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COLLECTION G. M. A. 

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LE 

JARDIN 

DES 

CARESSES 




SOIXANTE-TREIZIÈME ÉDITION 



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IL A ÉTÉ TIRÉ N 
DE CET OUVRAGE 
CINQ CENTS EXEM- 
PLAIRES JAPON 
NUMÉROTÉS 









p 

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FRANZ TOUSSAINT 

lié 

LE 

JARDIN 

DES CARESSES 

ÉDITION DÉFINITIVE 




L'EDITION D'ART H. PIAZZA 






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LE KORAN. 



LA MINIATURE SERVANT DE FRONTISPICE A CET 
OUVRAGE EST DE LÉON CARRÉ 



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iini i if i T iiT Ti i i i iii i i i Tin i ni riiiiirïi 



LES SEINS, LES YEUX 
jgf ET LA CHEVELURE Jgf 



lus blancs et plus gonflés de 
trésors que les tentes d'un 
émir, tes seins, ma bien-ai- 
mée, sont les tentes de mon amour. 
® Lorsque je cache, à midi, mon vi- 
sage dans ta chevelure, et que je cher- 
che ton regard, tes yeux sont les deux 
étoiles qui illuminent ma nuit em- 
baumée. ©S©®®@®®®®®®®®®@® 



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® Si, un jour, j'apprends qu'un autre 
a dormi dans ta chevelure et que tes 
yeux ont éclairé le visage de ce 
Maudit, je ne saisirai pas mon poi- 
gnard, je n'achèterai pas du poison, 
mais je sifflerai mes lévriers... ®@® 
® J'irai capturer une gazelle, que je 
parerai de tes colliers et que je lâ- 
cherai vers un abîme. © ®® @® ®@ ®® 

LE FLAMBEAU JS 

'ai poli ton corps de tant 
de caresses, qu'il ressemble 
maintenant à la pierre sacrée 
d'El Djoûf, que tant de lèvres ont 
usée. ©®@®®®®®®®@®®®®®®®® 
@ Le soleil peut s'éteindre et la lune 
tomber, il m'inondera de lumière. ® 

J£ LA BATAILLE Jff 

\ H^hri ous avions épuisé les paroles 
l fe^N M d'amour. ®@ @® @@ @® ®@ ®® 
® De même que le silence 




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s'établit dans les rangs de deux ar- 
mées qui vont se livrer bataille, le 
silence s'était fait entre nous. ®@ ®@ 
@ J'ai livré la bataille d'amour. Le 
bruit des sabres était nos baisers, les 
soupirs des blessés étaient nos ha- 
lètements, le fracas des chars était 
dans nos artères... © ®® @® ®® @® ®@ 
® Et je t'ai gardée contre moi, comme 
un étendard déchiré. ®@ @® @® ®® ®® 

JS SON SOURI RE M 



y*r>£5\ uand je lui demande grâce, 

kjjcg elle se contente de sourire, 

j>5~?^ les yeux baissés. Que puis-je 



attendre d'un amour si redoutable? 
Elle sait la puissance de son sourire. 
Comment lui cacher que je l'aime? © 
® Tu es mon univers, avec des col- 
lines et des jardins, avec des sources 
et des moissons. Je voudrais avoir 
mille bouches. Je voudrais n'avoir 
jamais besoin de sommeil. Pourtant, 



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ne suis-je pas le voyageur qui s'en- 
dort, chaque soir, sous des ombrages 
parfumés?®® ®® ®® ®® ®® ®® ®® ®® 
@ Tu es mon univers, avec des col- 
lines et des jardins, avec des sources 
et des moissons. Lorsque ton haleine 
passe sur mon visage, je pense aux 
brises du Hedjâz, qui ont effeuillé 
d'innombrables roses. S® ®® ®® ®@ 
@ Mes faucons maigrissent sur leurs 
perchoirs, mes chevaux perdent l'ha- 
bitude du mors, l'éclat de mes armes 
se ternit... Qu'importe T puisque l'é- 
clat de tes joues est pareil au cœur 
sanglant des grenades, puisque ton 
ventre est plus souple que le dos de 
mes coursiers, puisque tes baisers 
sont des faucons toujours inassouvis! 
@ Etendu sur les douces collines de 
ton corps, je bois à la source de ta 
bouche en étreignant mes moissons. 
S®®®®®®®®®®®®®®®®®®®®® 
M M JS M J£ M Jâ m M M M M 



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M Jff M LE SOMMEIL 
DES COLOMBES JT M Jff 

ans le cèdre, des colombes se 
sont posées, pour la nuit. ®@ 
© Longtemps hésitantes, el- 
les avaient tournoyé au-dessus de 
l'arbre solitaire. ®@ ®® @® ®@ ®@ ®@ 
© Maintenant, elles vont s'endormir. 
Comme chaque nuit, au sommet de 
la plus haute branche, un rossignol 
chantera. ®®®®®®®®®@®®®®®® 
© Ainsi, je berce souvent ton sommeil 
de paroles d'amour. ®® ®@ ®® ®® ®® 
© Je crois que le même instinct guide 
les colombes et les jeunes filles vers 
les jardins où chantent les rossignols. 

L'HEURE TRANQUILLE 

oici l'heure tranquille où les 
£] troupeaux s'acheminent vers 
le puits. ®@ ®® ®@ @® ®@ ®® 
© J'attends ma bien-aimée, étendu 




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sur les coussins qui gardaient l'em- 
preinte de son corps. © ©@ ®@ ®@ @® 
® En signal, j'ai posé, sur la fenêtre, 
un vase dans lequel trempe la tige 
d'une rose. © @® ®® ®@ @® ®@ ®@ S)® 
® Cette rose se détache au sommet 
d'une colline bleue. ®® @® @® ®® ®® 

3& TO I Jff J& M 

a chevelure, qui est l'éten- 
dard de mon amour. ®@ ®® 
® Ton front, tiède et bombé 
comme une cassolette. @® ®@ ®@ @® 
® Tes yeux, qui sont couchés sur ton 
visage. ®@®®®®®®®®®®®@®®®® 
® Tes lèvres, cette porte du Jardin. 
® Tes dents, entre tes lèvres, comme 
de la neige sur de la pourpre. @® ®@ 
® Ta langue, qui a mûri pour ma bou- 
che. ®®®®®®®®®@®®®®S)®®®®@ 
® Ton cou, qui est une colonne d'i- 
voire. ®®®@®®®®®®®®®®®®S)® 
@ Ton épaule, lisse comme une mar- 




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gelle de puits. ®® ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Tes bras, qui seront deux flammes 
autour de mon corps. © ®@ ®@ ®® @® 
® Tes seins, qui jaillissent pour se 
donner. @®®®®©®@®®®©®©®@® 
® Ton ventre, ce parvis de marbre. 
© Tes jambes, réunies comme deux 
agneaux craintifs. © ®@ ®@ ©§) ®@ @® 
® Tes pieds, qui ont franchi le seuil 
de ma demeure, et que je pose sur 
mon front. @® ®@ @® ®® ®® ®® ®@ @® 

M JS M M LE CHANT 
DES GUERRIERS M Jg 

ous sommes venus des grands 
sables, où naît le simoun. ®@ 
® Nos chevaux enfonçaient 
jusqu'aux genoux dans de l'or. Des 
astres, énormes comme des fruits, 
nous indiquaient, la nuit, notre route. 
© Nous sommes venus des grands sa- 
bles, où naissent les lions. ®@ @® ®@ 
® Le jour, nos boucliers étaient des 



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soleils en marche. La nuit, nos lances 
étaient fleuries d'étoiles. Nos compa- 
gnons qui sont tombés, nous les 
avons ensevelis debout, la face vers 
l'Occident. ©®®®@®®®®S)®®®®® 
@ Nous sommes venus des grands 
sables, où naquirent les Pharaons, et 
leurs mausolées ne nous ont pas fait 
détourner la tête. ® ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Nous sommes venus des grands sa- 
bles, où verdoient des oasis plus 
belles que les Jardins du Paradis, et 
leurs délices ne nous ont pas retenus. 
® Nous sommes venus des grands sa- 
bles, où l'on entend la voix de Dieu. 
®®®®®@®®®@®®®@®@®®®®®® 

JST LA DANSEUSE NUE M 

lle s'était érigée, les mains à 
la nuque. © @® ®@ ®@ @® ®® 
® Quand j'évoque sa beauté, 
mon cœur me remonte à la gorge. © 
® Elle avait dansé quelques-unes des 




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danses de sa tribu : la danse du So- 
leil, qui était une danse vertigineuse; 
la danse de la Lune, qui était une 
danse mesurée ; et la danse de la 
Mort, qui était une danse immobile. 
Mais, elle n'avait pas dansé la danse 
de l'Amour. @®@®®®®®@®®®®®® 
© Le Soleil avec son cortège de joies, 
la Lune avec son cortège de mélan- 
colies, et la Mort avec son cortège de 
douleurs avaient dansé devant nous. 
L'Amour attendait que nous eussions 
jonché de roses le tapis de sa célé- 
brante. ®@®®®@®®®®®®®®®®®® 
@ Deux enfants étaient venus la dé- 
pouiller de ses voiles, et elle avait 
renvoyé les musiciens. ®@ ®® ®® ®@ 
@ D'abord, elle dansa de ses yeux et 
de ses paupières ailées de cils. Dans 
la corbeille de ses paumes, sa tête 
pesait comme un monde. © ®@ ®@ @® 
@ Enfin, un ravissement illumina son 
visage. Elle fit trois pas, le dos arqué, 



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les mains ouvertes, dans une résolu- 
tion passionnée... ® ®® ®@ 3© ®@ ®@ 
© Puis, tout à coup, elle se redressa 
en nous dédiant ses mains qui avaient 
emprisonné le parfum des roses. @® 
®®®@®®®®®®®®®@®®®®®®®® 

M LA VICTOIRE M 

lle m'a dit : « Qu'as-tu fait 




pour mériter de me possé- 
der ?» ® ®@ @® @® @® ®@ ®® 
® Sa chevelure s'était répandue sur 
ses épaules, et ses mains me repous- 
saient. ®®®@®@®®®®@®®®®®@® 
® Elle me dit encore : « Ignores-tu que 
l'amour est un combat ? O toi, le plus 
valeureux des hommes, accepterais- 
tu de triompher sans avoir livré ba- 
taille ?» ®®®@®®®®®®®®®®@®® 
® Elle sourit avec dédain, puis elle 
recula dans l'ombre. Ses yeux ren- 
contrèrent mes yeux, et mon cœur 
eut un frisson. © ®@ ®@ ®@ ®@ @® ®@ 



14 



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© Elle continua : « Qu'as-tu fait pour 
mériter que je m'abandonne dans tes 
bras ? Ignores-tu qu'un porteur d'é- 
tendard est toujours un guerrier cou- 
rageux? O toi, qui as reçu plus de 
blessures que Dhâl, la panthère en- 
chantée, craindrais-tu la souffrance 
d'amour ?» ©®@®®®®®®®@®®®® 
© J'ai pris doucement ses mains, et 
j'ai murmuré : « Peut-être... » ®@ ®@ 
© Le crépuscule commençait. Jaloux, 
le soleil s'était-il caché parce qu'elle 
avait consenti à m'apparaître nue ? 
© Elle laissa ses mains dans les mien- 
nes, et elle répéta : « Qu'as-tu fait pour 
mériter de me posséder? » @® ®@ ®® 
© Que pouvais-je répondre? Ne sa- 
vait-elle pas que j'allais être victo- 
rieux ? ®@®®®®®@®®®®®®®®®@ 
© Au loin, dans la plaine, un pasteur 
attardé chantait une chanson joyeuse. 
© Je lui ai dit : « Ecoute !» @® ®@ ®@ 
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M LE SOUVENIR M 

N courant, mes amis ont em- 
porté ton corps. ® ®@ ®@ @® 
@ Messaouda T Messaouda I 
puisque ton visage était découvert, 
tu as revu, une dernière fois, la fon- 
taine prés de laquelle je t'ai connue 
et le jardin qui nous accueillit, ce jour- 
là. ®®®@®®®®®®®®®@®®®®S)® 
© C'était un matin de la jeune année. 
Des colombes, bien lissées, venaient 
se poser sur les guirlandes de pam- 
pres qui flottaient entre les arbres. 
Tes yeux avaient-ils fait déjà fleurir 
les jasmins ? Des papillons chavi- 
raient dans leur feuillage, et une 
odeur de miel nous environnait. Sur 
le minaret de la mosquée voisine, un 
moûeddin' célébrait les bienfaits de 
Dieu. ®®@®@®®S)®®®®®®®®®®® 
® En courant, mes amis ont emporté 
ton corps. ®@ @® @® ®@ ®@ S® ®@ ©© 



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@ Chaque matin, j'irai m'asseoir sur 
ta tombe, parmi les pleureuses. © @® 

®®®@®®®®®@®®®®®®®®S)®®® 

J£ Jff M LE MARCHAND 

DE PARFUMS M M M 

jg u prétends que Karoûn et que 
Balkis ne possédaient pas des 
parfums plus suaves que les 
tiens. Tu prétends que les jardins de 
Marib n'exhalent pas des odeurs plus 
pénétrantes... ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ @® ®@ 
©Je n'ai connu ni Karoûn ni Balkis, 
je n'ai jamais traversé les jardins de 
Marib, mais j'ai respiré le parfum de 
ma bien-aimée. ® ®@ ®® ®@ ®® ®® ®@ 
@ A présent, ma bien-aimée boit les 
eaux sacrées du Koûssar, ma bien- 
aimée est retournée à Dieu, et je cher- 
che son parfum. ®@ @® ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Je l'ai demandé au vent du sud, qui 
avait saccagé des oasis ; au vent du 
nord, qui avait caressé les fleurs 






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blanches des montagnes. Je l'ai de- 
mandé à l'haleine du printemps. ®@ 
© Mais, l'haleine du printemps ne 
charriait pas assez d'arômes, le vent 
du nord n'avait pas caressé les seins 
de ma bien-aimée, et le vent du sud 
n'avait pas emmêlé sa chevelure! ®® 
® Marchand de parfums, ne me mon- 
tre pas tes buires. ® ®® ®® ®@ ®@ ®® 

M M LE DESTIN M M 

'amour de la femme est l'om- 
bre d'une palme sur le sable. 
© L'amour de l'homme est le 
seul simoun qui puisse briser cette 
palme et fixer ainsi son ombre. ® ®@ 
® Messaoudaï dans la nuit de ton sé- 
pulcre, souviens-toi du jardin soli- 
taire où je t'ai conduite, un jour. ®® 
® C'était un jardin entre des murailles 
si hautes, que les cimes de ses ar- 
bres ne les dépassaient point. ®@®® 
© C'était un jardin serti dans des 






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murailles blanches, comme une éme- 
raude cachée dans une fleur de ma- 
gnolia. ®®®®®®®®®@®@®®®®®® 
© MessaoudaT souviens-toi du matin 
paisible où tu t'es courbée sous mon 
amour, comme une palme sous le si- 
moun. ®@®@®@®®®®®®®®®®®® 
® Mais, à force de souffler, le simoun 
recouvre de sable le rameau qu'il a 
brisé... ®®®®®®®®®®®®®@®@®® 
@ O ma longue palme, que le sable du 
cimetière soit léger sur ton sépulcre ! 
®®®@®®®®®®®®®®®®®®®@®® 

LE MIRAGE M M 

TA e m'étais endormi, et ie rê- 
vais qu'une caravane exté- 
IÀj nuée traversait un désert, où 
je la guidais. @® ®@ ®® ®@ @® ®@ ®@ 
@ Et qu'un fabuleux mirage surgissait 
devant nous, et que ce mirage était 
toi-même, avec les lacs de tes yeux et 
les vergers de ton corps. © ®@ ®@ ®® 




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® Et que tu t'élançais vers moi, et que 
mes compagnons, désespérés, se cou- 
chaient pour mourir. ® ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Je viens de prononcer ton nom, afin 
de recommencer ce rêve... Hélas T on 
ne voit jamais deux fois le même mi- 
rage. ®®®®®®@®®®®®®®@®®®® 

JSf LES MUSICIENS M 

ssis dans un coin obscur du 




((\ souk, j'écoutais les musiciens 
de Debila. © ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Autrefois, ma bien-aimée a par- 
couru ce pays. Autrefois, ma bien- 
aimée a entendu chanter les flûtes et 
résonner les touboûls de Debila. ®® 
® Maintenant, je l'ai dit, ma bien- 
aimée est retournée à Dieu, et je la 
cherche dans la musique qu'elle pré- 
férait. @®@® ®® ®@ ®@ ©@ ®@ ®@ ®® 
® Si j'interrogeais les musiciens de 
Debila, se souviendraient-ils d'avoir 
vu passer Messaouda dans les j ardins 



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de leur pays? Me diraient-ils que leur 

musique n'est déchirante que parce 

que Messaouda ne se promènera plus 

dans les jardins de Debila ? © @® ®@ 

® Ils jouaient, les paupières closes, 

la tête renversée, comme ployés 

sous un baiser profond, douloureux, 

| acharné... ®® ®® ®@ @® ®@ ®@ ®@ ®@ 

j ® Je ne leur demanderai pas s'ils ont 

connu ma bien-aimée, car on ne de- 

1 mande pas aux rossignols du mois de 

; Rebi-el-Aouel s'ils chantent pour la 

': nuit embaumée ou pour les étoiles 

qui se sont éteintes. ©@ ®® @® @® ®® 

,«T LE GUETTEUR & 

l est la hampe de ce rigide 
étendard : son burnous dans 
le vent. © ®® ®@ ®® @® ®@ ®® 
® — Alerte I ®@ ®@ @® ®@ ®® ®@ ®@ 
® Une tache, là-bas, sur l'or vibrant 
dessables... @® ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 



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REPONSE M M 

u me reproches de ne pas 
t'aimer... ®@ @® ®® @® ®@ ®@ 
© Trouverais -je mes roses 
plus parfumées, si mes yeux se rem- 
plissaient de larmes chaque fois que 
je les respire ? Seraient-elles plus 
éclatantes, si je ne pouvais les cueillir 
sans leur réciter des poèmes ? © ®@ 
® La pluie demande-t-elle à la terre 
de frissonner d'amour, et la lune de- 
mande-t-elle au désert de la récom- 
penser d'éclairer son étendue ? @® ®® 
®@®®®@®®®@®®®®®®®®®®®® 

LE CŒUR SANGLANT 

u as ri de mes larmes î Sache 
que tu es la première devant 
qui j'ai pleuré. ®@ ®@ @® ®® 
@ Jouis de ton triomphe, ne perds pas 
un instant, car, cette nuit, je pénétre- 
rai dans ta chambre, éclairé par mon 




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poignard, et, à l'aube, je jetterai ton 
cœur aux corbeaux. @® ®@ ®® ®@ ®® 
® Il aura palpité dans ma main : l'eau 
de ma fontaine la purifiera. Il aura 
pollué le sable : le vent effacera son 
empreinte. © ®@ ®@ @® ®® ®® ®@ ®@ 
® Corbeaux noirs, arrivez de l'ho- 
rizon pour la curée d'un cœur de 
femme I Je vous le lancerai, après y 
avoir enfermé mon âme. ® ®® ®@ ®® 

M L'INCONNUE M 



l me plaît de fixer ce souve- 
nir, pendant que tu penses 
encore à moi, certainement. 



il 



® Puisque je n'ai pas réussi à te par- 
ler, puisque la foule nous a séparés, 
je veux, dans ces vers, te remercier 
de l'ivresse que tu m'as procurée, 
chère inconnue! ®@ @® ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Sans doute, je ne te reverrai pas. 
Aujourd'hui, le bonheur est ici ; de- 
main, il est ailleurs. Celui qui le cher- 



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che ne le trouve jamais. Ce soir, il 
s'était arrêté à Irehâd. ®@ S® S® S® 
@ Quand je suis arrivé, cent person- 
nes se pressaient déjà autour du 
conteur. Pourquoi me suis-je assis au 
soleil plutôt qu'à l'ombre? Pourquoi 
étais-tu devant moi ? 3® g® s® ®@ S® 
® Jusqu'au moment où j'ai effleuré 
ton bras, je peux répéter ce qu'a dit 
le conteur. Pour moi, les aventures 
d' Antar se sont terminées lorsque ton 
premier frémissement a répondu à 
ma timide caresse. ® @® @® ®@ S® S® 
@ Je n'ai point, avec les femmes, l'au- 
dace de Hadid. L'abeille brusque-t- 
elle le jasmin ? @ ®@ S® S® ®@ @® ®@ 
©Je venais d'effleurer ton bras... Tu 
t'es retournée doucement, et j'ai vu 
ton visage. Tes yeux étaient entre tes 
cils comme un ruisseau de feu sous 
des branches. S® S® S® S® S® S® S® 
® Je me suis enhardi. S® S® S® S® 
® As-tu deviné que ce n'était pas seu- 



24 



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lement mon désir qui vibrait contre 
ta chair? Mon cœur se caressait au 
tien, et mon âme à ton âme palpitante. 
© Ainsi qu'un cavaliermodère l'allure 
de son cheval fougueux, je réprimais 
les élans qui me jetaient vers toi ; je 
finissais en impondérable frôlement 
ce que j'avais commencé en contact 
impérieux. ®®®®®®®®®®®®®@® 
@ De larges frissons faisaient onduler 
tes épaules. Le mystère et le danger 
ajoutaient à ta volupté. Tu te donnais 
toute. ®®®®@®®®@®®®®®®®®®® 
@ Et je me dis, avec amertume, que 
tu m'as procuré cette ivresse sans 
me connaître, et qu'un autre aurait 
pu avoir ce bonheur. ® ®@ @® @® @® 
®@®®®®®®®@®@®®®®®®®®®® 

M LES ÉCOLIERS M 

ccroupis dans la cour de la 
mosquée, les enfants répè- 
tent les versets du Livre. @® 




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25 



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® Se souviendront-ils, plus tard, que 
Mahma vient de leur envoyer des 
figues et de l'eau de neige ? ® S® ®@ 

®@®®®®@®®®®®®®®®®®®®®@ 

M M Jgf L'OUBLI Jgf JS M 



e lendemain de ce jour que je 
croyais inoubliable, j'ai res- 
piré ton parfum dans ce voile 
que tu avais oublié sur mon tapis, et 
ce fut comme si je n'avais qu'à pro- 
noncer ton nom pour que tu te jettes 
dans mes bras. Je n'osais pas me re- 
tourner. Je te voyais assise sur ma 
couche et m' attendant. ®® @® ®@ ®® 
® Le lendemain de ce jour où ton 
parfum m'avait rappelé ta présence, 
je m'aperçus, en baisant ton voile, 
que cet arôme s'abolissait. Cette fois, 
je te cherchai dans ma chambre. @® 
® Le lendemain, ton parfum n'était 
plus dans le voile, et le souvenir du 
jour que je croyais inoubliable n'était 



26 



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plus dans mon cœur. © ®® ®® @® ®@ 

@®®®©®@®@®@®©®@®©®@®@® 

M M LA SAGESSE M M 



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on ombre était une soie vio- 
lette sur le sable. ®® ®@ @® 
© Comme je l'avais priée de 
s'arrêter afin que je baise cette soie, 
elle m'a répondu : « Ce n'est que 
l'ombre d'une femme. » © @® ®® ®@ 
©Je lui ai dit : « C'est l'ombre d'une 
femme que j'aime et dont je ne peux 
baiser les lèvres. Laisse que je baise 
leur ombre sur ce sable qui a leur 
tiédeur I» @®®®©®@®©®®®®©®® 
© Elle m'a répondu encore : « Ce sa- 
ble est moins tiède que mes lèvres, 
et tu ne baiserais que du sable. Baise 
mes lèvres, mon bien-aimé ! » ®@ ®® 
© Je suis parti sans baiser ses lèvres, 
parce que je ne les aurais plus dési- 
rées. ®®®©®®®®®®@®®®®®®©® 



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27 



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ILES BOUQUETSJg 

pTçM elima faisait un bouquet de 
^>>T^ fleurs de pêcher. Un vieillard, 
illw J qui passait, lui dit : © ©® @® 
© — Ignores-tu que ces fleurs seraient 
devenues des fruits ? © ®@ ®® ®@ ®@ 
® A quelques jours de là, un matin, 
Selima aperçut, dans un jardin, le 
même vieillard , qui cueillait pour 
Zarifah des branches de pommier. ®® 
® — Quoi! lui cria-t-elle, ignores-tu 
que ces fleurs seraient devenues des 
fruits? ®®©®®®©®®®®®®@®®©® 
@ — J'en doute, répondit le vieillard, 
car les jardiniers assurent qu'il gè- 
lera, cette nuit. ®® @® @® ®© ®@ @® 
@ Vous avez deviné que Zarifah était 
jolie. ©®®@®®®®®®®®®@®©®@® 

LA FAUTE DES ROSES 

rrêtons-nous. Je veux m'as- 
seoir sous l'arbre où j'étais 
assis, le jour que je l'aperçus. 




28 



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@ Depuis, combien de fois me suis-je 
récité ces vers de Fadl El HagiriT @® 
@ « Elle a la souplesse d'une branche 
de saule, et son regard donne l'ivresse 
du vin. Mon cœur est devenu son pri- 
sonnier T Quand passe une belle fille, 
je me souviens d'Elle, et je souffre. 
Seul, est heureux, celui qui fait de la 
salive de Sa bouche sa boisson du 
matin et du soir... » ®® ®® ®@ ®@ @® 
© Longtemps après, une deuxième 
fois, nous nous rencontrâmes. Ce jour- 
là, des roses, que j'avais posées sur 
ses genoux, lui dirent mon amour. 
® Hélas T notre bonheur fut aussi bref 
qu'une nuit de printemps! ®@ ®® ®@ 
® Vois-tu, il ne fallait pas mettre à ta 
ceinture les roses de la terrasse... En 
pensant à toi, je me réciterais encore 
les vers de Fadl El HagiriT ®®@ @® 
®®®@®@®®®®®®®®®@®®®®®@ 
®®®@®@®®®®®®®®®®®®®®®® 



29 



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M M Jff LES OISEAUX 
MIGRATEURS M M M 

l'entrée de l'hiver, des vols 
d'oiseaux traversent le ciel. 
Alors, nous nous attristons. 
Mais, Dieu a donné à l'homme le sou- 
venir et l'espérance. Que Dieu soit 
remercié T ®®®®®®®®®®®®®®S® 
@ O murailles de Damas, je me cache 
pour vous pleurer T O mes frères, 
puisse notre éloignement ne pas vous 
valoir des maux semblables aux maux 
qui accablèrent le peuple de Noé, le 
peuple de Houd, le peuple de Saleh î 

M M M LE SOMMEIL 
DES LÉVRIERS M M 

l'ombre aiguë du cyprès, mes 
deux lévriers dorment, com- 
me des flèches dans un car- 

la porte, et 




quois 

® Referme doucement 



30 



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viens les caresser : ta main fera pas- 
ser dans leurs rêves la fraîcheur d'un 
ruisseau du Liban. © ®® @® ®® @® @® 

MM LE BAUME MM 

lle m'a dit : «Je ne provoque 
ta jalousie que pour savoir 
mieux que tu m'aimes. » @® 
@ Ainsi, quelquefois, afin de me faire 
oublier ce que j'ai souffert durant ses 
morsures, elle baise les croissants 
roses que ses dents ont gravés dans 
ma chair. ®® @® @® @® @® @® @® @® 

MM LE POTIER MM 

enchê sur le tour ainsi qu'un 
amant se penche sur le tapis 
SÏa où repose sa bien-aimée, le 
potier contemplait la glaise, et ses 
yeux s'illuminaient. ®@ @® ®® ®@ ©® 
® En resserrant peu à peu son étrein- 
te, il caressa d'abord le bloc, qui se 
contracta comme un torse que par- 







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court un long baiser. © ®@ ®@ ®@ ®@ 
© Sous un dernier frôlement, l'argile 
se fusela, et j'admirai l'urne qui ve- 
nait de jaillir, pareille à ton corps, 
quand tu te dresses sur notre couche, 
extatique et nue. ®@ ®® ®® ®@ ®@ ®® 

Jg SUR LE DÉSIR M 

e cueille pas la grenade qui 
te semble la plus belle. @® ®® 
@ Ne convoite pas les riches- 



^ 



ses que tu ne saurais faire fructifier. 
© Ne caresse pas la femme qui ne 
pourra se donner à toi. ®® ®@ ®® ®@ 
© Cours vers ce qui te paraît être un 
mirage : tu peux trouver une réalité. 

M SUR L'AMOUR M 

\ \si)d E l a i sse P as dormir le faucon 

> feO\] S que tu apprivoises. @® ®@ ®@ 



JtQKH © Ne lance pas ton cheval au 
galop sans l'avoir fait trotter. @® ®@ 
© Ne fais brouter ton méhari qu'à la 



32 



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lisière des oasis. ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Et ne dis jamais à une femme que 
tu l'aimes. ®@®®©®®®®®S)®®®®@ 

M SUR LE SILENCE JT 



'interroge pas le mendiant 
qui te demande l'aumône. ®@ 
©Ne questionne pas la femme 
qui a prononcé, en dormant, des pa- 
roles d'amour. ® @® ®@ @® ®@ ®@ @® 
® Ne réponds pas à celui qui insulte 
ton ennemi. ©®@®®®@®@®®®®®® 
® Ne dis jamais : « Quel silence T » 
Dis : « Je n'entends pas. » ® @® ®@ @® 

M SUR LA MORT M 

a gazelle blessée pleure, lors- 
qu'elle va mourir, g® ®@ ®@ 
® Lorsqu'une torche va s'é- 
teindre, sa flamme devient paisible. 
® Et toi, à quel moment as-tu cons- 
cience de ton destin ? @ @® ®@ ®® ®® 
® Est-ce quand tu pleures, est-ce 






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quand tu souris? ®® ®@ ®@ ®@ S® ®® 

M MA MAIN, CE SCEAU 
FRÉMISSANT... M M M 

a main, ce sceau frémissant, 
le recouvrait tout entier. ®@ 
® Elle dit : « Mon corps est 
ton oasis, et II est le ruisseau où tu 
te plonges quand tu as cheminé dans 
ton oasis. @® @® ®® ®@ @® ®® ®@ ®@ 
@ « Il est une cassolette. Il est un 
puits dont le soleil aurait tiédi la mar- 
gelle. Il est une grenade fendue. Il 
est une grotte pleine de trésors. ® @® 
@ « Mes seins sont tes buires d'ivoire, 
et mes yeux sont tes joyaux. Mes 
oreilles sont tes coquillages, et mes 
bras sont ton collier. ®@ ®@ ®@ ®@ @® 
@ « Mais, Il est une bouche close, et 
son baiser peut faire mourir. ®@ @® 
@ « Il est pareil au fruit pourpre du 
ghedma, qui guérit des blessures du 
feu et qui verse une mélancolie indi- 



34 



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cible. @®®®®®®®®®®S®®®®@®® 
@ « Il est pareil au fruit pourpre du 
ghedma, qui rend fou celui qu'il a 

guéri T » ©®@®®®@®®®®®®®®®® 

MMM APRÈS M & J& 

lle s'était endormie dans mes 
bras. Pour la protéger eontre 
la fraîcheur de la nuit, j'avais 
doueement étalé ses cheveux sur ses 
seins. ®®®®®®®®@®®@®@®®®® 
© Dans l'herbe, autour de nous, les 
insectes reprenaient un à un leur mu- 
sique. ®@®®®@®®®@®®®®®®®® 
@ A cette heure, des mères berçaient 
aussi leur petite fille... ®@ ®@ S© ©@ 

L'ADIEU M JS 

uand, pour me faire ce geste, 
tu as passé la main à travers 
le grillage de ta fenêtre, toute 
la vie de mon corps s'est arrêtée. ®@ 
@ Ni la Heur du magnolia, ni la neige 




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de la montagne, ni le marbre, ni le 
jasmin, ne sont plus blancs que tes 
doigts où tes ongles brillaient comme 
des flammes. ®@ ®® ®® @® ®® S® ®® 
@ A mes compagnons qui s'éton- 
naient de sentir une odeur délicieuse, 
j'ai dit : « C'est le bras de ma bien- 
aimêe, ce sont les roses de ses ongles 
qui ont embaumé le carrefour... Que 
la bénédiction de Dieu soit sur cette 
demeure où ma bien-aimée est pri- 
sonnière T »®®®®®©®@®®®®®®® 
@ Et mes compagnons s'attristèrent, 
et mon cheval se mit à hennir, car 
l'arôme du bras de ma bien-aimée 
lui rappelait le parfum des grandes 
plaines qui sont au-delà de la mer. 

M NOTRE BAN C M 

lle m'avait dit qu'elle m'at- 
tendrait dans cette demeure 
où nous nous sommes tant 

aimés... ®@ ®@ ®@ ®@ ®® ®@ ®@ ®@ ®® 




36 



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@ Je ne suis pas revenu. @® ®® ®@ @® 
@ Quand tu passeras sur la route de 
Dar Ould Zidah, arrête-toi devant 
un jardin que gardent deux cyprès, 
et crie son nom. @® @® @® ®® ®@ ®@ 
® Si personne ne répond, pousse la 
porte, entre, et donne un peu d'eau à 
des rosiers qui entourent un banc de 
marbre. ®®@®®®@®®®®®®®@®@ 

M M LA DANSEUSE 
AUX TORCHES M M 

w=] e chanterai la journée fa- 
•j H meuse d'Ehrab, durant la- 
lAJ quelle, par la route des Sa- 
bres, d'innombrables guerriers de 
notre tribu se sont acheminés vers 
les Jardins des Bienheureux. ®® S® 
@ Ceci fut raconté au père de mon 
père par l'ancêtre de Taleb Ebn El 
Hamza. Puissent les fils de vos fils 
connaître cette chose I ®® ®® ®® ®@ 
© Je chanterai la journée fameuse 



37 



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d'Ehrab. A l'heure des premières 
étoiles, Dieu nous avait donné le suc- 
cès, et nos étendards flottaient sur 
les remparts de la cité. ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Infatigables moissonneurs de vic- 
toires, nos guerriers attendaient l'or- 
dre d'attaquer l'autre ville. C'était un 
soir pareil au soir qui suivit la bataille 
de Bedr. Plus de morts et de mou- 
rants jonchaient les abords des citer- 
nes qu'il n'y a de lis dans les Jardins 
des Bienheureux. ® ®® ®@ @® @® ®@ 
@ Je célébrerai le nom de la femme au 
grand cœur qui eut le dessein magni- 
fique de faire participer des agoni- 
sants aux joies du triomphe. Grâce à 
elle, des blessés moururent en sou- 
riant, et d'autres oublièrent leurs 
souffrances. ©®®®@®®®@®®®®®® 
@ Elle s'appelait Djahila. Elle comp- 
tait parmi les danseuses sacrées que 
les habitants d'Ehrab entretenaient 
dans le temple de Thagoût. @® ®@ ®@ 



38 



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© Ne savez-vous pas que les roses les 
plus éclatantes fleurissent quelque- 
fois parmi les chardons ? © ®@ ®@ ®® 
© On leur avait demandé : « Voulez- 
vous fuir ou subir notre Loi? » Elles 
avaient répondu : « Puisque Thagoût 
nous a abandonnées, nous subirons 
votre Loi. »®®®©@®®@®®®©@®® 
© Djahila s'avança et dit : « Cette nuit, 
mes compagnes danseront pour les 
guerriers qui viendront fêter ici leur 
victoire, mais je veux danser, moi, 
pour ceux qui sont tombés autour des 
citernes. »®@®®®@®®®®®@®®®@ 
© Elle partit, précédée de porteurs de 
torches, et les blessés crurent que le 
soleil se levait! ® ®® ®@ ®@ ®@ ®@ ®® 



JET M M 
LAISSÉ 



JE N'AI RIEN 
PARAITRE... M 




■ e n'ai rien laissé paraître du 
trouble que m'a causé cette 
nouvelle. Bien plus, j'ai réussi 






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à faire sourire l'ami qui me l'annon- 
çait, l'ami qui se serait attristé avec 
moi. Je suis donc certain qu'il ne s'est 
pas douté que mon cœur s'était dé- 
chiré. ®®®®®®®®®®®@®@®@®@ 
® Les larmes ne ressuscitent pas ce 
qui est mort, mais, si leur rosée t'a- 
paise, cache-toi pour pleurer. ®@ ®@ 
® Je n'ai rien laissé paraître du trou- 
ble que m'a causé cette nouvelle. Il 
s'agissait d'une femme qui m'a aimé 
sans me l'avoir dit et vers laquelle 
je n'aurais jamais osé lever les yeux. 
®@®@®®®®®@®®S)®®®®®®®®® 

M M LE BAIN M 3& 

es sourcils remontés, la bou- 
che ouverte, tu regardais fuir, 
dans le courant du fleuve, ta 
robe qui t'avait échappé. © ®@ ®@ @® 
® Je passais sur la berge, et je t'ai 
crié : « Salut, fille de BakiliT Que le 
bonheur soit avec toi T » ® ®® ®@ ®@ 






40 



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® Tu m'as répondu : « Comment se- 
rais-je heureuse? Vois ma robe dans 
le courant... »®®@®®®®®®®@®®® 
© Le poète sait user des circonstan 
ces, et je t'ai dit : « Fille de Bakili, ta 
jeunesse est semblable à ta robe dans 
le courant : elle s'éloigne de toi, cha- 
que jour, et tu ne peux la retenir. Ne 
demeure pas à la regarder s'en aller. 
Viens sous ces ombrages... Je te ferai 
une robe de caresses. » ®@ ®® @® ®@ 

JT EL MOGH REB # 



o^^l le l'heure de la prière cin- 
f$A quième.ô mon frère, te trouve 
h2~l_i} lavé de toutes tes fautes de la 
journée T A l'heure de la prière cin- 
quième, que la paix de Dieu descende 
sur ton âme, comme le silence sur la 
campagne, et que ton âme en soit sub- 
mergée I©®®®®®®®®©®®®@®@® 
@ Debout et tourné vers la Kaaba, 
avant les quatre prosternations, que 



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ta méditation soit pareille aux flam- 
mes des feux de campement que le 
vent ne tourmente plus T Que ta mé- 
ditation monte du brasier que tu au- 
ras allumé dans ton âme!®®®®®® 
® Le nomade qui prie dans le désert, 
l'homme qui prie dans sa demeure ou 
dans la mosquée, tous tes frères, ô 
mon frère, à l'heure du moghreb, re- 
mercient le Seigneur d'avoir voulu 
que leur âme ait l'incandescence de 
l'occident du ciel. ®® ®® ®® ®@ ®® ®@ 
® Pour faire la prière cinquième, j'ai 
choisi une place d'où j'aperçois des 
collines qui ont la courbe des dunes 
de Tadjer-Saâd. ®® ®® ®® ®@ ®® ®® 
® Dans notre patrie, lorsque s'éteint 
la lumière du jour, les dunes ont des 
reflets plus dorés, les cyprès s'érigent 
plus noirs, et les voix des moûeddins 
s'effilent plus nettes. ®® @® ®® ®® ®® 
® Avant le moghreb, j'offre au Sei- 
gneur ma nostalgie, je dis au Seigneur 



42 



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mon espérance d'entendre encore les 
moùeddins de mon pays, de revoir 
les lignes pures de ses cyprès et les 
reflets dorés de ses dunes. ®® ®@ @® 
© A l'heure de la prière cinquième, 
que la paix de Dieu descende sur ton 
âme I ©®®®@®@®®S)®®®®®®®®® 

M M POIGNARDS M M 



^TS elui qui brille au joyeux soleil 
pS|S des batailles. ®®@®®®@®@ 
2t^â © Celui de l'assassin, rouillé 
de sang. @®®©®®®@®®®®®@®®® 
© Et ton regard. @® ®@ @® ®@ ®@ ®@ 



M M 



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POURQUOI 

ourquoi se précipiter sur les 
flots de la mer tumultueuse, 
pourquoi voyager sur la Ter- 
re? ®@®@®®®®®®®®®®®@®®®@ 
© L'eau d'une fontaine peut apaiser 
ta soif, et la chair de quelques dattes 
peut suffire à ta faim. © ®@ @® @® ®@ 



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® Si l'or s'est échappé de tes coffres, 
celui des étoiles abonde au firmament, 
et nulle main ne l'a pollué. ®@ ®® ®® 
® Si l'Amour a fui ta demeure, n'en- 
voie personne à sa recherche. Con- 
tente-toi de te rappeler son visage 
vermeil, que tu ne reconnaîtrais pas 
si tu le revoyais penché sur ton épau- 
le. L'ombre projetée par un cyprès 
est-elle immuable? ®@ ®@ ®® ®@ @® 
® Nous sommes les fils des morts. 
Pourquoi essayons-nous de refuser le 
vin qu'ils ont bu, et, quand nous l'ac- 
ceptons, pourquoi exigeons-nous que 
le plus beau des échansons tienne la 
coupe ?®®®®®®®@®®®@®®®®S)® 
® N'ouvre pas une porte qu'il te se- 
rait impossible de refermer. ® ®® ®® 
® Toute chose, à sa naissance, est 
menue, puis elle grandit, sauf le mal- 
heur, qui est immédiatement énorme, 
puis décroît. ®® @® @® ®@ ®@ ®@ ®@ 
® Diâ Eddin' Obaïd cueillait des tu- 



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bèreuses sous la neige du mont Cha- 
brâh, et Amr' Ebn El Khoulthoûm ne 
trouvait que de l'amertume aux plus 
beaux fruits des vergers de Damas... 
@ Les tubéreuses d'Obaïd n'avaient 
aucun parfum, et les fruits de Khoul- 
thoûm empruntaient leur amertume 
au fiel que distillait sa bouche. © ®® 
© L'un et l'autre ignoraient que le vent 
de l'adversité ne souffle jamais dans 
le royaume de la Sagesse. ®@ ®® ®® 
®®®@®®®®®®®®®®®@®®®®®® 

M MON CH EVAL M 



, e t'ai nourri d'orge triée par 
des doigts blancs de femmes. 




L'eau que tu buvais avait 
la transparence de l'air. Tes mors 
étaient d'argent pur, et les plus nobles 
versets du Livre étaient brodés sur le 
tapis de ta selle. @® ®@ @® @® ®@ @® 
© Ton encolure était aussi douce à ca- 
resser qu'une épaule de jeune fille. 



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Ta crinière était aussi soyeuse qu'une 
chevelure. ®®®@®®®®®®®@®®®® 
©O mon compagnon valeureux, tu 
m'as fait triompher dans toutes les 
batailles, et, quand j'allais à un ren- 
dez-vous d'amour, tu dépassais les 
hirondelles! ®®@®®®®®®®@®®®® 
@ Tu vas mourir. Ta tête retombe, 
ton œil s'obscurcit. ®@ @® ®@ ®@ ®@ 
© Je ne te verrai plus cabré comme 
une flamme sur le socle roux du 
désert. ®®®®®®®®®®®@®@®®S)® 

jffj^LA RÉALITÉ M M 

n jardinier d'Okadh, nommé 
Abdallah El Sâmar, décida de 
faire éclore sous le ciel du 
Hedjâz quelques-unes des fleurs mer- 
veilleuses que Chaëb Kiâzim, le voya- 
geur, avait admirées dans le royaume 
de Sennacherib. ®@ @® ®@ ®@ ®® ®® 
® Il pria Chaëb de lui décrire avec 
soin la forme et les nuances de ces 




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fleurs, puis il se mit à l'œuvre. © ®® 
© Trois années passèrent. Un jour, 
sur la place du marché, Abdallah an- 
nonça que l'on pouvait voir, dans son 
jardin, des fleurs singulières et ma- 
gnifiques. @®®®®®®®©®@®®®®® 
© Les curieux furent nombreux. En- 
fin, Abdallah reçut la visite de Chaëb 
Kiâzim. Celui-ci convint que ces fleurs 
étaient semblables à celles qui em- 
baumaient les jardins d'une cité, dont 
il prononça le nom. @® S© @® ®® ®@ 
© Abdallah, loin de penser que la vue 
de son ami avait pu baisser ou que son 
bon naturel l'inclinait à l'indulgence, 
ressentit une grande joie, et résolut 
d'aller comparer ses fleurs à leurs 
sœurs du pays mystérieux. © @® @® 
© Un matin, trois jeunes filles de Mos- 
soul trouvèrent, dans un jardin de 
leur ville, un étranger qui s'était poi- 
gnardé. ®®©®®®®®©®®®®®®@®® 
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JS M SES YEUX JS M 

uelquefois, je m'amuse à la 
contrarier. Aussitôt, le poing 
à la joue, elle s'accoude, dans 
une attitude de défi. ®® @® ®@ ®@ ®@ 
@ On entendrait les battements de ses 
cils... ®®®®®®@®@®®®®®@®®®® 
© Sous ses paupières bleues, on ne 
voit plus de ses yeux qu'une lueur 
horizontale et fascinante. © ®@ ®® ®@ 

JffJ^LE SERPENTJffJff 

lle était assise sur mes ge- 
noux, j'avais glissé ma main 
sous sa robe. D'une voix in- 
différente, je parlais des troupeaux, 
des chiens agiles, des pâturages. ®® 
@ Ses jambes étaient lisses et fermes. 
@ Enfin, elle parut s'apercevoir que 
je la caressais. ® ®@ ®@ ®@ S® ®@ @® 
@ « Il y a un serpent sous ma robe I 
dit-elle en riant. @® ®® ®@ ®@ ®@ @® 




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® — Justement, lui ai-je répondu, je le 
cherche... ®®®®®®®®®@®@®®®® 

M LA JEUNE FILLE 
ET L'AVEUGLE M M Jff 

n lynx passerait près de toi 
sans te voir, car tu sais te 
rendre invisible au plus vi- 
gilant. ®®®@®®®®®®®®®®®®®® 
@ Mais, tu n'as pas trompé l'aveugle 
qui mendie au carrefour de la Mos- 
quée Verte. Il a crié sur ton passage : 
@ — Amina, tu es la plus belle! ® ®@ 
@ — Aveugle, comment peux-tu sa- 
voir que je suis belle? lui as-tu ré- 
pondu. Tu oublies que, si tu étais à 
cette heure dans un jardin de roses, 
tu aurais seulement le droit de dire : 
« Il y a, ici, des fleurs qui embaument 
comme les roses. » © @® ®@ ®@ ®@ ®® 
@ — Amina, tu es la plus belle T a-t-il 
encore crié. J'éprouve, quand tu pas- 
ses, la joie du voyageur qui écoute 



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bruire une source. Quel doit être le 
bonheur de celui que tu aimes, et qui 
te voit jour et nuit, même lorsque tu 
es absente T®®@®®®®®®®@®®®® 
© — Aveugle, lui as-tu répondu en- 
core, toi qui n'as pas su fermer assez 
tes paupières pour empêcher la lune 
de verser son poison dans tes pru- 
nelles, ferme mieux ton âme aux pen- 
sées soupçonneuses ! » ®@ ®® @® ®@ 
® Pourtant, bien-aimée, tu me sou- 
riais par-dessus le petit mur de la 
Mosquée Verte... ®@ ®@ ®® ®@ ®@ ®® 

HAÏAT EZZAOUDJINN 

armi les lilas dont les thyrses 
fleuris annoncent le renou- 
i veau de l'amour, Farid et Na- 
mah se promènent sans échanger un 
mot, un regard. © @® @® ®@ ®® ®@ ®@ 
© Ils vont ainsi côte à côte, dans la 
vie. De jour en jour, les yeux de Na- 
mah s'éteignent, ses joues pâlissent. 




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©J'imagine que cette jeune femme, la 
nuit, doit écouter avec délice l'œuvre 
lente de la mort dans le corps du 
vieillard. ®@®®®®®®®®®®®@®® 
® Mais, à l'aube, quand elle vient de 
s'endormir, se penche-t-il sur sa tête 
et suit-il le travail de la bête qui gri- 
gnotte son cerveau, ronge et délie les 
fils de son rêve ? @® ®@ @® ®@ ®® ®@ 

JS LES SORCIERS M 

ls se transpercent les joues 
et les mains, dans un délire 
sacré. Ils clament des mots 
inconnus, qu'un joueur de darboukah 
répète en martelant son instrument. 
Une écume épaisse suinte de leur 
bouche, et leurs yeux ont l'éclat des 
tisons. Tantôt sur un pied, tantôt sur 
l'autre, ces possédés tournent infati- 
gablement. On dit qu'ils peuvent faire 
jaillir une source du sable le plus 
aride et contraindre une vierge à en- 




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fanter... @®®®®®®®@®®@®®®®® 
® J'ignore si ces hommes ont un pa- 
reil pouvoir. Mais, ce que je sais bien, 
c'est que mon aimée, la pure Khalîla, 
donna le jour à une ronde petite tille, 
quelques mois après le soir que j'eus 
le bonheur de la rencontrer sous les 
remparts, alors qu'elle admirait ces 
danseurs frénétiques. © ®@ ®@ ®® ®@ 

LE PREMIER BAISER 

lle était debout près de moi. 
Je l'ai regardée jusqu'à l'âme 
et j'ai saisi ses poignets. ®® 
® En fermant les yeux, elle m'a of- 
fert sa joue. ®®®@®®@®®®®®®®® 
@ Le voyageur altéré se contente-t-il 
de fruits quand une fontaine est pro- 
che ?@®@®®®®®®®®®®®®®®®® 
@ Enfin, nos lèvres s'unirent. Et tout 
son corps, contrôle mien, ne fut plus 
qu'une bouche. ® ®@ ®@ @® @® @© ®@ 




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jgT LE DÉSESPOIR JS? 

u veux mon cœur ? Je ne l'ai 
plus. Tu sais qui me l'a volé. 
Tu veux mon âme? Je ne l'ai 
plus. Demande-la donc à l'Ange noir. 
Je te donnerai mes quatre poignards 
pour que tu me cloues sur ta porte, 
mais laisse-moi te dire mon amour T 
© — Puisque tu veux mourir, que 
ferai-je de ton amour? ®@ @® ®@ ®® 
© — Une chanson que tu chanteras 
sur ma tombe. ® S® ®@ ®@ ®® ®@ ®@ 



DU 



*f LA REVANCH E 
GRILLON M M M 

'ai beau lui dire que les gril- 
lons sont inofTensifs, elle s'a- 
charne à traquer tous ceux 
qu'elle entend dans mon jardin. © @® 
© Ce soir, elle s'était endormie au 
pied du cèdre. Un grillon, que j'ob- 
servais, alla se blottir dans sa cheve- 




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lure, puis chanta. ®@ ®® @® ©@ ®@ ®® 
® Petit grillon, racontes-tu mainte- 
nant à tes frères que la chevelure de 
ma bien-aiméeest plus parfumée que 
l'herbe sous les tubéreuses ? © ®® ®@ 

M LA GÉNÉROSITÉ M 

aïd avait épousé une veuve, 
nommée Hanifa, dont le ca- 
dA ractère était devenu détesta- 
ble. A tout propos, elle parlait des 
mérites d'Osman, son premier mari. 
@ Saïd, humilié, souffrait en silence. 
® Une nuit qu'ils dormaient côte à 
côte sur une étroite terrasse sans pa- 
rapet, Hanifa commença de rêver à 
haute voix. Elle prononçait le nom 
d'Osman. Elle soupirait, et le remer- 
ciait de ses caresses. ®@ @® ®@ ®@ ®@ 
® Soudain, Saïd poussa violemment 
sa femme, qui alla s'abattre, avec des 
cris éperdus, dans une touffe de cac- 
tus. Cela fait, il se rendormit. @® ®@ 



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@ A l'aube, Hanifa courut chez le cadi. 
® — Vénéré cadi, déclara-t-elle, cette 
nuit, mon mari, le traître Saïd, a 
voulu me tuer. Je dormais sur notre 
petite terrasse, lorsqu'il m'a jetée 
dans le vide. J'exige qu'il soit empri- 
sonné. ®®®®®®®@®®®®®®®®®@ 
@ Le vieillard fit appeler Saïd et lui 
demanda :®®®®®@®®®®®®®@®® 
© — Pourquoi as-tu précipité ta fem- 
me du haut de la terrasse? @® ®@ ®@ 
@ — Vénéré cadi, répondit Saïd, voici 
ce qui est arrivé : nous dormions sur 
cette terrasse, où deux personnes sont 
déjà mal à leur aise, et Hanifa rêvait 
de son premier mari. Elle lui parlait, 
il la caressait... Est-ce vrai, Hanifa? 
@ — J'en conviens, murmura la plai- 
gnante. ®®®®®®®®®®®@®®@®@ 
@ — Le Bienheureux Osman était 
donc étendu entre nous. Tout à coup, 
je me suis aperçu qu'il n'occupait, 
par discrétion, qu'une place exiguë 



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sur notre natte, et j'ai poussé ma fem- 
me. Elle est tombée, je le regrette, 
mais Osman a pu dormir. ©@ ®@ ®@ 

CLAIR DE LUNE M 

ur un jardin fardé de lune, 
l'ombre noire d'un olivier 
s'arrondit. © @® ®@ ®@ @® @® 
@ Sur la joue pâle d'une jeune fille, 
un amant a posé sa bouche. ® ®@ @® 
® L'ombre de l'olivier tourne sur le 
jardin. La bouche de l'amant par- 
court le visage de la jeune fille. © @® 

M M N AOU M A JëT J&f 

uand le dalleur ajuste ses mo- 
saïques, il regarde les ba- 
^5-: -4 dauds d'un œil méfiant. © ®® 




® Quand le jardinier transplante ses 
jacinthes, il chasse les enfants de son 
jardin. ®®@®®®@®@®®®®®©®®® 
® Quand le tisserand prépare ses cou- 
leurs et son lin, il s'enferme dans sa 



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maison. ©@@®®®@®®S)®®®®®®® 
® Mais, tu laisses voir tes yeux, tes 
dents et ta chevelure. Aucune jeune 
fille n'a pu t'en voler le secret. ®@ @® 

Jff LES PLEUREUSES M 

haque matin, en allant au ci- 
metière, elles s'arrêtent de- 
vant les demeures où la Mort 
a pris récemment quelqu'un. ® @® ®® 
©On leur donne des figues, des dattes 
et des œufs. Les plus pauvres leur 
donnent une branche de jasmin. ®@ 
® Elles restent assises sur les tombes. 
Certaines allaitent leur enfant; d'au- 
tres tressent des corbeilles ; d'autres, 
encore, ne font que causer. © ®@ ®@ 
® Tout à coup, la plus vieille jette un 
long cri. Alors, elles se couvrent la 
tête et poussent des hurlements af- 
freux. A un nouveau signal, elles re- 
prennent leurs occupations et leurs 
bavardages. @®@®®®®®®®®®®S)® 



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©Parmi ces pleureuses, Sahaddah 
est la plus jeune et la plus jolie. 
Aussi, quelquefois, lui donne-t-on un 
agneau. Je l'épouserai. Elle doit être 
silencieuse. ®®@®®®®®@®@®®®® 
@ Et si je meurs le premier, ses la- 
mentations ne coûteront rien à mon 
père. ©®@®@®®®®®®S)®®®®®®® 

JfflLA GRENOUILLE 
ET L'ÉTÉ JS J£ M JS M 

ne grenouille, un soir, dit à 
'Été : ®® ®@ @® ®@ ®@ ®® ®® 

@ — Seigneur, ne te hâte point 
de cédera l'Hiver ton royaume! N'as- 
tu fait naître les roses que pour les 
livrer à ses atteintes mortelles?®® 
@ — Pardonne-moi, lui répondit l'Été. 
J'ignorais que tu appréciais la beauté 
des roses... ®®®®@®®®@®®®®®@ 
® — A la vérité, reprit la grenouille, je 
ne m'intéresse guère aux fleurs, mais, 
quand tu seras parti, je n'annoncerai 




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plus aux amoureux que la douce nuit 
est descendue... ®@®®®®®®®@®® 
® — Tout à l'heure, remarqua l'Été, 
une chauve-souris est venue aussi me 
demander de prolonger mon séjour, 
seulement elle m'a avoué qu'en hiver 
les insectes nocturnes sont rares. @® 

M LE MENDIANT M 

i vous êtes las d'être aimé 
pour vos richesses, endossez 
une gandourah brune, rayée 
de noir, et sortez dans la nuit. ®@ ®® 
® Votre cœur pourra être pareil aux 
encensoirs que les mendiants agitent 
aux carrefours, il pourra chanter de 
tendres chansons, aucune femme ne 
lui fera l'aumône d'amour. Toutes pas- 
seront en disant : « A quoi bon T Ce 
pauvre de Dieu n'a même pas de ba- 
bouches... »®®®®®®®®@®@®®®® 
© Que l'homme riche s'affuble, un 
soir, d'une gandourah brune. Heu- 




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reux encore, si, revenu dans sa de- 
meure, il y trouve une bien-aimée qui 
lui aurait fait l'aumône d'amour s'il 

avait eu des babouches... ® @® @® ®@ 

M M LE RÊVE J& M 

aïna était assise au bord d'un 
ruisseau. Kerim, qui passait, 
lui demanda : ® ®@ @® ®® ®@ 
© — A quoi penses-tu? S® @® ®® @® 
(g; — A pas grand'chose, fit Zaïna. ®@ 
® Kerim eut un mauvais sourire, et 
déclara :®®@®®®®®®®®®®®®®@ 
@ — C'est me dire que tu penses à ton 
mari... ®®®®®®®@®@®®®®®®®® 
© — Mon mari? répéta Zaïna, dis- 
traite. Il dort derrière ce buisson... 
© Sans hésiter, Kerim s'avança vers 
Ghûlib, le réveilla et lui dit : ® ®® ®@ 
© — Je parlais de toi, avec Zaïna . . . 
© — Quelle coïncidence! s'écria Ghâ- 
lib, en se trottant les yeux. Lorsque 
tu m'as secoué, je rêvais que je par- 



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lais de toi avec une jeune femme as- 
sise près de la fontaine S'badda. © ®® 
© — Que racontiez- vous? dit Kerim 
avec satisfaction. ®® ®@ ®@ @® @® ®@ 
© Et Ghâlib termina : © ®@ ®@ ®@ S® 
© — Je lui avais demandé : « A quoi 
penses-tu ? » Elle m'avait répondu : 
« A rien. » Ainsi que tu le devines, 
cher Kerim, j'ai fort déploré que cette 
jeune femme eût osé te désigner par 
ce surnom que tu mérites si peu, et 
j'allais lui reprocher son imperti- 
nence, quand tu m'as réveillé. ®@ @® 

Jff M M LE BAISER 
DANS LA NUIT M 3£ 



deux mains j'ai pris ta tête, 
Mv comme une urne, et je me suis 
<5 T P M versé la liqueur d'amour. ®® 



© Qui aurait pensé qu'une urne si pe- 
tite contenait tant de liqueur ? ®@ @® 
© L'aurore ruisselait déjà dans le ciel 
quand nos bouches se séparèrent. © 



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M LE SOMMEIL 
FAUCONS M M M 
epus d'azur, ils dorment. Du 
sang macule encore leur bec, 
et leurs serres étreignent le 
barreau d'ivoire. ®@ ®@ ®@ ®@ ®® ®® 
@ Ainsi dors-tu quelquefois, rassa- 
siée d'amour, la bouche meurtrie, et 
tes bras noués autour de mon corps. 

M M SON CŒUR M J& 

es palmiers qui ondulent dans 
la tempête sont jaloux de sa 
sveltesse, et les étoiles sont 
jalouses des deux étoiles qui s'allu- 
ment au fond du puits, lorsqu'elle se 
penche pour tirer de l'eau. ®@ ®@ ®@ 
@ Son teint a la couleur de l'œuf d'au- 
truche. Ses dents sont des pétales de 
muguet alignés. Sa langue est un oi- 
seau dans une cage parfumée. Ses 
bras ont les reflets de la neige bai- 




62 



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gnée d'aurore. Ses ongles sont des 
boutons de roses, et les roses de ses 
seins font pâlir la pourpre du hidjab. 
® Pour créer ma bien-aimée, Dieu 
épuisa tous Ses trésors, et, lorsqu'il 
pensa à son cœur, il ne Lui restait 
plus qu'un noyau de datte. ®® ®® ®® 
® Quand vous m'ensevelirez, priez 
Zohra de vous remettre ce noyau de 
datte, et semez-le non loin de mon 
tombeau : il en naîtra un palmier, qui 
me rappellera la sveltesse de ma bien- 
aimée. Mais, si c'est à moi d'ensevelir 
Zohra, je ferai croître un aloés près 
de son tombeau, pour que les glaives 
decetteplanteluirappellentcequ'elle 
m'a fait souffrir. ®@ ®@ @® ®@ ®@ ®® 

L'ADIEU DES GUERRIERS 



j^rx^J ue les pasteurs restent à rê- 
ver parmi leurs troupeaux, 
dans les brises des monta- 
gnes! Que les laboureurs restent cour- 



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bés sur leurs sillons! Que les jeunes 
filles restent près des fontaines, et 
que nos épouses chéries continuent 
de faire tourner leurs fuseaux! La bé- 
nédiction du Seigneur s'étendra sur 
nos campagnes. ®@ @® ®® S® ®@ @® 
@ Si nous partons au milieu du jour, 
c'est afin de pouvoir, du haut des 
dunes, étreindre d'un long regard le 
pays que nous quittons. Plus d'un 
cœur se déchirera, plus d'un guerrier 
s'attardera à contempler une seule 
tente, mais l'haleine de Dieu séchera 
ses larmes. ®®®®@®®®®®®®®®® 
® Le Seigneur nous accompagne. ®® 
@ Bergers, dans les brises des cimes, 
Il fera passer pour vous l'odeur des 
contrées lointaines où nous guide- 
rons, comme des troupeaux, les peu- 
plades vaincues ! ®® @® ®@ ®® ®@ ®® 
@ Laboureurs, sur vos champs, Il en- 
verra la pluie bienfaisante, car notre 
sang aura inondé le champ des Inli- 



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dèles I ®®®®£®®®®®@®®@@®@® 
©Jeunes filles, quand la musique des 
fontaines vous parlera d'amour, vos 
amants, penchés sur d'autres fontai- 
nes, prononceront vos noms! ®@ ®@ 
© Épouses chéries, gardiennes des 
tentes, lorsque, tout à l'heure, vous 
n'apercevrez plus de nous qu'un flam- 
boiement, que vos yeux s'illuminent 
comme le ciel s'embrase, au coucher 
du soleil T®®®@@®®®®®®®®®®® 
®®®®®®®@®®®®®®®@®®®®®® 

M M M IMAGES M M M 



y'<R\Û n coq qui chante, un cheval 
S|fj qui piaffe, un chat qui rentre: 
-^ l'aube. © @® @® @® ®® ®@ ®@ 
© Un lis qui s'incline, un citron qui 
tombe, un arbre qui craque : midi. © 
© Les sables qui bleuissent, les fu- 
mées qui montent, les amants qui se 
retrouvent : la nuit. @® ®@ ®® ®@ ®® 



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LE TOURMENT D'AMOUR 

ilah, dis-tu, ne t'aime pas ? 
Rien ne sert de te désespérer 
et d'appeler la Mort. Si, d'a- 
venture, la Mort répondait à tes cris, 
tu sais bien que tu chercherais à 
t'excuser de ta résolution Zilah ne 
t'aime pas ? La belle affaire, puis- 
qu'elle te permet de partager sa 
couche et de jouir d'elle à ta guise T 
® Insensé I Zilah te prodigue des ro- 
ses désarmées de leurs épines, et tu 
voudrais des ronces ? Qu'elle en ar- 
rive à t'aimer comme tu le désires, 
alors tu reviendras me parler de 
mourir, et je t'écouterai, peut-être. 

LE DÉSIR ET LE PLAISIR 



e Désir et le Plaisir, ces frères 
ardents. Le Désir, couronné 
de fleurs sombres. Le Plaisir, 




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SES 



EESSESET 



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couronné de fleurs éclatantes. ®@ ®@ 
© Le Désir, avec son regard aigu, ses 
lèvres serrées, ses mains qui cher- 
chent. ®®®@®®®®®®®®®®®@®® 
© Le Plaisir, avec son regard noyé, 
ses lèvres ouvertes, ses mains qui 
tiennent. @®®®@®®®®®®®®®®®® 
©Je me souviens d'un adolescent, 
svelte comme un sabre, beau comme 
la Victoire. Je me souviens de ses 
reins musclés, de sa large poitrine 
et de ses yeux incendiés. Il rôdait 
dans une nuit sans lune, silencieux 
comme le désir, ramassé comme la 
haine. ®®®®®@®@®®®®®®®®®® 
©Je me souviens d'une claire jeune 
fille qui s'offrait au vent du matin, 
sur une terrasse d'Alep. Je me sou- 
viens de sa tête renversée, de ses 
dents lumineuses. Elle était silen- 
cieuse comme le désir, mais épanouie 
comme l'amour. @® ®@ ®@ ®@ ®@ @® 



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LE TOMBEAU D'ANTAR 



r^cTfiTj ul ne sait où repose Antar, 
! feo!) ; l'époux de la Victoire. Nul ne 
JlQSvEl sait où sont maintenant sus- 
pendues ses armes. ®® ®® ®® S® ®® 
© Sur la plus haute dune du Badiet- 
Es-Cham, son sépulcre, environné 
d'azur, sert-il de repaire à l'aigle, ou 
bien, dans El Djezireh, la contrée aux 
belles eaux, son mausolée est-il en- 
foui sous les fleurs ? S® S® ®® ®® @® 
® Les récitants qui racontent ses ex- 
ploits et qui suivent les caravanes, 
cherchent peut-être son tombeau. ® 
® Une nuit, en rêve, je l'ai vu. Il était 
dans la plaine d'Oneïssa, non loin de 
la demeure d'Abla. S® ®® ®@ ®® @® 
® Et, pareil à un étendard, un pal- 
mier, seul, le désignait. ®@ @® ®® S® 
S®®®®®®@@®®®®@®®@®®®®® 
®®®®®®®®S®®®®®®®@®®@®® 



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LA LUMIÈRE LOINTAINE 

^U ette larme tombée d'une étoi- 
le brille au sommet de la col- 
line qui abrite ta demeure. ®@ 
® O Aziza, toi-même torche éblouis- 
sante qui illumines ma nuitl O Aziza, 
cette goutte de feu au sommet de la 
colline, je la contemple, et je pense. 
® Toute l'odeur du désert monte d'u- 
ne caravane accroupie sur la place 
des citernes, et une flûte sauvage fait 
rêver les chameliers. © @® ®@ @® ®@ 
® Je m'endormirai, le visage tourné 
vers la lumière qui brille au sommet 
de la colline, comme un voyageur at- 
tend l'aube pour apercevoir un lieu 
vénéré. ®®®@®®®®®@®®®®®®®® 



M LES CIGALES 

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es cigales de ce pays sont 
aussi bruyantes que les ci- 
gales de la vallée de Hedjr. 



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es Hier, à l'heure de la prière troi- 
sième, comme nous passions près 
d'un arbuste qui en abritait un es- 
saim, mon compagnon me dit : ® ®@ 
® — Elles chantent, mais elles dor- 
ment. Aucun vacarme ne peut les ré- 
veiller ni interrompre leur musique. 
Essaie de faire du bruit : elles ne se 
tairont pas. Le tonnerre même les 
laisse indifférentes. N'envies-tu pas 
ces insectes qui se grisent à ce point 
de leur propre chant ? ®@ ®® ®@ ®@ 
© Je me suis gardé de faire observer 
à mon ami que les cigales sont peut- 
être sourdes. ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 

M M L'ATTENTE 3$ M 

lus rouge que la fleur de l'ok- 
houan , le soleil descendait 
derrière la campagne. C'était 
l'heure convenue. J'avais entravé 
mon cheval. Je m'étais assis.® ®® ®® 
@ Tu es arrivée, FatimaT Et j'ai fris- 




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sonné, comme le dormeur qui est sur- 
pris par l'aurore. ©@ ®@ ®@ ®@ ®® ®@ 

J£ LE TRIOMPHE J&T 





a e voyais dans tes yeux l'épou- 
vante des vierges... ®@ ®® ®@ 
© Enfin, j'ai baisé ton sourire. 

J&f J&T LE PRODIGE M M 

ans une contrée torrideetchao- 
tique, dans la contrée mau- 
UtÉ dite de Safarah, nos guerriers 
connurent, pour la première fois, 
l'horreur de la défaite. @® ®@ ®@ @® 
© Durant la nuit, à la faveur d'une tra- 
hison, les idolâtres nous avaient at- 
taqués avec furie. Les hyènes sont 
hardies dans les ténèbres. ®@ ®@ ®@ 
© Trois de nos émirs, Kheïr Eddin', 
Yahyâ Abad et Tadj Ebn El Amr, 
étaient tombés les premiers. Lorsque 
les lions combattent, les chefs de har- 



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des s'exposent d'abord. @® ®@ ®@ ®® 
@ Hichâm, le Réprouvé, trancha leurs 
têtes, et son peuple put les insulter, 
le lendemain. @ ®@ S® ®® ®® ®@ ®® 
® Cependant, Dieu voulut cette chose : 
comme la multitude l'exigeait, les tê- 
tes des émirs furent plantées, à lon- 
gue distance, sur trois créneaux des 
murs de la cité. ®@ ®@ ®@ @® S® ®® 
® La foule délira de joie. Les plus 
exaltés criaientle nom du Réprouvé... 
Il parut enfin sur les remparts, et il 
répondit aux acclamations. © ®® ®@ 
@ Or, les prêtres de Tamah lui récla- 
mèrent la tête de Kheïr Eddin', le hé- 
ros de la dernière bataille. On l'avait 
placée à l'orient de la ville, et ils 
étaient réunis devant la Porte-du- 
Soir. @®®®®®@®®®®®®®®®®®® 
© Hichâm se précipita pour leur jeter 
cette tête, mais il demeura béant de 
stupeur : un aigle l'emportait dans 
l'azur I ®®®®@®®®®®®®@S® ®@ 



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J£ JST CHANSON M M 

■(£/V2J\ i-TREFOis, j'ai vu la mer. Elle 
mV montait jusqu'à l'horizon 
/yp N comme une pelouse fleurie 



de tulipes blanches, qui étaient des 
voiles. Un grand vent avait effeuillé 
ces tulipes, et leurs pétales glissaient, 
rapides, gonflés comme tes seins. ®@ 
© Autrefois, j'ai vu la mer. Elle était 
fougueuse comme ton amour, et elle 
engloutissait les pêcheurs de rêves. 
® Sur la mer de ton amour, je me suis 
embarqué autrefois, et si j'ai pu re- 
venir au port, c'est parce que je ne 
t'ai pas aimée. ® ®® @® @® ®® ®@ ®@ 

LE SABLE JgT M 

onge aux milliers d'années 
qu'il a fallu pour que la pluie, 
le vent, les fleuves et la mer 
fassent, d'un rocher, ce sable avec 
lequel tu joues T ®® ®@ ®@ ®® ®@ ®@ 
© Songe aux milliers d'êtres qu'il a 




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fallu pour que tes lèvres soient chau- 
des sous mes baisers! @® ®@ ®® @® 

L'AURORE PROCHAINE 

e te reverrai dans quelques 
jours. Je ne peux croire que 
cette aurore sepréparel Dans 
quelques jours, j'entendrai ta voix, 
et je boirai à ta bouche l'eau qui me 
fera oublier la soif que j'ai endurée. 
® J'étais pareil à l'agneau qui a perdu 
sa mère. J'étais pareil au papillon qui 
ne trouve plus la seule fleur dont le 
suc le nourrit. ® ®® ®@ @® ®® ®® @® 
® Sans cesse, je prononce ton nom et 
celui de l'enfant que tu m'as donné. 
Comment le cœur d'un homme peut- 
il contenir un tel amour T® @® @® @® 
@ Tu m'attendras dans notre jardin, 
à l'heure éclatante où les fruits sont 
plus dorés. Mon fils dormira. Sur ses 
lèvres, nous irons d'abord baiser no- 
tre amour vivant. ® ®@ ®@ ®® @® ®@ 



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Jg M M LES JARDINS 
DE OUALATA Jff M M 

uand la lune sera dans le ciel, 
je vous parlerai des jardins 
de Oualata. En attendant, que 
Moktar verse dans nos tasses de l'eau 
fraîche, et qu'il stimule les musi- 
ciens T ®®®®®®®@®@®®®®®®®® 
® Tu dis que la lune est dans le ciel? 
Je vous parlerai donc des jardins de 
Oualata... ®@ @® @® ®@ ®@ ®@ ®® ®@ 
® Ils sont au delà de la mer, dans El 
Gazaïr, le pays assoiffé. Comme vous 
posez un bouquet entre les seins 
d'une bien-aimée, Dieu a posé ces 
jardins entre les deux collines de 
M'zara. ®®®®®@®®®®®@®®®@@® 
® Des ruisseaux mélodieux les par- 
courent, et leur onde a les reflets qui 
chatoient aux gorges des ramiers. De 
belles jeunes filles s'y promènent, et 
leurs seins ont la rondeur des gre- 



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nades. ®@®®S®®@®®®®®®®®®® 
@ Dieu, voulant se construire une 
mosquée, a posé là ces jardins avec 
leurs palmiers alignés, qui sont des 
colonnes ; avec leurs oranges, qui 
sont des lampes d'or; avec leur sa- 
ble, qui est un tapis immaculé. © ®@ 
© Il faut aller s'asseoir dans ces jar- 
dins, lorsque l'amour est dans notre 
cœur comme la lune dans le ciel. ®® 
@ Une nuit que l'amour était dans 
mon cœur, j'ai respiré les parfums 
des jardins de Oualata. ©@ ©@ ®® S® 
@ O souvenir I O nostalgie T Elle di- 
sait : « Tu m'as entraînée loin de ma 
demeure... Maintenant, je suis contre 
toi comme une gazelle exténuée. Tu 
me donnes à boire des baisers, et ce 
breuvage ajoute à ma fièvre. L'amour 
est-il si implacable ? » ®@ ®@ ®@ @® 
® On n'entendait que le doux ruis- 
sellement des eaux. Je demeurais si- 
lencieux, assis, prés d'elle, sur le sable 



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argenté de lune. ®@ ®® ®@ ®® ®@ ®@ 
@ Ses paupières s'étaient abaissées 
sur ses yeux comme la nuit descend 
sur la mer, et ses mains s'étaient des- 
serrées comme des roses s'épanouis- 
sent. Sous les grandes palmes immo- 
biles flottaient d'enivrantes odeurs. 
@ J'ai mordu le rubis de sa bouche et 
les perles de ses dents. J'ai déroulé 
sa chevelure, et j'ai meurtri ses seins. 
@ Dans mon cœur poignardé d'amour, 
la lune ne versait plus son lait pa- 
cifiant. ®@®@®®®®®®®®®®®®®@ 

Jff TES DIX VISAGES M 

, e te connais dix visages, et, 
chaque fois, c'est une autre 
femme qui me regarde et me 
sourit. ®®®@®®®®®@®®®®®®®® 
® Selon que je dispose tes cheveux 
sur ton front, selon que je me rap- 
proche ou que je m'éloigne de tes 
yeux, c'est une autre femme qui est 







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étendue sur mon tapis. ®@ ®® ®@ ®@ 
® Souvent, blottie contre mon épaule, 
tu fais la petite fille désolée. Alors, tu 
as des gémissements alternés, qui me 
troublent plus que toutes les paroles 
d'amour. ®®®®®®®®®@®®®@®® 
® Souvent, raidie et farouche, tu t'a- 
muses à me repousser. Alors, tes 
gestes méchants me troublent plus 
que toutes les caresses. ®® S® ®@ ®@ 
® Souvent, penchée sur ma bouche, 
tu murmures des paroles d'amour 
sincère, mais ces mots me troublent 
moins que ton silence quand je cher- 
che tes dix visages. ®@ ®@ ®@ ®® ®@ 

M JtfLA MOSQUÉES Jff 

e me rappelle ce matin de 
Damas et le silence du jardin 
où tu sommeillais. ®@ ®@ @® 
® L'ombre de ton cou était bleue. Tes 
seins se soulevaient et s'abaissaient 
avec un rythme de source. Tes bras, 




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à l'abandon, étaient deux ruisseaux 
d'argent sur l'herbe, et des papillons 
se posaient sur tes ongles, les pre- 
nant pour des roses. ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 
@ A ce moment, dans les Jardins du 
Paradis, mon père contemplait-il des 
vierges plus splendides ?® ®@ ®® ®@ 
©Je me suis étendu près de toi, com- 
me un mendiant près d'une mosquée. 

Jff M LE PAVOT M M 

azli, un jour, alla trouver un 
vieillard et lui demanda : ®@ 
® — Qu'est-ce que l'amour? 
® Le vieillard répondit : ®@ ®@ @® @® 
© — Regarde ce pavot... Hier, il s'est 
épanoui. Aujourd'hui, il s'effeuille. 
Demain, il ne restera de sa beauté 
qu'une capsule remplie de graines 
empoisonnées. L'amour est tel. ® ®@ 
@ Fort décontenancée, la jeune fille 
s'éloigna. Le lendemain, elle aperçut, 
dans une boutique, un homme qui 




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écrasait des graines de pavots. ® ®® 
@ — Misérable T s'écria Nazli. A quel 
malheureux destines-tu ce breuva- 
ge? ®@®®®®®@®®®@®®®®®@®® 
® L'autre éclata de rire. ®@ ®@ ®@ ®@ 
® — Ces graines, petite, ne contien- 
nent pas que du poison. J'en extrais 
une huile délicieuse, mais, encore, 
faut-il savoir s'y prendre... ®® ®@ ®® 
®®®®®®®®®@®®®®®®®@®®®® 

Jg RÉSIGNATION JET 
K>>| endant que je te parlais, l'om- 
3 Qs Dre d'une fleur de magnolia 
s'est posée sur tes genoux. 



Elle était si lourde, que tu ne m'écou- 
tais plus I Tu la berçais comme tu 
aurais bercé l'enfant qui serait né de 
notre amour, si nous avions pu nous 
aimer. @® ®®®@®@®®®®®®®@®® 
® Et je te regardais bercer l'ombre de 
de cette fleur immense. @® ®@ ®@ ®@ 



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J& M M ODE M M M 

omme le forgeron forge les sa- 
bres aux seules lueurs de son 
brasier, je forge les mots de 
ce poème dans la lumière du soleil 
de Dieu. © ®@®®®®®®®®®@®®®@ 
@ Il ne convient pas que des paroles 
qui s'adressent à des guerriers sor- 
tent d'une demeure parfumée de la 
présence d'une femme. @® ®® @® ®@ 
® Aussi, j'écris pour vous cette ode 
dans la clarté de l'aurore, sur une 
colline où nulle fleur ne m'offre son 
sortilège. ®®®@®®®@®®®®®@®® 
® Je suis encore tout frémissant d'a- 
voir vu, à l'horizon, un rutilant em- 
blème : le bouclier du soleil T ®@ ®® 
® Prosternés, à cette heure, pour la 
deuxième prière, vous laissez vos 
âmes s'abreuver à la source Selsebil. . . 
® Regardez T Dans la direction de la 
Ville sacrée, des soieries, aussi somp- 



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tueuses que les draperies du Tom- 
beau, palpitent au ciel ! @® ®@ ®@ ®® 
® La main de Dieu, qui a cloué les 
étoiles au firmament, pousse vers le 
zénith l'astre éblouissant. ®® ®@ ®@ 
© Regardez I II montera toujours, jus- 
qu'à l'instant où ses rayons auront 
anéanti les ombres. ®@ ®® @® ®@ ®@ 
© Guerriers, que vos armées soient, 
comme lui, rapides et implacables! 
Ne combattez que pour la victoire et 
non pour la récompense! ® ®® ®@ ®@ 
© Ceux qui tombent dans le sentier 
du Seigneur, le Seigneur les fera se 
réveiller sous les ombrages des Huit 
Jardins. ®®@®®®@®®®®®®®®®@ 
© Il vous a confié Son glaive, et vous 
vous êtes éloignés en chantant... Si 
nous n'entendons plus vos hymnes, 
le souvenir que nous gardons de leurs 
accents nous aide à suivre votre mar- 
che dans la lumière du soleil de Dieu. 

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LE VOYAGE NOCTURNE 




■ e traversais des jardins bai- 
gnés de lune. © ®@ ®® ®@ ®@ 
©Je ne sentais pas l'odeur 
des roses et des jasmins, car tous les 
parfums étaient restés autour de toi. 
@ Les rossignols se taisaient, aucune 
jeune fille ne chantait, mais il me 
semblait que le bruit du jour conti- 
nuait, car tout le silence était resté 
autour de toi. @® ®@ ®@ ®@ ®® ®@ ®@ 
@ Je maudissais tes lèvres qui ne s'é- 
taient posées sur les miennes que par 
lassitude, comme les oiseaux sur les 
branches. Je maudissais ton corps 
splendide que j'avais étreint à ge- 
noux. ®®®@®@®@®®®@®®®@®® 
@ Je venais de m'asseoir. Mon lévrier 
appuya sa tête sur mon épaule, et je 
m'aperçus que mon cœur ne conte- 
nait pas seulement ton amour.®® ®@ 
@ Aussitôt, les roses embaumèrent, 



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les jardins furent silencieux. © @® s® 

®®®®®@®@®®®®®®®®®®®@®® 

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ongtemps encore, ô mon œillet 
flamboyant, refuseras-tu de 
me regarder ? ® ®® ®@ ®@ ®@ 
@ — Es-tu donc le soleil, pour vouloir 
que je me tourne vers toi ? ®® @® ®@ 
@ — Et si, las de ta cruauté, j'escala- 
dais, pour t'étrangler, le mur de ta 
demeure ? ®@®®®@®@®®®®®®®@ 
® — Je te laisserais baiser mon cou 
parfumé, afin de t'entendre gémir 
d'amour. @® ®® ®@ ®@ ®@ @® ®@ S® 

M ALLAH IECHFIK JBf 



e dormais paisiblement lors- 
qu'une femme, belle entre 
toutes, est venue me réveiller. 
® Je me suis levé, et je n'ai pas chan- 
celé sous le fardeau de mon bonheur. 
Je me suis levé pour emmener Ha- 



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lima loin de ce monde cruel, mais elle 
s'est assise. ®®®®®®@®®®®®@®® 
©Je l'interrogeais... Elle ne me ré- 
pondait pas. Je couvrais de baisers 
ses mains chaudes... Elle les éloignait 
de mes lèvres. ®@ ®® ®@ ®@ ®@ ®® @® 
© Elle avait incendié mon cœur, et elle 
se contentait de le regarder brûler. 
© Je suis parti en cachant mon amour 
au plus profond de mes entrailles. 
Elle ne m'a pas appelé ! ®@ ®@ ®® ®@ 
© Et j'ai tant couru, que je n'enten- 
drais pas sa voix, si elle m'appelait, 
maintenant. ®®@®@®®®®@®®®®® 

LES JEUNES FILLES 
es jeunes filles, qui causaient 




autour de la citerne, m'ont 
demandé de leur faire une 
poésie. Elles attendaient, rieuses et 
narquoises. ®@®®®®®®®®®@®®® 
@ Comme l'heure passait, j'ai impro- 
visé une poésie sur les jeunes filles. 



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Pouvais-je trouver un meilleur sujet? 
@ Comme elles ont bien voulu me fé- 
liciter, j'ai gravé cette poésie dans ma 
mémoire, afin de vous la répéter. ®@ 
® « O jeunes filles rieuses, mon cœur 
n'est-il point pareil à cette citerne ? 
Tant de jeunes filles s'y sont désal- 
térées, tant déjeunes filles l'ont tari I 
C«î « D'abord, elles ne voulaient que 
jouer... Parce que l'onde de mon cœur 
était limpide, elles s'y miraient lon- 
guement. ®®®®®®®®®@®®®®@® 
© « Puis, elles sont revenues avec des 
visages graves, avec des regards vo- 
lontaires, avec leurs paumes en forme 
de coupe. s©®®®®®®®®®®©®®® 
® « Et parce que l'onde de mon cœur 
n'était plus limpide, elles ne recon- 
naissaient plus leurs visages, mais 
leurs paumes restaient en forme de 
coupe, car, ô jeunes filles rieuses, la 
gazelle très altérée n'écoute que sa 
soif. »®®®®®®®®®®®®®®®®®® 



86 



l ' i'l ' l't't^'l'l'l ' l'l'l ' l'l'l'l'lTl'B'lTl ' t'l ' l't ' l ' l'Ô 

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M M IL SUFFIT QUE 
VOUS CHANTIEZ... M M 

ous les jours, vous pouvez 
trouver Djemmah assise der- 
rière son petit panier, sous 
les arcades de la place Moulid-el- 
Nabi. Elle vend des cerises et des 
abricots. @®®®@®®®®®®®®®®®® 
© Tous les jours, vous pouvez voir le 
sourire de Djemmah. Il suffit que vous 
chantiez, en passant devant elle, cette 
chanson des jardiniers du Hedjâz : 
@ « Toutes les cerises ne sont pas sur 
les cerisiers, puisque ta bouche est 
une cerise. Tous les abricots ne sont 
pas sur les abricotiers, puisque tes 
seins gonflent ta robe. Sois accueil- 
lante aux merles gourmands, sinon 
ils iraient raconter partout que ta 
bouche n'a que l'apparence d'une ce- 
rise et que tes seins sont des abricots 
verts. »®®®@@@®®®®®®®@®@®® 



87 






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A I I t I l 
















M M M M LE CHACAL 
ET LE HÉRISSON M M 

n chacal rencontra un héris- 
son, qui descendait pénible- 
ment la pente d'une colline 
pierreuse. ®@ ®® ®@ @® @® ®@ ®® ®® 
® — Salut T mon frère, lui dit le cha- 
cal, d'un air moqueur. Où vas-tu, de 
ce pas gaillard ? S® ®@ ®@ ®@ ®® ®® 
@ — Guère loin... répondit le héris- 
son. Je m'achemine vers ce jardin que 
tu vois au bas de cette colline. ®® @® 
® — Je t'accompagne, décida le cha- 
cal, mais, à la condition que tu ne 
marcheras pas trop vite... ®@ £>® ®® 
® — Et si j'arrive le premier dans ce 
jardin?... demanda le hérisson. ®@ 
® Le chacal toisa l'impudent. ®@ ®@ 
® — Si tu me dépasses, je fais le ser- 
ment de t'apporter, chaque soir, ton 
dîner. ®®®®®®®@®@S)®®®S)®®® 
® — Partons -nous? fit le hérisson. 



88 



n-i'i'i'Vi 



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■!■!■!•!■!■!■!■ 



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® A peine avait-il proféré ces mots, 
qu'il se mit en boule et s'abandonna 
à la pente. ®®@®©®®®®®@®®®®® 
® Lorsque le chacal s'élança, le hé- 
risson, ayant rebondi de rocher en 
rocher, avait déjà atteint le jardin. 
® — Je te tiens quitte de ta promesse, 
mon frère, dit-il au chacal, lorsque ce 
dernier arriva, tout essoufflé. @® @® 
®@®®®®®®®®®®®®®®®@®®®® 

M EL H'AL A'DHIM M 



^a ans ma fenêtre, un cyprès et 
wj ( la mer. ® ®@ ®@ ®® @® ®@ ®® 
" lA ® Un miroir bleu , dont ce 



cyprès est le manche. ®@ ®@ ®@ ®® 

®@®@®®®®®®®®®®®®®®®®®® 

M M LE JALOUX J&T JgT 

■r~yyv| lerte T Décapuchonnez les 
\jA\1 faucons, lâchez les lévriers, 
/g^ n heurtez les cymbales T ®@ @® 



® « Debout, femmes I Je saurai vous 



89 



■:-:-;■;■;■;-!-:■ 



I* 1*1*1*1*1 



tirer de votre sommeil hypocrite... 
®« Alerte, Djadoun, RahmanT Plus 
vite I Préparez mes armes, bridez les 
chevaux ! ®@ ®@ @® @® ®@ @® @® S® 
®« Toi, Djadoun, en selle... et va 
prévenir son père que je brûlerai 
toutes ses récoltes, si elle n'a pas re- 
gagné ma demeure avant le coucher 
du soleil... S®©®©®©®®®®®®®®® 
® « Miriâm est partie pendant que je 
dormais I Elle est partie, l'impudique, 
avec un homme T ®® ®® ®® ®® ®® ®® 
® « Décapuchonnez les faucons, lâ- 
chez les lévriers, heurtez les cym- 
bales I ®®®®®®®®®®®®®®®®®® 
@ « Que l'Ange noir se dresse de- 
vant eux! Quel sortilège trouver pour 
que les faucons les rejoignent et leur 
crèvent les yeux, pour que les chiens 
sautent aux naseaux de leurs cour- 
siers ? ©®©®®®®®@®®®®®®®®® 
® « Par NakirT leur sang coulera... Je 
les ferai fouetter avec des hampes de 



90 



i'i'i'i'iV 



, a , a , a , b a , 



. ■ . » . a , m , m : a : m : m , 



rrrr-r— r— t- 



cactus, devant la mosquée, à l'heure 
de la prière troisième. © @® @® ®@ ®® 
© « Plus vite T Décapuchonnez les 
faucons, lâchez les lévriers... » ®@ @® 
© Ainsi vociférait Abd El Bekri, pen- 
dant que les femmes pleuraient à ge- 
noux, pendant que les faucons déca- 
puchonnés tournoyaient en plein ciel 
pour chercher leur route, pendant que 
Miriâm, blottie, au jardin, dans un 
buisson de lauriers, apprivoisait un 
petit rossignol, tombé d'une branche. 

M M NEDJEH M M 

our les trois jeunes tilles 
qui s'étaient promenées dans 
mon jardin, j'avais cueilli 
trois roses. @®®@®®@®®®®®®®® 
@ La malicieuse Nedjeh arriva et me 
dit:®®@®®®®®®®®®@®®®®®® 
© — Tu as cueilli trois roses... Viens 
me montrer, dans ton jardin, celle qui 
est ta préférée et que tu ne donnerais 




1 






91 



r.i.i.i.i, 



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a ; m . a : a 



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.'i'i'i'i'i'i'i'i'i'i'i'i'i! 




à personne. ®®@®®®®®®®@®®®® 
® A la dérobée, je lui ai tendu un mi- 
roir. ®®®®®@®®®@®®®®®®®®®® 

M D'AUTRES AMOURS M 

lles aiment indifféremment 
l'ombre narcotique des téré- 
binthes, la brûlante lumière 
qui jaunit les pelouses, la clarté blan- 
che de la lune et les ténèbres des 
chambres. Elles se comprennent sans 
paroles, elles s'étreignent sans ser- 
ments, etleurs frénésies sont muettes. 
® Un poème, plus grisant qu'une sen- 
tence d'Imr El Kaïs, est désormais 
inscrit pour moi sur le tapis où vos 
corps se tordaient tout à l'heure, 
Yazida et Zaourah T @® @® ®@ ®@ ®@ 
® Cen'est point l'arôme qu'exhalaient 
vos chevelures répandues, ni les tra- 
ces de vos sueurs, que je chercherai 
au long de ce tapis, quand le mystère 
de vos amours m'obsédera trop. @® 



92 



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* . » - » . ' - '• : 



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■.■'■;■. 




® Mais, j'y lirai que Yazida, épuisée 
et impatiente, a tendu soudain vers 
moi ses bras convulsifs. ® ®® @® @® 

M L'INDIFFÉRENTE M 

'arbre de son corps porte 
deux fruits orgueilleux. © ®@ 
® Depuis que j'ai goûté ces 
fruits, je ne connais plus le repos. @® 
® O Malek, si tu dois m'accueillir un 
jour dans les sombres cavernes où 
tu présides aux tourments des ré- 
prouvés, ne m'oblige pas à manger 
les zakoûms amers, parce que j'ai 
caressé les seins de Khadidja! @® @® 
® Plus fermes et plus blancs que des 
grenades sur lesquelles il aurait nei- 
gé, plus tièdes que des œufs d'autru- 
che cachés dans le sable, ils ont mûri 
dans la nuit de sa robe. @® @® @® ®@ 
®Je voudrais avoir la sagesse de 
Souleïman... Je me dirais que leurs 
violettes se flétriront bientôt, et je 



93 



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■ ' ■ ' . ' . ' . ' . ' « ' . ' . ' «V. ' ■ ' . ' . ' . ' . ' . ' ■ ' ■'. ' . ' . ' . ' . ' . ' . ' ■ ' ■ ' . ' . ' 



saurais nie consoler de l'indifférence 
de Khadîdja. @® @® ®@ ®® ®@ @® @® 

®®®®®@®@®®®®®®®®®®®®®® 

M L'ASTRONOME M 
^ q\tj rahim, l'astronome, est fort 
' EVY savant. Il sait vers quel point 
B ay^j (j u c j e i une C omète se dirige, 
mais il ignore où sa femme retrouve, 
chaque soir, son amant. ®@ @® ®@ @® 
®®®@®@®®®®®®S)®®®®®®@®® 

LE COLLIER M M 

ans doute, il plaira à Zeïnab, 
ce collier que tu lui envoies. 
Mais, ses perles donneront 
froid à son cou, et peut-être le blesse- 
ront-elles. ®®@®®@®®®®®®S)®®® 
© Moi aussi, j'ai une fille qui est res- 
tée dans le pays du Soleil. En la quit- 
tant, je lui ai fait un collier de baisers, 
dont chaque perle était une larme! 




94 



'i'i'i'iti: 



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'i-X-Xv 



M M LE PRINTEMPS 
SUR LA MER M M M 



i^STj n matin, j'ai vu le printemps 
^2f sur la mer. Les flots étaient 
~~!M un tapis de lilas où se po- 
saient de grands oiseaux blancs, pa- 
reils à des pétales de fleurs d'aman- 
dier. @®®@®®®@®®@®@®@@®®® 

M M L'ÉCHANGE M M 

u me proposes d'échanger 




mon jardin pour celui que tu 
prétends posséder dans le Pa- 
radis, entre le chemin du Bonheur et 
la pelouse de l'Éternelle Aurore? J'y 
consens volontiers, mais tu me lais- 
seras emporter un de mes pots d'œil- 
lets, — répondit Hassan à Kaddour. 

M L'OUED M M M 

u sortir de la montagne où il 
s'est frayé une voie, l'oued se 
heurte à une paroi infran- 




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!■!■!,;.!.!■!■!.;.!■!.!.!,!■!■!■!■ 



chissable. Et le torrent se rue à l'as- 
saut du granit. C'est le défi du mou- 
vement à l'immuable, du fluide au 
solide, de la femelle au mâle. ®@ ®@ 
® — Je te diluerai sous mes baisers, 
dit l'eau furieuse au roc. Je t'effriterai 
sous mes dents et sous mes ongles! 
® Elle caresse, elle lèche, elle mord. 
Sa colère s'achève en aboiements. De 
l'écume poudroie. Enfin, elle aban- 
donne, dépitée, soumise, mais pour 
se tordre comme une couleuvre au 
soleil et revenir à l'escalade. © S® ®® 
©Je songe aux sages du Djebel 
Anouar, dont la demeure domine une 
crête. Ils sont la muraille contre la- 
quelle vient se briser le fleuve des 
tentations. @®@®®®@®©®®©®®@® 
@ Lorsque la nuit se tasse autour de 
leur rocher, voient-ils la femme dé- 
moniaque qui les guette et qui, pour 
vaincre leur résistance, se couche, 
cambre ses reins, et, de ses bras luxu- 



96 



■i'i'i'.'.»!'.'.!. ■.«.•.H.i.>J.i.i,«.» lt a t t.i.i.i.i.i.i 



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VI 




rieux, enserre la solitude où s'attriste 
leur orgueil ? ®@ @® ®@ @© @® . ®® @® 

M M L'ÉTENDARD 3£ M 

e salut est dans l'Étendard. 
Groupez-vous sous son crois- 
sant, et que vos sabres bran- 
dis soient une forêt étincelantel ® @® 
@ Le salut est dans l'Étendard. De- 
puis les temps de Iathreb, vos aïeux 
ont balancé sa soie verte sur la poi- 
trine de la Terre. @© @® ®@ @® @® @® 
© Vous abandonnerez-vous aux dé- 
lices de cette contrée ? Laisserez-vous 
votre Étendard dans l'ombre de la 
mosquée ? Sachez que Dieu est avec 
ceux qui Le craignent. ®@ @® @® @® 
® Ne dites pas : « Nous sommes en 
trop petit nombre et nos bras sont 
fatigués! » Le Seigneur n'abandonne 
jamais Ses fils. Souvenez-vous de la 
défaite du roi A'braha, dont l'armée, 
pareille à un océan, assiégeait La 



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Mecque I®S®®®®@@@S)®S)®®®®® 
® Le salut est dans l'Étendard. © ®@ 

LE SOURIRE DES MORTS 

ij e soyez pas embarrassés pour 




' répondre aux Infidèles qui 
QKB vous interrogent sur notre 
Paradis. ©®®®@®®®®®®S)®®®®® 
® Ne vous contentez point de leur 
dire : « Mohammed — que la Paix 
soit sur Lui T — fut l'envoyé de Dieu, 
et la Vérité est dans le Livre. » ® S® 
® Ne cherchez pas à leur décrire la 
fraîcheur des jardins du ciel et la 
beauté des vierges groupées autour 
des Élus... ®®®®®®®@®®®®®®®@ 
@ Mais parlez-leur du sourire extasié 
des morts, qui voient déjà ces choses. 



J£ 



LES PERSANES M 

^a ans cette région, les lits des 
Vi torrents sont tapissés de tant 
'LtA de fleurs violettes, que l'on 



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croit voir couler toujours l'eau bleue 
de la montagne, et les yeux clairs des 
femmes sont tellement chargés d'é- 
nigmes, que l'on ne sait jamais si leur 
cœur vous a répondu. © ®® ®@ ®@ ®@ 

LE JARDIN DANS L'OASIS 

ar une matinée semblable à 
celle-ci, je t'aurais attendue 
dans mon jardin de Djem'yat. 
© Les rayons du soleil ne percent ja- 
mais sa voûte de rosiers et de géra- 
niums. Aucun oiseau ne peut se glis- 
ser entre les palmes qui l'entourent. 
@ Il est le calice inviolable de l'oasis. 
Il est son cœur silencieux. @® @® @® 
© Pour toi, j'aurais mis à rafraîchir, 
entre les narcisses du ruisseau, les 
dernières grenades et les premiers 
raisins... ©®®@®®@®®®®®®®®S)® 
© Et j'aurais jonché le gazon de toutes 
mes glycines. ®@ ®@ @® ®@ ®@ ®® @® 



99 



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j&T LA VOLUPTUEUSE JT 

lle venait de danser la danse 
la plus voluptueuse : celle des 
Quatre Enchantements. © ®@ 
® Les bras horizontaux et la tête ren- 
versée, de toute sa nudité éblouis- 
sante elle avait mimé les derniers 
frissons de l'amour. ©@ @® ®® @® ®® 
@ Les joueurs de flûtes, accroupis der- 
rière elle, achevaient de moduler 
l'hymne nuptial des filles de son pays. 
@ Sans attendre que sa compagne eût 
jeté sur ses épaules le voile jaune des 
vierges, elle s'était assise près du bas- 
sin où nageaient des roses, et elle ap- 
puyait son front brûlant contre le 
marbre glacé. @® ®@ @® ®® @® ®@ ®@ 
® Avant mon départ, comme je lui 
demandais, en la félicitant, si elle 
était voluptueuse, elle me regarda, 
étonnée. Elle ignorait le sens de ce 
mot. ©®®®@®®®®®@S©®®®®®® 



100 



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, ' .'- ' - ' .> ' .'. < . ■ ■ « . ' . '» : 



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LE PÈRE NOURRICIER 



\oThrj otre grand sultan — que Dieu 
fe>^\3 ' soit satisfait de lui I — a dai- 



gné conférer à mon épouse 
l'honneur d'allaiter sa fille. Je suis le 
sévère gardien des deux fontaines où 
se désaltère notre petite gazelle, et je 
ne vous engage pas à vous approcher 
du domaine que parfume ce lis du Pa- 
radis. ®@®®®®®@®®®®®®©®®® 
® Quand Zina sommeille sur mes ge- 
noux, je ressemble à un cerisier nou- 
eux auquel le printemps n'aurait ac- 
cordé qu'une seule fleur. Quand elle 
me sourit, je ne sens plus le poids des 
péchés que j'ai commis et qui m'ont 
noirci la face. ®® ®@ @® ®@ ®® @® @® 
@ Souvent, je la cache sous mon man- 
teau. Alors, je ressemble à l'huître 
qui recèle une perle. Les passants 
disent : « Que porte-t-il avec tant de 
soin ? » Les uns croient que c'est une 



101 



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■,-.-,-,-■-.■■-■■■■;■■■,■; 



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pâtisserie, les autres pensent que 
c'est un sac d'or, et certains parlent 
d'un poème d'amour. . . ®@ ®® ®@ @® 
@ Ils ont tous raison, car Zina est pour 
moi un gâteau de miel, un trésor ines- 
timable, une kacida enivrante. ®@ @® 

LE RIVAL M M 

e Printemps est venu, chargé 
de fleurs, de fruits, de bijoux 
et de liqueurs, mais il t'a vue 
parmi nous, il a vu les roses de tes 
joues, les grenades de ta gorge, les 
diamants de tes yeux, tes lèvres hu- 
mides du nectar que distille ta bouche, 
et il a laissé tomber son fardeau avec 
dépit... ®®®@®®®®®®®®®®®@®® 
® Permets au Printemps de rester T 
La lune ne s'offense pas du voisinage 
de l'étoile Mahâm. . . La fleur merveil- 
leuse de l'okhouan daigne bien s'épa- 
nouir près du modeste basilic... © ®® 
@ Nous sommes assis autour de toi. 



102 



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iii.iiiiiiiiri. 



>:■:■!•!■!■ 



Ne crains rien de ce rival qui te con- 
temple jalousement. ®@ ®@ @® ®@ ®@ 

M M LES OISEAUX DE 
LA MOSQUÉE M M M 

\o\ foi! LS sont ^ es notes turbulents 
^ 7$, du Seigneur. Et le Seigneur, 
>cV Mb] qui les aime, les a dispensés 
de se tourner vers le mihrâb, quand 
ils chantent Ses louanges. ®@ ®@ ®@ 
© Dans les ciselures des voûtes, dans 
les fleurs de marbre des colonnes, 
dans les lampes abandonnées, on voit 
leurs nids blancs et fragiles. ® @® ®@ 
© A l'époque des amours, ils ra- 
massent furtivement tous les brins de 
laine et de soie qui sont tombés sur 
les nattes. Pour leurs nids, la laine 
du manteau du pauvre est aussi pré- 
cieuse que la soie du manteau du 
riche. ©®®®®®@®®®®®®®@®®®® 
© Les étudiants partagent avec eux 
leur repas. Mais, ils ne préfèrent point 



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103 



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!-x-:-x-:-!-Trrrr^ 



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la miette de taza au grain de riz. ®@ 
@ Lorsque Bâkir lit le Koran, les oi- 
seaux de Dieu le commentent, et nous 
pensons aux Huit Jardins. @® ®® ®® 

M M ÉCOUTE... M M 

on nom a le contour d'une vo- 
lute de parfum. Il se déroule 
et enlace les âmes, comme un 
jasmin enlace un noisetier. C'est une 
danse et un chant. Il ondule puis s'é- 
ploie, semblable à une chevelure dans 
le vent, à une flamme sur une proue. 
On se le rappelle ainsi qu'un visage, 
ainsi qu'un murmure de fontaine. Ce 
nom ?...®®@®®®@®@®®S)®2)®®® 
@ Daoulah. ®®®®®®®®@®@S)®®® 

J£ M M LA SULTANE 
DE L AMOUR M Jff M 

'ai vu ses yeux, et ma vie en 
est illuminée à jamais. ®@ ®@ 
@J'ai entendu sa voix, et je 




104 



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.i.i.i.r.i. 



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ne peux plus écouter aucune musique. 
®J'ai respiré son parfum, et je ne 
peux plus me pencher sur les roses. 

Jtf A UN AMI M M 

i tu as dormi dans les oasis, 
compare son parfum à l'odeur 
qui monte des jardins, avant 
l'aube. ®®®@®®®®®®®@®®®@®® 
® Si tu n'as jamais vu de rose exté- 
nuée de soleil, ne parle jamais de l'é- 
clat de ses joues. ®@ ®@ @® @® ®@ @® 
® Si tu n'as jamais vu de lis arrosé de 
lune, ne parle jamais de la blancheur 
de ses jambes. © @® ®@ ®@ @® ®@ ®@ 
® Si tu as fait fondre contre tes dents 
des grains tièdes de raisin, évoque 
le goût de sa bouche pendant le bai- 
ser. ®@®®®®®®®®®@®@®®®®®@ 
® Si, au désert, la nuit, tu as cru en- 
tendre quelquefois la musique des 
constellations en marche, compare à 
cette harmonie la musique de sa voix. 



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V 



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105 



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.i.i.i.:». i. 




© Si tu n'as jamais pleuré d'amour, 
ne cherche pas à connaître celle qui 
m'aime. ©S©®®®®®®®®©®®®®® 

M LE SOIR SECRET M 

orsque ma bien-aimée réap- 
paraîtra, le soir des épou- 
sailles, je veux qu'elle soit 
vêtue d'une robe verte comme l'éten- 
dard du Prophète. ® ®® ®@ ®® ®® ®® 
® Les femmes ne joncheront pas les 
dalles de fleurs et de palmes, car je 
veux voir si le marbre ne frissonne- 
ra pas sous ses pieds. ® ®® ®® ®® ®® 
® Lorsque ma bien-aimée m' apparaî- 
tra, le soir des épousailles, je veux 
que l'on arrête le jet d'eau delà cour, 
afin que j'entende mieux l'hymne de 
mon cœur. ®®®®®®®®®®®®®®®® 
@ Lorsque ma bien-aimée m'aura ou- 
vert ses bras, les femmes emporte- 
ront toutes les lampes, et je serai 
encore ébloui T ®® ®@ ®® ®® ®@ ®® ®® 



106 



r'a'a VaVa'aVa'a'i 



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M M LE VAINCU JKT J£ 

e ne veux que te meurtrir de 
caresses, et je n'en désire au- 
cune. ®@ @® @® ®@ S® ®@ ®@ 
© Je ne veux qu'écouter la mer dans 
tes mains creuses, puis mettre tes 
mains sur mes yeux, comme de la 
nuit. ®®®®®®®®®®@®®®@®®®@ 
© Je ne veux que me griser de nos- 
talgie en soutenant ton regard. © ®@ 
© Je ne veux qu'entendre ta voix, qui 
me rappelle les voix des femmes de 
mon pays. ®@®®®®®®®®®@®@®® 
©Je ne veux que caresser sur ton 
corps des souvenirs et des regrets. 
© Et si je baise tes lèvres, leur suc me 
sera très amer. © @® @® ®@ ®@ @® ©@ 
© Mais, j'ai baisé tes lèvres, et leur 
suc m'a enivré. J'ai caressé ton corps, 
et ma main tremblait. J'ai entendu ta 
voix, et les voix des femmes de mon 
pays n'étaient plus qu'une musique 



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barbare. J'ai soutenu ton regard, et 
j'ai baissé les yeux. J'ai écouté la 
mer dans tes mains creuses, et cet 
océan m'a submergé I © ®@ @® @® @® 

LE VISAGE PENCHÉ 

emeure ainsi, penchée sur ton 
cœur. Tes paupières sont 
deux pétales de clématite 
bleue, et ta bouche est une longue 
framboise. ©®®®®®®®@©®®®@® 
@ Demeure ainsi. Une mèche de tes 
cheveux a glissé sur ton front, comme 
une hirondelle apprivoisée se pose- 
rait sur un coffret d'ivoire, et je ne 
sais si ce poudroiement vermeil est 
ta joue. ®®®®®®®@®®®®®@®®®® 
® La clématite s'est repliée : pourquoi 
m'as-tu regardé? L'hirondelle s'est 
envolée : pourquoi as-tu refoulé ta 
mèche? La framboise s'est déchirée : 
pourquoi m'as-tu souri ? © ©@ ©@ ®@ 



108 



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M M LA FO NTAI N E 
DES GAZELLES M M 

lles ne viennent y boire qu'au 
crépuscule. Une à une et in- 
quiètes, elles surgissent de 
l'ombre et elles cherchent le lambeau 
de ciel que sa conque réfléchit. ® ®@ 
© Ainsi, attends-tu la nuit pour pé- 
nétrer dans ma demeure, et, avant de 
baiser mes lèvres, cherches-tu à voir 
dans mes yeux l'enchantement de 
mon âme. ®@ @® @® ®@ ®@ ®@ @® ®@ 

M L'ÉTOILE DU SOIR M 



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e sois pas jalouse des femmes 
que j'ai célébrées dans mes 
vers, puisque j'ignorais ce 
que c'était qu'aimer, avant de te con- 
naître. ®@®®®@®®®@®®®®®®®® 
@ Il faut avoir beaucoup voyagé pour 
apprécier les délices de la contrée où 
l'on a décidé de faire bâtir sa demeure. 






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109 



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Il faut avoir beaucoup souffert pour 
apprécier la paix que l'on a trouvée. 
® O ma lampe d'or! O mon étoile du 
soir de ma vie T®@®©®®®@®®®®® 
® Ton corps est un rayon de mad- 
joûn, cette pâte de miel et de ha- 
chich. Je ne sèmerai plus de blé, je 
comblerai mon puits, car je ne veux 
désormais d'autre nourriture que ce 
madjoûn, et d'autre breuvage que 
l'eau de ta bouche. ® @® ®@ ®@ ®@ @® 
© Ton corps sera ma mosquée. Les 
prières que je chanterai humilieront 
celles des moûeddins de Bagdad. ®@ 

M M PRIÈRE M M 
DE L'AVANT-MATIN 
M M (JADJA) M & 

-y^jo la clarté de la lune qui décline, 
ffa\â je te contemple. Tu dors, en 
5"^ V souriant à ton bonheur. Un 



vent léger ruisselle sur les oliviers. 
On dirait le frisson de la grande at- 



110 



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tente qui rend la nuit solennelle. ®@ 
© Voici l'heure où une force mysté- 
rieuse me réveillait, quand j'étais loin 
de toi. Alors, je sortais de ma de- 
meure, j'allais m'asseoir sous les étoi- 
les, et je cherchais la constellation 
qui brille au-dessus de ton jardin. Je 
la contemplais. Il me semblait que 
je n'avais qu'à parler pour que tu 
m'entendes. ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ ®® 
® Voici l'heure où, chaque nuit, je 
contemple les deux étoiles Fergad. 
Je leur ai donné ton nom et le mien. 
Fasse Dieu que nous nous versions 
toujours les mêmes feux qu'elles jet- 
tent! ®®®®@®®®®®®®®®@®®®® 

PRIÈRE DE L'AURORE 
M M M (S'BAH) M M M 

éveille-toi ! L'Aurore a incen- 
dié la Nuit, dont il ne reste 
qu'un peu de cendre bleue. 



Le sable est frais comme un tapis 






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de jasmins, et l'air est plus limpide 
qu'une goutte d'eau de neige. ®@ @® 
® Là-bas, est-ce une gazelle qui bon- 
dit ou une grande fleur qui cherche 
à se rapprocher du soleil? Il va trans- 
percer de ses flèches le calice de la 
source et le cœur de l'amant infor- 
tuné... ®®®®®®®@®®®®®@®®®® 
® Je suis debout dans la lumière! Je 
défie le soleil de m'éblouir, puisque 
je ne baisse pas les yeux quand tu 
me regardes. ®@ ®® @® @® ®® @® @® 
® Réveille-toi! Ce parfum, que le vent 
balance, n'est pas celui des orangers, 
mais l'haleine de l'adolescent radieux 
qui brandit son bouclier dans le ciel. 
© Viens! Les aurores que nous avons 
à voir sont comptées, et la nuit du 
tombeau est éternelle. ®@ ®® @® ®@ 
® Je veux te contempler, frissonnante 
et nue, dans cette lumière où ton 
corps, strié de veinules azurées, étin- 
cellera comme un sabre damasquiné. 



12 



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©Je respirerai, sur ta gorge, l'odeur 
de la rosée qui l'humectait durant nos 
luttes amoureuses, et cet arôme em- 
baumera tellement la brise, que les 
pasteurs se demanderont si elle n'a 
pas traversé les Jardins du Paradis. 

M PRIÈRE DE MIDI M 
J£ M M (DOUR) M M M 

a main fraîche sur mon front, 
ta chevelure sur ma poitrine, 
et ta chanson qui parle des 
cascades du Liban... ®® @® @® ®@ @® 

M M PRIÈRE M M 
DE TROIS HEURES 

M M (ASR) M M 

'épiais ce sourire et ce regard 
étonné que tu as quand tu 
émerges du sommeil, ô ma 
secrète bien-aimée I ®@ ®® ®® ®® ®® 
©Comme j'ai attendu!®®®®®®®® 
© Le vent disperse la brume de cha- 




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leur qui noyait le ciel et le désert... 
C'est l'heure où les caravanes repar- 
tent. ©®®®®®@®®@®®®®@®®®® 
® Ton corps a la courbe d'une oasis. 

®®®@®®®®®®®®®@®@®®®S)®® 

M M PRIÈRE M J£ 
DU COUCHER DU SOLEIL 
M M (MOGHREB) M M 

atigué, le soleil va dormir 
derrière les dunes. ®® ®@ ®@ 
® Le simoun de l'amour fait 
bondir mon sang en tourbillons de 
flammes qui ne s'éteindront jamais, 
car Dieu a voulu qu'elles éclairent le 
chemin des amants. ®@ @® @® ®@ ®® 
® Et la nuit ne souillera pas nos rêves. 
®®®®®@®®®®®®®@®®®®®®®@ 

M LA CONFIANCE Jg 

aissez rôder les amoureux 
autour de ma bien-aimée... 
Pouvez -vous empêcher les 







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mouches de voler autour d'un gâteau 
de miel ?®®®®®@®@®®@®®®®® 
@ Laissez rôder les amoureux, mais 
engagez-les à faire construire leur 
tombeau, car aucun remède ne guérit 
les blessures que font les yeux de Ya- 
mina. ®®®@®@®®@®®®®®®@®® 

J& LE VOILE M J£ 

our dormir, elle s'était enve- 
loppée de ce voile où un ar- 
tiste a brodé les fruits de l'au- 
tomne. ®®®®®®®®@®®®®®®®®@ 
@ Des grappes de raisin la drapaient 
toute, et je pensais aux nefs qui em- 
portent sur le fleuve les trésors de 
nos vergers. ®@ ®@ @® @® @® @® @® 

LE BONHEUR M M 

ette nuit-là, tu regardais le 
ciel embrasé d'étoiles. Tu di- 
sais : « Je pense aux jardins 
de Damas, qui ont des fleurs bien 





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plus belles... »©®®@®©®©®©®@® 
® Assis dans l'ombre, je caressais tes 
jambes, qui humiliaient le clair de 
lune. @®®®®®®®®®®@®®@®@®® 

& M STANCES J& Jtf 

ien des fois, sur mon casque 
et sur ma cotte de mailles, j'ai 
entendu, impassible, le choc 
des flèches et des sabres, mais je ne 
peux entendre, sans tressaillir, le 
bruissement léger de sa robe. ®® ®@ 
@ Bien des fois, au plus fort des mê- 
lées, j'ai entendu avec indifférence les 
fanfares de l'ennemi, mais je ne peux 
entendre, sans pleurer, la musique 
de ses chansons. ®@ @® ®@ ®® ®@ @® 
@ Bien des fois, d'une main ferme, j'ai 
étanché le sang de mes blessures, 
mais je ne peux regarder, sans trem- 
bler, la rouge fleur de sa bouche. @® 
© Bien des fois, en souriant, j'ai défié 
des combattants redoutables, mais 



116 



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toute la vie de mon corps s'arrête, 
quand elle m'ouvre ses bras dans 
l'ombre. ®^©®@®@®©®@®©®@® 

M M DAR ESLAM M M 

e lui nommais les constella- 
tions naissantes : ® ®@ ®@ @© 
© — Voilà maintenant El Dba- 
ran, les Sourâyas, la Chevelure de 
Fatima, et le Cygne, qui veille sur la 
Voie Lactée. Djohar s'est levée... Elle 
brillait au-dessus de ma demeure, le 
soir de notre premier baiser. A pré- 
sent, elle est revenue. ®@ @® ®@ @® 
® Elle dit:®®@®®®@®@®®®®®®® 
© — Ce sont les traces de mes yeux, 
là où ils se posent. Lorsque je te re- 
garde, il y a aussi mille étoiles, dans 
ton cœur. ®®®®®@®®@®©®®®®® 
© Ainsi qu'une jonchée de fleurs glu- 
antes de miel, son corps embaumait 
la nuit. ®®®®®®®®®®®®®®®®@® 



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M M M Jff LA PLUIE 
SUR LES ROSES M M Jff 

ne goutte tombe, ensuite une 
autre. C'est la première pluie 
sur les premières roses. ®@ 
@ D'abord, elles frissonnent, attris- 
tées. Mais, bientôt, leurs couleurs 
s'avivent et leur parfum devient plus 
délicieux. ®®S®@®®®®®®®®®S)@ 
© Tes premières larmes sur notre 
amour. ®®®®®@®®®®®®®®®®®® 

M 3£ M LA POUSSIÈRE 
DU JET D'EAU M J& JS 

;ts rZi l jaillit d'un bassin pavé de 
^ je, nénuphars, et son gonfanon 
& *£} irisé rallie, le soir, les co- 
lombes. ®@®®®@®®®®®®@®®®® 
(5 Quelquefois, le vent lui arrache 
une poussière fraîche, qui tourbil- 
lonne jusqu'à notre banc. © ®@ ®@ @® 
® Alors, seulement, je fais entendre 



118 



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à ma bien-aimée mes éternels repro- 
ches. ©@®®®®®®®®®®®®®®®@® 
@ Et si ma bien-aimée vient à essuyer 
ses yeux, je maudis la poussière du 
jet d'eau. ®@®®@®®@@®®®®®®® 

J£ J£ M CHEÏLA M M M 

heïla regardait s'éloigner la 
caravane qui emmenait les 
vendeurs de parures. Ses 
yeux étaient remplis de larmes. ® @® 
© — Elle reviendra, lui dis-je. Alors, 
sans doute, seras-tu riche, et les mar- 
chands auront toujours des colliers 
et des bracelets. @® @® ®@ ®@ @® ®@ 
@ — Je ne pense ni à des bracelets ni 
à des colliers, me répondit Cheïla, 
mais aux baisers que m'a donnés un 
jeune homme de la caravane. © @® @® 
® — Quand elle reviendra, lui dis-je 
encore, d'autres jeunes hommes au- 
ront baisé tes lèvres et seront partis. 
Ne demande pas à l'amour de durer 



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plus que le plaisir. Aime, sans penser 
à demain, car demain se cache der- 
rière un voile dont les amants heu- 
reux ne voient que la couleur d'au- 
rore. ®®®®®®®®@®®@®®®®®®g) 
@ — Ainsi, fit Cheïla, c'est vrai? Cette 
femme t'a abandonné? Je l'avais en- 
tendu raconter... © ®@ ®@ ®@ ®@ @® 

M M LE DOUTE M M 



^f û a pensée va sans cesse vers 
i V^ S toi, et le doute me torture. ®® 



® Si je pouvais te serrer dans 
mes bras, comme mon inquiétude 
s'en irait! ©®®®®®®®@®@®©®©® 
@ Tout ce que tu m'as donné, le don- 
nes-tu maintenant à un autre? Tout 
ce que je t'ai pris, un autre le prend-il, 
maintenant? ®@ S© ®@ @® @© ®@ @® 
@ Une nuit entière, ne m'as-tu laissé 
croire au bonheur que parce que 
mes caresses se confondaient pour 
toi avec les caresses du vent, et mes 



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mots d'amour avec les murmures des 
arbres ?©@®@®®®®®®®®®®®®® 
© Sur le jour de la Résurrection, tu 
m'as juré qu'aucun homme n'avait 
baisé tes lèvres. Le Seigneur t'enten- 
dait, et j'ai été inondé de joie. @® @® 
@ Mais, j'ai oublié de te faire jurer 
qu'aucun homme ne t'avait parlé d'a- 
mour. ®®®®®®®@®®®®@®®®@® 
© Certaines paroles d'amour ne sont- 
elles pas aussi enivrantes que des 
baisers? @®@®®®@®®®®®®®®®® 
© Ma pensée va sans cesse vers toi, 
et le doute me torture. ®@ ®@ @® @® 
© Nous nous sommes quittés trop tôt. 
Je n'ai pas essayé de t'attacher à moi, 
car mon bonheur me rendait confiant. 
©J'évoque notre première prome- 
nade. Ta jeune sœur nous précédait, 
agile chevreau parmi les buissons 
de kiloûbs. ©@®®®®®@®@®®®®® 
©lia fallu que nous nous rencontrions 
encore. . . Je t'ai dit pourquoi je n'avais 



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pas voulu te revoir. @® ®@ ®@ ®® ®@ 
© Sur le jour de la Résurrection, tu 
m'as juré que tu n'appartiendrais ja- 
mais à un autre. @® ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 
© AhT que je voudrais savoir si Dieu 
souriait... ©©®®®®®®©®@®S>®©® 

M JS MÉDITATION M M 



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a tribu mystérieuse a établi 
son campement loin de la 
verte ceinture que nos jar- 
dins font à la cité. ® ®@ ®® @® ®@ ®@ 
© L'eau copieuse et glacée des sour- 
ces, les carrefours ombragés, n'ont 
eu aucun attrait pour ces nomades. 
© Redoutaient-ils de subir un enchan- 
tement qui leur aurait fait oublier le 
but de leur exode ? @® ®@ ®@ ®@ ®@ 
© Ils boivent l'eau infecte d'une mare, 
ils dédaignent les fruits que nous 
leur envoyons, et leurs fils détour- 
nent la tête quand passent nos filles. 
©Comme ces voyageurs, devons- 



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nous mépriser le superflu de ce 
monde ?@®@®@S)®®®®®®®®®®® 
© Certains disent : « La route est lon- 
gue jusqu'à la mort, et personne ne 
sait son destin. © ®@ ®@ ®@ @® ®@ ®@ 
© « Tel, qui s'endort aujourd'hui sur 
un tapis de cent dinars, n'aura peut- 
être pas, demain, une pierre à placer 
sous sa tête. ®@ @® ®@ @® ®® @® @® 
© « Tel, qui se baigne aujourd'hui 
dans un bassin de marbre, ne possé- 
dera peut-être pas, demain, une 
écuelle. ®®®®@®®®®@®®@@@®@ 
© « Tel, qui caresse aujourd'hui une 
femme chérie, sera peut-être aban- 
donné, demain. » ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ ®@ 
© D'autres disent : « Celui qui est 
étendu sur un tapis de cent dinars 
dort quelquefois moins profondé- 
ment que le chamelier dont la tête 
repose sur un chevalet de bois. ® @® 
© « Celui qui se délecte dans un bas- 
sin de marbre ne connaîtra jamais la 



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joie du mendiant qui trouve une 
écuelle. ®@®S®®®®@®®®®®®®® 
® « Celui qui caresse une femme ché- 
rie ignore l'émotion d'attendre le re- 
tour d'une infidèle. » ® @® @® @® ®@ 
@ Il est écrit dans le Livre : « Dieu a 
créé pour toi tout ce qui est sur la 
terre. » Et je jouis sans remords des 
biens de ce monde, en demandant 
seulement au Seigneur de faire re- 
venir ma bien-aimée. ® @® @® @® ®® 
®®®@®®®@®®®®®®®®®®®®®® 

M M LA SOLITUDE M M 

omme chaque jour, je l'attends. 
Reviendra-t-elle? ® @® @® ®@ 
® Je pense au soir de l'adieu, 
au bruit de la porte qu'elle referma 
sans colère, au silence qu'il y eut dans 
mon âme. S®@®®®®@®®®®®@®® 
© Comme chaque jour, je l'attends. 
Reviendra-t-elle ? ® @® ®@ S® ®@ @® 
© Elle entrerait en disant, pour par- 




124 



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1er : « Je passais devant ta demeure, 
et je viens voir si les roses n'ont pas 
souffert de l'hiver... » © @® ®@ ®@ @® 
© Puis, elle sourirait à mon petit jar- 
din, à l'horizon calme, et je sais bien 
qu'elle ne repartirait pas. ®@ ®® ®@ 

JSf J£ L'AUTRE M M 



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a main avait parcouru son 
corps. Elle s'était endormie. 
® Je la regardais. Cependant, 
ma pensée allait à une autre. ®® ®® 
© Comme sa main saurait m'endor- 
mirl Et j'ai tant besoin de sommeil... 

M M M M SI VOUS 
DEVINEZ, ALORS... & 

e sais les mots qui peuvent 
assombrir vos yeux rieurs, 
je sais les mots qui peuvent 
vous rendre muettes et songeuses, 
vous qui aimez ou qui avez aimé. ®® 
©Je les prononce quand vous parlez 




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du bonheur comme d'un ami qui ne 
vous trahira jamais. @® ®® ®@ ®@ @® 
® Si vous devinez, alors, tout ce que 
j'ai souffert, souriez... Je croirai peut- 
être que vos yeux se sont assombris 
parce que vous regrettiez de n'avoir 
pu m'initier au vrai bonheur. ®@ @® 

M M LE RETOUR M M 

l'aube, pour cueillir les pre- 
mières fleurs, j'avais pénétré 
dans le jardin assoupi. © @® 
® Et le Printemps entra dans ma de- 
meure. ®®®®®@®®®®®@®®®@®® 
® Comme des lèvres, les corolles s'ou- 
vrirent. Elles chantèrent : ®@ ®@ ®@ 
® « Elle revient, tabien-aiméel Quand 
nous n'étions, dans les nuits claires, 
que des bourgeons cinglés de bise, 
nous le savions, déjà. Les larmes d'or 
des étoiles ont fléchi le Destin. © ®§> 
® « Elle revient, ta bien-aimée I A 
nous souvenir de sa grâce, nous ne 




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nous aperçûmes pas de l'hiver. ® @® 
® « Pour elle, nos tiges saignent dans 
les vases, et, joyeusement, nous nous 
fermerons pour mourir, lorsqu'elle 
nous aura reconnues et respirées. ® 
@ « Nous ne regrettons pas le soleil, 
car nous recevrons l'ardente caresse 
de ses yeux. Nous ne regrettons pas 
les vents chargés d'arômes, car son 
haleine nous effleurera. » ®@ ®@ @® 
@ Si pâle, elle entra dans ma de- 
meure T®®®®®®®®@®®@®®®@®® 
® Nous nous taisions. Pourtant, nos 
âmes s'interrogeaient et se répon- 
daient. ®®®@®®®®@®®@®®®®®® 
® Accoudés sur la fenêtre, au crépus- 
cule de ce jour désiré, nous pensâmes 
à ce que nous devions souffrir encore. 

LE SOUVENIR UNIQUE 

usqu'a l'instant où mes yeux 
se fermeront pour toujours, 
je remercierai le Seigneur 




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d'avoir permis qu'un tel souvenir en- 
chantât ma vie. 5-2'- • - 
£ A l'instant où mes yeux se ferme- 
ront pour toujours, c'est ton nom que 
je prononcerai, et celui du jardin 
abandonné qui fut. pour nous, pen- 
dant deux nuits, le plus magnifique 
des palais. 5 57 57 51 57 
£ Les bosquets du Paradis ne me fe- 
ront pas oublier, pauvres arbres du 
jardin d'Ekoûm, que j'ai goûté, sous 
vos branches, des délices qui m'ar- 
rachaient des larmes I Les somptueux 
tapis des pelouses sacrées seront 
moins veloutés que ton gazon pelé, 
sur lequel nous nous sommes assis, 
jardin d'Ekoûm, et le gazouillement 
de la fontaine Tasnim sera moins mé- 
lodieux que la source qui filtrait en- 
tre tes rocailles... £ 
S Bien-aimée, maintenant que je suis 
parti, reviendras-tu t'asseoir dans le 
jardin abandonné? Céderas-tu à la 



128 



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douceur d'aller rêver à mon amour, 
et à ma tristesse, si tu la devines ? ® 
® Un soir, comme si j'étais lu, mets- 
toi nue, joyeusement, sous les arbres 
du jardin d'Ekoûm I ®@ ®@ ®@ ®® ®@ 

M M L'ESCLAVE M M 

ix fois, je l'ai quittée. Dix fois, 
je suis revenu. Maintenant, 
elle sait bien que je ne m'en 
irai plus. ©®®®©®©®©®@®©®®® 
® Et pourtant, je ne l'aime pas. Si elle 
mourait demain, je serais heureux, 
délivré. ®®®©®©®©®®®®®®®®® 
® Avez-vous connu cette torture de 
sangloter sur un corps de femme 
souillé d'autres caresses ? Avez-vous 
connu cette honte de ne pouvoir vous 
arracher d'une femme parce que son 
corps est merveilleux ? ®@ ®@ ®@ @® 
® Aujourd'hui, je l'ai frappée. Comme 
elle me défiait encore, raidie, trans- 
figurée, avec une lueur si belle dans 



129 



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les yeux, je me suis jeté sur sa bouche, 
comme on se tue, et jamais baiser n'a 
été plus délicieux. © ®@ ®® ®@ ®@ ®@ 
© Quand je la menace, elle s'étire pa- 
resseusement. Quand je menace ses 
amants, elle se met à chanter une 
chanson moqueuse. Quand je parle 
de me tuer, elle se contente de dire : 
« Qui soignera tes roses ? » @® @® S® 
© Et je vis avec ma honte, attendant 
que son corps incomparable se fane 
comme mes roses. ® ®@ @® ®@ @® ®@ 

j£ M ...ET PEUT-ÊTRE 
AVEC UN SOURIRE M 

ependant, je vieillirai, aussi. 
Un jour viendra où je n'oserai 
plus me dévêtir devant une 
femme, où je n'oserai plus me pen- 
cher avec une femme sur le miroir 
des vasques, ainsi que je le fais avec 
elle, chaque fois que nous sommes 
nus I©®®®@®®®@®®®®®®®®®® 



130 



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® Un jour viendra où les femmes ne 
resteront plus dans mes bras pour 
sentir les caresses de leurs muscles 
mouvants. Elles n'écraseront plus 
leurs seins contre ma poitrine, com- 
me sur une cuirasse. Elles ne s'émer- 
veilleront plus de ma taille étroite et 
de mes larges épaules. ®@ ®@ ®@ ®@ 
@ Un jour viendra où je n'arriverai 
plus au rendez-vous de meurtre, les 
poings aux hanches, me fiant à ma 
force et à ma bravoure. Un jour vien- 
dra où je n'irai plus aux rendez-vous 
de meurtre, pour des femmes. © ®® 
® Un jour viendra où je me pencherai 
seul sur le miroir des vasques, et 
peut-être avec un sourire. ®@ @® @® 
®®®®®®@®®®®@®@®®®@®®®® 

M M SES MAINS J£ M 

e matin de notre première 
rencontre, c'est la main droite 
de ma bien-aimée qui m'a en- 



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voyé, dans un salut gracieux, son 
cœur et sa bouche. ® @® ®® @® @® ®® 
® Le soir de notre première rencon- 
tre, c'est la main gauche de ma bien- 
aimée qui a ouvert sa robe, afin que 
mes baisers se posent sur ses seins. 
® Aussi, et pour tout ce que je leur 
dois encore, chanterai-je les mains 
de ma bien-aimée... ®® ®® £>® S>® ®® 
©Douleur! ô douleur! pourquoi te 
réveilles-tu? Amis, pardonnez-moi 
de renoncer à écrire ce poème! J'a- 
vais oublié que ma bien-aimée est 
partie, et qu'il me serait impossible 
de me rappeler autre chose que ses 
mains sur ses yeux en larmes. ® ®® 
®®®®@®®®®®®®®®@®®®®®®@ 

M M CONSOLATION JSf M 

eut-être, m'as-tu déjà rem- 
placé. Peut-être, à cette heu- 
re, un autre enlace-t-il ton 
corps onduleux. Peut-être, si tu ne 




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m'as pas aimé, t'enivres-tu mainte- 
nant de la joie d'aimer. ®@ ®@ @® ®@ 
@ Mais, j'ai eu ta jeunesse, je t'ai pos- 
sédée quand tu étais un printemps, 
et tu ne peux me reprendre cette for- 
tune. ®@®®®®®®®®®®®®®®®@® 
@ Dans la crainte de commettre un 
affreux péché, tu ne jureras pas 
qu'aucun homme n'a bu ton haleine. 
Si ton amant te chérit, son cœur en 
sera ulcéré. © @® @® @® ®@ ®® @® ®® 
® Ce serment que l'on demande tou- 
jours, tu me l'as fait. Alors, tu étais 
un jardin où nul n'avait pénétré... ®® 
©Je voudrais que ton amant t'aime 
encore plus que je ne t'ai aimée, pour 
qu'il souffre davantage de cet irrépa- 
rable. ©®®®®®©®®®©®®®@®@® 

JST VOICI L'HEURE... M 

oici l'heure où elle était ar- 
rivée. Voici l'heure où ma 
chambre devenait l'écrin de 




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cette perle. ®®@®®®@®®@@®®®® 
® Et, chaque fois, j'avais le même ver- 
tige. ©®®®®®®®®®®®@®®@®®® 
® Maintenant, se dit-elle aussi que 
personne ne pourra lui donner ce 
que nous avons eu? Se dit-elle que 
tant de bonheur ne pouvait durer? ® 
® La voir, seulement, ou l'entendre! 
Passer aujourd'hui où elle a passé 
hier, et connaître ceux qui l'ont ren- 
contrée T@®®®®®®®®®®®®®®®@ 
® Voici l'heure. Elle ne consentait à 
se dévêtir que lorsque j'étais allé po- 
ser la lampe sur la faskï'a de la salle 
voisine. Alors, dans le grand rayon 
vermeil qui jaillissait de cette pièce, 
elle ressemblait à un sabre dans un 
fourreau d'or transparent. ®@ @® @® 
® Je viens d'emporter la lampe. La 
lumière qu'elle aimait, la même lu- 
mière douce éclaire ma chambre. Je 
contemple les objets qu'elle a touchés, 
le tapis qu'elle a foulé. @ ®@ ®@ ®@ @® 



134 






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@ Avant de me rejoindre, elle se dé- 
coiffait longuement. Si je l'appelais, 
elle se voilait de ses cheveux. Si je 
cherchais à l'entraîner, elle s'échap- 
pait en dansant. Si j'affectais de ne 
plus la regarder, elle gémissait de 
mon indifférence. ® ®@ ®@ @® ®@ ®@ 
® Ces jeux, qui préludaient toujours 
à notre étreinte, les évoque-t-elle, 
quelquefois ?@®©®@®@®©®@®®® 
@ Une rose, dans une buire, embaume 
autant que sur le rosier. Notre amour 
est une rose cueillie, dont le parfum 
ne veut pas mourir. @® S® @® @® ®@ 
© Pour ne plus sentir son odeur, je 
l'ai cachée dans des coffrets : leurs 
parois n'étaient pas assez épaisses. 
Je l'ai enfouie dans le sable : elle y 
avait pris racine et devenait un ro- 
sier démesuré. Je l'ai effeuillée avec 
rage : mes mains en sont à jamais 
parfumées T®®®®@®®®®®®®@®® 



135 



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L'ABSENTE M J& 

fin d'oublier ma folie, je suis 
allé dans la montagne. Mais, 
le silence des plateaux me 
rappelait d'autres silences. ®® ®® ®@ 
® Afin d'oublier ma folie, je suis allé 
sur la mer. Mais, son immensité me 
rappelait mon amour. © ®@ ®® ®@ ®@ 
® Afin de mourir de ma folie, je suis 
revenu dans la demeure qu'elle habita. 

M M SON NOM M J& 

i vous voulez savoir le nom 
de celle que j'ai le plus aimée, 
cherchez à vous rappeler le 
nom de celle qui m'a fait le plus souf- 
frir. ®@®®®®®®®®®®®®S)®®®®® 
® Si votre mémoire vous trahit ou si 
vous n'avez pas connu cette femme, 
disposez vos lèvres comme pour don- 
ner un baiser : son nom se prononce 
ainsi. ®®®®®®®®®®®@®®®®®@ 




136 



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M J& LE REGRET M M 

es ailes de la Nuit se sont re- 
fermées sur la Terre. Les ailes 
de tes paupières se sont re- 
fermées sur tes yeux. Tu dors. ®@ @® 
@ Ce n'est pas encore la rosée, qui 
mouille ta gorge. Ce sont mes larmes, 
car je pense à un bonheur perdu! © 
@ Sous quelles caresses s'endort-elle, 
à cette heure ? ® ®® ®@ ®® @® ®@ @® 
®@@@@®@®®®@@®®@®®@®®®@ 

J& JST L'OURAGAN M M 

es assauts du même vent 
donnent à l'arbre le plus ro- 
buste une inclinaison défini- 
tive. ®®®®®®®@®®®©®®®®®@® 
® Comme l'arbre résiste aux rafales, 
j'ai résisté à la douleur, mais j'en 
garde une tristesse dont Elle seule 
pourrait me guérir. @® ®@ @® @® ®® 




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UNE JEU NE FILLE... 

ne jeune fille, qui revenait du 
fleuve, modulait cette chan- 
son que tu chantais si sou- 
vent. ®®@®®®®®®®@®®®®®®®® 
® Je l'ai suivie, sans pouvoir retenir 
mes larmes. @® @® ®® @® @® @® @® 
® La voix liquide et pathétique d'un 
rossignol ne suffit-elle pas au prison- 
nier pour évoquer les délices des 
jardins où il ne se promènera plus? 

M M N ON! M M JS 

ourquoi me parler de bran- 
chages sous lesquels s'atté- 
.a nuerait ma fièvre, puisque je 
ne peux dormir qu'à l'ombre des cils 
de ma bien-aimée ... ®@ ®@ ®® ®® @® 

LA NUIT M JgT 

01 qui l'as vue, toi qui es al- 
lé la supplier de me pardon- 
ner et de revenir encore, mon 





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ami, mon franc ami, que faisait-elle? 
© — Elle était assise sur la margelle 
du puits, et elle regardait boire les 
troupeaux. ©®®®®®@®®®®®@®® 
® — Que lui as-tu dit ? @® ®@ @® ®@ 
® — Je lui ai désigné ta demeure, et 
je lui ai dit : « Il t'attend. » Mais, aus- 
sitôt, elle a baissé la tête, et elle m'a 
parlé des troupeaux. ®@ ®® @® ®@ @® 
@ — Sa voix tremblait-elle ? © ®® @® 
@ — Elle parlait si bas, les bergers 
faisaient tant de bruit, que j'enten- 
dais à peine sa voix. ® ®® ®@ ®® ®@ 
® — Quand elle s'est tue, a-t-elle re- 
gardé ma demeure ? ®@ @® ®® @® @® 
@ — La nuit était venue, et l'on ne 
voyait plus ta demeure. ®® @® ®® @® 
®®S®®®@®®®®@®®®®®@®®®® 



M 




M INSCRIPTION M M 

elle qui fut Daoulah repose 
ici. Elle est morte, la troi- 
sième nuit de Djemazi-el- 



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139 



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Akhir, qui est le mois funeste aux 
fleurs. ®®®®®®®®®®®@®®®®®@ 
@ Nous l'aimions. Sa bouche était sa- 
voureuse. ®®®@®@®®®®S®S)®®® 
® Si son nom te rappelle que tu l'as 
caressée, un soir, évoque aussi pour 
elle ce bonheur ancien, car le som- 
meil des morts est sans rêves. ®@ ®@ 




140 



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TABLE DES POÉSIES 



Les Seins, les Yeux et la Che- 
velure 5 

Le Flambeau 6 

La Bataille 6 

Son Sourire 7 

Le Sommeil des Colombes .... 9 

L'Heure tranquille 9 

Toi 10 

Le Chant des Guerriers .... 11 

La Danseuse nue 12 

La Victoire 14 

Le Souvenir 16 

Le Marchand de Parfums .... 17 

Le Destin 18 

Le Mirage 19 

Les Musiciens 20 



142 



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Le Cœur sanglant 


21 

22 

22 

. 23 




Les Écoliers , 


. 25 




. 26 


La Sagesse 


27 
. 28 


La Faute des Roses 

Le Sommeil des Lévriers . . . 

Le Potier 

Sur le Désir 


28 
30 

. 30 
31 
31 

. 32 


Sur l'Amour 


. 32 


Sur le Silence 


. 33 


Ma main, ce sceau frémissant.. 


33 

. . 34 

. 35 


L'Adieu . 


. 35 


La Danseuse aux Torches . . . 
Je n'ai rien laissé paraître... . 


36 
. 37 
. 39 




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Le Bain 


40 
41 
43 
43 
45 
46 
48 
48 

. 49 
50 
51 
52 
53 

. 53 
54 
56 
56 
57 
58 
59 


El Moghreb 


Poignards 


Pourquoi 


Mon Cheval 


La Réalité 




Le Serpent 


La Jeune Fille et l'Aveugle . 
Haïat Ezzaoudjinn. 


Les Sorciers 


Le Premier Baiser 

Le Désespoir 


La Revanche du Grillon . . . 

La Générosité 

Clair de Lune 


Naouma 


Les Pleureuses 


La Grenouille et l'Été .... 


Le Rêve 


60 
61 
62 


Le Baiser dans la Nuit .... 
Le Sommeil des Faucons. . . . 



144 



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Son Cœur 


. 62 




■ 
■ 
■ 
• 


L'Adieu des Guerriers . . . . 


. 63 




■ 


Images 


. 65 




■ 
■ 
■ 


Le Tourment d'Amour 


. 66 


Le Désir et le Plaisir . . . . 


. 66 




■ 


Le Tombeau d'Antar 


. 68 




• 


La Lumière lointaine 


. 69 




■ 


Les Cigales 


. 69 




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L'Attente 


. 70 




■ 




. 71 




■ 


Le Prodige 


71 




■ 


Chanson 


. 73 




■ 
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Le Sable 


. 73 


L'Aurore prochaine 


. 74 




■ 


Les Jardins de Oualata . . . . 


. 75 




• 


Tes Dix Visages 


. 77 




■ 


La Mosquée 


. 78 




■ 


Le Pavot 


. 79 




■ 
■ 


Résignation 


. 80 


Ode 


. 81 






Le Voyage nocturne 


. 83 




• 


Soudjoud 


. 84 




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Allah Iechfik 


84 




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Les Jeunes Filles 85 

Il suffit que vous chantiez... . 87 

Le Chacal et le Hérisson ... 88 

El H' al A'dhim 89 

Le Jaloux 89 

Nedjeh 91 

D'autres Amours 92 

L'Indifférente 93 

L'astronome 94 

Le Collier 94 

Le Printemps sur la Mer ... 95 

L'Échange 95 

L'Oued 95 

L'Étendard 97 

Le Sourire des Morts 98 

Les Persanes 98 

Le Jardin dans l'Oasis 99 

La Voluptueuse 100 

Le Père nourricier 101 

Le Rival 102 

Les Oiseaux de la Mosquée . . 103 

Écoute 104 

La Sultane de l'Amour .... 104 



146 



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A un Ami 105 

Le Soir secret 106 

Le Vaincu 107 

Le Visage penché 108 

La Fontaine des Gazelles . . . 109 

L'Étoile du Soir 109 

Prière de l'Avant-Matin . . . . 110 

Prière de l'Aurore 111 

Prière de Midi 113 

Prière de Trois heures .... 113 

Prière du Coucher du Soleil . 114 

La Confiance 114 

Le Voile 115 

Le Bonheur 115 

Stances 116 

Dar Eslam 117 

La Pluie sur les Roses .... 118 

La Poussière du Jet d'eau . . . 118 

Cheïla 119 

Le Doute 120 

Méditation 122 

La Solitude 124 

L'Autre 125 



147 



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sl vous devinez, alors 125 

Le Retour 126 

Le Souvenir unique 127 

L'Esclave 129 

... Et peut-être avec un Sourire 130 

Ses Mains 131 

Consolation 132 

Voici l'Heure 133 

L'Absente 136 

Son Nom 136 

Le Regret 137 

L'Ouragan 137 

Une Jeune Fille 138 

Non! 138 

La Nuit 138 

Inscription 139 




148 



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<§x: Oriente 




■ PJ 

7694 
F3T6 
1921 



Toussaint, Franz, éd. & tr. 
lie jardin des caresses 



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