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Full text of "Le mal français à l'époque de l'expédition de Charles VIII en Italie : d'après les documents originaux"

LE 

MALFRANCAIS 

A l'^POQUE DE 

L'EXPEDITION DE CHARLES VIII EN ITALIE 

d'apres;) 
LES T>OCUME'X.TS 0%IGI'K.AUX 

PAR 

HESNAUT 



5i ntea charta procax, mens sine labe mea, est. 

(Ant. Panormite, Hermaphroditus Epigr. II, i ) 



-g.4^^tiP».»a:«ts^^tr!>=r- 



PARIS 

G. MARPON ET E. FLAMMARION, LIBRAIRES-EDITEURS 

RUE RACINE, 26, PRES l'oDEON 

M DCCC I.XXXVl 



LE MAL FRANCAIS 



A L EPOQ.UE DE 



L'EXPEDITION DE CHARLES Ylll EN ITALIE 



// a ete tire de ce livre : 

600 exemplaires sur papier verge ; 
30 — sur papier de Chine ; 

25 — sur papier des Manufactures imperiales 

du Japon. 



LE 



MAL FRANCAIS 



A L EPOQUE DE 



L'EXPEDITION DE CHARLES VIII EN ITALIE 



LES 'DOCUME-X.TS 0%IGIX.AUX 



HESNAUT 



Si mea charta procax, mens sine lahc men est. 

(Ant. Panormite. Hermaphroditus Epigr. II. i.) 



-^ii^^^^-- 



PARIS 



C. MARPON ET E. FLAMMARION, LIBRAIRES-EDITEURS 

RUE RACINE. 26, PRES L'oDEOX 

MDCCCLXXXVI 



PREFACE 




/ r existence de la syphilis a etc. constatee des 
la plus haute antiquite , il est iftcontestable 
v^^^5 que le caractere d' exasperation quelle re- 
vetit dans les dernieres anmes du X V" siecle fit croire 
a V apparition d'une maladie nouvelle qui deconcerta 
la science des medecins et kta lepouvante parmi les po- 
pulations de V Europe. 

Des causes nombreuses concoururent dpreter au fieau 
cette recrudescence effrayante quil eut en 1494 , lors du 
passage en Italic des soldats de Charles VIII, quon 
accusa injustement d'etre les auteurs et la source meme 
du mal, alors quils nen furent tout au plus que les 
propagateurs . 

2026843 



Mais le bon sens public fit bientot justice de ces ac- 
cusations que venaient dementir des faits dont on ne 
pouvait nier Vevidence : aussi n'y aurait-il pas a rene- 
nir sur une question jugee, netait un intent retrospectif 
de rechercher les cir Constances an milieu desqiielles se 
developpa la terrible epidemic qui exerca tant de ra- 
vages en Europe. 

Cette enquete, d'ailleurs, est curieuse et interessante 
afaire a plus d'un titre; car elk oblige celui qui veut 
la mener a bonne fin de consulter les temoins contempo- 
rains dont les depositions, souvent indiscretes, nous re- 
velent sur la societe, les moeurs et les croyances d'alors 
une quantite de details qui permettent d'apprecier 
comme il convient et de juger en connaissance de cause 
Vepoque oil eclata I'epidemie du mal francais. 

Uhistoire de la Renaissance, par la complexite des 
elements qui la cotnposent, demande plus que toute autre 
a etre etudiee dans ses moindres manifestations. Malgre 
les nombreux et remarquables travaux quelle aprovo- 
ques et la publication de textes de toute nature qui pa- 
r ais sent chaque jour sur cette epoque fanieuse , elle reste 
encore, par Men des points et considereeen elle-7neme, a 
Vetatd'un sphinx qui garde jalousement ses secrets. A 
cet egard, toute etude, si modeste quelle soit, tendant a 
eclaircir un des cotes de la question, m doit pas etre de- 
daignee; et cest dans cette pensee que Vauteur des pages 
qui suivent s'est decide a les livrer a Vimpression. 



— VII — 

// tient a ajouier qiiil na eu d' autre hut que de 
completer par Vapport de documents historiques inedits 
ou peu connus, et rangers a la medecine, les travaux 
exclusivement scientifiques relatifs a la syphilis; et 
qu'il s'est borne a resumer ces dernier s, lorsquil a etc 
appele a le faire par les exigences de son sujet. 

Stiivant Tordre chronologique qui lui a paru leplus 
rationnel, Vauteur a divise le present opuscule en quairc 
chapitres qui traitent : 

Le premier , de V essence de la maladie et de sa 
marche depuis son originejusquen 14^4; 

Le deuxieme , des conditions physiques, climate- 
riques, inteUectuelleset morales de r Italic au XF" Steele; 

Le troisieme , de V invasion de Vltalie par le roi 
Charles VIII ^ et de V explosion generale du Mal 
pRAxgAis en Europe; 

Le quatrieme, de la description et de la therapeu- 
tique du- Mal Francais, et de sa marche decroissante 
jusqua 710S jours. 





E toutes les maladies veneriennes, la sy- 
philis, par le nombre de ses victimes et 
la facilite de sa diffusion, a particuliere- 
ment attire I'attention des medecins : c'est a cette 
raison qu'elle doit d'etre maintenant connue avec 
exactitude dans sa cause et dans ses effets, bien 
qu'un mystere enveloppe encore le principe initial 
de son apparition. 

La syphilis est une maladie specifique. ayant 
pour point de depart un chancre infectant et carac- 
terisee par des lesions des tissus et des alterations 
qui se produisent etse developpent dans rorganisme 
suivant une evolution reguliere et progressive. Ja- 
mais spontanee, la syphilis ne derive que d'elle- 



meme et se communique par contagion ou par 
inoculation. La nature du virus syphilitique n'cst 
point encore scientifiquement etablie ; cependant, 
pour cette maladie comme pour la plupart des ma- 
ladies contagieuses, on tend a substituer a I'opinion 
ancienne de la virulence des humeurs la presence 
de microbes speciaux qui seraient les agents de la 
contagion ^ Ces microbes se presentent sous I'as- 
pect de bacilles tres tenus qu'on peut observer a la 
surface des chancres et des plaques muqueuses; 
mais qui necessitent, pour etre deceles, des reac- 
tions colorantes complexes'. On discute encore 
pour savoir si Torigine de la syphilis remonte a la 
plus haute antiquite ou si elle aurait fait son appa- 
rition dans les dernieres annees du xv" siecle. On 
connait les savantes recherches d'Astruc pour sou- 
tenir I'origine americaine de la syphilis qui aurait 
ete importee en Europe par les equipages contami- 
nes de Christophe Colomb^. Cette derniere opinion 
est aujourd'hui abandonnee; mais il n'en est pas de 
meme pour les deux autres que leurs defenseurs 
respectifs pourront soutenir jusqu'a la Reconvene, 

1 . Lustgarten. 

2. Voy. la communication faite a 1' Academic de mede- 
cine par le D' Cornil, sur le microbe de Ja syphilis. (Bulletin 
de VAcad. de Med, t. XIV, 2"^ serie, n" 31, 4 aout 1885.) 

3. De morhis venereis, 2 vol. in-4, 1740. 



peu probable d'ailleurs^ de documents positifs ve- 
nant trancher definitivement la question dans un 
sens ou dans Tautre. 

Les ecrivains de I'antiquite qui ont decrit les ac- 
cidents syphilitiques n^ont pas su les rattachera leur 
point de depart, et il faut descendre jusqu'au xv° 
siecle, a I'epoque du mal franfuis, pour constater 
la conception nosologique de la syphilis : il importe 
aussi de remarquer que les termes scientifiques 
n'ayant pas alors la precision mathematique qu'ils 
ont aujourd'hui, des divergences d'opinion se sont 
produites chez les medecins modernes ; les uns ne 
voulant voir dans ces descriptions que des affections 
veneriennes, les autres y reconnaissant des affec- 
tions veneriennes syphilitiques. En outre^ les me- 
decins de I'antiquite qui ne s'arretaient qu'aux 
manifestations exterieures, aux alterations predo- 
minantes de la peau , etaient portes a considerer la 
syphilis comme une variete de I'elephantiasis des 
Grecs et de celui des Arabes. Pour nous, qui n'avons 
pas qualite pour intervenir dans le debnt, nous pen- 
sons, en nous appuyant sur les autorites medicales 
les plus competentes, que les descriptions vagues 
des anciens auteurs doivent etre rapportees a la 
syphilis; que celle-ci estcontemporaine de I'homme 
sur la terre, et la resultante, dans une certaine 
mesure, de ses exces veneriens. Des savants ont 



— 4 — 

retrouve des lesions caracteristiques de la syphilis 
surdes ossements de I'epoque prehistorique'. Me- 
lee a tous les mythes religieux de I'Asie et de I'Ame- 
rique, elle apparait comme un chatiment divin : les 
peuples, dans leur effroi, la mettent sous la pro- 
tection d'un dieu ; et suivant leurs idees pantheistes, 
ils representent ce dieu sous I'image de la partie 
par laquelle il manifestait ses cffets. Telle est Tori- 
gine du cuke des divinites generatrices, comme 
celui de Lingam dent Sonnerat nous a rapporte le 
mythe parmi les adorateurs de Vichnou*. 

« Les penitents J dit-il, etaient arrives a un haut degri 
de puissance par leurs sacrifices et leurs prieres ; mats 
four la conserver, leurs cceurs et ccux de leurs femmes 
devaient toujcurs rest:r purs. Cependant Qiva avail e:i- 
tendu vanter la beaute de ces dernieres, et il resohit de les 



1, Le Baron, Lesions osseuses de Vhomme prehistorique en 
France et en ^Igerie.Fins f i88i,gr. in-8, p. iiS, En 1878, 
le D' Parrot avait attribue a la syphilis liereditaire des 
lesions observees sur des cranes d'enfants de I'epoque neoli- 
thique. Les exostoses consiatees sur les deux tibias d'un 
squelette de Solutre avaient ete considerees par Broca, Oilier, 
Parrot et Virchow comme specifiques. (V. dans l&Nouv. 
Diet, de mid. et de chirurg. I'article du D"" Vibert sur la 
Syphilis, t. XXXIV, p. 598 et suiv. (1883). 

2. Rosenbaum, Hist, de la syphilis dans Vantiquiti^ ch. vi 
p. 50, 51. (Bruxelles, 1847, iii-8, trad, de I'allemand par 
Sanilius ) 



— 5 — 

seduire. Ayant pris la forme cfun j'eune meudiant d'une 
heMte parfaite, il engagea Vichnon a prendre celled' uue 
bellejeunefilleet a se rendreau lieu des peniteuts pour 
lesrendre amoureux. Vichnou s'yrendit; et en passant , 
il leiir jeta des ceillades si tendres que tous devinrent 
amoureux de lui : ils ahandonnerent leurs sacrifices 

pour suivre cette jeune beaute Leur passion gran- 

dissait ainsi de plus en plus, tellement qua la fin, ils 
paraissaient inanimis et leurs corps languissants res- 
semblaient a la cire fondant ci Vapproche du feu. 

« Qiva, de son cote, alia vers la demeure desfcmmcs, 
tenant dons les mains un ftacon d'eau comme les men- 
diants, et chantant comme eux. Son chant avait tant de 
charmes que toutes les jemmes se reunirent autour de 
lui ; et lajorme du beau chanteur achevait ce que la 
voix avait commence. Leur trouble etait si grand que 
quelques-unes perdaient leurs bijoux et leurs vetements, 
de sorte quelles le suivaient dans le costume de la nature, 
sans s'en apercevoir.... Ay ant parcouru le village, il 
les quitta : toutes I'accompagnerent dans un bois voisin 
cu il obtint d'elles ce quil desirait. Bientot les penitents 
saper^urent que leurs sacrifices navaient plus leur an- 
cien effet, et que leur puissance n etait plus la mime. 
Apres quclques reflexions pieuses, il leur parut clair 
que la cause en etait a Qiva, qui, sous la for?ne d'un 
jeune homme avait seduit leurs femmes et qu'eux-memes 
avaient etc e^^ares par Vichnou trafisformecn jeimcfiUe, 



— 6 — 

Us resolurent de tuer Qiva par un sacrifice. Honteux 
d' avoir perdu Ihonneur sans pouvoir se vender, ils eu- 
rent recours aux moyens extremes ; ils reunirent ioutes 
I curs prieres et leurs penitences contreQiva. Ce sacrifice 
jut desplits terrihhs, et ledieu hn-meme ne put risister. 
Cefnt comme unfeu qui se jeta sur les parties genital es 
de fiva et les separa de son corps. Irrite contre les peni- 
tents, il resolut de sen servir pour mettre le monde en- 
tier en feu. Dejd Vincendie cojnmen^ait a s'etendre, 
lorsque Viclmou et Brahma, charges de la conservation 
des creatures, avlscrent aux moyens de larreter. Brahma 
prit la forme d'un pied est al, et Vichnou celle des organes 
sexuels de lafemme, et ils regureni les organes deQiva. 
Lembrasement general fut ainsi arrete. fiva se laissa 
flechir par leurs prieres, et il promit de ne pas br^ler le 
monde, si les hommes rendaient a ses parties les hon- 
neurs divins^. »> 

Le cuke de Lingam etait done essentiellement lie 
a une affection maligne des organes genitaux, que 
les hommes rapportaient a la colere d'un dieu, qui 
seul pouvait les guerir. Cette observation est tres 
importante, et nous aurons bientot a la rappeler 
pour expliquer le silence volontaire des medecins 
grecs et latins sur les maladies naturelles de Thomme 



I. Voyage aux Indes et a la Chine ^ t. I, cite par Rosen- 
baum, p, 50. 



et de la femme. L'importation en Grece du culte 
de Bacchus tient etroitement a celui de Lingam, a 
ce point qu'il semble n*en etre que la reproduction. 
Natalis Comes rapporte que les fetes phalliques fu- 
rent institutes en Grece en I'honneur de Bacchus 
qui avait gueri les Atheniens d'une affection tr^s 
grave aux parties genitales\ 



I. « Fuerunt et Pallica in Dionysi honorem instituta, quae 
apud Athenienses agebantur, apud quos primus Pegasus 
ille Eleutheriensis Bacchi cultum instituit, in quibus can- 
tabant quern ad modum Deus hie morbo Athenienses li- 
beravit, et quern ad modum muhorum bonorum . auctor 
mortaiibus extitit. Fama est enim quod Pegaso imagines 
Dionysi ex Eleulheris civitate Beoiise in Atticam regionem 
portante Athenienses Deum neglexerunt neque, ut mos erat, 
cum pompa acceperunt : Oiiare Deus indignatus pudendahomi- 
num morho infestai'it, qui erat illis gravissimus • tunc eis ab 
oraculo , quo pacto hberari possent petentibus, responsum 
datum est : solum esse remedium malorum omnium, si cum 
honore et pompa Deum reccpissent; quod factum fuit. Ex ea 
re, tum privatim turn publice lignea virilia thyrsis alligantes 
per eam solemnitatem gestabant. Fuit enim Phallus vocatum 
membrum virile. Alii Phallum ideo conservatum Dionyso 
putarunt, quia sit auctor creditus generationis. » (Mythohgicey 
siveexplicationis fahuhriim lib. X. Francf., 1588, in-8,p.498.) 
Comme il le dit p. 487, I'auteur a emprunte cette histoire a 
Perimander : de Sacrificicnum ritihus aptidvarias gentesy lib II. 
(Elle se trouve aussi dans le scoliaste d'Aristophane, Achurn, 
248.) 



— 8 — 

« On dit que Pegase amenant dans VAttique Its 
statues de Bacchus, qiiil rapportait d'Ekuthere, ville 
de Beoiie, Jes Aihiniens regurent le dieu avec indifference 
et ne lui rendirent pas les hommages accoutumes. Cest 
pourquoiy le dieu ir rite f rap pa les hommes aux parties 
honteuses d'un mat qui les faisait tres cruellement 
soujjrir. S'etant adresses a Voracle pour savoir comment 
lis pourraient en iire delivres, les Aihiniens ohtinrent 
cetie reponse que le remede de tous leurs maux etait de 
recevoir le dieu avec honneur et pompe, ce qui fut fait. 
De la cette coutume d'attacher a leurs thyrses dans les 
manifestations puhliqueset privees de la vie, des morceaux 
de bois tailles en forme de parties genitales, quils pro- 
menaient dans les Dionysiaques . Le memhre viril fut 
en effet appele phallus ; d'autres pensent que le phallus 
fut consacre a Bacchus, parce qu'on le regarde comme 
Fauteur de la generation. » 

La syphilis, qui exislait en Amerique loiigtemps 
avant Tarrivee de Christophe Colomb \ emprunta 
pendant le xv' siecle, au contact desEspagnols con- 
tamines, le caractere d'exasperation qu'elle avait en 
Europe ; et de b^nigne qu'elle etait, elle entra aus- 
sitot dans la periode d'acuite qu'elle eut^ a ce meme 

I. Brasseur de Bouibourg, His.'olre des nations civili- 
sies du Mexique avant Christophe Cohmh. Paris, 1857, t. I. 
r. 181. 



— 9 — 
moment, dans tout I'ancien monde. Comme conse- 
quence necessaire a la presence de la syphilis, le 
cuke de Phallus existait au Mexique : il avait ses 
temples dans les principales villes, a Panuco, a 
Tlascala^ ; et il est vraisemblable qu'il devait son ori- 
gine aux memes causes qui I'avaient suscite en Asie 
eten Grece. 

Le culte de Venus et d' Aphrodite qui s'etait 
developpe en Asie parallelement a celui de Lin- 
gam, repondait^ comme lui, a la conception ge- 
neratrice du monde. Cette idee, se rattachant au 
prcbleme de la creation, avait, dans la speculation, 
un caractere essentiellement eleve et moral, mais 
qui se trouvait etrangement denature dans la pra- 
tique, et aboutissait a donner a la debauche une 
sorte de consecration divine'. 

1 . Garcilasso de la Vega, Histoiredes Incas, liv. II, ch. vi ; 
Dulaure, Des divinites generatrices ou du culte de Phallus che^ 
les anciens et les modernes. Paris, 1805, in-8, p. 96. L'ouvrage 
du capitaine Dabry (La medecine chez les Chinois), constate 
en Chine I'existence de la syphilis qui remonterait a plus de 
deux mille ans. 

2. Pausanias, dans sa description de la Grece (Livre I, 
ch. xiv) dit, en parlant du culte de Venus : « Les Assyriens 
ont les premiers institue le culte de cette Urania ; apres eux 
les Paphiens Font introduit en Chypre, et parmi les Pheni- 
ciens ce furent les habitants d'Ascalon qui le porterent en 
Palestine. Les habitants de Cythere ayant recu ce cuhe des 

I, 



— 10 — 

Une origine presque semblable aux cultes de 
Venus, de Lingam et de Bacchus est attribuee a 
rimportation du culte de Priape a Lampsaque, et 
semble n'en etre que la copie. Priape, qui seraitle 
produit monstrueux de Bacchus et de Venus^ fut 
tout d'abord adore dans sa ville natale a la suite de 
certaines circonstances scandaleuses que Natalis 
Comes a rapportees avec sa bonhomie habituelle *. 



Pheniciens, I'ont consacre chez eux. Egee I'introduisit a 
Athenes. » (Rosenbaum, p. 41.) 

I. « cum adolevisset CPm/JM^), pergratumque forct 

Lampsacenis mulieribus , Lampsacenorum decreto ex agro 

Lampsaceno exulavit Fuerunt qui memorie prodiderint 

Priapum fuisse virum Lampsacenum, qui cum haberet in- 
gens instrumentum et facile paratum plantandis civibus, 
gratissimus fuerit mulieribus Lampsacenis. Ea causa post- 
modo fuisse dicitur, ut Lampsacenorum omnium ceterorum 
invidiam in se converterit ac demum ejectus fuerit ex ipsa 
insula. At illud facinus aegerrime ferentibus mulieribus et 
pro se Deos placaniibus, post, cum nonnullis interjeclis tem- 
poribus Lampsacenos gravissimis pudendorum membrorum 
morbus invasisset, Dodoneum oraculum adeuntes percunc- 
tati sunt, an ullum esset ejus morbi remedium. His respon- 
sum est : morbum non prius cessaturum quam Priapum in 
patriam revocassent. Quod cum fecissent, templa et sacrifi- 
cia illi statuerunt, Priapumque hortorum deum esse decre- 
verunt... » (Op. cit., p. 528.) 

Le culte de Priape se conserva en Italie jusqu'au siede 
dernier. On pourra consulter a ce sujet I'ouvrage suivant qui 



— II — 

Toutefois, rattribution a un dieu des maladies 
resultant de la debauche, imposa aux medecins 
grecs un silence qu'on ne peut attribuer qu'a des 
motifs religieux. « Les anciens ne voulaient pas faire 
injure aux dieux qui avaient accorde aux hommes 
le bienfait de Tamour, en accusant ces memes dieux 
d'avoir mele un poison eternel a cette eternelle am- 
broisie ; les anciens ne voulaient pas qu'Esculape, 
I'inventeur et le dieu de la medecine entrat en lutte 
ouvert^ avec Venus, en essayant de porter remede 
aux vengeances et aux chatiments de la deesse. En 
un mot, les maladies des organes sexuels, peu 
connues, peu etudiees en Grece comme a Rome, 
se cachaient, se deguisaient comme si elles frap- 
paient d'infamie ceux qui en etaient atteints, et 
qui se soignaient en cachette avec le secours des 
magiciennes et des vendeuses de philtres ^ » 

est devenu fort rare : An account of the remains of the worship 
of Priapiis^ lately existing at hernia, in the Kingdom of Naples... 
by R. P. Knight. London, 1791, un vol. in-8. Get ouvrage 
contient des gravures des monuments antiques de I'lnde, 
entre autres des ex-voto obscenes, et surtout la gravure d'un 
bas-relief de la pagode Elephanta qui represente un groupe 
executant Taction infame que les latins designaient par le 
mot irrumatio. Voy. Dulaure, p. 79 et tout le chap, vi, 
p. 74 et sqq. 

I. P.-L. Jacob, Recherches hist, stir ks maladies de Venus.., 
Bruxelles, 1883, in-i6, p. 3. 



— 12 — 

On trouve pourtantdansHippocrate des passages 
qui ne laissent aucun doute sur I'existence et les ra- 
vages de la syphilis en Grece. 

Parlant d'une epidemie qui avait sevi a Athenes, 
ce dernier s'exprimait ainsi : « Beaucoup eurent 
des aphtes et des ulcerations de la bouche. Fluxions 
frequentes sur les parties genitales, ulcerations, tu- 
meurs au dedans et au dehors, gonflements dans 
les aines. Ophthalmies humides, longues et dou- 
loureuses; carnosites aux paupieres, en dedans et en 
dehors, qui firent perdre la vue a beaucoup de 
personnes et que Ton nomme des fics. Les autres 
plaies et les parties genitales etaient aussi le 
siege de beaucoup de fongosites. Dans I'ete, on vit 
un grand nombre d'anthrax et d'autres affections 
qu'on appelle septiques ; des eruptions pustuleuses 
etendues^ chez beaucoup de grandes eruptions ve- 
siculeuses*. » 

En Italie, le silence des medecins sur toutes les 
maladies touchant a I'une et I'autre Venus (utraque 
Venus) estdu, comme chez les medecins grecs,aux 
memes motifs. Plus indiscrets, les poetes satiriques 

I. CEuvres compl. (trad, de Littre) : t. Ill, des Epidemiesy 
1. Ill, seci. Ill, § 7, p. 8). Voy. aussi V Argument (p. 8 
et sqq.). La peste a bubons est rapportee par Rosenbaum 
« k I'epidemie du xve siecle, de laquelle on date ordinaire - 
ment la syphilis. Cetait egalement le sentiment de Grim. » 



n'ayant pas a obeir a des considerations de cette 
nature, nous ont laisse un choix considerable de 
documents sur les accidents de la syphilis et sur les 
causes qui les ont produits. Les raffinements de la 
debauche amenerent avec eux le cortege insepara- 
ble des affectionsveneriennesetsyphilitiquesqu'avcc 
une science et une erudition singulieres, Rosen- 
baum a reunies et decrites. II faut aller jusqu'a 
I'epoque de Tempire, a Celse, pour avoir quelques 
details sur la question qui nous interesse : « ]'ai 
maintenant , dit-il, a parler des maladies des parties 
honieuses. Les noms dont on se serf che^ les Grecs pour 
designer ces parties sont moins choquants et ont ete consa- 
rres par Vusage..., mais partni nous, ces expressions 
ont toujours quelque chose d'indecent^ et Vautorite des 
personnes qui parlent avec le plus de retenue, ne peut 
les f aire excuser. Ce nest done pas tine entreprise facile 
de parler de ces maladies pour quiconque veut garder 
les regies de la bienseance^ sans s'ecarter de celles de 
Vart * . )) Aussi est-ce comme a regret et en s'excusant 
que le savant medecin passe en revue ces maladies, 
dont la description ne laisse aucun doute sur leur 
caractere essentiellement syphilitique. Le chancre 



I. Traite de la Medecine, liv. VI, sect. VIII, p. 372 jusqua 
la fiu du livre VI (Traduction de Fouquier et Ratier). Paris, 
1824, un vol. in-i2. 



— 14 — 

indure, la gonorrhee syphilitique y sont nettemcnt 
decrits. II ne traite qu'avec repulsion les maladies 
de I'anus, que la sodomie avait rendues si frequentes 
et dont le cynique Martial a dresse la monographie^ 
Notre but etant de constater I'existence de la syphi- 
lis mais non de la decrire dans ses manifestations, 
nous renvoyons le lecteur aux auteurs speciaux qui 
ont aborde cette question. Elle demande d'ailleurs 
a etre traitee ex cathedra, et un medecin seul peut le 
faire avec autorite. 

La corruption romaine gagna les provinces de la 
Gaule et y repandit ses ravages ; aussi peut-on suivre 
a la trace Texistence de la syphilis pendant toute la 
periode du moyen age. Au xiir siecle, Guillaume 
de Salicet park dans son premier livre d'ulcerations 
sur la verge autour du prepuce : il leur attribuepour 
origine un coit malsain', et sa description ne laisse 
aucun doute sur Texistence des accidents secon- 
daires syphilitiques. Valescus de Tarente confirme 
la presence de chancres infectants, sur des malades, 

1. Voy. I'ouvrage de Rosenbaum, cite plus haut et celui 
du docteur Edmond Dupouy, Medecine et mceiirs de Vancienne 
Rome. Paris, 188$, un vol. in-18, p. 280 et sqq. 

2. (i De corruptionibiis qua fiunt in virqa circa pTieputium, 
propter co'itum cum meretrice vel foedo. » Passage cite, comme 
le suivant, par Lancereaux, Traite hist, et prat, de la syphilis^ 
p. 14. 



— 15 — 

dans des termes qui ne sauraient preter a contra- 
diction. La, encore, il reconnait le coit comme 
point de depart de la maladie'. 

L'infection generale resultant de Tinfection des 
organes genitaux est nettement indiquee dans un 
livre sans date de Gerard du Berry (filossidce Ge- 
rardi) cite par Gordon, professeur a Montpellier : 
« La verge, dit-il, sotijfre du cott avec ks femmes im- 
mondes par Taction d'un sperme corrmnpu ou d'une hu- 
meur veneneuse retenue dans le eol de la matrice. La 
verge est infectee, et parfois le corps tout entier'. » 
Thomas Gascoigne, cite par Becket, dans ses Tra^i- 
sactions philosophiques, rapporte « quil savait queplu-' 
sienrs homuies etaient morts de la putrefaction de leiirs 



1. « Ukera et piistidce fiunt in virga qiue aliqiiando, ratione 
mala ciirce et diirationis fiunt cancros.e in tantiim, quod ali- 
qiiando perditiir virga vel pars ejus, aliqiiando fiunt extra in 
pelle, aliqiiando ut plurimum intra .. causa possunt esse primi- 
tive... litest coitus cum fatida, vel immiinda, vel cancrosa mu~ 
Here... Vidi aliquos mori, quia tarde ad bonum pervenerunt me- 
diciim. Virga enim erat circumdata toto ulcere cancroso cum 
diiritie, et erat rotundus siciit unus napus, et homo erat jam 
discoloratus et semimortuus. » (Pbilomium, lib. VI, c. vi, f. 156. 
Venise, 1502.) 

2. «... Virga patitur a coitu cum mulieribus immundis 
de spermate corrupto vel ex humore venenoso in collo ma- 
tricis recepto; nam virga inficitur et aliquando alterat totum 
corpus. )) (V. Lancereaux, p. 14.) 



membres genitaux et de leurs corps ; comme Us le di- 
saient eux-memes, cette corruption et cette putrefaction 
avaient ete causees par la copulation charnelle avec les 
femt7ies^. » Et il cite parmi ces derniers, le due de 
Lancastre qui souffrait cruellement de cette maladie 
en 1430. 

Parmi les maladies contagieuses qui ravagerent 
les populations au moyen age, la syphilis fut ge- 
neralement confondue avec I'elephantiasis des 
Grecs et surtout avec I'elephantiasis des Arabes 
dont les manifestations se produisent sur toutes les 
parties du corps, mais particulierement sur les 
membres inferieurs, le scrotum, les teguments du 
penis et du clitoris'. Bien que differant essentielle- 
ment I'une de I'autre, ces deux affections, la sy- 
philis et I'elephantiasis des Arabes, pouvaient d'au- 
tant mieux etre confondues par les medecins 
qu'elles se combinaient souvent chez le meme in- 
dividu. Quant a I'elephantiasis des Grecs, elle ne dif- 



1. u Novi enim ego Magister Thomas Gascoigne, licet 
indignus sacrae theologia; doctor qui haec scripsi et collegi, 
diversos viros qui mortui fuerant ex putrefactione membro- 
rum suorum genitalium et corporis sui; quae corruptio et 
putrefactio, ut ipsi dixerunt, causata fuit per exercitium co- 
pulae carnalis cum mulieribus. )> (Transact, philosop., n° 365, 
an. 1720, cite par Astruc, de morhis veneris^ t. I, p. 54.) 

2. Littre et Robin, Dictionn. demedecine (1873), p. 503. 



— 17 - 

f:re pas moins que I'autre de la syphilis par ses 
caracteres essentiels^ et semble n'avoir ete que la 
lepre qui exerca de si grands ravages en Europe 
durant tout le moyen age. On fut d'autant plus 
porte a considerer la syphilis comme la resultante de 
la lepra, que celle-ci disparut^ en France, du moins, 
a peu pres au meme moment ou la syphiHs qui 
avait toujours existe^ se manifestait avec cette vio- 
lence inoui'e qui la caracterise a la fin du xv^ siecle. 
Les differences essentielles qui distinguent ces 
differentes maladies se'ont plussensibles en lisantla 
description que Celse fait de Telephantiasis grecque : 
« L elephantiasis, comme Vappellent les Grecs, dit-il, 
est une maladie chronique a peine connue en Italie et tres 
frequente en certains pays. Ce mal affecte le corps au 
point que les as memes sont vicies. Toute la surface du 
corps est convert e de t aches et de tumeurs ; leur ccideur 
rouge se change peu a peu en une couleur noirdtre ; la 
peau est inegale, epaisse^ mince^ dure, molle, raboteuse, 
comme icailleuse ; le tronc devient maigre, tandis que le 
visage, les jambes et les picds s'eniient. Lorsque la ma- 
ladie a dure ten certain temps, les dcigts des pieds et des 
mains s'enfoncent et se cachent sous les tumeurs de ces 
parties. 11 survient ensuite une petite fieore qui emporte, 
en peu de temps, le malade accable de tant de maux * . » 

I. Celse, liv. Ill, sect. XXVI, p. 172. 



— i8 — 

Dans cette horrible maladie, c'estla face qui etait 
le plus souvent affectee. Couverte de tumeurs 
noueuses de coloration fauve et bronzee, separees 
par des rides profondes, elle presentait une defor- 
mation hideuse qui, rappelant I'aspect de la peau 
de I'elephant, lui avait fait donner le nom d'elephan- 
tiasis; et non pas, comme le disait Laurent Valla, 
au XV® siecle, parce que la maladie surpassait les 
autres autant que I'elephant surpasse lesautres ani- 
maux. Petrus Crinitus s'est moque agreablemeni 
de cette explication fantaisiste^ qui rappelle quel- 
que peu celles de certains philologues du xvii" siecle; 
il n'est pourtant pas exempt lui-meme de toute er- 
reur dans le chapitre qu'il consacre a cette maladie. 
D'ailleurs Valla, grand erudit, d'une immense litte- 
rature. ne se piquait point de connaissances eten- 



I. « ... Nomen vcro tarn obnoxii , tamque pestilentis 
morbi deductum est ex ipsa similitudine cutis Elephanti, 
quoniam qui eo morbo vexantur, cutem suflfuscam plenam- 
que tuberibus et papulis habent, qualis praecipue in Elephantis 
visitur : quod ipsum et Galenus probat... Quod ego idcirco 
putavi observandum, quoniam Laurentius Valla, vir alioque 
accurate doctus, quorumdam ineptias secutus, ob id Ele- 
phantasim dici existimavit, quod inter alios omnes morbos 
ita pntstaret, sicuti inter animantia Elephas : quo nihil potest 
esse, non dico magis absurdum, sed etiam ridiculum. » 
(Petri Criniti, De houesta disciplina, liv. XX, ch. x, p. 3 1 3, 3 14. 
Lyon, 1554, in-8.) 



— 19 — 

dues en medecine ; il se bornait a reproduire Topi- 
nion emise par I'illustre medecin grec, Aretce 
de Cappadoce^ qui s'etait exprime ainsi en parlant 
de I'elephantiasis : « // j a, dit-il, bien des rapports 
entre Viliphant maladie et TeUphant bete fauve et par 
Vapparence et par !a couleur et par la duree ; mais Us 
sont Vun et V autre uniques en leur espece : f animal ne 
ressemble a aucun autre animal, la maladie a aucune 
autre maladie. Cette maladie a aussi etc appelee lion 
(Iconlhsis) parce quelle ride la face du malade com??ie 
celle d*un lion; satyriasis, a cause de la rougeur qui 
iclate sur les pommeites des joues du malade^ et en 
mime temps a cause de Fimpudence des desirs amoureiix 
qui le tourmentent ; enfin mal d'Hercule, parce quil ny 
en a pas de plus grand ni de plus fort. Cette maladie 
est, en effet, la plus energique pour abattrc la vigueur 
de Vhomme et la plus puissante pour donner la mort ; 
elk est egalenzent hideuse a voir, redoutahle comme Va- 
nimal dont elk porta le nom, et invincible comnu la 
mort : car elle natt de la cause tneme de la mort ; le 
refroidissement de la chaleur naturelleK Cependant, 
son principe se forme sans signes apparents : aucune al- 
teration, aucune souillure nattaquent d'abord I'orga- 



I. On verra plus loin, Jerome Manfredi, medecin bolo- 
nais du xv^ siecle, attribuer la peste au coit, qui diminue la 
chaleur naturelle et debilite ceux oui en usent outre mesure. 



— 20 — 

nisme, ne se montrent sur le corps, ne rivelent Vexistence 
d'lm mat naissant ; mais ce feu each:, apres avoir de- 
meure lon^temps dans les vis ceres comme dans le sombre 
Jartare, eclate enfin, et ne se repand au dehors qu apres 
avoir envahi toutes les parties inierieures du corps \... » 

Ces citations, quoique longues, ne sont pas inu- 
tiles, car elles permettent de comprendre et d'excu- 
ser les erreurs que pouvaient commettre les mede- 
cins dans le diagnostic et le traitement de ces 
differentes maladies qui avaient entre elles des 
points de contact si nombreux. S'attaquant de pre- 
ference aux classes malheureuses de la societe, la 
syphilis se trouvait souvent chez le meme individu 
combineeavec Telephantiasis, dont latherapeutique, 
encore aujourd'hui, est des plus incertaines. 

L'effroi que causaient les lepreux qu'on traitait 
bien plus en criminels qu'en malades, eloignait les 
medecins et les detournait d'etudier la medication 
propre a combattre le mal, sinon a le guerir. Aban- 
donnes a eux-memes, se sentant mis au ban de 
rhunianite, les lepreux se plongeaient avec une sorte 
de fureur dans les debauches les plus excessives, 
sans crainte d'avancer le terme de leurs tristes 
jours qu'ils savaient comptes. C'cst ainsi que Jerome 
Manfredi, medecin deBologne, donne le coit comme 

I. Passage cite par Lacroix, p. 36 ci 37, 



— 21 — 

une des causes de la maladie (I479)^ A cette epo- 
que, d'ailleurs, TEurope et particulierement I'ltalie 
etait desolee par le typhus, par la peste a bubons, 
par le scorbut et d'autres maladies epidemiques. A 
ces differents fleaux, s'ajouterent des orages terribles 
et des inondations qui firent de grands ravages. 
Tousles chroniqueurs* sont unanimes pour consta- 
ter ce concours de circonstances nefastes qui pre- 
terent a la syphilis une gravite qu'elle n'avait pas 
encore eue. Ce sont ces differentes circonstances 
que nous nous proposons de passer successivement 
en revue : mais il importe de ne pas terminer le 
present chapitre sans citer le temoignage de Fulgose 
qui declare que deux ans avant la venue de 
Charles VIII en Italie, la syphilis exercait ses ra- 
vages et deroutait la science des medecins. « Deux 
ans avant que Charles vint en Italie, dit-il, apparut 
parmi le uionde une maladie dont les medecins ne tivu- 

1. (( ... Secunda hominum maneries est eorum qui multo 
utunt coytu, quoniam multum ex eo debiles efficiuntur, 
calore quidem natural! ex coytu resoluto . » (C. ///.) « Trac- 
tatiis iitilis vaJde de peste compositus per maoistrum Hieronimum 
de Manfredis civem Bononiensem phisiciim ac astrologum dignis- 
simtim. » Souscription : « Per vie Hieronimum de Manfredis 
artiiim medicine doctorem composittnn hoc opiiscuhim litterali ser- 
mone (MCCCCLXXVIIII) Bononie die ultima decemhris. » 
(In-4 goih.) 

2. Voir le chapitre suivant. 



— 22 — 

vaient ni le mm ni les reniedes dans la tbdrapeutique 
des anciens. Son mm variait suivant les pays. En 
France on Vappehi le mal de Naples, en Italie, le mal 
frangais, et aiUeiirs autrement'. » Ainsi, en 1492, 
rexistence de la syphilis etait constatee en Italie; 
I'annee suivante, on la signalait en Espagne', en 
AUemagne et en Lombardie' : en 1494, elle se 
manifestait a Berlin, a Halle, a Brunswick, dans le 
Mecklembourg, la Lombardie, I'Auvergne* et autres 
pays^ Elle revetit seulement un caracterede gravite 

1 . (( BiENNio antequam in Italiam Carolus veniret, segri- 
tudo inter mortales detecta, cui nomen nee remedia Medici 
ex veterum auctorum disciplina inveniebant, varie, ut regio- 
nes erant, appellata : In Gallia Neapolitanum dixerunt mor- 
bum, at in Italia Gallicum appellabant, alii autem aliter... » 
(Ch. VI, p. 29, edit. Paris, 1578, in-8.) Cite par Sanchez : 
Dissert, sur Vorigine delamaladievenerienne.Fsins, 1765, p. 2. 

2. D'apres la lettre de Pierre Martyr a Arias Barbosa. 
Mais cette lettre contient des anachronismes qui montrent 
qu'elle a ete retouchee apres coup, comme I'ont ete d'ail- 
leurs la plupart des lettres de son recueil. Opus Epistolarum 
P. MartyrisAnglerii, Amstelodami,i67o, in-fol, 1. 1, c. lxviii, 
p. 34. 

3 . Sprengel, Histoire de la Mcdecijie, trad. p. Jourdan (1815), 
t. II, p. 505. 

4. Dans le traite de G. Torrella qui sera analyse plus loin, 
et qui donne, par suite d'une erreur t}'pographique Alverniay 
pour Gallia^ qu'on lit dans d'autres editions. 

5. (( ... Temporibus illis (1494) oriuntur plagx in Ale 



exceptionnel qu'elle emprunta aux causes multiples 
que nous allons developper dans le prochain cha- 
pitre. Mais nous pouvons des maintenant conclure 



mannia, ila ut certi, tarn laid quam clerici, percuterentur 
ulceribus, a vertice capitis usque ad plantas pedum inclusive, 
ad modum scabiei puerorum, vel morbillorum, quibus exco- 
riatis et decidentibus, creverunt alia eodem in loco, ad me- 
dium aut integrum annum durantia ulcera. Et vocatur dicta 
plaga malum Francigenum, et non immerito. Nam quos tunc 
in varietate vestium et superbia sequebantur Alemanni, merito 
etiam cruciabantur ipsi Francigena plaga. Judicataque est 
altera plaga et pessima. Nam et viri et mulieres, in pudendis 
maxime, inde passi sunt, et e civitatibus et plebe, ut leprosi, 
ejecti, soli morantes et gementes. » {Linturii appendix ad 
fascicidum temporutn; dans Pistorius, Renim germanicartim 
scriptores, t. II, p. 596. Ratisbonne, 1726, in-fol.) 

II importe de remarquer, d'aprcs Linturius lui-meme, 
qu'en 1491, il y avail en Baviere et en Souabe une famine 
inou'ie (maudita annona) (p. 379); en 1494, la peste fit ses 
ravages en Franconie, en Souabe. en Baviere (p. 594); I'au- 
tomne avait ete chaud, et mele d'orages (idem) : 

« Pestis miseranda et lugubris illo tempore incepit, qure 
primo in Westphalia Osembrugensi in civitate anno 
MCCCCXCIIIJ et Bremis ac Hamborg incipiens, passimque 
iterum per provincias irrepens et hoc MCCCCXCV in Sta- 
dis, Lubeck, Wismaria, Rostock, Sundis, Gripeswaldis, 
Anclam : in Daciam Pomeraniam, Prussiam, Saxoniam et 
omnes gentes adeo desaevit, et quidem ita inclementer, ut 
horrescat calamus luem hujusmodi depingere, quae plurimos 
juvenes stravit, innumerosque cives extinxit, nee aliud video 
quam multos timore pavoreque contabescere. Jam pestifer 



— 24 — 

qu'il resulte des documents precites, « que les 
medecins du moyen age connaissaient les manifestations 
de la syphilis, niais non la syphilis elle-meme. Le lien 
qui lie I' accident primitif aux affections consecutives 
leur avait echappe. » Et le savant professeur, a qui 
nous empruntons ces lignes, ajoute :. « Doit-on s'en 
etonner quand, depiiis pen d'annees seukment, nous 
connaissons la relations qui relient les lesions primitives 
et secondaires aux affections viscerales jusque-ld decrites 
et traitees sous le nom de cirrhose dujoie, de ramollis- 
sement du cerveau, etc. ' » 

annus nobis incubuit, mortique favit densissimus aer, multus 
undique dolor, multi lugubres ejulatus... » (CJnvnica Olden- 
hiirgensiiim. Rcnim Germanicarum Scriptores , ab Henrico 
Meibonio, t. II, p. i88.) 
I. Lancereaux, p. i6. 




II 




,.^^ ORSQUE Fulgose constatait, en 1492, 1'exis- 
Em tence de la syphilis en Italic, il negligeait 
^^ de signaler le concours de circonstances 
multiples au milieu desquelles se developpa le fleau. 
Sans aller jusqu'a Timputer exclusivement a la cor- 
ruption des moeurs, comme nous verrons le faire 
quelques auteurs seculiers et ecclesiastiques, il est 
certain qu'il trouva dans la depravation generale un 
complice d'autant plus puissant que I'exemple ve- 
nait de plus haut. 

Ce relachement de la moralite 'publique n'etait 
pas d'ailleufs I'apanage des seuls Italiens : il se re- 
trouvait dans tous les pays de I'Europe avec autant 
de cynisme^ mais sans le caractere d'elegance et les 



— 26 — 

raffinements de delicatesse que les populations plus 
civilisees du Midi savaient lui preter. C'est pour- 
quoi, s'il y a lieu de voir dans la corruption gene- 
rale de la societe italienne et la presence de la sy- 
philis autre chose qu'une simple coincidence, il 
faut se garder d'exagerer I'influence de la premiere 
sur la seconde, bien que I'une et I'autre ne soient 
pas indifferentes pour I'appreciation des faits. Un 
erudit contemporain a proteste tres justement, a 
notre sens, contre cette facon trop absolue de con- 
damner en bloc le peuple italien du xv*' siecle ; et 
les raisons qu'il allegue ne sauraient etre contes- 
tees: « Cette eclipse, dit-il, du sentiment moral 
qui nous revoke chez tant de princes ou d'hommes 
d'Etat ItaUens, au moyen %e aussi bien qu'a la 
Renaissance, n'est d'ailleurs pas speciale a I'ltalie. 
Les nations voisines, n'ayant pas pour excuse les 
emportements des races du Midi, nous offrent-elles 
au xv^ siecle un spectacle plus edifiant ? Les annales 
de la France, pendant les regnes de Charles VI et 
de Louis XI, celles de I'Angleterre pendant la 
guerre des deux Roses, celles de la Boheme, de la 
Hongrie et de tant d'autres regions ou la Renais- 
sance n'avait pas encore fait son apparition, sont- 
elles moins riches en actes d'oppression, en viola- 
tions de la foi juree^ en meurtres ? Ces contrees 
ont-elles attendu pour se livrer a tous les exces que 



— 27 — 

Tantiquite leur en eut revele la formule ? Tout au 
plus I'assassinat y offre-t-il un certain caractere de 
franchise et de courage, tandis qu'en Italie, on re- 
court pour se debarrasser d'un ennemi a des prece- 
des plus tortueux, le poison d'une part, Temploi 
des sicaires de I'autre. Une derniere consideration : 
le plus grand criminel du xv^ s'ecle, le heros de 
Machiavel, Cesar Borgia, n'est-il pas etranger par 
son origine a I'ltalie, et par ses gouts a la Renais- 
sance^ ? )) 

On doit pourtant reconnaitre avec Machiavel et 
Guicciardini* que la papaute fut le principal agent 
demoralisateur de I'ltalie. Le spectacle qu'offrait la 
cour de Rome, dans la seconde moitie du xv" siecle, 
etait des plus affligeants au point de vue des moeurs 
publiques : les souverains pontifes donnaient eux- 
memes I'exemple d'une corruption scandaleuse, 
qui, du grand theatre ou elle s'etalait, trouvait des 
imitateurs ardents dans toutes les classes de la so- 



1. E. Miintz, La Renaissance en Italie et en France a I'epoqne 
de Charles VIII, p. 25, 26. 

2. Discours stir Tite-Live, ch. xii. Giucciardini n'exprime 
pas son indignation en termes moins forts : « Non si 
pud dire tanto male della corte Romana che non meriti se 
ne dica piu, perche e una infamia uno esemplo di tutti e 
viiuperii e obbrobri del mondo » (Opere inedite, t. I, p. 27, 
Florence, 1857.) 



— 28 — 

ciete. Comme le dit Erasme « lespapes etranglaient 
le Christ par leur vie empestee^ » 

A I'honnete et illustre Pie II avait succede Paul II, 
vaniteux de sa beaute^ bien qu'il eut soixante ans^ 
au point de prendre le surnom de Foniiose, et de 
refuser d'exposer a Saint-Pierre de Rome,, le saint- 
suaire devant les fideles, pour ne pas distraire leur 
attention et etre seul I'objet de leurs regards et de 
leurs hommages'. Uniquement preoccupe de plaire, 
il ramassait de toutes les parties du monde des dia- 
mants et des emeraudes dont il chargeait sa tiare et 
constellait ses vetements pontificaux, si bien qu'il 
apparaissait aux yeux de la foule plutot comme le 
sultan des Turcs que comme le vicaire de Jesus- 
Christ. On croit meme qu'il mourut ecrase sous le 
poids de la triple couronne, a moins, comme le 
suppose son biographe, Platina, qu'il ne trepassa 
a la suite d'une indigestion de melon'; fin, quelle 
que soit la vraie, peu glorieuse pour ce pasteur des 



1. « ... Christum... pestilente vita jugulant. » {Moria 
encomium.) 

2. Platina, in vita Pauli II. 

3. Idem. On lit dans Raphael Maffei : « . . . dum (Paulus) 
post coenam cum architecto Aristotele de traducendo Vati- 
cano obelisco in plateam basilicas Petri sermonem haberet, 
obruente crapula, repentino apoplexia interiit. » {Anthropo- 
logia, 1. XXII, col. 677. Lyon, 1552, in-fol.) 



— 29 — 

dmes. II aimait les jeunes garcons et surtout les 
femmes dont il avait rempli le Vatican qui, au dire 
d'Attilio d'Arezzo, etait transforme en un cloaque'. 
Malgreses vices, il avaitdesqualitesnombreuses,et 
apres sa mort_, les Remains ne tarderent pas a regret- 
tersous son successeur,radministration prevoyante 
et equitable, la justice' et rhumanite dont Paul II 
avait fait preuve durant sa vie". 

Mais avant de poursuivre ces rapides esquisses 
de la vie des papes de la fin du xv^ siecle, il ne faut 
pas oublier que c'est le pretre que nous avons sur- 
tout en vue, c'est I'homme prive dont la conduite est 
pour ceux qui I'entourent un objet de scandale ou 
une sollicitation au bien. Sous ce rapport, Sixte IV, 
le successeur de Paul II, fut un pontife abominable, 
pire que ne fut peut-etre Alexandre VI lui-meme. 
Arrache a cinquante-sept ans du cloitre pour monter 

1. «... Paulus II ex concubina domum replevit, et quasi 
sterquilinium facta est sedes Barionis. )> (Marci Attilii Arre- 
tini epistolce . » , dans Baluze, Miscellanea, t. IV, p. 519.) 

2. Sauf, peut-etre, dans I'affaire des Htimanistes. Mais on 
se rappelle les paroles de Labbe : « Platina vitam Pauli se- 
cundi animo hostili et offenso magis quam historice des- 
cribit. . . Platinae quidem quis non ignoscat, si sit iratus. » 
{Concilia, t. XIII. p. 1422.) 

3. Sur Paul II, voyez outre les biographies generales, leju- 
gement porte par M. Miintz dans son ouvrage : Les Arts a la 
coiir des papes, t. II, p. i et suiv. 



— 30 — 

s'asseoir sur la chaire de Saint-Pierre, il semble que 
cette supreme dignite, subitement atteinte, ait de- 
range I'esprit de ce fils de pecheur, et qu'une fois 
parvenu a la souveraine puissance, il ait voulu par 
toutes sortes de debordements, de crimes et d'exces 
se dedommager de la longue abstinence dans la- 
quelle il avait jusqu'alors vecu. Le lendemain 
meme de son election paraissait a Rome « I'un des 
livres les plus odieux et les plus detestables qui 
aient jamais ete faits* » : nous voulons parler du li- 
vre des Taxes de la Chancellerie apostolique, au- 
quel on adjoignait bientot les taxes de la Peniten- 

I. Regule, ordinationes et constitutmies cancellarie sanctis- 
simi Dni nostri, divinia providentia pape IIII , scrtpte et cor- 
rede in cancelJaria aplica. . . date in crastinum assiimptionis sid 
ad summi apostolatus apicem, videlicet diedecima niensis Aiigusti 
anni a nativitate Dni M.c.c.c.c. Ixxj... Une edition de i486 
contient avec les taxes de la Chancellerie, les taxes de la Peni- 
tencerie, sous ce titre : Regule, ordinationes et const itutiones 
cancellarie sanctissimi domini Innocentii Pape VIII , cum taxa 
apostolica et penitent iaria, Rome, 1846, in-4. (Prosper Mar- 
chand, Diet, historique^ i759> P« 270.) M. Dupin de Saint- 
Andre a publie les taxes de la penitencerie apostolique , d'apres 
I'edition de 1S20, comprenant les taxes de Jean XXII, et le 
siimmarium litterarum expediendarum per officium sacre peni- 
tentiarie apostohce, qui est Toiuvre de Leon X. L'editeur a 
fait preceder son volume d'une introduction et d'une biblio- 
graphie des taxes qu'on lira avec plaisir et profit. Paris, 1879, 
un vol. in-8. 



— 31 — 
eerie. « La Taxa Cancellarie apostolice, dit tres 
judicieusement Guillaume Ranchin, avocat de 
Montpellier, n'est rien encore au prix de la Taxa 
Penitentiaries imprimee avec elle, et ou chaque pe- 
che, chaque crime pour si enorme qu'il soit_, a son 
prix, si bien qu'il ne reste qu'a etre bien riche, pour 
avoir licence et impunite de mal faire et pour avoir 
passeport en paradis pour soi et pour ses male- 
fices\ » II lui fallait du reste de I'argent^ a SixtelV, 
pour subvenir aux prodigalites de ses neveux, le 
comte Jerome et son frere Pierre qu'il crea cardinal 
de Saint-Sixte, et qu'il comblait de ses hvQurs propter 
sodomiam'. C'etait d'ailleursun des vices favoris du 
pontife qui, au dire d'Infessura, puerorum amator 
et sodomita fuit \ Pierre, le plus jeune, depensait en 
deux ans deux cent mille florins d'or, laissait des 
dettes considerables et mourait a vingt-huit ans, 
pourri de ses debauches ''. Jerome, non moins me- 

1. Idem, meme page. 

2. Infessura, dans Eccard, Corpus Hist, viedii a-vi, t. II, 
col. 1939. 

3. Idem. 

4. «... Petrum ... ad cardinalatum usque provexit (Sixtus) : 
virum alioquin natum perdundse pecunise. Nam biennio quo 
tantum postea vixit CC. aureorum millia in luxu viclitando 
solum absumpsit ; LX. millia aeris alieni , argentorum item 
CCC. pondo dimisit. Decessit tabidus voluptate annorum 
XXVIII. opificibus maxime desideratus, quorum oificinas 



prisable dans sa vie, devait perir plus tard dans sa 
seigneurie de Forli, de la main de ses sujets re- 
voltes \ Mettant a I'encan routes les dignites de 
rfiglise, faisant la disette a Rome et accaparanl les 
bles pour les revendre ensuite a des prix enormes, 
Sixte IV, le premier des papes, patenta la prostitu- 
tion, et taxa chaque femme publique un jules par 
semaine. Get imp6t,ainsi que le raconte Agrippa de 
Nettesheim, rapportait plus de vingt mille ducats 
par an*. Des prelats, des eveques etaient souvent 

novis semper lucris et operibus replebat. » (Raphaelis Vola- 
terrani Arithropologia, 1. XXII, col. 677. Lyon, 1552, in-fol. 
et col. 981, PhiloJogia.) 

1. Voy. /. Burchardi diarium, t. I, p. 304 et n°^ 29 et 30 
de I'appendice , p. 520 du meme ouvrage. (Paris, 3 vol. 
gr. in-8, 1883-5.) 

2. « ... sed et recentioribus temporibus , Sextus pontifex 
maximus Romae nobile admodum lupanar extruxit... multi 
alii magistratus .. in civitatibus suis lupanaria construunt 
foventque : non nihil ex meretricio quoestu etiam ^erario suo 
accumulantes emolumenti t quod quidem in Italia non ra- 
rum est ubi etiam Romana scorta in singulas hebdomadas 
Julium pendent pontifici, qui census annuus nonnumquam 
viginiti millia ducatos excedit, adeoque Ecclesiae procerum 
id munus est, ut una cum ecclesiarum proventibus etiam 
lenociniorum numerent mercedem. Sic enim ego illos sup- 
putantes aliquando audivi : Habet, inquientes, ille duo bene- 
ficia, unum curatum aureorum viginiti et tres putanas in bur- 
dello, quae reddunt singulis hebdomadibus julios viginti. )> 



— 33 — 
tenanciers de ces maisons de debauches, dont le re- 
venu augmentait d'autant leurs benefices ; et ce 
meme Agrippa entendit un jour Tun d'eux, a Rome, 
supputer ses profits en ces termes : « J'ai, disait-il, 
deux benefices, une cure qui me rapporte vingt 
florins d'or, et tres putanas in hiirdello, qui rendent 
vingt Jules par semaine^ ! » A Texemple du pape, 



(Agrippa deNetlesheim, de Vanitateet incertiHidine scientiariim, 

C. LXIV.) 

I. Le scandale alia si loin, que le successeur de Sixte IV, 
Innocent VIII, se vit oblige de renouvelerune bullede Pie II, 
laquelle interdisait aux pretres de tenir des boucheries, des 
cabarets, des brelans et des lupanars, et de se faire, pour de 
I'argent, entremetteurs de prostituees. (Voy. dans Rinaldi, 
Annahs eccJesiastici, t. XXX, p. 157, edit. 1877, la bulle 
Romanum decet pontljicem.) 

Le pape ne persista pas longtemps dans ses idees de re- 
formes, car son vicaire ayant public en 1490 un edit defen- 
dant aux laiques et aux clercs, sous peine d'excommunica- 
tion, de suspension et de privation de leurs benefices, de 
garder pres d'eux une concubine, invoquant le tort qu'une 
telle morale faisait a I'Eglise et a la foi, le pape, informe de 
la decision prise par son vicaire, la rappela, et le reprimanda 
severement, « cum diceret ilhid prohibitum non esse, propter quod 
talis effeda est vita sacerdotum et curialiiim, nt vix reperiatur 
qui concuhinam non retineret vel saltern meretricem, ad laiidem 
Dei et fidei christiane. Et ea forte de causa mimeratce sunt me- 
retrices qua tunc puhlice Romoe stmt, tit ex vera testimonio habe- 
tur ad niimerim sex milliiim et octingentarum meretricum ex- 



— 34 — 
les cardinaux el tout le clerge regulier et seculier 
avaient des concubines, et elevaient publiquement 
leurs batards. Aussi les courtisanes etaient-elles 
particulierement considerees a Rome et se distin- 
guaient-elles des meretrice, les femmes publiques. 
Les courtisanes etaient les meretrices honeste\ a 

ceptis ilUs qua' in concubinatu sunt et illis qua non sunt puhlice 
vel secreto, cum quinque vel sex earum exerceant artificium et 
unaqiiceqiie earum iinum vel plures hdbean^ lenones. Consideratur 
modo qualiter vivatur Roma uhi caput fidei est et quomodo re- 
gatur civitas Christi » (Infessura, col. 1996.) Cette decision 
du vicaire etait d'ailleurs contraire aux lois de la Curie qui 
autorisait le concubinage des pretres et des laiques pourvu 
qu'ils payassent la taxe, soit sept gros. (Voy. Taxe Cancel- 
larie apostolice, publ. p. Dupin de S.-Andr^, p. 9). Aux sources 
indiquees ici sur la corporation des courtisanes , ajouter 
celles reunies par Burckhardt, dans La civilisat. en Italie, etc., 
t. II, p. 3)8, app. no 4. 

I. Le meticuleux Burchard n'oublie jamais de faire cette 
distinction subtile qu'observaient rarement les ecrivains con- 
tern porains. II faut observer d'ailleurs que le mot cortigiana 
etait nouveaa venu dans la langue italienne, ainsi que le 
remarque Speron Speroni. (Oratwnecontralecortigiane,p. 186, 
Venise. 1396.) Racontant I'aventure d'une femme galante 
avec un Maure , le maitre des ceremonies s'exprime ainsi : 
« Superioribus diebus, incarcerata fuit quedam cortegiana, 
hocesimeretrixhonesta,» (t. II, p. 442); la meretrix, au con- 
traire, est une persona vilis, comme I'etablit le meme Bur- 
chard , racontant une ceremonie a I'eglise du convent de 
Saint -Augustin de Rome, le 28 aout 1497 « ... meretrices 



— 35 — 

I'exemple des grandes et honnestes dames de la cour de 
France du xvi^ siecle, dont Brantome a retrace les 
exploits galants. Comme ces dernieres, elles etaient 
les arbitres du gout et de la mode et etaient recues 
a la table et dans le lit des prelats et des cardinaux 

et alie viks persone steterunt ab omni parte, inter altare et 
cardinales. » (Id., p. 400.) Elles prenaient part aux courses du 
carnaval ainsi que les Juifs. (Burchard, t. Ill, p. 180.) 
Ces derniers ne pouvaient avoir de rapports sexuels qu'avec 
les lemmes de leur religion. Toute violation de la loi etait 
cruellement punie, par I'abscission des parties genitales du 
coupable, que promenait attachees a une perche, un sbire 
monte a rebours sur un ane. (Voy. Burchard, t. II, p. 442-4.) 
Cette loi contre les Juifs n'etait pas particuliere a I'ltalie ; 
elle etait en vigueur dans toute I'Europe : seul le chatiment 
diffcrait, et consistait generalement dans la prison et le fouet 
donne en public. Dans les statuts du lupanar d'Avignon re- 
diges en provencal, par Jeanne P®, reine des Deux-Siciles et 
comtesse de Provence, on lit cette disposition particuliere a 
I'endroit des Juifs : « Item. Que la Baylouno noun dounara 
intrado a gis de Jusious ; que se per finesse se trobo que qual- 
cun se intrat, et ago agu conneissence de calcuno dondo, que 
sia emprisonnat per ave lou foue touto la cioutat. » « La 
baillive (appelee aussi abbesse) (Statut III) I'abadesso ou 
Baylonno (voir Du Cange au moi ha ill iva), ne laissera entrer 
aucun Juif dans la maison : que si, quelque Juif s y etait in- 
troduit a la derobee et par ruse, et qu'il eut eu des rapports 
avec une des femmes , qu'i'l soit emprisonne et fouette par 
les carrefours de la ville. » (Voy. Astruc, de Morbis venereis, 
1. 1, p. 60.) 



- 36 - 

qui s'affichaient publiquement avecelles*. Chantees 
par les poetes et traitees de pair avec les saintes de 
I'Eglise*, elles formaienta Rome et danstoute I'lta- 
lie une caste honoree etrespectee. 

C'est au moment ou la syphilis sevissait avec 
une nouvelle vigueur dans toute la peninsule que 
le nombre des courtisanes etait le plus eleve. 
Le despotisme soupgonneux du Vatican qui avait 
ses espions dans toutes les classes de la societe, 

T. Voy., dans le Journal de Burchard, I'excursion faite en 
barque par le cardinal d'Albret , Cesar Borgia et un secre- 
taire du pape, en compagnie de deux belles courtisanei italiennes, 
la Tomasina et la Maddalena , pour se rendre aupres du roi 
de France. (T. Ill, p. 209 et 212.) 

2. « ... Au temps de la Renaissance, Ics courtisanes 
etaient les muses des belles-lettres. EUes se placaient auda- 
cieusement a cote des saintes del'Eglise, et leur disputaient 
la palme de la gloire. Un recueil manuscrit de poesies du 
temps d' Alexandre VI contient une serie d'epigrammes qui 
celebrent d'abord la Vierge Marie et plusieurs saintes, puis 
glorifient immediatement apres, sans interruption ni explica- 
tion, les hetaires de I'epoque. Une piece sur sainte Paule est 
suivie d'une epigramme sur Nichine, celebre courtisane de 
Sienne, et de toute une serie du meme genre. Les saintes du 
Paradis et les pretresses de Venus etaient rangees les unes a 
cote des autres, sous la denomination commune de femmes 
celebres. » (Gregorovius, Lucrece Borgia, trad. Regnaud, 1. 1, 
p. 182 et du meme : Storia della citta di Roma nel medio Eva, 
t. VIII, p. 349. n. I.) 



— 37 — 
snrveillait activement tous ceux qui semblaient 
se meler de politique ou qui entretenaient des 
rapports quelconques avec les gouvernements 
etrangers ou leurs agents a Rome. II en etait de 
meme a Milan, a Ferrare, a Florence, a Naples 
et surtout a Venise : aussi n'est-il pas etonnant que 
ces differents Etats aient cherche un derivatif a 
I'activite de leurs citoyens qui n'avaient pas perdu 
le souvenir des agitations fecondes auxquelles leurs 
ai'eux avaient ete meles, avant que la vie civile ne 
fut morte en Italie. L'Etat poussait a la corruption 
des moeurs et a la recherche des jouissances de 
toutes sortes : les exces de la litterature, sauf ceux 
qui touchaient a la politique et a la religion dog- 
matique^ etaient non seulement toleres, mais en- 
courages. Les gouvernements savaient bien qu'en 
deprimant Fesprit de la nation et en cherchant a 
avilir soncaractere, ils ladetournaient des preoccupa- 
tions genereuses ; et a cet egard, les femmes galantes 
etaient de merveilleux agents de corruption que les 
republiques oligarchiques de I'ltalie ne pouvaient 
trop soutenir et proteger*. Les brutales jouissances 

I. La republique de Venise, jusqu'a sa chute, ne se de- 
parlit jamais de ses moyens immoraux de gouvernement. 
Au xviii® siecle , le chevalier de Brosses , racontant que la 
noblesse de Venise etait assez malmenee par le gouverne- 
ment, et plus encore les gentilshommes de terre ferme, ajou- 

3 



- 38 - 

qui semblent aujourd'hui constituer toute la vie 
d'une partie du peuple russe precedent des memes 
causes, qu'on retrouve dans tons les Etats despo- 
tiques dont le principe gouvernemental est d'auto- 
riser tout ce qui est etranger a une immixtion, 
quelle qu'elle soit, dans les affaires publiques^ 

Les filles publiques, les meretrice, les caiitoniere, 
pour avoir des amours moins illustres, trouvaient 
un appui et une protection singuliere dans la police 
dont elles formaient un appoint considerable. En 
echange des services qu'elles lui rendaient, la po- 
lice les protegeait avec un soin jaloux : il suffit pour 
s'en convaincre, de parcourir les statuts de la ville 



tait : c< En recompense, le menu peuple est traite avec une 
extreme douceur; la raison de ces deux points de politique 
n'est pas difficile a deviner. » (L! Italic il y a cent ans , 1836, 
t. I, p. 180.) 

On aura une idee de ce qu'etait Rome sous Alexandre VI, 
en lisant le temoignage de Raffael Maffei (Commcntarioriim 
Urhafwnini, Antropologia, lib. XXII), celui du cardinal Egi- 
dius de Viterbe, cite par M. Thuasne, dans son edition de 
Burchard (introduction, p. XLIX, note i) ct celui de Pan- 
vinio, etc. 

I . Sur la disparition de I'esprit national en Italie, voir les 
pages vigoureuses ecrites par Lanfrey {Hist, polit. des Papes, 
1873, P- 3i2-3)i ^^ sur les obstacles au developpcment du 
patriotisme, la conclusion de la i" partie de la OV/7«a//o« 
en Italie, de Burckhardt. {L Italie des Tatriotes, t. I, p. 160-3 .) 



— 39 — 
de Rome*. Quant aux courtisanes, plusieurs etaient 
entretenues par les gouvernements etrangers qu'elles 
devaient renseigner sur les faits et gestes des hommes 
politiques du jour. Venise, plus que toute autre ville 
d'ltalie, avail recours aces agents femelles dont elle 
pay ait grassement les services'. 

1. Le rapt d'une ineretricc est puni de ramputation de la 
main droite ou d'une amende de deux cents ducats d'or 
payables en dix jours. (Statuta Urhis Rome. Rome , 1558, in-fol., 
p. 18.) Ceux qui mettent le feu aux portes des demeures de 
femmes publiques sont mis a la torture, et exiles pour trois 
ans, ou incarceres pendant un an . Si les coupables sont de 
basse condition, on les fouette en public , on les marque au 
front et on les exile pour la vie. Meme punition pour ceux 
qui lancent des pierres aux fenetres ou sur le toit des mai- 
sonsdesdites personnes, etc., t. 18. Dans les memes statuts 
publics en 1580, les peines edictees sont moins severes sans 
cesser, pour cela, d'etre tres rigoureuses. (Voy. p. loi, 
ch. XXXVI ; p. 109, ch. lii, etc.) 

2. De tout temps, la faiblesse de I'homme a ete exploitee 
par les charmes et les seductions de la femme. Le type de 
Dora, trace par Sardou, date deloin. La courtisane espion 
se glissant dans le lit d'un ministre ou d'un general, et trans- 
mettant a son gouvernement les secrets arraches dans les 
caresses de Talcove, a toujours ete chose commune, et la 
Serenissime Republique de Venise, plus que toute autre, ne 
sc faisait pas faute d'user de ce moyen de renseignements. 
Voy. dans Malipiero, la sanglantc affaire de Zuan Battista 
Trevisan et d'Antonio Landi qui revelaient au due de Man- 
toue les secrets du gouvernement venitien : ce dernier fut 



— 40 — 
C'est ainsi que Cesare Vecellio decrit le costume 
de ces courtisanes honnetes , qui etait, a peu de 
choses pres, le meme dans routes les grandes villes 
de ritalie. a Les modernes courtisanes, dit notre au- 
teur, s'hahillent avec tant d'elegancc, que peu de per- 
sonnes les distinguent des nobles dames de Rome. Par- 
dessus leurs robes de satin ou de moire, longues jusqua 
terre, elks portent dessimarres de velours tout ornees de 
boutons, et si decolletees, quelles laissent voir toute la 
gorge. Le cou est orne de belles perles de colliers d'or et 
d' elegantes f raises tuyautees en toile blanche, Le vetement 
de dessus a des manches etroites et longues, mais ouvertes, 
par cette ouverture sortent les bras avec les manches de la 
robe. Elks ont coutume de donner a leurs cheveux une 
teinte blonde artijicielle, de les boucler et de les renfer- 
fner avec deux lacets de soie, dans un filet d'or orne de 
perles ct de bijoux\ » La description du costume des 

tenu au courant de ces intrigues par une courtisane, une 
donna di partita, a laquelle le Senat fit remettre en une fois 
cent ducats. (Annali Veneti, dans VArch. Storlco ItaL, t. VII, 
p. II, p. 709, 710 ; et Lamansky, Secrets d'Etat de Venisey 
Saint-Petersbourg, 1884, p. 701.) On connait le gracieux 
distique de Pasquino sur le nombre prodigieux des courti- 
sanes, a Venise : 

Vrhe tot in Veneta scortorum tnillia cur sunt? 
In promptu causa est : est Venus orta mart. 
I . Habiti antichi e vioderni di tutto il mondo (i 590). Sur I'art 
de se blondir les cheveux. voir le livre extremement curieux, 



— 41 - 
prostituees n*est pas moins curieuse : ces derni^res 
^taient releguees dans certains quartiers, elles 
etaient soumises a des obligations analogues a celles 
des femmes en carte de nos jours ; et meme, dans 
certaines villes, elles devaient revetir des vetements 
speciaux qui les designaient tout d'abord aux ruffiani 
ou aux simples pigeons, comme les appelle le meme 
Vecellio. (< Les femmes de mativaise vie qui se tien- 
nent dans les lieux injdmes nont pas dlmhillements 
uniformes, hien que toutes pratiquent le meme metier ; 
Vinegalite de leur fortune fait aussi que toutes ne 
s'habillenl pas avec luxe. Elks portent en general un 
habit qui ressemble a un vetement dljonime et elles ont 
un juste-au-corps de sole plus ou moins riche, garni de 
(ranges fort larges et rempli de ouate comme ceux des 
jeunes gens ou comme ceux de France, en particulier. 
Elles portent tine chemise dljommc dont la finesse et la 
heaute sont proportionnees a la depense que chacune peut 
jaire. En ete, elles mettent par-dessus cette chemise un 
tablier de sole ou de toile qui leur pend jusque sur les 

intitule : Les femmes blondes sehn les peintres de I'Ecole veni^ 
tienne, par deux Venitiens (Armand Baschet et Feuillet de 
Conches), Paris, 1865, un vol. in-8. Un decret de i486 du 
gouvernement venitien oblige les ruffiani et les ruffiatie a ne 
jamais se montrer autrement que vetus d'habits jaunes, et a 
n'habiter que des quartiers designes par la police. (\''oir 
Baschet, Arch, de Venise, 1858, p. 75, note i.) 



— 42 — 

pieds. En hiver, dies portent une petite veste doublce le 
mieux possible en soie on en drap. Les soiiliers quelles 
mettent sont hauts deplusd'un quart de bras et sent ornes 
defrangeSy elks ont des has de soil et des chaussettes a 
la romaine. Beaiicoup d'entre elks portent des chausses 
comme les hommes, en orniesin ou en autre etoffe. Ces 
signes et leurs boutons d'argent les font facilement 
reconnaitre. On pent aisement decrire la maniere 
dont elles se coiffent. Elles ne se montrent pas aux fe- 
netres, Jrequentent pluiot la porte et la rue pour attirer 
dans leurs filets les vilains oiseaux (uccelacci). Elles 
se tiennent sur la porte, chantant d^amoureuses chanson- 
netteSy mais avec pen de grace, car leur vile condition 
leiir rend la voix rauque. » Cette raucite de la voix 
des prostituees etait generalement produite, alors 
comme aujourd'hui, par une laryngite causee par 
I'alcool et la syphilis. 

La debauche italienne qui avait son quartier ge- 
neral a Rome et a Venise se partageait en deux 
classes distinctes : la debauche la'ique et la debauche 
clericale. La premiere se recrutait dans la classe du 
peuple et dans la bourgeoisie, Tautre dans les con- 
vents et les monasteres de nonnes. 

(( Les femmes^ dans leurs convents, disait Savo- 
narole,deviennent pires que des courtisanes^ "Les 

I. 48'^ pred. sop. Amos (13 avril 1496). Venise, 15 19', 
fol. 219, r. • • 



— 43 — 

nonnalns etaient la chose, le bien exclusif des 
moines : avaient-elles des relations avec des lai'ques, 
on les enprisonnait et on les persecutait; quant 
aux autres, elles se mariaient ouvertement avec 
des moines, et Ton fetait ces unions en chantant 
des messes et en banquetant joyeusement*. « Moi- 
7neme, dit Masuccio^ fat assistc a la chose, non pas 
tinefois, mats plusieurs^je Vai vue et touchee an doigt. 
Les nonnes ainsi accouplies mettent au monde de gentils 
moinillons, on bien elks se font avorter. Et si quelquun 
etait tente desuutenir que cela 7i est pas vrai,il na qua 
fouiller dans les cloaqucs des couvents de nonnes, il y 
trouvera quaniite d'ossements d'enfants, a peu pres 
comme a Bethlehem, au temps d' Herod e'. » Moinsexclu- 

1. J. Burckhardt : La civilisation en Italic au temps de la 
Renaissance, t. II, p. 227. 

2, Masuccio, nov. VI. Extrait cite p. Burckhardt, memes 
t. et p. Tous les ecrivains de cette epoque s'accordent a 
considerer les couvents comme d'infames lupanars : de Cle- 
mangis, Savonarole , Infessura , Pic de la Mirandole, etc. 
Voy. a ce sujet une longue et curieuse note dans le Bnr- 
chardi diariiim, t. II, p. 79. Le passage de Masuccio, que nous 
venons de citer, se trouve confirme dans des termes iden- 
tiques par Pontano. (De hnmanitate, fol. 316 et 322 verso, 
edit, de 15 18.) Bien que les tours existassent en Italie, au 
xve siecle , les infanticides et les avortements etaient fre- 
quents, comme le rapporte Pontano dans le meme traite, 
fol. 317. 



— 44 — 
slfs, lesgensd'egllseprenaient,commelepohe,leur 
bien ou ils le trouvaient. Une courtisane va nous 
faire sa confession. C'est Pontano, le diplomate, a 
qui un long sejour a Rome a permis d'etudier la 
ville sainte sous toutes ses faces, qui met en scene 
Charon, le nocher, helant de sa barque les tristes 
, passagers : 
\\|^\. Charon. — Montc^, ombres infortunees. Pourqiioi 
pJeurer ainsi avant Vheure ? Ne sera-ce pas asse^ de 
gemir, quand le mal sera venii ? Eh toi ! V ombre si ele- 
gante et si effrojitee, qui es-iu ? 

L'Ombre. — Une courtisane de Chypre. 

Charon. — On trafiquais-tu de ton corps ? 

L'Ombre. — A Rome. 

Charon. — Qui est ton compagnon ? 

L'Ombre. — Un cardinal prctre qui m'aima, 

Charon. — Je ni'etonne quune jeune fille ait fait 
les delices d'lin vicillard, qiinn pretre se soit laisse se- 
diiire par une petite putain ? 

L'Ombre. — Ma beaute le conquit, et moi son or, 

Charon. — Ta beaute it ait done pour lui plus que 
la religion ; et pour toi, le gain Femportait-il sur sa 
vieillesse et sur son visage ? 

L'Ombre. — Son or me ravit a ce point quil racheta 
souvent sa laideur et sa vieillesse. Quoique vieux, d'ail- 
Jeurs, il etait tres ardent ; plut a Dieu quil se Jut 
contente de moi seulement. 



— 45 — 

Charon. — Chose etrange quun homme si vieux 
fi'tt si dehaiiche ! 

L'Ombre. — Des que je fus mandeepres de lui, je 
cms que j'allais faire Vamour avec un jeune garcon . 
Mais, sitot que je vis son age et son visage dcjait, je me 
mis a me plaindre et a pester contre r entremetteur qui 
fnavait trompee. Lui aussitot de me dire : « Ne pleure 
pas, ma chere dme, mon visage ride te fait peur, mais, 
crois-moi, tu seras satis faite. » II disait vrai, jamais je 
nai rencontre compagnon si chaud au deduit\ 

Charon. — Alle:(_, maJheureuses ombres, continuer 
vos inj antes plaisirs en enfer, on vous vivre:^ miserable- 
ment ! Mais, toi, t homme au capuchon, qui es-tu ? 

L'Ombre. — Un frere. 

Charon. — De quel ordre ? 

L'Ombre. — J^ai plus d'une fois changed' ordre. 

Charon. — Pourquoi ? 

L'Ombre. — Pour mieux tromper. Lejour j'enten- 
dais lesfemmes a confesse; la nuit je courais les iripots. 

Charon. — Oil trouvais-tu r argent necessaire ? 

L'Ombre. — Dans la fraude, dans le vol.Je trom- 
pais les jeunes filles na'fves, je derobais les objets du 
culte. 



I. Vhotinestete souvent bravce dans le texte latin nous a 
forc^, dans la traduction, a paraphraser, comme ici, les pa- 
roles de I'auteur. 

3. 



-46- 

' Charon. — Tu expieras dans les flammes ies 
fraudes ei tes sacrileges. Et toi, Vhomme a la peau si 
blanche^ qui marches en canard, tu es ? 

L'Ombre. — Un eveque. 

Charon. — Quelle bedaine, c'est etrange ! 

L'Ombre. — Rien d'etrange a cela, c'etait la toute 
mon etude ; cest la que fentassai tous les revenus de 
mon eglise. Qui plus est, fai prete a usure. 

Charon. — Les revenus de ton eglise ne suffisaient 
done pas ? 

L'Ombre. — Pour mon ventre^ si ; mais T usure 
servait a payer messer Priape^ fentretenais en effet plu- 
sieurs concubines, et grace a Tor, je corrompais volon- 
tiers lesfemmes mariees, 

Charon. — Malheur eux, d' avoir un td ventre a 
porter sur des pieds si faibles ! plus malheureux encore 
d' avoir eu ton dme a charge, et d* avoir fait un dieu de 
ton ventre et de ton priape. Ires malheureux enfin de 
fit re si peu connu toi-meme et d' avoir encore moins pu 
connaitre Dieu dont tu etais le ministre. Va t'en^ maU 
heureux, ton chdtiment na que trop tarde. 

Et toi, a Van si abattu et si plein de confusion, qui 
es-tu ? 

L'Ombre. — Une jeune fille infortunee. 

Charon. — Quelle est la cause d\in tel desespoir ? 

L'Ombre. — Plut a Dieu que {en eusse perdu le 
souvenir ! 



— 47 — 

Charon. — Ne desespere pas, cJe grace, car si, 
contraintey tu as commis qmlqiie faute, ta peine sera 
plus legere. 

L'Ombrc. — Malheurciise que ie suis, fai etc 
trompee ! 

Charon. — Ouas-tu perdu par fraude? 

L' Ombre. — Ma virginite, helas ! 

Charon. — Qui fa seduite? 

L'Ombre. — Unvicux pretre. 

Charon. — Par quel artifict? 

L'Ombre. — J'allais souvcnt a Veglise prier Bieu 
de jaciliter nion mariage et de me donner un mari a 
vion gre. La, je trouvai le doyen qui me loua, me dit 
d'avoir hon espoir et vioffrit ses hons offices. Puis, 
des qiiil ineut entendue plusieurs fois en confession et 
quil eut reconnu ma siuiplicite : (( Cesse, me dit-il, 
ma viignonne, de deniander un epoux a Dieu qui for- 
donne de nepas te marier » ; et moi de lui repondre : 
« Puisque vous m'y engage-^, mon pere, et me dites 
que telle est la volonte divine, je donne et je voue ma 
virginitea Dieu. » Lui, me louant, reprit : « Ce quetu 
off res a Dieu, ma fille, il est necessaire que tu r off res 
aquelqiieeglise. — A quelle eglise mieux qua la voire, 
pourrais-je Voffrir ? — Or, comme il faut, dit-il, 
que la possession de cette charmante offrande a mon 
eglise, pour qu'elle soit plus agreahle a Dieu, soit 
prise par moi, en son nom, va, mon enjant, et reviens 



-48 - 

demain matin. Moi, jc prierai Dieu cette nuh de ralifier 
et detenir pour juste Voffrmide que iu v::s faire. Apres 
t'etre lavee, tu vetiras tme robe de lin neuve, et tu re- 
viendras vers moi : car nous autres , nous ne devons 
toucher rien que d'immaculLMais surtout, faisen sorte 
d'etre seule et de venir sans tenioin, car aucun temotn 
ne doit assister a ces ceremonies , oil Dieu prend avec la 
main Tojfrande quon lui presente. » Le matin done, 
quand je fus arrivee pres de lui, il me conduisit dans 
tme cellule on ily avait unegrande statue de Dieu Tout- 
Puissant, autour de laquelle brulaient nomhre de cierges. 
Apres avoir fait notre priere, « jua cherejille, me dit- 
il, ote ta robe et ta chemise, car, commc Dieu et tons les 
bienheureux du del sont nus, ils veulent quon s'offre 
nu a eux ». Des que je fus nue, il me pelota les tetons ; 
« ils sont a mon eglise, » dit-il. Puis, me caressant le 
7nenton : « lui aussi est a mon eglise )) . Puis, touchant 
mes joues du bout des doigts^ « ma fille, dit-il, la pos- 
session du visage ne pent se faire que par le visage », ct 
m'ayant embrassee trcis fois : « ces levres sont a mon 
eglise )) ; et apres avoir dit que ma poitrine et mon 
ventre etaient a son eglise, il m'ordonna de 7ne coucher. 
Je me couchai, malheureuse I Lui, alors, s'appuyant sur 
mes genoux et me tdtant les cuisses « Dieu, dit-il ^ qui 
as si del icatement forme ces cuisses si mignonnes, ce ventre 
sijoli, ces bras faits au tour, si beaux, si dodus, contemple 
cette delicieuse enfant et jouis de sa possession. » // re- 



— 49 — 
peta trots fois ces paroles ; et pour finir la ceremonie, il 
regarda cet endroit qui temoigne de notre sexe : « Cela 
aiissi, dit-tl, doit etrepris avec la main ; mais de meme 
que cest le visage qui prend possession du visage, c'est 
en possedant cek, quoii pent te posseder,je h prends. » 
One nai-je alors expire, malheureuse ! 

Charon. — Comment t'es-tu apercue ensuite que tu 
avals etc seduite ? 

L'Ombre. — Tandis quil me besognait avec ardeur, 
je devins enceinte, et ?nourus peu apres des suites de 
Venfantement. 

Charon. — A^^' Ca-t-il pas ahsoute, a la mort? 

L'Ombre. — // m'a absoute. 

Charon. — Sois sans crainte, nos juges aussi t'ab- 
soudront a leur tour\ » 

Malgre la erudite des details, le tableau n'est pas 
charge. II resume exactement la depravation des 
grands dignitaires de I'Eglise et du clerge en gene- 
ral, et se trouve corrobore par les ecrits des contem- 
porains. Et si Ton pouvaitsoulever quelques doutes 
a cet egard, il suffira, pour les dissiper, de parcou- 
rir la liste de cardinaux, pour ne citer que ceux- 
la, infectes de la grosse verole. 

En effet, le mal a-t-il eclate, que nous en voyons 
successivement atteints le cardinal Cesar Borgia, le 

I. Le texte de ce passage est reproduit a Tappendice n° i. 



— 50 — 

cardinal Bartolomeo Marti (1497) ; le cardinal As- 
canio Sforza Visconti, le cardinal Julien de la Re- 
vere, le futur Jules 11^ insigne debauche (1499) 
qui, devenu pape, ne quittera pas sa chaussure le 
vendredi saint^ pour I'adoration de la croix, parce que 
son pied etait ronge par Xtmal frangais', le cardinal 
de Saint-Denis, Villiers de la Groslaye, qui en mou- 
rut le 6 aout 1499, etc.* 

A la corruption des moeurs qui avait gagne toutes 
les classes de la societe, se joignait, comme principal 
agent de la diffusion de la syphilis^ la traite des es- 
claves, hideux heritage que Tantiquite avait legue 
a ritalie de la Renaissance. La cour deRome, qui 
avait patente la prostitution, se garda bien de pro- 
tester centre ce negoce criminel qu'elle favorisa 
toujours et qu'elle encouragca particulierement en 
Amerique par des bulles et des indults speciaux, 
au retour en Europe de Christophe Colomb'. 

La vente et I'achat d'esclaves, hommes etfemmes,, 
se faisaient sur tons les marches de I'ltalie avec I'as- 
sentiment et la protection de TEglise et des magis- 

1. Voy, Burchard, Diariiim^ t. II, p. 321, note 1 ; et pour 
le cardinal B. Marti, le passage de G. Torrella, cite plus 
loin, chap. iv. 

2. On connait le mot abominable et absurde, tout a la 
fois, du grand Bossuet : « Condamner I'esclavage, c'est con- 
damner le Saint-Esprit. » {Avert issement aux protesiants.) 



— 51 — 
trats^ Les jeunes filles et les jeunes garcons for- 
maient Tappoint principal de ce trafic^ qu'alimen- 
taient incessamment les courses des corsaires etleurs 
nombreux agents repandus et installes dans les 
principales villes de la peninsule '. 

1. Burchard rapporte que le roi d'Espagne , apres line 
victoire remportce sur le roi de Grenade, envoya au pape 
Innocent VIII, cent Maures prisonniers dont illui faisait ca- 
deau. Ces derniers, enchaines, ayant de gros anneaux de fer 
au ecu, furent presentcs au pape, le 4 fevrier 1488, par I'am- 
bassadeur de Ferdinand. Le pape fit faire plusieurs lots de 
ces malheureux et les distribua aux cardinaux et aux princi- 
paux citoyens de Rome. (Voy. Biirchardi diariiim , t. I , 
p. 291.) 

2. Le commerce des esclaves avait pris en Italie une ex- 
tension considerable , ainsi que I'explique le comte Luigi 
Cibrario : « ... Qjuesta abbondanza di femmine sui mercati 
d'ltalia proveniva dalla maggior facilita originaria di pi- 
gliarle suUe costeri marittime, nelle scorrerie dei pirati; dap- 
pertutto neile imprese di guerra, dal costume generalmente 
praticato, fuorche dalle orde piu feroci , di non ucciderle ne 
ferirle nell' impeto della victoria , ma di serbarle alia schia- 
vitu ; dair essere piu ricercate, perche piu agevoli di carat- 
tere, perche rendeano maggiori servizi, perche le giovani 
ne rendeano di pin speccie, quando il padrone era di tempra 
amorosa. » (Delia Schiavitii e del servaggio e specialmente dei 
servi agricoltori libri III del conte Luigi Cibrario. Milano, 
1868, t. I, p. 207.) Du meme auteur : Dd commercio degli 
schiavi a Genova, Torino, in-12 (1841); et la recente etude 
de M. Zanelli : Le Schiave oriental i a Firenic nei secoli XIV 



— 52 — 

Ces malheureuses victimes etaient souvent ven- 
dues par leurs propres parents* ^ des negociants 



t XV. (Arch. Stor. Italiauo, n° 4, 1885). On s'imagine aise- 
nient la necessity a laquelle etaient contraints les csclaves de 
se preter a la brutalite de leurs maitres. L'apophtegme des 
pivdicones de la Rome imperiale, rapporte par Coelius Rodi- 
ginus dans ses Antiqita Lectiones, n'avait pas cesse d'etre vrai, 
au XV* siecle : « Impudicitia, inquit Acherius, in ingenuo 
crimen est, in servo necessitas, in libero officium. » L'epi- 
thalame de Julie et de Mallius, compose par Catulle, nous 
apprend que certaines families patriciennes de Rome avaient 
coutume de donner a leurs fils , arrives a I'age de puberte, 
un jeune esclave, qui partageait leur lit et qui eiait destine k 
supporter les premiers elans voluptueux de leurs maitres, 
(Voy. Dupouy, Medecine et moeurs de Vancienne Rome, p. 85 
et suiv.) 

I . II est interessant de connaitre le sentiment de Pontano 
sur le sujet qui nous occupe «... Soli CEthiopes, qui deco- 
lores sunt, omnium sunt nationum servi. Nam cum vivant 
sine institutis ac legibus, finitimorum primo praeda sunt, 
deinde coeterorum mancipia. Quin et parentes ipsi liberos 
vendunt mercatoribus nostris, et frumento persaspe mutant. 
Haec igitur tanta humani generis injuria jus gentium ef- 
fectum est. Cui apud nos derogatum in hoc est, quod pueros 
evirare non licet, cum sit immanitatis extremae . » J. J. Pon- 
tani opera. (Aide, 151 5-8, t. 1, de Ohedientia, 1. Ill, de Servi- 
iate, f. 24, verso.) Cette derniere remarque n'est exacte que 
pour les esclaves, car pour les jeunes soprani et contralti de 
Torphanotrophium pontifical, la curie les soumcttait a la 
castration ; et ces criminelles mutilations se sont continu^es 
jusqu'a la fin du xviiio siecle. Depuis cette epoque jusqu'en 



— 53 — 

Chretiens qui les revendaient a leur tour, en propre 
et due forme, par acte notarie, a des debauciies 
qui en usaient sicut de re propria^ 

II n'y a pas lieu de s'etonner de ces fairs qui se 
passent regulierement de nos jours dans les princi- 
pales villes de I'Europe, sans que la justice juge a 
propos de s'interposer'. Ce n'est pas qu'il n'y eut des 

1870, le conservatoire gregorien a toujours ete largement 
pourvu de castrats, que d'indignes parents, seduits par des 
avantages pecuniers, emasculaient eux-memes, sans que la 
justice papale se soit jamais emue de ces detestables pra- 
tiques. Aujourd'hui encore, on peut voir et entendre, a 
Saint-Pierre de Rome, les quelques survivants de cette triste 
corporation . 

1 . M. de Mas-Latrie a publie quatre actes notaries de 
vente d'esclaves a Venise : deux jeunes filles tartares, Tune- 
de onze ans (1363), I'autre de quatorze ans (1367); d'une 
clrcassienne de vingt-cinq ans (1469) et d'une negresse de 
onze ans (1470). Dans tous ces contrats de vente, il est sti- 
pule que I'acheteur a le droit de faire ce que bon lui semble 
de la marchandise, avec pleins pouvoirs sur i'ame et sur le 
corps. (Commerce et expcd. milit. de la France et de Venise an 
moyen age, dans le t. III des Melanges historiques, p. 150-5. 
Paris, 1880.) M. Lamansky a publie des documents extreme- 
ment curieux sur cette question de I'esclavage , dans ses 
Secrets d'Etat de Venise.,., p. 380, note i. Voir egalement 
les sources indiquees par Burckhart : La civilisation a Vepoqiie 
de la Renaissance. . . , t. II, appendice, n° i, p. 349, 350. 

2. 11 y a actuellement en Angleterre une reaction provo- 
quee par des scandales recents. Quant a la Belgique, con- 



— 54 — 
sanctions penales centre Ics proxenetes; mais la loi 
restait lettre morte. Dans les statuts de Rome, pu- 
blies en 1558*, le coupable est condamne a deux 
cents livres de provision et a avoir le pied coupe, s'il 
ne paie dans I'espace de dix jours. Dans les statuts 
de 1580, le chatiment est aggrave : le coupable est 
pendu, jusqu'a ce que mort s'ensuive'. 

Telle etait la legislation ; mais dans la pratique, 
les choses se passaient autrement. L'impunite etait 
d'autant plus assuree, que I'esclave etait un objet de 
luxe, reserve exclusivement a Tusage des riches 
personnages laiques et ecclesiastiques. Savonarole, 
fliisant allusion a la vie crapuleuse du clerge, se 
demande quelle valeur pent bien avoir aux yeux de 
Dieu la messe de pretres tels qu'il nous les depeint, 
Tun, « che sta la notte con la conciibina, quelValtro 
con il gar:(one et pot la mattina va a dire messa\ ...» 



suiter I'ouvrage d'Yves Guyot : la Prostitution, i vol. in- 18, 
1884. 

1. Statiita tirhis Roma, pet. infol., 1. II, c. lix, fol. 14 
verso (< de vendente muUerem causa libidims . » 

2. Edit, de 1580, in-fol. , 1, II, c. lv, pag. no. « De 
plagiariis. » Voir du Cange aux mols plagium, plagiare, pla- 
giarius . 

3. Leclione vero sermone facto da il R. P. Hieronymo da 
Ferrara a molti sacerdoti religiosi e seculari in S. Marco di 
Firenie, adi XV. di fehraio I4pj (in-4.) 



— 55 — 

Aux theologiens d'elucider ce point; mais les me- 
decins n'hesiteront pas a voir dans ces pratiques 
la cause de graves desordres physiologiques, et Tin- 
dice certain de la decadence d'un peuple. La sodo- 
mie et la pederastie empruntees a I'Orient, que les 
relations commerciales mettaient en rapports cons- 
tants d'interets avec les pays de la Mediterranee, 
etaient un vice bien italienS presque inconnu en 

I . Benvenuto Cellini rapporte que sa maitresse I'accusait 
en justice d'avoir « usatoseco almodo ita]iaiio(c[ua\ modo s'in- 
tendeva contra natura, cioe in Soddomia) » et le bon juge 
d'expliquer a Benvenuto ce qu'il semblait ne pas comprendre, 
ajoute : « Ella vuol dire, che tu ha iisafo seco fiicra del vaso 
dove si fafigliuoU. . , >; (Vita, 1. II, c. ix.) 

Dans leur amour exagere de faire revivre I'antiquite, les 
lettres du xv° siecle, les Hiimanistes, n'eurent garde de ne- 
gliger les vices centre nature que la Grece avait empruntes a 
rOrient. (Voy. Giraldi, Progymnasma adversus literas et 
litei-atos : 0pp. II, p. 431.) Les vers de I'Arioste, dans la 
satire VI qu'il dedia au cardinal Bembo, font allusion a cqs 
coupables pratiques : 



« Seii^a quel vizio son pochi umanisti, 
Che je a Dio for:(a, non che persuase 
Di far Gomorra e i siioi vicini tristi. » 

Paul Jove n'hesite pas a attribuer la mort de Politien 4 
I'amour criminel et inassouvi qu'il portait a I'un de ses dis- 
ciples (Elogia, c. xxxviii), accusation que le bavard Varillas 
Qes Anecdotes de Floi-ence... 1734, p. 217) a reproduite, et bien 



- 56 - 

France, et que les soldats de Charles VIII rappor- 
terent et propagerent a leur retour dans notre 
patrie • . 

Le predicateur Caracchioli n'hesite pas a attri- 
buer tous les maux dont etait affligee I'ltalie a ce 
vice infame*. Dans ses sermons de la Quadragesime, 
il revient deux fois sur ce sujet. Le titre du deu- 
xieme sermon est caracteristique : « Dominica quarla 
in Quadragesima. De luxuria sodomitarum : sermo 
vigesimus nonus et valde necessarius, sed modeste reci- 
tandus'' . )^ Un autre predicateur, fra Roberto, 

d'autres avec lui. II est hors de doute, aujourd'hui, que 
V elegant Politien, comme I'appelle Erasme, mourut du cha- 
grin que lui causa la mort de son protecteur, Laurent de 
Medicis. Pierio Valeriano, son contemporain, et mieux que 
personne a menie d'etre bien renseigne, a proteste centre 
cette calomnie. (Voy. de titeratoriim infelicitate , lib. II, 
p. 70, 71.) 

1. Voy. Priuli, dont le temoignage est reproduit plus 
loin. 

2 . « ... Et revera ob nullam aliam causam credo tempo- 
ribus istis tarn crebro Italiam peste fore vexatani nisi propter 
luxuriam et maxime sodomiam. O horrendum facinus ! o 
letidissimum malum, o execrandum flagitium quo pueri facti 
sunt meretricule et ubi rore tenere etatis inveniri debet pu- 
ritas et innocentia, jam reprehenda et objurganda se offert 
turpitudo ignominiosissime sodomie. » Sig. K. 8. ser- 
mo XXX. {Sermones Ouadragesiinales, Venise, 1482, in-4.) 

3. Idetn, Venise, 1490, in-4, fol. 71 verso. 



— 57 — 
redoute pour Tltalie, ou ce vice est particulierement 
en faveur, les chatiments terribles qui ont frappe 
les villes criminelles de Tantiquite*. II serait facile 



I. « Sermo XXXVIII. — De inane, de feiidissimo el inno- 
mabili vicio sodomie. «... Timeo ne reipublice in Italia, ubi 
tale peccatum hodierno die precipue viget, eveniat quod 
quibusdam nationibus alias evenisse probatur, » fol. 107 v. 
Sermones fratris Roherti de peccatis, Venise, 1499, in-8. La 
dedicace adressee au cardinal Jean d'Aragon (mort a Rome 
le 17 octobre 1485), est des plus instructives pour le sujet 
qui nous occupe ; le predicateur reconnait la vengeance de 
Dieu dans les malheurs qui frappent I'ltalie. « Ad Reveren- 
dissimum D. Johannem de AragoniaS. R. E. tituliS. Adrian! 
presbyterum cardinalem. Consideranti sepenumero mihi ac 
memoria revolventi, Reverendissime Pater ac Illustrissime 
Domine, funestas mortalium clades et truculentas bcllorum 
calamitates el sevissimas pestes, quibus tot illustribus viris 
destitute remanserint plurime civiiates Italic et que domus 
magnis undique familiis replete eraiit, nunc sine habitato- 
ribus corruere videantur. ... In mentem venit hec omnia ad 
justum Dei judicium referre qui de sceleribus lota quibus 
Italia corrupla est sumat ullionem » (fol. i verso). 

Dans le iroisieme sermon du dlmanche de la Quinquage- 
sime , frd Roberto revient sur la meme idee : «... Si uUo 
unquam tempore ceci facti sunt peccatores , lioc maxime 
diebus islis evenisse conspicimus. Nam vidimus christianos 
populos jam a diu in hac Italia nostra concussos lerroribus 
guerrarum, pestilenliarum invasionis atque infidelium Tur- 
chorum : el tamen paucissimi reperiuntur qui hcc omnia 
ascribanl rectissime juslicie Dei vindicaniis peccata malo- 



- 58 - 

de multiplier ces citations, en feuilletant les vieux 
sermonnaires et les chroniques du xv*^ siecle ; car 
ce vice^ en Italic^ etait pour ainsi dire endemique. 
Aucun pape de cette epoque n'en fut exempt : 
Paul II, Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre VI et 
surtout Jules II \ 

Une exception doit etre faite pour le cardinal de 
Sienne, Pie III, qui ne porta la tiare que vingt-sept 
jours et qui rappelait, par le purete de ses moeurs, 
le celebre Pie II, dont la vie privee, en tant que 

rum. Quinimo post universalem pestem que civitates plu- 
rimas pene evacuavit qui remanserunt nescimus quo Dei 
judicio et non sunt extincti cum aliis, deteriores effecti sunt 
et ad qualibet enorma vicia ardentius quam prius se immer- 
gunt. » (fol. 8 verso ; voy. aussi fol. no). 

I. « ... Era osservato questo papa da tutto il mondo per 
un portente di fortuna, che non ostante che era impudente. 
coUerico e brutale, vitiosissimo e pieno di gravi peccati, de- 
dito al vino sino a delirante ebrieta, agente e patient e gomor- 
reo, attorniato sempre da venustissimi e formosissimi gio- 
vanetti Ganimedi, eleggendoli con premura come Mahomet- 
tano, lasciandosi reggere da questi alle volte con tanta 

authorita che ne haveva eretto anco de' Cardinali ab- 

horrendo dell tulto il sesso muliebre, pure il cielo gli per- 
metteva che la sua volonta e fantasia in tutto cio che direva^ 
et fareva, o bene o male, e che vuoleva o bono, o cattivo, 
vedeva essequito,)) (Priuli, Diario, t. II, f. 202, cite par 
Brosch : Papst Julius II und die Griindung der Kirchcnstaates y 
Gotha, 1878, p. 301, appendice ) 



— 59 — 
cardinal et pape, est a Tabri de tout reproche'. II 
est done inutile de s'appesantir davantage sur cette 

I . Avant d'entrer dans les ordres , ^Eneas Sylvius avait 
eu des faiblesses qu'il ne cherche pas d'ailleurs a nier. Etant 
en Allemagne, ou il remplissait aupres de I'empereur Fre- 
deric III les fonctions de secretaire , il fit la connaissance 
d'une jeune anglajse qu'il ne craignit pas de violer, ne pou- 
vant obtenir autrement ses faveurs. et dont il eut un fils. 11 
fit part a son pere de ce honheur, c'est ainsi qu'il s'exprime, 
dans une lettre charmante oil il raconte les joies de la pa- 
ternite avec des accents emus qui rappellent ceux de Rabelais 
qui, lui aussi, eut un fils. Dans une lettre a Pierre de Noxeto, 
il expose ses idees sur la continence qui est louahle, a la 
vcrite, mats plus facile a proner qiCa observer; et plus h fait des 
philosophes que des poetes. {Epist. L, p. 534.) On salt 
que JEnesLS Sylvius etait poete laureat. II avait eu plusieurs 
maitresses (Epist. XLV, p. 531), et avait sans doute abuse des 
plaisirs amoureux; car il declare bientot que le vin, mieux que 
les jolies femmes, pourra le secouer de sa langueur. Lui qui 
les avait tant aimees, il engage son ami Freund a les fuir; 
et les depeint avec des termes si amers qu'on est porte a 
croire qu'il avait du rencontrer bien des mecomptes dans le 
pays de Cythere. Fuge , ohsecro , dit-il , omne foemineum 
genus, relinque hujusmodi pestem : cum foeuiinam vides, diabo- 

lum esse credito nauseam mihi Venus facit... (Epist. 

XCII, p. 579.) II reconnait, non sans une pointe de regret, 
que le temps des amours est passe pour lui ; que le vin est 
son consolateur et qu'il I'aimera usque ad mortem. Ce n'est 
d'ailleurs que contraint et force qu'il abandonne la lice amou- 
reuse : « ... turn quoque, et illud verum est, languescere 
vires meas, canis aspersus sum, aridi nervi sunt, ossa ca- 



— 6o — 

maladie morale, sur cet agent destructeur, comme 
le dit eloquemment Priuli, des Etats, des seigneu- 
ries et des cites dont il precipite la chute*. Mais, 

riosa, rugis corpus aratum est. Nee ulU ego foemhtce possum 
esse vohiptati , nee voluptatem mihi afferre foemina potest- 
Bdccho magis qiiam Vcneri pareho : vinimi me alit, me jttvat, 
me ohh'clat, me heat. Hie liquor suavis mihi erit usque ad mor- 
tem ...» Enfin, il termine par cet aveu melancolique et sin- 
cere : « Mihi hercule parum meriti est incastitate! Namque, 
ut verum fatear, magis me Venus fugitat quam ego illam 
horreo. SeJ ago Deo gratias quia non est major adpeiitus 
quam potestas... Veneris prcelia qui plura confecit, in sese 
pluribus affecit cladibus. . .» (/^.,m. page). Ce dernier trait 
explique son aversion pour les femmes. 11 ecrit a son ami 
Nicolas de Wurtemberg pour I'engager a rompre avec sa 
maitresse « qu'il n'est pas seul a posseder » et parle en homme 
qui a fait par lui-meme I'experience du fol amour. Cette 
lettre charmante, legerement teintee de misanthropie , nous 
montre ^Eneas Sylvius sous I'aspect le plus sympathique. 
(Epist. CVI, p. 607.) Devenu pape, il retractera les galants 
ecrits de sa jeunesse, le Traite des deux amants, Lucrece et 
Euryale. t< Nee privatum homiuem plures facite quam poniificem, » 
dira-t-il; (c jEneam rejieite, Pium suseipite. (Epist. CCCXCV, 
p. 870; jEuece Sylvii Pieeohminei... opera. Basileae, I35i,in-f.) 
I , « ... Vedendo il re Alfonso di Napoli die questo re 
de Francia prosperava e che al suo Reame non era piu ri- 
medio, dilibero di tentare tutti i mezzi, che gli fossero pos- 
sibili per vedere se v'era rimedio di ricuperare quello che 
avanti fosse perduto e che vedera irrecuperabile. E conos. 
ceva per avanti avere il Duca di Calabria nel tempo, che suo 
padre regnava , fatto di crudehssimi insulti e inquirie a 



— 6i — 

pour le point de vue qui nous occupe, pour la sy- 
philis, combien de telles pratiques ne devaient- 
elles pas provoquer et entretenir d'horribles mala- 
dies que venaient encore aggraver I'ignorance des 
medecins et les medications empiriques des charla- 
tans, des magiciens et des sorciers ? 

Contrairement a ce qu'on voit de nos jours 
oil la croyance aux influences demonologiques 



Popolo Napolitano, con vioUirc vergini, prendere per suo 
diletto le donne d'altri e de' gentilhomini e de' cittadini, 
quale a lui piaceva, senza averrispetto al Sommo Redentore 
nostro Dio, ne etiam all' onor suo, ne al tempo che Padre 
regnava ; e oltre di questo isi dilettava ancora del vizio detes- 
tando e abominevole per tutto il mondo della Sodomia, per 
qual vizio rovinano gli stati, le terre e le citta , vengono alia 
fine gl' imperii e Reami e potenze e Signorie, e tandem le 
Republiche per tal vizio sono mal capitate e rovinate e venute 
al basso. E in fine non voglio etiam tacere che in questa 
gloriosa citta di Venezia , nominata e decantatissima per 
I'universo mondo, vi sono molti e infiniti che mantengono 
tal vizio , et in fine la vedo molto inviluppata, che Dio e 
nostra Donna per sua infinita misericordia non voglia , che 
per tal nefando vizio non patisca qualche danno e vitupero ; 
benche tutte le terre de Mondo, Roma, Firenze, Napoli, Bo- 
logna, Ferrara, Milano e tutto il resto dell' Italia sia som- 
merso in tal vizio. La Francia etiam se n'e intrigata di poi 
che '1 re Carlo mise il piede in Italia. Ora non piii. Sia 
satis di questo. » (Muratori, Rcr. //a/.5f;7^^ , t.XXIV,p. 12, 
Chioniciiui Vend urn . ) 



— 62 — 

n'existe plus qu'au fond des campagnes dans les- 
quelles I'instruction n'a pas encore penetre, au 
XV® siecle, a Tepoque brillante de la Renaissance, 
cette croyance qui se rattachait intimement aux 
theories du paganisme, trouva acces dans les classes 
les plus distinguees de la societe, et eut une in- 
fluence incontestable dans les manifestations de la 
vie : on devine aisement Taction nefaste qu'elle dut 
exercer^ <-(A Rome, disait Savonarole, tin est pas tut 

I. Pour nous en tenir exclusivement a la medecine a la- 
quelle se rattache le present opuscule, nous allons citer une 
theorie du medecin Jacques de Forli, profcsseur a Padoue, 
et maitre de Jerome Savonarole (Muratori, Scrip, rer. Ital., 
t. XXIV, p. 1 164), pour montrer a quelles consequences 
absurdes et souvent dangereuses pouvait conduire la croyance 
a I'astrologie. Messer Jacopo pretend que le foetus n'etait pas 
viable a huit mois, et tel etait son raisonnement : « Dans le 
premier mois de la grossesse regne Jupiter, quasi juvans pater, 
car c'est lui qui donne la vie ; au septieme mois regne la 
lune qui favorise la vie a raison de son humidite et de la 
chaleur qu'elle recoit du soleil; mais au huitieme regne 
Saturne, I'ennemi de la vie, le mangeur d'enfants : un enfant 
ne saurait done vivre s'il vient au monde a cette epoque. Le 
neuvieme mois voit reparaitre le regne de Jupiter , et alors 
I'enfant est apte a vivre. On doit bien se garder de laisser le 
placenta sejourner dans la matrice, et rien n'est plus pres- 
sant que d'en faire promptement I'extraction . » {Jac. ForoU- 
viensis expos, super aureiim capit. de oencrationc ambryoniSy 
fol. 10, in-fol., Venise, 1518.) 



- 63 - 

prelatjpas nn riche particiilicr^ qui n ait pres dc liii nn 
astroJogiie pour lui indiqiier V he lire a laquelle il doit 
monter a cheval ou faire quelqu autre chose. Ces riches 
citoyens ne sauraient se resoudre ajatre tin pas sans y 
etre autorises par Jeurs astrologtiesK » 

Comme le remarque M. Maury, « ce retour vers 
les anciens, s'il eut I'avantage d'epurer le gout, 
d'ennoblir I'esprit, de donner a la pensee plus d'in- 
dependance et d'originalite, avait aussi ses dangers. 
Les eaux auxquelles on s'abreuvait etaient plus sa- 
voureuses que pures, et la philosopbie, en rentrant 
dans les ecoles, degagee des entraves de la scolas- 
tique, y ramenait les speculations du platonisme. 
La theorie des influences demonologiques , Tastro- 
logie, la magie, trouverent de la sorte, un accueil 
que leur refusait la religion*; et les reveries de 

1. Villari, la storia di G. Savonarohiy t. I, p. 169. 

2 . L'observation de M. Maury est exacte jusqu'au xii« siecle, 
passe cette epoque jusqu'au xvii^ siecle, c'est le contraire 
qui est vrai. Lire a ce sujet le remarquable chapitre de Janus : 
Le Pape et le Concile. Paris, 1869, p. 274 et suiv. Les Prods 
de sorcellerie. Le catholicisme qui n'est qu'une des expres- 
sions de la superstition, au moins dans le culte qui en est la 
forme exterieure, — relligio, en latin, dans le sens subjectif 
du mot a ce sens, et c'est ainsi que I'emploie Lucrece, dans 
son versfameux : Tantum relligio potuit siiadere malorum (1. I, 
vers 102), — eut bien garde, au contraire, de rejeter ces 
tristes croyances qui dicterent a Sixte IV, a Innocent VIII, 



-64- 

Tantiquite furent etudiees et remises en circulation 

a Alexandre VI, et a Jules II, pour ne parler que des papes 
qui rentrent dans le cadre de ce petit livre, ces bulles san- 
glantes et epouvantables, veritables temoignages de demence 
dont on retrouve a peine I'equivalent chez les peuplades 
negres de I'Afrique centrale. On connait la bulle d'lnno- 
cent VIII contre les sorciers de TAllemagne, dans laquelle 
ce pontife declare que Ton pent avoir des rapports charnels 
avec les demons incubes et succubes, qu'il est possible de 
nuire par des charmes et des incantations aux femmes en- 
ceintes, aux foetus des betes, aux fruits de la terre, aux vignes, 
aux pres, aux champs, etc.; que Ton peut, par des male- 
fices, empecher les femmes d'engendrer et les hommes de 
remplir leurs devoirs d'epoux. Le docte Rinaldi enregistre la 
bulle sans manifester le moindre etonnement; bien plus, 
pour montrer toute la creance qu'il donne a de pareilles di- 
vagations, ii raconte d'apres Boetius, I'histoire d'une femme 
qui, ayant eu depuis longtemps des relations criminelles 
avec un incube, fut obligee de se jeter a la mer, pour con- 
jurer la tempete soulevee par les demons (conte qui rappelle 
a un autre point de vue la fable de Jonas et de la baleine) ; 
ou bien I'aventure d'une jeune fille que visitait chaque nuit 
un incube sous la forme d'un beau jeune homme, lequel, 
surpris par des temoins dans une de ses visites nocturnes, 
se sauva apres avoir mis Ic feu au mobilier, etc. Le docte 
annaliste n'hesite pas , apres avoir raconte ges billeve- 
sees, d'ecrire en manchette : Non sunt figmenta qiice de 
diemonilms feriintiir. (AnuaJes Ecclesiastici, t. XXX, p. 8j.) 
II est juste de constater que dans la reimpression de ces 
annales (Paris, 1877), cette manchette a ete supprimee ; 
m^me tome, p. 81 et 82. (A propos de cette derniere his- 



- 65 - 

par les amis des lettres*. » II y eut pourtant, parmi 
ces derniers, de libres esprits qui protesterent centre 
cette superstition et qui lui porterent des coups ter- 
ribles. Et tout d'abord apparaissent au premier 
rang Tillustre Pic de la Mirandole, son ami, Mar- 
cile Ficin qu'il avait arrache a ces vaines specula- 
tions et gagne a ses idees ; enfin le docte Politien 
qui ne reconnaissait d'autre loi que la raison et 
d'autre but que la verite. 

On connait le traite du premier centre les astro- 
logues* dans lequel il reduit a neant la pretendue 
science de ces imposteurs et les represente comme 
les fauteurs de toute immoralite et comme les des- 
tructeurs de la croyance a la vie eternelle. Dans une 
lettre charmante, et toute a la fois precieuse pour 
Tetude de I'astrologie a la fin du xv^ siecle, Marcile 

toire, voir un fait absolument identique , dont //// tetnoin 
le Pere Sinistrari qui le raconte dans son traite Demonia- 
Jitas, public el traduit par Liseux, parag. 71, p. 151. Paris, 
1876.) 

1. La Magie et VAstrologie dans Vautiquite et au moyen age, 
ch. IX, p. 214 (Paris, 1864.) « J'ai peur, ecrivail en 15 17 
Erasme a son ami Wolfang, qu'avec I'etude de la litterature 
ancienne, le paganisme ne tache de relever la tete. » « Unus 
adhuc scrupulus habet animum meum, ne sub obtentu priscse 
liieraturas renascentis, caput erigere conetur paganismus. » 
(Erasmi epistola, edit. Le Clerc, p. 187.) 

2. Disputatiomim adversus astrohgos Uh. XI 1. 



— 66 — 

Ficin ecrivant a Politien (20 aout 1494) le felicite 
des luttes qu'il soQtient avec Pic de la Mirandole 
contre plusieurs astrologues qui, a I'exemple des 
geants, tentent^ avec une impiete qui n'a d'egale 
que leur impuissance, d'arracher le ciel a Jupiter. 
II revendique sa place dans la lutte qu'engagent ses 
amis et explique, avec une certaine gene, il faut en 
convenir, dans quelle mesure on doit interpreter 
ses sentiments sur les theories platoniciennes : en 
terminant, il felicite Politien d'etre I'hercule redou- 
table qui doit purger le ciel et la terre des monstres 
enfantes par I'astrologie^ La reaction produite par 
ces grands esprits ne tarda pas a se faire sentir; 
« I'astrologie continua de vivre, ecrit Burckardt, 
mais pourtant elle parait avoir perdu I'influence 
qu'elle avait exercee longtemps'. » C'est a Pic de 
la Mirandole que revient en grande partie I'honneur 
d'avoir entrave la diffusion de ces croyances si fu- 
nestes aux progres de la science ; c'est a lui qu'il 
faut rapporter la conversion de Marcile Ficin a des 
idees plus saines, bien qu'il ait toujours eu un faible 



1. Episi. Aug. Politiani, lib. IX, p. 284-6. (Lyon, 1550, 
in-i6.) 

2. La Civil, de la Renais . , t. II, p. 303. Lire egalement 
les excellentes remarques du prof. Tallarigo sur Tastrologie. 
(Giuvaiini Pontano c i siioi tempi, t. II, p. 482 et suiv. Naples, 
1874.) 



-67- 
marque pour les sciences occultesV Tout d'abord, 
il s'etait destine a la medecine, dans laquelle son 
pere avait acquis une grande reputation. Lui-meme 
avait fait une etude serieuse de cet art, qu'il aban- 
donna toutefois pour s'adonner a la philosophic. 
Seduit par les theories astrologiques, il etait devenu, 
a I'exemple des hommes les plus illustres de son 
temps, un adepte de cette science dangereuse : on 
en aura une preuve convaincante en lisant I'expli- 
cation singuliere qu'il donne de Thunieur melan- 
colique des gens de lettres. « Oest^ dit-il, que Mcr- 
ciire qui nous invite a poursuivre la science, Saturne 
qui nous fait perseverer dans cette poursuite et en con- 
serve les resultats acquis, sont froids en quelque maniere 
et sees, an dire des astrononies. Car si Mercure nest 
pas, a proprement parler, froid, il est tres sec a cause 
de sa proxiinite du soleil. ... » 

« Et voilci pourquoi votre fille est muette », conclut 
spirituellement Gastineau qui a reproduit ce pas- 
sage'. 

^ Les champions de ces theories toutes pai'ennes 
n'en etaient pas moins, de coeur, des chretiens 
convaincus. (( lis n'etaient pas des sectaires, et la 



1. Voy. son traite : Dj Vita avlitiis comparanda. Lyon, 
1567. 

2. Les Med ids, t. I, p. 247. 



— 68 — 

finesse de leur esprit les preservait du fanatisme 
philosophique'. » Leur but d'ailleurs etait de mon- 
trer le trait d'union qui rattachait le christianisme 
au platonisme et d'etablir leuridentite*. Aussivoit- 
on les convives reunis a Careggio chez Laurent de 
Medicis, disputer gravement sur le banquet de Pla- 
ton, et se livrer a des digressions peu orthodoxes, 
terminer leur dialogue par un hymne « au Saint- 
Esprit qui avait inspire la discussion et enflamme 
I'eloquence des orateurs^ ». 

On verra plus loin les plus celebres medecins de 
I'epoque attribuer la syphilis a la conjonction des 
astres, et parmi eux Fracastor, developper avec 
complaisance ces idees absurdes* qui, sortant de la 
speculation, trouvaient leur application dans la pra^ 
tique et intervenaient dans la therapeutique contem- 
poraine. Aussi ne peut-on s'empecher de trembler 
sur le sort des malheureux malades abandonnes sans 
defense aux mains de ces insenses ; et il est certain 
que \tmal franc ais empruntadans la plus large part 

1. E. Gebhart, les Origines de la Renais. en Italie, p. 420. 

2. M. Ficini, de Orrist. religione, lib. I. 

3 . Commentarittm M. Ficini in convivium Plaionis de Amo?e, 
oratio VII, cap. xvii. « Quomodo agend^e sunt graiias Spi- 
ritui Sancto, qui nos adhancdisputationem illuminavit aique 
accendit. » (Plat, opera.) 

4. De Syphilide, lib. I. 



-69 - 

le caractere essentiellement aigu qu'il eut au xv^ et 
au xvi*^ siecle, a la superstition des medecins et aux 
pratiques foUes que leur suggeraient leurs imagina- 
tions devoyees. Est-il etonnant qu'on ait vu alors 
les charlatans, les sorciers et tous les vendeurs 
d'orvietan offrir aux veroJes ires precieux leurs 
onguents, leurs philtres et leurs pomraades ma- 
giques ? 

A ces causes morales qui suffiraient a elles seules 
pour expliquer la forme maligne que revetit la sy- 
philis, s'en joignirent d'autres qu'il n'est pas indif- 
ferent de relever. 

Les inondations* qui desolaient I'ltalie depuis le 
pontificat de Sixte IV donnerent naissance h. des 
fievres pernicieuses ; la peste qui commencait a de- 
croitre a Rome fut avivee de nouveau par I'arrivee 
des juifs et des marranes chasses d'Espagne par le 
roi Ferdinand, et recus a Rome par le pape Inno- 
cent Vlir, moyennant finance. L'espagnol Alexan- 



1. Voy. Burchard, Diarium, t. I, p. 292; t. II, p. 252-8; 
Muralti, Anmlia, Milan, 1861, p. XXI et suiv. ; Canesius, 
De prodigiosis Tyberis imindaiionihiis, Rome, 153 1 ; Ciacconius, 
Vita et res gestae S. Pontifictim, t. Ill, col. 164; Malipiero, 
Annali Veneti dans VArch. Slor . Ital . , t. VII, p. I, p. 409- 
15, etc. 

2. Rainaldi , Annates ecdes , t. XXX, p. 139. La peste, 
importee en 1482 a Alexandrie, forca les habitants a se re- 



— 70 — 

dre VI, cc juif, cc marram, a circoncis, comme I'ap- 
pelait Jules IP, ne pouvait pas faire moins, pour 
ses compatriotes, que n'avait fait son predecesseur, 
le genois Cibo. 

II les laissa penetrer dans Rome ; et incontinent, 
ecrit Infessura, la peste envahit la ville'. Sous le 
convert de la peste, la syphilis exercait ses ravages, 
aussi ne I'avait-on pas encore reconnue^ mais elle 
ne devait pas tarder a se devoiler. 

Telle etait la situation morale et physique de 
ritalie, lorsque Charles VIII, appele par le pape 
Alexandre et Ludovic le More, due de Milan, se 
decida a passer les monts pour aller prendre posses- 
sion du royaume de Naples qu'il revendiquait 
comme son heritage. 

tirer a la campagne; a ce fleau, s'ajouterent des orages ter- 
ribles et des inondations qui causerent de grands ravages . 
Voy, G. Schivina, Annales Alexandrini, dans les Monumenta 
historic patricc, t. XI (Scriptores), 1863, in-fol., p. 470 et 
Senarega, Commcntaria de rehns genuensibiis, dans Muratori : 
Rer. ltd. Script.., t. XXIV, c. cxxxi, etc. 

I. Paris de Grassis, Diariinn, cite par M. Thuasne, dans 
son edition de Burchard, t. II, p. 85, note i, ou Ton trouvera 
egalement des details sur la peste a Rome (t. I, p. 158, 
163; t. II, p. 179, etc.). 

1 . Infessura , dans Eccard , Corpus historictim , t . II , 
col. 2012-3. 



Ill 



L n'entre pas dans le plan de ce travail 
^ ^? sommaire de raconter I'expedition de 
Charles VIII en Italie. On a vu par le 
temoignage de Fulgose que la syphilis existait dans 
route la peninsule deux ans avant la venue du roi 
de France, et que le mal, a peu pres a la meme 
epoque, avait ete observe dans differents pays de 
TEurope. Nous nous bornerons done a rechercher 
seulement dans quelle proportion I'arrivee des 
troupes envahissantes fournit un nouvel aliment au 
fleau dont elles etaient elles-memes infectees et que 
les exces de toute nature des soldats victorieux pro- 
pagerent avec une rapidite telle, que Ton crut a une 
epidemie de la verole. 



— 72 — 

Le 2 septembre 1494, Charles VIII franchissait 
les Alpes au mont Genevre. Recu a Turin avec les 
plus grands honneurs, il arrivait le 9 septembre a 
Asti, ou son avant-garde I'avait precede. L'armee 
qu'il avait immediatement sous ses ordres se com- 
posait environ de mille neuf cents lances', soit de 
onze mille quatre cents cavaliers qu'appuyait 
une artillerie nombreuse trainee par de vigoureux 
chevaux' ; sa garde etait formee de deux cents ar- 
baletriers, quatre cents archers et deux cents gen- 
tilhommes. Conformement a I'habitude de I'e- 
poque_, un grand nombre de prostituees francaises 

1 . Kous avons suivi ici la relation de Marino Sanuto qui 
evalue toujours la lance a six personnes (de meme Guic- 
ciardini, lib. I), contrairemenl a I'opinion de Rosmini qui 
assure qu'elle se composait au moins de huit personnes. 
(Deir Istoria di Tiiviiliio, t. II, p 2C9.) Voir Sanuto : 
LaSpedi:Qone di Carlo VIII in Italia (Venise, 1883), p. 90 
et 672. Dans ce nombre, ne sont pas compris les Suissesqui 
s'etaientrendus a Genes sous la conduite du bailly de Dijon, 
non plus que les gens d'armes qui fiiisaient la guerre en Ro- 
magne sous les ordres de d'Aubigny. Sans compter les con- 
tingents italiens leves par les seigneurs amis de la France, 
on pent evaluer a trente-deux mille hommes le nombre des 
soldats du roi Charles, On trouvera un releve detaille de ces 
differents corps de troupe dans le bulletin militaire public 
par M. de la Pilorgerie : Campagnes et bulletins de la grande 
armee d'ltalie, p. 86-8. 

2. L'artillerie italienne etait trainee par des boeufs. 



— 73 — 
suivaientle camp^ Arrete quelques jours a Asti par 
la maladie, le roi, bientot hors de danger, repre- 
nait sa marche sur Pavie et entrait le lo ociobre 
a Plaisance. 

A part quelques tentatives de resistance qui 
avaient ete severement reprimees, la marche du 
roi n'avait ete qu'un long triomphe. A I'exemple 
de son chef, I'armee partout fetee et acclamee s'a- 
bandonnait a toute la Hcence qu'amene la victoire, 
sans que les chefs songeassent a reprimer les de- 
sordres des gens d'armes places sous leurs ordres. 
Le roi, tres porte a Tamour, suivait Hbrement son 
penchant, I'armee entiere Timitait'; aussi un sourd 

1 . Sanuto, p. 673. 

2. « Les Francais, dit le chroniqueur venitien, ou- 
tragent freqnemment les femmes, car ce sont gens pleins 
de luxure. » (P. in, et passim, 260, 261, 267, etc.). 
Avant de se decider a passer en Italic, le roi avait perdu plus 
de six mois en France, retenu qu'il etait par ses intrigues 
galantes qui I'occupaient tout entier. u Annus agebatur 1494, 
cum rex nunc Molinium, nunc Lugdunum adiens, piikherri- 
mantm miilieriim amove tcnehatur : conviviis etiam eas adhibcns, 
cciiaque loca desigtiaiis, quihus hce miilieres quihiis ipse consiie- 
verat, convenirent : iiacttis etiam homines non ignohiles emissa- 
rios , architectosqiie libidinum . Ita diei hrevitatem conviviis, 
iioctis hngiUidinem voliiptatibus contcrehat. Inde Viennam adiit 
urbem sitam in finibus Delphinatium ; eoque loco ab Anna 
sorore, recipiscire coepit : voluptatumque occasiones bellicis 
cogitationibus occupalionibusque fallere... Igitiir non sine 

5 



— 74 — 
mecontentement commencait- il a gagner les popu- 
lations envahies.Mais, contraintes par la peur a dis- 
simuler, elles faisaient bon accueil et bon visage aux 
vainqueurs, en attendant de jeter le masque. De 
Pise, Charles VIII se dirigea sur Florence, ou sa 
venue avait ete predite par le moine Savonarole, 

vemistissimarutn miilieriim lacrymis quce (vgre ab eo divelle- 
banttir, accinxit se ad Neapolitanam profectionem. » Arnoldi 
Ferronii burdegalensis ... de rebus gestis Gallonim libri qiia- 
ttior, 1. I, fol. 6 verso. (Paris, 1549.) Le roi Charles VIII 
semble n'avoir eu d'autre preoccupation que de festoyer les 
dames et de se gaudir au deduit. Aussi , Guillaume de 
Marillac pense-t-il que le roi mourut a la suite de ses exces. 
«... mais Dieu lui aida tellement qu'il echappa desdits 
Italiens (ii For none) ^ et s'en revint en France Jaire bonne chere 
comme il avoit occoutume, et n'y demeura pas longuement qu'il 
mourut en Vdge de vingt-huit am autant et plus use a cause des- 
dits exces que seroit un personnage de soixante ans. » (Vie du 
connetable de Bourbon. Pantheon litteraire^ publie par Buchon, 
p. 127.) Ludovic leMore, qui connaissait les gouts sensuels 
du roi, n'avait garde de ne les pas flatter. Lorsqu'il vint avec 
sa femme Beatrice saluer Charles VIII a Asti, il se fit ac- 
compagner des demoiselles d'honneur de la duchesse et d'un 
grand nombre de dames di'une excellente beaiite dont le role ne 
devait pas rester inactif dans cette entrevue diplomatique. 
(Giucciardini , 1. I.) Sigismondo de' Conti en evalue le 
nombre a trois cents. « Pour les Francais, ajoute-t-il , il n'y 
a pas de fete complete sans de jolies femmes. Galli enim 
neque convivia neque lusus ullos satis hilaritatis habere pu- 
tant absque matronis. » (Le Storiede' suoi tempi, t. II, p. 69.) 



— 75 — 

qui le representnit comme un autre Cyrus choisi 
par Dieu pour chdtier I'ltalie*. Le 17 novembre^, le 
roi entrait en grand appareil dans la cite qui venait 
de chasser I'indigne Pierre de Medicis : la population 
fit au monarque francais un chaleureux accueil. 

Mais ces dispositions amicales changerent bientot 
devant la volonte du roi d'imposer aux Florentins 
le retour du traitre qu'ils avaient banni : toutefois^ 
intimide par I'attitude de Pierre Capponi^ le roi ne 
persista pas dans son dessein et se contenta de 
la remise de plusieurs places fortes et d'un pret de 
cent vingt mille ducats'. Avant de partir, Charles 
lanca un manifeste, dont il envoya un exemplaire 
au pape et a chacun des cardinaux et qu'il fit re- 
pandre a profusion en Italie et a Tetranger, pour 
qu'on ne se meprit pas sur ses intentions. Son but, 
disait-il, etait de recouvrer le royaume de Naples. 
Quant au pape, il temoignait pour sa personne la 
plus grande deference, et ne songeait qu'a lui rendre 
hommage en personne,, ainsi qu'il convenait a un 
fils soumis et respectueux\ Ces protestations ne 
convainquaient pas Alexandre VI, qui, ayant cons- 
cience de son indignite, craignait la reunion d'un 



1. Villari : lasloriadi G. Saiviiarohi, t. I, p. .172 

2. Guicciardini, lib. I. 

3. 'Biinhardi diariuiii, t. II, p. 196. 



-76- 
concile qui Taurait peut-etre depose. Aussi,prenait- 
il ses mesures pour repousser I'envahisseur, et fai- 
sait-il fortifier le chateau Saint-Ange ou il se retirait 
lui et les siens^ Une partie des troupes francaises, 
sous la conduite directe du roi et du due de Mont- 
pensier, se rendait a Sienne, tandis que Tautre mar- 
chait sur Rome". 

Sur ces entrefaites, la maitresse bien-aimee du 
pape, la belle Julie Farnese, allant a Viterbe, avec 
une suite de vingt-cinq personnes, tomba dans un 
parti de cavaliers francais qui la firent prisonniere 
et la conduisirent au camp. Mgr d'AUegre^ qui avait 
fait cette precieuse capture, ne sut pas en tirer 
parti, et se borna a fixer le prix de la rancon a trois 
mille ducats'". Le pape qui en aurait bien donne cin- 
quante mille, au dire de Ludovic le More, s'empressa 
d'envoyer I'argent*. On dit meme, c'est Sanuto 
qui le rapporte, que le chevalier francais, pous- 
sant la galanterie jusqu'au bout, refusa le prix de la 
rancon, et fit accompagner Yepouse de Jesus-Christ^ 



1. Sanuto, p. i48. 

2. Sanuto, p. 141. 

3. Sanuto, p. 141. Gregorovius , Liicrece 'Borgia, t. I, 
p. 166 et suiv. 

4. Depeche de Trotti a Hercule d'Este, citee par Grego- 
rovius, Liicrke 5., t. I, p. 169. 

5. "Burchardi diarium, t. II, p. 643. 



— 77 — 
jusqu'aux portes memes de Rome par une escorte 
de quatre cents cavaliers. Le camerier du pape, 
Marades, vint la recevoir, et la ramenait, de nuit, 
au Vatican, dans lesbras de son apostolique amant. 
Dans une depeche au due de Ferrare, I'ambassadeur, 
I'orateur Trotti, comme on disait alors, ecrivait a 
son maitre que Ludovicavait publiquement aftirme 
devant son Conseil d'Etat, « que k pape venait de 
faire ven'r truis femmes pour ltd : Tune etait nonne a 
Valence, V autre etait castillane et la troisieme une belle 
ieune fille de quince a sei^e ans^ ». Outre ses mai- 
tresses, le pape Alexandre VI entretenait un com- 
merce criminel avec sa propre fille_, la fameuse Lu- 
crece Borgia. C'est le mari de cette derniere, 
Giovani Sforza, qui I'accusa de ce crime et qui de- 
clara a Ludovic le More que le pape Tavait fait 
divorcer d'avec Lucrece afin de pouvoir jouir plus 
librement de sa possession*. Nous ne parlerons pas 
du sanglant distique de Sannazar' que sa haine 

1. Gregorovius, Liicrke B., i. I, p. 169. 

2. Dans une depeche datee de Milan, le 23 juin 1497, 
I'orateur de Ferrare, Costabili, relate que J. Sforza dit au 
due Ludovic : «... anzi haverla conosciuta infinite volte, 
ma chel Tapa non gelha tolta per altro se iioii per iisare con 
sei. .. )) Gregorovius, Lucrece Borgia, t. I, p. 204, n. i. 

3 . E^'go te semper cupiet^ Lucretta, Sextiis. 

fat inn dirt numinis! Hie pater est, 
(Sannaiarii opera. Epigr.y 1. IV, p. i 36, 1689.) 



- 78 - 

mortelle contre les Borgia peut faire considerer 
comme un temoin suspect ; pour le meme motif, 
nous n'invoquerons pas le terrible passage des 
Histoires dQ Guiccinrdmi^ ni I'epitaphe infamante* 
que Pontano composa sur la femme du jeune 
Alphonse d'Este, et qui trahit trop visiblement le 
ressentiment que nourrissaient contre les Borgia 
tous les ecrivains napolitains. Dans un traite fort 
peu connu du meme Pontano, a la fin du treizieme 
livre du de Rebus celcslibiis, on peut lire les theories 
singulieres de ce fervent adepte de Tastrologie sur 



1. « ... Era medesima fama, se pero e degno di credersi 
tanta enormita, che nell' amor di Madonna Lucretia, con- 
corressino non solamente i dui fratelli, ma eziandio il padre 
medesimo. » Le istorie d'ltalia, lib. Ill, c. i. L'inceste de 
Cesar Borgia avec Lucrece est rapporte par Marco Attilio 
d'Arezzo, dans Baluze, Miscellanea, t. IV, p. 117. 

2 . Hie facet in tumuh Lncretia nomine, sed re 
Thais, Alexandri filia, sponsa, minis, 

Cette epitaphe est citee par Roscoe qui a cherche , un des 
premiers, a rehabiliter la memoire de Lucrece. (The life and 
pontif. of Leo the thenth, t. Ill, p. 360, Heidelberg, 1828.) 
Comme nous n'avons pas a traiter cette question, nous nous 
contenterons de renvoyer le lecteur a une tres sage appre- 
ciation, selon nous, formulee sur les historiens de Lucrece 
Borgia, par le prof. Villari dans son be! ouvrage sur Niccolo 
Machiavelli e i siioi tempi, t. I, p. 244, note 1, (Firenze, 
1877-1882.) 



— 79 — 
les causes de la luxure et des affections sensuelles 
qu'il n'hesite pas a rattacher a des influences astro- 
logiques et a certaines combinaisons des astres. Ce 
principe pose, il cite des exemples a I'appui de sa 
these, et termine par celui du pape Alexandre VI. 
« De notre temps, dit-il, le souverain pontife, snivant 
sans doute Vexemple de Loth que rapportent les historiens 
hebreux, a connti safiUe charneUement etV a vendue en- 
ceinte : cest Vopinion de la curie et de la ville de Rome 
tout entiere. Je ne m'etendrai pas davantage sur ce sujet 
a cause de la majeste du siege pontifical, sur lequel taut 
de tres saints pretres, avec une si grandevertu, etje di- 
rai presque, avec divinite, se sont assis autrefois; et 
j'en suis sur, s*assieront encore^ )>. Les termesmemes 
dont se sert I'ecrivain excluent toute idee de satire 
et de mechancete systematique. Voulant prouver 
des idees qu'il croit justes_, il invoque des exemples 
connus de tout le monde, afin de rendre sa demons- 



I. «... Temporibus nostris Pontificem maximum secu- 
tum fortasse Lothi exemplum, de quo Hebraicis in historiis 
fit mentio, filiam suam et cognovisse et gravidam fecisse 
opinio est et aul^ totius et urbis Rom^ universal. De quo 
tamen parcius, propter sedis pontiiici^ majestatem, in qua 
tot sanctissimi sacerdotes , tanta cum integritate et pene 
dixerim, divinitate, et olim sedere, et, ut mihi persuadeo, 
etiam sedebunt. » (J. J. Pontani opera, t. Ill, de rebus coeUs- 
tibus, I. XIII, fol. 294.) 



— So — 

tration plus convaincante. II evite meme de nom- 
mer par son nom le pape auquel il fait allusion ; 
mais on ne peut douter un instant qu'il ait eu en 
vue le pere de Lucrece Borgia. 

Comme il serait trop long de rappeler par le de- 
tail la vie criminelle d' Alexandre VI et de ses batards, 
nous nous contenterons de citer une lettre anonyme 
qui fut ecrite de Rome a Tun des membres de la fa- 
mille Savelli que le pape avait depossedee de ses 
biens et proscrite. Imprimee en AUemagne, cette 
lettre fut envoyee a Alexandre VI lui-meme : elle 
resume exactement la serie des forfaits des Borgia 
et la condition miserable de Rome^ abandonnee a 
ces bandits. 

All Magnifique Seigneur Silvio Savelli j aupres dn 
Serenissime roi des Remains. 

Magnifique Seigneur Silvio, saint. 

Nous avons appris, par des lettres de nos amis, que 
vous ave^ ete proscrit par uneffet de laperfidiedupape, 
et que tons vos biens ont ete pilles, que vous ave:( quitte 
Rome et que vous ave'{ cchappe a la fureur et a la rage 
de ces bandits. Nous nous sommes affliges de votre mal- 
heur, comme nous le devious, mais par mi tant de maux 
nous nous sommes rejouis de savoir que vous etie^ arrive 
sain el sau} en AUemagne, et que vous avie^ ete Men 



— Si — 

regupar Vempereur. Nous apprenons que vous employei 
vos relations et vos amis aupres de Cesar pour rentrer en 
possession de vos hiens. Nous avons ete surpris de voir 
voire prudence en it re arrivee a ce point decreduIite,ou, 
pour parler plus franchenient^ de Ugcrete pour esperer 
que cet homme, Vennemi du genre humain^ dont la vie 
nest quun amas de viols et de rapines, et qui ne s'est 
jamais attache qua tromper, puisse vouloir on faire 
quelque chose de juste, sansy etre contraint par la crainte 
et la force. Vous vous trompe^^, cher Sylvio, et err and e 
est voire erreur si vous pensex^ pouvoir jamais enirer en 
accommodement avec ce monstre. Car, apres que sans 
nulle raison, niais par son avidiie et sa per/tdie, vous 
ave:^ ete trahi et proscrit par lui et vos Mens livres an 
pillage, cette guerre eierndle durera,comme voire haine, 
jusqud la mort. II faut done aviser a d'autres moyens, 
decouvrir aux vrais medecins cette plaie puhlique de la 
peste romaine, et exposer a Vempereur et aux autres 
princes de Vempire romain, ious les malheurs et les de- 
sordres que cette bete injdme a cau.'ie^, au grand danger 
de la repuhlique chretienne ; il faut raconter les crimes 
detestables qui sont commis au inepris de Dieu et a la 
mine de la religion, crimes si grands et si atroces, 
quils passent toute description, si eloquenfe qu'elle soit. 
Voila ce que vous devre^ dire dans les assemhlees des 
princes, ce que vous devre'^ puhlier hauiement et faire 
savoir a tout le monde dans la plus large mesure. 



— 82 — 

Et nous nous plai^nons de ce que Mahomet, cct ancicn 
ennemi de la religion chrelienne, ait seduit ime infinile 
de peuples et leur ait fait ahandonner la foi, alors que 
ce nouveau Mahomet Va de beaucoup depasse en ini- 
quite et a embrase ce reste de foi et de religion du feu 
redoutable de maladies mortelles ; de sorte quil semble 
que le temps de VAntechrist, tant de fois predit par les 
prophetes, soit arrive, puisque jamais il ne naitra, que 
jamais on iiimagimra line creature plus ouvcrtement 
ennemie de Dieu, tin adversaire plus acharne de la foi, 
un plus cruel destructeur de la religion. 

Les benefices et les dignites ecclesiastiques qui, scion 
les anciens decrets des saints Peres, devaient etre donnes 
a bon escient aux hommes les plus illustres, capables de 
travailler au salut des dmes, sojjt vendus publiqucmcnt 
et concedes a ceux qui en of rent le plus haut prix. On 
va au Vatican, Tor en main, acheter les niysteres de la 
foi : cest la que siege le ministre d'iniquite, le cardinal 
de Modene, qui vend les benefices pour as souvir T avarice 
dn souverain pontife. Prepose a la recette, semblable a 
Cerbere qui garde V entree de Venfer, il aboie a tout le 
monde, supputant sans vergogne ce que chacun pent ap- 
porter : seuls les riches et les puissants sont adniis ; 
quant aux pauwes, on les chasse par des paroles inju- 
rieuses, car le pape met tout a Vencan : les dignites, les 
honneurs, les dispenses et les cassations de mariage, les 
divorces, les repudiations et milk autres choses que nos 



-83 - 

ancelres n'ont jamais vues ni le christianisme adinlses, si 
Men qu'une nouvelle secte et des dogmes nouveaux se sont 
introduits parmi lepeuple, au grand scandale du Christ. 
II 11'est pas de crimes ni d'infamies que Von ne coni- 
mette publiquement a Rome et au Vatican : le brigan- 
dage des Scythes, la perfidie des Carthaginois, la cruaute 
et la barharie des Nerons et des Caius est surpassee. 

Aussi ne finirait-on pas, si Von voulait raconier 
les menrtreSy les rapines, les viols et les incestes. Le 
tres noble prime d'Aragon, gendre du pape, perce de 
coups, est mort deux jois, pour ainsi dire; le chambeU 
Ian du pape, Perotto^ assassine dans les bras de son 
maitre, a souilU de son sang Vasile autrefois si respecte 
du Vatican, et fait prendre la fuite a tous les courii- 
sans epouvantes. II serait long de citer tous les cuires 
qui, soit blesses, soit morts ou vifs, ont ete jetes dans le 
Tibre et qui ont peri empoisonnes : leur nombre en est 
SI grand et s'accroit tellement chaque jour, qu'il nest 
pasonne a Rome, si distingue qiiil soit par son merite 
ou par ses emplois, pas mime les simples particuliers, 
qui ne craigne pour soi et les siens. Qui oserait ra- 
conter ces horribles exces de debauches qui se commettent 
ouvertement dans cette demeure, au mepris de Dieu et 
des hommes ? Que d'adulteres, que d'incestes, que d' in- 
famies commises par ses fils et ses filles, que de trou- 
peaux de courtisanes, quelle affluence de 7?iaquereaux 
dans le palais de Saint- Pierre, qui est souille par des 



-84- 

exces quon ne voit pas mime dans Jes bouges et dans les 
liipanars. 

Le i'''' novcmhre, jour on Ion celibre la fete de la 
Toussaint, cinquante courtisanes de Rome conviees a 
tmfestin au Vatican, donnerent tin spectacle honteux et 
detestable^ ; et pour que rien ne nianqudt comme excita- 

I. M. Thuasne, I'editeur de Burchard, a retrouve dans les 
archives de Florence une depeche de I'orateur de cette repu - 
blique a Rome, qui vient confirmer I'exactilude de Torgie a 
laquelle il est fait ici allusion ; et que Burchard a racontee en 
ces termes : « Le dernier dimanche du mois d'octobre, au 
soir, souperent avec le due de Valentinois, dans son apparte- 
ment da palais apostolique , cinquante prostituees honnetes 
que Ton appelle courtisanes. Celles-ci, apres le repas, dan- 
serent avec les serviteurs et d'autres assistants, d'abord ha- 
billees, puis toutes nues. Ensuite, on posa a terre les cande- 
labres de la table avec des chandelles allumees, et tout a 
I'entour on jeta des chataignes que les courtisanes, nues et 
marchant a quatre pattes , ramassaient en passant au miheu 
des candelabres, en presence du pape, du due et de Lucrecc, 
sa soeur, qui regardaient. Pour clore la fete, on offrit des 
dons consistant en manteaux de sole , en paires de chaus- 
sures, en berets et autres choses. a ceux qui connaitraient 
charnellement le plus grand nombre de ces courtisanes; les- 
quelles furent en public connues charnellement dans la cour 
du palais au gre des assistants , et les dons distribues aux 
vainqueurs. » Voy. dans Burchard, Diarium, t. Ill, p. 167, 
le texte de ce passage que M. Thuasne a fait suivre de la 
note suivante que nous lui empruntons. 

« Le banquet des cinquante courtisanes est confirme par 



- 6) — 

iion a la luxurey on introduisit les jours suivants, dans 
un cirque, en presence die pape et de ses enfants, une 
jument et des chevaux entiers, afin que ceux-ci, aiguil- 



Matarazzo qui substitue des dames et des seigneurs de la 
cour aux courtisanes et aux valets du recit de Burchard 
{Arch. Stor . ItaJ., t. XVI, p. 189); par la lettre adressee a 
Silvio Savelli, reproduite plus loin a la date du 1 5 novembre 
1501 et inseree par Sanuto dans son journal; eafin par I'ora- 
teur florentin Francesco Pepi , dans la depeche suivante 
adressee a la Seigneurie. Dans cette depeche il n'est fait 
mention, a la verite, que de coureuses, cantoniere, et de cour- 
tisanes, cortigiane, appelees au Vatican par Cesar Borgia qui 
passa la nuit, en compagnie de son pere, a danser et a rire 
avec ces dernieres. «... In questi di et de Sancti et de 
Morli il Papa non e venuto o in S. Piero o in Cappella per 
la scesa hebba a questi di, quale, benche lo impedisce da qtiesto, 
non pero Jo impedi domenica node per la vilia (sic) d'ognisancti 
vegliare infino a XII bore con il diica, quale havea facto ventre 
in Pala^p la node ancora cantoniere, cortigiane, et tucta nocte 
stierono in vegghia et halli et riso. . . Rome, die 4 Novembris MDI, 
Servitor Franciscus de Pepis Doctor, orator. » (Arch. Fiorent. 
Clas. X. Dist. II, filza 51, a c. 102.) (Les mots en italique 
sont en chiffres sur I'original.) Plusieurs historiens, peu 
suspects de partialite pour Alexandre VI, ont repousse « cette 
historiette » en se basant sur I'immoralite scandaleuse qu'elle 
suppose. Les rapports incestueux du pape avec sa fille ont 
ete rejetes pour le meme motif. (Voy. la remarque de M. de 
Reumont, a I'occasion du recit de Burchard, dans YArch. 
Stor. Ital., 3'' serie, t. XVII, p. 325.) Qiielques anneesavant 
la Revolution francaise, le regent de France donnait au petit 



— 86 — 

lonnes par Vardeur vcmrienne, devinssent furieux les 
uns contre les autres. Rien nest comparable a Vavidite 
avec laquelle le pape pressure tons les peuples chreliens 
pour sat is f aire an luxe de ses enfants. On a propose de 
declarer la guerre aux Turcs; et sous ce pretexted par 
toutes les eglises du monde, il a fait vendre des indul- 

Luxembourg douze bals, oil danseurs et danseuses, complete- 
ment nus, renouvelaient les fetes galantes du Vatican. Les 
fetes d'Adam, comme on les appelait alors, sont restees ce- 
lebres, il n'est pas d'ecrivain qui les nie non plus que les 
relations incestueuses de Philippe d'Orleans avec sa fille, la 
duchesse de Berry. (Voy. Dulaure, Hist, de 'Paris, t. VIII, 
p. 183, 186, 191, ed. 1834.) Dans une lettre toute privee 
du 16 juillet precedent. Agostino Vespucci donne a Machiavel 
des details analogues a ceux qui precedent sur la vie que 
menait le Saint Pere au Vatican : «... Restavami dire, die 
si nota per qualcheuno, che, dal Papa in fuori, che vi ha del 
continuo il suo greggie illecito, ogni sera XXV femine e piu, 
da I'Avemaria ad una hora, sono portate in Palazo, in groppa 
di qualcheuno, adeo che manifestamente di tutto il Palazo e 
factosi postribulo d'ogni spurcitie. Altra nuova nonvivoglio 
dare hora di qua, ma se mi rispondete vene daro delle piu 
belle... Ex Roma, 16 julii 1501. Augustinus vester. » 
(Cette lettre a ete publiee par Villari, Niccolo Machiavelli, 
^ I, p. $58.) Devant ces scenes journalieres de debauches, 
on s'explique I'indifference que met Burchard i les raconter 
« not only without a comment, but with as much indiffe- 
rence as if they were only the usual occurrences of the day. » 
Roscoe, The life and pont. of Leo the tenth, t. Ill, p. 367, dis~ 
sert. on the character of L. Borgia, » 



-87- 

fences pour supplier plus facUement a ses immenscs 
depenses, pour envoyer avec un faste inou'i, a son mari, 
sa fille convert e de pierreries et d'or, et emportant avec 
elk, en dot, les tributs de I'Eglise roniaine ; et pour 
porter la guerre aiix vieilles cites et a leurs legitimes 
seigneurs. Les anciens habitants sont chassis de leurs 
domaines, les grandes families de Rome proscrites et 
exilies, les anciens seigneurs de VEtat ecclisiastique de- 
pouillis de leurs biens et de leurs possessions, afin que 
par leur mine, les enfants du pape et leurs neveux, 
fruits d'un incestueux commerce et vagissant encore dans 
le berceau, pussent s'emparer de leur souveraine puis- 
sance et de leurs trisors. 

Tout le monde sait que la Romagne a ete divastie, 
quimola et Forli ont ite disolies, que Faen^a a itiassie- 
gie et prise d'assaut, que Rimini et Pesaro ont ificonquis 
et leurs seigneurs chassis. Le pape a ajoiiti a ces acqui- 
sitions quil dimembrait du territoirede VEglise,Cesine, 
Fa no et Brictinoro, pour mieux engraisser son fils, 
stmblable ct lui ; pendant que ce fils, ayant de plus 
hauies visies, midite d'attaquer Camerino et Urbin, 
afin quune fois ces villes tombies en son pouvoir, il soit 
seul maitre de la Marche d'Ancone, de compliciti avec 
le pape ; et quenfin, apres avoir abattu tons ses adver- 
saires, il attire a lui tous les droits et toutes les posses- 
sions de FEglise roniaine. Car on dit quil s'est dejd 
empare des meilleures places., S polite, Civita- Vecchia, 



— 88 — 

Veies, Nepi, Terracine, quil a garnison au chateau 
Saint-Ange ; el enfin que telle est sa puissance, quil 
gouverne tout suivant son caprice, et met tout au pillage, 
comme un ennemi declare, au lieu d'agir comme un pro- 
txteur et un bon maitre. Aussi son pere, qui se retrouve 
ei son fils, le cherit-ilet Vaime-t-il pour la mechancete 
el la cruaute quil monlre envers tout le monde, si bien 
quil serail Ires difficile de dire lequel des deux est k 
plus detestable. 

Uannee derniere, partant en Romagne avec son ar- 
mee, il traversa les terres de FEglise comme un territoire 
ennemi, en le nieltant au pillage, el arriva a Faen^a. 
Sur son chemin, il avail devaste VOmbrie, une partie 
de la Marche d'Ancone et toute la Romagne. Pour que 
son ret our fill en tout semblable a Valler, il ramcna 
son armee d'abord a Piombino, ensuite aupres de Flo- 
rence. La, en pleine paix, alors que les Florentins y 
songeaient le moins, pendant plusieurs jours il autorise 
ses soldats a piller a qui mieux mieux, Les soldats, 
obeissant aux ordres d'un si digne chef, bouleverserent 
le pays par I e pillage, les viols, les meurtres et les incen. 
dies. La contagion de ce fleau gagna comme une epide- 
mic les habitants de Todi, de Viterbe, de Rieti, de Ri- 
voli, villes fameuses, qui au lieu de combattre I'envahis- 
seur et de lui nuire, tournerent leurs armes contre 
eux-memes. La, les factions du Valentinois, grdce a la 
licence de cette epoque d'oppression et crimes, ecrasent 



-89 - 

Jettrs adversaires, rempJissent de meurtres et de mines 
les villes dont les citoyeus, en nombre innomhrabJe, sont 
mis a mort, et leurs enjants males egorgis an moment 
de leur naissance, si Men qw leur trepas coincide avcc 
leiir entree dans la vie. Cependant le pape, absorbe par 
scs plaisirs, amasse des pierres precieiises et des bijoux 
de toiites parts, pour parermagnifiqueinent la fille quil 
a eue par iin crime, et la donner en mariage : aussi ne 
songe-t-il pas a empecher ou a punir les crimes de son 
fils ; bien an contraire, par ses menees, il les fomente et 
les proi'oque, afin quapres avoir ecrasc ses ennemis et 
les partisans de r empire, dont les biens ont etc injuste- 
ment proscrits et confisques, il assure leurs depouilks a 
ses bdtards et a ses neveux. Les cardinaux se taisent, si 
ioutefois il en est pour protester contre cet etat de choses : 
car les plus puissants ont ete chassis ou opprimes ; per- 
sonne noserait souffler mot : les autres, qui doivent leur 
chapeau rouge au crime tt a des moyens honteux, tdchent 
a conserver d prix d'or, par des vilenies et de basses 
flatteries, la dignitequils ont achetee; ils flattent I e pape 
et approuvent sa conduite, ils le louent et Vadmirent : 
tous craignent et redoutent particulierement son fils, fra- 
tricide, qui a troque sa barette de cardinal contre le 
poignard d'un assassin. Cesar gouverm tout a son ca- 
price et a sa volonte, ses soldats le gardent dans son 
^alais, on il vit comme un Turc, entoure de troupeaux 
dc prostituees. Par sesordres, ces sicaires tuent, blessent. 



— 90 — 
noient, empoisonnent et pillent. Leur faim, Us la ras- 
sasicnt par les rapines, leur soif, par k sang humain. 
Deja, la terretir qu'inspirent ces bandits a fait fuir de 
Kotne les plus illustres families ; les meilleurs citoyens 
se cachent, et si lempereur 7ie prend soin de remedier a 
taut de mauXy chacun devra songer a quitter Rome et a 
fuir. 

Dans quelle miserable condition, dans quels temps 
vivons-nous ! Comme on est loin de V antique saintete 
des souverains pontifes et de leur justice. La posterite 
aura peine a croire que de ce flambeau soit sorti un tel 
incendie pour embraser tout le genre humain, et cepen- 
dant les princes chretiens semblent songer a propager la 
foi chreiienne! Comment feront-ils la guerre aux Turcs 
et aux Arahes, s'ils neteignent d'abord cet incendie 
domestique ; puisque du temps du roi de France, 
Charles VIII, les infideles ont ete appeles, et comme 
Us se deficient du roi Alphonse, cdui-ci dut leur faire 
les plus belles promesses pour les decider a descendre dans 
la Pouille avec six jnille chevaux. Est ce done pourcela 
que de glorieux princes ont autrefois entrepris de si Ion- 
gues et de si penibles guerres pour la protection et la 
prop::gation de la foi et la delivrance de ferusalhem, 
que d'illustres martyrs ont verse leur sang, que tant de 
saints docteurs ont depense leurs veilles et leurs forces, 
pour quun Borgia, ce gouffre de vices le plus detestable 
quon ait jamais vu, apres avoir achete criminellement 



— 91 - 

la thiare, fouldt mix pieds Jes lois divines et humaines ? 
One les princes viennent done an secours de la religion 
qui chancelle, et quils ramenent an port la barque de 
Pierre battue par la tempete. Onils rendent a Rome la 
justice et la paix, quils arrachent de son sein cclte peste 
horrible nee pour la mine de la chreticnte, et qn'ils fas- 
sent en sorte que les bons citoyens puissent a Vavenir 
vivre en paix et joiiir de leurs Mens en toute seen- 
rite. 

De toutes ces choses, Silvio, qui ne sont que trop 
vraies, vous composere'^ tin discoiirs que vous prononce- 
rei dans une diete, ou si F occasion ne vous en est pas 
offerte, dans quel que grande ceremonie religieuse ; vous 
proclamere:^ bien haut ces infamies, vous en commiini- 
quere^ des copies a tons les princes et en enverre^ a cciix 
qui seront absents. 

Adieu ^ et en ce faisant, souvenei-vous que vous etes 
notre ami et Romain. Adieu encore tinejois. Donne a 
Tarente, ducamp royal, ce ij novembre ijoi \ 

Bien que posterieurs de sept ans a I'annee 1494, 
les details de cette lettre, veritable requisitoire centre 
le pape et ses enfants, resument avec une verite 

I. Biirchardi diar., t. Ill, p. 182 et suiv. Voy. aussi I'epitre 
que Jean-Francois Pic de la Mirandole adressa a I'empereur 
d'Allemagne, pour le prier de debarrasser la chretiente de 
Tindigne Alexandre VI (Kal. decembris 1500). Pici Miran- 
doJa opera, edit, de Bale, in-fol, 1601, p. 846, 



— 92 — 

parfaite et sans aucune exageration les crimes et les 
infamies de toutes sortes, commises chaque jour 
par les Borgia, et la triste condition de Rome qui 
arrival: a peine a suffire a I'avarice et a la luxure 
de ses maitres. 

Mais, dans les derniers mois de Tannee 1494, les 
graves preoccupations qui assiegeaient I'esprit du 
Saint-Pere lui faisaient negliger ses plaisirs ; et il 
attendait avec anxiete I'arrivee du monarque fran- 
cais. Celui-ci pressait sa marche et entrait le soir 
du 3 I decembre dans la ville eternelle^ aux cris 
mille fois repetes de : France! France! Colonna ! 
Colonna ! 

Voyant rimpossibilite de resister au roi Charles, 
le pape entra en accommodement avec lui ; et sauf 
I'investiture du royaume de Naples et I'abandon du 
chateau Saint-Ange^ qu'il refusa de lui accorder, 
Alexandre VI fit toutes les concessions qu'on exi- 
geait de lui, quitte a manquer ensuite a sa parole'. 
Apres un mois de sejour a Rome, pendant lequel 
les troupes s'etaient reposees, le roi prenait conge 
du pape et reprenait sa route vers Naples, emme- 
nant le sultan Djem dont la sante robuste, minee 
par les chagrins d'une captivite de douze annees, 
n'allait pas resister a cette nouvelle epreuve. Apres 

I. Biirchardi diarium^ t. II, p. 217 et suiv. 



— 93 — 
avoir severement reprime la defection du seigneur 
Jacques Conti', et chatie d'une facon exemplaire 
les habitants de Monte-San-Giovanni ', qui avaient 
coupe le nez et les oreilles a un parlementaire du 
roi, et I'avaient ensuite renvoye dans cet etat au 
camp francais, Charles VIII marcha sur San Ger- 
ma no. 

L'armee comprenait douze mille cavaliers excel- 
lemment montes, six mille fantassins et huit mille 
chevaux d'artillerie, sans compter les employes de 
toute sorte, marechaux-ferrants, forgerons, valets 
d'armee^ etc.,et huit cents femmes, dont cinq cents 
prostituees'. La vie Hcencieuse des soldats , les 
pluies violentes qu'il faisait depuis le depart de 

1 . « Non voglio qui descriver le spurcizie usano Francesi, 
le violentie di donne, etc. » (Sanuto, p. 207.) 

2. La ville paya cherement cette violation du droit des 
gens. Le massacre, le pillage etl'incendiedurerent huit heures 
entieres. « Ce carnage fut un des plus horribles qu'on vit 
jamais », ecrit Andre de la Vigne : il importe de remarquer 
que le roi Charles prit des mesures pour la protection des 
femmes et des enfants. « Messieurs d'Angers, de la Brosse 
et de Taillebourg, eurent charge expresse du Roy de faire 
inhumer les corps morts et de faire preserver les femmes et 
les filles de tout viol et deshonneur; de laquelle commission 
ils s'acquitterent tres bien.. . » (A. de la Vigne, dans Gode- 
froy, Hist, de Charles VIII, 1684, in-fol., p. 130.) 

3. Sanuto, p. 210, 



— 94 — 
Rome, predisposaient les troupes aux fievres palu- 
decnnes et a la dysenterie ^ Le sultan Djem fut 
une des premieres victimes de Tepidemie qui sevis- 
sait cruellement dans le camp francais ; et le 25 fe- 
vrier, malgre les soins dont on I'entoura, ce mal- 
heureux prince expirait au chateau de Capoue, 
(( ferme et constant dans sa foi* ». Le roi fut vive- 
ment afFecte de cette perte qui venait entraver ses 
projets : car Ton sait qu'il songeait a passer en 
Turquie et a se servir de Djem pour soulever les 
partisans que le prince avait a Constantinople et 
dans I'Asie. Charles VIII envoya secretement le 
cadavre de Djem a Gaete, sous la surveillance des 
lieutenants d'Etienne de Vesc' ; et faisait son entree 
a Naples, le dimanche 22 fevrier^ au miUeu d'un 
immense concours de peuple qui le salua comme 
un Hberateur. La capitale etant au pouvoir du roi, 
tout le pays ne tarda pas a faire sa soumission. Au 
premier abord, Charles VIII s'appliqua a donner 
satisfaction au peuple et aux seigneurs napolitains; 
mais ces bonnes dispositions durerent peu, et furent 
combattues par ses courtisans qui n'entendaient pas 

1 . Panvinio, in vita Alexaiidri VI, faisant suite aux vitce 
Sum. Ponlificiim de Platina, 

2. Sanuto, p. 243. 

3 . Annuairc-Bulldin dc la Soc. de I'HisL de France, t. XVIll. 
(1881) Etienne de Vesc, . », p. M. de Boislisle, p. 289. 



— 95 — 

lacher une si belle proie. Charles VIII mecontenta 
bientot ses nouveaux sajets par sa partialite, et par 
I'ingratitude dont il pviya le devouement des sei- 
gneurs angevins, ainsi que le reconnait Philippe de 
Commynes. « .... il ne semhloit point aux nostres qm 
Ics Italiens fussent homines. Et fiit le roy couronnc, et 
estoit logie en Capouane, et quelquejois alloit au Mont 
Imperial. Aux subject^ feit de grans graces, et leiir ra- 
hatit de leurs charges : et croy bien que le peuple de soy 
ne se fust point tourne, combien quil soit muable, qui 
eust contenie quelque pen de nobles ; mais ils ncstoient 
rccueilli^ de nul, et leur faisoit Von des rudesses aux 
portes : et les mieux traictez^ furent ceux de la maison 
de Carraffe, vrais Arragonais : encore leur osta Von 
quelque chose. A mil 7iefut laisse office ne estat, mais 
pis traictez^ les Angevins que les Arragonais ; et a ceux 
du comte de Merillane fut donne ting mandement dont 
on chargea le president Gannay d'avoir prins argent, 
et le seneschal, faict nouveau due de Nole et grant 
chamhellan du royaulme. Par ce mandement chascun 
fut maintenu en sa possession, et forclo^ les An- 
gevins de retourner au leur, sinon par proce^ : et ceux 
qui y estoicnt entre:( d'eux memes, conune le comte de 
Selannc, on bailla la main forte pour les en gecter. 
Tons estatz^ et offices furent donne:^^ aux Frangois, h 
deux ou a trois. Tons les vivres quiestoient au chasteau 
de Naples quant ilfut prins, qui estoicnt fort grans, 



-96- 

dont le roy cut congnoissance ; il les donna a ceidx qui 
les demandoient *. » 

Quant aux soldats, ils etaient tout a la joie, et ne 
songeaient qu'a feter dignement leur triomphe. Tou- 
jours en festins,ils faisaient bombance « passant de 
Bacchus a Venus' ». Le roi vivait dans les plaisirs, 
abandonnant tout le souci des affaires a ses courti- 
sans qui mettaient le royaume en coupe reglee et 
se gorgeaient de butin. Entoure de ses favorites^ 
Charles presidait aux fetes et employait le temps 
(c en faisant de bonnes et grandes cheres(car de soy 
le lieu le requiert. Et s'y feist beaucoup de ioustes 
et tournois, en une sorte et en autre, et y avoit de 
belles dames a merveilles ' »). Poursuivi par le sou- 
venir et la beaute d'une femme qu'il avait violee a 

1. Commynes, Mcmoircs, 1. XII, c. xvii, p. 565, edit. 
Chantelauze. Paris, 18S1. 

2. « ... Era con el Re 2000 osti che lo seguiva, i quali 
intrati in Napoli, non si teniva piii bottege aperte per la 
terra, ma tutto a torno la piaza era queste ostarie, dove 
Francesi si andava a usar I'exercito loro con Baca, et poi 
seguiva Venere. » Sanuto, p. 240. 

3. Guillaume de Jaligny, dans Godefroy, Hisloire de 
Charles VIII, p. 182 (16 17, in-4°). On y joua aussi des 
mysteres, des tragedies et des comedies, dans lesqueiles 
le roi des Remains, le roi d'Espagne et le doge de Venise 
etaient tournes en ridicule. Voy. le journal de Burchard, 
t. II, p. 246. 



— 97 — 
Pise, il la faisait venir en poste a Naples, et la gar- 
dait pres de lui ^ Chaque jour, les rues de la ville 
ctaient ensanglantees par des rixes ; les Suisses et 
les AUemands, presque toujours ivres, entraient de 
force dans les maisons, violentaient les femmes et 
les filles, et assommaient les maris et les freres qui 
voulaient s'interposer'. Le mecontentement etait 
general. On en voulait surtout au roi qui ne prenait 
aucune mesure pour reprimer les desordres de ses 
soldats ; aussi quelques Napolitains resolurent-ils 
de le tuer. Charles, tres pieux, allait chaque jour 
entendre la messe. On decida de le frapper lorsqu'il 
se rendrait a I'Annunciata ; mais un moine, ayant 
eu vent du complot, le revela et le fit avorter. Des 
ce jour, le roi qui se promenait par la ville accom- 
pagne de quelques courtisans seulement, ne sortit 
plus qu'avec une suite nombreuse% et un piquet 

1 . Histoire de Charles VIII, p. 1 1 1 . 

2. Idem, p. 267. 

3. Idem, p. 267-8. — Le roi avait bien fait defense a ses 
gens d'armes de violenter les Napolitains; mais ses ordres 
n'etaient pas executes, et aucune sanction penale ne venait 
frapper les delinquants. Pierre Martyr, dans une lettre au 
comte de Tendilla, Inigo Lopez de Mendozza, temoigne a la 
fois de ces bonnes dispositions du monarque fran^ais, et de 
son impuissance a les faire obser\'er «... jubet Carolus 
Rex magnanimus profecto, poena etiam capital! apposita, ut 
abstineant (a ssevitia in NeapoUtanos), ast incassum. Audiunt 

6 



- 98- 

d'archers commande par le capitaine des gardes'. 

milites edicta, faciunt assueta . . . » (pridie nonas januarii 
1495.) T. Martyi-is epist., lib. VIII, epist. CLV, p. 87 (El- 
zevir in-fol., 1670). Void la deposition du contemporain 
Alessandro Benedetti, sur les exces des envahisseurs : 
« Interea milites per Campaniam, Apuliam, Calabriam, 
Brutiumque distributis Magistratibus securi vagabantur, 
domos privatas diripiebant, fana spoliabant, nee a sacris vir- 
ginibus abstinebat dira libido ; principales femin^e stupra per- 
perssae corporum ludibria deflebant : itaque nulla in parte 
cessavit luxuria ebrietasque atque rapinai, qu^ invisum no- 
men Gallorum protinus fecerunt. Incolx magna ex parte, 
mutata sententia, jam pro Ferdinando vota nuncupare cck- 
perunt... » Alexandri Benedecti Veronensis de rebus a Cci' 
rob VIII GaUicf rege in Italia gestis libri II, dans Eccard : 
Corpus bistoriaini medii CEvi, t. TI, col. 1584. L'edition 
originale est de 1496. Une traduction italienne de cette re- 
lation parut en 1549, a Venise, sous ce titre : II fatto d'arme 
del Tarro Jra i principi Italiani e Carolo ottavo con Vassedio di 
Novara di M. Alessandro Benedetti, tradotto per M. Lodovico 
Domenici.YenisQ, 1549. Bernardino Corio ne fait que re- 
produire le temoignage de Benedetti. Voy. Storia di Milano, 
pars y^ et ultima (in-fol., 1503.) 

I . Cette tentative d'assassinat, qui avait eu lieu le 29 mars, 
fut reprise, deux mois apres contre la personne du roi de 
France, mais cette fois, par I'lllustrissime republique de Ve- 
nise. Un Vicentin, nomme Basile de Scola, citoyen de Ve- 
nise, mais banni du territoire de cette republique, offrit au 
Conseil des Dix, de procurer, par certaines pratiques, la mort 
de Charles VIII, et de dctruire, de connivence avec son frerc 
Leon, les magasins a poudre de I'armee franqaise. Cette pro- 



— 99 — 

Le desenchantement eclatait de tous cotes. Aux 
temoignages d'affection et d'amour qui avaient ac- 
cueilli les Francais a Naples^ succeda blentot dans 
la population une haine qui allait grandissant chaque 
jour et que justifiaient pleinement les violences, les 
desordres et les exces de tous genres des vainqueurs. 
On aura une idee exactede leurconduite,en lisant 
le rapport fait devant la seigneurie de Venise par 
le patricien Jean Bragadin, de retour de Naples ou 
il avait une maison de commerce. « Les Francais.^ 
dit-il,dans sa relation,, soul des gens tres poltrons, sales 
et dissolus^ Us ne se plaiscnt quau peche et aux actes 
veneriens; ilfaut que la table soit toujours ouverte; Us 
n Stent jamais leurs manteaux et restent converts. A 
leiir arrivee a Naples, Us sont en t res dans les maisons, 
prenant les meUleiires chainhres et releguant les pro- 
prietaires dans les plus mauvaises; Us vont a la cave, 
font main basse sur le vin et le ble, et le portent vendre 
sur la place du marche ; Us prennent les jemmes de 

position fut agreee par le conseil, a I'unanimite des voix. La 
Seigneurie promit aux conjures, s"ils reussissaienl, la revoca- 
tion de leur exil, et des recompenses magnifiques pour eux 
et pour leurs descendants. Pour des causes encore inconnues, 
le complot echoua ; mais la complicite du gouvernement ve- 
nitien est nettement etablie par les proces-verbaux des seances 
ou fut discutee cette proposition criminelle. Ces documents 
sont publics a I'appendice^ n° 2. 



— 100 — 

force, sans niilk consideration, les volent ensuite et leur 
enlevent leurs bagues; et celles qui resistent, ils leur 
coupent les doigts : ils restent longtemps dans les eglises 
a prier. Ils ont dou^e milk chevaux et cinq cents Suisses; 
le reste se compose de gens inutiles, tels que vivan- 
diers, filles de joie, artisans de toute sorte. A Naples, 
tous les metiers sont tenus par les Frangais. Le roi che- 
vauche par le pays, tantot avec cent cavaliers de suite, 
tantot avec moins de sei^e, sans observer Vordre et le 
decorum qui convient a son rang. II est liberal, mais 
napas le sou; ses courtisans sont riches et vet us de sole. 

En somme^ les Frangais vivent en tres mau- 

vaise intelligence avec les Napolitains qui prefereraient 
etre sous toute autre domination que la leur. Les mai- 
sons nont plus ni portes ni fenetres, car ils les ont brii - 
lees pour n avoir pas a acheter de bois : les habitants, 
quittant la ville comme ils peuvent, abandonnent leurs 
maisons aux Francais et se retirent a la campagne. 
Les femmes sont victimes de leur part de grandes vio- 
lences, malgre leur volonte et celle de leurs maris, de 
leurs peres, de leurs freres. II est arrive quun baron 
frangais, etant entre dans la maison d^un citadin qui 
avait line fille tres belle, voulut s'y arreter et diner; il 
se fit presenter la jeune fille et dit ensuite a son pere, 
avec force promesses, quil voulait laposseder. Lepauvre 
pere repondit quil voulait d'abord consulter sa femme 
et son fils. Celle-ci, pour rien au monde, 7ievoulant 



— lOI — 

supporter tine telle injure, et d* ant re part ne sachant 
comment resister, son fils ltd dit d'inviter h Frangais 
a revenir a une heure determinee; ce qui jut fait. 
Notre baron arriva et entra dans la chamhre; rnais 
avant qu'il eut pu toucher a la jeunejille, le frere en- 
trait, le tuait et se sauvait. Le pere, tout en larmes, 
s'en alia raconter la chose au rot qui en ressentit tin vif 
deplaisir, et declara que le baron avait merite la mort. 
Puis il ajotita : n Dites a votrefils de venir en ma pre- 
sence, je Itii pardonnerai. » Celui-ci vint, mats a peine 
s'etait-il jete aux pieds du roi, que des Francais lemas- 
sacrerenty et le roi ne sevit point contre eux. Les femmes 
se sont retirees dans les monasteres; on dit que le roi en 
a fait sortir une du convent de Sainte-Claire et en a 
Jait sa maitresse, sans prejudice de sa favorite, la fille 
du due de Melfi et de bleu d'autres que lui proctirent ses 
courtisans\ » 

Le royaume de Naples mis a sac par la noblesse 
trancaise, murmurait hautement contre le roi 
Charles et regrettait d'avoir laisse partir le vieux 
Ferdinand II. L'orage grondait de toutes parts, 
Charles VIII songea a retourner en France, encou- 
rage dans cette idee par ses courtisans, qui ne pen- 
saient plus qu'a rentrer jouir en paix du fruit de 
leurs rapines et de leurs exactions. Le 20 mai 1495, 

I. Sanuto, p. 344-5. 

6. 



— 102 — 

le roi se mettait en route; le i" juin, il entrait a 
Rome que le pape Alexandre VI venait de quitter ; 
et apres avoir traverse sans encombre la Toscane^ 
il rencontrait pres de Fornoue les forces coalisees 
de Venise et deMantoue. L'antique valeurfrancaise 
qu'on disait enervee par les plaisirs du sejour de 
Naples, comme autrefois dans les delices de Capoue 
s'etaient fondues les troupes formidables d'Annibal, 
se retrouva tout entiere a la celebre journee du 
6 juillet. Attaque au passage du Taro, Charles VIII 
fondait sur ses adversaires et remportait sur eux une 
victoire signalee qui lui assurait sa retraite ^ . 

Le roi se dirigea ensuite sur Turin, pour secourir 
le due d'Orleans qui etait assiege dans Novare par 
les Venitiens. En passant a Quiers (Chieri), 

I. Commynes, liv. VIII, c. xi; Andre de la Vigne, dans 
Goddroy, Hist.de Charles VIII, p. 165 , etc. , etc. La cupi- 
dite des stradiots ne fut pas etrangere au succes des armes 
frangaises. On evalue a 200,000 ducats d'or le butin qui 
tomba entre les mains de ces pillards. (Voy. Muntz, la 
Renaiss. en Italic, p. 513.) Le roi perdit dans cette rencontre 
certain petit livre fort galant sur lequel etait represente au 
naturel le portrait des jolies femmes a la beaute desquelles il 
avait sacrifie : « In ipsa prseda, ecrit Beneddti, librum vidimus, 
in quo pellicum variae formes sub diverso habitu ac cetaie ex 
naturali depictae erant : prout libido in quaque urbe vesa- 
nusque amor eum traxerat, eas memorise gratia pictas secum 
deferebat... » Eccard, Corp. hist., t. II, col. 1596. 



Charles VIII fut harangue par une jeune fille d'une 
excellente beaute, qui fixa pendant six semaines les 
gouts du volage monarque. « II est assavoir que par 
excellence et sin^ularite, fut amenee la fille de tnessire 
Jehan de Solyer, hoste du Roy, noble homme et de 
grant renommee^ un soir apres so upper , devant le 
roy^ en une salle, 1 edict me s sire Jehan de Solyer son 
pere et aussi sa mere presens, ensemble tons les plus 
grans seigneurs de che:(^ le roy, laquelle en ioute humi- 
litij doulceur benigne^ reverence et honneurfist, profera 
et dist par cueur, tenant les meilleurs gestes du monde, 
et si saigement que Von ne pourroit niieulx sansfleschir^ 
tousser, cracher ne varier en nulle maniere, a harangue^ 
que cy -apres sen suit....^ » Negligeant les graves 
preoccupations qui auraient du I'occuper exclusi- 
vement, le roi passait la plus grande partie du temps 
aupres de la belle ItaUenne qu'il rendit enceinte". 
Une fille, connue sous le nom de Camille Palvoisin, 
naquit de ces royales amours. II en est question 
dans une lettre qu'un ambassadeur francais^ a Ve- 

1. Andre de la Vigne, le Vergier d'bonueur, p. 404. Arch, 
de VHist. de France, publ. par Cimber et Danjou, p. 171 
dans I'edit de Godefroy (1680, in-fol.) et p. 221 dansl'edit. 
in-4 (1617). 

2. On aura une idee des assiduites du roi aupres de la 
jeune Anne, en lisant le journal d'Andre de la Vigne, cite 
ci-dessus . 



— 104 — 

nise, ecrivait en 1546 au cardinal de Tournon : 
if^ II y a ici, dit I'ambassadeur, tine dame qiion croit 
etre issue du Jen roi Charles VIII, que Dieu absolve. 
Elk s'est retiree en ceste ville depuis dix a dou:(e ans, 
vivant religieusement et soUiairement ; et en toutendroit 
quelle peut demontrer son ^ele envers le roy et la pros- 
perity de ses armes, elk ne s'y epargne pas. » Puis 
Tambassadeur termine en priant le cardinal, de la 
part de cette dame, de la recommander au roi Fran- 
cois P'', a qui « il plaise avoir souvenance d'elle,pour 
Vhonneur du sang dont elle est descendue^ ». 

Quittant definitivement Turin, le 22 octobre, 
Charles VIII reprit sa route vers la France, et 
allait coucher le lendemain a Briancon, en Dau- 
phine. 

Quant aux troupes qui, par un supreme effort, 
avaient rompu le cercle de fer qui menacait de les 
enserrer, elles rentraient dans leurs foyers, a la de- 
bandade, epuisees par le typhus, par les fievres et 
par le scorbut. Nombre de Francais, de Suisses, 
d'AUemands infectes de la verole moururent mise- 
rablement sur les routes et a I'entree des villages, 
ou Ton refusait de les recevoir. Le fleau, aggrave 
chez tous ceux qui avaient pris part a cette retraite 

I. Saint-Edme, Amours et gahnteries des rois de France, 
t. I, p. 275. Paris, 1830, in-8. 



— 105 — 

si pleine de perils et de fatigues succedant brusque- 
ment a une vie de jouissances et d'exces^ prit des 
proportions de gravite inouie. Partout il eclatait^, 
et comme la corruption des moeurs etait generale> 
Tinfection syphilitique se produisit presque partout 
simultanement. 

Six mois avant le retour de Charles VIII en 
France, la verole faisait de tels ravages a Paris que 
les magistrats publierent un edittendant areprimer 
la diffusion du mal, et visant particulierement la 
prostitution. Dans cet arret du Parlement de Paris, 
date du 6 mars 1496, il est dit que la grosse verole 
sevissait a Paris et dans les autres parties du royaume 
depuis plus de deux ans ^ L'annee commencant alors 
en France le 25 marS;, c'est dans l'annee 1493, c'est- 
a-dire avant le passage des Francais en Italie, quele 
mal, par sa grande diffusion et sa violence particu- 
liere, avait attire I'attention des medecins et des 
magistrats ^ Les mesures du parlement avaient pour 
but d'enrayer le fleau, et de faire donner des soins 

1. Ulrich de Hutten, dans son traite du Mal Francais, dit 
egalement « qu'on n'en parla pas, pendant deux annees en- 
tieres, ^ compter du temps qu'il avait commence. » Or, il 
assigne la date de 1493 a I'apparition de la verole, ce qui 
reporte a [491 I'invasion du fleau. 

2. Ce document, trop long pour etre cite ici integralement, 
est publie a I'appendice, n" 3 . 



— io6 — 

aux personnes infectees de la syphilis. En meme 
temps, pour completer son oeuvre humanitaire, le 
o:ouvernement fondait a Paris un couvent de fiUes 
repenties; exemple qui fut suivi par d'autres villes 
de France '. Malgre ces mesures^ la grosse verole, 
sous Taction combinee des causes enumerees ci- 
dessus, aggravee encore par des remedes qui allaient 
a Tencontre du but a atteindre et qui exasperaient 
le mal, bien loin de le diminuer, poursuivait ses 
ravages ; et tel etait le nombre des individus conta- 
mines, que Ton ne douta pas d'attribuer la verole a 

I. Ferronius, de Reh. gestis Gal., Carolus VIII, fol. 34. 
(( Un de nos anciens auteurs rapporte a I'an 1492 I'establis- 
sement des filles Repenties ou Penitentes (Du Breuil, antiq.), 
converties a Paris par les predications d'un Cordelier nomme 
Jean Tisseran. Cest establissement ne fut toutesfois autorise 
que quatre ans apres par lettres patentes du roy Charles VIII, 
du 14 septembre 1496. Alexandre VI approuva et confirma 
cet institut sous I'ordre et la regie de Saint- Augustin, par sa 
buUe du mois d'octobre 1497, laissant ces religieuses sous la 
juridiction de I'ordinaire. Jean Simon, pour lors evesque de 
Paris, leur donna, la meme annee, des constitutions parti- 
culieres, par lesquelles il leur estoit defendu de recevoir au- 
cune fille qui n'eust perdu sa virginite... II paroist par ces 
memes constitutions qu'elles estoient deja au nombre de deux 
cent vingt... » Dom Lobineau, Hist, de la villede Paris, t. II, 
p. 886, in-fol (1725). Voy. aussi Sauval, Hist, et recherches 
des antiqnites de la ville de Paris, t. I, p. 470 et sqq.; Feli- 
bien, Hist, de Paris^ t. II, p. 886, etc., etc. 



— 107 — 

une epidemic dans le genre de celle qui avait ecLue 
au moyen age, ou qui venait de devaster I'Angle- 
terre *. Quoiqu'il ne soit pas impossible que le mal 
francais ait sevi alors d'une facon epidemique — la 
syphilis etant une maladie essentiellement virulente 
— il est presque certain que les causes premieres 
de la contagion provenaient alors comme aujour- 
d'hui du commerce sexuel d'un homme sain avcc 
une femme malade, et reciproquement; I'accident 
initial, le chancre infectant, la plupart du temps 
passait inapercu, de sorte que les affections secon- 
daires paraissaient etre les symptomes premiers du 
mal". Erreur manifeste_, qui apparaitra clairement 
dans Texamen sommaire que nous allons faire des 
ecrits des syphiHographes de la fin du xv° siecle. 

1. L'arsure, qui infestait les lupanars de Londres et qui, 
en 1430, necessita I'intervention des magistrats pour proteger 
la sante publique. Guill. Becket a public plusieurs de ces or- 
donnances de police dans le t. XXX de ses Transact iones philo- 
sophic^. 

2. Plusieurs medecins du xve siecle, comme on le verra 
dans le chapitre suivant, ecartent I'idee d'une epidemie de la 
verole, et lui reconnaissent pour point de depart, un chancre 
infectant. 



IV 




E premier medecin qui ait parle du mal 
'^ ' " jrancais est Barthelemy Steber, de Vienne, 
dans un petit traite ou il s'applique a prou- 
ver « que la maladie qiiil veut decrire nest 
ni lapeste, ni la morphea^ ni le phlegmon, ni tercsipele, 
ni le feu persique^ ni la gangrene, ni Vantrax, ni les 
glandes; c'est un mal nouveau, dil a la conjonction des 
planetes ' . » La meme opinion est soutenue par 
Joseph Grunpeck de Burckhausen. A cette cause, 
il en ajoute une autre, et attribue cette peste bou- 



i. i( A Malafrancios morho galloi-inn \ preservatio ac ciira a 
Bartholo \ meo Steber Viennensi artium et j medicine doctore nu- 
(Jcr edita. — Impressiim Vieniie per Jo IV., 14(^4. (In-4, goth.) 



— 109 — 

tonneuse {squarrosa pestis) aux vices de son temps, 
et a la vengeance divine * . Niccolo Leoniceno, apres 
avoir expose « que le mal frangais etait arrive par la 
colere divine, comme le croient les theologiens, oupar 
r influence des astres , comme le pritendent les astro- 
logues, ou par ime certaine intemperie de Fair, comme 
le pcnsent les medecins », declare vouloir s'en tenir 
« pour suivre Vopinion de ces derniers, aux causes qui 
se rapprochent le plus de la nature », et il attribue 
I'epidemie aux inondations du Tibre . « // est cer- 

I. « ... Inprimis fateri audeo banc squarrosam pestem qua 
jam mortalitas tarn dire affligitur deorum excandescentiam 
atque ultionem existere : eo quod probitas vitio, scelus laudi, 
religio ludibrio, justitia pene, fides violentie, jusjurandum 
fraudi, innocentia culpe ; fortitude, temperantia et omnes 
alie virtutes contemptui dari solent : id solum apud nostri 
evi homines bonum, rectum honestumque est quod perpetuo 
cum bonitate et honestate pugnat... » Sig. III. Tractatiis de 
pestilentiali Scorra sine male de Francos | Originem Remediaqiie 
eiusdem continens compilatus a vene \ rahili viro Magistro 
Joseph Grunpeck de Burckhausenn \ super carmina quedam Se- 
hastiani Brant iitruisque iiiris \ professor is. ij hal. novemhris 
anno 1.4.^.6. (In-4, goth ) 

En 1503, il publia un nouveau traite, dans lequel il deve- 
loppe les memes idees que dans celui-ci. Lihellus Josephi 
Griinpcchii \ de Mcntiilagra alias morho gaJlico. (In-^, goth.) 

Le florentin Landucci rapporte dans son Journal que le 
mat frangais commen^a a se repandre a Florence au mois de 
mai 1496. (Voy. Diario Fiorentino, 1883, p, 132, 134, etc.) 



— no — 

tain, dit-il, que la mime annce que le malfrangais 
commenga de paraitre, il y cut des inondations dans 
toute TItalie. Rome fut la premiere a eprouver les effets 
dufieaic, et le Tibre grossit tellement que Von put aller 
en barque par toute la ville ; ce que Pomponius, ires il- 
lustre poite contemporain, rappela en vers elegants , affi- 
ches stir une colonne publique : 

« Au temps d' Alexandre VI, aux noms de decembre, 
le Tibre grossit d^ environ dou^e toises. Chaque maison 
devint une He, et circulant parmi les rues, les barques 
arrivaient soudain a la hauteur des fenetres. Ctst a 
peine si au temps de Deucalion la terre fut afjligee d'un 
pareil deluge, lorsquelle fut tout entiere submergee par 
les eaux. » 

(( Comme le Tibre dans la campagne romaine, leReno 
dans le territoire de Bologne, le P6 dans les duches de 
Ferrare et de Mantoue et VAdige dans TEtat de Venise, 
sortirent de leur lit. Enfin, cette anneefut partout si 
pluvieuse, que les terres etant toutes detrempees par les 
eaux quiycroupissaient, il n' est pas etonnant que Vair, 
pendant Vete, acquit cette intemperie chaude et humide, 
que les medecins et les philosophes regardent comme la 
cause de toute corruption K » 

I. Tractatus de Epidimia (sic) quam \ vulgo morhum GaUi\ 
cum vocant sive \ hrossulas. Le traite est dedie a Jean-Fran- 
cois de la Mirandole, comte de Concordia. (Milan, 4 juillet, 
1497, in-4, goth.) Nous citerons seulement les vers de Pom- 



— Ill — 

Noel Montesauro et Antoine Scanarolo donnaient 
la meme origine au mal frangais'. Le plus grand 

ponius Letus qu'Astruc a omis dans sa Monographic des 
maladies venerieniies . 

Tempore Alexandri Sexti, nonisque deccmbris 
Intiumiit Tliyhris his senas circiter ulnas. 

Insula qtueque domus facta est, tnediisqne repente 
Circumducta viis aquahat cymha fenestras. 

DeiicaJioneo vix tantiim tempore tellus 

Diluvium passu est, latuit cum tola suh iindis. 

(Voir sur les inondations du Tibre, les notes des pages 
69, 70.) 

I. Tel est egalement le sentiment de Giuliano Tanio, de 
Prato, dans son ouvrage inedit sur le Mal francais, dedie a 
Leon X. c< In the Laurentian library, ecrit Roscoe, is a 
manuscript entitled : de Saphati Physici de morho gallico liber 
(Plut. Ixxii. cod. ^S) dedicated by the author Giuliano Tanio, 
of Prato, to Leo X, in which he thus adverts to a learned 
professor who was probably one of the first victims of this 
discease : « Nos anno MCCCCXCV extrema £estate egregium 
utriusque juris doctorem, Dominum Philippum Decium, 
Papiensem, in Florentino Gymnasio Prati, Pisis tunc rebel- 
libus, publice legentem, hac labe affectum ipsi conspeximus. » 
From the same author we learn that the desorder was sup- 
posed to have originated in a long continuance of hot and 
moist weather, which occured in the same year : « Ex magna 
pluvia simiHs labes apparuit, ex quibus arguunt hunc nostr^e 
setatis morbum ex simili causa ortum esse, ex calida sci- 
licet humidaque intemperie, quia ex pluvia sciHcet anni 
MCCCCLXXXXV, nonis decembris emissa, qua Roma facta 



— 112 — 

nombre des medecins attribunient le fleau a I'in- 
fluence des astres a la conjonction des planctes. 
Cest ainsi que Coradin Gilini, qui partageait cette 
opinion, s'applique a la demontrer. « On doit attri- 
bucr ce mal, dit-il, a la conjonction de Sattirne ct de 
Mars, arrivee le i6 Janvier 14^6, vers midi, ce qui 
presageait une tnortaliti parmi les bonnnes, on hien a 
la conjonction de Jupiter et de Mars qui avait eii lieu le 
I J novembre 14^4 dans un signe chaud et h amide, et 
qui avait eleve des vapeurs de la terre et de I'eau que 
Mars qui est chaud et sec avait enflanwiees et mises en 
feu J ce qui ensuite changea et corrompit Pair et engendra 
des humeurs corrompues et adustes qui out ete la cause 
de cette maladie. » Wendelin Hock de Brrxknau, pour 
n'etre guere plus comprehensible, s'explique de la 
meme maniere : « Ce n Lai avait commence , pour parler 
plusjustementy des Fannie 148^ deNotre-Seigneur ,parce 
quen cette annee, an mois d^octobre, quatre planetes, 
savoir : Jupiter, Mars, le Soldi et Mercure s'etaicnt 
rencontrees au signe de la Balance dans la maison de 
la maladie (ce qui denotait un mal cause par la cor^ 
rupiion du sang ct de la bile), ct que Jupiter fut em- 
brase dans ce meme signe. Ce fut encore dans ce signe 



est navigabilis. actota fere Italia inundationes passa est, etc. » 
(Roscoe, The Life of Lorenzo de' Medici, t. II, p. 298, ncte62. 
Heidelberg, 1823, 2 vol. ia-8.) 



— 113 — 

que sefit la conjonctioji de Jupiter, de Mars et de Mcr- 
cure : et celle de Mars et de Venus, de Jupiler cl de 
Macure, et de Jupiter et de Venus depuis le niois d'oc- 
tohre jusqiiau premier jour de novembre... La lune 
s' eclipse deux fois cette mime an nee, tant au si^ne du 
Scorpion, dans la maison de la maladie, quaii si^ne op- 
pose. De plus, en ce mcnie signe du Scorpion, dans la 
maison meme de la maladie, arriva I'embrasement de 
Saturne et de Mercure et la conjonction de Saturne et 
de Venus ; et celle de Saturne et de Mars se firent le 
dernier jour de novembre. Ainsi tout cela annoni;a la 
corruption du sang et de la bile et la confusion- dc 
toutes les humeurs, de mcnie que Vabondance de fhu- 
meur melancoliquc, tant dans les hommes que dans !ts 
femmes*. » 

Laurent Phrisius exprime a peu pres les memos 
insanitcs dans son Tractatus de morbo gallico, c. Ill, 
(1532) ; Pierre Menard, id. (15 18); Nicolas Massa 
{id. c. VI, 1532) ; Ulrich de Hutten (lib. de Mcrbi 
gallici curatione per administrationem ligni guaiaci, 
c. II, 1519) et meme Fracastor, qui sacrifiait ainsi 
aux prejuges de son siecle {Libri duo de morbis conta- 
giosis, c. II ; et dans son poeme de Syphilide, 1. I). 
II est done inutile de reproduire leurs divagations 

I . On trouvera le tcxte de ces diffcrcnts auteurs dans Astruc , 
de. MorhisvenereiSy t. I, c. ix. 



— 114 — 

qu'on trouvera rapportees par Astruc {de Morhis 
venercis, t. I, c. IX). 

D'autres attribuaient le 7nal francais au commerce 
de courtisanes avec un lepreux. Dans une lettre 
au chirurgien Michel Sanctanna, Jean Menard de 
Ferrare assure <( que qtielqiies atiieurs pJacent le com- 
mencement de lagrosse verole au temps oii Charles VIII, 
loi de France, se prcparait a la guerre d'lialie, et que 
cette opinion est la plus ancienne et la mieux etahlie. lis 
pretend cut, ajoute-t-il^ que cette maladie commenga h 
Valence, en Espagne, par le fait d'une fanieuse courti- 
sane qui, pour le prix de cinquante ecus d'or, accorda 
sesjaveurs, pendant une nuit, a un chevalier atteint de 
r elephantiasis . Comme un grand nomhre dejeunesgens 
avaient des rapports avec cette fenime, plus de quatre 
cents furent infectes en peu de jours ; et quelques-uns 
d'entre eux ayant suivi Charles VIII en Italic, y im- 
porierent, outre les maux qui y regnaient deja, ce nou- 
veau nial, qui nefut pas le moindre \ » 

Pierre-Andre Mattioli, de Sienne, rapporte une 
histoire semblable; mais le fait se serait passe en 
Italie. Quant a Antoine Musa Brassavole de Ferrare, 
il racconte « que dans le camp des Francais, ily avait 
tine courtisane fameuse d'une excellente beaute, mais 
qui avait un ulcere sordide a V orifice de la matrice. 

2. Voir Astruc, t. I, c. ix. 



— 115 — 

Lts hommes qui la coi'tcient, grace a f humid tie el a 
la gangrene, iandis qirils faisaient V amour, contrac- 
taient line affection maligne qui tilcerait Jeurs memhres 
virils. Ce mal gagna d'ahord un homnie, puis deux, 
puis trois, puis cent, car elle etait fenime publique et 
tres belle; ct comme la nature humaine est chaude au 
deduit, plusieurs femmes qui avaient des rapports avec 
ces hommes contamines furent tJiJectees, et communi- 
querent a leur tour l infection a d'autres hommes. » 

Nous ne parlerons que pour souvenir de Gabriel 
Fdllope de Modene, qui attribuait la verole a des 
pains empoisonnes, ou, comme Andr6 Cesalpini 
d'Arezzo, a du vin infecte ; quant aux autres qui 
I'attribuaient, comme Van Helmont, a la bestialite 
ou au crime de bougrerie, leurs imaginations sont 
si insensees, qu'il est inutile de s'y arrcter ', 

La croyance a I'astrologie etait tellement ancree 
dans les esprits, que quelques medecins, tout en 
laissant pressentir le peu de cas qu'ils faisaient de 
cette pretendue science, ne pensaient pas cependant 
devoir la passer sous silence, parmi les causes pos- 
sibles de la verole. Ce sacrifice aux prejuges de 
I'epoque apparait pleinement dans le traite de Jean 
WiJman (1497), qui s'empresse de se debarrasser 
de ce devoir d'etiquette, pour considerer ensuite le 

I. Voir Astruc, t. I, c. ix. 



— ii6 — 

mal en medecin, c'est-a-dire en s'inquietant « de la 
cause intrinseque corporelle » qui, disparaissant, 
« fait disparaitre le mal* ». 

II faut arriver jusqu'a Gasparre Torella, medecin 
espagnol, et heritier de la discipline savante des 
Arabes et de leurs methodes cliniques pour trouver 
un raisonnement vraiment scientifique, base sur 
Tobservation. Dans son traite dedie au cardinal 
Cesar Borgia, il expose ses idees sur le mal francais, 
et se flatte d'avoir trouve la cause de hj)udendao^ra, 
comme il I'appelle, et son remede. II ne doute pas 
que le genre humainnesoit reconnaissant au cardi- 
nal d'avoir ete la cause pour laquelle ce mal qu'on 
croyalt incurable,, est connu maintenant non seule- 
ment dans son essence mais encore dans sa the- 
rapeutique'. Gasparre Torella preconise I'emploi 

1. « ... Cause hujus passionis etsi possunt poni plures re- 
mote, una ultio divina ad scelera et delicta hominum punienda; 
alia vero certi aspectus vel constellationes superiorum corpo- 
rum in aere et terra dispositionem per quam inducunt in cor- 
poribus humanis impressioni dispositis banc passionem pre- 
dictam. Sed quoniam de his causis non mulium curat medicus, 
ut medicus, sed potius de causa intrinseca corporali, ad cujus 
remotionem morbus tollitur. » Tractatus clarissimi medicina- 
rnm doctoris Joannis Widman \ dicti Meichinger : de ptistulis et 
morho qui vulgato nomine mal \ de Franzos appellatur. Editiis 
annoChristi M.cccc. xcvij. (Rome, Euch. Silber, alias Franck.) 

2. Tractatus cumconsiliis contra puden J dagram sen morhum 



— ri7 — 

du mercure, mais s'eleve contre ceux de ses con- 
freres qui radministrent sans mesure, tout en epui- 
sant I'economie de leurs malades, par des potions 
et la diete. Emises avec une certaine reserve qu'ex- 
plique le trouble dans lequel I'explosion soudaine 
du fleau jeta les niedecins, les ideesde Torrella sur 
le mal francais, ses causes et son traitement, furent 
largement developpees deux ans apres dans le traite 
qu'il ecrivit en France, dans les loisirs que lui lais- 
saient ses fonctions aupres de Cesar Borgia. Celui-ci, 
afin de quitter la pretrise pour laquelle il ne se sentait 
aucune disposition, avait fait assassiner son frere le 
due de Gandie, et avait herite de son rang et de ses 
titres'. Envoye pres de Louis XII pour lui porter la 
bulle qui autorisait le roi a divorcer d'avec sa femme 
Jeanne, la fille de Louis XI, et a epouser la veuve 
de Charles VIIL Anne de Bretagne^ Cesar Borgia 
traversa la France avec une pompe toute royale et 
fit aChinon une entree splendide que nous ontrap- 
portee les chroniqueurs contemporains*. Le roi 
donna a Cesar, encore en puissance de syphilis 

gallicum. Rome, 22 novembris 1497, per Petrum de Laturre. 
Alvisi a publie la dedicace de Torella a Cesar Borgia. Cesare 
Borgia, diica di Romagna. (Imola, 1878, p. 463, n° 7,) Voir 
Marini, Archiatrl Pontificii, t. I, p. 257-270. 

1. Voir Biirchardi diariiiin, t. II, p. 387 et suiv. 

2. Idem, t. II, p. 495 etsuiv. 



— ii: 



(ce que semblent confirmer les tacheshideuses qu'on 
voyait sur son visage, au dire de Paul Jove'), la 
main de Charlotte d'Albret, fille du roi de Navarre, 
« la plus belle fille de France » qui devait payer cher 
son alliance forcee avec le scelerat qu'on lui donnait 
pour mari. Cest dans son sejour a Blois, ainsi qu'il 
nous Tapprend dans sa preface « a son ires ilhistre 
et tres vertiieiix seigneur » qu'il redigea ce nouvel 
opuscule, dans lequel il modifiait certaines idees 
qu'il avait professees anterieurement, et qu'il eta- 
blitquelewrt//r(7;/^rt/Vestessentiellementcontagieux, 
et resulte d'un coit impur \ Aussi demande-t-il que 



1. Elogia viroriim illustriimi, C^sar Borgia. 

2. L'historien Muralti n'hesite pas a dire que la presence 
oil I'absence de la verole chez les individus permet de distin- 
guer les gens vertueux des debauches. Voy. a I'appendice, 
n" 4, la definition qu'il donne du malfrangais. Une ballade sur 
la grosse verole, composee par le poete Jean Droyn, d' Amiens, 
bachelier es-lois, et imprimee en 15 12, a la suite des poesies 
morales du frere Guillaume Alexis, moine de Lyre et prieur 
de Bussy, accuse la prostitution d'avoir engendrc la verole. 
En general, tous ceux qui s'arretent a la simple observation 
des faits, sans s'alambiquer I'esprit des divagations des Dia- 
foirus du temps, emettent la meme opinion; et sans cher- 
cher dans les nuages la cause du mal, se bornent a dire, 
avec maitre Droyn : 

« Craignez les irons, car Us sont dangereiix. » 
Cette ballade est donnee a I'appendice, n° 5 . 



— 119 — 

les femmes contaminees soient enfermees dans les 
hopitaux et soignees jusqu'a leur guerison ; (( ce 
qui n'est pas fait, dit-il, quoique bien facile a faire, 
et par ce moyen, on amenerait la cessation du 
fleau. )) 

Avec un sens tout moderne, Gasparre Torrella 
parle en veritable medecin et proteste contre la 
science vaine des astrologues. II montre par des 
exemples contemporains, et par cela meme^ curieux 
a relever, combien tous leurs pronostics sont de- 
mentis par les faits. « Quest-il arrive, dit-il, sous 
h pontificat d^ Innocent VIII , aux barons Napoli tains ^ 
qui se souleverent contre le roi Ferdinand, apres avoir 
exactement consulte les astrologues pour le choix du jour 
et de rheure? Peu de temps apres y ils ont etc faits pri- 
sonniers par le roi^ et mis a mort. Mais quest-il besoin 
de citer d'anciens exemples, voye^ ce qu'il est advenu a 
Ludovic Sfor^ci, due de Milan, et a son frere , le car- 
dinal Ascagne, qui ne faisaient rien sans avoir pris 
conseils des plus habiles astrologues' ? » 

r. Dialogus de dolor e \ cum tractatu de \ nicer ib us in \ puden] 
dagra | evenire solitis, 

« Illustrissimo ac virtuosissimo Donmio, D. Cesari 1Boi-gia de 
Francia duci Valentino^ sancte Romane Ecclesie ganfaronario (sic) 
ac generali capitaneo Caspar Torrella, episcopus sancte Juste, 
natione Valentinns, saliitem... Superioribus annis quando Rome 
essem, humano generi compatiens, tractatum de pudendagra 



— 120 — 



Torrella etait espagnol, sa protestation contre 
les astrologues semble confirmer Tobservation de 



composui, in quo de dolore, quando aliquid ocii mihi con- 
cederetur, pollicitus sum scribere. In presentiarum vero pere- 
grinando tecum, Illustrissime Cesar Borgia de Francia, dux 
Valentine, qui curiam christianissimi Lodovici, francorum 
regis sequebaris. Anno millesimo quadricentesimo nonage- 
simo nono, in oppido Blesensi, propter aliquam aeris pesii- 
feri suspicionem per totam quadragesimam moram traximus, 
ibique, ne mens ociosa deliciis vilesceret et ab assueta contem- 
platione desisteret, decrevi, licet cum maxima difficultate 
debitum persolvere... » « ... Quid baronibus regni Neapo- 
litani accidit tempore Innocentii, qui rebellarunt se contra 
regem Ferdinandum cum maturo concilio asirologorum certa 
die et hora, qui, post pauca tempora ab ipso rege capti, eos 
trucidare fecit. Sed quid opus est vetera recensere ; conspice 
nostris temporibus Ludovicum Sforciam ducem Mediolani 
ejuisque fratrem cardinalem Ascanium qui omnia, consilio a 
peritissimis astrologis explorato, agebant. « 

Dans cette dedicace, Torella ne craint pas de vanter son 
client (( a quo justitia Bruti, constantia Mutii, continentia Sci- 
pionis, fidelitas Reguli ac magnanimitas Pauli Emilii supere- 
tur. )) Suit un petit traite : De aliqiiihiis ulcerihiis in pudendagra 
evenire soJitis, egalement dedie a C. Borgia. Le volume porte 
la souscription suivante : Fin it lihclhis comprehendens veram 
et compktam curam piidendagre ediliis a magistro Gasparre Tor- 
rella episcopo sancte Juste natione Valentino qui fuit computus 
Rome prima die marcii Mccccc. Impressiis Rome die ultima octo- 
Iris per Joamtem Besicken et Bernardinum de Amsterdam, sedente 
Alexandra Sexto pontijice maxima . (In-4, goth.) 



— 121 — 

Jacques Burchkardt qui remarque que les Espagnols 
ne faisaient nul cas de I'astrologie, et que quiconque 
voulait etre bien vu d'eux se declarait ouvertement 
contre une science consideree comme a moitie he- 
retique parce qu'elle etait a moitie mahometane'. 
Nous ne serions pas eloigne de voir dans les pa- 
roles de Torrella une critique detournee a I'adresse 
de Cesar Borgia^ qui croyait a I'astrologie, et qui 
avant de quitter Rome pour aller en Romagne^ a 
la tete des troupes du Saint-Siege, consultera son 
astrologue sur I'heure propice du depart '. 

Se renfermant dans son sujet, Torrella decrit 
minutieusement les manifestations de la maladie, 
depuis I'apparition du chancre infectant, jusqu'a 
celles de la periode tertiaire ; ce qui prouve qu'a 
I'epoque ou il ecrivait^ le mal francais differait fort 
peu de ce qu'il est aujourd'hui, et que s'il a revetu 

1. La Civil, en Italic, t. II, p. 305-4. 

2. Burchardi diariiiiii, t. Ill, p. 77, note i. On trouvera 
dans la deposition de Bernard de Vignolles, relative au com- 
plot trame a Rome par le Turcopelier John Kendal et trois 
autres personnages, pour assassiner Henri VII et faire mon- 
ter Perkin Warbeck sur le trone d'Angleterre ; des details fort 
curieux sur les pratiques criminelles de deux astrologues es- 
pagnols, dont I'un empoisonna un Turc de la suite du sultan 
Djem, pour montrer I'efficacite du poison qu'il remit aux con- 
jures. (Voir Madden, Documents relating to PerJcin Warheck. 
London, 1837, p. 53, appendice, n° IV.) 



— 122 — 

dans la plupart des cas un caractere de gravite in- 
solile, ce fait etait du a Tignorance des medecins et 
a leurs medications empiriques. Les memes causes 
amenant les memes effets, il est certain qu'en sou- 
mettant aujourd'hui un syphilitique aux traitements 
que les barbiers et les charlatans faisaient suivre au 
xv^ siecle a leurs patients, on verrait se reproduire 
les horribles ravages rapportes par les anciens sy- 
philiographes \ 

Gasparre Torrella affirme « que les medecins cvi- 
taient de traiter la grosse verole, a JaqneUe Us avouaient 

ne rien comprendre car, disait-il, comme ce vial 

etrange n avail jamais etc vu de notre temps, il n etait 
personnel si habile et experimente quil fut, qui piU k 
traiter suivant les regies de Vart \ » Wendelin de 
Hock s'exprimait a peu pres dans les memes termes^ 
en 1502'. Jacques Cataneo assurait, en 1505, « que 
celic maladie, ayant paru en Italie, plusieurs medecins 

1. La terreur qu'inspiraient les veroles etait telle, remarque 
Ulrich de Hutten, que beaucoup de medecins refuserent de 
les soigner, et se desisterent de leurs privileges en faveur des 
chirurgiens, des apothicaires, des droguistes et des barbiers. 
En 1505, a Venise, le tribunal des Provz'editori aJIa sanita dut 
prendre des mesures pour supprimer cet abus, si pernicieux 
pour la same publique. (Voir le texte de ce decret dans 
Baschet, Les Archives de Venise, p. 78.) 

2 . Tract . de doloi-e in Piidendagra . 

3. Tract, de morho GalJico, cap. i. 



des plus Jameitx se trotiverent fort embarrasses et refu- 
sercnt de la iraiier ; et avec raison, ajoute-t-il, cardans 
le traitevunt des maladies j le diagnostic devait eire tire, 
scion GalieUy de Vessence de la maladie; or, on nen 
pouvait point prendre dans tin nial qui etait complele- 
ment inconnu'. » Ulrich de Hutten, en 1519^ rap- 
porte (( que les medecins alkmauds ne soufflerent mot de 
la verole dans les deux premieres annees quelle appa- 

rut, et que, hien loin de traiter les malades, ils ne 

voulaient pas meme les voir, tant ce nial leur faisait 
horreur' )). Enfin Laurent Phrisius, medecin de 
Metz, ecrivait en 1532 « que les pauvres, attaques de 
ce nial, furent au debut repousses de la societe humaine, 
comnie autant de cadavres pourris, et coniraints d'ha- 
biter les campagnes et les forets, abandonnes des mede- 
cins qui se refiisaient absolumeiit, sous qnelque consi- 
deration que ceftit, a leur donner leurs soins^. » 

Le premier moment de stupeur passe, les mede- 
cins, mus par un sentiment de dignite professionnelle, 
se raviserent, et se deciderent enfin a combattre le 
fleau. lis se bornerent d'abord a ordonner a leurs 
malade la diete, la saignee, les purges, les lave- 
ments, les bains, les etuves. Torrella declare « que 



1 . Tract, de morho Gallico, cap. vii. 

2. De caract. morhi GalUci, cap. i, il. 

3. Opiisciil. de morho GaUico, cap. i. 



— 124 — 

le meilleur moyen qu'il ait trouve pour guerir les 
douleurs et meme les pustules, c'est de faire suer 
les malades dans un four chaud^ ou du moins dans 
une etuve, pendant quinze jours a jeun\ Le vin^ 
le sirop et la chair de vipere etaient consideres 
comme un remede tres efficace". Suivant certains 
medecins^ les cauteres donnaient d'excellents resui- 



1. Tract, de dol. in pudend. 

2. Ce remede et d'autres semblables, tires d'animaux re- 
poussants, tels que vers de terre, scorpions, crapaiids, etc., 
et qui figuraient dans la pharmacopee des sorcieres et des 
magiciens, etaient egalement tenus en estime par les mede- 
cins et les physiologistes du temps. Lorsque Pic de la Miran- 
dole apprit que son illustre ami, Ermolao Barbaro, etait atta- 
que de la peste, a Rome^ il lui envoya de Florence, ou il 
etait alors, un remede qu'il considerait comme souverain 
contre cette maladie contagieuse. II se composait d'huile de 
scorpions, de langues de viperes et d'autres drogues. Mais 
lorsque le messager, porteur de ce remede, arriva a Rome, il 
etait trop tard, Ermolao avait succombe (juillet 1493). Voy. 
a ce sujet le curieux chapitre de Petrus Crinitus, dans son 
De honesta discipUna, 1. I, c. vii, p. 11. Dans le fameux em- 
platre de Vigo, il entrait comme ingredients, de la graisse de 
vipere, des grenouilles vivantes, des vers de terre laves dans 
du vin. On sait que cet emplatre porte encore aujourd'hui le 
nom d'cfupldtre de ranettes ou d'empldtre de grenouilles, a cause 
des proprietes emollientes, humectantes et detersives pour les 
plaies que les grenouilles possedent, parait-il. Voy. Vigo, 
Le mal [ran fais, trad, par Ic D*" Fournicr, p. 6^, note i. 



— 125 — 

tats * ; mais le remede par excellence, le speciiique 
de la verole, etait comme ilest encore aujourd'hui, 
le mercure et les preparations qui en derivent. Les 
premiers medecins qui en userent, ignorant la pru- 
dence avec laquelle il demandait a etre administre, 
furent epouvantes des ravages qu'il produisit, et 
plusieurs I'abandonnerent. Torrella declare que le 
cardinal de Segorbe, Bartolomeo Marti, Alphonse 
Borgia, son frere et d'autres personnes moururent 
du remede ". Mais le savant medecin espagnol, re- 
vint bientot sur ses preventions centre le mercure 
et le recommandait a ses malades : de meme Wid- 
man, Gilini, Sebastiano Aquilano^ Wendelin de 
Hock, Jean de Vigo, etc. 

Eclaire parl'experience, Torrella ne melaitqu'un 
quarantieme du redoutable remede dans I'onguent 
qu'il prescrivait a ses malades ; Gilini et Aquilano 
un quinzieme, Wendelin de Hock un huitieme "'. 

Quant aux empiriques, ils en gorgeaient leurs 
clients, soit par frictions, soit par absorption. Les 
consequences de ce traitement furent terribles. UOii- 

1. Voir Fracastor : de Syphilide , edit. Fournier, Paris, 
1869, p. 174. 

2. Tract, de dol. in pud. 

3. Astruc, de morhis vencreis, t II, c. ix, et la trad, fran- 
gaise de Louis, Traitc des maladies vciicrieniies, 4 vol. in-12, 
Paris, 1777, t. II. 



— 126 — 

trancisme hydrargiriqiie se manifesta par des desor- 
dres affreux qui emportaient en peu de temps le 
malade. Les medecins protesterent , ils previn- 
rent les « pauvres veroles » du sort qui les atten- 
dait en s'abandonnant aux charlatans. « Que cciix ^ 
disait Gilini , qui scfient a des igiiorants, tels que les 
harbiers , les cordonniers, les savetiers et surtout ces 
coureurs qui sont de veritables bourreaux du genre 

humain qui , sans chasser le virus syphilitique , 

pretendent guerir cette maladie par les seuls topiques, 
prennent garde a ce quils font. » « Les droguistes, di- 
sait Torrella, les berboristes, toutes sortes d'artisans, 
de vagabonds et d' impost eurs, se vant:nt en ce temps 
de guerir parfaitement le mal francais. Comme ils ne 
saventrien, ils ne doutent de rien et proniettent des mer- 
veilles. On croirait, a les entendre, quils vont ressus- 
citer les morts; mais ces belles esperances sont bieniot 
ter minces par une mort soudaine et imprevue'. » 

Les declamations des medecins contre les empi- 
piriques de leur temps ne paraitront pas outrees, 
s'il faut s'en rapporter au recit que fait Ulrich de 
Hutten des terribles accidents qui arrivaient aux ma- 
lades traites par le mercure : il en avait fait lui- 
meme la triste experience, car durant les neuf an- 
nees qu'il eut la grosse verole, il avait ete traite neuf 

1 . Astruc, Idem . 



— 127 — 
lols par les frictions hydrargiriques. i<^ Les medecins, 
dit-il, faisaient avec tin Jinimeni compose de diffcrentes 
drogues des onctions sur les jointures des bras et des 
jamhes. Ouelqucs-uns en faisaient sur Vepine dor sale et 
sur le cou; quelques autres sur les tempes et sur lenom- 
bril; d' autres sur tout le corps. Aux uns, on nappli- 
quait ce remede quuncfois le jour ; aux autres, deux 
fois; a quelques-uns, on ne le repetait que tous les trois 
OH quatre jours. On tenait les malades pendant vingt 
on trente jours, et quelquefois davantage, enfermes dans 
une ciuve , ou Von entretenait constamment une ires 
grande chaleur. Apres les avoir froties d'onguent, on les 
viettait an lit; et les ayant hien converts, on les faisait 
suer ^ . « Pour rnoi, a peine cus-je etefrotte deux on trois 



I. « Uinventciir des menus plaisirs honnestes » fera dire, 
en 1539, auheraut d'armes du <( Triun!pJ^e de {res haiilte et 
piiissaute dame Verole. 



« Sortez, saillez des llmbes teneb.-eux, 
Des fournaulx chaiids et sepulchres umbreux. 
Oil, pour suer, de gris et verd on gresse 
Tous verolez ! se goutte ne vous presse, 
Kudz et vestus, fault delaisser vos creux, 
De toutes parts! » 

Et Rabelais, faisant allusion au traitement que suivaient 
les syphilitiques auxquels il donnait sans doute ses soins, 
ecrivait dans le Prologne de son Pantagruel : « ... Que di- 
rai-je des pauvres veroles et goulteux? O quantesfois nous 



— 128 — 

fois, que je tomhai dans une languetir extreme. Uon- 
guent agissait avec tant deforce, que le mal, qui occu- 
pait la surface du corps, etait repousse sur Vestomac, 
d'ou il se portait au cerveau etcausait une siahondante 
salivation quon etait en danger de perdre les dents, si 
Von navait pas attention de prevenir ccs accidents. Le 
gosier, la langue et le palais s'ulceraient , les gencives 
s'enflaient, les dents hranlaient, il coulait de la houchc, 
sans reldche, une have tres puante, capable d'injecter 
tout ce quelle touchait et qui produisait des uteres dans 
le dedans des levres et desjoues. Toute la maison se res- 
sentait de la mauvaise odeur. Etcettemaniere de traitcr 
le mal frnncais etait si cruelle, que plusieurs ainiaient 
mieux mourir que de guerir par ce moyen. Ce nest pas 
que beaucoup fussent gueris. A peine y en avait-il un 
sur cent , encore retombait - il souvent au bout de 
quelques jours... Ce quil y avait de plus deplorable 
dans Vusage des frictions, cest que ceux qui les eni- 
ployaicnt ne savaient point la medecine . Ce n' etait pas 
seukment des chirurgiens qui s'en melaient, mais des 

les avons veu, a I'heure qu'ils estoient bien oingts, et di- 
gresses a point, et Ic visage leur reluisait comme la claveure 
d'un charnier, et les dents leur tressailloient comme font les 
marchettes d'un clavier d'orgues ou d'espinette, quand on 
joue dessus, et quale gosier leur escumoit comme a un ver- 
rat que les vaultres ont acule entre les toiles. Q.ue faisaient- 
ils alors » liv. ii, Protogue. 



— 129 — 

gens dont tout le merite etait tine cjfrontcrie sans homes 
et qui employaient, sans aucune sortede science, cequils 
avaient vu meitre en usage sur d\mtres malades, on ce 
quiJs avaient vu employer sur eux-mcnies. lis se ser- 
vaient d'un menie onguent pour tons les malades , et en 
faisaient, comnie on dit, une selle a tons lescbevaux. 
SHI survenait quelque accident, ils ne savaient comment 
y remedier. Le public etait as se^ aveugUet les medecins 
assez^ failles pour laisser ces scelerats entreprendre tout 
ce qu'ils voulaient; aussi , n observant point d' autre 
regie que celle de tourmenter impitoyabknient les ma- 
lades; ils les traitaient tons indifferemment de la mane 
fai;on, sans aucun egard ni a I' age, ni au tempera- 
ment. Ces pretendus guerisseurs ne s'enibarrassaient pas 
d'evacuer par les selles rimmeur verolique et n avaient 
aucun soin de les soumettre a tin regime convenable. 
Les choses en vinrent enfm a ce point, que Its malades 
ayant les dents ebranlees, nepouvaient plus s' en servir. 
« Comme leur bouche n etait quun ulcere puant ct 
que leur estomac etait affaihli, ils n avaient point d'ap- 
petit, et quoiqiiilsjussent tourmentes d'mte soij intole- 
rable, leur estomac ne pouvait s^accommoder d' aucune 
sorte de boisson. Plusieurs etaient attaques de vertiges, 
quclques-uns de folic. lis etaient saisis d'un tremble- 
ment aux mains., aiix pieds et par tout le corps, et ils 
etaient exposes a tin begaiement quelquefois incurable. 
]' en ai vu niourir plusieurs au milieu du trailcnient; 



— 130 — 

et jesais que trois paysans malades^ ayant etc enfennes 
par ces einpiriqiits dans une etuve fort chaude oh Us 
deuicurerent neanmoins patiemment, dans Vesperance 
d'etre gueris, perirent malheureusenient par la violence 
de la chaleiir qui les epuisa peu a peu. fen ai vu 
d'autres suffoques par le gonflenient de la gorge, et 
d\iut res qui out peri par une dijjlculte d'uriner. Tres 
peu out recouvre la santi; encore ga na ete quapres les 
dangers, les souff ranees et lesmaux dont fai parleK » 

La meme indecision qu'on a pu remarquer dans 
le nom ' donne par les medecins a la maladie, se 
retrouvait dans la medication employee pour la com- 
battre. « Mais qu'importe le nom, disait I'illustre 
chirurgien Vigo qui etait a Naples lors du sejour de 
Charles VIII, pourvu que nos remedes soient bons. 

(c Ce nial, ajoute-t il^ a ete et est encore mainte- 
nant contagieux specialement par le coit ou Vunion 
d'unejemme inalade avec un honune sain et vice versa'\ 

1. Astruc, trad. Louis, t. II, P^ p. Voir la traduction 
annotee du Livre du chevalier allemand Ulric de Hiitten, mr 
la maladie fraugaise et sur les proprietes du hois de Gayac, 
par le docteur F. F. A. Fotton. Lyon, 1865, in-8. 

2. Voir, a Tappendice, n° 6, la nomenclature dressee par 
Jean Lemaire, qu'il fait preceder de la description des ravages 
de la maladie. 

3 . La contagion de la syphilis sc propageait egalement par 
le baiser qui, en dehors des manifestations affectueuses, etait 
employe, au xve siecle, comme conclusion d'un marche, 



— m 



Car ce mal, a rorigine, se declare presque toujours 
aux parties genitales; a savoir sur la vidve^ che^ la 
femme; sur la verge che^ rhomme, et presente, ga et Id, 
de petits chancres, d'um coulcur plomhee, quelqiiejois 
noire, parfois blanchdtre, entoures d^un cercle cal- 



comme gage d"une reconciliation, etc. (Voir a ce sujet le 
chapitre xxviii dQS Statuta Uibis Ronuc, 1580, page 95. « De 
frangentihus reconciliationcm osciilo oris, ant aliter fact am. ») 
Comme les Francais du xvii-^ siecle, les Remains du i^"" siecle 
de notre ere « chargeaient la fureur de Jeiirs embrassemenls . » 
On connait I'epigramme de Martial sur cette manie d'em- 
brasser, dont ne s'abstenaient pas meme les gens affectes 
d'ulceres malins a la face et a la bouche. Voir la 99°^^ epigr. 
du livre XI, adressee a Bassus. Elle commence ainsi : 

Efftigere non est, Basse, hasiatores, 
Instant, niorantiir, persequiintur, occiirriint, 
Et hinc et illinc, iisqiiequaqiie, quacumque, etc. 

I . Apres avoir rappele que le vial fran(;ais apparut la meme 
annee que Charles VIII entra en Italie, et cite les differents 
noms dont on I'appela, Jean de Vigo ajoute « . . . de nomi- 
nibus tamen non est curandum, dummodo rectas intentiones 
curativas habeamus. Fiiit preterea et adhuc est morbus prefatus 
contagiosus presertim per coitum sive conjunctionem nmlieris 
fede cum viro et e converso. Nam ejus origo in partibus genita- 
libus, videlicet in vulva in mulicribus et in virga in homiiiibns 
semper fere fuit, cum pustulis parvis interdum lividi color is, ali- 
quando nigri, non numquam subalbidi, cum calositate eas cir- 
cumdante.» {Practica in chirurgia, Rome,!) 13, in-foL, p. 105. 



Voila done nettement constatee Imduration chan- 
creuse d'ou resulte rinfection de rorganisme. J. de 
Vigo decrit ensuite la periode d'incubation qu'il 
evalue a six semaines environ ; puis la diathese de 
la maladie a sa seconde periode et signale I'appari- 
tion des gommes qui caracterisent la periode ter- 
tiaire du mal francais. Preconisant I'emploi du 
mercure, il base son traitement avec une rigueur 
toute rationnelle et scientifique. 

Lorsque Tinfection est de date recente, il recom- 
mande un regime tendant a purifier le sang et or- 
donne les saignees, pour les sujets phletoriques 
seulement ; pour les autres, il ordonne les purga- 
tions, certains elcctuaires, comme celui deHamech, 
les bains sulfureux, les bains de vapeur, des onctions 
mercurielles sur les parties du corps afiectees d'erup- 

L'edit. originale est de 1503.) Nous ne pouvons mieux faire 
que de renvoyer le lecteur a la traduction du Mal francais de 
Jean de Vigo, par le docteur Fournier , et au cominentaire 
qui accompagne et eclaire cette traduction. Bien que publie 
a Tintention des medecins, ce travail, par le vif interet qu'il 
presente et par Fexcellence des notes et du copieux commen- 
taire qui viennent le completer, interessera vivement toutes 
les classes de lecteurs et leur apportera des donnees precieuses 
pour I'etude des choses de I'epoque de la Renaissance en ge- 
neral. Cette remarque s'applique a tous les ouvrages de la 
Collection choisie des anciens syphiliographes , entreprise et 
continuee par le savant professeur de la Faculte de Paris. 



— 133 — 
tions; enfin, pourles cas plus rebelles que presente 
la maladie, un traitement hydrargirique plus actif. 
S'elevant contre les adversaires du mercure, il en 
revendique hautement I'emploi, et donne la formule 
de I'emplatre fameux qui porte encore aujourd'hui 
son nom. Enfin, et ce dernier point est de la plus 
haute importance^ il insiste pour la continuation 
du traitement, alors meme ({uch giierisoii apparcnte 
est obtenue. 

Une croyance populaire attribuait aux bains 
d'huile des proprietes curatives du mal francais. 
Burchard raconte a ce sujet une anecdote qui n'est 
pas sans interet pour le sujet qui nous occupe. Dans 
le courant du mois d'avril 1498, « six paysans qui 
avaient coutume de vendre de I'huile a Rome, jiirent 
mitres etfouettes par la ville : on disait quils avaient 
regit de Vargent de certaines gens soujfrant du mal ap- 
pele francais^ et quils les avaient autorises a se haigner 
dans des cuves remplies de Vhuile quils portaient avec 
eux. Les malades esperaient se gidrir; et le bain fini, 
les paysans avaient remis rhuile dans leurs hidons et 
etaient alle la vendre par la ville pour de rhuile bonne 
et pure\ ■» 

I. Burchardl diarium, t. II, p. 444. Les bains d'huile, 
dont I'emploi n'est present dans aucun des traites syphilio- 
graphiques du xv^ siecle, figuraieni sans doute parmi les 
nombreuses recettes populaires preconisees par les barbiers et 

8 



— 134 — 
L'accident initial du mal francais^ le chancre in- 
fectant, une fois constate, plusieurs medecins s'ima- 
ginerent faire disparaitre la syphilis en faisant dis- 
paraitre le chancre. Quant aux manifestations 
successives de la maladie qui, comme on le pense 
bien, n'etait nullement enrayee par la destruction 

les empiriques du temps ; car nous voyons, a Venise, a la 
meme epoque, les Trovveditori alia Sanita prendre des me- 
sures centre les industriels peu scrupuleux qui vendaient au 
public I'huile qu'ils venaient de louer, pour bains, a des 
syphilitiques. Voici le texte d'une ordonnance de ces magis- 
trals, en date du 5 septembre 1498. « Conzosia che per di- 
verse vie sia pervenuto a notitia del officio di provedutori de 
la Sanita che in questa nostra cita sieno vendiiti oglii tristi et 
de pessima sorte ne le quail sono sta dentro personc le qiial 
hanno havuto et hanno mal franzoso, per el qual suo star in 
dicti oglii se hanno trovato assai immuditie, broze et altre 
immunditie et sporchezi. II che e cosa molto periculosa e 
contra la salute de la cita nostra. Pero a tutti si fa a sapere 
che sel sara persona alcuna sia de che coiidiction et grado 
esser se voglia che ardisca ne presuma vender ne far vender 
simel oglii in alcun loco de questa nostra cita caza a pena de 
Ducati cinque da esser immediate scosse senza alcuna re- 
mission ne gratia. Et sel sara schiavo o schiava, che accu- 
sera tal persone vendente simel ogUi, et che per la sua ac- 
cusa se habi la verita, siano franchi et habino la mita de la 
stessa pena pecuniaria. Et sel sara fante over fantescha che 
sia scripti haver debino tutto el suo salario come si haves- 
sino compito el suo tempo, et habi anchora la mita de la 
pena pecuniaria da esser scossa di contrafazanti, se haver se 



— 135 — 

de son premier accident, ils s'obstinerent a les attri- 
buer a des causes autres que la verole et perpetue- 
rent longtemps encore cette erreur qu'avec tant de 
peine avaient detruite Torrella, Vigo ' et d'autres 
celebres medecins. Fracastor pretendait qu'on avait 

ne potra, se non di denari de la Signoria nostra. El resto 
veramente de le dicte Ducati V vadino a beneficio di nostri 
lazaretti . 

« Ser Andreas Gradonico ) 

« Ser Angelas Trivisano > Provisores super Sanitatis. 

« Ser Petrus de Priolis } 

« Publicata per Petrum Ricardi Preconem. » 

(Arch.Gcu. di Vcnt\ia. Notaforio I, ProiTecUtori alia Sanila, 
148)-} soS, carta 4^.) Voir a I'Appendice, les Dxiuncnts sin- 
la prostitution, a Venise, a la fin du XV^ siecle. 

I . On objectera peut-etre que Vigo avait parle nettement 
de detruire les chancres resultant de la contagion par un re- 
mede violent capable de « les ttier stir place » (trad. Four- 
nier, p. 50). L'observation est juste, mais on remarquera 
qu'il s'agit du tnal francais non confirme , confirmation que 
Vigo declare lui-meme impossible a faire a priori, et que 
revolution de la diathese permet seule de constater. Dans le 
premier cas, il ne peut s'agir que du chancre simple, pour 
lequel la cauterisation abortive dont parle plus loin Vigo est 
toute-puissante pour detruire cet accident purement local : 
quant au chancre indure, sa disparition n'empeche en rien les 
manifestations posterieures de la diathese qui continue son 
evolution. — Sur cette distinction subtile du mal francais 
confirme on non confirme, voir la note XXI du docteur Four- 
nier, p. 112, dans son edition de J. de Vigo. 



- 136- 

des chances, en tuant le germe du mal, de preve- 
nir tout accident ulterieur. 11 recommande les laxa- 
tifs, de fortes sudations, des purgations repetees^ 
un regime severe et singulierement debilitant^ puis- 
qu'il proscrit la viande de boeuf, les poissons, les 
oeufs, le lait. Quant au bois de gaiac dont il vante 
les proprietes et que le chevalier Ulrich de Hutten 
avait celebre dans son fameux opuscule, precedem- 
ment cite, il assure qu'un mois ou deux de ce trai- 
tement suffisait au debut, a la guerison. On sait 
aujourd'hui le cas qu'il convient de faire de ce 
remede ' ; mais il est interessant de lire la description 



[. Le docteur Potton, de Lyon, le traducteur de Ulrich de 
Hutten, a essaye de traiter des syphilitiques park gaiac; 
mais devant les resultats negatifs qu'il obtint, il renonc^-a 
bientot a sa tentative. 

La guerison de la syphilis par le gaiac n'etait pas la seule 
illusion de Fracastor, qu'on s'obstine, encore aujourd'hui, a 
regarder comme le plus fameux syphiliographe du xvi° siecle, 
au detriment des premiers medecins qui s'occuperent du mal 
francais et qui, des le debut, surent le decrire et le traiter 
avec une science remarquable, tels que Gasparrc Torrella et 
Giovanni de Vigo. On oublie qu'il y a un intervalle de pres 
de cinquante annees entre les ecrits de Fracastor (1530, 
1546) et ceux de ses deux devanciers (Torrella, 1497, 1500; 
Vigo, 1503). Ces derniers se tinrent a I'ecart des prejuges 
astrologiques et autres dont ne sut pas s'affranchir le mede- 
cin veronals : apres avoir decouvert la cause du mal, ils ap- 
pliquerent au traitement de la syphilis une medication qui, 



— 137 — 
que fait Fracastor du mal frangais, et de comparer 
ses observations a celles de Ulrich de Hutten. 
« Lorsque le mal commcnga a se Jaire sentir, les ma- 
lades etaient trisles, las et ahattus; Us avaient le visage 
pale. II venait, che'^ la pliipart, des chancres aux par- 
ties hcniteuses : ces chancres etaient opinidtres; quand 
on les avait gueris dans tm endroit , Us apparaissaient 
dans tin autre, et cetait toujours a recommencer. II 
s'eUvait ensuite, sur la peau^ des pustules avec croiite: 
elks conunengaient , dafis les tms, par attaquer la tete, 
et c'etait leplus ordinaire; dans lesautres, ellesparais- 
saient ailleurs. D'ahord, elles etaient petites, ensuite 
elks augmentaient peucipeu jusqua la grosseur d'une 
coque de gland ^ dont elles avaient la figure ;d'' ailleurs, 
asse:( semblables aux croiites de lait des enfants, dans 
quelques-uns ces pustules etaient petites et seches; dans 
d'autres, elks etaient grosses et humides; dans les tins, 
livides; dans les autres, blanchdtres et unpen pales; 
dans d' autres y dureset rougedtres. Elles s'ouvraient an 
bout de quelques jours et rendaient continuellement tine 
quantite incroyabled'une liqueur piiante et vilaine. Des 

a quelques details pres, est encore aujourd'hui suivie dans 
son ensemble par la science contemporaine. Suum caique. Si 
Fracastor, par ses travaux sur la syphilis, merite justement 
I'estime ou il est tenu, il n'est toutefois qu'un des soldats de 
cette glorieuse phalange dont I'illustre Jean de Vigo doit etre 
regarde comme le chef inconteste. 

8. 



- 138 - 

qudles etaient otiverles, cetaient des vrais ulceres pha- 
gedeniques, qui consiwiaient, non seulement les chairs, 
mais meme les os. Ceux dont les parties stiperieures 
etaient attaquees , avaient des fluxions malignes qui 
rongeaient tantot le palais, tantot la trachee-artere, 
tantot le gosier, tantot les arnygdales. Quelques-uns per- 
daient les levres; d'autres, le ne:(^; d'autres, les yeiix; 
d'autres, toutes les parties honteuses. II venait a un 
grand notnbre, dans les menibres, des tumeurs gom- 
mouses qui les deflguraient, et qui etaient souvent de la 
grosseur d'un oeuf ou d'un petit pain. Quand elles 
s'ouvraient, il en sortait une liqueur blanche et muci- 
lagineuse. Elles attaquaient principalement les bras et 
les jambes; quelquefois elles devenaient calleuses jus- 
qua la mort. Mais, comnie si cela n cut pas suffix il 
survenait encore, dans les membres, de grandes dou- 
leurs, souvent en meme temps que les pustules, quelque- 
fois plus tot , et d'autres fois plus tard. Ces douleurs, 
qui etaient longues et insupportables, se jaisaient sentir 
principalement dans la nuit, et noccupaient pas pro- 
prement les articulations, mais le corps des membres 
et des nerjs. Ouelques-uns neanmoins, avaient des pus- 
tules sans douleurs; d'autres, des douleurs sans pus- 
tules ; la plupart avaient des pustules et des douleurs. 
Cependant, tous les membres etaient dans un etat de 
langueur; les malades etaient maigres et defaits^ sans 
appetity ne d or maient point j etaient toujour s tristes etde 



— 139 — 
maussade hunieur, et voiilaient toujours demeurer cou- 
ches. Le visage et les jamhes leur enflaient. Une petite 
fi^vre se mettait quelquefois de lapartie, mais rarement. 
Quelques-uns souffraient des doideurs de tete, mais des 
doiileurs longues et qui ne cedaient a aiiciin reined e. )) 
Sans contester les caracteres veritablement ef- 
frayants qui ressortent de la description du mal 
francais a ses debuts, on peut assurer qu'ils emprun- 
taient cette forme aigue a une medication mal 
dirigee. Dans le milieu du xvf siecle, la syphilis 
mieux etudiee, perdit sous Tinfluence d'un traite- 
ment approprie a lagravite du mal, de son intensite 
primitive, a ce point que quelques medecins n'etaient 
pas eloignes de croire que la verole viendrait un jour 
a disparaitre. Sans partager cet optimisme, il est 
certain que la syphilis_, par sa diffusion generale, 
universelle, a perdu de sa malignite ; la science se 
trouve armee contre elle, et si elle ne peut la faire 
disparaitre, elle est parvenue a enrayer ses manifes- 
tations au fur et a mesure qu'elles se produisent et 
a I'amener, pour ainsi dire, a composition. 



— 140 — 

Des differentes remarques exposees dans ce re- 
sume historique du mal francuis a V epoque de T inva- 
sion de Charles VIII en ItaJie, il resulte que les 
troupes du roi etaient parfaitement innocentes de 
I'accusation que les Italiens avaient portee centre 
elles. La syphilis, qui est aussi ancienne que rhomme 
sur la terre, peut etre regardee, ainsi que nous 
I'avons dit au premier chapitre de cet opuscule, 
com me la resultante, dans une certaine mesure, de 
ses exces veneriens. Apres avoir sevi pendant I'an- 
tiquite dans tout I'Orient, elle fut importee en Grece 
et en Italie ; d'autant plus meurtriere que les moeurs 
etaient plus relachees, ainsi qu'onle vit sous I'Em- 
pire, a Rome, et a Byzance, dans les dernieres 
convulsions du monde romain. En France, au 
moyen age, elle exercait ses ravages sous le convert 
de la peste, qui abritait encore d'autres maladies ; 
et elle atteignit son summum d'intensite a la fin du 
xv^ siecle, a ce meme moment ou Charles VIII 
franchissait les Alpes pour aller prendre possession 
du royaume de Naples. On a vu les causes multi- 
ples qui contribuerent a donner au fleau le carac- 
tere essentiellement aigu qu'il eut alors, lequel 
coi'ncidait avec la depravation generale des moeurs 
publiques : aussi peut-on, ces reserves faites, consi- 
derer le mal francais^ qui apparut en Italie et dans 
les autres pays juste a I'epoque de la plus grande 



— 141 — 
corruption ' « comme V expression physique de la turpi- 
tude morale^ ». 

1. Gregorovius, Storia delta citta di Roma ml medio EvOy 
t. VIII, p. 449. 

2. Idem. 




APPENDICE 



DOCUMENTS ET NOTES 



Charon, Umbra diver sce. 




HA RON, — Ascendite, infelices urnbr^. 
/B^ Quid misen^ ante diem fletis ? quasi pa- 
rum sit tum dolere, cum malum venerit. 
Tu vero, tam culta et procax umbra^ qu^enam es ? 
Umbra. — Cypria meretrix. 
C/;. — Ubi gentium qu^xstum fecisti ? 
Um. — Roma:. 
Cb. — Quis iste comes ? 
Uiii. — Sacerdos cardinalis, qui me amavit. 
Ch. — Miror quomodo senem puella, meretricu- 
1am sacerdos in deliciis habuerit. 



- 146 - 

Um — Mea ilium forma, illius me aurum cepit. 

Ch. — Plus igitur apud eum forma quam religio; 
apud te precium, quam ?.ut senectus aut illius os 
valuit. 

Um. — Aurum mihi suavissimum fuit, quo ille 
ei oris deformitatem et senectutem s.xpissime re- 
demit suam. Ad hxc quamquam senex, salacissimus 
tamen, utinamque sola illi fuissem satis! 

Ch. — Mirum homo tam senex quod tam esset 
libidinosus ? 

Um. — Ego ubi primum ad eum sum arcessita, 
putavi me cum adolescentulo coituram. At ubi 
^tatem vidi et os distortum^ coepi queri^ meque 
deceptam esse ab lenone inclamitare. Turn ille: 
Ne^ inquit, querare animula, nam cujus nunc tor- 
tum OS fugis, baud multo post rectum nervum 
experiere, quod fuit. Nihil enim illo tentius passa 
sum unquam. 

Ch. — Ite, infelices, in ignem coitur^,^vumque 
iUic miserrimum actur.x. Quis tu cucullatus ? 

Um. — Prater. 

Ch. — Ordo qui ? 

Um. — Non semel ex ordine in ordinem transii. 

Ch. — Qu^ causa ? 

Um. — PaciUus ut deciperem. Die muheres au- 
diebam peccata confitentes, noctu gr^ecabar in 
ganeis. 



— 147 — 

Ch, — Unde tibi suppetebat ad id pecunia ? 

Um. — E fraude et furto, decipiebam mulier- 
cuks, surripiebam sacra. 

Ch. — Et fraudem et sacrilegium flammis lues. 
At tu , tarn nitida cute atque anatino gressu , 
quemnam profiteris ? 

Um. — Episcopum. 

Ch. — Mirum qui tarn sis ventricosus. 

Um. — Minime mirum, quippe cum huic soli 
studuerim, in eumque congesserim amnem ecclesi^ 
censum me^. Quinetiam foeneravi. 

Ch. — Satis igitur tibi non erat, quod ex ecclesia 
quotannis rediret ? 

Um. — Illud ventri satis erat, at foenus servie- 
batpeni; complures enim concubinas alebam, et 
corrumpebam libenter auro maritas mulieres. 

Ch. — Infelix^ cui tantus sit venter ferendus pe- 
dibus adeo imbecillis. Infelicior cui animus oneri, 
at venter penisque dii fuerint. Infelicissimus qui 
teipsum cum minime noveris, Deum cui ministra- 
bas, multo minus cognoscere potueris. Abi igitur, 
infelicissime. Sera enim pcenitentia est tua. Tu 
vero qu^e tarn demissa facie atque ore tarn pu- 
denti ? 

Um. — Infelix puella. 

Ch. — Qu^ tarn acerbi luctus est causa ? 

Um. — Utinam carerem memoria. 



- .48 - 

Ch. — Koli amabo spem ponere. Nam si coacia 
quippiam peccasti, leviore poena afficiere. 

Urn. — Miseram me ! decepta fui. 

Cb. — Quidnam per fraudem amisisti ? 

Uni. — Virginitatem infelix. 

Cb. — Quis te decepit ? 

Uni. — Senex sacerdos. 

Cb. — Arte qua ? 

Urn. — Adibam s.^pe templa Deum orans ut 
nuptias faciles, vir mihi foret e sententia. Ibi turn 
antistes me collaudare, spem bonam policeri^ saspe 
mihi facilem offerre. Igitur ubi s^pius me confiten- 
tem audit et simplicitatem agnoscit meam. « Desine, 
inquit, filiola, virum a Deo petere, qui te innuptam 
esse jubeat. » Tum ego : (( Quia et tu, id pater 
mones, et velle Deum dicis, Deo virginitatem 
meam do dedicoque. » Tum ille me collaudata 
« Quod Deo dedisti filia, id alicui necesse est eccle- 
sise ut dices )> ; tum ego « Cuinam^ pater, ecclesia: 
prius eam dicem , quam tUiE ? » a Atqui, inquit 
ille, quoniam oblatiuncula,^ istius,, ecclesia: mens 
nomine capi a me possessionem oportet, quo Deo 
sit acceptior. Abi, filiola, mane ad me reditura. 
Etenim nocte hac Deum orabo ut ratamistam rec- 
tamque velit esse dicationem. Tu postquam laveris, 
novo induta supparo, ad me redi. Nihil enim nisi 
mundum tas est nos attrcctare, hocquc in primis 



— 149 — 
effice, sola ac sine teste ut venias. In iis enim qux 
Deus manu capit, nulli adhibendi sunt testes. » Mane 
itaque ad eum ubi veni, turn ille in cellam induxit, 
in qua summi Dei posita esset statua, quam circa 
magna coereorum vis erat accensa. Ubi ambo ora- 
vimus, « Filiola, inquit, et tunicam et supparum 
exue ; Deus enim et coelestes omnes nudi cum sint, 
nuda sibi offerre volunt. )) Ubies:onudaastitissem, 
tum ille papillas has pertractans : « Hxc, inquit, 
ecclesiie meie sunt. » Hinc genas summis delibans 
digitis : « Filia, inquit, oris possessio non sine 
ore capiunda est »_, meque ter osculatus cum 
fuisset ^< Et labia haec mec^ sunt ecclesic^ » ; sic 
pectus, sic ventrem ecclesiae su^e esse cum di- 
xisset, ut jacerem jussit. Jacui, infelix ! tum ille 
genu innixus femoraque contractans : « Deus, ait, 
qui tumida ha?c femora, castigatumque ventrem_, 
cum brachiolis his teretibus tam venuste moUiter- 
que formasti, aspice virgunculam tuam, et ista pos- 
session e lastare '. » Ter hiec cecinit : ibi, ut omnia 
transigeret, id respexit quo mulieres sumus. « Et 
illud, inquit, iilia manu, capiendum est. Verum ut 



I. Ces paroles soni une parodie de celles que prononce le 
pretre a I'offertoire : Deus, qui humance suhstaut'uf mirahiJiter 
condidisti et mirabilius reformasti, da nobis, per hujus aqua et 
vini mysterium, ejus divinitatis esse consortes, qui humanitatis 
nostril fieri dignatus est particeps . » 



— ISO — 

oris capta est ore possessio, sic tui quoque illius 
meo hoc est capienda » : utinam tunc expirassem, 
misera ! 

Ch. — Quomodo deceptam te postea sensisti ? 

Urn. — Dum ille studiosius fundum colit suum, 
gravida facta sum tandemque e partu mortua. 

Ch. — Numquid non ille te absolvit morien- 
tem ? 

Urn. — Absolvit. 

Ch. — Lc^ta esto, nam judices et ipsi absol- 
vent.... » 

(^Joannis Joviani Pontani Opera ^ t. II, fol. 63 
verso. Aide, 3 vol. in-8, 15 18-9.) 



II 



(Ces deux documents ayant deja et^ publics par de Cher- 
rier, Hist, de Charles Fill, t. II, p. 492-4, puis par La- 
mansky, Secrets d'Etat de Venise, p. 31-2, nous renvoyons le 
lecteur a ces deuxouvrages. On trouvera, dans le dernier, 
de nombreux documents sur I'assassinat politique a Venise, 
p. 1-154.) 



— KI 



III 



Arrest du Parlement de Paris portant reglement 
stir le fait des malades de la grosse verole. 

Aujourd'hui sixiesme mars, pour ce queen ceste 
ville de Paris y avoit plusieurs malades de certaine 
maladie contagieuse nommee la Grosse Verole qui 
depuis deux ans en ca, a eu grand cours en ce 
Royaume, tant en ceste ville de Paris que d'autres 
lieux, a Toccasion de quoi estoit a craindre que sur 
ce printemps elle multipliast, a este advise qu'il 
estoit espedient y pourveoir. 

Pourquoi ont este mandez les officiers du roi en 
Chastelet, lesquels venus en la Court ont remontre, 
qu'ils avoient este en la maison de I'evesque de 
Paris, pour y mettre provision, mais n'y estoit 
encore advise parmi le tout, pour les difficultez qui 
s'y trouvoient. 

Si leur a ordonne la Court y pourveoir, et pour 
assister avec ledit evesque, a este commis M. Mar- 
tin de Bellefaye et moy greffier, Pierre de Cerisay, 
en sa compagnie. 



— 152 - 

Et aprez ce que, en la maison dudit evesque, 
avons communique ensemble, me a este enjoint en 
faire I'ordonnance, ce que ai fait selon les articles 
cy-aprez enregistrez, laquelle ordonnance par moi 
portee en Chastelet et delivree au prevost de 
Paris, a este mise a execution et jusques cy bien 
gardee. 

Pour pourveoir aux inconvenients, qui advien- 
nent chaque jour par la frequentation et commu- 
nication des malades, qui sont de present un grant 
nombre dans ceste ville de Paris, de certaine ma- 
ladie contagieuse nommee la grosse verole, ont este 
advisez, concluds et deliberez par Reverend Pere 
en Dieu, Monsieur I'Evesque de Paris, les officiers 
du roi, Prevost des Marchands et Echevins de Paris 
et le conseil et avis de plusieurs grants et notables 
personnaiges de tous estats, les points et articles qui 
s'ensuivent. 



Premierement sera fait cry publique de Par le 
Roi que tous malades de ceste maladie de Grosse 
Verole estrangiers^ tant hommes que femmes, qui 
n'estoient demourants et residents en ceste ville de 
Paris, alors queladite maladie les a prins, vingt et 
quatre heures aurez ledit cry fait, s'envoisent et 



— 153 — 
partent de ceste dite ville de Paris es pa3^s et lieux 
dont ils sont natifs, ou la ou ils faisoient leur resi- 
dence, quand ceste maladie les a prins, ou ailleurs 
ou bon lour semblera, sur peine de la hart. Et a ce 
que plus facilement ils puissent partir, se retirent 
es portes Saint-Denys et Saint-Jacques, ou ils 
trouveront gens deputez, lesquelz leur delivreront 
a chacun quatre sols parisis, en prenant leur nom 
par escript, et leur faisant defenses sur peine que 
dessus, de non rentrer en ceste ville, jusques a ce 
qu'ils soient entierement guaris de ceste maladie. 



II 

Item, due tous les malades de ceste maladie, ^tant 
en ceste ville, ou qui estoient residents et demou- 
rants en ceste ville, alors que la dite maladie leur a 
prins, tant hommes que femmes qui avont puissance 
de eulx retirer en maisons, se retirent de dans 
lesdites vingt et quatre heures, sans plus aller par 
la ville, de jour ou de nuit, sur ladite peine de la 
hart : Et lesquels ainsi retirez en leurs dites mai- 
sons, s'ils sont pauvres et indigents, pourront se 
recommander aux curez et marregliers des paroisses 
dont ils seront, pour estre recommandez, et sans 
ce qu'ils partent de leurdites maisons leur sera 
pourveu de vivres convenables. 

9- 



— 154 — 



II 



Item. Tous autres povres malades de ceste ville, 
hommes qui avont prins icelle maladie, eulx resi- 
dents, deniourants ou servants en ceste ville, qui 
ne avont puissance de eulx retirer en maisons de- 
dans les vingt et quatre heures aprez le cry, sur la- 
dite peine de la hart, se retirent a Saint Germain 
des Prez, pour estre et demourer es maisons qui 
leur seront baillez et delivrez par les gens et deputez 
a ce faire, auxquels lieux durant ladite maladie leur 
sera pourvu de vivres et autres choses a eulx ne- 
cessaires, et auxquels Ton defend sur ladite peine 
de la hart de non rentrer en ceste dite ville, de 
Paris jusqu'a ce qu'il soient entierement garis de 
ladite maladie. 



IV 



Item. Que nul solt si hardi de prendre lesdits 
quatre sols parisis^ s'il n'est estrangier, comme dit 
est, ou qu'il vouloist partir de ceste dite ville, sans 
plus entrer jusques a ce qu'il soit entierement 



V 

Item. Et quant aux femmes malades, leur sera 



— 155 — 

pourveu de autres maisons et demourances, es- 
quelles ils seront fournies de vivres et aultres choses 
a eulx necessaires. 



VI 



Item. A este ordonne que pour satisfaire audit 
cry, lesdits malades qui estoient de ceste ville, a 
I'eure qu'ils ont este prins de ceste dite maladie, 
seront mis en la maison, qui ja a este louee pour 
ceste cause a Saint Germain des Prez, et ou elle 
ne pourroit fournir, seront prins granges et autres 
lieux estans prez d'icelle^ afin que plus facilement 
ils puissent etre pansez ; et en ce cas seront ceulx a 
qui seront lesdites granges et maisons, remunerez 
et satisfaits de leurs louaiges par ceux qui sont com- 
mis et deputez a recevoir I'argent cueilli et leve en 
ceste ville de Paris pour lesdits malades^, par I'or- 
donnance desdits evesque et officiers du roi et pre- 
vost des marchands ; et a ce souffrir seront contraints 
reaument et de fait. 



VII 



Item. Apres ledit cry fait^ sera pourveu par ceulx 
qui sont commis a recevoir ledit argent, a ce qu'ils 
mettent deux hommes, c'est a scavoir ung a la porte 



- 156 - 

Saint-Jacques, et I'autre a la porte Saint-Denys, 
pour en la presence de ceulx qui seront commis 
par les officiers du roi et prevost des marchands, 
payer lesditz quatre sols parisis^, et prendre les 
noms par escript de ceulx qui les recevront, et 
leurs faisants les deffenses dessus dites. 

VIII 

Item. Sera ordonne par le prevost de Paris aux 
examinateurs et sergents que es quartiers dont ils 
ont la charge, ils ne souffrent et permettent aucun 
d'iceulx malades aller, converser et communiquer 
parmi la ville^ ou les envoient ou manent en prison 
pour estre pugnis corporellement selon ladite or- 
donnance. 

IX 

Itejn. Apres ledit cry mis a execution, soient or- 
donnez gens par ledit prevost et echevins, lesquels 
se tiendront aux portes de ceste ville de Paris, pour 
garder et deffendre qu'aucuns malades de ceste 
maladie ne entre apertement ou secretement en 
cestedite ville de Paris. 

X 

Item. Soit pourveu par ceulx qui sont deputez a 



— 157 — 
recevoir I'argent donne et ausmosne ausdits ma- 
lades^ a ce que a iceulx retirez esdites maisons soit 
pourveu de vivres et autres choses necessaires soi- 
gneusement et en diligence, car autrement ils 
ne pourroient obeir auxdites ordonnances. 

(Arret cite par Dom Lobineau, dans rHist. de 
Parisy t. IV, p. 613.) 

Get arret du Parlement , en date du 6 mars 
1496/5, avait ete precede, deux ans auparavant, 
par une ordonnance royale du 25 mars 1493, rela- 
tive aux maladies contagieuses et dans laquelle les 
malades de la grosse verole sont particulierement 
vises. Voici ce document : 

« Injonctions touchant les maladies contagieuses 
et les immondices. — A Paris, 2^ mars 14^^. 

« Combien que par cy-devant ait ete publie, 
crie et ordonne a son de trompe, et cry public par 
les carrefours de Paris, a ce que aucun n'en put 
pretendre cause d'ignorance, que tous malades de 
la grosse verole residassent incontinent hors la 
villc, et s'en allassent les estrangers es lieux dont ils 
sont natifs, et les autres residassent hors ladite ville, 
sur peine de la hart; neantmoins lesdits malades, 
en contempnant lesdits cris, sont retournes de toutes 
parts et conversent parmi la ville, avec les personnes 



- 158 - 

saines, qui est chose dangereuse pour le peuple et 
la seigneurie qui a present est a Paris. 

« I" L'on enjoint de rechef, de par le Roy et mon- 
dit sieur le prevost de Paris , a tous lesdits ma- 
lades de ladicte maladie, tant hommes que femmes, 
que incontinent apres ce present cry ils vuident, 
et se departent de ladicte ville et faubourgs de 
Paris, et s'envoisent lesdits forains faire leur resi- 
dence es pays et lieux dont ils sont natifs, et les 
autres hors ladite ville et faubourgs , sur peine 
d'estre jectes en la riviere s'ils y sont pris le jour- 
d'hui passe , et enjoint-on a tous commissaires 
quarteniers et sergens prendre ou faire prendre 
ceulx qui y seront trouves^ pour en faire I'execu- 
tion. 

« 2" Item. L'on commande et enjoint que chacun 
en droit soy fasse diligemment nettoyer et vuider 
les boues et immondices de devant leurs maisons, 
sur peine de 60 sous parisis d'amende, et que nul 
n'y mette ou fasse mettre gravois ou immondices, 
s'il n'a incontinent le tombereau pret pour les 
oster, sur ladite peine. » (Ordonn. des roisde France 
dela troisiemerace, t. XX_, 1840^ in-fol.,p. 436-7.) 

Nous completons ces documents en publiant Tor- 
donnance prise contre les lepreux, le 15 avril 1488, 
par le prevot de Paris : 



— 159 — 

« II est enjoint a routes personnes attaquees du 
mal abominable, tres perilleux et contagieux de la 
lepre^, de sortir de Paris avant la feste de Paques, et 
de se retirer dans leurs maladreries aussi tost apres 
la publication de cette ordonnance, sur peine de 
prison pendant un mois au pain et a I'eau, de perdre 
leurs chevaux, housses, cliquetes et barillets^ et de 
punition corporelle arbitraire : leur permet nean- 
moins d'envoyer quester pour eux leurs serviteurs 
'et servantes estant en sante. Enjoint surles memes 
peines aux autres lepreux et lepreuses, qui ne sont 
de la Prevoste de Paris, de se retirer dans les ma- 
ladreries des dioceses ou ils sont nes. 

« Fait aussi defenses a toutes personnes de vendre 
du lard surseme avec les autres lards au Parvis 
Notre-Dame le jour du jeudi absolu; leur enjoint 
de le vendre sur des tables a part, et qu'il y ait une 
marque qui les fasse aisementreconnoitre^, sur peine 
d'amende arbitraire et de prison . » 

Une autre ordonnance du prevot de Paris, du 
7 septembre 1502, ordonne « a tous lepreux et 
lepreuses qui n'estoient pas de la Prevoste et 
Vicomte de Paris^ de se retirer aussi tost apres la 
publication de cette ordonnance^ dans les maladre- 
ries ou ils ont leur establissement, a peine d'estre 
fustigez par les carrefours. » (Delamarre, Traite de 



— i6o — 

la Police, t. I, p. 605.) Une ordonnance de police 
du prevot de Paris, en date du 16 novembre 15 10, 
enjoint « a toutes personnes qui ont este malades 
de contagion, et a toutes celles de leurs families, 
de porter a la main^ en allant par la Ville, une verge 
ou baston blanc, a peine d'amende arbitraire... ^> 
{Id., p. 629.) 



IV 



Infirmitas autem banc in Italiam inaudita a Gallis 
relinquitur, qu^ mali gallici abinde nomen assump- 
sit. Erat quidem infirmitas pessima, pustullas in 
tota parte corporis inducebat et longe latas et ab his 
dolores intensi in juncturis, in ore et in capite da- 
bantur ; saniem et putridum sanguincm pustullas 
emanabant. Initium bujus morbi deprehendt-batur 
ex vulva mulieris, nam homo in coitu cum muHere 
morbosa illius infirmitatis in virga in primis sentie- 
bat pruritus, deinde cicatrices ostendebantur, dein- 
de in juncturis intensi dolores, et magna^ pus- 
tell« et in ore et in introitu gutturis. Et quum 
infirmitas esset ignota, nee in antiquis codicibus 



— i6r — 

descripta, nullaque ab Hippocrate, Avicenna et 
Galeno medicamenta attributa, quum ipsi nullam 
de ea faciant mentionem,infinitos occidit infirmitas 
ipsa. Medici nostri temporisad sui placitam tribue- 
bant medicamina ; et in ea infirmitate incidere 
pontifices, reges, principes, marchiones, belli duces, 
milites^ quasi omnes nobiles, mercatores et omnes 
qui in libidin^ residebant, clerici, Sc^culares, regu- 
lares', unde optime dignoscebantur pudici ab im- 
puris hominibus.Sed exlonga investigatione medici 
reperierunt medicamenta morbo appropriata_, scili- 
cet sulphur et alia medicamina venenosa, unde nunc 
multi sanantur. Multique in ejus principio privati 
sunt membro, quoniam virga corrosa remanebat, 
alii sine naso, aliique oculis sunt privati. Erat qui- 
dem stupor et res miranda qu^e ex vulva Deus in 
coitu posuit. Mulieres a viro, et viri a muliere 



I. De Bethencourt, dans le dialogue ou le gaiac eL le mer- 
cure exposent leurs vertus pour la guerison de la syphilis, 
fait dire la meme chose a ce dernier : a Nunc temporibus 
cum principibus, ducibus, comitibus, regibus, aliisque magna- 
tibus, religiosis, prcesulibus aliisque hominibus versor, ac 
eorum morbis curatu difficilioribus medeor. » Kiiij verso : 
Nava peiiitentiah's qiiadragesiiua, necuon purgatoriiim in inorhiini 
gaUicuin sive venereum una cum diaJogo aqua argent i ac h'gni 
Gaiaci coUnctantinm super dicti morbi curationis prelafura opus 
fructiferum a Jacoho Ahethencourt Rhotomagensi medico nuper 
editmn, in-8, 1 327 . 



— l62 — 

continebantur : multos libros de eo morbo gallico 
multi composuQve. (^Aniialia Francisci Muralti,... 
Mediolani, 1861, p. 46-7.) 



V 



Ballade sur la grosse verole. 

Plalsans mignons, gorriers, esperrucats, 
Pensez a vous, amendez vostre cas, 
Craignez les trous, car ils sont dangereux, 
Gentilhommes, bourgeois et advocats, 
Qui despendez ecuz, salus, ducas, 
Faisant bancquetz, esbattemens et jeux, 
Ayez resgard que c'est d'estre amoureux, 
E: le mettez en vostre prctocole; 
Car pour banter souvent en obscurs lieux, 
S'est engendree ceste grosse verole. 

Menez amours sagement, par compas. 
Quand ce viendra a prendre le repas 
Veiie ayez nette devant vos yeux. 



- i63 - 

Fuyez soussi et demenez soulas 
Et de gaudir jamais ne soyez las, 
En acquerant hault regnon vertueux. 
Gardez-vous bien de hanter orens rons:neux, 
Ne gens despitz qui sont de liaulte colle ; 
Car pour bouter sa lance en alcun creux, 
S'est engendree ceste grosse verole. 

Hantez mignonnes, qui portent grans estas, 
Mais gardez-vous de monter sur le tas 
Sans chandelle^ : ne soyez point honteux 
Foulliez, jettez, regardez hault et bas, 
Et en aprez prenez tous vos esbas. 
Faites ainsi que gens aventureux, 
Comme dient un grant tas de baveux 

I . Le trou de la femelle 

Mord cauteUiisement , 
Bien souvent la plus belle 
En a coiivertement . 
Portex^ de la chandelle ; 
Regarded hassement; 
Qui d'en porter se mesh, 
II fait tres saigement, 

lit-on dans le Toiirpoint fermant a hoiitons, on sont comprinses 
les dedinaisons de la grosse verolle, compose a Naples en 1533; 
et public par M. de Montaiglon a la suite du Triomphe de 
hatilte et puissante dame Verolle, (Paris, 1874.) 



- i64 - 

Soiez lettrez sans aller a I'escole ; 
Car par Lombars soubt:ls et cauteleux 
S'est engendree cestre grosse verole . 



ENVOI : 

Prince, sachez que Job ful vertueux, 
Mais si fut-il ronorneux et ^rateleux 
Nous lui prions qu'il nous garde et console. 
Pour corriger mondains luxurieux, 
S'est engendree ceste grosse verole. 



VI 



Mais en la tin, quant ie venin fut meur 
II leur naissait de gros boutons sans fleur, 
Si tres hideux, si laids et si enormes, 
Qu'on ne vit one visages si difformes, 
N'onc ne recent si tres mortelle injure 
Nature humaine en sa belle figure. 



- i65 - 

Au front, au col, au menton et au nez, 
One ne vit tant de gens boutonnez. 
Et qui pis est, ce venin tant nuisible^ 
Par sa malice occulte et invisible, 
Alloit chercher les veines et arteres 
Et leur causoit si etranges mysteres 
Dangier, douleur de passion et goutte 
Qu'on n'y scavoit remede, somme toute, 
Fors, de crier, soupirer, lamenter, 
Plorer et plaindre et mort se souhaiter. 
Ne ne sceut one lui bailler propre nom 
Nul medecin, tant eut-il de renom. 
L'ung la voulut Sahafati nommer 
En Arable, I'autre a pen estimer 
Que Ton doit dire en latin Mentagra, 
Mais le commun, quand il la rencontra, 
La nommoit Gorre ou la Vcrolle grosse, 
Qui n'espargnoit ne couronne ne crosse ; 
Pocques Ton dit les Flamens et Piquarts, 
Le Malfrarifais la nomment les Lombars, 
Si a encore d'autres noms plus de quatre, 
Les Allemands I'appellent Grosse Blatlrc ^ 
Les Espagnols les Bones' Font nommee : 
Et dit- on plus que la puissante armee 



1. Gross-Blatter. 

2. Las Buas. 



— i66 — 

Des fors Frangais a grant peine et souffrance 
En Naples I'ont conquise et mise en France. 
Dont aulcuns d'eux le Souvenir la nomment, 
Et plusieurs faits sur ce comptent et somment. 
Les Savoysiens la Clavcla ' la disent. 
Vela comment plusieurs gens en devisent. 
Vela comment Amour, le jeune yvrongne,, 
A fait aux gens grant dommaige et vergogne. 
Et nescet-on pour ses cloux descloiier 
Bien bonnement a quel saint se vouer 
Neantmoins aucuns, par grace souveraine, 
Ont implore Madame Sainte Reine, 
Les aultres ont 'eu recours a Sainct Job, 
Peu de gueris en sont, de morts beaucoup. 
Car regne a ce trez cruel tourment, 
Par tout le monde universellement. 

Les trois comptes intitule'^ de Cupido et d'Atropos, 
dont le premier fut invente par Seraphin, poete ita- 
lien, le second et le tiers de l' invention de Maistre Jean le 
Maire. Paris, in-8, 1525. Galliot du Pre (liv. III). 



I. La Clavelee. 



167 



DOCUMENTS 

SUR LA PROSTITUTION, A VENISE 

A LA FIN DU XV° SIECLE 



Defense aux prostituees d'habiter aux alentoiirs 
du palais ducal. — 22 mai 148^. 

«... quia indignum et dedecorosum est et 
nullo modo supportandum : Quod in tabernis et 
domunculis vicinis palatio nostro et habitationi 
Serenissimi Principis nostri inhabitent meretrices pu- 
blicum questum facientes , captmn etiam et ex nunc 
provisum sit : Quod aliqua meretrix publicanonpossit 
stare vel questum facere subtus tabernas positas ultra 
pontem apalea^ nee in is lis calibus vicinis palatio habi- 
tationis Serenissimi principis nostri ab calli a rasia ^ 
citra, sub pena patronis domorum vel apothecarum 
vel hospiiiorum ducatos centum auri pro quolibet 
contrafaciente, et affictante domos vel stationes suas 



I . La ruelle appelee Rasia porte aujourd'hui le nom de 
Calla delle Rasse, et est situee pres du quai des Esclavons . 



— i68 — 

predictas, et sub pena istis meretricibus frustationis 
ciixum circa cales ipsas, et non possit presens pars 
revocari, suspend! vel in contrarium provideri sub 
omnibus penis et structuris contentis et expressis 
superius. 

De parte 13. 

De non 2. 

Non sinceri... o. » 

(^Registro 24, Misti Consiglio de Died, 1488-14^0, 
c. 78 v., p. 71 de I'imprime '.) 



Arret du Conseil des Dix siir Ics uiaqucreaiix. 
2^ juillet 1 48 (J. 

u MCCCCLXXXVIIII. Diexxvmjjulii.lnCon- 
silio X cum additione. 

Ser Petrus Donato ] 

Ser Marcus Bragadino > Capita. 

Ser Franciscus Fuscareno / 



I. Ces documents ont deja ete mis en lumiere dans un 
livre extremement rare, tires a 150 exemplaires non mis 
dans le commerce, et public aux frais du comte d'Oxford. 
Mais ils ont ete reproduits d'une fa^on si incorrecte, au point 
d'en rendre souvent Tintelligence impossible, que nous avons 
cu recours aux manuscrils originaux qui i>ont ici iranscrits 



— 169 — 

« Cum per ea que habentur reperiantur script! 
pro custodibus sub Capitaneis nostris platee Sancti 
Marci et rivoalti et officiorum nostrorum et noctis 
et Capitum Sexteriorum ac Quinque a pace, multi 
riiffiani, qui nuUo modo non stant bene in huius- 
modi officiis, quam sicuti per experientiam videtur 
sub huiusmodi libertate deferendorum armorum 
committunt multas rixas et scandala : Sunt eiiani 
multi ruffiani, qui licet non sint officiales, habent 
tamen licentiam armorum portandorum ab haben- 
tibus libertatem ab hoc consilio dandi tales licentias 
nescientibus illos esse personas talis sortis, ad quod 
cum si sit providendum, 

« Vadit pars, quod omnes ruffiani qui scripti forent 
cum aliquo ex Capitaneis nostris prcdictis, ex nunc 
auctoritate huius Consilii cassentur, et omnino re- 
moveantur a talibus officiis : et de cetero non pos- 
sint assumi vel acceptari ad aliquod dictorum offi- 
ciorum^ et tam per custodia diurna quam nocturna, 
sub pena cuilibet ruffiano intranti in illis, standi 
per menses sex in carcere clausus, et solvendi libras 

avec le plus grand soin et dans toute leur integrilc. Le titre 
du volume auquel nous faisons allusion porte : 

LEGGI I E I MEMORIE VENETE SULLA PRGSTITUZIONE j FINO 
ALLA CADUTA BELLA REPUBLICA | A SPESE DEL CONTE DI 

ORFORD I VENEZIA 1870-72. )) Grand in-4 de viii-399 pages, 
avec gravurcs. 

10 



— lyo — 

quinquagmta_, que siiit accusatoris, et Capitancis 
illos tenentibus, vel operantibus in dictis custodiis 
diurnis vel nocturnis librarum cc. parvarum qua- 
rum medietas sit accusatoris et alia medietas sit 
Advocatorum nostrorum communis, quibus exe- 
cutio presentis ordinis commissa sit sine alio Con- 
silio. 

« Licentie vero armorum de cetero alicui pre- 
dictor- m ruffianorum dari non possint tarn per 
habentes libertatem dandi licentias ab hoc consilio, 
quam per aliquod officium huius civitatis; et jam 
date ex nunc casse et nuUe intelligantur et sint^ et 
si darentur non teneant nee valeant, et nihilominus 
condemnentur per officiales nostros noctis et capita 
sexteriorum, ac s" licentias ipsas non haberent. 

De parte 15. 

De non o. 

Non sinceri o. » 

{Registro 24, Mixtl Consigliode Died, 1488-14^0, 
c. ^i ; page 72 de I'imprime.) 

Ordonnance des Troveditenrs enjoignant aux filles 
publiques de se retircr dans les lieux d' habitat ion 
qui leur sont designes. — 21 mars 14^0. 

(( Cum ex variis personis officio nostro denun- 
ciatum sit quod meretrices in variis huius urbis locis 



— lyi — 

habitantes, sunt maxima causa infectionis propter 
conversationem quam ibi faciunt, tam infecti quam 
alii, quia non solum infestores domi recipiunt, va- 
rum si aliquid est domi clam retinent ne domibus 
expellantur, quo tempore sine aliquo respectu om- 
nes domi recipiunt'. Propterea, quod magis obro- 
briosumi est stantes in proprio corpore urbis effi- 
ciunt propter mala exempla, que aliis prebent, quod 
multe se se huic obrobrioso victui exponunt. Prop- 
terea vadit pars, quod omnes iste puhlice meretrices 
hoc exercitiiim facientes, mittantur ad standum et ha- 
bitandum et sic ire debeant ad loca publica consti- 
tuta sub pena vigintiquinque ferularum et standi 
menses sex in carceribus et solvendilibras centum, 
que dividantur ac dividi debeant inter denuncia- 
tores et officiales nostros ^ 

1. II s'agitde maladies infectantes, d'affections veneriennes 
resultant de rapports sexuels; mais le texte n'est pas suffi- 
samment explicite pour que Ton puisse conclure, sans reserve, 
a des affections veneriennes syphilitiques. 

2. Tout proprietaire etait tenu de declarer aux Provediteurs 
a la sante les locataires atteints de maladies contagieuses. La 
denonciation etait encouragee par le gouvernement venitien. 
Des boites dites cassellc alia denuiicia etaient scellees dans la 
muraille des tribunaux des difTerentes magistratures pour 
recevoir les lettres signees ou anonymes qui leur etaient 
adressees. II importe de dire, pour attenuer I'odieux de tels 
precedes, que les Conseils n'agissaient qu'avec la plus grande 



— 172 — 

De parte 125. 

De non 2. 

Non sinceri 5. » 

(Notario I, Provvediiori alia Sanita, i4Jj;-ijoS, 
c. J verso et 6 recto; capitolareprimo, Prowedi tori alia 
Sanita, 148J-1JJ4, c. 44; e capifolare de' Signori di 
Notte al Civil, c. ^6 ; pages 72 et 73 de rimprime.) 

Les Seigneurs de nuit an criminel rappellent aux 
chefs dc quartiers de tenir la main aux reglements 
concernant « les pu tains, les maquereaux et maque- 
relles. » — 24 mars 14^0. 

(( La Illustrissima Simoria comanda a voi Mami- 
fici Signori Capi de sestier che V^ M^ in tuto et per 
tuto exeguir dehino la parte p-exa circa leputane, 
ruffiane et ruffiani qua a vui fo sta remessa da or- 
dene de la prefatta Illustrissima Signoria et de li 
Signori deputadi alia Sanita; et quelli troverete 
disohediente condanarete juxta la continentia di 
essa parte et termination et cussi etiam nui depu- 
tati alia Sanita ex officio nostro pregemo la vo- 

prudence, et apres une enquete minutieuse. Les faux denoncia- 
teurs etaient cruellement chaties. (Voir, pour plus de details, 
Romanin : Sioria documentata di Veneiia, t. ill, chap, iii, 
p. 59 et sqq.; et Baschet; les Arc!}, de la S. Rcpuh. de Venise, 
p. 9 '.-108.) 



— 173 ~ 
glia cum ogni effecto far che la intention de le pre- 
dette V° M" et etiam quella della lUustrissima Si- 
gnoria sia exeguita. » 

{Capitolare de Signori di Notte al Civil, c. ']6 
verso; page 73 de Fimprime.) 

Ixs Provediteurs a la sante rappellenl atix Seigneurs 
de niiit an crimi?iel et mix chefs de quartiers d^ap- 
pliqucr les ordonnances contre les filles de joie qui 
sortiraient vetiies autrement que de jaune. — 
7 mai i/j.^0. 

« Prefati Magnifici Domini cum ex deliberatione 
Consilii Rogatorum captum et statutum sit, quod 
omnes meretrices stantes in publicis locis huius civitatis 
deheant ire inducti habito gialo, ut ab omnibus di- 
gnoscantur ; et postea ex deliberatione illustrissimi 
Dominii, et etiam officii nostri huiuscemodi exe- 
cutio missa fuit ad Dominos noctis et ad Capita 
sexteriorum, ut contra delinquentem legem exequi 
possint '. Quapropier ut cum maiori studio et cura 

I. Un capitulaire du 20 mars i486 obligeait les ruffianl a 
s'habiller de jaune. Un autre capitulaire rendu en conseil dcs 
Pregadi, a la date du 23 mars 1490, renouvelait aux riiffiani 
ex au-x. riiffiane, cette obligation, sous peine du fouet. (Ruhrka 
delle Leggi del Magistrato EcceUcntissimo alia Saiiita, t. II.. 
fol. 209 r. et V.) 

)0. 



— 174 — 
officium suum exercere possint et legem decre- 
tumque prefati Consilii exequi , deliberant, de- 
terminant et statuunt quod ex condemnationibus 
extrahendis ab dictis meretricibus, ruffianis et ruf- 
fianis feminis, debeant dividi inter prefatos Domi- 
nos ad quos denuntia facta fuerit et denuncia- 
tores. )) 

(Capitolare i, Provved. alia Sanita, 148)-! sy4, 
c. 44 recto; page 74 de I'imprime.) 

Loi du Conseil des Dix sur les souteneurs, 
13 juin 1492. 

« MCCCCLXXXXII. Die xiii junii. In Con- 
silio X cum additione. 

Serenissimiis Dux 

Consiliarii omnes 

Et Capita. 

« Expurganda est hec civitas hoc perniciossimo 
et scandalosissimo genere hominum , cuiusmodi 
sunt lenoneSy qui facta inter se adunatione et secta, 
infestant et turbant civitatem hanc committendo 
tamde die quam de nocte rixas, percusiones, vio- 
lentias et homicidia^, et multa alia malorum genera 
non supportanda, ea propter; 

« Vadit pars , quod auctoritate huius Consilii 



— 175 — 

captum et provisum sit : Quod omnes knoneSy ne- 
mine, sit qui esse velit, excepto,, debeant infra ter- 
minum dierum irium proximorum exivisse de Venetiis 
et districtu, quo termino elapso, si permiserint se 
amplius reperiri in Venetiis et districtu, et capien- 
tur, et carceribus nostris presentabuntur, stare de- 
beant per annum in carcere forti clausi : et deinde 
remittantur ad bannum et solvant capientibus li- 
bras centum parvorum pro quolibet capto; et si 
non essent solvendo, solvantur de denariis Domi- 
nii nostri, et tamen non exeant de carcere nisi sol- 
verint quantum Dominium nostrum solvit pro 
ipsis : et hoc totiens observetur quotiens contrafe- 
cerint : et non possit predictis fieri gratia, nisi per 
omnes ballottas huius Consilii congregati ad per- 
fectum numerum XVII. 

(( Verum ut predicti habuerunt causam omnino 
obediendi ex nunc etiam captum sit : quod si me- 
retrices quas ipsi lenones tenerent accusarent, sive 
accusari facerent Officio noctis lenones suos, qui 
non exivissent de hac civitate et non ivissent ad 
suum confine, habeant libras centum de bonis ac- 
cusati, et ulterius libere et absolute ex toto rema- 
neant ab omni obligatione et debito quod cum ipsis 
lenonibus eorum haberent. 

(( Insuper provisum et statutum sit : Quod salvis 
et reservatis omnibus ordinibus huius et aliorum 



- 176- 

consiliorum super armis non portandis sine licen- 
tia, et salvis penis statutis, irremissibiliter exequen- 
dis per officium noctis et capitum sexteriorum contra 
illos quibus reperiuntur. De cetero nemo sit qui 
esse vellit^ non possit tarn de die quam de nocte 
portare arma sine fodro vel ad medium fodrum sub 
penis per ordines nostros statutis irremissibiliter 

exequendis contra presumentes contrafacere 

« Et publicetur in scalis nostris Rivoalti et Sancti 
Marci. 

De parte 17. 

De non o. 

Non sinceri. .. o. » 

{Registro 2/, M. Cons, de X, 14^1-14^2, c. ()<) ; 
p. 75 de I'imprime.) 

Loi du Conseil des Dix siir les souteneurs et leurs 
prostituees. — ij jiiin 14^2 K 

« ... Et qui accusaverit aliquem ex dictis leno- 
nibus qui non exissent et obedirent presenti ordini, 
sic quod per ejus accusationem Veritas habeatur, 
habeat libras centum de bonis cuiuslibet accusati, 
solvendas ut supra, et teneatur secretus. 

I, Le commencement du texte de cette loi est le meme 
que celui de la precedente, jusqu'aux mots ad perfedum nume- 
rum XVII. 



— 177 — 

(( Meretrices vero qiias predicti lenones hucusque 
habuerint sive tenuerint sub se et de quorum questu 
vixerunt, ultra multas trasias et verbera*, quas in 

I. Sur les moeurs des souteneurs et de leurs « marmitesy » 
en France, a la meme epoque, on trouvera decurieux rensei- 
gnements dans les poesies de Coquillart et de Villon, et par- 
ticulierement dans la Ballade de la grosse Marcrot. Peut-etre 
ne faut-il voir, pour I'honneur de notre poete national du 
xv« siecle, le premier par la date et par le genie, qu'une for- 
fanterie sans consequence. Quoi qu"il en soit, voici cette piece, 
remarquable par la chaleur de I'inspiration etle haut relief du 
coloris. 

Se i'ayme et sers la belle de bon haict, 
M'en devez-vous tenir a vil ne sot? 
Elle a en soy des biens a fin souhaict. 
Pour son amour ceings boudier et passot. 
Quand viennent gens, je cours et happe un pot : 
Au vin m'en voys, sans demener grand bruvt. 
Je leur tendz cau, frommage, pain et fruict, 
S'lls payent bien, je leur dy que bien stat : 
Retournez cy, quand vous serez en ruvt, 



En ce bourdel ou tenons nostre 



estat. 



Mais, tost apres, il y a grant deshait, 

Quand sans argent s"en vient coucher Margot ; 

Veoir ne la puis; mon cueur a mort la hair. 

Sa robe prens, demy-ceinct et surcot : 

Si luy prometz qu'ils tiendront pour I'escot. 

Par les cosiez si se prend. TAntechrist 

Crie, et jure par la niort Jesuchrist 

Que non fera. Lors j'enponge urg esclat, 

Dessus le nez luy en fais ung escript, 

En ce bourdel ou tenons nostre estat. 

Puis paix se faict, et me iasche ung gros pet 



- 178- 

illas miserabiliter commiserunt, ut huic Consilio 
lectum remaneant cum omni siio havere, denariis ct 
vestimentis, suppeletilibus {sic) et rebus omnibus 

Plus enflee qu'ung venimeux scarbot. 

Riant m'assiet le poing sur mon sommet, 

Gogo me dit et nie fiert le jambot. 

Tous les deux yvres, dormons comme ung sabot; 

Et au reveil, quand le ventre luy bruyt, 

Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit 

Soubz elle geins; plus qu'uiig aiz me faict plat; 

De paillarder tout elle me destruict, 

En ce bourdel ou tenons nostre estat. 

EWOI 

Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict ! 

Je suis paillard, la paill.irde me suit. 

Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit. 

L'ung I'autre vault : c'est a mau diat mau rat. 

Ordure amons, ordure nous affuyt. 

Kous deffuyons honneur, il nous deffujt, 

En ce bourdel ou tenons nostre estat. 

{Edit. Jannet,p. S^. Paris, iSy^.) 

On connait les imprecations, lancees du haut de la chaire, 
par le predicateur Jean Menot (1440-1518) centre les ma- 
querelles de son temps. « ... O maledicta femina, lignum 
inferni! malheiireiise triiande^ tyson d'enfer ! que, tota vita tua, 
male usa es corpore tuo, a xv anno usque ad xl; et postea, 
quando non potuisti amplius facere sicut consueveras, stu- 
duisti ponere alias in loco tuo et fuisti infortuna puella et post 
dyahhsse de macquercUe, que fuisti causa perditionis mille ani- 
marum. Credis tu quod cun maledicta anima tua damnata 
fuerit ad penas eternas, quod Deus sit contentus? Non, non! 
Sed ilia iterum accipiel feiidum corpus et corruptum : et 



— 179 — 
quas haberent apud se; ex toto libere et franche ab 
omni obligatione et debito, quam et quod cum dic- 
tis suis lenonibus habuissent vel haberent, sic quod 

tunc augebitur pena tua ; elle pi-endra son corps piiant, iufect 
et plus corrompu que une savate vieille... Augebilur pena tua 
saltern accidentaliter; et ubi post resurrectionem corpora 
sanctorum pulchra erunt ut sol (Matth. xiij et Sapientie iif)^ 
fulgebunt justi sicut sol, e contrario erit corpus tuum ut 
dyabolus, hyspidum, hydeulx. » (Fratris Michaelis Menotl 
:;elautissimi predicatoris ac sacre theologie prcjessoi-'is ordinis 
minorum sermones quadragesiinaJes. Paris, s. d., in-8, goth. 
Feria II, piiiue dom. quad.) (o\. 45 verso. Voici le tour des 
souteneurs, des patrons de clapiers, et autres gens de meme 
sorte : « duid dicet ille lubricus, ce paillard^ ha ha! vultis 
michi nunc tenere illos terminos quid invenisti : ego pro- 
mitto et vobis juro si vultis facere de rencheriata et per Ion- 
gum tempus michi uti istis trafficis, etiam maritus si ades- 
set de la rtisee, je vous promet-;^ et si vousjure que si voulez fa ire de 
la rencherie et si long temps me use^ de ses trafiques et fust vostre 
Diary present, captam vos per crines et ducam vos ad prosti- 
bulum ut unam meretricem. O ingentes dyabolice et servi 
dyaboli qui sub umbra justicie et eundi ad puniendum de- 
linquentes, a mane quo surrexistis non existis de tabernis, 
stuphis et postribulis. Et si quedam paupercula ancilla in ali- 
quo loco que fuerit subornata et a clochie uno pede^ ut pos- 
sitis lucrari vestrum jentaculum, venditis eam rufianis, lu- 
bricis et gentibus vestri status : vos arripitis ipsam et oportet 
quod ipsa misera gradiatur, vel aliter cogetis eam percu- 
tiendo magnis ictibus ensis e verse a ruffianis, paillards et 
gens de vostre sorte : voiis la vene\ eulever et faut que la povre 
miserable marche ; vel aliter cogetis eam en frappant a grans 



— I«0 — 

nullo unquam tempore, per ullum juditium, tarn 
in hoc civitate quam in aliqua civitate^, terra vel 
loco nostro de extra non possint propterea moles- 
tari, requiri, vel aliquod ius vel subventio alicuius 
sortis fieri in favorem predictorum lenonum contra 
ipsas meretrices uUo modo qui dici vel excogitari 
possit. Et hie ordo se se extendat,, et intelligatur, 
tarn ad presentes lenones quam ad eos qui in pos- 
terum in hac civitate et districtu dederint se se huic 
detestabiU exercitio... » (Le reste de la loi con- 
cerne le port d'armes quelconques , prohibe aux 
souteneurs.) 

(^Registro 2j ^ Mistl Cons, de X, 14^1 - 14^2 , 
c. pp v.; Capitolare de Sig. di Notte al Civil, c. (j6 j 
p. 76 de Timprime.) 

Loi dit Conseil des Dix siir les prostiliiees et les giieux. 
20 jiiin I4p2. 

(( MCCCCLXXXXII. Die xx junii. In Consi- 
lio X cum additione. 

coups depJat d'espee supQr humeros ejus, sub umbra et specie 
quod emistis officia vestra, dicitis quod estis executores jus- 
titk. Atissy sont lien les dyahles, sunt executores justitie di- 
vine : turn damnabuntur perpetuo et vos cum ipsis » 

Id., feria III post III dom . Quad rag.) foJ. (jy recto et r", 
edit, de Paris, 1317, in-8" gotli. 



— I«I — 

Ser Joannes Marcello J 
Ser Joannes Mauroceno > Capita. 
Ser Antonius Frono ) 
'< Ut moniales Sancte Margarite et Sancti Rochi 
apud Sanctum Stefanum sicuti non habeant vicinas 
meretrices ita etiam non habeant pauperes burban- 
tes, pessime vite et qualitatis, a quibus incessanter 
infestantur maledictis et inhonestis operationibus, 
sed restent libere sicuti convenit servientibus Deo : 
« Vadit pars, quod auctoritate huius consilii 
captum et firmiter deliberatum sit, quodindomun- 
culis circumstantibus dicto monasterio et ecclesie 
habitare non possint burbantes ^, seu mendici ali- 
cuius conditionis, et sic licentiari debeant sub pena 
standi duos menses in carcere et frustigationis circa 
dictas calles et solvendi libras decern parvorum de- 
nuntiantibus vel capientibus contrafacientes , et 
committatur executio presentis partis officialibus 
de nocte et capitibus sexteriorum*. 

1. 11 faut apparemment voir dans cette denomination une 
association de gueux et de faux pauvres qui avaient fixe leur 
lieux de rendez-vous, leur cour des Miracles, pres du monas- 
tere desdites religieuses. On salt qu'au moyen age, i] existait, 
dans toutes les grandes villes de I'Europe, des communautes 
de ces mendiants, ayant leurs lois, leurs statuts et leurs chefs 
particuliers. 

2. Cette loi fut publiec de nouveau, par le crieur public, 
Ic 4 juin 1 306, 



— l82 — 

De parte 15. 

De non 2. 

Non sinceri.... o. 
{Registro 2S , Misti Cons, de X, 14^1-14^2 , 
c. 100 verso; page 78 de rimprime.) 

Articles ajoutes par le Conseil des Dix aux lois 
precedemment edictees sur les souteneurs en rup- 
ture de ban, et leurs prostituees qui ne les denon- 
ceraient pas a la justice. -- 30 juin 1492; 3 juillet 
1492; 14 juillet 1497. (Registro 2j, Misti Cons, 
de X, 14^1-14^2, c. 106 verso; p. 78 de Tim- 
prime.) 

Nouvelle loi du Conseil des Dix pour « Texter- 
mination des souteneurs. » — 17 septembre 1492. 
{Registro 2/, Misti Cons, de X, 14^1-14^2, c. 124 
recto et verso ;^. 79 de I'imprime.) 

Loi du Conseil des Dix sur les souteneurs. — 
10 juin 1494. Le preambule de cette loi temoigne 
de Tintention bien arretee du Conseil d'en finir 
avec cette sorte d'individus. « Ut lenones, pessimiun 
et scandalosum hominum genus, restent in continuo ter- 
rore nominis huius Consilii, et consequenter ha- 
beant timorosam causam in non redeundo ad com- 
mittendum solita maleficia, ea propter, etc... » 
{Reg. 26, Misti Cons, de Z, 14PJ-14P), c. 8j v. et 



- i«3 — 

8S recto; e Capitol are de Sig. di Notie a I Civil , 
c. ^8; p. 80 de rimprime.) Etc., etc. 

Loi du Conseildes Dix sur lasodomie et la pederastie. 
12 mars 14^6. 

« MCCCCLXXXXVI. Die xii mensio Martii. 
In Consilio X, consulente Collegio. 
Ser Joannes Marcello j 

Ser Antonius Boldu, eques > Capita. 
Ser Aloysius de Molino ) 
« Ut clementiam et benignitatem omnipotentis 
Dei erga nos et statum nostrum conservemus et 
augeamus medio justitie, et immitando sanctissi- 
mos et honestissimos mores progenitorum nostro- 
rum , adhibenda sunt omnia studia et remedia 
possibilia, ut nefandissimum et horrendum vitiiim et 
crimen sodomie in hac civitate extinguatur et delea- 
tur quod est contra propagationem humani generis 
et provocativum ire Dei super terram. 

Vadit pars : quod ut veniatur in lucem commit- 
tentium eiusmodi scelestissimum peccatum, om- 
nibus et quibuscumque accusatoribus sodomitarum, 
si per eorum accusationem Veritas facti reperiretur, 
dentur take pecuniarie statute per formam legum 
Consilii decern , que leges firme et in suo robore 
permaneant. 



- i84- 

Capitaneus autem Consilii decern, ut tenetur ex 
officio, debeat ire per civitatem cum sotiis suis et 
spiis secreds de die et nocte per terram, et Capita- 
nei barcarum hujus consilii per aquam; et inqui- 
rere sodomitas et pueros patientes et illos quos 
invenerint dispares etaie, et in locis suspectis et 
suspectos criminis sodomie, capere debeant et con- 
ducere ad carceres nostros ut super illis fiat debita 
punitio et justitia. Et vadant etiam inquirendo tales 
scelestos sodomitas per voltas , magaxenos , bastitas , 
scolas, omnes porticus, domes scaletariorum , taber- 
nas, postribula, domes meretricum; et illos quos in 
locis suspectis et dispares etate ac suspectos de 
tali crimine invenerint, capere debeant et carce- 
rare : ad requisitionem capitum Consilii decern, et 
singulo die se presentant et dicant omnia que in- 
venerint , scriverint aut audiverint : et habeant 
Capitanei statutas taleas pro sodomitis captis^ se- 
cundum ordines Consilii decem; et propter hoc 
non sit erepta facultas aliis Capitaneis et Capitibus 
custodum inquirendi, ut supra. Verum quum le- 
nones piieroriim et feminarum in vitio sodomie, tarn 
mares quam femine, suis suasionibus, policitatio- 
nibus et premiis, dant causam scelestissimo cri- 
mini, et augent illud; statutum sit quod ipsi lenones 
tam mares quam femine incurrant eamdem penam 
quam incurrerent sodomite, si per eorum lenoci- 



— 155 — 
niam erunt causa quod aliquis puer vel femina so- 
domitetur. Et qui accusabit hujusmodi lenonem 
vel lenones, mares vel feminas^ ita quod per ejus 
accusationem veritas facti habeatur, habeat de de- 
nariis accusati; et si non erit solvendo de denariis 
dominii nostri libras quingentas parvorum, et te- 
neatur de credentia^ et tamen inquiratur contra 
eos, ut puniantur et disperdantur. 

Barhitonsores sive medici, aut alii, qui medentur 
pueris aut feminis, qui vel que patientur ex sodo- 
miiio, teneantur et debeant venire ilia die vel die 
sequenti ad Capita consilii decern, et dare in nota 
puerum vel feminam, quern vel quam habebunt in 
cura, sub pena librarum quengentarum parvorum, 
et standi menses sex in carcere, et non possent 
exercere artem medicine in Venetiis, et si fuerit 
accusator per quem Veritas habeatur, habeat libras 
trecentas de denariis condemnationis medici con- 
demnati^ 

Tentatores puerorum et feminarum in detestando 

I. Le 1 6 mai 1461, le Conseil des Dix avait propose de 
punir les medecins et les barbiers qui, ayant donne leurs 
soins « alicui masculo vel femine in partem posteriorem, 
confractam per sodomiam, « ne les auraient pas denonces 
a la justice, d'une amende de rooo livres et de Texil . Mais 
le projet de loi fut rejete. Voir Lamansl^v : Secrets d'Etat de 
Venise, p. 693, note i. 



— i86 — 

vitio sodomie puniantur ad exilium vel carcerem, 
sicut Consilio X videbitur convenire qualitati sce- 
lerate tentationis quam fecerint. 

Collegium vero consilii decern deputatum super 
sodomitis teneatur et debeat se frequenter reducere 
in camera tormenti pro examinandis pueris patien- 
libus et sodomitis ac aliis, et pro inquirendo verita- 
tem, et tormentando et retineri faciendo, ut justitia 
habeat locum suum contra committentes tam ab- 
horrendum peccatum omnipotenti Deo infensum. 
Et quoniam Lucas Rosso, capitaneus Consilii 
decem, est senio confectus, ut possit bene fieri of- 
ficium et inquisitio predicta, captum sit quod elli- 
gatur alius capitaneus consilii decem cum salario 
ducatorum sex in mense solvendorum per officium 
salis, qui etiam habeat facere inquisitionem pre- 
dictam; et mortuo Luca Rosso succedat in ejus 
locum et cesset salarium dicti Luce; qui capita- 
neus modo eligendus habeat illos sotios qui sibi 
dabuntur per hoc ConsiHum, et habeat idem capi- 
taneus taleas sodomitarum quos per sua industria 
capiet^ que statute sunt per ordines nostros : et publi- 
cetur hec pars in primo majori consilio et in scalis 
Rivoalti. 

De parte 15. 

De non... i. 

Non sinceri.... o. 



- i87 - 

Publicata in majori Consilio et in scalis Rivoalti 
per Baptistam de Luca preconem. — 1500, xxx 
augusti publicata in majori Consilio \ » 

{Regist. 2-/, Misfi Cons, de X, 14c})- 14^8, c. 11 v. 
et 12 recto; p. 82 de Timp.). 

Capitulaire des Seigneurs de nuit au civil stir Jcs 
quartiers assignes aux proslituees. — 75? decembre 
149S. 

« Retulit Pasqualinus Petri, preco, de mandato 

r. L'ancienne legislation francaise punissait egalement les 
pederastes et les sodomites : la legislation moderne ne sevit 
contre les coupables que lorsqu'il y a eu attentat public a la 
pndnir, ou violence, ou attentat commis siir vn inineur. Les 
pederastes qui se recrutent particulierement dans la haute 
socieie, parmi les gens biases, ou dans la populace, parmi la 
basse crapule, sont assez nombreux a Paris, pour avoir pro- 
vcquc a la prefecture de police la creation d'une division, 
dirigee par un chef de bureau ayant sous ses ordres deux 
sous-chefs et une brigade d'agents charges de surveiller cette 
classe d'individus. Quant a la sodomie, frequemment prati- 
quee dans les menages pour empecher raccroissement de la 
lamillc et des charges qui en resultent, les peres jesuites lui 
ont ingenieusemenl substitue I'onanisme conjugal, ainsi qu'il 
resulte de la dissertation De onanisma conjugali faite en de- 
cembre 1869 pour le Concile oecumenique; piece publiee en 
partie et analysee par J. Wallon,/('jr«5 et les jesuites, '^. 282-?9i. 
Paris, 1879, I vol. in-i8. 



— i88 — 

spectabilium dominorum Capitum Sexteriorum in 
calli del figer (^Figher') alta e preconia voce procla- 
masse sub hac verborum forma, videlicet : Aldi da 
parte e de commandamento di Magnifici Signori 
Capi de Sestier, che tutte h meretrice habitante si al 
figer come in cadaun altro luogo in la isola di 
Rialto in termene de zorni do proximi futuri, debino 
vignir a presentarse al siio officio et darse in nota in 
pena de Lire 25 et de esser irustade, le qual non 
possi partirse de I'isola de Rialto, sidezormo come 
de nocte, senza licentia de li dicti signori Capi de 
sestier^ sotto le pene statuide ne li ordini de quelle 
meretrice stano et habitano in el Castelletto et 
postribulo de Rialto, le qual se intendano ad quella 
instesta condition. » 

(Capitolare de Sig. di notte al civil, c. 104 v.; 
p. 83 de I'imp.). 

Capitiilaire des Seigneurs de nuit au civil touchant 
les taverniers et autres gens « ayant affaire avec les 
prostituees. » — i^ decembre 14^8. 

« Die xviiii decembris 1498. 
« Retulit Pasqualinus Petri, preco, mandate spec- 
tabilium Dominorum Capitum Sexteriorum inpos- 
tribulis alta preconia ac intelligibili voce procla- 
masse sub hac verborum forma , videlicet : Aldi 



— 189 — 

da parte et de comandamento di magnifici Signori 
Capi de Sestier, che tutti li hosti tavarnieri et qua- 
lunque ultra persona sia de che sorte et condition 
esser se voglia che hanno afar con le meretrlce pnhlice 
stanno et habitano in insola de Rialto debino de mexe 
in mexe far far le sue raxon de quanto i dieno haver et 
presentar in I'officio suo cusi el dar come lo haver : 
el qual debito non possi excieder per cadaun mexe 
la summa de ducati do, segondo li ordini sopra de 
zo disponenti sotto le pene in quelli contegnude. » 

{CapitoJare de Sig. di Notte al Civil, c. loj r.; 
p. 83 de Timp.). 

Sentence rendue par le Conseil des Dix contre une 
prostituee tenant che^^ elk ecole de sodomie. — 
20 aout I J 00. 

« MCCCC. Die xxvi Aus:usti. In Consilio X 
cum additione. 

Ser Petrus Mauroceno ) Advocatores 

Ser Hieronymus Leono^ eques j Comunis. 

Si videtur vobis per ea que dicta et lecta sunt, 
quod procedatur contra Radani de ladra meretricem 
et rufianam , solitam habitare in cali a ponte ab arco 
tenendo et receptando feminas meretrices juvenes 
in domo sua, hortando et soUicitando illas ad sub- 
stenendum, sicut fecerunt, sodomitium in personis 



— 190 — 

earum, aliquam etiam ipsaram verberando propter 
hoc, ut est dictum. 

De parte 12. 

De non i. 

Non sinceri.... i. 

Ser Baldassar Trivisano ^j 

Ser Lucas Geno f^ .,. .. 

c T AT Consiharii. 

Ser Joannes Mauroceno i 

Ser Arimundus Bollani ; 

Ser Marcus de Molino ) Capita et Advocatores 

Ser Angelus Trivisano ) Comunis. 

Voluntquod ista Rada eras, post nonam, hora 
solita, imponatur super uno solario in una plata, 
cum qua a ponte pake per Canale Maius eundo 
conducatur usque ad Sanctam Crucem^ uno pre- 
cone ante ipsam, tarn per aquam quam per terram 
postea, ut infra clamante manifestum culpe sue : 
Et ab Sancta Cruce per terram super uno solario, 
sic quod videri ab omnibus possit, conducatur in 
medio duarum columnarum, ubi super uno solario 
caput sibi a spatulis amputetur sic quod moriatur, 
et corpus suum ibidem comburatur, sic quod in 
cineres revertatur. 

De parte 10. 

De non o. 

Non sinceri ... o. 



— 191 — 

Ser Antonius Tronus Consiliarius. Vult quod 
dicta Rada eras post nonam, hora solita, conducatur 
in medium duarum columnarum, ubi super uno 
solario caput a spatulis amputetur, sic quod mo- 
riatur, et corpus suum ibidem comburatur sic quod 
in cineres revertatur. 

De parte i. 

De non o. 

Non sinceri.... o. 

Ser Bartholomeus Victuri Caput. Vult quod 
ista Rada finiat vitam suam in carcere, et si quo 
tempore de carceribus aufugerit et capta fuerit tam 
hie Venetiis, quam ubique terrarum et locorum 
nostrorum^ conducatur hue Venetias et reponatur 
in carcere , et qui illam ceperint, habeant Hbras 
quingentas, et hoc totiens quotiens. 

De parte 2. 

De non o. 

Non sinceri.... i. 

Sentence rendu e par le Conscil des Dix centre des 
femmes qui s'etaient Jait sodomiser. — 26 aoiit 

IJOO. 

« Die dicto (xxvi Augusti 1500). 
Advocatores Comunis. 
Si videtur vobis, per ea que dicta et lecta sunt, 



— 192 — 

quod procedatur contra Angelam Grecam cognomi- 
natam Gaia pro his que habentur contra earn que 
fecerit se sodomitari in domo Radee de ladra inere- 
tricis rujfiane et consuluerit aliquara ex aliis mere- 
tricibus in eadem domo ad substinendum sodomi- 
cium pro captando maius lucrum, torturatam et 
non confessam, ut est dictum. 

De procedendo 5 8 

De non 3 3 

Non sinceri 3 3 

Volunt quod ista Angela eras imponatur super uno 
alio palo in ilia ipsa plata ubi erit Rada de ladra ad 
incuntrum illius, et postea ahSanctaCruce per terram 
pedes conducatur, et constituatur in platea Sancti 
Marci super uno palo ubi habebit decapitari Rada, 
super quo solario habeat stare sic, donee fuerit 
completa justitia contra Rada^n predictam, et postea 
baniatur per annos quatuor de Venetiis et districtu, 
et si fregerit confine et capta fuerit, fustigetur pro 
omni vice a sancto Marco usque Rivo altum,deinde 
remittatur ad banum, et qui illam ceperint, habeant 
libras centum solvendas per dominium, si ipsa non 
esset solvendo, et hoc totiens quotiens. 

De parte 10. 

Ser Antonius Tronus, Consiliarius; 
Ser Bartholomeus Victuri, Caput. 



— 193 — 
Vult quod baniatur in perpetuum de Venetiis et 
districtu, et si quo tempore contrafecerit banno et 
capta fuerit ponatur in carcere ubi habeat stare per 
annum unum, deinde remittatur ad banum, et hoc 
totiens quotiens : et qui eam ceperit habeat libras III, 
solvendas de denariis dominii nostri, si ipsa non 
foret solvendo. 

De parte 5. 

De non o. 

Non sine o. 

« MCCCC. Die xxvi. Augusti. 
Advocatores Comunis. 

Si videtur nobis per ea que dicta et lecta sunt, 
quod procedatur contra J fiam Furlanam, que con- 
fessa est quod in domo Rade de ladra et aHbi passa 
est sodomitium, ut est dictum. 
De procedendo... 11. 

De non 2. 

Non sinceri i. 

Die dicto. 
Ser Antonius Trono, Consiliarius. 
Capita et Advocatores Comunis. 
Volunt partem contra dicnm Anam que modo 
capta est contra Angelam Gaiam cum hac addi- 



— 194 — 
done : quod baniatur perpetuo ad confine sodo- 
mitarum. 

De parte 4. 

Ser Baldasar Trivisano 

Ser Lucas Geno 

Ser Joannes Mauroceno ) Consiliarii. 

Ser Petrus Contareno 

Ser Dominicus Bollani 

Volunt contra istam unam partem modo captam 
contra Angclam Gaiam cum hac additione : quod 
baniatur de Venetiis per annos octo cum penis et 
stricturis partis Angele Gaie. 

De parte 10. 

Non sinceri.... o. » 

(( Die XXVI Augusti. 

Advocatores Comunis. 

(( Quod auctoritate huius Consilii Marieta de 
Beretino nominata in constituto Anne nunc condem- 
nate, et ab ea inculpata quod in domo sua tenuerit 
scolam sodomitii hominum cum feminis debeat reti- 
neri, et per collegium deputatum examini debeat 
examinari et torturari pro habendaveritate, etcum 
eo quod habebitur veniatur ad hoc consilium : 
Verum si perquisita haberi non posset , publice 
proclametur in scalis Rivoalti cum termino dierum 



— 195 — 
octo ad quern si non comparuerit, procedatur contra 
ipsam, ejus absentia et contumatia non obstante. 

De parte lo. 

De non 3. 

Nonsinceri.... i. 
{Registro 28, Misti Cons, dc X. 14^(^-1^01. 
c. ios-6, p. 86 de Timp.) 

Articles nouveaux ajouies par le Couseil dcs Dix aux 
his exist ant contre les sodomites et les pederastes. 

« MCCCCC. Die xxvii Augusti. In Consilio X 
cum Additione, consulente Collegio. 

Ser Bartholomeus Victuri J ^ . 
Ser Angelus Trivisanus 7 

Majores nostri pleni sapientia et bonitate et re- 
verentialis timoris Dei, cognoscentes quantum 
spurcissimiim sceliis sodomie iuerit et esse posset pro- 
curativum ire Dei super civitatibus et populis, de 
tempore in tempus summo studio procurarunt et 
illas omnes pravisiones fecerunt que cognite et judicate 
fuerunt bene pertinentes ad extirpandum et exterminan- 
dum hoc maledictum peccatum ab hac civitate nostra, 
ut Dominus noster Jesus Christus dignaretur per 
suam clementiam et misericordiam protegere nos 
et statum nostrum ab omnibus contrariis : et quo- 



— 196 — 

niam pro quanto intelligitur et cognoscitur hie de- 
testandus actus non modo inter mares cum maribuSy 
verum etiam ad masculos cum feminis, quod detes- 
tabilius et summo Creator! nostro displicibilius est 
pervenit : et causa increment! tanti mali in utrisque 
certissime et indubitanter pervenit ex eo quoniam 
nulla lex, nuUus ordo reperitur per quam masculi 
vel femine pacientes sodomitium; illi videlicet qui 
sunt majores natu pari pena cum agentibus; et 
propterea conveniat super his de convenientia talis 
remedii providere; quod sit omnibus formidolosum 
et spaventosum et consequenter futurum quod 
homines non solum ab tam nefando facto sed etiam 
ab omni cogitatione tanti flagitii sint futuri absti- 
nentes, ea propter; 

Vadit pars, quod salvis et reservatis omnibus 
legibus et ordinibus contra sodomitas per hoc Con- 
silium statutis, que et qui presenti ordinamento 
non repugnarent, auctoritate hujus Consilii cap- 
tum, deliberatum et additum sit quod sequitur : de 
cetero, sive sit puer, sive sit juvenis, sive vir jam 
factus^ sive sit femina, accusabit capitibus hujus 
Consilii aliquem qui de cetero cum ipso sive cum 
ipsa usus fuisset et exercuisset in suam personam 
quoquomodo peccatum sodomie, sic quod per ejus 
accusationem Veritas habeatur, absolvatur ab omni 
pena in quam propterea incurrisset, sive incursa 



— 197 — 
fuisset, et habeat tdteriiis libras mille parvomm ex 
bonis delinqiientis , et si non haberet nnde solvere; in 
tali casu accusator sive accusatrix predicti habeant 
taleam statutam per ordinis hujus Consilii de ducatis 
JO et 2S per sodomitis condemnatis ad mortem vel in 
exilium, prout fuerint et teneantur de credentia. Et ad 
hanc ipsam conditionem et hoc ipsum beneficium 
absolutionis et talee pecuniarie suprascripte perve- 
niant illi quod sodomitium de cetero committerent 
cum aliquo masculo vel femina , qui vel que vo- 
luntarie substinuisset, et passus vel passa fuisset se 
sodomitari quoquomodo contra naturam, si accu- 
sabunt illos mares vel feminas qui vel que consen- 
sissent sodomitari ab ipso accusatore, sic quod 
Veritas, ut supra, habeatur et teneatur ut supra de 
credentia. 

Insuper captum et provisum sit : quod omnes 
illi tam masculi quam femine, qui vel que post hac 
erunt pacientes et voluntarie consentientes in pec- 
cato sodomie in personis eorum vel earum, si fue- 
runt masculi et erunt etatis annorum XX et abinde 
supra, si vero jemine etatis annorum XVIII et abinde 
supra, et confessi sive confesse fuerint peccatum 
suum, non possint minori pena puniri quam quod 
ipsis amputetur caput a spatulis et comburatur in 
medio duarum columnar um. Si vero dicti masculi 
et femine fuerint etatis minoris et inferioris jamdictis, 



— 198 — 

et confess! fuerint delictum, incunant penam hanni 
per ordines hiijus Consilii statutam contra sodomiias 
agenteSy que est perpetui exilii de Venetiis et districtu 
et de omnibus terris et Jocis dominii nostri a parte terre 
et a mintio et plavi citra; a parte vero maris ah quar- 
nario citra. Et quoniampJures sunt casus quam statuta 
ex nunc captum et statutum sit quod si videretur de 
dando predictis infradictas etates constitutis minuere 
penam, non possit poni consilio de afficiendo illosminori 
pena quam exilii de Venetiis et districtu, et ad confine 
sodomitarum per annos decent, vel ad standum per an- 
nos decent in carcere clatisi cum aliis penis et stricturis 
que viderent apponende pro ohedientia condemnationis 
que proponeretur. 

Ulterius si quis ab extra accusaverit de cetero 
agentes et pacientes suprascriptos sivesuprascriptas, 
sic quod per ejus accusationem Veritas habeatur, 
habeat libras 1500 solvendas de bonis delinquen- 
tium et si non haberint unde solvere, solvantur de 
pecuniis Dominii nostri. 

Captum insuper sit ex nunc : quod de cetero 
quando aliquis tam masculus quam femina retentus 
sive retenta fuerit vel fuerint, possit et debeat per 
deputatos coUegii sodomitarum per viam inquisi- 
tionis inquiri pro sciendo ab ipsis talibus retentis 
omnes illos alios cum quibus usi fuerint active vel 
passive vicium sodomie cum ipsis retentis tantum, 



— 199 — 
ut etiam contra illos tales possit fieri debita jus- 
titia. 

Tentatores vero mariiim et feminarium de sodomitio, 
et mediatores she me^^anos subjaceant legibus et or- 
(iinibus super hoc captis in hoc consilio que pariter 
cum ista publicentur in primo majori consilio et 
in scalis nostri Rivoalti, et omni anno tribus vicibus 
ad minus que publicata vel non^ nihilominus ha- 
beant et debeant contra culpabiles predictos invio- 
labiliter exequi. Etsecretariihujus eonsiliiteneantur 
et debeant sub debito juramento et privationis ab 
offitio commemorare capitibus hujus consilii qui 
per tempora fuerint publicationem ut supra scien- 
dam, de predictis et de dictis aliis ordinibus. 

De parte 3. 

De non i. 

Non sinceri.... o. 

Ser Dominicus Bollani, Consiliarius. 
Ser Marcus de Molino, Caput. 

Volunt partem suprascriptam in omnibus utjacet, 
salvo quod ubi per illam datur accusatori sive accu- 
satrici agenti vel patienti beneiicium librarum mille 
vcl statute talee, per ordines hujus Consilii pro 
sodomitis damnatis ad mortem vel in carcere vel 
in exilio, nolunt quod aliqui vel aliquaipsorum vel 
ipsarum habeant beneficium illud nisi absolutionis 



— 200 — 

tantum a pena et ubi per illam dicitur quod si quis 
ab extra accusabit agentes et pacientes suprascriptos 
sive SLiprascriptas habeat libras mille quingentas si 
per ejus accusationem Veritas habeatur, dicatur 
quod si quis ab extra accusabit agentes et patientes 
suprascriptos habeat pro sodomitis accusatis con- 
demnatis ad mortem ducatos centum et ducatos 
quinquaginta per illis qui condemnarentur in car- 
cere vel exilio solvendos ex bonis delinquentium, 
et si non haberent unde solvere, solvatur de pecu- 
niis Dominii nostri. Et ubi per illam datur pena 
patientibus, tam maribus quam feminis existen- 
tibus infra etatem minorem specificatam in ipsa 
parte, quod in casu minoritatis pene qui viderentur 
illis dande non possint puniri minori pena quam 
exilii vel carceris decennalis. Dicatur quod sit in 
libertate hujus consilii procedere contra istos ad 
illas penam vel penas que viderint etati et aliis cir- 
constantiis convenire*. 

De parte 8 lo. 

De non o o. 

Non sinceri. . . 5 5. 

{Registro 28 Misti Cons de X. 14^^-1 joi, c. 106 
verso e 10 j r., p. 89 de I'imp.) 

r. On lit en marge : « Die ^o uAiigusH presentata in Majori 
Consilio talea ducatorum 100 pro sodomitis damnatis ad mortem 



— 201 

Loi du Conseil des Dix sur les maquerelles livrant a la 
sodomie des jeunes filles dgees de moins de dou:(e ans. 

« MD. Die xxvij August! cum Collegio. 

Ser Bartholomeus Victuri \ 

Ser Marcus de Molino ( Capita. 

Ser Angelus Trivisano ) 

(( Occurrendum est de salubri remedio contra ea 

omnia que possent esse introductiva quoquo modo 

nefandi vitii sodomitici, et quoniam sunt multe Ru- 

fiane que in diversis locis hujus civitatis in earum 

domibus tenent puellas annorum septem, octo^ decern 

quas ponunt et tenent ad questuin, quod est summo 

Deo nostro displicibile et apud homines detesta- 

bile, et nuUatenus supportandum tarn pro reve- 

rentia Dei quam pro honore civitatis, ea propter : 

Vadit pars quod auctoritate hujus consihicaptum 

et provisum sit : Quod si aliqua meretrix sive rufiana 

tenehit de cetero aliquani puellam in domo, que sit 

annorum duodecim et abinde infra, incurrant irre- 

missibiUter penam frustigationis ab Sancto Marco 

ad Rivoaltum, et bullationis trium buUarum igni- 

tarum in fronte et genis apparentium, exequendam 

contra illas per dominos noctis, quibus observantia 

et pro damnatis ad carcerem et exilitim diicatorimi jo viodificata 
in ducatos 2$ die 26 julii IJ04 in lihro Rubeo, carta p. » 



— 202 — 

et executio presentis ordinis nostri sit commissa, 
et solvendi ulterius libras centum , quarum me- 
dietas sit Dominorum noctis, et alia medietas sit 
accusatoris vel inventoris ; et de predictis penis non 
possit contra facientibus fieri gratia per prefatos 
Dominos noctis et publicetur presens pars in scalis 
Rivoalti. 

De parte 15. 

De non.. i. 

Non sinceri.... o. 

« Missum fuit exemplum Dominis de nocte. 

« Die ultimo Augusti publicata per Mateum 
Theodori preconem. » 

{Registro 28 Misti Cons, de X, I4pp - ijoi . 
c. loj. r., p. 89 de Timp.) 

Arret du Conseil des Dix contre une jemme tenant che:^ 
elk ecole de sodomie. — 2/ septembre ijoo, 

« MCCCCC. Die xxv septembris. In Consilio 
Decem. 

Ser Petrus Mauroceno ) . , 

<:, TT- • T } Advocatores. 

ber Hieronimus Leono, eques ) 

« Si videbitur vobis per ea que dicta et lecta 
sunt , quod procedatur contra Marietam solitam 
stare ei habitare in una domo presbiteri Georgii de 
Pirano posita ad Sanctum Joannem et Paulum in 



Barbaria, absentem, sed legitime citatam in scalis 
nostris Rivoalti, que tenuit scolam sodomie homi- 
num cum feminis in domo sua, ut est dictum. 

De procedendo... ii. 

De non o. 

Non sinceri 2. 

Consiliarii, 

Capita et Advocatores 
volunt quod ista Marieta baniatur in perpetuum 
de Venetiis et districtu et de omnibus terris et locis 
nostris a parte terre a mintio et a plavi citra a parte 
vero maris ab quarnario citra. Et si quo tempore 
fregerit confinia et capta fuerit conducatur hue 
Venetias, ubi in medio duarum columnarum de- 
capitetur et corpus suum ibidem comburatur sic 
quod in cineres revertatur, et qui illam ceperint, 
habeant taleam statutam per ordines hujus consilii 
capientibus sodomitas condemnatos et ita publi- 
cetur in scalis Rivoalti. 

De parte 10. 

De non o. 

Non sinceri... 3. 
« Die 26 suprascripto publicata fuit perMatheum 
Theodori preconem. » 

(Registro 28, Misti Cons, de X, i4pp'i)0i, 
c. loS, p. 90 de I'imp.). 



204 — 



NOTES 



(^ Voir page 21 . ) 

Venise, par sa situation geographique et par rimmense 
commerce que ses negociants faisaient avec tout I'Orient 
des le vtii^ siecle % etait exposee, plus que tout autre ville 
d'Europe, a I'invasion de la peste et des autres epidemies qui 
regnaient en Asie ct en Afrique. Ravagee en 1347 par la 
peste noire qui lui enleva en six mois pres des deux tiers de 
ses habitants, Venise institua unc commission composee de 
trois patriciens, charges d'aviser aux mesures a prendre pour 
combattre le redoutable fleau. Ces trois magistrats prirent le 
nom de Savii alV apparire della peste ou Proi'veditori alia 
Sanila. En 1485, il leur fut adjoint trois autres patriciens avec 
le titre de Sopra Proi'veditoii alia Sanita (pavisores super 
santtatis), provediteurs a la sante. 

Leur juridiction qui s'etendait a tout ce qui interessait la 
sante publique, touchait, par suite, aux matieres les plus 
diverscs, telles que : alimentation, voirie, mendicite, mala- 
dies contagieuses, prostitution, etc. Exactement renseignes 
par les ambassadeurs, les consuls, les baillis du gouvernement 



1. Voir I'essai sulk relaiioni della repuhlica di J'cuciia coll' Orientc dc M. D.i 
Lago. Fehre, 1872, i vol. in-4 dc 72 pages. 



— 205 — 

sur toutes les maladies, quelle que lut leur nature ou leur 
gravite, qui existaient dans chacune des parties du monde, 
qu'elles sevissent sur I'homme, le betail ou les productions 
du sol, les Prov-veditori alia Sanita prenaient aussitot telles 
mesures qu'ils jugeaient a propos ; et par leur vigilance tou- 
jours en eveil, ils surent preserver le territoire de la Repu- 
blique des epidemies qui desolerent si souvent les autres 
Etats de I'ltalie, du xive au xV siecle. 

Nous extrayons du recueil manuscrit, intitule : Rtihrica 
delle Leggi del Magistrato EcceUentissimo alia Sanita, t. II, les 
ordonnances rendues par les provediteurs a la sante touchant 
les luoghi sospesi e rimessi a pratica (lieux interdits et rendus 
a la circulation), depuis I'annee 1493 jusqu'a I'annee 1300. 



Luoghi sospesi e rimessi a pratica. 

NoTATORio I, t. II, c. p t°. — Vietato a chiunque di questa 1 495 
Citta portarsi a Trento — Ke alcuno di quella possa trad- '^ '""'■ 
dursi in questa — In pena, etc. 

Id. — Similmente I'andare alia Fiera di Langan — Stante ^j """■ 
peste in Napoli — Partiti prima della presente non possano 
ritornar, se non dopo spirati giorni 40 da che partirono da 
essa Fiera. 

Id. — Permesso a chiunque il portarsi alia stessa. — Nel -^ '"'"• 
ritorno soggetti alia stessa condizione, 

C. 10. — Similmente li provenienti dal Perdon d'Assisi. — •'" /"'"'^'• 
Stante la Peste nella Romagna. 

Id. — Vietato il portarsi a Genova, Valenza e Costanti- ^7 ;"'//<•'• 
nopoli. — Similmente introdursi in questa Citta provenienti 
da Luoghi suddetti. 



— 206 



1494 

S juin. 
J- sepiemhrc. 

149) 

77 octobrc. 
20 octobrc. 
22 oiiobrc. 



Id. 

ij uovembre. 
2) tiovembrc. 



1497 
22 octobrc. 

26 octobrc. 



1498 
2 niars. 



7 viars. 

1499 
2} octobrc. 
I" fevricr. 



C. li). — A provenienti dalla Romagna innibito I'introd- 
dursi in questa citta. — Xon possano essere condolti da bar- 
caroli. — Ne alloggiati d'alcuno. — In pena, etc. 

C. 22. — Similmente li derrivanti dalla Villa Angorea 
ntl Territtorio Vicentino . 

C. 2). — Vietata I'introduzione in questa Citta a prove- 
nienti da Firenze, e Siena. 

C. 26. — Similmente da Trento. 

Id. — Persone provenienti da Siena, e Firenze esist^nti in 
questa Citta da giorni 20, partano nel termine di giorni uno 
{Vide Pt'sli]cn:[e) , 

Id., /". — Derrivanti dalla Fiera di Risano non possano 
ritornar in questa Dominante, se non dope mesi 2. — Dal 
giomo, che saranno partiti di cola. 

C. 28 t^. — Persone, e robbe, procedenti da diversi Luoghi 
della Turchia, non possano esser condotte in questa citta. 

Id. — Similmente dall' Alemagna, Vienna, Baviera, et 
altri Luoghi vicini. 

C. S4. ^^ — Come pure dal Ponte di Piave. 

C. ^j. — Provenienti da diverse Fiere, obbligati a giorni 
40 di contumacia. 

Id. — Sospesa la Citta di Gorizia. 

C. 56 t". — Provenienti da Lanzan soggetti a giorni 40 di 
contumacia . 

Id. — Da Trieste, e Firenze alia stessa condizione. 
C. SI t°. — Sospesa la Citta di Zara, e suo Terittorio. 

C. J5. — Similmente Citta di Pola, ScogUo di Brioni, e 
Lugnagnana per sospetti di morbo. 



— 207 — 

Id., t". — Innibito Tintrodursi in questa Citta a prove- i^oo 
niend di Zara, e sue Isole, — In pena a conduttori. etc. 29 mai. 
{Archivio di Statu in Venecia. Extrait de la RiihricadeUe Leggi 
del Magistrate Eccellentissinio alia Sanita, t II, fol. 209 r. et 
vsrso.) 

(Voir page .;o.) 

La description du costume des courtisanes empruntee a 
Vecellio, dont le recueil paiut en [390, concerue, a propre- 
ment parler, les courtisanes venitiennes de la seconde moitie 
du XVI* siecle. Mais, comme durant le xv° et le xvi^ siecle, la 
mode ne subit, dans I'habillement de ces dernieres, que des 
modifications de detail peu importantes, nous avons cru 
pouvoir citer le temoignage de Vecellio. en I'absencc d'autres 
documents plus anciens. 



(Voir page 41-) 

Nous voyons egalement le predicateur Farineri demander 
que les courtisanes aient un costume special qui les distingue 
des honnetes femmes, et qu'elles habitent des quartiers reti- 
res, sous la surveillance de la police. «... Et nota quod 
duplices sunt meretrices seu duplex est lupanar. Est lupanar 
secretum sicut in quibusdam locis sunt male mulieres mo- 
rantes inter honcstas et tale lupanar uon debet quoquo modo 
tolerari. Tum ne pauperes femine efficiantur male exemplo 
illarum dum enim bone pauperes vident illas infelices bene 
indutas, optime nutritas, a multis honoratas, etc.. Dicunt 
faciamus nobis amasios : nulla infamia erit nobis et bene 
erit corporibus nostris. Tum ne sacerdotes, religiosi homines 
maritati obediant carni dum tentabuntur, dicendo : possu- 



— 208 — 

mus satisfacere nostre libidini secrete sine nota infamie ' quod 
talis est pulchra meretrix et secreta. Tertio ne tales dum 
. erunt antique fiant ruffiane quia communiter que ribalde sunt 
vellent omnes tales fieri. Tales propterea istas rationcs et 
alias debent a civitate expelli... « Secundum lupanar est pu- 
blicum ubi sunt infames mulieres quas leges tolerant ad 
evitandum majora mala ut sodomiam, etc., quia aliqui taliter 
inflammali sunt quod nisi haberent mulieres facerent abbo- 
minabilius. . . unde Augustinus : Aufer meretrices de rebus 
humanis turbaveris omnia. . . non tamen approbantur verum 
imnio reprobantur. Patet quod hospitiolum earum debet esse 
seorsum a domibus honestarum personarum. Et debent por- 
tare signum publicum ut ab omnibus cognite vitentur. . . . 
In statutis Sabaudie ordinatum est quod portent duo cornua 
supra caput longitudinis quodlibetunius palmi , tanquam 
similes bestiis -... « fol. 32 verso. 

Sermones viginti et iinus de peccatis apprime utiles fratris 
Anthonii Farinerii ordinis viinorum exceUentissimi quondam 
verhi divini declamatoris . . , Lugduni, i$i8, in-8 goth. 

1. « Et ce n'est pas pecher que pccher en silence, » 
dira Tartuffe, reproduisant I'aphorisme de Macette : 

(1 Le peche que Von cache est dcmi parJoime. » 

(Regnier, sat. XIII.) 

2. Une ordonnance de police non moins curieuse, prise centre les prosti- 
tuees, est celle de la ville de Montlugon, en date du 27 septercbre 1498. En 
vertu de cette ordonnance, les prostituees de Monilu^on etaient condamnees a 
payer une amende de quatre deniers, ou a a Idcher tin pet n sur le pont de 
ladite ville. Voici le texte de ce document : « ... Item et in super filia com • 
muni, sexus videlicet viriles quoscumque cognoscente, de novo in Villa Mon- 
lislucii eveniente, quatuor denarios semel aut unum bombum, sive vulgariter 
WW pet, super pontem de Castro Montislucii solvendum, » (Delamarre, Traite 
de la Police, t. I, liv. Ill, tit. V, p 49", ) 



ERRATA 



Page s, ligne i, meudiant, Wstz mendiant . 

— » — 12, doiis, lisez dans, 

— 6 — 24, maladies naturelles, /I'j^r maladies des parties naturelles. 
25 — 16 (^noto), maudUa,\\stzinaudita. 

— 27 — I ("note), Giucciardini, Ust\ Guicciardini. 
34 — I), il faut observer, lisei il faut remarquer. 

41 — J (note), vetus d'habits jaunes, lise\\hi\i.s de jaune. 

— 44 — iS, les delices, lisez ses delicfs, 

— S2 — 21, aboie a, //Ve;; aboie apres. 

— 107 — I (note), infestait, //ie^ infectait. 

— 108 — 5 (note), ntider, lisez nuper, 

— 109 — 9 (note), sine, lisez sivc, 

— „ — 12 (note), utriiisqtu^ lisez utriusque. 

— 119 — 17. qu'il est, lisez qui est. 

— y, — 20, conseils, lisez conseil. 

_ 121 — 6 (note), d'Angleterre ; /iV- d'Angleterre,. 

— 127 — 14 (note), Prologne, lise^ Prologue. 

— i-y — 5 (^note), faut'il voir, lisez faul-il y voir. 



TABLE 



Pages. 

Preface v 

Chapitre premier i 

Chapitre second 25 

Chapitre troisieme 71 

Chapitre quatrieme 108 

Appendicc - 143 



Acheve d'imprimer 
le IS Janvier iSS6 

par 

A. BURDIN ET C*" 

A ANGERS 
pour 

MM. MARPON ET FLAMMARION 

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