. vaksle, ppe kvakslt. 

Weck. — veke m., pi. veke, dim. v. g. e meliyvekle « un petit pain 
au lait ». Les « brioches » s'appellent vastle, pi. vastler. 

Wecken. — veke, qu'on trouvera sous Wach. 



LEXIQ.UE : WE — WE 237 

Wedel. — vâtlm. (= mhd. wadel Kluge s. V.), seul mot usuel, 
V. g. loc. te khâs tr khâts âm v. sûke « tu peux sucer la queue du chat 
= tu peux te fouiller » ; pi. vâtl. 

Weder. — Inusité; mais ittvetr, yètvetr, cf. Gr. 23, 2°. 

Weg. — vày m., pi. vày, dim. vàyle, mais adv. evak (= mhd. 
enu'é'c) et vak, v. g. ke vak « va-t-en ». Prép. vaye, v. g. vaye mer 
(Gr. 86), loc. courante dont l'habitude fait que les Alsaciens disent 
souvent en fr. « à cause de moi » pour « que m'importe? » (vas 
leyt-s mer â? etc.); dans le même sens on dit aussi mintvâye. Cp. 
âlevây, loc. très commune qui équivaut à of yêtefâl « en tout cas ». 

Weh. — vê nt., V. g, vô tû^t-s tr vê? « où cela te fait-il mal? », 
s-es mr vé « je me sens mal ». Cp. haymvè « nostalgie ». 

Wehen. — vàye^ mais inusité : on dit tr vent plôst, kèt, etc. 

Wehr. — ver f., Gr. 25, 2°. Vb. vêre, v. g. ver ti « défends-toi », 
terme d'encouragement ou de provocation; ppe kuèrt. 

Weib. — vip et vipspelt nt., pi. vïvr, vipspeltr et vtpslit (vipslit^ 
dim. vîvele « femelle ». V. aussi sous Mann et Haft. 

Weibel. — vayvl m. « agent de police », pi. vayvl. 

Weich. — vayy, et cf. Butter. Dér. vayylen m. « douillet ». 

Weichen. — fr/e, ppe kueye, mais peu usité. 

Weide « saule », — vitî. (ou vîtepoym), pi. vite. V. sous Grund. 

Weide « pâtis ». — vayt f., pi. vayte. Dér. vayte « pâturer », ppe 
kvayt, etvaytlik « vivement », rien qu'adv., mais très usuel. 

Weife. — Terme inconnu : on n'emploie que hâspl. 

Weigern. — er vaykrt siy « il refuse », compris, mais peu usuel. 

Weihen. — veye, ppe kveye irrégulier, mais la forme faible 
conservée dans la locution Myt vâsr, cf. Gr. 76, 1° B. 

Weiher. — veyer m., pi. veyer, très usuel. 

Weil. — vel, « tandis que, puisque, parce que », Gr. 34, 5°. 

Weile. — vil î., V. g. e vil « un certain temps », e vilele 
« quelques moments ». Cp. lânvil « ennui », etadj. dér. lânvïlik. 

Weiler. — viler, n'existe plus que comme nom de lieu. 

Wein. — vt m., pi. vj. Cp. prântevi « eau-de-vie » (aussi snâps 
m.), opsvï « vin de fruit », trenkvi « piquette », sihvt « vin doux ». 

Weinen. — Terme inconnu : cf. Greinen, Heulen, Thràne. 

Weise. — VIS f., « manière », mais surtout « air de musique », 
pi. vjse. Joindre -vis, suff. advb. très vivant, v. g. : nâtïrlik^-vts 
« naturellement » ; tç kèt-s net tsè-su-vis, ai-je entendu dire à une 



238 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

vente publique (le crieur, à une personne qui n'enchérissait que de 
« dix sous » sur un objet comportant des enchères d'i fr.). 

Weise « sage ». — vays, mot évidemment savant, 

Weisen. — Dans le cp. pevlse « prouver », ppe pevese. 

Weiss. — vis, V. g. visfes « ablette ». Cp. snèvis, etc. 

Weit. — vit, exclusivement adverbe : l'adjectif est lân, prayt, 
etc., suivant les cas. Cpar. vitfst « plus loin », Gr. 68, 3° e. • 

Weizen. — vayse (= mhd. wei^e). Cf. Spelt. 

Welch. — velik, exclusivement interrogatif, Gr. loé, 2. 

Welf. — Terme inconnu : on dit e hentk, t-khâts het yoni. 

Welk. — valik « flétri », v. g. valiki pliiame. 

Welle. — val f. « fagot » (vâlp, pi. valve, au sens de « vague »), 
pi. vale, dim. valele. Cp. ravale « sarments », Gr. 49, 2° d. 

Welsch. — vais. Vb. dér. valsle « jargonner à la française », 
v. g. hori'i vi9 târ valslt. Cf. aussi Cucumer. 

Welt. — valt f., V. g. en t-valt khome « naître ». 

Wenden. — vante, ppe kvant (plutôt omkhère, sous Kehren). 

Wenig. — venik, cpar. venyer, superl. âm venikste. Mais « un peu » 
ne se dit guère que e pesele (sous Biss). 

Wenn. — van « si » et « quand ». Cf. Wann et Dann. 

Wer. — vâr etvar, dztiï vam, Gr. 106, i. Cf. Was. 

Werden. — vâre (cf. la phrase sous Heben) : présent i vor âfâne 
pès « je commence à perdre patience », tevors, er vçrt, mrvâre, etc., 
Gr. 10, 5° (de même comme auxiliaire indiquant le futur, mais 
usuellement mr van = mhd. wen <C wellen); impér. vçr et ppe 
vçre (kvgre rare). Au sens de « devenir » suivi d'un substantif, est 
souvent remplacé par le vb. kà « donner », Gr. 121, n. i. 

Werfen. — varfe, v. g. i vcrf, etc., mr varfe, etc. ; ppe kvorfe. 
Souvent remplacé par kheye « jeter » et « tomber », ppe kheyt 
(== *geheijet); cf. Brechen, ML., I, p. 312, et Gr. 129 a. 

Werft. — On ne connaît que tsetl m. = Zettel. 

Werg, Werk. — varik nt. (identique), pi. varik. Cf. Tag. 

Wermut. — vermet m. (on attendrait *i'â(fm^/). Gr. 10, 1°. 

Wert. — vàrt^d). V. sous Taugen, Teuer et Dubel. Au lieu du 
substantif, on dit vas es vàrt es ou vas es khosi, etc., sauf dans la loc. 
toute faite s-çs nç-tf vàrt « cela n'en vaut pas la peine » (réponse 
polie à un remerciement). 

Wespe. — vasp f., pi. vaspe, dim. vasple. 



LEXiauE : WE — WI 239 

Wette. — vet î., pi, vête. Vb. dér., v. g. vçt vête? « veux-tu 
parier? » (à qqun qui révoque qqch. en doute); ppe kvet. 

Wetter. — vatr nt. « temps » et « orage ». Vb. dér. s-vat^t. 
« il fait de l'orage ». La forme vatrlayy^ nt. « éclair » (= mhd. 
wëterleich) est remarquablement conservée. 

Wetzen. — vet se, ppe kvetst (mais plutôt slifè). 
WiCKE. — veh f. 

WiCKELN. — vehle, ppe kveklt. Cp. fyveklt « embrouillé ». 
WiDDER. — vetr m. (tout pareil à Wieder infra). 
WiDER. — vet^, très peu usité. Adj. dér. vetrik « contraire ». 
Cp. très usuel, v. g. s-es-mr tsevetr « cela me contrarie ». 
WiDMEN. — vetme « consacrer », ppe kvetmet. 
Wie. — w, en exclamation ou interrogation; mais vi9 ou ve, à 
volonté, au sens de « comme », ve-n devant voyelle. Gr. 42, 3°. 
WiECHE. — vi^yem. (très usité, cf. Docht), pi, vi'^ye. 
WiEDER. — vetr, v. g. pes so vetr tç? « te revoilà encore! » Loc. 
fer niks çn vetr niks « c'est peine absolument perdue » . 

WiEGE. — On àÀxevâyel f. (cf. ahd. zoagd), pi. vâyle « berceaux ». 
Vb. dér. vâyk « bercer ». (VI vient-il du diminutif my^?) 

WiESÉ. — visf., mot évidemment emprunté, pi. vise. Cf. Matte. 
WiESEL. — vesele dim. nt., pi. veseler. 

WiLD. — velt, « sauvage, fougueux, emporté, ardent au jeu 
(un enfant) ». Apocope dans le cp. vçlprat nt. « gibier». 

WiLLE. — vçle m. Adj. dér. cp. mûdtvelik « espiègle ». 
. WiMMELN. — vemsle (cî. mhd. wimi^^en), ppQkvemslt. 
WiMPER. — Inconnu : on dit e hôr, hârleÇoykehàrle). 
WiND. — vent m., pi. vent. Loc. trvent kèt « il vente ». 
WiNDEL. — ventlî., pi. V. g. dans la phrase allitérative vanvâsf 
vî vàr, vot-i vol vese vç t-vensenr vîv^ t-vçntle vote vase, « si l'eau 
était du vin, je voudrais bien savoir où les femmes de Winzenheim 
(près Colmar) laveraient leurs langes ». 

WiNDEN. — Même le ppe kvçnte n'est plus compris. 
WiNK, — venk m. Vb, dér. venke « faire signe », ppe kvonke. 
WiNKEL. — venkl m., pi. venkl. Adj. dér. venklik. 
WiNSELN. — Inconnu : on dit yômre == Jammern. 
WiNTER. — vçntr m., v. g. e kroysâme v. « un rude hiver ». 
WiNZER. — Conservé dans le nom de Winzenheim (sous Win- 
del) ; autrement, on dit râpmân, pi. râplit, en sobriquet ràpsepi. 



24Ô LE DIALECTE ALAMÀN DE COLMAR 

WiNZiG. — vonsik « tout petit », cf. Kluge s. v. 

WiPFEL. — N'existe pas : on à\l poymspets m., etc. 

WiPPE. — N'existe pas, ni le vb. Wippen. Cf. Stolpern. 

WiRBEL. — • vçrvl m. Vb. vçrvle, v. g. s-vâsr vervlt. 

WiRKEN. — verike, ppe kverikt (d'un remède, etc.). 

WiRR. — Le ppe {hihle) frvert signifie « dérangé d'esprit ». 

WiRT. — vçrt m.,v. g. vertshûs « auberge » ; pi. vert. 

WiRTEL. — Je ne connais pas ce mot. Cf. Spindel. 

WiscH. — ves m. « coussinet à porter un fardeau «. 

WiscHEN. — vese, ppe kvest. Dans mon enfance, l'évêque de 
Strasbourg, grand propriétaire de vignobles aux environs de Col- 
mar, et fort soigneux d'arrondir ses domaines, était familièrement 
surnommé tr vesof (= wisch-auf), « le ramasseur, l'accapareur » . 

WissEN. — V0e. Présent : / vays, te vays, er vayst (!), mr vese, 
etc. ; conditionnel / vest, vçstikt ou vestit, etc. ; ppe kvçst. Loc: i 
vest-i-n e nats hîsele « je sais une petite maison qui vous convien- 
drait bien »; vas i net vays mâyt mi net hays, ML. s. v. heiss. 

WiTTERN. — Terme inconnu : on dit smeke, etc. 

WiTWE. — vçtve et vetfroy, pi. vçtve et vçtfroye. 

WiTz. — vêts m. Adj. dér. vetsik. Vb. dér. vetsle. 

Wo. — Interrog. vç et vo, relatifs. Cf. Wann et Gr. 105. 

WocHE. — VQyi f., pi. voyf. Sur ç pour 0, cf. Kluge s. v. 

WoHL. — vol, avec tous les sens du nhd. Cf. Feil. 

WoHNEN. — vône, ppe Jwônt. Subst. f. vônofi « demeure ». 

WôLBEN. — On connaît le dér. nt. kvelp « voûte ». 

WoLF. — vglf m., pi. velf, dim. velfie. 

WoLKE. — volik f., pi. vûlike. 

WoLLE. — vol f. Adj. dér. voleÇri). Cp. poyvol « coton ». 

WoLLEN. — vêle (= mhd. zuelleit) : présent i vel, te vet, er vçl, 
mfvele, etc. (auxiliaire mr van, sous Werden); conditionnel ivot, 
tevots, ervot, m^ vote, etc.; ppe vêle. Cf. Gr. 49, 5°, 112, 2 et 6. 
Loc. : vârt i veltf ! « gare à toi 1 a (en menace); er het niks me vêle 
met mf a il n'a plus voulu avoir affaire à moi >» il a filé doux 
comme un poltron qu'il est » . 

WoNNE. — Inconnu : on dit Içst ï., frayt f., klçk nt. 

WoRT. — vortni., pi. vort et vert^ comme en nhd. 

WucHER. — vûdyr m. Vb. dér. vû9yre, d'où vûdyrer « usurier ». 

WOhlen. — Remplacé par niHe, ppe kniHt. Cf. Maulwurf. 



LExiauE : WU — ZA 241 

WuND. — VQnt. Subst. f. vQtit, pi. et vb. dér. VQnte. 

WuNDER. — VQntr nt., v. g. s-es khe vçntr « c'est tout naturel ». 
Vb. dér. siy vontre et pevçntre. Adj. vçntrlik, « bizarre, fantasque, de 
caractère difficile, toqué » (très usuel). 

WuNSCH. — vous m., pi. vçns. Vb. dér. vçnsc « souhaiter », ppe 
kvçnse, Gr. 109, 2° h. Cp. ervonk « désiré » etfrvçnse « exécré », 
V. g. tane hat-i yets f. « il aurait pu me dispenser de sa présence ». 

WOrgen. — vorye (sans métaphonie), ppe kuorikt. 

WuRM. — vorm m., pi. verm et vernir. Cp. sîtevorm « ver à 
soie y), piàyrvorm, « grand liseur, rat de bibliothèque ». 

WuRST. — vorst f., pi. verst. Les variétés les plus usuelles sont 
la knâkv. et hprçtv. (= Bratwurst), et cf. Gebet, 

WuRZE. — verts f. ; mais plutôt kvçrts nt., pi. kvçrtsr. 

Wurzel. — vortsl f., pi. et vb. dér. vçrtsle. Cp. sous Queck. 

WusT. — vi^st, « laid, vilain, grossier, indécent », très usuel. 

WuT. — vûPtLYh. dér. viHe, ppe kviH. Adj. viHik. 



Zacken. — fsâk m., pi. tsâke. Vb. dér. tsâke « couper ou rogner 
qqch. de travers en y faisant des crans », ppe ketsâkt. 

Zâh. — tsâ, « tenace, coriace » (surtout de la viande). 

Zahl. — tsâl L Vb. dér. tsâle et petsâle « payer », tsêle « comp- 
ter », mais frtsêle « raconter. » Cf. Gr. 25, 1°, et 26, 8°. 

Zahm. — tsâm, cpar. tsârnr. Vb. dér. tsâme. 

Zahn. — tsân m., pi. tsân. Cp. pâketsân « molaire », oyhets. 
« canine », pçfrts. (sous Biber), etc. Vb. dér. tsane « rager ». 

Zâhre. — Ce terme est inconnu. V. sous Thràne. 

Zange. — tsân f. « tenailles », pi. tsâne, dim. tsanle. 

Zank. — tsânk m. Vb. tsânke, v. g. t-lidp mûds ketsânt hâ « les 
[menues] querelles entretiennent l'amour ». Aussi tçspetim. 

Zapfe. — tsâpfe m., dim. tsapfle. Vb. dér. tsâpfe. 

Zappeln. — tsâvle (= mhd. labeln). Au marché : vas! ta f^s çs 
nçt frçs ? er tsâvlt yç noy! crie la poissonnière indignée. 

Zart. — tsârt et tsàrtlik, termes de caresse. 

Zauber. — tsgyv^ m., mais peu usité, on dit hakserey f. 

Zaum. — tspym m., pi. tsaym. Vb. dér. tsayme. 

Zaun. — tsân m. (synonyme de /;4)'), pi. tstn. 



242 LE DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

Zausen. — Je ne connais rien qui ressemble à ce mot. 

Zeche. — Le vb. dér. tsaye « faire des dépenses de gueule », 
V. g. er het si kalt frtsàyt « il a mangé ou bu toute sa fortune ». 

Zecke. — N'existe pas : on dit eholspok m. 

Zeh. — tsê m,, pi. H tsê ou tsçye « les orteils ». Gr. 75. 

Zehn. — tsê et tsèni. Cp. tritsê , fQftsê , sâytsê, etc. 

Zeichen. — tsayye nt., pi. tsayye. Vb. dér. tsayyne « dessiner ». 

Zeidler. — N'existe pas : on dit e-n emetsçytr. 

Zeigen. — tsaye peut-être, mais surtout tsayke (cf. Gr. 66-67), 
ppe ketsaykt. Impér. exclamatif tsay et pi. tsaye, « allons, voyons », 
dont on trouvera un exemple sous Walze. 

Zeile. — tsîlL, pi. tsîle, dim. tsîlele. 

Zeisig. — tsîsele nt., dim. de mhd. zj-^e, « serin, tarin ». 

Zeit. — tsit f. Ci bref, Gr. 34, 2°), v. g. s-es tsit « il est temps », 
i hâ ne-tf tsit « je n'ai pas le temps », Gr. 86 ; mais vel sit es-s 1 « quelle 
heure est-il? » Gr. 78; pi. v. g. en te-n-âlte tsite « au temps jadis ». 
Dér. tsitik « mûr ». Cp. petsite « de bonne heure ». 

Zelt. — tsalt nt., pi. tsaltr. 

Zentner. — tsantnr m. (100 livres = 50 kilogr.). 

Zerren. — N'existe pas, mais cf. Verzehren. 

Zettel. — tsetl m. « chaîne d'étoffe », mais tsètl m. « billet », 
pi. id. Pour la différence du vocalisme, cf. Kluge s. v. 

Zeug. — tsik nt. (/ bref), « étoffe, mortier », pi. tsik. 

Zeuge. — tseye m. « témoin », pi. tseye. 

ZiCKE, Ziege. — Termes inconnus, V. sous Geiss. 

Zieche. — Cp. khopfhhçsetsi^y f. « taie d'oreiller ». 

ZiEGEL. — tsi^yl m., pi. tsi^yl. Dér. tsi^yhr « couvreur ». 

ZiEHEN. — tsi9ye, cf. Gr, 42 ; présent / tsi^y, te tsi^ys, er tsi^yt, etc. ; 
impér. tsi^y « tire » ; ppe ketsoye. Cf. Zug et Zucht. Cp. âtsi^ye, 
synonyme de âlaye (sous Kleid), ppe âketsoye. 

ZiEL. — tsêl nt., peu usité, mais vb. dér. tsêle « viser ». 

ZiEMEN. — Seulement l'adj. dér. isemlik « passable ». 

Zieren. — tsihe, ppe ketsiht. Subst. f. tsihât. Adj. tsihlik. 

ZiFFER. — tsefx f., pi. tseff (Gr. 94 A). Cp. tsefrplât f. « cadran ». 

ZiMMER. — tsçm^ nt., pi. tsemi- Vb. tsemre, et cf. Loch. 

ZiMMET. — tsçmet m., v. g. dans le cp, tsemetsnete pi. « tranches 
de pain dorées au beurre avec sucre et cannelle », 

ZiMPERLiCH. — tsçmpilik (et non pf), « délicat, affecté ». 



LEXiauE : ZI — ZW 243 

ZiNKEN. — tsenke m., et dim. tsçnkele « grappillon [de raisin] ». 

ZiNN. — tsen nt. « étain », et joindre tsenk « zinc ». Je crois que 
l'étymologie populaire y rattaclie tsmovr « cinabre » . 

ZiNS. — tsçns m. (genre étymologique), pi. tsense. 

ZiPFEL. — tsepflm., pi. tsepjl, dim. tsepfele. 

ZiRKEL. — tserkl m., pi. tsçrkl. Vb. tsçrkle « compasser ». 

ZiTHER. — tsçtr f., rattaché par étymologie populaire à Zittern. 

ZiTRON. — tsetrôn f. (et tsitrôn par influence du fr.). Cf. Minute. 

ZiTTER. — Mot inconnu. V. sous Deichsel. 

Zittern. — tsçtre, ppe ketsetrt. 

ZiTZE. — tsets f., pi. t set se. 

Zôgern. — tsèkre, mot demi-savant (à cause du /c). On dit plutôt 
er psent siy^ lân, er vel çn vçl net, er vayst nçt vas er vel. 

ZoLL. — tsol m., dans l'un et l'autre sens. 

ZoPF. — tsopfm., pi. tsepf, dim. tsepfle. 

Zorn. — tsôrnui. Adj. tsornik (aussi nttik, pês et vikik). Vb. dér. 
tsçrne et ertsçrne, ppe ertsernt. Gr. 17 et 30. 

Zu. — - Préposition : (accentué) tsû9, v. g. trtsû9 « en outre » 
(= dazu) ; (atone) tso et tsg, v. g. khom tsç mer « viens auprès de 
moi », fsçmp « chez lui », tso tr mâme (rarement tsor) « chez la 
mère », etc. Adverbe : (accentué) tsû9, v. g. tâs es âvr tsû9 ârik! 
« voilà qui est trop fort ! » tàr mans es tsû3 tom ! « que cet être est 
donc bête ! » ; (atone) tse et ts, v. g. tsfil « trop », 

ZuBER. — tsovr m., pi. tsQVY- Cp. pâttsçvr « baignoire ». 

ZucHT. — tsoyt f. Cf. Zeidler. 

ZucK. — tsçk m., pi. tsek. Vb. dér. tsoke, ppe lietsokt. 

ZucKER. — tsçkr m. Vb. dér. tsokre, ppe ketsokrt. 

ZUERST, ZUFRIEDEN. V. SOUS ErST, FrIEDE, etC. 

ZuG. — tsok m., pi. tsek. Surtout dans le cp. très usité e toriytsok 
« un courant d'air » (aussi tçriyjçft m.). Cf. Luft. 

ZundÉn. — tsente et cp. âtsente, v. g. si tsen(f) s-li^yt â « elle 
allume la chandelle »; p-pe âketsçnte, Gr. 109, 2° b. 

ZuNFT. — tsçnft f. « communauté », pi. tscnft. Gr. 54, 2°. 

ZuNGE. — tsçn f., v. g. hes tsQûfrlôre? (Gr. 48, 1° c) « as-tu 
perdu ta langue? » [que tu ne dis rien]; pi. tsçûe. 

ZuPFEN. — tsopfe « cueillir », ppe ketsopft. 

ZwANG. — tsvân m. « violence », bien distinct de Zange. 

ZwANZiG. — tsvânsik. Cp. femfetsvânsik « 25 », etc. 



244 ^^ DIALECTE ALAMAN DE COLMAR 

ZwAR. — tsvôr, avec les mêmes sens qu'en nhd. 

ZwECK. — N'existe pas comme tel; mais cf. Queck. 

ZwEHLE. — tsval f., pi. tsvale « touailles ». Gr. 25, 5°. 

Zwei. — tsvay et (beaucoup moins usité) tsvç, mais je ne crois 
pas qu'il s'attache à ces formes une distinction de genre. 

ZwEiFALTER. — lucounu : un « papillon blanc » se dit e mêler, 
et cf. Mahlen; s'il a de belles couleurs, plutôt e pâpilyon m. 

ZwEiFEL. — tsvlfl m. Vb. dér. tsvîjîe et cp. fftsvijle, ce dernier 
impliquant un embarras qui peut aller jusqu'au chagrin et même 
au désespoir, v. g. mr mû9s nu fftsvîfle « il ne faut jamais désespé- 
rer » ; ppefrtsvtflt. 

Zweig. — tsvey m. (= mhd. :(wî, Gr. 34, 3°), pi. tsveye. Vb. 
dér. tsveye « greffer », ppe ketsveyt. 

ZwERCH. — Dans la locution très usitée kritsvts çn çvrtsvariy^ 
0= kreuzweise und *ùberzwerch), « pêle-mêle, sens dessus dessous », 

ZwERG. — tsvarik m., plutôt tsvarikl m. ou nt. suivant le sexe. 
Cf. Mensch. 

ZwETscHE. — kvatsï., pi. kvatse. Cf. Quetsche. 

ZwiE-. — Dans le cp. dimin. tsvipayle « sorte de pâtisserie » 
= nhd. Zwieback. Cf. Gr. 15, 2°. 

ZwiEBEL. — tsçvlL, pi. tsevle,cï. Kluge s. v. 

ZwiLCH. — tsvelik m. ( < mhd. :(zoilich'). Gr. 77, 1° C. 

ZwiLLiNG. — tsvçlçn m., pi. tsvelçn. 

ZwiNGEN. — tsvene, sg. 3 er tsvent, ppe keîsvQûe. Cp. v. g. hes-s 
toy ertsvçne? « tu as donc à force d'instances fini par l'obtenir? » 

ZwiRN. — tsvern m. Vb. tsverne « retordre ». 

ZwiscHEN. — tsvçse. Adv. cp. trtsvese (= dazwischen). 

ZwisT. — tsvçst m. Vb. dér. tsveste, ppe ketsvest. Cf. Zank. 

ZwiTscHERN. — tsvetsre, ppe ketsvçtsrt. 

ZwôLF. — tsvelf et tsvelfi, v. g. er khâ tsvelf sope nâslçke vel-s 
tsvelfi slêt « il avale douze chopes pendant qu'il sonne midi » . 

FIN 



UACOX, PHOTAT FHBRK8, IMPRIUBUHt. 



PF Henry, Victor 

5247 Le dialecte alaman de 

C7H5 Colmar 



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