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6ème Année.— No 19 



LE NUMBKO 10 CENTS 



Samedi, 4 janvier 1908. 



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Ce Journal de Trançoise 



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(GAZETTE CANADIENNE DE LÀ FAMILLES 

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BONNE ANNÉE ! 




SOMMAIRE: 



La Canadienne (poésie) Jples-Mario Lanos 

Deux Lettres Danielle Aubry 

La Peinture Canadienne Léon Lorr«in 

Nos Mor Françoise 

Si l'on voulait Adèle Bibaud 

Le Poète de l"'Habitant" (suite), P. Lorraine 

Mon ami Meurtrier François Coppée 

Feuilleton (fin) Marie Duclos de Méru 

Notes sur la Mode Cigarette 

Recettes faciles 

Concours de Popularité 




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Le Dr Walter H. Moorhouse. doyen 
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Revue Hebdomadaire 

VONT l'ARAlTUE DANS LA REVUE HEB- 
DOMADAIRE 

Un |ait que MM. Jules Leroattre, Houssaye, 
Vandsfl, Maoson, ,do l'Académie française, et M. 
le général Uoiinal feront, à. le. Société des Con- 
fêronces, cet hiver, une série de conférences qu(i 
seront le principal événement littéraiiro de l'an- 
née. Kn annonçant qu'elle s'est assuré le droit 
exclusif de pu(blier "in extenso" ces contôrenceis, 
la "Revue hebdomadaire" fait connaître les au- 
teurs chargés do ses principales rubricjoes de- 
puis le 1er novcmWo 1007: MM. Hanotaux, do 
l'AcadSmio française, "la i>oiitique étrangère" ; 
E. Uoû, "le mouvement des idées" ; Bordeaux, 
"la vie au théâtre" ; Funck-Brentano, "A tra- 
vers l'histoire" ; Le CJoffic, "la poésie" . Péla- 
dau, "les beaux-arts" ; l'aul Adam, Lionnet, 
Chontavoine. 

Rappelons que la "Revue htijdomadaire" a ub 
supplément illustré, broché à part, dont les 
douze pages d'actualités photographiques tirées 
sur papier coulché illustrent par l'image l'histoi- 
re de la semaine. L'alK>nnement')de trois mois: 
3 fr. 75 ; un an: 20 francs. 

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Le vrai soleil est dans nos coeurs. 

L'autre ne donne la joie à noa 
yeux qu'avec la permission du pre- 
mier. — L. Depret. 

Ali ! la puissance d'aimer est trop 
grande, elle l'est trop dans les âmes 
ardentes car combien en sont dignes, 
— Mme de Staël. 



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M. P. CAZENEUVE, directeur. 

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6ème Année.— No 19 



LE NUMERO: 10 CENTS 



Samedi, 4 janvier 1908. 



ù Journal de f rancoisc 



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fe lève mou verre à ta Canadienne! 
Qu'elle vive aux bois, qu'elle vive aux champs. 
Qu'elle ait des atours de soie ou d'indicmie, 
En dot 2cn gros sac d' écics trébuchants 
Ou, seuls, ses yeux noirs et ses deux niaiîis bldiiches, 
Ses pieds tout petits et ses grasses hajiches. 
Devant les fetnmes de chez nous 
Tous les gars tombent à genoux. 



Par les soitis constants de la bonne fée 
L'armoire s'emplit de bas et de draps; 
La tnaison entière est bien étoffée ; 
JDans la basse-coîir les poulets sont gras, 
i/amais il 7te ynajique U7i pain dans la huche 
Ou de bière douce au fond de la cruche ; 

Devant les femmes de chez nous 
Les maris tombent à ^eno7ix. 



Elle 7ie fait point peur à la cicogne 
En quête d' jin nid, pour les orphelins 
Elle a. des jupons de mère Gigogne, 
Poîir le malheureux, des gestes câlins. 
Et, qu'il soit blanc, 7ioir, i7idicn 07i nmlâtrc, 
Une chaise à table, U7ie place à l'âtre ; 

Devant les femmes de chez nous 
Tous les gueux to77ibe7it à gerumx. 




^ 



Qua7id les débardeurs cha7itent après boire, 
Ou, da7is leurs discours jurent, égrillards. 
Par Dieîi, le calice et le Sai7it- Ciboire, 
So7i regard, posé sur les plus gaillards, 
Lal7ne les courroux et, sa7is i7idulgence , 
Fait flamber aux fronts les Jeux de ve7tgea7ice 
Devant les femf7ies de chez 7ious 
Les sai7iles toi7ibe7it à ge7wux 



Jeûnes, vendredis et fêtes chômées. 
Quand revient la d'mie et le pain bénit, 
Les dates de deuil, les dates aimées, 
Si le bœuf est pu, le dogue au che7iil : 
Elle a V œil à tout et souffle la flamme. 
Que chaujje le corps et qui gtiidc l' â7ne ; 

Devant les femmes de chez 7ious 
Les anges tombe7it à ge7ioux. 

♦ ♦ ♦ 

Je lève mo7i verre à la Ca7iadie7ine : 
Aux foyers des champs, des bourgs et des bois 
Do7it tu fus la douce et sainte gardicjme, 
La gloire et l'ho7i7ieur, je me lève et bois ! 
Et, puisse le Ciel, ô 7tos sœurs, nos tnères, 
Eloig7ier de vous les coupes a7nères ! 

Qj(a7td jatnais je tombe à ge7toux, 
C'est pour les fcm7iics de cJiez nous. 

Jules-Mario Lanos. 



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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



DEUX 

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LETT 




Vancouver, 11 nov. 



Ma chère Aline, 



core un peu notre cher secret pour 
nous seuls. 
Ecrivez souvent, chérie, sans at- 



Non, non ! Ne m'en voulez pas, ne tendre mes lettres. J'ai tant besoin tu es la plus discrète des amies! 



car c'est lui, et tu seras contente 
puisque tu as de l'amitié pour nous 
deux? 

C'est en parlant de toi que nous 
avons commencé de nous entendre; 
je te dois donc un peu de mon 
grand bonheur, etje ne puis vrai- 
ment pas attendre sa permisaion 
pour t'en remercier.. 

Il a des raisons, dit-il de retarder 
l'annonce de notre mariage, mais ces 
raisons n'ont que faire avec toi, et 

Ce 



me grondez pas, et surtout, ne me <^es vôtres ! Soyez bonne ! 
punissez pas en me privant de vos Tout a vous, 

chères lettres quand il m'arrive d'être Philippe, 

en retard. Aline, toute seule dans le saloji que 

C'est votre vocation d'être bonne, l'ojnbre du soir envahit, voit tout 
ma mie, inlassablement bonne, et je j^^t^ ^^^^^ pour ij^e une dernière fois 
ne vous permettrai pas d'y faillir. ^^^ jg^^tre de son fiancé, reçue 

Ceci décrété, j'avoue, bien volon- ^^^^^^ ^^^c? Cela lui semble des 

tiers que je suis un grand paresseux, siècles ' 

et j'ajoute pour me faire pardon- ji i^- gg^ bien venu, depuis, trois 

ner, que je vous aime beaucoup plus ^^ suaire cartes postales avec des 

et beaucoup mieux que je ne sais le -souvenirs affectueux" ou "bonnes 

"*'^' amitiés", mais ces banalités remplis- 

Votre grand paresseux a tout de 



même une vie très occupée. 

Ma situation saméliore, de nou- 
velles causes m'airivent tous les 
jours, et mon buretiu naguère si dé- 
sert, est som-.ent trop petit pour con- 



sent mal cinq longues semaines! En- 
fin ! Ce soir, elle ne sera pas déçue: 
il est impossible que Philippe ne lui 
écrive pas pour cette veille de Noël, 
anniversaire de leurs fiançailles. 



ne sera, d'ailleurs, pas un secret long 
à garder puisque nous nous marie- 
rons après Pâques. Et ce sera si bon 
de recueillir ta sympathie aimante 
avant celle de tout le monde! 

Bonsoir ma Linette, quand me di- 
ras-tu à ton tour, que ton cœur est 
dans la lumière, comme le mien, ce 
soir? 

Ecris \ite! Je t'embrasse tendre- 
ment. 

Marguerite. 

Dieu! elle a mal lu! Ce n'est pas 
possible cela ! Philippe, il est à elle, 
à elle (|ui l'aime, à qui il a tant dit 
aussi (|u'elle était son aimée! 

Elle reprend la lettre, elle en répè- 
te vingt fois un mot, une ligne, cher- 



Et le doux souvenir évoqué met chant en vain dans le chaos ou elles 



tenir les clients qui s y rencontrent (j^j^g jgg jolis yeux une lueur très se perdent, ses pensées disparues, et 



aux heures de consultations. 
Cela veut dire, ma chérie, que nous 



douce et la tristesse un peu inquiète ne retrouvant que l'impression an- 
se fond dans une grande tendresse goissante d'un mal horrible et d'un 



avançons à grands pas vers le bon- confiante qui,d'ailleurs, ne l'a jamais indicible outrage ! 

heur, et que tout allant bien, je quittée. Elle ne voit plus rien, ni 



pourrai aller vous chercher là-bas 
pour vous ramener "chez nous", un 
peu avant l'année fixée comme limi- 
te de notre séparation. 

Après cela, ayez la dureté de m'ac- 
cuser de paresse quand je fais de si 
belle besogne ! 

Oui, j'ai beaucoup de connaissan- 
ces, et des amis aussi. C'est même 
chez l'un d'eux que j'ai fait la con- 
naissance de votre amie Marguerite. 
Je la vois souvent et nous parlons 

de vous. Son père, qui est un des béir à mon futur Seigneur? Mais non, 
hommes riches et influents de la ville, puisque tu ne te doutes pas que Sei- 
me témoigne une confiance qui a gn(?ur il y a ! 

considérablement aidé à mon avance- Mais bah! il ne l'est pas encore, et 
ment. tu es discrète, et puis mon bonheur 

Si je répondais ce soir à toutes m'étouffei-ait si 
vos questions, chère petite curieuse, 



autour 

Elle s'est promise à lui avec une d'elle, ni en elle, son cœur, sa pen- 

foi si aimante, il est si bien pour sée, tout se perd dans la nuit ou elle 

elle le résumé de ce qui est bon et pleure toute seule. 

beau dans la vie\ Danielle Aubry 

Le timbre de la porte la fait très- 

saillir. On lui apporte une lettre Tous les moralistes ont signalé 



hélas! pas de lui! 

Vancouver, 19 déc. 
Ma petite Linette, 
Sais-tu que je m'apprête à déso- 



cette loi mélancolique de notre na- 
ture : ce que nous pardonnons le 
moins aux autres, ce sont nos torts 
envers eux, surtout quand ces torts 
ne sont pas très nets et que nous les 
sentons plutôt que nous ne les recon- 
naissons. — Paul Bourget. 



je manquerais le courrier. Il y en a 
une, pourtant qui ne doit pas atr 
tendre : je persiste à croire qu'il 
vaut mieux ne pas parler mainte- 
nant de nos fiançailles. Gardons en- 



Les gens faibles sont les troupes lé- 
gères de l'armée des méchants ; ils 

m'étoufferait si je ne t7ie confiais î"*^* P^"^ ^« "^^^ ^^^ ^'^^""^^ "^°«' ' 
pas, comme autrefois mes gros cha- ''^ mîestent et ils ravagent.-Cham- 
grins au couvent. fort. 

Je suis fiancée, ma Linette, et.... 

non, je ne les trouverai pas les mots ^^ est plus honteux de se défier de 
qui te feraient comprendre comme ses amis que d'en être trompé. — ^La 
nous nous aimons Philippe et moi, Rochefoucauld, 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



295 



La Peinture Canadienne 



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M. Suzor-Côté (i) tient chez Scott & Sons, rue Notre-Dame, 
une exposition de ses œuvres 



UN Salon est une foire bigarrée où 
les yeux, déroutés par la profu- 
sion des couleurs et les cent "maniè- 
res" différentes des exposants, cher- 
chent, pour s'y poser et s'y reposer, 
un honnête tableau. Une exposition 
particulière a un cachet d'intimité : 
l'aimablef sans-gêne d'un atelier, le 
charme d'un intérieur ; mais, chez les 
peintres médiocres, elle devient bien- 
tôt monotone, soit à cause de l'uni- 
formité d'un procédé appliqué à tous 
les genres de composition, soit à cau- 
se de la répétition d'un coloris inva- 
riable à une nuance près. 

L'assemblage des toiles, nombreu- 
ses et variées, de M. Suzor-Côté, ne 
cho.que pas la vue et, bien que sa fa- 
çon de rendre une œuvre varie sensi- 
blement avec chaque sujet qu'il 
peint, il a toujours une grande sincé- 
rité dans la reproduction de la natu- 
re, de la franchise idans la couleur, 
bref! c'est un peintre probe— et ce 
n'est pas là un mince éloge, en ce siè- 
cle de symbolisme et d'impressionis- 
me à outrance ! Qu'on me permette 
d'effleurer le procédé de ces pseudo- 
artistes qui veulent suppléer à la fai- 
blesse du talent, une exagération 
anti-esthétique, une espèce de carica- 
ture de l'art — procédé d'autant 
plus dangereux que, à notre époque 
de snobisme et d'abaissement du 
goût, l'incohérence est fort prisée, et 
que le succès engage à la récidive. Si 
vous avez quelque peu fréquenté chez 
les rapins, ne vous êtes-vous jamais 
étonné devant un ciel invraisembla- 
ble?... Avez-vous fait part à son au- 



(1) M. A. Suzor-Côté a obtenu, en 1901, au 
"Salon des Artistes Franrais." une mention 
honorable, et, cette même année, le Kouvern«- 
ment français le faisait officier de l'Académie 
des Beaux-Arts. 



teur de votre étonnement, il vous a 
juré ses grands dieux qu'il l'avait vu 
ainsi. Un rapin "avancé" peinturlu- 
rera, un de ces matins, le merle 
blanc, et si de braves gens s'avisent 
de ne pas trouver naturel le tableau, 
tant pis pour eux : c'est qu'ils n'au- 
ront jamais vu le merle blanc. 

Je suis d'autant plus à l'aise pour 
faire ici cette digression, que M. Su- 
zor-Côté se passe de tels expédients: 
son talent convenablement mûri et 
sa connaissance du métier le dispen- 
sent d'avoir recours à ces procédés ; 
et puis, je le répète, c'est vm. disciple 
de la probité de l'Art... 

— Quel est le tableau que tu aimes 
le mieux? demandait, l'autre Jour, 
un monsieur à sa petite fille. 

—Celui-ci, dit, sans hésiter, la fil- 
lette. 

—Pourquoi celui-là? 

—Parce qu'il y a un sapin. 

"La vérité sort touj(5,urs de la bou- 
che des enfants", dit-on couram- 
ment, et la raison de cette préférence 
m'a semblé le prototype du jugement 
populaire. C'est puéril, sans doute, 
mais le bourgeois — le client — aime- 
ra, et je l'en approuve, ce qui lui 
rappelle une scène vue ou, mieux en- 
core, un paysage qu'il apercevrait 
sans surprise, au cours d'un voyage. 
L'extraordinaire, dans l'art comme 
ailleurs, n'a jamais charmé que le 
snob, et le prestige de l'invraisem- 
blance tomlje en môme temps que l'é- 
tonnement, sentiment de plus en plus 
fugace. Il n'y a que le vrai qui puis- 
se plaire à tous, et dont la faveur — 
— on en peut juger par les œuvres 
qui ont survécu au temps et aux mo- 
des — offre une sécurité de durée. 

W. Suzor-Coté sait donner à ses 



toiles un jour véritable, l'illusion do 
la vie, cette uniformité qu'offre la na- 
ture, une en soi, bien qu'innombrable 
en ses combinaisons ; il leur commu- 
nique les qualités précieuses dont 
l'ensemble constitue ce que l'argot 
d'atelier appelle excellemment une 
"'atmosphère". 

Il sied de parler tout d'abord de 
l'œuvre maîtsesse: "la Première ren- 
contre de Jacques-Cartier avec les 
Indiens de Stadaco:né, en 1534", ( le 
catalogue porto 1535 ) , beau panneau 
décoratif, excellente reconstitution 
du premier événement de notre his- 
toire. Cartier, bien campé, au pre- 
mier plan, au centre, flanqué de son 
lieutenant de Pontbriand et de quel- 
ques hallebardiers, s'avance, la 
main tendue, vers les' sauvages. 
Ceux-ci, ébahis et soupçonneux, ac- 
croupis comme à l'affût, à l'orée de 
la forêt, le regardent venir. La lu- 
mière filtrant par les échancrures du 
feuillage, met sur le bronze de lexirs 
torses nus, des taches lumineuses.Cet 
effet, qui est fort joli, a servi de nou- 
veau, et avec un égal bonheur, dans 
un autre tableau, le "coureur des 
bois". A l'arrière-plan, on distingue, 
dans le brouillard montant du fleu- 
ve, des hommes d'équipage qui atter- 
i-issent et, plus loin, les trois cara- 
velles. Cette grande toile, minutieuse- 
ment soignée dans ses détails, est, 
dans son ensemble, imposante. Voici 
ce qu'en dit, dans la "Revue hebdo- 
madaire", M. Péladan, l'un des es- 
thètes les plus écoutés à Paris : 
"Quoique la peinture d'histoire soit 
un prétexta à ne rien mettre, j'en- 
tends rien de fort et de vif, dans un 
cadre, je signalerai, pour des qualités 
appréciables, le "Jacques-Cartier" 
débarquant là où plus tard s'élèvera 
Quél)ec." C'est bref. — C'est pâle! 
penserez-vous peut-être. Cette appré- 
ciation sèche du "Sabreur" vaut 
pourtant autre chose que les éloges 
hyperbbliques de nos "gazettes" qui 
exhument, à propos de bottes, leurs 
clichés de superlatifs les plus absolus. 
Et puis, si vous voulez bien vous 
donner la peine de songer à c?ux qui, 
avant M. Suzor-Coté, ont fait de la 
l^einture historique, vous constaterez 
quelle place Péladan donne à l'artis- 



•296 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



te canadien, en l'élevant au-defssus de 
ceux-là. 

Le "Pêclieur normeoid", bien que 
d'une composition jjeu originale, est 
remarquable ptu- la correction de la 
facture: sur un fond de galets et de 
mer, où les voiles des bateaux de pê- 
che battent dans un ciel sanglant, se 
(lt'"taclio le dur profil d'un Normand 
ivsigné et têtu — tête d'une très bon- 
ne expression. Dans les "Coteaux de 
• 'ernay sous la neige", le peintre a 
In-ossé de la neige si "nature" qu'el- 
le semble, sous le firmament bas et 
i-teint rayonner de sa propre lumière, 
("e ciel d hiver se retrouve dans le 
"Cernay sous la neige": le village 
rst groupé au fond d une plaine en- 
neigée. Très bonne perspective. La 
"Vieille Bretonne au chapelet" et la 
"Bretonne en |îrière" sont deux jolis 
intérieurs de chapelle, où les jeux de 
la lumière, tamisée par des verrières, 
sont rendus avec une l'are perfection. 
I.«i, "Baie de Morga't" est l'une des 
meilleures marines que j'aie vues. Les 
vagues sont nuancws avec une rigou- 
reuse exactitude, et le saLle d'une 
grève escarpée qu'on aperçoit, au 
fond,, a bien cette teinte jaune clair 
dr«s côtes lointaines vues d'un paquie- 
l.ot. La "Mort de Cadieux", mérite 
une mention spéciale pour le demi- 
.'Our (lu sous-bois, qui donne à l'hé- 
r(»ï([ue moribond, une lividité d'un 
réalisme saisissant. Dans le "Soir, 
vallée de l'ivette", il y a une très 
intéressante étude de ciel: les teintes 
orange, mavive, rose, bleue, très 
adoucies, sont fondues en toutes les 
nuances, et il traîne encore un reste 
de lumière, cependant que les ténè- 
bres ont envahi la plaine. 

11 y a, à cette exposition, d'autres 
"ciels" très bien brossés, qui retien- 
nent les visiteurs. 

Ijc "Profil de jeune fille" est trop 
vivant pour n'être pas un portrait. 
'^ "est peut-être le moment de dire que 
"1. Suzor-Côté se préoccupe autant 
I ' la ligne que de la couleur, et qu'il 
n^ussiit non no'rs liien celle-là que 
(••>llc-ci. Le d'filé rl»s "Trappeurs et 
coureurs des bois, au clair de lu- 
ne" est baigné de cette lumière diffu- 
• des nuits d'iiiver, et les omibres sur 
la neige ^ont très bien marquées. 



Nous n'avons pas l'intention de 
transcrire ici le catalogue, mais nous 
isignalerons encore, pour l'ingéniosi- 
té de la composition, la précision de 
la ligne ou la richesse du coloris: le 
"Commencement de dégel", le "Dé- 
jeuner du célibataire", "l'Expédition 
contre les Iroquois", "l'Etude pour 
\m portrait de Maisonneuve". 

Tjcs quatre murs de la petite salle 
disparaissent sous les tableaux, en- 
tre lesquels pendent de nombreuses 
études: petits bois, bouts do rues, 
ports, masures, arbres, etc., où le 
peintre a saisi \mo teinte de feuilla- 
ge, l'éclat fugitif d'un ciel, le ton ri- 
che d'une chose fanée. 

...Comme la plupart des artistes, 
M. Suzor-Coté aspire à devenir autre 
chose que ce qu'il est si bien: peintre 
de talent, il rêve d'être sculpteur ; et 
il a, sur une table, entr'autres figuri- 
nes en plâtre, un Canadien tirant pé- 
niblement sur la neige, son lourd 
traîneau. C'est bien moulé: le buste 
fort, épaissi encore par le costume de 
trappeur, a nn joli mouvement. Cette 
scène nationale a passé par le Salon. 

Léon Lorrain. 

■ NOS MORTS ■ 

S 

I I N grand journaliste vient de 
^•~-' disparaître dans la personne 
de l'honorable J.-T. Tarte, que la 
foule, avec une solennité douloureu- 
se, a suivi, dernièrement, jusqu'au 
lieu du repos. 

D'aucuns célébreront les qualités de 
l'homme d'Etat qui sut,, aux rênes 
d'un pouvoir, faire grand et beau. 
Moi, je m'incline surtout devant le 
\rm journaliste et le sincère patrio- 
te qu'il fut toujours. 

D a tracé dans la carrière qui nous 
est chère, un lumineux sillon : ce fut 
un écrivain fécond dont la forme 
brève, incisive et profonde laisse, 
derrière elle, un souvenir très vivant. 

D aima sa patrie et sut la faire 
aimer de ceux qui ne la connais- 
saient pas, Mlle Elichabe, la gra- 
cieuse conférencière de l'Alliance 
Française, disait que, c'est d'avoir 



entendu, à Paris, au Pavillon cana- 
dien, lors de l'Exposition Universel- 
le, M. T^arte parler du Canada que 
le désir de visiter notre pays lui 
est fortement venu... 

Chacjue homme, quel qu'il soit, 
possède en son âme un "coin divin". 
Le sien, ce fut sa grande charité et 
son inaltérable bonté de père. Ad- 
mise dans l'intimité de sa famille, 
j'ai eu, à chaque instant, l'occasion 
de le constater. 

Combien de pauvres il a soula- 
gés ! combien de désespérés par les 
rudes coups du sort il a encouragés! | 
Et combien lui doivent, aujourd'hui, 
un avenir assuré contre la misère en 
même temps que IS certitude du pain 
quotidien. 

Ses enfants lui ont rendu l'affec- 
tion tendre qu'il leur portait. C'est 
entre leurs bras qu'il est mort, et ce 
souvenir aura pour eux ime douceur 
qui tempérera l'amertume de leur 
tristesse. 




Un de nos hommes de lettres les 
plus connus. Monsieur Napoléon Le- 
gendre, s'est endormi dans l'éternité, 
à Québec, le 16 décembre dernier. 

Les dernières années de sa vie ont 
été condamnées, par la maladie, à 
une inaction forcée, mais, personne 
n'a oublié l'apport qu'il a fourni à 
la littérature de ce pays. Ses œu- 
vres resteront à l'honneur des lettres 
canadiennes. 

Ce fut un prosateur agréable et 
charmant, un poète doux et facile. 

Plus encore, il fut bon père, bon 
époux et bon citoyen. 

Françoise. 



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gnent les toilettes élégantes, de mê- 
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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



297 




)I L'ON VOULAIT 




cées aux assemblées de la J^'édératiou 
Nationale Saint-Jean-Baptisto, dans 
le but si honorable d'opérer des ré- 
formes rationnelles afin d'améliorer 
les positions, de protéger ceux qui 
peinent, je me disais : il y a une 
souffrance que l'on a omis de men- 
tionner et cette souffrance on pour- 
rait la soulager, que dis-je, on pour- 



IL neige, il neige. Tout me pèse et je gloire passée, que nul triomphe n'as- rait presque la guérir ; si toutes les 
sens ma tête tournoyer au milieu sure la gloire à venir ; si, dédaigneux dames voulaient se donner la main, 
des spirales bleues des Anglais... t'es formes transitoires de la politi- en peu de semaines on réussirait. 

Que le temps est long lorsque l'on que, il ne regarde que vers la justi- Nous avons à Montréal l'avanta- 



est clouée sur un sofa de malade, con- ee et vers la liberté ; s'il a'-\ 
damnée à une oisiveté complète, ne ^^"e ambition que de faire n^i 
pouvant même recourir aux délasse- 
ments de l'esprit qu'à doses homéo- 
pathiques. Pour avoir été impru- 
dente, pour n'avoir pas suivi les or- 



dau- ge d'avoir un jeune poète plein de ta- 
lent. Malheureusement la maladie le 



son 



mieux, si malgré les déceptions de ia retient captif à la maison d'un bout 
vie individuelle et les amertumes de de l'année à l'autre. Donnons-lui le 
la vie collective, il a reconnu, com- moyen de sortir au dehors, l'hiver 
pris, admiré la grandeur de son comme l'été ; offrons-lui une petite 
donnances du médecin, je suis forcée temps ; s'il voit au delà du tom- voiture électrique dans laquelle il 
de garder la chambre quinze longs beau briller les clartés éternelles; s'il pourrait aller admirer les beautés in- 
jours encore ; presqu'tlne éternité à a- cette fortune d'avoir des amis comparables de la nature, respirer en 
ne rien faire... comme ceux que j'ai encore, il devra plein air, côtoyer les bords cle notre 

Ma chambre n'est pas triste : ella rendre grâce à la destinée car il aura fleuve, rêver sur notre Mont-Royal: 
est gaie et coquette ; mais enfin été heureux." voilà ce qui ramènerait à la santé ce 

après en avoir fait le tour comme L'amitié, chère Françoise, n'est-ce pau^Te poète, voilà ce qui permet- 
Xavier de Maistre; après avoir jeté un P^s le pinceau habile qui ensoleille le trait enfin à Albert Lozeau de déve- 
regard sur mes meubles vieux temps, sombre tableau? donc, c'est à vous lopper son beau talent dans toute sa 
à tournure droite et distinguée, l^e j'écris. Au renouvellement des plénitude. Que de génies, hélas! ont 
muets témoins de presque tous les ans, il est doux de se rapprocher au- été empêchés dans leurs aspirations 
événements qui se sont passés dans tant que possible de ceux qui pos- sublimes, faute d'un secours venu en 
ma vie qu'ils me remettent en mé-t sèdent nos plus vives sympathies, temps ;_ ils ont disparu sans avoir 
moire l'un après l'autre, je suis ré- car leur pensée semble apporter un doté le monde des merveilles qu'ils 
duite à égrener mélancoliquement les oaume aux regrets que nous cause, avaient rêvées. Toujours trop tard, 
secondes des heures tandis que main- presque chaque année, la perte d'un on a compris ce que l'on perdait, 
tes réminiscences hantent mon es- parent, d'un ami. Aux affections Nous élevons des statues à ceux 
prit ; mais les souvenirs ne peuvent qui nous restent nous sentons le* be- qui ne sont plus, aidons plutôt les 
remplir toute la journée: la fumée soin de dire du fond du cœur : Ah! vivants à remplir les destinées que le 
des feux morts ne saurait rallumer vous que j'aime, soyez heureux! que Souverain Maître leur a marquées, 
la flamme. le nouveau calendrier pour vous ne ainsi nous coopérerons aux vues de 

"La seule arme capable de tuer le date que des moments de félicité, de la Providence. Qu'une dizaine de jo- 
temps lorsque le temps veut nous bonheur, que le tintement des heures lies femmes entreprennent l'œuvre, le 
tuer, c'est la plume," dit un auteur, soit toujours argenté, ne vibrant que succès est assuré. 

Combien Maxime du Camp a rai- pour vous apporter la réalisation de Françoise, à vous' tout particuliè- 
son aussi lorsqu'il s'exprime ainsi vos rêves les plus chers! rement je m'adresse : soyez le Mon- 

en parlant des lettres, "Elles En vous faisant ces souhaits, amie talembert de cette cause, avec votre 

je voudrais avoir la certitude qu'un P'umo habile et généreuse vous ga- 
pouvoir plus grand que le mien les g^erez tous les esprits. 



sont les 
nés heures 



compagnes des bon- 
et l'amie des heures dou- 



loui-euses; autour de celui qui les exaucera. Dieu seul est tout 



aime, elles forment un rempart con- 
tre les choses éphémères, elles l'enfer- 



puis- 



sant ; cependant il dépend souvent 
du bon vouloir de l'homme de pro- 



Adêle Bibaud. 



j .... — i~- (Il teraii peu noble à Françoise d'eniever il 

me dans un cercle dont nulle joie curer bien des joies, de sécher bien "''*'''^ correspondante l'initiative d'un projet 

n'est exclue et où les satisfactions des pleurs. Si chacun suivait cette ^^^^^'c' "st TlL'frtioit^'^evenlr ttt 'i^ 
meaiocres ne peuvent trouver place, sublime maxime de l'Evangile: "Fai- mérite de son exécution.— Note .Je la rédaction) 

Je ne connais pas de fonction plus tes aux autres ce que vous voudriez 

belle que celle de l'écrivain indépen- qu'on vous fit," combien, pour beau- Les dieux n'ont fait que deux cho- 
dant et désintéresse. Si a 1 amour coup, la vie serait adoucie; celui-là ses parfaites : La femme et la rose, 
du travail et de la vente, il joint seul qui met en pratique ce beau pré- — Solon 

un peu de modestie ; s'il a assez étu- cepte peut se vanter d'être chrétien. La haine est le microscope des dé- 
die 1 histoire des nations pour sa- En lisant, dernièrement les beaux fauts, l'amour celui des bonnes qua- 
voir que nulle défaite n efface la di.scour.s, les nobles paroh-s pronon- lités.— X. 



298_ LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

♦ ♦ ♦♦♦♦»»♦♦»♦♦ » ♦♦♦ ♦♦»»-»-^»-»- 4^-M-M-4«$^4>4-M-$- -«' -M^f^M-M-t-^-^M-^^^ 





LE POETE DE L'" HABITANT" 



WILLIAM HENRY DRUMMOND 

(Enregistré conformément à l'Acte du Parlement du Canada, en l'année mil neuf cent sept, par ■ 

au bureau du Ministre de l'Aerlculture) 



Le Journal de François 



X ♦♦♦♦♦♦♦♦ ♦ ♦ ♦ »♦ ■M-«"M^M--»>4>'M-4 4^M>-J^M>-M>-M>4>-M> -$»M>4-^-M>4-^^^ 



(Suite) 

Les deux dernières strophes sont absolument exqui- 
ses. 

Et cjuelle gaie peinturé du printemps tirée de 1'" Ha- 
bitant": 

dat was de place w'en de spring tam she's con-.in' 
W'ea snow go away, an' de sky is ail blue— 
W'en iœ lef "de water, bju' sun is get hotteï 
An' badi on de medder is sing de gilou-glou — 

W'en sirall sheep, is £irs' comin' out on de pasture, 
Deir nioe leetle tail sticltin' up on deir baok, 
Dey ronne wit' deir moder, an' play wit' each cder 
An' jomp ail de tain jus' de sattc' dey was crack.— 

An' oie cow also, she's glad winter is over, 
So she kid» herse'f up, an' start o££ on de race 
Wit' de t-wo year oie heifer, dat's purty soon Ici' her, 
W'y ev'ryt'ing crazee ail over de place! 

An' down on de reever de will' duck is quacjcin' 
Along by the shore leetle san' piper ronne — 
De bulUrog he's gr-roM:pin' an' doré is 'ompin' 
Dey ail got deii o\vn way for mak' it de fonne. 

But sî)ring's in beeg hurry, an' don't srtay long wit' us, 
An' firs' t'ing we know, she go off till nex^ year, 
Den bee commence hunmiin', for sum-mer is comin' 
An' pnrty soon oom's gettin' ripe on de eax. 

Combien amusante et touchante tout à la fois, 
la rancœur de r"Habitant" qui a quitté sa vieille 
maison de "logs" où il a vécu si lonfrtemns heureux 
avec sa "chérie", pour aller habiter une errande mai- 
son neuve que son gendre, avocat à Trois-Rivières, l'a 
obligé de construire : 

An' den de troub' is begin to show 

W'en Our daughter poor Caroline 

De beeges' fool ne ver seen! 

She marry dat lawyer on Trois-Rivières, 

Alway come home ev'ry sumircr sure 

Bringin' her familee, 

Ail rigiht for de chil'ren, I don't min' dem ; 

But de hushan"! sapree maudit! 

I wish I was close ma car right off 

W'en he talk of. our leetle house, 

Dough I know w'en familec's oomin' home 

Dcrc is m't moche room for a mouse, 

He say: "Riche man lak youse'f can't Icev' 

On ahaintee lak dis bclow, 

W'en t'ousan' dollar wilI buil' fin' place, 

Up on de hill en haut." , 



An' he talk about gallerie ail aroun' 
W'ere we sit on de sunimer night 
Watchin' de star on de sky above 
W'ile de moon she was shinin' Uright, 
Could plant some apple-tree 'dere, also. 
An' flower, an' I dumio w'at, 
An' w'en de sun he's begin to rise, 
Look at de view \ve got! 

Den he bring 'iioder feller from Trois-Rivières, 

An' show w'at he call de plan 

For malkin' dem house on de w'ole contrée— 

Mon Dieu! how I haite dat man! 

'Cos he's talkin' away nearly ail de tam 

l^ak trotter upon de race — 

Wall! affer a w'ile we maik' our trin' 

For havin' dat nice new place. 

So dey go ahead, an' me let dem go, 

But stuff dey ■was t'row away ; 

l'm watchin' for dat, an' I save mese'î 

Mebbe twemty^fivei cents ai day, 

For you're surely cheat if you don't tak' cane, 

Gery offen ^ve fin' dat 's true, 

We're geevin' it nam' Bellevue. 

0! yaas, I know we enjoy ourse'f, 
W'en our frien' dey was comin' noun' 
An' say "Dat's very fine place you got ; 
Deire's not-ing upon de town. 
Or anyw'ere else for honder m:ile 
Dis ho,use Bellevue can touoh, 
An' den let die horse eat de jjarden feuoe, 
Non! we don't enjoy dat so rrpche. 

An' of course we can't say not'tog at ail 

For it 'is not correc't'ing you know — 

But "Never min' dat, an' please corne again, 

I 'm sorry you got to go." 

Baptême! w'en I 'm seein' beeg feller bus' 

Our two dollar eaisy chair — 

Can't help it at ail, I got to go 

Down on de cellar an' sweaxi 

An' w'ere did we leev' an dat belle matison? 
Wan room an' de kitchen, dat's ail 
An' plaintee too foir de man an' wife! 
An' you 'niember the tam I laill 
Off .on de gallerie wam dark night, 
I los' mese'f tryin' fin' 
De winter dere on de grande parloir, 
For closin' it up de blin'? 

An' aJl de tam de poor leetle house 

Is down on de road below, 

I l'ink she was jeidoos dat fine new place 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE' 



299 



Up on de hill en haut, 

For Où she loolc lonesome by herse'f 

De winder ail bro'ke an' gone — 

No stnoke on de chimley comin' out 

No fiien' stannin' dere — not wam. 

Yqu 'member toc, m'en de fever corne, 

An' ketch us wan winter day? 

W'at he call de shaintee, our son-in-la'W, 

Dat 's w'ere dey pass awaiy 

Xavier, Zoë, an' Euchariste, 

Our chirren wan, two, t'ree — 

I offcn t'inlk of de room dey die, 

An' I can't help cryin' — me. 

So we '11 go on de oie house once again, 

Long enough we been fool lak dis, 

Never min' w'at dey say binieby, ma chère, 

But geev' me de leetle kiss, 

Let dem stay on dat fine new place up dere, 

Our daugihter an' son-in-law, 

Fot to-morsow soon as de sun will rise. 

We 're goin' l)ac!k home — Ilooraw! 

Il y a là un mélange d'émotion et d'humour abso- 
lument inimitable. Mais il faudrait tout citer. 

Le médecin de campagne est, lui aussi, cher à Drum- 
mond. Dans chacun do ses livres, il lui a consacré 
un morceau. 

L'humble praticien n'est pas une figure bien poéti- 
que, cependant il inspire le poète de r"Habitant" et 
d'autres encore parmi lesquels, James v^'hitcomb Ri- 
ley, qui, de tous les émules de Drummond, est celui 
qui lui ressemble le plus. 

C'est raie le médecin de campagne, si terre à terre 
qu'il soit, a aussi dans l'âme sa petite fleur bleue : 
la charité ! A ce point de vue, il pourrait souvent en 
remontrer aux "princes de la science". Lui, opère 
d'abord ; ensuite, il paye les remèdes de sa maigre 
bourse nuis... si le client est trop pauvre, il passe un 
trait de plume sur le compte en se jurant qu'on ne l'y 
reprendra plus. 

Et on l'y reprend toujours. 

Voici la peinture <jue nous fait James Whitcomb 
Riley de son léaendaire Doc. Sifers : 

'Cept^Keepin's books. He never set dovvn no accounts.— He heutes, 
Tho worst otf ail, collective debts— the worst the more ho waits.— 
l've knowed him, when at la^t he had to dun a m|an to ena 
By makm' him a loan— end mad he had n't mjore to 'lend. 

When Pence's Dru^ Store ust to Ijc in fuU blast, they wuz some. 
DoC's patients got things frekanll.v there, charged ta him, I gaim! — 
Doc nra a HU there, don't you k'now, and allus when he squared, 
He never ciueationed nothin',— so he had his foelin's spared. 

Novr sich as thao, I hold and claim, haîin't acusajjle— it's not 
PerfeesionnaU— ifs jca a shame' at Doc hisse'f haint gat 
No better businoss-sense! that's why Iota 'd respect him more 
And not give him the clcan gjo by fer ather doctors. Shorel 

Et voilà ce que nous dit Drummond du Vieux Doc- 
teur Fiset de Saint-Anicot, et de son cheval "Fau- 
bourg". 

Ole Docteur Fiset of Saint-Anicet, 
S«prc tonnerre! lie was leev long tan-i! 



I 'm sure lia 's got ninety yoar or so. 
Beat ail on|de Parish 'cept Pierre Courtcau, 
An' day aiffer day be work ail de saiii'. 

Dat liousie on de hill, you can see it still, 
She's Sam' place he buil' de firs' tam' he corne, 
Behin' it dere 's ^one leetle small jardin, 
Got plaintee die bes' tajbac canayen, 
Wit' fameuise aTulc an' beeg bleue plun-i. 

• 
An' dey're ail right dere, for dj small boy's scare. 
No matter de apple look nice an' red, 
For de small boy know if he's stealin' some 
Den Docteur Fiset en datk night he come. 
An' eut leetle feller rigbt off liées hcad! 

But w'en day was rap, an' tak' off de cap, 

M'sieu' le Docteur he will say "Entrez", 

Den ail de boy pass on jardin behin' 

W'ere dey eat mos' ev'ryt'ing good dey fin', 

Till dey can't go on school nearly two, t'ree day. 

But Docteur Fiset, net moche fonnc he get, 
Drivin' ail over de whole contrée, 
If de road sihe's bad, if de road She's good, 
W'en ev'ryt'ing's drown on de Sl>ring-tam flood. 
An' workin' for not'ing half tam' meUbe! 

Let her rain or smow, ail he want to knicw, 
Is jus' if amywan's feelin' sick, 
For Docteur Fiset'iï de old fashion kiin' 
Doin' giood was de only t'ing on hees min' 
So he got no use for de politique. 

An' he's careful too, 'ces firs' t'ing he do, 
For fear dere was danger some fever case, 
Is ta!k' w'en he's come leetle w'isky chaud, 
Den 'noder wan too jus' before he go, 
He-s se scare carry fever aroun' de place! 

On nice summcr day w'en we're matkin' hay, 
Dere 's not'ing more pleasant for us l'ni sure. 
Dan see de oie man come joggin' along, 
Alway singin' some leetle song. 
An' hear heem .say: "Tiens, mes amis, bonjour!" 

An' -w'en de cole rain was commence again 

An' we're sitin' at home on some warm cornerre. 

If wehear de buggy an' see de light 

Tearin' aJang t'roo de black, black night, 

We know right off dat's de oie Docteur ! 

An' he 's simjart horse siure, w'at he call "Faubourg", 
Ev'ry place on de Parish he know dem ail. 
An' you ought tio .see de nioe way he go 
For fear he 's upsettin' upon de smow, 
W'en oie nuan's aslcep on de cariole! 

I 'memiber w'en poor Horn-iidas Couture, 
Get sick on hees place twenty mile away 
An' hees boy Ovide he was come "Raquette", 
W-'at ycu call "Snowshoe", for Docteur Fiset, 
An' Docteur he start wit' hees horse an' sleigh. 

Ail de night tefore, de beeg stonn she roar, 
An' niK)s' of de day it's de sair.' al.so. 
De drif was pilin' up ten feet higli, 
. You cam't see not'ing dis side de .sky, 
Not'ing but wan avalanche of .snow. 



300 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



l nx beam» de licll w en 1 go on de vnsU 
For wnter à» caille on barn clooe by, 
Bot I OBly ketch aisht oC hees cheval blunc 
An* haes coonakin coat wit' de capuchon 
A»' de atonn tak' heem oU, jus" do sam' he fly. 

Mw' ba le B(» Dien dat is help him t'ioo, 
Ole Docteur Fiset an" hees horae "Faubourg", 
•Twas aootal'ing for splain-nie, wall I don't care, 
Bat HMndKan or 'nodcr he's getttn' dere, 
An' «ave àé life Honnidaa Couture. 

*""" But «t -a aam' alway. lak' dat ev'ry day, 

He aever waaapare hese'f pour nous antres, 
tl« doa't mak' moche nronee. Docteur Fiset, 
An otfen de only t'ing he was get 
la da praycr o( pocr man, an' wan bag o( oat. 

Wrill Docteur Fiset of Saint Anicet, 

He ia aot dead yet! an' I 'm purty sure, 

U yon're passin' dat place about ten yeadr roore 

Yen will aee heem go roun' lak' he go belore, 

WH* dk oie cariole an' hees horse -'Faubourg"! 

DrummoDd aimait les enfants. 11 les a peints sou- 
vent avec bonheur. Non pas les enfants sopliistiques 
des riches, mais les joyeux galopins de la campagne, 
les bons petits drôles, tout barbouillés, qui courent 
nu-pieds dans la poussière du chemin, et poussent vi-- 
goureux et sains comme la fleur des champs. 

Et comme si l'aube et le couchant de la vie se mê- 
laient pour lui dans la même inspiration, il les a 
presque toujours associés à des vieillards, les bons 
gnmds-pères. 

De cette association de l'avenir qui croit et du pas- 
sé qui peu à peu s'efface, il a tiré quelques-uns de ses 
meilleurs poèmes. 

Yon bad Icetlc boy, not moche you care 

How bnsy you're kipin' your poor gran'père, 

Tryin" to stop you ev'ry day, 

Chasin' de hen aroun' de hay— 

W'y don't yon geev' dem a chance to lay? 

Leetle Batcesel 

Oif on de liel' yon ibller de plougfa 
Dca w'en yon're tire you scare de cow, 
Sickin' de dog till dey jomp de wall 
So da aitt aan't good for not'ing at ail — 
mm' yon're anly five an' a half dis foU, 

Ijectle Batcesel 

Too sleepy (or sayis' de piaryer to-nigfat? 
Mavcr b:mi' I s'pcMe it '11 be ail right, 
Say dctn to-mortow — ahl dere he gol 
Fas' aaleep in a minute or so — 
Aa' ba 'Il May Uk dat till de rooster ccow, 

Leetle Batcesel 

Dem wltta us up righ away tonte snite 
Loolân' ior aomet'ing more to eat, 
Makin' me t'iA ol dem long leg ocane 
Socm «s dey swaller, dey start again, 
i woMder ycnr atomacb don't get no pain, 

liCctle Batcesel 

B«t aee heem now Ijrîn' dere in bcd, 
hodk at de ann ondemeat' hccs head ; 
If ht grow Mk dat till be's twenty year 
I liet he 'Il Iw strcw|<er dan Iaiuïs Cyr, 



Au' boivt ail de 



voyagniurs locvin' hère, 

Loetle Batcesel 



Jus' foel de muscle along hees l>a(ck, 
Won't beeV heciii n-.oche bodder foir carry pacik 
On de long portage, affly size canoë, 
Dere 's not inany t'ing dat boy won't do 
For he 's got double-joint on hees body too, 

Iveetle Batcesel 

But leetle Bateesc! pleasc don't forget 
We rader you're stayin' de sniall boy yet, 
So cbase de chicken an' mak' de«n, scare 
An' do w'at you lak wit' yo,ur oie gran'père. 
For w'en you're beeg feller he won't be dere — 

Leetle Bateese! 

Le personnage le plus important de la paroisse ca- 
nadienne est le curé; il est souvent à la fois, le pas- 
teur des âmes, l'arbitre des différends temporels, l'a- 
viseur légal ( comme l'on dit ici ) , et même, le méde- 
cin et le Président du cercle agricole. 

Son dévouement est à la hauteur de la tâche, et, 
la plupart du temps, il remplit ses multiples fonc- 
tions à la satisfaction générale. 

Drummond ne pouvait donc l'oublier:, 

LE CURE DE CALUMET 

Dere's no 'Voyageur oia de reever never ronne hees oano'e d'eoorco 
ï'roo de roar an' de ruah of de rapide «l'ère It jomp lab al beeg w'ite 

[borse, 
Dere's no hunter man on de prairie never wear w'at you oall ralcqiuetjto 
Can beat leetle Fader O'Hara, le Curé de Calumette. 

Hees fader is fuU-blooded Irish, an' hees moder is pure Ca^iayenne, 
Not often dat stocki go togedder, but she's fine comibioation, m» frien'. 
For de Irish he's fuU of do devil.an' de French dey got savoir faire, 
Dat's mak' it de very good balance, an' taJt' you mos' ev'ry w'ere. 

But dere's wan t'ing de Cune wwn't stan' it ; malk fonne on de Irlandais, 
An' of ooOrse on de French vne say not'ing, cas de parish she's ail 

[ Canayenne 
Den you see on occount of de moder, he can't spik hesef very muche, 
So de oie jo^ke she's ail out ot fashion, an' wan of dem t'ing we don't 

[touch. 

WeUI waa o( daJt kin' is de Cure, but w'en be t« oomin' our pla£e 
De peep' an de paj-ish ail w'isper, "How ydung he was look oa heeS face, 
Too bad if de wedder she keel heem de firse tam he got leetle wet 
An' de bishop mlgbt sen' besger Curé, for it's purty tough place, 

[ Oalumette." 

Ha! ha! how I wlsh I was dere, me, ^'en be go on de mission oall 

On de shaintee camp way «p de reever, drivin' Lecs own oariole. 

An' he meet blaggax' feller Ijeen drinkln' jus' enough mak' heem) nclc 

[lak «ou, 
Joe Vadeboncœur, dey was call beem, an' he's purty beeg feller, too! 

Hebbe Joe he don't IknofV; it's de Cure, so be's hollerin' "Get out de way. 
Il you don't geev me whole of de roads de, sapree ! ycfu go otfl on de 

[Bleigh," 
But de Curé he never eay not'ing, jus' poule on de lido leetle Wt, 
An' svfcn Joe try for kip heem bis promise, hees noise it ^t badly bit. 

Uaudit! he waa strong leetle Cur6 an' he go for Jo-seph on masse 
An' w'en he is mak' it de finish, poor Joe isn't feel it firse clase, 
So nex' tam- de Cure hees (çoin' for visit do shaintee encore 
Of course he mak' beegcs' mission nevec see on dat place before. 

An' he kiioiw more, l'mi sure, 'lan de lawyer, an' dere's many poor 

[habitant 
la Klad for aee Fader O'Bara, aa' as w'at he t'ink oI de laitr 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



301 



Won dey get le«tlo troub wit' eaoh oder, an' don't Vbow, do bea' 

[t'ing to do. 
Dat'a makin' dem save plaintee m'onee, an' molk' de good nelghbor, too. 

But w'en we fine oui how he paddle till canoë sho was nearly tly, 
An' travel raccjitette on do winter, w'en snow-dreef is pilin' up high, 
For visit some poor znaji or woman dat'a \va tin' de message orf peaoe. 
An* get dem prépare for de journey, we're proud on de leotle pries' I 

O, many dark night w'en de ohil'ren is put away safe on d« bed. 
An' miesef an' ma femme mobhe sit-tin' an' watchin' de smeill curly hoad, 
We hear somet'ing else dan de roar of de tonder, d« win' an' de rain, 
So w're bote passin' out on de doorway an' lissen an' lissem agaln. 

An' it's lonesomfi for see beeg cloud sn-eepin' across de sky. 

An' lonesomc for hear de win' cryin' Iak' somebody's gdin to die. 

But de soun' away dowîi de Valley, creepin' aroum' de hill, 

Ail de tam gettin' doser, dat'a de soun' mak de heart stan' still. 

It's de bell of de leetle Curé, de miusic of deat' we hear, 
Along de black road ringin' , an' soon it was comin' near, 
Wan minute de faCe oï de Curé we see by de lantern Ug)ht 
An' he's gone from us jus' like a shadder into de stormy nlght. 



An' de buggly rush ûonm de hlllside »n' over de bridge below, 
W'ero croek ronne oo high dn de sprlng-tam,, w'en mjountain t'row 

[off de anow. 
An' so long as we hegr heem goin' we kneel on de floolr an' pray 
Dat God will look after de Curé, an' de poor soûl dat's pasein' away- 

I dunno if he need our pray er, but we g«ev it heem jus' de sam' . 
For w'en a man's doin' hees duty Iak de Cure doi ail de tam, 
Never mdn' ail de t'ing may happen, no matter he's riche or poor. 
Le Bon Dieu was up on diebeaven will lo'ok out for dat man, l'm sure. 

l'm only poor habitant farmer, an' mebbe know nothin' at ail. 
But dere's waln t'ing l'm always wishin' an' dat's w'en I got die CaU 
For travel de far-away journey, ev'ry man on de worl' m'us' go, 
He'U be wit' me de leetle Curé 'fore l'm leffen' dis place below. 

For I know l'U be teel more easy if he's sittin' dere by de bed, 
An' he'U geev me de good-bye message an' place hees han' cm my heaxl, 
Den l'U hol', if he'U only let me, dat han' tUl de las' las' bneat'. 
An' bless leetle FaJder O'Hara, de Curé de Oalumette. 

( A suivre ) 

Pierre Lorraine 



mon anti meurtrier 



(Les petits chefs-d'œuvre) 
I 

IL fut un temps où j'étais employé 
dans un ministère. 

Tous les jours, de dix à quatre 
heures, je devenais le prisonnier vo- 
lontaire d'uni triste bureau tapissé 
de cartons jaunis, où régnait tou- 
jours une écœurante odeur de vieux 
papiers. Là, je déjeunais de fromage 
d'Italie et de pommes que je faisais 
cuire à la bouche du poêle, je lisais 
le journal jusqu'aux annonces, je ri- 
mais des vers ignorés, et j'expédiais 
même les affaires de l'Etat, afin de 
toucher, à la fin du mois, une som- 
me, qui me permettait strictement de 
ne pas mourir de faim. 

Or, c'est d'un des compagnons de 
captivité que j'eus à cette époque 
que je me souviens aujourd'hui. 

Il s'appelait Achille Meurtrier, et, 
certîiinement, par son aspect terrible 
et sa haute taille, il était à peu près 
digne de ce nom. C'était un grand 
diable de garçon, d'une quarantaine 
d'années, sans trop de pqjtrail ni 
d'épaules, mais qui s'habillait, pour 
s'étoffer, de feutres à larges bords, de 
jaquettes amples et courtes, de vas- 
tes paJifalons à carreaux et de crava- 



tes sang-de-bœuf sous un col à la 
Colin. Il portait toute sa fbarbe, 
ses cheveux en brosse, déjà gris aux 
tempes, et il était très fier d'avoir 
du poil sur les mains. 

L'unique prétention de Meurtrier — 
d'ailleurs le plus doux et le meilleur 
des camarades — était de jouir d'une 
constitution athlétique, de posséder 
les biceps d'un discobole et, comme 
il le disait lui-même, de ne pas con- 
naître sa force. Il ne faisait pas un 
geste, même dans l'exercice de sa pai- 
sible profession, qui n'eût pour objet 
de convaincre les spectateurs de sa 
prodigieuse vigueur. Quand il devait 
prendre dans le casier un carton à 
peu près vide, il s'avançait vers le 
rayon avec la démarche lourde et 
ramassée d'un porte-faix, saisissait 
solidement le carton d'une main cris- 
pée et le portait, à bras tendu, jus- 
qu'à la table voisine, avec une tor- 
sion d'épaules et un froncement de 
sourcils dignes de Milon le Crotonia- 
te. Il poussait même si loin cette 
manie qu'il ne déployait pas moins 
d'efforts apparents pour soulever les 
objets les plus légers, et un jour qu'il 
tenait de la main droite la corbeille 
aux vieux papiers, je le vis étendre 
horizontalement son bras gauche, 
comme pour faire contrepoids à ce 
fardeau épô.uvantable. 

Je dois dire que oet être robuste 
m'inspirait un profond respect : car 
j'étais alors, encore plus qu'aujour- 



d'hui, languissant et maladif, et, par 
conséquent, très enthousiaste de cette 
énergie physique qui me faisait dé- 
faut. 

Les conversations de Meurtrier n'é- 
taient pas de nature à diminuer l'ad-- 
miration qu'il m'inspirait. 

L'été surtout, le lundi piatin, — 
quand nous nous retrouvions au bu- 
reau après le congé dominical, il 
ne tarissait pas en récits d'actiona 
violentes et de coups de force. Après 
avoir ôté son feutre, son habit et son 
gilet, et s'être essuyé le front du re- 
vers de sa manche de chemioe, — pour 
affirmer son tempérament sanguin 
etv congestionné, ^ il plongeait pro- 
fondément ses mains dans les poches 
de son pantalon, et debout près de 
moi, dans une attitude superbe d'a- 
plomb et de solidité, il commençait 
un monologue dans le goût de celui- 
ci : 

— Quel dimanche! mon cher. Il n'y 
a vraiment pas de fatigue qui puisse 
me mettre à la côte. Songez donc 
c'était hier la régate à Joinville-le- 
Pont... A six heures du matin, ren- 
dez-vous à Bercy, aux "Marron- 
niers"', pour toute l'équipe du "Mar- 
souin"... Et déjà un soleil !... On 
prend le vin blanc, o.n se colle en tri- 
cot rayé et en pantalon de coutil, on 
empoigne l'aviron et, hardi! une... 
deux... une... deux... jusqu'à Joinvil- 
le... Là, une pleine ea.u avant de dé- 
jeuner, n'est-ce paa ?. [Vite «i ca- 



302 LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

leçon un saut par^kesus bord, simple amateui-, et Dubois, l'HonMne- vide, revenant â son point do dé- 

et g»» la bombe ! Moi, quand jai Canon, en personne, - des chasses part, au irai de ses chevaux îati- 

liré ma coupe, j ai tout de suite un aux rats, près des boualiea dégoûts, gués. 

appétit d'enfer! Bon, j'attrape lo La- avec des terriers féroces oommo des Tout en butant parfois sur le pavé, 
teau d'une main et je dis au bar- tigres, — des rencontres sanglantes, _ car alors le trottoir d'asphalte 
r^.ur : '—Charpentier, paaae-moi le la nuit, dans les quaitiers décriés, était un luxe ignoré dans ces para- 
lunbonneau..." Un temps, trois mou- avec des mauvais gars et des "n^an- g^g, _ je descendais la rue en goû- 
venenta, je décrotte !... " — Char- geurs de nez", — étaient les plus insi- tant toutes les petites et douces joiesh 
pentkr. paaae-moi le bidon d'eau-de- gnifiants éiMsodes de sa vio nocturne, du flâneur. Tantôt je m'arrêtais de- 
\-ie." Deux gorgées, et je le sèche !... Encoie n'oaé-je pas rappeler d'autres vant un terrain vague, reigardant à 
Kt encore quelques brassées pour la prouesses, d'un caractère plus inti- travers les mauvaises planches de 
jigQBtion... me, devant lesquelles — comme on di- l'enclos, s'éteindre dans un ciel ver- 
La description continuait ainsi, sait autrefois en style noble— la plu- dâtre les suprêmes rougeurs du cou- 
éblouissanke, homérique. me la moins timorée reculerait d'hoj- chant derrière la silho.uette noire des 
C'était l'heure de la régate. Il reur, tuyaux de fabrique ; tantôt, par un 
était midi, le soleil tombait à pic Si pénible que soit l'aveu d'un «oui coup d'œil jeté à la fenêtre ou- 
Les canota s'alignaient sur la rivière mauvais sentiment, je dois convenir verte d'un rez-de-chaussée, je surpre- 
pétillaat d'étincelles, en face de la que mon admiration poiu: Meurtrier nais quelque scène d'intérieur, pitio- 
tente pavoisée de joyeuses bandero- n'était pas exempte de regret et d'à- resque et familière: — « ici, une belle 
les. On voyait, sur la berge, le maire mertume. Peut-être même s'y, mêlait- gaillarde de blanchisseuse appro- 
uvée son écfaarpe, la gendarmerie en il un peu d'envie, mais jamais le ré- chant de sa joue son fer à repasser ; 
Luffleteries jaunes, et un fourmille- cit de ses plus merveilleux exploits — là, des ouvriers attablés et fumant 
ment de toilettes d'été, d'ombrelles n'avait éveillé en moi le moindre dans la salle basse d'un cabaret, 
ouvertes et de chapeaux de paille, soupçon d'incrédulité, et Achille tandis que, debout devant eux, un 
Poumm ! on tirait le pétard du si- Meurtrier avait tout doucement pris vieux bohème aux longs cheveux gris 
gnal. Le "Marsouin" filait comme place parmi les héros et les demi- faisait vibrer dans sa chanson le 
une périssoire, arrivait bon premier dieux, entre Roland et Pirithoiis. mot: "Liberté!" et s'accompagnait 
et gagnait r"ojDJet d'art". Et pas sur une guitare couleur bouillon 
fatigués. On achevait ^ le tour de II gras. Des Chardin, des Van Ostade. 
Marne et l'on revenait diner à Cré- t^„+ a „„„„ ,-„ ^'„..„a+„; 
wû. Qu'U faisait frais à la nuit tom- A cette époque, , j'étais déjà un i.°"* ^ T'J, • f- 
, , ^ \TV^ . 11 X 1 j 1. XX j 1 r X •' , Un de ces tableaux mtimes, sou- 
bée sous 1 obscure tonnelle const«l- grand batteur de banlieue et j occu- ^^.^ ^^^.^ vivement sé- 

lee de pipes allumées, ou les papillon^ pais 1 oisivete de mes soirées d ete ^^j^ ^^^ ^^^^^.^ d'observateur par 

nocturnes venaient se brûler a la par des promenades solitaires dans ^^ bonhomie bourgeoise et charman- 

Oamme de l'omelette au kirsch ! A ces régions lointaines, aussi loioon- ^ 

la fin du dessert, servi dans des as- nues aux Parisiens du Boulevard que ^Ile avait l'air si heureux et si 
siottes à sujeta, on ent^dait im ap- le pays des Caraïbes, et dont je de- ^^^^^^ ^^^^ ^^^ ^^^ ^^j^^ ^^^^ 
pd de piston venant du bal WdUs. vais essayer, plus tard de dire en ^^^^ ^^^^^^ ^j^iU^ j^^^ ^^ ^^^^ ^^.. 
Kn place pour la oontcedanse! Mais vers le charme mélancolique. ^^ ^^ ^^ ^^^^^^ ^^ ^^^^^^ plongée au 
.l.jà une équipe nvale, vaincue le Un sour de juillet, chaud et pou- f^^d de sa bergère de velours d'U- 
inatin même, avait accaparé les plus dreux, : l'heure où les premiers becs ^^.^y^^ verdâtre et abandonnant pai- 
jolies blanchiaseuBes. Bataille» et c'é- de gaz éclatent dans les brumes du siblement ses mains jointes sur ses 
tait des dents cassées, des yeux po.- crépuscule, je revenais à pas lente du genoux. Tout, autour d'elle, était 
cbés, des crocs-en-jambe et des coups fond de Vaugirard, par une de ces ancien et modeste, et devait avoir 
li" této dans l'estom&c, enfin tout un longues et tristes rues de faubourg été conservé moins par sage écono- 
f'<*;nie d'enthousiasme physique, do que bordent des maisons d'inégale mie que par religion des souvenirs, 
;iag«U8eet de santé débordan- hauteur, dont les portiers et les por- depuis le temps de sa lune de miel 
parier du retour, à minuit, tières, en bras de chemise et en ca- ^vec le monsieur au teint coloré, en 
liâtes encojnUbées, avec les mteole, sont assis sur le seuil et s'i- habit à la Gœthe et en gilet à 
.n hisse sor les wagons, maginent prendre le frais. Presque f^^""^^' ^® ^"^ ^^ P^^^^ °v^l« ornait 
-.-. ...parés qui s'appellent d'un aucun passant, sinon, de distance en î^ muraille. Les deux flambeaux ai- 
bout du train à l'autre, et les son- di.stance, un maçon blanc de plâtre, l^^^f? sur la cheminée permettaient 
-x-.,n. de trompe sur limpériale. un sergent de ville, un enfant por- ^^ ^istmguer chacun des détails su- 
Ft Im anirÀMi Aa mr,„ ^«r^nno«f /.o 1 X • J - 1- 1 rannes du mobilier, depvus la pen- 
maiÏÎZirDrLi^^lS: "" r" ' ^"^^r^/^^^-^^ P'»« dule que surmontait une pêche arti- 

o^!- d^Z^ ÎLTr T^ ^°f ''"' ''"' "" ""^ ^'""'"^ ï''"*'"'^' fi^'i^l'e en '^^'•bre peint, jusqu'au 

qoc« d.manches^ lutt^ à maw ^ bonnet et en waterproof, le sac pîano droit, de forme abôUe sur le- 

' , r!™'!!!!?' ***'^ "^^ ^ *'"*'■ «"»• •« ^ra^. Et puis, tous les quel jadis, jeune femme m manches 

rougas IMHS dfls ttmàm, màm hii, quarto dlMsure, l'4MQmbu8 à moitié h, gigot et ooif£ée à la grecque, die 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



303 



a\ait joué sans cloute les airs de Ro- 
magnesi. 

Bien certainement, une pauvre en- 
fant unique et bien-aimée, restée dans 
le célibat par tendresse filiale, veil- 
lait pieusement sur les dernières an- 
nées de la veuve. C'était elle — j'en 
étais sûr — qui avait si douillette- 
ment installé là sa bonne mère, qui 
lui avait mis ce coussin sous les 
pieds, qui avait approché d'elle ce 
petit guéridon en marqueterie et qui 
y avait posé ce plateau et ces deux 
tasses ; et je m'attendais déjà à voir 
entrer, apportant le café du soir, la 
douce et calme fille qui devait être 
vêtue de deuil comme la vieille dame 
et lui ressembler beaucoup. 

Absorbé par la contemplation d'u- 
ne scène aussi sympathique et par le 
plaisir d'imaginer cet humble poème, 
je restais donc immobile à quelques 
pas de la fenêtre ouverte, certain de 
n'être pas remarqué dans la rue dé- 
jà obscure, lorsque je vis s'ouvrir 




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trois pharmacies vous assurent leur bonne 
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une porte au fond du salon démodé 
et apparaître brusquement — oh ! 
qu'il était loin de ma pensée alors! 

— mon camarade Meurtrier lui-même, 
le formidable héros des joutes sur la 
rivière et des luttes foraines. 

Un doute rapide me traversa l'es- 
prit. Je sentis que j'étais sur le 
point de découvrir un mystère. 

C'était bien lui! Sa terrible main 
velue tenait une mignonne calfietière 
d'argent, et il était accompagné d'un 
caniche qui embarrassait sa marche, 

— un lii-ave et classique caniche, le 
caniche de tous les aveugles à clari- 
nette, le caniche du ''Convoi du Pau- 
vre", de Vigneron, le caniche tondu 
en lion, avec des manchettes de poil 
aux quatre pattes et de copieuses 
moustaches blanches, comme un gé- 
néral du Gymnase. 

— Maman, dit le géant d'une voix 
ineffablement douce, voici le café. Je 
crois que tu le trouveras bon, ce soir. 
L'eau était bouillante, et je lai ver- 
sée goutte à goutte. 

— Merci, répondit la vieille dame, 
en roulant sa bergère A^ers le guéri- 
don avec un empressement sénile, 
merci, mon petit Achille. Feu ton 
cher père disait souvent que je n'a- 
vais pas ma rivale pour passer le 
café... Il était si indulgent et si bon, 
le pauvre homme!... Mais je com- 
mence à croire que tu t'en acquittes 
encore mieux que moi... 

En ce moment, et tandis que Meur- 
trier versait la liqueur chaude avec 
le geste délicat d'une demoiselle à 
marier, le caniche, excité sans doute 
par le sucrier découvert, posa ses 
deux pattes de devant sur les ge- 
noux de sa maîtresse. 

— A bas ! Médor, s'écria-t-elle avec 
une indignation pleine de bienveil- 
lance. A-t-on jamais vu un animal 
aussi inconvenant?... Voyons, mon- 
sieur, vous savez fort bien que votre 
maître n'oublie jamais de vous don- 
ner le fond de sa tasse... Tenez-vous 
tranquille un instant, si c'est possi- 
ble... A propos, reprit la veuve en 
s'adressant à son fils, tu as fait sor- 
tir cette pauvre bête, n'est-ce pas! 

— Bien sûr, maman, répondit-il 
avec un son de voix presque enfan- 
tin. Je viens d'aller à la crémerie 
chercher ton lait pour demain ma- 
tin. J'ai mis à Médor sa laisse et 
son collier, et je l'ai emmené avec 
moi. 



— Et a-t-il bien fait toutes ses pe- 
tites affaires ?. 

— Sois sans crainte. H n'a plus be- 
soin de rien. 

Et, rassuré sur ce point impor- 
tant d'hygiène canine, la bonne dame 
dégusta voluptueusement son café, 
entre son fils et son chien, qui la re- 
gardaient tous deux avec un atten- 
drissement inexprimable. 

Assurément, il était superflu d'en 
voir et d'en entendre davantage, et 
j'avais déjà deviné quelle vie de fa- 
mille paisible, étroite, pure et rési- 
gnée, mon camarade Meurtrier disai- 
mvdait sous ces gasconnades chiméri- 
ques. Mais le spectacle que me four- 
nissait le hasard était si comique et 
si touchant à la fois, que je ne résistai 
pas au plaisir d'en jouir encore quel- 
ques minutes, et cette indiscrétion 
me suffit pour apprendre toute la vé- 
rité. 

Oui, ce type de viveur vulgaire, qui 
semblait échappé d'un roman de 
Paul de Kock, ce tireur de sava^e, ce 
despote d'estaminet et de guinguette, 
accomplissait simplement, courageu- 
sement, dans ce pauvre intérieur de 
banlieue, les sublimes devoirs d'une 
fœur de charité. Oe canotier intré- 
pide n'avait guerre fait de plus longs 
voyages que de conduire sa mère à 
la messe et aux vêpres, tous les di- 
manches. Ce professetir de billard ne 
savait jouer qu'au bésique. Ce dres- 
seur de bouledogues subissait l'escla- 
vage d'un caniche. Ce "Mauvais-Phi- 
libert" était une Antigone. 

m 

Le lendemain matin, en arrivant 
au bureau, je demandai à mon ca- 
marade l'emploi de sa soirée de la 
veille, et il m'improvisa aussitôt, 
sans la moindre hésitation, une his- 
toire de rencontre sinistre, à. deux 
heures du matin, sur le boulevard 
d'Enfer, où il avait assommé d'un 
seul coup de poing, avec son pouoe 
passe dans l'anneau de sa clef, un 
épouvantable rôdeur de barrières. 

Je l'écoutai en souriant presque 
ironiquement et je songeai à le con- 
fondre ; mais — me souvenant enfin 
combien est respectable une vertu qui 
se cache, même sous un ridicule, je 
lui frappai amicalement l'épaule et je 
lui dis, avec conviction ; 

— Meurtrier, vous êtes un héros Jj 

François Ccpfée. 



LE JOURNAL T)E FRANÇOISE 



«.*♦, 



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Pour le recrutement des Abonnés 



i 



En vue d'importanta changements proposés au 
"Journal de Françoise", nous avons décidé 
d'organiser un concours ouvert à tous. 

Le "Journal de Françoise" n'a reculé devant 
aucun sacrifice'; et, comme on le pourra constater 
par la liste des prix, ce concours est le plus re- 
marquable qu'aucime revue au monde n'ait enco- 
re organisé. 

Notre seul but étant d'augmenter la circula- 
tion du journal, nous avqns renoncé aux bénéfi- 
ces immédiats que retirent d'ordinaire les organi- 
aaieure de tels concours, ce qui nous permet d'of- 
frir des primes dune valeur considérable et d'un 
nombre illimité. 

Ur PRIX, ( décerné à toutes les personmes qui 
recruteront 250 nouveaux abonnements an- 
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ordre pour messieurs et dans une excellente pen- 
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qui recruteront 150 nouveaux abonnements an- 
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risiennes, et comprenant: 

' 1 Doosftine mouchoirg blants, toile de Cliolet pur fil : 

1 DoOMine moDchoira blancs, batiste par fil, ourleUi à jours 
initiale brodée; 

3 Cbeœiaee ioar sbirtÎDg, feston main ; 

SCbemiaee joar ahirtinir, broderie mécaniqa<« ; 

8 Cbemiaee jour nuiaovlc, forme béb^*-, dentelle fil j 

3 CbemiMB ionr naneook, broderie main ; 

3 O bw lm jour nsnaook, petite plis et dentelle fil ; 

3 OtiwiiiSM )ottr naneook, dentelle et ronds incrustt-H ; 

3 Chemieee joor nanaoali, incmstation bro lerie ei imita- 
tion Valendennes ; 

1 ClMiBiae pour b*l, épsoletto mb«n : 



3 Pantoions naneouk, forme droite, dentelle fil ; 

3 Pantalons shirting, foruie droite, broderie main ; 

3 Pantalons nansouk, dentelle et ronds incrustes ; 

3 Pantalons nansouk, incrustation broderie et imitation 

Valenciennes ; • • ■ ir i ■ 

2 Cache-corsets nansouk, garnis imitation Valenciennes ; 

2 Caclie-corsets shirting, garnis imitation Valenciennes ; 

2 Cache-corsets, garnis broderie main. 

2 Chemises de nnit shirting feston ; , . . . 

2 Chemises de nuit nansouk, col et broderie mécanique ; 

1 Chemise de nuit nansouk, décolleté carré, dentelle ni ; 

1 Petit jupon shirting avec feston. 

1 Jupon costume, avec volant garni dentelle. 

1 Jupon costume, volant et entre-deux dentelle. 

12 Paires de Bas coton noir grand teint. 

6 Paires Bas fil noir, mailles 1-2 fines. 

6 Paires Bas fil, bottes jours. 

1 Paire de Bas fil blanc. 

1 Corset batiste brochée. 

1 Corset coutil soie, broché. 

Ce trousseau est estimé à une valeur d'au 
moins mille francs. 

3ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront, 75 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

UN PHONOGRAPHE PATHÉ 

L'appareil comprend : 

Une boîte vernie système à charnières ; 

Un bras acoustique ; 

Un grand pavillon fleur recourbé ; 

Un reproducteur à saphir inusable pour dis- 
ques Pathé. 

Ce phonographe fonctionne sans aiguille-, so 
remonte en marche et peut jouer indifféremment 
des disques de toutes dimensions. 

Le bras acoustique améliore les sons . et les 
rend plus moelleux et plus agréables à l'oreille 
sans en diminuer l'intensité ; il permet en outre 
de diriger l'ouverture du pavillon dans toutes les 
directions sans déplacer l'appareil. 

De plus: une douzaine de disques qu'on pour- 
ra choisir dans le répertoire Pathé, au bureau du 
"Journal de Françoise", seront donnés à tous 
les gagnants du 3ième prix. 

4ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 50 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

MONTRE POUR MONSIEUR 
boîtier en or massif ( garanti à 14 carats ) , sans 
couvercle, mouvement de 17 pierres (rubis); spi- 
rale Bréguet ; régulateur breveté, ajusté. 

OU BIEN : 
Montre de Dame, boîtier en or massif ( garanti à 
14 carats ) , avec couvercle enrichi d'une étoile et 



LE JOURNAL DE FEANÇOISE 



305 



* 

* 



* 
* 



d'un croissant de diamants. Mêmes spirales et 
régulateurs que plus haut. 

Chacune de ces montres a une valeur de 
$60.00. On pourra les voir dans la vitrine de la 
maison N. Beaudry &' Fils, 287, rue Sainte-Ca- 
therine-Est. 

5ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 35 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

Un magnifique pupitre avec combinaison de 
bibliothèque. Ce meuble superbe est en chêne 
( Early English ) du plus beau grain. Les vitres 
de la petite bibliothèque sont en verres coloriés 
enchâssés dans le plomb. Le tout forme un meu- 
ble de luxe très désirable. 

6ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 20 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

Un Bracelet en or massif ( garanti à 14 ca- 
rats ), orné d'une rivière de perles. 

OU BIEN : 
Un autre bracelet en or massif ( garanti à 14 ca- 
rats), avec fermoir d'un dessin miodern style, in- 
crusté de perles. 

Ces bracelets sont évalués chacun à $25.00. Ex- 
po.sés dans la vitrine de la maison N. Beaudry 
&i Fils, 287, rue Sainte-Catherine-Est. 

OU BIEN : 
Une magnifique canne en ébène véritable, avec 
massive poignée en or, ( garanti à 14 carats ) , 
artistiquement gravée. 

Cette canne, estimée à $25.00, est exposée dans 
la vitrine de l'établissement T. Théo. Valiquette, 
259 rue Sainte-Catherine Est. 

7ième PRIX, (à toutes les personnes qui re- 
cruteront 10 nouveaux abonnés annuels ) : 

Un réticule en peau de crocodile, avec initiale 
en argent massif. 



8ième PRIX, (à toutes les personnes qui recru- 
teront 5 nouveaux abonnés annuels ) : 

Une broche en vieil argent 

Une épingle de cravate, OU BIEN 

Une pendule de fantaisie, 

Un chapelet en nacre de perle monté en argent. 

N. B. — Tous les prix de notre concours sont 
garantis par les maisons qui les fournissent. 

CE CONCOURS OUVERT DEPUIS LE 
7 DECEMBRE, NE SE TERMINERA QUE LE 
1er MAI 1908. 

Tous ceux qui prendront part au concours au- 
ront donc tout le temps voulu pour travailler 
au recrutement des abonnés. 

Afin d'éviter tout retard dans le service du 
journal aux nouveaux abonnés, ceux qui se char- 
geront de les recueillir voudront bien faire parve- 
nir au "Jo.umal de Françoise", ces noms, au fur 
et à mesure qu'ils les prendront. Ils sont priés d'y 
joindre la date à laquelle les abonnements de- 
vro.nt commencer. 

Chaque personne aura sa liste spéciale où se- 
ront i^nscrits les noms des abonnés qu'elle no.us 
aura fournis. 

A la fermeture du concours, nous publierons, 
aussitôt que possible, la liste des heureux ga- 
gnants. Sur réception des noms et de l'argent, un 
reçu, où sera inscrit le nombre des abonnés, sera 
envoyé. 

Les gagnants recevront immédiatement leurs 
prix sur réception du total de leurs abonnements. 

Le nombre de chacun des prix est illimité: 
Ainsi, toute personne qui rapportera 250, 150,* 75, 
50, 35, 20, 10 et 5 abonnements nouveaux, aura 
droit à un 1er, 2ième, 3ième, 4ième, 5ième, 
6ième, 7ième, ou 8ième prix. 

Le prix de l'abonnement annuel est de $2.00. 

LE JOURNAL DE FRANÇOISE, 

80, rue Saint-Gabriel, Montréal. 






Dotes sur la mode 



La robe élégante se fait longue 
devant et avec une petite traîne der- 
rière: Le corsage ouvre sur une che- 
misette en dentelle ou en tissu léger. 
Les manches sont très larges et dans 
le genre Kimono. 

Mais qu'on ne s'y laisse pas trop 
prendre cependant ; bientôt les man- 
ches seront aussi serrées qu'telles sont 
larges actuellement. 

Quant à la longueur de la manche, 
elle sera aux trois quarts. Quelques- 
unes même allongent le tissu jus- 
qu'au milieu de la main. Ceci est af- 
faire de goût. On peut donc la porter 



ou très longue ou trois quarts seule- 
ment, ce qui vaut mieux quand on a 
un joli bras rond. 

Les glands sont à la mode. 

Les contraste de velours et de drap 
sont charmants et de bon ton. 

Les formes princesses sient aux fem- 
mes grandes et minces ; la robe de- 
mi-empire remonte sa ligne naturelle 
jusque dans le dos. II. y a aussi la 
robe demi-princesse. 

Cigarette. 

La Reine des Eaux purgatives, c'est 
L'EAU PURGATIVE DE RIGA. 
En vente partout, 25 cents la bouteille 

JEAN DESHAYES, Graphologue 
1873 rue Notre-Dame-Est, Hochelaga. 



La vraie fête des femmes, serait 
d'aller faire une visite à Mille- Pleurs, 
Salon de Modes. Il y reste encore des 
modèles de chapeaux enviables à se 
procurer. 



La Veilleuse en 
Nickel 

Montréal 
BEAUTY 



Toute une nuit d'éclairage pour 

un quart de cent, sans odeur 

ni fumée. 

Prix : 90c.; par la Poste, 10c. de plus. 

L.-J.-A. SURVEYER, 

52 Boulevard St-Laurent, - Montréal 




LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



Kecdtes faciles 

HUITRES FRITES. — Lave* les 
hottnB et MsiolMB-les bion, metieB-les 
dans des mieMes de biscuits cassés 
tris fin ; tenea prête une lèchefrite 
dans laquelle vous mettez beaucoup 
de beanv, faites-les chauffer jusqu'à 
w qu'il aoit tout à fait chaud, œ 
qui «npèdie les huitree de coller au 
fond. Faites frire jusqu'à ce qu'elles 
deviennent biea jaunes et tournez-les 
alors. Vous trouverez que le beurre 
les sale suffisammMit. 

GATEAU MERVEILLEUX A LA 
"FARINE MARGE ". — Ajoutez une 
livre de "Farine Marge", autant de 
sncre en poudre et autant de beurre, 
que vous faites fondre, huit œufs, 1-3 
li\Te de raisin de Malaga 6pépinfe, 
quelques raisins de Corinthe, une on- 
ce de oMrat et un verre à liqueur de 
riium ; mélançez lùen le tout ensem- 
ble. Beurrez votre moule et faite cui- 
m à petit feu. 

Les tables les plus élégantes réiser- 
vent la place d'honneur au.x "Dis- 
cuits Pemot". 

Tls sont vgalement consommés dans 
les intérieurs les plus modestes, avec 
toutes les qualités qui ont fait leur 
tmiver«!olIr réputation. 





Le Mariage - Parapluie 



(A Françoise, je dédie cette Nouvelle) 

MARIE DUCLOS DE MERU. 







Mme Pageau, établit lentement 
mais sûnsnent sa réputation de bon- 
ne modiste On commence à l'aller 
trouver dans son atelier et quand 
une fois on y est allée on est sûre 
d'y retourner plusieurs fois. 

Les prix y sont fort accommo- 
danti<, surtout en Cette fin de saison 
où il y a de grandes réductions sur 
tout et de tout. Allez faire une visi- 
te à 

Mme PAGEAU, 
769, rue Sainte-Catherine Est, entre 
les rues Panet et Plessis 



MESDAMES 

Confim-nona to« Prescriptions mfr- 

dicalM. Rliea seront préparées avec le 

plos gnnii soin et la pins scmpulense 

pxartitade etSTecdes prodoitssnpériears. 

UtH BTce eOéitU (Uni tontes 

Usputtoda laTUI*. 

Dniosi «t HodaUi «kfmlqii* pan, srtlclei 

dlTMpCT SHlHMmt)sl« ds SSI ' ' 

classa caornebooe. Tanaria. Irrfn 
thrnmomtlrm. tie. 



«rtl- 

Iratmra. butin» 



) UUREHCE, 
•ala Saa aaa* tt-Swil* «t Ontarto, Montrtel. 



(Suite) 

Claire adorait la musique. Muett« 
et recueillie, elle avait savouré ces 
mélodies, sœurs des mélancoliques 
refrains qui tantôt chantaient dans 
son âme et tantôt y pleuraient. Les 
applaudissements frénétiques de l'as- 
semblée l'arrachèrent assez brutale- 
ment à son extase. Elle se leva sur 
un signe de sa vieille amie, pour al- 
ler donner l'ordre aux domestiques 
de passer les rafraîchissements, et 
vînt prés de la jeune artiste pour la 
féliciter et la remercier de l'exquise 
■sensation que son talent lui avait 
procurée. 

— Comme vous devez c4re heureuse 
de pouvoir exprimer, grâce à votre 
âme, tout ce que vous avez dans l'â- 
me. 

— Oh! non, pas tout!... dit la jeu- 
ne fille, n y a des sentiments si inti- 
mes qu'on ne saurait les traduire en 
public. 

Claire lui tendit la main. ■ 

— Je suis sûre que vous êtes de cel- 
les qui sont mieux inspirées on petit 
comité que sous le feu des lustres. 

— C'est vrai ! avoua la musicienne. 
Et surtout devant certaines person- 
nes que je sais capables de me comt- 
prendre... 

Son regard ému et brillant disait 
visiblement h Claire. 

— Vous devez être de celles-là. 

-Eh bien ! dit Mlle d'Erondol, 
voulez-vous Venir me voir?... Je suis 
un peu musicienne, moi aussi... vous 
m'apprendrez; à... oh! pas à jouer 
comme vous... mais à traduire mes 
impressions... Voulez-vous?... 

— Bien volontiers, mademoiselle. 
Je suis sûre que vous serez ma plus 
intelligente élève. 

—Surtout, je serai la plus docile... 
et la plus reconnaissante aussi. 



La jeune fille comprit toute la dé- 
licatesse de l'offre qui lui était faite. 
A la suite de Mlle d'Erondel, les 
jeunes filles de l'aristocratie brian- 
çonnaise se feraient inscrire chez le 
nouveau professeur. 11 n'en faut par- 
fois pas davantage pour déterminer 
la fortune d'un artiste. 

Pendant qu'elles causaient ainsi, un 
certain remue ménage s'opérait au- 
tour d'elles. . Quelqu'un avait pro- 
noncé le mot de danse et tout de 
suite, la bonne Madame de Mont- 
glas avait appelé les domestiques. 
On relevait le tapis et les couples 
s'organisaient. 

— Oh ! je me range, en ce cas ! dit 
Claire. 

— Vous ne dansez pas, mademoisel- 
le? demanda la pianiste étonnée. 
Claire montra sa robe sombre. 

— Je ne danse plus!... non... dit- 
elle, sérieuse. Elles se dirigèrent vers 
un petit salon à l'écart. Comme elles 
allaient y entrer, un jeune homme 
invita l'artiste qui partit au bras de 
ce danseur et Claire demeiira seule. 
Elle alla s'asseoir sur un pouf près 
de la cheminée, regardant passer les 
couples tourbillonnants devant l'ou- 
\-orture de son retrait. Un jeune 
homme était debout près du cham- 
branle. La marquise passa, gagnant 
un abri contre la fougue des dan- 
seurs. 

— Comment ! vous ne dansez pas? 
demanda-t-elle au jeune homme. 

— Oh ! Madame, je m'instruis en ce 
moment. 

— Comment ça?... 

— Oui... je regarde M. de Jaulieu et 
jo prends de lui une leçon d'élégance 
d'après nature. Vous savez... ce sont 
les meilleures. 

Claire ramonée à la préoccupation 
habituelle songea tout à coup : 

— Cotte fois, voici le moment de 
fixer mon choix. Si je ne trouve pas, 
ce soir, autant y renoncer. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



307 



Et — à chaque deinseuse qui passait, 
emportée par son cavalier, en face 
du petit salon, elle se disait: 

— Celle-là?... non..< Celle-ci? non 

encore... Ah! voyons... Jeanne de 
Beautaillis ?.. .eh ! bien ! non ! et non ! 

Elle était toute à sa mission, exa- 
minant en pensée, rapide comme l'é- 
clair, les mérites et les démérites 
des passantes, et un demi sourire 
montait à ses lè\T-es lorsque l'une de 
ces passantes était la danseuse de 
M. de Jaulieu. 

— S'il se doutait de ma prétention 
de lui choisir une femme, il rirait 
bien, sans doute. 

Une sorte de rêverie planait sur 
elle. La vue de ces groupes tourbil- 
lonnants finis.sait par l'hypnotiser. 

— Je vais m'endormir... songea-t- 
elle. 

Juste à ce moment, la marquise 
parut au bras du lieutienant de Jau- 
lieu. Ils entrèrent dans le petit sa- 
lon. 

— Merci, mon enfant... Ces dames 
m'étourdissent. Je vais rentrer chez 
moi un instant... Viens! Clairette!... 
Seule,?... que faites-vous là, mignon- 
ne ?... 

— Bonne amie, je me repose et je 
philosophe! répondit-elle, tandis que 
M. de Jaulieu la saluait très bas. 

— Les philosophes sont chauves 
d'ordinaire! dit la marquise en riant. 
Cela nous change. 

Elle donna en passant une petite 
tape amicale sur l'épaule de la jeune 
fille qui s'était levée en disant : 

— Voulez-vous que je vous accom- 
pagne, bonne amie?... 

— Non ... je vous remercie. Clairet- 
te. Merci aussi ; mon ami... dit-elle 
à Armand. Je vous laisse avec Mlle 
d'Erondel... la seule jeune fille à qui 
l'on ne fasse pas la cour... acheva- 1- 
elle. 

Après cette flèche du Parthe, elle 
laissa les deux jeunes gens en face 
l'un de l'autre et si embarrassés 
qu'ils n'osaient même pas se regar- 
der. 



Ce fut Armand qui rompit le si- 
lence. C'était si extraordinaire ce 
tête à tête soudain et imprévu, 
qu'un peu de mauvaise humeur lui 
était venue contre la vénérable dame 
qui le lui infligeait. Il lui en voulait 



siu-tout de l'embïirras que oe tête à 
tête causait à cette délicieuse créatu- 
re qui s'appelait Claire d'Erondel. 
C'est pour cela même qu'il se hâta 
de l'entirer. Tout franchenaent il de- 
manda : 

— Est-ce vrai. Mademoiselle, ce que 
dit la marquise ? 

^Que dit-elle? interrogea Claire 
qui, pourtant avait parfaitement en- 
tendu. 

— Que... qu'on ne vous fait point la 
cour?... répéta-t-il, hardiment, au 
risque de déplaire. 

— Je pense que vous savez pour- 
quoi, Mon.sieur, répondit la jeune 
fille. 

— Oui... je sais que vous portez un 
deuil très cruel... que depuis des an- 
nées, vous vivez le plus possible dans 
la solitude, et si j'ai pu m'en éton- 
ner, je n'ai pu qu'admirer la cons- 
tante fidélité de ce souvenir donné à 
un mort. 

Elle fit un geste de la main, comme 
pour dire : 

— Epargnez-moi tout compliment... 

Armand reprit : 

— Voyons, mademoiselle, voulez- 
vous me donner, puisque vous ne 
dansez pas et que je prends un peu 
de répit... Voulez-vous, dis-je, me 
donner les quelques minutes que 
d'autres accordent à la danse? 

— En \m mot. Monsieur, vous me 
proposez de causer quelques instants 
avec vous? demanda Claii^ qui avait 
repris toute sa sérénité d'esprit. 

— Précisément, mademoiselle. 

— Eh! bien! j'y consens... dit-elle 
avec un peu de malice. Puisqu'aussi 
bien, madame de Montglas a dit 
vrai et qu'on n'a pas la ressource de 
me faire la cour... Au moins, je ne 
suis pas compromettante, moi! 

— Qu'en savez- vous? dit-il en la 
forçant à prendre place sur le petit 
canapé, et en s'installant près d'elle 
sur un fauteuil bas. 

Elle ne répondit pas tout d'abord. 
Mais comme Armand gardait le si- 
lence, elle reprit : 

— ^La preuve que je ne le suis pas 
compromettante, c'est que ma véné- 
rable amie m'a chargée d'une mis- 
sion de confiance à votre sujet. 

— A mon sujet? quoi donc? 

—Comment!... vous ignorez que je 
suis à peu près chargée de vous cher- 
cher une femme. • 



— Vous moquez-vous, mademoisel- 
le?... 

— Oh! pas le moins du monde. Je 
vous répète que madame de Mont- 
glas qui s'intéresse à vous depuis ce 
fameux dimanche de verglas où vous 
lui servîtes de guide sur le pavé glis- 
sant du parvis, m'a prié instam- 
ment de vous choisir une fiancée par- 
mi mes amies. 

— Et... demanda-t-il, amusé, peut- 
on savoir sur laquelle de ces demoi- 
selles s'est fixé votre choix ? 

—C'est peut-être un peu indiscret... 

— Pourquoi donc? Un peu plus tôt 
ou un peu plus tard, ne faut-il pas 
que je sache... 

— Oui... mais... c'est que... je n'ai 
pas trouvé... oh! pas encore!... se 
reprit-elle un peu confuse. 

— Ah!... je respire! dit Armand en 
riant 

— Ah ! mon Dieu comme vous m'é- 
tonnez!... Car Madame de Montglas 
a eu beau m'affirmer que vous ne 
l'aviez point chargée de vous trou- 
ver une femme, je pensais que vous 
étiez au moins consentant... Si vrai- 
ment vous ne vous en souciez pas... 
à quoi bon toute la peine que je 
prends? C'est en pure perte en véri- 
té ! 

— En pure perte, oui, mademoiselle. 
Et... savez-vous pourquoi ? 

— Oh ! s'il y a un pourquoi ! 

— C'est que j'ai déjà... laissé mon 
cœur et cela, malheureusement, par 
une charmante jeune fille qui.., ne 
v'oudra, certes, pas de moi. 

Claire eut une petite exclamation. 

— Est-il indiscret de vous demander 
si je connafs cette charmante jeune 
fille et... et si... je peux vous servir 
en la circonstance? 

— Décidément, Mademoiselle, vous 
tenez à accomplir votre mission. 

— Puisque je l'ai acceptée... un peu 
inconsidérément peut-être... n'est-ce 
pas mon devoir?... 

— Eh ! bien oui, mademoiselle, vous 
connaissez celle que j'aime... mais je 
suis, hélas ! trop certain que vous ne 
consentirez pas à vous faire mon avo- 
cate auprès d'elle. 

— Pourquoi non? 

— Mais... parce que vous êtes enne- 
mie du mariage. 

— Vous voyez bien que non. Mon- 
sieur, puisque j'ai tenté de m'occu- 
per du vôtre. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

— ÛniqiMBant pour faire plaisir à —Charmante, vous l'avez dit. Et que notre mariage était écrit au ciel? 
votre... ànott« vénérable amie! rec- ici, une question : charmante veut-il Une sorte d'éclair illumina la cons- 
tifia Armand. dire jolie ? cience de Claire. C'était bien vrai, 

— J'en conviens, mais cela prouve — Charmante et jolie, oui! Et bon- pourtant qu'en fouillant sa mémoi- 
qa'oUe ne m'en croyait pas tellement ne, et sérieuse, et intelligente... Te- re, elle n'avait pu réussir à fixer son 
^fftft— nio puisqu'elle me confiait la noz, mademoiselle Claire, elle vous choix sur qui que ce soit qu'elle ju- 
plos délicate d^ toutes les missions ressemble comme une adorable sœur geât digne de ce charmant Armand 
fie ce mmide, celle d'assortir deux jumelle. de Jaulieu?... Involontairement, elle 

canin capables de se comprendre et — ^Ah! mon Dieu!... murmura- t-elle avait désirée pour celle-là toutes les 
de s'aimer. avec un involontaire et imperceptible qualités affectives qu'elle sentait en 

— Eki quoi, malgré toute sa Battes- mouvement de recul. elle. Mais alors, elle l'aimait donc? 

■e et toute son exp&ioice, notre vé- — Mais comme vous n'avez pas de Etait-ce possible, une pareille chose?. 
nérable amie faisiiit fausse route confc- sœur jumelle et que vous ne voulez Claire en demeurait comme, étoiir- 
me un petit enfjint. Car avant de pas qu'on vous aime... die, ne comprenant plus rien, ne .se 

vous infliger la peine d'une pareille —Monsieur... oh! monsieur!... comprenant plus elle-même. 

mission et l'emljarras d'un choix — Vous voyez bien... dit-il, navré. Comme elle demeurait indécise, 
aussi difficile que hasardeux, ell** J'avais raison de dire que vous ne troublée jusqu'au fond de l'âme, la 
ant mieux fait de s'informer de l'état seriez jamais mon avocate. porte de la chambre de la douairière 

des choses. ^ — Mais monsieur, c'est un piège... se r'ouvrit. Un sourire malicieux 

Mais aussi. Monsieur, pourquoi _oh! mademoiselle! c'est alors le monta aux lèvres de la bonne dame 
ne pas loi avoir fait vos confiden- ^^f,^ éternel, celui que l'amour dres- devant le tableau qui s'offrait à elle: 
•*•' . ^ se sous les pas de tout être humain Claire, ses deux mains dans celles 

—Parce qu'il y a des choses qu'on portant un cœur dans sa poitrine.... d'Armand, s'interrogeant jusqu'au 
ne dit qu'à certaines heures et à Hélas! je m'y suis pris et je ne peux fond de sa conscience et n'osant ré- 
certames personnes. p)„j, j^'q^ défaire, si vous ne m'ai- pondre... Alors, elle marcha vers le 

— Dois-je croire que nous touchons ^^ pas... Claire! Claire! pourquoi couple, posa sa main sur les cheveux 
à l'heure fatidique et que je sois la ^fusez-vous de 'me comprendre?... H de sa favorite et dit bonnement : 
pa»onne née pour recueiUu- ces con- ^^ f^^^t ^^^ -^^^^ ^^^ ^^^ choses, -Allons! embrassez- vous, mes en- 
™"«^ ' , . • „ chère enfant! fants. 

-Rien ne s y oppose, mademoiselle, _Taisez-vous... taisez-vous! mur- Armand n'eut garde de se le faire 
ta vous y consentez. mura-t-elle. Vous savez bien que je '"'^'^i'"®- ^ attira à lui Claire qui ne 

-Soit, j y consens. Ce rôle de con- ^^ mon cœur désistait plus. Et lorsqu'ils échangè- 

fidoote complète évidemment le pre- ^^^ '^^^' ^ rent le baiser des fiançailles, la véné- 

mier. Vous disiez donc que je con- ■ ,^ble dame dit avec un sourire qui 

liais celle que vous aimez. Est-ce i>ion, «_iaire, les cœurs ne meu- m. ,__• „ ^^^ ,. .^„ ^ ,^, 

l.ien cela ? rent pas... pas pour cela, du moins... ''"™"^^ ^"^ fm visage couronne de 

-Oui, mademoiselle. Et j'ai ajouté >» ^^^' ^a triste mort peut les frap- ^ "f ^ ^^ ^^^ ': 
que malgré votre offre g.'.„éreuse de P^^, les faire saigner... ils rêvent -± ^^ bonne heure! Savez-vous 
rn'aider, j'étais trop certoin que ja- q»and même... Claire, ne sentez-vous comment nous appellerons ce mana- 
mais vous ne consentiriez à être mon P»" votre jeunesse protester contre "*i- /. , i, 

avocate auprès d'elle. cet étemel veuvage que vous ave;. P^^'^"* ^^"" 5^^"^ étonnes, elle ex- 

— En quoi vous vous trompiez, pro- voulu garder ?... parce que le mal- ^ *^"® ^^ pensée : ,.,„_. 

I»d,lement. heur vous a frôlée de son aile noire, " Le manage au parapluie! Voi- 

id Kccoua la tête en signe de faut-il qu'à tout jamais toute joie ' .,., , » ,r i . ^, . , 
M .• . vous soit interdite?... Et par qui? ... -^^- .^^*"^« Madame!... C est donc 

\..-.uns on oeut toujours essa- par vous-même?... Pourquoi regar- ^"^ q m avez tout conduit? s'ex- 
V .uns... on peut toujours essa t ..,,,,' In oUl »,+ ^^l^ma Armand en s'inclinant sur la 

ver. Voulez-vous me nommer ce e... "'^^ toujours l abîme quand le ciel est , . . . 

celle qui beau sur nos têtes?... Est-ce (pie la P'^*'^ "^^^" "^^ H" il baisa comme 

T«m'«, ™rH«-«; K;«n nature, notre mère à tous, ne rajeu- ^" ^''^'"^ ^'^^P^; „. , , 

-Je m en garderai b en. . nit pas sans cesse?... est-ce qu'après ^a marquise leva l'ndex de son 

.„7 fï hT ''"^^? ï?*^ Ï,?T' 1^'' 'birs hivers ne fleurissent pas les ^utre main vers le ciel : 

J!* ''^ , '^--\f^ printemps? La fleur qui sourit ne -P^^" *^ '''',"'^' ""7" '"^^"*" "^"^ 

i r^ ''"" ^ f«""ais. Elle j^.^ p^^ ^„^,;^^ ^^^^ ^^^. ^^^^^^^ ^ ensuite!... acheva-t-elle. Chut! ne 

^hÎ °°^'" ' .""^ ^"^ *^"** l'automne, elle la ressuscite, au con- '^'^""^ ''^^"- ^^^ ^« remercierez plus 

4.^ ;. • r""^ T/" * ^- t'-airo. Dites, dites, chère âme, en ^^^^ f votre bonheur sera la mon- 

Armand inclina le front pour dire • . , naie de ma neine 

'•q^I"1 "^ vous interrocreant ne comprenez- vous ^ '* peine. 

„,,,.. , ^ pas que malgré vous, vous êtes com- prN 

nu P'[7""T *"," • ."'.''•••• "chn?. rnt-mo, voyez... vous n'avez pas pu Deux regards, deux pensées qui se 
m'est <k;al îon'ïï^»"'"' """'^ f^ 'l"""'*^" "^^ d''««"«?- ^'<^^^ pas cherchent à travers l'espace finissent 

Lt n^ î«an«îîni ^'^ "''" 'l"" """« ^"^'"^ '^''' ^""^ "'«^"^ '''^^' *°"i""^s Par se rencontrer.-Lamar- 

maw une jeune fille... j>i^„ „^ destine?... N'est-ce pas tine. 



CèiUi.' Anjii'c. — .\(.) '20 



LE NUMERO : 10 CENTS 



Samedi, 18 jainier 1908. M 



-- -*-^----- -^^^^^»^^.*^p ^^^JL.^^^^ 



ù journal de f rançoise 



(GAZETTE CANADIENNE DE LA FAMILLE") 

Paraissant le 1er et le Sieme samedi de clnaque mois 

Directrice : E. BARRY Dire vrai et faire bien. 



ABONNEMENT 

Ol« AJJ |2.00 

Suc Mots • l.OO 

Stiictement payable d'arsnce. 



REDACTION et ADMINISTRATION 
8o. Rue Salnt-aabrlel. Montréal. 



TCL. Btti'MATN 999 



A L'ETRANGER : 
Oo an • - Quinze franc* 
Six mois - - - 7 frs 
strictement payabl? d'avance. 



T 




l 



M. JEAN SAINT-YVES 

L'auteur de " La Route s'achève," dont nous commençons 
aujourd'hui la publication. 




SOMMAIRE: 



Lucenie (poésie) .J.haniie Darvour 

Sauvons l'enfance Françoise 

Clubs féminins 

Souvenirs historiques, ..Eudore Bvantnrel 
Banquet fl'étudiants, ... .Un Ancien Elève 

L'hûpital des enfants Françoise 

Conte indien : La parjure, Jean de Nobon 

Note.s sur la Mode Cigarette 

Le Poète de l"'Habitant." Pierre Lorraine 

Réminiscences Tante Kinette 

Propos d'étiquette Lady Etiquette 

Recettes faciles ; 

Concours de Popularité 

Feuilleton : La Route s'achève, J. St-Yves 





Le Dr Wttiiw n i.îoorhouse. doyen 
delà Faculté de Médecine de l'Uni- 
versité Western, Londres, dit : 

I l»iM' iuiporlaiitf qaud le nu:" 

minanaiT eu tonte couduncç. 

certsla.vInqniaaD plus 

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RICAIN { incorporé ) , 
162 rue Saint-Denis, 
Marrtrêal. 



Revue Hebdomadaire 

Sommaire du nuintix> do "La Rev^ Hebdom»- 
flaire iiu 4 janvier : 

Envoi, sur dcmnnile, 8, ru*> Oaranciêre, Paris, 
d'un numéro spécinien et du Catalogue d©s pri- 
mes de libi^irla (■27 fralncs de livres par an, ) 

Partie littéraire: • •■ 

Anatole IjoRoy-neaniHeu, do l'institut: " lies 
Hjices et l'tnunigratfon européenne aux Etats- 
l.nis ; Octave de Barrai : "Silhouettes prêra- 
phalMites: Je. peintre Madox Rromm ; '. J. Ar- 
rcn: "Au pays des jouets. Histoire ^rôs yôrl- 
rii(|\ie des poupées de Ntircirtljerg" ; Jéàa Lion- 
net: "Les Livres" ; t'flga: "Poésios" ; Jean 
Chniitavoine;! "Clironiquç musicale: "Detrda- 
niis ' ; Cliarles Géniaux: Roman, "Les Force* 
(le la vie", , (TX ) . 

Faits de la semaine. — Ro^ue dos revues fron- 
Çiiisos. — La Vie mondaine. — ïj& Vie spor- 
tive. 



' Les Contemporains" 



lîEVUE HPRDOWADAmR ILLUSTREE DE 16 
PAGES IN-80. 

AI)oimemi»nt; un an, 6 fronça. Un numéro, 
[r. 10. Spécimen gratuit sur demsunde. 
Hicygraphies parues en décembre 1907: 
P'EiWîe," second général! issime des armiSee vwx- 
fléeniles. — Ronchamps, général vendéen. — i Dé- 
sirC'e Clory. reine de Suède. — Fratiçols II, em- 
pereur d'AIlemiag'ne et 1er d'Autriche. Ferdinand 
1er. cmporotir d'Autriche, 
niogrnphies ù paraître en janvier 1908: 
Duc d'Orléans, fils de 1/OUis-Philippe. — Duc 
de Nemours. — Louise de France, duchesse àe 
l'arme. — Oeoirge Oanning, homme d'Etat an- 
glais. 



l Théâtre National 

M. P. OAZENKUVE, directen . 
Coin des rues Tél. Bp' Kst 1786 

SIe-Catlierine et Beaudry Ma» jands 520 



SEMAINE DUôJANTV. 



L'Epée de Damoclès 

1 Les jours de fête, matinées, mêmes prix 
* qu'aux soirées. 



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Sème Année. — No 20 



LE NUMERO : 10 CENTS 



Samedi, 18 janvier 1908. 



ù journal de f rançoisc 



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(GAZETTE CANADIENNE DE LA FAMILLES 
Paraissant le 1er et le Sienne samedi de chaque mois 

DIRKOTBICB : E. BAERY Dire vrai et faire bien , 



ABONNEMENT 
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strictement payable d'avance. 



LUCERNE 



♦T« ♦> »> 



Aux exilés ! , 

Sur le lac les Quatre Cantons, 
A toute heure et de chaque église, 
S' envole, Remporté par la brise. 
Un concert, fait devions tes tons. 
Rien ne nianqiie à la symphonie : 
Car, en route, le son du cor 
Ajoute sa note à l'accord, 
Sa fleiir au bouquet '_d' haï monie. 

Il semble que da7is ces beaux lieux 
Les monts, étageant leur ceinture , 
Veuillent prêter leur ossature 
A quelque temple merveilleux. 
De leurs pieds à leur f.'ère épaule, 
Quel charme, pour les yeux ravis. 
Depuis le cristal du parvis, 
fusqu' au saphir de la coiipole ! 

Les pics dentela7it leur sillon, 
fettent leur flèche aérienne, 
D^ oh jaillit V immortelle antieiine 
D'un hilassable carillon. 
Lorsque le ciel de bleji s' habille, 
C est un miirmiire que leur voix. 
Et le bridssement des bois, 
A l'air d'mi orgue qui babille ! 

Mais que, soudain, sur le vieux roc, 
S'abatte la sombre tempête. 
Le géa7it redresse la tête 
Et se rajeunit sous le choc. 
Au large be^roi qui frissoime 



Cest la charge, et non pas' un glas 
Que, lutteur qui n'estjamais las, 
Son bras puissant conduit et sonne. 

Quand des souffles plus caressants 
Ont dénimbé les glaciers vierges. 
On voit l'argent de leurs beaitx cierges 
Trembler dans des vapeurs d'encens. 
L'âme, alors, monte à l'orifice 
Qui doit être au rebord des deux. 
Et c'est avec des pleurs aux yeux 
Qu'on chante un "merci" pour office. 

O vous que la haine a bannis 
Loi7t dît sol de la douce Fra7ice, 
Gardez-vous e7icor V espéra7ice 
D'y replacer, tmjour, vos 7iids f 
ISP irons-7ious poi7it, 7ious, sur vos grèves, 
Partager bic7itôt votre sort 
Et voir, C7i _attenda7it la mort 
Lacs et mo7its, atitrement qu'e7i rèvrs ? 

Ecoutez bie7i, quand vient le soir, 
Si, du ^côlé d la patrie. 
Quelque voix moins e7idoloric 
Ne vous apporte U7i cha7it d'espoir. 
Hontetise d'avoir pu se taire 
Connue alors elle parlera 
La cloche qui rappellera 
Les exilés au mo7iastère ! 

Jhanne Darvour 

AVasliington, (Etats-Unis). 



3JQ • LE JOURNAL DE FRANÇOISE 







&m Tctninins 






? 

â 



PRESQUE au même moment où^ 
l'on fondait à Montréal, en dé- 
cembre dernier, le premier club des 

I A Féd^atio. Nationale sW,. ;^ants, intor^ J^^X^^^ t^t T^S ^ ^.è Z^^ 

L acùvemont de la l.guo anU-a - ré que. .*""^^^X^" "f f^^p^l^ ,m le "Wum", et le premier club fé- 

c-o«li4uo et Ion ne saurait as^^-z la obhge ^^/^/^^^"^'^PX" les mininen la Ville-Lumière. 

féliciter de ce l^u mouvement. a 1 ec.>le de Re k,nne .^^^^f^* fj Plus heureux que le nôtre qui n'est 

-Si les femmes s'en môlenf, tout doiyts taches par 1 abus des cigaret ^^^ ^^^^^ ^^J ^^^ ^^^^^^^^ ^ ^^ 

ira vite et bien. Elles ne peuvent de- tes. i -4 j installé rue de la Bienfaisance dans 

meurer passives dans aucun rûlo et Jo pourrais continuer <lo citer des ^^^ ^^^^^ magnifique, avec des décora- 

leur influence doit aller au secouBs témoignages tout aussi probants que ^.^^^^^ ^^^ boiseries et des portes di- 

di« bell.-.s et l>onncs cau.ses. La lutte ceux-ci, mais i'esp<.re en avoir dit ^^^^^^ ^y^^^^ must'e. 

contre l'alcool s'impose à leur éner- assez pour attirer l'atUmtion des au- j^^^ j„„nuiMx parisiens ont décrit 
gie, à leur géfiérosité dans le bien ; torités à ce sujet. la beauté de ses salons de réception 
non-Hi-ul.-ni.'nt, elles ont à défendre Ortes, je ne suis pas avec cel- et d'exposition ; l'élégance et la dis- 
leur propre fover. m^is elles ont aus- les qui demandent la suppi^- tinction de l'ameublement. 
M à saux-et'aAier la nationalité et «ion radicale de la cigarette. est Le"Lyceum"ne borne cependant pas 
l'honneur de notre pays • a'l«" beaucoup trop loin. Mais ce qui son rôle à être beau, il veut surtout 
KIU-s ne failliront pas à la tâche, devrait être empêché par la lo.i, c'est être utile. Et voici comment : Il 
I^ ligue antialcoolique devrait la vente des cigarettes aux enfants, mettra en relations les emmes, a 
auwi comprendre la lutte contr.- la On les débite maintenant à un sou (luolque nationalité quelles appar- 
atum compnnare la iiute contn, la ..irarettes Quel est l'en- tiennent, qui s'intéressent séiieuse- 
diran'tU', (vtte ennemie d insignifian- Po"r deux citareiies. vii" i isi i ^n , h iu+a„., + „vû r^oîn+nr^ 
te appan-ncc et .,ui est. cependant, fant <,ui n'a pas de temps on temps, ment aux arts : littérature, peinture, 

plus r«loutable encore ,,ue lakoolis- sinon chaque jour "" -- ^ ^^J'I-- "N'esï-ceVs déjà faire acte de fémi- 

me piu.s«|u elle s attatjue à 1 enfance, ser? Il faut peu de chose pour que • , u 9 

La loi défend de vendre des li- la passion de la cigarette s'empare '^'^^ ^^^^^^ ^^ ^^^^^.^^^ ^^^^^ ,^.^^ 

ciueurs à toute personne mineure ; au- de tous ces petit« bonshommes, et ^^^^ j^ ^^^^^^^^ ^^^^^^ ^^^^^^^ ^^^ 

cun r^'lement n'empt-che cju'on débi- avec quels résultats, grand Dieu! ^^^^ ^jj^^ ^jl^^ pourront se rencon- 

te & l'enfant la cigarette dont r<eu- Protégeons l'enfance. Sauvons-la. ^^^^^ causer, dîner entr'elles et la 

vrc est au.Hsi néfaste <iue celle de l'ai- tJ'est en elle qu'est l'espoir de notre "Chronique" du club, qui va désor- 

cool.. - pays. Défendons-la contre elle-même, ^^is paraître la 1-5 de chaque mois, 

Demandez, en notre ville, aux .H- La Fédération Nationalç ne devra signalera leurs articles, leurs volu- 

ns-tenrs fies grandes écoles publiques, l'*** borner son œuvre à la guerre à mes, tous leurs travaux littéraires, 

— ie citerai des noms et des té- l'alcoolisme. Qu'elle ajoute, à son no- en un mot. 

moii^nages quand on voudra, — ''1^ programme, la lutte contre la ci- Les sociétaires, résidant à l'é- 

et tous s'accordent à dire que le nom- garette chez l'enfance, afin de mériter tranger, pourront trouver, au Ly- 

bre det« petits fumeurs de cigarettes mieux encore de la patrie. ceum, à leur passage à Paris, une 

augmente de jour en jour, qu'on peut p„ „.„;=. généreuse hospitalité. Les chambres 

le constater à la mine stupide et ^_^Françoise. y ,^,,, confortables et élégantes et, 

abrutie de ceux qui s'adonnent à ce ^" restaurant, attache a 1 établisse- 

, , T . 1-, . 1 t • ment, les membres peuvent prendre 

dangereux paî«se-temps. La nature a dit a la femme: sois , ± • -x i„„ „ „»»,;„o 

,. , , .; , -, , 11 ■ . leurs repas et inviter leurs amies. 

tne mère racontait a ce sujet que l)elle si tu peux, sage si tu veux ; ,, , n j i . 

^ ^ »;. a i j- 1 • j' • • • w . -1 , f 1 II V a encore des salles de lecture, 

n^ éTîff . f douzameda»- mais sois considér.., il le faut. - ^^^ y ^. j.^^ travaillei-, 

nées. - était tout a fait malheureux Beaumarchais. j,^,,^^^^ „, y.^^ ^' ^ r, des 

et incapalile fie s aDPiiQuer a uuoi 1. 1 ,1 , , • • „ 1 

.. .•• " f HW^MULr a, M">" ... salles de thé, et que sais-]e encore ! 

que ce fut s il était t v. ,1 acheter La femme est la guerrière puis- y^jj^ ^^ ^^^^^^ j^^-^i^ ^^i devrait 

des cigarettes. Et <,u'il se plongeait «ante et inexorable fiuc la nature, ^^^^^ ^^ modèle aux "Women's club 

dans une espèce de gri.serie dès qu'il dans le but caché de propager l'espè- ^f Montréal" ; car au "Lyceum", 

I«Mivait en fumer quelques-un :8. ce, a armée iusqu'aux dents et jus- non-seulement, on pourvoiera au con- 

M. le juge CUiofuiet. flovant fjui qu'aux yeux pour subjuguer et' vain- fo^t matériel et intellectuel de ses 

c.miMirai^'W'nt tant fie jeunes délin- <r<' l'homme.— S. du Box. membres, mais ce sera aussi une 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



311 



œuvre de mutualité bienfaisante in- 
tellectuelle, où les jeunes, les dé- 
butantes, celles que les circonstances 
sociales obligent à travailler trouve- 
ront l'appui et l'encouragement dési- 
rables. 

Mme la duchesse douairière d'Uzès 
est la présidente du "Lyceum". Par- 
mi les membres nous remarquons : 
Mme Alphonse Daudet, Mme Juliette 
Adam, Mme la marquise de Ségur, 
la princesse de Faucigny-Lucinge, 
Mme la duchesse de la Roche-Guyon, 
Mme Pierre de Coulevain, Mme Ar- 
vède Barine, Mme Pélix-Faure-Goy- 
au, Mme la comtesse de Puliga 
(Brada), Mme Dieulafoy, etc., etc. 

Trois Canadiennes ont eu l'hon- 
neur d'être admises au Lycèum en 
qualité de membres ; ce sont. Mines 
R. Dandurand, Danielle Aubry, et 
Françoise. 



Souvenir l^istorique 





Batiiiuet a'€tu(lldnt$ 



CHERE Françoise, 
J'ai pensé à vous offrir un pe- 
tit cadeau que j'aurais dû vous ex- 
pédier à la Noël, pour les nombreux 
lecteurs de votre intéressante revue. 

C'est une photographie prise à 
New-York, du prince Jérôme-Napo- 
léon Bonaparte, qui vint au Cana; 
da vers 1862, et qui eût l'amabilité 
d'offrir, à cette occasion, à la socié- 
té Saint- Jean-Baptiste de Québec, la 
déesse de bronze qui orne aujour- 
d'hui le sommet de la coloime élevée 
à Sainte-Foye, à la mémoire des 
braves soldats tombés sur le champ 
de bataille des campagnes de 1759- 
1760. 

Je me suis souvenu, en faisant cet- 
te trouvaille au fond d'un coffret 
contenant les vieux papiers de mon 
père, que ce fut-celui-ci qui, en qua- 
lité de membre du cabinet Sicotte- 
McDonald, et à titre de fils d'un 
vieux soldat du premier Empire, fut 
chargé de recevoir le prince officielle- 
ment à son arrivé à Québec. 

Cette photographie peut avoir au- 
jourd'hui une valeur historique assez 



Le prince Jérôme-Napoléon Bonaparte. 

considérable, surtout en France où 
elle peut être inconnue. 

Je ne vous cacherai pas que j'ai 
eu une émotion en voyant pour la 
première fois le portrait du prince. 

N'est-ce pas que ce sont blien-là les 
traits de son oncle, le grand Empe- 
reur ? 

Il ne lui manque réellement que 

la redingote grise 

Et le petit chapeau 

comme dit si bien Théophile Gautier 
quelque part dans "La Comédie de 
la Mort". 

Maintenant, présentez les armes, 
mademoiselle Françoise, ou plutôt 
votre plume si artistiquement taillée. 

Reproduisez l'image du prince Jé- 
rôme-Napoléon Bonaparte, si toute- 
fois vous la trouvez digne d'orner les 
colonnes de votre journal. 

Mais, en attendant, s'il vous plaît, 
tendez-moi cordialement la main, 
pour que je puisse vous souhaiter 
une bonne et heureuse année. 

Eudore Evanturel. 



ïM 






ïï'SoS 



La femme est l'amie naturelle de 
l'homme, et toute autre amitié est 
faible ou suspecte auprès de celle-là. 
— De Bonald. 



QuKBEc, décembre 1907. 

r^'EUT l'idéal d'une fête joyeuse! 
'^^ Rien de comparable à ces juvé- 
niles et enthousiastes agapes. 

C'est comme un arrêt de la vie pen- 
dant lequel vous avez toutes les il- 
lusions du passé. C'est une envolée 
vers cette chère et lointaine jeunesse 
(|ui nous apparaît avec toutes ses ar- 
deurs, ses e:^péranccs, ses chaudes 
amitiés, et que dirai-je, cet amour 
quij a fixé le sort et l'avenir de la 
plupart d'entre nous. 

Au banquet d'hier soir, soixante- 
quinze universitaires, tous étudiants 
en droit, étaient réunis dans la gran- 
de salle du Saint-Louis. 

Nous avons admiré leur bonne te- 
nue, leur réserve, leur digne maintien 
et surtout le respect accentué pour 
leurs devanciers dans la vie profesT 
sionnelle. 

Ce banqiiet était présidé par M. 
Lucien Lebrun qui s'est acquitté de 
cette tâche avec toute la délicatesse 
d'tm expert. 

Parmi les invités, on voyait à la 
table d'honneur, des juges, des mi- 
nistres, des professeurs, le bâtonnier, 
et quelques notables du Barreau. 

Va sans dire, que Mgr Mathieu, 
recteur de l'Université, était de la 
partie. 

C'est pourtant un pauvre convive, 
car abstème, il ne boit rien, et son 
estomac rebelle lui défend de jouer de 
la fourchette. 

Il n'y a qu'une chose qu'il digère 
bien, c'est le bonheur d'être au mi- 
lieu de ses élèves, 

Car, voyez-vous, les étudiants, 
c'est sa chose, les étudiants compo- 
sent sa famille et il a pour règle 
que le père doit prendre part aux 
joies de ses enfants lorsqu'ils s'amu- 
sent. 

Quel sage Mentor! 

Quelle paternelle et . efficace direc- 
tion ne donno-t-il pas à ses enfants, 
comme il se plaît à les appeler! 

Si ce prêtre patriotif|uo avait la 
moitié du levier si désiré par Ax-clii- 
mède, comme il saurait donner à no- 



515 LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

tre race une sérieuse poussée vers le il y eut des hommes de loi. Son *******#««« ******é***««*| 

progrès! ' grand-père, Jean-Baptiste Pouliot, J vu it \ A 

Mais ce levier lui fait défaut, car t\iicien déput«S était un notaire con- # L hOPltilI (IC$ clttântS 

las riches s'obstinent à ne pas le lui sidéré ; son père est avocat et pro- Z 

donner. fesseur à l'Unixersité Laval ; il «st le $i»«)»«i»9^t»t»^«j^ ^r#<»««9^#9« 

Parmi les assistonts on remar- neveu de Charles-Eugène Pouliot, dé- 

quait entre autres : sir François puCé et avocat de grand talent, que i j jj groupe de dames, présidé par 

Lan^lier, doyen de la faculté» de la mort a ravi trop tôt à l'estime gé- \^ Mme L. de G. Beaubien, vient de 

droit. Los élèves ont plus <jue de la nérale ; et aussi de Camille Pouliot, fonder, en notre ville, un hôpital 

vénération pour leur distingué pro- avocat, au barreau de Fraserville. pQU^ jes enfants malades. 

fesseur, c'est un culte qu'ils profes- Louis Ltmie est le fils de M. le juge L'œuvre est naissante, on ne sait 

sent à l'égard de cvt ht>mme né pro- Lurue qui a fourni sur le banc une encore ce qu'elle fera, mais ce que 

fesseur et qui enseigne le droit depuis carrière utile et honorable. l'on peut affirmer sans crainte c'est 

44 ans. Arthur Fitzpatrick est le fils de sir qu'elle est utile et nécessaire. 

L'honorable M. Flynn, bâtonnier, Charles Fitzpatrick, l'éminent juge Qn parle Ijeaucoup de la fécondité 
û répondu à la santé du Barreau, en chef du Canada. canadienne, mais ce ce qui se dit 
Comme toujours il a parlé en sage et L'honorable Winceslas Larue, no- moins c'est que cette fécondité qui 
en philosophe. taire de grande expérience, en son peuple notre pays et cjui doit don- 
La niagi.straturc eut pour interprè- \ iVant conseiller législatif, est le père ^çj- ^ notre nationalité une prépon-. 
tes loa juges Lemieux et McCorkill. de Winceslas Lm-ue qui a présenté la dérance sur les autres voit son œu- 
Le juge Lemieux adopta la note rieu- santé des professeurs. vre grandement entravée par la mor- 
se, miMû' de quel<|ues sarcasmes à l'a- Paul Drouin est né aussi dans une talité infantile. 

dn«sse de ces "laudatores temporis atmosphère légale, son père étant no- Jusqu'à ce jour, nos hôpitaux ont 
acti" <|ui .se plaisent à glorifier l'an- ti-e digne concitoyen et le ci-devant ^^j^^^^ j^j^j^ ^^ nlisères mais aucun 
cienne magistrature aux dépens des bâtonnier. ^^ ^,^^^ exclusivement occupé des en- 
juges actuels. Lionel Cannon, .est le fils de M. ^^^^^ ^^ ^^^^^^^^ hôpital Sainte-Jus- 
M. (;.>um, Premier-Ministre et pro- le juge Cannon, et le frère de M. ^^^^ comble donc une lacune, et, nul 
cureur-g.-néral, a aussi parlé. Son Arthur Cannon. ^^^^3 q^-jl g' attirer a, -si ce n'est dé- 
discours a été un chapitre merveU- Enfin John Hackett, délégué des j^ faii^-les sympathies de nos cond- 
leux de délicat*^ conseils donnés à étudiants du McGiU, à qui je prédis ^^^^^^ ^^ surtout celles de toutes les 
ceux qu'il a appelés les maîtres de du succès, s'il reste fidèle à lui-même. j^Àj-eg 

l'avenir. C'est un régal littéraire que 11 est le fils de l'honorable M. Hac- ' . 

d'entendre M. Gouin. Superbe de for- kett, conseiller du Roi, et ancien mi- rrançoise. 

me, il puise sans cesse et sans man- nistre, dont la verve irlandaise reste — ■^-^- 

quer son coup, dans un abondant toujours entraînante, malgré qu'il ,,n „ • „ j- j. • i„ 

, , . ,, . . ^ .f , , , 1 . IJonnez-moi une modiste qui a du 

vocabulaire, 1 expression juste pour soit au tournant de la vie. -> . . • x- > n 

,„ jM , -KT • • • X 1. ffout, et le vous garantis qu elle em- 

rendre d heureuses pensées. Mais si ces jeunes gens ont I avan- f u- i i ^ -a J « .. „„ 

_,,„.,,. . . j i 1 1 f Ml bellira la plus laide personne au 

M. Chapais, réclamé avec instance, tage de compter dans leurs familles ^^j^^jg » 

a dit quelques mot«. Vous savez qu'il d^ noms qui servent d'exemple et ç,^^^" ^^j^^^ ^e Genlis qui disait 

«rt 1 un des orateurs des grandes fê- ^ épiu ation, il ne faut pas d un au- ^^^ ^^ ^^^^ ^^ ^^^^^.^ j ^^ 

tes et qu ,1 promène avec un égal tre cte, que ceux qui sont nos dans ^,,^^^^ .^j. ^^^ ^^ ^ -^ 

bonheur «on gracieux attici.sm- de c Inunbles conditions oublient que, egniplètement sur le goût de sa mo- 

ses livres et de ses ecnts, au fauteml flans notre pays démocratique, la ,. ^ 

de conférencier, à la tribune oubli- niédiocrité et la pauvreté ont produit -m * « . • t i „ii i 

, . ^ ' , , " . , ir , I -11 .L I ^ X 1 1 En effet, un loli chapeau, allant 

que, et même, hélas T au Conseil Lé- 'es meilleurs talents et les plus , ■ - •, s- .-i „ •« + + .. 

'. , ... •■«»=•• ^^ f jjjgj^ ^ jg^ figure qu il coûte est tou- 

ffislatif. grands génies. . « j v, i . 

„, . ., .• 1 ,j f»x jours sur de rehausser les avantages. 

Plusieurs des élèves ont proposé des J« «"is revenu de cette fête, près- ^^^^ ^.^^^^ ^^^^ .j ^^ j^ personne 

santfe, et 1 ont fait avec un tact et que rajeuni car j y avais pris une . j^ ^.^ ^^ ^^^^ ^^^^^ 

un bno de paroles qui dénotent forte dose de bonne et de belle hu- 1^3 ^^^i,^, ^ ^^^ ce privilège, car 

b^ucoup de culture d'esprit. meur qui adoucit les aspérités des ,^ ^.^ ^^^ J^^^ j^ ^^^^^^ . ^^ ^^.^ 

En admirant cette intéressante jeu- fonctions judiciaires. ^^^^ ^^.^ jj ^^ s'acquiert pas. Si l'on 

n«we, je me disais: il est bien faux U„ j^^^.^^^ Pj^^^ ,,eut être sûre de rencontrer cette con- 

oe bn»cart souvent répète et inventé ' " ^ition première dans l'art de faire un 

pour HOTMt quelque mauvais dessein, ; chapeau il faut aller chez Mme Pa- 

que le talent n a pas d héntaers". Les femmes savent mieux femdre, ^^^^^ ^,^g ^^^.^^ ^^^ ^^^.^ ^^^^^ 
La réunu.n J hier nu soir a don- se posséder et conduire une intrigue p^^ ^^ marque dans la confection 
né un dtm nti à c'tt;' for- que les hommes.— Dubay. des chapeaux. 
rtule I : .Ainsi pnrmi les étu- 
diants de mérite il y avait Louîs-Al- Sans les femmes, les deux extrémi- Mme PAGEAU, 
phr>nw Pouliot, qui npnnrtient à une tés de la vie seraient sans secours, et 7(^9^ j-yg Sainte-Catherine Est entre 
famille rlnnu laquelle, de père en fils, le milieu sans plaisir.— J.-L. Mabire. les rues Panet et Plessis 



LE JOUllNAL DE FRANÇOISE 



313 



CON 



INDIEN 



LA PARJURE 



AU rythme lent do la ballade, le 
bébé de bronze, aux grands yeux 
de velours noir, s'était endormi sur 
une fourrure, près du feu chétif dont 
les flammes T éclairaient de lueurs fu- 
gitives. 

Silencieuse alors, l'Indienne se leva, 
et vint soxilever le lambeau de cuir 
qui fermait la tente. 

Au dehors, la nuit calme et lumi- 
neuse des étés septentrionaux, s'éten- 
dait sur la nature apaisée. 

L'atmosphère' extrêmement lucide 
avait, par une étrangeté fré- 
quente sous ces hautes latitudes, dé- 
truit les lois de la perspective, et 
sous la patine bleutée, que la clarté 
de la lune mettait aux choses, les pre- 
miers plans et les lointains apparais- 
saient avec un égal relief. 

Le spectacle était singulier, à part 
la diversité des flores on eut juré 
une aquarelle japonaise. 

Mais le charme de cette vie mer- 
veilleuse ne semblait pas avoir d'em- 
prise sur l'âme fruste de l'Indienne. 

Tout droit, ses yeux allèrent au 
grand lac, dont les courtes vagues 
bruissaient sur le sable. 

Elle regarda anxieusement... 

Pas une pù'ogue sur l'immensité 

Rien que des lumiètes frémissantes, 
qui se jouaient au dos des vagues. 

Elle écouta, croyant avoir perçu 
une vague cadence de pagaie... 

Ce n'était que le sourd murmure 
des eaux, puis là, sous la tente, les 
vagissements du bébé qui rêvait... 

Un temps indéfini s'écoula, très 
long peut-être... 

L'Indienne avait gardé sa pose an- 
xieuse, vibrant à des bruits imagi- 
naires, espérant toujours que là-bas, 
du fond du lac, le canot d'écorce de 
son époux, allait surgir. 

Les teintes bleues du Levant ont 
pâli à la longue ; le lac est demeuré 
désert. 

L'enfant qui s'éveillait a rappelé 
l'Indienne sous la tente. 

Elle a ranimé le feu presqu'éteint, 
et repris la ballade au rythme lent. 



Machinale, sa voix redit les mots, 
tandis qu'un songe anxieux occupe 
son esprit. 

La longue et vaine attente de son 
époux l'emplit d'un effroi, immense... 
Elle fait le compte, sur ses doigts, 
du nombre de soleils qui se sont cou- 
chés depuis son départ... 

Elle en trouve sept... sept longs 
jours passés solitaires dans cette 
baie déserte où le mépris de sa tribu 
l'a reléguée avec son époux, un visa- 
ge pâle, venu des contrés de l'Est, du 
là-bas si lointain, dont l'existence est 
une légende et un mystère. 

"Car Minehaha a commis cette in- 
sulte à sa race." 

"Elle a pris pour époux un hom- 
me blanc." 

"Elle a brisé le cœur du jeûna bra- 
ve qui l'aimait." 

Sur ce thème, le barde de la tribu 
a déjà composé une longue ballade, 
que les jeunes squaws, chantent en re- 
venant de la pêche, au crépuscule, 
dans leurs canots d'écorce. 

"Honte soit sur elle, et qu'on la 
bannisse d'avec les siens." 

...Elle a quitté le village natal avec 
son époux et ils soYit venus dans 
cette crique déserte, abriter leur 
union réprouvée... 
Un... deux... quatre... sept soleils 
Qu'importe à Minehaha le mépris 
qu'on lui prodigue... Elle aime le Vi- 
sage Pâle et l'amour que celui-ci lui 
montre lui semble une compensation 
magnifique. 

Depuis deux étés ils vivent heu- 
reux... et dans la paix tranquille de 
leur union, Minehaha a tout oublié... 
tout... même les menaces du fiancé 
trahi, qui l'effrayaient si fort au dé- 
but... 

Les jours ont passé dans une féli- 
cité parfaite, qu'a encore accru un 
jour, la venue d'un bébé de bronze 
clair, aux grands yeux de velours 
noir. 

...L'aube est venue, avec des ga- 
zouillis d'oiseaux invisibles... 

Obstinément, l'Indienne refaisait 
toujours le rompto qui l'anToifioait.. 



couchés depuis le départ de l'époux 
dans sa pirogue, chargée de poissons 
qu'il allait vendi-e au fort -voisin.... 
Depuis deux soleils il devrait être de 
retour... 

Dans l'esprit de Minehaha, peu ha- 
bile à analyser ses sensations, des vi- 
sions funèbres s'évoquent confusé- 
ment... 

Elles pressent qu'un malheur a dû 
survenir... Que peut-être son époux... 

Mais non, cela n'est pas... Tout à 
l'heure le Visage Pâle va revenir, en 
chantant à pleine voix selon sa cou- 
tume des ballades de son pays... 

Et puis dans sa pensée, un voile 
mystérieux se déchire... Soudain, 
l'Indienne a conscience du parjure 
commis en répudiant le fiancé de sa 
race. 

Oh! si le Grand Esprit qui réside 
là haut par-delà les nuages allait 
donner une sanction aux paroles pro- 
phétiques du vieux barde! 

"Puis, un jour, la Face Pâle, le 
cœur désenchanté reprendra le che- 
min du pays où fume la hutte de ses 
pères et Minehaha la parjure demeu- 
rera seule... seule..." 

Et la douce ballade, la ballade 
berceuse au rythme lent, qu'elle mur- 
mure s'entrecoupe de sanglots étouf- 
fés.... 

Au soleil couché, Minehaha résolu- 
ment a pris le chemin qui mène au 
fort en serpentant le long des eaux 
bleues du lac. 

Elle veut savoir... l'incertitude est 
trop cruelle... 

Mais point n'a été besoin pour elle 
d'aller jusqu'à l'établissement des 
blancs ; à mi-chemin elle a rencontré 
deux indiens de la tribu, qui ont ri 
en la voyant. 

La honte au front, elle a osé inter- 
roger tellement l'inquiétude la tortu- 
rait... 

Et ce qu'elle a appris l'a jetée sans 
force, à demi-inconsciente sur le sol, 
tandis que, dans leur haine satisfaite, 
les autres s'éloignaient en continuant 
leur rire... 

Oh! honte... jamais plus elle ne re- 
verra son époux blanc... 

Pauvre d'elle qui a cru les serments 
faits d'une langue menteuse... qui a 
parjuré sa foi pour un félon... Oh! 
honte... honte... 

Avec des détails, dont la précision 
cruelle ne lui permet, hélas! d'être 



in* 



LE JOURNAL T)E FRANÇOISE 



iiH-mliile. Ii>s Iiuiicns lui ont appris 
<!'; IV Pâle avait nfiris, l'a- 

Vi: ■, la route du sud avec un 

convoi de gens de sa raoe... 

Il est parti alors que Minehnha, 
son t'|H>use, l'attendait rame jingois- 
sée, en chantant des Iwillndes pour en- 
dormir leur fils, le bébé de bronze aux 
•n":«ti<ls yeux de velours noirs... 

IK' honte et de douleur, l'Indienne 
a enfoui son visage dans a^s mains, 
et dos larmes brûlantes filtrent entre 
ses doigts... |x>ndant que les paroles 
du vieux barde chantent, ironicjues, 
k ses oreilles... 

"Puis un jour la Face Pâle, le 
ceeur désenchanté, reprendra le che- 
min du piiys où fume la hutte de ses 






"Et, Minehaha, la parjure, demeu- 
rera seule... seule... et elle deviendra 
la risée des petits enfants et des fem- 
mes..." 

Jean de Nobon. 

I>>gal { Alta ) , décembre 1907. 



I 



I 



notes sur \à mode 

L'échuncrure ou plutôt le décolle- 
tage des robes du soir s'encadre avec 
lx>aucoup d'a\antage a\ec de la four- 
rure. Naturellement, cotte fouprrure 
ne devra pas être épaisse et ne dé- 
passer la robe que d'un filet. 

Les tulles à pois sont la rage du 
moment. 

I>^ broderies de fjcrlcs en verre, les 
perles tubulaires, les paillettes mé- 
talliques un peu de toutes les cou- 
leurs yami.ssent avec chic les robes 
habillées. 

Im .soutachef braid) est très à la 
mode ; on en garnit autant que l'on 
peut les robes de draps et même d'un 
tissu plus léger. 

ÏAy manches vont toujours se ré- 
trécissant. On fera bien de les sur- 
veiller dans la confection de nouvel- 
les toilettes. 

A Berthe (.'.—Mettez des bn-telle^ 
en dent«5lle sur votre blouse de soie. 
Ce sera charmant et léger.— Des pe- 
tit* plis froncés sur les hanches utili- 
seront ce que votre viiille jupe a de 
trop large dan» le haut, tout en lais- 
sant an bas toute son ampleur. 

Cigrarette. 



^ notre Teuillefon ^'' 






^Sg^. ^. >g. J!^. ^ .g: .^v^ .^^ ^Jq. 

^* xï ^^^ 5P^r^ sP^?^- '^* 



Nous coimu«iii,'o'>s, avec ce numéro, la publi- 
cution d'un roiiinn, «lUe rmitcur, M. Jean 
Sninl-Yves, nous a '«"•■ 'o grand honneiu- de 
nous adresser spfcialeinent vour le "Journal de 
Françoise". 

La "Iloutc s'achève", — tel est le titre de ce 
livre, — c'est, comme le dit justdment l'auteur, 
dans sa lettrc-prctace, une œuvre do "volcoté 
Vers le 'bien",. l'iorre <Jfl Lestrac a hérité do sa 
uiOre, un cu'ur sensible et délicat. Apriïs un 
fuiiour désenchantciir, il s'applique il s'oublier 
lui-niïnue |>our n'être plus qu'aux malheulreux, & 
faine !e bien, profe8so-t-il, "c'est la vraie di- 
gfnité de la vie ". 

C'est assez dire quels nobles et g&néreux sen- 
timents animent et le héros et l'auteur. 

Si .leah Saint-Yve» n'est pas assez connu au 
Cana<Ia, nous ne doutons pos que "La Houto 
s'achève" lui établira parmi nous la soilide et 
(>rillanto réputation d'écrivain dont il jouit de- 
puis longtemps dans son pays. 

L'aubnir de "La Route s'achève", ouvrage 
courcuiné l>ar l'Académie, est memibre de la So- 
ciété des Gens de Lettres, et a déjà, écrit plu- 
sieurs livivs, entr'auluxîs: "Le Komaji d'uti Of- 
ficier", "L'Ktape silencieuse", etc. Le "Cobres- 
IKjndant" doit publier incessamment un dernier 
roman tu'il vient de terminer à la demande de 
cette imfiarta'nte revue. 

N'oublions pas de mentionner un autre livre 
qui a fait sensation, intitulé: "Sur les côtes 
de la Meuse", imipressions d'officier, et pour 
le<iuol Jules C'iaretie a écrit une préface émiou- 
vanie. 

Nous aimerions & reproduire les critiques élo- 
gicuscs qui ont sailuË "Lai Route s'achève", dès 
sa publication. 

t'itoiLs au knoins 'luelques ligiies extraites d'un 
long article de Marcel Balllot, dans le "Figa- 
ro" : 

"Dans un très iteraonnel et tr.'s agréable ro- 
man, M. Jean .Saint-Yves, qui n'est pas Un in- 
connu |>our les leotlJUTS du "Figaro", nous an- 
nonce que la "lloute s'achève" Il se propo- 
se en effet <Ie concilier, — ni plus ni niiolns — la 
ihjclrino de Niel/sohc et celle de Tolstoï. Kap- 
prochemcnt asst^z iniprévu, d'dû Pierre de LcS- 
trac, le héros du livre, va tirer sa conception 
toute chrétienne et toute 
vie " 

M. F.mile Faguet, dans 
ecrH : 

"Cela est iilcin de talent... 
|>énétmiits et une dme à la fois virile et ten- 
dre... C'est un tria beau livre commue i)ens6e gé- 
nérale et oonune sentiments." 

M. Maurice Dommy écrit a l'auteur: 

" -'e viens de terminer •"La Route s'achè- 
ve", qui eet un livre très noble. Ce Pierre de 
Lestrac cet un joli tyr« d'officier français. J'ai 
Idée qu'il Vous ressemble commei un frère..." 

M. ra«l Marguerite dit: 

"J'ai lu "La Route s'achève"... Très siraoère- 
mcnt le vous renouvelle mes compliments. Il y 
a dans ces tableaux un sons personnel, une 
«motion qui vous est propre, et unn acuité de 
vision qui eut frappé F'.dmomd de honcourt, si 
épris de ce qu'il appelait "la vision directe..." 

Nous avons assez cité pour préparer nos lec- 
teurs à la fête Intel le<5tuel le que leur prépare 
"La Route s'achève". 

I>«n« ce roman, nous suivrons une tihèse «ym- 
P*thlqoe nr un wjet militaire et social, en mê- 
me temps que nous assisterons a ane descrip- 



tion saisissante ocs iiaysagcs du Sud-Algérien, 
l'ierre do Lestrac comimand»: un poste à lliskra, 
où il y a des palmiers ot des fleurs, mais où 
aussi, le désert qui le gluette lui imposera ses 
souffrances... 

Avant do terminer, nous sommes hourouae de 
reproduire l'hommagt de Jean Saint-Yves au 
puissant encouragement donné aux jeunes écri- 
vains par une distinguée amie de notre jour- 
nal. 

"Je dois, Tious a-t-il écrit, à Madame Adaim, 
le plaisir de me voir Imprimé pour la ëpremiiè- 
1-e fois avec l'Agha de Tagguith." 



orthoddxe de sa 
'Revue latine". 
L'auteur a des yeux 



la 



Kemerciements 

M. Avila Perrault, gérant de publicité de la 
"American Tobacco Co. of Canada", nous a 
fait le plaisir de nous adresser, â, l'occasion du 
Jour de l'An, une magnifique reproduction, en 
couleurs, délicieusemooit encaJdrée, d'une des oeu- 
vres de notre artiste canadien, M. Julien, inti- 
tulé: "Golng to thc market". 

Rien, assurément, ne pouvait nous être plus 
Bgréal>le et nous sommies reoonnaiseante à M. 
Perrault de salgénéreuse et délicate art-tcntion. 

I»armi les jolis calendriers adressés au "Jour- 
nal de Françoise", mentionnons ceux de la Ban- 
que d'Epargnes de la cité et du District de 
Montréal, La SaAivegarBs, la Western Insuran- 
ce Oo., L'Association des Immeu'bles, et celui 
de MM. J. Oalreau '& Oie, pâtissiers en gros, 
<iont l'alléchante illustration fait rêver de fon- 
dants et de giâteaux. A tous, nos ramiercie- 
ments. 




" La Réflexion mûrit la pensée" 

C3 . . L_J 

Pour vos Prescriptions 

Des «SBiBtants d'expérience et un labora- 
toire bien aménagé dans chacune de nos 
trois pbarmacieB vous assurent 'leur bonne 
préparation. 

Pour Aocetsoires de Pharmaoiesi 

Nous avons les dernières nouveautés, tels 
que Limes pour les ongles, Houppes, Arti- 
cles en cuir, boîtes de toilette, etc., etc. 

Parfumerie et Chocolats 

Les Parfums les plus nouveaux, comme 
d'habitude se trouvent à la pharmacie de 
Henri Lanctôt, angle des rues St-Denia et 
Sainte-Catherine ; Bonbons, Chocolats de 
McConkey, de Lowney, en boîtes ordinai- 
res et de fantaisie pour les fCtes. 

Trois Pharmacies : 
529 rue Ste-Catherine, coin de St-Denie. 
820 rue StLaurent, coin Prince Arthur. 
447 rue St-Laurent, près DeMontigny. 



LE JOUKNAL DE FRANÇOISE 



Sl'ô 



'M^4-4-4-M-<î-M-4-M-M-M'<M-^--M-4->^ -M^4-<H«M-4-M>4-M- 4> ■M'-M^M^^-^^M^M-^- -M-<M>4>4^-M^4H>-M-4- -M"M-<M-4"M-î-^<» 




LE POETE DE L'" HABITANT" 

. WILLIAM HENRY DRUMMOND 

(Enregistré conformément à l'Acte du Parlement du Canada, en l'année mil neuf cent sept, par " Le Journal de François 

au bureau du Ministre de l'Agriculture) 



f 'M^M'^-M-^'^-^-^M-^ ■«►>-M«M-4«H>'^-M> <^^<HM^^^^^4--^^^ 




( Suite ) 

Un type bien amusant, clans sa vanité de rustique 
mal dégrossi, est le Canadien retour des Etats. 

Je ne veux pas insinuer ici, que le contact de nos 
entreprenants voisins est forcément néfaste à l'Habi- 
tant. 

Beaucoup y ont gagné la somme rondelette qui 
leur a permis de lever l'hypothèque qui grevait leur 
terre, et parfois aussi, des connaissances utiles. 

Mais, très souvent, ils s'en sont i-evsnus pas plus 
riches d'argent, bouffis de vanité, la cervelle gonflée 
de théories mal digérées qui en font de véritables gro- 
tesques, jusqu'à ce que les quolibets de leurs conci- 
toyens restés au village et qitekjues ridicules décon- 
venues les aient débarrassés de ce vernis de mauvais 
aloi. 

La première chose qu'ils perdent, c'est leur nom. 

Drummond nous égaie avec les aventures de son 
Jean-Baptiste Trudeau devenu John B. Waterhole ; 
cette transformation n'est pas une charge. 

Noël Viens se change aux Etats en Christmas Co- 
ming ; Thomas Boileau en Tom Drinkwater ; et Jac- 
ques Vachon en Jim Cowan, etc. 

Sa langue devient un assemblage plus extraor- 
dinaire que celle employée par Drummond, et il n'a 
pas d'excuse, car s'il lui est permis de massacrer 
l'idiome du voisin, il est impardonnable de torturer 
le sien propre. 

Que dites-vous de ce français ? 

"Je cours chez le plombeur, les waterpipes sont 
toutes bustes". 

Ou encore : 

"Va donc cri le p'tit boiler qu'est sur le stove dans 
la Room d'en haut pour le cleaner". 

Quand le pauvre Buies entendait de pareilles hor- 
reurs, il entrait, dit-on, dans des rages épiques, et il 
avait raison. 

C'est à la conservation de leur langue que les Ca- 
nadiens doivent d'être restés une nation. 

Ils devraient donc la garder, jalousement, pure de 
tout alliai/e. Car, comme l'a si bien dit, Frédéric 
Mistral, notre grand poète provençal : 

"Qui tient la langue, t.ient la clé qui de ses chaînes le délivre." 

Drummond nous fait de Jean-Baptiste Trudeau dit 
John B. Waterhole, la plus joyeuse caricature et la 
plus \ raie car il évite soigneusement la charge et res- 
te malgré tout bienveillant pour son modèle. 

Voici ce qui advint à John B. Waterhole. 

Wen 1 was young boy on do farm, dat's twenty yoar ago, 

I havo waii frien' he 's leev ncar me, call .Jean lialtopsc Trudeau, 

An offen w'en wc ajo alone, we lak for spik abaut 

Do tam w'en wo waB comc bee^ man, -wit' moustache on our moiith'. 



BateeSe is get H on heea hcad, h«'3 too nnoche educatc 

i'or mak' de habitant farmerre — he better go on State — 

An' so wan sumaner evening we're drivin' home do cow, 

He's tôle mfi ail de ■vvbole beez-oiesae — jus' lak you hear me now. 

"W'a/t's use mak' foolish on cle farmV dere 's no' good chances lef 
An' ail de tam you be poor mian— you ■know dat's tru« you'ae'T ; 
We never get no fun at ail — don't never go on spree, 
Onless we pass on'noder place, an' mak' it some monee. 

"I go on Les Etats-Unis, I go dere right away. 
An' dem mebbe on ten-twelvo year, I be riche man sotoue day, 
An' w'en I mak' de large fortune, I corne baok I s'pose 
, Wit' Yankee lanmije fram oH de State, an' monce on my clotbes. 

I tole you somet'ing else also — mion cher Napoléon, 

ï £t3t de grande majorité, for go on parliame-nt, 

Den buil' fine "house on borltle l'eau— iiear w'ere de church is stand, 

More fincr dan de Presbytère, w'en I am corne riche mian!" 

I aay: "For w'at yciU spik lak dat? you must be gono crazee, 
Dere 's plaintee fellor on de State, more sœarter dan you be, 
Beside she's not so healtee place, an' if you mak' l'argent, 
■V'ou apen' it jus' lak yankeo man, an' not laki habitant. 

"For me Bateese! I tole you dis: I 'm vory satisfy — 
lie bes' man ddn't leev too long tam, some day lïa Gosh! he die — 
An' s'pose you got good trotter 'horse, an' nioe tamniei Canadienne 
Wit' plaintee oin de house for eat. — W'at more you want ma frien'?'' 

But Batecse bave it ail mak' ulp, I can't stop him at ail, 
He 'B buy de seootode claSse ticjuette, for go on Central Fall, — 
An' mit' two-t'ree some miore de boy,— «î'at t'ink de sam' he do, 
l'alss on de train de very nex' wick, was lef Kivi,~-re du Loàip. 

Wall! mebbe f if teon year or more, since Batoese go away, 
I fin' mesef Rivière du Loup, -wan oole, cole winter day. 
De quick express she come hooraw! but stop de soon she oan. 
An' beeg swell feller" jomp off car, dat's hoss by nigger man. 

He's dressim on de première classe, an' got new suit of ctothes, 
Wit' ïong moustache dat's stickim out, de 'noider side hees nose. 
Fine gol' watch ohain,— nioe portemanteau,— an' long, long overooat, 
Wit' bcaver hat — dat's yankoe style,— an' rcd tie on hees t'roat,— 

I say "Hiello Bateese! Hello'l Comment ça v-a. mon vieux?" 
Hesay: "Excuse to me, ma fri^n' I t'ink I dom't know you." 
I say: "Sho 's very curis t'ing, you are Bateese Trudeani, 
Was ralse on jus' sam' place wit' me, dat's fifteen y«ar ago?" 

He say, "Oh yass dat's sure enough,— I know you now firs' rate. 
But I forget mos' ail ma French sinco I go ort de State. 
Dere'a noder t'ing tiring tfn your haad, ma frien' and mus lie tole 
Dere 's Bates.sc TrudeaKi no more, but John B. Waterhole!'' 



Î16 



LE JOURNAL DR FRANÇOISE 



■•llu*d M *0 ««itM-"»" lou«y luuuv (or uiau «al s o»U IVuile.vu, 
Ua Crica'B day •» w«» «plW l»k ««»t. »n' ' »"> '°'« ***"" *""■ 
II* a^ "Tr«a««i •«• W«t«-hol« ah* '» jus' «bout de «ai»' 
\n it >..u co lor 1*» on SMto. you niust h«ve Yan' ee nom'.' 

IWa «« mvlia iMam oomawlt' u». "Ilolel du Caii»ita»", 
«■«(a ha wa« Xrt*t moa" e»"ry Uni, lii»l cant taW w'isky blanc, 
II* a^ d»t"a toaOa mitons toT man jus" conw oft IViitm» VaU. 
1 ■ "tabwc CTUïBv---' '--'amnie! he w-<>ii't Miaoke ilut at ail' — 

lUn («tacy drlBk lav ■ i^'iiong» John ' •)« vmiiv Ikj |ml il itown. 
»u UMf taa stae* I dou't aea d»t.— I fink hes goiu' drown!- 
A«' Km cigtu ctm' «»• oeol M«h. an" ni«k" an Trols-Uiviùrcs. 
L'airfhBt! ha maoku Uttf ptl« of dom — (or uioiiee fcc ikm"t cane! — 

■.:É 

I a"poa»' Baaefl il'a t'fcc o'clock w'en w« arc t"ruio dat nigbi, 
IhkiMM. baa* foidw oome for heem, arn" lak" liccm home ail right, 
l'a ola man aay B«tae«e aitik Krench, w"i-n he la place on ■Wd— 
An' ««y tau word— but Wen t» «-akc-^orget it on becs h<!«d.— 

«alll Ail dfl winter w"eiiwa have aoirte dat'a «raode afraire, 
Itaiecae Trudrmu, dit «aterholr. he be de boaa man dere,— 
Voa tml ha hâve be^ takn. but w'm de apring ia corne encore, 
Ile"a buy da premièra claWe ti<juette for go on State some moTo. 



\ ou memlar w'en de hard lani come on If Etats-Unis, 
An" plaiotM Caoayena («baok tor stay deir o«-n contrée? 
Mail! iua' about "<l«t tain again, I go Kivi»re du Loup, 
for «Ole me two t"ree load o( hay.— ma4" lectlc viait too.— 

I»e frei(ht train ahe ia jua" arriv»— only ton hour delay,— 
Hbe'» naver carry paaaenKsIre— dat'a w'ait dey «Iways say,— 
I w« poor maa on cbar ca lK>o»e— he's p>t heem small valiae, 
l>-KoahI é nawij tak' da fit.— Tt is...— it la Bateese! 

Ile fcoow BM Tary wall dia tam. an" say "Bon)our, mon vieite, 
I hopa yoa know Patc aa » Trudeau was educate wit' you ; 
I 'm iua' coma <Stt de State to aee ma («milec encore, 
■ boa' maaef on Central Fait.— I don't «o Uere no more." 

"I got no mooae — iiot ^l ail — l'm broke it up (or sure — 
rat"a lodky t'tiiK, NaCmlton, de hrokaman Joe I.Atoair 
H«'a eooaln at wan (rien' o( me call Camille Valiquette, 
Coadactor too'a good Can^yen — doo't ax me no titjnette." 

I tsk" Hatmae wit' me once more "Hoitel du Canadaw" 
An' ha «Maa (laid (or get de chaaioe drink aome good w'iaky blanc! 
up. an den he est n>oa',ev"ryt'ing be see. 



Oat'a warm 

I wartck de w'ola 



e'f — Honjeel hc waa hongroe! 



Martaiiia Cbaratta wat'a kip de place get very nwch excite 

For aaa d* maay pork an' bean nateeae put out o( aif^ht 

Du pain dorC — polate pi« — an' 'noder t'ing ho dere 

nut w'rn nateeae ia f»t beem froo — dey g« I don't know w'ere. 

Il <i< ni 't Ions lor tôle de nawa "Batee«e oome atf de State" 
Aa' purty aoon we bava neog erowd, lak village abe'a en M» 
lionhrfnme Maxime Trudaau beae'f, be'a comin' wit' de pries' 
An' paaa' beem on da "Room for eat" w'ere he ia aee Hatoo». 



I>an «T'ry» ody («H H «lad. for watch de embr 
An' MoMby da ola man kpll" "H^teeae you hene for atay?" 
RatcM» ka'a cry lak beeg belié. "IJà, /'veux reater ici. 
An' >( I aavVr aee da StaU, l'm ■ure I doa'-t cai« — me." 

•Torrre'." Maxime la aajr right ait, "T place you on de farm 
For batp ycmr poor aie (adcf. wwa't da you too nwirtip harm 



l'hase couio wit' me on mmrasin, 1 fecx you up — bi\ oui. 
An' de»n you"ro rcady for gc home an" soe de familiee." 

Wall! n'en de oie mian an" Ilateosc come M de Maç(asin, 
Batcese is les' hccs yankee cl-uthes — he's dress lak Canaydr» 
Wit" iKiltcs sa«vagKS — ceinvui-e (léchfc — an' oa&t wH' capuchon. 
An' s|)ik fra«(,nis au natui'i-l, de sam' as habitant. 



1 sec Hatcese de oder day, tic's work liocs fadcr's plaœ 

I t"i«»k mese'f he's eatis.y — I Sec dat on hees face. 

Ho say: "I got oo use tor Stalte, mwn cher Napoléon, 

Kcoeck .s-he's good eneyugh for me, ^ Hocraw for Canadaw." 

Une autre pièce d'aussi bonne venue est: "Mon frè- 
re C-dnille" retour du Mexique où il était deven i, di- 
sait-il, toréador. 

Pour montrer à ses compatriotes, ébahis, ce qu'é- 
tait une course à l'Espagnole, il emmanche un cou- 
teau au bout d'un bâton, et part en guerre contre un 
petit "Taureau de quatre piastres", qui ne désirait 
(|ue la paix. 

Mon frère Camille, en présence d'un ennemi aussi 
débonnaire, se sent enflammé d'un courage surhumain. 

Malheureusement, il avait compté sans sa superbe 
cravate rouge. 

Aussitôt (lue le petit "Taureau de quatre piastres" 
aperçoit cet ornement, il entre en fureur et charge 
mon frèi-e Camille, qui gagne la barrière la plus pro- 
che avec la rapidité d'un cerf. Pas assez vite toute- 
fois, hélas! 

La tête du petit taureau vient en contact avec la 
partie la plus charnue de son individu, et, il est pro- 
jeté dans les airs, d'où il retombe couvert de honte 
et débarrassé de sa fausse gloire. 

yi quel(|ue ironie se cache sous la gaieté du vers, 
c'est une ironie sans méchanceté. L'original ne sau- 
rait (|u'on rire. 

Ceci nous amène aux pièces humoristiques qui 
sont nombreuses dans Drummond. La plus célèbre'de 
toutes est : "Le naufrage de la Julie Plante", nui a 
été récité, reproduit et même chanté d'un bout à 
l'autre du continent américain. Plusieurs cercles nau- 
tinues en ayant fait leur chanson do "Club". 

L'histoire de ce poème est curieuse. C'est une des 
riremières œuvres de Drummond, qui était tout jeune 
homm.i quand il la composa. 

De nombreuses copies s'éparpillèrent de côtés et 
d'autres. Et l'auteur étant inconnu à l'époque, cer- 
tains conteurs, peu scrupuleux, se firent une réputa- 
tion locale en s'en attribuant la paternité. 

Quand l'Habitant parut, la Julie Plante, au re- 
bours de "l'Enfant trouvé", avait trop de pères. 

Une polémique violente s'éleva entre Georges C. 
Rankin et Edward Sandys, rédact<>ur au "Outing". 

Mr Georges C. Rankin pjjptendait que le naufrage 
de la Julie Plante était l'œuvre de Mr. Frank Mor- 
ton, agent du Michigan Central, à Détroit, et, que 
le lieu, où ,qe serait passé l'incident qui a servi de thè- 
•■• !•< nièce, 9?rait le Lac Saint-Clair et non pas le 
Lac Saint-Pierre. 

La première strophe aurait dû se lire ainsi : 

On wan dark nlght on lao Satot Claire, 

Do Win wua AjIow, blow, blow! 

Whfïi de crcw of do 'ood »kow Julie Plajnte, 

fîot Bkarod and run below — \ 

Fur de win wua tjkow lac burrceean 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



317 



lîanbye she's blow some more, 

When th© skow ijuss hup juso off Grosse Pointe, 

Wan acre from de shore. 

La chanson, car c'était une chanson, aurait été 
chantée, pour la première fois, en 1869 ou 1870, à Dé- 
troit sur l'air : "Blow yc winds of moming, Blow 
ye winds heigh". 

Dans l'hiver de 1884-Sô, Mr Rankin écrivit une cour- 
te pièce intitulée "l'Habitant" ciui fut jouée à Mont- 
réal, dans l'été de la môme année, au Montréal Théâ- 
tre, dirigé par Mr William Lytell. La chanson était 
int«rcallée dans la pièce, avec des modifications qui 
la rendaient conforme à la version de Drummond. 

Ultérieurement, cette courte stiynète fut transfor- 
mée en une pièce en quatre actes, dont le manuscrit 
fut volé à Mr Rankin et cjui fut représentée sous le 
nom de "The Ganuck", ( terme de mépris par lequel 
les Américains désignent les Canadiens ) . La chanson 
s'y trouvait encore. Conforme à la version de Drum- 
mond, et MabelBurt remporta un gros succès avec 
cette Ijallade, qui est d'ailleurs la seule chose intéres- 
sante de la pièce. 

Le docteur ne se donna pas d'autre peine, pour 
répondre à ses détracteurs, que de continuer à pro- 
duire en dialecte anglo-canadien de charmants poè- 
mes, dont beaucoup sont bien supérieurs à la Julie 
Plante. 

C'était la meilleure riposte. 

De leur côté, ils n'avaient qu'à en faire autant. 

Ils se sont tenus cois, donc ils avaient tort. A 
l'œuvre on reconnaît l'artisan. 

Si tout le monde est d'accord pour ne plus con- 
tester à Drummond la paternité de cette pièce, la 
discussion continue sur la question de savoir quelle 
jst la vraie version : les Bas Canadiens veulent "Lac 
Saint-Pierre", 'mais les gens de Détroit tiennent à 
"Lac Saint-Clair'^ et à "Grosse Pointe." 

Certains des arguments donnés en faveur de leur 
prétention méritent d'être cités : 

"La situation du Lac Saint-Pierre est une pure colnjecture. Cer- 
tains prétendent qu'il est situé dans le Minnesota. Cependarit les 
cartes de cet Etat n'en font pas mention. . 

Par conséquent, c'est une nappe d'eau insignifiante qui ne peut 
flotter aucune barge à bois. S'il y a là quelques lbarg(es, ce sont 
simplement de ces petits bateaux que l'on miène à laJ perche dans les eaux 
I>ar conséquent, qui n'ont jt ni mâts, ni voiles, ni cabines, ni "cooika"; 
peu profondes, mais qui o'onamais pu prendre &. bord en cette capa- 
cité la pauvre Rosie. Certains vers, qui parlent du canal de Lachi- 
chinc, pourraient induire à penser que le Lac Sai-rit-Pierre aérait 
peut-itre une des expansions dU Saint-Laurent, et en particulier, 
celle Que l'on appelle "Lake St. Peter". Si c'est cela, ce n'est vrali- 
ment pas bien remarquable comme lac, puisqu'il n'a guère que 30 
milles de long par 10 de large dans sa plus grande largeur. Les mia- 
telots et capitaines de barges ne devraient pas avoir grand plaisir 
sur une telle nappe d'eau. Il faut admettre qiae les paroisses fran- 
çaises sont nombreuses sur ses rives mais le trafic des barges y 
est Sans importance." 

Et là dessus, ils entament les louanges du Lac St- 
Clair. Je n'ai aucun mal à dire du lac Saint-Clair ; 
il a toute ma sympathie. Mais les gens de Détroit 
devraient savoir que le" Lac St-Pierre, qui, comme 
par hasard, se trouve être la même chose que le 
"Lake St Peter," fait partie du Saint^Laurent, et 
que sur cette "insignificant sheet of water", il y a ime 



foule de petits bateaux qui vont sur l'eau, et même 
grands, beaucoup plus grands, que ceux qui sillon- 
nent le Lac Saint-Clair. 

Voici d'ailleurs, le brandon de discorde : 

A LEGEND OF LAC ST. PIERRE 

On wan darti nigiht on Lac St. Pierre, 

Do -win' t/be blow, blow, blow, 

&ot scar't an' ruin below — 

An' de crew of de wood scow "Julie Plante", 

For de win' she blow lalk hurricane 

Bimely she !blo"w* some more. 

An' de soow bus' up on Loue St. Pierre, 

Wan arpent from de shore 

De oaptinne walk on de fronte deelr. 

An' walk de hin' decfc too — 

He oall (ïe crew from up de hole 

He call de cook lalso. 

De cook she's nataae was Rosie, 

She como from Montréal, 

Was chajnjbre niaid on lumlber barge. 

Onde Grande Lachine Canal. 

De win' she blo^v from( nor'-eas'-wee' , — 

Do sout' win' slhe blow too, 

W'en Rosie cry, "Mon cher oaptinne. 

Mon cher, w'at I ahall do?" 

Den de oaptinne t'row de big ainlierTe 

But still de scoiw she dreef, 

Do crew he oain't pass on de shore, 

Becos' he los' hees skecf. 

De night was dark Iak' wan blaok cat. 

De wave run high an' fas', 

W'eB de oaptinne taik' de Rosie girl 

An' tie her to de mas'. 

Den he also tak' de lite préserve. 

An' jotoip off on de lak'. 

An' say, "Good-fbye, ma Rosie doalr, 

I so drown for your sak'." 

Nex' mornîng very early 

'Bout ha'f — pas' two — t'ree — four — 

De capti'nne — scow — om' de poor Rosie 

Was corpses on de shore, 

Por de win' she blow lak' hurricane 

Bimely *e bloiw some more. 

An' do scow bus' up an Laïc St. Pierre, 

Wan' arpent from de shore. 

MORAL: . 

Now ail good w-ood scow sailor man 

Taik' warning by dalt storm 

An' go an' ma.rTy some nico French girl. 

An' leev' on wan beeg farro. 

D|a win' can blow lak' hurricajne 

An' s'pose sho' blow some more, 

You can't got drowtn on Lac St. Pierre 

Sa long yoiu stay on< shore. 

Cette piécette héroï-comique est certainement ré- 
ussie, mais la popularité dont elle jouit en Amérique 
est surfaite. 



[('là. suivre)' 



Pierre Lorraine 



318 



LE JOtIBNAL DE l-^KANÇOTSE 




DEPtlS U.iigU-mps javais fait le 
projet d' al 1er on tendre une mes- 
se de minuit à la campagne. 11 me 
taniait d'écouter à nouveau ces airs 
si U>uchant8 de nos ctuiUtiues d'an- 
tan tjue lo modernisme de nos maî- 
tres do chapelle a chassés de nos égli- 
ses de ville, et de concert avec une 
jeune Montréalaise de mes connais- 
sance, Josette 1)., à t|ui le projet sou- 
riait fort, nous primes le train-ex- 
prei<s le '£\ détiembre 1905, à midi, 
pour nous rendre à destination, par 
une journée pi<juante et ensoleillée. 

L'amie qui nous avait si cordiale- 
ment invitées, Marguerite V., m'a- 
vait écrit «luelques jours aupara- 
vant : 

"Je t'ai préparé une messe de mi- 
nmt comme tu les aimes. Nous n'a- 
vons rien omis depuis le solennel 
"Minuit chrétiens" chanté par une 
belle v«>ix masculine au timbre so- 
nore, jus({u'au cantique si simple et 
si frais de "A son berceau", exécuté 
par un chœur d'enfants de 6 à 12 
ans . 

,La perspective était alléchante, et 
ma compagne de \-oyage. Montréa- 
laise pur-sang, qui n'avait jamais 
eu l'occasion de se trouver à pareille 
fi'te en battait des mains avec en- 
thousiasme. 

Nous arrivâmes à L. Vers les sept 
heures du soir, nous entrâmes en ga- 
re à la clarté de la lune et sous un 
ciel étoile. Un accueil chaleureux 
nous attendait, et pendant que no- 
tre carriole filait au trot de deux 
mognifiquefl chevaux, faisant crier 
■oufl leurs fers la neige crissante, au 
milieu d'un bourg (ju'on devinait jo- 
li et c«K|uet «OU8 le blanc nxanteau 
qui recouvrait le toit de ses maisons 
illuminées, ma eompatrne de voyage 
ne cessait de |M)UH!«»r des exclama- 
tions de plaisir. 

Mais, a? fut birn autri' chose quand, 
découvrant l'habittttion de nos hô- 
tes située sur une clé\'ation au bout 
d«i villncre. nous enfilâmes pour y 



aboutir, une aM-nuo bordée de sapins 
ciiargés de neige, à travers les bran- 
ches desquels passaient les rayons 
blafards de l'astre des nuits, pour 
déboucher devant une résidence qua- 
si-seigneuriale brillamment cclairéo. 
Une large <ralerie encn-clait la mai- 
son en arrière do laquelle coulait une 
petite rivière servant à cette saison 
de patinoir, le "Montagnard" privi- 
légié des enfants d'alentour. 

Josette au comble de l'enthousias- 
me, ne cessait de répéter : 

—Quelle place idéale, et que ce 
doit être joli ici en été, pendant que 
Mme V... nous souhaitait la bienve- 
nue avec cette cordialité si franche- 
ment affectueuse des gens de campa- 
gne. 

—Oh ! madame, qu'il fait donc bon 
vivre ici, continua mon amie, et com- 
me vous devez y être heureux. 

Un sourire illumina un instant la 
figure un peu austère de notre digne 
hôtesse, et il me sembla que sa voix 
avait une intonation émue lorsqu'elle 
répondit •. 

—En effet, nous y sommes très heu- 
reux. 

Elle l'avait bien gagné son bon- 
heur la pauvre créature car, elle 
avait été cruellement 'épiouvée par 
les pertes successives de tous bps en- 
fants dont doux seulement avaient 
échappé à la mort. Aussi entou- 
rait-elle d'un amour plein d'une sol- 
licitude cette fille et ce fils dont elle 
était si fière et à si juste titre. 

Les talents de Marguerite avaient 
donné encore plus qu'ils ne promet- 
taient, et l'intelligence du frère, qui 
venait de paaser de brillants examens 
de médt«ine, permettait aux parents 
de croire à un avenir qui s'annon- 
çait si bien. 

Ijo dîner fut gai et animé. Le doc- 
teur Laurent V... taquin, comme 
sont les frères de toutes les sœurs, 
ne cessait de décocher à l'adresse de 
la sienne certaines flèches révélatrices 
qui brûlaient 8<m é|>iderme sensible. 

Je savais depuis quelque temps 



qu'un tivocut ti'ès en \ue de Québec, 
dont la clientèle n'était pas Tine 
chose à dédaigner, visitait assidû- 
ment la maison hospitalière do la fa- 
mille V... Je ne savais au juste où 
en étaient les choses, car Marguerite, 
pour ([ui les affaires du cœur n'é- 
taient pas un sujet fa\'ori do conver- 
sation, contrairement à la plupart 
des jeunes filles, ne m'avait ja- 
mais initiée à l'état de ses sen- 
timents. J'avais toujours respec- 
té cotte réserve la comprenant trop 
légitime pour la discuter, mais je 
vous avouerai que la curiosité inhé- 
rente à mon sexe, et à l'autre aussi, 
pour être juste, était à l'affût. Oh! 
un affût tout amical, j'aimais 
beaucoup Marguerite, avec qui j'a- 
vais étudié aux Ursulinos, et tout ce 
qui pouvait lui donner du bonheur 
en était déjà un grand pour moi, 

Jo crus démêler dans les taquine- 
ries voilées de l'Esculape, que le mon- 
sieur en question, que Josette et moi 
étions si anxieuses de connaître, ne 
pourrait probablement se rendre à 
l'invitation qui lui avai^ été faite 
pour la Noël-ci, contrairement au dé- 
sir ((u'il en avait d'abord exprimé. 
De là découlait une longue tirade sur 
les désappointements dont la vie 
était semée, sur l'amertume de cer- 
tains réveillons où un être chéri— si 
près et pourtant encore si loin — ne 
pourrait prendre part, etc., etc. 

Ces badinages amenaient des sou- 
rires sur les lèvres de M. et Mme V... 
et nous amusaient, plus qu'on ne peut 
dire, Josette et moi. 

Marguerite, d'apparence impassible, 
avait pris le parti le plus sage, celui 
de ne pas répondre, et adroitement, 
essayait de donner une autre tournu- 
re à la conversation. Mais elle avait 
affaire à forte partie et le jeune mé- 
decin, sans paraître y toucher, ten- 
dait toujours à ramener tout douce- 
mient sur le tapis, par un mot fine- 
ment lancé, le sujet épineux. 

La mère de notre héroïne mit fin 
à cette situation embarrassante en 
levant la séance, et nous passâmes 
au salon où le frère et la sœur, doués 
de superbes voix, nous régalèrent à 
qui mieux mieux de chansons, duos, 
partitions d'opéras les plus connus, 
qu'ils rendaient avec un brio et une 
perfection rares à rencontrer chez de 
simples amateurs. 

—Marguerite, chanto-nous donc cet 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 319 

extrait tiré de l'Hérodiade de Mas- chef-d'œuvre de Massenet. Ses inflex- — Nous ne retarderons pas plus 
senet que j'aime tant, dit Mme V..., ions si douces à certains passages longtemps le dîner, dit Mme V^ Il 
Je n'ai rien entendu pour me plaire nous donnaient l'impression d'une ca- est d'ailleurs inutile d'attendre Mar- 
autant, cela me va droit au ccefur. resse fugitive que nous aurions vou- guérite dont les occupations sont 
" — Ti'cns, tiens, à toi aussi, maman, lu retenir. La dernière note nous multiples ce soir, et nous passâmes 
cela fait cet effet, dit l'insupporta- laissa sous le charme de cette musi- dans la salle à manger, 
ble Esculape, qui jouait ce soir-là en que enchanteresse et pendant que Plus le repas avançait plus je de- 
conscience son rôle d'enfant terriljle. nous félicitions notre amie de son venais anxieuse de l'effet que produi- 
Décidément le cœur dans notra famil- succès, son frère, dont les yeux rieurs raiji sur mon amie la vue du jeune 
le sera toujoiurs la pierre d'achoppé- n'ava,ient cessé de nous épier, s'ap- Québécois, et je me reprochais pres- 
ment. Dans tous les cas tu as rai- prêtait à décocher à sa. victime quel- que de n'avoir pas trouvé un moyen 
son de demander à Marguerite de iiues nouveaux traits de sa verve en- de la faire avertir de la surprise 
nous chanter ce morceau, continua diablée, quand la servante empor- qui l'attendait. Il me semble que 
le rusé docteur, car rien ne sam-ait tant le thé détourna la conversation, dans son cas, j'eusse été si reconnais- 
rendre l'expression qu'on doit y met- Nous nous séparâmes peu de temps gante à celle' qui m'eût aidé à sau- 
tre quand elle dit : après, heureuse de goûter un repos vegarder la dignité de mes senti- 
II est, bon, il est doux 1."« .^*^P* heures de chemin de fer jus- ments en me permettant de me com- 
Sa parole est sereine. tiiiaient pleinement. poser une figure dont l'indifférence 
ou bien : Nous avions été averties par Mar- n'aurait pas exclus la cordialité. 

Il parle, tout se tait. guérite que la journée du lendemain j,^^ .^^-^ là de mes réflexions 

Le ton, la mimique étaient si drô- sTvemenrcon sacré à"survemer leïïer- ^T^ ^"' ^^^ ,^^^^ T^^T "" ^^^* 

les que même Marguerite, qui fouil- nières répétitions de la messe de mi- «^t^^^re «ur la galerie. La porte 

lait rageusement dans sa musique nuit dont elle avait la direction, s'en t^ ^^TT""^-' ,^' P'"^? ^ 

pour trouver le morceau demandé ne remettant à son frère qui nous offrit *"' "^'V^ ^ T 7°f '^°" 

Dut «î'pmnpphpr rlp nVp ] 4. i ^ ■ i i nieuse de notre amie fredonnant : 

pux s empecner ae nre. galamment de nous faire les hon- ^qi . . u -i + j i' 

—Je ne sais pourquoi les frères ont neurs du village de L... et de ses en- ^, . ^; " ®s^/^°^^", 

été mis sur la terre, dit-elle avec un virons. . " f^^^ defou.rire nerveux me 

geste de désespoir comique. t ++„ ■ ' -j. • • saisit à la gorge et pour cacher mou 

* ,, . ^ wiiii^uc. Josette, qui n avait lamais vu une + „, i i •?.'=. \,^, , . 

--Mais pour nous fanre enrager, ma campagne québécoise, à cette saison, J,"""^'^"' ^' ^'' "^^^ ^f^ °^°"P^ ^ 
chère amie, repnt Josette toujours ^, cessait de s'extasiW sur ses beau- ^°"^ """ ^T" , ^'""^T^ "^""^ 
riant. Je m y connais, allez, moi qui ^^ M. V.... m adressait une question, 

en ai quatre. Tn j. -i -i i . • . Malheureusement, plus les pas se 

„ , — ;Jlst-il possible qu on puisse s en- i, • ^ 11 • j nr 

-Doucement, doucement, mesde- j. dans une camnaene comme '"PP.™"^'''''''*' Pl^s la voix de Mar- 

moiselles. lime semble que vous celle-ci me disait-elle en revenant ^""';^^ ^^"^'^^M' '^^'"'P^r'^- ^^''l'f^-^ 

vous montrez d'une ingratitude noi- ^^,.^ j.^ ^^^ l,,^,.^^ ^,^^^ hernie- r""" ' •''" ""TT T T'] f 

re envers ces messieurs. Les évène. j.^ excursion en dehors du vil- '"''''' ^""^ bouton de la porte, 

ments de tous les iours sont là nour 1 j. j» ^ »x j "^ous entendîmes distinctements ces 

Xi X 1. i-i-,. J""J-» o""" i'»' poiAJ- lage, au travers dune foret de sa- _ . , ,/ ,, ., , ,., 

attester l'utilité des frères pour les • v 1 i i. 1 mots chantes d une mamere plutôt 

uco ixcj.cn ijuui icn j-^g ^^^ branches ployant sous leur 1 • .• , u • • 

sœiu-s des autres frères. Ce sont des L^^^.,,, ui„„„ plaintive et avec une emphase sigm- 

prétextes tout trouves à certaines vi- ^^ j^^^^^e avait été légèrement me- ^'''^'' P°"" ^°^' ^^^' ^'^ ""^"°^'- 

sites, a quelques messages d apparen- ^^^^^^^ ^^-^ 1^ ^^-^ ^'^nnonçait *^''^^' " 

ce anodine, ete, etc, etc.. j^^U^ ^^ étoilée, une nuit comme on Oh ! quand reviendra- t-il, quand pourrai-je 

—Il me fait plaisir de voir votre aime à en voir à l'anniversaire de la [l'attendre ! 

expérience, fis-je, très amusée de ce naissance de l'Enfant^Dieu. Je me sentis perdue, et instinctive- 

^"Vf? P^^^^J*- , . Nos chevaux pressaient leur allure "^^nt, comme le noyé qui s'attache à 

■ V ^^P^^f"*^' ^ qj^e nous goug 1^ ^^^^ énergique du jeune mé- l'épave, je levai les yeux comme pour 

en ayons Marguerite et moi! ! ^^^^^^ ^^^ ^^^^^ ^^^^^^ ^^ ^^^^^^^ ^^ chercher un secours dans ma détres- 

11 était impossible de garder son le dîner, ce soir-là, devait être avan- . ^e- Mal m'en prit car je rencontrai 
sérieux, ce que voyant l'amie Mar- ce d'une demi-heure. 1^ regard moqueur du docteur V.... 

guérite, pour mettre fin à la conver- Une surprise nous attendait au re- *1^^ semblait me dire : Mais riez 
sation, attaqua les premiers accords tour : M. l'avocat T... était au sa- donc, puisque le cœur vous en dit. 
du morceau favori de sa mère. ion. ' '" Ce fut la feuille de rose qui fit dé- 

^ Je ne sais si les remarques du ma- —Je savais bien que cela finirait border la coupe, et je partis d'un 
Im docteur V. y étaient pour quelque ainsf, me dit le jeune homme sotto éclat de rire homérique qu'une explo- 
chose, ou bien si vraiment la chan- voce, pendant que toute joyeuse du sion volcanique n'eût pu arrêter. Ce 
son de l'amour vibrait mélodieuse- bonheur de Marguerite, Josette et fut le signal d'une débandade géné- 
ment dans le cœur de Marguerite, moi étions présentées au monsieur en cale, et pendant cinq minutes, il fut 
mais jamais la voix pure de la jeune question dont la figure ouverte et impossible de s'entendre. Quand jje 
fille ne l-essortait avec plus d'am- franche gagna incontinent notre sym.- relevai la tête, que j'avais enfouie 
pleur et d'expression que dans ce pathie. dans ma serviette, ce fut pouB voir 



390 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



Josette toussoter dans son luou- 
dioir, M. T... qui se tirait In mous- 
tache avec une énergie qui mettuit 
«n grand danger cet omem^it de Sii 
Mvn masculine ; et Marguerite, la 
pauvre Marguerite, debout près de 
la porte de la salle à dincr, rougis- 
sante et confuse, ne sachant trop ce 
qu'elle «levait j)enser de notre fi lian- 
te intempestive. 

Dussé-je vi\Te cent ans, januiis je 
n'oublierai cet instant. Il compteiti 
parmi les plus heureux de ma vie, et 
quand plus tard nous rappelions à 
Marguerite, devenue l'épouse aimée 
de l'hunune de son choix, l'incident 
exhilarant que je viens de vous rvla- 
tcr, nous riions encore de '>on cœur 
du comique de la situation où sans 
le vouloir elle s'était placée. 

— Et moi qui y allais si innocem- 
ment, nous disait-elle. Je n'avais 
même pas remarqué ce que je fredon- 
nais d'une manière si distraite. Afin 
de me reposer des airs que je venais 
de faire répétiM' tant de fois, j'avais, 
sans m'en apercevoir, adopté celui 
du chef-d'œuvre de Masscnet, et voi- 
là ce que je récoltai pour une dis- 
traction de mon esprit fatigué. 

— Dans tous les cas cela ne vous a 
pas nui, lui dit Josette en l'embras- 
sant, et pour nous, œ n'est pas le 
seul sou\'enir heureux que nous 
avons apporté de votre hospitalière 
demeure. Plût au ciel que nous trou- 
vions partout cette cordialité si fran- 
che, cet accueil si généreux qu'on ne 
rencontre plus maintenant que chez 
nos bonnes vieilles famillrs de la cam- 
pagne. 

Tante Ninettea 






Propos d' étiquette 



\jx réputation des chapeaux de Mil- 
le-Fleurs, 527, rue Sainte-Catherine 
Est, est tout ce qu'il y a de plus 
méritée. Cett« coquette chapellerie 
de la partie Est rivalise de grâce et 
d'élégance avec l'ouest hautain. 



D.— Sert-on du ca/é à tinfive o'clock ? 

R. — Cela n'est pas nécessaire; en 
France, ou l'on aime pourtant le ca- 
fé, ou n'en sert jamais au five 
o'clock. 

D. — Puis-je offrir une bouteillé\de par- 
fum parmi mes cadeaux de bridge f 

R. — U me semble que ce cadeau 
n'est pas de bon goût. 

D. — Dit-on : lui beigne ou uue beigtie f 

R. — On dit : une beigne. 

Je reproduis la lettre suivante : 

"(Jhère Lady Etiquette, 

Ne pourriez-vous pas mentionner 
dans votre colonne réservée aux Pro- 
pos d'Etiquett« qu'un monsieur à 
sou bureau d'affaires, recevant un 
message téléphonique d'une dame, ne 
devrait jamais répéter son nom tout 
haut, de façon à ce que les 
employés et les personnes qui se trou- 
vent avec lui sachent» qui lui parle? 
Bien vôtre, 

Nathalie". 

Ceci n'appartient pas strictement 
au domaine de la politesse, c'est plu- 
tôt du ressort de la délicatesse. Mais 
j'insère avec empressement la corres- 
pondance de Nathalie, la trouvant 
très juste et de nature à pré\enir 
beaucoup d'ennuis. 

Le nom d'une femme ne devrait ja- 
mais être mentionné à un téléphone. 

Lady Etiquette. 



L'Association Professionnelle des 
Employés de Bureau, association af- 
filiée à la Fédération nationale de la 
Saint-Jean-Baptiste, a donné, mar- 
di soir, son premier grand euchre. 

La fête réussie de tous points, a eu 
lieu dans les spacieux salons de la 
"Patrie", gracieusement mis à la dis- 
position de l'Association, par M. 
Tarte. 

Nous regrettons qu'au moment 
d'aller sous presse, nous ne pouvons 
parler plus longuem<^nt du succès de 
cette jolie fête, dont le mérite revient 
tout entier à Mme Ernest Bouthil- 
lier, la présidente de l'Association 
ainsi qu'aux zélées sociétaires. 



MKSUAMfcIS 

r.nflpi-noM voB Prewriptions mé- 

ilirale». Kllpa temot préparées avec le 

plo» ^nd aoin et la plu» acmpnleuse 

«xactitade etsvecdcfl prodaitasapénears. 

lirH «TM oiWrtIé dam Urate* 

la partial de la rille. 

DruffOn *t prodalu cblmlquc* pnni, article* 

•llranpasr]Mladca,ol«tMi de paDaemeni.artl 

ll m » wM ii \.»^. 

Pharmacia LAURENCE, 
•«'■ *— «iwa «t-Del« et Oatarte, llentr<ai. 



Tl faut arriver bon premier 

Le premier convoi de chemin de fer au Ca- 
nada, a été mis en opération sur ce qui fait 
maintenant partie du chemin <Io fer du Grand- 
Tronc, et cette grande compagnie de chemin de 
'or, a depuis toujours 6té sur le qui-vivo afin 
de demeurer au premier rang. En suivant cette 
Idée, r"International Limited", le premfcr train 
du chemin de fer du Grand-Tronc, eet aussi le 
plu» beau train et le plus rapide du Carnada, et 
l'un dea convois à lo«igue distance lo plus ra- 
pide du msonde entier. Il quitte Mointréal, tous 
le» Jour», il 0.00 h. a.m., Toronto, à 4.40 h. 
p. nu., arrivant à Détroit, & 10.00 h. p.m^, et 
4 Chicago & 7.40 h. p. m. 



Recette$ ?âcile$ 

HUITRES EÏUVEES.— Mettez un 
lit d'huîtres dans un plat ovale et 
saupoudrez de sel, poivre et beurre 
et ensuite un lit de biscuits roulés et 
un autre lit d'huîtres ; saupoudrez 
ces dernières comme auparavant et 
recouvrez-les de biscuits. Sur les bis- 
cuits, râpez de la muscade et mettez- 
y un petit morceau de beurtre. Faites 
cuire vingt minutes dans un fourneau 
chaud. Les proportions sont: qua- 
tre biscuits, deux cuillerées à soupe 
de beurre et une cuillerée à thé de 
poivre dans una pinte d'huîtres. Vous 
pouvez remplir le plat jusqu'à un 
pouce du bord. 

LAZAGNES MARGE SAUTEES 
AU BEURRE.— Faites cuire un pa- 
quet de une livre de vos "Lazagnes 
Marge" en les plongeant pendant 10 
à 15 minutes dans l'eau bouillante 
légèrement salée. Retirez du feu ; lais- 
sez gonfler et égouttez avec soin. 

Faites-les ensuite sauter au beurre 
avec assaisonnement ( poivre et mus- 
cade) et servez. 

CREPES NINON. - Mélanger et 
battre six jaunes d'œufs, trois blancs 
battus en neige avec un demi-iita-e do 
lait et trois cents grammes de farine. 
Mettre du beurre dans une poêle com- 
me pour les crêpes ordinaires, mais 
aussitôt la pâte versée y semer dea 
raisins de Corinthe. Retourner, sau- 
poudrer de sucre et servir brûlant. 



La Reine des Eaux purgatives, c'est 
L'EAU PURGATIVE DE RIGA. 
En vente partout, 25 cents la bouteille 



L'étonnante marque de Mille-Fleurs, 
grâce à l'inimitable chic de ses cha- 
peaux, a su conquérir les suffrages do 
toutes Ie«? femmes sélectes. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



321 



'*/»^'»# 



CONCOURS DE POPULARITÉ 



Pour le recrutement des Abonnés 



1er PRIX, ( décerné à toutes les persoimes qui 
recruteront 250 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

UN VOYAGE EN EUROPE 

De Montréal à Paris et retour. Trois semaines à 
Paris ; pension payée dans un hôtel de premier 
ordre pour messieurs et dans une excellente pen- 
sion privée pour dames. Des détails seront four- 
nis à ceux qui en désireront. Billets bons pour 
un an. 

2ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 150 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

UN PIANO DE $300.00 

fabrique Bachman, boîte en magnifique noyer 
noir, clavier en riche ivoire ( action à répétition ) 
exposé aux magasins de pianos, de notre jeune 
et populaire marchand d'instruments de musique, 
M. Ed. Archambault, 312 rue Sainte-Catherine-E. 

OU BIEN : 

Un trousseau complet de jeune fille ou dame, con- 
fectionné dans l'une des plus grandes maisons pa- 
risiennes, estimé : une valeur d'au moins mille 
francs. 

3ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront, 75 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

UN PHONOGRAPHE PATHÉ 

De plus: une douzaine de disques qu'on pour- 
ra choisir dans le répertoire Pathé, au bureau du 
"Journal de Françoise", seront donnés à tous 
les gagnants du 3ième prix. 

4ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 50 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

MONTRE POUR MONSIEUR 
boîtier en or massif ( garanti à 14 carats ) , sans 
couvercle, mouvement de 17 pierres ( rubis ) ; spi- 
rale Bréguet ; régulateur breveté, ajusté. 

OU BIEN : 
Montre de Dame, boîtier en or massif ( garanti à 
14 carats ), avec couvercle enrichi d'une étoile et 
d'un croissant de diamants. Mêmes spirales et 
régulateurs que plus haut. 

Chacune de ces montres a une valeiu: de 
$60.00. On pourra les voir dans la vitrine de la 
maison N. Beaudry & Fils, 287, rue Sainte-Ca- 
therine-Est. 

5ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 35 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 



Un magnifique pupitre avec combinaison de 
bibliothèque. Ce meuble superbe est en chêne 
( Early EnglLsh ) du plus beau grain. Les vitres 
de la petite bibliothcc|ue sont en verres coloriés 
enchâssés dans le plomU. Le tout forme un meu- 
ble de luxe très désirable. 

6ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 20 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

Un Bracelet en or massif ( garanti à 14 ca- 
rats ), orné d'une rivière de perles. 

OU BIEN : 
Un autre bracelet en or mas.sif ( s^raranti à 14 ca- 
rats ), avec fermoir d'un dessin modem style, in- 
crusté de perles. 

Ces bracelets sont évalués chacun à S25.00. Ex- 
posés dans la vitrine de la maison N. Beaudry 
&' Fils, 287, rue Sainte-Catherine-Est. 

OU BIEN : 
Une magnifique canne en ébcne véritable, avec 
massive poignée en or, ( garanti à 14 carats), 
artistiquement gravée. 

Cette canne, estimée à ^25.00, est exposée dans 
la vitrine de l'établissement T. Théo. Valiquette, 
259 rue Sainte-Catherine Est. 

7ième PRIX, (à toutes les personnes qui re- 
cruteront 10 nouveaux abonnés annuels ) : 

Un réticule en peau de crocodile, avec initiale 
en axgent massif. 

8ième PRIX, (à toutes les personnes qui recru- 
teront 5 nouveaux abonnés annuels ) : 

Une broche en vieil argent 

Une épingle de cravate, OU BIEN 

Une pendule de fantaisie. 

Un chapelet en nacre de perle monté en argent. 

N. B. — Tous les prix de notre concours sont 
garantis par les maisons qui les fournissent. 

CE CONCOURS OUVERT DEPUIS LE 
7 DECEMBRE, NE SE TERMINERA QUE LE 
1er MAI 1908. 

Afin d'éviter tout retard dans le service du 
journal aux nouveaux abonnés, ceux qui se char- 
geront de les reciieillir voudront bien faire parve- 
nir au "Journal de Françoise", ces noms, au fur 
et à mesure qu'ils les prendront. Ils sont priés d'y 
joindre la date à laquelle les abonnements de- 
vrojit commencer. 

Chaque personne aura sa liste spéciale où se- 
ront inscrits les noms des abonnés qu'elle nous 
aura fournis. 

Les gagnants i-ecevront immédiatement leurs 
prix sur réception du total de leurs abonnements. 

Le prix de l'abo.nnement annuel est de $2.00. 

LE JOURNAL DE FRANÇOISE, 

80, rue Saint-Gabriel, Montréal. 






LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

■ 



Là route s'âchm 



Par JEAN SAINT-YVES 



T 



delà ces murs l'empêchait de distin- 
guer l'intensité comme la fréquence 
des averses. Seulement, de temps en 
temps, il étendait la main au-dessus 
de sa couchette, et cela le rassurait. 
La masure tenait bon. Sauf par la 
gouttière du fond, la pluie ne péné- 
trait pas. Rien que ce sable gris, tou- 
jours, qui continuait à descendre des 
solives noires. 



PREMIEIΠPARTIE 
I 



H avait dû 8-asseoir sur son Ut de 1* ^^^ présente tout près, bondis- ^^^^ ^.^^ ^^^^ 1^ ^l^be embué. 

camp "ut au bord. «^"*',^ ^"^^"* ^^^^ ^ T ' ^'^ Mais cela ne durait pas. Et puis le 

camp, loux au uv. . grande mer soulevée, au large, d ou maintenait rude frôlant les 

l.evantlui. c^u.bbres -r une p^aa^ f^^^^^i, ^ ^.^^, q^i d„,,,i, de la ^^rV CToutHes vo k de débris, 

che pla«. S.U- un I>l>a"t; >>> "^^ voix. Mais ce n'était qu'une impres- ^ 1 ^S de raviers fins déva- 



cne p.a«^ mu: u . ,»•"-> " • - ' voix. Mais ce n'était qu'une impres- traînées de graviers fins déva- 

une bougie protégée par un globe de . . ^ jj j^ ^^^^j^ des ^^-^ "^es «e ^^vi 

vert, et un livre dont il avait tou es ^ ^, J^^^P ^,;„^ ^^,^^ i^^^^. '^^eiolt de iZTZhTJitur 
!«, peines du monde à maintenir les ^ ' ,^^^ l^.^. ^^ ^^j.,^^^ ^^ ^ilj^^ Tivirun froissement doux cou- 
pages, à cause d-un vont mauvais qui ^^^,, ^^ ^^^^^ émergeait « 7,^' ^V/ÎS Xns itmL au 
s'introduisait là, sûn-ment par quel- J^. ^^ ^^^^. ^^^^^^ lant autour de Im. dans 1 ombre, 
nu.' trou <!o la muraille. Comme il ' , ,, ., ^^ , ,. j , ^^^ °^ ^°^- 

faisait très froid, il axait relevé le col , '^ ^^«1* ^^ Kabyhe sur un des plus -^^ ^^ ^.^^ ^^i^ f^gl^ de détres- 
de sa oap<,t.. mis sa i^lerine. coulé i,""ts sommets, Tout autom:, c était ^^ ^^ j^ en sourdine dans les ra- 
ses mains dans les larges manches. ' ^^P^^<' 'ibro. eno,-ine, le vide et 1 é- ^ j^gtants d'accalmie, allait, allait 
Les coudes aux genoux, tassé sur lui- pouvante d une nuit opaque où se j^j^^igable, et mettait en son cœur, 
m.-'me. il s'essayait à lire, à attendre poursuivaient des nuages, tourbillon- ^ ^^ longue, l'émoi d'une petite dé- 
plutôt, à -tuer le temps", comme on ""'<^nt <^<'^ yp"t«- « ^neouffraient, se ^^jn^^^^e, comme l'angoisse d'une 
dit à part soi. lieurtaient des ouragans. douleur imprécise, très ancienne. 
n était seul. Pnr dessus l'effort rageur des élé- ,^^ j^niHn, très loin, de la plaine 
Sous la lueur tremblante de la bou- monts, le vacarme effrayable, une pj^;iiout^^,se, desséchée, où la colonne 
gie, son ombre arrondie énorme, s'al- plainte haletait. Wême dans les mo- ,^,^|„j^it, quand il avait aperçu les 
longeait, se cassait sur les murs, des monts d'acoalmio qui présageaient la ^^ntag-nes barrant l'horizon, on lui 
Ij«-tits murs gris, sales, pas très venue subite, l'à-coup brutal de nou- ^^^j^ j.^., 
droits, (jui l'enserraient. CerU's ceux yollos trombes, elle continuait tou- _ç|'e<5t là. 

qui les avaient faits n'étaient pas iours.^ cotte plainte, mais adoucie,^ à -p^ il avait roeardé cotte chaîne ro- 
très habiles, fêtait un peu rudimen- mi-voix, comme un sanglot lointain. ^^ ^^ h\pne reflétant la jn-ande lumiè- 
taire, à la manière sauvage, des Puis la trombo arrivait. Un bruit y^ q^j l'auréolait. C'était comme un 
éclats de roches, des pierres et un dé- d'nrtillorîo on déroute. Elle s'abattait lointain charmant, un paysasre de rê- 
layage de torro glaise pour enduire et sur la masure qui semblait osciller, ^^ Mais, parmi les sommets éche- 
joindre le tout. .\u pied du lit, un es- subir ootte poussée terrible. Des lonnés. \m soûl l'attirait, un point 
pace noir, un vide où n'atteignait heurts sourds tonnaient au mur du poutre dôniirlo d'où so dévorsaion+ ^'^r 
pas la lumin-i- incertaine, se devinait, fond. C'était lo si(rnal p-éodésiquo, si- t^,^ des flancs de erandes coulées 
Au-dessus de .';a tête, des bois mal «ué h rôt", rmi s'offritait. Ivos nîerros ^Ipuos. dos ombres nui o-açrnaient la 
équarris soutenaient un toit informe, détachées, lancées à toute volée, fai- plnino. s'ao-randissniont avec l'heure. 
et il n'aurait pas fallu <|u'il levât la saient co bruit do bélier. Au-dessus do C'était là au'il allait s'établir en 
main bien haut, dans la position où ^„ t<*to. les tuilos soulevées dinue- poste optioue. Tl v vivrait des iours 
il était, pour y atteindre. En face de taient comme des castatrnettes. Du ^t des nuits, surveillant les crêtes et 
lui, des planches, provenant de quel- vont onfraît. une bi«^e o-lacV oui cin- Ips ravins, attentif à Tnprel do la co- 
que caisse, gauchement réunies, aer- „inît. Alors la notito lumière pâlo se lonno manœux-rant dans les monta- 
vaiont de porte à une ouverture car- touchait, la nao-o tressaillait au livre crues d'au-delà. Ouatro t^lécrraphistes. 
réc. porte tremblotante qui l'enfer- „„ însfnnt abandonné, la porto bat- un trinçrlot un cruido du pavs se- 
mait dans cette tamèrc où s'immobi- t.„,-f. snn+ait. crrincait... raient sa société. Et nlus il marchait 
lisait sa veillée. C'était une minute très désaoréable. vers elle. 
Dchtirs, par delà ce réduit, ce '" ~ ■ — - - - - - 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 323 

sonores, larges, qu'il laissait aller et puis, plus rien, rien que cette tein- la trace d'une large vallée passant 

jusqu'à bout de souffle. Derrière, les te uniforme de feu, de terre brûlée, par là-bas. Au-dessus, calme, impo- 

hommes causaient entre eux. Les sa- aride. Et c'était là la vraie tristesse santé, la Grande Kabyhe étendait se.-* 

bots des mulets, portant le campe- de ce tableau spl(>ndide. Rien où re- sommets azurés, déchiquetés, comme 

ment et les appareils, se heurtaient poser la vue fatiguée de tant de lu- jaillie de ce rayon couché à ses 

aux pierres du chemin. Les charges eurs, l'âme, de tant de beauté morte, pieds, 

grinçaient en cadence sur les bâts. plus bas, on entendait le convoi Et le vent s'éleva. 

Les grandes marmites suspendues par s'efforçant à rejoindra". Les mulets Les roches prenaient une teinte vio- 

l'anse aux crochets des cantines s'en- glissaient sur les roches plates. Il y jette, grise, un air d'effacement et do 

tre-choquaient, accompagnaient la avait des chutes bruyantes. Les hom- nuit, s'évaporaient. Les hommes pâ- 

marche d'un cliquetis rythmé, très j^gs criaient, soutenaient les bêtes lissaient, commençaient de trembler, 

égal. aux passages difficiles, les encoura- Les bêtes déchargés s'ébrouaient. 

Dans la plaine, les bruits s'étaient geaient, pvùs s'arrêtaient quelque pierre fit une reconnaissance rapide 

amortis, étouffés peu à peu. La co- temps, l'obstacle franchi, pour leur de l'horizon, repéra less directions 

lonne était loin. Parfois môme il la laisser reprendre haleine, les conduire probables, fit placer les appareils et 

perdait de vue. Elle glissait derrière vers un nouvel effort. renvoya les hommes se cherch', r un 

dos ondulations, filait en des fonds. Lui allait toujours à travers le ^bri. 

puis reparaissait plus loin. Au pied mont silencieux. Et lentement la ^^^ masure abandonnée, enfoncée 

des monts elle s'arrêta quelque grandeur de cette désolation le pre- ^,^ terre, était là, au sommet, à deux 

temps, se tassa, puis s'effila, homme nait. Il recherchait en ses souvenirs, p^^^g j^ ^^ pyramide géodésique. Il y 

par homme, dans un sentier grim- ses rêves d'enfant. Jamais il n'avait entra, se baissant, en fit le tour à 

pant au lonc dos pentes. Sur le ciel vu, ni rêvé décor pareil. tâtons. Rien ! Up peu d'espace vide, 

clair, les silhouettes se précisaient en gur cet enchevêtrement monstre. Beaucoup de poussière que le vent 

des êtres bleus à la démarche lente, ^et amas de roches nimbées de teintes faisait tourbillonner. Et cela lui suf- 

régulière, qui en un même point dis- délicates, en silence, un effroi planait, fit pour s'y installer. L'abri dans cet- 

paraissaient, semblant pénétrer la grave, poignant, quelque chose com- te niche obscure, étroite, semblait 

montagne. me une malédiction éternelle. Il en plus sûr que celui de la tente, à do 

...Quelques heures après, à mi-côte, venait aussi comme un recueillement pareilles altitudes. Plus bas, du côtô 
sur l'autre versant enfin découvert, il infini, très mystérieux. L'imagination abrité, les hommes avaient trouvé 

cheminait à travers un chaos, un inquiète percevait tout à coup l'in- una anfractuosité, une sorte de grot- 
éboulis gigantesque. commensurable évolution des espaces ^g ^^ ^\^ avaient déposé leurs affai- 

Dcs pans entiers de la montagne, et des temps révolus, l'œuvre des siè- i-es.Là, ils se hâtaient de se vêtir plus 

décollés, avaient filé en avalanche et, clés passés transformant le monde, chaudement, saisis par ce ti-op brus- 

subitement arrêtés là, immobiles, cre- Mais ici tout s'était gardé formida- .j,^^ changement de température, ce 




^ .^.^..^.^^ . après. 

Puis c'était, au fur et à mesure de la trées, par une large déchirure bleue, p^.^^^ gur une roche élevée, tourné 
montée, la découverte au loin d'au- tout là-bas, vers le soleil couchant, .^^^.^ ^^^^ jj^^j^i u^ort, l'Arabel debout 
très ravins échelonnés dissant à tra- «ur ""« crête lointaine dressée dans ^^^ ^^^ vêtements blancs, disait sa 
vers les contreforts, d'autres pics aux la lumière, il revit la colonne pour- ^^..^^^ j, ^^ y^y^^ rien de cette dé- 
arêtes vives, stériles, se dessinant en suivant sa marche, défilant toujours ^^j^^j^^ ^jp ^^ ^-g^re. Pour lui "tout 
liçrnes nettes, d'autres masses inaper- de même, homme par homme, infati- ^^^.^ ^^^^„^ suivant la formule sa- 
çues de la plaine, se révélant prandi- tjable. ^^ ^^.^^ C'était écrit. Dieu est grand, 

oses, brûlées, d'une désolation tota- Ce fut la dernière vision qu'il_ eut ^^^^^ .^ ^ ^^^ ^^^^ l'espace une so- 
ie, superposées dans l'éloignement en de ses camarades, des êtres qui l'a- ^^^^^ émouvante, 
des teintes fines d'anuarello, toute la valent entouré jusqu'à ce jour. ' ^^ ^^^^ ^.^ ^^^^_^ ^^^ solennité gra- 

gamme des roses et, des bleus, un dé- Quand il atteignit le sommet, très ^^ g'^pandit ao-randit l'infini. Ce n'é- 
cor lumineux où char|ue lione, chaque tard, le soleil n'était plus. Dans une ^^.^ _^^ encôre'^la nuit. La terre sem- 
détail, aussi loin soit-il. dans cet air buée pâk-, la grande plaine roue:e s'é- ^^_^ rendre la lumière absorbée, ray- 
vide des ciels d'Afrique, avait sa va- teicrnaient silencieuse. Les premières ^^^^^ ^^ dessous. Ce fut un ins- 

leur affirmée, se suivait parfaitement, ombres noires glissaient dans les ra- ^^^^ d'anxiété, d'évanouissement to- 
où rien ne s'effaçait, ne se confon- vins plus profonds. Au loin, les crê- ^^^ . ^,^ ^^^^ ^^ ^^^ crépuscules de. 
dait. Par dessus tout, encore plus tes se superposaient plus hautes, plus ^^^^^^ ^.^^^^ de ce que l'on peut con- 
beau, le ciel calme, étincelant, se po- sévères, accumulés, semblant p-ran- „„,,^- ' ^^„ np,v^ 
sait. dir sur l'honzon en feu. Plus loin en- •+ f t 

Très peu de verdure, quelques touf- core, dans la perspective ouverte à - a nui^ u . 
fes d'une herbe haute, raide, poussée travers les ravins, une traînée de lu- Les P^^^^^^Tf J^^^f^' J^°^',g%âL 
entre les pierres : quelques buissons mière, un poudroiement blond se sus- pr>t garde, «^^^^^^.f P^ÏL ^^^^ 
de genévriers pâles, raboucrris : dans pendait dans l'atmosphère, pn-s dr palpitantes, ^°f "^^,,7!'^;^^^^^^ 
les ravins, quelques arbustes grêles ; sol. D'après la carte, il y reconnut aussi par cette bise qui rexenait .m 



3M 

layw le plateau, plus violente et gla- 
ofe. 

Bantré dans sa taupinière, il avait 
oas^yé de manger. Mais oe fut ^'it>e 
fait. A peine s'il toucha à la con^r- 
\-e entr 'ouverte. 

Dehors le vent s'accélérait, hurlait 
dans la nuit. Le froid s'était accru. 
Il prit un li\Te, essaya d'oublier 
>iuns la solitude en ce réduit étroit, 
douteux, lui de\int insupportable. Il 
<e le\a u\ec pn'-cjiution et sortit. 

Plus bas, sur le versant ubritt' du 
vent, là où ils s'étaient arivtés, les 
hommes avaient allumé un grand 
l'i'U. Tous étaient là. Le trinylut, à 
la lueur «lu foyer, à genoux par ter- 
re, emplissait les musettes de ses mu- 
lets qui, attachés quelciue part, dans 
r<»mbre. tiraient sur leurs chaînes, 
raclait le sol, imptitients. Les télé- 
graphistes, assis sur leurs talons ou 
couchés sur la pierre, n>gârdaient C(^ 
lui d'entre eux «[ui s'était chargé de 
la cuisine. Derrière eux, la ro;he se 
creusait. Là ils avaient entassé leurs 
effets et dormiraient côte à côte, à 
«le Dieu. En attendant, ils ne 
-aient qu'aux gestc's seuls du 
cuisinier. Doucement, celui-ci retour- 
nait avec une cuiller cjuehiue chose 
({ui se balançait dtuis le li({uide bouil 
laiit, en la grande marmite du cam- 
[«•ment. Dans l'ombre le tringlot, at- 
tachant les musettes, flattait ses bê- 
!• - les apiMslait des noms les plus 
inin-s, puis, tout à coup, poussait 
des cris, jurait. Devant sa mannite, 
l'autre chantait un refrain de Paris, 
une chanson léirère, un peu canaille. 

— D'ubord, je suis de la Maub, moi, 
gouaillait-il, un pur, un vrai. 

Et l'accent qui accompagnait sis 
•les le justifiait pleinement. Au 
on ne le lui demandait pas, 
mais cela ne faisait rien. Il parlait 
(M>ur parler, faire un peu de bruit, 
fTéer un écho. Le silence des autres 
lie lui allait guère. C'était sa joie 
aussi qui éclatait, sa joie de voir les 
dfTniBTs jours de sen'ice arrivés. 

— Va l'on va se revoir bientôt, 
iiiontnit il en un ton d'uffo;tion inef- 
Ah! me* enfants!. . 

{ iiinin»' ••iix. il était de la class*-. 
Mais il s<'nil>luii nioiiiH anémié pur ses 
campagnes. L'idée de revoir le vieux 
<|nartier tassé au bord de la Seine, 
«le «léambuler jinr les rues «'-troitcs, 
s«>us liï nirarfl «l'étranges demeures 
nu.I-Mî'x-H, pauvres, aux façade» cra- 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

quelées, tristes, lépreuses, là où s'é- 
tait écoulée son enfance misérable, 
lui donnait une joie qu'il cherchait à 
communiquer à ses camarades, lies 
autres écoutaient, mais ne riaient 
pas. 

Ils venïùent des postes perdus dans 
les grandes dunes du Sud. Us gar- 
daient encore la mélancolie des so- 
litudes cruelles où ils avaient subi 
des jours et des nuits de chaleur 
étouffante, de mirages affolants. Ce 
soir, ti'op brusquement transplantés, 
ils sentaient la fièvre mauvaise mon- 
ter en eux. Sur leurs faces pâles la 
flamme avait des reflets étranges, 
agrandissait les regards, décompo- 
sait en rictus la palpitation incons- 
ciente de leurs lèvres, précédant les 
cjuehiues mots qu'ils voulaient dire. 

Apercevant Pierre, le cuisinier im- 
pro\isé se leva. 

— Voici le palais, mon lieutenant. 
Dame Nature s'est mise en frais. Ici, 
la cuisine et la salle à manger, une 
\Taie terrasse, et puis voilà le dor- 
toir, dans le trou. On aura peut-être 
bien la tête abritée et les pieds à 
l'air. Bah! on se serrera. Ça tiendra 
chaud. 

Et, rieur, il ajouta: 

— C'est pas comme vous, mon lieu- 
tenant, vous êtes dans le château de 
l'endroit. 

— Si c'est à cause du tout que vous 
l'appelez ainsi, ce gourbi... 

—Oui, d'accord. C'est vieux, tout 
petit, mais vous y êtes en bonne com 
pagnie. 

—En bonne compagnie? 

— Bien oui!... puisque c'est un ma- 
rabout... Il y a un mol"t sous votre 
lit, un grand bico enterré là. 

IjCs autres souriaient, amusés. Pier- 
re eut une seconde d'hésitation, puis 
il hau.ssa les épaules et dit qu'il 
était charmé de la compagnie. Il as 
sura même ([u'il n'en dormirait pas 
moins bien pour cela. 

De fait, revenu en son abri, pen- 
dant les heures lentes de cette veillée, 
il pensait peu à ce mort au-dessus 
duquel il s'était installé sans façon, 
— sans le savoir, du reste. Les vi- 
vants l'intéressaient davantage, ses 
hommes qui; maintenant, dans la 
nuit, sous la tourmente, la pluie gla- 
cée, veillaient auprès des appareils. 
Do temps à autre, il s'arrêtait do li- 
re, — et lisait-il, vraiment? — levait 
la tête, écoutait à travers la rafale 



et souvent il percevait le bruit d'une 
toux précipitée là, à côté, toux obs- 
tinée, triste, qui lui crevait le cœur. 
Un moment, n'y tenant plus, il sor- 
tit. 

Nuit épaisse. 

Un vent de glace le frappa au visa- 
ge, l'étourdit. Il se heurta à des pier- 
i-es, trébucha, reprit à grand'peine 
son équilibre, écouta. Impossible de 
rien distinguer. A quelques pas, il 
devina l'appareil. Un rayon lumi- 
neux, dont on ne voyait pas l'origi- 
ne, ci-evait l'ombre, fusait droit, s'é- 
vasait dans l'espace. A travers, des 
poussières d'eau dansaient, scintil- 
laient comme des atomes en vm rais 
de soleil. Des ondées invisibles en- 
traînées par le vent passaient en 
éclats rapides, pailletés. Mais à pei- 
ne s'il put voir les deux hommes de 
garde. Il se heurta à l'un d'eux. Par 
contenance il demanda: 

— ^Rien de nouveau ? 

n dut même répéter, crier. 

— Rien de nouveau, mon lieutenant. 
Aucun feu. 

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Samedi, 1er février 1908 



Ce journal de française 



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(GAZETTE CAKADIENNE DE LA FAMILLE") 

Paraissant le 1er et le Sieme samedi de clnaqi4e mois 

Directrice : E. BARRY Dire vrai et faire tnt». 



ABONNEMENT 
Or aj« |2.oo 

Sdc mois - i.oo 

Strictetnenl payable d'avaace. 



REDACTION et ADMhNISTRATlON 

8o, Rue Saint-Qabriel, Montréal. 

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SOMMAIRE: 

L'Abandonnée Virginie Sampenr 

Un CAS de conscience Françoise, 

Le cheveu blanc Magali 

Le Poète de l"'Habitant." Pierre Lorraine 

Notes sur la Mode Cigarette 

A travers les livres Françoise 

Propos 'd'étiquette J.ady Etiquette 

Recettes faciles 

Conseils utiles 

Concours de Popularité 

Feuilleton : La Route s'achève, J. St-Yves 




Revue Hebdomadaire 

DU fsbiMKUO DE LA KKVUE HEBDOMADAI- 
RE DU 18 JANVIER. 

Envoi sur demamrfe, 8, rire GaTançiere, PariB, 
d'un lïuiméro spôcimen et du Catalcguq des 
primes de lilwairie (26 francs de livres i>ar 
an ) . 

Partie littéraire : 

Augustin Oarfer, professeur à la Faculti; des 
Ifttres de l'Université de Paris: "Mme de Main- 
tenon et la iioésie française à ■6aint-Cyr" ; 
l'aul Adam: "Une Leçan en Egypte" , Edffu- 
ard liod: "Le Moxilvemeiit des idées: Sur la 
psychologie de l'Angleterre conterolporaine" ; 
Hugues !.« Ro'ux: "Magda, reine de Saba", 
( 11 ) ; Frantz F'unck-nnenta-no; "A travers 
l'histoire: La Pensée au dix-septiÈnie siècle. — 
C!ui l'atin" : Charles Géniaux; Roman; "t«8 
Forces do la vie" (XI) . 

Los Atiettes. de la vie. — Faits de la semaine. 
—Revue des revues françaises et étramnères.— La 
Vie mondaine.— La Vie sportive. 



Le Dr Walter H. Moorhouse. doyen 
delà Faculté de Médecine de l'Uni- 
versité Western, Londres, dit : 

■• C*f*l uue chtise iinp4irianU> «piand le mé- 
decin I'.. u: reeomuxftDdtT en louie eODilADce, 
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garçons, veufs et maris divorcés. Ce 
journal a pour titre le "Mladauec" 
( le Célibataire ) . Naturellement il 
est antiféministe. Il annonce que "les 
prmcipaux éléments de discorde qui 
affligent l'humanité : la politique et 
les femmes, seront rigoureusement 
exclus". 



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jC* abandonnée 



Ah ! si vous étiez mort ! Dç mon âme meurtrie 
Je ferais une tombe, où, retraite chérie, 
Mes larmes couleraie7it lentetncnt, sans remords, 
Mon âme sous le deuil attrait été joyeuse , 
Et votre image efi moi resterait radieuse. 
Ah ! si vous étiez mort ! 

je ferais de m.on cœur Viirne mélatuolique 

Abritant du passé la suave telique. 

Comme ses co^rets d'or qui gardent les parfums , 

Je ferais de moti âme zme ardente chapelle, 

Oïl toujours brillerait la derni'ère étincelle 

De mes espoirs défunts. 






Ah ! si vous étiez mort ! votre éternel sile7ice, 
Moins âpre qu'en ce jour, attrait son éloquence ; 
Car ce ne serait plus le ctuel abandon. 
Je dirais : "Il est mort, mais il sait bieft m' entendre, 
" Et peut-être , en mourant, n'a-t-il pu se déjetidre 
' ' De mtirmurer : Pardon ! ' ' 






Mais vous n'êtes pas mort! ô douleur sans mesure ! 
Regret qui fait jaillir le satig de ma blessure ! 
je ne puis m' empêcher, moi, de me souvenir. 
Même quand vous restez devant mes larmes vraies. 
Sec et froid, sans don^ier à mes profondes plaies 
L'aumône d'un soupir.'... 

Ingrat ! vous vives donc, quand tout me dit : veyigearwe ! 
Mais je n'écoute pas ! A défaut d'espérance, 
Le passé par instants revient, me berce encor... 
Illusion, folie, ou vai7i rêve de femme.'... 
je vous aimerais tant, si vouz n' étiez qu'une âme ! 
Ah ! que n' êtes-vous mort! 

Virginie Sampeur. 

Directrice du Pensionnat National des demoiBellea de Port au-Prince . 



326 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




Un Cas de Conscience 




J'AI reçu, une de ces semaines 
dernières, la lettre suivante: 

Chère Françoise, 

Voule«-vous me permettre de vous 
soumettre mon cas, et vous me direz 
ensuite, tout franchement, ce que vo.us) 
en penaez? Je ne m'engage nullement 
i chai^tT de ligne de conduite, vous 
savex. Mais il me serait intéressant 
de connaître votre façon d'euvi&ager 
la chose. Voici: 

Je suis une jeune mariée d'à-peu 
près deux ans de ménage. J'ai un dé- 
licieux bébé de quatorze mois. Sans 
être riches, mon mari et moi, nous 
avons un peu plus que le nécessaire, 
œ qui me permet, '— pour ne parler 
que de moi — d'avoir un service bien 
ordonné dans mon gentil apparte- 
ment. 

Mon mari, aussi jeune d'âge que 
moi, aime à sortir. Oh! je ne lui en 
fais pas un reproche, aimant assez 
moi-môme les distractions du dehors, 
mais, pour la clarté de mon récit, il 
importe que vous sachier que c'est 
plutôt lui que moi qui parle de pas- 
ser quelques-unes de nos soirées au 
dehors. Nous allons donc, tantôt au 
théâtre, tantôt à des concerts et à 
des conférences, quelquefois chez des 
amis, tout à fait dan.s l'intimité, ce 
qui est plus charmant, je vous assu- 
re, que les grandes réunions mondai- 
nes. 

Or, j'accompagne mon mari par- 
tout, par goût le plus souvent, par 
devoir toujours. Car j'estime qu'il 
est du devoir d'une femme de sortir 
avec son mari, et d'emp«:her, par là, 
qu'il retourne à de vilaines habitudes 
de garçon. Vous comprenez, hein! 
Et puis, ne doit-on pas d'abord, être 
agréable à son époux? N'est-ce pas 
là le premier souci et la meilleure 
v«i4i <l'une femme? 

Je vous vois venir. Vo.us vous di- 
tes, avec cette légère lueur de ma- 



lice qui Vjrille si souvent dans le cojn 
de votre œil, et que je connais si 
bien, — hélas, pour mes dépens ! — : 
"Mais qui l'empêche de suivre son 
mari, cette petite femme? — où veut- 
elle en venir en fin de compte, avec 
toutes CCS manières?..." 

Attendez un peu. J'ai des amies,— 
non, non, no riez point, ce n'est pas 
ce que vous pensez, — j'ai des amies, 
mariées comme moi, et tout aussi 
heureuses que moi, je le jurerais. Jol- 
ies ont aussi, un, deux, ou trois en- 
fants. L'autre jour, nous causions, 
ces messieurs étaient au fumoir, et 
sivvpz-vous ce qu'elles m'ont toutes 
reproché, avec un ensemble presque 
touchant? De négliger mon eniant 
au profit de mon mari! 

"Je devais, disaient-elles, être mère 
d'abord, épouse ensuite. Je devais 
consacrer mon temps à l'enfant et 
non au père", et cœtera, et cœt«ra. 
Il y en avait long, je vous assure. 

J'avais beau leur dire que mon 
cher petit bébé n'était point malade, 
sauf quelques très anodines coliques 
de temps en temps, que je le laissais, 
à chacune de mes sorties, en des 
mains responsables, — celles dune 
garde-malade pour enfants, qui en 
avait plus de soin que j'en aurais 
pris moi-même, — aucuns de mes rai- 
sons n'a pu distraire ces dames de 
leiir idée. 

Ai-je tort? ont-elles raison? Je 
viens aujourd'hui vous soumettre ce 
problême. "Il faut toujours deman- 
der conseil, a dit Mme Swetchine, 
pas to\ijouis pour le suivre, toujours 
pour s'éclairer." 

Je ne veux point, je vous l'ai dit, 
habituer mon mari à sortir sans 
moi. En fin de compte, ne m'a-t-il 
pas épousée pour être sa compagne, 
colle des bons et des mauvais jours, 
celles des grandes et des petites heu- 
res? Je suis encore jeune, mais j'en 



ai vu trop de ces ménages où la fem- 
me est l'esclave de ses enfants, et leur 
sacrifie sans cesse le mari. 

Rentre-t-il, après son bureau à la 
maison; "Ne parle pas haut, ne rie 
pas fort, l'enfant dort." Ou bien : 
"Le repas n'est pas prêt, le petit a 
tellement eu mal aux dents, que la 
cuisinière et moi ne savions que faire 
pour le distraire." 

Le mari veut-il faire l'amabilité 
d'emmener sa femme au théâtre: 

"Impossible, mon pauvre ami, Fifi 
ne peut s'endormir sans que je reste 
près de lui." 

Ainsi de suite. Jamais .rien pour le 
mari: ni caresse, ni baiser, pas mê- 
me de confitures, car, Fifi mange 
toujours tout. 

J'ai vu cela, moi. Et voilà pour- 
quoi, j'ai adopté ma présente ligne 
de conduite. J'aime mo^ mari, j'en- 
tends qu'il continue de m' aimer jus- 
qu'à la fin du chapitre. Et c'est en 
rendant ma présence agréable et né- 
cessaire, qu'il continuera de m'ai- 
mer, parce qu'il me croira indispen- 
sable à son bonheur et à son bien- 
être. 

J'aurais encore beaucoup de choses 
à vous écrire, mais, vraiment, quand 
je constate tout«s ces pages noircies 
accumulées à côté de moi, je suis con- 
fuse d'avoir déjà tant parlé. 

Marie-Marthe 

Je vais désappointe!', je le crains, 
ma gente correspondante, car je 
n'ai pas de lumière nouvelle à jeter 
sur son état d'âme... Je n'ai pas 
qualité, — et je Je confesse tout' haut 
— pour donner un jugement sur une 
aussi troublante question. 

Mais je fais appel à toutes celles 
des lectrices du "Journal de Fran- 
çoise" qui ont de l'expérience, et leur 
prie de m'écrire ce qu'elles pensent de 
la délicate situation que me soumet 
Madame Marie-Marthe. 

Je publierai avec empressement et 
joie, les réponses qui me seront en- 
voyées. Plusieurs têtes valent tou- 
jours mieux qu'une seule. 

Françoise. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



327 




DE leur première rencontre, elle 
gardait le souvenir confus d'un 
froufroutement de falbalas soyeux, 
d'un brouhaha de chaises remuées, 
d'une cadence inharmonique des mar- 
teaux fixant hâtivement les dernières 
tentures. 

Dès son entrée dans le baraquement 
immense où devait avoir lieu la ven- 
te de charité, on était accouru vers 
elle : 

— Venez vite! On vous attend pour 
déballer votre tableau! Didier Sei- 
thuys veut bien nous aider à placer 
chaque œuvre dans son jour!... 

Diditer Serthuys, le jeune peintre de 
talent, dont s'enorgueillissait la vil- 
le! l'auteur de "l'Ame de la Source", 
qu'hier encore elle admirait au mu- 
sée! 

Andrée Malvoy eut un éblouisse- 
ment ; puis, une peur affreuse, en 
son^'eant qu'il examinerait ses 
"Bords de la Sèvre". L'œuvre, qui 
la satisfaisait à demi, lui apparut, 
soudain, odieuse: ses arbres sans air 
faisant une mas.se épaisse sur le fond 
d'un ciel outrageusement bleu ; l'eau 
dormeuse, pleine de soleil, dont elle 
avait eu un instant la jouissance di- 
vine d'avoir surpris le secret, cou- 
lant épaisse, sans vie. Elle s'arrêta, 
prête à retourner sur ses pas, tant il 
lui semblait impossible de subir l'ar- 
rêt implacable. 

— Hâtez- vous,' Nous ne serons ja- 
mais prêts!... 

Machinalement, elle obéit à l'ordre 
donné par une exquise petite femme 
blonde, toute scintillante de paillet- 
tes. 

^ Elle allait en rêve, écrasant sous 
son ))ied les rameaux do fusain glis- 
sant, les aiguilles de pin dont l'o- 
deur résineuse se "mêlait aux parfums 
savants des traînes imposantes, 
aux émanations suljtiles des petits 



trotteurs clairs. Une pile de chaises 
s'écroula causant une douleur à son 
cerveau endolori. 

Dans la galerie réservée à la pein- 
ture, le silence régnait presque ; ce 
lui fut un soulagement physique qui 
la rendit elle-même. 

Sans trouble, elle s'«xcusa de son 
retard, désigna une petite caisse pla- 
te, oblongue, et s'approcha pour re- 
tirer elle-même le tableautin de son 
enveloppe. Tous les visages qui l'en- 
touraient lui étaient connus ; sans 
doute Didier Serthuys s'était lassé 
d'attendre. Elle se railla de sa 
frayeur. 

On la félicita de l'heureux choix de 
son sujet, du coloris d'une tonalité à 
la fois douce et forie ■; on vanta la 
légèreté de son pinceau, sa parfaite 
compréhension artistique. Duvelloy, 
son vieux professeur, exultait, lui 
prédisant le plus bel avenir: elle, 
penchée sur sa toile, analysait men- 
talement les défauts et les qualités. 
Elle désiraiti ardemment au milieu de 
ce chœur flatteur, la critique jus- 
te, l'appréciation sans parti-pris, 
éclairant la voie à suivre. Possédait- 
elle seulement une facilité quelconque 
de pensionnaire développée par d'ex- 
cellentes leçons, jusqu'à la transfor- 
mer en un joli talent d'amateur? 
"L'étincelle, qui parfois s'allumait en 
elle, la transportait dans un monde 
irréel, où elle . oubliait tout, était-ce 
le feu sacré de l'art? Avait-elle gâ- 
ché sa vie, en s'affranchissant des 
devoirs qui auraient été une barrière 
à son inclination? 

TJne ombre légère s'étendit sur la 
toile. Andrée Malvoy en redi-essant 
la tête, effleura le profil incliné de 
Didier Serthuys. Cette caresse invo- 
lontaire de la frisiu-e folle de ses che- 
veux fit montrer un jx-u de rouge à 
ses joues ordinairement pâles. Elle 



Ijalbutia une excuse ; lui sourit: ce 
fut le début de leur amitié. 

Ils se revirent souvent, Didier souf- 
frant des suites d'un surmenage de- 
vait passer plusieurs mois en provin- 
ce ; il offrit ses conseils à Andrée, et 
chaque jour, il s'acheminait vers le 
petit atelier de la route de Rennes. 

Le plus souvent, Andrée le recevait 
seule, mademoiselle Adèle, la cousine 
âgée chez laquelle habitait l'orpheli- 
ne, ne se souciant pas d'escalader les 
trois étages. Les céi-émonies des pre- 
miers jours firent vite place à une 
simple camaraderie. 

Andrée reconnaissant le pas vif du 
peintre, posait sa palette, passait ses 
doigts souples dans les ondes mordo^ 
rées de ses cheveux et se trouvait 
près de la portée lorsqu'il entrait. 

—Comment êtes-vous, aujourd'hui? 

La nuance d'inquiétude dont était 
empreinte la question, caressait déli- 
cieusement, comme l'autre jour la 
mousse légère des cheveux. Il se plai- 
gnait parfois, en enfant, du chaud 
qui l'énervait, du froid qui le gla- 
çait jusqu'à l'âme. Et, c'était plai- 
sir pour elle de le dorlotter. Elle 
traînait, elle-même, le meilleur fau- 
teuil près de la fenêtre ; elle échafau- 
dait des biîches dans la cheminée, 
faisait jaillir les étincelles qu'il ai- 
mait en artiste. 

— Etes-vous mieux. Maître? 

Il so.uriait de ce sourire doux qui 
ressemblait à un sourire de femme, 
sur ses lèvres qu'estompait une très 
fine moustache blonde. 

H disait, oui, de ses yeux clairs, 
pleins de lumière, et, la tête demi- 
renversée, il la regardait aller, venir, 
mince et souple dans la grande blou- 
se de toile blanche. 

Elle rangeait deux ou trois bibe- 
lots, avec l'intention inavouée de re- 
tarder l'instant où elle s'absorberait 
toute dans son art ; elle disait en- 
core quelques mots, pour que Didier 
fit vibrer l 'ambiance de sa voix chau- 
de, elle faisait un geste d'adieu et re- 
prenait la tâche de la veille^. 

Lorsqu'il voyait son buste fléchir, 
sa main devenir nerveuse sur sa pa- 
lette, il l'interrompait. 

—Reposez-vous, petite Andrée! 



^ LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

Elle obéissait, N-enait s'asseoir près veux une des roses rouges qu'il lui peigne d'écaillé mordait sa blan- 

de lui %-ivant encore du rêve qu'elle avait apporta, et vint s'asseoir à cheur en réUellion, il disparaissait 

venait de qmtter sa place ordinaire, sur le petit tabou- pour reparajtre dans la boucle haute 

Les bonnes causeries qui suivaient ret, près de la cheminée. du chignon. Elle le laissa.. Demain, 
«s 8«anoeB ajwès les critiques et les Dans l'intimité douce de l'at«lier, Didier découvrerait peut-être une ri- 
félieitations' D'abord, il n'avait été coquet comme un boudoir, ils lais- de même, et, son amour — s'il l'a- 
question que de leur art ; puis, peu à saient s'interrompre leur causerie paX vait aimée pendant la minute qu il 
peu. lœ sujets étaient devenus plus de grands silences qui, semblailril, pressait sa tÔte - serait de nouveau 
personnels. Lui. avait dit son enfan- terminaient ce qu'ils taisaient. en déroute. 

m inaladi%'e ses débuts pénibles, sa Les flammes allumaient des reflets II revint les jours suivants. Rien ne 

cloii« naissante, le désespoir qui le fulgurants dans les plis profonds du paraissait être changé entre eux. Il 

poienait à certaines heures ; mais, taffetas cerise, l'odeur forte de la ro- disait aussi joyeux qu'autrefois: 

surtout, il l'avait fait se raconter, se montait enivrante, donnant un —Petite Andrée, faites un bon feu! 

pour ainsi dire malgré elle, provo- sens troublant à la confidence d'An- Petite Andrée, il ne manque que le 

quant ses confidences: curieux de cet- drée Malvoy. parfum à cette gerbe! 

te nature exubérante par de certains Ses mains pâles jointes autour de ^^^^^^^^^^ il n'aurait jamais osé 

côtés, pleine de réticences par d au- ses genoux, elle se taisait mainte- çj^^iander: 

très. nant, honteuse déjà, d'avoir livré t. ,., . , / 

„.. .... , . „„ „^ 1.» i- j » j' — Petite Andrée, pourquoi avez- 

Elle lui était une énigme avec ses 1 âpre regret de ses rêves de- . ^ . . _ 

vinct-sept ans qui n'avaient jamais truits par la réalité décevante, d'à- !,""« ^os. ^^ux des mauvais jours ? 
connu l'amour, cette vie intelligente voir exposé l'ambition folle de corn- Pourquoi etes-vous triste? 
qu'elle s'était créée elle-même dans bler par l'art le vide atroce du cœur. Andrée, elle, s'inquiétait aussi an- 
son milieu bourireois aux vues étroi- Elle attendait, anxieuse, des mots xieusement de sa santé, elle avait les 
tes ; avec ses amitiés masculines qu'il dirait. mêmes gestes doux pour l'accueillir ; 
dont elle était fier© ; elle le déconcer- Ses doigte d'artiste, longs et fuse- toutefois, elle veillait jalousement 
tait par ses allures de femme raffi- lés. errèrent près de la rose, faisant sur ses mains, ne les laissait plus, 




ait la 'connaître' avoir pénétré \e fait pour une petite sœur très chérie. P^s d'elle, sur sa toile: ses cheveux 

mystère de sa 'jeunesse laborieuse. -Vous ne ressemblez à nulle au- n'auraient plus de caresse pour lui. 

puis brusquement, elle lui échappait, tre! Un soir, il dit très vite, au mo- 

redevenant le point d'interrogation. Il la contempla un instant. ISous nient de la quitter: 

Jamais il ne lui était venu à l'es- son regard, Andrée avait baissé len- — Je partirai demain... 
prit qu'il pourrait l'aimer d'une af- tement les paupières, sans les étoiles Le lendemain, elle monta à l'atelier 
fection autre que celle toute fraternel- d'or qui donnaient toute vie à son de bonne heure.revêtit sa blouse blan- 
le qu'ils avaient l'un pour l'autre; ce- visage, on eut dit qu'elle était mor- che, afin de préserver son corsage ce- 
pendant, il s'impatientait de la voir te, tant elle était blanche ; il perce- rise, et comme elle était sans force 
frop sereine lorsqu'il l'appelait: Pe- vait aux tempes tièdes le battement po.ur travailler, elle se prit à rendre 
tite Andrée ; de ne point sentir fré- plus rapide des artères. plus élégant son studio. Suivant un 
mir sa main attardée dans la adenne. — Andrée... avis plusieurs fois donné par Didier, 

Et chaque jour, plus longtemps il Et, voici qu'au lieu d'achever la elle changea un b'ronœ de place, le 

la retenait piés de lui. phrase qu'elle attendait frémissante, niit en lumière, dérangea les vieilles 

On était en septembre, le ciel bas il la repoussait. faïences, refit les gerbes de chrysan- 

laisMiit couler une lumière si pâle que —Andrée! mais vous avez un" che- thèmes, drapa les sellettes de nouvel- 

Didier avait décrété qu'on ne tra- veu blanc... là, près de l'oreille... les écharpes, et croyant avoir dépas- 

Taillprait pas. ...Andrée ne se rappelait plus nette- se l'heure à laquelle Didier venait. 

Bon eré, mal gré, Andrée retira sa mont comment s'était terminé l'a- e^e se hâta de quitter sa blouse. 

blouse Hanche. Elle portait une che- près-midi, elle conservait seulement Elle s'assit, lessaya de lire pour 

nûsetie de taftetas cerise dont les plis l'impression nette d'être tombée dans tromper l'aïtente. Elle s'était promis 

près de la hante ceinture avaient des un trou noir, profond, lorsqu'au de ne point songer afin de ne pas gâ- 

casmires sombres, la iune plissée la seuil de l'atelier, il hésita de la sa- ter ses dernières heures de bonheur. 

erandissait m Tamincispant tout hier d'un: Au revoir, petite Andrée! D'ailleurs. Didier ne serait pas en re- 

naturellement. DicUer s'exclama: Petite Andrée! une femme ayant des tard ; s'il n'avait pas deviné l'amour 

-Vous êtes on l>eantê, ,>.lite An- cheveux blancs! de Petite Andrée, i^ n'était pas sans 

°*™: ïl ^tait Ijien là, le démolisseur de connaître l'affectueuse amitié qu'elle 

Elle, coquette, piqua dans ses che- bonheur, près de l'oreille rose ; le avait pour lui. 



LE JOUENAL DE FRANÇOISE 329 

Presque toui de suite, elle dut se Plus calme, sans cloute parce qu'il #♦•♦•♦•♦••♦•••••••••♦♦•♦••♦••§ 



lever pour l'accueillir. la sentait ancrée dans sa résolution, J „ lllûdô 

—Bonjour, Maître! il redevint tendre, éveillant les sou- J IZ«I«> >Mr la IIIVUC 



Il était plus pâle qu'à l'ordinaire, venàrs dos jours passés. ^ >»♦«♦•♦•>♦>»>»•>•••>♦•♦••♦•*• 

elle s'inquiéta: —.Que vais-je devenir sans vo,u&? 

-Etes-vous assez bien povu- par- -Vous resterez le Maître admiré A soutache, ce que nous appe- 

tir? que vous êtes... ^ Ions communément par le nom 

Il la rassura. ïl admira l'arrange- -Je n'ai plus de goût pour le tra- ^'^glf^^ ^raid , va devenir 1 engoue- 

,,,.,■ -i ment çeneral. Un en garnit tout, 

ment nouveau de 1 atelier. vail. j,^. ^^ ^^^ ^^^^^^^ j,,^ entièrement 

-Est-ce pour moi? -Chut! ce serait lâche ; et je veux ^,^0^,^^^.^^^ de dessins exécutés avec 

-Oui! Je veux que vous gardiez vous conserver très haut dans mon ^^ j^ ^-^^^ soutache. Elle est de tou- 
un souvenu- agréable d'ici! estime. Je suis ambitieuse pour ^ j^^ couleurs mais se pose généra- 

Us parlaient peu, suivant leur ha- vous... Quel bonheur, si je pouvais ^^^^^ ^^^ ^^j. ^^^^ c'est-à-dire 
bitude. Lui, s'accusant de lâcheté, re- me donnei- une part dans votre œu- ^^^^^ ^^^ ^^j^^^^ ^^^ ^^^ ^^^^ L^ 
frenant le desir de dire les trois mot. vre nouvelle! ... soutache noire sur le blanc est cepen- 

qui brûlaient ses lèvres; elle ayant _^^ ^.^^^^ p^^.^ Andrée? dant d'un très bon effet. 

la pensée unique qu il était la enco- _]vioi? u^e buée chaude monta On appliquera beaucoup, cet été, la 
re, et que demain.elle serait seule... ^^^ fj^^g ^^^^ Moi?... Il ne faut pas soutache sur du tulle, sur le point 
—Andrée.... songer à moi!... d'esprit, ou tout autre tissu léger de 

Devant le fin regard de ses yeux Tout bas, elle laissa échapper sa ce genre, 
d'or, il s'affola: plainte: On mêlera aussi la broderie anglai- 

— Andrée. N'est-ce pas fd.u de se se- _Çg serait triste, et puis... se à la soutache sur les blouses d'été, 

parer pour toujours! Petite Andrée, _A.nidrée! vous souffrez?... Les chapeaux n'ont pas encore di- 

je veux vous garder! Comprenez- ^^^^ ^^^^ ^^ ^^^^ p^^^ ^^^j^^^^ ^ minué d'envergure. Ce sont toujours 
vous que je ne saurais vivre sans j^ tentation du front blanc incliné des bords immenses et des calottes 
'''°"^— vers elle, et se rejettant en arrière. surchargées d'ornements. _ 

Elle secoua la tête. _^^.^ ^^^, .^^^^ -^ ^,^.^^^ ^^ On a maintenant imaginé de mêler 

—Ce serait de la vraie folie!... Di- ^^^^.i _ les fruits aux fleurs pour 1 ornemen- 

dier, je suis vieille... Bientôt je serai _p ' • i -vu? tation de la table. On affirme que 

une vieille femme' ourq o,i p . cette association permet les plus heu- 

-Non!... Vous avez encore^de Ion- .^^^^ ^^''^ "'^ ^°^^* '°"' ''" P^"' ^eu- effets et est d'un grand secours, 
gués années de jeunesse... P'''''%- , . . , , ^, ^ .e"" "" t«'"P^' où les fleurs sont rares 

Elle sourit — C est vrai, je pleure! C est^ gro- g^ coûteuses. 

' , ,. , tesque de pleurer sur soi, n'est-ce Leg boucles d'oreilles reviennent à 

— Vous oubliez mes cheveux o , i a i vx- ^ j. c • 

pas.'... la mode. A la condition, toutefois 

Elle n'attendit pas de réponse, se que ces pendants, d'oreilles soient dis- 
La remarque le blessa dans son répandant tout de suite en menues crets, cest-à-dire petits, et beaux, 
orgueil d'homme., L'avait-elle cru su- recommandations relatives au voya- Pas de bijoux lourds, et pas de fan- 
perficiel au point d'ajouter de l'im- Saisie à bon marché, 
portance à cet incident? ^ . „ 

. j 1 • —Je vous ennuie? Cigarette. 

— Pourquoi ne pas donner la vraie ^, . , . i /-i » •. -i 

-, , , , Il haussa les épaules. Qu avait-il , 

raison de votre refus!... , ' , ? • -^ i- x 

r. ■ ^o l'éve de faire naître un sentiment . . . ^, 

—•Qui est .' , i , * r ' I Pas une femme, qui aame a être 

dans cette ame fermée ! ... , , , . ^ . 

—Que vous n'avez pas de cœur, ma ti '. •. , x ->.l • '^^'^° chapeautée, ne devrait ignorer 

pau%Te amie! Qu'il vous est aussi " «tait bon peut-et«, aussi, en ^^^ ^^^^^ ^^ g^^^^ ^^ Modes, MiU^ 

impossible d'aimer, qu'à ces fleurs de ^ouvemvàes heures passées dans e pj^^^^^ q^,^,^^ ^^^^^^^^ 1^ meilleur et 

répandre un parfum... !fï°'. '\ '^^ ^^'''^ ^ ^"""^«'^ ^" ""' le pl"s l>eau choix de chapeaux. 

T-,,, j , j . 1 ^ X X était aimee. 

Jiille dut faire appel a toute sa vo- .,.,,,. 

1 . ' '„ • 1 ' I. Avant de sortir, près de la porte, 

lonte pour réprimer la révolte pas- ., ,, , , • 

• „'„•"! -i 11 T X il 1 appuya une seconde contre lui. 

sionnee qui s élevait en elle: Lente- ^'^ •' 

ment, elle répondit: -Adieu, petite Andrée!... 

—Peut-être! — Adieu!... Vous savez, je cède ma 

Didier, vaguement soulagé que P^""^ ^ 1'^^- ^ ^'^^^ ^"^ •• 

l'impossibilité vint d'elle, s'emporta Andrée Malvdy n'avait pas eu le 

en un flo.t de paroles, sans souci du courage d'être héroïque jusqu'au 

mal qu'il cau.sait. Il fut injuste, dur bout. 

et cruel. Magali. 



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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



■^-♦•i 



■ »»»♦♦»»♦»♦»»» 4: ♦♦»♦♦ ».$.<M>.M>-M> ■M~M"M"M>4-^M"M> 4~M^^$>4^M^M^M^ 







LE POETE DE L'" HABITANT" 

WILLIAM HENRY DRUMMOND 

eenforménMnt à l'Acta du Parlsmant du Canada, «n l'année mil neuf cent (ept, par " Le Journal de François 
au bureau du Ministre de l'Agriculture) 



t ♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦ ♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦ ♦♦♦♦♦♦♦ ♦♦♦♦♦♦♦♦4^M-<M>-M>4'4^-M"M"M"M-4-M>4^ 



(Suite) 

C est un succ-ès local, dû é\idemment à des causes 
locales. 

Uu "diseur" de beaucoup de talent récitait du 
Drumniond, un soir, à Londres, dans un salon. ApixSs 
a\<)ir ému et éuHyé tour à tour son auditoire avec : 
•How Bat'vse came Home", "Pelang", "le Vieux 
1 t-mps. etc. il voulut frapper un coup décisif et donna 
l-a Julie Fiante". 

Le public récita parfaitement froid ; on n'avait pas 
■Jaisi. 

Ceci^ le surprit beaucoup. 

Apr<>s la soirée, causant avec une femme d'esprit, 
il lui demuntia son impression sur cette pièce. 

Cette dtirao avait été particulièrement frappée, par 
le fait qu'il y avait des cuisinières à bord des bar- 
ees, ce qui prouvait que les mariniers canadiens 
étaient d'autrement gros seigneurs cjue les bateliers 
anglais ! 

Drummond, lui-mOme. n'appréciait que médiocre- 
ment oett«' «puxxe de jeune«.so et rien ne l'agaçait au- 
tant que de s'entendre (jualifi-r "l'auteur de la Julie 
I lanto." 

Il avait parfaitement raison, car dans ce genre il 
n fait beaucoup mieux. 

L'histoire de "M'sieu Smit" nui s'en va chasser 
I ours emn, rtunt partout son "tuh" avec lui est infi- 
niment plus amusante. 

l^ mr-siuentures épic|ues «lue lui causent cet usten- 
;l<'. dont il ne veut se séparer à aucun prix, sont ré- 
jouissantes. 

Totitpfois sa constance est récompensée, et, son 
inévitable bain portatif lui sauve la vie un jour de 
temp«'te : 

Tr» day afta- dat. we >tart oift on lac 

For ketch on de water wan Oarlboo, 

»«t w n" ahe blow etrcing. an" we can't get back 

-nu we t ><«»< ourael out on iM ouioe. 



*• t'iak M'ai 
l.c«tle «r'ile 
An' des be'a 
An' ionv ou 



Smlt' lie ia aure be drown, 
cmn'l aee beem again na more, 
> up trom de place ^ (iown 
bat' ti*>l« an' try (^ aafaore. 



Wni h»', PU* onda laf, be aay "Hooraw". 
An- eonanH» rtght away for mak' Bomo ehiK 
r m mm ,am can bear heem teo^welve .rpent 
•Poot "Britt«.i., rte ahray, „«' boM «*pettag." 

.h ?i"'^ F'"/*' *'"'"'np'>ant dans sa baignoire et 
chantant à ,,le.n^ gorge le "Ruie Britannia^ - cW 
vraiment une trouvaille ! ""ma , c est 

t-V Celte spirituel auràit-il eu, par hasard l'idén rJo 
«. m«v(.!/.r <!fM Anglais ? nasara, 1 idée de 



L'histoire du vieux fermier qui, voulant surprendre 
l'amoureux de sa fille, se prend dans Ie'"Stove pipe 
hole", comme dans une trappe, et n'obtient qu'on le 
tire de sa fâcheuse position, qu'en accordant la main 
,de la belle à l'astucieux Dominique, est bonne aussi, 
luoiqu'un peu forcée. 

"Mon Choual Castor" est mieux venu. 

C'est l'histoire d'un brave paysan qui s'achète un 
vieux cheval de tramway réformé ! 

11 découvre, à sa grande joie, que l'animal a un 
train de deux-trois quarante. 

C'est le meilleur cheval du comté "for sure". 

Il l'engage dans un match contre "Cleveland Bay". 

La course a lieu, — Castor file comme un "Express 
car", et va gagner, quand un mauvais gamin son- 
ne une cloche. 

Castor se rappelle son ancien métier, s'arrête net, 
et se refuse obstinément à repartir. Le conducteur 
n'a pas sonné les deux coups ! 

On a prétendu que l'histoire était invraisemblable. 

Pourquoi ? 

Une aventure aussi singulière est arrivée à Otta- 
wa, il y a quelques années. 

C'était dans une course de cinq milles, pour lacjuelle 
étaient engagés d'excellents trotteurs, entre autres; 
"Lyall T"., un spécialiste sur cette distance. 

Dans le lot, il y avait une petite jument appelée 
May Girl, d'un aspect si piteux qu'elle en était pres- 
que comique. La veille, elle était arrivée la dernière 
avec persistance. 

Cela semblait presque une insulte de prétendre la 
faire se mesurer avec des chevaux de premier ordre. 

Çravo erreur. La petite jument, au quatrième mille 
filait comme un cerf à côté de Lyall T, et gagnait sur 
lui. 

Seulement May Girl était capricieuse, et son pro- 
priétaire, Joe Julien, le savait, aussi se tenait^il cra- 
vache on main près de la porte du pesage. 

En arrivant à la barrière la jument s'arrête net. 

Joe Julien cingle vigoureusement. Tout en criant à 
son palefrenier "Mon Dieu! Titoine, ferme la porte! " 

La bête repart, sous les coups, pour stopper dix 
pas plus loin. 

Alors, Joe au désespoir clame : "Titoine, tords 
lui la queue, Titoine ! 

Et, Titoine le jockey, lâchant les guides, empoi- 
gne la queue de sa bête à deux mains et tord avec 
conscience. 

May Girl repart comme une flèche, et, reprend si 
bien le terrain perdu, qu'à la fin du cinquième mille 
elle était roue à roue avec Lyall T. 

Devant la malencontreuse barrière, Joe hurlait : 
— Tire fort sur la guide Titoine, tire fort sur la 
guide ! 

Et Titoine tirait comme jamais il n'avait tiré de 
sa vie,— Le public trépignait de joie, 



p 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



3-3.1 



Les juges aubliaient do sonner la cloche, si bien 
que les coureurs firent un demi tour de plus cjue la 
distance, et qu'au bout de ce demi-tour, May Girl 
était trois longueurs en avant de Lyall ï. 

Quand les juges annoncèrent que I^yall T. était 
premier, la foule faillit les écharper si grande était la 
sympathie insph-ée par la brave petite bête. Joe vou- 
lait exterminer les juges, le starter, les autres con- 
currents et leurs chevaux. 

Il n'est pas plus invraisemblable d'arrêter un che- 
val en sonnant une cloche que de le faire mai^cher en 
lui tordant la queue. 

L'orgueil du plus habile tueur de porcs de Sainte- 
Flore est décrit de réjouissante manière dans "Pride". 

Les amoureux, qui revenaient au grand trot de 
Sorel, cahottés sur la "Corduroy Road", ne nous 
amusent pas moins que l'astucieux Louis Desjardins, 
vendant son âme au diable, et l'empêchant de venir 
la prendre en l'enfumant de tabac canadien. 

On cite au sujet de cette dernière pièce une anecdo- 
te typique. 

Le Docteur donnait une conférence dans un théâ- 
tre ; il avait épuisé presque tout son répertoire, con- 
nu à cette époque, et, cependant, les encore succédaient 
aux encore. i 

— I really do not know what I am to give you 
now, I suppose I will give you... "The Devil''. 

Stupéfaction générale ! 

Il le leur donna et le public fut parfaitement satis- 
fait. 

Un petit chef-d'œuvre, dans ce genre humoristi- 
que, est Maxime Labelle ou l'Expédition du Nil, con- 
tée par un "voyageur" canadien. 

Victoriaw, she have beeg \Tar, E-gyp's d« nam' de iplace — 
An' noeger peep dat's leeV im dere, g)ot very black de face, 
Ati' so she 's Write Joseph Mercier, he 's stop on Trois-Rivières — 
"Please come right «ff, an' bring wit' you t'ree hondcr voyageurs. 

"I g]o't de plaititee sojer, me, beeg feller six foot tall — 

Dat 's Englishmaii, an' Scotch also, don't wear no pant at al'. ; 

Of course de Irishmain's de bes', raise ail de row ho can. 

But nobokiy^ can puU batteau lak good Canadian man. 

"I f^v you st«ady Job for sure, an' w'en you get' ■ im t'roo 
I bring ycu) bacT< on Canadaw, don't cos' de inan un soti, 
Bat's firse-class eteambo'a.t ail de way Kebeck an' Liverpool, 
An' if you don't be Satisfy, yc,u mus' be beea, beeg îool." 

We meet upon Hôtel Dufresne, an' talk heem till dayllgiht. 
An' Joe he 's tneat so many tam, we very near get tig'ht, 
I>en affer w'ile, we miak' our min' dat'a not bax! chance, an' so 
.Joseph Mercier he 's telegraph, "Correc' Madame, we gio." 

So Joe arrangje de whola beeznesae wit' Queen Victoriaw : 
Two dollars day — work ail de tam — dat's purty good l'argent. 
An' w'en we start on Trois-Rivières, for pass on boar de ship, 
Our frien' dey ail say: "Ben voyage", an' den "Hooraw! E-<gyp!" 

Pat beeg steamboat was plotoge so moche, l'm 'fraid she neviar stop — 
De Capitaine 's no use at ail, can't kip her on de tap — 
An' so we ail corne very sick, jus' lak one leefle pup. 
An' ev'ry tam de àhip's go dOTvn, de inside she's go up. 

I 'm sorry spok lak dis, ma frien' if you don't t'ink it's so, 
Please ax Joseph Mercier hese'f, or Meck De Courteau, 
Dat stay on bed mo5' ail de tam, so siok dey nearly die. 
But lak' some great beeg Yankee m«n, wtùs never tôle de lie. 

De gang she's travel, travel, t'roo many strange contrée. 
An' ev'ry place is go't new nara' I don't remembcr, me, 
We see some fo'nny t'ing, for sure, more fonny I cain tell, 
But w'en we reach de NeelRivière, dat's feel more naturel. 

So many fine, beeg sojer man. I never see Ijefore, 

Ail drfss heem on grand uniform, is wait upcm de shore, 

Some black, some «reen, an' red also, oos' hondcr dollar sure, 

An' holler dut, "vShc's ail right now, hcrc come do voyageurs!" 



We see boss Goticral also, ho "s ride on buog ohamoau, 
Dat's w'at you Oa-mielle, 1 t'ink, 1 laugh de "way she go! 
Jomp up, jomp down, jomp ev'ry place, but still de G6n6ralc 
Weem satiefy for stay on to^j dat fonny an-imal. 

He's holler out dn Joe Mercier, "Comment ça va, Joseph?" 
You lak for come right off wit' nie, tak' leetle ride yourseff?" 
Joseph he niak' de grand salut, an' tak' it off hees hat. 
Merci, mon Générale," he say, "1 got no use for dat." 

Den affer we wias drinik somet'ing, an' srng "Le Brigadier", 
De aojc-r fellers geit prépare .or m'ak' de embarquer. 
An' leVerybody's shout heem out, w'en we talk' hole de boat 
"Hooraw pciur Queen Victoriaw!" an' also "pour nolus autres!" 

Bigo^! I do hard work mese'f upon de Ottawa 

De Gatineau an' St. Maurice, also de Mattawa, 

But I don't never wortk at ail, I s 'ure you dat's a fack 

Until we strike de Neel Rlvi-ère. an' sapré Catarack! 

'Dis wat, dat way, oan't heep her straight, look out 

[Batecse, lookout!" 
"Now let her go'," — arrête un P«u." dat's way de pilot shout, 
"Don't wash de neoger girl on shore", an' "prenez garde bohin'.'" 
W'at 's matter.wit" dat rudder man? I t'ink he 's goin' blin'." 

Some tam of course, de bcat's ail right, an' earry us allong 
An' den again, we raak po-rtage, w'en current she's too strcng. 
On place lak riait, we run gg-ood chance, for sunstruck on de neck, 
Ari' plaintee tam we wish «urseff was bac* on oie Kebeck. 

De seconde Catarack we pass, more becger dans de Soo, 

She l's nearly t'orty mile for sure, it wo'uld astonlsh you, 

Dat'd place t'ree Irishmanget drowm, u-an dia.y we bave beeg storm, 

Il s'pose de Queen is f«el lak cry, los' dat nice uniform! 

T>e ni'ght she's very, very cole, an' hot upon de day. 

An' ail de tam. you feel jus' lak you're goin' melt away, 

But never min' an' don't get scare, yoiu mak' it up ail right. 

An' twenty poun' you los' dat day, she's comin' bacte sain' night. 

We gcit small bugle boy alSo, he "s mebbe stan, tour foot. 

An' firse t'ing eVry moVning, sure, he mal' it toot! toot! toot! 

She 's nice enou^h upon de day, for hear de bugle call, 

But w'en she play before daylight, I don't lak dat ait ail! 

We mus' get -up iminédiatemi<>nt, dat leetle feller blow. 

An' so we start heem àtt again, for pull de beeg batteau, 

De sojer main he 's nice, nice boy, an' help us ail he can. 

An' geev heem chance, he !'s mois' as good lak some Oanatllan man. 

Wall, ail de tam, she go lak dat, was busy every day, 
Don't geit moohe chance for folish-rtess, ido'rt't get ino chance far play, 
Dere 's plaintee danger ail aroun', an' w'en we're comàn' iback, 
We got look out for run beem safe, dem saprée Catarak. 

But wc'ere 's de war? I oan't mlajk' out, don't sée no fight at ail! 
S'he' 's not'ing but une Grande Picnicfue, dat's las' im ail de fall 
Me/bbe de neeger King he 's scare, an' skip anodèr place. 
An' pour la Reine Victoriaw! I ne Ver see de face. 

But dat's not ma beez-neisse, ma frien', I 'm ready pull batteau 
So long she pay two dollar day, wit' pork an' beau also 
An' if she gecv me stëady job, for mak, somie mjore T'alrgient, 
I say, "Hooraw! for ail de tam, on Queen Victoriaw!" 



Cette pièce nous amène à parler du côté patrioti- 
que de l'œuvre de Drummond. Les avantages et les 
inconvénients de la situation spéciale du Canada ne 
lui avaient pas échappé. 

Dans le Dominion, deux races sont en présence, dif- 
férentes par l'origine, par la langue, par la religion. 
Ce sont deux races supérieures parfaitement suscepti- 
bles de travailler en bonne harmonie au bien commun; 
néanmoins, leurs caractères sont opposés, leurs naani- 
ères de voir divergent sur bien des points, et de ces 
différences d'opinion pourrait résulter un antagonisme 
latent, et parfois ouvert, qui serait une pierre d'a- 
choppement au développement normal du pays. 

L'absorbtion de l'élément anglais par l'élément 
français est hors de question ; mais les Canadiens 
français ont suffisamment prouvé leur prodigieuse vi- 
talité dans les plus défavorables circonstances, pour 



333 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



t^'i'aiirun esprit sérieux puisse jamais considérer la 
proposition inverse. 

Drummund, irlandais d'origine, était mieux à mê- 
me que personne de juger des piteux résultats pou- 
vant être obtenus par les moyens oppressifs. Une en- 
tente fraternelle était, pour lui, la seule solution. Et 
alors, quelle force énorme représentent ces deux alliés! 
ils se complètent ! ! I 

La ténacité de l'un assagit la vivacité de l'autre, 
la ^aité française adoucit la gra\ité anglaise, le sens 
artistique et le sens pratique se tempèrent et le be- 
soin de clarté, inhérent à la race latine, s'unit au 
goût d'exactitude cher aux Anglo Saxons. Mais 
pour se bien comprendre, il faut se connaître. Or 
beaucoup d'Anglais ne connaissent pas, ou connais- 
sent très mal, "l'habitant", qui forme la majorité de 
la population canadienne. 

Les deux parties, eu cause, no parlant pas la mê- 
me langue, la difficulté presque insurmontable. 

11 fallait qu'un Canadien peignit son peuple dans 
un langage (jui lui était étranger, ou qu'un Anglais 
étudia et comprit suffisamment bien les Canadiens 
pour en parler dignement. 

Dans le premier cas, l'excès d'un chauvinisme om- 
brageux pouvait gâter l'esquisse, sans compter que le 
plaidoyer "'pro domo suâ" peut toujours être entaché 
de partialité. 

pans le second l'inintelligence du sujet était à 
craindre et la malveillance, avouons-le, ne l'était pas 
moins. 

11 y a du sang entre les deux races, et ceci ne s'ef- 
face pas. D'autre part les Canadiens ont conservé un 
souvenir tenace et tendre de leur vieille mère-patrie, 
et, ai, pour un esprit élevé, cette constance est une 
qualité, elle ne peut être qu'un grief aux yeux d'un 
"jingoisme" étroit. 

Le Canadien pouvait se rappeler seulement des heu- 
res d'oppression et de lutte et oublier la large liberté 
accordée par le vainqueur, qui, dans le vaincu, avait 
su reconnaître un égal. 

L«8 écueils étaient nombreux. Drummond les a évi- 
tés, amplement parce qu'il avait un cœur exquis et 
c'est ce cœur qu il a laissé parier. 

Quoi de plus charmant que ces strophes de r"Habl- 
tant's Jubilee Ode", où il compare l'Anorletorre à une 
belle-mère, bonne pour l'enfant, qui n'est pas le sien. 

Il d« moder coma dead w'en yoi4're suhiII garçox, loavin' you dcre 

, ( alone, 

wjt oobotly wat chhi' (or tau- you fall, an' hurt youse'f on de stonc, 
A» Dtxtar Rood woiuui 4« t«it" your han' d« smn' your own moder do, 
l« It rig^t yoo dod't ema her moder, is it rigfet you lUm't love hcr 

[too? 

"*.■••• ■•' <*** "»■ «toway m feel, w'en de oie Kegimc's no more, 
Ao tfa naw waa coow. but don't cliat>g« moche, w'y it -8 Jus' lak' 

Xit be Ijefore, 
HplkJ»- PrMiçaia lak' «« «Iway do. an" de EnglliA dey mak' no fusa, 
Aa our Ikw de aam'. w«ll, I dont know me, 't btib better mebbe 

[for us. 

So d* aam' «a two brader, we aettle <lown. lœvin' dere hati' in han', 
Kaowta' «tA Oder, wa lak' «ach oder, de French an' de Engllfllinian, 
For H a corl'e t'h» on dl» worl', I 'am aure you aoe it a^en an' a«en, 
D* oMaa da moa' wioraa^nemi, be 'a comJn' do bea', bes' frien'. 

Et quel noble reepect pour le courage malheureux, 
domine dans toute cette pièce, "Le fusil de Papineau" 
qui se termine par 

An- PairiMaa, an' N«laon too 

I IV***" •*** '"^ »»t w» are free, 
ta Bon DiM |,a«« -eni -way up dw*. 
Halut. Wolfrrd' HalKt, r^uia! 



I 



Dans "Pioneers," "Champlain", "Pro Patria", 
"Home", "National Policy", "Strathcona's Horse", 
"ïwo Hundred Years Ago", etc, nous retrouvons les 
mêmes sentiments : exhortation à la concorde, amour 
de la commune patiie, "For wc are Canadian for ever, 
Canadian for ever, — Canadian over ail". 

Il n'a pas marchandé son admiration aux héros 
qui illustrèrent la Nouvelle Franc», car il comprenait 
que ces gloires canadiennes devraient être chères à 
tous sans distinction de race. 

Lisez la dernière strophe de "Two Hundred Years 
Ago" - 

Sa, ma trion' de Yao^e miain, 'he mus' try «m' understan* 

Wen ho hoUer for dat flag de Star ain" Stripe, 

If ha 's leetle win' Btill lef, an' mo Uangier hurt hese'.f, 

Den he better geev' aooder cheer, ba cripel 

For de flag of la belle France, dat show de way acroaa 

From Louisboi*-<fh to Florida an' back ; 

So raise it ev'Tyw'ore, lait' de ola tam voyageurs, 

W'en you hear ol de La Salle an' Cadillac — Hoîorawil 

For de flag of de La Salle an' Cadillac. 

Le Français le plus enthousiaste ne pourrait dire 
plus. 

Nous avons essayé de montrer que, si Drummond 
n'a pas été un impeccable versificateur, il a su être 
un peintre exact, un observateur scrupuleux, un hu- 
moriste brillant, un patriote au cœur large, mais 
mais nous n'avons encore rien dit de ce qui constitue 
la plus précieuse caractéristique de son talent, de ce 
qui à notre avis le sacre grand poète : la faculté de 
l'émotion. 

Si, à la lecture de ses vers, presque dans chaque 
pièce, notre rire éclate malgré nous en fusées, souvent 
aussi nous ne pouvons retenir nos larmes, et ceci est 
un don d'une qualité autrement rare. 

Dans certains "morceaux", il sait faire succéder 
l'attendrissement à la gaieté avec une étonnante facili- 
té ; il joue avec nos sentiments, il impressionne nos 
nerfs av^ec une habileté qui serait le comble de l'art, 
si ce n'était le comble de la simplicité. 

Drummond est tout l'opposé d'un virtuose de la 
plume ; rien n'est combiné, rien n'est feint, rien n'est 
préparé chez lui. 

11 n'y a aucune "ficelle" dans sa manière de com- 
poser. Les sentiments c[u'il nous peint sont les plus 
naturels du monde, les plus ordinaires, les plus cou- 
rants, et il les décrit de la façon la plus naturelle, la 
plus ordinaire, la plus courante. Mais il sent profon- 
dément ce qu'il dit. Il a rêvé avec Toinette à la 
"Montagne de St-Sébastien ; " son cœur s'est serré 
d'angoisse en pensant au pauvre "Poléon Doré" qui 
donna sa vie pour sauver un camarade ; ses larmes 
ont vraiment coulé avec celles de Marie, se remémo- 
rant au coin de son foyer solitaire sa belle jeunesse 
et "son cher garçon" parti pour jamais. 

Et c'est cette profonde vérité de sentiments, cette 
simplicité d'expression, qui font toute la force '". 
Drummond, qui sont tout son art. Pour terminer 
nos citations déjà bien longues, voici "Pelang", qui 
est probablement le chef-d'œuvre des poèmes de l'Ha- 
bitant". 



FelaoKl Pela,igl Mon cher garçon, 

I t'iniki of you — t'ink of you nigtt and day 

Don't niB.k' no différence, seems to me 

De long, long tam you're gone a way. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



333 



De snow ia deep on de Grande Montagne — 
LaTi tonder de rapide roar below — 
Do sam'' 'liin' îiiglit ima boy get los' 
On beeg, beeg storm forly year a^. 

An' I novor was hear de win' blow hard. 

An* de snow co^nc sweesh on de window pajne - 

But ev'ryt'ing 'pear lali' it 's yestcrday 

An' wbole of ma troub' is corne back agoln. 

Ah m|o! I "«■'as foolish youag girl den 

Is 's dniy ma owm plaisir I care, 

An' w-'en som» datnce or soirée ccftne off, 

Dat's very sure t'ing yen will see mie dere. 

Don't got too mlocho sensé ait ail dat tam, 
Ruin ev'ry place on de who'le contrée — 
Dut T ohai»g« beog loi w'en Pelang corne 'long. 
For I l'ove heem se wnell, kin' o' steady me. 

An' he waa de hes' bôy on Coteau, 

An' t'inîk I am de bes' girl too for sure — 

He 's tôle me dat, geev de ring also 

Was say an de inside "Je t'aime toujours". 

I gfeov heon some hair dat come off ma hfiad, 
I maik' do nice stocking for wairm hees feet, 
So ev'ryt'ing 's teex, w'en de spring is come 
Por maie' mariée on de «hurch toute suite. 

''W'en de apring is come!" Ah, I don't see dat, 
Dough de tear is pass as dey pas.^ before, 
An' de seasoln come an' de season go. 
But ont sprinjf nevor -was co'me no more. 



It 's cm de fête of de Jour de l'An, ' 
An' de worl' outside is oole an' w'ite. 
As I sit an' watoh for mon cher Pelang 
I^r he 'b prtfmise comte see me dis very nigiht. 

Bonhomme Péloqiuin dat is leev' near us — 
He 's alway keep look heem npom de moon — 
See fonlny t'ing dere ojily week before. 
An' say he 's feel it toto scare for come." 

But I don't apik not'ing I am so sure 
Of de promise Pelang is mo.'k' wit' me — 
An' de moë' beeg storm dat is never blO'W 
Can't kipi heem away from hees dwn Marie. 

I oPen de door, an' Pajss oiltside 
For see mjese't howi de night is look, 
Ajn' de star is commence for go coluché. 
Do mKnintain also is pift on hees tuque. 

No soooer I come on de bouse e^ain 
W'ere ev'ryt'ing feel it sd nice an' warm. 
Dan d'ut of de sky come de Nor' Kaa, win' — 
Out of de ^y come de beeg snow storm. 

Blow lak' not'ing I never see, 
Blow lait, le Diable be was mak' grande tour , 
Do snow comiB dtfwn lak wan avalanche, 
An' cole! mon Dieu, it is oole for sure! 

I t'ink, I t'infc of mon pauvre garçon, 
Dat 'm out mebba on de Grande Hootagne ; 



So I place chandelle wc're it 's geev good Hght, 

An' pray le Bon Dieu he will holp Pelang. 

De oie folk t'ink I am go crazee. 

An' moder she 's g«evi me de good night kias ; 

She say, '•'Go off on ytfur bed, Marie, 

Dere 's nabofly come on de storm lak dis." 

But ma eyo don't close dat long-, lomg night 
For it soem Jus' lak phantome is rrear. 
An' I t'ink of de terrible Loup-Garoii 
An' au de beld stdry I offen hear. 

Dere was tam I am sure somet'ing call "Marie", 

So plainly I o'pen de outside door. 

But) il "s mioet me only de awful storm, 

An' de ory pass away — don't come no more. 

An' de morning sun, w'en he 's up at las' 
Fin' me w'ite as de face on de s^ow. itse'f, 
For I koow very well, on do Grande Montagne, 
Ma poor Pelang he 's come dead hese f. 

It 's noom by de clook w'en de storm blow off. 
An' ma fader an' broder start ont for ses 
Any traoki on de smoV by de mountain Side, 
Or down on de place w'ere chemin shoi^d be. 

No sign at ail on de GrarWe Montagne, 
No sign ail over de w'ite, wi'ite snow ; 
Only iheail de wrn' on de beeg pine tree. 
An' roar of de rapide down below. 

An' w'ene is he lie, mon cher Pelang! 
Pelang, ma boy, I was love so well? 
Only le Bon Dieu up above 
An' mieWbe de leetle snow. bird can tell. 

An' I t'inifc I hear de leetle bird say, 
"Wait till de snow is geev up it 's dead, 
Wait till I go, an' robin come. 
An' den you will fin' hees cole, oole bed." 

An' it 's ail come true, for w'en de sun 
Is warm de side of de Grande Montagne 
An' drive aiway ail de winter snow, 
We fin' heem at las', mon cher Pelajig. 

An' hère on de fête of de Jour de J'An, 
Alone by mese'f I sit again, 
W'ile de beeg, beeg sttfrm is blow outside. 
An' de snow come sweesh oln de wîndow pâme, 

Not ail alone, for I t'ink I hear 
De voice of ma boy gone long agio , 
Can hear it above de hurricame. 
An' roar oit de rapide down below. 

Yes — yes — Pelang, mon cher garçon. 
I t'ink of you, t'ink of yolu nigtit an' day, 
Don't malk' no différence seems to mie 
How long de tam you was gc"ne away. 



Dans la littérature du Canada, Drummond occupe 
une place à part. Il est à peu près le seul poète na- 
tional, en ce sens qu'il a consacré son talent entière- 
ment et unique ment à la description de la nature ca- 
i nadienne, à la peinture de la vie locale, à l'étude des 



334 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



diveraes persouilications de l"'hikbitiviit ", qui est le 
plus canadien entre les canadiens. 

Evidemment, d'autres littérateurs ont, avant lui 
et en même temps que lui, traité les mômes sujets, 
mais aucun, ne s'y est voué aussi complète:ment. 

l*hilip|)e Aubort de lîaspé nous a fait coiuuiîtix^ ce 
quéuiieut les colons de la Nouvelle- Irance, au lende- 
main de la cession ; pt\r la vivacité du coloris et lix 
vérité de l'esquisse, (vérité toute de supposition 
d"»ùlleurs, ) il se rapproche du chantre de r"Habi- 
uuit". 

Les livres du Dr C hoquette ont un savoureux goût 

de (eiToir en même temps qu'une excellente qualité 

l'obflervation ; il est presque le seul qui semble vou- 

i^>ir se confiner à la description des scènes et des pay- 

-itges de sa teiTe natale. 

Messieurs Nérée Beauchemin, Pampliile LeMay, 
Poisson ont, à l'occjision, puisé à cette source l'inspi- 
ration de vers excellents. 

M. Fréchette, dont la renommée n'est plus à faire, 
ne fX'Ut être considéré cependant comme un poète de 
L h M lier ; si canadien qu'il soit par le cœur, il est en- 
liiivment français par la couleur et la forme. Toute- 
fois, certains de ses contes ont une saveur locale bien 
pronouci-e, mais ces tentations isolées ne tiennent, 
dans sou œuvre, i^u'une place fort mince. 

M. Beaugrand nous a laissé, lui aussi, quekiues pa- 
ges typiques, et Françoise dans ses "Fleurs Champê- 
tres" a des esquisses de vie campagnarde vraiment 
caractéristiques . 

Parmi les Anglais: 

Miss Kate Hayes dans "Rough Ben" ; "The Khan' 
et quelques bons vers de G.-W. Bengough sont à peu 
près tout ce <iue nous avons de poésie dialectale, et 
rien de tout cela ne constitue une œuvre complète, ce 
ne sont que des tentatives accidentelles. 
', Nous trouvons dans Archibnld Lampman, dans 

[ William Welfred Campbell, dans Fréchette, même dans 
Lozeau, des descriptions de paysages ou de scènes qui, 
par l'harmonie du vers, par la science du rythme sont 
supérieures à celles de Drummond ; mais ces descrip- 
tions auraient pu êia:e écrites à Londres, aussi bien 
I qu'à Paris et à Quimper Corentin comme à Québec. 
Ce sont de beaux vers, ce sont de brillantes peintures, 
mais ce ne sont ni des peintures, ni des vers franche- 
ment canadiens, le goût de terroir leur manque. 

Il faut avouer, d'ailleurs, que la coexistence de 
deux langrues différentes, sur le même territoire, rend 
la littérature complexe et désunie, et c'est probable- 
ment pour cela que la poésie canadienne-française, 
pas plus que la poésie Cana^lienne anglaise n'est réel- 
lement "racy of the soil". La meilleure preuve que 
T>rummond est seul de son espèce en Canada est que 
Linois on a essaj é de le comparer à un . Canadien ; 
<<;{>««ndant, à qui ne l'a-t-on pas comparé ? 

A Burns, à Bames, à Kipling, à Parker, à Bret 
Harte, à Lowell, à James Whitcomb Riley, à Cable, 
à Russell, à Field, à Adams, etc, etc. 

A une foule de gens, dont les œuvres n'ont pas la 

1>lu8 lointaine analogie avec la sienne. Il a suffi qu'un 
lomme ait écrit dans un dialecte (juelconque ou qu'il 
ait et*'- humoriste plux ou moins brillant pour qu'on 
l'ait comparé à Drummond. 

Ceci prouve, à notre avis, combien rarement son 
'fuvre a été comprise. 

Il n'y a vraiment qu'une parenté bien vague en- 
tre le trappeur dépeini par Gilbert Parker, dans 
"Purrre and his people" et l'^Habitant farmrr" de 



Druuimond. Les modèles ne se rossembicat pus plus 
que les procédés employés par les deux auteurs. L'uu 
est un poète, l'autre un prosateur, le pi-emier est un 
iniaiïinatif et le second un observateur. 

On a également souvent assimilé les pocmes de 
['••Habitant", aux ballades de Huns Broitmaiim ; il ne 
peut C-ire de comparaison plus inexacte. 

Alors t(ue les types de Drummond sont criants de 
\ éi-ité, les personnages de Lolaud n'ont aucune exis- 
tence réelle, ils ne constituent pas du tout un type 
américain ; et le jargon macaronique qu'ils parlent 
n a pas la moindre ressemblance avec le Hollandais 
déformé, (employé en certains coins de la Pensylvau- 
nie, ou l'Allemand américanisé c|uc l'on peut enten- 
dre à Milv^^aukee ou Cincinnati. 

On pourrait en dire autant de pres<|ue tous les 
autres, de ceux surtout qui fuiient simplement des hu- 
moristes, Drummond n'a été un humoriste que par 
occasion, il a été, avant toxii, le peinti'e d'un peu- 
ple enclin à la gaieté, prompt à saisir le côté comi- 
«lue des choses, aussi l'auteur ne pou\ait-il manciuer 
de mettre en relief cette caractéristique. 

Mais il ne nous semble pas qu'il ait exagéré dans 
oe sens. 

Il fut pour les Canadiens ce que Burns a été pour 
les paysans des Highlands d'Ecosse; James Whit- 
comb Riley pour les fermiers de l'Indiana ; George 
Washington Cable pour les créoles de la Louisiane. 
Gomme eux, il a su nous faire vivre la vie de ses 
modèles nous faire penser comme ils pensent, pleurer 
quand ils ont souffert, rire quand ils se sont réjouis. 
Il a eu le rare mérite d'être un peintre exact, tout 
en restant poète, et la langue rugueuse qu'il a em- 
ployée n'a certes pas mii à l'impression de la vérité 
qui se dégage de toute son œuvre. 

La poésie dialectale est la moins artificielle de tou- 
tes ; son but est avant tout la candeur et la sincéri- 
té. Comme Browning l'a si bien dit dans "The Ring 
and the Book''' elle doit être "human at the red stri- 
pe of the heart". 

Et c'est bien là ce qui caractérise l'œuvre de 
Drummond. 'Aussi les Canadiens-français ont-ils une 
dette de reconnaissance à cet homme d'une autre 
race, qui a su les peindre avec tant d'amour et de 
vérité. 

(Fin) 

Pierre Lorraine. 



Ce convoi de Cuxe au Canada 

Le convoi de r"Intercolonial Limited", le pre- 
mier convoi du Canada, a reçu l'approbation de 
tous ceux qui s'en sont une fois servi. Il part de 
Monti'éal, à 9.00 a. m. chaque jour de l'année et ar- 
ve à Toronto à 4.30 p. m., à Hamilton à 5.30 p. m., à 
London, à 7.48 p. m., à Détroit à 10.00 p.m. et à 
Chicago à 7.42 a. m. le matin suivant. C'est un con- 
voi solide à vestibule, pourvu de toutes les amélio- 
rations modernes, avec des wagons dortoirs Pull-, 
man juscju'à Chicago ; il y a aussi un wagon-restau- 
rant et un service de bibliothèque à la disposition 
dt!S passagers. Faites-en l'essai à votre prochain 
voyage dans l'Ouest. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



335 



H travers U$ L\m$, etc. 

LA vie se complique tellement 
qu'elle ne laisse presque plus de 
place en dehors des devoirs immé- 
diats. 

Ce n'est que tout récemment que 
j'ai pu lire le très beau, \^rès noble et 
très délicat livre du Révérend Père L. 
Hudon, S.J., intitulé : "Une Fleur 
mystique de la Nouvelle-France''. • 

•Je rends d'abord hommage au pa- 
triotisme vibrant de l'auteur, qui a 
voulu faire connaître un personnage 
ayant "joué dans l'histoire de la co- 
lonie un rôle à part, unique, admi- 
rable et des plus salutaires". Ce per- 
sonnage — qui est une sainte, — a 
nom Marie-Thérèse de Saint-Augus- 
tin, religieuse et supérieure à l'Hôtel- 
Dieu de Québec en 1663. 




" La Réflexion mûrit la pensée ' 

Pour vos Prescriptions 

Des aFsietants d'expéritnce et un labrra- 
toire l>ien aménagé dans chacune de nos 
trois pharmacies vous assurent leur bonne 
préparation. 

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Nous avons les dernicres nouveautés, tels 
que Limes pour les ongles, Houppes, Arti- 
cles en cuir, boites de toilette, etc., etc. 

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Les Parfums les plue nouveaux comme 
d'habitude se trouvent à la pharmacie de 
Henri Lanctôt, anfjle des rues St-Denis et 
Sainte-Catherine ; Bonbons, Chocolats de 
McConkey, de Lowney, en boîtes ordinai- 
res et de fantaisie pour les fêtes. 

Trois Pharmacies : 
529 rue Ste-Catherine, coin de St-Denis. 
820 rue StLaurent, coin Prince Arthur. 
447 rue 8t-Laurent, prfe DeMontigny. 



Marie-Thérèse de Saint- Augustin 
est vme des pionnières de notre pays, 
elle est encore l'émule des Marie de 
l'Incarnation, des Marguerite Bour- 
geoys, et de tant d'autres douoes fi- 
gures qui restent à la fois pour no- 
tre pays une protection et une gloire. 

Certes, j'avoue humblement que 
cette vie en elle-même, toute de mys- 
ticisme, de visions et de révélations 
faite, ressort du domaine de ma com- 
préhension et de mon admiratioji. Je 
suis même très heureuse que ma per- 
fection soit si peu avancée qu'elle 
m'épargne les visions diaboliques ; 
pénétrée cependant de tout ce qui 
me manque pour saisir la leçon de 
ces manifestations supranaturelles, je 
m'en remets volontiers aux connais- 
.sanœs théologiques du savant écri- 
vain et à l'expérience si grande qu'il 
a du maniement des âmes, pour ju- 
ger des faits extraordinaires de la 
vie de son* héroïne. 

En tous cas, l'auteur a fait de cet- 
te vie, un volume très intéressant, 
qui touche, en même temps, à divers 
événements des premières années de 
la colonie, et si j'osais, je l'en félici- 
terais. 

o o o 

A l'occasion des fêtes du Nouvel 
An, M. Alfred Descarries, a édité un 
petit recueil de vers, qui s'appelle 
' 'HeuresPoétiques" . 

Voilà uiv petit livre qui a déjà fait 
couler pas mal d'encre. Pourrions- 
nous dire alors: "'Heureux petit li- 
vre?" Pas encore, mais vous verrez 
que si le talent de l'auteur continue 
à se développer, s'il continue à tra- 
vailler sur un fonds qui semble aissez 
fécond, les Canadiens pourront être 
fiers de lui quelque jour. 

"Il a eu tort: de publier, si tôt, ses 
essais poétiques", dit-on, autour de 



"Une Fleur mystique de la Nouvelle-France" 
-^Vie de la MOre Marie-Catherine de Saint- 
Augustin, religieufe de l'Hôtel Dieu de Québec 
(1632-1668), parle P. L. Hudon, S. J, Beau 
volume in-3o de 300 pages, orné de deux gra- 
vures hors texte, poitraits de la Mère de Saint- 
Augustin et du Père Jean ds Brébeuf.— Montréal 
bureaux du "Mefsager Cansdier, rue Eachel. 

En vente aux bureaux du " Messager Cana- 
dien" et chez les principaux libraires. Pris : 
60 c., frais de foj:t[en plus, (10c. ); $6.25 la 
douzaine. 

" Heures Poétiques," par Alfred Descarriep, 
en vente chez tons les libraires an prix de 50c. 



moi. Qui sait! Peut-être a-t-il voulu 
indiquer ainsi le point de départ, 
afin de faire mieux remarquer, plus 
tard, la longueur du chemin parcou- 
ru et les difficultés surmontées? 

Le jeune auteur a mes sympathies ; 
il a aussi tous mes souhaits de suc- 
cès futurs et l'expression vraie de 
mon encouragement. 
o o o 

Mon courrier est parfois très pré- 
cieux. Il m'a apporté dernièrement 
encore, trois Brochurettes de M. Pier- 
re-Georges Roy. Ce so^t: "La Fa- 
mille Aubert de Gaspé", "La Famil- 
le Boisseau", et "La Famille Renaud 
d'Avène des Méloizes". 

Je ne saurais exprimer l'intérêt que 
je prends a toutes les publications de 
M. Pierre-Georges Roy. Je suis un 
peu confuse, cependant, de constater 
que mon égoïsme en retire tout pro- 
fit, car, car, je trouve dans les re- 
cherches et le travail de l'auteur, des 
notes toutes faites, qu'il m'aurait 
fallu chercher longtemps, en consul- 
tant trop de documents. 

Non-seulement les écrivains bénéfi- 
cient du travail ardent et âpre que 
s'impose M. Roy, mais le paya, tout 
entier qui devra les lumières qu'il jet- 
te sur ses origines et sur celles de sea 
vaillants p'ionniers. 

Françoise. 



M. Alexandre Silvio, avantageuse- 
ment connu en notre ville, va don- 
ner, sous la présidence de M. l'éche- 
vin et Madame J.-G. Duquette, une 
grande soirée musical^ et littéraire. 
Un concours d'artistes distingués se- 
condera l'habile organisateuf de la 
fête, qui aura lieu le 13 février pro- 
chain, à la salle du Collège, coin des 
rues Beaubien et Saint-Denis. Le prix 
des du billet est de 50 cents. Le nom- 
bre des blillets étant limité, l'auditoi- 
re sera des plus choisis. 



Tout le .secret de l'élégance d'une 
femme, à la promenade, est dans le 
chapeau. Il importe qu'elle con- 
naisse l'endroit où se procurer cet 
objet rare. Qu'elle s'adresse donc, 
sans crainte à Mille-Fleurs, 527, rue 
Sainte-Catherine-Bsti. 



336 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



• *•»« 



Propos d' ôiiquette 






D. — Une dame ôte-t-elle ses gants pour 
manger des gâteaux f 

R. — Jamais dans une visite ou à 
un five o'clock, mais au souper. 
après le bal, elle peut enlever ses 
gants. 

D. — Un monsieur doii-il etilever son 
pardessus dans F anti-chambre, avant de se 
présenter au saltm, dans une visite f 

R. — Oui. Une dame conserve son 
manteau, parce qu'il est toujours élé 
gant. 

Lady Etiquette. 



Rccene$ faciles 

NOUILLES MARGE A L'ITA- 
LIENNE. — Nouilles Marge: un pa- 
quet de 1-2 livre pour 6 personnes. — 
Après avoir fait cuire à l'eau salée 
vos "TJouilles Marge", et qu'elles 
sont bien égouttées et bien gonflées, 
jetez-les dans une casserole dans la- 
quelle vous aurez fait chauffer vive- 
ment du beurre Men frais, jusqu'à 
belle teinte noisette ; ajoutez froma- 
ge râpé, bon jus et assaisonnement, 
faites sauter un tour pour les rendre 
bien onctueuses et servez bien chaud. 

CONFITURES D'ORANGES. - 
Choississez des oranges à grosses 
écoroes. Trompez-les dans de l'eau 
fraîche pendant quarante-huit heu- 
res, en ayant soin de changer l'eau 
plusieurs fois. Retirez les oranges de 
l'eau, pesez-les et préparez un poids 
égal de sucre. Faites cuire les fruits 
en les mettant dans de l'eau froide 
que vous amenez à ébullition jusqu'à 
ce que l'écoroe soit parfaitement ton- 
dre. Ajoutez 4e sucre au jus de cuis- 
son et faites-en un sirop que vous 
cuisez au cassé. Découpez les oranges 
en longs morceaux, enlevez les pé- 
pins. Mettez les morceaux d'oranges 
dans le sirop et faites donner quel- 
ques bouillons. Mettez dans les ver- 
res à confitures, couvrez le lende- 
main seulement. 



Conseils Utiles 

POUR REMETTRE A NEUF LES 
GANTS NOIRS. — Les doigts des 
gants noirs blanchissent par l'usa.ge. 
Pour les noircir sans rétrécir la peau, 
il faut faire un mélange d'encre de 
Chine et d'une cuillerée à thé d'hui- 
le d'olive. A l'aide d'un petit pin- 
ceau, on enduit la partie blanche, 
puis on laisse sécher. 

— La crème de tartre nettoie fort 
bien les gants de chevreau blanc. 

POUR LES MAINS GERCEES.- 
Prenez une once d'hamamélice, une 
once de bay rum, une once de glycé- 
rine, une once d'eau et dix gouttes de 
camphre. Cette lotion est excellente 
et peut servir aussi pour le visage. 

Revues d'Europe et â'Jïtnérique 

M. Chs. al) der HaUlen nous écrit que la ''Re- 
vue d'Europe et des Colrfnies", qui prendra dé- 
sormais le nom de "Revue d'Europe et d'A- 
mÉrique", consacrera régulièrement, une partie 
importante aux articles inti&ressant le Nou- 
veau-Mon<ïe. La Rétlaction en chef sera confiée 
à ce précieux ami des Canadiens-Français 
qu'est M. Ab der Halden. 

"Je désire tdut naturellement, écrit-il, em- 
ployer le nouvel organe mis à ma disposition, 
à iaire connaître de plus en plus le Canada aux 
Français et je désire attirer à nous, en "Juali- 
té de collaborateurs, l'élite des écrivains de 
langue française du NoilvesAi Continent. 

'Je ne désire pas n'insérer que dos articles 
exclusivement littéraires. A côté de la littéra- 
ture pure, je réserverai une place aux études 
historiques et économiques, bref, à tout ce qui 
fera mieux connaître et epiJrécier votre pays. 

"Comme le prix de notre Revue est un pou 
eievô pour les habitudes canuriiennes. j'ai obte- 
nu de l'éditeur que tout abonriement vona/nt pajr 
mion intermédiaire, et éman-ant du Canada se- 
rait accepté au Vï*ix de 3 dollars. .l 'otse es- 
pérer que vlous ferez (|uelque proi>agande à rto^ 
tre revtjB, qui peut rendre au Canada de réels 
services." 

Ttfute copie devra être envolyée'il l'adresse 
suivante: M. ab der Halden, l{cda>ctcur-ein-Ohef 
de la "Revue d'Europe et d'Amérique", 4, rue 
Antoine-I)ul>ois, Paris. 

Voilà en effet, une occasion remarquable do 
faire connaître notre pays ; nous no dooitons 
pas que les Canadiens la saisissent avec 1x>n- 
heur. 



On] demande 

Une jeune personne désire une posi- 
tion en qualité de gouvernante dans 
uni3 famille. Elle est munie d'un di- 
plôme de garde-malade, et des meil- 
leures recommandations. 

S'adresser à Mlle L. Pays, "Jour- 
nal de Françoise", 80, rue Saint-Ga- 
briel . 



"L'haVÀt ne fait pas le moine", dit 
le proverbe ; mais le chapeau fait la 
femme. Tl n'y a pas de laides femmes 
avec de jolis chapeaux. Et ce qui fait 
autant la joliesse des chapeaux, c'est 
plus encore le goût etl'éléganice que 
la richesse des garnitures. Voilà en 
quoi tient le sa\'oir-faire d'une mo,dis-i 
te comme Mme Pageau. On est sûr 
de trouver chez elle des exquis modè- 
les de chapeaux de toutes grandeurs 
et de tous genres à des prix très 
abordables. Car, si ses pratiques 
paient volontiers la qualité des cha- 
peaux qu'on leur offre ainsi que leursi' 
garnitures, elles Vjénéficient absolu- 
ment du chic, du goût, du tour agré-. 
able qu'on sait donner à tous les ob- 
jets confectionnés dans cette maison. 

Nous conseillons à nos lectrices 
d'aller y faire une visite, afin de se 
bien renseigner sur ce salon de mo- 
des. ^ 

Mme PAGEAU, 
769, rue Sainte-Catherine Est, entre 
les rues Panet et Plessiî 



La Reine des Eaux purgatives, c'est 
L'EAU PURGATIVE DE RIGA. 
En vente partout, 25 cents la bouteille 




La Veilleuse en 
Nickel 

Montréal 



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un quart fo cent, tais odtur 

ni fum<^e. 

Prix: 90c.; par la Poste, ^lOc. de plus. 

L.-J.-A. SURVEYER, 

52 Boi:l.KVABD f-'T-I.AlRÏNT, - MoMUKAl. 



On devrait faire observer aux jeu- 
nes filles qu'elles seront plus long- 
temps vieilles que. jeunes. —Louise 
Buchner. 

JEAN DESHAYES, Graphologue 
873 rua Notre-Dam<)-Est, Hochel»ga. 



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MESDAMES, i 

Pour vos parfumeries et articles \ 
de toilette allez chez à 

Quennevillt &G«ér)n j 

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macles tous aurez entière ealikfnct'rn. K( s rrix 
sont réduits sur tous nés m^dieanunts, 

6 lliaiDiaeiis ; fcii7 (-i-jMiIojm , loiii Fiilford- 
K;34 tt-lairent, coin Faiiniount ; Vu] Kotre- 
Dame Ouest, coin Versailles; 700 He-Cathorine 
Est, coin Vlsitatien ; 399 Ontario Est, coin St-Hu- 
bort: 1887 SteÇatherinc Est. 



.-Hi 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



337 






I CONCOURS DE POPULARITE 







Pour le recrutement des Abonnés 



1er PRIX, ( décerné à toutes les personnes qui 
recruteront 250 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

UN VOYAGE EN EUROPE 

De Montréal à Paris et retour. Trois semaines à 
Paris ; pension payqe dans un hôtel de premier 
ordre pour messieurs et dans une excellente pen- 
sion privée pour dames. Des détails seront four- 
nis à ceux qui en désireront. Billets bons pour 
un an. 

2ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 150 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

UN PIANO DE $300.00 

fabrique Bachman, boît-e en magnifique noyer 
noir, clavier en riche ivoire _( action à répétition ) 
exposé aux magasins de pianos, de notre jeune 
et populaire marchand d'instruments de musique, 
"M. Ed. Archambault, 312 rue Sainte-Catherine-E. 

OU BIEN : 

Un trousseau complet de jeune fille ou dame, con- 
fectionné dans l'une des plus grandes maisons pa- 
risiennes, estimé : une valeur d'au moins mille 
francs. 

3ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront, 75 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

UN PHONOGRAPHE PATHÉ 

De plus: une douzaine de disques qu'on pour- 
ra choisir dans le répertoire Pathé, au bureau du 
"Journal de Françoise", seront donnés à tous 
les gagnants du 3ième prix. 

4ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 50 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

MONTRE POUR MONSIEUR 

boîtier en or massif ( garanti à 14 carats ) , sans 
couvercle, mouvement de 17 pierres ( rubis ) ; spi- 
rale Bréguet ; régulateur breveté, ajusté. 

OU BIEN : 
Montre de Dame, boîtier en or massif ( garanti à 
14 carats ), avec couvercle enrichi d'une étoile et 
d'un croissant de diamants. Mêmes spirales et 
régulateurs que plus haut. 

Chacune de ces montres a une valeur de 
S60.00. On pourra les voir dans la vitrine de la 
maison N. Beaudry «fe Fils, 287, rue Sainte-Ca- 
therine-Est. 

5ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 35 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 



Un magnifique pupitre avec combinaison de 
bibliothèque. Ce meuble superbe est en chêne 
( Early English ) du plus beau grain. Les vitres 
de la petite bibliothèque sont en verres coloriés 
enchâssés dans le plomU. Le tout forme un meu- 
ble de luxe très désirable. 

_6ième PRIX, (décerné à toutes les personnes 
qui recruteront 20 nouveaux abonnements an- 
nuels ) : 

Un Bracelet en or massif ( garanti à 14 ca- 
rats ) , orné d'une rivière de perles. 

OU BIEN : 
Un autre bracelet en or massif ( garanti à 14 ca- 
rats ), avec fermoir d'un dessin modem style, in- 
crusté de perles. 

Ces bracelets sont évalués chacun à $25.00. Ex- 
posés dans la vitrine de la maison N. Beaudry 
& Fils, 287, rue Sainte-Catherine-Est. 

OU BIEN : 
Une magnifique canne en ébène véritable, avec 
massive poignée en or, (garanti à 14 carats), 
artistiquement gravée. 

Cette canne, estimée à $25.00, est exposée dans 
la vitrine- de l'établissement T. Théo. Valiquette, 
259 rue Sainte-Catherine Est. 

Tième PRIX, (à toutes les personnes qui re- 
cruteront 10 nouveaux abonnés annuels ) : 

Un réticule en peau de crocodile, avec initiale 
en argent massif. 

8ième PRIX, (à toutes les personnes qui recru- 
teront 5 nouveaux abonnés annuels ) : 

Une broche en vieil argent 

Une épingle de cravate, OU BIEN 

Une pendule de fantaisie. 

Un chapelet en nacre de perle monté en argent. 

N. B. — Tous les prix de notre concours sont 
garantis par les maisons qui les fournissent. 

CE CONCOURS OUVERT DEPUIS LE 
7 DECEMBRE, NE SE TERMINERA QUE LE 
1er MAI 1908.^ 

Afin d'éviter tout retard dans le service du 
journal aux nouveaux abonnés, ceux qui se char- 
geront de les recueillir voudront bien faire parve- 
nir au '-Jaurnal de Françoise", ces noms, au fur 
et à mesure qu'ils les prendront. Ils sont priés d'y 
joindre la date à laquelle les abonnements de- 
vront commencer. 

Chaque personne aura sa liste spéciale où se- 
ront inscrits les noms des abonnés qu'elle no.us 
aura fournis. 

Les gagnants recevront immédiatement leurs 
prix sur réceotion du total de leurs abonnements. 

Le prix de l'abonnement annuel est de $2.00. 

LE JOURNAL DE FRANÇOISE, 

80, rue Saint-Gabriel, Montréal. 



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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



] L 



La route s'âchcve 



P»r JEAN SAINT-YVES 



] l— 



(Suite) 

La voix ne portait pas. I«e sylla- 
bes se cassaient net, à peine les lè- 
vres franchies. Inutile de parler. La 
tourmente grondait trop fort. Et il 
resta debout à côté de l'homme qu'il 
sentait près de lui, regarda, dans le 
le noir, attendit. 

C'était sa première nuit en poste 
optique, su première nuit de com- 
mandement et, comme sur ime mer 
d'encre, invisible, une tempête s'était 
levée à tra\ers laquelle il fallait pas 
ser, tenir quand même. 

Et auprès de ses hommes, étourdi, 
frissonnant en ses vêt<»monts \nte 
transpercés, il veilla. 

Des nuages passaient, des masses 
noires qu'on ne voyait pas, mois dont 
on sentait la pesée lourde, liumide, 
sur les épaules. Le visage, les habits, 
les mains se cou\Taient de goutt«letr 
tes fines qui se glaçaient aussitôt, y 
adhéraient douloureuses. Dans la lu- 
mière coupant la nuit glissaient des 
points brillants en une fuite éperdue, 
horizontale. Une sensation de \-ites9e 
énorme, de lutte contre les éléments 
en venait. On oscillait comme sous 
des paquete de mer. On remontait, 
faisait front à l'orage, flottait... 

Parfois, dans tout ce noir boule- 
versé, une trouée se faisait. Du vide 
s'ouvrait, des lointains se de\-inaîent. 
On apercevait le ciel étoile, puis des 
feux qui s'allumaient tout à coup 
dans les montagnes. Aussitôt les rc- 
firards s'attachaient... C« sont eux!... 
Non... après un vif éclat peu à peu 
le feu s'affaissait, s'éteignait. Enco- 
re une fausse alerte. Combien _ en 
avaient-ils eu ainsi de ces minutes 
d'espoir ? 

Au début de leur faction, ils 
avaient cru voir im feu d'appareil 
optique, distinguer les signaux du 
poste mobile accompagnant la co- 
lonne. Après bien des efforte, quand 
ils étaient parvenus à mettre l'nppa- 
raîl en direction, à placer cette petite 



étoile dans leur rayon, voici que le 
feu disparaissait. 

Alors ils reprenaient leiu: faction, 
espérant toujours. 

L'Arabe expliqua que c'étaient des 
feux de kabyles, que tout ce chaos 
de montagnes à l'apparence stérile et 
maudite, dont Pierre gardait la bril- 
lante vision dressée au soleil cou- 
chant, tous ces ravins, ces flancs dé- 
nudés, étaient habités. Partout des 
viliaoes, des bordjg, des ksours per- 
chés comme des nids d'aigles ou blot- 
tis, dissimulés on quelque anfractuo- 
sité. C'étaient les feux de toutes ces 
demeures lointaines s' allumant tour 
à tour (ju'on apercevait ainsi, sus- 
pendus dans la nuit. 

L'appareil était posé sur une table 
dont les larges pieds, faits pour s'en- 
foncer dans les sables, avaient eu pei- 
ne à s'équilibrer parmi les pierres. A 
caus(? du vent, on avait dû lier soli- 
domont les deux ensemble et amarrer 
le tout avec les cordeaux de tirage 
des tentes inemployées. Cependant 
l'immobilité obtenue n'était que rela- 
tive. Quand la rafale devenait plus 
rageuse, arrifvait par paquets, 'en va- 
gues lourdes, tout tremblait, tan- 
guait. La caisse en tôle si pesante 
grondait, ronflait comme une ma- 
chine. 

— Du temps passait. Depuis com- 
bien d'heures durait cette faction? 

La nuit s'épaississait. Plus d'éclair- 
cie. TjC froid semblait plus vif, le 
vent plus cruel, désordonné. Des 
fonds obscurs les entourant mon- 
taient des masses tourbillonnantes. 
Un \ertige les prenait. Le gouffre 
d'ombre les attirait et, par mo- 
ments, ils fermaient les yeux, résis- 
tant de toutes leurs forces au vent 
qui les pressait, les inclinait; puis 
ils passaient leurs mains sur leurs 
fronts cerclés de glace, comme pour 
en chasser cette oppression, cette 
douleur qui les éblouissait. 

Pierre ne pouvait distinguer les 
deux hommes qui étaient là. 



H sentait l'un à ses côtés, debout. 
L'autre, il le devinait à ses pieds, 
assis, enfoui dans une couverture, se 
dissimulant derrière un quartier de 
roche qui le protégeait du vent. 
Quand la tempête s'apaisait un j>eu, 
Pierre entendait dans le noir sa res- 
piration trépidante, siffler, haleter, 
et le martèlement rapide, mat, de ses 
dents heurtées en de brusques déclan- 
chements. 

— C'est Tranchot, lui cria l'autre à 
l'oreille. 

Et allant au-devant de la ques- 
tion : • 

— Il vien de Bir bou Chama, voyez- 
vous, mon lieutenant. Il n'y a rien 
à faire. 

Bir bou Chama!... Un poste perdu 
dans l'?s dunes mouvantes, de l'autre 
côté des grands chotts, sur la route 
du Souf. Ce n'était pas la première 
fois que Pierre en entendait parler. 
Tous ceux qui y avaient passé, en 
avaient gardé une épouvante. 

De la même voix, l'autre répéta, 
croyant qxi'il ne savait pas : 

—Oui, de Bir bou Chama... Vous 
verrez ce pays-là, un jour, mon lieu- 
tenant. Et vous comprendrez..., 

C'était dit très naturellement, en 
un ton de soumission, d'abnégation 
douce, qui impressionna Pierre vive- 
ment. A l'entendre, il semblait iné- 
vitable que ce malheureux, ce soir, 
par une nuit pareille, eût de la fiè- 
vre et souffrit. Il avait gagné ça 
dans les sables, à Bir bou Chama. 
C'était tant dire. Bien d'autres aus- 
si, peut-être, à cette heure, grelot- 
taient dans le noir d'une veillée froi- 
de. Il n'était pas le seul. 

Alors Pierre se ressouvint des cho- 
ses de France, de la petite ville de 
garnison d'où il venait. 

C'était tout là-haut, dans le Nord. 

En hiver, dans la brume glacée des 
matins sombres, sur une petite place 
située à l'autre bout des faubourgs, 
au bord d'une rivière charnant des 
glaçons, il avait surveillé l'exercice 
des recrues. Et là, dans ses heures 
lentes, très dures, aux instants de re- 
pos, il s'était laissé aller à causer 
avec ses hommes. Il leur parlait 
simplement, cherchait le mot qui lui 
gagnerait ces cœurs d'êtres un peu 
méfiants, venus au service a\'ec le 
dur regret du chaume abandonné, 
parfois la méfiance des chefs, cette 
petite haine bête semée en leurs es- 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 339 

prits inquiets par quelques théories Tout cela se passait sans qu'un superbe, impassible, regardait dans 
malsaines, de grands mots vides en- mot, un regarc], pût être échangé, la nuit. 

tendus au cabaret et dont les réso- dans le vacarme, la pluie cinglante. Le tringlot se précipita, devinant 
nances les avaient frappés. Et à le le vent, la nuit énorme où ils avan- la faiblesse de son camarade. Il le 
voir si simple, étonnés, peu à peu ils çaient, à tâtons, aveugles, ne sa- reçut des bras de Pierre, le prit, di- 
se livraient, disaient leurs chagrins, chant où poser le pied, là où ils al- sant : 

l'inquiétude des mères, mille faits in- laient, près de tomber, finir ainsi en- —Laissez mon lieutenant. Je m'en 
signifiants de leurs pauvres existen- lacés, en pleine détresse de leurs âmes charge. 

ces, des choses naïves, charmantes, vaincues, emportés dans la tempête Puis il regarda vers son chef et sa 
qui se contaient là-bas, en les veil- vers les gouffres béants. voix changea, eut un ton de repro- 

lées où ils n'étaient plus. Alors, il Une fois, cela faillit leur arriver, che. 

lui était venu, pour eux, des idées Us roulèrent, jetés à terre violem- — Vous auriez dû m'envoyer préve- 
de pitié et de bonté. ment. Un cri d'angoisse s'échappa nir, mon lieutenant... Je serais mon- 

'Tous, inconscients mais sincères, ^es lèvres de Pierre, non pour lui, té le chercher... Ah! le pauvre gars!... 
avaient collaboré à l'évolution mora- ^^^^. "^e peur pour son compagnon. Et avec des attentions, de délica- 
le accomplie en lui. Tanchot s'écroulant avait eu un ap- tes précautions, il le coucha rigide 

Mais jamais il n'avait rencontré ?f ^f^'^ble dans la nuit, cri de bête parmi les autres qui se tassèrent, lui 
pareilles douleurs. Et ces tressaille- ^'^'"'''' geignante, dont les plaies se firent place. 

ments du malheureux développaient ^°"Y™^ ^ous le fouet. -Ce que c'est, tout de même, bou- 

en son (;œ«r une tristesse d'autant , , ™°'' lieutenant... mon lieu- gonnait-il ! . . . Chaud le matin, trop 
plus irritante qu'elle se révélait à lui ^Tl.. ^- , f '. l^^g^^^n^e ^rôtissoire... et puis, 

en un site désert, abandonné en un , *°".^ "^r"'"'' explora le terrain, a nuit, c est le froid, la fièvre... et 

moment où toute sa volonté ne pou- f "■^•""'^"J*' « accrocha à lui, voulut 1^ diable et son train, 
vait rien, assistait impuissante à ce *^ J^^'"™dre. Pierre consulta sa montre. Il était 

délire montant dans la furie des élé- .-^o"--- laissez-moi... oui, laissez- tard. Inutile de continuer l'expérien- 
ments et de la nuit. '"'^1 ' .^ '^^ trou... jusqu'à de- ce plus longtemps. Les autres, là- 

Tout à coup il se' pencha, s'appuya "^^^" matin... dormir... dormir... bas, n'avaient pu parvenir à se met- 

à l'épaule du soldat et, à cause de la ^^ *^ . ^^ recroquevillait, accroupi, tre en poste, ou simplement à tenir 
rafale sifflant à la crête des roches '"amenait la couverture sur ses mem- lem" lampe allumée. Ils ne paraî- 
il lui cria de s'en aller. Il resterait', ^^^^ endoloris, glacés. Assis à côté traient plus. 

lui, à sa place. Il dut le répéter, crier '^^ ^"V "" P'^'^ ^ l'abri dans cette ex- P" fond du trou, dans l'ombre, 
plus fort. cavation où ils avaient chu, Pierre suivant tous ses mouvements, deux 

'Lentement, tout tremblant, s'ac- t^''^^'''^ !t ^^"'P^^ P^^»^'' au-dessus .veux d'angoisse, de lassitude, de dé- 
..rochant aux rochers, l'homme . se , ,? ""^ ^^f ' ^,"^^'" *"»* ^"*""'-' ^"^ faillance observaient profondé- 

leva. Pierre ne le vovait pas, mais il 11», f ^' ^^^^"^^ r^"""" ^'^ ^^"^^^^^^ ^^ ' approcha, 

sentait' cet effort énorme accompli f'' yoches eparses, les -Dormez tranquille. Demain matin 

dans l'ombre. Et comme s'il eût '''■''"'^'. """"^"f \"^ifbles. Et c'était je descendrai vous chercher delà qui- 
en cela dépen..é toutes ses forces, le T,- r'"" Profonde do se sentir à l'a- -nine. 

soldat restait là, debout, se raidis- T 7^ v^ brutales vagabon- H avait calculé qu'en partant de 
sant, cherchant l'équilibre, oscillant 1" ^ans 1 espace, de toutes ces cho- grand matin il -pourrait être de re- 
dans la tempête, incapable de faire "T- "^?<'P^"*«« sortant sans trêve du tour avant la nuit. Les yeux de Tan- 
un pas. ■ [JJJIJ 'l"^ y enveloppait, de l'odieuse chot s'éclairèrent, comme sous une 
Alors, sans mot dire, Pierre le prit ""' *^*^"^P"^- _ montée de larmes. Une main trem- 
souslebras et commença de deso?n- —^^^' Han!... s'exhalait par à- blante, tendue en un geste de remer- 
dre avec lui ^-ers l'abri trouvé Che- °""P^' P^^ brusques remontées se- ciement spontané, sortit de l'enroule- 
min faisant, quand la bourrasque °°"^'}* l^ poitrine nerveusement corn- ment de la couverture, puis s'arrêta 
était trop rude, le malheureux, se f ^î"^°- la respiration courte du mal- hésitante. Alors Pierre la saisit cette 
sentant faiblir, se cramponnait brus- ^^ureux échoue a ses cotes. pauvre main vacillante qui avait 
quement, étendait le bras dans le —-Allons, Tanchot!... Allons, mon voulu se donner à lui, lui porter tou- 
vide en un grand g-este de détresse, ami, un peu de courage, répétait-il. te la reconnaissance d'un être dou- 
puis, comme un bloc, s'affaissait, les Us se i-elevèrent. L'autre, craintif, loureux, éperdu, faible, d'un cœur 
jambes cassées, la tête pleine de sif- tremblait de tous ses membres, vacil- qui tressaillait en lui coîhme celui 
flements, de résonances sourdes, lan- lait. A leur approche, au bruit des d'un petit enfant souffreteux, et il la 
cinantes. Après, ils repartaient. Aux pierres dégringolant sous leurs pieds, tint c|uelque temps en la sienne... 
obstacles rencontrés Pierre le prenait le tringlot mit quelques branchages -Les rêves avaient raison, 
à pleins bras, l'emportait presque, et sur les tisons. Une flamme jaillit II ferait le bien, consolerait dans 
cela le navrait de sentir contre lui éclairant le gouffre. Ils aperçurent sa vie errante de plus abandonnés et 
ce grand corps débile abandonné, alors la crevasse où les autres s'éH désolés que lui. En des jours et des 
inerte, qui cependant tressaillait par talent tassés et dormaient. Au long nuits d'effroi qui seraient encore, 
moments, avait des sursauts de fié- de la paroi scintillante, l'Arabe, en- combien de pauvres mains de soldats 
.vre. roulé en ses burnous, était allongé et souffrants se tendraient vers lui !... 



340 LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

— Ah ! mon lieutenant... redisait la souffrances des autres qu'il avait de- petite rivière passe nonchalante, clai- 
voix grelottante, sourde, à tra\-ers vinées, vers lesquelles il allait le re, reflétant cette paix enclose en la 
les dents serrées... Ah! mon lieute- cœur las, défait, mais résolu. Et il vallée calme. 

nani... pensa à autre chose. Pierre songe au tertre vert, ombra- 

,,.,,, .^ . , 1 -x II se baissa, regarda sous son Ut gé, situé à la lisière du parc, près du 

f^^'nîîli^nh^^nt ^1°"»^ f nl«„ <^ inégalités du sol,, qui l'avaient saut-du-Ioup, ^où il s'essayait, n'o- 
r^, ^ Jelle drULs'^ de ^^^ poW bien équilibrer sa couche, -t aller plus loin. Là il^rêvait des 
voix Uasphémant dans le noir. Les "«ne sorte de brancard appuyé d'un heures entières devant le paysage 
nuages se succédaient, bousculés, s'é- côté aux armatures de la cantine frais, lumineux, qu il découvrait et 
cnisant, se pénétrant, se dépassant, ^1°"* >« couvercle servait d'oreiller, de qui, pour lui, était toute la vie, tout 
masse confuse saisie de vertige. L'un ''^"^re à un X en bois articulé. Il un monde qu'il ne se lassait pas d'in- 
très lourd, chargé de grêle, creva au '^^ reconnaissait maintenant. La for- terroger. 

milieu d'eux. Parmi les roches les "i^ ^^ profilait exactement, était in- Souvent, au retour, la tête encote 
gréions crépitaient assourdissants, déniable. Elle s'allongeait comme pleine de rêves, cheminant en l'allée 
rayaient l'air de biais, de traits pa- dans les cimetières arabes rencontrés verte où l'ombre lente des crépuscu- 
rallèles, blancs, rapides, les cinglant à la sortie des bourgs ou dans les les descendait, il s'arrêtait délicieuse- 
au visage, les fouaillant comme d'un campagnes autour des tentes, des no- ment troublé. Dans les halliers, au 
paquet d'orties. mades. ♦ centre des bosquets traversés, sous 

On ne pouvait tenir davantage. Le marabout, le bico, comme di- les grands ifs taillés des carrefours. 
C'était inutile, du reste. Dès l'aube, sait l'autre, était bien là, enterré à des formes blanches apparaissaient, 
avec la colonne, on était parti, on quelques centimètres du sol, très peu des statues de nymphes et de déesses 
avait marché tout le jour. A peine profondément, suivant la coutume. q"i le regardaient passer, lui, le pe- 
arrivés ici, la nuit les avait pris, et, Kt quand il se coucha, il le fit avet; *i* maître, le dernier de sa race, tou- 
depuis des heures, sur oe mont, sans d'infinies précautions, sans secous- jours vêtu de noir. 
abri, ils subissaient l'assaut des élé- ses, de peur de crever cette fragile en- Dans le silence grave des dessous 
ments. L'épuisement était complet, veloppo qui les séparait. de bois, à cette 'heure où s'apaisent 

Pierre vérifia la solidité de l'appa- les murmures, elles semblaient, l'ay- 

reil qu'on allait abandonner, fit II ^°* aperçu, s'arrêter dans leurs 

éteindre le feu, et aussitôt, comme un courses et leurs danses, parler bas, 

fantôme emporté dans la nuit ora- Quand il songe au passé, Pierre se ^ immobiliser devant sa jeunesse in- 
geuse, l'homme disparut. revoit enfant, seul, errant à travers ^^iète, ses grands yeux qui les inter- 

Dans le marabout, la petite porte "n grand parc. rogeaient largement, comme perce- 

refermée derrière lui, grinçant, met- Sous le dôme vert des ormes épais ^ '^"^ ^" ^^^^^' éternel, le reflet des 
tant parmi le tumulte comme l'écho qui se rejoignent, emmêlant bien ^^oses très belles au milieu desquel- 
d'un rire méchant, Pierre s'assit, haut leurs branches, là-bas, d'un cô- '^^'^ ^"?^ vécurent, l'âme des temps 
Sous les tuiles grelottantes, toujours té, se profilait (la silhouette' élégante, ™Prveillcux où elles naquirent. 
la môme poussiftre grise longuement toute en dentelles et clochetons, d'un ^' "'^^ P»^ connu sa mère, la douce 
amassée descendait. château de Toiu-aine, le château de ''* ^/ ^''f'o marquise dont un pastel 

H fit un geste, voulut déplacer le Lestrac. Il date du roi chevalier. Pur **.'"'^ '"^ garde la beauté et le regard 
flambeau. Ses vêtements mouillés, joyau de la Renaissance, sur le ciel *^' **^"*^'^^- ^H® eut oe fils et mourut. 
Irangperoés, lui collant au corps, ti- limpide il étincollp, conservé en sa .^'" ''^**.*' ^•'^"^'"''e trop gi-ande, et 
rèrent, lourds, raidis. Comme si cela fraîcheur et sa grâce première, com- ^^^^^^ maintenant, il vit avec son on- 
eût suffi à déplacer l'équilibre des me si en lui vivait encore l'âme ten- ^^^' ^? °°lo"''' do Lestrac et le curé 
forces restantes, un fri-sson le saisit, dre et légère de la dame de beauté ^" ^^'lage voisin qui dirige ses pre- 
passa à fleur de, peau, lui serrant les d'alors qui en fut l'inspiratrice et la ""'''■'^' ''*"^^'- 

tempes, lui secd.uant la nuque. L'i- première châtelaine ^^^ guerre hii a pris son père. C'est 

mage du malheureux dont les grands De l'autre côté, la perspective se dé- T ^'^l' î I^"»-^-^'"^' là-bas, de l'au- 
yeux tnstos 1 avaient suivi, se préci- coupe en le ciel bleu, dévoile un *"''. """l^, ^^ ""'^^ P^*'^ 1^^ 



me noire 



. • cuupe en le ciei Dieu, dévoile un • ^.,,, ^ s"^ x..^x^„ 

tout à coup lointain calme où une petite vallée P^i"*'"''^' serpentant sur le sol vain- 

-La fièvre... déjà... murmura-t-il. s'en va, dans la douceur atténuée de.<^ Z' "^«'•^"^"t «"r les cartes la fron- 
Et il se sentait tellement endolori horizons, se perdre sous les grands *"'^*^' ^ Sainte-Marie-aux-Chesnes, 
par les heures qu'il venait de vivre, l,oi.s escaladant les coteaux. En ap- "^"'^^ *°'"^'^' 
qu 11 accepta cet augure comme cho- prochant un peu, ,des détails se révè- 
se naturelle inévitable en ces pays lent. On distingue des prairies, des 

lomtains où il était venu. Puis cela labours, des murs blancs de ferme de- v a • ^ 

semblait 1 identifier davantage avec bout au bord do chemins plantés de (A suivre) 

cette existence future qu'il aurait, ceg haies vertes et de bouleaux, puis une 



^ 



6ème Année. — No 22. 



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LE NUMEIU): 10 CENTS 



Samedi, 15 février 1908 



I 



Ce Journal de f rancoisc 



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(GAZETTE CANADIENNE DE LA FAMILLES 
Paraiesant le 1er et le Sleme samedi de chiaque mois 

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VIVE LA NEISE ! 



^ sommaire: € 



i- 



L'Hyver (poésie; Madeleine de Scudéri 

La Fôte du Tri-CVu,^..^,^ Françoise 

Le Cop de la Vième Avenue Pierre Lorraine 

Réponse au Cas de Conscience Françoise 

A travers les livres, etc Françoise 

Josellys le Troubadour ( légende' du moyen-âxe. ) Miss Keykell 

Premier astre, premier œil Tean de Canada 

Notes dur la Mode Cigarette 

Propos d'Etiquette I^ady Etiquette 

Chronique ;. Parrhisia 

La bonne Pen.sion Paul de BriqueviUe 

Recettes faJciles, Conseils utiles, etc 

La Route s'achève (feuilleton) Jean St-Y\cs 




Wllson's 

Invalids' 

Port 



Le Dr Walter H. Moorhouse. doyen 
delà Faculté de Médecine de l'Uni- 
versité Western, Londres, dit : 

ilaiile quand le nié- 
i-n tout'.' oouJianoe. 

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MAITRE, PARAISSENT DANS LA 
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I/a ''Kev.uc Htïbclouiaidaire" a conyrxincée, 
dans son numéro du 23 janvier dernier, la 
pulilicaition des dix conférences sur Racine 
ijui seront fiaitcs chatiue semaàue par M. Ju- 
les LeiiKiitre, de l'Acatlémie française, dans 
la grande salle de la Société de Géographie, 
IS4, boulevard Saint-Germain. 

La .senle annonce de ces conférences a ob- 
tenu à Paris un tel succès que M. Jules Le- 
niaîtnc, sur la demande de la "Société des 
Conférences", a dû consentir à les donner 
deux fois paT semaine, le mercredi et le 
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ges in-8o. — Abojinement, un am, 6 francs. 
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Biograpliios parues en janvier 1908: Duc 
d'Orléans, fils de Louis-Philippe. — Duc de 
Nemours. — Louise de France, duchesse de 
Parire. — George Oanning, homme d'Etait 
anglais. 

Biographies à paraître en février 1908 : 
Ix)rd Palmerston, homme d'Etat anglais, — 
Bonna.ssietix, statuaire. — Rjouher, homme 
]X)litique, — Malesherbes, défenseur de Louis 
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6ème Année. — No 22. 



LE NUMERO : 10 CENTS 



Samedi, 1.5 février 1908 




(GAZETTE CANADIENNE DE LA FAMILLES 

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. . . I_ ' H Y V 



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Tombez feuilles , tombez, la Nature F ordonne, 

L' Hjvet s'en va bannir les beaux jours de l' Aulomne. 

Déjà les Aquilons des plus lointains climas, 

Ram'èyieyit en ces lieux la neige et les frimas. 

Nous les verrons bien-tost désoler nos campagjtes, 

Et couvrir les sommets des phis hautes montagnes. 



Le Printemps nous re?idra de nouveaux rameaux verts : 

Et le Père du jour, âme de V Utiivers, 

De ses ardens rayons viendra jaunir les Plaines, 

Et rallentir le cours des blusfières Fofitaines. 

Les Saisoîis tour à tour font le cercle des ans : 

Et r homme infortuné sent tous leurs changemens. 

Il se plaint du grand chaud , comme de la froidure : 

Et rcforma7it en vain l'ordre de la Nature, 

De CCS quatre Saisons il n'en voudrait que deux. 

Mais qua7id il les aurait, seroit-il plus heureux? 



Cest dans sanpropre sein théâtre de la guerre, 
Que règ?ie le désordre et non pas sur la terre. 
Car lors que la raison sait régler ses souhaits. 
Il s' accommode au temps, et vit toujours en paix. 
Mais on peut rarement, oserois-je le dire? 
Etablir la raison da7is ce petit Empire? 
L'injuste ambition, les vialens désirs. 
Le tyrafi7tique Amour, les jrivotes plaisirs , 
Tout s'oppose au pouvoir de cette gra7ide Rei7ie ; 
Et par les se7is t7ompeurs elle est i7iise à la chaîne, 





S 





Les plus sages e7tfin ne le saiit qu'à demy. 
Chacu7i porte e7i son cœur so7t plus gra7id ennemy. 
On se trompe soy-7nesme, an se flatte, 07i s'excuse, 
1/71 intéresf caché sans cesse 7ious abuse : 
Et sans 7ious bie7i co7inoitre, et sa7is nous corriger. 
Nous ne changeons jamais, etvoulo7is tout changer. 



Madeleine de Scudéri, 



^>0<X>0<K^<X>Or<><>0<)P<><><><X><X>0^>(Dk>0: <3!<?0<>0<>0<X><><>0<XKKX)<K><>0<><>CK> <><><><>00<>0<><>00'00<><><><><><XKK><>^ 



342 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




La Fête du Tri-Centenaire 




Vous savee tous, comment l'on se 
propose, cette année, dé célébrer 
le tri-oentenaire de la fondation de 
Québec? Par l'inauguration de deux 
immenses parcs, situés aux endroits 
mvmes où ont été livrées les deux 
plus belles batailles qu'aient enregis- 
trées les annales de notre histoire. 

L'idée est belle. Je m'étonne qu'elle 
ait pu frapper désagréablement l'es- 
prit de quelques Canadiens ; j'ai 
beau l'envi.sager sur toutes ses faces, 
je ne vois rien dans son exécution 
qui puisse être humiliant ou même 
désobligeant pour notre nationalité. 

"On veut ft-ter la victoire des ar- 
mes anglaises sur le drapeau fran- 
çais", est-il dit. 

Oui, mais ne célèbre-t-on pas en 
même temps le triomphe du drapeau 
fleurdelisé en la mémorable journée 
Sainte-Fove? Celle-ci vaut bien celle- 
là. 

Ce serait un peu tard, d'ailleurs, 
pour vouloir séparer le souvenir de 
œs deux luttes célèbres, puisqu'elles 
ont déjà trouvé une seule pensée danà 
un même monument, celui qui s'élève 
Bur les plaines de Sainte-Foye, à 
l'honneur du héros des Plaines d'A- 
liraham, Wolfe, et à la gloire du 
vaincu, le n(5ble et valeureux Mont- 
calra. 

Ces deux noms sont inséparablement 
unis dans l'histoire et ne craignons 
pas qu'un projet, quel qu'il soit, 
puisse grandir le premier au détri- 
ment de l'autre. Et quand on parie^ 
la de In bataille des Plaines d'A- 
braham, la plus grande figure des 
héros, comme la plus sympathique 
aussi, planant au-dessus de tout, res- 
tera toujours celle de Montcalm. 

Il est certain, rruillours, que dans 
l'esprit de noire L,ouverni"ur général, 
lord Grey, qui a eu l'idée première do 
ce projet, aucune considération mes- 
quine et basse n'est entrée. 



Dès son arrivée parmi nous, lord 
Grey a recherché et aimé les Cana- 
diens-français. Sa pensée de derrière 
la tête était peut-être de nous con- 
quérir à sa cause et de nous englo- 
ber tous dans un enthousiaste impé- 
rialisme, mais, rendons-lui cette jus- 
tice qu'il ne nous en a nullement 
voulu de n'avoir point abondé dans 
son sens. 

Lord Grey est épris — à juste titre 
— du site de la bonne ville de Qué- 
bec. 

Sans aucun doute, des parcs re- 
hausseraient davantage le cachet si 
original, si pittoresque, et si fran- 
çais, — disons-le tout haut — de no- 
tre vieille capitale. 

Même au point de vue pratique, ces 
embellissements seraient une bonne 
affaire, non-seulement pour Québec, 
mais pour le Canada tout entier. On 
viendrait, de tous les coins du mon- 
de, voir cette ville unique pour ses 
charmes, ses points de vue, ses sou- 
venirs, et, l'argent de l'étranger, ré- 
pandu ainei à profusion, sentira bon 
au Canadien. 

Je goûte moins, infiniment moins, 
le projet de donner à ces parcs le 
nom de Parcs des Batailles. 

J'espère que les autorités s'insurge- 
ront contre cette appellation si bana- 
le, si peu caractéristique. Il n'y a 
rien dans cela qui dise quoi que ce 
soit au cœur et à l'esprit. 

Je veux bien reconnaître que le 
mot: "Abraham", n'est pas parti- 
culièrement gracieux ; cependant, l'é- 
vénement qui s'y est déroulé lui a 
prêté une poésie que nul autre titre 
ne lui donnerait. Quant au glorieux 
et -beau nom de Sainte-Foye, qui 
voudrait songer à le changer? Ces 
noms sont trop pleins de notre pas- 
sé pour qu'on leur substitue des mots 
nouveaux que les lèvres ne retien- 
draient point. 



Plaines d'AVjraham et Sainte-Foye, 
les lettres qui vous composent sont 
écrites dans le sang: vous ne passe- 
rez point! 

Cet Ange de la Paix dont on se 
propose d'ériger la statue sur la ci- 
tadelle — ' un ange de paix sur une 
citadelle! — n'a rien qui ne soit 
bien enthousiasmant. 

Evidemment, notre gouverneur-gé- 
néral, ne saurait être heureux par- 
tout. Si la France veut nous faire 
quelque cadeau, nous n'avons pas le 
droit — lors même que la délicatesse 
ne nous l'empê-cherait pas — de lui 
dicter ce qu'elle doit nous offrir. 

Cet Ange de la Paix, tel que je me 
le représente, a quelque chose de co- 
mique et je souhaite qu'un grand 
coup de vent — celui du ridicule — 
lui casse les deux ailes. 

Françoise. 



D Vieille galanterie 

Les distractions des grands sa- 
vants sont légendaires. Leurs naïve- 
tés ne sont pas moins fréquentes. 

Nicole, excellent mathématicien, 
mais un peu hurluberlu, avait été in- 
vité à diner par une Parisienne. Ja- 
mais il n'avait fait si bon repas de 
sa vie ; et, prenant congé de la da- 
me, il la remercia beaucoup et lui 
dit qu'il ne cesserait d'admirer ses 
beaux petits yeux. 

— Voilà un sot compliment, lui 
souffla l'un de ses amis. 

Alors, désireux de réparer sa faute, 
le bon Nicole revint auprès de la 
maîtresse de maison ; et, persuadé 
qu'une belle dame ne pouvait pas 
souffrir qu'on pensât qu'il y avait 
en elle quelque chose de petit : 

— Madame, excusez-moi, dit-il hum- 
blement. Je vous jure n'avoir ja- 
mais vu d'aussi beaux grands yeux 
que les vôtres, une aussi belle gran- 
de bouche et d'aussi beaux grands 
grands pieds. 

Ce compliment eut pour effet d'al- 
longer le beau grand nez de la belle 
dame. 



Il y a des hommes difficiles: en fait 
de vertu, il leur faut de l'héroïsme ; 
en fait de talent, du génie. — 

0. FEUILLET. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



343 




C'était un superbe cop ! 

]1 avait six pieds deux pouces et 
pesait deux cent soixante-cinq livres. 
C'était le plus gros cop de sa sec- 
tion, et, il en était très fier. 

Sa grosse face, barrée d'une rude 
moustache roussâtre, était empreinte 
d'une indiscutaVjle dignité. 

Il portait son uniforme bleu foncé 
avec une raideur toute germanique, 
— ce qui n'est pas étonnant car il 
était Germain. 

Son bâton de police, manié avec 
noblesse, prenait en sa main une sor- 
te de majesté. 

Debout, au milieu de la chaussée, 
il semblait un monolithe, et les at- 
telages fringants, comme les lourds 
camions, déviaient respectueusement 
de leur course pour ne pas écraser 
ses pieds qiu étaient fort grands. 

Ses fonctions consistaient à régle- 
menter la circulation. 

Quand la procession ininterrompue 
des élégantes voitures, qui empor- 
taient les belles mondaines à leur 
passe-t«mps plus ou moins innocent, 
se faisait trop compacte et suspen- 
dait pour longtemps le trafic plus 
humVyi» de la rue transversale : un 
coup de sifflet, la main levée... tout 
s'arrêtait. 

Les cochers faisaient tournoyer 
leurs fouets, les valets de pieds éten- 
daient horizontalement le bras en un 
mouvement de sémaphore, pour aver- 
tir ceux qui les suivaient, et la co- 
hue millionnaire s'immobilisait, s'en- 
tassait de chaque côté de la rue res- 
tée libre. Alors, impérieux et fami- 
lier, il faisait signe aux tombereaux, 
hacquets, camions d'avoir à traver- 
ser l'avenue. 

Ce geste semblait dire: Ouste, al- 
lez, filez, débarrassez le pavé.., et vi- 
vement ! 



(i) ''Cop", terme d'argot américain 
par lequel on désijfne les policemen. C'est 
rtcpii valent du "serp^ot" :'.cs Parisiens. 



Lentement ils passaient. 

Quand il jugeait que les bclics pe- 
tites des "four luindred" devaient 
commencer à s impatienter ; il stop- 
pait cette plèbe d'un signe sans ré- 
plique ; et, avec un large mouvement 
de bras qui signifiait: "Tous mes 
regrets mesdames de vous a^'oir fait 
attendre," il rendait la liberté aux 
brillants attelages, qui rapidement 
tourbillonnaient autour de lui. 

Il les connaissait tous. 

Les chevaux gris des Wanamabilt, 
l'attelage cope de Maigre des Vander- 
ker, le hackney de M. Fould qui 
trotte si haut, le brougham de Miss 
Truebell qui est si prodigieusement 
chic, et le landau du banquier Much- 
gold qui est "attelé comme mon ge- 
nou", lui étaient également familiers.; 

Il savait à quelles heures ils pas- 
saient, d'où ils venaient, où ils al- 
laient. Cela l'aidait à tuer le temps. 

Parfois, une bonne grosse dame 
restait plantée au bord du trottoir, 
avec l'air désespéré d'une poule qui 
médite de se jeter à l'eau ; quand la 
chaussée, par hazard, était libre, elle 
n'osait se risquer, mais choisissant 
l'instant précis où une automobile de 
soixante chevaux aiTivait à toute al- 
lure, elle s'élançait, avec la grâce 
d'une oie trop bien gavée, sous les 
roues du vertigineux véhicule. 

Alors, il se montrait dans" toute sa 
grandeur! Attirant à lui, d'un Ijras 
herculéen, la matrone apeurée et pal- 
pitante, de l'autre projeté impérieu- 
sement en avant, il immoMlisait la 
machine emballée qui s'aiTÔtait dans 
un grincement de freins nerveusement 
serrés. 

Ou bien, c'était une jolie midinet- 
te, ime "Fluffy Ruffles", jupe courte 
sur de fines boHinos jaunes haut la- 
cées, nuage de cheveux fous sous l'é- 
norme chapeau cloche, petit nez re- 



troussé à l'aventure, grands yeux, 
bleus candides et audacieux ; il se dé- 
rangeait en 1 honneur de la belle, et 
la frenant sous lo coude, d'un geste 
Louis XV, l'escsrtait d'un trottoir à 
l'autre sous le nez des chevaux écu- 
mants et sous le fouet des cochçrs pé- 
ti-ifi;'s par son regard olympien ; — 
peut-être serrait-il le Liras un peu 
trop longtemps mais... pour être 
cop on n'en est pas moins homme, et 
tout métier a ses ()etits profits. 

Les seigneurs avaient autrefois, dit- 
on, le droit de "jambage", aujour- 
d'hui la police a le droit de "brassa- 
ge", qu'elle partage avec les galants 
conducteurs de tramways. Ainsi 
vont les temps. 

Mais c'était encore avec les gosses 
fiu'il se montrait le plus inaltérable- 
ment patient, car il les aimait beau- 
coup. Quand une jolie brunette de 
cinq ou six ans, court vêtue, les che- 
veux sur le dos, un chapeau ridicule- 
ment grand sur sa petite tête ébou- 
riffée, lui faisait signe du bord du 
trottoir où elle restait perchée com- 
me un? bergeronnette hésitante, il eut 
arrêté la voiture du Président avec 
tranquillité, pour donner passage à 
cet embryon de femme, encore bébé 
et déjà coquette. 

Celles-là, il les prenait dans ses 
bras, et, s'il se fut écouté, il les eut 
emlJrassées sur les deux joues, mais 
il ne s'écoutait pas — à cause du 
prestige. 

Cet amour des enfants faillit cau- 
ser sa perte. 

Un jour le chef de police changea. 
Le nouveau venu, pour bien montrer 
à ses subordonnés quelle entière con- 
naissance il avait des devoirs qui in- 
combent au parfait policeman, se 
rendit dans différentes sections et fit 
un speech (jui peut se résumer ainsi: 

—■Du prestige, messieurs, ayez du 
prestige! tout est là! — c'est par le 
prestige que vous régnerez sur les 
foules ; c'est grâce au prestige que 
vous donne voti>e 'hautte taille que 
Vous inspires: une crainte salutaire 
aux âmes tourmentées du désir d'en- 
fr-eindre les lois. Ne faites rien qui 
puisse nuire à ce prestige. Une fois 
sous l'uniforme, vous n'êtes plus des 
hommes mais bien des parcelles de la 



344 LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

poiasanoe publique. Vous devœ êtro gue de l'hygiène, tout en discutant Pendant que le pauvre cop luttait 
inaocMsible k la faim et à la soif, au de la taxe "privée" qu'il convien- contre la tentation tel un nouveau 
chaud et au froid. Il ne me \Tent drait d'imposer aux maisons lou- saint Antoine, une Victoria stoppa 
pas une minute à l'esprit, que l'on ches, qui trépignent sur les règle- devant les marches du musée ; une 
puisse jamais surprenfire l'un d'entre ments de police et les prescriptions de fillette sauta à terre. Elle tenait en 
vous sortant d'un de 6es antres, où salubrité publique. laisse un buU terrier gris fer, et por- 

des çeas peu scrupuleux dispensent Mais notre honnête cojl ignorait ce tait dans ses bras un énorme Teddy 
des boissons frelatées aux po^ula- détail insignifiant en apparence, et, Bear et plusieurs paquets. Elle grim- 
tions altérées et iml:)éciles. dons la candeur de son âme germani- pa en tourbillon le perron et dispa- 

"Ceci ne s'est jamais vu et ne que, il croyait que... c'était arrivé, et rut, pour reparaître, presque immé- 
se verra jamais. Mais songez au ridi- que son nouveau chef était un Caton diatement, sur la plus haute marche 
cule dont vous vous couvririez, en pdur les principes. de l'escalier. 

vous laissant voir dans l'exercice de Ces recommandations ne faisaient Des yeux elle cherchait quelque cho- 
vos fonctions, mangeant une bana- pas beaucoup l'affaire du bon cop ; se. Lentement, elle redescendit et se 
ne, ou croquant des peanuts. Rappe- il n'aimait pas à sévir et fermait vo- dirigea, hésitante, vers le bon cop 
lez-vous. messieurs, que l'absorption lontiers les yeux, quand une élégan- qui continuait à ruisseler sous son 
de ce genre, faite sur la voie publi- te Victoria rapidement enlevée par arbre. 

que, et sous l'uniforme, sermt une deux vigoureux trotteurs passait de- —Monsieur l'officier, (le Germain 
disgrâce. vant lui, filant à une vitesse de qua- se rengorgea, sur les bords de la 

"N'oubliez pas non plus, messieurs, tre minutes au mille ; il eut considé- la Sprée un officier est quelque chose 
que quand vous avez raison, vou^ ré manquer à tous ses devoirs en ris- d'énorme! ) monsieur l'officier, la 
n'avez pas tort, et, quand il s'agit quant une observation. voiture est partie, n'est-ce pas? 

de conflit entre vous et le public, Il se glissait, parfois, subreptice et II tourna sa langue pâteuse dans 
dont vous êtes, souvenez-vous-en, les discret, dans un de ces établissements sa boudlie. 

serviteurs, vous avez toujours rai- dont la porte battante s'arrête à — Miss, la voiture est partie. 
son, car vous représentez la loi et la dix-huit pouces du plancher, et, où, — Comme c'est disgracieux que la 
loi ne se trompe jamais. "Dura lex l'on vous offre pour un nickel, qu'on voiture soit partie, M. l'officier. 
sed lex". ne lui demandait d'ailleurs jamais, Grand-Paw m'a dit d'aller le ren- 

"Vous, "messieurs de la circula- le plus grand verre de tQute la ville, contrer au musée, et ils ne veulent 
tion", né vous laissez pas intimider H ne dédaignait pas non plus de gri- pas me laisser dedans, parce que les 
par les manifestations déplacées de gnotter une pomme, négligemment chiens ne sont pas permis dans le 
certains cochers ou de certains chauf- soustraite à l'étalage d'un marchand musée. Que dois-je faire, M. l'officier? 
feurs. La vitesse autorisée par les bienveillant, et adroitement dissimu- — Je ne sais pas, miss. 
justes lois ne doit pas dépasser dix lée dans sa vaste paume. — Ne pouvez-vous pas leur dire aux 

milles à l'heure, et tout agent des Ces ordres péremptoires déran- hommes du musée de me laisser aller 
rues, qui se respecte, doit pouvoir geaient ses habitudes, mais il fallait dedans avec Fred, il est très gentil, 
distingtiCT- au premier coup d'œil si s'y conformer. — "Dura lex sed lex", il n'est pas troublant du tout ; cela 
une voiture marche à neuf ou à onze avait dit le chef. ne fera pas matière, ne pensezvvous, 

milles, c'est élémentaire et enfantin. Un beau jour, il faisait un soleil M. l'officier'? 
Dans le cas où la limite légale est tropical ; le cop avait chaud, il avait —Je ne sais pas, miss. 
dépassée, procédez à l'arrestation im- soif, sa tunique pesait cent livres, sa — Vous ne semblez pas rien savoir, 
médiate du délinquant ; n'hésitez pas casquette semblait en plomb, il s'é- ^- l'officier. Ne savez-vous pas que 
à lui mettre hardiment la main au pongeait désespérément sans pou- c'est cruel de me laisser ainsi dehors 
collet, surtout s'il marche à cinquan- voir étapeher les flots qui misse- ^.vec ce pauvre Fred qui est si chaud. 

te ou soixante milles à l'heure, car, laient de son crâne ; il s'était mis à f'h! j'ai une idée, monsieur l'offi- 

alors. la contravention est flagrante l'ombre vague de quelques arbres ^ier, ne pourriez-vous pas me garder 
et la répression s'impose. Et si l'un tout près du musée. C'était un peu ^^^^ pendant' que je vais chercher 
de ces délinrjuants généralement for- mieux que de se tenir sur l'asphalte Grand-Paw, ce sera seulement pour 
tunés. se vante d'avoir du "piston", liquéfié de la chaussée, mais quelle quelques minutes. Ce sera si gentil, 
envoyez-le moi ; je réglerai son affai- joie c'eût été de s'évader pour une monsieur l'officier, si gentil, si gen- 
re. Donc, messieurs, de l'énergie, de demi-heure vers les avenues plus po- tih 

la tenue ; du prestige! tout est là! pulaires, où d'hospitalières maisons Le bon cop fut ahuri. Garder un 

■X .?"./'''■""* '''"•■ ''"''°""' i^ 'es lui eussent offert un rafraîchissement chien à la porte d'un musée, cela ren- 

aurai à I œil et ceux qui ne le fe- interne et externe, sous la forme de trait-il dans les attributions d'un 

ront pas... aussi. Rompez ' vastes bocks de bière glacée et de constalile? Ne serait-ce pas une at- 

l^-de«us. Il «en fut... aUsorber de longues salles sombres où souffle teinte à son prestige? 
nombreux cocktails avec son collé- sans relâche d'électriques éventails. Mais la petite miss était si sédui- 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



345 



santé, toute blanche dans sa robe de 
serge, toute rose sous son chapeau 
blanc, avec ses grands yeux bleus, à 
la fo.is suppliants et impérieux. Si 
frêle, si fine, et cependant si femme 
malgré ses neuf ans, qu'il se laissa 
glisser dans la main la laisse de 
Fred, et avant même qu'il eut ré- 
pondu l'enfant avait filé vers la por- 
te. 

Mais elle s'arrêta tout à coup, puis 
revenant vers lui, avec le même élan, 
elle lui planta dans les bras le Ted- 
dy Bear et les paquets. 

— Si vous voulez tenir Fred vous 
pouvez axissi bien garder Dicky et 
mes paquets, ce ne sera pas plus de 
une ou deux minutes ; n'écrasez pas 
les paquets, c'est, du raisin pour Mu- 
riel, des gâteaux pour Jack, des ru- 
bans pour maman. Vo.us pouvez 
manger des raisins, vous savez, et 
aussi des gâteaux. 

Et ce disant, elle disparut dans 
une envolée de jupes blanches et de 
cheveux fous, pendant que Fred s'é- 
tranglait dressé au bout de sa chaî- 
ne, en poussant des gloussements ri- 
dicules et inarticulés. 

En essayant de le ramènera lui et 
à de meilleurs sentiments, le bon cop 
laissa dégringoler les paquets. Ijcs 
rubans s'échouèrent au milieu des 
chous à la crème, les raisins s'épar- 
pillèrent sur le trottoir, et Diok com- 
pléta la catastrophe, en tombant as- 
sis sur le tout. 

Le résultat fut piteux car Dick 
était énorme. Heureusement, il res- 
tait parfaitement immobile et silen- 
cieux comme tout Teddy Bear qui se 
respecte. 

Fred, qui était un buU facétieux, 
témoigna d'une joie délirante en 
voyant Dick vautré dans la crème. 
Après avoir manifesté hautement ses 
ses sentiments .par, une série d'a- 
boiements discordants, il se livra à 
une danse frénétique, et ne s'arrêta 
qu'après avoir enroulé sa chaîne 
trois ou quatre fois autour du bon 
cop. 

Celui-ci contempla le désastre d'un 
œil germanique et désespéré, puis il 
enleva doucement Fred par la peau 
du cou, et dégagea, comme il put, 
ses jambes embarrassées ; enfin il ra- 



massa les débris de gâteaux, torcha 
Dick, et se mit en devoir de courir 
après les raisins, qui, semblables à 
des billes, fuyaient sous ses gros 
doigts. 

Ce n'étaient pas de ces raisins de 
pauvres à dix sous la livre, comme 
les Italiens en traînent dans leurs pe- 
tites voitures ; c'étaient d'énpjrmes 
raisins de serre chaude à la peau fine 
comme une pellicvile, crevant de jus, 
suant le sucre. Il faisait chaud..., le 
bo;Q cop avait soif..., sa langue était 
comme enduite de sciure, de bois..., il 
hésita..., puis mit un grain dans sa 
bouche! 

Délices! oh! délices! Alors, toutes 
ses résolutions s'évanouirent. Au dia, 
ble, le prestige! Au diable,, la, tenue ! 
et goulûment, gloutonnement, il 
s'empiffa de raisin à un dollar la li- 
vre et de ohoux à la crème ; ou du 
moins de ce que les rubans de mama 
et le... dos de Dick n'avaient pas ab- 
sorbé. 

Le soleil ruisselait toujours et 
Fred, assis sur son derrière, soufflant 
et tirant la langue contemplait iro- 
niquement cette débâcle d'une cons- 
cience. 

So.udain le bon cop s'immobilisa, 
médusé! Laissant échapper de nou- 
veau tout son chargement, il se mit 
à la station réglementaire, , telle une 
statue de bronze. Il n'o.sait même 
plus avaler les grains qui gonflaient 
ses joues et la moitié du chou restée 
en travers dans son gosier. Il ne 
songeait pas à essuyer, d'un revers 
de gant, la mousse crémeuse qui 
blanchissait sa moustache, non plus 
que les filets de jus qui coulaient de 
chaque côté de son menton. 

Debout de l'autre côté de la rue, 
le fixant de ce regard inutilement sé- 
vère que prennent volontiers ,les gens 
élevés à un poste pour lequel ils ne 
sont pas faits, se tenait le dhef ; 
l'homme au prestige! 

Il est de fait que le bon cop n'a- 
vait rien 'de prestigieux à ce mo- 
ment précis. La figure barbouillée, 
les joues gonflées d'une chique déme- 
surée, son uniforme taché, piteuse- 
ment planté au milieu des débris, 
avec Dick sous le Vras ot flanqué de 
Fred ironique, qui maintenant lé- 



chait les papiers traînant sur le 
trottoir, il ne rappelait que' vague- 
ment la "dura lex sed lex". 

Mais ceci lui importait peu ; ce 
qu'il comprenait clairement, c'est, 
( en style de caserne) qu'il n'y "cq,u- 
perait" pas d'une suspension d'un 
mois et peut-être pire ; et cela "mein 
gott" n'avait rien de drôle! ! 

Le chef, après avoir suffisamment 
joui de la stupeur de son suljordon- 
né, traversa l'avenue, 

— Qu'est-ce que vous faites Jà? de- 
manda-t-il les yeux à demi-clos, sa- 
vourant d'avance le plaisir d'écraser 
de sa puissance un gaillard qui au- 
rait pu quinze JQurs auparavant le 
"fourrer au bloc" sans discussion. 

"Le bon cop" fit un effort désespé- 
ré ; engloutit les six ,grains de raisin 
et le demi-chou qui s'opposaient au 
libre jeu de ses cordes vocales ; mais 
comme il allait répondre probable- 
ment une bêtise, la, petite miss tom- 
ba sur lui comme un tourbillon, et 
lui arrachant la chaîne de Fred, qui 
se livrait de nouveau à une pantomi- 
ne vive et animée, elle interpella un 
vieux monsieur qui la suivait. 

— Oh! Grand-Paw, remerciez l'offi- 
cier qui a gardé Fred. Il est gentil 
Fred, n'est-ce pas? Et Dick? oh! le 
méchant Dick! il s'est mis très sale 
en mangeant les gâteaux. Et Fred 
aussi a mangé les gâteaux! vous 
êtes très mauvais Fred, très mau- 
vais! Vous aurez le balai de houx. 
Et I>ick aura le balai de houx par- 
ce qu'il a été très mauvais aussi. 

Mais cela ne fait pas matière, 
Grand-Paw vous allez m' acheter des 
autres gâteaux, et des autres rubans, 
et un autre Dick, car il est très sale 
celui-oi. Tenez, M. l'officier, je vous 
donne ce Dick, là, pour vos petits 
enfants. Mais vous n'en avez peut- 
être pas? 

Les trois hommes restaient ahuris 
par ce flot de paroles. 

Le bon cop immobile, les talons 
joints, le petit doigt sur la couture 
du pantalon, ne pensait plus à rien, 
il avait trop chaud et un ipeu pal à 
l'estomac ; il était anéanti! 

Son chef, à la vue du vieux mon- 
sieur, s'était obséquieusement décou- 
vert. 



f^^fi LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



... .. ,,,, „.„,. .•~-:^-.^:^:^;^;^;^;^:^i^-v Je crois une Madame Marie-Marthe a 

llMchtn>Id. curcétmt,LUl,_._atï>t -t^^.-yt^.^.^-^-^-^-^-^^ ^^^.^ ^^ ^^ troubler pour si peu. Si tou- 



dans la boutique municipale, >S|' „ ^ ^., 

il est -Muchgo.ld-, cest^à-dire ^' RCpOnSCS «U U% AC ^/ 

celui qui peut acheter plusieurs aider- ^ (^OltSCitNCC ^ 

men et des chefs de police par dou- 1^^^ ,^. _-_ ^.^.^^^ 



net» dans la boutique municunui, rn '^. ^^s jes jeunes femmes comprenaient tjue 

mais il est "Muchgo.ld", c'est-à-dire ^ K^POn$C$ aU \A% «C W jeur "premier devoir" est de rendre heu- 

reux leurs maris, il y en aurait beau- 
coup moins de malheureuses. 

Je me demande dans ce cas-ci, ce que 
Zaïnee. _ -V.-^--^--^ ^^-^ -«• -»-»-«— ^^^ ^^.^^ avoir besoin un bébé de qua- 

-Eh! bien, chef, dit-il, d un air ^ ^^^ d'inteiTOgation soulevé tor^e mois; le soir, quand il a reçu les 

bonhomme, je vois que ma peUt« fil- .^ Madame Mai-ie-Marthe dans ««i»« ^'^^':^ '^^ «^ '"«'"<'^" ''"^'^^ ]\ 

le, non contente défaire marcher P"'/" ^ .. i„„..r,«l j„ j^-ur, et qu'il est sous bonne garde, quil 

Ton vieux grand-pf-re comme un to- •« dernier numéro du Journal de ^^^^^^ ^^^ ^^^^ ^^^ ^^^.^ ^^^^ ^.^^^^ „, 
ton Jl mêlf de donner des ordres Hangoisc . a fourm un couiTiei tie. j^^ut pas souffrir de l'absence de sa p^ 
ion, se mue uo «w Volumineux. tite maman, car a cet âge l'on oublie 

à la police et d employer vos hom- ^^ ^^ mallieureusement, i^ vite, et j'en connais de bien plus âgés qui 

mes à garder son chien et ses pa- ,^^ réponses qui noua -""^ bébés sous ce r.q^port ; donc, pour- 

quets aux portes, c est tout de momo » ■ , ^ . ^„, ,• quoi la maman ferait-elle ennuyer son 

un peu fort "mv young lady", ce ^ont parvenues Celles que i^ V^^^^' pauvre mari? qui, lui, a besoin de se dis- 
que vous avez fait là, savez-vous? reflètent, a jjcu de nuances pfes, 1 o- traire tout aussi bien qu'une mère de fa- 
■u ■ „ f'^-.a. „;r>..4n ♦ ;i pinion de toutes les autres. mille a besoin de changer un peu le cours 

Mais, pour une fois ^jouta-wi ^ cei^ndant, au triomphe de de ses idées par quelques plaisirs gui lui 

autocrate et biemeiUant le chef Marie-Marthe que la grande redonnent plus de courage à la besogne 

n aura nen vu. N est-ce pas, chet, . . , , , ^ i • ± qm, parfois, est assez dure en ménage. 

pour cette fois, vous n'aurez rien vu? majonte des correspondantes lui ont ^^^.^^ ^j^^^„^^ Marie-Marthe, une 
, , , , j • • . .^^ donné raison sur toute la ligne. vieille maman vous admire, vous êtes 

La bouche fendue jusqu aux oreil- „„e vaillante. 

les et 1 échine pliee en cercle, le chet Ma chère ir an çoise. Continuez votre ligne de conduite, en 

acquiesçait. Je ne crois pas qu'il faille être habile dépit de vos _ charitables amies, c'est la 

—Mais certainement monsieur théologieaine pour , résoudre lei cas d«) plus sûre, et je suis certaine que, jusqu'à 
Mucheold, mais certainement, cet conscience proposé dans votre journaL la fin du chapitre, monsieur votre mari 
«» ' » ' ri • ■ . M " graun de jugement ou un tant soit saura apprécier 1 intelligente et affectueu- 

homme n a fait que son devoir ; il j^^^^ d'e.xpérience rendra l'opinion unani- se petite femme que le bon Dieu lui a 
faut du doigté, pour l'application „je sur ce sujet. donnée. 

des règlements. Ce qui no pourrait 11 n'y a pas à hésiter: une femme doit MADAME LEDA. 

être toléré sur la 6ième Avenue, au accompagner son mari partout et je n'ai ^ ^ ^ 

milieu de la basse classe, est près- î^^^'^ ^^ l^'fSf ^insi endommageât en 

...^ A' .U\\cruii^,^ =nr lo r^mr» où noiKt '1"°' ''"^ "^ ^^^ ^^ devoirs maternels. ^^ chère Françoise, 
<|ue d obligation sur la oeme ou nous jj-j^jHeurs, son bonheur personnel en dé- ^ ' 

avons affaire à la "Classe Supérieu- p^nd, et je connais plus d'une mère de Madame Marre-Marthe me pardonnera 
re". famille qui eussent gardé toujours le père «le différer d'opinion avec elle, et j'en ap- 

V* o'-^««.=«n« „n hon non tnninnrc. ^^ leurs enfants près d'elles si elles P^He à tous les vrais cœurs de mère qm 
Et «adressant au bon co.p toujours ^^.^.^^^ ^^ ^ ^^ ^^ ^^.^^ ^^ ^„ diront autant que moi. 

méduse: C est bien, mon ami, c est ,^,. ^^ ^o^p^gne inséparable. Une mère se doit tout a son enfant: il 
t**8 bien de savoir se rendre utile Dans tous les cas, le plus enfant dans est la chair de sa chair, le sang de son 
quand il faut... avec qui il faut." le ménage étant toujours le mari, n'en sang. Son premier devoir est pour lui, et 
Ft OP disant il se orécinita à la sui- déplaise à ces messieurs, je croirai la bien qu'il soit très agréable d'aller au 
Lt œ disant U se précipita a la su ^^^^^ parfaitement just^ifiable de consa- théâtre, ou de se procurer d'amtres aima- 
is de Muchgold qu., avec un sommai- ^^^^ ^^ ^^^^ ^^^ ^^^^^J^ ^^^^ ^^ ^^^ ^.^.^ t,!,^ distractions, elle doit sacrifier cela 
re coup de doigt au chapeau s eloi- ^j..^ réclame le plus impérieusement ses et jusqu'à son bien-être pour l'enfant 
gnait pesamment. soins. qu'elle a mis au monde. 

T L ii 1 TTT^TTT.T^TTc:.vA TAT.T «TT^xT A/^T^ 1 / nmoui matcmcl cst Ic sculamour 

Le bon cop, resté seul en compa- HEUREUSE EN MENAGE. • - + i <. ,.+,-^0 o,„^„^= t1 

, j , . , ui 1 1 «-> -^ ^jjj^ survive a tous les autres amours. 11 

gnie de Ihck, rassembla les deux ou .j. .;♦ .j» est le seul fort, le seul dévoué, le seul 

trois idées éparses dans sa cervelle. constant. Qui l'a jamais suspecté, qui l'a 

Puis, prenant un parti, il s'en fut, „ '^^ ^°'.^^,' . , , jamais ridiculisé, qui l'a jamais mis en 

, J • i/ 1 X • •« 1''" *"a- qualité de femme mariée et de ,!„„+„? 

à grandes enjambées, vers la troisie- ,„^, ,, 3^,, ^^,^^,^^ ^^^,^_.^ ^^^^ ,^ 'cest M qui retient encore la femme au 
me Avenue, la région des bons bocks, ma pensée sur le sujet: "Un cas de cons- jogis et la défend des tentations du de- 
(.'henùn faisant, un gosse crasseux cience", dont vous parle Madame Marie- j^o^g Quand le mari, devenu indigne, in- 
se jeta dans ses Jambes ; d'un vigou- ^^'^"^the? Si oui, voici: fidèle ou alcoolique, fait de son foyer un 
reux coup de bâton, il l'envoya rou- ^'^^ fallait s'occuper des remarques que enfer, qui retient la lemme auprès de lui? 
!«■ k..rl«n« ,1o„o l»\...;<,oo.».. Il „'A veulent bien nous fiire, oh! bien cha- Son amour pour ses enfants. 
1er hurlant dans le ruisseau, il ne- ritablement, nos amies d'occasion, avec Ce doit donc être cet amour - l'amour 
tait pas de la classe avec qui il lesquelles il nous faut nous rencontrer maternel — qui doit primer l'affection 
'ant . souvent, l'on ne saurait plus que faire, conjugale allant sans cesse se refroidis- 
Le bon cop avait enfin compris les '1 vut mieux, je crois, se laisser guider sant. 
rèaieiaeoiM. P'^' notre cœur avec toutefois une bonne Voyez, dans cette triste catastrophe 

_ dose de raison et lais.ser dire autour de tiui a eu lieu à I/isbonne dernièrement. 

Pierre Lorraine. non*. La reine Amélie, partageait la voiture 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



347 



avec son ûpoux et ses enfants. Des coups 
de feu éclatent. Rien ne les faisait pré- 
voir, et avant même de raisonner un seul 
de ses mouvements, la reine, ou plutôt 
la mère, se jette sur ses enfants pour 
leur faire un rampart de son corps. Tan- 
dis que l'cpoiix courait le même danger, 
c'est à ses enfants que pense la mère 

Ainsi doit-il en être en tout et partout. 
Les enfants ne doivent pas être séparés 
de leur mère. UNE VRAIE. 

Une lettre, signée Gertrude D. au- 
rait dû être publiée à cause le sa 
grande valeur littéraire et de s=i U,v- 
ce de raisonnement, mais elle est 
l^eaucoup trop longue, et, on ne sau- 
rait l'imprimer en deux fois. 

Françoise. 



^e#^#*#ft#^^é *A^^#^*^^^^^#^ l)eu.\ Dominicains du pays sont 

I» entrés dans les lettres, et rien n'est 
|{ plus curieux que le genre de chacun 
> d'eux. 



J\ travers l<$ civr<$, etc. 



^^^^^^^^îp^^'^^^^^i?**^*»^^ L'^un, Henri d'Arles, ti-empe sa plu- 

T ' X- i> r, ™6 dans le miel, l'autre, Raphaël 

J accuse réception d unie conférence p„__- , , . "•""%' xvapiiaei 

„„„ T' I f -i f. , Servais, plonge la sienne daas le vi- 

sur Jérusalem, faite, au profit des naio-re 

pauvres, par Henri d'Arles. Cette r^ ', . 

conférence, imprimée en une plaquet- Plutôt, la plume du premier est 

te de luxe, est aussi intéressante à """ P^^ceau chargé des plus tendres 
l'esprit qu'elle est agréable à l'œil. couleurs ; le second manie la sienne 
Henri d'Arles, bien que ses écrits ^.P®" P'"^^ comme fait de son gour- 
respirent l'exotisme, est un compatri- ^^^' ^^ robuste Hibernien, un jour 
ote, et, dans le monde de no,s lettres, ^«.^«i^e. Avec cette différence que l'es- 
il a conquis une place que les esthè- ^"^^ ^^ celui-là, plus savante et oal- 



tes lui envieront peut-être 



culée, ne frappe pas indifféremment 



On demande 

Une jeune personne désire une po- 
sition en qualité de gouvernante dans 
une famille. Elle est munie d'un diplôme 
de garde-malade, et des meilleures re- 
commandations. 

S'adresser à Mlle L. Pays, ".Tournai de 
Fran(;oise", 80, rue Saint-Cîabriel. 



M. ah der Halden a bien un peu '^"? ^"^ ^ trouvent à sa portée. 



jJlm^ 




plaisanté le genre supra-délicat du 
jeune écrivain, dans ses "Nouvelles 
Etudes de la Littérature canadien- 
ne", mais il y a en même temps 
grandement laissé percer sa sympa- 
thie pour son verbe poétique et gra- 
cieux. 

Il est de fait que la manière d'Heni 
ri d'Arles respire le maniérisme et 



mais attrappe surtout, les individus 
que, dans sa pensée, il a particulière- 
ment visés. 

Si j'ose, toute profane que je suis, 
exprimer ma petite opinion sur un 
sujet comme celui-ci, je dirai que 
j'admire deux ô'.ioses, dans ce procé- 
dé: le talent 



avec lequel l'écrivain 
manie son arme, — bien qu'il la met- 
l'afféterie ; son style n'a rien de' viril ^ Pf'^^"'^ ^" ^'^^'''^ ^'^^^^ étroites 
et de vigoureu.sement vertébré; il nage ? ^ltramontaines,-et sa crânerie a 
ir-nr, ,r^i^«+; — „„ „i_;.- II , , oeclarer franc et net, son opinion, 

au risque d'encourir les plus 



" La Réflexion mûrît la pensée" 



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trop volontiers en plein bleu, et les 
cîmes où il se réfugie sans cesse tooi- 
chent parfois aux nuées... Qui vou- 
drait, oependant, le lui reprocher 
trop durement en ces jours de boue 
et de chair triste! 

Peut-être aussi son genre est-il ce- 
lui qui convient aux sujets qu'il trai- 
te. Il faut des pastels très; légers! 
pour décrire les théories de couleurs 
des "Propos d'Art", et .les étoiles 
d'Orient ont des clartés si douces, 
elles donnent des rêves de beauté sî 



hautes disgrâces, ainsi qu'il lui est 
arrivé, il n'y a pas encore très long- 
temps. 

Si, dans la position exceptionnelle 
oiî se trouve Raphaël Gervais, sa 
combativité grande est déplorable 
au point de vue de l'exemple à donA 
ner et de la charité à garder, elle re- 
pose, au moins, de cette "diplomatie 
à quatre pattes", — comme l'appel- 
le Clemenceau — dont tant dé gens. 



irréelle, qu'il n'y a que des propos ®° ^°^^^ P^^^' entortille leur dire. 



teintés de lune qui puissent les tra- 
duire... 

Ce qui est aussi transparent à tra- 
vers les écrits d'Henri d'Arles que , le 
ciel oriental dont il nous entretient, 
c'est l'âme de l'écrivain: elle est pu- 
re, elle est limpide ; la PQésie, l'art se 
la partagent et l'absorbent. Un par- 
fum de naïveté toujours jeune se dé- 
gage de ces mots choisis, flous, va- 
poreux, et, ce parfum ne déplaît pas. 

Je ne m'étonne donc plus qu'Hen- m^nt*^ De la direction de M. Al- 
ri d'Arles reste sympathique à ceux phonse Ivcclaire, elle passe à celle de 
qui l'observent et 1 étudient. rUniver.sité Laval, de Montréal. 



Je me permettrai toutefois de faire 
remarquer à Raphaël Gervais, que, 
si des femmes ont trop souvent le 
tort de délaisser la quenouille pour 
des travaux intellectuels, en de cer- 
taines mains, une croix est plus à 
sa place qu'une plume, et que le plus 
beau geste est encore d'absoudre et 
de bénir. 

**• *♦• ♦•• 

La "Revue Canadienne" change de 



34S 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



Je dois avouiT tjuo j'attoiwlais des 
merN-eilles de oe changement. Mais, 
hélas! la "Revue Canadienne" en- 
nuyeuse, ah, combien — comme di- 
sent les décadents — sous le rt^gne de 
son ancien directeur, continue do l'C- 
tre, sous ses maîtres nouveaux, avec 
une constance, que rien no rebute. 

Ce qu'il faudrait à In vieille Revue 
pour la reverdir un brin, pour lui 
donner de la vie et du mouvement, je 
ne le sais pas au juste. 

Il ne m'appartient pas d'ailleurs 
de donner des conseils à mes supé- 
rieurs, je ne puis que constater un 
fait et me permettre de le regretter. 

Françoise. 




Josellys le Troubadour 



L'art dentaire il y a 2000 ans 



Le professeur Galli publie dans la 
"Revista Italiana di Odontojatria ", 
une magistrale étude sur "la prothè- 
se dentaire chez les Etrusques au 
quatrième siècle avant l'ère chrétien- 
ne". Un crâne mis au jour dans la 
nécropole de Falerii, près de Civita 
Castellana, lui a permis d'établir que 
dès cet époque lointaine, la science et 
l'habileté des dentistes étrusques ne 
le cédaient en rien à celles des mo- 
dernes ptraticiens. Dans ce qui fut, en 
effet, la bouche de ce crâne, on re- 
marr|ue quatre capsules d'or, dont 
deux, recouvrant des dents naturel- 
les, servant à les protéger, tandis que 
les deux autres employées comme 
dents artificielles, tiennent la place et 
l'office de molaires absentes. C'est 
probablement le travail dit "en 
pont", le "Bridge Work". 



L'étude et l'amitié sont les conso- 
latrices qui nous accompagnent le 
plus loin dans la vie. — Sainte-Beuve. 



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(LEGENDE DU MOYEN-AGE,) 

QUAND Josellys arriva au seuil 
du Paradis, il faisait une claire 
matinée de printemps : il est tou- 
jours printemps au Paradis. Tandis 
qu'autour de lui voltigeaient oiseaux 
et papillons inconnus de la terre, qut 
mille flems aux pétales exquisement 
ciselés s'épanouissaient à ses côtés, 
Josellys, fatigué de son long voya- 
ge, s'étendit sur le gazon, y posa 
son luth et, fermant à demi les yeux, 
songea. 

Mon Dieu! qu'il est donc loin le 
Paradis! Comme il avait fallu che- 
miner longtemps et par de rudes sen- 
tiers! Quelles souffrances! Quel pas- 
sé! 

Le passé! Jossellys y pensait avec 
effort et vaguement. Noyée dans la 
brume de ses souvenirs, son existen- 
ce sur la terre lointaine! Seule, une 
étoile perçait le voile épais, astre 
brillant, tôt disparu, hélas! C'était 
Mariella, la joie de ses yeux, le seul 
sourire de sa vie errante: sa douce 
enfant, morte à quinze ans, et qu'il 
allait revoir au paradis!... 

Car c'était pour elle qu'il était là ; 
pour elle que, laissant la terre, il 
était parti, un jour, par ces sentiers 
mené au but de ses rêves! Si Ion- 
rudes et escarpés qui l'avaient, enfin, 
gués lui avaient paru les deux an- 
nées d'absence ! 

Et maintenant, comment entrer au 
Paradis? Comment ouvrir cette por- 
te éblouissante qui se dressait entre 
lui et sa Mariella?... 

Ah ! Josellys n'avait pas réfléchi à 
tout cela! Il s'était dit en chemin 
que, là-haut, .sa fille l'apercevant 
viendrait à sa rencontre... 

Mais à cette heure, l'espoir s'éva- 
nouissait et, se voyant seul, sans une 
âme à qui dire sa peine, Josellys 
pleura... 

Quand la douleur s'exhale de cœurs 
vulgaires, rude est la plainte, et 
âpre, et amère désespérément. Le 
poète, lui, avait son luth et il chan- 
ta. 



11 chanta sa peine au seuil du Pa- 
radis, Josellys, le troubadour. Or, 
Pierre, ayant ouï des sanglots, vint 
à la porte d'or et l'entr'ouvrit. 

Oh! la splendide vision! Une clar- 
té sereine s'épandait à flots, et, 
dans les rayons de ce soleil éternelle- 
ment lumineux, se jouait une foule 
d'anges et d'enfants. 

Transporté de joie, Josellys oublia 
ses larmes, joignit les mains, se pros- 
terna. 

"Hé! beau chanteur! dit saint 
Pierre, que te prend-il de troubler les 
échos de l'Eden? Es- tu donc si pres- 
sé d'enti-er au Paradis que tu t'arrê- 
tes à muser au dehors? 

— Ah! grand Apôtre, dit Josellys 
tout ému, merci de votre obligean- 
ce. Je n'osais frapper et vous m'a- 
vez ouvert ; grâces à vous ! 

— Halte-là! brave homme, reprit le 
saint portier : laisse-moi voir mon 
grand livre. Comme âne en mo\ilin, 
on n'entre pas au Paradis." 

Et, pour interroger son registre, 
Pierre sans façons, referma la porte. 

Point longue ne fut la recherche ; 
et, rébarbatif, l'apôtre reparut. 

"Entrer au Paradis! un mécréant 
pareil ! Y connais-tu seulement une 
âme ? 

^Grand saint, Mariella ma doulce 
y est depuis deux ans déjà. 

— Eh bien! elle peut sortir, si elle 
veut te rejoindre, car de longtemps 
à tel païen je n'ouvrirai la porte 
dont le Créateur me confia la garde. 
Quels sont les titres dont tu te pré- 
vaux ? 

— Hélas! je reconnais bien ne pas 
avoir beaucoup pensé à l'autre vie '; 
mais, du moins, jamais grièvement 
n'ai- je offensé le Dieu Très-Haut! 

— 'Ah! vraiment? Eh bien! je te 
dis, moi, que grâces perdues pèsent 
dans ma balance. Or, Dieu, mon 
Maître, t'avait départi des dons pré- 
cieux. Qu'en as- tu fait? Cherche dans 
ta mémoire!" 

Josellj's eut un frisson... Oui, cer- 
tes, il avait parcouru cours et châ- 
teaux, rhapsode célèbre, contant de 
merveilleuses choses en s'accompa- 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 349 

giiaut de son luth... Il avait chanté Si l'homme pleure, tu te penches me s'il voulait, lui, résumer la réali- 
la gucire saijite, la lointaine équipée Pour le consoler, té et le rêve, 

en terre de Jérusalem, le courage des Notre-Uame, Marie! Josellys regarda ce vieU ami, puis, 

preux, il avait exalté la magnificen- S'il est las, ta main le soutient. levant les yeux, vit la première étoi- 
ce des seigneurs et la beauté douce- Notre-Dame, Marie! le qui s'allumait là-haut: "Doulce 

ment fière des nobles dames. Sois bénie pour ta bonté, ô toi. Reine!" fit-il. Puis, il reprit l'ins- 

Pai-fois, il est vrai, les louanges Mère du Sauveur Jésus! trument, jeta autour de lui comme 

l'avaient 'grisé et un 'subtil sentiment Que les Anges du Ciel unissent un muet et suprême adieu, s' achemi- 
d'orgueil s'était emparé de lui. Mais leurs concerts à mes faibles louanges nant vers la ville, 
qu'importe? Est-ce pour cela qu'il se et te disent : Le son de la cloche semblait le 

verrait repoussé et banni du séjour Gloires, honneur et amour dans guider. Le voici, enfin, devant une 
de la paix où habitait sa Mariel- tous les siècles. porte de forme ogivale, dont il sou- 

la? Ah! s'il lui était donné de rêve- ,, leva l'énorme marteau de bronze. Un 

nir sur tarre, il emploierait mieux ^^ la voix de Josellys s'éleva seu- Frère accourut au guichet : "Le Père 
son talent! 'chanter Dieu, sa gloire le, pure et joyeuse : . . , Abbé", demanda Josellys. Le lourd 

et ses bienfaits : voilà le thème sur "Plaise à toi, di\ine Marie, misé- battant s'ouvrit et laissa passer le 
lequel il composerait ses plus belles ricorde et douce Reine, faire entrer visiteur. Puis, sans mot dire, le 
mélodies. "Ayez pitié! saint apôtre, dans ton ciel Josellys le trouba- convers l'introduisit dans une salle 
ayez pitié! Laissez-moi vair ma chè- dour!" blanche et nue où le prieur ne tarda 

re Mariella qui, elle, si dévote fut tou- ^^ frémissement parcourut les p^g à le rejoindre : 
jours au Seigneur Jésus et à sa sain- Phalanges saintes, et tous les élus ,.jj^^ p^^.^^ ^-^ Josellys en s'age- 
te Mère!" s'inclinèrent. Marie passait. nouillant, je viens oublier ici tout ce 

Pierre le pêcheur n'est pas tendre: Vêtue de blanc, un lambeau de fir- ^^-^ y^^, encore, faisait ma gloire. 
"Le Purgatoire est fait pour toi, mament lui servait de ceinture. Dou- gj^ fatigué de sa vie errante, un paU- 
mon ami ; c'est tout juste si tu n'es ze étoiles nimbaient son front, et des ^^^.^ rhapsode ne vous est pas à char- 
pas condamné à la Géhenne. Que anges, la tête penchée, lui faisaient ^^^ ^e laisserez-vous se faire céans le 
mettent à ton actif les vertus de ta escorte. serviteur de tous et consacrer sa 

fille?... Passe ton chemin!" Souriante, elle s'arrêta auprès de voix et son luth à la .Vierge Imma- 

La porte, lentement, se referma, et, Mariella dont elle prit la main dou- culée?" 
désespéré, Josellys s'affaissa en san- cément, et toutes deux s'en allèrent Lq Père Abbé ouvrit ses grands 
glotant. ^ à la porte du Paradis. bras: "Soyez le bienvenu, mon fils!" 

Tout à coup, une mélodie merveil- Josellys, les yeux brillants, les re- g^ c'est ainsi que Josellys, revenu 
leusement suave arriva du ciel jus- gardait venir en éternisant son der- jj^ Paradis, laissa chansons et balla- 
qu'à lui. Où, déjà, avait-il entendu nier accord. des pour servir, honorer et louer la 

cette exquise cantilène? Une voix gUes approchaient... Plus qu'un très doulce Marie, 
douce commençait ; le chœur répé- p^g.,. Et Marie, tendant à Josellys Lorsque, bien des années plus tard, 
tait après elle ^ des paroles qu'il ne ^^ droite aux doigts fuselés, laissa il fut près de mourir, on entendit 
parvenait pas à saisir, et, pourtant, tQ^ber sur lui, douces comme le son dans sa cellule de suaves accents qu'il 
il avait ou'i cette voix et ce chant ; j^ cristal, ces paroles que ravi, tout semblait connaître ; ses yeux ravis 
une pensée, rapide comme l'éclair, lui ^^ (j-^j écouta : contemplaient un invisible spectacle, 

traversa l'esprit, et, avant que saint ^^^^ ^^.^ ^^ ^^j ^^^ dans un dernier effort, sa voix 

Pierre eut referme le battant d or, ^,^ ^^^.^ ^^ mon nom en s'éleva, mélodieuse. "Plaise à toi, di- 

Josellys était la, plongeant son re- ^^^ ,^^ Mariella te sera rendue, vine Marie, miséricordieuse et doulce 
gard dans le l^araclis. • + et, pour cet hymne que tu m'as con- Reine, réunir à tes pieds Josellys et 

•Irrite de cette insistance, saint K .,,.•' ■ ■ ■ t. j- " tvt.:.v;o11c, l" 

Pierre allait protester, quand, ^^r- «^'^'^e' 3« * ««^«^«^^^-^^ 1« P^^^^is Mariella! , 

pris il resta immobile! Josellys Pour répondre, Josellys ouvrit les Et 1 on dit qu a 1 heure ou lame 
chantait avec les anges. Oubliant sa lèvres : "A toi, pour jamais, noble du moine s envola, le luth fidèle 
sévérité d'antan, le pêcheur apôtre Reine, mon cœur, ma voix et mon compagnon du troubadour, doulou- 
^(jQ^ta, • luth!" Et, dans l'ivresse de son bon- reux, brisa ses cordes. 

Très haute et puissante Dame. l^^'^f' ^^ .^«^1^* «o"^!^ ^ «f Mariella... Miss Keykell. 

douce Vierge, ô sainte Mère, Ma- , ^^^ "«n ne restait de la vision su- ^ .,j^^ p^^^^,, ^ 
. , blime... Une ville, non loin, s annon- 

Ton nom est suave comme un «ait, et dans l'atmosphère limpide, -, 

„i „„. j'„^„„_ une cloche, pieusement, tmtait 1 An- 

chant d amour ' i' A notre époque de clinquant, o^ est 

Quand mes lèvres le répètent, ^^ ^'^ . étomié se leva • heureux de pouvoir compter sur und 

suis ravi par sa douceur ; 1^ troubadour, étonne, se leva . , j- • -n» „„ r,,-,; ^=4 ots 

Quand ma pensée me le rappelle, plus de Paradis, plus d'Anges, plus marchandise qui vaille ce qui est an- 
je me sens voler à toi, ô Marie! de Vierges, plus de Mariella. no.nce. Tels sont les chapeaux qui 

Mon cœur t'aime, dauce Vierge, Seul, son luth, tombant à ses sortent des Salons Mille-Fleurs, rue 
sainte Mère, mon cœur t'aime. pieds, rendit un son plamtif, com- Sainte-Cathenne-Bst. 



330 LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

yK3KI I O l CMÈXM) I O t C II (.y ) O I O I Ot^^ |g»œC8C^C8C^C8ïC«80^»C^>»MCeCeC8C8MC8^ une Cphiglc de crtivate, ou bien une pen- 

'" ^ 1 - ^ ''"'*^ ■'■^'^ fantaisie, ou encore un bracelet 

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8 Le concours ne se terminera (juc le 1er 




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. •« I 1 ' u -i ' • f V ' _4.' • <-• Mais causons plutôt de modes pour 

neige, derrière lequel s abrite emgma- teur breveté, ajuste. ^ ^ 

tiquement l'âme de chacun de nous. OU BIEN les gens. 

Aussi combien d'êtres les uns aux Montre de Dame, boîtier en or massif L'écharpe devient de plus en plus 

autres destinés, ne se réuniront ja- garanti à 14 carats), avec couvercken- en vogue. "Ce plus féminin de tous 

mais sur la terre, parce qu'ils ne V.'^^ '^'""^ 5^°^^^ ^* ^,'"" croissant de j^g c^-nements" semble résister à tou- 
, . ,^,, » diamants. Mêmes spirales et régulateurs , , • ,• , 11 m 

peuvent se deviner, se pénétrer, a 1 1. *. tes les innovations, et, sans elle, il 

r^ 1" • c X. 1^^ P'iis haut. , ,.,,„> Ti 

teavers 1 énigme que renferme chaque chacune de ces montres a une %aleur de » 7 a plus de véritable élégance. Il 

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Tant daiiH les fastes de l'élégance. veaux), une iM-oche en vieil argent, ou recouvrent une partie de la main. 



LE JOURNAL DE FEANÇOISE 



351 



Les teînt-es les plus en faveur sont 
le bleu japonais, un bleu assez foncé, 
puis les nuances de "violettes de 
Parme", les veits anciens et les ka- 
kis dont la vogue, quoique ancienne 
subsiste toujours. 

Cigarette. 



'ùà^ uQ^ ;M xqx M^ ^i 



Chronique 



il J3t ifô\. .? 



fi/2ffl\ j 






Propos d' étiquette 






D. --- Peut-on parler dans un salon à 
une dame près de qui Von est placée 
et à qui l'on n' a pas été présentée ? 

R. — Certainement. 

D. — Peut-on ensuite, qua?id on rencon- 
tre dans la rue cette même personne à qui 
l'on a parlé sa7is présentation, la sahier f 

R.— Non. 

D. — Si vous avez à vous nommer, de- 
vez-vous /aire précéder votre nom de l'ap- 
pellation de monsieur ou madame f 

R. — Une femme peut faire précéder 
son nom de l'épithète de: Madame. 
Un homme, jamais, ce serait ridicu- 
le. 

Lady Etiquette. 



Comme la santé, la beauté souffre 
(les ligTieurs de l'hiver. Mais on peut, 
quand même, braver les intempéries 
c[uand on a un chapeau qui vous 
coiffe bien et qui vous protège, tout 
en ne cessant d'être seyant à la fi- 
gure. Vous trouverez ces qualités en 
vovis adressant au magasin de modes 
de Madame Pageau qui sait arran- 
ger ses chapeaux de manière à conve- 
nir à tous les temps et à toutes les 
saisons. Ce n'est pas un talent mé- 
diocre qu'a cette remarquable mo- 
diste ; elle a vraiment toutes les qua- 
lités qui fojit l'artiste, et rien de vul- 
gaire ou d'inélégant ne sort de son 
établissement. 

Mme PAGEAU, 
769, rue Sainte- Catherine Est, entre 
les rues Panet et Plessis 

La Reine des Eaux purgatives, c'est 
L'EAU PURGATIVE DE RIGA. 
En vente partout, 25 cents !a bouteille 



DEUX lettres de femmes, publiées 
dans les journaux, ont occupé 
l'attention publique de différente fa- 
çon.' 

En effet, tandis que l'une a été en- 
censée par tous nos confrères, l'autre 
a eu ce que l'on appelle une "mau- 
vaise jM-esse". 

Sur l'initiative de M. Truffier, qui 
n'est pas seulement un bon comédien 
et un auteur distingué, mais aussi un 
homme d'esprit et de cœur puisqu'il 
est féministe — le Comité d'adminis- 
tration de la Comédie française 
avait voté à l'unanimité l'admission 
de Mme Bartet. C'était un beau ges- 
te, bien fait pour réjouir les parti- 
sans du progrès féminin. 

Dans une lettre rendue publique, 
Mme Bartet se récuse et invoque son 
peu de qualités administratives pour 
motiver son refus. 

Les compliments sur sa modestie 
ne manqueront pas à la "divine" ar- 
tiste. Elle me pardonnera d'ajouter à 
ce concert de louanges la note dis- 
cordante du blâme. 

A mon humble avis, Mme Bartet a 
eu tort de refuser, et, à moins que ce 
ne soit pour donner une leçon à cer- 
tains de ses camarades masculins, le 
tort encore plus grand de déclarer ne 
pas se sentir les aptitudes qu'aucun 
d'eux n'a jamais avoué ne pas possé- 
der pleinement. 

Toutes les fois qu'une femme a l'air 
d'approuver la théorie de l'infcTiorité 
des femmes — que leur exclusion du 
Comité d'administration semblait 
ériger en principe, — elle commet une 
action blâmable. Et, dans le cas qui 
nous occupe, en refusant sous un pa- 
reil prétexte, l'honneur d'être la* pre- 
mière femme admise au sein de ce 
Comité, elle en ferme l'accès aux au- 
tres, à celles qui, elles, se seraient 
peut-être senti les facultés adminis- 
tratives que sa pseudo-modestie lui 
fait décliner. Car il est à craindre que 
l'échec de cette tentative de féminis 



me ou plutôt d'impartialité de la 
part des membres du Comité d'admi- 
nistration n'y recule pour longtemps 
l'entrée des femmes. 

Et il faut avouer que Mme Bartet, 
dont le talent nous a fait passer tant 
de soirées délicieuses, n'a aucun 
droit, cette fois, à nos applaudisse- 
ments. 

11 est plus difficile pour moi, plus 
délicat surtout, de blâmer notre émi- 
nente collaboratrice Marcelle Tinay- 
re. 

Ce n'est pas l'envie qui m'en a 
manqué, à la lecture d'une lettre très 
amusante, — je dois l'avouer— -qu'elle a 
écrite au "Temps", bien imprudem- 
ment en tout cas, car elle n'était pas 
encore officiellement décorée, — pour 
dire qu'elle ne porterait pas sa croix 
d'honneur. 

Je m'étais laissé dire qu'on n'ac- 
cordait cette distinction qu'à ceux 
qui l'avaient sollicitée... 

Qu'on l'ait demandée pour elle, 
puisqu'elle nous dit qu'elle n'a rien 
fait pour l'obtenir et qu'elle a même 
dissuadé ses amis de la demander, 
rien ne nous autorise à en douter. 

On m'avait dit aussi que la signa- 
ture de la personne pour laquelle on 
sollicite la croix est nécessaire.. 11 me 
semble qu'en ce cas, il était encore 
plus simple de ne point donner .cette 
signature que de ne point porter le 
ruban rouge, ce joli ruban, au sujet 
duquel sa couturière fut si émue 
qu'elle lui enfonçait des épingles 
dans le dos, lui disant: "Madaptie, je 
vous en prie, portez le ruban rouge ; 
ça fera si bien sur votre "tailleur" 
no.ir ! 

Madame Tinayre ajoute: "Cette 
profonde pensée, que je médite enco- 
re, ne me décide pas d'arborer, même 
sur le "tailleur" noir, cette "étoilo 
des braves ! " 

"Car c'est l'étoile des braves, ô 
Napoléon! Mme de Staël, qui était 
presque un homme, ne l'a pas eue. 

"L'empereur misogyne doit bien 
souffrir dans l'autre monde en voy- 
ant cette croix sur des poitrines qui 
ne resseml-lent pas — heureusement! 
— aux robustes torses de ses ;grena- 
diers. J'éparL.nerai cette douleur aux 
raânoR de Napoléon, fondateur 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

de l'Ordre Je ne porterai pas œ Pauvre Mme Tinayrc, combien elle horatoiie où les attendait une jeune 

joli ruban et cette jolie croix, imrcv doit ivcretU^r dos boutades qu'elle ju- fille de meilleure volonté encore, et 

que je ne pourrai plus aller en tram- geait inoffensives!... Elle a appris à cette jeune fille tendit ses lèvres, - 

way ou dans le métro sans susciter ses dépens la vérité du dicton popu- qui avaient été, au préalable pun- 

la curio«îité de mes voisins. "Tiens, laii-e: 'Trop parler nuit" et aussi fiées suivant les méthodes les plus 

pen^raient-ils, voilà une femme qui qu'il est bien vrai <iue chacun ici- scientificiu<>«, - au Laiser du jeune 

a dû être religieuse et soigner des bas, qu'il le veuille ou non, est obli- homme rasé. Tout aussitôt une bros- 

peetiférés... EUe est bien jeune tout gé de "porter sa croix!..." se stérilisée enleva de ses lèvres les 

j^ . ., : AiA .^nniiniùno , . microbes qu'v avait apportés ce bai- 

^ To^nr'ArTK n ITT 2 ^^^ '' ^''^''' '^^"^^"■•'' °"'^ '" ««•. ^t ses lèwes de nouveau puri- 

en 1870! Alors! Non, non, ça me ge- ^.^^^^^^^^ ^^^^^ y^ ^it ^^ des . plus ^-^^^ ^^^ i^^res auxquelles la science 

^rtiii.. spirituels membres du Conseil ^ de ^^^^^ "refait une vir^nité" se tendi- 

Gette profession de foi n'a pas eu l'Ordre, pour avoir trop ^ parlé et ^^^^ ^^^^ ^^^hs du' jeune homme 
le succès que son auteur en atten- trop écrit," peut encore espérer pour moustachu. 

dait peut-être et, en dehore de la vé- la prochaine promotion, une distinc- ^^^.^^ ^^ nouveau baiser, nouvelle 
ritable levée de boucliers qu'elle a tion qu'en somme son talent mén- ^uein^tte de microlJes lesquels, sui- 
suscitée contre elle, die a amené un tait, il faudra pour cela qu'elle ob- ^,^^^^ ^es prescriptions les plus rigou- 
r^ultat sans doute plus inattendu tienne, par son silence, quelques no- ^^g^s, furent enfermés dans deux 
encore par elle, c'est cette sentence tes de sagesse... C'est égal! ... Je sais éprouvettes hermétiquement closes. 
inscrite sur son dossier, à l'examen une grande tragédienne qui a dû bien Au bout de quatre jours, on ouvrit 

de la propositjoji faite par M. s'amuser ces jours-ci :• • les éprouvettes. On put constater 

Briand: "Ne peut être accueillie ac- alors que le résidu provenant du 

tuellement". , . baiser du jeune homme sans mousta- 

Nous sortons à peine de la série des che contenaient des germes et des 
Certes, Mme Tinayre a perdu une embrassades de janvier et les hygié- fragments à peu près inoffensifsf, tan- 
bonne occasion de se taire... Mais la nistes viennent nous faire frémir au dis que le tube du jeune homme à 
leçon est dure... Admettons que le dé- sujet des dangers que cette série nous moustache contenait les microbes les 
air de faire de l'esprit lui ait fait dire ^ fait courir. plus dangereux. Microbes de la tu- 

des bêtises, cela peut arriver à tout r,. • ±- j. berculose, de la diphtérie, germes di- 

, w • • 1 .X j-x Si ces messieurs continuent, non , ,' , /. f- , 

le monde. Mais vraiment! on eut dit , ^ , , . vers de la putréfaction, presqu aucun 

que les journalistes avaient reçu une ««'élément nous n oserons plus nen ^^ ^^,,^^^t à l'appel... pas même 

injure personnelle manger m boire, mais, prives de tou- ^^ horrible duvet provenant do la 

■ tes ces joies matérielles, nous n'au- p^tte d'une araignée! ! ! 

Après tout, Mme Tinayre aveit rons même plus le refuge des joies Malheureuse jeune fille!... "Qn'est- 

bien le droit de ne pas porter la sentimentales ; nous ne pourrons ^ ^^'^^^ ^^ait pris?"' comme on dit 

croix, après 1 avoir o.u ne pets 1 avoir plus goûter ni amour ni amitié ou aujourd'hui. 

demandée. J'entends bien qu'en di- du moins il nous sera défendu de ma* D'ailleurs, il y a longtemps que 

gant que cela la regarde, je m'expose nifester ces sentiments par le baiser, ^^gget l'a dit- 

à ce gu'on me réponde que cela ne re- car le baiser, c'est le piège du micro- «jj ^^^^ ^^ '^.fj^^^ ^^ ^^^^ des 

gardait qu elle et non le public qu'on be. * moustaches " 

' ^" '* *2lfl ''°"^°*'' informer de n y ^ ^éjà quelques années que l'o,, Mais s'il suffisait d'être imberbe, 

ce grave événement. avait vaguement parlé de cette déce- on aurait vite le remède, d'autant 

Mme Tinayre, par sa lettre, frois- vante découverte, mais aujourd'hui plus que la mode a une tendance 

sait trop de susoeptiWlité pour qu'on c'est avec des preuves à l'appui qu'u- marquée à imiter les Yankees qui, à 

la lui pardonnât facilement. ne revue américaine, la "North Ame- quelques exceptions près, se font 

r. .. . j 1. _j. 1 rican Review", la confirme. scrupuleusement raser. 

Destinée, dans 1 esprit de son au- ' * 

teur, à faire sourire, elle a fait fui- Et c'est en France, paraît-il, que Malheui'euscment les savants ont 

miner. C'est qu'elle semJjl ait s'atta- l'expérience dont parie la revue a ^ait des expériences — très sérieuses 

quer - ce dont elle s'est fort défen- été faite. cette fois - qui indiquent que le 

j j, .,, . • • ..,„ rv . , , , baiser — avec ou sans moustaches — 

due d ailleurs- certaines institu- Deux jeunes gens de bonne volon- ^^ ^ ^^ lui-même. Et 

tiens, voire ^ même certaines opi- iè se sont présentés, 1 un complète- p^^^ ^^^ i^^^i^^. ^^-^ ^^^^ ^^1 ^^^. 

mons... et qu en blessant les amours- ment rasé, l'autre pourvu d'une ^^ ^^^ l'amour, ils nous disent que 

propres, elle a mis contre elle deux moustache épaisse. On les a laissés se la poignée de main est presque aussi 

cat.^orie8 de gens: ceux qui sont promener dans Paris, au gré de leur dangereuse que le baiser. Oh! Mesda- 

décorés et portent — non sans fierté fantaisie, dans les théâtres, dans les mes, allons-nous être obligées de 

leur décoration, et ceux qui ne le musées, partout où il leur a plu d'à!- nous contenter du salut militaire? 
sont pas mais voudraient l'être.... 1er. On a mené ensuite ces jeunes * PARRHISTA. 

c'cHt à-dire: tout le monde. gens de bonne volonté dans un la- j( "T^a Française". ) 



LE JOURNAL DE FRANÇOLSE 



353 



t 



PETIT CROQUIS 



Ca bonne Pension ^ 



TROUVER une bonne pension, où 
la nourriture soit substantielle 
et saine, la nappe immaculée et le 
service satisfaisant, n'est point cho- 
se aisée. Je me faisais ces réflexions, 
errant par les rues, sous l'égide du 
hasard. Enfin j'avisais une maison 
de bonne apparence, qui se recom- 
mandait par une enseigne de lettres 
blanches sur fond bleu, aux gens de 
mon espèce. Je sonnai ; une dame 
accorte, me vint ouvrir. Après quel- 
ques renseignements récipro,ques, 
nous convînmes du prix. 

Si la chambre était passable, les 
steaks résistaient parfois aux as- 
sauts d'un couteaix pourtant coura- 
geux, et qui, s'il fallait en croire 
vraisemblablement son fil émoussé, 
en avait vu de durs. "'A vaincre sans 
péril, on triomphe sans gloire", pen- 
sai-je, dans ma douce philosophie ; 
par ailleurs, mon appétit ne décrois- 
sait point à ces luttes épiques. J'eus 
continué à absorber ces steakes qui 
se rebellaient nerveusement avant 
que de descendre dans mes profon- 
deurs stomacales, si fortuitement je 
n'avais assisté à la préparation de 
la mixture innommable qui servait 
à confectionner les sauces. Un soir, 
donc, l'envie me prit d'inspecter la 
cuisine. Quelqiies mots d'une banali- 
té automnale négocièrent mon en- 
trée. Mon aimable emphytrionne et 
son cousin, — il y a des cousins par- 
tout — faisaient un travail étrange 
dont je m'expliquais mal le but. Le 
r-. -c-i'r, ao-ifa'+ dans une baignoire 
d'enfant oxydée par les injures du 
temps, un mélange fumant dont l'o- 
deur acre incommodait. A crapeton, 
sur le plancher, madame maintenait 
tendue sur un récipient une toile 
grossière et erisâtre, sur laquelle, elle 
se préparait à recevoir poiir le fil- 
trer, le liquide louche. 

L'opération s'effectua devant moi. 

— Vous voulez, sans doute, une so- 



lution de savon noir, hasardaî-je bé- 
névolement? 

— Oh! non, monsieur, reprit l'ex- 
cellente dame, les yeux ronds, c'est 
de la bonne graisse que j'ai refondue. 
Il y avait des... petits vers dedans, 
et vous savez, je suis très propre, 
.moi.... 

Je fus abasourdi et sentais gronder 
en moi, prêts à la restitution, les 
steaks si héroïquement découpés. 
Comme il arrive souvent dans les si- 
tuations graves, je ne trouvai aucu- 
ne répartie. 

I/C lendemain, ma note réglée, je 
prétextais un voyage lointain et de 
longue durée, pour m'évader de la.... 
bonne pension... 

Paul de Briqueville. 



Conseils Utiles 



TACHES DE GRAISSE- OU D'EN- 
CRE SUR LES TAPIS. — On enlè- 
ve les taches de tapis en les recou- 
vrant avec de la farine ou du maïs 
sec, et en épinglant un papier au-des- 
sus. Répétez ce procédé à six heures 
d'intervalles jusqu'à disparition de 
la graisse en ayant soin de brosser 
la farine précédente avant de remet- 
tre la nouvelle. Pour de l'encre, re- 
couvrez immédiatement avec du pa- 
pier Ijtivaid et renouvelez autant de 
fois qu'il est nécessaire. 

IVOIRE SCULPTE. - On peut 
nettoyer l'ivoire avec une pâte com- 
posée de sciure et de quelques gout- 
tes de citron. Recouvrir l'ivoire avec 
une épaisse couche de cette pâte et 
laisser sécher. Enlevez avec une bros- 
se à ongles en brossant Ijien soigneu- 
sement dans tous les coins. 



Recettes faciles 

NOUILLETTES AUX OEUFS 
MARGE, SAUCE PAYSANNE. - 
Faites cuire une boîte d'une livre 
pour six personnes de Noviillettes aux 
œufs Marge, dans l'eau bouillante 
pendant 10 à 15 minutes. 

Faites un roux Ijlond avec beurre 
et '"Farine Marge", mélangez avec 
champignons et oignons sautés au 
lieurre, ajoutez deux jaunes d'œufs, 
assaisonne!;, versez sur vos "Nouil- 



lettes aux œufs Marge" bien êgout- 
tées, mélangez le tout et servez. 

OEUFS AU MIROIR. — Mettez du 
beurre frais ou fondu dans un plat 
allant au feu, ou de très petites co- 
quilles, tandis que dans le plat vous 
pouvez casser à la fois, mais douce- 
ment pour ne pas les écraser, huiti ou 
dix œufs ; quand le blanc n'est plus 
glaireux, c'est cuit ; mettez sur cha- 
que œuf un grain de sel et de poi- 
vre, et versez sur le tout un peu de 
crème. 

GELEE D'AMANDES. — Prenez 
une once d'amandes douces, dix à 
douze d'amandes amères, deux onces 
de sucre blanc, un demiard d'eau. 
Broyez les amandes dans ,un mortier 
jusqu'à ce que le tout forme une 
pâte ; ajoutez l'eau graduellement en 
brassant, coulez. Faites ensuite fon- 
dre une once de gélatine dans un 
demiard d'eau. Mêlez le tout, ajou- 
tez du sucre au besoin et des essences 
au goûi. 

C'est l'Angélica souveraine 
C'est l'ardente et blonde liqueur 
Fleur des monts et fruit de la plaine, 
Neige au front et soleil au cœur. 

RENE SAIB. 



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t 



as« 



LE .TOURNAL DE FRANÇOISE 



] C 



Eâ route s'âchcve 



Par JEAN SAINT-YVES [1] 

~l 



I 



(Suite) 

Ce «lue fut, pendant trois heures, 
la défense du village par deux ba- 
taillons français entourés de ca- 
nons allemands, de masses en- 
nemies (Toissant sans cesse, l'histoire 
impartiale Ta noté. Tous le savent 
aujourd'hui. Mais dans l'apothéose 
dress«'?e, Pierre revoit certains détails, 
l'aironie d'une poignée d'hommes 
ionduits lar son père, le capitaine 
Jean de I.< strac, de queUiues soldats 
.seuls survi.ants d'une compagnie 
charirée de la défense de la ferme. 

Pendant les dernières minutes de la 
lutte, dans la salle enfumée où ils 
s'étaient retirés, où des blessés se re- 
levaient |xiur faire une dernière fois 
le coup de feu, à la .lueur du grand 
soleil d'août entrant par les brèches, 
crevant les murs et le toit, on vit 
tout à coup le capitaine, pâle, san- 
glant, hissé, soutenu, puis attaxîhé 
par quelques fidèles exécutant ses 
derniers ordres, nu long d'un pilier, 
sorte de colonne placée au centre de 
la salle, soutenant la poutre maîtres- 
se du plafond. 

Comme tous les anciens des Lcs- 
trac tombés pour leur pays, il avait 
eu cette idée: mourir debout, lui aus- 
si, debout quand mênie. Dans un ef- 
fort de volonté, il se raidit, releva 
la t^te, dominant la lutte. Le corps 
était droit, les épaules remontées, es 
bras relevés, soutenus aux coudes. 
La main crispée sur la garde d'or du 
sabre esquissa encore quelques ges- 
tes, puis le hrsat s'abandonna inerte. 

Ainsi dressé, et sentant l'heure ve- 
nue, ses yeux voil«» d'aconie eurent 
la vision totale du sacrifice accompli 
par tous ces humbles, ces soldats 
tombés qui n'avaient pas faibli et, 
simplfTnent, au pays malheureux fai- 
«lient le don de leurs vies. Alors son 

[i]OllendoH, Pari* Reprodnctinn interdite. 



âme de chef et de père heureuse, fiè- 
re, eut un dernier cri: 

— Merci... mes amis... mes enfants... 
cria-t-il. C'est bien! 

L'ennemi pouvait paraître. 

Tous ceux qui avaient pu se traî- 
ner vers lui en un suprême effort 
étaient là, sous son regard décojoré, 
à ses pieds, couchés, alignés comme 
pour un appel, une dernière revue 
c(u'il aurait eu à passer. 

Sur le seuil, les Allemands s'arrê- 
tèrent, touie leur rage tombée subi- 
tement devant la grandeur du spec- 
tacle. Quelques olficiers pénétrèrent 
dans la salle. L'un d'eux, plus har- 
di, un jeune, enjamba les morts en- 
tassés, s'approcha du pilier et, fu- 
rieux, heurta le crucifié du pom)tneau 
de son épée. Mais le cœur ne battait 
plus. Le cœur mort ne répondit pas, 
ne sentit pas cette dernière insulte. 
Les yeux calmes, impassibles, où se 
lisait l'abnégation superbe qui avait 
fait ces héros, ne voyaient plus les 
choses d'ici-bas, et, entr'ouverts à la 
gloire, loin d'ici, dédaignaient cette 
petite lâcheté du vainqueur. 

Le lendemain, très tard, presque à 
la nuit, dans le jardin on fit un 
grand trou et on les enterra tous, 
en tas. Le dernier jeté, ce fut lui. 
Comme il était r'esté attaché à son 
pilier, le regard toujours levé, sem- 
blant prier «t veiller tous ces morts, 
"ses enfants", ses bras raidis gardè- 
rent jusque dans la tombe leur 
grand geste en tr' ouvert, ce geste qui 
fit dire plus tard au vieux sergent 
Frimaudeau revenu au pays: 

— f'omment est mort votre père, 
mon petit?... Comme un Jésus, vous 
dis- je... En croix! 

Pierre avait dix ans lorsque ce ré- 
cit lui fut fait. Dès lors, le liut s'im- 
posa. Il serait soldat, soldat comme 
son père. Et il se mit à l'œuvre. 



C'était l'époque où la France mu- 
tilée, mais non abattue, non désespé- 
rée, pansait ses plaies, relevait ses 
ruines, où tous, les yeux fixés sur la 
frontière, ne parlaient que d'efforts à 
accojnplir, de résurrection, d'espoir. 
On ne voulait pas rester sous l'af- 
Jront. Une armée se dressa, munie de 
fusils, de canons nouveaux, très du- 
rement menée, assouplie, entraînée, 
instruite, guidée par des chefs éprou- 
vés, revenus graves, résolus, des pri- 
sons d'Allemagne. Sur la frontière 
ouverte, des forts d'arrêt furent éle- 
vés. Le pays entier, uni, affirmant sa 
foi en l'aube nouvelle, se livrait à 
l'étude, au travail, avec une énergie, 
une persévérance, une méthode qui 
étonnèrent le monde. Plus de fêtes, 
plus de joies officielles. Les prin- 
temps, les étés se succédaient. Nul n'y 
faisait attention. Il n'y avait plus 
qu'une pensée élevée en les âmes de 
tous, implacable, — le souvenir. 

Un peu de fièvre, une griserie lente 
venait, étreignant le pays. On tra- 
vaillait à tout à la fois. Et dans la 
hâte il arriva que des mots (prirent 
tout à coup la valeur d'axiomes, de 
nécessités absolues, surtout ceux 
ayant trait aux choses de là-bas. 
Ainsi on allait répétant que la défai- 
te n'était pas l,œu\Te seule du fusil 
à aiguille. C'est le maître d'école al- 
lemand quia vaincu, disait-on. C'est 
bien. Au tour du maître français, 
fut-il répondu. Et de cette idée ainsi 
jetée dans la mêlée, à peine exami- 
née, tout sembla subir l'hallucina- 
tion. 

Cet illustre inconnu grandit déme- 
surément en les imaginations. On 
tailla, revisa, créa, créa beaucoup. Il 
fallait préparer la génération future, 
les "ouvriers de la Revanche". Et 
pour cela on ne voulait plus de ce 
qui avait été. Il fallait mieux. Les 
études furent doublées, les épreuves 
multipliées. Au sommet, des diplô- 
mes, un monde de diplômes à con- 
quérir de haute lutte. 

Et toute une génération inquiète, 
déjà sérieuse, se demandant tout bas 
pour quelle effrayante et forte desti- 
née on la préparait, s'est usw à los 
corjiquérir. 

PienTe fut de cette jeunesse labo- 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 355 

rieuse, de cette génération anxieuse, sitante, implorant d'un regard mi- plissait si simplement, oublieuse d'el- 

assagie trop tôt, sur qui, malgré les rieur, mi-chagrin. Et c'était une grâ- le-méme, se réjouissaient dans l'au 

ans, comme un peu de tristesse est ce nouvelle qu'elle avait, une sinapli- delà, l'accueillaient, elles aussi, et 

restée, — le regret peut-être d'avoir cité, une poésie en tous ses mouve- guidaient son âme, tous ses actes, 

vu trop haut et, l'effort accompli, de ments qui l'enchantait. Parfois, sans même les plus infimes. 

se sentir vivre inutile. ^'^^«i^ Pourquoi, - ce qui la faisait ^ien souvent, arrêtée devant celle 

Mais en ce passé d'enfant une lueur '^^^'^ rire, -il 1 attirait brusquement q^j f^t la mère de Pierre, comme 

se pose. dans ses bras, 1 embrassait et lui di- pj^g proche d'elle par la grâce de son 

Entre son oncle et lui, perdus en "^Îlon ''°"''"*' demandant ^^urire et sa jeunesse blonde, elle 
cette demeure qu'animaient jadis les ^^^ j^i'^^^r^^ u;^^ ^u nv, • songeait, semblait prier, triste par- 
châtelaines éi-antes et précieuses tin^^ îe vZe SeA Toist ?" ^"""^ ^"^ ^^ P°^^^* ^' P^^^^^^^ 
d'autrefpis, si déserte maintenant, où '"AlcJ^pr toute r^on.;, elle le t ioTr^ " mttZlTT^ "''''' 
des chambres restent closes comme prenait par hi main et, détournant .^J^^ peu;, comme un peu dTdffaï 
sur des choses chères ensevelies, ou la tête, elle 1 entraînait en co.urant. j^^,,^ elle n'osait se répondre. Pré- 
bien des fenêtres ne s ouvrent jamais, C était sa façon de cacher son émoi, voyait-elle la douleur qui lentement 
il revoit le sourire et les grands car elle 1 aimait, son cher petit maî- menait en sa vie, enserrait son cœur 
yeux dune petite fille. C était Chris- tre, si pale et si triste, elle 1 aimait ^rop aimant.? C'est vers elle qu'elle 
tine, une enfant comme lui sans pèie ^^'^c cette douce inconscience des • •. -, • , , , 
» .n,è,e ,a ni.ce du vieux se^en* beaux cœu« d'enfani. ,„i ,.,„„- S! « ^^leSL^irautèTrc: 

d ra:"eoZ- !Z£ u'i ::S's5w î» ™« -ge„t moumt. *"?- «"'f/ '"^T "" T"^ "'- 

uer avec lui ce iiaeie qui avait suivi _ * , , , . mees, eurent leurs heures de loie et 

partout son frère, recueilli son der- ^e soir nieme, le colonel revint au je rayonnement ici-bas, moururent 

nier soupir, hoqueté du haut du gi- ^liateau la tenant par la main. Et ^^ ^^^^ demeure où elle entra, un 

bet glorieux de Sainte-Marie-aux- ^''""'l *^°"^'^ ««^l^ tf « naturel. On ■ humble, étonnée, pauvre, n'a- 

rKoanoc i„ ^^i^„„i 1' „ u ' 'A' ouvDt uiic graudc chambre de jeune . . , ' . 

Chesnes, le colonel 1 avait pare d u- ^.jj^ ^^ ^.^^ ^^^ ^^^^ ^^ fleurs par ^"^"^^ ^^''^ ^°'' ''"'"'' ^ donner, tout 

ne fonction honorifique. Il était ré- ^^^^ ji semblait,' malgré le deuil ««^ cœur d'enfant reconnaissant et 

^'^r- . . r... '^"^^^•<^^"' q"« «^ fût jour de fête en le TT" ' 7' '^^ë\^^J^^\^'^ 

C'est ainsi que Chnstme parut à manoir silencieux. Et réellement c'é- ^°°"*^^ '^ P^^°^/ ^'^^ 'ï^. ^ ^^P^T 
Lestrac. tait elle qu'on fêtait, la chère petite, '^ P""!',™"^ T Y'fZ T' 

Cette petite fille aux regards doux, plus jolie dans ses larmes et la dou- T-^" ..f • T f^^'''^'^^' ^*^^^"' P^" 
j. ^ . ,-,• , , r j »i X 1 -nii tite Christine, 

toute menue, délicate, dont les '^ur de ses vêtements sombres. Elle 

beaux cheveux flottaient sur les Pri* place à table entre ces deux êtres Pierre était heureux de la retrou- 
épaules, emmêlés joyeux cheveux *^1"^ "® ®^ lassaient pas de la regar- ver ainsi, chaque année. Il l'admi- 
blonds où palpitait de la lumière au- ^'^y' ^«"'■^^,^ ^^ 1*^ *'^*i^ ^^' ^''^''' "^^'l se développant, s'affinant, _ bon- 
réolant son teint pâle ; cette enfant f^^^^-^^^' f^"^, sœur d élection et de ne toujours, silencieuse, souriante, 
■■ . . .' ^ tendresse. mais avec un peu de tristesse restée 

^rme^^"e^L\^es^^sW. n"'"" ^^^ *«-P^ — ' ^1 f^H-* - -P- '^^^ P-fondeur du regard. Alors, 
lir^uTr V '\T>''°"''''^^- Pie^e futenvové au collège. ^ la voir ainsi, sans penser plus loin, 

rait a lui d aussi_ loin qu elle 1 aper- Christine, au couvent. Mais, chaque '^ «« ^i^^i* qu'elle songeait à ses 
cevmt, 1 accueillait d un sounre, ten- ^^^tomne les vacances les ramenaient '^°^.^^' .^"^ P^"^r«« disparus, qu'elle 
dait si gentiment la mam vers la à Lestrac. Le château abandonné ^7^^* ^^ P^"^* '^«""'^^ <^* aurait tant 
sienne hésitante, émue, produisit sur rouvrait ses portes et ses fenêtres au ^imes... Pauvre Christine! 
Pierre une vive impression. grand soleil, à la joie de ses hôtes. Mais un soir, le colonel devinant 

Elle fut l'aube, l'éveil charmant Tout revivait. Il y avait encore des la douleur cachée en l'âme de cette 
f.-t, ■ ■ fniiniies, de tendresses "-'ris, des éclats de rire sous les enfant qui s'efforçait à Itfi sourire, 
imprécises, très chastes, idéales, qui grands arbres. révéla au cœur de Pierre, atterré, le 

tremblaient en son cœur. Elle fut la ^^'^ grandit, fut bientôt une jeune sentiment qui si chastement était né 
révélation lente, mais sincère du IJeau ^^^'*^ *'" ^"^ toutes les délicatesses de en elle. Or il ne le fallait pas. Ja- 
et chi bien ici-bas l'éclosion de pen ^'«"^^nt se réalisèrent, en qui le char- mais elle n'avouerait, par pudeur, 
sées qui le guidèrent plus tard en la "^^ Profond et ému de la jeune f^mme par fierté, oui, fierté de pauvre. Et 
vie sérieuse, et, on attendant, le gar- ^'^"""^Ç^- Puis, de toutes façons, pour lui, 

dèrent des faiblesses communes, faci- , "f"' ^ °.'"^^'' ^^ ^■''^^"'',' ""^ K"""" '"''''' "/*^,^* P^^ ^«""f.,Cf f «*?i* 

les où s'enlizent 1 +1 vieux cadres, sous leurs gla- qu un entant. Que savait-il de la vie? 

volonté ^ ^'^^ rages e es ^^^^ i^^^ pastels anciens s'éclairaient à Pierre avait fini sa deuxième année 

sa vue, la voyant passer, semblaient de Saint-Cyr. Dans quelques jours il 

Elle se pliait à tous ses caprices, se pencher vers elle et lui sourire. On devait partir, aller rejoindre en une 

Car il ordonnait, un peu despote, eût dit que les jolies mortes, dont el- petite fille do la frontière le régiment 

nerveux, presque heureux de la sen- le avait le culte, gagnées à l'œuvre qu'il avait demandé, celui où son 

tir se soumettre toujours, à peine hé- de paix et de bonheur qu'elle accom- père avait servi, légué son nom par- 



396 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



mi les faite d'armes inscrite au glo- donnée des ancêtres qui aimèrent, eu- étaient avec eux, et il frémirait 

rieux historique du corps rent des sanglots et des désespoirs, il honteux, attriste, quand 1 une d elles, 

Et c'était bien ainsi aimerait, pleurerait lui aussi, aurait plus hardie, le frôlait et, un peu ca- 

Tl f«ll«t laisser le rêve un instant, des heures de tristesse infinie, des naille, lui jetait à la face le désir 

u f^^luArL^n^^lé heures d'abandon en la solitude de qui lui venait devant sa jeunesse et 

LTtSri» 1X:^^^: >°".- -iU^ qu'il ajlai. -«* ses .rands y,u. chas;tes. 

cœui- toujours malgré d'autres dou- enfm, connaître la vie, toute la vie.. Ce fut ainsi tout 1 hiver. Une seu- 

leurs peut-être beaucoup plus hautes. ...Et U accepta la destinée. le étoile en cet enfer : la vue d une 

Il fallait vi\Te enfin, d'abord ; Dieu Les larmes le feraient homme. petite fille qui, chaque matin, à la 

ferait le reste ' C'est, élevé ainsi, très chaste, em- même heure, accompagnée de sa gou- 

.... portant en lui le regard calme, la vi- vernante, traversait, s'en allant à 

Il avait de qui tenir. ^.^^ charmante de Christine, mais quelque cours vers la Ville-Haute. Il 

Pour mieux mettre en lui cette ac- passionné, généreux, ayant le très no la connut jamais, il ne lui parla 

ceptation de la destinée, le colonel g^and désir d'aimer, de se donner, jamais, mais de la voir, de pouvoir 

lui conta l'histoire de ceux qui furent ^^^jj ^'^^ ^jj^^ ^.gj.g j^^ y^g suivre longtemps du regards sa sil- 

avant lui on la famille, qui aimèrent, houette frêle, sa démarche gracieuse, 

subirent de violentes passions et -^a petite ville avait encore son en- élégante, d'enfant sage, bien élevée, 

moururent désespérés. Car rien de ceinte de jadis, ses vieux ramparts lui était une joie. Puis il songeait à 

banal ne fut en la vie des Lestrac. ébréchés, flanqués de tours, attaqués Christine. 

Tous défiiriont : barons pillai-ds des ^j^j^ g^^j. certains points par la pioche L'exercice fini, il regagnait la Ville- 
anciens t*mi)s, pages, courtisans in- ^^^ démolisseurs^ Aux grandes por- jjaute. Il allait à travers les fau- 
solents et libertins, gentilshommes t^g, sur les ponts-levis, les jours de y^Qu^-gg^ comme il le faisait chaque 
spirituels, poètes, artistes, audaci- marché, comme autrefois, des sol- j^^^^ ^^^ mêmes heures, prenant les 
eux, tous ^-ens de fière mine, de hau- dats veillaient pour empê«her les en- j^^jnes rues, les mêmes gestes, les mê- 
te tenue, grands seigneurs toujours, combrements, régulariser les allées et ^^^ habitudes de fonctionnaire vieil- 
Pour tous, il y avait un mot définis- ^•enues. Une rivière coulait au pied jj Qj, go^yent, dans la Grande-Rue, 
sant letre, dévoilant l'âme, pour des murs dans les fossés larges, pro- ^^^ jg gg^ji ^'^^^ demeure, une bblle 
beaucoup, ce fut tout un récit, de fonds, tapissés de grands roseeux fré- fiHg blonde se tenait immobile, l'at- 
vraies légendes, tant étaient merveil- hissants. tendant, regardant avidement vers 

leuses et fortes les données de leurs j ^ ^j^i y ^^^j^ sombre, très bas, lui. Il l'évitait, ce re^^ard, mais, quoi 
amours étranges. Puis, les ijjnux jo^j^^j ^^ nuages indélébiles, comme qu'il fit, il le sentait planté en lui, 
jours enfuis, c'était le retour au châ- jj^irci à la longue par la fumée des le harcelant, le dominant. Et il pres- 
t<»au où leur vie s'achevait dans le si- nombreuses usines du pays. Peu de sait le pas. 

lence. les pônitonues, une suite d'heu- soleil. Parfois une lueur pâle, loin- Ce n'étaient pas de pareilles 
res désespérées.. Ceux-là n'avaient pu taine, s'essayait à filtrer, à descendre amours qu'il avait rêvées. Son ima- 
aimer qu'une fois, et, fidèles, ils s'en ^^ l'atmosphère immobile. Cela du- gination, son cœur l'avaient placée 
étaient revenus au gîte, blessés à ^.^^^ pg^,^ ^ peine le temps d'un sou- très haut, la bien aimée future. 
mort. rire, et le jour gris revenait, rame- Au reste, quand il l'évoquait, ce 

En son père, le capitaine Jean de nant sur toutes choses cette tristesse rêve du premier amour, malgré lui, 
Lestrac, l'âm*^ des ancêtres s'affirma, douce, invincible, des pays du Nord, de^îuis quelque temps, une physiono- 
Ce fut lui qui réalisa la pensée tota- Tous les matins, il surveillait Tins- mie de jeune femme se précisait en la 
le dé la race. Artiste à ses heures, truction dos recrues sur une petite \ision. Et ce n'était pas sans un cer- 
maniant les ébauchoirs et le ciseau pince perdue à l'extrémité du fau- tain émoi, une douceur inconnue 
comme l'un des leurs, pendant l'émi- bourir, au bord de la rivière, dans le qu'il regardait vers elle — et tout 
gration, il laissa parmi de nombreu- brouillard, la pluie fine, persistante, IJas, en son âme, lui murmurait ce 
ses figurines largement modelées, ce glacée. Aux mêmes heures, dans les (jui sommeillait en son cœur d'en- 
rêve obsédant qui l'avait brisé : la premières teintes du matin indécis, fant incliné devant sa keauté grave. 
femme, mais la femme idole, la fem- des sirènes crevaient l'air, appelant C'était une amie d'Odette ede Tré- 
me victoripuse. Et à ses yeux stu- les oyvriers au travail. Et de l'om- court — Odette, cette fine Parisienne 
péfaits, l'âme éperdue, Pierre vit bre, de partout autour de lui, se transplantée en ce pays noir, spiri- 
dans l'ombre d'une galerie close où pressant, faisant un grand bruit de tucllo et gaie, qui très vite, sur une 
il n'était jamais venu jusqu'alors, à galoches sur les trottoirs ou clapo- lettre de son oncle au capitaine de 
la lueur de flambeaux que devant lui tant dans la boue, ils surgissaient, Trécourt, fils de son ancien général, 
éle\-ait son oncle, se dres.ser un mar- traversaient la place et l'apercevant l'avait accueilli comme l'enfant de la 
bre taillé d'après l'ébauche dernière, le regardaient de- leurs yeux las, fati- maison. 

("était "Phryné triomphante", Phry- gués. C'est chez elle, qu'un soir où elle 

né absoute, se redressant dans un sur- n devinait leurs misères, leurs exis- récita des vers, chanta, Pierre l'aper- 
saut de joie et de vie intense, rêvant tences monotones, leurs griseries de Çut- cette jeune femme. Odette lui 
déjà d'amour?» nouvelles, de lèvres, de i^ veille et les amours rudes, malsai- a-vait dit, rieuse, devant son attitu- 
frontB à presser, de cœurs à briser. nés qu'ils se contaient à voix haute, de d'adoration silencieuse: 
Alors il comprit que, suivant la cyniques, cnemin faisant. Des femmes ( A suivre ) 



6ème ANNEE— No 23 



LE NUMERO : 10 CENTS 



SAMEDI, 7 MARS 1908. 



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Le Nid ( poésie ) Jelianno 

Les Fêtes du, Tri-centenaixe Françoise 

Murs de neige .Jean de Canada 

"Les Oiseaux du Couvent" Françoise 

H. Julien F. J. L. 

Le député de Témiscouata Françoise 

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SOMMAIRE DU 22 FEVRIER 

Partie littéraire : 

Général Bonnal, "La Psychologie mili- 
taire de Napoléon" ; Jules î/einaître, 
Jean Racine: "Andromaque" (V) ; 
M. Costa die Beauregard, "1870-1871, 
Pciidaut et après les coup.s de fusil" (II) 
rin ; Charles Derennes, Nouvelle: "Les 
Ravisseurs de dieux" ; Edouard Rod, 
"Le gouvernent des idées; sur l'histoire, 
le mythe et l'art du théâtre à propos de 
"la Nave" ; J.-L. Vaudoyer, "L'œuvre 
do 1\I. René Boylesve ; Louis de Préau- 
deau, "Bachaumont, père des échos de 
Pari.s". — Les Miettes de la vie. — Re- 
\_ue des revues étrangères. — La vie taon- 
daine, — La Vie sportive. 



"Les Contemporains" 

Bibliographies parues en février 1908 ii 
Lord Palmerston, homm.e d'Etat van- 
glais. — Bonuassieux, statuaire. — Rouher, 
lioinine politique. — Malesherbes, défenseur 
de Louis XVI. 

Bibliographies à paraître en mars 
1908 : L'abbé de l'Epée, premier institu- 
teur des. sourds-muets. — L'abbé Sicard, 
instituteur des so'urds-muets. — Marie-Jen- 
ua, poète français. — Tronchet, défenseur 
de l/ouis. XVI. — De Sèze, défenseur de 
Ivonis XVI. — 5, rue Bayard, Paris, 



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èine ANNEE.— No 23 



LE NUMERO : 10 CENTS 



SAMEDI, 7 MARS 1908. 



Ce journal de f rançoise 



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ANNIVERSAIRE 



DOUZE mois qu' elle tn^ aime et que moi je V adore! 
Douze mxiis qu'elle verse en mon cœur de l'aurore. 
Que je mis dans le creux de sa petite maifi 
Ce que Dieu me donna de bon, de plus humai^i. 
Du soir où je la vis, à chaque retour d' heure 
Je r aimai davantage et la trouvai meilleure, 
/'ai vu ce que l' amour prête d' extase aux yeux , 
D' éloquence aux instants les plus sileficieux, 
D' i?tdic7dles espoirs et de promesses franches 
A la pression tiède et lente des maitis blatuhes. . . 
Et je veux, pour fêter ces jours de longs émois, 
Prendre autant de baisers ^ue sont passés de mois / 



Albert Lozeau. 



[Extrait de "l'Ame Solitaire"]. 





LE NI 



On dit que les petits oiseaux 

Au temps des pt entières gelées 

Accourent, joyeuses volées 

Aux nids qjii furent leurs berceaux, 

Qu'au salon, c'est une charmille 
Ou bien quelque fourré profond 
Rossignol, fauvette et pinson 
Se réunissent en famille. 

Tout le jour, autour du vieux nid 
On caquette, on chante, on jacasse 
On rit, on bavarde, on s'embrasse 
Et quand vietit le soir, tout finit. 

Les vieux souhaitent bon courage 
"Aux oiselets frileux , trcmblatits 
Ne craignez pas les frimas blancs 
Au revoir, petits, bon voyage," 



Le cœur ne peut rester blotti 
Triste et craintif anachorète 
Au fond d'une sombre retraite. 
Tous, nous avons besoin d'un nid. 

Jehanne. 





'358 LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

^ manches en bottes et chapeau bordé d'or. 

^" Trois drapeaux, dont un blanc colonel, 

et deux d'ordonnance, jaune et bleu, par 

Les Fêtes du Tri-Centenaire ^ Taïued;c''-'créSîon^en 1672 ; ^ 

"* forme : habit gris blanc, paremens bleus, 
boutons de cuivre ronds et chapeaux bor- 
dés d'or. 
Trois drapeaux, dont un blanc colonel, 
, ,. _ 1 1 » 1 i X jAfi i,^„ et deux d'ordonnance, violet et feuilles 

UNE correspondante du "Journal plus fortement en voyant défiler es ^^^^^^ ^^^ opposition, et croix blanche. 
de Françoise", m'écrit le projet bataillons où nos grands-parents fu- 

qui a germé dans son esprit,— et dajis rent à la peine, à la défaite quelque- ^ ♦»♦«»«»»»>»»>«»«»♦»»•♦>••♦•♦• 
son cœur aussi, je crois, — relative- fois, mais à la gloire et à l'honneur, | ItlurS flC lîCldC ♦ 

ment à la célébration des fêtes du tri- toujours ! {♦^♦^♦^.^•^^.^•^ J 

centeneore. Françoise. 

La pensée est aussi généreuse que o o o I ES jours neigeux suscitent tou- 

bonne. Je la soumets respectueuse- . . , ^ j v •+ -i L_ jours en moi une évocation de 

„ ... -,_ ^ , „ , Description des costumes des huit re- ^ . . - t^ _^ 

ment au Comité des Fêtes de Que- ^^^^^/^^^ combattirent sous Montcalm souvenirs des vieux passes. Je me 

bec, tout en regrettant que la modes- ^^ l^^^^ . rappelle, en effet, avec quelle gaieté 

tie de la femme intelligente et noble La Reine. — Créaition en 1661 ; unifor- tapageuse, les petits camarades qu'à 

qui l'a conçue ne m'ait défendu de nie : habit gris blanc, paremens rouges, ^.^(.j^g ^on enfance, et moi, accueil- 

livfOT son nom aux applaudissements ''«"^«f ^l^Vj*» Pl^^s, façonnés, et cha- j^^ premières neiges. Car elles 

, . '^ peau borde d'argent. . ' x 1. i j- 

de tous. gj^ drapeaux, dont un blanc colonel et servaient alors, a 1 un de nos diver- 

"Ne croyez-vous pas, m'écrtt-ellle, cinq d'ordonnance, vert et noir, par op- tissements les plus favoris: élever des 

qu'il serait patriotique et beau de position, tt les croix blanches semées de murs aussi blancs que des roses de 

faire représenter par des groupes de "f"""^ ^"^ !>'! ^'°'^' ^^'«^ q'"**'^ couronnes j^^g q'^^ ^^ ^o.us livrant à ce jeu 

Canadiens, les huit régiments de ^'j^/sa^!"- Création en 1651 ; unifor- d'enfant, sans doute, que, pour la 

Montcalm et de Lévis avec leurs dra- ^^ . habft gris bl=inc, paremens bleus, pi'emièro fois, nous avons un peu 

pedux. Si cette idée vous paraît jua- boutons de cuivre ei chapeau bordé d'or, goilté la poésie du mystère, parce qua 

te, voulez-vous l'émettre dans votre Trois drapeaux, dont un blanc colonel i^g passants paraissaiemt trouver ces 

journal? ^^ ^^"^ d'ordonnance, rouge et noir, par j^^^.^ j^^^gj mystérieux qu'une âme... 

,,», . . .T. • • 1 •. opposition, et croix blanche. 

Maintenant, Françoise, ceci doit '(i^„y,^„, _ Création en 1684; unifor- • _/ • • • .; • 

rester entre nous. Faites ma pensée ,ne: habit gris blanc, parcMncns rouges, Holas! 30 regrette, comme les avrils 

vôtre, je ne vous la permets pas au- br-'Hons l'e cuivre et chapeau bordé d'or, qui les ont fait disparaître à jamais, 

twment..." Trais drapeaux, dont un blanc colonel, les murs de neige de mon enfance!... 

Non, Madame, je puis vous envier ** ''«"'^ d'ordonnance, vert et Isabelle, 

d'avoir eu le noble projet de cette re- ^^L^^'^^Trï '1^'^ f^^^l.^inr^.- ^^ ^^ P^""^ ^" ^°''P'' °^ '^"'^ ^^ 

présentation, mais je ne la donnerai y.^^^];- u:TZZ.:S\o:7t:Zn. -^'^' derrière lequel s'abrite énigpa- 

pas comme mienne ; je préfère me tons de cuivre, doubles poches en long et tiqucment 1 ame de chacun de nous. 

ranger parmi ceux qui l'admireront chapeau bordé d'or. Aussi, combien d'ôtres, les uns aux 

et qui formeront des vœux pour que Trois drapeaux, dont un blanc colonel, autres destinés, ne se réuniront ja- 

votre enthousiasmante sHggestion "* l'"'^ d'ordonnance, violet et isabelle, mais sur la terre, parce qu'ils ne 

. . ^*=' raves, par opposation, et croix blanche. „ . „ . j ,..: > '± 

80it adoptée. Béarn. _ Création en 1684 ; uniforme: Peuvent se deviner, se pénétrer, a 

Vive Montcalm et vive Lévis! Ja- habit gris blanc, paremens rouges, bou- travers 1 énigme que renferme chaque 

vobib on ne parlera trop de ces héros tons de cuivre rond«, trois .sur chaque physionomie. — Parfois, qui de nous 

aux fêtes qui s'approchent Que ce "tanche et trois sur chaque poche, en ne voudrait posséder ce don : voir 

soient des réjouissances bien fran- ^""f^' .^^ «chapeau borde^ d'or^ le fond dernier des autres âmes. - 

„ , ... . Trois drapeaux, dont un blanc colonel, -M- • -i .• j ■ ^ 1 1 

çaises. Tous les meilleurs souvenirs et deux d'ordonnance, isabelle et rouge, ,^.f'^ '' 'f^^^^ ""^ J°"'" °" ^^ ''.""' ^°- 

de notre pays ne nous viennent-ils par opposition, et croix blanche. '^" du trépas fera fondre la neige de 

pas.de« héros français? Royal Rou.ssillon. — Création en 1655; nos corps, et, alors, les âmes, res- 

11 m'a parU' intéressant de repro- ""iforme : habit gris blanc, paremens tées les unes aux autres à janvais 

dnim. ici. la description des unifor- ''J'" ''*^ Roi boutons de cuivre pla*s eï j^„rées ici-bas, se rejoindront dans 

,,..,. , „ , chapeau borde d'or. j i • , . , 

men des huit régiments de Montcalm ^rois drapeaux, dont un blanc colonel, •^«^ rendez-vous insoupçonnes ou el- 
et de Lévis. et croix blanche, semée de fleurs de lyb ^^s se connaîtront et se confondront 

Combien de nos ancêtres ont com- d'or, ainsi qu'aux deux drapeaux d'or- pour toujours! D'ici là, soyons aisé- 
battu sous ces couleurs! donnance, bleu, rouge, vert et feuilles ment pénétrables, si nous voulons 

• J'y songe aujourd'hui avec émo- T■^^ ^^ opposition ê^^ pénétrants. 

,. . , 1 , . , Artois. — Création en 1610; uniforme: ha- _ . _ 

t«on, et quels cœurs ne battront pas bjt complet gris blanc, boutons de cuivre, J«an ^e Canada. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



359 




MKowalski, l'artiste de renom ac- 
• tuellement en visite à Montréal,, 
a donné, la semaine dernière, un ré- 
cital à Villa-Maria. 

J'eus la joie d'y assister, et je voua 
prie de croire que j'appréciai à leur 
mérite l'exquise musique du maître et 
la faveur d'être conviée à cette audi- 
tion. 

Quel avantage de' pouvoir connaî- 
tre l'auteur de tant de délicieux mor- 
ceaux! Qui me l'eût dit, quand, à 
mon couvent, je déchiffrais laborieu- 
sement, mais avec un grand goût 
pd^ur le compositeur, la famexise 
"Marche Hongroise" ! N'est-ce pas 
que tout arrive? 

Je ne m'attarderai pas à faire l'é- 
loge de la virtuosité de M. Kowalski. 
D'ailleurs, sa remarquable carrière 
artistique lui a, depuis longtemps, 
mérité, to.utes les louanges, et on les 
lui a toutes faites. Il ne reste donc 
plus rien de flatteur à ajouter, si ce 
n'est qu'on pourrait l'entendre aussi 
longtemps que l'ermite de la légende 
écoutait le chant de l'oiseau, et ou- 
blier, dans cette puissante distrac- 
tion la durée du temps... 

Quel délice que cette interprétation 
des œuvres de Chopin par M. Ko- 
walski. Songez qu'il a connu le poè- 
te sublime de la musique, qu'il a pui- 
sé à la source même des traditions la 
façon d'interpréter ses œuvres, et, 
figurez-vous ce que l'on ressent en 
écoutant ces sonates passionnées, ces 
valses délirantes, qui deviennent souai 
les doigts de l'habile interprète, com- 
me les échos du jeu émouvant du 
grand Chopin lui-même. 

M. Kowalskî a fait entendre plu- 
sieurs morceaux de sa composition. 
Son "Niagara" emplit la vaste salle 
du couvent, du bruit harmonieux de 
ses cataractes. "Le Cavalier rêveur" 
fit rêver aussi, je le craine, beaucoup 
de ces jeunes demoiselles, tandis que 
son conte musical, "Il était une 



fois..." plût à ce point de soulever 
d'enthousiastes acclamations. 

Si tous les contes étaient ausisi jo- 
lis, quelle tentation que d y prêter 
l'oreille! 

Nous étions, surtout — quelques 
rares invités et moi, — à Villa-Maria 
pour entendre la musique que M. Ko- 
walski avait eu l'heur^ïuse idée de 
composer, .sur une pièce de poésie de 
notre poète national, M. Louis Fré- 
chette. 

La pqésie s'intitule: "Les Oiseaux 
du Couvent". J'ai la satisfaction de 
la reproduire ici dans son entier: 

"LES OISEAUX DU COUVENT" 

Autour de ces calmes retraites 
Qu'ombragent les grands murs jaloux, 
Pinsons, linottes et fauvettes, 
Mésanges et bergeronnettes. 
L'été se donnent rendez-vous. 
Par-ci par-là chacun se niche: 
Un peu plus haut, un peti plus bas, 
Parfois jusque sous la corniche... 
Et la Vierge, au fond de sa niche, 
Sourit à leurs bruyants ébats. 

Refrain: 
Blonde ou brunette, 
Ecoutez souvent 
La chansonnette 
Des oiseaux du couvent. 

Dès que le vieux clocher se dore 
Aux premiers rayons du soleil, 
Matinale comme l'aurore, 
Du haut du toit leur voix sonore 
Du couvent sonne le réveil. 
Et que la fillette se penche 
Sur sa iwière ou sa leçon. 
Où se livre à sa gaîté franche. 
Tous ces gavroches de la branche 
L'encouragent de leur chanson. 
( Refrain. ) 
i j ' î ' 

Qu'enseigne donc la voix si douce 
De ces petits chanteurs joyeux ? 
— Avec le brin d'herbe qui pousse, 
Un peu de plume tm peu de mousse, 
Nous bâtissons des nids soyeux. 
Puis nous chantons par la charmille ; 
Car Dieu bénit dans sa bonté, 
Ceux qui mêlent — sainte famille — 
Sur la tuile ou sous hi ramille, 
Le travail avec la gaîté ! 

( Refrain. ) 



Malheureusement, je ne puis vous 
donner aussi bien l'air si doux;, si 
agréable qui s'adapte sur ces jolies 
paroles. Il obtint d'emblée un franc 
succès de popularité. Le refrain fut 
saisi et répété avec élan par les jeu- 
nes élèves — ces autres oiseaux du 
couvent, — et je vous assure que ja- 
mais gazouillis ne fut plus délicieux 
à entendre. 

Par une attention charmante, M. 
Kowalski a dédié le chant à Mlle 
Pauline Fréchette, la fille du poète, 
qui termine, en ce moment, son cours 
d'études à Villa-Maria. Et ce fut une 
autre fille de M. Fléchette, Madame 
Henri Mercier, dont nous connais- 
sons tous la voix d'or, qui fit en- 
tendre, pour la première fois, les pa- 
roles et la musique de la nouvelle 
chanson. 

Le poète assistait à la petite fête, 
un tantinet ému aux sons de la dou- 
ce interprète et des applaudissements 
spontanés du sympathique auditoire.; 

Françoise, 



Xu"<t*'UôU$" 



Après que l'Empire romain eût été 
divisé en Haut et Bas-Empire, il y 
eut souvent deux empereurs, l'un en 
Orient, à Constantinople, et l'autre 
en Occident, à Rome. Il n'est pour- 
tant qu'un seul Empire romain et les 
deux enapereurs étaient censés ne fai- 
re qu'une seule personne, lors même 
qu'ils résidaient dans les deux capi- 
tales. En s' adressant à l'un d'eux un 
lui disait "vous" comme si on par- 
lait à tous deux à la fois. Ainsi est 
né l'usage de dire "vous" car aupa- 
ravant on tutoyait toujours, même 
les rois et les empereurs. 



Un peuple qui n'a pas le culte du 
passé est un peuple indigne de vivre, 
car il ne lui reste aucune vertu pour 
les grandes actions futures. — Arthur 
Buies. 

o o o 

Un bohème, étudiant de 3ième an- 
née, est mterrogé sur la physique: 

—Quel est le meilleur isolant con- 
nu ? 

— La pauvreté. 



â60 



LE JOURNAL. DE FRANÇOISE 



H. JULIEN 



UN étranger, me disait demik«- 
meat, comme nous causions 
beaux-arts: Mais, pourquoi donc cher- 
dier ici des artistes, attendu que 
nous avons sur vous quatre cents ans 
d'avance, — Cette réflexion, sur le mo- 
ment me parut fort juste, mais cepen- 
dant, me ra\-isant, je ne pus croire 
qu'il en était ainsi. Il est évident que 
l'Europe nous envoie tout ce qu'elle 
a de meilleur, néanmoins n'y a-t-il 
pas chez nous des artistes de terroir 
comme il s'en rencontre ailleurs, voi- 
là ce que j'ai essayé de décou\Tir. 
Dire que nous comptons des talents 
transcendants, de ces hommes qui 
font époque dans l'art et parvien- 
nent à le transformer pour faire éco- 
le, cela serait difficile à admettire et 
nous ne le prétondons pas, du reste. 
Crémazie a auffisamment traité de 
la chose dans sa correspondance 
avec l'abbé Casgrain. Nous n'en 
voulons pas tant, ce que nous 
tenons simplement à prouver : c'est 
que l'art n'a pas de patrie et qu'on 
doit en le cherchant quelque peu le 
trouver partout. Pourquoi donc s'i- 
maginer que nos paysages canadiens, 
nos types canadiens n'auraient pas 
pu impressionner une âme d'artiste 
ou de poète pour qu'il les idéalise 
dans une œu\Te, comnM» Bcrnadin de 
Saint-Pierre ou Longfellow, l'ont 
fait en littérature par exemple? 

J'étais à Québec, il y a quelques 
années et je me souviens, qu'en visi- 
tant un jour, la superbe collection 
de tableaux de l'Hon. S. Hughes, je 
fus frappé de quelques études cana- 
diennes faites, d'après ce que l'on 
m'a dit, par un sourd et muet du 
nom de McNaughton et dénotant une 
connaissance du pays, pittoresque- 
ment parlant à la Balzac, d'une su- 
périorité incontestable. Il faut tou- 
jjjurs bien avouer que le génie, ou le 
talent, sonfflo n'importe où et dans 
tous les milieux. Ce McNaughton 
que je n'ai jamais (-onnu, — il était 
mfirt je le crois à cette époque, — en 
avait quelque peu profité. 

Aujourd'hui, je vais parler d'un ar- 
tiste presqu'aussi inconnu, et qui ce- 



pendant, dans une feuille quotidien- 
ne, donne au public journellement 
deux ou trois esquisses qui sont ad- 
mirables dans leiur genre. On se de- 
mandera de qui je veux parler? Quel 
est cet artiste, dira-t-on dans no- 
tre monde canadien, qui répondra à 
cette appelation? Les gens qui s'in- 
téressent à tout ce qui touche l'in- 
tellectuel, et qui voient en observant, 
n'hésiteront pas à le nommer, mais 
si ce n'était que du titre de mon ar- 
ticle, j'aimerais à les t«nir en haleine 
jusqu'à sa fin. 

Qu'est-ce que c'est donc que H. Ju- 
lien? Beaucoup nous répondront à 
son sujet, qu'il est le premier dessi- 
nateur du "Star" et chef de ce dé- 
partement. Ce serait bien mal le 
connaître, que de l'apprécier sous ce 
titre seulement. H. Julien «n a bien 
d'autres pour le recommander à no- 
tre égard que ceux que le grand quo- 
tidien qui l'emploie peut lui donner, 
et nous allons essayer autant qu'il 
nous sera possible, de les faire valoir, 
étant persuadé que l'importance de 
notre tâche est bien au dessus de no- 
tre bonne volonté et de nos capaci- 
tés. I M i 1 

H. Julien, camme tous les vrais ar- 
tistes, est un humbl«, ceci est peut, 
être vieux cliché, cependant c'est là 
l'exacte vérité et pour continuer sur 
ce ton nous dirons qu'il n'a pas 
d'histoire personnelle, où plutôt de 
biographie. Il est Canadien-Fran- 
çais avant tout, a voulu rester Ca- 
nadien pour des raisons absolument 
privées, qui ont eu pour but en même 
temps que le sacrifice de ses aspira- 
tions artistiques, celui de la conser- 
ver à sa nationalité. 

D'après ce que j'ai pu savoir de lui 
et ce n'est pas un grand parleur, 
c'est qu'il est né à Québec, qu'il a 
été tout jeune à Ottawa, qu'il a eu 
alors connaissance dans la Capitale, 
des efforts faits par l'abbé Chabert 
pour implanter ici le mouvement ar- 
tistique, absolument inconnu alors, 
et que, de lui-même se voyant dans 
l'impossibilité d'apprendre le dessin, 
pour lequel il avait un goût pronon- 



cé, il se décida à rentrer comme ap- 
prenti chez un lithographe. Dans cet 
atelier, Julien fit rapidement sa mar- 
que, néanmoins ce n'était pas là que 
ses aptitudes toutes bouillantes et 
spontanées l'appellaient ; aussi dé- 
laissant Ottawa pour la m.étropole, il 
vint à Montréal, où sa réputation 
comme dessinateur ne tarda pas à le 
mettre en lumière.. 

Plusieurs feuilles du temps, passa- 
gères et d'une existence plus ou 
moins longues, sont couvertes de ses 
croquis. Il collabora presque à tou- 
tes-. C'était aussi l'époque où sa dé- 
cision devait devenir formelle et où, 
H. Julien devait s'affirmer comme 
dessinateur, en «ntrant dans la voie 
qu'il cherchait depuis longtemps et 
qui était véritablement la sienne, si 
l'on en juge par son succès dans la 
suite. 

M. H. Graham, alors nouveau pro- 
priétaire du "Star", ayant remarqué 
le talent et la sûreté de main du 
jeune dessinateur, voulut s'assurer 
ses services, H. Julien qui, en bon 
Canadien, n'aurait pas voulu s'éloi- 
gner de son pays pour tout l'or du 
monde, accepta ses offres après le 
Carnaval de 1880 et depuis ce temps- 
là, notre compatriote est resté le fi- 
dèle employé du "Star" et nous 
croyons bien qu'il y finira ses jours. 

En effet, c'est un curieux caractère 
que celui de M. H. Julien. Il aime 
son pays avant tout; on lui a offert, 
à mainte© ix^prises des positions) plus 
avantageuses aux Etats-Unis, où il 
est très connu, il les a toujours refu- 
sées, à son propre détriment. Non- 
seulement , il est amoureux de son 
art, mais il est patriote et je plains 
celui qui essayera de contrecarrer ses 
goi'its. Comme Gérôme, et plus enco- 
re que 03 maître, il est d'opinion, 
qu'on peut affirmer sa supériorité 
sans passer par aucune école. L'étude 
des arts par les moyens dont on 
peut aujourd'hui disposer, lui paraît 
suffisante pour former l'élève d'élite 
naturellement, que l'on rencontre, 
dans n'importe quelle nation civili- 
sée. Jusqu'à un certain point, il a 
raison et sa vie toute de labeur est 
là pour nous le démontrer. Peut-être 
également va-t-il un peu trop loin, 
car il est incontestable que la tech- 
nique jointe à la pratique donnent 
d'excellente résultats. Encore une 
fois je ne lui donnerais pas complè- 



LE JOUENAL DE FEANÇOISE 361 

tement tort et je ne prendrais que tant un talent d'observation person- )MQ K)K) < OK> < CHOK) < OK)K)K)COCOOK^^ 

lui comme exemple. On m'objectera nel poussé à son extrême limite et ^ 

sans doute, que c'est un sujet privi- qui resteront comme des sortes de ^ £{ dCPUté dC CCIttiSCOUAtâ 

légié, à cela je ne répondrais pas, hors d' œuvre, dans sa vie artistique. SC 

mon silence sera considéré, je l'espère Son grand talent, je le répète enco- g ^j Qjç o Qt r^ t^xx^lCOTi: jOriCOOO^inà^iÉnr 

comme un honneur à la race à la- re, consiste à croquer et à croquen' 

quelle il appartient. vite. H. Julien a travaillé à cette 1 1 N député de talent, M. Chs.-A. 

H. Julien, aurait voulu mériter besogne, pendant un nombre considé- vJ Gauvreau,à l'intention de deman-, 
plus de son pays. Son ambition lé- rable d'années, avec un succès sans der au gouvernement fédéral, de pré- 
gitime eut été d'être peintre, il avait égal, ce doit donc être pour lui, un Jever sur les fonds publics, une cer- 
pour cela, tout le talent qu'il fallait, orgueil, que de dire qu'il est arrivé ^aine somme d'argent destinée à l'en- 
bien plus encore. Mais il le sait lui- sans études préalables à cette dexté- .ouragement des littérateurs cana- 
même— , il s'y est pris un peu tard nte extraordxnau-e, qm fait que cha- ^j^g^jg, 
et s'il manie le pinceau d'une façon que page du "Star", que nous ache- 

parfois surprenante, ce qui ne' l'est tons autant pour ses illustrations ^^ gouvernement d'Australie ac- 
pas moins c'est qu'il a tout appris que pour le journal lui-même les ^°^^^'^> chaque année, 2,500 livres 
de lui-même, la palette, le glacis, la trois-quarts du temps, est un petit P""»* ^enir en aide aux écrivains de 
touche. Là encore, il ne doit rien à chef d' œuvre. Julien est le virtuose ^^^ P^y», et M. Gauvreau a pensé, 
personne. C'est comme dessinateur de la plume. Un artiste ne saurait avec raison, qu'un aussi noble exemr 
cependant qu'il restera, et quoique je jamais être plus fier, que d'avoir P'e devrait être suivi par nos gou- 
sache lui dire une chose qui peut-être flatté l'opinion populaire, en même cernants canadiens, 
le froissera je la lui dis avec toute la temps que celle des plus délicats. Et, pour la première fois, depuis 

sincérité qu'on me connaît. Chacun a Nous saluons donc, dans cet artis- que les Chambres ont été instituées 
sa marotte et l'on ignore pas qu'In^ te le maître de la plume canadienne, en notre beau Canada, elles ont en- 
gres se pensait bien plus habile vio- c'est à ce titre qu'il a grandi parmi tendu parler, sous leurs lambris, de 
loniste que peintre. C'est là un tra- nous et qu'il restera grand. Comme secourir et da soutenir, par des 
vers dont nous sommes tous rarement Doré, qui a abordé presque tous les moyens tangibles les malheureux qui, 
exempts. genres, sculpture, peinture, passera à se croyant la vocation d'écrire tra- 

Les croquis de H. Julien sont d'u- ^a postérité comme l'illustrateur hors vaillent, chacun selon la mesure de 
ne véracité frappante et je ne con- pair, dont le nom est actuellement son talent, à édifier sur notre sol, 
nais pas d'homme qui soit capable inséparable de celui du Dante, de Ea- le monument de la littérature cana- 
d'esquisser sur le vif, avec autant de bêlais et de Perreault dont il a été dienne. 

brio et de ressemblance une scène par- l'interprète si fidèle et si éloquent. Ce sera donc un grand jour que ce- 

lementaire ou judiciaire et de plus. Il ne faut pas oublier, que J. J. l"i où un député de langue française, 
avec autant de facilité et de rapidité Boissieu s'est acquis une notoriété en oubliant de demander des subsides 
que lui. J'ai connaissance, que quel- France, par quelques eaux fortes et pour la construction de ponts ou de 
ques unes de ses esquisses ont été ven- quelques mines de plomb. Mais quelle chemins de fer, osera demander 
dues à leur poids d'or et elles le mé- notoriété ! J'ai resté moi-même en qu'on fournisse, au moins, de pain 
ritaient, en passant devant le coup admiration pendant de longues» heu- les forçats de la plume, et qu on en- 
d'œil de M. H. Julien, vous passiez res devant quelques petits morceaux ^®^® ^"^ soucis du mal d écrire, la 
sous l'objectif du photographe. de ce maître lyonnais, comme cela préoccupation paralysante du lende- 

Son trait est d'une pureté impecca- m'est arrivé souvent devant les sim- main. ^ 
ble, comme portraitiste il n'a pas de pies esquisses de Julien. . Je l'ai déjà dit, je le répète enco- 

rival, dans le journal. Gibson dont En terminant cet article-et en re- i"e : il n'y a pas de pays au monde 
on a fait un dieu aux Etats-Unis et venant sur ce que je disais à son dé- on les littérateurs sont plus laisses a 
même en Europe, n'était pas plus but^-on verra donc qu'il ne faut pas leurs propres ressources que le nôtre, 
fort que lui, si l'on en excepte, et juger des choses trop rapidement et II n'y a pas lieu de s'étonner que 
gente à part, cette haute valeur mo- sans connaissance de cause. Nos ar- les productions littéraires soient, 
raie qu'il a imprimé à toutes ses tistes dans le pays, sont rares il est chez nous, ou si rares, ou si pauvres, 
œuvres, dont la légende vaut mieux vrai, nous sommes si jeunes encore. Tout est encouragé, ici, sauf les 
encore que le dessin. mais cependant il y en a, pour peu lettres. Il y a des prix pour tout: 

On pourra me reprocher de n'ap- qu'on sache les trouver, et Julien en pour le meilleur fromage, pour le 
précier en M. Julien que le coup de est un. plus beau saucisson, il n'y a rien 

plume; beaucoup de personnes atta- F. J. L. pour le bon livre. Toutes les races, 

chent une valeur considérable à l'œlu- Montréal, 1er mars 1908. chevaline, porcine, elc,— reçoivent, 

vre soignée, en négligeant celle qui chaque année, aux foires et aux ex- 

l'est moins et qui parfois lui est de Mille Fleurs annonce de grandes ré- positions, des sommes d'argent qui 
beaucoup supérieure. J'ai vu de ce ductions dans ses chapeaux à la mo- récompensent leur mérite, mais la 
maître, car il est maître dans son de. Les lectrices du "Journal de race des littérateurs, elle, doit être 
genre, des peintures qui ont certaine- Françoise" feraient bien de profiter la quantité négligeable, puisqu elle 
ment d'incontestable*! qualités, déno- de cette aubaine. est la seule oubliée dans la distribu-. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



tion cK>s libéralités gouverneineutalos 
et muuicipales. 

Le député de Témiscouata fait 
donc une œuvre non-seulement utile 
et nécessaire, mais encore humanitai- 
re et patriotique. C'est par d'aussi 
généreuses initiatives qu'un politique 
fait sa martiue dans sa carrière. Les 
talents dont il aura ainsi aidé l'é- 
closion, n'oublieront pas celui qui a 
si noblement plaidé leur cause auprès 
d'un ministère puissant. 

Françoise. 




Un beau succès 

LE Conservatoire d'Art Dramati- 
que a brillamment inauguré ses 
cours, au Monument National, par 
l'interprétation de la grande tragé- 
die d'"Athalie", 

On a pu croire, tout d'abord, que 
cette représentation extraordinaire, 
au.x débuts d'un Conservatoire, était 
une tentative un peu téméraire. Le 
vaillant professeur qu'est M. Lassal- 
le s'est chargé de nous prouver ce que 
peuvent tenter l'énergie, le travail 
quand ces deux qualités sont soute- 
nues par le talent. 

Le public a d'abord fait un ac- 
cueil sj-mpathique aux jeunes acteurs^ 
Cette sjTnpathie s'est bientôt accrue 
d'un sincère enthousiasme pour ces 
jeunes recrues qui venaient essuyer 
les feux de la rampe avec beaucoup 
de savoir-faire, et avec la crânerie de 
^neux vétérans. 

Le Conservatoire Lassalle fait une 
œuvre vTaiment nationale, en déve- 
loppant chez nos compatriotes l'art 
de Ijien dire, art qui est en eux, à un 
degré parfois sujjérieur, ainsi que l'at- 
testent les représentations dont nou» 
venons d'être les témoins charmés. 

La critique est aisée, mais elle se- 
rait injuste, si elle recherchait avec 
trop d'empressement les légères im- 
perfections inséparables de tout dé- 
but. 

Le Conservatoire d'Art Dramati- 
que, sous la direction intelligente et 
entendue de M. Lassalle, a déjà don- 
né beaucoup ; il fait espérer davanta- 
ge encore ; féltcitons-le de son suc- 
cès, et félicitons-nous de le voir et»/- 
bli parmi not:s. 



QUOIQUE je ne m'occupe plus 
dans le "Journal de Françoise" 
des Pages de la Jeunesse, cela ne 
veut pas dire, chères petites nièces, 
que je délaisse votre cause. Seule- 
ment, ne pouvant continuer auprès 
des plus grands l'apostolat comm.en- 
cé, je m'efforce d'aider de tout mon 
pouvoir au soulagement des tout pe- 
tits. Voilà pourquoi je viens vous 
parler d'une œuvre à laquelle je vou- 
drais vous voir vous intéresser, parce 
qu'il me semble qu'elle vous concerne 
plus particulièrement. J'ai nommé 
l'Hôpital des Enfants, fondé il y a 
quelques mois à peine. 

Cet hôpital, pincé sous le vocaible de 
Sainte Justine, une petite sainte 
martyrisée à l'âge de 7 ,ans, était 
bien la vraie patronne à choisir pour 
une maison destinée à recevoir les 
petits martyrs de la souffrance. Cett'j 
œuvre est surtout établie pour le sou- 
lagement des enfants pauvres que les 
parents souvent voient mourir sous 
leurs yeux, faute de pouvoir leur pro- 
curer tous les médicaments dont ils 
ont besoin. Ils reçoivent à l'hôpital 
Sainte-Justine les soins les plus em- 
pressés comme les plus entendus. Dé- 
jà les meilleurs médecins spécialistes 
ont offert leurs services, et la maison 
sous la surveillance d'une infirmière 
diplômée, Mlle Lame, est déjà assise 
sur des bases qui font augurer favo- 
rablement de son avenir. 

Un médecin féminin, le doicteur Ir- 
ma Levasseur, fait partie du conseil 
médical, et nous sommes heureuses 
de le proclamer bien haut, c'est elle 
qui la première eut l'idée d'une ins- 
titution de ce genre. 

C'est à ses démarches et à ses ef- 
forts, que les obstacles n'ont jamais 
rebutés, que les petits êtres qui habi- 
tent en ce moment l'Hôpital des En- 
fants lui doivent les soins dont ils 
sont l'objet. Dieu sait ce qu'il lui fal- 



lut travailler pour en arriver là, 
mais la Providence qui, sans nul 
doute, l'avait inspirée, lui fit rencon- 
trer dans la personne de Mme L. de 
G. Beaubien l'aide efficace qui lui 
était si nécessaire. 

Quoique la délicatesse nous défende 
les trop grands éloges lorsqu'il s'agit 
de la charité,- nous ne pouvons pas- 
ser sous silence le dévouement effec- 
tif dont Mme Beaubien fit preuve en 
cette circonstance. 

Dans notre siècle d'égoïsme, il est 
doux et consolant de voir une femjne 
de cet âge ne pas hésiter à charger 
.ses jeunes épaules du poids d'une ausn 
si forte responsabilité. Son zèle, se; 
condé par celui non moins louable de 
Mlle Rolland, ne s'est pas un ins- 
tant ralenti, et c'est à sa persévéran- 
ce que nous devons ce personnel choi- 
si de vaillantes et actives dames pa- 
tronnesses que l'hôpital Sainte-Jus- 
tine est fier de posséder. 

Bref, l'institution est en bonne voie 
de réussite grâce aux do;ns de quel- 
ques âmes charitables qui ont aidé à 
meubler la maison, sans compter que 
notre municipalité^ s'est engagée à 
fournir une somme de ^800.00 versé* 
PEir trimestre. D'autres renforts mo- 
nétaires ont été promis et... la Pro- 
vidence, distributrice des' capitaux du 
Grand Maître, fera le reste. 

Les demandes d'admission deve- 
nant de plus en plus nombreuses, un 
changement de local s'impose abso- 
lument, et en mai prochain, l'hôpiital 
Sainte- Justine sera à même de re- 
cueillir un plus grand nombre de ma- 
lades et par cela même, aura l'occa- 
sion de soulager Ijeaucoup plus de 
ces pauvres petits malheureux. 

Vous vdyez, chères amies, à quelle 
œuvre je cherche à vous intéresser et 
réclamer votre concours. Oh! ne crar-' 
gnez rien, on n'est pas exigeant à 
l'hôpital Sainte- Justine, et l'on no 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 363 

songe pas à vous demander des cho- ^^J|gjjj^^||g^^^|^^^^j|g^ 

K?s bien difficik-s. •**'' 

Tous les vendredis, de 2 heures à 
5 heures, une séance de couture a lieu; 
à l'institution sise au No 644 de la 
rue Saint-Denis, et celles qui pour- 
raient s'y rendre seraient les bienve- 
nues. 

L'idéal de Tante Ninette eût été de 



MARTYRES 



choisir un jour, le samedi après-midi,, . J^ j^^j. ^^ Sabine Laoot vit pour tache qui lui coupait en deux la figu- 
par exemple, qui est celui où toutes |_ ^^ première fois le lieutenant re, il avait l'allure un peu lourde, et 
les élèves externes des écoles ojit con- j^^^ Claudin, il se passa dans le quelque chose de dur dans sa per- 
gé, et de les réunir, disons, deux fois ^^^j, ^^ j^ j^^^^g Ij^j^ quelque chose sonne. Mais il portait bien l'unifor- 
le mois, à l'Hôpital des Enfants, et d'étrange. me: c'était un beau soldat, 

là, pendant une couple d'heures, nous gu^ éprouva comme un arrêt brus- Toujours soigné, très recherché 
travaillerions ensemble à confection- ^ ^^ ^^^ ^ie. En une seconde, qui dans le monde qu'il fréquentait, il 
ner layettes et vêtements pour les pe- n'était qu'un éclair et qui dura un n'avait guère au soleil que sa solde 
tits malades pauvres de la maison, g^iècle elle entrevit, dans un brouil- et une modeste rente que lui assurait 
Une lecture amusante pourrait être j^j.^ jg j.gyg ^g même Jean Claudin, sa mère, veuve d'un major, dont la 
faite à haute voix, à moins que l'on debout devant elle le front boule ver- tombe était couverte d'herbes folles 
aimât mieux causer, et nos réunions ^^ jgg yg^^ hagards, les cheveux en depuis longtemps, 
auraient le double but de vous, ap- désordre, ivre et brutal, le poing le- On; maria ces jeunes gens, et à 
prendre à coudre, science si essentiel- yé.... voir ce mariage, plus d'un jaloux 

le à la femme, et de vous faire faire j^^g ^^.^^ chanceler, mais vite remi- pensa: sont-ils heureux! 
la charité d'une manière agréable, gg ^jg gg|^^ impression, elle trouva Leur hôtel luxueux s'égaya bientôt, 
Les fillettes de tout âge seraient ad- jg^^ Claudin légèrement incliné vers au temps où fleurissaient les roses, 
mises à ces séances de couture, et les g^g q^^ l'interrogeait d'une voix un du gazouillis charmant d'une fillette 
novices comme les plus habiles., y ' tremblante: qui promettait de continuer toutes 

trouveraient de quoi s'occuper. — "Seriez-vous souffrante, Made- les grâces de sa mère. 

"Celui qui fera quelque chose à l'ua moiselle?" H n^ manquait donc rien à ces heu- 

de ces petits, je le considérerai com- —"Souffrante, non, Monsieur, mais reux. 

me fait à moi-même", a dit Notre- plutôt incommodée par la chaleur. Mais Jean Claudin buvait. 
Seigneur. Que cette parole sortie de Et puis ces fleurs..." L'alcool avait fait du soldat une 

la bouche d'un Dieu vous soit un en- jjt véritablement attirée, elle ap- brute, et la brute faisait de la jeune 
couragement, chères amies, et j'enré- p^y^ g^ fine main gantée sur le bras épouse et do la petite enfant deux 
gistrerai avec plaisir le nom de celles de Jean Claudin qui la conduisit martyres, 
de mes nièces qui feront ainsi preuve vers une fenêtre large ouverte, tandis . N( N( )<^ 

de cœur et de bonne volonté. q„g dans le salon, où parents et amis ç-^^^^^g ^^^^ ^^ ^ns. Dans son 

En attendant, rien ne vous empê- causaient par groupes, on cbucho- ^^^^^^ s'associaient des idées 

che daller visiter 1 hôpital des En- tait: Ça fera un beau couple; ' . ,. • . „„„ i„ K.v„r=;r.nr.màA 

, , , , '^ , . * '■ qui mettaient sur la physionomie 

fants, et de leur apporter les jouets ^^ ^^ mignonne gamine un grain 

rejetes des benjamins de la fanuUe. ^>»^^ ^^ mélancolie. Elle comptait les che- 

Quel bonheur, chères nièces, si vos g^^.^^ ^^^^^ ^^^.^ orpheline. Elle veux blancs qui un à un se mêlaient 

dd.ns et vos visites pouvaient amener ^^ ^^-^ ^^tour d'elle que des aux cheveux noirs de sa mère ; elle 

sur les lèvres décolorées de ces chers ^^^^^ ^^^^^,^ ^^ ^^^^^^^ ^^ ^^ ^^ ^^^^-^ ^^^vent des larmes se former 

petits êtres, le sourire si naturel a ^, ,^^.^^^ ^^^^^^^^ ^^^^ ^^ ^^^, lentement dans les yeux de sa "peti- 

leur âge et que la souffrance y a ^^ comparaison. Très intelligente, te maman", grossir et couler le long 

chassé. En retour le Dieu des enfants ^^j^^^ ^^g âme exquise d'artiste, des joues un peu pâlies : tout cela 

y benu-a vos études et votre avemr. ^jj^ ^^^.^ ^^^^ ^^^ fortunée, et la c'était du chagrin, tout cela c'était 

Pleine d'espérance dans le succès g^^^gg dot qui lui était assurée n'é- l'œuvre du père, et l'enfant le devi'- 

entrevu, j'attendrai sans inquiaude ^^j^ ^^^ p^^^. diminuer l'admiration nait, le savait. 

le résultat de la suggestion que je ^^^ soulevait la gracieuse jeune fille. Pour adoucir la peine de celle qu'el- 

fais aujourd'hui à vos cœurs compa- j^^^ Claudin passait pour un of- le aimait par-dessus tout au monde, 

tissants et à votre, charité. jj^^ d'avenir, estimé de ses chefs. Cermaine se serrait contre sa mère. 

Tante Ninette. Grand, blond,' avec une grosse mous- lui prodiguait ses plus câlines cares- 



364 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



ses et st-s plus ardentes paroles d'a- 
moiir, faites de ces mots charmants 
qui viennent éclore à la bouche des 
petits. 

—"Je t'assure que je n'aime que 
toi et pas du tout papa!" 

— "Tais-toi, ma chérie, tu dois ai- 
mer ton père..." 

Car la malheureuse jeune femme, 
ayant la pudeur de sa so.uïfrance, ne 
veut pas laisser soupçonner à qui 
que ce soit qu'elle a contre celui qui 
la torture l'ombre d'une rancune. 
Dans son entourage, les gens de ser- 
vice dévoués à leur maîtresse, et 
pleins de pitié, font semblant de ne 
rien voir. 

Levé tôt pour se rendre à la caser- 
ne, Jean ne parait pas chez lui jus- 
qu'à l'heure du dîner. 

A peine a-t-il quitté l'étrier, qu'il se 
dirige v«« l'un ou l'autre des établis- 
sements où des camarades causent 
déjà autour des consommations de 
premier choix, amers, bitters, et au- 
tres poisons. Quand Claudin paraît 
la cigarette nu coin des lèvres, la cra- 
vache à la main, c'est un bonjour de 
toutes les bouches ; il n'y a qu'à la 
caserne et au logis que les sourcils 
sont hirsutes, les >-eux méchants, la 
parole dure ; au café, tout cela s'ef- 
face. 

Au café il pérore, il sourit, on l'é- 
cout«, on le "gofce" ; là il rayonne, 
il raconte des histoires drôles, et 
après maintes consommatio,ns il arri- 
ve à se rappeler qu'il a une femme et 
un enfant. 

Alors, il se lève. Il est en forme 
pour la journée. Il pourra à présent 
faire plier au gré de son caprice les 
innocents qui ont un cœur pour l'ai- 
mer et ne savent plus que le craindre. 

Un soir de juillet, Saliine pleurait, 
enfoncée dans un fauteuil. La fillette, 
à genoux devant sa mère, la regar- 
dait douloureusement à travers les 
larmes qui montaient à ses yeux. 

Claudin arriva, poussant brutale- 
ment la porte suivant son habitude. 

Il rentrait ivre, et avait eu des in- 
jures pd.ur tous ceux qui se trou- 
vaient sur son chemin. 

En apercevant le groupe que for- 
maient les deux ma1heureu«efl victi- 



mes, un flot de paioles ignobles af- 
flua aux lèvres du soldat, comme on 
voit i-emontor la bouc et les foxiillcs 
pourries dans l'eau remuée d'une ma- 
re. 

Gei-raaine, prise d'un tremblem^ent, 
se blottissait contre sa mère qui, pâ- 
le, à pi-ésent, les yeux secs, brillants 
de fièvre, regardait l'ennemi en face. 
Claudin fit deux pas en nvant. 

— '"Faites descendre votre fille dans 
le jardin, nous avons à nous expli- 
quer seule à seul ! " 

Aucune réponse, mais le hr&a de la 
mère et les bras de l'enfant s'enlacè- 
rent plus fortement. 

La brute était exaspérée ; l'instant 
suprême d'un malheur irréparable 
était là... 

Avec un juron, Claudin se jeta sur 
sa fille et d'une main il l'arracha, à 
l'étreinte de sa mère pour l'envoyer 
rouler et se fendre le front contre le 
marbre blanc de la cheminée. 

Les yeux de la jeune femme s'a- 
grandirent un peu et restèrent fixes, 
rivés sur la fillette qui par terre pa- 
raissait morte. 

Pendant une minute, on n'entendit 
plus rien que le tic-tac de la grosse 
horloge et dans le jardin, par la fe- 
nêtre grande ouverte, les petits cris 
des moineaux affairés. 

Claudin ne bougeait plus. Il était 
livide. La sueur coulait de ses tem- 
pes. II sentait quelque chose qui cra- 
quait en lui en môme temps qu'il per- 
cevait bien nette à présent toute 
l'horreur de sa conduite d'ivrogne. 

Il cria au secours, on accourut. 

La fille n'était qu'évanouie, mais 
la mère était folle. 

)iiii ym m 

Depuis, Jean Claudin, qui en une 
année a vieilli de dix ans, passe sa 
vie aux côtés de sa femme, la soi- 
gnant comme un petit enfant mala- 
de. 

Germaine est toujours là, elle aus- 
si, affectueuse et dévouée. 

Quand son père l'attire près de lui 
pour l'embrasser et tout bas à l'o- 
reille lui demander pardon, l'enfant, 
qui est presque une jeune fille, le con- 
sole, mais chaque fois la cicatrice 
qu'elle porte jui sommet de son front 



très pâle, se colore et Jcau sanglot- 
te... 

Dans la chaise longvie où elle de- 
meure étendue, la folle sourit mélan- 
coliquement. 



Dans les cafés, où on ne voit plus 
l'officier, on causa quelque temps du 
malheur, puis le silence se fit. 

A la caserne, Claudin est le plus 
doux des officiers, mais quand on lui 
signale un homme qui se laisse aller 
à boire, il le fait appeler, s'enferme 
avec lui dans une place, et plus d'u- 
ne fois on voit sortir l'homme qui 
s'essuie les yeux du revers de sa man- 
che, et celui-là ne boit plus. 

Alb. Van de Kerckhove. 
[Le Messager Canadien] 



Il est plus honteux de se défier de 
ses amis que d'en être trompé. 

— La Rochefoucault. 




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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



365 



Ce eiub Cyceutti 



"Le Journal de Françoise" a déjà 
annoncé la fondation d'un Club de 
Femmes^, à Paris, dont l'inaugura- 
tion a eu lieu en même temps que 
celle du "Women's Club", à Mont- 
réal. 

Nous reproduisons le discours d'eu-' 
verture, prononcé, par la présidente, 
Mme la duchesse d'Uzès, parce que 
nous désirerions que le programme 
qu'il offre aux membres du Lyceum 
servit de modèle au nôtre. 

Les femmes, pour s'amuser, "pour 
discuter chiffons ou bridge''^ ainsi 
que dit Mme la duchesse d'Uzès, 
n'ont pas besoin de fonder un cercle. 
Or, un cercle doit surtout avoir 
pour objet de s'instruire, de s'entï' ai- 
der, de faire une heureuse et effective 
propagande. 

C'est ce, qu'a compris le Lycéum 
Club féminin, qui veut bien s'intitu- 
ler encore, "L'Association fémifnine 
d'Encouragement aux Lettres, aux 
Arts, aux Sciences et aux Oeuvres 
humanitaires' ' . 

Voici le discours de Mme la du- 
chesse d'Uzès : 
Mesdames, 

Si, par hasard, il y a quelque 20 ans, 
on avait osé émettre l'idée de fonder à 
Paris un cercle de femme, que d'indigna- 
tion elle aurait suscitée! que d'éclats de 
rire elle aurait fait naître! I 

Aujourd'hui, nous nous trouvons de- 
vant un fait accompli; et tout le monde 
s'incline! — c'est que notre cercle n'est 
pas exclusivement un rendez-vous mon- 
dain, où l'on ne devra discuter que chif- 
fons ou bridge ; c'est aussi une société 
d'encouragement à tout ce qui relève de 
l'intelligence humaine : les sciences, les 
arts, les lettres, et par-dessus tout, les 
œuvres humanitaires ; cependant il ne 
faut pas que l'on nous croie une réunion 
de bienfaisance, une œuvre de charité 
proprement dite, non ; m,ais, en ce temps 
de mutualités, je crois pouvoir employer 
ce mot en disant que nous sommes en 
quelque sorte une mutualité intellectuelle 
féminine ! 

Je crois que ce féminisme-là n'effarou- 
chera personne, car il ne s'agit pas ici 
de prétendre à la supériorité pour un 



sexe ou l'autre du genre humain ; de ce- 
la, peu nous importe : la jeune fille, l'é- 
pouse, la mère ont ici-bas une place as- 
sez belle, une tâche assez noble à rem- 
plir pour n'avoir pas besoin de s'en 
chercher une à côté! 

Soyons donc ce que nous sommes, sim- 
plement, franchement, loyalement, mar- 
chons la main dans la main, nous en- 
tr'aidant chaque fois que l'occasion s'en 
présentera, aussi heureuses et fières des 
services reçus que des services rendus. 

Je pourrais ajouter qu'après le bon fé- 
minisme, nous faisons du bon internatio- 
nalisme, car le Lyceum de France est 
heureux de communiquer constamm.ent 
aivec ceux de l'étranger, de recevoir leurs 
saints et de les leur rendre! 

Donc, nous existons. 

Vous m'avez fait l'honneur. Mesdames, 
de me désigner comme présidente, 
croyez que j'en suis profondément tou- 
chée et que mon dévouement vous est 
absolument acquis. 

Ma tâche, du reste, m'est rendue fa- 
cile, entourée comme je le suis de tant 
de bonne volonté parmi les femmes d'éli- 
te qui sont mes collaboratrices du Co- 
mité. 

Et quand on voit nos sections se for- 
mer sous les auspices de noms aussi sym- 
pathiques que ceux de Mme Besnard pour 
la section Arts, Mme Dieulafoy pour la 
section Littérature, Mme Schmahl pour 
la section Sociologie, Mme la baronne de 
Bourgoing pour la section Oeuvres humja- 
nitaires, Mme lai comtesse de Cliabannes 
( Armande de Polignac ) pour la section 
Musique, Mme Daudet pour tout ce q,ui 
touche à la bibliothèque, on ne peut que 
se réjouir d'un succès qui ira toujours 
grandissant, j'en ai la ferme conviction, 
et qui assurera la prospérité et la gloire 
du "Lyceum" de France. 

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une épingle de cravate, ou bien une pen- 
dule ;de fantaisie, ou encore un bracelet 
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Le concours ne se terminera que le ler 
mai 1908. 

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dresser 

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vm e( nos Canadiens 

ti08D80eaO<«««W60éa 

L'INTERPRETATION — par do= 
amateurs — d'un opéra présen 
tant comme celui de "Faust*' lt>s 
beautés exquises et les grandes diffi- 
cultés de l'Art, donne plus de valeur 
au succès et au triomphe que vien- 
nent de remporter, sd.us l'habile di- 
rection de M. le Professeur Cai-tier, 
la Société Chorale Canadienne-fran- 
çaise de Sherbrooke. 

Que notre orgueil national s'en ré- 
jouisse, puisque ce sont des Cana- 
diens-français qui ont eu cette ambi- 
tion superbe de nô.us donner ce doux 
chef-d'œuvre de Gounod, et de nous 
l'avoir présenté en véritables artis- 
tes. 

On sait que tout opéra, pour nous 
bien livrer sa mesure de nuances, de- 
mande — obligato — le concours d'un 
orchestre. Or, ce qui ne put être aus- 
si scrupuleusement suivi, a mis en lu- 
mière l'habilité parfaite et du direc- 
teur et de tous les membres exécu- 
tants. 

Il faut avoir entendu, en somme, 
aptes ce concert harmonieux, cet au- 
tre concert de louanges vraies, qui 
furent, d'un même élan, décernées à 
la sympathique Société Chojale, par 
l'auditoire d'élite qui était là. C'é- 
tait ^Taiment à se demander si l'on 
pouvait rendre mieux vu les circons- 
tances. 

Les chœurs étaient d'un ensemble 
remarquable, et les accompajjnatrices 
d'un accord si parfait qu'on eût dit 
d'un seul instrument. Mme L.-E. 
Codère déjà reconnue pour une ar- 
tiste impeccal>le, est ausrâ composi- 
teur de grand talent. On la sait en- 
cd/e oollal.>oratrice de son mari, dans 
la musique religieuse. M. Achille 
Comtois, "Faust", a une voix su- 
perbe, ample et souple, mais malheu- 
reusement, pour ce soir-là, enrouée, 
un peu voilée, sans quoi c'eût été 
parfait. Mme Messier, "Marguerite", 
a une tr^s Ixrlle voix, aux no 
tes pures comme du cristal, et d'ex- 
cellente diction. Dans le grand trio. 



ilu ôiômo act<', elle fut \ivement rap- 
pelée. 

Mme Artbui' Authiw, "Siebel", 
scuur de M. le Prof. Alexis Con- 
tant, .maintient hautement le ta- 
lent musical attaché à ce nom 
canadien. Elle a été ravissante dans 
"Faites-lui mes aveux". D'une voix 
vibrante, d'expression gracieuse, cap- 
tivante, Mme Authier est très bien 
enti-ée dans son rôle. Mlle A. Codère 
est une "Marthe" à la voix sûre et 
agi-éable: et son rôle fut aussi bien 
rempli. M. Emile Rioux— Méphisto— 
a une voix expressive, "de la diction, de^ 
l'assurance. C'est le plus enjôleur des 
diables ou le diable le plus enjôleur 
— comme on voudra. M. Antonio 
Genest, "Wagner" a la voix riche, 
belle et si sympathique qu'au grand 
désir de chacun, on eût aimé enten- 
dre "Wagner" deux fois. M. W. Léga- 
ré, — . Valentin — que le succès pré- 
sent et le beau talent devraient en- 
gager à poursuivre ses études, les- 
quelles lui assureraient une IJrillante 
carrière, a excellé dans le récit "0 
sainte médaille" et "Ce qui doit ar- 
river". 

"Le Journal de Françoise" se met 
au diaipason général en applaudis- 
sant à ce grand succès des nôtres, 
heureux d'exprimer ici et à double ti- 
tre, son orgueil et ses félicitations 
aux aimables artistes, dont la plu- 
part sont du nombre de ses abonnés. 



JOLIE AUDITION 

Mlle Djan Lavote obtient beaucoup de succès 
dans l'interprétation d'oeuvres de Liszt 

LE jeudi. 27 février, dans la salle 
de la Galerie des Arts, Mlle Djan 
Lavoie, d'Ottawa, élève de notre ta- 
lentueux pianiste-virtuose et profes- 
seur Alfred Laliberté, a donné une 
fort jolie audition d"œuvres de Liszt. 
Le concert s'ouvrait par la célèbre 
"Ballade No 2", interprétée d'une fa- 
çon digne de tous éloge: Mlle La- 
voie, qui n'a que dix-neuf ans, a 
montré une sûreté de doigté et une 
tranquille maîtrise que bien peu de 
pianistes ont possédées si tôt. Les 
"Fantaisie et fugue sur Bach", ( 1. 
SomJjre-Agitato. 2. My.'*torioso-do- 



lente. 3. Animato. 4. Maridale-gran- 
dioso ) ont été rendues avec vm© in- 
telligence remarquable et une techni- 
que renouvelée pour chacune de ces 
parties. C'est surtout le si joli 'ICam- 
panella" de r"Etudo d'après Pagani- 
ni", qui a fait ressortir la façon ad- 
mirable dqnt la toute gracieuse ar- 
tiste comprend l'œuvre du maître : 
on ne pouvait rendre plus délicate- 
ment des phrases si délicates. La 
"Nocturne No 2" et la marche 
"Tscherkcss", qui fermait le récital, 
ont été exécutées avec la même préci- 
sion et le même bonheur d'interpré- 
• tation. 

Bref, le public, nombreux et sélect, 
qui se jjroupait, curieux, dans la pe- 
tite salle du square Philipps, a été 
pris d'abord, par la jeunesse et la 
grâce de la pianiste ; puis, l'ayant 
entendue, il a applaudi, avec la' dé- 
licieuse petite satisfaction d'amour- 
propre d'acclamer une artiste... de 
"chez nous". Toute jeune, Mlle La- 
voie possède de sérieuses qualités, 
que, déjà, elle a très bien su dévelop- 
per ; inconnue hier encore, elle est 
dès maintenant classée — et en pla- 
ce fort honorable — dans la jeune gé- 
nération de musiciens canadiens dont) 
il nous plaît d'attendre beaucoup. 
Sans prendre l'air d'avoir "décou- 
vert" une nouvelle étoile, nous som- 
mes heureux de signaler au public 
cultivé, le nom de Mlle Djan Lavoie ; 
et point n'est besoin d'êti-e grand 
prophète pour affirmer qu'on en re- 
parlera. N'est-ce pas, d'ailleurs, au 
*' Journal de Françoise" qu'il appar- 
tient de se réjouir le plus de ce suc- 
cès artistique et... féminin. 

L. L. 



Pour être heureux, il faut chanjrer de 
place et tenir jyeu d'espace. — Fontenelle. 



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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



367 



©M6^0©6fG^©e^Sr^^^ 



Arts et Grandes Dames 



L'EXPOSITION des amateurs, 
hommes du monde et grandes 
dames, attire une fois de plus l'atten^ 
tion sur cette pléiade innombrable 
de peintres millionnaires et de sculp- 
teurs qui manient l'ébauchoir pour 
leur simple agi'ément. 

Où finit l'amateur et où commence 
l'artiste? C'est une question fort con-i 
trov'ersée dans le monde des ateliers 
et dans les salons, car légions sont 
les amateurs qui se disent artistes, ei 
nombreux hélas les artistes qui ne 
sont au demeurant que de pitoyables 
amateurs. 

Un financier qui peint, non sans 
brio, des paysages, semble avoir 
trouvé la définition exacte en di- 
sant : 

— L'artiste est celui qui fait de la 
l^einture et de la sculpture "venda- 
bles", et l'amateur est celui qui vend 
des toiles et des statues tout à fait 
médiocres. 

Quoi qu'il en soit, sans s'arrêter à 
cette distinction de qualificatif qui 
suscite tant de polémiques 'dans cer- 
tains milieux, cette exposition nous 
met à même, une fois de plus, de 
constater, que les heureux de la for- 
tune, qui ne vivent ni de leur pin- 
œau, ni de leur glaise, possèdent par- 
fois de vrais tempéraments, et des 
qualités supérieures. Ils eurent au 
reste d'illustres devanciers, et longue 
à dresser serait la liste des princesses 
et des femmes de qualité qui se sont 
adonnées aux arts, en dehors des 
fonctions mondaines imposées, 6,u des 
fêtes fastueuses des cours. 

Pour ne pas fouiller dans un passé 
trop oublié, si nous remontons seu- 
lement au XVIIe siècle, nous trou- 
vons la belle Marie de Médicis gra- 
vant des estampes, et prenant même 
plaisir à gratifier Philippe de Cham- 
paigne d'une de ses œuvres, un joli 
portrait en buste, signé Ma,rîa Médi- 
ci P. MDCXXyiI. Et Champaigno 



flatté écrivait dei-rière la planche : 
"(Je vendredi 22 février 1()27 la reyne 
mère Marie de Médicis m'a trouvé di- 
gne de ce rare présemt fait de sa pro- 
pre main — Champaigne." 

Vers la fin du règne de Louis XIV 
quelques grandes dames se mirent à 
peindre avec ardeur. Louise HoUan- 
dine qui devint plus tard abbesse de 
Maubuisson dès l'âge de dix-sept ans 
étonnait les dames de la cour, et la 
duchesse d'Orléans, signale dans ses 
lettres un tableau, le "Veau d'Or" 
exécuté par Louise Hollandine d'a- 
près Poussin. L'alibesse de Chelles, 
une des filles du régent, modelait 
avant d'entrer en religion des por- 
traits en cire, et brossait des toiles 
mystiques. 

L'austère et douce Marie Leczinsfea, 
laide et pauvre princesse polonaise 
avant de devenir reine de France, 
touchait du clavecin, et dessinait 
passablement. Je sais bien que Mme 
Campan révèle dans ses Mémoires la 
singulière manière dont la reine pei- 
gnait ses tableaux, se contentant de 
passer des couleurs, sur les traits in- 
diqués par son maître, lequel en réa- 
lité exécutait le travail. Mais pour 
n'être point un artiste de mérite Ma- 
rie Leczinska, n'en montra pas moins 
un gQÛt prononcé pour la peinture. 

Mme de Pompadour, reine rivale, 
gravait de petits sujets allégoriques, 
qu'elle priait Boucher de revoir et 
crayonnait à ses heures de loisir. 

Et Voltaire surprenant un jour la 
f«,vorite du roi à ce travail lui déco- 
chait galemment ce madrigal: 

Pompajdour, ton crayon divin 
Devrait dessiner ton visage, 
Jamais une plus belle main 
N'aurait fait un plus bel ouvrage. 

Au surplus, presque toutes les prin-', 
cesses de la maison de Bourbon s'fes- 
sayèrent plus ou moins à peindre ou 
à sculpter. 



Louise-Marie-Thérèse de Parmes qui 
signait Ludovica Maria esquissait de 
petits paysages, et Mme Clo,tilde, 
sœur 'de Louis XVI, qui fut duchesse 
de Piémont croquait à la plume des 
silhouettes de vieux châteaux. 

Mme Vigéè Lebrun était le profes- 
seur de Louise- Adélaïde, une fort piè- 
tre élève entre parenthèse. En revan- 
che, la princesse Marie eut un vrai 
talent d'artiste ; si nous passons en- 
revue les femmes de cette famille des 
Bourbons, nous trouvons la duchesse 
de Berry qui peignait avec rage lors- 
qu'elle se trouvait à son château de 
Rosny où elle vivait avec une simpli- 
cité extrême. Son album sous le bras 
elle parcourait ses domaines, crayon- 
nant des taillis, des pelouses, des piè- 
ces d'eau, dessins qu'elle signait Ma- 
rie-Caroline. 

Plus près de nous la fille du roi 
Louis-Philippe, la princesse Marie 
d'Orléans sculptait d'une façon char-v 
mante, et dessinait non moins agré- 
ablement. Artiste dans l'âme, elle fut 
trop tôt prise par la mort et on ne 
conserve guère d'elle que la Jeanne 
d'Arc du musée de Versailles. Marie 
d'Orléans, sévère pour elle-même, ja- 
mais contente de ses productions, ca- 
chait avec soin ses œuvres, mais elle 
exécuta d'importants morceaux. 

La critique lui fut favorable, et 
l'on pourrait retrouver dans les jour- 
naux de 1839 des appréciations jus- 
tes sur les œuvres de cette princesse. 
La duchesse de Chartres s'exerça à 
son tour à des peintures faciles, et 
nous rencontrons son nom dans le 
catalogue de la Société des ama- 
teurs. Elles signe de petites aquarel- 
les généralement sans grande va- 
leur artistique et qui ne dépassent 
point le mérite d'une bonne copie 
d'écolière. 

Une nièce de la princesse Marie, la 
princesse Blanche d'Orléans peint des 
sujets religieux pour les églises ou lea 
couvents. Les carmélites de l'avenue 
de Saxe possèdent une "Sainte Thé- 
rèse en extase" due à la princesse 
Blanche et l'on trouve à l'église de 
Saint-Louis-en l'Ile du même auteur 
un "Saint- Jean appuyant sa tête sur 
la poitrine du Christ'-. 
Parmi les princesse qu'on pourrait 



868 LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

appder "princesses impériales" on sèdeiit des toiles do la seconde femme gente d'Espagne, de la princesse 

glane «icore des noms pour la liste do Napoléon. Ferdinand de Bavière, de la comtes- 

déjà longue dés "grandkïs daniios ar- Mais la famille Bonaparte compte se de Flandre, de la princesse Sté- 

tistce". Joséphine dessinait passa- d'autres artistes encore, la princesse phanie et l'archiduchesse Mario-Thé- 

blement, mais elle estimait les pcin- Charlotte était une exa^llente litho- rèse? 

très et les sculpteurs qu'elle encoura- graphe, elle s'essayai-t à faire des Dois-je mentionner encore Margue- 

geait Volontiers. Sa fille Hortew» de portraits et elle a laissé une belle ef- rite de Savoie, Elisabeth de Rouma- 

Beciuharnais travaillait aux Tuilwies figio de la mère de Napoléon Jer grn- nie qui signe du nom de Carmen Sil- 

dans un petit atelier situé près do vée, sous ce titre: "Portrait de Mme va, d'exquis poèmes, mais qui peint 

l'appartement de sa mère ; elle s'es- mère Napoleonis Mater" et signée aussi son parchemin de magnifiques 

sayait dans le genre du portrait et Charlotte Napoîédji del. Româ 1835. enluminures à la mode byzantine. 

avait même commencé le buste de . Est-il Ijesoin de rappeler que la Je pourrais en citer beaucoup d'au- 

son frère Eugène mais un incendie princesse Mathilde exposa à nos sa- très encore, mais l'énumération de- 

détruisit cette œuvre. La jeune fille Ions de peinture de 1859 à 1886, et viendrait par trop monotone. 

étudiait du reste avec l'ardeur d'un qu'une de ses oeuvres eut les hon- Il resterait bien une question inté- 

peintre de tempérament ce qui fai- neurs du Luxembourg. Théophile ressante à examiner, celle de la pa- 

sait im jour dire à sa mère: Gautier dans les "Emaux et Canaées" ternité réelle de toutes ces œuvres, 

— Mais tu as donc l'intention de g'a- consacre quelques strophes à une car vous savez ce que l'on raconte 

gner ton pain avec tes pinceaux, aquarelle de la princesse Mathilde, sur les coulisses de ces ateliers mon- 

Et la jeune Hortenae de répondre: "la Femme Fellah": dains. 11 est si facile quand on est 

— A l'époque où nous sommes qui millionnaire d'avoir pour professeurs 

sait si cela n'arrivera jamais. Hor- Caprice d'un pinceau fantasque des Maîtres qui font la Itesogne, et 

tense de Beauharnais épousait en ^^ '^'"" impenal loisir q^i gQ^g prétexte de donner un avis, 

1800 Louis Bonaparte, mais ne dé- ^Zslt" é^- a^? dÏÏir""'^'' -^"^"^ - réalité l'œuvre de l'élè- 

laissait pour cela son chevalet, au ve. 

contraire. Excellente musicienne elle Les Concourt dans leur "Journal" Elle est d'hier l'histoire de cette 

écrivait des romances, des valses, dea parlent longuement de l'atelier de grande dame à qui le jury refusa 

polkas qu'elle enluminait de sujets Saint-Gratien où la princesse tra- l'entrée du Salon pour un énonme 

divers, et c'est à elle qu'on doit l'in- vaillait avec ardeur, brossant tour à monument fort bien conçu, mais 

vention des encadrements et des vi- tour des études d'après nature, des dont l'auteur véritable était le pro- 

gnettes placés en tête des morceaux paysages d'Orient! fesseur, M. Falguières. 

de musique. Très romantique elle Et Sainte-Beuve, dans une étude Cet amour de l'art fournirait à 

composait des airs alanguis, et des qu'il écrivait sur la femme et sur l'observateur quelques scènes amu- 

gravures allégoriques assez préten- l'artiste, parlait en ces termes de son santés à conserver. 

tieuses comme sujet. talent: " Sa manière n'a i-ien de pe- Ne chuchote-ton pas aussi qu'une 

L'impératrice Marie-Louise peignait! tit ni de lâché, ni qui sente le faire demoiselle archi-millionnaire et qui 

et dessinait. Jeune fille elle possédait de la femme ; on croirait avoir plutôt «^ fa^it construire un superhe atelier 

déjà un joli talent d'amateur, ornait devant soi les productions d'un jeun^ dans l'hôtel de son père, refuse de se 

ses lettres de petites aquarelles et homme de talent qui s'exerce avec mai-ier pour se consacrer tout entière 

promettait à ses amies de ses ta- largeur et se développe." à la peinture. Elle affectionne sur- 

bleaux. Devenue la femme de Napo- La princesse Jeanne Bonaparte fi- tout les scènes biVjliqucs et pour évi- 

léon Marie-Louise continua pour se gure sur les listes du Salon depuis ter d'introduire des modèles dans soi^ 

distraire ses travaux artistiques sou^ 1878, et en 1886, elle obtint une men- atelier, elle fait poser tous les ma- 

la direction de Proudhon, qui ne se tion honorable. tins trois ou quatre domestiques de 

montrait pas du reste fort enthousi- j-'iUg du prince Pierre Bonaparte la maison, cochers et valets de cham- 

aste de son élève. ^ elle accepta sans faiblesse la chute de Ijre qui offrent leurs torses nus — et 

. ."^f"* "°® bonne personne, disait- l'Empire et voulut s'organiser avec mf'me un peu plus — au pinceau de 

il, mais ses progrès laissent à désirer, son travail une vie indépendante. leur maîtresse, qui reprendrait vo- 

ga Majesté ne touche guère à ses Elle s'appliqua à la gravure sur bois lontiers le mot célèbre: "des modèles 

crayons... ' gj exécuta des séries d'illustrations sont des statues, ce ne sont pas des 

Et comme on l'interrogeait sur pour des journaux et aussi pour des hommes." 

l'attitude de l'impératrice durant ses livres de son mari, le marquis Chris- Que d'histoires on pourrait glaner 

leçons, Proudhon soupirait pour ré- tian de Villeneuve. à ce sujet, mais c'est assez pour au- 

Pondre : Faut-il ajouter à cette liste déjà si jourd'hui, comme commentaiiies de 

—Elle dort... longue, les noms de l'impératrice cette exposition des amateurs, si cu>- 

Quoi qu'il en «oit, quelques musées, douairière de Russie, de la reine rieuse et si pittoresque. 

celui de Besançon entre auti«s, pos- Amélie de Portugal, de la ninc ré- Marie-Louise Néron. 



I 



Dotes $ur la mode ! 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

Recettes faciles 



LA manche très eourte est moins 
exclusivement portée. Elle s'arrê- 
te au-dessous du coude par un brace- 
let, un parement quelconque, à moinsi 
qu'une hautei mitaine de dentelle 
n'enserre le bras. 

La manche japonaise est changée et 
rajeunie. On obtient avec elle une li- 
gne très tombante sur les épaules'. 

La manche très longue est portée. 
Dans ce dernier cas, elle est moulan> 
te, collant le bras, très garnie, cou- 
verte de guipures, d'incrustations, 
etc. 

Les bretelles, les draperies conti- 
nueront d'être portées sur le corsage. 

Cigarette. 






Propos d'€iiquette 






D. — Corne-t-o7i les cartes de visites ? 

R. — Oui, si on les présente soi-mê- 
me à la porte ; non, si on les envoie 
par la poste, 

D. — Combien de temps à r avance doit 
être envoyée une invitation à dîner ? 

R. — La longueur du temps entre 
le dîner et l'invitation indique l'im- 
portance du dîner. Quand il s'agit 
d'un dîner intime, la question du 
délai n'existe plus. Mais une invita- 
tion de cérémonie doit être faite au 
moins huit jours d'aVance. 

D. — Le décolleté pour une femme et 
r habit pour un homme sont-ils de rigueur 
dans un di7ier de céréjnonie ? 



SOUPE DE CAREME. — Faites 
bouillir quatre grosses pommes de 
terre avec deux oignons dans deux 
pintes d'eau, jusiciu^à ce qu'elles 
soient tendres. Coulez-les à travers 
une passoire et remettez-les au feu, 
ajoutant poivre, sel et deux onces 
de beurre. Lorsque la -soupe bouille- 
ra vous y verserez ime tasse à thé de 
tapioca. Laissez-la mijoter quinze 
minutes en la brassant, ajoutez-y 
une chopine et demie de lait et lais- 
sez chauffer le tout. 

HUITRES A LA CREME. — Fai- 
tes bouillir à la \apeur une chopine 
de crème ( moitié ci^-me et moitié 
lait)'. Délayez une cuillerée de fari- 
ne avec im peu de lait et jetez en 
brassant dans la crème chaude. As- 
saisonnez de sel, poivre de cayenne et 
un peix de jus d'oignons ( une cuille- 
rée à thé ) . Faites chauffer les huî- 
tres dans leur eau, coulez-les et jetez 
la crème sur les huîtres. Préparez sur 
un plat quelques toasts beurrées sur 
lesquelles vous jetterez ce mélange de 
crème et d'huîtres. 

Servez immédiatement. 

POTAGE CREME au "Vermicelle 
aux œufs Marge" — Vermicelle aux 
œufs Marge : une boîte cFune livre 
pour 8 personnes. Projetez dans l'eau 
salée bouillante votre ''Vermicelle aux 
œufs Marge" brisé avec les doigts. 
Laissez cuire dix minutes, en remuant 
avec une stapule en bois. Retirez du 
feu, ajoutez-y de la bonne crème et 
servez. 



36d 

ment fraîches, la pellicule se détache 
aisémient et le goût de ces fruits est 
délicieuxf 



Prés de $2,000,000 en locomotives 

LE GRAND.TRONC COMMANDE 100 
IvOCOMOTiVEvS 

La direction du Grand-TrdiM; vient do 
donner des commandes pour cent loco- 
motives nouvelles, qui représentent une 
dépense de près de $2,000,000. 

Ces locomotives seront construites du- 
rant l'hiver, le printemps et l'été. La der- 
nière .sera livrée au mois d'août prochain, 
juste en temps pour prendre sa placte 
dans l'aménagement des trains pour la 
saison des récoltes. Le fait que pas moins 
de soixante-dix sur ces cent locomotives 
sont construites en Canada est de natu- 
re à donner satisfaction à tous ceux qui 
sont intéressés dans le développement des 
industries locales. 



R. — Certainement. 



Lady Etiquette. 



A la saison nouvelle, les chapeaux 
seront plus petits. C'est du moins ce 
qu'on dit à Mille-Pleurs, salon de 
modes, 527 rue S. -Catherine Est. 

La Reine des Eaux purgatives, c'est 
L'EAU PURGATIVE DE RIGA. 
En vente partout, 25 cents la bouteille 



Clonseils Utiles 

ENTRETIEN DU CUIR VERNI.— 

Cette recette s'applique aux souliers 
vernis. On commence par les débar- 
rasser de toute poussière, de toute 
maculature, puis on y passe du lait 
frais, qu'on y laisse une minute. On 
frotte ensuite avec im linge bien sovi- 
ple et sec. 

NOIX FRAICHES EN TOUTES 
SAISONS.— Plonger les vieilles noix, 
dans de l'eau légèrement salée et les 
y laisser pendant cinq ou six jovirs. 
Le sel empêche l'eau de se corrompre 
et enlève aux noix le goût du tannin. 
L'eau jîénétrant lentement à travers 
la coquille jusqu'à la chair, la gonfle 
et l'amollit comme aux noix réelle- 



La Sapho Manufacturing Co. qui vient 
de se fonder au, No 6i, rue Saint-Gabriel, 
offre au public tme foule de produits nou- 
veaux infiniment utiles au public en gé- 
néral, et à la femme en particulier. Men- 
tionnons entr'autres découvertes, une fa- 
meuse préparation pour arrêter la chute 
des chevevix, appelée "Hygiène de la tê- 
te", et qui non-seulement rendra les che- 
veux souples et soyeux, mais qui, chez 
les enfants les débarrassera de pellicules, 
de poux et de lentes. 

Nous trouverons encore à cette mai- 
son, l'Insecticide Sapho ciui tue instanta- 
nément, les coquerelles, les punaises, les 
fourmis, les moiiches et les insectes de 
toutes sortes. Elle enlève encore les ta- 
ches de graisse sur les tapis. On y pré- 
pare encore tm antiseptique désinfectant 
contre les fièvres et autres maladies con- 
tagieuses. La liste de tous les produits 
est trop longue à cnumérer ici. Nous de- 
mandons seulement aux femmes de de- 
mander la c-"rculaire sur le Protecteur Vic- 
toria. Il leur rendra un grand service. 



La Veilleuse en 
Nickel 

Montréal 
BEAUTY 



Toute une"nnit d'éclairage pour 

un quart de cent, sans odeur 

ni fumée. 

Prix : 90c.; par la Poste, 10c. de plus. 

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52 Boulevard St-Laurent, - Montréal 




JEAN DESHAYES, Graphologue 
873 rue Notre-Dame-Est, Hochelaga. 



Slft 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



] L 



Câ route s'âchm 



Par JEAN SAINT-YVES [1] 

~l 



I 



(Suite) 

— Prenez garde, petit... Blanche a 
tout >e charme voulu... et vous ai- 
merez bien inutilement. Croyez-moi. 

Dès cette minute, malgré cela, il 
comprit qu'il allait aimer, aimer fol- 
lement. Et cela arriva tel qu'il l'a- 
vait iv\-6. Blanche fut réellement 
pour lui h\ réalisation de toutes les 
délicatesses intimes (jui vivaient -en 
lui. Elle fut la bien-uimée douloureu- 
se, touchante, qui eut beau se débat- 
tre, lutter contre l'inexorable. Elle 
finit, vaincue elle aussi, devant sa 
jeunes.se implorant \'ers elle. Elle ab- 
diqua, se donna par pitié, ce besoin 
de tendres** mi.séricordieuse qui, un 
jour, fhVhit les plus inaccessibles, les 
plus sereines renconti'ant de la dou- 
leur sur leur route. 

Elle n'avait pas eu grand bonheur 
ici-bas. Son mari l'avait vite délais- 
sée pour reprendre sa vie de garçon. 
Puis la maladie était venue. Depuis 
un an il gisait frappé d'ataxie, iner- 
te, à moitié mort mais avec des ré- 
veils de brute hargneuse, égoïste. On 
le voyait sur les promenades, dès 
qu'un rayon de soleil se montrait, 
poussé en petite voiture. Toute la 
vilkî le connaissait. On n'ignorait 
rien non plus des drames intimes pas- 
sé» vécus en cette triste demeure où 
s'enfermait la jeune femme, seule en- 
tre ses deux enfants. Pierre habitait 
un pavillon, ancienne dépendance de 
l'hôtel occupé par Blanche. Un jar- 
din les séparait. De ses fenêtres il 
apercevait souvent le brillant officier 
d'état-major de jadis s'essayer à 
marcher, soutenu à plein corps par 
un domestique, faire f|uelques pas 
puis tomber épuisé très vite dans la 
petite voiture toujours là. Au mi- 
lieu de la nuit parfois Pierre s'éveil- 
lait en sursaut enltendant des plain- 
tes, des hurlements sinistres. C'était 
le malheureux en proie à quelque cau- 
chemar qui génrissait. 

•Et pour toute» ces tristesses qu'el- 

( I ) OUendorf, Paris. Rjeprod. interdite. 



le avait eues, qu'elle subissait encore 
en l'odioux tête-à-tête forcé, des jour- 
nées, des soirées entières., Pierre l'ai- 
ma de toute son âme jeune et géné- 
reuse. 11 semblait vouloir lui refaire 
une vie nouvelle. 

Mais le malheur vint clore le cher 
poème. Un jour, son fils, un bébé 
de quatre ans, en jouant, tua sa pe- 
tite sœur. C'est Dieu qui la punit. 
Dieu qui ne veut pas... Elle part em- 
portant le cercueil de l'enfant qu'elle 
avait enseveli elle-même dans la belle 
robe blanche d'amour qu'il aimait 
tant, c)u'elle gardait comme une re- 
lique précieuse. Elle lui dit adieu en 
une dernière lettre racontant toute 
cette épouvante et ce désespoir. 

Et il ne l'a jamais revue. 

Depuis, il est .seul en la vie, très 
seul, essayant mais en vain d'ou- 
blier l'absente, la chère aimée dou- 
loureuse sur ((ui s'était acharné le 
destin. Odett»? de Trécourt qui avait 
deviné leur amour s'efforce d'atté- 
nuer ce désespoir. Elle n'est pas 
toujours la petite tête légère et folle 
que l'on pense. Elle fait le bien. Que 
ne l'aide-t-il? 11 le peut. 

Sans grande confiance il se laisse 
guider, et le voilà maintenant qui 
s'essaie à connaitre et siecoiirir la 
douleur des autres. 11 donne sans 
compter. Ce sont des misères tou- 
chantes qu'il secourt, des petites ou- 
vrières sans travail, des pauvres en- 
fants qui souvent, l'hiver, sans feu, 
.sans pain, dans luie crise de délire, 
vaincues, allument un réchaud o\\ 
roulent à la rue. Oh! ces dése-spoirs 
de jeunes, comme il les comprend, 
lui le désespéré d'amour qui ne sait 
plus dans le printemps revenu pour- 
quoi le ciel s'est fait bleu, pourquoi 
les nuits s'étoilent douces, sereines, 
([uand il y a tant de larmes ici-bas, 
— <|ue Blanche n'est plus, ne sera plus 
jamais la bien-aimée qu'il avait faite 
sienne ! 

— Père, père, moi aussi je souffre!., 
criera-t-il un jour au vieux prêtre re- 
cevant ses aumônes. 



H se reprend à son méiâer, se crée 
des occupations, s'attache plus exac- 
tement à ses devoirs, vit plus près 
de ses hommes. Et peu à peu, les 
connaissant mieux, il les aima, dé- 
couvrant en ses modestes fonctions de 
chef une portée haute, une action 
morale à exercer, du bien à faire. Il 
les étudie tous, ouvriers des villes 
ou paysans, tombés par le sort en- 
ti-e ses mains, et sa religion s'ac- 
croît de pitié et d'espérance. 

Mais chaque soir enfermé dans la 
petite chambre si pleine de souvenirs 
de l'absente, de son âme toujours 
présente, la douleur ancienne revient. 
Blanche le garde. Il ne peut se gué- 
rir d'elle. Lointaine, elle vit mieux 
en lui, plus aimée, plus adorée. Les 
veillées succèdent aux veillées, silen- 
cieuses, désolées. Il vit, mais il 
n'existe pas. Son coîur ne sait plus, 
ne veut plus rien. Quoi qu'il arrive, 
il s'incline résigné, vaincu d'avance, 
et misérable il attend, subit la lente 
succession des jours et des nuits. 

Il revient à Lestrac. 

Deux années ont passé. Son oncle 
n'est plus. Le colonel est mort. 
Christine, adoptée par lui, seule 
maintenant, plus touchante en ses vê- 
tements sombres, fidèle, garde la 
vieille demeure abandonnée. Mais vers 
elle il n'ose lever les yeux. Il ne se 
juge plus digne de cet enfant. En 
face de sa tendresse silencieuse et 
pure il lui semble qu'il y a quelque 
chose à racheter, des heures à effa- 
cer. L'idée du bien à faire, déjà po.- 
.sée par Odette de Trécourt, lors des 
premières épreuves, s'est fortifiée en 
lui. Et résolu, calme, il s'y adonne. 
Là est le rachat, la vraie dignité de 
vie. 

Il s'en ira donc au loin, en quel- 
c|ue coin perdu de l'Afrique, se chan- 
gera le décor, les données de la vie, 
tout, jusqu'à la lumière des jours et 
la doulmir des nuits qui sur lui se 
pencheront. Il a sollicité des mis- 
sions ingrates, obsùures, sans gran- 
de gloire. Il sera le chef de t-ous les 
malheureux vivant dans les postes 
des sables, pai-mi les privations, les 
hallucinations des mirages et des fiè- 
vres. Et au milieu d'eux il passera, 
apportant son grand désii- d'être uti- 
le, d'être bon, de se dévouer, — tout 
son cœxu', toute son âme. 



LE JOURNAL DE FEANÇOISE 371 

TTT Au pied des monts la grande plai- rent l'êfendue. Cela les réveilla. Ils 

ne, dans le crépuscule rapide, sous se reprirent. 
^"^"*\*r^"î "1"""'./ "j "•.•■"■••••••*ï5 les ombres courantes l'envahissant, Dans les montagnes, des feux ka- 

Ce fut à la tombée du jour que ^^^jj^^ ^j^^^ indécise,puis descendit, byles s'allumaient. Mais on ne s'y 

ouragan iit trêve. s'enfonça lentement, comme une trompa guère, ce soir-là. On attendit. 

Un ciel de mélancolie, d'infinie pi- grande pierre blanche tombée dans Dans les fonds, passaient des ru- 
tié, descendait sur la terre, ciel trop la mer disparaissant sous les flots, meurs de bêtes, des aboiements, des 
pur, trop large, trop beau pour tant Une seconde, ce fut la magie du cris. Les chacals glapissaient, s'ap- 
de débris, pour tant de solitudes, premier soir ; l'angoisse de la terre pelaient. Rien d'énervant comme ces 
d'immensités mortes, surtout pour la roulant à la nuit, se mourant. sanglots hoquetés. On eût dit des en- 

trop grande détresse restée en les Une clarté plus pâle se diffusa dans fants qu'on égorgerait. Puis c'étaient 
âmes. l'étendue anxieuse. Le ciel frissonna, des silences subits, et alors le rire 

Bien loin, la plaine désolée, rose, s'amplifia, s'illumina de toutes se» d'une hyène s'élevait, strident, 
étendue sous son voile de lumière, se étoiles tremblantes. La lune appa- Cela dura. 

relevait, se frangeait d'une ligne den- rut. Et la plaine, qui tout à l'heu- —Eh ben! quoi?... Pas fini, le con- 
telée bleue, nettement découpée, quel- re avait sombré dans la nuit, sortit cort? dit un homme, 
ques montagnes hautes déjà à moitié de l'ombre peu à peu,remonta, émer- Et dans le ravin il lança quelques 
disparues sous l'horizon. Mais c'é- gea silencieuse, s'étendit blanche, im- pierres. Cela ne produisit aucun effet, 
tait si loin cette ligne sombre déchi- mobile, comme en un paysage des pô- Au contraire, les cris se rappro- 
quetée, qu'elles apparaissaient toutes les. chaient. On eût dit que la bande en- 

petites. Et derrière cette crête se dur- De l'autre côté, des montagnes pré- tière, dans la nuit, montait vers ce 
cissant rapidement, plus bleue, plus cisaient leurs contours, s'affirmaient sommet où se cuisinait quelque ma- 
noire, plus aiguë de seconde en secon- en des arêtes blanches, de grandes gio. A la lueur de la lune, on vit 
de, le soleil avait disparu. Il n'était ombres bleues décolorées. On distin- bientôt étinceler des yeux verts. D'é- 
plus. De l'au delà de grands rayons guait chaque plan, chaque ligne, tranges petits animaux parurent, se 
pâles fusaient, rayons attardés qui Dans la splendeur de la nuit inclinée bousculant, se dépassant. D'autres, 
lentement descendaient, s'estom- sur elles, elles n'apparaissaient plus arrêtés, en contemplation, reniflaient 
paient, se diluaient dans l'azur très noires, menaçantes, dressées dans la l'air. On dut chasser à coup depier- 
doux, émouvant, de ce lointain où tourmente comme une vision d'enfer re les plus audacieux. Ils s'éclipsaient 
se mourait de la lumière. Elles se tassaient plus 'petites et derrière les roches, où on les enten- 

Sur les monts la tempête s' adoucis- moins proches. Sur elles la grande dait rire, comme s'ils se moquaient 
sait. paix desc^endait, y posait un charme des maladroits. 

Par moments elle reprenait sa bru- grave, religieux, et ainsi rêveuses. Longtemps, tout autour, à travers 
talité première, ses clameurs rauques, pâles, elles semblaient attendre, re- les éboulis et les buissons, ce fût le 
toutes ses violences, mais on la sen- garder l'infini, prêtes pour cjuelque frôlement de ces petites bêtes puan- 
tait épuisée, à bout de forces. Elle féerie solennelle. ^ tes qui s'arrêtaient parfois, et tran- 

avait assez fait la méchante. Huit Très loin, au-dessus de ce chaos, la quillement posées, regardaient vers 
jours et huit nuits elle avait duré. Grande Kabylie dressait ses contre- ces hommes maniant de si puissantes 

Une dernière tafale accourut qui forts, ses cimes couvertes de neige. lumières. Puis plissant le nez, retrou- 
s'arrêta net, brisée. Et ce fut fini. A sant leurs babines, elles lançaient 

peine si l'on perçut un frisson qui. Les hommes avaient quitté leur leurs plaintes sinistres, 
quelques instants après, ondula tiè- abri. Après, ce fut une bande de san- 

de, passa comme vme brise venue des Ils allaient, venaient, grimpaient gliers, de petits sangliers qui s'en al- 
oasis lointaines. Puis, le calme pro- jusqu'au sommet, tournaient autour laient l'un derrière l'autre, grognant, 
fond s'étendit. du signal géodésique. Ils regardaient sans se presser, se détournant à pei- 

Oependant les oreilles restaient l'étendue, cette solitude tourmentée ne. Les chacals avaient disparu. Ils 
bourdonnantes, comme collées à quel- où des ouragans avaient passé, bon- étaient loin. Quelque temps on les en- 
que coquillage. Elles gardaient en dissant, y puisant de nouvelles fu- tendit encore suivre les grands ravins, 
elles des rumeurs de mer démontée, reurs avant de venir jusqu'à eux, et Tout à coup, bien loin, étoile dans 
tout ce fracas énorme de vagues éche- cela les dzfendait contre toute émo- la brume blanche du décor, un feu 
velées au milieu descjuelles ils avaient tion de se souvenir des heures vécues, clair, énorme, appela. Aussitôt les 
vécu, dans l'ombré des nuits et des Le Parisien eut un mot énergique: cœurs bondirent, 
tanières où ils avaient dû se terrer. — Sale pays!... tout de même. — Les voilà!... 

Dans l'espace où ne couraient plus Et il s'en alla, haussant les épau- Ce fut le cri de tous. 
les nuages, un grand vide s'ou\Tit, les, maugréant. ' Enfin, on n'était plus seul! Et en 

l'air se creusa, s'abîma, élargissant Les autres ne disaient rien. Ils s'at- des phrases brèves, saccadées, épelées 
sans cesse ce vide qui les entourait, tardaient quelque temps et, quant ils d'un même ton monotone par celui 
Et ils eurent un peu de vertige. Il avaient bien vu. ils redescendaient qui avait l'œil à la lunette, ils ap- 
leur semblait monter, monter tou- vers le trou, nonchalants, les mains prirent ce qui s'était passé là-bas. 
jours, s'élever dans le ciel silencieux en les poches, revenant parfois. La colonne avait subi des pluies 

qui lentement aspirait la terre et re- Le repas fini, ils mirent les appa- torrentielles. Chemins glissants, tor- 
gardait vers eux, reils en station. Des rayons fouillé- rents grossis, débordés, obligeant à 



Sïr LB JOURNAL DE FRANÇOISE 

pitndn» des aeniiers de chèvres. Piris, chement de "Joyeux" aUant vers le LES GRANDES CONFERENCES 
la neige était venue. Une nuit, les Sud. SUR RACINE ET SUR NAPOLEON 

petites tentes s'étaient effondrées sur Et, à ces souvenirs de leur pauvre 

les dormeurs. Les hommes grelot- vie d'exil entre les sables rouges en j^gg grandes conférences faites à Paris 
talent dans leurs pantalons de toile, feu et le ciel embrasé les écrasant de à la Société des Conférences sur Racine 
Du col d'Âfkadou, que l'on avait ses mirages et de de ses fièvres, ils et sur Napoléon obtiennent un succès 
franchi dans la boue et la neige, les s'amusaient. Ils riaient, oubliant considérable. On sait que M. Jules Le- 
ïouaves, dont les guêtres déchirées, tout cela. C'était passé. Ils allaient maître, devant l'affluence des auditeurs, 
pourries, bâillaient misérablement, partir, avant fini leur temps. Ils al- a dû doubler son cours sur Racine. La 
ix^aient leurs souliers presque à laient ravoir la France. 7«;'"« hebdomadaire- s'est assuré le 

', - li^'i r» j] ••!„ „ i,v4- droit exclusif de reproduire chaque se- 

ehaque pas. Les mulets ne tenaient —Demandez donc s il y a une let- , -^ ■ ^ ^ t- ^ . 

T. pa . *^ . . ,, , . i-i T.- . . V maine in-extenso ces conférences qui pa- 

pas le sol. Plusieurs avaient roule tre pour moi, dit Pierre tout a coup, naissent, du 25 janvier à fin avril. iUus- 
dans les ravins. II avait fallu aller envoyée par erreur a la colonne. ^j-ées hors texte avec des gravuresi ou es- 

les rechercher étalés au milieu des Api-ès un silence, l'hoinme répondit tampes du temps. — Voici au surplus le 
cantines brisées, des boîtes à pétro- de la même voix dolente : titre des conférences sur Napoléon. La 

le aplaties. — ^Non, mon lieutenant. Rien pour jeunesse de Napoléon, Napoléon et les 

. , , ., , • A ' 4 A 1 vous femmes, les Missionnaires de Sainte-Hé- 

l'Atf'J „ V «°"''^^'""'^°* ^" °°* Mais pour eux, le feu pâle épingle l^ne, par M. Frédéric Masson, de l'Acad. 

U AKtadou . ^^^^^ j^ ^^.^ ^^ ^^^.^ ^ trembler. Ils f/^"?/ J'^f^ Brumaire, par M. Albert 

On UNuit fait peu de chemin. La continuaient en leur langage étran- ^"^^f^^ de lAcad Franc. ; Psychologie 
colonne axait multiplié les arrêts, ré- _. « „•„ ___,.„ -,ar dessus les monts "^^l^taire de Napoléon, par le gen. Bon- 
nui^itionnai.t chevaux et mulets dans ~! , -, ^ dessus les monts ^^^j j^ Théâtre sous l'Empire, par M. 

quisitionnai.t chexaux et mu ete dans ^^ j^ ^^^.^^^^ ]^ espaces blancs où le Mounet-Sully ; la Psychologie juridique 
es douars rencontres. Ce n était qu a ^^y„„ é^•eillait des scintillements, de de Napoléon, par M. Sabatier ; le Vol de 
la nuit qu on atteignait le point de y^ .poussière d'étoiles. l'Aigle par M. H. Houssaye, de l'Acad. 

campement designé. Et le lendemain Le.s lauriers-roses des ravins, les Franc. 

on n osait pas ^ repartir, sans avoir ijujgsons, toutes les herbes embau- Rappelons que les principales chroni- 

rcmis un peu d'ordre, fait les répa- liaient. Des fleurs inconnues, dans <^l"^s. de la "Revue hebdomadaire", qui ne 

rations nécessaires. Eisenmann, Bau- l'^mbre s'entr'ou%Taient Un tor- P"^^^^ 1"« ^^ l'inédit, sont tenues par 

!u avaient la fièvre. On les traînait ^^^^ '^1^^^ ^ f^j.^jt ^^ bruit ^™- H^^otaux, de l'Acad. Frànç., poU- 

à cacoleta. Le sou-, quand on les ^^ cascatelles. La nuit était tiède, IZ", fT^^r^ : v' 1 a. VÏ TT^' 

descenda t, ils éta ent tout raides, .„■ „ . i,„^;a,v.o 0+ ^^ r.«vfn».c= T?l ^^ ^^^ '^^^^ • ^"""^ ^^^^^ l'Actualité; 

Placés incaoables de faire un mou S.- ^V ™ f , parfums. Et „ Bordeaux, La Vie au Théâtre ; Frantz 

glacés incapables de faire un mou pj^^^ ^^^^^^ -^ j^ ^^^^^^ j^^^^^ 1^ Funck-Brentano, A travers l'Histoire ; 

\cment ou de parler. ^^.^^ regardait au-dessus de lui le Charles Le Gcjffic, la Poésie ; Pel ad am, 

Et de la même voix monotone, of- ciel pâle s'agrandir, monter, monter Les Beaux-Arts. Chaque No 168 pages. 

ficielle, pri-se dans le métier, le télé- dans l'infini. supplément tiré sur papier couché illus- 

L'raf)histe ânonnait toutes ces nou- — Au fait, songea-t-il, pourquoi ^'^^ P^^^ l'image l'histoire de la semaine. 

vcllf-s indistinctement. Autour de lui, m'écrire?... Prix de l'abt.: 3 mois 5 fr- 75 ; 6 

pressés, les autres écoutaient sans Cependant malgré sa belle assuran- f °'^' '° ^''- 5°,: ^ î^ ^? fr- I^^^r. PLON, 
'ij. . , i-xj ^ • , ° nie Garanciere, Pans. 

mot dire, mais on les sentait deve- co, une tristesse germa en son cœur. 

nus tristes à cause de tout ce dont Des figures chères passèrent en sa mé- _. 

les camarades avaient souffert. moire, coulèrent en sa détresse, dans 

Maintenant passaient les télégram- le noir, le vide, l'isolement de tout L'habit ne fait pas le moine, dit le pro- 

mes officiels flu colonel, commandant où il était, — puis une autre, la der- l^^^^ ' *"*"« ^^ chapeau fait la femme. 

la colonne. Ils étaient immédiate- nière de sa vie, presque douloureuse, f ',?Vr ^"'"P^"" '\ agréablement une 

. , . . 1, -j 1 , ./ 1 1 .s > 11 •. ^-oilette qu'un beau chapeau. Nous ne di- 

ment transmis a aide du second restée dans le mystère qudle avait ^^^^ p^, .seulement beau, dans le sens de 
appareil tourné de 1 autre côté, vers voulu... riche, de garni, de chargé, mais dans le 

lu petitp ville blanche posée au loin, sens d'élégant, d'artistique, de distingué. 

.lU boni de la plaine. On n'enten- ^* Nous ne pouvons trop appuyer sur ces 

dait plus que le déclanchement des "gj vous n'avez pas peur venez " ''ornières qualités qui sont .surtout les ca- 
manettes heurtant les appareils et, à disait la petite lettre qu'il kvait r^ ractéristiques des chapeaux de Mm* Pa- 
travers l'espace, les rayons pariaient, çue un matin, à Constantine, deux ^^clh. ..^ .1.1 r * -. ., 

F>alpitaient, coupés d'ombres rapides, jours anrès son arrivée t «"^•^«l'y^^l'^ modiste sait donner 

_ , , ' J""f^ ^P^^ ^"" arrivée. _ un chic tout à fait nouveau à toutes ses 

Eiitn? deux telétrrammos, la conver- Celai étonna. Supposant une plai- confections, et c'est plaisir de contempler 
^ition reprenait. Ds échangeaient santefie des camarades, il avait sou- ce qui sort de son salon de modes. Allez- 
If'urs impressions, des choses à eux, ri et négligé le billet. Il ne rentra y faire une visite. C'est de plus, le temps 
mille faits lej concernant, même sur que fort tard en sa chambre d'hôtel, '^es réductions et des bons marchés, vous 
ce qui s'était passé dans les postes de Là, sur la table, entr' ouverte, telle ^""^ '^^•'' «chapeaux de demi-saison à des 
rOiH-«l-R'rhir et qu'une lettre reçue qu'il l'avait jetée, la petite lettre at- ''^"•' «arches séduisants. 
racontait. Pierre ent<>ndit vague- tondait, appelait. jj^^g PAGEAU 

r^*r!î';'T I '''""" ""^^r 7i^' ,.. . 769, rue Saint-Catherine Est, 

disparue après le passage d'un déte- ( A suivre ) - entre les rues Panet et Plessis. 



s^a. 



6ème Année— No 24. 



LE NUMERO : 10 CENTS. 



Samedi, 21 Mars 



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1903. / 



Ce Journal de ?rançoi$e 



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SOMMAIRE 



Myosotis (poésie) Adolphe Poisson 

A une femme détestée (poésie) Emile Nelligan 

Une i)age de Mémoires '. . . . Louis FTéciiette 

Les dernières Cerises Marinette 

Quelques femmes illustres, Christine de Linden 
Chronique Magali 

Les ouvrages des Dames au XVlIle siècle 

Jean Robiquet 

Petit Croquis Paul de Briqueville 

tfii livre excellent 

Propos d'Etîquette Lady Etiquette 

Recettes faciles, 

Conseils Utiles 

T;a rojute s'achève (feuilleton) 

Jean St-Yves 



EN PRIÈRE 




Wilson*s 

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Le Dr Walter H. Moorhouse. doyen 
delà Faculté de Médecine de l'Uni- 
versité Western, Londres, dit : 



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Revue Hebdomadaire 



SOI^IMAIRR DU 7 MARS 



i. ....... V ....lies Wagner, "Le Droit îles 

mort.s"; Frédéric- Masson de l'Académie 
Iraucaise, "Napoléon et les fenunes" ; 
Fran<,ois de Wilt-Giiizot, "Conlérences et 
conférenciers"; Frafiçois Herczeg, Le Ma- 
riage de S/.abolcs": Traduit du hongrois 
par MBI. Pierre Bnin etZoltzau Nagy 
(, I ) ; Jlounet-Siilly, sociétaire-doyen de 
la Couiédie-Française, "Takna pt le théâ- 
tif au temps de, l'Empire" (H )' (fin) ; 
l'éladan, "Tye.s Petits -Salons"; L. Per\-in 
qinCrr, "Chronique scientifique. — Les faits- 
(il vinaine. — Revues françaises et 

ét!aiii;i-it.'s. — I,a Vie mondaine. — La vie 
sportive. 



(Janton joue avec le chv jii 
-«10 des miaulements douloureux. 

— Gaston, crie sa maman, as-tu fini 
de tirer la queue du chat? 

— Mais, maman, je ne tire pas je 
t'assure. Je ' .i tiens simplement la 
queue, et c'est lui qui- tire de toutes 
ses forces. 



l Théâtre National ^ 

M. P. CAZENEUVE, directeur. 

Coin des rues Tél. Bell Est 1736 . 

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6ème Année.— No 24. 



LE NUMERO : 10 CENTS. 



Samedi, 21 Mars I'.K)8. 




(GAZETTE CANADIENNE DE LA FAMILLE) 

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Myosotis 



O pâle fleur du smivenir 
Qîi'mte mai?! chire m'a do7inée, 
Pourquoi V es-tu sitôt fanée ? 
Hélas ! ne pouvais-tu tenir 
Jusqu'à la fin de lajour7iée, 
O pâle fleur du souvenir. 



D' un amo7cr qui devait durer 
Aussi lo7igtemps que le cœur même, 
JV'es-tu pas l' éphénûre emblème , 
Et me faut-il déjà pleurer 
L'image de celle qtie faime 
D'u7i a7)iour qui devait d7irer ! 



D'un bonheur pour jamais perdu 
Toi se7de restes, fleur si tendre ; 
Car si parfois j'ose desce7idre 
Dans V1071 pauvte cœur éperdu, 
Hélas ! je n' y vois que la ce7idre 
D'7in bo7theur à jamais perdu ! 



pâle fletir du souvenir 
Do7it le parftim vi07ira7it ni'e7iivre, 
Ephémire, t7i vas sui^ivre 
A71 scr7ne7tt que devait te7iir 
Celle po7ir qjii j' ai J7iré vivre, 
O pâle fle7tr du souve7iir ! 

Adolphe Poisson. 
Extrait " Sons les Pins." 



^ une femme détestée 

VERS INÉDITS 

Car dans re.s jours de haine et ces temps de combats 
Je fus de ces souffrants que leur langueur Isole 
Sans qu'ils aient pu trouver la Femme qui conS"le 
Kt vous rjimp'it le coeur rieu qu'à parler tout baa 

GEORGES RODENBACH. 

Combie7ije vous déteste et combien je vous fuis : 

Vous êtes pourtant belle et tr'ès noble d^ allure. 
Les Sêraphi7is ont fait vot7-e ample chevelure 
Et vos regards couleur du charme br7in des n7iits. 
Depuis que vous m' avez Jroissê, jamais depuis, 
N'ai-je pu tempérer cette intime brûlure : 

Vous 7/t'avâz fait souflrir volage créature 
Pe7idant q7i'en moi gro7idait le volcan des e7inuis. 
Moi, sans amour janiais qu'un amour d'Art, 

[Madame 
El V071S, i7idiflére7ile et qui n'avez pas d'âme 

Vieillisso7is to7is les deux po7ir 71e jamais se voir 
fe 7ie dois pas courber mon front devant vos char7nes, 
Seule77te7it, seulement, expliquez-moi ce soir. 
Cette tristesse au cœur qui me cause des larmes. 

Emile Nelligan, 




374 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




Une page de Mémoires 



L.E NEPTUNE 




LE diable a été le cauchemar de Larquaient la nuit, dans leurs longs 
mes premières amiées. canots à huit rames, pour enlever les 

Je n'étais pas un poltron, au con- moutards qui dérol>aient des conîitu- 
traire ; mais le seul nom du diable res, ou mordaient les doigts à leurs 
me donnait la chair de poule. {ietites sœurs. 

Ses cornes de taureau, ses pieds Mais aussi de très bons, dont l'é- 



fourehus, sa Larbe de bouc, sa queue 
de dragon, ses terribles ailes de chau- 
ve-souris, noires, gluantes, griffues, 
me faisaient frissonner rien que d'y 



Ce rêve se réalisa. Mais la racine 
(les cheveux m'en fait encore mal 
(luand j'y pense. 

Un gros navire — tout noir celui- 
là, avec un air i-cLarbatif et des écu- 
biers qui vous regardaient d'une fa- 
çon inquiétante — était ancré à deux 
encablures de la ligne de roches qui 
l>ordait le chenal du Saint-Laurent à 
marée basse, qui s'appellent en Fran- 
ce les accoies, et que nous appelions 
les "Chaînes". 

Je de\ais l'tre alors dans les sept 
ou huit ans. 

Tjc fils d'un pêcheur de notre voisi- 
nage, qui était de quelques années 
plus âgé que moi, avait mis la 'main 
sur une paire d'avirons, et vint me 
proposer une promenade en canot. 

Ce luxe m'était absolument défen- 
du par arbitraire paternel: mais 
après tout, il n'y avait pas de dan- 



quipage chantait de belles chaneons 
marines, et apportaient — la nuit 
aussi — de jolis bébés roses aux ma- 
mans malades, pour les consoler. 
penser. Et puis, il y avait des histoires 

Jugez si l'événement que je vws sombres, des légendes. 
vous raconter était fait pour me ras- Des mousses volés à leurs parents, 
surer. expirant sous la garcette, ou qu'on g^j. 

Mon enfance a eu pour horizon pendait aux antennes, quand ils pleu- 
lamphithéâtre si pittoresque du baS- raient trop fo.rt. 

sin de Québec. Des jeunes filles disparues pendant 

Mais de to.ut ce que j'avais sous les la messe du dimanche, pour s'être im- 
yeux, ce qui m'impressionnait le plus prudemment promenées "sur le bord 
vivement, c'étciient les majestueux de l'eau". 

vais.seaux — nawes à trois mâts, Une vieille ballade relatait même 
bar<iues élégantes ou bricks léj^ërs — la chose sur un air langoureux qui ^ait à l'école ; personne n'aurait oon- 



Michel savait manœuvrer ; nous 
pouvions nous risquer au large, et 
même - qui sait? — nous approcher 
du gros bâtiment. 

Ije père de Michel était absent, le 
mien aussi ; ils ne seraient pas de re- 
tour avant le soir : maman me croi- 



se balançant sur leurs ancres, avec me rendait tout rêveur: 
leur ceinture blanche où se découpait 
de faux sabords, avec 



une. ran^ 
leurs pavillons pendant paresseuse- 
ment aux drisses, avec leurs voiles 
soigneusement carguées ou séchant 
au soleil, avec leurs figures de proue 
ou leurs éperons en cagouille se mi- 
rant dans la vague, et surtout avec 
les chants mélancoliques de leurs ma- 
telots penchés sur les guindeaux ou 
les cabestans. 



Isabeau s'y promène 
Le long de son jardin, 

Sur le bord de l'île, 
Le long de son jardin, 

Sur. le bord de l'eau, 
Sur le bord du vaisëeau. 

Et cœtera. 

Enfin, ces arrivants des lointaines 
contrées, ces visiteurs exotiques qui 
apparaissaient ou 



naissance de notre escapade. 

Et nous pourrions voir, tout près, 
tout près, le gros bâtiment noir. 

Le gros bâtiment noir: la figure 
d'avant, le gouvernail, les ancres, les 
haubans, les mâts, les vergues, tout ! 

La proposition étant trop tentan 
te, riKîus partîmes. 

Il faisait un beau temps calme. 

Le ciel était comme assoupi dans 
une transparence tranquille et serei 



disparaissaient ne. 

Ces grands vaisseaux venaient de si comme de grands oiseaux de passa- Et notre canot — un tronc d'arbrn 

loin! ge. et que, dans notre langage d'en- creusé — coulait comme sur une sur 

Us avaient vu des tempêtes, des zô- fants, nous désignions sous le nom face d'huile, où se reflétaient les mâts 

nés inconnues, des climats dorés, générique de "bâtiments", oonsti- du grand navire, la pointe en bas, fi 

l'immenfiité mystérieuse des mers. tuaient tout un monde pour mon chés tout droit dans je ne sais queli 

Certains d'entre eux passaient mê- imagination naissante. fantômes de nuages nay;eant au font 

me pour avoir fait le tour du mon- C'étaient en même temps Croque- de profondeurs infinies, 

de... Imaginez! mitaine et les bonnes fées. J'ai encore dans l'oreille le clapo 

Avec cela qu'ils avaient leur carac- Ils avaient le redoutable cachet des tis sonore et délicieusement doux des 

t«^e. choses ténéljreuses et l'attirante poé- gouttes d'eau qui tombaient de nos 

J'en ai connu des bons et des mé- sie de l'inconnu. avirons, en dessinant de petits cer 

chants. En somme, je n'avais qu'un rêve à clés concentriques et mobiles sur 1( 

TV très méchants, dont les vieux la fois doux et troublant: voir un miroir d'argent fondu dont nom 

galIfTB, tout noîrs de dinrbon, dé- Iiètimcnt de prôs. troublions la limpidité opaline. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 375 

Le cœur me battait un peu ; et je rage, à laquelle se serait mêlé un ap- gibier de potence, s'était, depuis que 

sentais mon émotion s'acccntvier, en pel de suprême détresse. le bâtiment avait jeté l'ancre dans le 

voyant le haut-bord grandir, grandir Cela, frappant tout à coup nos port, gorgé de rhum et de whiskey, 

d'une façon formidable, à mesure que oreilles dans ce grand silence et dans chaque fois que ses méfaits ne l'a- 

notre canot s'en approchait. l'inquiétude vague de notre équipée valent goint conduit à fond de cale. 

Quand nous fûmes tout près, il clandestine, nous atterra. Ce scélérat était la terreur des au- 

nous parut énorme. Plus morts que vifs, Michel et moi, tares matelots, qui le fuyaient comme 

Le pont était désert, ou tout au nous nous écrasâmes dans le fond du une pest€, révoltés par ses blasphè- 
moins nous n'y vîmes personne. canot. mes et redoutant ses coups de cou- 
Tout avait l'air de sommeiller à Restâmes-nous longtemps dans cet^ teau. 
bord ; le navire lui-même semblait te position? Je ne sais. La discipline du bord était très re- 
un grand corps mort, oublié et flot- J'ignore même comment nous re- lâchée, le capitaine lui-même ayant à 
tant à la dérive sur le cours endor- gagnâmes le rivage. cuver son alcool plus souvent qu'à 
mi du fleuve. Je me souviens seulement que, cet- son tour ; et les scènes d'orgie de l'I- 

Pas vin bruit, si oe n'est celui du te nuit-là, je ne dormis pas unis se- talien, encouragées par cet exemiple, 

flot jaseur qui, se Ijrisant sur la chaî- oonde. prenaient quelquefois un caractère dé- 
ne de l'ancre et sur le taille-lame de Aussitôt que j'osais fermer les moniaque à mettre l'effroi au cœur 

l'étrave, glissait le long des grands yeux, j'apercevais toujours la terrible dès^plus braves. 

bordages cuivrés, avec de petits chu- face du hul)lot, penchée sur mon lit. Quand on pouvait s'emparer du 

chotements de filet d'eau filtrant en même temps que l'inénarrable ru forcené, on l'attachait ; mais on n'y 

dans les herbes. irisSement retentissait de nouveau, arrivait pas toujours. 

Le courant nous entraîna tout na- tout près de moi, dans les témèLtes. . Un soir qu'il avait bu plus encore 

turellement en poupe. ïl en résulta une fièvre chaude qui que de coutume, au moment même 

Nous pûmes admirer les hanches co- '■^*^"* "^^ "^^'"^ ^ "^°" °^<^^^* ^o"**" "" i' proférait un de ses plus abomi- 

lossales du géant les puissants ^^ journée du lendemain. naVjles blasphèmes, on vit tout à 

gonds de fer et les lourdes conassières I^ans mon délire, je ne parlais, pa coup le chenapan, pris de hoquets, 

du gouvernail avec au-dessus le '"^^t"^!' "i ^® Michel ni de notre pro- s'arrêter court, pâlir et finalemicnt 

nom du vaisseau sculpté en relief au ipenade en canot — j'avais cet ins tomber sur ses genoux, les yeux fixes 
milieu d'arabesques dorées. tinct — mais je voyais le Diable avec d'horreur, comme devant une épou- 

,, , 1 -i 1 «HT i " ses cornes de taureau, ses pieds four- vantable vision. 

Il s apiDelait le "Neptune . i , j i j t, • -, , ^ i r^ 

. . chus, sa barbe de bouc, sa queue de ruis il se releva et bondit en arrie- 

Ce nom ne nous disait absolument ^^^^^^^ ^^ ^^^ ^^ chauve-souris, re en criant : 
rien ; mais il n en fut pas de même ^^.^^^ gluantes, griffues.., et sa four- -Le diable! le diable! ... Sauvez- 
lorsque nous aperçûmes la figure ^^^ _ ,^ ^,„^ç^„te fourche à txois moi! 

d'avant - le dieu mythologique, al- fourchons lancéolés et barbelés que Et, soudain, râlant de peur, se dé- 
longé sous le tKîaupre, menaçant, .,^^^^.^ ^^^ ^^ j^^^^^^ suspendue sur iJattant comme un possédé, on vit le 
couronne en 't^-te et son trident au ^^ ^^ malheureux^ donner tête baissée et 

poing. j^ samedi suivant, les journaux de disparaître dans une écoutille. 

Pour nous, enfants de notre âge, ce Québec racontaient les péripéties d'un Les témoins de cette scène, c'est-à- 
ne' pouvait être là que le Diable avec terrible drame arrivé à bord du dire presque tout l'équipage, se pré- 
sa fourche. "Neptune", un navire de Liverpool, cipitèrent aux échelles, tandis que 

De sorte que, soudainement ef- en rade dans les eaux de Lévis, vis- l'ivrogne, fou de terreur, se réfugiait 
frayés, nous parions à virer de Ijord à- vis les Foulons. dans to.us les coins, hurlant sur les 

au plus près, quand, tout à côté de Un arrimeur du nom de Vallée, qui tons les plus lamentables: 
nous, éclata, subit, strident, sinistre, avait travaillé à bord du vaisseau, — Au secours! au secours!... Le 
le plus épouvantable hurlement que et qui était au co.urant des faits, diable! Sauvez-moi!... Il vient! il ar- 
j'aie jamais entendu de ma vie, et nous les raconta dans tous leurs dé- rive! il m'empo.igne! il m'enlève!.... 
que j'entendrai jamais, bien sûr. tails. Je suis damné!... 

Au même instant, une face far ou- C'était un grand miracle, ni plus Et le maniaque se roulait par terre 
che, horrible à vous figer le sang ni moins. en sanglotant ; puis, avec des sou- 

dans les veines, nous apparaissait Un miracle à frapper d'épouvante bresauts de rage folle, se tordait 
dans l'encadrement d'un hublot, toute une génération. dans des convulsions d'épileptiquo, 

comme une tête de Méduse menaçan- J'en abrège le récit. la face et tous les musclés du corps 

te et injectée de sang. Un matelot italien, un. de ces ban- hideusement conti-actés, s'accrochant 

IjC cri n'avait rien d'humain. dits sans foi ni loi, ne craignant ni désespérément à tout ce qu'il pouvait) 

C'était un beuy;lement inouï, une Dieu ni Dial'le, coureur, ivrogne, ba- atteindre, surtout aux jambes de ses 
vocifération féroce d'horreur et àe tailleur, capable de tout, véritable camarades, qu'il suppliait avec des 



,37fî LE JOUKNAL DE FRANÇOISE 

accents à déconcerter ic« plus impas co que c'est que lo "delirium trc- t<>s rolntioiis (|u'il avait coiiseoées 

sibles : mens" et la combustion spontanée. clans l'armée, [lourrait être de la 

— Attaofaeî-moi ! criait-il. De ce dernier phénomène, je viens plus gninde utilité à Geoi-ges, qui se 

On l'attacha, solide. de racont(n- j^eut-étre l'unique exem- destinait à la médecine militaire. 

—Enfermez-moi! pie qui ait jamais été coivsiaté en llf'fvé se mit avec empressement à 

On l'enferma. Amérique. ''^ disjîosition de son ami ; et, dési- 

-Barricadez! Celui qui en fut la victime, je l'ai '"''"f' ^'''^'i'' agréable à la fois à lui 

On barricada. vu. Je ne l'ai vu c-u'une minute, et il ^* ^ ^ff^^^, mvita le capitaine Ver- 

f\ . jii_ij iiii', . n'fi' <'t (icortifes a venir passer aux 

Un entassa devant la porte du oa- v de oeJa plus de soixante ans ; mais ai'- i jit.^- 

, ^ ^ . ^^ t j„ ; • 1 , . -, 1 • • . Aubepnis les vacances de la Pentecôr 

banon tout ce qu on put y tramer da le souvenir de la terrible vision n est ^ 

chaînes, de lourdes amarres, et de pas encore fji'ès de s'effacer de mon Le capittune Vernier et Hervé s'em- 

barres d anspect. esprit. brassèrent joyeusement, heureux de 

On y -roula môme une grosse ancre Louis Fréchette. se retrc)u\er tous deux frais et dispos, 

et un canon. • après des années de séparation. 

L'énergumène hurljùt toujours. f^^^^^f^^^^^^^^^T^-^^^ f^" présenta l'un à l'autre Georges 

Durant trois jours et trois nuits ort V y ^^ Eveline et on leur permit de s'é- 

l'entendit se débattre et tressauter ^ £(5 ({(ritiCrCS ÊCriSCS # '^^**^ ^ '®"'' ë^'^ '^"^"s '«^ campagne et 

dans des accès furieux, se frappant la A K <^ans le bois, toujours alertes, jamais 

tête contre les parois de son cachot, L«^C>C^^p-<><-><^ J '"""'' '^"^^•^^"* ^^^^^^ ®* fruits, buti- 

luttant avec des cris de bêtes qu'on "»"* «^"^™<^ ^e^ abeilles. 

égorge, refusant to.ute nourri- [VI HERVE des Aubépins, ancien ^'*^ n'avaient pas tardé à se prendre 

ttire et ne s'arrêtant pendant quel- I I. capitiiine aux zouaves pontifi- ]'"" , ^'""^ ^'^"^'"^ d'""*' franche et 

ques minutes que pour reprendre ha- eaux, s'éttvit retiré dans ses terres, ■^. «ympathie, exempte de toute 

leine et recommencer de plus belle. après l'année terrible, et s'y laissait '^'•''^«•'^-pen.st^e, mais t,ui devait lais- 

L'équipage - qui ne l'aimait guè- exister dans la plus paisible retraite 7^' '^^ l^"';;;,;;':^'"^^ ^''^ ^^^^^ P^«f"'^- 
re. cela se conçoit - pris, du reste, «vec sa pupille, Eveline d'Aubley, "'^'•, ''^. '»tl«^'*^t»iles. 
de terreur suj^rstitieuse, l'abandon- une ravivante fillette d'une douzai- ^vs. tournées passées en commun, fa- 
na à son sort "*^ d'années aux yeux bleu de perven- ""lialoment, habituaient peu a peu 

T *• j * • -1 • ehe, aux lèvres dé pourpi-e, aux che- f^^orges et Eveline à ne plus vivre 

Le matm du troisième jour, on ^.^^^'^ ^^^^,^j„,^ P rp , a ^^.^ ^.^^^^ ^^ ^,^^^^ ^^^^^^^ ^ ^^ 

n ent<.ndit plus rien. E^^,j^^ ,^^j^ tout pour Hervé, ^<^illf^ f'" fJépart, songeait: 

Mais une puanteur nauséabonde, comme Hervé était tout pour Eveli- -t-'omme ma gentille petite amie 
d horribles émanations de chair ^ril- ne. va me manquer ! 

lée, qui venaient du cabanon où l'on Seuls au monde, sans famille, ces ^^* Eveline: 

avait enfermé le sacripant, .se répan- deux êtres, si différents d'âge et de -Quel charmant camarade dé ieux 
dirent dans le navire. caractère, vivaient en véritables er- que le petit-fils du capitaine Ver- 

C'était suffocant. mites au gentil castel des Aubépins, nier! Comme les Aubépdns me sém- 

ites plus hardis ouvrirent la porte ^ Vaux-sur-Aubigny, à quelques kilo- bleront tristes sans lui' 
et reculèrent devant le corps du mal- "^^tres de Langres, dont on aperce- Le jour même du départ, au déjeu- 
heureux matelot, affaissé comme une I^^ ^^nt sur rSTazur "''' "^ ^'' ^"^ f"* --i -- ^-«i- avant 
loque informe, couleur de charl.>n et ^^it ^^ ^'^ promenades que ^"^'^ ^-*"- '^ '^-'^'"-* ^ la ga- 
ea ciné jusqu aux os, aussi répugnant ^,,, j^^,^ ^^j J^,^^ ensemSe, 1^ S '' ^^ Langres, par une suprême co- 
* j ^\?" "; l«*^ g»^rdait souvent le regard atta- Huotterie de ménagère, Eveline dispo- 

J>e diable avait fait son œuvre, ché sur ce point lumineux, sur cette ""^ «"^ '^ taMe une coquette corbdlle 
conclut I ammeur. Après s'être em- ville aux blanches murailles, comme '^^ œrises, cueillies dans son jardin 
par.» de l'âme du blasphémateur, il si, de là-bas, elle attendait pour l'a- Pf^rsonnel. 

n'avait laissé de lui qu'un paquet de venir quehpu. heureux présage. -Monsieur Georges dit^elle ie 

cendres et de débris repous-sants. ~^r^T' P''"*''* ^''''''^' «'«"""i«' viens de les détacher' de l'arbre en 

-Parlez-vous sérieusement ? fit s étiole. La compagnie d'un vieux votre honneur. Ce sont là mes der- 

m«n père. grognard comme moi lui devient pé- n,ière« em-îeoa «+ ;^ o„; „ 1 

,. -ui T> • ,. . . . nieres cerises et je sais Que vous les 

-Sur mon âme! répondit l'arri- "»b'«- Pour.p.oi diable notre retrai- adorez " s 4ue vous les 

mear. ^ est-elle si éloignée de toute autre ^ 

-Un iJéau cas de "delirium tre- »^\bitationV ..l'^.^T ''T'"'!. ^«««^"«"^^«"* 

m^" et de combustion spontanée ! ^^\\<^- r'^^f^'"''' "«''^^ ^«"^ T M ? ^T^"*' ^'*^' 

fit notre médecin de famille' qui se ""*' "•""V- "" ^""''" camarade d'ar- tmn Mais pendant tout le repas unrf 
■ trouvait présent '"""'"' •"* •* mes qui 'lui recommandait instam- P^'usoo triste le 'hanta : 

i« 1- I**" i-r j ., '"*'"* '^" petit-fils, Georges Vernier, —Les dernières cerises! se rénétait- 

.le neus la clef du mystère que de quelques années plus âgé qu'Eve: il à lui-même. Pourquoi Ld^l 

lo..que ™. aud.. meun^t appris '/„:.. y. .'es .v,-é,ins. par li, -hau- n>s ? Ne lui serait-il plus pTJrÎ 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



377 



revenir aux Aubépins ? Cela lui sem- 
blait cruel. Vaguement l'idée d'un 
mariage possible avec Eveline miroi- 
tait devant lui. Puis, sagement, il 
jugeait : 

— C'est folie ! je suis trop jeune ! 
Je viens seulement de passer mon 
baccalauréat. J'ai près de quatre 
ans d'école et de stage à faire avant 
de recevoir mcin premier galon. D'ici 
là, Eveline, pour peu qu'elle eût son- 
gé à moi un instant, m'aura oublié! 
Et cependant, nous aurions pu vivre 
si heureux ensemble ! 

Dans les yeux l'un de l'autre, les 
enfants lisaient leurs secrètes songe- 
ries, 

Les yeux ne reflètent-ils pas l'âme? 

Mais, par un prodige de discrète 
réserve, ils se turent. Ils se quittè- 
rent sinoèrem.ent émus, et devant les 
deux vieux amis échangèrent! un 
chaste baiser. 

Le train siffla, partit. Georges et 
Eveline étaient-ils séparés à jamais ? 

Chaque année, au temps des C/eri- 
ses, Georges de son côté, Eveline du 
sien reparlaient affectueusement du 
bon temps passé aux Aubépins. 

A dix-huit ans, Eveline hérita de 
plus de 300,000 francs d'un vieux 
cousin, et devenue un brillant parti 
vint passer les hivers à Paris, où elle 
rencontrait fréquemment Georges 
Vernier. 

Celui-ci n'osait donner suite au cher 
rêve caressé et demeurait les lèvres 
closes. 

Cependant, un chagrin le minait, 
une fièvre lente le faisait dépérir. 

Avec ces yeux d'amour qu'ont les 
aïeuls pour leurs enfants, M. Ver- 
nier eut bientôt fait de le confesser. 
11 ne dit mot: mais, à l'insu de 
Georges, partit pour les Aubépins, 
dont il revint tout joyeux. 

—Mon ami, dit-il à son petit-fils, 
je viens de recevoir une invitation 
pour aller passer quelques jours aux 
Aubépins, près de mon vieil ami. 

Georges n'eut pas le courage de re- 
fuser. 

L'idée des dernières cerises le han- 
tait. Superstitieux comme tous les 
amoureux, il se disait: 

—Si, dans le cerisier d'Eveline, je 
vois étinceler le rubis des cerises, 
j'espérerai, je parlerai; sinon, je me 
tairai ! 



Las! plus de fruits sur l'arbre. 

Triste, le jeune homme ne dit m^ot. 
D'ailleurs pouvait-il, lui, chétif, pré- 
tendre à la main de la riche héritiè- 
re ? 

Le jour du départ arriva. 

Georges avait le cœur bien gros 
et tenait les yeux fixés sur son as- 
siette. 

— Vous ne mangez pas, mon jeune 
ami, lui dit M, des Aubépins. Goûtez 
au moins au dessert qu'Eveline a 
préparé pour vous. 

Dans luie petite corbeille, sur de la 
mousse, rouga et tentatrice, une su- 
perbe cerise s'étalait. 

— La dernière cerise, monsieur (!e;r- 
ges. Je l'ai cueillie à votre inten- 
tion; elle était cachée sous une bran- 
che. 

Le jeune homme balbutia une phia- 
se inintelligible. 

— Allons, vous, docteur, vous recu- 
lez devant le danger; vous ne voyez 
donc pas de quelle gentille façon 
Eveline vous tend le fruit? 

Georges poussa un cri de joie. 

La cerise se balançait au bout des 
doigts roses de la jeune fille, et l'a- 
moureux, en savourant le fruit déli- 
cat, crut y apercevoir comme un 
avant-goût du baiser de fiançaille. 

Marinette. 



Outre^mancDe 



Lord Curzon, s'il est élu par les 
pairs d'Irlande comme leur représen- 
tant à la Chambre des lords, va ren- 
trer dans la vie publique anglaiaei II 
est permis, à ce propos, de rappeler 
une mésaventui« qui lui advint, du- 
rant sa vice-royauté aux Indes. 

Le vice-roi avait son franc-parler 
envers tous, mais plus particulière- 
ment envers les indigènes. Un jour 
qu'il présidait, à Calcutta, une réu- 
nion de l'Université, en présence de 
l'élite intellectuelle des Indes, il fit 
l'éloge de la sincérité, "cette vertu 
occidentale" ; il laissa fort claire- 
ment entendre à ses auditeurs hin- 
dous qu'ils étaient portés à la flat- 
terie et au mensonge par une tendan- 
ce invincible. 



Un des auditeurs trouva la réponse 
(jui convenait : rentré chez lui, il 
prit un livre de Lord Curzon : "Pro- 
blèmes d'Extrême-Orient", et copia 
la page suivante qui parut, le lende- 
main, dans le plus grand journal in- 
digène, en regard des paroles offen- 
santes du vice-roi : 

"Avant d'être introduit chez l'em- 
pereur de Corée, écrivait Lord Cur- 
zon, j'obtins un interview avec le mi- 
nistre des affaires étrangères. On m'a- 
vait bien recommandé de no pas lui 
a\<)uer que j'avais seulement trente- 
trois ans, âge auquel les Coréens 
n'attachent aucun respect. Au3i^i, 
quand il me posa tout de suite la 
traditionnelle ((uestion: "Quel âge 
avez-vous?'' Je répondis sans sourcil- 
ler : "Quarante ans." "C'est extra- 
ordinaire, répliqua-t-il, comme vous 
paraissez jeune pour cet âge. Gom- 
ment est-ce possible?" — " Tout- 
simplement parce f|ue je jouis c'enu's 
un mois du masznificiue climat de vo- 
tre contrée." 1 inalement il me dit : 
"Je suppose que vous êtes un pro- 
che parent de Sa Majesté la Reine 
d'Angleterre?" -^ "Non, répondis-je, 
je ne le suis pas." Mais, observant le 
regard de mépris qu'il me lança aus- 
sitôt, je me hâtai d'ajouter ": "Il 
faut dire toutefois que je ne suis pas 
encore marié", et par cette remarque 
mensongère, je regagnai complète- 
ment la faveur du vieil homme." 

L'Inde tout entière éclata de rire 
et son vice-roi dut rire un peu, l«i 
aussi. 



—Joseph, si quelqu'un vient, vous 
direz que je suis à Québec. 

— Bien, monsieur. 

Un ami arrive un instant après. 

— J'en suis fâché, répond Joseph 
au visiteur, mais monsiem- est à Qué- 
bec. 

— Avec Madame. 

— Non, monsieur, avec moi. 



Avant de s'endormir, Bébé fait sa 
prière et recommande au SeiL^:neur 
tous les memli-es de sa famille, par- 
ticulièrement son onclo F.mile qui le 
comble de cadeaux : 

— Mon Dieu, je vous en i ri \ con- 
servez mon bon oncle... au moins jus- 
qu'aux étrennes. 



378 LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



l?l 



.^>^AA;^j^j^j^;^>^i^i^.^iS-i^:i^i^i^;^:^i^;^^;^^^-y y reçut d'abord, fut froid au dire 

iff ""^1 de Clément Marot qui adressa les 



% Quelques femmes illustres % 



vers suivants à Marguerite de Navar- 
re : 

f^ DE LA RENAISSANCE ITALIENNE W Ha! Marguerite, escou te la Bouffrance 

(v^ /y*' '^^ noble cœur de Renée de France 

'^'fe ^;^;^;^;^;^.:^;^!;^]^;^;^;^;^;^!^'^;^^!^^^!^!^!^! ^*^ Pulscomaie sœur plus fort que d'espérance 

Console-la. 

APRES les sombres années du su- pour ainsi dire la grande ère à Flo- Tu sais comoie hors son pays alla, 
|)arstitieux Moyen-Age, la Re- rence. Lucrèce Borgia ( née en 1430i) , Et que parents et amis laissa-la, 
iiuissarice italienne arrive comme un la mère du célèbre CÔme, et Clarice, Mais tu ne sais quel traitement elle a 
épa.nouisseraen( brillant de l'âme hu- son épouse étaient des femmes pieu- 
moine, heureuse de se trouver libre ses et distinguées, la première sur- Elle ne voit ceulx à qui se veult plaindre 

,. ,., j ■ ■ .^, . , , . . 1 .!•,,/• V 1 Bon œil raeant 61 loing ne peut attamdre ; 

enfin, fière de ses capacit«e, et sur- tout, qui eut son salon littéraire a la ^^ ^^^^ wl^-^^nt^ pour ce bien luiestaindre 

prise des mille sensations nouvelles Villa de Cafaggiolo. Mais que de tra- Sont entre deux. 
qui l'aintent et la font vivre. Elle se- gédies se iouèrent ensuite dans cette 

coue, de ses ailes, lu torpeur d'un princière maison de Médicis! Son- ^^is le corps fragile de la duchesse 

sommeil léthanrique qui a duré des geons à Isabelle Orsini et Eléonore ^e Ferrare cachait une belle âme, et 

àècles, et ce réveil soudain, cette ef- de Gonzaguo, périssant toutes deux, "«e rare intelhgence, et bientôt elle 

fen-esoence, produisent des génies, tel par la mnin de leur époux ; à Blanca »"* attirer à sa cour tous les grands 

qu'on en avait guère vus depuis l'âge Capello, ( b548-1587 ) . la belle et in- génies de l'époque. Sa fille cadette, 

d'or de Périclès. Ce n'était pas un art trigante Vénitienne, qui, au décès de Léonore chantée du Tasse, est des- 

qui rendait ces hommes immortels, son premier mari par le glaive de cendue \^ la postérité par 1 amour 

mais plusieurs à la fois. l'assassin, épousa François de Médi- malheureux que ce barde immortel 

liéonard de Vinci était poète, pein- cis trois semaines après la mort de l"i porta. 

tre et mathématicien. Michel-Ange sa femme Jeanne d'Autriche, morte Le souffle de Réformation avait 

créa des chefs-d'œuvre d'architecture, de chagrin, là pauvre. Le sort la passé les Alpes, et pénétré même dans 

de poésie, de peinture et de sculptu- vengea, car Blanche et son coupable le petit duché de la, famille d'Esté : 

re. Pic de la Mirandole est resté le époux, moururent empoisonnés, le Renée de Ferrare devint protestante 

type du génie universel. Et les fem- même jour en 1587. en L554, et, après la mort <le son 

m;^ de ce temps ont, elles aussi, un je La maison d'Anjou régnait alors à époux, alla finir ses jours en France, 

ne sais quoi qui les distingue de tou- Naples, mais les règnes des deux près des Huguenots, au château de 

te autre époque, (.'hez ces brillantes Jeanne furent alors marqués par des Montnrgis. Avant de quitter \^ cour 

créatures de la Renaissance, on trou- crimes terrilles. La première de ces de Ferrare, n'oublions pas de men- 

vait une joie de vivre, une capacité et souveraines eut quatre époux ; dont tionnei- les" deux ravissantes sœurs, 

lin désir effrénés de jouir unis à la le premier fut poignardé dans un Béatrice et Isabelle d'Esté, dont l'u- 

plus profonde érudition. Ce n'était guet-apens, tandis que Jeanne fut ne, la duchesse de Milan, mourut à 

pas des Femmes Savantes à la Mo- elle-même assassinée par son neveu et la fleur de l'âge ( elle n'avait 

Hère, car il n'y avait aucune superfi- fils adoptif, Charles de Durrazzo. La que vingt-deux ans ) regrettée de 

cialité dans leurs connaissances. Ce maison de Ferrare a une histoire tous par son esprit et sa beauté, 

n'était point non plus des bas-bleus, moins sanglante, bien qu'Alphonse tandis que l'autre la marquise de 

car, tout en possédant à fond le grec d'Esté devint l'époux de Lucrèce Bor- Mantua ( 1474-1539 ) eut un brillant 

et le latin, elles conservaient l'enjoué- gia. Mais la fille du Pape Alexandre cercle littéraire, auquel appartenait 

ment et la grâce féminine, pi at- VI et la sœur de César Borgia n'é- sa belle-sœur et grande amie, l'intel- 

trayants à l'autre sexe. Jamais de- tait pas aussi méchante que le pré- ligente et vertueuse Elisabeth de 

puis a-t-on vu tant de perfections ré- tendent certains historiens. Elle se Gonzague. 

unies: la Uauté idéale, la séduction maria deux fois, il est vrai, avant Une autre grande dame de cette 

captivante, jointes à un esprit cultivé l'âge de vingt ans, mais eri so,mme époque, Catherine Cornaro, reine de 

et à un^ érudition rarr*. Tel est le ty- elle était l'instrument et la victime Chypre mérite plus qu'ime mention 

r>e de ces femnvs illustres, (ju'elles se ^l'' sa terrible famille. Après son troi- passagère, car sa romanesque histoi- 

nomment Vittoiia Colonna, Lucrèce sième mariage, elle mena une vie re semble plutôt tirée des Mille et une 

Borgia ou Isabelle d'Esté. exemplaire jusqu'à sa mort. Nuits. 

Parions maint nant en dHail de Son fils Ercole épousa Renée de Le descendant de Guy de Lusignan 

qucUiues-unes de c:'s doctes churmeu- France. La fille d.; Louis XII, petite Jacques II, roi de Chypre, voulut 

^' -Il ■UL^• ■ *'* difforme, formait un frappant con^ consolider son alliance avec la puis- 

\.fK famille de Médicis, patronne de traste avec les radieuses beautés de santé République de Venise, en épou- 

1 art et des belles-lettres inaugura la cour de Ferrare, et l'accueil qu'elle sant une de ses filles. Le choix tom- 



I 



h& sur Catherine Cornaro, jeune pa- 
tricienne de grande beauté. On peut 
facilement s'imaii;iner l'ébahissement 
de cet enfant de quatorze ans, qui, le 
matin encore de la mémorable jour- 
née du 30 juillet 1468, folâtrait avec 
ses cd.mpagnes du couvent, dans son 
modeste costume de pensionnaire, et, 
que, l'après-midi de ce même jour, re- 
vêtue d'une éblouissante parure de 
mariée, était proclamée reine de 
Chypre, d'Arménie et de Jérusalem, 
dans le palais des Doges de Venise! .. 

Un contemporain nous fait un sé- 
duisant portrait de sa jeune compa- 
triote: Elle avait, paraît-il, le port 
d'une déesse, de grands yeux noirs 
veloutés, un teint de lys et de rose, 
et une opulente chevelure dorée. Tou- 
tefois, Catherine ne fut reine que de 
nom, et au liout de quatre ans seule- 
ment, la flotte chyprienne amarra 
dans les lagunes, pour emmener la 
jeune souveraine. Le bonheur de no- 
tre héroïne passa comme un rêve 
sans lendemain: Son arrivée dans 
l'île enchantée, la rare séduction de 
son galant époux, le palais grec avec 
ses associations intéressantes d'Ha- 
roun-al-Tlaschid, des Tenvpliers, et 
des princes de Byzance, les fêtes bril- 
lantes qui se succédaient de jour en 
jour, toute cette existence féerique 
s'écroula avec la mort prématvirée 
du jeune roi, tué à la chasse. 

Catherine déploya un grand coura- 
ge dans son infortune et s'efforça de 
sauver le trône pour l'enfant dont 
elle attendait la naissance. Mainte 
intrigue fut ourdie dans le pailais, 
pour la faire abdiquer: son médecin, 
fut assassiné, devant ses yeux par la 
faction ennemie, et son oncle eut le 
même sort. Le fils tant désiré na- 
quit enfin, mais hélas un mal subit 
l'emporta dans sa première année. 
Sa mère demeura encore quatorze 
ans dans cette île de Chypre tant 
convoitée par les Vénitiens mainte- 
nant que la maison de Lusignan 
était éteinte. Catherine dut enfin cé- 
der aux importunités toujours crois- 
santes de ses compatriotes, et abdi- 
qua en faveur de la Ré{jublique 
( 1488 ) . Elle revint à Venise, une 
exilée dans sa propre patrie, et pas- 
sa le reste de sa vie au château d'A- 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

sote, où elle réunit autour d'elle un 
groupe de personnes artistiques et 
littéraires. 

On pourrait encore citer plusieurs 
adhérentes enthousiastes de la Re- 
naissance italienne. Telles furent 
Blanca Sforza, impératrice d'Autri- 
che ( 1471-1.510 ), languissante dans 
le soml re castel d'Iunsbruck, lo.inde 
sa patrie ensoleillée, Catherine Sfor- 
za, qui déploya tant de courage dans 
la défense du château de Riario, et 
qui vit ses deux époux immoli^s sous 
ses yeux ; Olympia Moratn, Lucrezia 
Crivelli, et bien d'autres encore. Tou- 
tes eurent leur roman et la plupart 
moururent jeunes, car on s'épuise vi- 
te dans ces âges d'effervescence et de 
transition. Mais aucune assurément 
ne goûta de plus vives jouissances, ni 
de si amers déboires que Catei-ina 
Cornaro, reine de Chypre. . 

Christine de Linden. 



CHRONIQUE 



"ELLE" 

IL m'est venu deux lettres, trai- 
tant de son troublant sujet, dans 
lesquelles on me sommait très genti- 
ment de donner mon avis sur le pro- 
cès qu'on vient d'intenter a sa fluet- 
te personnel 

n «st d'élémentaire loyauté de re- 
fuser d'entrer dans un débat lors- 
qu'on sait pertinemment que le juge- 
ment sera infirmé par des attaches 
avec l'accusé ou une prévention ir- 
raisonnée: c'est pourquoi les deux 
charmantes lettres ont dormi trois 
semaines — le temps d'assoupir mes 
scrupules. 

Pauvre petite cigarette! Si jolie 
'dans sa robe virginale, baguée d'or 
ou d'écorce, pour éviter la souillure 
des lèvres! pauvre petite cigarette 
roulée par des doigts familiers dans 
un modeste fourreaii de mousseline 
unie: cigarette luxueuse fleurant le 
Levant, les chevelures parfumées des 



379 

belles Orientales, cigarettes prolétai- 
res piquant la langue, arrachant des 
larmes des yeux sensibles : cigarette 
quelle qu'elle soit, pourvu qu'elle 
porte le nom fatal, elle subit un rude 
assaut. 

Des dames très graves ont scienti- 
fiquement dressé un formidable ré- 
quisitoire contre la pauvrette et, es- 
timant (jue les mesures radicales sont 
les meilleures, n'ont pas hésité à de- 
mander sa prohibition absolue. La 
petite cigarette a dû trembler à plus 
d'une lèvre! 

Un monsieur, non moins grave, a 
reçu la délégation, avec une bienveil- 
laiTice chez lui proverbiale il a écouté 
ces dames, puis il a souri. 

Ce sourire, c'était l'acquittement 
de la jolie prévenue! 

La délégation des dames très gra- 
ves n'aura, cependant, pas complète- 
ment échouée et tous se féliciteront si 
elle a pour résultat d'interdire la 
vente des cigarettes aux petits bons- 
hommes qui en sont encore à l'âge 
des croqueurs de bonbons. 

L'abus de la plante à Nicot chez les 
enfants était le seul sérieux grief ; 
tant qu'à prohiber la cigarette pour 
tous, c'est là une mesure qui ne de- 
vrait venir qu'après la prohibition 
de l'alcool, le véritable empoisonneur 
dont l'œuvre néfaste s'étend même 
sur l'avenir. 

On a dit son action destructive des 
cerveaux, cela n'empêche que nous 
sachions qu'elle fut l'inspiTatrice, la 
petite cigarette, de plus d'un chef- 
d'œuvre. Autour de nous ne connais- 
sons-nous pas des "grilleurs" de ci- 
garettes, ayant l'esprit alerte et le 
cerveau sain? La nation qu'on a cou- 
tume de désigner sous le nom de 
"phare de la pensée" n'est-elle pas le 
paradis des fumeurs de cigarettes? 
Et puis, je vous l'ai dit je suis pré- 
venue! La vue et l'odeur de la fine 
cigarette française me seront tou- 
jours aussi agi'éable que l'odeur et la 
vue de la vie anglo-saxonne. 



Magali. 



'Le Courrier de l'Ouest' 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



^^^ 



Les Ouvrages de Dames au XVIIIe siècle 




UN trait marque la psvchologie de 
la femme au XVIIIe siècle: le per- 
pétuel besoin f|u'elle a de mouvement 
et de distraction. Contraste singu- 
lier! Jamais la société française n'a 
compté plus grand nombre d'oisifs, et 
jamais 1 inaction n'a paru plus in- 
supportable. Dans l'oxistence turbu- 
lente et \'ide des petites reines du 
moment, pas tme heure n'est donnée 
au calnoe. Une minute de recueille- 
ment leur semble le pire des suppli- 
ces, et pour fuir cette extrémité, tout 
est bon: fêtes, spectacles, promena- 
des... A tout prix il leur faut du 
bruit, de la gaieté, de l'agitation, 
de la vie — ^réelle ou factice. 

Comme les yeux et les oreilles, les 
<l<)igts féminins veulent aussi de l'oc- 
cupation, et c'est afin de leur en don- 
ner que la modi' invente, multiplie 
les ou\Tages de patience et d'adresse 
qui fixent l'esprit sans l'absorber. 
Jamais, les mille jeux de ces aiguil- 
les ne furent plus en faveur qu'au 
XVIIIe siècle. Non seulement le 
rouet, le dévidoir, le métier au tam- 
bour tiennent la place d'honneur sur 
la table des ménagères de Chardin, 
mais on les voit encore s'étaler dans 
IsB intérieurs élégants que peignent 
Moreau le jeune et Freudeberg, chez 
le» m irquises de Saint- Aubin et les 
petites maîtresses de Gravelot... 

Et n'ont-ils pas concjuis leurs gran- 
des entrées à Vei-sailles, le jour où 
Louis XIV, pour fêter la naisslince 
du Duc de Bretagne, a offert comme 
cadeau de relevailles à la Duches.se de 
Bourgogne — comme Drageau en fait 
mention— un rouet de Chine et des 
ballots de soierie? 

Le royal bibelot devait avoir une 
lignée nombreuse : sous le règne sui- 
vant, il n'est pas un salon, pas une 
chHmJ-re de femme où le rouet minus- 
cule, le rouet à main pour filer la 
laine ou la sf)ie, ne trône sur quelque 
guéridon. Parfois l 'appareil e^ si 
petit f(u'on peut !<• ynu-'n- sur les 
genoux. 

C'est alors un objet charmant, que 
le peintre vemisseur Martin orne de 
^ea légères «compositions et que l'art 



du siècle enricliit d'incrustations et 
de ciselures. 

)K )K ^ 

Plus modeste, le métier au tam- 
bour se compose d'un court cylindre 
creux de bois d'éclisses, sur lequel on 
t.^nd le tissu au moyen d'une boucle, 
d'une courroie ou d'une série de cer- 
ceaux. Une gravure d'après Lepein- 
tre, "l'Amour du Travail'', fait com- 
prendre cette disposition. D'origine 
chinoise, le tambour n'apparaît guè- 
re en France que vers 1 750. Les fem- 
mes l'emploient surtout pour les tra- 
vaux de broderie fine; il leur sert à 
exécuter les chatoyantes décorations 
de soie et de paillettes, à fleurir les 
gilets, les écrans, les pochettes, tous 
les "souvenirs d'amitié" c|u'on échan- 
ge alors et dont l'inspiration est par- 
fois si naïve — témoin certaine jarre- 
tière à rébus où nous déchiffrâmes, 
cette légende : ime "aile" d'oiseau, 
la lettre M, le chiffre "100", un "dé" 
à jouer, une "tour" à créneaux. — 
Traduisez: "elle aime sans détour". 
Pour les ou\ rages plus importants, 
exécutés sur gros canevas, on préfère 
au tambour l'antique métier à ta- 
piss^i-ie. formé d'un rectangle de bois 
monté sur deux pieds verticaux. Mal- 
gré ses dimensions encombrantes, oe 
meuble est d'im usaore fréquent et 
partout il est admis. A la Chevrette, 
dans le salon de TUme l'Epinay, il 
voisine avec le clavecin et le cheva- 
let de peinture. 

A Chanteloup, mieux encore! les 
hommes se mettent de la partie: pen- 
dant que la duchesse de Choiseul 
écrit à Mme du Deffand, le duc fait 
de la tapisserie. 

Encore l'ancien ministre n'a-t-il pas 
la main bien sûre et travaille-t-il 
"avec plus d'ardeur f|ue d'adresse" — 
c'est sa femme qui nous l'avoue — 
mais le sexe for^ compte des ama- 
teurs qui rendraient des points à la 
plus habile brodeuse. Si voua en 
df)utez, lisez cette amusante tirade 
d'une pièce de Poinsinet, jouée à la 
Comédie Française, en 1764, "le Cer- 



cle" ou "la Soirée à la Mode": "Is- 
mène et Cidalise, ennuyées d'un tri 
et ne sachant sur quoi médire, s'avi- 
sèrent de s'occuper. Araminte, -à ce 
métier, achève une fleur de tapisse- 
rie; Cidalise prend non-chalamment 
un fil d'or, fait approcher de son 
fauteuil un tambour et brode, en 
baillant, une garniture de robe, tan- 
dis qu'Ismène, couchée sur le canapé, 
travaille un falbala de Marly. On en- 
tend des chevaux hennir, l'écho reten- 
tit, un laquais annonce et le mar- 
quis paraît: "Que je suis heureux de 
vous trouver, Mesdames! Mais que 
"vois-je? Que ce point est égal! Com- 
"me ces fleurs sont nuancées! C'est 
"l'ouvrage des grâces, c'est celui des 
"fées, ou plutôt c'est le vôtre." Aus- 
sitôt, il tire de sa poche un étui, 
dont assurément on ne le soupçon- 
nait pas d'être porteur; il y choisit 
une aiguille d'or, s'empare de la soie, 
et voilà mon colonel qui fait de la 
tapisserie. On le considère, on l'ad- 




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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



381 



mire; mais ce n'est rien encore: il 
quitte Aramis et son ouvrage, il 
court à Cidalise, lui dérobe le tam- 
bour, et déjà sa main légère achève 
le contour do la fleur à peine com. 
mencée... Puis, il s'élance sur le ca- 
napé, saisit un bout de falbala et 
accélère l'ouvrage d'Ismène... Pei- 
gnez-vous la surprise, l'extase des 
trois femmes!" 

A côté de ces ouvrages pour ainsi 
dire classiques — la tapisserie et la 
broderie, — les femmes du XVIIIe siè- 
cle en imaginèrent beaxicoup d'autres 
• dont la vogue fut immense miais 
courte, et c|ui se succédèrent de sai- 
son en saison, comme autant de mo- 
des excentriques, condamnées à vivre 
peu. 

Ce fut sous la Régence que ces gen- 
tilles absurdités commencèrent avec 
la manie du découpage. Quel Vanda- 
le conçut le premier l'idée de réduire 
en charpie les plus belles, les plus ra- 
res gravures c{ue le temps avait res- 
pectées, de silhouetter des personna- 
ges dans les estampes d'Abraham 
Bosse, dans les eaux fortes de Cal- 
lot — dans celles de Rembrandt peut- 
rtre! — et de colorier tous ces bons- 
liommes, de les vernir, de les coller, 
pour décorer des paravents, des bon- 
bonnières, des abat-jour? Voilà pour- 
tant ce que l'on fit en un siècle de 
grâce et d'esprit, à une époque où 
l'art français venait d'atteindre 
avec Watteau son plus haut degré de 
perfection ! Pendant dix ans on dé- 
coupa, pendant dix ans, vingt mille 
paires de ciseaux grinoèren't! "Des 
gravures de cent livres y passent..." 
s'écrie Mademoiselle Aissé. Combien 
de chefs-d'œuvre perdus pour le Ca- 
binet des estampes! 

Beaucoup i)lus innocente, la mode 
des pantins et des pantines vint rem- 
placer la manie des découpages, vers 
1747. Je n'ose guère classer un jeu 
aussi puéril parmi les ouvrages de 
dames, mais il faut pourtant 'bien 
accorder un souvenir à ces petites fi- 
L^ures en carton f|ue les femmes pro- 
menaient avec elles, tiraient de leurs 
poches à tout propos et dont elles 
agitaient la ficelle pour les faire re- 
muer bras et jambes. Pendant plu- 
sieurs hivers. Paris n'a d'yeux que 
pour les pantins, on les accroche aux 



clieminées, aux fenêtres, aux para- 
vents. 

On en fabrique de toutes sortes et 
à tout prix, depuis le vulgaire Sca- 
ramouche, l'Arlequin à vingt sols, 
jusqu'au joli garçon de berger que 
Boucher peinturlure, moyennant 
quinze cents livres, pour Mme la du- 
chesse de Chartres. Riches ou pau- 
vres, tous ces personnages se tré- 
moussent avec une égale bonne hu- 
meur. Entre les mains des bellesda- 
mes occupées a tirer leurs fils, on di- 
rait des fantoches vivants, tous les 
petits-maîtres du siècle qui grima- 
cent, rient et gambadent sur l'air 
connu : 

Que Pantin serait content 
S'il avait l'art de vous plaire ! 
Que Pantin serait content 
S'il vons plaieait en dansant ! 

...A force de dan.ser et de plaire. 
Pantin devait, un jour, finir par las- 
ser les gens. Sa vogue tombée, la 
femme reprit son sac à ouvrage et se 
mit à faire des nœuds. 

A \Tai dire, ce travail charmant 
n'était pas tout nouveau pour elle. 
En 1732, Voltaire écrivait déjà à la 
marquise du Deffan^: "Faites des 
nœuds avec les autres femmes, mais 
parlez-moi raison..." Et presque au 
début de la Régence, les religieuses 
Carmélites avaient offert un "sac à 
nœuds" à la duchesse d'Orléans. 
Mais ce fut seulement vers 1750 que 
la mode se développa. Alors on ne 
vit plus d'élégante qui ne passât le 
tiers de ses jours à "crochir le petit 
doigt" pour fabriquer des nœuds ; 
on promenait de salon en salon son 
petit sac et sa navette d'or, et com- 
me on travaillait jusque dans les sal- 
les de spectacles, des flots de rubans 
multicolores s'amoncelaient sur le 
bord des loges. 

mm >*( 

Le caprice féminin n'avait pas en- 
core dit son dernier mot. Après les 
découpages, les pantins et les nœuds, 
on inventa le parfilace: 

Vive le parfilag^- ! 

s'écrie un poète anonyme — peut-être 
bien le grave Necker... 



k 



Vive le parfîlage ! 
Plus de plaisir sans lui. 
Cet important ouvrage 
Chasse partout l'ennui. 



Tandis que l'on déchire 
Et galons et rubans, 
L'on peut encore médire 
Et déchirer leï gens. 

En quoi consistîiit "cet important 
ouvrage" ! 

— A gagner cent louis par an, aux 
dépens de nos adorateurs", eussent 
M'fif.ndii les parfilcuses... Tel fut d'a- 
bord, on effet, l'unique intérêt du 
petit jeu,, ainsi que Mme de Genlis 
nous l'explique dans ses mémoires. 

"On demandait à tous les hommes 
de sa connaissance leurs vieilles épau- 
lettes d'or, leurs vieux nœuds d'épées, 
leurs vieux galons d'or que l'on enle- 
vait ainsi à leurs valets de chambre, 
et l'on parfilait toutes ces choses, 
c'est-à-dire que l'on séparait l'or de 
la soie pour le vendre à son profit." 

L'indiscrétion des parfileuses ne 
connut bientôt plus de bornes. Quand 
un visiteur arrivait dans un salon, 
les mains vides, elles se précipitaient 
sur lui et se mettaient en devoir de 
découdre les galons de son habit, re- 
nouvelant ainsi l'opération que cer- 
tain mendiant libre-échangiste avait 
fait subir jadis au manteau du bon 
roi René. 

On prétend que, pour venger son 
sexe, un jour, le duc d'Orléans fit 
coudre à son costume des passemen- 
teries d'or faux et se présenta dans 
une assemblée de parfileuses. En un 
clin d'œil, le voilà dépouillé, les fem- 
mes se partagent le butin, et les na- 
vettes de marcher, et l'or faux de se 
mélanger avec les fils d'or véritable 
que ces dames avaient déjà recueillis. 
Jugez de leva- dépit quand le duc leur 
avoua sa ruse! 

Mais de pareils traits étaient rares. 
Le plus souvent les hommes se lais- 
saient piller de bonne grâce, ou bien, 
pour sauver leur garde-robe, ils ache- 
taient aux marchands merciers de 
menus objets en fil d'or destinés au 
parfilage, et les offraient à leurs 
amies. Les femmes goûtaient si bien 
ce nouveau genre de cadeaux qu'au 
jour de l'an de 1772 elles ne voulu- 
rent point d'autres éti-ennes. Alors 
les boutiques de Paris s'emplirent de 
mille babioles dorées: œufs, paniers, 
poules, canards, moiilins, tasses à 
café, caves à liqueurs, meubles de 
poupées, carosses lilliputiens! 

Sous ses formes les plus diverses, le 
précieux fil était l'objet de la convoi- 
tise générale... C'est tout au plus si 



Sn LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

les demoisdifis à maria: ne dcmem- 1er des draps et à tricoter des fichus ••••••••••••••••••••••••• 

daient pas à leurs mamans des fian- pour les commères d' Outre-Rhin; — • r* - .rr * • 

céee en parfilage. quelle cruelle ironie du sort, quelle J PCfit (ofOilUiS J 

Et voyez le côté plaisant de l'aven- douloureuse leçon de choses ! • • 

ture: au début, un désir de lucre dk- *■ ••••••••••••••••••••••••• 

avaient poussé les femmes à déchirer J«*° Kobiquet. 

les vieux galons, tandis que mainte- 

nant le parfilage tournait contre «» oi « i * « « ^ * 

leur intérêt. Si \-raiment il se résu- CC RèCitai Satllt'jeiin 

mait à travailler un© semaine pour LE PARFAIT CONDUCTEUR 

tirer quarante livres d'un objet payé L'Art de "bien dire" a ses char- 

.vnt écus, ce n et^it là-vous l'avoue- mants interprètes et de le voir s'é- ^^j^^ ^^ ^^^ ^^ ^^^^^^^ ^.^^^ 
rez— qu un piètre mo\en de faure for- chapper, vrai, de lèvres et de cœurs frr b > 

tune. ' canadiens, nous en jubilons. * ^ de façon impeccable sous les 

3(( iK 5K Mlle St-Jean est tout à fait heu- coups d'une brosse savamment ma- 

reuse dans le choix de ses morceaux ^iée, le képi rivé aux tempes et calé 

Combien de regrets dut inspirer le de diction. Du Victor Hugo, du Sul- . , , , , +^ ,^ 

souvenir de ces ruineux enfantillages, ly p,ud'homme, du Musset pcAir la ^ '^ "uque, le conducteur monte sur 
-luand les mauvais jours arrivèrent, n„te poétique; du Thomé, du Saint- son char. D'une saccade vive, il tire 
lorsque t<)i:t ce beau monde connut, Saëns, du Godard pour le sens musi- le cordon du signal et le char s'é- 
aprcs les- horreurs de l'émeute, la dé- cal. branle au ronflement de son moteur. 

tresse de 1 .migration! . L'aimable professeur, que les échos „ . , , . • . , 

T , •TTu ji iii«x- ^T Puis nonchalamment, mais pourtant 

ija scène se passe a iifimbourg, de la salle appelèrent... puis entendi- , . , . 

vers 1795: rent, tout religieusement, nous char- d'un geste sans ambiguité, il vous 

Dans un misérable grenier, la ci- ma. On l'applaudit dans "La Fiani- tend une urne minuscule, où l'on 
devant comtesse de R... travaille cée du timbalier" dans sa "Madelei- {^it descendre (pardon! ) cinq cents. 
avec ses deux enfants; elle tr^se des ne" qui fut d'une expression vibran- ^^^^ ^-^^^^^ ^^ ^^^^,^^^ ^^^ .. 
chapeaux de paille, elle brode des te en son appel désespère. Aux adap- /, • > ^ v i> 

ceintures de soie, elle colorie des car- tations musicales pour piano et vio- ^^ électrique éclate a 1 avant du 
tons pour boîtes, pochettes et ridicu- Ion dans "Le Cygne" et "Lucie" on char, qui s'arrête soudain. Des voya- 
les. Puis, rou\T:age fini, les petits eût la juste mesure d'une ^■oix aussi geurs de toutes les formes et de cir- 
s-on vont de porte en porte, pour es- harmonieuse que leurs accents doux eonférences variées, montent avec une 
sayer de les placer. Quelquefois ils ot plaintifs. Et les encore ne man- -i-^' x • j i 

sont bien reçus, mais le plus sou- quèront pas à Mlle St-Jean. qui sut ^^^ilite en rapport inverse de leur ton- 
vent, les boutiquiers allemands les re- nous les donner dans les nuances fi- "^^"- .^ ""f ^ cet instant précis, que 
poussent avec durete. Et chaque „ps et délicates qu'exigent ces gra- ^ ^^P"^^^ ^^ «^^oi^ f^^e, le talent, le 
soir, la mère guette avec anxiéte leur lieuses fantaisies. Ajoutons que Mlle ^oigt*' ecrirai-]e, du conducteur wai- 
retour, car le sort du pot-au-feu dé- st- Jean excelle dans les descriptions., "i^"* ^^g"^ ^^ °« ^""^ - et il y en a. 
,H.nd des hastinls de la vente. On se- j^^,,^ j^^,^^^,^ Moreau, ieune élève de ^^^ '''"^^'^ ^''^^^^^ P^^ "^ ^°^"^*' 
rait mort de faim cent fois si 1 on ^j,,^ ^^ j^,^^^^ j^^. ^.^ donneur en nous ^'^^^-^^ e^ Pl^^t traduit par 1 expres- 
n avait su tiivr 1 aiguille. di.sant, de façon gracieuse, " Louis «i"" du regaid, il tend une main se- 

Nombre de femmes en étaient là. XVII" de Victor Hugo et on rappel courable aux poids lourds, frôle déli- 
Dans wjtte m'me ville de Hambourg, "Le chevalier Printemps". catement le ])ras potelé des "misses" 

Keinhardt, le représentant de la Fran- Nous ont aussi laissé le souvenir plus légères et plus lestes, et presse le 
ce, a vu mille détresses semblables. Il d'un charme exquis: Mme Damien lias charnu de la dame mûre pour la 
nous parie de Madame de V..., em- Masson. MM. E. Taranto. G. Label- hisser sans dommag-e. Ceci, ne sem- 
ployée comme apprentie chez une le. M. et Mme A. Leduc, Mlle Han- Lie rien, cependant comme en tout il 
ravaudfeusc qui la bat ; de Mademoi- ««n, tous, aux noms connus et par- y a la manière... Et quand le char a 
s..||e de Neuilly qui fabrique des ba- tout appn^iés. Pour cette fête toute ' ;, ,^ ,o„,,, ^„^ ,„êts brusques 
._'ues de cnn, «les petits sacs a ver- artistif|uo, nos chauds remerciem<>nts „+ f,.A„„,„+„ i^r.o,..orv+;i i„,v,^„+ i„ 
i<.i<.ri» Pf f\p an mi-rc la. bonne i i -1 u- > ± '^^ trequents, imperceptiblement, le 

loUTie, et ae sa mère, la oonne pt souhaitons bien a notre compa- , , , , , 

#.>.mt(xi.u> nuî nnaoA at»a niiifn h Virn- x • ^ • ^ -ii ' • il Conducteur Bxploro des yeux les su- 

comiesse, qui passe ses nmxs a oro tnote, qui travaille sérieusement, le . ^ ,., , , , ^. l- 

der des bonnets et ses journées à les ^^^^^ toujours. •'^^ ^^"^l ^ touches. Et fixant le va- 

\endre... E M ^"^' énigmatique, dans un songe 

-,.,., ... ' ' muet, Cuvier illusionniste, d'après sa 

Voila donc comment se termine . . . ,. , , , , -, 

,.,..., /' • • — sensation éprouvée au contact, il re- 

I histoire des ouvrages féminins, en ^ , , ,^,,., . ^ ^ , . _' 

cotte fin du XVme siècle! L'amuse- ^^ «^'«"^ ^'*^ "^odos, "Mille- constitue un (>tre pour lui. Heureux 
ment tournant au gagne-pain, les/'^'e"''*'" donnent les premieis le si- conducteur! il rêverait encore, si la 
mêm<^ fH'tites mains qui jadis avaient £^"^^1 de la saison nouvelle, en met- sonnerie reprise par sa danse de St- 
fait courir la navette par plaisir ou tant leurs chapeaux d'hiver à des Guy, ne le ramenait aux rails de la 
flésœuvrement, s'employant à our- prix étonnants de bon Marché. réalité. 



LE JOUENAÏi DE FRANÇOISE 383 

II serviette mouillée, utile seulement à la terrine aux couleurs, et qui reçoit 

enlever le savon qui reste sur le vi- un salaire quotidien de 10 cents. 

L'ORGUE DE BARBARIE sage. C'est vous exposer à prendre... L'auteur nous fait voir l'affreuse 

à l'œil une foule de maladies graves, misère de tous ces parias du "travail 
Parmi le brouhaha des rues fait du n'est-ce pas, docteur? — qui ne s'en à bon marché", qui s'esquintent pour 
roulement rauque des chars, du (rot iront pas de même, n'est-ce pas, cher gagner strictement de quoi ne pas ore- 
des chevaux, de la marche des pié- docteur? Mais, je vous conseille fort, ver de faim. Les deux petits faits re- 
tons ef des vojx qui s'envolent, on si l'on vous le propose, d'y aller d'ur\ latés plus haut suffiront pour vous 
entend parfois les sons d'une musi- "bon massage" ; vous m'en direz des faire sentir ce que cette situation a 
que étrange. C'est tantôt un air nouvelles. Etirement de la peau, com- d'abominable, et le besoin pressant 
plaintif, berceuse nostalgique, qui pression dU tissu conjonctif, ébranla- qu'il est de l'améliorer. C'est le seul 
semblerait chanter par une vieille au ment des méninges, etc., etc... — mais but de M. l'abbé Mény, et son aride 
timbre cassé et tremblotant ; puis pourquoi vous initier? autant de sen- travail sera bien récompensé s'il peut 
aiirès, immédiatement, éclatant stri- sations que vous serez charmés d'é- apporter à ces sombres "bohèmes du 
dentés, les notes gaies et rapides d'u- prouver. Vous vous trouverez un travail", quelque soulagement, 
ne valse entraînante ou les refrains homme nouveau, au sortir des mains L'auteur ne s'est épargné aucune 
d'une polka épileptique. Et toute une de l'artiste capillaire. Avoir le cer- peine, n'a nullement compté son 
suite incohérente de morceaux di- veau vibrant, les oreilles bourdon- temps et son travail ; il a vo.ulu écri- 
vers, est donnée par la même voix de nantes, la vue trouble, tels sont quel- re un livre "réaliste", dans le sens 
l'unique vieille. Elle doit être folle ques- uns des signes auxquels se re- le plus vérédique du mot: et pour y 
certainement et sa mémoire sans di- connaît, le parfait exécuté "au bon arriver, il a compilé une foule de très 
rection se livre à cette débauche mu- massage". sérieux ouvrages de sociologie ; il a 
sicale et hétéroclite sous l'empire Pajil de Briqueville. demandé leur collaboration et leur 

d'un cerveau à la dérive. On l'appel- _^ concours à des écrivains "sociaux" 

le "Orgue de Barbarie". Elle est en ééé^^é^^é^ éé*^ééAéé^^^^ éminents tels que Mme Jean Bru- 

effet totalement tombée en enfance : 4> J nhes, Du Maroussem, Charles Pois- 

aussi l'a-t-on mise sur une petite voi- £ Oa, j/,,^^ ^^^^n j ? ^o^i' E- Allix, Hubert Valleroux, 

i r> <.j' ^• y> ' 1 • 2 Un livre excellent » wu ^ ^t j ^ i • , 

ture. Un pousse un dechc pour lui 2? £ vVilind Monod, et plusieurs autres, 

rappeler son morceau et elle le dé- ?aîaîa:aaîaatat:a^sta»^st^c2rat'.a.a^a^»^&^.s^^ dont les citations rapprochées don- 

roule jusqu au bout de sa voix me- nent a son texte un caractère puis- 

tallique aux cordes distendues. Ses "Le Travail à bon marché". — Etu- sant d'exactitude. 

exploiteurs la promènent ainsi de rue de de morale et de sociologie, par 

en rue et c'est par pitié pour elle, George Mény, avec préface de M. RCCtifiCâtiSN 

qu'un passant charitable et senti- l'abbé Lemire, député du Nord. 

mental, leur donne une pièce de mon- t-» i 

naie.. Et pourtant, cela est un mons. r" OMME le dit dans sa lettre, la ^ans Je ^«ompte-rendu du concert de 

.„„! n '„. • . , \ 't • ,n ., . la hociet« Chorale canadienne-fran- 

tre! Ce n est nen autre que le mo, V^ préfacier, 'la première impres- ç^ig^ j^ Sherbrooke, il s'est glissé, à 

derne enfer des musiciens, insoupçon- sion qui se dégage de ce livre, c'est le notre grand regret, une erreur que 

ne par toi, ô divin Dante! réalisme intense, et parfois navrant, nous tenons à réparer. Comment se 

des faits constatés. "L'auteur a fait fait-il que parmi les artistes qui ont 
ni une enquête minutieuse sur les condi- prêté, tout gracieusement, leur con- 
tions du "travail à domicile", et le cours le nom de Mme Lemaire-Ber- 
Vous entrez chez le barbier, et vous compte-rendu de cette investigation nard ait été ainsi omis dans les niem- 
allez au plus proche fauteuil qui vous est vraiment navrant. L'énumérationJ tions. 

tend les bras. A peine, y êtes- vous des salaires que touchent ces ouvriersi ^ *^''**^ musicienne de talent incon- 

installé, crac, l'on vous bascule et à domicile vous déconcerte. Cela *®^'*^^^''' î^°"^ ^^'^'^"S ^^^OP de sym- 

vous vous sentez partir les jamijes en nous semble invraisemblable à nous, P^^„ *^^ réelles, pour qu'elle en ait 

l'air, comme si le plancher défonçait, habitants d'un pavs où toute peine "°".^^^"* ^T^"^ ^" public-audit«ur, 

TT „ . •! ' . • T. 11 . '1 -i ' O mais nous lui devons, en toute lusti- 

Heureusement, il n en est nen. L on est largement retriljuee. Songez que , i^ i u • i iri 

, , , . . ^ , , ce, de mettre les choses au point. En 

vous arrête a temps dans cette chute les fabricants de ces jouets, vendus a pj^^g^ -^^ne Lemaire-Bernard ayant eu 

pour rire ; et cependant que vous "un prix défiant toute concurrence", g^^jj^^ ,^^ 1^^^.^^, ^^^j^^ d'accompagner 

contemplez à l'aise, le paysage, du ne gagnent ( ? ), pour douze ou trei- pendant tout le cours des exercices, il 

plafond, une main experte vous sa- ze heures de travail, que de 75 oenti- i^j revient par ce fait même, sa gran. 

ture de mousse de savon blanche et mes à 1 fr. 50 ( de 15 à 30 cents ) de part de mérites. Le rôle d'accom- 

légère. Le rasoir coupe à souhait, par jour. Il cite le cas d'un bambin pagnatrice pour ingrat et effacé qu'il 

"Monsieur est prêt". — De grâce, ne de huit ans, occupé toute la journée semble être n'en tient pas moins, tou- 

vous laissez passer sur les yeux, cettlet à tremper des soldats de plomb dans te l'édification d'un triomphe. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

««««••••••••••••••«•••••• tiens en couvraient les martyrs et 3Ce:8»C8»»»Ke08»»^:8»»:e»C8Ke»»De(»0b 

S * l'autel des Catacombes ; aujourd'hui, 8 ^^ . i •* S 

: Propos d'Ctt'quette • et en mémoire de ces antiques jo.urs, | (SOtlCOUrS (IC POPUIdrtiC | 

•• • nous la mettons dans nos temples. o % 

w-"-- Dans le monde, nous attribuons .'■'^>'"''*'»^>^''''7.'>»^>.'''.?j.^>^ 

Q...-V<mUz-v0Ui doHHtr une Jonuule nos affections à ses couleurs: l'espé- Pour le recrutement des abonnés 
d- invitation à diHcrf ranoe a sa verdure, l'innocence a sa i" V&l^, (à toutes les personnes re- 

, , , , , i • i j crutant 250 abonnements nouveaux ) 

R.-Rioa de plus simple: blancheur, la pudeur a ses teintes de P . { 

-Monsieur et madame Une Telle rose. Il y a des nations entières ou Un Voyage en Europe et retOUr 
prient Monsieur et madame Quelcon- elle est l'interprète des sentiment., li- J-^ne PRIX. (150 abonnements nou- 
que de leur faire le plaisir de venir ^Te charmant qui ne renferme aucune ' 

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ce de ses invités f c . • ^^^^ ^ répétition ) exposé aux magasins 

V V V (le pianos, de notre jeune et populaire 

R.— Kapportez-vous en au proloco- Lamartine avait une belle collée- marchand d'instruments de musique, M, 
11» ûtabli. De cette façon, personne ne ^jq^ ^^ j.Qggg ^j^^^^g j^ jardin de son Ed. Archambalult, 312 rue Sainte-Cathe- 
poiirra se froisser. Chalet du Bois de Boulogne. rine-H 

D—Ouit-tsse le bremict dam la salle "Ce sont mes amies, disait -il ; je , ^ ^ • r„ 

u. i^M,/»>x .c /» , ... Un trousseau complet de jeune fiJle ou 

<l manger f lei^r consacre tous les jours deux heu- ^g^j^^ 

R.-Quand le domestique a anmm- ï^ de soins ; regardez comme elles 3ième PRIX, ( 75 nouveaux abonne- 

oé le dîner la maîtresse de mai- me sont reconnaissantes et quelles ^ents ) , 

son prend le bras do l'invité le '^"es fleurs elles prodiguent à leur y^ phonographe Pathé 

plus qualifié, mais passe la dernière. ^ie"x jardimei-." Puis étendant la ^^.^^ pj^jx, (50 nouveaux abonne- 

C'est le maître de la maison oui pas- i"»'" ^u côté du Château de la Muet- ments), 

se le premier en tête avec l'invitée ^- ^^ ajoutait: "Certes, il y a chez MONTRE pour MONSIEUR 

d'honnenrà son bras gauche. ^°^ ^ ' "" P^,'"'' magnifique et des boîtier en or massif (garanti à 14 ca- 

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^ y ^^^ • bien d'avoir des roses comme les pierres ( rubis ); spirale Bréguet ; régula- 

miennes " ^^^'^ breveté, ajusté. 

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^^ Charles Nodier avait la passion des garanti à 14 carats), avec couvercle en- 

LCS Fleurs ^g^ fleurs. On ne pouvait feuilleter un de richi d'une étoile et d'un croissant de 

ses livres sans rencontrer quelque diamants. Mêmes spirales et régulateurs 

feuille desséchée, rose, menthe ou jas- ^"^ '''""^ haut. 

:_ • f ■ -i T » Tir A Chacune de ces montres a une valeur de 

min. ce qui faisait dire a Mme Ance- 5^,^ „„ ^^ ^^^^^^^ 1^^ ^^.^ ^^^^ j^ ^.^^. 

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fille du matin, le charme du Prin- '^'^ ««"*«"* t,on!" 287, rue Sainte-Catherine-Est. 

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elepassevit.commelhomme,mais ^j^^ ^.^_^^^^ PRIX, ( 20 nouveaux abonne- 

elle rend doucement ses feuilles à la ments), un Bracelet en or massif (ga- 

terre. p. , . . ,^ .^ ranti a 14 carats), orné d'une rivière de 

Chez les anciens, elle couronnait la ^"«-anton junsconsul e, avait un ^,,,,,_ 
coupe du banquet et les cheveux ^"'^^ P""'^ \\.ï^"^.,«^ la «Llematite. OU BIEN 

blancs du sace; les premiers chré- "" matin d hiver, il arrive a son Un autre bracelet en or massif (garanti 

cours de 1 Ecole de Droit. à 14 carats), avec fermoir d'un dessin 

"Messieurs, dit-il, d'une voix plei- modem style, incrusté de perles. 
ne de tristesse, vous me voyez très „ ^^^^ bracelets sont évalués chacun à 
„Mi; A 'ti f -j. ix -j. t • 1 525.00. Exposes dans la vitrine de la 

a fliK-e II a fait, cette nuit, un froid „,^^i,„„ j^. Beaudry & Fil.., 257, rue Ste- 
glacial, et mon pauvre rosier du Lu- Catherine-Est. 
xemBourg est gelé. Je n'ai plus que OU BIEN 

ma clématite." 7ième PRIX, (to abonnements nou- 

veaux ) . Un rédicule en peau de crocodi- 



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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



385 



ilule de fantaisie, ou encore un bracelet 
eu nacre de perle monté en argent. 

Le concours ne se terminera que le ler 
mai 1908. 

Pour tous autres renseijfuements, s'a- 
dresser 

"LE JOURNAL DE FRANÇOISE", 
80, rue Saint-Gabriel, 

Montréal. 



Ils sont également consommés dans 
les intérieurs les plus modestes, avec 
toutes les qualités qui ont fait leur 
universelle réputation. 



Recettes faciles 



SOTJPE BLANCHE A LA SUIS- 
SE. — Faites bouillir une quàVitité 
suffisante de bouillon pour six per- 
sonnes. Battez bien ensemble trois 
œufs, deux cuillerées à soupe de fa- 
rine et une tasse de lait, versez ce mé- 
lange graduellement à travers un ta- 
mis dans la soupe bouillante, avec 
sel et poivre. 

MACARONI AUX OEUFS MAR- 
GE. — Macaroni aux œufs Marge : 
une boîte de 1-2 livre pour 6 person- 
nes. — Faites cuire votre "Macaroni 
aux œufs Marge" en le proj|etant 
dans l'eau bouillante légèrement sa- 
lée, après l'avoir cassé en morceaux 
de quatre à cinq centimètres. Laissez 
bouillir vingt minutes, retirez du feu, 
laissez gonfler et égouttez soigneuse- 
ment. 

CREME FOUETTEE AU CHOCO- 
LAT. — Pour une demi- tablette de 
bon chocolat fondu dans un peu 
d'eau ou de lait, ayez environ une 
cuiller à pot de crème double et dou- 
ce, fouettez-la à la fourchette ou 
fouet de buis, très ferme comme les 
œufs en neige ; puis mêlez le chocolat 
refroidi à cette crème, ajo.utez un peu 
de sucre, la vanille ne gâtera rien, et 
puis, puisque vous ajoutez que l'oni 
sert cette crème avec biscuit à la cuil- 
ler, on pourrait aussi pour changer, 
mettre ces biscuits taillés dans moule 
à charlotte ou verres gobelets, les 
bien serrer les uns après les autres et 
les emplir de cette crème, entourés de 
glace, ou les tenir au frais, et au mo-, 
ment de servir les retourner. Si on 
les fait dans des verres et les met an. 
froid, veillez à ce qu'on ne touche 
pas aux verres ayant les mains chau- 
des, ce qui les ferait claquer. 

Les tables les plus élégantes réser- 
vent la place d'honneur aux "Bis- 
cuits Pernot". 



Conseils Utiles 

CHAUSSURES VERNIES.— Pour 
nettoyer les chaussures vernies, pour 
les empêcher de se fendiller et potir 
leur rendre tout leur brillant, il suf- 
fit de les laver avec du lait. 

NETTOYAGE DES DIAMANTS.— 
Les bijoutiers se servent, pour net- 
toyer les diamants, d'une simple al. 
lumette qu'ils taillent en pointe ; 
puis, après l'avoir trempée dans 
l'ammoniaque, ils la promènent sur 
la surface à nettoyer. L'ammoniaque 
débarrasse le diamant de la couche 
de graisse qui s'y trouve déposée, et 
le frottement à la peau de chamois 
lui redonne son éclat. 

HOQUET. — Un médecin russe a 
trouvé un moyen aussi simple que 
peu coûteux pour faire disparaître le 
hoquet le plus rebelle. H consiste à 
prendre des prises de tabac jusqu'aux 
éternuements répétés. C'est un 
moyen, à la portée de tout le mon- 
de, et, dans tous les cas, bien facile à 
essayer. 



Regardez "Mille-Fleurs". Ce salon 
de modes situé 527 rue Sainte-Ca- 
therine Est. C'est de là que viennent 
les créations les plus élégantes et les 
plus nouvelles. 

LOTION "SAPHÔ^ 




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Empêche la chute des cheveux. Enlève les 
{jellicules, les peaux mortes, les démangeaisons, 
etc. La Lotion Sapho ne contient rien de con- 
traire il la chevelure ni à la santé. Hautement 
recommandé par les médecins. Spécialement 
par le Dr Henri St Georges, professeur à l' Uni- 
versité Laval, analyste à l'hôtcl-de-ville, qui en 
a fait l'analyse et qui conseille à toutes dames 
et messieurs d'en faire un usage constant pour 
empé<'her la calvitie et conserver la beauté de 
leur chevelure, et aux mères de familles d'en 
faire l'application sur la tête de leurs enfants 
pour la destruction infaillible des dartres fari- 
neuses, des pou.if et des lentes. Une bouteille 
échantillon 15c. franc de port. 

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Mme Pageau, la distinguée modis- 
te de la rue Sainte- Catherine Est, se 
recueille. Elle est en ce moment à 
faire des achats pour la saison nou- 
velle qui demande tout so.n goût et 
toute son attention. Mais, les lectri- 
ces du "Journal de Françoise" peu- 
vent s'attendre à une recrudescence 
de modes nouvelles, à un déploiement 
d'élégance et de beautés qui est sûr 
d'obtenir un énorme succès. . Toutes 
ces femmes, et mêmes ces messieurs, 
ont hâte que les jolies nouveautés de 
la saison sortent enfin, sous le soleil 
devenu plus chaud, plus gai, plus 
pimpant. Les chapeaux délicieux 
complètent la grâce des silhouettes 
montréalaises. Jamais, paraît-il on 
a mis plus d'art dans la composition 
des modèles printaniers. Nous le 
constaterons en allant admirer les 
chapeaux de 

Mme PAGEAU, 

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38« LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



3 C 



Câ route s'achève 



Par JEAN SAINT-YVES [I] 

z~i — 1 



dés, et très profondément vers lui elle 
regardait. Un bras nu, au long du 
corps, s'abandonnait. Un cercle d'or 
enserrait les tempes, posait au mi- 
lieu du front un disque large où des 
perles et des Ijrillants étaient sertiâ. 
Sur les côtés, des chaînettes descen- 
daient enunêlées en ses cheveux où se 
reflétait la lueur bleue et rose des pe- 
.( Suite) Au fond, sur la dentelure des arceaux ^^^ lampes^ Un collier fait de larges 

U s'était bien défendu d'y penser. Pâles filant sur le noir des galeries, Pla^uettes d or ciselé avivait la pâ- 
Les souvenirs anciens gardaient son ^ minaret grêle montait, implorait ^^^^ ^^ ^^ ^^^i^' ambrée, nuançait de 
cœur de toute débauche facile. Mais ^ans la nuit. Et sur le bleu sombi-e reflets fauves la ligne des épaules. Ce- 
l'attrait du mystère, l'inconnu dres- ^" ^^^\> cette vision avait la douceur pendant ses yeux semblaient tristes, 
>»'• tout à coup sur son chemin, en ^^ lointains. On eût dit une scène tristes comme des yeux qui ont beau- 
cette tare d'Afrique si rêveuse et préparée attendant dans le clair obs- coup pleuré. Dans l'éclat pâle du vi- 
grave dans ses infinis bleus, le déci- '^^^ ^^ 'a rampe baissée. sage, la bouche se dessinait rigide, 

da. Puis, il aurait l'air d'avoir Après, il revit d'autres rues arabes close, sé\'ère 
peur., lui, un officier!... silencieuses, étroites, assoupies en le Elle n'avait pas eu un sourire de- 

11 se décida. A l'endroit indiqué, ™eme crépuscule lummeu». Ils tra- p^jg q^-j ^^^^ j^ 
une petite fille juive, drapée en une versèrent un jardin, un grand vide rp ^ ,, semblait se ramas<?er 

étoffe brune, l'attendait. A la lueur noir où leurs pas s'étouffaient sans "^""y" ^ ^^ semblait se ramasser, 
d'un bec de gaz, elle regarda un ins- écho. Puis ce fut une route serpen- "^ .f^f' ^^ f' y^"'^' ^" ^^'^^ P^"" 
tant sa face pâle, ses grands yeux tant au flanc d'un ravin. D'un seul "'""^^ ^^ ^^^"^ ^« contempler, les trou- 
tristes, et souriante elle dit: côté montaient de hautes maisons vant très beaux, ne l'appelaient pas.... 
—Oui, c'est bien toi... Viens! dont il ne pouvait distinguer le faî- ^* n'avait pas à parler, puisqu'elle 
Ils traversèrent des quartiers en- te. Elles s'accrochaient dans les ne pouvait comprendre, ne répon- 
dormis, s'enfoncèrent en des ruelles moindres anfractuosités, suivaient drait pas. "La madame ne parle 
totirnantes, dallées en escaliers les ondulations du coteau. Des ter- pas." Cependant, dans l'émoi qui le 
géante. Parfois ils passaient sous rasses, des balcons échelonnés tom- y;agnait à se sentir si près d'elle, il 
des voûtes, des arceaux, devant des baient de chauds parfums qui se dis- en vint machinalement, à balbutier, 
demeures closes d'où venait un solvaient dans l'air calme, venaient dire des mots, des choses sans suite 
chant de femme, le grondement d'un de fleurs invisibles, de massifs épa- qui décelaient tout son trouble. U 
tombourin. Des senteurs fortes d'am- nouis la-haut. En bas, dans le noir, exprimait son étonnement, rendait 
bre et de musc traînaient en 1 at- un torrent roulait a travers des ébou- i s , .- ^^ i • -, ^ 
mospbêre. Plus de lumières, -nulle lis, divisant ses eaux en cascatelles ^°°^'"^?''« ^ «^ ^'^'^- ^^ ^^'^^'^ ««^^ 
part, mais les façades blanches des sonores. T".^' ^°"'" ^"^ "*''' contenance. 
petites maisons sous la clarté des Subitement, la petite juive s'arrê- ^ eux-mêmes, repns par la pas- 
étoiles éclairaient le chemin. ta, ouvrit une porte. Il vit devant ^^°" éternelle sommeillant en son 
Dans les coins d'ombre, la petite lui un escalier étroit, très raide. "^œur, qu'il avait cru bien morte à 
fille lui tendait la main. Il essayait Sur le palier, une lampe éclairait lu jamais, voici que les mots d'amour 
bien de l'interroger, mais elle filait, montée. venaient, chantaient naïfs et sinoè- 
baissant la tête, ne l'écoutant p£is. A l'extrémité d'un couloir la ser- res. 

Quand U devenait plus pressant, elle vante murmura : Un moment il étendit le bras, vou- 

murmurait. neuse : „~^'^""*''- ^f î"^^ame ne parle pas. i^t prendre la main qui se cachait 

-Tu verras, tu verras, lieutenant. Mais cela ne fait nen. p^^i 1^^ ^^j,^^ ^^.^ ^,j^ frissonna 

Des veilleurs de nuit accroupis au J' " eut pas le temps de repondre, +„„.„ t „ ^„; , . , 

„ -1 1 X 1 11 lin» r.^wo oV., ,,..„;* T i-i • toute. Jja main se retira, brusque, 

seuil des portes, en la masse de leurs ""^ porte s ouvrait. La petite main „^^ • ii -, -, ± j. ^ 

. 1 c» "i«D«; uc içuio , n„ •« 1 • , . comme SI elle eut craint ce contact a 

vêtements amples, les regardaient '^ pou8.sa. I^erriere lui une draperie i^^ , ,. , t i 

longuement. D'autres, faisant les gli««a. «gai d un danger. Les longs cils 

cent pas, les suivaient un instant. Où était-il?... ' battirent sur ses yeux ou une plus 

Ils allaient toujours. On n'y voyait pas beaucoup, sous P"'^ ^^^^^ s'étoila, comme des lar- 

Visiblement elle l'amusait, le pro- '^'^^ petites lampes de couleur qui brÛ- ^^s silencieuses qui ne devaient pas 
menait à travers un dédale de rues '"^f"* su.spendues dans des lampa- couler, et son regard eut une détres- 
où il lui serait impossible de se re- 'jaires en cuivre ajouré. Sous leurs se, une supplication dont il s'effraya. 
trouver en plein jour, n'y étant ja- cc'ats tremblotants, les choses se ré- D'un bond il se releva, fit quelques 
mais venu. Ils débouchèrent sous les relaient à peine. pas en arrière... 

arcades d'une petite place blanch*. '^nioLiie, enroulée en des étoffes q^^i mystère vivait-il? Où était- 

-— , .''J''""^^''^ *r ^'"'': """ ^'^'"'"'' ^''^^^^ il?- Que lui voulait-on?... Etait-il le 

(1) Oll^ndoK. Pan.. RepnxL interdite. là, acooudee parmi les cou-ssins bro- j„uet de quelque machination odieu- 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 387 

se?... Cette femme était-elle victime? tant la griserie de ces heures étran- par d'autres déchirures filtrait du 
Il s'assura de l'arme dissim-ulée en ges ainsi tombées en sa vie, comme blanc intense, quoique lointain, com- 
ses effets, écouta dans la nuit, fut un beau rêve. La meilleure part était me en un paysage d'Orient. C'étaient 
plus calme. pour lui. des murs de petites maisons arabes 

Ses yeux ne pouvaient se détacher II ne fallait pas forcer la destinée, dressées au bord d'un rocher, accro- 
d'elle. mais attendre et se souvenir. chées, grimpant, s'escaladant, posant» 

Alors, comme il avait déjà souffert, des terrasses en cascade l'une au-des- 

il lui vint au cœur instinctivement ...Son dernier jour à Constantine -"^ '1' ' a'.iti'. Par-ci, par-là se pla- 
benucoup de pitié, une tendresse déli- était venu. quait la teinte rousse de vieux toits 

cat«, consolante, et, s'étant appro- La veille, quand il l'avait dit à la de tuiles aigrettes de cheminées hau- 
ché d'elle, à ses pieds, dans l'attitudtl petite servante le reconduisant, elle tes où sommeillaient des cigognes 
humble qui seule pouvait la rassurer, avait répondu: immobiles, haut perchées, 

il sut trouver des mots, des images, — Madame le sait. Puis il repartait, reprenait la 

des tendresses nouvelles. Et elle lui avait annoncé qu'elle montée. 

Il parla lon^-temps. ii'^it le chercher, le lendemain, non à Devant lui la petite fille qui le gui- 

Sa voix chaude s'émouvait au ré- '^ nuit comme d'habitude, mais à la dait s'arrêtait et semblait impatien- 
cit des choses dont il se grisait lui- fin de la journée. te, ne comprenant pas ce qu'il avait 

même, et, comme si elle l'eût com- -^ l'heure dite, elle avait paru. A à regarder ainsi. Mais elle n'osait pas 
pris, le calme revenait en elle, une ^^^ regard la reconnaissant de loin trop montrer son mécontentement, 
douceur tombait de ses grands yeux dans la foule des passants, elle avait encore moins le lui dire, très respec- 
enfoncés en lui. Elle semblait écouter souri, puis elle était partie se retour- tueuse de l'uniforme. Elle murmurait 
très attentivement, suivre le mouve- "^°* 4« temps à autre pour voir si seulement: 

ment de ses lèvres d'où tombaient ^^^^ ^*&i* ^^i^n suivie. —Allons, lieutenant, allons!... 

ces paroles qu'elle ne pouvaient com- Alors une grande douceur la ga- Alors il lui souriait d'un air d'in- 
prendre, mais dont la douce musique gna,, un peu d'émoi grelotta en son telligence, obéissait à son appel, 
la gagnait peu à peu, la berçait d'un cœur... Il allait savoir! Ils n'étaient pas seuls dans leohe- 

ohnrme très prenant, la lui donnait Chemin faisant, il repassa en sa '^^'^• 
lentement. mémoire ces nuits de rêve y cher- Plusieurs personnes les dépassaient. 

Elle souriait maintenant dès qu'il chant quelque indice qui pût déjà le ^'autres descendaient, parlant très 
arrivait. Et lui reprenait, au début, guider vers la vérité. Son désir allait ^°''*' ^® disputant, 
sa pose du premier soir, à ses pieds, au-devant de ce qui allait. être. 11 re- ï^ans une des villas de là-haMt un 
Elle écoutait ce qu'il lui contait, mil- gardait attentivement autour de lui, '^^[^^y dernièrement, avait été com- 
le riens, délicatesses très subtiles qui notait tous ses pas, pour plus tard ^^^ ' ^* ^ '-'^ allait voir, par désœu- 
naissaient sur l'heure au contact de quand il reviendrait ici et qu'il vou- '^'i^^ment, cette petite maison où il 
ce cœur dont il percevait les plus in- drait revivre ces heures parfaites, tétait passé quelque chose, comme si 
times frémissements et qui auraient Mais il ne retrouva plus les petites '^^ volets clos, les murs voilés de 
été inutiles ou ridicules l'instant d'à- rues arabes, les arceaux les teiTasses f^^il'^si.'^s et de rosiers grimpants 
près. Mais elle, jamais ne parla. Il penchées se rejoignant presque au- Pouvaient conter le drame vécu. Là, 
n'emporterait pas, chantant en sa dessus de leurs têtes, apaisant la lu- ^'^ homme avait assassiné une femme, 
mémoire, dans les solitudes où il al- mière et la chaleur du jour sur les ^^^^ ^"^ *'"* ^*^ '^^'^^I ^^ somme, 
lait s'enfuir, le timbre de sa voix, passants glissant en la ruelle incli- ^^^^ ^''^ révélation des détails avait 

C'était comme une très belle statue née. Plus de minaret pâle dressé sur ^^^ ^^ trouble dans la ville entière. 
un instant animée, à qui il avait le ciel bleu ; rien de la cité orientale ^'"- °'^'^' j™tile. faisant commer- 
prêté. une vie, une âme, des idées ve- endormie tout autour de la place ^ ^'^ ^^«"® littérature ; le dilettante 
nues de lui et qui, lorsqu'il était par- blanche qu'ils avaient traversée. Le '^^^^ *°"** ^°° horreur, l'être sans 
ti, s'en revenait, ainsi enclose dans ca chemin n'était pas celui des nuits morale, raisonneur à vide, ivre de so- 
sanctuaire, en le silence et l'attitude précédentes. Impossible d'en douter. P^iismes et de grands mots, produit 
des idoles très voilées. Ils avaient traversé la ville, des- «^«"^Plet de cette nouvelle génération 

Un jour, il avait bien essayé de re- ccndu la grande rue, passé le pont du scientifique qui veut des faits et n'ou- 
faire le chemin. Mais, sous le soleil, ravin. Maintenant ils montaient au j'^® qu'une chose : avoir un peu 
par les rues bruyantes, à travers une Mansourah à travers la forêt de t^ J"^"""-' *"*, '^^ ^'"^pI*" bon sens, 
foule qu'il ne pouvait associer à ses pins. Là réellement il n'était jamais J.^bissant _ la poussée maladive 
souvenirs pleins de clartés d'étoiles, venu. f ^.", «go^sme et d un orgueil 

].,,,,,., ., ' iroidement cultives, entretenus avec 

d ombre bleue et de silence, il se per- Quand il se retournait il distin- toute la sollicitude cupide du 
dit bien vite et revint lassé. Puis, à guait, à travers les branches près- vagabond avivant ses teignes 
quoi bon? Ne valait-il pas mieux sées, des lambeaux de ciel bleu, d'un et ses eczémas offerts à la sen- 
s'en aller après, disparaître, empor- UIcu idéal, très profond, et plus ba.=i. sibilité généreuse des passants, il se 



388 LE JOURNAL DE V'RANÇOTSE 

voulut la triste gloire d'uu Julien ^viio, de retenue, faisait de lui uii être c<imme un chagrin nouveau dtmt il 
S<Mrd. Il fut à peine le héros de Bar- qu'il ne connaissait pas. Et cela l'in- ne pourrait jamais secouer l'amertu- 
rès, "l'homme libre", à peine le tlliè- téressnit comme s'il eût joué un rô- me, le souvenir inquiet. 
me initial du dernier venu dans OBtte le. Cependant, après, quand il était En ses bras, dans l'étreinte pas- 
série de névrosfts, — de Robert Grès- de retour, seul en sa chamlïe, un peu sionnée dont il l'entoura, elle pergut 
lou. de tristesse lui restait à la pensée cette douleur qui tremblait en lui, 

Elle: très l»ien vue, tenue pour qu'il ne saurait jamais quelle femme voilait ses yeux, parlait en sa voix. 
honnête, impeccable, mère de deux il avait aimée ainsi. Voulant le calmer, elle laissa aller sa 

enfante qu'elle adorait. ^ ce moment, sans lu'-siter, la peti- t^te sur sa poitrine en un abandon 

Et lorsqu'on entra dans la villa at- te juive abandonna le chemin, le gui- chaste, gracieux, et toute petite, très 
tiré par les coups de revolver, cher- da à travers les arbres. Bientôt .me humble, reconnaissante, elle resta là. 
chant parmi les chambras silencieuses, maisonnette blanche, un peu à lé- —Parle!... parle!... répétait-il. 
on vit cette horn>ur: lui, au pied du cart, pt>rça à travers la verdure. Ils Pourquoi me faire souffrir ainsi?... 
lit, évanoui, blessé seulement ; elle, .franchirent la grille voilée de lierre. Et ses yeux cherchaient en les siens, 
morte sur le coup, mais nue. ti-aversièrent un jardin où de grands imploraient. Il y eut entre eux un 

Et c'est là, la tache ineffaçable, la rosiers encore épanouis immobili- instant de ferveur sublime. 
honte totale que rien n'absoudra, pas saient sur leurs tiges d'énormes fleurs^ A la tenir ainsi embrassée, toute en 
même la justice des hommes, — ce pourprées. Au seuil de la demeure, lui, il sentit un peu de pitié l'émou- 
souvenir de la pauvre femme ainsi entr'ouvrant la porte, très mysté- voir. Elle souffrait, elle aussi. Son 
montrée à tous. ^ rieuse elle dit: regard s'étoilait de larmes qu'il re- 

On aime assez, de ce côté-ci de —Maintenant monte, et entre... tout cueillit sur ses lèvres en un geste de 
l'eau où le ciel est plus bleu, le re- droit. dévotion profonde. Elle frémit, eut 

gard des femmes plus charmeur, plu^ Ji g'élança. Des tapis étouffaient le un geste égaré qui désunit leurs 
profond, ces violences, ces audaces i^^^j^ ^j^ g^g ^^^ Partout le silence, mains. Il crut qu'elle allait parler 
d'amour. On le déclara: être d'intel- ] éternel silence qui avait veillé cet enfin... 

lectualité BuPfrieure^ Personne n'a- ,^^„r. Et sur le palier, les portières _Non. non, fit-elle tristement de la 
vança qu il fut fou. Bien mieux, on relevées il s'arrêta à deux mains *-+ ^ j ■ j. ^- 

accusa la littérature actuelle la Dsv- ,,' *.' . **'^' posant un doigt sur ses lèvres. 

a«îusa la littérature actuelle, la psy étreignant sa poitrine, essayant II ne saurait jamais, jamais... 
chologie a 1 ordre du jour. de calmer son cœur bondis- ^^ goi^ venait. 

Et sur elle, la pauvre sacrifiée, ain- sant... 11 apercevait une pièce claire, i t » 

si tombée, ignoblement,trahie, on dis- ensoleillée, au fond de laquelle, assi^ ^^î" la /enetre graride ouverte un 
cutait. Beaucoup lui jetaient la faute, se en une profonde bergère, une jeune ^°T^ ^'^^î,' Pf ^"««e, pénétrait jus- 
Tout ce qui put être dit de Ix-te et de femme lisait. Parfois la jolie tête in- ^" ^ ^"^- P^r-^essus les massifs, à 
lâche autour de cette seconde unique dinée, nonchalante, se détournait ^'^"'^''^ l^' ^^'^"f" pins dévalant le 
d'infinie pitié, si touchante chez une vers la fenêtre, interrogeait rêveuse, ^«>^«^"t' le regard s en allait au loin 
femme restée pur* jusqu'alors, et que l'espace découvert, Constantine qui, ^^'""'^ ?*^ silencieuse et rayonnan- 
les larmes calculées du misérable dans le lointain montait, montait ' ^^^^^^ "^^^^ '^ ciel. 
avaient affolée, le fut largement. M. blanche dans le ciel 1 leu. Mais il n'a- Dans l'éther lumineux, calme, elle 
Homais eut là ses plus beaux effets, vançait pas, ne faisait pas un pas, ^ dessinait avec une netteté de dé- 

Hélasl... ne pouvait^on glorifier s'immobilisait, le c(Eur défaillant. ^^^^ 1"i étonnait. Le rocher se cou- 
oette morte, lui donner la vertu pour Cette jeune femme, vêtue à leuropé- ronoait de petites maisons arabes, 
fînceul? Il connaissait pourtant le cri enne, très naturelle en ses poses et ses audacieuseme#lt pencht''es sur le tor- 
superljB d'Antony. Mais ce sont là gestes, c'était elle. rent, si petites, si légères, qu'un rien, 

choses que comprennent seules les Chancelant, il étendit les mains ""'^ '^^'"®' ^^^ précisait, les séparait 
grandes âmes. s'appuya au 'premier meuble r^con- ^'"°^ ^® 1'^"*^^- Au-delà les grandes 

II est des cris que le cerveau ne tré. Très calme elle leva vers lui ses "^S;isons européennes s'élevaient et 
trouve pas. yeux, eut son beau sourire et lui ten- P"^^' dominant le tout, la Kasbah, 

D'entendre ainsi parler tous ces dit les mains. * silhouettée en d'autres masses plus 

gens qui passaient cela gâtait la -Vous!... Vous!... redisait-il, ^jar- ^'^^f^^^^' ^f^^.ai* horizon, s'enfon- 
douœur des idées qu'il avait au dé- dé en son saisissement. "^^if, , '^ '''^'•, "^f *°"^'" ^^« ,^^- 

but de sa route. Alors, à voir ce visage doux, mais ^"'^l^' de mosquées fusaient au-des- 

C'était le dernier jour d'un rêve obstinément fermé, posant aujour- "' '^'' ''^***' ^^^'°'"^''^*^°"- 
qu'il vivait. d'hui" comme hier l'insolulle énigme 

Il ne s'y était pas livré tout de ces tendresses qu'elle avait vou- 
entier. L'inconnu gardé en cette lues, mais où elle se gardait très hau- •/ A Buivre ^ 

aventure, même aux heures les plus te, Bereine, inaccessible, une douleur s vre j 

émouvantes lui donnait une aorte de le crispa. Et il sentit tomber en lui 



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LE NUMEEO : 10 CENTS. 



Samedi, 4 avril 1908. 




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vince au dix-huitième siècle". 

François Herc/ep, "Le Mariage de Sza- 
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Samedi, 4 avril 1908. 



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G O O 



INTERIEUR . « 



Dédiée à ma chère petite femme Eva. 



l^gis, logis tout neuf, dont f ai passé le seuil. 
Qui n' abrita jamais nulle existence humaine, 
Ni la mort, ni l'amour, ni la honte ou V orgueil. 
Que donneront tes murs de bonheur ou de peine ? 



Ma bien aimée, vui, viens t asseoir sur mes genoux , 
Oublions ce que C heure emporte dans sa course ; 
Laisse baigner m^s yeux dans tes clairs yeux si doux. 
Mets sur mon cou tes bras frais comme l' eau de source 



Ah! quand je suis assis, heureux, à mon foyer, 
Sous le manchon du gaz, à la blanche lumière, 
Dans la petite salle jiu bufiei de noyer, 
Avec ma jeune épouse, exquise et printanitre ; 



D'être ainsi savourons la longue volupté. 
A r oreille, ardemment, je te redis : je t' aime ! 
Que nepuis-je, furtif pour parer ta beauté. 
De l'étoile des nuits dépouiller le Ciel même! 



Je me dis : goûtons bienj:es radieux instants. 
Peut-être le malheur glisse aux fenêtres closes. 
Comme pour tous, pour nous atcssi viendra le temps. 
Où, sous le vent aigu, s' ej^euilleront les roses. 

Montréal, 22 Octobre 1907 



Ne puis-je, quand demain me jette ses effrois, 
Car le sort inconnu nous menace sans trêve. 
Comme defe mayileau qui rend sacrés les rois, 
T' envelopper de ma tendresse et de mon rêve. 

Hector Demers, 

De l'Ecole Littéraire Je Montréal. 



-:^ 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




.. Ligue Antialcoolique .. 




Mie doctevir Lemieux, député de 
• Gaspé a présenté, ces jours der- 
niers, à la Législature provinciale, 
une requête de la Fédération Natio- 
nale de la Saint-.lean-Baptiste de- 
mandant certains amendi>ments à la 
loi relative aux ventes de boissons 
enivrantes. 

La Fédération Nationale, — ai-je 
besoin de le répéter? — comprend 
toutes les associations professionnel- 
les ou charitables de femmes en notre 
Wlle, et ses représentations auprès da 
nos eouvernants méritent qu'ils lui 
accordent tonte leur attention. 

Qui |)lus que les femmes, grand 
IHf u ! ont le droit de demander qu'il 
soit fait cpiolque chose pour enrayer 
les ravalées sans cesse croissants de 
ce monstre qu'on appelle: alcoolis- 
me? 

I*e8 statistiques, voix qui ne trom- 
pent jamais, nous révèlent, à son su- 
jet, un état de choses effrayant. 

Songez que durant l'année com- 
merciale finissant le 31 mars 1907, il 
a été fabriqué au Canada pour seize 
raillions et demi de whisky, et qu'il 
a été vendu, en fait de boissons for- 
tes et de bière, pour au-delà de cent 
millions. 

On reste épouvanté Rêvant ces chif- 
fres, et, c'est le cœur serré et angois- 
sé qu'on se demande si les Canadiens, 
pour peu que ce terrible abus de li- 
queurs enivrantes ne soit énergi- 
cjuement réprimé, ne finiront pas 
dan« un épouvantable délire alcooli- 
quf 

Dans la seule province de Quéllec, 
il e.-it hu pour vinçt-cinq millions de 
boissons enivrantes. VinL:t-cinq mil- 
lions employé» h s'abrutir l'intelli- 
gence, à détruir? sa sant?, à affai- 
blir sa race, quand on pourrait, 
avec cet argent accomplir dn si belles 
et de si nobles actions en faveur de 
ses compatriotes et de son pays! 



Dans toutes les villes de notre pro- 
vince, les deux tiers des criminels se 
composent d'alctooliques, car point 
n'est besoin d'être absolument ivro- 
gne pour être un alcoolique invétéré. 

Le nombre des boulangers à Mont- 
réal s'élève à cent ; cette quantité 
suffit à fournir toutes les bouches de 
pain, œt aliment si précieux et si né- 
cessaire. Eh bien, savez-vous, par 
contre, combien il y a de buvettes 
pour distribuer dans notre popula- 
tion le poison qui abêtit et qui tue? 
Cinq cents! ('inq cents buvettes, sans 
parh'r des éjjiceries, qui se chiffrent 
par centaines, où l'on vend des li- 
queurs fortes, et des auti^es en- 
droits où le débit des spiritueux se 
fait sans autorisation, c'est-à-dire 
sans licence. 

"Les hôteliei-s de Montréal eux- 
mêmes, — lit-on dans une des "treicts" 
publiées par Mme Léman, la prési- 
dente du comité de tempérance de la 
Fédération nationale, à qui j'ai em- 
prunté les chiffres plus hauts cités, 
— les hôteliers de Montréal déclarent 
par leur organe officiel "Liqueurs et 
Tabacs" (No d'octobre 1907, page 
6 ) que cette disproportion folle en- 
tre le nombre des boulangers et des 
buvetiers est évidemment une anoma- 
lie regrettable, et qu'il faut y appor- 
ter un remède." 

Faudrait-il alors ramener le nom- 
bre des licences de buvettes au nom- 
bte des boulangeries? est-il proposé. 
"C'est une idée à creuser", continue 
le journal des hôteliers. 

Embouteillons-la plutôt, c'est peut- 
être le meilleur moyen de la faire cir- 
culer plus largement. 

"A Chicago, en 1006, un jury a ac- 
cordé $17,500 de dommages aux en- 
fants d'un malheureux ivrogne, com- 
me punition aux propriétaires de 
buvettes convaincus d'avoir fait de 
cet homme un alcoolique. Les plai- 



gnants dans l'affaire étaient les cinq 
enfants d'un nommé John Hodund, 
et les défendeurs étaient trois res- 
taurateurs de Chicago." 

Ah! si les restaurateurs de Mont- 
léal étaient forcés d'^en payer autant 
aux fam lies de leurs malheureuses 
victimes, leur nombre serait vite di- 
minué. 

I^es femmes de la Fédération Na- 
tionale sont déterminées de faire tout 
en leur pouvoir pour seconder les ef- 
forts tentés pour combattre l'alcoo- 
lisme, et ce que femme veut force, 
vous le saves;, jusqu'à la volonté de 
Dieu. 

Ah! les femmes ont assez souffert 
des effets de cette passion maudite, 
elles ont assez pleuré ; si les prières, 
si" les supplications^ si leurs larmes 
ont été juscjue ici impuissantes, elles 
leur substitueront des démarches, des 
efforts, des actes, et nous verront 
bien si les foyers resteront longtemps 
malheureux, si les enfants seront tou- 
jours débiles, rachitiques ou infirmes, 
et si la race canadienne continuera 
de perdre de sa vir:ueur et de sa vi- 
talité. 

Femmes canadiennes, mes sœurs, 
votre tâche est pénible, elle est ardue, 
mais qu'aucun échec ne vienne la re- 
buter. Le succès, infailliblement, at- 
tend votre énergie, votre persévé- 
rance, et quelle plus V elle récomix;nse 
voulez-vous que celle d'avoir ramené 
le bonheur dans les familles, d'avoir 
arraché vos compatriotes à une rui- 
ne physique et morale certaine, et; 
d'avoir assuré à votre pays et à vo- 
tre race, de grandes et hautes desti- 
nées? 

Françoise. 



Les petites filles de Cork ( Irlan- 
de ) sont bien aptes à surmonter les 
difficultés. Le mari d'une de nos 
amies avait fait cadeau à sa petite 
fille d'une belle poupée ; le soir, en 
rentrant, il trouva la poupée sans 
teste. 

— Qu'as-tu fait? dit-il à son enfant. 

—J'ai covipé la tête, répond naiïve- 
ment la petite, parce qu'elle était 
trop grande pour son berceau, 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




Olenies maisons » | S,^p[^È'^'h1s^^^^^ 

J'AI un penchant, une faibletise : . 

pour les vieilles maisons. Elles ^ *"?" *''''• ^- ^'^^'^ ^*^«» ' 

ne sont, jamais banales et je les ., r- i i i,^ • * i • i ^ ^ i i ^',^ • , , 

aime, surtout lorsque l'élégante sim- '' F ^'^^ '""'^ ^''"^'^ ^^'^"- P^"" '« ^"'^ *"^,^.^' 'f délicieuse horloge du 
plicité d'une sobre architecture me .y.';5 ^^'""^ moviy^, vous savez cœur de 1 aime. 

repose de l'incohérente ornementa- ^luoi .' Oh ! ce qu'il jasait le cœur de aon 

tion de constructions modernes tou- o o o Pierrot... non... mais... a-t-on jamais 

tes laidement semblables. Avec ces lignes, l'enveloppe en ^" pareil bavard... et la petite Rose 

Au centre du quartier Duvernay, le deuil contenait une image funèbre "^ ^e lassait pas d'écouter cette voix 

château Logan offrait ce spectacle Un joli village perdu là-bas, dans fe-fave, qui répétait "je t'aime!" 
réconfortant d'une demeure où le so- l'encaissement de deux énormes mon- dans les yeux de Rose se lisait bieiii, 
leil entrait librement et où l'espace tagnes, une fantaisiste rivière avait .le t'adore! 

n'avait pas été mitigé. Mais le pic éc;happé son rire dans la vallée, et il y avait si longtemps aussi, que 
du démolisseur s'est attaqué à lui. voilà que ses fusées avaient retenti cet amour-là, était descendu dans 
On a tiré une ligne droite, parait-il, joyeuses >et appelantes, et de l'épais Jours âmes... c'était?... mais il ne 
et le château s'est trouvé dans la li- des fourrés énormes sortirent des om- pouvait s3 souvenir ni l'un ni l'au- 
gne. bres ; les génies des bois peuplèrent tre... c'était toujours! 

Tout de suite, sous prétexte d'em- \i*e ce coin caché. Sauvage et gen- i^y terres se touchaient et combien 
bellissement, de cette vieillesse robus- ^i^'e, la rivière chanteuse, courait, de fois, le jour, ,lean-Pierre sautait 
te qui portait allègrement le poids fvec des^ petits sauts, sur les récifs \^ clôture, séparant les propriétés, 
d'un siècle, on a fait un squelette jolis qu'elle tapotait au passage, Rogg acclamait le nouveau venu de 
pitoyable. avec les airs d'une fillette jouant à ^^^^ ^.j^^ j^^j^^ ^^ ^^ ^^ 'exclamations 

pana la vie, les gens bien élevés la maman grondeuse... et a sa voix, mutines, puis Jean grimpait dans les 
s'écartent avec respect pour laisser les échos répondaient des notes ca- cerisiers. Il s'accrochait aux bran, 
la Voie à une aïeule ; mais l'ambiti'oji ressantes et la brise parfumait son phes et cassant les grappes les lan- 
n'a pas la même délicatesse pour les souffle, de toutes les senteurs fines çait dans le cou et les cheveux de la 

choses anciennes: elle passe en lais- prises aux forêts belles fillette qui riait follement. Il ébran- 

sant des ruines. Et l'on grandissait là, en pleine j^i^ les pommiers, et tous deux en- 

Et chaque jour, dans notre pauvre "a^u^'e. ne connaissant que le beau suite, dans l'herbe cherchaient les 
ville, avec la bonne intention de mo- '^" '^'^' '''®"' l'arôme des foins trou- fruits pour y mordre à belles dents, 
derniser, on détruit le pittoresque. »'lants, la coquetterie des ondes, le L'hiver, c'étaient des interminables 

Quand toute l'île de Montréal pré- ^^"^^^ ^J, cavernes pleines de mystè- courses en raquettes, des parties de 
sentera la phvsionomie désespérement 'f ' ^TT ^ ^"''"°^^' ' ''' ^""^^""^"^ ^* ^^' promenades en voi- 

régulière d'im échiquier et que ses ha- '^' ^ ^ , ,P^^^"'"":V'«"' ".V ^' ^"^^- ^'^^^ P^^*^^^* ^^ ^"«^ ^" ^«"'^ 
bitants, marchant sans cesse entre ^"ur T' f^'"" ^" T^ T ^" ^^^^^^ "beriot", il entassait les 
des rangées de bâtiments déplorable- • ^^^^ ^''^''' ^* ^""^ rossignolades des p^^ux chaudes, autour de la mignon- 
ment uniformes, auront l'.attristante T"^""^^ amoureux ; on n aspirait que ^^^ i^ jeune fille était perdue, là-de- 
illusion de se promener dans une fa- f ^anations pures_ des bois aux d^ns ; on ne voyait plus que l'éclat 
brique d^ boîtes, peut-être regrette- ^"^ îoHettes, et des jardins verdis, attendri des yeux doux. A l'époque 
ront-ils ce qu'ils démollissent auiour- ^ ''^'^^ ""^ caresse, un md d'amour, des moissons, leur joie se faisait plus 
d'hui avec une si étrange insouciance. If fa^-adis, mconnu enfin trouve, où exhubérante, petits, ils jouaient à ca- 

Alorc! vi^îllp= rv.«i=^r,= r.„. ;'„;^. '' *^^^^'* ^"" ^^ découvrir le md ce- ché-cache, dans les blés mûrs; plus 

Alors, vieilles maisons que 3 aime, ^^et des éternelles tendresses. grands, i s escaladaient les immenses 

vous serez vengées ! 1 . / » , • .1 

T.T , ■,-, . , " Menez-moi. dit la belle, chai'ettes a foins, et appuyée sur la 

Wotre histoire est courte, nous A la rive Adèle, "fourche" plantée au milieu de l'a- 

n avons pas de monuments sacrés Où l'on aime toujours " boudante récolte, petite Rose sem- 

par les siècles : chaque fois que nous „ , ui -i « •« ^ ^„ 

dispersons des pierres qui marquent ^f'^} «« ^"e de tout son cœur Ro- bla,t avec sa grâce mièvre, une de- 
une étape ou qui nuis^^^nt ne Jrait^ "^ fredonnait à Pierre, le plus beau moiselle égarée parmi ces paysans, 
étape ou qui puissent, ne serait celui-là avec 1^6"^. «"Ho n'avait rien, son père, ce 

ce qu'un instant, an-êtcr l'attention ^^, "^"^ village, soucie, celui 'a, axec /,„.„._ dont les mains énormes 

du nromononr ri;o+,-n;+ r,^„„ „^ + ^^^ cuormcs epaules et ses bras d'her- i""" nomme, cioni les mains énormes 

SnrunTfaùte ™1«' ^ans lesquels, il prenait la mi- et velues osaient à peine la toucher, 

Bgnonne Roi50, aux douceurs de la de crainte de lui faire mal ; sa mère, 



4- LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

à la voix impérieuse, aux yeux sévè- me casseras des merises, et tu me tra- sentait impuissante à le défendre et 

r«8 et qui s'adouàssaient pourtant verseras les ruisseaux? pendant qu'autour d'elle, la, na- 

pour regarder sa jolie rose. —Vous viendriez encore avec moi? ture chantait la joie et la beau- 

C'eçt qu'elle les étonnedt cette flevu: —Et pourquoi pas? Voyez-vous, té. Rose raconta sa peine aux plan- 
piUe venue d'eux, ils ne savaient com- mes amis, je reviens, plus heureuse tes, elle la cria aux oiseaux, elle la 
ment. Ils avaient pour elle des at- que jamais de reprendre ma vie cham- j^ta aux échos, et le nom de Pierre 
tendrisseraents subits, ils la cares- pêtre. La terre, je ne connais que fut répété en vain. Une fée lui avait 
saien*^ doucement, trouvaient des cela, et je n'aime que cela. La ville yolé son amour... 
noms charmants à lui donnor: enfin ne me tente pas, je la trouve insup- ,.. ,., .., 
ces fils de la terre, avec leur ru- portable, ce que j'aime, c'est ici, et _^^^^ ^^^^ consolerez. Rosette, et 
desse et leur sauvagerie, devenaient je veux y rester toujours. encore' 
tendres et délicate pour cette petite -Mais. vous vous marierez? fit Rose. _^^ eonsoler, non, jamais, mam'- 
"chose" qu'un regard méchant pou- - Je 1 espère bien - et des dents ^^^j^ ^^ ^^^^^ J ^^ garçon-là, 
vait. peut-être, anéantir. blanches se, montrèrent dans un rire -^ y^^^ ^ .^ j^ connais. 
amusé— mais il y a assez de garçons ,. . ,. .. « . 

PitMTv avait toujours subi cette dé- „,,„ j^i Lui aussi m aimait bien sm-, mais 

i:r.aii> îiifliK^non • lui nui lir.vni+ los r^ '• • ' ± • „ P^s commc moi, n'cstce pas : il m a- 

licate imluence , lui qui uoxait les _Oui, mais u est un monsieur que } , i. ^ 

camarades à l'écol-^ qui était passé ^.^„^ « ' ndroz bandonne pour 1 autre pai-ce que 

m«îtr.> Hfin« l'ni-t rrawommoder les ^ ,,f^^^ • ' , xt ■ c'est une demoiselle, et ça fait plaisir 

maitn dans I ait d accommoder i«. _,j,^ monsieur! Non pas, je marie- ^ . -jérer par la plus dame 

yeux au bourre noir, qui, d un coup ^.^1 „„ "habitant". Votre père l'a , ^''.,^°^'' praerer par la plus dame 

d'épaule enfonçait les portes, et avec ^jt Pierre, je suis taillée pour faire "" village. 

ses poin^rs détruisait tout obstacle, ^.^^ f^^g d'"habitant", et je ne de- -^°"^ ^^ .^'T^r' "^^^^J^'^' 

Pierre devenait un mouton lorsque les ^^nde pas mieux que d'en faire une ! ""^n autre ! Ah ! mam zelle, un 

yeux clairs de Rose tomJiaient sur lui. ^t ses yeux noirs ensorcellaient le ^"tre. ça ne sera pas Pierre ; croyez- 

-"Elle "m'empigeonne", disait41, pauvre P;erre, plus rouge qu'un pa- î^^^' '^ ^ }'^^'\ "f, Pl»« °? ^^°^.^^' i" 

dans son rustique langage. vot. ^ ^^^^ ^°^' ^^ }^ ^ aimerai toujours... 

Et Rose souriait, pendant que les Sans savoir pourquoi. Rose avait *""J""^"^" *"".j°"^^;-, . 

parents heureux, regardant le beau envie de pleurer. ^* ^^ toujours étaient des san- 

coupl.-, songeait à les unir. Seul, le —Vous ne fei-ez jamais une femme ^1°*^. ^ ,, . 

père de Pierre hcjchait la tête. .r"habitant", vous êtes tiop demoi- -^^^'^ """' ™^ ^«"«' J« ^^^^ «^^"^'e 

—Ce n'est pas avec des créatures selle pour ça, — protest«-t,elle ner- «Pie 1 été prochain, lorsciuc je revron- 

"feluettes" comme Rose, qu'on fait veusement. drai, vous aurez un bon petit mari... 

une femme d".'*habitant". —Ah! bien, demoiselle! je marierai ^'^^ ™e ferma la bouche d'un geste 

Et la mère et le fils se fâchaient un homme à l'aise, et de nouveau suppliant. 

alors. son regard chercha celui de Pierre. —Me marier! Quand vous revien- 

♦:• ♦ ♦ Pauvre petite Rose en saisit le ra- drez, mam 'zelle, je n'y serai plus.., 

—Bonjour, Rose, tu ne me recon- yonnement au passage! certain... et je serai bien contente de 

nais pas? ' —Et vos belles mains, fit-elle, sou- partir. Dans un petit coin du cime- 

— Oh ! oui, mam'zelle Blanche ; Sei- dain aigre. Hère, à côté de la croix noire du 

gneur, que vous avez-t-y grandi! Et —Mes mains, chère enfant, elles sont noyé, je serai là. J'ai si souvent prié 

vous revenez pour tout de bon? deux fois grosses comme les tiennes! Pour ce pauvre homme que personne 

— Mais oui, regarde ma médaille Puis elle s'en alla, bientôt, l'ame- ne connaissait; il ser.a moins seul, 

d'or, et viens à la maison, je te mon- nant, lui, pendant que l'enfant, sou- lorsque je dormirai près de lui... les 

trerai mes prix et mon diplôme. Quel dain brisée, s'enfuyait vers la colline morts doivent sentir l'abandon... pas 

est ce beau garçon? interrogea-t-elle, voisine, où dans une sente touffue, ^^^^ 1"'^ ^^^ vivants... étouffa-t-elle. 

pendant que la haute stature de elle s'engloutit. —Vous ne mourrez pas, petite Rose, 

Pierre apparaissait au fond de l'allée. C'était leur coin favori, ils venaient "i^ n« meurt pas d'amour ! 

—C'est Pierre, s'écria triomphale- souvent s'y reposer. Il sembla à la —On ne meurt pas d'amour! Ah! 

ment Rose. Pierre Bergeron, vous ne petite, toute pleurante, que la brise oui, mam'zelle, on en meurt.^ Et si 

VOUS' appelez pas? . lui murmurait des mots chers ; ceux vous saviez ce que je sens là, dans 

—Ah! c'est Pierre... de la veille, sans doute, égarés dans mon cœur, c'est comme si on me le 

Elle. le regarde maintenant, char- les dentelures fines des feuilles, et que rongeait... Ben sûr que l'on meurt de 

niée par ce robuste gars qui lui sou- le vent enlevait pour les jeter dans Ça...et vous le verrez bien... 

rit en tr)rtillant sa casquette, gêné l'âme malade de petite Rose. Les Ensemble, nous avons pleuré sur la 

devant la demoiselle du docteur, qui herbes caressaient sa tête blonde, et tombe entr' ouverte. 

revient du Cf)uvent. dans les plis du cou penché, mettaient ♦♦♦ ♦♦♦ "'' 

— Di.s donc. Pi-ire. tu m'r mèneras des baisers, tout cela lui parlait d',a- "Elle vous aimait bien, pauvre 

cnforé en chaloupe, en voiture, nous mour,et sur l'amour, elle pleurait.sen- Rose morte, vous savez de quoi! 

grimp<Tons encore sur les montagnes, sitive, qui avait Compris tout de suito ♦ ♦ ♦ 

nous chertherons de la gomme d'épi- qu'on lui convoitait son bonheur. On en meurt! 

nette.nbtis mangerons des bleuté, tu Qn le lui volerait bien aûr. Elle se Madeleine. 



LE JOUENAL DE FRANÇOISE 



i-^ir^t-^^-^^^i-^^ 



J A C Q. U E 



Jacques a neuf ans, IJond comme 
um ange, fin comme.... deux mouches, 
gentil comme un démon. C'est de 
plus, un poète. 

Il a annoncé, l'autre jour, à sa pe- 
tito mère le tourment que lui causait 
déjà la Muse, et lui a montré de 
longs manuscrits aux lignes inégales. 
—Ne me raconte pas d'histoires, 
dit la maman qui avait, à ce mo- 
ment, la migraine ; les poètes ont été 
de bons petits garçons, et tu ne l'es 
guère. 

Je dois à la vérité de déclarer que 
Jacques n'est pas en sucre ; il est 
vif, il est remuant, et quelquefois ta- 
quin. Quand les mamans, ',donc, /ont la 
migraine, les petits garçons qui sau- 
tent sur leurs genoux, qui les harcè- 
lent de questions, qui les forcent à 
jouer avec eux, n'ont pas précisément 
pour elles l'allure du poète idéal 
dont le rythme berceur endort toute 
souffrance. 

Quand à soutenir, ainsi que l'a af- 
firmé la maman de Jacques, que les 
poètes ont toujours été de bons petits 
garçons, c'est une fière hérésie. Et 
Jacques l'a démontré victorieuse- 
ment. 

— Aîi! tu crois que je ne suis pas 
un poète, s'est-il écrié, parce que je 
ne suis pas sage! Eh bien, tu vas 
voir. Tiens, assieds-toi-là et regarde- 
moi faire. 

Et gravement, Jacques prenant un 
morceau de papier bflanc et un 
crayon, s'installa à un secrétaire et 
se mit à écrire. 

La maman, heureuse de ces minu- 
te.s de paix, n'eut garde de déranger 
le jeune sonneur de lyre. 

Au bout de quelque temps, — une 
demi-heure peut-être, est-ce que je 
sais? — Jacques courut lui faire lire 
ce que sa Muse venait de lui dicter. 
J'ai été assez heureuse d'avoir une 
copie de cette inspiration. Je vous la 
soumets sans y avoir ajoute un mo,t, 
sans y avoir fait une rature: 



LE FUTUR SOLDAT 

Quand je serai grand 

Je serai dans l'armée, pourtant 

J'aurai un habit à boutons d'or 

Et je porterai l'étendard. 

Quand, sur le champ de bataille, 

Mes troupes reculeront. 

De ma voix de Commandant 

Je crierai: En avant! — 

Après une grande bataille, 

Quand mes troupes seront victorieuses. 

Nous chanterons d'une voix mclodi^juse 

Hourah! Hourah! Hourah! pour la 

( -Krcutce. 
Après une autre bataille, 
Le Général ennemi 
A mes pieds dépo.sera son képi. 
Quand j'aurai reconquis l'Egypte et l'A- 

( mérique. 
Je retournerai en France comiblé d'hon- 

( neur 
Et je serai décoré par l'Empereur. 
Et si une autre campagne se déclare 
Je remettrai mon habit à boutons d'or. 
Et je combattrai l'enQemi — 
Jusqu'à ce que Dieu m'ait emporté 
Dans son Saint Paradis. 

Vous le voj'ez, Jacques a l'humeur 
militaire. Il est patrio.te aussi ; il est 
vrai que Jacques est Québecquois, 
n'est-ce pas tout dire? 

Je propose, po.ur récompenser cette 
gloire future des lettres canadiennes, 
ce Paul Déroulède en herbe, que Jac- 
ques ait du dessert à discrétion, et 
que dorénavant, l'heure de son cou- 
cher ne soit réglée qu'après la viaite 
du marchand de sable... 

Françoise. 

La scène se passe dans une sacris- 
tie, le jour d'une cérémonie nuptiale. 

La mariée ( à son mari ) . — Est-ce 
petit ici, on y étouffe. 

Le mari ( naïvement ) . — C'est 
atroce ; aussi je jure bien que c'est la 
dernière fois que je me marierai dans 
cette église. 



Cités idéales 



I ORSQUE nous, avons atteint le 
L sommet de quelque montagne 
d'où l'on aperçoit là-bas une cité 
tout entière, notre regard s'aiTête 
volontiers sur ce qui est à notre por- 
tée. En face de tant et tant de cho- 
ses d'aspect si disparate, nous su- 
bissons le long éblouissement des 
unes, tandis que nous effleurons tris- 
tement les autres. Et alors, no.us 
sommes près du désir de voir s'éva- 
nouir tout ce qui, dans cette ville, 
n'est pas de nature à charmer l'œil 
de l'artiste, du poète ou du rêveur. 
Et puis, l'idée nous vienit,parfois, de 
n'entrevoir chaque logis qu'à travers 
des lianes ou des clématites, tels des 
nids bâtis dans de frais buissons 
verts... 

* ^s 7I\ 

De même, quand nous avons gravi 
les sublimes montagnes de l'Idéal, 
d'où l'on domine au loin toute la 
grande Cité Humaine, nous vou- 
drions la voir s'étaler à nos yeux 
aussi éblouissante qu'un Eden. Oui, 
nous nous surprenons bien des fois à 
souhaiter de n'y trouver que des 
maisons aux murailles fleuries, que 
des chemins tout couverts de fleurs, 
où passeraient des êtres ayant sans 
cesse au cœur des joies d'aurore et à 
la bouche des sourires d'azur... Mais 
pourquoi ce désir de vivre dans les 
fleurs nous hante-t-il donc sans relâ- 
che?... C'est, sans doute, à cause que 
le premier destin de l'homme était de 
séjourner éternellement parmi les lis 
d'angéliques jardins. 

Jean de Canada. 



Délicieuse exposition à Mille-Fleurs. 
L'avez-vous vue? Elle devance le 
printemps maussade et fait rêver des 
beaux jours. 



Ijcs indigènes' des îles Samqa ( Océ- 
anàe ) possèdent contre l'insomnie, 
un remède qui ne manque pas d'ori- 
ginalité. Ils enferment un serpent 
d'une certaine espèce dans la tige 
creuse d'un bambou. 

Le sifflement continuel et monoto- 
ne du reptile prisonnier endort infail 
liMemont. 



A 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



APOLOOUE 



-»-»< 



SI vous avez cru jusqu'à ce jour 
que c'était seulement dans les 
cercles diplomatiques, dans les cours 
ou dans la "haut*", qu'o;i se cha- 
maillait pour des qiKstions de pré- 
séance, laissez-moi vous détromper. 
L'autre soir, j'ai entendu de mes pro- 
pres oreilles, des lét^umes se contester 
mutuellement le droit d'occupen le 
dessus du panier qui leiur est réser- 
vé dans mon office. 

J'étais là, seule, en train de laver, 
ma vaisselle lorsque dans le silence 
qui régnait autour de moi, s'éleva 
tout d'abord la voix de l'oignon qui 
fit valoir bien haut ses titres de no- 
blesse. Puis, ce fut la pomme de ter- 
re qui prît la parole, puis vînt le 
tour du concombre, etc. 

Vous souriez, cher lecteur, d'ufl pe- 
tit sourire de doute, mais vous avez 
bien tort. Est-ce que tout ce qui vit 
n'a pas son langage? Vous ne vou- 
driez douter un seul instant que l'âne 
de Balaam ait parlé et vous doutez 
que mes légumes puissent en faire au- 
tant? L'inimitable Lafontaine a bien 
entendu parlei- les minuscules four- 
mis, lui, et n'avez-vous pas aussi 
ouï dire dans votre plus tendre jeu- 
nesse que certain pot de terre et cer- 
tain pot de fer s'étaient un jour van- 
tés l'un à l'autre comme deux bons 
Canadiens? 

Si les choses parlent, si elles ont 
une âme comme le veut Lamartine, à 
plus ff)rte raison, les légumes doi- 
vent-ils en avoir une, et par consé- 
quent un langage. Qu'importe si ce 
langage n'est pas l'Espéranto? Que 
je l'aie compris, voilà l'important. 

La preuve étant faite que ce que 
j'avance n'fst pas une gasconnade, je 
pourHui» et voilà ce que disait l'oi- 
gnon : 

"Vous voyez des gen* à trente-six 
quartiers qui croient leur famille bien 
ancienne para-»qu'clle remonte jus- 
qu'aux Croisades: que dire alors de 
la mienne dont plusieurs branches 
étaient au rang des Dieux chez 1» 



Egyptiens, Ijien avant l'ère chrétien- 
ne. Si vous doutez de la chose, vous 
n'avez qu'à consulter Juvénal. J'a- 
voue que ce poète romain s'est mo- 
qué de moi et des Egyptiens, mais 
comme il a passé sa vie à dire du mal 
ou à se rire de tout le monde et de 
toute chose, je ne pouvais échapper 
à .son sarcasme ou à ses médisanoes. 
Je ne .saurais du reste lui en vouloir 
puisque sa satire confirme mon as- 
sertion. 

Je pourrais parodier la célèbre 
phrase de Napoléon et dire que ma 
famille a oontemplé l'humanité de- 
puis plus de quarante siècles. Qu'on 
me trouve une famille royale capable 
d'en dire autant. 

Et, on ne s'est pas contenté de 
contempler l'humanité comme ces 
inutiles pyramides — monuments de 
vanité — on l'a aussi nourrie de 
temps immémorial. Et voici à oe 
sujet une très jolie légende due à 
Fulbert Dumonteil et qui explique 
pourquoi l'oignon fait pleurer lors- 
qu'on le dépouille de ses premières 
robes : 

"On raconte que pendant leur cap- 
tivité, les Hébreux se rappelant les 
moutons de Judas, les chevreaux 
d'Israël et les belles génisses de la 
Galilée, arrosaient des larmes de 
l'exil, l'invariable oignon d'Egypte 
dont les Pharaons les nourrissaient. 
C'est depuis ce temps-là que l'oignon 
qu'on dépouille rend les larmiss dont 
il a été abreuvé par les Juifs." Ce- 
pendant c(!ux-ci regrettèrent l'oignon 
lorsqu'ils .se trouvèrent dans le dé- 
sert et n'eurent plus que la manne 
pour nourriture. "Il nous souvient 
des poissons que nous mangions gra- 
tis en Egypte et nous reviennent à 
l'esprit, les concombres, les citrouil- 
les, les poireaux et les oignons. Main- 
tenant nos âmes sont desséchées et 
mos yeux ne voient que la manne." De 
là vient l'expression : "Regretter les 
oignons d'Egypte", c'est-à-dire re- 
gretter ilans une (;alainité plus gran- 



de, ce que l'on avait ct)nsidéré comme 
un malheur insupportable. ( 1 ) 
,Et cette noui'rituro que j'offre aux 
humains est si exquise que quand 
l'on veut exprimer le haut mérite 
d'une chose, on dit qu'elle a été faite 
"aux petits oignons". 

De môme, donne-t-on aussi à la 
montre, ce bijou indispinsal.lo, k 
nom d'oignon. Jamais un gavroche 
dit: c]uelle heure est-il à ton chrono. 
mètre? mais bien, quelle heure est-il 
à ton oignon? 

N'est-ce pas une grande preuve de 
popuLarité. ce fait de retrouver par- 
tout son nom donné à tout ce qu'il 
y a de beau de bon et d'utile? 

Les oignons furent aussi la seule 
passion gastronomique de Napoléon. 
A Sainte-Hélène, ils firent ses délices 
et on les accuse même d'avoir causé 
sa mort. Comme si tous ses mal- 
heurs n'avaient pas suffi à le tuer! ! 

Voilà pour ma noblesse et mon 
utilité. Que dire maintenant de ma 
beauté? Que je sois vêtue d'or, de 
violet ou de blanc, est-ce que je ne 
suis pas toujours ravissant d'éclat? 
Il n'est pas une mondaine dont la 
robe de soie égal'e la mienne en splen- 
deur. Aussi que de fois on a essayé 
d'imiter mes couleurs. 

Il y a deux ans, toute personne 
qui se respectait était sensée avoir 
un chapeau garni d'un certain ruban 
de couleur dégradée dite "pelure d'oi- 
gnon": puis vinrent les costumes vio- 
lets qui étaient encore une imitation 
des miens. 

De temps immémorial, les grands 
couturiers ont cherché à faire des vê- 
tements ayant le moins de coutures 
possibles et ils n'ont pas encore réus- 
si. Que n'étudient-ils pas la confec- 
tion de mes robes. Elles sont innom- 
brables et nulle d'elles n'a un seul 
point ou couture. 

Les humains disent souvent que tel 
vêtement fait comme un gant: quelle 
comparaison sotte! Le plut beau 
gant fait toujours des milliers de 
plis. Ne serait-il pas plus juste de 
dire». "Ce vêtement fait comme une 
pelure d'oignons." 

Et quand on pense qu'avec tant 
(le noblesse, de beauté et d'élégance, 
je suis obligé de frayer continuelle- 
ment avec toi, plébéienne pomme de 
terre, et souvent avec toi, roturier 



( I ) . Larousse. 



LE JOURNAL DE FEANÇOISE 7 

concombre! C'esï; ça qui s'appelle lution. La fine fleur de l'aristocratiG toutes les jolies femmes. Je suis 
déchoir! Rangez-vous au moins ou française m'a accueillie alors qu'elle dans ces endroits charmants sous 
faites-moi une litière ou un piédestal était dans toute sa puissance et la forme de savons, de lotions, de crê- 
de vos corps! République m'a vue d'un bon œil mes. On me considère comme ime 

Toi, pomme de terre, ton histoire sans que j'aie eu cependant 4 faire fontaine de Jouvence, comme une 
date d'hier et tu es toujours sale et de l'opportunisme. De fait, losis les source de fraîcheur, 
poussiéreuse comme une paysanne régimes qui se sont succédés jn Fj-hji- Ce que j'en ai surpris de secrets en 
que tu es. Tu ressembles à ces per- ce — et Dieu sait qu'il y en a eu quel- ma qualité de médecin-spécialiste 
sonnnes dont parle l'Evangile: tu es ques-uns — m'ont très-bien traitée et pour la vieillesse! Ce que j'ai essuyé 
pleine d'yeux et tu es incapable de ont su apprécier mes mérites. de larmes furtivos causées par l'appa- 

voir l'état de ta personne. Secoue Tu te flattes, pauvre oignon, de rition d'une première ride ou d'une 
au moins la crotte qui te recouvre nourrir l'humanité, mais est-ce que tache rousse. 

afin que tu n'en souilles point la je ne fais pas la même chose? et avec Quand le miroir brutal montrables 
soie de ma robe. Toi, concombre, combien plus de succès que toi puis- outrages du temps, moi, faisant men- 
j'avoue que tu es plus propre que la que je remplace ,. même souvent le tir Racine, je prouve que ces outra- 
voisine, mais peut-on être plus ' stu-. pain. Rarmentier a déjà donné un ges sont réparables. J'efiaçe la ride, 
pide que toi? Aussi quand les, hu- banquet où je revenais à tous les ser- la tache rousse, et les jolis yeux 
mains veulent s'injurier, ils se don- vices. Le potage, l'entrée, le plat de bleus ou noirs qui, tout à l'heure, 
nent tout bonnement le nom d'une résistance, la salade, le dessert et ^•oi- roulaient des pleurs amers, rient 
de tes espèces et ils se traitent de re même les liqueurs étaient faites de maintenant d'une joie folle, 
cornichons. pomme de terre. ^ Et que de jolies choses aussi j'ai 

Osez maintenant me disputer mon J'aide aussi à la toilette de l'hu- vues ! Des bras d'un modelé char- 
droit à la plus haute place!... manité : ces dandies qui promènent mant, des jambes exquises, des gor- 
Je l'ose, dit la pomme de terre, avec importance la blancheur de ges d'albâtre et des contours ravis- 
3t sais-tu ce que je fais depuis le leurs plastrons, de leurs cols et de sants! J'ai vu des chevelures blon- 
temps que tu parles ? Je me demande leurs manchettes, à qui en doivent- fies ou brunes se dérouler en cascades 
lequel est le plus désagréable, de ton ils l'empesage voulu et le reflet lui- onduleuses ! chevelures qui auraient 
baleine ou de ton discours? et je ne sant, si ce n'est à la pomme de ^^i* P^lir d'envie, la Madeleine delà 
parviens pas à résoudre la question, terre ? Croix. 

Tu me demandes de me ranger, La pomme de terre ! mais c'est le Vivant au milieu de toutes ces grâ- 
/euille croire que je me tiendrai tou- délice du riche, la nourriture du pau- "^^s et de toutes ces élégances, com- 
ours aussi éloignée de toi que possi- vre, le sauveur de l'humanité quand ment n'aurais-je pas acquis des ma- 
olc car si tu crains de souiller tes manque le froment! nières aristocraticiues? 

leaux atours, moi j'ai peur d'empes- l^e nos jours, le haut du pavé n'est Vous, l'oignon, et vous, la pomme 
;er ma robe de paysanne. pas tenu par ceux qui n'ont pour do terre, vous n'avez toujours aatis- 

Tu t'es aussi" moqué de la multipli- tout mérite que des ancêtres illus- fait que les appétits grossiers de 
ùté de mes yeux, mais je saia Hen très, mais bien pour ceux qui savipnt l'honime, moi je lui aide dans sa ro- 
jourquoi tu leur en veux: c'est par- se rendre utiles, qui ont de la valeur cherche du beau, dans sa conquête de 
!e que ce sont les seuls que tu ne personnelle, enfin par ceux qui ne se l'idéal. Je me mêle à la rose, à la 
misses faire pleurer, et cettei' défaite parent pas de la vieille gloire d'au- violette, au benjoin et je cesse d'être 
)Iesse ton amour-propre. trui parcequ'ils savent s'en créep de légume pour devenir parfum. Est-il 

Tant qu'à mon histoire, pour da- la nouvelle. Et moi, je suis non-seu- existence plus raffinée et ne vaut-elle 
er d'hier comme tu le dis, elle n'en lement utile, mais encore indispensa- -P^^ ^« Y^^^^ parchemins ridés? 
st pas moins gracieuse pour tout b'e- Peux-tu en dire autant/ or- ,,/.'^ .^"^^ l'emblème de la fraîcheur 
ela et je préfère l'honneur d'avoir gueilleux oignon? Non, alors cède- P?"'" l^s humains. Quand une enfant 
té portée en fleur et admirée par une inoi la première place et veuille te ^ une robe bien propre, bien blanche, 

einc de France à celui d'avoir vécu taire on lui dit: Ma chérie, tu es fraîche 

u temps des momies. — Savez-vous bien, dit le concomr comme un concombre! 

Je ne saurais au just« me représen- bre, qu'on se croirait dans un car-- ^® *""* temps, la jeunesse a régné 
er ce qu'était la cour des Pharaons, roau des Halles ou à la cour de Na- suprême et comme je symbolise cette 



ons. Et j'ai été présentée et reçue, nières et vous êtes loin d'être aima- ^^^ carotte prenait la parole au 
loi, à cotte cour exquise, grâce à blés. Je réclame la première place moment ou un violent coup de son- 
ilhistre Parmentier qui s'était fait au nom des bonnes manières qui nette se fit entendre. Je courus à la 
ion Mentor et mon champion. vous manquent et que je possède à porte. C'était des élèves qui m'arri- 

Je suis une parvenue, je date d'hier, un haut degré. Je sais plaire, moi, vaient. Il me fut donc impossible 
lais pour monter, je n'ai pas atten- et la preuve en est dans le fail, qu'on d'écouter ce qu'elle avait à dire. J'en 
u, comme bien des gens, ce grand me trouve sur la toilette-duches- suis fâchée et vous? 
ivellement qui s'est appelé la Hévo se et dans la chambre de bain de Blanche- Yvonne. 



• • sur le suivit accroissement de l'estime 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 
Lt>« plaisjuiteries de la poiiUi bouuo i(ldie¥mfOt Q ¥)I O i G I (!¥. - ¥) i C ^ (:^^ 



l CbrOnii)llC tbCdtrdlC]|S ^Ic Mme Oumesml pour so^ mari, de | ^l'Ccol^ ménagère provinciale 
J I J P"iï* qu'il l'a laissée veuve, sont vrai- m 

• ••••••••••• ••••••••••••• ment très amusantes: elles peuvent gt < C^) < QO C< Ci < 0O0 < G t G < Q t ( ) O0<C40< G f f t 0K) < <C 

se résumer agréablement par ce vers, 

Une première aux Nouveaut48.-"Le ^^igi^e de Boileau, et par la forme etH ^ directrice du "Journal de Fran- 

cœur n'a pas d âge ', comédie de j, j^^^ satresse- çoise" et présidente de l'Associa- 

salon en 2 actes, par MUe Miv tion des Femmes-Journalistes Cana- 

thilde Casgi-ain. Il n'est d'époux parfaitqne celui d'une veuve dienncs, a réuni, ces jours derniers, 

_-_ dans un déjeuner à l'Ecole Ménagère 

nme Dumesnil, une ordinaire et Wa- ^^ pièce est émaillée de pensées d'u- Provinciale, rue Sherbrooke, le cercle 
nale veuve inconsolable se con- "^ originalité frappante. Une entr'au- militant des journalistes féminins de 
aacre entièrement à des œuvres fémi- <-res m'a beaucoup plu: cette ville. 

nines de bienfaisance et vit avec son Mme Dumesnil, la Uelle veuve in- Le menu, les décorations, dont les 
frère le d<TCteur Bernard célibataire 'Oi^solable, s'interrompt au milieu convives louèrent aux nues la scien- 
convaincu. Mlle Osine Touton, vieille d'^° monologue : "Allons, bon! ce et le bon goût, avaient été exclu- 
liemoiselle d'un ridicule très poussé, '^^^^^ 1"e je parle toute seule, juain- sivement confiés aux soins des direc- 
amie de la Ijelle veuve vient prendre tenant!" Et elle ajoute, fort genti- trices de l'Ecole Ménagère. La table 
le thé chez cette dernière, et est très ^^^^> que de penser à haute voix, ne présentait plus que l'aspect d'un 
bouleversée par les compliments de ^ ®st comme de sel«garder dans une énorme IJouquet de verdure et d'œil- 
pince-.sans-rire du docteur. Un notai- '^^^^'- on aperçoit, em quelque sorte, lets rouges, blancs et roses, et voici 
re, M. Auger, vient trouver le docteur ^^ ^^"^ ^^ son âme. le détail du repas succulent: 

Bernard, pour lui faire part de la D'aucuns ont chuchoté que "Le j;^„,^ ^^ p^^^.„^.^,^ 

dernière volonté d'une de ses clientes}, ^^^^ n a pas d âge — un fort ]oli 1^ 26 mars 1908 

Mme de la Feuilleraye, que le doc- ^^^re, n'est-ce pas? - est une pièce à ^^^anBls. profession du journalisme, il y a 
teur a aimée autrefois: cette dame ^l*'- '^^ °^ le saurais affirmer puisque abondanc, de nobles cœurs." 
laisse une jeune fille et elle a confié l'f^uteur habite Québec et que je n'ai Jules Simon. 

nu notaire qu'"elle s'en irait tran- P^^ ^ heur de connaître beaucoup de Bouillon alphabétique 

quille, si le docteur liemard voulait concitoyens de cette ville. Je puis dé- Mayonnaise Marguerite 

épouser sa fille". Le docteur est trou- ^l'^''. cependant, que les personna- ^Fiil'!?^ ^l'/ri^^t^' 

... , . _„« __A • 1 1 ^ ' S ^ t * j* • xlitjlotlUX PclllS pois 

ble. touché, fort indécis. Ici, scène S^^ ont un air de deja vécu ' qui Pommes de terre Duchesse 

tendie — de la part du notaire, du «"^re un large champ à toutes les Délicieuses au parmesan, cCleri 

moins — entre celui-ci et Mme Du- suppositions. Panais soufflés 

mesnil. La veuve lui confesse qu'elle '-'." auditoire des plus nombreux CHace printanière 

ne se remariera pas, et lui propose assistait à cette première, et, a cha- „,. Gâteaux 

• • • f > »■ » • i^iwpv-oc l„„„^.,„„„ . I j •■. 1. , Olives, amandes salées, bonbons, 
de le manei avec une agréable per- '^"r«usement applaudi a I œuvre de café, Punch, Cidre. 
sonnr", entre deux âges, lui laissant l'intéressant écrivain. n r , 

entrevoir que Mlle Touton - c'est ^'"e Ryssler-Neumann a fait une /-« "« ï"* Pas seulement un repas 
d'elle qu'il s'agit, on l'aura deviné- Madame veuve Dumesnil très digne, ^^ '^^^P^ mais une parlote amusante 
po.ssède des avantages . matériels • '^'en dans le rôle du personnage ; Du- '^"*''^ intelligentes camarades. On 
et le notaire, pour faire plaisir à sa '"«^'^ ( >« notaire Auger ) a fait de P^OPO»»- ^e se reumr, chaque année, 
chère amie, consent à être présenté à '""ailes efforts, et si M. Mauger(le ^"^ "" l^anquet fraternel, pour res- 
Mlle Osine Touton. Et voilà le pre- docteur Bernard ) était un peu ;na- '^^f^'^ davantage les liens de solida- 
mier acte. niéré et comptait trop sur la collabo- "**^ professionnelle ; on ébaucha en- 

Mlle Casgrain, qui a de l'esprit, ne ^f^°" ^" ^"f"''"'-' Mme Jdy, «"'^ J^ P;-"t^ramme des fêtes à l'occa- 
m'en voudra de ma sincérité, car elle ^ ^"^ ^^'^^ bouton ) ét^iit ridicule à ^'"'^ d*;. J^ convention des femmes- 
est bienveillante, si je lui déclare tK,ut '*^^^'^' «* ^"« Ad^y (dans Mlle de J°"rnal,st^s, en septembre prochain, 
d'abord que les connaissances ou '^ ^'^"^"«•aye) avait toute la voua- ^* ^""^^"^ °° ^ ^"^"^«' «* "* ^eau- 
mieu.x, Texpérience delà scène lui ^'°." ^'°"'"® **'""^ j^^nc personne *^°"P\ , ,,. 

fait r,uelque peu défaut 'ï"' ^P°"s« "" V'®"'^ monsieur, plu- , Apres le déjeuner, les convives vou- 

. F„ „va„„h,, eu. ™.h«e «. ^i^ «^' ^u'un au.™. i::^^^^ Z:S^^^S::^£ 

imperfections, sensibles surtout aux Admirateur. ,i„ „'j „„^^„ j , A.a oie, 

.ron^ ri., ™,'*:.,» ,, X 1 • . au grand succès de leur menu. Desor- 

IZV^lZTl '^^ "° f ""^"' = -ais, toutes les femmes journalistes 

une langue toujours correcte. La Reine des Eaux purgatives, c'est n'auront qu'une voix pour l«uer 

Le dialo.Mie e.i pétillant et dune L'EAU PURGATIVE DE RIGA, l'excellence des tnets confectionnés à 
X er. P pl,.m ^ de fraîcheur. En vente partout. 25 cents la bouteille l'Ecole Ménagère. 



LE JOURNAL DE FEANÇOISE 



9 



Remartiué au nombre des invitées : 
Jean Deshayes, ( Mme M. Saint-Jac- 
ques ) et Margot, ( Mlle de Monti- 
uny ) du "Canada"; Jeanne (Mme 
Dumont-Laviolette ) et Colette (Mlle 
Lesage) de la "Presse"; Madeleine 
( Mme Huguenin ), et Camille (Mlle 
Lanctôt ) de la "Patrie"; Hélène Dû- 
ment ( Mlle Mnrie Beaupré ) du 
"Foyer" ; Gaétane de Montreuil 
( Mme (Jhs Gill ), ColomLine, ( Mme 
Côté), Tante Ninette ( Mlle C.-B. 
Barry ) du "Journal de Françoise", 
Mlle Charbonneau, secrétairei au 
"Journal de Françoise". 



I notes sur la mode 

LES grands chapeaux se feront en- 
core ce printemps ; ils seront paê- 
me immenses mais la forme cloche a 
à peu près vécu. 

Les galons brodés seront beaucoup 
employés dans la garniture des cha- 
peaux avec le tulle et le taffetas ; le 
galon d'argent aura aussi son heure 
de vogue. 

Le crin cousu sera choisi pour les 
chapeau de haute élégance. 

Les toques seront larges, toutes 
rondes, en paille de riz, en fine paille 
anglaise ou en grosse paille de 
couleur. Les garnitures seront de 
fleurs ou de plumes, sans compter les 
aigrettes si dispendieuses, hélas! 

Les jupes restent ce qu'elles sont, 
c'est-à-dire, à peu près foiirreaux. On 
ûrépare cependant des draperies, po.ur 
jupes, en tissus légers et souples, qui 
feront un très excellent effet. 

Les étoffas sont unies et rayées et 
les rayures plus grandes que celles de 
l'an dernier. 

Les bretelles restent en faveur ; seu- 
lement pour leur donner de la nou- 
veauté, on les fera descendre en étole 
jusqu'à mi-jupe, ou jusqu'au bas de 
la robe. 

Les épaules sont plus tombantes 
que jamais ; l'emmanchure reste tou- 
jours invisible et continue de se ca- 
cher sous une garniture, sous une bre- 
telle, sous des plis. 

Cigrarette. 



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UNE PAGE DE MEMOIRES 

Les dessous de l'Histoire 






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iJ««J««J»»J««ÎmJ»»J«J»»J»»J»»J»»JmJ«»J«»J»»JmJmJ«»J»»Jm^^ 



L'ANNEE 1849 fut une période 
d'agitation pour le pays, et sur- 
tout pour la ville de Montréal, à la- 
quelle une bande de fanatiques firent 
perdre, pour toujours sans doute, 
son titre de capitale, qu'elle posséde- 
rait probablement encore aujour- 
d'hui. 

Le fanatisme conduit rarement à 
d'autres résultats. 

Rappelons succinctement! les faits. 

A l'exemple du Haut-Canada? qui, 
avant l'union des Provinces, avait 
voté une somme de cent soixante 
mille dollars pour indemniser les 
citoyens paisibles dont les biens 
avaient souffert par suite des insur- 
rections de 1837 et 1838, le gouverne- 
ment Lafontaine-Baldwin avait sou- 
mis aux Chambres un projet de loi 
affectant une somme de quatre cent 
mille dollars aux mêmes fins pour le 
Bas-Canada, où les désastres causés 
par les mêmes événements avaient été 
beaucoup plus considérables. 

Cette action du gouvernement libé- 
ral souleva des tempêtes. 

Les haines de races, encore brûlan- 
tes, se ravivèrent, et le brandon de 
la discorde se ralluma aux quatre 
coins du pays. 

Ce fût une lutte acharnée. On vit 
de nouveau aux prises presque tous 
les acteurs du conflit qui avait en- 
sanglanté les échafauds dix ans au- 
paravant. 

Cette fois, au moins, la victoire 
resta finalement aux partisans de la 
justice et du bon droit. La majorité 
en faveur du bill fut de vingt-cinq — 
vingt-quatre Anglais et vingt-quatre 
Français s'étant donné la main pour 
accomplir ce grand acte de politique 
réparatrice. 

Des vingt-quatre Canadiens-fran- 
çais, hélas! pas un seul ne survit. 
C'est M. Chauveau qui s'est éteint le 
dernier, à l'âge de soixante-treize 
ans. 



La bataille était gagnée, mais le 
fanatisme n'avait pas désarmé. 

La loi votée, on essaya d'obtenir 
un désaveu de la part du gouverneur 
général, lord Elgin. 

On n'y réussit point. 

Les supplications, les menaces, les 
injures — on employa tout — furent 
sans effet sur cet homme aussi ferme 
que consciencieux ■; et le 25 avril, lord 
Elgin sanctionnait la nouvelle loi, 
connue aujourd'hui dans l'histoire 
sous le nom' de "Bill d'indemnité". 

La huée fut sauvage. On siffla, oji 
hurla, on poursuivit le représentant 
de la Souveraine avec des vociféra- 
tions, des trognons de choux, des 
œufs pourris et des pierres. 

Le soir, les députés s'échappèrent 
comme ils purent du Parlement mis à 
sac et incendié par un mob en furie. 

Durant plusieurs jours, la ville fut 
au pouvoir des émeutiers, qui se li- 
vrèrent à des actes du plus odieux 
vandalisme. 

Encouragés par certains journaux 
— le "Montréal Gazette" en particu- 
lier — ils brûlèrent et saccagèrent les 
propriétés et les demeures des pre- 
miers citoyens de Montréal, et entre 
autres, la demeure' de M. Lafonitaine. 

On ne parlait rien moins que d'ex- 
terminer tout cq qui portait un nom 
français dans le pays. 

Heureusement que ces énergumènes 
se contentèrent d'en parler. Pour des 
raisons connues, ils ne mirent à exé- 
cution que des projets moins dange- 
reux pour eux comme pour nous. 

Après la prorogation des Cham- 
bres, les attaques de nuit recommen- 
cèrent. Les femmes étaient insultées 
et bafouées dans les rues. Lady El- 
gin elle-même ne pouvait plus sortir 
en voiture, sans s'exposer aux injures 
d'une lâche populace, qui se targuait 
d'a{^ir au nojn de la proverbiale loy- 
auté britannique. 

Cette nouvelle manière d'entendre 



10 



r.F': .T0Ufi^fAI. de FRANÇOrSE 



la loyauté ne fut pas exclusive à 
Montréal. Elle se fit un peu générale 
Juns tout le pays. 

Partout où il avait quelque groupe 
d'Anglais fanatiques on organisa des 
assemblées tumultueuses, on pronon- 
ça des discours incendiaires, et l'on 
brûla le gouverneur en effigie, quand 
on ne se livra pas à des désordres 
plus graves. 

Ces exécutions en effigie ne furent 
pas toujours, il est vrai, couronnées 
du plus Iirillant succès. Â Québec, 
par exemple, la comédie fit un four 
colossal, et tomba au lever du ri- 
deau. 

La scène avait lieu en face de la 
cathédrale, sur la pltice du Marché. 
Elle fut épique. 

Le bûcher venait à peine d'être al- 
lumé aux applaudissements de la 
foule et aux éclats des fanfares, lors- 
qu'une escouade de durs-à-cuire du 
faubourg Saint-Roch déLouchrârent 
par la rue de la Fabrique, et, armés 
de manches de hache et de gouma- 
lies, formulèrent avec énergie l'inten- 
tion de prendre place aux premiers 
fauteuils d'orchestre. 

De leur côté, les vaillants partisans 
de la loyauté britannique étaient 
bien armés aussi. Il en résulta un lé- 
ger différend dan.s lequel les tro.uble- 
fête eurent le dessus. 

Lee statistiques officielles ne cons- 
tatent pas corahien il y eut d'yeux 
pochés, de têtes fêlées et de côtes en- 
foncées, mais il n'en reste pas moins 
acquis à l'histoire' que, après quel- 
ques instants de pourparlers plus ou 
moins appuyés d'arguments "ad ho- 
minem", l'effigie du gouverneur fut 
nievée haut la main et mise en sûre- 
té derrière les verrous de la cathé- 
drale, sans qu'un poil de sa perruque 
blanche eût été seulement roussi. 

Les loyaux sujets de Sa Majesté 
n'eurent qu'à rentrer chez eux paini- 
blement, tandis que les dépouilles opi- 
me«^-«ous forme de la susdite perru- 
que, d'un bicorne à plumet, de pasBe- 
menterics et d'épaulettes en or, d 'épe- 
rons en argent et d'une épée de théâ- 
tre, .sans compter une tunique, un 
pantalon, un gilet, des bottes et du 
linge superfin — étaient loyalement 
partagées entre les vainqueurs, qui 



n'ont, j'en suis liien certain, jamais 
songé à s'en confesser. 

Les échos de ces désordres et de ces 
luttes arrivaient jusqu'à notre hum- 
ble village de Lévis, et soulevaient 
de singulières effervescences dans irbon 
petit crâne de neuf ans. Ils y réveil- 
laient je no sais plus quelles idées bel- 
liqueuses, réminiscences chevaloi-es- 
ques des premières lectures, inquiètes 
aspirations mal définies, mais encore 
vibrantes sous l'impulsion des récents 
ébranlements sociaux. 

Les pères ne faisaient plus fondre 
leurs cuillers pour en faire des balles; 
mais les enfants ne s'avouaient pas 
\aincus. 

Le nom de Papineau nous enthou- 
siasmait toujdursi; et toujours et mal- 
gré tout, nos petites cervelles rê- 
vaient de revanche, de bataille et 
d'indépendance. 

Les hommes, auxquels l'expérienoe 
a enseigné l'inutilité de toute résis- 
tance, peuvent s'indigner, menacer, 
mais ils se soumettent devant la né- 
cessité. 

Pour l'enfance inexpérimentée, au 
cofatraire, rien ne semble impossible. 
Elle est toujours prête à tenter le 
sort, si implacable qu'il soit. 

Or les Anglais de Lévis, guère 
moins fanatiques que ceux de Qué- 
Ijec, voulurent avoir, eux aussi, , leur 
petite démonstration la loyauté. 

Le jour fixé, le lieu choisi— c'était k 
deux pas de chez mon père, au fond 
d'une anse formée par un retrait du 
rocher qui borde le Saint-Laurent 
à cet endroit— les invitations furent 
lancées. 

Une belle occasion pour les dt'con- 
fits de Québec de se refaire le moral ! 

Tout avait été mis en œuvre pour 
assurer un succès sans précédent. 
Dans l'après-midi, les barils de go.u- 
dron s'échafaudèrent en pyramides, 
entremêlés de bottes de paille imbi- 
bée d'huile ; et sur le tout, on dressa 
un mannequin à cheveux blancs, tout 
doré sur tranche, et tenant dans sa 
niain un rouleau fie papier censé re- 
pr'senier le fameux bill, prétexte à 
tout ce tapage. 

Ijbs préparatifs s'étaient faits sous 
la surveillance et la protection d'un 
piquet d'hommes armés de pied en 



cap, et qui, jusqu'au moment de la 
cérémonie, firent sentinelle autour de 
ce sentiment de loyalisme nouveau 
modèle, avec une bravoure que la 
postérité, si elle s'en rapporte à mon 
tt'moignage, ne saurait leur contester! 
— bravoure mise du reste à l'épreuve 
par l'attitude menaçante d'une poi- 
gnée de moutards qui regardaient 
faire avec une curiosité mal dissimu- 
lée. 

Depuis quelques jours, des assem- 
blées secrètes avaient eu lieu — mon 
père en était — dans le but d'aviser 
aux moyens à prendre pour repousser 
l'affront qu'on nous pu-éparait. 

Les habitants des "concessions" 
s'étaient armés et organisés à tout 
hasard ; ceux des "chantiers" étaient 
prêts à marcher et n'attendaient que 
le signal d'agir. 

Une bagarre sanglante était possi- 
ble. Le jour arrivé, jusqu'à midi, elle 




" La Réflexion mûrit la pensée' 

Pour vos Prescriptions 

Des aseistants d'expérù nce et u»i labfra- 
toire bien aménagé dans chacune de nos 
trois pharmacies vous aesurcnt leur l)oiino 
préparation. 

Pour Aooessoires de Pharmacies 

Nous avons les dernières nouveautés, tels 
que I.imes pour les onglep, Houppes, Arti- 
cles en cuir, boîtes de toilette, etc., etc. 

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Les Parfums les plus nouveaux, cnniine 
d'habitude se trouvent à la pharmacie de 
Henri Lanctôt, angle des rues St- Denis et 
Sainte-Catherine ; Bonhonp, Cliocolats de 
McConkey, de Lowney, en boîtes ordinai- 
res et de fantaisie pour les fêtes. 

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Trois Pharmacies : 
529 rue Ste-Catherine, coin de St-Denis. 
820 rue St- Laurent, coin Prince Arthur. 
447 rue St-Laurent, près De Montr^ny. 



LE JOURNAL DE FEANÇOISE H 

fut imminente. Un Jid.mme fit tourneij lait pour mettre notre plan à exécu- ble dont nous risquions de charger 
les cartes. ^ tion. nos consciences pour la vie entière. 

Le curé, averti de ce qui se passait. J'y allais consciencieusement pour sans nous rendre compte que nous 
]mrcourut les rangs, visita les chefs, nia part ; si con,sciencieusement,qu'en commettions là un crime lâche et 
défendit toute voie de faits sous les atteignant le sommet, je me trouvai atroce, c'était nous, dis-je — mon ca- 
f>eines les plus sévères ; bref, tua le tellement lesté que mon camarade mai'ade et moi — qui venions de lan- 
conflit dans l'œuf. dut m' aider à franchir le rebord hé- cer sur cette foule sans défense, sur 

A la tombée de la nuit, chacun se "^^^ ^^ broussailles, qui surplombait cette foule inoffensive après tout, une 
claciuemura chez soi, portes et contre- au-dessus des profondeurs ent«nébfées volée de pierres dont la moitié d'une 
vents hermétiquement clos ; et ce fut dont^nous émergions. aurait pu tuer raide celui qxii Taurai-t 

la rage au cœur et les poings crispés /^''^^o à cet appoint, je réussis tant reçue sur la tête! 
que mon père entendit passer, dans ^^^'^ '^1"*' "^^' à me hisser auprès de Oh! la politique! 
les éclats de rire et les acclamations °^°" compagnon ; et bientôt no.us fû- Par un hasard qui tient du miracle 
gouailleuses, les équipages de luxe, ^^^ tranciuilJement accroupis dans — Dieu sait si je le remercie souvent 
les tambours et les cuivres en goguet- '^^ hautes herljes à deux oent cin- de m'avoir épargné un tel remords— 
te, avec le petit canon qu'on s'était ^"ante pieds au-dessus de la foule nos projectiles, heureusement, n'attei-, 
procuré à Itord d'un navire pour re- ^^^ manifestants, dont les éclats de gnirent personne. 
hausser l'éclat de la fête par d'aussi '"j''^ ^^ 'es exclamations joyeuses ar- Mais la panique fut inexprimable 
solennelles que loyales détonations, '"iraient, sonores ou perlées, jusqu'à On transporta des femmes éva- 

Nous n'avions pas alhimé de lumiè- ^°rt^'^ cachette. nouies jusque chez mon père, 

ère. La maison était triste compie un ^oupacoup: Pauvre père! lui si humain, si 

tojnbeau. Boum.... compatissant, toujours hanté parla 

-Couchons-nous! grommela mon C^"" ^°"P ^^ ^'^°°^ ^'^^^"^^ '« '^O" c»-amte de faire du mal à quelqu'un, 
père. cner. Puis une sonnerie de clairons s'il avait su! 

Tout le monde obéit, à deux excep- ^°'^*^ dans la nuit. En somme, ce soir-là, si l'effigie de 

tions près. ^^ môme instant, un jet de flamtme lord Elgin fut consumée, personne 

Pour moi, je ne fis que semblant, '^''^'* du 1 Ûoher, un formidable hour- n'eut raison de s'en réjouir': la peur 
de même qu'un jeune y;arçon du nom ""^ ^'«^^^^i* au loin, et une houle provoquée par deux gamins avait été 
de John Campbell - mort il y a "'"'"P^^*'' ^« ^""^^ grouillantes et rieu- telle que les loyaux sujets de Sa Ma- 
quelques années, à Montréal - un or- ^^ aPP^rut à nos yeux, massée en jesté n'eurent plus même la pensée 
phelin de quelques années plus âgé "" ''^'''"' "amboyant, tandis que, d'affirmer la solidité de leurs prind- 
que moi, que mon père avait recueilli f^'""! ^^^ roulements de tambo.urs et pes par d'autres démonstrations de 
à l'âge de trois ans, et élevé depuis ^""^ '^" ''*' t"omphe, les cornets, les ce genre, 
comme son propre enfant. trombones et les ophicléïdes lan- Je suis bien convaincu que les sur- 

A 1 . çaient les premières notes du "God ^r,\-.o„+„ "i ^ ,- 

A nous deux, nous avions formé ^„ ^p thp O " vivants - s il en reste — s'imaginent 

un projet. Ti j i " i j' j • -^ , encore avoir été attaqués, cette nuilJ- 

Ce projet était hardi pour des gos- ,/ / ^ ^' "^'^ f""' '^ T f^"^-^^""}^' 1^, par une armée de brigands. 

ses ; mais il était en même temps Hen li n'TT . T '""' ^""''^^ "« °^« ë^^^ent pas rancune, 

simple, comme vous allez voir IT' ^ ^f' f ". u^"^ ^' "^ '^P" «" °^°i°« ' 

" vun. pelle, magistralement beau. t • ^-i 

Au lieu de monter à nos chambres. Mais cela ne dura que quelques se- ' "' '"^' '"^P^"*^ ' 
nous filanies par la porte de service; condes. Presque au même instant, Louis Fréchette 

et, sans plus d hésitation, nous nous une clameur terrifiante traversa les ^recnette. 

mimes a gravir l'escarpement de la airs. La fd.ule, après avoir tourbil- 
fala,.^ qui se dressait à pic en arriè- lonné un moment comme un amas da 
re de notre demeure. feuilles sèches secouées par une rafa- 

C'eût été chose impossible pour le, prit la fuite de tous les côtés à la 
quelqu'un do moins expérimenté que fois, et se dispersa au loin dans les 
nous, tant il faisait soml re ; mais espaces noirs, laissant la flamme du 
nous étions familiers avec tous les bûcher monter solitaire, avec sa co- 
détours des .sentiers, toutes les an- lonne de fumée, vers les hauteurs où 
fractuosités du sol, et l'ascension ne nous étions, 
fut pas longue. C'étaient nous, les malheureux! — 

Chemin faisant, nous emplissions la plume m'en tremble encore aux "^^^^^^^^ 

nos poches de cailloux, de galets et doigts en écrivant ces lignes — qui, ' 

de morceaux de tuf, de peur de ne sans songer un instant aux oonsé- JEAN DESHAYES, GraphologUO 
paa trouver là haut ce qu'il m>us fal- quences, sans réfléchir au poids terri- 873 rue Notre- Dame- Est, Hochefigs. 



MESDAMES 

Confiez-nous vos Prescriptions mé- 
dicales. Elles seront préparées avec le 
plus grand soin et la plus scrupuleuse 
exactitude et avec des produits supérieurs. 
Livré avec célérité dans toutes 
les parties de la ville. 
Drogues et produits chimiques purs, articles 
divers pour malades, objets de pansement, arti- 
cles en caoutchouc, verrerie, Irrigateurs. bassin 
thermomètres, etc. ' 

Pharmaole LAURENCE, 

Coin dos Ruos St-Donis et Ontario, Montréal, 



13 LE JOURNAT. DE FRANÇOISE 

♦ ♦♦♦♦♦♦♦t»M »»Mtt t-HH'-f-f'*- saclmnt comment sortir do ce mau- gMCeœC8»»»œ»C80)œœC8œœcœ8C8»C8Ce:«b 
f 1 vais pas. ITeureusemeiit ,pour moi g i7/\t%fiMtt>c Ha MAHIllAl«if<> S 

X lin» (Nm^|^ff> T ^l"e mou déstippointonont; si véi'ita- g |6QIIV9Ur> «Ç pV^pUiai HK g 

> UlU WIIIVIVIU -f jjjp .jj £û^^ passa pour une comédie g ^wwv^ 

d;ittc un rh;in^;iu I ^^*^" j""^ ' ''^ "® doutait pas que œt ^»»»»»x«8»»»»:(^»»»»»»»»»»»5 

ttilil9 UIl WOdPvdU T accident ne fût un des agréments du Pour le recrutement des abonnés 

......J' tour et ne fût promptement réparé. j^^ prix, ( à toutes les personnes re- 

ttMMM^MM ♦♦♦♦♦tttttt* Cette confiance dans mon savoir- crutant 250 abonnements nouveaux) 

. faire était un supplioa- de plus; car, ^^ vOVage en EurODO et retOUr 

Qai n'a été témom de ce tour exe- ^^^^...^ magicien, mon pouvoir surna- ^..^^^ ^^^^^^ ^ ^^^ abonnements nou- 
cuté avec dextérité par les prestidigi- turel s'arrêtait devant la simple re- ^^^^^ ^ _ 

tateurs renommés. Si simple qu'il paration d'un chapeau. Je n avais ^^ PIANO DE $300.00 

puisse paraître, il y a tout de même qu'un moyen, c'était de gagner du Bachman, boîte en magnifique 

un tour de main que ne possèdent paa ^««^P« «* ^e m mspirer df mcons- J ^^^^.^^ ^^ ^.^^^ .^^^^ ^ 

Ta'U. ♦ * î ^,,, ..^;^ t»"<^«-J««°"^^""^^°^^ ^^^P*""^""" tion à répétition) exposé aux magasins 
les débuts ts et qui^ peut leur faire j,^ ^ ^^^^ dégagé pour ma posi- ^^ ^-^^J^ ^e notre jeune et populaire 
rater l'expérience. L'aventure qu'on tion, et j'exposai aux regards du pu- marchand d'instruments de musique, M. 
va lire et qui est arrivée à Robert- jjijg ébahi une omelette cuite à point, Ed. Archambsiult, 312 rue Sainte-Cathe- 
Uoudin à ses débuts en est la preu- qy^ j'eus encore le courage d'assai- rine-E. 
ve. C'est lui qui parle: "J'avais, sonner de quelques bons mots. Cepen- OU BIEN 

dit-il. emprunté un chapeau pour y jant le quart d'heure de Rabelais Un trousseau complet de jeune fille ou 
faire mon omelette. Les personnes ^^j^ arrivé ; ce n'était pas assez de dame. 

qui ont vu exécuter oe tour savent ^^^^^ d'audace, il fallait rendre le 3ième PRIX, (75 nouveaux abonne- 
qu'il est principalem«it destiné à ^^ij^peau et, faute de mieux, confesser "i^'^*^^ ) ■ u n +I.A 

provoquer la gaieté dans l'assemblée, publiquement ma maladresse. Je m'é- Un phonograpiie Pathé 

et qu'il n'y a rien à craindre pour ^^is résigné à cet acte d'humilité et 4ième PRIX, (50 nouveaux abonne- 
l'objet emprunté. je cherchais déjà à le faire le plus di- ments ) , 

Je m'étais fort bien tiré de la pre- gnement possible, lorsque je m'enten- MONTRE pour MONSIEUR 
mière partie, qui, consiste à casser (ils appeler de la coulisse, par boîtier en or massif (garanti à 14 ca- 
des œufs, à les battre avec du sel et Antonio. Sa voix suspendit sur mes rats), sans couvercle, mouvement de 17 
du poi\'re, et à jeter le tout dans le lèvres la parole prête à s'échapper et pitres ( rubis ) ; spirale Bréguet ; régula- 
chapeau, n s'agissait après cela, de me rendit courage; car je ne doutais teur breveté, *J"?*®- ^ 
simuler la cuisson de l'omelette ; je pas que mon compère ne m'eût prépa- ^^^^^^ ^^ ^ ^^.^.^ ^^ ^^ ^^^^^ 

posai un flambeau a t«rre puis, metn ^ quelque porte de sortie. Je me ren- ^^^^^. ^ ^^ carats), avec couvercle en- 
tant au-dessus, à une distance ou elle dis près de lui; il m'attendait un cha- ^-^^^^ ^,^^^ ^^^^g ^^ ^.un croissant de 
ne pouvait être atteinte, la coiffure peau à la main. "Tenez, me dit-il, en diamants. Mêmes spirales et régulateurs 
qui devait simuler la poêle; je lui fis l'échangeant contre celui fiue je por- que plus haut. 

décrire de petite cercles, comme pour tais, c'est le vôtre, mais peu importe; Chacune de ces montres a une valeur de 
faire une omelette. En même temps, faites bonne contenance; brossez-le $60.00. On pourra les voir dans la vitri- 
je débitais avec assez d'entrain des comme si vous veniez d'enlever les ne de la maison N. Beaudry & Fils, 
plaisanteries appropriées à la circons- taches, et, en le remettant à la per- 287, rue Sainte-Catherine-Est. 
tance. sonne dont vous avez reçu l'autre, 5ième PRIX, (35 nouveaux abonne- 

I^ public ri^t si bien et à haut, priez-la à voix basse de lire ce qui est J^^^^^j^^^ ^^^^ combinaison do bibliothèque 
que je m entendais à peine parler. Je au fond. Je fis ce qui m étais re- 
né me doutais guère à ce moment, de commandé. L3 propriétaire du cha- ^ième PRIX, (20 nouveaux abonne- 
la cause réelle de cette hilarité. Hé- p^au brûlé, après avoir reçu le mien, ^1'^^:"^^ Ju-irnlri^de 
las! je ne tardai pas à la connaître. ^ disposait à me faire une réclama- paries. 
Une odeur forte de roussi me fit je- tion, lorsque je le prévins par un ges- OU BIEN 

t«r les yeux sur la lumière; eUe était te qui l'engageait à lire la no.te fixée xjn autre bracelet en or massif (garanti 
éteinte. Je regardai vivement le cha- ^^^ j^ coiffe. Cette note était ainsi à 14 carats ) , avec fermoir d'un dessin 
peau; le fond en était entièrement ^^^^ç^g. .<Une étourderie m'a fait modem style, incrusté de perles. 
brûlé ^t taché. commettre une faute que je réparerai. Ces bracelets sont évalués chacun a 

Il paraît que, n'ayant pas convena- Demain, j'aurai l'honneur de vous de- ^^S-oo. Exposés dans la vitnne de la 
blement apprécié la hauteur de la ^^„^^ y^^^^^^^ ^^ ,,,re chapelier ; STin^E^r ' ' ''' 

bougi^ j avais commencé par rotir ^^ attendant, soyez assez bon i-our ' ou BIEN 

le malheureux chapeau, puis sans me ^^ ^^^ ^^ ^^ ^ ^^^^^^ ,,^ ^j-^^ p^^X, (10 abonnements nou- 
doutcr de ce qui m arriverait et con- ^ „ ^^ -^ eut tout le veaa.x ) . Un rédicule en peau de crocodi- 

tmuant toujours a tourner, jetais "'^'"* ^"^ ^ ; /. ,, ; ^ „„.. le avec initiale en argent massif. 

descendu un peu plus has et je l'a- S"«^ ^"6 je pouvais désirer, r.ai ^..^^ ^^^^ ( g^bonncments nou- 
vai» barbouillé de rare fondue. Tout mon secret fut parfaitement garde et ^gaux), une broche en vieil argent, ou 
interdit à cotte vue, je m'arrêtai, ne mon honneur fut sauf. une épingle de cravate, ou bien une pen- 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



13 



dule ,'de fantaisie, ou encore im bracelet 
en nacre de perle monté en argent. 

Le concours ne se terminera que le 1er 
mai 1908. 

Pour tous autres renseignements, s'a- 
dresser 

"LE JOURNAL DE FRANÇOISE", 
80, rue Saint-Gabriel, 

Montréal. 



Recettes faciles 

POMMES DE TERRE EN GA- 
TEAU. — Faites cuire des pommes 
de terre à ]a vapeur ; épluchez-les ; 
écrasez-les et délayez-les avec des jau- 
nes d'œufs et de la crème ; mettez le 
tout dans une casserole avec du beur- 
re, du sucre et un peu de fleur d'o- 
ranger. Posez la casserole sur le feu 
et ne cessez d'en remuer le contenu 
jusqu'à ce ciue cette préparation for- 
me une espèce de purée bien chaude 
( il ne faut pas qu'elle bouille ) . 
Beurrez un moule ; semez sur le beur- 
re de la mie de pain émiettée, et ver- 
sez la préparation dans le moule ; 
posez ce dernier sur un feu doux ; 
couvrez-le; retirez-le au bout d'une 
heure ; renversez le moule sur un 
plat ; enlevez ce moule avec précau- 
tion et servez. 

MACARONI MARGE AU GRA- 
TIN. — Faites cuire votre "Macaro- 
ni Marge", un paquet d'une livre 
pour six personnes, dans du bouillon 
ou de l'eau salée ; ajoutez poivre, au 
besoin une gousse d'ail écrasée et dis- 
posez dans un plat à gratin. Cou- 
vrez la surface d'une couche de fro- 
mage râpé et de beurre frais. Faites 
gratiner au fo,ur pendant dix minu- 
tes et servez. 

Pour le Gratin au Maigre on rem- 
place entre autres le fromage par de 
la crème et l'ail par de la noix mus- 
cade. 



Conseils Utiles 

MARQUES D'EAU SUR LES TA- 
BLES. — Le meilleur moyen de faire 
disparaître les taches faites par l'eau 
chaude sur une table, consiste à 
prendre de l'huile à salade et du sel, 
et à en faire une pâte légère. Recou- 
vrez la tache avec cette pâte et au 
bout d'une demi-heure, polissez avec 
un linge sec. La marque sera entière- 
ment disparue. 

ECHARDE. — Lf5rsqu'un éclat do 
bois, une épingle ou un objet pointu 
quelconque pénètre dans la peau, il 
est bon, avant de l'enlever, de met- 
tre une goutte d'huile sur l'endroit 
où l'objet a pénétré ; cette précau- 
tion facilite beaucoup l'extraction. 

RACCOMMODAGE DE LA POR- 
CELAINE. - Attachez les morceaux 
cassés bien solidement avec un gros 
fil ou une ficelle et on place l'o.L- 
jet à recoller dans une casserole plei- 
ne de lait de façon qu'il baigne com- 
plètement. On fait l)ouillir le lait et 
le vase est recollé très fermement. 



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Synthèse où la nature offre ses ambroisies, 
Nectar dont le désir a fait son Eurêka, 
Aux lèvres du Poète heureuse Angélica 
Tu devais amener toutes les poésies. 

Andbe Gohe- 



A Mille-Fleurs, .527, rue Sainte- 
Catherine Est, le printemps y est ré- 
fugié, dans tine merveilleuse exposi- 
tion de chapeaux de la saison 
nouvelle. Allez-y faire une visite pour 
vous réjouir les yeux et vous égayer 
l'âme. 



Voilà le temps des expositions. Si 
vous voulez jouir du printemps, il 
faut surtout aller dans les salons 
de modes, et, un, entr'autres 
que nous vous recommandons, est 
celui de Mme Pageau. Le bon goilt, 
l'élégance, les créations nouvelles s'y 
sont donné rendez-vous. Voulez-vous 
un de ces larges chapeaux qu'on ap- 
pelle Gainsborough et que le pinceau 
d'un artiste anglais a mis en hon- 
neur? Il y en a, en dentelle, en tulle, 
en tissus les plus délicats;. Préférez- 
vous pour votre genre de beauté, un 
toquet en paille, ou un simple cha- 
peau de tout-aller? Vous trouverez 
tout cela ef mille autres formes enco- 
re. Les fleurs, qui sont la rage cette 
année, sont en beauté chez Mme Pa- 
rreau. Toute la flore y est représen- 
tée : roses, muguets, lilas, pensées, 
misrnonnette, feuillages divers, etc., 
etc. Allez seulement vous donner le 
spectacle de ces merveilles et vous se- 
rez amplement satisfaites. 
Mme PAGEAU. 
769 rue Sainte-Catherine Est, entre 
les rues Panet et Plessis. 



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Pas un article de luxe, mais nécessaire 
Indispensable dans le cas des 
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Toute f-mme comprendra de suite la com- 
modité^ et les avantages de notre Protecteur, 
l^orequ elle en fera usage, ei'e se joindra A tout* s 
nos clientes ponr vanter le -'VâUTOKIA" e'é- 
toanaritque ce Prolecteur n'ait pas été inventé 
plus tôt. Le Protectonr se compose de deux 
parties : Lesacet la ceinture. Le sac reçoit un 
garni. La ceinture entoure la taille. Lesacest 
tut de caoutchouc viokt.pnre, mince et inodore 
Le ceinture est faite de fine oile non élastique 
La femme qui aura e,s»ayé le "VlOrORlA" ne 
voudra pas s'en passer.— Prix franc de port$l 00 

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61 Rue St-Cabriel, Montréal 



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14 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



Aussi ténue, aussi débile qu'elle 
fût, cette existence ainsi manifestéo, 
Pierre la sentait tressaillir, frisson- 
ner d£tns le rayon de lumière qm se 
glissait jusqu'à lui, et il ne se las- 
sait pas d'écouter. Cette joie du pe- 
tit être emplissait l'espace. 

Tout à coup, sur l'ouverture de la 

porte une ombre passa. Une vieille 

(Suite) de la couverture qu'il avait rabattu femme eirabe entra, courbée. Elle n'y 

Peu à peu, un voile plus ardent, ^^,. ^^ ^^' ^^^ habitude, depuis voyait pas très clair non plus, cela 

rose, enveloppait le décor. Des om- **"'*' ^*^* .^° ^ réduit, à cause de se devinait à la façon dont elle tâ- 

Lres'sulitement apparues violettes, '^^ poussière qui, au moindre vent, tait le sol en avant d'elle, à l'aide 





1 1 






Eâ route s*âchève 

P»r JEAN SAINTYVES [1] 






1 1 





bleues, s'allongeaient. Du ravin une 



descendait du vieux toit. Il ne fit d'un htâton qui tremblait en sa main 
buée pâle montait, tissait autour de P^ P^"®- amaigrie^ Derrière elle se, glissa une 
la ville un fin brouillard, un ci-épus- H était à peine éveillé et regardait, petite fille. Elles firent quelques pas 
cule vnç-ue qu a larges coups d'ailes nonchalant, à travers les paupières vers lui, vers l'amas informe de cou- 
crevaient des cigognes, et les vau- mi-fermées. vertures qu'il devait paraître, et se 
tours s'élevant de l'abîme en de fl devait être de très bonne heure. ^}^^^^ à, genoux toutes les deux, 
grands ronds majeetumix. très lents. L'air était calme, ensoleillé. La '^°** ^ ^"**'- ^'^ vieille femm« eut des 
Le bleu du ciel Re fonçait très vite, lueur fraîche du matin entrait à ^^^^ infinies à se co.urber, l'autre. 
Le jour s'évaporait, s'enfonçait, s'é- pl«ns flots dans le marabout, et coin™e "n jeune chai, s'allongeait 
vanouissait dam la nuit qui mon- puis après, ce qu'il voyait par oeUe ^"^ ^® ^°'' faisait la terre et se rele- 
tait. Et sur le firmament assombri la ouverture pas très haute, pas très '^^^^ ^^^^ ^.^^ ondulations so.uples au 
vilk» rose et jolie jaillia^it, grandie large, c'était du bleu,. du bleu invrai- ]°^ë des reins, un frémissement de sa! 
n cet air, portée sur son rocher semblable. Un peu d'horizon limitait J®^"® poitrine à peine voilée. 
mauve. oet azur, un lointain silhouetté nette-. C'étaient des Kabyles. Comme tel- 
Un instant, très court, ce fut i'é- ment, des montagnes roses, jolies^ ii- ^^^' ^^^^^ allaient le visage découvert. 
clat d'une féerie. '«ffi, une touche d'aquarelle posée en 

Et dans la chambre, Pierre, étrei- bordure, 
.nant toujours la jeune femme, répé- Entre cette vision et lui, rien, de 
tait sa prière désolée: l'espace, et, toujours, cette inquiétu- 

— Parle!... Parle!... de vague si proche du vertige, oeitte 

Mai "'•••• • 



La vieille marmonnait d'intermina- 
bles psaumes ; la jeune fille répon- 
dait, reprenait, et par saccades se 
penchait. 

Il n'eut garde de remuer, ne vou- 



s les belles lèvres ne s'ouvraient sensation de n'être plus sur là terre, ^^^^ ™ "^". ^^^^^«5 ^^ présence. Et 



r»n8. Les l)eaux yeux voilés de dé 
tresse le regardaient, toujours de mê- 
me, avec tout l'amour de leur âme. 

Alors il s'abattit à ses pieds ; et 
sur ses genoux, la tête en ses mains. 



puis, la petite était si jiolie! 

Sa rol>e était très primitive. Un 
fourreaii, un sac fendu de chaque cô- 
té jusqu'à la taille où se tordait une 
corde en guise de ceinture. Le lam- 
beau de devant, très échancré, posé 
au bord de la poitrine, se rattachait 
à la partie couvrant les épavxles par 



de planer 

Dans le silence un chant d'oiseau 
s'élevait à intervalles réguliers, deux 
ou trois notes alternées, sifflées tout 

, „ , d'abord, cristallines, puis une roula- 

— ces mains qui par moment pas- j ■ . , • •• . , , ,, 
„„• „, . „ . . ..^ °« r/rève, aigue, gaiment modulée. 
saient et renassaient sur sa tête, sur ' & > s 

ses jf>ues l.rûlantes, le caressaient T^epuis quinze jours qu'il était là, 

très tendres, semblaient lui deman- c'était la première fois que cdaari'i- deux grossières épingles de métal, 

der pardon pour tout ce chagrin vait. Les petits oiseaux ne montaient épingles larges, en fer, reproduisant 

qu'elle n'aurait ^pos voulu lui faire, P^s jusque-là. Les vents y étaient de bien loin, hélas! celles tout en ar- 

- il pleura. trop violents, trop froids, et puis c'é- gent et délicatement ciselées que por- 

tait si triste, si désolé! 11 fallait être tent les femmes de plus riche condi- 

V soldat ou ermite pour y venir vivre, tion. C'est qu'elle n'était qu'une pe- 

Des roches éboulées, pas un© herbe, tite paysanne, elle, une fille de douar. 

pas une fleur, pas un buisson, rien Et. à chacune de ces flexions du corps 

Lu |îetit« porte s'était ouverte d'el- '•"''"* '^ ^"^^ ^"^ ^^"'^' ""^'<^ ^<^'i"- "" f^"'' s'allongeait vers lui, les bras 
le-mrme. ''*'■ 7'^ "ï^^^^ ^^J' P«'™^ ^^^ déjbris, un tendus, se plaquait à terre en des à- 
Tout au moins, il lui parut ainsi. ^*'* °'f ^" B'^ih,h posé, et dans le coups de supplication ardente, pas- 
Mais il ne se leva pas pour aller la f^"*^ ^''''"^ ^" matin, ébloui, éper- sionnée, le front, les lèvres heurtant 
fermer. A peine s'il souleva, le coin ' ^«P^'"'*»* l'iinmensité bleue, dé- le sol, Pierre la voyait toute très fi- 

couverte, grisé d'aubes et de rayon.q, nement modelée, élancée, gracieuse. 

; I ) OUendorf, Paris. Reprod. interdite, chantait à plein gosier. , Ses yeux noirs, frangés de longs cils. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE « 

partait^ suivant le „ouve„ent rapi. tre Jsur/ et «1!^ "SiH" Jf^reS 'SotH'f"'' " 

nttt "s:r "' '" "*' '°"- '^1°^°"'^ 'r*-™'"' ^"'''^'^■"»- ^^'"^»' CoSiea^totr .: 

' '^^''""^e- plors, a regret, n'y tenant plus, il tristesses vécues sur ce sommet per- 
A un moment, elle se leva. La viel- , "° ^louvement, sortit une main, du en l'immense chaos des monts de 
le s'accroupit sur les talons, le bâ- ^^^^Y^l» couverture, se dressa. Il Kabylie ne pouvaient leur faire beau- 
ton à terre, les mains coiffant la ^""V ^^^* "=®^^ J^ntement, avec pré- coup regretter oe séjour. Tout de 
pointe des genoux relevés, semljlant IT.Um .^^Pf^^^*^*, '^ avait produit même, c'était quelque chose d'eux, de 

attendre. La petite s'était glissée s'étaW . f'^"" f .'^^"'' ^^°'"'''' leur existence, un peu de leur âme 
j , , , ^r . ëiiisbt» seraient enfuies, hur an+*>H l',,,.^ rni'i s «7oc«i»»,+ ia 



dan» ,el„a.T;TvaH ,r aÏÏT Sr r:°:^'^- "-''-'- l'-e ..,.,» ,ajssaie„t, à.; 
Z%>^ilt\^\T,:Zrâ. ^I- 1°L' : &"■ " -■" »™^ .-i^ * ^«n» »* «aient t^s heureux. 



en 
Au 



re <î'é+jïi+ Ki«„ o ^' j --^— -— - •'"'^" >j-^ peur, ii eut aime voir de ^'^^ance et étaient très heureux. Ai 
rev nt 1 r ^ "^ ^"' T' .^^ •''™^ ^^«^™^ «* ^»i P^^l^r. moment de l'adieu, à la gare, iis vfn 

revint, en déposa un a terre devant Une fois dehors, il regarda. Dans le ^^^^ M serrer la main. Ils ne sa- 
eiie, une sorte de plat où elle répan- fond, La vieille, .seule, déboulait, raient pas bien exprimer ce qu'ils 
dit une poudre. Puis elle approcha Poussant de petits cris, se hâtant, éprouvaient, n'çsaient pas non plus 
une allumette. Aussitôt un £,Tésille- -^'"^ P^'ès, derrière une roche, la jolie ^ ««'"«e du respect qu'ils lui devaient, 
ment se fit entendre et un peu de fu- ^^^ ^^^'^^ ^^ ^^ compagne dépassait ^^^^ ^eurs gestes, leurs regards, leurs 
mée s'éleva, immobile, droite. l"*^ .P®"'. l'observant. Alors il l'appe- balbutiements étaient touchants. 

Elles avaient repris leurs oo^e^ Hp ' ''■ ^"^ "* ^igne, et, comme elle ne -Adieu, mon lieutenant!... Mer- 
prières, mais elles ne parlaient plus f"^* P^'/^ ^«va en l'air, fit miroi- -!-; . 

Elles regardaient cette petite fLéé ' "'''' ^'^ d'argent. Du temps se "^dieu, mes amis. Adieu et bonne 
qui allait toujours, touSll"gT sT^hX tm^ ''^''^l ^°f ^^ -f^ '"^' '^'^'^ ''"""• 

SST^ai^ JIT ^"^ ~ ^^rr^^ "--^^ erré â travers 

aans la cassolette, et les yeux de la pas de lui elle s'arrêta, n'osant da- "«s _ rues, au hasard, indécis d'a- 

!nxV,!r° "H Z^^'^*' étincelaient, vantage, le dévisageant pas très con. bord, et puis, il s'était aperçu qu'il 
anxieux, semblant attendre un mira- fiante. ^ allait s'essayant à refaire le chemin 

^^' Cependant ce n'était pas un piège, Parcouru dans l'ombre, trois nuits 

Ce qu'elle venait demander là au ^.\®^"'"^ ^"i tendait toujours la petite "^ suite, un mois auparavant, 
saint marabout devait lui tenir très P^^"?^ '^^ blanche en sa main ouverte, Jj® ^^^^^ ^® reprit, 
à cœur ; quelque histoire d'amour *!*, ^^ ^'^"^^^^ Pas l'air bien méchant! , chercha en sa mémoire, erra 

sans doute, leur seule grande nréoc- f T ®"^ «'élança. Son bras se dé- 'oi^J^t^mps, dévisagent chaque demeu- 
cupation ici-bas, à toutes même les brusque. Elle saisit la pièce, '^'. «haq"e fune femme rencontrée, 

plus misérable , les pS ZXé^ T'^'^' ^'n ^^i^*^ ™^^^ «ût à pein^ ^f"'' '^'^'^ , ^^ «oir allait venir, 
sous la matraque du seie^eur et "^^^^"f,^"^ .^e Reire, et, poussant ^^°^^«' ™ P^^^ las, le cœur lourd, il 
maître. Sa poiSne tressaXlt nar T "'^f ^"^^ ""'' '^^' ^^^P^^-^^' bon- ^y^'* Pr^^le sentier montant sous les 
fois ^i «Il« / 1 •!, • P^ • hissant à travers les pierres P'"^ ^" Mansourah. 

^ maîl^^L^er^i? g^^rSitTétS" . '^''r '^ --«^otte'qu'ifavait re- ^^- ^ -°^-' ^^ -vait où aller. 
Fe, dénudait la chair aux tons tièdes , ^"^ marabout continuait à exha- ., , ., _ 

Je vieil ivoire. En elle, en ce oetit f?" *'"'^''"^' ""*^ P^t'te fumée bleue '-"'^'"° 'a première fois, il y avait 

iire à demi sauvage se débattait dé ""^ ^^^i^ant toujours, montant droit ™?"f ''", "^""^«^ ^a"« ce sentier. Il 

k la passion,-de la passion, comme ^''^ '^ '^K'' ^^"" b^^' ^""« l"i' ^^lel- .^rTl^^ + n ?"''' '^'*^/" ^''^^^- °^ 
m sait en avoir dans sa rSe g^S [^"^ P^"* ^^"« ''«t^^"' P^'e, lumineux, ^^".^^f '^"^""''^ ,^" drame accompli, 
■alement accompagnée de coups de •^'^^^ "''^^" '^"«î^^* ^^° ^^^' Pour- ^'''' [^^ choses s étaient étrangement 
)oignards ou de coups de fusil Et '"'^^'* '^' roulades joyeuses. L'air ^"^.«»"«ee_«- .Fatalement il devait en 
le l'angoisse venait en elle De temps ""^^'^ '^""''- ^" ''^^•^ ^^^ bonté et d'à- fr^T •'''""'■ J^^^^tenant la ville 
^ autre une supplication tombaiïïe ""?'"" P^'^f* "" ^'^^P«^^- «ta^t divisée en deux camps. 

es lèvres, une formule jaculatoire .^^Vr^'*""'^ P^''^" ^^"^ l'i"fini «ou- ,. "/ f^l^'* ?"/, ^"^ «t^^^"* Pour 
.redouillée vite que devailcertaS? """"^ ^" "^*^"' Pi"'''^ écoutait. • acceptation totale du sacrifice: la 

lent aimer fort e ^l\r>^hcZ^t vr f "^'^ librement consentie, mais avec 

erré sous Pierre '"" ,. ^^ îf "^°^ immédiate, expiatrice. Et 

„ . ,., . . Un matin, de très bonne heure, ^'^ magnifiaient cette malheureuse 

mais s 11 aimait^ encore de 1 autre dans le ciel bleu réapparu, bordé de ^ui avait cédé,-quel que soit le pré- 
W 1 P^":^ait a loisir les contem- rose, du rose de la L^rande plaine se ^^^^^^ ^^^ se fût étayé cet abandon, 
on; '^^^^^I^f'lf avions d une ferveur levant dans le jour,' ils ont quitté la -^^ais qui n'avait pas voulu survi- 
li ne pouv.if ""'''"' objet Pierre, montagne. vre. Puis, il y avaîii ceux qui n'ad- 

la fois La fnmé'T'' f-'"'^'"' ^\ '\^^ '°"^^'^"* ^^ "^ '^^^'^ '^' mettaient aucune défaillance, rien 

la fois. La fumée, accumulée sous gard jeté d'en haut sur ce pays qu'il que la violation brutale, le crime 



M 



I( _ LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

complet. Obstinément ils fermaient Alors il s'était assis sur le seuil —Ne me croyez pas méchant, mon 

les vwLX se Louchaient les oroUles. de pierre, un peu adossé à la porte, petit. J'aime au contraire tout ce 

Tous ceux du parti religieux dont et U avait attendu la tombée du qui, en la vie des autres, esrt une 

elle était s'éteient levés. Cette fem- jour, voulant revivre encore, d'ici, joie et une beauté. J'ai accepté 

me qui était des leurs n'avait pu cette heure qui fut la dernière de cet l'existence telle que la destmée me 

faillir. La belle raisOTi! amour inconnu, si beau, pendant que l'a faite. Mais comme les errants. 

Les autres rioostaient là-bas la cité dressée sur son rocher les abandonnés, j'ai observé, écouté, 

tr .,. •. ,.r; , . ,' _..„ ^; géant, grandie en l'air du soir, mon- et j'ai pris mon bonheur aux bon- 

Et c était leta douloureux ^i- ^^ y^che sous le ciel rose. heurs de mes semblables. Que faire 

gnant, des faits les plus petits rele- .^.^ ^^ ^^^, ç^,^^^ j^ ^^^^^^ ^^ j^ ^^^ 

véB par l'enquête immédiate, les cons- contemplative forcée. Des jeunes tem- 

tate les plus mtimes, les rapports ^^^ qu'attire la tiédeur de nos hi- 

des docteurs lomUant en cette chair DEUXIEME PARTIE vers viennent chaque année, n y en a 

meurtrie, souillée, offerte aux yeux ^^^ .^ retrouve fidèles à cette station 

de tous. j parmi nous. Je les reconnais, les étu- 

De cette heure suprt-me d'amoitt^on die,— oh! très discrètement. Je suis le 

faisait une honte, et sur le beau _e^, Jacques Marelle, monsieur le passant. Ont-elles jamais jeté les 
corps, si p&le qu on eut du voiler de ^ ^^^^ inquiète-t-il toujours? yeux sur ce grand diable sec et mo- 

fleurs et laisser reposer en sUence, on _j^^-, ^as du tout. Ce n'est pas rose qui va dans leur soleil? Je sais 
épiloguait, discutait axec passion- f^j^^ ^^is le mieux s'accentue. à quelle heure elles passent, sortent, 
des passions mesquines, des intérêt* ^^ ^^ .^ ^^^^ clignotants se s'assoient dans le parc, envoient 
de clochers ou elle était bien oubliée, p^r^^ig^t tour à tour sur Pierre et leurs enfants jouer. Tout ce qui est 
i-ertos. mais à propos de quoi to.utes j^ j^^jg élégante qui passait dans la d'elles m'intéresse. Je ne leur parle 
les turpitudes, toutes les boues soûle- g^^nde allée ensoleillée du parc, à pas, mais je sais le charme de leur 
vées, la couvraient de leurs éclabous- Biskra. voix. Je surprends un écho, une in- 

jures. —Au printemps, il pourra rentrer tonation, un appel qui ramène les en- 

Pauvre morte!... Il ne l'avait ja- en France. C'est moi qui vous le dis. fants auprès d'elles. 

mais^ vue, mais comme il en avait _Oui, murmura , l'intendant glis- ._ 

mie douce pitié! ^ant son bras sous celui de Pierre '(A suivre) 

Bientôt il eut atteint le but. pendant que le docteur s'éloignait .. Un règlement vient d'être adopté par 

^ ,, nous verrons cela. Dieu sait que je la Chambre des Communes imposant 

C'était bien là, un peu à 1 écart. 11 |^j souhaite de guérir, à ce pauvre une amende de $5.00 par minute sur 
ne pouvait s'y tromper. Mais la pe- gj^^çQni j'g^ ai trop vu arriver ici, to"t convoi en retard, lorsque ce retard 
tit« maison blanche était close, me- pomme lui, à peine touchés soi- «« r>onTr!^ s'expliq,uer 
me elle avait un air d'abandon.d'ou- ^.^^^ n^ ^j^^ient au milieu de ^'«/':«^" ^'', . ^f ^^5 ^^t- ^"/«f- "" 
bli, qui l'étreignit. Un écriteau dé- ^^,,^ q,,^^ , ^^^ , „ inteiroffeait eux ^'^'"''^ inconvénient et s'il peut etne em- 
^Jj2it u ™.,^ To „v..r^r;^*i Mflit À "°"^- yuancl on les inteirogeait, eux .^^ ^^ Parlement, le pu- 

passait le mur. La propriété était a ^^ j^^^.^ médecins, ils allaient tou- {^-^ ,.^P^j^,„, l„i ,„ ,^„,^ ^é. Les 

^"^^ . -, , ai jours bien. Et, un beau matin, au trains ne sont pas retardés simplement 

A la gnlle il se haussa, bous les t,rain de Constantine, on accrochait pour incommoder les voyageurs ou pour 
premiers vente froids, les feuilles s'é- ^^ wagon plombé. Ils s'en allaient favoriser exclusivement les compagnies 
talent recroquevillées, jaunies. Beau- ^^ effet, au printemps, mais dans de chemins de fer. La vérité est que les 
coup étaient tombées, couchées dans jg^r triple boîte, enfermée elle aussi compagnies de chemins de fer sont aussi 
les allées. Il v en avait qui s'étaient pn une grande caisse, vous compre- anxieuses de voir arriver leurs trains en 
r^t^ïcux: on Iniir nliiito n +rAvpr« 1p«s ^ 1 i. ± ' ^i tcmps, et la plupart des accidents sont 

prises en le.,r chute a traders les ^^z, a cause des paquebots qui met- ^,.^ . i-effort de ces compagnies pour 
branches dés massifs dépouilles et qui ^ent ça à fond de cale parmi les ba- f^;^ ^^iver leurs trains à l'heure due. 
tremblaient suspendues, laissant g^^^g ^^ j^ f^g^ i,g 5-^^ allaient com- n ^ été plus d'une fois suggéré de punir 
échapper un murmure grêle de choses ^^ ^^ç, banale marchandise, un peu ces compagnies pour Tes dangers encou- 
froissees, une petite plainte, très longue, un peu lourde, qu'on maniait rus par de telles tentatives. 
lointaine, allant toujours, et c'était ^y^ précaution... et encore! Entre le choix à faire d'être puni pour 

comme l'écho d'une voix chère pieu- _q,^, ^onsigu,. l'intendant, Mar- "'^t« P^^ à temps ou par les efforts 
rant en lui. • ^^U^ „,^^ ^^ j^ tenté.s pour y arriver les compagnies de 

Plus de fleurs non plus, plus de ro- _Non oas encore Dieu veuille ^î'^'^^f ^^ ^^"^ "t '''' ^?'' 'T' 

^ 1 .„ cï^.Ll* A^^4, i« i>on... pas encore... j.ueu veuiiie -g^g ^■^^^^ cependant peut être faite pour 

^es au cœur large, sanglant, dont le ,,„« ip rioftenr nit rait<on 1 C pst si 11 , i- < ^ ji • 

b » b ' _ que le uocxeur aix raison, vj esi» si accommoder le public c'est d'avoir un 

parfum montant dans le beau soir triste de voir partir ainsi de la jeu- meilleur svstèmc de ret^srionoirents. Plu- 

d'alors s'était glissé en la douceur du nesse... de la jeunesse qui aime. sieurs de ces rapports fournis le sont a 

dernier baiser. Derrière ces portes et Pierre, ému, regarda son grand peu près, et il est de fait nue l'homme 

voleta repliés, la vie n'était plus. ami. Sa figure fine amaigrie s'é- •''^"^ ^" meilleur caractère peut changer 

Et ce n'était qu'un rêve qu'il au- clairait de deux yeux tristes dont le ''^P"'' '''^'"''' attendu une heure et demie 
rait eu, dont il ne pouvait rien res- regard reflétait la douceur des fleurs 1^ train qui lui ai été rapporté "'être en re- 
^„_ •„_ »•,!,. , . . tard que de vingt minutes. — "Wood- 

ter, nen... epa,nouies dans les haies et la joie ,t„çi, Sentinelle Review", February 

l'ourtant!... des enfante s' ébattant autour d'eux. 25th, 1908. 



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7ènie Aunée. — No. 2. 



LE NUMERO : 10 CENTS. 



Samedi, IK Avril 1!)08 




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DIRECTEURS 

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Hou. I;. Danduriiud, 
O. N. Noncel, 
N. Nowlan de L'isle, 
Hon. C. J. Doherty. 
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Montréal; 952. Boulevard St-l.aurent. coin Ave. des 
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7ème Année. — No. 2. 



LE NUMERO : U) CENTS. 



Samedi, 18 Avril 1908. 




(GAZETTE CANADIENNE DE LA FAMILLE") 
Paral-esant le 1er et le 8leme aamedl de clnaque tuola 

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P0IX 



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Arbre mystérieux, sous la dure cognée 
Quelle forme prends-tu ? Que vas-tu devenir ? 
Tes parfums vont manquer aux printemps à venir. 
L'ouvrier jette loin ta branche dédaignée. 

Qui saura de quels feux ta cime était baignée ? 
De ton ombrage frais qui va se souvenir ? 
Au vieil âge béni tu n'as pu parvenir. 
Et l'injure, arbre mort, ne t'est pas épargnée. 

Quoi ! tu renais toujours, bel arbre mutilé ! 

Dans le ciel obscurci ton faite, a scintillé 

Comme, au-dessus des monts, un astre qui se lève. 

Sur ton écorce rude un signe s'est gravé. 

Voici qu'un sang divin est devenu ta sève. 

Et ton ombre s'étend partout O CEUX, AVE ! 

PAMPHILE LEMAY. 

Extrait de " Les Gouttelettes " 



M 



A Mademoiselle Georgette Lavoie 



J'ai sur mon mur un tableau rare^ 
Au cadre noir tout craquelé : 
C'est d'un dessin un peu voilé. 
Une tête d'enfant bizarre. 

Un portrait de gamin joufflu 
Aux grands yeux sombres et très tristes. 
Oeuvre de quelque obscur artiste, 
Dont la griffe ne se voit plus. 

Ce regard morne, ce front blême. 
Ces lèvres qui ne sourient pas. 
Ce jeune visage si las 
Ont un charme triste que j'aime. 

Je ne sais d'où vient cette chose : 
Dans la chère maison des miens. 
Depuis toujours, je me souviens 
D'avoir vu cet enfant morose; 

Et comme un trésor, je le garde. 
Et quand pour travailler, le soir, 
A ma table je viens m'asseoir. 
Mon petit ami me regarde. 

LEON LORRAIN. 



18 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



A NOS LECTEURS 

JÔO I O I O I O » XiMOMOMC « Q I QOCMOOOOOMQ < 

Le Journal de Françoise est entré 
dans sa septième tmnée. 

Nous u\i)uons ressentir, en écri^ 
vant oett* date, un sentiment de sa- 
tisfaction que nous ne cherchons pas 
à dissimuler. 

Sept ans ! c'est un chiffre pour un 
journal féiminin, en notre pays sur- 
tout, où tout n'est encore que com- 
mencement. Sept ans de vie, sans 
sub\'entions d'aucune sorte, sans se- 
cours, d'aucune puissante compagnie, 
sans ressources personnelles, cela ne 
tient-il pas un peu du prodige ? 

La seule aide — généreuse et efficace, 
celle-là ! — que nous ayons reçue, est 
venue de l'encouragement et de la 
sympathie d'un public intelligent et 
dévoué. Sans cet appui ferme et 
constant, nous n'aurions pu, en dé- 
pit de toutes les énergies, réussir 
dans la tâche que nous nous étions 
imposée. 

Et nous sommes heureuses de le re- 
connaître hautement, et, d'en expri^ 
mer à nos amas notre vive gratitude. 

Nous le reconnaissons humble-i 
ment : le format du Journal de 
Françoise est encore bien modeste et 
il est loin d'atteindre notre idéal, 
mais nous esp)érons que le jour n'est 
pas éloigné, où nous pf)Ui-rons offrir 
à nos fidèles abonnés une augmenta- 
tion sensible, et une amélioration 
considérable dans la toilette du jour- 
nal. 

Quant à notre collaboration, nn>" 
pouvoiis hardiment affirmer qu'elle 
est forte, puisqu'elle compte parmi 
elle, les écrivains les meilleurs du 
pays. Nou.o devons au cachet-litté- 
raire et honnôte imprimé à notre 
revue, l'offre spontanée et flat- 
teuse de la publication, en feuilleton, 
de "La Route S'achève", l'un des 
plus beaux livres du ronitvncier esti- 
mable, Jean Saint-Yves. Nous ap- 
précions à son juste mérite, l'hom- 
mage, du pays des lettres, à nos ef- 
forts coufttants vers le beau et le 
>Tai. 

Après avoir prouvé pendant six 
amiées entières, qu'une fenajne i^erut 
aussi s'entendre aux affaires, 



nous avons décidé de ot>nfier l'ad- 
ministration de notre journal, — le- 
quel ne doit rien à personne— A MM. 
Vuliquette et Dubé, les auditt\ rs et 
comptables bien connus de la rue 
Saint- Jacques. 

Leurs soins intelligents et leur zèle 
dévoué donneront, nous n'en dou- 
tons ptis, à la partie des jiffaii'es, une 
impulsion nou\ellt' et un développe- 
ment plus grand, tandis fjue nous 
pourrons, de notre côté, consacrer 
phis de temps au domaine littéraire. 

Nous espérons que nos abonnés et 
nos annonceurs continueront à MM. 
Valiquette et Dubé, cet encourage- 
ment tangible dont ils nous ont tou- 
jours honorée depuis la fondation du 
Journal de Françoise. 

LA DIRECTRICE. 




C'est que «•'étiiit l'hiver et <|iie c'est le pria- 
temps. 
V. HUOO. 

Hier, tandis que par ma fenêtre ou- 
verte, entrait, avt^c l'air pur et frais 
du printemps, la joyeuse sonnerie des 
cloches du Jeudi-Saint, un petit oi- 
seau, tout duvet et plumes, vint se 
blottir dans mes blancs rideaux. 

Un instant, le cœur suspendit ses 
battements, car, chez nous, un oi- 
seau, qui, inopinément visite une de- 
meure, est le héradt de la mort 

Est-il possible, pourtant, que ces mi- 
gnonnes créatures, symboles de poé- 
sie et de grâce, servent de précur- 
seurs à l'horrible mégère au teint 
blême ! 

Non, le gracieux oi.selet, sans dou- 
te, était venu me parler, à cette, 
heure matinale de la saison où tout 
se prépare à renaître à la joie et à 
l'espérance, de ces vastes espaces, 
de ces lointains sans bornes, c(ue, 
I)lus heureux que nous, pauvres affa- 
més de l'infini, il traverse à son gré. 

Ah ! si j'avais pu comprendre son 
gazouillis, si j'avais su interpréter 
son langage, et les frissonnements de 
son aile ! 

Peut-être m'aurait-il décrit les pays 
du soleil qu'il a visités, tandis (juc 



la neige nous enveloppait de son 
manteau, et, que nous grelottions, 
transis, sous le flageilcT du gel. 

Peut-être m'auruit-il dit les berce- 
ments sans fin sur les branches fleu- 
ries des amandiers, et ses épithala- 
mes à la face do la radieuse nature. 

Kt cfue m'aurait-il parlé encore '? 
D'amours fidèles ou de délaissements 
cruels ? Dans le monde ailé, on y 
aime assurément, alors on doit y 
souffrir et y pleurf;r aaissi... 

Que d'oiseaux j'ai vus au bord des 
nids désertés et que l'abandon avait 
rendu muets. Et quand venaient 
les brises d'automne, les pluies froi- 
des de novembre, ils se retenaient, 
tout recroquevillés, aux rameaux dé- 
nudés jusqu'à ce qu'un coup plus fort 
de l'aquilon, les jetât, éperdus, sur 
le sol dur et glacé. 

Où se réfugiaient-ils alors, ces dé- 
shérités du sort, ces parias de leur 
race ? 

Retrouvaient-ils la route qu'a- 
vaient suivie leurs frères '? parve- 
naient-ils jamais aux bosquets en- 
chanteurs des rosiers d'Engaddi 't 

Mais lui, mon gentil visiteur n'a 
pas à redouter de sitôt la morsure 
des frimas. La terre s'apprête à lui 
prodiguer ses plus beaux sourires ; 
bientôt, les fleurs, ses sœurs, ouvri- 
ront à sa becquée leur calice embau- 
mé, et longtemps encore — un prin- 
temps n'est-oe pas une longue étape 
dans la vie d'un oiseau ? — il sera à 
l'abri de la mortelle inclémence de 
nos rigounnix liivers. 

Doucement, je l'allai chercher dans 
les plis de la blanche moussieline où 
il s'était réfugié. 

•lo sentis, alors, dans ma main 
comme un comr qui palpitait. Et ce 
coeur me regardait avec des yeux qui 
demandaient [)râce, des yeux doux et 
tristes à la fois, derrière lesquels 
semble briller une âme. 

Pauvre chéri ! crois-tu que je 
veuille toucher, autrement que par 
un baiser, à une seule de tes plu- 
mes '? Non, je te laisse libre. Vois, 
la fenêtre est ouverte, va où la fan- 
tai.sie t'appelle. Si tu me restes, je 
te ferai un nid soyeux, capitonné 
comme une alcôve de marquise, et 
tu auras pour étancher ta soif l'eau 
la plus limpide et la plus fraîche. 
Trop lieureuse encore, si tu me ré- 
compensais de me.s soins par une 
chanson. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



19 



J'ouvris la main. Il ne manifesta 
nulle hâte de me quitter; il sautilla, 
ici et là, comme s'il eût voulu faire 
plus ample connaissance a^ ec les 
êtres de son nouveau domicile. 

Après avoir offleui-é tout de son 
aîle caressante, il alla se poser sur 
le bord d'un vase en cristal, où des 
violettes achevaient de m;Ourir. 

A travers la croisée, grande ou- 
verte, entraient les chaudes effluves 
du printemps naissant ; les arbres, 
commençant à secouer leur longue 
torpeur, dans l'esthétique de leurs 
enlacements, bruissaient, d'harmo- 
nieux frisselis... 

Soudain, un cri inquiet d'oiseau, 
s'élèvent du dehors, troubla le silen- 
ce de ma chamibrette. Le cri se fit 
entendre une seconde fois ; on y ré- 
pondit du dedans par une note de tri- 
omphe, éclatante comme une fanfare. 

Et sans me dire adieu, sans même 
retourner la tête, mon hôte d'une 
heure, abandonnant sa retraite fleu- 
rie, rejoignit, en deux coups d'ailes, 
la compagne qui l'appelait, et, je les 
vis, tous deux se perdre dans la 
nue... 

FRANÇOISE. 




MOUXT CLEMliINTS 

Mount Cléments est fameux partout en 

Aim'rifuic comnii- endroit <lf villéij^iatiire 
poui- tonte l'année, et des niilliei-K de per- 
sonnes ténioin^nent des avanta>>-es qu'ils ont 
obtenns par 1 emploi de ses eanx minérales 
contre 1. rlinmatisme et les niau.\; des ro- 
p^non.s. Pour les affections bilieuses et du 
foie, les troubles digestifs, les dé.sordres ner- 
veux, la débilité générale, etc., l'efficacité 
de ces eaux est merveilleuse. Soixante- 
((uinze pour cent des cas de rhumatisme en 
sont guéris et quatre-vingt-dix jjonr cent en 
obtiennent du soulagement. Ecrivez à SI. 
.J. (Juinlan. D.l'.A.. gare lîonuventui'e. Mont- 
réal, pour lui demander un magnifique livret 
<iui vous renseignei-a complètement à ce su- 
jet. 

Quelques fautes typographiques se. 
sont glissées dans la poésie, intitu- 
lée : Intérieur, de notre jeune poète, 
M. Hector Deniers. Ainsi, on doit 
lire : Dédié au lieu de "Dédiée " ; 
abritas, au lieu de "abrita" ; "Ciel" 
et "Octobre", avec un c et un o mi- 
nuscules. 



Vous \<)ul(>z un cliapeau pour fêter 
Pâques V Allez, sans tarder à Mille- 
l'^leurs, 527, rue Sainte Catherine 
Est. Il y a un a^sortimont supra-élé- 
gant de beaux chapeaux. 



— La vingt-quatrième exposition de 
rAssociation des Arts de Montréal, 
s'est ouverte le 24 miars, au square 
Phillips.— 

Un autre aurait mis mon entrée en 
matière à la fin de son article, en 
" post-scriptum " ; mais je juge né- 
cessaire de protester dès le début 
contre la déplorable, la pernicieuse 
habitude qu'ont les grands jour- 
naux d'encenser à tour de bras, et 
sans le moindre discernement, les 
pseudo-artistes, soit peintres, ou mu- 
siciens, ou sculpteurs. Cela s'expli- 
que par le fait que, dès qu'il s'agit 
d'une démonstration artistique quel- 
conque, on expédie le premier repor- 
ter venu, ou mieux, le dernier arri- 
vé, celui qui n'a pas l'expérience re- 
quise pour "faire" la morgue ou la 
cour de police. Et l'on arrive ainsi 
à fausser le goût naissant du public 
qui, s'il n'a en matière esthétique 
d'autre critère que son journal, en 
arrivera bientôt à juger des œuvres 
d'art d'une manière que je me dis- 
penserai de qualifier. Veuillez ne pas 
croire que je me propose de rétablir 
l'équilibre à l'aide d'une sévérité ou- 
trée : je crois bon de vous prévenir, 
parce que la parcimonie de mes élo- 
ges, que souiiLrnont les susdites feuil- 
les louangeuses à outrance, pourrait 
vous porter à le penser. Et mainte- 
nant que vous êtes avertis, ^e donne 
libre cours à ma franchise d'opinion. 

Tout d'abord, l'impression géné- 
rale, la promière (|u'on ép^oll^•e eu 
entrant au petit Salon du square 
Phillips, est plutôt mauvaise : pour 
quelques bons tableaux, que vous dé- 
couvrez plus tard, il en est de fort 
méchants, _c(ui vous sautent aux 
yeux, la poi-te à peine franchie — tel 
ce portrait do Mrs. J. K. L. Ross et 
ses enfants, d'un dessin laborieux et 
gauche et d'un coloris de peintre en 
bâtiments ; tel ce portrait de W. R. 
liakcr, Esq.. par M. G. Home Rus- 
sell, dont la palette semble avoir été 
abondamment enduite de pommade 
par (|uelque apothicaire bienveillant 
et prodigue ; tel enfin le portrait do 
Sir Thomas Sliaughnessy, par M. 
Jolliffp AValker, f|ui ne le cède en 



rien, comme horreur, à celui par le 
même, de Sir Geo. A. Drummond. 

M. Alfred Beaupré, avec sa " Pre- 
mière Romiance", a fait une tentati- 
ve hardie, où apparaissent de sérieu- 
ses qualités; le dessin n'est pas mau- 
vais, mais le coloris est un peu re- 
cherché, et pas très heureux. "L'En- 
fant au Repos", de M. C.-R. Béliveau 
est d'une composition imparfaite que 
la couleur ne relève guère. La délica- 
tesse de tons du "In the Sunlight", 
de M. William Brymner, est admira- 
ble, et le dessin, d'une apparence né- 
gligée, est très distingué. Malgré 
l'inexpérience que révèle la nature 
morte de M. Ernest Cormier, un ta- 
lent naissant s'y dessine. Les "Deux, 
Mères" de M. J.-C. Franchère ne sont 
pas bien dessinées, et la végétation 
( tropicale, sans doute ) qui forme le 
fond du tableau est de mauvais 
goût ; son "Indiscrétion" est d'une 
meilleure couleur, bien que l'on 
puisse attendre beaucoup mieux de 
cet artiste. Même remarque pour M. 
Charles Gill : l'Effort n'est peut-être 
pas mal au point de vue de l'anato- 
mde. Mais ce fond d'un brun unifor- 
me n'est pas du meilleur goût, et le 
"Cap Trinité" est un bien mince ta- 
bleau. 

C'est le "Ruisseau" de M. Maurice 
Cullen que je préfère à toutes les 
œuvres exposées ce printemps : voi- 
là de la bonne et franche peinture ! 
un paysage bien vivant, et quelle ri- 
chesse de couleurs ! "Sur la Plage, à 
Dinard", est la meilleure toile de M. 
Clarence A. Gagnon, et c'est sans 
contredit l'une des bonnes du Salon, 
Sa "Fantaisie Japonaise", malgré 
de sérieuses qualités, est une grande 
machine à étonner le populaire et, 
comme tel, l'auteur a dû en forcer les 
effets ; et la "Vieille Rue, à Dinan", 
bien que le dessin et, surtout, la per- 
spective laisse à désirer, se classe de 
suite après la "Plage". L'expression 
est assez bonne dans le " Thr 
Grief and Sorrow", de M. Charles 
Huot, il se dégage quelque chose de 
ce tableau, mais le dessin est bien 
flou, et les parties se rattachent en- 
tre elles tant liien que mal — et plu- 
tôt mal. 



20 



LE JOURNAL DE FIÎAXrOISE 



M. Henri Julien, l'habile dessina- 
teur, expose une petite toile très cu- 
rieuse, et d'un vif intérêt, et c|ui lié 
note une très fine ob9er\tition : c'est 
un mardié à volailles de riiiicion 
temps, à U\ criée pul>licme. "\ji\ Tvte 
de Zouave" de M. ,). St. Charles 
nous fait regretter d'autres de ses 
œu\'res. 

Il se dessine, tiu Salon, ce prin- 
temps, un m<>u\"enient prononcé d'im- 
pressionisme, à la tête chupiel se 
trouve M. W.-H. Clapp, avec sa "Ma- 
tinée d'Automne", en France, ses 
"Baigneuses", sa "Matinée d'Espa- 
gne", et surtout son "Eglise de San 
Antonio", d'iui coloris très osé, et 
qui a de solides qualités. M. Arthur 
D. Roeaiie est un plus jeune discip! 
de Fantin-Latour. H a peint une 
"Nuit" et un "Sugar Bush", où les 
tendances impressionistes s'affirment 
hardiment et où l'on peut discerner 
une sérieuse promesse de talent. 

Rien de bien remarquable panni 
les aquarelles, si ce n'est une "Etude 
d'enfant", une délicieuse tête de bam- 
bin, où le jeu de la lumiièrc est ra- 
\-i8sant. C'est signé ( Mrs. ) Milli- 
cent Anderson. 

Quelques plâtres, dans la p(>tite 
salle du mMieu, s'offrent à l'admira- 
tion du public. M. Robert Harris 
ezpK>se deux bustes au-dessous de 
quoi, en sculpture, il n'y a plus rien, 
si ce n'est, peut-être,celui du Lt-Co- 
lonel A. -A. Stevenson, par M. 
Cœur de Lion MacCarthy. Le "Cou- 
reur des Bois," de M. Philippe Hé- 
bert, a plutôt l'air, et par sa mise 
soignée et par son mouvement, d'un 
comparse du Théâtre National. 
L' " Etude de Tête " et le buste de 
Thomas Gauthier, sont des œuvres 
le plus réussies de M. A. Laliberté, et 
" Notre Chimère, " du même, est une 
fort belle œuvre, bien qu'elle ne pos- 
sède pas, toutes les qualités précieu- 
ses auxquelles se reconnaît d'ordi- 
naire ce robuste artiste 

LEON LORRAIN. 



UNE PAGE DE MEMOIRES 

la chasse a rhomme 



Mille Fleurs ! Quel plus lieau titre 
& la veille de Pâques ! Il renferme 
tout le printemps et sent bon com- 
me lui ! 



De toutes les prodigalités, la plus 
blâmable est celle du temps. —Marie 
Leczinska. 



Cet été-là— je parle de 1855 — la po- 
pulation du \illage qui devint plus 
tard la ville de Lévis, vécut dans 
une alerte continuelle. 

Il fut même un temps où l'on put 
craindre que les citoyens affolés ne se 
portassent aux plus regi"ettables ex- 
trémités. 

Voici ce qui a\ait donné lieu à 
cette exaspération insolite dans un 
milieu d'ordinaire très paisible. 

Un après-midi du commenoement 
de juin, les habitants des environs de 
l'église Notre-Dame entendirent 
crier : "Au feu ! " et les gronde- 
mients sinistres du tocsin portèrent 
l'alarme à plus d'un mille à la ronde. 

On accourait de tous les points à 
la fois. 

— Où est le feu "' den»andait-on. 

—A l'église ! C'est l'église qui brû- 
le- 
En effet, une épaisse fumée s'échap- 
pait par la fenêtix» ouverte de l'une 
des sacristies latérales — celle fjui ser- 
vait de vestiaii'e aux enfants de 
chœur et aux chantres. 

A cette époque, Ijévis n'ayant pas 
de pKjmpes à incendie, une organisa- 
tion de pompiers avait paru super- 
flue, et le public s'y trouvait com- 
plètement désarmé devant la possi- 
bilité d'im désastre. 

Néanmoins, comme il est des homi 
mes de cœur partout, de hardis jeu- 
nes gens pénétrèrent dans l'église ; 
et, grâce à leurs efforts, l'édifice — 
alors tout récemment construit — fut 
heureusement sauvé de la destruc- 
tion. 

Le feu avait pris en plein jour, 
dans une armoire à surplis : on en 
conclut natuivllement qu'il ne pou- 
vait être que l'œuvre d'un incen- 
diaire. 

Le doute ne fut plus permis, lors- 
que, deux jours après, le feu st; dé- 
clara de nou\eau dans l'église. 

11 avait été allumé, cette fois, à 
deux endroits simultanément : sous 
l'un des autels, et au fond d'une 
.stalle, dans le jubé de l'oriiiie. 

Comme la première fois, le com- 
miencement d'incendie n'eut pas de 



suites sérieuses, matériellement par- 
lant. Mais on conçoit sans peine 
dans quelle stupéfaction cette nou- 
velle tentative criminelle jeta la po- 
pulation de l'endroit. 

On improvisa une espèce d'enquê- 
te : mais les plus habiles investiga- 
tions lestèrent sans résultat. Per- 
sonne n'avait été vu. Rien de sus- 
pect n'avait été remarqué. Pas un 
indice, pas un soupçon, rien ! 

Il y avait pourtant là un incen- 
diaire en chair et en os, c'était évi- 
dent ; mais quel était le coupable '? 
Quel était surtout le mobile du cri- 
me ? On se perdait en conjectures. 

Il va sans dire que des gardiens fu- 
rents installés en permanence < 
l'église, — ce qui rendit impossible 
tout attentat du même genre, au 
moins de ce côté. 

Les g«ns commençaient à respirer, 
lorsqu'un soir le tocsin retentit 
nouveau. 

On se précipite au dehors. Le ciel 
était tout rose, et une grande lueiu- 
rousse éclatait du côté de Saint-Jo- 
seph. C'était l'écurie d'un nommé 
Ignace Bourget qui flambait comme 
une torche. 

On sait la curiosité que provoque 
un incendie à la campagne. Efn un 
instant, le chemin conduisant à 
Saint- Joseph fut cou\ert de piétons 
qui hâtaient le pas, ou plutôt cou- 
raient à toutes jambes \ers le théâ- 
tre de l'accident. 

Point de sauvetage à opérer, ce- 
pendant. Tout ce c^u'on put faille 
fut de protéger les constructions 
avoisinantes, à l'aide de draps, de 
cou\ ertures et de tapis trempés dans 
l'eau. 

Mais à peine les flammes commen- 
çaient-ell-;s à cédei- devant les efft)rts 
des travailleurs, et surtout devant le 
manque d aliments à dévorer, qu'une 
nouvelle cl ameur se fit entendre. 

Un autre incendie venait de se dé- 
déclarer du côté de Notre- l>ame. 

C'était la ^Trange d'un nommé Hal- 
le, si J<; ne n>e trompe, qui brûlait 
sur les hauteurs où s'étend aujour- 
d'hui la paroisse de Saint-David. 



LE JOURNAL 1)?] FRANÇOISE 



:21 



De mémiaii'e d'honimo, on n'a\ait 
jaroiais été témoin de semblables cho- 
ses. 

Et ee ne fut pas tout. 

Trois jours plus tard, la remise 
d'iui charretier, aux en\-irons de la 
gare du Grand-Tronc, était réduite 
en cendres dans des circonstances 
tout aussi suspectes. 

On ne parlait plus que de cette épi- 
démie d'un nou\eau genre, qui loin 
de décroître, pi-enait au contraire de 
nouvelles proportions tous les jours. 

A chaque soleil ([ue Dieu amenait, 
on signalait de nouvelles tentatives 
de destruction. Dans les dépendan- 
ces extérieures surtout, sous les han- 
gars, dans les fenils, derrière les bû- 
chers, les piles de planches ou de ma- 
driers, à char|ue instant, la nuit, on 
voyait jaillir une lueur ou monter 
une petite fumée. C'était le feu ! 

Tout au moins découvrait-on de 
petits paquets de paille roussie, de 
légers amias de copeaux que la flam- 
me avait noircis, avec quelques boî- 
tes d'allumettes flambées. 

Le tocsin nous éveillait presque 
toutes les nuits. 

Une des pompes à incendie de Qué- 
bec avait été laissée en permanence 
(lo notre côté du flevive. 

Tout le monde faisait la patrouille 
autour des bâtiments. 

Nul besoin de dire cjue c'était là 
une fête pour nous, gamins de (|uinz«^ 
à seize ans. Nous voir armés de pied 
en cap avec des sabres, des fusils, 
des pistolets, arpenter le trottoir et 
*rôder autour des maisons, circons- 
tances et~ dépendances, c'était, on 
en conviendra, une aubaine inespé- 
rée. 

Jamais nous n'avions encore eu à 
jouer un rôle de cette importanc<% la 
nuit surtout. 

Nous n'avions jamais rien rêvé de 
pai-eil ; et maints des nôtres n'é- 
taient pas loin d'en sa\"oir un cer- 
tain irré au mystérieux incendiaire. 

A la loMgue, cependant — tar t il est 
\ rai que les plus belles choses ont 
leur mauvais cê)té — ces factions 
nocturnes, trop nombreuses et trop 
prolong'^s, finirent par manciuer de 
caieté. 

D'artant plus cjue, souvent, le feu 
prenait à doux pas de nous, pres([ue 
sous noti-e nez, commp pour luirguer 
n( tre vigilance. 



En général, nous faisions noti^ a. 
parition à temps pour l'éteindw^ — ce 
qui démontrait, après tout, que nos 
services n'étaient pas absolument 
inutiles — mais quelc[uefois aussi, sui- 
vant les in\'aiiables traditions de 
toutes les patrouilles du monde, nous 
arrivions trop tard... 

Alors il fallait voir pleuxoir sur 
nos fronts les bénédictions des pro- 
priétaires lésés, qui, sous prétexte 
que nos services avaient pour objet 
de combattre les incendies, je svip- 
pose, trouvaient tout naturel de ne 
nous traiter qu'à l'eau claire. 

On conçoit si tout cela faisait du 
potin. 

Personne ne pouvait metti'e la 
main sur le misérable ; mais on n'a 
pas d'idée comme tout le monde — 
les femmes sui-tout — le connaissait, 
ou tout au moins l'avait vu quelque 
part et l'avait parfaitement recon- 
nu ! 

Seulement, les mieux renseignés ne 
s'accordaient point siu- le signale- 
ment de l'individu. 

C'était d'abord une vieille, horri- 
blement laide — naturellement — l'air 
méchant et sournois, qui portait un 
paquet sur son dos — des allumettes, 
sans aucim doute. 

On ne l'avait pas précisément vue 
mettre le feu ; mais elle avait — ^nom- 
bre de gens pouvaient l'affirmer — 
jeté un coup d'ceil de travers par-ci 
par-là sur les granges, sur les appen- 
tis, sur les remises, sur les clos de 
bois, sur les maisons en construc- 
tion... Qu'exiger de plus ? 

D'autres, lîien informés aussi, pré- 
tendaient,' au contraire, que c'était 
un vagabond inconnu, tout noir, 
avec une figure de meurtrier et des 
yeux... des yeux... ciui vous figeaient 
le sang dans les veines. 

Pas l'ombre d'un doute pour celui- 
là. Il était entré chez un épicier, 
avait acheté cjuelques biscuits, et le 
comm»is lui ayant dit : 

— Il fait chaud, n'est-ce pas ? 

Il avait i-épondu : 

— En effet, mais il pourrait bien 
faire encore plus chaud demain. 

Or, le lendemain, un des "sheds " 
du Gi-and-Tronc avait brfdé. C'était 
bien la preuve, comme on voit... 

Et ainsi de suite. 

Il est vrai qu'il ne manqiuiit point 
de gens un peu moins crédules, qui 
ne se laissaient point berner par 



toutes ces histoires à dormir debout. 

Suivant ces derniers, c'était tout 
simplement la colère divine, punis- 
sant les citoyens qui faisaient des 
démarches auprès du gouvernement 
pour ériger la Pointe-Lévis en muni- 
cipalité de vilhî. Pour(iuoi chercher 
midi à quatorze heures ? 

Il n'y avait pas à en douter, du 
reste : on avait trou\-é un morceau 
de soufre dans la ctmr à Jacques Jo- 
bin, qui avait "passé par les mai- 
sons" pour faire signer les requêtes. 

Ajoutez que Joe Bisson, en reve- 
nant de Saint-Henri, à deux heures 
du matin, la veille du jour où le feu 
s'était déclaré dans l'église, avait 
ai>erçu dans le ciel une drôle de 
lueur qui avait le -forme d'un V. 

Allez donc nier l'évidence ! 

Qvun ([u'il en fût, la consternation 
publique ne diminuait pas, et les 
mystérieux incendies n'en conti- 
nuaient pas moins leurs ra\'ages. 

Un dimanche, le curé ordonna des 
prières publiques. 

A l'issue des vêpres, un enfant ac- 
courut avec une nouvelle : il avait 
^'u un homme de mau\-aise mine se 
diriger, avec luie boîte dallumettes, 
vers un petit hangar appartenant à 
Thomas Deniers. En apercevant l'en- 
fant, l'inconnu avait rebroussé che- 
min, et s'était enfoncé dans le "bois 
des Guenettes". 

Nul doute, cette fois, on tenait l'in- 
fâme. 

Il n'y eut qu'un cri de rage. Hom- 
mes, femmes et enfants, tous s'armè- 
rent de bâtons, de tisonniers, de 
pierres ; et la chasse à l'homjne com- 
mença. 

Il serait trop long de raconter les 
péripéties de cette course folle à tra- 
vers champs, où, durant plus de 
deux heures, les aboiements des 
chiens se mêlèrent aux cris de ven- 
geance des trois ou quatre cents p>er- 
sonnes engagées dans la poursuite du 
malfaiteur qu'on guettait depuis si 
longtemps. 

Enfin, les acclamations de triom,- 
phe s~e firent entendre. 

Trac|ué comme luie bête fauve, cer- 
né de toutes parts, épuisé par la 
course, à bout d'haleine, livide de 
terreur, le fugitif était tombé à ge- 
noux les maintes jointes, et deman- 
dait grâce dans une langue incon- 
nue. 



22 



LE JOURNAL DK KKAXCOTS?: 



— Une oorde ! une cortle 1 criait- 
on autour de lui. 

Parole d'Iiouneur, si l'objet se fût 
trouvé là sous la mtiin, jo crois 
qu'un cadavn; se serait behincé à 
quelque brandie d'arbre, moins do 
cinq minutes après cette singulière 
capture. 

Heureusement cju'il ne se trouva 
que de la ficelle — des «irdes de tou- 
pie, le "vade mecum" de tous les yi^v 
mins de cette époque — qui servit à li- 
goter le prisonnier, lequel pliait le 
dos sous les huées, tâchant d'é^^ter 
les bourrades et même les soufflets do 
la marmaille, nui fommit la majeure 
partie de cette populace exaspôn' . 

— Chez le juge de paix ! crièrent les 
plus sages. 

— A la justice ! à la justice ! ap- 
puj-èrent les autres. 

Et la procession se mit en maixîhe. 

Sur une distance de trois milles au 
moins, le pauvre diable déambula, 
ou plutôt clopina entre deux forts à 
bras qui lui tenaient la |>oitrne au 
collet, suant, geignant, trébuchant 
sous la bousculade, et tremblant 
comme une feuille sous la temjx'te 
d'invectives et de vociférations (jui 
le suivait. 

Enfin, on arriva chez le jum' de 
paix — M. Louis Carrier qui fut le 
premier moire de Iyé\is — et l'interiK)- 
gatoire «immençn, grâce aux ser- 
vices d'un interprète qui se rencontra 
dans une famille anglaise de l'en- 
droit. 

Hélas ! nous avions fait buisson 
creux, ou tout au moins, nous avions 
mis la main sur un innocent. Iju 
prévenu n'était <)u'un pauvre muite- 
lot déserteur, échappô d'un naWre 
norvégien en rade de Quél)ec. 

H s'était imaginé qu'on le poursui- 
vait ix)ur le livrer à son capitaine. 

Quand il se vit libre, sa joie fut 
exubérante. Il nous serrait les mains, 
et semblait ne savoir f^ue baragoui- 
ner pour nous remercier. 

Franchement, c'était bien le cas ou 
jamais de répKjndre : Il n'y a pas de 
quoi ! 

Le lendemain était le 13 juillet 
1855 ; et la "Capricieu.<»e", le premier 
vaisseau de guerre français qui eût 
visité le Saint-Laurent depuis la ces- 
sion du pays à l'Angleterre, jetait 
l'ancre dans notre port aux acclanui- 
tions de tout un peuple. 



Cela fit diversion pour cjnelques 
jours. Mais un soir lu lueur fatale 
éclata de nouveau, et la foule se rua 
couune à l'ordinaire, vers le lu- a du 
sinistre. La grange de Tliomas Fra- 
ser était en feu. 

Cette grange occupait un des siti's 
les plus pittoivsques de Ijévis, cou- 
ronnant cette pointe de rocher con- 
tourné par la " côte à Bégin ". st>ui<' 
route qui conduisait du fleuve aux 
hauteurs de Bienville. 

Point d'endroit plus avantageuse- 
aenient situé pour {>ermetti"e à l'ins- 
tinct destructeur d'un incendiaire 
tout le déploiement de majesté sau- 
vage que doit ambitionner le crime, 
quand il n'est pas l'œuvre d'un cri- 
minel vulgaire. 

Décidément, le nôtre — s'il faut en 
juger par la brillante féerie dont il 
se paya le luxe ce soir-là — était un 
artiste ; et les habitants de Québec 
durent avoir sous les yeu.\ un spec- 
tacle dont ils se souviendraient en- 
core, s'ils n'étaient pas un peu izâtés 
sous le rapport des conflagrations. 

De notre côté, comme on commen- 
çait à, se blaser, nous regardions as- 
sez froidement monter vers le ciel les 
giumdes spirales do flammes et de fu- 
mée fiui allaient se ré\Trbérer au loin 
dans les eaux du fleuve au bénéfice 
des Québécois, des habitants de 
Beauport et des "sorciers" de l'Ile 
d'Orléans. 

Tout à coup une vaste exclama- 
tion retentit : 

— Les Français ! les Français !... 

Cinq ou six longs canots < 
d'hommes s'étaient détachés des 
flancs de la corvette, avaient pris 
terre dans ce que nous appelions 
"l'anse à Beaulieu", et les hardis 
miarins de la France gravissaient la 
côte au pas de course, avec une pe- 
tite pompe, dos boyaux, des seaux, 
des grappins et des haches d'abor- 
dage. 

Et à l'œuvre !... 

Ce fut une scène magnifique. Il 
fallait voir travailler ces braves 
gens ! On ne savait ce qu'il fallait 
le plus admirer : leur courage, leur 
discipline ou leur intelligence. 

La grange n'en fut pas moins ra- 
sée de fond en comble, mais l'incen- 
die fut maîtrisé et restreint de telle 
sorte que le voisinage— menacé d'ii- 
bord — fut préservé de tout <lomimi- 
ges. 



Le dévouement des mttxrins français 
ne resta pas stvns récompense. 

La l'econnaissance d'un vieux ri- 
chard de l'endroit — un de ceux qui 
avaient eu le plus de crainte pour 
leurs propriétés — se manifesta sur le 
champ. 

Je ne nommerai pas ce noble en- 
fant du pays, de peur de suggérer 
aux citoyens de ma ville natale l'i- 
dée dispendieuse de lui élever une 
statue de bronze. 

— Sapristi ! sapristi ! dit-il, y r 
il moyen de voir quelque chose de 
plus l>eau '? On ne pyeut pas laisser 
passer cela comme ça. Ces braves 
gens ne retourneront pas à bord sans 
qix'on leur ait servi quelque chose 
pour les rafraîchir ! . . . 

Un tremblement de terre n'aurait 
pas plus surpris ceux qui l'entendi- 
rent ; mais il fallait bien se rendre à 
l'évddence ; le vieux allait se fendre, 
de son propre chef, et sérieusement. 

La nouvelle se répandit comme une 
traînée de poudre, et chacun accou- 
rut pour être témoin du mdracle. On 
parlait des noces de Cana. 

Quelques minutes après, les invités 
ae massaient dans la cuisine du géné- 
reux citoyen, qui leur offrait à cha- 
cun, de ses propres mains, le conte- 
nu d'un gobelet de ferblanc, en leur 
disant d'une voix émiie : 

— -Je m'en vas vous servir moi-mê- 
me ; vous méritez ben ça. Buvez, 
buvez, nos gens ! Ça vous fera pas 
mal ; c'est de la bonne eau de " res- 
source " ; vous n'avez pas souvent 
d'eau si fraîche dans le voyage ! * 

Est-il iDesoin d'ajouter, ([u'après 
avoir été témoins d'une pareille lar- 
gesse, les spectateurs ne se séparè- 
rent pas sans pousser quelques hour- 
ras en l'honneur de l'étonnant am- 
phytrion. 

Quant aux marins français, ils 
s'en retournèrent à leur vaisseau 
sans murmurer, mais surtout... sans 
trébucher. 

La seule remarque que j'entendis 
faire, fut celle d'un mousse qui di- 
sait : 

— Nom d'un chien ! ils ne sont pas 
près d'en avoir, des incendies, après 
ce déluge-là ! 

Le plus drôle, c'est que le p>etit ma- 
telot disait vrai. Ce fut le dernier 
incendie qui affligeât Ijévis pour des 
années. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



23 



Quel était riiiœndiaii"e ? me de- 
mandez-vous. 

On ne l'a jamais su d'une façon 
certaine. 

On mit le tout sur le compte d'une 
monomanie. 

C'est assez plausible ; mais plu- 
sieurs inclinent encore à croire que, 
si tout rentra dans l'ordre après 
l'incendie de la grange de Thomas 
Fraser, il faut l'attribuer à la pré- 
diction du petit mousse de la " Ca- 
pricieuse." 

LOUIS FRECHETTE. 



Pâques et le printemps demandent 
des coiffures nouvelles. Fêtons les 
gaiement en arliorant les chapeaux 
aux couleurs les plus tendres, aux 
fleurs les plus variées. Et où trou- 
veriez-vous ces gracieuses merveilles, 
si ce n'est chez la modiste de bon 
goût qu'est madame Pageau. C'est 
un charme que d'admirer le ravis- 
sant parterre de jolis chapeaux qu'el- 
le étale dans ses salons aux yeux ra- 
vis des acheteuses. Le Journal de 
Françoise ne peut donc faii-e mieux 
que de recommander cette modiste à 
ses élégantes lectrices. Si elles veu- 
lent donc quelque chose de chic, de 
Smart et qui soit, en même temps à 
la portée de toutes les bourses, qu'el- 
les se hâtent de se rendre chez 

Mme PAGEAU, 

769, rue Sainte-(Jatherine Est, entre 
les rues Panet et Plessis 




— Est-ce que ton journal paraît 
tous les jours ? 

— Nous paraissons six fois par se- 
maine. 

— Et le dimanche ? 

— Nous paressons. 

Nous avons le plaisir d'annoncer 
que M. Gillet, le sympathique pro- 
fesseur de littérature, à l'Université 
Laval, donnera, la semaine prochai- 
ne, dans la salle des promotions, une 
conférence sur Saint-François d'As- 
sise et l'Art, au bénéfice de la Biblio- 
thèque d'Etudes de l'Université. Le 
sujet de la conférence et le talent de 
M. Gillet nous assurent déjà une très 
intéressante soirée. Les billets sont 
en vente au Secrétariat de l'Univer- 
sité. 




Jean Saiat-Yves 



Nous étions une vingtaine de saint- 
cyriens — pas plus — à oe bal de l'Ely- 
sée. 

Hélas ! comme ils semiblaient pâ- 
les, ces uniformes coquets vers les- 
quels, aux jours de grandes revues à 
Longchamps, s'en allaient les cris 
d'une foule enthousiaste ! Comme 
nous étions peu de chose près de 
tous ces officiers et personnages gra- 
ves dont les broderies étincelaient au 
milieu des robes claires des f émîmes. 
Après avoir erré 
de salon en salon, 
j'étais revenu dans 
la serre, et là, près 
d'un massif, ac- 
coudé à la caisse 
d'un énorme lata- 
iiier, je regardais 
dans la salle, plus 
convaincu que ja- 
mais de la médio- 
crité de mon uni- 
té. 

. Une voix me fit 
retourner. 

C'était un commandant, "un an- 
cien". Il se mit aussitôt à me par- 
ler Ecole et je FéoDutais avec tous 
les dehors d'ime déférence naturelle. 
Je souriais aux bons endroits et 
plaçais quelques mots heureux. Mais 
je ne perdais pas de vue les jeunes 
filles qui passaient, où, chez toutes, 
dans l'éclat des yeux, le tremblement 
des narines et de la gorge, la valse 
qui finissait laissait une langueur et 
une griserie. 

— Vous ne dansez pas ? 

— Mon Dieu, non, je ne danse pas ! 

Le commandant me posait cette 
question, comprenant que sa conver- 
sation pouvait bien ne pas m'inté- 
resser. 

Et plus je me dérobais, plus il me 
taquinait. 

— Ah ! cette nouvelle génération ! 

étonnante, étonnante, ma foi ! 

Dire que je ne pou^^ais tenir en place, 
oui, monsieur, moi qui vous parle, 
quand j'entendais une valse et que 
fie jolies femmes, de charmantes jeu- 
nes filles, comme ce soir... Vous sou- 
riez, je crois, jeune homme, vous n'é- 



coutez pas !... Je comprends, c'est 
ma tête, mon crâne dénudé... 

— Oh ! mon commandant... 

— Ah ! vous regardez là-bas, dans 
ce coin, sous les palmiers, près de la 
porte, n'est-ce pas ?... cette petite 
bleue ?... 

— Où donc, mon commandant ? 

—Faites l'étonné ! Vous n'avez 
d'yeux que pour elle... Tenez, elle 
vient de laisser tomber son éventail; 
courez donc, précipitez- voua !... 

— Mon commandant !... 

— Monsieur "Bahut !"... de plus en 
plus étonnant !... Au fait, comment 
la trouvez-vous ? 

— Fort bien, mon commandant. 

—Ah ! vous y êtes... tiens !... tout 

de même... j'en suis heureux Et 

vous la trouvez bien, comme cela, 
simplement ? 

— J'ai dit fort bien, mion oom.- 
mandant ; j'ajouterai même qu'elle 
valse à ravir. 

— Voyez-vous ! Eh bien ! mon- 
sieur, j'aime surtout, sa figure de 
bébé, sa petite frimousse drôle... 

^Oh ! drôle ! drôle, mon com- 
mandant... expressive, mobile... très 
mobile même. 

— Comme vous l'entendrez. Et te- 
nez, je dirai encore que rien n'est ^ai 
et jeune en elle comme ce petit nez 
planté là, en virgule, effronté, rai - 
leur, menaçant... 

— Certes, mon commandant, un pe- 
tit nez bien retroussé, bien parisien, 
et avec ça un air à part, un je ne 
sais quoi... 

Et, dans cette atmosphère de bal,' 
très lourde avec ses senteurs moites 
et ses effleuves où devaient papillon- 
ner des baisers volés, ti-ès discrets, 
les premiers accords d'une valse tom 
bèrent lentement. 

La salle fut bientôt envahie. 

Les couples se balançaient un ins- 
tant, puis s'élançaient emportés 
dans la mélodie. 

— Une bonne occasion d'aller l'in- 
viter. 

— Mon Dieu !... mon comman- 
dant... 

— Allez ! on va vous l'enlever...... 

Vous avez peur ? 

— Je ne la connais pas. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



— Qu'à cohï ne tienne. Tous les 
Diéniee, ces petits-là !... Suivez-nH>i, 
monsieur, et ne ton>b«*z ptis. 

A notre tipprt>ohe, la jeune fille eut 
un souriiv et se le\a tiès les pivnï ers 
mots, tendant iléjà les mains. 

— Mademoiselle ma ni^i»'. jjerniets 
moi de te présenter un jeune "melon" 
de l'annw', échappé do sa cloche pour 
quelques lw«ures stndement. Je l'ai 
cueilli siiupirant dt\ns un coin. Il 
trouve cjiie tu valses trAs bien. 

11 

En quelques mots, \-oici notre ren- 
contre et j'en souris encore à l'heure 
qu'il est, comme si tout ce passé 
était hier seulement. 

Nous avons ctiusé beaucoup entre 
chaque danse, entre chaque valse, 
pourrais-je dire : Ciir, stiuf le qua- 
drille, elle valsait tout. 

J'ai su ainsi qm- son jj^rand-père 
était un des tîénéraux ((u'illustra la 
conciuête de lAlyérie, et que son 
père, col<)nel, grièvement blessé en 
1870, avait dû se résig^ner à prendre 
sa retraite. 

Elle était encore de ces créatures 
qui prennent au ciel toutes leurs 
croyances, qui cherchent les âmes 
absentes dans le scintillement des 
astres et croient à la vertu des étoi- 
les filantes. Je ne pense pas cepen- 
dant qu'elle pi'it être de celles qui 
s'en vont rêveuses toujours, m^^sti- 
ques, adorant les Inscuits, les cou 
diers de soleils et les longs peigrnoirs 
crème. Sa Iwuche mutine décou- 
vrait de fort belles dents faites pour 
des entretiens plus praticiues avec la 
vie. Du reste, il n'y avait qu'à l'é- 
coirter : n'avait-elle pas encore eu 
l'envie folle, dernièrement, de se bar- 
bouiller de confiture comme une en- 
fant — pour voir. 

Et vite, elle se reprenait, se cHsait 
très sérieuse pourtant. 

Elle allait encore au cours. 

— Je ne sais qui a mis cette idée 
dans la t^te de ma chèiv maman, 
mais elle veut que j'obtienne mon 
brevet. Il parait que c'est tout dans 
la vie d'une jeune fille, «• brevet. 
Quand on u dit ces simples mots : 
"Vous 8a\'ez, elle a passé ses exa- 
mens", on a tout dit. 

— C'est un titre, en effet. 

— Oui, ça flatte, ça pose, c'est re- 
çu dans le monde. 

— Avec cela on fait son petit effot. 



—Oh ! pas du tout, un très grand, 
je vous assure. 

— C'est ce que je n'osais < 'iv, ma- 
demoiselle. 

— Ainsi, ma sieur Jeatuie a lU son 
brevet l'aniiéi» dernière, eh Ineii ! la 
\'Hjilà fiancée ra^aintenant. 

—le ne croyais pas le Ijrevet très 
utile en pareil cas. 

—Beaucoup trop, hélas ! yrand'- 
mère me le dit : si je \eux me ma- 
rier — plus tard, surtout avec un offi- 
cier — il faudra bien en venir là. 

— Ah ! vous avez déjà établi une 
petite préférence ':* 

— Pas précisément, car c'est dans 
le sanir. Rien (|ue d'Os militaires, chez 
nous. Tout le monde y passe de 
père en fils, hommes et femmes. 

—Parfait ! parfait ! 

— Alors je travaille. H faut et 
hauteur dans le ménai;e. t. is rns 
sieurs apportent du régiment une ha 
bitude de commandement... 

— E't il faut {ipprcndre à leur tenir 

tête, n'est-ce pas '.' 

— Tout juste. 

Loin de moi l'idée ({ue je venais de 
rencontrer un bas-bleu. Elle me pa- 
rut tout simplement très mauvaise 
écolière, frondeuse et terrible avec 
ses boutades d'enfant gâté. 

Je crus comprendre que Louis XIV 
était son roi, mais elle s'y perdait 
en fin de compte et trouvant Col- 
bert trop compliqué, Louvois trop 
remuant, les jansénistes trop grands 
rhéteurs, elle se passait de tous au- 
tres commentaires. Une seule chose 
l'iTitéressait au cours : la littératu- 
re, et encore avait-elle une fagon 
toute particulière de l'interpréter. Il 
n'est pas Cjucstion des classi(ni('s. 
bien entendu. Elle leur reconnaissait 
volontiers de grandes beautés, mais 
c'était ime arlmiration de musée, 
quelque chose comme celle (|u'on ac- 
corde à la galei'ie des Anticiues, au 
Louvre. P'ile trouvait le passé très 
beau et disait cela sans hésitation, 
sans réticences, comme iinc petite 
fille bien élevée. 

Elle adorait Lamartine et raffo- 
lait de Musset— autant (|\i'('ll<> pou- 
vait en connaître — et c'était très 
amusant de l'entendre murmurer, au 
milieu de ces groupes aux teints dé- 
colorés portant tous les désirs flot- 
tant dans cette nuit de fête, allant 
les yeux mi-clos, cernés, alanguis d'é 
motions factices et malsaines. 



— Oh ! ce pélican !... ce pélican ! ... 
c'est saisissant ! 

Nous étions alors au bout de la 
grande galerie, dans un cliarnituit 
salon vieil or, où l'on avixit laissé 
quekiues jolis meubles Henri U, 
noirs, du plus pur style. 

La fin du bal approchait et, avec, 
l'heure des conversations mêlées de 
confidences, heure où les mamans 
sont bien loin. 

Et j'ai rêvé, là, d'une maisonnette 
blanche, bien close, oubliée dans la 
campagne pendant de longs mois 
d'hiv«r et vers laquelle on va, un 
matin de printemps, rouvrir les por- 
tes et les volets à \a joie de l'enso- 
leillement. 

La "petite bleue" fit comme tou- 
tes les jeunes filles. Elle ouvrit d'a- 
bord le petit volet, la fenêtre,^ puis le 
grand portail, tout son creur d'(Mi- 
fant. 

C'était une amie, en voyage de no- 
ces, (.lu'elle aimait et ((ui ne lui écii- 
vait plus. C'était le petit Italien t\\ i 
venait tons les jours a\ ec son ac- 
cordéon, et (lui lui souriait quand 
elle lui jetait sou aumône. C'était 
un flot de rubans qu'un jeune lieute- 
nant, vainqueur dans un "rallye", 
avait épingle à son ombrelle. Puis, 
à propos de l'artiste (jui chantait 
"Mignon" quand on l'avait condui- 
te à rOpéra-Comique, avant-hier, 
pour sa fête, elle parlait de la Mali- 
bran et récitait une strophe de l'ode 
célèbre, s'étant souvenue, entre 
temps, d'un petit chien écrasé par un 
omnibus. 

— Tenez ! voici là-bas Mme de 
Rochemauve, cette brune en bouton- 
d'or ; c'est elle qu'il faut entendre 
chtinter "le Saule" ! C'est son mor- 
ceau favori, son succès. Elle ne 
chante que cela, elle le traîne par- 
tout, elle en a fait son bien. Aussi 
en ari*ive-t-elle à se figurer je ne sais 
cjuoi. C'est un vrai saule à la fin. 
Et si j'ai le malheur de n^irarder 
mon frère Ceorges à ce moment-là, 
c'est fatal I je pouffe. Miss fait des 
yeux effrayants et, le soir, j'ai mon 
sermon. Pauvre maman ! C'est ])ius 
fort (|ue moi. 

Et rien n'était plus jeune et char- 
mant (|ue ce visage de petite fille re-, 
flétant cha(|ue phase de cette conver- 
sation, comme les étangs des prai- 
ries où le ciel se pose avec ses vols 
tl 'oiseaux et ses nimges errants. 



LE JOURNAL DE FEAN(Y)1SE 



25 



III 

Il me vient même à l'esprit, c|uoi- 
i|iie ce ne soit guère la platv <\'\\- 
pareilie évocation, cps trois liones 
faites pour une autre : 

Son nez dit : Qui sait ? 

Sa bouche : l'eut-être ! 

Ses yeux : Certainemient. 

Oui, certainement — il me semble 
l'entendre — je suis gaie. Je dis beau- 
coup de choses impossibles, cela se 
peut, car Miss n'est pas là. Mais je 
suis jeune, jeune comme lui rayon 
d'aurore, jeune comme une prière 
d'enfant. 

Peut-être... le serai- je toujours, car 
je me sens l'âme d'un oiseau, d'un 
oiseau ayant de longues ailes fcjrtes 
et bien lisses, faites pour les grands 
vols, et maisrré ma vivacité et l'air 
moqueur qui est écrit là, sur m;on 
front, à travers mes boucles frisot- 
tées, je suis bonne, allez ! Je suis 
la petite bête à bon Dieu qui va 
cherchant la lumière et s'endomiira 
ce soir au sein d'une fleur, lassée de 
bonheur. Et qui sait ?... 

Sa toilette était très siniple. une 
robe de gaze bleue plissée autour de 
la taille enserrée d'un ruban qui re- 
tombait sur le côté. Et de son cor- 
sage à la vierge sa jeune poitrine, ses 
frêles épaules, sa petite tête— rose dé- 
licate à tige d'ivoire — émergeaient 
comme ces fleurs des eaux qui mon- 
tent lentement vers le jour s'ouvrir à 
la surface s'endormdr bercées. 

Elle était légère et merveilleuse- 
ment souple. C'était moi qui la sui- 
vais, me laissais guider. Nous pas- 
sions à travers les couples fuyant de 
tous côtés, évitant les heurts mala- 
droits, tantôt ici, tantôt là et dans 
cette fiè\i-e de la valse qui la pre- 
nait tout entière, je sentais son souf- 
fle passer sur mon visage, près de 
mes lè\rps entr' ouvertes qui s'en par- 
fumaient. 

Sur ma poitrine, son co-ur trem- 
blait plein d'illusions folles, d'aspi- 
rations inconnues, avide, s'enivrant 
de ces premières innocentes voluptés 
de la vie, dont il a^•ait soif, ne se 
raisonnant pas encore, allant tout 
entier, sans réserve, toujours comme 
une joyeuse en\-olée de cloches dans 
l'air matinal. 

Elle faisait son entrée dans ! 
monde, fraîche et jolie comme une 
pâciuei-ette des gi-ands chemins ou 



quel((U(^ fleur mignonne ayant \écu 
jus((u"nlors dans le calme recueilli et 
les tièdes somnolences qu'ont les 
plantes des serres. La vie pour elle 
n'était qu'une chose bonne. Et cela 
se lisait tout au long à travers l'om- 
bre des grands cils où, par instant, 
passaient quelques lueurs douces, 
étranges comme ce jour pâl« qu'ont 
les jardins des cours intérieures en 
Orient. 

Et elle parlait toujours. 

C'était comme un babil, un ga- 
zouillis sans trêve, éclatant sous la 
feuillée où le soleil couchant se glis- 
se, et il allait, le cher ramage, ryth- 
mé par la mélodie d'une valse, se 
traînant avec peine dans cet air 
troublé des fins de bal, éveillant en 
moi des félicités inconnues, des priè- 
res oubliées, des images sans nom- 
bre. 

Et comme Dieu dans toute vie a 
placé un peu de bonheur, j'ai cru 
franchement le voir rayonner et ve- 
nir à moi... 

Vie d'amour tendre, vie à deux 
promenades sans but, le soir au 
long des chemins creux plantés d'ar- 
bres oii les feuilles tombées tournent 
dans le vent qui passe leurs valses 
de miort — veillées d'hiver dans sa 
chambre bien close, elle brodant 
quelque ouvrage, moi, lui lisant 
quelque poète qu'elle aime, tandis 
qu'au dehors la rafale gémit et nous 
fait tressaillir et regarder avec des 
envies folles de nous serrer bien près 
l'un de l'autre — douleurs du foyer, 
douleurs intimes bra\-enient suppor- 
tées à deux, bénies... J'ai vu, que 
dis- je ? j'ai vécu tout cela, un ins- 
tant — trop vite. 

IV 

On m'envoya dans un régiment 
perdu en un pays du Nord, très 
triste. 

La ville avait encore son enceinte 
de jadis flanquée de tours à mâchi- 
coulis, de hautes murailles très an- 
ciennes, écroidées par endroits en 
d'étranges silhouettes mortes, ébré- 
chées comme ime mâchoire de vieille 
femme. On apercevait alors, à tra- 
vers des rues très sombres et aux 
angles, des maisons à poi^'rières. 

Dans les fossés, l'eau de la rivière 
coulait toujours, clapotant, glissant 
au miilieu de tous ces débris et des 
broussailles qui les recouvraient, 



avec une plainte grêle comme un 
râle épuisé, très doux. 

Et sur cette chose noire où des 
toits enchevêtrés se voyaient, des 
cheminées d'usines montaient, exha- 
lant sans trêve une fumée épaisse. 

11 y faisait très froid et sur dix 
mois de l'année le ciel n'avait pas un 
lambeau d'azur. 11 se traînait très 
bas, chargé de nuages gris bien tas- 
sés les uns sur les autres, monotones, 
désespérants, accrochant la flèche de 
la cathédrale et les girouettes des 
beffrois. 

Quand venait le soleil, c'était com- 
me un reflet d'une nuit des pôles, 
tant la lueur pâlie qui essayait de 
percer jusqu'à nous était peu de 
chose. 

J'ai rencontré là, pour la première 
fois, la solitude et les heures d'effroi 
et de doute. 

C'est vers elle alors f|ue j'ai tourné 
les yeux. Et de- toute cette ombre, 
de tout ce passé de jeunesse, elle est 
sortiie, la chère petite image, plus ai- 
mée à chaque é\-ocation, plus pure, 
plus triomphante. 

Un an après, de retour à Paris 
pour quelques mois, je la retrouvai 
au bal travesti donné par la jeune 
marquise de Sauves inaugurant son 
hôtel de la place Malherbes. 

Elle représentait la violette. 

Sa robe, très courte, qui lui allait 
à ravir, en était parsemée. Elle en 
avait aussi dans les cheveux, à la 
ceinture et aux épaules. Toutes ces 
fleurs étaient naturelles et très bel- 
les. Un rien les faisait trembler et 
je ne sais pourquoi je m'obstinais à 
leur trouver comme de petites figu- 
res, de grands yeux tristes ayant ces 
regards doux d'êtres qui s'inclinent 
et vont mourir. 

Toutes ces pavivres fleurs l'entou- 
raient d'un charme profond qui la 
rendait plus rougissante, plus jolie 
que jamais. 

Cet hi\-er-là je la revis souvent. 
Nous passâmes plus d'une heure 
charmante au bras l'un de l'autre, et 
quelle que fût la couleur de sa robe 
— rose, blanche ou mauve — pour moi, 
c'était toujours la même, "ma pe- 
tite bleue". 

Au lendemain de quelque soirée, 
sentant tout à coup comme un grand 
isolement me peser sur le cœur, j'é- 
crivais à une femme, écrivain très 
connu, spirituelle et très bonne. Elle 



26 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



m'honorait d'une véritable affection 
maternelle. Je ne sais trop oe que 
je lui pouvais bien dire au juste et 
quels mots traçait ma plunte, quelles 
images venaient de mes pensées du 
moment. 

Rîen de plus navrant que ces rêves 
des lendemains de bal où le ctvur se 
swre et semble mourir peu à peu, 
larme à larme, j\lors que l'écho de 
la dernière valse chante enci>i"«> d"une 
voix lointaine de morte bien-aimée, 
voix des choses intimes brisées, sans 
aurore. 

— Allons, mon enfant, ré|X)ndait- 
elle, déciflément \ous voilà en plein 
bleu, en plein azur. Rien de mieux 
pour un rêve de vingt ans, j>n cou 
viens ; mais ne négligez pas notre 
\4e et sa réalité. Vous souffririez 
trop un jour ! Chaque pas vous fe- 
rait l'effet d'une chute, et rien n'est 
daniroreux à votre âge, cri>yez-moi, 
comme ces bouffées de tendresse qui 
partent du cœur et grisent le cer- 
veau ! 

Quelque temps après, dans une de 
ses nouvelles, intitulée "les Hiron- 
delles", dont j'ai gardé le brouillon, 
je lisais ce passage; 

"... Et, de départ en départ, les hi- 
rondelles fuient devant l'hiver de la 
vieillesse ; ni cages, ni barreaux n'y 
peuvent rien. Dieu veut ([ue les hi- 
rondelles partent quand le froid ar- 
rive. Nulle ne reste, pas même la 
plus chérie — l'iiii-ondelle couleur de 
rêve, l'hirondelle bleu d'amour ; — 
car si, parmi ses sdnirs, l'homme 
gardait celle-là, il ne croirait plus à 
la vieillesse, ni à la mort. 

■■ Penserait-on que l'hiver existe 
-i l'on voyait, dans l'azur {)rofon(l 
du ciel, malgré la gelée fl'un matin 
de ian\-ier. voler une seule hiron- 



sée par l'abat-jour, j'ai souvent son- 
gé à quelque intérieur discret, à 
cjuelque nid tiède encore du dernier 
baiseï-, calme, plein d'amour, où las- 
sée des grandes valses et des grands 
rayons, elle a dû s'arrêter un jour, 
toute tremblante 

Peut-être encore s'est-elle perdue 
vers quelque radieuse aurore (jue nos 
yeux ne peuvent voir, vers ce coin dti 
ciel où les âmes des Bien-Aimées em- 
portées en plein rêve vont à Dieu 
d'une seule volée ! 

JEAN SAINT- YVES. 



Il y aura, le mardi, 21 avril, une 
soirée de gala, au théâtre des Nou- 
veautés, au bénéfice de l'hôpital 
Sainte-Justine. Les cours de cette 
œuvre intzressante y assisteront en 
grand nombre. On s'amusera tout en 
faisant le bien. 



C'est un grand manque de tact, 
sinon de cœur, de dire qu'on les 
plaint de leur sort à ceux qui ne s'en 
plaignent pas. — Baronne Knorr. 



Souvent Femme varie . . . 

même de forme. 





LA FIN DU FROU-FROU 



L'hiver est venu, en effet. 

Les hasards de ma vie m'ont pris 
et jeté un peu de tous côtés, aux 
ronces des chemins comme aux flots 
des grèves. J'ai dit adieu à ces heu- 
res où j'ai grisé toute ma jeunesse et 
trouvé ma grande foi en la vie. 

L'exil aussi est venu... 

Où donc es-tu, hirondelle bleu d'a- 
mour ? 

Le soir, dans le silence, veillant 
sous ma petite lampe de travail qui 
jetie sur chaque chose sa lumière ro- 



Les femmes sont d'inlassables et 
minutieuses artistes. Sans défaillan- 
ce, au cours des siècles, elles ciselè- 
rent l'œuvre de leur beauté. Sans 
doute il nous apparaît aujourd'hui 
que, parfois, leur effort s'égara, et — 
pour ne point remonter trop haut — 
il est permis de déplorer qu'après la 
pure résurrection de la draperie an- 
tique tentée par le Directoire, elles 
aient voulu rendre leur grâce plus 
secrète en l'alourdissant d'inutiles 
artifices. 

Ce fut d'abord la manche "à gi- 
got", déformatrice de la ligne de 
l'avant-bras ; puis le ballonnement 
des jupes, qui s'éloignèrent du corps 
sous la poussée de rigides jup< 
mode qui s'enfla jusqu'à l'avènement 
de la crinoline pour aboutir à l'o- 
dieuse "tournure". 

Pour tout dire, sous ces accoutre- 
ments même, les femmes, toujours, 
surent réaliser une beauté vivante, 
ondoyante, fugitive et toujours re- 
nouvelée. 

Il semble maintenant que le souci 
d'assouplir la toilette à la forme s,' 
précise chaque jour. Les étoffes se 
lient plus intimement au rythme des 
gestes, et la houle souple des han- 
ches ne se dissimule plus sous l'am- 
pleur des jupons. Ainsi nos élégan- 
tes affinent une allure qu'elles dai- 
gnent rendre plus révélatrice. 

Une grande révolution s'accom- 
plit : le jupon disparaît. 



J upons blancs,* jupons de soie qui 
faisiez si joliment froufrou, votre rè- 
gne est fini. Le pantalon-jupon 
vous a détrônés. Nombre de fem- 
mes même se libèrent de ce détail de 
toilette, qu'elles remplacent par la 
culotte de soie ou de jersey de soie. 
Les plis de la robe, non doublée, 
épousent alors nettement les ondula- 
tions du corps. La poupée est mor- 
te ; la femme demeure. 

Le soir surtout, sous une longue 
jupe de "panne" ou de peau de Suè- 
de, les femmes sont habillées— ou dé- 
shabillées — de .fort seyante manière. 
Peut-être, dans l'après-nadi, si l'on 
porte la "trotteuse", y aura-t-il 
quelques hésitations, mais, en tout 
cas, la vogue du jupon décline a\'ec 
une grande rapidité, parmi les mon- 
daines, s'entend. 

Et si le frou-frou n'émeut plus les 
oreilles de son chuchotement câlin, 
vous aurez pourtant, droit, mesda- 
mes, à une gratitude nouvelle : celle 
d'avoir consenti à offrir l'harmo- 
nieuse joie d'une Beauté plus déli- 
cate et plus pure d'être moins en- 
tourée d'artifices. 

CIGARETTE. 



La reiDe des Eaux Purgatives, c'est 

L'EAU PURGATIVE DE RIGA 

En vente partont, 26 Cts la bouteille. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



27 



•,♦> 

Notre Littérature f 
Nationale t 

Sous ce titre, M. l'abbé Elle Au- 
clair a donné, la semaine dernière, à 
l'Université Laval une conférence 
qu'un nombreux auditoire a écouté 
a\'ec un vif intérêt. 

Nul, mieux que M. l'abbé Auclair, 
peut-être, ne pouvait traiter ce su- 
jet, devenu épineux pour notre 
amour-propre de Canadien, avec au- 
tant de délicatesse et de savoir. M. 
Auclair est un conférencier bien ren- 
seigné, qui étudie et s'instruit sans 
cesse et dont la réputation d'écrivain- 
est établie parmi nous. 

Je ne suis donc pas emibarrassée 
pour faire de sa conférence tous les 
éloges qu'elle mérite, mais je n'impo- 
serai pas ce supplice à sa modestie. 
J'ai plutôt une observation à faire, 
un point d'interrogation à poser, et 
bien que ceTa soit, dans le cas qui 
m'occupe, deux choses peu aimables 
envers une très estimable personnali- 
té, je ne me déroberai point à ce de- 
voir. 

M. l'abbé Auclair a prouvé qu'il 
existe une littérature nationale ca- 
nadienne, depuis 1760. Il a parlé de 
ses pionniers, puis de ceux qui ont 
continué ses ti-aditions jusqu'à nos 
jours. 

Pourquoi dans la nomenclature des 
poètes et des littérateurs, n'a-t-il pas 
fait mention d'aucune femme ? 

La bienséance, la courtoisie, la 
morale ne s'y opposaient point. Et 
la justice l'exigeait. 

Les femmes, au Canada, fournis- 
sent à la littérature nationale un-ap- 
port qui ne peut plus s'ignorer. Elles 
sont déjà plusieurs en nombre, et, si, 
toutes n'f)nt T)as consacré à nos let- 
tres, un talent égal, chacune, du 



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moins, a contribué, selon aes res- 
soiu'ces. à l'édifice de ce monument 
impérissable, j'aime à le croire, de la 
littérature nationale canadienne-fran- 
çaise. 

Je suis peinée que M. l'abbé Elie 
Auclair ait pu l'oublier. 

FRANÇOISE. 



Prédicateurs et 

Prédications 

Moi, j'aime les femmes. 

J'aime leur esprit et leur beauté, 
leur grâce et leur malice et je n'ai 
pas de plus grand plaisir que de les 
entendre discuter entre elles, qu'il 
s'agisse de transformer la mode ou 
de réformer le monde : deux de leurs 
grandes préoccupations ! 

Elles ont deviné, ou je leur ai con- 
fié, ma faiblesse ; comme je suis un 
bon vieux garçon, pas encombrant, 
elles m'admettent volontiers à leurs 
petits caucus, où j'arrive à l'impro- 
viste, avec l'air de rien... Aucune ne 
se laisse prendre à la comédie que je 

recomanence à chaque occasion , 

oui ! hélas, une vilaine habitude 
prise à leur contact ! 

Hier, donc, j'arrive au milieu d'un 
élégant vacarme, et vrai, je remer- 
cier le Bon Sort de n'avoir pas à 
faire agréer mes sermons par ces da- 
mes. 

Elles discutaient sur les prédica- 
teurs et les prédications de carême. 
Les opinions étaient très partagées, 
les critiques malicieuses, certaines. ap- 
préciations, très flatteuses, le tout 
présentant un ensemble de remiar- 
ques justes et sensées, dites le plus 
drôlement de monde, et qu'il n'est 
pas du tout puéril de faire connaître 
ici. 

Les pauvres vieux garçons calom- 
niés cherchent malgré tout à se ren- 
dre utiles ! 

Ce fut d'abord le procès du rude 
prédicateur qui retrousse ses man- 
ches sur ses poignets pour asséner 
plus sûrement ses coups. Celui-là ne 
compte, pour impressionner les fou- 
les, que sur les éclats de voix, les dé- 



clamations aussi exagérées que pas- 
sionnées. Tout occupé de son tapage, 
c'est-à-dire de lui-même, il ne sent 
pas, à mesure que se déroulent les 
descriptions flamboyantes des châti- 
ments étemels, que les cœurs se cal- 
ment, se glacent, se dérobent, refu- 
sant d'être remués par toute cette 
fantasmagorie. 

Une très insolente petite personne 
osa même appeler ces énergumènea 
des "Remueurs de Croquemitaines" . 
Je l'en blâmai sévèrement, mais je 
n'eus pas le loisir de provoquer le 
repentir de la coupable,— elle était 
emportée avec toutes les autres dans 
la discussion passionnante. 



jJÊÊL: 




La réflexion mûrit la pensée 



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JEAN DESHAYES, Graphologue 

873, rne Notre-Dame Est - 



28' LE JOURNAL l^E FRANÇOISE 

Vint le tour cje celui qui n'ttrrive -Certes ! Et les paroles et les f<M^<$^$>^^^^%^^^^>^^^^^^4^^ 
pas à tlire sa pensée : il tourne au- pensées de œs apôtres, partant \rai- % ^^^ ^^^ y» I y ^^ ê 

tour, piétine sur phice sans avancer... ment de leurs cœurs, ont réveillé^ ^^F^A \/ ^^ S 

et toutes ces charitables dames dé- d'autres cœurs endormis, d'autres f^,^^,^,;,^^^^^^^,^,^^^ 
ploraient l'impossibilité, ou de lui .-onscionct.s assoupies. ^ ^^<J^^^^^^^J^^>^<S^^^^^^^.^ 

dire le mot juste qu'il n'attrajx- pas, q,^, ^„; nous en avons entendu, et Los.Cliambros provinciales et fédô- 

ou de lui ener : '^'c'est la grâce que ^^^^^^ ^^ entendons parfois, des hom- raies ont entendu, cette année, des 

je vous souhaite • . mes à la pai-ole douce, persuasive et accents nouveaux, auxquels, jusqu'à 

-Non. voyez-vous, faisait mon m- ,,nrmonieuse. On se décide à aller ^os jours, aucune députation no les 

solente petite personne, il n >• a rien j^^ entendre par mode ou désœuvre- avait habituées. 

de plus ennuyeux <|U un tel sermon, m „„ ciirio«5ité ou oour faiiv t-h x j^ j -i ^ i • 

. ^ ' 4 j .. \^.^ .„o o.>«vKl,. "W^"^' par curiosiie ou^joui miiv LUes ont entendu un cloquent plai- 

m ce n est deux sermons sembla- -._.-„- i„ f,„tres on rp\ient empoi- , t i i ^^ 

, comme les auiich, on rt\urit niip<M j^y^j,, en faveur des lettres cana- 

Ai«r= m.oi • Vous fftut^l du *^"*' ^'"^ ^^ Sentiment de la vanité ^^^^ ^^ ^e pressantes sollicita- 

-Alors quoi . Vous fautai du ^^ ^^^ ^^^^ quotidiens et le néant ,. ' ^.^^ ^^ ,^,,^ irouvernanta 

style, de l'éloquence ronflante, d<>s , aoitations terrestres le désir ^f ' ^""'?r . .* 

;»,« roc & l„ Pïik ♦«ni.KrinnH '' crini-i'e aETixaxionb Hîirt*Li-eh. re ut-sii . chaque année, il soit offi- 

ima-es à la Chateaubriand^ criai e ^^ ^p^^i^^^ ^neoiv cet idéil entiv-u. et i^„ii„J;„t distrait auelaues oarcolles 

exas,>éré, et prenant la défense d. , ^ disciples d'Emmaiis est ^J^^\T*'"* distrait quelques parcolies 

mes nauvn-s frères en soutane / ! aiscipies^ n i^mmaus, t.i, ^j^^ ^^^^^^ public, en^•(■rs nos litte- 

mes pau\res ireris en souuuh murmui-é dans certaines âmes inquie- „..^„,^„ 

-Brrr ! j aime mieux les ennuyeux, ^^^ . „ ç^^^^^ ^^^^ ^^,,^ -^^.^ ^^. ^^ "i , ,. y ,. ,,„ 

car je ne connais nen de plus faux ,^^^^^, iors.,u'Tl nous parlait dans ce ^f-. ^^arles Gauvreau, députe de 

de plus crispant qiu' «v style ampoule , • \ » Temisoouata, a Ottawa, et M. iVLous- 

où des images, toujours les ni(*mefe . , , i ^^•^• seau, député de Soulanges, à Qué- 

9ont enchâssées dans une phraaéolo- , ^.a voix très douce semblait prier ^^^^ ^^^ présenté cette étonnante re- 

rie poncive et surannée. ces trois ,^^"« "" «'l^"*^, ^ec^^iHj. les plumes .^^ ^ j^^,^ ^ou^el■uement resp<-ctif. 

points, subdivisés eux-mêmes en une frissonnantes elles^m^emes avaient une , 

■ u •/■ ^ -4 I _„i-i„ I T?* allure pieuse... les femmes ! les ^^^avu . 

mfimte de points plus petits ! Et ^^ \ M. le député de Soulanges suggère 

ces énumerations surtout ! Ces • ^^^ quelques movens à prendre 

énumérations ascendantes et descen- IL TROITVARDIR. p^^^. donner à notre littérature un 

dantes... encouragement tangible : 

-Mais enfin, clamai-je, que vou- Un recueil d' œuvres primées parmi 

lez-vous ? Finirez-vous de critiquer .' j^^ j^^ méritantes ; un concours per- 

N avez-vous jamais admire un pre- Une Jolie Fête ^^^ ^^^^^^ ^ ^^^^ j^, écrivains, 

dicateur, et même beaucoup de pré- -Miette idée fut d'abord préconisée 

di«iteurs . ,. ^. , . , „ ,,,, , ■ ^ ■ -x par l'hon. M. Robidoux-; puis, en- 

Que net.ez-vous la, artistes de la Pour célébrer la vm^-oinquième f;^ ^j^^ ^^^^^.^^^ ^^ ^^^ 

chaire î-que n ayez-vous entendu le année de professorat de Mlle Cartier, ^^ ^^.^ ^j^^ ^^^^ ^^^ 1^ 

concert d^ ex-démonnes transforme notre artiste canadienne ses élèves ^tion généreuse de M. le député de 
en chœur de louanges ! Hélas, vous ont donné a la salle Y.M.C.A. un ré- ^.^^i % ^^it écoutée. Et pourquoi 
ne pouvez entendre que les échos que citai de piano. ^^ 1^ serait-elle pas ? Elle est huma- 

do Tvo '''"" """^trré''^' "à *^^^"* ''""^ soirée brillante. Un nitaire autant que nationale. Car, 

on \ous me sa gre, J ^i^pe • auditoire nombreux et sélect, fit le ceux qui s'adonnent exclusivement ù 

, , \ . , . '.lit- plus aimable accueil aux jeunes pia- la carrière des lettres, en notre pays, 
rôle toute simple qui sort de la loi, .,..1,1, ± j- • f ± . a ^ j • 

, ' "i 1 V » » ' nistes dont le talent est dingé et ne sont pas même assurés du pain 

passe par le cœur, et cherche a pêne- 1,1- • ? ^- ^^ , 

^ t'ï développe par un enseignement su- quotidien ! 

Quand cette pan^Ie est éloquente, P^"®"»*; Et pourtant les gouvernements qui 

quand la chaleur, la couleur, l'élé- Depuis vingt-cinq ans, Mlle Car- ont passé à la prostérité sont sur- 

gance s'unissent pour nous ravir,' ^i^*", a non-seulement été un profes- tout ceux qui ont favorisé la culture 

tant mieux, mais malgré ce que vous ^^^ aussi compétent qu'admirable, des lettres et des arts. 

pensez de notre sagesse, elle est trop "^ais, elle a de plus, fait une œuvre Si le ministère Gouin est destiné à 

réelle pour nous rendre aussi exi- i»éritoire et patriotique en consa- être le premier, dans notre histoire, 

U'eantos que vous voulez bien le dire, crant beaucoup de son temps au dé- à aider au développement intellec- 

A défaut d'élo(|uence, nous deman- veloppement de l'art musical parmi tuel de ses compatriotes, ainsi qu'à 

«Ions un onHeiimement solide, une "«"s. l'éclosion de chefs-d'œuvre littértiires 

prédication plus méditée qu'apprise. Nous félicitons donc, l'artiste et la et artistiques, <ju'il s'en réjouisse ! 

des fx^nsées profondes au lieu des re- vaillante femme fjue personnifie à la FRANÇOISE. 
ditifi banales «|ui reviennent pério- fois Mlle Cartier, et nous lui souhai- 
diquement à chaque fête, au commun- tons tous les succès dans sa carrière 

cément de chaciue saison, à la fin ck' de professeur, toutes les sympathies Les gens timides sont ceux qui, 

chaque année ! dans sa vie de femme, que ses ta- très occupés d'eux-mêmes se deman- 

— Et vous «*n avez entendu de ws lents, son énergie, sa force d'âme lui dent sans cesse ce qu'en pensent les 

■iermonH. iw«dame» ? ont mérités. autres.— Mme Calmon. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



29 



RECETTES UTILES 

( Pour Pâques ) . 

SALADE AUX LEGUMES.— Pre- 
nez en égale quantité des betteraves, 
des navets, des patates et autres lé- 
gumes cuits si vous en avez, coupez- 
les en parties carrées de la grosseur 
d'un dé ; mettez-les dans un plat et 
ajoutez du céleri, coupez fin, environ 
un tiers de céleri pour deux tiers de 
légumes, mélangez avec votre piépa 
ration à salade. 

GATEAU MERVEILLEUX DE 
PAQUES.— Ajoutez à une livre de 
"Farine Mars'e" autant de sucre en 
poudre et autant de beurre que vous 
faites fondre, huit œufs, 1-2 livre de 
raisins de Malaga épépinés, quelques 
raisins de Corinthe, une onoe de ce 
drat et un verre à liqueur de rhum ; 
mélangez bien le tout ensemble. 
Beurrez votre moule et faites cuire à 

petit feu. 

SUCEE A LA CREME. — Pour 2 
tasses de sucre, mettez une tasse de 
crème. Faites bouillir pendant vintrt 
minutes. Tournez et faites refroi- 
dir dans un plat. Coupez avant 
qu'il soit trop dur. » 



I CONSEILS UTILES 

POUR LES NEZ ROUGES. — A 
ceux qui souffrent d'un nez rougeoy- 
ant : Mêlez vingt grammes d'eau de 
fleurs d'oranger à la même quantité 
d'eavi de rose et faites-y dissoudre 
trois grammes en\-iron de borax, 
puis humectez-vous fréquemment de 
ce liquide en ayant bien soin de le 
laisser sécher sur votre nez, et vous 
le verrez reprendre ses primiti\'es cou- 
leurs. 

POUR ENLEVER LES TACHES 
DE MOUCHES. — Nous recomman- 
dons des rondelles de pomme de ter- 
re pour enlever les taches de mou- 
ches. Frottez-en longtemps les par- 
ties tachées, et appliques ensuite de 
l 'alcool. Polissez ensuite avec une 
flanelle ou une peau de chamois. 



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t'n trousseau complet de jeune fille ou 
dame. 



I Ppopos d'Etiquette \ 

D. — Bst-il vrai que l'on porte des ba- 
gties jusque dans le pouce? 
R. — La mode le permet ainsi. 

D. — Combien de prix donne-t-on dans 
un "bridge" ? 

R. — Cela dépend tout à fait du nombre 
de tables, et, — faut-il le dire ? — de la 
générosité de la maîtresse de maison. 

D. — Les gants se portent-ils pour jouer 
aux cartes ? 

R- — Oui, si l'on veut, mais cela doit 
être fort incommode. D'ailleurs, la mode 
permet que l'on joue ses cartes sans 
gants, et ne pas oublier ses bagues. 

LADY ETIQUETTE. 



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sans couvercle, mouvement de 17 pierres 
(rubis); spirale Bréguet ; régulateur bre- 
veté, ajusté, 

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Montre de Dame, boîtier en or massif ga- 
ranti à 14 carats, avec couvercle enrichi 
d'une étoile et d'un croissant de diamants. D»AéAr>*ni»it ^*17«n4/\M«n »' 
Mêmes spirales et régulateurs que plus haut. £ f (J l|Jl,l(Jl|f VlClUriQ 

Chacune de ces montres a une valeur de 
$60.00. On pourra les voir dans la vitrine 
de la maison N. Beaudry 4r Fils, 287, rue 
Sai nte-Catheri ne-Est. 




3 



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Pupitre avec combinaison de bibliothèque^ 

eième PRIX, (20 nouveaux abonnements (, 
un Bracelet en or massif (garanti à 14 ca- 
rats), orné d'une rivière de perles. 

OU BIEN 
Un autre bracelet en or massif (garanti à 
14 carats), avec fermoir d'un dessin mo- 
dem style, incrusté de perles. 

Ces bracelets sont évalués chacun à $25.00. 
Exposés dans la vitrine de la maison N. 
Beaudry & Fils, 257, rue Ste-Catherine-Est. 

7ième PRIX, (10 abonnements nouveaux), 
un réticule en peau de crocodile avec ini- 
tiale en argent massif. 

8ième PRIX, (5 abonnements nouveaux), 
une broche en vieil argent, ou une épingle 
de cravate, ou bien une pendule de fantaisie, 
ou encore un bracelet en nacre de perle 
monté en argent. 

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mai 1908. 

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tous par notre généreux confrère. 



^ LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



] [ 



La route s'achève 



Par JEAN SAINT-YVES (1) 



] [ 



^Mon Dieu, miirmurai-je interlo- 
qué, parce que je vous trouve réelle- 
ment charmante, et que, il faut bien 
l'avouer, vous n'êtes pas encore une 
très grande personne. 

Elle me regardait toujours, hau- 
taine, en des mines adorables, s'es- 
sayant à deviner si le sourire dont 
s'accompagnaient mes paroles ne voi- 

„ 11 1» j. •! A i„ «^ lait pas quelque ironie. Elle me plai- 

I aiiitP^ — Et celle-la, miirmura-t-il à la fin, -, * • • ,-i i -^ r + 

V suite ; , . o sait amsi. Cela prolongeait 1 entre- 

la connaissez-vous .' j.- X • n 

i-v • j i 1 ™;» t^ic tien et pour savoir, par elle, un peu 

Et c'est une musique qui m'accom- -Oui, ce n est pas la première fois ^^ ^^ J^,^^ .^ ^.^^ ^ p^,^.^^^, 

pajme. Je les reconnais, si loin qu elle vient ici —Comment vous appelez-vous, ma- 

St^les, posées dans la lumière Et sa voix, a ce moment eut une ^^^^.^^jj^ ., 

des décors i^veiUeux d'ici. Et je hésitation • puis il avoua, le regard ^^^^.^ ^^^ ^ ^^ 

k» admira. Elles me deviennent très perdu, comme écoutant son coeur . p^^.^^,^^^ ^^ ^^^^^^^ ^^,^ ^^^ ^^^^^ 

didree ; elles me sont amies, des —C'est celle que je préfère. C est ^.^^^^ ^^^ ^^^^^ ^^ souveraine élégance 

amiee silencieuses et belles ; et je les pour elle surtout que vous me trou- ^ffi^mant la gloire d'ancêtres évo- 

aime ainsi, très lointaines, avec tout vez ici Sans cela...... Ce n est pas ^^^^^ ^^ marquises du grand règne 

le mystère des gestes qu'elles accom- mon habitude. Je suis un peu loup, sujjjtement apparues la regardant 
plissent et que je m'imagine. Je leur vous savez. Je rôde à 1 écart... Mais ^^^^^j. j^^ ^^ .^.^-^ l^-^jj timbrée, net- 
pardonne le bonheiu- qu'elles donnent elle, c'est une de mes plus pures joies ^^ martelant les syllabes, laissa 
à d'autres en retour de quelques mi- Elle a l'air si bon, si sincère .... Et tomber un des plus beaux noms de 
putes de beauté et d'infinie tendres- puis, plus vivement que d autres elle ^j.^^^^ . 
se, très délicate, qu'elles mettent en me rappelle la France... et une affec- _j^ m'appelle Marie- Antoinette 

ma vie de solitaire. Grâce à elles, la tion qui n'est plus. de 

route s'éclaire. Je prouve que tout Là, il se reprit, relev^a la tête : ^ gU^ passa. Mais le bon petit 

est bien, que tout est lieau. Chacun _Hier, sa petite fille passait ici, cœur qui était en elle lui dicta plus 
a son lot ici-bas. Il y a à l'accepter tgjjg^. Moi, j'étais sur ce banc et je de gratitude. Elle revint gentiment 
bravement, en homme, surtout l'o^gervais depuis longtemps. Je vers moi. 

quand le devoir l'impose, à le irans- cherchais à démêler, en l'enfant, les — Merci encore, monsieur. Vous 
former, à l'embellir si possible par le g^g^es futurs, à percevoir dans ses avez été bien bon de faire attention 
rêve et non à blasphémer. "Tout ce façons d'être et de s'égayer ce qui me à moi. 

que j'ai fait, c'est la vie réelle qui révélerait la femme qu'elle serait un En cette minute, c'était tout le re- 
l'a fait naître," a dit fîo'the. Moi, jouj-. Tout à coup elle fit un faux gard charmant et jeune de sa mère. 
suivant cett« idée, je puis dire que ^^^ ^^ tomba. J'eus vite fait ai- la Et je songeais encore, voyant s'ou- 
tout ce que j'ai là au cœur, c'est la relever. 11 n'y avait pas de mal. Elle vrir et se fermer ses jolies lèvres : 
^•ie vécue autour de moi, admdrée et éclata de rire et je fis comme elle, " Elles doivent s'entr'ouvrrir et s'é- 
aiméo, qui l'y a mis et qui fait ma quoiqu'on moi il y eût une seconde clairer ajnsi, quand cette jeune fem- 
foroe. d'inquiétude. Au reste, n'était-ce pas me murmure des mots de bonté et de 

A ce moment, il se tut. Une jeune gon enfant ? N'avais-je pas, perdant prière. " J'étais heureux. En son en- 
femme pas-sait. la tête, failli la serrer en mes bras?... faut je la retrouvais toute, l'écoutais 

Sur le fond de l'ombrelle déployée Son enfant !... quelle délicieuse cho- et l'admirais à loisir. Et elle, la chè- 
la tête blonde w nimbait de reflets se !... La bonne accourue maugréait, re petite, croyant que je ne compre- 
roses et dorés. Une quiétude se lisait tapotant la robe, rajustant la cein- nais pas la bonne pensée (|ui lui 
sur ses traits, dans la manière dont ture, le chapeau déplacé. Nous res- avait dicté ce retour, elle s'excusait 
son regard errant autour d'elle .se tions là sans nous rien dire, elle, un encore : 

posait sur les choses et les êtres ren- peu rose, confuse de sa maladresse ; ^C'est que... je croyais vous avoir 
contrés. Bien faite, vêtue d'une étoffe moi, admirant ses gestes, ses façons fait de la peine. 

claire, siouple, trahissant le rythme déjà coquettes de tourner la tête, de Mais à conter ces quelques minutes 
calme de chacun de ses mK>uvements, se cambrer et se prêter aux soins de sa vie, dont il sollicitait le char- 
elle présentait un pns«;mble de lignes empressés d'une inférieure, en vraie me et le souvenir précieux pour la 
parfaites, et elle allait, en l'atmos- petite femme. Quand tout fut bien conduite morale de son jeune ami, 
phère tiède, parfumée, comme une en ordre, elle me tendit la main, me l'intendant avait oublié l'heure. Ils 
harmonie vivante, l'andante lent et remercia. Et comme elle allait s'é- «e .séparèrent. 

berœur d'une symphonie émouvante, loigner : _je vous ai dit tout cela par très 

I^ jeune fpmme était dépassée qu'ils —Au revoir, dis-je, charmant bébé, grande sympathie. Je serais navré 
marchaient encore côte à côte, silen- —Pourquoi m 'appelez- vous bébé ? de vous "voir, ici, vous laisser aller 
*'"""''• reprit-elle, retournée brusquement, en au découragement, à la tristesse qui, 

ljiicl(|ue chose vivait en son ami un ton vif, tranchant. Sa petite bcju- infailliblement, dans une telle solitu- 
que Pierre commençait à percevoir, che se plissait froide, méchante. de s'empare dos iK)uveaux arrivés, 

(1) Ollcndorf. Pari». Ucprod. iotcrditc. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 31 

surtout quand on porte en soi une étouffante, se chargeait, huit mois l'apprivoiser ? demandaient les ca- 

douleur chère, un regret Je sais durant, de leur faire expier, et rude- marades. 

bien cela, moi Je vous enverrai ment, ces quelques heures de beauté ]i'a>pprivoiser ?... Pauvre homme ! 

des livres, vous viendrez me voir, et et d'amour où s'était prise un ins- PieiTe le regardant s'éloigner, son- 

nous ferons dr longues courses à che- tant leur jeunesse. geait à tout cela. 

val, n'est-ce pas ? , A bientôt. L'intendant, lui, n'avait jamais Là-bas il s'en allait, atteignait le 

...Je sais bien cola, moi. qui que ce soit qui le demandât. On fond du parc, la rue où il allait dis- 
Pierre n'avait pas eu besoin de cet eût dit qu'il n'avait rien laissé der- paraître. Pierre remarquait sa haute 
aveu tacite pour démêler en son rière lui, en France, qu'il n'avait taille, mince, flottante dans le cré- 
grand ami un passé de tristesses, plus sur terre ni parents, ai amis, un puscule descendu, observait ses pas 
Aux premiers jours, il lui avait fait, seul être s'intéressant à lui. Quand lents, affaissés, comme portant toute 
comme à tous, une première visite il s'en allait seul au long des aflées la douleur et la fatigue de la vie. Et 
d'arrivée. De plus, M. l'intendant écartées, les jeunes, l'apercevant, le il se souvenait d'une phrase, belle en- 
Chevallier était chef de service. Il la montraient à leurs amis. On le citait tre toutes, qu'il lui avait citée, telle 
lui devait. Mais il ne pouvait nier comme une bizarrerie, une curiosité que le maître l'avait écrite : 
qu'il eût mis beaucoup plus de eu- de l'endroit, une "impression" à no- " Je vous enseigne le surhumain, 
riosité que de déférence en cette pre- ter. L'homme est quelque chose qui doit 
mière visite. U ^e venait jajnais au cercle, être surmonté. Qu'avez-vous fait 

Il avait été vite renseigné sur les Quand il s'y donnait une fête, inutile PO"r le surmonter ? " 

faits et gestes de chacun. Quoiqu'il je l'inviter. Très coiTect, il envoyait 

n'y eût pas grand'chose à dire sur g^ cotisation, mais s'abstenait de H 

l'intendant, - et pour cause, — on paraître. La première fois, on avait 

lui avait parlé de cette existence de insisté. Devant la petite église nichée dans 
moine-soldat, faisant très noir, très jj ^j m j. *+ 9 la verdure, Pierre s'arrêta. Une jeu- 
égoïste cet officier qui ne pouvait . ', ' j -i • -i / ne fille, vêtue de blanc, en sortait et 
vivre " comme tout le monde. " — Oui--- oui, un deuiJ, avait-il re- descendait les marches, lentement. 

Tout le monde, c'était la bande Pondu d'une voix brève. jj l'^vait déjà rencontrée à travers 

joyeuse qui courait les oasis avec les Pierre osa une seconde visite ; puis, l'oasis, toujours seule, elle aussi. Il 

touristes et "faisait" les trains assi- prétextant des questions de service, s'écartait un peu pour la laisser part - 

dûment. il revint, et toujours il trouva en lui ger. Quand elle arrivait à sa hau- 

II est vrai que, sans se rendre cha- un supérieur bienveillant, un être teur, elle avait un beau regard franc 

que matin au départ et chaque soir, bon, dont la rimplicité de cœur le illuminant la matité grave de son 

vers cinq heures, à l'arrivée du train charmait. Il s'ingénia aussi à le ren- teint. Elle esquissait même un mou- 

de Constantine, la vie se trouvait contrer presque chaque. jour dans les vement de tête, comme pour un sa- 

prise peu à peu dans le mouvement promenades qu'il faisait ; et ils i j^t, un merci qu'elle n'osait dire, 

de tous. traient à la ville, ensemble, au grand Puis, quand elle avait passé, il s'ar- 

Après quelque t€mps de séjour, on etonnement de tous. rêtait quelque temps, presque malgré 

aAait des étrangers de passage à re- Au cours des conversations nées lui, et il écoutait décroître dans le 

cevoir. Ils arrivaient, recommandés dans le silence recueilli et la beauté grand silence le bruit de ses pas. 

par quelque camarade ou ami resté des sentiers clairs glissant sous les C'était " la demoiselle blanche du 

en France et l'on s'ingéniait pour palmiers inclinés, peu à peu, Pierre, Vieux Biskra. " 

leur faire fête. On était chez soi. C'é^ dans son grand désir de le gagner, Les Arabes l'appelaient ainsi parce 

tait bien le moins qu'on en fît s'était livré, avait dit son vœu, le qu'elle vivait au milieu d'eux dans 

les honneurs, surtout quand les jeu- dernier but mis en sa vie douloureu- une masure en terre, réparée, aména- 

nes femmes étaient élégantes et jo- se. Il ne parlait jamais plus du pas- gée tant bien que mal. Une vieille 

lies. se, ne précisait pas davantage. Mais gouvernante lui servait de dame de 

Les années suivantes, les amis des il avait de la douceur à le faire, se compagnie. Et c'était tout. On n'en 

amis se multipliaient en de telles sentant profondément écouté. Par- savait pas davantage, 

proportions (lue la saison devenait fois l'intendant murmurait : " Mon Sous le porche, en haut, des mar- 

des plus animées. On se quittait par- pauvre petit ! " hochant la tête et ches, Jacques Marelle apparut à son 

fois avec regret. Des relations s'éta- le regardait. Une émotion faisait tour, un étui à violon sous le bras, 

blissaient, très aimables et chères. Il trembler sa voix adoucie, affectueu- —Oui, nous venons de faire un peu 

y avait aussi des coups de cœur, des se. Mais il ne disait rien de lui, ne de musique. Ah ! mon cher, quelle 

liassions, des drames silencieux qui se livrait pas. Jalousement, il gar- voix !... Le Père Plavien tenait l'or- 

s'élaboraient. Le ciel était trop pur, dait son secret. gue, extasié. 

trop profond. La nature ardente. Et, devinant, l'un chez l'autre, une — Mais alors tu la connais ! Tu 

épanouie en l'ombre tiède de l'oasis, même peine restée là, au cœur, indé- sais qui elle est ? ... 

embaumait toute, \oluptueuse, gri- lébile, ces deux êtres s'unissaient en Pas du tout. Elle est entrée à 

santé... Pourquoi les blâmer ? une communauté de foi et d'idéal l'ég-lise nous a écoutés quelque 

L'épom antable été qui s'en venait dont le côté géiiéreux agissait pro- temps, 'p"is s'est offerte à chanter ce 

après, les murant tout le jour en fondement sur Pierre. que nous jouions. Le dernier mor- 

quelque petite chambre sombre, —Comment avez-vous fait pour ceau fini, elle s'est inclinée devant le 



3-. LE JOURNAL DE f^RANÇOISE . . , 

^ Et Jacques acquiesçait, bon gat- 

Père et ti*8 vite, dans l'ombre des jour de vacances, jadis, qui confec- çon. se laissant gagner. Puis il .se 
bas^t^ elle s'est éloignée. Quel tionna l'abat-jour, lui fit cette paru- sentait en confiance auprès de Pierre. 
stvle ' Quelle voi.x ' Un de ces re de soie et de dentelles. Ainsi dra- Les deux jeunes gens n avaient r'as 
iours nous irons à sa recherche à pée. plus douce, elle avait eu sa part mis longtemps à se comprendre -t 
trevere l'oasis, mais... adieu ! Le so- des intimités de là-bas. Les beaux s apprécier. 
leil se couche. Je me sauve. yeux bleus de la chère petite s étaient Jacijues Marelle n'était pas nnli- 

— As-tu reçu de bonnes nouvelles remplis de sa lumière et, près d'elle, taire. C'était un touriste. Il vo\ a- 
de France '! souri, rêvé... pleuré peut-être, aux geait non pour son agrémient, ruais 

—D'excellentes. Deux lettres ! heures où il n'était pas là. pour sa santé. Ti(nu aut le i)ays 

Une de ma fiancée l'autre de " ma- A vivre seul maintenant et à son- très beau, des camarades parmi les 
man .Jeannette. " ger ainsi sous son reflet, Pierre, peu officiers qui l'aVaient accueilli à leur 

Et à ce nom d'affection donné dans à peu, retrouvait le charmes des heu- cercle, puis à leur table comme un 
la famille à une jeune femme jolie et res enfuies. des leurs, il était resté. 

bonne que tous adoraient, la figure Aussi cette petite chose, ti-ès bana- i\ était venu soigner un rhume qui, 
de Jacques Marelle, si pâle d'habitu- le, pour lui a\ait une âme qui lui chaque hiver, obstinément, reprenait 
de, eut une lueur de joie, se colora parlait, le veillait, simple et fidèle, jès les premiers froids. Le climat de 
quelque peu. Sa petite flamme immobile réjouis- Nancy, à cette époque, ne lui était 

—A tout à l'heure, ajouta-t-il, dans sait sa vue, réchauffait son cœur, guère favorable. Mais ce qui dou- 
le "petit coin". Dans ses heures de solitude, il ne se bi^it l'épreuve de la séparation, c'est 

Os se séparèrent. sentait plus si perdu, si loin de tous, qu'ji avait laissé là-bas sa fiancée. 

Pierre regarda autour de lui. Le si loin de France, dès qu'elle s'illu- j^ p^re de la jeune fille avait con- 
jardin s'éteignait. L'ombre venait minait. Sur le livre entr'ouvert, sur seillé cette cure avant le mariage, 
plus fraîche, dangereuse. On se hâ- les portraits d'êtres chers, placés là avait presque imposé ce \oyage com- 
tait de rentrer. Il n'y avait plus per- pour les avoir plus près de lui, le me condition à son assentiment. Il 
sonne en vue dans la grande allée, cercle blond se posait comme atten- ne doutait pas de sa bonne santé. 
Un petit vent froid y glissait, des- dant,« et tout autour, par la pièce Jamais il n'avait été malade. Ce- 
oendant des montagnes, agitant les close, l'abat-jour au transparent ro- pendant il préférait le voir se guérir 
ma-ssifs. et il n'aurait pas fallu res- se mettait une ombre tiède, bienfai- d'abord. Qu'il ait le courage de s'en 
ter là longtemjjs dans la tenue claire santé, attendrie. aller passer l'hiver dans les paya 

et légère des après-midi. Alors Pierre s'asseyait là, tout chauds, en Sicile, à Malte, à Madère, 

Le " petit coin, " c'était la cham- P^^> aimant cette minute d'intime à Biskra, où il voudrait. On les ma- 

bre de Pierre, une installation pro- recueillement, évoquant ses souvenirs nerait après. Peu à peu, les siens 

visoire fju'il avait au fort Saint-Ger- o" lisant. avaient pensé de même. 

main, une manière de campement. Dehors, tout autour de la petite ^^^^.^ Jacques avait cédé. 

,.,,,., .. j chambre, on devinait le noir épais do ti « ti -^ i> ^ j ^ j' 

Dans le fond, il y avait un grand , .. ' . •. »'i j i -i '• lallait 1 entendre conter ce de- 

.•^ , _i J r 1 • t -i J la nuit ; on sentait s étendre le silen- , , i i ■ t-n 

Ut bas couvert de frescmas, fait de d It 1 +1 t' part ; le courage de la jeune fille, sa 

deux lits de soldat juxtaposés. De- , j j^ '. ai l j chère Marguerite, s'ctouffant le cœur 

. , , -. ••! -.1 J ' J du grand désert pale sombre dans ^ i 

vant la fenêtre qu il avait drapée de ,,. 5 . j i- ]• • a ' POur ne pas trop pleurer en sa pre- 

i_ -i_ .1 ij. 'i ff I ' * intini, par delà l oasis enoormie. a . . i » . 

naiks blancs, cette étoffe soyeuse, le- j i ^ j j • x sence, pale, le dévisageant anxieuse- 

_i , . , , J'- • t i I Quand les vents du nord passaient . J -s . . » , 

gère, dont les femmes d ici font leurs r* , ^ i • .l r>- i ment aux dernières minutes, à la ga- 

I • .._ «. . •■ •■ les montagnes, tombaient sur Hiskra , . , . , , , . , 

plus intimes vêtements, il avait ^ j -^ j i -i i re, ne parlant plus, incapable, brisée, 

.. i 1 i ui T • J on entendait un grand bruit de va- ' ■ , m . -, • , ' 

poussé une large table. La-dessus, j-t i . i i ^ j. • mais s efforçant de sourire pour lui 

> J ujiji- • gués déferlant sur les galets d un ri- , * , ^ _, 

autour du buvard et de 1 encrier, ^ i<"^ -x t •. • . i ^ donner un peu de courage. lien 

B-accumulttient des livres, quelques ^''\^''- «*»!*> bruissement des pal- ^^^^-^ ^^^^^ j^^^^^.^ , ^^ ^^ 

1 -i I . I I . !• . J miers balances, heurtant leurs bran- •,, ' i. i . , 

bilx'lots, des photographies et des , ,. ' mille pressée 1 embrassant dans un 

fleurs. Une pendule de voyage dans ^"^^' cliquetant. dernier élan !.. 

sa gaine rouge laissait aller son tic ^t ce murmure berçait sa pensée. ^^ suivre) 

tac dans le grand silence. Quelques Souvent il faisait encore jour ___^_^^__^^__^________^_^_ 

photographies égayaient la cheminée quand Jacques Marelle entrait, ac- 

où d'autres livres encore s'entas- compagnant Pierre. Mais cela im- ^^^ ^^ Veilleuse en 

saient. Les murs, de grands murs portait peu. Vite, il tirait les volets, j^-^ ^SS w l i 

badigeonnés d'une teinte rousse, un joigtuiit les rideaux, faisait l'ombre /^#J^\ ^|? n/ckei 

peu sombre, notaient nus. Mais cela et allumait la petite lampe au n - i|bÉ|^«I | MONTREAL. 

importait peu. Toute sa vie tenait gard rose si doux. Et Jac(|ues s<ni- \l^^^/^ j 

en ce réduit, sur cette table de tra- riait, plaisantait un peu cette inuo- ^^^^ \— ^ ^ ^ A LJ IT Y 

vail. surtout le soir ciuand il se re- cente manie. ,,, . ,,, , . 

, , ' I oute une nuit d éclairaife pour 

trouvait BOUS la lueur de la lampe. —Va toujours, répondait Pierre, un quart de cent 

Elle avait éclain! toutes ses veil- mais avoue ()ue maintenant nous se- sons odeur ni tumée 

lées, cette petite lampe ; elle avait rons mieux pour causer, que nous pnx 90 Cents, - pdf la Poste, lOc de plUS. 

vu tant de choses de su vie passée nous sentirons plus intimement unis. , , . c 1 1 rn/c- vr- d 

.» • /. 5 i< J.X 1 •' ' 1 « 1 << j.*i L."J."A. o U n V t. T t. n 

ciue ce n était pas une étrangère, (ette lumière rechauffe le petit „r^xn-Di.-M 

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Oettï"^ 



Non, ce n'est pas en vous " un idéal " que j'aime, 

C'est vous touf simplement mon enfant, c'est vous-même. 

Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux. 

Et rien ne m'éblouit, ni l'or de vos chcveu.v, 

Ni le feu sombre et dou.v de vos larges prunelles. 

Bien que ma passion ait pris sa source en elles. 

Comme moi, vous devez avoir plus d'un défaut; 

Pourtant, c'est vous que j'aime et c'est vous qu'il me faut. 

Je ne poursuis pas là de chimère impossible ; 

Non, non! mais seulement, si vous êtes scnsibh 

Au sentiment profond, pur, fidèle et sacré. 

Que j'ai conçu pour vous et que je garderai, 

Et si nous triomphons de ce qui nous sépare. 

Le rêve, chère enfant, où mon esprit s'égare, 

C est d'avoir à toujours chérir et protéger 

Fous comme vous voilà, vous sans y rien changer. 

Je vous sais le coeur bon, vous n'êtes point coquette; 

Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite. 

Et le chagrin qu'un jour vous me pourrez donner, 

J'y tiens pour la douceur de vous le pardonner. 

Je veu.v joindre, si j'ai le bonheur que j'espère, 

A l'ardeur de l'amant l'indulgence du père. 

Et devenir plus doux quand vous nie ferez mal. 

Voyez, je ne mets pas en vous " un idéaK" 

Et de l'humanité je connais la faiblesse ; 

Mais je vous crois assez de coeur et de noblesse 

Pour espérer que, grâce à mon effort constant. 

Vous m'aimeriez un peu, moi qui 7'ous aime tant! 

FRANÇOIS COPPEE. 



.Hxtimite^ 



En attendant le jour où vous viendrez à moi. 
Les regards pleins d'amour, de pudeur et de foi, 
Je rêve à tous les mots futurs de votre bouche, 
Qui sembleront un air de musique qui touche 
Et dont je goûterai le charme à vos genoux . . . 
Et ce rêve m'est cher comme un baiser de vous! 
Votre beauté saura m'être indulgente et bonne. 
Et vos lèvres auront le goût des fruits d'automne 
Par les longs soirs d'hiver, sous la lampe qui luit, 
Douce, vous resterez près de moi, sans ennui, 
Tandis que feuilletant les pages d'un vieux livre, 
Dans les poètes morts je m' écouterai vivre ; 
Ou que, songeant depuis des heures, revenu 
D'un voyage lointain en pays inconnu, 
Heureux, j'apercevrai, sereine et chaste ivresse, 
A mon côté veillant, la fidèle tendresse! 
Et notre amour sera comme un beau jour de mai, 
Calme, plein de soleil, joyeux et parfumé! 
Et nous vivrons ainsi, dans une paix profonde, 
Isolés du vain bruit dont s'étourdit le monde. 
Seuls comme des amants qui n'ont besoin entre eux 
Que de se regarder, pour s'aimer, dans les yeux! 

ALBERT LOZEAU. 
(Extrait de l'Ame Solitaire) 



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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




— Adjugé ! cria le commissaire-pri- 
seur. 

Et l'on me remit quelques vieux li- 
\Tes attachés ensemble par un bout 
de ficelle. 

C'était tout ce que ma bourse mo- 
deste m'avait permis d'acheter des 
restes d'ime riche bibliothèque, livrée 
aux enchères publiques. 

J'emportai le paquet chez moi, et, 
le déposai au fond d'une armoire. 
Puis je partis et l'otibliai. Des mois 
se passèrent. 

L'autre jour, en cherchant un ca- 
talogue, les vieux livres, enooi'e fi- 
celés, me tombèrent sous la main. 
Je les détachai sans beaucoup de cu- 
riosité. 

Le premier volume, dont la cou- 
verture déchirée avait été remplacée 
par une épaisse feuille de papier gris, 
se trouva être " Cfiroline de Litoh- 
field" par Isabelle de Montolieu, — un 
vieux roman qui faisait jadis les dé- 
lices de nos mères. Entre "Le Si^e 
de La Rochelle" aux pages dMraî- 
chies, et " Maleck— Adel ",— un épi- 
sode du temps des Croisades, — un 
oahier était placé. 

C'était un de ces cahiers dont les 
jeunes pensionnaires se servent, ou 
pour prendre des notes, ou pour 
écrire leur journal. Les premières 
pages avaient été arrachées ; celles 
de la fin, au ton jauni, n'étaient pas 
écrites. Les autres feuillets, couverts 
d'une écriture ronde, un peu grosse, 
dont l'encre avait pâli, attirèrent, 
puis fixèrent mon attention, car* voi- 
ci ce que je lus : 



,et je suis de plus en plus 

faible ! 

14 mai. 

L'inutile flocteur est venu m^ 
faire tirer la langue et pren- 
dre ma temf)érature : " Ah ! doc- 
teur, j'ai de la fièvre tt>uj<iura ! " 
II m'ausculte, il prend l'air impor- 
tant ! Le ridicule homme ! je ne 
l'aîme pas ! " (J'cst le printemps 
pluvieux et frc»id " dit-il. Oui, et si 
ce n'était pas ça, ce serait autre 
«hose, car je sens que j'ai la gorge 
d'une extn'me délicatesse et que tout 



met fait mal, le vent, la pluie, la 
poussière, — oh ! l'horrible poussière! 
Et dire que nous sommes poussière! 
C'est lin peu difficile à croire, cjuei 
mes yeux sont faits de poussière ; 
j'ai beau Tes regarder minutieuse- 
ment, ils semblent faits de plus jolies 
choses ! 

16 mai. 

Je me lève et je descends pour mes 
repas, mais je me sens malade! Rien 
ne me fait rien ! 

Je ne puis lire, ni faire de la musi- 
que, ni même penser sans fatigue. Je 
pleure pour une paille en croix, et je 
dors, quand je le puis. 

On va m'envoyer au bord de la 
mer quand je serai un peu plus forte. 
Ce projet de. voyage mé laisse insou- 
ciante, moi qui ai tant désiré voir la 
mer quand je ne le pouvais pas ! 
HoiTible petite fille, va ! 

Marie vient souvent me voir, elle 
me parle un peu de son i frère. Je l'é- 
coute sans faire ni remarques ni 
questions. Hier, elle me dit : , 

— Je crois bien que l'étoile de Jean 
décline et ((ue tu t'en occupes pas ! 

■ — Tu crois ? — fis-je languissam- 
maiit. — Elle se mit à rire. — Oui, 
fit-elle taquine, tu te seras aperçu 
tjue c'est un homme et non un dieu, 
comme tu as vu que j'étais pétrie 
d'argile ! 

— Que veux-tu dire ? 

— Que tu me juges et m'analyses 
trop pour m'aimer autant qu'avant! 

Je ne répondis pas. Elle insista. 

—Réponds, sage de seize ans ! 
Quand tu seras vieille comme moi, 
tu auras appris qu'il faut prendre 1«8 
gens comme ils sont ! 

—Mais (juand ils se font voir à 
nous pires qu'ils sont, oomm« toi, 
affreuse petite Marie ! 

— Alors il faut les deviner et les 
percer à jour. 

—Ce serait plus simple pour eux 
d'agir simplement. 

25 mai. 

Tous les jours, Marie arrive en 
courant, après la classe, et me dis- 
trait une demi-heure, puis elle re- 
part, me laissant un peu de son ani- 



mation et de son énergie. Comme 
elle est vivante et que je \'oudrais, 
mais non, je ne veux pas être elle... 
elle est intelligente, bien plus <)i 
moi, elle a une force de caractère 
étonnante, mais elle n'a ni tendresse, 
ni ardeur. Elle raille et rit de ce 
qui me fait pleurer, elle prétend ne 
pouvoir jamais aimer... elle parle des 
siens avec une indifférence qui n'est 
pas jouée, et j'aime mieux être moi, 
passionnée, aimante, impressionna- 
ble et faible ! 

4 juin. 

Quel orage ! tout est secoué et 
semble devoir être arraché. C'est su- 
perbe, et je me sens toute petite, et 
cependant, bien confiante en Dieu si 
grand mais si miséricordieux, ou 
plutôt miséricordieux parce qu'il est 
grand ! 

Quel bon moment ! où je me sens 
et me vois croire, où je suis comme 
sortie de moi et en présence de Dieu. 
Que je voudrais vivre ma petite vie, 
en votre présence toujours, Sei- 
gneur ! 

Je vais quelquefois au couvent, je 
m'ennuyais tant à la maison, mais 
je travaille peu, et mon année ne me 
vaudra pas beaucoup, j'ai peur. 
Cette grande faiblesse persiste, et 
même mes parents ne se doutent pas 
de l'énergie c|u'il mv faut employer 
pour ne pas m'étendre, fermer les 
yeux et ne plus bouger. 

Je partirai pour la mer, à la fin 
du mois, avec mademoiselle Julie. 
Comme j'ai hâte de la voir, cette 
mer, dont j'ai rêvé ! ... 

Marie me dit que son frère ne re- 
viendra de ce côté qu'en août; il doit 
aller à la Malhaie, pour le mois de 
juillet. Je vois ses lettres à Marie, 
qui a pitié de mon orgueil, ou qui 
est fatiguée de tatiuiner. De jolies 
lonsjfues lettres ; on le sent très ar- 
dent à ses études, satisfait et heu- 
reux. Que le bon Dieu le bénisse et 
le protège et f)u'il le garde aussi bon 
qu'il est intelli<;;ent. Et pour moi '? 
Je ne sais trop — c'est comme s'il s'é- 
loiirnait dans le vague, commie si 
tout notre joli passé était très loin. 
J'y pense très doucement mais bien 
tran()uillemont, et si Marie ne me 
passait pas ses lettres, je n'en souf- 
frirais pas ! 

Est-ce contradiction '?... suis-je si 
insouciante parce que je suis faible ? 
je ne .sais trop. J'y pense peu et ce- 
la sans m'y forcer comme déjà ! 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



35 



15 juin. 

Je renonce à me traîner au cou- 
vent — à quoi bon en savoir un peu 
plus, si je dois mourir... Car cette 
idée me vient souvent quand je me 
vois changer si rapidement. J'ai dit 
au docteur, hier : Dites donc, vous, 
allez-vous me guérir, ou bien m'ex- 
pédiez-vous dans les étoiles bien- 
tôt V 

— Veux-tu te taire ! tu n'es pas 
malade — c'est de la faiblesse ! 

— Ben, si je ne suis pas malade, je 
serais curieuse de voir comment on 
est malade ! Savez-vous que je ne 
pxiis plus me coiffer sevile ? 

— Trop de che\eux, grogna-t-il, 
faudrait les couper ! 

Je me pris la tête à deux mains. 

— Jamais, vous m'entendez, ja- 
mais ! Vous m'enterrez avec mes 
cheveux ! 

— Ta, ta ta, je t'envoie à la mer, 
et aussitôt que possible, et tu revien- 
dras grasse et bien forte, tu entends, 
fillette ? 

— Tant mieux, car j'ai beau ne pas 
être malade, docteur, je n'en puis 
plus de \-ivre si peu ! — et de gros- 
ses larmes descendirent malgré moi, 
et le lâche docteur se sauva. 

Je pars bientôt et en attendant je 
ne remue plus, je suis trop, trop fa- 
tiguée ! 

22 juin. 

C'est donc bien vrai, et je, partirai 
la semaine prochaine pour aller très 
loin, un vrai voyage aux Etats- 
Unis, et je verrai la vraie mer, et je 
m'y baignerai ! Quoique miolle et 
paresseuse, je me berce doucement 
dans ce beau rêve, et quand il me 
vient une grande frayeur que ce ne 
soit qu'un rêve, j'écoute les propos 
à la maison, je regarde le joli costu- 
me de baigneuse et les gentilles peti- 
tes toilettes qu'on me prépare avec 
un intérêt qui me gagne, les j^ours où 
je ne suis pas alourdie par la chaleur 
et la fièvre. Car j'ai de mauvaises 
journées, où je me traîne 

Je me fais un singulier effet de pe- 
tite personne champignon ; il me 
semble que mon passé, si peu long 
encore, est loin, et mon passé c'est 
un an, trois mois... il ne me tient 
plus, il est comme un rêve fini. L'a- 
venir, c'est ce voyage en pays incon- 
nu, avec des personnes qui me sont 



indifférentes — je ne tiens doiïc pas, 
non plus, à cet avenir. Je ne me 
l'imagine pas, parce que je suis trop 
fatigtiée — je sais que je pars, je suis 
contente parce que c'est du nouveau, 
et que peut-être je trouverai dans ce 
là-bas où l'on m'envoie, cette vie qui 
me manque et qui me laisse si... si 
champignon, que je suis un p)eu dé- 
goûtée de moi et de tout. Je dis 
cela, à toi tout seul, cher petit con- 
fident discret. On m'a déjà grondée 
et, oui, ridiculisée, pour avoir dit 
tout ce si ^ rai sentiment. " C'est 
ridicule à mon âge de parler ainsi " 
— Pourquoi ? " Parce que je suis 
jeune ", parait-il. C'est, peut-être 
justement pour ça, pourtant, que je 
m'embête. Je vis dans ma chambre 
comme une religieuse, et je ne fais 
jamais ma volonté. Si j'étais plus 
vieille— et quand je serai plus vieille, 
j'ai idée que ça changera — je ne 
puis croire que tout sera terne et en- 
nuyeux comme maintenant ! J'au- 
rais dû être un garçon, et s'il n'y 
avait aucun moyen de me faire gar- 
çon, cher bon Dieu despotique, n'au- 
rais-tu pu me faire oiseau ? les 
jolis et les heureux ! 

Marie se trouve bien à plaindre 
parce que je pars, et je me trouve à 
oe propos une bien vilaine peti'te 
égoïste, puisque je contemple son 
chagrin avec... oui, hélas, avec ra- 
vissement ! Je lui ai avoué hier ce 
monstrueux sentiment. Elle fut 
indignée, et mjoi, lui passant les 
bras au cou : "Si tu as tani de 
peine, petite Marie, c'est que tu 
mj'aimes, el j'aime que tu m'aimes." 
Cela a calmé son indignation, elle a 
même paru satisfaite. N'emi>êche 
que j'ai un cœur laid ! 

J'apporte mon cahier avec raoi là- 
bas, oe sera mon seul confident. 



2 juillet. 

Comme je suis malade, mon Dieu, 
puis-je bien guérir et devenir forte ? 
— j'en doute quand je m'éveille après 
une nuit comme la dernière, agitée 
par la fièvre, et, tour à tour, brû- 
lante et glacée. Je n'ai plus de res- 
sort, d'intérêt à rien. Que je vou- 
drais ne plus être malade, d'une ma- 
nière ou de l'autre, guérie ou morte. 

Pauvre docteur insensé, ou men- 
teur comme un démon, qui dit que 
je ne suis pas malade ! Je croirais 



pluT,ôt que je me meurs... L'horrible 
mot et la triste chose, . mon Dieu, ai- 
dez-moi ! Je ne veux pourtant pas 
miourir— mais si Lui, le grand Dieu 
le veut et l'a décidé, cela se fera 
puisque je suis sa chose. Ces pensées 
tourbillonnent dans ma tête et me 
font mal, parce que je ne me sens 
pas bien bonne au fond. 



Saco, (Maine), 9 juillet. 

Depuis trois jours ici, je vis dans 
un rêve, contemplant la mer, respi- 
rant ce bon air parfumé de varech, 
me demandant si je suis bien mjoi, 
l'eB-petàte misère, la petite loque, 
partie il y a quatre jours de Qué- 
bec, tenant à peine ensemble ! Que 
tout cela est beau, et que c'est bon 
de vivre et de me dire que la vie me 
revient par toutes ces belles choses. 
Mes yeux sont ravis, mes oreilles 
sont charmées, je no me lasse pas 
de l'entendre, et le jour et la nuit 
elle me berce, elle engourdit en moi 
toute la sourde souffrance, les peti- 
tes agitations, les inquiétudes va- 
gues qui accompagnaient mon grand 
état de faiblesse. Et tout oe grand 
apaisement se manifeste par un som- 
m.eil qui m'anéantit le matin, l'a- 
près-midi, et toute la nuit. Couchée 
à neuf heures, hier soir, je ne m'é- 
veillai ce matin qu'à neuf heures, 
ayant dormi ces douze heures sans 
interruption. De mon lit je vois la 
mer. Je me suis habillée en pous- 
sant des exclamations admàratives 
qui faisaient sourire mademoiselle 
Julie, entrée pour s'informer de la 
"petite malade." 

Elle est un peu pincée cette si pe- 
tite et si importante mademoiselle 
Julie ! Loulou que j'ai retrouvée 
ici, a sa chambre, vis-à-vis la mien- 
ne, sous la surveillance directe de sa 
solennelle mère. Elle sera ma com- 
pagne habituelle et nous laisserons 
nos vieilles chaperonnes se faire des 
mines dans leur glace, changer de 
toilette quatre fois par jour pour 
faire la conquête des Yankjies. 

J'ai passé la matinée avec Lou- 
lou, couchées sur le sable, à l'abri 
d'un rocher, un peu éloignées de 
l'hôtel... sans causer, sans lire — à re- 
garder, à écouter, à rêver, dans un 
état de béatitude absolument ravis- 
sant f Les bonnes heures ! La bonne 
vie où il n'y a qu'à se laisser vivre 
dans le beau ! 



36 LE JOURNAL DE FR-WCOISE 

10 juUlet. du siUon, un jeune musicien jouait de m'aider. Il a fait très chaud, si 
, . j , • » «^ des nocturnes de Chopin dont j'ai j'en excepte 1 heure de musique, ] ai 
Je yiB^ de faire une superbe ac- d^. ^^^^^^^f^. ^^j ^ g^ ,,^bl, i„e sommeillé presque tout le t«mps, sur 

quisition. _^ . A^ Pnntrndiction c'est ainsi pourtant, la véranda dans un hamac, sur la 

Une plume toujours P^et* a terar^ j"S sor^^de 21^1 ! En lais- grève couchée sur le sable. J'ai fini 
où l'encre ne s'épmse pas. Juste oe J étais sortie «^ °|°^t^"^ , ^ toilette pour le dîner et e grif- 

qu'il faut pour écrire sans m'enfer- «-^'e piano f -^ ^ . ^ P-^J^ foL^Snïaït que Loulou chante le 
mer dans ma chambre. Je %-i8 sur la netie, près de laquelle j étais ewi ^^^ ^rFaust et Marguerite. " Je 
grève. Pris mon premier bain œ ma- due. t'adore, etc."-Adorer un homme ou 

lin. C'est un enchantement et le bon _Thank you so much, and do play ^^^ ^^^ ^^ ^^.^ .j , ^^ ^^^ 

^-iel.x docteur McKenna dut gronder ^^«,1 ! - fis-je d'un ton suppliant, ^^^^^ ^^^^ >^^^ ^^^^^ jj ^,^^ j^.^ 
pour me faire sortir de l'eau. Je oubliant que je ne le connaissais pas. ^^^^ ^ -^ 

suis brisée, moulue, je n'ai pu nager, ^ s'approche, et constatant qu il j^^^j^^ ^^ ^^^ sommes sur notre 
je ne suis pas forte encore-mais je ^^..^it affaire à une enfant, il s assit ^^^^^^ ^^.^ ^^^ baigneurs, et respi- 
sais que dans peu de jours je sui- p^.^g de moi et me demanda si j ai- ^^^^ J^^ jj ^^.^ chaud encore 

vrai Loulou qui plonge comme un ^^^^ j^ musique, si je jouais, si je- ^ •^^^j.^j.j^yi j-^^j fait un peu de 
poisson. tais malade ; depuis longtemps. En- ^^^^ ^^^ ^^^ Anglais. - M. 

Je suis, en ce moment, avec elle fj^^ jix minutes de causerie a la- £^^.^ ^^^ ^^^.^^^ ^^ ^^^^.^ ^^ Lou- 
sur un rocher d où nous voyons très ^^^^^]^ l^uIou vint se joindre, et avec ^^^ ^^ ^^. ^^^^^ ^^^ après-midi. 
loin, et aussi loin que nous voyons, ^^^ sans-gêne habituel, elle, lui de- j,^jj^jg ^e lui dire bien simplement, 
c'est la mer toute verte, les grandes ^^^^a son nom. C'est un monsieur ^^^^ ^^^^^^ intervint et m'en em- 
vagues lrang;ées d argent, et ] en- Le^is C'est un grand nonchalant l^ J'en suis bien contente madn- 
tends sa oontmuelle plamte si tnste ^.^ p^ie, qui a des yeux tristes et ^^ .j ^.^^^j^.^ peut-être nous re- 

et que jaime. Je n entends plus ji^j^^oyants, une mmn très fine et ^^^^^^ ^^ ^^^^^ perdions alors la 
qu elle en dehors, et elle fait tout ^^^ Planche, un sourire un peu de- ^^^^^^-^^ exclusive de notre si joli 
taire en dedans aussi. Mon âme est jaigneux - je le crois malade - il a ^^^j^^^ , j,^, ^^^^ ^^^ j^^^^^^ ^éli- 
engourdie.-^e8t à peine si je me ,^ ^.^-^ ^ouce et pare lentement^ll ^^^^^^ j^ ^^ ^^^.^ ^^. .,^. ^^ 

'^ ■ -^.Z^' °" f" i L,7 «. oui "« ^^^* P^' ^' français et je me de- ^^. ^^^ ^,^.^ • ^j^^^. 

vie 81 Idéale, si lom ^e tout ce qui ^^^^^ ^„^^^^t un Anglais peut , .; .^^^^^ J^.^ ,a,,, 

froisse et de tout ce qm fait mal -^^^^ ^^^ ^^^t d^âme ! car il n est ^ .^^ ^^ ^i^^ , E^ 

que je voudrais devenir une petate Américain. Il est ici, au même ,^ . . j ■" j^ ^^^^ «s, 

huître, habitant le saWe do«, ^- P.^, „„^^ H^., pro„Us de ^^^^^^"j, £ t::^ et' tout mon 

gnee par la mer verte, sans ame, ■ demain matin tout ce que je f^^semJnt e^t une grande et lon- 

sans cœur, sans nen que ma coquille J^^^^^^i Mademoiselle J ulie me fait ^^^^'^^t^* est une grande et 

■"S ;-i.„s de „'ù.,«,™^« pou, ré- :: ST,urpX!T:h ! T>^ , Lou.o„ a .„ p„ dessus mo^épa,,. 

neusement de oe que j êcns. — ±tien. Quelle vie de paresse ! Ne nen ^ ^ 

répondis-je sans me compromettre. ^^.^^ ^^ ^^^^ 1^ -^y^ mang«r, se Pa^ exemipie . 

-Dis simplement que tu ne veux ^^igner, dormir, jaser, et rêver ! Je -Eh bien, notre promenade de ce 

pas me le dire. g„i3%i ^j^^^^ déjà ! matin, nos connaissances ! parle de 

-Eh bien, je ne veux pas te le j^ ^^^ ■ j-^ j^^^^ de Marie où ^"h dis que je lis la Kevue des 

dire - et. de pbis, ça ne se dit pas ; .^ trouvai un souvenir gentil de deux Mondes " en cachette. 

ce sont des mots et je n'arrive pas à j^^jj^ ^^^ gs^ ^ la mer aussi, mais la La sorcière ! c'est vrai pourtant. 

leur faire dire mes impressions. C'est ^^j. froide d'en bas de Québec. Il Et ce matin notre promenade en 

ai beau, si Ijeau, que je remercie dix ^^ ^j j^j^^ ^j j^j^ . j'a^ij^^ trop à > longeant la mer a été charmarite. 

fois par jour le bon Dieu d'avoir p^^gg^ pQuj. réussir toujours à ne Oui, j'ai connu trois Américains, as- 

créé la mer... et moi ! p^^g y penser. Comme ce serait joli sez ronds d'allures, mais très intelli- 

— Petite rêveuse, va ! de le voir ici, de causer avec lui gents et qui ne se croient pas des 

J'ai voulu penser à Jean, mais comme je viens de lo faire avec ce bel phénix, parce qu'ils savent parler 
j'essaie de ne pas céder à la tenta- Anglais qui daitrne être aimable pour d'autre chose que du temps. Ils se 
iâon— cela me remettrait dans ma loulou et pour moi. prétondent émerveillés de ma con- 
vie et je veux être une huître <!t, heu- . naissance do l'anglais, de mon ac- 
reuse ! '"^ juillet. ^^^^ ^j p^^j. ( j^ ^^j^ qu'ils me flat- 

11 juillet *'« matin, monsieur Lewis me fit tent — n'importe, j'avale tout glou- 

jouer, ce qui m'intimida beaucoup, tonnement au risque de m'étouffer 

Hier, une «oirée inoubliable. Très mais je' ne me fis pas prier. Il m'of- avec leurs compliments. 

fatiguée, le bon docteur m'avait ins- fre.de me iaire travailler un peu avec Voilà qui jure un peu avec mes ex- 

tallée dans une chaise longue, sur la lui, tous les matins. Il dit que j'ai tases, et Loulou rirait encore plus 

véranda qui ressemble au pont d'un de l'âme ! (?) et qu'en travaillant, de moi si elle savait. Avec son nez 

navire. Un clair de lune superbe je deviendrai musicienne. Que tout fourré partout, elle le lira peut-être 

éclairant ma mer fwrifjuement, elle cela m'a rendue heureuse ! j'ai un de ces jours. Ah ! les phrases ! 

chiuitait très doiK^ment, et du côté accepté avec enthousiasme ses offres Petite moi, tiens-toi bien, n'écris que 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



37 



du vrai, ne cultive que du,- beau ; la 
vanité, c'est laid, et bien plus, c'est 
bête ! 

16 juillet. 

Rien reçu de Marie encore, malgré 
ses promesses ! C'est une affreuse 
petite Marie, et je lui en voudrais si 
je l'aimais moins. Je me console de 
mes déceptions en écoutant mon- 
sieur Lewis. Il joue comme un ange 
— du Chopin aujourd'hui ! C'est si 
beau, j'en ai l'âme toute vibrante et 
un peu meurtrie aussi ! 

Comme il a dû souffrir oe Chopin, 
pour que l'écho de sa souffrance nous 
fasse aussi mal, et je suis si étrange- 
ment faite que je jouis à être ainsi 
remuée. 

M. Lewis s'aperçoit de l'effet de sa 
musique. 

— Child, child, how intensely you 
feel music ! — m'a-t-il dit tout à 
l'heure. 

Ça m'agace qu'il soit A.nglais... je 
lui pardonnerais d'être Américain. 
Ils me plaisent assez, eux... et les Ir- 
landais !^ — ^oui, comme les Français! 

18 juillet. 

J'étais si fatiguée aujourd'hui que 
le docteur n'a condamnée à la chaise 
longue, et je n'ai pu me joindre aux 
autres qui sont toutes allées chez 
madame Long passer raprès-midi, 
dîner et ne reviendront qu'après 
la soirée. Que c'est bon ne rien 
faire, ne pas penser, voir les nuages 
en haut, la mer en bas, les sentir si 
grands et soi si petite... les sen-tir des 
choses, et soi une âme... c'est-à-dire 
que je puis monter, m' élever, arriver 
un jour jusqu'à Dieu, jusqu'à l'infi- 
nie grandeur, et la mer sera toujours 
là, roulant ses eaux vertes, chan- 
tant, se plaignant ou hurlant, une 
chose bien belle, meis une chose ! 

Et cela me rend heureuse, parce 
que le beau me sort de moi, me 
donne des ailes et un immense désir 
de tout ce qui est plus beau que tout, 
et qu'on voudrait voir sans savoir 
ce que c'est ! 

Interruption de deux heures, ce se- 
ra bientôt l'heure du dîner. Mon- 
sieur Lewis est venu s'asseoir près 
de moi, installé en anglais, avec une 
minuscule petite table à tiroir, d'où 
il a sorti du papier à musique, une 
plume-fontaine et l'intention bien 
arrêtée d'écrire la petite berceuse à 



laquelle je devais trouver un nom. 
Il n'a pas travaillé et il m'a empê- 
chée d'écrire ce qui n'est pas un 
grand malheur en ce qui me concerne. 
Je le croyais avec les autres chez 
madame Long. Il dit que cela l'en- 
nuie ces "family affairs". J'ai ri de 
lui ; sept étrangères chez une étran- 
gère, c'est une singulière affaire de 
famille. 

Nous avons beaucoup causé. C'est 
un vieux bonhomme, il a vingt-sept 
ans ! Je m'en doutais ; au com- 
mencement de nos conversations il 

m'appelle cérémonieusement Miss 

puis quand il s'anime, il lui arrive 
souvent de dire "Child" — ce qu^ j'ai- 
mais plus ou moins avant de savoir 
son âge. Je lui ai très gravement 
dit cela, oe qui l'a fait rire immodé- 
rément. Alors, miademoiselle Julie 
m'avertit qu'elle va se préparer pour 
le dîner. 

— N'allez-vous pas faire votre toi- 
lette aussi ? — demande ce sage. 

— Ne me trouvez-vous pas bien, 
ainsi ? 

— Non, votre robe de mousseline 
sera trop légère d'ici à une heure. 

— Je mettrai un tricot, et je ne 
monte pas, je suis trop fatiguée. " 

— Raison de plus pour ne pas vous 
exposer à prendre froid. Soyez rai- 
sonnable et allez mettre une robe 
chaude. 

Je refuse, il insiste, je me fâche, il 
persiste avec son ton tranquille exas- 
pérant... alors je prends mon livre et 
ne lui réponds plus. Il voit le "doc- 
teur, et va lui demander si ce ne se- 
rait pas plus prudent, etc. — Le doc- 
teur vient de suite m' ordonner le 
changement de toilette. Je pars 
enragée d'être forcée de suivre, non 
ses conseils mais presque ses ordres, 
à ce grand Anglais ! 

Me revoilà sur la véranda, j'écris 
sans lever les yeux et je me garde 
bien de regarder le vieux Lewis qui 
m'observe par dessus son journal. 
Il ne me fera pas sourire, le vilain 
monsieur ! Je lui apprendrai à se 
mêler de oe qui le regarde. Il vient 
de ce côté. Rien ne me fera lever la 
tête. Bon ! voilà la cloche... et 
rAnglais à deux pas qui me parle.... 
je n'entends pas ! 

10 heures. 

Elles n'arrivent pas ; je suppose 
qu'elles s'amusent bien, moi je suis 
dans ma chambre et même dans mion 



lit, j'écris parce que je ne puis dor- 
mir avant leur retour. Après dîner, 
monsieur Lewis a porté la grande 
chaise longue dans le coin près du 
piano, puis il m'a dit : Mettez-vous 
là, je jouerai pour vous tout oe que 
vous voudrez." Comment continuer 
à être fâchée ? Aussi j'y ai renoncé, 
et je lui ai fait payer sa dette en 
musique superbe. 

A neuf heures, il cesse : 

" You look very pale and tired, 
child, you ought to go to bed,"— et 
docilement je suis montée. Il est 
amusant avec ses airs de despote ! 
Quand je serai moins fatiguée, je 
connais une petite personne qui re- 
regimbera un peu, beaucoup, s'il 
s'avise de vouloir la conduire ainsi! 

Il m'adoucit et m'assouplit avec sa 
musique. Je suis peut-être une es- 
pèce de " petite crocodile ! " 

Eh bien, je m'endors et je renonce 
à attendre Loulou et les autres. Je 
ne me plains pas de ma journée. 

21 juillet. 

Je n'écris pas bien souvent dans le 
cher petit cahier. Le temps passe à 
rien et avec une rapidité étonnante. 
J'étudie bien avec monsieur Lewis. 
Comjne je comprends ce que je n'a- 
vais jamais soupçonné avant !... je 
lui devrai ma première vraie révéla- 
tion de la musique. Il profite de 
son rôle de professeur pour exercer 
tranquillement son autorité et sa 
surveillance ( "paternelle", je lui dis 
en me moquant ) sur ma petite per- 
sonne qui suis toute saisie de ne pas 
plus me révolter contre cette étran- 
geté ! 

Je le crois bien malade, il me sen>- 
ble pas devenir mieux, et il est tris- 
te souvent à faire pitié ! 



23 juillet. 

Monsieur Lewis nous a procuré à 
Loulou et à moi, un plaisir char- 
mant. Il a obtenu de nous emmener 
avec lui pour une promenade à che- 
val. Et sur cette belle Jgiràve, si 
unie, nous avons eu une promenade 
inoubliable. 

Ce vieux tyran ne permettait pas 
les galops trop prolongés, et nous 
l'écoutions avec unei docilité aussi 
comique que rare ! 

Nous sommes revenus pour l'heure 
du bain — tet après le lunch j'ai dor- 
mi toute l'après midi d'un sommeil 
de plomb. Monsieur Lewis a passé 



38 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



la soirée avec nous, il ptirlait si, peu 
que je lui demandai ce qu'il avait. 
" Nothine, darlinir. 1 ftn»! ji bit 
tired. " Loulou me pinça le bras à 
me faire presf|ue crier. — Il était dis- 
trait, il a oublié à qui il parlait. 
" Darling ''... chérie... le mot fran- 
çais est l>ien plus joli. Cela m'en- 
nuie qu'il m'ait appelé " darliiig " — 
je ne; veux être la chérie de personne. 

25 juillet. 

Grand émoi dans l'hôtel ce matin. 
Ce pau\Te monsieur Lewis a en une 
bémorriiagie, on a fait venir un mé- 
decin de Portland. Je \-iens de 
m'informer, on le dit mieux ce soir. 
Sa soeur doit arriver bientôt ; on 
lui a télégraphié. 

Pauvre homme ! je me demande 
s'il a peur de mourir, ou bien s'il est 
tdlement affaibli qu'il ne se soucie 
ni de \ivre ni de mourir. 

Loulou et moi avons passé la jour- 
née tristement, dans l'inquiétude. 
Penser qu'il peut mourir, disparaître 
pour toujours de ce monde si beau 
et qu'il ira... où ? 

mardi mil tin. 

J'ai vu monsieur Lewis. Il est 
d'une pâleur livide — ses yeux 
sont immenses, ils impressionnent 
par leur éclat et leur... inquiétude. 
n passe la journée étendu sur une 
diaiseï longue — sa sœur est ici. 
Elle a une bonne figure sympathi- 
que. Elle est venue me chercher au 
salon, envoyée par son frère, car je 
n'avais pas osé approcher. 

— Venez mon enfant et ne le lais- 
sez pas parler trop. Il vous deman- 
de. Ne le contrariez pas, — a-t-elle 
ajouté presque bas. 
Et me voilà près de lui, un peu émue 
de le voir si changé. Il me dit de 
rester là, près de lui et de lui parler. 
Mais quoi lui dire ? On ne parle pas 
sur oonunande ! 

Alors je lui offre de lire... Il m'en- 
voie chercher im volume de Long- 
fellow. De la poésie !... Mais il ne 
fallait pas le contrarier. Je com- 
mençai avec peu d'assurance... puis 
j'arrêtais en le regardant, craignant 
je ne sais quoi... de mal lire, mal 
prononcer... l'ennuyer. 

— Why do you stop, child — go on, 
I love to hear your pretty little 
broken accent. 7t is music, dont be 
afraid. rend on. 



Rassurée, je lus longtemps. Puis 
je partis en promettant de le revoir 
demain comme il m'en priait. 
Ktrange homme ! Il me fait pitié, 
et j'ai prié ce soir pour que Die.: lui 
vienne en aide. 

Loulou et moi ne savons que faire 

de nous depuis quatre jours Le 

temps a été un peu gris... est-ce cela, 
ou la maladie de notre ami '? Je ne 
sais trop... mais la mer ne chante 
plus, elle pleure et il nous lan-ive 
souvent d'avoir envie d'en faire au- 
tant. Pourtant je suis mieux — je 
ne tousse plus et je rosis en atten- 
dant d'engraisser ! 

mercredi. 

J'étais fatiguée aujoin-d'hui, l'air 
est lourd, nous aurons de l'orage, et 
je suis à l'orage, c'est à dire, un peu 
ner\euse, tigitée, mal à l'aise. Après 
le lunch, je me suis endormie au sa- 
lon dans un grand fauteuil ; je m'y 
étais réfugiée avec Loulovi pendant 
que tout le monde va faire la sieste. 

Je m'éveille tout d'un coup et je 
vois monsieur Lewis dans vm fau- 
teuil, pas loin. Il sourit de mon ef- 
farement, m'assure qu'il est presque 
guéri et qu'une séance de LongfeHow 
lui fera grand bien. Il propose d'al- 
ler sur la véranda où il y a un peu 
d'air. Il marche bien et malgré sa 
pâleur semble presque comme avant. 

— Now for a reading ! fait-il, en s'é-i 
tendant dans sa chaise longue. You 
are a dear little darling, you bnow ! 

Alors prenant mon courage à deux 
mains : 

— Pourquoi ( j'écris français, ça 
m'ennuie en anglais. ) '■ m'appelez 
vous ainsi, monsieur ? Je ne suis 
pas si enfant que vous puissiez m'ap- 
peler " Chérie " sans que cela me 
paraisse étrange ? 

—Vous n'aimez pas que je vous 
appelle ainsi ? 

— Non, et vous neidevez pas le fai- 
re. 

— Et pourquoi, enfant ? 

— Parce que je ne suis pas votre^ 
chérie, et vous le savez bien. 

— Je sais le contraire, je vous aime 
bien, et je voudrais avoir une déli- 
cieuse petite sœur comme vous. 
Alors, reprit-il en taquinant, il faut 
vous appeler mademoiselle '! 

— Mais oui, comme tout le monde! 

— Je ne suis pas tout le monde 
moi, je suis un pauvre diable qui 



mourrai au premier jour et si cela 
me fait plaisir de vous parler ten- 
drement, sans m'en apercevoir, d'ail- 
leurs, je v«us demande quel inconvé- 
nient cela peut bien avoir ! 

Je ne répondis pas de suite... ne 
sachant trop quoi dii-e et émue à 
cette idée de m«rt évoquée si tran- 
quillement. — Enfin : 

— Vous ne le croyez pas que vous 
allez mourir ? 

— Mais oui, je le crois ! 

^Cela ne vous fait pas bien peur ? 
— Peut-être un peu... mais vous voi- 
là très sérieuse, petite chérie. Ah ! 
pardon, mademoiselle ! 

Je ris franchement. 

— Allons soyez bonne, passez-moi 
cette fantaisie de malade et laissez- 
moi \-ous dire ce que je voudrai. 

Moi, avec un gros soupir: Mes per- 
missions vous importent peu et je 
sais que vous ferez comme d'habi- 
tude, your own sweet will ! 

Et voilà où noua étions quand je 
me remis à lire Longfellow. Oui il 
est malade, mais il est capricieux et 
autoritaire au moins autant que ma- 
lade. Aujourd'hui la mer est som- 
bre et plus belle ({ue je ne l'ai ja- 
mais vue... et je suis un peu triste, 
comime dépaysée, je n'ai pas encore 
éprouvé cela ici. Est-ce de l'ennui 
déjà ?... 

C'est vendredi ou samedi, ah ! 
vendredi, car nous n'avons pas man- 
gé de viande à midi. La vie s'écoule 
si douce et si monotone, je suis de- 
venue une si vraie petite huître que 
je ne tiens plus compte des jours. Je 
me laisse vivre béatement, un peu 
bêtement aussi. J'aime moins à 
écrire, c'est un effort et ma nouvelle 
nature s'y refuse. Je suis tout oc- 
cupée à refaire ma coquille, je suis 
bien fermée, et, les impressions n'en- 
trent pas plus qu'elles ne sortent de 
la petite boîte brillante que la mer 
baigne, que l'odeur de varech par- 
fume et que le sable doré tient 
chaude. 

Loulou continue à dévorer les re- 
vues qu'elle vole très adroitement à 
sa mère ; elle en est si occupée qu'elle 
cause peu. Nous sommes deux pe- 
tites sauvages sur notre rocher où 
personne ne nous dérange. Elle lit... 
je dors ou je rêve éveillée... le tout 
se ressemblant si bien, que je ne suis 
jamais certaine, en revenant du ro- 
cher, d'avoir rêvé endormie ou éveil- 
lée. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 39 

Notre grand ami est mieux, près- Monsieur Lewis devait partir de- les mots tendres revenaient, , les mots 
que bien. Tous les jours, il trouxe main, il vient de me dire qu'il chan- caressants, "darling", "little one", 
le moyen de nous retrouver et il geait ses projets et passerait encore "little love", j'en étais tout intimi- 
parle avec moi sans plus s'occuper "some time". Nous sommes bons déefet quand je pus parler, je lui dis 
de Loulou que si elle était à dix amis et nous avons de belles petites qu'après tout j'étais pour lui, une 
lieues. Hier, elle a repris ses éter- querelles quand il veut me mener au petite étrangère et qu'il ne devait 
nelles revues et a lu sans interrup- doigt et à l'œil, comme au commen- pas me parler ainsi. 11 sourit tris- 
tion, pendant que nous causions, dément. Ah ! les Anglais ! et com- tement et m'assura que cela n'avait 
c'est-à-dire causer ! que je m'éver- me il est bien de sa race, lui ! aucune conséquence, car bientôt, 

tuais à répondre aux innombrables Eh Wen, il a trouvé une petite peut-être, il serait mort. — Il en par- 
questions de mon vieil ami. En nous Canadienne capable de lui tenir le si tranquillement de cette terrible 
quittant, il s'inclina narquoisement tête ! chose ! 

devant Loulou. Loulou et moi avons attrappé une Nous sommes revenus ensemble à 

— I beg to be excused, miss Lou- belle gronderie parce que nous som- l'hôtel, lui, grave, moi, émue et at- 
lou, if you read ail the time ? mes des sauvages ! rien que cela ! tristée. — Ce soir, il joua longtemps 

Loulou lui répondit vertement, et Pauvres de nous ! la solennelle Mlle et quand il commença la marche fu- 
il s'en alla, aussi calme qu'un dieu, Julie nous a servi un froid mépris, nèbre de Chopin, je m'enfuis sur lu 
la laissant indignée de ce qu'elle ap- très rafraichissant par cette chaleur, galerie afin de cacher mes larmes 1 
p>elle son insolence. Moi, j'ai bien ri J'ai laissé lioulou méditer sur nos C'est affreux de penser, non seule- 
de la petite scène ! erreurs dans sa chambre, et je me ment qu'il va peut-être mourir, mais 

4 août. suis enfuie ici sur mon rocher, sur qu'il le sait,' qu'il attend tous les 

^,its: 'sr*oi" ^u^^ Te "fv 'r "■".■ z- '"-""' ""■ '" i't-^ "'' '' '"' "ïî-- " ' °- ='"■ 

„.ai pas ^s„i„ i. U^e^ ,« W ,:î„'» jl"- ^^^f inTp^S Zw! ^.^l'SZ^VtliZ'JV^ 
va bien, que mon ame est paisible, ^ • i , , << • j ■ i j . i • , , . 
mon cœur heureux et on ne parle ^^^^ ;\'' *^^^ amoindrie par ces box-dant de vie encore malgré ses si- 
plus de la santé avec la mine que ^f^nti lages. _ mstres prédictions Je suis montée 
fai ! Je suis rose, noire, ronde, je ^?"J ^'«/l^ M Lewis qui vient de doucement a ma chambre, sans atti- 
ris à propos de rien comme une pe- ''^. '^"^i; ~ ,^' ""^ dec.n.vrira dans mon rer 1 attention de personne, 
tite folle, je chante en m' éveillant et ^^'•«- il . m y joindra et je causerai 

, 1 • „„„' „ „„„„-, avec lui au lieu de laser toute seule. „ 
le ne trouve pas les journées assez iii'',i^ 6 août. 
1 „++^ + „+ «„ r.„û ^ I^ien en cela de désagréable et pour- 
longues pour y mettre tout ce que ]& , , » ^ ^ ^ ,,.,, 

voudrais faire ' ^ ^ '^^ P"^*** ^" *^°"' habituellement. 

Nous montons à cheval quelque- L'étrange entrevue, est-il singulier une chainette à laquelle est suspcn- 

fois Loulou et moi avec notre ^^^ homme ! Il s est tranquillement due une petite médaille en or ^e 

grand ami anglais qui est presque in^^fH^ «ur mon rocher, sans paraî- l'Immaculée. Hier je la manquai au 

bien maintenant, je travaille mon V"" ?*"""*' '.'*' ""''' ''°''"' ''''"'' ^'•^"i*^^"" '■®*"^^^' ^u bam, j'étais désolée, co- 

piano tous les matins. Loulou et ^«^i' '^ permission, tout à fait à l'an- yant l'avoir perdue dans la mer. Je 

moi marchons comme des trappeurs, g'f «^^ ' . ^ms, silence complet. Il matin, mon grand ami me la rap- 

Nous nageons, nous nous éloignons ™ examinait, me tenait sous son re- porta ; un domestique l'avait xrou- 

des gens civilisés et nous marchons S^^'d inquisiteur... j'en éprouvai d'à- vée dans l'escalier. Toute heureuse, 

nu-pieds dans le beau sable fin ! bord du malaise, puis de la gène, je remis cliaiuette et médaille à mon 

Quelle vie heureuse ! C'est un bon ^^^^'^> toute troublée, je me lève cou. M. Lewis me questionne : 

petit bonheur un peu bête et ravis- P'^i'r partir. Il s'objecte, je m'entête " Pour<iuoi je porte cette médaille, 

g^.^Yi-1 ! et je commence à descendre. Il se si je crois à cette protection de la 

C'est une autre partie de ma vie lève, me touoho légèrement le bras : Vierge. Pourquoi j'y crois, " ete ! 
qui recommence • j'étais une enfant " You must remain hère, I cannot Une longue causerie dans le beau 

je suis une jeune fille riu'on traite l"*'^ this opportunity of speaking to soleil qui mettait des rayons tout 

avec des égards, pour laquelle on 7""» alone, before I go, and unfortu- autour de nous. — M'aiderait-elle 

fait des frais ! Ce sont des découver- nateiy this is \ery soon ! " . votre Vierge si je la priais, moi ? 
tes, faites aux Etats-Unis cela ! Indécise, j'hésitais... - " Child, be —Oui, elle console tous ceux qui 

Au fond, je me sens un peu bien kind !" — Il implorait, ma révolte souffrent, 
jeune encore et je me le fais répéter s'apaisa et je consentis à m'iasseoir —Voulez-vous... non, je n'ose vous 

sur tous les tons par Loulou, qui près de lui, j'y passai une heure. Il demander...... 

est très fière.de la supériorité que ses parla de musique, de sa vie manquée —Quoi ! vous n'osez pas ! Allons, 

trois ans de plus lui donnent sur à cause de sa santé délabrée, de son monsieur, on est anglais ou on ne 

moi. (Je (|ui est consolant, ma mie, isolement, de sa tristesse habituelle, l'est pas ! Osez ! c'est la première 

c'est nue tu la rattrapperas... quand f^- ensuite bien doucement, il me re- fois que je 'vous vois hésiter ! 

.■Ile cpssera de vieillir, comme laade- mercia d'avoir mis, de la joie dans — Voulez-vous me donner cette pe- 

m!>isf>lle P. qui a trente-cinq ans de- «a vie par " ma seule présence " du tite médaille ? 

■ nis huit ans ! souvenir qu'il carderait de moi — et — Pour... rpioi fain» ?... 



40 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



—1 shall pray your Virt,'in, she will 
hdp me perhaps ! — 

Je détachai ohaino ot môdtùUe et 
les lui donnai, pendant qu'il se\Con- 
fondait en excuses et mi remercie- 
ments attendris. 

Il est pmtestant, mms sainte Vier- 
ge nùoine, vous le protégerez, vous 
lui adoucirez la mort, vous l'aiderez, 
comme il le dit I 

7 août. 

Notre ami est parti ce miitin, et 
demain ce sera notre tK)ur. Je suis 
triste, singulièrement triste et in- 
quiète. Je ne m'habitue pas à l'i- 
dée, qu'un être fort et jeune, doive 
renoni»r" à tout avaait d'avoir joui 
de rieti, et qu'il ira Dieu sait où, 
après avoir été si nuilheureux. 

Le aoir. 

Loulou et moi avons visité tous 
nos jolis coins d'ombre ou de lu- 
mière : le f)etit bois, notre rocher, la 
Boujxe, et enfin notre belle grève ! 
Nous laissons un peu de nous dans 
ce morceau de monde ! Nous avons 
peu peirlé, attristées toutes les deux 
par nos adieux à cette belle nature 
que nous ne reverrons peut-être ja- 
mais. Je suis arrivée toute frêle et 
blanche, une pauvre petite omibre qui 
faisait pitié — je pars vigoureuse et 
forte, pleine de vie et de g'aieté 
quand tout va bien. 

8 août. 

Affreuse nouvelle ! on nous ap- 
prend, au dîner, que M. Lewis est 
mort, cet-te nuit, après une hémor- 
rhagie. 

9 août. 

Départ retardé par ce que je suis 
on peu malade. 

12 août. 

Une journée triste, un ciel gris, une 
mer noire, un grand vent ! Je vou- 
drais m'en aller loin, loin, où per- 
sonne ne me verrait et où je pleure- 
rais toutes les larmes qui m'étouf- 
fent. Pourquoi ? Ah ! pourquoi ! 
Pourquoi le ciel est-il lourd comme 
du plonïb, la mer noire comme de 
l'encre, le vent triste comme un san- 
glot ? J'ai l'âme lourde et noire 
et triste et je voudrais de bons 
grands bras caressants qui m'entou- 
reraient et dans lesquels je serais 
tranquille et consolée. Ça, c'est le 



rêve inutile ! Dieu, ne pourrais-tu 
pas me prendre vraiment à toi et me 
garder en toi, à travers tout, que je 
le \'euille ou non, que je le sache ou 
que je l'ignore ? Ah ! sois l'ami 
puissant et tendre et pitoyable de la 
petite âme en détresse qui crie vers 
toi ce soir. 

Pourquoi ce grand trouble, cetti' 
angoisse qui me fait si mal. Je suis 
lasse, lasse... Si je mourrais aussi ! 

13 août. 

Je le sens, c'est à jamais... 



Le manuscrit s'arrêtait là. 

FRANÇOISE. 



Si on ôtait l'amour-propre de nos 
plaisirs et de nos chagrins, on les di- 
minuerait de moitié. — Mme Necker. 



— Une cueillérée de ce sirop, matin 
et soir, vous enlèvera ce gros rhume 
en un rien de temps. 

— Mais vous me paraissez enroué 
aussi, docteur ? 

— Oui, un fichu rhume qui ne me 
laisse pas de repos depuis un mois ; 
pas moyen de m'en débarrasser. 



^ Propos d'Etiquette 

D. — Une jeune fille peut-elle accepter 
une invitation d'un jeune homme au 
théâtre? 

. — Oui, quand la pièce est bonne ; 
la jeune fille doit être accompagnée, 
à moins qu'elle ne sorte avec son 
fiancé. 

D. — Une jeune fille peut-elle accepter 
d'aller souper, avec son fiancé, après le 
théâtre, dans un restaurant à la mode? 

U. — Non, certes ! 

D. — Peut-on mettre sa serviette à son 
corsage? 

D. — Non. Pas dans un dîner de cé- 
rémonie. 

Lady Etiquette. 



I Notes sur la Mode | 

Je ne sais si on a jamais \u une 
mode aussi persistante que celle de la 
blouse. Il y a plus de quinze ans 
qu'elle a fait son apparition, nous 
venant d'outre-Manche. Mais com- 
me nous avons su la rendre bien 
française, l'orner, la varier à l'infi- 
ni ! Cette mode a tout de suite paru 
si pratique que les esprits chagrins 
ont déclaré qu'elle ne saui-ait durer! 
Ils ont eu un éclatant démenti ; il 
est vrai que les blouses, et même leur 
usage, ont évolué. Depuis quelques 
années, on a jugé qu'une femme com- 
me il faut ne pouvait être vue, dans 
la rue, en corsage et jupe différents. 
La blouse est devenue, en quelque 
sorte, im accessoire du costume tail- 
leur ; on l'aperçoit à peine sous la 
jaquette, on ne la voit tout à fait 
que dans l'intimité du salon. Cette 
année, on les recouvre en partie par 
les bretelles de même tissu que la 
jupe ; c'est plus élégant et habillé 
dans l'ensemble. Dans ce cas, la 
blouse peut être jolie comme étoffe 
employée, mais toujours de façon 
simple. La blouse chemisier est celle 
du matin ; facile à mettre avec le 
trotteur ; elle se fait en flanelle blan- 
che ou à raies en taffetas quadrillé, 
en surah. Mais toujours à plis, ce 
qui permet une infinie variété de 
combinaisons : plis ronds, plis cou- 
chés, plis-crête alternés, opposés, etc. 
Pour la blouse un peu plus habillée 
en satin souple ou en ottoman, il 
faut avoir soin de faire le dos aussi 
orné que le devant ; rien n'est dis- 
gracieux comme une blouse fanfrelu- 
chée devant, et dont le dos est sim- 
plement coupé de deux ou trois plis. 
Avec la blouse, on porte moins le 
col empesé ^ on l'a remplacé par tou- 
te la varitété des fantaisies de tulle 
linon, broderio, dentelle, terminant 
en petit jabot. Toute femme saura 
se faire ces petits riens, utiliser un 
reste de dentelle ancienne et donner 
ainsi un cachet particulier à la blou- 
se la plus simple. 

CIGARETTE. 



Jamais deux p>ersonnes n'ont lu le 
même livre ni regardé le même ta- 
bleau. — Mme Schwetchine. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



41 



(s/* 



^ NAMASCHAUG 



SUR LAC SPOFFORD, 



NEW HAMSPHIRE 




Après neuf mois de vie intense que 
faire ? Venez au lac Spofford, vous 
installer dans d'excellents hôtels, des 
cottages pittoresques, et là, jouir 
d'un repos bien mérité, respirer dans 
une atmosphère calme, Tarôme des 
grands pins qui, comme autant de 
gigantesques tuyaux d'orgue, ap- 
portent l'harmonie des cieux. 
" voix argentines 

Echos limpides et purs de ces eaux cris- 
tallines, 

Musique des grands bois oil tout semble 

chanter, 

Egayaient jusqu'à l'air qui l'entendait 

monter. 

Un écrivain de renom, William 
Uean Howells, y passa ses plus 
beaux jours ; même il osa comiparer 
cette goutte d'eau échappée des 
mains créatrices, aux lacs si poéti- 
ques de l'Italie. 

Un îlot jeté, comme une corbeille 
de verdure, au milieu du lac, en fait 
une retraite favorite à ceux qui ai- 
ment camper. Cet endroit est si 
doux à l'âme, si enchanteur aux 
yeux, qu'il semble qu'en y déployant 
sa tente, on pourrait se dire " je 
vais voir bien mieux que Pltalie ". 

LE BUT DU CAMPEMENT. 

Ménager des vacances attrayantes 
et profitables aux jeunes gens, une 
vie en plein air, dans l'atnnosphère si 
pure du lac et des bois environnants, 
loin des miasmes des grandes villes. 

La liberté de toute contrainte 
cju'impose la vie de, citadin, la com- 
pagnie de camarades dé-sireux d'ob- 
tenir tout le bien que peut procurer 
la vie en plein air, n'est-ce pas le 
son PO 'le la jeunesse collégienne qui 
veut développer son corps et forti- 
fier son esprit ? 

Trois mois dans les bois, sur les 
bords d'un lac, après une année, 
passée entre quatre murs, ne peu- 
vent manquer de renforcer la santé — 
jamais trop Bonne — d'un jeune hom- 



me et le mettre en meilleur état de 
retourner, a\ec profit, à ses livres et 
à la discipline mentale de ses étu- 
des. 

Les bois, l'eau, les animaux qui les 
habitent, so.nt autant d'objets d'ob- 
servation, autant de nouveaux ho- 
rizons, pour un étudiant. Sous la 
direction de professeurs distingués, 
camarades de vacances, comme lui, 
cette étude pratique rend l'intelli- 
gence plus vive et plus brillante. En 



vue sur le lac. La lecture, l'écriture, 
l'appétit même, y gagnent quand de 
l'embrasure de larges fenêtres, on 
pout contempler la mer, les bois, le 
ciel aux tons si délicats du New- 
Hampshire. 

D'ailleurs, le ciel est tout près. 
Nous avons une chapelle, elle s'ou- 
\re sur la véranda, entourée de lier- 
res. Les visiteurs catholiques peu- 
vent donc assister à la messe le 
dimanche, et même tous les jours, 




LE CAMPEMENT 



outre, la vie du camp, soigneusement s'ils le désirent. 



réglée, perfectionne la courtoisie, la 
personnalité et le respect de soi-mê 
me. 



EQUIPEMENT. 



Il n'y aurait point de campement 
parfait sans une cuisine, un chef et 
une office. La nôtre regorge de tant 
de bonnes choses ! ! ! 

11 y a chambres et bains pour les 
timides qui craignent de coucher 
La maison est vaste, bâtie, sur le sous une tente ou de se plonger dans 
rivage, adossée à la forêt. La salle l'oau froide du lac. 
de réunion est gaie ; dans une large Le jour, comme partout ailleurs, je 
cheminée, aux jours de pluie, pétil- le suppose, c'est le beau soleil qui 
lent de grosses bûches, qui illumi- luit sur nos testes, et quand il (a fui, 
nent tous les visages et répand li r.n gaz discret, projette sur le fond 
joie et la chaleur. Au second étaere, sombre de la forêt, la silhouette des 
une véranda dotine accès aux diffé- tentes majestueusement alignées : 
rentes chambres. La salle à manger, bivouac inoffensif, où nos jeunes sol- 
ainsi que la bibliothèque, ont une dats de demain se font des pounuons 



43 



LE JOUENAL DE FRANÇOISE 



plus forts, en dormant dans une at- 
Uo^h^-e de nitrogène et d'oxigène 
que distillent les sapins, les érables 
et les ehcnes. 

Toutes les tentes omt un parquet et 
des lits de' pachas. Soyez sans 
crainte, bonnes mamans. 

La jetée sur le lac .sert à aborder, 
à déborder, à faire le plongeon. 



excursion dans les montagnes, une 
seconde leçon de natation, suffisent 
pour occ.uper l'après-midi. Le sou- 
per fini, on appareille pour une pro- 
menade sur le lac, puis les pension- 
naires sont libres de s'amuser c» ra- 
me bon leur plait, dehors, à bailler 
à la lune, dedans, à faire de la mu- 
siq(ue, du chant, des lectures, des 





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AMUSEMENTS. 

Us sont insurpassables. Le lac est 
renommé pour ses pêches miraculeu- 
ses ; le brochet, la carpe, la perche y 
abondent. 

Manœu\'rer un navire à voiles, le 
tenir en ordre parfait, ramer, quel 
beaivi passe-temps, quelle utile leçon 
pour un Québécois et un Montréa- 
lais, destinés probablement à vivre 
sur les rives du fleuve Saint-Lau- 
rent. 

Un professeur de natation surveille 
et . encourage les commençants, leur 
communique la confiance, l'habileté 
requise pour se sauver et sauver la 
vie des autres en cas de futur péril 
sur mer. 

Un beau jeu de paumes, à l'ombre 
des grands arbres, et un immense 
terrain, pour le golf, auront leurs 
fer\-ents, ou bien, des régates anime- 
ront le lac ; à certains jours, des par- 
ties de base-bail, contre des équipes 
locales, mettront les alentours en 
émoi pour le reste de la semaihe. 

L'ascension des montagnes est par- 
fois longue, tout le camp se met 
alors en marche, précédé de la batte- 
rie de cuisine et des marmiitons. Les 
plus beaux endroits sont choisis 
pour y reposer la tête, l'organisa- 
teur de ce camp, le bon Docteur 



LAC SPOFFORD 

Des petits bateaux, comme une lé jeux de société, jusqu'au coucher, à 
gion de merveilleux oiseaux blancs, dix heures. Bonne journée, bonne 
ou^ rent leurs ailes et nous transpor- nuit, mais il faut en remercier Dieu 
tent dans des baies féeriques, sous avant de fermer l'œil. 
un ciel toujours bleu. 

Le soir quand le grand hôtel et les 
nombreux cottages de la rive oppo- 
sée s'allument, œs lumières reflétées 
dans le lac, en font une fête de nuit 
toujours mystérieuse, toujours ad- 
mirée : elle porte à la prière. 

OKDRE DU JOUR. 

Il est bien simple et fait pour les 
jeunes. A sept Tieures, le son de la 
trompette annonce le réveil, il aver- 
tit : 

Qu'il est de mise. 
Quand il fait beau, 
D'ôter sa chemise. 
De sauter dans l'eau. 

Le déjeuner vient après ce bain ma- 
tinal mais libre : puis chacun se met 
à l'ouvrage ; il faut radiger les ten- 
tes, mettre les embarcations à l'eau, Cet ordre n'est pas toujours ob- Griffin, les connaît tous. Tels sont 
réparer, fabriquer différents articles serve, car il y a souvent de longues les monts MonadViock, Wantasiquet, 
nécessaires au bon fonctionnement excursions, des parties de pêche, de d'où l'on voit la ville de Bratelboro, 
d'un camp. A onze heures, leçon de chasse, des pique-niques, \oire même Vt., le mont Pisgash, renommé pour 
natetion, elle est suivie du dîner, des réceptions au grand hôtel où ses pins vierges, le lac Sunapi, la 
Une sieste, des jeux athlétiques, une tous sont invités. rivière Connecticut, le parc de la 



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ILE WESTMORE 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE ; 



43 



montagne de Corbin, 
maux sauvages. 



peuplé d'ani- 



INSTRUCTION. 

Quelques heures, chaque semaine, 
sont consacrées à l'étude, sous la di- 
rection du Docteur Griffin et de ses 
assistants ; car il ne faut jamais ces- 
ser d'apprendre, au contraire. 



Un professeur initiera gratis et 
gracieusement ceux qui s'intéressent 
à l'art de la photographie. Que de 
beaux paysages, que de délicieuses 
scènes animales peuvent être prises 
sur le ^'if. Pensez au Naturaliste. 
Un phonographe héroïque vous ap- 
portera souvent comme les échos des 
grands opéras de New-York, les ga- 
zouillis d'une Sembrich, les scherzos 
d'une Nordica, les soupii's de piccolo 



DISCIPLINE. 

Comme c'est un rendez-voua de 
gentilshommes qui passent les va- 
cances ensemble, dans le but de re- 
poser leur esprit, de fortifier leur 
corps, on s'attend à ce que chacun 
apporte sa part de bonhommie, d'a- 
mabilité et contribue ainsi au succès 
d'un pareil campement. 

La règle n'est ni dure ni compli- 
quée ; une surveillance paternelle 
s'exerce sur l'éducation et la morale, 
mais d'une manière discrète, charita- 
ble. 

Ceux dont la conduite et les ma- 
nières laissent à désirer ne sont pas 
retenus au camp, les directeurs se ré- 
servent le droit, dans l'intérêt géné- 
ral, de les prier de se retirer. 

ADMINISTRATION ET DEPEN- 

■^SES. 

On devient membre de dix à dix- 
neuf ans. Le camp s'organise vers 
la fin de juin et dure neuf semaines. 
Le prix d'une saison est de $125.00 
toutes les dépenses y comprises, sauf 
celles des transports et des tuteurs 
spéciaux. 

De plus amples informations se- 
ront données à ceux qui voudront 
Le temps perdu au collège peut se d'une Melba, les mugissements d'une bien écrire au Rev. J. J. Griffin 
réparer ici en repassant, préparant Schuman-Heink, les divines har- Université catholique, de Washing- 
les examens. On ne paie rien pour monies d'une Albani, 'et les voix si ton, Brookland, D. C. 
cet important service, mais si l'en- 
fant veut une instruction plus régu- 
lière, plus systématique, pas lui, 
mais ses parents, des arrangements 
se feront avec le Docteur Griffin. 

La région du lac Namasohaug est 
une belle page d'histoire naturelle, 
la flore y est variée ; un herbier, fait 
tout en se récréant, sera plus tard, 
peut-être, utile ; vous le léguerez à 
votre collège ou à l'université. Non 
moins* intéressante est l'étude des in- 
sectes, des oiseaux, des bêtes de la 
forêt. 

Un cours d'histoire et de sciences 
est donné au camp chaque année, il- 
lustré au moyen de projections, dans 
un amphithéâtre naturel qu'un bois, 
voisin du camp, a merveilleusement 
aménagé. 

Au lac Spofford le temps est beau, 
ils sont rares les jours de pluie ; s'il vues animées 

en survient il fera bon se réunir au- fraîches, si remuantes si cultivées de Les enfants seront reçus dès le 10 
près de l'âtre flamboyant, la biblio- Dippel, Plançon, Caruso. Dans les juin et pourront demeurer jusqu'au 
thèfjue et le gymnase sont bien pour- bois, l'effet est merveilleux, au large, 25 septembre, 
vus. ce chant semble venir du ciel. 




LES BORDS DU LAC, LE SOIR 




44 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



Les étudiants de Québec et de 
Montréal \-ietinent ici en dix heures. 
La voie de New-York et Brattleboro 
est la plus directe. Leurs parents. et 
amis trouveront à Thôtel " Pine 
Grove " une résidence d'été de pre- 
mière classe. 

n n'y a pas d'uniforme, chacun 
doit apporter des habits de tous les 
jours, et de bains, des serviettes, des 
diemises de flanelle, des camisoles, 
une couverture en caoutchouc pour 
les «ïmpiements au loin, deux couver- 
tiu^s militaires ; une forte paire de 
chaussures à la semelle de caout- 
chouc, est indispensable dans les ex- 
cursions à travers les bois. 



Les élèves prendront note de tou- 
tes leurs expériences, revues et corri- 
gées par un professeur. 

Même enseignement pour les scien- 
ces physiques. 

Ces travaux, ni fatigants, ni ré- 
guliers, seront un agréable passe- 
temps quand la pluie ou la bise vi- 
sitera Namaschaug ; car, après tout, 
il faut qu'il pleuve là, comme aux 
autres places d'eau. 

Les plus avancés des élèves, qui 
ont fait leur cours de géométrie, 
peuvent s'initier au génie civil : 




KN CANOT 



Ceux qui ont des appareils de bal- 
le, de paume, des caméras, des ins- 
truments de musique feront bien de 
les apporter. 

Les places d'eau du Canada sont 
belles, salubres, mais bien mondai- 
nes, trop bruyantes ; ici, loin de tous 
ces inctjnvénients, vous vous repose- 
rez tout aussi bien, si non mieux, 
vous vous familiariserez avec la lan- 
gue anglaise, puis, quand vos vacan- 
ces finiront, cdles du bon Père Grif- 
fin commenceront, ju.squ'à votre re- 
tour, Tamiée prochaine. 

E. B. G. 



chaines, compas, niveaux, mappes 
les aideront à mesurer sous la direc- 
tion d'un ingénieur civil, des mon- 
tagnes, des rivières, à faire des tra- 
cés de chemin de fer. Comme l'a dit 
Virgile : "Omne tulit punctum", qui, 
grâce au bon et savant Docteur Grif- 
fin, miscuit utile dulci ". 



E. B. G. 



1er mai, 1908. 

Brookland, D. C. 



P. S. 

n y a un laboratoire de chimie, où J® ^^ reconnais aux catholiques 

l'on prépare les élèves à l'admission qu'un seul droit, c'est de faire mieux 

aux différents collèges du pays. que les autres. — Mme Schwetchine. 



I A rhonneur d'un Poète | 

M. Pamphile LeMay, le vieux bar- 
de cana<lien et le très apprécié colla- 
borateur du " Journal de Françoi- 
se " a lu, dernièrement à l'Institut 
Canadien de Québec, un opéra-comi- 
que, " La Grosse Gerbe ", sa der- 
nière œuvre. 

Le succès qu'il a remporté ne nous 
étonne pas. Celui qui, de tous nos 
poètes, a le mieux chanté notre 
" chez nous ", a dû traduire les sen- 
timeaits de sa belle et grande âme en 
d'inoubliables accents. 

Ne nous serait-il pas permis de for- 
mer le vœu que nous p'îi >l<yns aussi 
à Montréal, entendre cette œuvre 
charmante ? Nous serions si heu- 
reux de pouvoir y applaudir et en 
féliciter sincèrement l'auteur. 



Le Maître de la Mort 

Nous avons le regret de ne; pouvoir 
donner à la représentation de ce 
chef-d'œuvre le compte-rendu (enthou- 
siaste auquel il a droit. 

Au moment où nous allons sous 
presse, nous n'avons que, tout juste, 
l'espace et le loisir de marquer notre 
sincère admiration pour la pièce, 
son auteur, et les interprètes, — 'de 
jeimes Canadiens ! — qui ont vécu 
les temps bibliques avec un talent 
dont nous ne saurions trop les louer. 

Une musique délicieuse accompagne 
le chant des vers. Elle esl aussi, la 
douce mélodie, de facture canadien- 
ne. Qu'il nous soit permis d'en féli- 
citer le compositeur M. F. Pelletier. 

Espérons que la scène canadienne 
est enfin fondée, grâce au dévoue- 
ment d'un artiste français, M. La- 
salle, aidé, je veux le croire aussi, de 
tous ceux qui comprennent l'impor- 
tance de la fondation d'un conserva- 
toire parmi nous. 



On perd beaucoup de soi quand on 
n'acquiert rien. — Mme Necker. 



J.E JOURNAL l)l<: l'RANgOlSI'V 



45 



^ ^ LE BOUDOIR € (s) 



Si l'on se fiait à l'étymologie, le 
mot " Boudoir " devrait désigner 
l'endroit où l'on se retire quand sous 
l'influence de la mauvaise humeur on 
chei-che à s'isoler de ses contempo- 
rains les plus rapprochés. Il dérive 
évidemment en effet du verbe bouder, 
lequel désigne une action peu gra- 
cieuse par elle-même. Ce n'est pour- 
tant pas pour donner des commodi- 
tés à ce travers que l'on in\enta ces 
petites pièces dont l'origine relative- 
ment moderne ne laisse pas que d'ê- 
tre assez incertaine, et en. dépit de 
son appellation, le boudoir n'évoque 
rien de maussade ni de gix>gnon, 
bien au contraire. Cet asile intime 
où la femm? est chez elle, reçoit ses 
familières, en négligé, sans cérém.o- 
nie, tient le milieu entre le cabinet 
de toilette et le salon. 

Il est moins solennel, moins d'ap- 
parat que ce dernier. C'est l'écrin 
capitonné, aux meuljles bas et con- 
fortables, aux tapis épais, aux ten- 
tures soyeuses, où se chuchotent en- 
tre amies les bonnes histoires et les 
commérages malicieux, où traînent 
sur les petites tables les auteurs pré- 
férés. On y cause, on y rit, on y 
goûte, ou bien on y rêve, on s'y dé- 
lasse dans la lecture, des contraintes 
du monde et des \-isites sérieuses. 

11 est assez difficile de fixer avec 
quelque pi'écision la date à laquelle 
ces petites pièces firent leur première 
apparition. Balzac dans un de ses 
romans ( La Peau de Chagrin ) nous 
donne bien la description minutijeuse 
d'un boudoir gothi(|ue ; mais elle est 
Sortie de toutes pièces de son imagi- 
nation. C'est une pure fantaisie d'é- 
crivain, le lieu où les princesses et 
les châtelaines du moyen-âge se reti- 
raient volontiers pour méditer et 
pour se recueillir, c'était l'oratoire, 
petite chapelle c|ui n'avait rien do 
comjnun avec la pièce dont nous 
nous occupons. 

Au seizième siècle on installait 
dans les riches demeures, à côté des 
chambres de dames, un cabinet de di- 
men.sions restreintes. Commient était- 
il meublé, quelle était sa décoration 
et son rôle ? Nous l'ignorons. Nous 
n'avons de renseignements exacts 



que sur un seul ; oeiui de Louise de 
Vaudemont. Il était tendu de noir, 
un prie-Weu occupait la place d'hon- 
neur, de graves portraits d'anoêtres 
garnissaient les murs ; c'est là que 
la veuve inconsolable venait chaque 
jour pleurer un époux regretté. Ce 
séjour peu enchanteur n'a rien d'un 
■boudoir. 

Etaient-ce des boudoirs ces multi- 
ples cabinets dont le Palalis de Ver- 
sailles était rempli, et à son exem- 
ple les hôtels et les châteaux des 
grandes dames. Ijcs " préciexises " 
donnèrent tout à coup une impor- 
tance considérable à ces pièces. Les 
chambres où l'on se réunissait jus- 
qu'alors, les "ruelles" avec ce meu- 
ble vulgaire, le lit, ne pouvaient suf- 
fire à ces idéalistes ferventes et pudi- 
ques. IjC cabinet s'imposa comjne 
un indispensable asile. Le bon ton 
exigea qu'on en eût un, ne fut-ce, 
comme dans la comédie de Molière, 
que pour y faire de "la pommade 
pour les lèvres". "Je voudrais que 
dans toutes les petites maisons, écrit 
miiidame de Motte\'ille, il y eût des 
chambres lambrissées de bois tout 
uni, et cjue chacune de nous eût un 
cabinet qui fut rempli de livres...,.." 
Cette simplicité champêtre était peu 
goûtée des belles dames. 

Mademoiselle de Montpensier, la 
fameuse Julie d'Angennes, la fille 
la marquise de Frontenac, celle 
qu'on appelait la "Divine" préfé- 
raient les orner de peintures, de nai- 
roirs, d'objets d'art remarquables. 
Louis XIV, toujours fastueux, ga- 
lant et généreux, ciffrit à mademoi- 
selle de la Vallière, à la princesse de 
Conti, des ameublements somptueux 
destinés à des cabinets de ce genre ; 
fauteuil et lit de i-epos, chaises et 
tabourets garnis de brocart lamé 
d'or. TjCS beaux esprit* venaient là 
rivaliser d'élo(juence, deviser subtile- 
ment sur toutes sortes de questions. 

C'étaient à vrai dire des petits sa- 
lons plutôt que des boudoirs. Mais, 
miodifiez un peu ces pièces. ISnlevez- 
leur le côté cérémonieux et sérieux, 
faites-en un lieu de conversations à 
prétentions moins élevées, plus fri- 
voles et plus galantes, meublez-les 
de bergères aux coussins moelleux, 
de canapés commodément arrondis 
pour recevoir le corps, ornez-les de 
grandes glaces, de mille futilités fé- 
minines, et vous aurez le boudoir tel 
que le réalisa le dix-huitième siècle. 



" A-ton un palais ? il faut y 
trouver appartement d'hiver, appar- 
tement d'été, appartement de bains, 

entresols, cabinets, boudoirs ! " 

Qui éciit cela ? le marquis de Mira- 
beau. Ce farouche "ami des hom- 
mes" considérait déjà le boudoir 
comme un accessoire obligé de l'habi- 
tation moderne. Nous sommes en 
1759. 11 a suffi des quelques années 
de la Régence, de cette époque co- 
quette, gracieuse et corrompue pour 
généraliser une innovation qui s'a- 
daptait si bien aux goûts du nou- 
veau siècle. 

On en est aux petits appartements. 
L'élégante y installe pour elle ce 
réduit charmant où elle reçoit les 
visites de ses intimes, écoute les anec- 
dotes de la ville et de la cour, fait 
sa correspondance. Le marquis, le 
chevalier, le petit abbé sémillant et 
remuant, que l'on consulte plus sur 
les questions de toilette que sur cel- 
les de piété, font cercle autour de la 
chaise longue où elle est à demi 
étendue. 

Marivaudages, plaisanteries ; les 
bons mots se croisent, entrecoupés 
par les airs à la mode, les cris ou 
les cabrioles de l'animal familier du 
logis, petit chien, angora ou sapa- 
jou que la maîtresse de la maison 
garde auprès d'elle sur un coussin. 

C'est là encore qu'elle se livre aux 
petits ouvrages si fort à la mode qui 
n'occupent guère que les doigts et 
laissent à l'esprit toute sa liberté. 

Découpage des estampes, enlumi- 
nure, parfilage ; occupations com- 
modes ((ui permettent de s'abandon- 
ner coquettement à la grâce des at- 
titudes nonchalantes, de se donner 
une contenance en écoutant les con- 
fidences ou les galanteries. I 

La décoration et l'ameublement 
de : 

" Ce temple Mstueux qu'on appelle 
un boudoir", s'inspirent des idées lé- 
gères du temps. Ce siècle épris der 
plaisirs écarte même en art les pen- 
sées attristantes. j 

Sur les panneaux qui ornent les 
murs se déroulent des paysages sou- 
riants, des pastorales ou des scènes 
qui n'ont rien de morose. 

Des petits amours grassouillets fo- 
lâtrent au milieu des guirlandes de 
fleiurs, en compagnie des divinités 
court vêtues d'un Olympe séduisant 
où Vénus et les nymphes apparais- 
sent de préférence. 



46 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



Il faut bien le dire, en passant, le 
boudoir se fait alors une réputation 
un peu équivoque. Si nous axions 
l'indiscrétion de prêter l'oreille aux 
portes de quelques-uns d'entre eux, 
les conN-ersations que nous pourrions 
surprendre ne nous rappelleraient 
guère les dialogues quintessenciés des 
précieuses; et si la soubrette malicieu- 
cieuse de madame nous ylaissait glis- 
sa: un regard... Mais respectons l'in- 
timité de ces intérieurs où glaces, ta- 
bleaux, sofas, tout parle de tendri.'- 
se, comme écrit l'auteur du "Tableau 
de Paris", de ces boudoirs conçus se- 
lon le goût de ce M. de Ménars qui 
écrivait à Natoire que comjme cette 
pièce de\'ait être"fort petite et fort 
diaude " il ne voulait que des nudi- 
tés. Constatons seulement que ce 
n'est ni sous la régence, ni sous le 
règne de Louis XV comme on pou- 
jait le supposer, mais sous le règne 
du tranquille et vertueux Louis XVI 
que les actrices donnèrent le ton un 
f)eu risqué du boudoir " aux •»'iinas 
femmes de qualité et aux bourgeoises 
des étages supérieiirs ". Quand on 
remania les appartements du châ- 
teau de Fontainebleau en 1786, on 
y réserva un boudoir pour la reine 
Marie- Antoinette. 

Mademoiselle Coûtât s'étant " a- 
musée d'y commettre des indiscré- 
tions et de tenir des propos qui au- 
raient dû la faire punir plus rigou- 
reu.sement " la reine s'en réserva 
l'accès et garda la clef sur elle. 

Cette mauvaise réputation expli- 
que, sans la justifier pourtant, cette 
réflexion de Mme de Gcnlis, qui .^'é- 
tonnait d'entendre les femmes de la 
Restauration " appeler leur cabinet 
un boudoir, car ce mot bizarre, dit- 
elle, n'était employé jadis que par 
les courtisanes ". 

Exagération évidente. Toutes ne se 
laissaient pas entraîner à ces imàta- 
tions scabreuses. La plupart étaient 
fort convenables. 

Entrons à liellevue, chez Mme de 
Pompadour, nous n'y verrons rien 
qu'un arrangement parfait qui ré- 
vèle le goût raffiné de la maîtresse 
du logis. Chaises, fauteuil, divans 
sont recouverts de perse brodé d'or. 
Au-dessus des portes. Boucher a 
peint, "avec les grâces qui caractéri- 
sent tout ce qui sort du pinceau de 
ce trrand maître", deux de ces vues 
chinoises si fort à la mode. 



A l'hôtel Lambert, le plafond du 
boudoir est décoré par Le Sueur, 
d'une toile où il a représenté " la 
lune dans son char sous la figure de 
Diane précédée de Lucifer, qui mar- 
que le point du jour". 

A Bagatelle, Greuze, Fragonard, 
Lagrenée, prodiguent les composi- 
tions aimables. 

Chez Mlle Duthé, un mdniaturiste 
célèbre. Van Spaendouck, sème sui' 
les panneaux clairs, des guirlandes 
de roses et de myosotis, des torches 
enflammées, des flèches entrelacées, 
des arcs, des carquois. 

Dans l'habitatian que le trésorier 
de Saint- James avait fait bâtir au 
bois de Boulogne, le boudoir de 
"Madame sa femme,- écrit Bachau- 
mont, peint sur glace, coûtait plus à 
lui seul que la salle à manger qu'on 
évalue à plus de cinq mille louis". 

Tel était le succès de ces petites 
pièces qu'on installait dans les de- 
meures les plus anciennes, les plus 
sévères. Le souci du confortable 
l'emportait sur toute autre considé- 
ration. Plus modestement, beaucoup 
qui ne pouvaient ou ne voulaient 
faire appel au talent des maîtres de 
l'époque, se contentaient de tentures 
d'étoffes, de ces lampas aux cou- 
leurs tendres, bleu et blanc, de ces 
soieries brochées si harmonieuses de 
tons ; ou bien encore de tapisseries. 
Souvent le boudoir de la danseuse 
de l'Opéra était d'une correction 
aussi parfaite que celui de la plus 
grande dame. 

Comparez l'ameublement, que nous 
connaissons, de celui de Mlle Gui- 
mard, tendu de taffetas vert, garni 
de canapés, de bergères et de chaises 
en tapisserie au petit point, à celui 
de la princesse de Lamballe, à Ver- 
sailles, orné d'un meuble de gros de 
Tours broché à fond blanc, et dites 
s'il y a rien dans la tenue du pre- 
mier de plus osé que dans celle du 
second. 

Chose certaine, par exemple, ja- 
mais la vogue du boudoir ne fut 
plus considérable qu'au dix-huitième 
siècle, qui en vit à la fois l'éclosion, 
l'apogée et le déclin. Il convenait 
bien à cette époque alerte, dénuée de 
préjugés, peu préoccupée du qu'en 
dira-ton, dédaigneuse d'un formalis- 
me étroit et guindé. Ije changement 
des mœurs, sans en amener la dis- 
parition complète, devait forcément 
en restreindre l'usage. On pourrait 



presque dire de l'ameublement ou de 
l'habitation ce que les physiologis- 
tes disent de la nature : le besoin 
crée l'organe. Chaque âge, selon 
son idéal, ses désirs, ses croyances, 
ses vertus ou ses défauts, s'installe 
à sa guise, au gré de ses préférences. 

On ne bâtira plus désormais d'é- 
glises comme au moyen-âge ; Ver- 
sailles restera un exemplaire unique 
de magnificence et de grandeur. Cha- 
que chose a son temps. Il en fut 
ainsi du boudoir. 

Il passa, ou presque, avec le siè- 
cle, gracieux et séduisant entre tous, 
détrôné, remplacé peu à peu par une 
création nouvelle, le petit salon, qui, 
avec moins d'intimité, se prêtait en 
somme aux mêmes usages. Sa répu- 
tation un peu équivoque, fut-elle 
pour quelque chose dans sa trans- 
formation ? C'est possible ; quoi que 
nous ayons montré qu'il y eût là une 
évidente exagération. 

Quoi qu'il en soit, il n'est plus 
guère de nos jours qu'une exception. 
Il apparaît bien cependant encore, 
dans quelques intérieurs coquets, et 
l'on pourrait citer comme le modèle 
du boudoir moderne, celui du comte 
Muischeck, qu'un journaliste de la fin 
du Second Empire décrivait ainsi : 
" Petit boudoir rococo, chef-d'œu- 
vre du genre, entièrement tapissé de 
glaces le long desquelles se jouent 
des arabesques d'or formant conso- 
les et supportant une collection de 
porcelaines de Saxe, dont la réper- 
cussion double encore le magique ef- 
fet. Une pendule et des candélabres 
de Saxe complètent cette collection 
de grande valeur. 1^ plafond même 
est en harmonie avec l'ensemble, et 
tous les types populaires de la co- 
médie italienne y luttent de fraî- 
cheur et de gaîté avec leurs frères en 
céramique". 

Voilà qui ressemble plutôt, il est 
vrai, à un cabinet de curiosités. Et 

puis, un boudoir pour homme ? 

Ne manque-t-il pas à cet intérieur, 
la présence de la f<>mme, de l'élégan- 
te, qui met un peu d'elle-même dans 
tout ce dont elle s'entoure, dans ces 
fantaisies où se reflètent ses goûts?... 

Mais la liste serait vite close, si 
noïis voulions faire la nomenclature 
de ces petites pièces, de nos jours. Il 
est mt'me probable que leur rareté 
ira encore s'augmentant. 

Le i^ût du plein air n'a pas sévi 
qu'en peinture. Il y a les sports, il 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



47 



y a l'automobile, qui nous arrachent 
aux langueurs des doux fauteuils ca- 
pitonnés. Celles qui ne se oonfieni 
pas aux hasards d'une quarante»- 
chevaux, vont à pied, font des mar- 
ches, jouent au tennis, au nom de 
l'hygiène, divinité qui contrôle nos 
plus petites actions. A quoi bon un 
boudoir ? Quel l^esoin d'une pièce in- 
time, où l'on ne serait jamais, puis- 
qu'on ne songe qu'à sortir. C'était 
bon pour ces petites marquises pou- 
drées qui ne savaient faire que quel- 
ques pas, de leur chaise longue à leur 
chaise à porteurs. 
Il faut être de son temps. 

FULANO. 




Vivre dans le provisoire, c'est 
toute sa vie faire antichambre. — 
Çomitesse Olga. 




La réflexion mûrit la pensée 



Pour vos Prescriptions 

Des a.s.sistants d'expérience et un labora- 
toire bien aménagé dans chacune de nos 
trois pharmacies vous assurent leur bonne 
préparation. 

Pour Accessoires de Pharmacies 

Nous avons les dernières nouveautés, tels 
que Limes pour les ongles. Houppes, Arti- 
cles en cuir, boîtes de toilette, etc., etc. 

Parfumerie et Chocolats 

Les Parfums les plus nouveaux, comme 
d'habitude, se trouvent à la pharmacie de 
Henri Lanctôt. angle des rues St-l)enis et 
Sainte-Catherine; lîoubons. Chocolats de 
McConkey, de Lowney, en boites ordinai- 
res et de fantaisie pour les fêtes. 

Trois Pharmacies : 

;i rue Stc-Catherine. coin de St-Uenis. 
S20 rue bt-Laurcnt, coin x-rince Arthur. 
447 rue Lt-L:iurent, près De Montigny. 



Elle est partie la jeune amie ! Elle 
est partie l'élève docile, pleine d'in- 
telligence, de souplesse, d'ambition, 
elle est partie 

Au milieu d'une fête splendide de 
draperies, de lumières, de chant, de 
musique, d'enfants ; au milieu de pa- 
rents, d'amies sincères, suffoqués par 
les larmes, elle est partie dans son 
beau cercueil blane, couvert de fleurs; 
elle est partie à dix-huit ans ! — heu- 
reuse comme elle avait vécu, soumise 
à la volonté de Dieu comme elle n'a- 
v'ait su que l'être à celle des siens, de 
ses professeurs. 

" Si Dieu veut votre vie, vous la 
lui donnez ? " demanda le saint prê- 
tre. 

" Oui ! " — fut sa réponse ferme, 
sans xm moment d'hésitation. 

Pourtant sa vie, c'étajit la route 
grande et parfumée que son imagina- 
tion vive lui faisait toute couverte 
de jouissances pures, d'enthousias- 
mes, de possessions ! Sa vie ! c'é- 
tait sa famille qu'elle adorait ; ses 
amies avec lesquelles elle ne comp- 
tait jamais ; sa vie ! c'était l'ave- 
nir, — le bonheur ! 

(Jhère Yvonne, vous que que j'ai 
aimée d'une affection particulière 
que vous me rendiez bien, les yeux 
pleins de larmes, j'écris ces lignes à 
votre souvenir. Vos compagnes les 
attendent, mon cœur en a besoin : — 
priez là-haut pour ceux que vous 
avez quittés trop soudainement. 

Yvonne Gratton était la gaieté 
même. Puis elle n'était que joies, 
prévenances, activité. Elevée par 
des parents chrétiens, — tels qu'il 
s'en rencontre encore quelques-uns de 
nos jours, — douée d'une aussi belle 
intelligence que d'une belle âme, 
droite et pieuse, elle était toute à 
tout. Elle faisait de la musique dé- 
licieuse, de la bonne littérature, de 
l'anglais à souhait ; de l'histoire, 
des sciences, des chiffres même, tou- 
jours avec cet esprit enjoué, dispos, 
ardent à l'étude. Son bon père, 
dont elle était le pinson bavard, se 
rappellera combien de fois elle l'a 
pris à récompenser ses succès. Sa 
mère désolée n'oubliera pas ses ren- 



trées bruyantes après les examens où 
elle a\'ait eu la première place. 

Graduée l'an dernier aux cours 
particuliers que j'ai fondés, éprise de 
l'enseignement qui s'y donnait alors, 
Mlle Gratton a lu.tté vaillamment 
avec ses compagnes ; elle a brillé 
dans les revues de fin d'année et en- 
levé le prix de littérature " Madelei- 
ne " par un travail d'une remarqua- 
ble délicatesse. 

Mais que font au ciel les triomphes 
de la terre... Dieu a regardé cette 
âme de son choix ; il l'a trouvée prê- 
te ; il l'a prise... En quelques jours, 
la typlioïde l'a vaincue... Nous igno- 
rions qu'elle était souffrante, nous 
l'attendions avec son bon sourire et 
son regard ouvert: elle n'était plus..., 

Pleurons 

Pleurez avec sa famille, compagnes 
qui avez connu et apprécié sa riche 
nature ; pletirez avec moi la petite 
amie du cœur, messagère de plus 
d'une de VOS DISCRETES MIS- 
SIONS ; pleurez l'élève reconnaissan- 
te, qui, pressentant peut-être, ma re- 
traite, a donné toute son émulation 
au mouvement qui vous a fait m' of- 
frir un superbe souvenir. 

Ah ! celle-là, j'en étais sûre, se se- 
rait jointe au noyau d'élèves restées 
fidèles qui me viennent voir réguliè- 
rement plusieurs fois l'année ; élèves 
affectueuses qui, à travers les temps, 
depuis vingt ans, trente ans, gardent 
mon souvenir. Elle aurait été de 
celles qui me vienent raconter leurs 
joies mondaines, leurs conquêtes, — 
leurs premières désillusions. Elle se- 
rait venue, ou rieuse, ou l'œil grave, 
m' ouvrir son bon cœur. 

Enfant bien-aimée. Dieu vous a 
épargné les ennuis de la terre ; il 
vous a prise au printemps et au 
printemps de la vie, comme au prin- 
temps vraiment on tend la main 
pour cueillir une fleur. L'alleluia de 
Pâques, c'est au Paradis que vous 
l'avez chanté ; et vos doigts de mu- 
sicienne ont peut-être effleuré le cla- 
vier des célestes demeures, — tandis 
qiu'ici-bas nous vous regrettons en 
vain 

HERMINE LANCTOT. 




4g LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

Le mérite, où qu'il se trouve, finif 
toujours par être reconnu et appré- 
cié. C'est ainsi que la clientèle af- 
flue, chaque jour de plus en plus 
dans les salons de mode de Mme Pa- 
geau. C'est là qu'on y trouve la 
C'est avec un \ii empressement (jue Jacques où s'écrivait, se . compos. it, ^^^^^ juste : la soliriété dans le goût, 
je me suis rendue, le 21 avril der- s'imprimait la "Patrie" d autrefois. ]'iiarmonie des couleurs dans les nu- 
nier, à rinaueriration officielle du J'y songeais, dis-je, avec un sou- j^^ces, la délicatesse et le bon^ ton 
nouvel édifice de la "Patrie". rire un peu mélancolique, où nulle ^^^^g l'élépance. Mme Pag<?au est 

Cet édifice est l'iuie des plus bellci» envie n'entrait pour toute cette ma- ^„^^ artiste (|ui sait coiffer selon le 
et des plus vastes «Mistructions mi- gnificenee, car. dans le local exigii et teint et oserons-nous le dire ? — sui- 
dones à l'honneur du journalisme obscur de jadis, la lumière intellec- ^.^j^^ ¥kge de ses clientes, lenr sup- 
canadiwi-français, et de par tout le tuelle entrait et circulait Innement, piinnant les années importunes et 
Dominion, peut-être miême, de p>>r la pensée se développait à son aise, mettant en valeur rélégance, la sou- 
toute l'Amérique, je ne crois pas et les opinions demeuraient fortes et pj^gge et la distinction. Soigner sa 
qu'il en existe de plus luxueux t fie courageuses. coiffure est une chose obligatoire et 

mieux améaiairé. ^"fst là encore (tue parut la Page qo^ ^^e coquetterie. Il est difficile 

Joveusemont décoré pom- la cir- des Femmes, la première, de ce genre, (jg j^e pas paraître jolie c^uand on est 
constance de plantes vertes, de fais- dans le journalisme canadien. Au- ohaj>eautée chez cette bonne modis- 
ceaux de drapeaux, la bâtiment of- joind'hui. ces pages féminines «sont te, qui accomplit véritablement des 
trait un spectacle aussi agi-éivble à de^•pn'ues nécessaires et qui oserait prodiges pour donner à toutes la 
l'œil que ré)<»iissant à l'esprit. Des leur nier l'heureuse et salutaire in- satisfaction la plus comolète. 
fleurs partoi'it : les in\ités mêmes, fluence qu'elles sont appelées à ex- Mme PAGE AU. 

étant pressés, par de gentilles fil- ercer ? ■ 'JC)9, rue Sainte-Catherine Est, entre 

lettes de blanc vêtues, à se fleurir. Mais la " Patrie " du passé ne me i^s rues Panet et Plessis 

l'auditoire bientôt ne fut plus qu'un fait pas oublier celle du présent et de 

immense bouquet. l'avenir. J'aime à me croire tou- 

Mesdames Louis- Joseph et Eugène jours de la maison bien que d'au- 
Tarte, gracieuses, .ieunes et jolies, re- très devoirs me retiennt ailleurs et, P X^ 

oevaient au erand salon, avec leurs ^est de tout cœnr que ] offre a MM. une magiiifi que gravure, très artistique- 

. • ^ , Tnrte mps v^rpinr de nroanérité et de ment illustrée a été émise par le départe- 

maris, les propriétaires de ce remar- ^arte mes vœiix ae prospérité et ue ^^^ ^^^ passagers du Grand-Tronc, ra- 

quable établissement, puis il V eut succès constants. contant les beautés du Lac des Baies dans 

discours, félicitations, .échanges de FRANÇOISE. les Montagnes de l'Ontario^ ,^T^..^^ ^'r. 

V.4CTV. /».. °> "-• ' > . 6 trict SI nouveau, un bel hôtel, le ' Wawa ' 

souhaits et de compliments. a été construit à la Pointe Norway. Cet 

Certes, les jeunes et entreprenants hôtel a été illustré dans une page indi- 

,•//•■-..•>. j. n â» i- Ê j m • L.^ quant les beautés de 1 été et ses leux de lu- 

-posseeseurs de la Patrie peuvent Bureau National de Clavigraphie ^^^^^ gg reflétant sur la forêt et sur l'eau. 

être à juste titre, fiers.de leur splen- correspondances, copies, circulaires, "" vol d'oiseaux blancs traverse l'espace 

dide installation et leurs concitoy- traduction française et anglaise. ^^^^ c^^^lntfdf wnlgiïtu^^e"^ " '''' ''°- 

ens ont le droit d être orgueilleux de ^^ tout promptement exécuté. Ecrivez à M. j. Quinian, dp. A., gare 

l'essor superlje d'un journal mont- . orénaratoires pour B°°a^'^enture, Montréal, pour lui demander 

' 1 • AUSSI, cours piepaïai/uiie» FO"i. ^^ niagnifique livret qui vous renseignera 

•^^^^ emplois de bureau, sténographie, compiôtement a ce sujet. 

I^ développement et le progrès de clavigraphie, orthographe française 

la " Patrie " depuis quelques années, g^ anglaise 

tiennent presque du prodige. Il y a Ce bureau de formation offre aux ^. . , . , , , 

lom de la feuille illustrée a seize et ^^^^^^ j^ ^^^^^-^^ avantage d'y trou- Ainsi que le printemps, le salon de 

trente;deux pa^es que publient au- ^^^^ ^^^ emplovées > dignes et oompé- ^^odes, Mille-Fleurs, 527, rue Sainte- 

jourdhiii les propriétaires actuels, a ^^^^^^ ^^ ^ ^^ dernières des posi- Catherine Est, a ses floraisons nou- 

la modeste Patrie ^e quatre pa- ^.^^^ ,^^^^^^j^.^^ ^^ j^^^^^^^.^,^,^^ velles. Les créations se suivent et 

ges, dirigée, naguère encore, par Ho- nriTTa^TTiT t tttt? s y mailtiplient avec un chic, une élé- 

«»_A u.o^..,^«»ri mme ntiU 1 n.ll>Jjliiiri, " i i , ,,. . 

nore neauirrnna. gance de plus en plus attirante. 

Et, en admirant le grillage artisti- Directrice, 

que en bronze et en fer forgé, les oo- ^(» rue Saint-Denis. 

lonnes richement sculptées, lescomp- Tel. Est .58.^)9. 

toirs de marbre, le plancher en mo- Le président interroge un assassiin 

fiaîk)ue, qui ornementent si luxueuse- dont les allures sont celles d'un par- 

ment le» six éiiages et demi de la fait gentleman. 

" Patrie " ncttielle. en visitant ses Voeue toujoiars croissante à Mille- — Qu'avez-vous fait, lui demando-l- 

grandes presses rotatives, ses bureaux Fleurs. Personne n'en est étonné. il, après avoir tué votre femme '' 

nombreux et se« superbes salles de C'est un bouciuet toujours frais. Et l'assassin, avec une extivuc 

rédaction, je sonireais aux trois toujours élétrnnt, que ce salon de courtoisie : 

pièces mal éclairées de la rue Saint- modes. —J'ai pris le deuil. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



49 



I CONSEILS UTILES 



COBALT, le pays des Mines d'Argent 



eer une petite assiette avec une mè- 
che soufrée qu'on allume, fermer la 
caisse et laisser les vêtements quel- 
ques heures. T,a caisse doit être as- 
sez irranilc pour f|uo les objets ne 
REMEDE CONTRE LE MAL DE "squent pas de prendre feu. 

TETE. — Un \iolent mal de tête vous 

torture, loin de tout secours médical, 
il faut \ous résigner. Si cependant 
vous possédez une petite pharmacie Depuis quatre ans que les mines de Co- 
d'uraence voici un procédé facile de ^^}^ °?^ ^^^ découvertes, elles ont été dé- 
nrÂrvii-i+ir>n rl'o.:,,, c,Arlo+,\. ; veloppçes au point qu'elles sont nuiinte- 

preparation d eau sédative qui vous nant les plus riches mines d'argent de l'A- 
apportera un <rrand soulafjoment. mérique. On va à Cobalt par le chemin de 
Faites fondre à part un peu de *®'" ^" Grand Tronc. Les wagons Pull- 
„„1 j„ „ • • j ,, °^" SG rendent au cœur même du camne- 

sel de CUlsme dans un verre d'eau, ment. Le territoire est situé a envTron 
Lorsque la solution est limpide, ^^ milles au nord de North Bay, soit 326 

ajoutez une cuillerée à bouche d'al- ""i^i!! ^", ""S'' t*' Toronto 

„ 1 u ' i i -M- / ,, Demandez des brochures illustrées de ce 

Cool camphre et quatre cuillerées d'à- district à M. J. Quinlan, gare Bonaven- 

moniaque, versez dans une bouteille *•"'''=' Montréal. 

d'un litre, remplissez avec de l'eau 




et vous obtenez une excellente eau 
sédative. Ne pas oublier d'agiter le 
flacon avant de s'en servir. 



Recettes Faciles 



NETTOYAGE DES VETEMENTS 
DE LAINE.— Chacun sait combien il 
est difficile de laver les bas,' les ca- 
misoles, les jupons de laine, par ex- 
emple, sans les voir se rétrécir et se 
durcir. Faire une bonne eau de savon 
Chaude, y ajouter de la térébentine 
et de l'ammoniaque. Dans la moitié 
de ce liquide, verser de l'eau froide- . 
y mettre tremper pendant 10 minutes "^™"*?« « 
les vêtements de laine, les presser et ^ *^""*'- 
les serrer pouî- l..w nettoyer ; éviter 
de frotter, on foulerait la laine, et 
les objets se rétréciraient. Reoom 



SOUPE AU .BLE-D'INDE.— Prrâez 
une_ pinte de blé-d'Inde sortant .de 
l'épi avec trois chopines d'eau. Fai- 
tes bouillir jusqti'à ce que le blé-d'In- 
de soit tendre. Ajoutez ensuite une 
chopine de lait frais avec sel, poivre 
et un ou deux œufs battus. Oofiti- 
nuez à faire encore bouillir quelques 
minutes et épaississez avec un peu 



CREPES AU PAIN.-Trois tran- 
ches de pain blanc émiettées, ébouil- 
xiiir.ii;ei m même opération dans l'au- '^"^^^'^f's avec de l'eau puis jetez 
tre eau, rincer à l'eau chaude, serrer ^^^^^ ^^^ ajoutez 1 bol à thé de lait 
et étendre à l'air ou à la chalewr. *^-* ^ '^^^^ ^^^^ battus, de la farine 



mencer la mênw» opération dans l'au- 



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Pas un article de Luxe, mais nécessaire 

Indispensable dans le casdes 

Maladies des Reins 

Toute femme comprendra de suite la com- 
modité et les avantages de notre Protecteur 
Lorsou'elle en fera usage, elle se joindra à 
i?r A®^ °?^ Clientes pour vanter le "VICTO- 
lUA . s étonnant que ce Protecteur n'ait pas 
ete invente plus tôt. Le Protecteur se com- 
pose de deux parties : Le sac et la ceinture 
Le sac reçoit un garni. La ceinture entoure 
a taille. i.e .sac est fait de caoutchouc vio- 

f^à '"'.i'"' i"'"T ■•'* '"O'io'-''- t-a ceinture est 
faite de fine toile non élastique. La femme 
qui aura essayé le "VICTOKIA' ne voZI 
pas s en passer.-Prix franc de port $1.00. 
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cez par être aimable.— Mme de Bloc- 
queville. 

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a the de poudre à pâte, juste assez rarement l'homme que iC cSt 
de farine pour faire tenir les cvpes Mme Ricooboni. choisit.- 



air ou à la i;ua.i«ur. ,1 i n ' — """ -^.--....^ . 

Bien étirer les vêtements, pour qu'ils «^ns laquelle vous mettez 1 cuillerée L'homme que l'on approfondit est 

ne se déforment pas, et les repasser ^ ^^*^ "^^ "'""^'■" " ""''^ '""' '" iproionmt est 

avec un fer modérément chaud. 

Soufrer les vêtements de laine 
blanche : prendre une grande caisse 
avec un couvercle, planter des clous 
a I intérieur, de 3 côtés et v su.spen- 
rlro les vêtements ; du coté Vide pla- 



que vous ferez par cuilljêrées 
une poêle très chaiide. 



dans Chacun sort de la discussion 



con- 



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du 



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moule Marge "-Faites bouillir 
lait, puis vei-sez-y lentement un pa- 
quet de urne livre de " Semoule Mar- 
ne '' en remuant constamment jus- 
r|u'à ce que vous avev; oStriui ainsi 
une pâjte fluide, l^^vites cuire en 
ajoutant' : une livre de sucre en pou- 
dre, huit œufs, vanille et zeste de ci- 
tron pilé ; mélangez bien le tout en- 
semble. Beurrez votre moule et fai- 
tes cuire à petit feu. Ce gâteau se 
sert généralement froid 



vaincu par ses propres arguments.- 
Mme Cal mon. 




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50 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



La route s'achève 



Par JEAN SAINT-YVES (1) 



] — C 



( suite ) 



venir meilleur pour pou\oir aimer, 
aimer comme eux, avec cette simpli- 
cité, cette beauté d'âme qui les ca- 
ractérisent. 

Grande, souple, harmonieuse, de 
beaux cheveux sombres, lourds, des 
yeux larges, lumineux, encore souli- 
gnés par l'ombre de grands cils, la 
bouche d'uTie pureté de lignes, d'un 
dessin invraisemblable, à l'anticiue, 

,, .^ le nez droit au profil de médaille 

l'ovale du visage était u^ peu ^_^.^ ^^^^^^ ^..^^^ ^^^ ^,^..^^ ^ ^^^^^^ ^^^^ 

ré dans le bas, mais du lyflet ^^^^.^^^^ ^^j^^^^ ^^..^ mobiles, aidant 

e. d'âme charmante, d infinie ^ y^^^^^^^^^^ de joie et de bonheur 

ces grands ^pj^^ij,j^„^ ^g^te tête charmante, " ma 
expression ^^^ Jeannette " donnait à Pierre 
1 es- 



tombait 
selon la 



de 
belle 



Puis le train était parti, lempor- de \ie, d 
tant, l'emmenant loin de tmis, loin tendresse, 
de ces bonlieurs, jusciu'en l'exil d'ici, yeux qui, 

—Ah ! mon bra\e Pierre, si je ne qu'elle avait trouvée, a travers i es- ^^^^j^^^j^.g quand il l'apercevrait dans 

t'avais pas, comment vivre ! Ne pace, très profondement regardaient j^^ nombreuses photographies que 

Daa parler d'elle, ne pas m'épancher, vers lui. . ,, , -i Jacques avait dispersées chez lui sur 

^^ • • gonfle De sa petite vie d enfant, — car il - - 



dire ce qui, par moment, me „ . . 

le cœiu- ' ^^' connaissait depuis très long- 

A Marse'iiie, quelques heures a^ant temps, - de sa vie de jeune fille, sur 
de s'embarquer, il avait reçu une ses goûts, ses occupations préférées, 
lettre d'elle, très courte mais ton- ses désirs, il contait mille anecdotes, 
chante, belle comme un acte de foi. petits faits insignifiants mais since- 
Elle lui dévoilait tout son cœur, res^ qui complétaient l'impression 
l'assurait de sa tendresse constante, qu'il voulait en donner. 
lui portait son âme fidèle toujours Et pendant ces conversations ain- 
présente en son air, aussi loin irait- si tenues en cette petite chambre de 
U, et la douceur de son regard levé Pierre la jolie figure évoquée sem- 
vers lui. Quand U parlait d'elle, il blait apparaître, passer en 1 ombre 
avait des mots caressants, ém,us, et il tiqde qui les entourait, ven^t au mi- 
parsemait ses récits de détails qui Heu d'eux, prendre elle aussi sa. part 
aidaient Pierre à se la représenter de cette intimité des deux jeunes gens 
mieux, cette jeune fille restée là-bas qui mettaient tant de foi, l'un à par 
mais dont le souvenir dominait tous 1er, l'autre à écouter, 
les actes, toutes les pensées du mal- 
heureux venu au grand soleil des 
à cause d'un mauvais rhume 



oasis 

dont il ne pouvait se débarasser. 

n avait toujours sur lui sa photo- 
graphie. Elle l'avait fait faire der- 



sentant en 
son cœur trembler un émoi vague, 
imprécis, s'épandre une volupté amè- 
re. 



tous les meubles, une impression de 
beauté et d'amour dont il tressail- 
lait parfois. 

C'est que ces grands yeux aivaîent 
toute la lumière, toute la joie — 
comme ils auraient toute la douleur 
aussi, si Dieu le voulait, — contenue 
en ceux de la pauvre disparue. Et 
sans bien le définir, il aimait à enten- 
dre parler d'elle, cette inconnue qui, 
en son rêve se précisait en les mêmes 
traits que Blanche, et il s'émou- 
vait à toutes ces phrases d'affection 
qu'elle avait, dans ses lettres, pour 
son jeune beau-frère. A une idée, un 
mot, une tournure de phrase il sen- 
tait tout à coup son cœur s'arrêter. 
" Blanche avait de ces mots... Blan- 
che écrivait comme cela... " songeait- 
il. Alors pour atténuer le souvenir 
cruel s'éveillant, il regardait encore 



Il n'y avait pas de jours que Jac 
ques ne reçût plusieurs lettres car, ]'a "photographié, négllgempient, eau 

^„^...„ .. outre celles de sa fiancée, il y en ^^^^ ^^^^ Jacques. Non, ce n'était 

nièrement et, suivant ce qu'elle avait avait de sa faniille, assez nombreu- p^g gH^ _ j^ y^^^^ ^^^ . ^^^ ji^^g^ 
écrit dans la lettre accompagnant «e. toute groupée là-bas autour de la ^^^ ^-g^. Mais, inconsciemment, la 
l'envoi, Jacques Marelle ne se lassait mère, inquiète, pas tranquille malgré j^,]ip ^.i^ion participait au culte voué 
pas de la cont€mpler. '®^ belles assurances qu il leur don- ^ ggjjg ^^^ gg gardait en son cœur. 

" J'ai tant pensé à toi, en cette "ait- Mais il avait une préférence ^t délicatement il reposait dans 
seconde, que mes yeux ne voyaient Pour cette délicieuse " maman Jean- i'om,bre la jolie tête brune qui lui 
plus rien d'ici, je t'assure, mais te nette " femme de son frère aîné, dont parlait de la bien-aimée perdue. 
devinaient, te voyaient, toi, mon Jacques avait reçu une lettre, le ma- _Maman Jeannette !... Tu la con 
cher aimé, dans ton beau paj's de là- tin même. naîtras, un jour, disait Jacques 



bas. N'est-ce pas qu'ils regardent 
vers toi ? 

Et, sous l'éclat de la petite lam- 
pe, la physionomie de l'enfant s'a- 
nimait. 

Un moment, là, elle se dressait ré- 
elle. 

Les cheveux étaient blonds ; la 
bouche petite, assez régulière, ■ sem- 



Maman Jeannette ", c'était son tu viendras là-bas, chez nous. Et ti 
fils qui l'avait appelée ainsi. Et ce verras !.., 



diminutif si affetrtueux de son petit 
nom, Jeanne, lui allait si bien que 
tous, dans la famille, ses amis mê- 
mes, ne l'appelaient pas autrement. 

Pour Jac((ues c'était là l'intérieur 
rêvé. 



Lui aussi, aux confidences de Jac 
ques, répondait par des confidences 
laissait aller sa vie par bribes, soi 
cœur par lambeaux. 

C'était toujours pendant ces heure 
calmes du soir, encloses dans le "pe 
tit coin" qiui, par cela même, tou 



-Quand on est au milieu de ces 
blait s'entr' ouvrir pour parier,, lui deux êtres-là, vois-tu, disait-il, on triste et sévère fût-il, lui devenai 
dire ces choses d'affection si légères trouve tout beau, tout bon. Tout est cher. Rien ne s'entendait au dehori 
et rares que l'on ne sait bien qu'à cet bien dans la vie. Et on voudrait de- dans la nuit descendue sur l'oasis 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE|]j'| ' V 51 

rien, pas un écho. On eût c'it qu'au- Par excentricité, pour faire comme II avait dit cela en souriant, mais 
tour d'eux la vie n'était plus, qu'il les Anglaises dont elle s'amusait avec une petite nuance affectueuse, à 
n'y avait de réel ici-bas que les dou- parfois, entre amis, à imiter les in- cause de cette tristesse qu'U voyait 
leurs et les espoirs qu'ils se con- tonations et les attitudes, elle avait en elle. Il ne put continuer. Au bord 
fiaient lentement, à mi-voix. passé son ombrelle repliée derrière le des jolis yeux qui s'obstinaient à ne 

Souvent, à la fin de la journée, dos et la maintenait liorizontale en pas le regarder, une larme était ve- 
Pierre se promène dans le parc. 11 ses deux bras coudés, les poings ra- nue, et descendait maintenant sur la 
fait tiède. Le soleil, très loin sur menés en avant, à hauteur des han- joue pâle de la jeune femme, 
l'horizon, par delà l'oasis, pose des ches. CJette manière de faire n'était —Ah ! ma pauvre petite... C'est 
reflets mauves sur les troncs mai- pas très gracieuse mais effaçait les donc sérieux ? 

grès des grands palmiers dominant épaules, jetait tout le buste en Sans mot dire elle s'assit à côté de 
les massifs. Les perspectives s'allon- avant, faisait saillir la poitrine. Elle lui. 

gent, montent dans le ciel clair, et allait s'occupant peu des personnes q^j^ dit-elle alors en un ton d'in- 

dans la buée d'or qui s'attarde dans rencontrées. Sa silhouette élégante ([yiie lassitude... c'est sérieux J'ai 
la grande allée des jeunes femmes, en se posait sur le lointain bleu. Elle mal... très mal. 

vêtements clairs, passent et repas- était grande, de proportions justes, Vovons, Lucette calmez-vous 

sent. et très jeune. (jg o-râce ! 

Les touristes reviennent de leurs Pierre et elle n'avaient pas eu jus- ^\^ ^-j^;^^^ La jeune femme 

excursions à travers l'oasis ou à cel- qua ce jour, de très grandes m très ^^^^^ toujours là, immobile, regar- 
les des environs. Des groupes tra ver- sérieuses conversations. Elle 1 effray- ^^^^ ^^ l^j^^^ absente. De temps en 
sent, nonchalants, heureux, baignés ait un peu par ses exhuberances, par ^^^p^^ j;^,^ ^^^^^ brusque, elle arrê- 
dans cette lumière plus belle. Ce sont 1 entourage constant surtout d amis ^^-^ j^g larmes prêtes à tomber 
des jeunes ménages en pleine lune de trop empressés qui lui faisaient une _Mon Dieu que vous dire ' mur- 
miel. D'autres se hâtent de rentrer, cour assidue. Mais elle le rencontrait j^^^.^ Pierre... Si vous saviez quelle 
des êtres pâles, attristés, jeunes en- toujours avec plaisir. Aussi cela le- ^onne svmpathie, très franche, très 
core, dont les regards semblent im- tonnait un peu de la voir s ap- loyale f'ai pour vous ' 
plorer ce soleil, cet azur merveilleux procher, arriver bientôt à sa hau- ■_^\ ^^.^ ^^^^. ■ 
où déjà leurs âmes s'en vont, se per- ^ur sans avoir paru 1 apercevoir. ^^^.^, ' J^,^ , ' ^,^^ vaux guère la 
dent chaque jour plus avant, parmi ^^^e passait, toute a sa démarche de- .^^ , ' ^ 

les rêves trop .n-aves ,,u'-ils vivent au J^quée, comme si elle eût été absor- ^ jj ^r;;^ j^ ^^ protester, 

seuil de ces solitudes bleues. _ bee par ce seul mouvement de ses ^^ ^^^.^ ^ accentuant chaque 

Et c'est cela que Pierre regarde J^^^^^' |J 1 appela : ^ ^^^^ ^j,^ ^^j^^^^^ . 

maintenant, non plus la beauté des -, ^.^^ ® ■;•■ ^^^ ,® \^ — Cp miP i'«i '? mni v Tl ir « nuo 

choses (iui l'environnent mais la vie I^» jeune femme s'arrêta net, re- ., Ce que j ai .... moi .^ 11 y a que 

2TZZi C'ZiTn,^'\'\ .^^P 1 .P garda vers lui, eut un mouvement i f^ ^^"^'6 a l'immense dégoût de la 

des autres. C est ce qu il aime, en ce g^i^^^i^ ^j ,. ^^^ , vie... de tout... de moi surtout, 

pays de palmes et de rayons, pou- '"^^ii-auon puis neciaee, sans qu un , , . 

••• I iix-i sourire eut éclaire son visaL^e e le "uis elle se renversa sur le dossier 

voir ainsi au hasard des routes cueil- , ^ c i ^.icim ^kju m^o-^c, cul ^ i , ^ , . 

lir un retmrd, un geste, une intona- « ^PProcha, du banc en éclatant de rire, un pau- 

tion de voix, un rien qui lui sera -P^^'^on, dit-elle, la voix bas.se, j,> vre rire froid,^ cruel, qui s arrêta 

pour plus tard, une joie très précieu- "V-°"' ^^^^^ P^^" T ' ^T^ *"" ^''''^'' ^^'''^'' 

se et chère '^^'^^''^ l'observait, gardant en la d un sanglot. 

I ' .,1 1 ,1' -1 1 sienne la main qu'elle lui avait ten- - Oui, je n'ai que ça !... J'ai la 

Dans cette grande allée il a sa pla- ^^^ ^^ ^^,^,1^ l^^j 1^.^^^. distraite. honte, le dégoût absolu de moi. 

ce préfère,.. C est non loin du massif _^^.^ ^,,j^ .^_.^ ^^ Elle répétait, insistait, mauvaise. 

dou émerge la petite église blanche. ^^^^^^^ -^ ^.^,„^ .^ venir, petite -Cependant !... lais.sa-t-elle tom- 

11 V a la un banc adosse a un buis- t ,,«„++„ n • • • , i « • -l ^ i m t- 

„ * , , . . , Lucette. Oui, je vous voyais et ber après un instant de silence. Et 

son de lauriers-roses. Au-dessus pas- a'„„ ; i • • „ • 'j. -^ 

o„ .,„ „„. j 1 1' t -11 " aussi loin que vous avez paru le me sa voix était montée comme en une 

se un arbre de Judée, au feuiHaa-e „„• i-. r ** i i ^^;a„„ i j> i 

rrvAlo ^^„.^A ^ I' . 1 1 1 ■ ^"^® "" • Lucette a quelque chose... prière, un appel dune douceur emou- 

n rIX. T ■" T ^ '"" ^'« "'«■'^t plus notre Lucette,... notre vante... Cependant !... 
qui 1 abritent. Le banc est un peu en -.„^,„^ i„ ' . -, t • i- • . , 

retrait, placé de biais, à cause d'un '^'^^"".^^ «"'^i'- Le joli visage attriste se tourna 

petit sentier peu fréquenté c.ui débou- .^^ J^""*' ^"'^""'^ '■^''^^^* debout, le vers Pierre. Les grands yeux gris 
che là. Et cela fait un coin pai.sible ^'"'''^i''' ^*^™^' '^ ''^«^^^^ Per^'"- <^*"\les de feux verts, l'interrogeaient 

avec un peu d'ombre et beaucoup de , -Tenez,... Voyez-vous. J'ai raison, anxieux. Elle semblait vouloir se re- 
verdure d'où monte ce parfum un •''"'' ^^'^^ "*" chagrin... Si !... Ne prendre. Etait-il sincère en sa pitié 
peu spéfual, qu'exhalent toutes les ^^^'f P"^^- ^^^ ^^^^"^ ^""* presque "«erte ? Elle-même, la croyait-il sin- 
plantes et les fleurs d'ici "?,^'''*' '^^^ J"'^^ >'*^"^ ^'^"^ pailletés cere ? Et ce regard tombait en lui, 
T à u„. -1 d'é<;iats verts. Je lis en eux, de douloureux, comme chez les êtres res- 
^\\C^n^U.TT ^'-^P'-^^^^^^"/?'' ""^ mieux en mieux maintenant. Il v a tés bons naturellement, très jeunes 
u te pI r '" " "" T ;ï" "^^ ^'•-'^^' '^' ^«t "--"-'à- Les fl^ts -nalgré la vie rencontrée semblait ce- 
l'Lîp 1 T N /'" ' deviennent gris, gris sombres, vo- lui d'un enfant, d'un enfant qui souf- 

raTn!:.tertrrp:hr" ^^"^^ ^- -ri ^r r '•''"^*- ^°"- ^^ '■^'' t r^^-* '^ p"-"^""^^"' ^* '- 

^^|Jc^mft. „g j^Q^^ pljig lp^ beaux veux de gaie- supplication. 

Eli,, marchait à grands pas. té. ^ Alors par charité, et puis au.ssi 



S2 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



parce qu'il le pensait réellement, il 

dit : 

—Pourquoi vous désoler, vous com- 
pliqua- la We à plaisir ? iConsolez- 
vous, petite Luoette. Vous valez 
mieux que vous ne le dites,... mieux 
que la vie que vous avez... Cou- 
rage !... 

Comme si cela eût débride la plaie 
secrète dont elle étouffait, elle eut 
un soupir. 

—Ah merci... Cependant je ne vaux 
pas grand'ohose maintenant... Ja 

vais rêvé mieux que cela, jadis, 

pluB grand, plus beau... Ah ! les tê- 
ves de jeune fille !... Non, je n'étais 
pas faite pour l'existence que j'ai 
trouvée... On ne sait pas... on ne peut 
pas savoir, non plus. 

Devant eux, à ce moment, pas- 
saient deux enfants, deux petites fil- 
les blondes suspendues au bras d'u- 
ne jeune femme qui leur contait en 
anglais quclc[ue histoire très capti- 
vante. Et ce groupe blanc, lumineux, 
était bon à regarder. Lucette, silen- 
cieuse, regardait, elle aussi, et ses lè- 
vres tremblaient, mordues parfois en 
une seconde d'émotion très violente. 

Elle était arrivée ici avec Louis 
Noirmont. lieutenemt de spahis. 

Louis était le second fils du général 
comte Noirmont que l'empereur ai- 
mait tant. Jamais affection ne fut 
plus complètement payée de retour. 
On sait ce que fut ce dévouement 
qu'aucune intrigue, aucun malheur 
ne put affaiblir. 

Au reste cette fidélité à la cause de 
Napoléon était de tradition dans la 
famille. Quand Louis parlait de son 
père, mort quelque temps après son 
empereur, il liait intimement son 
souvenir à celui d'un des leurs, plus 
obscur, qui fut capitaine dans la 
garde, sous l'autre. Celui-là fut à 
l'île d'Elbe mais, à son grand regret, 
*d n'eut pas l'honneur d'être parmi 
les fidèles de Sainte-Hélène. Alors il 
s'enrôla dans toutes les sociétés se- 
crètes qui rêvèrent la délivrance du 
captif, Il sema sa fortune, large- 
ment, sans compter. Quand la nou- 
velle de la naort de Napoléon fut of- 
ficiellement confirmée, il se retira à 
la campagne. Au fond de son parc il 
fit élever une statue à son idole. Et 
jamais plus on ne le vit. Il s'enfer- 
ma, vécut parmi les souvenirs de, l'é- 
popée immortelle, attendant la 
mort. 

Suivant ses intentions, il est en- 



terré dans son parc, en grand unifor- 
me, juste au pied du monument, la 
bière mise debout, de façon que les 
pietls reposent à terre et que son 
corps soit droit, le sabre à la i.iain, 
montant une garde éternelle au rès 
de son Empereur. 

A sa sortie de Saint-Cyr Ix)uis 
Noirmont fut envoyé à Saumur. 
alors que Lucette apparut dans sa 
vie. Là, toutes les exhubérances de 
la jeunesse s'e.xcusent. Mais, par la 
suite ils firent un peu trop de bi'uit 
dans les garnisons où ils passèrent. 
Cela lui valut quelques désagré- 
ments. On le déplaça fréquemment. 
Or c'était une vraie aubaine que l'ar- 
rivée de liouis et de Lucette en les 
honibles petites villes oii on se relé- 
guait successivement. Ils avaient vi- 
te fait de réveiller le réeinient, de le 
réveiller par trop même. Ils don- 
naient des fêtes un peu bruyantes et 
cette petite femme, délicieuse vrai- 
ment, simple mais naturellement élé- 
tjante et jolie, excitait vite de féroces 
inimitiés chez les bonnes dames de 
l'endroit où Louis se refusait obsti- 
nément à faire la plus simple visite. 
Finalement on l'expédia en Afrique, 
le grand remède des familles. Lucet- 
te le rejoignit. Alors ils reprirent lea 
grands chemins. D'Alger on l'envoya 
à Sétif, et de là, ici, dans le Sud, 
avec ordre de lui faire faire colonne 
le plus possible. 

C'était un cœur très jeune, très 
bon, que la persécution fortifia en 
toutes ses affections. Lucette lui fut 
plus chère. 

Ici elle avait été très entourée de 
suite. 

En attendant que leur installation 
fût ache\-ée, ils prenaient leurs repas 
à la popote, avec les camarades et 
dès ce jour, les repas y furent très 
gais. L'après-midi, c'étaient, des par- 
ties à cheval dans l'oasis et des pe- 
tits " cinq à sept " tantôt chez l'un, 
tantôt chez l'autre, où tout un cer- 
cle intime se retrouvait. 

Pierre s'était tenu à l'écart. 

Il n'aimait pas ces libertés un peu 
trop " camarades " prises en pu- 
blic vis-à-vis d'une jeune femme, mê- 
me comme Lucette. Et cela le frois- 
sait aussi de la voir accueillir touites 
les histoires qui se racontaient le 
plus naturellement du monde en sa 
présence et faire comme eux, en rire. 
Il avait même fui le cercle, le matin, 
après déjeuner, sachant qu'elle ve- 



nait là, avec eux, dans le jardin. 
Mais un jour il les rencontra tous les 
deux seuls à travers l'oasis. La pré- 
sentation fut bien obligée. Dans la 
conversation qui suivit, le ton de 
très grande intimité qui était entre 
les deux officiers, camarades de la 
même promotion, étonna la jeune 
femme. 

— Que voulez-vous ? avouait-elle. Il 
y avait plusieurs jours que noua 
étions ici. Je croyais connaître tout 
le monde. Et voilà que vous appa- 
raissiez seulement, parliez à Louis en 
toute confiance, en vieil ami. 

— C'est vrai, nous le sommes, mais 
je suis un sauvage, moi, un silen- 
cieux. Mettez que je le sois devenu 
ici, si vous voulez, que plus que d'au- 
tres j'ai subi l'influence du pays. Je 
n'y pourrais rien changer, même au 
passage d'une jeune et jolie femme 
comme vous. Et puis, vos amis me 
font un peu peur. Ils sont trop bruy- 
ants. 

— Oui, je comprends, achevait-elle 
acquiesçant lentement de la tête. Ce- 
pendant vous m'avez conquis de sui- 
te. Vous étiez plus sérieux qu'eux. 
Et je ne sais pouniuoi j'ai eu le dé- 
sir d'avoir en vous un ami. 

— Un de plus. 

—Non. Un tout seul, un à part. Et 
je ne me suis pas trompée, vous voy- 
ez. Vous avez vite démêlé en moi la 
petite bourgeoise que je suis au fond, 
très simple, un peu naïve sous toutes 
ses apparences de folies. 

Pierre sourit. 

—Apparences V murmura-t-il. J'ac- 
cepte... Cependant... 

Un jour Louis Noirmont avait dû 
partir pour le Sud. On l'envoyait 
en mission dans le S ouf. Trois se- 
maines de séparation. 

Quelque temps Lucette disparut, 
eut une réserve édifiante, se fit prier, 
refusa toute invitation à reparaître 
à la popote. Ce n'était pas conve- 
nable. Elle disait cela gravement, 
presque sans rire, d'une façon char- 
mante. Mais, ajoutait-elle très vite, 
rien ne rempêchait de recevoir. Elle 
serait ravie si on voulait bien accep- 
ter de venir s'ennuyer avec elle et 
presque chaque jour on voyait son 
petit arabe, espiègle pâle, mali- 
cieux, qu'elle employait à faire ses 
courses, porter de douces missives. 
Elle n'avait pas peur d'écrire. Au 
contraire. 

( à suivre ) 



7ème Année. — No. 4. 



LE NUMERO : 10 CENTS. 



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Le chagrin du Printemps (poésie) 

Lucien Rainier 

Sourire Françoise 

Le secret dxi Chalet clos. ..Jean de Nobon 
" Vingt-cinq années de Vie Littéraire "... 

Fêmina 

Correspondance Who? 

Los cloches de Donirémy... Maurice Barrés 

A propos de l'Hôpital Sainte-Justine 

Tante Ni nette 

Le Tutoiement 

Lettre ouverte ^. Françoise 

Ceux d'autrefois j , Chaoh 

Oiseaux et Poètes Jean de Canada 

Propos d'Etiquette Lady Etiquette 

Notes sur la Mode Cigarette 

Variétés , 

Recettes Faciles , 

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La route s'achève (feuilleton) 

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les Héraorroidcs. le ^ er solitaire, les Vers, l'.\sthme. la Bronchite, le Diabète, le Catarrhe, la Consomption, la Coqueluche, le Rhumatisme, les Maux de Reins et 

de la Vessie. l'Hydropisie, Etc., Etc.; Etc. 
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Le chagrin du Printemps 



Le jour plus longuement discute avecle soir, 
Bt change en bonne humeur sa rancune première. 
Levons nos yeux lassés! Levons les yeux, pour voir 
le printemps qui descend dans la blonde lumière! 

Car, c'est l'adolescent choyé du paradis! . . . 
le bel ambassadeur des heures plus heureuses! . . . 
Il vient nous dispenser des clartés chaleureuses 
et nous dire des mots que nul n'a jamais dits. 

Le Printemps porte un front léger sur un corps frêle; 
il a de minces bras et de longs cheveux blonds 
et sa voix est chantante ... Il a des yeux profonds 
dont la douceur évoque un ciel bleu d' aquarelle ; 

et, comme s'il était une fillette, il a 
l'imprécise candeur d'une allure un peu gauche : 
devant nous, admire:: le salut qu'il ébauche. . . 
et nous l'aimons de grand amour, pour tout cela! 

Le Printemps, très longtemps, ne voulut rien entendre. 
Oh! la peur de rougir, dans le froid, son pied nu 
et de givrer de blanc sa robe lilas tendre! . . . 
Mais notre appel était si fort qu'il est venu. 




Et voici qu'une joie immense, sur le monde, 
s'est répandue, à son approche. Tout un jour, 
des enfants radieux et purs ont fait la ronde 
et, de fleurs couronnés, l'ont chanté tour-à-tour. 

Déjà, le couchant d'or resplendit sur les pierres. 
Mais, les coeurs de bonheur étaient si palpitants, 
que nul n'a remarqué le chagrin du Printemps. . . 
Car, des pleurs ont perlé, dans ses grandes paupières, 

et son jeune visage est maintenant couvert 
d'un ruisseau qui s'augmente et, plus rapide, coule : 
C'est qu'il a vainement cherché, parmi la foule, 
ceux que la mort brutale a gelés dans l'hiver. 

Tant de sombres maisons gardent closes leurs portes, 
d'où l'accueillaient jadis, avec leurs bras tendus, 
des hommes, depuis lors, dans l'horreur descendus, 
parmi les vers du sol et sotîs les feuilles mortes. 

i:!,t, rempli de leur deuil, l'ineffable Printemps, 
consolateur des fils sans parents et des veuves, 
se dérobe et s'en va, de ses doigts odorants, 
bénir, pour les fleurir d'abord, les tombes neuves! . 

LUCIEN RAINIER. 

Montréal, avril, 1908. 





54 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




Sourire, c'est une habitude à 
prendre 

Ne vous récriez pas, ne dites pas : 
" Comment les lèvres peuvent-elles 
soiu-ire, quand au-dedans de nous 
tout sanglote et tout pleure ? 

Le sourire est souvent le fils des 
Itimies. C'est pour cacher des pleurs, 
pour jeter un voile siur des intimes 
douleurs qu'il a été créé. 

L'âme, ce n'est pas l'étalage vul- 
gaire où le boutiquier fait montre de 
sa marchandise. L'âme, c'est la re- 
traite inviolable et sacrée où l'on est 
à l'abri des indifférents et des envi- 
eux ; c'est le sanctuaire dont l'en- 
trée est défendue au profane, , c'est 
la cité inexpugnable qui ne se renii 
jamais et dont la meilleure arme est 
encore le sourire. 

Si la vie vous maltraite pourquoi 
imposer votre mélancolie à ceux qui 
vous ent<mrent ? C'est parce que la 
vie est dure, c'est parce qu'elle est 
triste qu'il faut y mettre ce rayon 
lumineux qui est le sourire. 

Il faut sourire, sourire quand 
même. Pour que les ohers yeux de 
ceux qui vont partir en gardent la 
viedon. 

Le sourire ! la mort elle-même le 
fige à jamais, dans un geste suprê- 
me, sur les lè\Tes décolorées de ceux 
qui ne sont plus. 

Songez ! un sourire, c'est petite et 
si grande chose. Petite à vous- 
même, il ne coûte qu'un effort. Si 
grande, parce qu'il est fait de bonté 
et de charité. Parce qu'il console, 
encourage et pardonne. Parce qu'il 
est beau et doux à voir. Parce 
que partout où on le promène, il 
porte avec lui sa récompense 

Sourire, c'est une habitude à pren- 
dre... 

FRANÇOISE. 



Un oculiste, à un de ses clients qui 
a perdu la vue, et riu'il va opérer : 
—Vous avez confiance en moi ? 
— Une oonfianoe.T. aveugle ! 



^ 

^ 


le secret du Chalet clos 


1 





C'était à Banff, la villégiature à 
la mode d'Alberta, en septenubre 19.. 
Selon l'habitude que nous avions 
contractée, entre hommes, nous ve- 
nions, le dîner achevé, de passer au 
fumoir et groupés en demi cercle de- 
vant la large baie ouverte, nous cau- 
sions. 

...La nuit était adorable, nuit lu- 
mineuse et tiède d'été finissant, sa- 
turée de l'acre senteur des sapins 
dont l'immortelle verdure plaquait, 
tout là-bas, de taches sombres les 
versants estompés dans une buée 
bleuâtre. 

Les mesures lentes d'un lied, joué 
au salon voisin par quelque, villégia- 
turiste à l'âme mélancolique, nous 
parvenaient assourdies par l'étoffe 
lourde des portières. I^a volonté ai- 
dant, on pouvait croire la mélodie 
apportée par le vent d'une vallée voi- 
sine ; il y avait un charme envelop- 
pant dans l'ambiance. 

Peu à peu gagnés par l'emprise, 
nous nous étions tus. Quelqu'un, 
moins enclin à la poésie, troubla le 
recueillement : 

— Vous savez que l'on organise une 
excursion pour demain soir ? On 
va au "Mont Emeraude" assister au 
lever de la lune. Il paraît que c'est 
un spectacle merveilleux ; d'ailleurs 
c'est l'excursion classique, j'espère 
que personne ne va la manquer ? 

Quoique tirés à regret de notre rê- 
verie sentimentale, tous applaudirent 
au projet, à l'exception de mon voi- 
sin de gauche, Autrane, un Montréa- 
lais, avec qui je m'étais particulière- 
ment lié. 

Demeuré obstinément silencieux, je 
l'interrogeai. 

— Et vous, Autrane ne viendrez 
vous donc pas ?.,. 

— Aller !... où cela ?... demanda-t- 
il comme s'il fut sorti d'un rêve pro- 
fond. 

— Au Mont Emeraude. 

— Assister au lever de la lune, ajou- 
ta un autre. 

Jo vis Autrane tressaillir. 



— Au Mont Emeraude, fit-il, quand 
cela ?... 

— Demain soir, viendrez-vous ? ré- 
pétai- je. 

Autrane secoua lentemient la tête 
en signe de négation. 

— Non ! et vous ? Serez-vous de 
l'excursion ? 

— Certainement, Darting assure que 
le coup d'œil est féerique, la lune pa- 
raît émerger d'une mer de cuivre en.. 
Autrane posa la main sur mon 
bras. 
— Je sais... 

Surpris, je regardai mon compa- 
gnon. Son visage très pâle revêtait 
une émotion singulière, tout à fait 
inexplicable, je lui demandai : 
— Qu'avez-vous ? 
— Rien. 

Puis voyant les yeux de tous les 
autres fixés sur lui, Autrane m'expli- 
qua brièvement en français : 

— Un léger malaise qu'un peu d'air 
pur va dissiper ; voulez-vous venir 
avec moi sur la terrasse ?... 

Sans répondre, je me levai et lui 
offris mon bras pour sortir du fu- 
moir. 

Je pressentai vaguement qu' Autra- 
ne avait quelque chose à me dire, 
qu'il ne voulait qu'aucun autre n'en- 
tendit... 

Nous nous promenâmes quelques 
minutes dans l'ombre des arcades, 
puis je demandai pour troubler le si- 
lence qui nu' était une gêne : 
— Vous sentez- vous mieux ?.,. 
— Bien mieux, merci. 
Avec un visible effort mon ami re- 
prit : 

— Alors vous irez au Mont Eme- 
raude ?... 

Je répondis évasivement. 
— Je ne sais. Si vous ne venez pas 
vous-même, je resterai, nous cau.'^e- 
rons..., 

— Non ! non ! allez-y. 

Plus bas, si bas, qu'à peine l'i-n- 
tendis-je, Autrane ajouta : 

— ...Je voudrais vous charger d'une 
mission ! 

Sa voix était devenue tremblan- 
te... mouillée tout à coup. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



55 



Nous étions parvenus à l'extrémité 
de la galerie, pour ne point repasser 
sans doute dans l'orbe lumineuse que 
faisait la baie du fumoir, Autrane 
s'arrêta. 

Une émotion intense m'étreignit ; 
je devinai quelque douleur intime 
gardée secrète jusqu'alors, et qu'un 
irrésistible désir, le poussait soudain 
à me confier. Mais le Mont Eme- 
raude... quelle corrélation...? 

Je pris ses mains qui s'abandonnè- 
rent. 

— Parlez, Autrane, ne suis-je pas 
votre ami ?... 

Cette assurance affectueuse l'en- 
couragea. 

— Je le sais, répondit-il, c'est pré- 
cisément en raison de la sympathie 
que nous avons éprouvée l'un pour 
l'autre, dès le début de notre com- 
mune villégiature que j'ose vous 
adresser... une prière... vous charger 
d'une mission... d'une mission dont 
je vous prie de ne pas vous étonner 
de l'étrangeté... Vous n'êtes jamais 
allé au Mont Emeraude ?... 

— Jamais. 

— De sorte que vous ne connaissez 
pas le Ohalet Clos...,— Autrane se re- 
prit : — ce que l'on nomme mainte- 
nant le Chalet Clos ?... 

J'avouai mon ignorance. 

—C'est un minuscule chalet de bois 
adossé à un rideau de sapins qui l'i- 
aole du lieu où vont à l'ordinaire les 
touristes pour admirer le lever de 
lune... C'est là que je vous prie d'al- 
ler... 

-Là !... 

Prévoyant l'objection, mon compa- 
gnon dit vivement : 

—Le chalet m'appartient !... C'est 

une fantaisie que j'eus autrefois 

un caprice que m'inspira la beauté 
du site. Je le fis construire pour y 
séjourner durant la saison estivale... 
Voici la clef !... 

Il me tendait une mignonne clef 
d'acier ciselé. 

Je ne sais si j'hésitai à la prendre 
ou si mon visage .trahit quelque sur- 
prise ; Aurtrane répéta avec une dou- 
ceur très triste : 

—Je vous ai demandé de ne point 
vous étonner de l'étrangeté de ma 
prière... vous saurez 

Je pris la clef. 

—Le chalet se compose d'une cham- 
bre unique, à droite de la porte au 
pied d'un chevalet il y a quelques 
fleurs... ce sont ces fleurs que je vou- 
drais... 



Il y eut à ce moment un bruit de 
pas sur le parquet de la galerie, 
quelqu'un s'approchait. Autrane 
dit très vite, de son ton bas et pres- 
sant : 

— Vous irez n'est-ce pas ?... 
— Je vous le promets. 

II 

Le lendemain, dans la voiture qui 
m'emportait en nombreuse compa- 
gnie, le long des pittoresques lacets 
du Mont Emeraude, j'avais, un peu 
la notion de rêver, en me remémo- 
rant la singulière conservation qui 
précède. 

A maintes reprises, je me surpris 
serrant entre mes doigts la petite 
clef du chalet pour me bien convain- 
cre de la réalité. 

J'étais évidemment .fort intrigué 
par la itinte romanesque de l'aven- 
ture où je jouais un, rôle, mais res- 
pectueux d'un secret que l'on ne m'a- 
vait pas confié, je me fusse fait un 
scrupule de chercher à le percer. 

Pour échapper à la tentation, j'ab- 
sorbai mon esprit dans la contem- 
plation du paysage incomparable 
que nous traversions. 

...Vers trois heures de l'après-midi, 
nous parvînmes au but de notre ex- 
cursion, le sommet du Mont. 

Je quittai aussitôt la bande joyeoi- 
se de mes compag-nons ; j'avais réso- 
lu d'agir avec l'extrême discrétion 
que comportait la particularité de 
ma mission. 

Je demandai à l'un des guides le 
chemin du Chalet Clos. On me dé- 
signa un sentier à peine frayé, qui 
s'écartait à angle droit de la rourte 
et gravissait une légère rampe boi- 
sée. 

...Lorsque j'atteignis le rideau de 
sapins derrière lequel une masse con- 
fuse entrevue me faisait pressentir le 
chalet, j'eus une palpitation je l'a- 
voue, je dus ralentir le pas... 

Et soudain, il m'apparut le Ohalet 
Clos ; je compris alors pourquoi les 
habitués de ce lieu l'avait ainsi dé- 
nommé !... 

Avec ses fenêtres et sa porte closes 
obstinément, oui, c'était bien là le 
logis où l'on ne revient plus, le lo- 
gis dont une douleur mystérieuse a 
causé l'abandon et qui dégage une 
impression navrante de ruine neuve.. 
La beauté sauvage du cadre en ex- 
acerbait encore le saisissant effet. 



Les aiguilles sècèies des sapins 
avaient tout envahi ; elles recou- 
vraient d'un tapis jaune l'étroite ga- 
lerie, s'accrochaient aux fragiles dé- 
coupures !... 

Inconsciemment, durant que je gra- 
vissais le sentier, j'avais sorti la pe- 
tite clef ciselée de ma poche ! Je 
m'approchai en proie à une singu- 
lière émotion, ma main trembla en 
cherchant la serrure... j'ouvris... 

Tout d'abord, je ne distinguai 
rien. La pénombre qui régnait à 
l'intérieur du chalet ne laissa entre- 
voir que des formes confuses à mes 
yeux éblouis par l'irradiante clarté 
du soleil. 

Puis,"les objets se précisant sous 
le flot lumineux du jour, j'entrai. 

Dois- je le dire ?..., j'éprouvai aussi- 
tôt une légère déception. 

Non, certes, que je m'attendisse à 
voir quelque chose de merveilleojx ou 
de tragique, mais peu à peu et cela 
en dépit du frein que je tentais de 
mettre à mon imagination, l'idée 
s'était faite en moi, obsédante, que 
dès la porte du ohalet ouverte, un 
peu de " l'énigmatique " frapperait 
mon regard. 

Et que voyais- je ?... Aux murs, ac- 
crochés, un grand nombre de ta- 
bleautins représentant des sites envi- 
ronnants, l'œuvre d' Autrane sans 
nul doute — je me souvenais l'avoir 
vu fréquemment, installé dans quel- 
que coin du parc de l'hôtel et bros- 
sant des après-midi entiers— je voyais 
un lit de repos surmonté d'un bal- 
daquin, quelques tabourets de chêne 
sculpté, un chiffonnier, et là, à droi- 
te, le chevalet au pied duquel de- 
vaient être ces fleurs qu' Autrane 
avait eu l'étonnant, désir de m'en- 
voyer chercher... 

Je les vis. 

Elles gisaient en désordre sur le 
parquet, comme si elles se fussent 
échappées brusquement d'une gerbe... 

Je me baissai, je les pris. Quelques 
tiges sèches craquèrent sous la pres- 
sion un peu nerveuse de mes doigts.. 

C'étaient de ces sortes de clochet- 
tes roses qui affectionnent pour croî- 
tre, l'omibre fraîche des gorges... 

Tandis que je les contemplais, im- 
mobile, un léger bruit extérieur me 
fit tressaillir... 

Je crus entendre les aiguilles sèches 
des sapins bruire sous des pas nou- 
veaux. Je posai rapidement les 
fleurettes et j'allai sur la galerie 
craignant que quelqu'un de mes 



56 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



compagnons eût sum le sentier dé- 
laissé du Chalet. 

Je m'abusais, il n'y avtiit person- 
ne ; le N-ent, qui s'était levé subite- 
ment, ainsi qu'il arrive en ces hau- 
tes régions, avait brisé quoique bran- 
dmge... 

Rassuré, je rentrai : je \oulus re- 
prendre les fleurs, mais je 
qu'esquisser le geste 



Il y avait au bas du diptyque une 
signature et une date : 
" G. Autrane, 27 août ". 
C'était to'Ut ; l'étrange tableau ne 
livrait point son secret. 

Cependant, à l'examiner d'un oeu 

plus près, je m'aperçus que la jeune 

femme tenait entre ses mains enla- 

ne fis cées un bouquet de clochettes roses. 

et ce bouquet traité avec une minu- 

de 
la 
Le chevalet supportait un tableau remarquait, ce bouquet était à demi 
voilé !... Ce fut à la cause de mon délié, et l'on eut juré qu'une partie 
passager émoi, au vent, que je dus des fleurs s'en était échappée... 
cette remarque. D'un geste lent, sans quitter le ta 

Sous un léger souffle, que laissait bleau des yeux, je rabattis le voile ; 
pénétrer la porte ouverte, le voile du il me sembla alors que l'irrésistible 
tableau frémissait, comme mû par lien qui me retenait dans le ohalet se 
une invisible main... brisait, j'eus hâte de repartir. 

Un impulsif mouvement de curiosi- Je serrai précieusement les fleu- 
té intense me rapprocha du chevalet, mettes dans mon portefeuille, et après 
certain qu'une corrélation existait ™ dernier regard au tableau voile, 



Je venais de constater un détail tie de détail qui était une faute 
qui jusque là m'avait échappé. techtiique, tirant l'œil dès qu'on 



" Je le pensais sincèrenDpnt... à 

"cette heure, je ne le puis plus ' 

" La nuit dernière la " Morte " a 
" parlé... Elle ne veut pas... 

" Je vous le demande, mon cher 
" ami, au nom de notre amitié mu- 
" tuelle, n'en veiidllez point savoir 
" da^'nntap•e. 

" Gardez en souvenir de moi, en 
" soiu'enir des heures courtes que 
" nous passâmes ensemble, ces pau- 
" vres fleurs, je vous les donne, c'est 
" ce que j'ai de plus eher au mande! 

" Encore une prière, la dernière !... 
" jetez la clef, la petite clef ciselée 
" que je vous ai remise, dans quel- 
" que gouffre insondable de ces R/o- 
" oheuses maudites et tanjt aimées. 
" On ne doit plus aller au Chalet 
" Clos, la "Morte" ne veut pas... " 

Jean de NOBON. 



qu une 
entre les clochettes roses et ce ta- 
bleau... j'étendis le bras... 

Oui !... je le confesse, humilié, j'é- 
tiMidis le bras... Mais le démon de la 
curiosité m'épargna l'acte indélicat ; 
comme je demeurais là pétrifié, à 
deux pas du tableau, le bras levé, 
hésitant, un souffle de vent plus vio- 
lent, une rafale, s'engouffra dans le 
chalet, fit claquer le voile, le souleva 
et, complice de ma curiosité coupa- 
ble, le rejeta en arrière laissant à nu 
le tableau mystérieux... 

Cette toile était un diptyque assez 

bizarre à première vue, car il n'exis- ^ '" 

tait aucun point de rapprochement ^Monsieur Autrane n'est plus ici, 

apparent entre les sujets des tablet- Tyr^«ç,ieur 

**^- —Plus ici !.. Deniiis ouond ?... 

L'une représentait le fameux lever Monsieur Autrane est parti ce 

de lune. D'ailleurs un superbe mor- matin môme, par l'express de Mont- 

ceau de peinture, le sujet, extrême- ^^^j gt a laissé une lettre que je suis 

ment difficultueux par suite de la c}iareé de vous remettre, 

prodigieuse surcharge de teintes, je pris la lettre que l'on me ten- 

était rendu avec une touche délicate, ^^^ et d'un geste machinal je l'ou- 
un coloris chaud mais non criard. 



qui disparut dans l'ombre quand je 
fermai la porte, je repris lentement le 
sentier pour rejoindre mes compa- 
gnons dont les éclats de l'exubérante 
gaieté montaient maintenant jus- 
qu'à ce chalet de douleur et de mys- 
tère 

III 

Lorsque nous rentrâmes à Banff le 
lendemain, mon premier désir fut de 
voir Autrane. 

Dès le hall, je priai qu'on allât le 
prévenir de mon retour. 

La réponse, que me fit la personne 
à laquelle je m'adressai, me stupé- 



qui décelait chez l'artiste qui avait 
osé. reproduire cette sublimité, non 
plus une facilité d'amateur, mais 
bien un véritable talent. 

L'autre tablette était consacrée à 
un sujet intime : 

Une jeune femme en blanc à l'ex- 
quise joliesse idéalisée par l'au- 
réole d'un boa de plumes était as- 
sise sur la galerie m^-me du Chalet 
Clos. Les mains 
sur la balustrade 




vns. 

Voici quelle en était la. teneur. ^ 

" Cher Ami — Quand vous lirez 
" ces lignes je serai sur la route de 
" Montréal. 

" Pardonnez-moi de vous quitter 
" ainsi sans adieu 

" Hier lorsque je vous ai prié de 
" vous rendre au Ohalet Clos, je pen- 
" sais vous confier à votre retour le 
" douloureux secret ; vous eussiez 
croisées, appuyées " alors compris pourquoi je ne pou- 
légère, le regard " vais moi-même aller chercher ces 



perdu au loin, elle rêvait... 



" fleurettes si ardemment désirées. 



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LE JOURNAL DE FRANÇOÎSE 57 

^£gjt3Ct3Cg3Cgxg3C Mg^^^ ''^^^^ ^ son ardeur, il s'y réserva tout 

" — lQ, entier, jusqu a refuser de distraire, en fa- 

VINGT-CINQ ANNEES DE VIE LITTERAIRE S ^e""" ^e l'amour, rien de sa résistance 

^ secrète . Combien souvent le souvenir de 
ce grand "Professeur d'Energie" — car, 
c'est M. Barrés qui a frappé pour Na- 

A V • • ' -1 • o„o rliQrmp pt 1p crràrp pt^ Hpc nasçinn»; H'iinp poléon cc terme retentissant que déve- 

Aurait-on jamais pense, il y a six ans, charme et la grâce, et des passions d une auelaues iours M Ma- 

que le JOURNAL DE FRANÇOISE nature moins violente. 'fPP^'^ '^'' >' {.^ quelques jours, M. Ma 

^, , -'. . ,11 . delin, — combien de fois, dis-je, ce sou- 

pénétrerait un jour sous la coupole de Avouons-le. les oeuvres de ce genre ne ^^^.^ ^^^ j^j ^^^^^j^ - ^ -^ ^^ ^^^^^ 

1 Institut et retiendrait, ne fut-ce qu un sont pas encore beaucoup lues en Canada ^^ ^^^^^ campagne boulangiste dont il 
instant, 1 attention de 1 un au moins des et ce serait une jo.e intense pour moi, qui ^^^ ^^ ^^^ ^^^^^^^ principaux et qu'il a 
quarante Immortels de notre chère vieille viens de parcourir religieusement ce re- ^j i^g^^^e^t décrite dans V Appel au 
P^t"^- '^^"l, de provoquer la curiosité de nos ^^j^^^^ campagne éteinte au cimetière 

Oh, la reconnaissance dont nous nous lettres sur ces poèmes de force et de ^,j^^j^ p^^. j^ ^^-^-^^ ^,^ ^^^^ ^^^ ,^ ^^^^^ 
enorgueillissons si fort est encore bien fougue. ^j^ ^^jj^ ^^j ^^^j^^ ^^^^^ «{jj-isé sa résis- 

modeste, il s'agit d'un simple envoi, d'un Ce n'est pas en lignes mièvres ni lan- tance secrète". 

humble service de librairie. Mais, enfin, goureuses que sont tracés ces merveilleux Ce oombatif ne sacrifie rien de ses 
c'est déjà quelque chose de savoir que tabkaux de vie sociale intense et d'exal passions nationalistes au désir de plaire 
notre existence n'est pas complètement tation nationaliste. Un feu brûlant tra- ^ux femmes, même intellectuelles ; ses 
ignorée, même, du plus jeune, je crois, verse et entraîne la pensée ; les maximes coups de patte sont quelquefois lourds 
des académiciens, M. Maurice Barrés, maîtresses sont frappées commes des mé- çj d'un goût peu sûr. Il fait le récit de 
qui n'est pas un féministe, tant s'en faut, dailles et se burinent en phrases "heur- \^ grande séance de la dénonciation des 
puisque, dans son oeuvre, il a choisi cette tées et elliptiques" dans les cerveaux en- Panamistes par son ami Jules Delahaye, 
pauvre petite Bérénice comme sujet de fièvres. Le luxe des images est mer- dans Lewrj F{(;Mr«, et ponctue l'incident 
son analyse de l'inconscient et en a éclai- veilleux, la sensibilité dont elles sont final par cette remarque dont nos amis 
ré la dissection mentale, des lueurs que inondées est tellement terrienne qu'elles anglais diraient certainement qu'elle eût 
pouvaient lui prêter quelques canards semblent toutes des devises sur des éten- été bettcr left unsaid : "C'est dans de pa- 
"mystères dédaignés" et un petit âne, dards aux couleurs fleurdelysées. "Il reilles circonstances qu'on voit quels in- 
"mystère douloureux" auquel il veut bien est des lyres, dit M. Barrés, sur tous les convénients entraînerait l'éligibilité des 
attribuer "de beaux yeux de grandes sommets de la France", et, de ces lyres, il femmes : les huissiers ne suffiraient 
amoureuses". tire des accents qui vont au coeur de point à délacer les corsets de nos belles 

M. Maurice Barrés a eu la délicate at- toutes les femmes dans les veines des- et furieuses élues." 
tention d'adresser à notre journal un quelles coule du sang gaulois. Soyons bonne princesse, et pardonnons 

exemplaire de son dernier ouvrage Ce Lorrain patriote n'est pas un écri- cette boutade dédaigneuse, en échange de 
Vingt-cinq Années de Vie Littéraire, (i) vain pour femmes, — disons pour fem- la joie intime que nous procure tant d'au- 
pages choisies de ses oeuvres, jusqu'aux melettes — . Dans aucun de ses livres, très beautés! 

plus récentes; et comme personne n'a la femme ne tient une grande place, sauf La partie descriptive de chacun de ces 
poussé aussi loin que l'auteur le "culte du dans ce Jardin de Bérénice, dont je par- ouvrages est captivante, il y a de ces 
moi", dont il est le grand-prêtre, le choix lais au début où cette compagne un peu peintures qui flamboient, qui vous em- 
à faire ne pouvait certainement pas tom- flou, comme une brume sur les étangs poignent. L'auteur s'y dépouille de toute 
ber entre des mains plus renseignées ni d'Aigues-Mortes, ne joue pas un rôle préoccupation didactique et peint avec 
mieux intentionnées. beaucoup plus important qu'un cobaye son âme, avec son coeur. Tel paysage 

Cette oeuvre entière est essentiellement sur la table d'un vivisecteur. lorrain, Sainte-Odile, par exemple ; tel 

mâle, les écrits en sont virils et les idées Mais, à côté de cela, quelle élévation panorama, Aigues-Mortes ; tel croquis, le 
fécondantes, profondément imprégnées de sublime atteint l'auteur, quand il dépeint Taygète; telle toile, les jardins de la 
ces deux sentiments symboliques de la la femme suivant son coeur, l'Héroine, Lombardie et Combourg, et l'Ile de Fran- 
Patrie : la Terre et les Morts ; aussi ne la Bonne Lorraine Jeanne d'Arc, dont il ce, et Domrémy, tout cela est prestigieux, 
faut-il pas s'étonner si les livres de M. trace, dans Les Amitiés Françaises, cette d'un coloris aussi somptueux que le meil- 
Barrés ne sont pas aussi généralement image adorablement sainte : "Les chro- leur Pierre Loti. 

connus, du public féminin en particulier, niqueurs la virent grande et belle, avec Je n'ai ni le talent, ni la prétention, de 
que ceux des autres maîtres de la litté- des formes très féminines ; le visage vouloir déceler à mes lectrices en ces 
rature moderne. D'ailleurs, les titres eux- plutôt rond, les cheveux noirs, les yeux quelques lignes, tous les trésors d'une 
mêmes font rarement pressentir l'inef- bleus, un peu à fleur de tête, sous de oeuvre aussi nourrie, dont la moelle est 
fable tendresse et la richesse de senti- longs cils bruns. Elle a tout de notre tellement quintessenciée que l'on se prend 
ments dont le contenu déborde. Sous terre et de notre race ; mais, ce qu'elle quelquefois, à la lecture de ces pages, à 
l'Oeil des Barbares; Du Sang ; de la Vo- a du ciel, c'est son visage rustique, l'en- soupirer comme la pauvrette de Sous 
lupté, et de la Mort; Les Déracinés; thousiasme et la compassion." l'Oeil des Barbares : "Ah, tu sais trop 

L'Appel au Soldat, etc, sonnent un peu Toutes les autres femmes lui sont in- de choses!" Cependant, je voudrais bien 
durement a nos chétives oreilles de fem- différentes, lui paraissent mêrrie dange- leur inspirer le désir de se pénétrer de 
mes et déroutent nos esprits disposés à reuses. C'est de Bonaparte qu'il dit.: quelques unes de ces maximes héraldi- 
rechercher chez les auteurs français le "ayant su troiiver le but le plus conve- ques dont notre propre situation nationale 



58 

peut solliciter l'application. Ce n'est pas 
à une faible femme de développer «ci la 
comparaison à établir entre le nationa- 
lisme du Lorrain conquis par les Alle- 
mands et celui du Canadien-brançais cédé 
aux Anglais; pourtant, que j'aimerais 
donc Voir nos Canadiennes lire elles-mê- 
mes et faire lire à leurs fils ces pages 
à'Un Alsacien au service de l'Allemagne 
où l'on découvre à chaque instant tant 
d'analogies avec notre propre existence. 
Je voudrais pouvoir citer ici toutes les 
idées vitales qui affluent dans ce volume : 
l'exposition de la doctrine si frappante 
de l'accepUtion agissante, en opposition 
à celles de la résignation passive et de 
la résistance verbeuse. "Les conquis, dit 
Barrés, conquerront par l'esprit leurs 
rudes conquérants", mais, "Quelle obsti- 
nation à considérer les villages de Lor- 
raine comme une grenaille que se dis- 
putent les aimants de Paris et de Berlin. 
Amenons notre esprit à un état plus lu- 
cide et plus doux. Pourquoi ce 
territoire ne poursuivrait-il pas un 
développement ni parisien ni berli- 
nois ?" Mettez province de Québec 
au lieu de Lorraine et Londres au 
lieu de Berlin, puis, méditez ces mots : 
"Qu'importe si le rossignol chante sur un 
arbre étranger!" Ecoutez aussi cette le- 
çon aux trop pressés et aux exigeants : 
"Est-il au monde une tragédie plus noble 
et plus éducatrice que les mouvements 
d'un instinct qui s'arrête et raisonne les 
obstacles?" 

Maintenant, je m'arrête car je tour- 
nerais à la politicienne, rôle que M. Bar- 
rés nous interdit et je tiens à ne pas dé- 
mériter de son immortalité. "Un Fran- 
çais, a-t-il dit quelque part, est un indi- 
vidu pour lequel les autres individus exis- 
tent", aussi ai-je confiance qu'il tiendra 
compte d'une bonne volonté même d'ou- 
tre-mer et acceptera, en remerciement de 
son précieux volume, l'hommage d'une 
Canadienne-française heureuse de faire 
connaître, et d'imposer si c'est possible, à 
notre peuple des vérités saines, morales 
et profondément nobles, au sens le plus 
large de la trilogie Amour-Honneur-Na- 
ture, dont le parfum s'exhale si forte- 
ment de son oeuvre toute entière. 

FEMINA. 



(1) MAURICE BARRES, de l'Académie 
française. " Vingt-cinq cuinëea de Vie 
Littéraire ", pages choisies, introduc- 
tion de HENRI BREMOND, Paris, Li- 
brairie Blond et Cie., 4 rue Madame, 
1906. Prix 1b. 3.50. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




Montréal, 8 mai 1908. 
Chère Françoise, 

Vous deviez pourtant assis- 
ter à la dernière soirée de la saiaon, 
à l'Université Laval ? Je n'ai pu 
vous apercevoir, et je le regrette, 
parceque j'ai perdu quelque chose de 
joli. Devinez-vous que j'aïu-ais vou- 
lu voir votre joie dans l'étinoelle- 
ment de vos yeux parleurs quaffid on 
annonça le triomphe des deux tou- 
tes jeunes filles, Mlles Gérin-Lajoie 
et E. Saiht-JacqUes, qui décrochè- 
rent les lauri«rs au nez de leurs ri- 
vaux déconfits ! 



est déjà un beau succès. 

Françoise, vous qui savez si bien 
dire des vérités utiles — sans préju- 
dice aux autres — dîtes et re- 
dites donc à nos chers compatriotes, 
que malgré nos énormes prétentions, 
nous .sommes des mollusques quand 
il s'agit du mouvement intellectuel ! 
Nous sommes tous d'accord sur ce 
point : monsieur Gillet est un confé- 
rencier très distingué, l'un des meil- 





.VlaJcmoisclle MARIE GERIN-LAJOIE 

Oh ! je sais bien qu'ils prétendent 
être indifférents à cette victoire, et la 
preuve qu'ils en donnent, c'est qu'ils 
n'onl pas cherché à l'obtenir. 

A cela je réponds, que si leur indif- 
férence est vraie, elle les classe... et 
assez mal ! Ensuite que quelques 
uns, au moins, ont fait leur gros 
possible, ce dont je les félicite, et ont 
été bel et bien battus, — ce qui est 
trist« pour eux mais glorieux pour 
nous ! 

J'ouvre ici une parenthèse, pour 
dire aux vaincus que je les admire 
pour leur bon goût et leur travail 
soutenu au milieu de l'apatiiie de 
leurs compagnons. Tout le monde 
ne peut avoir le premier prix, la dif- 
férence entre les points est faible, et 
le fait d'avoir pris part au concours 



Alaucmoisclle EMELIE SAINT-JACQUES 

leurs que nous ayons eus. Nous le 
condamnons, tout de même, à parler 
devant des chaises vides, et la se- 
miaine de Pâques, je rougissais de la 
preuve évidente que donnaient les 
canadiens par leur absence, de leur 
manque de goût et de culture. Il me 
semble, pourtant, sans nous flatter, 
qu'un grand nombre de ceux qui né- 
gligent de venir aux conférences se- 
raient capables de les apprécier. Si 
c'est parce qu'ils n'y pensent pas, 
que vous et toutes vos sœurs jour- 
nalistes le leur crient sur tous les 
tons ! 

Si c'est parcequ'ils préfèrent les 
vues animées, ce sont des sauvages, 
il faut encore le leur dire ! 

Mais il faut à tout prix les se- 
couer, les sortir de leur torpeur, de 
leur ignorance, de leur positivisme 
qui devient de la vulgarité. 

J'espère que ma lettre ne vous fait 
pas dresser les cheveux sur la tête. 
Mettez-la dans un moule, donnez-lui 
un relief et du velours et, ainsi pa- 
rée, servez-en la substance à vos lec- 
teurs pour faire plaisir à une de vos 
lectrices assidues. 

WHO ? 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



59 




Les Cloches de Doiivretny 




" Jeannette allait faire ses fontai- 
nes comme ses compagnes, — dit un 
camarade d'enfance, Michel Leluin, — 
mais je ne crois pas qu'elle ait été à 
l'Arbre d'autres fois et pour une au- 
tre cause, car elle était toute bon- 



ne. 



Toute bonne, quel mot délicieux 
qui vêt et fleurit de soleil la petite 
fille ! Quel enchantement parmi tous 
ces détails ! Nul ne me fera de re- 
proche si je ralentis notre pas. On 
est près de la terre : on ententi 
respirer cette belle campagne et sa 
fidèle population ; on voit les poiiits 
de suture qui relient le monde gau- 
lois au monde catholique romain. 
Dans ce paysage qui n'a pas bougé, 
si l'on médite ces vieux textes, on 
s'enrichit d'une intelligence qui ne 
diffère pas de l'amour. 

C'est à ces lieux que la vierge. pen- 
sait quand elle dit telle parole qui 
nous mène, à mon jugement, le plus 
près de son âme. Elle était prison- 
nière ; Jes plus durs Légistes la te- 
naillaient de leurs subtils argu- 
ments, car ils eussent voulu qu'elle 
movirût en doutant d'elle-même et 
désespérée. Ses apparitions, di- 
saient-ils, étaient diaboliques et l'a- 
vaient trompée, puisqu'elles l'abam- 
donnaient. D'un élan sublime de 
simplicité, oWe répondit à ces tenta- 
teurs : " Si j'étais au milieu de mes 
bois, j'y entendrais bien mes voix." 

Quel silence nous courbe après un 
tel éclair ! Nous sommes contraints 
de méditer. Ce n'est point Jeanne 
seule qu'il illumine. Il nous aide à 
discerner parmi d'épais nuages le 
caractère et la formation des fa- 
t'eurs surnaturelles. " Si j'étais au 
milieu des bois..." Cette parole s'em- 
pare de nous, saisit notre cœur et 
notre intelligence pour toujours. Ce 
n'est point, comme tant de mots où 
nous nous définissons, une lointaine 
traxiuction, c'est de l'âme nue sous 
nos yeux. Lr. ' ierfe a révélé son se- 
cret et les moyens de son ascension. 
Il semble que par une fissure nous 
vovons sourdre la source. Voilà 



donc comment s'émeut la part divi- 
ne, pour ainsi parler, qu'il y a dans 
l'homme. Une jeune fille de dix-neuf 
ans, illettrée, nous oriente vers la 
plus poétique et la plus forte con- 
ception de la \-ie ! Souvent nous 
fûmes da^is le sillage de telle femme 
éclatante, privés de cœur et de cer- 
veau, mais par qui nous entendions 
les sourdes raisons de l'espèce ; rien 
ne peut être comparé au bénéfice qui 
nous augmentera si nous suivons la 
pure vierge que l'exaltation de son 
cœur et de so'U cerveau semble ami- 
mer de folie : elle nous mène au tré- 
sor mystérieux, aux réserves de la 
Nature. Dans ces paroles de Jeanne 
franchissent les nappes souterraines 
de la vie, de la vie commune à ttoue 
les êtres. Le pauvre oiseau captif 
qui, dans sa cage, n'enteqid plus sa 
volonté de vivre, l'enfamt qui s'hé- 
bète au collège par manque de ten- 
dresse, l'artiste que stérilisent les sa- 
lons, sentent confusément ce qu'ex- 
prime avec une sereine puissance cet- 
te vierge pour qui le monde surna- 
turel existait. Ils se définissent dams 
son cri : " Si j'étais au milieu des 
bois, j'y entendrais mes voix... 

Quel délice si nous mettons nos) 
pas dans ses pas, faciles à suivre, 
car, depuis qu'elle s'éloigna, son vil^ 
lage vit pour se souvenir ! Quelle 
approche du mystère quand nous re-. 
trouvons, défaillants de vieillesse 
mais tels encore que sa jeunesse les 
ooninut, les humbles objets inanimés 
dont son âme fut cliente !... 

Les chroniqueurs la virent grande 
et belle, avec des formes très fémini-i 
nés ; le visage plutôt rond, les che- 
veux noirs, les yeux bleus, un peu à 
fleur de tête, sous de longs cils 
bruns. Elle a tout de notre terre et' 
de notre race, mais ce qu'elle a du 
ciel, c'est, sur son visage rustique, 
l'enthousiasme et la comipassion. 

De l'héroine à sa vallée natale, 
c'est un tel échange d'influences que 
je ne m'étonne point si l'image que 
je garde aujourd'hui de ce canton 
béni répète les grands traits moraux 
que j'ai toujours cru voir aii visage 
de Jeanne d'Arc. Oserai-je le dire ? 



Quand je ferme les yeux pour repen- 
ser tous mes plaisirs d'un jour d'au- 
tomne à Domremy, j'invente des col- 
lines rustiques où serpentent les 
eaux vives de la compassion et que 
couronnent, pâlies par les clartés du 
crépuscule, de longues flam(mes d'en- 
thousiasme. Terre de repos, car elle 
a fait sa tâche ; terre d'exaltatàon, 
puisqu'elle fit prophétiser la si- 
bylle française. C'est la douceur 
brisante d'un appartement que la 
mort a vidé de l'être cher qui l'ani- 
mjait. Certain jour j'ai souffert dans 
Metz d'une atmosphère analogue, 
mais la belle tige lorraine, là-bas, 
fut arrachée, qui n'est ici que défleu- 
rie. Dans l'un et l'autre lieu, la sai- 
son héroique a passé, mais à Domjre- 
my Jeanne se respire encore. 

Pour jouir du soleil couchant, nous 
étions remontés sur la sainte col- 
line... 

Sous la feuillée du Bois-Chesnu, 
quand nous marchions silencieux, 
"F Angélus" de la paroisse commen- 
ça de tinter. Ces sons limpides a- 
grandirent subitenxent nos médita- 
tions et le paysage. Ils animaient 
dans ma conscience les documents 
qu'y accumulèrent de fréquentes lec- 
tures du double procès de condamna- 
tion et de réhabilitation. Nous n'a- 
vons jamais lu les interrogatoirea 
de l'héroine ou les réponses des té- 
moins sans être frappé de la puis- 
sance qu'avait sur elle le son des clo- 
ches. 

Au procès de réhabilitation, un la- 
boureur de Domremy dépose. "Quand 
elle était dans les champs et qu'elle 
entendait sonner la cloche, elle s'a- 
genouillait." Le marguillier ajoute 
que Jeanne lui avait promis de la 
laine ( de ses brebis, sans doute ) 
pour qu'il mît du zèle à sonner les 
cloches de compiles ( pour qu'il son- 
nât longuement au coucher du so- 
leil ) .—Dunois raconte : " Elle avait 
cette coutume, à l'heure des vêpres, 
au crépuscule de la nuit, de se retirer 
à l'église et de faire sonner les clo- 
ches pendant une demd-heure." — Elle- 
même, au cours de son procès, sur 
interrogation déclare que dans ce 
jour ses voix la visitèrent trois fois, 
à savoir : le matin, à vêpres et 
tandis qu'on sonnait "l'Ave Maria" 
du soir."— Mais il lui fallait le grand' 
silence. " Plusieurs fois, est-il dit 
au procès, Jeanne ne parvint pas à 
comprendre ses "voix" à cause du 



60 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



bruit de la prison et au milieu au 
tumulte de ses gardiens." C'est même 
là-dessus qu'elle prononça la phrase 
sublime : "Quod si esset in imo ne- 
more, bene audiat vooes venientes adr 
eam." — Le vendredi 30 mai 1431, 
étant " à sa fin et en l'article de la 
mort", elle fut interrogée par plu- 
sieurs de ses juges avant que d'être 
emmenée au bûcher, et la pure vic- 
time dit qu'elle entendait ses voix 
surtout à l'heure des oomplies ( qui 
sont le dernier office du jour ) , et 
aussi le matin, quand les cloches 
sont en branle. Alors maître Pierre 
Maurice, un des misérables habiles 
hommes qui l'épiaient, l'obsédaient, 
la poussaient dans des pièges, dit 
que " diverses personnes, lorsqu'elles 
entendent sonner les cloches, croient 
entendre et comprendre des paroles." 

Quel méchant homme ! Je me de- 
mande s'il fut jamais rien chuchoté 
de pire que cette phrase grisâtre qui 
vouJait " in extremis " dépouiller 
Jeanne de toute confiance dans son 
passé et de tout espoir dans son ave- 
nir. 

S'il s'associe à notre passion de 
méditer resf>ectueusement sur le se- 
cret de Je 111 • '' Aro, le Iwleur m'ex- 
cusera d'avoir ici rassemblé les tex- 
tes qui prouvent le rôle des cloches 
dans la vie de cette voyante. 

Dans ce long calme et ce désert, 
dans ce jour privilégié qu'est un 
voyage à Domremy, qu'avons-nous 
entendu des cloches sous les arbres ? 
Je connais que le frémissement des 
branches fait une vie, un geste, une 
phrase. Mais qu'y puis-je distin- 
guer ? Je ne pénètre point leur do- 
maine mystérieux où la vierge était 
familière. Les forêts lui proposent 
d'agir. Elles m'apportent les en- 
diantements de la mélancolie. 

Force sublime de la virginité, qu'a- 
vaient reconnue nos aïeux les Cel- 
tes, que soupçonnent les physiolo- 
gues et que parfois je crus compren- 
dre. Donner de la vie, c'est aussitôt 
connaître dans une lassitude le vrai 
sentiment de la tombe. Il ec mêle 
aux vertes ramures, à l'audace joy- 
euse des oiseaux, à notre émoi de la 
beauté, le roman vaporeux de la 
mort. C'est qu'à certain philtre on 
ne fait pas sa part une fois qu'il 
s'est glissé dans nos veines où nos 
puissances ne sont plus intactes. 

Empêché de s'introduire au monde 
céleste avec les ramures, nnon esprit 



du moins s'ébranle à l'appel du clo- 
cher dont les fondements s'assurent 
au milieu des tombes. "Deum cano", 
dit la cloche dans les airs, sans que 
je suive sa louange, mais son " De- 
funotos ploro" se répercute dans 
mon âme pensive. La cloche mène 
au cimetière comme elle convoque 
au baptistère ; de la même voix qui 
proclame : "lia ont gagné leur re- 
pos", elle annonce à la société da 
nouveaux collaborateurs. Son joyeux 
carillon nous assure d'un prochain 
glas funèbre, mais pour l'entre-detix 
va-t-elle nous avertir ? 

Les cloches disaient à Jeanne un 
large chant de confiance : "Tu mar- 
cheras..." Et l'enfant soumise s'eni- 
vrait des rêveries d'une action glo- 
rieuse. Mais trop vite la cloche se 
taisait... La cloche qui nous fait con- 
naître, puisqu'elle ébranle notre 
émotivité, ne nous dit point les évé- 
nements. Dès l'aube, je sais ma vo- 
cation ; seul mon couchant connaî- 
tra mon destin. 

" Sonne, sonneur ; pourquoi t'in- 
terronapre ? avec toi je partagerai la 
laine de mes brebis, si ta cloche 
claire achève de me dévoiler mon 
sort..." Hélas ! le battant a cessé de 
frapper ; des ondes continuent à vi- 
brer dans les airs qui décroissent, se 
taisent. Extrêmes confidences que 
Jeanne agenouillée longuement es- 
saie de surprendre. Les sons vapori- 
sés se fondent avec les vapeurs du 
ciel. Beaux nuages indécis et multi- 
colores, mouvantes constructions 
sur ma curiosité vous demeurez sus- 
pendus... 

L'ignorance est tiède à ceux que 
glacerait une vue nette des lointains. 
Je ne paierai point le sonneur pour 
que les prophétesses plus longtemps 
au clocher se balancent, puisque ces 
grandes semeuses de bruit ne peu- 
vent pas jeter sur la terre de la se- 
mence de bonheur. 

J'ai connu leur psaume, qui n'est 
qu'une implacable affirmation de la 
dure nécessité. Quand survinrent la 
mort de mon père et puis la miort 
de ma mère, et que je marchai der- 
rière leur corps vers le cimetière, la 
cloche de ma paçoisse soudain com- 
mença publiquement à me parler. Je 
tremblai quand son premier coup 
ébranla l'air et qu'au milieu de mes 
parents et de mes amis je passai le 
seuil familial, la porte de la maison 
où désormais j'étais le maître. Grâce 



à cette annonciatrice, je n'étais plus 
seul dans une nature indifférqnte. 
Les airs retentissaient de ma plain- 
te. Ne te taie pas, glas de terreui- ! 
Après toi commencera l'affreux silan- 
ce, et quand, mon tour arrivé, tu de- 
vras retentir pour moi, nul ne sau- 
ra plus les mots ni les vertus des 
miens. Leurs portraits même se- 
ront brutalement maniés et rejetés 
parce qu'ils manquent de valeur 
artistique. Sur cette mer d'a- 
néantissement, tout "le salut, c'est un 
petit garçon, s'il porte dans son 
cœur l'essentiel que je lui propose.... 

Cependant les cloches se sont tues, 
et Philippe, qui n'aime pas qu'on 
rêve, veut que je lui dise conunent 
furent punies les méchajites gens qui 
brûlèrent Jeanne au Vieux Marché. 
Je n'assombrirai pas son imagina- 
tion. C'est d'mi autre qu'il con- 
naîtra l'une des pages les plus dures 
de l'histoire. Plusieurs des bêtes 
féroces par qui la Lorraine avait été 
martyrisée jouirent "3e la faveur et 
même de l'amitié royale. Quand 
Charles Vil fit son entrée solennelle 
à Paris, l'un des tortionnaires le 
harangua au nom des Facultés. Ce 
ne serait pas la peine que je me fus- 
se mêlé à quelque politique, si je de- 
vais là-dessus me scandaliser. De 
tels faits, à les bien comprendre, 
donnent sa véritable couleur à la 
vie, qui est cruelle. Mais ils ne Sont 
point une nourriture pour un pauvre 
petit garçon...... 

Il est des jours qui sont des îles.... 
Au bord d'une telle journée de l'au- 
tomne en Lorraine, viennent battre 
les sombres flots de l'hiver pari- 
sien. Mais plus sombres l'entourent 
les nuayes, les neiges et les pluies de 
toutes nos vies médiocres. Divine 
douceur de ce chétif paysage si mol 
et si fort, racinien et cornélien ! Il 
brise le cœur et l'affermit. Perpétuel 
attendrissement, mais qui formerait 
des héros. ' 

MAURICE BARRES. 

Extrait de " Vingt-cinq années de Vie 
Jjitténaire ". 

Point de beaux visages s'ils ne 
sont coiffés d'un chic chapeau. Al- 
lez le demander au salon de modes, 
Mille-Fleurs, 527 rue Sainte Cathe- 
rine Est. La fraîcheur et l'éclat des 
créations de cet établissement sont 
incomparables. 






61 

HsmiSIsri 



LE JOURNAL UE FRANÇOISE 

A propos de l'Hôpital I --^«-^^^^^ ^^«««MMmmss™ 

opitai| supplementaii^s et de nulle obliga- i ï ^ ^, 4. . 1 

_ Ste- Justine $ *J°^ ^'^ ^^^ o^t envoyées en gâteaux 1 *^^ * UtOlCmCllt 1 

« Z et bonbons pour être distribués au '=' ^ 

«#**#^#^**^^,^^^^^^^* goûter de nos gentilles ouvrièixjs. 

T . , . J ai ete bien heureuse de oes atten- t ' " i? u , ^ 

Je savais bien, chères Enfants, *^»«s dont la délicatesse m'a émue ?,. "^^ ^^"^ " ^^ent de po- 

que je ne ferais pas un vain appel à e* i^ les prie de croire à toute ma re- + 1 """ référendum concernant le tu- 
votre générosité et à votre charité connaissance. toiement conjugal. II a reçu une se 

lorsque dans le dernier numéro de ^«û de récompenser, chers en- "^ - réponses, tantôt jolies, tantôt 
mars du Journal de Françoise, je ^^nts, votre zèle et votre bonne vo- T"^""^' ^^^^^^t bizarres et inatten- 
vous demandais de vous joindre au ^o^té, une petite séance sera donnée T* • ,. 

comité de couture que j'avais l'i.n- samedi le 6 juin prochain à 4 heu- o°^°î ""® '^^ °®s dernières : 
tention de former, et vous faire par f^^ *rès précises de l'après-midi, dans > l tutoiement est choquant 

la participer à la belle œuvre du ^^^ malles de l'édifice de la " Patrie" • ^^^^'^^^ entre époux !... Pour' 

soulagement des enfants pauvres et ^^e les MM. Tarte ont gracieusement T""-' '^""T"^^ '^'''"'' •- " ^«rce qu'il 
malades de l'hôpital Sainte- Justine, ^^^es à notre disposition. ae\ient Ja pi-eu\e de l'intimité, et 

Grâce à votre bonne volonté et ^^ maison Valiquette se chare-e ai- ^"f *•""* °® 1"^ P*^"* l'évoquer' est 
grâce aussi à celle de vos mères qui mablemeiit de nous fournir les sièges ''"Iff^^^ et déplacé. " En vérité 
ont enqouragé vos efforts, le person- ^"1 Jfio"s sont nécessaires. ^^^îf ""^ ^"^e bien sensible et une 

nel de petites couseuses promet ^jour Tous les enfants, garçons et filles Pudibonderie bien exagérée... C'est 
1 avenir. Une trentaine de fillettf>s y seront admis au taux de cirq sous ^^ ^^nque de simplicité qui amène 
qui travaillent ne fût-ce qu'une htf.- chacun. souvent l'usage du VOUS devant le 

re tous les quinze jours viennent à ^^ "e sera pas demandé plus cher ™""^e ^^ ™ême dans la vie coutu- 
la fin à confectionner des choses qui ^ux grandes personnes qui seront ^^f^'^' ^^ VOUS est un masque, un 
comptent, et je suis heureuse de le obligées d'accompagner les enfants ^^^t"?®*!* d'apparat, qui nuit à l'in- 
dire, toutes font preuve de cœur et Pendant la représentation, il sera "™^*f s^™e et normale, et nous 
de bonne volonté. Avec ces deux P^ssé dans les rangs des spectateurs ^^^^^^ parfaitement prétentieux, 
bases fondamentales, l'œuvre du Co- des petites boîtes de bonbons dont la • ^^^^^^^' ^e tutoiement est sou- 
mité de court/ure des Ehfants ne peut ^^i^^e non plus ne dépassera pas cinq ^^^ ^^ ^^"^^ de la langue. Il n'est 
aller qu'en progressant. sous. ^ pas d'usage en anglais. On ne l'em- 

Plusieurs fillettes de Montréal ou ^e n'est pas onéreux, comme vous ^^°^*^. ^^'^^ poésie, dans la grande 
d'en dehors de la ville, notamment ^'^yez, et je m'attends à ce qu'il y Pp^.^ion, et aussi en s'adressant à la 
de Québec et la Beauce, m'ayant ex- ^^^ foule à la matinée du 6 juin pro- ^J'^^^^té. On se sert en lui pariant 
primé le regret de ne pouvoir faire ^*^^'i" > j'e puis vous assurer que vous "" langage spécial pour bien indi- 
partie de notre comité, il a été déci- "^ regiretterez pas de vous y être ren- T^^\ comme on la place en dehors 
dé de les admettre à titre de "mem- dus, grâce au dévouement généreux , ''',V'™anité et combien nous nous 
bres honoraires" moycnjiant vingt- de M. LeMarquand, commerçant """^^ i""» devant Dieu, 
cinq sous par année pour Chaque fa- frajiçais bien en vue de cette ville, "?" -A-Hemagne, au contraire, le tu- 
mille, ou encore, à la condition ^"^' °^et au succès de l'Oeuvre des ^o^ement s'emploie quand on parle 
qu'elles confectionnent, chacune se- enfants une bonne volonté dont les ^"^ enfants, aux égaux et aux infé- 
lan son habileté, un morceau de lin- dames patronnesses de l'Hôpital "^"5^- Pès que l'on s'adresse à une 
gerie à son choix ; chemise de nuit ^aiute-Justine sont très touchées supériorité quelconque, le tutoiement 
ou de jour, ^<oire môme une ser- Voici, chers neveux et nièces ime ®^* abandonné ; l'on dit VOUS et ce 



e 



uu ue jour, ^•olre môme une ser- ^ ^^^i, cners neveux et nièces, ime ^"annonne ; ion dit VOUS 

yiette pour les plus petites. Ce pro- bonne occasion de faire la charité ^^rait faute grave d'y manquer, 
jet, a rencontré une approbation que ?,^'' Je compte que vos parents — et , "^" italien, comme dans toutes les 
jesuis heureuse de signaler, et tout Insiste sur ce point — exigeront do '^°?"es d'origine latine, le . tutoie- 
fait espérer que, l'année prochaine, ^"}^^ que la somm,o demandée soit ™^"*. ®^* fréquent, 
membres actifs et membres hono- Prélevée sur vos petites épargnes. ^^^^ l'Italien marque le respect 



raires rivaliscrpnt de zèle pour le -^^s produits de cette matinée se- ^f^ ™*^ formule différente : il parle 
succès de l'œuvre entreprise. Parmi '"""t consacrées à acheter toile et fia- .°^^, ^ '^ troisième personne, dont 
les dons reçus par ces volontaires de "ellette pour vos futures assemblées *' ^^it ,un emploi fréquent, 
la charité, je citerai tout particuliè- °® couture de l'année prochaine. 9^' ^® VOUS, dans la langue fran- 

rement, à cause de la manière dont .^^ attendant, j'espère que l'ambi- ^^^^*'' apparaît évidemment, non pas 
le don a été fait, huit paires de pe- ^°'^, de mes industrieuses ne se ra- ^^^^^ la marque nécessaire et obli- 
tites pantoufles en laine, tricotées 'en^ira pas et que les mères eonti- ^f® ^'" respect, mais comme une sim- 
fort joliment par deux élèves du cou- 'tueront à nous prêter le concours de ^ marque de déférence. De là 
vent de la rue Rideau à Ottawa ; ces [^^^ influence, en maintenant chez Presque toujours, dans l'ancien 
chères enfants, pour augmenter le ^''"rs filles l'amour des pauvres pe- ^^P^' et souvent encore aujour- 
mérite de leur aumône, ont demandé f"^^ malades de l'Hôpital des En- ^'^"^' ^^ ^OVS des enfants à leurs 
de ne pas publier leur nom. fants. parents, et même entre frères et 

Je prie les parents de mes indus- TANTE NmiTTTT? ^"'■'' "^^"^ '•'•' familles plus parti- 

1AJMJ1. wiNETTE. cuherement attachées à l'habitude 



M 



62 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



du respect ou tenues, pwir. leur situa- 
Uoa sociale, à en déployer le dra- 
peau d'une fa«^n plus ostensible. 
Voilà qui explique très suffisamment 
et très respectablement, sans aucu- 
ne autre raison, l'emploi du VOUS 
entre mari et femme dans les famil- 
les plus particulièrement traditiona- 
listes. Ce n'est plus alors du sno- 
bi8m<>, car on se dit VOUS» miême en- 
core aujourd'hui dans certains mé- 
nages de paysans. 

Let) traditions, en France, se confi- 
nent à certains départements : c'est 
un usage spécial. Ce n'est pas contre 
celui-là que nous nous élevons, mais 
contre le VOUS simplement employé 
pour la paierie, le VOUS en public, 
alors que dans l'intimité on suppri- 
me trop facilement l'urbanité,» la dé- 
férence, voire môme la simple poli- 






LETTRE OUVERTE 



$ 



En résumé, il ne faut> approuver ou 
condamner ni le VOUS ni le TU, 
mais le sentiment qui les dicte. 

Le tutoiement vient si naturelle- 
ment à la bouche des petits, qu'il me 
semble cruel de les contraindre aux 
formules cérémonieuses. , 

Il vient un âçe, toutefois, où il est 
bon d'imposer certaine réserve : il 
est très déplaisant d'être exposé au 
tutoiement familier de pei-sonnes 
mal élevées ou qui cherchent à éta- 
blir une intimité que vous ne leur 
avez point proposée. 

Le tiitoiement est une des formu- 
les où le tact, les finesses de l'édu- 
cation ont sans cesse à intervenir. Ce 
qui est le plus à considérer^j c'est 
uniquement la sincérité, l'esprit ou 
la tradition avec lesquels. on l'em. 
ploie. 

Quelque soient les questions de 
savoir-vivre que nous examinions, 
nous voyons toujours qu'elles repo- 
sent sur une base de coodialité et 
de bon sens qu'il importe avant tout 
de respecter. On y brode plus ou 
moins d'astragales, mais le fond 
est toujours très simple en même 
temps que très élevé, comprwiant les 
égards que nous devons à autrui. 



" Ma ohère Françoise, 

En lisant votre intéressait ar- 
ticle sur l'inaugiuration du nouvel 
édifice de "La Pa-trie ", vous me 
voyez tout surpris et quelque peu 
peiné de n'y pas trouver un mot — 
un seul — à l'adresse du jounaaliste 
à l'immense talent que fut Israël 
Tarte, disparu, il y a si peu de 
temps. 

La plume prodigieusement fertile et 
toujours si entraînante qui faisait 
de Tarte l'écrivain de toutes les cir- 
constances, méritait q^'on fit au 
moins mention de son nom, à l'oc- 
casion de l'inau'guration de son œu- 
vre : . le magnifique monument qui 
fait la gloire de votre ville. Un tout 
petit souvenir, venant de vous, qui 
avez vécu si près de lui, s'imposait à 
votre plume, il me semble. 
A vous. 

Le Passé ". 

Je répondrai à mon correspon- 
dant que, moi aussi, " je rae sou- 
viens ". Si j'ai surtout parlé de 
Beaugrand dans le compte rendu de 
la fête, c'est que de tous les noms 
qne l'on y a évoqués, le sien seul a 
été oublié. 

Et c'est vers les déshérités du sou- 
venir que va tout d'abord le cœur 
d'une femme. 

FRANÇOISE. 



rées,.elle se mit à son métier et l'on 
n'entendit plus, da-ns la grande pièce 
sombre, que le bruit de la navette et 
les soupirs du vieux qui avait faim. 

Depuis que la vache avait été trou- 
vée morte la tête dans sa provende, 
les repas avaient été écourtés ;) main- 
tenant, à la récolte perdue, c'était la 
famine si Mélie ne sortait pas les 
écus amassés dans les ans passés ; et 
Mélie ne les sortirait pas. Silen- 
cieusement, le vieux mit sa veste à 
manches et s'en fut, par la route chez 
les Grandpré, demander un pain pour 
l'aidei'; à jfeûner, mais en chemin il se 
ravisa en songeant à la mine qu'il 
eut fait à quiconque lui en eut de- 
mandé autant et prit par les champs. 

Le lendemain matin, il manquait 
une miche dans la huche des Grand- 
pré et Michel Latendresse ne parais- 
sait pas plus mal de son jeûne. Mélie 
rangeait dans la maison avec des 
mouvements brusques et regardait 
avec des yeux de jeune louve le go- 
ret qui s'avançait jusque sur le per- 
ron. "Dites donc, le père" hazarda- 
t-elle, "on pourrait voir à le vendre 
dans le \dllage", et le père, gogue- 
nard, répondit ; " Ben, on serait 
mieux d'attendre le boucher de la 
ville qui va passer après demain, y 
donne plus cher." La pauvre Mélie 
sentit les forces lui manquer à la 
perspective des deux jours à venir, et 
avec un soupir admiratif murmura : 
" N'y a que les anciens au jour d'au- 
jourd'hui pour être de rudes gens. 

CHAHOH. 




Avez-vous vu les chapeaux de pail- 
le " pain brûlé " ou les toques en 
taffetas gris " taupe ", au salon de 
modes Mille-Fleurs ? C'est le der- 
nier cri de la saison. 



Ceux d'Autrefois 






Ce soir-là, la grande Mélie rentra 
des champs de très méchante hu- 
meur et comane son bon'hommie de 
père, le vieux Michel Latendresse, 
questionnait, elle lui dit tout d'une 
Haleine : "Le grain est perdu, on 
s'en va à la misère. J'ai pus d'ar- 
gent et le gorej. est pas à point. 
Faut pas manger." Tje vieux opina: 
" Ça coûte gros le manger, mais y a 
pas moyen .de s'en passer." — "On 
peut quand on est pas feignant", 
lança la grande Mélie, en colère pour 
tout de bon. Puis, les lèvres ser- 



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LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



63 




Tous les printemps, les bois reverdis- 
sants m'attirent, et, alors, j'y vais rôder, 
les matins.... A peine en ai-je fran- 
chi l'orée, que les bourgeons récemment 
éclatés et les feuillées fraîchement éclo- 
ses m'envoient au visage leur exquise 
senteur verte. Puis, en cheminant par- 
mi les jeunes verdures et en entendant 
résonner à travers bois le refrain d'avril 
des oiselets nouvellement arrivés, j'ai des 
délices d'une intensité grisante. . . Mais 
soudain, en songeant à tant de milliers de 
mignons oiseaux qui chantent dans les 
forêts, et qui partiront, quand souffle- 
ront les premiers vents automnaux, sans 
avoir, peut-être, enchanté nulle oreille et 
attendri nul coeur. . ., je suis triste! 



En plongeant aussi à travers la forêt 
toujours renaissante du monde, en res- 
pirant les odeurs printanières qu'elle ex- 
hale parfois, j'éprouve un charme mysté- 
rieusement troublant. Et je m'y arrête, 
bien souvent, pour écouter la voix suave- 
ment sonore des poètes, ces oiseaux aussi, 
— voix qui s'élève comme l'écho vibrant 
de toutes choses... Oh! alors, c'est 
comme si j'avais toutes les harmonies du 
Paradis dans le coeur ! . . . Mais bientôt, 
en pensant à tant de ces malheureux qui 
battent des ailes pour prolonger leur 
chant jusque dans l'âme des générations, 
et qui passeront, peut-être, sans en être 
jamais entendus. . ., je souffre! 



JEAN DE CANADA. 



□nannnDnaaannnannpnnaannn 



I Subtilité de langage 



□ a D □ naaanannnnnnHnnnnnu 



La plupart des grammsairiens di- 
sent qu'il ne peut exister de synony- 
mes parfaits, c'est-à-dire ayan't exac- 
tement la même signification ; ils 
soutiennent que lorsqu'on se rend 
bien compte de la valeur propre des 
mots les plus rapprochés par le 
sens, on finit toujours par trouver 
entre eux des différences. C'est cette 
différence 'qui en certaines circonstan- 
ces donne du piquant au langage ; 
en voici quelques exemples. 



Lors de l'entrevue de Tilsitt, où 
Alexandre 1er et Napoléon se pré- 
sentèrent réciproquement les person- 
nages marquants de leurs états-ma- 
jors. Napoléon demanda quel était le 
général qui avait commandé la ca- 
valerie russe dans la dernière affai- 
re : " JE, Sire ", répondit un aide 
de camp d'Alexandre. Un sourire se 
dessina sur les lèvres des officiers de 
Napoléon qui le réprima aussitôt 
par cette réponse : " Général, vous 
ne maniez peut-être pas "très bien " 
la f langue française, mais vous vous 
entendez "admirablement" à faire 
mjanœuvrer vos troupes". 

Et cet autre : " Un député littéra- 
teur et fonctionnaire, venait d'être 
appelé à de nouvelles fonctions. Sou- 
mis à la réélection, il demanda à un 
des principaux électeurs de son ar- 
rondissement s'il pensait qu'il serait 
renommé." "Renommé " ! c'est pos- 
sible, répondit celui-ci, si vos œu- 
vres, que je n'ai pas l'honneur de 
connaître, le permettent, mais réélu, 
non." 

Un Allemand apprenant le fran- 
çais, vit dans son dictionnaire que 
juste et éciuitable étaient synonymes. 
Il essaya des bottes qui le gênaient. 
" Vous m'avez fait, dit-il à son cor- 
donnier des bottes qui sont par trop 
équitables." 



Le Nôtre prisait de la sciure de 
bois. . . 

Catherine de Médi'cis ne pouvait 
supporter l'odeur de la rose. 

Btéliul plaçait une tête de mort sur 
son piano : 

Mignard ne pouvait dormir qu'a- 
vec une poule dans sa chambre. 

8 Propos d'Etiquette 



D. — Gardc-t-on ses gatits à l'église? 

R. — Certainement, mais on doit les 
ôter quand on va communier ou que l'on 
entre au confessionnal. 
D. — Le cadeau de noces peut-il s'envoyer 
avant la signature du contrat? 

R. — Le cadeau est toujours acceptable; 
qu'il vienne avant, pendant ou après le 
contrat. 

D. — Faut-il le nouer avec une faveur 
blanche f 

R. — Pas nécessaire. Si on y attache 
sa carte, elle peut être retenue à l'article 
envoyé par une faveur blanche. 



LADY ETIQUETTE. 




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v^^^e)' 



<i&\3^ 



Ampère regardait toujours fixe- 
ment, en faisant son coua-s, un bou- 
ton d'habit d'un de ses auditeurs. 

Bacon tombait en défaillance pen- 
dant les éclipses de lime. 

Beyle avait des convulsions quand 
il entendait le bruit de l'eau sor- 
tant d'un robinet. 

Le maréchal de Brézé s'évanouis- 
sait à la vue d'un lapin. 

Crébillon écrivait ses tragédies en 
ayant deux oorbeaux sur sa table. 

Cuja« travaillait couché par terre. 

Daumesnil a eu sa vie empoisonnée 
par la terreur des comètes. 

Erasme était pris d'un accès de 
fièvre à la vue d'un poisson. 

Haendel ne composait que dans 
l'ivresse. 

Lavoisier buvait souvent dans son 
encrier. 



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64 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



Un jeune homme 
moderne 



^ 




Plus j'étudie les manières des jeu- 
nes gens modernes, plus je comprends 
pourquoi les femmes disent que lii 
société d'un homme est rarement 
agréable avant qu'il ait atteint In 
trentaine. Le jeune homme mu lerne 
est poseur, suffisant, blasé. 11 Ksout 
les questions du jour d'un air d'ni- 
torité suprême ; il prend un air pro- 
tecteur avec les f émanes, (•roi.se les 
jambes, moitié a'ssis, moitié coucl.o 
dans un fauteuil, et il croit qu'il mit 
un grand honneur aux' femmos ei: 
condescendant à danser avec elles o« 
à écouter leur conversation. 

En France et en Allemagne, il es\ 
absolument intolérable. En Améri- 
que, il est assez mal élevé, mais Dieu 
merci, il n'est rien de tel qu'une amé- 
ricaine pour savoir remettre un hom- 
me à sa place. 

Le jeune homme moderne tape sur 
l'épaule des jeunes filles de sa con- 
naissance, il leur envoie la fumée de 
sa cigarette à la figure, et leur fait 
un petit salut de la main, quand il 
les rencontre dans la rue. 

Dans les tramways, c'est générale- 
ment l'homme de quarante, cinquan- 
te et soixante ans qui .se lèv'e pour 
offrir sa place aux dames, le jeune 
homme, lui, reste as.sis. Les jeunes 
ne se laissent rien dire par les gens 
âgés et sont souvent presque impo- 
lis. Us n'écoutent rien, n'appremnent 
rien, ils édifient leurs armes avec 
leurs souvenirs et leurs impressions. 

J'aime le jeune homme de vingt 
ans qui ne croit pas qu'une femme ne 
peut lui résister, qui est attentif et 
respectueux avec les femmes et les 
gens âgés, qui admet qu'il est de dix 
ans plus jeune que son père, qui gar- 
de son chapeau à la main lorsqu'il 
parle aux dames, qui s'amu.se comme 
la jeunesse doit s'amuser et qui ré- 
u.xsit à se rendre agréable et utile 
partout où il va. 

Max O'Rell. 

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Faut-il croire le fait, ou n'est-ce 
qu'un racontar ? En Angleterre, 
jusqu'au commencement du XXe siè- 
cle, on condamna les femmes bavar- 
des à porter mie muselière. Pour 
bien prouver qu'il ne s'agit pas d'une 
fantaisie humoristique, on a repro- 
duit et gravé l'image de qvielques- 
uns de ces engins qui existent encore 
en assez grand nombre. Dans le 
Cheshire, il y en a treize ; dans le 
Lancashire il y en a cinq ou six et 
autant dans le Staffordshire. 

Le Derbyshire n'en possède qu'un. 
Quelques-unes de ces muselières sont 
de véritables instruments de torture, 
La dernière fois que ce singulier us- 
tensile fut employé, ce fut en 1824, 
à Congleton, dans le Cheshire. Les 
personnes qui prétendent qu'on n'a 
rien fait durant le XIXe siècle pour 
l'amélioration des femmes ont donc 
tort. 



Madame Bennati 

Il y aura le vendredi, 22 mai pro- 
chain, ime audition d'élèves et vm 
concert de Madame Bennati, l'artiste 
bien connue du public montréalais. 
En effet, , nous connaissons tous, non- 
seulement les talents de Mme Benna- 
ti comme professeiir de chant et de 
diction, mais encore le charme péné- 
trant de sa riche et belle voix. Nous 
agirons le loisir de l'entendre à nou- 
veau et de l'apprécier dans la secon- 
de partie du proQ-rnmmp, où après 
avoir constaté les progrès des élèves, 
nous pourrons goûter et applaudir 
aux succès de l'artiste. — Cette in- 
téressante soirée aura lieu dans les 
salles du Y. M. Q; A. square Domi- 
nion. 



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Concert Charmant 

La Compagnie des Gramophones Berliner 
a donné, il y a quelque temps, dans la 
spacieuse salle du Lyric, un concert char- 
mant auquel assistaient des milliers d'au- 
diteurs. 

Parmi les noms d'artistes qu'annonçait 
le programme, on lisait ceux de Ca- 
ruso, de Pol Plançon, de Campanari, de 
Mesdames Calvé, Melba, Letrazzini, Mar- 
cella Sembrich, Schumann - Heink - toute 
la phalange des célébrités artistiques, 
quoi ! 

C'est au moyen d'un appareil, que l'on 
nomone auxétophone, lequel grossit le son 
sans lui faire perdre de sa souplesse, que 
l'on peut faire entendre ces artistes quel- 
que grande que soit la salle du concert. 

L'accompagnement orchestral, harpes, 
violons, flûtes, cors et clarinettes ne per- 
dent rien de leur valeur et sont entendus 
très distinctement. 

Quelle belle chose que la science qui nous 
permet d'aller écouter des artistes fa- 
meux, qu'il serait impossible d'entendre 
tous dans une seule soirée à Montréal. 

Les directeurs de la Compagnie Berliner 
méritent toutes les félicitations i>our cette 
inauguration intéressante de leurs concerts 
f)honographiquos. 



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I Notes sur la Mode I 

Disons un mot de la naode pour 
enfants, car il y a a-ussi une mode 
pour les petits ; ainsi, on remarque 
qu'ils n'ont plus tout à fait la même 
allure qu'il y a quelque temps. La 
taille est, maintenant, à peine au- 
dessous de la lij^ne normale. Les jv»- 
pes, très courtes, sont assez jupon- 
nées ;• les manches, toujours demi- 
longues, sont amples. Voici les in- 
dications générales quant à la sil- 
houette. 

Ajoutons, comme indication prati- 
que, qu'il est important de faire por- 
ter aux fillettes des robes de des- 
sous — ou jupons — dont la taille 
soit un peu plus longue que celle de 
la robe de dessus ; il faut tenir 
compte aussi que la jupe doit être un 
peu plus longue devant que derrière. 
Comme couleurs, le blanc est tou- 
jours le plus joli, le hlanc lavable 
bien entendu. On choisira une forme 
simple, afin de ne pas compliquer le 
repassage de la robe. 

Si on trouve le blanc par trop sa- 
lissant^ pour l'été et les plaisirs 
ohampêfres, on peut employer la toi- 
le écrue avec dentelle assortie. 

Enfin, si l'on tient au lainage de 
couleur, il y a la serge bleue marine 
et les écossais. 

Comme chapeaux, cet été, nous fe- 
rons porter à nos enfants de petites 
cloches souples, en panama, en fine 
paille anglaise ; ou plus modeste- 
ment en paillasson souple, en jockey. 
Toujours ces pailles seront garnies 
de fleurs ou de soies aux tons vieil- 
lots et éteints. 

Comme chaussures habillées, chaus- 
sures et chaussettes blanches. On fe- 
ra aussi beaucoup de lasting ( pru- 
nelle ) à petits damiers, avec bouts 
vernis, et la chaussure de toile grise. 
Mais toujours la forme sera la mê- 
me, c'est-à-'dire très aisée et carrée 
du bout, de manière que les pieds de 
l'enfant soient très à l'aise. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



jaaaaaanDaaannnnnnnnnnnnn 



Conseils Utiles 



□nDnanDnnnDDpnnnnnESOnânn 



NETTOYAGE DES ECHARPES 
DE SOIE BLANCHE.— Voici un' pro- 
cédé qui conserve au foulard après 
le lavage le blanc et l'apprêt du 
neuf. Il suffit pour cela de la laver 
dans de l'eau de savon, sans le rin- 
cer et de le repasser pendant qu'il 
est humide. Il en est de même pour 
les lainages des petits enfants ; avec 
un peu de tour de main, on nettoie 
ces bibelots très facilement. 



65 

laissez gonfler et égouttez avec soin. 
Faites-les ensuite sauter au beurre 
avec assaisonnement ( poivre et noix 
muscade ) et servez. 



GELEE D'AMANDES. -Prenez une 
oncfc d'amandes amères, deux onces 
de sucre blanc, un demiard d'eau. 
Broyez les amandes dans un mortier' 
jusqu'à ce que le tout forme une pâ- 
te ; ajoutez l'eau graduellement en 
brassant, coulez. Faites ensuite fon- 
dre une once de gélatine dans un de- 
miard d'eau. Mêlez le tout, ajoutez 
du sucre au besoin et des essences 
au goût. 



SOUPLESSE DE LA CHEVELU- 
I^E. — La chevelure est la première 
parure de la femme. Elle est celle 
aussi qui réclame les soins les plus 
minutieux. On fera de fréquents la- 
vages à l'eau chaude dans "laquelle 
on aura fait fondre gros comme un 
œuf de pigeon de bi-borax ; on rince 
à grande eau, toujours chaude jus- 
qu'à ce que l'eau reste tout à fait 
claire. Le séchage opéré, on friction- 
ne le cuir cherv^elu avec un mélange 
d'huile de ricin, de rhum, d'extrait 
de quinquina et d'eau de Cologne. 



PAIN DES ANGES. -Cinq blancs" 
d'œufs battus. Quand les blancs 
d'œufs sont à moitié battus, ajoutez 
le quart d'une cuillerée à thé de crè- 
me de tartre. Continuez de battre 
les blancs jiisqu'à ce qu'ils soient 
durs. Ajoutez ime pincée de sel, 3-4 
d'une tasse de sucre granulé, 1-2 tas- 
se de farine sassée 6 fois, 20 à 30 
minutes de cuisson, le feu ne doit pas 
être trop ardent. 



Recettes Faciles 



Le passant.— Quelles oreilles! quel- 
les oreilles ! 

L'insulté.— Elles sont peut-être un 
peu longues pour un homme, mais 
les vôtres sont certainement trop 
courtes pour un âne. 



BLANQUETTE DE VEAftJ.-Vous 
faites une blanquette de veau, soit 
avec une poitrine de veau coupée par 
morceaux, soit avec ce qui reste d'un 
rôti de la veille, coupé également en 
morceaux minces et petits. Vous 
mettez un morceau de beurre fondre 
dans une casserole ; a-vec une pincée 
de farine, sel, poivre, persil, vous fai- 
tes une blanquette. Vous mettez 
votre beurre dans cette cette blan- 
quette ; vous laissez mijoter, vous 
mouillez avec du bouillon ; liez avec 
des jaunes d'œufs et servez. 



CIGARETTE. 

Il y a trois choses que la plupart 
des femmes jettent par la fenêtre : 
leur temps, leur argent, leur santé.— 
Mme Geoffrin. 



LAZAGNES MARGE sautées au 
beurre.— Lazagnes Marge : un pa- 
quet de une demi-livre pour 6 per- 
sonnes. 

Faites cuire vos " Lazagnes Mar- 
ge " en les plongeant pendant dix à 
quinze minutes dans l'eau bouillante 
légèrement salée. Retirez du feu • 



Les chapeaux ! Voilà une grave 
préoccupation, car, de la coiffure dé- 
pend non-seulement le chic de la t®i- 
lette, mais l'apparence et la distinc- 
tion des personnes qui la portent. 
Savez-vous, chères lectrices, qu'un 
chapeau disgracieux peut enlaidir 
une jolie personne, comme un 
beau chapeau peut embellir le 
plus affreux des laiderons. Une 
personne soucieuse de son élégance, 
ne saurait donc se passer d'une ha- 
bile modiste, c'est pourquoi, nous te- 
nons si fort à vous recommander 
Mme Pageau, dont le goût délicat et 
sûr peut orienter votre choix, et fai- 
re faire de sérieuses économies à vo- 
tre bourse. Allez donc, sans tarder, - 
à son remarquable salon de modes. 
Là, vous trouverez les dernières nou- 
veautés de la saison, des garnitures 
gracieuses et des fleurs d'un ton si 
tendre qu'on les dirait fraîchement 
écloses. 

Mme PAGEAU,' 

769, rue Sainte-Catherine Est, entre 

les rues Panet et Plessis 



La route s'achève 



Par JEAN SAINT- YVES (1) 



66 , LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

V 

parce qu'elle le savait indulgent, ca- 
pable de la comprendre, elle lui 
a\oua tout cela en des paroles brè- 
ves, heiu-tées, coupées parfois par un 
samgiot, se mordant les lèvres, fer- 
mant les yeux où des larmes obsti- 
nées s'amassaient lui brûlant les 
paupif-res. 
— Non, voyez-vous, répondait-elle 

au dernier mot de Pierre je n'ai 

( Suite ) desses les éclats de voix après boire. Pas l'âme très compliquée Mon âme 

( bmte ) f^nâisint peur ; la mère effacée, est restée celle de l'enfant que , ai 

EUe avait de la littérature et loumise, silendeuse, l'aimant trop, te. une ame J P^f ^^^^o^geoise, 
n'était pas fâchée de le mon- voulant faii^ d'elle une demoiselle, se tre^ordmaire F vo^^^^^^^^^ 

trer. "Venez, écrivait-elle refaisant le tuant de travail pour la bien vêt r et ^±'^^1^1''%^^'^^^^^ 
billet célèbre de Ninon. Si la tête me lui faire donner des leçons.par l'ins- comme si une vision, un regret de 
1 - ■• . .-. X • j 1' A^^u plus eut passe en elle. 

tourne nous verrons a nous tirer de titutnce de 1 endroit. ^ _Oud c'eût été là ma vie : être 

ce mauvais pas le moins mal qu'il Le parc du château où vivait la fa- ^^^^^ '^^^ bourgeoise restée en les 
nous sera possible." Ninon s'en ti- imlle Noirmont s'en venait border la ^^^^^ étroits de son village, comme 
rait à merveille, dit la chronique, route, à la sortie du village et rien ^^j^ ^^^^.^ ^^^ homme, bien à soi, 
Luoette n'y avait guère plus de peine de la vie de cette demeure ne passait ^^^' gj^f^j^jj^^g g^ ne vivre que pour 
que sa très spirituelle et si aimable inaperçu. Souvent courbée sur quel- ^^^ Oui,.!^ des enfants entendez- 
patronne, que ouvrage, près de la fenêtre, elle ^^^^ ., ^^ '^^'^^ ^^1^^ j^ ^^ l'aurai ja- 

Mis en belle humeur, montés au vovait passer Louis et s'était nmse a . 
diapason, les camarades singé- l'aimer, le trouvant très-beau. iit pjerre. écoutait, incapable, de rien 
niaient. lui ne fut pas sans s'apercevoir de la ^^^ ^^^ trouver devant cette dé- 

" Venez, chère, répondaient-ils, présence de cette jeune fille qu'il re- ^j,gggg q^-ji n'aurait jamais soupçon- 
" noua vous dirons que vous êtes trouvait toujours, le regard levé vers ^^ ^^ ^^^^ j^^^^ femme si rieuse. 
"belle et ferons les pires folies po ir lui avec tant d'adoration, quand il y^j^^g mettant en son geste une dou- 
" vous distraire." revenait au château, chaque année, ^^^^^ ^^ respect infini, il porta à ses 

Et alors, peu à peu, entraînée, très aux vacances. Aussi n'eut-il qu'un i^^j-gg i^ petite main crispée, aban- 
fêtée. elle reparut au cercle, eut bien- signe à faire. donnée en la sienne. 

tôt son couvert mis chaque soir à la Elle accourut le retrouver à Sau- Aussitôt le visage défait de la jeu- 
popote. ^ ^ ^ mur. ^ ne femme s'éclaira. Elle eut un fai- 
Ce qui devait arriver, arriva. j^à, dans ce milieu mondain, très j^jg sourire, fit un geste, voulut par- 
Là, certains soirs, après une course expert, elle fut vite débrouillée, lan- jgj. p^jg^ ne pouvant, pas, elle se leva, 
aux Ouleds, un peu étourdis de kif et gée comme les autres. Elle put pa- g^ s'enfuiti par le petit sentier gli(s- 
de bruits, on revenait souper, boire raître dans les fêtes que se donnaient g^nt sous le couvert des lauriers rô- 
le Champagne. Les têtes s'éohauf- entre eux les petits ménages sembla- gpg, 
faient. On chantait. Et Lucette en- hles. Son esprit très vif, tout neuf, 

diablée, grisée, montait sur la table le charme de ses yeux lumineux, très IV 

pour débiter quelque refrain de Pa- doux, lui assurèrent des succès dont 

ris, dernier style. Après, la fête fi- elle ne se prévalut certes pas, rap- ...Le ciel est immense et toute lu- 
mssait comme toutes ses pareilles. portant tout à Louis Noirmont, mière. 

Louis était loin. heureux, qui la choyait, l'aimait Comme il l'avait rêvé, un jour, il 

Le lendemain Lucette disparais- comme une grande enfant. marche dans cette lumière énorme, 

sait. Cela durait deux jours. Elle Or c'est là qu'est la faute. Elle dans cette splendeur muette. 
restait enfermée dans la petite mai- n'était pas faite pour cette vie fac- Seul, avec son spahi, il va vers les 
son arabe que Louis avait juste fini tice, cette vie de fêtes, de courses, de grands sables, les ohotts lointains ef- 
d'installer avant son départ. Et c'é- soupers, vide agitée, en laquelle il fondrés dans le mirage bleu des ho- 
tait inutile d'aller frapper à sa por- l'avait mise. Par moment la lassitu- rizons tremblants, Biskra s'est caché 
te. Elle se refusait à ouvrir à qui de venait. Elle se reprenait. Cette derrière sa forêt de palmiers. L'oasis 
'que ce fût. Elle pleurait, réellement seconde nature qui l'envahissait la n'est plus q'un trait vert, une lisière 
honteuse d'elle-même. révoltait. Mais le pli était pris. Et de bois qui s'abaisse, s'enfonce aur 

Dans ces ténèbres qu'elle faisait l'on roulait de garnisons en garni- pied des collines roses posées dans le 
autour 8'elle, dans le silence reoon- sons, exaspérés, bruyants à plaisir, fond. 

quis, sa pensée la ramenait vers son par défi presque, gâchant la vie, je- Devant lui, c'est du feu, des éclairs 
enfance. tant l'argent, fous, ne songeant pas partout et d'étranges ombres dures, 

Elle revoyait le petit village de â l'avenir. faites de lueurs roses ou bleues. 
France où elle était née, avait gran- Maintenant c'était In satiété com- Toujours, toujours la lumière, et 
di,— sa famille pauvre ; le père me- plète, le dégoût. le rayonnement intense de la terre et 
nuisier, lourd, paysan dont les ru- Simplement, sa-ns fausse honte, des cieux ! 

(1) Ollendorf. Paris. IJepdod. interdite. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 67 

Pas un murmure, pas un cri, pas V C'était très beau, 

un souffle, rien... rien que le pas ca- Tout autour, les sables tressail- 

dencé des chevaux éclaboussant les Quelques dunes apparaissent par- laient et l'on ne pouvait dire où la 
sables, faisant jaillir des étincelles, mi les herbes, des façons de dunes, terre finissait, où le ciel commençait. 
Dans la solitude, il semble qu'une des tas de sables longs, faisant le Sur le bord, une maison blanche, un 
prière monte de cette terre accablée, gros dos comme des bêtes au repos, borhj carré, bas, étincelait sur ce 
maudite, où rien ne peut plus venir. Sous le vent les crêtes filent, une fond de verdure. Ahmar la lui nom- 
ne viendra jamais plus. Une émo- poussière blanche où le soleil met des ma. C'était Ourir, très loin, très 
tion grave saisit le cœur concevant lueurs de feu. 11 y en a beaucoup, loin d'eux, sur la ligne de Tug- 
tout à coup cotte éternité de désola- enchevêtrées un peu partout. mais gurth, qu'ils avaient abandonnée à 
tion et de mort. La gorge se serre, les elles ne valent pas la peine qu'on y Chegga, deux jours auparavant, 
yeux s'embuent comme si des larmes fasse attention. Ahmar sourit Assis dans la dune, à l'abri du 
y étaient venues. Mais cette désola- quand il en parle. vent. Pierre ne pouvait se lasser 

tion d'ici est d'une telle beauté que —Demain, tu les verras, les dunes, d'admirer cette petite oasis mauve 
le regard se lève, s'épure dans une répond-il invariablement. Tout pe- posée à l'horizon, debout sur une li- 
contemplation large, passionnée, tit, tout petit ça, achève-'t-il dédai- g^ne de sables pâles tendue entre le 
L'immense paix descend sur l'âme, gneux. ^^^1 6t_ ce bleu du lac plus épais, 

vous étreint Il marche devant, juohé sur un pe- plus violent que celui d'en haut. 

Le ciel est toute splendeur et lu- tit cheval noir, emmaillotté dans ses l^t tu dis que ce n'est pas de 

mière. burnous, bien assis, ratatiné dans sa ^ QB,u, cela ? 

...Des heures et des heures passent, selle à haut dossier, coun.-bé sous le Non, ce n'était pas de l'eau. Il ne 

Même splendeur, même lointain vent. Un moment Pierre s'était rc- pouvait y en avoir encore dans les 
bleu perdu, tombé dans le ciel, dans tourné. Il n'y avait plus rien sur chotts tant qu'il n'aurait pas plu 
le grand vide de l'au delà. l'horizon, ni la bande rose de l'Au- dans les montagnes. Il n'y avait là, 

Les montagnes qui étaient à gau- rès, ni celle de l'Ahmar-Kaddou loin- desséchée, qu'une couche épaisse de 
che, si jolies "sous leur voile rose, se taine, si haute cependant. Tout cela ^^}> e* dans l'éloignemont, sous le so- 
sont abaissées. L'Ahmar-Kaddou avait disparu, s'était abaissé sous '«1, cette surface lisse du fond décou- 
s'éloigne peu à peu. Tout est calme, la terre. '^ert transparaissait bleue dans un 

immobile, nu, tel qu'au premier mo- Autour de lui le cercle s'était re- merveilleux mirage, 
ment. Rien n'est changé, et cepen- fermé. —Mais la pluie va venir, dit Ah- 

dant il semble que la solitude se soit Le désert prenait un aspect plus '^^^*- Regarde. 

agrandie. Ce n'est plus lui qui mar- ingrat. La teinte jaune des sables Au-dessus de la dune, dans le ciel, 
che. C'est le désert qui monte, s'en apparaissait monotone. La terre ""^ barre grise s^avançait, des nua- 
vient l'enserrer, le prendre... Autour nue, désolée, semblait un grand dis- ë^s en tas, pressés, s'appesantissant 
de lui, le cercle bleu de l'horizon va que pâle suspendu dans l'immensité '^u'' '•* terre. Dans l'espace resserré, 
se fermer ! bleue. 'es vents semblèrent aller plus vite. 

Une tristesse le berce, un émoi qu'il Us allaient toujours. désordonnés, lâchés dans l'immensité 

ne connaissait pas. Maintenant Ahmar était heuo-eux. Il chantait. '^"^^ 
c'est fini. Il peut se retourner. Sa voix montait au diapason aigu ^^^ repartirent. 

Biskra n'est plus. A peine si la crête suivant la mode arabe, chevrotait", Mais la vague d'ombre descendant 
des petites collines disparues dentelle se lançait en des trilles invraisem' du Nord les gagna. Le voile se dé- 
le lointain. La vie s'en va, s'efface blables et, subitement, descendait veloppa, glissa au-dessus de leurs tê- 
d'autour de lui. Bientôt il n'y aura finir sur une note grave longuement tes, atteignit l'horizon, ferma le ciel, 
plus rien, rien que la terre et le ciel soutenue. Après quoi il recommen- Et la terre s'éteignit. Une petite 
et eux, tout seuls... Deux êtres dans çait, les sons heurtés, en le, même bê- pluie fine, glacée, commença de tom- 
cette immensité. L'ombre qu'ils font lement plaintif. Pierre suivait sans ber. Les sables s'arrêtèrent, le sol se 
est bien peu de chose. Il se dresse mot dire, amusé d'abord, les yeux fixa. Les dunes se levèrent en. formes 
sur les étriers, regarde... Quant ils se- gardés en ce lointain immuable dont vagues, grises, enfoncées dans le ciel 
ront là-bas, au bord de l'abîme la désolation et l'attrait douloureux plus bas, plus lourd, descendu sur 
bleu, ne semble-t-il pas que le moin- le prenaient lentement. Et il remar- elles. 

dre souffle les balaiera, les emporte- qua que la voix du spahi se perdait Courbés sur l'encolure de leurs chc- 
ra comme fétu de paille !... Les em- en l'espace, sans écho. vaux, cinglés par la pluie et comme 

portera ou .\...., Enfin, du haut d'une dume où la poussés par ce grand vent^qui s'était 

Et ses yeux, son âme, tout l'être .silhouette du spahi s'était immobi- levé, ils allaient côte à côte mainte- 
s'en vont vers ce lointain d'où le ver- lisée, l'attendant, Pierre aperçut un nant, profitjant des moindres facili- 
tige monte, ce lointain vers lequel il lac bleu, très grand, dont les rives tés du sol pour accélérer l'allure, 
rnarche, oubliant tout ce qui fut sa opposées baignaient une petite oasis trotter quelque temps. Plus d'éolats. 
vie passée, dominé, pris par la beau- lointaine. La lumière était si pure. Le grand rayon posé -sur l'hori/in 
té grave de ces solitudes, de ces ho- là-bas, que l'on distinguait, aoi-des- n'était plue. Tout se perdait en une 
rizons bleus qui semblent monter, se sus de la masse violette de l'oasis, même teinte grise des ciels d'hiver, 
perdre dans le ciel, — le grand ciel les palmiers les plus hauts, immobi- Ils ne se parlaient pas, n'aA^aient 
ardent qui l'enveloppe et l'attire. les, nettement découpés. plus même l'idée de se détourner, re- 



6§ LE JOURNAL DE FRANÇOISE 

garder ailleurs que droit devant eux. grises parmi les crêtes Jaunes tendues épais, et beaucoup, de fenêtres ; une 

La nuit allait venir. Peu à peu, la sur le peu d'horizon qu'ils pouvaient petite maison de la banlieue de Pa- 

lumière se mourait. Le cercle d'om- découvrir. De\ant, derrière, tout au- ns. 

bre montait se resserrait. tour, partout, du sable, des muasses Puis c'étaient encore d'autres ap- 

Enfin, dans une éclaircie se posant soulevées, des dunes toujours plus pels : " Martin ne va toujours pas. 

au loin comme un m» me pâle, ils hautes, — et puis, le ciel tout de sui- De plus, Fiévet est nualade, mais il 

aperçurent la masse blanche d'un t€. ne veut pas rester au lit. Il se traî- 

bordj perché sur une hauteur. Dans la monotonie des heures, su- ne, tourne en rond, suit les murs, ne 

C'était Stah-el-Hammeraïo, planté bissant peo» à pou la détresse de cette boit plus, ne mange plus... " 
là sur une pointe qui savance sur terre, l'émoi de ce silence énorme C'était tourte la vie des postes, ce- 
lés chotts. De là, quelques secondes, abattu sur eux, Pierre s'inquiétait, la. 
il put contempler l'étendue. 11 lui tardait de voir poindre-enfin le Et de ces vieux cahiers feuilletés. 

Ce n'était plus la nappe bîeue étin- poste optique, ce îameux Bir bou une évocation de ces lointains de 

celante qu'il avait aperçue quelques Chama des légendes. souffrances lui venait. Il se repré- 

heures auparavant, endormie sous le La, première fois qu'il, en. avait en- sentait encore, telle qu'il l'avait eue 

grand soleil de midi. C'était un sol tendu parler, c'avait été dans cette à ce moment, la vision de cette 

de boue, de fange brune, où de gran- nujt de tempête, en Kabylie, il y chambre où, malgré toutes portes et 

des taches nmres luisantes se voy- avait quelques mois. Un homme fenêtres closes, une lueur rouge se 

aient, une sorte de marais. Il y avait dit, voyant Tanchot grelotter: traîne, où le vent de feu met une at- 

a\-ait même sur les bords de grands " h vient de Bir bou Chama. " Et mosphère étouffante. Là, sur des 

roseaux desséchés, cassés qui, sous le cela avait paru naturel. Depuis, lits, il y a des êtres qui s'essayent à 

vent et la plme, se courbaient et gei- chez tous ceux qu'il avait interroigés, dormir, se tournent et se retournent, 

gnaient doucement. il avait remai-qué cette impression de fiévreux, rêvent, ou brusquement le- 

Et, presque sous ses yeux, tout ce- fatalité, de résignation à la douleur, vés, commencent une marche étran- 

la s effaça tout a coup. 11 releva la aux souffrances subies en ce pays des ge, interminable dans cette ombre 

tête, regarda le ciel noir, disparu. grandes dunes. Le seul souvenir. en rouge, hallucinés, grattant les murs. 

("était la nuit. mettait encore dans leur voix oam- —Non, on ne parie plus à la lon- 

me un éoiio de tristesse. En leurs g^e, voyez-vous, mon lieutenant, lui 

yeux, subitement plus. graves, sem- disait le sergent qui lui expliquait 

A..i«,wi'i„.; ,. u ^-4 AU^ ^^^^* P^®^"^ quelque vision d'effroi, ces archives. ' J'ai passé un été là- 

— Aujourd nm, avait dit Ahmar au r» • m -j. ./ , , , , i i t • /-» 

».^w>^4 A., AA „^ *,. ., ,. •,. 1^ "^^ 1' songemt aux découvertes bas, dans les sables. Je sais. On ne 
moment du départ, tu vas voir les , ., , , *% , , ^. ' , ^ . . , , 

sables faites dans le bureau, du poste opti- peut plus, et puis vraiment on n a 

Selon lui, jusqu'à ce jour, Pierre ^"« "^^ ^'^^^' dernièrement. plus rien à se dire. Tout est dit. 

n'avait rien %-u du désert. Il oom- Toute ime journée, il avait feuille- «chacun pour soi A moins d une 

mençait seulement. C'était par là, té de vieux cahiers, entassés en une "'Jf^ violente. Mais alors, c est la 

dans ces parages, qu'il était, là que caisse, sortes d'archives du service. lolie. .... 

s'en gardaient l'âme et les épouvan- Là, toutes les dépêches passées Pendant ce temps, il avait pris un 

tes. On entrait dans la région des étaient inscrites. Il v avait des or- autre cahier, cherche quelque temps. 

grandes dunes mouvantes du Souf. dres, des notes de service, des dôpê- "^^>'^«^' .°^°" lieutenant Lisez. 

Et le chaos commença. ches privées, des télégrammes aux Mauvaise nuit. Huohon a des 

FJles se pressaient maintenant en- bureaux arabes du Sud,, et parmi hallucinations. 11 faut soumettre a 

chevêtrées, toutes proches, barrant tout ce fatras officiel, il découvrait quatre pour ' le tenir. Le sirocco 

leur horizon. Et eux, ils se glis- des lignes comme , celle-ci : -" Ne souffle toujours. Notre provision de 

saient à travers, les contournaient pas oublier de nous envoyer de la quimne s épuise. 

en des fonds, des ravins étroits où quinine par le prochain convoi. " De . , 

ils plongeaient comme au creux de la quinine, tous» en demandaient, ^ ' 

grandes vagues bondissantes. Par- aussitôt les grandes chaleurs venues, = 

fois, à cause de la direction qu'il et pourtant, chaque hiver, on renou- ^v^;aH;^;f^;as^:a%^^ 

fallait suivre quand même, ils mon- vêlait les provisions. Mais voilà, n « 

taient, franchissaient, toutes celles parfois il n'v en avait pas assez- Une « ^^esd.a,i3Q.es g 

rencontrées, redescendaient pour re- dépêche disait : " Taboureau est pris S deVoiieurauèTchez ^' "'''''''"' 

monter encore, toujours. Ils lais- d'accès violent, et nous n'avons plus 8 _ Ml r r> • 

saient les chevaux se placer d'eux- rien à lui donner. " Une autre : g QU6nn6VIll6 G GUCnil 

mtîrnes sur les crêtes, réunir les qua- " Depuis dix jours, le' sirocco souffle « pharmacien» 

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7ème Année. — No. 5. 



LE NUMERO : 10 CENTS. 



Samedi, 6 juin 1908. 



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ù Journal k f rançoise 



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Légion d'Honneur, Chevalier do l'Ordre de Saint-Michel et do Saint 

Cîeorges, membre de la Société Royale du Canada. 




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Le juge Licmieux 

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Samedi, 6 juin 1908. 



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ivvere . . . 

(BALLADE) 



Loin de la source et du rocher 
Loin des souples roseaux, de la sombre ramure 
Par la friche et les blés, avec un gai murmure 
La rivière aime chevaucher. 

La rivière aime chevaucher 
Loin de la source et du rocher. 



Pour consoler le nid, sans amours, sans frissons 

Le rameau sans chansons 
Pour emporter au loin les feuilles desséchées 

De l'arbre abandonnées 

La rivière aime chevaucher 
Loin de la source et du rocher. 



Pour baiser l'aile qui l'effleure 
Pour voir sur les sillons passer le vieux semeur 
Bntendre des vallons l'endormante rumeur 
Et sentir la branche qui fleure 

La rivière aime chevaucher 
Loin de la source et du rocher. 



Pour entendre chanter les joyeuses nichées 

Et les seigles jaunis 
Dans son eau refléter les têtes veloutées 

Des épis et des nids 

Loin des souples roseaux, de la sombre ramure 
Par la friche et les blés, avec un gai murmure 



La rivière aime chevaucher 
Loin de la source et du rocher. 



JEHANNE 



70' 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 




Notre poèt« national, Louis Frè- 
chette, n'est plus. 

Soudaine, cruelle, consternante, la 
mort est venue le ra\"ir au milieu de 
nous, alors que rien ne faisait pré- 
voir l'imminence de ce malheur. 

Pour lui, cependant, ce fut la fin 
qu'il a souliaitée : partir ainsi sans 
s'attarder, sans connaître les dédii- 
rantes angoisses des adieixx, sans 
éprouver le martyre douloureux d'u- 
ne longue maladie. 

S» dernière soirée parmi les ^d- 
vants, il la passa chez son vieil ami, 
le sénateur David. Au cours de sa 
visite, madame David le chargea de 
présenter pour elle, un btouquet à 
madame Fréchette. Il était parti 
sans l'emporter, quand, se le rappe- 
lant tout à coup, il retourna sur ses 
pas, sonna de nouveau à la porte de 
ses amis, et i-éclama en soiu-iant les 
flefurs. Il ne devait pas, hélas ! les 
remettre à leur destinataire, et le 
mal foudroyant le prit, — ô poésie! — 
des roses dans les mains. Mais sa der- 
nière pensée, sa dernière attention 
furent pour la compagne de sa vie, 
et ce sou\-enir restera cher à la fem- 
me si admirablement dévouée que fut 
sa tendre et sainte épouse. 

M. Fréchette savait ses jours comp- 
tés, .mais la vision de la mort ne l'ef- 
frayait pas. En allant, ces jours 
derniers reconduire au cimetière sa 
petite-fille, l'enfant de sa JeaJine, 
de: celle qui fit si souvent vibrer son 
luth et à l'occasion du mariage de 
laquelle, il fit, il y a quelques an- 
nées à peine, les vers si touchants 
qui parurent dans le " Journal de 
l"'rançoise ", il dit à ceux qui l'en- 
touraient : " Bientôt, je l'espère, ce 
sera moi. " 

Hélas ! il s'ennuyait de vivre. Des 
chagrins, des soucis que des affec- 
tions chères allégeaient sans doute, 
sans réussir à les faire dispa- 
raître tout à fait ; une neurasthénie 



tatigante, lui faisaient aspirer a l'é- 
teniel repos.. 

Je ne saurais, encore sous le coup 
de l'émotion vive que me cause le 
brusque dénjxrt de celui, qui m'hono- 
ra d'une affection vraiment paternel- 
le, faire une revue détaillée de ses 
prodxictions littéraires. 

Son œuvre, abondante et variée, 
aux qualités si françaises, peut d'ail- 
leurs se résumer en quelques mots : 
Il fut le plus robuste pionnier de no- 
tre littérature c^^nadienne, dont il 
restera à jamais la gloire. et le plus 
beau fleuron. 

Il I écri'viti\ à une époque difficile, où 
bien des préjugés n'étaient pas en- 
core vaincus, époque où le livre fran- 
çais n'était guère répan'lu parmi 
nous. Il a ouvert la voie, les au- 
tres ont suivi. Rendons hommage à 
ce vaillant de la première heure ; 
nous avons bénéficié de ses efforts, de 
ses travaux, combien nous serions- 
ingrats de l'oublier un instant ! 

Louis Fréchette a été le premier 
encore à réveiller, là-bas, notre sou- 
venir. Le premier, il a touché le cœur 
de notre ancienne Mère-Patrie en lui 
révélant que, les enfants de ses en- 
fants, fidèles quand même au vieux 
drapeau, ne prononçaient plus son 
nom qu'à genoux. 

Il le lui apprit dans une langue 
sonore, harmonieuse, dans le doulx 
parler de France, même, dans des 
chants immortels, qu'en un jour de 
•gi'ande fête, elle couronna sous la 
coupole de son Académie. 

Et ce fut un spectacle inoubliable, 
grand et fier pour le Canada que ce 
contact glorieux des feuilles de lau- 
riers aux feuilles de nos érables. 

Le premier encore, parnmi nous, il 
eut les honneurs du Craiid Diction- 
naire et des Anthologies modernes. 
A l'étranger, il incarna vraiment le 
génie de la nation ; plus que Créma- 
zie même il donna aux lettres cana- 



diennes un éclat, un relief, qui n'ont 
pas encore été dépassés. 

Poiattant, c'est à l'apothéose de 
Crémazie, qu'il appelait son maître, 
que notre poète lauréat a consacré 
ses dernières années. 

C'est grâce à ses soins, à ses dé- 
marches, à ses conférences aux 
Etats-Unis et dans nos différentes 
provinces, que le buste de Crémazie 
s'élève aujourd'hui sous les ombra- 
ges gracieux du square Saint-Louis. 
Maintes fois, l'auteur de "La Légen- 
de d'un peuple" manifesta le désir 
de faire dé ce parc délicieux le jar- 
din des poètes. Autour de l'étang 
où se mirent nos érables, il ferait 
bon sans doute à nos doux chantres 
de suspendre leurs lyres... Fréchette, 
en assurant cette place à Crémazie 
pouvait songer à la sienne. Les let- 
tres canadiennes le lui doivent. Il 
l'aura. 
J'aimerais à dire ce que furent pour 
moi son amitié, ses encouragements 
au début de ma 'carrière, ses conseils, 
sa collaboration abondante et 
précieuse à mon modeste journal... 
Combien de fois monta-t-il les longs 
escaliers qui conduisent à nos bu- 
reaux, pour m'apporter ses poé- 
sies, sa prose, ou pour me témoigner 
simplement l'intérêt qu'il prenait à 
mon œuvre ! Ah ! la mort brusque- 
ment heurtée à la vie produit un ter- 
lible déchirement ! C'est pour les 
siens un deuil iiTéparable, c'est pour 
moi une tristesse... 

J 'offre à la famille en pleurs, à la- 
quelle me rattache à jamais le lien de 
sa grande amitié, mes condoléances 
profondement ressenties, en même 
temps que je dépose un dernier hom- 
mage de gratitude, d'amitdé émue et 
d'admiration constante sur la tombe 
du grand Poète canadien qui vient 
d'entrer dans l'immortalité. 

FRANÇOISE. 



LE JOURNAL DE FRANÇOISE 



71 



-^^) 


UNE MEULE DU ROI EDOUARD VII 


py^ 


Eléonore (fOlbrLuze, duchesse de Brtcnswick, Zell. 



'Eléonore d'Olbreuze n'est certaine- 
ment pas une inconnue pour les lec- 
teurs du " Journal de Françoise ", 
qui ont un peu étudié la généa- 



pour toujours. Ce fut en effet à la 
cour du landçrave de Hesse, où elle 
accompagnait la princesse de Taren- 
te, quielle fut remarquée par le prin- 
ce Georges Guillaume de Brunswick 
qui se trouxait alors à Cassel avec 
un de ses frèies. 

Ici se place un petit retour lOn ar- 
rière, nécessaire à l'intelligence de ce 
qui va suivre. 

A ce moment là, les Etats de Ha- 
novre étaient partagés entre les qua- 
tre fils qu'avait laissés le duc Geor- 



que a lu l'histoire de l'hôtel de 
Rambouillet, ce nom ne peut man- 
quer d'évoquer le souvenir de la tou- 
chante idylle qu'ébauchèrent ensem- 
logie Brunswick-Hanovre. Ceux-là ble le duc d'Enghien, plus tard le 
savent tous que Georges II qui de- Grand Condé, et la charmante Mar- 
vint roi d'Angleterre en 1727, et the du Vigean. Le jeune prince 

dont les descendants occupent encore ayant été forcé par son père d'épou- ges : le prince Christian-Louis qui 
le trône à l'heure actuelle, était son ser la nièce du Cardinal de Riche- mourut peu après ; le duc Georges- 
propre petit-fils. lieu, Claire Clémence de Maillé Bré- Guillaume qui nous occupera plus 
Mais bien des calomnies ont été ré- ^é, Mlle du Vigean, brisée de cet particulièrement ; le prince Jean-Fré- 
pandues à l'étranger au sujet de la abandon, entra au couvent des Car- déric qui se convertit au catholicis- 
famille à laquelle elle appartenait, et délites de la rue Saint- Jacques, à me en Italie, et n'eut qu'un rôle très 
qui, sans valoir certainement la mai- ^^' effacé ; enfin le prince Ernest- Augus- 
son de Brunswick, n'était cependant ^"^ "O""^ \wx\ve, :Çléonore d'Ol- te, titulaire de l'évêché d'Osnabriick 



pas aussi 



indigne de lui être alliée ^^^^}^ avait pordu sa mère. Elle fut d^c de Hanovre 



élevée dans la 



que certains envieux ont bien voulu "^^«y^^ aans la religion protestante 
le dire. Parmi ces envieux que la Jï"! ^^i* «elle de sa famille paternel 
bonne fortune de Mlle d'Olbreuze lui 



le, et passa son enfance au milieu 
des siens dans le vieux manoir d'Ol- 
breuse (qu'ils habitaient en. Poitou. 
Dès son jeune âge, elle 



attira, nous ne craindrons pas de 
nommer en première ligne l'électrice 

Sophie qui ne cessa jamais de pour- . . - _ ^ .^„, ^„ ,j„^ ^^^ ^y,^^^^ ^^^ 

suivre sa belle-sœur d'une haineuse ^ être fort jolie, et elle devint en cessifs avaient seuls pu abattre à la 



Il n'est pas besoin de faire l'histo- 
rique de cette célèbre maison de 
Brunswick à laquelle appartenait le 
duc Georges-Guillaume. Personne 
n'ignore qu'il descendait des illustres 
prornjettait princes Guelfes, et que des revers suc- 



jalousie, et sa nièce la duchesse d'Or- grandissant une très belle personne longue l'importance de cette maison 



léans, connue sous le nom de la 
" Palatine ". Cette dernière a laissé 
un nombre fantastique de lettres ; 
mais les jugements qu'elle a portés 
sur ses contemporains sont en géné- 



qm ne passait nulle part inaperçue, qui avait été si puissante. Quelques 
La princesse !de Tarente, entendant années auparavant, le duc Georges- 
parler d elle manifesta le désir de la Guillaume avait dû épouser la prin- 
voir. Immédiatement séduite . par cesse Sophie, fille de Frédéric V, élec- 
ses manières, sa grande beauté et son lecteur palatin, roi détrôné de Bo- 



ral malveillants et inspirés par une «^Prit, elle xoulut se l'attacher en hême ; et d'Elisabeth Stuart petite- 
grande partialité. qualité de demoiselle d'honneur, et fille de Jacques 1er Stuart, roi d'An- 



ses parents ne (firent aucune difficul- gleterre. Mais au bout de quelques 

te pour accepter la flatteuse proposi- mois, ce prince inconstant et volage 

tion qu elle leur fit de se charger de oublia ses promesses et, croyant ain- 

i leune tille. ^ si réparer sa légèreté, il proposa à 

A mesure qu'elle la connaissait, la son plus jeune frère, le prince Ernest 



la 



Ainsi, lorsqu'elle veut faire croire 
que Mlle d'Olbreuze était d'une si 
basse extraction .qu'elle était digne 
d'épouser tout au plus "Colin, pre- 
mier valet de chambre de monsieur"; 

elle accrédite là une fable qui ne mé- Princesse l'a-pprécia davantage, et à Auguste d'épouser sa fiancée 
rite aucune créance et dont il n'est ^°"^' '^^ J*ranco où elle l'emmeia à La princesse était charmante et 
pas difficile de démontrer la fausseté. ^^ suite, la grande beauté de Mlle l'une des personnes les plus acoom- 
Sans parler ici du témoio^nage d'un ^^'O^^renze fut extrêmement admirée, plies de son temps. Tous deux ac- 
consciencieux généalogiste allemand '-<f«"f'''i»t le séjour qu'elle y fit ne ceptèrent. Alors, d'un élan irréflé- 
Mr. de Greiffeucrauz, contemporain * ^""^ ''*" \onsy^M, durée. chi,_ emporté par son désir .i d'effacer 

de la duchesse de Ztell, et qui la fait }^^^ Tarente professaient la reli- ^^ tau te et sa grande affection pour 
descendre de Charlemagne, par les ^^°" protestante qui était alors à ^"" ^^re, Georges Guillaume lui as- 
femmes ; il est certain que du côté V^^^rsailles un obstacle insurmontable ^":^** ""^ pension ' considérable, pro- 
paternel elle descendait d'une très fux Payeurs que par leur naissance "^^t de ne jamais se marier, et.garan- 

ils étaient en droit d'obtenir. Ils se *^* formellement à ses neveux la 
rendirent vite compte que de ce côté succession de ses E,tats. 
ils n'avaient rien à espérer, et pri- Ayant ainsi calmé ses remords, il 
rent le parti de s'expatrier pour se Continua de vivre gaiement et resta 
rendre en Hollande. Là, les états *^f* Hé avec sa belle-sœur' et son 
généraux accordèrent au prince de ^^ère. Le moment approchait cepen- 
hautes fonctions militaires. dant où il allait regretter et sa folio 

Eléonore n'hésita pas à suivre sa jeunesse, et les imprudents engage- 
paient alors à la cour fie France de Protectrice à l'étranger, sans se dou- ments qu'il avait contractés, 
très hauts emplois ; et, pour quicon- **-r qu'elle qiiittait ainsi la France La duchesse Sophie, connaissant le 



ancienne et puissante famille de la 
province de Poitou, que de très bel- 
les alliances avaient encore rehaus- 
sée. Elle était fille d'Alexandre Des- 
mier, chevalier, seigneur d'Olbreuze. 
Sa mère, Jacquette Poussard de 
Vandré, était très proche parente 
des Poussard du Vigean qui occu- 



LE JOURNAL DE KRANÇOÏSE 



arrivés à présent au point culminant 
de, sa puissance ; et, sans qu'elle s'en 
doute, oUc va voir peu à peu pâlir 
son étoile. 
En 1676, le jeune prince fiancé à 



caractère de son beau-frère, ne \-it tint en plus rautorisatit>n de porter d'obtenir une amélioration de son 
d'abord, dans la vive passion qui lui le nom et les armes de la maison de sort s'est évanoui dès le début des 
inspira Mille d'Olbreuze qu'un passe- Brunswick, au cas où elle épouserait pourparlers. 

temps sans importance et seulement uii prince. Enfin en 1676, malgré Sans parler cependant encore de ces 
momentané. Cette dernière ayant fini l'opposition énergique de la duchés- pénibles événements qui asson>bri- 
par céder aux instances du prince et se Sophie, le mariage qu'Eléonore et rent la vieillesse de la duche.'i.se de 
s'étant résolue à venir \-i\n> avec lui les siens réclamaient depuis si long- Ztell, on peut dire que nous sommes 
comme il le désirait, la duchesse fut temps fut célébré. A cette occasion, 
la première à favoriser Ui réunion des la nouvelle duchesse de Brunswick. 
deux amoureux, à la cour de Hano- Zell et sa fille étaient autorisées à 
vre et reçut même aimi\blement la porter le titre de princesses, et en 
jeune fille. Georges Gtiillaume, par même temps, cette dernière était fian- 
suite de la mort récente de son frère cée au prince Frédéric-Auguste de Sophie Dorothée avait été tué d'un 
aîné portait aUirs le titre de duc de Wolfenbuttel. Cependant, malgré ces coup de mousquet au siège de Phi- 
Zell. Mlle d"()lbreuze reçut celui de victoires remportées contre la vo- lippsbourg. Charmante, jolie, spi- 
madame d'Harbourg, et ils conti- lonté de sa belle-sœur, le duc de Zlell rituelle et fort bien élevée, cette prin- 
nuèrent de \-ivre fort paisiblement, ne voulut rétracter en rien sa parole cesse malgré son; origine, n'était pas 
de plus en plus heureux. à l'égard de ses neveux. un parti à dédaigner, aussi son ex- 

Cependant madame d'Harbourg ne Protestante, Rléonore favoi'isa à trême jeunesse n'em,pêchera pas les 
se lassait pas de faire auprès du la cour de Zell tous les réfugiés de compétitions à sa main d'être nom- 
duc des tentatives sans cesse répé- sa religion chassés de France par la breuses et ardentes. 
tées, afin qu'il régularisa sa situa- révocation de lEdit de Nantes ; ils A la cour de Hanovre, on comonen- 
tion par un mariage morganatique trouvèrent auprès de la duchesse de Ça aussi à se mettre sur les rangs. Le 
qui Iw était toujours i-efusé. Une Zell la plus généreuse hospitalité, duc Jean- Frédéric venait de mourir, 
fille \-int au monde en 1666 ; elle re- Du reste, comme elle n'avait pu s'ha- ses états étaient revenus à son frère 
çut les prénoms de Sophie-Dorothée, bituer à parler facilement en aile- Ernest Auguste qui devenait ainsi 
et sa naissance resserra encore les mand, sa cour était presque exclusi- plus puissant que son aîné, et intri- 
liens qui unissaient ses parents en vement française, ce dont quelques- guait déjà pour obtenir le chapeau 
augmentant l'amour du duc de Zell uns de ses sujets se montrèrent mé- d'Electeur que l'Empereur lui accor- 
pour "la d'Olbreuze' comme la du- contents, et bien à tort, puisqu'il ne da en 1692. Il ne s'agissait donc 
(Aesse Sophie l'appelait déjà avec fut jamais rien tramé contre leurs in- plus que de se faire paj^er bien cher 
dépit. Son caractère jaloux et or- térêts. D'ailleurs, son intelligenoe su- pour la mésalliance, et l'unité de la 
srueilleiix constatait en effet, avec un périeure et son tact- parfait lui per- maison de Brunswick se trouverait 
\if déplaisir, une entente de plus en mirent de conserver longtemps sur ainsi entièrement reconstituée ; tan- 
plus complète qui pouvait, si mada- son époux l'influence que dès les pre- dis qu'au contraire, les états que le 
me d'Harbourg, avait un fils, deve- miers moments de leur union, elle duc Georges-Guillaume donnerait en 
nir une menace, pour les intérêts de avait su prendre sur lui. Au point dot à sa fille échapperaient irrémé- 
ses enfants. Son beau-frère était de vue de la politique extérieure, au diabjlement au fils aîné d'Ernest-Au- 
absolument méconnaissable, ne vi- moment de la signature du traité de guste, si cette princesse venait à 
vant plus au monde que pour la Nimègue et de celui de Zell en 1678, épouser un prince étranger. Il im- 
oompagne qu'il s'était choisie. Gha- elle prit une part .active à la corres- portait donc de s'assurer cette riche 
que jour, il l'aimait et l'appréciait pondance qui s'échangea entre la proie, et c'est bien ainsi que l'enten- 
da^•antage, elle avait pris sur lui un cour de France et celle de Zell. dit la vindicative duchesse Sophie 

empire considérable, et l'intimàté 1^ même, bien des années après, qui englobait sa belle-sœur et sa 
dans laquelle ils vivaient au château lorsque la souffrance et le chagrin nièce dans le même mépris, et ne dé- 
de Zell était de plus en plus douce et auront remplacé les heureuses années sirait nullement que cette dernière 
entière. qui s'écoulèreni jusqu'au moment du de\'int sa belle-fille. 

Peu à peii, il s'était fonné autour niariage de sa fille ; la duchesse de Jamais d'ailleurs le duc Georges- 
d'eux une coalition en faveur de Ma- Zell usera .sans compter de' son in- Louis n'oubliera les calomnies et les 

fluence sur Guillaume III d'Orange, malveillants propos tenus par sa 
pour faire aboutir les négociations, mère sur le compte d'Eléonore et de 
qui ont lieu entre ce prince et son sa fille. D'avance, ce caractère froid 
mari ; négociations qui ont pour but et dépourvii de cœur n'a que du dé- 
de mettre les Electeurs de Hanovre dain pour cette cousine que ses pa- 
connaître les services (lue les armées en possession de la couronne rente, sont en train de marcliander à 
des ducs de Brunswick lui avaient d'Angleterre, en leur qualité de des- son intention. Comme eux, il ne 
rendus, accorda à madame d'Har- cendants des Stuart. Et poiu-tant, considère dans cette union que les 
bourg pour elle et ses enfants, le ti- à. ce moment-là, sa, fille est déjà pri- avantages qu'il doit en retirer. 
tre de oomies et comtesses de Wil- sonnière à Alhden, c'est seulement Et la pauvre petite princesse qui 
hemsbourg, nom d'un fief qui leur PO}"" son petit-fils qu'elle travaille, vit à Zell, insouciante et gaie, entou- 
appartiendrait. Sophie Dorothée ob- puisque le dernier espoir qu'elle a eu rée de la tendre affection de ses pa- 



dame d'Harbourg et de sa fille, 
ayant pour but d'élever leur condi- 
tion ; ces efforts persévérants de- 
vaient être couronnés de succès. 
En 1675, l'En^X'reur voulant re- 



LE JOUENAL DE FRANÇOISE 73 

rents ; est pendant des mois, l'objet déchue de son rang, devait durer dont elle était l'objet. En 1722, elle 
et le but de honteuses discussions, trente-deux ans. En 1705, son fils s'éteignit à Zell, âgée de quatre-vingt 
pendant lesquelles ses futurs beaux- Georges-Auguste, plus tai-d Georges cinq ans, lui laissant le soin d'exé- 
parents insistent avec âpreté pour II roi d'Angleterre, épousa la prin- cuter ses dernières ^-olontés et de 
faire augmenter, une dot qui^ selon cesse Wilhemine de Brandebourg- faire distribuer en son nom tous les 
eux, n'est pas encore assez considé- Auspach-Baireuth. L'année suivante, nombreux lc:rs et donations que con- 
rable. en 1706, sa fille, la princesse Sophie- tenait son testament. Sa généreuse 

La duchesse de Zéll ne peut se lais- Dorothée qui devait être la mère du bonté était bien connue et fut plus 
ser prendre aux témoignages d'inté- Grand Frédéric, épousait le prince d'une fcns exploitée ; à tous elle lais- 
rêt et aux a^■unces que lui font alors royal de Prusse, Frédéric-Guillaumie. sa le souvenir d'une grande vertu, et 
lé duc et la duchesse d'Hanovre, Elle n'assistait pas au mariage de tous ses historiens sont unanimes à 
pour vaincre ses répugnances. Elle ses enfants qu'il ne lui fut jamais cet égard. 

connaît trop bien les sentiments de permj.s de revoir. Il ne lui restait La princesse d'Alhden ne survécut 
la duchesse Sophie à son égard. Aus- que la consolation de pleurer avec sa que quatre ans à sa mère. En 1726, 
si est-ce avec une joie forcée et une malheureuse mère qui bravera jus- elle disparut à son tour. Toutes 
tranquilité affectés qu'elle se soumet- qu'au bout la fatigue de longs et dif- deux furent alors réunies dans la 
tra aux désirs de son mari qui, Kciles voyages pour venir adoucir mort, et le roi d'Angleterre ordonna 
moins clairvoyant qu'elle, croit par ®on sort. que leurs cercueils fussent placés 

ce mariage assurer l'avenir de sa fil- Les relations du duc de Zell avec dans les caveaux de l'église de Zell 
le et le désire très vivement. fon ffère Ernest Auguste durèrent où ils se voient encore aujourd'hui. 

Cette triste union fut célébrée à jusqu'à la mort de ce dernier qui sur- tranchant par leur cxirème simplici- 
Zell le 2 décembre 1682, la nuit et ^ï^^ ^^ 16^8; l^ien ne put les refroi- té sur les luxeuses sépultures envi- 
sans aucune pompe. Georges-Louis ^^'■- E," quittant ce monde, l'Elec- mnnantes qui sont celles des ducs et 
a\-ait alors vingt-deux ans et Sophie- *®"'" légua à son aîné le soin de la duchesses d'Hanovre. Mais cette dif- 
Dorothée seize. Pour elle, c'est le grandeur de leur maison, tâche à la- férence même, voulue par celui qui les 
commencement d'un long calvaire de quelle celui-ci^ n'eut garde de faillir, a ainsi poursuivies et humiliées jus- 
douleur et de hontes qu'elle va gra- *'^^''^° Ifs années, la faiblesse de son que dans la tombe, les désigne enco- 
vir désormais, et dont sa mère subi- '"aractère avait pris le dessus ; il n'a- re d'avantage à l'attention et à la 
ra le contre coup. ^'^i^^ Pas le courage de résister à sympathie du visdteur. 

La pénible situation faite à la jeu- J'Electrice Sophie, ni dWrvenir en M. A. de LAUZON 
ne princesse d'Hanovre, délaissée par 1^""'' '? *^ P""«e««« Electorale sa 
son époux, traitée par sa belle-mère j J^V^ " essaya jamais de revoir. 

avec indifférence et mépris, entourée k,^ f"""^^^"^ ^^ ^" "f ^^^* Pl"« «"'■ n^fi^i^î^ ^ v. • 
d'ennemis qu'une pareille position 1"^ ^^ .«le»™ ascendant. Sans cesser Définition du baiSCP 

encourage, fournit certainement, ^f-l^'T ^^/"^ «*^ /\fl« 3^^^- ^^ , ^ ~ 

comme nous dirions à présent des ^ f î , "' Peutetre eut-il des re- Un échange mutuel de microbes. 

" cireonstances atténuantes " à l'en- ^J^ ^''''''' ^P^^s^^- ^a piéoocu- Une corde qui fait résonner har- 

traînement (,ue lui inspira le comte ^** " constante fut cependant d'as- monieusement deux âmes. 

Pliilippe de Kœnigsmark sans cepen- ^'"^'' ''''" ^^'T"" ""^ "^^ ^"' sauvegar- La monnaie courante de l'amour, 

dant l'excuser complètement" D'ail- • P,'"' ^°"^ .les moyens en son pou- L arrêt complet dans le dialogue 

leurs, quoi qu'il en soit, elle était de- "ZVui t^l "^"'l IZ^^'J^^"- ^^ T ^'"""'•''"^•. 

venue inutile et gênante à cette cour °^*';^'"t/^ ^^ août 1705, et Eleonore Le sceau qui marque plus d'une vie 

de Hanovre, à présent qu'on avak ''•'*^ ^^«^^^^ seule avec le souve- future 

ses enfants pour assurer la succès "'^ ff ^P°"'' "^"^ ^ ^""^'^ *^°* ^^- , ^^" '''''^'''" ^^* "" thermomètre par 

sion au trône. L'acharnement aue 1« f'f^'.f *«^- navrants séjours qu'elle lequel on mesure l'affection. 

duchesse Sophie ^'àmouver sa ^^"'^7 '^"*'"" ^'^^^^^" ^"P^^^ u "^'^^^'^P^' «-"« «1 des lèvres à la 
culpabilité au cours du procès au ^^^^/l"!" ., . bourse de son mari, 

quel donna lieu le ^ystéiSux Lis-" J'^ '"^^"^ , uniformité de ses derniè- Cachet de Cupidon. 
sinat de Kœingsmaric en 1694 mtn i "?^' "*. seulement rompue par Le brmt retentissant des lèvres qui 

tre bien à quef p" nt on aval; hâte " """T^' ?•? '"'• P^it«^»f«:"ts, et- suit l'éclair des yeux, 
de se débarasser d'elle ^' I'^'^^ "^"^ '^' ^'"'^"* «"^"^** '"^ ^^""^ ^^"^« d'aucune utilité à une 

A„««; a,.^„ •• " j ■ rendre dans sa retraite. Encore ces seule personne mais hautement an- 

nirTL77v-^T\?' •*''^^'* ^"- '^"'■**^^ ■'«^^" étaient-elles bien as- préciée par deux. ^ 

le nrinerFir^ "^^^^'^'^ "g"«"f que fombries pour elle, par la pensée de Quelque chose qui, une fois donnée 
^ pnnce Electora C^rges-Louis té- leur mère .que la haine toujours vi- ne peut être repris^ mais oin' S 
moig^a toujours à sa femme à par- vante de son mari, retenait dans souvent remise ' ^ ''* 

tir de sa condamnation. Devenu roi une si humiliante captivité 

d Angleterre en 1714, il demeura Vers la fin de son existence, la du- ûlIÏZlirr^^^l^TT^^^'TT' 
sourd aux pnères que ses enfants lui ohesse de Zell perdit presque complè- ^^ "^^'"^ ^"^ ^*"^ PDrgdtlYeS, C'eSt 
adressèrent en faveur de leur mère, tement la vue tant elle avait versé L'EAU PURGATIVE DE RIGA 
.Jamais il ne pardonna. de larmes auprès de sa fille, en cher- En VôDtfl DîrtOIlf ^ Ch h hnnfonia 

La captivité de Sophie-Dorothée, chant à la ccmsoler de la rigueur ^® P^"""^' ^^ ^^^ '^ DOUteilIe. 



LE JOURNAL DE FKANÇOISE ^ . 

Barreau qui le \enerait ; mais, au 



fond de sa retraite il trouva encore 
dans le tra^•ail celte consolation qui 

SIR I nuis Napoléon CASAULT I ^^ ^û prévenir chez lui de fréquentes 

IR UUUId I^ArV^UCV^I^ W#^»3i-iwri- I 1^^^.^^^ ^j^ nostalgie judiciaire. 

S'il ne voulut pas donner de repos 






. , A ] i ^ ^'■^ vieillesse indomptable, c'est 

L'ancien jiijîe-cn-clief de la Provin- ancêtre (|ui a jete sur eux du 1, tro ^^^^..j ^.^jjnp^g^^it comme il a été dit 
ce est décédé le IS mai, à l'âge de 8(» et de 1 éclat. j. ^^^^ mand homme, qu'il aurait 

ans. Les piwiég> ri.iues ne sont pas de y^^^^^^^^ ^^^ ^ reposer, - mot su- 

Tel que prescrit dans son testa- mise en pareille circonstance.^ iNous ^^^^^ ^^^^. ^^.^^^ ^j ^^^^ j^^ magnifi- 
mt-nt. il a eu l'enterrement de pouvons tout au plus synthétiser la ^^^^^^ ^^ ,^ ^^j chrétienne ! 
l'humble et du pauvre : ceix-ueil en vie de ce grand disparu. q^^ aurait pu lui appliciuer les pa- 

pin noirci, un corbillard traîné J'ai déjà eu 1 lumneur de dire que ^.^j^^ ^^ l'Evangile en disant ciue "la 
par un seul cheval, àx cierges au- M le juge Casault oftrait une exis- .^^^.^^ ^^^.^ ,^ ceinture de ses reins, 
tour de sa tombe et une cloche pen- tflnce judiciaire des plus honomWles ^^ j^ ^^j ^^^^^ j^ j^^j ^^^^^ baudrier " ; 
da«t If service funèbre. de notre époque, que ses titres a ITlat- ^^^_ ^j^^^^^ ^j.^^^^^^ fermeté inébl-anlable 

Le Banc et le Barreau de Québec teintion de la postérité ne seront ja- ^^ ^j,^^^ ^^^^ courage, il avait hor- 
ont, dans une séance solennelle de la maas usiwiiés et que son noni sera in- ^.^^^^. ^^^^ moyens termes entre le juste 
Cour, rappelé la longue, utile et dispensable à une galerie des illus- ^^ linjugte, des ménagements et des 
baillante carrière de ce grand magis- trations légales de notre pays. tra^isactions, des équivalents ou des 

^rat Lin des traits les plus accentues de ^ ^^^ ^^^^ 

Le Bâtonnier, L'Honorable M. son caractère a été l'amour du tra- g^ j^^j^ ^^^j^ ^^^ j^ j^. ^^ ^^ 
Fh-nn, Sir François Langelier et vail incessant. ... prête à rien si ce n'est qu'à rendre 

l'Honorable Juge Lemieux ont, dans En effet, ce magistrat n eut jamais j^jg^j^g 

des termes émus, énuméré les qua- la témérité ni la présomption de s en ç,^^ ^^^^ j^ laissent plus de gloire 
lités de ce distingué jurisconsulte et rapporter aux seules lumières de sa ^^ ^^ fortune, tant il est vrai que, 
homme de loi. puissante raison, car il comprenait ^^^^^^^ _ ^^x petits hommes des 

Voici les remar<iues faites par M. M"^" celui ciui ne ^eut rele^-er que de Q^^^^^olées, et aux grands hommes, 
le juge Lemieux : sa raison, se soumet, sans y penser, ^^^^^ .^^^^ ^^ ^^ ^^^^ _ Chateau- 

Mondeur le Bâtonnier, » 1 incertitude de sa volonté et au ^^^^^^^ 

Le tribunal vous est reconnais- ''apnce de son te.mperament. g^^ contemporains et la postéiité 

sant pour l'éloquent tribut d'éloges Le juge Casault savait aussi que s'accorderont à vanter sa réputation 
que vous avez placé sur une tombe l'esprit naturel, la science et 1 expe- professionnelle, la droiture de son 
autour de laquelle il y a' place pour rience ne suffisent pas dans la re- caractère, la sûreté dé sa science et 
toutes les sympathies. cheixâie de la justice et de la vérité, i^^ généreuse ampleur de sa nature. 

La mori de Sir L. N. Casault, exv mai» qu'il faut encore et surtout un Qn a pu faire passer la justice de 
Juge en ohef de la Cour Supérieure travail pénible, consciencieux et ^^ j^^,,-,^ ^jg ]^ L^,i ^^^^^^. ligueur, sa 
de la Province, jette dans un de<uil constant. Aussi. fut-il un travailleur fiélicatesse pour scnipules, son exac- 
profond une famille honorable qui pudsstynt, jamais fatigué et toujours ^j^ude pour singularité. On a peut- 
avait tant de droits à son respect et courbé sur son œuvre. . i^tre ajouté qu'il était trop rigide ob- 

à sa tendresse, et inspire aux amis C'est de cette façon ([u'il a ajoute, servateur des textes et qu'il rétlui- 
de la science légale un regret profon- chaque jour une pierre au monument sait tout à la règle simple et unifor- 
dément senti, car nous perdons en ^e jurisprudence qua, lui seul, a me du de\'oir. 

lui un des plus fidèles conservateurs e'eve. Tout cela est vrai. Mais ce sont 

des vieilles traditions d'lu>nneur et Le travail, pour ce grand juge, fut j^g reproches précieux que tous les 
de probité judiciaire. le gage le plus puissc^nt de sécurité, juggg devraient désirer et avoir la 

Aussi le Banc se joint au Barreau d'indépendance et de fierté. force de mériter. 

pour déjjoser sur cette tombe l'ex- Le juge Casault a fourni une car- Le juge Casault avait l'am/our de 
pression de sa douleur, comme der- rière légale de 61 ans, et pendant «on état, un bien précieux, la gran- 
nier hommage à une mémoire respec- tout ce temps et jusqu'au dernier j^ur d'âme, si nécessaire dans les 
tée. jour de sa vie, il a été homme de hautes fonctions de la Magistratxu-e 

C'est presque une loi que ceux qui ^^i' ^^^ P^« seulement au point de et du Barreau, l'amour de la science, 
meurent soient hoiwrés par des lar- ^^^^ spéculatif, ou en se reposant préféiable à l'esprit, (ht moins pour 
mes : l'ami est pleuré par-l'ami, l'é- dans la méditation et 1 étude, mais l'.homme de loi, et l'impartialité qui 
pouse par l'époux, le père par ses en- »» contraire, actif et en apportant exclut la prévention. 
fants. ^^"^ ^^^ moindres détails ce soin mi- Dans un autre ordre d'idées plus 

Le grand ma^dstrat, lui, est pleuré "«tieux et cette exactitude ((ue nous intime, j'ajouterai, et je crois parier 
par une brillante famille, celle du "'^"^ isommes trop habitues a deidai- avec connaissance de cause, qu'il sa- 
banc el du barreau, dont les mem- f^^cr. vait toute la valeur et le prix des 

hres unis par des sentiments d'étpoi- Lorsque l'heure des défaillances mots "loyaiîté" et "amitié". Aussi 
te confraternité, . déplorent toujours physiques aniva, il dit adieu à ses les amis du juge Casault avaient 
et avec raison le départ éternel d'un collègues ([ui le respectaient et au plus que de la vénération pour lui. 



LE JOUKNAL DE FRANÇOISE 75 

ils piX)fossaient à son égard le culte songea au juge Casault. On savait chef ; lorscjuil en sortit, il n'était 
que l'on a pour le sage, le fidèle et le que son tact et son oourage, son plus ru)agisti"at ! 

courageux. amitié et sa loyauté le rendai(>nt ap- Quelque temps après, pour témoi- 

Je ne sais, M. le Bâtonnier, si te à remplir la délicate. mission d'in- gner sa haute appréciation d'un no- 
vous me permettrez de faire, à ce former le vieux juge qu'il devait dire ble procédé et d'une vieille amitié, 
propos, une digression qui m'aide- adieu à la magistrature. l'ex-juge en chef adressa sous forme 

rait à mettre sous son vrai jouf le Le juge Casault accepta cette pé- do présent, au juge Casàult, un ridhe 
caractère de l'ancien juge-en-chef. nible tâche, av(« regret, mais com- chronomètre en or, sur lequel étaient 

C'était en 1884, année où Sir Wm. me rac(jomplissement d'un devoir, inscrits les mots suivants : 
C. Meredith donna sa dranission Un matin, le juge en chef s'était 
comme juge en chef. rendu au Palais de Justice, apipa- To the 

Cette démission revêtit un caractè- remmeait alerte et dispos au travail, 
re presque pathétique. Il songeait, il n'en faut pas douter, Honourable Napoléon Casault, 

J'en tiens les détails de Sir Louis- à bien employer la journée et à dis- J- S. C. 

Napoléon Casault, qui fut l'ami, le penser la justice à qui de droit. 

confidemt et le oo-opérateur le plus Tout à coup, le juge Casault sans ^^ ^ ^'^^^ °^ esteem and gratitude 
assidu et le plus fidèle de l'œuvre ju- se faire aanoncer, entra dans sa ^'■*''" ^'^ ^^^""^^ ^"«"^' 

diciaire de l'ex-juge en chef. chambre. Après les salutations d'u- W C Meredith 

bir W. C. Meredith fut, pendant sage, il posa, sans détour, au juge 
toute sa vie, obsédé et hanté par ime Meredith, la question suivante :- Vous parlerai-je de la dignité du 

Idée fixe qui exerça une gi^ande in- -" Monsieur le juge en chef, avez- juge Casault ' 

nuence sur la carrière de ce grand vous jamais douté de mon amitié ? La magistrature tenait du sacer- 
ZMtJo'..^'^uu- -" Douté de votre amitié ? Pour- doce, à ses yeux, et il voulait 
embellir et conserver intacte sa belle quoi cette demande ? Qirélle est la que le juge qui en est le prê- 
reputation de junsconsulte. raison de ce préambule ? Parlez tre fût constamment à la hau- 

t>ouvent, dans son entourage, il donc, mon ami, j'ai hâte de vous en- teur de sa mission. C'est pour cela 
diaait : Je considérais comme un tendre. ou'il avait ce cachet de ^rravité cet 

acte de loyauté et de sincère amitié a:- a- ■ ^ u qu il avait ce cachet de gravite, cet 

„: i> „ ^ j- ■. ,, ,- , — "^i je vous disais quelque chose esprit de recueillement et cette mva- 

si ion me disait^ au dec in de ma ^^