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L E 

JOURNAL 

SCAVANS, 

FOUR 
VANNEE M. DCC. XXXIV. 
JANVIER. 




A PARIS, 

Chez CHAUBERT, à l'entrée du Qiiay des 

Auguftins , du côté du Pont Saint Michel, à la 

Renommée & à la Prudence. 

M. DCC. XXXIV. 

AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY: 









I 










LE 



JOURNAL 

DES 

SCAVANS 

■_f». «v» i^» j£» *♦- ^tw .^fw .4* ■ -♦- «♦• •♦• • «♦• 4* •*» «♦» «• «♦• .4» «4Ï» Jf* 

JANVIER M. DCC. XXXIV. 

MEMOIRES DE LITTERATURE , TIRE'S DES REGISTRES 

de f Académie Royale des Infcripiions & Belles - Lettres: depuis l'année 
ï-ji6.jttfi]ues & compris l'année 1730. Tome Vlll. A Paris , de l'Impri- 
merie Royale. 1733. /w-4 . pages 740. planch. détach. vi. 



LE S Mémoires de Littérature 
compris dans ce Volume ap- 
partiennent principalement à la 
Critique Scàl'Hiftoire du moyen 
âge. Il font au nombre de 41 donc 
Janvier. 



voici les titres. 1 °. Difcours dans le- 
quel on rend compte de divers Ouvra- 
ges modernes touchant l'ancienne Àiu- 
fique ; par M. Burette. 1. Exanen 
du Traité de Plut arque fur la Mufî- 
Aij 



4 JOURNAL D 

que; par le même. 3. Obfervations 
touchant V Hiftoire Littéraire du Dia- 
logue de Plutarque fur la Mufique ; 
par le même. 4. Nouvelles réflexions 
fur la Symphonie de l'ancienne Mufi- 
■ due pour fer vir de confirmation à ce 
qu'on a taché d'établir la-dejfus dans 
le quatrième Volume des Alsmoires 
de Littérature , page 116 ; par le 
même. 5. Analyfe du 'Dialogue de 
Plutarque fur la Mufique ; par le 
même, 6. Difcours fur la Perfpetli- 
ve de l'Ancienne- Peinture ouSculptu- 
re ; par M. l'Abbé Sallier. 7. Re- 
cherches fur la Vie & les Ouvrages 
d'Evhémere ; par M. l'Abbé Sevin. 

8. Recherches fur la Fie & les Ou- 
vrages de Phylarque ; par le même. 

9. Recherches fur la Vie & les Ou- 
vrages de CaU'iflhène ; par le même. 
30. Recherches fur la Vie & les Ou- 
vrages de Tyrtée ; par le même. 1 r . 
Vie de D'ernetrius de Phalére ; par M. 
Bonamy. 1 2. Dijfertation oit F on exa- 
mine s'il y a eu deux Zoiles Cenfeurs 
d'Homère ; par M. Hardion. 13. 
Dijfertation oit l'on examine s'il eflne- 
cejfaire qu'une Tragédie foit en cinq 
Ailes; par M. l'Abbé Vatry. 14. 
Dijfertation où l'on traite des avanta- 
ges que la Tragédie ancienne retiroit 
de fes chœurs ; par le même. i$-Dif- 
fertation fur la recitation des Tragé- 
dies anciennes ; par le même. i<f. 
Bclaircijfemens fur la Tragédie d'A- 
gamemnon par Efchyle ; par M. l'Ab- 
bé Sallier. 17 . Difcours fur la Mé- 
dée d'Euripide ; par M. Hardion. 
ï8. Dijfertation fur V Andromaqut 
d'Euripide; parle même. 19. Ob- 
fervations Critiques & Hiftoriques 
fur le chœur de l' Andromaqut d'EH~ 



ES SÇAVANS; 

ripide; par le même. 20. Comparai- 
fon de l'Iphigénie d'Euripide avec 
l'Jphigéniede Racine; par M. Raci- 
ne. 21. Comparai fon de V Htppolyte 
d'Euripide avec la Tragédie de Raci- 
ne fur le même fujet ; par le même.' 
2 2. Recherches fur les comfes de che- 
vaux & les courfes de chars qui 
étaient en ufiige dans les Jeux Olym- 
pique ; par M. l'Abbé Gédoyrr 23. 
Recherches fur les courfes de chars , 
qui étaient en ufage aux Jeux Olym- 
piques ; par J^ même. 24. Remarques 
fur la route de Sardes a Sufes décrite 
par Hérodote , & fur le cours de 
l'Halys , de l'Euphrate , de l'Ar.ixes y 
& du Phafe; par M. de la Barre. 
25. Obfervations fur quelques chapi- 
tres du fécond Livre de la première 
Décade de Tite-Live ; par M. de la 
Curne. 16. Dijfertation fur la Livre 
Romaine , avec des remarques fur 
quelques mefures; par M. de la Barre, 

27. Aiémoircs fur les. divifions que les 
empereurs Romains ont faites de. Gaules 
en plufieurs Provinces; par le même. 

28. Des limites de la France & de la 
Gothie ; par M. deManda'ors. 29. 
Dijfertation fur Genr.bum ancienne 
Ville du Pays des Carnutes ou Char- 
trains ; par M. Lancelot. 50. <&- 
cond Mémoire pour établir que le 
Royaume de France a étéfucceffifhè- 
rêditaire dans la première Race ; par 
M. de Foncemagne. 31. Mémoire 
Hifiorique fur le partage du Royaume 
de France dans la première Race; pat 
le même. 32. Mémoire Hiflonque 
dans lequel on examine } fi les filles 
ont été exclufes de la fucceffion an- 
Royaume s en vertu d'une difpofition. 
de la Loi Salique ; par le même. 33. 



J A N VI 

Mémoire fur l'étendue du Royaume 
de France , dans la première Race ; 
par le même. 34. Mémoire concer- 
nant la Vie & les Ouvrages de Rigord 
& de Guillaume le Breton ; par M. 
de la Cume. 35. Mémoire concer- 
nant la Vie & les Ouvrages de Gla- 
ber , Hiflorien du tems de Hugues- 
Capet; par le même. 1$. Aiemoire 
fur la Vie & les Ouvrages de Guil- 
laume de Nangis & de [es Continua- 
teurs ; par le même. 37. Poème fait à 
la louange de la Dame de Beaujeu , 
fœur de Charles VIII. avec des notes; 
par M. Lancelot. 38. Suite de l'ex- 
plication d'un Monument de Guil- 
laume le Conquérant ; par le même. 
39. Jttjtification de la conduite de Phi- 
lippe de Valois , dans le procès de 
Robert d'Artois ; par le même. 40. 
Recherches fur Guy Dauphin , frère 
de Jean Dauphin de Viennois ; par 
le même. 41. Eclairciffernent fur les 
premières années du règne de Charles 
VIII. par le même. Dansl'impofîî- 
biliré où nous fommes de nous 
étendre ici fur chacun de ces Mor- 
ceaux , quoique très-dignes de tou- 
te la curiohté du public ; nous 
nous contenterons d'en prendre 
quelques uns dans chaque clafïe & 
d'en donner l'extrait. 

IX. Les cinq Mémoires de M. 
Burette imprimés à la tête de ce 
Volume , roulent fur la Muficjue 
des anciens , 6i font une fuite de 
fix autres Pièces de lui fur cette ma- 
tière qui ont paru dans le III. le 
IV. & le V e Volume de YHtfloire 
& des Mémoires de cette Acadé- 
mie. 

i. Dans le premier des cinq mor- 



e r ; 173 r- 4 

ceaux dont il cft ici queftion , l'A- 
cadémicien donne un détail hiftori- 
que de l'occafion qui l'a engagé à 
examiner & à développer plufieurs 
points de l'ancienne Mufique, fur- 
tout par rapport au contrepoint ou 
au concert à plufieurs parties^dont 
il s'efforça de prouver contre le 
fentiment de feu M. l'Abbé Fra-° 
guier fon confrère , que leg anciens 
n'avoient eu nulle connoifTance 5c 
n'avoient fait nul ufage. 

Sa Dillertation fur la Sympho- 
nie t dans laquelle il adoptoit le Sy- 
ftême de feu Claude Perrault tou- 
chant le concert à la tierce connu 
des anciens , lui fufeita un adver- 
faire en la perfonne du R. P. Bou- 
geant de la C. de J. qui eflaya de 
détruire cette fuppofition par une 
Dillertation publiée dans les Mé- 
moires deTrevoux. M. Burette re- 
poufie ici cette attaque , en fe plai- 
gnant d'abord de quelques faufTes 
imputations de la part de fon ad- 
verfaire ; du peu d'exactitude de 
celui-ci, en cirant quelques palTa- 
ges de la DilTertation de lAcadé- 
micien , &' de la manière tout à-faiî 
infoûtenable dont ce Père traduis 
le pafïage de Platon qui originaire- 
ment a fait naître cette difpute, 
Après quoi l'Auteur répond pied à 
pied aux objections du P. Bougeant 
contre l'hypothéfe du concert à la 
tierce admis dans l'ancienne Mufi- 
que -, & ces objections qui font au 
nombre de cinq , paroifïent fonde- 
ment refutées. 

M. Burette vient enfui te au Dia- 
logue de l'Abbé de Château-Neuf 
fur la Mufique des anciens, & il 



6 JOURNAL D 

fait fur cet Ouvrage , d'ailleurs fi 
plein d'efprit & d'agrément , di- 
verfes obfervations importantes.La 
principale tombe fur la preuve en 
faveur du contrepoint ufité dans l'an- 
cienne Mufique ; preuve que cet 
Abbé tire du Monocorde de Ptolo- 
mée décrit par ce Mathématicien , 
dont l'Abbé rend très- imparfaite- 
ment les termes en François. C'eft 
ce que prouve l'Académicien , en 
donnant une explication plus ap- 
profondie de ces termes grecs peu 
exa&ement interprétés par Waïïis 
lui-même. 

M. Burette expofe à la fin de ce 
premier Mémoire les motifs qui 
l'ont porté à traduire en François 
le Dialogue de Plutarque fur la 
Mufique , & à l'éclaircir par des 
notes ; &i le plus puiffant de ces 
motifs a été l'efperance de tirer de 
ce Dialogue bien entendu une preu- 
ve convaincante &c fans réplique de 
l'ignorance où étoient les anciens 
fur ce que nous appelions contre- 
point en Mufique. 

i. Le premier foin de l'Acadé- 
micien pour parvenir à fon but , eft 
de confirmer Plutarque dans la 
poffeffion où il eft de paffer pour le 
véritable Auteur de ce Dialogue , 
contre le fentiment à'Amyot & de 
quelques autres fur cet article : Se 
M. Burette , dans un fécond Mé- 
moire , s'applique à prouver cette 
propofition , i°. par le confente- 
ment unanime de tous les autres 
Interprètes ou Commentateurs -, 
2°. par la reffemblance du ftyle de 
ce Dialogue avec celui des autres 
Ouvrages reconnus pour être in-. 



ES SÇAVANS, 

conteftablement de Plutarque , ref- 
femblance obfervée quant au Dia- 
lecte &c au choix des termes , au 
tour de li phrafe , aux ornemens , 
aux citations poétiques , & à la 
manière de débuter ou de tourner 
un Exorde ; 3 . par l'uniformité 
pour la do&rine en fait de Mufi- 
que entre ce Dialogue Se les autres 
Traitez de l'Auteur Grec ; unifor- 
mité qui règne conftamment quant 
à l'hiftoricme & quant au dogmati- 
que , des parties duquel l'Académi- 
cien fait une exacte énumeration, à. 
laquelle nous renvoyons. 

Le 3 e Mémoire de M. Burette 
contient des obfervations touchant 
l'Hiftoire Littéraire du Dialogue de 
Plutarque ; c'eft-à dire , qu'il y eft 
parlé de fes différentes éditions gré- 
ques & de fes verfions latines y qui 
font celles deXylanderSc de l'Italien 
Valgulio , defquelles on fait la cri- 
tique ou l'examen, ainfi que delà 
verfion Françoife èîArnyot. A l'é- 
gard des Commentateurs , qui ont 
travaillé à l'éclairciffement du Dia- 
logue dont il s'agit, ils fe reduifent 
à quatre , fçavoir Xylander } Mei- 
bom } Valgidio , & Mêzjriac \ mais 
on ne peut tirer d'eux que de très- 
foiblesfecours. Les notes de Xylan- 
der ne font qu'au nombre de trois. 
Celles de Meibom ont été feule- 
ment annoncées , fans avoir été ja- 
mais imprimées. Celles de Aièz.i- 
riac manuferites & communiquées 
généreufement à l'Académicien par 
MM- l es Abbez Sevm &c Sallitr 
fes confrères qui en font poffefîeurs, 
feront pour lui de quelque reflour- 
cc } quelques - uns des panages 



J A N V 

difficiles s'y trouvant corrigés & 
expliques ; mais en fort petit nom- 
bre. Quant à Valgulio il ne fournit 
qu'une Differtation en forme de 
Préface fur la Mufiquedes anciens, 
& l'Académicien donne ici un pré- 
cis de cette Pièce fur laquelle il 
porte fon jugement. 

4. Dans le Mémoire fuivant , il 
fait de nouvelles réflexions fur la 
Symphonie de l'ancienne Muftque, 8c 
cela pour confirmer ce qu'il a tâché 
d'établir là-deiTus dans le quatriè- 
me Volume des Mémoires de Litté- 
rature [ page 116] & pour répon- 
dre aux objections du feu Père du 
Cerceau de la C. de J. contre le 
concert à la tierce , imprimées dans 
les Journaux de Trévoux. M. Bu- 
rette fe récrie centre l'inutilité de la 
première des deux parties de la Dif- 
fertation de ce Père contre l'Acadé- 
micien, dans laquelle partie le I e ' 
prouve très-bien que la tierce a tou- 
jours patTé pour diffonnance dans 
l'ancienne Mudque ( ce que le fé- 
cond n'a jamais nié : ) après quoi ce- 
lui ci entreprend de prouver contre 
le P. du Cerceau , i°. Que les an- 
ciens ont connu très-diftinctement 
toutes les diflonances : 2 . Qu'ils 
les ont défignées par leurs propres 
dénominations , &c qu'en cela les 
confonances n'ont eu fur les diflo- 
nances aucun avantage : 3 . Qu'ils 
ont partagé celles-ci en deux gen- 
res , qui n'ont été ni l'un ni l'autre 
abfolument exclus de l'ancienne 
Mélopée , non plus que le premier 
des deux ne l'a point été de l'an- 
cienne Symphonie. 

A l'égard du paiTage d'Horace 



I E R ; 175 4; 7 

employé par l'Académicien pour 
prouver l'exiftence du concert à la 
tierce chez les anciens ; celui ci for- 
tifie cet argument par de nouvelles 
preuves qui combattent l'hypothé- 
fe du P. du Cerceau fur ce point 
comme étant hors de toute vrai- 
femblance , & qui vont le forcer ' 
pour ainfi dire , jufques dans fes 
derniers rctranchemens. Nous ren- 
voyons fur tout cela au Mémoire 
même de M. Burette. 

5. Enfin il nous expofe dans fon 
dernier morceau une Analyfe exac- 
te du Dialogue de Plut arque fur la 
Mufîque , pour nous donner com- 
me un avant goût du grand Ou- 
vrage auquel il travaille actuelle- 
ment fur cette matière , & qui pa- 
roîtra en fon tems dans les Mémoi- 
res de l'Académie. 

X. M. l'Abbé S 'allier , dans fois 
Difcours fur la Perfpeflive de l'an- 
cienne Peinture ou Sculpture , exami- 
ne, à l'occafion de quelques pafla- 
ges d'Auteurs , s'il eft vrai que les 
anciens hiflent deftitués de toute 
connoiffance de Perfpeètive , com- 
me l'aiîure feu Charles Perrault 
dans fon Parallèle des anciens & 
des modernes. Il prétend , r°. Que 
les Peintres ou les Sculpteurs de 
l'Antiquité n'avoient aucune idée 
de la Perfpective , qu'ils en igno- 
roient les principes & les règles ; 
2 . Qu'en confequence , ils étoient 
privés du fecret de dégrader les fi- 
gures , foit pour la forme , foit 
pour les couleurs , & qu'ils n'z.- 
voient jamais fait fentir cette dégra- 
dation dans aucun de leurs tableaux 
eu de leurs bas-reliefs. 



g JOURNAL D 

L'Académicien , fans vouloir 
égaler fur ce point les anciens aux 
modernes, croit pouvoir préfumer 
qu'à fe renfermer dans les fculs ter- 
mes de la probabilité , il n'y a nulle 
apparence , que les exccllens Maî- 
tres en l'un & en l'autre genre qui 
ont brillé avec tant d'éclat fous le 
reçme d'Alexandre leGrand,n'ayent 
eu aucune idée de la Perfpe&ive : 
fans compter que fur les titres qui 
nous font reftés de plufieurs Ou- 
vrages anciens, écrits fur l'art de la 
Peinture on pourroit conjecturer 
qu'il y en avoit quelques uns dont 
la Perfpe&ive faifoit le fujet. Mais 
l'Académicien fonde fon fentiment 
fur des preuves plus convaincantes 
que de tels préjugez. 

La première refulte d'un double 
paffage de Platon , que nous ne 
tranferirons point ici ( pour abré- 
ger ) & qui revient aux propofi- 
tions fuivantes : i°. Que les Statuai- 
tes dans leurs figures de ronde bof- 
fe , fe conformoient quelquefois 
exactement , pour les dimenfions , 
aux modèles qu'Us s'étoient propo- 
fés : 2°. Qu'ils s'éloignoient auffi 
quelquefois de ces proportions : 
3°. Que les Peintres en faifoient 
autant dans la pratique de leur art : 
4°. Qu'ils confultoient les appa- 
rences , le vraifcmblable , le fpe- 
cieux , réglant leurs traits fui- 
vant les points de fituation &c de 
diftance où dévoient être les figu- 
res. Ces deux dernières propor- 
tions fe trouvent confirmées par la 
fuite du paffage dont il s'agit , où 
l'on appelle la figure faite par l'Ou- 
vrier tô çaivoVttw , Tt <jttïTK^« , c'eft- 



ES SÇAVANS. 

à- dire , qui ne rejfemble point à ce 
qu'on du quelle reprefente ; Se où 
l'on ajoute que cetre forte d'imita- 
tion eft du reffort de la Peinture, 
& de tout autre ait dont le but eft 
d'imiter. 

De cette double imitation , 
naiffent deux véritez ( dit l'Au- 
teur ) l'une hiftorique ou natu- 
relle, qui n'eft qu'une fimple imi- 
tation de la nature; l'autre, artifi- 
cielle, qui met en oeuvre le relief & 
l'entoncement ; la lumière & l'ob- 
feurité ; la force , Padouciffement, 
le contour , pour en impofer à nos 
yeux en leur prefentant les objets 
tels qu'ils font , non dans leur réa- 
lité , mais dans la feule apparence : 
& c'eft auffi cette vérité artificielle 
qui exige le plus de génie, d'étude, 
& defi;avoir, quoiqu'elle ne foie 
qu'une illulîon que la Peinture fait 
à nos fens. Cette erreur ( ajoute 
Socratc dans l'un de ces partages ) 
fe communique jufqu'à notre ame, 
& la Peinture n'oublie rien pour 
nous enchanter & nous fafcinerles 
yeux. Or [ dit M. l'Abbé Sallier ] 
cette illufion que tait un tableau ne 
roule ni fur l'invention du fujet , ni 
fur fa délinéation , ni fur l'expref- 
lïon que le Peintre donne à fes fi- 
gures. Elle ne pouvoit donc confi- 
fter alors ( comme elle ne confifte 
aujourd'hui ) que dans l'ufage que 
les anciens faifoient de la Perfpedi- 
ve , pour la modification des gran- 
deurs &c des couleurs i d'où il fuit 
qu'Us connoiffoient la dégradation 
en fait de Peinture , & que Socratc 
dans les deux paffages de Platon J 
ne dit autre chofe de l'art des Ou- 
vriers 



J A N V I 

Vriers de fon tems en ce genre , que 
ce qu'on trouve fur cet article dans 
le Traité de la Peinture compofé 
par Léonard de Vinci. 

Cet autre preftige de la Peinture 
( dit l'Académicien ) qui éloigne 
les objets dans un tableau , qui hit 
fuir les uns & rapproche les au- 
tres, n'étoit pas inconnu aux an- 
ciens. La preuve en eft dans Vitru- 
ve , qui parlant du Peintre Afatu- 
rius , dit qu'il peignit dans la Ville 
de Tralles une Scène de Théâtre, 
dont l'afpccl étoit d'autant plus 
beau , que le Peintre y avoit fi bien 
mélangé les différentes teintes , 
qu'il fembloit que cette architectu- 
re eût en effet toutes fes faillies. Le 
même Vitruvc dit ailleurs: «Qu'on 
» ne lailfe pas de reprefenter fort 
» bien les Edifices dans les Perf- 
» pedtives que l'on fait aux décora- 
» tions des Théâtres ; & on fait que 
» ce qui eft peint feulement fur une 
>» furface platte paroît avancer en 
?> des endroits &c fe reculer en d'au- 
m très. 

Rien de plus décifif ( comme 
l'on voit) que ce partage pour éta- 
blir l'ufage de la pcrfpecîive chez 
les anciens. L'Auteur en allègue 
plufieurs autres qui prouvent le 
même fait , mais en des termes 
moins précis , & qui demandent 
quelques reflexions pour être ame- 
nés à leur fens véritable. Rien de 
plus jufte , au refte , que le parallèle 
que l'Académien fait ici de la Poe- 
fie avec la Peinture , qui eft une 
Poëfîc muette , Se dont on peut 
mefurer les progrès par ceux de 
l'autre , &c appercevoir dans les 
Janvier. 



E R , 1 7 5 4: P 

Tableaux que nous offrent ces deux 
arts une forte de dégradation -, fur 
quoi il compare l'Iphigénie en Au- 
lide d'Euripide avec le merveil- 
leux tableau du Peintre Timanthc 
fur le même fujet. 

A tous ces témoignages fi précis 
rapportés par l'Académicien en fa- 
veur du fentiment qu'il tâche d'é- 
tablir ; il joint les obfervations fai- 
tes fur plufieurs'pierres gravées da 
Cabinet du Roi ( telles , par exem- 
ple , que le fameux Cachet de Mi- 
chel - Ange t pierre antique s'il en 
fut jamais ) dans les figures def- 
quelles on voit manifeftementune 
dégradation , fuivant l'endroit du 
plan où elles font fituées. 

Mais ( obferve charles Perrault ) 
comment exeufer le défaut de dé- 
gradation & de perfpeclive qui rè- 
gne dans les bas-reliefs de la colom- 
ne Trajane ? M. l'Abbé Sallier ré- 
pond d'après de Piles , qu'un tel dé- 
faut, dans ce célèbre Monument , 
venoit , non de l'ignorance de la 
la Perfpeclive , mais du deflein 
que l'Ouvrier, fupérieur aux règles 
de fon art , avoit de foulager la 
vûë , & de rendre les objets plus 
fenfibles & plus palpables. Or c'eft 
à la pratique de ce précepte capital, 
que les autres doivent quelquefois 
être facrifiés. 

XI. Les recherches de M. l'Abbé 
Sevin fur la Vie & les Ouvrages de 
Callifihêne , nous font connoître 
plus particulièrement un Philofo- 
phe qui avoit plus de fçavoir Se 
d'éloquence que de jugement, qui 
étoit naturellement chagrin , peu 
traitable , toujours prêt à contredi- 
B 



io JOURNAL DE 

rc Se àcenfurer avec aigreur les dé- 
fauts d'autrui , par confequent 
peu propre à la Cour , où il s'enga- 
oea mal-à-propos , Se où les enne- 
mis qu'il s'étoit faits en grand nom- 
bre travaillèrent efficacement à fa - 
perte. 

Il naquit à Olynthe , Ville de 
Thrace , environ 365 ans avant 
J. C. Son père, félon quelques-uns, 
portoit le même nom -, félon d'au- 
tres.il s'appelloitDiotime,& famere 
Héro étoit coufine d'Ariftote. Ce- 
lui-ci prit également foin des étu- 
des Se de la fortune de Callifthêne» 
puifque appelle dans la fuite à la 
Cour de Macédoine pour être Pré- 
cepteur d'Alexandre , il fe fit ac- 
compagner par ce parent , qu'il 
mit même en fa place quelques an- 
nées après , lorsqu'il obtint la per- 
miffion de fe retirer. Callifthênc 
profita mal du confeil que lui avoit 
donné Ariftote, de parler rarement 
devant les Princes , ou du moins 
de ne leur dire que des chofes 
agréables. Il fuivit Alexandre en 
qualité d'Hiftoriographe , dans 
l'expédition de ce Prince en Afie , 
efperant que fes fervices le met- 
troient en droit de lui demander 
le retabliiTement d'Olynthe fa Pa- 
trie , ruinée par la guerre. 

Alexandre le confidera fort juf- 
qu'à la mort de Clitus : mais de- 
puis cette funefte cataftrophe , les 
Sophiftes Se les flatteurs, à la tête 
delquels étoit le Philofophe Ana» 
xarque , prévalurent à la Cour , Si 
Callifthcne y fut beaucoup moins 
écouté : d'où l'Académicien prend 
occafion de nous peindre le eaiacte- 



S SÇAVANS; 

re de ces faux PhilofophcS^ qui 
faifoient profelïîon de parler fans 
être préparés fur quelque fujet que 
ce pût être , de Religion , de Mo- 
rale , Pde olitique , Se de foûtenir 
indifféremment le pour Se le con- 
tre. Callifthêne ne cefloit de dé- 
crier ces Sophiftes •> 6v pour prou- 
ver que leur talent n'avoit rien de 
fi merveilleux , il compofoit quel- 
quefois avec fuccès dans ce genre 
d'écrire , fans en avoir fait aucune 
étude particulière. 

Ce fut juftement ce qui précipita 
fa difgrace, Alexandre d'intelli- 
gence avec les Sophiftes qui étoient 
en faveu», l'cngagea^pour le rendre 
odieux- aux Macédoniens , à faire, 
dans un repas , un difeours à la 
louange de ceux-ci , à quoi il réuf- 
fit au gré de tous les auditeurs | 
mais immédiatement après , le Roi 
lui ayant ordonné de prononcer 
contre eux une inventive où il cen- 
fureroit fans quartier leurs vices , 
Se feroit voir par là toute la fupe- 
riorité de fon éloquence -, Calli- 
fthêne s'en acquita encore mieux 
qu'il n'avoit fait du panégvrique ~, 
ce qui aigrit infiniment contre lui 
tous les conviés ; Se fon impruden- 
ce le fit ainfi donner dans le piège 
que fes ennemis lui avoient tendu. 
Il étoit d'ailleurs d'une vanité in- 
fupportable , fouffrant très- impa- 
tiemment tous ceux qui en matiè- 
re de feience vouloient fe mefurcr 
avec lui ; Se faifant dépendre de fa 
plume le bruit que dévoient faire 
dans le mon.de les exploits d'Alc-- 
xandre. 
Ce Ponce gardok encore ccpcn- 



JANVIÉ R; i 7 j4 

■âant quelques mei'ures avec ce Phi- murmures parmi les Grec 
ufqu'au tems où celui 



lofophe , juiqu'au tems où 
ci refufa de le ialuer à la Perfane.Ce 
refus , malheureufement pour Cal- 
lifthêne , fut bien-tôt fuivi de la 
découverte d'une confpiration fai- 
te contre le Roi par Hermolaiis ; 
$c l'on ne manqua pas d'y impli- 
quer le Philofophe , & de l'arrêter 
comme complice. Les témoignages 
desHiftoriens varient fur ce point- 
Les uns difent qu'il ne fut chargé 
à la queftion par aucun des conju- 
ïés , & allèguent en preuve deux 
fragmens des Lettres d'Alexandre. 
Les autres alîurent que les conju- 
rez aceuferent Callifthêne : mais il 
paroît que M. l'Abbé Sevin pen- 
cheroit allez à juftifier le Philofo- 
phe aux dépens du Héros. 

Quoiqu'il en foit , les fentimens 
ne font pas moins partagés au fujet 
du fuppliee de Callifthêne. Selon 
Ariftobule , Strabon , Plutarque 
Se Diogéne-Laërce, il fut chargé de 
chaînes , enfermé dans une cage , 
conduit à la fuite de l'armée , & 
mourut de maladie , mangé de la 
vermine.Suivant Ptolomée &Quin- 
te-Curce , après avoir fubi la que- 
ftion, il fut mis en croix. Au rap- 
port de.luftin, on lui coupa le nez, 
les oreilles & les lèvres ; après quoi 
on l'enferma dans une cage , où Ly- 
fimaque fon ami , touché de com- 
pagnon lui apporta le poifon qui 
mit fin à fa vie &C à fes malheurs. 
Ariftote dit feulement que Calli- 
fthêne fut condamné dans une af- 
femblée de Macédoniens. 

Ce qu'il y a de plus certain , c'eft 
^u'un tel jugement excita bien des 



rr 

& fur- 



tout parmi les Difciples d'Ariftote; 
& l'on a cru même , fans beaucoup 
de fondement , ( dit l'Académi- 
cien ) que ce Philofophe , pour 
venger la mort de fon parent - 
avoit préparé & fourni le poifon 
dont on fuppofe que mourut Ale- 
xandre. Mais il eft plus vraifembla- 
ble ( ajoute t-on ) qu'Ariftote ne 
fit point éclater fa douleur , quoi^ 
que fon Difciple Théophrafte aie 
rendu la ilenne publique par u* 
Livre intitulé Callifthêne ou de l'af- 
fiittion , dans lequel Alexandre n'é- 
toit point épargné. 

Quant aux Ouvrages de Calli- 
fthêne , M. l'Abbé Sevin nous e» 
donne une notice des plus exacies. 
Ce Philofophe , en premier lieu , 
eut grande part à la revifion de l'I- 
liade & de l'Odyflee, entreprife 
parles ordres & fous les yeux d'A- 
lexandre même ; d'où refulta cette 
fameufe Edition d'Homère , con- 
nue fous le nom de l'Edition de la 
Ctffette. i°. Il avoit compofé une 
Hiftoire fuivie de la Guerre de Troye^ 
Ouvrage qui devoit être fort utile 
pour l'intelligence d'Homère, Se 
qu'il avoit détaché d'un autre Ou- 
vrage de plus longue haleine , qui 
étoit une cfpece à'Hifloire univer- 
felle, comme le prouve folidement 
l'Académicien par un partage de 
Ciceron & par quelques autres au- 
toritez. 3 . Dans les Hellêniijttts de 
Callifthêne partagées en dix Livres, 
on trouvoit le récit de ce qui s'é- 
toit parte de plus mémorable dan» 
la Grèce depuis la féconde année de 
la 98 e Olympiade jufqu'à la fin ds 
Bij| 



13 JOURNAL DE 

la i°5 e j c'eft-à -dire pendant l'ef- 
pace de 30 ans que fignalcrent fur- 
tout les fameufes batailles de Leuc- 
tres Se de Mantinée. 4 . Il avoit 
écrit auiïi V Hiftoire de la Guerre Sa- 
crée , dans laquelle toute la Grèce 
prit les armes contre les Phocéens , 
pour venger l'outrage fait par ceux- 
ci à l'Oracle de Delphes. 5 . Suidas 
nous parle d'un autre Ouvrage 
Hiftorique de Callifthêne fous le 
titre des Perjîqucs , lequel notre 
Auteur prétend n'être que V Hiftoi- 
re même à' Alexandre ; fur quoi il 
faut voir fes preuves. 

On attribue encore à notre Phi- 
lofophe 6°. un Traité de la nature 
de l'œil. 7 . Un autre concernant la 
Botanique. 8°. Un Recueil à'Apoph- 
thegmes. 9 . Un Traité de la Cbajfe. 
io°. Un Périple ou la defeription 
des Côtes & des Iiles parcourues 
dans une navigation. Quelques-uns 
de ces cinq derniers Ouvrages 
pourroient bien être de quelque 
autre Callifthêne ; Se c'eft une dif- 
culhon pour laquelle nous ren- 
voyons à l'Académicien , ainli que 
pour les divers jugemens portés 
par les anciens fur le ftyle de ce 
Philofophe. 

XII. M. Bon.imy a raifemblé avec 
beaucoup de foin & d'exactitude 
dans une narration fuivie tout ce 
que l'Antiquité nous apprend de 
Démetrius de Phalére , grand Ora- 
teur Se grand Homme d'Etat. Il 
étoit du Bourg de Phalére dans 
l'Attique & fils de Phanoflrate qui 
avoit été efclave. On ne fçait pas 
précifément en quelle année il na- 
quit y niais l'Académicien préfume 



S SÇAVANS, 

de quelques fynchronifmes & de 
quelques paffages d'Auteurs que 
Démetrius pouvoit avoir environ 
trente ans la troilîéme année de la. 
1 1 5 e Olympiade , c'eit-à dire lors 
de la mort de l'Orateur Démadcs , 
arrivée cinq ans après celle de Dé- 
moithéne & d'Hypéride. Il fut le 
Difciple Se l'ami intime de Théo- 
phrafte , fous lequel il perfectionna. 
fes talens naturels pour l'éloquen- 
ce , Se cultiva la Philofophie , la 
Politique Se l'Hiftoire : car il écri- 
vit dans tous ces genres , iSc le 
fit avec fuccès 3 quoique fes Ou- 
vrages Oratoires eulfent plus de 
douceur , que de véhémence , au 
jugement de Ciceron. Cette dou- 
ceur faifoit le caractère de fon ef- 
prit, auquel répondoit un extérieur 
aimable. 

Quoiqu'il fût déjà célèbre à 
Achénes dans l'art de parler , avant 
la domination d'Antipater ; ce ne 
fut proprement que depuis cette 
époque , qu'il y joiia un rôle confl- 
derable : & c'eit pour mieux lier 
les évenemens de fa vie , que l'Au- 
teur donne un détail de ceux qui 
fuivirent la mort d'Alexandre, pat 
rapport aux Athéniens , & fur lef- 
quels nous renvoyons à l'Académi- 
cien. Antipater , après la bataille de 
Cranon , s'étant rendu maître d'A- 
thènes , Démetrius fe retira vers 
Nicanor grand ami de Caifander 
fils du vainqueur -, Se fut condam- 
né , quoiqu'abfent , par les Athé- 
niens pour crime d'irréligion. Mais 
peu de tems après ayant fait fon 
accommodement avec Antipater } 
il revint à Athènes , où il eut beau- 



JAN VIE 

coup de part aux affaires de la Ré- 
publique. Il y vefta jufqu'à l'arri- 
vée du fils de Polyfperchon avec 
une armée , qui l'obligea d'en for- 
tir pour fe mettre en ïu; été , pen- 
dant que Phocion lut lacrifié à la 
fureur du peuple , qui condamna 
aufiî plufieurs des abfcns , & entre 
autres Démetrius. Mais Calfander 
devenu le plus fort dans Athènes , 
choifit du confentement du peuple 
Démetrius de Phalére pour gouver- 
ner la république ; & celui ci rem- 
plit cette dignité pendant dix ans 
ou jufqu'à la prife d'Athènes par 
Démetrius - Poliorcète -, fur quoi 
l'Académicien relevé une lourde 
méprife de Jof. Scaiiger. 

Ce fut donc pendant ces dix an- 
nées de gouvernement que Déme- 
trius de Phalére mérita cette haute 
réputation qui l'a égalé en quelque 
forte aux plus grands hommes d'A- 
thènes. 111a gouverna avec toute la 
douceur , la paix & l'équité qui 
pouvoient ie rendre cher à fes con- 
citoyens > èc quoique chef de la 
Republique, bien loin d'abolir la 
Démocratie , il la rétablit. Il aug- 
menta les revenus de l'Etat •, il dé- 
cora la Ville par de nouveaux Edi- 
fices ; il s'appliqua fur-tout à refor- 
mer le luxe & à retrancher toutes 
les dépenfes qui n'avoient que le 
farte pour objet , ne permettant 
celles-ci que dans les céf émonies re- 
ligieufes, au nombre defquelles il 
ne comprenoit nullement les funé- 
railles , d'où il bannit toute fomp- 
tuolîté. Il fit encore de fages Loix 
pour le règlement des mœurs & 
pour le foulagement des pauvres \ 



R , i 7 ? 4: i£ 

& les Athéniens fe trouvèrent fi 
heureux fous fon gouvernement 
qu'ils crurent ne pouvoir mieux 
lui en marquer leur recunnoifianec 
qu'en lui faifant ériger fucceflive- 
ment $6o itatuè's ; honneur [dit 
l'Académicien ] qui n'a été fait à 
nul homme. 

Mais comment accorder avec 
une conduite fi réglée &c fi digne de 
refpeèt ce qu'Athenéc nous racon- 
te de la vie privée de Démetrius , 
d'après les deux Hiftoriens Cary- 
ftius & Duris î S'il faut les en croi- 
re, Démetrius menoit une vie très- 
diflolue & toute contraire à fes 
Loix. La profufion de fa table alloit 
au point , que fon Cuifinicr , qui 
difpofoit de la deflerte , acquit 
dans l'efpacc de deux ans trois ter- 
res confiderables. Le Maître avoit 
de revenu annuel douze cens ta- 
lens , qui fuivant l'évaluation de 
M. Bonamy taifoient cinq millions 
4Z milles Z50 livres de notre 
monnoye , dont il faifoit ( dit oa ) 
auffi peu de largefles aux gens de 
guerre , que pour les frais de l'ad- 
miniitration publique. » Tous les 
» jours ( continue l'Académicien ) 
» c'étoient nouveaux feltins les 
» uns plus magnifiques que les au- 
» très •, ils l'emportoient , pour la 
» profufion , fur ceux des Macédo- 
» niens , & ne le cédoient en rien 
» pour le bon goût, la délicate/Te & 
»>la propreté à ceux des Phéni- 
» ciens & des Cypriots ; il n'y avoic 
» pas jufqu'au parquet qui ne fût 
»îemé de fleurs, & fur lequel on 
»> ne répandît des parfums. Le re- 
» fte de la conduite de Démetrius 



i 4 JOURNAt DE 

«répondoit à cette volupté de fa 
» table. La pudeur ne permet pas 
» d'entrer dans le détail de fc$ dé- 
jà bauches; elles font dignes d'un 
» homme efféminé. 

Sur de pareils témoignages , M. 
Bonamy ne diffimule point l'em- 
barras où il fc trouvoit pour difcul- 
per Démctrius de Phalérc , dont 
il avoit conçu d'abord Ci bonne 
opinion. Heureufemcnt pour lui 
étant tombé fur un chapitre d'E- 
lien , où cet Auteur traite de l'in- 
continence & du luxe de Déme- 
trius Poliorcète ou le Preneftr de Pil- 
les -, il y lut précifément les mêmes 
circonftances mifes par Athénée fur 
le compte du Phaléréen ; d'où il 
conclut qu'Athénée s'étoit groffie- 
rement trompé en appliquant à ce 
dernier Démetrius ce qu'avoit dit 
du premier l'HiftorienDuris, dont 
le témoignage n'étoit que trop con- 
firmé par Plutarque dans la Vie de 
ce Prince. Ainfi en fuppofant 
que perfonne n'ait apperçû jufques 
ici la bévue d'Athénée , l'on peut 
dire que la juitiheation de Déme- 
trius de Phalére efl: une découverte 
due à l'Académicien , qui le réta- 
blit par - là dans toute fa réputa- 
tion. 

Démetrius , malgré les com- 
plots contre l'Oligarchie , fe main- 
tint dans le gouvernement d'Athè- 
nes jufqu'à h prife de cette Ville 
par Dcmetrius-Policrcéte , du con- 
fentement duquel il fe retira à 
Thébes , d'où il palTa en Egvpte : 
fur quoi l'Auteur difeute & éclair- 
cit une difficulté de chronologie , 
qu'on peut voir cher. lui. Démc- 



S SÇAVANS ; 

trius trouva une retraite agréable 
aupçès de Ptolomée-Soter Roi d'E- 
gypte. Ce Prince le chargea du foi» 
de veiller à l'obfervation des Lois 
de l'Etat , lui donna le premier 
rang entre fes amis , & le fit vivre 
dans l'abondance de toutes chofer. 
On lui tait honneur du premier 
ctablifïement de la Bibliothèque 
d'Alexandrie , & d'avoir eu la di- 
rection de la verfion Gréque deî 
Septante. Mais Ci l'on place l'un &£ 
l'autre événement fous Philadel- 
phe ; il n'y a nulle apparence que 
Démetrius y ait eu aucune part , 
ayant encouru l'indignation de ce 
Prince : & c'efl: un point dont l'A- 
cadémicien renvoyé la difcullion à 
l'Hiftoire qu'il promet de la Bi- 
bliothèque d'Alexandrie. Du refte, 
Démetrius qui avoit confeillé à So- 
ter d'écarter de la fucceffion Phila- 
dclphe , fut relégué par celui - ci 
dans une Province d'Egypte , où il 
mena une vie malheureufe , qu'il 
termina en fe faifant picquer d'um 
afpic , la troifiémeoula quatrième 
année de la 124 e Olympiade. 

XIII. La Difïertation dans la- 
quelle M. Hardton examine s'il y * 
en deux Zoiles Cenfeurs d'Homère 
combat le fentiment commun où 
l'on eft fur l'unité de cet injufte & 
bizarre Critique , dont le nom 
étoit autrefois un terme injurieux ' 
&c qui'' poufToit la folie jufqu'à 
toiietter les ftatue's de ce grand 
Poète, 8c à prendre de-là le titre 
faftueux de Fléau d'Homère (Ho~ 
mtromtiftix ). L'Académicien pré- 
tend que cette cenfurc téméraire Se 
extravagante appartient toute e«- 



j A N V ï 

Siere a un fécond Zoïlc , qu'elle 
rendit l'objet de la haine Se de la 
rifée de toute la Grèce : mais qu'il 
y en a eu un autre plus ancien 
qu'on doit regarder comme un 
Critique judicieux & circonfpecT: ; 
ainfi que s'en eft apperçû feu Tané- 
guy le Vivre y qui avertit dans 
une de fes notes fur Longin , de ne 
confondre pas l'un avec l'aune ; 
ajoutant que l'HomêromaJtix n 'étoit 
point aufli fot Se aulîî ridicule , 
qu'on fe le figuroit ordinairement, 
( minime fatum ) ce qu'il promet 
de prouver un jour ( Ht alias yroba- 
bitur. ) Mais il ne s'engage à rien 
fur l'article de l'ancien Zoïle , qu'il 
dit feulement avoir été Rhéteur 
& contemporain de Platon contre 
lequel il écrivit; alléguant pourga- 
r-ansDenys d'Halicarnaffe Se Quin- 
tilien. M. Hardion n'a donc rien à 
regretter de ce côté-là , & conduit 
fes recherches beaucoup plus loin. 
Le premier Zoïle étoit d'Amphi- 
polis , Ville de Thrace , fut Difci- 
pie de l'Orateur Polycrate Se maî- 
tre d'Anaximéne , l'un des Précep- 
teurs d'Alexandre ; Se il devoir par 
confequent être fort vieux fur la 
fin du règne de Philippe , qui mou- 
rut dans la ii o c Olympiade. Le fé- 
cond Zoïle étoit d'Ephéfc , & vi- 
voit fous Ptolomée - Philadelphe , 
qui commença de régner environ 
60 ans après la mort de Philippe; 
Se il vint à Alexandrie , au rapport 
de Vitruve , reciter à Ptolomée fes 
Ouvrages contre l'Iliade Se l'Odyf- 
fée , ce Prince étant au moins alors 
dans la quinzième année de fon rè- 
gne , o'eft-à-dire plus de jo ans 



E R, 1734. tx 

après la mort du premier Zoïle , 
que Vofllus , contre toute vraifem- 
blance, a fait vivre jufques - là, 
pour remplir ce vuide : fur quoi il 
a été abandonné de tous les Criti- 
ques , lefquels ont mieux aimé 
renvoyer parmi les fables le récif 
de Vitruve. 

Mais c'eft ce qu'on ne fe perfua- 
dera jamais , fi l'on péfe mûrement 
diverfes circonftances détaillées pas 
l'Académicien qui fcmblent mettre 
ce récit hors de doute. Telles font 
i°. Celle du fupphcede Zoïle mis 
en croix par l'ordre de Ptolomée ; 
i°. Celle de la première Apologie 
d'Homère contre fon Ccnfeur 
écrite par Athénodore contempo- 
rain de Philadelphe ; 3 °. Celle de 1 1 
revifion des Poèmes d'Homère 
propofée aux p!us célèbres Gram- 
mairiens de la Grèce par les deux: 
premiers Ptolomées. Ajoutez à 
tout cela l'incompatibilité R mar- 
quée entre le caractère du premier 
Zoïle Se celui du fécond , laquelle 
M. Hardion s'applique à mettre 
ici dans un plein jour. 

Le premier s'étoit fait m» nom 
dans Athènes par fes plaidoyers &c 
fes harangues fur les affaires publi- 
ques , ce qui lui donnoit un ran<? 
dans la féconde claffe des Orateurs,, 
Ses Ouvrages furent recherchés 
avec empreffement Se étudiés avec 
foin par Démofthéne. Zoïle , dans 
fon ftyle , s'étoit rendu imitateur 
de Lyfias , au rapport de Denys- 
d'Halicainafle : & c'eft tout ce que 
ce Rhéteur nous en apprend. Mais 
pour nous en donner une idée plus 
complette., M. Hardion npus peine 



s4' JOURNAL' D 

ici le genre d'éloquence dans lequel 
cxcelloit l'Orateur Lylîas , Se qui 
étoit le genre gracieux Se fleuri , 
où regnoient la noble (Implicite, le 
beau naturel , la douceur & les 
grâces de l'élocution , la peinture 
des mœurs Se des caractères 6c les 
autres qualitez dont il faut lire ré- 
munération dans la DiiTertation 
même. De là l'Auteur conclut que 
le ftyle de chaque Ecrivain étant 
une fidcle peinture de fon ame , 
Lynas , Se fes imitateurs , tels que 
Zoïle , dévoient être caraiîterifés 
pat beaucoup de douceur dans l'ef- 
prit Se dans les mœurs , & que par 
confequent le premier Zoïle loin 
d'être envifagé comme un Cenfeur 
farouche Se intraitable , ne pou- 
voit pafler que pour un Ecrivain 
mefuré , fage Se incapable d'ai- 
greur. Il avoit , à la vérité, fait la 
Critique de Platon , mais par le 
feul deilr de chercher le vrai ; au- 
quel cependant on peut croire que 
i'étoit joint le motif fi légitime de 
défendre fon maître Lvfias contre 
la vive Cenfure du Philofophe. S'il 
eft vrai , comme l'aflure Denys , 
( ajoute M. Hardion ) que ce Zoï- 
le ait écrit contre Homère , il l'a 
fait fans doute , avec toute la mo- 
dération qu'on devoit attendre 
d'un Cenfeur exempt de toute ani- 
mofité. 

Il n'en étoit pas de même du fé- 
cond Zoïle. Par la manière infolen- 
te dont il critiquoit Homère , il 
devint odieux à tous les honnêtes 
gens. » On l'avoit ( dit l'Aureur ) 
» furiiommé le Chien de la Rhéto- 
» rique ; on comparoit fa folie à 



ES SÇAVANS, 

u celle de Salmonée qui avoit votc- 
» lu s'égaler à Jupiter : on le trai- 
» toit de vil efclave , decalomnia- 
» teur , de facrilege. Il portoit 
» ( dit-on ) une longue barbe , & 
»> fa tête étoit 'rafée jufqu'au cuir. 
» Son manteau n'alloit pas jufqu'à 
» fes genoux. Il aimoit à mal par- 
» 1er de tout fans règle Se fans me- 
n fure , Si fembloic avoir pris à 
n tâche de fe taire haïr. Enfin il n'y 
» avoit rien de fl hargneux que ce 
» miferable. Ses Ecrits étoientauiîl 
» méprifables que fa perfonne , Se 
» fes remarques contre Homère 
» n'étoient qu'un tilTu d'imperti- 
>» nences. « On en peut juger par 
quelques échantillons que nous en 
ont confervés les anciens , Se que 
M. Hardion nous communique ici. 
Les zélés partifans d'Homère dans 
leurs Ecrits ont tous fait périr Zoï- 
le miferablement •, on l'a mis en 
croix , félon les uns ; lapidé , félon 
les autres ; brûlé vif, au rapport de 
ceux-ci -, précipité du haut d'une 
roche , au rapport de ceux - là. 
Quelle relTemblance d'un homme 
de ce caractère (dit l'Académicien) 
avec leRhéteur Zoïle., diftingué pat 
fon éloquence douce , polie , gra- 
cieufe , Se qui avoit excité l'émuli- 
tion de Démofthéne! 

M. Hardion termine fon Mé- 
moire par une difcuflâon des divers 
Ouvrages indiqués chez les anciens 
fous le nom de Zoïle , fur quoi on 
peut le confulter -, & par une refle- 
xion très-fenfée » fur l'abus qu'on 
» a fait d'un tel nom , en l'appli- 
» quant trop légèrement à quelques 
* Ecrivains modernes aullî eftima- 
» blés 



j A N V I 

i> blés par leur politefTe &c par leur 
» modération , que le fécond Zoïle 
» avoit mérité de haine & de mé- 
» pris par fa rufticité Se par fon im- 
» pudence. 

XIV. M. l'Abbé Vatry , en trai- 
tant des avantage! que la Tragédie 
ancienne retiroit de [es Chœurs , la 
propofe à nos Poètes comme un 
modèle pour perfectionner la nô- 
tre ; mais fans prérendre leur pref- 
crire ce qu'ils devroient en imiter , 
fur quoi ils ne fçauroient mieux 
faire ( félon lui ) que de confulter 
le goût de notre fieele & celui de 
notre nation. Après avoir dit un 
mot de l'origine de la Tragédie , 
dont les Chœurs , c'eft - à - dire des 
Cantiques & des danfes , compo- 
foient d'abord tout l'cffenticl ; juf- 
qu'à ce que dans la fuite , on y en- 
tremêla des Epifodes ou des Actes , 
qui formèrent enfin le corps de la 
Pièce , dont les Chœurs ne furent 
plus que des accompagnemens : 
l'Auteur obferve que lî ces Chœurs 
furent confervés , ce fut beaucoup 
moins par égard pour une coutume 
établie , qu'en vue' des grandes uti- 
litez qui en refultoient , i°. Pour 
rendre la Tragédie plus régulière 
Se plus variée : z°. Pour lui donner 
plus d'éclat & de majefté : 3 . Pour 
en augmenter la pathétique -, & ces 
trois articles font le partage duDif- 
cours de M. l'Abbé Vatry. 

1. Les chœurs rendoient la Tra- 
gédie plus régulière , en devenant 
une fuite naturelle du choix de l'ac- 
tion reprefentée ainfi que du lieu 
de la Scène , & en fervant de ronde- 
Jxnvier, 



ment à la plupart des règles du 
Théâtre. 

Le lieu de la Scène , chez les an- 
ciens étoit toujours le devant d'un 
Temple , d'un Palais , ou quel- 
que autre lieu public , & par 
confequent expofé à un grand 
nombre de Spectateurs qui étoient 
prefens à l'action , &c qui compo- 
foient le chœur : & comme cette 
action qui devoit être éclatante, 
intereffoittout un peuple, il falloir 
que ceux qui en étoient fpect.i- 
teurs «$ témoins y priifent aifez de 
part pour s'entretenir enfemble ou 
avec les autresActcurs, de ce qui fe 
palfoit actuellement fous leurs 
yeux , de ce qu'ils avoient à crain- 
dre ou à cfperer pour la fuite; & 
tout cela fourniffoit la matière aux 
chants du chœur ; ce que l'Acadé- 
micien met dans pleine évidence 
par l'exemple de l'Oedipe de So- 
phocle. 

De plus , on regardoit comme 
une dépendance naturelle de 
ces Chœurs la plupart des règles 
fondamentales du Théâtre , telles 
que i". l'unité de lieu, lequel ne 
pou voit changer, puifque les mê- 
mes perfonnages ou le chœur re- 
Itoit perpétuellement fur la Scène ; 
1°. La durée de la Tragédie affez 
justement proportionnée à celle de 
l'action même qu'on reprefentoit -, 
durée , que les chants du chœur 
qui ( 3 . ) lioient outre cela un Ac- 
te avec un autre , & par-là taifoient 
mieux fentir l'unité de l'action j 
fervoient à mefurer plus exacte- 
ment & plus vraifemblablement 
C 



,8 JOURNAL D 

que ne fait la fymphonie qui rem- 
plit les Intermèdes de nos cinq 
Actes ifolés , Se regardés par l'Aca- 
démicien comme cinq Pièces diffé- 
rentes que l'on jolie les unes après 
les autres. 

Les chœurs , en fécond lieu , 
jettoient beaucoup de variété dans 
la Tragédie , par le moyen des 
chants Se des danfes ; les chants 
étant differens pour ces chœurs Se 
pour les Scènes ; car l'Auteur pa- 
roît allez du fentiment de ceux 
^ui prétendent que lesTragédies fe 
chantoient d'un bout à l'autre , 
comme nos Opéra. Sur ce princi- 
pe en mettant à la place de la dé- 
clamation une forte de Mufique 
aufli différente de celle des chœurs 
que l'étoit la poè'fie de ceux-ci 
comparée avec celle des Scènes tant 
pour la cadence & l'harmonie que 
pour les exprefiions ; M. l'Abbé 
Vatri prétend que » l'ancienne 
» Tragédie varioit fans ceffe les ob- 
» jets , offrait continuellement de 
*> nouveaux plaiflrsaux Spectateurs, 
» & fçavoit , fans les fatiguer , les 
«•retenir &: les occuper jufqu'àce 
» qu'elle les renvoyât pleins des 
j> paillons qu'elle fe propofoitd'ex- 
» citer en eux. 

L'Auteur va au-devant de l'ob- 
jection faite ordinairement contre 
nos Opéra, Se qui pourrait égale- 
ment valoir contre les anciennes 
Tragédies fuppofées chantantes , 
fçavoir, Qu'il eft ridicule d'ordon- 
ner , de menacer , de fe plaindre , 
de mourir en chantant -, d'expri- 
mer la crainte , l'horreur & d'au- 
tres pallions femblables en danfant. 



ES SÇAVANS, 

L'Académicien répond en fubftan- 
ce , que la Tragédie eft à la vérité, 
une imitation ; mais une imitation 
en vers ou un Poème deftiné à de- 
venir fpectacle -, qu'elle imite , non 
feulement par fes difeours, mais 
encore par fes tons &: par fes ge- 
ftes , aufquels doivent préfider la 
Mufique Se la danfc , Se qui doi- 
vent être differens du ton naturel Se 
de converfation , après lequel on 
court aujourd'hui ; en un mot qu'il 
n'eft pas plus ridicule de chanter , 
que de parler en vers , dans le fort 
d'une grande paillon. 

2. Rien ne contribuoit davanta-r 
ge que les chœurs ( dit l'Académi- 
cien ) à la pompe Se à l'éclat du 
Spectacle dans les Tragédies -, Se 
c'eft le fécond article qu'il doit 
prouver. Il trouve de quoi relever 
infiniment cet éclat dans ce grand 
nombre d'Acteurs de differens fe- 
xes Se de differens âges dont les 
Chœurs étoient compofés ; dans 
leurs danfes -, dans leurs chants -, 
dans la magnificence de leurs ha- 
bits -, dans l'intérêt que tant de gens 
prennent à l'action , Se dont le 
Spectateur eft frappé bien plus vi- 
vement lorfqu'il en eft témoin lui- 
même , que lorfqu'il ne l'apprend 
que par le récit d'un Acteur ; dans 
les refpects rendus Se les louanges 
données par les Chœurs aux princi- 
paux perfonnages de la Pièce ; ce 
qui les illuftre d'autant plus aux 
yeux des Spectateurs ; dans les in- 
ftructions morales , que le Poète 
n'ofe toujours hazarder à chaque 
Scène , & qu'il prodigue plus li- 
brement par l'organe des Chœurs ï 



J A N V 

enfin dans la commodité qu'ils of- 
frent d'inftruireleSpectateur de tout 
ce qu'il doit fçavoir , &c de donner 
occafion aux principaux Acteurs 
de s'expliquer devant lui fur leurs 
divers fentimens ; ce qui a bien 
plus de vraifemblance que nos Mo- 
nologues -, où un Acteur s'entre- 
tient long-rems avec foi-même ; ou 
que les confidens que nous donnons 
à nos principaux perfonnages , ce 
qui fait tomber ( dit l'Auteur ) no- 
tre Tragédie dans un air de familia- 
rité peu convenable à la dignité 
d'un tel Spectacle. 

Il répond enfuite à l'objection, 
tirée du fecret où doivent fe dire & 
fe paiTer plufieurs chofes qui for- 
ment les Scènes les plus intereffan- 
tes , & dont on fe prive en rendant 
public le lieu de la Scène , par la 
prefence continuelle des Chœurs : 
ôc la reponfe de l'Académicien 
conlifte à faire obferver , que ces 
fortes de Scènes étoient beaucoup 
plus rares chez les anciens qu'elles 
ne le font parmi nous -, que leurs 
Tragédies rouloient moins fur des 
projets cachés ou fur des intrigues 
myfterieufes , que fur de grandes 
actions expofées aux yeux de tout 
le monde : que les Chœurs ne re- 
ltoient jamais dans l'indifférence , 
prenant toujours le parti de quel- 
qu'un des principaux Perfonnages ; 
& l'Auteur montre la juftefTe & la 
vérité de ces obfervations par plu- 
fieurs exemples , d'où il palTe aux 
preuves de fon troifiéme article , 
concernant le jeu des pallions con- 
sidérablement accru dans l'ancien- 
ne Tragédie par le fecours des 
Chœurs. 



I E R , i 7 5 4. 1$ 

3 . L'ancienne Tragédie fe pro- 
pofant pour but principal d'infpi- 
rer aux peuples l'horreur du vice , 
& d'être pour eux une école de 
toutes les vertus , ne pouvoit y 
mieux réufîïr qu'en excitant à pro- 
pos & en foûtenant les pallions les 
plus capables de concourir à une 
fin fi louable. Or c'eft à quoi 
fervoient merveilleufement les 
Chœurs , 1 °. par la Mufique Se par 
la Danfe , qui venant à l'appui de* 
l'exprefiîon vive de la Poé'fie , ne 
pouvoient qu'en augmenter infini- 
ment le pathétique ; fur-tout dans 
les Intermèdes, où il eft important 
de ne point laiffer refroidir le Spec- 
tateur , en l'abandonnant à lui- 
même. 

Un fécond moyen par lequel ces 
mêmes Chœurs contribuoient à 
émouvoir & à fortifier les pallions , 
étoit de prefenter aux Spectateurs 
étrangers pour ainfi dire à la Pièce , 
d'autres Spectateurs qui en fai- 
foient partie , & qui paroiffoient 
fortement agités de toutes les paf- 
fions dont les principaux Acteurs 
étoient remués;car ( obferve l'Aca- 
démicien ) il fuffit fouvent pour 
reffentir les pallions de voir quel- 
qu'un qui en foit vivement touchéi 
&c c'eft un artifice que les habiles 
Peintres fçavent mettre en œuvre 
avec grand fuccès. » Un bon Poète 
» ( continue l'Auteur) doit faire la 
» même chofe ; &c Iphigénie fur le 
» Théâtre doit être environnée de 
«perfonnes qui foient fcnfibles à 
>» fes malheurs. 

Rien ( ajoute M. l'Abbé Vatry 
en finiffant ) n'eft plus propre à 
Ci] 



ao JOURNAL D 

nous perfuader des grands effets 
produits par les Chœurs de l'an- 
cienne Tragédie , que la grande 
réulTîte de nos Opéra. » On a traité 
» ce Spe&acle de ridicule Si de 
»monftrueux:on avoit raifon à bien 
» des égards ; mais ce n'eft point 
» en ce que les Opéra fe chantent 
» & qu'ils font accompagnés de 
» danfes , qu'ils font vicieux -, c'eft 
» parce que trèsfouvent , on n'y 
» trouve ni bon fens, ni intelligen- 
» ce du Théâtre ; c'eft parce que 
7> des lieux communs d'amour & 
»> des bagatelles joliment dites y 
» tiennent la place des grandes paf- 
» fions propres à la Tragédie. Il 
» faut que le pouvoir de la Mufique 
J5 Se de la danfe foit bien grand 
» pour avoir pu faire goûter un 
» Poème aufti défectueux. 

XV. Dans la Comparai/on del'I- 
fhigêiiie d'Euripide avec celle de 
Racine, l'Académicien très -digne 
fils de ce dernier avertie qu'un Juge 
tel que lui pourroit être juftement 
teeufé par le Poète Grec. » Si Plu- 
» tarque dans fes comparaisons des 
» Héros de la Grèce avec ceux de 
»Romc [dit-il] a été foupçonné 
m de favorifer les premiers , par 
t» amour pour fa Patrie -, ce même 
» amour fe trouvant en moi réuni 
» à un autre intérêt plus particu- 
» lier , doit me porter à favorifer 
» le Poète François. Je fuis un Ju- 
» ge fufpecT: -, mais après tout , je 
»> puis ne me pas laiiTer corrompre, 
» & l'on ne doit m'en aceufer , 
» qu'après avoir examiné les rai- 
» fons , fur lefquelles fera établi le 
» jugement que j'en vais porter. 



ES SÇAVANS; 

M. Racine obferve d'abord que 
le facrifice d'Iphigénie eft un des 
plus heureux fujets que les Poètes 
Tragiques ayent pu mettre fur le 
Théâtre ; que la principale gloire , 
qui eft celle de l'invention , en eft 
due à Euripide ; mais que le Poète 
François fon imitateur peut avoir 
accompagné de nouvelles circon- 
ftances le même fujet pour l'embel- 
lir , &c avoir imaginé de nouveaux 
reflorts pour émouvoir. C'eft fur 
quoi l'Auteur entre dans un paral- 
lèle très - détaillé dont nous nous 
contenterons d'indiquer les princi- 
paux traits. 

L'ouverture de la Scène a dans 
Euripide , peint plus vivement 
l'irrciolution Se le trouble d'Aga- 
memnon, qui écrit, puis efface; qui 
plie 5c déplie la Lettre par laquelle 
il contremande fa femme 6c fa fille; 
mais d'un autre côté l'expofition du 
fujet faite par Agamemnon eft 
beaucoup moins languiflante dans 
Racine que dans le Poète Grec. Si 
ce Roi veut obéir à l'Oracle de 
Calchas , ce n'eft point, comme 
dans Euripide, le miniftere odieux 
de fon propre frère Ménélas qui l'y 
oblige ; c'eft la cruelle induftric 
d'Ulyfte qui le féduit, c'eft l'amour 
du rang fuprême , & les fonges 
dont il eft agité , qui le détermi- 
nent : ce qui le rend plus excufablc 
& plus digne de compaifion cher 
le Poète François. 

Dans Euripide , Ménélas arrache 
avec violence la Lettre d'Agamem- 
non à l'efclave qui eft chargé delà 
rendre à Clytemneftre ; fur quoï 
les deux frères s'accablent mutuel- 



J A N VI 

lcment d'injures & de reproches, 
qui les déshonorent tous deux •, au 
lieu que chez Racine c'eft Ulyf- 
fe qui encourage Agamemnon au 
meurtre de fa fille , en lui reprefen- 
tant la gloire de fa Patrie. 

Quelle doit être la douleur de ce 
Prince en apprenant l'arrivée de fa 
fille, qu'il vient de contremander? 
La peinture qu'en fait Euripide efl' 
lî merveilleufe, que M. Racine en 
efl ( dit-il ) beaucoup plus touché 
que de celle de l'imitateur; & pour 
juftifier cette préférence , il tranf- 
crit ce partage entier du Tragique 
Grec. Celui ci dépeint fi vivement 
la première entrevue du père & de 
la fille , que Racine ( dit-on ) n'a 
prefque d'autre gloire que celle 
d'une parfaite conformité avec fon 
modèle. 

A l'égard d'Eriphile , perfonna- 
gc de l'invention du Poète Fran- 
çois introduit dans cette Pièce 
pour ne point y fouiller la Scène 
par le meurtre de la vertueufè Iphi- 
génie , l'Académicienne difîimule 
point le jugement peu favorable 
qu'en ont porté plufieurs Critiques 
1cVl.cs ; jugement qu'il ne prétend 
ni approuver ni réfuter , & dont il 
abandonne la décifion au public. Il 
revient donc à Euripide. 

Ce Poète introduit Achiile fur le 
Théâtre fans aucune raifon apparen- 
te, puifque ce Prince ignore tout 
ce qui fe paffe au fujet d'Iphigénie , 
qu'il n'a jamais eu deffein de la de- 
mander pour époufe, & que c'efl 
par hazard qu'il vient chercher 
Agamemnon. Cependant comme 
il apprend qu'on a abufé de fon 



E R ; 1734; ar 

nom pour faire venir au camp Cly- 
temneftre&Iphigéniefous prétexte 
de marier avec lui cette Princeffe, if* 
jure à la merc qu'il prendra la défen- 
fe d'Iphigénie lk qu'il fera fon Dieu 
Tutélaire. Mais il n'eft excité,com- 
me l'on voit , à la défendre que pat 
un pur effet de fa générofité ; au 
lieu que dans la Tragédie Françoi- 
fe un motif bien plus intereflane 
l'anime , puifqu'il eft non feule- 
ment Héros généreux , mais enco- 
re Amant paffionné; & cela fans 
deshonorer la majefté de la Tragé- 
die , ne s'amufant point à foupiret 
aux pieds de fa maîtrefTe , &c con- 
fervant toujours le propre caractère 
d'Achille. 

Le tendre Difcours que chez le 
Poète François, Iphigénie adreffe 
à fon père , non pour lui demander 
la vie qu'elle a reçue de lui , 8c 
qu'elle ell: prête à lui rendre , mais 
pour lui reprefenter l'intérêt qu'u- 
ne mère & un Amant y prennent , 
efl fi fort au-deffus de celui que lui 
faic tenir Euripide , que l'Auteur 
n'ofe infiller liir une comparaifon 
fi défavantageufe à ce Poète Grec. 
En effet que penfer de ces paroles 
qu'il met à la bouche de cette jeu- 
ne PrinceiTe ; Ne me faites point 
mourir a la fleur de mon âge , parce 
t/u'd efl doux de voir la lumière 
La lumière du jour a droit de charmer 
tout le monde , mais les ténèbres de la, 
mort ne prefmtent qu'effroi : qui fou- 
haite de mourir a perdu la raifon \ 
une vie fans honneur efl préférable k 
une mort glorieufe . 

Il efl vrai que dans la fuite cIIq 
reprend des fentimens plus élevés ; 



a* JOURNAL D 

ce n'cft plus une jeune fille que la 
crainte de la mort fait pleurer^ c'eft 
une PrinceiTe courageufe qui veut 
répandre fon fang pour le falut de 
fa Patrie i & c'eft véritablement à 
ce dernier caractère que Racine eft 
redevable de celui qu'il donne à 
Iphigénie , & qu'il foûtient depuis 
le commencement jufqu'à la fin. 

La féparation de la mère & de la 
fille eft également touchante dans 
les deux Pièces ; avec cette diffé- 
rence qu'Euripide a oublié cette 
peinture d'une mère défolée , que 
Racine a jugé neceffaire d'expofcr 
à nos yeux. De plus il a eu l'art de 
rendre Agamemnon moins odieux 
Se par confequent plus digne de 
compaffion , qu'il ne l'eft dans 
la Pièce Gréque , en l'accablant 
de malheurs coup fur coup , 
puifque ce Prince infortuné fe voit 
attendri comme père par les ref- 
peclueux fentimens de fa fille ; dé- 
chiré comme époux par les repro- 
ches fanglans de Clytemneftre ; 
outragé commeGénéral d'armée par 
les injures & les menaces d'Achil- 
le. Mais au milieu de toutes ces dif- 
graces , il conferve toujours un 
cœur de père , il ordonne à fa 



ES SÇ AVANS. 

femme & à fa fille de tuir loin du 
camp , & l'on ne pourra lui repro- 
cher d'avoir confenti à ce cruel fa- 
crifice. 

Quant au dénouement de la Pie- 
ce dans les deux Poètes , il eft dû à 
un miracle chez Euripide, fuivant 
l'opinion commune à laquelle il 
devoit fe conformer; mais on doit 
être fort furpris de voir à l'Autel 
Achille , qui loin de s'oppofer à la 
mort d'Iphigénie , comme il l'a- 
voit promis , la demande lui-mê- 
me à haute voix au nom de tous 
les Grecs : au lieu que chez Racine 
le dénouement également heureux 
a toute la vraifemblance que l'on 
peut fouhaiter. » Iphigéni* arrive à 
»> l'autel ; elle y voit toute l'armée 
» contre elle ; le feul Achille pour 
» elle qui épouvante l'armée & par- 
» tage les Dieux : le combat com- 
»mence, & dans ce moment de 
«trouble on découvre une autre 
»» Iphigénie, dont la mort appaife 
» lesDieux, contente tous lesGrecs, 
» Se épargne au Spectateur la dou- 
>» leur de voir périr la vertueufe 
» Princeffe , qui pendant tout le 
» cours de la Pièce a été l'objet de 
y» fa pitié & de fon admiration. 



JANVIER; 1754. 2j 

HISTOIRE GENERALE DES AVTEVRS SACRE'S ET 

Ecclefiaflinues , qui contient leur Vie , le Catalogue i la Critique , le Juge- 
ment , /^ Chronologie , V Analyfe , ^ /<■ dénombrement des différentes Edi- 
tions de leurs Ouvrages , c? ^«'//j renferment de plus intereffant Jur le Doqme 
fur la Morale , & fur la Difcipline de l'Eglife ; l'Hiftoire des Conciles tant 
Généraux que Particuliers , Cr /f/ y#7« C&0//& <&j Martyrs. Par le R. P. 
Dom Remy Ceillier , Bènéditlin de la Congrégation de S. Hydulphe y Coa- 
djuteurde Flavigni. Tome IF. A Paris , au Palais , chez Paulus-duMefnil } 
i 7 3 3./»-4°.pp.772. 



CE Volume comprend les Au- 
teurs Ecclefiaftiques qui ont 
fleuri pendant les 6b premières an- 
nées du quatrième fiecle , les Saints 
qui ont fouffert le martyre , & les 
Conciles qui ont été tenus pendant 
le même tems. Il eft divifé en 27. 
Chapitres. Dans le premier l'Au- 
teur continue à donner FAnalyfe 
des Actes des Saints qui ont fouf- 
fert le martyre fous l'Empire de Ga- 
lère , de Maximin & de Licinius. 
Entre les Martyrs de cette perfecu- 
tion commencée par Diocletien 
dont les Actes finceres ont été con- 
fervés , il y en a quelques-uns qui 
font au rang des Auteurs Ecclefia- 
ftiques. Tel eft S. Méthode fur- 
nommé Cubule , premièrement 
Evêque d'Olympe en Licie , puis 
de Tyr en Phénicie. 

Il avoit compofé divers Ouvra- 
ges fur la Religion. 11 ne nous refte 
que celui qui a pour titre le Ban- 
quet des Vierges , connu de S. Gré- 
goire , de S. Jérôme , d'André , 
d'Aretas tous deux Evêqucs de 
Céfarée en Cappadocc, de Photius, 
de S. Jean de Damas & de plufieurs 
autres qui le lui attribuent d'un 
confentement unanime.Rivet eft le 



feul , fuivant notre Auteur, qui ait 
prétendu que cet Ouvrage n'étoit 
point de S. Méthode j fon prétexte 
eft que le Théologien s c'eft-i dire , 
S. Grégoire de Nazianze plus ré- 
cent que S. Méthode , fe trouve 
cité dans un morceau de ce Banquet 
rapporté par Photius ; mais le P. 
Ceillier obferve que ce partage ne 
fe trouve point dans les différentes 
Editions du Banquet de S. Métho- 
de ; & que dans l'endroit de Pho- 
tius dont il s'agit , c'eft Photius 
lui-même qui infère dans fon Ex- 
trait le partage où S. Grégoire de 
Nazianze explique en quel fens 
l'homme a été créé à l'image de 
Dieu. 

Ce Banquet des Vierges eft un 
Dialogue où Dix Vierges font cha- 
cune un difeours fur la Chafteté 
pour en relever les avantages ou 
pour en expliquer les devoirs. Le 
P. Ceillier donne une Analyfe du 
Difeours de chacune de ces Vier- 
ges. Enfuite il parle des autres Ou- 
vrages de S. Méthode dont il ne 
nous refte que des fragmens , puis 
il vient à la doctrine de S.Méthode. 
Il s'explique aflez clairement fur le 
diftinction des «ois Perfonnes de 



a 4 JOURNAL D 

la Sainte Trinité , & fur la divinité 
du Fils & du S. Efprit. Ce qui peut 
faire de la peine , c'eft ce que dit 
cet Auteur que deux puiirances , 
fçavoir le Père Se le Fils onr con- 
couru à la création de l'Univers , 
que la première donne l'être aux 
chofes par la feule volonté , & que 
la féconde les polit &: les achevé. 
Mais le P. Ceillier dit qu'on doit 
attribuer au tems dans lequel Saint 
Méthode écrivoit l'exprelïion peu 
exacte qui fe trouve au commence- 
ment de ce partage , & que Photius 
qui eft fi fevere d'ailleurs fur les 
Ecrits des premiers Auteurs Eccle- 
fiaftiques n'a point cru que ce paf- 
fage eût befoin de juftification. 
Pour ce qui eft de l'endroit où Saint 
Méthode avance que le Fils polit & 
achevé les Ouvrages aufquels le 
le Père a donné l'être , notre Au- 
teur dit qu'il ne contient rien que 
de conforme à ce qu'on lit dans 
S. Jean , le Fils ne peut agir par lui- 
même , il ne fait cjue ce qu'il voit faire 
mi F ère , car tout ce que le Père fait 
le Fils le fait. Ce qui fait dire à Saint 
Grégoire de Nazianze , que les 
mêmes formes des chofes, qui font 
comme ébauchées par le Perc , font 
achevées par le Fils. La ieule pré- 
caution que S. Grégoire prenne en 
cet endroit eft d'obfeiver , que le 
Fils n'agit point fervilement & d'u- 
ne manière qui fente l'ignorance , 
mais en maître & pour mieux dire 
en Dieu. S. Méthode a auflî pris la 
même précaution , puifqu'en par- 
lant ainlî du Fils , il l'appelle la 
main forte &c toute - puiflante du 
Père. Il n'çft pas plus difficile , fui- 



ES SÇAVANS, 

vant le Père Ceillier , de donner 
un bon fens à un autre endroit de 
S. Méthode , où il dit que le Fils 
qui eft au-defius des créatures s'eft 
fervi du témoignage du Père qui 
feul eft plus grand que lui ; mais il 
entend , comme le dit S. Chrifofto- 
me , que le Père eft plus grand en 
tant qu'il eft le Principe du Fils. 
D'ailleurs S. Méthode s'explique 
clairement fur la divinité de J. C. 
& fur fon éternité , Se fur le My- 
ftere de l'Incarnation , d'où vient 
qu'on s'en eft fervi pour combattre 
les Héréfies de Ncftorius 5c d'Euti- 
chés. 11 y a plufieurs autres dogmes 
de l'Eglifc Catholique folidement 
expliqués dans ce qui nous refte des 
Ecrits de S. Méthode , auquel on 
ne peut guéres reprocher que l'er- 
reur des Millénaires , d'où vient 
qu'on l'a compté parmi les Percs 
de l'Eglifc les plus illuftres par 
leur doctrine. Néanmoins Socrate 
parle de S. Méthode avec mépris , 
parce qu'après avoir détendu Ori- 
géne , il s'eft déclaré hautement 
contre lui. On croit que c'eft quel- 
que motif à peu près fcmblablc qui 
a engagé Eufebe de Céfarée à ne 
rien dire de S. Méthode dans fon 
Hiftoirc de l'Eglifc Ce faint Evê- 
que fouffrit le martyre à Calcide 
dans la Grèce vers l'année 311. ou 
312. 

Entre les Actes de plufieurs 
Martyrs qui ont fouffert pendant 
la perfecution de Dioclétien , de 
Galère e\: de Licinius , il y en a 
quelques-uns que notre Auteur ne 
peut regarder comme finecres. Tels 
font les Actes de S. Sebaftien. » Ils 
» font 



JANVIER, 17J4: 2r 

m font beaux j pleins d'efprit, bien dre fon Hiftoire merveilleufe que 

croyable. 

Le fécond Chapitre de ce Volu- 
me & les fept fuivans , le onzième 
& les quatre qui les fuivent ont cha- 
cun pour fujet un des Auteurs Ec- 
cleiiaftiques de ce tems-là , faint 
Alexandre Archevêque d'Alexan- 
drie , faint Rctice Evêque d'Au- 
tun , &c Juvencus Prêtre Efpagnol 
& Poète Chrétien , l'Empereur 
Conftantinien-Commodia &Maus- 
Magaés , S. Euftate Evêque d'An- 
tioche , Eufcbe de Céfarée , S. Pa- 
come, S. Jacques Evêque de Nih- 
be , S. Jules Pape , S. Antoine 
& Olîus Evêque de Cordoiie. De 
ces Chapitres le plus étendu eft ce- 
lui d'Eufebe de Céfarée. Notre Au- 
teur y donne un abrégé de la Vie 
de cet Evêque , & une Analyfe dé- 
taillée de fes Ouvrages, enfuite il 
parle de fa doctrine fur la divinité 
du Fils , nous allons dire quelque 
chofe de ce dernier article. Le Perc 
Ceillier croit que lerefpeèt dû aux 
grands Hommes & le penchant 
qu'on a naturellement à diminuer 
leurs fautes , devoieot porter à ex- 
eufer Eufebe fur ce point en expli- 
quant des expreilions trop dures de 
cet Auteur par d'autres plus ortho- 
doxes. Mais ce qui la fait traiter 
d'une manière rigoureufe , ce font 
fes liaifons avec les chefs de la ca- 
bale Arienne , & la part qu'il a eu 
aux violences exercées contre faint 
Athanafe &C contre quelques autres 
faints Evêques défenfeurs de la foi 
orthodoxe. La caufe de S. Athanafe 
avant été confiderce comme celle 
D 



» circonftanciés 3 & 'paroiftent 
w avoir été écrits avant la fin du 
» quatrième fiecle ; parce qu'il y 
» eil parlé des Spectacles des Gla- 
» diatcurs , comme de chofes qui 
» fubfiftoient encore. « Mais il faut, 
dit le P. Ceillier , que l'Auteur ait 
eu de mauvais Mémoires , ou qu'il 
ait lui-même ajouté aux Originaux: 
car on trouve dans ces Ades un 
qrand nombre de faits qui fonrin- 
foûtcnables. Tels font le manteau 
dont ce Saint fut revêtu par fept 
Anges ; le confeil qu'il donna à 
Chroman de teindre d'être malade, 
pour avoir un prétexte de deman- 
der à être déchargé de la Préfectu- 
re , l'affranchilTement de quatorze 
cens efclaves de Chromaée, le titre 
d'Evêque des Evêques que Saint 
Tiburce donTie au Pape , le grand 
nombre d'évenemens furprenans 
dont ces Actes font remplis , la 
longueur cxceilive des difeours , &c 
d'autres circonftances femblables 
qui ne font pas dans les Actes fin- 
ceres. Les Actes du Martyre de 
S. Quentin paroi lient auili au Père 
Ceillier très bien écrits , &c fur une 
Hiftoire compofée un demi fiecle 
après la mort de Saint Quentin. 
Mais il eft perfuadé que l'Ecrivain a 
ajouté beaucoup de chofes à fon 
Original , Se qu'en plufieurs en- 
droits il ne s'appuye que fur le 
bruit public. Il eft vifible par la 
longueur & l'afleètion des difeours 
que l'Ecrivain tait taire au Saint, &c 
par le nombre des miracles qu'il lui 
attribue , qu'il a plus penfé à ren- 
Janvicr. 



26 JOURNAL D 

de l'Eglife,on a cru devoir condam- 
ner comme ennemi de la doctrine 
de l'Eglife celui qui l'avoit été de 
lado&rine de S Athanafe. 

Cependant le Pcre Ccillicr croit 
qu'on peut féparer la toi d'Eufebe 
de fa conduite ; que iî Eufebe prit 
d'abord le parti d'Arius , c'eft qu'il 
fut trompé par les artifices de cet 
Hcréiiarque.Sc que s'il en entreprit 
la défenfe,ce fut fans un deiTcin ror- 
mé d'appuyer fes erreurs. 11 ne pa- 
roît pas qu'il ait contribué aux in- 
juftes accufations contre S. Euftate 
& contre S. Athanafe , il a pu avoir 
part à leur dépofition , pour avoir 
été trompé par leurs ennemis , qui 
n'avoient que trop d'artifice pour 
cacher la calomnie. Les Saints mê- 
mes ne font pas exempts de ces for- 
tes de foiblelîes. Ce qui paroît à 
rrotrc Auteur devoir déterminer à 
interpréter de cette manière la con- 
duite d'Eufebe , c'eft qu'il a fouf- 
crit au Symbole de Nicée , même 
fans exception du terme de confîth- 
ftantiel : dire qu'il a pris ce parti 
contre faconfeience & par des vues 
temporelles , c'eft vouloir fonder 
les cœurs & ufurper un droit qui 
n'appartient qu'à Dieu. S. Athana- 
fe qui avoit aceufé Eufebe d'avoir 
été Arien avant le Concile de Ni- 
cée , difoit depuis à Acace , qu'en 
s'eloignant de la foi du Concile de 
Nicée il s'éloignoit en même tems 
de celle d'Eufebe fon maître. No- 
tre Auteur fe propofe enfuite de 



ES SÇAV ANS, 

prouver par plufieurs pafTages d'Eu- 
febe, qu'il condamne formellement' 
les principales erreurs d'Arius, qu'il 
donne au Fils les mêmes attributs 
qu'au Père , qu'il dit qu'il cft la 
fubftance même du Père. Après ces 
obfervations notre Auteur eft per- 
fuadé qu'il eft très-facile de prou- 
ver qu'on doit expliquer dans un 
fens Catholique quelques expref- 
fions qu'on reproche à Eufebe de 
Céfarée , & en particulier celle qui 
avoit donné lieu à S. Athanafe de 
l'accufer d'Arianifme. 

Le Chapitre neuvième contient 
l'Hiftoire du Martyre de S. Simeon 
Archevêque de Seleucie , &c de 
beaucoup d'autres Saints fous Sa- 
por Roi de Perfe; &z le i f lcsActes' 
de plufieurs Martyrs dans la perfé- 
cution de Julien l'Apoftat : à cette 
occafion l'Auteur parle de cet Em- 
pereur Si de fes Ecrits. 

Les Conciles qui font le fujec 
des derniers Chapitres de ce Volu- 
me t font outre le Concile de Nicée 
les Conciles particuliers qui ont 
été tenus contre les Ariens , & les 
Conciliabules contre S. Athanafe , 
les Conciles de Laodicée , de Gran- 
gres , de Milan , &c. Notre Auteur 
explique à quelle occafion ces Con- 
ciles ont été tenus , il donne un 
précis des Acres , & il en rapporte 
les décifions , pour le Dogme , la 
Morale , la Difcipline 8c les juge- 
mens des perfonnes Ecclefiaftiques. 



ÀSî&SLÈn 



J A N V I E R , i 7 5 4 . 2? 

PENSEES MORALES ET CHRETIENNES SVR LE 
Texte de la Genéfe , dédiées à Aîonfeigneur le Duc d'Orléans. Par M. 
/'^Wf ie Mere. A Rouen , chez Charles Ferrand j rue & vis-à-viî 
S. Lo, à S. Charles. 1733. /»-i 2. 2. vol. Tom. I. pp. J05. Tom. II. 
pp. 513. 



AVANT que rl'en venir à 
aucun expofé de ces P en fées 
Morales , nous rapporterons le té- 
moignage qu'en rend l'Auteur mê- 
me. Il dit , Que » dans le defir de 
m donner au public quelque choie 
» d'utile , il a penfé que l'agréable 
*>qui devoit précéder ce quelque 
a cbofe d'utile , l'envelopper & le 
a faire recevoir , confiftoit dans 
»> une certaine précilîon 3 dans un 
» choix de termes courts & un 
» tour vif. .... . Qu'un long dif- 

» cours fatigue & ennuyé ; qu'on 
n en perd ie rîl , qu'on n'y eft plus ; 
» Que le feu au contraire s'iniïnue 
» & pénétre ; Qu'on a donc tâché 
»dans ce petit Ouvrage , d'inftrui- 
» re par des paroles courtes & vi- 
s> ves ; Que le titre qu'on a pris de 
*> Penfées , le fait affèz entendre ; 
» Que l'épithéte de Morales & 
j> Chrétiennes en déterminent feide- 
ï> ment l'objet ; Que qui dit penfées 
■» annonce quelque cbofe d'aifé t de 
n facile & d'aimable , qui n'a pas le 
» rebutant d'une inftriiÙion féche & 
iifouvent hèrtjfée. 

Cela pofé , il fait diverles réfle- 
xions fur ce qui concerne hpenfée. 
11 remarque à ce fujer, que «chacun 
» veut penfer , & cherche à penfer, 
» Que l'efprit fe nourrit de la pen- 
» fée } qu'elle lui eft fi unie & h in- 
» time que fans elle il ne ferait mê- 



» me pas ; Que propofer Se donner 
>•> à l'efprit des penfées , c'elt lui 
» prefenter fon aliment ; Que le 
«cœur fe conforme enfuite à l'ef- 
» prit ,6c reçoit volontiers les mê- 
lâmes impreilïons. 

Mais l'Auteur avertit que >« dans 
« la manière de prefenter à l'hom- 
» me des penfées , il y a desména- 
» gemens à garder ; Qu'à la vérité 
" l'homme veut penfer , mais qu'il 
» ne peut pas toujours penfer 
» qu'ainfi lui faciliter feulement 
» certaines penfées & ne les lui pas 
«donner dans leur entier , c'efi 
» ménager fa délicatefle , & ne pas 
» perdre la confideration qu'on lui 
» doit ; on aime , pourjuit il à fe 
» devoir quelque chofe à foi -mê- 
» me, & on n'aime pas à tout devoir 
»aux autres ; un travail modère 
» plaît , on le goûte , mais s'il eft 
» exceffif onfe rebute. 

Notre Auteur affure qu'il eft en. 
tré autant qu'à a pu t dans ce "énis 
de l'homme } & qu'il a pris ce milieu 
fouhaitabJe qui s'inftmant dans l'ef- 
prit gagne facilement le cœur. Que 
pour cette raifon il s'efl attaché à un 
flyle court & concis , & s'efl plus ap- 
pliqué kjetter des femences de penfées 
qu'à donner des penfées -, Que fouvent 
même il s'efl abflenu de les finir y afin 
de laifler à fes LeUeurs la liberté & 
le plaijtr de les étendre. 



i 

m 



a8 JOURNAL DE 

Telle eft l'idée que l'Auteur don- 
ne de fon Ouvrage ; il ne s'agit plus 
pour mettre les Lecteurs en état 
d'en juger , que d'en citer quelques 
exemples , nous prendrons ceux 
qui fe prefentent dès l'entrée du 
Livre. 

i . An commencement Dieu créa le 
Ciel & la Terre. 

Notre Auteur fait fur ce premier 
vcrfet,les reflexions fuivantes: dans 
lefquelles au refte , l'on ne trouve- 
ra peut-être pas toute la précifion 
que femble annoncer la Préface. 
Mais , félon toutes les apparences , 
en promettant comme il fait , 
d'être extrêmement concis & de 
ne parler prefque qu'à demi mot , 
pour lailTer à fes Lecteurs le plaifir 
de fupplcer le refte , il ne pré- 
tend pas s'en faire une loi indifpen- 
fable. Quoiqu'il en foit , voici ce 
qu'il dit fur ce premier verfet de la 
Gcnéfe : au commencement Dieu créa 
le Ciel & la Terre. 

Pense'es Morales. » L'Efprit 
»de Dieu parle , & nous apprend 
» que ce Ciel que nous voyons , 
» que cette terre fur laquelle nous 
» marchons , que tout enfin a été 
» créé , & qu'il en eftlefeul princi- 
» pe. Je fuis , je penfe & je raifon- 
*> ne -, je n'en puis douter : j'ai vu 
» naître , je vois mourrir : je con- 
» nois qu'il en eft & qu'il en fera 
» autant de moi : je fuis né & je 
» mourrai : je fuis , mais il ne dé- 
» pend pas de moi d'être ou de n'ê- 
» tre pas : je fuis par une caufe fu- 
» périeure : ce bel ordre , cet arran- 
» gement fi bien établi dans tout ce 
jî qu'on voit , nous aiTurent , &. ils 



S SÇAVANS, 

» doivent nous convaincre qu'il ne 
» dépend pas du hazard de produi- 
» re , ni d'un corps de fe donner le 
» mouvement , Se un mouvement 
» fi régulier. Il faut qu'il y ait donc 
» un être fuprême , un Dieu qui 
» par fa fouveraine puiflance , crée 
» & gouverne toutes chofes ; qui 
» de rien a compofé ce qu'on ne 
» peut allez admirer , & que toute 
>» la raifon humaine ne peut conce- 
voir , qui appelle ce qui n'oit 
» point comme ce qui eft. 

«L'homme ne peut douter qu'u- 
» ne caufe fupérieurc ne lui ait don- 
» né l'être ; pourquoi douteroit- 
a il que la même caufe n'ait créé 
» tout ce qu'il voit ; Il peut dire : 
» rien n'eft plus parfait que 'moi 
» dans tout ce vafte Univers : je re- 
» trouve en moi feul toutes les per- 
» fections que j'admire ailleurs. Il 
» y a pourtant eu un jour auquel 
» j'ai pu dire : hier je n'étois pas : je 
» dois de même dire du monde , 
» qu'il n'a pas toujours été. Le mon- 
» de a donc eu un commencement: 
» une autorité fi puiflante , une vé- 
» rite fi claire j doivent enfin nous 
» fixer. Mon imagination l'empor- 
» teroit-elle fur la raifon ? Oppofer 
» fon efprit à celui de Dieu eft rdû- 
» tôt une foiblelTe de l'ame , qu'u- 
» ne force de l'efprit. Que celui 
» qui entend ces chofes vous loiic 
» ô mon Dieu ! Se que celui qui ne 
» les entend pas , vous loiie enco- 
» re ; qu'il aime mieux une igno- 
» rance' humble qui éclaire fa vo- 
» lonté , &qui l'approche de vous,. 
» qu'une feience préfomptueufe 
» qui obfcurciroit fon efprit % Se 



J A N V I 

jjcndurciroit fon cœur. 

Voilà les Penfées Morales de no- 
tre Auteur fur ces paroles : au com- 
mencement Dieu créa le Ciel & la 
Terre. Il vient enfuitc au fécond 
verfet. 

2. La terre étoit informe & toute 
nue , les ténèbres couvraient la face de 
l'abîme i & l'Efprit de Dieu étoit por- 
té fur les eaux. 

Pense'es Morales. » Tout eft 
j> d'abord informe. Ce grand cahos 
» ne fe développe cjue peu à peu ; 
» ce bel ordre n'eft pas tout à coup 
» établi : ainfi , 6 mon Dieu ! vous 
» vous accommodez à la foibleffe 
«humaine. Elle ne pourroit foûte- 
» nir l'éclat de vos grandeurs ; 
» l'excellence de vos ouvrages l'ac- 
» cableroit ; vous vous montrez 
»peu à peu, Se comme pardegrez 
» vous l'élevcz à votre Trône. 

» Tout cft nud , tout n'eft qu'un 
» vuide & qu'un defert affreux fans 
» l'admirable fécondité de l'elprit 
» faint : il fe répand fur la terre : 
» les ténèbres font féparées de la lu- 
j»miere ; la ftérilité devient técon- 
» de. Envoyez cet efprit dans mon 
» ame , ô mon Dieu ! & elle fera 
» créée de nouveau, & elle fe trou- 
» vera entièrement renouvellée. 

Nous pourrions nous en tenir à 
ces deux citations , où l'on voit 
fuftîfaminent le goût de l'Auteur , 
mais afin qu'on ne nous aceufe pas 
de trop ménager les exemples, nous 
rapporterons le troifieme Se le qua- 
trième , c'eft-à-dire les deux dont 
les précedens font immédiatement 
fuivis. 

Notre Auteur , après les refle- 



E R. , ï 7 3 4; 29 

xions qu'il vient de faire fur le pre- 
mier & fur le fécond verfet de la' 
Genéfe , paffe aux fix verfets qui fe 
lifentenfuite, fçavoir : 

3 . Or Dieu dit : Que la lumière 
foit faite, & la lumière fut faite. 

4. Dieu vit que la lumière étoit 
bonne , & il fèpara la lumière d'avec 
les ténèbres. 

j. Il donna k la lumière le nom de 
jour & aux ténèbres le nom de nuit 
& dufoir & du matin fe fit le premier 
jour. 

Pense'es Morales. » Dansl'or- 
» dre de la nature , vouloir & faire 
»ne doivent pas être diftingués en 
» Dieu. Sa puiffance n'eft bornée 
» que par fa volonté : il dit & il 
» fait. Ici tout ce que Dieu veut 
» s'accomplit ; craignons dans l'or- 
» dre de la grâce , de nous rendre 
«rebelles à fa volonté. La lumière 
» eft pour nous éclairer , & non 
» pour fervirà des ouvrages de té- 
» nébres. Dieu change les ténèbres 
* en lumière ; & nous , nous chan- 
» geons fouvent la lumière en té- 
» nébres. Quel defbrdre î vous qui 
» avez commandé que la lumière 
» fortît des ténèbres , faites luire , 
m ô mon Dieu , dans mon cœur 4 la 
» lumière de vorre grâce. 

6. Dieu dit auffi : Que le firma- 
ment foit fait au milieu des eaux \ & 
qu'il fipare les eaux d'avec les eaux. 

7. Et Dieu fit le firmament , & di- 
vifa les eaux qui étoient fous le firma- 
ment , de celles qui étaient au-dejfus 
du firmament , & cela fe fit ainft. 

8. Et Dieu donna au firmament le 
nom de Ciel : & dufoir & du matin 
fefit le fécond jour, 



3 o JOURNAL DE 

Pense'es Morales. » Une ver- 
î» tu folide tient toujours le milieu -, 
» elle fuit les deux extrémitez : 
» femblable au firmament , elle eft 
» inébranlable ; rien ne peut nuire à 
» la vertu. Etre uniquement atta- 
» ché à fon Créateur , être toujours 
» <a»aj , ne fe point élever par la 
x> profperité , ni fe laitier abattre 
» par i'adverfité , c'eft tenir de la 
» foliditédu firmament. 

Nous ne croyons pas qu'après ces 
exemples , Se fur-tout après ce der- 
nier où l'on propofe la folidité Se la 
Situation du firmament , comme le 
modèle de la véritable vertu , qui 
doit être inébranlable & tenir le 



S SÇAVANS; 

milieu , il foit neceffaire d'en citof 
un plus grand nombre. 

Nous remarquerons , au refte^ 
que ces Penfées Morales & Chrétien- 
nes fur le Texte de la Genéfe , dont 
on trouve des exemplaires à Paris , 
rue de la Vieille Bouderie , chez 
Gtffij : chez Chaubert , David le 
jeune , Se Hourdel , Quai des Au- 
guftins , Se rue S. Jacques , chez 
Ofmont , Huart t Se Cloufîer } font 
afTez dans le goût des Réflexions in- 
ftrutlives & morales fur le Texte de 
l'yjpocalypfe, defquelles nous avons 
donné l'Extrait le mois de Septem- 
bre de l'année 1732. 



DUO RERUM IANGLICARUM VETERES SCRIPTORES VIZ. 

Thomas Otterbourne & Joannes Whethamftedc ab origine gentis 
Britannica: ufque ad Edwardum IV. è Codicibus Manufcriptis anti- 
quis nunc primus eruit Thomas Hearnius. Accedunt inter alia Liber 
de Vitâ & Miraculis Henrici Sexti. Per Joannem Blakjnannum , &c. 
C'cft-à-dire : Deux anciens Hiftoriens d'Angleterre , Thomas Otterbourne 
& Jean de Whetbamftede 5 qui contiennent ce qui s'eflpaffi dans la grande 
Bretagne jufqu 'au règne d' Edouard IV. avec quelques autres Ecrits s com- 
me le Livre de la Vie & des Miracles d' Henri VI. Par Jean Blacmann 
&c. A Oxfort. 173 i.in-%°. 2. vol. pp. 8®o. 



VO I C I le quarante Se uniè- 
me Ouvrage que l'infatigable 
M. Héarn donne au public depuis 
l'année 1701. l'Auteur commence 
dans la Préface de celui-ci pardon- 
ner une idée des compilations d'an- 
ciens Hiftoriens d'Angleterre , qui 
avoient été entreprifes avant qu'il 
eût travaillé dans le même goût. 
Le premier de ces Recueils eft ce- 
lui qui a pour titre 3 Hiftoriœ Angli- 
can£ Scriptores decein i imprimé à 
Londres en 1 6^52. des peifonnes 



très-habiles, comme Uiïerius, Ro- 
ger Twyfden , JeanSelden, Guil- 
laume Somner Se GerardLsngbain 
qui avoient engagé Corneille Ben 
à taire imprimer ce Recueil , ont 
contribué à fa perfection. Quoi- 
qu'il y eût beaucoup de tables dans 
les Ecrivains dont cette Compila- 
tion étoit compofée , elle fut fort 
recherchée. Ce qui engagea T^yf- 
den qui avoit le plus contribué à 
l'Edition de ce Volume , à faire 
copier plusieurs de ces anciens Hj- 



J A N V I 

itoriens Anglois, pour donner un 
fécond Volume , mais la mort de 
Twyfden & celle de fon Copifte 
empêchèrent le public de profiter 
de ion travail. Il ne pamtrien dans 
ce goût en Angleterre , jufqu'à ce 
que Guillaume Fahnan excité par 
Jean Fell Evêque d'Oxfort eût pu- 
blié à Oxforten 1684. un Volume 
in-folio qui comprenoit pluficurs 
Ouvrages pour l'ancienne Hiftoirc 
d'Angleterre. La mort de Jean Fell 
& les occupations de Fuïman l'em- 
pêchèrent de continuer cette Com • 
pilation. Thomas Gai mort en 170Z. 
entreprit cette Continuation, & il 
en fit imprimer deux Volumes à 
Oxfort, l'un en 1687. l'autre en 
1691. ces deux Volumes de Tho- 
mas Gai & celui de Fulman , qui 
n'a pas mis fon nom à la tête j font 
ceux qu'on appelle communément 
les Hiitoriens d'Oxfort. M. Hearne 
qui i. fuccedé à ces Hommes Ulu- 
Jlres dans la Republique des Let- 
tres , l'a encore plus enrichi dans 
ce genre , que ceux qui l'avoient 
précédé. Il croit que les Chroni- 
ques des Rois d'Angleterre de 
Thomas Otterbourne qu'il donne 
dans ceVolumc feraient entrées dans 
la Compilation dcThomas Gai, s'il 
l'avoit continué , parce queTWyf- 
den, Seldcn cv Jean Fell avoient ju- 
gé que cet Hiitoricn méritoit d'être 
imprimé j & que Baleus , Pitfeus , 
Gerard-Jean Voulus , & Antoine 
de Vood en ont fait l'éloge. C'eft à 
M. Mead , célèbre Médecin , que 
M. Héarn reconnoît avoir l'obli- 
gation de la copie fur laquelle il a 
fait imprimer les Chroniques de 



E R ; 1 7 3 4«" 5 r 

Thomas Otterbourne , elle avoic 
été tranferite fur le Manufctit de la 
Bibliothèque Cotoniene. 

Cet Hiftorien étoit de l'Ordre 
de S. François, fa Chronique finit 
en l'année 1429. ce qui fait croire à 
M. Hearn qu'il cft mort vers l'an 
142.1. l'Editeur remarque que Tho- 
mas Otterbourne a tiré fes Chroni- 
ques des meilleurs Ecrivains , qu'il 
a fait paraître beaucoup de juge- 
ment dans le choix qu'il a fait des 
traits qui font entres dans fon Ou- 
vrage , que fa narration eft (impie 
& concife ; mais ce qui rend l'Ou- 
vrage plus intereflant , c'eft qu'en 
donnant l'Hiltoire de fon tems , il 
a rapporté plu/leurs chofes qu'il 
avoitapprifes de perfonnes dignes 
de foi y ou qu'il avoit vues lui mê- 
me pendant qu'il étoit à Oxfort où 
il enfeignoit la Théologie. On y 
trouve auffi quelques Pièces consi- 
dérables tranferites toutes entières., 
telles que font la Lettre du Pape 
Boniface VIII. au Roi Edouard, où 
le Pape fe plaint de l'entreprife du 
Roi d'Angleterre fur l'Ecolfe . &c 
lui ordonne d'envoyer des Procu- 
reurs à Rome pour y foûtenir fes 
prétentions , la réponfe des Grands 
d'Angleterre au Pape , où ilsdifent 
qu'après avoir fait lire les Lettres 
du Pape dans une aflemblée géné- 
rale, ils ont déclaré unanimement 
que le Roi Edouard ne pou voit ni 
ne devoit envoyer des Procureurs à 
Rome comme le Pape le fouhaitoit 
& qu'il étoit de leur devoir y file 
Roi vouloit en envoyer de s'y op- 
pofer de toute leur force, parce que 
ce feroit détruire les droits de la 



32 JOURNALDE 

Couronne d'Angleterre , anéantir 
la dignité Royale & renvcrfer l'E- 
tat , de foûmettre au jugement du 
Pape , même de mettre en queftion 
à Rome , les droits du Roi d'An- 
gleterre par rapport au temporel. 
La Lettre d'Edouard I. à Bonifa- 
ce VIII. fur le même fujet eft 
moins vive que celle des Grands 
d'Angleterre , le Roi fe borne à y 
établir par un grand nombre de 
faits Se de pièces qu'il cite , que de 
tout temsles Rois d'Ecoffe ont été 
les vafTaux dcsRois d'Angleterre,& 
il le prie de ne point ajouter de foi 
à tout ce que fes ennemis pourront 
lui dire fur ce fujet. 

La Lettre que le Roi Edouard 
III. écrivit au Pape Se aux Cardi- 
naux , avant que d'entrer en Fran- 
ce eft encore du nombre des pièces 
qui exciteront l'attention des Lec- 
teurs ; on y voit un raifonnement 
qui paraîtra fingulier au fujet du 
droit qu'Edouard prétendoit avoir 
fur la Couronne de France ; s'il 
étoit vrai , difoit ce Prince , que 
le fils d'une fille qui fe trouve le 
plus proche de la Couronne fût ex- 
clu par la Loi qui exclut fa mère 
d* droit de fucceder à la Couron- 
ne , il faudroit en conclure contre 
ce que la foi nous enfeigne , que 
J. C. n'aurait pas été véritable- 
ment Roi des Juifs , puifque J. C. 
ne tirait fon droit que de la Sainte 
Viergcqui étoitde laRacedeDavid, 
laquelle n'avoit ni fuccedé , ni pu 
fucceder à ce Royaume des Juifs. 

Nous ne pouvons entrer dans le 
détail des faits que contient cette 
Chronique de Thomas Otterbour- 



5 SÇ A VANS ; 

ne , il fuffit de remarquer en géné- 
ral que l'Auteur explique les diffé- 
rentes révolutions d'Angleterre , 

6 qu'il s'étend davantage fur les 
faits à mefure qu'il approche du 
tems auquel il écrivoit. Selon lui 
la première révolution eft arrivée 
dans la grande Bretagne 43 ans 
après la ruine de Troyc , tems au- 
quel Brutus qui defeendoit de 
Troius premier Roi de Troycs , &z 
par Troyus de Belus fils de Nem- 
brod , entra dans la Bretagne , y 
vainquit les Tyrans , fe rendit maî- 
tre du Pays, le nomma Bretagne , 
&: y introduifît la Langue qu'on 
parloit à Troyes. Ce ne font pas ces 
traits & quelques autres femblables 
qui ont fait donnera Thomas d'Ot- 
terburne la qualité d'Hiftoricn ju- 
dicieux. Il a fuivi en cela les autres 
Ecrivains d'Angleterre qui n'ayant 
rien à dire de certain fur ces tems 
éloignés , y ontfubftitué des faits 
imaginés à plaifir. 

Jean de Whethamftede dont la 
Chronique occupe la plus grande 
partie du fécond Volume s'appel- 
loit de fon nom de famille Boftoc , 
s'étant fait Religieux Bénédictin 
dans l'Abbaye de S. Albain , il prit 
le nom de Whethamftede du lieu 
de fa naiffance qui eft peu éloigné 
de S. Albain. Il fut ordonné Prêtre 
en 1382. quelque tems après il tut 
fait Prieur d'un Monafterc dépen- 
dant de l'Abbaye de S. Albain, 5c 
enfuite du Collège que les Bénédic- 
tins avoicit à Oxfort , pour y faire 
étudier les jeunes Religieux. En 
1410. il fut élu Abbé de S. Albain ,, 
puis le Clergé d'Angleterre le choi- 
fit 



JANVIER; 17*4: u 

fit pour être fon Orateur au Con- lui attribue. L'Auteur de cet éloge 



cile de Pife,où il fe diftingua par la 
manicre dont il s'y conduifit. Il eut 
tant de fujets de chagrin de la part 
de fes Religieux qui prétendoient 
que fon application à l'étude lui 
faifoit négliger le temporel , qu'il 
refigna fon Abbaye en 1440. pour 
fe retirer à Whethamftede. Mais il 
fut élu une féconde fois Abbé de 
S. Albain en 145 1. il gouverna cet- 
te Abbaye jufqu'à fa mort arrivée 
en 1464. il étoit âgé de plus de 100 
ans. Il a compofé outre fa Chroni- 
que des Commentaires fur diffe- 
rens Livres de l'Ecriture Sainte , un 
Traité des Hommes Illuftres , 8c 
d'autres Ouvrages dont quelques 
Ecrivains d'Angleterre ont parlé 
avec éloge. 

M. Héarne n'a point fait impri- 
mer la Chronique entière de Jean 
de Whethamftede , dont le princi- 
pal objet eft l'Hiftoire de l'Abbaye 
de S. Albain. Il en a feulement tiré 
des morceaux où l'Hiftoire de cette 
Abbaye fe trouve liée avec l'Hiftoi- 
re générale d'Angleterre , 8c des 
morceaux concernant Henri VI. 8c 



eft Jean Blakman Bachelier en 
Théologie , & depuis Moine de la, 
Chartreufe de Londres. Blakman 
ne doutoit point qu'Henri VI. ne 
dût être mis au nombre des Saints. 
M. Héarne avoiic que c'étoit us 
Prince très-pieux , mais il ajoute 
que ce Prince n'avoit ni pénétration 
d'efprit , ni jugement , ni aucune 
des qualitez neceiTaires pour gou- 
verner un grand Royaume , qu'il 
avoit été Roi de fait 8c non de 
droit , 8c qu'il s'étoit attiré par 
fon peu de conduite tous les mal- 
heurs qui lui font arrivés. Cepen- 
dant Henri VIL follicita vivement 
le Pape Jules IL pour qu'il canoni- 
fàt Henri VI. ce qui donna lieu à 
une Bulle par laquelle Jules IL or- 
donna de faire des informations en 
Angleterre fur la vie d'Henri VI. 
&fur les miracles qu'on difoitqui 
s'étoient faits par fon interceiîïon. 
Mais foit que l'information ne pa- 
rût pas établir les faits qu'on avoit 
avancés, foit que le Pape ne voulût 
pas mettre au rang des Saints un 
Prince qu'il croyoit n'avoir été Roi 



Edouard IV. dans lefquels il y a que de fait , foit par quelque autre 
quelques traits que M. Héarne àf- motif, Jules IL ne procéda point à 
fure qu'on ne trouve point ail- la canonifation. Henri VIII. qu* 



leurs. 

L'Ouvrage intitulé , Collciïarium 
manfuetudinum & bonomm rnorum 
Régis Hennci VI. n'eft qu'un éloge 
des vertus Chrétiennes du Roi 
d'Angleterre Henri VI. avec une 
cnumeration des révélations qu'on 
prétend qu'il a eues avant fa prifon, 
& depuis qu'il a été enfermé à Lon- 
dres, 8c une Prière dévote qu'on 
Janvier, 



afFe&oit un extérieur de dévotion 
dans le tems de fes Amours avec 
Anne de Boulen, renouvella fesin- 
ftances en Cour de Rome pour la 
Canonifation d'Henri VI. mais fes 
follicitations furent aufïi inutiles 
que celles qu'avoit faites Henri VIL 
cependant on invoquoit publique- 
ment Henri VI. en Angleterre au 
commencement du règne d'Henri 



34 JOURNAL D 

VIII. M. Héarnc prouve ce fait par 
des Livres d'Offices publics , dans 
kfquels il y avoit des Antiennes , 
des Verfets & des Oraifons en 
l'honneur d'Henri. Notre Auteur 
les rapporte en entier, & on y ap- 
pelle ks vertus de ce Roi mérita 
Ji4.tr ac ni i s fulgemia. L'Ouvrage de 
Blakman que l'on croit avoir été 
compofé fous le règne & par les 
ordres d'Henri VIII. avoit été im- 
primé à Londres en ijio. mais il 
ctoit devenu fi rare que M. Héarne 
a cru rendre un fervice au public 
en lui en procurant une nouvelle 
Edition. 



ES' SÇAVANS; 

Les Lettres Angloifes que M, 
Hcarne a inférées dans le fécond 
Volume ont été écrites en 15:3. & 
en 1514. elles contiennent quel- 
ques traits pour l'Hiftoire d'Angle- 
terre de ce temslà. Il y en a quel- 
ques - unes de Marguerite Reine 
d'Ecoffe & fille aînée d'Henri VIL 

Le Catalogue des Evêques de 
Bath &: de Wele contient un abré- 
gé de la Vie de chaque Evêquc. 
Cet Ouvrage finit en 1 594. il eft de 
François Godwin , fils de Thomas 
Godwin Evêque de Bath & de 
Wele. 



LA NOVFELLE MER DES HISTOIRES. A Paris, ckéû CÊarleS 

Guillaume , Quai des Auguftins , à S. Charles ; &c P- Gandoura k 
jeune , rue du Hurepoix , aux trois Fleurs de Lys. 1753. '«-J 1> 2. vol. 
Tom. I. pp. 239.T0m.lI. pp. 232. 



L'AUTEUR veut qu'on fça- 
che que les Hiftoires qu'il 
donne ici , font de la nature de 
ces Ouvrages qui ne coûtent pas 
beaucoup de peine & qui fe jet- 
tent en moule. » J'ai pris , dit-il , 
»tant de plaifir à écrire, que je 
» me crois plus que payé de mon 
m travail ,.'&■ fi ks curieux rendent 
» fouvent vilîte au Libraire , je 
» leur donnerai de pareilles Hi- 
» ftoires tant qu'ils voudront , le 
»> moule eft chez moi. 

Après une telle déclaration , il 
eft facile de juger que le Livre dont 
il s'agit , n'eft pas le fruit de beau- 
coup de veilles , Se qu'il n'en fau- 
dra pas non plus beaucoup pour 
l'augmenter. 

Cette facilité cependant se fuffit 



pas à notre Auteur pour l'engager' 
à groffir fa Nouvelle Aier : il veut 
quelles curieux encouragent l'Ou- 
» vrier par quelques louanges , &C 
» que ces louanges foient foûrenuës 
» de quelques louis. « Moyennant 
cela la matière »e manquera jamais 
& il fournira toujours de l'ouvrage. 

Le point effentiel pour notre Au- 
teur dans cette occafion , eft donc 
d'être encouragé par des éloges & 
fur-tout par des louis ; fans cette 
condition il ne promet rien. Cela 
pofé , il fera facile de voir par les 
échantillons que nous rapporte- 
rons, files deux Volumes qu'il don- 
ne feront fuivis de quelques autres. 
Avant que d'en venir aux exem- 
ples , nous dirons un mot de ce ti- 
tre , la Neuvette Mer des H'Jisiresï 



J A N VI 

titre que notre Auteur n'explique 
•peint , & qui a befoin que nous 
avcrtitlions i°. Qu'en 1536. c'eft-à- 
dire il y a deux cens moins trois ans, 
si fut imprimé à Paris , chez Galliot 
Dupré Libraire Juré de l'Univerfi- 
té , au Palais , un in-folio en carac- 
tères gothiques , intitulé : La Mer 
des Hiftoires , auquel eft contenu tant 
du vieux Teftament que du Nouveau, 
toutes les hiftoires, ailes, & faits dignes 
de mémoire, fuis la création du monde 
jufe/ues en l'an mil cinq cens xxxvi. 

2°. Que cette ancienne Mer des 
Hiftoires , avoit déjà paru en 1480. 
fous Louis XI. mais en latin , Se 
avec un titre différent , fçavoir , 
Rudimentum Noviciorum ; c'eft-à-di- 
re , le Rudiment des Novices en. 
Hiftoire, & avoit pour Auteur un 
Docteur en Théologie nommé 
Brochait. 

3°. Que ce Rudimentum Novicio- 
rum alloit jufques à l'an 1516. &C 
futenfuite traduit en François fous 
■le règne de Charles VIII. par un 
Ecrivain natif du Pays de Beauvoi- 
fin , lequel y ajouta divers articles , 
ëc plufieurs entre autres, concer- 
nant l'Hiftoire de France. 

4 . Que l'Ouvrage fut depuis 
revu , corrigé & confiderablement 
augmenté par les foins de quelques 
Sçavansquele Sieur Galliot Librai- 
re employa à ce travail , lefquels 
pouffèrent le cours de l'Hiftoire 
jufqu'à l'année 153^. & donnèrent 
le Livre fous le titre de Mer des 
Hiftoires. 

Voilà ce que ne remarque point 
notre Auteur, & ce qu'on peut 
voir tant dans une Requête, du Li> 



E R ; 1754. ^ 5; 

braire , laquelle cft à la tète du Li- 
vre en queftion , que dans deux 
Difcours Préliminaires qui s'y 
trouvent , l'un intitulé , aux hum- 
bles Letleurs en V Emrndation de 
l'Oeuvre, & l'autre , le Prologue de 
V AHeur, Comme l'Ouvrage cft 
très-rare aujourd'hui , peut-être ne 
fera-t-on pas tâché de voir ici en 
quels termes ce que nous venons 
de rapporter y eft énoncé. En voici' 
la copie fans autre différence que 
celle de l'imprcflion qui eft gothi- 
que dans l'original , car nous en 
fuivrons jufqu'à l'orthographe &à 
la ponctuation. Nous commence- 
rons par la Requête. 

A Monfieur le BaiHy de Paris ou fort 
Lieutenant. 

» Supplie humblement Galliot 
» Dupré Libraire Iuré de Luni- 
jjuerfite comme ledit Suppliant 
» puis ung an enca ait recouucrt 
j> ung Liure long-temps a imprime 
*> intitule la Mer des Hiftoires 
» eftant en deux Volumes 8c du- 
»quel Ion ne pouuoit plus 
» recouurer contenant les Hi- 
» ftoires | Cronicques 8c Fai&s di- 
»> gnes de mémoire aduenuspuisk 
» création du monde iufques en 
» lan mil cinq cens feize. Lequel a 
» grant diligence aurait par gens 
n Scavans faiét ueoir & corriger 8c 
«coder au marge les paffages fin- 
» guliers eftans en iceluy | auflî 
» faicl: mettre la dacte des temps 
* Tant puis lan du monde que 
y> lan de Iefu Chrift iufquc-s a pre- 
» fçnr | en la fin duquel aurait faict 
Eij 



? 6 JOURNAL D 

« mettre Se adioufter ce qui auroit 
3> efte faid digne de mémoire puis 
» ledit an cinq cens feize iufques a 
» ce lourdhuy Extraid de pluiîeurs 
» Audeurs tant Latins q François a 
»quoy faire luy auroit conuenu 
y> fraper grotte fomme de deniers 
» tant pour limpreflîon q correc- 
» tion dudit Liure | requérant 
» humblemét quil vous plaife lui 
» permettre icelluy vendre 5c di- 
» ftribuer & ordôner inhibition & 
j. deffenfes eftre faides a tous Li- 
a> braires-Imprimeurs 5c autres ql 
;» appartiendra quilz nayent àim- 
3. primer faire imprimer ne vendre 
x ledit Liure de la Mer des Hiftoi- 
» res félon la coppie Se correction 
» dudit Suppliant iufques a fixans 
y> après en fuyuans sil neft impri- 
» mé pour luy ôc ce fur peine de 
» cofifeation des Liures quilz au- 
«roient vendus Se imprimez Se 
adamende arbitraire a ce que le 
a> dit Suppliant fe puiile rembour- 
» fer des fraiz l miles Se impenfes 
» quil luy a conuenu faire pour 
» limpreflîon dicelluy Se vous fe- 
» rez bien. 

» Il eft permis avec les deffenfes 

» iufques a cinq ans faid le dernier 

»iouï dauril cinq cens xxxvi. 

Morin. 

Cette Requefte eft immédiate- 
ment fuivie de l'Avis ci-deffous. 

jiux humbles LeBeurs en LemendA- 
ùon de Lœnvre. 

» Jay faid de nouueau reimprï- 
»mei cette dide Hyftoire qui fut 



ES SÇAVANS; 

» en lan mil cccclxxx. faide pre- 
» mierement latine foubz lempir-e 
» de Frédéric troihefme du nom / 
» Se régnant fur les François Loys 
» unziefme par ung Docteur en 
» Saincte Théologie nômeBrochart 
» homme de grande expérience Se 
y> feauoir / Se qui auoit circuy & 
» enuironne la terre Sainte / Se in- 
» titula la dide Hyftoire en latin 
» Rudimentum Nouiciorum / la- 
» quelle depuis pour fa magnificen- 
» ce 6c fingularite fut traduite de 
» latin en François régnant en 
» France Charles huytiefme/ paru» 
» natif du pays de Beauuoifm. Se 
» pour décorer une chofe h riche 
» ay taid rafrefehir Se amplifier les 
» chapitres daucuncs fubltances q v 
» y eftoient deftaillanr.es. Noter les 
» chofes dignes de mémoire au 
» marge / accorder les aages 8e 
y> temps coder les dades félon les 
» urayes ^amputations / uerifier Se 
» reueoir la table Se indice a la ueri- 
» te/ 6c enfin additionner & aug- 
» menter ouftre les précédentes 
» imprefîïons les euenemens mer- 
» ueilleux Se grandes fortunes du 
» règne du très ehreftien roy de 
» France François premier de ce 
» nom iufque* a prefent mil cinq 
»censxxxvi. le rout en beaux ca- 
»raderes Se impreflïon correde ; 
» reueue 6c corrigée diligemment 
» par gens de grans lettres 6c con- 
«noifîance Au moyen que en fuf- 
»dide Hyftoire ( qui pour le grât 
v fruid qui y eft cache a efte plu- 
» fieurs fois imprimée ) y avoit 
*» beaucoup de chofes deprauees Se 
g fuppofees & a efte loidre dicelie 



j A N V 

» obferuc en grande curioflte & 
» félon le cours des fix aages 7 
» temps 7 royaulmes; Seigneuries 
» & mutation dicelies de temps en 
» temps Commençant félon le pre- 
» mier livre de Genefe a la création 
» du monde 7 & nniflant le hui- 
» tiefme iour de May cinq cens 
» xxxvi. 

Pour ce qui eft du Prologue de 
VAlleur on y lit entre autres chofes 
ecqui fuit : » Moy de rechiefcon- 
» fiderant que ce prefent liure eft 
» appelle la Mer des Hyftoires iay 
» penfe en mon petit entendement 
» quil feroit bon y mettre de re- 
» chiet quelque chofe digne de 
» mémoire pour laugmenter ÔC 
» quant iay tout penfe ic ne fcau- 
» roye faire chofe plus digne ne 
» plus triomphante que de adiou- 
» fter les faiits 7 geftes & grans 
» uicloires des roys Charles VIII & 
» Loys XII e auec une partie & plus 
» euidente du roy François premier 
»de ce nom a prefent régnant au- 
>» quel dieu doint grâce de gouuer- 
» ner fon peuple en paix au prouffit 
» & falut de fon ame. 

Il y a donc, comme on voit, 
un ancien Livre intitulé LaMcr des 
Hiftoires , & c'eft fans doute par 
rapport à ce titre que notre Auteur 
intitule aujourd'hui fon Ouvrage , 
La nouvelle Mer des Hiftoires. La 
première concernoit ce qui s'eft 
pafle de plus remarquable depuis 
la création du monde jufqu'à l'an 
1536. & celle-ci eft un Recueil 
d'Hiftoriettes dont l'Auteur dit 
avoir un moule tout fait. Il affure 
au relie dans un Aveitiflèment ex- 



I E R , 1754; 37 

près , que les Hiftoires qu'il rap forte 
font tris-véritables , qu'elles font ar- 
rivées depuis quelque terris , que les 
principaux perfonnages en font vi- 
vans , qu'il a feulement changé leurs 
noms & leurs pays , & que ce font 
des gens de condition qui ne feraient 
pas bien aifes d'être donnés en fpetl.i- 
cle. 

Il eft tems. de rapporter quelques 
temples de ces Hiftoires, après 
toutefois que nous aurons dit un 
mot de l'eftampe qui fe voit à k 
tête du Recueil. 

Elle reprefènte une femme aflife 
au pied d'un rocher &C couronnée 
de fleurs , laquelle tient de la main 
gauche une plume à écrire , avec 
un grand Livre fermé , & reçoit de 
la main droite un papier que lui 
prefente un enfant. Deux petits gé- 
nies paroiflent dans les airs , 5c 
volent à elle avec chacun un papier ''■> j 
à la main. Au bas du rocher & fous à 
les pieds de cette femme , eft un * 
homme à demi couché qui la mon- 
tre de la main droite , & qui tient 
la gauche appuyée fur une Urne 
renverfée , d'où fort une grande 
abondance d'eau. 

Selon toutes les apparences cet- 
te femme eft la Mufc qui préfide à 
l'Hiftoire, les papiers que lui ap- 
portent les trois enfansfontde pe- 
tites Hiftoriettes pour mettre dans 
la nouvelle Mer , & l'homme ap- 
puyé fur l'Urne renverfée T d'où 
fort une grande quantité d'eau eft 
notre Auteur même qui répand 
avec profufion fès Hiftoriettes. 
Cette eau , au refte , paroît tomber 
dans une efpece de mer } c'eft la 



58 JOURNAL D 

nouvelle Merdes Hiftoires. 

Venons à prefent à ce qui con- 
cerne le Livre: c'eft donc une Mer, 
félon notre Auteur. Or cette Mer 
cft divifée en deux bras -, le pre- 
mier contient dix-fept Hiftoires ou 
Hiftoriettes , & le fécond douze. 
Voilà ce que c'eft que la nouvelle 
2ldir des Hiftoires. Ce nombre à la 
vérité paroît peu de chofe pour une 
Mer , mais comme l'Auteur ne 
compte pas en demeurer là , il n'a 
fans doute choifi ce titre que par 
rapport aux grandes augmentations 
qu'il efpere faire à fon Livre , & 
qui ne lui coûteront pas beaucoup, 
puifqu'il en a le moule tout fait. 

Lesdix-fcpt premières Hiftoriet- 
tes , font le Miroir Magique , l'E- 
change , le Voleur innocent , le 
Certificat des Bergers , les Serin- 
gues , le faux Poifon , l'Amant dé- 
guifé , l'Amant infortuné , les Va- 
peurs , la Dupe , les faux Rivaux , 
les étranges effets de la Jaloufîe j le 
Myftere dévoilé , l'Amant garde 
malade , la Folie , la faufte Sorciè- 
re , & la Sœur retrouvée. 

Les douzes autres qui compofent 
la féconde Partie du Livre, font,La 
vertu d'Elips recompenfée,l'Exem- 
ple de la plus cruelle Jaloufîe , Les 
Avantures d'Aleran de Saxonne & 
d 1 Adélafic, Nouveau genre de pu- 
nition que le Comte de Meden in- 
vente pour punir fa femme qu'il 
avoit furprife en adultère , Mort 
Tragique de deux Amans , Trait 
de cruauté , Zélinde Hiftoire 
Orientale , Le faux Mort , Les Pois 
verds , Le Mariage d'Avanture , 
L'Avanturc d'un bel£fprit,&:Dom 



ES SÇAVANS. 

Alvar del Sol , Hiftoire Napolitai- 
ne. 

On juge bien d'abord à ces titres 
quel peut être le caractère de ce? 
Hiftoires, & il femble que nous 
pourrions nous difpenler d'en rap- 
porter aucun exemple -, mais com- 
me tout le monde n'eft pas de mê- 
me goût , & qu'il pourroit fe trou- 
ver des Lecteurs qui nous blame- 
roient de notre fîlence , voici deux 
échantillons des Hiftoires dont il 
s'agit , nous choifirons les plus 
courtes , &c nous tâcherons enco- 
re de les abréger. 

Lef'Mx Poifon : » Si l'on n'ïst 
» pas perfuadé que la force de l'i- 
» magination produife tous les ef- 
y> fets qu'on en raconte , ce qui cft 
» arrivé depuis peu , en peut con- 
j> vaincre tout le monde. Un hom- 
» me de qualité proteftoit à une 
» jeune perfonne , dont il étoic 
» épris , une foûmiflîon aveugle à 
» fes volonrez. Les proteftations 
» allèrent fi loin , qu'il lui jura d'a- 
» valler du poifon , fi elle le lui 
» ordonnoit. Elle fit femblant de le 
>s prendre au mot, & lui dit qu'el- 
» le avoit de l'arfenic dans fon Ca- 
•* binet, &z y étant entrée elle lui 
«apporta dans un petit papier urne 
» poudreblanche qu'elle afTura être 
» l'arfenic en queftion, quoique ce 
»nc fût que de la poudre àpou- 
» drer. Le Cavalier reçut la pri- 
» fe & l'avala. « Peut-être , obferve 
notre Auteur , crut-il que la jeune 
perfonne lui retiendroit la main 
ou que ce qu'elle lui avoit prefenté 
n'étoit pas du véritable poifon. Ce 
qui donne lieu d'en juger ainfij 



J A N V I 

continue l'Auteur , c'cft , que le 
Cavalier ayant gardé d'abord un 
v.ifage gay , changea enfuite de 
couleur , lorfquc la perfonne qui 
lui aveit apporté le papier , lui dit- 
on , affectant un air de trouble, 
qu'il a voit eu tort d'avaler fi ptom- 
ptement cette poudre , & fè mit 
en devoir d'aller chercher du con- 
tre-poifon. Une lueur froide & de 
grands vomiffemens faifirent en 
même tems le Cavalier. La jeune 
perfonne connoiffant alors qu'elle 
avoit poulTé la chofe trop loin , &c 
que l'imagination du Cavalier fai- 
foit les mêmes effets qu'aur >it pu 
faire l'arfenic , crut que le remè- 
de fur à ce mal, étoit de détrom- 
per le Cavalier ; mais elle eut beau 
lui protefter que ce qu'il venoit 
d'avaller n'étoit que de la fimple 
farine , elle eut beau en avaller elle- 
même , les vomiffemens continuè- 
rent trois jouis de fuite , & il fal- 
loit tout ce tems-là au Cavalier 
pour revenir de fon erreur. 

Avmture d'un bel Efprit : Un 
bel Esprit s'étant un jour trouvé 
en débauche chez un de fes amis , 
but fi bien qu'il s'en reffentit -, la 
nuit étant déjà avancée le maître du 
logis fit mettre les chevaux au 
carroffe pour renvoyer fon ami ; le 
bel Efprit monte dedans , &c le Co- 
cher l'ayant arrêté devant fa porte, 
demeura quelque tems fur le fiége 
pour donnera l'ami de fon maître 
le tems de fortir du carroffe ; mais 
n'en ayant entendu fortir perfon- 



E S. ï ï 7 34" 39 

ne , il defeendit de fon fiége pour 
voir s'il y avoit encore quelqu'un 
dans le carroffe , & n'y ayant vu 
perfonne , il s'en retourna chez 
fon maître , où il remit à l'ordinai- 
re le carroffe fous la remife &z les 
chevaux dans l'écurie. Il fut enfuite 
ôter les glaces du carroffe , & met- 
tre des grilles d'ozier à la place , 
comme il avoit coutume de faire 
tous les foirs - , après quoi il fut fe 
coucher, & le lendemain matin 
on entendit grand bruit au dedans 
du carroffe , contre les grilles d'o- 
zier : le Cocher qui crut que c'elt 
qu'il v avoit enfermé quelque chat 
par rnégarde , courut auffi-tôt ou- 
vrir h portière pour le chaffer, 
mais il tut bien furpris de trouver 
dans le carroffe le bel Efprit que la 
nuit d'auparavant il avoit ramené 
chez lui. Tout le monde de la mai- 
fon accourut , on demande au bel 
Efprit à quelle heure il eft entré, Se 
par où , il demeure plus étonné que 
les autres , Se ne comprend rien 
à ce qu'on lui dit ; mais enfin à 
force de le queftionner , lemyftere 
s'éclaircit , & on développa que le 
bel Efprit s'étant endormi pendant 
qu'on le conduifoit chez lui , étoit 
tombé au fond du carroffe , & 
avoit continué d'y dormir jufqu'au 
matin. 

Nous nous contenterons de ces 
deux exemples ; fi quelques Lec- 
teurs croyent que ce foit trop peu, 
nous les renvoyons , pour notre 
juftification , au Livre même, 



4© JOURNAL DES SÇAVANS; 

HISTOIRE LITTERAIRE DE LA FRANCE , OV VON 

traite de l'origine & du progrès , de la décadence & dit retablijfement des 
Sciences parmi les Gaulois & parmi les François ; du goût & du génie des 
jtns & des autres pour les Lettres en chaque fiecle \ de leurs anciennes 
Ecoles ; de retablijfement des Vniverjitez en France ; des principaux Col- 
lèges ; des Académies des Sciences & des Belles Lettres; des meilleures Bi- 
bliothèques anciennes & modernes ; des plus célèbres Imprimeries ; & de 
tout ce qui a un rapport particulier a la Littérature : avec les Eloges Hlflo- 
riques des Gaulois & des François , qui s'y font fait quelque réputation ; le. 
Catalogue & la Chronologie de leurs Ecrits , des Remarqua Hijioriques & 
Critiques fur les principaux Ouvrages ; le dénombrement des différentes 
Editions : le tout juflifié par les citations des Auteurs originaux. Par des 
Religieux Beneditlins de Lt Congrégation de S. Maur. Tome I. qui comprend 
les tems qui ont précédé la Naiffance de Jefus-Chrijl y & les quatre premiers 
fiecles del'Eglife. A Paris , chez C haubert 3 Libraire du Journal, Quai 
des Auguftins , à la Renommée & à la Prudence -, Gijfey , rue de la 
vieille Bouderie , à l'Arbre de Jeffé; Ofmont } à l'Olivier-, Huart l'aî- 
né , àla Juftice; Cloujier , à l'Ecu de France , rue S. Jacques ; Hour- 
del ; & David \e jeune , à l'Efperance , Quai des Auguftins. 1733. '«-4°. 
première Partie , pages 414. fans la Préface & la Table des citations 
qui en rempliffent 64. féconde Partie , pages 450. fans la Table des 
Auteurs & des Matières. Planches détachées 1. 



DANS un premier Extrait, 
public au mois d'Octo- 
bre de l'année précédente , nous 
avons rendu compte du deffein 
général de cet Ouvrage , & de l'é- 
tat des Lettres dans les Gaules , 
avant J. C. Il nous refte maintenant 
àfuivre les progrès de la Littératu- 
re dans ce même Pays pendant les 
trois premiers fiecles de l'Eglife ; 
&c c'eft de quoi nous allons entre- 
nu le public , d'après ce que nous 
en apprennent nos fçavans Béné- 
dictins , dans le refte de leur pre- 
mière Partie. 

I. Le premier fiecle depuis l'Ere 
Chrétienne ne nous offre dans 
i'Hiftoire Littéraire des Gaules , ni 



Auteur Ecclefiaftique^ni rien qui ait- 
rapport à l'établi ffement du Chri- 
ftianifme ; quoiqu'ayent avancé au 
contraire , fans aucunes preuves 
pofitives , divers Ecrivains dont 
les témoignages font démentis par 
des autoritez refpedlables. Les ré- 
volutions arrivées dans les Lettres 
ne furent pas à beaucoup près fi 
fenfibles , que celles qui ébranlè- 
rent l'Etat ; & quoique les Sciences 
y fouffriffent quelque altération 
elles ne biffèrent pas de fe mainte- 
nir prefquc fur le même pied vers 
la fin du règne d'Augufte & fous 
le règne entier de Tibère. 

Les Ecoles fc multiplièrent donc 

dans les Gaules f Se y fleurirent à 

l'envi. 






J A N V I 

l'envi. Jamais il n'y parut tant d'O- 
rateurs , qui fournirent même à 
Rome des Maîtres d'Eloquence , 
des Magiftrats , des Capitaines. 
C'eft de quoi ce ficelé produit cent 
exemples , &c ce que l'Empereur 
Claude reconnoilïoit lui - même 
dans fa harangue au Sénat , dont il 
poftuloit l'entrée pour les Gaulois. 
Cet Empereur nous y fait l'éloge 
d'un Veftinus & d'un Perficus , 
tous deux originaires de laViennoi- 
fe & fes favoris. Nos Auteurs paf- 
fent en revue plusieurs grands 
Hommes de la Gaule, qui pendant 
ce fiecle , remplirent avec diftinc- 
tion les premières charges de la ro- 
te & del'épée, tels qu'un Valerius- 
Afiaticus , un .Tulius - Vindex , un 
Poppxus-Vopifcus , un Valerius- 
Paulinus , un ,(4ibutius-Liberalis , 
un Antonius - Primus , furnommé 
Bec-de-coq; ces trois derniers , fur- 
tout , fçavoient auiTi-bien manier 
la plume que l'cpée , & ne firent 
guéres moins d'honneur auxLettres 
qu'aux armes. On n'oublie pas ici, 
dans ce dénombrement, TitusAu- 
relius-Fulvius , natif de Nifmes, & 
ayeul paternel de Tite-Antonin, le 
meilleur & le plus équitable de 
cous les Empereurs Payens. 

A tous ces grands fujets qui illu- 
strèrent la Magiftrature ou brillè- 
rent à la tête des armées , on joint 
quelques Orateurs fameux , tels 
que Julius-Aufpex &Valcntin qui 
fignalerent leur éloquence dans 
l'afTemblée des Gaulois tenue l'an 
70. au fujet de la concurrence de 
Vitellius & de Vefpafien ; & nos 
Hiftoriens nous en nomment en- 
Janvicr. 



E R , 1 7 5 4. 41 

cor-e un troifiéme plus célèbre en la 
ptrfonne de Claudius-CofTus , fa- 
meux Orateur chez les Helvériens , 
ou les SuifTes. Ils y ajoutent Vibiuî- 
Gallus, les deux Montanus , Jul. 
Grxcinus , l'Empereur Claude Se 
Pétrone, Domitius Afer, Agrotas, 
Quirinal , Jul. Florus 6v Jul. Sc- 
cundus l'oncle év le neveu , Gabi- 
nien , Marcus-Aper , RufTus & Ar- 
tanus, tous Rhéteurs ou Orateurs 
très-diftingués en ce fiécle. Ils trou- 
vent auffi dans les Gaules plufieurs 
Médecins d'une grande réputa- 
tion , un Charnus , un Crinas , un 
Démofthéne. 

Les Ecoles Gauloifes , encore 
floriflantes alors , difent-ils , n'a- 
voient rien perdu de leur première 
fplcndeur ; & ils en produifent 
pour preuves l'Ecole de Marfeillc 
& celle d'Autun , fans oublier les 
Villes de Vienne & de Lyon, dans 
la première defquelles le latin étoit 
la langue vulgaire, comme on peut 
le recueillir d'un pafTage de Martial 
èc dont la féconde vit en ce fieele 
établir dans fon enceinte des Jeux 
& des Exercices Littéraires , qui fc 
faifoient en grec &c en latin , & où 
il s'agifToit de remporter le prix de 
l'éloquence. 

Le refie des beaux arts n'étoic 
pas moins heureufement cultivé 
dans les Gaules ; & Zénodore y 
paffa pour l'un des plus excellens 
Graveurs Se Sculpteurs qui eufient 
jamais paru dans cette Profeflïon. 
Ce fut lui , au rapport de Pline,qui 
fit dans la Capitale de l'Auvergne 
une Statue d'une grandeur énorme, 
reprefentant Mercure , 8c qu'on 



42 JOURNAL DE 

cftimoit quatre millions de 'notre 
monnoye. Il fut appelle à Rome 
par Néron pour y faire le tameux 
ColoiTe de ne pieds de haut , qui 
après li mort de ce Prince , fut 
eonfacré au Soleil. 

Mais( obfcrvcnt nos Hiftoriens ) 
quelque émulation qui régnât en- 
core alors dans l'étude £c la prati- 
que de l'éloquence, elle ne lailTa 
pas de dégénérer & de fe corrom- 
pre au point , qu'à peine fous Né- 
ron & Vetpafien trouvoit on quel- 
que fujet qui méritât le nom de vé- 
ritable Orateur ; & c'eft de quoi 
divers Sçavans fe plaignirent alors 
amèrement. Cette décadence ve- 
noit de différentes caufes qu'ils ont 
eu foin d'allîgner , & que nos Au- 
teurs allèguent Ici d'après eux , fur- 
tout d'après la Satire de Pétrone & 
le Dialogue furies Orateurs attribué 
à Tacite ou à Quintilien : pièces 
dont ils nous fourniffent ici plu- 
fieurs extraits , aufqucls nous ren- 
voyons furlaqucftion prefente. 

A ce Difcours Préliminaire fur 
l'état des Lettres dans les Gaules au 
premier fiécle , fuccede un dénom- 
brement exact des Ecrivains de 
tout genre qui s'y font fait connoî- 
tre , & dont nos Hiftoriens nous 
donnent toujours , autant qu'il eft 
poffible , un détail de la vie S: une 
notice des Ecrits tant confervés , 
que perdus ou fuppofés. On y trou- 
ve 14 , tant Rhéteurs qu'Orateurs, 
dont nous avons déjà indiqué la 
plupart -, deux Poètes , Pétrone 5c 
Antonius -Primus ; deux Philofo- 
phes, Gncir.us & Libcralis -, trois 
Médecins ; fans compter Germani- 



S SÇAVANS, 

cus-Céfar , l'Empereur Claude , 8t 
Agiicola Gouverneur de la grande 
Bretagne, qui décorent cette Lifte 
de Sçavans. Les articles les plus 
étendus &c les plus intereffans font 
ceux deGermanicus , de Claude & 
de Pétrone. 

II. » Jufqu'ici ( difent nos Au- 
• teurs ) nous n'avons encore vu 
«dans nos Gaules, qu'une Pbilo- 
» fophie purement humaine & des 
3) Sciences toutes profanes. Mais le 
n ficelé où nous entrons , nous y va 
» découvrir l'établiilement de la 
» SagelTc & de la Science qui tait 
» les Saints. « Telle cft en effet la 
véritable époque de l'établi iTement 
du Chriftianifme au deçà des Al- 
pes , où l'on ne vit les premiers 
Martyrs que fous Marc-Auréle. Il 
s'y forma certainement dès ce fié- 
de ci des Eglifes qui eurent leurs 
Evêques ; mais il n'y parut encore 
que très-peu de Monumens de la 
Science dont les Chrétiens tai- 
•foient profeiîîon. Comme les Gau- 
les ( obfervent nos Hiftoriens ) 
avoient emprunté des anciens 
Grecs en la perfonne des Marfeil- 
lois les premières notions des Let- 
tres humaines , ils reçurent de 
cette même nation les premières 
leçons de l'Evangile, parle Minifte* 
re de S» Pothin venu d'Allé & pre- 
mier Evêque de Lyon , de S. Ire- 
née fon fucceffeur , & de quelques 
autres Difciples de S. Polycarpc. 
De Lyon , la prédication du Chri- 
ftianifme fe répandit bientôt dans 
'plufieurs autres Villes des Gaules , 
à Vienne , à Châlons , à Tournus , 
à Autun , à Langres , à Dijon &c 
ailleurs. 



j A N V I 

On Ce tromperait tort ( conti- 
nuent nos Auteurs ) fi l'on fe per- 
fuadoit que l'établilTcment de i.i 
Religion Chrétienne dans les Gau- 
les en eût banni la politeffe Se les 
ScienCes profanes que les étrangers 
y venoient puifer auparavant. Bien 
loin d'être contraire aux bonnes 
Lettres , elle les perfectionne où 
elle les trouve établies , & les éta- 
blit où elles font encore incon- 
nues. Nos Auteurs prétendent que 
les premiers qui annoncèrent l'E- 
vangile àLyon ne s'y trouvèrent pas 
tout- à -fait étrangers , quoique 
Grecs , parce qu'on parloit la Lan- 
gue Gréque dans cette Ville-là &c 
dans les lieux circonvoifins -, ce 
qu'ils s'efforcent de prouver i°. par 
la proximité de la Provence & le 
commerce perpétuel de Lyon avec 
Marfeille : z°. Parce que ces pre- 
miers Ouvriers Evangeliques, loin 
d'apprendre la Langue Latine ou la 
Gauloife, n'employèrent dans tous 
leurs travaux , foit de vive voix , 
foit par écrit , que la Langue Gré- 
que : 3 . Parce que S. Irenée qui 
écrivoit pour i'inltruction des fidè- 
les de fon Eglife , ne l'eût pas fait 
en Grec , fi cette Langue n'eût été 
connue à Lyon que des Sçavans. 
Ajoutez à cela , qu'à Arles au IV e 
& même au VI e iïécle, cette Lan- 
gue étoit encore entendue commu- 
nément , "puifqu'on y fit en Grec 
l'Oraifon Funèbre de Conftantin le 
Jeune mort en .340. & que fous 
S. Cefaire on faifoit l'Office de l'E- 
glife en cette même Langue. Nos 
Hiftoriens avouent qu'elle devoit 
être fort corrompue parmi le peu- 
ple. 



E R , 1 7 ? 4. 4J 

A l'égard de la Langue Latine , 
elle n'y étoit pas moins vulgaïr* 
quelaGauloiie, comme en font toi 
les Actes des premiers Martyrs de 
Lyon , les Poéfies de Martial qui fe 
trouvoient àVienne entre les mains 
de tout le monde , ainfi que les 
Ecrits d". Pline le jeune & de divers 
autres , qu'on débitoit à Lyon 
comme s'ils euffent été ceux du 
Pays même. 

On préfume qu'autant qu'il fe 
formoit d'Eglifes particulières dans 
les Gaules , c'étoit autant d'Ecoles 
Chrétiennes qui s'y étabii/Toient; & 
l'on fuppofe qu'elles étoient ani- 
mées du même efprit qui regnoit 
dès le i e fiécle dans l'Ecole d'Ale- 
xandrie , où les Maîtres n'inftrui- 
foient pas moins leurs Difciples 
dans la connoiiîance des Lettres 
que dans la pratique de la vertu. Là 
les Evêques , Se quelquefois les 
fimplcs Prêtres expliquoient aux 
fidèles les Saintes Ecritures d'une 
manière proportionnée à leurs be- 
foins , Scies précautionnoient con- 
tre les héréfies en leur expofanth 
vraye doctrine delEglife ; ne tou- 
chant au refte les queftions de Re- 
ligion qu'avec beaucoup de rete- 
nue , & toute leur Théologie con- 
fiftant dans l'étude & l'intelligen- 
ce des Livres Saints. 

Dans ces premiers tems , il n'y 
avoit prefque point d'autres Maî- 
tres pourles Chrétiens que les Evê- 
ques ; &c il ne paroît pas qu'avant 
le quatrième fiécle , les fidèles étu- 
diaient , au moins dans les Ecoles 
publiques , les Sciences profanes. 
Mais ( ajoute - 1 - on ) quoique les 
Fij 



JOURNAL DESSÇAVANS, 



44 

Pères de ces premiers fiécles ne les 
culïent point étudiées , ils n'étoient 
pour cela dépourvus ni de fçavoir 
ni d'éloquence , comme il cft aifé 
de s'en convaincre par cette fubli- 
mité de penfées , par cette force de 
raifonnemens qui fe trouvent dans 
leurs Ouvrages -, Se s'ils ne parlent 
pas le Grec & le Latin aulli pure- 
ment que les anciens Orateurs , ce 
défaut d'élocution ne tait aucun 
tort à ce qui conftitue foncièrement 
leur éloquence. 

A la voye d'initru&ion fe joignit 
dès ce fiécle un moyen très-propre 
à étendre la faine doctrine Se à l'af- 
fermir -, Se ce fut la convocation 
des Conciles. Celui de Lyon fut 
aiTemblé alors au fujet de la difpu- 
te fur le tems de la célébration de 
la Pâque , Se l'Hérétique Valentin 
trouva dans les Gaules un puiiTant 
adverfaire , en la perfonne de faint 
Irenée. Telle étoit donc la premiè- 
re conftitution des Lettres chez les 
Chrétiens de la Gaule dans ce fé- 
cond fiécle. 

Quant à la Littérature Payenne 
du même Pays , l'éloquence Ro- 
maine quoique déchue à Rome 
même, depuis Pline le jeune, fe foû- 
tint encore glorieufement ainhque 
îaGréque dans les principalesVilles-, 
desGaules Se le Poé'tejuvenal y ren- 
voyoit ceux qui vouloient fe perfec- 
tionner dans l'art de bien dire. Il y a 
tout lieu de croire que les Ecoles 
"Gauloifes renommées déjà dans les 
fiécles précedens fubfifterent encore 
avec honneur pendant celui-ci, Se 
l'on n'en feauroit douter du moins 



grand pere de l'Orateur Eumène^ 
Athénien de nation , vint enfeigner 
laRhétorique après l'avoir proieiTée 
à Rome avec applaudiiîemenr, A 
l'égard d'une certaine Académie 
ou Univerfité érigée ( dit on ) à 
Orle.ms par l'Empereur Marc-Au- 
rele , nos Auteurs la traitent de pu- 
rement imaginaire , & ne la trou- 
vent appuyée fur aucune preuvs 
folide. 

Malgré cet état rlorifîant des 
Ecoles de la Gaule , l'Hiltoire de ce 
fiécle ne nous y offre cependant 
qu'un très-petit nombre d'élevés , 
dont le mérite à la vérité peut com- 
penfer cette forte de difette. Tels 
font un Sentius-Augurinus , dont 
les Poé'fies faifoient les délices de 
Pline le jeune -, un Favorin, le plus 
fameux Sophitte de fon tems ; un 
Marc. Cornel. Fronto _, le fécond 
Maître de l'éloquence après Cice- 
ron , &c. Nous renvoyons fur ces 
principaux articles au Livre même, 
atnfi que fur celui de l'Empereur 
Tite-Antonin , qui figure ici entre 
les gens de Lettres. Mais pour l'arti- 
cle de Florus l'Hiftoricn , que nos 
Auteurs s'efforcent de revendiquer 
ici à la Gaule^ nous en donnerons k 
précis. 

Les Efpagnols , fur la créance 
que Florus étoit de leur nation , 
l'ont rangé parmi leurs Ecrivains. 
Nos Auteurs à leur tour , perfuadés 
qu'il éteit Gaulois plutôt qu'Efpa- 
gnol prétendent le difputerà ceux- 
là , Se regardent cette prife de pof- 
fetlion comme un titre frivole qui 
ne peut jamais preferire. Pour met- 



par rapport à celle d'Autun , où le tre le Ledeur à portée de juger la-: 



J A N V I E 

quelle de ces deux prétentions eft 
Ix mieux fondée , nos Hiftoriens 
expofent les «lions de part & 
d'autre. 

Les contendans avouent d'abord 
que d'un 8c d'autre côté ils n'ont 
pour eux aucune preuve décifive , 
ni Texte de l'Auteur même , ni té- 
moignages d'Auteurs contempo- 
rains. Ils font donc obligés de fe 
rabattre fur deux autres moyens , 
ï°. La tradition des fiécles pofte- 
rieurs à Florus , & 2°. les divers 
noms qu'il a portés- 

La première ( dit on ) n'eft pas 
lavorable aux Efpagnols -, car de- 
puis le règne de la critique , pref- 
que tous ceux qui ont parlé de 
l'Hiftorien Romain , l'ont pris ou 
pour Julius Florus l'Orateur, ou 
pour Julius-Secundus , & en con- 
séquence l'ont fuppofé Gaulois; od 
bien ils l'ont regardé comme iiTu 
de l'un de ces deux Orateurs , ce 
qui revient au même. Chriftophle 
de Longueil n'a pas fait difficulté de 
le mettre aunombre de nos fçavans 
Gaulois. Il y a plus ( ajoûte-t-on ) 
cette tradition remonte bien plus 
haut que le quinzième fiéde où vi- 
voient quelques uns de ces garants 
allégués : en effet ou Florus por- 
toit originairement le prénom de 
Julius que lui donnent les Manuf- 
crits ; ou il ne l'a reçu qu'en des 
tems pofterieurs. Le premier cas eft 
favorable à nos Auteurs , puifque 
florus aura eu les deux noms de 
cette famille: & dans le fécond cas, 
il n'aura reçu ce prénom , que par- 
ce qu'on le croyoit originaire de 
cette même famille. OrlcsManuf- 



R , \ 7 5 4? 4 ; 

crits dont il s'agit étant anciens • 
la tradition qui le fait Gaulois ne* 
fçauroit qu'être ancienne. 

La prétention des Efpagnols n'a 
d'autre fondement que le fcul nom 
A'Annms donné à l'Hiftorien , &c 
qui eft le nom de la famille Efpa- 
gnole des Sénequcs ; mais d'autre 
part le nom de Florus qu'il portoit 
également , l< même plus commu- 
nément , eft celui d'une famille 
Gauloife. Ainfi la balance eft enco- 
re égale de ce côté-là. Etoit il donc 
tout enfcmble Gaulois & Efpa- 
gnol ? Non , répondent les conten- 
dans de ce dernier parti ; le nom 
de Florus, difent- ils ingénieufe- 
ment , ne lui fera venu que d'une 
adoption dans la famille de ce nom 
qui étoit Gauloife : & c'eft ( conti- 
nuent ils ) l'opinion de Vojfiits; la- 
quelle véritablement n'eft appuyée 
d'aucune preuve. 

Nos Auteurs fe croyent plus en 
droit que lui d'afTurer que le pré- 
nom & Ann&us n'avoit été donné à 
Florus qu'en vertu de fon adoption 
dans ta famille Atmaa qui étoit 
Efpagnole: & ce qui les rend plus 
hardis dans cette décifion, c'eft le 
témoignage de Pline le jeune quî 
certifie , que depuis la fin de l'Em- 
pire d'Augufte la plupart de ceux 
quiétoient adoptés prenoient pour 
prénom le nom de la famille qui 
les adoptoit ; il en fournit divers 
exemples. Or Florus ayant Annms 
pour prénom paroît avoir été plu- 
tôt adopré par les Ann&us que par 
les Fhrus. 

Nous renvoyons "à nos Hifto- 
riens fur le refte du détail cancer- 



\ 



46 JOURNÀÊ DE 

nantla Vie, lesOuvrages, & les dif- 
férentes Editions de cet Abrévu- 
teur de l'Hiftoire Romaine. 

III. Nos Auteurs, pour donner 
une idée plus Julie & plus com- 
plexe de l'état des Lettres dans les 
Gaules au troifiéme fiécle , y diftin- 
guent deux genres de Littérature , 
la Sacrée &c la Profane. 

La première s'y répandit à pro- 
portion des progrès qu'y fit le Chri- 
itianifme -, & ce fut à quoi contri- 
buèrent infiniment les travaux de 
S. Irenée , dès le commencement 
de ce fiécle. Non content dans fes 
Ecrits de combattre la licence des 
Hérétiques, il s'appliquoit à con- 
firmer la foi qu'il avoit prêchée & 
à former les mœurs des Fidèles. 
Après fa mort la même ferveur 
éclata dans le miniltere de fes Dif- 
ciples ; & nuls d'entr'eux ne mon- 
trèrent plus de zélé que Caïus & 
S. Hippolyte , qui imitèrent par- 
faitement un fi excellent Maître. 
Le premier attaqua par fes Ecrits 
diverfes erreurs , entr'autres celle 
des Millénaires : &: le fécond fut 
un fçavant Interprète de l'Ecriture. 

Les Gaules ayant perdu ces deux 
Elevés de S. Irenée , qui allèrent 
éclairer d'autres Eglifes ; elles en 
furent dédommagées par la venue 
de fept autres Millionnaires , en- 
voyés de Rome, comme l'on croit, 
& qui furent les SS. Gatien , Tro- 
phime , Paul , Saturnin , Denys , 
Auftremoine , & Martial , qui fi- 
xèrent leur féjour dans autant de 
Villes Gauloifes , qu'on a foin ici 
d'indiquer. 
Ces nouveaux Ouvriers Evangeli- 



S SÇAVANS , 

ques introduifirent dans les Gaules 
le Rit Latin , en la place du Rit 
Grec qu'on y avoic apparemment 
fuivi jufqu'alors ; c\: l'on préfume 
auflî qu'ils y apportèrent en même 
tems l'ancienne Verhoii Italique , 
ou l'ancienne Veriiou Latine de 
l'Ancien &c du Nouveau Tefta- 
ment. Mais ( obferven: nos Hi- 
ftoriens ) il ne faut pas s'imaginer 
que les Millions de ces fept Evê- 
ques ayent été précifément de mê- 
me date , comme fembleroit le di- 
re S. Grégoire de Tours. Ces pre- 
miers Prélats , à l'aide de leurs Dif- 
ciples qui fécondés de nouveaux 
Millionnaires , fe répandirent de 
tous cotez dans les Gaules , y fon- 
dèrent grand nombre d'Eglifcs 
dont on trouve ici quelque détail. 

Quant à la doctrine de ces Egli- 
fes durant ce fiécle , l'Héréfie de 
Novatien qui refufoit la paix aux 
pénitens , y fut embrailée parMar- 
cien Evêque d'Arles , que fon ob- 
ftuaation dans l'erreur fit dépofer 
félon toute apparence. Nos Histo- 
riens fpecifient ici quantité d'Ou- 
vrages Eccleilaftiques de ce tems-là, 
defquels il ne nous refte que les ti- 
tres, &qui font de S. Retice d'Au- 
tun , de S. Irenée , de Caïns &ç de 
S. Hippolyte. De plus de 30 Trai- 
tez de ce dernier , à peine nous en 
refte-t-il deux en leur entier , &c 
quelques fragmens du refte. Nous 
n'avons que les cinq Livres de faint 
Irenée contre les Héréfus : encore 
ne les avons - nous que dans une 
Verfion Latine. 

A l'égard des Sciences Profanes ,' 
leurs progrès dans ce fiécle furent 



J A N V I 

fort inférieurs à ceux que fit dans 
Ii Gaule la Littérature Sacrée. Les 
Guerres Civiles qui s'allumèrent 
alors dans l'Etat , jointes aux ir- 
ruptions des Barbares dans ce mê- 
me Pays où l'on vit fondre les Al- 
lemans , les Lyges , les François , 
les Bourguignons , les Vandales , y 
cauferent aux Lettres Humaines 
une fâcheufe éclipfe. Dans la fuite 
la Cour Impériale établie à Trêves 
pour reprimer ces incurfions , y re- 
veilla l'amour Se la culture des 
Sciences & des beaux Arts. Claude 
Mamcrtin y prononça en prelcnce 
de Maximien-He'icule , deux Pané- 
gyriques à la louange de cet Empe- 
reur. 

Sous Confiance-Chlore la Gaule 
jouit d'une paix profonde, & d'une 
pleine liberté , tant pour la prpfèf- 
lion du Chriftianifme que pour 
celle des Lettres. Il- y avoit des E- 
coles floriflantes, non feulement à 
Trêves , mais à Autun , où Eu- 
méne ( dit -on ) tout Secrétaire 
d'Etat qu'il étoit , ne laiiToit pas 
de profeiTer l'Eloquence Se de s'en 
faire honneur. Jule-Titien , fameux 
Rhéteur , Poète & Géographe , 
gouvernoit alternativement l'Ecole 
de Befançon & celle de Lyon. 

Au furplus , de tous les Ouvra- 
ges de ces gens de Lettres , il ne 
nous refte aujourd'hui que quatre 
Panégyriques , deux de l'Orateur 
Mamertin , & deux de l'Orateur 
Euméne à la louange de Confiance- 
Chlore. Parmi les xiii. articles de 
i'Hifloire Littéraire de ce 3 e fiécle, 
où paroifTent les noms de trois 
Empereurs , Caracalle , Carus & 



E R , 1 7 3 4; 47 

Numericn , ceux qui fournifîent le 
plus de matière à nos Hiftoriens 
font l'article de S. Irenéc ,, ceux de 
S. Hippolyte j de Titien & de Ma- 
mertin. 

Nous n'oublierons pas d'avertir 
que nos Hiftoriens , en nous don- 
nant ici ce qu'ils ont pu recueillir 
de plus certain fur la Vie de Saint 
Hippolyte , ce qui fe rcduit'à peu 
de chofe , le regardent avec juflice 
comme Elève de l'Eglife de Lyon; 
fur quui tout le monde cft d'accord 
avec eux ; puifque ce Saint fut Dif- 
ciple de S. Irenée , Evêque de cet- 
te Ville-làj&qu'il paifa auprès de lui 
un tems confidcrable. Mais ils 
avancent de plus qu'il naquit en 
quelque lieu des Gaules & que ce 
fut où iî commença de fe faire con- 
noître. Ni fon nom Grec , ni fa 
qualité de Sénateur Romain, ni 
fes Ouvrages écrits en Grec , n'é- 
branlcroient nullement cette opi- 
nion , puifque l'on portoit afTez 
vulgairement en Gaule des noms 
propresgrecs ; que les Gaulois dès 
devant l'Empire de Claude 
avoient entrée dans le Sénat de Ro- 
me -, & qu'ils écri voient affez com- 
munément en grec. Au regard du 
fentiment de ceux ( M. Bafnage ) 
qui le font naître en Orient & le 
fuppofent Prêtre établi en Arabie ; 
comme ils n'en produifent aucu- 
nes preuves , on ne doit pas les en 
croire fur leur parole. 

On fçait qu'il fut élevé à l'Epif- 
copat , mais l'on ignore quelle 
Eglife il a gouvernée ; &c de - là 
tant de conjectures hazardées fur 
ce point dans h$ fiécles fuivans £ 



48 JOURNAL DE 

les uns l'ayant faic Métropolitain 
d'Arabie, fur un témoignage d'Eu- 
fébe mal traduit par Rufin ; les au- 
tres le fuppofant Evêque de Porto , 
en le confondant avec un autre de 
même nom \ ceux-ci le difant Evo- 
que du Port que les Romains 
avoient anciennement en Arabie , 
& qui eft un Siège Epifcopal pu- 
rement imaginaire alors -, ceux - là 
le croyant Evêque de Tivoli , à 
caufe de fa ftatue trouvée près 
de cette même Ville , mais qui 
peut palTer aufïi - bien pour la 
marque d'une Chapelle érigée en 
l'honneur de ce Saint que pour 
la marque de fa fépulture ; quel- 
ques-uns enfin le faifant Evêque de 
Rome , fentiment aujourd'hui re- 
jette de tous les Sçavans. 
Nos Hiftoriens feroient fort por- 



5 SÇAVANS, 

tés à croire que S. Hippolyte , fans 
avoir eu de Siège fixe , auroit été 
Evêque des Nations comme Caïus 
fon Condifciple , dont on a parle 
plus haut ; & en ce cas , l'on ren- 
droit aifément raifon , pourquoi il 
paroît tantôt en Orient , tantôt en 
Occident , comme cela refulte du 
peu que nous fçavons de fon Hi- 
ftoire. Il eft vrai cependant que le 
partage d'Eufebe qui fait S. Hippo- 
lyte Evêque d'un certain lieu fans 
le nommer , embarralTe un peu nos 
Auteurs, aufquels nousrenvovons 
fur toute cette difcufiîon. 

Nous rendrons compte ailleurs 
de ce que renferme la féconde Parr- 
tie de ce Volume. 

On va incelfamment mettre en 
vente le II e Volume de ce même 
Ouvrage. Le III e eft fous Prefle. 




OBSERVATIONS 



JANVIER, i 7 j 4 : 



*f 



OBSERVATIONS SVR LES ARRESTS REMARQUABLES 

du Parlement dg Touloufc , recueillis parMeJfîre Jean de Catellan , Con- 
feillcr an même Parlement , enrichies des Arre fis nouveaux rendus fur Us 
mimes matières. Par Gabriel de Vedel , Ecuyer , Dotleur & Avocat au 
Parlement de Touloufc. A Touloufe, de l'Imprimerie de N. Caranove, 
à la Bible d'or , & fe vendent chez Etienne Manavit , & Jean-François 
Foreft , à la Couronne d'or, 1733. in-tf. 2. Volume , Tome I. pp. 371. 
Tome II. pp. 291. 



M Vedel ayant pris pour fon 
. partage l'étude des Loix s 
qui n'eft , dit-il , ni moins noble , 
ni moins utile à l'Etat , que celle 
des armes &c de la guerre , crut que 
ïe principal fruit qu'il pourroit ti- 
rer de cette étude , étoit de con- 
noître l'ufage que les differens Par- 
jemens du Royaume & en parti- 
culier celui de Touloufe font de 
ces Loix. C'cft dans cette vûë qu'il 
s'attacha particulièrement au Re- 
cueil d'Arrefts Notables de M. de 
Catellan •, ce qui lui donna lieu de 
faire des Obfervations fur les ma- 
tières qui ont été traitées par M. de 
Catellan, &c d'ajouter de nouveaux 
Arrefts à ceux qui avoient été infe- 
tés dans ce Recueil. Ainfi la Com- 
pilation de M. de Catellan a eu le 
même fort qu'a eu au Parlement 
de Paris la Compilation des Arrefts 
de M. Louet d'être expliquée Se 
commentée par un Avocat. 

Notre Auteur a fuivi dans fes 
Obfervations le même ordre que 
M. de Catellan dans fes Arrefts 
Notables \ c'eft-à-dire que le pre- 
mier Volume contient les Matières 
Ecclefiaftiques , que le fécond con- 
cerne les Succédions , qu'il s'agit 
dans le troifiéme des Droits Sei- 
Jmvier, 



gneuriaux , dans le quatrième des 
Mariages & des Dots , dans le cin- 
quième des Contrats , dans le fixié- 
me des Saifies & des Décrets des 
immeubles. Les Prefcriptions , les 
Tutelles , & la Procédure Judiciai- 
re font le fujet des deux derniers 
Livres. Nous nous bornerons à rap- 
porter quelques exemples pris en 
differens endroits de ce Recueil. 

C'eft une maxime au Parlement 
de Touloufe , différente de celle 
du Parlement de Paris , que le 
Curé ou le Vicaire perpétuel ne 
jouit pas pour toujours de la dixmc 
des terres nouvellement défrichées, 
mais qu'il en a la jouiffance pour un 
certain tems qui eft ordinairement 
fixé à dix ans , après lequel les gros 
Décimateurs jouiffent des dixmes 
novales.,comme des anciennes dix- 
mes. 

On demande fi cette maxime a 
lieu dans le reffort du Pailementdc 
Touloufe , à l'égard des dixmes 
qui appartiennent à des Laïcs , Se fi 
les novales leur retournent , après 
que les Curez ou les Vicaires per- 
pétuels en ont joui dix ans ? M. de 
Catellan , liv. 1. chap. 71. dit qu'il 
fut jugé au Parlement de Touloufc 
en favçur du Curé de Pigean , coti- 
G 



je JOURNALD 

trele Seigneur de Monlezun Deci- 
mateur Laïc , le 1 5 Mars i^tf 3. que 
le Decimateur Laïc ne pouvoit ja- 
mais avoir la dixme des terres dont 
le Curé a joui comme de novales 
ou de dixmes perçues fur les terres 
nouvellement détrichées. La raifon 
qu'en rend M. de Catcllan eft qu'il 
n'eu: pas jufte , que le Laïc qui 
jouit des dixmes par grâce & par 
tolérance , ait autant de privilège à 
l'égard du Curé que les Décima- 
îeurs Eccleflafliques. Il ajoute que 
îe Concile de Latran qui défend 
aux Laïcs de poffeder des dixmes t 
fembie les exclure des dixmes des 
terres qui font défrichées de nou- 
veau , comme de la dixme des 
fruits qui n'étoient point fujets à la 
dixme du tems du Concile. 

M. Vedel foûtient qu'il y a eu de 
la méprife dans la Compilation de 
M. de Catellan par rapport à cet 
Arreft. Pour juftifier le fait il pro- 
duit un extrait de cet Arreft qu'il a 
fait lever au Greffe. Cet Extrait 
prouve qu'on a jugé par cet Ar- 
reft contre le Decimateur Laïc que 
le Curé de Prejean avoit droit de 
jouir de la totalité de la dixrae des 
terres nouvellement défrichées , 
quoiqu'il n'eût qu'un quart dans 
les groffes dixmes. Mais cet Arreft 
n'avoit point décidé , que la dix- 
me navale fût due au Curé fans au- 
cune limitation de tems de jouif- 
fance. On a jugé au contraire au 
Parlement de Touloufe , fuivant 
notre Auteur , qu'après que le Cu- 
ré a joui pendant dix ans de la dix- 
me de la terre nouvellement défri- 
chée , la réunion fc fait de plein 



t S SÇAVANS; 

droit à la dixme rrrféodée. Il en ci- 
te un Arreft définitif rendu au rap- 
port de M. Prejean le 28 Juillet 
1694. entre le Curé de Negrepelif- 
fe & le Sieur de Tieys Seigneur 
d'Ariac Decimateur inféodé. Un 
autre Arreft provifoire du 18 Mars 
1717. fuppofe îa même Jurifpru- 
dence. M. Vcdel dit pour appuyet 
ces dédiions qu'en quelque tems 
qu'on fixe l'établiiTement des dix- 
mes inféodées , le Decimateur Laïc 
fc trouvera fubrogé au Decimateur 
Ecclefiaftique à titre onéreux , par 
confequent qu'il doit jouir des 
mêmes droits à l'égard des dixmes 
novales , dont jouiffent les gros 
Décimateurs Ecclefîaftiques; Il 
ajoute que la dixme n'étant point 
attachée de droit divin à la perfon- 
ne des Miniftres de i'Eglife 3 elle 
peut tomber entre les mains des 
Laïcs , même par la conceffioTvdc 
l'Eglife., pour être perçue de la mê- 
me manière qu'elle l'auroit été en- 
tre les mains des Ecclefiaftiques, 

M. Vedel fe fondant fur ces prin- 
cipes décide encore contre ce que 
paroît avoir jugé un Arreft du Par- 
lement de Touloufe ; de l'année 
166$. que de droit commun le De- 
cimateur inféodé doit avoir les me-' 
nues dixmes de la Paroiffe comme 
les grofTes. En effet les menues dix 
mes étant aulîî anciennes que Us 
greffes dixmes , pourquoi n'au- 
roient- elles pas été inféodées ea 
même tems? 

On juge au Parlement de Tou- 
loufe en matière de fubftitution 
que les enfans de l'inftitué qui fc 
trouvent dans la condition £oa£ 



J A N V I 

compris danslafubftitu<:ion,quand 
Je Teftateur a borné la condition 
aux enfims mâles. On y préfume 
que quand un Teftateur n'appelle à 
une fubftitution un étranger de 
l'inftitué qu'en cas que cet inftitué 
décède fans enfans mâles , l'inten- 
tion du Teftateur qui a eu une af- 
fection particulière pour les mâles, 
a été que les enfans mâles mis dans 
la condition , fulTent auifi compris 
dansladifpofîtion. 

Notre Auteur décide dans le 
chapitre ji du Livre z. que les mâ- 
les qui font dans la condition 
doivent être auffi compris dans la 
fubftitution, quand le Teftateur a 
inftitué une de fes filles, & qu'il 
l'a grevée de fubftitution en faveur 
d'un étranger en cas qu'elle décé- 
dât fans enfans mâles. Il eft vrai 
que le Teftateur n'a pu alors avoir . 
en vue l'agnation , ni la conferva- 
,tion du bien dans fa famille j.mais 
il a marqué'une prédilection pour 
les mâles qui doit faire préfumer , 
fuivant la Jurifprudence du Parle- 
ment de Touloufe , que fon inten- 
tion a été de comprendre les mâles 
dans la fubftitution. Ce que l'Au- 
teur confirme par l'autorité de 
Ranchin fur la queftion i 3 3 de 
Guy Pape & fur celle de Mantica 
dans le Livre 1 1. de fes conjectures 
fur les derniers Volumes. Il conclue 
des mêmes principes après Mantica 
que quand c'eft une femme qui con- 
ftitue , à la charge d'une fubftitu- 
tion fi l'inftitué décède fans enfans 
mâles , les enfans mâles de l'infti- 
tué font appelles tacitement à la 
fubftitution ; parce qu'il fuftît que 



E El ; 1734; .fi 

la Tcftatrice ait marqué une prédi- 
lection particulière en faveur des 
mâles , pour qu'on préfume que 
fon intention a été de les compren- 
dre dans la fubftitution , quoi- 
qu'elle n'en ait fait mention que 
dans la condition. 

On pratique au Parlement de 
Touloufe la loi AJfiduis au Code 
qui potiores in f ignore } fuivant la- 
quelle la femme eft préférée pour 
la reftitution de fa dot } aux créan- 
ciers de fon mari antérieurs au ma 
riage. Le moyen qu'on admet au 
Parlement de Touloufe pour faire 
celTer ce privilège de la femme , eft 
que les créanciers dénoncent leurs 
créances à la future époufe par un 
Acte authentiqne. La Jurifpruden- 
ce établie par les derniers Arrefts 
du Parlement de Touloufe cités 
1 par M. de Catellan 3 eft que cette 
■dénonciation des créanciers fe fatTc 
à. la future, époiffe, en parlant à fa 
perfonxie , Se qu'il ne fuffit pas 
qu'elle foit faite au domicile. Cette 
Jurifprudence a paru extraordinai- 
re à Graverol , notre Auteur la re- 
garde de même , & il allègue plu- 
fîeursraifons pour autonfer les no- 
tifications faites au domicile de la 
future époufe. La première eft 
que fuivant les Ordonnances , les 
fignifications faites au domicile , 
n'ont pas moins de force que celles 
qui font faites à la perfonne , la fé- 
conde qu'il n'eft pas toujours facile 
de faire cette dénonciation à la per- 
fonne , la troifiéme que la loi AJfi- 
duis contenant un privilège fingu- 
lier , il faut autant qu'il eft pollible 
en diminuer la rigueur , en recc- 
Gij 



S* JOURNAL D 

vant la Signification du créancier 
faite au domicile de la future épou- 
fe, & en lui donnant les mêmes 
avantages qu'a la fignification qui 
feroit raite à la peifonnc. 

M- Vedel remarque fur la fin de 
ce chapitre qui regarde le privilège 
de la loi Ajftdnis , qu'il feroit à foiï- 
haiter que le Parlement de Toulou- 
fe fe conformât fur ce point à la 
Jurifprudence des autres Parle- 
mens de Droit-écrit où cette loi 
n'eft point fuivie. Ce privilège ac- 
cordé aux femmes lui paroît inju- 
fte , & contraire à la proteelion que 
la loi doit au commerce. Il donne 
lieu aux fraudes que pratiquent les 
maris , en donnant des reconnoif- 



ES SÇAVANS, 

fances de dots qu'ils n'ont pas re- 
çues, &en ôtant aux Créanciers le 
moyen de faire la dénonciation à 
la future époufe,attendu que le peu 
d'interval qu'il y a entre les fian- 
çailles Se la célébration du mariage 
à caufe de ladifpenfe de la publica- 
tion des bans ; enfin ce privilège 
eft une fource de procès. 

Nous nous bornerons à ces trois 
exemples qui fuffifent pour faire 
connoître la méthode de l'Auteur 
&c pour donner une idée de l'Ou- 
vrage ; il ne pourra être qu'utile à 
ceux qui voudront faire une étude 
particulière de la Jurifprudence du 
Parlement de Touloufe. 




j A N VIE R. ; 1734: 



*3 



W. ANTONTI GOMEZII IN ACADEMIA SALMANTICENSI 
Juris Civilis primarii Profefloris , varia: refolurioncs Juris Civilis, 

Communis & Repii. Tomis tribus diftinfti ad leges Tauri 

Commentarium abfolutillïmum. 

C'eft-à-dire : Différentes refolufions de Droit Civile , de Droit Commun & du 
Droit Efpagnol , & le Commentaire fur les Loix d'Efpagne publiées en 
i}$6-par le Roi sHphonfe. Nouvelle édition. A Lyon , chez Antoine Ser- 
vant. 1733. in- fol. i. vol. Tome I. pp. 550. Tome II. pp. 504. 



ANTOINE Gomés, Pro- 
fefl'eur de Droit dansl'Uni- 
verfité de Salamanque , fleuriffoit 
vers le milieu du feiziéme fiécle. 
Plusieurs Auteurs ont fait l'éloge 
de fa pieté & de fon érudition. Ce- 
lai de fes Ouvrages qui a le plus 
contribué à établir fa réputation eft 
fon Recueil de différentes Refolu- 
tions divifé en trois Tomes. Le 
premier regarde les Succeffions & 
les Teftamens , le fécond concerne 
les Contrats , le troifiéme les diffé- 
rentes efpeces de crimes & de dé- 
lits , Si la procédure criminelle. 
L'Auteur a cru que les principales 
queftions de Droit fe trouvoient 
décidées dans fes trois Livres. Ema- 
nuel Soarés de Ribeira a fait des 
Notes fuj ces trois Livres des Re- 



folutions. On a eu foin d'inférer ces 
Notes dans la nouvelle édition ; 
mais ce qui la doit faire préférer 
aux autres éditions d'Anvers & de 
Lyon , &: même aux éditions d'Ef- 
pagne , c'eft qu'elle a été faite fur 
l'édition de Salamanque de 1579. à 
laquelle on a travaillé fous les yeux 
de l'Auteur , qui a embelli cette 
édition de plufieurs augmentations 
qui ne font point dans les éditions 
d'Anvers ou de Lyon , lefquelles 
ont été faites fur la première édi- 
tion des Refolutions d' A ntoine Go- 
més. C'eft M. Antoine Docteur en 
Droit , Avocat au Parlement & 
aux cours de Lyon , qui a eu foin 
de cette dernière édition. Les Ta- 
bles des matières en font très-am- 
ples. 




$4 



JOURNAL DES SÇAVANS, 



NOVVELLES LITTERAIRES. 



ALLEMAGNE. 
De Vienne, 

L'A B B E' de Giïïwe'm , célèbre 
Abbaye de Bénédictins dans la 
b.ille Autriche , a fait imprimer 
magnifiquement le premier Tome 
de l'Hiftoire de cette Abbaye. Le 
titre fera connoître quel eftledef- 
fein de l'Auteur dans cette premiè- 
re Partie , & quelle en eft l'impor- 
tance par rapport à l'Hiftoire gé- 
nérale de l'Allemagne , & à la con- 
noiftance des Manufcrits & des an- 
ciennes Chartres de ce Pays-là. 
Chronicon GotWicense , feft 
Annales liberi & exempt Aionafle- 
rii Gofwicenfis , Ordinis fanfti Be- 
mdiEli Inferioris Aufmx, , faciem 
Auftriae Antiquae & Medix ufyue 
ad noftra tempora , deinde ejufdem 
Monaflerii fundatïontm , progrejfum, 
Sttttumque hodiernum exhibent ", ex 
Codicibns Antiquis , Aiembranis & 
Inflrumentis tum domefticis , tum ex- 
traneis depromptum : pro quorum faci- 
liori intelleclit Tomus Prodromus 
De Codicibns AntiqutsAianufcriptis; 
De Imperawum ac Regitm Germania 
Diplomattbus; De eorumdem Palatiis 3 
fil lis & C urubus Régi i s atque de 
German'uAlediitALvi Vagis premitti- 
tur , & ea qm Gtfareorum , Regio- 
rumque Germania Dtplomatum An- 
ticjuttatem , Aiateriam f flylum , 
Scripturam , Aionogramata , SigilU 



Subfcriptiones , Notafque Chronolo- 
gidïs , atque ai Palathmm & Villu- 
rwm Regiarum , P agorumque Germa- 
nia Aie dis. fit nrn pertinent exflican- 
tur } & a ijetlis fpecimin'ibus , tabu- 
lifque *y£ri incifîs illufirantnr. To- 
mus I. Typis Mm.iflerii léger efnen- 
fis. B. J. Beneditli. 1732. in folio. Ce 
Volume fe débite chez Briffant , Li- 
braire de cette Ville , ainfi que 
l'Ouvrage fuivant. 

Palignesii Aionïta Généalogie*. 
Anton Vindieiariim Arboris Généa- 
logie a Augufttt G 'entisC 'arohno-Bsictt 9 
quas videliest Vindicias fcnpft con- 
tra Syfiema , quod Sercnïjfimwn Boio- 
rum Principitm Fundatorem ponit 
Luitpoldum , denegat ejfe Carolum 
Magnum ; ediditque Aionachii t 
in-folio 1750. Hts autem monitis 
Prlncipum Genealogias probanii ra- 
tio explicatur ; in Vindictes allata do- 
cumenta recenfemur expendunttirque; 
de prebo itificïalis Argument': ufu ex 
optimornm Philofophornm LeElionibtu 
pracepta repetuntur ; opinio Vtndicis 
cum aliis reiieulis traditionibus corn- 
mittitur; Magnus Luitpoldus in prifli- 
na , ut pote genuinus Serenijfima Gen- 
tis Botca, Fundator t jurafua reftitui- 
tur; fecus ffatuentes Vtndicis. univer- 
fim placide emtndantur. Alejiadii t ex 
OJfieina Aghekni. 1732. in-jf. 

De H a m bourg. 

ïl piroît ici in - 4 . & en Aile- 



} A N V I 

mand une Defcription Géographi- 
que , Politique 6c Hifrorique de la 
Province de Dithmarse dans le 
Duché d'Holftein , pai M. Ant. 
Vietbenins } Confeillcr du Duc 
d'Holftein. Cet Ouvrage eft ac- 
compagné de planches gravées. M. 
Jean - Albert Fabricius , Profeffeur 
de Hambourg y a ajouté une Préfa- 
ce Critique fur les Hiftoriens qui 
ont parlé de cette Contrée. 

SUISSE. 

De B a s l e. 

Le? Frères Thumeifen viennent 
3e publier un Projet de Soufcrip- 
tion pour la nouvelle édition qu'ils 
veulent donner du Code Théodo- 
fien , fous ce titre : Codex Theodo- 
fiarnts cum perpetuis Commentants 
Jacobi Gothofredi Vin Sénat orii & 
Jurifconfulti Superiorisftculi eximii. 
Prswittitur Chronologia acettratior 3 
cum Chronicp-Hiftorict & Prolego- 
ttiena : fuyjiciunturr Notitia dignita- 
tum , Profopographia , Topograpbia , 
Index Rerum & Gloffar'mm Nomi- 
cum. Opus Pofthumum , dm in foro 
& in Schola defideratum , & ordina- 
îttm ad ufum Codicis Jufîinianxi > 
opéra & fludio Antonii Marvillii, 
jintccejforis Primtcerii in Vniverfita- 
te Valentina. Editio nova in vi To- 
mcs Digefta , appendice Codicis 
Theodofiani t novis Confiitittionibus , 
ctmtdat!or 3 cum Epiftolis aliqmt Ve- 
terum Conciliorum & Pontifcum Ro- 
manorwrn adaulla } & fubfcriptionis 
Lege recudenda. Âpud E. & }. R* 
Thurnijîos fr aires. 1734. in -folio,- 



E R ; ï 7 3 4. $ f 

Cette édition doit être entièrement 
conforme à l'édition du même Ou- 
vrage donné par Antoine de Mar- 
ville , à Lyon , chez Jean-Antoine 
Huguetan & Marc-Antoine Ravaud 
en 1665. Les Libraires fe propofent 
de commencer l'imprefTion au 
mois de Mars prochain , Se de dé- 
livrer les exemplaires de deux Vo- 
lumes de fix mois en fix mois à cha- 
que foire de Franfort ; à commencer 
depuis celle d'Automne de cette 
année jufqu'à celle d'Automne de 
l'année prochaine 173 5. Le prix de 
la Soufeription pour le papier com- 
mun eft de iç florins d'Empire ; 
dont on payera 5 en fouferivant , 5 
en recevant les deux premiers To- 
mes j & les 5 autres en recevant le 
troifiéme & le quatrième , ceux qui 
voudront avoir de plus grand 5c de 
plus beau papier , l'achèteront 2. 1 
florins } qui feront payés de même. 
On pourra foufurire k Paris t chez 
Jidontalant , Mariette & Cavelier. 
On nous mande de Strafbourg 
que Maurice -George JVeidmann s 
Libraire à Leipzig , vient auflî de 
propofer des Soufcriptions pour 
l'édition du même Ouvrage , qu'il 
a entrepris de donner en fix Volu- 
mes in-folio , & qu'il promet de li- 
vrer complets à la fin de l'année 
prochaine. Le prix du total de la 
Soufeription doit être de douze 
écus argent d'Empire. Voila de 
quoi ne pas manquer fi-tôt d'un 
Ouvrage dont l'édition de Lyon 
étoit devenue très-rare. Il ne s°agic 
que de fçavoir lequel des deux LJ~ 
braires réuiïîra le mieux. 



S C JOURNAL D 

HOLLANDE. 

De Le y de. 

Les Verbeek^ viennent de donner 
une nouvelle édition du Novum 
Lumen Obfletricantium de M. de 
Ditenter. Les augmentations 
qu'annonce le Frontifpice confl- 
uent en trois Obfervations déta- 
chées , & une Lettre à M. Winck^ t 
Docteur en Médecine , & Profef- 
feur d' Anatomie & de Chirurgie à 
Rotterdam. 

Voici le précis de ces Obferva- 
tions qu'on nous a prié d'inférer 
ici. La première Obfervaûon eft 
fur un acouchement où l'enfant 
mort, dont le bras étoit forti juf- 
qu'à l'épaule , a été tiré entier par 
les pieds, après un travail de qua- 
tre jours, malgré l'inclinaifon de la, 
matrice en arrière. La mère s'eft 
parfaitement guérie. 

La féconde rapporte l'Hiftoire 
d'une femme , qui envoya chercher 
l'Auteur , après un travail de fix 
jours ; &c qui mourut fans être dé- 
livrée , tant par rapport à l'obliqui- 
té de fa matrice , qui étoit renver- 
fée en avant , 5c où l'enfant couché 
fur le dos , étoit tombé la tête la 
première dans la courbure infé- 
rieure de l'os facrum , ce qu'on 
trouva par l'ouverture qui fut faite 
de la femme , que par rapport à 
l'extrême enflure de fes parties gé- 
nitales,qui faifoit qu'on avoit beau- 
coup de peine à palier le doigt en- 
tre l'orifice de la matrice Se la tête 
de l'enfant. 



ES SÇAVANS; 

La troifiéme eft d'un enfant cou- 
ché fur le dos dans le ballîn , où il 
étoit fi reflerré , par rapport à l'en- 
tière fecherelfe de la matrice , & fa 
parfaite contraction autour de lui , 
qu'il étoit impoilîble à l'Auteur , 
je ne dis pas de le retourner , mais 
de tenir pendant quelque terns la 
main dans h matrice , fans qu'elle 
tombât en ftupeur. L'Auteur le tira 
en double , après lui avoir vuidé le 
bas-ventre. 

La reflexion que fait l'Auteur fur 
ces Obfervations , c'eft que ces en- 
fans ne font morts , & le travail 
des mères n'a été fi long a que faute 
d'avoir retourné , & tiré par les 
pieds ces enfans aufli-tôt après l'é- 
coulement des eaux. 

La Lettre écrite au Docteur 
Winck. n'a prefque d'autre but. 
L'Auteur après y avoir rapporté 
une Hiftoire d'obliquité de matrice 
toute femblable à celle qu'on trou- 
vera au Chapitre z de la féconde 
Partie , page 383 , avec cette feule 
différence que dans cette dernière 
le fond de la matrice étoit tombé 
plus directement en devant, & que 
dans la première il étoit tombé di- 
rectement dans le coté, parle d'une 
fituation femblable de l'enfant 
dans une matrice droite. L'événe- 
ment de ces deux Hiftoires eft fort 
différent. La femme qui fait le fujet 
de la première mourut fans qu'on 
pût lui donner de fecours , & la 
féconde fut délivrée en un quart 
d'heure. Ces deux Hiftoires don- 
nent occaiïon à l'Auteur de répéter 
les raifonnemens qu'il a faits dans 
tout le cours de fon Ouvrage, pour 
prouves 



JANVI 

prouver la necelïité d'une prompte 
délivrance dans le cas des mauvai- 
fes foliations de l'enfant , fur-tout 
quand la matrice eft inclinée , ou 
oblique. 

FRANCE. 

De Lyon, 

PerachonSi Crameront imprimé 
depuis peu R. D. Caroti Mufitani, 
latries ProfeJJiris celeberrimi s Opé- 
ra omnia , fin trutina Medica Chi- 
rurgien Pharmaceutico-Chymica, Sec. 
Omnia juxta recentiorum Philofopho- 
rum Principia , & Medicorum expé- 
rimenta , excogitata , & adornata. 
Denuo accedunt Trailatus de morbis 
infantum , de luxationibus & de frac- 
turis, Editio omnium Operum fe- 
cunda , ab omnibus mendis Typogra- 
phicis accuratiffimè expurgata. Cura 
Jndicibus capitum , rertim & mate- 
riarum. 1733. in -folio , deux Vo- 
lumes. 

De Bordeaux. 

Extrait des Regijfres de V Académie 

Royale des Belles - Lettres s 

Sciences & Arts. 

L'Académie afTemblée le 8. Sep- 
tembre 1733. prefens Messieurs , 
&c. Après qu'il a été vérifié, que 
le véritable Auteur de la DùTerta- 
tion , fur la circulation de la fève 
dam les plantes , couronnée & im- 
primée , fous le nom de M. de la 
Baïsse , a déjà remporté trois prix 
en différentes années. Vu la délibe- 
Janvier. 



E R i 1 7 î 4» si 

ration du 29 Avril 1717. par la- 
quelle il eft ftarué , qu'un même Au- 
teur ne pourra obtenir que trois prix • 
& cjue M. le Secrétaire fera charte 
de prier ceux qui fe trouveront dans le 
cas , de ne plus travailler pour le 
concours. M. le Secrétaire ayant dit 
qu'il avoit averti l'Aureur ci-deffus, 
lorfqu'il eut remporté le troifiéme 
prix , dans la même forme que le 
tut M. DEMAiRANen ^^.L'A- 
cadémie a délibéré que la Médaille 
d'or décernée à l'Auteur delà Dif- 
fertion fur la circulation de la feve 
dans les plantes, demeurera refervec 
pour un deuxième prix à diftribucr 
le 25. Aouft 1734. 

Ce nouveau prix refervé eft defti- 
né à celui qui expliquera avec le 
plus de probabilité , la dureté , la 
moleffe & la fluidité des corps. 

Les Dilfertations pourront être 
en François ou en Latin , elles ne 
feront reçues pour le concours 
que jufqu'au premier Mai pro- 
chain inclufivement. 

Au bas des Diflertations , il y 
aura une Sentence , & l'Auteur 
mettra dans un billet féparé & ca- 
cheté , la même Sentence , avec 
fon nom , fes qualités & fa demeu- 
re 5 d'une façon qui ne puilfe pas 
former d'équivoque. 

Les paquets feront affranchis de 
port t & adreffis à. M. Sarrau , Se- 
crétaire de V Académie } rué de Gour- 
gues , ou aufieur Brun , Imprimeur 
de l Académie , rué faim James. 

De Paris. 

Nous croyons ne pouvoir mieHs 
H 



5 S JOURNAL DE 

commencer cet article qu'en ren- 
dant compte d'un petit Ecrit de 
pages in 1 1. intitulé : Eloge de M. 
V Abbé le Grand , mort l'année demis. 
re. Si les bornes de nos Nouvelles 
ne nous permettent pas de fuivre 
l'Auteur de cet Eloge dans tous les 
détails où il entre fur les Ecrits de 
fon ami , nous tâcherons du moins 
de ne rien omettre de ce qui l'a 
rendu célèbre dans la Republique 
des Lettres. 

Joachim le Grand naquit à S. Lo 
au Diocéfe de Coutance le fix de 
Février 1553. après avoir étudié la 
Philofophie à Caé'n fous Pierre 
Cailly , il entra dans l'Oratoire en 
léji. ilenfortiten 1676. &z vintà 
Paris où les étroites liaifons qu'il 
eut avec le fçavant Père le Cointe 
lui donnèrent pour l'étude de i'hi- 
ftoire } cette inclination qu'il a 
confervée toute fa vie. Perfonne 
n'étoitplus propre pour y réunir. 
A une mémoire fûre M. FAbbé le 
Grand joignoit un jugement ex- 
quis , une fagaCité mcrveilleufe 
pour la difeuffion des faits & un 
grand amour de la vérité & du tra- 
vail. 

Au mois de Janvier 168 1. M. 
l'Abbé le Grand perdit le Père le 
Cointe. Il en fit l'éloge ainfi que ce- 
lui de Michel de Marottes Abbè de 
Villeloin. Ces deux Pièces furent 
inférées l'une dans le Journal des 
Sçavans du mois de Février , & 
l'autre dans le Journal du mois 
d'Avril delà même année. 

En 1688. il publia l'Hifloire du 
Divorce d'Henri VU I. Roi et Angle- 
terre & de Catherine d'Arragon. La 



S SÇAVANS, 

Définfe de Sanderus & la Réfu- 
tation des dtttx premiers Livres de 
l'Hifloire de la Reformation de M. 
Eurnet & les preuves. A Paris , chez 
Martin 8c Boudot. Trois Volumes 
10-12. Une Conférence que M. 
l'Abbé le Grand eut avec le Doc- 
teur Burnet pendant !e féjour que 
ce Do&eur fit à Paris en 16S5. & 
dont on parle au long dans l'Eloge^ 
donna occafion à cet Ouvrage que 
l'Auteur dédia à M. Thevenot } Gar-* 
de de la Bibliothèque du Roi. 

Le Docleur Burnet écrivit au 
même M.71):venot une Lettre où il 
fait une courte critique de l'Hifloi- 
re du Divorce d'Henri VIII. & où 
il ne parle pas de M. l'Abbé le 
Grand d'une manière convenable. 
Celui-ci fe contenta de faire im- 
primer de nouveau la même année 
1688. cette Lettre avec un Avertiffe- 
ment qu'il mit à la tête Se quelques 
Remarques au bas des pages. 

L'année fuivante le So&eur Bur- 
net mie au jour une Critique de l'Hi- 
floire des Variations. L'Abbé le 
Grand lui écrivit trois Lettres. L* 
première fur les Variations. La fé- 
conde fur la Reformation. La troi- 
fîéme fur l'Hifloire du Divorce, Il 
mit à la têce une longue Préface 
contenant des Obfervations feavantes 
& judicieufes/«r l'Hifloire des Egli- 
fes Reformées de Bafnage. Le tout 
parut à Paris \n- 11. en 1691. 

En 171 1. l'Abbé le Grand em- 
ployé depuis 1705. dans les affaires 
étrangères fous les ordres de M. le 
Marquis de Torcy , fit paroître les 
Ecrits fuivans. 

Mémoire touchant la fuccejfitn # 



J A N V I 

la Couronne d'Ej 'pagne ( prétendue 
traduction de l'Efpagnol. ) 

Reflexions fur la Lettre à un Ali- 
lard fur- la neccffuè & la juflice de 
rentière refiitutton de la Monarchie 
d'Efpagne s avec les Extraits de di- 
vers Auteurs fervant de preuves au 
Mémoire. 171 1. in-%°. 

Difcours fur ce qui s , efl paffe dans 
V Empire au fujet de la fuccejfwn 
d'Efpagne. 

L'Allemagne menacée d'être bien- 
tôt réduite en Monarchie abfolue 
in-4 . 

Lettre de M. D. à M. le DoBeur 
M. touchant le Royaume de Bohême 
in-4 . 

M. l'Abbé le Grand mit au jour 
en 1728. deux Ouvrages également 
folides , quoique dans un genre 
différent. Le premier in-4 . intitulé: 
Relation Hiflorique d'Abiffinie du 
Révérend Père Jérôme Lobo de la 
Compagnie de Jefus ' &£• dont nous 
avons donné deux Extraits dans 
nos Journaux des mois de Septem- 
bre &c d'Octobre de cette même 
année. Le fécond Ouvrage a pour 
titre : de la fucceffton a la Couronne 
de France pour les Agnats ( c'eft-à- 
dire pour la fuccelîion masculine 
directe) avec un Mémoire touchant 
la fucceflion à la Couronne d'Efpa- 
gne. A Paris, chçzMartin } &Guerw. 
Ï718. in-xz. Ce dernier Mémoire 
eft le même que celui qui avoit pa- 
ru en 171 1. 

Après avoir ainfi donné la fimple 
note des Ecrits dont feu M. l'Abbé 
le Grand a enrichi le public , il ne 
nous refte qu'à dire un mot d'un 
autre Ouvrage important qui par 



E R , 1 7 3 4. yp 

malheur n'a pas encore vu le jour. 
C'eft ï'Hiftoire & la Vie de Louis 
XI. Roi de France t à laquelle l'Au- 
teur avoit travaillé depuis 1697. 
avec tout le foin , & toute l'exacti- 
tude dont il étoit capable. Il y 
avoit mis la dernière main dès l'an- 
née 1717. & il s'étoit déterminé 
alors à la faire paroître , mais des 
raifons particulières l'avoicnt fait 
changer de refolution , & l'Ouvra- 
ge eft refté Manufcrit. Les gens de 
Lettres en attendent l'impreilion 
avec impatience. 

Nous renvoyons nos Lecteurs à 
l'Eloge même pour s'inftruire de 
diverfes particularitez qui regar- 
dent les Voyages de M. l'Abbé le 
Grand en Portugal &c en Efpagne , 
fes emplois , fes Ecrits , fa Vie & fa 
famille. 

Il mourut le premier Mai de 
l'année dernière d'une féconde atta- 
que d'apoplexie à l'âge de 80 ans 5 
mois & 7 jours. >» C'étoit ; dit l'Au- 
» teur de l'Eloge , un homme plein 
» d'honneur , de probité &c de Re- 
» ligion , &c des plus habiles du 
» Royaume furie Droit Public, 
» d'une vafte érudition , d'une fa- 
» gacité admirable. Quelque cm- 
» brouillée que fût une affaire , il 
» en faififfoit les difficultez , & fon 
» efprit pénétrant &c fécond lui 
»fuggeroit des expediens pour les 
» franchir. Rien de plus judicieux 
» que fa conduite , rien de plus in- 
» ftructif que fa converfation. 
» Comme il fçavoit beaucoup , & 
» qu'il avoit beaucoup voyagé , fa 
» mémoire lui fourniffbit à propos 
a fur toutes fortes de fujets , des 
Hij 



€o JOURNAL D 

» faits curieux Se interefTans. Aulli 
» la droiture de fou cœur , la foli- 
■jjdité de fon jugement , &: la fagef- 
»fe de fa conduite lui avoieat elles 
3> .-.cquis l'eftirne, l'amitié & même 
» la confiance d'un grand nombre 
» de perfonnes les plus diftinguées, 
» foit par leur naillance , foit par 
» leurs emplois , foit par leur méri- 
»tc. 

On débite à l'Imprimerie Royale 
le Volume de ï'Hiftoire & des Mé- 
moires de l'ts4cadcmie Royale des 
Sciences pour l'année 1731- »»-4°. 
& le Traité Pbyjiqtte & Hiftontjite 
de l'Aurore Boréale, Par M. de Mai- 
ran. "One fuite des Mémoires de cette 
Académie , pour la même année 
173 1. Ce Livre qui n'a pas de liai- 
fon neceffaire avec les Mémoires , 
fe vend féparément chez Lambert , 
rue S. Jacques. 

Les Libraires aflociés pour l'im- 
preffion des Mémoires de la même 
Académie des Sciences avant 1699. 
viennent de propofer une nouvelle 
Soufcription pour neuf nouveaux 
Volumes /'w-4 . qu'ils vont donner 
au public , & que nous n'avons fait 
qu'indiquer dans nos Nouvelles du 
mois de Novembre dernier. 

De ces neuf Volumes trois con- 
tiendront i°. Une troifiéme Partie 
des Mémoires vourfervir hl' Hiftoire 
des Animaux y qui n'a jamais paru. 
a°. La Table des Matières conte- 
nues dans tous les Tomes de l'an- 
cien Recueil depuis 1666. jufqu'en 
1699. Cette Table , à la place de 
laquelle on a fubftiué X Analyfc de 
M. de Lagny , devoit faire l'onzié- 
ane Tome de l'ancien Recueil fui- 



ES SÇAVANS, 

vant le Profpcclus de 1718. 3*. Là 
Table des Matières des Mémoires 
de l'Académie depuis & com- 
pris T 7 2 1. jufques Se compris 
1730. 

Les fix autres Volumes com- 
prendront la reprefenration & la 
defeription de toutes les Machines 
ou Inventions préfentées à l'Acadé- 
mie Se honorées de fon approba- 
tion depuis fon établifTement juf- 
qu'à prefent. 

Les Libraires promettent de 
fournir ces neuf Volumes dans le 
courant de la prefente année 1734. 
Le prix de la Soufcription en entier 
cft de 90 livres , dont on payera 30 
livres en fouferivant, 30 livres en 
recevant les trois Volumes des Mé- 
moires , Se 50 livres en recevant les 
iîx Volumes des Machines. 

On pourra foulcrire pour les ma- 
chines féparément, en payant 36 . 
livres en fouferivant Se $6 livres er/ 
recevant les fix Volumes, mais il 
ne paroît pas par le ProfpcRus qu'il 
foit également libre de fouferire 
auflï féparément pour les trois Vo- 
lumes des Mémoires. 

Les Soufcriptions feront reçues 
jufqu'au premier jour du mois pro- 
chain chez Gabriel Martin , Coi- 
gnard fils , Se Gucrtn l'aîné , rue 
S. Jacques. 

Jacques Pincent , rue S. Scverin, 
à l'Ange , a en vente Hifloire Gêné- 
raie de Languedoc , avec des Notes 
Se les Pièces justificatives : compo- 
fée fur les Auteurs Se les titres ori- 
ginaux , Se enrichie de divers Mo- 
numens. Par deux Religieux Béné- 
dictins de la Congrégation de Saint 



JANVI 

Maur. Tome fécond, 1730. in folio.. 

Hiftoire des Découvertes & Con- 
quêtes des Portugais dans le nouveau 
Amende , avec des figures en taille- 
douce. Par le Révérend Père Jo- 
feph François Lafitau , de la Com- 
pagnie de Jcfus. Chez Saitgrain 
père , Quai des Auguftins , & J. B. 
Coignard fils, rue S. Jacques. 1711. 
in-t,*. 1. vol. 

. Reglcmens fur les Scellez. & In- 
ventaires en Adatiere Criminelle ^ avec 
les principes qui ont donné lieu à 
ces Reglemens , & qui en expli- 
quent la pratique , &c. Chez De- 
nis Alouchet, Grand'Salle du Palais^ 
& Pierre Prauit } Quai de Gêvres. 
1734./K-4 . 

Nouvelle introduBion à la Prati- 
que y ou Dictionnaire des termes 
de Pratique , de Droit , d'Ordon- 
nances <k de Coutumes , avec les 
Jurifdidhons de France. Par M. 
Claude- Jofeph Deferriere , Doyen 
des Docteurs-Régens de la Faculté 
des Droits de Paris , & ancien 
Avocat au Parlement. Chez Mi- 
chel Brunet , Grand'Salle du Palais. 
1734. /»-4°. i. vol. 

La Bibliothèque des Philofopbes & 
des Sçavans anciens & modernes. 
Avec les Merveilles de la Nature , 
où l'on voit leurs opinions fur tou- 
tes fortes de matieres,C7V.Par M. H. 
Gantier , Architecte, Ingénieur & 
ancien Infpecteur des grands Che- 
mins,Ponts ôcChauiTécs du Royau- 
me. Tome III. Chez André Cail- 
leau y au coin de la rué Gift-le-cœur, 
à l'Image Saint André. i734./«-8°. 
On trouve chez le même Libraire 
£fprit de l'Eglife dans la recitation de 



E Ki 1734: $ x 

cette partie de l'Office qu'en appelle 
Compiles. En forme de Dialogue 
entre le Maître & le Difciple.1734. 
in- 11. 

De la connoiffance & l'amour de 
N. S. Jésus-Christ. Par le Perc 
J. B. de Belingan , de la Compa- 
gnie de Jefus. Chez Rollin fils ; 
Quai des Auguftins. 1734. in-i 2. 

Traité du vrai mérite de l'Homme 
coniîderé dans tous les âges &c dans 
toutes les conditions : avec des 
principes d'éducation , propres à 
former les jeunes gens à la vertu. 
Chez Saugrain , Grand'Salle du 
Palais. 1734. /«-la. 

Hiftoire des Empires & des Répu- 
bliques depuis le Déluge jttfciïk Jg_ 
eus-Christ. Où l'on voit dans cel- 
le d'Egypte & d'Afiela liaifon de 
l'Hiftoire Sainte avec la Profane , 
& dans celle de la Grâce le rapport 
de la Fable avec l'Hiftoire. Chez 
Simart, rue S. Jacques; Jean Rouan^ 
Quai des Auguftins -, Jofeph Bullot t 
rué de la Parcheminerie , tk. Jeaa 
Nully 1 Grand'Salle du Palais. 1733, 
in-n. 4. vol. 

Prault pere , Quai de Gêvres J 
débite les quatre Livres fuivans. 

Hiftoire de l'Empire des Cberifs en 
Afrique , fa Defeription Géogra- 
phique & Hiftorique : la Relation 
de la prife d'Oran par Philippe V» 
Roi d'Efpagne , avec l'abrégé de la 
Vie de M. de Santa-Crux , ci-de- 
vant Ambaftadeur en France , & 
Gouverneur d'Oran depuis la prife 
de cette Ville. Ornée d'un plan 
très-exact de la Ville d'Oran , & 
d'une Carte de l'Empire des Che^ 
rifs.ParM.*!?. J73}. in-iz, 



<Sa JOURNAL DE 

Hijïoire d'Ofman, premier du nom, 
XIX e Empereur des Turcs Se de 
l'Impératrice Aphendina - Aftada. 
Par Madame^ Gomés. 1734. in-n. 
deux Volumes. 

Hifloire d'Efievanille Gonzales , 
furnommé le Garçon de Bonne- 
Humeur , tirée de l'Efpagnol. Pat 
M. Lefage. 1734. in-11. 2. Parties. 

Les petits Soupers de l'Eté ou 
Àvantures Galantes , avec l'origine 
des Fées. Par Madame Durand. 
173 3. in 12. 2. Parties. 

Le Livre intitulé la Bibliothèque 
des Enfans , &c. fe vend chez Pier- 
re Simon , Imprimeur du Parle- 
ment , rue de la Harpe , à l'Her- 
cule , & chez Pierre Witte , rue 
S. Jacques , proche S. Yves , à 
l'Ange Gardien. Cet Ouvrage 
j»-4°. comprend qmrre Parties. La 
première de 28 feuilles, contient 
le Syflème du Bureau Typographique. 
La féconde en quinze feuilles con- 
tient les leçons du nouvel Abc la- 
tin pour les Maîtres & pour les 
Enfans. Le troilîéme en 3 1 feuilles, 
contient les cens fix leçons du nou- 
vel Abc François , & du Supplé- 
ment fur l'Arithmétique , fur le 
Calendrier & fur l'Ecriture. Ces 
trois Volumes fe vendront enfem- 
ble, comme faifant un feul Ouvra- 
ge de Littérature. 

On vendra féparément le qua- 
trième Volume qui en 10 feuilles 



S SÇAVANS. 

/«-4 . contient le Rudiment pratiqué 
de la Langue Latine pour les Gar- 
çons , & une Introduction à la Lan- 
gîte Françoife pour les filles. Ou 
vendra aulïï féparément & en petit 
pour l'exemplaire de chaque enfant 
le nouvel Ave Latin, le nouvelle 
François , & le Rudiment pratique 
de la Langue Latine. 

Pierre Gandonin , Quai des Au- 
guftins , à la Belle - Image , vend 
depuis le 4 de ce mois dans les Sal- 
les du grand Couvent des R. Pères 
Auguftins , une Bibliothèque com- 
pofée de dix-huit mille Volumes, 
dont le Catalogue imprimé fe vend 
chez le même Libraire. 

Chaubert , Libraire du Journal ~ 
GiJfey,Hourdelfifmont,Huart,David 
le jeune , & Cloufter , mettront en 
vente à la fin de ce mois Y Hifloire 
Critique de V établi jfement de la A1o- 
narchie Françoife dans les Gaules , 3 
vol. /«-4 . M. l'Abbé Dubos , l'un 
des Quarante, & Secrétaire Perpé- 
tuel de l'Académie Françoife , con- 
nu par plulieurs autres Ouvrages 
qui ont mérité l'eftime du public 
eft Auteur de celui-ci; nous en 
rendrons compte dans un de nos 
plus prochains Journaux. 

Almanach Militaire , ou le Ca- 
lendrier des Officiers & Gens de 
Guerre. Pourl'Année m.dccxxxiv. 
Chez Giffey , rue de la Vieille Bou- 
derie , à l'Arbre de JclTé. 



6j 



Fautes à corriger dans le Journal de Novembre 1733. 



PAg. 6t$. col. première , lig. 1 2. de douleur : indépendamment , /;/. 
de douleur, indépendamment : pag. 632. col. 1. lig. 14. ils doivent 
s'en abftcnir , lif. ils doivent d'abord s'en abftenir : pag. 637. col. 1. 1. 20; 
voulut enfin terminer cette guerre,///, voulut enfin la terminer : p. 655. 
col. 1. lig. 30. foûtenir l'effet , lif. foûtenir l'effort : pag. 6j-j. col. z. 1. il, 
expérimente , lifez. n'expérimente. 

Dans le Journal de Décembre 1733. 

Pag. 6%o. col. I. lig. 6. atteflé , lif. atteftée : pag. £82. col. 1. lig. 3. 
différend , lif. différent ; pag. 699. col. 2. lig. 31. introduite, ///introduit: 
pag. 700. col. 1. lig. 4. la quatrième , lif. h quarantième : pag. 716. col. 2. 
lig. 15. mais on paroît en peine defçavoir pourquoi, lif. mais on deman- 
de pourquoi : Ibid. lig. 18. qui ait peine , Hft^ oui aura de la peine : 
pag. 717. lig. dernière de l'Extrait , après ces mots : a former le goût ,ouà le 
réveiller , ajoutez : nous avons donné dans le Journal précèdent l'Extrait 
du Difcours Latin qui eft critiqué dans cette Lettre: pag. 729. dans la 
Bibliographie , au titre du dernier article; Poligrafhi , lif. Polygraphi. 



TABLE 

Des Articles contenus dans le Journal de Jav. 1734. 

MEmoires de Littérature , tirés des Regiflres de l'Académie Royale 
des fnferiptions , &c. Tome Vlll. page 3 

Hifloire générale des Auteurs Sacrés & Ecclefiafticjues , &c. Tome IV. 2 3 
Y en fée s Morales & Chrétiennes fur le Texte de la Genéfe &c. 27 

Deux anciens Hifloriens d'Angleterre , &c. 3 

La nouvelle Mer des Hifloires , ,. 

Hifloire Littéraire de la France, &c. Tome premier , * 

Obfervat ions fur les Arrefls remarquables du Parlement de Touloufe &c. 49 
Différentes Refolutions de Droit Civile , de Droit Commun , &c. 5 1 

Nouvelles Littéraires , *. 

Fin de la Table. 



L E 



JOURNAL 

SCAVANS 

POUR 
VANNEE M. DCC. XXXIF. 
FEVRIER. 




A PARIS, 

Chez CHAUBERT, à l'encrée du Quay des 

Auguftins, du côté du Pont Saint Michel, à la 

Renommée & à la Prudence. 

M. DCC. XXXIV. 
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY, 




LE 



JOURNAL 

DES 

SCAVANS 

FEVRIER M. DCC. XXXIV. 

MEMOIRES DE LITTERATURE , TIRE'S DES REGISTRES 

de /' Académie Royale des Infcriptions & Belles - Lettres : depuis l'année 
i-jt6.jufcjues & compris Vannée 1730. Tome VIII. A Paris , de l'Impri- 
merie Royale. 1733. /«-4 . pages 740. planch. décach. vi. 

L'ABONDANCE & la va- en avons donné dans notre 
rieté des fujets interefïans qui Journal de Janvier de la prefente 
font trairésdans ce VIII e Volume, année. Nous rendrons compte en- 
ne nous permettent pas de nous en core, dans celui ci, de divers mor- 
tenir au premier Extrait que nous ceaux très-dignes de la curiofué du 
Février. I ij 



6% JOURNAL DE 

Public , par rapport à l'Hiftoire an- 
cienne Se à celle du moyen âge -, Se 
nous terminerons par-là le détail 
dans lequel nous nous crions pro- 
pofés d'entrer , touchant ce pré- 
cieux Recueil de Littérature. 

XVI. Les Jeux publics de la 
Grèce, célébrés avec tant de folem- 
nité , & où les Athlètes fe don- 
noient en fpectacîe avec tant d'é- 
mulation , étoient principalement 
compofés de ces exercices du corps, 
que l'art appelle Gymnafiiefue faifoit 
profeffion d'enfeigner. Parmi ces 
exercices , il y en avoit d'abfolu- 
ment indépendans de tout agent 
ou mobile étranger ; & tels étoient 
la Danfe , la Lutte , la Courfe à 
pied, &c. Il y en avoit d'autres , 
où cet agent étranger entroit effen- 
tiellement; Se de ce nombre étoient 
la Courfe à cheval , &celle des Chars. 
Comme M. Burette s'eft contenté , 
dans les Volumes précedens , d'é- 
crire amplement des premiers exer- 
cices fans toucher aux féconds ; M. 
l'Abbé Giâoyn entreprend de nous 
communiquer ici fur ces derniers 
fes fçavantes recherches, lefquelles 
jointes à celles de fon Confrère, 
formeront comme un corps com- 
plet d'ancienne Gymnaftique. 

Mais pour jetter quelque ordre 
& quelque clarté dans une matière 
affez vaftecv que rendent aflez obf- 
cure, les deferiptions peu déraillées 
que nous ont laiffées de ces Cour- 
fts les Auteurs contemporains , 
qu'on entendoit alors très diftinète- 
ment àdemi mot : l'Académicien 
a cru devoir divifer fon fujet en 
deux Parties , l'une toute hiftori- 



S SÇAVANS, 

que, l'autre mêlée de critique. Il 
s'efforce donc , dans la première, de 
découvrir l'origine de ces fortes de 
Courfes Agoniftiques , d'en fuivre 
les divers progrès , d'en affigner 
les différentes efpeces , de marquer 
l'époque de leur introduction dans 
les Jeux publics , de faire connoî- 
tre les périls qui en étoient infépa- 
rables pour les combattans , ainfi 
que les honneurs & les prix qu'elles 
procuraient aux vainqueurs. Il raf- 
femblera dans la féconde Partie de 
fon Traité plusieurs partages qui 
font naître de très-grandes dtfhcul- 
tez , Se fur l'éclairciffement def- 
quels fon deffein eft de confulter 
l'Académie. Des deux Differta- 
tions rentermées dans ce Volume , 
touchant cette matière, &quifem- 
blent appartenir l'une Se l'autre a la 
première Partie du Traité dont il 
s'agit , la première ne regarde que 
la Courfe à cheval , & la féconde 
eft deltinée à ce qui concerne la 
Courfe des Chars ; l'une Se l'autre 
Courfe conflderées telles qu'on les 
pratiquoit dans les Jeux Olympi- 
ques. 

i. M. l'Abbé Gédoyn eft perfua- 
dé , que dans la première institu- 
tion de ces Jeux célèbres , il n'étoit 
queftion que de la Courfe à pied j- 
le cheval étant alors un animal fau- 
vage , qu'on n'avoit point encore 
trouvé l'art de dompter , dans la 
Grèce. Elle en fur redevable à Bel- 
lérophon qui ( fuivant le calcul 
chronologique du P. Pe tau ) vivoit 
13314 cens ans avant J. C. Se quoi - 
que les Athéniens fiffent honneur à 
Neptune de la création du cheval 



F E V R I 

te de fon ufage pour le fervice de 
l'homme , l'Académicien laifle ce 
conte aux Poètes Se aux Mytholo- 
gues , & s'en tient au feul témoi- 
gnage des Hiftoriens. Selon eux , 
les Theflaliens acquirent deflors la 
réputation d'excellens Cavaliers , 
combattant à cheval contre des 
Taureaux fauvages , d'où ils eurent 
le furnom de Centaures : & les La- 
pithes, peuple du même Pays, fe 
diftinguerent dans l'art de fabri- 
quer des mords 3 des caparaçons , 
éc de bien manier un cheval. 

Prefque dans ce même rems Pé- 
îops fit célébrer les Jeux Olympi- 
ques en l'honneur de Jupiter avec 
plus de pompe qu'on n'avoit fait 
jufqu'alors , Se l'Auteur ne doute 
pas s qu'outre la Courfe à pied , 
qui étoit ordinaire dans ces Jeux , 
ce Prince , en cette occafion , n'y 
ait introduit des Courfes de che- 
vaux & de Chars -, fur-tout après la 
victoire ûgnalée qu'il venoit de 
remporter lur Qcnomaiis à cette 
dernière forte de Courfe ; Se qui 
lui avoit valu le Royaume de Pife 
& la plus belle PrinceiTe qui fût 
alors. Cela n'empêcha pas que les 
chevaux ne fuftent encore long- 
tems rares Se précieux ; ce qui don- 
ne lieu à l'Auteur de pafler ici en 
revue pluheurs chevaux merveil- 
leux accordés en prefent par les 
Dieux mêmes aux anciens Héros , 
s'il en faut croire les Mythologi- 
ftes. 

Il obferve de plus , que l'ufage 
des Chars le répandit en Grèce 
prefque en même tems que celui 
des Chevaux ; Se que , fuivant l'o- 



E R , i 7 3 4. £p 

pinion la plus commune , Erich- 
thonius ou Erechthée Roi d'Athè- 
nes en fut l'inventeur. Sur quoi il 
n'eft point d'accord avec le Père 
Hardomn qui d'un partage de Pline 
prétend inférer que cet Erichtho- 
nius étoit le Prince Troycn fils de 
Dardanus ; d'où il s'enfuivroit 
(dit l'Académicien ) que les Chars 
auroient été trouvés avant l'ufage 
des chevaux , ce qui feroit abfur- 
de. 

Il va au-devant d'une difficulté 
qu'on pourroit faire fur ce que 
Pline afligne deux découvertes dif- 
férentes pour deux ufages qui fem- 
bleroient n'en demander qu'une -, 
c'eft à-dire pour l'attelage de deux 
chevaux ou de quatre à un feul 
Char ; l'un ne paroilTant pas plus 
difficile que l'autre. Cela eft vrai 
chez nous ( répond l'Académicien) 
où l'ufage eft de les atteller à la 
queue les uns des autres ; au lieu 
que les anciens les attelant tous 
de front , l'invention d'en atteller 
quatre exigeoit plus d'induftrie que 
celle de n'en atteler que deux. 

M. l'Abbé Gédoyn après cette 
difcuffion touchant l'origine des 
Courfes de chevaux Se de Chars , 
reprend le fil de fa narration pat 
rapport à l'ufage que l'on fit des 
unes & des aiîtres dans les Jeux 
Olympiques. Elles en firent partie 
fous tous les Princes qui régnèrent 
en Ehdc , c'eft-à-dire fous Amy- 
thaon , Pelias & Nélée , Augée , 
Hercule fils d'Amphitryon ; jus- 
qu'au règne d'Oxylus , après lequel 
les Jeux Olympiques furent inter- 
rompus pendant plus de 350 ans j. 



7 o JOURNAL DE 

& ces divers combats ne furent ad- 
mis tout au plus qu'aux funérailles 
des Princes Se des Héros de la Gré- 
ce. 

Enfin 408 ans après la prife de 
Troye cv 25 ans depuis la fondation 
de Rome ( félon le Père Petau ) 
Iphitus rétablit les Jeux Olympi- 
ques , lefquels prirent alors une 
forme plus régulière , & donnèrent 
commencement à l'époque tameu- 
fe des Olympiades. On ht entrer 
fucceflîvement dans ces Jeux tous 
les exercices agoniitiques , à mefu- 
re qu'il fe formoit d'habiles Ath- 
lètes en chaque genre ; Se les Cour- 
fes de Chars Se de Chevaux ( dit 
notre Auteur fur h foi de Paufa- 
nias ) furent les dernières à y re- 
prendre leur place , fans doute 
(continue t-on ) à caufe de la rareté 
des chevaux dont l'acquifition n'é- 
toit point encore à la portée de 
tout le monde. Quoiqu'il en foit , 
l'une Se l'autre Courfe ne furent 
renouvellées dans ces Jeux qu'en- 
viron cent ans après leur rctablif- 
fement. 

Les Courfes de chevaux étoient 
de trois fortes. La première fefai- 
foit fur des chevaux de felle ; Se 
cette cfpece de cheval s'appelloit 
ks'ahî. On couroit en fécond lieu , 
avec des. poulains montés comme 
des chevaux de felle. La troifiéme 
forte de Courfe à cheval nommée 
Calpé confiltoit , dit l'Auteur , à 
courre avec deux jumens , dont 
on montoic l'une Se l'on menoit 
l'autre en main jufquesfurla fin de 
la Courfe , que le Cavalier fe jet- 
toit à terre , &: prenant les deux Ju- 



S SÇAVANS. 

mens par leurs mords , il achevoit 
ainfi fa carrière. Sur quoi M. l'Abbé 
Gédoyn n'oublie pas de redrefTer 
l'Interprète de Pindare Se celui de 
Paufanias , qui ont très-mal expli- 
qué ce que fignifient les mots Kéles 
Se Calpé , du dernier dciquels,pour 
le dire en paffant avec l'Auteur , 
dérivent nos deux mots François 
galop &c galoper. 

Du refte , ces deux différentes 
Courfes à cheval avoient cela de 
commun , i°. qu'elles fe faifoient 
fans étriers , 2 . que les enfans y 
étoient admis [ du moins dans les 
deux premières ] à difputer les prix 
de même que les hommes , 3 . 
qu'avant que d'achever la carrière, 
il falloit tourner autour d'une bor- 
ne plantée fi défavantageufement 
pour lescoureurs qu'elle les mettoit 
fouvent en danger de tomber de 
cheval Se de perdre la victoire. Car 
ce péril ( obferve l'Académicien 
d'après Paufanias ) étoit pour la 
Courfe à cheval comme pour celle 
des Chars ; d'où l'Auteur croie de- 
voir inférer que le ftade ou le lieu 
deltiné à la première de ces deux 
fortes de Courfes étoit différent de 
celui où s'exécutoit la féconde. Il 
vient enfuite à la Courfe des 
Chars. 

2. Il a puifé prefque tout ce 
qu'il nous en apprend dans trois 
Auteurs , Homère , Pindare 8c 
Paufanias -, Se ce qu'il a recueilli 
d'eux fur cette matière il le partage 
en quatre points principaux ; c'eft- 
à-dire , qu'il examine i°. la diffé- 
rence des Chars ; i°. la barrière où 
ils s'afTembloient -, 3 . la lice où ils 



F E V R I 

couroient ; Se 4 . les dangers qui 
accompagnoienc ces fortes de 
Courfes , Se dont le plus à craindre 
étoit celui de heurter la borne , au- 
tour de laquelle il falloit tourner. 

Les Chars ne differoient entr'eux 
que par le nombre des chevaux 
qu'on y atteloit ; fur quoi M. l'Ab- 
bé Gédoyn relevé les méprifes de 
deux Interprètes de Pindare Se de 
Paufanias : car pour le plus ou le 
moins de magnificence dans la dé- 
coration extérieure , cela ne met- 
toit entre ces Chars nulle diftinc- 
tion effentielle. Elle ne fe tiroit 
donc uniquement que de la variété 
des attelages , fuivant qu'ils é- 
toient de deux chevaux ou de qua- 
tre ; de jeunes chevaux ou de che- 
vaux faits ; de poulains ou de mu- 
les : Se fur toutes ces circonftances, 
l'Académicien entre dans un détail 
très-particulier, nous apprenant en 
quel tems chaque efpece d'attela- 
ge commença d'avoir cours dans les 
Jeux , quel fut le premier Athlète 
qui y remporta le prix de la Courfe, 
à quelle occafion Se en quel tems 
quelques - uns de ces attelages fu- 
rent exclus de ces fpeclacles pu- 
blics , &c. 

Tous ces Chars attelés Se defti- 
nés pour la Courfe , fe rendoient 
dans une grande place appellée en 
Latin Carceres , & que l'Auteur 
nomme la Barrière ; Se cette Bar- 
rière d'Olympie étoit regardée 
comme le chef-d'œuvre d'un grand 
Architecte nommé Cléétas. Paufa- 
nias nous la décrit amplement , 
mais faute d'un plan figuré , il eft 
difficile de fe former une jufte idée 



E R , 1734; 7* 

de cet Edifice fur la defeription 
qu'il nous en a laiffée , & aue l'Au- 
teur a eu foin de tranferire ici Se 
d'éclaircir par fes reflexions , auf- 
quelles nous croyons devoir ren- 
voyer les Le&curs. Nous nous con- 
tenterons d'obfervcr en général 
Que cette place , par les bâtimens 
qui l'environnoient , reprefenroit 
une proue de Vaiffeau ; que ces bâ- 
timens fournifioiçnt aux Chars Se 
aux chevaux des loges ou remifes 
inégalement éloignées de la Lice 
& qui fe tiroient au fort entre les 
Combattans ; qu'au devant des 
chevaux Se des Chars regnoit d'un 
bout à l'autre un gros cable qui fer - 
voit de barre , Se qui les contenoit 
dans leurs loges , jufqu'à un certain 
fignal , auquel on lâchoit le cable 
ce qui permettoit aux chevaux de 
s'avancer vers la Lice , à l'entrée de 
laquelle ils fe rangeoient tous fur la 
même ligne; comme l'Auteur croit 
pouvoir le recueillir d'un paffage 
d'Homère , fur l'explication du- 
quel il adopte le fentiment de Ma- 
dame Dacïer. 

On ne connoît la Lice ou l'Hip- 
podrome d'Olympie guéres plus 
diftinctement que fa barrière. Cette 
Lice ne pouvoit avoir moins de 500 
pas de longueur(dit l'Académicien) 
mais elle pouvoit en avoir plus ; 
Se c'eft ce plus qu'il foûtient qu'on 
ne peut déterminer au jufte, préten- 
dant que le paffage de Paufanias 
allégué par M. Burette fur ce point 
n'eft rien moins que concluant. 

Il avoiie qu'on n'eft guéres mieux 
inftruit fur le fait des bornes pla- 
cées à l'extrémité de la Lice : mais 



72 JOURNAL DE 

il eft perfuadé qu'il y en avoit au 
moins trois , l'une pour les Courfes 
de chevaux , l'autre pour celles des 
Chars à deux chevaux , & la troi- 
fiéme pour celles des Quadriges. 

A l'égard du Taraxippus ou de 
cet autel fitué à l'extrémité de la 
Lice d'Olympie, & qui devenoit 
peur les chevaux qui pafloient par 
devant une efpece d'épouvantail 
très dangereux aux coureurs -, c'eft 
un fait très-peu éclairci chez les an- 
ciens quant à fa caufe , & fur lequel 
on ne peut que hazarder quelques 
conjectures. Il faut recourir à celles 
de l'Auteur. 

XVII. Les Remarques de M. de la 
Barre fur la route de Sardes a Sufes 
décrite par Hérodote , Crjur le cours 
de rH.ilys , de l'Euphrate , de VA- 
raxes , & du Phafe , tendent toutes 
à perfectionner la connoilTance de 
l'ancienne Géographie , & font 
eonnoître combien l'Auteur eft 
clair-voyant fur cette matière. 

i. La difficulté fur la route de 
Sardes à Sufes , telle que la décrit 
Hérodote , confifte en ce que la 
diftance totale qu'il met entre ces 
deuxVilles ne fe trouve point égale 
à celle qui refulte des mefures que 
fournitîent en détail les journées 
de chemin qu'il compte de l'une à 
l'autre. En effet ce détail ne va qu'à 
81 gîtes marqués par autant de 
Maifons Royales ou d'Hôtelleries, 
qui tenoient alors lieu de ce qu'on 
nomme aujourd'hui Carvanferas 
dans l'Orient. Cependant il aflure 
enfuite qu'il y avoit en tout cent 
onze de ces Hôtelleries fur le che- 
min dont il s'agit. On trouve un 



S SÇAVANS ; 

femblable mécompte en comparant 
le nombre des parafanges qu'il 
met entre ces deux Villes & qui eft 
de 450 avec celui que donne l'addi- 
tion des parafanges comprifes dans 
les diftances particulières , laquelle 
ne fe monte qu'à 313. D'où pour- 
rait naître une telle erreur de cal- 
cul? 

La recherche exacte qu'en a faite 
l'Académicien , l'a convaincu que 
l'erreur n'étoit point dans la diftan- 
ce générale exprimée par l'Hifto- 
rien , non feulement en parafanges 
ou mefures perfanes, mais en ftades 
ou mefures gréques , dont il com- 
pte 13500 de Sardes à Sufes. Le 
mécompte viendroit - il de la cor- 
ruption de tous les nombres fpeci- 
fiés dans chacune des parties de la 
defeription , ou feulement de l'o- 
miflîon de ces nombres en un feu! 
endroit ? C'eft à cette dernière cau- 
fe que fe détermine l'Auteur, en 
examinant de plus près la manière 
dont s'énonce l'Hiitoricn Grec 
dans chaque article de fa deferip- 
tion , où il marque toujours deux 
circonftances , le nombre des Hô- 
telleries que l'on rencontrait dans 
chaque Province , & celui des pa- 
rafanges qu'on parcourait en la tra- 
verfanr. 

Cette exactitude d'Hérodote ne 
fe dément qu'à un feul article , & 
c'eft celui où il eft queftion de la 
Province appcllée Matiéne } fur la- 
quelle il s'explique en ces termes : 
au fortir de l'Arménie on fait quatre 
journées dans la Matiéne ; raS^s'i tin 
-riraifiç, : d'où M. de la Barre con- 
clut que dans cet endroit lesCopi- 
ftes 



F E V R I 

fies ont omis les nombres que la 
defeription générale engagea fup- 
pléer , enforte qu'il taut lire ç-afye'i 

l vi TïWffîS [ i) Tfi»Kov1a , va.fatra.yta.1 <fé 
f »1à k) Tpiitxoyl* i) llcolo'*. ] C'eft-à- 
dire : on fait trente - quatre journées 
dans U Mattène & cent trente - fept 
parafanges. 

M. de la Barre avoue que fa cor- 
rection doit paroître hardie. Mais 
U la croit d'autant mieux fondée , 
qu'elle garde une proportion affez 
jufte entre le nombre des parafan- 
ges cv celui des maifons publiques 
ou Hôtelleries, dont les diftances 
excedoient rarement quatre para- 
fanges ou i io ftades : enforte que 
d'une telle proportion prefque 
toûjouis confiante il prend droit 
de conclure que le Texte d'Héro- 
dote n'a fouffert d'altération que 
dans le feul article où manque l'une 
des deux circonftances fpecifiées 
exa&cment dans tous les autres : & 
cet article eft celui de la Matiéne. 
L'Auteur convient qu'il ne trou- 
ve nulle part un pays de ce nom 
qui ait autant d'étendue , que fa 
correction en fuppofe dans la Ma- 
tiéne d Hérodote. Mais il prétend 
que cette dénomination dans i'Hi- 
ftorien Grec eft beaucoup moins le 
vrai nom du Pays dont il s'agit , 
qu'un nom appellatif qui défignoit 
feulement la fituation &c les quali- 
tez des Pays aufquels on le don- 
noit , cV qui étoient tous ceux que 
formoient de vaftes plaines renfer- 
mées entre de hautes montagnes & 
une grande rivière -, or l'Auteur 
compte jufqu'à trois Matiénes de 
ce genre. 

Février, 



ER, 17? 4- 7ï 

Il ne diffimule pas , qu'on n'eût 
lieu d'être furpris , que dans fon 
hypothéfc il ait fallu faire du Nord 
au Midi , après avoir pafté le Ty- 
gre , jufqu'à 137 parafanges , ce 
qui revient à 110 de nos lieues , 
pendant que la route entière n'en 
avoit qu'environ 360. Mais il ré- 
pond que cette route étoit bien 
différente de celle qu'on fuivoic 
pour aller à Babylone , & que dans 
celle-là on paffoit le Tigre & l'Eu- 
phrate beaucoup plus haut : qu'en 
un mot la route décrite par Héro- 
dote &: celle du jeune Cyius dans 
fon expédition n'ont de commun 
que le paffage à travers la Lydie 8c 
la Phrygie ; aue ce Prince ne trou- 
va point l'Halys en fon chemin, au 
lieu que dans celui d'Hérodote il 
falloit palier ce fleuve. 

n. Cette difeuffion conduit l'Au- 
teur à nous faire part de fes Obfer- 
vations touchant la fource Se le 
cours de l'Halys ; fur quoi il trou- 
ve peu de difficulté à concilier 
quelques anciens avec Strabon, qui 
a parlé le plus exactement de ce 
point de Géographie. Pour cela il 
fuffità l'Auteur de corriger un feul 
mot dans leTexte de ce Géographe, 
& d'y lire ; l'Halys a fa fource dans 
la grande Cappadoce , près de la Pan- 
tique , vers la Cammancne , au lieu 
qu'on y lit vers la Cambyfène , ce 
qui eft faux ( dit l'Académicien ) la 
Cambyfène n'ayant jamais fait par- 
tie ni de la Cappadoce 3 ni de la 
Pontique. 

U lui en coûte encore moins pour 
accorder Pline avec Strabon fur ce 
point : mais il ne lui eft pas tout-à- 
K 



74 JOURNAL D 

fait auffi aifé de mectre celui - ci 
d'accord avec Hérodote fur le mê- 
me fuiet. Après avoir tranfcrit ici 
le partage de ce dernier dans toute 
fon étendue : il fait voir que ce paf- 
fage femble offrir dès les premiers 
mots une grande difficulté , en fai- 
fant couler d'abord l'Halys à tra- 
vers le Pays des Ciliciens , dont on 
fait qu'il eft très éloigné. Mais pour 
montrer qu'en cet endroit l'Hiito- 
rien n'eft pas contraire au Géogra- 
phe , M. de la Barre fait reffou ve- 
nir qu'anciennement la Cilicie 
étoit un grand Royaume , dont les 
Souverains prenoient part aux plus 
grandes affaires de l'Aile , 8c qui 
pouvoit s'étendre jufqu'au fleuve 
Halys ; ce qu'il tâche de juftificr , 
ainlî que les autres articles du pafla- 
ge concernant le cours du même 
fleuve , par diverfes obfcrvations 
curieufes &c recherchées , aufquel- 
les pour abréger nous fommes obli- 
gés de renvoyer le Lecteur. 

M* de la Barre n'a garde de com- 
prendre dans cette jufHhcation 
d'Hérodote l'abfurdité manifefte 
où tombe cet Hiflorien , dans le 
partage en queftion 5c dans un au- 
tre , en affurant que la largeur de 
la baffe Aiie prife où ce fleuve l'ar- 
rofe, peut être traverféc à pied en 
cinq jours -, fur quoi notre Auteur 
s'efforce d'affigner la caufe la plus 
vraifemblable qui ait pu donner 
lieu à une fuppofîtion fi peu fen- 
fée. 

5. Delà il pafle au cours de l'Eu- 
phrate , de l'Araxes & du Phafe , 
qui ont leur fource dans l'Armé- 
nie ; ôc il s'applique à mieux faire 



ES SÇAVANS, 

connoître cette Province ; après eh 
avoir fait autant pour la Cilicie. 
L'Euphrate, félon Strabon &c Pli- 
ne , prend fa fource au Mont Abos 3 
l'une des chaînes du Taurus; tra- 
verfe l'Arménie d'Orient en Occi- 
dent , jufqu'aux frontières de la 
Cappadoce , d'où il prend fon 
cours vers le midi ; 6c l'on apprend 
d'ailleurs que fa fource cfl plus 
orientale que celle du Tigre : fur 
quoi Ptolomée s'accorde parfaite- 
ment avec Strabon. A ce propos, 
notre Académicien obferve que feu 
M. Delifles'eft trompé en ne pou- 
vant fe perfuader que la rivière 
qu'il appelle Aîourat-chai dans fa 
Carte de Pcrfe , & qu'il nomme 
Exphratc dans celle de la Retraite 
des dix mille , fût véritablement 
l'Euphrate connu de tous les An- 
ciens ; comme en font foi Strabon 3 
Pline & Ptolomée. 

M. de la Barre eft perfuadé que 
les méprifes fur la fource de l'Eu- 
phrate ont donné une faufîe idée 
du cours de l'Araxe , & que l'une 
& l'autre erreur ont été caufe que 
nos Géographes modernes ont défi- 
guré toute l'Arménie Se les envi- 
rons. 

Quant à la difeuffion dans la- 
quelle notre Auteur s'engage tou- 
chant le cours du Phafe Se fes 120 
ponts , touchant le Rione cv le 
Boas confondus avec ce premier 
Fleuve , nous ne pourrions l'y fui- 
vre iàns nous jetter dans une lon- 
gueur excertîve ; outre que faute 
d'une Carte Chorographique du 
Pays nous ne ferions enrendusque 
très-difficilement. Nous nous con= 



FEVRI 

tenterons d'avertir que fur cet arti- 
cle il relevé encore une méprife de 
feu M. 'Dciifle , 5c qu'il s'appuye 
pour cela fur l'autorité de Procope 
dans ce que celui-ci nous apprend 
des Laz.es , Peuple de la Colchide, 
& fur celle de Chardin dans fon 
Voyage àcMmgrelie y d' bnirette, 5cc. 
XVIII. Les Obfervations de M. 
de la Curne fur quelques Chapitres 
de Tite-Live ont pour objet de 
montrer que l'Hiftoire que cet Au- 
teur nous a lai (fée du neuvième 
Confulat de Rome & des cinq 
Confulats fuivans 3 quoique nulle- 
ment d'accord en apparence avec 
celle de ces mêmes Confulats telle 
que l'a écrite Denys d'Halicarnaffe, 
peut cependant ; lorfqu'on y re- 
garde de plus près , fe concilier 
aifément avec celle de ce dernier 
Ecrivain , à la faveur d'une fimple 
tranfpofition ; comme s'en eft ap- 
perçû l'ingénieux Académicien , 
qui ne marque avoir eu pour ce dé- 
nouement aucun guide. 

Pour faire mieux fentir d'abord 
la différence de ces deux récits , il 
met fous les yeux du Lecteur les 
Textes de ces deux Hiftoriens im- 
primés vis - à - vis l'un de l'autre à 
deux colonnes ; &c l'on n'y apper- 
coit nulle conformité , fi ce n'eft 
peut-être dans le feul article de la 
guerre contre les Latins dont ils 
tont mention l'un & l'autre fous le 
premier de ces Confulats ; encore 
cette conformité fe dément - elle 
bien - tôt , puifque , félon Tite- 
Live , la guerre étoit ouvertement 
déclarée ; au lieu que fuivant De- 
nys d'Halicarnaffe , il n'y avoit 



E R. ; i 7 } 4; 7S 

qu'un commencement de ru pture 
&c l'on ceftoit feulement d'être 
amis. 

La conciliation de ces deux Hi- 
ftoriens imaginée par M. de la Cur- 
ne , confifte en premier lieu à met- 
tre en parallèle les neuvième , di- 
xième , &c onzième Confulats ra- 
contés par Tite Live avec les dou- 
zième , treizième & quatorzième , 
tels que les rapporte l'Hiftorien 
Grec: en fécond lieu, à comparer 
les douzième , treizième & quator- 
zième Confulats de l'Hiftoire de 
Tite-Live avec les neuvième , dixiè- 
me & onzième de Denys d'Hali- 
carnafTe. En effet, fous le neuvième 
Confulat chez le premier , 6v fous 
le douzième , chez le fécond , il eft 
parlé de la ligue de 30 Villes des 
Latins contre les Romains -, de Lar- 
tius créé Dictateur & de Cailïus 
Général de la Cavalerie ; des Lic- 
teurs qui précédèrent le Dictateur 
pour le rendre plus refpectable. 
Sous le dixième Confulat , chez 
Tite-Live , 5c fous le neuvième , 
chez Denys , on lut fort tranquille, 
àcaufe delà trêve faite avec les La- 
tins. Sous le onzième , chez l'Hi- 
ftorien Latin , & le quatorzième , 
chez l'Hiftorien Grec, on trouve la 
guerre plus vivement allumée que 
jamais entre les Latins Se les Ro- 
mains ; Pofthumius Dictateur & 
yEbutius Général de la Cavalerie , 
5c le fanglant combat de Résille ; 
le Triomphe décerné aux deux 
Chefs des Romains ; la mort de 
Tarquin. 

De ce parallèle M. de la Curtie 
conclut allez vraifemblablement 
Kij 



7 <? JOURNALD 

que ce que dit Tite-Live , fous les 
douzième , treizième Se quatorziè- 
me Confulats , doit répondre à ce 
que Dcnys d'Halicarnalfe raconte 
fous les neuvième , dixième Se on- 
zième. Or fous ces trois derniers , 
chez Denys, les Latins après avoir 
annullè tous les traitez faits avec les 
Romains , délibérèrent long-tcms 
i'ils leur déclareroient la guerre , 
Se ne s'y déterminèrent que la qua- 
trième année , après deux Sièges 
entrepris fans fucecs durant cet in- 
tervalle , fçavoir eclur de Fidenes 
par les Romains , Si celui de Signie 
par lesTarquins. D'un autre côté, 
ious les douzième , treizième & 
quatorzième Confulats chez Tite- 
Live , on ne trouve que ces mots : 
Triennio deinde nec certa pax 3 nec 
bellurn fuit , c'eft-à-dire , dans les 
trois années fiiivantes s il ny eut ni 
guerre ni paix bien ajfurèe : fur quoi 
l'Académicien n'oublie rien pour 
exténuer la difeonvenance qui pa- 
roît entre ces paroles de Tite- 
Live, Se ce que Dcnys ajoute au 
fujet des Sièges de Fidenes Se de 
Signie. 

Il refulte de cette comparaifon 
entre les Textes de ces deux Hilto- 
riens , qu'ils ne différent que par 
l'ordre des évenemens qu'ils racon- 
tent. Mais comme il pourroit fem- 
bler indiffèrent auquel des deux 
Hiftoriens on devroit attribuer 
l'erreur chronologique 3 M. de la 
Curne qui fur ce point fait céder 
l'autorité de Tite-Live à celle de 
Denys d'Halicarnaffe , croit devoir 
expofer au public les raifons de 
cette préférence. Elles fe reduifent 



ES SÇAVANS, 

à celles-ci : i°. Tout le monde con- 
vient ( dit-il ) que Denys l'empor- 
te infiniment fur Tite-Live du côté 
de l'exactitude Se de la critique : 
i°. L'ordre fuivi par le premier eft 
confirmé parles Faites Capitolins, 
eu égard à la création des deux 
Dictateurs , Se des deux Généraux 
de la Cavalerie : 3 . Plufieurs con- 
tradictions dans la narration de 
Tite - Live femblent achever de ie 
mettre dans fon tort. L'Académi- 
cien en allègue trois bien marqués , 
que l'on peut voir chez lui , Se 
d'où il conclut que l'Hiftoricn La- 
tin a mieux aimé avoiier tout d'un 
coup la confuhon qui regnoit dar.s 
l'Hiftoire de ces tems-là , que de 
prendre la peine de débrouiller un 
tel cahos -, au lieu que l'Hiftoricn 
Grec s'eft chargé de la difcuflïon des 
faits les plus embarraffés , dans la 
vue de répandre fur fon Hiftoirc 
toute la clarté Se toute la certitude 
qui peuvent inftruirefolidemcntla 
pofterité. 

XIX. Les Recherches de M. de 
Alandajors fur les Limites de la 
France & de la Gothie font voir 
avec quelle exactitude il fçait 
fouiller dans les Auteurs con- 
temporains des faits hiftoriques 
qu'il veut établir , Se avec quel- 
le vraifcmblance il fçait tirer par- 
ti de leurs témoignages en fa- 
veur de fes hypothéfes. Il s'agit 
d'abord de la premiercNarbonnoi- 
fe, qui après avoir été environ 500 
ans fous la domination des Ro- 
mains , éprouva les ravages des 
Alains Se des Vandales qui la traver- 
ferent pour pafTer en Efpagne. Ils. 



. FEVRI 

furent bien-tôt fuivis des Vifigots , 
qui marchèrent vers Narbonne , 
d'où ils furent chaffés par le Patri- 
ce Confiance , cjui dans la fuite 
leur céda une partie des Gaules de 
laquelle on ignore quelle étoit pré- 
cifément l'étendue. Mais on peut 
recueillir de Prolper , d'Ifidorcde 
Seville & d'idace , Que la féconde 
Aquitaine ex quelques Citez voifi- 
nes y étoient comprifes ; que 
leur Royaume s'étendoit depuis 
Touloufe jufqu'à l'Océan ; d'ori il 
fuit que le Querci , qui fépare Tou- 
loufe de la féconde Aquitaine , de- 
voit entrer dans la conceifion taire 
aux Vifigots , faute de quoi elle 
n'eût pas été contigue. 

Ceux-ci ,- fous l'Empire de Va- 
lentinien , mirent le Siège devant 
Arles , qu'Aëtius véritablement les 
contraignit de lever ; ce qui n'em- 
pêche point qu'on n'intere d'une pa- 
reille entreprife , que cette guerre 
leur avoir acquis toute la partie de 
la Narbonnoilc , qui s'étendoit de- 
puis Touloufe leur Capitale juf- 
qu'au Rhône , & qu'ils ne rendi- 
rent pas tout ce qu'ils avoient pu 
conquérir pendant cette conjonctu- 
re au-delà de cette conceifion faite 
à leur Roi Vallia : ce que l'Acadé- 
micien s'applique à prouver par di- 
vers faits tirés des Ouvrages de Si- 
doine Apollinaire , de Profper & 
d'idace -, d'où il refulte que depuis 
la première incurfion des Alains & 
des Vandales dans la première Nar- 
bonnoife , les Gots étoient les maî- 
tres de Nifmes toutes les fois qu'ils 
faifoient des tentatives fur Arles; ôc 
que c'eft à cet intervalle de tems 



E R. ," 1 7 j 4; 77 

qu'il eft fort vraifemblable de rap- 
porter l'érection de la Ville d'Ufez 
en Siège Fpifcopal. 

Mais quel motif ( dit notre Au- 
teur ) d'ériger en Evêché une Ville 
fi voifine de Nifmes , qui l'était 
déjà , & dont Ufez n'étoit éloignée 
que de trois lieues ? Au défaut d'e- 
claircifiemens fournis fur ce point 
par les Ecrivains contemporains, 
M. de Mandajors propofe fes con- 
jectures qui ne font pas fans beau- 
coup de probabilité , & que l'on 
peut lire chez lui. 

Il revient enfuite à ce qui con- 
cerne la première Narbonnoife. Il 
palfe en revue les Princes Vifigots 
qui la pofiederent fucceflîvemenr , 
ÔV* qui pour y faire de nouvelles 
conquêtes , fçurent profiter de la 
circonftance favorable que leur of- 
froit la foibleife des derniers Empe- 
reurs Romains. Les Vifigots fe ren- 
dirent donc enfin maîtres de Nar- 
bonne , &c d'une partie de la pre- 
mière Aquitaine , qu'ils nommè- 
rent Septimanic , avant que d'y 
avoir joint l'Auvergne; & ce fut 
par ce nom que les François dési- 
gnèrent la Gothic. 

En 507. ceux-ci , fous la condui- 
te de Clovis , en conquirent une 
partie , après la défaite d'Alaric 
Roi des Vifigots à la bataille de 
Vouillé. Clovis & fon fils Thierry, 
après cette victoire fournirent tous 
ces Pays jufqu'aux frontières des 
Bourguignons , maîtres du Vivarez 
limitrophe de l'Ufége , dont l'Au- 
teur ne doute pas que les François 
ne fe foient alors emparés ; & c'eft 
un fait dont il produit quelques 
preuves. 



7 8 JOURNAL D 

Apres la mort de Clo vis, les Vi- 
figots reprirent fur les François le 
Rouergue & quinze ParroilTcs de 
l'Ufége limitrophes du Diocéfe de 
Rhodez , & l'Evêque de cette 
dernière Ville jouit de ces Parroif- 
fes jufqu'au tems des conquêtes de 
Théodebert, qui en 533- chalîalcs 
Vifigots du Rouergue & des quin- 
ze Parroi (Tes , qu'il unitàl'Evêché 
d' ' Ariptum formé d'une partie de 
celui d'Ufez en laveur du frère de 
l'Evêque de ce Diocéfe. C'eft ce 
que l'on peut recueillir de plus 
probable d'une difeuffion critique 
alTez étendue où l'Auteur s'engage 
&c à laquelle , pour abréger , nous 
renvoyons le Lecteur. 

Les limites de la France &c de la 
Gothie marqués ici exactement par 
l'Académicien tels qu'ils étoient 
depuis les conquêtes de Théode- 
bert,rcfterent fans changement juf- 
qu'en 585. que Gontran Roi de 
Bourgogne & Childebert fils de 
Sigebert Roi d'Auftrafie , firent 
marcher des troupes vers la Septi- 
manic 5 à l'extrémité de laquelle fe 
trouvoit encore la Ville de Nifmes 
en 675. du temsde VambaRoides 
Vifigots , qui vint y alfieger un re- 
belle qu'il fit prifonnier ; &c alors 
( félon l'Hiftorien de cette expédi- 
tion ) les frontières de la France 
étoient encore très-voifïnes de cette 
Ville-là. 

Vamba de retour en Efpagne 
pour terminer les contellations en- 
tre les Evêques , fit une Ordonnan- 
ce , par laquelle il fixa les limites , 
donnant à chaque Diocéfe quatre 
termes , dont les noms très-defigu- 



ES SÇAVANS, 

rés dans le Manufcrit original im- 
primé par Duchefne font rapportés 
ici par M. de Mandajors , qui pour 
la correction de cette Pièce , hazar- 
de quelques conjectures , & y joint 
quelques réflexions qui terminent 
{on Mémoire. 

XX. M. de Foncemagne , dans 
le Mémoire Hiftorique où il exa- 
m'mçjl les filles ont été exclu/es de la 
fuccejjïon au Royaume en vertu d'une 
difpofîtion de la Loi Stlicjue , entre- 
prend deux chofes : i°. De prouver 
que dans le Royaume de- France 
purement fucccllïf-héréditaire fous 
la première Race , [ comme il croit 
l'avoir folidement établi ailleurs ] 
la fuccellîon étoit agnatique dans la 
même Race , Se que les filles en 
ont toujours été exclues par la cou- 
tume , quoique leur exclufion ne 
foit formellement énoncée dans 
aucune Loi : 2 . De faire quelques 
Obfervations fur l'état que l'on af- 
furoit aux PrincelTes filles , afin 
qu'elles puflent foûtenir la dignité 
de leur naiifance. 

i°. Il prouve d'abord fa principa- 
le propofition par une fuite Chro- 
nologique des Princefles qui n'ont 
été admifes , ni à partager avec 
leurs frères, ni à fucceder au défaut 
des mâles. De ce nombre furent 
Clotilde & Théodechilde fille de 
Clovis ; une autre Théodechilde 
fille de Thierry I. Théodebalde 
fucceda feul à fon père Théodebert 
au préjudice de fes deux fœurs. Les 
deux filles de Childebert Roi de 
Paris , n'eurent aucune part au 
Royaume de leur père , dont Clo- 
taire leur oncle fut feul héritier. 



F E V R I 

Alboin Roi des Lombards , mari 
de Clcfinde fille de Clotaire 1. ne 
réclama point la part de fa femme 
après la mort de fon beau-pere. 
Ethclbert Roi de Kent en ufa de 
même par rapport à fa femme fille 
aînée de Caribert, duquel la fuccef- 
fion } faute d'enfans mâles , échut 
aux Collatéraux. Gontran , quoi- 
que père de deux filles 3 déiîgna 
fon neveu Childebert pour fon 
fuccclTeur -, & Chilperic auquel , 
après la mort de tous fes fils il ne 
reftoit que deux filles } en fit autant 
par rapport à fon neveu fils de fon 
trcre. La réunion de tous ces exem- 
ples ( dit l'Auteur ) forme une dé- 
monltration invincible de la pro- 
pofition qu'il veut prouver tou- 
chant la fucceflîon toujours agnati. 
que en France : au lieu que dans le 
même tems , chez quelques Na- 
tions voifines , les filles tranfmet- 
toient du moins leur droit à leurs 
fils ou à leurs époux , fi elles ne 
fuccedoient pas immédiatement à 
leur père mort fans enfans mâles; 
flt c'eft de quoi M. de Foncemagne 
allègue quelques exemples. 

Delà il paffe à l'examen du pré- 
jugé commun , qui attribue l'origi- 
ne de cette exclufion des filles en 
France à la Loi Salique , regardée 
comme une Loi écrite formelle- 
ment pour les exclure du Thrône, 
Rien ( félon lui) de plus mal fonde 
que cette opinion qui n'a com- 
mencé à avoir cours qu'à la fin du 
quinzième fiécle , fur le fimple té- 
moignage de Robert Gaguin & de 
Claude de Seyjfcl. Le Recueil ou le 
Code desLoix , appellées Saliqnts 3 



E R; I7?f 19 

des Saliens , l'un des peuples de la 
Ligue Franque : ( Recueil dont la 
date ne fçauroit être poftericure à 
Clovis I. ) n'eft que la compilation 
des Reglemcns que dévoient ob- 
ferver les François établis entre la 
Forêt Charbonnière & la Loire , &c 
ne renferment aucune difpofition 
exprelTe concernant la fucceiïîon au 
Royaume. Car ce qu'on s'eft ima- 
giné y avoir quelque rapport dans 
le fixiéme paragraphe du titre 6ii 
qui porte que les mâles feuls pourront 
jouir de la terre Salique , & que les 
femmes n'auront aucune part k l'héri- 
tage , ne regarde que les fuccef- 
fions entre les particuliers & même 
en ligne collatérale. Rien ne fonde 
l'application qu'on en fait à la Cou- 
ronne -, & il n'eft pas vraifemblable 
que les Auteurs de la Loi ayent ré- 
glé par un même décret l'état des 
Rois 8c l'état des Sujets; renvoyant 
à la fin du Décret } comme un Sup- 
plément ou un acceffbire , l'article 
concernant les Rois } & s'expli- 
quant en deux lignes fur une ma- 
tière de cette importance. Le Texte 
du Code Salique doit donc s'enten- 
dre uniquement ( continue l'Aca- 
démicien ) des terres de conquête 
diftribuées aux François , en re- 
compenfe S: à condition du fervice 
militaire , à mefure qu'ils s'établif- 
foient dans les Gaules ; & les fem- 
mes qui fe trouvoient dans l'im- 
puiffance de remplir une telle con- 
dition , dévoient être exclues de la 
recompenfc par la Loi , dont te! 
étoitle fens & l'efprir. 

M. de Foncemagne non content 
de ce raifonnement contre fe6 ad- 



8o JOURNAL D 

verl'aires , en employé un autre en- 
core plus décifif fondé fur cette ob- 
servation , Que malgré cette Loi 
des Saliens , l'ufage de ne plus di- 
ftinguer les fexes dans le partage 
des terres Saliques s'étoit introduit 
chez les François , dès le règne de 
Dagobert I. fous lequel écrivoit 
Marculphs . qui nous a confervé la 
formule , fous laquelle un père 
étoit maître de rappeller fes filles 
à fa fucccffion. Or en vertu de cet 
ufage ( dit l'Académicien ) rien 
n'empcchoit que les Rois ne puf- 
fent rappeller leurs filles à la fuc- 
celTion du Royaume , puifque dans 
le Syftême de fes adverfaires , ce 
Royaume étant une terre Salique , 
devoit neceflairement fuivre la 
condition de ces fortes de terres ; 
d'où il s'enfuivroit que les filles en 
certains cas pouvoient fucceder au 
Royaumejenforte [ajoute l'Auteur] 
que la confequence qui refultoit du 
principe qu'ils pofoicnt dctrui- 
foit l'opinion qu'ils prétendoient 
établir. D'ailleurs, fuivant l'obfer- 
vation de Chanterean-le Févre , les 
Loix Saliques n'obligeant que les 
Saliens , n'auroient pu renfermer 
un Décret obligatoire pour les au- 
tres peuples de la domination Fran- 
çoife , tels que les Ripuaires les 
Thuringiens , les Saxons , qui 
avoient leurs Loix à part. 

M. de Foncemagne ne nie pour- 
tant pas que le chapitre 61 du Code 
Salique dont il s'agit , ne puilTe 
s'appliquer indirectement à la fuc- 
cclïîon au Royaume. Mais cette 
application indirecte n'étant point 
développée par la Loi même , on 



ES SÇAVANS, 

peut foûtenir que l'exclufion des 
femmes par rapport à la fucceiîion 
au Royaume de France n'eft fondée 
que fur une Coutume immémoria- 
le , qui a pu me nommée Loi Sœli- 
(jne , parce qu'elle en a voit la force 
chez les premiers François , qui 
l'avoient empruntée des Germains, 
parmi lefquels des le tems de Taci- 
te elle étoit obfervce. Ce droit fon- 
damental du gouvernement Fran- 
çois dont l'écriture ne fçauroit fixer 
l'époque devient plus refpêctable 
par l'autorité de fon origine. » Tel 
» que ces maifons illuftres ( conti- 
» nue l'Auteur ) de qui la haute no- 
» bielle s'eft perpétuée par une 
» pofleflîon dont le principe le 
n perd dans les ténèbres du paiTé ; 
» & qui font d'autant plus grandes 
» à nos yeux , qu'aucun titre pri- 
j> mordial ne décelé lés commen- 
» cemens de leur grandeur. 

A cette reflexion l'Académicien 
en joint une autre qui en eft une 
fuite , & qui ne paroît pas moins 
folide. Elle nous tait fentir l'avan- 
tage de la Coutume fur la Loi , le- 
quel confiite en ce que la première 
tire toute fa force d'une pratique 
volontaire ; au lieu que la féconde, 
en restreignant la liberté publique , 
a toujours quelque chofe d'odieux, 
qui la fait plus ou moins refpe&er, 
félon le degré de puiiTance qui 
l'accompagne , & quelquefois mê- 
me abroger par le non- ufage. 

a. M. de Foncemagne , dans la 
féconde partie de fon Mémoire, 
recherche quel dédommagement les 
PrincelTes filles , dans la première 
Race , avoient à cfperer du tort 
que 



F E V R I 

que leur faifoit la Coutume : & il 
en trouve trois ; i°. Le nom de 
Reines qu'on leur donnoit , & qui 
leur étoit un préfige de l'alliance 
qu'elles dévoient un jour contracter 
ûvec quelque Roi étranger ; autre- 
ment elles gardoient le célibat ; 
2°. en parlant d'elles , après leur 
mort , on joignoit à leur nom la 
qualification de glorieufe ou à'heu- 
reitfe mémoire , comme aux têtes 
couronnées ; 3". enfin on leur afiî- 
gnoit des terres Se desVilles mêmes 
d'un revenu fuftîfant pour leur fub- 
fiftance , foit du vivant de leur pè- 
re , foit après fa mort. Elles joiïif- 
foient apparemment de quelques 
droits Régaliens dans l'étendue des 
lieux qu'on leur abandonnoit: mais 
elles n'avoient que l'ufufruit des 
terres & des Villes qu'elles pofle- 
doient , &c dont après leur mort la 
propriété étoit réunie au fife : en 
quoi elles n'étoient pas traitées plus 
favorablement que les Reines veu- 
ves des Rois. Elles ne dévoient tou- 
cher les revenus qui leur étoient ac- 
cordés , que tant qu'elles feroient 
leur féjour en France. 

La coutume généralement obfer- 
vée chez, les François de ne point 
doter les filles en les mariant , fon- 
doit la maxime politique , quidé- 
fendoit que les terres ou l'argent 
du fife devinrent la dot des filles 
des Rois. Il en étoit de même chez 
les Bourguignons , & félon Tacite, 
chez les Germains. C'étoient les 
peres de ceux qui les époufoient 
qui leur conftituoient une dot , la- 
quelle ne doit pas être confondue 
avec le douaire , que l'époufc ne 
février. 



E R , 1 7 5 4. g r 

recevoit que le lendemain de fes 
noces , à fon premier réveil , &: que 
les Loix Ripuaires appellent Mor- 
gangeba. Cette Coutume avoit éga- 
lement lieu dans les mariages des 
Souverains & dans ceux des parti- 
culiers. Les Rois cependant déro- 
geoient quelquefois à cette Coutu- 
me , & donnoient à leurs filles des 
fommes confiderables à titre de 
prefent -, mais fans les prendre fur 
le tbréfor public. 

C'eftainfi qu'en ufa Chilperic L 
en mariant fa fille auRoid'F.fpa- 
gne ; & la Reine Frédégonde mère 
de la Princeffe exeufoit les dons 
immenfes qu'elle lui faifoit en di- 
fant que c'étoit le fruit de fon travail 
& de ïœconomie avec {agnelle etls 
avoit adminiflré les biens dont elle 
joiujfoit ; exeufe qui devenoit d'au- 
tant plus necefiaire , que cinquante 
chariots pouvoient à peine conte- 
nir l'or, l'argent, les meubles & 
les habits que fa fille emportoit 
avec elle. Oeil à quoi répondoit la 
magnificence de fon cortège , dé- 
crit par M. de Foncemagne , qui a 
foin d'appuyer fes Obfervations 
hiitoriques par plufieurs exemples 
ou preuves , dont le choix & l'ar- 
rangement font honneur à fon dif- 
cernement , à fon exa&itude & à fa 
précifion. 

XXI. L'explication du Ai on li- 
ment fingulier de Guillaume le Con- 
quérant , donné il y a fix ans par M. 
Lancelot n'en éclairciffoit qu'une 
très-petite portion. Il doit aux re- 
cherches de Dom Bernard de 
Montfaucon la découverte entière 
d'une Pièce fi curieufe , qui eit une 
L 



82 JOURNAL D 

tapiflerie très-ancienne de l'Eglife 
de Bayeux , que ce dernier a fait 
copier très- fidèlement far le lieu 
même par fon Deflinateur envoyé 
exprès. Pour avoir une copie encore 
plus exacte des Infcriptions qu'on 
y lit, M. Lancelot a eu recours à 
M. l'Evêque de Bayeux^quia char- 
gé de cette revifion une perfonne 
intelligente : enforte qu'il n'y a 
plus rien à fouhaiter pour l'entier 
éclairciflement de cette tapifTerie. 

C'cft une Pièce de toile de lin 
de 19 pouces de haut 6c de 110 
pieds 1 1 pouces de long , fur la- 
quelle on a tracé des figures avec de 
la Lune couchée & crotfée, a peu près 
comme on hache une première penfèe 
an crayon : ce font les termes de la 
lettre écrite de Bayeux à M. Lance- 
lot. Cette tapiflerie qui ne fait 
qu'une feule pièce , &c que l'on ex- 
pofe dans la Nef de la Cathédrale 
de Bayeux pendant ce qu'on y ap- 
pelle l'Oflave des Reliques ; paroît 
n'avoir jamais été achevée ; & com- 
me l'extrémité commence à fe gâ- 
ter , le Chapitre , pour en prévenir 
un déperiflement plus confidera- 
ble , l'a fait doubler , &c a dépofé 
dans les Archives une copie des 
Infcriptions qu'elle porte. On l'ap- 
pelle d'ordinaire dans le Pays la 
Toilette du Duc Guillaume , fur la 
foi de la feule tradition , qui veut 
aulliquece foit Mathilde ou Ma- 
hault de Flandres , époufe de ce 
Prince , qui l'ait tifTuë elle-même 
avec fes femmes. 

Cette tradition paroît d'autant 
mieux fondée à M. Lancelot , que 
Hé goût du travail, les armes, les 



ES SÇAVANS, 
habillemens , les inftrumens de 
Guerre & de Marine que prefente 
cet Ouvrage , concourent à le faire 
placer dans un fiécle qui ne foit 
point pofterieur à celui de Guillau- 
me le Bâtard ; outre que certaines 
particularitez de la conquête d'An- 
gleterre qui y font rapportées , & 
qui ont échappé à tous les Hifto* 
riens, prouvent qu'il n'a pu être tra- 
vaillé que par des témoins oculaires 
des évenemens qui y font reprefen- 
tés , & aufquels perfonne ne pou- 
voit s'interelTer davantage que cet- 
te Princefle. Sans compter qu'Eu- 
des frère utérin de Guillaume étant 
alors Evêque de Bayeux", aura pu 
facilement obtenir de Mathilde un 
pareil prefent pour cette Eglife. 
Or cette Princelfe ( obferve l'Aca- 
démicien ) étant morte en 1083- 
elle ne put continuer cet Ouvrage, 
qui finit à la bataille de Senlac, fans 
aller jufqu'au couronnement de 
Guillaume , qui fans doute n'eût 
pas été oublié. D'où il paroît qu'u- 
ne antiquité de plus de 600 ans 
rend ce Monument d'autant plus 
digne d'être tiré de l'obfcurité oùv 
on l'avoitlaifTé depuis lî long-tems. 
M. Lancelot reprend donc ici 
l'explication détaillée du premier 
morceau qu'il en donna dès l'année 
1724. Se il le continue avec la mê- 
me exactitude & la même fagacité , 
citant allez fouvent le Roman de 
Rou écrit par Robert Waice , & le 
faifant d'autant plus volontiers , 
que cet Auteur ne vivoit que 59 
ans après la conquête de l'Angleter- 
re , qu'il étoit Chanoine de Bayeux,, 
& qu'il aura pu v«ir fouvent cette. 



FEVRI 

tapiflerie , d'où il aura vraifembla- 
blemcnt tire pluficurs faits qu'il 
n'a pu emprunter d'ailleurs , puif- 
que nul autre Hillorien n'en fait 
mention: d'où il arrive ( dit l'Au- 
teur ) que la tapifferie & le Ro- 
mancier le fervent réciproquement 
de garans d'autant moins reprocha- 
bles , qu'ils font contemporains. 

Nous n'entreprenons pas ici de 
fuivre l'Académicien dans tout le 
détail où il entre , ce cjui nous mè- 
nerait trop loin , & ce qui ne fçau- 
roit être entendu bien clairement 
qu'en lifant en entier & les figures 
fous les yeux , fon explication. 
Nous nous arrêterons feulement 
fur quelques endroits qui nous pa- 
roîtront mériter par leur fingulari- 
té une attention plus particulière ; 
par exemple fur les circonstances 
niitoriques qui ne fe trouvent men- 
tionnées que dans cette tapiflerie , 
de même que fur les moeurs & cou- 
tumes de ce tems-là qui font atte- 
flées par ce Monument. 

L'emprifonnement de Harold à 
Beaurain fur la Canchc par l'ordre 
de Guy Comte de Ponthieu, eft un 
fait ignoré des autres Hifloriens. 
L'expédition queGuillaume accom- 
pagné deHaroldfitenBretagnecon- 
trele Comte Conan, n'eft racontée 
que par Guillaume de Poitiers^ mais 
fon récit nous en apprend beaucoup 
moins que la tapillerie. Elle repre- 
fente en effet la prife de Dinant en 
Bretagne par le Duc Guillaume ; 
exploit dont aucun Hiftorien na 
parlé. Cette guerre de Bretagne 
donne occaiîon à M. Lancelot de 
décrire une fois pour toutes les ha- 



E R , i 7 5 4; 8 1 

billemens de guerre , les armes tant 
défenfives qu'offenfives , les har- 
nois de chevanx , les étendarts, &c. 
tels que les offre à nos yeux la ta- 
pifferie. 

Après l'expédition de Bretagne , 
Guillaume & Haiold vinrent à 
Baveux, où (félon la TapifTerie ) 
Harold jura fur les Reliques des 
Saints qu'il tiendrait inviolable- 
ment la parole qu'il avoit donnée à 
Guillaume pour la fucceffion d'An- 
gleterre. Prcfque tous les Hifto- 
riens varient fur le lieu où fe fit ce 
ferment. Cette variation ( dit l'Au- 
teur ) paraît décidée par la Tapif- 
ferie 6c le Roman de Rou , qui dé- 
pofent l'un & l'autre pour Baveux: 
ce qui eft d'autant plus probable 
qu'Eudes frère utérin de Guillaume 
étant alors Evêque de cette Ville- 
là , détermina fans doute le Duc à 
choifir cette Eglife pour une telle 
cérémonie ; fur-tout , s'il eft vrai 
comme l'affurent quelques Hiflo- 
riens , que Guillaume ait employé 
dans la preftation de ce ferment 
une petite fupercherie dont l'Evê- 
que fon frère étoit à portée de lui 
faciliter l'exécution. Cette fuper- 
cherie conflftoit à rendre le ferment 
de Harold plus folcmnel, en le 
fiifant jurer fur un plus grand 
nombre de Reliques choifîes qu'il 
ne croyoit. Guillaume fit emplir 
de Reliques une cuve , un coffre 
ou une huche , & mit par deffus un 
Reliquaire ordinaire fur lequel 
Harold fit fon ferment félon la for- 
mule ufitée : après quoi Guillaume 
pour lui infpirer plus de refpccl: Se 
de religion lui montra le tréfordes 
Lij 



84 JOURNAL DE 

Reliques , fur lequel il avoit juré 
fans le fçavoir. Mais c'efl: un fait 
pour la vérité duquel la Tapilferie 
ne fournit aucune induction. 

Ici M. Lancelot difeute les droits 
de Guillaume & de Hivold à la fuc- 
ceflion du Royaume d'Angleterre; 
& après avoir balancé fur ce point 
les fentimens 6i les témoignages 
des divers Hiftoriens , il décide en 
faveur de Guillaume. A Foccafion 
de la mort d'Edouard &c de fa 
pompe funèbre reprefenrée fur la 
TapifTerie, M. Lancelot fait plu- 
fîeurs obfervationscurieufes furies 
ufiges pratiqués alors dans les fu- 
nérailles. 

La mort d'Edouard fur la Tapif- . 
ferie , eft fuivie du couronnement 
de Harold , de l'apparition d'une 
Comète, des préparatifs de Guil- 
laume pour palTer en Angleterre , 
de l'équipement de fa flotte , de 
fon embarquement , de fon heu- 
reufe navigation , de fon débarque- 
ment à Pemfey dans le Comté de 
Suflex. On voit le grand -feftin que 
donna Guillaume à fes Officiers 
pour les diftraire de la vue du dan- 
ger qu'ils couroient ; le Confeil te- 
nu furie parti qu'il y avoit à pren- 
dre , & dans lequel il fut refolu 
qu'on fe retrancheroit à Haftings ; 
les travaux que l'on y fait , & aux- 
quels le Duc préfide , la nouvelle 



S SÇAVANS , 

qu'il reçoit qu'Harold s'avance avec 
fes troupes > la fortie de Guillaume 
hors de fes retranchemens ; la mar- 
che de fon armée , dans laquelle 
on diftingue le Duc , l'Evéque de 
Bayeux ou le Comte de Mortain } 
autre frère utérin de Guillaume , le 
Sénéchal , le Gonfanonicr ; le re- 
tour d'un Cavalier que le Duc avoit 
envoyé à la découverte ; un efpion 
de Harold , qui obferve l'armée de 
Guillaume ; celui ci haranguant (es 
troupes ; la difpofition de fon ar- 
mée , enfin la bataille de Senlac , 
ou font tués les deux frères de Ha- 
rold : le danger que court une par- 
tie de l'armée de Guillaume pour 
s'être engagée mal-à-propos dansdes 
herbages , & Guillaume levant fon 
cafque pour fe faire voir à fes Sol- 
dats , parmi lefquels le bruit de fa 
mort s'étoit répandu , quoiqu'il ne- 
fût que bleifé ; enfin la déroute en- 
tière des Anglois Si la mort de Ha- 
rold. 

M. Lancelot en fuivant pied à- 
pied les differens morceaux de cet- 
te Tapiiïerie , vient à bout de nous 
donner une Hiftoire complette & 
critique de cette fameufe conquête, 
fur laquelle il raflemble les témoi- 
gnages de prefque tous les Auteurs 
qui en ont fait mention ,. &c nous- 
met en état d'apprétier au jufte ce 
qu'ils nous en apprennent. 



F E V R I E R, 1734. 



8s 



HISTOIRE VN1VER RSELLEDETVIS LE COMMENCEMENT 

du monde jufquaprefent , traduite de l'slnglois , d'une Société de gens de 
Lettres. Tome I. contenant l' Hiftoire ZJniverfelle jufe/n'à Abraham l' Hi- 
ftoire d'Egypte , & F Hiftoire des anciens peuples de Canaam. Imprimée 
à la Haye , & fe vend à Paris , chez Chaubert , Libraire du Journal des 
Sçavans -, Gijfey , Ofmont , Hourdel , Httart, David le jeune , & Cloufier. 
I73I./W-4 9 . pp. £31. 



CEUX qui donnent au public 
des Ouvrages qui doivent 
compofer un grand nombre de Vo- 
lumes , expliquent ordinairement 
dans une Préface , l'ordre de la mé- 
thode qu'ils fe propolent de fuivre, 
&leur plan général. Nos Auteurs 
n'ont pas cru devoir fe conformer 
à cet ufage. Us ont mieux aimé 
qu'on jugeât de leur deilein par 
l'Ouvrage même que par une expo- 
fition générale où les Auteurs pro- 
mettent fouvent beaucoup plus 
qu'ils ne tiennent & qu'ils ne peu- 
vent tenir. Us avertirent feule- 
ment, après quelques réflexions fur 
la Chronologie des premiers tems , 
qu'ils ont travaillé à cette Hiftoire 
du mieux qu'il leur a été polTible , 
«Se ils fe flattent de n'y avoir fait 
que des fautes excufables ; car pour 
une Hiftoire Univerfelle fans dé- 
fauts , ils croyent qu'on ne la verra 
que la même année qu'on trouvera 
le mouvement perpétuel , Se la 
Pierre Philofophaie. Us ajoutent 
qu'ils ont pris la liberté de traduire 
& même de copier quelques en- 
droits des Auteurs dont les Ouvra- 
ges les ont aidé à former leur Hi- 
ftoire , quand ils ont cru pouvoir 
contribuer par-là à l'utilité ou à' 
fombeliflement de l'Ouvrage. Ne 



trouvant , difent-ils , après M. Le- 
wis , ni mérite ni génie , à changer 
le ftile d'un Auteur, dans h feule 
vue de cacher l'ignorance du Copi- 
fte, ou de fe diipenfer du devoir 
d'une jufte reconnoiflance. 

Us entrent en matière par une in- 
troduction qu'ils intitulent Cof- 
mogonie ou Création du monde. Us 
y font voir que Dieu eft créateur de 
l'Univers , tant à l'égard de la ma- 
tière que de la forme , & que les 
difhcultez qu'on oppofe contre la 
Création , & contre l'exiftence de 
la matière, viennent plutôt de la 
foibleffe de notre entendement 
qui n'a point d'idées diftinéles de 
l'éternité & de l'efpace que de la 
chofe même. Ce qui fuit dans cette 
expofition eft plus hiftorique , les 
Auteurs y rapportent les fentimens 
des Philofophes anciens, des Héré- 
tiques & de quelques Philofophes 
modernes , & des differens peuples 
de l'Aile , comme des Chinois, des 
Japonnois & des Siamois au fujet 
de la création du monde. Us n'ou- 
blient pas dans le détail de ces faits 
ceux qui admettent deux principes, 
non plus que ceux qui croyent que 
Dieu eft l'ame du monde , & que. 
l'Univers entier eft Dieu même ., 
ou ceux qui admettent des Natures 



8<? JOURNAL D 

Plaftiques. Ils paffent à la création 
de la manière dont Moyfe l'expofc 
dans le premier chapitre de la Ge- 
néfe , cv ils expliquent à cette occa- 
fion les Syftêmes fur la formation 
de l'Univers de trois Philofophes 
modernes, Defcartes , le Docteur 
Burnet & M.Wifton. Us préten- 
dent qu'on a fait des objections 
contre l'Hypothéfe de Defcartes 
qui la détruifent de fond en com- 
ble. Le Syftême de M. Burnet leur 
paroît contraire en plusieurs points 
aux loix de la Phyfique , & à la 
lettre de l'Ecriture , à l'égard de la- 
quelle M. Burnet s'eft donné une 
grande liberté. Car il a fuppofé que 
les Ecrivains Sacrés fidèles dans 
leur récit à l'égard des véritez géné- 
rales &c fondamentales , fe font 
énoncé du refte d'une manière my- 
ftique & Mythologique, plus con- 
venable aux idées qu'ils vouloient 
exciter dans l'efprit de leurs Lec- 
teurs qu'à la réalité des chofes. Le 
Syftême de M. "Wifton que nos 
Auteurs croyent plus conforme 
aux principes de la Philofophie & à 
la lettre de l'Ecriture que les deux 
précedens leur femble encore fujet 
à de grandes difficultez. Ils fe re- 
duifent par cette raifon à dire 
qu'on ne doit point rechercher 
d'autre explication de la création 
du monde que celle que prefente le 
fens littéral du premier chapitre de 
la Cenéfe. Ils rapportent fur la for- 
mation de l'homme les idées de 
quelques Rabinsquiont cru qu'A- 
dam avoit été créé maie & femelle, 
& lcsTraditions des Mahometans 
furie même fujet. Us font perfuadés 



ES SÇAVANS, 

que l'ame de l'homme étant fpiri- 
tuelle ne peut être propagés par la 
génération , &c que toutes les âmes 
n'ont point été créées en même 
tems. Us rejettent aulfi l'opinion 
des Préadamites ; mais ils croyent 
que les Anges ont été créés , & que 
la chiite des mauvais Anges eft ar- 
rivée avant la création du monde 
ÀfofaijHe. 

Après cette introduction vient le 
commencement de l'Hiftoire Uni- 
verfelle , dont les quatre premiers 
chapitres remplirent le refte du 
Volume. 

Dans le premier Chapitre nos 
Auteurs parlent de la création de 
l'homme , de fon fejour dans le Pa- 
radis Terreftre , de fa chiite , & de 
ce qui eft arrivé dans l'Univers de- 
puis Adam jufqu'au Déluge. S'ils 
s'étoient bornés à ce que l'Ecriture 
Sainte nous apprend par rapport à 
cette première époque ; ce Chapi- 
tre auroit été très-court , mais ils 
traitent à cette occahon plusieurs 
queftions fur lefquelles ils rappor- 
tent les fentimens des Auteurs , & 
ils font plufieurs Obfervarions Cri- 
tiques , fans oublier des idées fin- 
gulieres des Rabins & des Maho- 
metans. Nous ne fuivrons point nos 
Auteurs dans ce détail , il nous 
fufTira d'en rapporter quelques 
traits. Nous tirerons le premier 
exemple de la fituation du Paradis 
Terreftre. 

Quelques Auteurs des premiers 
fiécles de l'Eglife ont cru qu'il n'y 
avoit point eu de Paradis Terreftre 
proprement dit , de que tout ce 
qu'en rapporte l'Ecriture Sainte 



FEVRI 

doit être regardé comme une allé- 
gorie. D'autres l'ont placé dans le 
troifiéme Ciel , d'autres dans la 
Lune , d'autres dans la moyenne 
région de l'air. Il y a encore un 
grand partage d'opinions entre 
ceux qui ont été convaincus par 
l'Ecriture Sainte , que le Paradis 
Terreftre étoit fur notre terre. Il 
n'y a point de partie du monde 
dans laquelle ils ne l'ayent mis. Il 
y a même des Ecrivains qui ont 
avancé qu'il étoit en Suéde. Des 
trois Syftêmes qui font à prefent 
adoptes le plus communément par 
les Sçavans , le premier qui place 
le Paradis Terreftre près de Damas 
en Syrie , vers les fourecs du Jour- 
dain , paroît à nos Auteurs le plus 
mal tonde , n'ayant , félon eux , 
aucun des caractères marqués dans 
la deferiptionde Moyfe : ils rejet- 
tent aulli le fentiment de ceux qui 
placent le Paradis Terreftre en 
Arménie , entre les fources du Ti- 
gre , de l'Euphrate , de l'Araxe &c 
du Phafe , parce que le Phafe ne ti- 
re pas fa fource des montagnes 
d'Arménie , mais du MontCauca- 
fe, félon les Cartes les plus exactes, 
& que cette rivière ne coule pas du 
Midi au Septentrion , mais du Sep- 
tentrion au Midi. Le troifiéme Sy- 
ftême eft celui qui place le Pa- 
radis Terreftre fur le confluent du 
Dilat & du Phrat, qui commence à 
deux journées au-deiïusde Bafrah , 
èi qui environ cinq lieues au-def- 
fous fc partage en deux ou trois ca- 
naux qui fe jettent dans le Golphe 
de Perfc. Mais ces deux branches 
du Phrat ne paroiflent point à nos 



E R ; i 7 3 4. § 7 

Auteurs allez confiderables ] pour 
reprefenter le Phiforr & le Ghion. 
Mais en faifant quelques change- 
mens à ce Syftême, on pourrait 
félon nos Auteurs , placer le Para- 
dis Terreftre au deflus de l'endroit 
où l'Euphrate & le Tigre fe joi- 
gnent , & où ils trouvent deux 
grands bras qui environnent le Pais 
où ces fleuves fe joignent. Bras qui 
reprefenteroient le Phifon & le 
Ghion. Après tout ils font perfua- 
dés qu'il n'eft pas neceflaire de s'in- 
quiéter C\ fort fur cette matière, 
parce qu'ils font convaincus •> que 
nia description de Moïfe ne s'ac- 
» corde pas avec l'état des chofes 
» telles qu'elles font à prefent , ou 
» telles qu'elles ont jamais été, au 
» moins fuivant les apparences. 
» Puifqu'il n'y a point de fleuve 
3) commun , dont les quatre rivie- 
» res puiflent proprement être ap- 

» pellées des branches mais 

» nous devons confiderer la deferi- 
»ption de Moïfe conformément 
» aux notions imparfaites , qu'on 
» avoir des chofes dans les premiers 
» fiécles du monde. « Ce qui re- 
vient en quelque façon au fenti- 
ment de ceux qui font perfuadés 
de l'exiftence du Paradis Terreftre , 
mais qui croyent qu'on cherche 
inutilement à en fixer la fituation. 

Nos Auteurs parlant du Serpent 
dont le Démon avoit emprunté le 
corps pour tenter Eve, prétendent 
que ce n'étoit pas un Serpent de 
l'efpece ordinaire , mais de ces for- 
tes de Serpens brillans & aîlés qui 
naiftenten Arabie &c en Egypte. Ils 
font d'une couleur jaune &: brillan~ 



88 JOURNAL DE 

te , & lorfque les rayons du Soleil 
donnent fur leurs aîles , leur réfle- 
xion fait un effet magnifique. Un 
pareil animal écoit très-propre au 
defteindu Démon , & nos Auteurs 
croyent qu'Eve le prit pour le 
corps de quelqu'un des Anges 
qu'elle étoit accoutumée de voir. 

Après ce que nos Auteurs ont 
tiré de l'Ecriture Sainte pour l'Hi- 
ftoire Univerfelle pendant le pre- 
mier âge , ils rapportent ce que 
quelques Hiftoriens Prophanes ont 
publié pour l'Hiftoire jufqu'au 
tems du Déluge , ils tirent ce qu'ils 
en difent des Antiquitez Phénicien- 
nes de Sanchoniaton , des Anti- 
quitez Babyloniennes de Berofe ou 
plutôt des Fragmens qui reftent de 
cet Auteur , & de Manethon , par 
rapport à l'Egypte. Ils laiflent à 
leurs Lecteurs à juger de ce qu'on 
doit penfer de ce que racontent les 
Ecii vains des Antiquitez de ces 
trois Pays differens. 

Le Chapitre fécond de ce Volu- 
me contient l'Hiftoire générale de- 
puis le Déluge jufqu'à la naiflance 
d'Abraham; ce qui leur fournit le 
plus de matière dans cette féconde 
époque ..eft la difperhon du genre 
humain , après la contulîon des 
Langues , £c la fondation des diffé- 
rentes Nations , fur laquelle nous 
obfcrveronsque nos Auteurs n'ont 
pas cru devoir autant s'arrêter aux 
conjectures tirées de quelque ref- 
femblance de nom, que l'ont fait 
quelques Sçavans du dernier liecle. 
Il n'y a d'Hiftoriens Prophanes que 
Sanchoniaton , dont ils ayent tiré 
quelques traits pour le tems qui 



S SÇAVANS; 

s'eft écoulé depuis le Déluge juf- 
qu'à la naiflance d'Abraham , tou- 
jours avec la précaution de s'en re- 
mettre aux Lecteurs fur la foi 
qu'ils doivent ajouter à Sanchonia- 
ton. 

Par rapport à la Chronologie 
pour ces deux premiers âges , nos 
Auteurs l'ont fixé fur le Texte Sa- 
maritain du Pentateuque, qui tient 
le milieu entre le nombre de l'Hé- 
breu , qui leur paroît trop 
borné , & le nombre des Septantes 
qui leurfembleexceffif. Ilscroyenc 
que le Texte Hébreu a été corrom- 
pu , & que les véritables nombres 
fe font confervés dans le Texte Sa- 
maritain -, ils prétendent que ce 
dernier calcul convient le mieux 
avec la nature &■: les circonftances 
de l'Hiftoire des anciens tems con- 
tenue dans le Pentateuque , cv qu'il 
fe trouve confirmé d'ailleurs parle 
témoignage de l'Hiftoire Prophane 
qui ne doit point être négligée. 

Dans le troifiéme Chapitre eft: 
contenue l'Hiftoire d'Egvpte juf- 
qu'au tems d'Alexandre le grand. 
Elle eft divifée en fix fections , 
dont la première contient une def- 
cription de l'Egypte , par rapport 
à la Géographie , à l'Hiftoire Natu- 
relle du Pais , fur- tout pour le dé- 
bordement du Nil , &£ aux Ouvra- 
ges de l'art comme font les Pyrami- 
des , le Labyrinthe, les Palais , le 
Lac Mxris , &.c le Gouvernement, 
les Loix , la Religion , les Coutu- 
mes , les Arts , les Sciences & le 
Commerce des Egyptiens font le 
fujet de la féconde Section. No,* 
Auteurs ont recueilli ce que Diodo 



F E V R I 

ïe de Sicile , Hérodote Se d'autres 
•Ecrivains tant anciens que moder- 
nes ont dit fur ce fujet, qui paffe 
pour un des morceaux des plus in- 
tereflans de l'ancienne Hiftoire 
Prophanc ; parce qu'on a cru que 
.c'étoit dans l'Egypte qu'il falloit 
chercher l'origine du bon gouver- 
nement , des Sciences Se des Arts. 

On explique dans la troifiéme 
Se&ion les différentes Dinafties des 
Rois d'Egypte Se la fuite de ces 
Rois , fuivant Africanus , Eufcbe , 
Hérodote , Diodore de Sicile , Se 
d'autres Hiftoriens. Nos Auteurs 
font des reflexions fur les différen- 
tes Tables Chronologiques qu'ils 
prefentent aux Lecteurs , Se ils a- 
vouent enfuite que ce feroit fe don- 
ner une peine très-inutile de vou- 
loir dreffer une Table générale qui 
les accordât entr'elles , auffi- bien 
qu'avec l'Ecriture Sainte Se avec 
les Obfervations Chronologiques 
des autres Hiftoriens. 

Nos Auteurs tâchent dans la 
troifiéme Section de tirer quelques 
traits hiftoriques de ce qu'on rap- 
porte d'Ofiris , d'Ifis , de Typhon, 
& d'Orus , puis ils reviennent dans 
la Section furvante au tems auquel 
on dit ordinairement que unifient 
les règnes fabuleux , quoique 
l'Hiftoire en foit encore bien obf- 
cure Se bien confufe. Quand Héro- 
dote Se Diodore de Sicile font dif- 
ferens entr'eux , ce qui arrive très- 
fouvent , nos Auteurs rapportent 
les faits , fuivant que les racontent 



E R ; 1734; 89 

l'un Se l'autre de ces Hiftoriens ; ils 
y joignent quelques traits tirés de 
l'Ecriture Sainte ou de .lofeph. 

Ils finiffent ce Chapitre par la 
fuccefiion des Rois d'Egypte , fui- 
vant les Hiftoriens Orientaux qui 
font tous differens des Hiftoriens 
Grecs , foit par rapport aux noms 
des Rois s foit par rapport à leurs 
actions. 

Le quatrième Chapitre , qui eft. 
le dernier de ce Volume,compiend 
l'Hiftoire des peuples avec lcfquels 
les Ifraclitcs eurent à faire avant 
que de pofteder le Pays de Canaam. 
C'eft a-dire , des Mohabitcs , des 
Ammonites , des Madianitcs , des 
Edomites , que la Vulgate appelle 
ordinairement Iduméens, des A- 
malécites , des Cananéens , Se des 
Philiftins. Ce qui fournit la matiè- 
re de fept Sections , dans chacune 
defquelles nos Auteurs s'attachent 
à déterminer autant qu'ils le peu- 
vent , la fituation du Pays que cha- 
cun de ces peuples occupoit , Se 
celle de leurs Villes principales la 
forme de leur gouvernement , Se 
leur Hiftoire dont les faits font 
bien conftans, puifquenos Auteurs 
fe bornent à ce qu'en rapporte 
l'Ecriture Sainte , les Hiftoriens 
Prophanes n'ayant point parlé de 
ces différentes Nations. Nous 
croyons que les Lecteurs verront 
avec plaifir réuni en un même arti- 
cle ce que les Hiftoriens Sacrés 
nous ont tranfmis fur chacun de 
ces peuples. 



Février. 



M 



9 o JOUHNÂI DES SÇAVANS; 

SVÎTE DES ELOGES DES ACADEMICIENS DE 

l'Académie Royale des Sciences , morts depuis l'an 1712. Par Ai. de 
Fontenelle Secrétaire de l'Académie Royale des Sciences. A Paris, chez 
Chaubert , Libraire du Journal ; Ofmont , rue S. Jacques ; Hourdel s 
Quai des Auguftins -, Huart l'aîné , rue S. Jacques ; Gijfey , rue de la 
Vieille Bouderie ; David le jeune , Quai des Auguftins ; Cloufier , rue 
S. Jacques. 1733. vol. in-11. pp. 332. 



DANS un Avertiffement qui 
eft à la tête de ce Recueil , 
on informe les Lecteurs que dans 
la dernière Edition des Oeuvres de 
M. de Fontenelle, imprimée à Pa- 
ris en trois Volumes in-li. chez 
Michel Brunet en 1724. le troifiéme 
Volume eft compofe des Eloges des 
Académiciens de l'AcadémieRoya- 
le des Sciences , morts depuis i<f 99. 
jufqu'en 1722. & que comme de- 
puis ce tems-là , il s'eft trouvé du 
même Auteur , un allez grand 
nombre de pareils Eloges pour en 
former un Volume nouveau , on a 
cru devoir donner celui-ci qui fera 
la fuite des trois précedens. 

Après cet avis , viennent les Elo- 
ges dont il s'agit,qui font au nom- 
bre de quatorze. Sçavoir , l'Eloge 
du Czar Pierre I. &c ceux de Mef- 
fieurs Littre , Artfoéker , Deliile 3 
de Malezieu , Neuton , du Père 
Reyneau , de M. le Maréchal de 
Tallard, du Père SebaftienTruchet, 
de Mefïïeurs Bianchini , Maraldi , 
de Valincourc , de Marfigli , du 
Verney. 

L'Eloge du Czar Pierre 1. eft im- 
primé dans l'Hiftoire de l'Acadé- 
mie Royale des Sciences année 
1725. Nous marquerons de même 3 
en parlant des. autres Eloges 3 les 



Volumes de l'Hiftoire de l'Acadé- 
mie , dans lefquels ils font impri- 
més ; ce que l'Editeur a omis de 
faire , s'étant contenté de marquer 
que le premier Eloge a été lu dans 
l'AlTemblée publique de l'Acadé- 
mie le 14. Novembre 1725. & 
n'ayant rien dit des années où les 
autres ont été lus ou imprimés. 

L'Eloge dit Czar Pierre 1. fumommê 
le Grand. 

Comme il eft fans exemple que 
l'Académie ait fait l'Eloge d'un 
Souverain en taifant celui d'un de 
fes Membres , M. de Fontenelle fe 
croit d'abord obligé d'avertir, i". 
Qu'il ne regardera le feu Czar qu'en 
qualité d'Académicien , mais d'A- 
cadémicien Roi & Empereur , qui 
a établi les Sciences & les Arts dans 
les vaftes Etats de fa domination ; 
2 . Que quand il le confiderera 
comme Guerrier & comme Con- 
quérant , ce ne fera que parce que 
l'art de la Guerre eft un de ceux 
dont ce Prince a donné l'intelligen- 
ce à fes Sujets. 

M. de Fontenelle commence fon 
Difcours par la naiflance du Czar. 
Ce Prince naquit le 1 1 Juin 1672, 
du Czar AlcxisMicluélo-Wits, Se 



FEVRIER, 

de Natalie - Kirilouni-Nariskin fa comme 
féconde femme. Michaëlo - Wits 
étant moit en 1676. Fédor ou 
Théodore fon fils aîné lui fucceda, 
& mourut en 1 & 8 1. après fix ans de 
règne. Le Prince Pierre , âgé feule- 
ment de 10 ans , fut proclamé Czar 
en fa place , au préjudice de Jean , 
quoiqu'aîné a dont la fanté étoit 
fortfoible & l'efprit imbécile. 

Pierre, déjà Czar dans un âge fi 
tendre , étoit très-mal élevé , non 
feulement par le Vice-Générai de 
l'éducation Mofcovite , & par celui 
de l'éducation ordinaire des Princes 
que la flatterie fe hâte de corrom- 
pre dans le tems même deftiné aux 
préceptes & à la vérité , mais enco- 
re plus par les adreffes de l'ambi- 
tieufe Sophie , qui avoit foin que le 
jeune Czar ne fût environné que de 
perfonnes capables d'étouffer fes 
lumières naturelles , de lui gâter le 
cœur , & d'avilir fon efprit par les 
plaifirs ; fur quoi notre Auteur fait 
cette réflexion , Que ni la bonne 
éducation ne forme les grands caracle- 
res , ni la mauvaife ne les détruit ; 
Que les Héros en quelque genre que 
ce fou t fortent des mains de la natu- 
re déjà tout formés & avec des quali- 
tés mfmmontables. 

Il remarque que l'inclination du 
Czar Pierre pour les exercices mili- 
taires , fe déclara dès fa première 
jeuneffe , qu'il fe plaifoit à battre le 
tambour , qu'ilcherchoità s'y ren- 
dre habile , de qu'il le devint au 
point d'en donner quelquefois des 
leçons à des Soldats. Ce qui fait 
voir , obferve notre Auteur , que 
le Prince ne vouloit pas s'amufer 



17 3 4- pr 

un entant ~ par un vain 
bruit,mais apprendre une fonction 
de Soldat. 

Un point bien important à re- 
marquer ici dans la conduite du 
jeune Czar , c'eft qu'ayant formé 
une Compagnie de cinquante hom- 
mes commandés par des Officiers 
étrangers , il voulut s'enrôler dans 
cette troupe , il y prit le moindre 
de tous les grades qui fut celui de 
Tambour , & détendit qu'on fe 
fouvînt qu'il étoit Czar. li lervoie 
avec toute l'exactitude & toute la 
foûmiffion d'un fimpie Soldat : il 
ne vivoit que de fa paye & ne cou- 
choit que dans ime tente de Tam- 
bour à la fuite de fa Compagnie. Il 
devint Sergent après l'avoir mérité 
au jugement des Officiers 3 qu'il au» 
roit puni d'un jugement trop favo- 
rable , & il ne fut jamais avancé 
que comme un Soldat de fortune , 
dont fes Camarades même au- 
roient approuvé l'élévation. M. de 
Fontenelle dit fur cela que le Czar 
vouloit apprendre aux Nobles que 
la Naiflance feule n'eft point un ti- 
tre fuffifant pour obtenir les digrù- 
tez militaires , &: à. tous fes Sujets 
que le mérite feul en ett un. Les bas 
emplois par où il pafloit , la vie 
dure qu'il y effuyoit , lui don- 
noient droit d'en exiger autant , Se 
plus de droit que ne lui en donnoit 
fon autorité defpotique. 

Notre Auteur pafle ici à un pro*- 
jet de Marine que forma le |euue 
Czar qui fit d'abord conitruire à 
Mofcou , de petits bâtime is [ai- 
des Hollandois , puis quar c ! é- 
gates de quatre pièces de canon fur 
Mij 



$2 JOURNAL D 

le Lac de Pareflave. Déjà il leur 
avoit appris à fe battre les unes con- 
tre les autres. Deux Campagnes en- 
fuite , il partit d'Arkangel fur des 
VaiiTeaux Hollandois ou Anglois 
pour s'inftruire par lui-même de 
toutes les opérations de la mer. 

Au commencement de 1^96". le 
Czar Jean mourut , & Pierre , feul 
maître de l'Empire , fe vit en état 
d'exécuter ce qu'il n'auroit pu 
avec une autorité partagée. 

M. de Fontenelle fait ici le dé- 
tail de diverfes entreprifes du nou- 
veau Czar , entreprifes nouvelles & 
hardies , mais heureufes & vérita- 
blement dignes d'un fi grand Prin- 
ce , qui n avoit pour but que 1 in- 
struction de fes peuples dans ce qui 
regarde l'art de la guerre & tous 
les arts propres à rendre un Etat 
recommandable. Il s'agiffoit , com- 
me le remarque M. de Fontenelle , 
de créer une nouvelle Nation , car 
tout étoit à faire en Mofcovie , 
&c rien à perfectionner. 11 falloit de 
plus agir feul, fans fecours, fans 
inflrumens -, quelle étrange fitua- 
tion pour le Czar ! Notre Auteur 
à ce fujet fait de l'état où étoit alors 
la Mofcovie,une defcription qu'on 
ne fera peut-être pas fâché de voir 
ici : 

L'aveugle politique des prédé- 
ceiTcurs de Pierre , avoit prefque 
entièrement détaché la Mofcovie 
d'avec le refte du monde. Le com- 
merce y étoit ou ignoré ou abfolu- 
ment négligé ; quoique cependant 
toutes les richefles , fans excepter 
même celles de l'efprit , dépendent 
du commerce. Le Czar ouvrit fes 



ES SÇAVANS, 

grands Etats jufques - là fermés. 
Après avoir envoyé fes principaux 
Sujets chercher des connoifTances 
& des lumières chez les étrangers , 
il attira chez lui tout ce qu'il put 
d'étrangers capables d'en apporter 
à fes Sujets : Officiers de terre &C 
de mer , Matelots , Ingénieurs , 
Mathématiciens, Architectes, gens 
habiles dans la découverte des Mi- 
nes , & dans le travail des Métaux , 
Médecins , Chirurgiens } Artifans 
de toutes les efpeces. 

Toutes ces nouveautez, qui,dans 
un Pays comme la Mofcovie , 
étoient aifées à décrier par le feul 
nom de nouveauté , taifoient beau- 
coup de mécontens , & l'autorité 
defpotique alors fi légitimement 
employée , étoit à peine affez puif- 
fante pour obliger les mécontens à 
fouffrir le bien qu'on leur vouloir 
procurer. 

Le Czar avoit à faire à un peu- 
ple dur , inflexible , devenu paref- 
îeux par le peu de fruit de fes tra- 
vaux , accoutumé à des châtiment 
cruels , & fouvent injuftes , déta- 
ché de l'amour de la vie par une af- 
freufe mifere , perfuadé par une 
longue expérience qu'on ne pou- 
voit travailler à fon bonheur,infen- 
fible à ce bonheur inconnu. Les 
changemens les plus indifferens & 
les plus légers , tels que celui de 
l'ancienne manière de s'habiller , 
ou le retranchement des longues 
barbes, trouvoient uneoppoiîtion 
opiniâtre, & fi opiniâtre quelque- 
fois , qu'il n'en falloit pas davanta- 
ge pour exciter des féditions. Auffi 
pour plier la nation à des nouveau* 



F E V R I 

fez utiles , fallut-il porter la vi- 
gueur au-delà de celle qui eût fuffi 
avec un peuple plus traitable ; Se le 
Czar y étoit d'autant plus forcé , 
que lesMofcovites ne connoiiïoienr 
la grandeur Se la fuperiorité , que 
par le pouvoir qu'on avoit de leur 
faire du mal ; enforte qu'un maître 
indulgent Se facile , bien loin de 
leurparoître un grand Prince , leur 
eût à peine paru un maître. 

La guerre que le Czar eut contre 
les Suédois , les revers qu'il y effuya 
d'abord, Se les vi&oires étonnantes 
qu'il remporta enfuite lur ces peu- 
ples , font le fujet d'un article dont 
toutes les circonftances méritent 
d'être confédérées. Nous le paiîons 
à regret , mais il faut abréger. 

La défaite des Suédois à Pultava 
procura au Czar Pierre , par rap- 
port à l'établiflement des arts , un 
avantage conlîderable. Près de 
trois mille Officiers Suédois faits 
prifonniers furent difperfés dans 
tous les Etats de ce Prince, & prin- 
cipalement en Sibérie : ces prifon- 
niers qui manquoient de fubhftan- 
cc , Si. qui voyoient leur retour 
éloigné Se incertain , fe mirent 
prefque tous à exercer differens 
métiers , & la neceflïtéles y rendit 
en peu de rems , afîez habiles. Il y 
eut parmi eux jufqua des maîtres 
de Langues Se de Mathématiques. 
Ils devinrent une efpece de colonie 
qui civilifa les anciens habitans , Se 
tel art, qui quoiqu'établi en Mof- 
covie , eut pu être long-tems à pé- 
nétrer en Sibérie , s'y trouva porté 
tout d'un coup. 

Nous paflbns quelques autres 



E R . ; iyj 4; 5)5 

particularitez pour venir à ce que 
fit le Czar en portant la guerre dans 
le Duché de Holitcin ; ce Prince y 
porta en même tems , fes obfcrva- 
tions continuelles , S: fes études 
politiques. Ilfaifoit prendre par des 
Ingénieurs le plan de chaque Ville, 
avec les deffeins des differens mou- 
lins Se des machines qu'il n'avoit 
pas encore ; il s'informoit de toutes 
les particularitez du labourage , de 
celles de tous les métiers , & par- 
tout il engageoit d'habiles Artifans 
qu'il envoyoit chez lui. 

A Gottorp dont le RoideDan- 
ncmark étoit alors maître , il vit 
un grand Se énorme Globe , qui 
étoit célefte en dedans Se terreftre 
en dehors , fait fur un dcfllin de 
Ticho - Brahée. Douze perfonnes 
peuvent s'alleoir dedans autour 
d'une table , Se y faire des obferva- 
tions céleftes en faifant tourner ce 
prodigieux Globe. La curiofité du 
Czar en fut frappée , il le demanda 
au Roi de Dannemark i Se fit venir 
exprès de Peterfbourg une Frégate 
qui l'y porta. Des Aftronomes le 
placèrent dans une grande maifon 
qui fut bâtie pour cet ufage. 

M. de Fontenelle , après cet ar- 
ticle , vient à celui d'une victoire 
navale remportée fur les Suédois à 
Gango par le Czar,vers les côtes de 
Finlande , Se décrit une cérémonie 
de triomphe qui fut faite à ce fujet 
par la Flotte Mofcovite , qui entra 
dans le Port dePeterfbourg avec les 
VaifTcaux ennemis qu'elle am&noitj 
puis il fupprime de l'Hiitoir&du. 
Czar , tout ce qui appartient à la 
guerre 3 Se rapporte les differeDS 



5> 4 JOURNAL D 

voyages que fit le Prince pour s'in- 
ftruire de ce que chaque Pays offroit 
de plus important dans les Arts & 
dans les Sciences. Son voyage de 
France , comme on juge bien , n'eft 
pas oublié dans cette occafion , & 
une des circonftances qu'on y rele- 
vé le plus, eft celle qui concerne fa 
réception dans l'Académie des 
Sciences. 

Le 19. Juin 1717. il fit l'hon- 
neur à cette Académie d'y venir. 
Elle fe para de ce qu'elle avoit de 
plus nouveau & de plus curieux en 
fait d'expériences 8c de Machines. 
Dès qu'il fut retourné dans fesEtats 
il fit écrire à M. l'Abbé Bignon par 
M. AreskinsEcoffois , l'on premier 
Médecin , qu'il vouloit bien être 
Membre de cette Compagnie , & 
quand elle lui en eut rendu grâces 
avec tout le refpedt &c toute la re- 
connoiflance qu'elle devoit , il lui 
écrivit lui-même une Lettre que M. 
de Fontenelle n'ofe appeller une 
Lettre de remerciment,quoiqu'elle 
vînt , dit - il , d'un Souverain qui 
s'étoit depuis long-tems accoutu- 
mé à être homme. Tout cela eft 
imprimé dans l'Hiftoire de l'Acadé- 
mie , année 1710. La Compagnie 
étoit tort régulière à lui envoyer 
chaque année le Volume qui lui 
ctoit dû en qualité d'Académicien, 
&: il le recevoit avec plaihrdela 
part de fes Confrères. 

Poux porter la puiflance d'un 
Etat aufti loin qu'elle puifle aller , 
il faudrait que le Maître étudiât 
fon Pavs , prefque en Géographe 
&c en Phyficien , qu'il en connût 
parfaitement tous les avantages na- 



ES SÇAVANS, 

turels , Se qu'il eût l'art de les faire 
valoir. Or c'eft , dit M. de Fonte- 
nelle , à quoi le Czar travailla fans 
aucun relâche ; il ne s'en fioitpasà 
des Miniftres peu accoutumés à re- 
chercher fi foigneufement le bien 
public, il n'en croyoit que fes yeux, 
&c des voyages de 3 ou 400 lieues 
ne lui coûtoient rien pour s'inftrui- 
re par lui-même ; auiiî polfedoit-il 
fi exactement la Carte de fon vafte 
Empire , qu'il conçut , fans crainte 
de fe tromper , les grands projets 
qu'il pouvoit fonder , tant fur la 
fituation en général , que fur les 
détails particuliers des Pays. L'Au- 
teur rapporte fur cela des chofes 
étonnantes dont le Czar eft venu à 
bout , & qu'il faut lire dans le Dif- 
cours même-, nous nous reftrein- 
drons à un (impie expofé des prin- 
cipaux établiiîemens que lui doit la 
Mofcovie par rapport aux Sciences 
& aux Arts, ces établilfemens font: 

Une Académie de Marine & de 
Navigation , où toutes les Familles 
Nobles font obligées d'envoyer 
quelques-uns de leurs enfans. 

Des Collèges à Mofcou , à Pé- 
terfbourg , &C à Kiof , pour les 
Langues , les Belles-Lettres & les 
Mathématiques. 

De petites Ecoles dans les Villa- 
ges, pour apprendre aux enfans des 
Payfans à lire & à écrire. 

Un Collège de Médecine & 
une Apotiquaircrie à Mofcou , qui 
fournit de remèdes les grandes Vil- 
les & les armées. Jufques - là il n'y 
avoit eu dans tout l'Empire aucun 
Médecin que pour le Czar ; nul 
Apotiquaire. 



F E V R I 

Des Leçons publiques d'Anato- 
inie , dont le nom n'étoit pas mê- 
me connu ; & ce qu'on peut regar- 
der comme une Anatomie toujours 
fubfiftante , le Cabinet du fameux 
Ruifch acheté par le Czar , où font 
raflemblées tant de diffe&ions fi fi- 
nes , iî inftructives Se fi rares. 

Un Obfervatoire , où des Agro- 
nomes font continuellement occu- 
pés à étudier le Ciel , Se où font 
renfermées les principales curiofi- 
tez del'Hiftoire Naturelle. 

Un Jardin des Plantes où des 
Botaniftes qu'il a appelles , rafiem- 
bleront toutes les Plantes qu'ils 
pourront découvrir dans l'Univers. 
Des Imprimeries dont il a changé 
tes anciens caractères trop barbares 
& prefquc indéchiffrables , par les 
fréquentes abréviations. 

Des Interprètes pour toutes les 
Langues , Se entr'autres pour la La- 
tine , pour la Gréque , pour la 
Turque, pour la Calmouque, pour 
la Mongule 5: pour la Chinoife. 

Une Bibliothèque Royale formée 
de trois grandes Bibliothèques 
qu'il avoit achetées en Angleterre, 
en Hollande Se en Allemagne. 

Nous finirons par l'expofé de 
certains abus que le Czar a refor- 
més dans fes Etats au fujet de la 
Religion. 

Les Mofcovites , remarque M. de 
îontenelle , obfervoient plufieurs 
Carêmes , comme tous les Grecs ; 
Se ces jeûnes , pourvu qu'ils fuflen? 
très - rigoureufement gardés , leur 
tenoient lieu de tout. Le Culte des 
Saints avoit dégénéré en une fuper- 
ftition honteuîe : chacun avoit le 



E R ; 1754; $s 

fien dans fa maifon pour eh avoir 
la protection particulière , Se on 
prêtoit à Ion ami le Saint Domefti- 
que dont on croyoit s'être bien 
trouvé. Les miracles ne dépen- 
doient que de la volonté & de l'a- 
varice des Prêtres. Les Pafteurs ne 
fçavoient rien , Se par confequent 
n'enfeignoient rien à leurs peuples. 
La corruption des mœurs , qui 
peut fe maintenir jufqu'à un certain 
point , nonobfiant l'inltruclion ■ 
étoit infiniment acruë par l'igno- 
rance. 

Le Czar entreprit la reforme de 
tant d'abus. Les jeûnes, par exem- 
ple , fi rréquens Se fi rigoureux ih- 
commodoient trop les Troupes Se 
les rendorent fouvenr incapables 
d'agir , il trouva moyen de corri- 
ger cet excès. Il ofa encore plus : il 
retrancha aux Monafteres trop ri- 
ches, l'excès de leurs biens, Se l'ap- 
pliqua àfon Domaine. Notre Au- 
teur dit fur cela qu'on ne fçauroit 
louer que la politique du Czar , Se 
non pasfon zélé de Religion , mah 
il ajoute en même tems , que la 
Religion bien épurée peut Je confoler 
de ce retranchement. 

Le Czaraauflî établi une pleine 
liberté de confeience dans fesEtacs} 
fur quoi l'Auteur dit que le pour 
Se le contre peut être foûtenu en 
général Se par la politique Se par la 
Religion. Il termine l'Eloge du 
Prince par des firigularitez remar- 
quables Se du nombre defquclles 
font les fuivantes : i°. Le Czar 
ayant créé des Officiers pour portes 
du fecours dans les incendies , prit 
lui-même une de ces Charges ; & 



5* JOURNAL D 

■afin de donner l'exemple, montoit 
au haut des maifons en feu , quel 
que fût le péril , enforte que ce 
qu'on admireroit ici dans un lîm- 
ple Officier , étoit pratiqué par 
l'Empereur. i°. Il fçavoit honorer 
fi parfaitement le mérite , qu'il ne 
fe contentoit pas de le taire par des 
bienfaits Se des pendons , mais 
qu'il marquoit fouvent par des 
voyes encore plus flateufes , fa con- 
fideration pour les perfonnes , non 
feulement pendant leur vie, mais 
après leur mort. Jufques- là qu'il 
fit faire des funérailles magnifiques 
à M. Areskins fon premier Méde- 
cin , & y affifta portant à la main 
une torche allumée , honneur qu'il 
a fait à deux Anglois , l'un Contre- 
Amiral de fa Flotte , &; l'autre In- 
terprète de Langues : 3 . Le Czar a 
compofé lui-même des Traitez de 
Marine , enforte que l'on augmen- 
tera de fon nom la Lifte peu nom- 
breufe des Souverains qui ont écrit. 
4 . Il fe divertiffoit à travailler au 
Tour. Il a envoyé de fes Ouvragés 
à l'Empereur de la Chine , & a eu 
la bonté d'en donner un à M.d'On- 
zembrai , dont il jugea le Cabinet 
digne d'un fi grand ornement. 

Le Czar n'avoitque 53 ans lorf- 
qu'il mourut le 28 Janvier 1725. 
d'une rétention d'urine caufée par 
un abfcès dans le col de la veille. Il 
quitta la vie avec tout le courage 
d'un Héros , & toute la pieté d'un 
Chrétien. 

A l'Eloge du Czar , fuccede celui 
de la Czarine. Nous n'en rapporte- 
rons que deux mots , fçavoir i°. 
Que cette Princeffe pleinement 



ES SÇAVANS, 

inftruite de toutes les vues de Pier- 
re furnommé le Grand, en a pris le 
fil , qu'elle le fuit , tk que c'eft 
toujours Pierre le Grand qui agit 
par elle : 2 . Que Ci le Dannetnark 
a eu une Reine qu'on a nommée la 
Sémiramis du Nord , il faudra que 
la Mofcovie trouve quelque nom 
aullî glorieux pour fon Impéra- 
trice. 

Eloge de M. Alexis Littre , Dotlmr 

en Médecine de la Faculté 

de Paris. 

La qualité d'Académicien égale 
tous les Membres de l'Académie , 
enforte qu'il ne faut pas s'étonner 
de voir ici immédiatement après 
l'Eloge d'un Empereur , celui d'un 
fimpie Anatomifte. Ce font deux 
Confrères qui n'ont en cette ren- 
contre,d'autre diftinétion que celle 
que leur donne leur titre d'Acadé- 
micien; lereftceft purement étran- 
ger , & voilà l'avantage des Scien- 
ces , d'unir enfemble tous les Sca- 
vans , fans aucune différence de 
rang ni de fortune. Le Czar Pierre 
mourut le 28 Janvier 1725. & M. 
Littre lui furvécut de fix jours , 
étant mort le trois Février de Ja 
même année. M. de Fontenelle 
commence PHiftoire de cet Acadé- 
micien par rapporter fa nailTance 
qui fut le 21 Juillet 1^58. à Cordes 
en Albigeois. Son père Marchand 
de cette petite Ville eut douze en- 
fans qui vécurent tous , & dont 
aucun, dit l'Hiftorien , nelefou- 
lagea par l'Eglifc. 

On juge bien à ce Difcours., que 
M. 



F E V R I 

M. Littre ne fut pas beaucoup aidé 
de la tortune ; mais il ne faut pas 
conclure que fon éducation en tût 
pour cela moins bonne. Rien , dit 
M. de Fontcnelle, ne donne une 
meilleure éducation , qu'une peti- 
te tortune, pourvu qu'elle foit ai- 
dée de quelque talent. La force de 
l'inclination, le befoin de parvenir, 
le peu de fecours même , aiguifent 
le delîr &C l'induflrie , &.' mettent 
en œuvre tout ce qui eft en nous. 
M. Littre , remarque l'Hiftorien , 
joignit à ces avantages un caractère 
très-férieux , très-appliqué, £v qui 
n'avoir rien de jeune que le pou- 
voir de foûtenir beaucoup de tra- 
vail. Il fit fes études à Ville-Franche 
en Roucrgue chez les Percs de la 
Doctrine. La promenade eut été 
une débauche pour lui , &c dans les 
teins où il étoit libre il fuivoit un 
Médecin chez fes malades -, puis 
au retour , il s'enfermoit pour écri- 
re les raifonnemens qu'il avoit en- 
tendus taire au Médecin. 

Ses études de Ville -Franche fi- 
nies, il fut étudier en Médecine à 
Montpellier , d'où peu d'années 
après il vint à Paris ; fa plus forte 
inclination étoit pourl'Anatomie , 
& il y devint fi habile qu'il s'attira 
beaucoup d'envieux , jufques-là 
qu'on ne lui laifToit pas la liberté de 
diffequer tranquillement des Cada- 
vres : on les lui enlevoit avec une 
pompe infultaute , ÔC fes ennemis 
faifoient gloire d'arrêter les progrès 
d'un jeune homme,qui,à les enten- 
dre , n'avoit pas droit de devenir fi 
habile. 

Il eduya un jour là-deflus,en ver- 
fevricr. 



E R , i 7 3 4. p 7 

tu d'une fentence de M. delà Rey- 
nie Lieutenant de Police , obtenue 
par les Chirurgiens , un nouvel af- 
tront , qui l'obligea à lâcher un 
Cadavre qu'il diflequoit , & à fe 
rabbatre fur les animaux , 8c prin- 
cipalement fur les chiens. 

Malgré fes traverfes , & peut- 
être par fes traverfes mêmes , fa 
réputation croifToit , &: les Ecoliers 
qui fe rendoient chez lui fe multi- 
plioicnt. Il affiftoit à toutes les 
Conférences qu'on tenoit fur les 
matières qui l'intercfloient ; il fe 
trouvoit aux panfemens des Hôpi- 
taux , il fuivoit les Médecins dans 
leurs vifites , enfin il fut reçu Doc- 
teur-Régent de la Faculté de Mé- 
decine de Paris. 

M. Littre n'étoit pas éloquent , 
&c l'Hiftorien fait là-deiTus des re- 
flexions qui méritent bien d'être 
rapportées. » L'éloquence , dit-il t 
» lui manquoit abfolumcnt. Un 
» fimple Anatomifte peut s'en paf- 
» fer ; mais un Médecin ne le peut 
» guéres : l'Anatomifte n'a que des 
» faits à découvrir & à expofer 
» mais le Médecin éternellement 
» obligé de conjecturer fur des 
«matières très-douteufes, l'eftauilî 
j» d'appuyer fes conjectures pardes : 
» raifonnemens afiez folides , ou 
« qui du moins raflurent & flattent 
» l'imagination des malades ef- 
» frayés. Il doit quelquefois parler 
» fans avoir prefque d'autre but 
» que de parler ; car il a le malheur 
» de ne traiter avec les hommes 
»que lors précisément qu'ils (ont 
» plus foibles & plus enfans que 
» jamais. Cette puérilité de la mak- 
N 



9 S JOURNAL DES SÇAVANS; 

» die règne principalement dans le cure qui coûta à M. Littre , quatre 

a> grand monde , & fur tout dans 

» une certaine moicié de ce grand 

» monde , qui occupe plus les Me- 

» decins, qui fçait mieux les mettre 

» à la mode , & qui a fouvent plus 

» de befoin d'être amufee que gué- 

» rie. Un Médecin peut agir plus 

» raifonnablemcnt avec le peuple. 

»> Mais en général , s'il n'a pas le 

» don de la parole , il faut en re- 

» compenfe , qu'il ait prefque celui 

» des miracles. Audi ne fut-ce qu'a 

» force d'habileté que M. Littre 

s> rendit dans cette Profelïion -, en- 

» core n : v réulîît-il que parmi ceux 

» qui fe contentoient de l'Art de la 

j> Médecine , dénué de celui du 

» Médecin. Sa vogue ne s'étendit 

» point jufqu'à la Cour , ni juf- 

sî qu'aux femmes du monde. Son 

»» laconifme peu confolant n'etoit 

» d'ailleurs reparé ni par fa figure , 

» ni par fes manières. 

A cet article fuccede celui delà 
réception de M. Littre dans l'Aca- 
démie , où on le connut bien-tôt , 
non par fon emprelTement à fe tai- 
re connoître, à dire fon fentiment, 
à combattre celui des autres , à éta- 
ler un fçavoir impofant, quoiqu'in- 
unle , mais par fa circcnfpecLion à 
propofer fes penfées , par fon ref- 
pecl pour celles d'autrui , par la 
luitelte & la precifion des Ouvrages 
qu'il donnoit , par fon lîlence mê- 
me. 

La cure merveilleufe& fi connue 
qu'il fit de cette femme enceinte 
dans la trompe ou dans l'evaire de 
laquelle s'étoit formé le fœtus , fait 
ici le fujet d'un article important , 



mois de foins tes plus aïfidus 6i les 
plus fatiguans , d'une attention la 
plus pénible , & d'une p.uience la 
plus opiniâtre, fans qu'il y fûtani- 
irté par l'efpoir d'aucune recom- 
penfe. 

Il fut frappé d'apoplexie le pre- 
mier Février 1725. & mourut le 
trois , fans avoir eu aucune con- 
noifTance dans tout cet efpece de 
tems. Mais cette mort fubite ne le 
furprit point : il avoit quinze jours 
auparavant fait , de fon propre 
mouvement , fes dévotions à fa 
ParoifTe. 

Voilà le précis de l'Hiftoire de 
M. Littre. 

Elleeft imprimée , comme celle 
du Czar , dans l'Hiftoire de l'Aca- 
démie des Sciences , année 1725. 

Eloge de M. Nicolas Hartfoeker. 

M. Hartfoeker mourut onze 
mois après M. Littre , le dix Dé- 
cembre 1725. 5c fon Eloge dont 
nous allons donner le précis , fe 
trouve imprimé avec celui du Czar 
& deM. Littre, dans le mcmeVolu- 
me de l'Hiftoire de l'Académie, 
année 1725. 

Nicolas Hartfoeker naquit à 
Goudc en Hollande le 16 Mars, 
16 $6. de Chriftian Hartfoeker Mi- 
ni (ire Remontrant cV: d'Anne Van- 
cermy. Cette fimille étoit ancien- 
ne dans le Pays de Drente , qui eft 
des Provinces-Unies. 

Le jeune homme fe fentit des 
fes premières années , une forte 
inclination pour les Mathcmati- 



FEVRI 
ques, &: comme c'étoic contre le 
gré de- fesparens , il cnchoitle plus 
qu'il lut étoit polliblc l'étude qu'il 
en faifoit pendant les snuits , &c 
pour cela ii étendoit devant la fe- 
nêtre de fa chambre , les couvertu- 
res de lbn lit , qui ne lui fervoit 
plus qu'à empêcher qu'on ne s'ap- 
perçût qu'il ne dormoit pas. 

Il s'attacha fur tout à faire de 
bons Microfcopes pour voir les ob- 
jets les plus imperceptibles , & il 
fut le premier a qui fe dévoila le 
fpe&acle du monde le plus impré- 
vu pour les Phviiciens même les 
plus hardis en conjectures ; ces pe- 
tits animaux juiques-li invilîbies, 
qui doivent fe transformer en hom- 
mes , qui nagent en une quantité 
prodigieufe dans la liqueur deitinéc. 
à les porter, qui ne font que dans 
celle des mâles , qui ont la figure 
de grenouilles nailTantes , de grof- 
fes têtes , de longues queues &c des 
mouvemens très-vifs , fe manife- 
stèrent à lui par le moyen de fes 
Microfcopes. Ub- (I étrange nou- 
veauté étonna J'Obfervateur , & il 
n'en ofa rien dire, croyant que ce 
qu'il voyait pouvoit être l'effet de 
quelque maladie. Mais deux années 
sprèî ayant voulu examiner lacho- 
fe de nouveau, il revit ces animaux 
qui lui avoient été fufpects. 11 
communiqua fon obfervation à un 
Maître de Mathématique qu'il 
avoit , & à un autre ami. Ils s'en 
affinèrent tous trois enfemble. Us 
virent de plus ces mêmes animaux 
fortis d'un chien , & de la même 
figure à peu près que les animaux 
humains. Us virent ceux du coq &: 



E R , 1734. 99 

du pigeon, mais comme des vers ou 
des anguilles L'obfervation s'arfer- 
miffoit &c s'étendoit , & les trois 
confidens de ce fecret de la narure 
nedoutoient prefque plus , dit M. 
de Fonteneile , que tous les ani- 
maux ne naquilTènt par des méta- 
morphofes invihbles & cachées 1 
comme toutes les efpects de mou- 
ches & de papillons viennent de 
métamorphofes fenilbles & con- 
nues. 

Nous panons , fur ce fujet, plu- 
sieurs circonftances qu'on peut 
voir dans le Difcours même. 

En 1678. M. Hartfoeker vint à 
Paris, où il demeura jufqu'à la fin 
de 1679. & où il revint en 1684. 
après s'être marié , il y demeura 1 4 
années. Les verres de Thélcfcopes 
avoient été fa première occupation, 
ces verres lui donnèrent beaucoup 
d'accès à l'Obfervatoire , où il n'y 
en avoit que de Campani , excel- 
lens à la vérité , mais pas allez 
grands. Après pluheurs eifais qui 
ne lui réullirent pas il vint enfin à 
bout de faire unTélefcope de éoo 
pieds de foyer , dont il n'a jamais 
voulu fe détaire à caule de fa rareté. 

En 1694. il fit imprimer à Paris 
où il étoit , fon premier Ouvrage,, 
ï'Ejfai de Diopmqiu ;. Ouvrage qui 
a eu un grand fucces , & dont M. 
de Fonteneile fait une ample & 
exacte defeription. 

M. Hartfoeker animé par le fuc- 
ces de fa Dioptrique , publia deux 
ans après , fes Principes de Pbyfîqne 
à Paris , Ouvrage dont M. de Fon- 
teneile fait tout de même la def- 
eription dans fon Difcours. 
N ij 



îoo JOURNAL DE 

Au renouvellement de l'Acadé- 
mie en i£o9. tems où il étoit re- 
tourné en Holhnde avec fa ramil- 
îe , il fut nommé aiïocié étranger. 
Quelque tems après il fut aufliag- 
grégé à la Société Royale de Berlin, 
&c l'Hiftorien remarque que dans 
tous les Ouvrages que cet Acadé- 
micien a publié depuis , il ne s'en; 
paré ni de ces titres d'honneur , ni 
d'aucun autre , & qu'il a toujours 
mis (ïmplemcnt & à l'antique par 
"Nicolas Hartfoeker -, bien différent 
de ceux qui ramaflent le plus de 
titres qu'ils peuvent 8: qui croyent 
augmenter leur mérite , à force d 'enfler 
leur nom. 

Les Conjeïiures Phyfyues de M. 
Hartfoeker publiées en 1707. 6c 
ï~o'ï. ne font pas oubliées ici par 
l'Hiftorien, non plus que les éclair- 
eiffemens du même Auteur fur ce 
Livre. 

M. de Fontenelle en rapporte 
avec foin le contenu & en tait le 
caractère. 

En 172.*. M. Hartfoeker fit im- 
primer à Dtrech un Recueil de Pie- 
ces de Phyfisjtte. L'Hiftorien fait de 
ces Pièces un inventaire curieux. 

M. Hartfoeker étoit vif, enjoué, 
officieux, d'une bonté & d'une fa- 
cilité dont de faux amis, dit M. de 
Fontenelle , ont fouvent abufé. 

Eloge de M. Delifle. 

Guillaume Delifle né à Paris le 
dernier Février 1675- ^ e Claude 
Delifle , homme très-célébre par fa 
grande connoiffance de l'Hiftoire 
& de 1a Géographie , eut dès fon 



S SÇAVANS ; 

enfance une grande inclination 
pour les mêmes études qu'avoir 
cultivées avec tant de fuccès Claude 
Delifle fon père. Cette inclination 
réulîit au point qu'à l'âge de huit 
à neuf ans il avoit déjà drerte Si 
defliné lui - même des Cartes fur 
l'Hiftoire Ancienne. 

Nicolas Samfon a été dans le 
fiécle parte , le plus fameux des 
Géographes', cependant fes Cartes 
étoient fort imparfaites, foit , com- 
me le remarque M. de Fontenelle , 
par la faute de fon hécle , foit par la 
iienne, év lorfque le tems amena de 
nouvelles connoillances fur cet arti- 
cle, Samfon aima mieux les négliger 
que d'en profiter. La fource de ion 
Nil fut toujours fous le tropique du 
Capricorne à 3 5 degrez de diftance 
de fa véritable pofition , parce que 
cet Auteur en avoit cru Ptolomée 
qui en avoit ainfî jugé. Sa Chine , 
fi Tartane , fa Terre d'Yeço s'ob- 
ftinerenr à demeurer mal placées & 
mal dilpofécs , noncbflant le té- 
moignage de Relations indubita- 
bles'. 

M. Delifle vint dans le tems où 
tout fembloit annoncer que la Géo- 
graphie alloit changer de face : le 
nombre des découvertes fur ce fu- 
jet augmentait tous les (ours dans 
les climats lointains , &c à la fin de 
1699. le nouveau Géographe donna 
une Mappemonde, quatre Cartes 
des quatre Parties de la Terre , & 
deux Globes , l'un Célefle , l'autre 
Terreftre. 

L'ouverture du iîécle prefent te 
fit , à l'égard de la Géographie, par 
une terre prefquc nouvelle que M' 



FEVRI 

Delifle prefenta : il fit voir que la 
Méditerranée n'avoir que 860 
lieues d'Occident en Orient , au 
lieu de 1 160 qu'on lui donnoit au- 
paravant. L'Afie fe trouva pareille- 
ment racourcie de çoo lieues , & la 
poiition de la terre d'Ycço changée 
de 1700. 

M. Deliflea embrafle laGéogra- 
phie dans toute fon étendue , & l'a 
iuivie dans toutes fes branches. Il 
en a donné des preuves au public 
par des Cartes de toutes les efpeces, 
qui font au nombre de 90. M. de 
Fontenelle en indique plufîeurs de 
chaque forte. 

En 1702. cet habile Géographe 
entra dans l'Académie. Il avoit 
promis une Carte à M. l'Abbé de 
Vertot pour fon Hifioire de Mal- 
the } il la finit le 25 Janvier 1726. 
au matin & le même jour étant for- 
ti l'apres-dînee , il fut frappé dans 
la rue , d'une apoplexie, dont il 
mourut peu d'heures après , fans 
avoir repris connoiflance. 

Cet Eloge eit. imprimé dans 
l'Hiitoire de l'Académie , année 

I72éT. 

Eloge de Al. de Malezieu. 

M. Nicolas de Malezieu naquit 
à Paris en 1 6 50. de Nicolas de Ma- 
lezieu , Ecuyer Seigneur de Bray , 
Se de Marie des Forges originaire 
de Champagne. 

Les progrès étonnans que M. de 
Malezieu fit dans les Sciences dès 
fes premières années , fon talent 
univerfel pour la Philofphie , pour 
î'Hiftoire , pour le Grec , pour 



E R , 1 7 3 4: 101 

l'Hébreu s pour les Mathémati- 
ques , pour l'Aftronomie ., de mê- 
me pour la Poefîe , fi incompati- 
ble avec ces deux dernières Scien- 
ces - , l'eftime fînguliere que firent de 
lui , M. le Prince , M. le Duc. M. 
le Prince de Conti. M. Bolîuet Evê- 
que de Meaux , M. Vialart Evêque 
de Châlons , & M. l'Abbé de Féné- 
lon , depuis Archevêque de Cam- 
bray ; le choix qu'en fit Louis XIV. 
pour le mettre auprès de M. le Duc 
du Maine , le fuccès avec lequel il 
remplit cette place , & remplit en- 
luite crlie que Madame la Duchef- 
fe du Maine lui donna dans faCour, 
l'honneur qu'il eut d'enfeigner les 
Mathématiques à M. le Duc de 
Bourgogne , fa réception dans l'A- 
cadémie Royale des Sciences en 
1699. &c dans l'Académie Francoi- 
fe en 1701. Sa qualité de Chance- 
lier de M. le Duc du Maine, tout 
cela entre dans l'Eloge de M. de 
Malezieu. 

L'Auteur mêle detemsentems 
dans cet Eloge , comme dans tous 
les autres de ce Recueil , certaines 
reflexions qui reveillent le Leètcur, 
èVqui plaifent d'autant puisqu'elles 
ne font point amenées de loin ,mais 
qu'elles naiflent du fujet même : 
par exemple en parlant du mariage 
de M. de Malezieu à 23 ans , avec 
Damoifclle Françoife Faudelle de 
FaverelTe , on dit que quoiqu'a- 
moureux , il fit un bon mariage. 
Sur ce qu'après s'être marié il pafla 
dix ans en Champagne dans une 
douce folitude , uniquement occu- 
pé de deux paillons heureufes , fea- 
voir celle qu'il avoit pour fon 



toi JOURNAL DE 

époufe , & celle qu'il avoit pour 
les Livres ; l'Auteur de l'Eloge dit, 
que >» c'efl: un bonheur pour les 
» Sçavans qui doivent venir à Paris, 
» d'avoir eu le loifir de fe taire un 
» bon fonds dans le repos d'une 
» Province , parce que le tumulte 
n de Paris ne permet pas allez de 
» faire de nouvelles acquittions en 
» fait de fçavoir , Ci ce n'eft celle 
i> de la manière de fçavoir. 

Comme M. de Malezieu d'un 
tempérament fort vif , & M. de 
Court . d'un tempérament fort 
tranquille , furent choifis pour être 
enfemble auprès de M. le Duc du 
Maine: M. de Fontenelle remarque 
à cette occafion , qu'il fe trouvoit 
entre leurs caratleres , toute la rejfem- 
blance ■ & de plus toute la différence 
qui peuvent fervir à former une gran- 
de liaifon ; car } dit-il , en fe con- 
vient aujjî par ne fe pas rejfembler. 
L'un vif& l'autre ardent , continue- 
t-il , l'autre plus tranquille & toujours 
égal , fe réitnifoient dans le même 
goût pour les Sciences , & dans les 
mêmes principes d'honneur. Enforte 



5 SÇAVANS, 

que leur amitié n'en faifoit qtfun feui 
homme } en qui tout fe trouvait dans 
iinjufie degré. 

Une autre reflexion que l'Auteur 
prend ici oecalion de faire , c'eft 
que ces deux grands hommes ren- 
contrèrent dans M. le Duc du Mai- 
ne, des difpofitions il heureufes & fi 
fingulieres , foit pour l'efprit , foie 
pour le cœur , qu'on ne ff aurait afh- 
rer qu'ils lui ayent été fort utiles 
principalement à l'égard des qualité*? 
de l'ame^ puifquds n'eurent gttéres 
que l'avantage de les voir de plus pris 

6 avec plus d'admiration. 

M. de Malezieu mourut d'apo- 
plexie le 14 Mars 1 717. dans fa foi- 
xante & dix -feptiéme année. Sur 
quoi nous remarquerons que voilà 
trois Académiciens prefque de fuite 
qui meurent d'apoplexie: M.Litrrc, 
M. Delille & M. de Malezieu. L'E- 
loge dont nous venons de donner 
le précis,eft imprimé dans l'Hiftoi- 
re de l'Académie, année 1727. 

Nous rendrons compte des au- 
tres Eloges dans le Journal pro- 
chain. 




FEVRIE K , 1734: 



103 



DISSERTATIO MED1CA DE FRICTIONE, QUAM ANNUENTE 
Deo teroptimo maximo, ex automate magnifia Rcctons, D. Taconis 
Haionis Van Den Honert , SS. Thcologiff Doètcris , cjufdtmque Fa- 
cultatif , ut & antiquitatum Judaïcarum Piofcfforis ordinarii , nec non 
ampliflîrni Scnatus Âcadcmici confenfu , & nobiliffmx Facultatis Me- 
dica - Decrcto,pro gradu Docloratûs , publico acfolcmni cruditorum 
difquifitioni fubjicit Hcnricus Loclhoeffel Memeha-Boruffus , Philo- 
fophix Magiftcr : ad dicm Junii 1732. horâ lecoque folitis. Lugduni 
Batavorum , apud Conradum "Weshorf. 

C'eft - à - dire : Dijfertation fur la Friblion , par Henri Loclhoeffcl , pour 

obtenir le degré de Dotleur en Médecine , dans Wniverfitè de Leide. 

A Leide, chez Conrad iVeshorf. 1732. Brochure in-tf. pag. 4c. 



CETTE Differt'ation eft prin- 
cipalement une Hiftoire de 
ce qui s'eft pratiqué dans l'Anti- 
quité & de ce qui fe piatiquc enco- 
re en quelques Pays au fujet de la 
Friclion , pour la confervation de 
la fauté c\* pour la guérifon de di- 
verfes maladies , mais une Hiftoire 
où i'on ne fc piopofc pas de com- 
prendre tout ce qui fe peut rappor- 
ter fut cette matière. 

L'Auteur commence d'abord 
par expliquer ce qu'il faut entendre 
par le mot de Friétion en général , 
puis il defeend dans le détail des ef- 
fets que la friction produit , fur les 
différentes chofes que l'on frotte , 
tels que font le fer , le bois , la 
pierre , la chair , &c. Après quoi il 
paffe aux différentes Fri&ions de la 
peau du corps , dont les unes 
ont été en ufage chez les anciens cV 
les autres fe pratiquent encore au- 
jourd'hui dans quelques Pays. 
i\ 7 ous pafferons le premier article , 
& le commencement du fécond 
pour venir à ce qui concerne la 
Friction de la peau du corps, qui cft 



celle proprement dont il s'agit dans 
cette Differtation. 

Hippocrate établit différentes 
Frictions de la peau , l'une forte . 
cV l'autre douce , l'une continue s 
& l'autre qui fe fait à diverfes re- 
prifes. La première, félon lui , dur- 
cit le corps , la féconde l'amollit „ 
la troifiéme l'exténue , & la qua- 
trième rétablit ce qui s'en cft diffi- 
pé de trop. La première ne con- 
vient pas aux gens fecs ék d'un tem- 
péramment chaud , mais eft très- 
propre aux perfonnes d'une confti- 
tution humide & froide ; la fécon- 
de eft nuifible à ceux qui onr la 
chair lâche , & convient à ceux qui 
l'ont remplie d'obftruclions & de 
durctez. La troifiéme fait du bien 
aux perfonnes replcttes, & la qua- 
trième beaucoup de tort à celles 
qui n'ont ni trop ni trop peu d'hu- 
meurs. 

Les Médecins qui font venus 
après Hippocrate , ont établi d'au- 
tres différences dans la Friction par 
rapport aux lieux & à d'autreycir- 
conftances. Les unes fe font cm 



io* JOURNAL D 

plein air , les autres dans la cham- 
bre , les unes à l'ombre , les autres 
au foleil , les unes dans un lieu 
chaud , les autres dans un lieu 
froid; les unes au vent, les autres 
à un air tranquille ; les unes dans 
le bain , les autres devant ou après 
le bain ; les unes avec de l'huile , 
les autres fans huile ; les unes avec 
les mains Amplement , les autres 
avec des linges , Se celles ci avec 
des linges rudes ou avec des linges 
doux. 

Ils ont encore diftingué les Fric- 
tions , par rapport aux differens 
fens dans lefqucls elles fe prati- 
quoient. Les unes fe faifoient de 
bas en haut , Se les autres de haut 
en bas ; les unes en ligne directe, 
Se les autres en ligne oblique ; les 
unes abfolument en travers , & les 
autres un peu moins horizontale- 
ment. Toutes différences qui leur 
ont paru fî elTcntiellcs à obferver , 
que de peur qu'on ne vînt à les 
oublier, ils ont cru les devoir ex- 
pofer fous les yeux dans une figure 
exprès qui eft celle qui fc trouve-ci 
jointe , Se quife voit dansGalien. 

Ce dernier prétend qu'en tai- 
fant les Frictions en ces dirTerens 
fens , Se les faifant exactement , 
toutes les fibres des mufcles s'en 
reltentent. Quelques Médecins de 
fon tems croyoient que la Friction 
qui fe faifoit tranfverfdement ref- 
ferroit les parties 6v leur procuroit 
de la fermeté , que celle au con- 
traire qui fe faifoit en ligne directe, 
les raréfiait Se les relâchoit , mais 
Galicn les aceufe en cela d'ignoran- 
ce. 



E S SÇAVANS, 

Plulleurs ont voulu déterminer 
le nombre de Frictions qu'il fal- 
loit faire dans chaque maladie , 
mais Celfe rejette cette penfée 
comme abfnrde , Se remarque que 
c'elt fur les forces , fur le fexe , & 
lur l'âge des malades , que ce 
nombre doit fe régler; en forte , 
premièrement, Que fi le malade eft 
bien toible , c'elt aiTez de cinquan- 
te Frictions , Se que s'il a beaucoup 
de force on en fait faire jufqu'à 
deux cens; fecondement , Que il 
c'eft une femme , il en faut moins 
que (1 c'eft un homme ; troifiéme- 
ment , Qie les entans Se les vieil- 
lards n'en peuvent pas fouffrir un 
aufti grand nombre que les perfon- 
nes d'un âge médiocre. 

Notre Auteur palfe ici aux Fric- 
tions qui font en ufage chez les 
Egyptiens. Ils font les unes avec les 
mains enduites d'huile de Sefamc , 
les autres avec des linges cruds , Se 
les autres avec des lambeaux d'é- 
torles de poil de chèvre. Quant à 
celles qu'ils pratiquent avec des 
linges , voici ce qu'ils obfervent. 
Ils font affeoir le malade dans un 
fiégehaut, & lui frottent tiois à 
quatre rois tout le devant du corps, 
commençant parles pieds , les jam- 
bes , les cuilTes , continuant par le 
ventre Se les cotez, Se finiifantpar 
le haut du tronc & par les bras, fans 
excepter les doigts , qu'ils frottent 
avec un foin extrême les uns après 
les autres. Après avoir ainfi pafle 
en revue tout le devant du corps , 
ils font étendre le malade tout de 
fon long le ventre contre terre , & 
procèdent de la même manière à la 
Friction 



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FEVRI 

Friction de cette partie du corps. 
La Friction faite , ils en recom- 
mencent d'autres avec l'étoffe de 
poil de chèvre. 

Les Indiens Orientaux em- 
plovent les Frictions contre plu- 
fieurs maladies , & principalement 
contre une efpece de paralyfie à la- 
quelle ils font fujets , Se qui leur 
caufe un tremblement général de 
tout le corps. Ce font des Frictions 
fortes Se douloureufes. Ils fe fer- 
vent du même remède contre une 
forte de convullîon qui leur efî fa- 
milière , laquelle leur refferre telle- 
ment le gofier qu'ils ne peuvent ni 
boire ni manger , & les empor- 
te en peu de jours après leur avoir 
faitfouffrir des tourmens inexpli- 
cables. 

Les Indiens Occidentaux, Se fur- 
tout les Brafiliens , ne connoiflent 
prcfque d'autres remèdes que la 
Friction , contre les maladies chro- 
niques. Ils commencent par frotter 
tout le bas- ventre , fi la maladie elt 
caufée par des embarras dans cette 
partie, mais fi elle vient d'obûruc- 
tions qui foient dans la tète , ou 
dans la poitrine , ils pratiquent la 
Fri&ion fur tout le corps générale- 
ment , en y employant l'huile de 
tabac , ou de camomille , dans la- 
quelle ils ont fait macérer un peu 
d'encens. 

Notre Auteur, après cesremar- 
ques , examine les divers effets que 
les différentes Frictions doivent 
produire fur le fang , foit pour en 
faciliter le cours , du cœur aux ex- 
trémitez , ou des extrémitez au 
cœur , foit pour modérer Se retar- 
fevrier. 



E R , 1734: ioj 

der ce cours s'il elt trop impétueux 
Se qu'il empêche les parties de 
prendre la nourriture qui leur eft 
neceffaire. Car lorfque le fang cir- 
cule avec trop de rapidité , les fucs 
nourriciers n'ont pas le tems de 
s'arrêter aux parties , & le corps 
tombe dans le deffechement. L'Au- 
teur , à cette occafion , rapporte la 
coutume des Dames d'Egypte., qui, 
comme l'écrit Profper - Alpinus 
dans fon Livre de Med. n^£gypt. 
chapitre 8. ont recours à certaines 
Frictions douces , pour s'empê- 
cher de maigrir ; il rapporte fur 
le même fujet , l'ufage qui s'ob- 
ferve en certains endroits d'Alle- 
magne,pourengraiffer les cochons; 
on les lave d'abord avec de l'eau 
pour en attendrir la peau , puis on 
leur fait plufieurs Fiidions. 

Les précautions qu'il faut obfer- 
ver pour rendre les Frictions utiles, 
foit pour la confervation de la fan- 
té , foit pour la guérifon des mala- 
dies,font exactement rapportées par 
notre Auteur. Il faut d'abord com- 
mencer par les Frictions douces , 
lors même qu'on en a de fortes à 
faire. Un frottement trop rude tout 
d'un coup, ne peut que caufer du 
defordre dans les humeurs , Se 
dans les vai fléaux qui les renfer- 
ment , il pouffe des fucs gioflîers 
dans des routes étroites , Se fait 
par -là desengagemensdangereuxi 
au lieu que ïorfqu'on commence 
par une Friction légère, on amollit, 
on affine par ce moyen les humeurs, 
Se on les rend capables d'être pouf- 
fées enfuite fans danger par desFric-. 
tions plus fortes. Une Friction rude 
O 



106 JOURNAL DE 

tout d'un coup , mettant en mou- 
vement des humeurs grofiieres , & 
les faifant aller dans des vaiiTeaux 
étroits , dilate ces vaifleaux outre 
mefure , & leur fait perdie leur 
relïort, ce qui donne occafion à des 
dépôts & à des engorgemens mor- 
tels. 

Une autre précaution importan- 
te , c'eft de ne recourir jamais à la 
Friction que les premières voyes ne 
foient dégagées : il faut attendre 
que l'eftomac foit vuide & que les 
inteftins fe foient débarraifés , & fi 
l'eftomac eft rempli de mucofitez 
que la nature ne puilTechafTer , il 
faut recourir à l'émetique -, il en eft 
de même des inteftins ; s'ils font 
trop pleins &c qu'ils ne puiffent fe 
débarrafler d'eux - mêmes , il faut 
recourir à la purgation.Lesfaignées 
même ne doivent pas être omifes , 
fi les vaifîeaux font trop pleins. 

Les maladies aufquelles les Fric- 
tions conviennent , font ici le fujet 
d'un article exprès ; l'Auteur met 
de ce rang , la leucophlegmatie , 
l'ydropifie , l'anafarque , le rachi- 
tis & toutes les maladies qui dépen- 
dent d'une difpofition cacochyme. 
Il veut en premier lieu , que dans 
ces occafions,on tafTe la Friction de 
tout le corps trois à quatre fois par 
jour , & qu'on frotte principale- 
ment l'épine & le bas-ventre ; en 
fécond lieu , que le malade après 
avoir été frotté , porte une chemife 
de grofle toile , afin que le frotte- 
ment de cette chemife contre la 
chair , foit une efpece de Friction 
continuée ; en 3 e lieu , que cette 
chemife ait été pauee à la fumée de 



S SÇAVANS ; 

quelques herbes ou de quelques 
gommes aromatiques : en quatriè- 
me lieu , que les habits de ce mala- 
de lui foient un peu juftes , & qu'ils 
le ferrent ; parce que le corps étant 
médiocrement ferré , les vaifleaux 
qui portent le fang en ont deux 
fois plus de force & dereffort , ce 
qui favorife confiderablement la. 
circulation. 

Notre Auteur veut en cinquième 
lieu, qu'après la Friction, le malade 
s'excite un peu à toufter ou à rire 3 
parce que l'action dutouiîer & du 
rire aide beaucoup au mouvement 
du fang dans les vaiiîeaux du pou- 
mon. 

L'apoplexie , la léthargie , laca- 
talepfie & la phthifie font encore 
du nombre des maladies aufquelles 
notre Auteur prétend que les Fric- 
tions conviennent ; mais à l'égard 
des trois premières., iltaut, félon 
lui , que ces Frictions foient très- 
fortes dans l'accès du mal , & 
qu'elles foient au contraire très- 
douces après l'accès. Quant à la 
phthifie, elles doivent toujours être 
molles &c légères , il faut fonger 
auparavant à enlever le foyer du 
mal ; mais fi l'on ne peut en venir à 
bout , il ne faut pas croire que les 
Frictions foient inutiles pour guérir 
cette maladie , elles contribuent 
toujours , en favorifant la circula- 
tion du fang , à enlever les matières 
purulentes qui font attachées à la 
furface intérieure des vaifleaux. 

La vieillelTe eft une grande ma- 
ladie ; mais notre Auteur ne defef- 
pere pas que par le moyen de la 
Friction , on ne puifle en éloignes 



F E V R I 

les incommoditez , & prolonger la 
vie au delà du terme ordinaire : la 
vieillerie conliite dans l'épuifement 
de l'humide radical , dans l'épaif- 
feur des fucs , & dans la rigidité des 
vaifleaux qui n'ont plus la fouplef- 
fe qu'ils avoient dans la force de 
l'âge. Or , demande notre Au- 
teur , qu'y a-t-il de plus propre à 
reparer la perte qui fe fait tous les 
jours de cette prétieufe liqueur 
qu'on appelle l'humide radical , à 
rendre aux fucs leur fluidité natu- 
relle, & aux vailTeaux leur fouplef- 
fe Se leur reflort , que ce qui s'opè- 
re par le moyen de la Friction ? 
puifque le mouvement qu'elle 
procure contribue d'une manière 
extraordinaire & à la digeftion des 
alimens,qui eft ce qui repareJa dif- 
fipation de l'humide dont il s'agit , 
& à la fluidité des fucs , en empê- 
chant qu'ils ne croupiflent, & au 
reflort des parties folides , en le 
réveillant par de légères fecoufles. 
Il eft fi vrai que la Fridion rend les 
fucs fluides , & donne du reflort 
aux vaifleaux , que de légères Fric - 
tions fuffîfeHt quelquefois pour 
diflîperlesfchirres , les loupes, & 
autres maladies femblables qui ne 
viennent que de l'épaifleur des fucs 
& de l'inadion des vaifleaux. 

Nous ne rapporterons point ici 
tous les cas où , félon les principes 
de notre Auteur , la Friction eft 



E R, 1754. 107 

convenable ; ceux dont nous ve- 
nons de faire mention , fuitifent 
pour les donner à entendre. Une 
remarque par laquelle nous finirons 
notre Extrait, & qui paroît impor- 
tante, c'eft que la Fridion peut 
fupplcer quelquefois à la faignée , 
pour donner certaines détermina- 
tions au fang.On veut,par exemple, 
faire des revulfions, & l'on faigne 
pour cela ou du pied ou du bras 
fans que cependant , comme il ar- 
rive très fouvent , le malade n'aie 
point trop de fang ; or on trouve 
dans la Fridion de quoi faire ces 
revulfions fans qu'il en coûte une 
goûte du fang , & cela en faifant la 
Friction ou de la tête aux pieds, ou 
des pieds à la tête,foit directement 
foit obliquement ; les Fridions 
tranfverfales peuvent encore fervir 
à rappeller le fang d'un endroit à 
un autre , félon la partie où on les 
commence & où on les finit. Il eft 
étonnant que les Fridions étant 
d'une fi grande vertu contre diver- 
fes maladies , elles foient fi néoli- 
gées aujourd'hui ; c'eft la reflexion 
que fait notre Auteur à la fin de fa 
Diflertation. Il répond à cela que 
telle eft l'inconftance de l'efprit hu- 
main , de fe dégoûter des meilleu- 
res choies , & de ne fçavoir fe fixer 
à rien , quelque utilité qu'il en 
puifle cfperer. 



Oij 



,o8 JOURNAL DES SÇAVANS; 

HISTOIRE LITTERAIRE DE LA FRANCE , OV L'ON 
traite de l origine & du progrès , de la décadence & du retabUJfemem des • 
Sciences -parmi les Gaulois & parmi les François ; du goût & du génie 
des uns & des autres pour les Lettres en chaque fie de ; de leurs anciennes 
Ecoles ; de Pétablijfement des Vniverfuez. en France ; des principaux Collè- 
ges ; des Académies des Sciences 6" des Belles ■ Lettres; des meilleures Bi- 
bliothèques anciennes & modernes ; des plus célèbres Imprimeries ; & de 
tout ce qui a un rapport particulier à la Littérature : avec les Eloges Histo- 
riques des Gaulois & des François , qui s'y font fait quelque réputation ; le 
Catalogue & la Chronologie de leurs Ecrits ; des Remarques Hifloriques & 
Critiques fur les principaux Ouvrages ; le dénombrement des différentes 
Editions : le tout jttjlifé par les citations des Auteurs originaux. Par des 
Religieux Bénédictins de la Congrégation de Saint Ma.ur. Tome premier ,. 
Partie féconde t qui comprend le quatrième fiicle de l'Eglife. À Paris v 
chez C haubert , Libraire du Journal, Quai des Augultins , à la Re- 
nommée & à la Prudence -, Gijfey , rue de la vieille Bouderie , à l'Ar- 
bre de Je (Té ; Ofmont y à l'Olivier ■■> Hitart l'aîné , à la Jultice ; Cloujîer, 
à l'Ecu de France , rue S. Jacques ; Hourdel ; & David le jeune , à 
TEfperance , Quai des Augultins. 173 3. in-^ a . première Partie^ pp. 414. 
fans la Préface & la Table des citations qui en remplirent 64. féconde 
Partie , pages 450. fans la Table des Auteurs & des Matières. Plan- 
ches détachées z. 

NOUS acquittons ici la pro- riens , 25 tant Rhéteurs qu'Ora- 

meffe que nous fîmes au Pu- teurs , 10 Poètes : feulement trois 

blic dans notre Journal de Janvier Hiftoriens , deux Philofophes 8c 

dernier , de lui rendre un compte un Médecin. En recompenfe les 

exad de ce que contient la féconde Théologiens y paroifTent en grand 

Partie de ce Volume. Quoiqu'elle nombre , parmi les Chrétiens. Tels 

ne parcoure qu'un fiécle , elle four- font 1 3 Evêques , entre lefquels 

nit une moifïon beaucoup plus ri- brillent fur-tout un S. Hilaire , un 

che que les trois iîéclcs précedens Saint Ambroife , un Saint Martin, 

n'ont pu l'offrir à la première Par- & dont l'Hiftoire fe trouve liée à 

rie. On voit dans celle-ci parmi les celle d'onze Conciles tenus dans les 

gens de Lettres qui ont illuftré les Gaules , & dont il eft fait ici men- 

Gaules , trois Empereurs , Con- tlon. 

ftantin le jeune , Gratien & Valen- Avant que d'entrer en matière 
tinien II. quatre Préfets du Prétoi- fur chacun de ces articles en para- 
fe , Tiberien , Salufte , Sibure & culier , nos Auteurs ont grand foin 
Grégoire : deux Miniftres d'Etat , de nous expofer dans un Difcours 
Théodore ôc Rufin ; zi Giamraai- Préliminaire quel ctoit l'état des 



FEVRIE 

Lettres dans les Gaules , pendant ce 
quatrième fiécle. Ils le regardent 
comme plus iécond en Sçavans de 
tout genre que ne l'ont été les trois 
fiécles précedens. Jamais les études 
ne fleurirent avec plus d'éclat dans 
ces Provinces par l'établiffement 
de quantité de Collèges , où grand 
nombre d'excellens Profeffeurs 
travailloient de concert à culti- 
ver les Sciences & les Arts , & à les 
répandre dans toutes les Villes con- 
fiderables, par le moyen des Elevés 
qu'ils y envoyoient. Mais cette ar- 
deur des Gaulois à procurer la cul- 
ture des Lettres fe vit merveilleufe- 
nient favorifée (difent nos Auteurs) 
par la Providence , qui écarta les 
deux obftacles les plus capables de 
retarder les effets d'une fi loiiable 
difpofir'ion ; 6c dont l'un étoit l'in- 
curfion des Barbares , l'autre la ty- 
rannie du Paganifme contre les 
Chrétiens. Larefidence des Empe- 
reurs dans les Gaules remédia à la 
première ; Se la converfion de 
Conftantin au Chriftianifme arrêta 
la féconde. 

Cet Empereur appella le célèbre 
Laitance à fa Cour , pour y con- 
duire les études de Crifpe fon fils 
aîné. Il publia plufieurs Loix très- 
favorables aux Sçavans, fur -tout 
aux Médecins & aux Profeffeurs de 
Belles- Lettres : par d'autres il re- 
prima les Superftitions Aftrologi- 
ques , Magiques & Auguralcs. 
Après avoir quitté les Gaules , il y 
envoya Confiance fon fils pour les 
gouverner en la place , Si après la 
mort du père, Conftantin le jeune, 
à qui les Gaules étoient échues, 



vint y faire fon féjour. Son frère 
Confiant qui lui fucceda , choifit la 
Ville de Trêves pour y tenir fa 
Cour -, & ce fut dans la fuite le 
lieu le plus ordinaire où refidoient 
les Empereurs &: ceux à qui étoit 
confié le gouvernement des Gaules. 
Julien cependant lui préfera Paris, 
qui n'étoit alors qu'une Ville peu 
confiderablc -, & fon Médecin Ori- 
bafe l'un des plus fameux de ce 
tems là, s'y fit (difent nos Auteurs) 
particulièrement connoître par l'a- 
brégé des Ouvrages de Galieil qu'il 
y publia , & qui fervit à y per- 
fectionner la Médecine. De-là ils 
paffent à Valentinien I. puis à Gra- 
tien Difciple du célèbre Aufone de 
Bourdeaux , & à qui fucceda Va- 
lentinien II. après la défaite de l'u- 
furpateur Maxime. 

A l'occafion de la refidence que 
firent à Trêves la plupart de ces 
Empereurs , nos Auteurs nous font 
obferver quelle étoit alors la répu- 
tation Se le luftre de cette grande 1 
Ville , qui paffoit non feulement 
pour la fixiéme entre les plus célè- 
bres de l'Univers , & pour l'un de? 
Boulevards de l'Empire ; mais qui 
l'emportoit fur Rome même pour 
la culture delà Jurifprudence , de 
l'Eloquence , & étoit comme une 
pépinière de gens habiles à remplir 
les premières Places de la Robe & 
de l'Epée. Ils nous parlent encore 
de plufieurs Villes Gauloifes , dont 
les Ecoles fe diftinguoient par l'ha- 
bileté des Profeffeurs , & par le 
grand concours des Etudians; four- 
niffant même aux Pays étrangers , 
à Rome, pat exemple, à Conftaftïi- 



no JOURNAL D 

nople & ailleurs d'illuftres Profef- 
feurs de Belles - Lettres. Telles é- 
toient , entre plufieurs autres, cel- 
les de Bourdeaux , d'Autun , de 
Touloufe , de Narbone , de Poi- 
tiers , &c. 

Ils font enfuite une revue généra- 
le des principaux Sçavans en cha- 
que genre , qui dans ce fiécle ont 
rendu les Gaules floviffantes. Ils 
commencent par les Orateurs , tels 
qu'Eumene , Panégvrifte du Grand 
Conftantin , Minervius qui excel- 
loit dans le même genre d'Elo- 
quence , Agrœtus l'Orateur le plus 
accompli de fon tems , Alcime Pa- 
négyrifte de Julien l'Apoftat, Ma- 
mertin ; Drépane , &c. Ils vien- 
nent après cela aux Poètes , dont 
le plus connu aujourd'hui eft Aufo- 
ne j qui nous peint le caractère de 
tous les autres que nous ignorerions 
prefque totalement fans fes Ecrits. 
Nos Auteurs ne rencontrent en leur 
chemin que très-peu d'Hiftoriens , 
dont les plus remarquables font 
Eutrope & Sévère- Sulpice. Les 
Philofophes & les Mathématiciens 
ne les occupent guéres davanta- 
ge , fe reduifant chez eux à un Né- 
potien, un Hellefponce, un Arbo- 
rius. De tant d'Auteurs differens, il 
ne nous refte que très-peu d'Ecrits, 
fçavoir l'Hiftoire d'Eutrope , celle 
de Sévère - Sulpice , les Oeuvres 
d'Aufone , & quelques Panégyri- 
ques , faifant partie du Recueil qui 
eft entre les mains de tout le mon- 
de. Mais [ difent nos Auteurs ] ce 
n'eft là que la moindre partie des 
productions de nos fçavans Gaulois 
de ce fiécle ; Se ils travaillent à 



ES SÇAVANS, 

nous en convaincre par le dénom- 
brement de celles de la perte des- 
quelles on eft certain , fans comp- 
ter celles qui nous font abfolument 
inconnues. 

Il s'enfuit des Obfervatiohs de 
nos Auteurs fur la Littérature des 
Gaulois en ce quatrième fiécle, que 
leur génie dominant les portoit à 
l'Eloquence & à la Poëfie. Mais 
l'une & l'autre fe trouvoient fort 
déchues de l'état floriHant où elles 
avoient paru dans les bons fiécîes. 
Le genre d'écrire qui fe foûtint le 
mieux ( nous dit-on) futl'hiftori- 
que : encore avoit-il perdu quel- 
que chofe de fon ancienne majefté ; 
& c'eft de quoi on allègue pour 
preuves Eutrope & Sévére-Sulpice. 
L'on porte un jugement tout pareil 
fur le ftyle épiftolaire. Du refte , la 
Langue Latine étoit encore [ difent 
nos Auteurs ] la Langue Vulgaire 
dans toutes les Gaules ; les femmes 
l'entendoient & la parloient com- 
me les hommes ; & il y avoit mê- 
me des Profelîeurs publics pour la 
Langue Gréque dans la plupart des 
grandes Villes. 

Après cette expofition de l'état 
où fe trouvoit dans les Gaules la. 
Littérature profane pendant le qua- 
trième fiécle -, nos Auteurs nous 
entretiennent des avantages qui en 
rcfulterent par rapport à l'Eglife. La 
Religion & l'amour des Lettres 
[ difent - ils ] fe prêtant un fecours 
mutuel ; comme les Lettres turent 
alors plus noriftantes que jamais 
dans les Gaules , aufli l'Eglife y 
fut-elle dans fa plus grande fplen- 
deur. Les Villes coniiderables qui 



FEVRI 

étoienf encore fans Evêques , en 
eurent alors ; & le Chriftianifme 
renfermé jufques-là dans l'enceinte 
des Villes , fe répandit dans la cam- 
pagne au long & au large ; ce qu'ils 
juftifient par divers exemples. L'E- 
glife Gallicane étoit alors en fi gran- 
de réputation , &pour la fcience & 
pour l'intégrité de la toi , que les 
Donatiftes d'Afrique du parti de 
Majorin voulurent avoir de nos 
Evêques pour Juges de leur diffé- 
rend avec Cecilien de Carthage. 
Dans les deux Conciles tenus pour 
la décifion de cette affaire , l'un à 
Rome , l'autre à Arles , les Prélats 
Gaulois firent le plus grand nom- 
bre. Sur ce pied-là , il paroît fort 
étrange à nos Auteurs que de tant 
d'Evêques célèbres qui gouver- 
noient les Gaules , il ne s'en foit 
trouvé qu'un feul au Concile de 
Nicée convoqué onze ans après ce- 
lui d'Arles. 

» L'Héréfie d'Arius ( difent nos 
» Auteurs ) s'effarça de répandre 
* fon venin dans les Gaules. Mais 
» elle y trouva nos Evêques munis 
» contre fes traits empoifonnés , & 
» eut en eux de puiffans adverfaires. 
» A quelques uns près , foibles ou 
» intereffés , qui fouferivirent à 
» l'erreur, les autres fermes dans la 
» foi , & généreux dans fadéfenfe, 
"n'abandonnèrent jamais les inte- 
» rets de la vérité. « Il faut pour- 
tant ( ajoutent - ils) en excepter la 
chiite fatale qu'ils firent au Conci- 
le de Rimini , mais dont ils fe rele- 
vèrent promptement. C'eft fur 
quoi ils entrent dans un détail , où 
nous ne les fuivrons pas. 



E R ; 1734. m 

Les Evêques des Gaules à peine 
délivrés des troubles de l'Arianif- 
me , eurent à foûtenir de nouveaux 
combats pour le maintien de la 
vérité, à l'occafion de l'Héréiîe des 
Prifcillianiltes , qui prit naiflance 
en Efpagne fur la fin de ce fiécle. 
Ces Hérétiques étoient à la fois 
Gnoftiques , Manichéens , Marcio- 
nites , Sabelliens , Photiniens -, & 
fous un extérieur mode/te & févére 
joignoient à l'erreur dans le dogme, 
la plus grande corruption dans les 
mœurs. De l'Efpagne cette Héréfie 
fe glifia dans les Gaules & y fit 
quelques ravages. Mais ayant été 
condamnée au Tribunal de l'Em- 
pereur Maxime qui étoit alors à 
Trêves , Prifcillien Se fes princi- 
paux Sectateurs furent punis avec 
la rigueur que tout le monde lait 3 
Se que procurèrent Ithace Se quel-' 
ques autres Evêques leurs aceufa- 
teurs. Cette févérité exceflîve con- 
damnée hautement par leurs Con- 
frères , inftruits que l'Eglife a tou- 
jours eu en horreur l'cffufion du 
fang , fit naître le parti des Itha- 
ciens , qui pour défendre la con- 
duite rigoureufe tenue contre les 
Prifcillianiltes, excita d'étranges di- 
vifions dans l'Eglife des Gaules , 
pendant plus de 15 ans. Ithace Se 
fes Partifans poufToient l'injuitice 
& la licence jufqu'à taxer d'héréfie 
les gens à la feule vue , Se à don- 
ner le nom odieux de Prifcilliani- 
ltes à ceux qui s'appliquoient à l'é- 
tude, ou qui menoientune vie au- 
ftere & pénitente. 

L'Eglife des Gaules , qui jufqu'ici 
( «difent nos Auteurs ) s'étoit tenue 



lt 2 JOURNAL DE 

en garde contre les erreurs étrangè- 
res , eut la douleur de voir naître 
l'héréfie dans fon propre fein vers 
la fin de ce quatrième fiécle. Vigi- 
lance, le premier monftre , ditfaint 
Jérôme , que les Gaules ayent pro- 
duit , ferna plufieurs erreurs contre 
la Religion ôc les pieufes pratiques 
de l'Eglife -, blâmant la profeilion 
de la continence , le refpect rendu 
aux Reliques des Martyrs , l'ufage 
d'allumer pour eux des cierges en 
plein jour -, foûtenant de plus qu'a- 
près la mort on ne pouvoit plus 
prier les uns pour les autres , <Sc que 
les miracles opérés aux fépulcres 
des Martyrs , n'étoient que pour 
les Infidèles ; condamnant enfin les 
veilles publiques dans les Eglifes , 
excepté la nuit de Pâques , & ceux 
qui vendoient leur bien pour le 
diftribuer aux pauvres , ou qui em- 
braffoient la vie Monaftique. Mais 
cette Hérélîc tut prefqu'aufli tôt 
étouffée que mife au jour , & cela 
non feulement par les Ecrits de 
S. Jérôme &c parles foins des Pré- 
lats , mais fur-tout par les ravages 
affreux que firent les Barbares dans 
les Gaules , au commencement du 
cinquième fiécle. 

Nos Hiûoriens terminent leur 
Difcours Préliminaire par quel- 
ques obfervations fur l'Inftitut de 
l'Ordre Monaftique dans ce même 
Pays. Il y doit fon origine à S. Mar- 
tin , depuis Evêque de Tours , qui 
bâtit un Monaftere à Ligugé auprès 
de cette Ville-là. Il y fit un miracle 
éclatant, en y reffufcitantun moit; 
&C la célébrité de ce Monaftere 
continua dans les fiécies fuivans , 



S SÇAVANS; 

qui en virent fortir quelques gens 
de Lettres. S. Martin devenu Evê- 
que , bâtit à une demi -lieue de 
Tours un fécond Monaftere , qui 
eft aujourd'hui la célèbre Abbaye 
de Marmoutier , & qui devint une 
pépinière d'Evêques , & une Ecole 
pour la Littérature. Tout le travail 
desSolitaires o'ybornoit à copier des 
Livres. Delà , comme d'une ruche 
féconde ( difent nos Auteurs ) for- 
tirent pluiieurs Moines , qui fe ré- 
pandirent de tous cotez. 

Pour venir maintenant au corps 
hiftorique de cette féconde Partie , 
nous en uferons comme nous avons 
fait par rapport à l'Hiftoire Litté- 
raire des trois premiers fiécies dé- 
duite dans la première Partie. C'cft- 
à-dire que nous prendrons çà & là 
quelques articles intereffans pour 
le Public & pour les Auteurs, par 
quelques nouvelles découvertes; Se 
en les lui faifant connoître plus 
particulièrement, nous le mettrons 
à portée de fe former une idée plus 
jufte du refte de l'Ouvrage. 

i. Parmi les monumens qui com- 
pofent le Supplément à la Biblio- 
thèque des Pères ( de Lyon ) fe 
trouve un petit Poème d'un Auteur 
Anonyme fous ce titre de Laudibus 
Domini. Nos Auteurs font perfua- 
dés que cet Ouvrage appartient à 
un Ecrivain Gaulois ; Se que félon 
toutes les apparences , ce Poëtc 
étoic d'Autun ou du voihnage. 
Deux raifons leur paroiffent mettre 
la chofe hors de doute : i°. La def- 
cription qu'il fait de ce Pays-là : 
z°. Le trait d'hiftoire qui femble 
lui avoir fourni i'occafion de com- 
pofes 



F E V R I 

pofer fon Poëme. Ce trait d'Hiftoi- 
tc rapporté prefque avec les mêmes 
circonstances par Grégoire de 
Tours plus de 200 ans -après, con- 
cerne le mariage de S. Rétice Evê- 
que d'Autun avant fon Epifcopat , 
éc la merveille arrivée à làfépultu- 
re , lorfqu'étant inhumé dans le 
même tombeau avec l'on époufe 
morte long-tems avant lui , celle-ci 
étendit la main vers le corps de fon 
époux & donna des lignes de vie , 
félon l'Anonyme , au lieu que fé- 
lon Grégoire de Tours, ce fut faint 
Rétice qui reprit fes efprits pour 
annoncer à fon époufe leur réu- 
nion. Sur quoi nos Auteurs obfer- 
vent que l'Anonyme cft plus croya- 
ble que l'Evêque de Tours , puif- 
que le premier étoit contemporain 
ou prefque contemporain de S. Ré- 
tice ; comme en tont foi deux traits 
de fon Poëme ■-, l'un qu'en racon- 
tant cette hiftoire miraculcufe, il 
en parle comme la fçachant par lui- 
même ou de témoins oculaires -, 
Conjugiurn memini fumma pietaie 
fideque : l'autre qu'il y hit mention 
de Conftantin le Grand comme 
nouvellement victorieux, fans dou- 
te de Licinius. Du récit merveil- 
leux de la fépulture de S. Rétice , 
l'Anonyme prend occafion de 
loiier les autres merveilles que 
Dieu a fait éclater dans la création 
du monde , dans l'Incarnation du 
Verbe , dans la Refurrcction des 
morts , &c. d'où ce petit Poëme 
d'environ 160 vers hexamètres a 
reçu fon titre des Louanges du Sei- 
gneur. Cette Pièce de Poëfie , mal- 
gré les rautes des Copiftes } ne laif- 
Fevrier. 



E R, 1734. 115 

fe pas ( s'il en faut croire nos Au- 
teurs ) d'offrir des beautez qui ne 
font pas indignes des bons fiécles. 
Le Lecteur en jugera par les fix vers 
de l'Exorde tranfciits dans ce Vo- 
lume. Voilà donc un Ecrivain re- 
vendiqué à nosGauiois par les foins 
de nos Auteurs. 

2. Il ne tient pas à eux que l'Evê- 
que nommé Paul allégué par Gen- 
nade comme Auteur d'un Traité 
fur la Pénitence dont le but étoit 
de ne pas jetter par trop de rigueur 
les pénitens dans le dcfefpoir -, ne 
foit Paul Evêque de Paris. Outre la 
convenance du nom ci de la digni- 
té , celle des tems s'y trouve toute 
entière. On le compte pour le fep- 
tiéme Evêque de Paris depuis Saint 
Denys. Il aîhfta au Concile de Paris 
tenu en 361. Le fujet traité dans 
l'Ouvrage dont il s'agit, convenait 
merveilleufementauxcirconftanccs 
de ce tcms-là , où les maximes ou- 
trées de Lucifer Evêque de Cagliari 
tendoient à taire autant de defefpe- 
résqu'ily avoit de pénitens. De ce 
principe, étendu &, développé par 
diverfes reflexions , nos Hiitoricns 
concluent que de tous les Evêqucs 
du quatrième fiécle nommés Paul 
on n'en connoît point à qui l'on 
puiife attribuer plus légitimement 
ce Traité de la Pénitence , qu'à 
Paul Evêque de Paris. Or que ce 
Paul cité par Gennade foit du fié- 
cle où le placent nos Auteurs , la 
preuve s'en tire de ce que , malgré 
quelques négligences de cet Ecri- 
vain quant à l'ordre chronologique; 
les 38 premiers Chapitres de fon 
Catalogue ne renferment que des 
P 



ïï4 JOURNAL D 

Auteurs qui ont fleuri dans le qua- 
trième fiécle , &c que l'Ecrivain 
donc il eft queftion fait le fujet du 
31 e Chapitre. Aloûtez à cela que 
Gennade a drefTé fon Catalogue 
principalement pour v faire entrer 
les Ecrivains Ecclefiaftiques des 
Gaules , comme iui étant plus con- 
nus. 

3. Nos Hiftoriens s'appliquent 
encore à prouver que le Sabbatins 
dont parle Gennade, eft le même 
queS.Servais Evêque deTongres,& 
par-là ils enrichirent le Catalogue 
de nos Ecrivains de l'Eglife Gallica- 
ne. Voici leurs preuves. i°. Gennade 
le qualifie Evêque de cette même 
Eglife. 2 . Le nom de Sabbat tus 
qu'il lui donne , eft à une lettre 
près vifiblement le même que Sar- 
ïattus j que chacun fçait n'être pas 
différent de Servatius. 3 . Gennade 
le place parmi les Ecrivains du 
quatrième fiécle ', parlant de lui 
dans fon 15 e Chapitre. 4 . La ma- 
tière traitée dans l'Ouvrage de Sab- 
batius , où il s'agit de réfuter les 
erreurs de Valentin , de Marcion , 
d'Aetius 8c d'Eunomius , étoit des 
p us convenables au quatrième fic- 
elé 5c nommément à Saint Servais 
comme défenfeur de la Confub- 
ftantialité du Verbe , dont l'Ouvra- 
ge traitoit. 

4. S. Phébade Evêque d'Agen , 
l'un des plus illuftres Prélats de 
l'Eglife Gallicane , dans ce quatriè- 
me fiécle , & des plus zélés défen- 
feurs de la foi Catholique contre 
les Ariens , ne fe borna pas à ia 
foûtenirde vive voix -, il le fit en- 
core par fes Ecrits. Des divers Ou- 



ES SÇAVANS, 

vrages qu'il com-pofa J & dontfaint 
Jérôme cependant n'avoit lu qu'un 
feulcn 392. il ne nous refte , fui- 
vant l'opinion commune , que ce- 
lui-là , qui eft un Traité contre les 
Ariens , où il réfute la féconde for- 
mule de Sirmich , établit le Myfte- 
Te de la Trinité , relevé l'autorité 
des Pères de Nicée 5 foiitient qu'il 
n'y a en Dieu qu'une Subfiance , & 
qu'il faut conferver ce terme & 
celui de Confttbftamiel , retranché de 
la ieconde formule qu'il combat. 
A cet unique Ouvrage univerfelle- 
ment reconnu pour être de S. Phé- 
bade , nos Hiftoriens entrepren- 
nent d'en joindre un fécond , & de 
le reftiruer à cet Evêque , comme 
à fon véritable Auteur , malgré les 
fentimens oppofés de ceux qui onc 
cru devoir l'attribuer à divers au- 
tres Ecrivains. 

Cet Ecrit , quoique latin , eft le 
49 e Difcours entre ceux de S. Gré- 
goire de Nazianze. On l'a regardé 
comme une traduction faire par 
Pvutfin fur l'Original Grec. D'au- 
tres l'ont pris pour un Ouvrage de 
S. Ambroife. Des Critiques plus 
rahnés , dans le dernier fiécle, l'ont 
ôté à ces deux Pères de l'Eglife 
pour le donner ; les uns , comme 
le P. Chifflet , à Vigile de Tapfe ; 
les autres , comme le P. J^uepid 
à Grégoire d'Elvire. Les railons qui 
paroifient appuyer ces différentes 
opinions , ne font au jugement de 
nos Auteurs, que de iimples con- 
jectures , dont la plus forte , en 
apparence , ne tient pas contre les 
argumens de nos Hiftoriens. 

Ceux-ci , après l'avoir refutée , 



F E V R I 

vienne nt aux preuves , qui a (Turent 
à S. Phébade la pofleflîon de l'Ou- 
Vrage dont il s'agit. Elles font au 
nombre de cinq. i°. L'Anonyme 
dit qu'il y avoir déjà long-tems , 
qu'il avoit publié un autre Ecrit 
contre les Ariens ; ce qui , pris à la 
lettre , ne peut s'appliquer à Gré- 
goire d'Elvire , & convient parfai- 
tement à S. Phébade. i°. Le ftyle de 
l'Ecrit contefté cil précifément le 
même que celui du Traité de Saint 
Phébade, quant aux termes, quant 
au tour & à la force du raifonne- 
ment , &i quant à la manière de ci- 
ter 1 Ecriture. 3 . A cette unifor- 
mité du ftyle répond celle de la 
doctrine. Il fuffit , pour en être 
convaincu , de confronter la fécon- 
de colonne de la 303 t page du pre- 
mier Traité avec 1a 3 5 5 e du fécond. 
4 . L'Ecrit contefté fuppofe vi(l- 
blementle premier de S. Phébade, 
& ne tend uniquement qu'à l'é- 
claircir , comme l'Anonyme le 
déclare lui - même : caraclérifant 
ce premier Ecrit par des traits , qui 
ne permettent pas de le méconnoî- 
tre. 5 . Enfin , dans l'un & dans 
l'autre Ecrit, c'eft le même Auteur 
qui combat les mêmes adverfaires , 
qu'il a foin de peindre avec les mê- 
mes couleurs , c'eft-à-dire comme 
des Hérétiques aheurtés à proferire 
le terme àefubflunce , plutôt parce 
que fa lignification les incommode 
que parce qu'il n'exifte point dans 
l'Ecriture^ de habiles à féduire les 
fimples par l'emploi artificieux 
qu'ils font de quelques cxpreflîons 
orthodoxes. 

Nos Hiftoriens par PAnalyfc 



E R ; r 7 5 4. 1 1 y 

exade qu'ils nous offrent de ces 
deux Ecrits S: par la compara: ljn 
qu'ils font de l'un & de l'autre 
achèvent de donner à leur fenri- 
ment toute la vraifemblance dont 
il eft fufceptible. Nous y renvoyons 
les Le&eurs. 

ç. Nos Auteurs non contens de 
reftituer à la Gaule divers Ecrivains 
Ecclefiaftiques , lui revendiquent 
de plus l'Hiftorien Eutrope. Deux 
opinions ont jufqu'ici ( dit on ) par- 
tagé les Sçavans fur la Patrie de cet 
Auteur. Les uns ont cru qu'il étoit 
de Conftantinople ou Grec de na- 
tion : les autres en ont fait un So- 
phifte Italien. On prétend ici qu'il 
étoit de même Pays que Jule-Au- 
fone père du Poète de ce nom 
c'eft-à-dire ou de Bourdeaux, ou 
de quelque autre endroit de l'A- 
quitaine du côté dû Bafas : ce qu'on 
appuyé du témoignage du Méde- 
cin Marcel l'Empirique. Symma- 
que , ami particulier d'Eutrope 
( pourfuit on ) confirme ce fenti- 
ment , en difant que celui ci avoit 
des terres contigué's à celles du 
Conful Aufone fils de Jule. Il eft 
vrai que le Texte de Symmaque eft 
conçu en ces termes : Aufomus vir 
Confularis , admirator tuus , feriptg 
ex Afia nuper alUto , mutilari ngros 
fuos , qui tuis eonjunguntur , accevit. 
Mais , outre qu'Aufone dont tou- 
tes les terres étoient (îtuées en Sain- 
tonge Se près de Bafas , n'auroit pu 
apprendre d'Afie qu'on cnvahilfoit 
une partie de fes terres ; il paroît 
par la fuite , qu'Eutrope , à qui 
Symmaque mande cette particula- 
rité , étoit lui-même alors en Allé ; 
Pij 



iï<J JOU RN AL D 

d'oùileft vifible qu'il faut lire dans 
ce Texte ex Aitfci* , d'Auch Mé- 
tropole de Bafas , &C non pas ex 
Aji.i. 

Les fept Lettres de Symmaque 
écrites à Eutrope fournilTent à nos 
Auteurs diverlcs reflexions qui 
vont à confirmer la propofition 
qu'ils viennent d'établir touchant 
la vraye patrie de cet Ecrivain , de 
même qu'à faire connoître fon fça- 
voir éniinent , fes divers emplois 
<k fes Ouvrages ; fur quoi nous 



ES SÇAVANS, 

paflons d'autant plus légèrement ~ 
que nous en avons parlé avec alTcs 
d'étendue dans notre Journal 
d'Aouft ( 1731.) à l'occafionde la 
nouvelle édition de cet Auteur 
procurée à Lcyde par les foins de 
M. Havercamp : en forte qu'en joi- 
gnant ce que nous en avons dit alors 
à ce que nous en apprennent ici 
nos fçavans Hiftoriens Littéraires , 
il reliera peu de chofe à fouhaiter 
pour l'entier éclairciflement de ceï 
article. 




FEVRIER, 1734; 



117 



ERUM ITALICARUM SCR1PTORES, &c. 
C'eft- A - dire : Recueil des Ecrivains de ÏHiftoire d' 'Italie , depuis l'an 
^00. jhfeju' a l'an 1500. par M. Muratori ', Tome X F. A Milan , parla 
Société Palatine. 1729. in-fol. col. 1136'. 



CE VOLUME fera d'autant 
mieux reçu qu'aucunes des 
Pièces qui le compofent n'avoient 
point encore paru. Elles font au 
nombre de neuf : la première eft 
une Chronique de Sienne écrite en 
Italien par André Dei & continuée 
par Agnolo-Tura. On en eft rede- 
vable aux recherches de M. Hubert 
Benvoglienti Patrice Sicnnois. 
Comme il eft très-veifé dans l'Hi- 
ftoire de fon Pays , il a bien voulu 
accompagner fon Manulcrit de 
notes curieufes. qui font prefques 
aufîî étendues que l'Ouvrage même 
fur lequel elles font faites. 
" On les trouvera ici avec uneef- 
pece de Préface qu'il a compofée 
fur les Hiftoriens de fa Patrie qu'il 
a recueillis , & qui paroîtront avec 
fon agrément èc félon leur rang 
dans les Tomes fuivans de ce Re- 
cueil. M. Benvoglienti obferve que 
depuis la farr mfe perte qui ravagea 
l'Italie en 1348. la plupart de ceux 
qui en ont écrit l'Hiftoire, fontob- 
feurs 6v embarrafTés dans leur ftile. 
Avant ce tems , dit-il } nos Hifto- 
riens étudioient les Livres Proven- 
çaux , mais dans la fuite ils s'atta- 
chèrent au tour de laLangue Latine; 
& le goût que ceux mêmes qui ai- 
moient leur Langue naturelle pri- 
rent pour la Scolaftique acheva de 
les gâter & de leur faire perdre cet 
«ir aifé & naturel qui regnoit au; 



paravant dans leurs Ecrits. Les 
ignorans furent alors pour ainfi di- 
re lesfeulsqui fçuftent écrire agréa- 
blement en Italien. Ce qu'il prou- 
ve par l'exemple du Dante & de 
plufieurs autres Sçavans qui ont 
elTayé avec peu de fuccés d'écrire 
en leur langue fur des matières 
fublimes & élevées. Mais la plupart 
de ceux qui fe picquoient d'érudi- 
tion voulurent aufli que leurs Ou- 
vrages fuiïent lus par les gens d'ef- 
prit & de fçavoir, c'eft ce qui les 
détermina à compofe* plutôt en 
Latin qu'en Italien. 

Or comme la Chronique d'An- 
dré Dei commence en l'an 1187.& 
finit à l'an 1352. & qu'ainfi elle a 
été écrite au jugement des bons 
connoiiïeurs dans un tems où l'Ita- 
lien étoit dans fa pureté , on efpc- 
re qu'elle fera autant recherchée 
pour la beauté du langage que pouï 
la vérité de l'Hiftoire. 

La féconde Pièce de ce Volume 
qui eft aufli une Chronique de 
Sienne vient encore de M. Benvo- 
glienti. Elle va depuis l'an 1352. 
jufqu'à l'an 1381. l'Auteur s'y qua- 
lifie de Neri fils de Donat Ligrittie- 
re ou Rigattiere 3 félon la dialecte 
desFlorentins,mot qui revient à ce- 
lui de Rcgratier ou de Fripier en 
François. Cependant on voit dans 1 
cette Chronique -là même que le 
père de Néri avoit été du ConfeU' 



n8 JOURNAL D 

des douze qui étoient pour lors les 
premiers Magiftrats de Sienne. Il 
faut donc fe reffouvenir que dans 
ces tems là le Peuple & les Arufans 
étoient admis au gouvernement de 
Sienne. C'eft pourquoi ceux qui 
vouloient y avoir part fe trou voient 
pour lors dans l'obligation d'exer- 
cer quelque profeffion mécanique 
ou du moins d'en prendre le titre. 
On voit en effet dans les Monu- 
mens de l'Hiftoire de Sienne des 
Fripiers parvenus au premier degré 
de la Magistrature , & encore au- 
jourd'hui dans les Procédions fo- 
lemnelles ils y marchent les pre- 
miers après les Parfumeurs. 

Ce qu'il y a du moins de certain, 
c'eft que Néri n'étoit pas homme 
de Lettres , & qu'il avoir encore 
moins de goût , outre que fon ftile 
eft fimple Se grolîîer , il a tard fa 
Chronique d'une infinité de faits h 
bas &c Ci ridicules que M. Muratori 
a été contraint d'en retrancher une 
grande partie , Se que malgré cela 
il appréhende qu'on ne lui reproche 
d'avoir eu trop d'indulgence pour 
fon Auteur. 

3°. Une Chronique d'Eft conte- 
nant les actions des Marquis d'Eft. 
Elle vient de differcnsAuteursAno- 
nymes , mais contemporains. On 
ne doit point être furpris de voir 
M. Muratori revenir Ci fouvent à 
tout ce qui peut contribuer à la 
gloire des Princes de ce nom. 11 eft 
Ré leur fujet , Se depuis le tems 
qu'il eft attaché au Duc de Modene 
en qualité de Bibliothécaire , il a 
reçu tant de marques de fa libérali- 
té Se de fa protection , fur - tout 



E S SÇAVANS, 

pour achever ce grand Ouvrage J 
qu'il fe croit obligé de chercher 
toutes les occafions de faire éclater 
fa reconnoiffince. Ainii quoiqu'il 
eût déjà montré dans fes Antiqui- 
tez de la Maifon d'Eft qu'il publia 
en 1717. que cette illuftre &: an- 
cienne famille étoit inconteftable- 
ment la tige de la Branche Royale 
des anciens Ducs de Saxe Se de Ba- 
vière , aujourd'hui Ducs de Brunf- 
Wic , Electeurs de l'Empire , & 
régnante en Angleterre dans laper • 
fonne de George II. Se que dans les 
Tomes précedens il eut encore 
donné quelques morceaux où l'on 
trouve beaucoup de chofes qui ont 
rapport à l'Hiftoire des Princes de 
cette Maifon , cependant fon zélé 
n'étoit point encore fatisfait , mais 
jl a eu enfin le bonheur de trouver 
une ancienne Chronique qui rem- 
plit prefque tous fes delîrs. 

Elle renferme à la vérité l'Hi- 
ftoire de Ferrare Se des Villes voiiî- 
ncs ; mais comme elle contient 
au (11 les actions des anciens Princes 
de la Maifon d'Eft, il a cru pouvoir 
lui donner le nom de Chronique 
d'Eft. Elle s'étend depuis l'an 
1101. jufqu'à l'an 1393. il nous 
promet encore deux differens Hi- 
ftonens de cette même Maifon , en 
forte qu'on en trouvera dans ce 
Recueil une Hiftoire complette de- 
puis l'an 1 zoo. jufqu à nos jours. 

11 avertit au refte que lorfquc 
fous l'année 1 09 c. l'Auteur de cet- 
te Chronique parle de la divilion 
de la famille d'Eft en différentes 
branches, il mêle quelquefois le 
faux avec le vrai , mais on y verra 



H VRIE 

du moins , ajoute - 1 - il , que dans 
tous les rems on n'a jamais oublié 
qu'une branche de la Maifon d'Eft 
avoir pris racine dans l'Allemagne. 
Ce qui arriva en effet fous le Ne- 
veu de Guelphon IV. Duc de Ba- 
vière. Or ce Guelphon qui avoit 
pour père Azon II. grand Marquis 
d'Italie , tut la Souche de la Royale 
Maifon des Ducs de Brunfwic , 
comme Fulcon fou frère & fils du 
même Azon & Hugues Princes du 
Mans furent la Souche des Marquis 
d'Eft environ vers l'an r o 7 o. 
les anciens Ferrarois fçavoient à la 
vérité qu'un Prince de la Maifon 
d'Eft- s'étoit établi en Allemagne , 
mais ils ne connoiiToient pas ce 
Guelphon, & ils ignoroient même 
la divifîon de la Maifon d'Eft en 
Italie dans les defccndans de Ful- 
con & de Hugues. M. Muratori 
renvoyé ceux qui voudraient de 
plus grands éclairciffemens fur cet- 
te matière au Chapitre 1. Se 3 e de 
fes Antiquitez de la Maifon d'Eft. 

4 . Une Chronique de Modene 
depuis l'an 1002. jufqu'à l'an 1363. 
paT Jean de Bazano de Modene , 
Auteur contemporain. L'Editeur 
prévoit qu'il y aura fans doute des 
gens qui ne confultant que leur 
propre goût, fouffriront impatiem- 
ment qu'on publie tant d'Hifto- 
riens de Villes particulières , dans 
lefquels on trouve ordinairement 
les mêmes faits répétés , &r où l'on 
ne voit que des chofes qui ayent 
rapport au 13 , 14 & 15 e fiécle , 
tandis qu'il vaudroit mieux éclair- 
cir l'Hiftoire des tems plus reculés,, 
& principalement de ceux qui ont 



précédé le dixième fiécle , mais il 
efpere en même tems que les bons 
Juges ne penferont pas de même. 
Il montre d'un côté qu'il n'rft pas 
coupable de n'avoir donné qu'un Ci 
petit nombre d'Auteurs anciens , 
puifqu'il n'eft pas en fon pouvoir 
de les tirer des ténèbres dans lef- 
quelles ils font enfevélis ; Se de 
l'autre que le public ne peut que 
gagner au foin qu'il prend d'arra- 
cher ceux qui reftent encore aux in- 
jures du tems. Ainfî quoiqu'on foit 
expofé par là à relire plufieurs fois 
les mêmes faits , comme ils font 
comptés avec différentes circon- 
ftances , Se avec plus ou moins d'é- 
tendue , on eft beaucoup plus en 
état de former un jugement fain 
fur la vérité de ces mêmes faits , 
Si. fur l'ordre des tems où ils font 
arrivés. 

Au refte , continue -t- il , fila 
plupart des Hiftoires qui paraî- 
tront dans la fuite , ou qui ont déjà 
paru dans les Tomes précedens ne 
roulent que fur des évenemens ar- 
rivés pendant les 3 & 4 e fiécles qui 
ont précédé l'an 1500. on doit fe 
refTouvenir que depuis l'entrée des 
Lombards dans l'Italie , il n'y a 
point eu de tems plus fécond en 
évenemens , Se par confequent où 
le grand nombre d'Hiftoriens foit 
plus utile , la plupart des Villes 
d'Italie furent obligés de paroître 
de tems en tems fur la Scène dans 
les cruelles Tragédies qu'enfante- 
rent les fadions des Guelphes & des 
Gibellins. Au lieu que fi quelqu'un 
aujourd'hui entreprenoit en parti- 
culier l'Hiftoire de ces mêmes Vil- 



lao JOURNAL D 

les depuis ioo ans , il manqueroit 
bien-tôt de matière , puifqu'au mi- 
lieu de la tranquillité qui a régné 
depuis ce tems-là , à peine les Ca- 
pitales , &c à plus forte raifon les 
Villes moins confiderables , peu- 
vent-elles fournir aucun événement 
qui foit remarquable & digne de 
l'Hiftoire. 

Ainfi quoique M. Muratori ait 
donné dans l'onzième Tome de ce 
Recueil les anciennes Annales de 
Modéne , avec encore une autre 
Pièce qui a rapport au même fujct , 
il préfume cependant que cette 
Chronique de Jean de Bazano auftî- 
bien que les Pièces de même genre 
qu'il fe propofe de publier, ne dé- 
plairont point aux Amateurs de 
l'Antiquité. Ce qui rend cette 
Chronique plus précieufe , félon 
l'Editeur , c'eft qu'on y trouve non 
feulement l'Hiftoire de Modéne , 
mais encore celles des Villes voifi- 
nes écrite par un homme qui vivoit 
dans le quatorzième iîéclc , Se qui 
parle fouvent comme témoin ocu- 
laire : du refte on ne fçait rien de 
particulier de cet Hiftorien , mais 
on nous allure qu'il ne manque ni 
d'exa&itude ni de jugement , &c 
qu'il s'explique avec liberté. Nous 
n'en apporterons cependant pas 
pour preuve la manière dont fous 
l'année 1347. il raconte l'expédi- 
tion de Louis Roi de Hongrie dans 
le Royaume de Naple. 

5 . Des Epheméndes d'Orviette 
en Italie depuis l'an 1341- jufqu'à 
l'an 1563. par un Auteur Anony- 
me. Ces Ephémérides font très dif- 
férentes des Annales d'Orviette 



ES SÇAVANS; 

cm'on a \ucs dans le douzième To- 
me de ce Recueil. Les unes & les 
autres contiennent à la vérité l'Hi- 
ftoire des Monaldefchi qui ont été 
long-tems Souverains d'Orvietrei 
mais dans les premières on fort de 
l'enceinte de cette Ville , &c on y 
trouve beaucoup de chofes fur l'Hi- 
ftoire générale d'Italie , au lieu que 
ces Epheméndes font uniquement 
renfermées dans ce qui regarde les 
Monaldefchi , Se dans lesdivihons 
que l'ambition des Seigneurs de cet- 
te famille ht naître parmi leshabi- 
tans d'Orviette. 

L'Editeur reconnaît encore 
qu'on y trouvera des détails frivo- 
les , & peu de faits capables d'at- 
tacher le Lecteur , à l'exception 
peut-être de ceux qui concernent la 
légation du Cardinal Albornos , &C 
l'arrivée d'Urbain VIII. mais mal- 
gré la fecherefte qui règne dans cet 
Ouvrage , foit pour le fonds des 
chofes , foit pouv la manière de les 
dire; il ne doute point que l'Hi- 
ftoire particulière des Villes , & 
même les Fragmens de ces Hiftoi» 
rcs ne doivent neceiïairement en- 
trer dans un Ouvrage où l'on fe 
propofe de raftembler tous les 
Hiftorier.s d'Italie qui ont paru 
dans les liécks barbares , ce font 
des pierres grolTieres & mal polies 
qui font une partie eflentielle de ce 
grand Edifice, cV fans lesquelles il 
ne pourroit avoir ni la folidité ni la 
grandeur qui lui conviennent. Ce- 
pendant tout intérieur qu'eft cet 
Anonyme aux Villani , pour la pu- 
reté du langage, on ne le juge point 
indigne de tenir fon rang par- 
mi 



FEVRIE 

mi les Hiftoriens qui dans le qua- 
torzième fiécle ont écrit en langue 
vulgaire. 

6°. L'Hiftoire de la Guerre de 
Chiozza entre les Vénitiens & les 
Génois depuis l'an 1 378. Se les fui- 
vans , compofée en Italien par Da- 
niel de Chinazzo de Trevife. 

Sur la fin du quatorzième fiécle 
la R. P. de Gêne , François Carra- 
ra l'ancien, Prince de Padoiie , & 
plufieurs autres s'étant ligués en- 
semble contre la Republique de 
Venife , il s'éleva alors une guerre 
dont les principaux évenemens fe 
palTerent auprès de Chiozza. Elle 
fut fanglinte & opiniatre,mais plus 
le péril des Vénitiens y fut grand, 
plus auflî on admira la fagefte avec 
laquelle ilsavoient fçû conjurer une 
tempête fi terrible. 

Barthelmi Facio de l'Etat de 
Gênes avoit déjà compofé l'Hiftoi- 
jre de cette guerre environ l'an 
I450. & fon Ouvrage fut imprimé 
à Lyon en 1568. mais comme il 
parle de chofes qui n'étoient pas de 
Ion tems , & qu'il n'avoit point eu 
lesfecours neceffaires pour en être 
bien inftruit , c'eft avec juftice que 
Laurent Valle l'acaife d'avoir man- 
qué d'exactitude & de jufteffedans 
fes récits. Chinazzo par la raifon 
contraire eft fi exa£t & C\ détaillé 
dans tout ce qu'il rapporte, qu'il en 
devient quelquefois puérile & mê- 
me ennuyeux : mais il faut , dit M. 
Muratori , pardonner ce défaut à 
un Auteur qui fe croit obligé de 
nous mettre la Scène entière fous 
les yeux , & lui tenir compte d'une 
candeur aimable &c d'un goût fincé- 
Fevrier. 



R- » 17 34" 121 

re pour la vérité qui le rend inaccef- 
fible aux illufions de l'efprit de 
parti. 

Deux chofes pourroient cepen- 
dant rendre cet Ouvrage fulpecT: 
aux Critiques délicats , c'eft qu'on 
y trouve Bernabo - Vifonty , Sei- 
gneur de Milan t & Amedée Com- 
te de Savoye qualifiés de Ducs , ti- 
tre que le premier n'a jamais porté, 
&qui a été donné beaucoup plus 
tard aux Comtes de Savoye. Mais 
l'Editeur conjecture que ce mot de 
Duc fe fera gliffé dans l'Hiftoire de 
Chinazzo par l'ignorance ou par k 
hardieffe des Copiftes. Peut-être 
auffi , comme il eit arrivé plufieurs 
fois , que la flatterie aura prodigue 
à Bernabo & au Comte Amedée le 
titre de Duc , quoiqu'ils n'eulfent 
point pour lors le droit de le por- 
ter. 

7 . Un Poé'me de Gorelli Notai- 
re d'Arezzo , contenant ce qui s'eft 
pafle de remarquable dans cette 
Ville depuis 13 10. jufqu'en 1384. 

M. Muratori eft vivement affli- 
gé de n'avoir pu trouver jufqu'à 
prefent aucun Ouvrage confidera- 
ble fur l'Hiftoire d'une Ville auffi 
illuftre qu'Arezzo. Le Poème qu'il 
publie aujourd'hui pour la premiè- 
re lois, tout imparfait qu'il eft, 
peut apprendre du moins quelle 
étoit la iituation de cette Ville au 
quatorzième fiécle , & les maux 
qu'elle fonffrit des divifions qui 
s'élevèrent parmi fes Citoyens 3 
divifions qui finirent par la perte 
de leur liberté , & qui les ahujet- 
tirent au joug des Horentions , 
l'Auteur en parle comme témok 
CL 



iaa JOURNAL D 

cculaire , mais il nous apprend peu 
de chofes de lui-même. Le titre de 
Ser qu'on lui donne , qui étoit af- 
fecté aux Notaires , fait conjecturer 
qu'il en avoit fait la fonction dans 
fa Patrie. Ce qui n'empêche pas 
qu'il ne fut d'une famille noble , 
car alors cetrs profeffion étoit très- 
compatible avec la NoblefTe. La 
réputation que le Dante acquit par 
l'on Poème , qui eft rempli de mo- 
numens hiftoriques , fit naître à 
Gorclli le deiir de l'imiter ; ce fut 
par cette raifon qu'il écrivit en ce 
que les Italiens appellent terza rima 
ou tercets. Mais c'eft le feul point 
par lequel il refîemble au Dante. 
Ses vers font durs , fes penfées obf- 
cures & fes expreffions n'ont rien de 
poétique. Cependant comme il eft 
l'unique Hiltorien d'Aiezzo qui 
nous refte , on eft encore fort heu- 
reux de l'avoir. 

8°. Une Chronique de Rimini , 
par un Anonyme , depuis l'an 1188. 
jufqu'à l'an 1385. Se continuée de- 
puis ce tems par un autre Anony- 
me jufqu'à l'an 1452. C'eft du 
moins la conjecture de M. Murato- 
ri , qui croit y voir , à la différence 
du ftile , au moins deux Auteurs. 

La famille des Malatefti qui 2 
pofledé la Souveraineté dans plu- 
lieurs Villes méridionales delà met 
Adriatique , <k en particulier à Ri- 
mini , où elle a régné jufqu'à la fin 
du quinzième fiécle , eft fi illuftre 
&c fi connue dans l'Italie , qu'on 
verra avec plaifir fon Hiftoire dans 
selle de Rimim & des Villes voiû- 



ES SÇAVANS, 

nés, car tel eft le but de cet Ouvra- 
ge , le ftile en eft bas &c l'Italien 
allez corrompu. Cependant l'E- 
diteur a jugé à propos de nous 
le donner avec tous fes défauts, 
à la referve feulement de quel- 
ques changemens qu'il a cru de- 
voir faire dans l'ortographe qu'il 
a rectifiée. 

9°. Des Monumens de la Ville 
de Pife depuis l'an 1089. jufqu'à 
l'an 1 3 g^. par un Anonyme. M. 
Muratori prouve par plufieurs en- 
droits de cet Ouvrage même qu'il 
a été compofé dans le quatorzième 
fiécle , ou du moins avant que les 
Aragonois fulîent maîtres du 
Royaume de Naples» 

L'Auteur étoit de la Faction Gi- 
belline cV très-attaché aux Gamba- 
corta qui dominoient pour lors à 
Pife. C'eft tout ce qu'on fçait de 
cet Ecrivain. A l'égard de fon Ou- 
vrage , on nous affure à l'ordinaire 
que la lecture n'en fera ni défagréa- 
ble ni inutile à ceux qui fouhaitent 
s'inftruire de l'ancienne Hifloire 
des Pifans : on avertit néanmoins 
qu'on doit le lire avec précaution 
dans tout ce qui regarde la Chro- 
nologie , & que d'ailleurs il faudra 
continuellement fe reflouvenir 
qu'un Auteur fent toujours l'an- 
cienne Ere des Pifans qui anticipe 
de neuf mois fur l'Ere vulgaire 3 
enforte que le 15 de Mars de l'an- 
née 1729. dans laquelle l'Editeur 
écrivoit ceci , on comptoit déjà à. 
Pife l'an 113e. 



FEVRIER, i 7J +. 



12$ 



NOVVELLES . LITTERAIRES, 



ITALIE. 



De Venise. 



LE P. Mijfori a fait imprimer ici 
le Traité où il prétend prou- 
ver que les deux fameufes Lettres 
de S. Firmilien & de S. Cyprien 
contre le Décret du Pape Etienne 
fur le Baptême des Hérétiques , 
font faufTement attribuées à ces 
deux Saints , & qu'elles ont été 
fuppofées par les Donatiftes. Cet 
Ouvrage Latin eft intitulé : In duas 
celeberrimas Epiftolas SS. Firmiliani 
& Cypriani adverfus Decretum S. 
Stephani Papa I. de non herando 
Haretworum Bapttfme Difputationes 
Criticx , quitus unam & alteram a 
Donatiftisfuijfe confiBam , nunc pri- 
mo demonjlrat F. Raymundus Mif- 
forius , Francifcanus Conventualis , 
Sec. Venetiis s apud Francifcum 
Pitterium , 173 3. /«-4 . 

Sebaftien Coleti vient de mettre 
en vente la Traduction Latine du 
Traité Hiftorique publié en Fran- 
çois par feu M. Grancolas Dodeur 
de la Faculté deThéologie de Paris, 
fur le Bréviaire Romain. Commen- 
tarius Hiftoricus in Romanum Brevia- 
num , qHïJîmià aliarum fîngularium 
Ecclefiarurn , précipite vero Breviarii 
Panfîcnfîs Rims expltcantur. Auclore 
3. Grancolas nunc vero è G /illico La. 
tine redditus . 1 7 3 4. in- 4 , 



De Vérone. 

J. Albert Tumerviani t Libraire 
de cette Ville , a donné'une jolie 
édition /».«•. des Poëfies Italiennes 
de M. Rolli , fous ce titre : Rime di 
Paolo Rolli Compagno délia Reale So- 
cieta in Londra , V Acclamato neW A- 
cademia de gl' Internat i in Siena 
Academico Quirino e Paftor Arca- 
de in Rama. 1733. Cette édition 
contient plufieurs Pièces qui ne fc 
trouvent pas dans l'édition de Lon- 
dres, publiée par l'Auteur en ijzj. 
Le même Libraire a achevé d'im- 
primer & débite aux Soufcripteurs 
le Traité du Sublime de Longin avec 
le Texte Grec & la Traduction en 
Latin , en Italien & en François fur 
quatre colomnes. /«-4 e '. 1733. 

De Milan. 

Euclides ab omni ntvo vindicatus: 
Jive conatus Geometrkm cjuo ftabi- 
liuntur prima if fa unherfe Geome- 
trU principia. Auclore Hieronymo 
Saccherio Societatis ]efu in Tici- 
nenfVniverfitate Mathefeos Prof effa- 
re. Opufculum Ex"" Senatui Medio- 
lanenfi ab Atttlore dicatum. 1 73 3 . ex 
TypograpbiaPauli-Antonu Montani, 

ANGLETERRE. 
De Londres. 
On propofe ici d'imprimer par 

a* 



i2 4 JOURNAL DE 

Soufcription les Ouvrages fuivans : 
i°. Une nouvelle Traduction en 
A nglois du Dictionnaire de M. 
B ayle, entreprife par une Société de 
ge nsde Lettres ; on y doit.faire des 
au "mentirions confiderables , Se 
to u t l'Ouvrage fera en fix vol. infol. 
on en publie tous les mois 20 feuil- 
les qui coûtent trois fchelings Se 
demi. 

2°. Le fécond Volume du Livre 
du feu Dodeur Burnet , Evêquede 
Salifiury , qu'il a intitulé Hijloire de 
fort tems. C'eftaux foins de M. Tho- 
mas Burnet , Avocat au Temple , Se 
fils de l'Auteur , que le public eft 
redevable de cette édition. Ce nou- 
veau Volume fera de la même fer- 
me que le précèdent , Se imprimé 
de même. La foufeription eft de 
deux liv. 'fterlings dix fchelings 
pour le grand papier , Se de 25 
fchelings pour lepapicr ordinaire. 
3 . Un Recueil des Offices publics 
de l'Eglife Grecque , en Grec Se en 
Anglois , fur deux colomnes , par 
M. B. Caffa.no , Prêtre Grec Se Cha- 
pelain de l'Ambaffadeur de la Cza- 
jrine à Londres. 

L'Ouvrage fera /»-4°. Se le prix 
de 1a Soufcription eft de 20 fche- 
lings , dont on en paye dix en fouf- 
crivant Se les dix autres en recevant 
l'exemplaire. 

M. Sbaiv, Docteur en Médecine, 
a donné une nouvelle édition en 2 
Vol. i»-8°. de la Géographie de Va- 
renhis , avec les additions Se les 
changemens de M. Neivton Si de 
Meilleurs Jurin Se Dugdale. 

"W. Innys , R. Manby , J. Clarke 
débitent The Lives ofthe Roman 



S SÇAVANS; 

Poets , Sec. Les Vies des Poètes La- 
tins, contenant une Hiftoire Criti- 
que de leuis Ouvrages : par M, 
Crufius , ci - devant Membre du 
Collège de S. Jean , à Cambridge. 
;»-4°. 2. Vol. 

Philofophical Effays on varions 
fubjets , Sec C'eft - à - dire, Effays 
Philofophiques fur divers Sujets -, 
fçavoir , l'Efpace , la Subftance , le 
Corps , l'Efprit , les Opérations de 
l'Ame durant fon union avec le 
corps , les Idées innées , le Senti- 
ment perpétuel de ce qui fc paffb 
en nous, le lien Se le mouvement 
des Efprits , le départ de l'Ame , la 
refurrection du Corps, la produc- 
tion Se les opérations des Plantes Se 
des Animaux. Avec quelques re- 
marques fur l'Effay de M. Locke 
touchant l'entendement humain, à 
quoi l'on a joint un Syftême abrégé 
à Ontologie 5 ou de la Science de 
l'Etre eu général Se de fes proprie- 
tez. Par/. \V. chez E. Ford Se R. 
Hett. in 8°. 

Obfervations ttpon the Prophecies 
of Daniel : Remarques fur les Pro- 
phéties de Daniel Se furl'Apoca- 
lypfe de S. Jean. Par M. lfaac 
Newton. Chez J. Darby Se Th., 
Brown. 1733. ««-4". 

HOLLANDE. 

D'A MSTÏRBAM. 

J. Wetflein Se G. Smith ont ache- 
vé d'imprimer les deux premiers 
Tomes du Recueil intitulé : Thé- 
saurus Morellianus ,Jive Familiarum 
Romanamm Numifmata omma , ds- 



' F E V R I 

îigentifflme undique cenquifita , ad 
ip forum mtmmorum fdtm accuratiffi- 
mè delmeata & juxta ordincm F.Vr- 
fim & C. Fatint difpofita h celeber. 
Antiquario And. Mortllio : accedunt 
Nummi MifceUanci , XJrbis Roma , 
Hifpanici & Goltziani dubia fidei 
onmes , mwc primiim edid.it & Com- 
memario perpetuo illuftravit Sigcb. 
Avercarnpus 3 in-fol. 

Les deux derniers Volumes de 
cet Ouvrage qui rcftent à impri- 
mer, ne tarderont pas à paroîrre. 

Les mêmes Libraires débitent ac- 
tuellement la nouvelle & magnifi- 
que Edition des Avantttres de Thé- 
lémaqite. in-fol. & in-4 . à laquelle 
on avoit travaillé depuis pluheurs 
années. Elle a été faite avec tcut le 
foin poliîble furie manuferit origi- 
nal qui a été communiqué par M. 
Je Marquise Fcnelon , Amballa- 
deur du Roi à la Haye 3 petit neveu 
de l'illuftre Auteur. Ce Volume tft 
embelli de 24 grandes tailles- dou- 
ces gravées par les plus habiles 
Maîtres, outre un portrait de l'Au- 
teur, &.' un frontifpice du deflein 
de feu B. Ficart , avec des vignettes 
Se des culs-de-lampes à la tête & à 
la fin de chaque Livre. 

FRANCE. 

De Paris. 

Rollin fols } Quai des Auguftins , 
a S. Athanafe , a achevé d'impri- 
mer & a mis en vente l'Hifloire des 
Révolutions d'Efpagne , depuis la de- 
rtrudtion de l'Empire desGoths s 
jufqu'à l'entière & parfaite réunion 



des Royaumes de Caftille & d'Ar- 
ragon en une feule Monarchie , par 
le P. Jofeph A'Orleans , de la Com- 
pagnie de Jefus , revue &.' publiée 
par les Pères Rouillé 6c Brnmoy 3 de 
la même Compagnie. 1734. in-4 . 
trois vol. 

Adùnoires tresfidéles & trés-exaUs 
des expéditions militaires qui je font 
faites en Allemagne , en Hol/anae & 
ailleurs depuis le Traité d'Aix-la- 
Chapelle , jufqu'à celui de Nimegue 
aufquelson a joint la Relation de la 
Bataille de Senefpar M. Leprince 3 
& quelques autres Mémoires fur les 
principales actions qui fe font paf- 
fées durant cette guerre. Par un Offi- 
cier diftingué. Chez Briaffon , rue 
S. Jacques , à la Science. 1734. 
«9-12. deux vol. 

Inftrutlwns Chrétiennes & Mora- 
les fur les Sacremens. Avec quelques 
Inftruclicns Jurles Indulgences & ]u- 
bile'^ > & les bons ufages des maladies. 
Chez Ch. J, B. "Delefpine fils, rue 
S. Jacques , vis - à - vis la rue des 
Noyers , à la Vicloire. 1734. in- 1 2. 
Prix propofé par l'Académie de 
Chirurgie pour l'année 1 "? 3 4. 

» L'Académie de Chirurgie éta- 
» blie à Paris fous la protection du 
» Roi, délirant contribuer aux pro- 
m grès de cet Art & à l'utilité publi- 
» que , propofe pour le Prix de 
» l'année 1734. le fujet fuivant. 

Déterminer , dans chaque genre de 
Maladies Chirurgicales , les cas oit il 
convient de pan fer fréquemment & 
ceux oit il convient de fanfer rare- 
ment. 

» Ceux qui travailleront pour le 
» Prix , font invités à fonder leurs 



ii6 JOURNAL DE 

» raifonncmens fur la pratique : on 
» les prie d'écrire en François ou 
» en Latin , autant qu'il fe pourra, 
»& d'avoir attention que leurs 
» écrits foient forts liflbj.es. 

» Us mettront à leur Mémoire 
» une marque diftiniftive , comme 
h Sentence , Dcvife , Paraphe ou 
» Signature ; &c cette marque fera 
» couverte d'un papier blanc collé 
» ou cacheté , qui ne fera levé 
m qu'en cas que la Pièce ait rempor- 
3* té le Prix. 

» Ils adrelTeront leurs ouvrages 
» francs de port , à M. Morand , 
» Secrétaire de l'Académie de Chi- 
»» rurgie à Paris -, ou les lui feront 
» remettre entre les mains. 

» Les Chirurgiens de tout Pays 
»i feront admis à concourir pour le 
» Prix ; on n'en excepte que les 
" Membres de l'Académie. 



5 SÇAVANS. 

»Le Prix eft une Médaille d'or 
» de la valeur de deux cens Livres , 
»> qui fera donnée à celui qui au ju- 
wgementde l'Académie, aura fait 
» le meilleur Mémoire fur le fujer 
wpropofé. 

» La Médaille fera délivrée - 
» l'Auteur même , qui fe fera coa- 
>♦ coître , ou au Porteur d'une Pxo- 
a curation de fa part ; l'un ou l'au.- 
» tre reprefentant la marque diftin- 
» clive , avec une copie nette du 
» Mémoire. 

n Les ouvrages ne feront reçus 
h que jufques au dernier jour de 
j> l'année 1734. inclufivement. 

» L'Académie à fon aflembléc 
» publique de 173 5. qui fe tiendra 
» le Mardi d'après la Trinité, pro- 
» clamera la Pièce qui aura mérite 
» le Prix. 



TABLE 

Des Articles contenus dans le Journal de Fev. 1774. 

MEmoires de Littérature , tirés des Regiftres de l'Académie Royale des 
Infcriptiens , &c Tome Vlll. page 6j 

Hiftoire Vmverfelle , depuis le commencement du monde jufqu'à pre[ent ) &c. 
Tome I. 85 

Suite des Eloges des Académiciens de l'Académie Royale des Sciences } &c. 

90 
Dijfertation fur laFriSlion , &c. ioj 

Hiftoire Littéraire de la France , &c. Tome I. Partie II. 108 

Recueil des Ecrivains de l' Hiftoire d Italie , &c. Tome XV. 117 

Niuvelles Littéraires , 123 



Fin de la Table. 



L E 

JOURNAL 

SCAVANS, 

FOUR 

VANNEE M. DCC. XXXIT» 

MARS. 




A PARIS, 

Chez CHAUBERT, à l'entrée du Quay des 

Auguftins, du côté du Pont Saint Michel, à la 

Renommée & à la Prudence. 

M. DCC. XXXIV~ 
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY. 




LE 



JOURNAL 

DES 

SCAVANS 

MARS M. DCC. XXXIV. 

SYSTEME TIRE' DE V ECRITURE SAINTE SVR LA DVRE'E 

du Monde } depuis le premier Av;n;ment de J. C. jufejn"à la fin desfiècles. 
1733. A Paris, chez Huart } rué' S. Jacques , à la Juftice. in-n. pp.367. 
fans la Table des matières. 



ON avoiie dans une courte 
Préface qu'on a mife à la tête 
de cet Ouvrage,que l'idée en paroi- 
tra neuve & finguliere ; mais on ef- 
perc que cette ûngularité-là même 
Mars. 



picquera davantage l'attention du 
Lecteur. Avant que d'entrer en 
matière on examine (<.". 1. ) s'il eft 
permis de rechercher dans l'Ecritu- 
re Sainte le tems de la durée du 
Rij 



ijo JOURNAL DE 

Monde , & on prouve que les Percs 
en ont donné les premiers l'exem- 
ple : à l'égard des Textes de l'Evan- 
gile où J . C. dit que le jour & l'heu- 
re de fin dernier avènement n'efi con- 
nu que de Dieu feul , & celui de3 
A6tes des Apôtres , où il dit à fes 
Difciples fur le point de monter 
au Ciel , qu'il ne leur appartient 
point de connoître les momens que 
Dieu a mis en fa puijfance ; on fait 
voir qu'ils n'emportent pas une 
défenfc abfolue de rechercher dans 
les Livres Saints la circonftance du 
tems de ce grand Avènement. 

On convient cependant » qu'il 
» n'y adans l'Ecriture aucunes révé- 
» lations affez formelles ni allez im- 
» médiates pour obliger de croire 
s» que la fin du monde arrivera 
» après un certain nombre d'années 
» fixe 6\: déterminé; que l'Eglife n'y 
»» en reconnoît pas même de média- 
» tes & de virtuelles , telles que la 
» Théologie demande pour en ti- 
» rer une conclufion Théologique. 
j> Maison ne craint point d'avancer 
» qu'il n'ell pas moins certain que 
» l'Eglife a toujours reconnu dans 
» les Livres Saints quelques révéla- 
» tions implicites , &: obfcures , de 
wla circonftance du tems où doit ar- 
*» river ce dernier Avènement, c'eft- 
»à-dire desTextcs oùce dernier ave- 
n nement fe trouve défigné par des 
«indices qui le doivent préceder,ex- 
s» primé fous des emblèmes & des 
=• allégories , enveloppé dans des 
» nombres fymboliques de jours & 
j» d'années qui ayent été ou la me- 
» fure de la durée de quelque ope- 
» ration de Dieu extérieure & fen- 



S S Ç A V A N S ; 

» fible , ou que le S. Efpric aitem- 
» ployé , foit dans les Prophètes , 
»pour défigner le tems de ce grand 
"événement en défi^nant celui de 
» quelque événement qui en ait été 
«la figure, foit dans la Loi pour 
*> fixer le tems de la célébration de 
» certaines fetes établies par l'ordre 
» de Dieu pour le fignifier. 

Mais comme des figures obfcu- 
res , des allégories cachées , des 
fymboles enveloppes & des combi- 
naifons arbitraires de jours & d'an- 
nées ne peuvent jamais former une 
preuve bien complette , nous n'a- 
vons garde d'oublier que l'Auteur 
avoiie que tout homme de bon* 
fens n'aura jamais la vaine préfom- 
ption quelque découverte qu'il aie 
faite,de croire avec certitude avoir 
trouvé précifément le tems de la 
durée du monde , moins encore le 
jour & l'heure de fa fin. 

Il avertit encore qu'il met une 
grande différence entre dire com- 
me il le fait dans fon Syftême , que 
le monde durera 2401 depuis le 
premier Avènement de J. C. juf- 
qu'au fécond , & dire que l'année 
où on comptera 2401 an depuis ce 
premier Avènement ( à quelque 
époque qu'on veuille le fixer) fera 
celle du fécond. Cette première 
durée pourroit être connue avec 
certitude , 5c le tems précis où les 
2401 an feront révolus , être igno- 
ré. 

ïl faudroit pour le connoître 
qu'on pût fçavoir fùremcnt que les 
années qui précéderont i'avene- 
ment de J.C font des années folai- 
res ou lunaires ; calculer jufte le 



M A R 

tems écoulé depuis & avant J. C. 
pour entreprendre de fixer le jour 
8c l'heure aufquels la hra du monde 
arrivera , il feroitnccetfiire de Ra- 
voir précisément , fi c'efl du pre- 
mier jour de la création , ou du 
huitième qu'on doit commencer 
à fupputer la durée du monde ; fi 
ce jour a commencé au matin , à 
midi , ou au foir. Il y auroit , ajoû- 
te-t-il , de l'extravagance à croire 
qu'on pût avoir une connoiflanec 
parfaite de toutes ces chofes dont 
la plupart ne peuvent être connues 
que de Dieu fcul. 

Ainfi l'Auteur penfe précifément 
comme le faint Prêtre Ezechius 
qui croyoit à la vérité avoir trouvé 
dans l'Ecriture le tems de i'avene- 
ment de J. C. mais qui étoit en 
même tems trop modefte pour 
ofer déterminer l'année & le mois 
précis où la fin du monde devoit 
arriver. S. Auguftin , àquiilavoit 
fait part d; cette découverte , bien 
loin de le condamner , lui marque 
qu'il lui fera un fenfible plaifir de 
lui communiquer fes penfées fur 
cette matière , & les raifons fur lef- 
quelles il fe fonde. Hoc Jijamcom- 
prehendijii , id rogo benigms imper- 
tias , adhibens idonea dscumenta qui- 
bm id potueris indagare. 
L'Auteur ayant montré par toutes 
ces raifons & par plufieurs autres 
qu'on verra dans l'Ouvrage même, 
que fonentreprife n'a rien de té- 
méraire , qu'elle eft digne d'un 
Théologien itudieux & très - con- 
forme à i'efprit de pieté & de Reli- 
gion , protefte d'ailleurs qu'il ne 
s'eft déterminé à donner fon Syftê- 



S; 175 4- " **i 

me que dans les mêmes vues que 
l'Apôtre S. Paul avoit en écrivant 
fa féconde Epître aux ThciTaloni- 
ciens , c'eftà-dirc pour empêcher 
ou diflïper les imprefllons de crain- 
te &c de frayeur que tant d'Ecrits 
qui ont paru depuis quelque tems 
pourroient faire ou avoir déjà fait 
fur les cfprits trop crédules aux foi- 
bles idées , que les Auteurs y don- 
nent de la proximité de ce grand 
jour. S'il a ie malheur de fe trom- 
per 3 en le reculant encore de 705 
ans , il a du moins , dit il , la con- 
fblation de feavoir de S. Auguftin 
que fon erreur n'a rien que d'heu- 
reux 3 èc qu'elle eft à l'abii des in- 
conveniens de ceux qui le fixent à 
un tems moins éloigné ; il fe flatte 
même qu'après la lecture de fon 
Ouvrage , on conviendra qu'il y a 
du moins beaucoup de probabilité 
dans ce qu'il avance , & que nous 
ne touchons point encore à la fin 
des fiécles. 

Après avoir , dans le premiei 
Chapitre , préparé les efprits à re- 
cevoir fon Syftême , l'Auteur com- 
mence à l'expofcr dans le fécond , il 
pofe pour principe que la fin du 
monde doit être le commence- 
ment du grand & éternel repos 
dans lequel J. C. entrera alors , & 
fera entrer fes Elus. Que tous les 
repos fanétifiés , commandés aux 
Juifs dans leur Loi étoient des figu- 
res du moins imparfaites des deux 
Avenemens de J. C. Il remarque 
quelesreposdontl'obfervanceétoic 
le plus rigoureufemenï preferite 
aux Juifs , étoient fixés au nombre 
de feptiéme , foit de jouis t foit de 



i$2 JOURNAL D 

femaines, foit de mois , foit d'an- 
nées ; & de la différence qui fe 
trouve entre les autres repos des 
Juifs , Se ceux de la Pentecôte Se 
du Jubilé , il en conclut qu'ils 
étoient des figures plus exprefles , 
Se plus formelles des deux Avene- 
mens de J. C. » 11 montre enluite 
t> que les fept femaines d'années 
» qui fe comptoient d'un Jubilé à 
» l'autre , n'étoient pas moins la 
»» figure du tems écoulé depuis une 
» certaine époque , jufqu'au pre- 
»mier Avènement du Meifie , & 
>j de l'intervalle qui doit fe trouver 
m depuis ce premier Avènement 
» jufqu'au fécond , que le Jubilé 
n étoit la figure de l'un & de l'au- 
»tre. 

Or par le premier Avènement 
de J. C. on ne prétend point enten- 
dre ici le tems de faNaiffance, 
mais conformément à la prophétie 
de Daniel qui fert de baze à tout le 
Syftême , on entend celui de l'épo- 
que de l'établiffement de fon règne 
dans l'Eglife en qualité de Chef du 
Peuple de Dieu ; établilfement 
que l'on doit fixer fuivant les ter- 
mes de cette prophétie à l'année 38 
de fon Incarnation qui eft l'année 
qui fuivit immédiatement l'expira- 
tion des 70 femaines de Daniel . 
dont la dernière au milieu de la- 
quelle J. C. eft mort , finifloit à la 
57 e . Si on lui objeéte que les Pères 
qui conviennent tous comme il le 
fait voir ( chapitre 9 ) que la Pen- 
tecôte Se le Jubilé des Juifs étoient 
de parfaites figures du premier Se 
du fécond Avènement de J. C. fi 
on lui objecle , disje , que ces mê- 



ES SÇ A VAN S, 

mesPdes » fe contentent de don- 
» ner de gr.mds éloges au nombre 
» de fept comme avant de mifte- 
» rieufes lignifications, fans en faire 
» l'application à une durée de tems 
» fixe & déterminée qui dût pré- 
» céder les évenemens que le nom- 
» bre de 50 figuroit : » l'Auteur 
répond i°. qu'il fe peut faire qu'il 
ne leur foit pas venu en penfée de 
rechercher la durée du tems que 
ces fept femaines qui précedoient 
le nombre de 50 , pouvoient ligni- 
fier , Se en fécond lieu qu'on peut 
attribuer leur filence fur une matiè- 
re fi digne de leurs recherches , à 
l'incertitude de la Chronologie de 
l'Hiftoire Sainte qui n'étoit point 
perfectionnée de leur tems comme 
elle l'a été depuis Se particulière- 
ment dans les deux derniers fiécles. 
Dans une auili grande incertitude , 
il leur étoit autant difficile de don- 
ner une jufte durée au tems dont 
ces fept femaines étoient la figure , 
qu'il l'étoit d'en fixer le commen- 
cement à quelque époque confian- 
te & certaine. 

Mais quelle eft donc cette fa meu- 
fe époque ? aidé de l'exaâ:itude Se 
des lumières de nos Chronologi- 
ftes , notre Auteur a quelque con- 
fiance de l'avoir trouvée , Se cette 
époque, félon fon calcul, eft le 
Déluge , ou plutôt la féconde an- 
née après le Déluge , dans laquelle 
Noé offrit un Sacrifice qui fut fuivi 
de l'alliance mémorable que Dieu 
reconcilié fit avec le Patriarche Se 
en fa perfonne avec toute fa pofte- 
rité. Depuis cette féconde année 
jufqu'à la 37 e année de J. C. on 



M A R 

trouve une révolution juftede fept 
femaines , dont les fept qui s'ccou- 
loient d'un Jubilé à l'autre étoient 
la figure , lefquelbs faifoient 49 
fois 49 ans ou 2401 an. 

Il fuit delà » que les fupputa- 
aitions de ceux des Chronologiftes 
^> qui fe trouvent approcher le plus 
» de fon Svftême , doivent être 
» cenfées celles qui approchent le 
» plus de la vérité. « De ce nombre 
font celles de Natalis Alexandcr , 
& Anton. Capellus , Tirims , Gor- 
don 3 Vjferius, qui ne s'en éloignent 
que de quelques années , mais il a 
la fatisfa&ion d'avoir entièrement 
pour lui Pérérius , Conradus Se Pœ- 
vellus. On trouvera dans le chapitre 
10 une Table Chronologique rela- 
tive au Syftême de l'Auteur. 

Dans le Chapitre fuivant en re- 
fumant toutes fes preuves , il en 
conclut que c'eft une confequence 
neceffaire qu'il doit s'écouler au- 
tant de tems depuis le premier 
Avènement du Meflîe jufqu'à fon 
fécond, qu'il s'en eft écoulé depuis 
le Déluge jufqu'à fon premier Ave- 
ncment,& que fi on a compté 2401 
an depuis le Déluge jufqu'à ce pre- 
mier Avènement , on doit auffi 
trouver un pareil nombre d'années 
depuis ce premier Avènement juf- 
qu'à la fin du monde qui fera le 
tems du fécond Avènement. C'eft- 
à dire , ,que ce fécond intervalle , 
"comme le premier , contiendra 
» fept femaines , qui feront com- 



S, 1734. ,jj 

» pofées chacunes de 343 ans ou 
» de 49 fois 49 ans , à l'inftar des 
» fept femaines qui précedoient 
"l'année Jubilaire , lesquelles fai- 
» foient ce nombre de 49 ans. 

Cela paraîtra , dit - il _, encore 
plus probable quand on conlîdere- 
ra la connexité qui fe trouve entre 
le Déluge , le premier & le fécond 
Avènement de J. C. Comme cette 
connexité eft uniquement fondée 
fur des explications allégoriques 
dont on ne peut fentir la juftcfTe 
qu'en les voyant dans toute leur 
étendue s nous nous contenterons 
de les indiquer ; il en eft de même 
des autres preuves qu'il tire des 
quatre animaux &des 24 Vieillards 
dont il eft parlé chap. 4 de l'Apo- 
calypfe. A l'égard de celles que lui 
fournit le Prophète Daniel , elles 
font d'autant moins fufceptibles 
d'extrait qu'elles font appuyées fur 
des difculfions hiftoriques & fur 
des fupputations Chronologiques , 
qu'il eft impoflîble d'expofer en 
peu de mots , & qui montrent que 
l'Auteur n'eft pas moins rempli de 
l'Ecriture que de fon Syftême. 

En fuppofant donc qu'il ait cal- 
culé avec juftefle les années écou- 
lées depuis la Naiffance de J. C. 
jufqu'à l'année 1733. où il écrit, 
cette année fe trouve la 5755 e de- 
puis la création du monde , ainfi , 
félon notre Auteur , nous avons 
encore 705 ans jufqu'au fécond 
Avènement de J. C. 






554 JOURNAL DES SÇAVANS, 



HISTO IRE D E ROCH EFORT , CONTENANT 

Vétablijfement de cette Ville , de fort Port & Arfenal de Marine , & des 
Antiquité*, de [on Château. A Blois , & fe vend à Paris , chez BriaJfon > 
Libraire , rue' Saint Jacques , à la Science. 1733. /K-4 . pages 241. 



L'A U T E U R a trouvé l'art de 
rendre cet Ouvrage plus cou- 
fîderable par les chofes étrangères 
qu'il y fait entrer que par le fujet 
même qui en fait l'objet. Il n'a rien 
oublié pour l'orner : à la tête de 
chaque chapitre au lieu de vignet- 
tes qui auroient caufé trop de dé- 
pendes , il a mis , dit-il , à l'exem- 
ple de M. Addifondans le Specta- 
teur , des vers tirés de difîerens 
Poètes qui fervent à donner une 
idée de la matière qu'il y traite. 
Tels font , pour en donner un 
exemple , les vers qu'il a placés 
avant la Préface. 

Nota leges quidam , fed lima rafa 
recenti 

Pars nova major erit y LeElor uirique 
fave. 

Il nous afTure dans cette Préface 
qu'il a compofé fon Hiltoire fur les 
anciens Monumens , fur toutes les 
Archives qui ont été à fa difpolî- 
tion j & même fur le témoignage 
de plulieurs perfonnes encore vi- 
vantes , mais toujours avec une at- 
tention fi fcrupuleufe pour la véri- 
té, » qu'il a mieux aimé perdre 
» quelque chofe d'agréable que de 
»> fe mettre en danger de dire quel- 
■>que chofe de faux. « Cependant 
pour tirer fon Ouvrage de la fe- 



cherelîe de l' Hiltoire & pour le 
rendre plus varié , plus égayé & 
plus nourri , il l'a enrichi de tout 
ce qu'il a pu trouver de Médailles , 
d'Infcriptions & de Monumens $ 
mais comme la plupart de ces Pic- 
ces font en latin , il les a traduites 
en François , & quelquefois même 
en vers , lorfque le ûijet lui a paru 
fufceptiblc de Poefie. 

Au refte il fe flatte qu'on ne lui 
fera pas un crime d'avoir , à l'exem- 
ple de plufieurs célèbres Auteurs , 
eflayé de remédier à la ftérilitédc 
fon fujet en y faifant entrer des di- 
grelîïons remplies d'une littéra- 
ture agréable & de reflexions 
fines & fenfées. » Cependant lî 
» quelqu'un , dit il , défaprouvoit 
■o ma conduire ,je ne lui déplairois 
» que pour avoir trop voulu lui 
» plaire. « Les mêmes Critiques qui 
jugeront peut-être qu'il a cherché 
trop loin , & fouvent trop multi- 
plie les ornemens dont il embellit 
ion Hiltoire , ne pourront néan- 
moins s'empêcher d'applaudir à 
l'art avec lequel il a fçû la rendre 
intereffante , & lier avec fon objet 
principal une infinité de chofes qui 
ïembloient n'y avoir aucun rap- 
port. 

Cette Hiltoire eft divifée en 
trois Parties-, toutes trois précédées 
d'une Epître Dédicatoire. La pre- 
mière Partie dans laquelle l'Auteur 
décrit 



MARS 

déarit ce qui a précédé l'établifle- 
ment de Rochefort eit dédiée à M. 
l'Evêque de Toul ; la féconde à 
Meilleurs delà Marine de Roche- 
fort , l'Auteur y traite de tout ce 
qui a contribué à rétablillèment de 
cette Ville -, latroifiéme Partie qui 
paroît fous les Aufpices de Mef- 
fieurs de l'Hôtel de Ville renferme 
ce qui a fuivi cet établiflemcnt. 

Rochefort qui eit aujourd'hui , 
félon l'Auteur , une des plus belles 
Villes du Royaume , n'étoit avant 
Louis XIV. qu'un aflemblage de 
Marais remplis par les inondations 
de la Charante , qui formoient un 
lieu mal fain , défagrcable & (teri- 
le. Ce grand Roi ayant conçu le 
projet de fe rendre auflî redoutable 
fur mer que fur terre , fentit la ne- 
ceflïté d'avoir fur l'Océan un port 
d'un plus facile accès , &c dont la 
rade fût plus fûre que celle de 
Breft. On rit fonder en plulîcurs 
endroits des mers du Ponent , afin 
d'y trouver un lieu propre à faire 
un port. L'embouchure de la Seu- 
dre parut d'abord convenable à ce 
-deiTein, & c'eft - là où le Duc de 
Bcaufort armoit ordinairement les 
Vaifleaux dont il fe fervoit pour 
fes expéditions d'AfTrique. 

Mais comme la Seudre n'avoit 
pas aiTez de profondeur pour porter 
les Vaifleaux du premier rang , on 
refolut d'abandonner ce port , & 
M. Colbert tourna fes vues fur le 
Havre de Brouage. Il confia l'exé- 
cution de fon deflein à M. Colbert 
de Terron Intendant d' Aunis & des 
Iflcs adjacentes ; mais le Comman- 
dant de la place lui ayant fait quel- 
Mars. 



. I7MÏ tjy 

ques infultes, l'envie de le morti- 
fier à fon tour , lui fit prendre la 
refolution de retirer la Marine de 
Brouage. Sur dirferens prétextes 
qu'il fit valoir en Cour , le Roi 
jetta les yeux fur Soubife. Ce lieu 
fitué fur la Charante paroiffoit 
avantageux à la Marine , on y con- 
îtruiiir même quelques Vailfeaux , 
mais M. de Rohan à qui apparte- 
noit Soubife , ayant refufé d'aban- 
donner une terre qui avoir été éri- 
gée en Principauté ; cette opposi- 
tion fit prendre le parti de fe fixer à 
Tonnay-Charente. On y tranfporta 
donc la Marine ; elle commençoit 
déjà d'y être floriflante, lorfque les 
ditfkultcz que M. de Mortemar de 
qui Tonnay-Charente dépendoit , 
fit de le vendre , l'éloignement de 
la rade . & pluûeurs autres incon- 
veniens qu'on remarque dans ce 
Port , obligèrent M. Colbert à 
abandonner cet établiflement qui 
avoit duré près de trois ans , & il 
s'attacha enfin à Rochefort. 

A cette occafion l'Auteur nous 
rapporte ce qu'on fçait de l'origine 
du Château de Rochefort , l'Hi- 
ftoire des principaux Seigneurs qui 
l'ont poiiedé , & même .celle des 
évenemens aufquels ils ont eu part. 
Il remarque que dès l'onzième fié- 
cle ce Château tenoit un rang con- 
fiderable dans la Province de Sain- 
tonge. On verra dans l'Ouvrage 
même les différentes révolutions 
par lefquelles il pafla enfin entre 
les mains de Louis XIV. ce Prince 
l'ayant acheté dans l'efperance d'y 
bâtir un Port , M. Colbert de 
Terron fut encore chargé de l'exé- 
S 



t 3 6 JOURNAL D 

cution de ce projet. L'Auteur dans 
le Chapitre quatrième nous donne 
une idée du cara&ere & des talens 
de cet Intendant , qui , félon lui , 
après avoir fondé la Ville de Ro- 
chefort en Romulus , la poliça en 
Numa : &c comme c'eft par le zélé 
& l'attention de ceux qui lui ont 
fuccedé dans cette Place que la 
Ville & le Port de Rochefort font 
parvenus à leur perfection , il em- 
ployé les quatre Chapitres fuivans 
à nous faire connoître Meilleurs 
Demuin , Arnou , Bégon , Se de 
Beauharnois , tous Intendans de 
Rochefort , Se il entre dans un dé- 
tail exacl: fur tout ce qui s'eft fait 
fous leur miniftere de glorieux ou 
d'avantageux pour la Ville de Ro- 
chefort. 

On place ordinairement l'épo- 
que de fa fondation dans l'année 
16C6. mais ce ne fut qu'en 16^9. 
année où le Roi l'érigea en Bourg 
fermé que cet établillement com- 
mença à prendre une forme régu- 
lière , Se qui l'a rendue depuis di- 
gne de porter le nom de Ville. 

Cependant les ennemis de la 
gloire de M. de Terron , Se de cel- 
le de M. Colbert répandirent le 
bruit que l'eau de la Charente en- 
gendreroit neceffairement des vers 
dans le bois des Vaiffeaux. L'Au- 
teur avoiie que ce bruit fe foûtient 
encore aujourd'hui , mais il affure 
que rien n'eft plus faux 3 Se que 
c'eft contre toute vérité que Robbe 
a écrit dans fa Géographie qu'on 
avoit vu à Rochefort un Vaiffeau 
tout picqué de vers. Il dit au con- 
traire que plufieurs expériences fai- 



ES SÇAVANS; 

tes juridiquement prouvent que 
les eaux de Rochefort , bien loin 
d'engendrer des vers , dans les 
Vaiffeaux qui y féjournent , les 
font mourir dans ceux qui en ap- 
portent. 

Dans la féconde Partie l'Auteur 
traite d'abord de la Navigation , & 
de la Marine en général , enfuite 
de la Marine , par rapport à la 
France ; il montre quel en a été 
l'état depuis l'origine de la Monar- 
chie jufqu'au tems prêtent. Après 
avoir ramalTc làdeffus une partie 
de ce qu'on lit dans tous les Au- 
teurs qui ont traité ces matières , 
il vient enfin à ce qui regarde l'état 
de la Marine de Rochefort , & à 
l'Hiftoire des differens armemens 
qu'on y a faits , Se des évenemens 
qui y ont donné lieu. Comme fon 
fujet par lui - même lui fournit peu 
de choies , il ne lauTe rien à defirer 
de tout ce qui lui appartient. On 
en jugera par le détail où il entre 
fur les differens Officiers de Marine 
qui font établis à Rochefort , fut 
leurs fonctions Se fur leurs appoin- 
terons. Cette féconde partie finir 
par la defeription de l'Arfenal , & 
du Port de Rochefort. 

Dans la troifiéme l'Auteur conti- 
nue à nous donner encore la def- 
eription de tout ce que Rochefort 
a de plus curieux pour ce qui regard 
de l'ornement , l'utilité Se la com= 
modité du Port Se de la Ville 3 ' 
comme la Fonderie , la Corderie , 
le Magazin des Vivres , l'Hôpital 
de la Marine, celui des Orphelines^, 
&c. Nous renvoyons à l'Ouvrage 
même pour ce qui concerne les dif- 



MARS 

lercntes Charges de Judicature & 
de Police établies à Rochefort auffi 
bien que pour l'état des privilèges 
qui ont été accordés à cette Ville. 
Comme ces matières ne font pas 
fort interelTantes pour le grand 
nombre des Lecteurs ; l'Auteur 
n'oublie pas , félon fa promette , 
d'en diminuer la fecherefle par 
différentes digreflîons fur l'origine 



» » 7Î4 ; 157 

de ce qu'on appelloit autrefois les 
Communes , fur l'établiflement 
des Maifons de Ville , de la 
Maîtrife des Eaux & Forêts , &c. 
Voilà tout ce que nous avons re- 
cueilli d'un Ouvrage qui fera fans 
doute autant d'honneur à la Ville 
en faveur de laquelle il eit écrit 
qu'à l'Auteur même qui l'a com- 
pofé. 



M. JOACHIM-JUSTI RAU DIATRIBE HISTORICO- PHILO- 
SOPHICA dePhilofophiaLucii-Ladantii-Firmiani, &c. C'eft-à due ; 
Differtation Hiflonque & Philofophiejue Jkr la Philofopbie de Lailance. 
Par M. Rau de Berlin : avec une autre Dijfertation Critique & Théologi- 
enne , oit l'on trouve l'Hifloire ancienne & moderne du mot Omooufios ? 
par le même Auteur. A Jcne , chez Chriftophle - François Buch. J73 3. 
in-11. pp. iC\. 



AVANT que d'entrer en 
matière , M. Rau fe croit 
obligé de donner le portrait de 
La&ance , & de nous faire connoî- 
trefon efprit , fes mœurs & fes in- 
clinations. Il n'entre point cepen- 
dant dans l'Hiftoire de fa Vie , il 
renvoyé là-delïusà Meilleurs Cave, 
Scultet & Dupin. Il s'attache uni- 
quement à nous peindre Ladtance , 
parce que le cara&ere d'un Auteur 
influe toujours fur les fentimens 
qu'il prend, &: fur la manière dont 
il les foûtient. 

La candeur avec laquelle il fe 
propofe de faire cet examen lui 
fait appréhender d'un côté de dé- 
plaire à ceux qui par un refpect ou- 
tré pour l'Antiquité , & fur - tout 
pour les Pères de l'Eglife , ne peu- 
vent fouffrir qu'on rabatte rien à 
leurs louanges , & de l'autre de 
s'attirer l'indignation de ces Criti- 



ques 3 qui tombant dans un excès 
contraire, fe plaifent àrabaiflerla 
réputation &c l'autorité des Pères '' 
uniquement parce qu'ils jouiffent 
de l'une & de l'autre. Pour lui il 
promet de prendre un jufte milieu. 
Il ne taira point ce qu'il y a de re- 
prchenfîble dans Laitance , mais il 
ne s'écartera jamais du refpcd 
qu'on doit aux grands Hommes , 
lors même qu'on eft obligé de rele- 
ver leurs défauts. 

Il convient donc que Laitance 
avoit le cœur excellent , & qu'il 
n'avoit rien oublié pour corriger Ja 
volonté. C'eft une exprcflîon fa- 
milière à M. Rau , par laquelle il 
entend le foin avec lequel tous les 
hommes doivent veiller fur ce 
fonds de corruption qui leur eft 
naturel. Mais en même tems 1 foû- 
tient que Lactance a pou '•<: nop 
loin h haine contre les anciens Phi- 
Si} 



ij8 JOURNAL DE 

lofophes. Il ne les cite jamais que 
pour les combattre , »» S-: quand ils 
«ont penfé juite fur quelque fujet, 
» il fe garde bien de leur en faire 
«honneur, de peur, dit-il , d'em- 
» prunter quelque chofe de gens 
3> dont il a refolu de découvrir Se 
» de réfuter les erreurs. « Il lui cft 
encore échappé, en elTayant de dé- 
mafquer leur orgueil cV leur vani- 
• té , de tomber dans le défaut qu'il 
leur reprochoit , Se d^ montrer 
qu'il s'eltimoit autant lui - même 
qu'il les méprifoit ; il fe glorifie L. J 
de fes In dilutions , Chap. 4. de dé- 
truire d'un fe ni coup tous les Philofo- 
phes ; défaire entièrement fur ce point 
ce que ni Aiinutins-Tdix } ni Tertul- 
lien , ni Cyprien n avaient pu exécu- 
ter \ & de fervir d'exemple à tons 
ceux qui voudraient entrer dans la 
même carrière. 

M. Rau prétend néanmoins que 
non feulement on doit lui pardon- 
ner ces défauts , mais qu'on peut 
même en quelque forte les regarder 
comme des Vertus , fur tout fi on 
les compare avec les mœurs des 
Philofophes qu'il avoit à combat- 
tre , tels qu'étoient , par exemple , 
un Hieroclés Se un Porphyre. 

Notie Auteur trouve qu'il efl: 
plus difficile de le juftifier fur l'in- 
conftance de fes fentimens , fur la 
précipitation avec laquelle il ju- 
geoit de ceux de fes adverfaires , Se 
fur le peu d'attention Se de difeer- 
nement qu'il apportoit pour choi- 
fîr les raifons Se les preuves qu'il al- 
leguoit contr'eux , fur fa négligen- 
ce à citer les anciens Ecrivains, & 
fiir-toutles Auteurs Sacrés. 11 trai- 



S SÇAVANS. 

te , dit-il , en général tous les Phi- 
îofophes d'aveugles Se d'infenfés , 
Se il avoiie qu'Hermès Trifmegiite, 
Se Sénéque ont écrit divinement en 
certaines rencontres. 

On voit par fes Ecrits que fes 
moeurs étoient pures , & qu'il étoit 
plein de Religion. A l'égard des 
qualitez de fon efprir, M. Rau Jes 
croit fupérieures à celles de fon ju- 
gement, ou plutôt il penfè que s'é- 
tant confacré à l'art Oratoire , i 
avoit plus travaillé à perfectionner 
fon itile qu'à cultiveria raifort , Se 
à acquérir de la fécondité dans l-'cx- 
preffion que de la juftefîe dans le 
raifonnement. De-là vient , ajoûte- 
t'il , qu'il y a peu d'ordre & de Lo- 
gique dans fes Ecrits, & qu'on peut 
douter avecraifon que LacTance en 
compofant fe foit jamais formé un 
plan tel que Servatius-GalLvus , Se 
Abraham Scultet lui en attribuent 
dans les Analyfes qu'ils ont don- 
nées de fes Ouvrages. 

D'où ileonclut que fi Lactanci 
n'a pas été fort inférieur à Ciccron , 
ni pour la beauté de l'efprit ni pour 
celle du ftile , le dernier l'emporte 
infiniment fur le premier par la 
force , le choix , l'arrangement de 
fes preuves Se de fes raifons. Il 
s'autorife même du témoignage 
de Bellarmin qui ne dilîîmule pas 
que La&ancene fùtplus'verfé dans 
la lecture des Livres Profanes que 
dans celle des Livres Sacrés. 

M. Rau , pour établir le juge- 
ment peu favorable qu'il porte de 
Ladance , apporte en preuve ce 
que cet Auteur dit contre Platon , 
la foiblelTe des argument qu'il cm- 



M A R 

ployé pour foùtenir les vers Sybil- 
lins , pour montrer que l'ame qu'il 
place dans le fommet de la tête , 
voit comme par une fenêtre les ob- 
jets extérieurs , d'où il arrive , fé- 
lon lui , qu'on découvre le caractè- 
re d'un homme par l'inlpeCtion de 
fes yeux : pour réfuter les raifons de 
ceux qui foûtenoient l'exiftence 
des Antipodes , & ce qu'il dit en- 
core fur la nature de l'ame , ou par 
un défaut de mémoire ou par légè- 
reté , il combat formellement en 
certains endroits ce qu'il avoit 
avancé dans d'autres. 

Sur ce caractère de Lactance M. 
Rau décide qu'il n'étoit pas infini- 
ment propre à difeuter des points 
de Philofophie , & qu'il auroit 
beaucoup mieux réuni , s'il s'étoit 
borné à l'éloquence , comme fon 
génie l'y portoit; mais il croit que 
lanecefllté où il étoit de travailler 
pour vivre , ce l'efperance de fe 
procurer quelque établiflement 
avantageux , l'avoit contraint de 
tourner fes études du côté de la 
Philofophie Si de la Théologie. 

Notre Auteur a comme pour 
exeufer la févérité de fa critique 
contre Laclance , fe croit obligé 
d'examiner jufqu'où alloit le fça- 
voir des Pères fur les matières Phi- 
lofophiques , & il déclare nette 
ment qu'on ne doit pas s'en for- 
mer une grande idée ; mais"il ac- 
compagne cette déclaration de 
toute la politeiîe qu'employent 
ordinairement ceux qui fe permet- 
tent de manquer de refpect aux 
perfonnes qui ont droit d'en exi- 
ger » & il avertit qu'on ne doit 



S , I7 3 4-' 139 

point méprifer les Pères , encore 
moins Laitance , lorfqu'on remar- 
que quelques erreurs , ou de faux 
raifonnemens dans leurs Ecrits. 
Paice qu'ils ont paru dans un tems 
où ils avoient beaucoup moins de 
fecours que nous n'en avons au- 
jourd'hui -, d'ailleurs quelque eft i- 
me que nous fallions à prel'ent de 
notre Philofophie , il s'élèvera 
peut-être après nous des gens qui 
nous montreront la fauffeté de nos 
prétendues découvertes , Si qui 
nous feront rougir de notre iliu- 
fion. 

Et comment , ajoûte-t-il , les 
Pères auroient-ils pu réuffir dans 
l'étude de la Philofophie , puifque 
leur unique but étoit de la détrui- 
re. H ne dillimule pas cependant 
que S. Juftin Martyr , Si S. Clé- 
ment d'Alexandrie montrent au- 
tant d'eftime pour la Philofophie , 
que Laclance témoigne de mépris 
pour elle. Il eft donc naturel de 
penfer que les éloges des deux pre- 
miers tombent fur la vraye Philo- 
fophie qui mené à la vérité , & que 
les reproches de ceux qui avec Lac- 
tance blâment la Philofophie , s'a- 
drclTent à cette faufle Philofophie 
qui ne confiftoit qu'en difputes fri- 
voles Si qu'en queftions inutiles c'e 
mal fondées. M. Rau avoiie que 
c'eft ainfi qu'on concilie ordinaire- 
ment ce que les Percs paroiftent 
avoir de contradictoire entr'eux , 
lorfqu'ils parlent de la Philofophie; 
pour lui il eft d'un avis contraire, Se 
foûcient qu'en général les Pères ont 
condamné tout ce qui s'appelle 
Philofophie. Il fe fonde fui ce que 



i 4 o JOURNAL D 

La&ance en particulier ne recon- 
noît d'autre principe de vérité que 
larévélation, d'où il luit qu'il re- 
gardent comme impoilible de rien 
découvrir de vrai p3r les feules for- 
ces naturelles de l'Elprit. 

M. Rau tâche de prouver cette 
aflertion par plufieurs endroits de 
fon Auteur , dans lefquels il fem- 
ble dire qu'il n'y a d'autre règle de 
vérité que les Oracles divins ; c'eft 
donc à tort que Pamélius a voulu 
juftifier Lacî:ance du reproche 
qu'on lui taifoit de condamner la 
Philofophie en général. 

Mais la haine qu'il avoit pour 
elleeft d'autant plus pardonnable , 
qu'il vivoit dans un tems où la Re- 
ligion Chrétienne n'avoit point de 
plus grands ennemis que les Philo- 
sophes , Se où la Philofophie mê- 
me fourmilloit d'erreurs grolîleres; 
il ignoroit , dit M. Rau , qu'il y 
en avoit une plus pure qui avoit 
fes principes dans une raifon fage 
Se éclairée. 

Mais dès qu'on reprefente Lac- 
tance comme l'ennemi de toute 
Philofophie que prétend donc 
l'Auteur en donnant à fon Ouvra- 
ge le titre de Diflcrtation fur la 
Philofophie de La&ance. 11 répond 
qu'on appelle Philofophes fur-tout 
quand il s'agit des anciens, ceux 
qui guidés par les feules lumières 
de k raifon , ont à quelque deflein 
que ce foit mêlé dans leurs Ecrits 
desvéritez , ou même des opinions 
particulières , Se comme Laclance 
eft du nombre de ces Auteurs, c'eft 
à ce titre qu'on l'appelle Philofo- 
phe , Se il en uie ainlî , continue-. 



ES SÇAVANS, 

t-il, à l'imitation de ceux qui ont 
traité de la Philofophie d'Homère , 
d'Horace , &c. 

Dans le Chapitre fécond qui eft 
partagé en deux Sections , l'Auteur 
traite de la Philofophie intellec- 
tuelle Se morale de Laclance. Com- 
me cet Ecrivain parle ordinaire- 
ment plutôt en Orateur qu'en Phi- 
lofophe : M. Rau avertit fes Lec- 
teurs qu'il ne peut pas lui-même 
mettre beaucoup d'ordre dans ce 
qu'il va recueillir de Lacrance fur 
cette matière , & il leur tient paro- 
le. Il expofe donc d'une manière 
très abrégée ce qu'il a trouvé épars 
çà Se là dans les Oeuvres de Lac- 
tance fur les facultez Se les opéra- 
tions de l'entendement , fur leur 
perfection , fur les \ ices , fur leurs 
remèdes , év fur la vérité. 

Après l'avoir loiié de s'être fort 
attaché aux véritez - pratiques de 
morale , il recherche fi comme 
quelques-uns l'ont prétendu , il eft 
le premier qui ait connu la diffé- 
rence des Vertus Théologiques 
d'avec celles qui font purement 
Philofophiques , c'eft - à - dire de 
celles qui ont leur principe dans la 
grâce d'avec celles qui viennent de 
la nature ; Se il fe déclare pour la 
négative. Il expofe enfuite ce que 
LnCtance a penfé fur la nature de la 
volonté , Se en particulier fur la 
liberté, fur les pallions , &c. en 
général il loue plutôt la pureté de 
fes intentions que la pureté de fa 
doctrine , Se il le compare aux 
grands fleuves qui entraînent fou- 
vent avec eux beaucoup de limon. 
Mais il remarque en même tems 



M A R 

que toute la Logique des Auteurs 
de ce tems-là fe reduifoit à la Dia- 
lectique , c'eft-à-dire à l'art de par- 
ler , celui de raifonner étant pref- 
que ignoré. Ainfî les défauts de 
Laitance lui font communs avec 
Seneque, Plutarque, Dion, Ma- 
xime de Tyr, Libanius-Thémiftius 3 
&c. 

M. Rau, dans la féconde Section, 
palTe à ce que Ladance à enfeigné 
fur la Philofophie & far la Théo- 
logie naturelle. Pour -ce qui con- 
cerne en général la nature des corps, 
& en particulier des corps céleftes, 
tels que le Ciel , le Soleil , la Lune 
& les Etoiles , la Mer , la Terre & 
les Eiémens , les efprits , le corps 
& l'ame de l'homme, les bêtes, &c. 
Notre Auteur montre que fur tous 
ces points , Lactance ne s'accordoit 
pas avec lui même , ni avec ce que 
la bonne Philofophie nous en a de- 
puis appris. Le Ciceron Chrétien 
ne craint pas d'attribuer à Dieu 
certaines paiïions. Il n'avoit pas 
même des notions bien claires fur 
la nature des efprits , puifqu'à l'e- 
xemple de plufieurs Pères , ilfon- 
tient que les bons & les mauvais 
Anges étoient capables d'avoir 
commerce avec les femmes. Et par- 
mi les preuves de l'immortalité de 
l'ame , il compte le pouvoir qu'il 
attribue aux Magiciens d'évoquer 
les âmes des enfers. 

Cependant comme le but de 
Laitance eft de montrer qu'il n'y a 
ïien dans la nature qui ne foit ad- 
mirable , rien qui n'ait été fait 
avec deflein , & que tout ce qu'el- 
le renferme a quelque utilité ,. on 



S ; 17*4- 141 

avoiie ici que les Oeuvres de Lac- 
tance font femés de deferiptions 
vives Se même dedigrciïions agréa- 
bles qui font parfaitement fentir la 
bonté & la fagefTe de la Providence 
dans la conftruction de cet Uni- 
vers. 

La troifiéme Section roule fur le 
droit des gens , notre Auteur s'at- 
tache à montrer que Laitance en a 
entièrement ignoré les principes. 
Parce qu'il étoit perfuadé qu'on ne 
peut connoître les principes du 
droit naturel par les feules forces 
de la raifort. Parmi les erreurs qui 
lui font échappées fur cettelnatie- 
re , M. Rau compte non feulement 
ce que Lactance dit contre les guer- 
res , la navigation , l'inégalité des 
Etats & des conditions , les fuppli- 
ces & la mort des criminels , tous 
ufages qu'il regarde comme inju- 
ftes , mais encore ce qu'il avance 
contre l'ufure. Lactance la con- 
damne fans reftriction. On allègue 
ici pour le réfuter fur ce dernier 
article ce que M- de Barbeyrac a 
écrit de l'ufure dans fa Préface du 
droit des gens par PufFendorf &c fes 
réponfes à Dom Rémi Ceilier dans 
fon Apologie de la Morale des 
Pères. 

M. Rau place dans le dernier 
Chapitre tout ce que Lactance a 
dit par rapport à l'Hifloire de la 
Philofophie , comme il s'étoit 
propofé de combattre tous les Phi- 
lofophes , il n'a pu s'empêcher de 
s'étendre quelquefois fur leur doc- 
trine, & fur les principaux évene- 
mens de leur Vie. Mais , félon no» 
tre Auteur , l'envie de les rendre 



1*2 JOURNAL D 

odieux , & la chaleur de fon imagi- 
nation l'emportoit fouvent au-delà 
de la vérité. Et c'eft à fesdirîcrens 
préjugez qu'il faut attribuer les 
contradictions où LacTrance tombe 
quelquefois fur les Philofophcs. Il 
convient dans un endroit qif Epi- 
cure a placé le fouverain bien dans 
la volupté de l'efprit ; & dans un 
autre il l'appelle le patron de la vo- 
lupté la plus honte ufe. 

Au refte , M. Rau fe contente 
poui -l'ordinaire d'expofer lîniple- 
ment ce que Laitance rapporte des 
Philofophes félon l'ordre du tcm's 
auquel leurs principales Sectes ont 
paru. Il lui étoit facile , ainii qu'il 
l'allure , d'étendre davantage cette 
dernière Partie , & de l'enrichir 
d'un plus grand nombre d'Obfer- 
vations ; mais outre qu'il fe feroit 
par-là éloigné de fon deffein , il a 
cru , dit-il , devoir refervertoutee 
qu'il a recueilli fur cette matière 
pour des Ouvrages où elle entrera 
plus naturellement. Ce fera appa- 
remment dans deux Differtations 
qu'il nous promet , dont l'une trai- 
tera de la Philofopliie de S. Juftin 
Martyr , & de celle d'Athénagore , 
& l'autre fera fur ce mot de 
Socrate , tout ce cjuejefçai , c'eft que 
je neftai rien. 



ES SÇAVANS, 

La Differtation fur l'Hiftoire an- 
cienne 6c moderne du mot Omoou- 
fios , Confubftantiel , cft divifée en 
quatre Parties, la première com- 
prend les fens dirîerens qu'on a 
donnés à ce mot avant le Concile 
de Nicée , la féconde le fens précis 
auquel il a été fixé dans ce Sy- 
node-là même , la troifiéme les di- 
verfes lignifications qu'il a eues de- 
puis cette époque , & la quatrième 
enfin roule fur ce qu'on a penfé 
dans ces damiers tems au fujet de 
cette expreflîon. 

Plufieurs Auteurs avoient déjà 
travaillé fur la même matière 
comme le P. Petau , Jean - Gafpar 
Suicerus , George Bullus , Etienne 
Courcelle , Chriftophle Sandius t\C 
M. le Clerc ; mais outre que ces 
trois derniers l'ont fait avec peu 
d'équité , M. Rau prétend que les 
uns ni les autres n'ont pas touché 
la vingtième partie des Obferva- 
tions que ce point de critique de- 
mandoit. Il effaye donc de fuppléer 
à leurs omiflions } & il le fait en 
zélé détenfeur de la foi de Nicée , 
Se en homme qui a tort approfondi 
cette matière , c 'eft tout ce que 
les bornes qu'on nous preferit nous 
permettent de dire fur cette Difïcjs- 
tation. 



VETERUM 



M A R 3 ," 1734. 



J 4? 



^VETERUM SCRIPTORUM ET MONUMENTORUM 
Hiftoricorum , Dogmaticorum , Moralium ampliiïima Collecrio. 
Tomus VII. C'eft-à-dire : Très-ample Colleilion des anciens Ecrivains . 
& de Pièces concernant l'Hifioire , le Dogme , & la Morale. Tome VII. 
Pttr Dom Edme Martene & Boni "Jrfm Durand , Prêtres & Religieux 
Beneditlins de la Congrégation de faim Maux. A Paris , chez Montalant, 
fur le -Quai des Auguftins, proche le Pont S. Michel. 173 5. in -fol. 
pp. 71 z, fans la Préface qui eft de 109 pages. 



LE S laborieux Auteurs de cet- 
te grande Compilation s'é- 
toient engagés de la compofer de 
neuf Volumes /«-/oZ/Voilà leur en- 
gagement rempli par les trois Vo. 
lûmes qu'ils ont donnes en 1733. 
Nous allons rendre compte dans ce 
Journal du feptiémeVolume. Nous 
parlerons du huitième & du neu- 
vième dans deux autres Journaux. 
Ce Volume eft compofé de Con- 
ciles , d'Acres & de Pièces qui y 
ont rapport , cV de Statuts Syno- 
daux de differens Diocéfes. Il fem- 
ble qu'après les recherches qu'ont 
faites depuis long-tems de fçavans 
Hommes pour donner desRecuiels 
complets des Conciles & des Actes 
qui v ont rapport , il ne refteroit 
plus lien à découvrir en ce genre. 
Cependant les Pères Martene &Du- 
rand ont découvert en différentes 
Bibliothèques plufieurs Conciles 
dont on n'a rien dit dans les Com- 
pilations qui font regardées comme 
les plus parfaites , il y en a d'autres 
dont les Editeurs des Conciles n'a- 
voient rapportés que quelques Ca- 
nons , Se dont on trouve dans ce 
Volume toutes les décidons en 
leur entier. Mais ce qui contribue 
le plus à enrichir ceVolume,ce font 
Mars. 



des Pièces & des Actes qui regar- 
dent les Conciles & qui n'avoient 
point encore été imprimés. 

Entre les Conciles dont les Ac- 
tes font compris dans ce feptiéme 
Tome , celui qui nous a paru de- 
voir le plus réveiller l'attention des 
Lecteurs , eft celui qui fut tenu en 
Arménie en 1341. les Editeurs 
l'ont tiré d'un Manufcrit de la Bi- 
bliothèque du Roi. Voici quelle a 
été l'occahon de ce Concile. Léon 
Roi d'Arménie avoit envoyé des 
AmbalTâdeurs au Pape Benoît XII. 
pour demander du fecours contre 
lesSarazins; ce Papefitréponfeau 
Roi d'Arménie qu'il ne pouvoit 
efperer aucun fecours , à moins que 
les Arméniens n'euffent abjuré 
toutes les erreurs qu'on les aceufoit 
de foûtenir , lk qu'ils ne fillent 
une profeflion exprefle de croire 
tout ce que croit l'Eglife Romaine. 
C'eft pourquoi Benoit XII. fit faire 
un Recueil de toutes les erreurs 
qu'on imputoit aux Arméniens, & 
qui comprenoit cent dix-fept arti- 
cles. C'eft pour répondre à ces ar- 
ticles differens que LeonRoi d'Ar- 
ménie fit aflembler un Concile gé- 
néral de fes Etats , auquel préfida 
Mekquitar Catholique ou Patriat^ 



X44 JOUR.NALD 

chc desArmeniens, & où fe trouvè- 
rent les Archevêques & les Evêques 
Arméniens, des Abbez & un grand 
nombre de Prêtres. On répondit 
dans ce Concile article par article 
au Mémoire de Benoît XII» 

On aceufoit les Arméniens de 
foûtenir que lors de l'Incarnation 
il s'étoit fait en J. C. une contuiîon 
des deux natures , enforte qu'il n'y 
avoit plus en lui qu'un feul enten- 
dement, une feule volonté , une 
feule opération , divine &non hu- 
maine -, on prétendoit qu'en con- 
fequence de ces erreurs les Armé- 
niens rejettoient le Concile de Cal- 
cédoine , &c qu'ils célébroient avec 
beaucoup de folemnité la fête de 
Diofcore. Les Arméniens répon- 
dent qu'ils ont toujours cru & 
qu'ils ont toujours confeffé un feul 
J. C qui eft en même taras Dieu 
parfait & homme parfait,qu'en tant 
qu'il eft Dieu parfait , il a tous les 
attributs de la Divinité , & qu'en 
tant qu'il elt homme parfait il a 
toutes les qualitez des autres hom- 
mes , fans être néanmoins fujet au 
péché , par confequent qu'il a en 
tant qu'homme un corps, un en- 
tendement humain , une volonté 
humaine. Appliquant ce principe à 
la Paillon de J. C. ils difent que le 
Verbe a fouffeit en la chair à la- 
quelle il s'eft uni par l'Incarnation; 
c'eft une erreur , ajoutent-ils , de 
dire que c'eft un qui a fouffert & un 
autre qui n'a point fouffert , car 
c'eft le Verbe qui a fouffert la mort 
pour nous fauver. Ainfî le Verbe 
impaffible par fa nature fouffroit , 
parce que fon corps fouffroit. 



ES SÇAVANS; 

Mais en s'ëXpliqUaot ainfî furla 
foi , ils avouent que plufieurs d'en- 
tre eux ne peuvent fe déterminera 
fe fervir de ces expreftions qu'il y a 
en J. C. deux volontez , deux ope- 
rations , deux natures, ce qui ne 
donne aucune atteinte à leur foi , à 
ce qu'ils prétendent , parce qu'ils 
n'évitent de fe fervir de ces expref- 
lîons qu'à caufe des differens fens 
qu'a chez eux le mot de nature -, les. 
Arméniens reconnoiffent enfuite 
qu'il y en a eu plufieurs d'entr'eux 
qui ont rejette le Concile de Calcé- 
doine , qui ont condamné S. Léon, 
& qui ont folemnifé la fête de 
Diofcore. Mais tout ceci n'étoit 
qu'une erreur de fait , fuivant le 
Concile de 1341. &£ cette erreur 
provenoitde ce qu'on avoit publié 
que le Pape S. Léon & le Concile 
de Calcédoine autorifoient les er- 
reurs de Neftorius,& que Diofcore 
avoit détendu h vérité contre faint 
Léon &£ contre le Concde de Cal- 
cédoine. Ils ajourent qu'au tems 
auquel fetenoit le Concile de 1 342. 
il y avoit déjà plus de cinquante 
ans que les Arméniens étoient dé- 
trompes fur ce point de fait , Se 
qu'ils ne faifoient plus la fête de 
Diofcore. 

Les Arméniens répondant aux 
articles du Mémoire qui regardent 
l'Euchariftie , y traitent de calom- 
niateurs ceux qui les aceufent de ne 
pas croire la préfence réelle de J.C. 
dans l'Euchariftie, ils reconnoiffent 
même expreffément que ce Myfte- 
re s'opère par la tranfubftantiation. 
Au fujet du Paradis les Arméniens 
affurent qu'on n'avoit jamais foî^- 



MARS 

tenu parmi eux , qu'après la mort 
des Juftes leurs âmes ayant été pre- 
fentées à Dieu parles Anges , fuf- 
fent conduites enfuite par les An- 
ges fur la terre ou dans l'air pour y 
attendre le jour du Jugement. 

Plufieurs articles des réponfes 
faites par le Concile des Arméniens 
ne parurent pas allez exacts. C'eft 
ce qui donna lieu au Pape Clément 
VII. qui reçut leur réponfe , de 
leur adrefler un fécond Mémoire , 
fur lequel il fouhaita qu'ils s'expli- 
quaflent exprefiement. 

Les Pièces au fujet de la réu- 
nion des Grecs à l'Eglife Latine 
faite dans le Concile de Lyon en 
ï 174. qui ont été tirées de la 
Bibliothèque de M. ChauveJin , 
Garde des Seaux , font au nombre 
de 45. Les principales font des 
Lettres des Papes Clément IV. 
Grégoire X. Innocent V. & Nico- 
las III. à Michel Paléologue Em- 
pereur de Conftantinoplc 3 au 
Prince fils aîné de cet Empereur , 
au Patriarche & à plufieurs Evê- 
ques de l'Eglife Gréque & au Roi 
de Sicile. Elles contiennent des cir- 
conftances fur cette affaire dont les 
anciens Hiftoriens n'ont point 
parlé. 

Plus de la moitié de ce Volume 
eft rempli par des Pièces qui regar- 
dent le Concile de Pife. C'eft. 
pourquoi les Editeurs ont employé 
leur Préface à une Hiftoire abrégée 
du Schifme d'Avignon qui fert à 
faire entendre les Pièces de ce Re- 
cueil ; lefquelles fournirent à leur 
tour , plufieurs traits à ceux qui 
voudront eclaircir l'Hiftoirc du 



» î7 5 4- 14J 

Schifme d'Avignoû & celle du 
Concile de Pife. Ces Pièces font 
en Ci grand nombre qu'il ne nous 
eft pas pofïïble même d'en rappor- 
ter les titres : nous donnerons le 
précis d'une de ces Pièces des plus 
importantes. 

C'eft l'inftru&ion donnée aux 
Ducs de Berry , de Bourgogne 5c 
d'Orléans , lorfquc le Roi les en- 
voya en Ambailade auprès du Pape 
féant à Avignon fous le nom de 
Benoît XIII. elle eft de l'année 
I39J. on l'a tiré d'un Manufcrit de 
la Bibliothèque du Roi. Les Ara- 
balîadeurs font chargés de repre- 
fenter à ce Pape combien le Roi 
fouhaitoit de voir finir le Schifme 
qui divifoit l'Eglife depuis fi long- 
tems , & que c'étoit dans la vue de 
trouver un moyen de rendre la 
paix à l'Eglife , que le Roi avoit 
afiemblé les Prélats de fon Royau- 
me , plufieurs Abbez , Prieurs , 
Maîtres en Théologie , Docteurs , 
Députez des Etudes de Paris , 
d'Orléans , d'Angers & de Tou- 
loufe , & plufieurs Religieux des 
Ordres , des Chartreux , des Ccle- 
ftins & des Mandians , &C qu'il a 
voulu avoir en particulier l'avis de 
l'Univerfité de Paris. On avoit pro- 
pofédans ces aflemblées différentes 
voyes dont on avoit fait le rapport 
au Roi , avec les raifons de partSc 
d'autre , pour que le Roi étant in- 
ftruit par lui-même, pût propofer 
au Pape celle de ces voyes qui lui 
paroifîoit la plus convenable. 

Celle qu'on appelloit la voye de 
fait confiftoit , comme on le voit, 
par les inftrucïions à aller à Rome 



i 4 tf JOURNAL D 

à main armée , en charter celui qui 
occupoitleSiégedeS.Pierre&ypla- 
cer Benoît. Mais cette voye ne pa- 
roifloit pas convenable , attendu 
qu'elle auroit engagé leRoi dans la 
guerre contre plufieurs Souverains 
avec lefquels il étoit en paix , & 
que quand Benoît auroit été ainfi 
placé fur le Siège de Rome , les 
Nations qui ne vouloient pas le 
reconnoître pour Pape ne manque- 
roientpas de dire, que ce n'eft que 
par force qu'il a été mis fur le Siège 
de Rome. Ce raifonnement paroif- 
foit aux François mériter d'autant 
plus d'attention , que fi le parti de 
Benoît XIII. leur fembloit le 
meilleur , celui de fon adverfaire 
ne latjfoit pas d'être coloré & fondé fur 
plufieurs caraiïeres & raifons , mê- 
me qu'il étoit foûtenu par un plus 
orand nombre de Clercs notables ,que 
!c parti de Benoît. 

Les mêmes raifons faifoienteon- 
noitre l'impoflibilité qu'il y aveit 
de réuffir par la féconde vaye qui 
avoitété propofée,c<: qui conllftoit 
à engager les Princes oppofés à Be- 
noît XIII- à fe déclarer en fa faveur, 
en les convaincant , foit par écrit , 
foit verbalement de la juftice de fa 
caufe. De la part de l'Univerfité on 
avoit propofé d'autres voyes pour 
faire celTer le Schifmc , la première 
étoit celle du Concile général qui 
paroiffbit la plus jufte , car es faits 
concernant la foi ou l'état de l'Egli- 
fe Univerfelle , comme eft le Schif- 
me , difent les inftrudions , le Pa- 
pe eft fujet au Concile & en peut le 
Concile juger & déterminer, mais 
.ette voye paroiffoit finette à bien 



ES SÇAVANS, 

des inconveniens, par la difficulté- 
d'aflemblcr le Concile , & par la 
peine qu'on auroit d'obliger à fe 
foûmertre à cette décifion , ceux 
qui fc verraient condamnés ; en- 
fin parce qu'il eft à fouhaiter pou* 
parvenir à une réunion fincere , 
qu'aucune des obédiences ne foie 
condamnée pour l'Eglife Univer- 
felle comme ayant foûtenu un Pape 
Schifmatique. La voye du compro- 
mis que d'autres ont propofée efr 
fujette à d'auffi grands inconve- 
niens , parce qu'on doutera h l'on- 
peut difpofer de la Papauté par 
cette voye , qu'elle engage dans de 
grandes difcuflîons , & qu'on n'eft 
point afluré que tous les Etats 
Chrétiens veuillent fe foûmettre au 
jugement des Arbitres. Refte la 
voye de lacçflion par les deux Papes 
qui avoit été propofée dans l'Uni- 
verfité & dans les Affemblées , & 
pour laquelle plus de deux tiers 
des opinans s'étoient déclarés. 
C'eft aullî celle que le Roi fait pro- 
pofer à Benoît XIII. parce que c'eft 
ïx feule qui puifle conduire feu- 
rement à la paix , que c'eft celle 
qui paroît la plus aifée aux per- 
fonnes les plus habiles évlcs plus 
zélées pour l'extinétion du Schifmc 
de l'une ou de l'autre Obédience , 
celle que Clément prédeceffeur de- 
Benoît avoit lui-même adoptée , 
qu'elle avoit été approuvée par les 
Cardinaux affembléspour l'éleétion 
de Benoît, & par Benoît lui-même. 
Les Amballadeurs étoient enfuite 
chargés d'expliquer à Benoît les 
mefures que le Roi devoit pren- 
dre pour obliger le Pape qui tenait 



M A R 

fon Siège à Rome à faire une 
pareille renonciation , & pour qu'il 
y eût un Pape reconnu par l'Eglifc 
Univerfclle. La plupart des autres 
Pièces qui concernent le Schifme 
d'Avignon & ce qui s'eft palTé 
ivant ou depuis le Concile de Pife 
ne font ni moins cuneufes,ni moins 
mtereiTantes que celles dont on 
vient de voir le précis. Les Actes 
du Concile de Pife inférés dans ce 
Volume , tort differens de deux cf- 
peces d'Actes de ce Concile , in- 

SVITE DES ELOGES DES ACADEMICIENS DE 

l'Académie Royale des Sciences , morts depuis l'an 1722. Par M. D2 
Fontenelie , Secrétaire de l'Académie Royale des Sciences. A Paris , 
chez Chaubert , Libraire du Journal ; Ofmont , rue S. Jacques ; 
Hourdel , Quai des Auguftins -, Hitart l'aîné , rue S. Jacques; GiJ[ey 3 
rue de la Vieille Bouderie ; David le jeune , Quai des Auguftins ; 
Cloi/fer } rue S. Jacques. 1733. vol. itï-Jz. pp. 332. 



s , 1734; 147 

ferés dans la grande Collection des 
Pères Labbe & ColTart , & des dif- 
ferens Actes du même Concile pu- 
bliés par Vonder - Ardt dans la 
grande Collection fur le Concile 
de Confiance. 

Les dernières Pièces de ce Volu>- 
me font d'anciens Statuts Syno- 
daux pour les Diocéfes d'Amiens y 
d'Orléans, de Cambray , du Mans. 
Ce font des morceaux que ceux qui 
font curieux des matières qui y font 
traitées doivent lire tous entiers. 



NOUS avons , le mois der- 
nier , rendu compte des cinq 
premiers Eloges contenus dans ce 
Recueil , il nous refle à parler des 
neut autres , qui font ceux de M. 
Neuton , du Pcre Reynaud , de M. 
le Maréchal de Talard , du Pcre 
Sebaftien Truchet Carme, &c de 
Meilleurs Bianchini , Maraldi , de 
Vafincourt , Marfigli , du Verney. 

Eloge de M. Neuton. 

Ifaac Neuton naquit le jour de 
Noël V. S. de l'an 1642. à Volfbro- 
pe dans la Province de Lincoln. Il 
iortoit de la Branche aînée de Jean 
Neuton , Chevalier - Baronnet , 
Seigneur de Volftrope. 

L'Auteur, commence cet Eloge 



par faire mention de l'étonnante 
profondeur d'efprit de M.Neuton, 
i°. pour les Mathématiques en gé- 
néral , 2 . pour tout ce qui les 
concerne en particulier , comme 
l'Aftronomie , la Géométrie , l'Op- 
tique , 3 . pour la Phy/ique. Il en- 
tre dans un détail exact des Ouvra- 
ges de ce grandHomme, il en déve- 
loppe les differens fujets,& il n'ou- 
blie rien de tout ce qui peut , de c; 
côté-là, faire véritablement connoî- 
tre M. Neuton ; l'on pafTe enfuite à 
fon alïociation dans l'Académie des 
Sciences , de au choix que le Roi 
Guillaume fit de lui, pour la Char- 
ge de Garde des Monnoyes , Se peu 
après pour celle de Maître de la 
Monnaye, emploi d'un revenu con- 
fiderable. L'honneur qu'il reçut en 



148 JOURNAL D 

1^87. d'être nommé par l'Univer- 
fîté de Cambridge pour un des Dé- 
légués de cette Univerfité parde- 
vant la Cour de la Haute Commif- 
fion , le privilège qu'il eut en 1688. 
de tenir Séance dans le Parlement 
de convention , cV: en 170 1. d'être 
choifi une féconde fois Membre de 
cette Aiîemblée pour h même 
Univerfité de Cambridge ; fon 
élection en 1705. à la dignité de 
Président de la Société Rovale , di- 
gnité qu'il a polTedée fans interrup- 
tion jufqu'à fa moit pendant 23 
ans, exemple unique dont on ne 
crut pis , dit M. de Fontenclle , 
devoir craindre lesconfequences. 

La qualité de Chevalier dont il 
fut décoré en 1705. par la Reine 
Anne , fon zélé pour lefervicede 
fa Patrie , rien de tout cela n'eit 
oublié dans l'Eloge de M.Neuton. 

L'on remarque que fa fanté fut 
toujours ferme & égale jufqu'à lâ- 
ge de quatre- vingt ans , où il com- 
mença à être incommodé d'une in- 
continence d'urine. Il ne fouft'rit 
beaucoup que dans les derniers 20 
jours de fa vie. On jugea fûrement 
qu'il avoit la pierre , & qu'il ne 
pouvoit revenir de cette maladie. 
Il mourut le vingt Mars V. S. au 
matin , âgé de quatre - vingt - cinq 
ans. 

Les cérémonies de fes funérailles 
font un article digne de remarque : 
fon corps tut mis fur un lit de pa- 
rade dans la Chambre de Jerufa- 
lem , endroit d'où l'on porte au 
lieu de leur fépulture , les perfon- 
nes du plus haut rang , & quel- 
quefois les Têtes couronnées. On 



ES SÇAVANS, 

le transfera dans l'Abbaye deWeft- 
miniter, le poile étant foûtenu par 
Mdord grand Chancelier , par les 
Ducs de Montrofe Se Roxburg , 
8c par les Comtes de Pembrocke , 
de Suflex & de Maclesfield. Ces 
fîx Pairs d'Angleterre qui firent 
cette fonction folemnelle , laiffent 
allez juger quel nombre de perfon- 
nes de diftinction groilnent la 
pompe funèbre. L'Evêque de Ro- 
chefter , accompagné de tout le 
Clergé de l'Eglife , ht le Service. 
Le corps fut enterré près de l'en- 
trée du coeur. 

M. de Fontenellc reflechiflfant 
fur cette pompe funèbre , dit qu'il 
faudroit prefque remonter chez les 
anciens Grecs , ii l'on vouloit trou- 
ver des exemples d'une au(ÏÏ gran- 
de vénération pour le fçavoir. Il 
ajoute que la famille de M. Neu- 
ton imite encore la Grèce de plus 
près , par un Monument qu'elle lui 
fait élever , &z auquel elle employé 
une fomme considérable. Le Doyen 
cv le Chapitre de Weftminiteront 
permis que l'on conitruisît ce Mo- 
nument dans un endroit de l'Ab- 
baye , qui a fouvent été refufé à la 
plus haute NoblelTe. 

M. Neuton a vécu jufqu'à 85 
ans , fans fe fervir jamais de lu- 
nettes, ni avoir perdu qu'une feule 
dent ; le nom d'un fi grand Hom- 
me , dit M. de Fontenellc , permet 
ces petits détails. 

Il étoit d'un caractère fort doux, 
il ne parloit jamais de foi , ni 
jamais n'agilToit d'une manière à 
taire foupçonner aux plus malins 
le moindre fentiment de vanité. Il 



M A R 

:ft vrai , comme il eft facile de le 
conjecturer , qu'on lui épargnoit 
affez le foin de fe faire valoir -, mais 
combien d'autres , demande M. de 
Fontenelle , n'auroicnt-ils pas laiffé 
de prendre encore un foin dont on 
fe charge fi volontiers , 6v dont il 
cft lî difficile de fe repofer fur per- 
fonne î Combien de grands Hom- 
mes généralement applaudis n'ont- 
ils pas gâté le concert de leurs 
louanges , en y mêlant leur voix ? 

m M. Neuton ctoit fimple , affa- 
» ble , toujours de niveau avec 
« tout le "inonde. Il ne fe croyoit 
»difpenfé, ni par fon mérite, ni 
»> par fa réputation , d'aucun des 
«devoirs du commerce ordinaire 
» de la vie. Nulle fîngularité ni na- 
turelle , ni affectée , il feavoit 
» : n'être , des qu'il le talioit , qu'un 
55 homme du commun. 

L'Auteur de l'Eloge remarque 
fur cela, Que les génies du premier 
ordre ne méprifent point ce qui eft 
au-deiïous d'eux , tandis au con- 
traire que les autres méprifent ceux 
mêmes au-deffous defquels ils fe 
trouvent. 

L'abondance dont joiiiffoit M. 
Neuton & par un grand patrimoi- 
ne , & pour fon emploi de Maître 
de la Monnoye , cette abondance 
augmentée par la fage fimplicité 
avec laquelle il vivoit , ne lui of- 
froit pas inutilement de quoi faire 
du bien. Il ne croyoit pas que don- 
ner par un teftament , ce fût don- 
ner ; aufiî , remarque M. de Fonte- 
nelle , n'a-t-jl point laifle de tefta- 
ment , & il s'eft dépouillé toutes 
les fois qu'il a fait des liberalitez ou 



$ » T 7 ? 4* 149 

à fes parens, ou à ceux qu'il feavoit 
être dans le befoin. Cela n'a pas 
empêché qu'il n'ait laifle en biens- 
mcublcs , environ trente-deux mil- 
le livres fterlin , fomme qui reviens 
à celle de fept cens mille livres , 
monnoye de France. LefçavantM. 
Leibnits fon Concurrent mourut 
riche auffi , quoique beaucoup 
moins , & 'avec une fomme de re-. 
ferve affez confiderable ; ces exem- 
ples rares , & tous deux étrangers , 
fcmblcnt mériter , ditM.de Fon- 
tenelle , qu'on ne les oublie pas, 
c'eft par cette reflexion que finit 
l'Eloge -, mais qu'il nous foit permis 
d'y ajouter que voilà de quoi faire 
revenir de leur erreur, ceux qui 
s'imaginent que la culture des 
Sciences & les richçffes font in- 
compatibles. 

Eloge du Père Reyveau. 

Après avoir débuté par dire avec 
l'Auteur de cet Eloge , que le Perc 
Charles Reyncaude l'Oratoire, & 
grand Mathématicien , naquit à 
Briffac , Diocéfe d'Angers , & qu'il 
étoit fils d'un fimple Maître Chi- 
rurgien nommé Charles Reyneau ,, 
& de Jeanne Chauveau: nous com- 
mencerons notre Extrait par où l'E- 
loge finit, & nous remarquerons 
d'abord , que la Vie dont il s'agit 
aététrès-iîmple & très-uniforme ; 
que l'étude , la prière , & deux 
Ouvrages de Mathématique, l'un 
intitulé l'Analyfe démontré , & 
l'autre la Science du Calcul , en font 
tous les évenemens -, que le Perc 
Reyneau fe tenoit à l'écart de toute 



iyo JOURNAL DES SÇAVANS; 

affaire , encore plus de toute intri- 
gue , qu'il comptoit pour beau- 
coup , l'avantage fipeu recherché , 

de n'être de rien , qu'il avoit peu 

de liaifons , peu de commerces & 

pour principaux amis , le Père Mal- 

branche ( dont il adoptoit tous les 

principes ) Se M. le Chancelier ; 

deux noms que M. de Fontcnelle 

ne craint pas de mettre ici en même 

rang, la première dignité duRoyau- 

me étant , comme il le remarque , 

fi peu neceffaire à M. le Chancelier 

pour l'illuftrer , qu'on peut ne le 

traiter que de grand Homme. 

On voit dans le corps de l'Eloge, 
que le Père Reyneau entra dans 
l'Oratoire à Paris , âgé de vingt 
ans ; Que fes Supérieurs l'envoyè- 
rent profeiTer la Philofophie àTou- 
loufe , puis àPezenas ; Qu'il enfei- 
gna dans ces deux Villes la Philofo- 
phie nouvelle ; Qu'enfuite on lui 
donna les Mathématiques àprofef- 
fer à Angers en 1633. Que dans 
cette fonction il fe rendit familier 
tout ce que la Géométrie moderne 
a produit de découvertes ingénieu- 
fes & de hautes fpéculations ; Que 
rempli de ces connoillances , il en- 
treprit pour l'ufage de ceux qui 
venoient l'entendre , de mettre en 
un même corps , les principales 
Théories répandues dansDefcartes, 
dans Leibnits , dans Neuton , dans 
les Bernouilli 3 dans ies Mémoires 
de l'Académie , ce qui produiik le 
Livre de ï'Analyfe démontrée p qu'il 
publia en 1708. ayant profefie 22 
ans à Angers , & le Livre de la 
Science du Calcul , qui vint cinq 
ans après ; Ouvrage d'une utilité 



finguliere , & dont M. de Fcnte- 
nellc fait voir l'excellence. 

Le P. Reyneau fut reçu dans l'A- 
cadémie des Sciences en 171e. au 
nombre des Aftociés libres , & 
mourut en 1728.1e 24 Février -, on 
ne rapporte aucune particularité de 
la fin de fa vie , finon qu'il fut 
obligé dans fes dernières années de 
fe ménager fur le travail. Qu'après 
s'être toûjouts arToibli pendant 
quelque tems , il mourut , & Que 
près de mourir , il refufoit juf- 
qu'aux foins d'un périt Domcfti- 
que ; parce qu'il craignolt de gêner 
ce Domeftique. Si M. de Fonteiiel- 
le ne dit rien de particulier fur la 
mort du Pcre Reyneau , il n'en eft 
pas de même, en un fens , des pre- 
mières années de fa vie ; car il allu- 
re qu'on ne fçait rien de tout le 
tems qui s'eft écoulé depuis la naif- 
fance de ce fçavant Homme , juf- 
qu'à fon entrée dans l'Oratoire ; ce 
qui eft une chofe bien finguliere } 
l'Eloge du P. Charles Reyneau fe 
trouve imprimé dans l'Hiftoirede 
l'Académie des Sciences , année 
1718. avec celui de Camille d'Ho- 
îtun , Maréchal de Tallard , dont 
nous allons rendre compte. 

Eloge de M. le Maréchal de Tallard, 

Camille d'Hoftun naquit le 14 
Février 1652. de Roger d'Hoftun 3 
Marquis de la Baune , Scde Cathe- 
rine de Bonne , fille Punique hé- 
ritière d'Alexandre de Bonne d'Au- 
riac, Vicomte de Tallard. Sanaif- 
fance , comme le remarque M. de 
Fonteneile, le deftinant à la guerre, 
& 



MARS, 1734. i/ï 

Se encore plus fon inclination, il l'année Françoifc à Hochftet mais 
.entra dans le Service auffi-tôt qu'il victoires qui , indépendamment de 



y put entrer ; & à l'âge de 1 6 ans il 
fut Mettre de Camp du Régiment 
des Cravates. Trois ans après il fui- 
vit le Roi à la Campagne de Hol- 
lande. L'Auteur de l'Eloge fuppri- 
me le détail militaire des différen- 
tes actions où fe trouva M. de Tal- 
lard pendant le cours de cette guér- 
ie , & desblefîuresqu'ily reçut. Il 
ne rapporte qu'un trait qui fuffit 
pour prouver combien la valeur de 
ce Guerrier , & même fa capacité 
furent connues de bonne heure & 
cftimées par le meilleur Juge cjuon 
fuijje nommer. M. de Turenne le 
choifît en 1674. pour commander 
le corps de bataille de fon armée 
aux combats de Mulhaufen & de 
Turkeim, 

On entre ici dans des récits que 
nous fupprimerons pour éviter la 
longueur , & qui font voir avec 
quel fuccès M. de Tallard paffa en- 
fuite par toutes les occafions qui 
pouvoient prouver fes talens dans 
le métier de la guerre , & par tous 
les grades qui dévoient les recom- 
penfer , fans excepter le grade de 
Maréchal de France , qu'il obtint 
de la Juftice du Roi au commen- 
cement de 1703. & après l'obten- 
tion duquel il courut au fecours de 
Traerbach puilfammenr alfiégé, & 
conferva à la France , cette conquê- 
te qu'elle lui devoit depuis peu. 

La prife de Brifac, celle de Lan- 
dau & la foûmilfion de tout le Pa- 
latinatne font pas oubliés ici , vic- 
toires de peu de durée, à la vérité , 
par le trifte fort qu'éprouva enfuite 
Mars. 



ce revers de fortune , ne laiiferenc 
pas d'attirer fur le Maréchal,les fa- 
veurs du Roi ; puifque peu de 
mois après la bataille d'Hochftet, 
il fut fait Gouverneur de Franche- 
Comté , puis Duc en 171 2. & en- 
fuite Pair de France en 171 5. com- 
blé de ces honneurs & de pluiieurs 
autres que nous partons, tous capa- 
bles de remplir la plus vafte ambi- 
tion , il defira d'être de l'Académie 
des Sciences. Il y entra honoraire 
en 1723. & l'année fuivante il en 
fut Préiîdent. Après avoir com- 
mandé des armées, il ne négligea 
aucune des fonctions d'un com- 
mandement h peu éclatant en 
comparaifon du premier. 

Il mourut le 29 Mars 1728. âgé 
de foixante &c feize ans. 

Son Eloge , comme nous venons 
de le remarquer à la fin de l'article 
qui concerne le P. Reyneau , eft 
imprimé dans l'Hiftoire de l'Aca- 
démie année 1728. 

Eloge du Père Truchet Carme. 

Voici un Eloge bien différent , il 
ne s'y agit que de Machines & de 
Méchaniques. 

Jean Truchet naquit à Lyon en 
1^57. d'un Marchand fort homme 
de bien , qui , en mourant, le laiffa 
encore très-jeune , entre les mains 
d'une mère pieufe aufïi , qui ne né- 
gligea rien pour l'éducation de ce 
fils. 

A l'âge de 17 ans il entra dans 
l'Ordre des Carmes à Lyon & y 
V 



IJT2 JOURNAL DE 

prit le nom de Sebaftien -, fur quoi 
M. de Fontenelle fait cette refle- 
xion , que l'Ordre des Carmes eft 
du nombre de ceux oit fon porte le re- 
noncement au monde Jufauà changer 
fou nom de Bapthne. Le Père Tru- 
chet n'a été connu que fous celui 
de Frère , ou de Père Sebaftien , Se 
il le choifit par affection pour fa 
mère qui fe nommoit Sebaftiane. 

Il avoit un goût naturel pour la 
Méchanique : le célèbre Cabinet 
de M. de Serviere , Gentilhomme 
d'une ancienne Noblefle,qui, après 
avoir long-tems fervi , mais peu 
utilement pour fa fortune , parce 
qu'il n'avoit fongé , dit M. de Fon- 
tenelle , qu'à bien fervir , s'éroit 
retiré à Lyon couvert rie bleffures , 
Se avoit employé fon loifir à inven- 
ter Se à faire plulîeurs Ouvrages de 
tour, différentes Horloges & divers 
modèles d'inventions propres pour 
la guerre ou pour les arts;ce fameux 
Cabinet , Se fi hmeux qu'il n'y 
avoit rien qui le fût davantage en 
France , rien que les voyageurs &: 
les étrangers eu lient été plus hon- 
teux de n'avoir pas vu , attira la 
curiofité du Père Sebaftien qui en 
fit fon école. Il y voyoit toutes 
fortes de machines curieufes Se 
fouvent en devinoit les reffortsfe- 
crets , ce qui augmenta en lui l'in- 
clination qu'il avoit pour les Ma- 
chines, & qu'il cultiva enfuite avec 
un fuccès furprenant. 

Les Supérieurs du Père Sebaftien 
l'envoyèrent à Paris au Collège 
Royal des Carmes de la Placc- 
Maubeit ,' pour y étudier la Phi- 
lofophie Se h Théologie, mais il 



S SÇAVANS. 

n'y eut guéres que la Phylîcjuc 
qui flattât fon goût , parce qu'en- 
core qu'elle fût en ce tems - là , 
prefque toute Scholaftique , il né 
laifloit pas d'y entrevoir quelque 
rapport aux Machines. Il lui don- 
noit tout le tems que fes devoirs 
laifloient en fa difpolîtion, 6c peut 
être, fans s'en appercevoir, leur en 
abandonnoit-il quelque petite par- 
tic que les autres études euffent pu- 
reclamer. Le moyen , demande fur 
cela M. de Fontenelle , que le devoir 
& le plai/ir fajfent entre eux des par- 
tages Jijuftes ? 

Le génie du P. Sebaftien pour 
les Méchaniques, ne tarda pas à fe 
faire connoître. En voici un exem- 
ple qui mérite bien d'être rapporté. 

Charles II. Roi d'Angleterre 
avoit envoyé au reu Roi deux 
montres à répétitions , les premiè- 
res qu'on ait vues en France. Elles 
ne pouvoient s'ouvrir que par un 
fecret -, précaution des Ouvriers 
Anglois pour cacher , dit M. de 
Fontenelle, la nouvelle conftruc- 
tion , Se s'en affurer d'autant plus 
la gloire Se le profit. Les montres , 
continue l'Auteur , fe dérangèrent 
Se furent mifes entre les mains de 
M. Martineau , Horloger du Roi ; 
ce fameux Horloger n'y put tra- 
vailler faute de les fçavoir ouvrir , 
Se il dit à M. Colbert , qu'il ne 
connoiffoit qu'un jeune Carme ca- 
pable d'ouvrir les montres en que- 
ftion , & que fi ce Carme n'y réuf- 
fiffoit pas, il falloit prendre le parti 
de les renvoyer en Angleterre. M. 
Colbert confentit qu'on les donnât 
au P. Sebaftien , qui les ouvrit allez 



M A R 

promptement , & de plus les ra- 
commoda fans feavoir qu'elles ap- 
partenoient au Roi. Il étoit déjà 
habile en Horlogerie , ôc ne de- 
mandoit que des occafions de s'y 
exercer. 

M. de Fontenelle ne termine pas 
ici l'Hiftoire , en voici la fuite qui 
vaut bien le commencement. 

M.Colbert , quelque tems après, 
envoya ordre au P. Sebaftien de le 
Tenir trouver à fept heures du ma- 
tin d'un jour marqué. Nulle expli- 
cation fur le motif de cet ordre. Le 
P. Sebaftien ne manqua pas à l'heu- 
re ; il fe prefenta interdit & trem- 
blant. Le Miniftre accompagné de 
deux Académiciens dont M. Ma- 
riote étoit l'un, le loua fur les mon- 
tres , & lui apprit pour qui il avoit 
travaillé , l'exhorta à fuivre fon 
grand talent pour les Méchaniques , 
Se fur-tout à étudier les Hydrauli- 
ques , qui devenoient neceflaires à 
la magnificence du Roi; il lui re- 
commanda de travailler fous les 
yeux de ces deux Académiciens , 
qui le dirigeraient, & pour l'ani- 
mer davantage , &: parler plus di- 
gnement en Miniftre , il donna au 
jeune Carme qui n'a voit encore que 
dix- neuf ans, fix cens livres de 
penfion , dont la première année , 
félon la coutume de ce tems - là , 
lui fut payée le même jour. Notre 
Hiftoricn qui ne manque jamais de 
relever fes récits par quelques réfle- 
xions , dit ici , que lorfque les 
Princes ou les Minières ne trouvent 
■bas des hommes en tout genre , c'eft 
qu'ils ne fçavent pas qu'il faut des 
hommes , ou qu'ils n'ont pas l'art d'en 
irtuver. 



S, 17 34- 1/5 

Selon l'ordre que le P. Sebaftien 
reçut de M. Colbert, de s'attacher 
aux Hydrauliques , il pofleda à 
fond,la conftt uiition des pompes &: 
la conduite des eaux. Il a eu part à 
divers Aqueducs de Verfaiiles , & 
pendant fa vie , il ne s'eft guéres 
fait ou projette en France de grands 
canaux de communication de rivie- 
res,pour lefquels on n'ait du moins 
pris fes confeils. 

Il a fçû joindre à cela une gran- 
de connoiftance des arts , & il a 
travaillé à un grand nombre de 
modèles pour différentes Manufac- 
tures ; par exemple, pour les pro- 
portion des filières des Tireurs d'or 
de Lyon , pour le blanchilTage des 
toiles à Senlis , pour les Machines 
des monnoyesde Fiance. 

Il a imaginé pour M. le Duc de 
Noailles , lorfque ce Duc faifoit 
la guerre en Catalogne , de nou- 
veaux Canons , qui fe portoient 
plus aifément fur les montagnes, &: 
fe chargeoient avec moins de pou- 
dre , & il a fait des Mémoires pour 
M. le Duc de Chaune fur un Ca- 
nal de Picardie. C'eftlui qui a in 
venté la machine à tranfportcr de 
gros arbres tout entiers , fans les 
endommager, de forte que du jour 
au lendemain Marly changcoit de 
face , & étoit orné de longues al- 
lées arrivées de la veille. 

Les Tableaux mouvans ne font 
pas oubliés par M. de Fontenelle , 
& ils font un des articles des plus 
curieux de l'Eloge. Le Roi en don- 
nant à l'Académie le Règlement 
de 1699. nomma le P. Vbrftien 
Honoraire de cette Académie , 
V.j 



i54 JOURNAL D 

place qui n'obligeoit l'Académi- 
cien à aucun travail réglé i & dans 
laquelle cependant il n'a pas laifle 
de donner fon élégante Machine du 
Syftème de Galilée pour les corps 
pefans, &: fes combinaifons des car- 
reaux mi partis qui ont excité d'au- 
tres Scavansà cette recherche. 

Les dernières années de fa vie 
ont été un tilïu d'infirmitez , Si en- 
fin il mourut le 5 Février 1729. 

Après avoir fait mention des ta- 
lens du P. Sebaftien pour les Ma- 
chines, nous ne devons pas oublier 
l'eiTentiel , qui eft le foin qu'il eut 
d'être aulli bon Chrétien que bon 
Méchanicien. Il a toujours été très- 
fidéle à fes devoirs , extrêmement 
deiîntcrefte, doux, modefte ,&c fé- 
lon i'expreflion dont fe fervit M.le 
Prince , en parlant de ce Religieux 
au Roi , aujfifimple que [a Machi- 
nes. Les derniers traits de fon Eloge 
tournent trop à fa gloire pour ne 
devoir pas trouver ici place. 

L'Auteur remarque que le Pcre 
Sebaftien conferva toujours dans la 
dernière rigueur , tout l'extérieur 
convenable à fon état de Reli- 
gieux, Que fort répandu au dehors, 
& prefque inceiTamment diflipé , 
il ne contracta rien de cet air que 
donne le grand commerce du 
monde , & que le monde ne man- 
que pas de défaprouver & de railler 
dans ceux mêmes à qui il l'adonné, 
quand ils ne font pas faits pour l'a- 
voir. 

M. de Fontenelle demande ici 
comment le P. Sebaftien eût pu 
manquer aux bienféances d'un habit 
qu'il n'a jamais voulu quitter , 



ES SÇAV ANS, 
quoique des perfonnes puiffàntes- 
lui offriircnt de l'en défaire par leur 
crédit ; en fe fervent de ces moyens 
que l'on -ifçu rendre légitimes. » 11 ne 
» prêta point l'oreille à des propo- 
» lirions qui en auroient peut-être 
» tenté beaucoup d'autres, ex il pré- 
paiera la contrainte & la pauvreté où 
» il vivoit , à une liberté & à des 
ncommoditez qui euftenî inquietté 
» fa délicatefle de confeience. 

L'Eloge du Père Sebaftien elt 
imprimé dans l'Hiftoire de l'Aca- 
démie des Sciences, année 1719.. 
avec celui de M. Bianchini dont 
nous devons parler , & celui de M. 
Maraldi qui viendra enfuite. 

Nous avons palTé dans le 
cours de cet Extrait deux Hiftoires 
curieufes , que les Lecteurs ne fe- 
ront peut-être pas tâchés que nous 
rappellions ici , tant pour la ma- 
nière dont elles font contées par 
l'Auteur de l'Eloge , & que nous 
fuivrons exactement , que pour 
leur fingularité propre. 

La première concerne un Gen- 
tilhomme Suédois , qui attiré 
par la réputation du Père Se- 
baftien , vint à Paris lui redeman- 
der , pour ainfi dire , fes deux 
mains qu'un coup de canon lui 
avoit emportées -, il ne lui reftoit 
que deux moignons au-deftus du 
coude. Il s'agifloit de faire deux 
mains artificielles qui n'auroient 
pour principe de leur mouvement 
que celui de ces moignons , diftri- 
bué par des fils à des doigts qui fe- 
roient flexibles. On aflurc que 
l'Officier Suédois fut renvoyé au 
Père Sebaftien par les plus habiles 



M A R 

Anelois , peu accoutumés cepen- 
dant à reconnecte aucune fuperio- 
tité dans la nation Françoife. Une 
entrepnfe fi difficile , & dont le 
fuccès ne pouvoit être qu une ei- 
pece de miracle, n'effraya pas tout- 

à fait le P. Sebaftien. Il alla même 
fi loin qu'il ofa expofer aux yeux 
de l'Académie & du Public , fes 
cflais, fes tentatives, & diflerens 
morceaux déjà exécutes qui dé- 
voient entrer dans le deffein géné- 
ral Mais Monfieur eut alors beloin 
de lui pour le Canal d'Orléans, & 
interrompit le P. Sebaftien dans un 

travail qu'il abandonna peut -être 
fans beaucoup de regret. En partant 
il mit le tout entre les mains d un 
Méchanicien , dont il eftimoit le 
génie & qu'il connoiffoit propre a 
fuivre ou à rectifier fes vues. C elt 
M du Quet dont l'Académicien a 
approuvé différentes inventions. 
Celui-ci mit la main artificielle en 
état de fe porter au chapeau de 
l'Officier Suédois , de l'oter de dei- 
fus fa tête, & de l'y remettre : mais 
cet étranger ne put faire un allez 
lona ftjour à Paris , de fc relolut a 
une" privation , dont il avoit pris 
peu à peu l'habitude. 

M deFontenelle dit fur cela , 
Qu'on avoit cependant trouvé de 
nouveaux artifices , & paffe les 
bornes dans lefquelles on fe eroyoït 
renfermé , & que peut" être fe 
trompera-ton plutôt en fe défiant 
trop de l'induftrie humaine qu en 
s'y fiant trop. 

La seconde Histoire concerne 
la vifite dont le feu Czar Pierre c 

Grand, honora le P. Sebaftien. Elle 



S ; ï7?4- "" **? 

dura trois heures. Ce Monarque ne 
avec tant de génie , quoique dans 
une barbarie fi épailïc ; ce Monar r 
que , Créateur d'un peuple nou- 
veau , ne pouvoit fe raffafier de 
voir dans le Cabinet de cet habile 
Homme , tant de modèles de Ma- 
chines , ou inventées ou perfec- 
tionnées par lui , tant d'Ouvrages 
dont ceux qui n'étoient pas recom- 
mandables par une grande utilité , 
l'étoient au moins par une extrême 
induftrie. Après la longue applica- 
tion que le Prince donna a cette 
efpece d'étude , il voulut boire, & 
ordonna au P. Sebaftien , qui s'en 
défendit le plus qu'il put , de boire 
après lui dans le même verre , ou 
Sa Mafefté verfa elle-même le vin , 
elle à qui le defpotifme le plus ab- 
folu auroit pu perfuader que le 
commun des hommes n'étoit pas 
de la même nature qu'un Empe- 
reur de Ruffie. 

Les Sçavans doivent d'autant 
plus s'intereffer à ces fortes d'hon- 
neurs rendus à leurs pareils , qu'ils 
n'y font guéres accoutumés. 



Eloge de M. Bianchini. 

François Bianchini né à Vérone 
le 13 Décembre 1661. de Gafpat 
Bianchini , & de Cornelie Vailetti, 
embraffa l'état Ecclefiaftiquc , & a 
eu , remarque M. de Fontenelle , 
fur'la fin de l'Eloge, deuxCanoni- 
cats dans deux des principales 
Eglifes de Rome. Il a été Camener 
d'honneur de Clément XI. & Pré- 
lat Domeftique de Benoît XIIL 
outre le Secrétariat de la Congte r 



i;6* JOURNAL D 

gation du Calendrier,Clément XI. 
lui donna par une Bulle , une In- 
tendance générale fur toutes les 
Antiquitez de Rome. Il auroit pu 
afpirer plus haut dans un Pays où 
l'on fçait qu'il faut quelquefois dé- 
corer la pourpre elle - même par 
des talens & par le fçavoir. L'exem- 
ple récent du Cardinal Noris l'au- 
torifoit à prendre des vues il éle- 
vées , mais ceux qui l'ont connu 
alTurent que fa modération natu- 
relle , tk fa Religion l'en preferve- 
rent toujours. 

C'étoit un homme d'une feien- 
ce immenfe , grand Hiftorien , 
grand Mathématicien ., grand 
Aftronome ; fes Ouvrages en font 
foi. M. de Fonte nelle en donne le 
détail.Il étoit même très-éloquent, 
& on a de lui des productions qui 
font des Pièces d'éloquence , il cm- 
bralîbit , dit-on , jufqu'à la Poe'fie. 
Auffi lailîe t-il voir aiTez fouvent 
dans fon ityle une force &C une 
beauté d'exprefïîon , des figures , 
des comparaifons , qui fentent le 
Poète. 

L'Académie le mit dès l'an 1705. 
dans le petic nombre de fes aflo- 
ciez étrangers. Il mourut d'une hy- 
diopiiîe le deux Mars 1719. on lui 
trouva uncilice qui ne fut décou- 
vert que par fa mort , & ce qui 
vaut mieux que tous les cilices 
c'ellque toute fa vie , par rapporta 
la Religion , avoit été conforme à 
cette pratique fecrette. » La facili- 
»> té , la candeur de fes mœurs étoit 
» extrême , & encore plus , s'il fe 
» peut, Ion ardeur à taire plaifir." 
Il la portoit à un point dont on ne 



ES SÇAVANS» 

trouve guéres d'exemples parmi 1er 
perfonne > de Cabinet , c'elt » qu'il 
» n'étoit jamais engagé dans aucune 
» étude fi interelfante pour lui , 
>» dans aucun travail dont la conti- 
»j nuation fwivie fût fi neceiTaire , & 
» l'interruption (1 dommageable , 
» qu'il n'abandonnât tout dan» le 
j> moment pour rendre un fervice. 
Les Ouvrages qu'il a lailTés font : 

La Hiftoria Univerfale provata 
con momimenti , &figurata conjîmbo- 
li de gli Antichi. 

De Calendario & Cyclo Cxfaris 
ac de Canone Pafchali Santli Hippo- 
lyti Martyris , Dijfertaiiones dut. 

De Nnmmo & Gnomone Elemen- 
iino. 

Caméra ed lnfcriptiom Sepnlerali 
de llberti , fervi , ed "Vfficiali délia 
Cafa di Augitjlo , Sec. 

Hefperi & Phofphiri nova Pha- 
nomeiia, Jive obfervationes arcà Pla- 
mtam Veneris. 

M.deFontenelle donne l'expli- 
cation de tous ces Ouvrages. On 
n'auroit pas été fâché de trouver 
dans cet Eloge quelque détail tou- 
chant la famille de M. Bianchini ; 
mais on n'y trouvé autre chofe fur 
cet article , que ce que nous en 
avons rapporté au commencement, 
fçavoir que le Pcre de M- Bianchi- 
ni , s'appelloit Gafpar Bianchini, & 
fa mere Cornelie Vailetti. 

Eloge de M. Marald'u 

Jacques - Philippe Maraldi né le 
2iAouft 1^6 5. à Périnaldo dans le 
Comté de Nice , lieu déjà honoré 
par la nailTancc du grand Cafllni ; 



M A R 

tut fils de François Maraldi , &c 
d'Angela-Catherine Caflîni , feeur 
de ce fameux Aftronome. 

Ayant fini avec dilhnétion , le 
cours des études ordinaires , il cul- 
tiva les Mathématiques , & à l'âge 
de iz ans appelle en France, par M. 
Caflîni fon oncle , il fe mit à obfer- 
ver le Ciel , & conçut le deflein 
de faire un Catalogue des étoiles 
fixes'', Catalogue qui eft la pièce 
fondamentale de tout l'Edifice de 
"Aitronomie. ■ 

De cet Ouvrage qui n'eft encore 
que manuferit , il a détaché des po- 
rtions d'étoile dont quelques Au- 
teurs avoient befoin ; par exemple, 
M. Dclifle pour fon Globe Célefte , 
M. Manfrcdi pour fes Ephéméri- 
des , M. Ifaac Broukner pour le 
Globe dont il eft parlé dans l'Hi- 
ftoire de l'Académie année 1725. 
M. de Fontenelle dit en parlant de 
ce Catalogue que l'Auteur l'avoit 
tellement dans fa tête , qu'on ne 
lui pouvoit déligner aucune étoile, 
quoique prefque imperceptible , 
qu'il ne dît fur le champ la place 
qu'elle occupoit dans fa conftella- 
tion ; de forte que les étoiles étant 
appellées dans les Livres faints , 
l'armée du Ciel 3 on pourroit dire 
que M. Adaraldi connoijfeit toute 
cette Armée t comme Cirus connoijfoit 
la jienr.e. 

On peut réduire toute la vie de 
ce grand Aftronome à la conftruc- 
tion du Catalogue dont il s'agit , à 
des Obfervations, foit journalières, 
foit rares , comme celles des Pha- 
fes de l'Anneau de Saturne ; à des 
déterminations de retours d'étoiles 



fixes,qui difparoilTent quelquefois; 
à des applications adroites des mé- 
thodes données par M. Caflîni \ hc 
à des vérifications de Théories qui 
peuvent recevoir plus d'exactitu- 
de. Voilà un précis des évenemens 
delà Vie de M. Maraldi ; les diffe- 
rens Volumes de l'Hiftoire de l'A-; 
cadémie des Sciences en font rem- 
plis. 

A quelques voyages prés que fie 
cet Aftronome , foit pour travaille! 
fous M. Callini fon oncle à la pro- 
longation de la fameufeMéridiennc 
jufqu'à l'extrémité du Royaume , 
foit pour s'unir avec ceux que l'im- 
portante affaire du Calendrier , oc- 
cupoit ; foit pour terminer , avec 
trois autres Académiciens , la gran- 
de Méridienne du côté du Septen- 
trion ; à ces voyages près , on peut 
dire que M. Maraldi a pafle fa vie, 
depuis fon arrivée à Paris, renferme 
dans l'Obfervatoire, ou plutôt , fé- 
lon la reflexion de M. de Fontenel- 
le, qu'il l'a paflee toute entière 
dans le Ciel , d'où fes regards & 
fes recherches ne fortoient point. 

Il ne lui refloit plus , pour ache- 
ver fon Catalogue des étoiles fixes, 
que d'en déterminer quelques-unes 
vers le Zénit & vers le Nord : dans 
ce deflein il venoit de placer un 
quart de cercle mural , fur le haut 
de l'Obfervatoire , lorfqu'il fut at- 
taqué de la maladie dont il eft 
mort , maladie contre laquelle il 
employa inutilement le feul remè- 
de auquel il avoit confiance & dont 
il s'étoit toujours bien trouvé, c'eft 
la dicte aultere. Il mourut le pre- 
mier Décembre 172.9. 



ij-8 JOURNAL D 

Son caractère , félon la remar- 
que de M. de Fontenelle , écoit ce- 
lui que les Sciences donnent ordi- 
nairement à ceux qui en font leur 
unique occupation : du ferieux , de 
la iimplicité , de la droiture. 

Eloge de M. de Valincourt. 

Jean-Baptifte-Henri du Trouf- 
fet de Valincourt naquit le pre- 
mier Mars 1653. de Henri du 
TroufTet & de Maiie du Pré. Sa fa- 
mille étoit noble Si honorable, ori- 
ginaire de S. Quentin en Picardie. 
Il n'avoit que fix ou fept ans, qu'il 
perdit fon père , & demeura entre 
les mains d'une mère propre à 
remplir feule tous les devoirs de 
l'éducation de fes en fans. 

Il n'elt guéres d'Eloges où ceux 
qui en font le fu|et,ne foient repre- 
fentés comme s'étant diftingués dès 
leurs plus tendres années par des 
qualitez au-deffus de leur âge. M. 
deFontenelle qui n'aime quelevrai, 
& qui fçait d'ailleurs que le mérite 
de l'enfance eff un préfage fort équi- 
voque dumérite futur, & que ceux 
qui brillent le plus alors n'ont fou- 
vent que le feu de l'éclairjM. deFon- 
tenelle perfuadé de cette maxime 
confirmée tous les jours par l'expé- 
rience, ne craint point d'avoiier 
que celui dont il va parler ne brilla 
point dans fes clafles , & que ce 
Latin &c ce Grec qu'on y apprend , 
n'étoient pour lui , que des fons 
étrangers dont il chargeoit fa mé- 
moire , parce qu'il le falloit ; mais 
en même tems il obferve que M. 
de Valincourt répara dans la fuite 



ES SÇAVANS, 

avec ardeur , la nonchalance du 
tems paire, & fe nourrit avidement 
de la lecture des bons Auteurs tant 
anciens que mordernes. 

Les petits Ouvrages où il lui 
échappoit quelquefois de parler la 
langue des Poètes , Ouvrages qu'il 
ne regardoit pas aiTez férieufement 
pour en faire parade , ni même 
pour les djfavoùer ; l'habitude que 
jufqu'à la fin il a confervée de cette 
langue qu'il ne parloit qu'à l'oreille 
de quelques amis, &c en badinant;fa 
Critique de la PrinceiTe deCléves, 
fa modération de n'oppofer que le 
fllence à la réponfe qui lui fut laite 
fur ce fujet , avec autant d'amertu- 
me & d'emportement , dit M. de 
Fontenelle , que fi on avoit eu à 
défendre une mauvaife caufe ; fon 
averlîon pour ces fortes de difpu- 
tes , toujours onéreufes à ceux qui 
ont les mains liées par de bonnes 
mœurs , Si par les bienféances ; la 
perfuafion oùilétoit que le public 
lui même , malgré fa malignité , fe 
laffe bien tôt de ces fortes de fpec- 
tacles , cv qu'après avoir vu une ou 
deux joutes , il lailTe d'ordinaire , 
les deux Champions fe battre fur 
l'Arénc fans témoins , fon prompt 
renoncement à la critique pourfe 
tourner d'un autre côté plus conve- 
nable à fes talens & à fon caraclere. 
Sa V te de François de Lorraine Due 
de Guife. Sa dignité de Secrétaire 
Général de la Marine , fon atta- 
chement à M. le Comte de Tou- 
louze fon Maître & ion Bienfai- 
teur ; fon goût pour les Mathéma- 
tiques , qui le mit en état de rem- 
plir dignement une place d'Hono- 
raire 



M A R 

(faire à laquelle l'Académie des 
Sciences le nomma en 1721-La 
tranquillité avec laquelle il regarda 
de les propres yeux l'incendie de fa 
Bibliothèque , ne difant autre cho- 
fe, en voyant périr ce tréfor, linon 
qu'/7 n'aurait guère s profilé de fes Li- 
vres y s'il nefçavoit pas les perdre^ 
L'égalité d'ame que lui donnoitfa 
Philofophie , cV encore plus fa Re- 
ligion qui ne fe démentit jamais ; 
tout cela , ainfî que tout ce qui 
fait la matière des autres Eloges de 
ce Recueil , tant de ceux dont nous 
avons parlé jufqu'ici , que de ceux 
dont il nous refte à parler , eft tou- 
ché de manière par M. de Fonte- 
nelle , qu'en ne fçait auquel des 
deux on doit le plus applaudir^ou à 
celui qui lotie , ou à celui qui eft 
loiié. 

M. de Valincourt fut attaqué de 
diverfes maladies fur la fin de fes 
louis , & mourut le 4 Janvier 1730. 

Eloge de M. le Comte Marfigli. 

Louis-Ferdinand Marfigli naquit 
à Boulogne le 10 Juillet 1658. du 
Comte Charles-François Marfigli , 
iflu d'une ancienne Maifon Patri- 
cienne de Boulogne , & de la Com- 
teffé Marguerite Cicolani. 

L'éducation que fes parens lui 
donnèrent d'une manière convena- 
ble à fa naiftance , celle qu'il fe 
donna à lui - même , par rapport 
aux Lettres-, le foin qu'il eut d'aller 
dès fa première jeuneffe , chercher 
les plus illuftres Sçavans d'Italie, 
<i'apprendre de Seminiano - Mon- 
tanar & d'Alphonfe - Boreili , les 
Mars, 



S ; 175 4; 1 j 9 

Mathématiques ; de Marcel Malpi- 
guil'Anatomie ; 8c des Obferva- 
tions que fon génie lui fourniftbit 
dans fes voyages, furl'HiftoireNa- 
tureile ; [\c voyage qu'il fit à Con- 
ftantinopie en 1679. où il examina 
en Philofophe , le Bofphore de 
Thrace & fes fameux Courans , le 
Traité qu'il en donna en 168 1. ce- 
lui qu'enfuitc il a publié r Del inerc- 
mentoe decremento dell' Imperio Otto. 
mano , & qui paroît depuis quel- 
ques années imprimé à Amfterdam 
avec une Traduction Françoife -, 
l'offre qu'à fon retour de Conftan- 
tinople , il fit de fes fervices à 
l'EmpereurLéopoldquilesacceptai 
fes lignes & fes travaux fur le Rab 
pour arrêter les Turcs ; fa captivité 
chez les Tartaresen 1683.1e 2 Juil- 
let jour de la Vifitation , fon ra- 
chapt l'année fuivantele 25 Mars 
jour de l'Annonciation ; la Corn- 
million que lui donna l'Empereur 
de fortifier Strigonie , & d'ordon- 
ner les travaux neceffàires pour le 
Siège de Bude que méditoient les 
Impériaux ; la part qu'il eut à lj 
conftruètion du Pont fur le Danu- 
be , fon élévation à la Charge de 
Colonel en 1689. fes deux Ambaf- 
fides à Rome en cette même année 
pour faire part aux Papes Inno- 
cent XI. & Alexandre VIII. des 
grands fucecs des Armées Chrétien- 
nes , l'honneur qu'il eut d'être em- 
ployé par l'Empereur pour le rè- 
glement des limites entre l'Empe- 
reur Si la Republique de Venife , 
d'une part , & la Porte d'autre part, 
le fuccès avec lequel il s'en :cqii t- 
ta , la générofité qu'il exerça en- 
X 



i6o JOURNAL D 

vers deux pauvres Turcs dont il 
avoir, été cfclave pendant fa capti- 
vité chez les Tartares , & envers 
un troifiéme , qui pendant cet- 
te même captivité , & par l'or- 
dre des deux autres Turcs , l'en- 
chaînoit toutes les nuits à un pieu, 
les triftes lbupçons qu'il efluya par 
rapport au Siège de BriiTac , & fa 
conduite pleinement juftifiée fut 
ce fujet , l'Ouvrage qu'il a donné 
en 171 3. fous le titre d' Hiftoire 
Phyficjtie de la Msr 3 la donation 
qu'il fit en 17 La. au Sénat de Bolo- 
gne , d'un très-riche fonds de tou- 
res les Pièces qui peuvent fervir à 
.'Hiftoire Naturelle , fonds acquis 
1 grands frais , 5i tranfporté encore 
a plus grands frais , de difFercns 
lieux éloignés , jufqu'à Bologne -, 
l'Académie, qu'en 1714. il a érigée 
ii cette occafion fous le titre d'Infti- 
lui des Sciences & des Arts de Bolo- 
gne , fa réception dans l'Académie 
des Sciences de Paris l'année fui- 
vante , en qualité d'Aiîocié étran- 
ger , l'Imprimerie qu'il a fondée à 
Bologne fous le nom d'Imprime- 
rie de S. Thomas d'Aquin , l'Ou- 
vrage qu'il a publié du Cours du 
Danube 3 dont il a paru à la Haye 
en iyi6- une magnifique édition 
en 6 Volumes; enfin l'union qu'à 
l'exemple des anciens Romains , 
M. Marfigli a faite des Lettres & 
des Armes , & la moi t de ce grand 
Homme le premier Novemb. 1750. 
dans la Ville de Bologne fa Pa- 
trie qui n'a rien oublié de tout ce 
qu'elle devoit à la mémoire d'un 
Citoyen fi chéri & fi digne de l'ê- 
ïre 5 tout cela ne fait qu'une partie 



ES SÇAVANS, 

des matériaux que M. de Fonteneî- 
le , avec fa délicate(fe ordinaire 3 a 
mis en œuvre dans cet Eloge. 

Eloge de M. du Verney. 

Guichard-Jofeph du Verney né 
à Feurs en Forcit 3 le 5 Aouft 1^48. 
de Jacques du Verney Médecin de 
la même Ville , 6c d'Antoinette 
Pittre 3 vint à Paris en 1667. après 
avoir étudié cinq ans en Médecine 
à Avignon. Arrivé à Paris , ilfefit 
bien - tôt un grand nom , par fa 
feience dans l'Anatômie , & par 
l'éloquence avec laquelle il s'expli- 
quoit fur cette matière , éloquence 
pleine de feu qui réveillokfes Au- 
diteurs & ne leur permettoient pas 
de languir un moment. Il entra en. 
167e. dans l'Académie des Scien- 
ces qui ne comptoit encore que 
dix années depuis ■ fon établille- 
ment. Etant Académicien , il fut 
choifi pour enleigner l'Anatômie à 
M. le Dauphin qui prit tant dé- 
goût aux leçons de M. du Verney, 
que ce Prince offrit quelquefois de 
ne point aller à la chafTe , (i on 
pouvoit les lui continuer après fon 
dîner. En 1679. il fut nommé Pro- 
felîeur d'Anatomie au Jardin 
Roval, où il s'attira un nombre ex- 
traordinaire d'Auditeurs ; il publia 
en 1683. un Traité de C organe de 
l'oùte , qui fut traduit en Latin l'an- 
née fuivante, & imprimé à Nurem- 
berg , feul Livre qu'ait donné ce 
grand Anatomifte , retenu fans 
doute par un trop grand amour 
de la perfection , ou par une trop 
grande délicatelfe de gloire. 



M A R 

M. du Verney fut pendant quel 
que tems le feul Anatomifte de l'A- 
cadémie , &c ce ne tut qu'en 1684. 
qu'on lui joignit M. Méry. M. de 
Fontenelle remarque que ces deux 
Anatomiftes n'avoient rien de com- 
mun qu'une grande paflîon pour 
la même feience , &c beaucoup de 
capacité ; que du refte , ils étoient 
prefque entièrement oppofés , fur- 
tout à l'égard des talens extérieurs. 
La difpute qu'ils ont eue fur la fa- 
meufe queftien de la circulation du 
fang du fœtus , eft ici touchée en 
partant ; on en a parlé tant de fois , 
qu'il feroit inutile de rebattre cette 
matière. 

L'admiration que caufoient à M. 
du Verney , Jes merveilles que fon 
attachement à l'Anatomie lui dé- 
couvrait tous les jours dans la ftruc- 
turefurprenante du corps humain , 
élevoit tellement fon efprit à la 
contemplation du fouverain Ou- 
vrier 3 qu'il craignoit que la Reli- 
gion , dont il avoit un fentiment 
très- vif , ne lui permît pas un fi 
violent attachement, qui s'empa- 
roit de toutes fi?s penfées , & de 
tout fon tems. La main divine qu'il 
réveroit fans celle dans les Ouvra- 
ges qu'il étudioit , & qu'il con- 
noiflbit fi bien , ne lui paroifloit 
pas furfifamment honorée par ce 
culte fçavant , toujours cependant 
accompagné du culte ordinaire le 
plus régulier. Il ne s'attachoit pas 
feulement à l'Anatomie du corps 
humain , celle des animaux l'occu- 
poit encore. Il avoit entrepris fur 
les infectes un ouvrage qui l'obli- 



S; '7? 4- ïô-r 

geoit à des foins très-pénibles : on 
l'a vu, en fon plus grand âge, pafler 
des nuits entières dans les endroits 
les plus humides du Jardin Royal 
& les y pafler comme immobile 
couché fur le ventre , pour décou- 
vrir, dit M. de Fontenelle , les al- 
lures , & la conduite des limaçons 
qui femblctn en vouloir faire unfecret 
iMpênétrable. Sa famé en foufroh , 
mais il aurait encore plus fouffèrt de 
rien négliger. Il mourut le 10 Sep- 
tembre 1730. âgé de 81 ans. Ilalc- 
gué,par teftamentjtoutes (es prépa- 
rations Anatomiqucs à l'Académie 
des Sciences. Son Eloge eft im- 
primé dans l'Hiftoire de cette Aca- 
démie année 1730. avec ceux de 
Meflîeurs de Valincour & Marfi- 
gH- 

On trouve à la fin de ce Recueil, 
le Difcours que M. de Fontenelle 
fit le fix Mars de l'année 1732. 
a l'Académie Françoife , en y rece- 
vant M. l'Evêque de Luçon , Suc- 
celfeur de feu M. de la Motte. 
Comme ce Difcours , qui roule 
principalement fur le mérite de M. 
de la Motte , eft à peu-près du mê • 
me genre que les Eloges faits pour 
l'Académie des Sciences , l'Editeur 
a cru pouvoir le joindre dans le 
même Volume. 

Ceux qui veulent de l'exaclitu- 
de , de la fimplicité & de l'élégan- 
ce dans des Eloges Hilloriques , 
doivent lire ce Recueil; ceux qui 
y veulent de l'efprit , des images , 
des métaphores , des tours & de» 
traits qui réveillent l'attention , le 
doivent lire aufîî. 



Xij 



ifa JOURNAL DES SÇAVANS, 



RERUM ITAL1CARUM SCRIPTORES, &i. 
C'eft-à -dire : Recueil des Ecrivains de l'H'ftoire d'Italie , depuis l'/tn 
500. jufju'a, l'an 1 500. par M. Muratori , Tome XV. A Milan , par la. 
Société Palatine. 1729. in-foî. col. n 56. 



CE feiziéme Volume nous of- 
fre i°. lesVies des Patriarches 
d'Aquilée depuis le premier fiécle 
de l'Ere Chrétienne jufqu'en 1358. 
par un Anonyme. 

Cet Ouvrage contient pluficurs 
faits alTez confidcrablesqui avoient 
échappes à la connoiilanced'Ughel- 
li , èc des autres qui ont déjà tra- 
vaillé fur la même matière. C'eft 
ce qui engagea M. Muratori à le 
oublier en 171 3» dans le troifiéme 
Tome de fes Anecdotes , & ce qui 
lui fait encore efperer aujourd'hui 
qu'on le recevra avec plaiiîr dans 
le Recueil. 

Il n'a pu rien découvrir de ce 
qui regarde en paiticulier l'Auteur 
de ces Vies. Il conjecture feule- 
ment qu'il vivoit environ vers l'an 
1358. Il eft certain du moins qu'il 
a compofécetOuvrage avant 1320. 
car en parlant de S. Marc , il dit 
qu'il écrivit de fa propre main un 
Evangile qu'on montre s .ajoûte-t- 
il t dans l'Eglife d'Aquilée , à tous 
ceux qui demandent à le voir. Or 
nous apprenons par une Lettre de 
M. Fontanini au Père de Montfau- 
con que cet ancien exemplaire fut 
apporté à Venife en 1420. 

Ce même Evangile fert d'épo- 
que au tems où vivoit Antoine 
Bellon qui nous a donné aufli les 
Vies des Patriarches d'Aquilée , &C 
qu'on trouve ici à la fuite de cet 



Anonvme. Jean Bellon y dit ex* 
preffément que l'Evangile de Saint 
Marc eft gardé prefentement à Ve- 
nife dans le Temple qui porte le 
nom de ce Saint , avec plus de foin 
& de décence qu'il ne l'etoit lorf- 
que l'Eglife d'Aquilée pofîedoit ce 
précieux manuferit : il paroîrquc 
l'Auteur était d'Udine , où il exer- 
coit la Profeifion de Notaire , Si 
félon toutes les apparences , il avoit 
été Chancelier de l'Eglife d'Aqui- 
lée ; il mérite d'autant plus do 
croyance , qu'il aflure avoir eu en 
fa difpolition les anciennes Archi- 
ves de cette Eglife. Son Hiftoire 
eft très - abrégée , &. finit par les 
Vies des Patriarches Nicolas , Ma- 
rin & Marc, rous trois de l'illultre 
famille Grimani , comme il avoit 
été pendant fept ans Secrétaire du 
premier , &i que les deux autres 
étoient encore vivans , parce que 
Marin s'étoit démis de fa dignité' 
en faveur de fon frerc Marc •, il 
n'en rapporte que peu de chofes 
dans la crainte , dit il, de palTer 
pour flatteur, 

L'Editeur a cru devoir joindre à 
ces deux Pièces un Cayer qui lui a 
été envoyé de la Bibliothèque du 
Vatican , dans lequel on trouve la 
fuite des Patriarches d'Aquilée de- 
puis Otthon qui tut nommé Pa-! 
triarghe par le Pape Boniface VIIL 
jufqu'à l'an 1445. & un état foin- 



maire des droits & des biens atta- 
chés au Patriarchat d'Aquilée. En- 
fin pour donner une fuite corn plet- 
te de ce qui regarde cette Eglife , 
il a jugé à propos de faire imprimer 
ici plulîeurs Diplômes Se Privilè- 
ges donnés en faveur des Patriar- 
ches d'Aquilée qui ne fe voyent 
pas dans l'Italie Sacrée d'Ughelli. 

On y remarque entre autres un 
A<fte d'Otthon datte de l'an noS, 
par lequel cet Empereur donne au 
Patriarchat d'Aquilée le Duché de 
Frioul , avec tous ces droits & dé- 
pendances , St ce qu'il appelle de- 
narutm fanguinolentum , c'ell- à-dire 
(Suivant la manière dont cette ex- 
prelîion eft expliquée dans la Pa- 
tente , le droit de juger en dernier 
refTort & de punir ceux qui feraient ' 
coupables de mutilation, d'homi- 
cides , de vols j & en général de 
tous crimes , à condition cepen- 
dant que le Patriarche exercera cet- 
te .lurifdicf ion par lui , ou par fes 
Officiers, (ans qu'il lui foit per- 
mis d'en invertir aucun de fes Feu- 
dataires. 

2°. Les Vies des Princes de Car- 
rera par Pierre Paul Vergerius de 
Capo d'Iftria jufqu'environ l'an 

On connoît deux Auteurs de ce 
nom de la même Ville & célèbres 
parmi les Sçavans. Le plus récent 
fut en grande confîderation à la 
Cour de Rome , & envoyé plu- 
fieurs fois en Ambaffade par Clé- 
ment VII. pour éteindre les divi- 
sions que caufoit l'Héréfie de Lu- 
ther. Son mérite l 'éleva fur le Siège 
Epifcopal de fa propre Ville , mais 



M A R S, 1734; î£j 

après y avoir combattu les Héréti- 
ques avec fuccès , il eut le malheur 
d'être aceufé lui - même d'entrer 
dans leurs fentimens , & foit qu'il 
y fût en effet engagé , ou foit qu'il 
fût piqué d'en être injuftement 
foupçonné , dans le tesns qu'on 
croyoit qu'il alloit être nommé 
Cardinal , il fut aflez aveugle ou 
affez foible pour abjurer la Reli- 
gion Catholique & pour fe faire 
Prote fiant. 

L'autre Pierre-Paul Vergerius eft 
plus ancien & n'eft pas moins di- 
ïtingué par fon fçavoir. Il vivoit 
fur la fin du quatorzième fîçcle , & 
au commencement du quinzième ; 
on le met au rang des Jurifconful- 
tes, des Orateurs & des Philofo- 
phes les plus eftimés de fon tems. 
Il poffedoit la Langue Grecque 
qu'il avoit apprife à Venife du fa- 
meux Emmanuel Chryfoloras. Il 
fut en grande faveur auprès des 
Princes de Carrara , pour lors maî- 
tres de Padoiie. On croit même 
qu'il y demeura jufqu'àla deftruc- 
tion de cette îlluftre Maifon ; il 
prit le Bonnet de Docteur dan3 
cette Ville en 1400. & nous appre- 
nons d'^Enéas-Silvius qu'il mourut 
en Hongrie pendant la tenue du- 
Concile de Bafle. 

A l'égard de l'Hiftoire des Prin- 
ces de Carrara qu'on donne aujour- 
d'hui pour la première fois , Verge- 
rius l'a commencée par l'origine de 
cette Maifon , & il l'a continuée 
jufqu'à la mort de Jacobini ; elle 
eft écrite avec élégance. Il eft trifte 
qu'il ne l'ait pas achevée , comme 
il auroit pu le faire. Car il a long- 



i<?4 JOURNAL D 

tems furvécu à fes Maîtres , peut- 
être qu'il n'aura pu gagner fur lui- 
même de raconter leurs malheurs , 
ou qu'il aura craint en les racon- 
tant d'encourir la haine des Véni- 
tiens dont il étoit né fujet. Cet Au- 
teur avoit encore tait quelques au- 
tres Ouvrages , dont les uns ont 
été imprimés , &c dont les autres 
qu'on conferve en manuferit fe- 
roient très-dignes , au jugement de 
M.Muratori, de voir le jour. 

j°. Difcours & Epîtres du même 
Pierre-Paul Vergérius , imprimés 
fur un manuferit de la Bibliothèque 
d'Eft , malheureufemer.t ce ma- 
nuferit eft unique , & rempli de 
fautes & de lacunes qui y laiflent 
de grandes obfcuritez. M. Murato- 
ri avoue qu'il a été fouvent obligé 
de s'abandonner à fes conjectures 
pour deviner les intentions de 
l'Auteur, mais en général il a mieux 
aimé que le Le&eur y trouvât 
quelques difficultez que de s'expo- 
fer au danger de le tromper en fub- 
ftituant fes idées à celles de fon 
Auteur. Il y a feulement fupprimé 
un Difcours à la louange de S. Jérô- 
me , parce qu'il eft rempli de cho- 
fes communes , ôc quelquefois mê- 
me fabuleufes. Mais pour ce qui 
regarde les autres Difcours & les 
Lettres de Vergérius , il ne doute 
pas qu'on ne les life avec d'autant 
plus de plaifir , qu'outre les traits 
hiftoriques dont ces Pièces font 
remplies & par lefquels elles ap- 
partiennent à ce Recueil , on y 
verra avec quel fucecs les Italiens 
ont été les premiers à fecoiier la 
bivbirie Scia groifiereté des ficelés 



ES SÇAVANS, 

4". Un abrégé de l'Hiftoire d'Iti- 
lic depuis le tems de Frédéric II. 
jufqu'à l'an 13 54. par un Auteur 
Anonyme, mais contemporain. 

On eft redevable de ce manuferit, 
tour imparfait qu'il eft, àlalibera- 
lité de M. Jean Burchavd Menke- 
nius. Ce Sçavant qui nous a déjà 
donné deux Tomes d'une nouvelle 
Collection d'Ecrivains d'Allema- 
gne , trouva cette Hiftoire dans 
la Bibliothèque Pauline de Leip- 
fic , & voyant qu'elle concernoit 
uniquement l'Italie , il la remit 
généreufement à Moniteur Mura- 
tori. 

Cet Ouvrage remonte jufqu'à la 
création du monde , & le com- 
mencement en eft tiré mot à mot 
du Pomanum de Ricobalde qu'on 
trouve dans le neuvième Tome de 
ce Recueil. Le Plagiat étoit d'au- 
tant plus commun dans ces tems- 
là , que la rareté des manuferits 
empêchait qu'on ne découvrît aifé- 
ment de pareils larcins. Mais com- 
me M. Muratori s'étoit trouve 
dans la necellité de mutiler l'Ou- 
vrage même de Ricobalde , il n'a 
pas eu plus d'indulgence pour fon 
Abréviateur. Ainfî il en a retran- 
ché , comme abfolument inutile , 
tout ce qui précède le règne de 
Frédéric II. & depuis ce tems - là 
même, il avertit qu'il faut le lire 
avec d'autant plus de précaution 
qu'il étoit zélé Gibellin , & qu'il 
déclame avec beaucoup d'amertu- 
me contre ceux de la Faction con- 
traire. Cet Anonyme écrivit fon 
Ouvrage dans le tems que l'Empe- 
reur Charles IV. auquel il eft dé- 



M A R 

die , vint en Italie pour prendre la 
Couronne Impériale. 

5°. Une Chronique des actions 
des Princes de la Maifon Vifconti 
par Pierre Azario Notaire de 
Novarre depuis l'an 1250. jufqu'à 
l'an 1562. avec un petit Ouvrage 
du même Auteur fur la Guerre du 
Canavéfe. 

Azario étoit de Novarre , & fut 
employé par Mathieu fécond Vif- 
conti en qualité de CommifTaire 
des vivres à Bergamc ck à Bologne. 
Il exerça aulfi la Charge de Juge & 
de Chancelier à Tortone , il eut 
dans ces differens emplois beau- 
coup de part aux évenemens qu'il 
raconte. On le trouvera vil , fen- 
tenticux , plein de difeernement & 
de probité , aufiî M. Muratori foû- 
tient il que malgré la balTelTe &c la 
grolfiereté de fon ftile, il fe tait 
lire avec plaihr , & il allure qu'on 
doit le regarder comme un des 
meilleurs Auteurs de ces fiécles 
barbares. 

C'eft par cette même raifon que 
l'Editeur nous donne ici le petit 
Ouvrage fur la guerre du Comté 
de Canavéfe dans le Piémond, tel 
qu' Azario l'avoit compofé. Lazare- 
Àuguftin Cotta Jurifconfulte de 
Novarre l'avoit déjà fait imprimer 
dans fa Galleria di Adinerva ou 
Galltrie de Minerve , mais avec 
differens changemens dans le ftile 
qu'il fuppofoit y avoir été faits par 
Ambroife de Roccacontrata. M. 
Muratori croit cependant que Cot- 
ta lui-même cft l'Auteur de cette 
correction. Ce foupçon eft d'autant 
mieux fondé que ce dernier avoit 



S, 17 5 4- a iە 

déjà entrepris le même travail fui 
la Chronique de Pierre Azario, 
mais à la prière de M. Muratori, 
à qui le Jurifconfulte de Novarre 
avoit confié le manuferit ainfi 
corrigé , M. Argélati l'a dépouillé 
de ce lard étranger, &c a rétabli le 
Texte tel qu'il étoit avec le fecours 
d'un manuferit original de la'Ei- 
bliothéque Ambroiiîenne. En effet 
comme on le remarque ici , fi on 
fe donnait la liberté de toucher aux 
Ecrits des anciens Auteurs 6v de les' 
rendre plus ingénieux ou plus élo- 
quens qu'ils n'ont été , ce feroit 
donner fes propres Ouvrages , & 
non ceux des autres , & nous ôter 
le moyen de connoître le génie & 
le caractère du fiécle dans lequel ils 
ont été écrits. 

6°. Une Chronique de Plaifance, 
depuis l'an 222. jufqu'à l'an 1402. 
par Jean de Mufiis de la même Vil- 
le. 

Cette Chronique commence dans 
le manuferit à la création du mon- 
de; mais comme depuis ce tems là 
jufqu'à l'an mille de J. C. elle ne 
contient que des chofes générales , 
& tirées pour la plupart de l'Ou- 
vrage de Ricobalde intitulé de l'o- 
rigine des failles , M. Muratori & 
cru devoir épargner à fes Lecteurs 
cette longue & inutile Compila- 
tion, & ilfe contente de nous don- 
ner ici ce qui regarde Plaifance, en 
nous afTurant qu'il eft rare de trou- 
ver rien de plus exact que cette 
Chronique dans ce qui concerne les 
évenemens qui approchent du tems 
auquel elle a été cbmpofée ; elle 
paroît avoir été faite fux les Régi- 



166 JOURNAL DE 

ftres publics , & l'habile Editeur 
foupçonne même que c'eft l'Ou- 
vrage de plufieurs Ecrivains. Celui 
qui l'a rédigé vivoit en 1389. Car 
en parlant d'une Eclipfe terrible , 
il dit qu'il l'a vu lui-même , & hoc 
vidi. 

Du refte tout ce qu'on peut re- 
cueillir de cette Hiftoire par rap- 
port à l'Auteur , c'eft qu'il étoit 
Gibellin outré. Car fous l'année 
137^. il éclate en déclamations 
auffi vaines que violentes contre 
les Pafteurs de i'Eglife , il rejette 
fur eux tous les maux qui défolé- 
rent l'Italie pendant ce liccle. 

Mais il faut, dit M. Muratori , 
donner quelque chofe aux préju- 
gez de cet Ecrivain & au malheur 
des tems. Ces mêmes plaintes fe 
trouvent répandues dans plulieurs 
autres Hiftoriens , dont quelques- 
uns font écrits en langue vulgaire , 
&c les vrais Chrétiens les li.fent fans 
qu'elles fafTent aucune impreiîion 
fâcheufe fur leur efprit. Il feroit à 
fouhaiter , continue -t -il , que les 
perfonnes qui par état dévoient 
être les meilleures de toutes , le 
fuiïent toujours en effet , &C que 
ceux qu'ils employent pour les fé- 
conder dans le miniftere , l'empor- 
taffent fur tous les feculiers par 
leurs vertus. Mais fous le règne de 
cette nature corrompue , on ne 
doit point cfperer de trouver des 
hommes ii parfaits. Il huit en mê- 
me tems avoiier que (1 pendant ces 
fiécles de corruption 6c de ténè- 
bres , les Chefs de I'Eglife font 
tombés dans quelques excès qu'on 
ne peut exeufer. C'eft avec beau- 



S SÇAVANS. 

coup plus d'avidité que les puif- 
fances temporelles &les Républi- 
ques Laisjites ont tenté d'ufurper 
des biens èz des droits qui ne leur 
appartenoient point. Enfin on peut 
dire, ajoùtc-t-il , que tout ce qu'on 
remarque de débuts &c d'imper- 
feclions dans les perfonnes Eccle- 
fiaftiques de ces tems là tourne à la 
gloire de celles qui gouvernent 
aujourd'hui , &z que les reproches , 
foit vrais , foit faux qu'on leur a 
faits ne fervent qu'à donner plus 
d'éclat à leur mérite & à leurs ver- 
tus ; éclat qui rejaillit encore fur 
les Minifties qui travaillent fous 
leurs ordres. 

Après cette Chronique , on 
trouve une Defcription de la Ville 
de Plaifince , & l'origine de quel- 
ques familles nobles non feulement 
de cette même Ville , mais encore 
de plulieurs autres Villes d'Italie. 
Ce Traité eft à la fin du même ma- 
nuferit, &: félon toutes les appa- 
rences il eft du même Auteur. 

Vient enfuite une Chronique 
des Podeftats de Plaifancc qui fe rc- 
nouvelloient tous les ans, & le Ca- 
talogue des Evêques de la même 
Ville par Fabricius de Marciano 
d'abord Evêque de Tortonne , & 
transféré depuis à Plaifince en 
1476. 

7 . Des Annales de Milan de- 
puis 1230. jufqu'cn 1402. par un 
Anonyme qui floriftbit environ 
l'an 1480. 

Ces Annales ne font qu'une 
Compilation de difTerens Ouvra- 
ges, tels que celui de Gualvaneus 
de la rlamma , intitulé Maniptilus 
Florum 



M A R 

Tlorttm , la Chronique de Pierre 
Azario, celle de Plaifance, dont 
nous venons de parler, & plusieurs 
autres Ecrits de ce liécle. L'Auteur 
Jcs a copié d fcrvilcment que tan- 
tôt vous le croiriez de Milan , tan- 
rôt deNovarre & quelquefois de 
Plaifjncc. 11 employé leurs pro- 
pres expreffions fans fe donner la 
peine de s'approprier leurs penfées, 
A: qui plus eft fans les citer. Ces vols 
fi manifeftes ont obligé M. Mura- 
tori à retrancher une grande partie 
de ce qu'on voit dans ces Annales 
jufqu'à l'an 1130. & même depuis 
ce tems là il n'a fait grâce qu'aux 
faits qui ne fc trouvent point dans 
Gualvaneus. Il n'a pas cru non plus 
devoir remettre fous les yeux du 
Lecteur , ce qu'il vient de voir 
dans Pierre Azario , dont notre 
Anonyme tranferit fouvent des pa- 
ges entières. Cependant malgré 
tout cela , M. Muratori juge ces 
Annales d'autant plus eftimables 
qu'elles contiennent des faits qui 
ne fe trouvent point ailleurs , Se 
que placées entre la Chronique de 
Pierre Azario qu'il vient de don- 
ner, Si celle d'André Billius qu'il 
publiera en fon tems , on aura une 
fuite entière de l'Hiftoire de Milan 
jufqu'à l'an 1 500. 

8°. Un Ouvrage intitulé : Liber 
Mirabilium , Livre des Merveilles, 
ou Chronique de Bergame Guel- 
pho - Gibelline , par Caftello de 
Caftello, depuis l'an 1378. jufqu'à 
l'an 1407. 

Cet Ouvrage eft unique dans 
fon efpéce ; car au lieu de grands 
çvenemens , ou de faits généraux 
Mars. 



S ," I 754; l6f 

concernant les Princes Se les Villes, 
on n'y trouve qu'un {impie détail 
de vols , de pillages , d'incendies, 
de meurtres , d'afTailînats caufés 
par des querelles & des haines en- 
tre difTercns particuliers de Berga- 
me ou des environs. Des chofes fl 
peu intereflantes par elles-mêmes 
le deviennent encore moins par la 
dureté & la barbarie du fille dans 
lequel elles font écrites. Au pre- 
mier afpect M. Muratori vouloit 
condamner ces Annales au feu , ou 
même à quelque chofe de pis; mais 
les ayant examinées plus mûre- 
ment, il s'eft flatté que les Sçavans 
pourroient les honorer de leurs 
luffragcs. Il n'y a , dit-il, que ceux 
qui n'ont aucune teinture de l'Hi- 
ftoire qui ignorent l'excès des 
maux dans lefquels les diflenfîons 
des Guelphcs& des Gibellins plon- 
gèrent l'Italie ; mais il refte à ceux 
même qui en font initruits , de Ra- 
voir jufqu'à quel point les deux 
partis portèrent la folie & la fu- 
reur. Or ilfoûtient que .comme il 
n'y a point de peuple , fi on en 
excepte les Breflkns , qui foit entré 
dans ces factions avec plus d'ani- 
moiité que les Bergamafqucs , il 
n'y a perfonne aufli qui les ait dé- 
crites avec tant de force Se d'exac- 
titude que l'Auteur de ces Anna- 
les. 

Il étoit de Bergame même , où il 
avoit exercé la profeffion de No- 
taire Se pluiieurs emplois confide- 
rables dans la Magiftrature , &il 
parle comme témoin de la plupart 
des Scènes Tragiques qu'il raconte. 

9 . L'ordre des Funérailles de 
Y 



i6S JOURNAL DE 
Jean Galcas Vifconti , premier 
Duc de Milan , célébrées dans cet- 
te Ville en 1401. & recueilli par 
Frère Pierre de Caftelleto de l'Or- 
dre des Hermitcs de S. Auguftin. 

Ce qui nous a paru de remarqua- 
ble dans cette Pompe Funèbre , 
c'eft que les chevaux de parade du 
Duc qui éroient au nombre defix 
& qui portoknt l'on étendard , l'es 
armes, fon calque, fes éperons , Se 
autres pièces d'honneur furent con- 
duits en cérémonie au pied de l'Au- 
tel où étoit l'Archevêque Officiant, 
& préfentés l'un après l'autre en of- 
frande par deux Chevaliers. 

Après la deferiprion de cette cé- 
ïémoniejuit i'Oraifon Funèbre qui 
y fut prononcée par le même Au- 
teur. Il y règne un efprit de Scho- 
laftique qui rend cette Pièce très- 
fînguliere , & qui peut en même 
tems fervir à nous faire connoître 
quel étoit le goût de l'éloquence en 
ces tems là. 

La dixième & dernière Pièce eft 
un plan de l'Hiftoire Univerfelle 
de Sozoméne , Prêtre de Piftoïe , 
depuis l'an 1 372. jufqu'à l'an 1410. 

Quoique cet Auteur n'ait jamais 
été imprimé & qu'il y ait peu de 
copies manuferites de fes Ouvra- 
ges , il ne laiffe pas d'être en quel- 
que réputation. Plufieurs Ecrivains 
tels que Raphaël de Volterre , Pof- 
fevin , Onuphrius-Panvinus , Vof- 
&us , Cave , & en dernier lieu Ca- 



S S ÇA VANS; 

fimir Oudin en ont parlé comme 
d'un Ecrivain qui vivoit en 1232, 
mais M. Muratori prouve évidem- 
ment qu'il n'eft pas fi ancien , & 
fans parler de plufieursAuteurs qui 
appu\ ent fon fentiment , Sozomé- 
ne nous fournit lui-même dans fon 
Hiftoirc différentes époques de fa 
Vie , par lefquclleson voit qu'il efb 
né en 1387. & qu'il mourut en 
1455. mais l'Editeur non contenc 
de lui avoir beaucoup ôté de fon 
ancienneté , lui enlevé encore une 
partie de fa réputation ; rien n'eft 
plus bas , félon lui , ni plus dur 
que fon flile -, d'ailleurs il n'eft que 
le Copifte &c l'Abréviateurde tous 
ceux qui l'ont précédé , & dans les 
chofes mêmes qui approchent de 
fon tems , il s'eft contenté de tra- 
duire 8c d'abréger en fort mauvais 
Latin ce que Jean & Mathieu Vil- 
lani nous avoient donné en Italien. 
Ces motifs font qu'on nous donne 
feulement ici pour échantillon de 
la manière d écrire de cet Auteur 
ce qu'il raconte depuis l'an 1362. 
jufqu'à l'an 1410. Il paroît qu'il 
avoit continué cette Hiftoire juf- 
qu'en 1455. ma ' s c e qui en auroit 
dû être le morceau le plus interef- 
fant , ne fe trouve malheureufe- 
ment plus aujourd'hui , il n'en reft* 
dans les manuferits que les titres 
des Chapitres que M. Muratori A ' 
cru devoir faire imprimer ici. 



*S3I» 



MARS, 1754: 



itfj? 



REMARQVES HISTORIQVES ET CRITIQUES SVR 

ÏHijloirc d'Angleterre de M. Rapin de Tboyras , par AI. Tyndal Maître 
es Arts & Picaire du grand Walthan dans le Comté d'EJfex : & Abrégé 
Hijloriaue du Recueil des Acles publics d'Angleterre de Thomas Rhymer. 
Par Ai. Rapin de Thoyras , avec les Notes de M. Etienne Whatley. 
A Ja Haye , chez Gojfe Si Nèaulrne. 1733. ««-4°. deux Vol. Tom. I. 
pp. 380 pour les Remarques fur l'Hiftoire d'Angleterre , & 315 pag. 
pour l'abrégé des cinq premiers Tomes des Actes de Rhymer. Tom. II. 
LPart.pp.3S3 Se 348 pour la II. contenant la fuite de ces mêmes Acles. 



ON trouve dans la première 
Partie du Tome premier les 
Remarques dont M. Tyndal a en- 
richi la Traduction Angloife qu'il 
a donnée de l'Hiftoire de M. Ra- 
bin de Thoyras. Comme ces Re- 
marques font au jugement des Li- 
praires de Hollande remplies de 
particularitcz curieufes , d'éclaircif- 
femens néceftaires Se d'une f^a vante 
critique , ils ont jugé à propos de 
les faire traduire en François pour 
la commodité du public ; ils ont 
eu foin d'ajouter en marge les pa- 
ges de l'Hiftoire de M. de Thoyras 
tant de l'édition de France que des 
deux qu'on en a laites en Hollan- 
de , auxquelles fe rapportent les 
remarques qu'ils nous donnent au- 
jourd'hui. Sans cela il eût été fort 
difficile d'en faire ufage ; il faut 
même avouer que cette précaution 
n'empêche pas , que la lecture n'en 
(bit un peu fatigante , parce qu'il 
faut neceffaircment avoir l'Hifto- 
iien d'Angleterre fous les yeux 3 Si, 
fouventy parcourir plulicurs pages, 
pour y trouver le fcul mot qui a 
donné occafion aux remarques de 
M. Tyndal. 
La féconde partie contient l'ex- 



trait ou l'abrégé hiftorique des Ac- 
tes publics d'Angleterre par Rhy- 
mer. Ces Extraits font répandus 
dans divers Tomes de la Bibliothè- 
que choijie , & de la Bibliothèque 
ancienne Se moderne de M. le 
Clerc. M. Fagel, Greffier des Etats 
Généraux , les a fait réimprimer 
tous enfemble à laHaye.chezSchel- 
tus ; on n'en a tiré qu'un très-pe- 
tit nombre d'exemplaires pour 
faire des prefens.Cet Ouvrage ayant 
depuis été traduit en Anglois avec 
des notes par M. Whatley , les Li- 
braires ont cru qu'on leur fçauroit 
gré de ralfembler tout à la fois dans 
un feul corps Se les remarques de 
M. Tyndal , Se l'abrégé hiftorique 
des Actes de Rhymer , par M. 
de Thoyras. Par ce moyen on pour- 
ra les joindre à fon Hiftoire d'An- 
gleterre dont ce recueil eft une dé- 
pendance , & fur laquelle il fournit 
des éclairciftemens qu'on ne peut 
trouver ailleurs. Quand ils parlent 
de la forte , il taut croire qu'ils ont 
oublié qu'en 1718. ces mêmes Ex- 
traits a voient été imprimés en entier 
à la fin de l'Hiftoire de M.de Thoy- 
ras chez Rogiffartà la Haye. 
Des remarques pour la plupart 
Yij 



i 7 o JOURNAL D 

li courtes , qu'elles ne contiennent 
ordinairement que 4. ou 5. lignes , 
6c d'ailleurs détachées du texte fur 
lequel elles font faites , ne font pas 
fufceptibles d'un Extrait fuivi , 
nous nous contenterons donc d'en 
indiquer quelques-unes pour don- 
ner aux le£teurs une idée générale 
du goût qui règne dans cet Ouvra- 

De ces notes les unes font tort 
fuperficielies ; en voici un exem- 
ple à l'occafion d'un endroit où 
Mon fleur de Thoyras cite le mot 
de Chorevcque. » Les Archevêques 
» dit Tyndal , avoient autrefois un 
■■> Chorevêque , ou affiliant; mais 
cet office lut fupprimé par Lanc- 
ia franc. « Sur quoi il renvoyé à l'Hï- 
itoire Ecclefiaiiiquc de M. Collier , 
pag. 213. D'autres, & c'eft le grand 
nombre , paroilfent n'être faites que 
pour conferver les mémoires des 
traditions populaires , des Fables 
Romanefques- , Se des traits mer- 
veilleux <k incroyables dont les 
Auteurs des ficelés d'ignorance ont 
rempli leurs* Chroniques dans la 
vaine idée de les embellir. Quel- 
ques-unes font plus fçavantes , 
comme celles qui regardent le gou- 
vernement des anciens Saxons , 
leurs loix , l'établi (fement du pou- 
voir législatif , celui des Fiefs ,l'o- 
rigne des comtes , des Barons, cVrc. 
mais l'Auteur n'a fait que copier &c 
abréger ce que S. Amand en dit 
dans fon elTay fur l'autorité légif- 
lative. 

En général dans fes notes , il pa- 
roît que M. Tyndal ne dit jamais 
rien de lui même , & qu'il ne fait 



ES S ÇA VANS, 

que profiter des recherches des Au- 
teurs modernes qui ont travaillé fur* 
les matières qui ont quelque rap- 
port à l'Hiftoire de M. de Thoyras. 
Il eft affez fîngulier que les Ifles 
Hébrides qui font des Ifles fituées à 
l'Occident de l'Ecofle , ne foient 
pas plus connues à cet Auteur An- 
glois que lî elles étoient dans le 
tond de l'Amérique Septentrionale ; 
voici comme il en parle : » Les 
» hebrides font un amas d'ifles nom- 
w mées par les naturels du pays Ihch 
» Gall. Elles confervent les mœurs, 
w coutumes, & habits des anciens' 
30 Ecoflbis , & l'on y parle Irlan- 
» dois. On croit communément' 
» qu'elles font au nombre de 40.- 
» Mais ceux qui les ont parcourues: 
» en comptent plus de 300. les An- 
» glois les nomment Weftern Ifles 
33 c'elf. à-dire ,les Ifles Occidental 
» les. « A la page 127. notre Au- 
teur fait encore mention de ces 1 
ifles , & comme s'il avoit oublié 
ce qu'il en avoit déjà dit, il ajoute' 
qu'elles font nommées par un Ecri- 
vain du dernier fiéclc Hébrides , 8c 
par les anciens Beteorica , Iwbades ,' 
Leucades , Habndes : » On croie 
3» dit il, qu'elles font au nombre 
3» de 44. mais il y en a réellement 
3» davantage. Il y a entr'autres , cel- 
3» le de Jona que Bédé appelle Hy , 
30 ou Hu , donnée aux moines d'E- 
3» cofle par les Pietés pour y prê- 
»'cher l'Evangile. Il y a dans la 
3» même Ifle un monaftere fameux 
» par la fepulture des Rois d'Ecof- 
» fe. Elles font pofledées à préfent 
» par les Alac Conells. Ils fe difent 
» defeendus de ce même Donald- 



MARS 

« qui prenoit le titre de Roi des 
*> Kles , cV qui ravagea iî cruelle- 
» ment l'Ecolle. 

Au fujct de la mort du Duc de 
Eîarencè qui fùivant l'opinion vul- 
gaire fut noyé dans un tonneau de 
Malvoifie , on obfcrve que c'eft 
une erreur de croire , que le Duc 
demanda ce genre de mort.Vitlock 
s'exprime plusjufte en ces termes, 
il fut noyé dans un tonneau de vin com- 
me on croit, mais non à l'infçn dit Roi. 
On y trouve certaines remarques, 
qui aui oient befoin d'un Commen- 
taire pour être entendues, du moins 
par ceux qui ne font point au 
Fait des Loix Angloifes telle eft la 
note fur cette expreiïion bénéfice 
du Clergé , que M. Rapin de Thoy • 
ras employé dansfon Hiftoire. C'é- 
coit,ditle traducteur de M. Tyndal, 
un ancien privilège de l'Eglife con- 
firmé par plulieurs Adtcs du Par- 
lement.» Lorfqu'un Prêtre , ou au- 
» tre homme dans les ordres étoit 
* aceufé d'un crime capital, à la ré- 
M-ferVc des crimes d'Etat , devant 
y> un juge laïque, il pouvoit lui 
» demander fon renvov devant 
y l'ordinaire , pour fejudifier du 
» crime dont on l'accufoit. Mais 
» l'efprit de cette loi à l'égard du 
»Clcrgé,eft fort changé en ce point. 
» Les hommes dans les Ordres ne 
»j font plus renvoyés à leur ordi- 
» naire , pour s'v purger des accu- 
» fations ; m.:is à prefent un aceufé 
>rquelqu'il foit , quoiqu'il ne foit 
» point dans les Ordres , eft reçu 
» à lire à la Barre , lorfqu'il eft con- 
s» vaincu du crime pour lequel le 
» bénéfice du Clergé eft accordé , 



«17 5 4- 'J^\ 17» 

» & eft enfuite brûlé à la main pour 
» la première fois , fi le député de 
» l'ordinaire qui fe tient debout 
» près de l'aceufé dit legit ut clericus. 

Peut-être que l'obfcurité qui rè- 
gne dans cet endroit, aulli-bicn que 
dans pluficurs autres , doit être re- 
jettée fur le traducteur , qui d'ail- 
leurs ne paroît pas poflederà fond 
la Langue Françoife. 

La plupart des remarques qui 
accompagnent le huitième Livre , 
font tirées des Mémoires de \\7hit- 
lock fous ce titre Alcmoire des affai- 
res d'Angleterre , on Rtlatio» Hiflo- 
ritfue de ce <jui s'eji pajfé depuis le com- 
mencement du règne de Charles l.jitf- 
qu'à l'heureux rétabliffement de Char- 
les II. contenant les évenemens tant ci- 
vils que militaires avec les délibérations 
& les fecrets dit cabinet. M. Tyndal 
croit que M. Rapin de Thoyras ne 
les avoit jamais vus. le Lecteur en 
fait un grand éloge. » Comme 
» Whitlock, dit il , les avoit com- 
» pofé pour fa fatisfacLion particu- 
» liere , fans deftein de les donner 
» au public ,on ne fcau^oitle foup- 
» çonner d'autre chofe , que d'avoir 
<> voulu fe reprefenter les chofes 
» à lui-même telles qu'elles étoient. 
»Tout y eft nud , & un parti ,' 
» quel qu'il foit , a plus à fouffrir 
» de la vérité , que la vérité n'eft 
» violentée en faveur d'aucun par- 
» ty. 

Dans les endroits où M. Tyndal 
releveM. Rapin, ce qui lui arrive ra- 
rement^ ce qu'il.ne fait même que 
pour de légères omifllons ou pour 
quelques fautes d'inadvertance s 
il en parle toujours avec beaucoup 



i 7 2 JOURNAL D 

d'eltime& de rcfpcd , il n'a pu ce- 
pendant s'empêcher de le repren- 
dre un peu durement de ce qu'il 
fait intervenir trop fouvcnt les ju- 
gemens de Dieu dans fon Hiftoire. 
» Le moins, ajoute-t il , qu'on puif- 
» fe dire de ces fortes de réflexions, 
» c'eft qu'elles partent d'une peti- 
x tefle d'efprit. Mais quand elles 
jj ont leurs fondemens fur de faux 
» faits, elles font entièrement inex- 
» cufables.Nous en avons,continue- 
?> t-il , un exemple dans M. Rapin 
» lui-même. Il remarque à la fin 
» du rggne d'Henri VI. un Juge- 
* ment particulier qui cft tombé 
?» fur tous les Rois d'Angleterre qui 
m ont époufé des Princefles de Fran- 
» ce, &. dit qu'Edouard II. Richard 
» II. Henri VI. & Charles I. furent 
» les feuls princes qui le rirent & pé- 
rirent malheureufement , fans fe 
» fouvenir , que Henri V. époufa 
» Catherine de France , & ne fut 
» point malheureux à moins qu'on 
» ne nomme infortune une mort 
»> couverte de gloire. 

M. Tyndal ajoute cette note aux 
événemens que M. de Thoyras rap- 
porte fur l'année 1669. Henri Jen- 
kins mérite qu'on en rafle mention 
à caufe de fon âge très- avancé. C'é- 
toit un pauvre pêcheur du Comte 
d'YorcK né en 1501. & qui avoit 
vécu fous le règne de huit Rois ou 
Reines d'Angleterre , il mourut 
âgé de 169 ans plus vieux de 17. 
ans que le fameux Thomas Parr. 

L'Hiftoire de M. Burnct qui ne 
fut publiée que peu de tems après la 
mort de M. Rapin , fournit en- 
core à M. Tyndal pluûeurs Anec- 



ES SÇ AVANS, 

dotes qui lui paroiflent très propres 
à éclaircir ce qui regarde la derniè- 
re révolution. Par ce que nous ve- 
nons de dire il paraît qu'on n'a rien 
négligé ici de tout ce qui peut 
donner une parfaite connoiffance 
de l'Hiltoire d'Angleterre. Ainfi 
quoiqu'on ne trouve rien dans cet 
Ouvrage , qui ne foit répandu dans 
des Livres, connus de tout le mon- 
de ; cependant en ne peut -douter 
qu'il ne rafle plaifir à une infinité 
de perfonnes qui aiment à feavoir 
tout ce qui s'eftdit fur une matière, 
fans être obligés de feuilleter plu- 
lîeurs Volumes. 

La féconde partie contient l'abré- 
gé Hiitorique des Acles publics 
d'Angleterre par Rhymer. Le pre- 
mier volume parut en 1704. par la 
libéralité de la Reine Anne cv de 
fes miniftres qui dans le milieu 
d'une guerre qui demandoit une 
dépenfe prodigieufe , ne Jaiflcrent 
pas de foutenir une entreprife qu'ils 
regardoient comme utile èv glo- 
rieufe à la Nation. M. le Clerc 
donna l'Extrait du premier Tome 
dans le dix-feptiéme Volume de fa 
Bibliothèque choifie , & on a trou- 
vé à propos de le remettre ici. Dans 
la fuite fes occupations ne lui ayant 
pas permis de pourfuivre ce travail, 
il s'en déchargea fur M . de Thoy- 
ras, qui l'a continué jufqu'à la fin, 
év fes Extraits ont paru fucccilîvc- 
ment fous fon nom dans les diffé- 
rents volumes de la Bibliothèque 
choiiîe, &c de la Bibliothèque an- 
cienne &£ moderne de M. le Clerc. 

Quelque complette que foit cet- 
te colledion , il ne faut pas croire , 



M A R 

JitM. le Clerc , qu'il n'y manque 
aucune pièce importante du règne 
des Rois dont on y retrouve les 
Actes. Il s'en eft perdu un grand 
nombre , 6c fouvent même les plus 
coniîderables ; foit qu'ils ayent été 
fupprimés par des intérêts particu- 
liers , comme ceux qui fembloient 
diminuer la puiffance des Rois &c 
trop augmenter celle des peuples , 
foit même que ce malheur fait ar- 
rivé par l'injure des tems , ou par la 
négligence de ceux qui gardoient 
les Archives, 

Par exemple on ne trouve dans 
Rymcr aucuns des Ades qui font 
le fondement de la liberté du peu- 
ple , & en particulier ce qu'on ap- 
pelle la grande Chaitre : * magn.i 
Charta, que Henri fit la quinzième 
année de Ion règne , comme les 
Hiftoriens le témoignent. 

Il eût été à fouhaiter , félon la 
remaïquc de M- Thoyras , que ce 
Recueil eut commencé à Guillau- 
me le Conquérant. Outre que c'eft 
l'époque la plus confiderable de 
l'HiIloire d'Angleterre , il ëft cer- 
tain qu'il feroit neceflaire d'avoir 
quelque connoiffance de ce qui 
s'en palTé dans ce Rovaume depuis 
la conquête , c'eft- à dire depuis 
l'an 1066. jufqu'en l'an 1101. où 
commence ce grand Ouvrage , 
pour entendre parfaitement la plu- 
part des Pièces qui s'y trouvent. On 
en auroit tiré de grands éclaircifle- 
mens fur ce qui regarde la fuccef- 
lîon à la Couronne. Mais pour fup- 
pléer en quelque forte à cette 
omiflion ,M.deThoyrasa cru de- 
yoir rechercher quel étoit l'état où 
* i6.v.dtlnB.(h»iJie. 



5 J 1 7 3 4« 175 

fe trouvoit le droit à la fucceflîon 
de la Couronne pendant les deux 
premiers fiécles qui ont fuivi la 
conquête. Ce point lui paroît très- 
important par rapport aux diffé- 
rentes révolutions arrivées dans la 
fuite , & même à ce qui s'eft piule 
de nos jours, ' 

Il donne donc une Hiftoire abré- 
gée de la fucceflîon à h Couronné 
d'Angleterre depuis Guillaume le 
Conquérant jufcju'à Henri III. H 
montre , i°. Que la Couronne a été 
confervée dans la pofterité de Guil- 
laume I. Quoiqu'Eîiehne & Hen- 
ri II. ne dcfcendiilent de ce Prince 
que par les femmes. 2 . Que tous 
les Rois d'Angleterre depuis Hen- 
ri II. tirent leur origine de Mathil- 
de fille de Henri I. qui épôuia 
en fécondes noces Geoffroy Plan- 
tagenct , Comte d'Anjou. 3 . Que 
des 8 premiers Rois qui ont régné 
depuis la Conquête , il n'y en a eu 
que deux , fçavoir , Richard , & 
Henri III. qui ayent fuccedé félon 
l'ordre naturel , c'eft à-dire de père 
en fils } en fuivant la priorité des 
Branches. 

Ceux qui admettent cet Ordre 
comme une maxime fondamenta- 
le de la fucceflîon ne peuvent s'em- 
pêcher de reconnoître que Guillau- 
me I. Guillaume II. Etienne ,' 
Henri II. & Jean 3 ont été des 
ufurpateurs, du moins s'ils veulent 
s'en tenir à leur principe. Mais 
comme dans cetefpace de temson 
ne trouve aucune loi , ni auCun rè- 
glement qui ait établi cet Oidrc, 

6 qu'au contraire on voit dans ces 
huit premiers règnes fix préjugez 



i74 JOURNAL DES SÇAVANS, 

oppofés à cette maxime , il lui fern- Mahomct.ms n'ont jamais datte de 



ble qu'on en peut inférer qu'il n'y a 
rien de fixe à cet égard , ni aucun 
principe alîuré pour régler la fuc- 
ceflîon. 

Après ce Préliminaire M. de 
Thoyras expofe en peu de mots les 
principaux évenemens qui font ar- 
rivés fous chaque règne. Comme 
il compofoit ces Extraits dans le 
tems qu'il travailloit à fon Hifloire 
d'Angleterre , l'abrégé qu'on en 
trouve ici eft fur le même plan & 
dans les mêmes principes. Il mar- 
que en généra^ le rapport .que les 
Actes recueillis par Rhymer ont 
avec les faits les plus coniiderables 
de fon Hiftoire. Mais il le fait fans 
fui vre Tordre des dattes. Sa métho- 
de eft de ranger ces Actes , fuivant 
les différentes matières fous lef- 
quelles il a cru pouvoir les rafTem- 
bler _, comme ceux qui regardent 
l'Angleterre en particulier , fes 
guerres domeftiques avec les étran- 
gers . fes démêlez avec les Papes , 

$ rr ■ 

£c tout ce qui a rapport aux affaires 
Ecclcfiaftiques , & il fait un article 
féparé des Actes qui ne peuvent fe 
rapporter aifément à aucun de ces 
Chefs. 

Parmi une fi grande multitude 
de Pièces , il y en a quelques-unes 
qu'on foupçonne d'être fuppofées ■ 
telle eft une Lettre du Vieil de Ja 
Montagne au Duc d'Autriche pour 
juftifier Richard premier du meur- 
tre du Marquis de Monferrat. Cet- 
te Lettre eft dattée de la cinquième 
année du Pape Alexandre ; or les 



la forte. Tels font encore deux Bil- 
lets qu'on prétend écrits l'un par 
Charles d'Anjou , Se l'autre par 
Pierre d'Arrâgori , le premier pour 
propofer de le fécond pour accep- 
ter un duel au fujet du Royaume 
de Sicile; mais quoique ces deux 
Pièces foient écrites en Italien , el- 
les font, dit l'Auteur, des notes 
qui accompagnent cet Extrait , 
d'un ftile qui approche beaucoup 
des défis que fe font les Gladiateurs 
de Londres. 

Cependant M. de Thoyras ne 
s'eft pas flatté de donner une par- 
faite connoiffance des différentes 
Pièces qui entrent dans ce Recueil, 
il auroit fallu pour cela en faire un 
abrégé plutôt qu'un Extrait. Les 
deux premiers font fort étendus , 
mais il a été contraint de fe ferrer 
davantage dans les autres, ils ne 
laiffent pas cependant de faire bien 
fentir l'avantage que non feule- 
ment les Anglois , mais même la 
plupart des autres Nations , peu- 
vent tirer des Pièces que M. Rhy- 
mer a recueillies ici. Outre les 17 
Tomes dont on vient de parler, de- 
puis Henri I. jufqu'à la fin d'Elifa- 
beth , ce laborieux Auteur a raf- 
femblé en 59 Volumes in-folie , un 
grand nombre d'autres Actes qui ' 
félon M. de Thoyras, mériteroient 
d'être imprimés , & qui donne- 
roient un grand jour à plulîeurs 
points de l'Hiftoirc d'Angleterre, 
qui font encore enfévelis dans 
l'obfcurité. 



NOVVELLE 



MARS, 1734; 



*1S 



NOUVELLE HISTOIRE DE L'ABBAYE ROYALE ET 

Collégiale de S. Philibert & de la Fille deTournus ; enrichie défigures , 
avec une Table Chronologique , & quelques Remarques Chritiques fur le 
quatrième Tome de la nouvelle Gaule Chrétienne , les preuves de ÏHtfloire 
Sec. ParunChanoine de la même Abbaye. 173 3. A Dijon , chez Antoine 
du Fay , & fe vend à Paris , chez Briaffon. vol. /'«-4 . pp. 383 pour l'Hi- 
ftoire; Se pour les Preuves, PP- 3 3 5, fans y comprendre la Table 
Chronologique , l'Epure Dédicatoire à M. le Cardinal deFleury , la 
Préface , &c. 



TROIS differens Ecrivains 
nbusavoient déjà donné l'Hi- 
ftoire de la célèbre Abbaye de 
Tournus. Mais le premier , félon 
M. Juenin , eft trop abrégé ,&ne 
va d'ailleurs que jufqu'à l'an 1087. 
le fécond a peu d'exactitude 3 cv le 
troifiéme , qui eft le fçavant Père 
Chrfflet , tombe quelquefois dans 
ce même défaut. Quelque habile 
qu'il fût , comme il ne demeura 
qu'un mois fur les lieux , il n'eft 
pas étonnant qu'il lui foit échappé 
fur les Antiquités de Tournus 
beaucoup de chofes qu'un féjour 
de trente -fept ans dans cette Ab- 
baye , aura mis M. Juenin en état 
de recueillir. 

Il divife fon Hiftoire en quatre 
Parties. La première comprend 
tout ce qui a quelque rapport à 
l'Hiftoire de Tournus jufqu'à l'an 
8 57. que les Moines de S. Philibert 
s'y établirent. La féconde contient 
l'Hiftoire de Tournus fous les Ab- 
bcz Réguliers de la Congrégation 
de S. Philibert , la troifiéme ce qui 
s'eft pafféfous les Abbez Commen- 
dataircs -, la quatrième, l'Hiftoire 
■de la fécularifation de l'Abbaye , Se 
tout ce qui concerne l'Hiftoire de 
Mars, 



Tournus depuis cette époque juf- 
qu'à prefent. 

L'Auteur commence la première 
Partie de fon Hiftoire par la def- 
cription de la Ville de Tournus an- 
cienne Se moderne. Il avoiie que 
fon origine eft tres-cachée , Se qu'il 
n'en eft point parlé dans l'Hiftoire 
jufqu'à l'arrivée de S. Valérien qui 
en fut l'Apôtre , & qui y fouffrit le 
martyre fous l'Empire de Marc- 
Aurele l'an de J. C. 177. Les Ades 
de ce Saint nous apprennent que 
Tournus étoit un Grenier, ou uu 
Magafin pour les Troupes Romai- 
nes , Horreum Caftrenfe. La Vie & 
la mort de S. Valérien font auftî 
remplies de grandes obfcuritez qui 
fournilTent un beau champ à l'ériN 
dition & à la critique de M. Jue- 
nin. Sans prétendre fixer letemsoù 
l'on bâtir une Eglife à l'honneur de 
ce Saint, il montre du moins que 
cette Eglife portoitle nom d'Ab- 
baye , Se qu'il y avoit des Moines 
lorfque le Roi Charles le Chauve 
en fit donation aux Religieux de 
S. Philibert. Il en prend occafiou 
de faire l'Hiftoire de ce dernier 
Saint , des Abbez , Se des Moines , 
de Narmoutier jufqu'à kurétablif- 



i 7 6 JOURNAL D 

fement à Tournus , des diverfes 
Translations des Reliques de Saint 
Philibert , & de celles de plufiears 
autres Saints qui ont été particuliè- 
rement révérés à Tournus. 

Parmi les chofes précieufes que 
les Moines de S. Philibert faiive- 
rent des ravages des Normands , Si 
qu'ils apportèrent à Tournus , on 
croit pouvoir compter un Even- 
tail qui fe voit encore aujourd'hui 
dans le Tréfor de l'Abbaye , & qui 
étoit deftiné au fervice de l'Eglife. 
Durand dans fon Livre des Offices 
Divins prétend que l'ufage de ces 
fortes d'Eventails vient du Pape 
S. Clément ; il nous apprend que 
» deux Diacres le tenoient de cha- 
» que coin de l'Autel pour empê- 
» cher les petits animaux volans de 
»> tomber dans le Calice. « On lit 
fur celui dont nous parlons i S vers 
latins qui en montrent les divers 
ufages , comme de challcr les mou- 
ches , de rafraîchir l'air , &c. Se qui 
inarquent en termes exprès qu'il 
eft confacré à Dieu , & fait et» 
l'honneur delà Sainte Vierge. L'é- 
criture en paroît du dixième fiécle. 
Il eft de vélin , peint de plufieurs 
figures qui reprefentent les Saints 
qui étoient honorés dans l'Abbaye 
de Tournus , & il s'ouvre en rond , 
comme on peut le voir dans la 
planche que l'Auteur en a fait gra- 
ver. 

On décrit dans le fécond Livre 
l'arrivée de Gcilon à Tournus. Cet 
Abbé y fixa fa Congrégation qui 
ctoit errante depuis 3 y ans que les 
Courfes des Normands avoient 
obligé les Religieux de S. Philibert 



E S SÇAVANS; 

à quitter Narmontier. Il s'y établit, 
dit l'ancien B.eviaire de l'Abbaye 
de Tournus , parce que quoique 
pauvre , & peu confiderable pour 
lors , elle n'étoit point foûmifc à la 
puiffance d'aucun Seigneur parti- 
culier , ni même à la Jurifdiction 
Epïfcppale. Charles le Chauve lui 
donna le Château de Tournus, des 
terres confiderables , lui accorda 
l'exemption de tous impôts , avec 
grand nombre de privilèges. C'eft 
par ce Geilon que M.Juenin com- 
mence la fuite des Abbez Régu- 
liers de Tournus , év l'Hhïoirc de 
ce qui s'y eft paffé de plus confide- 
rable fous leur gouvernement. Ils 
devinrent en peu de tems des ef- 
peces de Souverains , Se on voit en 
effet qu'ils en exerçoient prefquc 
tous les Aclxs. Eude Comte de Pa- 
ris donna à l'Abbé Blitgaire la per 
million de battre monnoye. 

Vingt - fix ans après Charles le 
Simple confirma l'Abbé Guicheran 
dans ce droit à condition cepen- 
dant que la monnoye porteroit le 
nom du Prince. En vertu de cette 
conceflïon qui a été exprefTément 
confirmée par les Rois Raoul , 
Louis d'Outremer , Lothaire , Hu- 
gues-Capet , Henri I. Philippe le 
Bel, &c. L'Abbaye de Tournus a 
fait battre de la monnoye , qu'on 
retrouve encore dans les Cabinets 
des Curieux , Se dont l'Auteur 
donne ici deux types. 

Il compte quarante-neuf Abbez, 
parmi lefquels Ardain, ou Ardaing 
eft le feul qui foit honoré comme 
Saint. On ne fçait que peu de cho- 
fe de fa Vie , & par confequent de 



MARS 

fes vertus , mais la Légende qu'on 
recite au jour de fa Fête , nous ap- 
prend que fon Hiftoirc, aufli-bien 
que fes Reliques t a éré brûlée par 
les Huguenots. Il mourut en 1056". 

Entre ces Abbez , il y en a fix 
ou fept qui avoient échappé à la 
connoilTance du Père Chifflet , & 
que M. Juenin a eu le bonheur de 
découvrir en feuilletant les Archi- 
ves de l'Abbaye. Mais comme di- 
vers accidens en ont fait périr une 
grande partie a ileft fouvent obligé 
de s'abandonner à fes conjectures 
fans ofer fe flatter de donner une 
Hiftoire complette de ces Abbez. 

Ce qu'il en rapporte même , 
roule en général plutôt fur les ac- 
quifitions ou les pertes que l'Ab- 
baye de Tournus a faites fous leur 
règne , que fur ce qui regarde ces 
Abbez en particulier. Les grands 
biens qu'ils pofledoient pour lors 
les rendirent d'un côté l'objet de la 
jaloulie des Seigneurs voifins ; & 
de l'autre la pu i (Tance prefque fans 
bornes qu'ils exerçoient fur les ha - 
fcitans de Tournus , excitèrent fou- 
vent de grandes plaintes , & même 
des révoltes de la part de ces der- 
niers. 

On expofe avec beaucoup d'ordre 
& de netteté tous ces démêlez , &c 
comme les Rois de France & les 
Ducs de Bourgogne entrèrent 
tour à tour dans ces querelles , 
prenant tantôt le parti des Abbez, 
Se tantôt celui des habitans , on 
s'eft trouvé dans la neceffité de 
toucher quelques points d'hiftoire 
alTez curieux -, à l'égard des faits 
qui demandent de longues difeuf- 



,1734. 1 77 

fions , on les renvoyé à des Notes 
Critiques qui font entièrement fé- 
parées du Texte. 

Après avoir parlé des Abbez 
Réguliers dans les deux Livres pré- 
cédens , M. Juenin nous donne 
dans le troifiéme la fuite des Abbez 
Commcndataircs. Jean I V. qui 
étoit de laMaifondeToulonjon J & 
dernier Abbé Régulier étant mort, 
les Moines deTournus élurent pour 
lui fucceder Robert de Lenoncour 
qui étoit déjà Abbé Commandatai- 
re de S. Rhémy de Rheims , Se 
Archevêque de cette Ville. »On ne 
= fçait, dit l'Auteur , s'ils furent 
» portés à cela par quelques foi- 
» bielles fcandaleufcs qu'on avoit 
» remarquées dans ce dernier Ab- 
» bé -, & de celles que fon préde- 
» cefleur n'a voit pas allez défaprou- 
» vées dans fes plus proches pirens, 
» ou bien fi ces Moines efperoient 
» de vivre dans une plus grande 
» liberté fous un Abbé Comman- 
» dataire , qui ne refidei oit pas par- 
» mi eux : * quoiqu'il en foit , 
l'élection de l'Abbé fut confirmée 
par le Pape , malgré la répugnance 
de quelques Religieux qui s'y op- 
poferent inutilement. 

Au refte , on remarque que Ro- 
bert de Lenoncour , quoiqu'Abbé 
Commandatairc, ne laifla pas de 
faire du bien à fon Abbaye. Il la 
refigna dans la fuite à fon neveu & 
fon filleul qui portoit le même 
nom que lui ; ce dernier devint 
Cardiml , 6c poffeda tout à la 
fois l'Evêché de Metz-, les Ar- 
chevêchez d'Ambrun , d'Arles , 
& de Toulouze. Il permuta enfuite 
Zij 



178 JOURNAL DE 

l'Abbaye de Tournus avec celle de 
Beaulieu, au Diocéfe de Verdun , 
qui appartenoi: au Cardinal de 
Tournon. 

Kocre Auteur qui ne le confidc- 
re ici que comme Abbé de Tour- 
nus , fans entrer dans le détail de 
la Vie de ce Prélat qui fut un des 
plus grands hommes de fon fïécle , 
fe contente d'en donner une Chro- 
nologie fuccinte. 

Le Cardinal de Tournon eut 
pour fuccefleur dans l'Abbaye de 
Tournus , Louis de Lorraine , Car- 
dinal de Guife , qui s'en démit peu 
de teins après en faveur de François 
fécond. Cardinal de laRochefou- 
caut , qui fut le cinquième Se 
dernier Abbé Commandataire. Sous 
fon règne l'Abbaye fut fécularifée -, 
mais avant que de raconter cet 
événement , on nous donne une 
Narration circonftanciée de ce qui 
s'eitpafTé de plus remaquabledans 
l'Abbaye de Tournus pendant la 
guerre des Huguenots , Se pendant 
les troubles de la Ligue. 

Dc-là on paiTe à l'Hiftoire de la 
fécularifation de l'Abbaye ; les 
Moines de Tournus de concert 
avec le Cardinal de la Rochefou- 
caut reprefenterent au Pape , que 
les guerres dont leur Pays avoit été 
affligé , les avoient contraint de 
changer leur Couvent en une efpe- 
ce de place d'armes , que les gar- 
nifons qu'ils étoient obligés d'y en- 
tretenir , tant pour leur propre fu- 
reté que pour celle des habitans , 
avoient rendu leur Monaftere peu 
propre aux exercices de la Vie Mo- 
naftique , que ces exercices étoient 



S SÇAVANS, 

même pour la plupart abolis parmr 
eux depuis long-tems , enfin que- 
les Moines étant tombés dans un 
fi grand defordre , qu'il ne pa- 
roilloit pas poflible de les re- 
former , le parti le plus convena- 
ble dans cette (îtuation étoit de fé>- 
cularifer l'Abbaye. 

Après que cet expofé eut été 
vérifié fur les lieux , & principa- 
lement l'article du defordre des. 
Moines qui fut , dit M. Jucnin en- 
rapportant l'enquête qui fe fit à 
cette occahon , exagéré par les ha- 
bitans , le Pape confentit à leur,, 
demande, Se par une Bulle dattéo 
du 6 Acuft 1^23. l'Abbaye de 
Tournus fut changée en Collégiale- 
Séculière qui fut aflujettie à la Ju- 
rifdiction de LEvcque de Ghalon.- . 
mais à l'égard de l'Abbé il relia, 
toujours uniquement fous la dé- 
pendance du S. Siège. Tous les* 
Moines qui étoient pour lors ré- 
duits au nombre de 7 furent dé- 
chargés de l'obfervance de la Régie 
deS.Benok^&même dé leurs vecuxy 
à l'exception de celui de chafteté , 
les revenus furent féparés en deux- 
Menfes , l'Abbatiale Se la Capitu- 
laire. On y fonda douze Canoni- 
cats, autant de demi Prébendes , 
Se on accorda au nouveau Chapitre 
tous les privilèges , honneurs , & 
prérogatives dont jo'U'iJfoient les plus 
injignes Collégiales de ces Contrées. 

On verra dans l'Auteur les Sta- 
tuts que M. de Neufchefe Evêquc 
de Châlons donna aux Chanoines 
de Tournus y Se pluficurs particu- 
laritez de ce genre très-interelTan- 
tes fans doute poux ceux qui com^ 



M A R 

pofent ce Chapitre. Charles Ro- 
chechouart de Chandcnier , devint 
en ib'a-ç. Abbé Titulaire par la 
mort du Cardinal de Roche- 
chouart fon oncle qui l'avoit fait 
nommer fon Coadjutcur. Il ne gar- 
da cette Abbaye que deux ans , & 
il la remit avec l'agrément du Roi, 
à Louis de Rochechouart fon frère, 
moyennant une pcnfion de ioooo 
liv. quoique cet Abbé vécut en 
grande réputation de pieté, & qu'il 
mourut aggrégé à la Congrégation 
de la Million , il eut defréqucns 
démêlez avec fes Chanoines , & il 
les poulla vivement. Son Succef- 
feur tut M. le Cardinal de Bouillon 
qu'on nommoit alors le Duc d'Al- 
bret. Comme toute Communauté 
ne manque jamais de raifons pour 
fe croire difpenfée dé la reconnoif- 
fanec , les grandes fommes qu'il 
employa généreufementà la déco- 
ration de l'Eglife , & à la conftruc- 
tion de plulîeurs bâtimens pour le 
Chapitre n'empêchèrent pas fes 
Chanoines de lui demander un 
nouveau partage de biens , atten- 
du , dit l'Auteur , que ceux de la 
Menfe Canoniale étoient fort di- 
minués. Après plufieurs procédu- 
res le Cardinal , par accommode- 
ment , leur accorda iooo livres 
d'augmentation par an. 

M. le Cardinal de Fleury qui fut 
nommé en 171 J. à l'Abbaye de 
Tournus , y a fait en petit ce qu'il 
a fait depuis en grand dans tout le 
Royaume , ainfi au lieu d'un long 
détail de procès Se de conteftations 
qui remplit la Vie de la plupart 
des autres Abbez Réguliers Se Se- 



S. 17 34- 17s 

culiers , on voit ici que toujours 
attentif à concilier les intérêts du 
public avec ceux des particuliers 
il a considérablement embelli fon 
Eglife Abbatiale , augmenté les re- 
venus des Chanoines , fait diverfes 
fondations en faveur des Hôpitaux 
& des Couvens, établi des Ecoles 
de Charité , & procuré des grâces 
fingulieres au Chapitre Seaux ha- 
bitans de Tournus. Chaque année., 
dit M. Juénin , depuis qu'ils ont le 
bonheur de l'avoir pour Abbé a 
été marquée par quelque nouveau 
bienfait. 

On ajoute » qu'il n'y a que M» 
» l'Abbé Briflart , cet Agent habile 
» fur lequel S. E. fe repofe de la di- 
» ltribution de fes grâces Se de fes 
» fiveurs , qui pounoit rendre un 
»» compte exact de tout ce qu'elle a 
«fait & continué de faire a non 
» feulement à Tournus , mais auflï 
» dans les ParoiiTes de Iadépendan- 
» ce de l'Abbaye. 

Ce premier Volume finit par la 
defeription de l'Eglife & de l'Ab- 
baye de Tournus telle qu'elle etoic 
lofque les Huguenots la pillèrent 
en 156e. par une Table Chronolo- 
gique pour fervir à l'Hiftoire de 
Tournus , & par quelques Remar- 
ques Critiques fur une partie du 
quatrième Tome de la nouvelle 
Gaule Chrétienne, M. Juénin y 
relevé avec beaucoup de modeftie 
quelques endroits où les Auteurs 
de cet Ouvrage parodient s'être 
trompés. Le fécond Tome contient 
les titres , les actes , Si les autoritez 
qui fervent de preuve àfonHiftoi- 
re ; la plupart de ces Pièces avoienp 



,80 JOURNAL D 

déjà été données par le Père Chir- 
flet , mais on les retrouvera ici avec 
d'autant plus de pbilîr qu'elles y 
paroitTent avec des additions &: des 
corrections importantes. On y a 
joint auiïiun Recueil des Epitaphes 
les plus remarquables qu'on voit 
encore ou qu'on voyoit autrefois 
dansi'Egliïe de l'Abbaye deTour- 



ES SÇAVANS, 

nus , le Pouillé des Bénéfices qui 
en dépendent , avec un EfTai fut 
l'origine &: la Généalogie des Com- 
tes de Châlons , de Mâcon , & des 
Sires de Baugé , en un mot tout 
ce qu'on peut attendre fur une pa- 
reille matière d'un Auteur exact Se 
laborieux. 




MARS; 1754: 



i8r 



FRANCE. 



De Lyon. 



NOVVELLES LITTERAIRES. 

Secunda Editio. 1734. in folio. 

D. D. Jofephiàe Rofa J. C.Nea- 
f alitant celebemmi .... Confultatio- 
nes Jurisfeleclijfima } cum decifîoni- 
busfuper eis prolatis afupremis Nea- 
politani regni Tribunalibus &c. 
Editio tcrtia Gallica, accurate re- 
cognita & emendata 3 neceffariifque 
lndicibus meliufquam batlenus con- 
cinnatis locupletata. 173$. in-folio. 

De Ratiociniis Adminiflratorum, & 
Compittutionibus variis aliis TraÉla- 
tus pruflantijfimus i omnibus Juri ope- 
ram dantibus tam in theoria ejuam 
praxi utdis 3 judictbus & advocatis 
pernecejfarius. sîuBore D. Franfcijco 
Munos de Efcobar J. C. in Regia 
Pinciana Cancellaria caufarum Pa- 
trono. 1733. in-folio. 

TratlatHS bipartitus de Puritate & 
NobUitate probanda, fecttndumftatu- 
ta S. Officii Ine/uifitionis 3 Regii Ordi 
num Senattis , faniïœ Ecclefïœ Toleia- 
nœ , Collegiorum , aliarum^ue Corn- 
munitatum Hifpanit , adexplicatie- 
nem Regia pragmatica fanBionis 
§. 2.0. incipiente Yporque el odio , 
à Domino noflro Rege Philippo IV. 
lata Aîatriti 10 Februani t anno Do- 
mini 16 2.3. Autlore D. D. Joannt 
Efcobar k Corro J. V. D. &e, Edi- 
tio ultima ab ipfomet Autlore auUa ) 
& à rnendis expurgata. 1 7 j 3 . in-fol, 



VOICI les titres de quelques 
Ouvrages que les Frères de 
Ville &; Louis Chalemette ont réim- 
primés depuis quelque tems : R. P. 
JacobiTinni Antuerpianie Societa- 
te Jefit Comment arius in facram 
Scripturam , duobus Tomis compre- 
henfns .... Editio novijfima prioribus 
longe emendatior , cum IndicibhS 
quine/ue ficundo Tomofubntxis. 1734. 
in -folio. 

Traclatiis de Praventione jiidiciali 
feu de comentione JurifliflionumAuc- 
tore D. Petro Francisco de Tonduti., 
Domino & Toparcha Loci S. Legicr 
in Comitatu Venaijftno s Comité Pa- 
latir.o , & fdnEli Officii Inqitifitionis 
Avcnionenfis Confultorum Decano. 
Opus olirn in duas partes divifum 
lame tertia auElum : ex extjui/îtijjimis 
ïpfmfmet AuBoris ad fingula prope 
capita additionibus locupUtatum^cz. 
*7J4» in-folio. 

Ejufdem TraElatus de Penfioni- 
bus Ecclefiaflicis } ad flylum Curii. 
Roman & } & ad praxim Trtbunalium 
Gallia accommodatus. Adjicitur in 
fine operis felellarum ac recemijfima- 
rum Rot£ Romand Decifionum Cetitu- 
ria j pro confirmatione eorum , (jus, 
ab Autlore refoluta funt in materia 
Penfionum & Beneficiorum : cum no- 
fis quibufd&m ad pracedentia opéra. 



De Paris. 



La Veuve Matières & J. B. Gar- 



ig 2 JOURNAL D 

nier ont imprimé &c débitent : Sanc- 
ti Aurelii Augufttni Hipponenfls 
Epifcopi EpifloU dus. recens in Ger- 
mania repenti , nous criticis , hiftori- 
cis , Cbrcnobtricifjue illuftraU , ac 
juxta noviffimam editionem omnium 
cjufdem S. DoBoris openim à Bene- 
ditlinis e Congregaûone S. Mauri 
concinn.ttam terfk attjue adornata. 
Opéra & fiadio D*** ejufdcm Con- 
grégations Prefbyteri : 1734. in-folio. 
Ces deux Lettres dont la Veuve 
Manières a auffi imprimé une tra- 
duction Françoife , turent trouvées 
il y a deux ans par le P. Dom Ber- 
nard Pez, , célèbre Bénédi&in d'Al- 
lemagne , dans un manuferit de 
l'Abbaye de Gotfwein ou Gottivtig 
dans la balte Autriche , à quelques 
lieues de Vienne. M. Godefoy Bef- 
fell Abbé de ce Monaftere , & Au- 
teur du Chremcon Gottnvicenfe , 
que nous avons annoncé dans les 
Nouvelles du mois de Janvier der- 
nier , avoit publié prelque furie 
champ une Edition de ces Lettres 
à Vienne , avec une Préface : mais 
comme cette Edition étoit rare en 
France _, on a cru avec raifon faire 
plaifir aux Sçavans en leur faifant 
part de cette importante découver- 
te , & en faifant imprimer ces deux 
Pièces dans une forme propre à les 
joindre à l'Edition fi connue les 
Oeuvres de S. Auguftin parJesRR. 
PP. Bénédictins de la Congrégation 
de S. Maur. 

Claude Robuftel , rué' S. Jacques, 
près S. Yves , à l'Image S. Jean , a 
en vente dernière Edition augmen- 
tée de nouvelles Remarques des 
Oeuvres de M. Jean-Marie Rtcart , 



ES SÇAVANS, 

Avocat an Parlement. Tome I. con- 
tenant le Traité des Donations tntre 
vifs & Teftamentaires , avec la Cou- 
tume ^'Amiens commentée. Tome il, 
contenant les Traitez, du Don Mu- 
tuel t des Dtfpofîtions conditionnelles, 
Sec. des Subjiitutiens , de la Repre- 
fentation & du Rapport en matière de 
Succeffions. Enfemble la Coutume de 
Senlis commentée. 1754. in folio. 

On trouve chez Ch aubert , Li- 
braire du Journal , Quai des Au- 
guftins , Ofmont , Huart l'aîné _, 
Cloufîer , rué' S. Jacques , Hourdel y 
David le jeune , Quai des Augu- 
ftins , & Giffey , rue de la Vieille 
Bouderie : Hijtoire Critique de Péta- 
bliffement de la Monarchie Fratiçvife 
dans les Gaules. Par M. T Abbé Du- 
bas t l'un des Quarante , Jk. Secré- 
taire perpétuel de l'Académie Fran- 
çoife. 1734. /»-4°. 3. vol. 

Les Dons des Enfans de Latone ; 
La MufîcjU! & la Chaffe du Cerf ' 
Poèmes dédiés au Roy. Chez 
P rouit , Quai de Gêvres , Jean Dé- 
funt , rue S. Jean de Beauvais , Se 
Jacques Guerin t Quai des Augu- 
ftins. 1734. in-%°. fort bien imprimé 
& orné de figures en tailles douces 
& d'autres gravures. Le Poème de 
la Muficjue eft fuivi d'un Catalogue 
Chronologique des Opéra repre- 
fentés en France depuis l'année 
1^45. où ils ont commencé de pa- 
roître jufqu'à prefent •, 8c on trouve 
après le Poème de la Chajjc du Cerf 
un Dièlionnaire des termes ufités 
dans cette forte de Chafle ; ainfi 
qu'un Divcitilfement eft Mufique 
intitulé Nouvelle Chaffe du Cerf . 
compofé de plufieurs Airs paro 
diéc 



MARS 

diés fur les Opéra d'Angleterre , 
avec différentes Symphonies étran- 
gères. 

Traité général des Horloges. Par le 
R. P. Dom Jacques Alexandre , 
Religieux Bénédictin de la Con- 
grégation de S. Maur. Ouvrage en- 
richi de figures. Chez Hippolyte- 
Louis Guerin , rue S. Jacques , & 
Jacques Guerin , Quai des Augu- 
ftins. 1734. /w-8°. 

Leçons de Phyjîque , contenant 
IcsElémens de la Phyfique , déter- 
minés par les feules Loix desMé- 
chaniques , expliquées au Collège 
Royal , par M. Jofeph - Privât <& 
JMolieres , Profefieur Royal en Phi- 
lofophie , de l'Académie Royale 
des Sciences , & Membre de la So- 
ciété Royale de Londres. Chez la 
Veuve Brocas a rue S. Jacques , au 
ChefS. Jean, & Jofeph Bultot ,rùe 
de la Parcheminerie. 1733. in-11. 
Ces Leçons dont nous n'annonçons 
ici que la première , feront diftri- 
buées au Collège Royal , à mefure 
qu'elles feront imprimées. 

Penfées Critiques fur les Mathé- 
matiques s où l'on propofe divers 
préjugez contre ces Sciences , àdef- 
îein d'en ébranler la certitude, &de 
prouver qu'elles ont peu contribué 
à la perfection des beaux Arts.Chez 
Ofmont & Cloujîer , rue S. Jacques. 
1733. in-ii. 

Hifloire Naturelle de l'Univers } 
dans laquelle on rapporte des rai- 
fons Phyfiques , fur les effets les 
pluscurieux&les plus extraordinai- 
res de la Nature. Enrichie de figu- 
res en taille-douce. Par feu M. Co- 
lonne , Gentilhomme Romain. 
Mars. 



1 17 3 4', i§5 

Chez André Cailleau , Quai des 
Auguftins , au coin de la me Gift- 
le-Cœur. 1734. in-i 2. 2. vol. 

Abrégé de la Vie de Saint Gaud , 
Evêque d'Evreux de S. Pair Evê- 
que d'Avranches t de S. Scabilion , 
Abbé de Saint Senier , aujfi Evcque 
d'Avranches, & de S. Aroafte, Prê- 
tre t tous Anachorètes du defert de 
Scycy , inhumés dans l'Eglife de 
S. Pair fur mer, Diocéfc deCou- 
tances , &c. Le tout conforme aux 
Martyrologes , aux meilleurs Hi- 
ftoriens , & particulièrement à un 
Manufcrit très-ancien , qui fe trou- 
ve dans les Archives de la Parroitfc 
de S. Pair , dont il y a copie dans 
celles de la Cathédrale d'Evreux. 
Psr M. le Roitault , Curé de S. Pair 
fur mer. De l'Imprimerie de Mon- 
talant. 1734. in-\z. 

La Retraite de la Marquife de Go- 
aanne , contenant diverfes Hiftoi- 
res Galantes & véritables. Chez 
Etienne Ganeau , rue S. Jacques. 
1734. /»-ii. 2. vol. 

Seconde Partie de la Vie de Ma- 
rianne , ou Avanmres de Madame 
la Comtefe de***. Par M. de Ma- ' 
rivaux. Chez Prault père , Quai 
de Gêvres. 1734. brochure/» 12. 

Après avoir annoncé dans nos 
Nouvelles Littéraires du mois d'A- 
vril de l'année dernière , le grand 
Ouvrage du R. P. du Halde fur 
l'Hiftoire de la Chine, il nous refte 
encore à inférer ici en entier l'Avis 
fuivant qui fe diftribue imprimé 
fur une feuille volante. 

» On imprime maintenant chez 
» P. G. le Mercier fils le Livre inti- 
n tulé : De/cription Géographique , 
An 



i8* JOURNAL D 

» Hiflorique y Chronologique , Poli- 
3) tique , & Phyfique de l'Empire de 
» la Chine , & de la "Tartane Chinoi- 
»fe , enriibie d; Cartes générales & 
n particulières de ces Pays i de la 
»> Carte générale &' des Cartes parti- 
» entières dit Tlubet & de la Corée , 
n & ornée d'un grand nombre de 
» Plans de Villes } de Figures & de 
» Vignettes en taille-douce en quatre 
» Volumes in-folio , fur grand rai- 
» fin , dont on a donné le Projet il 
» y a cinq ou fis mois. 

» On n'épargne rien pour la 
» beauté de l'Edition & des Gravû- 
=»res} on a fait fondre exprès des 
» cara&eres pour cet Ouvrage. La 
» gravure des Cartes & des figures 
» eft des meilleurs Maîtres , ce qui 
w eit connu d'un grand nombre de 
» perfonnes qui ont eu la curiofité 
» de les venir voir chez l'Auteur : 
»> Et afin qu'il ne manque rien à la 
)> perfection de l'Ouvrage , ou fera 
» enluminer les Cartes générales , 
>» ce qu'on n'avoit pas promis. On 
» a jugé à propos de mettre dans 
»le premier Tome l'Hiftoire abré- 
y> gée de l'Empire de la Chine , qui 
«dans le Projet n'a été annoncée 
»> que pour le quatrième Volume ; 
•> & l'on a cru que la connoiflance 
» générale qu'on prendra d'abord 
»> de ce vafte Empire , faciliteroit 
»> l'intelligence des autres matières 
» qui y font traitées , lorfqu'on ckc 
»>des Empereurs ou des Hommes 
» Illuftres de cette Nation - y on y a 
» fait même des Additions depuis 
m la distribution du Projet ; & en- 
*> tr'autres on fait connoître quel 
ç. cft le goût des Chinois poui le 



ES SÇAVANS; 

» Théâtre , en donnant la traduc- 
» tion d'une de leurs Tragédies. 

» Ceux qui ont retenu des exem- 
» plaires, ou qui en veulent retc- 
» nir , & qui fc font offerts à payer 
n la moitié d'avance , font avertis 
» de le faire préfentement. Le prix 
» pour ceux-là eft de cent quarante- 
« quatre livres. Le premier paye- 
» ment fera de foixante-douze livres, 
» dont on donnera un billet de rc- 
» connouTance. Le fécond paye- 
» ment fera de pareille fomme de 
nfiixame-douz.e livres en recevant 
» l'Ouvrage , & rapportant le bil- 
» let de reconnoiffanec. Ceux qui 
» n'en auront point retenus , le 
» payeront deux cens livres. On li- 
ts vrera l'Ouvrage vers le milieu de 
» l'année 1735. 

o Pour avoir des billets de re- 
» connoilTance , il faut s'adreiTer 
» au Père du Halde 3 demeurant à - 
» la Maifon ProfeiTe des Jefuites , 
» rue S. Antoine, ou au Perc Pt- 
» chon , Procureur des Penfionnai- 
»res du Collège de Louis leGrand, , 
>» ou à P. G. le Mercier fils , Impa- 
rt meur-Libraire , rue S. Jacques ,\ 
» au Livre d'or. 

M. le Gt ndre , Marquis de Saint - 
Aubin-fur- Loire, Auteur àuTrai- 
té de l'Opinion , avertit qu'il s'eft- 
gliflé dans cet Ouvrage trois er- 
reurs confiderables. 

» Liv. 1. ch. 6. p. 140. Du Hail- 
» lan , le Seigneur de Langey , &c 
» le P. Vignier font cités pour avoir 
» foûtenu que la Pucelle d'Orléans- 
» n'a point été brûlée. Il faut diftin- 
» guer deux opinions problcmati- 
» ques au fujet de cette iillc guer» 



M A R 

«riere ; l'une , que tout ce qui en 
» a été publié d'extraordinaire 5 a 
» été l'effet de la politique-, l'autre , 
» qu'elle n'a point été brûlée. Il 
» n'y a que la première de ces opi- 
» nions qui doive être attribuée au 
» Seigneur de Langey & à du Hail- 
w lan -, la féconde , qui ne peutba- 
:» lancer le témoignage unanime 
«des Hiftoriens, a été celle du P. 
» Vignier. 

» Liv. 5. ch. i. p. £5. La décifion 
» de la prefféance adjugée aux Am- 
» baffadeurs du Duc de Bourgogne 
» fur ceux des Electeurs , eft rap- 
» portée comme du Concile de 
«Confiance , quoiqu'elle fou du 



*• Concile de Balle J en l'aiTemblée 
» générale tenue le Mardi 16. Juin 

» 1433. 

» Liv. 1. ch. 3. p. 77. & Liv.tf. 
»ch. 1. p. 99. L'Alexiade eft regar- 
» dée comme un Poème , au lieu 
»» que c'eft une Hiftoire de l'Empc- 
» reur Alexis premier , écrite en 
» profe par Anne Comméne fa 
» fille. 

Il feroit à fouhaiter que tous les 
Auteurs tuffent aulîî exacts à faire 
la revifion de leurs Ouvrages que 
l'eft M. de S. Aubin à faire la revi- 
fion du fien , & qu'ils euffent la 
même candeur. 



Fautes à corriger dans le Journal de Février 1734. 

PAge 73. col. 1. lig. 3. s-efyi'' , Hf- fù/Ji : pag. y(. col. z. lig. 13. mar- 
qués , lif. marquées: pag. 80. col. 1. lig. 19. fuivre , lif. fubir :• 
pag. 83. col. z. lig. 3. .chevanx , lif. chevaux. 



TABLE 

Dès Articles contenus dans le Journal de Mars 1734* 

SYflème tiré de l'Ecriture faintefur la durée du Monde , page 1 1 j 

Hiftoire de Roche fort , &c. 134 

Differtation Hiftoriejue & Philofophique fur la Philofophie deLaftanee,!kc. 1 3 7 
Très-ample Colletlion des anciens Ecrivains , & de Pièces concernant ï Hiftoi- 
re , le Dogme y & la Morale % &c. Tome VU. 145 
Suite des Eloges des académiciens de V Académie Royale des Sciences , &c. 

H? 

Recueil des Ecrivains de l' Hiftoire d'Italie , &c. Tome Xfl. i6z 

Remarques Hiftoriyucs & Critiques fur l' Hiftoire d'Angleterre de M. Rapin 

Toyras } &cc. 169 

Nouvelle Hiftoire de l'Abbaye Royale & Collégiale de S. Philibert de la Fille 

de Tournus f Sic. 175 

Ntuv elles Littéraires , x8 s* 

Fin de la Taljk; 



L E 

JOURNAL 

SCAVANS, 

6 

FOUR 

VANNEE M. DCC. XXXÏF. 

AVRIL. 




A PARIS, 

Chez CHAUBERT, à l'entrée du Quay des 

Auguftins, du côté du Pont Saint Michel, à la 

Renommée & à la Prudence. 

M. DCC. XXXIV. 
AVECAFFROBATION EX PRIVILEGE DU ROY. 




L E 

JOURNAL 

DES 

SCAVANS 

AVRIL M. DCC. XXXIV. 

TRAITE' PHYSIQUE ET HISTORIQUE DE VAVRQRE 
Boréale : Par M. de M air an. Suite des Mémoire de l'Académie Royale 
des Sciences , année 173 i. A Paris , de l'Imprimerie Royale. 1733. 
iw-4 . pp. 281. Planch. xv. Se vend chez Jacques Lambert t rue S. Jac- 
ques , à la Sageffe ; féparément, pour ceux qui ne voudront pas acheter 
les Mémoires, ioliv. en blanc , & loliv. 10 f. relié. 

L'AURORE Boréale , phé- jufqu'ici que pour les feuls Aftro- 

noméne , qui par fa grande nomes , l'cft devenu pour tous les 

rareté , n'étoit guéres intereflant Sçavans depuis quelques années 3 
Avril. B b ij 



I 



1^)0 JOURNAÊ DE 

at fes fréquentes apparitions.' El- 
es ont donne lieu de l'obferver 
avec plus de foin & d'exactitude , 
d'en rechercher les véritables eau- 
fes , &: d'imaginer fur ce fait af- 
fez obfcur & alfez compliqué par 
lui-même , pluheurs dénouemens 
plus ou moins fpecieux. Il y a cinq 
ans que M. de Mairan voulut s'en- 
gager dans cette carrière -, mais il 
s'en tint uniquement alors aux ob- 
fervations qui pouvoient le mettre 
à portée de donner à l'Académie 
une jufte description du Phénomè- 
ne , dégagée de toute difculîion 
phvfique. C'eft de quoi il fe difpen- 
ù. d'autant plus volontiers , que 
peu content jufque là des explica- 
tions d'autrui fur ce point , il avoit 
même prefque oublié celle qu'en 
1717. il avoit prefentée à l'Acadé- 
mie de Bordeaux dans fa Differta- 
tion fur les Pbofpbores. Il ne fe l'eft 
tappellée , cette explication , avec 
tout ce qui en dépend , qu'à l'occa- 
fîon des retours fi réitérés du phé- 
nomène dont il s'agit , &c fur les 
fingularitez duquel il a eu le loiiir 
de méditer profondément. Ses 
nouvelles reflexions ont perfection- 
né là-deffus fes premières idées ; & 
il en a refulté une hypothéfe , qui 
tient au moins à tout le Syftêmc 
Solaire,& qui ne peut être fuffîfam- 
ment développée , qu'à l'aide de 
plufieurs obfervations générales , 
curieufes par elles mêmes &c fans 
rapport au fait dont il eft ici que - 
ftion. C'eft donc en viiç de foûmefc 
îre cette nouvelle hypothéfe au ju- 
gement des Sçavans , que l'ingé- 
ïiieux Auteur la communiqua il y 



S SÇAVANS, 

a deux ans à l'Académie ; & qu'il 
la remet aujourd'hui fous les yeux 
de cette Compagnie avec plus de 
précifion & de détail , en livrant ce 
Volume au public. 

M. de Mairan y donne d'abord 
une explication fommaire de l'Au- 
rore Boréale , fuivie du plan de cet 
Ouvrage. L'aurore boréale , ainfi 
appellée parce qu'elle paroît ordi- 
nairement vers le Nord , & que 
proche de l'horizon elle reffemble à 
l'Aurore , n'a pour fa vraye caufe , 
félon l'Auteur , que la lumière Zo- 
diacale. Celle ci , découverte , dé- 
crite & nommée par feu M. CaJJini y 
eft une blancheur lumineufe , qui 
fèuvent imite celle de la voye lac- 
tée, 8c qui en certains tems de l'an- 
née , après le coucher du Soleil ou 
avant fon lever, paroît au Ciel en 
forme de lance , ou de pyramide , 
renfermée toujours par fa pointe 8c 
fon axe le long du Zodiaque, 8c ap- 
puyée obliquement fur l'horizon 
par fa bafe. L'Auteur la confond 
avec l'atmofphére folaire , lumineufe 
par elle - même , ou feulement 
éclairée des rayons du Soleil , & 
qui environne le globe de cet aftre, 
fur 1 equateur duquel elle eft plus 
abondante 8c plus étendue que par- 
tout ailleurs. Elle eft vifîble plus 
ou moins , 8c quelquefois dif- 
paroît totalement , félon que cer- 
taines circonstances favorifent plus 
ou moins fon apparition. D'où il 
fuit que cette lumière ne manifefte 
pas toujours l'atmofphére folaire,' 
quoique celle - ci fe fafle toujours 
appercevoir autour du Soleil dan* 
fes éclipfes totales. La longueur. 



A V R 

fumTantc de la lumière zodiacale 
fur le Zodiaque eft une des condi- 
tions les plus effentielles à l'appari- 
tion de l'atmofphere folaire. Mais 
les varierez de longueur dans cette 
lumière font quelquefois réelles, & 
quelquefois feulement apparentes , 
celle-ci pouvant être fort étendue 
&c paroître peu ; au lieu qu'elle ne 
fçauroit paroître fort étendue, fans 
l'être effectivement. Au moins cft- 
il certain par quantité d'obferva- 
tions non équivoques , que l'at- 
mofphere du foleil regardée com- 
me lumière zodiacale atteint quel- 
quefois jufqu'à l'orbite terreftre. 

Alors la matière de cette atmof- 
pherc trouvant en fon chemin les 
parties fuperieures de notre air , 
précilement où l'adion delà pefan- 
Jeur univerlelle commence à tendre 
avec plus d'effort vers le centre de 
la terre que versleSolcilielle tombe 
dans l'atmofphere de celle-là, plus 
ou moins profondément , félon les 
divers degrez de fapefanteur fpéci- 
fique, fuivant lefquels elle y forme 
plusieurs couches de différente 
hauteur. Les plus baffes , comme 
étant les plus épaiffes &c les moins 
inflammables ,. produiront ces 
brouillards épais , quoique tranf- 
parens &c cette forte de fumée, qui 
d'ordinaire accompagnent l'aurore 
boréale. Ils nous l'annoncent , en 
nous la cachant en partie , tantôt 
fous l'apparence d'un fegment de 
cercle bornant l'horizon au Nord ; 
tantôt fous celle de {impies nuages, 
femés çà & là & dans tont le Ciel , 
(ombres &c fumeux Supérieure- 
ment , inférieuiement blancs & 



I L, 1754; spt 

lumineux : d'où il fuit, qu'au-def- 
fus de la matière obfcure en eft une 
plus légère , plus inflammable &c 
actuellement enflammée, par quel- 
que caufe que ce puiffe être , & qui 
de fujet qu'elle étoit auparavant de 
la lumière zodiacale, deviendra ce- 
lui de l'aurore boréale. 

Elle doit être plus vifible du cô- 
té du pôle (obferve M. de Mairan) 
que vers féquateur ( ainfi que l'at- 
tefte l'expérience ) & cela pour 
trois raifons : i". parce que toutes 
chofes d'ailleurs égales , le rayon 
vifuel du Spectateur fait un plus 
long trajet dans l'air qui l'environ- 
ne vers l'horizon , que vers le ze- 
nit : i>'. parce que, félon toute 
apparence , l'atinofphere terreftre 
eft plus groffiere vers le pôle que 
vers l'équateur : 3 . parce que la 
matière de l'aurore oréale a réel- 
lement une tendance , qui la porte 
de la zone torride vers les pôles , & 
qui a fon principe dans le double 
mouvement de la terre, l'annuel Se 
celui de rotation , comme l'Au- 
teur le fait voir en fon lieu. Delà 
(continue- 1- il) i°. les Aurores 
Boréales plus fréquentes & plus re- 
marquables dans les Pays Septen- 
trionaux , que dans les Méridio- 
naux : 2°. le liège confiant du Phé- 
nomène vers ce côté du monde s 
3 . fa forme ordinaire en arc ou en 
plusieurs arcs concentriques , ap- 
puyés fur un fegment de cercle ob- 
feur joint à l'horizon , & dont le 
pôle terreftre boréal fait à peu près 
le centre. 

L'Auteur explique plus particu- 
lièrement les caufes de ces Phéno 



i92 JOURNAL DE 

mènes ainfi que des colonnes & des 
jets lumineux perpendiculaires à 
l'horizon ou concentriques à l'arc 
Se au fegment obfcur , d'où ils 
femblent s'élancer. Il recherche en- 
core la caufe qui rend vilibles de la 
zone tempérée & des endroits fort 
éloignés du pôle , tous ces Phéno- 
mènes -, & il l'attribue à la grande 
hauteur de la région qu'ils occu- 
pent dans l'air. Il en conclut , que 
l'Aurore Boréale confifte ou dans 
une matière plus rare & plus légère 
que les parties fuperieures de notre 
air (ce qui eft l'opinion commune) - 
ou dans une élévation beaucoup 
plus grande de notre atmofphérc 
qu'on ne l'a fuppofée jufqu'à pre- 
fent ; & c'eft à quoi s'en tient M. 
de Mairan; & ce qu'il fe propofe 
de prouver dans la fuite. A l'égard 
de l'extrême rareté de la matière 
du Phénomène , on doit l'inférer 
de ce qu'à travers fes parties , foit 
éclairées , foit obfcures , les corps 
lumineux font ordinairement via- 
bles; ce qui lui eft commun avec 
la lumière zodiacale , qui en eft la 
fource. 

Telle eft en fubftance l'idée de 
M. de Mairan, fur la caufe phyfi- 
que de l'Aurore Boréale , confide- 
rée dans ce qu'elle a de plus ordi- 
naire. Quant à fes autres Phénomè- 
nes, tels que l'efpece de couronne 
quiparoît vers le zénit , les petits 
nuages ou rloccons lumineux ré- 
pandus quelquefois dans tout l'hé- 
mifphére vifible , les éclairs plus 
ou moins fréquens , les vibrations 
réglées de lumière , & les diverfes 
couleurs ; il n'oubliera pas d'en 



S SÇAVANS, 

parler , & d'en chercher l'explica- 
tion particulière dans le Syftême 
général dont il vient d'expofer le 
précis. Il aura la même attention 
pour certaines circonftances } qui 
bien qu'extérieures au Phénomène, 
feront d'un grand fecours pour en 
déterminer la véritable origine. 
Tels font , par exemple , l'heure de 
la nuit où il paroît, 6c les faifons de 
l'année où il eft plus fréquent : & 
e'eft de quoi l'Auteur nous a dreffe 
une Table des plus exactes : perfua- 
dé au furplus que fon explication 
empruntera une nouvelle évidence 
de la liaifon 5c du rapport qu'il fe- 
ra voir entre l'aurore boréale ou fa 
caufe & divers autres effets de la 
nature. 

Tout cela fait ici le fujet des 
cinq Sections qui partagent ce 
Volume , & qui font fubdivifées 
chacune en plufieurs Chapitres. La 
première eft uniquement deftinéeà 
ï'Hiftoire & à la defeription de la 
lumière zodiacale ou de l'atmof- 
phére folaire. Dans la féconde il 
s'agit de l'atmofphére ternftre, de 
fa hauteur , de la région qu'y occu- 
pe la matière des aurores boréales, 
Ôc de l'exclufion que cette circon- 
ftance donne à d'autres caufes qu'on 
en a voit alîïgnées jufqu'à prefent. 
La troifiéme regarde la formation 
du Phénomène Se de fes différentes 
parties, ainfi que l'explication dé- 
taillée de tout ce que l'Auteur n'a 
fait qu'indiquer dans fon Préliminai- 
re. Il a ralfemblé dans la quatrième 
Section les preuves hiftoriques de 
fon hypothéfe , les Mémoires qui 
nous reftent touchant l'aurore bo- 



A V R I 

féale , les traits aufquels on peut la 
reconnoîtie chez les anciens , des 
obfervations fur la correfpondance 
de fes reprifes avec les divers états 
de la lumière zodiacale , & fur l'a- 
nalogie qui règne entre fes appari- 
tions & les pofitions ou les mouve- 
meDS de la terre en divers points 
de fon orbite. Il renvoyé à la cin- 
quième & dernière Sedion quel- 
ques queftions ou quelques doutes 
propofés fur des Phénomènes qui 
n'ont qu'un rapport éloigné avec 
l'aurore boréale s de même que 
quelques articles furlefquels il n'a 
pu ou ofé s'expliquer plus décifive- 
ment dans le cours du Traité , 
quoiqu'ils tinlîent plus immédiate- 
ment au principal fujet. 

I. Pour venir maintenant an 
corps de l'Ouvrage t nous dirons 
d'abord que M. de Mairan donne 
fes premiers foins à mettre hors de 
doute l'exiftence de la lumière zo- 
diacale , dont il fait le fondement 
de toute fa théorie fur l'aurore 
boréale. 

i. La découverte de la lumière 
zodiacale eft dûë à feu M. Caflini 
qui l'obferva le premier au Prin- 
tems de 1683. Elle fut confirmée 
par les obfervations de M. Fatio de 
Duillier faites en 1^84. 85. & %6. 
& par celles de MM. Kirch & Eim- 
mart t en i£88. 89. 91.9}. & 94. 
C'efl dans ces fources que notre 
Auteur puife tout ce qu'il nous ap- 
prend ici fur cette matière. Cha- 
cun peut fe convaincre par lui- 
même, de l'exiftence de ce Phéno- 
mène en l'obfervant quelque tems 
après le coucher du Soleil vers la 



L» '7 34- 1$$ 

fin de l'Hiver & dans le Printems 
ou avant le lever en Automne & 
au commencement de l'Hiver : car 
il eit rare qu'on puifTe le voir com- 
modément en d'autres tems : enco- 
re ne le voit-on que par quelques 
parties qui font les fuperieures, & 
qu'il faut bien prendre garde de 
confondre avec la voye la<5tée. On 
ne peut jamais voir la lumière zo- 
diacale par fon milieu Se pour ainlî 
parler jufqu'à fa racine , que dans 
les éclipfes totales du Soleil. 

2. Mais ( dira-t-on ) ce Phéno- 
mène a-r- il été connu des anciens? 
M. Caffini conjecture qu'il eft du 
nombre de ceux qu'ils ont appelles 
Trabes , Contres s &c M. de Mairan» 
qu'ils l'ont défigné quelquefois par 
le Cône de lumière & par la Pyrami- 
de. Mais pour venir à quelques 
faits plus modernes, Defcartes don- 
ne à croire qu'au moins il avoitoui 
parler de quelque Phénomène pa- 
reil à la lumière zodiacale; & l'An- 
glois Childrey fait part aux Mathé- 
maticiens d'une de fes obfervations 
qui relTemble fort à celle de nos 
Aftronomes fur cette même lumiè- 
re. D'où l'on peut inférer ( dit no- 
tre Auteur ). qu'il eft très-probable 
qu'il y a eu dans tous les fiécles des 
lumières zodiacales , comme il y a 
eu des aurores boréales. 

3. Il recherche enfuite quelle eft 
la nature de cette lumière , qu'il 
diftingue fort de l'éther > lequel ne 
réfléchit point la lumière ; & fans 
examiner les divers fentimens fur 
ce point, ilfe contente de recon- 
noitre que la lumière zodiacale ne 
confifte qu'en des parties beaucoup 



iP4 JOURNAL D 

plus groffieres que celles de la lu- 
mière , puifqu'elle les réfléchit , 
peut être inflammables ou actuelle- 
ment enflammées , &C qui forment 
l'atmofphére du Soleil. Rien ne 
paroît mieux juitifier cette opinion 
de M. de Mairan , que la comparai- 
fon que font perpétuellement 
MM. Cajfmi 5c Fm'io de la lumière 
zodiacale avec la queue des Comè- 
tes , qui n'efl: que l'effet des rayons 
du Soleil réfléchis , & à travers la- 
quelle on apperçoitles plus petites 
étoiles. L'Auteur , qui, à fon tour, 
en juge par fes propres yeux , la 
trouve plus forte & plus denfe que 
la lumière de la voye-de-lait , plus 
uniforme , quelquefois moins 
blanche , & fujette à quelques va- 
riations dans la confiftance & la 
couleur • comme le fpecifie l'Aca- 
démicien ; qui n'omet point aufïî 
certains petillemens qu'il croit y 
avoir apperçûs , foit à l'aide des lu- 
nettes , foit à la (impie vue , mais 
dont à l'exemple de M. Cajfmi qui 
croyoit avoir vu quelque chofe de 
femblable , il n'ofe certifier la réa- 
lité. 

4. La nature de la lumière zodia- 
cale une fois établie , M. de Mairan 
s'applique à en décrire la figure. 
La lumière zodiacale eft toujours 
vûë de la terre fous la figure d'un/?<- 
feau. Or il n'y a qu'un fpheroïde ap- 
plati ou de forme lenticulaire,qui é- 
tant vu de côté ou par fon tranchant, 
puifle toujours paroître fous la figu- 
re d'un fitfeau : donc ta forme de la 
lumière zodiacale ne s'éloigne pas 
beaucoup de celle d'une lentille. 
Auflî la voit on étendue comme une 



ES SÇAVANS, 

lance ou comme une pyramide plus 
ou moins pointue , toujours diri- 
gée par fa bafe vers le corps du So- 
leil , & par fa pointe vers quelque 
étoile , qui ne fort jamais du zo- 
diaque : .&c l'on peut même s'aflu- 
rer de fes deux pointes en un mê- 
me jour,vrrs les Solftices. L'atmof- 
phére du Soleil eft donc difpofée 
autour de cet aftre en forme de 
lentille ou à peu-près ; & l'Auteur 
met ici fous nos yeux la proje&ion 
de cette lentille fur une partie de la 
concavité de l'hémifphére boréal 
du Ciel , & fur le plan de l'équa- 
teur folaire , qui fe confond avec le 
difque même de la lentille. L'Au- 
teur parle de quelques variations 
obfervées dans cette figure de la 
lumière zodiacale ; mais comme 
ces obfervations font très-rares , il 
juge à propos de s'en tenir à la fi- 
gure de ce Phénomène la plus ordi- 
naire. 

5. C eft encore la forme de lance 
ou de pyramide , gardée conftam- 
ment par la lumière zodiacale, qui 
doit nons en indiquer la pofition , 
comme elle nous en a fait décider la 
figure. Elle eft donc fituée de ma- 
nière , comme il réfulte des obfer- 
vations de M. Cajfmi , que le plan , 
qui partage en deux portions égales 
l'atmofphére folaire , eft le plan 
même de la révolution du Soleil 
fur fon axe , ou de fon équateur. 
Or c'efl: encore à cette fituation que 
fe fixe M. de Mairan pour toute la 
fuite de ce Traité ; ce qu'il fait d'au- 
tant plus volontiers que les obfer- 
vations de ce grand Aftronome s'ac- 
cordent parfaitement fur ce point 
avec 



A V R I 

iycc celles de l'Auteur , en indi- 
quant une inclinaifon fenlible entre 
l'écliptique &C le plan de l'atmof- 
p'nére folaire : inclinaifon que l'Au- 
teur fait ici la même que celle de 
l'équateur du Soleil , fçavoir de 7 
degrés -f. 

g. Pour afllgner maintenant re- 
tendue de la lumière zodiacale ,M. 
de Mairan , par la comparaifon de 
toutes les obfervations & de leurs 
circonftanccs , trouve qu'elle n'a 
jamais occupé guéres moins de 50 
ou 60 degrez de longueur depuis 
fa pointe jufqu'au Soleil , & de 8 à 
9 degrez de largeur à fa partie la 
plus claire ou la plus voiline de 
l'horizon. De même , fa plus gran- 
de étendue apparente a été de 90 , 
9$ &jufqu'à iooou 103 degrez de 
longueur , & de plus de 20 degrez 
de largeur. Sur quoi l'Auteur fait 
obfervcr i°. Que la plus grande 
largeur ne fe rencontre pas tou- 
jours avec la plus grande longueur. 
ï°. Que la terre fe trouvant vis-à- 
vis des plus grandes diltances du 
tranchant de la lentille, par rap- 
port au plan de l'écliptique , le 
profil du fphéroïde , ou la lance 
formée par la lumière zodiacale , 
nous doit paraître plus large , que 
quand elle eft à fes nœuds : 3 . 
Qu'on juge fûrement du nombre 
de degrez qu'occupe la lumière zo- 
diacale vifiblc , en remarquant à 
quelles étoiles fe termine fa pointe, 
ïc fçachant à quel degré de l'éclip- 
tique fe trouve a&uellement le 
Soleil. 

Mais il n'en eft pas de même de 
fa largeur vue fur l'horizon , la- 
Avril. 



quelle ne décide pas abfolumenf. 
de l'cpaifTeur de l'atmofphére au- 
près du globe du Soleil : ce qui im- 
porte peu au fujet prefent, où il 
n'ell queftion que de la longueur 
de la lumière zodiacale qui peut 
aller jufqu'.i l'orbite de la terre , 
en forte que celle-ci peut en être 
inondée pour ainfi dire : & c'eft ce 
que notre Auteur s'applique à met- 
tre dans une entière évidence par 
le moyen de quelques figures. 

7. Quant au mouvement propre 
de la lumière zodiacale autour du 
Soleil , quoique M. de Mairan ne 
trouve dans les obfervations rien qui 
paille le convaincre d'un' tel mou- 
vement, il ne s'éloigneroit pas d'en 
admettre l'hypothéfe adoptée déjà 
par M. Fatio , s'il n'aimeit mieux 
ne recevoir dans fes recherches 
que des obfervations &c des faits 
qui puillent fe foûtenir dans tous 
les Syftêmes. 

8. L'Auteur termine fa première 
SecTrion par diverles remarqut ; im- 
portantes fur les changemr ns réels 
ou apparens de l'a lumière zodiaca- 
le, & fur quelques inductions qu'on 
en peut tirer par rapporta l'aurore 
boréale. Ces changemens regar- 
dent l'étendue , la clarté , la figure 
&c la lîtuation de cette lumière. 
C'eft fans doute le défaut d'éten- 
due , de force Se de durée , qui en 
a retardé la découverte jufqu'à M. 
Cajjîni , malgré le renouvellement 
de l'Aftronomic arrivé 40 ou 5® ans 
plutôt. Elle a depuis été apperçûë 
par les PP. Noël & Rickiud , par 
î'Evcque de Aletellopolis , par M. 
de la Lonbere , &c. MM. Caffini ôc 

Ce 



i$>« JOURNAL D 

Fatio y ont obfervé une augmenta- 
tion de lumière tk. de denfité -, fa 
longueur alla jufqu'à cent degrez 
en 16S7. après quoi il femble 
qu'elle n'ait fait que diminuer juf- 
qu'en iéSS. d'où il réfultc [ dit 
l'Auteur ] que l'atmofphére folaire 
s'étendit enfin jufqu'à l'orbe an- 
nuel de la terre & au-delà, qu'elle 
parvint jufqu'à la terre même , & 
qu'elle fe mêla tout au moins avec 
la région fupérieure de notre air. 
Mais elle peut fort bien atteindre 
jufqucs là,fans que lesObfervateurs 
lapperçoivent , s'il arrive ( comme 
il eft très polîible ) que fa clarté & 
fi denfîté , loin d'augmenter avec 
fou étendue , diminuent au con- 
traire , ou que la denfité ou la clar- 
té de fon milieu augmente trop 
avec cette étendue ■■> car cette clarté 
pour lors effacera tout le refte. Les 
remarques laites plus haut fur les 
variations de l'atmofphére folaire 
quant à fa figure & à fa fituation , 
fuffifent dans la fuppolition qu'elle 
eft un fphéroïde plat, parfaitement 
circulaire par fes bords 6\; concen- 
trique au Soleil. Mais il eft très- 
potfible ( dit notre Auteur ) que 
cette atmofphére foit elliptique par 
fon tranchant , & que le Soleil en 
occupe un des foyers plutôt que le 
centre -, ce qui, avec le mouvement 
propre autour du Soleil , feroit une 
îburce d'erreur par rapport à la fi- 
gure de cette atmofphére , dont il 
n'y a que les fréquentes & nom- 
breufes obfervations qui puiftent 
conftater fûrement l'efpece. 

II. De l'atmofphére folaire M. 
de Mairan palfe à l'atmofphére ter-. 



ES SÇAVANS, 

relire. 11 recherche quelle en peu? 
être la hauteur , & quelle région y 
occupe l'aurore boréale. 

1. Il trouve que les moyens em- 
ployés jufqu'ici pour déterminer 
cette hauteur font peu fùrs. Us peu- 
vent fe réduire à deux. La première 
&c la plus ancienne de ces deux Mé- 
thodes eft prife de la durée des cré- 
pufcules , fixant la hauteur de l'at- 
mofphére à celle des dernières 
couches d'air qui nous reflechiiTenc 
les rayons du Soleil. La fccunde,la 
plus moderne &; la plus fuivie au- 
jourd'hui, eft fondée fur les diffé- 
rentes hauteurs du Mercure dans le 
Baromètre , félon qu'elles répon- 
dent à des hauteurs terreftres accef- 
fibles 5c actuellement mefurées au- 
deffus du niveau de la mer ou de la 
furface de la terre. Mais ( obferve- 
t-on ) l'une Se l'autre Méthode 
renferment, entre 15 ou 20 lieues, 
la hauteur de l'atmofphére prife 
pour cet amas d'air, capable de pro- 
duire des effets fcnlîbles , & l'ont 
ici de nulle conlideration ; ni l'une 
ni l'autre ne nous indiquant le vé- 
ritable poids de l'atmofphére. Ce 
qui ne fouffre aucune difficulté , 
pour les crépufcules , & ce que 
l'Auteur s'efforce d'éclaircir Si de 
juftifier par rapport au Baromè- 
tre. 

2. Celui-ci ne nous indique uni- 
quement que le poids de la colon- 
ne de l'air greffier & nullement ce- 
lui de l'atmofphére , ni par confé- 
quent fa hauteur. Mais pourquoi 
borner la matière de l'atmofphére 
& l'air même à cet air groffier qui 
ne peut pénétrer les pores du verre? 



A V R ï 

Plufieurs expériences font foi de 
l'inégale grofleur de fes particules , 
& de la facilité plus ou moins gran- 
de que les plus fines trouvent à paf- 
fer par des porcs fi étroits. Les Ba- 
romètres faits de differens verres en 
fournirent une première preuve : 
car le Mercure s'y foûtient à des 
hauteurs qui différent de z , 3,4, 
& jufqu'à 6 ou 7 lignes -, ce qui ne 
peut venir que de la différente po- 
rofité des verres , dont les uns laif- 
fent paffer des particules d'air plus 
groffes que les autres. L'Auteur ne 
dilîîmule point les difficultez qui 
tendent à rendre cette caufe dou- 
teufe ; 8c il a foin de les lever. Une 
féconde preuve de i'infuffifance du 
Baromètre fe tire de ce que de l'eau 
bien purgée d'air demeure fufpen- 
duc dans un tuyau long de 3 ou 4 
pieds , furmonté d'une boule de 
verre aufïî remplie d'eau , quoique 
le tout foit renfermé dans le vuide; 
& de ce que du Mercure bien pur- 
gé , renfermé dans un tuyau de 
verre dont le bout ouvert trempe 
dans d'autre Mercure également 
purgé , s'y tient jufqu'à la hauteur 
de 75 pouces, le tuyau reftant tou- 
jours plein , fans qu'on feache en- 
core jufqu'où pourroit s'étendre la 
plus grande hauteur de ce Mercure. 
En troifiéme lieu , on fait venir à 
l'appui des expériences précéden- 
tes celle de Guéricke faite à Magde- 
bourg , 5i celle de Leyde , ou deux 
plans polis de 1 pouces 3 quarts de 
diamètre s'uniftoient fi bien en- 
femble par la fimçle juxta-pofîtion , 
& frottés feulement d'un peu de 
graille , qu'ils foûtenoient fans fe 



L ; 17* 4« iP7 

feparer un poids de 5 80 livres atta- 
ché au plan inférieur. Or , dit M. 
de Mairan , ni la petitefTe des 
tuyaux, ni la ténacité ou l'adhéfion 
des parties , ni même leur attrac- 
tion mutuelle ne fuffîfent pour l'ex- 
plication phyfique de tous ccsfaitSi 
Se il en montre I'infuffifance , fans 
oublier de répondre à une objec- 
tion fur ce point. D'où il conclut , 
que ni le Baromètre , ni rien de 
connu jufqu'ici , ne peut indiquer 
la vraye hauteur de l'atmofphérc 
terreftre ; laquelle , en général , 
doit être plus étendue & plus éle- 
vée vers l'Equateur &: au-defïiis de 
la zone torride , que hors des tro- 
piques &c fous les pôles. 

3. Il s'agit, après cela , d'aflîgner 
la région que l'aurore boréale oc- 
cupe dans notre atmofphérc , ce 
qui engage M. de Mairan dans une 
difeuffion curieufe & dans un calcul 
Aftronomique , dont nous nous 
contenterons de donner lesreful- 
tats. Dès 1726. il avoit attribué à 
ce Phénomène , dans une Differta- 
tion publique, la hauteur de plus 
de 70 lieues au-deflus de la furfacc 
de la terre : & il avoit cru faire 
beaucoup , eu égard au préjugé 
commun. Mais , des obfervations 
plus récentes l'ont rendu bien plus 
hardi. Celles qui ont été faites par 
des Aftronomes correfpondans en 
des lieux confidcrablement éloi- 
gnés l'un de l'autre , au fujet de 
l'aurore boréale &c d'où refulte fa 
parallaxe , ont été rafTemblées en 
affez grand nombre , pour donner 
lieu de conclure que la matière de 
ce Phénomène eft dans une régioa 
Ccij 



»p8 JOURNAL D 

de l'atmofphére bien fupérieure à 
celle des météores ordinaires &C à 
celle des derniers rayons du cré- 
pufcule : & l'Auteur en allègue 
pour preuve quelques unes de ces 
obfervations. En conféquence des 
deux de Lifbonne &C de Pctcrf- 
bourg , par exemple, en mettant 
les chofes fur le plus bas pied , & 
fuppofaxit le Phénomène vu en 
même tems des deux endroits , à £a 
plus petite hauteur apparente , ou 
tout auprès de l'horizon , l'on aura 
malgré cette fuppofition forcée , 
près de 58 lieues de hauteur per- 
pendiculaire pour le lieu où 1a ma- 
tière du Phénomène a été vûë. 
Mais comme l'on fçait qu'à Peterf- 
bourg le Phénomène a été vu tort 
haut , le calcul lui donuera plus de 
200 lieues de hauteur. A l'égard de 
l'objection faite contre la méthode 
employée par l'Auteur pour déter- 
miner la hauteur du Phénomène , 
il avoiie que cette méthode n'eu: 
pas la meilleure , mais par un en- 
droit tout contraire au but de l'ob- 
jection , ou parce qu'elle forme la 
hauteur du Phénomène trop petite. 
Ce calcul donc rectifié fuivant cette 
dernière vûë, donnera plus de hau- 
teur que le précèdent , comme le 
démontre l'Auteur. 

Il propofe enfuite un choix 
d'obfervations en général pour l'ap- 
plication du calcul aux parallaxes 
des parties de l'aurore boréale , fur- 
tout de fon arc lumineux ; & il 
choifit pour fondement d'un tel 
calcul deux obfervations faites à de 
grandes diftances , à Paris & à Ro- 
me : avertiffant , eomrr|| d'un 



ES SÇAVANS, 

point trèselTentiel, que ce n'efl pas 
fur la diltance abfolue des lieux 
qu'il faut faire le calcul en que- 
ftion , mais que c'eft feulement fur 
la diftance en latitude , comme s'il 
ne s'agilfoit que d'un même Méri- 
dien. Il trouve donc par ce calcul 
plus de 2 6 6 lieues de hauteur à 
la matière de l'aurore boréale , en 
réduifant tout au plus bas pied. 
Cette hauteur va jufqu'à 250 
lieues , lî l'on s'en tient à une ob- 
fervarion faite à Ccppenhaguc 
comparée avec une autre faite pat 
M. de Mairan lui-même à Breuille- 
font. 11 conclut , de l'aflemblagc 
de toutes les obfervations qu'il a 
examinées, que la plupart donnent 
au Phénomène 200 lieues de hau- 
teur j quelques-unes loo y & quel- 
ques autres plus de 300. Il nous 
parle entin d une méthode très-in- 
génieufe de M. Aïeyer pour cette 
détermination , & fur laquelle il 
renvoie à l'explication qu'en a don- 
née M. de MauyertMi ; mais il 
croit en général qu'on doit préférer 
à cette méthode celle des paralla- 
xes, principalement fur de gran- 
des diftances. 

4. Après avoir déterminé la pla- 
ce qu'occupe dans notre atmofphé- 
re l'aurore boréale , l'Auteur 
s'applique à découvrir quelle en 
peut être la matière ; & il examine 
d'abord fi ce pourroient être les 
vapeurs Se les exhalaifons terreftres, 
fuivant l'opinion commune , qui 
range l'aurore boréale parmi les 
météores les plus élevés y tels que 
certains feux volans que l'onaju-' 
gés à 13 ou 14 lieues au-defluî 



AVRIL 

fa furface de la terre. M. de Mairan 
combat cette hypothéfe par les re- 
flexions fuivantes. i°. Il faut pour 
notre Phénomène une matière ca- 
pable de réfléchir vers nous, mal- 
gré fcn extrême ténuité cV cette 
grande hauteur où elle doit être, 
une lumière auflî vive ou plus que 
celle des météores. Or les vapeurs 
Se les exhalations mêlées dans l'air 
peuvent à peine nous réfléchir les 
derniers 6c les plus foibles rayons 
du crépufcule à 15 ou 20 lieues au 
plus de hauteur perpendiculaire. 
A l'égard des ftux volans , outre 
que la hauteur n'en eft pas bien 
certaine , ilsferviroient peut-être à 
prouver l'hypothcfe de l'Auteur , 
plutôt qu'à la détruire. Quoiqu'il 
en foit , ils refteRt encore à plus de 
ioo lieues au-deflous de l'aurore 
boréale , ils font toujours en mou- 
vement , très-rares , Si inftantanées. 
z°. A en juger parles obfervations 
météorologiques , les changemens 
qui arrivent au rotai de notre at- 
mofphére l'ont infenfibles : au lieu 
que l'aurore boréale , pour le tems 
de fes apparitions, eft fuiette à des 
variations très - confiderables. ZJn 
même principe , demande l'Auteur, 
prsduiroit-U tant d'uniformité d'une 
fart , & tant de variété de Vautre ? 
3 . Il feroit encore plus difficile 
[ continue-t-il ] d'accorder l'hypo- 
théfe des exhalaifons terreftres avec 
la plupart des Phénomènes qui ac- 
compagnent Si qui caracterifent 
l'aurore boréale , tel que la place 
confiante qu'elle affeéte vers le 
Nord , dont les terres ( dit l'Au- 
teur ) renferment certainement 



, 1754* *99 

moins de matières grades , bitumi- 
neufes Se inflammables. 4 . Tous 
les météores produits par des exha- 
laifons de cette nature , font plus 
fréquens en été qu'en hiver -, au 
lieu qu'il arrive tout le contraire 
aux aurores boréales. 5 . 11 exifte 
hors du globe terrelbre la matière 
de l'atmofphére du Soleil , capable 
de réfléchir vers nous une lumière 
fenfible , qui peut arriver jufqu'à 
notre atmofphére , comme on l'a 
vu plus haut, & qui peutêtre une 
caufe fuflîfante de notre Phénomè- 
ne. 

5. L'Auteur vient enfuite à l'hy- 
pothéfe des glaces Se des neiges de 
la zone polaire, pour la formation 
de l'aurore boréale , Se à l'opinion 
qui rapporte ce Phénomène à la 
matière magnétique. 11 réfute l'une 
Se l'autre par plufieurs raifons qui 
paroiflent très - convaincantes , Se 
aufquelles , pour abréger , nous 
renvoyons le Lecteur. 

6. A propos de ces glaces Se de 
ces neiges , l'Auteur nous parle de 
quelques Phénomènes dépendans 
de celles qui couvrent les Pays voi- 
fins du pôle. Telles font les gran- 
des montagnes du Spitzberg qui 
paroilîent d'un beau bleu , ainh 
que la neige , qui eft fortlumineufe 
au delïus des nuages , où les vérita- 
bles rochers paroiflent tout en feu, 
& le Soleil n'y donne qu'une lueur 
pâle , &c. au rapport de Frederit 
Martens. 

M. de Mairan feroit fortdifpofc 
à croire que ces Phénomènes joints 
aux grands crépufcules du Nord 
ont quelquefois été confondus avec 



aoo JOURNAL DE 

l'aurore boréale, lorfqu'elle a com- 
mencé à reparoître dans nos cli- 
mats ; &c les curieufes recherches 
qu'il a faites fur ce fujet , &c dont 
il nous fait part ici , l'ont confirmé 
dans cette penfée. Il ne difconvient 
pas que l'aurore boréale ne foit 
plus fréquente dans les terres arcti- 
ques , qu'en Allemagne & en 
France ; mais il faut fe relTouvenir 
aulïî des Phénomènes a(Tez com- 
muns dans le Nord ,& affez reiîem- 
blans à l'aurore boréale pour en 
impofer à des Obfervatcuis peu 
exacts ou peu inltruits , qui les au- 
ront prispour elle, fans qu'elle y fût 
mêlée.Tel cft,parexemple,ce grand 
crépufcule qui éclaire un air grof- 
ficr. Tel pourroit être encore ce 
grand cercle blanc horizontal dé- 
crit par Olaus-Magnus , ( dans fon 
Hiftoire des Pays Septentrionaux ) 
lequel cercle en contient un autre 
qui eft noirâtre, & eftfurmonté de 
trois ou quatre autres petits qui 
femblent imiter le Soleil Si font 
diverfement colorés. 

Il paroît vraifemblable à M. de 
Mairan que notre Phénomène ait 
eu fes intervalles & fes reprifes 
dans les Pays Septentrionaux com- 
me dans les autres, toutes propor- 
tions gardées ; & c'eft de quoi il fe 
perfuade d'autant plus,qu'il appro- 
fondit davantage cette queftion. 



S SÇAVANS, 

En effet , il n'y a pas 30 ans que les 
aurores boréales font fréquentes en 
Dannemark ( dit notre Auteur 
d'après une Lettre écrite de ce 
Pays-là par M. le Comte de Plélo; ) 
maintenant elles y font fi fréquen- 
tes qu'on n'y fait plus d'attention. 
L'Auteur pour conftater la vérité 
de ces ceflations & de ces reprifes 
de l'aurore boréale même dans le 
Nord , produit une preuve affez 
convaincante, qu'il tire d'une com- 
paraifon du tems où vivoient les 
Hiftoriens qui ont parlé du Phéno- 
mène ou qui n'en ont rien dit , 
avec le tems de fes celTations ou de 
{es reprifes. C'eft ce qu'il exécute 
par rapport à ce qu'en ont écrit la 
Peyrère, l'Auteur d'une Chronique 
Iflandoife , Thormode Torf ', Peder- 
Clauftn , Jean Wood & Linfchot f 
dont il difeute les récits avec gran- 
de exactitude, comparant l'âge des 
Ecrivains avec les différentes épo- 
ques de l'apparition du Phénomè- 
ne : & il conclut de tous ces faits 
bien examinés, qu'il n'y a rien dans 
tout cela qui puiffe le moins du 
monde favorifer la prétendue per- 
pétuité de l'aurore boréale dans les 
Pays Septentrionaux. 

Nous renvoyons au prochain 
Journal les trois dernières Sections 
de cet Ouvrage. 






avril; 1754: 



soi 



CRONICON GOTWICENSE , SEU ANNALES LIBERI ET 
cxempti Monafterii Gotwicenfis Ordinis S. Bencdicti inferioris Au- 
ftrix< C'eft - à - dire : La Chronique de Gotiueic i ou Annules du Mona- 
ftere de Gofweic , de l'Ordre de S. Benoît } dans la baffe Autriche. Tome 
Préliminaire. De l'Imprimerie du Monaftere de Tegernéetis , Ordre 
de S. Benoît. 1731. in- fol. Tome I. pag. 800. fans les planches gravées 
& les Cartes Géographiques qui font en grand nombre. 



LE S Chroniques de Gotweic , 
dont l'Ouvrage duquel nous 
allons rendre compte , n'eft qu'un 
Préliminaire , feront compofées de 
deux Volumes in-folio. Le premier 
Volume contiendra les Annnales 
de l'Abbaye. Elles feront précé- 
dées d'une Hiftoire abrégée de la 
balle Autriche : M. l'Abbé de Got- 
Weic traitera enfuite de la fondation 
de ce Monaftere , du bienheureux 
Ateman qui en eft le Fondateur , il 
palTera à l'Hilloire de chaque Ab- 
bé , dont il s'engage de faire con- 
noître les bonnes Se les mauvaifes 
qualitez fans aucune partialité. Ce 
qui rendra , ajoute t-il , cette Hi- 
ftoire plus intcrciTantc pour ceux 
qui ne fontpas % curieux d'approfon- 
dir l'Hiftoire d'un Monaftere par- 
ticulier , c'eft que l'Auteur y join- 
dra un grand nombre de traits pour 
l'Hiftoire de l'Autriche. Il ne s'ar- 
rêtera point aux faits généraux qui 
font d'ailleurs allez connus , mais 
il s'attachera à certains faits particu- 
liers qu'il tirera des Diplômes , des 
Chartres , des Lettres , & d'autres 
Monumens qui ont été jufqu'à pre- 
fent renfermés dans les Chartriers 
ou dans les Bibliothèques. 

Le fécond Volume de cette 
Chronique contiendra les preuves 



des fiits rapportés dans le premier 
Volume. Ces preuves feront, à ce 
qu'on aflure , au nombre de plus de 
mille trois cens Pièces , qui font 
desBulks de Papes , des Diplômes 
d'Empereurs, de Rois , d'Arche- 
vêques , d'Evêques , de Ducs ] de 
Marquis , de Comtes , & de Char- 
tres entre des particuliers comme 
font des Tcftamens, des Donations 
entre-vifs Si à caufe de mort , des 
Jugemens, des Enquêtes , &c. M. 
l'Abbé deGotWeic annonce auxju- 
rifconfultes que ces Pièces leur fe- 
ront très - utiles pour remonter à 
l'origine du Droit Germanique , 
tant pour le Droit Public,que pour 
celui des particuliers , &c qu'ils y 
pourront découvrir la caufe de 
cette diveriîté d'ufages qui fe font 
introduits dans les différentes par- 
ties de l'Allemagne. Il eft auflî per- 
fuadé que les fceaux qu'on trouvera 
gravés dans ce fécond Volume , fe- 
ront beaucoup de plaifir à ceux qui 
fouhaiteront de fe rendre habiles 
dans l'art héraldique par rapport à 
l'Allemagne , fur-tout par rapport 
à l'Autriche. 

Mais comme ces anciens Monu- 
mens font le fondement de tout 
l'Ouvrage , & qu'il pourroit y 
avoir des perfonnes qui ne feroient 



soî JOURNALD 

point en état de juger par elles-mê- 
mes de ces Pièces , parce qu'elles ne 
font pas inftruites de la manière 
dont on peut diftinguer les Char- 
tres fauffes d'avec les véritables , &c 
qu'il y a même des perfonnes à qui 
ces anciens Monumens paroi lient 
des Pièces fufpectes , l'Auteur a cru 
devoir faire précéder fa Chronique 
de GotWcic de ceVolume Prélimi- 
naire 3 qu'il a divifé en deux Paities 
pour n'en point taire un Volume 
trop épais. C'eft un Traité de la Di- 
plomatique dans le goût de celui 
du Pcrc Mabillon. 

L'Auteur fait un grand éloge de 
cet Ouvrage du Père Mabillon , 
&c il fe le propofe pour modèle. 
Mais le premier n'ayant parlé que 
des Diplômes des Rois Méro 
vingiens & Carlovingicns , & 
feulement de ceux des Diplô- 
mes de ces Princes qui regar- 
doient la France ; on ne peut «n 
tirer des règles par rapport aux Di- 
plômes qui concernent l'Allema- 
gne depuis le règne de Conrad I. 
Roi de Germanie. M. Hert Jurif- 
confulte de Heffe avoit donné en 
1700. une Differtation fur cette 
matière imprimée au fécond Volu- 
me de fes Opufcules : elle a pour 
titre de fi.de Diplornamm Germants. 
lmycra,iornm & Regum. Quoiqu'il y 
ait dans cette Differtation des re- 
marques utiles au jugemcntde no- 
tre Auteur , il croit que M. Hert 
n'avoit point vu allez de Diplômes 
ou d'anciennes Chartres pour pou- 
voir fatisfaire le public fur ce fujet. 
M. l'Abbé de Gotweic porte à peu- 
près le même jugement de la Thé- 



ES SÇAVANS, 

fe que M. Engelbrecht a foùrenue 
fur le même fujet en 1703. à l'égard 
des Mémoires particuliers qui ont 
été faits pour foûtenir quelques 
Diplômes , dont on avoit attaqué 
l'authenticité dans des affaires parti- 
culières pendantes dans les Tribu- 
naux de l'Empire , on en peut tirer 
des règles pour la connoiffance de 
la Diplomatique. Mais ces règles ne 
font pas fuffifantes pour former un 
Syftême complet. Ce qui a fait fou- 
haiter à M. Ludewig , que quelque 
Sçavant entreprit un Traité de l'Art 
Diplomatique pour l'Allemagne , 
qui fut même plus étendu que ce- 
lui que le Père Mabillon a donné 
pour les Diplômes des Rois Méro- 
vingiens & Carlovingiens. 

Notre Auteur eft perfuadé que 
l'érude des règles pour difeerner 
les faux Diplômes des véritables, 
cil: d'autant plus necelTaire que 
depuis qu'on a fait une étude en 
Allemagne de ces anciens Monu- 
mens , on a imprimé en differens 
Recueils un grand nombre de Pie- 
ces fauffes. Il cite pour exemple le 
Recueil des Conftitutions Impé- 
riales de Goldaft. Cet Auteur trop 
crédule & peu verfé dans la Criti- 
que , a inféré dans fa Compilation 
tant de Pièces dont les unes font 
très-lufpecles & les autres abfolu- 
raent fauffes , que fon peu d'exac- 
titude tait naître des foupeons mê- 
mes par rapport à celles qui font les 
plus authentiques. 

Cette nouvelle Diplomatique 
Germanique cft divifée en quatre 
Parties. Dans la première l'Auteur 
parle des anciens Manufcrirs en gé- 
néral. 



A V R 

néral. Il donne dans la féconde 
Partie des Diplômes des Empe- 
reurs & des Rois de Germanie de- 
puis Conrad I. jufqu'à Frédéric , & 
il fait des Obfervations fur chacun 
de (es Diplômes. Il parle dans la 
troifiéme Partie des Palais d'où 
font datés les Diplômes de ces 
Princes 8c des lieux où ils tenoient 
leurs Cours : on voit dans la qua- 
trième Partie les differens Pays ou 
Cantons dans laquelle l'Allemagne 
êtoit divifée dans le tems que re- 
gnoient les Princes dont les Diplô- 
mes font rapportés dans la féconde 
Partie. 

Comme la première Partie eft 
fort courte , & qu'elle ne contient 
point de chofes auflî fingulieres 
que les trois fuivantes ; nous allons 
joindre au plan général de l'Ouvra- 
ge un précis delà première Partie , 
nous réfervant à parler des trois au- 
tres dans le Journal fuivant. 

M. l'Abbé de Gotweic commence 
par faire voir qu'il eft très-utile aux 
Sçavans , fur-tout à ceux qui s'ap- 
pliquent à l'étude de l'Hiftoire, de 
laThéologie & de lajurifprudence, 
de s'inftruire de ce qui concerne 
les Manufcrits,d'en connoître l'âge, 
& de fe mettre en état de juger 
quelle foi on doit ajouter à chacun 
de ces Monumens qui font enfer- 
més dans les Bibliothèques. Il eft 
vrai qu'il y a des Auteurs qui pré- 
tendent que ces recherches font in- 
utiles , & que les caractères ne 
peuvent faire juger ni de l'âge du 
Mf.ni de l'authenticité de l'Ouvra- 
ge. Mais ce font là , dit notre Au- 
teur , des artifices employés pat 
Avril, 



I L ; i 7 j 4: 20$ 

des Ecrivains jaloux " y qui pour 
ôter aux plus fameux Monafteres 
l'honneur d'avoir confervés d'an- 
ciens Manufcrits , veulent les faire 
regarder comme des papiers inuti- 
les. Il ajoute qu'on ne peut donner 
fur cette matière de démonftra- 
tions Mathématiques , & qu'il faut 
quelquefois s'abandonner à des 
conjectures , fur- tout pour les plus 
anciens Manufcrits , mais que du 
moins chaque fiécle a fon caractère 
particulier qui fait qu'on peut fixer 
à peu près le tems de chaque Ma- 
nuferit. Pour ce qui eft du Syftême 
que le Père Hardouin a publié dans 
plufieurs de fes Ouvrages , en fai- 
fant parler un Septique , qui pré- 
tend qu'à l'exception deCiceron , 
de Pline , des Georgiques de Vir- 
gile , des Difcours & des Epîtres 
d Horace, & de quelques Infcrip- 
tions , tout ce qu'on nous donne 
pour des Ecrits anciens , font des 
productions du 1 j e fiécle , qu'on a 
imaginés dans ce tems-là des carac- 
tères qu'on a voulu faire pafler pour 
anciens , Se qu'on a inventé des 
Langues qu'on n'a jamais parlé, 
l'Auteur n'a pas cru devoir le réfu- 
ter. Il fe contente de renvoyer ià- 
deffus fes Lecteurs à M. de la Croze 
& à la Préface que M. Hikes a mis 
à la tête de fon Tréfor des Langues 
Septentrionales. 

Après cette Diflertation l'Au- 
teur vient à ce qu'il appelle l'exté- 
rieur des Manufcrits, c'eft-à-dire, 
aux différentes matières fur lefquel- 
les on a écrits en differens tems ou 
en differens Pays, à ce que l'on em- 
ployoit pour écrire , le ftile 3 le ro- 
Dd 



â04 JOURNAL D 

feau&la plumc,à la liqueur dont on 
fefervoit, à la diverfité des caractè- 
res , foit en differens tems , foit en 
differens Pays, à la manière d'écrire 
les Chartres toujours plusirrégu- 
lieres que celle de copier desLivres 
qui fe faifoit avec beaucoup plus 
de foin Se de travail , l'ufage de 
mettre les Livres en rouleau ou de 
les relier. Notre Auteur fait aufll 
mention des diftinctions des Cha- 
pitres & des articles, des différentes 
notes qu'on voit dans les Manuf- 
crits, de la date qu'on trouve dans 
quelques Manufcrits & plufieurs 
autres remarques qui feront plaifir 
à ceux qui n'ont pas lu différentes 
Differtations faites fur cette matiè- 
re } ou qui les ayant lus , voudront 
s'en rappeller les points principaux. 
Pour apprendre à connoître l'â- 
ge des Manufcrits , l'Auteur a fait 
graver quelques lignes des Manuf- 
crits de differens fiécles , &C de ceux 
de chaque fiecles dans lefquels il 
lui a paru quelque chofe de fingu- 
lier. Tous ces exemples font tirés 
de Manufcrits confervés dans les 
Bibliothèques d'Allemagne. Les 
premières planches font pour les 
Manufcrits que l'Auteur croit plus 
anciens que le neuvième fîécle. Il y 
a enfuite des planches particulières 
pour les fiécles fuivans , jufqu'au 
douzième , pour lequel l'Auteur 
fe contente de faire quelques Ob- 
fervations, de même que pour le 
treizième fiécle. 

Il faut voir ces planches, même 
plufieurs fois dans le Livre & y 
joindre les Obfervations de l'Au- 
teur , fi l'on veut profiter de cet 



ES SÇAVANS, 

Ouvrage pour connoître par foi- 
même l'âge des Manufcrits , fui- 
vant le Syftême de M. TAbbé de 
Gotweic.il en eft de même des dif- 
ferens caractères gothiques dont 
lAuteur donne l'alphabet avec 
l'explication. Les premiers font les 
caractères appelles Runiques , les 
féconds les caractères appelles 
d'Ulphilas , & les troifiémes & les 
plus recens font ceux aufquels on 
adonné le nom de caractères Go- 
thiques Monachaux. 

Notre Auteur a pouffé l'exacti- 
tude jufqu'à rapporter des modèles 
de Lettres initiales ornées de chif- 
fres , de fleurs d'animaux à quatre 
pieds, d'oifeaux., de poiffons. Il y en- 
a aufli des Mfs. où une figure hu- 
maine fait la lettre initiale. Par ex. 
dans un article d'un Manufcrit du 
onzième fiécle , où il y a plufieurs 
figures qui font les lettres initiales 
à un des articles qui commence in 
diebus Mis. C'eft la figure du Sau- 
veur du monde qui tient un rou- 
leau où font écrits ces mots relegas 
in dieb 9 Mis , qui forme la lettre /. 

Dans un autre Manufcrit du mê- 
me fiécle qui a un article qui com- 
mence par ces mots Johanms ChrU- 
flo. Il y a une figure humaine de- 
puis les pieds jufqu'au col , fur le- 
quel il y a une tête d'aigle qui for- 
me la lettre J , & qui reprefente 
S. Jean l'Evangelifte , dont il eft 
parlé dans cet article. Les Manuf- 
crits d'Allemagne de ces fiécles 
font auffi ornés d'autres mignatu- 
res qui font au commencement ou 
à la fin des Livres. Si le deffein 
n'en eft pas foit régulier les cou- 



A V R I 

leurs en font encore vives. Plu- 
sieurs de ces figures de même que 
les lettres initiales font ornées de 
lames très-fines d'or ou d'argent. 

On avoit foin dans le onzième 
fiécle de marquer les notes pour 
les Livres d'Eglife. L'Auteur a fait 
graver quelques lignes d'un Livre 
d'Eglife ainfi noté. Ces notes font 
toutes fur la même ligne au-deflus 
des mots , mais chaque ton eft mar- 



£ i I 7 3 4 ; 20J 

que par un cara&efô particulier. Il 
y en avoit qui employoient des let- 
tres pour marquer ces differens 
tons. A l'occafion des Manufcrits 
qui font ainfi notés l'Auteur fait 
une Differtation fur les chants d'E- 
glife depuis S. Grégoire jufqu'au 
tems du Moine Aretin, qu'on re- 
garde comme le Rcftaurateur du 
plein- chant. 



TRAITE' DE LA COMMUNAUTE' ENTRE MARI ET 

femme } avec un Traité des Communautés, oh Societez. tacites ; par Maî- 
tre Denis le Brun , Avocat au Parlement , Ouvrage pojlhume donné d'a- 
bord au public par les Joins de Louis Hideux , Avocat au Parlement* 
Nouvelle édition , augmentée conjidcrablement de nouvelles "Dicifïons & de 
Notes Critiques , par M c *** & M e *** , Avocats au Parlement. A 
Paris, chez Claude Robuftel } rue' S.Jacques. 1735. in -fol. pp. 648. 
pour le Traité de la Communauté entre mari & femme , pp. 58. pour 
le Traité des Communautez ou Societez tacites. 



QU O I Q.U E ce Traité n'ait 
point été auffi eftimé que ce- 
lui des Succédions du même Au- 
teur , il n'a pas biffé que d'être re- 
cherché , parce que c 'eft l'Ouvrage 
le plus complet qui ait paru jufqu'à 
prefentfur cette matière importan- 
te du Droit François. Les additions 
qui ont été faites à cette nouvelle 
Edition font de trois efpeces diffé- 
rentes , les unes ne font que des re- 
flexions pour fortifier les moyens 
dont s'étoit fervi M. le Brun pour 
foûtenir fes Décifions , ou pour les 
rendre plus claires , les autres con- 
tiennent les décifions des Au- 
teurs des additions fur quelques 
queftions qui pouvoient naturelle- 
ment entrer dans le plan de M. le 
Brun a dans quelques autres les 



Auteurs des additions ont pris un 
avis contraire à celui que M. le 
Brun avoit embrafle. La plupart de 
ces nouvelles obfervations font ap- 
puyées d'Arrêts du Parlement de 
Paris rendus dans les derniers tems, 
particulièrement de ceux qui font 
rapportés dans le Recueil des Ar- 
refts notables de M. Augeard. 

Ces augmentations n'ont point 
été faites de concert entre les deux 
Auteurs qui y ont travaillé -, ce ne 
font pas non plus des notes qui 
ayent été répandues par chacun 
d'eux en differens endroits des qua- 
tre Livres dont ce Traité eft com- 
pofé. Les notes fur le premier Livre 
font de la même main. L'Auteur 
qui eft connu par d'autres Ouvra- 
ges, ayant été chargé d'affaires qui 
Ddi) 



âo6 JOURNAL DE 

l'ont empêché de fuivre le Barreau 
& de continuel les obfervations ; 
celles qui ont été faites au fécond , 
au troifiéme &c au quatrième Livre 
viennent d'un autre Avocat, qui a 
donné au public d'autres Ouvrages 
de Jurifprudence , mais fur une 
matière toute différente. Pour que 
les Lecteurs distinguent plus aifé- 
ment le fond de l'Ouvrage d'avec 
les additions , on a eu foin démet- 
tre des marques particulières à 
l'endroit où commencent & à ce- 
lui où finiffent les augmentations &c 
les Notes Critiques. Parla on rend 
à l'Auteur du Traité & à ceux qui 
ont compofé les additions toute la 
juStice qui leur eft dûë. Mais on a 
peut - être point eu aSîez d'égard 
dans la distribution de cette nouvel- 
le Edition à la commodité des Lec- 
teurs. Chaque Chapitre , & même 
chaque Section & chaque distinc- 
tion du Traité de la Communauté 
eft divifé en articles marqués par 
dès nombres particuliers. La plu- 
part des nouvelles additions for- 
ment des articles avec des chiffres , 
de manière qu'il ne fera pas tou- 
jours aifé de trouver dans la nou- 
velle Edition , les citations faites 
fur la première Edition de cet Ou- 
vrage. On avoit évité cet inconvé- 
nient dans les nouvelles Editions 
des Oeuvres de Ricard où les addi- 
tions ne changent point le numéro 
ancien des articles. 

Voici quelques exemples des ad- 
ditions. Nous en rapporterons du 
premier &c du fécond Livre , afin 
qu'on en voye ici des deux Auteurs 
des augmentations. 



S SÇAVANS, 

Dans le Chapitre fécond du pre- 
mier Livre où M. le Brun examine 
fur quelle Coutume on fe règle 
pour le Droit de Communauté , il 
n'avoit point parlé de la queftion , 
s'il y a Communauté entre deux 
Conjoints étrangers qui fe marient 
fans avoir Stipulé de Communauté 
dans une Coutume où elle a lieu. 
L'Auteur des additions traite cette 
queftion avec étendue. Renufîbn , 
dans fon Traité de la Commu- 
nauté , Si la Lande , croyent que 
la Communauté ne doit point 
avoir de lieu en ce cas , parce que 
l'étranger étant privé de tous les 
avantages des Regnicoles , ne doit 
pas participer aux bénéfices des 
Coutumes dont les difpofitions ne 
font pas fondées fur le Droit des 
Gens , mais fur un ufàge qui eft 
purement du Droit François dans 
l'on origine.On cite pour confirmer 
cet avis deux Arrefts , l'un du S 
Janvier 1631. l'autre du 29 Mars 
1640. l'Auteur de l'addition foû- 
tientau contraire que dans ce cas il 
y a Communauté entre les deux 
Conjoints étrangers. La raifon qu'il 
en rend eft que la focieté des biens 
entre les Conjoints eft une fuite 
naturelle de celle qui fe contracte 
par le mariage entre les parties - , que 
les profits de la Communauté vien- 
nent de leur travail ou de leurœco- 
nomie mutuelle , qu'ainfi cette 
Communauté eft fondée fur un 
principe de Droit Commun,& non 
fur unDroit particulierauxFrançois", 
qu'elle a même lieu en plufieurs 
Pays hors de la France. 11 ajoute^ 
que la capacit» qu'ont les étranger* 



A V R I 

dé contracte* mariage en France , 
emporte avec elle celle de contrac- 
ter fuivant h Coutume du lieu, 
qui n'en cil qu'un accefloire. Com- 
me lacapacité de poffeder des Fiefs 
emporte , par rapport à l'étranger, 
le droit de joiiir de tous les droits 
féodaux,entre lefquels il y en a qui 
font purement de Droit Coûtu- 
mier , & qu'il n'y a point de diffé- 
rence entre une convention expref- 
fe pour établir la Communauté en- 
tre Conjoints étrangers que tout le 
monde reconnoît valable , & la 
ftipulation tacite , qui refulte de 
la difpofition de la Coutume. Il y 
en a une difpofition dans l'article 
31 2. de la Coutume d'Orléans , & 
c'eft l'avis qui a été embrafTé par 
Baquet , par Auzanet& par l'Au- 
teur des Notes fur Dupleifis. On 
joint à ces raifons & àcesautoritez 
un Arreft du 23 Février 163 3. rap- 
porté par Bardet. 

Sur le Chapitre fécond du Livre 
premier , diftinction 4 , où il s'agit 
des rentes par rapport à la Com- 
munauté d'entre les Conjoints , 
l'Auteur fe propofe la queftion à 
quelle Coutume il faut avoir égard 
pour fçavoir fi une rente échue à 
l'un des Conjoints par fucceffion 
cft réputée meuble ou immeuble à 
l'effet d'entrer ou de ne point en- 
trer dans la Communauté , quand 
on n'a point ftipulé que tout ce qui 
échoiroit à l'un des Conjoints lui 
tiendroit nature de propre. Il déci- 
de qu'en ce cas , ce n'eft pas la 
Coutume du Domicile de celui par 
la fuccelfion duquel la rente eft 
échue, qui doit fervir de règle, 



£ ; 1754* 207 

parce que quand la renîë eft défe-? 
rée à l'héritier par la fucceffion , 
c'eft la Coutume à laquelle l'héri- 
tier eft fujet qui détermine la na- 
ture de ce bien quirefide en la per- 
fonne du Créancier 3 Se qui doit 
par confequent être régi , comme 
un droit perfonnel , par la Coutu- 
me du Domicile des Conjoints. 
L'Auteur exclut le Domicile qu'a- 
voient les Conjoints lors de leur 
Contrat de mariage -, parce que dès 
que le domicile actuel du Créan- 
cier détermine la nature de la ren- 
te , il doit auffi déterminer fi elle 
entrera , ou fi elle n'entrera pas 
dans la Communauté. S'il falloir 
s'en rapporter à la Coutume du 
Domicile au tems de la célébration 
du mariage, il faudroit feindre que 
le Conjoint auroit pofledé la rente 
avant qu'elle lui fut échûë. 

Voici le précis d'une des Notes 
fur le Chapitre premier du fécond 
Livre. C'eft une maxime certaine 
qu'une fille ou une veuve fiancée 
peut s'ebliger valablement fans au- 
torifation de fon fiancé. On n'ex- 
cepte de cette règle que les Coutu- 
mes qui ont une difpofition con- 
traire. Mais à quelle Coutume 
faut- il avoir égard en ce cas î C'eft' 
une queftion que le Brun n'a point 
décidée. L'Auteur des additions en 
fait dépendre la décifion de la ma- 
nière dont eft conçue la difpofition 
de la Coutume. Si la difpofition 
qui défend à la fiancée de s'enga- 
ger , comme lui paroît être celle 
delà Coutume d'Artois , eft pure- 
ment perfonnelle , la fille fiancée 
qui eft foûmifc à cette Coutume ne 



iôS JOURNAL D 

peut obliger fans autorifation non 
feulement les biens qu'elle a dans 
cette Coutume , mais encore ceux 
qui lui appartiennent dans d'autres 
Coutumes qui n'ont pas de difpofi- 
tion femblable. Si la difpofition de 
la Coutume eft conçue d'une ma- 
nière qui la rende plus réelle que 
perfonnelle ( telle eft félon l'Au- 
teur celle de Sedan ) elle ne s'étend 
point fur les biens fitués dans les 
Coutumes qui n'exigent point que 
îa fiancée foit autorifée pour con- 
tracter valablement. L'article 447 
de la Coutume de Bretagne paroif- 
fant à l'Auteur être relatif à la 
Communauté , il en conclut que 
la fiancée n'a befoin d'autorifation 
en Bretagne pour la validité de l'o- 
bligation fans autorifation du fian- 
cé , que quand la Communauté eft 
régie par cette Coutume. 

Ricard décide dans fon Traité 



ES SÇAVANS; 

des Donations qu'une femme dont 
le mari eft mort civilement n'a pas 
befoin d'autorifation même en ju- 
ftice pour s'obliger valablement , 
parce que l'autorifation en jufticc 
n'étant que l'image de celle qui fe 
feroit faite par le mari , elle eft inu- 
tile quand le mari n'eft plus en état 
d'autorifer lui-même. Le Brun eft 
d'avis contraire , & il cite pour fon 
fentiment un Arreft rapporté par 
Brodeau fur M. Louet. L'Auteur 
des additions embraiTe le fentiment 
de Ricard contre le Brun. Il fe 
fonde fur ce que la mort civile ne 
donne point d'atteinte aux liens du 
mariage quant aux effets du Sacre- 
ment , mais qu'elle les détruit tous 
quant aux effets civiles. Il montre 
enfuite que l'Arreft rapporté par 
Brodeau n'a point jugé cette que*» 
ftion- 



GALUJE ANTIQUITATES QUIDAM SELECTE IN PLURES 

Epiftolasdiftnbutx. Pariliis, fub Oliva Caroli Ofmont , via San Jaco- 
bxL 1733. C'eft-àdirc : Recueil de quelques AntiquiteT^chtifies , qui fe 
trauvent en France , & dont on rend compte dans pl/tfîeurs Lettres. A Paris, 
chez Charles Ofmont , rue S. Jacqucs> à l'Olivier. 1733. //7-4 . pp. 175. 
planch. détach. 2. 



L'AUTEUR de ce Recueil 
eft M. le Marquis Scipion 
MafTei , fi connu déjà dans la Re- 
publique des Lettres par fon com- 
merce littéraire avec la plupart des 
Sçavans de l'Europe , & par divers 
Ouvrages qui ont fait grand hon- 
neur à fon goût 5c à fon érudition , 
fur-tout en matière d'Antiquitez. 
C'eft de quoi principalement il 
s'agit encore dans ce Volume. Il 



contient 25 Lettres de l'Auteur 
prefquc toutes Latines , adreifées à 
autant de perfonnes de divers Pays, 
diftinguées par leur Littérature, 
Cette Collcâion d'Antiquitez eft 
dédiée au Roi par une Epître écrite 
en vers Latins , où l'on s'apperçoit 
que l'Auteur prend à tâche d'imiter 
le tour poétique de Virgile &la 
variété de la cadence employée par 
ce Poë'te incomparable. On pourra 



A V R I 

jUger de cette conformité de véri- 
fication par ces 4 vers, où M. le 
Marquis MafTei décrit ces Infcrip- 
tions anciennes écrites gvrpo<p*rôv , 
c'eft- à-dire dont une premiercligne 
va de la droite à la gauche , puis 
une féconde de la gauche à la droi- 
îe Se ainfi alternativement. 

Mulu etiam , ( tabula: ) curfum ta 
quibus ambiguum, atque recurfum 

dllterni verfns incunt ' revolutaque 
rnrfus 

OccHrritfpatio adverfoftbi littera , nt 

olim 
Converti exercent xerram tonfuevit 

arator. 

On pourra mieux décider enco- 
re cette reffemblance de ftile entre 
le Poète de Mantoiie Se celui de 
Vérone ( c'eft M. le Marquis Maf- 
fei ) par cette fuite de vers , où ce- 
lui-ci compare les recherches in- 
fructueufes d'un Antiquaire , qui 
parcourt les régions les plus recu- 
lées fans y rien découvrir , avec les 
courfes inutiles d'un Chafleur , qui 
rectu Se haraffé , revient chez lui 
les mains vuides. Cette comparai- 
fon commence au fécond vers de 
h quatrième page par ces mots, Ut 
venator , inaltis, Sec. Du refte nous 
pouvons aiTurer en général que la 
Latinité de l'Auteur fait fentir dans 
fa profe le même tour Se la même 
élégance qu'on vient de remarquer 
dans fa Po'éfie. 

Les 25 Lettres de ce Recueil 
nous offrent 1 50 Infcriptions anti- 
ques , prefque toutes choifies , & 



£» '75 4' aô$ 

trouvées en France } parmi îefquel« 
les on peut en compter près de 
cent qui doivent avoir toute la 
grâce de la nouveauté , n'ayant ja- 
mais paru jufques ici. Rien n'eft 
plus ordinaire , que de voir des 
étrangers qui voyageant unique- 
ment en vue de faire des découver- 
tes de ce genre , y réuffiffent au 
point de retourner chargés de ces 
fortes de richeffes , échappées juf- 
qu'alors aux gens du Pays , à qui 
elles étoient abfolument inaon- 
nue's. Ces Infcriptions parmi lef- 
quelies il y en a quelques - unes 
d'Afrique Se d'Italie , mais en fort 
petit nombre ; font prefque toutes 
rangées fous les diverfes clafTes qui 
leur conviennent , fuivant qu'elles 
font Géographiques , Militaires, 
Poétiques , Chrétiennes , &c. 
Comme nous ne pourrions les faire 
ici connoître toutes en détail, nous 
nous arrêterons feulement à celles 
qui nous paroîtront les plus re- 
marquables par quelque fingulari- 
té. L'Auteur ne s'eft point amufé à 
expliquer toutes les Infcriptions 
qu'il nous communique. Mais il 
s'eft propofé fur-tout d'y développer 
certaines difficultez qui n'avoient 
point été encore éclaircies. 

Dans la première Lettre addrefféc 
de Vérone au Baron de Bimard } M. 
le Marquis Maffei à propos de 
quelques Infcriptions , examine 
une queftion curieufe Se difficile 
qui confifte à fçavoir pourquoi 
dans ce qu'on appelle chez les Ro- 
mains congé honorable d'un Soldat 
(honefta inijfio ) , on y faifoit tou- 
jours le Soldat Citoyen Romain , 



flrô JOURNAL D 

quoiqu'il eût déjà fervi 25 ans dans 
quelque Légion , où il n'avoit pu 
certainement avoir entrée fans être 
déclaré tel auparavant. L'Auteur 
eft perfuadé que cette première dé- 
claration n'étoit accompagnée 
d'aucun acte expédié au Soldat } 
qui ne le recevoit que lorfqu'après 
2 5 ans de fervice on lui accordoit 
fon congé. Il en allègue une autre 
raifon tirée des mariages de ces mê- 
mes Soldats , Se qu'il explique 
avec beaucoup d'étendue Se d'éru- 
dition , comme on peut le voir 
dans la Lettre même. 

Il y rapporte encore une belle 
ïnfeription Gréque , de la Ville de 
Bérénice , & qui eft confervée à 
Aix dans le Cabinet de M. le Bret 
premier Préfident de cette Ville- 
ià. L'Auteur l'avoit déjà publiée un 
an auparavant dans une feuille vo- 
lante avec la Traduction -, mais il 
en parle ici plus au long , ainfi que 
dans fa huitième Lettre , à laquelle 
nous renvoyons , pour un détail 
plus particulier. A la fuite de cette 
Ïnfeription en vient une autre écri- 
te en Dialecte Dorique , Se qui eft 
un Décret par lequel le peuple de 
Gèle en Sicile décerne une couron- 
ne d'olivier au Gymnafiarque Hé- 
raclide , en recompenfe de fon at- 
tention à maintenir le bon ordre 
dans le Gymnafe ou le lieu d'exer- 
cice commis à fes foins. M. le Mar- 
quis Maffei a fait graver à la fin de 
cette Lettre deux Médailles , dont 
on n'avoit eu jufques ici nulle con- 
noiflance , Se dont il nous donne 
l'explication dans la Lettre qui 
fuit. 



ES SÇAVANS, 

Elle eft écrite de Turin au célè- 
bre M. J. Alberr Fabricius , & M. 
le Marquis Maffei nous y expofe 
fes reflexions , fur ces deux Mé- 
dailles (î rares , dont l'une eft de 
Tarcondimotiis Roi de Cilicie, dont 
piufieurs anciens Auteurs font men- 
tion : Se l'autre eft de Mufa Reine 
de Bithynie. Il employé cette der- 
nière à la correction d'un paffage 
de Salufte , qui eft corrompu dans 
toutes les Editions } où on lit Nyftt 
au lieu de Mufa, Se Regem au lieu 
de Regina. Pour juftiher les deux 
noms Romains Lucius Antomu% 
donnés fur la Médaille au Roi Tar- 
condtmotus , l'Auteur fait part en- 
core à M. Fabricius d'une autre 
ïnfeription , qui fe voit fur l'Arc 
de Sufe, laquelle perfonne n'avoit 
pu copier, & dont il a déjà donné 
l'explication ailleurs. Il y eftque- 
ftion d'un Ai. Julius Cottius fils du 
Roi Donnas , Se Préfet de quatorze 
Citez, nommées dans l'Infcription, 
Se de fept defquelles notre Auteur 
croit avoir découvert les noms mo- 
dernes ainfi que les lieux où habi- 
toient ces fept Peuples , incon- 
nus jufqu'à prefent aux Géogra- 
phes. 

Dans la troifiéme Lettre adreffée 
de Genève à M. Ba/krini y paroif- 
fent deux Infcriptions trouvées 
dans le voifinage de cette même 
V ille , Se où fe lifent les noms La- 
tins des deux Bourgs Aiitinodunum 
( Meudon ) Se Albmnnm \ ( Alby ) 
fur quoi l'Auteur hit quelques ob- 
fervations : Se dans fa quatrième 
Lettre écrite de Lyon à M. Fréret 
il lui communique deux ïnferip- 
tion* 



A V R I 

tions Latines trouvées dans cette 
Ville-là & qu'il lui explique ; après 
quoi il Jui parle de l'Infcription de 
Téméflihée qui fe voit auili dans la 
même Ville , que Spon ( félon lui ) 
a peu heureufement expliquée, & 
fur laquelle M. le Marquis propofe 
quelques conjectures. Sur la fin de 
fa Lettre , il fait mention de fon 
nouvel Ouvrage écrit en Italien , 
qui a pour titre Verona illuftrata , 
Se dont il allègue quelques articles 
ïînguliers , l'un concernant l'an- 
cienne écriture Gothique , Lom- 
barde , Saxone , Françoife , qu'il 
prétend n'avoir été que l'écriture 
courante Romaine ; l'autre tou- 
chant les anciennes Métropoles. 

Dans la Lettre fuivante écrite de 
Nifmes , l'Auteur fait part à M. le 
Nonce PaJJîonet d'une Infcription 
finguliere de cette même Ville, où 
font nommées à la fois trois Divi- 
nitezTopiques Némanfus, Vrnia Se 
Avicanms ; ce qui eftrare ( dit M. 
le Marquis MafTei ). Quant aux 
deux dernières , il les abandonne 
aux conjectures des Antiquaires. 
Pour le Dieu Némaufus , que quel- 
ques-uns font fils d'Hercule , & re- 
gardent comme le Fondateur de la 
Ville de Nifmes , à laquelle ils 
croyent qu'il a donné fon nom ; 
notre Auteur n'eft pasde leurfen- 
timent , & il fe perfuade que cette 
Ville ne doit l'on nom qu'à Né- 
manfus fontaine voiline , dont parle 
Aufone dans fon petit Poème des 
Villes célèbres. 

La Lettre fixiéme écrite de Nar- 
bonne au P. Montauz.an , ne lui 
préfente que des Infcriptions Sé- 
Avril. 



L » i 7 3 4. 2ir 

pulcrales au nombre de quinze 
parmi lefquelles la dixième mérite 
une attention particulière par la 
prodigieufe étendue de terrain 
qu'elle donne au Monument dont 
elle faifoit partie , &c qui ( félon 
M. MafTei ) avoit 3 25 pieds de face, 
fur 195 pieds de profondeur vers 
la campagne. 

Dans la Lettre fuivante , adref- 
fée de Toulon à M. le Chevalier 
Garelli , Bibliothécaire de l'Empe- 
reur, M. le Marquis MarTei , enre- 
connoiflàncc du prefent de plu- 
fieurs Infcriptions de pierres mil- 
liaircs qu'il avoit reçu de celui-ci 
le paye en mêmemonnoye, & lui 
en envoyé fept, toutes choifies; à 
l'occafion defquelles il débite fur 
cette matière une érudition recher- 
chée , ayant trouvé en parcourant 
le Languedoc jufqu'à 25 de ces 
pierres très-belles , dans l'efpace 
de 20 lieues : ce qui l'a mis en état 
de déterminer au jufte la mefure du 
mille Romain : fur quoi nous ren- 
voyons à la Lettre même. 

La huitième , écrite de Marfeille 
à M.Chisbull , contient un long & 
fçavant Commentaire fur l'Infcrip- 
tion Gréque de la Ville de Béréni- 
ce , que nous avons déjà indiquée 
plus haut. L'auteur y rapporte de 
plus une autre Infcription fembla- 
ble , qu'il a vue dans le même Ca- 
binet j mais dont la plus grande 
partie eft effacée. La première de 
ces deux Infcriptions commence 
par ces mots : Atino LV. menfis 
Phaophi die XXV. Tabernaculorum 
conventus tempore. Sur quoi M. 
M affei fait voir qu'il eft tort poffiblc 
Ee 



a , a JOURNAL DES SÇAVANS, 

que U fête des Tabernacles des 
Juifs tombât au vingt -cinquième 
du mois Phaoph : mais que pour 
cela , il faut renoncer à la préven- 
tion commune où l'on eft , que les 
Egyptiens ayent abandonné leur 
année mobile & rétrograde , pour 
y fubftituer l'année fixe des Ro- 
mains : & les quatre raifons qu'en 
allègue l'Auteur , & auxquelles 
nous renvoyons paroiflent éviden- 
tes. Les deux marbres chargés de 
ces Infcriptions ont été apportés 
de Tripoli de Barbarie , &c trouvés 
dans le lieu où étoit fituée l'ancien- 
ne Bérénice de Cyrénc 3 ce qui a dé- 
terminé l'Auteur à les attribuer à 
cette Ville-là. 

Quelques Sçavans prétendent 
au contraire qu'elles appartiennent 
plutôt à la Bérénice qui étoit aux 
confins de l'Ethiopie à l'extrémité 
de la haute Egypte -, & ils fondent 
cette prétention fur ce qu'on y lit 
le nom d'un mois Egyptien. Mais 
M. Maffei montre que cette raifon 
ne conclut rien en faveur d'une tel- 



voir fur la côte d'Afrique , où étoit 
la Bérénice Cyrénéenne. Les mê- 
mes Sçavans ont cru que l'Infcnp- 
tion ne devoir point être attribuée 
à la Ville dont il s'agit ; mais qu'el- 
le appartenoit à la Synagogue des 
Juifs établie dans cette Ville-là. 
L'Auteur foûtient que le décret 
tut promulgué par la Ville-même 
pour faire honneur au Préhder.t de 
la Province; & les différentes preu- 
ves qu'il en produit paroiflent fi 
fortes , qu'elles femblcnt mettre 
la chofe hors de doute. 

M. le Marquis Maffei , dans fa 
neuvième Lettre . écrite d'Avi- 
gnon , envoyé à M. l'Abbé Orfatta 
onze Infcriptions recueillies dans 
plufieursVillesdcs Provinces voifi- 
nes , Se fur lefquelles il lui com- 
munique quelques obfervations. Il 
y trouve , par exemple , que le 
culte d'Hippolyte déifié fous le 
nom de Virbms étoit paflé dans les 
Gaules ; que le mot penula ( man- 
teau , cafaque ) fe prenoit pour le 
comble, ou la voûte, ou lalanterne 



le hypothéfc , puifque la Cyrénaï- d'un Edifice [tholus ] : que les fa- 
que étoit contiguë à l'Egypte , & milles Carentia , Venujia Se Divia, 



que ces deux Etats avoient long- 
tems été aux mêmes Rois. A quoi 
il faut ajouter le peu d'apparence 
qu'il y a qu'on eût tranfporté ces 
deux marbres du fond de l'Egypte 
dans la Cyrénaïque , comme le 
fuppofent ces Sçavans : outre que 
ces Infcriptions faifant mention 
d'un Amphithéâtre, il n'eft pas 
vraifemblable qu'il fe trouvât de 
ces Edifices au-delà de Syené , fur 
les confins de l'Ethiopie ; au lieu 
qu'il n'étoit pas merveilleux d'en 



qui y font nommées , n'étoient 
point encore venues à fa connoiflan- 
ce. Il tait aufli quelques remarques 
fur deux Bourgs du Dauphiné qui 
portent le nom d'Aofte J & dans 
l'un defquels , fçavoir celui qui 
avoifine la Savoye , l'on rencontre 
plufieurs Infcriptions anciennes , ce 
qui lui paroît lingulier ; Se c'eft de 
quoi il s'efforce de découvrir la 
caufe. 

Dans fa dixième Lettre , adreflfée 
de Lyon à M. Abamjt , Bibliothc- 



A V R I 

Caire de Genève , il l'entretient de 
la neceflîté mdifpenfable où font 
les Antiquaires de procurer un nou- 
veau Recueil d'Infcriptions ancien- 
nes où elles foient rapportées plus 
fîdellement &c imprimées ou gra- 
vées plus correctement. Entre au- 
tres preuves de ces infidélitez de 
Copiftes , lefquelles régnent dans 
nos Recueils de ce genre , & fur- 
tout dans celui de Gruter , M. Maf- 
fei en produit une que lui fournit 
une Infcription d'Arles donnée par 
ce Colle&eur , chez qui elle paroît 
défigurée au point , qu'on y lit tout 
le contraire de ce qu'elle porte. De 
COMES RIP^E AN. I. Gruter en 
a fait AMICO MES. P. L. de 
PR.ESIDIA CONIUX , il en a 
fait PRESIDE COS. L'Auteur 
fait encore çà & là plufieurs correc- 
tions femblables dans d'autres Inf- 
criptions publiées avec auflî peu 
d'exactitude. 

Dans la Lettre fuivante , écrite 
encore de Lyon à M. Afuratori } il 
traite la queftion tant agitée entre 
les Sçavans, fur ce que fignifie dans 
les Infcriptions Sépulcrales de 
France , la formule fub afeia dedica- 
vit. Il allure qu'on a mis au jour fur 
ce point douze opinions différen- 
tes , fans compter celles qui n'ont 
point encore été rendues publi- 
ques. Après avoir difeuté les plus 
fpécieufes de ces opinions , dont il 
ne tombe point d'accord , il pro- 
pofe la fienne , où fur la parole de 
plufieurs Sçavans , il fe flatte de 
donner la vraye folution de la diffi- 
culté. 11 prétend donc que Sepul- 
smm ou Monumcntum fub afeia de- 



L; 175 4* **5 

dicatum ne fignifie autre chofe 
qu'un Sépulcre tout neuf, oit perfen- 
ne n'a encore été mis ; & il fonde 
pricipalement cette hypothéfc , fm 
ce que l'on employoit l'inftrumenc 
appelle afeia ( hache ) pour broyer 
la chaux qui fervoit au dernier en- 
duit de ces fortes de monumens , 
aufquels on mettoit par-là comme 
la dernière main ; à quoi fe rappor- 
te cette fin d'Infcription qui fe lit 
dans Guichenon , dans Reinefius & 
ailleurs confummatum hoc opus fub 
tifcia efl : ce que les Grecs dans 
leurs Infcriptions Sépulcrales ex- 
primoientpar le mot nèf/ttr^ , nou- 
vellement conflruit , comme on le 
voit ici par une Infcription de ce 
genre écrite envers grecs , qu'allè- 
gue Se que traduit en vers latins 
notre Auteur , auquel nous ren- 
voyons pour plus ample éclaircifle- 
ment fur cette curieufe matière. 

Parmi les 15 Infcriptions qui 
remplifTent la 1 i e Lettre adreflee 
d'Autun à M. Bonarroti , il y en a 
plufieurs qui ont été déjà publiées, 
&c que M. le Marquis Maffei corri- 
ge. Il explique auflî ce qu'on doic 
entendre dans quelques-unes de ces 
Infcriptions par le mot abrégé 
ORNAM. qui pourroit caufer de 
l'ambiguité , & dont une Infcrip- 
tion où la phrafe eft exprimée dans 
toute fon étendue , développe le 
vrai fens ; ernamentis Dccarien. ho- 
norât*). 

Les huit Infcriptions raflemblées 
dans la treizième Lettre écrite de 
Paris [ ainfi que toutes celles qui 
fuivent ] & adreflee à M. le Mar- 
quis de Caumont , font toutes rniiâ- 
Ee ij 



_4 JOURNAl DE 

taires : & des fix envoyées dans la 
Lettre fuivanre à M. le Préfident 
Boithier , les cinq premières font 
Latines & d'un tour fingulier , fur 
quoi l'Auteur propofe fes conjec- 
res au Préfident , dont il fouhaite- 
roit fort la décifion. La dernière de 
ces Infcriptions venue de Smyrne , 
& qui ne prefente rien que de tri- 
vial, n'eft recommandableque par- 
ce qu'elle eft gréque. 

Dans fa quinzième Lettre , écrite 
à M. le Préfident de MazAUgues , 
qui l'avoit prié de lui envoyer les 
anciennes Infcriptions en vers , 
dont fes Voyages Littéraires pour- 
roient le mettre en poflefllon; il 
s'exeufe auprès de cet illuftreami , 
fur le petit nombre qu'il lui en 
communique , n'ayant pu en raf- 
fembler jufqu'alors que quatre La- 
tines , dont les deux dernières font 
très-mutilées ; Se une Gréque , de 
ï 8 vers tant hexamètres que penta- 
mètres , que notre Auteur a rendus 
en autant de vers Latins de pareille 
mefure. Cette Infcription compo- 
fée en forme de Dialogue , ainfi 
que quelques-unes de l'Antholo- 
gie & qui eft l'Epitaphe d'une 
femme morte en couche , étoit ori- 
ginairement inferite fur une pier- 
re , qui dans la fuite fut fciée en 
deux du haut en bas. L'Auteur 
trouva dans le Cabinet de MM. 
Grimant à Venife l'une des deux 
Pièces où fe lifoient tous les pre- 
miers hémiftiches de l'épitaphe. 
Environ trois ans après , vifitantla 
Bibliothèque de S. Marc, & en 
examinant lescuriofitez , il apper- 
cût un fragment de pierre fur le- 



S SÇAVANS, 

quel on lifoit les derniers hémifti-' 
ches d'une Infcription compofée 
de 18 vers Grecs , & qu'il recon- 
nut d'abord être le complément de 
ceux dont ci-devant il avoit tranf- 
crit les commencemens. 

Des douze Infcriptions com- 
muniquées à M. BrencMmann Jurif- 
confulte, dans la feiziéme Lettre, il 
n'y en a aucune où il ne s'agifle de 
quelque profelîion particulière , 
fur quoi l'Auteur donne fes con- 
jectures & fes réflexions. La der- 
nière de ces Infcriptions fe lit fut 
une petite pierre quarrée , qui fer- 
voit ( dit-on ) de couvercle à une 
boete d'onguensoude collyres de- 
ftinés à guérir les maladies des 
yeux. Il paroît par le nombre des 
petites Infcriptions écrites fur les 
quatre cotez de cette pierre, qu'el- 
le contenoit quatre fortes de médi- 
camens , foit collyres ou autres. 

La Lettre dix-feptiéme écrite à 
M. Gagliardi ( à qui l'on doit la 
belle Edition de S. Gaudence ) rou- 
le prefquc toute fur la belle Inf- 
cription qui fe voit dans le Châ- 
teau de Thorigni en Normandie. 
Elle remplit la face antérieure Se 
les deux cotez d'une bafe de mar- 
bre , haute d'environ quatre pieds 
fur deux de large !k fur un pied &C 
demi d'épaifleur. Spon avoit déjà 
publié une partie de cette Infcrip- 
tion , mais très-peu correctement. 
Monlicur Marlei nous la donne ici 
copiée avec toute l'exactitude pof- 
fible. Quant aux lumières que les 
Antiquaires pourroient en tirer , il 
fe referve à en raifonner quelque 
jour plus à rond avec fon ami. 



A V R I 

La Lettre fuivante adreffée au 
P. ToHrnemine contient d'abord un 
remerciment de l'Auteur au fujet 
d'une Infcription iînguliere , dont 
ce Père lui avoit tait part , Se en 
échange de quoi M. Maffei lui en 
envoyé huit , quatre Latines Se 
quatre Gréques : il a tiré ces der- 
nières du Cabinet de l'Académie 
Royale des Infcriptions Se Belles- 
Lettres. 

La même Académie lui fournit 
encore la précieufe Infcription 
dont il s'agit dans fa dix-neuviéme 

tri 

Lettre adreflee a M. Ma\oc!)io qui 
a écrit fur l'Amphithéâtre de Ca- 
poue. Dom Bernard de Aiontfancon 
en avoit publié le titre Se la pre- 
mière ligne dans fa Paléographie ; 
Se Spon dans fes Mélanges en avoit 
donné la dernière partie , mais 
tronquée &: fort corrompue. Cette 
Infcription remplit aujourd'hui 
deux tables de marbre. Il y en avoit 
une troifiéme , que Spon affure 
avoir vue à Athènes , mais qui ne 
s'y trouve plus à prelent. Sur ces 
tables font gravés les noms des 
Athéniens de la Tribu Erechihéide , 
Se de plusieurs autres qui font 
morts pour le fervice de leur Patrie 
dans différentes expéditions entre- 
prifes en Chypre , en Egypte , en 
Phémcte 3 chez les Haliens Se chez 
les Eginétes : ce qui défigne préci- 
fément les tems de Cimon,deThé- 
miftocles Se de la guerre du Pélo- 
ponnéfe ( dit l'Auteur ) d'où il 
conclut que cette Infcription eft 
des plus anciennes que l'on con- 
noiffe, puifqu'elle précède Alexan- 
dre d'environ ioo ans , & l'Ere 



L , ï 734: 215 

Chrétienne de 450. Sur ce pied - là 
elle eft donc plus ancienne que la fa- 
meufe Chronique de Paros qui n'a 
été écrire que fous le règne d'Ale- 
xandre où de fes premiers Succef- 
feurs. M. Maffei fait diverfes obfer- 
vations curieufes fur les fingulari- 
tez de l'orthographe Se fur la for- 
me des caractères de cette Infcrip- 
tion : fur quoi il faut confulter la 
Lettre même. 

Dans la vingtième adreftée à M. 
Riviera , fait Cardinal peu de jours 
après cette Lettre écrite, l'Auteur 
a raffemblé x6 Infcriptions Chré- 
tiennes trouvées en France , Se 
dont la pl«^&rt indiquent des Con- 
fulats , fur lefqucls M. Maffei fait 
diverfes remarques intereflantes 
pour les Antiquaires. 

On trouve dans la vin»t-deuxié- 
me Lettre écrite à M.^pojloloZeno, 
la defeription d'environ 50 Médail- 
les très-importantes pour la Litté- 
rature , Se qui n'avoient point en- 
core été publiées. L'Auteur les a 
tirées de plufieurs Cabinets de 
Paris , ou de celui de M. le Bret à 
Aix : ce qui lui donne occahon de 
faire au commencement de faLettre 
une revue des principaux Cabinets 
de ce genre qu'il a eu foin de vifi- 
ter , Se dont chacun y eft caracteri- 
fé par les traits les plus convena- 
bles. Nous voudrions pouvoir 
nous étendre fur cet article & en 
donner un détail plus circonftartcié: 
mais il nous refte encore à rendre 
compte de deux Lettres Italiennes., 
Se de deux autres écrites en Fran- 
çois. 

Dans la première Lettre Italien- 



aie JOURNAL D 

ne, adreflee à M. le Marquis Paient } 
( c'eft un Profefleur de Mathémati- 
que à Padoue ) notre Auteur trai- 
te des Amphithéâtres qui fc trou- 
vent en France : Se il l'a écrite en 
Italien , pour faire de cette Pièce 
un Supplément à fon Traité des 
amphithéâtres { de gli Anfiteatri ) 
compofé dans la même Langue , Se 
dont nous avons parlé amplement 
dans deux de nos Journaux. M. 
Martel décrit d'abord celui de Nif- 
mes , & il en examine 1a ftruâiure 
en fuivant la même méthode qu'il 
a mife en œuvre pour nous faire 
connoître diftinctement celui de 
Vérone. Il fait voir q>ae l'Amphi- 
théâtre de Nifmes eft d'ordre Tof- 
can -, r. propos de quoi il corrige 
l'endroit de Pline où on lit dans 
toutes les Editions que la grofleur 
des colonnes doriques eft Izjtxiéme 
partie de leur hauteur , au lieu qu'il 
faut lire la hutiéme partie , puif- 
qu'au même endroit Pline en met 
nnc feptiéme pour la grofleur des 
colonnes Tofcanes , & une neu- 
vième pour celle des Ioniques. 
L'Auteur confirme auflî fa décou- 
verte de l'entablement Tofcan , 
dont les Architectes fe font tou- 
jours plaints, qu'il ne nous reftoit 
rien dans les anciens Edifices ; & il 
le fait voir tout entier dans ces 
Amphithéâtres. Il développe la 
ftruclure intérieure de ce bâtiment 
à laquelle ni Jufîe-Lipfe , ni le Ca- 
valier Fontana 3 ni les autres qui 
ont voulu décrire ces Amphithéâ- 
tres n'ont rien compris. Il donne 
aulïi des figures en taille-douce de 
h façade extérieure de ces Edifices, 



ES SÇAVANS; 

ainll que de leurs parties arehitefta- 
niques , Se de leur coupe inté- 
rieure. 

De l'Amphithéâtre de Nifmes il 
pafle à celui d'Arles , qu'il prouve 
n'avoir jamais été achevé. Il en don- 
ne la façade, Se la coupe de l'entrée 
qui étoit magnifique; Se il en dé- 
crit fort au long les merveilleux 
fouterrains. Il termine cette matiè- 
re par l'Amphithéâtre de Trêves 
qui jufques ici étoit abfolument 
ignoré ■> Se il en met fous nos yeux 
le plan Se la coupe. Il compare tou- 
jours les Amphithéâtres entre eux 
Se avec ceux d'Italie : Se par-là il 
trouve de quoi appuyer la décou- 
verte qu'il a faire dans celui de Vé- 
rone de la ftruchire intérieure de 
ces Edifices , en farfant voir qu'il 
n'y avoit point de porte d'entrée 
fur le Podium , Si de quelle maniè- 
re on pouvoity arriver. 

La féconde Lettre Italienne écri- 
te à M. Zendrini Mathématicien 
deVenife, nous offre la defeription 
du Théâtre d'Orange , qu'on a 
toujours appelle jufqu'à prefent le 
Cirque d'Orange , Se qui en ce gen- 
re n'eft point inférieur aux plus 
beaux reftes d'Italie. On en voit en- 
core fur pied un mur de 3 28 pieds 
de long fur près de 110 de haut, 
qui eft parfaitement confervé. 
L'Auteur en donne le deflein de 
l'un & de l'autre côté. Il montre 
que la face intérieure de ce mur 
étoit le fond même du Théâtre , 
dont il a fait graver le plan fur un 
deflein qu'il en a tracé , non d'a- 
près ce que lui en auroit pu fournir 
fon imagination, s'il n'eût fait que 



A V R 

la confulter , ainfi qu'on a coutu- 
me d'en ufer en pareil cas ; mais 
feulement en fe taillant guider par 
les parties mêmes de ce bâtiment 
quifubfiltent encore , ou dont on 
découvre des vertiges certains. Il 
fait donc voir que ce Monument 
d'Orange nous prefente l'extrémi- 
té de la Scène ou L\ vûë la plus 
éloignée desSpedatcu:s 3 de laquelle 
on n'avoit pu rien découvrir dans 
les débns des anciens Edifices ; & 
c'eft une partie du plan de cette 
Scène que nous reprefente la di- 
xième figure. 

M. Maffei , chemin faifant, cor- 
rige un paffage de Vitruve , où les 
Editeurs & les Traducteurs , en 
déplaçant une virgule , & lifant 
Tragicam pour Tragœdiam , lui ont 
fait dire qaeleVoïte Efchyle avoit 
enfeigné à peindre la Scène , à 
quoi cet Architecte n'a jamais pen- 
fé : & ce qui a contribué à autori- 
fer cette méprife n'eft que l'igno- 
rance des Interprètes fur la vérita- 
ble lignification de l'expreffion 
Gréque Tpa>»Aiav MAÔ-mn , & de la 
Latine Tragadiam docere. 

L'Auteur nous apprend enfuitc 
que la façade extérieure du grand 
murfervoit à un Cirque -, & par là 
il rend raifon de plufieurs fîngula- 
ritez qu'on obferve à ce mur , & 
dont perfonne n'a découvert les 
ufages. Telles font ces pierres en 
faillie qui paroiffent dans toute fa 
longueur en haut & en bas : telles 
font encore les 21 arcades fermées 
qui fe voyent à la moitié de fa hau- 
teur : tels font enfin les chapiteaux 
d'enbas fans aucune faillie , l'arc 



du milieu qui n'eft point fini , &: 
les traces d'un efcalier aux deux 
extrémitez du mur. 

A la fin de fa Lettre l'Auteur 
rend compte de quelques circon- 
ftances extraordinaires , qu'il a re- 
marquées en fait d'architecture 
dans les Antiquitcz de France : par 
exemple, dans le peu qui refte d'un 
Théâtre de la Ville d'Arles , on 
voit l'architrave entièrement tra- 
vaillée comme une frife dorique , 
au-deffus de laquelle eft une frife 
corinthienne : au Temple de Nif- 
mes , les modillons font placés à 
rebours , &c. 

Dans la Lettre Françoife adreffée 
à Madame la Marquife de Caumont s 
notre Auteur fait pafferen revue la 
plupart des anciens Edifices & au- 
tres Antiquitez remarquables qui 
reftent en France. Tels font l'exté- 
rieur d'un Temple confervé à Nif- 
mes,d'ordre corinthien, tout ifolé s 
&c de la figure d'un quarré long , 
décrit ici avec foin par M. Maffei : 
les reftes d'un autre Temple hors 
la Ville , les reftes de l'enceinte des 
murailles qui l'environnoient du 
tems des Romains : le Monument 
appelle aujourd'hui la Tour Magne } 
& qui ( félon l'Auteur ) avoit ori - 
ginairement été érigé pour fervir 
de Sépulcre ou de Maufolée. Tel 
eit encore le fameux Aqueduc 
nommé le Pont du Gard. Tels 
font le beau Maufolée de la Ville 
de Saint Rcmi , le Temple d'ordre 
Corinthien à Vienne, les reftes de 
la vieille muraille & des anciennes 
portes de Fréjus , un refte de Palais 
nommé Panthéon dans la même 



2i8 JOURNAL D 

Ville , & celui d'un Aqueduc : 
deux ou trois milles fragmens de 
pierres antiques , ou figurées , ou 
écrites , enchaffées dans l'enceinte 
des murailles de Narbonne con- 
ftruites du rems de François I. le 
grand Arc d'Orange , d'ordre co- 
rinthien : des Ponts antiques bâtis 
horizontalement, c'eft-à dire, qu'on 
traverfe fans être obligé de monter 
ni de defeendre, comme le Pont 
de Sommiéres, celui de S. Charrias, 
celui de Saintes : deux anciennes 
Portes d'Autun , & une partie de 
fes anciens murs , &c. Il n'oublie 
pas d'entretenir Madame de Cau- 
niont des richeffes en tout genre 
d'Antiquitez qu'il a vues à Fontai- 
nebleau , à Verfailles , 6c fur tout à 
Paris dans l'immenfe Bibliothèque 
du Roi, à laquelle nulle autre n'eft 
comparable pour le prodigieux 
amas de Livres imprimés , de Ma- 
nufcrits6c d'Eftampes. 

A la fuite de toutes ces Lettres , 
en vient une Francoife de M. le 
Préfident Bouhier , écrite à M. 
Maffei , 6c qui contient les conjec- 
tures les plus ingénieufes pour l'ex- 
plication d'une Infcription Gréque 
en vers , & rapportée dans le Li- 
vre des Hiftoires mervedleitfes ,qu'on 
met fur le compte à'driftote -, mais 
d'ailleurs tellement défigurée , 
qu'elle en eft prefque inexplicable, 
èc qu'elle a exercé la fagacité des 
deux feavans Critiques , Saitmaifc 
& Ifaac Voffuts , qui ont travaillé 
avec affez peu de fuccès à la réta- 
blir. M. Bonhier fait d'abord l'Hi- 
ftoire de la découverte de ce Mo- 
nument , où il s'agit de Geryon 6c 



ES SÇAVANS, 

d'Hercule. Il montre enfuite le peu 
de vraifembl.ince qu'il y a dans les 
corrections qu'y ont faites 8c les 
explications qu'en ont données les 
deux Sçavans que nous venons de 
nommer. Enfin il propofe la fienne 
dans laquelle il femble ne lailTer 
rien à fouhaiter pour l'entier dé- 
nouement d'une Pièce aulïi oblcu- 
re & aullî corrompue que l'étoic 
cette Infcription. C'eft à regret que 
pour abréger nous fommes con- 
traints de paffer fi légèrement fur 
un morceau aullî curieux. Il mérite 
d'être lu d'un bout à l'autre par 
tous ceux qui ont le goût d'une cri- 
tique fine Se judicieufe affaifonnée 
de tous les agrémens que fçait y ré- 
pandre l'érudition la plus exquife. 

On trouve , après cette Lettre , 
cinq nouvelles Infcriptions produi- 
tes en forme de Supplément par 
M. le Marquis Maffei. La première 
eft celle de l'Arc de Tripoli , en 
quatre lignes : la féconde le lit au- 
près de la 5 i e Arcade d'un Aque- 
duc d'Ephéfc : la troifiéme fur un 
coflre de marbre placé dans le Ve- 
ftibule d'une Mofquée peu diftante 
de la même Ville : la quatrième eft 
tirée d'un Cimetière Grec , à 24 
lieues de Conitantinople ; 6c la der- 
nière eft écrite en lettres d'argent 
fur un poids d'airain trouvé dans le 
Danube , proche de Rnfcbitz.a , & 
dont on voit ici le volume 6c la fi- 
gure. Cela eft fuivi de quelques 
additions renvovées pai des chiffres 
chacune en fon lieu. 

Oh a jointà la fin de ce Volume 

le Plan ou le ProfpeElus en François 

de la nouvelle Edition de S. Jérôme , 

jmmencée 



A V R I 

commencée à Vérone, & à laquel- 
le M. Maffei a quelque part. On 
peut dire ( félon lui ) que nous n'a- 
vons point jufques ici de corps 
complet des Oeuvres de ce faint 
Docteur , puifqu'on n'a inféré dans 
aucune de fes Editions ni la Chro- 
nique , ni la verfion des 76 Home- 
lies d'Origéne , ni plufieurs autres 
Pièces. Dans la nouvelle Edition 
de Vérone, dont le premier Tome 
peut-être a déjà paru , feront raf- 
femblés non feulement tous les 
Ouvrages qui n'ont été publiés que 
féparément , mais encore plufieurs 
Pièces qui n'avoient jamais paru ; 
par exemple , la verfion de la fa- 
meufe Synodique de Théophile 
d'Alexandrie , qui eft un chef- 
d'œuvre par elle-même , Se parles 



L , 1734: 2I £ 

rares particularités qu'elle nous 
apprend touchant la caufe Origé- 
nienne. Le Texte Grec en eft per- 
du , & l'on croyoit que la verfion 
avoit eu le même fort. Mais M. 
l'Abbé Vallarfi , qui e ft l'Editeur, 
l'a trouvée parmi les Manufcrits de 
la Bibliothèque Vaticane , ainfi que 
plufieurs autres précieux Monu- 
mens dans d'autres Bibliothèques 
à Rome , à Milan , à Vérone &: ail- 
leurs. On s'eft appliqué, fur-tout 
à purger le Texte dans une infinité 
d'endroits, qui n'ont à prefent au- 
cun fens , ou qui font entièrement 
falfifiés. On peut en juger par le 
peu de corrections alléguées ici 
dans la Lettre vingt unième écrite 
à M. de Rubeis , & qu'on a prifes au 
hazard & fans affecter aucun choix. 



l'A RT D'APPRENDRE LA MVSIQVE, EXPOSE' 

d'une manière nouvelle & intelligible , par une fuite de Leçons qui Ce fer- 
vent fuccejfivement de préparation : par Ai. V. gravé par L. Hué. A Pa- 
ris, chez la Veuve Ribott & Pierre Ribou , vis-à-vis la Comédie Fran- 
çoife , à l'Image S. Louis : le Sieur Boivin , rue S. Honoré , à la Règle 
-d'or : le Sieur le Clair , rue du Roule , à la Croix d'or. 1733. in -foL 
pp. 82. fans la Prétace. 



CE n'eft point ici un nouveau 
Syftême de Mufique , où par 
des routes arbitraires &c le plus fou- 
vent ou fauffes ou très - embarraf- 
fées on fe propofe de conduire les 
Etudians à la connoiffance de cet 
Art. Ce n'en eft uniquement que 
le Syftême commun le le plus en 
ufage aujourd'hui , c'eft-à dire le 
Syftême du Si que l'on a fçû ré- 
duire à une méthode beaucoup 
plus nette & plus facile , & dont 
tous les principes fe trouvent liés 
Avril, 



6c enchaînés fi naturellement, que 
les premiers une fois bien conçus 
mènent à l'intelligence de ceux qui 
fuivent , & ainfi fuccefîîvement 
jufqu'à la fin. C'eft ce que M. Va- 
gue , Auteur de cet Ouvrage , a eu 
particulièrement en vue , comme 
il s'en explique lui même dans fa 
Préface. 

Il commence donc par donner 

une idée claire & précife du fujet 

qu'il entreprend de traiter ; enfuite 

il définit exactement les termes 

Pf 



î2o JOURNAL D 

qu'il doit employer ; après quoi il 
di vile fon fujet en toutes les par- 
tics dont il cil compofé , Se qu'il 
range dans l'ordre le plus propre à 
faire fentir la liaifon intime de ces 
:ntes parties. Enfin il prétend 
guider (i (virement fon Difciplc 
que celui-ci connoilTe toujours di- 
ftinctementew .//*»<?/?, combien il a 
gagné de terrain 3 & combien il lui 
en refle encore à parcourir. L'Au- 
teur compare cette Méthode qu'il 
s'engage a fuivre fcrupuleufement , 
avec les Méthodes ordinaires ; de 
l'on peut dire que ce parallèle tour- 
ne fort au défavantage de celles-ci , 
par les défauts effentiels qu'on y 
apperçoit. L'Auteur déclare qu'en 
traçant le plan qu'il nous prefente , 
il s'eft fait cette loi inviolable 3 de fc 
mettre toujours à la place des Eco- 
liers 3 bien loin de les mettre à la 
lîenne. Avec de pareilles difpofi- 
tions on ne peut que fe rendre très- 
intelligible. Voici donc le plan 
qu'il s'eft formé. 

Il pofe d'abord pour principe 
capital , Que toute la Mufique 
confifte à nommer les Notes Mufî- 
cales , à les entonner Sx à les mefu- 
rer. Cette nomination des Notes eft 
plus aifée que l'intonation , & celle- 
ci l'eft beaucoup plus que la mefu- 
re. Il faut donc que le Maître qui 
enfeigne ces trois opérations, com- 
mence par la plus facile pour delà 
palTer à celles qui offrent de plus 
grandes difficultez. Mais [ dira t- 
on ] n'eft-ce pas aind qu'en ufent 
tous les Maîtres ? Pourquoi donc 
( répond M. Vague ) les Ecoliers , 
. même avec de la pénétration , re- 



ES SÇAVANS, 

lient - ils il long-tems à s'inftruirc 
pleinement de la nomination des 
Notes qui au tond n'a rien de diffi- 
cileîCela ne peut venir que du vice 
de la Méthode qu'on leur tait fui- 
vre pour cette nomination, 

L'Auteur fait obferver que cha- 
cune de ces trois opérations nom- 
mer j entonner Se mefurer, a diverfes 
nuances , c'eft à-dire plufieurs for- 
tes de difficultez, qui ne doivent 
point être expofées tout de fuite , 
pour éviter l'embarras ; mais qu'on 
doit palTer , par exemple , des pre- 
mières & plus faciles leçons de la 
nomination à celles de même genre 
qui appartiennent à l'intonation , 5c 
de celles-ci aux premières concer- 
nant la mefure : moyennant quoi 
s'évanouiront plufieurs difficultez 
capables de troubler & de rebuter 
des Commençans : &c ceux-ci fen- 
dront plus promptement le rap- 
port de toutes ces parties fonda- 
mentales de l'exécution. 

C'eit donc conformément à des 
vues fi fenfées que M. Vague parta- 
ge d'abord ce qu'il veut nous ap- 
prendre fur les trois Opérations 
Muiîcales , en autant de Chapitres 
qu'il y découvre de fortes de diffi- 
cultez. C'ell à-dire , qu'il y en a 
trois pour la nomination ; 4 pour 
l'intonation -, & 3 pour la mefure. 
Mais à ce premier partage en fuecc- 
de un autre , qui forme trois Sec- 
tions , dont la première comprend 
trois Chapitres , qui font les pre- 
miers de la nomination de l'intona- 
tion Se de la mefure, comme les plus 
aifés à mettre en pratique : la fé- 
conde Section' contient les féconds 



AVRI 

Chapitres de l'intonation & de la 
mefure , comme plus épineux que 
les pvécedens : enfin la troifiéme 
renferme le fécond Chapitre Si le 
troifiéme de la nomination t les 
deux derniers de l'intonation , & le 
dernier de la mefure , comme les 
plus compliqués & en confequence 
les plus difficiles. Chacun des dix 
Chapitres qui compofent ces trois 
Sections , font fubdivifés en plu- 
fieurs articles , où les difficultez fc 
trouvent rangées par degrez. En 
un mot , » depuis le commence- 
» ment jufqu'à la fin (dit l'Auteur) 
» tout eft lié , tout eft nuancé d'une 
«manière fi infenfible , que l'on 
» pafTe d'une difficulté à l'autre, 
n fans prefque s'appercevoir d'au- 
a> cune refiftance. 

C'eft ainfi qu'il s'efforce , dans 
cette Méthode , à remplir fon ob- 
jet , qui eft de frayer un chemin à 
ceux qui fouhaiteront d'apprendre 
la Mufique fans aucun fecours des 
Maîtres , ou du moins de fournir à 
ceux-ci des moyens plus fûrs &c plus 
faciles d'enfeigner cet art , que 
ceux qu'ils ont coutume de mettre 
en œuvre. Il prie les Lecteurs de 
ne prononcer fur la jufteffe de ce 
qu'il avance dans cet Ouvrage & 
fur le fruit qui peut refultcr de ce 
Syftème, qu'après l'avoir mis à l'é- 
preuve fur divers fujets ; & ils con- 
noîtront quel jugement ils en doi- 
vent porter , par les progrès plus 
ou moins rapides que feront ces 
Etudians à l'aide de ces nouveaux 
fecours. 

La nature de ce Traité , comme 
l'on voit , ne le rend guéres fufeep- 



L , 17 5 4; 221 

tible d'un Extrait plus détaillé. 
Cependant nous y prendrons quel- 
que morceau que nous expofe- 
rons plus au long. 

Comme l'article de la tranfpo/itio» 
eft d'ordinaire un des plus embar- 
rafTans pour ceux qui étudient la 
Mufique : l'Auteur a eu foin fur- 
tout d'en applanir les difficultez. 
Selon lui , la tranfpofïtion dont on 
fe fait un monftre , ne l'eft que par 
imagination ; c'eft ( dit-il ) de tou- 
tes les connoiffànces de la Mufi- 
que celle dont l'acquifïtion eft la 
plus facile : un peu de mémoire & 
d'ufage fuffit. Cela doit raflurer 
des Commençons trop difpofés à 
s'effrayer fur les feules apparences. 
M. Vague expofe les trois maniè- 
res de chanter par tranfpofïtion 
ufitées jufqu'à prefent. 

La première confifte à entonner 
les intervalles qu'elle indique , fins 
changer les noms que la clef donne 
aux Notes. M. Vague , loin d'a- 
dopter cette manière, la regarde 
comme impraticable pour un 
Commençant , ou comme très- 
capable de déranger & de boulever- 
fer toutes les idées acquifes juf- 
qu'alors fur ï intonation. 

Le fécond moyen de chanter pan 
tranfpofïtion , ainfï que le troifié- 
me , ont cela de commun , qu'il 
s'agit dans l'un & dans l'autre de 
trouver des nominations convena- 
bles pour marquer les intervalles 
que demande la tranfpofïtion. 
Dans le premier de ces deux der- 
niers moyens , on propofe d'ap- 
pelier ut la Note fondamentale , 
quand le ton eit majeur -, &c quand 
Ffij 



3.22. JOURNAt DE 

il eft mineur, de nommer re cette 
Note fondamentale , dans la tranf- 
pofîtion des bémols , Se la dans celle 
des diéfes. Mais [ félon notre Au- 
teur ] ce moyen , loin de conduire 
fûrement au terme , peut en écar- 
ter , Se n'y fçauroit mener que 
ceux qui y font déjà parvenus : 
c'eft-làun de ces moyens , ( ajoûte- 
t-il) qui exigent , pour en faire 
ufage , des connoiffances qu'on n'a 
pas , Se qui deviennent inutiles 
dès qu'on les a. 

Enfin la troifiéme manière fc 
réduit à nommer/? la Note qui ré- 
pond au diéfe ou à l'un des diéfes 
placés immédiatement après la clef, 
& à nommer fa la Note qui ré- 
pond au bémol ou à l'un des bémols 
mis après cette clef : & c'eft à ce 
dernier moyen^comme au plus faci- 
le , que s'en tient M. Vague. Il n'eft 
plus queftion que de fçavoir pré- 
cifément auquel de tous ces diéfes 
Se de tous ces bémols différemment 
fitués après la clef à la tête de la 
portée eu de l'échelle des fons , on 
doit donner le nom dey? & le nom 
de fa. Voici fa règle. Quand l'un 
ou l'autre de ces lignes eft unique , 
il n'y a nul embarras pour le choix: 
au lieu que lorfqu'il y en a deux , 
trois , quatre , cinq , &c. auquel 
donnera-t-on la préférence , pour 
en faire un/?ou un fa ? Ce fera ( ré- 
pond l'Auteur ) toujours au der- 
nier diéfe Se au dernier bémol , 
quand ils font plufieurs , fur quoi 
nous renvoyons à l'Auteur. 

On verra chez lai traitez à fond 
& avec la même exactitude plu- 
sieurs autres articles concernant la 



S SÇAVANS; 

tranfpofitiotv, tels que ceux où l'on 
examine la raifon Se la neceffité de 
cette tranfpoiîtion , Se les fruits 
qu'on en peut recueillir -, l'article 
où l'Auteur expofe un Syftêmc 
qu'il a imaginé pour rendre aifée la 
nomination des leçons en tranfpofî- 
tion ; Syftême qui piroît ingé- 
nieux , &c. Nous ne fçaurions 
nous étendre fur ces divers articles, 
ce que nous en dirions ici ne pou- 
vant devenir intelligible qu'à l'aide 
des Notes Muficales , qu'il fau- 
droit mettre fous les yeux du Lec- 
teur. 

11 doit donc recourir au Livre 
même pour en mieux apprétier le 
mérite ; Se nous ne fçaurions trop 
inviter les amateurs de laMufique, 
lefquels voudront s'en inftruirc 
foncièrement Se fans beaucoup de 
peine , à faire ufage de la nouvelle 
Méthode que leur prefente M. Va- 
gue. Mais nous les avertirons en 
mêmetems que les leçons actuelles 
d'un tel Maître leur feront très-uti- 
les pour faire difparoître par des 
explications de vive voix certaines 
diflîcultez, que la feule lecture foû- 
tenue même de quelques reflexions 
ne feroit pas toujours capable d'é- 
claicir 

Au furplus , nous aurions fort 
fouhaité pouvoir ici rendre compte 
de plufieurs DifTertations de l'Au- 
teur fur divers points difficiles de 
la Mufiquc , Se deft inces d'abord à 
être inférées chacune en fon rang 
dans le corps de l'Ouvrage , puis 
renvovées toutes pour plus grande 
commodité à la fin de ce Volume 
Mais comme l'exemplaire qui eft 



AVRIL 1 ; 1754- 31$ 

tombé entre nos mains ne renfer- plus particulièrement dans ce 
moit aucune de ces DifTertations , Journal, 
nous n'avons pu les faire connoître 

HISTOIRE DES EMPIRES ET DES REPVBLIQVES, 
depuis J. C. oit l'on voit dans celle d'Egypte & d'Afie la. liaifon de l'Hiftoi- 
re Sainte avec la Profane , & dans celle de la Grèce le rapport de la Table 
Avec l'Hifîoire. 1733. A Paris , chez Simart , rue S. Jacques , au Dau- 
phin ; Jean Nully , Grand'Salle du Palais, &c. in-it. quatre Volumes | 
Tom. I. pp. 439. fans le Difcours Préliminaire & laTable des matières 
Tom. II. pp. 512. Tom. III. pp. 502. Tom. IV. pp. 520. 



NO U S ne dillîmulerons point 
que le grand fuccès qu'a eu 
l'Hiuoire Ancienne de M. Rollin , 
ne forme un préjugé fâcheux con- 
tre l'Ouvrage que nous annonçons 
aujourd'hui. Il femble que le Pu- 
blic ait épuifé toute fon admiration 
en faveur de cet illuftre Ecrivain, 
& qu'il ne fe foit reiervé qu'un 
fonds de mépris ou d'indifférence 
pour tout ce qui paroîtroit après 
lui dans le même genre. 

Cependant l'Auteur fe flatte que 
!e refpecl: qu'on a pour l'autorité 
même par laquelle on prétend le 
condamner , lui fervira de justifi- 
cation. Il n'entreprend que ce que 
M. Rollin lui-même auroit fouhai- 
té qu'un autre que lui eût eu le 
courage & la patience d'exécuter , 
& ce qui n'a même jamais été fait , 
c'eft à dire , de développer par des 
Hiftoires fuivies & particulières 
toutes les Monarchies & les Repu- 
bliques qui fe font rendu célèbres 
dans le monde depuis le Déluge 
jufqu'à J. C. Travail trop obfcur & 
trop épineux , dit M. Rollin, To. 2. 
p. 488. très-utile néanmoins pour ceux 
fui veulent approfondir /' Hiftoire, 



Ainfi prononcer qu'on ne peut 
écrire fur l'Hiftoirc Ancienne après 
M. Rollin , c'eft aller en quelque 
forte contre Ces intentions , c'eft 
n'avoir pas pris l'efprit & l'idée de 
fon Ouvrage , Se ne pas connoître 
l'objet qu'il s'y propofe. Son uni- 
que vue , comme il ne celle de le 
repeter , eft de former l'efprit & le 
coeur de la jeunefîc par la ledure 
des Anciens, d'infpirer à ce qu'il 
appelle fes jeunes gens des mœurs & 
des fentimens en leur propofant 
les plus beaux endroits de l'Hiftoi- 
rc , & en les rendant auffi interef- 
fans qu'inftru&ifs fur les fré- 
quentes & judicieufes reflexions 
qu'il y fait entrer. 

Ce plan n'exigeoit donc de lut 
que des exemples, de grands traits 
fufccptibles d'inftrudion , qu'il 
falloit néanmoins lier & enchaîner 
les uns aux autres pour les faire li- 
re avec plaifir. Mais par la même 
raifon il s'eft crû difpenfé de re- 
monter jufqu'à ces ficelés obfcurs 
qui préfentent peu d'occafions de 
donner des préceptes de morale 
Se où il eft très-difficile de placer 
les faits , fans fe jetter dans uu tî?.- 



224 JOURNAL D 

vail rebutant par les difcuflîons.,les 
recherches , Se les combinaifons 
infinies , qu'il demande neceflaire- 
ment. C'eft néanmoins ce que doit 
trouver dans un Ouvrage tout Lec- 
teur qui veut fçayoir (î nous ofons 
ainh nous exprimer \! Hiftoire An- 
cienne a Se non Amplement des 
Hiftoircs Anciennes. 

Il faut donc regarder ['Hiftoire 
Ancienne & l'Hftoire de* Empires 
comme deux Ouvrages d'un carac- 
tère entièrement différent , Se qui 
par confequent peuvent avoir des 
avantages qui leur font particuliers. 
M. Rollin a celui de la morale Se 
des reflexions. Le nouvel Ecrivain 
aurait peut être celui de l'ordre & 
de l'exaditude. Il prend l'Hiftoirc 
dans fon origine , ou au Déluge , Se 
la continue depuis ce tems-là fans 
interruption, au lieu que M. Rollin, 
àl'exemple deM.Prideaux 3 dans Ion 
Hiftoire des Juifs , ne commence 
l'Hiltoire d'Aite qu'environ 700 
ans avant J. C. Se pour ce qui re- 
garde l'Hiftoire Grecque , il ne re- 
monte guéres plus loin que n'a fait 
Plutarque dans fes Vies des Hom- 
mes Illuitres. 

Que deviennent donc les mille 
ans Se au-delà de ce qu'on appelle 
les tems fabuleux , héroïques } ou in- 
connus ? Ils font cependant très-in- 
tereffans , puifqu'ils renferment 
tout le corps de la Fable , Se même 
une Hiftoire réelle qui en eft le 
fondement. C'eft ce que notre Au- 
teur a traité dans un ordre fuivi de- 
puis l'origine de la Mythologie juf- 
qu'aux tems Hiftoriques. Il fuit 
voir par-tout le rapport de la Fable 



ES SÇAVANS, 

avec l'Hiftoirc , avouant que fur 
ce point il a profité du travail Se 
des conjectures de M. l'Abbé Ban- 
nier qu'il cite fouvent , Se il mon- 
tre que les fictions des Poètes font 
conformes au recit des Hiftoriens. 
Toute Hiftoire qui ne commence 
donc que vers ces derniers liécles , 
laifle un vuide réel , Se très-cm- 
barraffant, parce qu'elle prefente 
fans ce (Te des traits dont l'intelli- 
gence dépend de ce qu'on a laifle 
derrière foi. Chez notre Auteur la 
Fable fait d'autant plus de plaifir 
qu'on peut dire qu'elle y a du 
corps , Se qu'elle y paroît pour la 
première fois dans fon ordre Chro- 
nologique. 

M. Rollin , pour fuivre fa Mé- 
thode qui eft de rapporter feule- 
ment les faits dont il peut tirer 
quelque inftructionpourla jeunef- 
fe , ne s'embarrafle point de fuivre 
exactement la Chronologie , Se 
par-là s'eft vu contraint de laifler 
l'Hiltoire Si les Rois d'Egypte dans 
une obfcurité entière pendant près 
de izoo ans. Sans y mettre aucune 
datte , fans parler feulement de 
Dvnaftie, il ne donne qu'environ 
la quatrième partie de la fuite de 
ces Princes , telle qu'il l'a trouvée 
dans Hérodote Se dans Diodore. 
L'Auteur de i'Hiftoire des Empires 
s'eft appliqué particulièrement à 
cet objet. Il range tous les Rois de 
cette Monarchie fuivant leurs Dy- 
naftics ou Principautez , fournit les 
preuves de tout ce qu'il avance par 
la convenance Se le rapport de cette 
Hiftoire avec celle du Peuple de 
Dieu , Se porte la Chronologie de 



A Y R I 

«et Empire jufqu'au tcms d'Abra- 
ham & même au-delà , ce qui n'a- 
voitpas encore paru d'une manière 
qui pûtfe concilier avec la fuppu- 
tation du Texte Hébreu que l'Au- 
teur fuit ici préfcrablemcnr à celui 
des Septante. On peut voir les rai- 
lons de cette préférence dans le 
Difcours Préliminaire , auffi bien 
que celles qui l'engagent à aban- 
donner la Chronologie d'Uiîerius 
fur ce qui regarde le commence- 
ment d'Inachus premier Roi d'Ar 
gos , & à fe frayer fur ce point une 
route particulière dans les Hiftoires 
d'Egypte , d'Aiie & d'Argos. 

Quelque important qu'il foit 
d'appercevoir la liaifon de l'Hiitoi- 
re Sainte avec l'Hiftoire Profane , 
c'eft encore un point auquel M. 
Rollin n'a point touché , & que 
notre Auteur s'eft propofé d'éclair- 
cir. Comme il n'eft perfonne qui 
en lifant les Livres Saints, n'y trou- 
ve de l'obfcurité par le mélange 
des évenemens arrivés dans les Mo- 
aarchies étrangères dont il eft parlé 
à chaque page dans les Ecris desPro- 
phétes , notre Auteur n'a rien ou- 
blié pour trouver cette liaifon , & 
le fécond Volume eft employé tout 
entier pour en lever les difficiiltez. 
Par-là il embralTe également le Sa- 
cré & le Profane, conduifant l'Hi- 
ftoire des Juifs depuis la création 
du monde jufqu'a 1 etablilTement 
de l'Eglife , Se celle des Payens de- 
puis l'origine de l'Idolâtrie jufqu'à 
la deftruction par la promulgation 
de l'Evangile. 

On peut donc regarder l'Hiftoire 
des Empires comme une Introduc- 



L» *73 4' 225 

tion à la lecture des Livres Saints 
à celle de l'Hiftoire Ecclefialtique \ 
à l'étude des premiers Pères de l'E- 
glife, & fur-tout des Apologiftes de 
la Religion Chrétienne qui ayant 
entrepris de faire voir le faux &lc ri- 
dicule du Paganifme ont rempli 
leurs Ouvrages des dogmes & des 
fables qui avoient cours parmi les 
Idolatres.Cet Ouvrage répand auffi 
beaucoup de lumière fur l'Hiftoire 
Romaine. Car depuis que les Con- 
quêtes des Romains leur eurent 
ouvert l'entrée de l'Egypte , de la 
Grèce , & de l'Afie , ils en adoptè- 
rent le Politheifme : la plupart des 
Divinitez de l'Orient eurent leurs 
Autels dans Rome un fiécle avant 
la Naiflance de J. C. Or c'eft à 
l'Hiftoire de la Grèce qu'il faut 
avoir recours pour connoître cette 
nouvelle Mythologie. Tous avan- 
tages qu'on doit d'autant moins 
chercher dans l'Hiftoire ancienne 
que le delTein de l'Auteur ne lui 
permettoit pas de les y raffembler. 
Enfin la Méthode de ces deux 
Ouvrages eft toute différente. M. 
Rollm fait un Paragraphe fur l'Hi- 
ftoire d'Egypte, un autre fur l'Afie, 
un autre fur Athènes , un autre fur 
Lacédémone , un autre fur ia Thra- 
ce \ puis il revient d'où il eft parti 
d'abord ; en forte que le Lecteur , 
après quatre-vingt ou cent pages,eft 
obligé de revenir fur fes pas , Se de 
fe rappeller en quel état il a laifte 
le fujet dont il va reprendre la lec- 
ture. Notre Auteur nous donne 
chaque Hiftoire en particulier, il 
la fuit par le fil d'un même dif- 
cours jufqu'à la fin , Se en montre 



256 JOURNAL DES SÇAVANS, 

ainfi fous un même point de vue II avertit aullî que dans quelques 



l'origine , le progrès , les affoiblif- 
femens & la décadence , & pour les 
rapprocher toutes l'une de l'autre , 
il a fait imprimer en même tems 
deux grandes Cartes Chronologi- 
ques , & relatives à fon Ouvrage , 
où l'on voit la naiftance , l'étendue 
&c la deftm<5tion des Empires fiécle 
par fiécle , & leur concours réci- 
proque, en forte que de quelqu'an- 
née que vous parliez, iln'eft per- 
fonne qui ne puilfe vous dire dans 
l'inftant quel Prince regnoit , ou ce 
qui fe pafloit dans chaque Etat du 
monde. 

Nous pourrions encore pouffer 
plus loin le parallèle , mais nous 
nous contenterons fimplement de 
dire que ces deux Ouvrages fe ref- 
femblent fi peu tk pour le plan & 
pour l'exécution , qu'en général 
il nous paroît impoiîîblc qu'on 
puifle jamais les louer ou les criti- 
quer tous deux par les mêmes en- 
droits. 

Mais nous n'oublierons pas que 
notre Auteur témoigne par-tout 
une très - grande vénération pour 
M. Rollin. » Il eft peu d'hommes, 
» dit-il , dans notre fiécle , dont la 
» réputation foit auffi univerfelle , 
u & mieux établie. Son rare méri- 
»te , &c les titres dont il eft reve- 
» tu , me fourniroient une abon- 
» dante matière pour fon éloge , 
» mais fa Religion qui le rend en- 
»core plus grand , n'aimeroit point 
» à l'entendre , je le ferois néan- 
» moins d'autant plus volontiers , 
» ajoûte-t-il, que j'ai reçu plufieurs 
» fois des marques de fa bienveil- 
v lance. 



endroits on le trouvera femblable 
pour les expreffions à M. Rollin , 
mais uniquement parce qu'ils ont 
l'un 8c l'autre puifé dans les mê- 
mes fources. Avec cette différence 
cependant que » lorfqu'il fait ufa- 
» ge de la traduction des Vies de 
= Plutarque par M. d'Acier , & 
*» quelquefois de celles de M. d'A- 
» blancourt , c'eft avec plus de pré- 
caution , ayant toujours le Grec,' 
» le Latin devant les yeux , car il 
»les altère, dit-il , à tout inftant. 
» Il fe donne la licence d'avancer , 
» ou de retarder les circonftances 
»> de fa narration comme il le juge à 
■b propos , en forte qu'on pourrois 
» les nommer Thucydide , Xéno- 
» phon , &c. retouchés par dA- 
» blancourt. 

L'Auteur ne donne à prefent que 
quatre Volumes pour fe conformer t 
dit-il , au goût du public , mais il en 
promet de fix mois en fix mois 
deux autres jufqu'à la concurrence 
de dix. Nous allons donner au- 
jourd'hui une idée du premier Vo- 
lume qui conrient l'Hiftoire des 
Egyptiens , & nous parlerons des 
trois aurres dans les Journaux fui- 
vans. 

» La plus belle partie de l'Hi* 
» ftoire Ancienne eft celle de l'E- 
" gyp te> Tout y eft curieux ou in- 
»tereflant; le plaifir& l'inftruction 
»y occupent alternativement l'ef- 
» prit du Lecteur. Les Rois, les 
»> Prêtres , les Particuliers , les 
» Loix , les Coutumes , les Villes , 
»la Terre , les Fruits , les Animaux 
» & les Fleuves font autant de 
»merveiljc$ 



AVR 

» merveilles qui demandent pour 
» ainft dire d'être tenues & confi- 
wderées avec attention , il faut 
» donc les examiner les unes après 
» les autres , avant que d'entrer 
» dans l'Hiltoirc de la Monarchie. 
>» Je renferme le tout fous deux ar- 
ticles , la Géographie du Pays Se 
» la connoi (Tance des mœurs. 

L'Auteur rapporte ce qu'il a 
trouvé de plus curieux fur cette 
matière dans les Auteurs tant an- 
ciens que modernes , Se fans pré- 
fumer qu'on doive l'en croire lur 
fa parole , il indique fcrupulcu- 
fement toutes les fources dans ltf- 
quclles il a puifé. Il a pris cet en- 
gagement dans fon Difcours Préli- 
minaire , Se il le tient hdelement 
dans le cours de fon Hiftoire. 

En parlant du Culte fuperfti- 
ticux Se extravagant que les Egyp- 
tiens rendoient à certains Ani- 
maux , Se en particulier du Bouc 
qui étoit adoré à Mendez Se des 
horreurs qui étoient une fuite de 
cette Idolâtrie , l'Auteur fait une 
reflexion que nous tranferirons ici 
pour donner encore un échantil- 
lon de fon ftile , Se pour faire con- 
noître l'efprit Se le caractère qui 
règne dans cette Hiftoire. 

» On dira peut être que je terois 
» beaucoup mieux de laiffer ces 
"abominations dans le honteux fi- 
» lence qu'elles méritent que d'en 
» rcnouveller le fouvenir; mais je 
» ne le fais pas fans raifon , Se j'ef- 
» père que la droiture de mes vues 
» me fera trouver grâce. Mon def- 
» fein eft de prévenir le Lecteur 
v contre le feutiment pernicieux 
Avril. 



IL, I754; 22J 

»dc quelques Ecrivains, qui ont 
» ofé dire , que le culte des Idoles 
» étoit relatif aux perfections du 
» Créateur ; que l'on adoroit (bus 
» differensfymboles, fa puiffance 
» dans Jupiter , fa juftice dans 
» Thémis , fa fageffe dans Minerve 
*> &: autres femblables , Se par ce 
» moyen ils difculpent les Idolâtres 
» Se l'Idolâtrie. Qu'on me dife 
» donc par quel effort d'efprit , 011 
"d'une charité mal entendue , on 
« pourrait exeufer Héliopolis 
» Memphis , Mendés , Cyfthére &: 
» tant d'autres î ou comment un 
» Auteur moderne qu'il ne nomme 
» point , refpectahle d'ailleurs , 
» ajoute. t- il , par fa vafle érudirion, 
>> peut s'écrier : ch ! que ne puis-je 
» exeufer tous mes frères ? 

L'autre motif qu'il fe propofe 
en racontant ces horreurs du Pa- 
ganifme. » C'eft de rappeller le 
» Lecteur à fon propre cœur , Se de 
» reveiller en lui les fentimens de 
» la plus jufte reconnoiffance ■ ou- 
» vrant fous fes yeux le précipice 
»dont il a été tiré. Car malheur, 
» continue-t-il , à ceux qui n'écri- 
» vent , ou ne lifent que pour con- 
» tenter leur efprit. La Religion elt 
>> le terme où il faut tout rappel- 
ât 1er , Se elle nous enfeigne , &c. 

Le dernier article de cette intro- 
duction roule fur l'ordre Se la fuc- 
cefïion des Dynafties ou familles 
Royales. Quelque difficile qu'il pa- 
roiffe d'abord de rien dire qui fatis- 
faffe fur cette matière par différen- 
tes raifons que l'Auteur allègue , & 
qui font connues des Sçavans , il 
montre néanmoins qu'au travers de 



sa8 JOURNAL DES SÇAVANS, 

tes obfcuritez on ne laifle pas d'ap- C'eft à cette Epoqu 

d 



percevoir certains rayons de lumiè- 
re qui font connoître aux efptits 
attentifs U tems & la place de quel- 
ques Rois d'Egy}He , & par un: con- 
séquence necejpure la place de plu- 
sieurs autres. Ce fujet le met dans la 
r.eceflîté d'entrer dans des difeuf- 
iions Hiftoriques & Chronologi 



cette tpoque , félon 
l'Auteur , qu'on voit difparoître 
ces épaifles ténèbres qui ont enve- 
loppé jufqu'ici les commencemens- 
de cette Monarchie. Les dirncultez 
qui pourroient refter lui paroiffent 
de peu d'importance , & il promet 
de les lever pot la liailon que cette 
Hiftoire aura déformais avec celle 



eues qu'il faut lire dans l'Ouvrage du Peuple de Dieu, 
même ce qu'il y dit de RamelTés- Le fécond Livre contient la fui- 
Miamum ayeul de Sefoftris eft un te de la première Dynaftie , & 
point de Chronologie qui n'a pas commence au règne d'Àménophis 
été développé , à ce qu'il prétend, fils de Thmofis II. ce Prince doit 
par nos meilleurs Ecrivains , & être regardé comme un des plus 
qu'il fe flatte d'avoir d'autant plus grands Conqucrans de l'Antiquité, 
heureufement éclairci , qu'il expli- pourvu toutefois que les anciens ne 
que naturellement le paflage de la Payent pas confondu avec quel- 
Genéfe , où il eft dit que quand] a- qu'autre Prince de ce nom que nous 

ne connoiflons pas, » il mourut 
» dans le fein de la gloire , & alla 
» éprouver jufque fur le Thrônp 
» de fon orgueil , je veux dire 
» ( c'eft l'Auteur qui parle ) h ri- 
» che merveille de fon Maufôlêé , 
y> combien font vaines Se fragiles 
» les louanges qui ne viennent que 
>»des hommes. 

On ne connoit que les noms & 
la durée des règnes des fix ou fept 
Princes qui le fuivirent immédia- 
te, on n'en fait même ici aucune 
mention. Ce vuide renferme près- 
d'un fiécle jufqu'à Ramefl~és-Mia- 
mum , qu'on compte pour le hui- 
tième qui occupa lcThrône après 
Aménophis. RamelTés régna é^ans 
deux mois , & féroit auffi peu con- 
nu que fes prédecelïeurs , fi l'Ecri- 
ture ne fuppléoit au filence des 
Monumens Profanes fur ce qu'il 
y a de remarquable dans la Vie de 



ceb arriva en Egypte avec tous fes 
enfans , Jefeph leur donna la terre de 
Gejfenfurr.ommée RameJJés. Explica- 
iion qui lui fert d'une puiflante 
preuve pourautorifer l'ordre qu'il 
garde entre les Dynafties. 
Après ce Préliminaire il entre dans 
Je détail & dans la fuite de l'Hiftoi- 
re d'Egypte il la divifeen 8 Livres. 
Le premier comprend les dix-huit 
premières Dynafties des Egyp- 
tiens, depuis Mefraim ou Menés , 
jufqu'à Thmofis fils de Mifphrag- 
mutofis. C'eft fous ce règne qu'arri- 
va , félon notre Auteur, l'expul- 
fion des Rois Pafteurs , car s'il fal- 
loit placer cet événement fous le 
règne de Thmofis premier -, il faa- 
droit encore , dit-il , faire remonter 
i'entrée des Pafteurs en Egypte de 
129 ans, éc qui conduiroitau rems 
4'Athotis le premier des quatre fils 
ée' Menés & le Chef de h Dynaftie 
des ThébainS- 



AVRI 

ce Prince ; c'eft , félon notre Au- 
teur , l'entrée de Jacob avec fa fa- 
mille en Egypte qui arriva l'an du 
monde 3008. 1701?. avant J. C. ôc 
la 29 e du règne de Ramelfcs. Il trai- 
ta favorablement les enfans de Ja- 
cob, Se ils ne furent perfécutés 
que fous le règne de Sefoftris nom- 
mé aufll Sefoofis , Sethos , Sezon- 
cholîs , Chef de la dix-neuvième 
Dynaltic, que quelques Sçavans , 
dit-il , ont confondu mal à-propos 
avec le Sezac de Salomon. Il pré- 
tend auiîi , contre le fentiment 
d'Ufferius , du P. Petau , de Dom 
Pezron , de Mefîîeurs Boffuet , 
Dupin , Bannicr , Rollin & autres, 
qu'Armais frère de Sefoftiis qui fe 
révolta contre lui , n'eft pas le mê- 
me que Danaiis qui fut obligé l'an 
r5.i1. avant l'Ere Chrétienne j de 
quitter l'Egypte &c de fe retirer au 
Péloponnéfe : » les Hiftoriens va- 
■o rient extrêmement fur le nom de 
» fon Succedeur Hérodote le nom- 
» me Phéron. Par où , félon la con- 
=j jec~ture de notre Auteur , il a fans 
*> doute voulu dire Pharaon ; Dio- 
» dore l'appelle Sefoftris II. Mané- 
» thon dans le Syncelle , dit Amé- 
» némes ; & dans Jofcphe Rham- 
» pfés ; Jules AfTricain , dont on 
» fuit ici l'ordre pour cette Dyna- 
» ftie, le nomme de même. 

On verra dans l'Auteur de quelle 
manière il arrange les principaux 
evenemens qui arrivèrent aux Ifraë- 
lites jufqu'à leur délivrance mira- 
culeufe qu'il place fous le règne 
d'Amenophis II. l'an du monde 
2513. 1491. avant la Naiffance de 
jf. C. c'eft par cette célèbre Epoque 



qu'il termine le fécond Livre. 

Dans le troifiéme & dernier LU 
vre l'Auteur continue la fuite de I4 
dix neuvième Dynaftie des Egyp- 
tiens. Il attribue l'aviliffement où 
elle tomba au trifte état où la ven- 
geance divine avoit réduit cette 
Monarchie. Il eft vrai que les Hi- 
ftoriens Profanes ne difent rien des 
raifons qui jetterent l'Egypte &fes 
Princes dans l'indolence & dans la 
langueur , » mais comme ils n'ont 
» puifé , dit - il , leurs Mémoires 
» que dans les Annales des Prêtres , 
» il n'eft pas étonnant qu'ils n'y en 
» ayent trouvé aucun veftige ; ces 
«traits étant trop odieux pour 
» qu'on en eut voulu tranfmettre le 
» fouvenir à la pofterité. 

Cet Etat reprit cependant 
une partie de fon luftre fous la 
Dynaftie fuivante dont on ne nous 
apprend point l'origine. On ne 
fçait non plus ni pour quel fujet, nj 
à quelle occalîon le Thrône de 
l'Egypte fut transteré dans la 
vingt-unième Dynaftie à Tanis Vil- 
le de la petite Diofpole. . Dans les 
Dynafties fuivantes on le voit 
pafter fuccellivcment à différentes 
Villes comme à Bubafte , à Sais &: 
même fous la domination des 
Ethiopiens. Ce fut fous leur Dyna- 
ftie, qui eft la vingt-cinquième, & 
dont notre Auteur fixe l'ordre tout 
différemment d'UlTerius & de Pri- 
deaux , que commencèrent à s'ac- 
complir les malheurs prédits à l'E- 
gypte par Ifaye. Ces paroles , dit 
l'Auteur , qui pourroiem peut - être 
avoir quelque chofe d'obfcur t vont de- 
venir claires & faciles a entendre fat 



*jo JOURNAL D 

la lumière de l'Hiftoire. Il rapporte 
donc les Prophéties d'Ifaïe , auftî- 
bien que celles de Jeremie , & mê- 
me fort au long , toutes les lois 
qu'elles lui paroiiTent avoir quelque 
liaifon avec l'Hiftoire de l'Egypte. 
11 dit dans fon Difcours Préliminai- 
re » que le récit de ces endroits d'I- 
x faïe &dejeremic a été jugé bon Se 
» neceflaire par quelques uns Se que 
» les autres l'ont regardé comme 
:» fuperflu , & hors d'oeuvre. 

On pourra voir en particulier 
fous le règne d'Amafis la manière 
dont l'Auteur les accommode à fon 
fujet , quoiqu'il obferve en même 
tems qu'on ne trouve dans les an- 
ciens aucune trace ni aucun veftige 
des calamitez prédites à l'Egypte 



ES SÇAVANS, 

par les Prophètes [ p. 385]. Si ce 
n'en: fous la trentième & dernière 
Dynaftie , où l'an du monde 3644. 
3 50 ans avant J. C. comme il avoit 
été annoncé plus de 100 ans aupa- 
ravant par le Prophète Ezechiel , le 
grand Empire des Egyptiens fut 
entièrement détruit par la défaite 
de Nectanélc qui en fut le dernier 
Roi. Depuis ce tems l'Egypte fut 
réduite au nombre des Provinces 
de Perfcs pendant les 19 ans que 
dura encore cette Monarchie. 

Comme cet Ouvrage nous a pa- 
ru digne de l'attention des Sçavans, 
nous ne manquerons pas de rendre 
compte du fécond Volume dans le 
prochain Journal. 



HISTOIRE DES ROIS DE POLOGNE ET DV 

Gouvernement de ce Royaume , oit l'on trouve un détail très - circonftancit 
de tout ce qui s'eft pajjè de plus remarquable fous le règne de Frédéric- 
jiugufte , & pendant les deux- derniers Interrègnes : par M. A4* * *. 
A Amiterdam , chez François MHonorè. 1753. tn-n. 4. vol. & fe trou- 
ve à Paris , chez Gijfey , rue de la vieille Bouderie , & Ofmont , rue 
S. Jacques. 



LE principal objet de cet Ou- 
vrage eft l'Hiftoire de Frédé- 
ric- Augufte dernier Roi de Pologne 
Se Electeur de Saxe , qui compo- 
fe le fécond & le troihéme Volu- 
me qui font chacun beaucoup plus 
gros que le premier. Mais comme 
pour bien entendre cette Hiftoiie , 
il faut avoir une idée de la forme 
du Gouvernement de la Pologne , 
Se de l'Hiftoire générale de ce 
Koyaume : l'Auteur a cru qu'il fe- 
roit à propos de faire précéder 
l'Hiftoire de Frédéric d'un Traité 



fur le Gouvernement de la Polo- 
gne Se du grand Duché de Litua- 
nie , Se d'un abrégé de l'Hiftoire 
de Pologne , jufqu'à la mort de 
Jean Sobieski. Quoiqu'on femble 
annoncer dans le titre , l'Ouvrage 
entier comme nouveau , ce premier 
Volume avoit été imprimé pour la 
première fois à Amfterdam en 
1698. 

A l'égard de l'Hiftoire de Frédé- 
ric - Augufte , les difterens évene- 
mens des guerres que ce Prince a 
eu à foûtenir contre Chaiks XII. 



A V R I 

Roi de Suéde , contre les Litua- 
niens , & même contre ceux d'en- 
tre les Polonois qui fe fontfouvent 
déclarés contre lui, la rendent très- 
inierelTante,les dietestenues au fujet 
des troubles & des divifions dont 
la Pologne a été agitée pendant fon 
règne , les differens Manifeftes qui 
ont été publiés en faveur de ce 
Prince, ou contre lui ôc les diffe- 
rens Traitez aufquels ces guerres S: 
ces troubles intérieurs ont donné 
(ieu , méritent aulîl une attention 
particulière de la part des Lecteurs 
qui font curieux de l'Hiftoire de 
leur tems. L'Auteur s'eft attaché à 
lui vre l'ordre chronologique, même 
à marquer le mois Se le jour auquel 
chaque fait doit être rapporté. Il ne 
s'eft écarté de cette règle que quand 
il n'auroit pu s'y attacher ferupu- 
lcufement fans rompre le récit de 
quelque événement particulier. Il 
allure encore dans fa Préface , qu'il 
a puifé fes matériaux dans les Ecri- 
vains qui lui ont paru les plus di- 
gnes de foi , & que quand il a trou- 
vé du vuide dans ces Ecrivains il a 
eu recours aux fources publiques, 
c*cft-à dire aux Gazettes & autres 
Ouvrages de cette nature , où l'on 
trouve les principaux faits mar- 
qués , quoique ce ne foit pas tou- 
jours de la manière la plus convena- 
ble à une Hiftoire. 

Notre Auteur peufie la fincerité 
)ufqu'à reconnoître contre la prati- 
que ordinaire des Hiltoriens , que 
quelque peine qu'il ait prife pour 
ne rien dire que d'aiTuré ; il 
n'entreprend point de garantir , 
tout ce qu'il a avancé. On cft quel- 



le , 175 4. *ji 

quefois obligé dans ces fortes 
d'Hiftoires de fuivredes Relations 
faites ou par des perfonnes mal in- 
ftruites , ou par des perfonnes in- 
tereflees , fans qu'on puiiîe apper- 
cevoir ces défauts. Les Hiftoriens 
qui fe piquent d'avoir le plus d'e- 
xactitude & de fidélité font expo- 
fés à cet inconvénient. L'Auteur 
cite pour exemple l'Hiftoire de 
Charles XII. par M. de Voltaire qui 
n'a pas laifle d'être critiquée fur 
des poiïits trèsimportans , tels que 
font ceux qui regardent l'incendie 
d'Althena & l'action de Bender 
quoique M. de Voltaire allure qu'il 
n'a avancé aucun fait fur lequel il 
n'ait confulté des témoins oculai- 
res & irréprochables. 

Nous ne nous arrêterons pas à 
donner ici un précis de la Vie de 
Fréderic-Augufte , parce que nous 
ne pourrions parler que des princi- 
paux évenemens qui font connus 
de tout le monde , & que le détail 
des faits doit être lu dans l'Auteur 
même. Nous rapporterons fimple- 
nient quelques traits de l'Eloge 
qu'il a fait de ce Prince, après avoir 
rapporté les circonftances de la 
maladie dont il mourut. 

» Il a été, dit l'Auteur, un de* 
» plus grands Princes de fon tems, 
» élevé dès fa plus tendre jeunefle , 
» dans le métier de la guerre & 
»>fous la conduite de fon père le 
« vaillant Jean-George III. il don- 
» na de bonne heure fur les bords 
» du Rhin des marques fi éclatan- 
» tes de fon courage qu'elles lui at- 
a> tirèrent de grands éloges de 
» l'Empereur Léopold , & qu'elles 



%l% JOURNAL DE 

» lui méritèrent peu après le com- 
» mandement de l'armée Impéria- 
■ le dans la Hongrie. Frédéric-Au- 
» gufte avoit parcouru dans fa jcu- 
x nèfle toutes les Cours & prefque 
m toutes les Provinces de l'Europe. 
» C etoit dans ces voyages qu'il 
» avoit acquis ces belles manières, 
» qui l'ont toujours fait confiderer 
» depuis comme le Prince le plus 
» poli , le plus gracieux , le plus 
» affable Se le plus généreux qui ait 
• jamais régné. Qualitez qui le 
w mettoient au - deffus de tous ces 
>» Courtifans , du moins autant 
» que la Royauté. Il aimoit les 
» Sciences Se ks Arts. Il les prote- 
» geoit particulièrement , Se la Sa- 
» xe lui doit l'utile établiffement de 
» plusieurs Societezde Sçavans , Se 
» de plufieurs Manufactures , qui 
» tous pleurent amèrement la perte 
» de ce Royal Fondateur , dont la 
» libéralité ne connoiiïbit pas de 
» bornes à leur égard. 

Ce fut dans le cours de la guerre 
contre le Roi de Suéde , dit un peu 
plus bas notre Auteur , que Fré- 
déric- Augufte fit éclater cette gran- 
deur d'ame & cette force d'efprit 
qui le mirent toujours au-delîus 
des évenemens les plus fâcheux. 
Quand il fut rc.nonté fur le Thrô- 
»c fes ennemis éprouvèrent juf- 



S SÇAVANS; 
qu'où il portoit la clémence l &ç 
combien il fçavoit fe vaincre lui- 
même. Depuis la fin de la guerre 
du Nord il fe livra tout entier aux 
befoins de fes fujets héréditaires Se 
de fes fujets adoptifs , mais avec 
des fuccès biens dirTerens. Adoré 
en Saxe , il y répandit l'abon- 
dance , te les richefies , que 
la guerre avoit fait difparoître. 
Il y ht de nouvelles Loix , il y bâ- 
tit des Villes & des FortcrelTes , & 
il employa toutes fortes de moyens 
pour y rendre fes fujets heureux , 
& il y réulfit. Mais il n'a pu quel- 
que chofe qu'il ait faite , s'acquérir 
la confiance des Polonois. Ce qui 
en tut la caufe , c'eft la fucceffion 
du Prince Royal au Thrône, à la- 
quelle néanmoins notre Auteur af- 
fure , que Fréderic-Augufte n'a ja- 
mais penfé. 

Voici les dernière traits de l'éloge. 
» Augufte étoiteftimé Se révéré de 
» tous les Princes de l'Europe. On 
» admiroit fa torce prefque furna- 
» turclle , fon agilité , fon adrelTe , 
»fa bonne mine. Mais beaucoup 
' » plus l'étendue de fes lumières , la 
* fagacité de fon jugement Se la 
» grande préfence d'efprit qu'il a 
» fait paroître dans toutes les ac- 
b tions de fa vie. 



AVRIL 



7 3 4- 



2 53 



REFLEXIONS SVR LA POESIE EN G £' N F RA L, 

fur FEglogue a fur la Fable , fur l'Elégie , fur la Satyre , fur l'Ode , & 
fur les autres petits Poèmes , comme Sonnet t Rondeau , Madrigal ' &ç. 

fitivie de trois lettres Jur la décadence du goût en France : par M. R. D. S. 

M. A la Haye , chez C. de Rogiffart ôv Sœurs. 1734. m 12. pages 349. 



LE S Réflexions fur la Poëfle en 
général qui font à la tête de 
ce Volume ont déjà paru , l'Au- 
teur s'eft: contenté de faire quel- 
ques additions qui rendent l'Ou- 
vrage plus complet. Comme nous 
en avons rendu un compte allez 
déraille , à l'occahon de h premiè- 
re Edition , nous nous contente- 
rons d'obferver que l'Auteur fe 
propofe de faire voir dans fes réfle- 
xions, que le plaifir que nous cau- 
fe laPoen"e,vicnt i°.dc ce qu'en pei- 
gnant les objets d'une manière vive 
& fenfible , elle nous fait envifager 
avec plus de facilité ce qu'on nous 
prefente : 2 . de ce que la Poëfie re- 
veille & qu'elle entretient nos paf - 
lions : 3 °.de ce qu'elle flatte l r oreille 
par une harmonie méchanique,que 
l'habitude nous rend aimable,&que 
nous admirons d'autant plus qu'il 
eft plus difficile d'allier le fens avec 
la rime : 4 . de ce que le ftile coupé 
qui forme une autre efpece d'har- 
monie,&qui convient fort à iaPoë- 
fie eft très-propre à peindre lesfen- 
dmer.s vifs & les paillons. 

Dans les reflexions fur chacune 
des différentes Pièces de Poctic an- 
noncées dans le titre , l'Auteur ap- 
plique à ces différentes efpeces de 
Poèmes , ce qu'il a dit de la Poëfle 
en général. 

Quoiqu'on foit perfuadé que les 



Bergers qu'on fait parler dans l'E- 
glogue ne foyent qu'imaginaires 
on a du plaiilr à les entendre parler 
de leurs amours. Au fond les Ber- 
gers n'ont-ils pas du loiflr ? n'ont-ils 
pas un cœur ? n'en voilà-t-il pas af- 
fez pour qu'ils puilîent aimer avec 
dclicnrelfe. Je ne demande point 
d'autre fondement à mon plaiilr, 
mon avidité à le goûter fait le refte 
& je n'ai garde de me chicaner fur 
mon bonheur. Mais pour que ces 
plailirs continuent, notre Auteur 
voudroit des Bergers qui fuilent 
prefque comme feroient des gens 
du monde que le monde n'auroit 
pas corrompus, qui auroient de l'ef- 
prit , mais qui n'en feroient jamais 
ufage,parce qu'ils en feroient conti- 
nuellement de leur cœur. A l'égard 
des Bergères il voudroit qu'elles 
fuiîent tendrcs,délicates,ilncéres. Il 
n'aime point qu'elles fçachent ga- 
gner un cœur par un manège dé- 
tourné , qu'elles ayent appris à ca- 
cher de l'amour pour en faire naî- 
tre , cela le tire de la bergerie , ce- 
la le renvoyé à la Ville d'où il étoif 
forti avec plaiilr , enfin cela le dé- 
goûte de l'amour, & le lui montre 
par un vilain côté. 

Notre Auteur trouve cette ai- 
mable /implicite dans quelques en- 
droits des Eglogucs de M. de Fon- 
tenelle , mais il prétend qucleS 



2j4 JOURNAL D 

Bergers n'y foûtiennent pointées 
caractères. Qu'ils difenc de jolies 
chofes , qu'ils fe plaignent avec élé- 
gance. Qu'au lieu d'un Berger on 
entend un doucereux , une façon 
de bel efprit , un homme de Cour, 
ou un Galand de Ruelle. On peut 
voir dans le Livre même les exem- 
ples qu'il rapporte & les reflexions 
qu'il fait fur ces exemples. 

Le parallèle que fait notre Au- 
teur dans fes réflexions fur la Fa- 
ble, entre les Fables de la Fontaine 
& celles de M. de la Motte n'eft 
point fort avantageux pour ce der- 
nier. Il prétend qu'il y a de grands 
défauts , dans la difpofition de fes 
Fables , dans le choix des fujets , 
dans la narration , il voit avec pei- 
ne que M. de la Motte ait fi fou- 
vent perfonifîè des êtres moreaux , 
Dom Jugement, Dame Mémoire, 
ic Demoifelle Imagination l'étour- 
diflent , il ne fçait de quelle cou- 
leur eft tout ce monde-là. 

On fçait bon gré à la Fontaine 
des Préambules dont il a quelque- 
fois décoré fes Fables -, car la Fable 
étant amenée , en a l'air plus 
naturel. L'Auteur cite pour mo- 
dèle le Prologue d'une Fable de 
la Fontaine adreflée à Monfieur le 
Duc de Bourgogne. Il y admire le 
ftile lîmple & naturel , l'art de 
mettre du vif à côté du fimple , & 
la douceur qui doit être jointe à la 
vivacité , pour attraper la nuance 
fans laquelle on ne peut allier le 
fimple avec le vif. Il n'en eft pas de 
même du Prologue d'une des Fa- 
bles de M. de la Morthe adreflée à 
M. le Duc. Quoiqu'il y ait de l'ef- 
- 



ES SÇAVANS, 

prit dans ce Prologue , notre Au- 
teur n'en eft pas content , & après 
l'avoir copié , il femble qu'il ne 
puifle s'empêcher de s'écrier , quel 
ton , Monfieur ? qu'il eft guindé , 
qu'il eft l'ec , qu'il eft peu convena- 
ble au ftile de la Fable. 

L'Elégie eft le genre de notre 
PoëfieFrançoife qui paraît à notre 
Auteur le plus infipide , on n'y 
voit que des Amans malheureux. 
Ces Amans fe plaignent toujours , 
fe defelperent , ils veulent abfolu- 
ment brifer leurs chaînes , ils veu- 
lent même mourir , & comme tout 
cela fuppofe du courage au lieu de 
parler dans ces petits Poèmes le 
langage qui eft fait pour la tendref- 
fe &c pour la plainte , le langage 
fimple , délicat , naturel, on s'y 
guindé , on s'y force , & l'on fe 
livre fins ménagement à la pompe 
& à l'enflure. Comme les exemples 
rendent ces obfervations plus fenfi- 
bles l'Auteur fait remarquer ces dé- 
fauts dans une des Elégies de 
Madame de la Suze, femme célè- 
bre en ce genre d'écrire , à qui l'on 
ne peut contefter une partie des 
qualitez neceflaires pour y excel- 
ler. 

Quelque indifpofé que notre 
Auteur paroiffe contre l'Elégie, il 
ne fçauroit s'empêcher d'en admi- 
rer une à laquelle Madame Def- 
houliere a donné le nom d'Eglo- 
gue , il paraît fur tout charme de 
ces vers de la Bergère. 

Ici j'ai vh V ingrat qui me tient fous 
fis loix 

Ici j'ai foitfpiri pour la première fois : 
Mats 



A V R I 

J^iuis tendis que pour lui je craignois 
mes foiblejfes , 

Il rappelloit fin chien , l'accabloit de 
carejjcs. 

Dit defordre ou yétois , loin de fe 
prévaloir , 

Le cruel ne vit rien oh ne voulut rien 
voir ! 

Il loua mes moutons , mon habit , ma, 
houlette , 

Il m'offrait de chanter un air fur fa 

mufette t 

Il voulut nienfeigner quelle herbe va 
paiffant , 

Pour reprendre fa force , un troupeau 

languiffant , 
Ce que fait le foleil des brouillards 

qu'il attire. 

N'avoit-il rien hélas de plus tendre à 
me dire ? 

A l'occafion de l'Ode , notre 
Auteur parle de deux efpeces de 
Sublimes , celui des images , dont 
Homère fournit de fi beaux exem- 
ples , & le Sublime dans le tour qui 
eft , félon notre Auteur , un grand 
fentiment que nous fommes fûrs 
avoir été approuvé par un grand 
Homme , à la place duquel nous 
nous mettons. 11 faut que ce grand 
fentiment foit peint d'une manière 
très-vive. Notre Auteur remarque 
encore que l'admiration de cette 
cfpcce de Sublime vient ordinaire- 
ment d'un fond d'orgueil. 11 traite 
enfuite la queftion , fi l'entoufiaf- 
Âvril. 



L ; i 7 ? 4« 2 ? 5 

me eft necelîaire dans l'Ode. Il fe 
déclare pour l'affirmative , après 
avoir rapporté les raifons de part Se 
d'autre, & il veut de l'entoufiafme, 
même dans les Odes morales. 
L'Auteur compare enfuite l'Ode 
fur la louange par M. de la Motthe, 
avec une imitation d'un desPfeau- 
rnes de David par M. RoufTeau & 
avec l'Ode du même Auteur à M. 
le Marquis de la Fare. Il n'eft pas 
difficile de deviner auquel de ces 
deux Poètes il donne le prix , s'é- 
tant d'abord déclaré pour la necef- 
fité de l'entoufiafme dans l'Ode. 
Il y a un entoufiafme doux , qui 
doit , félon notre Auteur , fe trou- 
ver dans les Odes Anacréontiques 
& dans nos Chanfons. 

Notre Auteur fc propofe de 
prouver dans fes reflexions furies 
petits Poèmes , qu'ils ont un mé- 
rite auquel on ne fait point aflez 
d'attention : puis il fait quelque 
remarque fur chacun de ces Poè- 
mes en particulier. Il obferve fur 
quelques - uns de ces Poèmes , en 
particulier fur les Sonnets , que ce 
qui les fait le plus admirer , c'eft 
quand ces morceaux de Poèiie 3 
malgré les difhcultez & l'aufterité 
de leurs règles ne fentent point le 
travaiLUne des chofes qui nous tou- 
che le plus, c'eft de voir quelqu'un 
de gêné taire une chofe avec la mê- 
me liberté & lamêmeaifancequc 
s'il ctoit a fon aife. L'Auteur remet 
à parler dans un autre Volume de 
la Tragédie & du Poème Epique. 

Ses trois Lettres fur la décaden- 
ce du goût en France regardent 
particulièrement les Poètes. Ainfi 
H h 



2 j5 JOURNAL DE 

ces Lettres fe trouvent allez natu- 
rellement jointes avec les reflexions 
fur la Poëiîe. 

Le goût des Romains fut dans fa 
perfection fous l'Empire d'Augu- 
ftc , mais Ovide commença à taire 
perdre ce bon goût aux Romains , 
& Seneque acheva ce qu'Ovide 
avoit commencé. Après avoir ad- 
miré ce qu'il y avoit de bon dans 
ces Auteurs , on fe porta jufqu'à 
admirer leurs débuts a même à 
vouloir les imiter. Comme les imi- 
tateurs n'avoient point autant d'ef- 
pi it que ces deux Ecrivains , ils co- 
pièrent tous les défuits de leur 
Maître , fans en avoir les qualitez. 
Il en eit arrivé de même en France, 
fuivant notre Auteur, le goût fut 
porté à fa perfection fous le règne 
de Louis XIV. Mais un Ecrivain 
îllultre a commencé , à ce que pré- 
tend notre Auteur, à corrompre le 
goût des François, cet Ecrivain eft 
M. de Fontenelle. On en fait ici 
un éloge , dont il y a lieu de croire 
que les plus grands Admirateurs de 
M. de Fontenelle feront contens. 
Mais on foûtient d'un autre côté 
que fes Ouvrages font dénués de 
cet air de vie , de cette belle cha- 
leur & de cette fimplicité qu'on 
admire chez les anciens , qu'il 



S SÇAVANS, 

prend plaiiîrày raifembler tout ce 
qui peut éblouir , à accabler de 
penfées mifes les unes fur les autres, 
à habdler en paradoxe des idées 
communes , à faire prendre fon ton 
aux matières qu'il traite , au lieu 
de prendre le leur. Ces défauts 
qu'on attribue à M. de Fontenelle 
ne lui viennent , dit-on , que de ce 
que vovant que les grands Ecri- 
vains du règne de Louis XIV* 
avoient atteint la perfection en fui- 
vant les anciens , au lieu de foûte- 
nir ce goût comme il l'auroit pu 
faire , il a voulu donner du nou- 
veau. Ceux qui l'ont fuivi n'ayant 
point le génie de M. de Fontenel- 
le ont copié les défauts de fes Ou- 
vrages , fans en imiter les beautez, 
M. de laMotthecft , à ce que l'Au- 
teur prétend , le fécond qui a cor- 
rompu le goût de notre fiécle en 
voulant auiïï fe mêler d'être nou- 
veau. On avoue qu'il avoit quelque 
efprit, mais on foûtient qu'il n'y a 
point de beauté réelle dans fes E- 
crits, foit en vers , foit en profe , & 
que fes Ouvrages font remplis d'un 
grand nombre de défauts. Pans la 
dernière Lettre l'Auteur attribue 
encore la décadence du goût au ca- 
ractère & aux mœurs de notre 
fiécle. 



A V R I t, 1734» 2J7 

VETERUM SCRIPTORUM ET MONUMENTORUM 
Hiftoricorum , Dogmaticorum , Moralium ampliffima 
Colle&io. Tomus VIII. 
C'cft - à - dire : Tris - ample Collellion d'anciens Ecrivains , & de Pièces 
anciennes Par rapport à ÏHtftoire } au Dogme } & à la Morale. Tome huit. 
Par Dom £^Mahtene & Dom Vrfin Durand , Prêtres & Reli- 
gieux Benediclins , de la Congrégation de S. Maur. A Paris , chez Mon- 
talant , fur le Quai des Auguftins, proche le Pont S.Michel. 173 5. 
in -folio. pag. 7 S t. 



COMME la plus grande 
partie des Pièces contenues 
dans le feptiéme Volume de cette 
Collection concernoient le Schif- 
me d'Avignon , les PP. Martene 
& Durand ont cru devoir donner 
un abrégé de l'Hifloire de ce Schif- 
me au commencement de ce feptié- 
me Volume. La même raifonles a 
engagé de mettre un abrégé de 
l'Hiftoire du Concile de Bafleàla 
tête de ce huitième Volume. En ef- 
fet fi l'on ne fe rappelloit les princi- 
pales circonftances de cette Hiftoi- 
re , il feroit difficile de bien enten- 
dre une partie des Pièces au fujet 
du Concile de Balle qui font com- 
ptifes dans ce Volume. Elles font 
en fi grand nombre , que quand 
nous n'en rapporterions que les ti- 
tres il faudrait pafler de beaucoup 
les bornes ordinaires de nos Ex- 
traits. Il nous fuffira donc de don- 
ner le précis de quelques - unes de 
ces Pièces. 

Il y eut une conteftation dans le 
Concile de Balle entre les Ambafla- 
deuts des Electeurs & ceux du Duc 
deBourgogne pour la préféance. On 
voit à la page 112 de ce Volume un 
Difcour: de l'Evêque de Nevers fur 



ce fujet,ii y expofe que les Ambafta- 
deurs duDuc de Bourgogne avoient 
été furpris d'entendre un Docteur 
qui étoit du nombre des Ambafla- 
deursdesElecT:curs,foûtenir en plein* 
Concile , que les Ambalfadeurs des 
Electeurs dévoient précéder ceux 
du Duc de Bourgogne , il déclare 
enfuite qu'ils n'ont pu garder plus 
long-tcms lefilence fur un fujet fi 
important , qu'ils n'ont point ce- 
pendant reçu d'ordre de leur Maî- 
tre, & qu'ils ne parleront que pour 
ne point abandonner un rang qui 
leur eft dû , & pour convaincre les 
Ambalfadeurs des Electeurs du peu 
de folidicé de leurs prétentions. 

Après ce préambule l'Evêque de 
Nevers propofe trois moyens pour 
foûtenir le droit des Ambalfadeurs 
du Duc de Bourgogne. Le premier 
de ces moyens eft tiré de la naif- 
fance de ce Prince. Il eft par fon 
père de la Maifon de France; donc, 
conclut l'Evêque de Nevers , il 
defeend de Francus Prince Troyen 
& par confequent de Dardanus. Il 
defeend encore par fon père des 
Rois de Bourgogne , d'où il s'en- 
fuit qu'il tire fon origine des Rois 
établis en Italie long tems avant la 
Hh ij 



2Î 8 JOURNAL D 

fondation de Ro.mc , d'Evandre 
Roi des fept Montagnes , & de ja- 
nus fils dejaphet , lequel koit fils 
de Noé , après quoi il cil facile de 
remonter jul'cm'a Adam. Il tire en- 
core fon origine du côté paternel 
de l'ancienne Maifon de Lorraine, 
depuis appellée de Brabant, & par- 
là il détend de Charles Martel , 
de Pépin , de Charlemagnc , de 
Louis le Débonnaire Se de Charles 
le Chauve. Du côté de fa mère , il 
cft de l'illuftre Maifon de Bavière , 
où il n'y a que des Empereurs , des 
Rois & des Ducs. Il eft parent & 
allié des Rois de France , d'Angle- 
terre , de Caftille , de Portugal , 
d'Arragon , de Navarre , de Chy- 
pre, de Sicile, d'Albert Duc d'Au- 
triche. L'étendue & le nombre des 
Seigneuries qui appartenoient au 
Duc de Bourgogne fournilloient 
un fécond moyen à l'Evêque de 
Nevers. Le Pays qui a été occupé 
par les Bourguignons , difoit l'E- 
vêque de Nevers , étoit du tems 
des Romains des plus confidera- 
bles des Gaules, depuis les Bour- 
guignons s'y étant établis en firent 
un Royaume. Les deux Royaumes 
de Bourgogne .Se de France furent 
réunis en la perfonne de Clovis par 
fon mariage avec Clotilde fille 
d'un Roi de Bourgogne. CeRovau- 
me fut enfuite divifé de celui de 
France , jufqu'à ce que Charlema- 
gne l'ayant réuni au Royaume de 
France en fit la première Pairie. 
Ses Ducs furent toujours honorés 
d'une Couronne. 

La Bourgogne a eu pour pre- 
mier Apôtre de la Foi S. Lin qui 



ES SÇAVANS, 

avoit été envoyé par S. Pierre , St 
on voit encore des Eglifes bâties 
dans ce Pays par S. Lin en l'hon- 
neur de S. Pierre même pendant la 
vie de ce faint Apôtre. Farix, Ec- 
clefîarum JlruElura in honorent Sanc- 
ti Pétri viventis ufqm in diem pra- 
Jentem concemuntur. Il y a eu depuis 
plufieurs Saints en Bourgogne mê- 
me du nombre de fes Rois , la 
Reine Clotilde a contribué à la 
converfion de Clovis , à celle des 
François , & à celle d'une partie 
des Peuples de l'Allemagne. Il y a 
dans le Pays plufieurs Eglifes très- 
confiderables , tant feculieres que 
Régulières , 6c des Abbayes Chefs 
d'Ordre, Clugny , Cîteaux & le 
Val des Choux. 

Les Bourguignons ont accom- 
pagné Charles-Martel dans fes ex- 
péditions contre les Infidèles. De- 
là vient, dit l'Evêque de Nevers, 
que Charles - Martel a donné pat 
l'ordre du Pape les dixmes des 
Eglifes aux Seigneurs du Pays qui 
en font encore en pollelTion. Les 
Seigneurs Bourguignons fuivirent 
aulh Charlemagnc à la Conquête 
de Lombardie , le même Prince les 
employa à réduire les Saxons , & 
fous Louis le Débonnaire , ils con- 
tribuèrent à la converfion des Bo- 
hémiens. Les Ducs de Bourgogne 
fe lonr distingués dans les "uerres 
d'Outremer. L'Orateur vient en- 
fuite aux trois derniers Ducs de 
Bourgogne. Le premier des trois 
avoit beaucoup travaillé pour l'ex- 
tinction du Schifme. Le fécond, 
étoit palié en Hongrie avec un 
corps de troupe confiderable poux 



A V R I 

combattre les Turcs , & le dernier 
eft un des plus zélés dérenfeurs de 
ifEglife. 

Ce font ces fervices rendus à 
l'Eglife parles Ducs de Bourgogne 
qui tournilïèntun troifiéme moyen 
à l'Evêque de Nevers. Ce difeours 
qui eft une des preuves des plus 
confiantes du peu de goût Se de 
critique de ceux qui palloient pour 
les plus habiles vers le milieu du 
15 e îiécle, n'eft point refté fans ré- 
ponfes de la part des Electeurs. Les 
répliques de l'Evêque de Nevers 
font rapportées à la page 610.Il pa- 
roît par cet Ecrit que les AmbaiTa- 
deurs des Electeurs ne s'arrêtèrent 
pas à contefter les laits avancés par 
l'Evêque de Nevers ; ils fc bor- 
noient à dire que les Electeurs 
avoient fuccedé au Sénat qui fui- 
vant l'impreflion des Loix efl pars 
ttrporis imperatoris. Que comme 
l'Empereur piécede tous les Rois , 
les Electeurs doivent précéder tous 
les Princes , que les Cardinaux qui 
élifent le Pape fuivent immédia- 
tement , que le Duc de Bourgogne 
étant lui-même Vallal de l'Empi- 
re n'a pu preferire la préféance con- 
tre les Electeurs qui font Membres 
de l'Empire , que des que les Ducs 
de l'Empire font élevés à la digni- 
té d'Electeurs , ils précèdent tous 
les autres Ducs , que la dignité 
des Electeurs était plus ancienne 
que celle de Duc de Bourgogne ; 
enfin que les AmbaiTadeurs des 
Electeurs avoient eu la préféance 
fur ceux du Duc de Bourgogne 
dans les Conciles de Pife ck Con- 
fiance , à la Cour de l'Empereur 6c 



t , 1 7 ? 4. 23^ 

dans la Chapelle du Pape. 

L'Evêque de Nevers repliquoit 
que l'Elcctorat n'étoit qu'un Offi- 
ce , ôc que ce n'étoit pas cet Office 
mais la qualité 6% l'étendue des Sei- 
gneuries , par lequel le rang doit 
être réglé entre les Ducs. Que C c 
n'étoit que dans les Fonctions de 
l'Office d'Electeurs que ceux qui 
font revêtus de cette dignité font 
cenfés ne faire en quelque manière 
qu'un fcul corps avec l'Empereur, 
que ce qui Ce paiTe dans l'Empire à 
l'égard du rang des Ducs avec les 
Electeurs ne doit point s'étendre 
aux Ducs qui ne font pas partie du 
Corps Germanique. Il eft vrai que 
le Duc de Bourgogne pofTede des 
Fiefs qui relèvent de l'Empire , 
mais ce n'eft pas à caufe de ces Fiefs 5 
mais à caufe du Duché de Bourgo- 
gne qu'il doit avoir la préféance 
fur les Electeurs ; les Electeurs , fé- 
lon l'Evêque de Nevers , n'ont été 
établis que vers l'an 999. par lePape 
Grégoire V. du tems d'Othon III. 
le Royaume & le Duché de Bour- 
gogne font beaucoup plus anciens 
que les Electorals. A l'égard de la 
poftefîîon l'Evêque de Nevers foû- 
tient qu'il eft prouvé par une en- 
quête que les AmbaiTadeurs du 
Duc de Bourgogne ont précédé 
ceux des Electeurs au Concile de 
Confiance. Pour les autres faits de 
pofTefiîon articulés par les Ambaf- 
fadeurs des Electeurs , l'Evêque de 
Nevers leur demandoit qu'ils en 
rapportaient la preuve. 

Sur ce différend le Concile or- 
donna le \ { -> Juin 1435. que le pre- 
mier dis Ambaffadeurs du Duc de 



240 JOURNAL D 

Bourgogne feroit immédiatement 
après les Ambalîadeurs des Rois , 
après lui un des Ambaffadeurs des 
Electeurs , Si après cet Ambaffa- 
deur des Electeurs , le fécond Am- 
baffadeur du Duc de Bourgogne & 
ainfi alternativement , le tout fans 
préjudice du droit des parties, foit 
pour le polTeffoire , foit pour le 
pétitoire. Le décret du Concile eft 
rapporté en entier dans ce Volu- 
me : il eft à propos d'obferver 
avant que de paffer à un autre ar- 
ticle , que félon ce que dit l'Eve- 
que de Nevcrs dans fa réplique le 
Duc de Bourgogne cedoit le rang 
aux Cardinaux Prêtres , Si qu'il s'é- 
toit confervé la préféanec fur les 
Cardinaux Diacres. 

Jufqu'à prefent nous n'avons 
point eu de relation détaillée de ce 
qui s'eû paffé à l'aiTemblée tenue à 
Bourges en 1456. pour l'accepta- 
tion des Décrets du Concile de Baf- 
le , Si par rapport à la dépofition 
du Pape Eugène ; en attendant 
qu'on puiffe recouvrer le procès 
verbal de cette célèbre AlTemblée , 
nos Auteurs nous en donnent dans 
ce Volume une relation fort fuc- 
cinte faite par un témoin oculaire. 
On y voit que les Archevêques de 
Reims, de Tours, de Bourges Si de 
Touloufe alîilterent à cette affem- 
blée , qu'il y avoit 15 Evêques , 
grand nombre d'Abbez,de Prieurs^ 
de Députez des Chapitres Si des 
Univerfitez , en particulier de l'U- 
niverfité de Paris,trois Docteurs en 
Théologie, deux Canoniftes Si un 
Député de la Faculté des Arts , que 
le Dauphin, les Ducs de Bourbon, 



ES SÇAVANS, 

d'Anjou 6v de Bretagne , le Comte 
de Vendôme £c plufieurs autres 
Seigneurs du Royaume y affiliè- 
rent. L'aiTemblée avoit commen- 
cé au premier jour de Mai. Le 
Roi prélîda à celle du cinq Juin j 
les AmbalTadeurs du Pape Eugène 
du nombre defquels étoit l'Arche- 
vêque de Crète, demandèrent que 
le Concile de Ferrare fût tenu en 
France pour Oecuménique , qu'il 
plût au Roi d'y envoyer fes Am- 
baffadeurs , qu'il permît aux Evê- 
ques de fon Royaume de s'y ren- 
dre , qu'il rappellât ceux de ces fu- 
jets qui étoient à Balle , & qu'on, 
ne s'arrêtât point au Décret de fuf- 
penfion prononcée à Balle contre 
le Pape Eugène. Les Ambaffadeurs 
du Concile qui étoieist l'Evêquede 
Sipons, l'Abbé de Véfelay , Maî- 
tre Thomas de Courcelles , l'Ar- 
chidiacre de Metz , Si un Licentié, 
neveu de l'Archevêque de Lyon , 
demandèrent au Roi qu'il lui plue 
de faire garder dans fes Etats les 
Décrets du Concile de Balle pour 
la reformation , de détendre à fes 
Sujets d'aller au Concile de Floren- 
ce , d'envoyer de nouveaux Am- 
baffadeurs au Concile de Balle, afin 
qu'on y continuât ce qui reftoit à 
faire pour le bien de l'Eglife &c 
pour la reformation , Si de faire 
mettre à exécution en France le 
Décret de fufpenfion fait par le 
Concile de Balle contre le Pape. 

Le Chancelier fit enfuite un 
Difcours , où il reprit fommaire- 
ment ce qui avoit été dit de 
part Si d'autre , Si il expofa de 
quelle manière les Rcis de France 



AVRIL, i 7 J 4- 241 
avoient toujours travaillé a procu- privilèges des Ecclefiaftiques , Se 
ter l'union dans l'Eglife , enfuite de vouloir bien prendre des me- 
on nomma deux Commiffaires fures pour pourvoir au bien defon 
pour examiner l'affaire, Prendre Royaume qui étoitdéfolé. Robert 
enfuite un compte plus particulier Erboule Doclreur en Théologie fit 
à Patfemblée. Ces deux Commif- un difeours au Roi fur ces trois 
faires furent l'Archevêque deTours points , il fut d'autant plus admi- 
se l'Evêque de Caltre , qui difeu- ré qu'il n'avoit eu qu'un jour pour 
terent à la féance fuivante les rai- fe préparer à cela , remarque l'Au- 
fons de parc Se d'autre. Enfuite le teurde la Relation , le Roi promit 



Chancelier ayant été aux opinions , 
il fut arrêté à la pluralité des voix 
que le Roi écriroit au Pape Se au 
Concile , Se qu'il leur envoyeroit 
des Ambafladeurs pour prendre 
des voyes de conciliation , Se ce- 
pendant que toutes chofes refte- 
roient en fufpens. Enfuite on nom- 
ma dix Députez , Prélats Se Doc- 



fur le dernier chef d'y faire travail- 
ler dans fon Confeil , & il accorda 
tout ce qu'on lui demandoit par 
les deux premiers. 

Sur la fin du Volume il y a un 
grand nombre de Pièces concer- 
nant le Concile de Trente , une des 
plus confiderables contient les Ac- 
tes de ce Concile par Ange Maffa- 



teurs pour examiner les Décrets du relli &: par Jean de Curtembroche 
Concile de Bafle fur la réforma- Le premier étoit Secrétaire du 
tion , Se il fut arrêté qu'on les re- Concile , le fécond étoit né à 

Gand , homme des plus habiles 
de fon fiécle , & qui avoit afïïfté 
au Concile. De ces deux relations , 
nos Auteurs ont cru n'en devoir 
compofer qu'une feule , mar- 
quant ce qu'il y a dans l'une de 
ces Pièces , différent de l'autre. Le 
Journal de ce qui s'eft paffé au 
Concile de Trente fous le Pontifi- 
cat de Pie IV. par le Chanoine To- 
rello Phala de Puggio , n'efl: pas 
moins curieux que la Relation pré- 
cédente. Ces Relations originales 
Se laites par des témoins oculaires 
ne fçauroient être recueillies avec 
trop de foin. Le Volume finit par 
quelques Statuts Synodaux. 

Nous parlerons dans le Journal 
fuivant du j e & dernier Volume. 



cevroit avec des modifications. Ces 
Députez s'étantaiTemblés plufieurs 
fois Se ayant eu fouvent des conte - 
ftations firent enluite leur rapport, 
& les Décrets furent reçus avec des 
modifications ; il y eut fur - tout 
des conteftations au fujet des An- 
nates , on convenoit que le Pape 
ayant du patrimoine de l'Eglife 
Romaine de quoi s'entretenir lui 
Se fa Cour ne devroit pas jouir des 
Annates,néanmoins on voulut bien 
lui accorder une provifion pen- 
dant la vie du Pape Eugène. Enfui- 
te l'affemblée fupplia le Roi de 
vouloir confirmer par des Let- 
tres - Patentes tout ce qui a été 
fait, de maintenir dans fon Royau- 
me les libertez de l'Eglife & les 



a*2 JOURNAL DES S ÇAVANS : 



NOVVELLES LITTERAIRES. 



ITALIE. 
De Rome. 

IL paroît ici une DhTertation 
Latine , intitulée : De rettâ fefti- 
vitate Pafchx anno 1734. celébran- 
dâ. L'Auteur , qui cil M. Pietro- 
Marcellmo de Luccia , Avocat de 
cette Ville, réfute dans ce Traité 
•diverfes raifons qu'on pourroit al- 
pour montrer que la Fête de 
Pâques devroit tomber cette année 
au 18 cV non au : 5 d'Avril. 

M. B:t.!Z.z.i , Cui é de Prato , Au- 
teur d'un Ouvrage fort étendu fur 
le Cicle Pafchal , dont nous avons 
parlé dans nos Nouvelles du mois 
de May de l'année dernière , 
vient de faire imprimer à Florence 
une Lettre en Italien , dans laquel- 
le en donriant de grands éloges à la 
Dilîeitation de M. de Luccia, il 
expofe ce qu'il penfe lui-même 
fur cette matière. 

DANNEMARC. 

De Coppenhague. 

M. Buftf&us , homme tres-verfé 
dans la connoiflanec de l'Hiftoire 
Se des anciennes Langues du Nord 
a donné au public une nouvelle 
Edition du Texte Iilandoisdcl'Hi- 
ftoireou Chronique à'iflande com- 
pofée dans le douzième ficelé par 



Ara-Proda } ou le Sçavant , qu'on 
qualifie de premier Hiftoricn du 
Nord : ce Texte avoir déjà été im- 
primé en i<î SS. mais comme la 
Langue dans laquelle il cil: écrit, 
eft aujourd'hui três-difficije à en- 
tendre , même parmi les Danois. 
M. BuJ[mis l'a fait paraître de nou- 
veau en y joignant à côté une tra- 
duction Latine dont.il eft l'Auteur, 
& dont les Gens de Lettres , fur- 
tout les étrangeis, ne fçauroient 
que lui être très redevables. Cette 
Traduction eft intitulée:^"//' T/jor- 
gilfis filii , cognomen Froda , id eft 
Multifcii , vel Polyhiftoris, in If- 
landia quonds.m Prejbyteri , primi in 
Septentrione H<(lorici , Schedx , feu 
Libellus de Iflandia , Iflendinga- 
Bok. diRus ; c veteri Jftandicâ vel t 
Jîmavis , Damcâ anticjuà , Septen- 
tnonalibus olim communi Ltngua , in 
Launam ver fus j ac pr&ter necejpirios 
indices , quorum unus eft Lexici /»- 
flar , brevibus nous & Chronologia , 
prœtntfta quoejue Aulloris vitâ illu- 
ftratus ab Andréa Bullxo. Havnia. 
1733. in - 4 . Cet Ouvrage qui eft 
dédié à M. le Comte de Plelo Am- 
baftadeur du Roi en Danncmarc , 
eft fuivi de deux autres dont le 
premier eft une Dillertation en- 
voyée dans le cours de l'impreffion 
d'Ara-Froda à M. BuJJkus , par M. 
Gam , Recteur du Collège de Ncft- 
ved en Klande ', Jona Gam Scbe- 
diafma de Ratione anni Solaris , fe- 
CHîtdhm 



AVRI 

cundum rudem obfervationem veterum 
Paganontm in ljlandia , ex Solis mo- 
tu reflituti , re fi rente Ara - F roda , 
cap. 4. Schcdarnm , &c. L'autre 
Ouvrage dont M. Bujf&us a cru fai- 
re plaiik de donner une nouvelle 
Edition avec quelques Notes , cft 
une courte Relation d'un Voyage 
fait dans le neuvième fiéclc aux 
extremitez du Nord & dans la mer 
Baltique , par Ohther Norvégien , 
& Wulfftan Anglois , de l'Ordre 
d'Elfred leGrand,Roi des Anglois, 
écrite par le même Roi en Langue 
Anglo-Saxone , £c publiée ci devant 
à Oxford avec une Traduction La- 
tine , d'après un ancien manuferit 
de la Bibliothèque Cottonienne j 
Periplus Ohtheri Halgolando - Nor- 
vegt , ut & Walfftani Angli , fiecim- 
dur» narrât iones eorumdem de fuis 
umus in ultimam plagam Septentrio- 
nalem ; Htriufque autem in Mari 
Baltiço navigationibus ,JitJfu y£lfrc- 
di Magni , Anglorum Régis , fitcti- 
lo à Nativitate Chrifli nono fiaflis ; 
ab ipfo Rege Anglo-Saxonica Linguâ 
dtficriptus , &c. 

PRUSSE. 

D £ Berlin. 

Ambroife Haude , Libraire de 
cette Ville 3 diftribue le Profipeflus 
d'un Ouvrage qu'il va imprimer 
par Soufcription : il cft intitulé : 
Chronologie de PHiftoire Sainte & 
des Hiftoires étrangères qui la concer- 
nent , depuis la /ortie d'Egypte juf- 
qu'k la captivité de Bitbylone. Par Ad, 
Alphonfc des Vignoies. AJfociê de 
Avril. 



l' Académie Royale des Sciences de 
Berlin t depuis fin et ablijjement , & 
Dire fleur de la ClaJJc de Mathéma- 
tiques. M. Heinius , Dodeur & 
Profcfleur en Théologie , a joint à 
ce Profpe&us un Ecrit Latin où 
nous apprenons que M. des Vigno- 
ies à prefent âgé de plus de S4 ans , 
avoit travaillé dès fajeunefle à cet 
Ouvrage , qu'il l'avoir interrompu 
pendant long-tems , & qu'enfin 
l'ayant repris, il en avoit fait fa 
principale occupation pendant 
près de douze années. M. Heinius 
rend compte enfuite de la métho- 
de que l'Auteur y a fuivie , & fait 
voir quel avantage le Syftême de 
M. des Vignoies peut avoir au def- 
fus des autres Syftêmes de même 
genre qui ont paru jufqu'ici ; il fi- 
nit en rapportant les témoignages 
honorables que quelques Sçavans 
& entr'autres feu M. Lenfiant , ont 
rendu de cet Ouvrage après l'avoue 
lu. 

Il fera imprimé avec foin en 
deux Volumes «r-4 . avec des Ta- 
bles Chronologiques &c des Cartes- 
Géographiques , le portrait de 
l'Auteur. La Soufcription en entier 
cft de quatre écus d'Empire , ou de 
huit florins de Hollande , ce qui 
fait lé livres de France. On payera 
onze florins pour le grand papier. 
Les Soufcriptions feront reçues 
jufqu'à Pâques prochain , & tout 
l'Ouvrage paroîtra vers l'Autom- 
ne de cette année. 

On peut fouferire à Paris y cher. 
Briajfon , rue S. Jacques , à la Sciere.- 
ce. 



«44 JOURNAL DE 

ANGLETERRE. 
De Londres. 

M. Milliard, Docleur en Mé- 
decine , a fait imprimer chez A. 
Blacktwd un Ouvrage en Anglois 
in- 8°. en forme de Lettre adreffée à 
l'illuftre M. Hans-Sloam , dans le- 
quel il fe propofe de juftifier les 
anciens Médecins Grecs qui onc 
fleuri & qui ont écrit fur la Méde- 
cine après Gallien , fut ce qu'on 
leur reproche de n'avoir fait que 
copier ceux qui les ont précédés. 

Alexandre Trallien , des Oeuvres 
duquel M. Adilivard eft dans le 
deffein de donner une Edition , 
fait le principal objet de fes recher- 
ches , dans la vue , fans doute , de 
prévenir le public en faveur de cet 
Auteur. 

Exercitatio Geometrica de deferip- 
ùone Lineamm Curvarum : Autlore 
Gulielmo Braikenridge , Ecclefid 
Anglican* Prejbytero. Apud Rie. 
Hett & Job. Nourfe. Broch. Jfc-4 - . 

J. Wdcox a achevé d'imprimer 
& délivre aux Soufcripteurs : The 
Koran , common.y Call'the Alcoran 
e/Mohammed , tranjlated tnto En- 
glish immediately from the original 
Arabie, &c. C'eft-à-dire : le Koran, 
communément appelle /'Alcoran de 
Mahomet ,. traduit de l'Original 
Arabe en Anglois , avec des Notes 
tirées des meilleurs Commentateurs , 
pour faciliter l'intelligence de cet Ou- 
vrage. Par M. George Sale. in-^°. 
*7Î4. Ccue TwdutSion eft préce- 



S SÇAVANS; 

dee d'un Difcours Préliminaire quï 
contient un grand nombre d'Ob- 
fervations curieufes & intereffan- 
tes. Il eft partagé en huit Se&ions , 
dans lefquellcs M. Sale traite i°. de 
l'Hiftoirc , de la Religion , des 
Sciences & des Coutumes des Ara- 
bes avant Mahomet. i°. De l'état 
du Chriitianifme & du Judaïfmc 
en Orient lorfque Mahomet parut, 
& de quelle manière ce dernier s'y 
prit pour établir fa Religion. 3°.De 
ce qui regarde l'Alcoran , foit par 
rapporta la lignification de ce mot, 
& au nombre des Chapitres que ce 
Livre contient , foit par rapport 
aux différentes Editionsou anciens 
Manufcrits qu'on en a , à la maniè- 
re dont il a été compofé & rédigé , 
aux Langues dans lefquelles il a été 
traduit,©"c. 4 . & 5*. Des Préceptes 
pofitifs & négatifs de l'Alcoran , 
des Principes fondamentaux Si des 
Cérémonies de la Religion Maho- 
métane. 6°.Des Loix & des Confti- 
tutions fondées fur l'Alcoran., par 
rapport aux affaires civiles. j°. Des 
Fêtes ou Solemnitez dés Mahomc- 
tans. 8°. Enfin de leurs principales 
Sectes , des points fur lefquels ils 
font divifés entr'eux , de leur 
Théologie, &c. 

HOLLANDE. 

D'A MSTERDAM. 

Voici le titre d'un nouvel Ou- 
vrage confiderable que lV:t(lein Se 
Smith vont imprimer par Soufcrip- 
tion : Locupletijfimi Rerum Natura-- 
Hum ThsÇmri aççumn Defcnptio v 



A V R 

t? Iconibus artificiofjfimis expreffio t 
fer univerfam Phyfices Hifloriam. 
£x toto Terrarum Orbe collegit , di- 
geffit j defcripfit & depingendum *«- 
ravit Albertus Seba , Etzela Oift- 
friftus , Académie, Ctftirea Leopoldi- 
no Carolins. Nature CuriofommColle- 
ga Xenocrates diElus ', Societatis Ré- 
git Anglicane , & Inflituti Eononien- 
fis Sodalis, 

Cette ample Collection qui con- 
fifte, comme on le voit par le ti- 
tre , dans la gravure & l'expli- 
cation d'une infinité de chofes 
curieufes qui regardent l'Hiftoi- 
re Naturelle &laPhyfique, doit 
être en quatre Volumes in -folio. 
Chaque Volume contiendra plus 
de ioo planches qui reprefenteront 
.dans un certain ordre les plantes , 
les rieurs , les animaux , les infec- 
tes , les coquillages & les végétaux 
les plus rares , &c. Les explications 
que M. Seba a joint à tout cela 
rempliront encore plus de 50 feuil- 
les par Volume : comme le pre- 
mier Tome eft achevé d'imprimer, 
il a été facile aux Libraires de voir 
à quelle fomme tout l'Ouvrage 
pourra revenir. Ce premier Tome, 
fuivant un calcul exact qu'ils don- 
nent dans leur Profpetlus 3 devroit 
coûter $$ florins 16 fols , ce qui 
feroit en total pour les quatre Vo- 
lumes.i3 5 florins 4 fols , ou argent 
de France 470 livres huit fols. Ce- 
pendant ceux qui voudront fouf- 
crire ne payeront pour le tout que 
160 florins , ou 3 zo livres , dont 
on donnerra 50 florins en fouferi- 
vant , ou plutôt en recevant le pre- 
sr.icr Tome qui cft achevé ; 4s flo- 



I L , 173 4: 24J . 

rins en recevant le Tome fécond 
40 florins en recevant le troifiérrre 
& feulement 30 florins en recevant 
le quatrième. On pourra fouferire 
jufqu'au premier Septembre de 
cette année , & le fécond Volume 
fera délivré au premier Février 
1735. les Libraires promettent 
de donner un nouveau Tome cha- 
que année fuivante au même mois. 

FRANCE. 

De Paris. 

Projet d'un Supplément k la Col- 
leclion des Conciles du P. Labbe, qui 
don s'imprimer inceffamment k Paris, 
che"^ Briaflbn t rue faim Jacques , k 
la Science , & à Cenêve , chez 
Fabri & Barillot. 

Ceux qui voyent avec peine 
qu'on multiplie quelquefois fans 
beaucoup de nece/fité les Editions 
de certains Livres utiles, parce que 
la dépenfe qu'il faut faire pour les 
acquérir devient à la fin exceflîve 
ne manqueront pas d'applaudir au 
Projet que nous annonçons. 

De toutes les Colle&ions de 
Conciles qui ont paru jufqu'i p»e- 
fent , celle que M. Coleti a publiée 
depuis peu à Venife doit certaine- 
ment paiîer pour la plus ample. 
Non feulement cet Editeur y a fait 
entrer tout ce qui compofoit la 
grande Collection du P. Hardouin, 
qui lui même avoit eu foin de pro- 
fiter des recherches de tous ceux qui 
l'avoient précédé dans cette cfpece 
de travail ; mais il y a encore ajou- 
té _, autant qu'il lui a été pofîibie 
Iiij 



246 JOURNAL D 

tout ce qui fe trouve de Conciles 
ou de Statuts Synodaux répandus 
dans les differens Recueils donnés 
au public depuis l'Edition des Con- 
ciles donnée par ce fçavant Jcfnite. 

Mais quelque ample qu'on iup- 
pofe la Collection des Conciles 
imprimée à Vernie , la qualité de 
ces fortes d'Ouvrages fuffit pour 
perfuader qu'il n'eft pas difficile 
d'y taire des additions nouvelles. 
En effet l'Auteur de ce Projet allu- 
re qu'il a ramaffé un nombre conlî- 
derable de Conciles & de Synodes, 
ou inconnus jufqu'à prefent ou qui 
n'ont pas encore été imprimés , ou 
qui jufqu ici n'ont été inférés dans 
aucune Collection des Conciles. 
C'eftcequil'a déterminé à publier le 
Supplément dont il eft ici queftion^ 
& afin que cette entreprife puiffe 
être de quelque utilité au public; 
voici en abrégé la manière dont on 
fe propofe de l'exécuter. 

Comme l'Edition des Conciles 
du P. Labbe eft la plus répandue , 
le nouvel éditeur doit recueillir 
tous les Conciles publiés parle Père 
Hardoitin 5c M. Coleti , 5c les join- 
dre à ceux qu'il a lui-même décou- 
verts , pour être imprimés de la 
même forme , grandeur , 5c carac- 
tères que cette Edition. 

Tous ces Acles feront accompa- 
gnés de notes pour l'intelligence 
du Texte , ôc de variantes tirées 
des manulcrits 5c des imprimez. 
Ces divers morceaux compofcronr 
la première Partie de ce Supplé- 
ment , laquelle fera accompagnée 
d'une Table exacte des matières. 

L'Editeur ne s'eft pas borne à ce 



ES SÇ'AVANS, 

fimple Recueil ', il a encore entre- 
pris de rectifier 5c reformer la Col- 
lection entière des Conciles du 
Père Labbe y quelque pénible que 
puiffe être un pareil travail. Il 
s'eft attaché à épurer le Texte , à- 
revoir 5c à corriger plusieurs en- 
droits des verlîons , à fuppléer à 
ceux qui étoient omis Se qui fe 
trouvent dans les manuferits ou 
dans les premières Editions , à réta- 
blir certains termes aufquels on en 
a fubftitué d'étrangers , dTc 5c ce 
qui n'eft pas de moindre importan- 
ce, il a compofé des notes fur les 
endroits les plus difficiles ; celles 
que le Père Labbe devoit donner a ' 
n'ayant pas vu le jour , quoiqu'il y 
renvoyé fes Lecteurs. 

On donnera de plus une Lifte 
Alphabétique de certains mots in- 
connus , barbares 5c obfcurs qui 
font dans les Actes 5c les Pièces 
originales des Conciles, en indi- 
quant les pages des différentes Edi- 
tions où ils fe trouvent. 

Enfin on ajoutera à tout l'Ou- 
vrage une Lifte de tous les Conci- 
les inférés dans les diverfes Collec- 
tions , à laquelle on a joint le nom 
des Archives ou des Bibliothèques, 
d'où ils ont été tirés , ce qui a été 
affez fouvent négligé par les Edi- 
teurs modernes. 

Cet amas de corrections , de 
variantes , de notes 5c de Catalo- 
gues doit tormer la féconde Partie 
de ce Supplément. Quoiqu'on y 
-ir principalement en vue la Col- 
lection du Père Labbe , on aura 
pourtant foin pour la commo- 
dité de ceux qui ont toute autre- 



A V R I 

Collection j d'indiquer les pages 
de ces divers Recueils , où le trou- 
ve chaque Concile , auquel par 
confequent doivent fe rapporter 
les notes , les corrections & les 
variantes. 

On ne dit dans ce Projet ni 
quand on commencera l'impref- 
ilon de ce Supplément , ni en com- 
bien de Volumes il fera imprimé : 
on afïiire feulement qu'on n'en 
imprimera qu'un petit nombre 
d'exemplaires , fur le prix defquels 
on accordera un bénéfice à ceux 
qui en retiendront par avance : on 
n'en imprimera , ajoûte-ton , en 
grand papier que pour ceux qui en 
demanderont. 

On trouve chez le même Briaf- 
fon : Epiftola plurium Doilorum è 
Societate Sorbomca ad illuftriffimum 
JMarchionem Scipionem Maffeium 
de ratio fie Induis Sorbonici ,feu Bi- 
bliothec*. Alphabetica quant, ador- 
nant , ubi de Eptftolis fantli Augufli- 
ni nuperrtmi inventis & editis. Bro- 
chure /»-4°. C'eft à regret que nous 
fommes obligés de différer jufquau 
mois prochain de rendre un compte 
exact de ce que contient cette Let- 
tre ; l'article précèdent n'eft déjà 
que trop étendu pour une Nouvel- 
le Littéraire. 



E î * 7 5 4-- *47 

Plaidoyer de M. Erard Avocat 
au Parlement , » avec les Arrelts du 
» Parlement , donnés en interpre- 
«tationsdes Articles 282 & 283 
» de la Coutume de Paris \ tou- 
» chant les avantages indirects faits 
» par l'un des Conjoints à l'autre 5 
» & un Extrait du Teftament de la. 
» Dame Marquife de Torcy , con- 
» tenant un Legs univerfel au pro- 
» fit de la Dame de la Tour , merc 
a de fon mari : & les Fa&ums de 
» M. Erard pour les héritiers de 
y> ladite Dame de Torcy , qui ont 
» obtenu cet Arreft. « Seconde édi- 
tion. Chez Mefnier y rue - S. Severin 
& au Palais, au Soleil d'or. 1734. 
in -S". 

Le grand Commandement de la. 
Loi , ou le Devoir principal de 
V Homme envers Dieu & envers le 
Prochain , expofé félon les princi- 
pes de S. Thomas. Par le Père Ber- 
nard d'Arras , Capucin , Lecteur 
en Théologie. De l'Imprimerie de 
J. B. Coignard fils , Imprimeur de 
l'Ordre de Saint François. 17.33. 
in - 1 2. 

Les Mémoires du Chevalier de' 
* * *. Par Madame Meheuft. Chez 
Dupais , Grand'Salle du Palais, .au' 
S. Efprit. 1754. in-vu 



*î s 



TABLE 

Des Articles contenus dans le Journal d'Avril 1734.' 

TRaité Phyfîque & Hijforique de V Aurore Boréale t page 1 8) 

La Chronique ou Annales de Gofweic , &c. 2d 

Traité de la Communauté entre mari & femme } &c. i©J 

Recueil de quelques Antiquitez. de France , &c. 208 

L'An d'apprendre la Mufique , &c. 1 19 

Hiftoire des Empires & des Républiques , &c 223 
Hiftoire des Rois de Pologne & du Gouvernement de ce Royaume, tcç. 230 

"Réflexions fur la Poe fie en général y &c. 2 3 J 

Tris - ample Colletlion d'anciens Ecrivains y &c. par Us PP. Martenc & 

Durand. Tome huit , 237 

Nouvelles Littéraires , M* 

Fin de 1» Table. 



L E 

JOURNAL 

SCAVANS, 

5 

FOUR 

L'ANNEE M. DCC XXXlF. 

MAY. 




A PARIS, 

Chez CHAUBERT, à l'entrée du Quay des 

Auguftins, du côté du Pont Saint Michel, à la 

Renommée & à la Prudence. 

M. DCC. XX~XIV: 
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY, 




LE 



JOURNAL 

DES 

SCAVANS 

MAY M. DCC. XXXIV. 

HISTOIRE DES EMPIRES ET DES REPVBLIQVES, 

depuis le Déluge jiifqtt'à J. C. ou l'on voit dans celle d'Egypte & d'Ajte la. 
liaifon de VHifloire Sainte avec la Profane , & dans celle de la Grèce le 
rapport de la Fable avec l'Hifloire. Origine de la Mythologie. Araos , My- 
cenes & Lacèdimone. 1735. A Paris , chez Simart , rue S. Jacques , au 
Dauphin -, Jean Rouan ; Bullot , rue de la Parchemincrie , & Jean Nul- 
ly , Grand'Salle du Palais , ««-12. quatre Volumes , Tom. I. ou plû- 
eôt féconde Partie du premier Tom. pp. ç 1 1. fans le Difcours Préli- 
minaire Se la Table des matières } Tom. III. pp. 502. Tom. IV.pp.5z0. 



May, 



Kkij 



*/« JOURNAL DES SÇAVANS; 



CE fécond Volume commen- 
ce par l'origine de la Mytho- 
logie. Pour la découvrir , l'Auteur 
remonte jufqu'au principe de l'Ido- 
lâtrie & c'eft ainfi qu'il le rapporte. 
» Les eaux que le Seigneur avoit 
»> envoyées fur là terre , l'avoient 
a» bien purifiée de fes criminels ; 
-> niais elles lui lai lièrent avec leur 
: > farïge empoifonnée le principe de 
» fa corruption , funefte effet de 
s»l'anathême qui avoit été pronon- 
» ce contre elle dès le commence- 
» ment. L'Univers ne fe repeupla 
y que pour enfanter des pécheurs. 
Noé même eut la douleur de voir 
fes enfans paffer des plus grands 
crimes jufqu'à l'oubli du vraiDieu, 
» en forte que fi la Religion ne 
s* nous obligeoit de croire que le 
» Monde ne fût jamais fans quel- 
»queAdorateur en qui fe confervât 
» le précieux germe de la foi & du 
s> vrai culte , on feroit tenté de dire 
» qu'Abraham lui-même étoit cn- 
» veloppé dans les ténèbres du Pa- 
»ganifme quand le Seigneur l'ap- 
=»pella du milieu des Chaldéens 4Z7 
00 ans depuis le Déluge. 

Mais parmi les defeendans de 
Japhet , qui peuplèrent la Grèce , 
l'Italie , les Gaules 5c l'Efpagne , 
une famille entr'aiures fe diftingua 
par fes injuftices , fa cruauté , fon 
ambition & fes autres crimes : 
étendue depuis l'Orient jufqu'au 
couchant, fa puiflance la rendit 
formidable ; les Chefs en furent re- 
gardés comme des hommes ex- 
traordinaires ; bien-tôt même on 
parut oublier qu'ils avoient été 



hommes , & tout au plus un fiécîe 
après leur mort , la fu perdition 
n'héfita pas d'en faire des Dieux. 

On montre enfuite qu'il eft im- 
poffible de rien dire de certain & 
de fuivi fur ces Héros divinifés. 
C'eft par cette raifon que l'Auteur 
appelle tems inconnus ceux pendant 
lefquels il paroît qu'ils ont vécu. 
On ne peut tirer aucunes lumières 
certaines des Poètes fur cette ma- 
dère , les Philofophes ou autres Sa- 
ges de Rome S: d'Athènes, quoique 
récitant le même Jîmbole , ne faifoient 
pas difficulté de fe déclarer leurs 
contradicteurs. 

Cependant la plupart des Fables 
que les Poètes nous racontent de 
leurs Dieux avoient quelque fon- 
dement dans l'Hiftoire , quoiqu'il 
foit très difficile de le découvrir , 
l'Auteur ne perd jamais l'occafion 
de le taire toutes les fois qu'elle fe 
prefente. 

C'eft fur ce plan qu'il recherche 
ce qu'étoit Jupiter , quels furent 
£ts ancêtres , fes frères &c fes def- 
eendans , parce que ce point une 
fois éclairci , portera la lumière 
dans toute l'Hiftoire Grecque. 
C'eft principalement des premiers 
Apologiftes de la Religion Chré- 
tienne qui avoient puifé dans les 
Hiftoriens Prophanes , dont les 
Ecrits fubfiftoicnt encore dans les 
premiers fiécles de l'Eglife qu'il 
emprunte ce qu'il dit de Jupiter & 
des aunes Dieux. 

Il établir donc que des Gomc- 
riens , furnommés depuis Cim- 
briens ou Suques , fortit environ 



MAY, 

ioo ans avant la naiflance d'Abra- 
ham , un homme illuftre nommé 
Acmon qui vint à la tête d'une 
puiffante Colonie s'établir vers le 
Pont-Euxin. Comme l'Auteur fc 
fert de l'autorité de Sanchoniathon 
pour appuyer ce fait , il montre 
dans une cfpece de Diflertation 
qu'on trouvera à la fin de ce Traité 
que le fragment de cet Auteur Phé- 
nicien n'eft pas fuppofé comme 
l'ont penfé M. Simon , les Pères de 
Montfaucon & Calmet , mais que 
le faux s'y trouve mêlé avec le vrai 
& qu'en particulier le Sanchonia- 
thon eft d'autant plus croyable fur 
ce qu'il dit d'Acmon 3 Urane, Sa- 
turne Se Jupiter , que fon récit eft 
confirmé par d'autres Hiftoriens. 

Cet Acmon fe rendit célèbre 
par fes conquêtes Se par fes rava- 
ges , ce qui fit donner à fes peuples 
le nom de Saques comme qui di- 
roit voleurs ou brigans , Se l'Au- 
teur prétend que c'eft-là même l'o- 
rigine des mots de fac Se defacca- 
ger s Se que c'eft delà encore qu'eft 
venu le jeu des Echecs qu'on nom- 
me en Latin Scacorum , ou Latinn- 
culomm Ludus , le jeu des brigans , 
parce que les fujets d'Acmon le 
jouoient , Se le regardoienr comme 
une image de la guerre. M.Fréret, 
dit-il , dans la DifTertation fur les 
Saques ne les fait pas tout à fait 
lî anciens, mais il en donne cepen- 
dant à peu-près la même origine. 
Acmon laiffa un fils nommé Ura- 
nc , qui ne fe rendit pas moins fa- 
meux que fon père. 11 étendit fa do- 
mination jufque dans la Lybie Oc- 
cidentale, Se les' peuples de ces 



*7 34* aj-j 

Contrées le reconnurent pour un 
Dieu , mais Saturne le plus jeune 
de fes enfans lui déclara la guerre , 
l'obligea de lui céder la Royauté; 
Se triompha de fes autres frères , 
dont il envahit les Etats. 

Ce fut fous fon règne , parmi 
une infinité d'autres fictions que 
l'Auteur rapporte , que les Poètes 
placèrent l'âge d'or , ce qui ne con- 
vient guéres ni à la peinture qu'ils 
en font , ni à la conduite auliï 
cruelle qu'injufte, que Saturne tint 
avec fon père Se avec fes frères , 
mais il foûtient avec plufieurs Sça- 
vans que les premiers Poètes ont 
orné leurs fictions de tout ce qu'ils 
avoient trouvé de beau & de tou- 
chant dans les Livres de Moyfe, & 
dans la tradition des Juifs , Se on 
nous fait voir aflez au long le rap- 
port que ce qu'ils racontent de Sa- 
turne peut avoir avec ce que l'Ecri- 
ture nous apprend de Noc. 

Mais avant que de finir l'Hiftoi- 
re de Saturne il nous donne l'Hi- 
ftoire de deux de fes frères qui font 
auffi fort connus. L'un eft Japet & 
l'autre Promethée , Se c'eft-là que 
l'Auteur montre bien que Pyrrha 
Se Deucalion n'étoient pas regar- 
dés comme les premiers des hom- 
mes , quoiqu'il lui fût échappé de 
les appeller ainfi dans le premier 
Volume de fon Hiftoire. 

Enfuite il paife à celle des trois 
enfans de Saturne , Jupiter , Nep- 
tune Se Pluton. Il fait voir que 
toutes les intrigues d'amour qu'on 
a attribué au premier , ne peuvent 
être mifes fur le compte du fils de 
Saturne.Dès qu'unRoi s' étoit acquis 



ay4 JOURNAL DE 

«quelque réputation dans le mon- 
de , il fe faifoit appeller Jupiter, 
Se Varron en comptoit plus de 300 
qui avoient porté ce nom. D'ail- 
leurs les anciens accoutumés à con- 
fondre les tems , croyoient honorer 
ïeurs Héros en leur donnant ce 
nom célèbre , quoiqu'ils fuffent 
fort antérieurs au Jupiter Olym- 
pien. C'eft ainfi que les Babylo- 
niens nommèrent Jupiter leur Bé- 
lus qui eft Nembrod , &: que les 
Egyptiens en ufoient à l'égard de 
Cham connu fous le nom de Jupi- 
ter Annnon. 

Le rils de Saturne eut en partage 
l'Afie Mineure , la Grèce , les Gau- 
les , &: l' ï fie de Crète qu'il fe reler- 
va comme le lieu dé Fa naiffance &C 
de fon éducation ; Neptune eut la 
Mer, les lflcs & les Pays Maritimes, 
&c Pluton les Pays Occidentaux , 
comme l'Efpagne & l'Afrique Oc- 
cidentale. Les Mines dont ce Pays 
abonde & fa (uuation baffe par rap- 
port à la Grèce , engagèrent les 
Poètes à placer le Royaume de Plu- 
ton dans le centre de la terre , & à 
le regarder comme le Dieu de l'En- 
fer. A cette occafion en nous don- 
ne une defeription allez étendue 
de l'Enfer des Poètes , mais fans 
rien ajouter à ce qu'Homère & 
Virgile nous en ont appris. 

Il eft impolliblc de fuivre notre 
Auteur dans ce qu'il raconte des 
autres Dtvinitez de la Fable , fur 
chacunes defquelles il donne un ar- 
ticle féparé. Il ne fe propofe pas ce- 
pendant d'approfondir cette ma- 
tière ; fon but eft de n'en dire que 
se qui eft neceflaire pour l'intelli- 



S SÇAVANS, 

gence des anciens Auteurs tant Sa- 
crés que Prophanes , & pour faire 
fentir la liaifon de la Fable avec 
l'Hiftoire. C'eft ainfi qu'il s'enex- 
plique lui-même. » Quand je com- 
» mence à parler des enfans de Ju- 
»piter, ma penfée n'eft pas d'en- 
» trer ici dans un long détail. L'in- 
» continence exceffive de ce Prin- 
»ce, celle de tant d'autres , & de 
»fes Prêtres, quiabuferent tous de 
*> fon nom , pour cacher , comme il 
m le dit ailleurs , leurs crimes fous 
» un voile refpecls.ble au peuple , me 
»jetteroient dans cet immenfe la- 
nbirinthe qui compofe tout le 
» merveilleux delà Mythologie. Il 
fe contente donc de propofer fes 
doutes fur Apollon , fes incertitudes 
fur Vénus & fur Mars , & fur quel- 
ques autres Divinitez Subalternes 
qui font les plus connues. 

Ainfi des tems inconnus qui finif- 
fent vers les commencemens de la 
vie de Jacob , il palTe à ceux qu'on 
appelle/࣫/f«.v , j> parce que juf- 
» qu'au lïécle où la fameufe Troyc 
» périt par la Ligue des Grecs , la 
» Fable a extrêmement enchéri , ou 
» défiguré la vérité de l'Hiftoire 
» pour y mêler le merveilleux & 
» les fictions. « Il efpere néanmoins 
de ramener tout à la (Implicite des 
faits , & de rendre à ces grands Hé- 
ros l'honneur qui leur eft dû en fau- 
vant la vérité du menfonge. Il faut 
donc , ajoute - 1 - il , appeller les 4 
ou 5 fiéclcs fuivans , tems héroïques , 
comme l'a remarqué Scaliger. 

Apres la mort de Jupiter & de 
Mercure , la famille de Saturne 
manquant d'héritiers en ligue die 



MAY, 

fecte , l'Univers fut long - tems 
dans une efpecc d'Anarchie. Parmi 
ceux qui afpirerent enfuite à la Sou- 
veraineté , Inachus eft regardé 
comme le premier & comme le 
Fondateur du Royaume d'Argos, 
dont notre Auteur commence ici 
l'Hiftoire. Ce Prince établit fon 
Empire fur les côtes du Péloponnè- 
se qui font au-deflous de Corinthe. 
Il eut deux enfans de Mélifla fa 
fceur. Le premier lui fucceda clans 
le Royaume d'Argos , qui fut ainfi 
appelle du nom d'Argus petit fils 
de Phoronée , car auparavant ce 
Pays fe nommoit Elide ou Inachie. 
Le fécond fils d'Inachus fut Roi de 
Sicyone dans l'Achaïe. De leurs 
tems arriva le fameux Déluge d'O- 
gygés , le premier de ceux dont 
les Traditions Grecques falfent 
mention. Ce ne fut , à ce qu'on 
prétend , qu'une inondation de la 
Boëtie , Se de l'Attique , caufée 
par le débordement du Lac Copaïs 
dont les écoulemens fe trouvèrent 
bouchés. 

On trouve ici la fuite des Rois 
d'Argos d'après Eufébe & le Sin- 
celle , comme étant defeendus 
d'Inachus, ils furent nommés Ina- 
chides , jufqu'à Danaiis qui l'an du 
monde 1 5 10. ufurpa la Souveraine- 
té fur Gélanor. Danaiis étoit Egyp- 
tien , mais notre Auteur prétend 
que c'eft fauflemeiit que plufieurs 
Auteurs difent qu'il étoit frère du 
fameux Séfoftris. Il rapporte enfui- 
te l'Hiftoire des Danaïdes , celle 
de Bellerophon & de la Chimère , 
de Danaé , de Perfée , de Médufe , 
4es Gorgones , &c . 



17 5 4- ISS 

Il remarque que depuis Mé^a- 
pente Roi de Tyrinthe qui devint 
Roi d'Argos par l'échange qu'il fit 
de fon Royaume contre Perfée, on 
n'entend plus rien à la fuite des 
Rois d'Argos , les Etats qui le 
compofoient ayant été partagés en 
trois par Anaxagore fils de Méga- 
pente -, ce Royaume fut réduit à fi 
peu de chofes qu'il ne mérita plus 
l'attention des Ecrivains pofte- 
rieurs. Orefte fils d'Agamemnon 
s'en empara Se le mit fous la puif- 
fance des Rois de Mycénes , dont 
il ne fe releva jamais , il avoit duré 
690 ans, 

L'Auteur entre dans l'Hiftoire du 
Royaume de Mycénes , par celle 
de fon origine. Perfée par l'échange 
qu'il avoit fait avec Mégapente 
devoit naturellement s'établir à 
Tyrinthe , mais cette Ville ne lui 
ayant pas plû , il en bâtit une au- 
tre à qui il donna le nom de Mycé- 
nes pour une raifon qu'on verra 
dans l'Ouvrage même ; nous y ren- 
voyons encore pour tout ce qui re- 
garde les expéditions de Perfée, les 
merveilles dont la Fable les a em- 
bellies , les Travaux d'Hercule , le 
voyage des Argonautes qu'il place 
l'an du monde 1277. la guerre de 
Troyc , &c. H avertit en même 
tems que comme fon defiein eft de 
ramener tout à l'Hiftoire , il omet 
dans celle des Argonautes plufieurs 
circonftances qui ne peuvent s'ac- 
corder avec la Chronologie. Le 
Royaume de Mycénes finit fous le 
règne deTitaméne fils d'Orefte : ce 
dernier mourut , feJon l'Auteur 
cnArménie de la piqueure d'un Ser- 



a$6 JOURNALD 

pent à l'âge de 70 ans Se la neuviè- 
me année de fon regne.Ce qu'il n'en; 
pas aifé de concilier avec ce qu'il 
dit plus bas dans l'Hiftoire de La- 
cédémone , que ce Prince mourut 
dans la 90 e année de fon âge après 
en avoir régné 70. 

Quoiqu'il en foit , les Héracli- 
des , ou defeendans d'Héracle , qui 
avoient de légitimes prétentions 
fur le Péloponnéfe y entrèrent à 
main armée , s'en rendirent entiè- 
rement les maîtres , & y changè- 
rent le gouvernement. Ils s'établi- 
rent les uns à Argos , les autres à 
Mycénes Se à Corinthe i leur fa- 
mille s'y foûtint pendant quelques 
fiécles ; quoiqu'on n'ait aucune 
fuite exacte des Princes qui y ré- 
gnèrent. Ariltodéme fut le feul 
dont la pofrerité fe foit conftam- 
ment foûtenue à Sparte , qui lui 
échût en partage. 

Après avoir parlé en peu de mots 
du Royaume de Sicyone qui n'eft 
diftingué que par fon antiquité, Se 
dont les Rois font peu connus , & 
n'ont d'ailleurs rien fait d'interef- 
fant; il vient à l'Hiftoire de Lacé- 
démone qu'il divife en trois Livres, 
Se qui lui ouvre un vafte champ. 
Ce Royaume dura plus de 900 ans, 
c'eft-à-dire jufqu'à l'an 119. avant 
J. C. qu'il tomba en la puiiTance 
des Romains. 

Le mépris que les Lacédémo- 
niens faifoient des Sciences eft cau- 
fc qu'ayant peu d'Hiftoriens , les 
commencemens de leur Etat font 
suffi fort obfcurs ; il nous feroit 
même entièrement inconnu , fi 
Paufanias , dans un voyage qu'il 



ES SÇAVANS; 

fit exprès en Laconie pour s'en in- 
ftruire , ne nous en avoit tranfmis 
quelques particularitez qu'il y ap- 
prit , Se dont l'Auteur nous fait 
part. 

On compte neuf Rois depuis 
Lelex qui en fut le premier jufqu'à 
Orcfte, maison ne voit nulle part 
ni la durée totale de leurs règnes 
ni combien ils renferment d'années 
chacun en leur particulier. Cepen- 
dant par différentes circonftances 
qu'on lira dans l'Auteur , on fçait 
que Lelex commença à régner à La- 
cédémone environ l'an 1 500. avant 
J. C. ce qui fait voir , dit-il , com- 
bien fe font trompés tous les Chro- 
nologiftes qui pour s'être copiés les 
uns les autres , fans autre examen , 
ont placé l'Ere de Lelex en 141 6. 
un fiécle plus tard qu'elle n'eft dans 
la vérité. 

Mylés fils de Lélex n'ayant qu'u- 
ne fille nommée Sparte , la maria à 
Lacédémon , ce Prince ayant fuc- 
cede à Lelex donna fon nom à la 
Province , Se par tendreffe pour fa 
femme , il fit bâtir une Ville qu'il 
nomma Sparte i du nom de Lacé- 
démon fe forma celui de Lacédé- 
moniens pourfignifier leshabitans 
de la Province, comme celui de 
Spartiates qui ne fe donnoit pro- 
prement qu'aux Citoyens de la 
Ville Capitale vint de Sparte. C'eft 
de leur famille Se à peu-près dans le 
même tems que font fortis Hya- 
cinthe , dont les Jeux Funèbres de- 
vinrent par la fuite une des plus 
grandes Fêtes des Lacédémoniens , 
Se le célèbre Efculape dont les Poè- 
tes firent un Dieu. A cette occa- 
fion 



MAY 

fîon l'Auteur , apparemment pour 
délaffer l'efprit de fon Le&eur , 
rapporte aller au long l'impofture 
d'un certain Alexandre de Paph- 
iyonio , qui après avoir apprivoifé 
un Serpe&t , trouva moyen de faire 
croire au peuple que c'étoit Efcula- 
pe même qui venoit le vifiter. Il a 
tiré ce récit de Lucien. 

Il revient après cela à l'Hiftoire 
de ce qu'il y a , foit de vrai , foit de 
fabuleux dans la fuite des Rois de 
Lacédémone jufqu'à Ariftodéme 
dont nous avons parlé ci-deiïïis , & 
il place la fameufe révolution qui 
enleva le Péloponnéfe à la famille 
de Pélops pour le mettre entre les 
mains des Héraclides 80 ans après 
la prife de Troye , 1 ï 19 ans avant 
J. C. 1875 depuis la création du 
monde. Le Peuple de Dieu étoit 
pour lors fous le gouvernement du 
grand Prêtre Héli, environ 15 ans 
j.vant l'élection de Samuel. 

Cependant quoiqu'on fçache fi 
politivement l'époque du règne 
d'Ariftodéme , rien n'eu: plus obf- 
cur que la fuite des Rois qui lui 
ont fuccedé , pendant plus de trois 
fiécles. Thucidide , dit l'Auteur , 
femble exeufer le filencedesHifto- 
riens furie peud'évenemens que la 
vie de ces Princes a dû fournir. 
Concentrant leur ambition dans 
leurs propres Etats , ils n'ont rien 
fait de remarquable au dehors , & 
l'on fçait , ajoûte-t il , que l'Hiftoi- 
re ancienne ne fe charge commu- 
nément que des guerres &c des ré- 
volutions. 

Ariftodéme eut deux enfansju- 
maux , l'un nommé Eujryfthéncs _; 
May. 



; i 7 î 4« 257 

& l'autre Proclez. Ils régnèrent 
conjointement fur les Etats de leur 
père. Les peuples furent fi contens 
de leur gouvernement qs'ils vou- 
lurent que le Sceptre fe perpétuât 
dans leurs familles. Ainfi ils eurent 
toujours deux Rois , l'un de la fa- 
mille des Agides , ainfi nommés à 
caufe d'Agis fils d'Euryfthéne , Se 
l'autre de la famille des E uryponti- 
des , du nom d'Eurypont petit fils 
de Proclez. Pour mettre le Lec- 
teur en état de diftinguer plus aife- 
ment les Rois fortis de ces deux 
différentes branches , on obferve 
de mettre les noms de ceux de la. 
première au commencement de la 
ligne , lk ceux de la féconde au 
milieu. 

L'événement le plus conûdera- 
ble du règne d'Agis, comme on le 
voit dans le Livre fécond , fut la 
réduction des Ilotes. Ces peuples 
qui habitoient la Ville d'Hélos , 
ayant refufé de payer le tribut 
qu'Agis avoir impofé fur les Tribus 
qui lui étoient échues en partage , 
ce Prince força leur Ville , les fit 
tranfporter pour la plus grande 
partie à Sparte , où ils furent diftri- 
buésà titre d'efclaves qui ne pour- 
roient jamais fe racheter, & qu'il 
feroit défendu de vendre hors du 
Royaume ; depuis ce tems - là les 
Lacédémoniens fe firent un princi- 
pe de politique de les traiter tou- 
jours avec la dernière inhumanité. 
Les SucceiTeurs d'Agis jufqu'à Ly- 
curgue font peu célèbres dans l'Hi- 
ftoire i lorfque ce dernier parvint 
à la Couronne l'an 928. avant J. C. 
il trouva l'Etat dans le trouble Se 
LI 



&s % JOURNALD 

dans la confufion. Mais » lapru- 
»dence & la fageffe de cet habile 
» Législateur firent totalement 
» changer de face au Royaume de 
» Lacédémone , il fçut relever les 
»Rois de cet état d'aviliffemenr 
«dans lequel ils s'étoient jettes 
«d'eux-mêmes ; tempérer néan- 
»> moins leur puifTance par l'autori- 
a> té d'un Sénat Souverain & re- 
sodoutable , rendre les peuples 
s> heureux par des voyes qui fem- 
m bloient devoir le ruiner ; former 
»unc puiflante Republique qui 
» fut la terreur de toutes les autres, 
s> & du formidable Royaume des 
s* Perfes , enfin dont les Loix & la 
» Police devinrent après fa de- 
» ffruction même , l'étonnement 6c 
al'admiracion de tous les peuples. 
» Néanmoins ce ne fut point du- 
rant fon règne qu'il exécuta ce 
»> grand Ouvrage. Le terme en fut 
»trop court , & le projet n'en étoit 
»> peut-être pas encore formé. 

L'Auteur expofe ces Loix , & il 
obferve en même tems que l'expé- 
rience & les circonstances des tems 
obligèrent les premiers Officiers de 
la Republique d'y faire quelques 
changemens , l'honneur dont on 
étoit en poiTeflion d'avoir des Rois 
qui dcfcendilTent d'Hercule , fit 
établir pour maxime inviolable 
qu'on n'en reconnoîtroit jamais 
d'une autre famille , & de peur 
qu'on n'y fût trompé par l'infidé- 
lité des Reines, elles furent établies 
fam lagarde & vigilance des Epho- 
rts. Quoique l'Auteur raconte cet 
ïtfage de manière à faire croire que: 
Lycurguc ca fûti' Auteur , il dit 



ES SÇAVANS; 

plus bas que les anciens ne font 
point d'accord entr'eux fur l'origi- 
ne des Ephores , qm étoïent fembla- 
bles à des Infpelleurs ou Controlleurs 
Généraux , ou même aux Tribuns du 
peuple parmi les Romains. Hérodote 
& Xénophon les attribuent à Ly- 
curgue ; mais ils font , dit -il, les 
feuls de leur fentiment. Le com- 
mun des Auteurs en rapporte l'éta- 
bliflement au Roi Théopompe 130 
ans après. Le tems auquel Lycur- 
gue donna fes Loix eft encore , fé- 
lon lui, une énigme plus embarraf- 
fante. On pourroit fur ce point 
compter facilement 20 opinions 
toutes évidemment famTes , ou 
contradictoires à certains faits , 8c 
peut être feroit-il plusfage d'imiter 
le P. Petau qui dans une fi grande 
diverfité de fentimens a cru devoir 
ne prendre aucun parti. Cependant 
il croit qu'on peut fixer à peu-près 
ce tems , & par plufieurs raifons 
qu'il apporte , il lui paroîtque les- 
Loix de Lycurgue furent portées 
en 854. 

Depuis ce tems les Lacédémo- 
niens devinrent fi paffionnés pour 
la gloire de leur Patrie que le cou- 
rage & la confiance que cet amour 
leur infpiroit , les rendit Supérieurs 
à tous leurs ennemis , on en verra 
fur-tout des exemples dans la guer- 
re qu'Us eurent à fôûtenir contre 
lesMeffénieus. L'Auteur en racon- 
tant les trois batailles qui rendi- 
rent cette guerre célèbre , décrit 
fort au long le fécond combat qui 
fe donm entre Tluopompe Roi 
des Lacédemoniens -, & Luphaès 
Roi des Mefléniens ; comme cette 






MAY, 

action cft regardée , félon le témoi- 
gnage de M. le Chevalier Follard 
dans fa Diflertation fur. cette guer- 
re , &C pafle pour une des plus cé- 
lèbres de l'Antiquité ., on a cru 
qu'on en verroit avec plaiiir les 
principales circonstances. 

Le troisième Livre offre encore 
des évenemens plus confiderables. 
On y voit les Lacédémoniens 
triompher non feulement des ef- 
forts de leurs voidns , mais encore 
de route la pui (Tance des Rois de 
Perfe. La guerre du Péloponnéfe 
termine ce dernier Livre. L'Auteur 
en développe les caufes , le progrès 
& les fuites , mais feulement au- 
tant qu'elles ont quelque rapport à 
ce qui regarde l'Hiftoire de Lacé- 
démone ; il fe referve d'en détail- 
ler plus exactement les circonfhn- 
ces lorfqu'il traitera de la Republi- 
que d'Athènes en particulier. Cette 
guerre dura 27 ans & finit par la 
ruine des Athéniens. Leur flotte 
ayant été furprife par l'habileté de 
LyfaFtdre à la bataille d'Egofpota- 
mos , fut entièrement détruite , &c 
cette perte les jetta dans un épuife- 
ment dont ils ne fe relevèrent ja- 
mais. Nous allons rapporter la def- 
cription de ce combat , afin de 



1 7 î 4- 25* 

donner un échantillon du ftile 
de l'Auteur. » Conçu fut le 
» premier qui apperçut i'enne» 
» mi. Aufli-tôt il lait fonner l'allar- 
» me pour rappelier fes troupes. Il 
» fe donne un mouvement infini ' 
» appelle, crie de toute fa force; 
» anime les uns& contraint lesau- 
» très de remonter dans leurs vaif- 
» féaux. Mais toutes fes peines dc- 
» vinrent prefque inutiles. PIu- 
» ficurs étoient trop éloignés pour 
» l'entendre , quelques - uns dor- 
» moient déjà , ou foupoient tran- 
joquillement dans leurs tentes " 
m d'autres étoient allés chercher des 
» vivres ; en forte qu'il ne put 
"trouver que huit ou neuf Galères 
» pour oppofer à l'ennemi. Lyfan- 
» dre n'eut pas de peine à les forcer, 
» & Conon fut le feul qui ne fe 
jslaiffa pas invertir. Alors les Lacé- 
» démoniens s'emparèrent de tous 
« les vaifTeaux qui étoient dans le 
» Port ; puis ils vinrent fondre fur 
» les Soldats difperfés en firent un 
j» carnage horrible & en emmène- 
ra rent 3000 prifonniers 

Nous donnerons dans le Journal 
fuivant l'Extrait du troifiéme Vo- 
lume qui contient l'Hiftoire de 
Thébes Se d'Athènes. 



«*o JOURNAL DES "SÇAVANS; 

HISTOIRE DE L'EMPIRE DES CHERIFS EN AFRIQVE , 
fa Defcription Géographique & Hiftoriejue ; la Relation de la prife d'O- 
'ran , par Philippe V. Roi d'Efpagm , avec l'abrégé de la Vie de M. de 
Sainte-Croix , ci- devant Ambaffideur en France , & Gouverneur d'Oran 
depuis la prife de cette ' r iUe ; Ornée d'un plan très-exatl de la Ville d'O- 
ran & d'une Carte de l' Empire des Cherifs. Par M. ***. A Paris , chez 
Prault père , Quai de Gcvres , au Paradis- 173 3. vol. in- 1 1. pages 346. 
pour l'Hiftoire de l'Empire des Cherifs , & p. 161. pour la Defcription 
Géographique. 



AVANT que de donner 
l'Extrait de cette Hifloire de 
l'Empire des Cheriis J nous croyons 
à propos de donner celui de la 
Defcription Géographique 5c Hi- 
ftoriquc annoncée dans le fécond 
article du titre. 

Il eft naturel quand on veut fça- 
voir l'Hiftoire d'un Etat, de com- 
mencer par en connoître les diffe- 
ïens Pays. 

L'Empire des Cherifs comprend 
trois Royaumes , fçavoir, celui de 
Maroc , celui de Fez , & celui de 
Tremecen. Le Royaume de Fez 
étoit anciennement le plus puilTant 
de l'Afrique, mais ayant été fou- 
rnis aux Cherifs , le Royaume de 
Maroc qui dépendoit en quelque 
forte de celui-là , devint bientôt 
fon égal, & enfuite le furpafla tant 
par le nombre de fes habitans,que 
par l'étendue de l'on commerce. 

Ce Royaume de Maroc compo- 
fe la première partie de la Maurita- 
nie Tingitane & confifte en fept 
Provinces , qui font Hea , Suz , 
Géfula, Maroc, Duquéla, Efcura 
®u Efcure & Tedla. 

Le Royaume de Fez forme la fé- 
conde parue de la Mauiitanie Tin- 



gitane qui regarde l'Orient , & iî 
eft féparé de la première par la fa- 
meufe rivière d'Ommirabi. Il a au 
Levant , la rivière de Melvia , & 
au Septentrion , le détroit de Gi- 
braltar i il eft borné au Midi par 
les Montagnes du Mont Atlas. Ce 
Royaume , comme celui de Ma- 
roc , contient fept Provinces dont 
la première eft celle de Témécen -, 
la féconde , celle de Fez; la troifié- 
me , celle d'Afgar-, la quatrième „ 
celle d'Habat >-la cinquième, celle 
d'Errif -, la fixiéme , celle deGua- 
ret ; & la feptiéme , celle de Cuzi. 
Le Royaume de Tremecen eft 
dans la Mauritanie Céfarienne. Les 
rivières de Ziz & de Muluye , le 
féparent au Couchant , d'avec le 
Royaume de Fez ; la Province 
d'Afrique la borne au Levant } & 
les deferts de la Numidie, au Midi. 
Il eft divifé en quatre Provinces ; 
la première eft celle de Tremecen j 
la féconde , de Tenez ; la troifiéme,, 
d'Alger ; & la dernière de Bugie , 
que les Rois de Tunis ont difputée 
long-tems à ceux de Fez , & que 
quelques Géographes mettent en- 
core au nombre des Provinces du 
Royaume de Tunis. 



MAY 

Toutes ces Provinces renferment 
tin nombre coniîdcrable de Villes , 
dont notre Hiftorien fait un détail 
cxacT: Se curieux , tant pour la Géo- 
graphie que pour l'Hiltoire. Nous 
nous attacherons feulement à quel- 
ques particularités que nous rap- 
procherons les unes des autres , 
•comme (î elles étoient ainfi rangées 
dans le Livre , Se nous aurons foin 
outre cela , d'en abréger le récit , 
pour ne pas donner trop d'étendue 
à notre Extrait , qui nonobftant 
cette précaution , ne laiflera peut- 
être pas d'en avoir encore allez. 
Mais nous efperons que la variété 
des matières pourra empêcher 
qu'on ne s'apperçoive de cette lon- 
gueur. 

Les habitans de h Province 
-d'Hea , qui , comme nous l'avons 
lemarqué , eft une des fept Provin- 
ces du Royaume de Maroc , font 
gens greffiers & fauvages qui ne 
connoiftent ni politelfe ni juftice. 
On les voit errer comme des bêtes 
féroces fur les rochers Se dans les 
plaines. Aucun d'eux ne fçait lire , 
Se quoiqu'ils fe difent Mahomé- 
tans, ils ne font nullement inftruits 
de cette Religion. Ilscroyent aveu- 
glement tout ce que leur difent les 
Alfaquis , efpecc de Prêtres fort 
ignorans & d'autant plus refpectés 
qu'il n'y a dans la Province aucune 
perfonne en état de connoître leur 
ignorance. Les femmes du Pays 
font belles Se fort portées au plai- 
iîr. Elles ont pour habillemens des 
Hatcjues t cfpeces de Mantes fem- 
blables aux veftes des Turcs Si des 
Maures- Leurs bras font toujours 



i 175 4* fitfr 

garnis de gros anneaux d'argent 
ou de fer, elles en mètrent même 
lur la cheville du pied , Se on ne 
diftingue les femmes de condition 
d'avec les autres que par le nombre 
de ces anneaux. La manière de vi- 
vre des hommes les rend forts Se 
robuftes. Ils couchent fur des nat- 
tes ; Se les plus riches fur des mate- 
lats très-minces. Ils fe nourriiTent 
d'une mauvaife pâte d'orge mal 
cuite , Se qu'ils humeelent de beur- 
re Se de miel. 

Les jours deftinés à quelques ré- 
joiïiflances , ils tuent des poules 
qu'ils font cuire avec une grande 
quantité d'œufs Se qu'ils fervent 
dans des terrines. C'eft alors un re- 
pas de cérémonie. Les hommes 3c 
les femmes qui y affilient s'alTéyent 
par terre Se mettent au milieu 
d'eux la terrine où eft le mets , cha- 
cun en tire un morceau de la main 
droite Se le porte à la bouche avec 
la même main , car c'eft un crime 
pour un Mahométan , de prendre 
aucune nourriture avec la main 
gauche. Us ne fe fervent ni de 
fourchettes ni d'affiettes , Si ils s'ef- 
fuyent les mains en les frottant l'u- 
ne contre l'autre , de peur de falir 
leur linge. Au refte , quand ce lin- 
ge eft fale ils le blanchiiïent avec 
une herbe nommée Gazul qui leur 
fert de favon. 

La Ville de Tedneft eft la Capi- 
tale de la Province d'Héa -, on ne 
voit dans cette Ville aucune Hôtel- 
lerie. Mais un étranger qui n'y eon- 
noît perfonne , va d'abord trouver 
celui qui y rient la place de Maire, 
& ceMagiftratle loge chez unikbe 



nés JOURNAL D 

Bourgeois qui eft obligé de le 
nourrir , & qui s'en fait même un 
plaifir : l'hofpitalité eft tellement 
regardée dans cette Ville, comme 
une vertu, que l'habitant qui reçoit 
chez lui l'étranger , fe tiendrait of- 
fenfé G cet étranger reconnoiflant 
lui offroit quelque recompenfe : ce 
trait met une grande exception à ce 
que l'Hiftorien vient d'avancer 
plus haut , en difant que dans la 
Province d'Hea on ne connoît nul- 
le politefle. 

Hadequis autre Ville de cette 
Province fe diftingue par la beauté 
des Dames qu'on y voit. Elles y at- 
tirent par cette beauté un fi grand 
nombre d'étrangers , que la Ville 
n'eftprefque peuplée que d'Amans 
qui y font de grandes dépenfes , & 
qui la rendent par là une des plus 
riches de la Provinae. 

La Ville de l'Eufugaguen n'eft 
pas éloignée de là , mais fes habi- 
tans ne rciTemblent en rien à ceux 
d'Hadeguis -, ils font traitres & 
cruels : leur point d'honneur eft 
de fe vanger .d'un ennemi. Ils 
.racontent hardiment & impuné- 
ment leurs afTafllnats : un habitant 
d'Eufugagucn qui n'a pas afl~a(Tîné 
dix ou douze de fes Compatriotes, 
eft regardé comme un lâche. 

Les Citoyens de la Ville d'Eitde- 
vet , qui eft encore de la Province 
d'Héa , fe difent defeendans de la 
Tribu de Juda. Cette Ville eft 
remplie d'Avocats , de Procureurs, 
de Notaires , & de Juges -, tous les 
Peuples y acourent pour terminer 
leurs differens ; les gens de lettres y 
font fort refpc&és , & ils neparoif- 



E S SÇAVANS, 

fent en public que fur de beaux 
chevaux qu'ils font venir des lieux 
voifins. 

La Province de Sus , qui eft 1» 
féconde du Royaume de Maroc , 
renferme au nombre de fes Villes , 
celle de Mefta , partagée en trois 
grands quartiers qui forment com- 
me trois Villes féparées l'une de 
l'autre par une diftance d'un quart 
de li^uéi les anciens habitans du 
Pays ont élevé fur le bord de la 
mer , un grand Temple dont la 
charpente eft compoféc de côtes 
de baleines. Le Peuple croit que ce 
fut en cet endroit que le Monftre 
Marin rejetta Jonas , & il prétend 
que depuis ce tems-là toutes les 
baleines que le vent jette vis à vis 
le Temple , meurent fur le champ. 

La première Ville de la Province 
de Maroc eft celle de Maroc. Elle 
a donné fon nom à la Province , 
laquelle s'appelloit autrefois Boca- 
no-Emero. Cette Ville eft la plus 
belle & la plus célèbre de toute 
l'Afrique , tant pour fa fituation 
avantageufe que pour le grand 
nombre, & pour la magnificence 
de fes bâtimens. On croit qu'elle 
fut bâtie par Abu-Tcchificn , pre- 
mier Roi de la race des Almoravi- 
des , 6c que fon fils Jofeph victo- 
rieux de toutes les forces d'Efpa- 
gne , employa à la perfection de la 
Ville commencée par fon père , 
trente mille prifonniers qu'il avoic 
gagnés fur les ennemis. On voit 
hors de la Ville de Maroc fur un 
ancien Sépulchre , une grande pier- 
re d'albâtre , de la hauteur d'un 
homme , fur laquelle eft écrite en 



MAY 
caractères Arabes, l'Epitaphc fui- 
vante : 

Ci gît Aly fils d'Atia , q ni com- 
mandai cent mille hommes , eus dix 
mille chevaux , & fis creufer cent & 
un puits en un jour four les abreuver. 
J'époufai trois cens filles , fusfidelle , 
viÙorieux , & l'un des vingt-quatre 
Généraux de Jacob -Almanfor. Je 
finis mes jours à quarante ans. Qui 
lira cette épitaphe , prie Dieu qu'il 
me pardonne, 

Notre Hiftorien parle ici des Edi- 
fices fomptueux qui diftinguent 
!a Ville de Maroc des autres Villes 
de l'Afrique , & il commence par 
le Palais du Roi. Ce Palais eft d'u- 
ne grandeur immenfe , parce que 
ie Roi y a joint le Palais du Gêné - 
raliffime de fes armées, ôdeCollége 
des fils de Rois & des grands Sei- 
gneurs ; les portes en font de cèdre 
marquetées d'y voire, & enrichies 
d'or & de couleurs fi bien mêlées, 
qu'elles ont confervé tout leur 
éclat. Dans l'enceinte eft le loge- 
ment des Gardes, en forte que le 
Palais du Roi de Maroc eft le plus 
beau cv le plus fpacieux bâtiment 
de l'Afrique. Il eftentourré de fu- 
perbes Edifices , & on ne voit dans 
fon intérieur que bains magnifi- 
ques , qu'appartemens richement 
meublés , & des Jardins qui ne 
cèdent en rien aux plus beaux Jar- 
dins de l'Europe. 

Les hahitans de Maroc font en- 
nemis jurés des Chrétiens, ils font 
fiers cV fe piquent d'une grande 
bravoure. 

Les habitans de li Province 
de Jefuh ont confervé l'ancien 



; » 7 3 4« ; z€% 

nom de Gétules , & notre Hi- 
ftorien dit qu'ils fe vantent avec 
raifon d'être les premiers peuples 
de l'Afrique. On ne connoît dans 
ce Pays-là ni potence ni roiie : oft y 
fait mourir les coupables à coups 
de lances , & on jette leurs corps 
aux chiens. Tous les Marchands 
qui viennent aux foires , quoiqu'ils 
y foient quelquefois au nombre 
de dix mille , font nourris aux dé- 
pens du public pendant tout le 
tems qu'elles durent. La plus gran- 
de de ces foires eft celle qui com- 
mence au jour qu'on célèbre la 
naiffance de Mahomet, 

Les peuples dont il s'agit font 
les premiers de l'Afrique qui ayent 
trouvé le fecret de fondre le fer, & 
d'en faire des boulets de canon. 

La Ville de Fez, comme nous 
l'avons remarqué , eft compoféede 
trois Villes : on voit dans ces trois 
Villes , les plus beaux Edifices de 
toute l'Afrique : elles fontl'azile 
des Sciences 5c des Arts , & pour 
peu qu'on y féjourne , on y perd , 
dit notre Auteur' , la mauvaife 
opinion qu'on a des Mahométans 
au fujet de la Science. 

Il y a dans Fez plufieurs Magi- 
ftrats , le Prévôt des Marchands 
tient le premier rang parmi eux. Il 
y a aulîi un Gouverneur fous le- 
quel un Cadis rend la juftice. Si un 
Criminel condamné à mort , eft n> ■ 
turier , il eft conduit dans les prin- 
cipales rués de la Ville les mains 
liées derrière le dos ; arrivé au lieu 
où il doit être exécuté , il fait à" 
haute voix, une défciiption du fu* 
p.lice qu'il va fou rTrir, fis crie et»-- 



&6i JOURNAL D 

fuite : voilà ce qu'a mérité celui qui 
a commis tel crime. 

Après qu'il aainfi crié , l'Exccu- 
Êeur le pend par les pieds , Se lui 
coupe la gorge. A l'égard d'un 
homme de Condition , on l'égorgé 
avant que de le faire paroître en 
public , S: l'Exécuteur public lui- 
même le crime du coupable. Quand 
un homme en a aflaffiné un autre f 
on le conduit au plus proebe pa- 
rent du mort , & ce parent en ufe 
comme il lui plaît envers le cou- 
pable. Il le condamne à mort s'il 
veut , ou lui rend la vie moyen- 
nant une grofle fomme d'argent. 
Mais fi l'accufé nie le crime , on 
lui fait donner des coups de fouet 
par tout le corps , excepté fur les 
flancs & fur Teftomac , parce que 
les Bourreaux appliquent ces coups 
avec tant de force que d'ordinaire 
le patient tombe mort du fécond 
coup. S'il refifte à cette épreuve , il 
cft déclaré innocent ; mais s'il n'eft 
pas artez riche pour payer alors une 
certaine fomme au Cadis , le Cadis 
lui fait donner d'autres coups pour 
fon droit & pour celui de fon 
Greffier. A l'égard de la Juftice 
Spirituelle , on ne prend aucune 
rétribution. 

La garde du Roi de Fez. eft cotn- 
pofée d'environ deux mille quatre 
cens chevaux , & de deux mille 
hommes. Il a outre ces Troupes , 
un Efcadron tout compofé de Gen- 
tilshommes -, les chevaux de ces 
Gentilshommes font toujours ri- 
chement enharnachés : les mords , 
les étriers & les éperons font dorési 
la tétiere eft d'or pur , leurs Telles 



ES SÇAVANS, 

font la plupart enrichies d'or & de 
perles. Prefque tous les hommes de 
Fez font habillés de velours , de 
damas , de fatin , ou de taffetas , de 
différentes couleurs. Ils portent 
deux baudriers garnis d'or & d'ar- 
gent. A l'un de ces baudriers pend 
une riche épée , & à l'autre une 
boëte pleine de Livres d'Oraifons , 
ils prétendent que ces Livres d'O- 
raifons contribuent à les préferyeï 
de dangers. 

Le Roi eft héritier de tous les 
Gouverneurs Se de tous les gens 
de guerre de fes Etats , &c lorfqu'il 
voit un Marchand qui s'eft enrichi 
dans le commerce , il ne manque 
point de lui donner quelque em- 
ploi de Gouverneur , ou autre fem- 
blable , pour pouvoir hériter de 
fes grands biens. Après la mort des 
Officiers dont il hérite , les Dome- 
ftiques de ces Officiers empioyent 
ordinairement toute leur adreffe 
pour cacher les richeftes de leurs 
maîtres ; mais un grand nombre 
d'efpions que le Roi entretient 
rendent la plupart de ces précau- 
tions inutiles ; ces mêmes eipions 
fervent aufll à découvrir les Caba- 
leurs & les rebelles,&quand ils ont 
dénoncé quelqu'un comme tel , 
le Roi lui fait couper la tête fur la 
moindre aceufation } mais ces Dé- 
nonciateurs rifquent beaucoup de 
leur côté , car s'ils viennent a être 
convaincus de Calomnie , ils font 
punis de mort. 

Les Couronnes d'Afrique ne 

partent point de la tête du père fur 

celle de fon fils aîné. Les Grands 

du Royaume choifiiîcnt, après la 

more 



M A 

mort du Roi , celui des Princes du 
Sang qu'ils croyent leur convenir 
davantage , & les enfans du Roi 
vivent fouvent en perfonnes pri- 
vées , à moins que le Roi leur perc 
n'ait eu la précaution pendant fa 
vie , de les revêtir des grandes 
Charges de l'Etat. La première de 
toutes eft celle de Vizir ; mais le 
Vizir ne commande que la troifié- 
me partie de la Cavalerie , ce qui 
borne beaucoup l'autorité de cette 
Charge , qui indépendamment de 
cela ne laide pas d'être très-vafte.La 
féconde eft celle de Secrétaire d'E- 
tat, qui exerce à la fois les fondions 
dcSurintendant Se deGrandMaître; 
la troifiéme eft celle de Lieutenant 
du grand Vizir. Après ces premiers 
Officiers , font les Intendans de 
Province , qui vont rendre la ju- 
ftice aux Arabes & aux Bérebéres.Il 
yaauffi un Chancelier dépofitaire 
des Sceaux , Se pluficurs autres Ma- 
giftrats pour la Police. Quand l'ar- 
mée marche , elle eft précédée d'un 
grand nombre de Timbaliers bien 
montés ; ils ne portent qu'une 
Timbale chacun -, le fon de cette 
Timbale eft fi horrible qu'il glace 
les fens de ceux qui n'y font pas 
accoutumés. Les Maures préten- 
dent par-là faire trembler leurs en- 
nemis. Ils ont aulïi des Trompettes 
Si des Clairons, mais dont le bruit, 
quoiqu'effrayant , l'eft beaucoup 
moins que celui des Timbales. 

Il y a dans la Province de Fez , 
plufieurs montagnes que notre Au- 
teur décrit , celle de Zathon ou 
Zarahanun en eft une des plus con- 
sidérables , par la beauté de fon 
Avril. 



Y , 1754. 207 

climat , &c par l'excellence des 
fruits qu'elle rapporte. Les Oliviers 
qui la couvrent reiTem.blent de loin 
à une épaifTe forêt. *Les habitans 
forts & laborieux , cultivent avec 
foin cette terre fi féconde , Se leur 
travail les rend les plus riches ha- 
bitans du Pays. Les femmes y font 
belles ; Se ce qui eft rare en Afri- 
que, dit notre Auteur, elles peu- 
vent fe piquer de fagefle. 

Auprès de la montagne eft une 
place nommée Tiulit , laquelle 
doit fon origine aux Romains. Ses 
murs de pierre de taille fe font 
confervés ; mais elle a perdu tout 
l'éclat que lui avoir donné un Roi 
de Fez. Ses habitans chaftés par le 
Roijofeph, errent dans les cam- 
pagnes, fans vouloir rentrer dans 
leur ancien azile. Il refte feulement 
dans cette place abandonnée , une 
vingtaine de maifons occupées par 
lesAlfaquis, qui rendent un culte 
actuel au tombeau du premier 
Idris , qui , difent-ils , fait des mi- 
racles. Tous les peuples des envi- 
rons viennent rendre hommage à 
ceTombeau, &z les Alfaquis qui ne 
vivent que de la dévotion de ces 
peuples , les attirent dans cet en- 
droit en publiant chaque jour de 
nouveaux prodiges. On voit fur la 
même montagne où eft cette pi -ce, 
le Château de Faraon ou de Pha- 
raon , dont les habitans du Pays 
attribuer.-: l'origine à Pharaon Roi 
d'Egypte , qui pourfuivit Moïle. 
C'eft du moins le fentiment de 
Calbi Hiftorien Arabe ; mais notre 
Auteur prétend que le Château 
dont il s'agit , doit être plutôt rc- 
M m 



%66 JOURNAL DE 

gardé comme un ouvrage desGots 
autrefois maîtres de l'Afrique. Les 
environs de ce Château font dan- 
gereux par la quantité de lions qui 
s'y rencontrent. 

Autour de la Ville de Dar-Ec- 
Harmara,autre Ville de la Province 
de Fez , il y a aulîi un grand nom- 
bre délions , mais les habitans font 
fi accoutumes aies voir , qu'ils ne 
s'en effrayent point ; les enfans mê- 
me ne craignent pas de les pourfui - 
vre à coups de bâtons. Un de ces 
lions , après avoir rodé long-tems 
autour d'un enclos dont prefque 
toutes les maifons font défendues , 
vit paroître une petite fille , il fe 
jetta fur elle & l'emporta. Cette 
petite fille avoit une fixur âgée tout 
au plus de douze ans , laquelle à 
cet afpect s'arma d'un bâton , atta- 
qua le lion , èc l'obligea enfin , à 
force de cris & de coups , de lâcher 
fa proye , qu'il n'avoit pas encore 
eu le tems d'étrangler. 

A deux lieues de la Ville de Fez , 
qui , comme nous l'avons déjà re- 
marqué , eft la Capitale du Royau- 
me de ce nom , eft une montagne 
nommée Tagat dont les habitans 
vivent entr'eux comme des Sauva- 
ges , & ne font vifités que par 
quelques Citoyens de Fez qui vien- 
nent creufer la montagne pour y 
trouver des tréfors qu'ils préten- 
dent que les Romains y ont cachés. 
Sur quoi lHiftorien remarque 
qu'une expérience de cinq cens ans 
.m moins , ne les défabufe point de 
cette idée ridicule ; Sx. ne les em- 
pêche pas de perdre inutilement 
Jeur tems & leurs richelTes à fouil- 
ler dans la terre. 



S SÇAVANS; 

Nous voici arrivés à la Province 
d'Afgar. Dans cette Province eft 
une Ville nommée Alcaçaquivir 
dont Jacob Alaianzoreft le Fonda- 
teur. Un jour que ce Prince étoit à 
la chafTe , il s'écarta de fà fuite , & 
ayant été furpris la nuit au milieu 
de plufîeurs Lacs Se de plufieurs 
Marécages , d'où il ne pouvoit 
s'expofer à fortir fans danger, il 
apperçut à quelque diftance de là , 
un peu de lumière , il s'avança Se 
trouva un Pécheur à qui il dit : Je 
fuis Ecuyer du Prince CT je vous 
prie de vouloir me conduire au gros de 
la chajfe. Je ne le puis , répondit le 
Pêcheur , & fut-ce le Roi mon maître 
que j'aime inf.nimeM , je lui refitferois 
ce que vous me demandez. , parce 
qu'il ri eft pas poffible de fortir impu- 
nément de ce lieu pendant la nuit. Le 
Roi fut donc obligé de fuivre le 
Payfan dans fa cabanne ; il y palfa 
la nuit , & mangea avec lui d'un 
chevreau. Le lendemain il partit 
au point du jour avec le Pêcheur 
& rejoignit les gens , qui le cher- 
choient de tous cotez. Mais il eut 
grand foin de remarquer les diffe- 
rens détours qu'il avoit été obligé 
de prendre pour fortir d'entre ces 
lacs & ces marécages , & il connue 
l'obligation qu'il avoit au Pêcheur, 
de n'avoir pas voulu l'expofcr pen- 
dant la nuit dans des chemins fi 
dangereux. Il lui demanda alors 
pourquoi il avoit témoigné tant 
d'amitié pour fon Roi. C'eft , lui 
répondit le Pêcheur qui ne le con- 
noifloit pas , &c qui le prenoit pour 
un Officier , que bien loin de ré- 
gner en Tyran , il ménage fes fu^- 



MAY 

jets, Se les traite comme fes cn- 
fans. Le Roi charmé d'une réponfe 
qu'il ne pouvoit foupçonner de 
flatterie , fe fit connaître à lui Se 
lui demanda ce qu'il vouloit : une 
maifon où je pui(fe palier le refte 
de ma vie , repartit le Pécheur. Le 
Prince lui en fit bâtir une , mais ce 
fut un Palais plutôt qu'une maifon 
particulière. Il n'en demeura pas là, 
il fit fortifier cette maifon, & pour 
en peupler les environs , il accorda 
de grands privilèges à tous ceux 
qui viendroient s'y établir ; en forte 
que la maifon de ce Pécheur fe 
trouva bien - tôt dans une Ville •, 
mais dans une Ville fi belle que les 
Rois ne l'ont pas jugée indigne de 
leur féjour en certains tems de 
l'année. Elle a été témoin de plu- 
fieurs combats qui fe font pafTcs 
fous fes murailles , entre les Portu- 
gais Se les Maures qui la défen- 
doient- 

La Province d'Habat renferme 
entr'autres Villes celle d'Aguila bâ- 
tie fur les rives de l'Erguile , au- 
tour de laquelle rodent de grandes 
troupes de lions fi privés qu'ils n'at- 
taquent perfonne , pas même les 
enfans. 

Tanger Ville confiderable de la 
même Province , fut bâtie , à ce 
qu'affurent fes habitans , par Ced- 
ded , fils de Had ; Prince , qui , 
feloneux , pofiedoit avec l'Europe 
entière, toute l'Afrique, & une 
grande partie de l'Afie. Il fit faire , 
difent-ils , une Ville dont les murs 
étoient d'airain , Se les maifons 
couvertes d'or Se d'argent -, mais 
aotic Hiftorien remarque que cet 



; 173 4- . 2^7 

excès de magnificence eft démenti 
par tous les Auteurs. Quoiqu'il en 
ibit , la Ville de Tanger , dit - il t 
eft à prefent fermée de fortes mu- 
railles de pierre , & défendue par 
desbaftions. Les Rois de Fez ont 
foin d'y entrenir une bonne garni- 
fon , avec des Magafins toujours 
pleins de vivres & de munitions. 

Cette Ville qui incommodoit 
extrêmement la Chrétienté par les 
courfes fréquentes de fes habitans 
fur les vaifleaux étrangers , fut af- 
fiégée par les Portugais ; le Roi de 
Fez vint fecourir la place , Se con- 
traignit l'Infant Dom Ferdinand 
fil du Roi de Portugal , quicom- 
n .Mdoit les Troupes de fon père , 
de fe rendre prifonnier. On pro- 
pofa de donner la Ville de Ceutî 
pour la rançon du jeune Prince , 
mais il n'y voulut jamais confentir 
Se il aima mieux refter dans les fers 
que d'acheter fa liberté à ce prix. 
Le Roi de Fez , au lieu d'être char- 
mé de la grandeur d'ame de Dom 
Ferdinand , en fut irrité , il le mal- 
traita , Se pour l'humilier davanta - 
ge , il lui donna le foin de panfer 
fes chevaux. L'Infant mourut dans 
ce vil emploi , Se les Maures firent 
enfermer fon tombeau dans les 
murailles de Fez. Le Roi de Portu- 
gal s'étant depuis rendu maître de 
Tanger , fe difpofoit à venger fur 
cette Place la mort de fon fils , 
lorfque les habitans , qui crai- 
gnoient le reflentiment du Mon?r- 
que juftement irrité , abandonnè- 
rent leurs remparts Se fortirent de 
la Ville chargés de tout ce qu'il* 
purent emporter ; en forte que ic 
M mi; 



%6% JOURNAL D 

Roi de Portugal n'eut d'autre pei- 
ne que de faire abacre la porte par 
où il votiloit entrer. 

La première des Villes de la 
Province de Guaret , eft celle de 
Mélila , ou Milila que Ptolomée 
appelle Rulîadire.Lcs Efpagnols en 
furent long-terris les Souverains, 
malgré les différentes tentatives des 
Maures conduits par un Morabite; 
ce Religieux Africain raifoit ac- 
croire aux Maures qu'il avoit le 
pouvoir d'enchanter les Efpagnols 
& qu'il enchanteroit ceux qui gar- 
doient Milila. Sur cette promette 
plulleurs Maures étant venus lui 
offrir leurs fervices , il les condui- 
fit vers les Efpagnols; mais ceux-ci 
avertis de fa marche & de la pré- 
vention ridicule des troupes qui le 
fuivoient , biffèrent les portes de 
la Ville ouvertes , &c ne parurent 
point fur les murailles. Les Maures 
ne doutèrent point alors que les 
Efpagnols ne fuffent effectivement 
enchantés , & ils entrèrent dans la 
Ville avec confiance. Mais les pré- 
tendus enchantés vinrent fondre 
fur les Maures qui ne s'attendant 
pas à une telle cataftrophe , éprou- 
vèrent une cruelle défaite. 

Dans la Province de Cuzt eft la 
Ville d'Umégiunaibe 3 fameufe par 
une côte voilîne, que,fui vant la tra- 
dition des gens duPays,l'on eft obli- 
gé de monter en danfant, fi l'on veut 
s'épargner une violente fièvre, dont 
l'on ne manque point d'être faifî 
en defeendant , lofqu'on n'a pas eu 
foin de prendre cette précaution. Il 
y a des Voyageurs qui refufent de 
croire ce qu'on leur conte là-deflus-, 



ES SÇAVANS, 

mais cependant , remarque notre 
Auteur , ils n'ofent fe fier à leur 
incrédulité , & en montant la col- 
line , ils aiment mieux danftr com- 
me les autres, que de s'expofer à fai- 
re i'épreuve de ce qu'ils ne croyent 
pas. 

Cette Province eft remplie de 
montagnes , où l'on voit une 
quantité extraordinaire de couleu- 
vres qui viennent chercher à man- 
ger dans les maifons , Se s'en re- 
tournent enfuite fans faire aucun 
mal , à moins qu'on ne les attaque; 
en cela moins féroces que les habi- 
tans , qui égorgent lans pitié , dit 
notre Hiftorien , tout Voyageur 
que l'indigence met hors d'état de 
payer un tribut qu'ils exigent de 
quiconque paiTe dans" leur Pays. 
Les Caravanes feules font à l'abri 
de ce brigandage ; encore faut - il 
qu'elles payent une fomme pour 
Içs Chameaux chargés de marchan- 
difes. 

La montagne de Miathir, appel- 
lée de cent puits , eft une de ces 
montagnes. Elle eft nommée de 
cent puits , parce qu'il y en a un 
grand nombre. On prétend qu'ils- 
font pleins de tréfors , & les habi- 
tans de Fez qui le croyent ferme- 
ment, vont la lanterne à la main 
dans le fond de ces puits , qui font 
toujours fecs , chercher des richef- 
fes qu'ils ne trouvent jamais. Ces 
amateurs de tréfors courent de 
puits en puits , & il arrive fouvent 
que plufieurs d'entr'eux en cou- 
rant ainfi , s'engagent dans des dé- 
tours fouterrains , d'où ils ne peu- 
vent fortir , & où ils périffent mi-; 






MAY 

fcrablement. Mais la perte de ceux- 
là n'effraye point les autres ; ceux- 
ci efpcrcnt au contraite qu'ils fe- 
ront plus heureux ,5c la confiance 
qu'ils ont en certains efprits qu'ils 
fuppofent être les gardiens de ces 
prétendus tréfors , fe ranime en 
eux déplus en plus. Ils comptent 
fur la protection de ces génies téné- 
breux , & pleins de cette idée , ils 
s'abandonnent dans des creux où 
ils font environnés de chauve-fou- 
ris qui éteignent les flambeaux 
qu'ils portent. Un de ces chercheurs 
de tréfors , ayant été ainfi plongé 
dans les ténèbres , &c ayant erré 
long-tems dans les précipices qui 
font dans ces fouterrains , rencon- 
tra heureufement un animal que les 
Africains nomment Dabu ; il le 
fuivit& fortitavec lui par une fen- 



; 173 4' 269 

te de rochers '," qu'une grande 
quantité d'arbres épais avoit cachée 
jufqu'alors. Il courut aulli tôt an- 
noncer cette nouvelle à fes voifins, 
& quelques jours enfuite une mul- 
titude de gens vinrent creufer au- 
tour de cette fente de rochers, pour 
en faire un paffage libre. Mais une 
grande abondance d'eau combla 
aufli-tôt les trous qu'ils avoient 
faits & empêcha l'ouvrage. 

Nous palTons un grand nombre 
d'articles concernant les Provinces 
de Tremccen , de F^, à' Alger t & 
de Bugie. C'eft par la defeription 
de cette dernière qq^finit le Volu- 
me. 

Nous commencerons dans le 
Journal prochain , l'Extrait de 
l'Hiftoire de l'Empire des Cherifs. 



CRONICON GOTWICENSE , SEU ANNALES LIBERI ET 
Exempti Monafterii Got^icenfis Ordinis S. Benedidti inferioris Au- 
ftrix. C'eft - à - dire : La Chronique de Gotiueich, ou Annales du Monn- 
fiere de Gotiveicb J de l'Ordre de S. Benoît , dans la baffe Autriche. 
Tome Préliminaire. De l'Imprimerie du Monaftere de Tegernéens 
Ordre de S. Benoît. 1732. in fol. Tome I. pag. 800. fans les planches 
gravées & les Cartes Géographiques qui font en grand nombre. 



CE Tome Préliminaire qui 
contient une Diplomatique 
Germanique, comme nous l'avons 
obfcrvé dans le premier Extrait de 
cet Ouvrage , eft divifé en quatre 
Livres. L'Auteur traite dans le pre- 
mier des anciens Manutcrits. 
Nous en avons rendu compte dans 
le Journal précèdent. 

Dans le fécond Livre M. l'Abbé 
de Gotteveich parle des Diplômes 
des Empereurs & des Rois de Ger- 



manie. Pour former des règles par 
le moyen defquelles on puiffedi- 
ftinguer ces véritables Diplômes de 
ceux qui font abfolument faux ou 
de ceux qui ont été altérés , il en a 
fait graver un grand nombre. Il a 
eu foin de ne donner pour exem- 
ple dans cette fuite de ces ancien- 
nes Chartres que des pièces qui lui 
ont paru être au-deffus de tout 
foupeon. Elles commencent à Con- 
rad 1. & elles finiflent au règne de 



27 o JOURNAL D 

Frédéric II. l'Auteur fait des Ob- 
fervations fur chacun de ces Di- 
plômes. Ses premières Obferva- 
tions roulent fur ce qu'il appelle 
l'extérieur du Diplôme, c'eft à dire 
fur la forme des lettres , foit ma- 
jufculcs, foit courantes, fur la diffé- 
rence des traits Se des inflexions des 
lettres , fur les abréviations , fur 
l'orthographe , fur lesfouferiptions 
des Rois , fur les monogrames, 
dont il a foin de diftinguer diffé- 
rentes efpcces , fur les féaux , dont 
il marque la matière Se la gran- 
deur , fur la manière dont les Rois 
Se les Empcfitirs font reprefentés 
fur ces féaux , enfin fur les fouf- 
criptions des Chanceliers Se fur la 
date des Diplômes. 

De ces obfervations fur l'exté- 
rieur des Diplômes , notre Auteur 
paffe à ce qu'il appelle l'intérieur 
des Diplômes dont il parcourt les 
différentes parties. La première eft 
l'invocation du nom de Dieu, ou de 
la fainte Trinité dont il donne les 
formules. Enfuite viennent les ti- 
tres Se lesqualitez , foit ordinaires, 
foit extraordinaires que les Princes 
ont pris dans ces Chartres , les dif- 
férentes formules de l'adrefle de ces 
Chartres à leurs Vaffaux ou àlcuis 
Sujets pour les faire exécuter. Les 
qualitez qui font données aux diffé- 
rentes perfonnes dont il y eft 
parlé. 

Les fujets ordinaires de ces Di- 
plômes , font des donations de 
fonds de terre , ou de droits Sei- 
gneuriaux , des concédions , ou 
des confirmations de privilèges ac- 
cordées par les Princes prédecef- 



ES SÇAVANS, 

feursde ceux dont les noms paroif- 
fent à la tête des Diplômes. Une 
claufe qui a fourni beaucoup d'ob- 
fervations , eft celle qui contient la 
condamnation à une amende pécu- 
niaire Se des imprécations contre 
ceux qui voudroient donner at- 
teinte aux droits Se aux privilèges; 
accordés par ces Diplômes à des 
communautez ou à des particu- 
liers. Il en eft de même des diffé- 
rentes fouferiptions des Empereurs 
Se des Rois , des ArchichancelicrSj 
des Archichapclains Se des Chan- 
celiers. Les remarques qu'a faites 
M. l'Abbé de Gotteweich fur ce 
dernier article , ferviront à fixer lt 
tems dans lequel ont vécu ceux qui 
ont poffedé ces grandes Charges , 
à faire connoître pluiîeurs d'entr. 
eux dont les Ecrivains qui ont tra 
vaille fur cette matière n'ont faii 
aucune mention , ou à éviter de; 
fautes dans lefquellcs ces Ecrivains 
font tombes. 

C'eft particulièrement aux datel 
que notre Auteur s'eft appliqué. Il 
s'attache à lever de la manière qui 
lui paroîtia plus folide les difhcul- 
tez aufquelles peuvent donner lieu 
les différentes manières de compter 
les années du règne d'un Prince. 
Quand il ne peut concilier la date 
d'un Diplôme avec THiftoire ou 
avec d'autres Chartres qu'il croit 
inconteftables , il ne veut pas qu'on 
conclue de cette feule raifon que 
cette Chame foit abfolument 
fauffe , il foûtient qu'il y a des 
Diplômes très-véritables où la date 
eft peu cxa&e , & il donne des rè- 
gles par le fecours dcfquelles il eft 






MAY ] 

perfuadé , qu'on apprendra à di- 
ftinguer , quand la tauiTeté dans la 
date , emporte la preuve de la 
faufteté de l'ade , ou quand c'eft 
une fimple erreur dans une pièce 
véritable qu'il faut reformer. 

Sur ces Obfervations notre Au- 
teur a cru devoir fuivre une autre 
route que celle du Pcre Mabillon 
dans fa Diplomatique -, car le Père 
Mabillon n'a point jugé à propos 
de donner fes règles fur ies Diplô- 
mes de chaque Roi, il lésa réunies 
fous un peint de vûë •, au lieu que 
notre Auteur explique fes règles en 
rapportant les Diplômes de chaque 
Empereur ou Roi de Germanie. 

Notre Auteur a bien fenti qu'il 
fe pourrok bien trouver en Alle- 
magne des Papebrocs -, des Ger- 
mons, & peut-être même des Har- 
douins , qui ne ménageroient pas 
plus fa Diplomatique , qu'ils n'ont 
ména-gé celle du Pcre Mabillon. 
Mais il n'a pas cru devoir répondre 
aux objections qu'on peut faire 
fur les Diplômes d'Allemagne , 
comme fur ceux des Rois de Fran- 
ce de la première & de la féconde 
Race. Il fe contente fur ce point de 
renvoyer fes Lecteurs aux Ecrits du 
Père Mabillon &: aux autres Ouvra- 
ges qui ont été faits , tant en France 
qu'en Italie, pour la défenfe de la 
Diplomatique de ce feavant Béné- 
dictin. 

Par rapport à l'ufage de ces Di- 
plômes pour le droit public d'Al- 
lemagne , nous avons remarqué 
que M.l' Abbé deGottcweich s'atta 
che à en tirer des inductions pour 
foûtenir les prétentions de l'Empe- 



i 7 5 4. 27t 

reur contre celles des differens 
Etats de l'Empire , & pour com- 
battre ce qu'avoient avancé en plu- 
fieurs endroits de leurs Ouvrages 
Puffendort & plufîcurs Ecrivains 
qui ont traité ces queftions délica- 
tes, au fujet des droits des differens 
Etats d'Allemagne. 

Cette partie de l'Ouvrage roule 
fur un fi grand nombre de Pièces , 
& il y a tant d'Obfervations fur 
chaque Pièce en particulier , qu'il 
ne nous feroit pas polTible d'entrer 
dans le détail d'aucun article du 
Livre , fans paiTer les bornes ordi- 
naires de nos Extraits'. D'ailleurs il 
y a des remarques qu'on ne pour- 
roit bien faire entendre fans avoir 
fous les yeux les Diplômes que 
l'Auteur a fait graver. C'eft pour- 
quoi nous fommes obligés de ren- 
voyer au Livre même les Lecteurs 
qui font curieux de s'inftruire 2 
fond de l'Ouvrage le plus étendu 
& le plus curieux qui ait paru juf- 
qu'à prefent fur la Diplomatique 
d'Allemagne. 

Les Palais des Empereurs d'où 
les Diplômes font datés , font une 
partie de ces Pièces , dost la con- 
noilTance eft neceiTaire à ceux qui 
veulent les entendre parfaitement. 
C'eft pourquoi Dom Michel Ger- 
main avoit compofé un Ouvrage 
fur les Palais de nos anciens Rois 
qui fait le quatrième Livre de la 
Diplomatique du Père Mabillon. 
Quelques Auteurs Allemans , com- 
me Leuber , Fritch , Okel , Hert , 
Freher , &c. avoient auilî parlé des 
Palais des Empereurs : mais aucun 
d'eux n'éîoit entré fur ce fujet dans 



272 JOURNAL DES SÇAVANS, 

un fi grand détail que M. l'Abbé territoire dans lequel il y avoit 



de Gotteweich fait des articles 
féparés des Palais , dont fe trou- 
vent datés un grand nombre de 
Diplômes, ou qui lui ont paru les 
plus remarquables , foit par rap- 
port à ce qui fe rencontre dans les 
Chartres , foit par rapport à ce 
qu'en difent les anciens Chrono- 
graphes ou- d'autres Auteurs. Ces 
Palais , defquels il y en a plusieurs 
dont fe font formées de grandes 
Villes, font tous difpofésfuivant 
l'ordre alphabétique. M. l'Abbé de 
Gotteweich en marque la iïtuation, 
il indique quelques-uns des princi- 
paux Diplômes qui y ont été don- 
nés , & il marque ce qu'il a trouvé 
fur chacun d'eux dans les anciens 
Ecrivains. 

Le Traité des differens Cantons 
dans lefquels l'Allemagne étoitdi- 
viféc dans le moyen âge qui com- 
pofe le quatrième Livre eft fait 
dans le même goût que le troifiéme 
Livre. Ces Cantons étoient nom- 
més Pagi dans les anciennes Char- 
tres. Ils comprennent un certain 

HISTOIRE CRITIQVE DE L'ETABLISSEMENT DE LA 
Monarchie Franceife dans les Gaules : par AL l'Abbé du B o s , l'un 
des Quarante , & Secrétaire perpétuel de l'Académie Erançoife. A Paris, 
chez Ch aubert , Quai des Auguftins , à la Rénommée & à la Pru- 
dence ; Gijpy , rue delà vieille Bouderie, à l'Arbre de JeiTé ; rue 
S. Jacques , chez Ofmont , à l'Olivier ; Huart l'aîné , à la Jufticc ; Clou- 
fier , à l'Ecu de France : Quai des Auguftins , chez Hourdel; David 
le jeune, àl'Efperance. 1734. «2-4 . trois Vol. Tom. I. pp. 53^. Sans 
le Difcours Préliminaire. Tom. II. pp. 611. Tom. III. pp. 552. fans la 
Table. Planch. 1. 



plufieurs Bourgs &: plufieurs Châ- 
teaux ; même des Villes confidera- 
bles. On remarque aulli qu'il j 
avoit fouvent plufieurs Comtes 
dans le même Canton. Les grands 
Cantons étoient divifés en plu- 
fieurs parties dont chacune avoit 
un nom particulier , & dont le 
nom général étoit celui de petits 
Cantons Notre Auteur a mis dans 
un ordre alphabétique ceux de ces 
grands & de ces petits Cantons 
qu'il a remarqués , foit dans les 
Chartres, foit dans les anciens Au- 
teurs. Les Cartes Géographiques 
qui accompagnent ces deux Livres 
fervent à fixer la fituation & des 
Palais des Empereurs du moyen 
âge Se des differens Cantons dont 
on n'a plus fait de mention dans les 
Acles depuis le treizième fiécle. On 
eft furpris , quand on voit les gran- 
des recherches que M. l'Abbé de 
Gotteweich a été obligé de faire 
pour ces deux derniers Livres de fa 
Diplomatique. 



C'EST une opinion reçue 
communément des Auteurs 
modernes , qui ont écrit l'Hiftoire 



de France , que le premier établif- 

fement de cette Monarchie dans les 

Gaules n'a été qu'une fuite de la 

conquête 



MAY, 

conquête qu'en firent les Francs , 
Peuples barbares , qui fous la con- 
duite de leurs premiers Rois , Se 
fur-tout de Clovis , en chafferent 
de vive force les Romains & y re- 
duifirent les anciens habitans à une 
condition fi dure , qu'elle étoit peu 
différente de l'efclavage. Quelques- 
uns même de nos derniers Hifto- 
riensont pouffé cette idée jufqu'au 
point de mettre cette prétendue 
invafion des Gaules par les Francs , 
prefque en parallèle avec celles de 
la Grèce par les Turcs Se de l'Amé- 
rique par les Efpagnols. C'eft un 
préjugé h général & fi peu révoqué 
en doute jufques ici , qu'entre- 
prend de détruire , dans cet Ou- 
vrage , M. l'Abbé du Bos , dont la 
plume a déjà mérité plus d'une fois 
en divers genres d'écrire , toute 
l'attention des Sçavans , & qui 
feait paffer avec fucecs des améni- 
tez les plus intereffantes de la belle 
Littérature aux recherches hiftori- 
ques Se critiques les plus épineufes 
£e les plus profondes , concernant 
le Droit Public de notre Nation. Il 
fe propofe de prouver folidement 
ici plufieurs faits , de l'affemblage 
defquels doit refulter la vérité d'un 
Syftêmehiitoricjue tout contraire à 
celui, qui jufqu'à prefent a eu cours 
fur la matière dont il s'agit. 

Il prétend montrer , en premier 
lieu , ainfi qu'il l'annonce lui-mê- 
me , dans fon Difcours Préliminai- 
re , que lorfqu'àk fin du cinquiè- 
me fiécle de l'Ere Chrétienne Se au 
commencement du fixiéme , les 
Provinces de la Gaule pafferent 
fucceffivement fous la domination 
May. 



Î754- ; 275 

de nos Rois ] il y avoit déjà 200 
ans que les Francs , de quelque 
Contrée qu'ils fuffent originaires , 
étoient établis fur la rive droite du 
Rhin , Se partagés en différentes 
Tribus confédérées : Que l'Empi- 
re Romain les regardoit comme 
s'ils euffent été fes fujets naturels , 
ayant toujours des traitez d'allian- 
ce avec ceux qui les tenoient dans 
une forte de dépendance , prenant 
chez eux à fa folde des corps de 
Troupes, dont les Officiers étoient 
avancés aux grades les plus émi- 
nens , Se leur donnant des terres en 
plufieurs Provinces des Gaules , à 
condition d'y vivre conformément 
aux Loix de l'Empire , Se fournis à 
fes Officiers tant civils que mili- 
taires. 

Il fera voir, en fécond lieu, que 
cette Nation en général fidelleob- 
fervatrice de fes traitez avec les 
Romains, fervoit ceux - ci contre 
les Francs mêmes qui de tems en 
tems enfreignoient ces traitez : 
qu'en 407. qu'arriva dans les Gau- 
les la fameufe invafion des Barba- 
res , c'elt-à-dirc celle des Vandales 
Se de leurs alliez, les Francs tou- 
jours attachés aux intérêts de l'Em- 
pire , fe firent tailler en pièces en 
difputant à ces Barbares l'approche 
du Rhin : qu'en l'année 413. quel- 
ques Tribus de Francs s'étant can- 
tonnées au deçà de ce fleuve , Aé- 
tius qui commandoit alors dans les 
Gaules , les contraignit en 428. à le 
repaffer , ou à reconnoître l'autori- 
té de l'Empire. 

M. l'Abbé du Bos doit prouver 
en troifiéme lieu , Que Clodion & 
Nr 



274 JOURNAL D 

Mérovér, Princes Francs qui ré- 
gnèrent l'un après l'autre fur \& 
Tribu des Saliens , & qui s'étoienï 
emparés de Cambrai & du Pays 
compris entre cette Ville & ia Ri- 
vière de Somme , quoique terri- 
toire de l'Empire , acquirent le 
droit d'y demeurer en qualité de 
fes Hâtes par la capitulation que les 
Romains , lors de l'irruption d'At- 
tila, firent contre ce Prince avec les 
Nations barbares établies déjà dans 
les Gaules ; capitulation , dont les 
conditions étoient , qu'à l'avenir 
elles fe contiendroient dans les 
bornes des quartiers qu'elles a- 
voient pris par force , & qu'en 
bonnes & fidèles alliées de l'Empi- 
re , elles le. ferviroient dans les oc- 
cahons comme troupes auxiliaires : 
Que Mcrovée en vertu de ces en- 
gagemens fe joignit aux Romains 
contre les Huns , qu'ils défirent de 
concert en 451. Que fon fils Chii- 
deric fe fignala aufÏÏ en faveur de 
l'Empire ( dont il paroît même 
qu'iLétoit l'un des Généraux) dans 
les guerres qu'il foûtint contre les 
Vifigots & les Saxons , qui vou- 
loient envahir toutes les Gaules : 
Qu'après la prife de Rome Se la 
deftruètion totale de l'Empire 
d'Occident par Odoacre , quelques 
Officiers Romains s'étant canton- 
nés dans cette Province, il ne pa- 
roît nullement que Childeric ait 
profité de la conjoncture pour ac- 
croître fes Quartiers ou fes Etats , 
puifqu'à fa mort arrivée en 481. il 
ne biffa au Roi Clovis fon fils & 
fon fucceffeur qu'un très -petit 
Royaume , compofe duToumaifis 



ES SÇAVANS, 

Si de quelques Contrées voifines. 

Enfin notre Auteur montrera, 
clairement , Que Clovis > en 30 ans- 
de règne, fe rendit maître des deux 
tiers de la Gaule , mais fans fe dé- 
clarer ennemi de l'Empire ; Qu'a 
la vérité , il fit la conquête du- 
Soiflonnois fur un Officier Romaiiv 
qui s'en étoit fait Seigneur; mais 
que ni les Gaulois ni les Romains 
ne regardèrent cette guerre que 
comme une querelle particulière :• 
Qu'il rie conquit le territoire de 
Tongres que fur des Barbares , qui 1 
l'bccupoient depuis pluhcurs an- 
nées ; & qu'il ne tut reconnu Sou- 
verain dans cette partie des Gaules 
fituée entre la Somme & la Seine , 
& foûmife encore à l'Empire , que 
par voye de négociation : Que ce 
Prince , en 496. après fon baptê- 
me , reçut fous û domination les 
cinq Provinces Gauloifcs confédé- 
rées en forme de Republique dès 
le commencement de ce lîécle , Se 
ce qui reftoit encore de Troupes 
Romaines entre la Seine & la Loi- 
re, lefqucllcs Troupes lui prêtèrent 
ferment de fidélité : Qu'à l'égard 
de l'expédition , qui le rendit maî- 
tre des Pays fitués entre la Loire & 
les Pyrénées , il ne l'entreprit qu'à 
la follicitation des Romains de ces 
mêmes Pays , non pas contre l'Em- 
pire,qui même approuva cette con- 
quête après l'événement , mais 
contre les Vifigots qui s : étoient 
emparés de ces provinces depuis 
pies d'un fiéele : Qu'en vertu de k 
dignité de Conful conférée par 
Anaftafe Empereur d'Orient à 
CIoyis, & qui lui donnoit l'atlmi- 



MAY, 

■niftration du pouvoir civil par-tout 
où il auroit celle du pouvoir mili- 
taire , ce Prince vint à bout de foù- 
mettre à fon autorité toutes les 
Tribus des Francs qui jufqu'alors 
avoient eu chacune leur Roi parti- 
culier : Que fcs quatre fils qui lui 
fuccederent chacun pour un quart 
de fon Royaume , marchèrent fur 
les traces de leur père pour s'ag- 
grandir ; c'eft à-dire , qu'ils con- 
quirent cette partie des Gaules 
comprifc entre la Durance , le 
Rhône, la Saône, le Rhin & les 
Alpes, non fur l'Empire, mais fur 
les Bourguignons qui y regnoient 
depuis près d'un fiécle ; qu'ils ne 
fe mirent en poffefllon du P-ays ren- 
fermé entre les limites des Bour- 
guignons & la Mer Méditerranée , 
qu'en conféqucnce de la ccffion 
que leur en firent les Oftrogots , 
ainfi que de toutes les prétentions 
qu'ils pouvoient avoir fur la Gaule 
en général,par le Traité fait dès l'an 
474. entre leur Nation & Julius- 
Népos , Empereur d'Occident : 
Qu'en un mot, Juftinien Empe- 
reur d'Orient confentit à cette 
ceftîon faite aux Francs par les 
Oftrogots & la confirma par un 
Diplôme authentique ,où il tranf- 
porte à la Monarchie Françoife 
tous les droits que la Monarchie 
Romaine pouvoit reclamer encore 
fur les Gaules. 

Le fimple expofé que nous don- 
nons ici de tous ces faits , quoi- 
que dénués de leurs preuves , fuffit 
pour mettre le Lcdteur dans un 
point de vue tout différent de celui 
{Toi il avait coutume d'envifager 



17 5 4. 475 

le premier établirtetnent de notre 
Monarchie. On n'y voit plus un 
peuple que l'oppreftîon a mis fous 
le joug d'un Conquérant : on y 
apperçoit au contraire , une Na- 
tion 3 qui foûmife volontairement 
a fes nouveaux Souverains, joiiit en 
pleine propriété de tous fes biens , 
a permiffion de vivre fuivant le 
Droit Romain , Se eft admife à 
toutes les dignitez , même aux mi- 
litaires. Comment donc a-t-il pu 
arriver (dit notre Auteur ) que la 
vérité foit difparaé , & cjtte l'erreur fe 
foit , pour ainfi dire , emparée de nos 
Annales ? Voici comme il conçoit 
que la chofe a pu fe faire. Nos Hi- 
ftoriens modernes ont pris cette 
fautfe idée dans ceux de nos Anna- 
liftes qui ont écrit fous les premiers 
Rois de la troifiéme Race , & qui 
reprefencent l'établiffement de no- 
tre Monarchie fous la forme d'une 
conquête faite par une Nation fur 
une autre. Ces Annaliftes, tels que 
Aimoin, Sigebert de Gcmblouis & 
d'autres ont trouvé cette erreur 
dans Frédégaire l'abréviateur de 
Grégoire de Tours , Se dans l'Au- 
teur Anonyme des GeflesdtsFrancs, 
8c l'ont adoptée. Elle venoit origi- 
nairement dans Frédégaire d'un 
paffage de Grégoire de Tours mal 
entendu par cet abréviaceur igno- 
rant &; privé du fecours de la tra- 
dition , ainfi que l'étoient les Ecri- 
vains du feptiéme fiécle. 11 eft dit 
dans ce partage mal expliqué par 
Frédégaire , que Childeric fit une 
expédition contre l'Empire ; au 
lieu que Grégoire de Tours n'jr 
veut dire autre chofe iïnon que 
Nnjj 



z 7 6 JOURNAL DE 

Childeric avoic fait cette expédi- 
tion , en portant les armes pour le 
fervice de l'Empire , Se de concert 
avec le Général de l'armée Romai- 
ne. Le faux préjugé de Frédégaire 
au fujet de Childeric s'eft étendu 
jnfques fur Clovis fils & fuccelTeur 
de ce Prince , -Si dont l'Annalifte a 
toujours parlé comme d'un enne- 
mi déclaré de l'Empire. Cette er- 
reur née , comme l'on voit dès le 
feptiéme ficelé , Se embraflee dans 
le huitième par l'Auteur des Gefies, 
a fubfilté dans le neuvième , 6c s'eft 
fortifiée dans le dixième , où l'i- 
gnorance 6c la barbarie Liftèrent 
perdre plufieurs Ouvrages du cin- 
quième fiécle Se du fixiéme ., dont 
la lecture feule auroit pu décou- 
vrir la méprife de Frédégaire : ce 
qui a rendu cette découverte com- 
me impoifible , du moins jufqu'au 
milieu du dix-feptiéme fiécle. 

Mais ( dira-t on ) comment tous 
les Hift oriens pofterieui s à Aimoin 
n'ont ils vu dans Grégoire de Tours 
Se dans fes contemporains , que ce 
ce qu'Aimoin y avoit vu , d'après 
Frédégaire ? M. l'Abbé du Bos re- 
fout cette difficulté par ces deux ob- 
fervations : i*. Qu'il eft très-diffici- 
le de compofer une bonne Hiftoi- 
re de France , à l'aide de tous les 
Monumcns Littéraires qui nous 
reftent du cinquième & du fixiéme 
fiécle : i". Que ce qui n'eft plus 
aujourd'hui que difficile , n'étoit 
prefque pas poffible avant l'inven- 
tion de l'Imprimerie , Se avant que 
ces Monumenseuffentétéfuffifam- 
ment expliqués & commentés , ce 
qui ne s'eft achevé que vers l'année 



5 SÇAVANS, 

L'Auteur s'applique à prouver 
ces deux propofitions fur lcfquelles 
il entre dans une difeuffion très- 
dc caillée , nous donnant une Noti- 
ce exacte 6c critique de tous les 
Ecrivains du cinquième Se du fi- 
xiéme fiécle , foit hiftoriques ou 
non , qui peuvent fournir quel- 
ques fecours pour rétablir le com- 
mencement de nos Annales. Tels 
font en premier lieu , pour l'Ht- 
ftoire Ecciefiaffique , Paul Orofe Se 
Grégoire de Tour, : Frê iég.zire , i'Au- 
reur des Gefles dis Francs ; les Vies- 
de S. Germain d'Auxerrc , de Saint 
Cefaire d'Arles , de S. Lupicin , de 
S. Hilairede Poitiers , de S. Rémi; 

6 les'Opufcules de Grégoire de 
Tours : en fécond lieu , les fragj- 
mens hiftoriques à'Olympiodorc, de 
Prifcjue le Rhéteur , de Candide l'I- 
faurien , de Sulpice Alexandre , & 
de Frigérids , lefquels fragment 
nous ont étéconfervés par Gonfla»- 
tin-Porphyrogénéte , par Pholius & 
par Grégoire de Tours : en rroilîé- 
me lieu, les Chroniques de Profper 3 
â'Idace 3 de Ciijfwdore , de Marias 
d'Avanches , 6c quelques autres : 
en quatrième lieu , les Hiftoriens 
contemporains , tant Grecs que 
Latins , fçavoir Zozime , Proca- 
pe } Agathias , Cajfiodore } dans 
fon Hiftoire tripanite , lornandes 
Ifîdore de Seville -, en cinquième 
lieu , les Monumens non hiftori- 
ques relatifs à deux clalles , dont la 
première contient la Notice de 
l'Empire } Se celle des Provinces Se 
des Citez de h Gaule , rédigées 
l'une Se l'autre fous Honorius -, 
plufieurs Loix des Empereurs ii> 



MAY 

cinquième fiécle ; les Loix nationa- 
les des peuples barbares établis dans 
les Gaules , fçavoir celles des Vifi- 
gots , des Bourguignons , des 
francs Saliens , des Francs Ripuai- 
res, Se quelques autres; les Let- 
tres écrites à nos premiers Rois ou 
par eux , & leurs Edits ; des Tefta- 
mens cV d'autres Aires judiciaires ; 
on range fous la féconde clafife de 
ces Monumens non hiftoriquesles 
Ouvrages fçavans , tels que le 
Traité de Salvicn fur la Providen- 
ce , les Lettres & les Poëfies de Si- 
doitie-Apoâmairo , les œuvres d' A- 
vitus , Evêque de Vienne , les Let- 
tres de CajfioAore \ les Poëfies de 
Tortunat Evêque de Poitiers y &C 
quelques autres Ouvrages. 

Telles font les fources où l'on 
peut puifer aujourd'hui lesfecours 
neceifaires pour débrouiller l'origi- 
ne ôi les premiers progrès de la 
MonarchieFrançoife : ce font elles 
qui ont fourni à notre Auteur tous 
les matériaux , dont il a fçu tirer 
un parti fi avantageux pour la dé- 
couverte d'une vérité hiftorique , 
ignorée jufqu'à prefent , & que 
même avec toutes ces rclTources , 
il ne laiiîoit pas d'être fort difficile 
de découvrir , comme il cft aifé de 
fe le perfuader après l'examen qu'en 
fait ici M. l'Abbé du Bos. Mais il 
fbûtient , de plus , que la chofe 
étoit prefque impoffible , avant 
l'invention de l'Imprimerie , & 
l'éclairciffement des Monumens 
Littéraires que nous venons d'indi- 
quer fommairement. Cette impof- 
fibilitc étoit fondée i°. fur l'igno- 
rance eu Ton étoit al«rs de l'cxi- 



. '7 34» *77 

ftence de la plupart de ces Monu- 
mens , à caufe de leur extrême ra- 
reté : i°. Sur la difficulté de s'en 
aider en l'état où ils étoient encore, 
c'eft - à - dire en Manufcrits fou- 
vent très-alterés & dépourvus de 
tous les fecours d'une faine cri- 
tique. 

Il n'eu: donc pas merveilleux 
( continue l'Auteur ) qu'avant 
l'impreffion inventée , perfonne 
n'ait rétabli le commencement de 
nos Annales: que Robert Gagum y 
Nicole Gilles , & Paul Jove J trente 
ans après cette invention , n'ayenc 
point apperçu la neceiïité d'un pa- 
reil retabliuement : que 50 ou <s"® 
ans après , lorfque fufage des Li- 
vres étoit devenu beaucoup plus 
commun &: plus commode, on n'y 
ait pas même penfé , parce qu'on 
étoit alors trop épris & trop occu- 
pé de l'étude des humanitez foit 
Gréquesfoit Latines pour s'amufer 
à déchiffrer des Ecrits aufli peuin- 
tereffans , fur-tout pour le ftyle 
que la plupart de ceux qui concer- 
noient l'origine de nctre Monar- 
chie. On lifoitj on ctudioit Thu- 
cydide &Tite Livepréférablement 
à Grégoire de Tours & à Frédéçai- 
re. Si vers la fin du feiziéme fiécle, 
du Haillon , Vignier & les autres 
n'ont rien fait de plus que leurs de- 
vanciers pour le commencement 
de nos Annales , c'eft que la ma- 
tière n'étoit pas encore défrichée» 
Le fçavant Adrien de Valois en 
i & a,6. u'avoit point encore tes pro - 
vifions neceffaires pour s'écarter > 
dans fon Hiftoire de France , de îa 
route frayée fur cet article y quoi- 



a78 JOURNAL DES SÇAVANS, 

qu'il fente que pour y voir bien pouvoit prefquerien : en forte que 



clair , il lui manquoit encore quel 
ques lumières , qu'il n'avqit pu juf- 
ques là fe procurer. 

Il eft vrai que depuis environ 50 
ans , grâce aux travaux «k MM. 
Ptthoii , de Valais , Jérôme Bignon , 
du Cange & Baluze ; des PP. S'tr- 
monà Petau , Labbe , Luc à'Ache- 
ry , Jean Mabillon , Thierry Rui- 
ncin, des Bollandifles &c de plusieurs 
autres , tous les fecours pofiïbles 
pour l'éclaircifTement des premiers 
tems de notre Hiftoire , font entre 
les mains de tout le monde. Ce- 
pendant perfonne n'en a fait enco- 
re l'ufage que prétend ici en faire 
M. l'Abbé du Bos. On a mieux ai- 
mé adopter une opinion accréditée 
depuis long-tems, que d'eiTuyer la 
fatigue d'une difeuffion critique 
auliî rebutante que celle qui fait 
l'objet de cet Ouvrage , fur-tout 
pour ces Ecrivains qui entrepren- 
nent de donner une Hiftoire de 
France complette. 

C'eft ainfi [ ajoute notre Auteur] 
que s'eft perpétuée jufqu'à prefent 
l'erreur de Frédégaîre , laquelle , 
tant qu'elle fubfiftera } fera la four- 
ce de quantité d'autres. C'eft elle 
qui a fait imaginer fauflement à 
quelques modernes ; Qu'après la 
conquête des Gaules , les Francs 
repartirent entr'eux le Pays fubju- 
gué , où chacun exerçoit arbitraire- 
ment fur les Romains de fon di- 
ftricl: la Jurifdidion Se les droits de 
hauts Jufticiers : Que les Francs ne 
payoient rien au Prince , & n'é- 
eoient jufticiables que de la Nation 
alfemblée , fans laquelle le Roi ne 



le Royaume des Francs étoit origi- 
xiairement ( félon eux ) plutôt Ari- 
ftocratique que Monarchique. Cet- 
te fau(Te idée furie gouvernement 
de la première Race de nos Rois , 
s'eft étendue fur la féconde & mê- 
me fur la troifiéme , faifant envifa- 
ger tout ce que les fucccftcuis de 
Hugues Capet ont fait en faveur de 
l'autorité Royale , comme un at- 
tentat contre la première constitu- 
tion de la Monarchie, quoiqu'ils 
n'ayent fait que revendiquer les 
droits imprefcriptibles de la Cou- 
ronne & les droits du peuple fur 
ceux qui avoient ufurpé les uns & 
les autres dans le neuvième & le 
dixième lâécle. L'erreur dont nons 
parlons a donné cours aux faulTes 
idées touchant l'origine ix la natu- 
re des Fiefs , & aux illufions , qui 
ious François I. introduifirent la 
maxime , Qu'il n'efi point de terre 
fans Seigneur. 

Pour détruire plus efficacement 
ces faux préjugez , M. l'Abbé du 
Bos employé le premier des fix Li- 
vres qui partagent fon Hiftoire 
Critique , à expofer quel étoit l'é- 
tat de l'Empire d'Occident au 
commencement du cinquième lîé- 
cle : il deftinc le fécond Livre à ra- 
conter tout ce qui s'eft pafTé dan* 
les Gaules depuis la grande inv.a- 
fion des Barbares en 407. jufqu'à 
l'année 456. le troifiéme Livre 
comprend le règne de Childcric & 
celui de Clovis jufqu'à fon baptê- 
me. Le refle de ce règne remplit le 
quatrième Livre , & le cinquième , 
où il eft aufli parlé des évenemens 



M A 

«rivés depuis la mort de Clovis 
jufqu'en 536. Enfin l'Auteur expo- 
fe dans le dernier Livre , l'état des 
Gaules fous le règne de Clovis Si 
fous celui de fes premiers Succef- 
feurs. Du refte , dans tout cet Ou- 
vrage , il n'avance, comme certain, 
aucun fait , fans l'appuyer du 
témoignage d'un Auteur contem- 
porain ou prefque contemporain : 
Se il a eu foin de faire imprimer 
exactement toutes ces autoritez au 
bas des pages , après en avoir inféré 
dans fon Texte une verfion plus ou 
moins littérale , quant au ftyle , 
iuivant que l'exige le genre d'élo- 
cution propre à chaque Auteur 
cité. 

Après l'Extrait que nous venons 
de donner du Dtfcours Préliminaire 
de M. l'Abbé du Bos , où il rend 
compte de fon deffein Se de la ma- 
nière dont il l'a exécuté : on ne 
s'attend pas , fans doute , que par 
rapport au corps même de l'Ou- 
vrage , nous entrions dans un aulîî 
grand détail. Nous ne finirions 
point , fi nous voulions indiquer 
en particulier toutes les recherches 
curieufes , toutes les difcufîions 
critiques , toutes les conje&ures 
ingénieufes , toutes les idées neu- 
ves; en un mot , toutes les décou- 
vertes intereiTantes pour notre Hi- 
iloire,dont l'affemblage remplir ces 
rroisVolumes: &chaqueLivre pour 
roit fournir & mériteroit certaine- 
ment un Extrait fort étendu. Nous 
nous bornerons donc ici à une fim- 
ple Analyfe, qui prefente au public 
les principaux faits établis par le 
%avamAcadémicien,5c les preuves 



Y, 1754. % 19 

dont il les appuyé : ce qui fuffin 
pour exciter la curiofité du Lecteur, 
Se pour l'engager à la fatisfaire 
pleinement , en confultant & en 
étudiant l'Ouvrage même. 

L'Auteur ouvre fon premier Li- 
vre par une expofition de l'état des 
Gaules , au commencement du 
5* fiécle. Partagées alors en 17 
Provinces, dont chacune avoir fa 
Métropole ou Capitale , Se fefub- 
divifoit en plufieurs Citez, ou di- 
fhicts (civitates) au nombre de 1 1 j 
compofées auflî d'uneVilleCapitalc 
Se de plufieurs cantons(/'<* i g/)qui en 
dépendoient , elles faifoient cnco« 
re une partie de l'Empire Romain. 
Dès la fin du quatrième fiécle, les 
Gaulois , qui depuis près de 500 
ans vivoient fous la domination de 
Rome, étoient devenus des Ro- 
mains. Ils avoient gagné l'amitié Se 
la confiance de Jules Céfar ; l'Em- 
pereur Claude les avoit admis aux 
grandes dignitez de l'Empire -, fous 
Vefpafien , ils avoient tous les 
droits Se toutes les prérogatives des 
Citoyens Romains -, & fous Cara- 
calle , toutes les Citez des Gaules 
jouilîoicnt également du droit de 
Bourgeoific Romaine. Le Droic 
Romain devint par-là celui de tous 
les Gaulois , qui avoient pris aulli 
les mœurs , les coutumes Se les 
goûts de leurs maîtres , aulfi - bien 
que la langue , fans avoir perdu 
pour cela l'ufage de celles qu'ils 
partaient originairement : car les 
Gaules étoient alors habitées par 
cinq Nations différentes iffucs des 
Romains, des Belges, des Celtes, 
des Aquitains Se des Germains : 



280 JOURNAL DE 

d'où il atiivoit que ces peuples par- 
taient Latin plus ou moins pure- 
ment , ainfi que le prouve notre 
Auteur. Les habitans des Gaules 
étoicnt d'abord divifés en hommes 
libres & en efclaves de deux efpe- 
ces , les uns domiciliés chez leurs 
maîtres , les autres dans une habi- 
tation à eux. Les Gaulois libres 
étoicnt ou Ecclefiaftiques ou Laï- 
ques. L'Auteur paffe légèrement 
fur les premiers. Les féconds , eu 
égard à la Religion , étoient ou 
Chrétiens ( foit Catholiques foit 
Ariens ) Juifs ou Payens ; par rap- 
port au Droit Public ils étoient 
Patriciens ou Sénateurs -, bons Bour- 
geois partagés en plufieurs Curies 
ou clarfes ; & Artifans. L'Auteur 
s'étend fort au long fur la féconde 
chffe de ces Citoyens. Il parle , 
après cela , du revenu particulier 
de chaque Cité , qui avoit auili fon 
Sénat 8c fes Milices ; & de la ma- 
nière dont elle étoit gouvernée. Il 
vient enfuite aux alîemblées géné- 
rales tenues par les Citez Gauloifes, 
& réduites alors à la fimplc voix 
eonfultative dans les affaires d'Etat ; 
il examine quelle étoit l'étendue 
de l'autorité Impériale , & fait 
voir qu'elle étoit entièrement def- 
potique Si revêtue de tout le pou- 
voir Législatif , qu'elle ne parta- 
geoit plus avec perfonne. 

Pour mieux faire connoître les 
fondions des Officiers civils ou 
militaires envoyés dans les Gaules 
au commencement du cinquième 
llécle , fous l'Empire d'Honorius ; 
M. l'Abbé du Bos nous trace une 
idée de l'adminiftration Impériale 



S SÇAVANS, 

dans cette grande Province , avant 
Conftannn. Le pouvoir civil 5c le 
militaire étoient alors entre les 
mains d'un même Officier , à qui 
le Préfet du Prétoire envoyoit les 
ordres du Prince. Des 17 Provin- 
ces de la Gaule , il n'y en avoit que 
deux , la première & la féconde 
Germanique , qui fuffent armées 5 
c'eft-àdirc , où il y eut garnifon 
Romaine. Les troupes qui la com- 
pofoient étoient divifées en Lé- 
gions chacune de cinq à fix mille 
Soldats, prefque tous Fantaffins &c 
en Cohortes auxiliaires. Un Soldat 
Légionaire touchoit une paye trois 
fois auffi forte , que celle des Fan- 
taffins entretenus fur le meilleur 
pied aujourd'hui dans la Chrétien- 
té. Non feulement une Légion fer- 
voit ordinairement toute entière 
daiïs la même armée , ne fe fépa- 
rant pas même à la fin de la campa- 
gne ; mais les mêmes Légions fer- 
voient prefque toujours enfemble. 
D'où il efl aife de concevoir les fa- 
cilitez qu'un Gouverneur de Pro- 
vince , audacieux & perfide , & 
déjà maître des troupes 5 de la Juiti- 
ce & des Finances , avoit pour fe 
faire proclamer Empereur. Auffi 
( dit l'Auteur ) depuis Augufte juf- 
qu'à Conftantin , voit-on plus de 
cent Gouverneurs de Provinces ar- 
mées , avoir pris la pourpre , & 
plus d'une vingtaine de ces Ufur- 
pateurs y avoir réuffi. 

Pour obvier à de pareils incon- 
venicus , Conftantin crut devoir 
changer la forme de l'ancienne ad- 
minillrarion , S: la manière dont 
lee troupes railbient le fervice. Il 
multiplia 



MAY, 1734. 281 

multiplia les grandes Charges ( dit principaux du Tréforier général de 

Zozime) Se les dépouilla de la plû- l'Empire d'Occident : trois Direc- 

part de leurs fonctions. Au lieu de reurs des Monnoyes , Se ceux de 

deux Préfets du Prétoire , à qui diflerens Arteliers , où divers Ou- 

toutes les troupes étoient foûmifes, vriers travailloient pour le compte 

il en créa quatre : avec pareil nom- du Prince. 



bre de Généralijjimes , foit de la Ca- 
valerie , foit de l'Infanterie , auf- 
quels il fubordonna les Centu- 
rions , les Tribuns , Se même tous 
les Généraux appelles Dites ; leur 
attribuant de plus la fonction de 
veiller au maintien de ladifeipline 
militaire , Se chargeant un autre 
Officier du foin de faire toucher la 
folde aux troupes Se de pourvoir à 
leur fubfiftance. Voilà ( dit notre 
Auteur ) l'origine de l'ufage de 
partager les fonctions de Lieute- 
nant du Prince , dans un même 
diftricl , entre deux reprefentans , 
dont l'un a l'adminiflration de la 
Guerre, Se l'autre, celle delà Ju- 
stice Se des Finances. 

Il nous entretient après cela des 
Officiers Civils envoyés dans les 



A l'égard des Officiers Militaires 
qui commandoient dans les Gaules, 
fous les fuccefTeurs de Conftantin ; 
il y avoit i°. le Générahffime de la 
Cavalerie , Se celui de l'Infanterie , 
dont les emplois fe trouvoient 
quelquefois réunis fur une même 
tête : 1". Sous eux étoient les Ducs, 
Se fous les Ducs , 3 . les Comtes 
Militaires ou Tribuns. La Notice 
de l'Empire fpécifie fix de ces Of- 
ficiers , fçavoir les Ducs du DiftricT; 
Armorique Se du Ncrvien , de la 
Province Séquanoife, de la féconde 
Germanique , de Mayence , de la 
féconde Belgique , & le Comte 
Militaire de Strafbourg ; fur quoi 
il paroît que l'Auteur cft très-bien 
fondé à corriger le Texte de la No- 
tice qui lui fournit ce dénombre- 



Gaules pour les gouverner , fous ment, &C où il lit Dttx fecunda Ger- 

Conftantin le Grand Se fes Succef- mania , au lieu de Dux prima Ger- 

fcurs.Ccs Officiers étoient 1 "le Pré- maniez, qu'y lifent tous les Edi- 

fet du Prétoire des Gaules , qui teurs. Mais il fait une remarque 

icfidoit à Trêves ,& qui avoit trois beaucoup plus importante fur ce 

Vicaires généraux , l'un pour les que la même Notice appelle Trac- 



Gaules , l'autre pour l'Efpagne , &: 
le troifiéme pour la Grande-Breta- 
gne : 2°. Les Gouverneurs ou ?{ic- 



tus Armoricanus & Ncrvieanus. 11 
fait voir que ce mot Traftn-s , en cet 
endroit & ailleurs défigne un aïîem- 



teurs des 17 Provinces de la Gaule, blage de Provinces duquel l'éten- 
defquels fix portoient le titre de due qui formoit un Commande- 



Préfident, Se onze , celui de Pro- 
conful : 3". Les Comtes chargés 
dans chaque Cité particulière , du 
foin de la Juftice , de la Police Se 
des Finances : 4 . Quatre Commis 
May. 



ment ou Gouvernement Militaire 
particulier , ne répondoit nulle- 
ment à celle d'une des 17 Provin- 
ces de la Gaule. Il paroît par le té- 
moignage de la Notice même, que 
Oo 



2S2 JOURNAL D 

le Diftric't ou Commandement Ar- 
morique ou Maritime renfermoit 
cinq Provinces entières , fçavoir , 
les deux Aquitaines , la Sénonoife 
( ou quatrième Lyonnoife ) la troi- 
iiémeLyonnoife,la féconde, & qu'il 
s'étendoit encore jufqu'au Pays des 
Nerviens , c'eft - à - dire jufques à 
l'embouchure du Rhin dans l'O- 
céan. D'où il arrivoit ( obferve 
l'Auteur ) qu'Orléans , Chartres , 
Paris, fe trouvoient dans le Gou- 
vernement Maritime , Se qu'un 
Hiftorien du cinquième fiécle aflii- 
roit qu'une bataille , qu'on fçait 
d'ailleurs avoir été donnée aux por- 
tes d'Orléans , l'avoit été dans la 
Province Armorique. 

M. l'Abbé du Bos nous offre un 
exemple fenfible & qui en: prefquc 
fous nos yeux de ces dénomina- 
tions abufives , & qui femblent 
impliquer contradiction. C'eft le 
nom de Pays-bas donné à l'afTem- 
blage de plusieurs Provinces , par- 
ce que la plupart de celles dont il 
fut d'abord compofé , étoient un 
Pays plat & prefque de niveau avec 
la mer Se les fleuves dont il eft ar- 
rofé. Dans la fuite les Souverains 
de cet Etat y ayant joint des Pro- 
vinces Méditerranées & Montueu- 
fes, comme le Duché de Luxem- 
bourg , le Comté de Namur , &c. 
l'on s'eft accoutumé à dire que 
Luxembourg, que Namur étoient 
dans les Pays-bas. De même (con- 
tinue l'Auteur ) après l'établiflc- 
ment du Gouvernement Armori- 
que ou Maritimc 3 on aura pris l'ha- 
bitude de dire que Sens , qu'Or- 
léans étoient dans la Province Ma- 
ritime.. 



ES SÇAVANS, 

L'Auteur nous découvre ici les 
raifons qui avoient engagé les Ro- 
mains à réduire fous un feul & mê- 
me Chef cette grande Province 
Maritime Se à étendre ce Diftrift 
jufques aux Citez Méditerranées 
de la quatrième Lyonnoife. C'étoit 
pour mettre tous ces Pays en fure- 
té contre les defeentes imprévues 
que faifoient les Pirates Saxons Se 
autres , non feulement le long de 
cette Côte , qui s'étendoit depuis 
l'embouchure du Rhin jufqu'à 
Bayonnc , mais en remontant les 
rivières jufques à 50 lieues de la- 
Mer , fur des barques plattes , Se 
ravageant tout à droite Se à gauche. 
L'Auteur , à cette occafion , re- 
cherche encore l'origine du nom de 
Rivage Saxomqne donné à la Côte 
de la Cité de Bayeux comme à une 
partie de celle de la grande Breta- 
gne , dès le troilîéme fiécle ', Se il 
conjecture que cette dénomination 
qui par rapport au rivage Breton 
venoit du grand nombre de Ger- 
mains que l'Empereur Probus y 
avoit tranfplantés vers l'an Z78. 
pourroit bien avoit été donnée à la 
Côte de Bayeux pour quelque 
événement femblable. 

De-là l'Auteur parte au détail des 
Troupes Romaines Se des Flottes 
entretenues dans les Gaules par les 
Empereurs. Les flottes étoient 
compofées de Vaifleaux ronds Se 
de Galères , pour la garde des Cô- 
tes, Se de petits bâtimens , pour 
celle de l'embouchure des fleuves. 
Suivant la Notice , la flotte defti- 
née à garder la Meufe avoit fon^ 
bailîn Se les arfenaux dans le lit de 



MAY 

ïa Sambrc -, celle qui gardoit le 
Rhône défarmoit à Arles , & celle 
qui gardoit la Seine avoit Ion badin 
à Paris. Quant aux troupes de terre, 
elles étoient de deux eipeces. Il y 
avoit les troupes de campagne defti- 
nées principalement à la garde du 
Prince , & prêtes à marcher fans 
délai où il le jugeoit à propos : il 
y avoit les troupes de la frontière 
{ Milites limitanei ) employées à la 
garde d'une certaine Contrée , où 
la plupart des Soldats avoient mê- 
me leurs domiciles. Les troupes de 
campagne appellées Soldats prefens 
( Milites pr&fentanei ) avoient un 
Chef particulier nommé le Maître 
des Soldats prefens , qui faifoit au- 
près de l'Empereur toutes les fonc- 
tions militaires des anciens Préfets 
du Prétoire. M. l'Abbé du Bos 
compare auxjanifïàires de l'Empire 
Turc ces Soldats prefens , dont il y 
avoit dans les Gaules un corps con- 
sidérable , qui étoit le nerf des ar- 
mées Romaines. Pour les troupes 
attachées à la garde de quelque 
frontière , & qui dévoient leur ori- 
gine à l'Empereur Alexandre- Sévè- 
re ( félon notre Auteur ) elles 
avoient des bénéfices militaires 
dans leurs quartiers , en fonds de 
terres ; bénéfices , qui certainement 
les empêchoient de deferter ; mais 
qui, peut-être, les rendoient plus 
parefleufes à prévenir quelque ir- 
ruption de Barbares , de Germains , 
par exemple , en les allant attaquer 
dans leur propre Pays. 

Quant aux troupes étrangères 
que l'Empire prenoit à fa folde , 
fous le nom à' Alliez, ou de Confè- 



* '7? 4- 28} 

devez, , & qui toutes n'étoient com- 
pofées que de Barbares enrôlés & 
toujours entretenus; elles fervoient 
comme d'un frein propre à retenir 
les Troupes Romaines dans le de- 
voir , ôc fuppléoient à la difette de 
celles ci , qui devenoient alors aflez 
difficiles à recruter. Les capitula- 
tions de ces Barbares avec l'Empire 
étoient ( félon 1 A uteur) Que l'Em- 
pire pourvoiroir à leur folde , qu'il 
leur donneroitune recompenfe, &c 
qu'ils ne feroient point obligés à le 
fervirdans des Provinces fort éloi- 
gnées de leur patrie. Cette folde 
( comme le préfume l'Auteur , d'a- 
près un paflage de Caffiodore) étoit 
pour chaque Barbare , tant qu'il 
étoit en route , à peu - près de 45 
livres de notre monnoyc par Se- 
maine ; mais elle étoit moindre , 
lorfqu'ils campoient ou qu'ils 
étoient dans leurs quartiers. 

Parmi les troupes auxiliaires qui 
fervoient dans lesGaules, 8c étoient 
des Francs & d'autres Nations Ger- 
maniques , ou voifines du Danube 
tk. du Pont Euxin , la Notice fait 
mention des Lit es [ Leti ] dont 
patient aulîî ZozimecV Jornandès. 
M. l'Abbé du Bos eft perfuadé que 
ce mot Lètes n'eft le nom propre 
d'aucune Nation particulière , 
comme l'ont cru du Cange & quel- 
ques autres : mais que ce nom 
marquoit l'état & la condition de 
ceux des Barbares de toute Nation, 
enrôlés au fervice de l'Empire , & 
aulquelson avoit conféré des béné- 
fices militaires ; c'efl à dire , qu'on 
regardoit ces Barbares comme de- 
vant être fatisfaits de leur fort& 
Ooij 



a 84 JOURNAL D 

de leur établillemcnt , & qu'on les 
nommoit en confequence les Con- 
tens ( Ltti ) : comme par une rai- 
fon contraire , on appeîloit à la fin 
du dernier fiécle les Hongrois ré- 
voltés contre l'Empereur , pour 
n'être plus opprimés par fes Offi- 
ciers les Àiécontens. Nous ren- 
voyons fur ce point aux preuves 
de l'Auteur. On verra de plus chez 
lui comment ces troupes auxiliaires 
dans le defordre des affaires de 
l'Empire , fe cantonnèrent en cer- 
tains Pays , comment les Empe- 
reurs furent contraints d'en pren- 
dre à leur fervice des Tribus entiè- 
res conduites par leurs Rois , & 
aufquclles ils affignoient des quar- 
tiers fiables pour y vivre félon 
leurs loix., S: dans l'indépendance 
des Officiers Civils de l'Empire ; 
en un mot , comment plufieurs 
effains de Barbares fe firent, mal- 
gré l'Empire, fes troupes auxiliai- 
res ; s'arrogeantle titre fpécieux de 
fes Hôtes. 

L'Auteur recherche enfuite quels 
étoient les revenus que les Ro- 
mains avaient dans les Gaules ; & 
il le fait avec d'autant plus de foin, 
que le patrimoine de la Couronne 
Impériale devint précifément celui 
de la Couronne Royale des Francs, 
après l'établiffement de leur Mo- 
narchie. Ces revenus provenoient 
i°. des fonds de terre : z°. du fub- 
iîde ordinaire qui comprenoit la 
taxe par arpent , la capitation & 
d'autres impofitions , qui faifoient 
partie du tribut public -, 3 . des 
gabelles , péages & douannes ; 4 . 
des dons gratuits & autres revenus 



ES SÇAVANS, 

cafuels. Les fonds de terre apparte- 
nant à l'Empire confiftoient en par- 
tie dans la portion des terres que 
les Romains approprioient à la Ré- 
publique en Pays de Conquête ; en 
partie des terres réunies au Domai- 
ne de l'Etat pour quelque autre 
raifon que ce fût : Se ces terres 
étoient mifes en valeur au profit de 
l'Empire. L'Auteur fe perfuade , 
quoiqu'il n'en ait pas d'autorité 
pofitive , que les Romains s'appro- 
prioient aulfi une partie des forêts 
& des bois taillis dans les Provinces 
qu'ils avoient affujetties ; ce qui lui 
donne occalîon de faire une di- 
greffion curieufe & approfondie 
touchant le Droit appelle Tien & 
danger, qui fe levé en Normandie 
au profit du Roi fur les deniers 
provenans de la coupe de plufieurs 
forêts. L'Etat tiroit encore divers 
profits de fes fonds de terre par la 
taxe impofée fur le gros & le me- 
nu bétail , par les mines d'or ou 
d'autres métaux qui s'y rencoa- 
troient ; par les carrières de pierre 
ou de marbre , &c. 

Sur la taxe réelle ou par arpent 
& fur la perfonnelle ou la capita- 
tion , l'Auteur examine trois cho- 
fes ; commentées impofitions s'a-f- 
feoient , en quoi elles confîftoicnt, 
& comment elles fe levoient : fur 
quoi nous renvoyons au Livre mê- 
me. Nous remarquerons feulement 
après l'Auteur , que pour rendre la 
capitation fupportable , les Ro- 
mains avoient imaginé un expé- 
dient , qui paroît d'abord afTcz bi- 
zarre , parce que l'on en ignore les 
motifs } & qui ctoit d'alfocier plu- 



MAY, 

fieurs perfonncs pour payer en- 
tr'elles une feule tête ou cotte 
part de capitation : & fur cela il 
faut recourir aux conjectures de 
notre Auteur. Il faut le confulter 
encore fur quelques autres Charges 
publiques telles que les corvées 
preferites pour le ttanfporc des 
denrées , pour l'entretien des 
grands chemins , pour prêter fes 
chevaux en certains cas , & pour 
recruter les troupes. 

Au regard de la manière dont fe 
faifoit le recouvrement de toutes 
ces impofitions - , il paroît par le 
détail où il entre fur ce point , que 
quelque légères qu'elles euflent 
été , cette manière de les lever les 
eût rendues très onéreufes. A pro- 
pos d'un Edit de l'Empereur Ma- 
jorien contre les exadteurs des im- 
pôts publics , au fujet des mon- 
noyes frappées avec l'effigie des 
Faufiines , M. l'Abbé du Bos fait 
qaelques réflexions tfès-ferifées fur 
la diftinclion prétendue mife entre 
les monnoyes & les Médailles an- 
ciennes. Il obferve encore que les 
Empereurs pratiquoient de leur 
tems ce que François I. a depuis 
introduit en France , lorfque non 
content des droits que fes préde- 
ceffeurs levoient fur le fel , il s'en 
eft refervé comme à fes fuccefleurs 
la vente exclusive. L'Auteur , en fi- 
niflant cette difeuffion des revenus 
que l'Empire tiroit des Gaules, fou- 
haiteroit fort pouvoir en détermi- 
ner Là fomme totale. Elle ne fc 
montoit guéres fous Jules-Céfar 5c 
fous Augufte qu'à dix millions de 
livres. Mais il conjecture fur des rai- 



17 5 4- di- 

rons plaulîbles , que fous Conftan- 
tin cette fomme devoit être dix 
fois plus grande que fous Augufte. 

M. l'Abbé du Bos , dans les cinq 
derniers Chapitres de fon premier 
Livre , pafle en revue, & nous fait 
connoître plus particulièrement les 
Nations barbares , qui habitoient 
fur la frontière de l'Empire du cô- 
té du Septentrion ; & qui étoient 
les Bourguignons & lesAllemands., 
les Saxons , les Francs, la Nation 
Gothique , les Alains , les Huns , 
& les autres Peuples de la Nation 
Scythique. Contens de donner un 
précis de ce qui concerne les 
Francs , comme étant celui de tous 
ces Peuples qui doit le plus inte- 
relfer par rapport à cette Hiftoire ; 
nous renvoyons au Livre même 
fur tous les autres. 

Les Francs ( dit notre Auteur ) 
étoient de toutes les Nations Ger- 
maniques voifînes de la Gaule , 
celle qui étoit la moins barbare &c 
le plus en liaifon avec les Romains. 
Suivant les Tables de Peutinger leur 
Pays , dans le cinquième fiécle 3 
s'étendoit depuis l'embouchure du 
Mein dans le Rhinjufqu'à celle du 
Rhin dans l'Océan ; c'eft-à-dire , 
depuis l'Iile des Bataves jufqu'aux 
environs de Francfort. Les Francs 
étoient divifés en plufieurs Tribus 
dont chacune avoit fon Roi ou fon 
Chef indépendant, qui rempliltoit 
en perfonne deux fondions ; l'une 
décommander fes fujets dans les 
expéditions militaires , l'autre de 
leur rendre la juftice. L'Auteur n'a 
pu découvrir jufqu'à prefent quel 
étoit le nombre de ces Tribus , & 



*26 JOURNAL DE 

quel étoit le nom propre de chacu- 
ne ; il defefpere même de pouvoir 
y réuiïir , & il en allègue la raifon 
qu'on peut voir. Toutes ces Tribus 
étoient confédérées par une alliance 
défenfive , qui les obligeoit d'ac- 
courir au fecours de celle qui feroit 
attaquée dans fes foyers. Mais cette 
alliance n'étoit point ofTenfive , 
comme en font foi pluheurs faits 
rapportés ici ; & elle n'empêchoit 
pas que chaque Tribu ne fût fou- 
veraine dans fon territoire. Les 
Francs paffoient pour la Nation la 
plus brave fur terre &: fur mer qui 
tût parmi les Barbares de l'Euro- 
pe, comme le prouvent leurs ex- 
ploits ptefque incroyables fur l'un 
& fur l'autre élément. 

La politique des Romains leur 
fit rechercher l'amitié des Francs 
dès que ceux - ci fe furent une fois 
établis fur la rive droite du Rhin , 
vers le milieu du troificme ûécle. 
Ils employèrent auprès d'eux les 
moyens reconnus les plus efficaces 
pour engager des Nations barbares 
à laiffer en paix le territoire de 
l'Empire.Le premier de ces moyens 
étoit de les obliger à cultiver leurs 
propres terres, &c à élever du bé- 
tail : le fécond , de leur payer des 
fubfides : le troifiéme , de tenir 
à la folde de l'Empire des corps de 
troupes de cette Nation , & d'a- 
vancer aux premières dignitezeeux 
qui fervoient dans ces corps. No- 
tre Auteur rapporte ici des exem- 
ples nombreux de Généraux Francs 
employés dans les armées de Con- 
ftantin, dans celles de Gratien &c 
de Valentinien II. d'un Mellobau- 



5 SÇAVANS; 

des , d'un Baudon , d'un Arboga- 
fte. Un quatrième moyen mis en 
œuvre par les Romains pour fc 
garentir des incurfions des Francs , 
étoit d'en tranfplanter de tems en 
tems des peuplades dans le terri- 
toire de l'Empire , où ils leur don- 
noient des habitations. C'eit de 
quoi l'Auteur allègue plus d'une 
preuve , expliquant auflî par occa- 
îîon un paffage du Poète Claudien, 
qui a fait croire fauffement à plu- 
fieurs Ecrivains , que les Francs 
envoyoient leurs troupeaux paître 
au - delà de Y Elbe , fleuve d'Alle- 
magne - 3 au lieu qu'il n'eft queftion 
dans le paffage que de YAlve a ri- 
vière des Ardennes. 

De toute cette difeuffion il doit 
refulter que plus de zoo ans avant 
le règne de Clovis les Romains & 
les Francs étoient extrêmement fa- 
miliarifés les uns avec les autres , 
en forte que pour le perfuader au 
Lecfeur, M. l'Abbé duBosnefc 
croit pas obligé de faire valoir l'E- 
dit de Conftantin le Grand cité 
dans une Loi publiée par Conftan- 
tin-Porphyrogenéte. Il eft même 
perfuadé que la Nation entière des 
Francs , depuis fon établiffement 
fur la rive droite du Rhin , n'a 
point eu de guerre générale con- 
tre l'Empire , c'eft - à - dire , de 
guerre de peuple à peuple , comme 
s'exprime l'Auteur. S'il y a eu 
quelques hoftilitez de leur part 
contre les Romains, ceux-ci loin 
de s'en prendre à la Nation entière 

6 de rompre avec elle , employoit 
pour repouffer ces heitilitez. les 
Francs mêmes qui fervoienc dans 






M A Y ; 17J4. 287 

leurs troupes. très Livres de cet Ouvrage dans un 

Nous rendrons compte des au- autre Journal. 

TRAITE' PHYSIQVE ET HISTORIQVE DE VAVRORE 
Boréale. Par M. de Mairan. Suite des Mémoires de l'Académie Royale 
des Sciences , année 173 1. A Paris, de l'Imprimerie Royale. 1735. 
/fl-4 . pp. 281. Planch. xv. Se vend chez Jacques Lambert , rue Saint 
Jacques , à la Sageffe ; féparément , pour ceux qui ne voudront pas 
acheter les Mémoires ,10 liv. en blanc , Se 10 liv. 10 f. relié. 



DANS notre Journal d'Avril 
dernier nous avons rendu 
compte des deux premières Sec- 
tions de ce Traité , dont l'une indi- 
que la matière , qui ( félon l'Au- 
teur ) forme l'aurore boréale, Se 
qui eft l'atmofphére folaire ; l'au- 
tre nous fait connoître plus à fond 
le lieu Se le fluide , où l'aurore bo- 
réale prend naiffance & fe manife- 
fte ■■, Se c'eft l'atmofphére terreftre. 
Il nous refte prefentement à fuivre 
M. de Mairan dans fes trois der- 
nières Sections , où il fe propofe de 
confirmer la Théorie qu'il a fuppo- 
fée jufqu'ici , Se d'en montrer 
l'accord avec les exemples Se les 
faits aufquels il l'applique. 

III. C'eft ce qu'il exécute d'a- 
bord par l'explication des divers 
phénomènes , qui compofent ou 
qui accompagnent l'aurore boréale. 

1. Il détermine, en premier lieu, 
la diftance d'où la matière de l'at- 
mofphére folaire peut tomber dans 
l'atmofphére terreftre, ou les limi- 
tes de la force centrale qui agit vers 
la terre , relativement à celle qui 
agit vers le foleil. Il lui paroît évi- 
dent , par le calcul , que cette ma- 
tière de l'atmofphére du foleil 
pounoit tomber dans l'atmofphére 



de la terre , non feulement du lieu 
où cette matière s'étend lorfqu'elle 
parvient jufqu'au point qu'occupe 
actuellement la terre dans fon or- 
bite, mais encore de plus de 6000» 
lieues au-delà. Pour déterminer 
plus généralement les limites de 
cette diftance Se juftifier ce calcul , 
il en fait un autre , par lequel il 
trouve que ces limites ne peuvent 
être que la furface d'un Conoide qui 
s'étendroit à l'infini , Se dont toute 
la matière pourroit fe précipiter fur 
la terre Se s'entaffer dans l'atmof- 
phére de celle-ci , non feulement 
de 60 mille lieues , mais encore de 
100 mille ,de 200 mille, d'un milion 
de lieues , &c. Ce qu'il ne faut pas 
cependant regarder [ dit l'Auteur] 
comme rigoureufement conforme 
à la nature , mais comme une /im- 
pie approximation propre à fixer 
l'imagination des Lecteurs : Se il 
n'oublie pas de lever une difficulté, 
que le calcul précèdent pourroit 
faire naître au fujet de la Lune, qui 
couroit grand rifque de tomber 
fans retour dans le foleil ou d'aller 
circuler immédiatement autour de 
lui. 

2. M. de Mairan explique enfui - 
te pourquoi l'aurore boréale paroît 



288 JOURNAL D 

ordinairement du côté du Nord : 
au lieu qu'étant produite [ félon 
lui ] par î'atmofphére du Soleil où 
le globe terreftre eft fouvent entiè- 
rement plongé, cette aurore de- 
vroit fe montrer indifleremment 
dans toutes les parties de l'horizon. 
L'Auteur en allègue plufieurs cau- 
fes , fçavoir , 1°. la groflîereté de 
l'air qui couvre les régions polai- 
res , par rapport à notre climat , 
& qui doit y favorifer l'amas de la 
matière zodiacale , plutôt que par- 
tout ailleurs , l'y retenir , Se la ren- 
dre plus vifible pour nous : 2°. Le 
mouvement diurne delà terre , le- 
quel doit faire aller vers le pôle Se 
y fixer la matière de l'aurore boréa- 
le qui tombe en deçà , & qui pour- 
roit s'attacher à des portions plus 
méridionales de notre atmofphére: 
Se cette expuhîon doit s'exécuter 
d'autant plus facilement que cette 
matière de l'aurore boréale n'a au- 
cune force centrifuge , du moins 
par rapport à l'axe de la terre : fur 
quoi l'Auteur prévient une objec- 
tion fpécieufe , Se y répond : 3 . le 
mouvement qu'a la terre vers cette 
matière par le pôle boréal, qui fc 
trouve le premier à la rencontrer , 
pendant une moitié de l'année , où 
d'autres circonstances favorifent 
d'ailleurs l'apparition de l'aurore 
boréale. L'Auteur explique ici 
comment il imagine la chofe , Se le 
met fous nos yeux par une figure. 

De tout cela ilrefulte, i°. Que 
toutes chofes égales _, le phénomè- 
ne doit être plus fréquent pour 
l'hémifphére feptcntrional depuis 
le folftice d'été jufqu'à celui d'hi- 



ES SÇAVANS, 

ver , que depuis celui ci jufqu a 
l'autre ; Se tout au contraire pour 
l'hémifphére méridional , fuppofé 
que ce phénomène y paroi (Te : i°. 
Que les aurores boréales , vues de- 
puis la fin de Juin jufqu'à celle de 
Décembre , doivent être générale- 
ment plus vilibles vers le pôle bo- 
réal , & moins fur le refte de l'ho- 
rizon , que celles qui fe montrent 
depuis Décembre jufqu'en Juin : 
j*. Que les confequences précé- 
dentes doivent avoir d'autant plus 
lieu, que le mouvement d'appro- 
che ou de fuite du pôle feptentrio- 
nal ou méridional de la terre par 
rapport à la matière du phénomène 
eft plus rapide : ce qui arrive , 
comme l'on fçait dans les équino- 
xes : Se toutes ces remarques (ajou- 
te l'Auteur ) ont été jufqu'ici par- 
faitement confirmées par l'expé- 
rience. 

3. Delà il pafle à une deferip- 
tion très-détaillée de l'aurore bo- 
réale , dont il fpécifie la déclinai- 
fon orientale } l'heure de l'appari- 
tion , l'ordre fucceifit des phéno- 
mènes qui l'accompagnent , Se le 
tems qu'elle employé à fe former. 
Elle paroît ordinairement deux , 
trois , ou quatre heures tout au 
plus après le coucher du Soleil ; Se 
elle commence par une efpece de 
brouillard allez obfcur qu'on ap- 
perçoit vers le Septentrion décli- 
nant un peu vers l'Oiïeft. Ce 
brouillard prend peu à peu la forme 
d'un fegment de cercle , dont l'ho- 
rizon fait la corde , Se dont la cir- 
conférence eft bien-tôt bordée de 
deux ou trois arcs concentriques , 
alternativement 



MAY, 

alternativement lumineux Se obf- 
curs , d'où partent par différentes 
brèches éclairées plusieurs jets Se 
piuficurs rayons de lumière diver- 
sement colorés. Tout cela produit 
une foi te d'incendie, dontl'exten- 
llon offre aux yeux comme une 
couronne au zénith où femblent fc 
réunir tous les mouvemens d'alen- 
tour, Se qui fait comme la clef de 
la voûte , la lanterne d'une coupo- 
le , le fommet d'un pavillon. C'eft- 
là ( dit l'Auteur ) le moment de la 
plus grande magnificence du phé- 
nomène , tant par la variété des 
objets que par la beauté des cou- 
leurs ; après quoi il diminue , fe 
calme , non fans quelques reprifes , 
qui renouvellent quelquefois pref- 
que tout le fpe&ade ; Se s'éteint 
tout-à-fait. 

L'Auteur entreprend d'expli- 
quer en détail toutes ces circon- 
ftances , par la caufe générale qui 
les produit , fuivant fon hypothé- 
fe : Se il fait de cette explication fîx 
Chapitres , dans lefquels il s'agit , 
i°. du fegment obfcur qui borde 
l'horizon, des arcs lumineux, Se 
des créneaux , qui en interrompent 
quelquefois le limbe : z°. Des co- 
lonnes , des rayons ou jets de lu- 
mière , des brèches du fegment 
obfcur , Se des brifures de l'arc lu- 
mineux : 3°. Des éclairs &e des vi- 
brations de lumière , des ondula- 
tions , de la fumée , du mouve- 
ment réel ou apparent qui les ac- 
compagne , & du filence qui rc- 
one dans tous ces phénomènes : 
4°. Du concours des rayons Se de 
la matière du phénomène au zénit, 
May. 



i 7 j 4. 28p 

ou près du zénît , Si. de la couron- 
ne : 5 . De la denfîté Se de la tranf- 
parence de l'aurore b»réale : 6 a . De 
fes couleurs. Nous ne prétendons 
point ici particularifcr routes ces 
explications ; ce qui nous jetterait 
dans uneexcelîlve longueur. Con- 
tens de les avoir indiquées en géné- 
ral Se dans le même ordre où elles 
font déduites } nous nous borne- 
rons à prendre çà Se là quelques 
obfervations des plus interelfantes, 
& qui pourront faire fentir jufqu'à 
quel point l'Auteur s'cJî rendu in- 
génieux à tirer de fon nouveau Sy- 
flême tout le meilleur parti qu'il 
étoit pofîîble. 

4. En parlant des dimenfions de 
l'aurore boréale , par rapport à fon 
arc lumineux , on obierve que la 
largeur de fon limbe va depuis 
deux jufqu'à dix degrez : que fa 
longueur ordinaire s'arrête à 100 
Se quelques degrez d'étendue , Se 
que fa hauteur prife à fon fommet 
va de 20 , 30 à 40 degrez, rare- 
ment au delà ou au deffous ; en gé- 
néral , la grandeur de cet arc vient 
toujours de la grandeur réelle du 
cercle , dont cet arc fait partie. Du 
refle , entre les aurores boréales les 
plus régulières ie les mieux termi- 
nées quant à cet arc , on peut 
compter celle du dix- neuvième 
Octobre iji6. Se les deux obfer- 
vées à Gieffen en Allemagne le 17 
Février Se le premier Mars 1711. 

5. La matière boréale ( dit l'Au- 
teur ) répandue par des floccons 
qui rendent tout le Ciel pommelé, 
comme feroient de vrais nuages , 
montre que cette matière ne fe me- 
Pp 



290 JOURNAL DES SÇAVANS, 

le pas toujours & pat tout unifor- boréale , où le concours des rayons 

mement avec notre air , &c qu'elle vers le zénit en forme de couronne 

y eft peut-être fouvent comme une eft bien marqué : Nous vîmes pen- 

liqueur huileufe ép.irfe dans l'eau dant deux nuits de fuite [dit-il]^/ 

en gouttes féparées les unes des au- fig n * s dans le Ciel , c'ejl-à-dire des 

très. Il obiervt encore au même rayons de lumière ejui s'élevaient du 

endroit, que les jets de lumière coté de l'aquilon , ainfî qu'il arrive 

dans ces aurores ne confident ordi- fouvent. 'Un: granie clarté s'empara, 

nairement qu'en de Amples rayons d'une partie du Ciel t & fembloit le 



échappés des brèches enflammées 
du fegment , & dardés contre la 
matière fumeufe ambiante •, effet 
tout femblable à celui que font 
voir les rayons du Soleil couchant , 
entre des nuages. 

6. Il fembleroit [remarque M. de 
Mairan ] que tant d'agitations , 
d'inflammations tk d'éruptions fu- 
bites , qui dans l'aurore boréale 
produifent les'éclairs , devroient 
être fuivies du tonnerre ou du 
moins de quelque bruit fenfible 
C'eft ce qui ne manquoit point fans 
doute aux aurores boréales des 



parcourir. . . . ,& il y avoit au mi- 
lieu du Ciel un nuage fort lumineux 
auquel tous ces rayons allaient fe réu- 
nir fous la forme d'une tente 3 dont les 
bandes beaucoup plus larges vers le 
pied , montaient en fe'retrectjjatn juf- 
qtt'a fon fommet , eu elles fe termi- 
naient comme une efpece de capuchon. 
Au furplus on ne doit regarder cet- 
te couronne que comme une fim- 
ple apparence optique ; de c'eft fur 
ce pied là que l'explique notre Au- 
teur, auquel nous renvoyons fur 
ce point. 

8. Il faut le confulter encore fur 



la manière dont il conçoit que la 
matiete zodiacale puifle s'affemblct 



fiécles paffés , où des gens ( dit no 
tre Auteur ) qui voyoient pref- 

aue toujours dans ce phénomène tk s'accumuler dans notre atmof 
le combat fanglant de deux armées phere au point d'y acquérir une 
en l'air , ne pouvoient guéres fe deniîté capable de produire dans le 

phénomène en queftion le fegment 
obfcur. Il trouve dans fon hypo- 
théfelamême facilité à expliquer 
la rranfparence des parties diapha- 
nes de l'aurore boréale. 

9. Des différentes couleurs de 
celle-ci , qui font l'effet d'une lu- 
mière ou rompue ou réfléchie ; Si 



difpenfer d'y entendre le fracas des 
armes , l'artillerie , & apparem- 
ment auffi le bruit des tambours & 
le fon des trompettes. Mais ces au- 
rores font devenues fi tranquilles à 
cet égard , que l'Auteur n'y a ja- 
mais oui ni fifflement ni le moin- 
dre murmure , & il en allègue 



pour une raifon la trop grande éle- de la région que le phénomène oc- 

vation & le trop grand éloigne- cupe , l'Auteur tire cette confe- 

ment du phénomène. quence , Que la matière refrailive 

j. On trouve dans Grégoire de dans notre atmofphére a une bien 

Toim la defeription d'une aurore plus grande hauteur qu'on ne l's- 



MAY 

voit penfé , ou que la matière mê- 
me du phénomène a la propriété de 
rompre les rayons de lumière. 

io. Au fujet de la constitution 
de l'air & des autres ci rcon (lances 
favorables ou contraires à la forma- 
tion Se à l'apparition de l'aurore bo- 
réale, l'Auteur ne peut déterminer 
autre chofe fînon que la première 
elt tout à-fait indépendante de ce 
qui fe paffe dans la région des mé- 
téores , & que la féconde trouve un 
égal obftacle dans un Ciel trop 
couvert ou trop éclairé. 

ii. Le dernier Chapitre de cette 
troifléme Section roule fur les di- 
vers genres d'aurores boréales. Il y 
en a de tranquilles qui ne donnent 
aucuns jets de lumière: d'horizonta- 
les } qui n'ont qu'une très -petite 
hauteur : d'Occidentales , d'Orienta- 
les Se de Méridionales , qu'on peut 
appeller irrégulieres : enfin il y en a 
d'informes , Se de tout- à- fait indéci- 
jcs. 

IV. M. de Mairan , dans fa 
quatrième Section , traite des ap- 
paritions de l'aurore boréale , en 
rant qu'elles dépendent de l'éten- 
due , de la poiîtion Se de la figure 
de l'atmofphére folaire. C'eft-à-di- 
re qu'il nous donne d'abord une 
Hiftoire de ce phénomène , fui vant 
les Mémoires qui nous en reftent , 
& qui nous en indiquent les repri- 
fes &: les interruptions. 

i. Il regarde Ariftote comme le 
plus ancien de nos Auteurs qui ait 
fait mention de l'aurore boréale ; 
car il eft perfuadé que c'eft ce phé- 
nomène que ce Philofophe nous 
déligne en le comparant à unefiam- 



> T 7 34" *oi 

me mêlée d; famée ,à celle d'une lampe 
qui s'éteint a Se à Yembrafement d'une 
campagne dont on brûle le chaume. 
Elle a principalement cette apparen- 
ce ( dit Ariltote ) lorfqu'elle s-' étend, 
beaucoup en longueur & en largeur. 
Ce font ( ajoûte-t il ) de ces phéno- 
mènes , qui ne paroijfsnt que pendant 
la nuit , & dans un tems ferein , & 
qu'on appelle gaufres , ffffes , tifont 
allumés t chèvres. Le goufre Se 11 
foffe marquent ( félon notre Au- 
teur ) le fegmentobfcur de l'auro- 
re boréale : les tifons allumés font 
fans doute les colonnes ou les jets de 
lumière ; les chèvres font les pelo- 
tons blanchâtres , qui rendent le 
Ciel pommelé. Les Auteurs Latins 
(dit M. de Mairan ) ont eu de ce 
phénomène la même idée que les 
Grecs, & l'ont exprimée en ter- 
mes équivalens. Ciceron ( félon 
lui) en parle , lorfqu'il dit, on a 
vu des torches ardentes vers l'Occi- 
dent & le Ciel tout en feu. Pline le 
Naturalifte nous la reprefente fous 
divers noms Se fous divers afpects. 
Séneque s'en explique encore plus 
clairement. Parmi les prodiges raf- 
femblés par Jidius-Obfequens Se par 
fon Continuateur Conrad Lycoflhe- 
ne on trouve quelquefois notre phé- 
nomène. Ainfi ( pourfuit M. de 
Mairan) on peut pouffer l'Hiftoirc 
de l'aurore boréale jufqu'au com- 
mencement du cinquième fiécle , 
Se y fixer l'époque des apparitions 
de ce phénomène , defquelles on 
peut tirer ici quelque induction. Er 
parcourant ( continue- 1- il ) les 
Monumens qui nous reftent depuis 
2000 ans, on en peut conclure en 
Ppij 



a$2 JOURNAL D 

général , que l'aurore boréale n'a 
guéres été au delà de 60 ou 80 ans 
fans paroître , excepté peut-être le 
treizième ôi le quatorzième hccle. 
Mais on peut aiïurer qu'avant Gaf- 
fendi , nul Auteur ne paroît avoir 
parlé de fang froid de ce phé- 
nomène , & que la plupart n'en 
ont fait mention que dans le def- 
fein formé de l'ajufter aux évene- 
mens & aux avantures tragiques 
de leur tems. 

2. A ce récit hiftorique touchant 
l'aurore boréale en général , fucce- 
de un ordre chronologique des re- 
prifes de ce phénomène que Ton 
peut compter depuis le commen- 
cement du cinquième fïécle juf- 
qu'aujourd'hui : &C ces reprifes 
«ont au nombre de 2 1 , où l'on a 
foin d'avertir des fingularitcz ob- 
fervéesdans chacune. 

3. Vient enfuite un recueil ou 
dénombrement des aurores boréa- 
les , dont on fçait le jour ou le 
mois , rangées par ordre chronolo- 
gique depuis le commencement du 
fixiéme fiécle jufqu'à la fin de l'an- 
née 173 1. avec quelques remar- 
ques & des deferiptions : le tout 
fuivi d'une Table abrégée ,ou d'une 
redadion du dénombrement pré- 
cèdent , de laquelle il refulte que 
dans ce long intervalle de tems il a 
paru en tout 129 aurores boréales. 
C'eft une difcuflîon hiftorique dans 
laquelle nous ne pouvons fuivre 
l'Auteur, mais qui a dû lui coûter 
beaucoup de travail & de recher- 
ches , & dont les Agronomes doi- 
vent lui fçavoir gré. 

\. Ils ne doivent pas lui tenir 



ES SÇAVANS, 

moins de compte du calcul où il 
entre par rapport à !a détermina- 
tion des nœuds , des pôles , des li- 
mites, & de ladéclinaifon de l'at- 
mofphére ou de l'équateur folairt. 
Il fuppofe avec feu M. C'iJfi>uYi\c 
du Soleil incliné de 7 degrez -£ à 
celui derécliprique.Mais de ce que 
l'équat. folaire décline de 7 degrez 
\ par rapport à l'écliptique, & de 
ce que l'écliptique décline d'envi- 
ron 23 degrez -^ par rapport à l'é- 
quateur terreftre , il s'enfuit feule- 
ment ( fclon l'Auteur ) que la dé- 
clinaifon totale de l'équateur folai- 
re , eu égard à l'équateur terreftre , 
tient un milieu entre la fomme des 
deux inclinaifons qui eft 3 1 , & 
l'inclinaifon de l'écliptique , qui 
eft 23-^- : & c'eft fur ce pied là que 
M. de Mairan règle l'on calcul. 
Nous y renvoyons , ainfi qu'aux 
figures qui l'accompagnent, & qui 
fervent à éclaircir une Théorie que 
l'Auteur ne fçait avoir été expli- 
quée nulle part , quoiqu'indépen- 
damment du fujet qu'il traite, elle 
puifle être quelquefois d'une gran- 
de utilité. 

5. 11 en tire pluficurs confequen- 
ces par rapport à la lumière zodia- 
cale ou à l'atmofphére du Soleil 
vue dé la terre ; &: il hit au Aï men- 
tion des irrégularitez ou variations 
feulement apparentes, qui peuvent 
naître de fes divers afpe&s. Il infère 
donc de cette Théorie, i°.Quetoui 
tes chofes d'ailleurs égales , les ob 1 
fervations de cette lumière doivent 
être plus faciles & plus fréquente? 
vers l'équinoxe du Printems. que 






M A Y , i 7 5 4- 2$$ 

vers celui de l'Automne ; ce que des reprifes de l'aurore beréale avec 

l'expérience a juftifié : 2°. Que la les apparitions de la lumière zodia- 

lumicre zodiacale fera beaucoup cale , ou avec les accroiffemens de 

plus élevée fur l'horizon le foir au l'atmofphére folairc. Mais il avoiie 

folftice d'été , que le marin ; Si au que c'en 1 ce qu'il ne fçauroit execu- 



contraire , au folltice d'hiver ; ce 
que confirme encore l'expérience : 
3°. Que Jes plus grandes largeurs 
de la lumière en général , fe doi- 
vent rencontrer , Si fc rencontrent 
en effet ordinairement aux points 



ter qu'imparfaitement par le défaut 
d'obfervations de la lumière zodia- 
cale , qui eft prefque la feule voye 
de fe mànifeftèr qu'air l'atmofphére 
folaire , Si dont on n'a des obfer- 
vations exa&es que depuis 1683. 



Si aux tems où la terre eft vis-à-vii Or ces obfervations qui pourroient 

des plus grandes latitudes de l'é- attelkr cette correfpondance fe re 

quateur folairc cv autour de fes li- duifent malheureufement à quatr 

nlrtes , Si que le contraire doit arri- ou cinq , malgré toutes les recher 



& arrive le plus fouvent , 
lorfqu'clle efi autour de fei uccuds. 
6. L'Auteur applique enfuite la 
même Théorie aux aurores boréa- 
les , cV il fait voir comment il fe- 



chesdu curieux Académicien. 

8. Dans le dernier Chapitre de 
cette quatrième Section , il appli- 
que aux apparitions effectives de 
l'aurore boréale , rangées dans la' 



roit poiîîble qu'il n'y en eût jamais Table dont on a parlé plus haut 
fur la terre, ou comment il fe peut une partie de ce qu'il vient de re- 
qu'elles foient très long tems fans marquer en général fur leur pofîlbi- 
paroître : ôc au contraire, comment lité ou leur impoffibiliré , leur isé- 
elles pourroient paroître toujours quence ou leur rareté', & il compa- 
fuppofélescirconftancesacceffoires re les divers points de l'écliptique 
& phyfiques favorables ; ou enfin où fc trouve la terre par fa révolu- 
Comment elles peuvent paroître en tion périodique avec les faifons ou 
certains tems , en certains fiécles , mois de l'année , où le phénomène 
Si non pas en d'autres , tantôt plus a paru le plus fouvent ; ccquiiou- 



& tantôt moins fréquemment : Si 
c'eft de quoi les viciffitudes de la 
différente extenfion de l'atmofphé- 
re folaire combinées avec toutes 1 



le principalement fur trois Chefs; 
r°. fur la diftance etélongrtion dit' 
Globe terreftre , dans les divers 
tems de l'année , quant ail foleil 



les autres circonftances qu'on a eu ou à fon atmofphere , Si indépen- 

foin d'indiquer doivent Fournir la damment de fa lituation à l'égard' 

raifon , &en donneroient le détail, des nœuds ou des limites de l'équa- 

fi les caufes primitives de ces vicif- tcur folaire : 1". Sur la diflznce de' 

fitudes pouvoient un jour nous latitude ou de déclinaifon , par rap- 

ètre connues. port aux nœuds Si aux limites de 

7. M. de Mairan nous parle , cetéquateur: 5 . Surla diredion de 

après cela , de la correfpondance fen mouvement annuel et, afeen-- 



2P4 JOURNAL DES SÇAVANS, 

dance ou en defcendance , par rap- 
port à fon pôle boréal , lieu ordi- 
naire des aurores qui nous font 
connues. L'Auteur donne le calcul 
& des exemples figurés de tous ces 
cas, aufquels nous croyons devoir 
renvoyer le Lecteur. 

V. Les queftions &: les doutes 
fur divers fuiets relatifs à quelques 
articles de cet Ouvrage t & que 
rafîemble M. de Mairan dans fa 
cinquième & dernière Section , 
font au nombre de xxviii. Nous 
nous contenterons , pour abréger , 
de les indiquer fommairement , 
ainfi que leurs folutions , lorfqu'il 
s'en prefentera quelqu'une. 

Il s'agit donc de feavoir , i°. fi 
quelques étoiles fixes appellées né- 
buleufes n'ont cette apparence qu'en 
vertu deratmofphére qui les envi- 
ronne , & fi l'efpace lumineux , 
moins bleu & moins toncé que le 
refte du Ciel , &c qu'on appercoit 
autour delà nébuleufe d'Orion , ne 
feroit pas l'effet d'une femblable 
caufe i Sur quoi l'Auteur panche 
vers l'affirmative : 2°. Si la lumière 
zodiacale n'eft point fujette à di- 
vers accidens , tels que des fer- 
mentations Se quelques précipita- 
tions de fes parties les plus groifie- 
res vers le globe du Soleil -, & 
l'Auteur paroît alTez difpofé à le 
croire : 3 . Si les taches vues (i 
fréquemment fur ce globe , ne fe- 
roient point dues à quelque fem- 
blable précipitation ; &c la chofe lui 
paroît alTez probable : 4*. Si la ma- 
tière de l'atmofphére folairc ; en fe 
mêlant avec l'atmofphére terreftre 
ne reçoit pas diveries modifica- 



tions , d'où refulteroient les trois 
régions de notre air , celle des au- 
rores boréales , celle des crépufeu- 
les, & celle des météores ? 5 . Quel 
eft le lieu Se la formation des feux 
volans ? 6°.- Si de fréquentes auro- 
res boréales ne laiflerotent point 
dans l'air quelque levain capable 
d'en changer plus ou moins la tem- 
pérature ? 7 . Si la longueur irré- 
guliere de certains crépufcuks ne 
feroit point due aux vertiges de la 
lumière zodiacale & de l'aurore 
boréale , qui n'ont pu fe former ou 
fe rendre vifibles par l'extrême ra- 
réfaction de leurs parties 3 

8°. S'il n'y auroit point des au- 
rores boréales qu'on pourroit ap- 
peller nébuleufes , & qui ne confi- 
fteroient que dans le prodigieux 
amas de la matière zodiacale tom- 
bée dans l'atmofphére en forme de 
brouillard & fans pouvoir s'en- 
flammer î 9°. Quelle eft l'apparen- 
ce des aurores boréales pour les ha- 
bitans des terres arctiques ? ic 
l'Auteur conjecture que nous fem- 
mes en France , en Angleterre ' en 
Allemagne , &c. fitués le plus fa- 
vorablement pour démêler toutes 
les fingularitez de ce phénomène : 
io°. S'il y a des aurores polaires 
antarctiques , & quelles elles 
pourroient être ? 1 1°. Si la trop 
grande fréquence des aurores bo- 
réales ne nuiroit point enfin à la re- 
cherche des caufes de ce phénomè- 
ne , ou fi elle ne lui deviendrait 
pas moins favorable , qu'une fré- 
quence médiocre; rz°. Si l'idée du 
point d'équilibre entre toute pla- 
nète principale &lcfoleil, & l'i- 



M A 

déc du conflict des forces centrifu- 
ges & centripètes à divers égards ne- 
ceftaire pour retenir dans Ton orbi- 
te & autour de fa planète principa- 
le tout Satellite placé au delà de ce 
point vers le Soleil., ne fourniroient 
point un éclairciftement utile pour 
l'intelligence d'un endroit de M. 
Newton dans fes principes î 13 . 
Quels font les tems de chute de 
la matière zodiacale ? 14 . Si la 
matière zodiacale tombe fut la Lu- 
ne , & fi cette planète a fon atmof- 
phére ; fur quoi l'Auteur conclud 
pour l'affirmative , & répond à 
deux objections. 

15 . Quels phénomènes produi- 
sit la matière zodiacale fur la Lu- 
ne ? & il conçoit que cette matiè- 
re s'y répandroit avec bien plus 
d'uniformité que dans l'atmofpké- 
re terreftre : i£°.Si les phénomènes 
produits par la matière zodiacale 
fur la Lune feroient vifibles pour 
nous - , Se c'eft ce que ne croit nul- 
lement l'Auteur , fondé fur de bon- 
nes raifons : 17 . Si la Lune eft fa- 
vorable ou contraire à nos aurores 
boréales î Sur quoi l'on peut aiTu- 
rer que la pleine Lune nuit beau- 
coup plus à l'apparition de ces 
phénomènes par la clarté , qu'elle 
n'aide à leur formation par l'union 
de fa force centrale à celle de la 
terre : 1 8°. Si , dans les planètes 
inférieures , Vénus & Mercure , 
toujours enveloppées de la matière 
zodiacale pendant fes grandes ex- 
ténuons , leur atmofphére , fup- 
pofé qu'elles en ayent une , n'en 
fera pas prefque toujours plus char- 
gée que la nôtre , dans les plus 



Y , 1 7 j 4. apy 

grandes aurores boréales ? & c'eft 
ce qui ne paroît point douteux à 
l'Auteur : 19'. Si la difficulté d'ap- 
percevoir les taches de ces planè- 
tes , ne d^it pas être attribuée en 
partie à la matière zodiacale qui les 
enveloppe , &c fi l'on ne pourroit 
pas foupçonner que quelque cir- 
conitance de cette nature ait em- 
pêché tout récemment qu'on n'ait 
diftingué à Paris 3 fur le difque de 
Venus , les taches que feu M. Bian- 
chwi y avoir vues àRome quelques 
années auparavant ? 20 . Si l'accu- 
mulation de la matière zodiacale 
fur la terre & fur les planètes infé- 
rieures j ne doit pas enfin produire, 
entre plufieurs autres effets , quel- 
que altération fenfible dans leur* 
mouvemens périodiques ou de ro- 
tation , par l'augmentation def 
maffics de leurs globes î 21 . Si la 
matière zodiacale que les Comètes 
font obligées de traverfer à l'en- 
droit le plus denfe , & dont elles 
fe font chargées , ne doit pas faire 
la partie extérieure &la plus éten- 
due de cette vafte atmofphére , 
qu'on apperçoit autour de la tête 
de la plupart des Comètes ; & 
l'Auteur tient pout l'affimative , 
dont il allègue quatre raifons que 
l'on peut voir. 

22°. Si l'atmofphére des Comè- 
tes telle qu'il vient de l'expliquer 
n'eft point pour elles 3 pendant une 
partie de leur cours , une efpece 
d'aurore boréale continue, fembla- 
ble , toutes proportions gardées, a 
quelques-unes des nôtres ? 23°. Si 
c'eft par voye de diffipation ou de 
précipitation , que quelques Co- 



apé JOURNAL D 

métes perdent enfin cette grande 
atmofphére extérieure qui les envi- 
ronnoit? 24°. Si la matière del'at- 
mofphére folaire ne doit pas être 
indifpenfablement employée À l'ex- 
plication des phénomènes de leurs 
queues 1 & c'eft ce qui paroîttrès- 
vraifemblable à l' Auteur : 25 . 
Quelle fcroit l'apparence de ces 
queues vues de deffus les Comètes 
mêmes : Se fi elle ne ferviroit point 
à expliquer le phénomène de la 
couronne des aurores boréales ? 
26 . Si l'étincellement apperçu 
quelquefois avec de grandes lunet 
tes dans la lumière zodiacale , ainfi 
que dans l'atmofphére & la queue 
des Comètes , n'auroit point fait 
croire aux deux Philofophes , Dé- 
mocrite Se Anaxagore } que toute la 
lumière des Comètes Se de leurs 
queues f ne refultoit que d'un amas 
prodigieux de petites étoiles ? 27 . 
Ce que ce pou voit être que le phé- 
nomène fingulier d'une étoile ou 
Comète , rapporté par Nicéphorc , 



ES SÇAVANS, 

dans fon tiifluir; Ecclefîs.ftitjHt , & 
que nous ne tranferirons point ici ; 
28 . Si le pa liage du globe terre lire 
à travers la partie ïuperieure de 
l'atmofphére d'une Comète & à 
travers fa queue , produiroit furli 
terre autre choie que quelques au- 
rores boréales , telles à peu près , 
que nous les voyons -, & h les prin- 
cipes employés dans laThéorie pré- 
cédente , ne mettent pas du moins 
la terre à couvert de ces inonda- 
tions , ou plutôt de ces déluges j 
aufquels un célèbre Anglois veut 
qu'elle foit expofée par la rencon- 
tre des Comètes? Se M.deMairan 
ne croit pas notre globe moins 
exempt de déluge que d'embrafe- 
ment en pareil cas , quoique ce 
dernier accident dût fembler plus 
à craindre , fi nous n'étions con- 
vaincus par expérience , que le 
globe terreftre peut être plongé 
dans la matière zodiacale , fans en 
éprouver aucune chaleur fenfible. 




RERUM 



MAY, 1734: 



297 



RERUM ITALICARUM SCRIPTORES, &e. 
C'eft - à - dire : Recueil des Ecrivains de l'Hifloire d'Italie , depuis l'am 
500. juftju 'à l'an 1 500. par M. Muratori, Tome X^H. A Milan , par la 
Société Palatine. 1730. in-fol. col. 1^66. 



DEUX Ouvrages , qui )uf- 
qu'alors avoient été enfevelis 
dans les Bibliothèques , remplirent 
prefque tout ce Volume. Le pre- 
mier eft une Chronique de Padoiie 
compofée par Galeas-Gatari , & 
continuée par André fon fils. Le 
Père florifloit en 1380. Scardonius, 
dans fes Antiquitez de Padoiie , 
Liv. 1. Claf. xi. nous apprend qu'il 
vivoitfousla domination des deux 
Princes François Carrara , l'ancien 
& le jeune , il en parle comme 
d'un homme plein de zélé pour fa 
Patrie , diftingué par fon éloquen- 
ce , & qui avoit été chargé de plu- 
fieurs AmbalTades. 

Mais il ignoroit apparemment 
que fon Ouvrage avoit été aug- 
menté par André fon fils , celui-ci 
dit en termes formels dans cette 
Chronique même que fon pere fut 
emporté en 1405. par une cruelle 
pefte qui ravagea la Ville de Pa- 
doiie. Il nous y allure encore que 
prefque tous les faits qui y font ra- 
contés jufqu'à l'an 1405. ont été 
recueillis par Galeas - Gatari : que 
lui André les avoit mis en or- 
dre , & qu'il avoit continué le re- 
lie de l'Ouvrage jufqu'à la fin de la 
guerre de Padoiie , & à la trille 
ruine des Princes de la famille Car- 
rara. 

M. Muratori prétend que le 
nom de Gatari , qui eft celui d'une 
May. 



illuftre & ancienne Maifon , vient, 
du mot Cathari } nom que portè- 
rent certains Hérétiques allez con- 
nus 3 qui au douzième fiécle renou- 
vellerentune partie des erreurs des 
Manichéens , & dont les impietez 
donnèrent lieu à l'établi iTement de 
l'Inquifition ; il croit vraifembla- 
ble que quelqu'un des Ancêtres de 
nos deux Auteurs , s'étant diftin- 
gué parmi ces Fanatiques , le 
nom de Cathare lui fera demeuré , 
& que ce nom tout odieux , &C 
tout infâme qu'il étoit pour lors , 
fera pafle à fes defeendans •, comme 
il eft arrivé plufieurs fois que des 
noms de raillerie ou de mépris 
dans leur origine , font devenus 
enfuite très beaux & très-honora- 
bles par le mérite & les vertus de 
ceux à qui ils ont été tranfmis. 

Au refte , l'Editeur fe plaint ici 
contre fon ordinaire que le grand 
nombre de Manufcrits de cette 
Chronique qu'il a trouvés , a-tendu 
fon travail très - difficile. La feule 
Bibliothèque d'Eft en contient 
trois fcmblables à la vérité pour le 
fonds des chofes , mais très-diffe- 
rens parla manière de les raconter. 
Le premier renferme cette Hilloirc 
écrite fort au long &c avec des addi- 
tions , le fécond eft à peu près de la 
même étendue : mais le ftile en pa» 
roît plus travaillé, 6c les deferip- 
tions plus ornées , & le troiûémc 

Q-q 



ap8 JOURNAL D 

beaucoup plus abrégé prefente 
partout un certain air de ftmplicité 
qui plaît fouvent , dit M. Murato- 
ii, plus que les récits Afinûques des 
deux autres Manufcrits : il conjec- 
ture que le premier eft l'Ouvrage 
même de Galeas , que le fécond 
aura été retouché & embelli par 
André fon fils. A l'égard du troifié- 
ine , M. Muratori ne fçait à qui 
l'attribuer , car les Manufcrits le 
donnent également à André Gatta- 
ïi. 

Cependant comme il voudroit 
ne pas priver fes Lecteurs de tout 
ce qui peut exciter leur curiofité , 
Se que d'un autre côté , trois Ou- 
vrages qui ne differeroient entr'eux 
que par la forme pourroient les 
ennuyer , il fe contente de publier 
feulement deux de ces Chroni- 
ques •, la plus étendue qui eft , dit- 
il , fort eftimée par les Padoiïans , 
Se enfuite celle dont le ftile eft plus 
fimple & plus concis. Il ne manque 
pas de raifons pour s'autorifer dans 
un panique le refpect qu'il a pour 
Galeas , Se pour André Gatari , lui 
font prendre ; le fond même de 
l'Ouvrage lui donne la confiance 
de croire qu'il ne faut rien perdre 
d'une Hiftoire où il s'agit d'une 
famille confiderable , Se d'actions 
célèbres arrivées dans une Ville ii- 
luftre Se diftinguée. Il prétend que 
la lecture en eft fi agréable qu'on 
ne peut la quitter dès qu'une fois 
en l'a commencée ; qu'à la vérité 
le Lecteur en fort trifte 8c chagrin, 
non pas cependant par la faute de 
l'Auteur , mais par la cruelle Se 
tragique fin des Princes de Carrara, 



ES SÇAVANS, 

qui furent immolés , à la politique 
des Vénitiens. Il ajoute d'ailleurs 
qu'elle ne fatigue point par fon élé- 
vation , mais qu'elle plaît infini- 
ment par fa naïveté ; qu'il eft aife 
de voir qu'André s'étoit formé fur 
la lecture des bons Romans , Se 
que quoiqu'il ne foit pas compara- 
ble aux fameux Ecrivains de Grèce 
Se de Rome , ni même à ceux que 
l'Italie a produits , il a néanmoins 
des agrémens Se des beautezqui le 
feront aimer Se loiier de tous ceux 
qui le liront. 

On s'étonnera fins doute , die 
l'Editeur , de ce que les deux Gata- 
ri fe font déterminés à compofer 
en Italien, car quoique la Tofcane 
nous eût déjà donné les trois Villa- 
ni , Se quelques aucres Hiftoriens 
femblables , cependant l'ufage d'é- 
crire en langue vulgaire étoit alors 
fi rare , que le refte de l'Italie ne les 
connoifloit pas feulement de nom , 
Se fur-tout en deçà de l'Apennin 
prefque tous les Ecrivains pu- 
blioient conftamment leurs Hiftoi- 
res en latin ; on demandera encore 
comment des Padoiians , laiflant là 
leur Dialecte , ont pu employer . 
non pas à la vérité un langage fort 
élégant , mais cependant tolera- 
ble pour ce fiécle grolfier. On ré- 
pond à cela qu'en 1559. on com- 
ptoit Galeas - Gatari parmi les 
Hiftoriens Italiens ; ainiî on ne 
peut douter que cette Chronique 
n'ait été originairement compofée 
dans cette langue. A quoi il faut 
ajouter que cet Ouvrage n'a pas 
réellement été donné d'abord par 
les Gatari , tel qu'on le trouve ici 5 



MAY, 

ce que M. Muratori prouve par un 
ancien Manufcrit , ou le jargon Pa- 
doiian fe fait allez fentir. Mais An- 
dré aura poli le langage de Ga- 
leas , les Copiftes auront tait la mê- 
me caofe fur l'Ouvrage du fils juf- 
qu'à l'an 1 500. qui eft le tems où la 
langue &: l'orthographe Italienne 
commencèrent à fe fixer. 

Cette Chronique commence en 
1 3 1 1 . & finit en 1 406. année où la 
Ville de Padoiie eut àfoûtenir une 
violente guerre caufée par l'ambi- 
tion du grand Cane Scaliger Sei" 
gneur de Vérone. Depuis ce tems 
Padoiie fut agitée par des troubles 
continuels. Jean Galcas Vifconti , 
Conte de Vertus , Duc de Milan , 
Seigneur de toute la Lombardie , 
de la Romagne , d'une partie de la 
Marche Trévifane , & regardé 
comme le plus grand Prince de fon 
tems , fut aulîi un des principaux 
inftrumens du malheur des Carra- 
ra. André Gatari dans la Continua- 
tion de l'Hiftoire de fon pere , re- 
marque en parlant de ce Prince 
qu'en l'année 1401. il parut une 
fameufe Comète : » Phénomène , 
» dit-il , qui félon l'opinion des 
» Philofophes , annonce une gran- 
» de pefte ou la mort de quelque 
9 Grand. Le Ciel , continue-t-il , 
» ayant montré par ce ligne qu'il 
» vouloit exécuter fa volonté fur 
» le Comte de Vertus , ce Prince 
» tomba en effet dans une dange- 
» reufe maladie , & fe voyant près 
9 de la mort , il fit appeller tous 
» fes Barons & fes premiers Capi- 
» taincs , & leur parla ainfi : Mag- 
» nifiques Seigneurs , la mort qui 



1734; 2<J£ 

» fait à prefent l'objet de mes dc- 
» firs , m'eft plus chère que ne me 
» le feroit la conquête de toute la 
» terre , je ne puis douter que Dieu 
» ne fe reflbuvienne de moi , puif- 
» qu'il veut bien faire paroître 
» dans le Ciel le préfage de ma 
» mort avec une étoile fi noble. Je 
» puis donc vous afTurer que je 
» meurs avec joye. Cognofcendo cloe 
l'altijfmo Li'dio , Signore noflro firi- 
corda di noi , amenda vojlrato in 
Cielo t ilfegno cm cofi nobile ftella. 

Comme tout eft fujet à l'Empire 
de la Coutume jufqu'à la manière 
d'exprimer même les fentimens 
les plus naturels de l'ame, on voit 
dans les Hiftoriens de ce tems que 
l'ufage étoit d'honorer les obfeques 
des perfonnes puilTantes par les 
plus vives démonftrations de dou- 
leur & de defefpoir. André n'ou- 
blie pas qu'aux funérailles de Fran- 
çois Carrara l'ancien , qui mourut 
en prifon à Monza,où le Comte de 
Vertus le retenoit depuis lon<*- 
tems , les Daines fur-tout jetterent 
de 11 grands cris pendant la céré- 
monie , & qu'il y avoir une telle 
confufion de gémifTemens , d'ex- 
clamations & de fanglots,, qu'on 
auroiteru que la fin du monde al- 
loit venir. Mais ce fut encore bien 
davantage à celles du Comte de 
Vertus , les Dames Milanéfes y 
jouèrent fi bien leur rôle , que je ne 
fçais , dit l'Auteur , fi depuis la 
mort d'Hector , on avoit jamais vu 
dans le monde des femmes mener 
un deuil ni plus grand ni plus gé- 
néral. 
La Chronique des Gatari eft fui- 



3 oo JOURNAL D 

vie des Annales de Gênes depuis 
l'an 1198. jufqu'à Tan 1409. par 
George Stella , continuées , & 
conduites par Jean Stella fon trere 
jufqu'à l'an 1435. 

Cet Ouvrage , quoique confer- 
vé en Manufcrit dans pluiicurs Bi- 
bliothèques , n'avoir point encore 
vu le jour. L'Editeut fe flatte qu'on 
Je verra avec d'autant plus de plai- 
fu dans ce Recueil , que joint aux. 
autres Pièces qu'on a déjà données, 
& qu'on donnera encore fur l'Hi- 
ftoire de la Republique de Gênes , 
on en trouvera ici une fuite com- 
plette jufqu'à nos jours. L'Auteur 
de ces Annales dans la plupart des 
Manufcrits eft qualifié de George. 
Stella fils du Notaire Facino } Ci- 
toyen de Gênes. Dans le Manufcrit 
de Vérone , dont l'Editeur eft re- 
devable au fçavant Marquis Sci- 
pionMaffei, il eft appelle George 
Stella fils de Facino Chancelier de 
la Commune de Gênes. Quoiqu'il 
en foit , il eft du moins certain 
par les Annales mêmes que George 
Stella y exerçoit cette Charge qui. 
ne fe donnoit dans ces tems-là, du 
moins en Italie , qu'à des gens ha- 
biles dans la Langue Latine ; il eft 
aifé de voir qu'il avoit en effet 
beaucoup d'efprit & de feience : 
mais ce qui brille le plus en lui r 
c'eft l'équité Si la modération. Car 
au milieu des factions qui parta- 
oeoientde fon tems la Ville de Gê- 
nes, ou tantôt les Guelphes , tan- 
tôt les Gibelins étoient les maîtres, 
en ne s'apperçoit point que l'efprit 
de parti & de flatterie conduife ja- 
mais fa plume. Il les loue & les biâ- 



ES SÇAVANS; 

me tour à tour avec une fîneerité 
au llî courageufe que prudente 
quoiqu'il avoiie qu'il fut né de pa- 
rens attachés à la faction Gibeline. 

On voit par pluiicurs endroits 
de ces Annales que Jean Stella fon 
frère & Ion Continuateur étoit No- 
taire àGênes; il nous y apprend auftl 
que ce frère y mourut de la pefte 
en 1310. Cependant ce fut long- 
tems avant fa mort que Jean Stella 
lui fucceda dans la compofition de 
ces Annales -, ce qu'il a exécuté" 
avec plus de foin & plus de délica- 
tefle , du moins pour le ftile. 

M. Muratori avertit en mime 
tems que Follieta , Juftinien év lcs> 
autres Hiftoriens pofterieurs de la 
Republique de Gênes , ont pillé 
les Ecrits de Caffaro 8c de fes Con- 
tinuateurs , aulii-bicn que ceux de 
George &c de Jean Stella, & que 
c'eft principalement fur ce fonds 
qu'ils ont bâti leur Hiftoire fans 
cependant en taire aucune men- 
tion. 

On fera bien aife de retrouver- 
ici les fources où ils ont puifé ; 
fources d'autant plus précieufes 
qu'elles font plus pures , & moins 
altérées par le tems. 

La dernière Pièce de ce Volume 
eft intitulée : petite Chronique de 
Ripalta. Elle eft en effet très-cour- 
te, & contient à. peine quatre co- 
lonnes d'impreflîon ; M. Muratori 
avoiie que le fil de la Chronique y 
eft continuellement interrompu ; il 
s'exeufe fur ce que la diferte où 
l'on eft d'Ecrivains qui traitent de 
ce qui regarde l'Hiftoire Piémon- 
toife l'oblige de mettre tout à pre-* 



M A Y 

fit. îl nous apprend en même tems 
que Ripalta eft un Village fitué à 
quatre lieues de Turin. Il y avoit 
«in ancien Monaftere dont il eft 
queftion dans cetteChroniqueton y 
voit encore aujourd'hui des Moi- 
nes de Cîteaux qui dans la fuite 



des tems ont été fubftitués aux Bé- 
nédictins : il eft probable que cette 
efpece de Chronique aura été écrite 
par quelque Moine de cette Ab- 
baye ; elle commence en 1195. & 
finit en 1 40 j . 



NOWELLES CLASSE DES MALADIES y DANS VN 

ordre fanblable à celui des Botanifles , comprenant les genres & les efpeces 
de toutes les maladies y avec leurs fignes & leurs indications. Par Sauvages 
de la Croix , Dolleiiren Médecine de la Faculté de Montpellier 3 dr cor- 
refpondant de la Société Royale des Sciences. A Avignon , chez B. d'A- 
vanville t Imprimeur , près la Place Saint Didier. 1733. vol. ih-i%, 
pp. 450. 



IL en eft des maladies comme 
des plantes , le nombre des unes 
& des autres eft prodigieux : mais 
on peut dire avec notre Auteur,que 
celui des maladies paroît encore 
plus grand , & quand il ne s'agi- 
roit que de celles qu'on nomme 
épiuémiques , combien , remar- 
quer il, n'en voit-on pas chaque 
année , dont les caractères , quoi- 
que femblablcs en apparence , font 
11 difterens que telle méthode qui 
l'année d'auparavant aura réuftl 
dans certaines maladies du même 
nom , y fera mortelle l'année d'a- 
près , ce qui fait dire au grand Sy- 
denham : malheur aux malades qui y 
en tels cas ' tombent les premiers entre 
nos mains , ils courent rifque d'ejfuyer 
dé funefles expériences , & nos rai- 
fonnemens ne fçauroient les mettre à 
l'abri. Ces maladies cependant , 
ajoute M. de la Croix , quelque 
nombreufes qu'elles foient , ne 
vont pas à l'infini ; le nombre en 
eft fixe ainfi que celui des plantes ; 



Se s'il ne l'étoit pas , pourroit - on 
reconnoître comme on fait au- 
jourd'hui , tant de fortes de mala- 
dies décrites par les anciens Méde- 
cins foit Grecs ou Arabes ? On voit 
la pleurefie , la petite - vérole , la 
fièvre-quarte arriver chacune dans 
les faifons qu'ils ont marquées. 
Leurs durées , leurs révolutions 
font les mêmes que celles qu'ils ont 
décrites, à moins , comme s'expli- 
que notre Auteur , que les joins tur- 
bulens du Aiedecin ne dérangent la 
nature. Car M. de la Croix recon- 
noît que la méthode qu'on fuit or- 
dinairement dans le traitement de 
ces maladies , leur fait fouvent 
changer de lace ; mais il en eft 
de cela , félon lui , comme des 

Sdantes , que le tranfport , la culture y 
a diverfï é des climats ' & les varia- 
tions de l 'air font un peu dégénérer , 
mais jamais au point de leur faire 
changer de genre , & de les rendre 
mêconnoijf.ibles. Les plus fameuxpra- 
îiciens , ajoute M. de la Croix , font 



3 o2 JOURNAL D 

garons de ce que je dis } & il refte prou- 
vé que le nombre des maladies & des 
fiantes efl infini , que l'on en peut 
marquer les caratleres invariables , 
& faire même la defcription de cha- 
cune de leurs efpeces , quand la natu- 
re n'a point été troublée dans leur for- 
mat ion. 

Noue Auteur conclut de - là 
qu'on peut réduire à certains gen- 
res . à certaines efpeces , Se à cer- 
taines clafles , toutes les maladies 
fans exception , comme on réduit 
toutes les plantes. On obje&era 
peut-être que la plupart des mala- 
dies ne font que des efforts de la 
nature qui tend à fe rétablir, Se que 
fi on les examine bien on verra 
qu'elles peuvent toutes fe rappor- 
ter à une feule , qui eft la fièvre. M. 
de la Croix fe fait l'objeclion , &c il 
répond que toutes les plantes peu- 
vent pareillement être comprifes 
fous un feul genre , qui eft celui de 
végétal compofé de racines , de 
fleurs de feuilles } Sec. 

Philippe Nenter a tenté de rer 
duirc les maladies fous diverfes 
clafles ; mais fa méthode , à ce que 
remarque notre Auteur , a un 
grand nombre de défauts , dont le 
plus confiderable eft de mettre en- 
femblc des maladies qui n'ont au- 
cun rapport, comme l'Apoplexie, 
la paralyfie j avec la chute du fon- 
dement Se l'ongle des yeux s le tin- 
touin des oreilles avec la mélan- 
cholie ; de plus fes genres Se fes 
clafles entrent les uns dans les au- 
tres. Nenter fuit l'ordre des caufes 
qui , à ce que prétend M. de la 
Croix , eft un ordre défectueux } 



ES SÇAVANS, 

enfin il ne fait nulle mention des 
efpeces -, les efpeces cependant 
étant ce qu'il y a de plus eflentiel à 
connoître dans les maladies. 

M. de la Croix aceufe ici tous les 
Médecins d'avoir négligé cette 
connoiflance , Se cela fuppofé , il 
les compare à ces Payfans qui con- 
fondent fous un nom général 30 
fortes de'plantes differentes,fe con- 
tentant d'appeller les unes faunes , 
les autres bâtardes , comme fi elles 
n'étoient pastouteslégitimt;. Pour 
confirmer fa comparaifon , il cite 
l'exemple de la pleurefie , que les 
Médecins fe contentent de diftin- 
guer en vraye Se en faufle , fans fai- 
re attention qu'entre les pleurcfies 
il y en a de pulmor.iquts , àefioma- 
chiques , de catharrales , de gouteu- 
fes de médiaflines , de diaphragma- 
tiques , de dorfales de péricardiai- 
res , de rheumatiques , à'idiopatiques ■ 
de fympatiques , à'erjtpétaeitfes , de 
malignes , de pejlilentielles j toutes 
efpeces qui ne fçauroient être com- 
prifes fous la fimple diftindion de 
pleurefies vrayes Se de pleurefies 
faunes , Se qui demandent toutes 
des traitemens differens. Voila 
pour ce qui regarde les pleurefies. 
Mais à l'égard des fièvres , de com- 
bien de fortes ne font-elles pas ? Se 
fi un Médecin remarque notre 
Auteur ayant à traiter une fièvre 
produite par un coup de Soleil , la 
traitoit de la même manière qu'une 
fièvre produite par le vin , par le 
jeûne, par quelque excès de colère, 
ou par le froid , à quels dangers 
n'expoferoit -il pas un malade ? Si 
tout de même , pourfuit - il , les 



Maîtres de l'Art ; chargés d'in- 
ltruire les jeunes Médecins , leur 
donnoient des méthodes ou routi- 
nes générales , pour traiter indiffé- 
remment toutes les maladies de 
même nom , comme Ci elles n'a- 
voient qu'une ou deux efpcces , 
dans quelles erreurs dangereufes ne 
les jetteroient-ils pas ? on les voit 
cependant, dit-il , ces Maîtres de 
l'Art , conclure généralement 
dans des Théfes & fans beaucoup 
de diftinction : ergo vomitui vomi- 
tus > ergo chlorofî martialia j Sic. 
Comme fi de vingt cfpeces de ces 
maladies , il ne s'en trouvoit pas 
plus de quinze où ces remèdes peu- 
vent être dangereux ? tout cela lait 
voir qu'il manque à la Médecine 
une Hiftoire générale &: exacte des 
maladies , laquelle comprenne 
routes leurs différentes efpeces. 

On a , il eft vrai , d'excellens 
Ouvrages fur quelques genres 
de maladie , comme ceux de L. 
Aloifius fur les vénériennes , de 
Morton fur les phthifiques,de Muf- 
grave fur la goûte , de Sydcnham 
fur les vapeurs , d'Albert fur les 
hémorrhoïdes , &c. Mais M. delà 
Croix remarque que ces Traitez ne 
fumfent pas , & qu'il faut à la Mé- 
decine une Hiftoire générale y dont 
la méthode puifie faire apperce- 
voir d'un coup d'ceil Se diftinguer 
d'avec leur femblables, toutes les 
■ maladies du corps humain , celle 
des animaux même & des plantes ; 
.car enfin , dit notre Auteur, U Mé- 
decine eft l'jirt de cennoitre & de 
guérir tous les maux des corps vivons 
dent Us hvmmes ne^ont quune efpece. 



M A Y ; 175 4- 30* 

Mais une telle méthode eft très-dif- 
ficile à trouver. On en connoît trois 
générales , fçavoir la Méthode Al- 
phabétique , la Méthode /tthiolo- 
gique, & la Méthode Anatomique. 
La première , fçavoir l'Alphabéti- 
que qui eft celle de M. Manget, Se 
de quelques autres , range les ma- 
ladies , félon les Lettres initiales de 
leurs noms, foit Grecs', Latins, ou 
autres-, mais ces noms étant des 
lignes arbitraires Se variables , ne 
fçauroient donner aucune lumière 
fur la nature , fur le prognoftic, ni 
furies indications des maladies. La 
féconde Méthode , fçavoir 1V£- 
thiologicjue , qui eft celle de Junc- 
ker , de Nenter , & de Boërhaave , 
dans laquelle on fuit l'ordre des 
caufes ou prochaines, ou éloignées., 
eft fujette à des grands inconve- 
niens , vu qu'elle eft fondée fur 
des caufes fouvent chyrneriques s 
telles que font , fuivant notre Au- 
teur 5 les caufes chymiques ou 
phyfiques. La troifiéme Méthode , 
qui eft l'Anatomique , où l'on fuit 
l'ordre des parties malades , & qui 
eft la Méthode de Sonnert, de Ri- 
vière Se de plufieurs autresAuteurs, 
divife les maladies en externes Se 
en internes; les unes & les autres 
en celles de la tète , du col, de ta 
poitrine , du bas- ventre , 8c desek- 
trémitez ; après quoi viennent les 
maladies univerfelles , comme la 
fiewe , la jauniffe , &c. Mais cette 
Méthode a aulli de grands inconve- 
niens,uHe même partie étant fujette 
à des maladies toutes différentes. 

Quelle «ft donc, félon notre Au- 
teur } la Méthode la plus fuie & la 



$04. JOURNAL DE 

plus facile pour découvrir la mala- 
die qu'on cherche à connoître ? La 
voici ; c'eft de fuivre l'ordre fymp- 
tomatique, c'eft - à - dire de ranger 
les maladies fuivant leurs fymptomes 
ou phénomènes évidens ^confiant & ef- 
fentiels-., mettant dans chaque clajfe 
toutes les maladies dont les figues oh 
fymptomes évidens & pathognomoni- 
tjues font les mêmes. 

Dans cet ordre notre Auteur di- 
vife les maladies en internes , ou mé- 
dicales •■, & en externes , ou Chirur- 
gicales, n Les Médicales font ou 
» aiguës ou chroniques -, les aiguës 
*>font ou univerfelks comme les 
» fièvres & les maladies inflamma- 
*■ toires , ou particulières comme 
«les évactiatoires & les paralytiques. 
Quatre autres dalles comprennent 
les maladies chroniques , fçavoir 
les maladies convulhves , les mala- 
dies d'efprit , les maladies doulou • 
reufes, & les maladies cachectiques. 

Les affections chirurgicales font 
comprifes dans la clalîe des mala- 
dies fuperficiaires , <:'eft-à dire qui 
tttaquentla peau ; &des maladies 
dialytiques , c'eft-à-direoù il y a fo- 
lution de continuité. 

Pour montrer laquelle de ces 
quatre Méthodes eft la plus propre 
à faire connoître tout d'un coup & 
fans embarras, chaque maladie , fes 
efpeces , fes fignes diagnoftics &: 
prognoftics, fes indications géné- 
rales, M. de la Croix fuppofe deux 
malades , dont l'un cft jaune par 
tout le corps , nefent point de fiè- 
vre , & n'allègue d'autre caufe de fa 
maladie qu'un mouvement de co- 
lère , & l'autre cft couché comme 



S SÇAVANS, 

à demi mort , fans mouvement ni 
fentiment , a le .poiilx élevé oc la 
refpiration gênée. 

A l'égard du premier, un jeune 
Médecin qui fera appelle pour le 
traiter , & qui voudra connoître 
ce que c'eft que cette maladie dont 
on fuppofe qu'il ignore jufqu'au 
nom, feuillettera avec foin fes Au- 
teurs : Ceux qui rangent les mala- 
dies fuivant l'ordre alphabétique , 
lui feront inutiles , puifque le nom 
même de ce mal lui eft inconnu , 
ceux qui les rangent félon l'ordre 
des caufes , ne lui feront pas d'un 
plus grand lecours ; ils lui appren- 
dront qu'il y a trente ou quarante 
maladies que la colère peut produi- 
re , &c cela ne le rendra pas plus 
fçavant pour traiter celle-ci. L'or- 
dre Anatomique lui fera juger que 
cette maladie eft univerfelle,maisil 
ne la trouvera pas dans cette clafie, 
au lieu que fi ce jeune Médecin a 
quelque idée de la Méthode que 
notre Auteur propofe dans fon Li- 
vre , il découvrira tout d'un coup 
que c'eft une maladie de la huitiè- 
me clafle, de la Section cachetliques 
à couleurs dépravées , en forte qu'il 
n'aura qu'à examiner fi c'eft une 
chlorofe , un iclerenoir , une cache- 
xie , ou i'aurigo , ce qui fe fera d'un 
coup d'œil , & en même tems il 
verra que c'eft aurigo , ab animi pa- 
themate. Il n'aura , dirat-on , qu'à 
recourir aux maladies du loye Se e* 
cela l'ordre Anatomique lui fera 
utile ; mais le roy€ , à ce que re- 
marque ici notre Auteur , eft fou- 
vent innocent de ce mal ; & l'on 
n'eft nullement fur que la bile en 
foit 



M A 

(bit la caufe : au lieu que dans h 
Méthode de M.de la Croix le jeune 
Médecin verra tout de fuite la na- 
ture du mal , & comparant toutes 
lesefpecesenfcmble , Si les confé- 
rant avec ce que les Auteurs cités 
en italique à ce fujet ont dit de 
chacune , il verra tout d'un coup 
le prognoftic , les indications & les 
remèdes fpécifiques , tant com- 
muns à toute la dafTe , & à la kc- 
tion,que propres au genre & à l'ef- 
pece. Mais enfin quand on pour- 
roit découvrir aifément que c'eft 
une maladie du foye , cette con- 
noilTance générale n'apprendroit 
rien. Le vifcere dont il s'agit eft en 
ce cas , fans tumeur ni dureté. Les 
faignées , les ratraîchiflans font 
ici indiqués ; plutôt que les hépati- 
ques , de plus le foye eft fujet à 
vingt maux de différente nature. 

Quant au fécond malade, qui 
eft étendu comme demi - mort , 
dont le pouls eft élevé , & la refpi- 
ration gênée, M. de la Croix de- 
mande comment un Novice en 
Médecine pourra découvrir ce que 
c'eft que ce mal, en fuivant ou l'or- 
dre alphabétique ou l'ordre bizarre 
des caufes , ou l'ordre Anatomi- 
que. Quant à l'ordre Anatomique , 
cet ordre lui apprendra que c'eft 
«ne maladie de la tête , ce qui fup- 



pofe cependant bien des raifonne- 
mens &c des connoiffances ; mais 
que lui fervira cette connoiflanec , 
puifque les convulfions, la phre- 
nefîe , la manie en font aufîî , quoi- 
que de nature toute différente. 
Mais l'ordre fymptomatique ne de- 
mande que la vue ou un léger exa- 
men du malade , lequel fe plaint 
fouvent lui - même du principal 
fymptome que l'on cherche , & 
qui caraderife la maladie. 

Cette Méthode de M. de la 
Croix eft divifée en dix clalTes ; la 
première eft des fièvres (impies , la 
féconde des maladies inflammatoi- 
res ou fièvres avec inflammation t 
la quatrième des paralyfies, Se des 
maladies foporeufes , la cinquième 
des maladies convullives , la fixié- 
mc de celles de l'efprit , la feptié- 
mc des maladies douloureufes , la 
huitième des cachectiques , la neu- 
vième des fuperficiaires , Se la di- 
xième des affections où il y a folu- 
tion de continuité , chaque claffe 
eft fubdivifée en plusieurs fections, 
& à mefure que l'Auteur cite une 
maladie , il rapporte en abrégé ce 
que les Auteurs en ont dit, leurs 
indications , leurs fignes & leurs 
remèdes ; ce qui ne peut manquer 
d'être d'une grande utilité aux jeu- 
nes Médecins. 



Maj. 






Ht 



1o6 JOURNAL DES SÇAVANS, 



NOVVELLES LITTERAIRES. 



ITALIE. 
Di Trevise. 

G A S P A R Pianta , Libraire 
de cette Ville , imprime par 
Soufcription une Traduction Ita- 
lienne de l'Hiftoire de la Médecine , 
publiée en François par M. le Clerc 
& en Anglois par M. Freind. Cette 
Traduction fera en deux Volumes 
in folio , dont le premier contien- 
dra l'Hiftoire de la Médecine par 
M. le Clerc , avec la Lettre du mê- 
me M. le Clerc à M. Freind, impri- 
mée en 17*7. dans la féconde Par- 
tie de la Bibliothèque ancienne & 
moderne. Le fécond Volume eft de- 
ftiné pour l'Hiftoire de M. Freind. 
La Soufcription de tout l'Ouvrage 
dont on promet de donner le pre- 
mier Volume dans le courant de 
cette année ci , eft de 37 livres de 
Venife : ceux qui n'auront pas 
fcufcric en payeront 50 livres. 

ALLEMAGNE. 

De Ham bourg» 

Abraham Vandenhoeck. débite 
fous le nom de Londres une Edi- 
tion m»-4°. des Poëfies de Sapho pu- 
bliée par le célèbre M. Wolfim pro- 
fefleur de l'Univerfité de cette Vil- 
le , fous ce titre : Safphns , Poetria 
JLefbi* 3 fragmenta & tlogia quoi 



qnot in Autloribus Antiquis Grach 
& Latinis reperiuntur, cum Viromm 
Dottor;im noin integris , cura &flu- 

dio Jo. Chriftiani Wolfii qui 

vitam Sapphonis & indices adjecit. 
Londini , apud Abrahamum Van- 
denhoeck. 1733. 

ANGLETERRE. 

De Londres. 

M. le Docteur fVilkJns , Archi- 
diacre de Sujfolk^ a entrepris depuis 
plufieurs années de donner au pu- 
blic une Collection complette des 
Conciles de la grande Bretagne , & 
de l'Irlande , & des Conftitutions 
ou autres Monuniens qui peuvent 
regarder l'Hiftoire de l'Eglife An- 
glicanne. Or. vient de propofer 
l'imprcffion de cet Ouvrage par 
Soufcription fous ce titre : Concilia 
Magna Britannis. & Hibernin i 
Synodo Verulamenfi A. D. 44a". ad 
Lendinenfem A '. D. 17 17. Accédant 
Conjiitutiones & alla ad Htjîoriam 
£cclefi& AnglicamfpeUantia. 

Il y aura quatre Volumes in-felio^ 
dont le prix eft de fix guinées pour 
hs Soufcriptcurs , qui en payeront 
la moitié en fouferivant & l'autre 
moitié en recevant l'exemplaire en. 
feuilles. 



MAY 

HOLLANDE. 

D'A MSTBRDAM. 

J. Frédéric Bernard a mis en 
vente YHiftoire Critique de Mani- 
chie & du Manicbéifme , par M. 
de Beaufobre. 1734. '#-4°. 

FRANCE. 

De Paris. 

M. Gayot de Pitaval , toujours 
occupé du foin d'inftruire le pu- 
blic en l'amufant , vient de donner 
deux nouveaux Volumes des Cau- 
fes célèbres & interejptntes , avec les 
Jugemens qui les ont décidées. Chez 
Théodore le Cras } au Palais. 1734. 
m 1 2. le débit rapide des deux pre- 
miers Trimes de cet Ouvrage n'eft 
pas un médiocre préjugé en raveur 
de ces deux ci , qui pourront bien 
n'être pas les derniers. 

On trouve chez Nicolas le Clerc, 
rue de la vieille Bouderie , & chez 
Mercier , rue S. Jacques , au Livre 
d'or , Lettres Edifiantes & curieufes 
écrites des Mi fions étrangères , far 
quelques Mijjionnaires de la Compa- 
gnie de Jefus. xxi e Recueil. 1734. 
in - iz. 

Les Vies des Saints F ères des De- 
ferts y & de quelques Saintes , écri- 
tes par des Pères de FEglife , & 
autres anciens Auteurs Ecclefiafti- 
ques Grecs & Latins. Traduites en 
François par M. Arnauld eHAndiUy. 



» *7 34- J07 

Nouvelle Edition. Chez Louis 
JoJ/ê % rue S. Jacques , à la Cou- 
ronne d'Epine. 1733. in-%°. trois 
Volumes. 

Les Souverains du Monde. » Ou- 
ïs vrage qui fait connoître la Gé- 
«néalogie de leurs Maifons, Fé- 
» tendue & le gouvernement de 
» leurs Etats , leur Religion , lcms 
» revenus , leurs forces , leurs ti- 
» très , les lieux de leurs refidences, 
» leurs prétentions , leurs Aimoi- 
» ries , & l'origine hiftorique des 
» Pièces ou des Quartiers qui les 
» compofent. Avec un Catalogue 
» des Auteurs qui en ont le mieux 
t> écrit. Nouvelle Edition , corrigée, 
augmentée &conduite jufqu'àla fin 
de l'année 1733. Chez G.Cavelier 
rue S. Jacques , au Lys d'or. 1754, 
ift-11. cinq Volumes. 

Le même Libraire a imprimé 
Traité de Chimie , contenant la ma- 
nière de préparer les remèdes qui 
font les plus en ufage dans la pra- 
tique de la Médecine. Par M. Ma- 
louin, Do&eurRégent de la Faculté 
de Médecine de Paris. 1734. in-i 2. 

Les Amours de Clitophon & de 
Leucippe , Traduction libre du 
Grec d'Achilles - Tatius. Avec des* 
Notes , par le Sieur D * * * D * **. 
Chez André François le Breton 3 rue 
de la Harpe, au S. Efprit. 1734. 
in- 11. 

Le Payfan parvenu , ou les Mé- 
moires de M * * *. par M. de Ma- 
rivaux. Chez Prault perc, Quai 
de Gêvres. 1734. init, 



;o8 



TABLE 

Des Articles contenus dans le Journal de May 1734. 

Hifloire des Empires & des Républiques , &c. page 2$* 

Hifloire de l'Empire dis Cherifs en Afrique , &». z6o 

La Chronique ou Annales de Gofweich , &c 169 
Hifloire Critique de l'établijfcment de U Monarchie Frattfcife dans les 

G Aid; s , 8cc. 27 2 

Traité Phyjîque & Hiflorique de l'Aurere Boréale ■ 287 

Recueil des Ecrivains de l 'Hifloire d'Italie t &c. Tome XVII. 297 

Nouvelle Claffe des Maladies , &c. 301 

Ne us die s Littéraires , %*>( 

Fin de U Table. 












L E 



JOURNAL 

CAVANS 



POUR 

L'ANNEE M. DCC. XXXIV- 

JUIN. 




A PARIS, 

Chez CHAUBERT, à l'entrée du Quay des 

Auguftins, du côté du Pont Saint Michel, à la 

Renommée & à la Prudence. 

M. DCC. XXXIV. 
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROY. 




LE 



JOURNAL 

DES 

SCAVANS 

3 

JUIN M. DCC. XXXIV. 

HISTOIRE DE L'EMPIRE DES CHERIFS EN AERIQVE , 
fa Defcription Géographique & Hijlortque ; la Relation de la prije d'O- 
ran , par Philippe V. Roi d'Efpagne , avec l'abrégé de la Vie de M. de 
Sainte - Croix , ci-devant Ambaffadeur en France , & Gouverneur d'O- 
ran depuis la prife de cette ViUe ; Ornée d'un plan très-exatl de la Ville 
d'Or an , & d'une Carte de l'Empire des Cherifs. Par M. * * *. A Paris, 
chez Prault père , Quai de Gêvres , au Paradis. 1733. vol. in - 12. 
divifé en deux Parties , pages 354. 



Juin. 



Sfij 



jia JOURNAL DE S SÇAVANS, 



ON a vu dans le Journal pré- 
cèdent l'Extrait de la Des- 
cription Géographique & Hiflori- 
que de l'Empire des Cherirs ; il 
nous refte à prefent à donner celui 
de 1 Fliftoirc de ce même Empire. 
Elle eft divifée en deux Parties. 
Nous parlerons de chacune dans 
un Journal à part. 

Un Prince de la famille des Mé- 
rinis , nommé Abdulach , s'étant 
rendu maître des Royaumes de 
Tremézen & de Fez , ( l'Hiftorien 
ne dit point en quel tems ) mit la 
Royauté dans fa famille. Ses Succef- 
feurs choifirent Fez pour Capitale 
de leur Empire, & mirent à Maroc 
des Gouverneurs qui dépeuplèrent 
cette grande Ville par leur avarice 
& par leur cruauté. Les Oatazes 
régnèrent après les Mérinis , & 
leur mauvaife adminiftration ruina 
la Partie de l'Afrique dont ils 
étoient Souverains. Les Cherits les 
chalTerent du Trône , & y montè- 
rent. Le premier des Cherifs, dit 
notre Auteur , fut Hafcen , natif 
de la Ville deTigumedcs en Nu- 
midie , homme ambitieux , qui 
pour gagner les Peuples affecta des 
dehors de pieté qui le mirent en 
grande considération. L'éclat du 
Trône le frappa ; Se il refolut d'en 
illuftrer fa Maifon. Il commença 
d*abord par fc parer d'une haute 
naiflance , en fe faifant defeendre 
des premiers Cherifs & de Maho- 
met même : Sur quoi nous remar- 
querons que l'Hiftorien qui dit ici 
qu'Afcen fe faifoit defeendre des 
premiers Cherifs , vient cependant 



de dire que ce même Afcen fut le 
premier des Cherifs ; c'eft toute la 
refiexion que nous ferons là-de(Tus, 
Afcen avoit trois fils qu'il fouhai- 
toit faire monter aux plus grands 
honneurs , Abdelquivir , Hamet , 
& Mahamet. Il leur rit faire le 
voyage de la Mecque , pour les 
rendre plus refpeetables aux yeux 
du peuple. De ces trois fils, Ab- 
delquivir étoit lemoins ambitieux, 
mais les deux autres profitant 
mieux que leur aîné , des inftruc- 
tions de leur perc , ne fondèrent 
qu'à s'aggrandir à quelque prix, 
que ce fût. C'eft fur eux principa- 
lement que roule la première Par- 
tie de cette Hiftoire , & c'eft à ce 
qui les concerne que nous nous 
bornerons ici. 

Au bout de quelque tems les 
trois frères arrivèrent de la Mec- 
que , & le peuple qui s'étoit déjà 
déclaré en laveur du pe*e , courut 
au devant d'eux baifer le bas de 
leur vefte. Ceux-ci defirant aug- 
menter , s'il étoit poiîîble , leur 
grande réputation , feignirent d'a- 
voir des raviflemens & des entou- 
fiafmes, ce qui leur réunit à gré. 
Afcen crut qu'il étoit tems de faire 
éclorre fes dedans. Hamet cV Ma- 
hamet aufquels il avoit enfeigné 
la Magie, reçurent ordre de lui d'al- 
ler à la Cour de Mahamet Oatas 
qui regnoit alors à Fez : à peine 
les deux frères y furent-ils arrivés 
que Mahamet fut choiiî pour Pré- 
cepteur des enfans du Roi , & Ha- 
met pour remplir une Chaire de 
Profefleur dans le Collège de Mo- 
radafç:. 



JUIN 

Quoiqu'ils flirtent tous deux 
très-capables de fuivre par eux mê- 
mes les intentions ambitieufes de 
leur père , Hafcen était , fans le 
paroîtrc , Panie quidirigcoit tous 
leurs mouvemens. Ils écoutoient 
docilement fes Confcils , & fui- 
voient la route qu'il leur traçoit. 

Mahamct chargé de l'éducation 
des entans du Roi , s'attacha parti- 
culièrement à celui qui devoit ré- 
gner un jour, 6c par fes manières 
insinuantes il fe fit beaucoup aimer 
de ce jeune Prince. 

La Tingitane ctoit dans ce tems- 
là divifée par la difeorde de fes 
Princes ; & de plus , défolée par 
les ravages que Ls Portugais y fai- 
foient. Hafcen toujours attentif à 
faifir l'occafion de faire la fortune 
de fes enfans , confeilla à fes deux 
fils de demander au Roi de fortes 
troupes pour encourager le peuple 
à fe défendre vaillamment contre 
les Portugais , & à combattre avec 
zélé pour la Loi de Mahomet. 
Mahamet Se Amet , félon le con- 
feildeleur père, reprefenterent au 
Roi qu'étant Cherifs , & defeen- 
dans de Mahomet , ce Prophète 
trouveroit en eux de zélés défen- 
feurs de fa Loi ; qu'il étoit de l'in- 
térêt du Roi d'exciter les Arabes à 
prendre les armes , & que les peu- 
ples voyant la veix du Souve- 
rain unie à celle des Cherifs , tra- 
vailleroient avec ardeur à la con- 
fervation de leur Pays & de leur 
Religion. Ils lui firent entendre en 
même tems , que chargé de l'ad- 
miniftration d'un grand Etat, il ne 
pouvoit furfircà le régir au dedans 



> » 7 3 4- ?i? 

& à le défendre au dehors ; qu'il 
devoit confier le foin de quelques 
Provinces à des perfonnes éclairées 
& capables de les gouverner. Que 
s'il vouioit leur accorder à tous 
deux les Provinces de Sufa , d'Héa, 
de Ducala , de Maroc & de Tre- 
mezen , ils fe chargeroient d'y 
maintenir le bon ordre , & de faire 
échouer les entreprifes des Chré- 
tiens. 

Le Roi Oatas qui ne pénétroit 
point dans la profonde politique 
des artificieux Cherifs , entra im- 
prudemment dans leurs vues » 
nonobstant les fages remontrances 
que lui fit là deflus Mulei - Naccr 
fon Irere, qui lui reprefenta tout le 
danger qu'il y avoit de fe fier à eux. 
Oatas accorda donc des troupes aux 
deux frères , & écrivit aux Gouver- 
neurs des Provinces où Mahamet 
de Hamet dévoient aller , de fuivre 
exactement leurs avis. 

Les deux frères fe rendirent d'a- 
bord dans la Province de Ducala 5 
au Royaume de Maroa , où ils 
avoient beaucoup d'amis. 

Les Portugais étoient alors Mai- 
res d'Azafi, Ville de cette Pro- 
vince. Mahamet & Hamet s'avan- 
cèrent comme pour en taire le liè- 
ge , mais trouvant la Place bien 
fortifiée , & bien gardée , ils parte - 
rent jufqu'auCap d'Aguer. 

Quoiqu'ils n'eulTent fait encore 
aucun exploit de guerre,, la régula- 
rité affectée de leurs mœurs , l'e- 
xacte difeipline qu'ils taifoientob- 
iérver à leur armée , & les fages 
précautions qu'ils prirent pour ar- 
rêter les progrès rapides des Portu- 



3 i4 JOURNAL D 

gais , les firent eftimer de ceux mê- 
me qui avoient d'abord défaprouvé 
la prévention d'Oatas en leur fa- 
veur. 

Le feul Mtdei-Nacer dont nous 
avons parlé , déploroit les mal- 
heurs qu'il prévoyoit devoir acca- 
bler bien tôt un Etat dont tous les 
fu|ecsfembloient favonler les am- 
bitieux deffeins des deux hypo- 
crites. 

Cependant après avoir parcouru 
plufieurs Provinces , les Cherifs , 
qui ne recevoient point d'argent 
de la Cour , craignoient d'être 
obligés de congédier leurs troupes , 
mais les peuples qui mettoient 
tout leur efpoir dans ces deux frè- 
res , offrirent volontairement de 
payer le dixième de leurs revenus 
pour l'entretien de l'aimée. Les ha- 
bitans des Villes de Tarudante , de 
Tedfi , & des lieux voifins, fe fi- 
gnalerent en choifitfant pour leur 
Chef Afcen père des Cherifs , & ils 
lui donnèrent une troupe de cinq 
cens chevaux. Mahamet le plus 
aftif & le plus vaillant des deux fils 
d'Afcen , s'établit dans Tarudante , 
& fit bâtir allez près de l'enceinte 
de cette Ville , la ForterelTe de Fa- 
raixa. Ayant enfuite obtenu le com- 
mandement des armes & l'admini- 
ftration civile , que les Maures qui 
lui étoient affldés , avoient deman- 
dés avec empreiîement pour lui , il 
fit marcher fon armée vers la Pro- 
vince de Sufa, fournit les habitans 
de Mezuar qui favorifoient les 
Chrétiens, & fe rendit maître delà 
Province de Dara que ces mêmes 
habitans poffedoient. 



ES SÇAVANS, 

Mahamet- Llché , renégat Gé- 
nois lui ayant donné partage par la 
Province de Tigujut , il entra dans 
la Province de Sufa , «S: prit celles 
d'Héa , de Ducala , ôcdeTreme- 
zen , fous prétexte de fecourir les 
peuples. 

La Ville de Tcndeftc Capita- 
le de la Province d'Héa , entre- 
prit de lui refifter , mais il s'en ren- 
dit maître , & ayant choifi cette 
Ville pour y établir fa refidence, il 
y fit bâtir un Palais. 

La fortune qui avoit favorifé 
jufques-là Mahamet , l'abandonna 
pour un tems , mais ce tems ne fut 
pas long, & le Chérit trouva bien- 
tôt moyen de fe la réconcilier. Ce 
que notre Auteur raconte fur ce 
fujet,n'eftpas moins digne d'atten- 
tion que ce que nous avons déjà 
rapporté , nous l'abrégerons le 
plus qu'il nous fera pofiiblc. 

Yahui-Ben-Tafuf , Tributaire 
des Portugais, homme que fes in- 
térêts particuliers rendoient le plus 
grand ennemi des Cherifs , aftem- 
bla des troupes pour s'oppofer à 
Mahamet ; mais n'ofant combattre 
fuul contre un homme accoutumé 
à vaincre, & dont les forces étoient 
fupericures , il fe joignit à Nugno 
Fernandés de Ataïde Portugais , 
Gouverneur d'Afafi , Se avec une 
armée qu'ils formèrent enfem- 
ble , ils marchèrent vers Tendcfte, 
où étoit Mahamet. Quoique ces 
deux Capitaines n'eurtent rien ou- 
blié pour rendre leur marche fe- 
crette , le Cherif, qui avoit des 
cfpions par tout , en fut averti , & 
comme fa réputation étoit le pria- 



JUIN 

cipal appui fur lequel il comptoit , 
il crut qu'il n'avoit qu'a fe prefen- 
ter pour déconcerter ceux qui ve- 
noient à lui ; mais il fut trompé 
dans fon attente : Yahui & Nugno 
l'attaquèrent avec intrépidité, & 
le défirent. Mahamet vaincu fut 
obligé d'abandonner Tendcfte , 
mais il conferva après fa défaite, k 
prefence d'efprit qui lui avoit ac- 
quis tant de Provinces , 5c il ne 
longea qu'à reparer cette perte. 
Tafuf de les Portugais entrèrent 
dans Tendefte , &c après avoir ré- 
duit fous leur obéiiîance tout le 
Pays d'alentour , ils fe retirèrent. 
Mahamet qui avoit apellé à fon fe- 
cours Hamet fon frère, fe mit alors 
à la tête d'une groffe armée , fe ren- 
dit maîtrede la campagne nouvel- 
lement conquife par les Portugais , 
& rentra dans Tendefte. 

Afcen père des Cherifs , mourut 
peu de tems après , &: lailTa fes 
trois fils , dont l'aîné Abdelquivir, 
le moins fameux des trois , fut tué 
dans un combat que les deux Che- 
rifs fes frères livrèrent aux Portu- 
gais qui affiégeoient la Ville d'A- 
nega. Mahamet & Hamet après 
avoir combattu avec beaucoup de 
valeur , remportèrent la victoire , 
firent prifonnier le Commandant 
des Portugais , Se voulant profiter 
de la confternation des ennemis , 
tefolurent de fe rendre maîtres de 
Maroc. Us en vinrent à bout par 
une noire trahifon: ils s'infinuerent 
adroitement dans l'efprit de Nacer- 
Buxentuf qui en étoit le Souverain, 
& ayant fait une partie de chalTe 
avec lui, ils lui présentèrent d'un 



gâteau empoifonné qui le fit mou- 
rir peu de tems après , fans que 
perfonne foupçonnit la caufe de 
cette mort précipitée. Hamet fe fit 
auflî tôt déclarer Roi de Maroc par 
les habitans de cette grande Ville , 
qui privèrent par-là les enfans de 
Nacer-lluxentuf delà fucceffion de 
leur père. Ce perfide nuroit bien 
voulu en même tems fe rendre in- 
dépendant du Roi de Fez à qui lui 
8c fon frère Mahamet , comme 
nous l'avons vu , avoient de fi 
grandes obligations , mais ne fe 
trouvant point encore allez fort 
pour cela , il envoya à ce Prince 
des Ambalîadeurs pour lui offrir 
des prefens , lui payer un tribut , 
&c l'alTurer d'une foumiflion parfai- 
te. 

Une nouvelle occafion de s'ag- 
grandir, par la voye de la fourberie 
ôc de la trahifon , fe prefenta alors 
aux Cherifs ; ils nelalaifferent pas 
échaper ; voici en peu de mots ce 
que î'Hiftorien rapporte fur ce fu- 
jet. Les Arabes de Zarquia &: de 
Garlia dans la Province de Du- 
cala , étoient en guerre : cha- 
que parti cherchoit des alliez , & 
tous deux briguoient la protection 
des Cherifs : ceux-ci la promet- 
toient également à l'un & à l'autre 
parti : les Arabes trompés par les 
Cherifs , vinrent camper à quel- 
que diftance de Maroc , d'où Ma- 
hamet & Hamet étoient fortis avec 
une armée. Chaque parti croyant 
que les Cherifs ailoient fe déclarer 
pour lui, fe hâta de livrer bataille. 
Les deux frères furent quelque 
tems , tranquilles Spectateurs du 



3 i5 JOURNAL DE 

combat , jufqu'à ce que les deux 
armées également épuifées donnaf- 
fent lieu à ces fourbes , de faire fû- 
rement le coup qu'ils méditoient; 
ils fe jetterent donc fur elles dès 
qu'ils les virent affoiblies au point 
de ne pouvoir refifter , & les ayant 
pour lors taillées en pièces , ils s'en 
retournèrent aufïl glorieux à Ma- 
roc , que s'ils venoient de faire 
la plus belle aclion de bravoure. 
Enflez d'une telle victoire ou plu- 
tôt d'une telle trahifon , qui non 
feulement leur donnoit des che- 
vaux , des armes , & un grand atti- 
rail de guerre , mais qui les faifoit 
encore redouter de plus en plus, 
ils crurent pouvoir impunément 
refufer au Roi de Fez, la foi qu'ils 
lui avoient voliée , & le tribut 
qu'ils lui dévoient. Notre Hiftorien 
ajoute même qu'ils joignirent ici 
l'infulte au refus , & que pour bra- 
ver ce Prince à qui ils dévoient 
toute leur élévation , ils firent 
choix des plus méchans chevaux 
qu'ils avoient pris fur les Arabes , 
& les lui envoyèrent par déiilîon. 

Le Roi de Fez , comme on peut 
juger , fentit vivement alors la 
faute qu'il avoit faite de ne pas 
écouter les fages confeils que fon 
frère lui avoit donnés au fujet de 
ces deux Cherifs. Mais cette faute 
ne pouvoit plusfe réparer. Cepen- 
dant Oatas crut pouvoir s'en rele- 
ver. Pour en venir à bout", il mena- 
ça les Cherifs de leur déclarer la 
guerre , &c leur fit cette menace 
dans un tems où fes forces n'étoient 
pas comparables aux leurs. Le def- 
lein étoit téméraire , mais il fut 



S SÇAVANS, 

fans exécution. Le Roi mourut fur 
ces entrefaites & laifla le Trône à 
Hamet- Oatas fon fils : ce fils qui 
étoit celui dont le Chérit Mahamet 
avoit été précepteur , voulut pour 
cette raifon , ufer de douceur avec 
Mahamet, & avec Hamet. Il fe 
contenta d'exiger d'eux un modi- 
que tribut. Cette bonté dont les 
Cherifs n'auroient pu être trop re- 
connoiflans , les encouragea au 
contraire à refufer le tnbut tout lé- 
ger qu'il étoit. Ils pouffèrent plus 
loin leur ambition ; & après avoit 
remporté fur le jeune Roi , qui fut 
enfin contraint de leur déclarer la 
guerre , plufieurs victoires consi- 
dérables , dont on peut voir le dé- 
tail dans notre Hiftorien , ils pri- 
rent tous deux le nom de Rot. 
Une telle ufurpation força le Roi 
de Fez à les attaquer de nouveau , 
mais il ne fut pas plus heureux dans 
cette guerre que dans les autres. 
Nous nous difpenferons de fuivre 
notre Auteur dans tout ce qu'il ra- 
conte à ce fujet. Il faut recourir au 
Livre même. Les deux Cherifs ne 
firent enfuite que voler de conquê- 
tes en conquêtes , & ils étoient au 
comble de leurs fouhaits , lorfquc 
la méfmtelligence fe mit entr'euxj 
cet article n'eft pas un des moin- 
dres del'Hiftoire , mais nous fom- 
mes obligés de le pafTer pour abré- 
ger. Nous remarquerons feulement 
que cette méfînteliigence fut entre- 
mêlée de plufieurs raccommode- 
mens , & qu'enfin les deux frères 
réunis , ne cefTerent de pourfuivre 
le Roi de Fez , qui après bien des 
efforts inutiles pour défendre con- 
tre 



JUIN 

tre eux fes Etats , devint la trille 
victime de Mahamet , qui ofr faire 
étrangler fon propre Difciple. 
C'eft ce qu'il nous faut raconter 
avec quelque détail. Nous fuivrons 
exactement notre Hiftorien , nous 
l'abrégerons feulement. 

OatasRoi de Fez déterminé à 
combattre encore Mahamet , leva 
une forte armée , qu'il divifa en 
cinq bataillons; le commandement 
du premier qui étoit à Paîle droite 
fut donné à Mulei , & à Buhaçon 
fon Lieutenant général & fon pa- 
tent , la conduite du fécond qui 
ét-oit à l'aîle gauche fut donnée à 
Buzqueri , frère du Roi -, les deux 
autres bataillons qui étoient placés 
derrière les deux premiers, avoient 
à leur tête Mulei - Cacer &c Mulei- 
Xeque , tous deux fils du Roi , 
lequel avec Mulci-Budquer un au- 
tre de fes fils , conduifoit le cin- 
quième bataillon, compoféde tout 
ce qu'il y avoit de plus brave dans 
l'armée. Il fit enfuite placer le Ca- 
non fur une petite éminence , que 
le Perfan Marian fut chargé de gar- 
der. 

Mahamet voyant tout cet appa- 
reil, afTembla fes enfans avec les 
Chefs de fon armée & les autres 
Seigneurs , pour les exhorter à foû- 
tenir la haute réputation qu'ils s'e- 
toient acquife par tant de victoires 
qui les rendoient maîtres d'une 
grande partie de l'Afrique , & en 
leur reprefentant que s'ils ga- 
gnoient la bataille qui alloit fe 
donner , une telle victoire leur foû- 
mettroit prefque toute cette partie 
du monde. Comme il eomptoic 
Juin. 



> i7 î 4- 317 

beaucoup moins fur le grand nom- 
bre de fes Soldats que fur leur 
courage , il permit de fe retirer à 
tous ceux qui le voulurent, & pour 
animer ceux qui reftoient , il leur 
fit entendre qu'il avoit découvert 
par les fecrets de la Magie , que de 
toute fon armée il ne périroit 
qu'un feul Nègre , & que le Roi 
de Fez feroit pris. Les troupes du 
Cherif encouragées par ce dif- 
cours , fe préparèrent pour le len- 
demain ; &c dès que le jour parut 
on en vint au combat. Notre Au- 
teur en décrit les circonftances. 
Nous les panons pour abréger. Le 
Roi de Fez fut obligé de fuir , & 
dans fa fuite étant tombé de che- 
val au palTage d'une rivière, il fut 
pris, &c aufiï tôt conduit à Maha- 
met qui d'un ton de maître & con- 
tretaifant l'homme religieux , fe 
mit à donner au Roi les leçons fui- 
vantes. 

» La fortune , lui dit - il , qui 
»vous rend aujourd'hui mon Cap- 
»> tif , me donne fur vous , unefu- 
» periorité dont je ne veux profiter 
»que pour vous faire fouvenir 
» qu'ayant été autrefois fotre Pré- 
» cepteur , je fuis en droit de vous 
» donner des leçons , mais des le- 
» çons utiles & fans aigreur. On ne 
» peut vous aceufer d'un autre cri- 
» me que de n'avoir point puni 
j> ceux que commettent tous les 
y jours , vos fujers Votre Capitale, 
» cette Ville fameufe où notre Re- 
» ligion a pris une féconde nailTan- 
» ce , &c qui devroit être aujour- 
*> d'hui le féjour de la pieté , voit 
» régner dans fes murs t l'envie , 
Tt 



3 i8 JOURNAL D 

» l'ambition , l'irréligion , & tous 
=> les vices , nés de l'impunité où 
»»vos ancêtres & vous même avez 
3 > laiffé vivre fcs habitans corrom- 
a> pus ; mais lorfque la crainte d'ir- 
M riter vos peuples , vous fait fer- 
» mer les yeux fur leurs forfaits , 
»fongez que Dieu examine votre 
» conduite , & que vous tombez 
«dans le précipice que par une 
3) prudence criminelle vous vouliez 
» éviter. Oui , vous avez toujours 
a> craint d'être détrôné par vos fu- 
» jets fi vous ofîez vous fervir de ce 
» pouvoir que Dieu vous a donné 
j> fur eux. Eh bien , vous voilà dé- 
*> trôné aujourd'hui , pour n'avoir 
» pas employé ce pouvoir. Car ne 
»> croyez pas que ce foit moi qui 
» vous ai vaincu , Dieu a combattu 
» pour moi contre vous ; & votre 
■n défaite eft fon Ouvrage. Un Roi 
» puiflant ne voit jamais la vérité , 
»> qu'à travers d'épais nuages , ôc il 
j> reçoit rarement les confeils que 
» la fagefle lui donne. Dieu a vou- 
» lu vous abaiiTer pour vous faire 
»connoître que votre chute dé- 
» pendoit de lui , & pour vous 
m rendre plus docile à fa voix. C'eft 
3» donc lui-même qui vous dit pat 
» ma bouche , de rendre à la Reli- 
s> cnon fon premier éclat , de reme- 
» dier aux defordres qui ont pris 
» naiiîance fous votre règne , d'ai- 
» mer, mais de châtier vospeu- 
» pies , de cultiver les Arts & les 
>» Sciences, enfin d'avoir les vertus 
m d'un bon Roi. 

L'Hipocrite Cherif , non con- 
tent de fe contrefaire par un dif- 
çouis fi pieux en apparence , pouf- 



ES SÇAVANS, 

fa plus loin le déguifement : » Au 
» refte , ajoûta-t-d , ne croyez pas 
3> que je veuille profiter de votre 
33 malheur -, il eft vrai que j'ai fujec 
» de me plaindre de vous , parce 
» que vous avez fecouru mon fre- 
3t> re contre moi ; mais je fçaiaufli- 
» bien oublier les injures , que je 
33 fçai m'en venger quand on m'y 
>3 force. Prenez donc courage , & 
» comptez que je vous rétablirai 
» bien-tôt dans votre Royaume. 

Oatas , que la chute qu'il venoit 
de faire , avoit confiderablemenc 
bleiTé , ne put nonobftant l'état où 
il étoit , s'empêcher de répondre à 
la Harangue de Mahamet. 

ï> On n'a guéres vu de vain- 
» queur , lui dit-il , ufer de fa vic- 
» toire avec autant de modération 
3o que vous -, & je ne croyois pas 
3» que vous euffiez pris les armes 
» contre moi , pour me donner 
j> des leçons. Il eft vrai que vous 
33 me les donnez en qualité de Pré- 
» cepteur , c'eft ce qui m'engage à 
m vous répondre en Difciple plutôt 
» qu'en prifonnier. Permettez-moi 
» donc d'ufer envers vous de cette 
» même liberté dont vous ufez en- 
» vers moi -, &c fi vos confeils peu- 
» vent un jour m'être utiles, peut- 
»> être que ma réponfe ne vous le 
» fera pas moins. 

» Les Princes ne peuvent pas 
» toujours veiller fi févérement fur 
30 la conduite de leurs fujets , qu'il 
» ne s'y gliiTe quelquefois des abus, 
» mais quand même tous mes peu- 
» pies s'abandonneroient à une li- 
3» cence déréglée , & que moi qui 
*> fuis leur Souverain , fermciois- 



JUI 

» criminellement les yeux fur leurs 
» defordres , eft-ce à vous , qui du 
» fervile emploi de Précepteur , 
» vous êtes à force de crimes , élevé 
»fur le Trône où l'on vous voit au- 
» jourd'hui, eft-ce à vous à me pu- 
» nir de ma conduite 2 vous à qui 
» mon père , par mes propres con- 
j> feils , a donné lieu de vous agran- 
» dir , &c d'accabler fa trifte famil- 
» le ; vous que j'ai moi - même , 
i> comblé de bienfaits , & qui me 
» payez de la plus noire ingratitu- 
» de ; vous enfin qui vous parant 
m d'une fauffe vertu , cherchez un 
» prétexte fpécieux pour juftifier 
n auprès de moi vos horribles ac- 
» tions ; mais ne parlons point de 
» chofes qui vous rendent U odieux 
» &C qui peuvent faire connoître à 
» tous ceux qui viennent de vous 
» entendre & qui m'écoutent , juf- 
» qu'à quel point vous pouffez la 
x> diffimulation. Croyez feulement 
» que Dieu qui m'a livré entre vos 
» mainsaeudeffein de vouséprou- 
» ver ; qu'il en a ufé ainfi pour taire 
»> voir à tous comment vous uferiez 
j> de la victoire, &c fi ayant violé , 
» comme vous avez fait , la foi des 
» Traitez , &c rompu les liens fa- 
aï crés de l'obéiflance que vous me 
» deviez , votre coeur feroit enfin 
» touché. 

m Après que vous m'avez fi bien 
» remontré mon devoir , voyons fi 
» vous ferez le vôtre , & fi vous re- 
»connoîtrez que l'inconftance de 
» la fortune nous rend neceffaires 
» les uns aux autres. Vous me re- 
» prochez d'avoir accordé du fe- 
o cours à votre frète , je ne daigne 



N , 175 4- 3*9 

» pas me juftifier d'une action loua- 
» ble par elle - même , & qui doit 
» vous faire fentir que vous auriez 
» pu attendre de moi le même fe- 
» cours , fi vous vous étiez trouvé 
» dans le même cas. 

Mahamet reçut avec un vifage 
riant , cette réponfe d'Oatas , & fe 
mit en devoir de marcher vers Fez, 
mais il n'avoit pas prévu ce qui ar- 
riva. Buhaçon Lieutenant du Roi 
de Fez &fon parent entra dans Fez, 
avec Mulei-Cacet, fils de ce Mo- 
narque : les habitans qui crai- 
gnoient les fuites de la captivité de 
leur Roi donnèrent la Couronne à 
Mulei-Cacer , à condition qu'il la 
rendroit àfon père auffi tôt que ce 
Prince feroit forti de captivité. 
C'eft ainfi que le décida le Confeil 
privé, à la tête duquel étoit Buha- 
çon ; ce Général fe profternale pre- 
mier aux pieds du Roi , qui fur le 
champ le fit Vilîr & fon premier 
Miniftre. 

Notre Hiftorien remarque ici 
que les Maures fuperftitieux attri- 
buèrent tous ces malheurs de l'Etat 
à une permiffion que le Roi de Fez 
avoit accordée aux Chrétiens , d'a- 
voir du vin chez eux ; & au grand 
nombre de Lions que ce Prince 
nournfloit. Mulei-Cacer fon fils 
voulant d'abord s'attacher cette na- 
tion , fit répandre tout le vin qui 
fe trouva dans les caves de laVille - , 
& ordonna que tous les Lions fuf- 
fent tuez à coups de traits. 

Mahamet qui ignoroit ce chan- 
gement , s'avança jufqu'à deux 
lieues de la Ville de Fez , & de-là 
il envoya à la mère & au fils d'Oa- 
Ttij 



?2o JOURNAL DES SÇAVANS, 



tas , des Lettres de ce Prince , par 
lefquelles il leur demandent que 
pour fa rançon , le Pays de Me- 
quinez fût livré au Cherif j Buha- 
cen à qui le Roi avoir écrit la mê- 
me chofe entretint l'efperancc du 
Cherif ,& prit en mêmetems tou- 
tes les mefures requifes pour fur- 
prendre ce traître , qui de fon côté 
tichoit de tromper le Roi & les 
Miniftres de Fez. Mais les mefures 
que prit Buhaçon, & que rapporte 
notre Hiftorien , furent inutiles. 
Mahamet qui en eut avis , courut 
promptement jufqu'aux portes de 
Fez , où il prit deux cens Bour- 
geois qui croyant n'avoir rien à 
craindre , fe promenoient le long 
de leurs murailles & les fit étrangler 
devant lui. Il fe rendit enfuite au 
détroit d'Honegui , d'où il em- 
mena à Maroc le Roi de Fez les 
fers aux pieds. 

Buhaçon voyant qu'il n'y avoit 
plus moyen de refufer au Cherif ce 
qu'il exigeoit pour la rançon du 
Roi , traita avec les fils du Cherif, 
&c les mit en poiTeflîon du Pays de 
Mequinez. Mahamet outre cela exi- 
gea du Roi de Fez que ce Prince lui 
livrerait Fez toutes les fois que lui 
Mahamet le fouhaiteroit. Maha- 
met obtint tout ce qu'il demanda, 
& rendit enfin la liberté à Oatas 
qui retourna fur le champ à Fez , 
où fon fils Mulei-Cacer lui remit 
toute l'autorité dont ce fils avoit 
joui pendant la captivité du Roi 
fon père. 

Oatas rendu à fes Etats , n'y 
fut pas long - tems tranquille : 
Mahamet l'envoya fommer quel- 



ques mois après , de lui livrer 
Fez , fuivant la convention qui 
avoit été faite. Oatas, qui d'un 
côté , craignoit d'irriter le Cherif 
en luirefufanr l'entrée de la Ville , 
& de l'autre appréhendoit que cet 
homme fans foi , ne fe rendît 
maître de Fez quand les portes lui 
en feraient ouvertes , crut pouvoir 
fe tirer d'embarras par l'expédient 
fuivant. Il envoya dire au Cherif 
que la mort des deux cens Bour- 
geois de Fez qu'il avoit fait étran- 
gler depuis peu, avoit tellement ir- 
rité contre lui toute la Ville, que 
les habitans ne confentiroient ja- 
mais à le recevoir. Cet expédient 
n'eut pas le fuccès qu'en attendoit 
Oatas. Mahamet furieux s'avança 
jufqu'aux portes de Fez , & paiîa 
au fil de l'épée tout ce qu'il ren- 
contra. Il altiegea Fez , &c au bout 
de deux ans de fiége entra dans le 
vieux Fez, puis mit une forte gar- 
nifon dans la Ville neuve où étoit 
le Roi , & envoya enfuite ce 
Prince à Maroc. 

Quelques Barbares s'étant fou- 
levés contre Mahamet dans h Pro- 
vince de Derenderea , ce Cherif 
qui ne cherchoit qu'un prétexte 
pour fe défaire du Roi de Fez , 
quoique ce Roi eût été fon Difci- 
ple , crut devoir l'accufcr d'avoir 
excité les Barbares à la révolte dont 
il s'agit , & fur cette fimple impu- 
tation , il le fit étrangler , avec fon 
fils. Te] fut le trifte fort du Roi de 
Fez. 

Voyons quelle fut la fin du per- 
fide Mahamet. Nous palTerOns 
pour cela plufieurs articles concer- 



JUIN 

liant divcrfes victoires du Cherif 
& divers troubles arrivés après la 
mort du Roi. 

La Seigneurie d'Alger étant de- 
venue vacante, fut donnée par le 
Grand Seigneur à Hafcen fils 
d'Haradin-Barberouflc qui y avoit 
régné. Le Cherif qui étoit alors 
plus puiffant que jamais fe rendit 
îufpeâ: à Hafcen , Se comme Haf- 
cen n'avoit pas alTez de troupes 
pour combattre Mahamet , il refo- 
lut de s'en défaire par un affalîïnat. 
Il employa pour cette action un 
fcélérat nommé Hafcen comme 
lui, auquel il promit une grande 
recompenfe. Ce fcélérat teignit 
d'avoir reçu quelque injure de fon 
Souverain , & quittant Alger avec 
vingt hommes, il fe rendit d'abord 
à Fez , d'où il fut trouver le Cherif 
à Maroc : Mahamet le reçut favo- 
rablement , Se ayant conçu beau- 
coup d'amitié pour ce traitre , il le 
fit Capitaine de fes Gardes. Ce 
bienfait retarda la mort du Cherif, 
Hafcen ne pouvant confentir à 
priver de la vie un Prince qui lui 
faifoit tant de bien : mais il fur- 
monta enfin fes fcrupules ; & le 
Chérit étant allé à Sus , il le fuivit , 
Se fongea a exécuter fon deflein. 11 
fçavoit que la Garde de Mahamet 
avoit lieu de fe plaindre de lui à 
caufe de la paye qu'elle nerecevoit 
plus depuis un an. Comme Hafcen 
pofledoit l'art de manier les efprits, 
il n'eut pas de peine à engager les 
Turcs de la Garde à tremper dans 
fon complot fur-tout en leur pro- 
mettant les tréfors du Cherif, & 
une retraite affujceàTremezcn ; il 



> 17 34- $ar 

ne fut plus queftion que de trouver 
l'occafion de tuer Mahamet , elle 
ne tarda pas à fe prefenter ; le Che- 
rif étant allé en un endroit du 
Mont Atlas , appelle Alquel , Af- 
cen fuivi de pluiieurs Gardes , fut 
dans le même endroit fe prefenter 
devant la tente du Cherif , & 
voyant que ce Prince ne fe défiant 
de rien en fortoit, il mit l'épée à 
la main ; le Cherif épouvanté prit 
la fuite ; comme il couroit avec 
précipitation , il tomba ; Afcen 
profita de l'occafion , & coupa les 
jarrets au Cherif. Alors tous les 
Conjurez étant furvenus , fe jette- 
rentfurlui, & le percèrent de mil- 
le coups ; un Portugais qui avoit 
défendu Mahamet jufqu'à l'extré- 
mité , fut tué avec lui. Ainfi mou- 
rut Mahamet , qui n'ayant aucunes 
mœurs , & ne devant la plupart de 
fes vi&oires qu'à la rufe Se à la 
fourberie , fut bien plus digne de 
mépris que d'eftime. Notre Hifto- 
rien en penfe autrement : il dit 
que ce Cherif eût paffi pour un des 
plus grands Hommes de fon/îécle , Ji t 
né dans un Pays ou regnoit alors & 
ou règne encore la barbarie & l'i- 
gnorance , fes plus belles allions 
n'eujfent été enfevelies avec lui. 

Cette première partie dont le 
Cherif Mahamet fait la principale 
matière, finit par la relation de la 
prife d'Oran fous le miniftere du 
Cardinal Ximenés , & par une Hi- 
ftoire fuccinte de la Ville d'Alger , 
& des révolutions qui y font arri- 
vées en differens tems. L'Auteur 
reprend enfuite I'Hiitoire des Che- 
rifs qu'il avoit interrompue } Se 



3 22 JOURNAL D 

cette continuation fait la matière 
de la féconde Partie , dont nous 
parlerons dans un autre Journal. 
Mais nous nefçaurions guéres nous 
difpenfer de dire ici un mot de cet- 
te fameufe expédition des Efpa- 
gnols , qui fous le miniftere du 
Cardinal Ximenés , enlevèrent aux 
Africains la Ville d'Oran , Place 
très-importante & un des meilleurs 
Ports de l'Empire des Cherifs. Ce 
Cardinal entreprit de l'afficger en 
1 509. & pour y entrer il ne fit pas 
difficulté d'employer des feelerats 
qui lui promirent de lui livrer la 
Ville moyennant une certaine rc- 
compenfe dont ils convinrent avec 
lui. Voici en abrégé ce que notre 
Hiftorien rapporte fur ce fujet. 

Ximenés ménagea deux ans au- 
paravant , une intelligence fecrette 
avec deux Maures mécontens du 
gouvernement, & un Juif que le 
Roi de Tremezen avoit envoyé à 
Oran pour y lever des tribus qui 
luiétoient dûs. Ces traîtres gagnés 
par les grandes promefles du Car- 
dinal , s'engagèrent à lui ouvrir la 
porte de la Ville qui conduifoit à 
Tremezen , &c qui en portoit le 
nom. Cette intrigue ayant été bien 
concertée , le Cardinal en fit part à 
Ferdinand Roi d'Efpagne , qui lui 
mit en main un plein pouvoir & le 
revêtit de fon autorité. 

Ximenés pafla tout l'hiver à faire 
les préparatifs neceflaires pour ce 
Siège. Sur la fin de Février il fe ren- 
dit avec toutes fes Troupes à Car- 
thagéne , où l'on avoit donné le 
rendez-vous à la flotte qui devoit 
débarquer toute l'armée en Afri- 
que. 



ES SÇAVANS, 

Pierre de Navarre Vianelli , &: 
tous les Officiers généraux vinrent 
y trouver le Cardinal. Les Trou- 
pes campèrent dans la plaine , où 
elles attendirent la flotte pour 
s'embarquer. 

La flotte arrivée à Carthagéne , 
Ximenés s'embarqua avec toute 
fon armée , & le lendemain fur le 
midi on découvrit les Côtes d'Afri- 
que. La flotte entra de nuit dans le 
Port de Marfalquivir , avec tout le 
fucecs qu'on auroit pu attendre en 
plein jour,puis au lever dufoleil elle 
s'empara du terrain qui lui étoie 
neceflaire. Le Cardinal fit alors 
un dilcours pieux & touchant pour 
animer les Soldats au combat. En- 
fuite il fe retira dans la Forterefle 
de Marfalquivir, à la follicitation 
de toute l'armée. 

Les Maures quii'étoient aflem- 
blés pendant la nuit , fe préparaient 
à marcher contre l'Armée Chré- 
tienne , lorfqu'ils apperçurent 
qu'elle s'avançoit vers Oran. Leur 
furprife fut d'autant plus grande , 
qu'ils n'avoient pu s'imaginer , 
qu'au milieu d'une nuit obfcure 
l'armée eut ofé hazarder l'entrée du 
Port. 

Les deux Armées refterent quel- 
que tems en prefence fans rien en- 
treprendre ; mais enfin la Cavale- 
rie des Maures plusnombreufe que 
celle des Chrétiens , livra le Com- 
bat ; les batteries du Fort &c des 
Vaiflcaux Aient un fi grand ravage 
dans le camp des Maures, qu'ils fu- 
rent obligés de fe retirer. Les Vaif- 
feaux qui portoient le refte de la 
Cavalerie vinrent promptemene 



JUIN, i 7 5 4- 

de Marfalquivir devant Oran «Si fi- trouver de réfiftance. 
ïent une décharge de toute leur ar- 



32J 



tillerie contre les murailles de cet- 
te Ville. Enfuite on divifa cette 
mêmeCavalerie en deux corps,cha- 
cun de mille chevaux. La conduite 
du premier fut donnée à Soura 
Mettre de Camp du Régiment 
de Ximenés , avec ordre de fe ren- 
dre à la porte d'Oran , appellée la 
porte de Tremezen , que les trois 
fcélérats , dont nous avons parlé , 
s'étoient engagés de livrer au Car- 
dinal , l'autre corps fut mis fous la 
conduite du Comte d'Altamira , 
qui demeura derrière une Colline , 
d'où il ne pouvoit être vu ni de la 
Ville , ni de l'Armée des Maures. 
Alors Ls deux Maures & le Juif 
avec lefquels le Cardinal avoit eu 
une fecrecte intelligence^lui ouvri- 
rent la porte de la Ville qui con- 
duit à Tremezen , Se comme la 
Garnifon d'Oran étoit fortie pour 
aller joindre l'Armée des Maures , 
la Cavalerie Efpagnole y entra fans 



Les habitans fe voyant trahis 
prirent la fuite & fe fauverent dans 
les Mofquées , la Cavalerie Efpa- 
gnole s'étant emparée d'Oran , fe 
rendit maîtreflTe des principaux po- 
rtes de cette Ville & pointa le Ca- 
non contre les maifons pour les 
réduire en cendre en cas de réfiftan- 
ce. On mit alors fur les murs de la 
Ville , les étendarts d'Efpagne avec 
la Croix. Ainiî fut prife fans beau- 
coup de peine la Ville d'Oran s au 
moyen de trois traitres avec lef- 
quels le Cardinal Ximenés étoit 
d'intelligence i &c qu'il anima à 
cette trahifon par une grande re- 
compenfe., qu'il leur promit. Nous 
ne fuivons pas plus loin notre Hi- 
florien 3 la longueur de cet Extrait 
nous en difpenfe fuffifamment. 

Ceux qui voudront voir plus au 
long ce qui concerne cette prife 
d'Oran , peuvent confulter là-def- 
fus l'Hiitoire de la Vie du Cardi- 
nal Ximenés. 



VETERUM SCRIPTORUM ET MONUMENTORUM 

Hi'Wicorum, Dogmaticorum , Moralium ampliiîîma 
Colleâio. Tomus IX. 
C'eft-à inç : Très-ample Colleclion d'anciens Ecrivains _, & de Pièces an- 
cienne, y-vr rapport a l'Hi/loire , ait Dogme } & à la Morale. Tome neuf. 
Par Dom Edme Marjene & Dom Vrfm Durand , Prêtres & Reli- 
gieux Beneditlins } de la Congrégation de S. Maitr. A Paris , chez 
Aiontalant , fur le Quai des Auguftins , proche le Pont S. Michel. 
i 7ii .in-fol. pp. 735. 



CE dernier Volume de la gran- 
de Collection des PP. Mar- 
ten & Durand comprend differens 
Opufcules des Saints Pères Se d'au- 
tres Auteurs Eccklisrtiques. 



Le premier eft un Poème fur la 
Refurreciion des Morts tiré d'un 
Manufcrit de l'Abbaye de Corbie 
qui a plus de 900 ans. Ce Poème y 
paxoît fous ie ncjm de S. Ciprien 3 



j24 JOURNAL DE 

le ftile barbare & le peu d'exactitu- 
de par rapport à la mefure , font 
bien connoître que ce Poé'me n'eft 
point de S. Ciprien Evêque de Car- 
thagc. Nos Auteurs ne fçavent 
point qui étoit le S.Cipricn Auteur 
de ce Poème. Ce qu'ils alîurent 
c'eft qu'il écrivoit dans le tems 
des plus vives perfccutions contre 
l'Eglife , qu'il foûtient le fenti- 
ment des Millénaires , qu'il s'atta- 
che à combattre les Payens & fur- 
tout leurs Philofophes , Se qu'il 
s'explique d'une manière aflez 
exacte fur le Myftere de la Trinité , 
fur le péché originel , fur la nécef- 
fité du Baptême Si fur la Réfurrec- 
tion des Morts , qui fait le princi- 
pal objet de fon Ouvrage. Nos Au- 
teurs remarquent que ce Poe'me 
avoit été déjà imprimé à la fuite des 
Ouvrages de Tertullien , mais que 
l'Editeur y avoit fait de grands 
changemens en plufieurs endroits 
qui fentoient la barbarie , Si en 
d'autres endroits où les régies de la 
Poéfie avoient été négligées. 

Un autre ancien Manufcrit de 
Corbie a fourni à nos Auteurs un 
abrégé de la Genefe en vers que ce 
Manufcrit attribue à Juvencus Prê- 
tre Efpagnol qui eft regardé comme 
le premier des anciens Poètes Chré- 
tien? dont S. Jérôme & le Pape 
Gélafe ont parlé avec éloge , fur- 
tout à caufe de fes quatre Livres 
en vers fur les Evangiles ; l'Ouvra- 
ge de Juvencus fur les quatre Evan- 
giles a été écrit du tems du grand 
Conftantin, nos Auteurs ne voyent 
rien qui les détermine fur le tems 
auquel celui-ci a été compofé. On a 



S SÇAVANS, 

imprimé les quatre prcmiersChapi- 
tres de cet Ouvrage à la fin des 
Oeuvres de Tertullien Se de S. Cy- 
prien , Pamélius foûtient qu'il eft 
de S. Cyprien. Il dit qu'il y are- 
marqué plufieurs expreiïions &C 
plufieurs tours du Saint Evêque de 
Carthage , & qu'il y en a un Ma- 
nufcrit en la Bibliothèque de Saint 
Victor de Paris qui porte le nom 
de S. Cyprien. M. Du Pin croyoit 
que cet Ouvrage étoit de Salvien 
de Marfeillc , & il cite Gennade , 
qui dit que Salvien avoit fait un 
Livre en vers de l'Ouvrage des fix 
Jours depuis le commencement de 
la Genéfe jufqu'à la création de 
l'Homme. Ce qui ne peut convenir 
à ce Poème qui va jufqu'à la fin de 
la Genéfe. 

Les Morceaux d'un Père dont les 
Ecrits ont été auffi utiles à l'Eglife 
que l'ont été ceux de S. Hilaire 
Evêque de Poitiers , font toujours 
beaucoup de plaifir au public , c'eft 
pourquoi nos Auteurs ont cru de- 
voir publier des Traitez de S. Hi- 
laire fur les Pfeaumes 15, 21 & 40. 
Nos Auteurs y ont joint un Ser- 
mon adrefle aux Néophites pour Je 
jour de Pâques. Ce Sermon con- 
tient une explication du Pfcaume 
149. Les PP. Martene 6c Durand 
croyent que s'il n'eft point de Saint 
Hilaire, il eft du moins d'un très- 
ancicnAuteur. Ils n'en ont pas jugé 
de même de l'explication de quel- 
ques autres Pfeaumes qu'ils ont 
trouvés joints dans le Manufcrit à 
celles de S. Hilaire , parce que 
l'Auteur de ces explications écri- 
voit dans le cinquième fiécle , ôc 
que 



JUIN 

que fes difcours étoient adreffés à 
des Moines d'Orient. 

Le Traité de la Philofophie Chré- 
tienne du Moine S. Nil qui fuit im- 
médiatement les ex pointions des 
Pfeaumes dont nous venons de 
parler , n'eft point un Ouvrage 
nouveau. C'cft le même Traité 
qui a été publié dans l'Edition des 
Ouvrages de S. Nil fous ce titre : 
Trailatus de.Monjflicâ exercitatiotie. 
Mais c'eft une verfion différente : 
celle qui a été inférée dans l'Edi- 
tion de Rome eft de M. Suarez 
Evêque de Vaifon , celle dont il 
s'agit eft d'Ifidore Moine du Mont 
Caffin. Nos Auteurs croyent que 
ce Traducteur eft Ifidore deClario, 
l'un des ornemens de la Conereçza- 
tion du Mont Caffin , très-fçavant 
dans les Langues Hébraïque & 
Gréque , quife fit admirera Rome 
fous Paul III. & dans le Concile de 
Trente , il mourut Evéque 6c 
eftimé , le 2.8 Mai 1555. étant âgé 
d'environ 60 ans. Le P. Mabillon 
avoit pris une copie de cette tra- 
duction du Traité de la Philofo- 
pbie Chrétienne /& il avoit delîein 
delà faire imprimer, parce qu'elle 
eft, difent nos Auteurs , plus élé- 
gante Se plus fidèle que la verfion 
de M. Suarez. 

Le Poëme fur l'Incarnation que 
nos Auteurs attribuent au Poète 
Sedulius, parce qu'ils l'ont trouvé 
dans un Manufcrit de Corbie im- 
médiatement après l'Ouvrage Paf- 
cal du même Auteur , eft prefque 
tout cornpofé de differens vers de 
Virgile que l'Auteur applique au 
Myftere de l'Incarnation. 
Juin. 



; i7î4- 32* 

Après ce petit Poème viennent 
fix Homélies de S. Maxime de Tu- 
rin qui font du nombre de celles 
que le P. Mabillon avoit tirées d'un 
Manufcrit de S. Gai , &: dont il en 
avoit fait imprimer douze dans le 
Aiuf&nm Itrtlkum. Ces Homélies 
n'avoient point encore été fendues 
publiques , quoiqu'on en eût pu- 
blié plufieurs de ce Saint Evêque 
fous lenomde Sain: Amhrotfcou 
fous celui de S. A'ùguftin , ou fous 
d'autres noms. Ces Sermons de 
S. Maxime font fuivis de fix Ser- 
mons de Faufte Evoque de Riez , 
de différentes formules des obia- 
tions que les parens laifoient de 
lcins enfansaux Monafteres, d'une 
Règle Monaftique par un Anonyme 
tirée d'un Manufcrit de la Biblio- 
thèque de M. Colbert, à prefent 
de la Bibliothèque du Roi , qui a 
plus de 700 ans.LeTi aité fui vant de 
la Concorde de l'jincien & du Nou- 
veau Teflamem , qui eft auffi d'un 
Auteur Anonyme , eft tiré d'un 
Manufcrit du Collège de Navarre, 
qui a plus de 800 ans. L'Auteur y ré- 
pond aux blafphêmes d'un Satàfin 
contre J. C. Se contre la Sainte 
Vierge. 

Les quatorze premiers Sermons 
de Saint Boniface Archevêque de 
Mayence, Martyr & Apôtre d'Al- 
lemagne , ont été tirés d'un Ma- 
nufcrit de M. d'Agueffeau Chan- 
celier de France , le P. Bernard Pès 
a fourni le 15 e à nos Auteurs. Ces 
Sermons font écrits d'un ftile très- 
fimple , & S. Boniface ne s'eft pas 
beaucoup attaché à fuivre les règles 
de la Grammaire. Mais on y voit 
Vr 



3 a5 JOURNAL D 

par-tqutun Homme Apoftoliquc , 
qui travaille à former fcsNéophi- 
tes d'une manière proportionnée à 
la portée de leur ■cfprit. Nos Au- 
teurs ont fait aulu remarquer dans 
ces Sermons quelques traits fur la 
difcipline Ecclefiaftique. On voit 
par exemple dans le douzième Ser- 
mon que du tems de S. Boniface 
le Jeûne du Carême ne commen- 
çoit pas au jour des Cendres, mais 
le lendemain du premier Diman- 
che de la Quadragéfime. U exige 
des Fidèles dans le douzième qu'ils 
s'abfticnnent àc l'ufage du mariage 
pendaùt tout le tems du Carême. 

Les fujets des trois Sermons con- 
tre Ambroife Autpert font la Cu- 
pidité , la Purification de la Sainte 
Vierge , & la Transfiguration de 
J. C. L'Auteur de ces Sermons 
n'étoit pas , comme quelques-uns 
le prétendent , Maître & Archi- 
chanctlier de Charlemagnc , mais 
c'étoit un François qui s'étoit fait 
Moine en Italie , qui s'y diftingua 
par fa pieté &c par fa feience, & qui 
mourut Abbé de fon Monaftere en 
779. Paul "Warnefirid lui donne la 
qualité d'homme trcs-fçavant. On 
dit qu'Aubert étant jeune avoit 
beaucoup de peine à parler , & que 
fa langue fut déliée par l'intercef- 
fion de la Sainte Vierge. Sigebert 
& Triteme font mention de plu- 
fieurs Ouvrages d'Autport & en 
particulier du Sermon qu'ils appel- 



ES SÇAVANS, 

lent le Livre de la Cupidité , que le 
P. Labbe regardoit comme un Ou- 
vrage perdu i Se que nos Auteurs 
ont retrouvé dans un Manufcrit de 
plus de 800 aus confervé dans la 
Bibliothèque de M. Chauvclin , 
Garde des Sceaux de France. 

Les queftions fur le Prophète 
Daniel refoluës par l'Archidiacre 
Pierre font tirées d'unManufcrit du 
Monaftere de -Stavelo qui porte 
que le Roi Charles ( c'eft Charle- 
magne ) a tait tranferire ces que- 
ftions fur une copie authentique 
de cet Ouvrage de Pisrre Archidia- 
cre. Nos Auteurs avouent qu'ils 
ne connoiffent pas ce Pierre Archi- 
diacre , à moins que ce ne foit , di- 
fent ils , le Diacre Piene qui eft un 
des Intcrlocutcurr dans les Dialo- 
gues de S. Grégoire. Charlemagnc 
fit aufu tranferire les queftions de 
Wicbo.d fur plufieurs Livres de 
l'ancien Teftament. Le* réponfes 
à ces queftions font tirées des Pères 
de l'Eglife Latine , dont il y a 
fouvent de grands morceaux tranf- 
crits de fuite , & d'autres qui font 
abrégés : nos Auteurs n'ont pas 
cru devoir tranferire ces queftions 
en entier, ils fe font contentés de 
celles qui regardent les premiers 
Chapitres de la Genéfe. 

Nous fommes obligés de ren- 
voyer à un autre Journal ce que 
nous avons à dire fur les autres Piè- 
ces coutenues dans ce Volume. 



J U I N , 173 4; 327 

TRAITE' DV VRAI MERITE DE L'HOMME CONSIDERE' 

dans tous les âges & dans toutes les conditions } avec des principes d'iduca- 
tion propres à former les jeunes gens à la vertu. A Paris , chez Saugrain , 
Grand'Salie du Palais , à la Providence. 1734. vol. in- m. pages 514. 



HUIT Chapitres partagent ce 
Traité : dans le premier , qui 
fert d'exorde à l'Ouvrage , l'Au- 
teur débute par fe demander à lui- 
même, (1 c'eft un Livre qu'il en- 
treprend de donner au Public 3 II 
répond qu'il n'en fçait rien , mais 
que ce qu'il y a de certain , c'eft 
qu'il s'eft propofé d'écrire & qu'il 
écrit. Après cette queftion & cette 
réponfe,il dit que tout eft fmgulier 
dans fon Projet, que peut-être l'e- 
xécution le paroîtra-t-elle encore 
davantage ; que c'eft ici un pot- 
pourri de proie & de vers , de traits 
d'hiftoire Se de bons mots , de 
Morale & de plaifir , que ces frag- 
mens au refte ne font pas de lui ; 
qu'il invente des conventions 
pour placer des confeils , que tan- 
tôt il fait badiner le Philofophc &: 
tantôt moralifer l'horrrine de plai- 
fir ; qu'il rajeunit de viedles chan- 
fons , qu'il parle latin , qu'il mêle 
enfemble Vaudevilles, Axiomes, 
règles d'ufage ou de droit , qu'il 
confond tout : qu'en certains en- 
droits il eft diffus au point de faire 
bailler fes Le&eurs , Si qu'en d'au- 
tres , à force d'être ferré il fe rend 
inintelligible , qu'au refte il desho- 
nore quelquefois Horace en l'ha- 
billant à la Françoife -, Qu'il cite 
pêle-mêle Molière &c Bourdaloue ; 
Qu'il tire fouvent d'un Opéra , 1a 
preuve d'une vérité morale ; Que 



rien n'eft à lui de tout ce qu'il pre- 
fente à fes Lecteurs ; Que s'il avoit 
eu la mémoire plus firlelle il auroit 
cité à chaque ligne le Livre 6: la 
page où il a pris ce qu'il dit ; Qu'il 
ne fçauroit tirer vanité de ce qu'il 
écrit , n'écrivant rien qu'il n'ait 
volé. Qu'ainfi n'ayant nul fujet 
d'efpcrer ni de craindre , peu lui 
importe que ce qu'il barbouille ( c'eft 
fon terme ) devienne un Livre ou 
non. 

Il n'en demeure pas là , il ajou- 
te que ce qu'il donne font des frag- 
mens ramaffés , qu'il imite ceux 
qui ne fçavent ni broder ni pein- 
dre , & qui veulent travailler en 
s'amufant. Ils ont , dit-il , inventé 
une forte de découpure nouvelle s dont 
on remplit le vuide d'un refte de d^ap 
d'argent ou d'un bout de ruban d'or. 
Mille & une pièce , & toutes les cou- 
leurs entrent dans l'ouvrage : & 
quand le morceau eft fini , on vait 
une figure , des fruits étrangers un 
pot de fleurs t qui m font pourtant 
que des coupons de toute efvece colés 
fur le papier ; voilà '■ continue t-il , 
à peu-près mon Ouvrage x j'ai dérobé 
mes matières . j'en ai rempli une dé- 
coupure ajfez. bizarre , j'ai coufu des 
coupons & j'ai fourni ce liferé. 

Notre Auteur vient d'avertir 
qu'il forge quelquefois des conver- 
fations pour placer des confdls, en 
voici un exemple ; il raconte qu'un 
V v ij 



3 28 JOURN AL D 

jeune homme vint lin jour l'em- 
braser , Sz le pria Je lui épargner 
'la Philufophie de Collège. Notre 
Auteur craignit d'abord qu'il n'en- 
trât dans cette demande ou de la 
pareîle , ou du libertinage , ou du 
moins un goût émancipé pour imc 
vie plus libre , mais apres y avoir 
un peu penfé , il fit réflexion que 
la Icience du monde vaut bien la 
Philofophie de Collège, que d'ail- 
leurs on étudie encore plus utile- 
ment dans le Cabinet qu'au Colié- 
oe s qu'on choifit ks matières , & 
qu'on effc moins en danger de pren- 
dre un elprit de Sophifme. Il enga- 
gea donc le jeune homme à étudier 
& - > . i • 

avec attention , ce qu on lui pro- 

poferoit à apprendre ; on fit avec 
lui des conventions , & le jeune 
homme promit toute la docilité 
qu'on pouvoit fouhaiter. Notre 
Auteur trouvant ce jeune homme 
fi bien difpofé , commença par lui 
mettre par écrit les articles fuivans, 
pour être obfervés de point en 
point : 

i°. Vous ne ferez jamais de liai- 
fons avec menteurs ou libertins, 
encore moins avec des impies , ou 
des femmes folles. 

2°. Vous cultiverez avec tout le 
foin pofliblc , le commerce des 
plus honnêtes gens, d'habiles gens 
Se de gens polis. 

3". Vous vous tiendrez propre- 
ment^ vous vous mettrez de bon 
coût , mais modeltement , & fans 
vous trop attacher à la vaine paru- 
re comme font les petits Maîtres. 

4°. Vous écouterez avec atten- 
tion , vous paxlciez peu , Si vous 



ES SCAVANS, 

vous attacherez à parler jufre. 

5°. Vous fuivrez ks plus grands 
Maîtres en tout genre d'éloquence, 
vous choifirez les plus beaux Ser- 
mons , vous ne manquerez ni plai- 
doyer d'appareil , ni difeours Aca- 
démique. 

é°. Vous lirez quatre heures par 
jour d.ms votre chambre , pendant 
ks deux ans que vous auriez mis à 
étudier la Philofophie dans le Col- 
lège. 

-]". Vous employerez une heure 
chaque jour à écrire les remarques 
que vous aurez faites fur Ce que 
vous aurez lu ou entendu de bon , 
Sz fur les Ouviagesd'efprit qu'on 
appelle pièces fugitives , que vous 
croirez d'alkz bon goût pour méri- 
ter votre attention. 

8°. Vous ferez trcs-regulier aux 
exercices que M. votre père vous 
preferira, vous lui en rendiez com- 
pte tous ks foirs , aufîi - bien que 
de l'emploi de votre journée. 

9°. Moyennant ces conditions 
vous pourrez donner trois heures 
par jour à ^os plaiiîrs. 

Après ces articles dreiîés , on 
parla d'exercices ; comme notre 
Auteur remarqua dans le jeune 
homme un peu trop de goût pour 
le deflein , il lui fit comprendre 
que dès qu'on peut attraper un 
point de vue , Si ébaucher un plan 
U en faut demeurer là , à moins 
qu'on ne foit deftiné au génie Si 
aux fortifications ; fans quoi fi l'on 
va jufqu'à la Peinture , on contrac- 
te aifément un goût dangereux , on 
fe ruine en originaux , (F l'on refle 
un original. Tel qui devroitfçavoir 



JUIN 

camper, juger , parler, ne fçait 
que peindre. 

Pour ! Danfe , c'eft, pourfuivit 
notre Auteur , en parlant toujours 
au jeune homme , un ornement 
qu'il eft bon de fe procurer , mais 
il ne huit s'y addonner , pour ainfl 
dire , que pendant quatre jours. A 
trente ans on ne darfe plus, Se alors 
c'eft le plus petit mérite du monde, 
que d'être bon danfeur v Jufqu'à fei- 
ze ans nous n'apprenons qu'à ap- 
prendre , à quarante nous n'appre- 
nons plus. IL raut donc mettre à 
profit l'intervalle de ces deux âges, 
pour apprendre ce qui doit durer 
toujours. 

Notre Auteur penfe mieux de 
la Mufique , c'eft , félon lui , une 
ïeflource pour toute la vie -, mais il 
prétend que dès qu'on peut déchif- 
frer un air, Se faire fa partie , c'en 
eft allez; il remarque que rien n'eft 
plus méprifé qu'un homme de qua- 
lité qui ne fçait faire que le Muti- 
cien , Se il dit qu'on doit craindre 
qu'un tel homme ne s'avife de joiier 
du Tuorbe quand il faut monter à 
l'affaut , ou qu'il ne fredonne à 
l'audience. Quant à l'exercice de 
l'épée il dit que fix mois d'armes 
bien employés fuftîfent , Se qu'il 
eft auiîi dangereux <Sc méprifable 
de taire le Gladiateur , qu'il eft uti- 
le & glorieux de fçavoirfe défen- 
dre. Pour ce qui regarde le cheval , 
un an de cet exercice eft sbfolu- 
ment neceffaire , mais c'eft allez , 
félon lui ; on ne monte plus long- 
temsqueparamufement , & pour 
remplir le vuide d'un tems qu'on 
ne fçait à quoi employer. 



> » 7 3 4- 3*9 

Notre Auteur confeille à fon éle- 
vé de prendre tous ces exercices , 
comme en volant, fans qu'aucun 
puifle lui ravir up feul des mo- 
mens deftinés à la lecture. Si l'on 
vous fait voyager , lui dit-il , ne 
reflemblez pas à ces évaporés qui 
ont couru tout le monde Se qui 
n'ont rien vu. Rendez-vous tel que 
ceux qui tiendront le gouvernail 
fe croyent intereiîés à vous mettre 
en œuvre tôt ou tard. Les talens 
ont leur part à la diftribution des 
grâces, l'honnête homme ne veut 
devoir fa fortune qu'au mérite , 
commencez donc par amafter des 
matériaux. 

Ici le jeune homme interrompt 
fon Maître , pour lui demander 
quelles lectures il faut faire Se quel 
ordre on y doit fuivre. Vous devez, 
lui répond notre Auteur , vous at- 
tacher tout à la fois à ce qui peut 
enrichir & orner l'efprit. Il faut fur- 
tout fçavoir l'Hiftoire , c'eft de 
toutes les Sciences celle dont l'i- 
gnorance eft la moins permife ; 
l'Hiftoire eft le témoin des tems , 
l'amede la mémoire , la lumière Se 
l'oracle de la vérité ; elle nous ap- 
prend la morale en nous mettant 
devant les yeux des exemples de vi- 
ce Se de vertu , pour fuivre les uns, 
Se fuir les autres ; tout le monde 
devroit fçavoir l'Hiftoire , puis- 
qu'elle eft faite pour tout le mon- 
de , & que fon principal objet eft 
l'inltrudion générale , mais il raut 
fe fou venir que la Carte Se la Chro- 
nologie funt des parties elTenticlles 
de l'Hiftoire , puifque fans ces 
deux Sciences on ignoreies épo>; 



330 JOURNAL DE 

qucs importantes ; & on ne fçait 
quel eft le Théâtre des grands éve- 
nemens. 

L'Auteur entre, à cette occafion, 
dans un détail qui n'eft pas un des 
moindres articles du Difcours 
qu'il tient au jeune homme. Vous 
fçavcz déjà , lui dit-il , que les 
Jçifsj leslfraciitcs, les Hébreux j 
Se le Peuple de Dieu , ne font 
qu'un même Peuple ; & comme il 
n'eft pas permis d'ignorer ce qui 
concerne un Peuple que nous re- 
prefentons par adoption , il faut 
paffer en revue tout ce qui lui eft 
arrivé d'important depuis que Moï- 
fe l'ayant tiré miraculeufcment de 
l'Egypte , ce Peuple fût mêlé avec 
les Grecs -, il faut fçavolr com- 
bien d'Etats fe font trouvés con- 
fondus dans tout ce qui s'elt appel- 
lé la Grèce ; on ne doit rien perdre 
de tout ce qui regarde une Monar- 
chie fi renommée par la valeur, 
par la fagetîc £c par l'érudition. Il 
faut coniîderer la petite (Te des 
Romains dans leur fondation , en 
comparaifon de la fplendeur des 
Grecs. Après le règne des fept 
Rois de Rome , qui fut environ de 
deux cens cinquante ans, Se après 
la durée de la Republique , qui fut 
de cinq cens , on entre dans les 
Céfars &: on touche à cette époque 
vénérable qui fit le falut de l'hom- 
me. Notre Auteur promet à fon 
Difciple de lui expofer foigneufe- 
ment tous ces points d'hiftoire , 
puis de le conduire au règne de 40 
Empereurs qui dura cent ans, mais 
de l'y faire palTer légèrement pour 
venir à Conftantin le Grand, & ad- 



S S Ç A V A N S , 
mirer le zèle de ce Prince contre 
Arius , & comment Dieu avoitre- 
fervé à cet Empereur , la gloire 
d'arborer le premier letendart de 
la Croix , in hoc Signa vinces. Cette 
réflexion jointe au fouvenir de tous 
les fecours que les Romains a voient 
prêtés aux Juifs de Grèce , eft em- 
ployée par notre Auteur pour faine 
fentir d'avance à fon Difciple , que 
Dieu avoit refolu de tous les tems, 
de faire de Rome le Siège principal 
de la Religion Chrétienne. Il par- 
tage enfuite fon attention entre le 
progrès de l'Eglile , & les évene- 
mens des deux Empires. II. tombe 
enfin fur l'Hiftoire des Muful- 
maus } il promet d'examiner ce 
qu'ils étoient avant le quinzième 
fiéele, qu'ils prirent Conftantino- 
ple , de parcourir enfuite tous les 
évenemens de l'Europe, fur l'Hi- 
ftoire de chaque Etat , dont cette 
partie du monde eft compofée , Se 
enfin d'achever fa courfe hiftorique 
par ce qui concerne la Nation Eran- 
çoife. 

Voilà tout ce que notre Auteur 
s'engage de montrer à fon Difciple 
pour ce qui regarde l'Hiftoire ; il 
cxhoTte enluite le jeune homme à 
palTer de l'Hiftoire aux difterens 
Syftêmes de Philofophic , à quel- 
que connoilîance des beaux Arts , 
Si. à la Fable , puis à l'étude du 
Droit Romain , à celle des Coutu- 
mes particulières, & des differens 
ufages , enfin à examiner ce qui 
concerne les intérêts des Princes, Se 
les négotiations , afin que muni des 
principes généraux Se eflentiels , 
il puiffe quand il entrera dans le 



JUIN 

monde , n'être neut fur rien. Mais 
comme un il grand nombre de lec- 
tures ferieules pounoit rebuter le 
jeune homme , notre Auteur a foin 
de le prévenir là-deiTus par le dil- 
cours fuivant. 

» Afin , lui dit-il , de vous dé- 
» laiTer de lectures qui pourroient 
m vous paraître un travail i je vous 
» ferai lire dans tous les genres de 
« littérature , quelques Volumes 
» choifis qui rafinent le goût en or- 
« nant l'efprit. A l'égard de la plu- 
» ralité des Langues , convenez 
n avec moi , que fur ce: article nos 
:> voifins font plus habiles que 
» nous. Il n'en eft point parmi eux 
» qui ne regarde notre Langue 
» Françoife , comme un furcroit 
» d'agrément &c de politefle ; & 
» nous, nous négligeons tous leurs 
» idiomes à un point qiw nous 
» fait aceufer d'orgueil , ou foup- 

» conner d'incapacité Nous 

» avons mille bonnes chofes en 
y Efpagnol , en Anglois 5c en Ita- 
» lien. On ne peut difputer à l'Al- 
» lemagne une profonde érudition. 
» Si la Langue en eft un peu diftî- 
» cile, aufll eft-elle plus nccefîaire, 
« non feulement par le refpeâ dû 
» à la première Cour du monde 
» Chrétien s mais encore parrap- 
» port à ce nombre de Princes très- 
» puiftans , auprès defquels on 
» peut être chargé de quelque 
* commifiîon, & dont il eft aulîi 
» honorable qu'utile de mériter la 
» bienveillance .... 

Après ce Difcours que nous 
avons un peu abrégé, notre Auteur 
mena fon Difcipleà l'Opéra. Voi- 



. I7Î4- . 231 

ci les raifons qui l'y engagèrent : on 
en jugera : 

» Je crus, dit-il , que pour dé- 
j- lafler mon jeune homme , d'un 
» entretien un peu ferieux , je dc- 
» vois le mènera l'Opéra , attendu 
» que ce pouvoir être une leçon af- 
» fez utile pour lui , que de lui fai- 
» re connoître les plaifirs : en effet 
» c'eft un des points les plus impor- 
» tans de la vie , que de connoître 
» la reflource & le danger des plai- 
» firs , puifque c'eft le moyen le 
» plus fur de fe garantir Se du 
» chagrin & delà débauche ; je fuis 
» tellement convaincu de cette vé- 
» rite , que j'en donnerai un Chapi- 
» tre , mais j'établirai que les plai- 
» firs de l'efprit & de l'ame font 
» infiniment au - déifias des plaiiïrs 
» des fens. Pour corriger le danger 
»des plaifirs par un peu d'étude , 
» j'ordonnai au jeune homme de 
n venir le lendemain me faire l'a- 
» nalyfe de la dixième Ode du fe- 
» cond Livre d'Horace. On y trou- 
» ve la matière des confeils les 
» plus ferieux. Le ReUilts vives 
»"nous mené à la paix intérieure , 
» qui ne peut être que le rruit d'un 
"attachement inviolable à l'efprit 
» de juftice & aux bonnes mœurs. 
» Lauream mediocritatan nous ap- 
*> prend la modération des defirs , 
» le littus inisjitum défigne bien une 
*> fortune faite à la hâte , &c il me 
» femble que le benè préparation 
» petlus eft une leçon bien falutaire 
» dans les difgraces. Quelques jours 
après j'allai voir le père & la mère 
du jeune homme .... 

Nous ne fuivrons point notre 



33* JOURNAL DE 

Auteur dans le récit qu'il fait de 
cette vifite ; il y fut dit de part & 
d'autre quantité de chofes impor- 
tantes touchant l'éducation desen- 
fans,on les peut voir dans le Livre. 

Après le récit de la vifite " } & de 
tout ce qui s'y pafla , l'Auteur fc 
répand en reflexions générales fur 
la manière dont il faut fe conduire 
à l'égard des jeunes gens pour leur 
former l'efprit "& le cœur. 

Viennent enfuite divers Chapi- 
tres particuliers , où l'Auteur s'ex- 
plique premièrement lur la naiffan- 
cc & fur le mérite petfonnel , fur le 
but de la Philofophie \ fur ce que 
c'eft que le galant homme , l'hon- 
nête homme , l'homme de mérite , 
l'homme de bien -, fur la différence 
qu'il y a entre galant homme & 
homme galant , fur les effets de la 
vraye vertu , fur fes rapports avec 
l'homme, la raifon & la Religion* 
fur la neceflité de bien diftinguer 
le vrai d'avec le faux dans ce qui 
regarde la vertu , fur le méchant 
exemple, fur la douceur de l'efprit, 
fur l'égalité d'humeur ; fur lacom- 
plaifance & fur la politefle. 

L'Auteur palîc delà à la neceflité 
& à l'utilité de la lecture a au choix 
des Livres , au jugement qu'il faut 
porter des Ouvrages d'efprit , il 
fait diverfes réflexions fur l'élo- 
quence , fur la manière de parler 
& d'écrire , fur la raillerie , fur les 
Livres dangereux , fur le foin 
qu'on doit prendre , de ne parler 
jamais de foi- même , fur la médi- 
fance , la calomnie , tv les fots rap- 
ports , fur le bon efprit , fur la dif- 
limulation • fur l'indulgence qu'on 



S 5ÇAVANS, 

doit avoir pour les défauts d'au- 

trui. 

L'utilité , le choix & l'ufage des 
plailîrs , tels que le jeu , la chatte , 
le bal , les fpectaclcs , la mufique , 
la table , la promenade , la fré- 
quentation des Dames , font la ma- 
tière d'un Chapitieexprès,où l'Au- 
teur enfeigne de quelle manière , 
fans manquer à ce qu'exige la vertu, 
on peut, félon lui,ufer de toutes ces 
chofes. Il s'étend fort au long fui 
ce qui concerne la Comédie , & 
l'Opéra. Il prétend que ces Specta- 
cles , de la manière qu'ils font au- 
jourd'hui , ne fçauroient être in- 
terdits avec raifon. A la vérité 
dit- il ,gtns qui connoiffent peu le mon- 
de , & qui [ont entêtés dans leurs Pré- 
ventions , croyent que la dèfenfe des 
Speclacles efl un devoir de leur m'ini- 
flere , ou du moins l'effet d'une fage 
prévoyance & d'un J crapule délicat : 
mais je crois au contraire que fi l'on 
apprenait aux jeunes gens , la vraye 
valeur des Speïlacles , il ferait plus 
fur de prévenir l'air de corruption 
qu'on leur attribue , & l'on ne man- 
querait pas une reffource mcrvedlcufc 
de polir l'efprit , d'épurer le goût & 
déformeriez mœurs .... Le "Théâtre 
François efl plus pur que jamais , & 
je doute qu'aucun Sermon fur l'hypo- 
crifie foit plus efficace pour convertir 
un faux dévot que la Comédie du Tar- 
tuffe .... Quoi de plus propre , pour- 
fuit notre Auteur , à former un ex- 
cellent carailcre dans une jeune per- 
fonne , que de lui faire éviter par de 
bons cenfeils , & par des représenta- 
tions naturelles & perfuafives , les 
impertmens caratleres que Molière a 
ridiculifé..,. 



JUIN 

ridiculifés... . Le jeune homme qui veut 
fe former au bien , tire de chaque cho- 
fe tout le bon qu'il en peut tirer ; 
s'il va h la Comédie , /'/ lit la Pièce 
Avant que de l'entendre , & par -là il 
fent tout le mérite que l'allion ajoute 
à la compofiiion. Il ne fort point de 
l'Avare fans en detefter l'infâme ca- 
ratlere,ni du Grondeur fans être plus 
raifonnable & plus doux. Il voit dans 
Ctnna , combien un repentir fincere 
peut laver de fautes , & combien la 
clémence Jçait gagner les cœurs. 

Au reftc , notre Auteur avertit 
qu'il ne blâme pas qu'on aille par 
curiohté a une Pièce nouvelle , 
mais qu'il blâme feulement qu'on 
ne cherche qu'à y fatisfaire fa cu- 
riofité. Quant au choix des Pièces , 
il croit que fi l'on fe trouve atta- 
qué de quelque humeur mélancho- 
lique qu'on ait peine à furmonter , 
une Pièce plus plaifante que belle 
furfit ; on commence alors , dit-il , 
par fe remettre , & on finit par fe 
réjouir : mais fi l'on eft dans une 
alfiette ordinaire il demande 
quelque chofe de plus , il veut 
qu'on choififTe ou une Tragédie 
dont la di&ion foit pure, lesfenti- 
mens grands , l'intrigue bien ma- 
niée , le dénouement naturel & ju- 
dicieux , ou une Comédie dans la- 
quelle on puifle apprendre en riant, 
à fe garantir de toutes les efpeces 
de ridicule. 

Pour ce qui eft de l'Opéra , il 
eftime qu'il faut bien des connoif- 
fances différentes pour en fentir 
toutes les beautez. 11 ne craint pas 
cependant de dire que celui qui 
connoît également la Comédie, Se 
Juin. 



» 17 34- v }J5 

qui la préfère à l'Opéra , fait preu- 
ve tout à la fois & de beaucoup 
d'efprit , & d'un difeernement dé- 
licat. 

L'Opéra eft moins un Spectacle 
qu'un aflemblagc de plufieurs 
Spectacles. Muliques , paroles 
Ballets , Machines , décorations, 
quelle dépenfe ! que d'Ouvriers ! 
Le Spectacle eft brillant, il éblouit, 
il étonne ; mais fi l'on en fait l'a- 
natomic on trouvera , dit notre 
Auteur , ou qu'il y a de grands dé- 
fauts dans chaque partie de ce 
Spectacle , ou qu'avec des parties 
bonnes en foi , ce n'eft qu'un tout 
médiocre. Les Opéra les plus par- 
faits ont des endroits qui ennuyent, 
& l'Auteur cite fur ce fujet l'Opéra 
d'Atys. 

On voit dans les autres Chapi- 
tres , combien les plaifirs de l'ef- 
prit & de l'ame font préférables 
aux plaifirs des fens, combien la 
reconnoiflance & la générofité font 
juftes , quel malheur c'eft de s'atta- 
cher trop aux riclielfes , comment 
il faut s'y prendre pour faire choix 
d'un état de vie. On y trouve un 
parallèle de l'éloquence avec la 
valeur , un contrafte de la pro- 
digalité & de l'avarice , diverfes 
règles concernant le bon ufage 
du crédit , de l'autorité & du 
bien , plufieurs confeils pour être 
heureux dans le mariage , &c. 
un grand nombre de reflexions im- 
portantes fur l'ufage du tems , fur 
ce qu'on doit à Dieu & au pro- 
chain , fur l'excellence de la Reli- 
gion Catholique , fur le refpect hu- 
main , fur la grâce , fur la colère & 
Xx 



524 JOURNAL D 

fur la vengeance , fur l'envie & fur 
la gourmandife , fur l'hypocrifie , 
fur la lecture des Livres Saints , fur 
les bonnes œuvres , telles que l'au- 
mône & la Prière -, fur la Parole de 
Dieu , fur le Sacrifice de la Mette , 
fur le l'efpect dû aux Eglifes , fur la 
mifere & fur la dignité de l'hom- 
me , fur l'orgueil & fur l'impiété , 
fur le peu de crainte qu'on doit 
avoir de la mort. 

Le toutfe termine par une Priè- 
re que l'Auteur fait à Dieu & dont 
voici les derniers mots : »> Daignez, 
x grand Dieu 3 répandre vos béné- 
3> dictions fur cet amufement que 
j> je vous offre en réparation de» 
» vains amufemens de ma jeunelle: 
» quoique j'aye pris plaifîr à ren- 
n dre hommage à la vérité , vous 
» n'en payerez pas moins mes foi- 
» blés foins au centuple -, vous me 
» l'avez promis , oui , mon Dieu , 
»> vous nous aimerez affez , les 
» miens & moi , pour nous infpirer 
n à tous de vous aimer infiniment, 
» de vous louer , de vous rcmer- 
» cier , de vous adorer toujours, & 
» de nous faire mourir de la mort 
«des Juites. 

Une des principales raifons que 
ceux qui déclament contre les 
Spectacles, ont coutume d'alléguer 
pour établir hrur fentiment , c'eft 
que, d'aller a la Comédie ou à l'O- 
péra , n'eft pas une action qui fe 
puilîe offrir à Dieu. Notre Auteur 
penfe autrement , puifqu'il offre à 
Dieu cet Ouvrage même dans le- 
quel, comme nous venons de voir, 
il fait un article exprès pour jufti- 
fiat k Comédie &. l'Opéra ; il prie 



ES SÇAVANS, 
le Seigneur de répandre fes béné- 
dictions fur un tel Ecrit. Il appelle 
cet Ecrit un amufement , & c'eû à 
ce qu'il dit , en réparation des 
vains amufemens de fa jeuneffe , 
qu'il offre à Dieu celui - ci. Que 
peut-on dire de plus ? Ce que nous 
venons d'extraire de ce Traité , cft 
infuffifant pour en donner une 
idée ; il nous faut rappeller quel- 
ques exemples de ce qu'on y lit fur 
la Grâce , fur la vengeance , fur la 
médifance , &c la calomnie , fur la 
gourmandife , fur l'hypocrifie ; ar- 
ticles que nous choifiifons non par 
préférence à un grand nombre 
d'autres qui ne méritent pas moins 
d'être cités, mais parce qu'ils nous 
ont paru plus fufceptibles d'Ex- 
traits. 

Sur la Grâce, 

» Quoique le joug du Seigneur 
» foit confolant , il eft pourtant 
» vrai qu'il a fes amertumes ; car 
» enfin il faut mortifier fa chair, & 
n la chair n'aime pas qu'on la mor- 
» tifie. Il faut donc refufer quelque 
» chofe à fes fens - y mais auflî dans 
» quel Pays & dans quel commer- 
» ce a-t-on rien pour rien ? Le com- 
» bat de la chair & de l'efprit eft 
>» l'affaire de toute la vie ... . Mais 
n ici je dois vous aguerrir contre le 
*> prétexte le moins raifonnable, & 
» pourtant le plus commun , fur le- 
» quel la plupart croyent juftifier 
»»le retardement de leur conver- 
j> fion. Je me convertirai , dit-on, 
» dès que Dieu m'en aura donné 
» la grâce. 



JUI 

» Cette façon de raifonner fi- 
» gnific préciféraent, que l'impiété 
»> veut rendre la grâce de Dieu ref- 
» po niable de la corruption de 
» liiommc. C'eft ainli que l'incré- 
» dule & l'endurci corrompent en 
h toute manière , le beau mot de 
» S. Auguftin : Da c/md jubés , & 
vjube e/uod vis. Fatales imagina- 
it tions de la Scholaftique , pour- 
»quoi fourrùflez- vous à l'homme , 
» des Sophifmcs ingénieux pour fe 
» tromper ? Que nous fommes dé- 
» raifonnables de nous fervir ii mal 
» de notre efprit ! Tout borné 
» qu'il eft , il veut fouiller dans les 
•» fecretsde Dieu , &c pénétrer des 
» myfteres fur lcfquels on ne lui 
» demande que confiance & foû- 
» million. On voit des perfonnes 
« d'érudition , de vertu , &c de mé- 
» rite , vouloir épuifer la matière 
» fur le Chapitre de la Grâce & de 
» la Providence ; & qu'y compren- 
» nent-ils ? Qu'y peut-on compren- 
»dre ? N'ai-je pas lieu de me plain- 
» dre de leur fçavoirtroprafiné ; 
» & de leur fubtilitc à diftinguer 
» & divifer , puifque ce jargon de 
» l'Ecole ne fert qu'à m'embarraf- 
» fer l'efprit ? Ai - je befoin d'une 
»fcience profonde pour me perfua- 
y der qu'il y a un Dieu î puis-jc 
n croire Dieu injufteî Dieu jufte me 
a» commande-t-il l'impolfiblc , & 
» confondra-t il dans fes jugemens 
» l'homme de bien & le fcélérat ? 

Notre Auteur , après ces refle- 
xions importantes , vient à des ex- 
plications qui ne font pas moins 
cflentielleSjÛ reconnoît que la grâ- 
ce eft un don gratuit, que Dieu eft 



N , I7Î4* m 

lefeul arbitre de fes grâces, qu'il 
les donne quand & de quelle ma- 
nière il lui plaît y qu'il trouve en 
nous la matière de fes vengeances, 
& ne trouve qu'en lui - même les 
raifons de fa mifericorde ; mais 
qu'il eft vrai auffi que la grâce ne 
nous manque jamais, & que nous 
manquons prefque toujours à la 
grâce. Que les bonnes œuvres nous 
attirent des grâces , & que la re- 
connoiflance des grâces reçues 
nous en attire de nouvelles; mais 
que s'il eft de la grandeur de Dieu 
de ne trouver dans les hommes 
d'autres fondemens de fa miferi- 
corde que la foiblelîc humaine , il 
eftaulfidela prudence du Chrétien 
de travailler à s'attirer cette miferi- 
corde par les bonnes œuvres ; que 
cependant au lieu d'y chercher le 
fecours & la force qui y font atta- 
chés , on fe jette dans des raifonne- 
mensqui tiennent plus de l'impié- 
té que de la feience. 

"Nous voudrions que la grâce 
«efficace nous enlevât tout d'un 
» coup , Se que Dieu fît feul les 
» frais de notre falut ; c'eft-à-dire, 
» que nous prétendons que Dieu 
» nous prévienne toujours , qu'il 
» fafte les premières démarches , 
»&qu'il nous donne les grâces donc 
» nous avons befoin , fans que de 
«notre côté nous ayions la peine de 
» les lui demander , c'eft une im- 
» pieté que de cenfurer l'ordre 
» de la Providence , & un attentat 
» que d'en vouloir pénétrer le my- 
» fterc ; fions nous -y , & faifons 
» de notre part , tout ce que nous 
» pouvons. Voilà les grandes ré- 
« gles. Xxij 



33$ JOURNAL D 

Notre Auteur remarque ici que 
les plaintes qu'on t'ait de la Provi- 
dence, &la déteftable excufe qu'en 
tire du prétendu manque de grâce, 
n'échappent qu'aux libertins du 
premier ordre, parce qu'ils ne crai- 
gnent rien tant que de fe corriger 
8c qu'ils aiment mieux fe taire une 
idée monftrueufe de la divinité que 
de rectifier leurs raifonnemens 8c 
leur conduite ; corruption de cœur 
qui produit à la fin celle de l'el- 
prit , & qui conduit à l'impénitep- 
ce finale. 

Chacun fçait cette parole de l'E- 
vanoile , que l'on n'entrera point 
dans le Royaume Célefte fi l'on ne 
relTemble à des enfans.Notre Auteur 
fait là - deiTus d'excellentes refle- 
xions. » Que de morales dans cette 
» parole , dit - il , peut-on lire un 
» plus beau Sermon fur la pureté 
» des mœurs & fur la fimplicité 
» Evangelique. Tel vife au Doclo- 
» rat , qui ne fçait pas fon Caté- 
»chifme ; on n'aime que les ma- 
n tieres incompréhenfibles ; 8c à 
» quelque prix que ce puilîe être , 
» on veut faire le bel efprit. AL- 
» mons les Sciences , mais ne per- 
» dons jamais de vue les f ondemens 
» de notre Religion. Reparlons 
» fouvent le Décalogue , faifons-en 
• notre pain ordinaire. Ce confeil 
» eft uni , mais il eft falutaire , &c 
» puifque nous devons reflembler 
» aux enfans , ne faifons pas fotte- 
» ment les Docteurs. . . . 

Sur la Vengeance. 

La Vengeance - t dit notre Au- 



ES SÇAVANS, 

teur t eft le vice des dévots; mais 
ce n'eft point celui d'un grand 
homme , ni d'un homme de bien. 
Un Courtifan du jeune Théodofe 
lui reprochoit refpe&ueufement 
d'être trop doux : En vérité , lui ré- 
pondit ce Prince } bien loin de vou- 
loir faire mourir lesvivans, je vou- 
drais pouvoir rejfufciter les morts. 

Pour faire voir combien on doit 
fuir la vengeance , notre Auteur 
remet fous les yeux, la gloire qu'on 
acquiert à pardonner , 8c les maux 
qu'on s'épargne en même tems à 
foi-même. 

» Quelle vengeance plus illu- 
» ftre , dit-il 3 que de voir ceux qui 
» nous ont orTenfés réduits à nous 
» demander grâce. Il y a donc de la 
» grandeur à pardonner. Mais 
» comptera-ton pour rien les pei- 
» nés qu'on s'épargne en pardon- 
n nant ? Quelle foule de mouve- 
» mens furieux dans l'ame d'un 
«vindicatif ; c'eft un aiîemblage 
» d'inquiétudes affreufes , de foins 
» devorans , de dangers de toute 
» efpece , de funeftes confidences , 
» 8c d'homicides penfees. Je crois 
» voir toutes les Eumenides la tor- 
»che à la main 8c la tête chargée de 
» ferpens , acharnées fur le cœur du 
» vindicatif : fentons bien le mé- 
»rite de ce repos précieux qu'Ho- 
rs race eftimoit tant ; 8c raifonnons: 
» Dieu me fait une loi de ce qui 
*» faifoit les plus doux plaifîrs d'un 
» Payen honnête homme. Oh ! que 
» la loi qui 'me preferit de confer- 
» ver toujours de la tranquillité & 
» de la douceur , que cette Loi qui 
» m'apprend à réprimer mes fuil- 



JUIN, i7î 4- 337 

«lies, & à vaincre mes paillons , «l'éternité devant les yeux , pour 
» eft une aimable & une admirable »ne pas trop manger ou trop boire. 
» Loi ! Serois-je aullî- bien conduit » Eft- ce donc que ma fanté ne me 
» fi je meconduifois moi-même » le défend pas allez ? La feule po- 



De cet article l'Auteur paffe à 
celui de la médifance & de la ca- 
lomnie. Il remarque que félon le 
monde -même , il n'eft rien de 
plus indigne que de parler mal 
d'autrui. Il demande s'il n'y a pas 
une petiteiTe infinie à n'avoir de 
l'efprit qu'aux dépens de fon pro- 
chain. » Vous menagera-t-on , con- 
» timie -t - il 5 quand on verra que 
» vous ne ménagez perfonne ? Si 
wvous révélez le fecret confié , ou 
» fi vous calomniez, vous êtes fou- 
an verainement malhonnête hom- 
»me. Si vous m'apprenez le début 
» caché de votre voifin , je n'écoute 
» pas l'hiftoire , je ne penfe qu'à 
» votre malignité. Il eft donc vrai 
» que la Religion qui m'oblige à 
» mefurer mes paroles , eft une ex- 
» cellente Religion. Nonje ne puis 
» trop le répeter , la Religion 
» Chrétienne n'exige rien de 
n l'homme, qui ne convienne à fon 
» vrai bonheur pour le tems , à fa 
» probité, à fa fanté, à fon repos 3 & 
» à fon amour propre , fi l'on fça- 
» voit fe bien aimer foi-même. 

Ce que l'Auteur remarque fur 
la gourmandife, fera encore mieux 
fentir la vérité de cette maximej 

Sur la Gourmandife. 

»Puifque la gourmandife eft fpé- 
n cialement défendue , je vous de- 
* mande : me faut-il une Loi écrite, 
» ai-je befoin d'avoir fans cefte 



» litefie fait regarder avec horreur 
» un gourmand de profelfion ; aulfi 
» ne voit-on guéres que des ftupides 
» qui foient fufceptibles d'un dé- 
» faut aufli méprifable j parce que 
» c'eft celui qui raproche le plus 

» l'homme de la bête 

Notre Auteur au refte avertit 
qu'il ne prétend pas démontrer 
l'excellence de la Religion Chré- 
tienne , uniquement par le foin 
qu'elle prend de reprouver des vi- 
ces que les honnêtes gens déte- 
llent. 

» En cela , dit-il , l'Evangile me 
» femble ne faire que l'office d'un 
» fage Gouverneur : c'eft me pref- 
» crire des règles de conduite qui 
» puifient m'attirer de la part des 
«hommes, plus de confiance & 
n d'amitié , c'eft m'apprendre le 
«moyen de vivre plus heureux & 
*> plus long-tems ; mais de me ren- 
» dre méritoire pour l'Eternité le 
» plaifir que j'aurai pris à vivre en 
» homme réglé , en homme fage , 
» en homme vrai; me tenir compte 
» du foin que j'aurai eu de ma re- 
» putation , de ma fortune , de 
» ma fanté , de l'heureufe occafion 
n que j'aurai faifie d'obliger un 
» honnête homme , ou de fecourir 
» un malheiiïeux ; me f ça voir gré 
»de mon attention à payer mes 
y> dettes , à remplir les devoirs de 
x> mon état , à ne me point livrer à 
n des parlions brutales, me recom- 
» penfer d'un peu de force d'efpnt 



3iS JOURNAL DES SÇAVANS. 

• qui me fait fupporter patiem- » mieux tromper les hommes , un 



» ment une difgrace ou une injure, 
» accidens aufquels j'ai donné lieu, 
» ou que je pouvois éviter : en vé- 
» rite , c'eft le comble des miferi- 
» cordes du Très-Haut. Non , on 
» ne fçauroit allez publier l'excel- 
» lence d'une Religion auffi fainte 
» & auffi confolante. . . . 

Sur l'Hypocrifie. 

» Que l'Evangile fait bien l'é- 
» loge de la probité , en décla- 
» mant auffi vivement contre 
a» l'hypocrifie ! On a bien de la 
» peine à trouver un homme de 
» bien , & il pleut des dévots. Il 
» eft vrai que le titre de dévot eft 
» un vernis admirable pour un fri- 
»pon & pour une femme déré- 

» glée Je ne crois point d'a- 

» thées , mais je crois que rien n'en 
j> approche tant que l'hypocrite. 
«C'eft un fcéiérat qui n'affecte de 
» paroître craindre Dieu, que poux 

HISTOIRE CRITIQVE DE L'ETABLISSEMENT DE LA 
Monarchie Françoife dans les Gaules : par M. L'Abbé du B o s , l'un 
des Quarante , & Secrétaire perpétuel de l'Académie Françoife. A Paris, 
chez Chaubert, Quai des Auguftins , à la Renommée & à la Pru- 
dence ; Cijfey , rue de la vieille Bouderie , à l'Arbre de JefTé ; rue 
S. Jacques , chez Ofmont , à l'Olivier -, Huart l'aîné , à la Juftice ; 
Cloufier , à l'Ecu de France : Quai des Auguftins , chez Hourdel \ Da- 
vid le jeune , à l'Efperance. 1734. /«-4 . trois Vol. Tom. I. pp. 53^. 
Sans le Difcours Préliminaire. Tom. II. pp. 611. Tom. III. pp. 552. 
fans la Table. Planch. 1. 



fcélerat qui trafique ce que nous 
» avons de plus augufte , & qui le 
» fait dans la feule vue de pouvoir 
» refter toujours impunément vi- 
» cieux , à la faveur d'un peu de 
» réputation dérobée. 

» Au fujet de ce vice qui eft dia- 
»> métralement oppolé à toute Re- 
»•> ligion , & à l'honneur , je bazar- 
da de une proposition bien fimple , 
» & je l'addrefle aux Déifies. Je 
» leur dis : vous croyez un Dieu , 
» & vous croyez qu'il y a tout au 
» moins dans le monde un homme 
» de bien , & un hypocrite. La 
» confequence eft abfolument né- 
y ceflaire : il y a donc un Paradis 
» & un Enfer. 

A conliderer la nature de ces re- 
flexions , & d'un grand nombre 
d'autres auffi graves &: auffi impor- 
tantes qui compofent ce Traité , il 
eft difficile de les concilier avec 
le badinage de l'Exorde. 



LA Préface & le premier Livre 
de cet Ouvrage ont fait la ma- 
tière d'un Extrait imprimé dans 
notre dernier Journal. Nous ren- 



drons compte dans celui - ci , des 
deux Livres fuivans. 

II. Le fécond Livre contient un 
détail des événemens axiivés dans 



JUI 

les Gaules depuis la grande inva- 
fion qu'y firent les Barbares en 407 
jufqu'à l'année 456' ; ôc quoique les 
Francs n'y joiiaiîent point encore 
de rôle considérable , leur Hiftoirc 
ne laifle pas de fe trouver elTentiel- 
lement liée à cette révolution qui 
difpofa les Romains des Gaules à 
implorer le fecours de cette belli- 
queufe Nation, Sc'à fe jetter, pour 
ainfi dire , entre fes bras. 

L'Auteur expofe d'abord quel 
étoit alors l'état de l'Empire Ro- 
main en Occident. Devenu fouve- 
rainement defpotique , il étoit en- 
tre les mains d'Honorius, Prince 
foible , dépourvu du talent de fc 
faire craindre , & livré totalement 
à Srilicou Vandale d'origine , fon 
premier Miniftre , fon Favori , fon 
beau-pere , & Généraliiïime de fes 
Armées. Celui-ci non content de 
régner fous le nom d'aurrui , & 
voulant mettre fur le Trône fon 
propre fils , que pour ce dclTein il 
avoit fait élever dans l'Idolâtrie : 
follicita fous main lcsBarbares.dont 
jufqu'alors il avoit été le fléau , & 
principalement les Vandales , de 
tenter une irruption dans les Gau- 
les ; efperant que la confufion où 
feroit alors tout l'Empire , jointe 
au prenant befoin qu'on auroit de 
fesfervices, lui fourniroit l'occa- 
fion la plus favorable pour exécuter 
fon grand projet. Ses follicitations 
eurent d'autant plus de crédit fur 
ces Barbares , qu'il s'y joignit le mê- 
me motif, qui dans les ûécles pré- 
cedens avoit puiftamment détermi- 
né les Nations encore demi-fauva- 
ges à envahir l'Italie & les Proviu-. 



N, 1754- 33P 

ces de la Gaule les plus fertiles ; 01 
ce motif, félon l'Auteur qui cite 
fes garans , étoit le défirde s'y gor- 
ger de vin & de s'y raflafier des 
fruits qu'on y cultivoit, & qui ne 
croilîoient pas chez ces peuples. 

Le Dernier Décembre de l'année 
de J. C. 407. ( dit notre Auteur) fut 
la journée fatale , où ces Babares en- 
trèrent dans les Gaules pour n'en 
plusfortir. Le peu de circon (lances 
que l'on fçait de cette invafion fe lit 
dans Orofe , dans Procope & dans 
un Fragment de Frigeride rapporté 
par Grégoire de Tours : & il réful- 
te de ces témoignages , que les 
Francs établis alors fur la rive droi- 
te du Rhin , défendirent le partage 
de ce fleuve contre ces Barbares , 
qu'ils battirent même en plus d'u- 
ne rencontre , mais fousl'effort def- 
quels ils fuccomberent à la fin. 
Ces Barbares , après avoir paiTé le 
Rhin , traverferent toute la Gaule 
& la ravagèrent jufqu'au pied des 
Pyrénées. Malgré le filence des Hi- 
ftoriens , il n'eft pas vraifcmblahle 
qu'une telle invafion n'ait été tra.- 
verfée par aucun obftacle , & 
qu'il n'y ait eu depuis le Rhin juf- 
qu'à cesMontagnes plufieurs com- 
bats donnés & quelques Villes af- 
fiégées; mais c'eft de quoi il ne nous 
refte aucun détail. 

L'indignation contre la perfidie 
de Stilicon &c contre l'imbécillité 
du Prince qui employoit un tel 
Miniftre , caufa la révolte des 
Troupes Romaines dans la Grande- 
Bretagne. Elles proclamèrent Em- 
pereur un de leurs Généraux nom- 
mé Conftantin,qui fut reconnu, pat 



340 JOURNAL DE 

la meilleure partie des Gaules &c 
par les Troupes Romaines qui s'y 
trouvoient éparfes ; exempl: que 
fuivirent plufieurs Citez d'Efpagnc. 
Conftantin défit les Barbares dans 
les Gaules en plufieurs occalions , 
en châtia une partie hors du Pavs , 
contraignit l'autre à fe cantonner 
aux extrémitez de cette grande 
Province , ou à s'y habituer en 
qualité de bons 6V: véritables Con- 
fédérés : en un mot il y rétablit 
dans l'efpace d'une année les affai- 
res des Romains. Honorias trop 
foible pour détruire cet ufurpateur, 
prit le partide l'afTocier à l'Empire, 
après la mort de Stilicon malîacré 
par les Soldats ; & d'un autre côté , 
les Vandales , les Alains & les Sue- 
ves cantonnés dans les Provinces 
Méridionales de la Gaule , Se inti- 
midés par ce Traité de l'Empereur, 
fe jetterent en Efpagne. 

Conftantin y envoya fon fils 
Conftans , qui fournit toute cette 
Province i ildefcendit lui même en 
Italie pour en chaffer les Vifigots , 
& peut-être pour fe rendre maître 
de la perfonne d'Honorius, ce qu'il 
n'exécuta pas cependant. Mais en- 
fuite la confufion devint telle dans 
l'Empire , qu'avant l'année 410 ré- 
volue' , il fe forma un nouveau par- 
ti en Efpagne , la Grande Bretagne 
fe révolta , plufieurs Provinces des 
Gaules s'érigèrent en Républi- 
que , & Rome fut prife par les Vi- 
figots. M. l'Abbé du Bos difeute en 
particulier tous ces évenemens d'a- 
près les Hiftoricns qui en font 
mention. Il explique par occafion 
ce qu'on entendoit par le mot de 



S SÇAVANS, 

Bagaudes , qui figtiihoit propre- 
ment des révoltés , & qui venoit 
du mot Celtique B.tgad , pris pour 
{'Attroupement, l'alTemblée féditieu- 
fe des habitans d'un Pays : nom 
que les Gaulois révoltés fous Dio- 
cleticn s'étoient donné , <Sc que 
dans la fuite on appliqua indiffé- 
remment à toy,s ceux qui vou- 
loient fecoùer le joug des Ro- 
mains. NotreAuteur trouve aulîïlc 
moyen de concilier deux dates d'un 
même événement alléguées dif- 
féremment par Idace & par Ifidore 
de Seville ; ce qui conlîire à fuppo- 
fer que l'un comptoit par années 
courantes , & l'autre par années 
révolues. 

Les Provinces de la Gaule , qui 
fe mirent en République après 
l'invafion des Barbares furent celles 
qui compofoient le gouvernement 
Àrmorique ou Maritime , dont 
nous avons parlé dans notre pre- 
mier Extrait. M. l'Abbé du Bos 
compare l'état de cette Républi- 
que avec celui où les Provinces- 
Onies des Pays Bas après leur fou- 
levement contre le Roi d'Efpagne, 
demeurèrent durant les premières 
années de leur révolte ; c'eft-à dire, 
le reconnoillant toujours de bou- 
che pour leur Prince légitime , 
priant Dieu pour fa profperité , 
faifint en fon nom le procès à fes 
fujets fidèles , frappant à fon coin 
la monnoye deftinée à payer les 
Troupes qui agiffoient contre lui ; 
en un mot lui faifint prêter fer- 
ment par des Officiers qui ne pou- 
voient cependant lui obéir fans être 
punis comme traitres. De même 
les 



JUIN 

les Armoriques auront déclaré 
qu'ils ne fe foulevoient pas contre 
l'Empire , qu'ils regardoient tou- 
jours comme leur Souverain légi- 
time; mais qu'ils ne vouloient plus 
reconnoîtrefes Officiers 8c fes Ma- 
giltrats, que leurs exactions Se leurs 
dillipations rendoient -indignes de 
la confiance du Prince. Auffi ( fé- 
lon Salvien ) n'ont-ils jamais ref ufé 
leurs fecours à l'Empire , jufqu'à 
leur entière foiïmifïion à Clovis, 
en 497. 8c notre Auteur préfume 
qu'ils continuèrent à frapper leur 
monnoye au coin de l'Empereur 
régnant , de quoi il allègue plu- 
fleurs preuves , qu'on peut voir 
chez lui , 8c parmi lefquelles il cite 
un pafTage de la Loi Gombette, au 
fujet des fols d'or , dans le Texte 
de laquelle il lit avec beaucoup de 
vraifemblancc Solidos Armoricanos , 
au lieu A'Ardaricar.os , qui ne fait 
aucun fens raifbnnable. Nous ren- 
voyons aufll .à fes conjectures fur 
la forme de gouvernement que fe 
preferivit cette nouvelle Republi- 
que des Armoriques. 

Notre Hiftorien raconte enfuite 
ce qui fe paffa dans l'Empire d'Oc- 
cident depuis 410. jufqu'à 416. Les 
plus remarquables de ces évene- 
mens furent la révolte de Géronce 
contre le Tyran Conftantin qu'il 
affiegea dans Arles, après avoir fait 
proclamer Empereur un Officier 
nommé Maxime ; la levée de ce 
fiége , à. l'approche de l'armée , 
commandée par le Patrice Con- 
fiance ; fur quoi l'Auteur obferve 
que le Patriciat étoit la troiûéme 
dignité de l'Empire , Si fuperieu- 
Juin, 



, *7 34« r 34* 

re à celle des Préfets du Prétoire ; 
le fécond Siège d'Arles fait par 
Confiance , qui prit cette Ville &c 
le Tyran Conftantin, qu'Honorius 
fit mourir ; Jovin , l'un des plus 
puiflans Seigneurs des Gaules, pro- 
clamé Empereur dans les deux 
Provinces Germaniques; l'entrée 
des Vifigots conduits par Ataul- 
phe dans les Gaules , pour y pren- 
dre des quartiers, à condition de 
fervir l'Empire , comme Troupes 
Auxiliaires, vivant au furplus fé- 
lon leur Loi Nationale , 8c n'ayant 
d'autre Supérieur que leur Roi ; 
( 8c c'eft , remarque l'Auteur , la 
première Colonie de Barbares éta- 
blie dans le territoire de l'Empire , 
comme indépendante des Officiers 
Civils par la conce (lion du Prince ) 
la fin tragique du Tyran Govin , de 
fon frère Sebaftien , qu'il avoir af- 
focié à l'Empire , 8c de plufîeurs 
de leurs partifans , dont Àtnulphe 
débarrafTa Honorius : le pafTage 
des Bourguignons dans les Gaules 
où ils s'emparèrent de pluficurs 
Contrées fur la rive sauche du 
Rhin , qui font aujourd'hui l'Alfa- 
ce & la Franche Comté; la révolte 
d'Héraclien Proconful d'Afrique , 
lequel y prit la pourpre , & y pé- 
rit peu de tems après : le mariage 
d'Ataulphe avec Placidie fœur 
d'Honorius, laquelle par fon habi- 
leté fçut ramener l'efpnr de fon 
époux & le mettre dans les intérêts 
de fon frère ; la mort d'Ataulphe , 
8c la retraite des Vifigots qui re- 
prirent la route d'Efpagne , après 
avoir rendu Placidie à l'Empereur. 
Au commencement de l'année 
Yy 



i42 JOURNAL DE 

417. Honorius entra en négocia- 
tion avec les Armoriques , par le 
rainiftere d'Exuperance , Citoyen 
du Diocéfe de Poiriers , lequel re- 
duifit une partie de ces Républi- 
cains fous l'obéiffance de ce Prin- 
ce. Celui-ci en même tems envoya 
Cafiinus Chet de la Garde Impéria- 
le faire h guerre à ceux des Francs 
qui avoient pillé Trêves , & qui 
peut-être s'étoient cantonnés fur le 
territoire de l'Empire. On ignore 
quel en fut le fuccès. Mais l'année 
fuivante, Honorais donna un Edit 
pour rétablir l'ordre dans celles 
des Provinces des Gaules , qui re- 
connu iiToient pleinement fon auto- 
rité , & pour ordonner qu'à l'ave- 
nir , l'affemblée générale de ces 
Provinces fe tiendroit dans Arles. 
L'Auteur nous communique cet 
Edit dans toute fon étendue , & y 
lait fes obfervations , entre autres 
celle qui roule fur ks fept Provin- 
ces de la Gaule mentionnées dans 
cet Edit , &c que l'Auteur croit 
différentes de celles , qui aupara- 
vant recevoient cette dénomination 
dans l'ufage vulgaire. Ses preuves 
fur cet article méritent d'être con- 
fultées , & l'on y trouvera la cor- 
rection importante d'une faute qui 
s'eft gliiTée dans la Notice de l'Em- 
pire , où on lit J^izariusfeptem Pro- 
vinciarum j au lieu de Vic*rius de- 
cem &Jeptem Provincïarum. 

En 4 19. les Vifigots qui avoient 
évacué les Gaules , y rentrèrent de 
l'aveu du Patrice Confiance pour y 
occuper les mêmes quartiers qu'au- 
paravant, à condition de remettre 
à l'Empire Romain plufieuis Con- 



S SÇAVANS, 

trées de i'Efpagne qu'ils avoient 
reconquifes iur les autres Barbares. 
Ce retour des Vifigots fut fuivi de 
nouveaux troubles dans l'Empire 
par la mort de Confiance , à qui 
Honorius avoit donné la pourpre , 
après lui avoir fait époufer Placidie 
Veuve d'Ataulphe ■■, par la défaite 
des Troupes Romaines; par la ré- 
volte de Bonifiée qui fitlbulevei 
l'Afrique ; par la difgrace de Placi- 
die , que fon frère Honorius accu- 
foit de vouloir le trahir , difgrace 
qui fut fuivie de la mort de cet Em- 
pereur après un règne de 30 ans. 
Les Troupes d'Italie lui donnèrent 
pour SuccelTeur un des principaux 
Officiers de la Garde Impériale 
nommé Jean , lequel fit Grand- 
Maître de fa MaifonActius, que fes 
exploits rendirent depuis fi célèbre. 
Ce nouvel Empereur ne jouit pas^ 
long-tems de cette dignité. Placi- 
die qui s'étoit réfugiée à Conftanti- 
noplc près de fon neveu l'Empe- 
reur Théodofe le Jeune , revint en 
Italie par l'ordre de ce Prince , ac- 
compagnée de fon fils Valentinien 
qu'elle avoit eu de l'Empereur 
Confiance , 5c fuivie d'une armée , 
deftinée à chafier du Trône l'Ufur- 
pateur. Cette Princeffe négotia fi 
heureufement avec Aëtius , que le 
Tvran fut abandonné , défait Se 
tué -, ce qui reduifit tout l'Empire 
d'Occident fous l'obéiffance de 
Théodofe , lequel dès la même an- 
née le donna au fils de Placidie, 
fi>us le nom duquel cette habile 
Princeffe gouverna l'Empire juf- 
qu'à fa mort. M. l'Abbé du Bos 
nous raconte enfuite les évenernens 



JUIN, I7?f 545 

arrivés pendant les trois premières d'où l'on infère que c'eft dans la 



années du nouvel Empereur , fi 
gnalées par les victoires d'Aétius 
fur les Vilîgots , qui affiegeoient 
A' les , fur les Juthunges , Peuple 
Allemand , qui s'étoit emparé de la 
Norique , & fur les Bourguignons 
de même que fur les Francs ; mais 
où fe trouve auflî l'époque funefte 
de la tranfmigration des Vandales^ 
qui pallerent d'Efpagne en Afri- 
que fous la conduite de Genferic 
leur Roi. 

A propos de l'expédition d'Aé'- 
tius contre les Francs ; l'Auteur 
obferve i°. queClodion commen- 
ça de régner fur ce Peuple vers 
l'année 4*6. z° Qu'il refidoit alors 
dans l'ancienne France ou au-delà 
du Rhin; ce qui n'empêchoit point 
qu'il n'occupât dans les Gaules 
quelque Canton fitué vis-à-vis du 
petit Etat qu'il avoit dans la Ger- 
manie ; 8c que lorfqu'Aëtius ayant 
défait les Francs eut recouvré ce 
Canton des Gaules ufurpé fur les 
Romains , il eft probable que ce 
Général aura permis à ces Barbares 
d'habiter fur quelque partie du> 
territoire de l'Empire , à condition 
de s'avouer fes fujets & de le fer 



Taringe f région de la Germanie , 
qu'il faut chercher Difpargum , & 
non pas dans le Pays de Tongrcs , 
l'une des Citez de la Gaule. M. 
l'Abbé du Bos foûtient qu'il ne s'a- 
git point de la Turinge , dans Gré- 
goire de Tours , & qu'il n'y a mê- 
me aucune corre&ion à faire dans 
fes Manufcrits, parce qu'on em- 
ployoit alors indifféremment les 
mots Toringia & Tongria, Toringi & 
Tongri pour défigner le Pays de 
Tongns &c les Peuples qui l'habi- 
toient ; que les Turinginu de Ger- 
manie & les Tongnens des Gaules 
étoient originairement le même 
Pc uple ; dont le nom recevoit dif- 
férentes prononciations -, ce qu'il 
appuyé de preuves très -folides, 
auxquelles nous renvoyons } pou* 
abréger. 

Les intrigues d'Ae'tius mécon- 
tent de Placidie , fa promotion ait 
Confulat , fa difgrace , fa retraite 
chez les Huns , fon raccommode- 
ment avec la Cour \ qui lui confère 
la dignité de Patrice, font les prin- 



cipaux évenemens qui fe panèrent 
depuis 4 29.jufquesà 434. & l'Au 
teur obferve en cet endroit que les 
vir dans fes guerres. L'endroit de Confédérés Armoriques font ap- 
la Gaule , où Clodion faifoit fa re- pelles Bagaudes j dans ta' Chroni- 
fidence, ( félon Grégoire de Tours) que de Profper & que c'eft d'eux 



étoit Difpargnm ( à prefent Duyf- 
borch ) fur la lifiere de la Cité de 
Tongres. 11 fe prefertte ici une 
difficulté fur ce quedans la plupart 
des Manufcrits de cet Hiftorien , 
on lit dans le paftage dont il eft 
queftion , Toringia , & non pas 
Tongria , Toringi & non pas Tongri; 



que veut parler celui-ci , lorfqu'il 
dit que les Provinces Septentriona- 
les de la Gaule fe fou levèrent en fa- 
veur des Bagaudes ( in Bagaudianj') 
car c'eft en ce fens que notre Au- 
teur explique la prépofition ( in ) 
du pafTage de Profper , & c'eft de 
quoi il donne des raifons pîaufibles 
Yyij 



344 JOURNAL D 

ainfi que de cette expreffion ( les 
Provinces Septentrionales de la Gau- 
le ) par lefquelles il rend le GaUia 
nlterioràu Chroniqueur. 

Aëtius de retour dans les Gaules 
dès l'année 435. y fit divers ex- 
ploits. Il y fournit le Roi Gundicai- 
re £< les Bourguignons , qui l'an- 
née fuivante , peut-être fur les or- 
dres mêmes du Général Romain , 
furent exterminés par les Huns 3 
qu'il avoit fait venir comme trou- 
pes auxiliaires contre les Vifigots 
& les autres ennemis de l'Empire. 
Il battit pluiîeurs fois les Vifigots , 
en 43 & : allîgna des quartiers (tables 
dans le voifinage d'Orléans aux Scy- 
thes ou Alains qui fervoient dans 
ion Armée; puis fe rendit à la Cour 
de rEmpercur.M.PAbbé duBos fait 
une correction importante au Tex- 
te de Profper , où il lit Vrbis Au- 
reliana deferta rura, s au lieu à'Vrbis 
Jfalentina , &c. Se il en allègue de 
folides raifons. 

En l'abfence d'Aetius , Litorius 
fon Lieutenant après quelque avan- 
tage remporté fur les Armoriques , 
attaqua les Vifigots , qui ne s'y at- 
tendoient pas , mais fon armée fut 
défaite , Se lui fait prifonnier : ce 
qui n'empêcha pas que la même 
année l'on ne fit la paix avec les 
Vifigots. Cette paix jointe à celle 
que Valentinien fit avec les Vanda- 
les- d'Afrique , mit Aëtius en étar 
de penferaux affaires de la Gaule , 
fur- tout à réduire les Armoriques. 
II. chargea de cette expédition les 
Alains établis fur la Loire : mais 
S. Germain d'Auxerre ayant inter- 
jpofé: fa médiation _, en faveur des 



ES SÇAVANS, 

Armoriques , mit ces Provinces- à 
couvert du ravage , & leur obtint 
une fufpenfion d'armes. 

Elle ne fut pas de longue durées 
ces peuples rompirent bien-tôt la 
négotiation qui fe faifoit pour eux 
à la Cour de Valentinien , & l'Au- 
teur attribue cette rupture à 4 mo- 
tifs difterens fur lefquels il s'étend' 
fort au long. Le premier étoit 
l'embarras que donnoit au Patrice 
Aëtius finvafion faire vers l'an 445. 
dans le Nord des Gaules par les- 
Francs , qui s'y étoient rendu maî- 
tres de Cambrai &c de Tournai. Le 
fécond étoit l'état déplorable où> 
les Provinces obéilTantes des Gau- 
les fe trouvoient réduites parla 
faute des Officiers du Prince. Le 
troiiiémc aura pu être l'opinion- 
prefqueuniverfelle alors ; quoique 
faulle Se ridicule , Que le terme 
marqué par les Dieux pour la du- 
rée de l'Empire Romain , alloit 
expirer. Enfin le quatrième motif 
aura été l'abus que les Officiers du 
Prince faifoient de la fufpenfioiv 
d'armes , pour former chez les Ar- 
moriques un parti à l'aide duquel- 
ils pulfent les remettre fous le 
joug. 

M. l'Abbé du Bos prouve forr 
bien , contre le P. Daniel , que le 
tems , où Clodion fut battu en Ar- 
tois par Aëtius efl fort pofterieur à' 
l'année 428. ainfi que le tems où il- 
conquit le Cambrefis & les Con- 
trées adjacentes jufqu'à la rivière 
de Somme : après quoi il nous fait 
connohre fort diftinètementqucls' 
étoient les Francs furnommés Ri-- 
puaires. 



L'Auteur nous décru 
l'état malheureux des Provinces 
Gauloifes encore foîumfes à l'Em- 
pire , Se où la mifere reduifoit plu- 
fieurs Citoyens à fe bannir eux- 
mêmes de leur Patrie , pour fe 
fouftraire aux vexations des Bar- 
bares cantonnés en divers endroits 
en qualité de troupes auxiliaires , 
aux taxes Se aux impofitions exor- 
bitantes, à la dureté, à la cruauté 
des Exaclreurs publics, aux injufti- 
ces criantes des gens riches. C'eft 
de quoi rendent témoignage les 
Auteurs contemporains , entre- 
autres Salvien , dont on tranferit 
iciplufieurs paffages. 

Aétius créé Confiai pour la troi- 
fiéme fois en 446. étant paffé en 
Italie pour y prendre poffelfion de 
cette dignité ; les Armoriques re- 
prirent les armes , & firent une en- 
treprife fur la Ville de Tours . 



JUIN, 1754- 34J- 

nfuite Gaules fe trouvoient alors , qu'il 
n'y en avoit plus que le tiers , où 
les Officiers de l'Empereur fulTent 
obéis , Se où ils pullent exiger de, 
fubiîdes & lever des troupes. En- 
core ce tiers étoit-il compofé , non 
de Citez contigues, mais de Citez 
difperfées çà Se là. 

Tel étoit l'état de l'Empire dans 
les Gaules , lorfqu'en 449. le bruit 
de l'invafioii que devoit y faire At- 
tila Roi des Huns , s'v répandit, Se 
obligea les Romains à faire la paix 
avec les Francs & les Armoriques. 
Merovée regnoit alors chez les 
Francs , Se l'année fuivante mourut 
Théodofe le jeune , Empereur d'O- 
rient ; ce qui détermina le Roi des 
Huns à ne pas différer plus long- 
tems l'exécution de fon entreprife. 
Notre Auteur la détaille ici dans 
toutes fes circonftances , fur les- 
quelles nous ne pourrions le fuivre 



qu'Aé'tius avoit remife fous l'obéif- fans trop nous étendre. Les princi- 
fanee de l'Empire, ainfi que tout pales furent l'entrée d'Attila dans 
le Pays le long de la Loire , depuis les Gaules à la tête d'une armée des 



cette Ville |ufqu'à Orléans. Mais 
Majorien depuis Empereur , fit 
avorter cette entreprife. Vers ce 
même tems y£gidius-Afranius con- 
nu fous le nom du Comte Gilles ou 
Gellon , Se depuis Généralifllmc 
des Romains dans les Gaules , mit 
le Siège devant la Fortereffe de 
Chinon , que tenoient encore les 
Armoriques , quoiqu'en dife M. 
Adrien de Valois , qui par une fup- 
poiîtion infoûtenable ( ajoute l'Au- 
teur ) prétend que cette Place 
éteit alors occupée par les Vifigots, 
Il refulte de ce que nous expofe ici 



plus nombreufes; le Siège de Metz 
Se fa prife , fuivie du Sicge d'Or- 
léans ; la marche de l'armée Ro- 
maine fortifiée de tous fes alliés , 
Vifigots, Francs, Alains , Armo- 
riques , Létes , Saxons de la Cité 
de Bayeux , Bourguignons , Ri- 
puaires Se Bréons , laquelle vint au 
fecours de la Place , dont Attila 
leva le Siège , pour regagner prom- 
ptement le Rhin; fa défaite aux en- 
virons de Châlons fur Marne ; la 
mort deThéodoric Roi des Vifi- 
gots , lequel périt dans le combat. 
L'Auteur nous raconte enfuite 



M. l'Abbé du Bo* fur l'état où les l'irruption d'Attila en Italie , & fa- 



346 JOURNAL DES SÇAVANS, 

retraite; fur quoi il examine s'il eft ( dit l'Auteur) étoient ïegardés 



vrai que ce Prince ait fait une fé- 
conde invafion dans les Gaules ; Se 
il décide pour la négative. 

M. l'Abbé du Bos dans les deux 
derniers Chapitres de fon premier 
Volume nous entretient du meur- 
tre de Thorifmond Roi des Vifi- 
gots , à qui fucceda fon frereThéo- 
doric H. Se de diverfes particulari- 
tez concernant la manière de vivre 
& la Cour de celui-ci , ce qui peut 
fervir (dit-il) à nous donner quel- 
que idée de la Cour de nos pre- 
miers Rois. 11 nous parle enfin du 
meurtre d'Aé'tius , fuivi de celui 
de l'Empereur Vaientinien III. au- 
quel fucceda Maxime, qui au bout 
de quelques femaines tut dépofé 
par. les Vifîgots , lefquels mirent en 
la place Avwus. 

III. Le trorûéme Livre de cette 
Hiftoire , qui comprend le règne 
deChildcric Si celui de Clovis juf- 
qu'à fon baptême ; devient , com- 
me l'on voit, plus întererTant pour 
nous pat rapport aux Francs qui 
commencent à y joiier un grand 
rôle. 

M. l'Abbé du Bos examine d'a- 
bord les droits que l'Empire d'O- 
rient avoit fur l'Empire d'Occi- 
dent, en confequence du partage 
qui s'étoit fait du peuple Romain 
en deux peuples : Se il croit cet 
examen d'autant plus utile pour 
l'intelligence de notre Hiftoire , 
que ces droits ont été reconnus par 
les Francs & les autres Barbares , 
établis dans les Gaules en qualité 
de Confédérés. Dès que lTmpe- 
reur d'Orient Se celui d'Occident 



comme deux Collègues , Se que 
d'autre part , la Monarchie Ro- 
maine étoit réputée par fes Maîtres, 
pour un Etat patrimonial dont ils 
pouvoient difpofer ; il fcmbleroit 
que dans la vacance de l'un des 
deux Trônes , faute de Succeiîeu* 
dcfïgné , ce fût au Prince qui rem- 
plilîoit l'autre- à pourvoir au 
Trône vacant ; Se que ce droit dût 
être réciproque entre les deux Em- 
pires. Cependant cette réciprocité 
n'eut point de lieu ; puifque le 
peuple de l'Empire d'Orient dif- 
pofoit du Trône qui vaquoit , & 
cela , fans attendre l'aveu de l'Em- 
pereur d'Occident ; au lieu que les 
Romains d'Occident , en pareil 
cas , attendoient la décifion , ou du 
moins la confirmation de l'Empe- 
reur d'Orient : ce que notre Hi- 
îîorien juftifie parplufieurs exem- 
ples. Il attribue à diverfes caufes 
cette prérogative del'Empire d'O- 
rient. La première étoit la préémi- 
nence attachée à la primogénituite , 
Théodofe le Grand ayant choifi 
Arcadius fon fils aîné pour rem- 
plir le Trône de Conftantinople, Se 
Honorius fon cadet pour occuper 
celui de Rome -, prééminence , qui 
devint enfuite une véritable fupé- 
riorité. En fécond lieu-, laqueftion 
touchant cette prérogative avoit 
été décidée en faveur del'Empire 
d'Orient , dans la première vacan- 
ce de l'un des deux partages , arri- 
vée paria mort d'Hononus. A cet- 
te décilion fe font jointes pluiîeurs 
conjonctures très-propres à 1a fa- 
voriferjtelles que les malheurs pref- 



J U I 

que continuels de l'Empire d'Oc 
cident , fes plus riches Provinces 
envahies , Rome fa Capitale prife 
jufqu'à trois fois , les fecours de 
Conffantinople fouvent mandiés 
contre les Barbares par des Empe- 
reurs , qui n'en avoient prefque 
plus que le nom ', toutes ces circon- 
fiances contribuèrent extrêmement 
à fortifier le préjugé qui établi/Toit 
comme légitime la fuperiorité que 
l'Empire d'Orient s'étoit arrogée, 
Tel cil le fentiment de M. l'Abbé 
du Bos , qui fur ce point penfe dif- 
féremment du célèbre Grotius } con- 
tre l'avis duquel il produit plu- 
lieurs raifons plaufibles , qu'on 
peut voir chez lui. Après cette di- 
grelîlon afTez étendue", il reprend 
le fil de fa narration. 

L'Empereur Avitus , quoique re- 
connu par l'Empereur d'Orient , 
fut contraint d'abdiquer en 45e". 
par les menées du Suéve Ricimer , 
un des Officiers barbares qui fer- 
voient l'Empire ; Se l'Auteur rap- 
porte quelques circonftances de 
cette abdication , dont il conjec- 
ture que l'accroifTement de la do- 
mination des Bourguignons dans 
les Gaules pourroit bien avoir été 
une fuite. Majorien , SuccefTeur 
d'Avitus , & proclamé Empereur 
en 457. du confentement de Léon, 
Empereur d'Orient , fit fon Géné- 
raliifime dans les départemens des 
Gaules , ^Egidius , dont nous 
avons parlé plus haut. L'Auteur 
nous fait connoître ici plus parti- 
culièrement cet Officier. Il étoit 
de la famille Syagria , l'une des 
plus iUufties du Diocéfe de Lyon , 



N, 173 4- 547 

& qui en 381. avoit donné à Ro- 
me un Conful. Paulin de Péri- 
gueux fait un grand éloge d'/£gi- 
dius , ainfi que Sidoine-Apollinai- 
re, qui fans le nommer fe conten- 
te de le défîgner par le titre de 
Maître de la Milice , ce qui a fait 
croire au P. Sirmond que le Poé'tc 
avoit en vue Ricimer ou Népotien; 
fentiment que combat ici notre 
Auteur par des raifons très-proba- 
bles. Le premier exploit de l'Em- 
pereur Majorien fut de battre un 
corps nombreux de Vandales d'A- 
frique , qui avoient fait une def- 
cente dans la Campanie : après 
quoi il donna fes principaux foins 
à faire un armement par mer & par 
terre , pour foûmettre le parti for- 
mé contre lui dans les Gaules , en 
faveur d'un Marcellien ou Marcel- 
lin, !k pour reconquérir enfuire 
l'Afrique fur les Vandales. C'en: à 
ces préparatifs qu'il employa la fin 
de l'année 457. &c une partie de 
458. fur quoi l'Auteur relevé un 
faux raifonnement du P. Daniel 
au fujet du Comte Gilles. 

Ici M. l'Abbé du Bos interrompt 
le récit des expéditions de Majo- 
rien , pour parler de l'avènement 
de Childeric fils de Merovée à la 
Couronne des Francs Saliens , & 
de fes avantures pendant les pre- 
mières années de fon règne. Il rap- 
porte l'Hiftoire de la dépofition de 
ce Roi d'après ce que nous en ap- 
prend Grégoire de Tours, dont Li 
narration n'a rien ( dit on ) que de 
très - vraifemblable , eu égard aux 
ufages de ces tems-là , & à in fitua- 
îion des Saliens établis fur le terri- 



348 JOURNAL D 

foire de l'Empire. On a foin de ju- 
ftifier les principales circonftances 
de cette narration , fans oublier 
celle de la pièce d'or partagée en 
deux ; Se il paroît qu'on réfute fo- 
nderaient toutes les objections du 
P. Daniel contre le récit de Gré- 
goire de Tours : fur-tout i°. par 
rapport à ./Egidius , que les Francs 
prirent pour leur Roi d'autant 
plus volontiers qu'ils lui obéif- 
foient déjà comme au Généraliffi- 
me des Romains : i°. par rapport 
à la Langue dans laquelle ^Egidius 
fe faifoit entendre à fes nouveaux 
fujets , laquelle étoit la Langue La- 
tine , très - commune alors parmi 
les Francs : 3 . par rapport au titre 
de Roi , qui bien loin d'être en ces 
tems-là incompatible avec les di- 
gnitez Romaines , étoit regarde 
comme fort inférieur à ces digni- 
tcz , en forte que ces petits Rois 
barbares tenoient à grand honneur 
les titres de Mettre de la Milice, de 
Patrice } &c. 

L'Auteur après cela revient à Ma- 
jorien , dont l'expédition contre 
les Vandales d'Afrique tut malheu- 
reufe., la flotte qu'il avoit équipée 
dans les Ports d'Efpagne , y ayant 
été brûlée par ces Barbares avant 
qu'elle eût misa la voile. Majorien 
de retour en Italie , informé des 
hoftilitez que commettoient les 
Alains habitués fur les bords de la 
Loire f fe difpofoit à marcher con- 
tre eux , lorfque par les intrigues 
du Patrice Ricimer., l'armée fe fou- 
leva contre ce Prince , & le malTa- 
cra en 461. après quoi Ricimer , 
fans attendre l'agrément de Léon 



ES SÇAVANS, 

Empereur de Conftantinople , qui 
tardoit trop à s'expliquer , fit pro- 
clamer Sevére Empereur d'Occi- 
dent ; 5c l'Auteur nous expofe quel 
étoit alors l'état de cet Empire , 
menacé en Italie de trois ora- 
ges à la fois , l'un du côté des Van- 
dales, l'autre de celui de l'Empe- 
reur d'Orient mécontent du choix 
qu'on avoit fait de Sévère , & le 
troifiéme de la partd'^Egidius, qui 
à la tête de l'armée des Gaules , 
vouloit vanger le meurtre de Ma- 
jorien. Ricimer vint à bout de 
conjurer les deux derniers , & il n'y 
eut que le premier dont il ne put 
garantir alors l'Italie : il donna de 
l'occupation ailleurs à ^Egidius , 
en allumant la guerre entre ce Gé- 
néral & les Vifigots. 

En 4<f 3. fe fitleretablilfement de 
Childenc dans fes Etats ; & notre 
Auteur conjecture qu'yEgidius 
pourroit bien y avoir donné les 
mains ou même l'avoir procuré 
pour s'attacher ce jeune Prince cou- 
rageux & généralement eftimé de 
toute fa Nation } dans les conjectu- 
res racheufes ou lui ( iEgidius ) fe 
trouvoit par les ennemis que le 
parti de Sévère lui avoir fufcités.M. 
l'Abbé du Bos en citant le paflage 
de Grégoire de Tours où eft ra- 
conté ce retablifïemcnt de Childe- 
ric , tombe d'accord que cet Hifto- 
rien s'eft trompé en comptant huit 
années pour la retraite de ce Roi ; 
au lieu qu'il eft hors de doute 
qu'elle n'a pu être que de 4 ans j 
mais il rejette cette erreur fur la né- 
gligence du Copifte , qui aura pris 
un chiffre pour un autre t remar- 
quant 



JUIN 

quant de plus que le Texte de 
Grégoire n'eft pas exempt de pareil- 
les méprifes en diveis endroits, Se 
c'eft de quoi il produit quelques 
exemples. La guerre entre le Com- 
te Gilles Se les Vifigots commença 
en 461. Quelque féconde en éve- 
nemens mémorables qu'elle ait dû 
être entre deux Nations belliqueu- 
fes , nous n'en fçavons que le Siège 
d'Arles, Si la prife de Narbonne 
par les Vifigots. yEgidîus qui en 
402. s'étoit enfermé dans la pre- 
mière de ces deux places , la défen- 
dit avec tant de bravoure } que les 
ennemis furent contrains de lever 
le Siège , à quoi contribua auflî un 
miracle , félon Grégoire de Tours. 
Quant à la prife de Narbonne arri- 
vée la même année , ce fut Agrip- 
pin qui en étoit Comte , lequel la 
livra aux Vifigots } pour en obte- 
nir du fecours contre ^Egidius. 
Notre Hiftorien place fous cette 
même année la prife de Cologne & 
le fac de Trêves par les Francs Ri- 
f unir es -, Si il fait fur ces évenemens 
diverfes reflexions aufquelles nous 
renvoyons. 

En 463. l'armée des Vifigots 
commandée par Frédéric frère de 
leur Roi Théodoric II. s'avança 
jufques fous Orléans , laiiïant der- 
rière elle la première Aquitaine 3 
& elle fe joignit à la peuplade d'A- 
lains établie en ces quartiers. Au- 
doacre Roi des Saxons , tandis que 
les Vifigots attaqueroient Orléans, 
devoit remonter la Loire fur fa 
flotte, Si débarquer au-defTous du 
Pont de Ce pour prendre la Ville 
d'Angers. Ce projet fut déconcerté 
Juin. 



par la bataille qu'^Egidius & Chil- 
deric gagnèrent contre ces peuples, 
laquelle fe donna entre la Loire & 
le Loiret , Si où le Prince Frédéric 
fut tué. Que Childeric ait partagé 
la gloire de cette déroute avec 
vEgidius , le témoignage de Gré- 
goire de Tours ne permet pas d'en 
douter, Si ne peut s'entendre d'au- 
cune autre action , comme le prou- 
ve très bien M. l'Abbé du Bos. Il 
préfume qu'après cette défaite , les 
vainqueurs auront tranfplantc dans 
les Provinces obéiliantcs Se fur- 
tout dans lesconféderées,les Alains 
dont on vient de parler ; ce qui eft 
d'autant plus probable, que depuis 
cette époque , il n'eft fait aucune 
mention d'eux dans les Hiftoriens ; 
& que d'autre part le nom propre 
à' Alain eft devenu , 8c eft encore 
aujourd'hui Ci commun en Breta- 
gne. La mort d'^Egidius arrivée 
vers la fin de 464. rompit les pro- 
jets de ce Général qui fe mettoiten 
devoir de prendre des liaifons avec 
les Vandales d'Afrique, contre fes 
ennemis. 

Environ un an après la mort du 
Comte Gilles , Ricimer las de gou- 
verner l'Empereur Sévère , s'en dé- 
fit en l'cmpoifonnant ; Se après urt 
interrègne de deux ans , il convint 
avec Léon Empereur d'Orient de 
faire Empereur d'Occident le Pa- 
trice Anthémius Grec de nation , 
dont il époufala fille , 5c qui au(Ii- 
tôt pafta en Italie , Si prit poftef- 
fion de fa nouvelle dignité à Rome 
en 467. Le motif qui détermina 
Léon à un tel choix fut le deflein 
d'avoir à Rome un Collègue avec 
Zz 



jr© JOURNAL DE 

lequel il pût prendre de juftes me- 
fures pour porter inceffamment la 
guerre en Afrique contre Genferic 
Roi des Vandales ,. avec qui l'Em- 
pereur d'Orient s'étoit brouillé de 
nouveau , en lui refufant d'agréer 
Olybrius pour Empereur d'Occi- 
dent. Ce Roi barbare ne s'interef- 
foit fi vivement pour Olybrius , 
que parce que celui-ci avoit épou- 
fé l'une des deux PrinceïFes filles 
de Valentinien 111. emmenées à 
Carthaçe après le Sac de Rome par 
Genferic, qui avoit donné l'autre 
en mariage à fon fils Hunncrtc. 
L'année même qu'Anthémius fut 
proclamé Empereur , mourut 
Théodoric II. Roi des Vifigots, af- 
(affiné par fon frère Euric , de mê- 
me qu'il avoit fait tuer fon trere & 
fon prédecefleur Thorifmond , 
pour monter fur le Thrône. Euric 
ne rompit avec les Romains que 
la troilléme année de fon règne , 
s' étant faifi de l'Efpagne fuperieure 
dont ceux-ci étoient encore en pof- 
feiîîon» D'un autre côté l'entrepri- 
fe des deux Empereurs fur l'Afri- 
que , où le Général Marcellien 
conduifoit une puilïante armée , 
échoua par les intrigues de Genfe- 
ric Se d'Olybrius, qui vinrent à 
bout de faire poignarder ce Géné- 
ral par (es propres Officiers. 

De cette entreprife des Romains 
contre les Vandales , notre Auteur 
revient à celles d'Euric contre les 
Romains , qui fe virent par-là dans 
la neceflïté d'employer les armes 
des Francs , & en confequence, de 
payer leurs fervices par de grandes 
conceffism. 11 paroît par Sidoine- 



S SÇAVANS, 

Apollinaire qu'Euric en vouloir: 
fur tout a l'Auvergne en échange 
de laquelle il auroit volontiers ce- 
dé toute la Septtmanis. Notre Au- 
teur explique ici ce qu'on doit en- 
tendre par ce terme. Anthémius , 
pour déconcerter les projets d'Eu- 
ric , ht venir un corps de troupes 
levées dans la Grande-Bretagne 
& qu'il polb dans le Bern fur la 
Loire en 46 S. Prefque en même 
tems , on découvrit la trahifon 
dArvandus , Préfet du Prétoire 
des Gaules, qui confeilloirpar une 
Lettre à Euric de ne point vivre en 
amitié avec ce Grec , qu'on avoit 
mis fur le Trône d'Occident, & 
l'Auteur lait ici une obfervation 
critique fur le véritable nom de 
ce traître. Après la rupture ouverte 
entre les Romains & les Viiîgots, 
le premier exploit de ceux-ci fut 
l'enlèvement des quartiers qu'a- 
voient les Bretons fur la Loire, 
iefquels furent défats, avant que 
les troupes Romaines euffent pu 
les joindre. Celles ci apparemment 
fauverent Bourges , & une partie 
de la Province Sénonoife : maisce 
tut vraifemblablement dans le 
cours de cette guerre que les Vifi- 
gots occupèrent l'Efpagne Terra- 
gonoife , Marfeille , Arles , quel- 
ques Cite2 de Ja féconde Aquitai- 
ne , prefque toutes celles de la 
première , & celle de Tours. Les 
Armoriques dans cette guerre fer- 
virent les Romains comme alliés; 
Si le Comte Paul qui commandoit 
l'armée Romaine ayant été joint 
par Childeric &z les Francs battit 
les Vifigotsen plufieurs rencontres. 



JUIN 

Mais Audoacre Roi nés Saxons 
étant revenu au fecours des Vifi- 
gots , prit Angers après avoir dé- 
fais & tué le Comte Paul , en l'ab- 
fcncc de Childeric , qui ne put ar- 
river que le lendemain de l'action •, 
fuivant le témoignage de Grégoire 
de Tours , pris dans le fens qu'y dé- 
rouvre ici M. l'Abbé du Bos. 

Il employé tout le Chapitre fui- 
vant [ XI. ] à jufti fier cette inter- 
prétation , qui certainement don- 
ne un jour merveilleux au com- 
mencement de nos Annales. Le 
partage de cet Hiftorien , qui eft 
au 18 e Chapitre du fécond Livre , 
eft. conçu en ces termes : Veniente 
vero Adouacrio Andegavis , Childe- 
ricus Rex fequenti die advenif , inte- 
remptoque Paulo Comité , Civitatem 
obtinmt. Tous les Interprètes l'ont 
entendu dans le fens qui fe prefen- 
te d'abord , içavoir , Que ce fut 
Childeric qui prit Angers fur les Ro- 
mains après avoir tué le Comte Paul. 
Mais ce fens eft abfolument dé- 
menti par lesévenemens antérieurs 
& pofterieurs à l'action racontée 
par Grégoire ; comme le démontre 
notre Auteur : qui vient à bout d'y 
trouver une lignification toute 
contraire , & par confequent très- 
conforme a la vérité des faits , par 
le moyen d'une parenthéfe , & en 
fous - entendant un nominatif fup- 
primé par une vicieufe conftruction 
tres-ordinaire à Grégoire de Tours: 
voici donc comment l'Auteur lit 
le paflage : Veniente vero Adouacrio 
ulndegavis , ( Childericus Rex fe- 
quenti die advenif ) Adouacrius, in- 
terempta Paulo Comité , Civitatem 



17 *4-' 25 r 

obtinuit. Que cette conftruction vi- 
cieufe foit très-familiere à Grégoire 
de Tours , c'eft ce que prouve in- 
vinciblement M. l'Abbé du Bos, 
par une foule de partages tirés de 
ce même Auteur , & dans lef- 
quels on voit l'ablatif abfolu d'une 
première phrafe fer'vir tantôt de 
nominatif &c tantôt d'aceufatif à 
une féconde. Nous renvoyons fur 
ce point important , au Chapitre 
même où il eft fçavamment difcu- 
té , & qui mérite d'être lu d'un 
bout à l'autre. On y trouvera 
aulll plufieurs preuves du peu d'e- 
xactitude & de jugement de Frede- 
gaire Abrcviateur de Grégoire de 
Tours , & qui le premier ayant 
ma! pris le palfage enqueftion a in- 
duit en erreur tous les Ecrivans qui 
l'ont fuivi. 

Dans le Chapitre XII. il eft par- 
lé de la mort d'Anthémius, tué par 
l'ordre de Ricimer , &c à qui fuc- 
ceda Olybrius , dont le règne ne 
fut que de fept mois ; de la mort 
de Ricimer lui-même, 6c de celle 
de Gunderic Roi des Bourgui- 
gnons -, de la proclamation de Gly- 
cerius , qui ne régna que 14 mois. 
Notre Auteur y montre par divers 
exemples que les grandes dignitez 
de l'Empire n'étoient pas incompa- 
tibles avec la Couronne des Rois 
Barbares ; & il nous raconte aufli 
les nouvelles entreprifes d'Euric , 
qui continue à s'agrandir. Tous ces 
articles , il eft vrai , ne concernent 
pas directement les Francs ; mais , 
dit l'Auteur, ils ne lai (Tent pas d'y 
être en quelque forte relatifs , par 
rapport aux reflbrts que Ciovis fit 

Yyij 



? ya JOURNAL D 

agir pour foûmettre les Gaules , 
relTbrts alîez femblables à ceux que 
fit jouer Euric pour s'emparer des 
Provinces qu'il pofledoit dans ce 
même Pays. 

Julius Népos élevé fur le Trône 
en 474. après la dépofition de Gly- 
cerius , fit négocier à Touloufc le 
Traité , par lequel il cédoit aux Vi- 
figots non feulement l'Auvergne , 
mais encore toutes les Gaules , 
dont il prérendoit cependant dé- 
membrer les Contrées qui le ren- 
voient maître des gorges des Alpes_, 
ifc qu'il vouloit taire palier dans 
fon Traité pour être des annexes de 
l'Italie. M. l'Abbé du Bos elt per- 
fuadé que cette cetîion des Gaules 
faite par Népos à Euiic mettoit ce- 
lui-ci en droit de les tenir déformais 
en toute fouveraineté',ce qu'il prou- 
ve par le pouvoir légiflatif que ce 
Prince y a exercé , & par les mon- 
noyes d'or frappées à fon coin. Il 
fait enfuite plusieurs obfervations 
fur l'exécution de ce Traité , lef- 
quelles il faut lire chez lui. 

Dès que le Traité négocié feerc- 
tement par Népos avec les Vifi- 
gots fut rendu public , il excita 
l'indignation de tous les Romains. 
Orefte , qui devoit commander 
dans les Gaules fit dépofer Népos p 
en 475. Se lui fubftitua Romulus 
ou Momylle fon propre fils plus 
connu fous le nom à'Auguflule. 
Népos fc réfugia en Dalmatie , où 
il vécut jufques en 480. fe portant 
toujours pour Empereur légitime 
d'Occident , & reconnu pour tel 
par celui d'Orient. Quanta Augu- 
ftuie , tout le monde fçait que ce 



ES SÇAVANS, 

fut fous fon règne que finit l'Empi- 
re d'Occident , Odoacre quicem- 
mandoit les troupes auxiliaires en 
Italie, s'étant rendu maître de Ro- 
me , Se ayant obligé le Sénat à ren- 
voyer les ornemens Impériaux à 
Zenon Empereur d'Orient , lui 
déclarant qu'il ne vouloit plus 
reconnoître d'autres. Empereurs ,. 
&z le conjurant de créer Patrice 
Odoacre , qui en vertu de cette 
dignité commanderoit en Occi- 
dent au nom de l'Empereur. Mal- 
gré le refus que lui en fit Zenon t 
il ne laifia pas de traiter avec Euric, 
auquel ,' fans doute , il accorda la 
confirmation du Traité fait avec 
Népos. Euric de fon côté fit la 
paix avec les PuifTances des Gau- 
les, aufqtielies l'Empereur d'Orient 
avoitretufé des fecours. 

L'Auteur nous informe , après 
cela , de ce qu'il eft poffible de (la- 
voir touchant la fuipenfion d'ar- 
mes conclue dans les Gaules, vers 
l'an 478. &c il obferve que Sidoine- 
Apollinaire , dans fes Lettres , où 
il nous en apprend quelque chofe , 
s'explique là-delfus avec une ex- 
trême diferetion. Il remarque de 
plus , que les Francs furent com- 
pris dans ce Traité -, mais que la 
destruction de l'Empire en Occi- 
dent lai (Ta les Provinces de la Gau- 
le encore obéifiantes dans une ef- 
pece d'Anarchie , &c il nous com- 
munique fes conjectures fur la ma- 
nière dont elles pouvoient alors fe 
gouverner. Il nous donne auiïi un 
état général des Gaules , où il mon- 
tre comment elles étoient parta- 
gées entre les Romains & les Bar- 



JUIN 

bares , qui s'y étoient cantonnés. 

Il place après la paix faite vers 
l'année 477. ( Se dont nous venons 
de parler ) l'expédition de Childe-" 
rie contre une Tribu d'Allemands} 
Se lien allègue les raifons. Ce Prin- 
ce mourut 4 ans après , en 4<s"i. Se 
fut enterré à Tournai , où fon 
Tombeau hit découvert en I655. 
& notre Auteur en fait ici mention. 
Selon lui , Childeric ne lailïa à fon 
fils Clovis qu'un très petit Royau- 
me , qui avoir la Somme pour li- 
mites -, Se l'Auteur explique un 
palTage de la Vie de Sainte Gene- 
viève, duquel il femble d'abord 
qu'on pourroit intérêt que le 
Royaume de Childeric s'étendoit 
iufqu'à Paris : mais d'où il refulte 
feulement que ce Prince en qualité 
de Maître de l.i Milice Romaine 
pouvoit donner des ordres dans 
Paris , fans en être Roi , cette Vil- 
le étant encore alors du nombre 
des Villes Armoriques. 

L'Auteur avant que d'entamer 
l'Hiftoire du Roi Clovis , nous ra- 
conte quelques évenemens tragi- 
ques arrivés avant la mort de Chil- 
deric dans le Royaume des Bour- 
guignons. Telles (tirent les guerres 
entre les fils du Roi Gundéiic,dont 
l'aîné Gondebaud fe défit de deux 
de fes frères , Chilperic Se Gonde- 
mar , Se s'empara de leurs partages. 
M. l'Abbé du Dos rapporte encore 
ce qui lui reftoit à dire touchant 
Euric Roi des Vifigots , qui pen- 
dant les dix dernières années de fa 
vie , perfecuta cruellement les 
Catholiques , pour leur faire em- 
braser l'Arianifme. Ce Prince , 



après avoir régné environ 17 ans 
mourut en 483. la quatrième année 
du règne de Clovis. 

Celui ci feulement âgé de 15 ou 
ïd ans , parvint en 48 1. à la Coifc- 
ronne de la Tribu des Francs éta- 
blie dans le Tournaifis. 11 y fut re- 
vêtu peu de tems après de celle des 
dignitez de la Milice Romaine 
qu'avoit eue Childeric , Se qui fé- 
lon toute apparence , étoit celle de 
Maître de cette Milice. C'eft ce 
que M. l'Abbé du Bos s'efforce de 
prouvrr par une Lettre de S. Rémi 
écrite a ce Prince , par plufîems re- 
flexions f.ir cette Lettre , Se par la 
folution très-plaufible qu'il donne 
à quelques objections qu'on pour- 
roit lui faire fur ce point , d'où il 
paraît,. que les Provinces de la 
Gaule encore obéiflantes , qui 
avoient accepté pour Maître de la 
Milice Chilperic Roi des Bourgui- 
gnons , auront admis Clovis en 
cette qualité beaucoup plus volon- 
tiers , ayant plus d'affection pour 
les Francs que pour les Bourgui- 
gnons , Se pour les Vifigots , que 
l'Arianifme leur rendoit alors 
beaucoup plus à craindre que les 
Payens mêmes. C'eft ce que l'Au- 
teur confirme par l'Hiftoire d'A- 
prunculus Evêque de Langres , 
chaftè de fon Siège comme Partifan 
de Clovis i fur quoi notre Auteur 
juftifie ce Prélat. 

Il examine enfuite quelle pou- 
voit être la conftitution du Royau- 
me de Clovis Se fon étendue. Il 
prétend , fur des raifons probables, 
que bien que ce Royaume fût en- 
core , félon le droit des gens , une 



5 ;4 JOURNAL DE 

portion du territoire de l'Empire , 
Clovis y jouifToit également du 
pouvoir civil Se du militaire. Il 
Foûtient en fécond lieu , que ce 
Royaume devoit être fort petit, 
Comprenant uniquement le Tour- 
nait & quelques autres Pays fitués 
entre celui-ci &c le Vahal : & c'eft 
ce qu'il appuyé de deux raifons 
très-fortes ■-, la première , Que les 
Contrées limitrophes du Tournai- 
fis , lors de l'avenemcnt de Clovis 
à la Couronne, étoient pofledées 
par d'autres Rois , entièrement in- 
dépendans les uns des autres , ainfi 
que de Clovis •, ce que i'Auteur 
s'applique à prouver par quantité 
de faits hiftoriques inconteftables , 
aufquels nous renvoyons : la fé- 
conde raifon eft fondée fur ce que 
Clovis , au commencement de fon 
règne , & même 16 ans après , n'a- 
voit fous fes ordres que 4 ou 5 mil- 
le combattans qui ruffent Francs 
de nation ; ce qu'il établit fur ces 
deux faits, r°. Que lors du baptê- 
me de Clovis , le plus grand nom- 
bre des Francs fes fujets le reçut 
avec lui : 2 . Qu'il n'y eut cepen- 
dant que 3 ou 4 mille hommes en 
âge de porter les armes , qui fuf- 
fent baptifés avec lui ; & l'Auteur 
employé plufieurs pages à la difeuf- 
fion de ces deux faits , qu'il faut 
voir chez lui, auflî bien que celle 
où il s'engage à cette occalion , au 
fujet de l'autorité qu'on doit attri- 
buer à la Vie de S. Rémi écrite par 
Hincmar. 

Delà il palTe au récit de la guer- 
re qui s'alluma entre les Bourgui- 
gnons & les Vifigots , après la 



S SÇAVANS, 
mort d'Euric , & pendant laquelle 
les premiers conquirent fur les au- 
tres la Province Marfeilloife : en 
fuite de quoi il s'étend fur l'expédi- 
tion par laquelle Clovis, la cin- 
quième année de fon règne , fc 
rendit maître de la portion des 
Gaules que tenoit Syagrius fils du 
Comte Gilles , Se qui après fa défai- 
te à la bataille de SoilTons , fut 
contraint de fe réfugier à Touloufe, 
chez les Vifigots. M. l'Abbé du 
Bos recherche ici en quel lens Sya- 
grius pouvoit prendre le titre de 
Roi de SoilTons , quelle étoit l'é- 
tendue des Contrées dont il étoit 
maître , quels furent les motifs 
qui déterminèrent Clovis à l'atta- 
quer ; & il prouve par plufieurs 
circonftances que nous omettons, 
pour abréger , que cette guerre ne 
fut point une guerre de Nation à 
Nation , mais qu'elle fut feule- 
ment une querelle particulière où il 
n'y eut que Clovis Se Syagrius , ou 
tout au plus , leurs amis les plus 
intimes qui prirent les armes. 

A la fuite de ce grand événe- 
ment, notre Hiftorien raconte d'a- 
près Grégoire de Tours & d'autres 
Ecrivains , l'avanture célèbre du 
Franc, qui dans le partage du bu- 
tin , voulut , feul de fon avis , em- 
pêcher qu'un vafe d'argent reclamé 
par S. Rémi , ne fût rendu à ce Pré- 
lat ; év à qui , l'année fuivante , 
dans une revue , Clovis pour le 
punir d'une pareille infolence , 
fendit la tête d'un coup de hache , 
fous prétexte que les armes de ce 
Franc étoient en mauvais état. Sur 
quoi l'Auteur obferve la prévari- 



J U ï N 

Cation hardie d'un Ecrivain moder- 
ne , qui expofe ce fait hiftorique 
d'une manière route oppofée à cel- 
le qu'on vient de lire , Se qui n'a 
pour lui d'autre garant que fa pro- 
pre imagination. Clovis , quoi- 
que maître des Etats de Syagrius , 
Se tenant déformais le Siège de fa 
Monarchie à Soiffons , garda tou- 
jours de grands ménagemens avec 
l'Empire Romain , s'abftenant de 
faire mettre fon nom & fa tête fur 
les monnoyes d'or frappées par fes 
ordres , comme l'Auteur le remar- 
que ici d'après Procope : préten- 
dant au furplus que la tête qu'on 
voit fur quelques monnoyes d'or 
frappées à Soi [Tons du tems de Clo- 
vis , eft celle de l'Empereur de 
Conftantinople . & nullement cel- 
le du Roi des Francs. Clovis , la 
dixième année de fon règne, fit la 
conquête du Pays de Tongres, qui 
étoit tout à-fait à fa bienféance , &c 
que Grégoire de Tours appelle le 
Pays des Turingiens , comme nous 
l'avons déjà remarqué plus haut 
d'après notre Auteur. 

Il interrompt ici l'Hiftoire de 
Clovis 3 pour retourner en Italie , 
èv pour nous apprendre ce qui s'y 
pafla depuis 489. jufques en 493. 
L'Italie , depuis 13 ans , gémiffoit 
fous le joug d'Odoacre & des trou- 
pes révoltées qu'il commandoir. 
L'Empereur Zenon donna en 4^9. 
à Théodoric , Roi des Oftrogots , 
l'importante commiffion d'aller 
mettre à la raifon les troupes auxi- 
liaires cantonnées en Italie , & qui 
compofoient l'armée d'Odoacre , 
lui tranfportanî au furplus les 



i * 71 4- 5T$ 

droits que l'Empire pouvoir con- 
ferver fur des Provinces déjà per- 
dues. » Théodoric ( dit M. l'Abbé 
»duBos) é-toic de 1a Maifon des 
» Amalcs , la plus illuftre qui fût 
n dans la Nation Gothique. S'il 
» avoit beaucoup de valeur &c d'ex- 
il perienec , il avoit encore plus 
» d'ambition. Elevé parmi les Ro- 
» mains , il avoir cultivé fon efprit 
» de bonne heure , 6V avec tant de 
» fruit , qu'il étoit le moins barba- 
» re de tous les barbares , dont p.ir- 
» le l'Hiftoire de fon tems. S'il 
» n'eût point été Arien , on l'auroit 
» pris pour un Romain travefti en 
» Got.«Revêtu de la dignité de Pa- 
trice, il vint donc en Italie, où dans 
l'efpace de 4 ans , il gagna 4 batail- 
les contre Odoacre , le prit & le fie 
mourir : après quoi ayant quitté le 
vêtement de Patrice , il reprit l'ha- 
bit de fa nation & les marques de 
la Royauté , pour faire entendre 
qu'il vouloit régner fur les Ro- 
mains , comme il regnoit furies 
Oftrogots. L'Empereur Zenon 
étoit mort alors , & Anaftafe lui 
avoit fuccedé. L'Auteur termine ce 
Chapitre par quelques reflexions 
fur l'effet que la nouvelle de la cel- 
fion faite par Zenon à Théodoric, 
& celle des heureux fucecs de celui- 
ci,durcnt produire dans les Gaules. 
Le Chapitre fuivant contient 
l'Hiftoire du mariage de Clovis 
avec la Princeffe Clotilde , fille de 
Chilperic , cet infortuné Roi des 
Bourguignons , qui fut maffacré 
avec prcfque route fa famille par 
les ordres cruels de fon frère Gon- 
debaud. Cette Hiftoire racontée ici 



3 ;<ï JOURNAL D 

dans toutes fes circonstances , d'a- 
près les divers Ecrivains qui en ont 
tait mention , mérite d'être lûë en 
entier. Aulïî n'en donnerons-nous 
point d'Extrait , qui ne rempliroit 
qu'imparfaitement la curiofité du 
Le&eur. 

L'Auteur nous apprend , dans 
le dernier Chapitre de fon troilîé- 
me Livre , comment les Provinces 
obéiffantes de la Gaule comprifes 
dans le Pays qui s'étendoit jufqu'à 
la Seine, fe fournirent au pouvoir 
de Clovis , & comment les Pro- 
vinces confédérées ou les Armori- 
ques , qui s'étendoient jufqu'à la 
Loire , ayant refufé de s'y foûmet- 
tre , ce Prince leur fit la guerre. 
Pour fixer la vraye date de ces éve- 
nemens fur laquelle les Hiftoriens 
varient tmr'eux ; notre Auteur en- 
tre dans une difcuiïion très recher- 
chée fur la caufe de cette variété 
qui vient de ce que ces Hiftoriens 
comptent les années du règne d'un 
Prince depuis différentes époques 
de fa Vie ; d'où l'Auteur conclut 



E S SÇAVANS, 

que le mariage de Clovis avec Clo« 
tilde , & la foûmifîîon volontaire 
des Citez d'entre la Somme de la 
Seine font deux évenemensarrivés 
dans le même tems , &c dont le 
premier doit être envifagé com- 
me l'une des caufes du der- 
nier , par lVfperance qu'il fît naî- 
tre chez ces Peuples , de la pro- 
chaine converfion de Clovis au 
Chriftianifme. L'Auteur croit auiïï 
que ce fut immédiatement après la 
redu&ion de ces Provinces , c'eft- 
à-dire en 493. que ce Prince entre- 
prit la guerre contre les Armori- 
ques , laquelle dura jufqu'à l'année 
497. M. l'Abbé du Bos y place deux 
évenemens mémorables , fçavoir 
le blocus de Paris qui reduifit cette 
Ville à une extrême famine , & le 
Siège de Nantes par l'armée de 
Clovis , laquelle y étoit venue par 
mer , félon lui : fur quoi il faut 
voir fesraifons. 

Nous renvoyons à un autre 
Journal les trois derniers Livres de 
cet Ouvrage. 



1NSTRVCTION SVR LE fVBILt' DE V EGLISE 

Primatiale de S. Jean de Lyon , h Voccajion du concours de la Fête-Dieu 
avec celle de la Nativité de S. Jean-B^ptifie en cette année 1734. imprimée 
par l'ordre de Monfeigneur /' Archevêque de Lyon. A Lyon, chez Pierre 
Valfray , Imprimeur ordinaire du Roi & du Clergé. Et le vend à Pa- 
ris , chez Antoine Chippier , Libraire , rue du Foin , à S. Antoine, vol. 
in-iz. pp. 161. fans compter la Préface. 



CET Ouvrage eft divifé en 
trois Parties. Dans la premiè- 
re on rapporte l'origine du Jubilé 
dont il s'agit , Jubilé bien fingulier 
qui fe célèbre à Lyon dans l'Eglife 
Primatiale de S. Jean - Baptifte , 



lorfque la Fête-Dieu Se celle de ce 
Saint fe rencontrent le même jour. 
Dans la féconde Partie on répond 
aux dîfficultcz qui fe peuvent for- 
mer au fujet de ce Jubilé en parti- 
culier , & au fujet même des In- 
dulgences , 



JUIN 

diligences , &C de tous les Jubilez 
en général. La troifîéme Partie eft 
une Inftruction familere , où l'on 
marque Amplement ce qu'il fauc 
pratiquer pour gagner ce Jubilé 
extraordinaire qui ne revient qu'u- 
ne fois chaque fiécle & fe célébre- 
ra cette année 1734. dans la Ville 
de Lyon -, pour ne revenir que dans 
cent cinquante deux ans d'ici. En- 
forte qu'aucune des perfonnes qui 
vivent aujourd'hui n'en verra un 
femblable. 

L'Auteur , pour donner tous les 
éclairciftemens necefiaires fur un 
fujet fi intereftant , a fuivi les traces 
d'une tradition confiante & non 
interrompue : il a remonté jufqu'à 
la fource de ce Jubilé , il en a re- 
cherché les caufes 3 & en a démon- 
tré la vérité par les preuves les plus 
inconteftables , qui font les Man- 
demens des Archevêques de Lyon, 
les A&es Capitulaires de l'Eglife 
de S. Jean de Lyon , les publica- 
tions faites de ce Jubile par l'ordre 
des Comtes de Lyon , les Médail- 
lons frappés à ce fujet dans les 
deux fiécles précedens , les anciens 
Directoires ou Brefs de l'Office 
Divin , les Calendriers , & les vers 
Techniques qui s'y voyent , le 
témoignage unanime des Hifto- 
-ïiens de la Ville de Lyon , divers 
Monumens qui fubfiftent encore , 
mais fur-tout , une pofteffion im- 
mémoriale , qui eft le plus fort de 
tous les titres. L'Auteur paroît 
avoir porté la chofe au plus haut 
degré d'évidence , & on peut dire 
avec lui , que dans le genre des 
faits Hiftoriques purement bu- 
Juin. 



» *734- ' 3Ï7 

mains , il n'y en a guéres de mieux 
conftaté que celui-là. 

Les recherches qu'il a. faites 
n'auroient pas été neceffaires , fi le« 
anciens l'avoient prévenu en cela , 
mais tout ce qui a été écrit Jà-defTus 
eft un petit Traité qui parut trois 
ans avant l'ouverture du dernier 
Jubilé de Lyon célébré en \666. 
&c qui fut le troifîéme ; on expli- 
que dans cet Ecrit les privilèges de 
l'Eglife de Lyon , & ce qui s'eft 
pafle en 1451. fous le Cardinal de 
Bourbon , & en 1 546. fous le Car- 
dinal de Ferrare. Ce ne fera qu'en 
i8 8£. c'eft - à - dire dans cent cin- 
quante deux ans , qu'arrivera de 
nouveau le concours de la Fête- 
Dieu avec celle de S. Jean-Baptifte, 
Sx. qu'en conféquence de ce con- 
cours , l'Eglife de Lyon célébrera 
pour la cinquième fois le Jubilé 
dont il s'agit. 

Ce Jubilé privilégié eft eflentiel- 
lement relatif à celui de l'année 
Sainte de Rome ; car notre Auteur 
fait voir qu'il en eft une participa- 
tion & une extenfion ; en forte 
que tout ce que l'héréfie ou le li- 
bertinage peuvent dire contre le 
Jubilé de l'Année Sainte en parti- 
culier , Si contre les Indulgences 
en général , retombe directement 
fur le Jubilé de Lyon. Il refulte de 
là que pour démontrer folidement 
la vérité du Jubilé de Lyon , il faut 
faire fentir la vérité du Jubilé de 
Rome , fur lequel il eft fondé ; & 
c'eft ce que notre Auteur n'oublie 
pas. 

L'abus qu'on a pu faire des In- 
dulgences en certains tems , paroît 
Aaa 



5 ;8 JOURNAL D 

à quelques-uns , un titre fuffifant 
pour les condamner. Ils donnent 
là-deiïus dans le fens de Viclef &c 
de Luther j fans faire réflexion 
qu'en raifonnant fur les Indulgen- 
ces comme ces deux Héréfiarques , 
ils fe montrent comme eux , auflî 
mauvais Dialecticiens que mauvais 
Catholiques , puifque ainfi que le 
remarque Tertulicn , &c que la rai- 
fon le montre , l'abus qu'on peut 
faire des chofes faintes en elles-mê- 
mes , en prouve la bonté , étant 
vrai de dire qu'on n'abufe que de 
ce qui eft bon , & qu'on ne profa- 
ne que ce qui eft; fainr. 

C'eft en faveur de ces fortes de 
perfonnes que l'Auteur de ïlnflnic- 
tion a cherché dans les fources 
de l'Antiquité ; les plus fortes 
preuves de fait & de droit, par 
lefquelles il confie que l'Eglife de- 
puis fon établiflement a été dans 
une paifïble pofleffion d'accorder 
des Indulgences aux Fidèles. Il le 
prouve, i°. par le témoignage des 
faints Pères , & fur-tout par celui 
defaint Cyprien , z°. par l'autorité 
de S. Thomas , 3 . par les paroles 
de S. Paul , 4 . par les paroles mê- 
mes de J. C. 

Il cite encore fur le même fujet 
les principaux Auteurs qui depuis 
les deux derniers ficelés en ont 
écrit , tels que font entre autres , 
S. Charles Borromée , Gerfon , les 
Cardinaux Bellarmin 5c Tolet , feu 
M. Bofluet Evêque de Meaux , & 
Joli Evêque d'Agen, Maldonat, 
Navarre , le Cardinal de Lugo , 
Suarez , Sylvius , Réginaldus & 
Grégoire de Valentia, Notre Au- 



ES SÇAVANS, 

tcur a mis auffi à profit plufieurs 
autres Ecrivains qui étant plus re- 
cens , font encore plus au fait de 
tout ce qui concerne la pratique 
qu'obferve aujourd'hui l'Eglife à 
l'égard des Indulgences & des Ju- 
bilez. 

Il avertit qu'il a trouvé bien des 
recherches utiles & curieufes dans 
un Livre in- 12. intitulé : Spicile- 
gimn Theologicum de JubiUo anni 
THAgnl pacnlaris , c\:c. imprimé à 
Lyon , il y a 109 ans fur le Jubilé 
de l'Année Sainte. Il avertit encore 
pour ce qui regarde le concours des 
1 Fêtes auquel le Jubilé de Lyon 
eft: attaché , que dans un grand 
nombre de Bréviaires , deMiflels, 
d'Heures ou Livres de Prières , im- 
primés à Anvers , à Paris , à Lyon 
ôc ailleurs , vers le commencement 
de ce fiécle , on trouve à la Table 
des Fêtes Mobiles , celle de Pâques 
fixée au dix-huitiéme d'Avril pour 
la prefente année 1734. & les au- 
tres Fêtes qui en dépendent , mar- 
quées à proportion ; en forte que 
fuivant ce Syftême erroné , la Fête 
de Pâques ne tombant pas au 25 
d'Avril, celle de la Fête-Dieu qui 
eft relative à celle-là , ne pourra 
pas non plus tomber au 24 Juin 
jour de S. Jean-Baptifte. 

Mais notre Auteur remarque 
que cette difficulté difparoîtra , jj; 
que l'on conviendra de l'erreur au 
premier coup d'œil , fi l'on fait at- 
tention que le dix-huitiéme jour 
d'Avril de cette année 1734. fe 
trouve précifément le jour de la 
pleine Lune auquel les Juifs font 
leur Pàque , c\' que par lesLoix in- 



JUIN, 17? 4- m 3Ï9 

Yariables de l'Eglife , Loix autori- 1734. le cinquième, en 18 8^. Le 



fées dans le Concile de Nicée ; les 
Chrétiens , pour éviter de judaïfer, 
ne peuvent point faire leurs Pâques 
ce jour-là , Se qu'ainfi félon ces 
mêmes Loix , la Pâque des Chré- 
tiens eft neceflairement renvoyée 
au Dimanche fuivant, fçavoir au 25 
Avril , comme le Pape Clément 
XII- vient de le déclarer dans un 
Bref qu'il a écrit à M. l'Archevê- 
que de Lyon , Se qui eft rapporté 
dans ce Livre. 

Tout quadre donc parfaitement 
à ce jour , puifque la Pâque des 
Chétiens qui règle toutes les autres 
Fêtes Mobiles , fe célèbre toujours 
le Dimanche après le 14 de la Lu- 
ne , qui a été précédé par l'équino- 
xe , lequel , félon le calcul Éccle- 
fiaftique , a été fixé au 25 de Mars. 
Telle eft l'exacte fupputation des 
Ephémérides imprimées par les 
Sçavans Aftronomes de l'Académie 
des Sciences. Telle eft aufïl, comme 
le remarque notre Auteur , la fup- 
putation de Clavius, qui, par l'or- 
dre de Grégoire XIII. travailla 
avec tant de fuccès à la reformation 
du Calendrier. 

Ce Calendrier reformé, Se qu'on 
nomme le Calendrier Grégorien , 
contient l'exa&e fupputation des 
Jubilez qui fe font célébrés jufqu'à 
prefent dans l'Eglife de Lyon , Se 
de tous ceux qui s'y célébreront à 
l'occaûon de l'occurrence de la 
Fête - Dieu avec celle de S. Jean- 
Baptifte , jufqu'à l'année 3000. le 
premier tut en 145 1. le fécond , en 
1546. le troifiéme , en 1666. Le 

quatrième fe célébrera cette année Jubilé a été folemnifé régulière 

A a ai; 



fixiéme , en 1943. 5c ainlî des au- 
tres. 

Quant à celui dont il s'agit au- 
jourd'hui , Se qui va être inceflam- 
ment célébré , Meilleurs les Com- 
tes de Lyon ont fait frapper une 
Médaille , où on voit d'une part Ja 
fainte Hoftie dans un Soleil pofé 
fur un Jubé. Autour du Soleil on 
lit ces paroles Ecclefa Lugdun.Ju- 
bd&umfeculare quarinm. 

L'époque Se la date font mar- 
quées dans l'Exergue par ces paro- 
les en lettres initiales : 

Decanm & Capitulum Ecclefiœ J 
Comités Lugduni dant , dicant , con~ 
fecrant , An. m. dcc. xxxiiii. 

Au revers du Médaillon , on 
voit un S. Jean-Bapti(te , reprefen- 
.té à l'antique , avec cette légende; 

Prima Sedes Galliarum. 

Notre Auteur obferve que ces 
paroles font les mêmes qu'on voit 
encore aujourd'hui fur les mon- 
noyes de Lyon que l'Archevêque 
Se le Chapitre faifoient frapper 
dès le neuvième ficelé , Se qui ont 
eu cours pendant 500 ans. On trou- 
ve encore de ces monnoyes dans les 
Cabinets des Curieux. 

On ne doit point chercher dans 
les douze premiers fiécles de l'Egli- 
fe , l'origine du Jubilé de Lyon ; 
puifque la Fête du S. Sacrement à 
l'occafion de laquelle il a été accor- 
dé par le S. Siège , n'a été établie 
que plufieurs années après le mi- 
lieu du xni e fiécle. Notre Auteur 
remarque que c'eft feulement de- 
puis quatre ou cinq fiécles que ce 



3<fo JOURNAL D 

ment , lorfquc la Fête - Dieu s'eft 
rencontrée le 24 Juin , le concours 
dont il s'agit n'ayant pu fe faire 
jufques ici trois fois. 

Voici le Mandement que fit pu- 
blier à ce fujet le Cardinal de Ferra- 
re , peut-être fera-ton bien aife de 
voir ici cette Pièce. 

» De l'autorité de Monfeigneur 
» Reverendillîme Se Illuftrilîime 
» Cardinal de Ferrare , Archevê- 
» que Se Comte de Lyon , Primat 
» de France , Se de Mefleigneurs 
=» les Doyen Se Chapitre } Comtes 
» de la grande Eglife Monfieur 
nS. Jean de Lyon , eft publié & 
=» dénoncé à tous bons Fidèles j le 
» grand Se général pardon de ple- 
» niere indulgence , Se remifllon 
>»d'icelle Eglife , reçucv approuvé 
»& confirmé d'ancienneté en no- 
»tre mère fainte Eglife Catholique^ 
■» par 11 long-tems qu'il n'en: me- 
* moire du contraire , toutes & 
» quantes fois qu'il advient concur- 
» rence de la tres-facrée Fête du 
» précieux Corps de N. S. Sauveur 
» & Rédempteur J. C. avec la fo- 
» lemnelle Fête de la Nativité de 
» fon glorieux Précurfeur Mon- 
» fieur S. Jean-Baptifte , comme 
» adviendra cette prefente année 
» 1 54^. le 24 de Juin. 

» Ledit pardon arrivera à midi 
a> de la Vigile de la Fête , Se durera 
» par toute ladite Fête Se jufques à 
» Samedi à midi du lendemain iC 
a> dudit mois , Se à l'aide de Dieu 
=» par lefdits Seigneurs fera donné 
» ii bon ordre que chacun aifé- 
» ment en tranquille dévotion 
3» fans tumulte Se opprefllon pour- 



ES SÇAVANS, 

» ra gagner ledit pardon. Il eft aufîî 
3» enjoint à tous gensd'Eglife ayarit 
» peuple , que ce que deffus ils pu- 
blient Se taftent fçavoir en leurs 
» Prônes. 

Notre Auteur fait diverfes re- 
marques fur ce Mandement : la 
première eft: que quatre fortes d'ar- 
moiries accompagnoient le Mande- 
ment , fçavoir les armoiries du Pa> 
pe PaulllI. celles du Roi François 
premier , qui étoient enfemble à la 
tête , Se celles de Meilleurs les 
Comtes de Lyon qui étoient au 
bas : la féconde remarque eft que 
ces armoiries font voir que le Ju- 
bilé dont il s'agit eft émané du faint 
Siège , qu'il eft autorifé par le Ror, 
Se accordé à l'Eglife de Lyon en 
faveur de fon Archevêque & de fon 
Chapitre Métropolitain. 

La quatrième , que le Cardinal 
de Ferrare par le nom duquel com- 
mence le Mandement, eft Hyppo- 
lyte d'Efte quife rendit très-celébre 
dans l'Eglife, dans la Cour de Fran- 
ce , Se dans la Littérature : Qu'il 
fut furnommé de Ferrare , parce 
qu'il étoit fils d'Alphonfc, premier 
Duc de Ferrare , allié des Rois 
François I. Se Henri II. Que ce 
Cardinal eft regardé comme un des 
plus grands Prélats qu'ait eu le Siè- 
ge Primatial de Lyon ; Qu'il étoit 
çsirckevêque "%Jlé ' , Prince Magnifi- 
que y Mimflre éclairé , Légat du faint 
Siège en France 3 Cardinal Protec- 
teur de cette Couronne à Rome; Génie 
dit premier ordre , Mécène des gens 
de Lettres , & célébré dans les Ecrits 
de Paul Mannce s & de Marc- An- 
toine Muret , qui prononça à Roms 



j 



UIN 

laquelle fie 



fin Oraifion Funèbre 

voit dans les Ouvrages de ce grand 

Orateur. 

La cinquième remarque que fait 
notre Auteur fur le Mandement, 
regarde ces mots : & de MeJJèi- 
gneurs les Doyen & Chapitre Comtes 
de la grande Eglifi de Aionfieur 
S.Jean de Lyon. Il dit que ce titre 
fpécial de grande Eglife, par lequel 
le Cardinal de Ferrare cara&erife 
celle de S. Jean de Lyon , eft un 
langage établi depuis un tems im- 
mémorial pour marquer la noblelTe 
Se la prééminence de cette Eglife 
fur toutes les autres Eglifes de 
Lyon 2c fur toutes celles du 
Royaume. 

La fixiéme remarque eft que iî 
le mot de Jubilé ne fe trouve point 
dans le Mandement du Cardinal 
de Ferrare , mais feulement celui 
de grand & général pardon de ple- 
niere indulgence & remijfion , il ne 
faut pas croire pour cela que ce ne 
foit un véritable Jubilé -, & il ob- 
ferre là-deifus que Boniface VIII. 
fe contenta de publier fous le nom 
de grand & général pardon de plenie- 
r; indulgence & remijfion , le Jubilé 
de l'Anne Sainte es 1300. que Clé- 
ment VI. fut le premier qui rame- 
nant ces indulgences de l'année 
feculaire , à la cinquantième , les 
nt annoncer fous le nom de Jubilé, 
pour faire allufion à celui de l'an- 
cienne Loi : Que de plus , fi le ter- 
me de Jubilé ne fe trouve point 
dans le corps du Mandement du 
Cardinal de Ferrare , il étoit au ti- 
tre de ce Mandement , ôi y étoit 
en ces termes. Le grand jubilé reçu, 



y *73 4' $5i 

approuvé & confirmé d'ancienneté 

par fi long tems qu'il n'efi mémoire du 
tontraire. 

La feptiéme remarque de notre 
Auteur eft qu'en l'année de ce Ju- 
bilé , publié par le Cardinal de 
Ferrare , le jour de la Paflîon s'é- 
tant rencontré avec la Fête de faint 
Georges , & celui de la Refurrec- 
tion étant tombé le jour de Saint 
Marc, il arriva par une fuite necef- 
faire , que la Fête-Dieu fe trouva le 
jour même de S. Jean-Baptifte, car 
ces lîx Fêtes font relatives, comme 
notre Auteur l'explique enfuite. 

La huitième remarque concerne 
ces mots du Mandement : ledit par- 
don entrera a midi de U vigile de U 
Fête , & durera par toute ladite Fête 
jufqiCait Samedi à midi z6 dttdit 
mois. L'Auteur oblerve qu'on fe rè- 
gle ici comme à l'ordinaire , non 
par le jour civil , mais par le jonc 
Ecclefiaftique qui commence dès 
la veille de la Fête après midi, & 
là-deiTus il avertit que de Rubis 
s'eft trompé quand il a dit dans fon 
Hiftoire de Lyon , que le pardon 
avoit commencé le Mercredi à mi- 
di , év qu'il avoit duré jufqu'au 
Jeudi au foir. 

La neuvième remarque eft au fu- 
jet des foins que Meilleurs les 
Comtes promettent d'apporter 
pour maintenir le bon ordre dans 
la folemnité de ce fécond Jubilé , 
arrivé en 1546. Notre Auteur dira 
cette occallon que dans le premier 
Jubilé de Lyon le concours dts 
peuples venus de diverfes Provin- 
ces lut fi prodigieux , qu'il y ent 
un giand nombre de perfonnes 



5 éz JOURNAL D 

étouffées par la foule. Meilleurs les 
Comtes de Lyon , pour prévenir 
de femblables accidens , prirent, 
dit notre Auteur , les quatre pré- 
cautions fuivantes , qui ont enfuite 
fervi d'exemple pour le troifiéme 
Jubilé , publié en 1666. par Meffi- 
re Camille de Neuville Archevê- 
que de Lyon , en forte que les me- 
fures qui furent prifes à ce fujet , 
pour le Jubilé de 1666. étant les 
mêmes qui avoient été prifes pour 
le Jubilé de 1546'. il fuffira ici de 
rappeller ce qui fut obfervé dans le 
dernier Jubilé pour maintenir le 
bon ordre , Se c'eft ce qu'on va 
voir par l'Ordonnance fuivante , 
dont le Chapitre de Saint Jean de 
Lyon accompagna le Mandement 
de l'Archevêque. 

» Les Doyen , Chanoines , Se 
x> Chapitre del'Eglife, Comtes de 
» Lyon , font fçavoir que pour ga- 
>»gner le grand Jubilé dans leur 
3» Églife à caufe de la concurrence 
» de la Fête-Dieu avec celle de la 
» Nativité de S. Jean-Baptifte , il 
» fuffira de vifiter une fois ladite 
» Eglife , depuis le Mercredi z} de 
»Juin prochain à midi jufqu'au 
» Samedi fuivant 16 du même mois 
n à midi , Se d'y faire les prières 
a» accoutumées pour l'exaltation de 
» notre Mcre Sainte Eglife, l'union 
») des Princes Chrétiens , év l'extir- 
» pation de l'Héréfie , après s'être 
» dûement confeffé, Se communié, 
i>fans qu'il foit neceffaire de le fai- 
»re le même jour ni dans ladite 
» Eglife , en laquelle , pour éviter 
» la confufion l'on ne confeffera 
» point Se l'on ne communiera 



ES SÇAVANS, 

» point , pendant ledit tems. Et 
» pour empêcher la foule Se le de- 
» fordre l'on n'y entrera que par 
» trois grandes portes , dont les 
= avenues feront pour cet effet 
a» duëment difpofées , l'on fortira 
» par la porte de l'Archevêché & 
» celle de Sainte Croix , après y 
» avoir demeuré pendant le tems 
» feulement de cinq P.iter Se cinq 
» Ave > ou de quelque autre courte 
» Prière , à fa volonté , fans qu'on 
>j y puiffe entrer qu'après que tous 
» ceux qui les premiers y feront ca- 
sa très , en foient fortis, Se ainfi 
» fucceffivement , afin que chacun 
» puiffe profiter d'une occafion fî 
» rare Se fi falutaire. 

Ce que nous avons extrait juf- 
qu'ici ne regarde que la première 
partie du Livre , il nous refte enco- 
re pour achever l'expofé de cette 
première Partie , à remarquer 
qu'aux preuves que nous venons 
d'indiquer du fait dont il s'agit , 
( fçavoir que toutes les fois que la 
Fête-Dieu Se celle de S. Jean-Bap- 
tifte fc font rencontrées , le Jubilé 
en queftion a été folemnifé dans 
l'Eglife de S. Jean de Lyon ) l'Au- 
teur en ajoute deux autres , dont 
l'une pour être triviale n'en efr pas 
moins forte , c'eft un vieux Qua- 
train tiré d'anciens Calendriers Se 
Almanachs faits pour la Ville de 
Lyon , dans lequel on annonce en 
vers Techniques , que lorfque le 
Vendredi Saint fe trouve le 23 
Avril , jour de S. Georges , Pâques 
le 15 du même mois jour de Saint 
Marc , Se la Fête-Dieu le 24 Juin 
jour de S. Jean - Baptiftc , il y a 
alors grand Jubilé à Lyon. 



JUIN 

Quand Georges Dieu crucifira t 
Quand Marc le rejfufcitera } 
Et lorfcjue fjeun le porter* 
"jubilé dans Lyon fera. 

L'autre preuve eft tirée de Clau- 
de de Rubis , dont nous avons 
parle plus haut , Auteur d'une Hi- 
ftoire de Lyon , en quatre Livres , 
celui de tous les Ecrivains qui eft 
entré dans un plus grand détail 
touchant le Jubilé dont il s'agit. 
Rubis étoit de Lyon, il en tut deux 
fois Echevin , il exerça pendant 
trente ans la Charge d'Avocat Gé- 
néral, & deProcureur Général de la 
Maifon de Ville. Il raconte ce qui 
s'eft pafle fous fes yeux , & voici 
comme il parle dans le troifiéme 
Livre de fon Hiftoire , Chap. 33. 
l'endroit eft curieux ; peut-être ne 
fera-ton pas fâché que nous le rap- 
portions dans fon entier. 

«L'année 1546. la Fête-Dieu 
» s'étant rencontrée le jour de la 
x) S. Jean , le Z4 jour de Juin , fut 
» le grand Jubilé de S. Jean de 
» Lyon , où fe gagnoient les mê- 
» mes Indulgences plenieres que 
» l'on gagne allant à Rome ( An- 
» no Santlo ) pour gagner ce grand 
» Jubilé. On vit à Lyon une telle 
« aftluence de peuple de tous les 
» quartiers de la France , du Pays 
» de Lorraine , Savoye , Brefle , & 
» autres divers endroits , que l'on 
x ne fc pouvoit tourner par les 
» rues , éc parce que les Hôtelle- 
•j ncs 5 Tavernes 5c Cabarets de la 



î 173 4- 3<?3 

» Ville ne furent pas capables pour 
» héberner une telle multitude, on 
» fut contraint de drefler des feuil- 
»lécs par les rues , comme on 
» fait aux vogues des Villages , ou 
» des Tentes de la façon des Caba- 
» rets de la Cour , où on donnoit à 
» manger aux gens , & outre ce n'y 
» avoit bonne maifon en la Ville , 
»> qui n'eût des Seigneurs & Da- 
»mes, ou de fes amis de dehors 
'> logés ; comme auflî parce que 
» les ConfelTeurs difperfés par les 
» Eglifes & Couvens , ne pou- 
» voient fuffire à ouir en confeflîon 
» un fi grand peuple , il y en avoit 
» bon nombre qui confelfoient par 
» les rues & fous les tentes Se feuil- 
n lages. Davantage , quoique pour 
» éviter la confufion qui eût été , fi 
» ceux qui alloient &: venoient du 
» pardon , fe fuffent rencontrés par 
» même chemin pour aller gagner 
» le Pont de Saône, on fit un Pont 
» de bois dernier S. Jean fur des 
» bateaux, qui alloit droit répon- 
» dre aux degrez qui font devant 
» l'Eglife des Céleftins , &c ne laif- 
» fa la foule du Peuple d'être li 
i> grande depuis ledit Pont jufqu'à 
» l'Eglife de S. Jean , qu'il y de- 
» meura pluficurs perfonnes ctout- 
» fées , tk. y en eût eu davantage 
» fans le fecours que firent plu- 
» fieurs gens de bien à ceux qui 
Ȏtoient dans cette foule , leur 
» jettant du pain trempé , & du 
» vin en abondance par les fenêtres, 
» que les pauvres gens recevoient, 
» ouvrant la bouche & haletant 
n comme poulnns. La tontaine qui 
* eft en la place de S. Jean, jetta 



3 6 4 JOURNAL D 

» du vin par fes tuyaux tant que le 
»• pardon dura. 

Notre Auteur auroit pu joindre 
à ces témoignages ce qu'ont dit fur 
le même fujet , le Père Meneftrier 
dans fon Hiftoire Confulaire , £c 
dans fon Sanctuaire de l'Eglife de 
Lyon , le Père Colombi dans fon 
Hiftoire Manufcrite des Archevê- 
ques de Lyon , le Père Pierre Bail- 
lard , dans fes Indices Manufcrits 
ou Mémoires fur l'Hiftoire Sacrée 
& Profane de la Ville de Lyon, M. 
Broffette , dans fon nouvel Eloge 
Hiftorique de la même Ville, & 
l'Auteur de l'Hiftoire Littéraire de 
la même Ville encore , auffi-bien 
que quantité d'autres Ecrivains , 
foit Lyonnois , foit étrangers •, mais 
les témoignages qu'il a rapportés 
fuftîfent au-delà pour conftater le 
fait dont il s'agit. 

La féconde Partie contient les 
ïéponfes à diverfes queftions qui fe 
peuvent former au fujet du Jubilé 
de Lyon : l'une de ces queftions 
entre autres, eft fi l'Eglife de Lyon 
efl la feule a laquelle le S. Siège ait 
accordé un fi rare privilège. 

L'on répond , qu'il y a en Fran- 
ce 8c en Efpagne deux autres Egli- 
fes distinguées , qui joùiffcnt d'une 
femblable prérogative , fçavoir 
l'Eglife du Puy dans le Velay , èc 
l'Eglife de S. Jacques de Compo- 
ftelle dans la Galice. Cette préroga- 
tive à l'égard de l'Eglife du Puy cft 
que toutes les fois que la Fête de 
l'Annonciation de la Sainte Vierge 
fe trouve le même jour que le Ven- 
dredi-Saint, il y a tout ce jour- là 
dans la Cathédrale du Puy , un 



ES SÇAVANS, 

grand Jubilé , avec un concours 
prodigieux d'étrangers qui s'y ren- 
dent de toutes les Provinces du 
Royaume, & même des Pays les 
plus éloignés. 

Cluant au Jubilé de S. Jacques 
de Compoftelle , il revient toutes 
les fois que la Fête de S. Jacques le 
Majeur fe trouve un Dimanche , & 
il dure toute l'année courante. 

La plupart des autres queftions 
regardent les Indulgences & les Ju- 
bilez en général ; on y répond fça- 
vamment& d'une manière à rame- 
ner les incrédules les plus opiniâ- 
tres. On demande quelquefois dans 
le monde , fi ce n'eft pas une erreur 
de croire que pour une courte 
prière rapidement recitée , l'Eglife 
puiffe accorder à un pécheur invé- 
téré la remiffion delà peine due à 
fes péchez 5 Notre Auteur répond 
que ce feroit effectivement une er- 
reur groffiere. Mais il fait voir que 
l'Eglife en accordant la grâce du 
Jubilé , prefent bien d'autres con- 
ditions. Il remarque que ces condi- 
tions font exprimées dans ces qua- 
tre mots, verè pœnitentibus, confeffis; 
& centrais corde : il explique au long 
ce que ces paroles fignihent , ce 
qu'il obferve là-deffus eft capable 
de fermer la bouche à tous ceux 
qui pour décrier les Indulgences , 
n'ont pas honte de dire que ce font 
des privilèges accordes a ceux qui 
veulent fe difpenfer de faire péni- 
tence , l'endroit mérite d'être lu , 
c'eft page 105. 

La troihéme Partie renferme 

plufieurs Inftruc'tions familières 

fur les moyens de gagner le Jubilé 

de 



J U I N, 1734; 3$S 

de S. Jean de Lyon 5c fur les privi- Tout ce Livre au refte eft écrit d'u- 
lcgcs qui font attachés à ce Jubilé, ne manière très-exacte , & pour ie 
Nous y renvoyons les Lecteurs, fond , &c pour la forme. 



NOVVELLES LITTERAIRES. 



ITALIE. 



De Venise. 



IL y a déjà quelque tems que 
J. B. Pafqitaliz achevé d'impri- 
mer la nouvelle Edition de Y Hi- 
ftoire Bizjintine en iz Volumes 
in-folio. Il a commencé depuis peu 
à débiter le 13' Volume de cet am- 
ple Recueil : ce qui doit taire le 
plus de plaifir aux gens de Lettres, 
c'eft que ce Volume fert de Sup- 
plément non feulement à la nou- 
velle Edition , mais encore à l'an- 
cienne Edition de Paris , & que 
pour cette raifon il fe vend féparé- 
ment. 

Des différentes Pièces que l'E- 
diteur a raffemblées dans ce Volu- 
me , la première eft une Hiftoire 
de Conftantinople depuis Léon 
l'Arménien jufqu'à Baille le Macé- 
donien par Jofeph Geneftm , Au- 
teur qui floriffoit fous l'Empire 
de Léon le Sage , & qui paroît 
avoir écrit par ordre de Conftantin 
Porphyrogenete. Cet Ouvrage 
n'avoit pas encore été imprimé. Feu 
M. Bourkard - Mencken de Leipfig 
en avoit le Manufcrit dont il avoit 
permis à l'Editeur de faire tirer une 
copie ; 8c c'eft d'après cette copie 
qu'il paroît pour la première fois 
Juin. 



avec une Traduction Latine & des 
Notes. 

Les autres Pièces ont déjà été 
imprimées ailleurs : peut-être fera- 
t-on bien aile d'en voir ici la Lifte, 
quoiqu'elle doive donner un peu 
trop d'étendue à cet article. 

Georgii Phranz.A Protoveftiarii 
Chronicon cum nous ]acobi Pontani 
Societatis ejefu. 

Epifiola Georgii TrapeXuntii ad 
£Jo. Paleologum Imp. 

$oannis Antiocheni Cognominto 
Malal& Chronogmphia y Edmundo 
Chilmeado Interprète. 

Richardi Bentleii Epifiola ad Cl. 
Vir.Joannem Millium S. T. P. mm 
Indice rerum memorabilium, &Scrip- 
toritm qui in ea emendantur. 

OpufcMla Gr&ca '& Latina vetu- 
fiiora , ac recentiora édita à Leone 
Allatio , & ejnfdern Allatii in ea 
prafatiuncula. 

fjohannes Phocas de Locis Antio- 
chiam inter & Hierofolymam , nec- 
non Syr'iA , Phanicit. & Palefiin&. 

Epiphanii HagiopolitA Syria & 
Vrbsfanlla. 

PerdiccA Ephejii Hierofolyma. 

Anonymus de Loch Hierofolymita- 
nis. 

Eugefippm de difiantiis Locorum 
Terr&fanEÎA. 

Vdlebrandi ab Oldenborg ltinera- 
rinm, B b b 



}66 JOURNAL DE 

Léo Allatius de foie a veterls Eccle- 
Jîa. 

Idem de Liturgia fanili Jacobi. 
Idem pro Gr&corum communiove 
fib fpecie unica. 

Idem de L'ignls fantl& Cruels. 
Rituale vêtus Cophtltarum , latine 
redditur ab Athanafîo Kircherio. 

Conradi Marpurgici S. Elifabeth, 
vldua Thurlngia Landgravia. 

Gabriel Sionita de r.on nidlls nu- 
bus Maronltarum. 

Joannes^ Anagnojîa de extremo 
Thtffilonicenfi excidio , Leone Alla- 
tio interprète. 

Joannis Anagnofla Monodia de 
excidio Urbls Theffato&ic* eodem 
Allatio interprète. 

Tbodorus Gaz.a de origine Turca- 
rttm , Léon: Allatio interprète. 

Melchior Inchoferus deEunucbif- 
îfio. 
Léo Allatius de Commentltla Pa- 

0b. 

Lucas Holflenius de Abajfnorum 
summunionefub unie à fpecie. 
Idem de Sabbathiofiumine. 
Anonymus de Flumine eodem. 

De Vérone. 

Jacques Vallarfi a imprimé une 
nouvelle Edition des Lettres , des 
Differtations & de quelques autres 
Ouvrages du P. Fronton 3 Chanoine 
Régulier de Sainte Geneviève & 
Chancelier de l'Univerfité de Paris; 
fous ce titre : Jo. Frontonts Acade- 
m'u Parifienjîs Cancellarii & Cano- 
nici Regularis S. Gtnovefd EplfioU 
& Dijfertationes Eccle/iaftica. Calen- 
dttrium Romanum nongentis annis 



S SÇAVANS, 

antiquius , nous & indicibus illujfra- 
tum. S. Ivo/ils Epifcopi Camotenjts 
Vita , &C. Accedunt in hac editione 
variantes leiliones atcjue emendatio- 
nes Calendarii "R^omani ex aliovetu- 
ftiori Mf. Caruotenfiper venerabilem 
Cardlnalem Thomafium excerpt*. ar- 
que ex ejus autographo mine primitm 
édita. 1733. in - 8". 

De Milan. 

M. Argelati a déjà publié le troi- 
fiêrne Tome des Oeuvres de Sigonlus 
dont il a entrepris de donner une 
Edition complette. Ces trois Volu- 
mes fe trouvent à Paris chez de Bu- 
re , Quai des Auguftins. 

ECOSSE. 

D'Edimbourg, 

Il paroît ici un Volume /«-g , in- 
titulé : Médical tffays and Obfer- 
vatlons revifed and publisbed by a 
Society in Edimburgh. C'eft à-dire , 
Effals & Obfervattons de Médecine 3 
revus & publiés par une Société 
d'Edimbourg. Premier Vol. 1733. 

La Société des Sçavans Médecins 
à qui le public eft redevable de ce 
premier Recueil , fe propofe d'en 
donner un femblable tous les ans ; 
il contiendra , x°. une Table des 
hauteurs du Baromètre, des degrez 
du Thermomètre &c de l'Hygrof- 
cope. La quantité de pluye qui fe- 
ra tombée , les directions & la roi- 
ce des vents, & enfin la comparai- 
fon de ces obfervations faites à 
Edimbourg pendant l'année , avec 



JUIN 

celles du même genre faites ail- 
leurs, Se qui feront communiquées 
à la Société. 

z°. La Relation des maladies 
épidémiques qui auront régné à 
Edimbourg pendant l'année en 
chaque faifon , Se la Lifte des 
morts. 

3°. Un Recueil d'Efîais Se d'Ob- 
fervations fur les médicamens am- 
ples ou compofés , galéniques ou 
chymiques , l'anatomie , l'œcono- 
mie animale , la théorie Se la pra- 
tique de la Médecine Se de la Chi- 
rurgie. 

4°. Les figures neceffaires pour 
l'intelligence des Inftrumens , des 
opérations Se des deferiptions dont 
il fera parlé dans les Traités de ce 
Recueil. 

5°. Les découvertes qui auront 
été faites en quelque endroit que 
ce foit fur chaque branche de la 
Médecine , Se le Catalogue des Li- 
vres publiés fur la même matière 
pendant l'année. 

6°. Une Table alphabétique des 
matières de chaque Volume. Il fuf- 
fit d'avoir expofé la méthode que 
doivent fuivre dans chaque Vol