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http://www.archive.org/details/lemnestrel28pari 



LE 



MÉNESTREL 



JOURNAL 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



TABLETTES 

DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



28 me ANNEE. — 1860-1861. 



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TABLE 



JOURNAL LE MÉNESTREL. 



28™ ANNEE. - 1860-1861. 



TEXTE. 



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T»o t. — 2 décembre 1S60. — Pages 1 à 8. 

I L'opéra-comique , ses chanteurs et ses divers théâ- 
tres : De la Barde , Martini, Piccini ( 15» article ) . 
L. Meneau. — H. Acte de baptême de Dell» Maria. 
— III. Académie impériale de Musique : le Papil- 
lon, ballet en deux actes, première représentation. 
3. Lovy.— IV. Tablettes du pianiste et du chan- 
teur : De l'accentuation considérée dans ses rapports 
avec la sonorité, le rhythme et la mesure (1 er arti- 
de). Marmontel. — V. Etudes sur la chanson po- 
pulaire en France : Chansons historique-- et descripti- 
ves (10= etdernier chapitre). J.-B. WékïRLIK.— VI. 
Nouvelles et Annonces. 

J.Î.-9 décembre 1860. — De 9 à 16. 
I L'opéra-comique, ses chanteurs et ses dive'S théâ- 
tres : Gossec et Catel (16 e article). L. Meneau. — II. 
Opéra-Comique : première représentation de l'E- 
ventail. — Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur : De l'accentua- 
tion considérée dans ses rapports avec la sonorité, 
le rhythme et la mesure (suite et lin). Maruontel. 
— • IV. La session du Congrès pour la restauration 
du plain-chant et de la musique d'église. J. d'Or- 

tigue V. Monument de Cheruhini — VI. Saison 

,l e pjjce. — VII. Nouvelles et Annonces. 

IV» 3. — 16 décembre 1860. — De 17 à 24. 

I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâ- 
tres: Nicolo, Méhul (17 e article). L. Meneau. — II. Se- 
maine théâtrale. J. Lovy. — III. Tablettes du pia- 
niste et du chanteur : De la mesure. Paul Bernard. 

— IV Bal annuel des artistes de l'Opéra. G. Ber- 
trand. — V. Théâtre-Italien : Concert de J.-B. 
Wékerlin.— VI. Nouvelles et Annonces. 

IV» 4. — 23 décembre 1860. — De 25 à 32. 
I L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâ- 
tres : Méhul {suite et fin) 18 e article. L. Meneau — 
IL Théâtre-Lyrique : les Pécheurs de Cutané, de 
M.Aimé Madlart, première représentation. J. Lovy. 

— III. Tablettes du pianiste et du chanteur : Le 
Conservatoire de Paris et les Conservatoires de pro- 
vince (1" article). G. Bénédit.— IV. Théâtre-Italien: 
les Poèmes de la Mer, ode symphonique de J.-B. 
Wékerlin, première audition. Léon Gatayes. — 
V. Semaine théâtrale. — VI. Nouvelles et Annon- 
ces. 

IV» 5. — 30 décembre 1860. — De 33 â 40. 

1 L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâ- 
tres- Chérubini et Onslow (19 e article). L. Me- 
neau.— II. Théâtre de l'Opéra-Comique : première 
représentation de Barkouf. J. Lovv. —III. Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur : Le. Conservatoire 
de Paris et les Conservatoires de province (2 e arli- 
" •âtralc.J.LovY. 



cle). G. Bénédit.— IV. Semaine théâtre 
V. Nouvelles et Annonces. 

IV» a. — 6 janvier 1861 . — I 



I L opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâ- 
tres : Lesueur (20= article,. L. Meneau. — IL Se- 
maine théâtrale. J. Lovy. — III. Bouffes-Parisiens : 
première représentation du Mari sans le savoir. .1.- 
L Heugel.— IV. Tablettes du pianiste et du chan- 
teur : Le Conservatoire de Paris et les Conserva- 
toires de province {suite et fin). G. Bénédit. —V. 
La nouvelle salle de l'Opéra. Concours. —VI. Nou- 
velles et Annonces. 



.\° s. 



- 13 janvier 1861. — De 49 à DO. 



I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâ- 
tres: Bertnn 121- article). L. Meneau.— II. Semaine 
théâtrale. J.-L. Heucei.. — III. Bouffes-Parisiens : 
première représentation de la Chanson de Far- 
tunio, débuts de M»« Pfotzer. .1. Lovv. — IV. Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur : Bilan lyrique 
de l'année 1860. — V. Nouvelles et Annonces. 



IV» t*. — 20 janvier 1861 . — De 57 à 64. 

I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâ- 
tres : Kreutzer (22» article). L. Meneau. — II. 
Théâtre-llalien : Un Bal/o in maschera, de Verdi, 
première représentation. J. Lovy. — III. Théâtre- 
Lyrique : la Madone, de M. Carmouche, musique de 
Louis Lacombe. J.-L. Heugel. — IV. Semaine théâ- 
trale. J. Lovy. — V. Bilan mortuaire de Tannée 
1860. — VI. Le nouveau Théâtre-Lyrique. — VU. 
Premier concert du Conservatoire. E. Vif.l. — VIII. 
Nouvelles, Concerts et Soirées, Annonces. 



m» ». - 27 ja 



1861. — De 65 â 72. 



I ; L'opéra-comique, ses compositeurs, ses chanteurs et 
ses divers théâtres : compositeurs secondaires de la 
République et du premier Empire (23 e article). 
L. Ment.au. — IL Semaine théâtrale. J. Lovy. — 
III. Tablettes du pianiste et du chanteur : Préface 
aux douze transcriptions concertantes des chefs- 
d'œuvre des grands maîtres, avec introduction par 
Ajiédée Mereaux. J.-L. Heugel. — IV. Petite chro- 
nique : l'Orgue de Barbarie et la commission de sa- 
lubrité musicale. Malliot. — V. Nouvelles, Soirées 
et Concerts, Annonces. 

IV» IO. — 3 février 1861. — De 73 à 80. 

I. L'opéra-comique, ses compositeurs, ses chanteurs 
et ses divers théâtres : compositeurs secondaires de 
la République et du premier Empire (24 e article, 
suite et fin). L. Meneau. — II. Semaine théâtrale. 
J. Lovy.— 111. Tablettes dupianiste et du chanteur: 
Schulhoff et ses œuvres. Marmontel. — IV. Deuxiè- 
me concert du Conservatoire Ed. Viel. — V. De la 
musique de chambre. F. Halévy. — VI. Petite chro- 
nique : La musique chinoise. Paul d'Ivoy. — VII. 
Nouvelles, Soirées et Concerts, Nécrologie, Annonces. 

IV° M. — 10 février 1861. — De SI à 88. 

I. Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : première re- 
présentation de la Circassieune, de MM. Scribe et- 
Auber. J.-L. Heugel.— II. Théâtre-Lyrique : pre- 
mière représentation de Madame Grégoire, de 
MM. Scribe et Clapisson. Paul Bernard. — III. Se- 
maine théâtrale. J.-L. Heugel. — IV. Nouvelles, 
Soirées et Concerts, Annonces. 



ïli» 13. 



-17 février 1861. —De 89 à 96. 



I. L'opéra-comique , ses compositeurs, ses chanteurs 
et ses divers théâtres : c mpositeurs de la Républi- 
que et du premier Empire : Boïeldieu (25 e article). 
L. Meneau. — IL Semaine théâtrale. J.-L. Heugel. 

— III. Tablettes du pianiste et du chanteur : J. 
Schulhoff, notice biographique, deuxième concert. 
J.-L. Heugel. — IV. Troisième concert du Conserva- 
toire. Ed. Viel. — V. Nécrologie. — VI. Nouvelles, 
Soirées et Concerts, Annonces. 

IV» 13. — 24 février 1861. — De 97 â 104. 

I. L'opéra-comique, ses compositeurs , ses chanteurs 
et ses divers théâtres : composit s de la Républi- 
que et du premier Empire : Boïeldieu (26 e article), 
'suite et fin). L. Meneau. — II. Semaine théâtrale : 
Eugène Scribe, nécrologie. J. Lovv.— III. Tablettes 
du pianiste et du chanteur : A propos d'une sonate 
de Henri Herz. Paul Bernard. — IV. Petite chro- 
nique : Les droits d'auteur d'autrefois.— V. Nou- 
velles, Soirées et Concerts, Nécrologie, Annonces. 
IV» 14. — 3 mars 1861. — De 105 â 112. „ 

I L'opéra-comiquc, ses compositeurs, ses chanteurs et 

' ses divers théâtres : compositeurs de la République 

cl. du premier Empire: Adolphe Adam (27= article). 

L Meneau. — IL Semaine théâtrale. J.-L. Heugel. 

— III. Tablettes du pianiste et du chanteur : Au- 
dition des Uniiiimitruscs, nouvelles éludes d'Henri 
Ravina Léon Gatayes. — IV. Quatrième concert 
du Conservatoire et audition des œuvres de Léon 
Kreutzer. Ed. Viel. — V. Les œuvres posthumes 
d'Eugène Scribe et le Domino noir â Londres. — 
VI. Hommage hongrois àHeetor Berlioz.— VIL Nou- 
velles, Soirées et Concerts, Annonce-, 



IV» 15. —10 mars 1861. —De 113 â 120. 
I. L'opéra-comique, ses compositeurs, ses chanteurs et 
ses divers théâtres : Adolphe Adam (sv.ite et fin, 28= 
article). L. Meneau, — II. Semaine théâtrale. J. Lo- 
vy. — III. Théâtre de l'Opéra-Comique : première 
représentation du Jardinier galant. A. Dureau. — 
IV. Nouvelles, Soirées et Concerts, Annonces. 

IV» iffi.— 17 mars 1861.— De 121 à 128. 
1. Académie impériale de Musique : Tannhauser de 
Richard Wagner ; impression de la première soirée. 
J.-L. Heugel. — II. Tablettes du pianiste et du 
chanteur : le Laryngoscope, ou Miroir de la voix, 
par Manuel Garcia. j.-L. Heugel. — 111. Troisième 
et quatrième théâtre lyrique : premières représen- 
tations des Deux Cadis et de la Servante à Nico- 
las. J. Lovy. — IV. Nouvelles, Soirées et Concerts, 
Annonces. 

IV» 19 . — 24 mars 1861 . — De 129 â 136. 
1. Tannhauser. Le système et la partition de M. Ri- 
chard Wagner. Paul Bernard.— IL Théâtre de Fu- 
péra-Comique : première représenlation de Maître 
Claude. J. Lovv. — III. Tablettes du pianiste et du 
chanteur : Audition de l'Ecole chantante de Félix 
Godefroid. Léon Gatayes. — IV. Semaine théâtrale. 
J.Lovy. — V. Nécrologie : L. Niedermeyer. J. d'Or- 
tigue. — VI. Nouvelles, Soirées et Concerts, Annon- 

IV» as. — 31 mars 1861 . — De 137 à 144. 
I. Académie impériale de musique: Concert de Féli- 
cien David ; troisième soirée du Tannhauser ; pre- 
mière représentation de Graziosa. Paul Bernard. 

— II. Troisième et quatrième théâtre lyrique : Re- 
prise de Gil Blas ; première représentation du Pont 
des Soupirs. J. Lovy. — III. Nouvelles, Soirées et 
Concerts, Annonces. 

IV» 10. — 7 avril 1861. — De 145 à 152. 

I. L'opéra-cotnique, ses compositeurs, ses chanteurs et 
ses divers théâtres : Hérold (29 e article). L. Meneau. 

— II. Tablettes du pianiste et du chanteur : La 
Semaine Sainte et le Stabat Mater de Bossini. J.- 
L. Heugel. — III. Concerts spirituels du Conserva- 
toire. E. Viel. — IV. Semaine théâtrale. J. Lovy. — 
V. Nouvelles, Soirées et Concerts, Annonces. 

IV" ÏO. —14 avril 1861. — De 153 à 160. 

1. L'opéra-comique, sa naissance, ses progrès et sa 
trop grande extension : Conclusion (30 e et dernier 
article). L. Meneau. — 11. Théâtre-Lyrique : pre- 
mière représentation de la Statue, opéra en trois 
actes de M. Ernest Beyer. J. Lovy. — III. Semaine 
théâtrale. J.-L. Heugel. — IV. Opéra-Comique: 
première représentation de Royal-Cravate. J. Lovy. 

— V. La Société des concerts et Hector Berlioz. E. 
Viel. -*■ VI. Nouvelles, Soirées et Concerts, An- 
nonces. 

IV» Si. — 21 avril 1861. — De 161 à 168. 
I. Méhul et ses œuvres (l tr article). P. -A. Vieillard. 

— II. Semaine théâtrale. J.-L. Heugel et J. Lovv. 

— III. La Société des jeunes artistes et M. Pasde- 
loup. J. Lovy. — IV. Petite chronique : Un Musée 
d'instruments de musique au Conservatoire. — V. 
Nouvelles, Soirées et Concerts, Annonces. 

IV» Sï. — 28 avril 1861 . — De 169 à 176. 

I. Méhul et ses œuvres (2 e article). P.-A. Vieillard. 

— II. Semaine théâtrale. .1. Lovy. — III. Recher- 
ches sur les premiers concerts donnés â Paris. Gus- 
tave Bertrand. — IV. Nouvelles, Soirées et Con- 
certs, Annonces. 



ni" 23. 



mai 1861. — De 177 â 184. 



1. Méhul et ses œuvres (3 e article). P.-A. Vieillard. 
— 11. Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : pre- 
mière représentation de Salvator Bosa, opéra en 
trois actes de M. Duprato. J. Lovv. — 111. Dernier 
concert du Conservatoire. Ed. Viel. — IV. Petite 
chronique : une vente d'autographes. A. Dureau. — 
V. Nouvelles, Soirées et Concerts, Annonces. 



7B* s*. — 12 mai 1861. — De 185 à 192. 

L Théâtre-Lyrique. Bénéfice de M. Batlaille : première 
représentation de l'opéra bouffe de M. le prince Po- 
niatowski : Au travers du mur: les troisièmes actes 
â'Armide et do la Sonnambula. J.-L. Heugel. — 
II. Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. Collection 
complète des chansons de Gustave Nadaud. Paul 
Bernard. — IV. Nouvelles, Soirées et Concerts, An- 
nonces. 

N'îS. —19 mai 1361. — De 193 à 200. 

I. Méhul et ses œuvres (I e article). P. -A. Vieillard. 

— II. Semaine théâtrale : l'Opéra et le Théâtre-Ita- 
lien. J.-L. Heugel. — III. Tablettes du pianiste et 
du chanteur : M me Pauline Viardot et son Ecole 
classique du Chant. J.-L. Heugel. — IV. Théâtre 
de l'Opéra-Comique : première représentation de 
Sylvio-Sylvia. — Théâtre-Lyrique : première re- 
présentation du Buisson vert. J. Lovy. — V. Nou- 
velles et Annonces. 

N° î« . — 26 mat 1861 . — De 201 à 208 . 

I. Méhul et ses œuvres (5 e article). P.-À. Vieillard. 

— II. Semaine théâtrale. J. Lovy.— III. Tablettes 
du pianiste et du chanteur : M me Pauline Viardot 
et son École classique du Chant (2e article). J.-L. 
Heugel. — IV. Petite chronique : Le diapason 
normal anglais. — Les appointements de l'ancien 
Opéra. — V. Nouvelles et Annonces. 

W D 39. — 2 juin 1861. — De 209 à 216. 

1. Méhul et ses œuvres (6 e et dernier article). P.-A 
Vieillard. — IL Semaine théâtrale : premières re- 
présentations du Marché des Innocents et de la 
Beauté du Diable. J. Lovy. — III. Tablettes du 
pianiste et du chanteur : Chopin et ses œuvres (1 er 
article). H. Barbedette. — IV. Nouvelles et An- 

IV* sa. _ 9 juin 1861 . — De 217 à 224. 

I. Méhul et ses œuvres : bibliographie. Dense-Baron. 

— II. Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. Tablettes 
du pianiste et du chanteur : Chopin et ses œuvres 
(2 B article). IL Barbedette. — IV. Festival rhénan. 

— V. Un quatuor d'amateurs (1 er article). J. d'Or- 
tigue. — VI. Nouvelles et Annonces. 



Iï° «0. 



16 juin 1S61 . — De 225 à 232 . 



I. Histoire de la musique en France, depuis les temps 
les plus reculés jusqu'à nos jours, par Cil. Poisot. 
Paul Bernard. — IL Semaine théâtrale. J. Lovy. 

— Hï. Tablettes du pianiste et du chanteur ; Cho- 
pin et ses œuvres (3 e article). IL Barbedette. — 

IV. Un quatuor d'amateurs (2 e article). J. d'Orti- 
gue. — V. Petite chronique : Les derniers moments 
de Haydn. — VI. Nouvelles et Annonces. 

IV 30. — 23 juin 1861. — De 233 à, 240. 

I. Le Théâtre et la Musique au Salon de 1S61 (1er ar- 
ticle). Gustave Bertrand. — IL Théâtre impérial de 
l'Opéra-Comique : première représentation de Ma- 
rianne. J. Lovy.— III. Semaine théâtrale. J. Lovy. 

— IV. Tablettes du pianiste et du chanteur : Cho- 
pin et ses œuvres (4* article). H. Barbedette. — 

V. Nouvelles. — Nécrologie. — Publications musi- 
cales. L. d'Aubigny. 

M'Sl.- 30 juin 1861 . — De 241 à 248 . 

I. Le Théâtre et la Musique au Salon de 1861 (2« ar- 
ticle). Gustave Bertrand. — II. Semaine théâtrale. 
J. Lovy. — III. Tablettes du pianiste et du chan- 
teur : Chopin et ses œuvres (5 e article}. H. Barbe- 
dette. — IV. Les diapasons, de 1680 à 1859. — 
V. Un quatuor d'amateurs (3 e article, fin). J. d'Or- 
tigge. — VI. Nouvelles. — VIL Etudes pratiques 
de style. Léon Gatayes. 

I¥° 3«. — 7 juillet 1861. — De 249 à 256. 

I. Le théâtre et la musique au salon de 1861 {3* et 
dernier article). Gustave Bertrand. — IL Séances 
annuelles de l'Orphéon. J. D'Ortigue. — III. Ta- 
blettes du pianiste et du chumeur : Chopin et ses 
œuvres (6 e article). H. Barbedette. — IV. Semaine 
théâtrale. J. Lovy. — V. Nouvelles. 

IM° 33. — 14 juillet 1861. — De 257 à 264. 

I. Le Tanahanser désavoué par l'esthétique alleman- 
de. — II. Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur : Chopin et ses 
œuvres (7 u et dernier article). H. Barbedette. — 
IV. La salle d'asile de Maisons-Laffitte, concert au 
château. J.-L. Heugel. — V. Petite chronique : 
Haydn, côté comique de l'artiste. — VI. Nouvelles 
et Aononces. 



\»W.- 21 juillet lSCt. — De 265 à 272. 

I. La nouvelle salle de l'Opéra (1 er article). Tu. Gras- 
set.— II. Semaine théâtrale. J. Lovy.— III Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur : Encore Frédé- 
ric Chopin. J. d'Ortigue. — IV. Concours du Con- 
servatoire. — V. Nouvelles et Annonces. 

IV« 35. — 28 juillet 1861. —De 273 à 280. 

I. La nouvelle salle de l'Opéra (suite et fin). Th. 
Grasset. — Il Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. 
Tablettes du pianiste et du chanteur : Mozart et 
ses œuvres (1 er article) Denne-Baron. — IV. Con- 
cours du Conservatoire. — V. Concours île musique 
religieuse. — VI. Nouvelles et Annonces. 



:*<> 36. — i , 



ùtlS6l. - De 281 k 288. 



I. Concours du Conservatoire et distribution des prix 
de l'Ecole de musique religieuse de Paris. J.-L. 
Heugel. — II. Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. 
Tablettes du pianiste et du chanteur: Mozart et 
ses œuvres (2 e article). Denne-Baron. — IV. Nou- 
velles et Annonces. 

]\">33. — 11 août 1861. —De 289 à 296. 

I. Distribution des prix du Conservatoire impérial de 
musique et de déclamation J.-L. Heugel. — IL Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur : Mozart et ses 
œuvres (3 e article). Denne-Baron. — III. Semaine 
théâtrale. J. Lovy — IV. Nouvelles et Annonces. 

W°3S. —18 août 1861. —De 297 à 304. 

L Exposition de l'industrie à Marseille : les pianos 
(l tr article). G. Bénédit.— IL Semaine théâtrale. 
J. Lovy. — III. Tablettes du pianiste et du chan- 
teur: Mozart et ses œuvres (4 e article). Denne-Ba- 
ron. — IV. Festival de Caen : Concours d'orphéons 
et de musiques militaires. J. Lovy. — V. Petite 
chronique : Matrimoniomanie. — VI. Concert de 
bienfaisance du 16 e arrondissement. — VI. Nou- 
velles et Annonces. 

HT» 39. — 25 août 1861. —De 305 à 312. 

1. Exposition de l'industrie à Marseille : les orgues, 
violons et violoncelles (2 e article). G. Bénédit. ■ — 
IL Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. Tablettes du 
pianiste et du chanteur : Mozart et ses œuvres (5 e 
et dernier article;. Denne-Baron. — IV. Petite 
chronique : l'Angleterre, pays musical. — V. Nou- 
velles et Annonces. 

I¥° 4G. — !" septembre 1861.— De 313 à 320. 

L Exposition de l'industrie à Marseille : encore les 
violons et les instruments de cuivre (3 e et dernier 
article"). G. Bénédit. — IL Semaine théâtrale. J. 
Lovy. — III. Table/tes du pianiste et du chanteur : 
Souvenirs du théâtre (de la fin du xvme siècle jus- 
qu'en 1830). M™ Scio. P.-A. Vieillard.— IV. Pe- 
tite chronique : Plaisanteries musicales de Porpora. 

— V. Nouvelles et Annonces. 

ni. — 8 septembre 1861. — De 321 à 328. 

I. Les Métaux chanteurs. — IL Semaine Ihéâtrale. J. 
Lovy. — III. La prochaine saison du Théâtre-Ita- 
lien. — IV. Tablettes du pianiste et du chanteur : 
Souvenir* du théâtre (de la fln du xvm c siècle jus- 
qu'en 1830), M" ,e Scio (2e artirle). P -A. Vieillard. 

— V. Concert d'exposition à Nantes. — VI. Peljte 
chronique : Le Boulevnrt des Italiens. — VII. Nou- 
velles, Nécrologie et Annonces. 

W 4Z. — 15 septembre 1861. — De 329 à 336. 

I. Première Lettre d'un bibliophile musicien. J. d'Or- 
tigue. — IL Semaine théâtrale. J. Lovy.— III. Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur : Souvenirs du 
théâtre (de la fin du xvm e siècle jusqu'en 1830), 
M me Scio (3 e et dernier article). P.-A. Vieillard. — 
IV. Le quartier du nouvel Opéra. — V. Nouvelles, 
Nécrologie et Annonces. 

ï\-° 43. — 22 septembre 1861. — De 337 à 344. 

L Deuxième Lettre d'un bibliophile musicien. J. d'Or- 
tigue. — IL Tablettes du pianiste et du chanteur: 
De l'Origine du piano. A. Ungeret et J.-L. Heugel. 

— III. Semaine théâtrale. J. Lovy. — IV. Théâtre 
des Bouffés-Parisiens: l re représentation de M . Chou- 
fleur}] restera chez lui le... J. Lovy. — V. l r - re- 
présentation de la Lionne de Trouvilte. Le mar- 
quis de Lassay. — VI. Nouvelles, Nécrologie et An- 
nonces. 



N° 44. —29 septembre 1861. — De 345 à 352. 

I. La nouvelle salle de l'Opéra. E.— II. Semaine théâ- 
trale. J. Lovy. — III. Lu Lionne de Trouville (suite 
et lin). Marquis de Lassay.— IV. Tablettes du pia- 
niste et du chanteur: Perfectionnements apportés 
dans le mécanisme du piano par les Érard. — 
V. Inauguration de l'orgue d'accompagnement de 
la cathédrale de Bayeux. — VI. Nouvelles, Nécro- 
logie et Annonces. 

lï° 4&. — 6 octobre 1861. — De 353 à 360. 

I. Kéouvcrture du Théâtre-Italien : // matrimonio 
segreto. Paul Bernard. — 11. Bentiée de Boger à 
l'Opéra-Comique et débuts de M l,e Cico dans les 
Mousquetaires de la Reine. J. Lovy. — 111. Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur; Perfectionne- 
ments apportés dans le mécanisme des pianos par les 
Erard (2 e article). — IV. Les orgues du Palais-Du- 
cal de Bruxelles. — V. Petite chronique : Lafont et 
Paganini. — Etonnants effets de quelques instru- 
ments. — VI. Le monument de Cherubini. — 'VIL 
Nouvelles, Nécrologie et Annonces. 

IV» «16. - 13 octobre 1861. — De 361 â 36S. 

I. Troisième Lettre d'un bibliophile musicien. J. d'Or- 
tigue. — IL Théâtres lyriques. J. Lovy. — 111. Ta- 
blettes du pianiste et du chanteur: Notice sur les 
travaux de MM. Erard (3 e article). — IV. Nouvelles 
et Annonces. 



n° 47. 



■ 20 octobre 1861. — Du 36! > à 376. 



I. Souvenirs de théàlre: Vicissitudes d'un librettiste 
de l'ancien Opéra. P.-A. Vieillard. — IL Semaine 
théâtrale. J.Lovy. — 1(1. Tablettes du pianiste et 
du chanteur: Notice sur les travaux de MM. Erard 
(4 e article). — IV. Nouvelles et Annonces. 

M°l§. — 27 octobre 1861. — De 377 à 384. 

I. Souvenirs de théâtre : Vicissitudes d'un librettiste 
de l'ancien Opéra (suite et fin]. P-A. Vieillard. — 
II. Semaine lyrique: l re représentation de YAlceste 
de Gluck à l'Opéra ; l ,e représentation du Neveu de 
Gulliver au Théâtre-Lyrique. J. Lovy.— III. Lettres 
d'un Bibliophile musicien : Rectification. A. Bu- 
reau. — IV. Petite chronique : L'Emir Abd-el-Ka- 
der. — Musique des Bédouins. — V. Nouvelles 
et Annonces. 

IV" 49. — 3 novembre 1861. — De 385 à 392. 

I. Concerts populaires de musique classique. Amédée 
Mèreaux. — II. Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. 
Tablettes du pianiste et du chanteur: Notice sur 
les travaux de MM. Erard (5° article). — IV. Un 
nouvel organiste. Paul Bernard. — V. Petite chro- 
nique : Sociétés musicales de la Belgique. Dillé- 
rentes manières d'écouter la musique. — VI. Nou- 
velles et Annonces. 



W° 50. 



• 10 novembre 1861.— De 393 à 400. 



I. Gluck -. partition tVAlceste. Paul Bernard. — II. 
Semaine théâtrale : Débutsde M. Faure dans Guil- 
laume Tell, reprises de Don Pasquale, de la Sirène, 
de Jaguaritael du Pont des soupirs. J. Lovy. — 

III. Tablettes du pianiste et du chanteur: Notice 
sur les travaux de MM. Erard ; rapport de S. Thal- 
berg (6 m - et dernier article). — IV. l'été patronale de" 
Saint-Eustache; messe en musique de M. F. Beuoist. 
Paul Bernard. —V. M me Duprez-Vandenheuvel au 
Théâtre-Boyal d'Anvers. — VI. Nouvelles et An- 
nonces. 

HT sa. — 17 novembre 1861. — De 401 à 408. 

I.'Quatrième Lettre d'un bibliophile musicien. J. d'Or- 
tigue. — II. Semaine théâtrale : Guillaume Tell, 
M. Dulaurens; reprise de Jaguarita. J. Lovy. — 
Tablettes du pianiste et du chanteur: Deux lettres 
de Mendelssohn-Bartholdy. — IV. Variétés : Une 
vente d'Autographes. A. Dureau. — V. Nouvelles 
et Annonces. 

N° SS. — 24 novembre 1860. — De 409 à 416. 

I. Premières représentations de la semaine : L'Etoile 
de Messine , Rigoletto, le Café du Roi, la Fête des 
Gondoles, On ne badine pas avec l'amour et Nos 
Intimes. J. Lovy. — IL Tablettes du pianiste et du 
chanteur: Deux autres lettres de Mendelssohn-Bar- 
tholdy; Paris et Londres. — III. Variétés: Une 
vente d'autographes (suite et fin). A. Dureau. — 

IV. Petite chronique : Lablache à vingt-trois ans. — 

V. Nouvelles et Annonces. 



FIN DE LA TABLE TEXTE. 



TABLE 



MUSIQUE PUBLIÉE DANS LE MÉNESTREL. 



28 me ANNEE. 1860-1861. 



Piano. — N° 1. — 2 décembre 1860. 
JU-L. Battmnnn. Menuet et galop d'Orphée aux 
enfers. 

■ Chant. —M» 2. — décembre 1860. 
Léopold Aniat. La Sympathie, romance. 

Piano. — K» 3. — 16 décembre 1860. 
Ch. Neustedt. // Mio Tesoro, de Don Juan, 
transcription . 

Chaut. — N° 4. — 23 décembre 1860. 
F. IHasini. Le Lever des étoiles. 

Piano. — N° 5. — 30 décembre 1860. 
JL Strauss. Sémiramis, 2 e quadrille. 

Chant. — N» 6. — 6 janvier 1861. 
Pauline Tbys. Harmonie de Lamartine. 

Piano. — N° 7. — 13 janvier 1861. 
Jl. Strauss. Le Papillon, 1 er quadrille. 

Chant. — N» 8. — 20 janvier 1861. 
Pauline Tbys. Tes Vingt ans. 

Piano. — N» 9. — 27 janvier 1861. 
Jl. Oflfcnbach. La Valse des Fleurs, du Papillon. 

Chant. — N° 10. — 3 février 1861. 
Jl. ©flenbach. La belle Eau elaire, de la Chanson 
de Fortunio. 

Piano. — N» 11. — 10 février 1861. 
Arban. Polka des Métamorphoses, sur le Papillon. 

Chant. — N» 12. — 17 février 1861. 
Jl. Offenbacb. Chanson du Chien, de Barkouf. 

Piano. — N» 13. — 24 février 1861. 
Jl. Strauss. La Chanson de Fortunio, quadrille. 

Chant. — N» 14. — 3 mars 1861. 
H. Potier. Adieu les Fées. 

Piano. — N» 15. — 10 mars 1S61 . 
Philippe Stutz. Juana, polka-mazurka. 

Chant. — M" 16. — 17 mars 1861. 
De Saint-Rémy, Le Bal, du Mari sans le savoir. 

Piano. — N» 17. — 24 mars 1861. 
Th. Lécureux. Fleuve du Tage, transcription. 

Chant. — N° 18. — 31 mars 1861. 
H. Potier. Fuis-toi petit. 

Piano. — N» 19. — 7 avril 1861. 
Paul Bernard. Bella sera, idylle. 

Chant. ■ — N» 20. — 14 avril 1861. 
jl. oflenbach. L'Hiver. 

Piano. - N° 21. — 21 avril 1861. 
Auguste Durand. Lu belle Niçoise, polka-mazurka. 

Chant. — N» 22. — 28 avril 1861. 
Ch. Poisot. Les Lilas. 

Piano. — N° 23. — 5 mai 1861. 
A. Marmontel. Musette, Souvenirs du Mont-Dore, 
rondo pastoral. 



Chant. —Pi» 24. — 12 mai 1861. 
Jl. OITenhaeh. Chanson à boire, de Barkouf. 

Piano. — K" 25. — 19 mai 1861. 
A, Croisez. Guipures et dentelles, n» 1, polka- 
mazurka. 

Chant. — N° 26. — 26 mai 1861. 
Cs 5c O.-ïf . de Lcrnay. Smtr Mêlante, scène mélodie. 

Piano. — N» 27. — 2 juin 1861. 
A. Croisez. Guipures et dentelles, n° 2, valse. 

Chant. — N» 28. — 9 juin 1861. 
H. Potier. Comité ou le nouvel ami des enfants. 

Piano. — N" 29. — 16 juin 1861. 
Ii. de Pitray. Les Êmeraudes, polka. 

Chant. — N° 30. — 23 juin 1861. 
E. Lombard. La Danse macabre. 

I'uno. — IN" 31. — 30 juin 1861. 
Chopin. V. il-». op.64, n° 1, dédiée à M» 6 lac s3e Potocka 

Chant. — N» 32. — 7 juillet 1861. 
De Saint-Rémy. Absent, mélodie. 

Piano. — N» 33. — 14 juillet 1861. 
J(.-I*f . Delalannc. Romance sans paroles. 

Chant. — N° 34. — 21 juillet 1861. 
Félix Codcfroid. Ma wii'e Annette. 

Piano. — N» 35. — 28 juillet 1861. 
Louis Diémer. l r ° mazurka de salon. 

Chant. — N» 36. — 4 août 1861. 
L. de Saint-Gcrvais. Être deux. 

Piano. — N» 37. — 11 août 1861. 
Jl.-C. Engel. Mosaïque-polka sur les opérettes de 
J. Olienbach. 

Chant. - N" 38. — 18 août 1861. 
G. Nadnud. Le bonhomme Séraphin. 

Piano. — N° 39.-25 août 1861. 
jiosrph Brnga. Carillon, polka-mazurka. 

Chant . — N° 40 . — 1 er septembre 1861. 
G. Pk'adaud. Un Regard. 

Piano. — N» 41 . — 8 septembre 1861. 
A. Godard. Cosmopolite, polka. 

Chant . — N° 42. — 15 septembre 1861. 

A. Guillot de Sainbris. Hiver et Printemps. 

Piano. — N°43. — 22 septembre 1861. 

Ch. Neustedt. Alceste, de Gluck, transcription. 

Chant. — N° 44. — 29 septembre 1861. 

Robert Mozcl. Le Chant du Marin. 

Piano. — K° 45. — 6 octobre 1861. 
Hasard. La Chanson de Fortunio, polka-mazurka. 

Chant. — N° 46. — 13 octobre 1861. 
Dorval-Yalentino. Charmants tyrans du cœur . 

Piano. — N° 47. — 20 octobre 1801. 
L. Dcssanc. Polka des Colombes. 



Chant. — N° 48. — 27 octobre 1861 . 
Dorval-Yalentino. La Prise de voile. 

Piano. — N° 49. - 3 novembre 1861. 
Jl. Roscnhnin. La Calabraise. 

Chant. — N° 50. — 10 novembre 1861. 
G. Nadaud. Simple projet. 

Piano. — N° 51. — 17 novembre 1861. 
Ed. Viénot. La Fée du bal, polka-mazurka. 

Chant. — n» 52. — 24 novembre 1861. 
V SSR de Grandval. Jeanne d'Arc (scène). 



ALBUMS-PRIMES 

( 1860-1861. ) 



ABONNEMENT COMPLET. 

Partition illustrée de SÉMIRAMIS de 
Rossini, avec les I)ll.\ PORTRAITS de G. 
ROSSIIVI (Naplcs 1SÎO et Paris ISO») et 
les DESSIIYS REPRESENTANT LES SCÈNES 
PRINCIPALES DE L'OUVRAGE:. 

CHANT SEUL. 

Partition complète des SAISONS de J. Haydn, 
chant, piano et traduction française de 
G. Roger, oratorio en quatre parties, seule 
édition conforme à l'exécution des concerts 
du Conservatoire, et ornée du portrait de 
HAYDN. 

PIANO SEUL. 

Recueil de transcriptions et réductions des 
célèbres œuvres concertantes, symphoniqiics 
et pour piano seul, de Haydn, Mozart et Beetho- 
ven, par Jules Weiss, contenant : 

HAYDN : J. Final du trio en fa. — S . Menuet 
du même trio. - 3. Final du trio en la. — 
J. Allegro de la symphonie en mi bémol. 

BEETHOVEN : .%. Adagio et allegro de la 
symphonie en ut. — G. Final du quatuor en 
fa. — 3. Menuet et Scherzo du septuor. — 
S. Allegro du trio en mi bémol. 

MOZART : 9. Menuets extraits de ses sym- 
phonies. — 1«. Final de la symphonie en 
ré. — 11. Final du quatuor en sol mineur. 
— f î. Presto de la sonate en s; bémol. 



1861 — Typ. Charles de Mourgues MM», rue J.-J. Rousseau, 8. — 7060 



151. — 28 e Année. 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche 2 Décembre 

18 GO. 



liiSa 



MENESTREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédacfen chef- 



LES DUHEAUX , S fois, rue Vïvïenne. — HEUGEL et C*, éditeurs. 



CHANT. 

• r Mode d'abonnement ; Journal-Texte, tous les dimanches; 3G Morceaux : 
Scènes, Mélodies, Homances, paraissant de quinzaine en quinzaine; ï Albums* 
primofl illustré*. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 



&US@ESM3E2ilj!ire S I'Iano. 

I 2o Mode d'abonnement . Jo-irnnl-Tcxte, tous les dimanches; *0 Mo 

Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; * Album*- 
[ [ii-imus illustres. — Uu an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 



CHANT ET IMANO IlËl'IVl» t 

3° Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les 58 Morceaux de chant et de piano, les * Albuni8-prime« illustré*. 

Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Etranger : 36 fr. 

On souscrit du 1 er de chaque mois. — L'année commence du l° r décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser franc* 
un bon sur la poste, à MM. HEIFRPJ. et C», éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
( Texte seul : 8 fr. ) 



Typ. Charles de Mourgues frères, 



! Jean-Jacques Kousseau, 8, — 7100. 



SOIVIITIAIKE. 



TEXTE. 



I. L'opéra-comique , ses chanteurs et ses divers théâtres : De la Barde, Martini, 
Picrini ( 15 e article). L. Meneau. — II. Acte de baptême de Della Maria. 
— III. Académie impériale de Musique : le Papillon, ballet en deux actes, pre- 
mière représentation. J. Lovy. — IV. Tablettes du pianiste et du chanteur : 
De l'accentuation .considérée dans ses rapports avec la sonorité, le rhythme et 
la mesure (1 er article). Marmontel. — V. Études sur la chanson populaire en 
France : Chansons historiques et descriptives (10 e et dernier chapitre). j.-B. W'É- 
kerhk. — VI. Nouvelles et Annonces. 

MUSIQUE DE PIANO : 

Nos abonnés à la musique de Piano recevront avec le numéro de ce jour, 
(1 er dimanche de la 28 e année d'existence du Ménestrel) , le menuet et 
galop de 

ORPHEE AUX ENFERS 
De J. Offenbach, transcrits par J.-L. Battmann. — Suivra immédiate- 
ment après : /( mio tesoro , transcription de Don Juan , par Ch. 
Neustedt. 

CHANT ; 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Chant : 

LA SYMPATHIE 

Paroles du chevalier d'Abluo, musique de Léopold Amat. — Suivra 
immédiatement après : le Lever des Étoiles, paroles deM. Emile Bellier, 
musique de F. Masini. 

s, pour les Frimes du Ménestrel, 



I/OrËRA- COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



FIN DE LA PREMIERE PARTIE. 

XVIII" SIÈCLE. 

Chapitre IV. 

Della maria (1), Dezdde, Chanipein, De la Barde, Mnrtini et Pïccïni. 

XV. 

DE LA BARDE , MARTINI. 

Je ne citerai qu'en passant Jean Benjamin de la Barde, pre- 
mier valet de chambre de Louis XV. Il naquit à Paris le 5 sep- 
tembre 1734 et périt sur l'échafaud révolutionnaire le 22 juillet 



(I) Voir ci-après l'eitrait de baptême de ee compositeur. 



1794. Il apprit le violon, de Dauvergne, et le contrepoint, de Ra- 
meau. On ne pouvait avoir un maître plus illustre et plus ca- 
pable. 

Il écrivit quelques opéras-comiques dont on ne connaît que 
le nom. Je citerai Alix et Alexis (le 6 juillet 1768) , Annelle et 
Lubin (la même année) ; les Trois rivales (1763) ; Imène et 
Iménias ou la Fête de Jupiter (1770). Le 31 octobre 1772 on 
joua par ordre de la reine , le Billet de Mariage de Défontaines 
qui n'eut aucun succès. 

Martini (Jean-Paul-Égide) qu'il ne faut point confondre avec 
le savant théoricien de Bologne, était né à Freysladt le 1 er sep- 
tembre 1741 . Son nom véritable était Schwarlzendorf. Ayant eu 
des désagréments avec sa famille, il résolut de s'expatrier et se 
confiant à la direction du vent pour le choix de la route qu'il 
devait prendre, il arriva en v France et y changea son nom bar- 
bare contre celui de Martini. 

Ses meilleurs ouvrages furent son premier opéra V Amoureux 
de quinze ans, représenté le 18 avril 1771 à la Comédie italienne, 
Henri IV ou la Bataille d'Ivry, trois actes, au même théâtre 
(1774), dont l'ouverture eut beaucoup de succès, et le Droit du 
Seigneur, paroles de Défontaines, joué pour la première fois le 
17 septembre 1787. Martini jouit plusieurs années de la faveur 
publique. Son style était mélodieux. La célèbre romance : 
Plaisir d'amour..., peut en donner une idée. 

PICCINI. 

Si Gluce ne réussit pas dans l'opéra-comique, bien qu'il ait 
donné à Vienne deux ouvrages de ce genre : les Pèlerins de la 
Mecque et le Chasseur en défaut, il n'en fut pas de même de 
Piccini. Ce grand homme (né à Bari en 1728, mort a Paris le 
7 mai 1800), écrivit des opéras-comiques estimables. Il n'y a 
qu'un pas en effet de l'opéra bouffe italien, dans lequel il avait 
pleinement réussi, à l'opéra français. Je n'entreprendrai point 
ici une biographie de ce grand artiste qui ne se rattache que 



LE MÉNESTREL. 



par un fil bien mince au genre dont je fais l'histoire. La- 
borde le fit venir en France où la reine lui commanda d'écrire la 
musique d'un sujet d'opéra-comique : Phaon, destiné a la Comé- 
die italienne, mais qui n'y fut jamais représenté ; il fut jouéseu- 
lement'à Choisy devant la Cour. 

Le Fat méprisé (1779) eut peu de succès, mais le Dormeur 
éveillé, quatre actes de Marmontel, réussite la ville comme à la 
Cour. On l'avait donné à Fontainebleau le 14 novembre 1783; 
ce fut le 28 juin 1784 que les Parisiens l'entendirent. On te-? 
procha un peu de monotonie à la partition, mais le libretto parut 
très-intéressant. Le Faux Lord, deux actes, eut un plein succès, 
les paroles étaient du fils aîné du compositeur Alexandre Pic- 
cini ; celte pièce réussit. Sa première représentation eut lieu le 
6 décembre 1783. 

Il n'en fut pas de même de Lucette (1784), dont les paroles 
étaient aussi d'Alexandre Piccini. Cette pièce tomba ainsi que le 
Mensonge officieux (1787). 

Durosoy arrangea plus tard sur la musique de Piccini les 
Fourberies de Marine en trois actes, mais ce pastiche n'eut pas 
de succès. 

Son fils Louis, écrivit quelques petites partitions d'opéra co- 
mique qui ne jouissent pas d'une grande renommée. 

Si le grand opéra en France a tiré de l'Allemagne et de l'Italie 
ses premières et principales illustrations (Rameau excepté) , nous 
constaterons que l'opéra-comique ne dut presque toujours ses 
grands succès qu'à des musiciens français. Nous venons de voir 
briller dans cette première partie de l'histoire de l'opéra-comi- 
que les compositeurs français : Monsigny, Philidor, Dalayrac, 
j'allais presque dire Grétry, — car s'il naquit dans un pays qui 
politiquement n'appartient pas à la France, ce pays lui est inti- 
mement lié par les mœurs [et le langage; — nous allons main- 
tenant assister aux triomphes des Nicolo, des Méhul, des Le- 
sueur, des Boïeldieu, des Hérold, tous nés français. 

LÉON MÉNEAD. 



Paris, le 21 novembre 1860. 
Cher monsieur Heugel, 

Je lis dans le Ménestrel du 18 du courant, à l'article que M. Meneau a 
consacré^ Délia Maria : « On n'est pas d'accord sur l'époque de la naissance 
a de ce maître. Les uns le font naître à Marseille en 1764, de parents ita- 
o lieDS, d'autres en 1768. Duval, son ami intime, le fait mourir à 27 ans 
a en 1800, ce qui porterait la date de sa naissance en 1773. » 

Moi-même, en rédigeant l'article Délia Maria, pour la Nouvelle biogra- 
phie générale que publient MM. Firmin Didot (t. XIII, 1855), j'avais adopté 
la date de 1768 comme me paraissant la plus probable. Je ne connaissais 
pas alors le document suivant qui lève tous les doutes. C'est l'acte de 
baptême de ce musicien, extrait des registres de la paroisse des Accoules, 
à Marseille, où il a été baptisé. Le voici textuellement : 

« Du quatorze juin mil sept cent soixante-neuf, Pierre-Antoine-Domi- 
« nique Delamaria, fils légitime de Dominique Delamaria, marchand de 
« musique cy présent, et de Marguerite Bertrand, mariés, né aujourd'huy 
a sur notre paroisse, a été baptisé; son parrain Pierre Lippy, fabricant de 
« musique (d'instruments de musique, sans doute), et sa marraine, Fran- 
« çoise-Germine Bertrand, son aïeule, qui a dit ne savoir écrire, de ce 
« enquis par nous soussignés. 

« Signé : Pietro Lippy et Dominique Delamaria. 
« Ravanal, vicaire. » 

C'est à M. G. Bénédit, de Marseille, auteur du Plutarque provençal, où 



il a inséré une biographie complète de Délia Maria, que l'on doit ce docu- 
ment. Siium cuique. 

En attendant que je puisse rectifier la date dont il s'agit, dans la seconde 
édition de la Nouvelle biographie générale, mon honorable confrère M. Me- 
neau, dont je lis les articles avec beaucoup d'intérêt, sera peut-être 
bien aise d'être, comme moi, renseigné sur la question, et je me fais un 
véritable plaisir de lui transmettre ce document par votre intermédiaire. 

Agréez, monsieur, la nouvelle expression de mes sentiments les plus 
distingués et les plus dévoués. 

D. Denne-Baron. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L OPÉRA. 



Le Papillon, ballet-pantomime en deux actes et quatre tableaux, de 
M llc Marie Taglioni et M. de Saint-Georges ; musique de M. Jacques 
Offenhach ; décors de MM. Cambon , Thierry , Desplechin , Nolau, 
Ruré et Martin. 

Si j'en crois les entomologistes, les annales des lépidoptères 
n'offrirent jamais une série de tribulations semblables à celles 
de ce pauvre papillon dont M me Taglioni et M. de Saint-Georges 
viennent de nous raconter l'histoire. Il est vrai que ce papillon 
est une jeune fille..., et que l'action se passe en Circassie. 
Encore ne sait-on pas au juste si la chose est arrivée. 

Farfalla est une gracieuse enfant attachée au service de la mé- 
chante fée Hamza, et dont s'éprend le jeune prince Djalma, 
neveu de l'émir Ismaïl Bey. La fée Hamza devient la rivale de 
Farfalla et se sert contre elle du pouvoir surnaturel dont elle 
dispose ; d'un coup de sa baguette elle la métamorphose en pa- 
pillon. Sous cette forme la jeune fille est capturée par le prince 
qui, comme un vulgaire naturaliste, pique son prisonnier sur 
i'écorce d'un chêne. Alors par un jeu d'optique, dont l'effet est 
charmant, on voit le papillon se transfigurer, se détacher de 
l'arbre et voltiger à travers la forêt au milieu d'un essaim de 
frères ailés. Djalma, qui a reconnu la jeune fille dont il est épris, 
court à sa poursuite ; mais voici la fée Hamza qui, armée de son 
talisman, enlace le papillon dans un filet perfide. Heureusement 
un bûcheron dérobe à la vieille sa baguette magique : Farfalla 
est délivrée, tandis qu'Hamza reste prise elle-même dans le filet. 

La fée captive est amenée devant l'émir Ismaïl, avec qui elle 
a un terrible compte à régler. C'est elle qui lui enleva jadis sa 
fille bien aimée, et cette fille. c'est Farfalla. Hamza est effrayée 
des menaces de l'émir, et comme elle a retrouvé son talisman, 
elle promet de lui rendre sa fille. En effet, voici Farfalla pré- 
cédée d'un brillant cortège et trônant sur un palanquin. Ismaïl 
est dans le ravissement ; il présente sa fille au prince Djalma, 
car c'est à lui qu'elle est destinée en mariage. Le prince débute 
par un refus ; mais bientôt, reconnaissant Farfalla, il tombe aux 
pieds de sa cousine. Au moment où il veut effleurer de ses 
lèvres la joue de sa jeune fiancée, la vieille Hamza s'avance pres- 
tement et intercepte le baiser à son profit. Soudain rides et che- 
veux blancs disparaissent ; la fée devient jeune, belle, éblouis- 
sante de parure et de charmes. Farfalla reprend sa forme de lé- 
pidoptère, s'envole au loin, tandis que le prince tombe anéanti, 
fasciné par le regard magnétique d'Hamza ; et celle-ci, frappant 
la terre de sa baguette, se transporte avec lui dans ses jardins 
enchantés. 

Djalma s'éveille et croit être le jouet d'un rêve ; pendant qu'il 
promène çà et ià ses regards étonnés, un bruissement d'ailes 
attire son attention : c'est Farfalla qui arrive à lui, voletant sur 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



lès buissons de fleurs. Djalma la retient et la blottit dans une 
touffe de roses. 

Hamza reparaît ; une cour brillante l'entoure, et un bel en- 
fant s'avance, tenant à la main une torche enflammée, la torche 
de l'hymen. La clarté attire le papillon , qui tourne vivement 
autour de la lumière, et finit par s'y brûler les ailes. 

Dès lors le charme est rompu. La baguette magique de la fée 
se brise dans sa main, et Farfalla devient la belle jeune fille, à 
la grande joie du prince, de son oncle... et de toute la Circassie. 

M lle Emma Livry, la gracieuse héritière de Marie Taglioni, 
et l'héroïne de cette fiction, a vaillamment répondu aux espé- 
rances du public. Tous les devoirs qui incombent à une femme 
métamorphosée en papillon, c'est-à-dire tous les prodiges de la 
plus délicate gymnastique, elle les accomplit minutieusement : 
elle vollige sur les eaux des cascades, se pose sur les fleurs sans 
courber les tiges, effleure de ses ailes diaphanes les odorantes 
plate-bandes, elle charme à la fois les plus sévères entomologistes 
et les plus habiles experts en chorégraphie. Il est vrai qu'elle 
accomplit en même temps des bonds aériens qu'aucun lépidoptère 
n'oserait jamais rêver. Aussi les applaudissements ont-ils été 
chaleureux et unanimes. 

Avec M lle Livry , il faut nommer M Ue Louise Marquet , 
chargée du rôle de la fée Hamza. M lle Marquet vieille et ca- 
duque ! C'est à la fois une abnégation et un non-sens ; mais 
aussi comme elle prend sa revanche au deuxième acte, lorsque 
rides et cheveux blancs disparaissent, qu'elle redevient jeune , 
belle et rayonnante ! 

La musique de M. Jacques Offenbach remplit toutes les con- 
ditions de mélodie et de rhythme exigées en matière chorégra- 
phique. Sa valse des rayons surtout est un morceau des plus 
réussis ; d'emblée cette valse a captivé tous les suffrages. C'est 
neuf, cela ne ressemble à rien, et cependant tout le monde en 
fredonnait le motif au sortir de la salle. L'air des Bohémiens, 
la Léginska, la marche des guerrières et la polka finale sont 
d'une populaire contexture. Il faut citer aussi les motifs du pas 
de trois, notamment la Polonaise dansée par M 1Ie Fiocre. 

Après la chute du rideau, M lle Livry, rappelée à grands cris, 
a ramené par la main M Ue Marie Taglioni, la marraine de ce 
triomphe, l'ingénieuse chorégraphe , l'éminente sylphide qui 
délecta nos pères. 

L'Empereur assistait à cette belle soirée, à laquelle les graves 
préoccupations du moment ajoutaient un appoint de solennité. 

J. Lovy. 

P. S. Nous devions rendre compte cette semaine de l'opéra 
de M. J. Offenbach, en même temps que de son ballet, mais 
une indisposition de M lle Saint-Urbain fait ajourner la première 
représentation de Barkouf. Le public , comme nous, regrettera 
d'autant plus cet ajournement, qu'il pourra se prolonger d'une 
quinzaine, dit-on. 



Mais ce que le public déplorera avec toute la presse artis- 
tique et littéraire, c'est le douloureux événement qui vient de 
frapper le Vaudeville, en la personne universellement regrettée 
de son honorable directeur, M. Louis Lurine, enlevé au théâtre, 
aux lettres et a ses amis, dans toute la force de l'âge. 

Ses obsèques auront lieu aujourd'hui dimanche, à midi, en 
l'église Notre-Dame-de-Lorette. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



DE L'ACCENTUATION 

Considérée dans ses rapports avec 

LA SONORITÉ, LA MESURE ET LE lUIYTIITII. 

I. 

V accentuation, qu'il ne faut pas confondre avec Vexpression, 
appartient au domaine de l'enseignement. On apprend à lire aux 
enfants avec l'inflexion vocale, qui convient aux mots, aui 
phrases, et même à la situation. Ces nuances de diction sont, à 
notre avis, l'accentuation élémentaire du langage parlé. Ceci est 
tout à fait, nous le répétons, du domaine de l'enseignement. 
Mais, en musique surtout, on n'apprend pas à dire avec expres- 
sion; ce germe précieux est en nous, et c'est presque instinctive- 
ment que nous traduisons notre sentiment, nos impressions. Le 
talent du maître consiste alors à guider, à contenir, ou à dévelop- 
per ce tact inné, ce don naturel. 

Si les élèves exagèrent parfois l'expression, plus souvent en- 
core, l'appréhension de paraître maniérés, affectés, ridicules 
même, leur fait craindre ou négliger d'exprimer tout naturelle- 
ment ce qu'ils ressentent. 

C'est avec un soin tout délicat qu'il faut faire éclore, conserver, 
cultiver ce sentiment vrai, juste, chaste, contenu, qui donne 
tant de charme au talent et ce cachet de distinction, de sensibi- 
lité qui est déjà la poésie dans l'interprétation. 

L'expression indiquée ou imposée par le professeur, alors 
qu'elle ne correspond pas exactement à notre propre sentiment, 
offre dans l'imitation quelque chose de faux et de guindé qui ne 
trompe jamais un auditeur de goût. 

Aussi, le professeur doit-il bien se garder de substituer son pro- 
pre sentiment à celui d'un élève intelligent et bien organisé ; car 
c'est une faute des plus graves que détruire l'individualité, même 
chez un élève peu avancé. 

D'après ce qui précède, l'expression , cette partie poétique, 
éthérée, de l'exécution échappant à l'analyse de l'enseignement, 
posons en principe, que quatre sources différentes et très-distinc- 
tes servent de points de départ aux variétés sans nombre de l'ac- 
centuation musicale : l'articulation, la sonorité, la mesure, le 
rhythme. 

Dans un précédent chapitre, nous avons indiqué les principaux 
effets de l'articulation. Nous avons donc aujourd'hui à nous oc- 
cuper plus particulièrement des nuances de sonorité, de mesure 
et de rhythme. 

La musique étant par sa nature la langue des sons et celle du 
sentiment par excellence, il est tout naturel que l'accentuation 
soit un de ses éléments constitutifs. 

Nulle autre langue parlée, quelque mélodieuse qu'elle soit, 
n'offre cette richesse infinie de nuances, cette variété d'expres- 
sion qui permet au discours musical de parcourir toute la 
gamme du sentiment, soit au moyen des accents, de la modula- 
tion des sons, ou des nuances expressives. 

La modulation du son musical, qui s'élève ou s'abaisse dans 
l'échelle, ou se plie aux effets si variés des timbres, de l'intensité, 
de l'articulation, du sentiment intime de l'artiste , doit toujours, 
autant que possible , avoir pour but d'exprimer une pensée , un 
sentiment , une sensation. Il va sans dire que nous exceptons de 
cette admirable propriété les exercices purement mécaniques , ou 



LE MENESTREL. 



pratiqués au point de vue de la sonorité sans aucune intention 
mélodique. 

La gamme des tons que la voix humaine parcourt dans le dis- 
cours est infiniment plus restreinte que l'échelle des sons musi- 
caux. Cette étendue et les éléments naturels si variés que nous 
n'avons fait qu'indiquer, font de la musique une langue mer- 
veilleuse et divine. 

Nous avons esquissé dans le chapitre précédent les principaux 
effets que l'on peut tirer de Y articulation, essayons aujourd'hui 
d'analyser l'accent au point de vue de la sonorité. 

Dans le discours musical, c'est le son, — ou du moins les sons 
entre eux, — qui remplace la pensée. C'est donc le premier élé- 
ment constitutif qui s'offre au musicien pour s'exprimer ; c'est 
par le son modulé et bien dirigé que le compositeur traduit les 
sensations, les sentiments, dans cette langue inspirée qui est 
l'âme, l'esprit, le cœur de l'artiste. 

Il est tout naturel d'admettre que la musique, étant de tous les 
arts celui où l'organisation, où la sensibilité native sont, le plus 
surexcitées, c'est aussi par la musique que l'individualité de l'ar- 
tiste s'épanche avec le plus d'abandon ; n'est-ce pas la manifes- 
tation spontanée la plus vraie de la vie intérieure ? 

La parole devient musicale et prend des nuances particulières 
d'inflexion, d'articulation, suivant les sentiments à exprimer; ce 
seul emprunt a la musique prouve déjà toute sa puissance. 

Mais l'accent qui est l'âme du discours, qui lui donne la cou- 
leur et la vie, n'est-il pas aussi un emprunt à l'art musical? Le 
cœur se réfléchit dans la voix, c'est lui qui en règle le ton , les 
inflexions. 

Cette charmante pensée de madame de Staël nous semble bien 
plus juste encore quand il est question d'art musical. 

Les modulations du son, de' l'aigu au grave, du fort au faible, 
ou du piano au fort, sont indiqués par des signes connus de tous, 
et traduisent d'une manière plus ou moins exacte l'intention 
précise de l'auteur, le mode d'exécution qu'il avait en vue pour 
tels ou tels passages. 

Posons d'abord en principe, puisque nous avons à nous occu- 
per des accents qui modifient le son, et des signes qui les repré- 
sentent, que dans la notation musicale le signe qui exprime l'in- 
flexion de sonorité reste le même dans les passages de douceur ou 
de force, de demi-sonorité ou de puissance extrême. C'est un 
tort, ce nous semble, mais c'est un fait consacré par l'usage et 
passé dans nos habitudes. 

Dans notre enseignement, comme dans celui de nos collègues 
qui se préoccupent plus de l'esprit et du caractère que de la 
lettre sèche , la traduction des signes prend des teintes différentes 
de;'sonorité, suivant l'expression, le sentiment et le degré de 
force de la phrase musicale. 

DES ACCENTS DE SONOUITÉ. 

Les accents de force se placent presque toujours sur les temps 
forts, mais ils peuvent aussi être employés avec bonheur sur la 
partie faible des temps. Cela dépend de l'effet à produire, de 
l'esprit d'originalité du compositeur, de la structure de la phra- 
se, du caractère et de la nature de l'idée. 

Nous recommandons aux élèves de ne point oublier que les 
accents varient d'intensité, quoique les signes indicateurs restent 
les mêmes, suivant le sentiment, l'esprit, le mouvement des mor- 
ceaux. 

Un nf. ou sf. ou ff>. ou A > dans une phrase douce, expressive, 



aura certes une tout autre inflexion que placée dans un passage 
énergique. 11 en est de même de tous les signes modificateurs du 
son , à moins qu'il n'y ait un effet déterminé, un contraste indi- 
qué d'une manière précise , soit par la modulation soit par le 
changement d'allure de la mélodie. 

Les accents doivent donc toujours être proportionnés et en 
harmonie parfaite avec la couleur expressive, le sentiment et le 
caractère prédominant de la phrase qu'ils accidentent. 

Nous n'avons pas à indiquer ici la nomenclature des signes 
employés, toutes les méthodes élémentaires les faisant connaître; 
pourtant, nous dirons qu'en général, les nuances tranchées de 
sonorité pp. mf. ff. fff. s'emploient pour des phrases ou lon- 
gues périodes musicales, les accents rf. sfz. fp. A > pour des 
notes isolées, et cela sans altérer d'une manière sensible la cou- 
leur d'ensemble de la phrase, en vue de faire valoir un contour, 
de donner plus de saillie à uue note, à un mot musical. 

Si nous cherchons un terme de comparaison entre les nuances 
de sonorité de la musique et certains effets de lumière et d'ombre 
de la peinture, nous dirons qu'abstraction faite du sentiment et 
de l'expression, le ff. correspond à un ton lumineux, le mezzo- 
forte (mf.) à une demi-teinte, et le pp. a Yombrc. 

Il est souvent dans les habitudes de langage du professeur, de 
dire à un élève : mettez ce passage plus en lumière, pour indi- 
quer une sonorité plus éclatante, une articulation plus ferme et 
précise, ou bien : jouez cette phrase dans une demi-lcinle , équi- 
vaut à dire : jouez à mi-voix, en donnant aux accents eux-mêmes 
une demi-sonorité. 

Laisser dans l'ombro une pensée accessoire, c'est jouer piano, 
en indiquant à peine, sans accent prononcé, cette période musi- 
cale. 

Ce langage coloré rend souvent plus sensible à l'élève les re- 
commandations faites en d'autres termes. Mais à côté de ces cou- 
leurs tranchées, surgissent mille nuances intermédiaires. 

La musique, comme la peinture et la poésie, ne procède pas 
seulement par des contrastes et des oppositions violentes. 

L'élévation et l'abaissement du son, ses ondulations, sa grada- 
tion depuis le pp. jusqu'au ff., ses accents si variés d'intensité, 
d'expression, qui surgissent pour appeler accidentellement l'at- 
tention sur une note, sur un accord, un membre de phrase, un 
simple trait, offrent bien des points de comparaison avec le dis- 
cours parlé, avec la peinture; mais nous croyons inutile de re- 
chercher davantage tous ces termes de comparaison, nous esquis- 
sons seulement celte pensée, et nous dirons pour finir, que le 
fiât lux d'un symphoniste, — que ce soit Haydn ou Félicien Da- 
vid, — se produira toujours sur l'expression d'un fortissimo, au 
point culminant d'un crescendo. Les ténèbres se dissipent peu à 
peu et la lumière se fait. 

Il y a certains effets grandioses de musique imitative, pourtant 
la puissance de la musique n'est pas dans l'art de décrire, mais 
bien dans le don d'émouvoir. 

L'école allemande moderne fait, ce nous semble, fausse route, 
en donnant à un art tout de sentiment et dont les effets sur nos 
sens sont vagues, indéterminés, des propriétés que les musiciens 
qui n'ont pas un parti pris lui refusent .avec raison. 

A. Marmontel. 
( La suite au prochain numéro.) 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



ÉTUDES SUR LA CHANSON POPULAIRE EN FRANCE. 



Cbansoiss historiques et descriptive**. 

Une chanson d'aventurier, se rapportant aux guerres d'Italie 
sous Louis XII , nous a été communiquée par M 1 " 16 Amédée 
Thierry, qui, elle-même, la tient d'une vieille nourrice champe- 
noise, c'est le Siège de Mantoue. Cette chanson a évidemment 
subi des transformations et des altérations ; nous avons même 
une version à laquelle on a mêlé le général Bonaparte. 

C'est la vill' de Mantou', grand Dieul qu'elle est jolie 1 
C'est la vill' de Mantou', grand Dieu I qu'elle est jolie! 
Elle est jolie et parfaite en beauté 

Que les Français n'y peuv'nt entrer. 



Le roi qui leur commande, ont fait feu sur la ville ; 
Aux premiers coups qu'leurs canons ont tiré, j 
La joli' ville en a tremblé. 

Les dames de Mantou' montèr'nt sur les rempares ; 
Nous vous donn'rons chacun' cent mille écus, ] 
Que vos canons ne tirent plus. i 

— De vos cent mille écus, Mesdam's n'avons que faire; 
Nos volontaires brûleront vos maisons, 
Et nos dragons vous pilleront. 



bis. 
bis. 

bis. 
bis. 

bis. 
bis. 

bis. 
bis. 



Courage mes enfants, enfants prenez courage. — 
Ont tant lire et tant espadronné , 
La joli' ville y ont gagné. 

Dans la variante suivante sont à peu près résumés les trois 
premiers couplets : 

C'est la vill' de Mantou', faut la mettre au pillage. 
— Sire le roi, appaisez vos canons, 
Avec vous nous composerons. 

Autre variante : 



bis. 

bis. 



C'est la vill' de Mantou', faut la mettre au pillage. 
Brûlons tout, les petits et les grands, 
Nous mettrons tout à feu et à sang. 



bis. 

bis. 



La version suivante se rapporte à la prise de Mantoue, en 
1797, par Bonaparte; on voit par, la que le peuple ressuscite 
quelquefois d'anciennes chansons presqu'oubliées et profite 
d'une similitude de circonstances pour les faire revivre, en leur 
faisant subir des altérations, ce que nous avons déjà observé à 
propos de la chanson de Marlborough. 

La ville de Mantou', grand Dieu ! qu'elle est jolie I 
Elle est jolie et parfaite en beauté , 
Les Français veulent y entrer. 
Bonaparte envoya quatre de ses hussards : 
a C'est Bonaparte qui nous envoie ici, 
Si vous voulez vous rendre à lui. r 

— Va dire à Bonaparte, au r'présentant du peuple, 

Va-t-en lui dire qu'on se moque de lui, { 

Le jour aussi bien que la nuit. j 

Les hussards s'en revinr'nt, les hussards s'en retournent : 
« Général Bonaparte ils se moqu'nt de vous, 
La nuit aussi bien que le jour. » 
Bonaparte leur command' de fair' feu sur la ville. 
Les premiers coups qu' les canons ont tiré, 
La jolie ville en a tremblé. 
Les dames de Mantou' montent sur les rempares : 
« Ah 1 Bonaparte appaisez vos canons , 
Contribution nous vous ferons. » 

— Quell' contribution, Mesdam's, voulez-vous faire? ■ 

• Contribution est de cent mille écus , 
Que vos canons ne tirent plus. » 



bis. 
bis. 
bis. 
bis. 
bis. 
bis. 
bis. 
bis. 
bis. 
bis. 
bis. 
bis 
bis. 
bis. 



bts. 



bis. 



— De vos cent mille cens, Mesdames, n'avons que faire; bis. 

Nos canons brûleront tout' s vos maisons, 
Et mes soldats les pilleront. — 

— Courage, mes amis, amis prenez courage , 
Qu'on mette à l'instant la ville au pillage; — 

Ils ont tant tiré, tant espadronné , 
Qu'la joli' ville ils ont gagné. 

Il est hors de doute qu'un grand nombre de chansons histo- 
riques, faites à propos de tel ou tel événement politique, n'existent 
plus ou sont devenues introuvables, parce que ces pièces ont été 
supprimées par la censure. D'autres fois ces chansons n'ont 
jamais eu les honneurs de l'impression, tout en ayant été popu- 
laires; nous n'irons pas bien loin pour appuyer ce dire d'une 
preuve. En 1848, une chanson de circonstance très-curieuse fut 
faite par la classe ouvrière de Mulhouse, et se répandit dans tout 
le Haut-Rhin ; elle fut très-populaire, non imprimée, mais nous 
la publierons dans un travail spécial sur la chanson populaire en 
Alsace. 

* 
* * 

Notre travail sur la Chanson populaire, publié successivement 
dans le Ménestrel, est loin d'être complet, mais nous sommes 
obligé de nous arrêter là pour le moment, d'autres occupations 
nous empêchant, d'une part, d'y donner suite immédiate, et de 
l'autre, craignant d'abuser trop longtemps de nos lecteurs. 

Nous indiquerons seulement ici les chapitres complémentaires, 
le tout devant paraître en un volume complet. Chap. X. Chansons 
de mariage, mœurs, usages. — Chap. XI. Complaintes. — 
Chap. XII. Chansons patriotiques et guerrières. — Chap. XIII. 
Chansons satiriques, politiques ; vaudevilles. — Chap. XIV. 
Chansons à loire. — Chap. XV. Chansons grivoises , bur- 
lesques; parodies. — Chap. XVI. Berceuses, chansons à danser, 
rondes. — Ch. XVII. Les refrains. 

J.-B. Wekeblin. 



NOUVELLES DIVERSES. 

— Par décret impérial, M. le comte Waleski est nommé ministre d'État 
en remplacement de M. Achille Fould, démissionnaire. 

— Par suite de la suppression du ministère de la Maison de l'Empe- 
reur, le théâtre impérial de l'Opéra est replacé dans les attributions du 
ministre d'État. Tous les théâtres, sans exception, relèvent donc, dès 
aujourd'hui, du nouveau ministre, M. le comte Waleski, nommé en rem- 
placement de M. Fould, démissionnaire. L'Opéra n'en reste pas moins 
une dépendance de la liste civile. Confié spécialement à l'administration 
de M. le comte. Waleski, il ne saurait, en aucune façon être assimilé aux 
entreprises particulières, ni rentrer dans le service ordinaire des bu- 
reaux. 

— On écrit de Londres que les concerts populaires du lundi viennent 
d'inaugurer, sous la direction de leur chef d'orchestre Bénédict, leur troi- 
sième saison par une brillante soirée uniquement consacrée à l'exécution 
d'oeuvres de Weber, Spohr et Dusseck. 

— Les journaux anglais nous annoncent pour l'année 1861 un grand 
festival international, dans le genre de celui qui a eu lieu l'été dernier. Le 
comité qui a pris l'initiative a profité du séjour àLotidres de M. Delaporte 
pour en arrêter les bases. Cette grande solennité réunirait les députations 
des orphéons de France aux Sociétés chorales anglaises. 

— Un nouveau journal de musique se publiée Florence. L'Italia artis- 
tica, tel est le titre de cette feuille qui en est déjà à son huitième numéro 
et s'annonce sous les meilleurs auspices. 

— On nous écrit de Bologne que M me Borghi-Mamo a été rappelée avec 
enthousiasme après le Prophète. Elle a chanté le rôle de Fidès avec ce 
dramatique de bon goût et de haut style qui émeut profondément sans 
cesser d'être vocal. C'était la manière de Rubùii et la seule bonne au point 
de vue lyrique. 



LE MÉNESTREL 



— Au théâtre Gerbino , à Turin , on a représenté tout récemment la 
Bianca Capello, du maestro dell' ODgara. Cet ouvrage a reçu le meilleur 
accueil. 

— Un journal anglais publie, dans sa correspondance de Vienne, des 
documents curieux sur le Burg-Théâtre et celui de la Porte-de-Carinthie. 
Il paraît que les ordonnances de police de Tannée 1800 régissent encore, 
à l'heure qu'il est, ces deux scènes importantes, et les régissent assez des- 
potiquement par une affiche qui n'a pas cessé, depuis plus d'un demi- 
siècle, d'orner les couloirs des deux théâtres. Ces ordonnances sont rédi- 
gées en langue française, mais quel français, bon Dieul il est aussi caduc 
que le règlement lui-même ; jugez-en par l'art. 14 : — « Dans le nombre 
dés Bienséances à observer une des premières c'est d'ôteî son chapeau à 
l'entrée du parterre noble, que leurs Majestés se trouvent au Spectacle ou 
non, et celui, qui averti par le Commissaire Inspecteur s'obstineroit à 
rester couvert, sera non-seulement obligé de quitter la salle incontinent, 
mais il pourra encore, suivant le cas, être sujet à une animadversion. » 

— Dans la dernière séance de l'Académie royale de Belgique (classe des 
beaux-arts), M. Fétis a lu un rapport sur la question de savoir s'il con- 
vient que la Belgique imite la France, en adoptant les mesures prises à 
l'égard du nouveau diapason. Le savant directeur du Conservatoire est 
d'avis que le diapason doit être fixé tel qu'il est aujourd'hui, mais non 
abaissé. M. Fétis veut que les ut dièze ne perdent rien de leur merveil- 
los'ité. Ajoutons que les orchestres lui en devront reconnaissance à tous 
égards. 

— A Bruxelles, M. Charles Hanssens vient de terminer la partition du 
Siège de Calais, opéra en quatre actes qui sera représenté cet hiver au 
théâtre de la Monnaie. 

— Le père de notre laborieux archéologue musical, George Kastner, 
vient de mourir à Strasbourg dans sa quatre-vingt-unième année. 

— On nous écrit de Nantes : « La Société des Beaux-Arts et le théâtre 
sont en fête : M me Carvalho vient d'arriver et des représentations vont 
succéder au concert pour lequel cette éminente cantatrice nous arrive en 
compagnie du violoniste Herman. La présence et le concours de M me Car- 
valho vont jeter un nouveau lustre sur la saison théâtrale qui s'annonce, 
du reste, sous les meilleurs auspices : M me Beynaud, chanteuse légère 
et d'un talent distingué ; M Ue Desterbecq et M me Warnotz, fortes chan- 
teuses dans toute l'acception du mot, l'une soprano, l'autre contralto ; 
M Ue Courtois, Dugazon des plus agréables; M. Bertrand, fort ténor à la 
voix splendide ; M. Perillé, première basse de grand mérite; M. Comte Bor- 
chard, baryton très-justement réputé ; enfin MM. Bineau, ténor léger, et 
Péqueur, deuxième ténor, composent un personnel qui fait merveille 
sous l'habile direction de M. Solié, chef d'orchestre. M. Solié est en 
même temps directeur, mais sous la haute impulsion de l'administration 
municipale de Nantes, qui a délégué à cet effet l'un de ses honorables 
membres, M. Guilley. 

— Mardi dernier, la Société philharmonique d'Arras a donné son pre- 
mier concert de la saison au bénéfice des pauvres. Parmi les artistes 
engagés, M Ue Rey, de l'Opéra, et notre basse chantante Tagliafico ont obtenu 
le succès le plus complet dans le duo de la Fille du régiment et dans 
différents morceaux dont deux, la Polonaise de Jérusalem et la Tarentelle 
de Rossini ont été redemandés. M. Tagliafico, nous écrit-on, a été réengagé 
pour l'un des prochains concerts de la société. 

— Avant de partir pour le midi , les frères Lionnet se sont fait enten- 
dre chez M. et M mc Rossini , dans leurs duos et scènes d'imitation , qui 
ont obtenu tout leur succès habituel. Puis Anatole Lionnet a ;dit seul 
une nouvelle production de Nadaud , la Promenade , avec ce sentiment 
élevé , cet accent profond , qui l'ont élevé si haut dans l'estime des con- 
naisseurs. Ce même soir, un grand chanteur, — comme on en voit pou 
aujourd'hui , — M. Badiali, du théâtre Italien , a dit l'air non più andrai 
de Mozart , accompagné par Rossini en religieux admirateur du musicien 
qu'il appelle le maître des maîtres. 

— L'opéra de salon vient de faire son entrée de saison dans le monde 
musical. C'est M mc Gaveaux-Sabatier, la créatrice et la reine du genre, qui 
en a fait les honneurs dimanche dernier, chez M racs Orfila et Mosneron 
de Saint-Preux. M m0 Sabatier a joué et chanté en compagnie de M. Lour- 
del-Belval , la Perruque du bailli , paroles et musique de M llc Pauline 
Thys, — aujourd'hui M m ° Sebault. —Un auditoire aussi nombreux que 
choisi , n'a cessé d'applaudir le bon goût du poème et les élégantes 
mélodies de la parlition. M. Salvator tenait le piano. — L'auteur a été 
redemandé avec les interprètes. — Avant l'opéra , Géraldy et M mo Charles 



Ponchard avaient défrayé avec autant de verve que de talent une première 
partie de concert, et pour couronner le programme, Levassor est venu 
faire acte d'apparition. On ne l'attendait guère, on le croyait en Moldavie, 
en Chine ou en Espagne — où il se rend actuellement , — lorsque tout- 
à-coup entre un gentleman pur-sang qui entonne les côtes d'Angleterre de 
Gustave Nadaud, avec ce flegme , cet humour britannique que chacun lui 
connaît. Aussi quel formidable bis et que d'interminables bravos à la 
lecture de son journal de village. On criait : encore I encore! mais Levassor 
avait déjà pris l'express-train pour Madrid. 

— A cette même soirée de M me Orfîla , nous avons un grand et légitime 
succès à constater, celui obtenu par Géraldy, non-seulement dans son air 
du Philtre et son duo des Voitures versées avec M me Charles Tohchafâ, 
mais encore dans la simple production de Gustave Nadaud , le Nid aban- 
donné , touchant petit poëme qu'il a dit du cœur et de la voix , de ma- 
nière à charmer, à impressionner tout son auditoire. Chacun regrettait que 
l'auteur ne fût pas là pour féliciter son interprète. 

— Une nouvelle opérette de salon , les Sabotiers, musique d'Adolphe 
Canoby, a fait élection de domicile la semaine dernière à Passy, chez 
l'auteur du livret, M. Trouvé, artiste peintre qui manie avec une égale 
facilité la plume, le crayon et les pinceaux. On a applaudi musique, pa- 
roles et les interprètes qui avaient noms : M. Petit, premier prix du Con- 
servatoire, baryton engagé au Théâtre-Lyrique , et M me Denizet, élève 
de M mc 'Ugalde, qu'on a bissée dans sa romance. MM. Levasseur, Ponchard, 
M. et M me Charles Ponchard, assistaient à cette intéressante audition 
qu'ils ont même illustrée d'une préface qui avait bien son petit mérite : 
les duos de la Fausse Magie, du Nouveau Seigneur, de la Dame blanche 
et du Philtre. 

— Une grande solennité musicale se prépare au théâtre impérial 
Italien pour le mercredi soir, 19 décembre. On y entendra pour la pre- 
mière fois les Poèmes de la mer, ode symphonie avec soli, chœur et or- 
chestre, paroles d'après J. Autran, musique de J. B. Wekerlin. L'ensemble 
de celte exécution présente un chiffre de 150 artistes qui seront dirigés 
par l'auteur. Nous donnerons prochainement le programme de ce festival 
ainsi que les noms des solistes. 

— Dès sa séance d'ouverture , le Congrès pour la restauration du plain- 
chant et de la musique d'église s'est empressé d'approuver la proro- 
gation de trois mois accordée aux maîtres de chapelle et organistes français 
et étrangers pour l'envoi des manuscrits destinés au concours de compo- 
sition de musique religieuse fondé par les éditeurs de la Maîtrise. On 
a également adopté la modification sollicitée au sujet des messes et 
motets qui pourront être écrits indifféremment à trois voix égales ou non. 

Le congrès a ensuite discuté son règlement , établi son ordre du jour. 
Il y avait affluence dans la salle de la Société d'encouragement, rue 
Bonaparte. Nombre d'Archevêchés et d'Évêchés étaient représentés. 
M. V. Pelletier, l'honorable chanoine du diocèse d'Orléans, présidait. On re- 
marquait au bureau, M. Calla, MM.d'Ortigue et Adrien de Lafage, présidents 
de la 2° et de la 3 S section. Un sténographe avait pris place près de M. Rabu- 
taux, secrétaire. Nous donnerons le résumé de ces instructives séances qui 
ont été closes hier soir samedi. Dès aujourd'hui, signalons le succès 
obtenu et mérité par M. Xavier Van Elewyck de Louvain , docteur en 
sciences et représentant la Belgique musicale religieuse au congrès. Les 
plus vives sympathies ont accueilli ses précieuses communications. 

— Dans son dernier feuilleton de l'Illustration, M. G. Héquet résume 
d'intéressantes considérations sur la Sémiramis française et la Semira- 
mide italienne, et s'exprime ainsi au sujet de l'exécution matérielle de la 
nouvelle édition de Sémiramis publiée par le Ménestrel et offerte en prime 
à ses abonnés : 

« La partition de Sémiramis vient de paraître avec les paroles françaises 
de M. Méry. — L'édilion est conforme en tous points à la représentation. 
La pièce est divisée en quatre actes. On sait que le drame italien n'en a 
que deux. Rien n'y manque, ni les airs de ballet de M. Carafa, ni les ré- 
citatifs écrits ou ajustés à la prosodie française par M. Carafa, qui, certes, 
était digne plus que personne de cette mission. 

« La partition de Sémiramis, réduite pour le piano, est gravée en petit 
format, mais avec une netteté parfaite, et le caractère en est assez gros 
pour que sa lecture n'offre aucune difficulté même aux vues les plus fai- 
bles. Le texte italien est joint au texte français, ce qui permet d'apprécier 
l'élégante fidélité de la traduction, — quelques passages exceptés. On n'est 
point parfait, quelque Méry que l'on soit. Une chose dont les véritables 
musiciens sauront à l'éditeur un gré infini, c'est le soin qu'on a pris d'in- 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



diquer les détails de l'orchestration , l'entrée des instruments à vent, les 
tenues, etc. Par ce procédé, un homme exercé peut se faire du coloris de 
cet admirable ouvrage une idée presque aussi exacte que s'il avait la 
grande partition sous les yeux. Hérold, dans la belle réduction qu'il a faite 
de Mosè in Egitlo, avait déjà donné une fois cet exemple, qui n'avait pas 
été suivi. Louons M. Heugel de l'avoir renouvelé. 

« En tête de ce beau volume sont deux portraits lithographies de Ros- 
sini. L'un est la copie d'un portrait peint à l'huile par un artiste allemand 
appelé Mayer : l'original est dans le salon du maître ; l'autre est la repro- 
duction d'une photographie parfaitement réussie de M. Numa Blanc. Le 
premier, qui a dû être fort ressemblant, représente Rossini tel qu'il était 
en 1820 ; le second vous le montre tel qu'il est en 1860. Quatre autres 
lithographies reproduisent les quatre décors de l'Opéra, et le tableau pré- 
senté par quatre des principales scènes. Enûn, rien n'a été épargné pour 
rendre l'édition digne de l'œuvre, et l'on peut affirmer qu'aucune partition 
n'a jamais été publiée avec autant de luxe, ni avec plus de soin. » 

— On lit également dans le dernier feuilleton musical de l'Illustration: 
« M. Camille Stamaty, l'hahile pianiste, qui continue chez nous l'ensei- 
gnement de Kalkbrenner, et qui s'acquitte de celte honorable tâche avec 
un si brillant succès, vient de commencer, dans les salons de MM. Pleyel, 
Wolff .et fi ie , rue Richelieu, <9S, deux cours spéciaux, l'un pour les jeunes 
personnes, l'autre pour les jeunes gens qui se destinent à suivre la car- 
rière artistique et professorale. Je copie le programme que j'ai sous les 
yeux. — C'est une sorte d'école normale pour l'enseignement du piano. 
Dans chacun de ces cours, les travaux sont alternativement individuels et 
collectifs ; ils embrassent tous les genres de musique ancienne et moderne. 
Il n'y a ni âge ni degré de force déterminés pour l'admission des élèves ; 
mais des épreuves trimestrielles serviront à classer ceux-ci entre eux, et, 
à la fin de l'année scolaire, il sera décerné des récompenses aux plus mé- 
ritants. Ces cours dureront du 1 er novembre au 1 er août, et auront lieu 
deux fois par semaine, les mardis et samedis : à 9 heures du matin pour 
les jeunes gens, à midi pour les jeunes personnes. — Il n'est pas admis 
plus de huit élèves en deux heures. 

« Cette entreprise de M. Camille Stamaty mérite tout l'intérêt du public, 
et sera éminemment utile à l'art musical. Il y a beaucoup de professeurs 
à Paris, — peut-être trop; — mais il n'y en a presque pas en province. 
Tous nos départements en demandent à grands cris. Puisse M. Stamaty 
leur en expédier beaucoup ! Nous savons d'avance que tous ceux qui sor- 
tiront de ses mains auront une instruction solide, le goût de l'art sérieux, 
et ce vif sentiment du beau que donne l'étude assidue des grands maî- 
tres. » 

— Nous sommes en retard avec le concert donné, il y a quelques jours, 
à Melun, par M. de Vroye, notre excellent flûtiste. M. et M mG Tagliafico, 
Alard le violoncelliste et le pianiste hollandais Brewer avaient prêté leur 
concours au bénéficiaire. C'est en termes pompeux que l'Indicateur gé- 
néral de Seine-et-Marne rend compte de cette séance qui, sous tous les 
rapports, a parfaitement réussi. 

— Le comité du Progrès artistique qui comprend toutes les classes des 
beaux-arts , les lettres et les sciences et qui compte dans son sein des 
membres illustres de 1 Institut et de l'Université a pour but de faire con- 
naître ses adhérents et leurs ouvrages. Il donne des séances mensuelles à 
l'Hôtel de Ville et des concerts dans la salle du Lycée Louis-le-Grand. La 
première séance solennelle a eu lieu dimanche 23. Elle a été des plus 
brillantes tant par l'auditoire qui encombrait la vaste salle que par le 
talent des artistes qui s'y sont fait applaudir. Nous citerons M 1Ie Chardon 
qui a exécuté sur le piano le Carnaval espagnol de Delioux et Y Impromptu 
de Chopin, M me Portelette et M Ue Adam-Boisgontier interprétant chacune 
une mélodie de M. Gustave Lefevre, président du comité : Yvonne et la 
Bouquetière ont conquis vaillamment la sympathie de l'auditoire. M. Lan- 
,cien a joué avec toutes les qualités d'un virtuose la fantaisie d'AIard 
,sur la Muette. M. Bloch a dit de la manière la plus intelligente diverses 
productions de Parizot. Le Duo bouffe chanté avec M. Lcgrain a 
.couronné son succès. Signalons enfin l'orchestre bien dirigé par M. Molier 
dans l'ouverture des Aveugles de Tolède de Méhulella Romanesca fort bien 
instrumentée par M. Gustave Lefevre. 

— Les bals de l'Opéra, sous la direction de Strauss avec son formidable 
orchestre, ouvriront la saison 1861 le samedi 15 décembre. Samedi pro- 
chain, le bal annuel de la Caisse des pensions des artistes de l'Opéra pré- 
cédera la réouverture des bals masqués de l'Opéra. 



AVIS AUX ABOME§. 



La partition illustrée de SÉMIRAMIS de Rossini, 
avec les DEUX PORTRAITS de G. ROSSINI (Naples 
18SO et Paris 1S4SO) et les DESSINS REPRÉSEN- 
TANT LES SCÈNES PRINCIPALES DE L'OUVRAGE, 
est actuellement délivrée aux abonnés du Ménestrel. 

Cette magnifique prime, offerte gratuitement 
pour tout renouvellement ou abonnement complet 
(chant et piano), prendra la place des quatre Albums 
'Aii' Ménestrel, dont les morceaux n'en seront pas 
moins publiés dans le Journal (voir ci-dessous). 

Les abonnés au CHANT seul, ou au PIANO seul, 
auront droit à la même prime, moyennant un sup- 
plément d'abonnement de dix francs , s'ils ne préfè- 
rent recevoir gratuitement : 

1° A la place des deux Albums annuels pour le 
Chant: la partition complète des SAISONSde J. HAYDN, 
chant, piano et traduction française de G. Roger, 
oratorio en quatre parties, seule édition conforme 
à l'exécution des concerts du Conservatoire , et 
ornée du portrait de HAYDN. 

S" En échange des deux Albums annuels pour 
piano : un beau Recueil de transcriptions et réduc- 
tions des célèbres oeuvres concertantes, sympho- 
niques et pour piano seul, de Haydn, Mozart et BEE- 
THOVEN, par Jules WEISS, et contenant : 



— 2. Menuet du [même trio. — 
Allegro de la symphonie en mi 



llivnv : 1. Final du trio en fa. 

3. Final du trio en la. — 4 

bémol. 
BEETHOVEN : 5. Adagio et allegro de la symph. 

du quatuor en fa. — S. Menuet et scherzo 

gro du trio en mi bémol. 
MOZART : O. {Menuets extraits de ses symphonies. — ÎO. Final de 

la symphonie en ré. — 11. Final du quati 

12. Frcsto de la sonate en si bémol. 



c en ut. — 6. Final 
septuor. — 9. Alle- 



cn sol mineur. — 



CATALOGUE des morceaux séparés des quatre ALBUMS 
du Ménestrel [année 1860-1861), quiparailront de semaine 
en semaine, à partir du dimanche 11 novembre 1860. 



ALBUMS DE CHANT. 



ROMANCES ET CHANSONNETTES. 

e. IVADAIID. 

La bruyère. 
PAULINE TOUS. 

Tes vingt ans! 

F. MASINI. 

Le Lever des Étoiles. 

LÉOFOLD AMAT. 

Sympathie. 

H. POTIER. 

Adieu les Fées I 

DORVAL-VALENTINO. 

Charmants Tyrans du cœur. 



SCENES ET MELODIES. 

O. NADAUD. 

Le vent qui pleure. 

PAULINE THVS. 

Harmonie de Lamartine. 

.«. -It. WEKERLIN. 

9 J Tyrolienne. 

FÉLIX GODEFROID. 

Ma mie Annette. 



ALBUMS DE PIANO. 



MUSIQUE DE DANSE. 

ARBAN . 

A vos Souhaits, polka. 
I,. MICHELE 

Polka militaire du Camp de Saint-Maur. 

STRAUSS. 

Sérnirumis , 2 e quadrille. 

PHILIPPE STUTZ. 

Juana , polka- mazurka. 

Ml'SARD. 

Sémiramis, ■valse. 
J.-L. BATTMANN. 

Menuet et galop fiDal A'Orphée aux 
Enfers, de J. Offenbach. 



MORCEAUX DE SALON. 

CROISEZ. 

Guipures et Dentelles [n° 1). 

CH. NEUSTEDT. 

// mio Tesoro, transcription de Don Juan. 

M Alt MO. VI' EL. 

Musette, rondo pastoral. 
PAUL BERNARD. 

Bella sera, idylle. 
LÉCUREUX. 

Fleuve du Tage, transcription. 

FÉLIX CODEFROED. 

Les Abeilles, étude extraite du3 u cahier 
de l'Ecole chantante du piano. 



Chaque demande ou renouvellement d'abonnement doit être accom- 
pagné d'un bon sur la poste [franco). Joindre, pour les départements, 
un supplément de 2 francs , montant de l'affranchissement des primes de 
l'abonnement complet, ou un supplément de 1 franc pour l'affranchisse- 
ment des primes séparées, piano ou chant. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues frères, rue Jean-Jacques Rousseau, 8. 



INTRODUCTION 



AUX 



CLASSIQUES-MARMONTEL 



LE JEUNE 





TRANSCRIPTIONS ET RÉDUCTIONS 

Des célèbres œuvres concertantes , symphoniques et pour piano seul 

PAU 



HAYDN. 

1 er Cahier. — San» octave». 

1. Finale du" trio en ut 5 

2. Finale du irio en fa S 

3. Minuetto du trio en fa 5 

4. Allegro du trio en sol 5 

5. Allegro du Irio en fa 6 

0. Allegro du irio en soi 6 

7. Finale du trio en la 5 

8. Allegro de la symphonie en mi bémol S 



BEETHOVEN. 

ï m0 Cahier. — Sans octaves. 

9. Allegro de la sonate en sol, op. 14, n° 2 6 » 

10. Finale de la sonate en ré, op. 12, n° 1 6 » 

11. Finale de la sonate en fa, op. 17 5 » 

12. Adagio et allegro de la symphonie en ut... 6 » 

13. Finale du quatuor en fa, op. 18, n° 4 5 » 

14. Minuetto et scherzo du septuor 5 » 

15. Finale de la sonate en mi bémol, op. 12. . . 5 » 

16. Allegro du trio en mi bémol, op. 3 6 » 

Chaque cahier complet : 25 fr. 



MOZART. 

3 mo Cahier. — IMêlé d'octave*. 

17. Allegro de la sonate en fa 5 » 

18. Trois menuets extraits de symphonies 6 • 

19. Finale de la symphonie en ré 5 » 

20. Finale du quatuor en sol mineur 7 50 

21. Presto de la sonate en si bémol 5 » 

22. Allegro de la sonate en la 5 » 

23. Adagio et allegro de la sonate en sol mineur. 6 » 

24. Allegro de la symphonie en ut 7 50 



( «■»« Cahier. ) 



HAYDN. 



1. Finale de la symphonie en ut 7 50 

2. Finale de la 4° symphonie en sol 7 50 

3. Andante de la symphonie en sol 7 50 

4. Finale de la 1" symphonio en soi 7 50 



BEETHOVEN. 



5. Sonate en sol mineur, op. 49, n° 1 7 50 

6. Sonate en sol, op. 49 , n° 2 7 50 

7. Allegro de la sonate en la, op. 12, n° 2 7 50 

8. Allegro de la sonate en fa, op. 17 7 50 



MOZART. 



9. Allegro de la sonate facile S 

10. Andante de la sonate d° 5 

11. Finale de la sonate d» 5 

12. Marche turque 5 



REPRODUCTION ALLEMANDE. — PROPRIETE DES EDITEURS. 



Paris, an MÉNESTREL, 2 bis, rue Vivicimc, HEUGEL et ir>, éditeurs, fournisseurs du CONSERVATOIRE. 

BOTE et BOCK, à Berlin. 



Typ. Charles do Muurgucs frêles, me J.-J. Rousseau, 8. — 1532. 



752. — "28 e Aimée. 
m» s. 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR, 



Dimanche 9 Décembre 

tSGO. 



MEN 



Q^r=a 




TREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

DJ'ecteii-. 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en chef. 



LES BUREAUX , S bis, rue Vivïenne. — HEUGEL et Ci", éditeurs. 



C.IIiiYT. Œ@BnB2raP2@OT8 E)'Aœ@WHÎÎIM®Kl , S PIANO. 

er Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 30 Morceaux: [ 2 e Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches ; «O Morceaux i 

Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; ï Alhiims- Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; z Albuius- 



illustrés. — Un an : 15 fr.; Province : 18 



en quin 
fr. ; Ètra 



anger : 21 fr. I primes illustrés. - 

chant et rn.vo nrr\is : 



• Un an : 15 fr. ; Province : 1 8 fr. ; Etranger : 21 fr. 



3 e Mode d'abonnement contenant le Teste complet, les 53 Morceaux de chant et de piano, les & Albums-primes illustrés. 

Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 



On souscrit du 1" de chaque mois. — L'année commence du l»'décembre,etles52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection 
un bon sur la poste, à MM. IIEI <:i.i, et C ie , éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
( Texte seul : 8 fr. ) 



Typ. Charles de Mourgues frères, 



Adresser/ranco 
rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 7376. 



SOMMAIRE. — TEXTE. 

I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâtres : Gossec et Catel (16 e ar- 
ticle). L. Meneau. — Il Opéra-Comique : première représentation de l'Eventail. 
— Semaine théâtrale. J. Lovy. — 111. Tablettes du pianiste et du chanteur : 
De l'accentuation considérée dans ses rapports avec la sonorité , le rhythme et 
la mesure (suite et fin). Marmontel. — IV. La session du Congrès pour la res- 
tauration du plain-chant et de la musique d'église. J. d'Ortigtte. — V. Monu- 
ment de Chérubiui — VI. Saison de Nice. — VII. Nouvelles et Annonces. 

MUSIQUE DE CHANT : 

Nos abonnés à la musique de Chant recevront avec le numéro de ce jour: 
LA SYMPATHIE 

Paroles du chevalier d'Arluc, musique de Léopold Amat. — Suivra 
immédiatement après : le Lever des Etoiles, paroles de M. Emile Bellier, 
musique de F. Masini. 

PIANO : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano : 

IL IHIO TESORO , 

Transcription de Don Juan, par Ch. Neustedt. — Suivra immédiate- 
ment après : la valse de Sémiramis, par Musard. 



L0PÊR4 C03IIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



SECONDE PARTIE. — XIX e SIÈCLE. 

. CHAPITRE VI. 
GOSSEC et CATEL. 

XVI. 

Gossec et Catel. 



Gossec et plus tard Catel facilitèrent la voie aux Nicolo, aux 

Méhul, aux Boïeldieu En donnant à l'Opéra-Comique des 

œuvres plus correctement écrites que celles de leurs devanciers, 
ils formèrent le goût des auditeurs. 



Ce ne furent point cependant leurs travaux dramatiques qui 
contribuèrent le plus à leur célébrité. 

François-Joseph Gossec (1) dut ses principaux titres de gloire 
à ses morceaux de musique instrumentale, à ses compositions 
religieuses et à ses chants patriotiques. 

Lorsqu'il arriva en France, en 1751, il obtint, grâce à la 
protection de Rameau auquel son maître l'avait adressé, une 
place de chef d'orchestre chez le fermier général La Popelinière. 
Il devint, par suite, directeur du Concert spirituel. Frappé de 
l'état peu avancé de la musique d'orchestre en France à cette 
époque, il écrivit des symphonies qui brillèrent singulièrement 
à côté de celles de Lulli , de Mondonville, de Rameau , for- 
mant le fonds du répertoire du Concert spirituel. Il écrivit les 
symphonies qu'on nommait alors périodiques, à peu près en 
même temps qu'Haydn en composait pour l'Allemagne. Celles-ci 
devaient être connues de ce côté du Rhin vingt ans plus tard et 
faire oublier à leur tour les symphonies du musicien français. 

Gossec chercha à introduire sa réforme instrumentale dans 
les opéras. Il constitua l'orchestre à peu près comme il l'est au- 
jourd'hui, ne gardant des instruments à cordes que le violon, la 
viole, le violoncelle et la contrebasse; il remplaça la flûte à bec, 
fausse et d'un son peu agréable, par la flûte traversière, importée 
d'Allemagne ; il rendit l'usage de la clarinette plus général et 
proscrivit le cor de chasse pour mettre à sa place le cor d'har- 
monie. 

Ses titres, comme compositeur d'opéra-comique, sont quatre 
ouvrages en un acte, donnés à la Comédie italienne : le Faux 
lord, 1764; les Pêcheurs, 8 avril 1766, son plus grand succès; 
Toinon et Toinette et le Double déguisement, pièce moins heu- 
reuse que les précédentes et qui n'eut qu'une seule représentation. 

Gossec était un des meilleurs maîtres français de composition, 



(I) Né dans une petite ville du Hainaut , le 17 janvier 1733, et mort à 
Passy le 16 février 1829. 



10 



LE MÉNESTREL. 



quoique altaché, comme tous ses compatriotes musiciens, au 
système de la basse fondamentale. Il eut au nombre de ses 
élèves Cbarles-Simon Catel (1) , qui renversa le vieil édifice 
théorique de Rameau et s'illustra par un traité d'harmonie resté 
la base, le programme des ouvrages plus développés qui ont été 
écrits depuis sur ce sujet. 

Si l'opéra français a dans les veines du sang allemand et du 
sang italien, il en est de même de nos théories musicales : Catel 
condensa dans son traité, logique et clair, ce qu'il avait trouvé 
de juste dans les ouvrages obscurs et embrouillés des maîtres 
allemands et italiens. 

Il écrivit quelques opéras comiques qui n'eurent peut-être 
point le succès qu'ils méritaient; F Auberge de Bagnères (1807), 
dont les paroles étaient d'Elleviou, comme nous l'avons vu, 
possédait de charmantes mélodies, une vérité scénique bien 
trouvée et surtout une pureté de style rare à cette époque, et ce 
fut peut-être là ce qui nuisit à Catel. On sait la répulsion ridicule 
d'une certaine partie du public pour les œuvres des compositeurs 
réputés érudits. Musique de calcul, telle est la phrase absurde 
avec laquelle bien des hommes de talent ont vu leur célébrité 
éclipsée et assez souvent par de véritables médiocrités. 

Les qualités qui brillent dans l'Auberge de Bagnères se re- 
trouvent dans les Artistes par occasion, opéra comique repré- 
senté la même année, mais dont le libretto était trop faible pour 
que la pièce pût se soutenir au répertoire ; on remarque dans 
cette partition un joli trio qui se chante encore aujourd'hui 
dans les concerts. 

En 1812, Catel donna les Aubergistes de qualité, composition 
un peu froide dans laquelle je citerai cependant un joli duo pour 
dessus et ténor : 

D'un seul vœu mon âme est remplie... 

Il écrivit ensuite la musique d'un drame en trois actes, 
Wallace, qui eut un succès mérité, et dans lequel on applaudit 
un charmant air de soprano : 

Soyez sensible à ma douleur. 

L'Officier enlevé (1819) fut son dernier ouvrage. 

Le grand opéra de Sémiramis est ce qu'il donna de mieux à 
la^scène, mais son chef-d'œuvre eut le sort des ouvrages de 
Gossec; le libretto de Sémiramis servit plus tard de canevas h 
un opéra éclatant qui devait faire oublier celui de Catel. 
* 

Rien "que cela ne se rattache point à l'histoire de l'opéra 
comique, je ne puis avoir parlé de Gossec sans mentionner, fait 
assez rare chez les artistes, qu'il était plein d'admiration pour 
tous les compositeurs de talent de son époque ; s'il devint le 
protégé de Rameau, c'est qu'il rendit hommage à ses œuvres, 
comme plus tard, son admiration pour les opéras de Gluck lui 
attacha ce grand génie. 

Ce fut avec bonheur qu'il assista aux progrès de l'art musical 
de son temps, progrès qui reléguaient souvent ses œuvres au 
rang d'antiquailles. Lorsque Catel lui soumit son traité d'har- 
monie, il l'embrassa en lui disant : « Tu me fais enfin com- 
« prendre ce que je t'ar enseigné. » Aussi ce fut pour lui un 
grand bonheur d'avoir « eu la chance singulière », dit Ad. Adam 
dans les pages charmantes qu'il lui a consacrées, « d'entendre à 
a Paris les dernières exécutions des opéras de Lulli, et d'assister 
« aux premiers triomphes de Rossini. » Léon Meneau. 

{La suite au numéro prochain.) 

(1) Né à l'Aigle, en juin 1773, mort à Paris le 29 novembre 1830. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL DE l/OPÉRA-COMIQIJE. 



L'Eventail , opéra-comique en un acte, paroles de MM. Jules Barbier et 
Michel Carré , musique de M. Ernest Boulanger. 

Voici un gracieux pastel musical, — qui nous a été servi 
presqu'à l'improviste, et même à la grande surprise des auteurs. 
M. Ernest Roulanger, notamment, le croyait renvoyé, — sinon 
aux calendes grecques, — du moins à l'année prochaine : musi- 
cien des plus distingués, il avait droit de supposer que les direc- 
tions théâtrales ne feraient pas avec lui beaucoup de façons. 
Mais, voyez la chance! Une artiste , prise de maladie subite, fait 
ajourner Barhouf; nul autre ouvrage n'est prêt ; voilà l'Éven- 
tail forcément inscrit au rôle, et le public parisien condamné, 

— à venir applaudir une œuvre musicale des plus estimables. 
La pièce de MM. Rarbier et Carré n'est pas sans analogie avec 

les Caprices de Marianne, d'Alfred de Musset, — sauf le dé- 
nouement. Elle a toute l'allure de Iâ~ fantaisie espagnole, avec 
une légère dose de logique et de sérénité, comme l'exigent les us 
et coutumes de la maison de Favart. 

Une jeune veuve qui s'ennuie, — dame Rosalinde, — est 
aimée du poète Fabrice; mais comme elle est aussi cruelle que 
coquette, la voilà qui fait chasser à coups de bâton ce senti- 
mental donneur de sérénades. Fabrice, furieux, confie-sa mésa- 
venture à son ami le capitaine Annibal, un bravache, un han- 
teur de tavernes. 

— « Tu n'as que ce que tu mérites, avec tes lamentables 
romances, lui dit le capitaine; passe-moi ta mandoline, et tu vas 
voir comment l'on captive les femmes ! ... » 

Là dessus messire Annibal entonne une fringante chanson 
assaisonnée d'une pointe de raillerie. En effet, la belle inhumaine 
ne tarde pas à reparaître sur son balcon, — mais pour jeter un 
petit sou au chansonnier. Annibal est furieux à son tour; les 
deux amis ont donc une double vengeance à exercer. — « Laisse- 
moi faire, dit le capitaine, il faut absolument que la belle m'ac- 
corde un rendez-vous ; je me fais fort de l'obtenir; alors tu t'y 
rendras à ma place, et lui diras : « Annibal ne vous a jamais ai- 
mée, madame, et moi je ne vous aime plus. » 

Cette comédie anodine est acceptée. Or, selon les traditions, 
le capitaine, tout en jouant avec le feu, s'enflamme le cœur ; et 
de son côté Rosalinde n'est pas insensible aux propos du mau- 
vais sujet. 

Heureusement la belle veuve possède une jeune sœur des 
plus avenantes et toute disposée à offrir au poète Fabrice une 
fiche de consolation. Phébé hâte le dénouement en excitant le 
dépit de sa sœur et la jalousie d'Annibal. L'éventail de Rosa- 
linde, s' égarant de mains en mains, collabore activement au 
résultat voulu, et tout annonce que deux mariages vont se célé- 
brer le même jour. . . ou le lendemain. . . conformément aux 
rites andaloux. 

De ce canevas de bonne maison le compositeur a pris large- 
ment sa part ; sa partition de Y Éventail est et restera la digne 
sœur de ses aînées, le Diable à l'école et les Sabots de la mar- 
quise. — Une série de morceaux mélodieusement conçus, habi- 
lement traités; une orchestration saine, sans abus de sonorité, 

— et du côté de la salle, de sincères marques de sympathie, tel 
est le bulletin de la soirée. 

Parmi les pages le plus fêtées, il faut citer les couplets à 
boire chantés au lever du rideau par Annibal (Crosti) ; sa séré- 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



11 



nade bouffe, et son duo avec Phébé (M IIe Cordier). Disons bien 
vite que Crosti a donné à tous ces morceaux un excellent cachet. 
Mentionnons encore l'air de M me Faure-Lefebvre : Ah ma pau- 
vre file, et le morceau de bravoure du veuvage, dont elle s'est 
tirée de la façon la plus brillante. Ponchard, dans le rôle de 
Fabrice, s'est montré, comme d'habitude, comédien de la bonne 
école et gracieux chanteur. Son duo avecM lle Cordirîr est, sans 
contredit, le plus joli morceau de la partition, aussi a-t-il pro- 
voqué dans l'auditoire plusieurs salves d'applaudissements. 

Bref, le succès de ce petit opéra a été légitimé* ; la présence de 
l'Empereur ajoutait à l'éclat de la soirée. 

Le spectacle commençait par la Perruche (musique de M. Cla- 
pisson), dont Ambroise, Laget, M ,les Pannetrat et Tuai ont fort 
bien fait les honneurs. Ambroise, le transfuge des Variétés, 
tient avec aisance tous les rôles qui lui sont confiés. Il s'acclimate 
à merveille, et déjà le public l'accueille comme un enfant de la 
maison. 

J. Lovy. 



SEMAINE THEATRALE. 

A I'Opéra, le succès du Papillon prend de grandes propor- 
tions. M Iles Emma Livry et Marquet obtiennent chaque fois des 
ovations princières. L'Empereur est allé voir une seconde fois 
le charmant ballet de M me Marie Taglioni et de M. de Saint- 
Georges ; la foule sanctionnera avec empressement cette marque 
officielle d'approbation. 

La reprise de Guillaume Tell , avec le baryton Morelli, 
M lle Carlotta Marchisio, MM. Gueymard et Belval, est à l'ordre 
du jour de cette semaine. 

Avant-hier, vendredi, la 6 e représentation du Papillon a été 
de nouveau honorée de la présence impériale. Ce soir là l'af- 
fiche s'était enrichie d'un attrait de plus : la première audi- 
tion de la cantate Ivan IV, couronnée par l'Institut. On sait 
que M. Achille Fould, alors ministre d'État, prenant en consi- 
dération le succès éclatant du jeune Paladilhe, avait décidé que 
sa cantate serait exécutée à l'Opéra. Son honorable successeur, 
M. Walewski, s'est empressé de ratifier cette décision. MM. Mi- 
chot, Cazaux et M lle Amélie Rey chantaient les soli. 

On a remarqué la sérénade du ténor, et le trio scénique qui a 
servi de cadre à M. Théodore Anne pour développer le sujet de 
sa cantate. Ce trio est une belle et grande page des plus méri- 
tantes, surtout si l'on considère que les élèves mis en loge se 
trouvent dans l'obligation d'écrire sur un canevas donné, à jour 
fixe, pour des voix absentes, pour des instruments muets, et 
dont, par cela même, leur jeune expérience ne saurait se rendre 
un compte exact. A plus d'un titre, M. Paladilhe méritait donc 
l'honneur qui vient de lui être fait, et son maître Halévy ajoutait 
à cet honneur en venant encourager de sa présence sur la scène, 
le jeune et vaillant lauréat. 

Aujourd'hui dimanche , représentation extraordinaire de la 
Sémiramis, par les sœurs Marchisio et MM. Obin, Dufrène et 
Coulon. Demain lundi, le Prophète, pour la rentrée de M me Te- 
desco, et mercredi prochain septième représentation du Papillon. 

Au Théâtre-Italien on a repris Marta, la suave partition 
de M. de Flotow. M me Alboni, dans le rôle de Nancy, s'est 
montrée à la fois merveilleuse cantatrice et comédienne parfaite ; 
sa verve a électrisé la salle entière. Graziani est toujours à la 
hauteur de sa magnifique voix et de sa réputation. Mario, Zuc- 



chini et M lle Battu réalisent un délicieux ensemble, infiniment 
supérieur h celui de la Lucie. Aussi la partition de Marta, mal- 
gré son infériorité relative, attire-t-elle beaucoup de monde. 

En attendant Barkouf, qui sera représenté vers le 20, — 
M" e Marimon au lieu et place de M 1Ie Saint-Urbain, — I'Opéra- 
Comiqde nous a donné cetle semaine la première représentation 
de l'Éventail avec la reprise de la Perruche. (Voir notre article 
de ce jour.) 

Le Théâtre-Lyrique donnera vendredi prochain la première 
représentation des Pêcheurs de Catane , drame lyrique en trois 
actes, de MM. Cormon et M. Carré, musique de M. Aimé Mail- 
lart. L'administration n'a rien négligé pour augmenter l'intérêt 
qui s'attache déjà à l'apparition d'une œuvre nouvelle de l'au- 
teur des Dragons de Villars. On parle de décors et de costumes 
splendides. Mais, outre ce luxe auquel on est habitué au Théâtre- 
Lyrique, la première représentation des Pécheurs de Catane 
servira aux débuts de M lle Baretti et de M. Peschard, débuts 
qui, si l'on en croit des indiscrétions de coulisses, sont appelés 
à un bel avenir. Les représentations des Pécheurs de Catane 
alterneront avec celles du Val d'Andorre, dont les recettes se 
maintiennent au chiffre le plus élevé. 

Aux Bouffes-Parisiens, le succès trois fois centenaire d'Or- 
phée aux enfers retarde la première représentation de Fortunio, 
nouvelle opérette de J. Offenbach. 
* 

Une comédie en cinq actes, en vers, de M. Louis Bouilhet, 
vient de recevoir un brillant accueil à FOdéon : l'Oncle million, 
tel est le titre piquant de cette œuvre, dont le succès a été par- 
tagé par les interprètes, MM.. Tisserand, Kime, Thiron , Mes- 
dames Thuillier, Ramelli, Mosé. 

La Dame aux camélias, qui a tari toutes les larmes du Vau- 
deville, s'est décidée à émigrer vers le Gymnase, où M me Rose 
Chéri personnifie le principal rôle d'une façon Irès-remarquable, 
Lafontaine aidant. 

En attendant la nomination du nouveau directeur, M. Dor- 
meuil, les artistes du Vaudeville ont été autorisés à continuer 
les représentations. La commission administrative se composait 
de MM. Lafont, Brindeau et Saint-Germain. 

Le Palais-Boyal a servi à ses habitués deux amusants vau- 
devilles : le Passé de Nichette et le Serment d'Horace. Cette 
dernière pièce , signée Henri Murger, ne saurait désavouer la 
signature ; elle abonde en mots charmants. Ravel est fort humo- 
ristique dans le personnage d'Horace. 

Enfin, sur la scène de M me Déjazet, notre spirituelle comé- 
dienne a repris les Premières armes de Richelieu, et retrouvé 
ses admirateurs d'autrefois. Trottmann le touriste, joué par 
Dupuis, mérite une mention honorable. 

J. Loyy. 



P. S. Les obsèques de M. Louis Lurine, directeur du Vaudeville, ont eu 
lieu dimanche dernier. Une foule considérable d'hommes de lettres, d'ar- 
tistes, d'amis du défunt, remplissait l'église Notre-Dame-de-Lorette et ses 
abords. Après le service, le convoi s'est dirigéversle cimetière du Nord. Les 
cordons du poêle étaient tenus par M. Auguste Maquet, vice-président de 
la Société des auteurs dramatiques ; M. Emmanuel Gonzalès, vice-président 
de la Société des gens de lettres ; 51. Hippolyte Cogniard, directeur des 
Variétés, et M. Brindeau, ancien sociétaire de la Comédie-Française, artiste 
du Vaudeville. Le deuil était conduit par MM. Albéiic Second, Raymond 
Deslandes et Edouard Martin. On remarquait dans l'assistance, M. Camille 



12 



LE MÉNESTREL. 



Doucet, chef de la division des théâtres au ministère d'État; M. Scribe, 
président à vie de la Société des auteurs dramatiques ; M. le baron Taylor, 
président honoraire de la Société des gens de lettres ; plusieurs membres 
de l' Académie-Française, presque tous les directeurs des théâtres de Paris. 
Deux discours prononcés sur la tombe, l'un par M. Félix MallefiUe, l'autre 
par M. Frédéric Thomas, ont laissé la plus profonde impression. La péro- 
raison de M. MallefiUe : « Ci-git un homme d'honneur » restera la digne 
épitaphe du défunt. 



TABLETTES DU PIANISTE ET OU CHANTEUR. 



DE L'ACCENTUATION 

Considérée dans ses rapports avec 
EA SONORITÉ, EA MESURE ET LE RIIYTIIIHE. 

II. 

ACCEXTS Km'THMIQUES. 

Nous donnons le nom,à' accents rhythmiques, aux inflexions de 
sonorité qui accompagnent toujours la note initiale des dessins 
mélodiques, ou certains traits dont la configuration offre des ré- 
pétitions fréquentes des mêmes formules. 

Les pièces d'une allure vive et très-fWfmttî'nf'e comme les Taren- 
telles, Saltarelles, Boléros, Mazurkas, Scherzi, présentent de 
nombreux exemples de ces sortes d'accents. 

Mais ce principe général trouve aussi bien souvent son appli- 
cation dans des compositions d'un tout autre caractère. Phrases 
expressives, études, etc., nous ferons seulement remarquer que 
ces inflexions de sonorité doivent être finement indiquées, tracées 
avec délicatesse, et variées d'intensité suivant la progression de la 
phrase entière ; c'est une nuance qui s'ajoute à la couleur déter- 
minée et dominante de la période musicale. 

La fantaisie, le caprice, l'imagination et le génie des maîtres 
variant à l'infini le contour des phrases, les arabesques des 
traits , ce serait un acte de folie que de poser des règles absolues 
et fixes d'accentuation; nous posons seulement ce principe qui 
laisse tout le champ libre aux exceptions : qu'il doit y avoir dans 
le son musical comme dans la parole une certaine progression 
ascendante ou descendante, lorsque, un rhythme étant donné, il 
se meut d'une manière régulière, périodique. Rien de monotone 
et de fatigant comme la répétition fréquente des formules 
rhythmiques ou mélodiques sans inflexion do sonorité. 

Que le signe soit marqué ou non, le son doit suivre la marche 
ascendante ou descendante indiquée par la figure des traits, et 
cela sans oublier les accents secondaires ou saillants commandés 
par la nature du trait, les proportions rhythmiques, les modu- 
lations, cadences mélodiques et harmoniques. 

Nous désignons sous le nom d'accents de mesure, l'inflexion 
de force donnée aux notes placées sur les temps forts ou la partie 
forte des temps, abstraction faite de leur valeur et de leur impor- 
tance mélodique. 

La main gauche, quoiqu'elle ait souvent une allure indépen- 
dante, est plus particulièrement chargée d'indiquer les accents de 
mesure, ou tout au moins de les soutenir par l'attaque un peu plus 
prononcée des basses fondamentales ou chantantes ; mais celte 
règle générale ne peut être posée en principe absolu, — bien des 
exceptions d'un charmant effet faisant opposition à la règle. 
Nous n'avons pas à indiquer ici les différentes variétés de 



mesure ; l'étude du solfège et les principes élémentaires de la 
théorie musicale apprennent aux élèves, dès leur début, quels 
sont les temps réputés forts ou faibles; bornons-nous donc à 
dire qu'un principe élémentaire de diction musicale veut que les 
notes placées sur les temps forts soient plus légèrement accusées. 
Ceci s'applique tout aussi bien aux formules mélodiques qu'aux 
traits brillants ou légers, de quelque nature qu'ils soient. - 

Celle accentuation se trouve complètement déplacée et changée 
dans les passages syncopés. C'est encore au solfège que nous 
renvoyons pour, la définition du mot syncope. Nous nous bor- 
nons à dire que dans ces sortes de passages, le son attaqué sur le 
temps faible et prolongé sur le temps fort, acquiert la valeur 
d'accentuation réservée en principe aux temps forts ; le temps 
faible devient fort, et par contre, le temps fort devient faible. 



Indépendamment des accents de mesure et rhythmiques et 
des accents qui tiennent au caractère de la mélodie, à son con- 
tour, à la configuration des traits, à leur rhythme, à la nature 
des accompagnements, la mélodie a des accents grammaticaux 
qui lui sont propres. Ainsi, les appogiatures simples et doubles, 
inférieures et supérieures, les brisés, les ports de voix, les altéra- 
tions qui ont un caractère expressif ou modulatoire, portent tout 
naturellement des accents dont l'intensité et la durée varient 
suivant le caractère de douceur ou de force de la phrase mu- 
sicale. 

Les cadences ou repos mélodiques et harmoniques portent 
aussi des accents sur l'avant-dernière note, celle qui précède le 
repos. L'accent varie suivant la nature de la cadence momen- 
tanée ou finale. Les accords dissonnants et modulatoires portent 
aussi des accents de force. Dans les phrases expressives, on atté- 
nue souvent l'effet dissonnant par un arpège ou en esquivant 
avec douceur ce que la dissonnance peut avoir de dur. 

Il y a dans le style des qualités d'accentuation qui tiennent à 
la vérité d'expression, c'est là le sentiment individuel et natif 
qu'il faut savoir respecter. 

Mais il s'en trouve aussi un grand nombre qui dépendent de 
la correction grammaticale. Ce sont ceux-là que nous avons eu 
la prétention de mieux préciser en indiquant l'emploi raisonné 
que l'on doit en faire, la place qu'ils occupent, l'influence qu'ils 
peuvent avoir, le rôle actif et matériel qu'ils sont appelés à jouer 
dans le discours musical. 



Résumons-nous : • 

Nous ne craignons pas d'affirmer que les principes généraux 
rationnels d'une bonne accentuation grammaticale sont du do- 
maine de l'enseignement. 

Quant aux accents expressifs et pathétiques, ils échappent à 
l'analyse, à la précision des règles. Les nuances si variées du 
sentiment, les élans passionnés de l'inspiration se traduisent de 
mille façons différentes, suivant l'organisation, la sensibilité et 
l'instruction musicale de l'exécutant. 

Ces différentes manières d'exprimer et d'interpréter la même 
pensée constituent seules dans l'exécution l'individualité et l'ori- 
ginalité de l'artiste. 

Mais il y a dans l'exécution vocale ou instrumentale des 
accents précis, invariables que l'on peut parfaitement désigner 
sous le nom d'accenls orthographiques de la langue musicale. 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



13 



Une accentuation exacte, juste, conforme aux lois du goût et 
de la méthode, résume une qualité plus rare qu'on ne pense, et 
si nous avons un peu longuement insisté sur un sujet souvent 
débattu et d'une utilité contestée par des musiciens dont nous 
respectons la conviction, sans toutefois nous ranger à leur avis, 
c'est parce que nous croyons du plus grand intérêt, pour les 
progrès des élèves, de guider leur goût en les habituant dès les 
premiers pas à colorer sagement leur exécution au moyen d'une 
accentuation précise, juste et variée dans ses effets. 

Marmontel. 



LA SESSION DU CONGRÈS 

pour la restauration du plain-euant et de la musique d'église. 

Nous avons dit que la session du Congrès pour la restauration 
du plain-chant et de la musique d'église avait eu lieu du 27 no- 
vembre au 1 er décembre inclusivement, dans le local de la So- 
ciété d'Encouragement, rue Bonaparte, 44. Dès le mardi, 27, 
les membres du Congrès s'étaient réunis à Saint -Eustache à 
onze heures du matin, pour assister à la messe du Saint-Es- 
prit, célébrée par M. l'abbé Simon, curé de cette paroisse. Cette 
messe, à laquelle assistaient les membres du Congrès résidant à 
Paris, ceux arrivés des provinces, et une foule de personnes dis-, 
tinguées, a été accompagnée du chant du Veni Creator, alter- 
nant avec le grand orgue , de plusieurs morceaux exécutés 
par M. Ed. Batiste, l'excellent organiste , de l'exécution de 
YAdoremus te, du Palestrina, et de VAve Maria des pèlerins du 
xv e siècle. Après le Domine salvum fac en faux bourdon, le 
chœur a entonné un admirable cantique du P. Brydayne, qui a 
servi comme de prélude à une belle et éloquente allocution que 
le président du Congrès, M. l'abbé V. Pelletier, chanoine de 
l'église d'Orléans, a prononcée en chaire. 

N'oublions pas de dire que les maîtres de chapelle de quatre 
paroisses de Paris: M. Delort, de Saint-Pierre-de-Chaillot; 
M. E. Gautier, de Saint-Eugène; M. Dhibaut, de Saint- Jacques- 
du-Haut-Pas, et M. Renaud, de Saint -Sulpice, avaient eu l'obli- 
geance d'envoyer un certain nombre de leurs choristes pour con- 
courir, sous l'habile direction de M. Hurand, maître de cha- 
pelle de Saint-Eustache, à l'exécution des morceaux entendus. 
Aussi cette exécution a-t-elle été parfaite. 

Le soir, à trois heures, première séance générale pour l'adop- 
tion définitive du règlement, la constitution des trois seclions et 
la répartition des travaux dans chacune d'elles. On remarquait 
au bureau : 31. l'abbé Pelletier, président; MM. F. Benoist, 
A. de la Fage, d'Ortigue, vice-présidents; M. Rabutaux, secré- 
taire général, et M. Calla, trésorier; au-dessous de l'estrade et 
à la droite du bureau, le sténographe. C'est dans cette séance 
que l'époque des concours proposé par les éditeurs de la Maîtrise 
a été prorogée de trois mois. 

Dès que les sections ont été saisies de l'ordre de leurs travaux, 
on peut dire que le zèle le plus intelligent, la plus louable émula- 
tion ont animé tous les membres, et les discussions les plus sé- 
rieuses , les rapports les plus intéressants se sont succédé 
d'heure en heure. Ainsi, chaque jour apportait un nouvel ali- 
ment aux séances générales. Plusieurs membres y ont fait preuve 
d'un véritable talent oratoire. Parmi eux, il faut citer M. l'abbé 
Chantôme, M. Charreire, organiste de Limoges, ancien élève 
de l'Institution des Jeunes-Aveugles, et M. le chevalier X. van 
Élewyck, qui s'est présenté au Congrès au nom des intérêts de 
l'art musical religieux en Belgique. On sait l'accueil tout sym- 



pathique et cordial que l'assemblée tout entière a fait à la pa- 
role éloquente et généreuse du chevalier van Élewyck. 

N'oublions pas ce bon et respectable curé du village de Pif- 
fonds, du diocèse de Sens, que l'on pourrait appeler le père le 
Jeune du Congrès, M. l'abbé Bémond, qui est venu avec tant 
d'humilité , de bonhomie , une élocution si simple et si insi- 
nuante, plaider la cause des populations des campagnes, déshéri- 
tées de tout plain-chant, de toute musique sacrée. C'a été là l'un 
des épisodes les plus curieux et les plus inattendus du Congrès. 

MM. les chanoines Gontier, du Mans; Planque, d'Arras; 
M. l'abbé Stéphen Morelot, M. l'abbé Cloët, M. l'abbé Delatour, 
M. l'abbé Brumare , M. l'abbé Vanson , M. l'abbé Valleix, 
M. l'abbé Raillard, M. l'abbé Arnaud, M. l'abbé Jules Bon- 
homme, M. l'abbé de Geslin, M. l'abbé Tesson, M. l'abbé Léger, 
M. l'abbé Barbier de Montault, avec quelques laïques, MM. A. 
de la Fage, AloysKunc, E. Gautier, Vervoitte, Gastinel, Char- 
reire, Delort, Octave Poix, Dhibaut , Schmitt , Calla , Marli- 
neau, etc., représentaient en quelque sorte la partie scientifique 
des questions soumises au Congrès. Ces questions se trouvent 
résumées dans une Adresse à l'Épiscopat, présentée par MM. de 
Vaucorbeil, Bertrand et J. d'Ortigue , dont la discussion et 
l'adoption ont occupé toute la séance générale du vendredi 30 no- 
vembre. Cette Adresse est à la fois une déclaration de principes 
et l'expression des vœux du Congrès. Nous la ferons connaître 
prochainement à nos lecteurs. 

Il n'y a eu qu'une voix dans l'assemblée pour admirer le talent, 
la présence d'esprit, l'habileté, le zèle infatigable avec lesquels 
M. l'abbé Pelletier a dirigé et souvent soutenu la discussion 
pendant le cours de ces importantes séances. 

La session du" Congrès avait commencé par un acte religieux; 
elle s'est terminée par une bonne œuvre. Sur la proposition de 
M, Ed. Batiste, une quête a été faite au profit de l'Association 
des artistes musiciens ; cette quête, bien qu'effectuée au dernier 
moment, n'a pas été sans résultat, et le produit a été envoyé, 
dès le lendemain, à M. le baron Taylor. 

J. d'Oktigde. 



MONUMENT A CHERUBINI. 

La ville de Florence a résolu de rendre à Cherubini l'hon- 
neur qu'elle a rendu à ses hommes les plus illustres. Cherubini 
est né dans cette ville le 14 septembre 1760, et, à l'occasion de 
l'anniversaire séculaire de sa naissance, on a posé dans l'église 
de Santa-Croce la première pierre d'un monument qui lui sera 
érigé à-côté de ceux de Michel-Ange et de Galilée. Une commis- 
sion composée d'hommes éminents s'est formée à Florence pour 
recueillir les souscriptions nécessaires et^ en diriger l'emploi. Le 
roi Victor-Emmanuel, le prince de Savoie-Carignan, ont ouvert 
la liste des souscripteurs, et la ville même y a contribué pour 
une somme importante. 

La commission de Florence a fait un appel à la France, mais 
l'initiative prise en cette circonstance par l'Italie aurait pu l'être 
également par nous, car on ne saurait dire à laquelle des deux 
nations Cherubini appartient le plus. S'il est né en Italie, s'il y 
a fait ses premiers pas d'artiste, c'est en France qu'il a composé 
ses chefs-d'œuvre, fondé une école et laissé d'immortels souve- 
nirs. Notre part dans la dette commune est sans contredit la plus 
forte, et nous serons heureux de l'acquitter. Un comité s'est donc 
constitué à Paris ; il a lieu d'espérer que l'hommage de l'admi- 
ration et delà reconnaissance sera digne des services rendus pa r 



i V 



LE MÉNESTREL. 



le grand artiste dont la gloire demande une dernière consé- 
cration. 

La souscriplion est ouverte au Conservatoire impérial de mu- 
sique et de déclamation, au bureau de M. Réty. 

Les membres du comité : 
MM. Auber, membre de l'Institut, Président; 

Prince Joseph Poxiatowski, sénateur; Halévy, membre 

de l'Institut, Vice-Présidents ; 
Berlioz, Carafa, Clapisson, Georges Kastner, Meyer- 
beer, Reber, Rossini , Ambroise Thomas, Membres 
de l'Institut ; 
Edouard Monnais, Secrétaire. 



SAISON DE NICE. 

On lit dans la Gazette des Eaux, correspondance de Nice : 
— Depuis bien des années notre ville n'a reçu un aussi grand 
nombre d'étrangers ; une riche société française, anglaise et 
xusse s'est donné rendez- vous cet hiver a Nice. — Aussi notre 
splendide soleil fait-il fête à tout ce beau monde qui nous ar- 
rive de Paris, de Londres et de Pétersbourg. Aussi les réunions, 
les bals et les concerts s'annoncent devoir être fort brillants, et 
notre théâtre impérial italien, traduit en belles recettes chacune 
de ses soirées. — Il est juste de dire que noire nouveau direc- 
teur, M. L. Avette, homme actif et intelligent, offre à notre 
élégant public étranger, la fleur du répertoire italien chanté par 
des artistes que ne désavouerait pas la capitale. — Après la 
Favorite et le Trovatore, dans lesquels la Sanchioli et laBerini 
ainsi que Pozzo, Rossi et Binaghi ont été maintes fois rappelés, 
on nous a offert YAroldo de Verdi, opéra inconnu ici. — Cet 
ouvrage, malgré les beautés de premier ordre qu'il renferme, et 
en dépit du mérite de ses vaillants interprètes, n'a pas fait 
furore ! Pourquoi?... Chi lo sa? 

La nouvelle direction voulant répondre aux sympathies de 
la société d'élite qui fréquente assidûment le théâtre impérial, 
a engagé Vicentelli , ténor de réputation , venant de la Scala 
pour chanter la Traviata et Rigoletto. — Dans ces deux ou- 
vrages, Vicentelli a eu un succès d'enthousiasme, ainsi que la 
Berini qui, dans la Traviata surtout, s'est révélée cantatrice de 
premier ordre, qui nous sera, hélas!... bientôt enlevée par 
Paris. — On nous assure que notre infatigable directeur vient 
d'engager un nouvel artiste, dont le nom m'échappe , pour 
chanter / Masnadieri de Verdi. — La première représenta- 
tion de cet opéra, nouveau pour nous, aura lieu très-prochaine- 
ment. — Les nouveautés lyriques, vous le voyez, se succèdent 
ici, aussi notre théâtre italien fait-il fanatisme 

Le théâtre français, qui possède une des meilleures troupes 
qu'il nous ait été donné d'applaudir à Nice , obtient également 
du succès. — Le drame a pour interprètes des artistes d'une 
véritable valeur, tels que M mc Derouet et M. Haciot ; et les co- 
miques Monbrun et Legais rivalisent d'esprit, de verve et de 
gaîté dans le vaudeville.... mais.... ou disons mieux, malheu- 
reusement ce théâtre n'est suivi que par la population niçoise, 
et cela ne nous paraît pas suffisant pour couvrir ses frais d'ex- 
ploitation. 



NOUVELLES DIVERSES. 



— A Vienne on a commencé les répétitions de l'opéra de Rubinstein, 
les Enfants des Landes. L'œuvre sera représentée dans les derniers jours 
de ce mois. 

— Les nouvelles de Vienne nous apprennent aussi que la baronne Pas- 
qualat a obtenu le privilège d'un nouveau théâtre qui portera son nom. 

— Enfin, des correspondances de la même ville, nous assurent qu'au 
théâtre de la cour, il n'y aura pas d'opéra italien cette année. 

— La presse littéraire de Berlin a perdu un de ses représentants les plus 
notables, Louis Rellstab, dont les journaux prussiens viennent de nous an- 
noncer la mort. On doit à Rellstab un grand nombre d'articles de critique 
musicale des plus estimés. 

— Le violon Stradivarius dont Spohr s'est servi pendant un demi- 
siècle, va être mis en vente par ses héritiers. On dit que c'est un des 
meilleurs instruments à cordes connus. 

— Le gouvernement actuel de la Chine, disent les correspondances, se 
divise en quatre branches principales, confiées à des mandarins, et l'on 
ne remarque pas sans intérêt que la quatrième branche , le département 
de la musique, a pour président le frère du précédent empereur. 

— On écrit de Rotterdam, que l'existence de l'opéra allemand a été ga- 
rantie par la souscription d'actions du capital de 750,000 florins. L'éta- 
blissement est en voie de prospérité et les représentations sont très- 
suivies. 

— On lit dans le Sun, journal de Londres : « Une grande matinée musi- 
cale a été donnée samedi dernier dans la salle de V Assemblée, à Saint- 
Léonard, Hasting, par M me Thérésa Wartel, — matinée délicieuse pour 
tous les assistants, et telle qu'on devait l'attendre d'un choix de musique 
de la haute école, interprétée par des artistes qui en comprennent la res- 
ponsabilité. Le beau trio en ré, de Mendelssohn, pour piano, violon et 
violoncelle, ouvrait le concert et a été magistralement exécuté par M me War- 
tel, MM. Sainton et Piatti. Une fantaisie pour le violon par M. Sainton, et 
un solo de violoncelle par AI. Piatti, ont mérité à ces deux artistes les plus 

'vifs applaudissements. Quant à M mc Wartel, elle s'est admirablement tenue 
à la hauteur de sa réputation. Mentionnons enfin que la partie vocale a 
été parfaitement défrayée par M me Sainton-Dolby, et espérons que M me War- 
tel offrira aux habitants d'Hasling plus d'une occasion d'applaudir son beau 
talent. » 

— Le ténor allemand Reichardt, dont les concerts de Londres et de 
Paris ont gardé le meilleur souvenir, est de retour parmi nous, il se pro- 
pose, dit-on, de se faire entendre dans nos concerts et de répondre à l'appel 
des sociétés philharmoniques des déparlements. 

— Les concerts de la' société des Beaux-Arts de Nantes et de la société 
philharmonique d'Angers, pour lesquels M me Carvalho avait été appelée 
de Paris, ont produit si grande sensation, que les deux administrations 
théâtrales sont venues spontanément offrir un pont d'or à la célèbre can- 
tatrice qui a dû chanter le Barbier, les Noces de Jeannette et Lucie. On 
n'a pas idée, nous écrit-on, d'un pareil enthousiasme, d'un pareil em- 
pressement. A Nantes, la loge de M mo Carvalho était littéralement en- 
combrée de fleurs ; du reste, on peut dire qu'Angers et Nantes se sont 
disputé l'honneur de combler la grande artiste des prévenances les plus 
délicates. 

— Herman avait été également appelé par la société des Beaux-Arts de 
Nantes, non-seulement pour s'y faire entendre comme soliste, mais aussi 
pour accompagner M me Miolan-Carvalho, dans l'air du Prc-aux-Clercs et 
l'Ave Maria de Gounod sur le prélude de Bach. Son succès a été des plus 
complets, malgré un triste épisode de voyage qui a failli le mettre dans 
l'impossibilité de paraître en public. La veille, notre virtuose avait pris le 
chemin de fer de Nantes et s'arrêta avec un certain nombre de personnes 
à la gare des Aubrais à Orléans, où il leur fut servi du veau aux cham- 
pignons, dont les tristes effets durent faire arrêter le train express deux 
ou trois fois. Nos malheureux voyageurs étaient empoisonnés et de ma- 
nière à se trouver, sinon en danger de mort, du moins, dans un état dé- 
plorable. Ce n'est qu'avec un grand courage, que M. Herman a pu se lever 
le lendemain au soir, pour tenir son engagement avec la société des 
Beaux-Arts de Nantes. 

— A Angers, c'est le violoniste W. Cattermole, élève de Léonard, 
gendre de M. Fétis, qui a accompagné M me Carvalho et de la manière la 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



IS 



plus remarquable. Nous devons aussi une mention toute spéciale au ba- 
ryton Comte-Eorchard, qui, au théâtre de Nantes, a merveilleusement 
secondé M mo Carvalbo dans les Noces de Jeannette. 

— M Uc Bochkollz-Falconi, à peine do retour de la longue et brillante 
tournée de concerts qu'elle a faite en Suisse et en Allemagne, en compa- 
gnie du pianiste Auguste Mey, nous est revenue de nouveau de la Hol- 
lande, où elle avait été appelée pour une solennité, à laquelle était égale- 
ment convié le violoniste Ferdinand Laub, de Berlin. On nous assure que 
les manifestations du public hollandais ont atteint les proportions d'une 
véritable ovation pour les deux artistes. 

— M. Bessems nous est revenu après des séances classiques données en 
Belgique, et qui lui ont valu de réels succès par l'interprétation des maîtres; 
c'est-à-dire que Beethoven, Mozart et Bocchcrini ont fait les frais de ces 
séances qui ont laissé un souvenir très-grand dans le monde artistique 
d'Anvers et de Bruxelles, où M. Bessems a fait entendre, en outre, des 
œuvres nouvelles de sa composition. 

— Notre excellent professeur Jacques Pothart vient do quitter le 
Havre où il passe chaque année sa saison d'été. Il va reprendre à Paris 
ses leçons et l'organisation d'un certain nombre de soirées musicales dont 
il a la direction dans le monde dilettante. 

— Une excellente musicienne qui faisait partie du trio féminin dont 
nous avons eu plusieurs fois occasion de parler, M Ua Maurice Reuclisel, est 
morte il y a quelques jours à Paris, au moment où elle commençait à re- 
cueillir le fruit de ses travaux. 

— Notre pianiste-compositeur Melchior Mocker, après avoir parcouru la 
Suisse, l'Italie et l'Allemagne, et y avoir fait connaître ses compositions, 
est de retour à Paris, où il fixe désormais sa résidence. 

— M Ue Gabrielle Colson a inauguré ses mercredis par une intéressante 
réunion d'élèves. M. Tayau s'est doublement fait applaudir par le charme 
de son violon et ses spirituelles chansonnettes. M 110 Colson a exécuté avec 
infiniment de brio la belle transcription de Goria, la Marguerite au rouet. 
Le chant était défrayé par M me Labadie et une de sesjeunes élèves; M me C, 
dont on a beaucoup applaudi la belle voix de contralto. Nous signalons en- 
core M. Altavilla, ténor italien; M. Audubert, baryton, et une pièce de 
vers dite avec infiniment de goût par M. D'Herment. 

— Une des meilleures élèves d'Alard, M Uc Castellan, prix de violon, 
s'est fait entendre dans un concert de bienfaisance donné à la Sorbonne. 
Cette jeune artiste a produit un grand effet dans la fantaisie de Ballet de 
Beriot et dans la Tarentelle d'Alard. A la vigueur de son coup d'archet, à 
la pureté de son staccato et ses arpèges, on se croirait en présence d'un 
artiste déjà fait. Que M lle Castillan continue de mettre en pratique les le- 
çons de son habile maître, et nous lui prédisons un avenir brillant. 

— M. Th. Ymbert vient d'ajouter deux nouvelles fables de La Fontaine 
à celles que nous avons annoncées. Ce sont : le Satyre et le Passant, et 
ta Mort et le Btlcheron, pour voix de basse chanta.nte. Nous les signalons 
à l'attention des artistes et des amateurs. 

— Nous recommanderons aussi aux amateurs de jolies mélodies, bien 
franches, bien naturelles, inspirées par des poésies élevées et profondément 
senties, les deux productions : Etre deux et le Souvenir de Lamartine, 
traduites en musique parM 1,e de Saint-Gervais, compositeur-amateur, qui 
écrit la romance à la manière de M me Pauline Duchambge, c' est-à dire, avec 
l'esprit et le cœur d'une femme du monde. 

— Un élève de MM. Leborne et Halévy, M. Charles Poisot, compositeur 
distingué et auteur d'une histoire de la musique en France, annonce un 
cours d'harmonie pratique destiné aux gens du monde, aux chanteurs et 
aux instrumentistes qui veulent étudier la composition. 

— M 11 " Claire Bertou, l'auteur des valses : la Branche de Bruyère et le 
Papillon bleu, et des œuvres concertantes à quatre et six mains : Qua- 
drille concertant, les Honneurs partagés, polka; Léonie, polka-mazurka, 
vient de faire paraître une Première romance sans paroles, dont le succès 
peut se prédire à l'avance. C'est un chant sympathique accompagné de la 
manière la plus distinguée. 

— Samedi prochain, premier bal masqué de l'Opéra. L'orchestre Srauss, 
exécutera l'album-1861 des bals de la cour et fera entendre pour la pre- 
mière fois, la célèbre valse des rayons, dansée par M lle Emma Livry dans 
le Papillon, ainsi que le quadrille composé par Strauss sur les charmants 
motifs de ce nouveau ballet deM me Marie Taglioni et de M. de Saint Georges, 
musique de J. Offenbach. 



AVIS AUX ABfNOnES. 



Ea partition illustrée de SÉÏHÏRAMIS «le Rossini, 
avec les DEUX PORTRAITS de G. ROSSINB (Naples 
18SO et Paris 1SOO) et les DESSINS REPRÉSEN- 
TANTEES SCÈNES PRINCIPALES DE i'OUVRAGE, 
est actuellement délivrée aux abonnés du Ménestrel. 

Cette magnifique prime, offerte gratuitement 
pour tout renouvellement ou abonnement complet 
(chant et piano), prendra la place des quatre Albums 
du Ménestrel, tlont les morceaux n'en seront pas 
inoins publiés dans le Journal (voir ci-dessous). 

Ees abonnés au CHANT seul, ou au PIANO seul, 
auront droit à la même prime, moyennant un sup- 
plément d'abonnement de dix francs , s'ils ne préfè- 
rent recevoir gratuitement : 

1° A la place des deux Albums annuels pour le 
Chant: la partition complète des S AISONS de J. HAYDN, 
chant, piano et traduction française de (i. Roger, 
oratorio en quatre parties, seule édition conforme 
à l'exécution des concerts du Conservatoire , et 
ornée du portrait de HAYDN. 

g" En échange des deux Albums annuels pour 
piano : un beau Recueil de transcriptions eta'éduc- 
tions des célèbres oeuvres concertantes, sympho- 
niques et pour piano seul, de HAYDN, MOZART et BEE- 
THOVEN, par JULES WeisS, et contenant : 

fa. — 3. Meamet du 'même trio. — 



— 3. Meamet du juèi 
Allegro de la symplii 



SI 4 \ ICI : 1. Final du trio c 
3. Final du trio en la. 
bémol. 

BEETHOVEN : 5. Adagio et allegro de la syniplioni. 

du quatuor en fa. — 5. Menuet et selierzo du ; 

gro du trio en mi liéniol. 
MOZART : 9. [Menuets extraits de ses symphonies. — ÎO. Final do 

la symphonie en ré. — 11. Final du quatuor en ■"/ mineur. — 

13. Presto de la sonate en si bémol. 



rplii 



CATALOGUE des morceaux séparés des quatre ALBUMS 
du Ménestrel [année 1860-1861), quiparaîtront de semaine 
en semaine, à partir du dimanche 11 novembre 1860. 



AEKCMS DE CHANT. 



ROMANCES ET CHANSONNETTES. 

C. IVADAU». 

La bruyère. 
PAKLiniE TUAS. 

Tes vingt ans! 

F. MASIlM 

Le Lever des Étoiles. 

LÉOPOI.D AMAT. 

Sympathie. 

II. PO I 11 II. 

Adieu les Fe'es ! 

DORVAL-VALENTIIVO. 

Charmants Tyrans du cœur. 



SCENES ET MELODIES. 

G. \lll\l IS. 

Le vent qui pleure. 

PAULïiVE «US. 
Harmonie de Lamartine. 

J.-B. WEKERI IV. 

9- Tyrolienne. 
FÉLIX GODEFROID. 

Ma mie Annelte. 



ALBUMS DE PIANO. 



MUSIQUE DE DANSE. 

AREAIV. 

À vos Souhaits, polka. 
!.. MICHEL!. 

Polka militaire du Camp de Saint-JIaur. 

STRAUSS. 

Sëmiramis , 2 e quadrille. 

PHILIPPE STUTZ. 
Juana , polka- mazurka. 

MUSARD. 

Sémiramis, valse. 

JI.-L. BATTMANÎV. 

Menuet et galop final d'Orphée aux 

Enfers, de J. Offenbach. 



MORCEAUX DE SALON. 

CROISEZ. 

Guipures et Dentelles {n° 1). 

CU. NEUSTEDT. 

Il mioTesoro, U-UDicviplionde Don Juan. 

M A B.1IO.VII : I, . 

Musette, rondo pastoral. 

MU. BERNARD. 

Bella sera , idylle . 

I.l'.t.lREl A. 

Fleuve du Tage , transcription. 

FÉLIX GODEFRGL». 

Les Abeilles, étude extraite du 3= cahier 
de l'Ecole chantante du piano. 



Chaque demande ou renouvellement d'abonnement doit être accom- 
pagné d'un bon sur la poste [franco). Joindre, pour les départements, 
un supplément de 2 francs , montant de l'affranchissement des primes de 
l'abonnement complet, ou un supplément de 1 franc pour l'affranchisse- 
ment des primes séparées, piano ou chant. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues frères, rue Jean-Jacques Rousseau, 



PARTITIONS , RECUEILS ET ALBUMS-1861 , 

PUBLIÉS AU MÉNESTREL , 2 bis , rue Vivienne. 



SEMIRAMIS de ROSSINI, 

Texte italien et paroles françaises de DIért , 

récitatifs de Carafa. 

Partition illustrée de deux portraits de Rossini et des 

principales scènes de l'Opéra. 
Cartonnée : 20 fr. Reliure toile : 25 fr. Velours : 40 fr. 



MELODIES 

DE 

A -E DE VAUCORBEIL 

Un volume relié : 10 fr. 
4' ALBUM DE CONCERT 

DE 

FERDINAND DE CROZE 

1. Les Ombres, caprice-valse. 

2. La Derbouka, chanson orientale. 

3. Rêvez toujours, cantabile. 

4. En aérostat, rêverie-étude. 

5. Ciel et Terre, andante. 

6. La Razzia, presto. 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 

ALBUM-STRAUSS 

Pour les bals de la Cour et de l'Opéra. 
i. Comtesse Walewslca-valse. - 

2. Comtesse Aguado-\a\se. 

3. Comtesse Sweigkowska-fo\kn. 

4. Comtesse Litta-va\se. 

5. Comtesse de Cessole-vsAse. 

6. Comtesse il/itrat-polka-mazurka. 

Broché : 8 fr. Relié : 12 fr. 

ALBUMS DE CHASSE 

PAR 

MM. BERTRAND et TELLIER. 



TEXTE, ORGUE ET CHANT- 

Collections du 
JOURNAL LA MAITRISE. 

Volumes cartonnés : 15, 18 et 36 fr. 

LE LIVRE DU BON DIEU, 

d'ÉDOUAR© PLOUVIER, 

Musique de Harcier. — Textr et dessins. — Prix : 12 fr. 

ALBUM ARTISTIQUE 

DES 

FRÈRES LIONNET 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 



LE JEUNE PIANISTE CLASSIQUE 



J WEISS 



HAYDN. 

1. Final du trio en fa. 

2. Menuet du même trio. 

3. Final du trio en la. 

i. Allegro de la symphonie en mib. 



MOZART. 



0. Menuets extraits de sessymphon. 

10. Final de la symphonie en ré. 

11. Final du qnatuorenso/ mineur. 

12. Presto de la sonate en si bémol. 



BEETHOVEN. 

5. Adagio etallegrodelasymphonie I 7. Menuet et scherzo du septuor. 

en ut, 8. Allegro du trio en mi bémol. 

6. Final du quatuor en fa. I 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 



1 . Paul Bernard . Bel lu sera, idylle. 

2. J.-L. Battmakn. Menuet et galop 

d'Orphée aux enfers. 

3. Ph. Stdtz. Juana, polka-ma- 

zurka. 
4 Th. Lécureux. Fleuve du Tage, 
transcription variée. 

Broché : 8 fr. Relié : 12 fr 



5. Arbak. A vos souhaits, polka. 
G. Ch. Neustedt. Il mio tesoro , 
transcription de Von Juan. 

7. A. Croisez. Guipures et Den- 
telles (n» 1) 

8. Strauss. 2 e quadrille sur Sémi- 



DECAMERON DRAMATIQUE. 

Album de danse par 

J OFFENBACH 



LES SAISONS de J. HAYDN 

Oratorio en quatre parties. 
Traduction française de G. Roger, seule édition con- 
forme à l'exécution des concerts dû Conservatoire, 

orné du portrait de J, Haydn. 
Broché : 10 fr. Reliure toile : 15 fr. Velours : 30 fr. 



ALBUM COMIQUE 

DE 

LEVASSOR- 

Cartonné : 10 francs. 
ALBUM DE SALON 

J LEYBACH 

1. Mes solitudes, 4 e noclurne. 

2. Souvenirs d'Allemagne, 3 e valse. 

3. Ronde pastorale, 3 e idylle. 

4. Confidence, romance sans paroles. 
Fête aux Champs, galop pastoral. 



6. La Hongroise, caprice-mazurka. 
Rroché : 10 fr. Relié : 15 fr. 

LE JEUNE PIANISTE. 

Morceaux faciles sans octaves , 
composés par 

H- VALIQUET, J.-L BATTMANN, 
A DESSANE 

Broché : 8 fr. Relié : 12 fr. 
L" ALBUM-COTILLON 

PAR 

LABORDE , avec dessins. 



NOUVEAUTES POUR PIANO, SOUS PRESSE OU PUBLIÉES. 



A CROISEZ 

Guipures et Dentelles. 
Valse et mazurka (n° 1 et 2). 

CH DELIOUX 

' Deux Sérénades (n° 1 et 2). 

TH LÉCUREUX- 

Transcriptions variées. 

Fleuve du Tage. — Mœris, de M me Gail. 

Valse des Pâtres du Valais. 

CH -B LYSBERG 

L'absence, sonate romantique. -Andante pastoral. 
Airs savoisiens variés. 



PAUL BERNARD 

Barcarolle et chanson de Fortunio. 
Galop de concert . \ Prima sera, idylle. 



FÉLIX GODEFROID 

Joanhnisberg, valse desalon. | Une Fièore brûlante, transcription. 

LEFÉBURE-WÉLY 

Armide de Gluck. 
Morceau de concert, varié. | Morceau de salon , varié. 

HENRI RAVINA 

ÉTUDES HARMONIEUSES. 

Vingt-cinq nouvelles études de moyenne difficulté. 
Prix : 20 fr. 



L DIEMER- 

Polonaise de concert , l re mazurka. 
Elégie à la mémoire de sa mère. 

F DOLMETCHS- 

Douze études récréatives. 

(Livre dcuxjème). 

CH NEUSTEDT 

Transcriptions variées. 

1. La ci darem la mano. 

2. Il mio tesoro. 

3. Sérénade et duo de Don Juan. 



MARMONTEL 

Thème varié, ancien style. Musette, pastorale. 
Venezia, barcarolle. 



AIRS DE BALLET , ARRANGEMENTS ET MUSIQUE DE DANSE 

Du nouveau ballet | |ra DUEIH I f%bM Musique de 

de ropéra L, EL V MrlLLUIl J. OFFENBACH. 

Livret de ]JI m ° MARIE TAftlilORI et de M, »JE SAIÏ¥T - GjEORCÎJES. 



STRAUSS. Quadrille , Valse des Rayons et Polka-Mazurka la Lesguinka. 
Composés pour les bals de la Cour et de l'Opéra. 



iB3. — *8" Anare. 

IV" 3. 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Hiiiiiinclic \i\ Décembre 

1860. 



nt^s-ga 




JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 



MUSIODE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 



(AU' 



L:;S BUREAUX , S bis, rue "Vivienne. — HEUGEL e* Ci", éditeurs. 

Magasins et Abonnement de IVItisiqnc du MÉNESTREL. — Vente et location de Pianos et Org 



CHANT. 

er Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; S6 morceaux: 
Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine: l Albums- 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 



2° Mode d'abonnement . Journal-Texte, tous les dimanches ; 20 morceaux i 

Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; * Albums- 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Étranger: 21 fr. 



3 e Mode d'abonnement conte 



«il w r ET i>i v\o m.nm : 

ut le Texte complet, les 5« Morceaux do chant et de piano, les 4 Albu 
Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 



On souscrit du I er de chaque mois. — L'année commence du 1 er décembre, et les 52 numéros de chaque année — tejteet musique, — forment collection. Adresser/rarceo 

un bon sur la poste, à MM. HCltGEI. et C'a, éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgnes frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacques Rousseau, 6. — 7571. 



S030IAIÏIE. 



TEXTE, 



I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâtres •. Nicolo, Méhul (17» ar- 
ticle). L. Meneau. — II. Semaine théâtrale. J. Lovr. - III. Tablettes du pia- 
niste et du chanteur: De la mesure. Paul Bernard. — IV. Bal annuel des 
artistes de l'Opéra. G. Bertrand. — V. Théâtre-Italien : Concert de J ,-B. 
Wêkerlin. — VI. Nouvelles et Annonces. 

MUSIQUE M PIANO : 

Nos abonnés à la musique de Piano recevront avec le numéro de ce jour: 
IL MIO TESOBO, 

Transcription de Von Juan , par Ch. Neustedt. — Suivra immédiate- 
ment après : la valse de Sêmiramis, par Musard. 

CHANT : 
Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Chant : 

LE LEVER DES ETOILES , 

Paroles de M. Emile Bellier, musique de F. Masini. — Suivra immé- 
diatement après : Harmonie de Lamartine, musique de M m0 Pau- 
line Thïs. 



Voir à In page des Nouvelles diverses, pour les Primes du Ménestrel, 
année l»VG-f »Si. 



I/OrËRA-COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



SECONDE PARTIE. — XIX e SIÈCLE. 

CHAPITRE VI. 
MC.Ol.o et MI lit I . 

XVII. 

Nicolo. 

Nicolo appartient bien plus que les deux auteurs précédents 
à l'histoire de l'opéra comique. Sans être un écrivain irrépro- 
chable, il réunissait quelques-unes dis qualités de style de 
Gossec et de Catel au charme des mélodies de Gréiry et de 
Dalayrac. 

Son véritable nom était Nicolas lsouart. Né à Malte, en 1775, 



de parents français, il l'ut envoyé à Paris pour y faire ses études ; 
on le destinait à la marine royale, mais la révolution de 89 
ayant modifié les intentions de son père, il revint à Malte où on 
le plaça dans le commerce. 

Cette nouvelle carrière ne lui convenait guère; il sentait en lui 
déjà se développer sa passion pour la musique. Il obtint des le- 
çons d'harmonie du maître de chapelle des chevaliers de Malte. 
Le père lsouart s'apercevant que son fils consacrait à l'étude de 
la musique beaucoup de temps, le sépara de son maître, qui 
l'avait pris en affection, voyant se développer chez lui très-rapi- 
dement de grandes dispositions pour la composition. 

Nicolas fut envoyé à Palerme, mais il y trouva encore mieux 
qu'à Malte l'occasion de se livrer à ses goûts artistiques. De 
Palerme on le plaça à Naples chez des banquiers allemands ; il 
termina, dans cette ville, ses études de composition , son séjour 
dans la patrie de Léo, de Durante, de Scarlatli, de Pergolèse, de 
Cimarosa, ayant décidé complètement de sa vocation. 

Il obtint un libretto [Avviso ai Maritati) pour le théâtre de 
Florence, et signa la partition de son nom de baptême en italien, 
Nicolo lui paraissant plus musical qu'IsouART. 

Lavviso n'eut pas un grand succès et cela put donner à réflé- 
chir au jeune auteur ; il dut craindre d'avoir mal fait de laisser 
le commerce ; mais il fut plus heureux à Livourne avec son 
opéra à'Arlaserse, qui lui procura la connaissance du grand 
maître de l'ordre de Malte. Celui-ci le ramena dans sa patrie et 
lui fit obtenir la place de maître de chapelle de l'Ordre. 

Après l'arrivée des Français à Malte et la suppression des 
chevaliers, il fut conduit, par le général Vaubois, à Paris, où on 
l'engagea à s'établir. Il y fut patronné par R. Kreutzer, qui lui 
aplanit les difficultés du début au théâtre. 

Nicolo se fit connaître comme compositeur dramatique par la 
musique du Tonnelier, ancien opéra-comique que Delrieu avait 
parodié et pour lequel il écrivit de nouvelle musique. La pièce 
ne réussit point. 



18 



LE MÉNESTREL. 



Il donna la même année (1799), un opéra-comique en un 
acte : la Statue ou la Femme avare, qui n'eut pas plus de bon- 
heur que le Tonnelier. 

Après quelques collaborations heureuses, telles que le Baiser 
et la Quittance, partition à laquelle avaient travaillé Méhul , 
Kreutzer et Berton , il réussit dans plusieurs petils opéras : 
Michel-Ange (1802) j le Médecin turc (1803), l'Intrigue aux 
fenêtres (1805). Cependant ses succès durables n'arrivèrent que 
plus tard, lorsqu'il eut à lutter avec un rival plus fort que lui , 
avec Boïeldieu par qui Nicolo ne voulait point se laisser éclipser. 

Il avait eu cependant un autre émule d'une grande valeur , 
l'auteur de Joseph; mais les œuvres de Méhul, comme on le 
verra bientôt , quoique plus fortement trempées que celles de 
Nicolo, avaient eu le malheur et le mérite de devancer leur 
temps. Celle musique sévère et magistrale ne devait être appré- 
ciée à sa juste valeur que de nos jours, tandis que celle de Boïel- 
dieu avait le charme de plaire du premier coup. Il se fit alors 
deux camps, un agréable pendant aux querelles des Gluckistes 
et desPiccinistes. 

Nicolo, pour soutenir sa réputation, dut écrire des partitions 
plus musicales que celles qu'il avait données jusqu'à ce jour. 
C'est à partir de ce moment que l'on compte ses pièces à grand 
succès : les Rendez-vous bourgeois, un acte (1805) ; Un jour à 
Paris, trois actes (1808); Cendrillon, trois actes (1810); le 
Billet de loterie, un acte (1811) ; Joconde, trois actes, et Jeannot 
et Colin, trois actes aussi; ces deux pièces en l'année 1814. 

Les Rendez -vous bourgeois ont dû, sans doute, principale- 
ment leur vogue soutenue , actuelle, et qui défiera le temps, au 
comique du libretto d'Hoffmann (1) ; mais les autres œuvres que 
j'ai ensuite citées possédaient un mérite musical réel, et s'il est 
impossible qu'elles soutiennent la comparaison avec celles de 
Boïeldieu, qui brillent par plus de verve, on y trouve du moins 
des mélodies d'une franchise d'allure des plus séduisantes. Parmi 
les morceaux remarquables des meilleures pièces de Nicolo, on 
doit citer : 

Dans Cendrillon, le quatuor d'introduction dans lequel la 
chanson de l'héroïne : II était un p'tit homme, se marie avec 
esprit au motif des deux sœurs : Arrangeons ces dentelles, et à 

l'air de la basse : Ma chère enfant, soyez tranquille le duo 

deClorinde etThisbé: Ah ! quel plaisir ! ah! quel beau jour !... 
l'air d'Alcindor : Conserves bien cette bonté... le duo: Vous 
l'aimez donc avec tendresse ?. . . 

Dans le Rïllet de loterie, l'air de soprano devenu classique : 
Non, je ne veux pas chanter... 

Dans Joconde, l'air célèbre dans lequel Martin pouvait faire 
ressortir l'étendue et la souplesse de sa voix : J'ai longtemps 
parcouru le monde... le duo plein d'entrain: Ah ! monseigneur ; 
je suis tremblante... les couplets : Parmi les filles du canton, 
un des succès de M me Gavaudan. . . le quatuor : Quand on attend 
sa belle... enfin la romance : Dans un délire extrême... 

Dans Jeannot et Colin, le duo ravissant de Colin et Colette : 
Tous mes plaisirs étaient les siens , la suave romance : Oh ! 
Jeannot me délaisse..., et l'air également devenu classique : 
J'ai perdu l'ami de mon cœur. 

(1) François-Benoît Hoffmann, né à Nancy le 11 juillet 1760, méprisait, 
dans sa jeunesse , les auteurs d'opéras-comiques, et protesta pour cela 
par une épigramme à la nomination de Sédaine à l'Académie française ; 
il écrivit ensuite, comme pour faire amende honorable, une quantité de 
libretti : Adrien, Euphrosine, Stratonice, Médée, Ariadant, le Trésor 
supposé, etc. Il mourut le 27 avril 1828. 



Etienne avait pleinement réussi en arrangeant pour la scène 
une fable de Perrault, il se risqua à traiter delà même manière 
un conte que La Fontaine avait tiré de Roland furieux; l'entre- 
prise, plus périlleuse, réussit, et Joconde obtint un immense 
succès de recette. Les deux collaborateurs, ne voulant point 
laisser se refroidir l'enthousiasme du public à leur égard, don- 
nèrent, avant que le succès de Joconde fût épuisé , Jeannot et 
Colin, bergerade de la plus grande simplicité qui réussit, grâce 
aux mélodies gracieuses de Nicolo, 'a qui le genre champêtre 
convenait on ne peut mieux. 

Quoique les partitions de Joconde et celle de Jeannot et Colin 
fussent supérieures à celle de Cendrillon, elles n'eurent point, 
dans le temps du moins, autant de vogue. Aujourd'hui ce serait 
l'effet contraire que nous aurions à constater. 



Nicolo altéra sa santé par des excès qui abrégèrent son exis- 
tence. Il n'avait, en effet, que quarante-deux ans lorsqu'il mou- 
rut le 23 mars 1818. 

Il eut, à ses derniers moments, le chagrin de voir son rival 
Boïeldieu arriver à l'Institut, alors qu'il s'était en vain présenté 
en même temps que lui pour être admis dans ce corps savant. 

Il laissa inachevée la partition d'Aladin ou la Lampe merveil- 
leuse, qui fut terminée par Benineori (1) ; mais celui-ci n'eut 
pas non plus le plaisir de voir exécuter cette pièce, il mourut 
quelques jours avant la première représentation, qui eut lieu le 
6 février 1822. 

Nicolo n'avait pas produit moins de six opéras italiens et 
trente-trois opéras français, dont plusieurs chefs-d'œuvre au 
point de vue du genre, et cependant, comme je l'ai dit plus haut, 
les portes de l'Institut lui restèrent obstinément fermées. Il faut 
avouer qu'on est moins intraitable de nos jours. 



Je comparerai volontiers Nicolo au peintre Lancret, et Méhul 
à David. Nicolo séduisait par des partitions faciles, des tableaux 
de genre d'un style agréable ; les mâles" accents de Méhul , 
grandes pages d'histoire, ne furent pas toujours comprises du 
premier coup par la foule. On peut dire de lui ce que Mozart 
disait de son Don Juan : « J'écris pour moi et pour quelques- 
uns de mes amis. » Méhul écrivait également pour lui, plutôt 
que pour le public. 

Son caractère timide outre mesure, sa bonté qui le portait à 
s'occuper de ses amis avant de penser à son propre bien-être ; 
la peine que lui causèrent quelques rares insuccès, des chagrins 
domestiques et enfin la maladie qui abrégea ses jours, altérèrent 
singulièrement sa vie. 

Il naquit à Givet, petite ville des Ardennes, le 22 juin 1763, 
selon quelques biographes, le 24 selon d'autres. Son père était 
cuisinier et obtint, par la suite, grâce au crédit de son fils, une 
place de garde du génie (2). Il reçut des leçons de musique d'un 
organiste aveugle. La vivacité de son imagination lui fit deviner 



(1) Bénincori , né à Brescia le 28 mars 1779, a écrit trois petits opéras- 
comiques qui n'ont point eu de succès. Le chagrin qu'il conçut de ces 
mécomptes successifs contribua à augmenter la maladie qui le conduisit 
au tombeau le 30 octobre 1821. 

|2) Telle est l'opinion de M. Fétis, dans la première édition de sa Bio- 
graphie universelle des musiciens; quelques biographes (M. Quatremère 
de Quincy et M. P.-A. Vieillard, entre autres), pensent que, dès la nais- 
sance de son fils, le père de Méhul servait dans le génie. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DO CHANTEUK. 



19 



les ressources de l'orgue, et lui mérita bientôt la place d'orga- 
niste de l'église des Récollels. Appelé par la suile dans la com- 
munauté des Prémontrés par le chef du chœur, l'abbé Hanser, 
qui découvrit ses heureuses dispositions, il y reçut des leçons de 
ce savant maître de contrepoint. Méhul était, dans ce couvent, 
organiste en second. Il fut entendu par le colonel d'un régi- 
ment en garnison à Charlemont, riche et grand amateur de 
musique, qui l'amena à Paris et pourvut à son entretien. 

Là, Méhul fit la connaissance de Gluck, et la sincère admi- 
ration qu'il professa pour les œuvres de l'auteur i'Iphigéhie lui 
conquit son amitié. 

Cette liaison introduisit dans l'opéra-comique l'élément ger- 
manique qui lui avait fait défaut jusqu'à ce moment, et qui 
devait singulièrement vivifier le genre et se résoudre en l'œuvre 
d'HéroId, admirable composé de l'esprit français, de la morbi- 
dezza italienne et de la poésie allemande. C'est là un fait capital 
dans l'histoire de l'art. 

Méhul avait écrit un grand opéra, Alonzo et Cora, dont les 
représentations ne paraissaient point devoir être prochaines. 
L'Opéra-Comique lui ouvrit ses portes, et l'année 1790 sa pre- 
mière pièce, Euphrosine et Coradin, ou le Tyran corrigé, dont 
les paroles étaient d'Hoffmann, vit le jour. Du premier coup 
Méhul conquit une place élevée parmi les compositeurs de son 
temps. Avant d'écrire Cora, il s'était longuement préparé par 
trois opéras composés sur de vieux libretti et sous les yeux de 
Gluck; aussi peut-on dire que le talent de Méhul était mûr 
lorsqu'il présenta à la scène Euphrosine et Coradin. 

On remarque dans cette partition les qualités et les défauts 
qui sont propres à ce maître et que nous retrouverons dans ses 
autres œuvres : une orchestration ferme, une élévation soutenue 
dans le style, mais aussi quelque froideur dans la mélodie et 
parfois une certaine monotonie dans les accompagnements. 

L'ouverture à' Euphrosine démontra que Méhul avait appris 
à l'école de Gluck la science d'une constitution orchestrale plus 
robuste que celle des autres opéras-comiques du temps. Ce qui 
impressionna à juste titre dans cette pièce, ce fut le duo de la 
Jalousie, supérieur à ce qu'on entendait alors. Le morceau dé- 
bute sourdement sur ces mots : 

Gardez-vous de la jalousie, 
Redoutez son affreux transport. 

peu à peu l'orchestre s'anime, et la péroraison éclate au milieu 
des traits rapides des violons et des hurlements des trombones, 
instruments rares à cette époque et dont l'effet, par conséquent, 
était saisissant. Méhul semble avoir voulu dépeindre les fureurs 
des Euménides, aussi Grétry dit-il, à ce propos, dans ses essais 
sur la musique : « L'explosion qui est à la fin semble ouvrir le 
» crâne des spectateurs avec la voûte du théâtre. Dans ce chef- 
» d'œuvre, Méhul est Gluck à trente ans. » On doit citer aussi, 
parmi les bonnes parties d'Euphrosine et Coradin, le quatuor : 
Toutes trois vous êtes jeunettes 

A partir de ce moment, l'Opéra s'empressa déjouer Alonzo et 
Cora et les nouvelles partitions du même maître : Stratonice, 
Adrien, etc.... 

Il revint à l'Opéra-Comique avec le Jeune sage et le Vieux 
fou (1~93), et la Caverne (1794), qui fut représentée à Favart 
après la pièce du même nom que Lesueur avait donnée l'année 
précédente à Feydeau. L'œuvre de Lesueur conserva seule la 
vogue. 

En 1797, Méhul eut un échec partiel avec le Jeune Henri, 
opéra-comique dont Bouilly avait fait les paroles. On sait que 



l'ouverture plut énormément au public, si bien qu'il voulut l'en- 
tendre deux fois de suite et refusa ensuite de laisser achever la 
pièce ; mais néanmoins après avoir fait baisser le rideau, comme 
fiche de consolation décernée au musicien, on redemanda une 
troisième fois l'ouverture, qui devint ensuite un des morceaux 
classiques du répertoire des concerts à grand orchestre. 

En 1799, Méhul donna Ariodant, dans lequel on retrouve 
les beautés habituelles à l'auteur. La conformité du librelto 
d'Hoffmann avec celui de Montano et Stéphanie de Berlon , 
nuisit au succès d' Ariodant où se trouve l'air si connu : 

Femme sensible, entends-tu le ramage ? 

Êpicure (1800), dont le libretto était de Desmoustiers, et à 
la partition duquel avait travaillé Chérubini, ne réussit point ; 
il en fut de même déport, pastorale héroïque d'Hoffmann. Ces 
sujets tragiques ne seront jamais goûtés à l'Opéra-Comique ; la 
tendance de celte scène à copier le grand opéra, m'a toujours 
semblé préjudiciable au genre. C'est là un point sur lequel je 
compte insister à la fin de ce travail. 

Méhul prit une éclatante revanche le 19 février 1801, avec 
Ylrato de Marsollier. 

Voici ce qui avait donné naissance à cette bouffonnerie (1) : 

Une troupe italienne venait de s'établir à la salle Chantereine, 

jouant les opéras de Paësiello, Cimarosa , etc La grande 

vogue qu'attirait ce spectacle blessa la susceptibilité nationale 
de Méhul, qui se dit qu'il ne lui serait point difficile de com- 
poser de la musique dans le genre bouffe italien. Il pensait que 
ceci n'était qu'une affaire de procédés. On afficha donc Ylrato, 
opéra bouffe, traduit de l'italien, musique de signor Fiorelli. 
C'était une satire des formes italiennes. Le compositeur fut ad- 
mirablement secondé dans la réussite de son projet par une 
exécution excellente confiée à Martin, dans le rôle de Scapin, 
qui entraînait les morceaux d'ensemble ; à Elleviou , très-co- 
mique dans le personnage de Lysandre, à Solié, à Dozainville, 
à M me Philis. Ces artistes tenaient à honneur, eux aussi, d'é- 
clipser les Italiens. La pièce réussit parfaitement. Méhul la 
dédia au Premier Consul, qui avait assisté à la représentation, 
et dont il connaissait le faible pour la musique italienne, afin 
de s'excuser en quelque sorte de la petite mystification qu'il 
avait voulu jouer aux partisans exclusifs de l'école napolitaine. 

Les mélodies de Ylrato sont distinguées et bien coupées. 
Outre le célèbre quatuor dout j'ai parlé à propos de Martin, il 
faut citer encore les couplets : 

Si je perdais mon Isabelle.... 

dans lesquels on remarque les effets d'accompagnements iro- 
niques ; l'air : 

J'ai de la raison, j'ai de la sagesse, 
le fameux trio : 



et le duo 



Femme jolie et du bon vin, 
Voilà les vrais biens de la vie.. 

Jurons de les aimer toujours. 



L. MENEAU. 



[ La suite au prochain numéro.) 



(1) Cette version est contestée. Nous y reviendrons à propos d'un travail 
spécial sur Méhul, sa vie et ses œuvres, travail des plus intéressants, publié 
par M. P.-A. Vieillard, bibliothécaire du Sénat, qui a bien voulu en auto- 
riser la reproduction complète dans le Ménestrel. 



20 



LE MÉNESTREL. 



SEMAINE THÉÂTRALE. 

Par décret impérial du 8 décembre , M. le comle Bacciochi, 
premier chambellan de Sa Majesté, surintendant des spectacles 
de la Cour, a été nommé surintendant des" théâtres impériaux 
(voir aux Nouvelles diverses). 

En attendant la reprise de Guillaume Tell, à FOpéra , pour 
la continuation des débuts de M lle Carlotta Marchisio , et la 
rentrée de Morelli , les soirées du Papillon deviennent de plus 
en plus brillantes. L'Empereur a honoré de sa présence une 
quatrième fois ce charmant ballet, — honneur sans précédent 
dans les fastes chorégraphiques de la rue Lepellelier. La mu- 
sique de M. Offenbach partage, avec le livret de M me Marie 
Taglioni et de M. de Saint-Georges, les ovations décernées chaque 
soir à M" e Emma Livry, l'incomparable papillon. La fée Hamza, 
M Ue Marquet, est toujours resplendissante de beauté et d'expres- 
sion au deuxième acte. En somme, grand succès sur toute la ligne. 

Le Théâtre-Italien , séduit par le succès de la Sémiramis 
française, a repris celte semaine la Semiramidc italienne, espé- 
rant que la comparaison et la lutte entre d'éminents artistes 
offriraient un vif attrait de curiosité. Cet espoir s'est justifié, 
bien que l'œuvre, salle Venladour, soit dénuée de ses pompes 
théâtrales. Les honneurs de la soirée ont été pour M me Penco 
(Sémiramis), M me Alboni (Arsace), Badiali (Assur), et un nou- 
veau ténor, M. Pagaas, qui complétait le personnel. Le débu- 
tant ne manque pas d'une certaine agilité vocale, mais la voix 
ne nous semble plus de la première fraîcheur. 

Le Théâtre-Français étudie activement la nouvelle comédie 
de M. Emile Augier, les Effrontés. L'auteur a eu l'honneur de 
lire sa pièce aux Tuileries, devant l'Empereur. M. Augier, dit- 
on, n'a jamais rien écrit de plus hardi, de plus incisif. 

A rOpÉK.v-CoittiQDE, M Uo Marimon vient de s'essayer avec 
bonheur dans le rôle d'Isabelle du Pré aux Clercs : Warot , 
chargé pour la première fois du personnage de Mergy, a été 
également fort applaudi. C'est aussi M lle Marimon qui jouera , 
dans Barkouf, le rôle confié successivement à M mos Ugalde et 
Saint-Urbain. On croit que l'opéra de MM. Scribe et Offenbach 
pourra être donné samedi prochain. 

Le Théâtre-Lyrique nous annonce pour demain lundi , la 
première représentation des Pécheurs de Catane, avec les dé- 
buts de Peschard et M Ue Baretti. Ce sera une soirée doublement 
attrayante. 

Les Bouffes-Parisiens annoncent également une nouveauté 
pour cette semaine; la plume musicale d'un grand personnage 
n'y serait pas étrangère. — (l'est la nouvelle du jour des salons 
officiels. 



Au Gymnase, le Voyage de M. Perrichon, qui devait alterner 
avec la Dame aux Camélias, est subitement arrêté par un acci- 
dent cruel arrivé à Geoffroy. Cet excellent comédien , en jar- 
dinant à sa villa, est tombé sur un instrument tranchant et s'est 
blessé au genou. Espérons que cette blessure n'aura pas de 
suites graves. 

Le Vaudeville est sorti de son intérim. M. Durmeuil père 
est nommé directeur de ce théâtre, en compagnie de M. Benou, 
son honorable et inséparable aller ego. De plus, M. Dormeuil 



s'associe M. Duponche! pour l'administration de la scène. C'est 
une triple garantie de prospérité. Nous pouvons en toute con- 
fiance attendre la nouvelle administration à l'œuvre. 

Au nombre des pièces qui sont en répétition au Palais- 
Royal, on parle d'une opérette de MM. Leuven et Prillieux, 
dont la musique est de six compositeurs différents : MM. Cla- 
pisson, Gevaërt, Gautier, Poise, Bazile et Mangeant. Cette ma- 
cédoine lyrique aura pour interprètes le baryton Pradeau, le té- 
nor René-Luguet, le basso cantante Lassouche et la prima donna 
assolula signora Schneider, — qui nous apparaît comme le seul 
prétexte honnête de cette tentative musicale. On ne nous dit pas 
si le Palais-Royal profitera de celle œuvre pour inaugurer le dia- 
pason officiel. Pourtant l'occasion serait bonne. 

J. Lovt. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



DE EA MESURE. 

La mesure est la partie positive de la musique. Daus ce lan- 
gage éthéré qui semble supérieur aux choses de la terre, il existe 
un point palpable, analytique, inflexible comme le chiffre ; et 
c'est par ce côté mathématique, espèce de fil traducteur, que le 
sens humain peut se rattacher à la mélodie, la saisir et la com- 
prendre. 

Sans la mesure, la musique devient toute mystique el s'adresse' 
plus direclement à la divinité, témoin le plain-chant dont les 
phrases larges et les harmonies sévères se suivent sans rhythme 
et presque sans accents. Avec la mesure , au contraire, la mu- 
sique se rapproche de notre sphère et de nos aptitudes. Elle revêt 
une forme, elle prend une couleur, notre oreille la saisit et notre 
esprit la comprend. La musique est une âme donl la mesure est 
le corps ; si le corps s'éteint, l'âme nous échappe et remonte au 
ciel. Si la mesure cesse, la musique nous devient incompréhen- 
sible et passe à l'état de poésie céleste. Ou je me trompe fort , 
ou les chœurs séraphiques ignorent complètement ce que c'est 
qu'un trois-quatre et un six-huit. 

Nous voici donc dans l'obligation d'accepter la mesure à l'état 
de corps musical el même de lui reconnaître, — comme au 
corps humain, — une certaine beauté. La Vénus de Milo et les 
figures de Raphaël sont là pour soutenir notre ihèse. Sur terre, 
Dieu l'a voulu ainsi , tout procède par lignes; les grands ho- 
rizons de la nature, comme le gracieux visage de la femme. 
L'œil ne peut juger des lignes que par leur harmonie ; l'oreille 
ne peut comprendre l'harmonie que par ses lignes, c'est-à-dire 
l'harmonie réglée, distancée, mesurée au point de vue du temps 
comme l'est un beau paysage au point de vue de l'espace. 

Sans la forme, ici-bas, tout ne serait donc que chaos. On 
pourrait en dire autant de la musique sans mesure; mais l'em- 
pire de la forme et l'empire du rhythme sont tous deux sans 
limites, et l'on ne saurait établir raisonnablement une quantité 
approximative aux mille nuances qui séparent le ruisseau de la 
mer, le scherzo de Y adagio. 

Cette comparaison de la forme et du rhythme est si vraie, 
qu'on en trouve la raison d'être et le rapprochement dans la 
nature même. La marche régulière de l'homme, le galop du 
cheval, le tic-tac du moulin, le chant de la caille et mille autres 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



21 



bruits encore, forment des rhythmes naturels qui sont comme le 
point de départ de la mesure musicale. 

On pourrait donc poser comme axiome, que le rhythme est la 
forme du son. 



Une fois ce principe fondamental de la mesure établi et 
reconnu comme partie organique et organisatrice de la musique, 
il reste à envisager et à rechercher quelle importauce lui sera 
dévolue, quelle interprétation lui sera donnée. Son importance 
coïncidera avec celle qu'on accorde aux battements du cœur. 
Comme ceux-ci, les battements réguliers de la mesure seront les 
pulsations delà musique. Quant à l'interprétation de la mesure, 
elle variera évidemment selon le genre du morceau, selon le ca- 
ractère, le style et la nature même de l'interprète. La voix hu- 
maine, l'instrument solo, le quatuor, l'orchestre, auront chacun 
leur manière de la conduire, d'après leur individualité propre. 
Le piano, à son tour , s'inspirera de toutes ces nuances, de tous 
ces styles, puisqu'il n'est, la plupart du temps, qu'une réduction 
quelquefois petite, mais toujours charmante et ingénieuse des 
passages les plus touchants comme des effets les plus grandioses. 

La mesure existe donc partout et toujours en musique. 
Vouloir s'en affranchir serait repousser sa vie réelle. Quelques 
exemples de périodes non mesurées se présentent bien parfois 
dans les points d'orgue, mais ce sont là des espèces de suspen- 
sions de la pensée, des rêves, en un mot, où la vie réelle est 
arrêtée, comme pour repartir plus positive et plus vivace. Pro- 
longer ces périodes serait tomber dans une léthargie complète^. 

La voix humaine qui ne chante guère sans adjoindre à son 
chant la parole, est, par cela même, sous l'empire immédiat d'un 
sentiment ou d'une passion. 11 est facile de comprendre que dans 
ces conditions la mesure subira les influences de la pensée et les 
secousses du sentiment. Le creur et la mesure battront toujours 
à l'unisson. De là, l'expression en musique. De même qu'une 
personne émue prend sans le vouloir une démarche irrégulière, 
de même la mesure deviendra agitée et tumultueuse alors que la 
pensée sera viulente et passionnée. Les émotions douces ramè- 
neront la tranquillité dans le mouvement. La joie lui donnera 
de la franchise, la gaîté de l'entrain ; il obéira à tous les senti- 
ments que l'art musical peut exprimer. 

La musique chantée, sous la forme dramatique surtout, sera 
donc celle où la mesure subira le plus de transformations; mais 
ce n'est pas seulement dans les mouvements passionnés que la 
mesure trouve des éléments d'altération : la grâce, la coquetterie, 
la finesse, la malice, qui existent aussi bien en musique qu'ail- 
leurs, viendront à leur tour l'animer de leurs sourires et de 
leurs saillies. Pour les faire valoir il faudra que le rhythme 
perde un peu de sa rigidité, car les mouvements gracieux re- 
poussent la raideur, et les phrases soulignées doivent être dites 
plus lentement. Dans les périodes expressives et sentimentales 
où la tendresse tient le premier rang, les attaques devront être 
atténuées et les finales toujours un peu ralenties. Mais au milieu 
de tout cela il faudra éviter de tomber dans l'afféterie, et quoi- 
qu'il arrive, la mesure, malgré toute l'élasticité possible, devra 
toujours reparaître sous l'expression comme le dessin acadé- 
mique sous la draperie. Une observation générale très-impor- 
tante est celle encore d'établir dans chaque morceau un mou- 
vement-type auquel il est bon de revenir après chaque variation 
de la mesure; cela donne de l'unilé et ramène en quelque sorte 



tous les sentiments exprimés comme en un seul faisceau, qui 
devient la personnalité de l'œuvre (1). 

Tout ce qui précède prouve que la mesure, quoique réglée 
d'après des principes invariables quant à sa formation, peut , 
dans son interprétation, s'étendre ou se précipiter selon les 
caprices du sentiment, du style ou de l'expression. La mesure 
musicale sera donc un peu comme ces objets en caoutchouc qui 
peuvent se raccourcir ou s'allonger sous la pression, mais qui 
reviennent quand même à leur forme primitive, dont ils con- 
servent toujours le caractère. 

Il est à remarquer que les œuvres rhylhmiques, les marches 
militaires, les morceaux de danse, seront moins accessibles à ces 
irrégularités de mesure. L'expression exagérée y deviendrait un 
contre-sens et une impossibilité. De même, la musique d'or- 
chestre purement symphonique , sera toujours plus sage d'al- 
lures et moins capricieuse dans l'interprétation rhythmique. 
Soixante musiciens ne peuvent chercher les petits effets comme 
un soliste, et d'ailleurs l'inspiration du compositeur, quand elle 
se sent un orchestre pour arène, est toujours plus largement 
dessinée et plus carrément accusée, même dans les détails de la 
mesure. Une symphonie de Beethoven ne saurait être maniérée 
et irrégulière comme un nocturne de Chopin. Quelques maîtres 
du piano ont poussé très-loin cette incertitude du rhythme, et 
pour bien interpréter leurs œuvres , il faut non-seulement 
mettre un grand laisser aller dans le caractère de la mesure, 
mais aussi dans l'ensemble même des différentes parties. C'est 
ainsi que les basses se posent parfois un peu avant les parties 
supérieures, le tout s'arpégeant et s'étageant. Cet effet qui donne 
comme un parti pris d'expression, doit être employé avec beau- 
coup de ménagement, car il représente on ne peut mieux, pour 
les oreilles un peu puristes, un orchestre dont les instruments 
se courraient les uns après les autres, ou un accompagnateur 
qui prendrait toujours le pas sur celui qu'il accompagne. Les 
pianistes ont poussé très-loin cet art du déraillement de la me- 
sure. Encore une fois, la mesure est l'esclave du sentiment , 
mais elle n'en est assurément pas le jouet. 

Nous n'avons pas encore parlé du récitatif. Le récitatif est 
la déclamation lyrique. On parle, on s'explique, on se répond; 
il n'y a pas là prétexte à musique. 11 suffit de parler sur des 
intonations favorables et avec des harmonies en situation. La 
mesure disparaît presque alors ; c'est tout au plus si le temps 
fort se retrouve à intervalles éloignés. Aussi, dans le récitatif 
italien surtout, le sens musical n'existe-l-il presque plus. Dans 
le récitatif allemand et français, des ritournelles colorées , des 
accompagnements obligés viennent s'adjoindre à la déclamation 
et la rendent plus musicale. La mesure y est donc un peu moins 
abandonnée. Mais tous ces genres regardent à peine le pianiste, 
à moins qu'il ne soit appelé à accompagner. Cependant quelques 
pages spécialement écrites pour le piano, renferment des imita- 
lions de récitatifs. L'introduction de la célèbre Invitation à la 
valse, de Weber, est un modèle du genre. La mesure y est 
conservée. Mais dans la sonate de Mendelssohn , op. 6 , on 
trouve un long récitatif non mesuré, fort difficile à comprendre 
et à interpréter, et qui nous consoliderait volontiers dans cette 

(1) Il est bien entendu que par mesure nous établissons un terme général 
qui comporte tous les genres de mesures à deux, trois ou quatre temps, 
simples ou composées, et que ce que nous disons de la mesure en général 
s'applique aussi bien à la mesure à i, la plus brève connue, qu'à celle 
à quatre temps, beaucoup plus usuelle. 



22 



LE MÉNESTREL. 



opinion que, sans mesure, il n'y a plus de musique, et que le 
désordre commence là où la règle n'existe plus. 

En thèse générale, la mesure musicale pourra donc être con- 
sidérée, non pas comme une barrière, non pas comme une 
entrave, mais bien comme un guide, comme le réseau de la 
broderie, comme l'élément vital par excellence, et nous enga- 
geons fort les jeunes pianistes à la sacrifier un peu moins à la 
vulgarité du goût, et à s'inspirer un peu plus des grandes pages 
orchestrales où elle règne toujours en souveraine. Là, du moins, 
on se convaincra facilement qu'elle peut être assouplie, mais 
renversée , jamais ! Paul Bernard. 



BAL AXIWJEL, DES ARTISTES BE L'OPERA. 

Le bal annuel des artistes de l'Opéra, donné au bénéfice de la 
Caisse des pensions, n'a pas été aussi brillant qu'on aurait pu le 
penser. Néanmoins la recette s'est élevée au chiffre très-honora- 
ble de 17,000 fr. 

Quelques jours avant, les artistes du chant avaient joué le 
Prophète dans le même but. Samedi dernier, c'était aux artistes 
de la danse à s'exécuter, et quelques-unes, peut-être bien, comme 
le dit l'Entracte, l'ont-elles fait du bout du pied et d'un air de 
princesses ennuyées, — oubliant, les heureuses! les choyées 
d'hier et d'aujourd'hui ! que les destinées de théâtre sont éphé- 
mères, qu'il peut arriver même aux déesses d'Opéra de vieillir, 
et que ce n'est pas chose à dédaigner qu'une caisse de retraite. 

Toutefois, — ajoute M. G. Bertrand, rédacteur en chef de 
YEntr'acte, — vers minuit moins vingt, le corps de ballet, à peu 
près au complet, a ouvert le bal par un divertissement choré- 
graphique, qui se composait de fragments empruntés au réper- 
toire et fort bien agencés. C'étaient tour à tour le galop de Gus- 
tave, la Lithuanienne, le Lœndler, joli duo villageois dansé par 
M lle Zina et Beauchet, une Varsoviana par Coralli et M" e Vene- 
tozza (que ce nouveau nom ne vous trouble point ; ce n'est pas 
un début : il s'agit de l'excellente ballerine que vous applaudis- 
sez à l'ordinaire sous le simple nom de Caroline) ; — puis le 
ballabile en mazurka du Diable à quatre, le pas chinois du 
Cheval de bronze, la Tarentelle de la Muette, etc., etc. 

On n'eût pas manqué d'applaudir à tout rompre si l'on en 
avait eu la liberté ; mais que voulez-vous faire avec un chapeau 
dans les mains ? On s'est réduit à pousser quelques grognements 
tumultueux de satisfaction, a l'anglaise. 

Et comme le bal hésitait ensuite à se mettre en train, en dépit 
des bruyants appels de l'orchestre de Strauss, c'est encore le 
ballet qui lui vint en aide: M lle Fiocre I re , Fiocre-Amour, 
comme on l'appelle, qui avait assisté en simple spectatrice au 
divertissement, prit l'initiative et se lança courageusement dans 
les tourbillons de la valse. 

L'orchestre, fort de cent cinquante symphonistes, exécutait 
pour la première fois l'Album nouveau de Strauss et cette ra- 
vissante valse des Rayons, récemment enchâssée dans le ballet du 
Papillon, et qui paraît destinée à jouir d'une grande popularité. 

Peu à peu l'on a vu reparaître dans la salle, ou plutôt dans 
les premières loges et les avant-scènes, la plupart des danseuses 
qui avaient figuré au divertissement ; et la meute ardente et cu- 
rieuse des admirateurs, lorgnant et murmurant, s'est mise à 
tourner, comme l'ours au fond de sa fosse, tout à l'entour de 
cette corbeille de beautés connues et aimées. La fête s'est ter- 
minée, pour mesdemoiselles du corps de ballet, par un fin sou- 
per servi dans le foyer de la danse. 



THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN. 



Le concert de M. J.-B. Wekerlin aura lieu mercredi prochain, 19, à 
huit heures du soir. 

PROGRAMME. 

l re Partie. — N° 1. Résia, ouverture à grand orchestre. — N° 2. Bal- 
lade orientale pour ténor solo, chantée par M. Lévy, chœur et orchestre. 

— N° 3. Ode de Gilbert, pour basse solo, chantée par M. Belval de 
l'Opéra. Compositions de J.-B. Wékermn. — N° 4. Adieu des Bohémiens, 
scène avec chœur, chantée par M" e Balhi. 

gmo Partie. — Les Poèmes de la Mer, ode symphonie , paroles d'après 
le livre de M. J. Autran, musique de J.-B. Wékerlin, 130 exécutants. 

N° 1. La naissance des vagues, chœur. — N° 2. Rêverie au bord de la 
mer, pour mezzo-soprano (sur une note). — N» 3. Le Départ, scène pour 
chœur de voix d'hommes. — N° 4. Le Calme, la nuit, pour soprano solo. 

— N° 5. Chanson d'un Triton, solo pour voix de basse. — N° 6. Les 
Océanides, chœur de voix de femmes. — N° 7. Tempête, orchestre seul. 

— N° 8. Le Cabin boy (le Mousse), pour soprano solo. — N° 9. Le Soleil 
sur la mer, chœur. — N° 10. Promenade, solo de ténor. — N° 11. Épi- 
logue, chœur final. 

Pour finir : 4 e acte des Horaces de P. Corneille, joué par M Ue Karoly 
de l'Odéon. 



NOUVELLES DIVERSES. 



— On lit dans le Moniteur : « Par décret impérial du 8 décembre 1860, 
M. le comte Bacciochi, premier chambellan de Sa Majesté, surintendant 
des spectacles de la Cour, a été nommé surintendant des théâtres impé- 
riaux. Le surintendant des théâtres impériaux exerce, sous l'autorité du 
Ministre d'État, la haute surveillance du service des théâtres impériaux ; 
à cet effet, les commissaires impériaux près le théâtre des Italiens et les 
théâtres de l'Opéra-Comicrue et de l'Odéon, sont placés sous ses ordres. » 

— Un arrêté de M. Walewski, ministre d'État, maintient d'une manière 
désormais permanente et définitive, le droit fixe de cinq cents francs par 
soirée, accordé aux auteurs d'ouvrages joués sur la scène de l'Académie 
impériale de musique. Jusqu'ici ce droit, exigible pendant les quarante 
premières représentations du même opéra , se trouvait ensuite réduit à 
trois cents francs, — ce qui était tout une anomalie, car le droit d'auteur 
diminuait en raison inverse du succès de l'ouvrage. Cet arrêté ministé- 
riel ne parle pas explicitement des droits relatifs aux ballets, mais il va 
sans dire que cette amélioration s'étend à tout ce qui constitue le spectacle 
d'une soirée. 

— Deux nouveautés ont été données au théâtre Apollo, de Rome : un 
opéra du maestro Raffaele Gentile, intitulé : Stefanias, et un ballet assez 
original du chorégraphe Rota : il Genio Anardk. 

— Nous avons annoncé la mort du célèbre journaliste allemand Louis 
Rellstab. Dans le nombre des œuvres, étrangères à la critique , que nous 
devons au défunt, il faut citer le libretto du Camp de Silésie, dont notre 
maestro Meyerbeer a écrit la partition. — Le père de Louis Rellstab était 
éditeur de musique, et plus tard libraire. 

— La centième représentation à'Orphée aux enfers a été célébrée avec 
pompe à Berlin. M llc Taglioni a dansé avec le corps de ballet de la Cour, 
les chœurs et l'orchestre avaient été doublés. — On le voit, en Allemagne 
comme en France, la musique bouffe, spirituelle et amusante, trouve son 
public. 

— On écrit de Stockholm : « Un des compositeurs de notre pays, auteur 
de plusieurs partitions qui ont obtenu du succès, M. Ilermann Berens , 
vient d'être nommé chef-d'orchestre du deuxième théâtre. » 

— Bien décidément, en fait de beaux-arts, le vent est à la décentrali- 
sation : toute ville veut avoir une société philharmonique , tout chef-lieu 
aspire à une pièce de théâtre inédite. — Sans parler des grands théâtres, 
comme ceux de Marseille et de Bordeaux qui ont donné le baptême à des 
œuvres de mérite, les scènes modestes se piquent d'émulation et se mettent 
à l'œuvre. La semaine dernière, un collaborateur du Ménestrel, M. Léon 
Meneau, a fait représenter sur le théâtre de La Rochelle un acte d'opéra- 
comique intitulé : Qui compte sans son hôte. Cet ouvrage méritait assu- 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



23 



rément un cadre plus brillant que la scène rochelaise ; mais le jeune 
compositeur s'était promis de faire jouer son premier opéra dans sa ville 
natale, et il a tenu parole. Les journaux de la Charente-Inférieure 
signalent par des feuilletons entiers le succès sincère, chaleureux, qui a 
accueilli cette petite partition, et si c'était là l'hôte mystérieux sur lequel 
l'auteur avait compté, il ne comptera pas deux fois. — Maintenant que la 
dette du clocher est payée, nous donnerons rendez-vous à M. Léon Me- 
neau sur les scènes lyriques de Paris, où l'appellent ses études et ses ins- 
pirations musicales. E. B. 

— Le ténor Renard, qui n'a fait qu'une apparition à l'Opéra, vient de 
reprendre ses fructueuses représentations au grand théâtre de Marseille. 
Guillaume Tell a reparu sur l'affiche, à la grande satisfaction des ama- 
teurs de grande et telle musique. 

— Les journaux de l'Ain parlent longuement des ovations faites à 
M me Cambardi par les dilettanti de Bourg. Elle a dû y donner deux con- 
certs avec le concours du pianiste Karl Hermann et de la société chorale. 

— A l'occasion des fêtes de la Noël, MM. les artistes et amateurs de la 
ville de Toulouse, sous la direction de M. Crouzat, maître de chapelle, exé- 
cuteront à la cathédrale de Saint-Élienne, en présence de Mgr l'archevêque 
Desprez, une grande messe solennelle à trois voix, en chœur et à grand 
orchestre de M. Lomagne, violoniste-compositeur, dédiée par l'auteur à 
l'illustre R. P. Dominique Laeordaire, directeur de l'école de Sorèze et 
membre de l'Académie de Paris. La Société des concerts de Toulouse se 
propose aussi, dit-on, d'exécuter dans une de ses prochaines séances une 
symphonie. 

— On nous communique un trio pour piano, violon et violoncelle de 
Gaston de Saint-Paul, élève de Boély, musicien regrettable et regretté, qui 
avait tenu longtemps le grand orgue de Notre-Dame en l'absence de M. Dan- 
jou. Cette œuvre, sérieusement écrite, est accompagnée d'une romance 
sans paroles d'un cachet également élevé. On assure que M. Gaston de 
Saint-Paul a laissé beaucoup d'œuvres religieuses et de musique d'orgue 
dont communication va être faite à la Maîtrise. 

— Les virtuoses voyageurs regagnent la capitale. Nous apprenons l'ar- 
rivée à Paris de M. Ferdinand Sehœn, jeune pianiste déjà avantageuse- 
ment connu dans le monde musical. M. Schœn, qui s'est fortifié par de 
récentes études, poursuivies avec persévérance, se fera entendre cet hiver 
en public, ce qui ne l'empêchera pas de répondre, au besoin, ainsi qu'il 
l'a fait plusieurs fois, à l'appel des sociétés musicales de la province. 

— On annonce également le retour du violoniste Gleichauf , un des 
meilleurs élèves de Tieuxtemps. M. Gleichauf s'est fait entendre avec 
succès, cet été, à Bade, "Wisbade, Hombourg, et nous vient en dernier lieu 
de Strasbourg, où il a donné tout récemment un beau concert. 

-r- La salle Pleyel s'ouvrira mercredi prochain 19, à un concert vocal et 
instrumental donné parle virtuose-compositeur Joseph Wieniawski , avec 
le concours de M mes Massart, de la Pommeraye, MM. Armingaud, Lee et 
Richard Lindau.M. J. "Wieniawski exécutera plusieurs de ses compositions, 
notamment sa barcarolle-caprice et une grande sonate inédite. 

— M. Hippolyte Chartrain, l'habile accordéoniste, et M. Louis Lapret, 
pianiste, membre de l'Athénée des Arts, se rendent à Nice pour y donner 
des concerts. 

— Au nombre des compositions intéressantes pour le piano à l'usage 
des petites mains , nous signalons la collection des chefs-d'œuvre ly- 
riques des grands maîtres, transcrits et doigtés par A. Croisez , A. Cra- 
mer, Alphonse Leduc et P. Norewsky. La première série que vient de 
publier l'éditeur Adolphe Catelin contient : le Barbier de Sëville et la Ce- 
nerentola, de Rossini; Elisire d'amore, de Donizetti; Nozze di Figaro, 
de Mozart ; Richard Cœur de lion, de Grétry ; la Sonnambula, de Bellini. 

— L'auteur du Berquin des jeunes pianistes, H. Valiquet, vient de pu- 
blier chez Brandus une nouvelle fantaisie militaire sur les motifs des Dra- 
gons de Villars. Ce morceau , composé expressément pour les petites 
mains, est d'une exécution très-facile. 

— Sous le titre : le Mirliton , l'éditeur Gauvin publie un nouveau 
quadrille d'Alphonse Leduc sur des motifs populaires de MM. Olivier, 
Robillard et Trahand. 



Lai partition illustrée de SÉ.tlïRAMIS de Rossini, 
— texte italien et traduction française de MÉUÏ , 
récitatifs et airs de ballet de CARAFA, points d'or- 
gue et rentrées d'orchestre , — avec les DEUX 
PORTRAITS de G. ROSSINI (Naples 188© et Paris 
1SGO) et les DESSINS REPRÉSENTANT TES 
SCÈNES PRINCIPALES DE L'OUVRAGE , — est 
actuellement délivrée aux abonnés du Ménestrel. 

Cette magnifique priasse, offerte gratuitement 
pour toint renouvellement ou abonnement complet 
(chant et piano), prendra la place des quatre Albums 
du Ménestrel, dont les morceaux, n'en seront pas 
moins publiés dans le Journal (voir ci-dessous). 

Les abonnés au CHANT seul, ou au PIANO seul, 
auront droit à la mèaie prime, moyennant un sup- 
plément d'abonnement de dix francs , s'ils ne préfè- 
rent recevoir gratuitement : 

1° A la place des deux Albums annuels poui* le 
Chant: la partition complète des SAISONS de J. HAYDN, 
chant, piano et traduction française de G. Roger, 
oratorio en quatre parties, seule édition conforme 
à l'exécution «les concerts du Conservatoire , et 
ornée du portrait de HAA'DN. 

9° En échange des deux Albums annuels pour 
piano : un beau Recueil de transcriptions et réduc- 
tions des célèbres œuvres concertantes, sympho- 
niques et pour piano seul, de Haydn, Mozart et Bee- 
thoven, par Jules Weiss, et contenant : 

HATBS : a. Final du trio en fa. — 2. Menuet (lu même trio. — 
3. Final du trio en la. — J. Allegro, symphonie en mi bémol. 

BEETHOVEN; 3. Adagio et allegro de la symphonie en ut. — G. Final 
dn quatuor en fa. — "S. Menuet et scherzo du septuor. — S. Alle- 
gro du trio en mi bémol. 

MOZART : O. Menuets extraits de ses symphonies. — flO. Final de 
la symphonie en ré. — la. Final du quatuor en sol mineur. — 
13. Presto de la sonate en si bémol. 



CATALOGUE des morceaux séparés des quatre ALBUMS 
du Ménestrel [année 1860-1861), quiparaîlront de semaine 
en semaine, à partir du dimanche 11 novembre 1860. 

ALBUMS DE CHANT. 



ROMANCES ET CHANSONNETTES. 

G. NADAltm. 

La bruyère. 

PAULINE TJIA'S. 

Tes vingt ans! 

F. MASI^II. 

Le Lever des Etoiles. 

LÉOFOI.i) AMAT. 

Sympathie. 

ai. i»OTai:n. 

Adieu les Fées ! ■ 

dorval-valeivtiiïo. 

Charmants Tyrans du cœur. 



SCENES ET MELODIES. 

G. 11ÎHU1. 

Le vent qui pleure. 

PAl'LIIÏE T1IYS. 

Harmonie de Lamartine. 

j( -B. wa^BiEiiLiiv. 

9- Tyrolienne. 

FÉLIX GODEFROID. 

Ma mie Annette. 



ALBUMS DE PIANO. 



MUSIQUE DE DANSE. 

ARBAIV. 

A vos Souhaits, polka. 

L. JIK1IELI. 

Polka militaire du Camp de Samt-Maùr. 

STRAUSS. 

Sémiramis , 2 e quadrille. 

PHILIPPE STIITZ. 
Juana , polka- mazurka. 

MliSARD. 

Sémiramis, valse. ■ 

J!.-L. BATTMAiVJ». 

Menuet et galop Dnal d'Orphée aux 

Enfers, de J.' Offenbach. 



MORCEAUX DE SALON. 

CROISEZ. 

Guipures et Dentelles (n° 1). 

eu. veustebt. 

Ilmio Tesoro, transcription de DonJuan. 

M ARMONTEL . 

Musette, rondo pastoral. 

PAUL BERNARD. 

Bella sera , idylle . 

LÉCFREUX. 
Fleuve du Tage, transcription. 

FÉLIX GODEFROID. 

Les Abeilles, étude extraite du 3 S cahier 
de Y Ecole chantante du piano. 



Chaque demande ou renouvellement d'abonnement doit être accom- 
pagné d'un bon sur la poste [franco] : 1° de 13 fr. , Paris; 18 fr., pro- 
vince, pour chant et texte, ou piano et texte: 2° De 25 fr., Paris, ou 30fr., 
province, pour l'abonnement complet: texte, chant et piano réunis, 
Joindre, pour les départements, un supplément de 2 francs , montant de 
l'affranchissement des primes de l'abonnement complet, ou un supplément 
de 1 franc pour l'affranchissement des primes séparées, piano ou chant. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues frères, rue Jean-Jacques Rousseau, 8. 



1861-PARTITIONS , RECUEILS ET ALBUM S-1861 

PUBLIÉS AU MÉNESTREL , 2 bis , rue Vivienne. 



SEMIRAMISdeG ROSSINI 

Texte italien et paroles françaises de Méry , 

récitatifs deCARAFA. 

Partition illustrée fie deux portraits de Rossira et des 

principales scènes de l'Opéra. 
Cartonnée : 20 fr. Reliure tuile .: 25 fr. Velours : 40 fr. 



MELODIES 

DE 

A -E DE VAUCORBEIL 

Un volume relié : 10 fr. 
4 e ALBUM DE CONCERT 

DE 

FERDINAND DE CROZE 

1. Les Ombres, caprice-valse. 

2. La Derbouka, chanson orientale. 

3. Rêvez toujours, cantabile. 

4. En aérostat, rêverie-étude. 

5. Ciel et Terre, andante. 

6. La Razzia, presto. 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 



ALBUM-STRAUSS 

Pour les bals de la Cour et de l'Opéra, 

1. Comtesse Waleivska-\a\se. 

2. Comtesse Aguado-\a\se. 

3. Comtesse Sweigkowsku-po\ka. 

4. Comtesse Lrtfa-valse. 

5. Comtesse de Cessole-\a\se. 

6. Comtesse Afitrai-polka-mazurka. 

Broché : 8 fr. Belié : 12 fr. 

ALBUMS DE CHASSE 

PAR 

MM BERTRAND et TELLIER 



COLLECTIONS DE LA MAITRISE 

Trois beaux volumes cartonnés, 
Texte, Orgue et Chant : 15, 18 et 30 fr. 



LE LIVRE DU BON DIEU, 

d'ÉIMHJAREB PI.05JVIER , 
Musique de Darcier. — Texte et dessins. — Prix : 12 fr. 

ÉCOLE CHANTANTE DU PIANO 

par 
FÉLIX GO&EFROID. 

1 er Livre. Méthode de chant appliquée au piano, exercices, 

mélodies-types sur toutes les difficultés du chant. 

Texte et musique : 25 fr. 

2 e Livre. Quinze études mélodiques pour les petites mains. Prix : 12 fir. 

3 e Livre. Douze étudescaractéristiquetd'undegrésupérieur. Prix : 12fr. 



LE JEUNE PIANISTE CLASSIQUE 



WEISS 

MOZART. 

9. Menuets (.'xLraitsili' sessymphon. 

10. Final de la symphonie en ré. 

11. Final du quatuorenso/ mineur. 

12. Presto de la sonate en si bémol. 



HAYDN. 

1. Final du trio eu fa. 

2. Menuet du même trio. 

3. Final du trio en la. 

4. Allegro de la symphonie en mih 

BEETHOVEN. 

5. Adagio, allegro, symphonie enut. I 7. Menuet et scherzo du septuor. 

6. Final du quatuor en fa. j 8. Allegro du trio en mi bémol. 

Broché : 10 fr. Relié: 15 fr. 

AMTfM SMMJtŒIE* 

5. Arban. A vos souhaits, polka. 

6. Ch. Neustedt. // mio tesoj^o , 
transcription de Don Juan. 

7. A. Croisez. Guipures et Den- 
telles (n» 1) 

8. Strauss. 2 e quadrille sur Sémi- 
ramis. 

Relié : 12 fr. 



1. PaulBernard. Bellasera, idylle 

2. J.-L. Battmann. Menuet et galop 

d'Orphée aux enfers. 

3. Ph. Stutz. Juaua, polka-ma- 

zurka. 

4. Th. Lécuredx. Fleuve du Tage, 

transcription variée. 

Broché : 8 fr, 



DECAMERON DRAMATIQUE. 

Album de danse par 

J OFFEN3ACH 



LES SAISONS deJ. HAYDN 

Oratorio en quatre parties . 
i'raduction française de G. Roger, seule édition con- 
forme à l'exécution des concerts duConservatoire, 

orné du portrait de J. Haydn. 
lïioché: 10 fr. Reliure toile: 15 fr. Velours : 30 



ALBUM ARTISTIQUE 

DES 

FRERES LIONNET 

Broché : 10 fr. Belié : 15 fr. 
ALBUM DE SALON 

PAR 

J LEYBACH 

i. Mes solitudes, 4 e nocturne. 

2. Souvenirs d'Allemagne, 3 e valse. 

3. Ronde pastorale, 3 e idylle. 

4. Confidence, romance sans paroles. 

5. Fête aux Champs, galop pastoral. 

6. La Hongroise, caprice-mazurka. 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 

LE JEUNE PIANISTE 

Morceaux faciles sans octaves, 
composés par 

H VALIQUET, J -L BATTMANN, 
A DESSANE 

Broché : 8 fr. Relié : 12 fr. 



L'ALBUM-COTILLON 



LABORDE, avec DESSINS 



NOUVEAUTES POUR PIANO, SOUS PRESSE OU PUBLIEES. 



A- CROISEZ 

Guipures et Dentelles. 
Valse et mazurka (n° 1 et 2). 

CH DELIOUX 

Deux Sérénades (n° 1 et 2). 

TH LÉCUREUX 

Transcriptions variées. 

Fleuve du Tage. — Mœris, de M mo Ga.il. 

Valse des Pâtres du Valais. 

CH -B LYSBERG 

L'absenee, sonate romantique. — Andante, idylle. 
Airs savoisiens variés. 



AIRS DE BALLET 

Du nouveau ballet 
de l'opéra 



PAUL BERNARD 

Barcarolle et chanson de Fortunio. 
Galop de concert. \ Prima sert 



idylle. 



FELIX GODEFROID 

Joanhnisberg , valse desalon. | Une Fièvre brûlante, transcription. 



LEFEBURE-WELY 

Armide de Gluck. 
Morceau de concert, varié. | Morceau de salou , varié. 



HENRI RAVINA 

ÉTUDES HARMONIEUSES 

Vingt-cinq nouvelles études de moyenne difficulté. 
Prix : 20 fr. 



L DIEMER 

Polonaise de concert , l re mazurka. 
Élégie à la mémoire de sa mère. 

F DOLMETCHS 

Douze études récréatives. 
(Livre deuxième). 



CH NEUSTEDT 

Transcriptions variées. 

1 . La ci darem la mano. 

2. Il mio tesoro. 

3. Sérénade et duo de Don Juan. 



MARMONTEL 

Thème varié, ancien style. Muselle , pastorale. 
Venezia, barcarolle. 



ARRANGEMENTS ET MUSIQUE DE DANSE 

Musique de 

J. OFFENBÂCH. 



LE PAPILLON 



1. Marche paysanne, 
ï. Chant du Papillon. 

3. Andanle-Bohémiana. 

4. Taise des Rayons. 



STRAUSS 

Quadrille, Valse des RAYONS et Polka-Mazurka la LESGVINKA. 

Composés pour les bals de la Cour et de l'Opéra. 



5. Marche du Palanquin. 

6. Polonaise des Bohémiennes. 

7. Valse des Fleurs. 

8. Galop des Papillons. 



ARBAN '. Polka des Métamorphoses. La fée Hamza. M 11 " Marquet. | PU. STUTZ '. La Fée des Moissons. Polka-mazurka. M" 1 ' Schlosseb. 

H, VALIQUET '. Quadrille et valse faciles , sans octaves. 



75 i — 28 e Année. 

K» 4. 



TABLETTES 
OU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche 23 Décembre 

1SGO. 



n^rsi 



MENESTREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en chef. 



LES BUREAUX , S bis, rue Yi vienne. — HEUGEL et O, éditeurs. 

(Aux Magasin» et Abonnement île Musique du MÉNESTREL. — Vente et location de Pianos et Orgues.) 



CHANT. 

1" Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 2 6 Morceaux 
Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; a Album» 
primes illustrés. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger : 21 fr. 



PIANO. 

2 e Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches ; 20 Morceaux i 
Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; t Albums» 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Étranger : 21 fr. 



CHANT ET PIANO REUNIS : 

3' Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les s: Morceaux de chant et de piano, les 4 Albums-primes illustrés. 

Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 

On souscrit du 1 er de chaque mois. — L'année commence du 1" décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser/ranco 
un bon sur la poste, à MM. IIEUGEI, et C'a, éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgues frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 1721. 



SOMMAIRE. — TEXTE, 

I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâtres : Méhul (suite et fin) 48 e 
article. L. Meneau — II. Théâtre-Lyrique : les Pêcheurs de Catane, de 
M. Aimé Maillart, première représentation. J. Lovv. — III. Tablettes du pia- 
niste et du chanteur : Le Conservatoire de Paris et les Conservatoires de pro- 
vince (1 er article). G. Bêrédit. — IV. Théâtre-Italien : Les Poèmes de la Mer, 
ode symphonique de J.-B. Wekerlin, première audition. Léon Gatayes. — 
V. Semaine théâtrale. — VI. Nouvelles et Annonces. 

MUSIQUE DE CHANT : 

Nos abonnés à la musique de Chant recevront avec le numéro de ce jour: 

LE LEYER DES ÉTOILES , 

Paroles de M. Emile Bellier, musique de F. Masiki. — Suivra immé- 
diatement après : Harmonie de Lamartine, musique de M me Pau- 
line Thys. 

PIANO : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano : 

VALSE DE SÉMIR AMIS , 

Par Musard. — Suivra immédiatement après : le premier quadrille du 
Papillon, composé par Strauss pour les bals de la Cour et de l'Opéra, 
sur les molifs du ballet de J. Offenrach. 



i/orËm- comique 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



SECONDE PARTIE. — XIX e SIÈCLE. 



CHAPITRE VI. 



MEHUL. 

XVIII. 

[Suite et fin.) 

Le succès que Méhul avait remporté avec Ylrato le décida à 
écrire de nouveau dans le genre bouffe, et Bouilly lui fournil le 
libretlo d'I/ne folie : celte pièce, jouée par les mêmes acteurs 
que VIrato, eut à peu près la même fortune. Je citerai parmi 
les morceaux les plus agréables de la partition, l'air : Reviens , 



6 mon aimable gaîlé, et la romance : Je suis encor dans mon 
printemps, triomphe de M me Philis. 

11 fut moins heureux avec le Trésor supposé, qui ne réussit 
qu'à moitié. Il persista néanmoins dans cette voie et donna, en 
1806 , les Deux Aveugles de Tolède, dont Marsollier avait pris 
le sujet dans le roman picaresque de Mendoza : Lazarillo de 
Tonnes. Il rechercha la couleur locale dans cette œuvre ; l'ou- 
verture, par exemple, est un joli boléro andaloux. L'un des 
meilleurs morceaux de la partition est le duo de soprano et 
ténor : Vous dont le cœur n'a pas parlé. 

Il revint peu de temps après au genre vers lequel le portait 
plus particulièrement le caractère de son esprit, celui qui plaisait 
le plus à sa muse, pour employer une expression du temps. Il 
donna, en effet, le 16 mai 1806, Ulhal, drame ossianique. Pour 
conserver à sa partition un cachet plus antique, il jugea à propos 
de retrancher les violons de son orchestre, mais il résulta de 
celte tentalive, un peu trop hasardée, une monotonie qui nuisit 
singulièrement à la pièce. On raconle que Grétry, à la fin de 
la première représentation, s'était écrié : « Un louis à qui me 
fera eDtendre une chanterelle (1). » Malgré le défaut d'unifor- 
mité, on reconnaît dans Ulhal la touche du maître. 

(I) L'éditeur Pacini, alors compositeur, l'auteur de la partition d'Isabelle 
et Gerlrude, représentée avec succès à l' Opéra-Comique, le 1 er mars 1806, 
m'a raconté cette anecdote de la façon suivante : « Je fus visiter Méhul, 
qui me demanda de connaître quelques-uns de mes ouvrages ; je lui portai 
un Christus factus est obediens usque admortem...., quej'avais composé à 
Nîmes; il fut surpris que j'eusse employé tous les insruments excepté le 
violon. Méhul, à qui j'avais donné la partilion de mon Christus, fit un 
opéra intitulé Uthal; il voulut essayer aussi de remplacer les violons 
par des altos, sans songer que ce qui convenait à un petit oratorio serait 
trop monotone pour trois actes d'opéra. Le lendemain je rencontrai Grétry 
sur le boulevard, qui me demanda si j'avais assisté à la première repré- 
sentation à' Uthal. Sur ma réponse négative, il me dit, sachant que je 
jouais du violon : Je vous ai cherché pour vous demander si vous aviez 
une chanterelle dans votre poche, je l'aurais payée un louis. » 



26 



LE MÉNESTREL. 



L'année 1807 vit paraître son chef-d'œuvre : Joseph, drame 
en trois actes, représenté, la première fois, le 17 février. Le 
librelto fut le résultat d'un pari que Duval avait fait d'écrire, sur 
le sujet biblique de Joseph, un drame (1), sans y introduire 
aucune intrigue étrangère à la donnée de la Bible. Cet ouvrage 
devait être d'abord un grand opéra, mais Duval l'ayant lu en 
prose à ses parieurs, ceux-ci l'engagèrent à né point métamor- 
phoser son dialogue en récitatif. "Joseph fit grande impression 
chez les vrais amateurs de musique; mais le gros du public 
trouva le libretto trop monotone* et c'est ce qui nuisit au succès 
dramatique de la pièce, qui fit plus d'effet dans les concerts 
qu'à la scène (2) ; elle était, du reste, admirablement jouée par 
Elleviou (Joseph), Solié (Jacob), Gavaudan (Siméon), M me Ga- 
vaudan (Benjamin), etc.... Cette œuvre éminente est trop bien 
connue des musiciens pour que j'en fasse une analyse détaillée ; 
il me suffira de citer l'ouverture religieuse, préfate de l'œuvre, 
l'air classique, devenu le morceau de concours de tous les ténors 
d'opéra-comique : Vainement Pharaon...., la romance si con- 
nue : À peine au sortir de l'enfance, les deux cantiques : Dieu 
d'Israël et Aux accents de notre harmonie, pour remettre toute 
la partition dans la mémoire du lecteur. 

Le dernier ouvrage de Méhul fut un opéra-comique en trois 
actes : La Journée aux aventures. 

Bien qu'abattu par des chagrins de plus d'un genre, et miné 
par la maladie mortelle qui le dévorait, il avait su trouver assez 
de gaîté pour rappeler dans cette œuvre les beaux jours de 
Ylrato et d'Une folie. On lui conseilla l'air du Midi, mais il 
ne put s'habituer à vivre loin de Paris. A peine arrivé en Pro- 
vence , après un voyage pénible et fatigant, il écrivit à ses amis 
de l'Institut : « L'air qui me convient est l'air que je respire 
parmi vous. » On le ramena à Paris où il mourut quelques jours 
après son retour, le 18 octobre 1817. 

* * 

Dans la préface de Joseph, Duval dit, à propos de la mort de 
Méhul : « Les arts, qui espéraient encore quelques chefs-d'œuvre 
de son immense talent, la société qu'il charmait par les grâces 
de son esprit, ont fait une perte réelle dans la personne de 
l'honnête homme, de l'homme aimable et du grand composi- 
teur; et s'il a droit à mes éloges comme artiste distingué dont 
j'ai partagé les travaux, il a droit à de longs regrets comme mon 
ami. Les personnes qui n'ont connu que ses chants peuvent 
l'admirer ; mais ses amis seuls ont pu apprécier son caractère et 
la bonté de son cœur. » 

Léon Ménead. 



THÉÂTRE LÏR1 



Les Pécheurs de Catane , drame lyrique en trois actes; paroles de 
MM. Cormon et Michel Carré, musique de M. Aimé Maillart. 

Les partisans de M. Aimé Maillard, — et le nombre en est 
grand, — attendaient avec impatience cette nouvelle œuvre, à 
laquelle ils rendaient déjà un hommage anticipé ; — hommage, 
du reste, complètement justifié par les précédents. Gaslibelza, 

(1) Ce fut à propos du Joseph de Baour-Lormian , auquel Duval avait 
reproché l'introduction d'une intrigue amoureuse qui affaiblissait le sujet 
principal, la piété filiale. 

(2) En Angleterre on l'exécute en oratorio. 



la Croix de Marie, et surtout les Dragons de Villars, — popu- 
laire partition qui fait en ce moment son tour d'Allemagne sous 
le titre la Clochette de l'Ermite, — constituent de vraies lettres de 
noblesse musicale. M. Aimé Maillart est un de nos compositeurs 
dramatiques qui nous donnent les plus sérieuses promesses, — 
promesses déjà fidèlement tenues et largement remplies. Ses 
chants ont de grandes allures, sa mélodie est claire, son instru- 
mentation, ses masses vocales se combinent et s'agencent avec 
bonheur ; en voilà plus qu'il n'en faut pour légitimer les sym- 
pathies du public dilettante. 

Un autre attrait se joignait à la solennité de cette première 
représentation : deux jeunes débutants, un ténor et un soprano, 
nous apparaissaient le même soir dans deux rôles importants. 
L'un, M. Peschard, avait fait ses preuves dans les concours et 
exercices du Conservatoire; c'est un premier prix de chant, et son 
diplôme est en règle ; — l'autre, M llc Baretti, jeune et gracieuse 
cantatrice-lauréate que nous devons également au Conservatoire 
et aux soins tout particuliers de notre professeur Laget. 

Mais avant de nous occuper de ces deux nouveaux venus, 
essayons, — il en est temps, — d'analyser le sujet des Pêcheurs 
de Catane. 



La pièce de MM. Cormon et Michel Carré appartient à la 
respectable famille des mélodrames ; elle est charpentée suivant 
les traditions de l'endroit, à quelques défaillances près ; je doute 
pourtant que celte enfant dn boulevard eût été absolument pré- 
sentable sans la musique de M. Maillart. 

Nella est la fille adoptive d'une famille de pêcheurs ; et si tout 
marchait régulièrement dans ce bas-monde, elle épouserait tout 
simplement son frère de lait Cecco, qui l'aime avec une tendresse 
toute sicilienne. Par malheur, la joyeuse Nella rencontra un 
beau jour certain jeune officier ; celui-ci sut prendre un tel em- 
pire sur son cœur, que, pour s'y soustraire, elle n'eut rien de 
plus pressé que... de se retirer au couvent de l'Annonciade. 

Au lever du rideau, tous les pêcheurs sont réunis pour fêter 
Nella ; car, selon les us du pays, le couvent rend chaque année, 
pour trois jours, les novices à leurs familles. Arrive la signora 
Carmen, nièce du gouverneur de Catane et amie de Nella, qu'elle 
a prise en affection pour l'avoir entendue chanter dans les offices 
du couvent. Carmen s'est fait escorter de son vieil écuyer d'hon- 
neur, le capitaine Barbagallo (type taillé sur le sénéchal de Jean 
de Paris), et de son cousin Fernand, qui doit l'épouser sous peu 
de jours. 

Maintenant, si je vous dis que ce Fernand est précisément 
l'officier mystérieux qui a troublé la jeunesse et la gaîté de Nella, 
vous devinez toute la série des péripéties à venir. Nella balance 
entre ses sentiments mal éteints et les ardentes sollicitations de 
Cecco ; mais la présence de Fernand, le réveil des souvenirs, l'en- 
traînement fatidique des jeunes cœurs, tout annonce que le 
pauvre Cecco sera sacrifié. En effet, Nella et Fernand se pro- 
diguent de nouveaux serments et s'apprêtent à fuir ; mais voilà 
qu'au moment de monter dans la barque quHes attend, ils sont 
surpris par Cecco et ses amis. C'est à grand'peine, en s'exposant 
elle-même, que la jeune fille parvient à soustraire Fernand à la 
fureur des pêcheurs; car Fernand n'est pas seulement le ravis- 
seur de leur enfant adoptive, il est le neveu du gouverneur qui 
désole la côte par ses exactions. Aussi veulent-ils garder l'officier 
en otage jusqu'à ce qu'on leur resti lue leurs filets confisqués. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Nella leur promet satisfaction, ot se charge elle-même des dé- 
marches près du gouverneur. 

Arrivée à Calane, elle trouve son amie et protectrice donna 
Carmen au milieu des préparatifs de sa noce, et l'on n'attend 
plus que le fiancé. Par l'intercession de Carmen, le gouverneur 
expédie aux pêcheurs insurgés une lettre qui leur assure le re- 
couvrement de leurs filets et de leurs barques. Mais le cœur de 
Nella est brisé ; et lorsque lasignora Carmen, h qui Cecco a ré- 
vélé le fatal secret, accourt pour rendre à son amie celui qu'elle 
aime, il est trop tard, la jeune fille expire entre leurs bras. 



J'ai dit que cette œuvre des boulevards exigeait la collabo- 
ration de M. Aimé Maillart ; mais j'ajouterai , pour être juste, 
que les librettistes ont fourni au compositeur bon nombre de 
situations musicales, avec une ample provision de morceaux 
très-habilement coupés au point de vue lyrique. Certes, ce double 
contingent vaut unbill d'indemnité. 

Quant à M. Maillart, — à part certaines réminiscences , des 
moins malheureuses, du reste, — il vient de conquérir un nou- 
veau titre lyrique, et le mérite réel de sa partition a été souvent 
acclamé par la salle entière. L'œuvre renferme des pages d'une 
importance capitale , et aussi bon nombre de jolis détails qui 
ne peuvent que gagner aux auditions suivantes. 

Citons parmi les éléments le plus franchement fêtés le pre- 
mier chœur des pêcheurs ; la romance de Nella, l'Ame désespérée, 
puis sa Sicilienne, mêlée de chants et de danse ; au second 
acte, la romance deFernand, Du serment qui ni 1 engage, le chœur 
Bénissons la Madone, les couplets de jalousie de Cecco, et la 
chanson de l'Hirondelle, fantaisie d'une facture originale, et où 
chaque membre de phrase débute par une roulade en arpège ; 
enfin, au troisième acte, les couplets piquants de Carmen : Tant 
pis pour lui s'il vient. 

L'exécution de tous ces morceaux a été généralement bonne, 
sinon de premier ordre, et l'orchestre, sous la vaillante direction 
de M. Deloffre, a dignement rempli sa tâche. 

Quant aux deux débutants, ils n'ont qu'à se louer de l'excellent 
accueil qui leur a été fait. M. Peschard (Fernand) possède une 
gracieuse voix de ténor, bien timbrée dans son volume, et qu'il 
conduit avec goût. Il a dit avec beaucoup de charme sa romance 
Du serment qui m'engage: seulement l'art du comédien laisse 
tout à désirer, sa physionomie ne s'anime pas, manque de mo- 
bilité, et un apprentissage scénique sera des plus indispensables 
au jeune chanteur. — Sa partenaire, M Ile Baretli (Nella), a su 
d'emblée captiver l'assistance par sa jolie figure, — prise de profil 
surtout, — le timbre (encore inégal) de sa voix et la netteté rela- 
tive de sa vocalisation, — vocalisation que le travail rendra cer- 
tainement plus agile et plus parfaite. Son Credo du premier 
acte, sa Sicilienne et la chanson de Y Hirondelle lui ont valu de 
nombreuses salves d'applaudissements. 

Balanqué (Cecco), qui nous fait parfois acheter par un peu 
de raideur la sonorité métallique de son organe, a eu des notes 
caressantes, surtout dans ses beaux couplets de la Jalousie au 
second acte, qu'on a unanimement bissés. — M lle A. Faivre, 
est très-gracieuse dansle personnage de donna Carmen. G irardot, 
Wartel et M me Vadé tiennent fort convenablement leurs rôles. 

La mise en scène a également tenu loules ses promesses, et 



fait grand honneur à M. Rély. Le décor du second acte sur- 
tout, représentant, par un pâle clair de lune, les falaises de la 
Sicile et l'arrivée des barques de pêcheurs aux flambeaux, for- 
ment un ensemble de l'effet le plus pittoresque. Aussi ce décor 
a-t-il plus particulièrement partagé les bravos décernés à la mu- 
sique de M. Aimé Maillart. 

J. Lovy. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 
LE CONSERVATOIRE DE PARIS 

ET LES 

Conservatoires de province. 

( Le Sémaphore. ) 
I. 

De tous les temps les Conservatoires furent en butte aux at- 
taques inconsidérées d'une foule de gens, qui, sans examiner le 
sujet de leurs épigrammes railleuses, décernaient un brevet d'in- 
capacité aux hommes d'étude, dont la mission consiste à révéler 
chaque jour les secrets de l'art à ceux qui les ignorent pour les 
conduire par degrés, si c'est possible, à l'apogée du talent et du 
succès. 

Au dire de ces personnes, les conseils et les leçons de la science 
sont tout à fait superflus. Qu'est-il besoin, en effet, d'apprendre 
la musique pour savoir chanter, et d'étudier la diction pour 
interpréter les chefs-d'œuvre de la scène française? L'instinct 
suffît, assure-t-on, et loin de développer les qualités d'un élève , 
les professeurs ne font souvent qu'en arrêter l'essor à force de 
difficultés et d'entraves. 

Pour réduire à leur valeur de telles assertions, il suffirait 
d'abord de citer les jeunes gens qui, assez mal avisés pour les 
prendre au sérieux, ont payé par des chutes éclatantes cette 
révolte insensée contre les principes de l'art et les règles du goût. 

Ensuite, et pour ne parler que du Conservatoire de Paris, 
que de noms d'artistes célèbres viendraient se presser sous ma 
plume si je voulais établir à l'appui de ma thèse une contre 
partie ? N'est-ce pas le Conservatoire de Paris qui a formé Deri- 
vis, Nourrit, Levasseur, Dabadie, Alexis Dupont, M mes Bran- 
chu, Damoreau-Cinti, Falcon, en même temps qu'il donnait à 
l'Opéra-Comique M mea Saint-Aubin, Boulanger, Pradher, Ri- 
gault, Lemonnier; MM. Ponchard , Valère, Chollet , Roger, 
Couderc, Jourdan ; puis, de nos jours, M mes Carvalho, Lefebvre, 
Cabel, et bien d'autres encore? Duprez et M me Stoltz ne sont-ils 
pas sortis de l'école de Choron ? Battaille et Faure, devenus pro- 
fesseurs, n'enseignent-ils pas à leurs disciples ce qu'ils ont ap- 
pris au Conservatoire, et M Ue Ugalde, elle-même, cette artiste 
de la nature, n'est-elle pas élève de sa mère, qui avait établi 
dans son domicile, aux Batignolles, une école de musique à 
l'usage de ses enfants ? 

Si on jette maintenant un regard sur la Comédie-Française , 
on y rencontre les mêmes exemples d'artistes instruits dans 
l'établissement célèbre du faubourg Poissonnière , et en tête 
desquels figurent encore, à l'heure qu'il est, MM. Provost et 
Samson, ce dernier le professeur à qui M 1Ie Rachel confia, dés 
le début de sa carrière, le soin de son avenir artistique. N'est-il 
pas notoire, en effet, que M" e Rachel a suivi jusqu'au dernier 



28 



LE MÉNESTREL. 



moment les leçons de son maîlre, comme jadis M lle Mars suivait 
les leçons du comédien Monvel? 

D'ailleurs, comment s'élonner des attaques dont le Conserva- 
toire de Paris est l'objet, s'écrie M. Paul Smith, dans un des 
derniers numéros de la Gazette musicale, quand on voit que ces 
agressions injustes ont précédé sa naissance ! On l'attaquait déjà 
dans cette petife école royale du baron de Breteuil, et il faut 
voir avec quelle vigueur de bon sens, de conscience et de juste 
fierté Gossec la défendait dans une lettre à M. de La Ferté. 
L'école n'existait que depuis deux ans et demi, et on l'accusait 
déjà de ne rien produire ! Gossec répondit à ce reproche et à 
bien d'autres : 

Cette école contre qui l'on s'élève, que l'on se plaît à décrier, 
et dont on veut prononcer l'inutilité, écrivait l'illustre fondateur 
du Conservatoire; cette école n'a-t-elle pas montré les aperçus 
les plus favorables ? La représentation de Roland , qu'elle a 
donnée au théâtre des Menus, suffirait seule pour sa défense. 
Cette représentation, donnée au bout de dix-huit mois d'école , 
avec des élèves tirés du néant et de la plus profonde ignorance, 
des élèves à qui nous avions déjà donné des talents au bout de 
ce terme, quoique les ayant commencés tous par l'alphabet de 
chaque science que l'on professe à l'école ; cette représentation, 
dis-je, ne tenait-elle pas du miracle? N'y a-t-on pas entendu, 
indépendamment des premiers sujets qui s'y sont distingués , 
tous ces enfants rendre les chœurs, j'ose le dire, avec plus de 
précision et de justesse que l'Opéra ? N'ont-ils pas exécuté mer- 
veilleusement, l'année dernière, à différents examens, vous pré- 
sent, Monsieur, des chœurs de Dardanus, d'Écho et Narcisse 
etd'Alhalie? 

Bref, et pour couper court à ce débat si fécond pour ma 
cause en heureux témoignages, l'on peut affirmer sans crainte , 
qu'à de rares exceptions près, tout ce qui a pris part au mouve- 
ment musical et dramatique sur les premiers théâtres de France, 
depuis plus d'un demi-siècle, a puisé son éducation dans les 
écoles, et principalement au Conservatoire de Paris. Après cela, 
que deviennent les railleries de quelques censeurs inquiets, qui, 
pour se distinguer de la foule des esprits judicieux, ne savent 
opposer à leur opinion que le dédain moqueur ou le dénigre- 
ment systématique? Aussi le Conservatoire de Paris, fier à juste 
titre de ses innombrables succès, ne daigne pas même répondre 
à de telles folies ; il se contente de former d'excellents élèves, 
et, grandissant chaque jour sa réputation européenne, rappelle 
ces vers d'un de nos meilleurs poètes de l'empire : 

Le dieu poursuivant sa carrière , 
Verse des torrents de lumière 
Sur ses obscurs blasphémateurs. 

Certes, les Conservatoires en sous ordre ne jettent pas au fir- 
mament de l'art ces éblouissantes clartés. Ici, c'est une œuvre 
de dévoûment et d'abnégation, qui s'accomplit presque toujours 
sans bruit et dans l'isolement le plus modeste. Le Conservatoire 
de Paris, lui, du moins , a mille moyens pour confondre ses 
détracteurs, tandis que les écoles de province ne peuvent, à 
beaucoup près, disposer des mêmes ressources. Voyez plutôt : 

A deux époques de l'année (il s'agit seulement ici de chan- 
teurs), ^Paris invite à ses examens tous les jeunes gens des deux 
sexes desjquatre-vingt-six départements de la France, qui croient 
avoir une .voix assez juste, assez puissante, assez étendue, pour 
être reçus élèves pensionnaires ou externes dans l'établissement 
de la rue Bergère. Le nombre des aspirants s'élève d'habitude 



à cinquante ou soixante, quelquefois plus. Après avoir fait 
chanter à chacun d'eux un morceau de musique, on choisit les 
mieux doués sous le rapport vocal, sans préjudice de l'organi- 
sation et des connaissances élémentaires qu'ils peuvent avoir 
acquises. Le reste de la troupe, poliment éeonduit et plus ou 
moins désappointé, après avoir dit un dernier adieu au boule- 
vard des Italiens, parcouru les Champs-Elysées, salué, en pas- 
sant, la colonne Vendôme, que tout Français doit être fier de 
contempler, va faire son paquet et remonte en wagon pour aller 
vivre tranquillement à l'ombre du clocher de sa ville natale. 

Est-il besoin de dire dire qu'une fois reçus, les élèves du 
Conservatoire de Paris renoncent tout à fait à leurs professions 
premières, pour ne s'occuper exclusivement que de leurs études 
artistiques? Admis dans les classes de solfège, de grammaire, 
de chant et de déclamation, ils travaillent , de neuf heures du 
matin à cinq heures du soir , avec leurs professeurs, et vont 
ensuite compléter, par l'observation, des leçons qui continuent, 
sons forme d'exemple, au théâtre, au concert, au salon et jusque 
dans les rues , où la classe ouvrière et les enfants du peuple 
parlent avec un accent harmonieux si purement français. Or, 
en suivant ce programme avec zèle, jugez où peut atteindre un 
élève dans l'espace de quelques années, s'il est assez heureux 
pour n'éprouver dans ses études journalières_ aucune interrup- 
tion. 

En province, disons-le sans hésitation, ces choses-là diffè- 
rent. Ici, point de voix choisies ; il faut les accepter comme elles 
se présentent, à Marseille principalement, si indigente en fait de 
belles voix. Les cours ont lieu trois fois par semaine ; mais les 
élèves ne s'y rendent pas avec assiduité, sans qu'on puisse sévè- 
rement leur reprocher leurs inexactitudes ; car, enfin, comment 
faire? Ouvriers à la journée, qui finit à sept heures du soir, il y 
a là des charpentiers, des portefaix, des calfats, des tanneurs, 
des maçons, des employés d'administration ou de commerce. Ils 
arrivent presque tous haletants, exténués de fatigue. L'un est 
brisé par les nombreux fardeaux qu'il a portés dans la journée ; 
l'autre éprouve un enrouement fâcheux pour avoir travaillé sur 
un échafaudage, en plein vent, par un mistral de tous les dia- 
bles. Je n'y vois plus, dit celui-ci, les chiffres et les calculs de la 
journée m'ont mis la tête en déroute. Et moi, réplique l'autre, 
si vous saviez dans quel état se trouve ma poitrine ; j'ai tanné plus 
de trente peaux aujourd'hui et je termine à peine. Là dessus, on 
fait chanter les plus valides, les autres se reposent; et tous, après 
avoir assisté à la leçon du soir, retournent, le lendemain, à leurs 
ateliers où ils oublient à peu près ce qu'ils ont fait la veille, et 
se remettent à parler un langage qui ne ressemble en rien à ce- 
lui qu'on apprend dans les classes de déclamation. Il faut donc 
recommencer tous les jours avec un zèle et une patience infati- 
gables, si l'on veut obtenir quelque résultat à la fin de l'année. 
C'est l'histoire du rocher de Sysiphe, qui roule et retombe sans 
cesse et qu'il faut sans cesse relever. 

G. BÉNÉDIT. 

{La suite au numéro prochain.} 



THÉÂTRE IMPÉRIAL ITALIEN. 



LES POEMES DE LA MER. 
Si, — comme l'a dit Chateaubriand , « c'est un grand mal 
pour l'homme d'arriver trop tôt au but de ses désirs », — ce 
n'est très-certainement ni le plus grand, ni le plus commun 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



29 



parmi la multitude d'obstacles, souvent insurmontables, qui 
entravent la carrière de l'artiste désireux de se produire. Les 
compositeurs, surtout, ne connaissent guère le malheur d'arriver 
trop tôt; car tandis que les peintres et les statuaires ont du moins 
pour eux les expositions publiques, — que l'écrivain, en se 
chargeant de tout ou partie des frais d'impression, peut, à la 
rigueur, trouver un éditeur; — tandis que le virtuose a toujours 
la ressource de produire son œuvre en l'exécutant lui-même 
dans les concerts , le compositeur, dont la partition exige le 
concours des chœurs, des solistes, et d'un puissant orchestre , 
ue peut espérer une interprétation convenable, à moins d'être 
en mesure de couvrir tout d'abord les cinq ou six mille francs 
de frais qu'entraîne une seule exécution sur un théâtre. 

Audaces fortunajuvat, dit un ancien adage, la fortune sourit 
aux audacieux : aussi en se lançant dans l'ode-symphonie à la 
manière de Félicien David , avec solos, orchestre, chœurs et 
stances déclamées, M. Wekerlin n'a-t-il pas hésité à se jeter en 
pleine mer, — ce qui n'était pas sans danger, même avec la 
poésie de M. Autran pour ceinture de sauvetage. Cependant, ce 
n'est pas à l'auteur de tant de compositions justement appré- 
ciées dans le monde musical, que doit s'adresser le vieux pro- 
verbe latin. Car, mélodiste de l'école allemande-francisée , 
habile dans l'art d'écrire pour les voix, dans celui d'orchestrer, 
d'harmoniser les timbres, si M. Wekerlin a visé à la scène par 
des opérettes de salon très-goûlées, par un essai [V Organiste) 
qui a réussi au Théâtre-Lyrique, l'administration de ce théâtre 
a aussi reçu un grand ouvrage du même auteur, et (sans compter 
plusieurs partitions en portefeuille) il en a encore un autre éga- 
lement reçu, — quoique moins important, — à l'Opéra-Co- 
mique. 

En organisant la grande soirée de mercredi dernier, au 
Théâtre-Italien, en s'imposant les frais énormes qu'entraînait 
l'exécution des Poèmes de la mer, M. Wekerlin n'a donc pas 
fait preuve d'audace, il se produisait très-honorablement sur 
une grande scène, avec un orchestre d'élite, à la tête de 150 exé- 
cutants qu'il a dirigés lui-même. Sans parler du succès, — le 
chiffre de la recette est là pour donner raison à son initiative, 
— et celte recette ne contribuera peut-être pas moins que son 
talent à stimuler les directeurs en retard dans l'exécution de 
leurs promesses. 

Fatigué d'attendre la mise en scène des poèmes dont il a fait 
la musique, en l'absence d'un librelto de nature à remplir le 
but nouveau qu'il se proposait, le musicien a cependant trouvé 
moyen de s'en procurer un. Il a puisé çà et là quelques strophes 
détachées dans le volume de poésies de M. Autran [les Poèmes 
de la mer), et par leur heureuse succession, le choix forme, — 
si ce n'est une action suivie, — du moins le cadre que remplit 
une partition où se révèlent les qualités du compositeur. 

Mais avant de passer à la musique, indiquons d'abord som- 
mairement comment M. Wekerlin a su grouper quelques poésies 
détachées pour en faire sortir sa grande Ode symphonique. Ce 
sont tour à tour : la naissance des vagues, — une rêverie au 
bord de la mer, — un bruyant départ de matelots ; puis du sein 
de l'Océan s'élève pendant le calme de la nuit la chanson d'un 
triton. A ces mâles accents succèdent les douces voix des océa- 
nides que couvre bientôt le bruit de la tempête ; elle s'apaise, 
et un pauvre petit mousse chante dans la mâture son mélanco- 
lique refrain. Enfin, les heures se sont écoulées, le soleil se lève, 
l'hymne de la nature entière s'épand sur l'azur des flots, et 
l'esquif vogue lentement. Alors le drame maritime finit par la 



pensée religieuse que fait naître dans l'âme l'éternel mouvement 
des vagues, cette grande loi, — dit le poète, — que Dieu fit 
pour la mer comme pour l'humanité. 

L'Ode-Symphonie formait la seconde partie du Concert; main- 
tenant que nous arrivons à la musique, passons d'abord à la 
première où l'auteur a successivement fait entendre l'ouverture 
de Rézia, une Ballade orientale, la célèbre ode de Gilbert et 
Y Adieu des Bohémiens. 

En retard pour l'ouverture, je ne suis arrivé que juste à temps 
pour les premiers accords de la ballade. Là, au milieu d'une so- 
norité de couleur toute locale, paraît et disparaît, pour reparaître 
encore, un chant mélancolique dont le timbre agreste du haut- 
bois et la douce voix de M. Félix Lévy ont été les interprètes, et 
qu'ont fait plus ressortir encore le caractère original des 
chœurs et une remarquable instrumentation. 

Les navrantes stances de Gilbert mourant ont inspiré à 
M. Wekerlin une sombre mélodie; il y a surtout une phrase 
pleine de douleur et de larmes ; et cette phrase, M. Belval Ta 
interprétée avec toute la douceur possible à une voix de basse 
profonde. Mais cet organe, ce timbre surtout sont tout-à-fait 
invraisemblables pour le jeune malade dont la voix mourante 
murmure un sublime et dernier adieu. 

Quanta l'^yieu des Bohémiens, dont une jeune et jolie per- 
sonne , mademoiselle Balbi , a très-bien chanté et vocalisé les 
solos, il faudrait bien des lignes pour indiquer seulement le rôle 
des chœurs et de l'orchestre. C'est écrit à la manière de Weber 
dans Preciosa, et instrumenté en maître. 



L'analyse de chaque morceau de Y Ode-Symphonie m'entraî- 
nerait bien plus loin encore, aussi résumerai-je par de simples 
appréciations générales. Constatons d'abord que, chose rare par 
le temps qui court, la partition tout entière est très-sagement 
écrite pour les voix. L'intervention des chœurs joue un grand 
rôle, et toute la partie symphonique, sans recourir à l'imitation 
matérielle y est toujours descriptive. Les flots se soulèvent sous 
le souffle de la tempête, ou réfléchissent doucement l'azur des 
cieux ; ces tableaux arrivent mystérieusement à l'âme en se glis- 
sant par l'oreille, au lieu d'y arriver par les yeux, car c'est l'o- 
reille qui voit. Au départ des matelots, ce sont des scènes de 
danses et de joie tumultueuse, auxquelles succède le silencieux 
balancement de la houle. La chanson du Triton (pour voix de 
basse) est une légende sonore à la manière allemande; la tem- 
pête est une traditionnelle page symphonique où les sifflements 
de la petite flûte sillonnent les sombres modulations de l'orches- 
tre comme l'éclair sillonne la nue; la chanson du Mousse (que 
M lle Balbi a été obligée de recommencer, après l'avoir interpré- 
tée de manière à enchanter la salle entière) emprunte une dou- 
ceur pleine de charme au mélancolique accompagnement du cor 
anglais. Mais le bijou de la partition, un chant que tout le monde 
voudra entendre, que tout le monde voudra chanter pour soi, 
pour les autres, dans les concerts, dans les salons, dans la soli- 
tude, c'est la romance pour ténor que l'on a fait bisser à M. Fé- 
lix Lévy. 

La ravissante mélodie semble apportée par le vent que souffle 
un chœur mystérieux à bouche fermée, tandis que les arabes- 
ques des instruments à vent et les pizicatli des violoncelles se 
dessinent sur le timbre voilé des altos avec sourdines. 

C'est une trouvaille enfin, que cette poétique inspiration; elle 
suffirait seule à un succès, aussi ce succès n'a-t-il pas fait défaut 



30 



LE MÉNESTREL. 



à M. Wekerlin ; il a dû éclater de nouveau à la fin de la soirée, 
mais je n'étais plus là pour applaudir avec la foule, j'étais allé 
chercher cet air extérieur dont je' ne saurais me passer pendant 
toute une soirée, depuis la fièvre qui m'a tenu si longtemps loin 
du Ménestrel. Je dirai donc en finissant que sur les tenues de 
l'orchestre, mademoiselle Karoly a déclamé quelques strophes, 
quelques vers isolés, quelques fragments de récils; et je ne cloute 
pas que le quatrième acte des Horaces, par lequel s'est terminée 
la soirée aura valu à l'énergique tragédienne tous les applaudisse- 
ments qu'avait déjà mérités cette preuve de complaisance et d'ab- 
négation personnelle. 

Léon Gatayes. 



SEMAINE THEATRALE. 

Les recettes du Papillon s'élèvent au maximum, malgré la 
bulle d'excommunication du Très-iY-Rév. P.-. Scudo. Ce succès 
d'argent est tout un honneur pour les ballets en général qui se 
trouvaient singulièrement compromis au point de vue de la 
location. 

Les études de mise en scène viennent de commencer à I'Opéra 
pour le Tannhauser. L'œuvre de Richard Wagner nous est 
promise pour)les premiers jours de février. Le ténorallemand Rei- 
chartest à son poste et brillait parmi les célébrités vocales et 
chorégraphiques qui assistaient au bal annuel de la caisse des 
pensions des artistes de l'Opéra. 

L' Indépendance belge nous apprend dans sa correspondance 
théâtrale que notre maestro Halévy s'occupe d'un opéra en 
quatre actes intitulé Vaninad'Ornano, paroles de MM. de Saint- 
Georges et Léon Halévy. — On annonce la reprise de Guillaume 
Tell pour demain lundi. — Aujourd'hui dimanche, laFavorite. 

Aux Italiens, on répète activement il Ballo in Maschera de 
Verdi. — Mercredi dernier, M. Calzado avait ouvert sa salle aux 
poèmes de la mer, ode-symphonie de J.-R. Wekerlin. (Voir no- 
tre article.) — Aujourd'hui dimanche, I Puritani. 

Un début assez heureux s'est accompli l'autre soir à I'Opéra- 
Comiqce; c'est celui de M me Numa Blanc, élève de M. Pierma- 
rini. Il fallait certes quelque courage pour aborder ce rôle de 
Virginie, du Caïd, où mainte habile cantatrice n'a pu effacer 
l'empreinte de M me Ugalde. M me Numa s'est risquée, et à travers 
force émotion , elle a su se faire accueillir avec sympathie. 
Comme comédienne elle a de l'entrain, et s'est fort gaîment 
acquittée de la partie comique de ce charmant opéra. — Demain 
lundi, on annonce comme définitive la première représentation 
de Barkouf. 

L'administration du théâtre des Bouffes- Parisiens , pour 
répondre aux nombreuses demandes qui lui sont adressées , se 
décide à donner encore deux représentations d'Orphée aux En- 
fers, après quoi trois opérettes nouvelles prendront place sur 
l'affiche, de deux en deux jours. 

Le Théâtre-Lyrique nous a donné lundi dernier ses Pêcheurs 
de Calane, musique de M. Aimé Maillart. (Voir notre article de 
ce jour.) 

Le Gymnase a eu jeudi dernier une représentation extraor- 
dinaire au bénéfice de la Caisse de secours. Le grand attrait de 
la soirée était la cérémonie du Malade imaginaire, avec les 
artistes de la Comédie-Française et de la plupart des théâtres. 



Le Vaudeville va, dit-on, fermer ses portes pendant quel- 
ques jours pour r'ouvrir ensuite avec éclat. En attendant, la 
nouvelle direction fait répéter activement les Femmes fortes, de 
M. Victorien Sardou. 

Les revues de l'année vont agiter leurs grelots sur plusieurs 
théâtres secondaires ; quelques-uns ont déjà donné le signal : la 
revue des Variétés, annoncée pour hier samedi , ne sera déci- 
dément jouée qu'aujourd'hui dimanche. 

J. L. 



NOUVELLES DIVERSES. 



— Darmstadt sera la première ville en Allemagne où l'on représentera 
le Faust de M. CI). Gounod. On étudie avec beaucoup de soins ce remar- 
quable ouvrage, dont la représentation ne peut manquer d'attirer une 
foule de curieux des villes voisines. 

— On écrit de Kœnigsberg qu'un opéra du comte de Redern, intitulé : 
Christine, a été représenté sur le théâtre de cette ville. 

— Cologne est la première ville de l'Allemagne qui ait adopté le diapa- 
son normal fixé par la France, et, disent les correspondances, le résultat 
de cette mesure est des plus satisfaisants. 

— Un correspondant de Berlin nous apprend qu'au concert donné ré- 
cemment par là Société philharmonique de Postdam, les organisateurs 
ont eu, pour la première fois, l'idée de faire distribuer des rafraîchisse- 
ments aux dames, entre les deux parties du programme. Cette agréable 
innovation, si elle faisait son chemin, plairait également aux deux sexes. 

— Les journaux italiens annoncent l'arrivée à Paris, de M. Borri, chargé 
de composer et de régler le ballet dont M me Ferraris doit créer le principal 
rôle au théâtre impérial de l'Opéra. 

— Le théâtre italien de Madrid est en veine de succès, grâce à l'habile 
direction de M. Bagier, homme de tact et de goût. M 110 Sarolta et M me De- 
meric-Lablache ont fait merveille dans le Trovatore. Comme nouveautés, 
on prépare à ce théâtre le Ballo in Maschera de Verdi, et Pierre de IWé- 
dicis du prince Poniatowski ; on attend beaucoup de ces deux opéras, 
qui ont reçu un brillant accueil, l'un en Italie, l'autre à Paris. 

— Le jeune et déjà célèbre violoniste Sarasate dont nous avons enre- 
gistré les triomphes en Espagne, vient d'être l'objet d'une distinction aussi 
exceptionnelle que glorieuse de la part de sa Souveraine, qui a daigné lui 
accorder la croix de Charles III. C'est la première fois qu'un artiste de 
seize ans aura mérité une telle faveur. 

— La même correspondance nous apprend que M Ue Mariquitta de Biar- 
rote, qui a récemment quitté Paris pour aller se fixer à Madrid, s'est fait 
entendre pour la première fois dans une représentation extraordinaire 
donnée au Théâtre-Italien, au profit des orphelins, sous le patronage de 
S. M. la Reine. — M llc de Biarrote a exécuté la grande et belle fantaisie de 
Goria sur la Lucrezia , et avec un tel succès qu'on lui a jeté bou- 
quets et couronne. La couronne, en fleurs artificielles ornée de rubans, 
portait pour inscription : « Hommage au talent artistique de M' le de Biar- 
rote. » 

— Voici, depuis le commencement de ce siècle, la liste des personnes 
qui ont été à la tête de l'administration de l'Académie impériale de Mu- 
sique : 

En 1800. M. Bonet, commissaire du gouvernement. — 1801. Cellerier, 
directeur. — 1802. Le Premier Consul met l'Opéra sous la surveillance d'un 
des préfets du Palais. M. Morel, parolier, directeur. Lemoyne, musicien, 
directeur pendant quinze jours. — 1803. M. Bonet, directeur. — 1807. 
Napoléon donne la surintendance de l'Académie impériale de Musique à son 
premier chambellan, M. Picard, auteur dramatique, directeur. — 1814. Le 
ministre de la maison du roi prend l'Académie royale de Musique dans ses 
attributions. — 1815. M. Papillon de la Ferté, directeur-général pour le 
ministre. M. Choron, régisseur. Permis, inspecteur delà musique. — 1817. 
Courtin, administrateur. — 1818. Pertuis, directeur. — 1819. Viotti, 
directeur. — 1821. Habeneck, directeur. — 1824, Duplantys, directeur. 
— 1828. M. Lubbert, directeur. — 1831. Le ministre abandonnant la régie 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



31 



de l'Académie royale de Musique, en accorde le privilège à M. Véron, qui 
entreprend à ses risques. — 1835. M. Duponchel, directeur. — 1840. 
MM. Duponchel et Ed. Monnais, directeurs. — 1841. M. Léon Pillet prend la 
direction. — 1847. MM. Duponchel et Nestor Roqueplan, directeurs. — 
1848. M. Nestor Roqueplan, seul. — 1854. M. Nestor, administrateur im- 
périal. — 1854. M. Crosnier. — 1856. M. Alphonse Royer. 

— On annonce le mariage du fils d'Adolphe Nourrit, — M. Rohert Nour- 
rit, docteur en droit, — avec M Ue Marie Pion, fille de M. Henri Pion, im- 
primeur de l'Empereur. 

— Roger rentre dans Paris après des pérégrinations aussi triomphales 
que fructueuses. En moins d'un an, ses représentations lui ont produit 
plus de 125,000 fr. A Marseille, on lui a demandé Zampa, rôle de prédi- 
lection de réminent ténor qui a fait les honneurs de nos deux grandes 
scènes lyriques françaises personnifiées dans Zampa. 

— On lit dans une correspondance de Londres, à la date du 13 ; 

« Depuis hier le Théâtre-Français a cessé d'exister. Tous ceux qui con- 
naissent M. Talexy regrettent qu'il soit victime de la mauvaise saison. Il 
est certain que si le Théâtre-Français pouvait réussir à Londres, ce ne se- 
rait qu'en été et avec des artistes de premier ordre. » 

— Les Sociétés philharmoniques de Rennes, Laval et le Mans annon- 
cent la reprise de leurs concerts d'hiver. 

— Ce sont les sœurs Marchisio qui ont été engagées pour les prochains 
concerts de Nantes et Angers. Elles y chanteront leurs incomparables duos 
de la Semiramis, de Mathilde de Shabran et de Norma. 

— La Société des Concerts du Conservatoire reprendra ses séances le 
13 janvier prochain. 

— Les samedis de M. et M me Rossini deviennent de plus en plus bril- 
lants. Notre grand maestro, non-seulement reçoit nos artistes en renom , 
mais il encourage avec la même affabilité les jeunes talents qui ambi- 
tionnent de se faire entendre dans son salon. Ainsi ces derniers samedis, 
à côté de M lle Grisi, do Badiali, du violoncelle de Braga, du piano de 
jjme Tardieu de Malleville, de Stanzieri, — qui nous a redit la Tarentelle de 
Rossini, comme seul il sait l'interpréter, — nous avons entendu et applaudi 
le charmant violoniste Accursy et sa jeune femme, pianiste des plus 
agréables, les frères Castellani , amateurs distingués , au talent d'artiste, 
et un ténor, M. Naudin, que M. Lumley tient en cage dorée, et sur lequel 
le célèbre impressario fonde toute une Californie d'espérances. De plus, à 
l'exemple des frères Castellani, nos meilleurs amateurs se font un plaisir 
de prendre place au piano , témoin M nle Dubois qui phrase et poétise la 
musique comme son maître Chopin ; témoin M mc Conneau, qui nous 
prépare une nouvelle Regata de Rossini. Quant aux accompagnateurs, 
ils abondent chez le maestro. Alary et M. Peruzzy s'y font remarquer 
entre tous. 

— Son Excellence le Ministre des Cultes et de l'Instruction publique a 
désigné M. Lefébure-Wély pour aller faire l'inauguration du grand orgue 
construit par M. Cavaillé-Coll, pour la cathédrale de Carcassonne. Cette 
réception officielle a lieu demain lundi, et de plus, M. Lefébure est invité 
par Monseigneur l'Évêque à vouloir bien se faire entendre aux fêtes de 
Noël. C'est là un vif plaisir dont le public parisien est privé depuis trois 
ans à la Madeleine. 

— On lit dans la Revue parisienne et départementale de M. Ch. Villagre, 
revue littéraire et artistique : 

« Parmi les hommes dont les travaux ont contribué au progrès de l'ensei- 
gnement du chant, M. Dorval-Valentino mérite une mention particulière. 
— Ancien élève pensionnaire du Conservatoire, M. Dorval-Valentino a su 
tirer de l'audition et de la fréquentation des grands maîtres, Ponchard, 
Bordogni, Duprez, etc., tous les éléments constitutifs d'une étude sérieuse 
de ce grand art, trop souvent exploité par l'ignorance et la routine; son en- 
seignement repose sur des principes clairs, précis, "rationnels, d'une appli- 
cation aussi prompte que facile. Depuis la connaissance des notes jusqu'à 
la phraséologie de la mélodie et Yexpression, qui sont le complément des 
études, il possède un système de démonstration, qui forme un ensemble 
homogène, un tout parfaitement saisissable et à la portée des organisa- 
tions les moins heureuses. Le développement de la voix est un résultat 
presque immédiat de sa méthode. M. Dorval-Valentino a publié sur l'art 
de la prononciation, un ouvrage remarquable, qui a été ai prouvé par le 
Conservatoire, et dont un grand nombre d'exemplaires s'est rapidement 
écoulé. » 



— Les salons Pleyel-Wolff et leur élégant public ont fêté, mercredi 
dernier, le pianiste-compositeur Wieniawski , dont le concert, malheu- 
reusement, s'effectuait le même jour et à la même heure que la solennité 
de l'ode-symphonie : les Poèmes de la mer au Théâtre-Italien. Pour notre 
part, nous avons été privés d'entendre M. Wieniawski. mais nous aurons 
occasion de revenir plus d'une fois cet hiver sur le talent de cet artiste 
hors ligne. 

— On annonce le retour à Paris du pianiste-compositeur Emile Forgues 
qui compte nous faire entendre un nouveau concerto-symphonique avec 
orchestre et plusieurs nouvelles compositions. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues fr 



rue Jean-Jacques Rou 



GAMBOGI frères, successeurs de C1IÀBAL , éditeurs de musique, 
15, boulevard Montmartre. 



ÉTRENNES 1861 



A LA. MEMOIRE 

3BE A. GOÏKIA. 

AVEC SON PORTRAIT PHOTOGRAPHIÉ PAR MM. PETIT ET TRINQUART. 

Delioux (Ch.). Garde à vous. (Ronde de nuit.) 
Godard (Alf.). Alice. (Valse.) 

Ketterer (E.). Mazurka des Patineurs. (Souvenirs du Nord.) 
Ki'îiger (W.J. Rosemonde. (Mélodie de Schubert.) 
Lefébure-Wély. Romance sans paroles. 
L,eyl>acli (J.). Op. 42. Charme du salon. (Caprice.) 
Marniontel (A.). Op. 56. 2 mc Sérénade. (Genre espagnol.) 
ÎUagmis (D.). L'Adieu du Pécheur. (Esquisse musicale.) 
©'Kelly (J.). Au bord de la Mer. (Méditation.) 
Pfeiffer (Georg.). La Houlette. (Feuillet d'album). 

RICHEMENT RELIÉ, PRIX NET : 1 5 FRANCS 



Paris, Maison LEMOiNE aine, 1IAI1AM1, successeur, 
20, rue de l'Ancienne-Comédie. 

EN VENTE. 

Mozart. Six grandes Srjmphonies arrangées pour piano, par 

Georges Mathias, chaque symphonie séparée. P. m. 10 » 

Les six, en un volume broché Net. 15 » 

— en Album riche Net. 18 » 

Dsigard. Op. 5. Ondine. Rêverie pour piano 6 » 

Ferlus. Op. 20. Regrets. Id. g „ 

— Op. 21. Une Pensée Id. 4 go 

Al. Artus. La Dame de Monsoreau. Quadrille 4 go 

— Id. Polka-mazurka 3 » 

Falsclinam. Il pleut Bergère. Quadrille très-facile 4 go 

L,e Corbeiller. La Monaco. Quadrille 4 go 

F. Masiiii. Discrétion. Romance 2 50 

— Lève-toi. Romance 2 50 

— Prière d'une Hirondelle. Romance 2 50 



L'ALBUiW POSTHUME DE L ABADIE 

publié par l'éditeur CHALLIOT , 334, rue Saint-Honoré, est. en vente; 
il contient : le Baptême d'un Enfant. — Rose des Bois. — Le Vieux 
Castillan. — Les Clochettes. — André Vesale. — Bachelette. — Esclave 
et Créole. — Le Lutin des Amoureux. — Le Fiancé de Jeannette. — 
Ils suivent la file comme les moutons. — Diogène cherchant une femme. 
— Tout couleur de rose. 



1861-PARTITIONS , RECUEILS ET ALBUMS-1861, 

PUBLIÉS AU MÉNESTREL , 2 bis , rue Vivienne, 



SEMIRAMISdeG ROSSINI 

Texte italien et paroles françaises de Méry , 

récitatifs de Carafa. 

Partition illustrée de deux portraits de RossiNiet des 

principales scènes de l'Opéra. 
Cartonnée: 20 fr. Reliure toile : 25 fr. Velours: 40 fr. 



MELODIES 

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A -E DE VAUCORBEIL 

Un volume relié : 10 fr. 
*' ALBUM DE CONCERT 

DE 

FERDINAND DE CROZE 

1. Les Ombres, caprice-valse. 

2. La Derbouka, chanson orientale. 

3. Rêvez toujours, cantabile. 

4. En aérostat, rêverie-étude. 

5. Ciel et Terre, andante. 

6. La Razzia, presto. 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 

ALBUM-STRAUSS 

Pour les bals de la Cour et de l'Opéra. 
i. Comtesse Walewska-\a\se. 

2. Comtesse Aguado-vahe. 

3. Comtesse Sweigkowslca-po\kdL. 

4. Comtesse lîtfa-valse. 

5. Comtesse de Cessole-vsise. 

6. Comtesse Mitra J-polka-mazurka. 

Broché : S fr. Relié : 12 fr. 

ALBUMS DE CHASSE 

PAR 

MM- BERTRAND et TELLIER 



COLLECTIONS DE LA MAITRISE 

Trois beaux volumes cartonnés, 
Texte, Orgue et Chant : 15, 18 et 30 fr. 

LE LIVRE DU BON DIEU, 
d'ÉDOUARD PEOITVIER, 

Musique de Darcier. — Texte et dessins. — Prix : 12 fr. 

ÉCOLE CHANTANTE DU PIANO 

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FÉLIX GODEFROID. 

1" Livre. Méthode de chant appliquée au piano , exercices , 

mélodies-types sur toutes les difficultés du chant. 

Texte et musique : 25 fr. 

2 e Livre. Quinze études mélodiques pour les petites mains. Prix: 12 £r. 

3 e Livre. Douze étudescaractéristiquesd'undegrésupérieur. Prix : 12 fr. 



LE JEUNE PIANISTE CLASSIQUE 

PAR 



HAYDN. 

1. Final du trio en fa. 

2. Menuet du même trio. 

3. Final du trio en la. 

4. Allegro de la symphonie en mîb 



WEISS 

MOZART. 

9. Menuets extraits de ses symphon. 

10. Final de la symphonie en ré. 

11. Final du quatuorensoJ mineur. 

12. Presto de la sonate en si bémol. 



BEETHOVEN. 

5. Adagio, allegro, symphonie enw£. I 7. Menuet et scherzo du septuor. 

6. Final du quatuor en fa. \ 8. Allegro du trio en mi bémol. 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 



1. PaulBernàrd. Bellasera, idylle. 

2. J.-L. Batthank. Menuet et galop 

d'Orphée aux enfers. 

3. Ph. Stiitz. Juana, polka-ma- 

zurka. 
4 Th. Lécuredx. Fleuve du Tage, 
transcription variée. 

Broché : 8 fr. 



5. Arban. A vos souhaits, polka. 

6. Ch. Neustedt. Il mio tesoro , 

transcription de Don Juan. 

7. A. Croisez. Guipures et Den- 

telles (n° 1) 

8. Strauss. 2 e quadrille sur Sémi- 

ramis. 
Relié : 12 fr. 



DEGAMERON DRAMATIQUE. 

Album de danse par 

J OFFENBACH 



LES SAISONS deJ. HAYDN 

Oratorio en quatre parties 

Traduction française de G. Roger, seule édition con 

forme à l'exécution des concerls du Conservatoire, 

orné du portrait de J. Havdk. 
Broché : 10 fr. Reliure toile : 15 fr. Velours : 30 

ALBUM ARTISTIQUE 



FRERES LIONNET 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 
ALBUM DE SALON 

PAR 

J LEYBACH- 

1. Mes solitudes, 4 a nocturne. 

2. Souvenirs d'Allemagne, 3° valse. 

3. Ronde pastorale, 3 e idylle. 

4. Confidence, romance sans paroles. 

5. Fête aux Champs, galop pastoral. 

6. La Hongroise, caprice-mazurka. 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 

LE JEUNE PIANISTE 

Morceaux faciles sans octaves, 
composés par 

HVALIQUET, J.-L- BATTMANN, 
A- DESSANE 

Broché : 8 fr. Relié : 12 fr. 



L'ALBUM-COTILLON 

PAR 

LABORDE, avec DESSINS 



NOUVEAUTES POUR PIANO, SOUS PRESSE OU PUBLIEES. 



A CROISEZ 

Guipures et Dentelles. 
Valse et mazurka (n° 1 et 2). 

CH DELIOUX 

Deux Sérénades (n° 1 et 2). 

TH LÉCUREUX 

Transcriptions variées. 

Fleuve du Tage. — Mœris, de M rae Gail. 

Valse des Pâtres du Valais. 

CH -B LYSBERG 

L'absence, sonate romantique. — Andante, idylle. 
Airs savoisiens variés. 



PAUL BERNARD 

Barcarolle et chanson de Fortunio. 
Galop de concert. [ Prima sera, idylle. 



FELIX GODEFROID 

Johanisberg , valse desalon. | Une Fièvre brûlante, transcription. 

LEFÉBURE-WÉLY 

Armide de Gluck. 
Morceau de concert, varié. | Morceau de salon , varié. 

HENRI RAVINA 

ÉTUDES HARMONIEUSES. 

Vingt-cinq nouvelles études de moyenne difficulté. 
Prix : 20 fr. 



L DIEMER 

Polonaise de concert , 1™ mazurka. 
Elégie à la mémoire de sa mère. 

F DOLMETCHS 

Douze études récréatives. 
(Livre "deuxième). 

CH NEUSTEDT 

Transcriptions variées. 

1. La ci darem la mano. 

2. /( mio tesoro. 

3. Sérénade et duo de Don Juan. 



MARMONTEL 

Thème varié, ancien style. Musette, pastorale. 
Venezia, barcarolle. 



AIRS DE BALLET, ARRANGEMENTS ET MUSIQUE DE DANSE 

Du nouveau ballet | V> DADII I f% M Musique de 

deioPÉRAde LiC rMrlLLUri j. offenbach. 

1. Marche paysanne. M""> MARIE TAGLIONI et de M. DE SAINT-GEORGES. 5. Marche du Palanquin. 

2. Chant du Papillon. QTRÂIIQQ 6 - Potonai sedes Bohémiennes. 

3. Andante-Bohémiana. O 1 rlMUOO 7 Valse des Fleurs 

4. Valse des Rayons. Quadrille , Vajse des RA YONS et Polka-Mazurka la LESGUINKA. g. Galop des p apiUonSt 



STRAUSS 

Quadrille, Valse des RAYONS et Polka-Mazurka la LESGUINKA. 

Composés pour les bals de la Cour et de l'Opéra. 

ARBAN : Polka des Métamorphoses. La fée Hamza. M 118 Marquet. | PH- STUTZ '. La Fée des Moissons. Polka-mazurka. M 11 » Schlosser. 
MUSARD: Les Circassiennes. Deuxième quadrille. | H, VALIQUET ." Quadrille et valse faciles, sans octaves. 



75S. — 28 e Année. 

K« 8. 



TABLETTES 
iSTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche 30 Décembre 

1860. 



QaS3 




JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rétlact'enchef. 



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Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; î Albuun 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Étranger: 21 fr. 



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On souscrit du l eF de chaque mois. — L'année commence du 1er décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique. — forment collection. — Adresser/Vanco 
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: Jean-Jacques Rou 



SOJVOIAIfllE. — TEXTE. 

I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâtres : Chérubini et Onslow 
(19 e article). L. Meneau. — II. Théâtre de l'Opéra-Comique : première repré- 
sentation de Barkouf. J. Lovy. — III. Tablettes du pianiste et du chanteur : 
Le Conservatoire de Paris et les Conservatoires de province (2° article). G. Bé- 
hédit. — IV. Semaine théâtrale. J. Lovy. — V. ^Nouvelles et Annonces. 

MUSIQUE DE PIANO : 

Nos abonnés àla musiquede Piano recevront avec le numéro de cejoui 1 : 

»""■• QUADRILLE DE SÉMIRAMIS , 

Par Strauss. — Suivra immédiatement après : le premier quadrille du 
Papillon, composé par Strauss pour les bals de la Cour el de l'Opéra, 
sur les motifs du ballet de J. Offenbach. 

CHANT: 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Chant : 

HARMONIE DE LAMARTINE , 

Musique de M me Pauline Thys. — Suivra immédiatement après : 
Tes vingt ans , du même auteur. 



LOFERA -COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GHANUE EXTENSION. 



SECONDE PARTIE. — XIX SIÈCLE. 

CHAPITRE VI. 

CHÉRUBINI , OIVSLOW. 

XIX. 

CHÉRUBINI. 

Parmi ceux de ses collègues de l'Institut pour lesquels Méhul 
avait le plus de sympathie, Chérubini était en première ligne (1). 

(1) Comme nos lecteurs le verront, cette appréciation de Chérubini et 
de ses œuvres est traitée au point de vue tout spécial de l'opéra-comique. 
Le Ménestrel se réserve, ainsi que pour Méhul, de publier une notice 
biographique complète de Chérubini, celle-ci due à M. Denne Baron. 



Lorsque Napoléon offrit à l'auteur de Joseph d'être directeur 
de la chapelle impériale, Méhul demanda que son ami partageât 
cette fonction avec lui : l'empereur s'y refusa et accorda la place 
à Lesueur. Chérubini ne jouit du reste que fort peu, pendant 
toute sa carrière, de la faveur impériale. Son caractère, très-ori- 
ginal, son franc-parler, souvent peu parlementaire, ne furent 
point étrangers à cette disgrâce. On raconte que le général Bo- 
naparte, ayant été reçu au Conservatoire, eut à y subir l'audition 
de cantates laudalives, composées par Lesueur, Méhul et Ché- 
rubini. — Le vainqueur d'Italie fit à ce dernier des remarques 
critiques sur son œuvre. — « Général, lui dit Chérubini, lors- 
« que vous faites un plan de bataille, vous ne consultez que vo- 
« tre génie. » Sur quoi, dit-on, le grand capitaine lui tourna le 
dos (2). 

Il y avait entre Chérubini et Méhul une certaine affinité de 
talent. Quoique Italien de naissance (3), par ses œuvres, il se 
rapprochait plutôt de l'école allemande que de celle à laquelle il 
devait son éducation. A vrai dire, le style de Chérubini appar- 
tient, bien plus encore que celui de Méhul, à cette école éclecti- 
que qui caractérise en musique la scène française : il perfectionna 
ce genre auquel se rattachent les compositeurs français actuels, 
pour la plupart ses élèves. «Sa manière, dit Ad. Adam, est moins 
italienne que celle de Mozart, elle est plus pure que celle de Bee- 
thoven; c'est plutôt la résurrection de l'ancienne école d'Italie 
enrichie des découvertes de l'harmonie moderne. » 

Un fait singulier se présente à propos de l'œuvre de Chéru- 
bini. Ses partitions eurent une influence immense sur celles de 
ses contemporains. 11 fut en quelque sorte l'astre autour duquel 



'(2) A. Elwart. Histoire de la Société des Concerts. 
(3) Marie-Louis-Charles-Zénobi-Salvador Chérubini était né à Florence 
le 8 septembre 1760. M. Elwart, dans l'intéressant ouvrage que je viens 
de citer, le fait naître le 14 septembre , contrairement à plusieurs autres 
biographes. 



34 



LE MÉNESTHEL. 



gravitaient les planètes Lesueur, Berton, Kreutzer, lesquelles 
avaient elles-mêmes leurs satellites, Steibelt, Gaveaux, Solié, De- 
vienne, Bruni, Bochsa, etc., et cependant on ne joue plus guère 
en France les opéras de l'illustre directeur du Conservatoire. La 
postérité le salue comme un des grands artistes du siècle, et la 
plupart de ceux qui sont disposés à encenser son autel ne connais- 
sent point ses œuvres. Cent fois meilleur musicien que Nicolo, il 
n'atteignit point à la popularité de l'auteur de Joconde. Nous 
avons vu quelque chose de semblable se produire à propos de 
Philidor et deMonsigny. 

Chérubini écrivait pour les délicats de la musique et les fi- 
nesses de touche qui fourmillent dans ses partitions passaient 
inaperçues aux yeux, ou mieux, aux oreilles des spectateurs. La 
foule est bien plus impressionnée par la pensée même de l'au- 
teur que par la manière dont il l'a rendue ; les délicatesses du 
style ne sont appréciées a leur juste valeur que par les érudils 
ou les gens du métier. Yoilà pourquoi Chérubini n'a pas ob- 
tenu, comme je l'ai dit plus haut, de succès proportionnés à son 
immense mérite. 

Son culte pour la forme et les développements complets de 
l'idée musicale l'ont entraîné dans des longueurs, qui, parfaite- 
ment à leur place dans la musique d'église ou de chambre (dans 
le Credo de la messe du sacre, par exemple), ralentissent au 
théâtre la marche du drame. Le spectateur est porté plus vo- 
lontiers à se plaindre de la lenteur de l'action dramatique qu'à 
admirer le fini du travail. « Il y a, dit M. Fétis dans sa pre- 
mière lettre aux compositeurs dramatiques, dans les opéras de 
Chérubini des morceaux qui ont toujours fait naître l'admi- 
ration d'un auditoire d'élite, lorsqu'ils étaient exécutés au piano, 
et qui sont aussi remarquables par leur expression dramatique 
que par la beauté des formes ; cependant ils manquaient leur 
effet a la scène, parce que le grand artiste ne comprenait pas 
que la musique ne fût pas la chose importante dans un opéra. » 

Si nous remontons aux premières leçons données à Chérubini 
par plusieurs maîtres florentins, nous voyons le jeune maestro 
faire exécuter une messe de sa composition dès l'âge do 12 ans. 
Ce début fait, il écrivit pour l'église et le théâtre jusqu'à ce 
que le duc de Toscane , Léopold II , étonné de la précocité de 
son esprit , l'envoyât en 1778, à Bologne, avec une pension 
pour qu'il étudiât sous la direction de Sarti. Ce maître per- 
fectionna l'éducation de Chérubini, à ce point que l'élève fut 
bientôt aussi savant que le professeur, c'est-à-dire qu'il devint 
le musicien le plus érudit de notre époque. 

Il composa d'abord des opéras pour plusieurs villes d'Italie et 
se rendit ensuite en Angleterre où il travailla pour le théâtre 
royal ; il revint à Paris quelque temps après, retourna en Italie 
et fit un second séjour à Londres. Enfin, il se fixa définitivement 
en France, en 1788, et donna à l'Opéra, Démophon, représenté 
le 2 décembre, sans beaucoup de succès. 

Après avoir écrit plusieurs morceaux intercalés dans les opé- 
ras qu'une troupe italienne, réunie par Violti, donnait au théâtre 
de la foire Saint-Germain et dont Chérubini dirigeait les répéti- 
tions, le maestro fit son début à l'Opéra-Comique par Lodoïska, 
le 20 juillet 1791. 

L'une des raisons qui avaient nui à la réussite de Démophon, 
tenait évidemment de ce que précédemment Vogel avait traité le 
même sujet ; on connaissait déjà en France l'ouverture très-ad- 
mirée du compositeur allemand et chacun éprouvait de la sym- 
pathie pour le jeune compositeur qu'une mort récente venait 



d'enlever à l'art musical. On s'étonnait qu'un musicien, alors 
peu connu, allât sur les brisées du regrettable et regretté défunt. 
Or, un motif analogue nuisit à la réussite de Lodoïska: Kreutzer 
avait traité le même sujet peu de temps avant. La Lodoïska de 
Chérubini était cependant bien remarquable par les effets nou- 
veaux de développements dans les idées et de richesse instru- 
mentale que Mozart faisait connaître alors à l'Allemagne, mais 
qui n'étaient point encore parvenus jusqu'à nous. 

A la fin de 1794, il fit jouer au théâtre Feydeau Elisa ou 
le Mont Saint-Bernard, un de ses chefs-d'œuvre. Cette parti- 
tion, malgré les beaux morceaux dont elle était composée (l'in- 
troduction, par exemple, et presque tous les chœurs) ne put se 
soutenir à la scène, à cause de la faiblesse du librelto. Ce fut là 
le sort de presque toutes ses pièces, à l'exception des Deux jour- 
nées, poëme agréable de Bouilly, qui ne manquait point de sen- 
sibilité. 

Les chœurs (ÏÊUsa, que l'on doit particulièrement mention- 
ner sont ceux-ci : ciel, daigne exaucer mes vœux .'...Buvons... 
et Allons, en route... Il montra dans ces morceaux une inspira- 
tion soutenue, unie à cette richesse de style qui ne lui faisait ja- 
mais défaut. 

1797 vit paraître Médée, drame lyrique pour lequel il écrivit 
une partition d'un genre sévère et élevé, bien appropriée au su- 
jet. Le rôle principal était tenu par M me Scio (1), cantatrice et 
actrice distinguée, qui faisait admirer dans cet opéra sa rare 
intelligence de la scène, l'expression de son chant et la pureté 
argentine de sa voix. 

Médée (comme la plupart des œuvres de Chérubini) eut plus 
de représentations à l'étranger, et particulièrement en Allemagne, 
qu'en France. 

En 1777, il avait donné au théâtre Feydeau un à-propos en un 
aote : la Mort du général Hoche (1); l'année suivante il fit jouer 
au théâtre Favart : l'Hôtellerie portugaise, partition dans la- 
quelle on remarque principalement un délicieux trio; dans ce 
morceau, il réunit deux qualités qui trop souvent s'excluent 
l'une l'autre dans certaines œuvres musicales : l'inspiration, la 
méthode. Cependant, l'Hôtellerie portugaise ne réussit encore 
qu'à moitié : le compositeur avait travaillé sur un libretto dénué 
d'intérêt ; son talent spéculatif ne voyait trop souvent dans le 
poëme d'un opéra que des mots, moyens indispensables pour l'é- 
mission de la voix. Aussi n'était-il point difficile dans le choix de 
ses paroliers. Il écrivait un. peu ses œuvres dramatiques à la fa- 
çon des symphonies. Cependant Chérubini, bien au contraire, 
n'était point dépourvu du sentiment de la scène, il l'a surabon- 
damment prouvé lorsque son poète sut lui fournir des situations 
intéressantes, comme Bouilly le fit dans les Deux journées, qui 
eurent un succès colossal. 

Parmi les morceaux les plus remarquables de cet opéra, il y a, 
outre l'ouverture, bijou instrumental finement ciselé, le final du 
premier acte, le duo pour soprano et ténor : Me séparer de mon 
époux..., celui pour ténor et basse : O mon libérateur!..., et 

(i) Julie-Angélique Legrand était née à Lille en 1768. Elle eut beau- 
coup de succès dans les théâtres du midi, où elle débuta et fit connais- 
sance d'Etienne Seio, premier violon du théâtre de Marseille, qui l'épousa. 
Ils allèrent à Paris où ils furent engagés d'abord au théâtre Molière, puis 
au théâtre Feydeau, où M mo Scio obtint la première place, qu'elle garda, 
même à la réunion des théâtres Feydeau et Favart. Elle mourut à Paris 
d'une phlbisio pulmonaire à l'âge de 39 ans. — Etienne Scio composa 
plusieurs petits opéras d'une mince valeur. 

(1) Le général Hoche était l'ami de Chérubini. 



TABLETTES DU PIANISTE ET 1)1! CHANTEUR. 



35 



la délicieuse romance : Guide mespas, 6 Providence .'...Les Deux 
journées furent une des pièces oùbrillail le plus M me Scio. 

Pour compléter la liste' des opéras, dont Chérubini écrivit la 
partition sans collaborateurs, il faut citer Koucourgi (1), posté- 
rieur à Lodoïska et resté inédit; la Punition (1799), un acte au 
théâtre Monlansier et le Crescendo (1810) ; dans ce dernier ou- 
vrage, ayant à écrire pour Martin un air dont le sujet était le 
récit d'un combat, fait devant un- homme qui déleste le bruit, il 
fit chanter le morceau solto voce et écrivit un accompagnement 
de quatuor en sourdine. Cet effet original réussit complètement. 

Commandeur de la Légion d'Honneur, membre de l'Institut 
et directeur du Conservatoire, auquel son nom est lié d'une 
façon inséparable, Chérubini mourut à Paris le 14 mars 1842. 

Il a eu le bonheur d'être peint par un des plus grands artistes 
de notre siècle, M. Ingres, qui a placé sa figure dans le tableau 
historique que chacun connaît. La physionomie du musicien, 
qu,e couronne la Muse, est le miroir d'un esprit rude au pre- 
mier abord, mais qui s'adoucissait bien vite; cette grande 
figure passera doublement à la postérité, par l'intérêt qu'inspire 
le modèle et par le mérite de l'œuvre. C'était bien à M. Ingres 
à nous léguer les trails du grand maître de la musique fran- 
çaise moderne , l'auteur de l'apothéose d'Homère étant non- 
seulement un peintre de premier ordre, mais encore un excel- 
lent musicien. 

« De tous les titres de gloire de Chérubini, dit Ad. Adam , 
il en est un que l'on ne saurait trop proclamer : il fut le maître 
de Boïeldieu, d'Auber, de Carafa et d'Halévy » (2). 



Le successeur de Chérubini à l'Institut fut Georges Onslow (3), 
dont il appréciait les œuvres comme elles méritaient de l'être. 

Onzlow avait écrit plusieurs ouvrages pour l'Opéra-Comique : 
V Alcade de la Véga (1824), le Colporteur (1827) , et Guise ou 
les Étais de Blois (1837). 

De ces trois ouvrages, le meilleur est le Colporteur, qui ob- 
tint du succès sur les scènes allemandes sous le titre de der 
Hausirer. 11 est à regretter que ses travaux pour la scène n'aient 
pas été plus encouragés. Onslow est une des gloires musicales 
françaises, puisqu'il occupe incontestablement la première place 
parmi ceux de nos compositeurs qui ont écrit de la musique de 
chambre. 

Qu'il me soit même permis, à ce propos et en passant, de 
faire observer que ses œuvres ne sont pas assez estimées. Je ne 
vois figurer que très-rarement dans les séances publiques de mu- 
sique de chambre, — qui se sont si heureusement multipliées 
depuis quelque temps à Paris, — les quatuors cl quintettes d'Ons- 
low, et cependant ils ont un cachet original, de la verve, de l'en- 
train, rehaussés par des modulations piquantes, mérite qui les 
place de droit au premier rang. 

Léon Meneau. 

[La suite à un prochain numéro.) 

(1) La musique de Koucourgi fut placée dans la partition à' Ali-Baba, 
grand opéra, qui eut plus de succès en Allemagne qu'en France. 

(2) Do tous les élèves de Chérubini, M. Halévy me paraît être celui dont 
le style approche le plus du genre de Chérubini. Cependant l'auteur de 
la Juive possède le sentiment dramatique à un degré bien plus développé 
que son illustre maître. 

(3) Né à Clermont le 27 juillet 1784, il est mort en 1853. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE. 

Barlouf, opéra bouffe en trois actes, paroles de MM. Scribe et Boisseaux, 
musique de M. J. Offenhach. 

Il est donc enfin venu à terme, ce Barhouf dont l'enfantement 
avait eu à lutter contre toute une avalanche de tribulations. Il 
est arrivé à temps pour inaugurer le carnaval de 1861 ; — car 
Barkouf esl une bouffonnerie tellement buffonne et bouffonne, 
que, pour entrer dans l'analyse du libretlo, il faudrait laisser son 
bon sens au vestiaire. 

Qu'il vous suffise de savoir que le grand Mogol s'avisa un beau 
jour de faire gouverner la ville de Lahore par un kaïmakan à 
quatre pâlies, et cela pour châtier, sur le dos de la ville, une 
bande d'émeutiers. 

Une fois installé dans sa niche royale, le chien Barkouf, — 
c'est le nom du nouveau kaïmakan , — devient un dogue ina- 
bordable, el menace de ses coups de dents tous ceux qui osent 
l'approcher, même le grand-vizir Balbaleck. 

Il n'y a que la jeune fleuriste Maïma qui puisse dompter cet 
étrange gouverneur; car le chien Barkouf lui avait appartenu 
jadis. Celait son ami d'enfance. 

Le grand-vizir, qui a toutes sortes de signatures à demander 
au kaïmakan, se dispose à user de l'influence magique de Maïma, 
et la nomme secrétaire-interprète du kaïmakan. 

Arrive le chef de la justice; celui-ci vient requérir l'autorisa- 
tion de pendre Xaïloun , fauteur de la dernière émeute. Mais 
Xaïloun est le bien-aimé de la marchande d'oranges, Balkis, 
amie de Maïma. Barkouf est consulté, et trois aboiements bien 
accentués répondent que le kaïmakan fait grâce. 

Le grand-vizir a projeté un mariage entre sa fille et le jeune 
officier Saèb : il voudrait que le gouverneur apposât sa griffe 
sur le contrat. — Nouveaux aboiements contre le projet de ma- 
riage : car, Saèb, de même que le chien, est un ami d'enfance de 
Maïma; or, la jeune fille se le destine personnellement en ma- 
riage. 

Le grand-vizir est furieux, el dans sa rage il ourdit avec quel- 
ques fonctionnaires mécontents une conspiration contre Barkouf. 
On livrera les portes de la ville aux Tartares et l'on empoison- 
nera Barkouf dans une tasse de n'importe quoi. 

Mais Maïma se doute de la trahison ; et lorsque le grand 
échanson vient apporter la coupe destinée au maître, la jeune 
fille, au nom du kaïmakan , invite les conspirateurs à boire 
dans la même coupe. Le grand-vizir el ses complices trem- 
blent et se trahissent. 

Les Tartares se montrent aux portes de la ville. Saëb les re- 
pousse à l'aide d'une poignée de braves et du chien Barkouf, — 
qui se fait tuer sur le champ de bataille. 

Bref, Saëb épouse Maïma, et Xaïloun épouse Balkis. 

C'est sur ce scénario que M. Offenbach a du livrer sa première 
bataille d'opéra-comique. — Ses ennemis personnels, ceux de sa 
musique, n'ont point manqué à l'appel de la salle Favart, et il 
faut le dire , cerlains d'entre eux avec le parti pris do démo- 
lir, de conspuer un musicien qui a l'impudeur de faire applau- 
dir, de faire adopler ses opérettes, non-seulement en France, en 
Belgique, mais aussi, ce qui est de la dernière irrévérence, sur 
tous les théâtres populaires de la musicale Allemagne. 

Or, M. Offenbach, en écrivant sa partition de Barkouf, s'est-il 
suffisamment préoccupé de la lutte qu'il aurait h soutenir? Nous 
ne le pensons pas. Non-seulement il paraît s'en être fort peu 



36 



LE MÉNESTREL. 



préoccupé, mais parfois il semble défier la critique, je veux dire 
les critiques. 

Il pouvait oublier sa première manière et faire de la musique 
d'opéra-comique comme tout le monde en écrit, avec des chances 
plus ou moins favorables; mais M. Offenbach n'a point voulu 
renier ses premiers succès et les Bouffes-Parisiens font plus d'une 
fois acte d'apparition dans Barkouf. Faut-il en féliciter l'auteur 
A' Orphée aux enfers? 

Le vrai public seul en décidera ; car il ne faut point oublier 
que le vrai public ne viendra pas chercher dans Barhouf, la mu- 
sique du Messie de Haendel , ou toute autre grande épopée 
musicale ou dramatique. 

Et cependant, quoiqu'on en puisse dire, quoiqu'on en puisse 
penser, la partition de M. Offenbach comporte plus d'un mor- 
ceau de bonne facture, plus d'un joli effet d'orchestration, plus 
d'une trouvaille mélodique. 

Au premier acte, toute l'introduction est du vrai cadre de 
l'Opéra-Comique, musiquebien charpentée etbien écrite pour les 
voix comme pour les instruments. Les couplets du grand Mogol 
(M. Nathan) qu'on a bissés avec justice, sont d'un rhythme franc 
et très-heureusement accompagnés par le chœur et l'orchestre. 
Quant au duo final de ce premier acte, c'est très-certainement un 
bel et bon morceau, réussi au double point de vue de l'andante 
et de l'allégro. 

Dans le deuxième acte, à part le quatuor syllabique, — Bouffes- 
Parisiens pur sang, mais qui n'en a pas moins son mérite, — 
nous signalerons les couplets comiques de Sainle-Foy ; le joli 
duo entre Sainte-Foy et M lle Marimon : Tu comprends bien, et 
enfin la romance : Ici, Barkouf, délicieusement chantée par 
M lle Marimon, romance qui lui a valu un bis unanime. 

Le troisième acte se lève sur de jolis couplets de Berthelier, 
bientôt suivis d'un chant de conspirateurs trop long, excentrique, 
mais en somme d'un récit vrai, s'il était mieux exécuté. Pas- 
sons sur la romance du ténor, — qui est mélodique et mélo- 
dieuse, tout comme celle du deuxième acte, — et arrivons à la 
scène finale de la coupe empoisonnée qui a valu un nouveau bis 
à M lle Marimon, la reine de la soirée. 

Voilà, certes, un contingent des plus agréables, sinon des 
plus respectables , sans compter que la partie instrumentale 
se distingue par un luxe de dissonnances qui va même parfois 
jusqu'à l'abus. Faut des dissonnances, mais pas trop n'en faut. 
Parlez-moi de M 1Ie Marimon. Voilà une parfaite bouque- 
tière d'Opéra-Comique : distinction, charme, gentillesse, elle 
a tout pour faire aimer Barkouf. Et comme elle chante le 
rôle de Maïma ! Cette charmante étoile de l'école Duprez vient 
de se révéler sous un jour vraiment nouveau et des plus sédui- 
sants. La jeune artiste a interprété tous ses morceaux d'une fa- 
çon très-remarquable; et de plus, elle leur a imprimé une cer- 
taine vigueur dramatique que nous ne lui soupçonnions pas. 

M lle Bélià s'est fait applaudir avec justice dans ses couplets 
et le grand duo du premier acte. 

Sainle-Foy, Lemaire et Berthelier sont des plus amusants ; 
M me Casimir, Warot, bien qu'indisposé, et Nathan, malgré l'in- 
suffisance de sa voix, méritent plus qu'une mention honorable. 
Nous en dirons autant delà direction, qui a prodigué à cet 
opéra bouffe des splendeurs de mise en scène dignes d'une œu- 
vre de premier ordre. 

L'exécution chorale s'est montrée moins hospitalière. 

J. Lovy. 



TABLETTES OU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 
LE CONSERVATOIRE DE PARIS 

ET LES 

Conservatoires de pro-vâssee. 

| Le Sémaphore. ) 
II. 

Il arrive cependant que le hasard, ce dieu capricieux et bi- 
zarre, fait surgir en province un de ces élèves exceptionnels qui, 
à eux seuls, sont un honneur et une espérance. « Dieu soitloué! 
s'écrie alors le professeur assez heureux pour posséder un tel 
trésor; voilà du moins une compensation.» Oui, mais Paris est 
là, et comme ce seigneur suzerain a le droit de prendre son bien 
où il le trouve, un beau matin l'élève exceptionnel disparaît du 
Conservatoire provincial comme une muscade entre les doigts du 
prestidigitateur et, sur un coup de baguette, se trouve transporté 
comme par enchantement, des bords du Bhône ou du Jarret aux 
rives de la Seine. 

En général, les professeurs qui ne sont pas égoïstes, et c'est le 
plus grand nombre, se consolent de ces mésaventures en son- 
geant à l'avenir de leurs élèves assez favorisés du sort, pour 
aller puiser aux sources de la science une éducation complète 
qu'ils ne pourraient trouver ailleurs. La seule chose qui afflige à 
bon droit les maîtres de province, c'est lorsqu'on leur refuse 
même le peu de part qu'ils ont dans la découverte d'un 
élève. Ce qui les décourage, ce sont les accusations injustes dont 
on les accable dans des circonstances où l'on devrait au con- 
traire leur savoir gré d'une initiative profitable à l'art et à ses in- 
terprètes futurs. 

Voulez-vous un exemple.de cette vérité, chers lecteurs! écou- 
tez le récit d'une petite histoire. 

LE TÉNOR LEFRANC. 

Les journaux de Paris, et après eux ceux de Marseille, ont 
parlé naguère d'un nouveau ténor appelé Lefranc, qui, grâce 
aux leçons de Duprez, dont il est l'élève aujourd'hui, a déjà 
obtenu dans le monde musical un accueil qui fait bien augurer 
pour son avenir artistique. 

Jusque-là tout allait bien. Par malheur quelques-uns de ces 
journaux, en donnant à M. Lefranc des éloges mérités sansdoute, 
ont ajouté « qu'il était regrettable que notre ville eût laissé 
passer inaperçu un élève de cette valeur, un jeune homme dont 
la belle voix aurait dû fixer l'attention de MM. les professeurs 
du Conservatoire de Marseille. » 

- Le reproche était direct, comme on voit ; aussi, à la lecture 
de ces lignes, plusieurs de mes amis très au courant de l'his- 
toire du ténor en question et des moindres détails de son odyssée, 
vinrent me voir pour m'engager à rétablir la vérité. «Merci, ré- 
pondis-je aux personnes assez bienveillantes pour s'intéresser 
à moi, les réclamations me répugnent ; je n'aime guère occuper 
• le public de mes débats personnels, et c'est peut-être cette indif- 
férence, jointe au respect que je professe pour le journal où j'ai 
l'honneur d'écrire, qui jusqu'à présent m'ont fait passer outre 
à toutes les attaques plus ou moins injustes, plus ou moins bles- 
santes, dirigées publiquement contre moi sans raison comme 
sans motif. 

Et puis, ajoutai-je, en fait de rectification par la presse, je me 
fais un devoir de suivre les conseils de mon illustre compatriote 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



37 



Méry. « Ne rectifiez jamais, rae disait-il un jour, à moins que 
vous n'y soyez forcé malgré vous, par des circonstances extrêmes. 
Une fois engagé dans le système des rectifications, il faut tout 
relever jusqu'aux plus insignifiantes paroles; car si par aven- 
ture on vous accusait d'avoir tué votre père et que vous ne fus- 
siez pas là pour relever cette calomnie, on dirait naturellement : 
« Le fait doit être vrai puisqu'il n'a pas été démenti. » 

Aujourd'hui, si je viens entretenir mes lecteurs du ténor Le-' 
franc, ce n'est pas dans mon intérêt, on peut le croire, mais à 
cause de notre école de musique , mise*en cause dans celte 
affaire et que j'ai à cœur de justifier d'un reproche qu'elle ne 
mérite point. 

Voici donc la vérité sur le ténor et sur le Conservatoire : 
Il y a deux ans de cela. Un ouvrier, attaché depuis longtemps 
à l'imprimerie du Sémaphore, vint me voir et me dit : « Mon 
cher monsieur, vous qui êtes professeur de musique, seriez- 
vous assez bon pour entendre un de mes neveux, qui, dit-on, a 
une belle voix? Comme je ne me connais guère à ces sortes de 
choses, j'ai cru ne pouvoir mieux faire que de m'adresser à 
vous. 

— Et quel genre de voix a votre neveu ? dis-je à cet oncle 
typographe. 

— Il a (du moins à ce qu'on prétend), une voix de.... 

— De ténor ? 

— De ténor , précisément. 

— Certes, cela mérite d'être examiné. Par le temps qui court, 
les ténors sont fort rares , et si votre neveu possède une de ces 
voix dans de bonnes conditions, il est certain de son affairé , 
cela peut le conduire à tout. » 

Le lendemain , Lefranc se présenta. C'était un fort beau 
garçon, qui sortait d'un régiment de ligne avec le grade de ser- 
gent-major. Lefranc comptait sept ans de service dans l'armée 
française, où il aurait pu avoir un bel avancement ; mais comme 
il ne partageait pas tout à fait l'opinion de Georges Brown sur 
cette profession où « l'on sert, par sa vaillance, et son prince et 
l'État, puis, gaîment, on s'élance de l'amour au combat, » il avait 
préféré le frac bourgeois à l'habit militaire. J'entendis Lefranc. 
qui, en effet, avait une voix magnifique ; le grave et le médium 
laissaient, à vrai dire, quelque chose à désirer, pour l'égalité 
des notes, mais, en revanche , à partir de Yut, au milieu des 
lignes au contre-ut sur-aigu, cette voix était pleine, sonore. 
d'un timbre puissant , d'une belle couleur et d'une expression 
excellente pour interpréter les grandes scènes du drame lyrique.. 
■ Par malheur, voici le revers de cette brillante médaille ; 
Lefranc était âgé de vingt-sept ans et ne connaissait pas une 
note de musique, sans compter un inconvénient plus grand 
encore, celui de ne pouvoir assister régulièrement aux cours de 
l'école, car, employé du chemin de fer, où ses fonctions le re- 
tenaient jusqu'à l'heure où se terminent les classes, il n'était pas 
libre de suivre assidûment nos leçons. Dans cette extrémité, que 
résoudre ? Certes, si Lefranc eût pu consacrer trois heures par 
semaine à l'enseignement des classes de chant et de déclamation, 
le Conservatoire aurait fait de lui ce qu'il a fait de douze ou 
quinze élèves ouvriers de profession qui, entrés dans l'établis- 
sement sans rien connaître des choses de la musique, en sont 
sortis assez forts et assez artistes pour tenir leur emploi en qua- 
lité de ténor, de baryton et de basse-taille sur les meilleurs 
théâtres de province, sans avoir recours au Conservatoire de 
Paris. G. Bénédit. 

( La suite au prochain numéro. ) 



SEMAINE THEATRALE. 



L'Opéra nous a rendu lundi dernier le chef-d'œuvre deRos- 
sini, Guillaume Tell, avec solennité et dans de nouvelles con- 
ditions de succès. Grâce à M° le Carlolta Marehisio, on a pu 
rétablir la grande scène du troisième acte, et ce rôle de Mathilde 
complètement interprété , acquiert maintenant toute son im- 
portance normale. M me Carlotta a dit avec beaucoup de pu- 
reté et de sentiment l'air: Sombres forêts! et elle a produit un 
effet merveilleux dans la grande scène du troisième acte. La 
rentrée de Morelli est également des plus heureuses pour le per- 
sonnage de Guillaume Tell. Cet excellent chanteur a été ac- 
cueilli de la manière la plus flatteuse et la plus sympathique. 
Gueymard s'est fait vivement applaudir, et M Ile Zina Richard 
a fait les honneurs du ballet avec beaucoup de verve. Vendredi 
dernier l'affiche annonçait la quatre centième représentation de 
Guillaume Tell!!! 

Voici d'après les journaux delà grande presse, les termes du 
décret qui régit les droits d'auteurs à I'Opéra, à partir du pre- 
mier janvier 1861. 

Article premier. A partir du premier janvier prochain, 
le droit des auteurs et compositeurs au théâtre impérial de 
l'Opéra est fixé à la somme de 500 francs par service pour 
toute la composition du spectacle, quel que soit le nombre des 
représentations des ouvrages représentés. 

Art. 2. La somme de 500 fr. attribuée aux auteurs en vertu 
de l'article qui précède est répartie entre les ouvrages, tant an- 
ciens que modernes, faisant partie de la composition du specta- 
cle, conformément au tableau suivant : 

Un ouvrage seul. 500 fr . 

Un opéra en 5, 4 ou 3 actes 375 ) ^qq 

Un ballet en un acte 125 ) 

Un opéra en 4 ou 3 actes 300 1 

Un ballet en 2 ou 3 actes 200 j 500 

Un opéra en 2 actes 250 i 

Un ballet en 2 ou 3 actes 250 j o0 ° 

Un opéra en 1 acte 200 ) 

Un ballet en 2 ou 3 actes 300 ) ou 

Un opéra ou ballet en 2 ou 3 actes 250 j 

Un opéra ou ballet en 1 acte 125 > 500 

Un opéra ou ballet en 1 acte 125 ) 

Un opéra en 1 acte 200 j 

Un ballet en 1 acte 150 [500 

Un ballet en 1 acte 150 ) 

Art. 3. Un acte emprunté à un ouvrage en plusieurs actes sera 
rétribué comme un ouvrage en un acte. 

Art. 4. Les droits des auteurs et compositeurs, fixés par les 
articles qui précèdent, sont partagés par moitié entre l'auteur du 
poème et le compositeur de la musique, s'il s'agit d'un opéra ; 
et, s'il s'agit d'un ballet, ils sont partagés par tiers entre le 
compositeur de la musique, l'auteur du programme et le com- 
positeur de la chorégraphie. 

Art. 5. Pour les opéras dont les poèmes seront traduits en pa- 
rodies, les avantages résultant des art. 1 et 2 seront, comme 



38 



LE MÉNESTREL. 



précédemment, réduits de moitié, sans que cette réduction 
puisse influer sur la rétribution de l'ouvrage représenté dans la 
même soirée. 

Quant aux opéras remis à la scène avec des changements, 
l'administration continuera à en traiter de gré à gré avec les au- 
teurs et les compositeurs, suivant l'importance du changement. 

Art. 6. Sont maintenues les dispositions des ordonnances du 
1 er novembre 1814 et du 18 janvier 1816, en tant qu'elles ne 
sont pas contraires au présent décret, dont notre ministre d'Etat 
est chargé d'assurer l'exécution. 

Le Théatke-Italien nous a donné / Puritani pour la pre- 
mière fois de la saison, et la soirée de dimanche dernier a été 
une fête relative pour le dilettantisme parisien. Cette partition 
de Bellini, écrite expressément pour notre Théâtre-Italien de 
Paris, et suivant le goût français, n'a jamais manqué son effet sur 
le public, malgré les défaillances successives du personnel chan- 
tant. MM. Graziani, Gardoni, Angelini et M me Penco n'ont pas 
démérité de l'œuvre. Graziani (Riccardo) a rendu avec goût le can- 
tabile : il duol che al cor et rempli vaillamment sa tâche dans 
le duo des basses avec Angelini. Le fameux Suoni la Ironiba est 
resté célèbre en dépit des puritains de l'harmonie qui ont cher- 
ché à le démonétiser. — Elvira n'est pas un des beaux rôles de 
jjme p enco . Toutefois, l'excellente artiste a été rappelée à plu- 
sieurs reprises. 

L'Opéra-Comique nous a donné, cette semaine, son opéra de 
Barkouf. (Voir notre article.) A la seconde et troisième repré- 
sentations, M. Laget a dû remplacer M. VVarot, dont l'indispo- 
sition n'a fait que s'aggraver à la première soirée. 

Un événement qui a bien sa petite importance, c'est la rentrée 
de M me Ugalde dans Galathée, son rôle de prédilection. La ver- 
veuse cantatrice a reçu le meilleur accueil, — et elle y comptait 
bien. — On répète très-activement Salvator Rosa , opéra de 
MM. Grange et Duprato. M Ue Saint-Urbain, engagée pour trois 
ans, débutera dans cette pièce. 

Au Théâtre-Lyrique, les Ruines de Balbek sont en répéti- 
tion. Nous donnerons plus tard la distribution de cet ouvrage, 
pour lequel l'administration compte faire de très-grands frais 
de mise en scène. Les décors sont confiés à MM. Cambon et 
Thierry, Nolau et Rubé, et seront exécutés d'après les magni- 
fiques photographies de M. Maxime du Camp. 

Le Vaudeville qui a fermé ses portes depuis quelques jours, 
les rouvre demain lundi par un prologue, un acte de M. Meil- 
hac, et les Femmes fortes de M. V. Sardou. 

La Revue des Variétés : Oh là là ! que c'est bête tout ça ! 
promet une nouvelle ère de prospérité à ce théâtre. Plusieurs 
tableaux de ce joyeux panorama ont brillamment réussi. Le 
jeu des acteurs et une splendide mise en scène ont particuliè- 
rement déterminé ce grand succès, qui durera trois mois. 

L' Ambigu-Comique nous prépare l'Ange de Minuit, drame 
en six actes de MM. Th. Barrière et Ed. Plouvier, pour les 
débuts de M. Paul Bondois et de M 11 " Méa , transfuge de 
l'Odéon. 

Avant-hier vendredi, le théâtre impérial du Cirque a défi- 
nitivement donné la première représentation des Massacres de 
Syrie, grand drame en cinq actes, de M. Victor Séjour. A di- 
manche prochain les détails. 

J. Lovï. 



NOUVELLES DIVERSES. 



— Les correspondances transatlantiques nous apprennent que l'Opéra- 
Ilalicn de New-York est tombé dans une déconfiture complote. Les dilet- 
tantes de cette cité américaine n'ont plus pour toute nourriture musi- 
cale que la Société Philharmonique et les deux Sociétés de quatuor. 
Heureusement le Lioderlcranz , sous la direction de Paur, est une Société 
de chant de premier ordre, composée de 500 membres, dont le chœur, 
dit-on, fait merveille. « 

— On écrit de Napl'es : San Carlo a été le théâtre des plus regrettables 
excès. Le surintendant avait autorisé un spectacle déplorable. Après avoir 
supporté un mauvais ballet, accueilli par des buées et des sifflets, on a 
donné un faible opéra, le Follelto, de Gressi, dont le premier acte, exécuté 
par les plus mauvais artistes, a été sifflé unanimement. Le public a voulu 
ensuite et exigé V Hymne de Garibaldi. La surintendance a empêché 
maladroitement de continuer le spectacle. La foule est montée sur les 
bancs, a envahi l'orchestre et la scène aux cris de : A bas la surinten- 
dance! Pendant deux beures, San Carlo a offert les scènes les plus scan- 
daleuses. Ce n'est qu'à onze heures et demie que la foule a consenti à 
évacuer la salle, en demandant énergiquement le changement du surin- 
tendant. 

San-Carlo va rester fermé, assure-t-on, jusqu'à ce qu'on ait pu réorga- 
niser cette scène, devenue la plus faible qui existe sous tous les rapports. 

— Les journaux allemands nous apprennent la mort du célèbre ténor 
Breiting. Pendant vingt ans il a fait partie du personnel de l'Opéra de 
Darmsladt; mais les cinq dernières années, le pauvre artiste les a passées 
à l'hospice des aliénés à Hofheim, où il est mort, le 5 décembre, à l'âge de 
57 ans. 

— M. le conseiller Lueder vient d'acheter le violon de Spohr au prix 
de 1000 thalers, pour en faire cadeau à l'élève favori du défunt maître, 
M. Koempel, violoniste de la chambre du roi de Hanovre. 

— C'est le 13 janvier, comme nous l'avons annoncé, que la Société des 
Concerts du Conservatoire ouvrira sa Saison. Elle inaugurera sa trente- 
quatrième année d'existence. Voici comment le Comité de la Société des 
Concerts a été constitué à la dernière assemblée : 

Président : il. Auber, de l'Institut, directeur du Conservatoire. 

Vice-président et chef d'orchestre : M. Tilmant aine ; — Second chef : 
M. Deldevez (de l'Opéra). 

Chef du chant : M. Vauthrot. 

Commissaire du, matériel : M. Jancourt (nouveau). 

Secrétaire : M. Lebouc. 

Secrétaire-adjoint : M. Eugène Gautier (nouveau). 

Archiviste caissier : M. Frédéric Duvernoy. 

Agent comptable : M. Portehaut. 

Revenant aux traditions du beau temps de Habeneck, la Société est 
décidée à ouvrir, de temps à autre, à nos artistes contemporains, ses 
programmes fiers et inhospitaliers, en ces dernières années surtout, et 
voués trop exclusivement au culte des grands maîtres allemands. 

On a essayé déjà deux symphonies inédites, l'une de M. Léon Gastinel, 
l'autre de M. Michiels, un des membres de l'orchestre. Une symphonie- 
cantate de Mendelssohn est à l'étude. — Les abonnés ont reçu, le 20 de ce 
mois, les lettres d'avis; et, à partir du 6 janvier, les coupons seront 
délivrés. 

— La Société des Jeunes Artistes, sous la direction de M. Pasdeloup, 
commencera ses concerts, salle Herz, le 20 janvier, le dimanche qui suivra 
l'ouverture des Concerts du Conservatoire. Parmi les œuvres nouvelles 
pour son public, qu'elle répète en ce moment, on cite l'Ode symphonie 
Faust, de Sehumann. 

— Dimanche dernier a eu lieu , au Cirque Napoléon , la deuxième 
séance musicale de l'école Galin-Paris-Chevé, représentée par un grand 
nombre d'exécutants et en présence de son comité de patronage que pré- 
sidait S. Exe. le comte de Morny. S. Exe. le ministre d'État et M mo la 
comtesse VValewska assistaient à cette Séance, ainsi que S. Exe. le minis- 
tre de l'instruction publique et des cultes. On remarquait dans l'audi- 
toire des sommités musicales et beaucoup de notabilités artistiques. 



NODVELLES ET ANNONCES. 



39 



— On a remarqué et fort applaudi, dans le programme de samedi, 
chez M. et M mc Rossini , un trio de M. Blanc, œuvre des mieux réussies 
sous le double rapport de la composition et do l'exécution. Plusieurs 
pièces nouvelles pour piano, écrites par le grand maestro, ont été inter- 
prétées par 5I me Tardieu de Malleville et M me Accursi au milieu des bravos 
les plus enthousiastes. Nous citerons notamment le Prélude /'«jasse, véri- 
table chef-d'œuvre des genres classique et moderne mariés avec autant 
de charme que d'esprit. Graziani et Zucchini ont été superbes dans leurs 
duos bouffes. Les frères Castellani y ont répondu très-heureusement. Des 
chansons de Nadaud, dites par Malézieux, ont couronné ce programme 
improvisé. 

— Le dimanche de 5I'" es Orflla et Mosneron de Saint-Preux s'est sur- 
tout signalé cette semaine par la belle transcription de 51. Deloffre sur 
l'Orphée, de Gluck, pour violon, violoncelle, orgue et piano. Ce morceau, 
exécuté par M. et M me Deloffre, le violoncelliste Allardet 51. Léo Delibes, 
pour la partie d'orgue, a mérité une ovation du genre de celles qui 
accueillent chaque fois la célèbre méditation de Gounod sur le prélude 
de Bach. M. et M me Deloffre ont de plus exécuté avec le même succès, 
pour piano et violon, une sonate de 5Iayseder et un duo concertant 
composé sur Faust par l'habile chef d'orchestre du Théâtre-Lyrique, 
jjmes ugaicle, Bertrand, ont fait les honneurs de la partie vocale de celte 
soirée. 

— 5I me Gaveaux-Sabatier et le violoncelliste Nathan viennent de terminer 
leurs pérégrinations artistiques à Cherbourg, Caen, Falaise, Jlulhouse, 
Vesoul et Bâle. La Colombe, de 5Iembrée, avec solo de violoncelle, 
la Sérénade, de Gounod, et la Prière de Moïse, arrangée en trio par le 
violoncelliste Nathan, sont les morceaux qui ont été le plus particulière- 
ment fêtés. 

— On annonce aussi le retour à Paris du violoncelliste Casella. 

— Le jeune pianiste Colomer, d'origine espagnole, l'élève de l'école 
Marmonlel, dont nous avons annoncé les succès à Madrid, vient de se 
faire entendre devant la reine Isabelle, qui lui a témoigné toute sa royale 
satisfaction. 

— Une intéressante séance musicale a eu lieu, le dimanche 23 décem- 
bre, dans l'amphithéâtre de l'École de Médecine, au profit de la Société 
de secours mutuels de la Monnaie. La socrété chorale de l'Odéon , sous la 
direction de 51. Delafontaine, y a fait entendre plusieurs chœurs. 5I me 5Ieil- 
let, l'habile cantatrice du Théâtre-Lyrique , a dit l'air du Trouvère, la 
chanson de Marco Spada, et une romance de Paul Henrion. Elle était 
secondée, pour la partie vocale, par M. et M me Morin-Nilo, et 51. Lhomet, 
et pour la partie instrumentale, par M. Eugène 5Iathieu, pianiste, et le 
violoncelliste 51. Loys. De chaleureux applaudissements ont prouvé à ces 
virtuoses, après chaque morceau, la satisfaction et la reconnaissance de 
l'auditoire. 

— Le monde dilettante rouvre aussi ses salons à la musique. Dimanche 
dernier, chez 51 me N*+* , M Ue Pages a parfaitement chanté le grand air 
SArsace, et une production de 5I lle Robert-Mazel, intitulée le Chant du 
Marin. Dans cette même soirée, M lle Julienne André, la digne élève 
d'Alard, a exécuté trois morceaux avec M lle Laguesse, qui a ensuite joué 
un impromptu de sa composition, pour piano. 

— 51. A. Vialon, professeur de chant, auteur de nombreuses scènes 
bouffes devenues populaires, vient de composer , pour son Album de 
la Romance pour rire, huit nouvelles scènes et chansonnettes comiques. 
Les paroles de ce joyeux recueil sont dues à 5151. Ch. Delange, Alex. Flan, 
Hipp. Guérin, de Richemont , Taillar et Francis Tourte. Les illustrations 
portent, comme toujours, la signature de Stop. Les romances bouffes de 
M. Vialon, interprétées par nos célébrités du genre, feront partie, cet 
hiver, de leur répertoire aux théâtres et dans les concerts. 

— On vient de publier, à la librairie Dentu, une nouvelle édition des 
Contes pour les jours de pluie, par Edouard Plouvier. Nul doute qu'un 
succès ne recommence pour ce joli volume, si bien accueilli à sa pre- 
mière apparition. 



J.-L. Hevjgel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues frères, rue Jean-Jacques Rou 



Nouveau Répertoâa'e des célébrités chantantes , 

Paris, chez A. "VIAL.OJV, compositeur, 
Rue Vivienne , Rotonde Colbert , Escalier E. 



M ROMANCE POUR RIRE 



ALBUM DE 



Fesi musique île fl, VIALUN ircG accompagnement- k Piano. 

Paroles de MM. Ch. Delange, Alex. Flan, Hippolyte Guérin, Eug. de 
Richemont, Emile Taillar et Francis Tourte. 

DESSINS DE STOP ET A. VIALON. 

L'Heureux particulier, aspirations 2 50 

Un Cœur de Maire , souvenirs 2 50 

A la Correctionnelle , scène 2 50 

Requête au Loup-Garou (soprano ), naïveté 2 50 

Un Biner à la Folbiche , étude 2 50 

Une Volonté de fer, chansonnette 2 50 

Le Revers des maximes , morale en action 2 50. 

Le Biberon musical, étrennes-primes aux abonnés du Journal 

de h Musique en chiffres 2 50 

L'Album broché, net : 6 fr. — Cartonné, net : 7 fr. 

DERNIÈRES CHANSONNETTES DE A. VIALON ; 

L'Histoire d'un nez. — Amour et mal de dents. — Au chat I au chat I — 
Le Diable en jupon. — Les Trompettes de Jéricho. — J'ai si mal dîné I 
— Sur un arbre perché. — Le petit ànon gris. — Chemise d'un homme 
heureux. — L'Art d'élever ses enfants. — Le Roi de la rampe. — ■ 
Plus d'accidents ! — Les Dîners pour tous. — Un mari à la tartare. — 
Le Docteur 5Iirobolanpouff. — Le parfait Jardinier. 

six nouveaux QUADRILLES, motifs de a. vialon. 

(Exécutés à grand orchestre et bissés aux bals de l'Opéra, de l'Hôtel de Ville, 
de Valentiao, etc.) 



STRAUSS. Le Docteur Mirobolanpouff, quadrille pour piano. . 

— Le Roi de la rampe , id 

MARX. Les Trompettes de Jéricho , id 

Les mêmes pour orchestre, prix net : 75 c. chacun. 



4 50 
4 50 
4 50 



(Exécutés et bissés au concert de l'Association des Sociétés chorales de Paris.) 
A. 'VIAL.OrV Quadrille pour rire, à 4 voix d'homme, sans accomp. 

— La Danse pour tous. id. id. 

DE RIIXÉ (Laurent). L'Orphéon au bal, id. id. 

Chaque quadrille en partition, net : 75 c. — Chaque partie séparée, net :15 c. 



Paris, Maison LEMOIN'E aîné, II.UUND, successeur, 

20, rue de l'Ancienne-Comédie. 



EN VENTE. 

Mozart. Six grandes Symphonies arrangées pour piano, par 

Georges Mathias, chaque symphonie séparée. P. m. 10 » 

Les six, en un volume broché Net. 15 » 

— en Album riche Net. 18 » 

Dagard. Op. 5. Ondine. Rêverie pour piano 6 » 

Ferlus. Op. 20. Regrets. Id. 5 » 

— Op. 21. Une Pensée Id. 4 50 

Al. Artus. La Dame de Monsoreau. Quadrille 4 50 

— Id. Polka-mazurka 3 » 

Falschnam. Il pleut Bergère. Quadrille très-facile 4 50 

L.e Corljeiller. La Monaco. Quadrille 4 50 

F. DIasini. Discrétion. Romance 2 50 

— Lève-toi. Romance 2 50 

— Prière d'une Hirondelle. Romance 2 50 



1861-PAR1TTI0NS , RECUEILS ET ALBUMS-1861, 

PUBLIÉS AU MÉNESTREL , 2 bis , rue Vivienne. 



SEMIRAMISdeG ROSSOMi 



Partition illustrée de deux portraits de Rossini et des 

principales scènes de l'Opéra. 
Cartonnée: 20 fr. Reliure tuile : 25 fr. Velours: 40 fr. 



MELODIES 

DE 

A -E DE VAUCORBEIL 

Un volume relié : 10 fr. 
4' ALBUM DE CONCERT 

DE 

FERDINAND DE CROZE 

1. Les Ombres, caprice-valse.. . . 



2. La Derbouka, chanson orientale. 

3. Rêvez toujours, cantabile. 

4. En aérostat, rêverie-étude. 

5. Ciel et Terre, andante. 

6. La Razzia, presto. 

Broché: 10 fr. Relié : là fr. 



ALBUM-STRAUSS 

Pour les bals de la Cour et de l'Opéra. 
1/ Comtesse Walewska-valse. 

2. Comtesse Aguado-xa\se. 

3. Comtesse Swiegkotoska-poWf.». 

4. Comtesse Lrtfa-valse. 

5. Comtesse de Cessole-\a\se. 

6. Comtesse jl/wat-polka-mazurka . 

Broché : 8 fr. Relié : 12 fr. 

ALBUMS DE CHASSE 

PAR. 

MM BERTRAND et TELLIER 



COLLECTIONS DE LA MAITRISE 

Trois beaux volumes cartonnés, 
Texte, Orgue et Chant : 15, 18 et 30 fr. 



LE LIVRE LU BON LIEU, 
d'ÉUOUARD PLOUVIER, 

Musique de Dakcier. — Texte et dessins. — Prix : 12 fr. 

ÉCOLE CHANTANTE DU PIANO 

par 
FÉLIX GODEFROID. 

1 er Livre. Méthode de chant appliquée au piano, exercices, 

mélodies-types sur toutes les difficultés du chant. 

Texte et musique : 25 fr. 

2° Livre. Quinze études mélodiques pour les petites mains. Prix : 12 fr. 

3-" Livre. Douze étudeRcaractéristiquesd'un degré supérieur. Prix: 12 fr. 



LE JEUNE PIANISTE CLASSIQUE 



WEISS 

MOZART. 

0. Menuetscxtrailsdesessyinphon. 

10. Final de la symphonie en ré. 

11. Final du quatuor en sol mineur. 

12. Presto de la sonate en si bémol. 



HAYDN. 

1. Final du trio en fa. 

2. Menuet du même trio. 

3. Final du trio en la. 

4. Allegro de la symphonie en mib 

BEETHOVEN. 

5. Adagio, allegro, symphonie enwr. I 7. Menuet et scherzo du septuor. 

6. Final du quatuor en fa. \ 8. Allegro du trio en mi bémol 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 



1. Paul Bernard, fie///* sera, idylle. 

2. J.-L. Batthaisn. Menuet et galop 

d'Orphée aux enfers. 

3. Ph. Stutz, Juana, polka-ma- 

zurka. 
4 Th. Lécureux. Fleuve du Tage, 
transcription variée. 

Broché : 8 fr. 



\VJÙ, 



5. Ardan. A vos souhaits, polka. 

6. Ch. Neustedt. // mio tesoro , 
transcription de Don Juan. 

7. A. Croisez. Guipures et Den- 
telles (n° 1) 

8. Strauss. 2 e quadrille sur Semi- 
ramis. 

Relié : 12 fr. 



DECAMERON DRAMATIQUE. 

Album de danse par 

J OFFENBACH 



LES SAISONS deJ HAYDN 

Oratorio en quatre parties , 
Traduction française de G. Roger, seule édition con- 
forme à l'exécution des concerls duConservatoire, 

orné du portrait de J. Haydn. 
Broché: lOfr. Reliure toile: 15 fr. Velours : 30 

ALBUM ARTISTIQUE 

DES 

FRERES LIONNET 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 
ALBUM DE SALON 

J LEYBACH 

1. Mes solitudes, 4 e nocturne. 

2. Souvenirs d'Allemagne, 3 e valse. 

3. Ronde pastorale, 3 e idylle. 

4. Confidence, romance sans paroles. 

5. Fête aux Champs, galop pastoral. 

6. La Hongroise, caprice-mazurka. 

Broché : 10 fr. Relié : 15 fr. 

LE JEUNE PIANISTE 

Morceaux faciles sans octaves, 
composés par 

H VALIQUET, J -L BATTMANN 
A DESSANE 

Broché : 8 fr. Relié : 12 fr. 



L ALBUM-COTILLON 



LABORDE, avec DESSINS 

NOUVEAUTES ii'OUR PIANO, SOUS [ l ' N!i OU PUBLIÉES. 



A CROISEZ 

Guipures et Dentelles. 
Valse et mazurka (n° 1 et 2). 

CH DELIOUX 

Deux Sérénades (n° 1 et 2). 

TH 1ÉCUREUX 

Transcriptions variées. 

Fleuve du Tage. — Maris, de M me Gail. 

Valse des Pâtres du Valais. 

CH -B LYSBERG 

L'absence, sonate romantique. — Andante, idyl 
Airs savoisiens variés. 



PAUL BERNARD 

Barcarolle et chanson de Fortunio. 
Galop de concert. \ Prima sera, idylb 



FELIX GODEFROID 

Johavisberg , valse desalon. I Une Fièvre brûlante, transcription. 

LEFÉBURE-WÉLY 

Armide de Gluck. 
Morceau de concert, varié. | Morceau de salon , varié. 

HENRI RAVINA 

ÉTUDES HARMONIEUSES. 

Vingt-cinq nouvelles études de moyenne difficulté. 

Prix : 20 fr. 



L DIEMER 

Polonaise de concert , l re mazurka. 
Elégie à la mémoire de sa mère. | 

F DOLMETCHS 

Douze études récréatives. 

(Livre deuxième). 

CH NEUSTEDT 

Transcriptions variées. 

1. La ci darem lit mano. 

2. // mio tesoro. 

3. Sérénade et duo de Don Juan. 



MARMONTEL 

Thème varié, ancien style. Musette , pastorale. 
Venezia, barcarolle. 



AI US DE BALLET, ARRANGEMENTS ET MUSIQUE DE DANSE 



Du nouveau ballet | g" ÉPJj flft gffrlE I /^%ËL| Musique de 

del'OpÉRA.de . laEL " I^T BLaLitsJPI J 

M"» MARIE TAGEIONI et de M. DE SAINT-GEORGES. 

STRAUSS 

Quadrille, Valse des RAYONS et Polka-Mazurka la LESGUINKA. 

Composés pour les bals de la Cour et de l'Opéra. 

ARBAN I Polka des Métamorphoses. La fée Hamza. M 11 » Mabquet. | PH- STUTZ '. La Fée des Moissons. Polka-mazurka. M lls Schlosser 
MUSARD ! Les Circassïennes. Deuxième quadrille. | H. VALIQUET '. Quadrille et valse faciles, sons octaves. 



1. Marche paysanne. 

2. Chant du, Papillon. 

3. Andanle-Bohémiana 

4. Valse des Rayons. 



5. Marche du Palanquin. 

6. Polonaise des Bohémiennes. 

7. Valse des Fleurs. 

8. Galop des Papillons. 



756. — 28" Aimée. 

N« G. 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche (i Janvier 

1861. 



MEN 



T-jDt.T~&\ 




TREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en chef* 



LES BUREAUX , S bis, rue Vivienne. — HEUGEL, et O, éditeurs. 

(Aux Magasins et Abonnement de Musiiiue «lu MÉNESTREL. — Vente et location de Pianos et Orgues.) 



CHANT. 

l* r Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 3G morceaux: 
Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; « Albums- 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 

CHANT ET PIANO RÉUNIS 



2« Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 
Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinz 
primes illustrés. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Étra 



2(1 Morceaux i 
Une; î Albums. 
îger : 21 fr. 



3° Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les 5î Morceaux de chant et de piano, les 4 Albmi 
Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 



^primes illusfr 



On souscrit du 1 er de chaque mois. — L'année commence du 1 er décembre^ et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection 
un bon sur la poste, à MM. ib ■'.<<:■. I, et C Ie , éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, '2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgues frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) 



— Adresser/Vanco 
rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 66. 



SOMMAI HE. — TEXTE- 

I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâtres : Lesueur (20» article). 
L. Meneau. — II. Semaine théâtrale. J. Lovy. — III. Bouffes-Parisiens : pre- 
mière représentation du Mari sans le savoir. J.-L. Heugel. — IV. Tablettes du 
pianiste et du chanteur : Le Conservatoire de Paris et les Conservatoires do 
province (suite et fin). G. Bêkêdit. — V. La nouvelle salle de l'Opéra. Concours. 
— VI. Nouvelles et Annonces. 

MUSIQUE DE CHANT: 

Nos abonnés à la musique de C h ANTrecevronl avec le numéro de ce jour: 
HARMONIE DE LAMARTINE, 

Musique de M me Pauline Thys. — Suivra immédiatement après : 
Tes vingt ans , du même auteur. 

PIANO : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano , le premier quadrille composé par Strauss sur les motifs du 
ballet 

EE PAPIEEON , 

musique de J. Offenbach. — Suivra immédialemenl après : la Valse 
des Fleurs, dn même ballet, dansé par M"" Emma Livrï. 

vclles diverses, pour les Primes fin Ménestrel, 



L/OrÈRA- COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PHOGRES, SA TitOP GRANDE EXTENSION. 



SECONDE PARTIE. — XIX e SIECLE. 
CHAPITRE VI. 

XX. 

LESUEUR. 

Je reviens, après cette petite digression, aux musiciens con- 
temporains de Méhul. A cette époque qui n'était presque plus 
le XVIII e siècle, et qui n'était pas encore le XIX e , pendant la 
République, un grand nombre de compositeurs de talent se 
disputaient les faveurs d'un public distrait par les déclamations 



de la tribune à l'intérieur, ou par le bruit du canon aux fron- 
tières. Ces musiciens rivaux, mais rivaux bons amis, se réunis- 
saient parfois dans une collaboration générale et l'Opéra-Comi- 
que (Fejdeau ou Favart) recevait une partition à laquelle 
avaient travaillé une demi-douzaine d'hommes illustres tels que: 
Chérubini , Méhul , Nicolo , Berton , Kreutzer , Boïeldieu , 
Paer, etc. Les trois collaborateurs le plus fréquemment réunis 
étaient Méhul, Chérubini et Lesueur. 

Ce dernier, moins illustre par ses œuvres que les deux autres, 
avait dû à la délicatesse de Méhul et h la franchise un peu raide 
de Chérubini, une position élevée à la cour. Méritait-il celte 
distinclion autant que ses deux contemporains? — Il me semble 
que non. Sss œuvres n'avaient ni la grandeur, ni l'élévation de 
celles de Méhul, ni la délicatesse savante et magistrale de celles 
de Chérubini , elles étaient loin cependant d'être dépourvues de 
mérile. On y remarquait des mélodies gracieuses à la manière de 
Dalayrac, mais moins sentimentales que les mélodies de l'auteur 
de Camille. 

Lesueur se rendit plus célèbre par un très-grand nombre 
d'oratorios , de motets et de messes, que par ses œuvres dra- 
matiques. Deux de ses opéras sont cependant restés dans la mé- 
moire des musiciens : la Caverne (opéra-comique auquel je re- 
viendrai bientôt) et Ossian ou les Bardes, grand opéra pour le- 
quelNapoléon, en personne, le décora dans sa loge chevalier de 
la Légion-d'Honneur; aussi plus tard, lorsque Charles X voulut 
élever Lesueur au grade d'officier dans cet ordre, le musicien s'y 
refusa-t-il, voulant garder sur sa poitrine la croix que l'Empereur 
y avait placée de sa main. C'était d'un beau caractère. 

Lesueur naquit dans un village près d'Abbeville, le 15 jan- 
vier 1763 (1). Après avoir étudié la musique dans cette ville, à la 
chapelle de Saint-Vulfran, il fut envoyé comme enfant de 



(1) Les Abbevillois lui ont élevé une statue sur une de leurs places. 



42 



LE MÉNESTREL. 



chœur à la maîtrise d'Amiens. Ce fut sans doute la magnifique 
cathédrale de la métropole de la Picardie' qui lui inspira ces mé- 
lodies suaves qui firent le succès de son chef-d'œuvre, l'opéra 
des Bardes. Cependant sa musique n'a pas la grandeur antique 
de celle de Méhul. H n'y a rien, dans ce qu'il a écrit pour l'é- 
glise, qui att,eigne à la majesté sacrée du chœur de Joseph: 
Dieu d'Israël,. .... Ayant reçu une éducation musicale assez 
incomplète, ijl -avait perfectionné son style en lisant les parti- 
tions §§s vieux maîtres italiens, genre dont il s'inspira. On re- 
trouve<danstoute son œuvre de ces mélodies candides comme cette 
phrase de ténor d'un de ses oratorios : surge Debbora! (1) . ■ . . . 
qui me revient ici à la mémoire et qui me semble un type de sa 
manière. 

Après avoir été maître de chapelle à Séez, à Dijon, au Mans, 
à Tours, venu à Paris en 1784, il obtint la maîtrise de Notre- 
Dame en 1786. 11 introduisit dans la chapelle de celle cathé- 
drale un orchestre, et y fit exécuter des messes qui avaient pres- 
que un cachet mondain, ce qui déplut au chapitre. On le lui re- 
procha, et la partie instrumentale fut réduite, comme devant, en 
un simple accompagnement de violoncelles et contre-basses. Le- 
sueur, blessé de cette modification, se retira chez un de ses amis 
à la campagne jusqu'en 1792, époque à laquelle mourut son 
bienfaiteur. Il revint alors à Paris et parvint à faire jouer, l'année 
suivante, au théâtre Feydeau, la Caverne, opéra en trois actes. 
Un grand succès le dédommagea des déboires de tous genres 
qu'il avait éprouvés aux répétitions. On se souvenait qu'il avait 
porté le petit collet lorsqu'il était maître de chapelle de la cathé- 
drale, et qu'à cette époque-la on l'appelait Monsieur l'abbé. 
Les quolibets de l'orchestre et des acteurs ne lui étaient point 
ménagés. Il fallut que Chérubini se mît à la tête des répétitions, 
et fît cesser par sa protection toute-puissante, — depuis que la 
réputation des Deux journées était devenue populaire, — le mau- 
vais vouloir déclaré contre son ami. Il fit plus ; pendant les trois 
premières représentations, il remplit les fondions de souffleur (2) 
et alla, après le succès consacré à Paris, monter la pièce à Rouen, 
où elle ne réussit pas moins, grâce au sentiment scénique heu- 
reusement saisi dans cette partition. Parmi les morceaux remar- 
quables qu'on y rencontre, je citerai le duo : Moi, que de vous, 

je me sépare! l'air : Quel antre affreux! le trio : 

se calme-t-elle un peu ? 

Après la Caverne, Lesueur donna en 1794 Paul et Virginie, 
ouvrage qui n'est pas très-remarquable, mais dans lequel se 
trouve une hymne au soleil, qui fût exécutée depuis dans les 
concerts qu'on donnait au théâtre Feydeau. 

Il avait écrit pour l'opéra, du temps où il était maître de cha- 
pelle à Notre-Dame , Télémaque dans l'île de Calypso (3) , qui 
fut reçu, mais ne fut pas représenté. Il retira sa partition et 
l'arrangea en opéra-comique , pour être exécutée , en 1796, 
sous cette nouvelle forme. 

Il se brouilla avec Sarrette par des écrits contre le Conserva- 
toire, où il habitait, et fut ainsi forcé d'abandonner sa demeure. 
Lesueur se trouva alors sur le pavé avec sa famille et dans la 
gêne la plus complète. Mais un heureux hasard vint le tirer de 
là : Paisiello, maître de chapelle de Napoléon, ayant demandé 



sa retraite, on donna ces fonctions à Lesueur, comme je l'ai dit 
plus haut. Il put alors faire jouer son opéra des Bardes, qui 
traînait depuis longtemps dans les cartons de l'Opéra. La pre- 
mière représentation eut lieu le 10 juillet 1804. 

Dans un pamphlet anonyme intitulé le Rideau levé, l'auteur 
reproche à Lesueur d'avoir été trop dramatique_,dans ses messes 
et pas assez dans ses opéras ; la vérité est qu'il écrivait ses par- 
titions de musique religieuse un peu dans le style de celles 
par lui destinées au théâtre, si bien que ce gui paraissait 
théâtral dans le saint lieu, eût été parfois à sa véritable place à la 
scène, tandis que ce qui aurait rigoureusement pu convenir à 
l'Église était par trop languissant pour le théâtre . 

Lesueur mourut en octobre 1837. 

LÉON MÉîiEAU. 

[La suite à un prochain numéro.] 



|1) Debbora, oratorio , 1823. 

(2) Ce dévouement de Chérubini est lout un éloge de Lesueur. 

(3) On aimait, à cette époque les litres développés ; Berton donna en 
1799, un opéra en un acte inlilulé : La nouvelle au camp de l'assassinat 
des ministres français à Rastadt. 



SEMAINE THEATRALE. 

L'année 1861 s'est ouverte dans nos théâtres sous les plus 
brillants auspices. Il y a eu, dit-on, de splendides étrennes à 
tous les horizons, — ce qui vaut mieux que des cartes de visite 
et des compliments banals. Au théâtre impérial de I'Opéra le 
renouvellement de Tannée s'est signalé par une mesure qui 
obtiendra l'approbation de lous. 11 avait d'abord été question 
d'accorder une gratification de 500 fr. à tous les artistes, figu- 
rants, danseurs, machinistes, etc., dont se compose l'immense 
personnel de l'Opéra. Mais S. Exe. le comte Walewski, ministre 
d'État, a pensé qu'il valait mieux, dans l'intérêt, bien entendu, 
de ces intéressants auxiliaires de notre première scène lyrique, 
appliquer à leurs traitements le système de l'augmentation pro- 
gressive : il a décidé en conséquence qu'à dater du 1 er janvier 
1861, les appointements s'élèveront de 100 fr. chaque année, 
pendant cinq ans. Les artistes de l'Opéra s'accordent à préférer 
ce genre d'étrennes à celles qu'ils attendaient : M. le ministre 
d'État s'est ainsi en effet acquis des droits à leur éternelle grati- 
tude, en substituant à un encouragement passager l'amélioration 
durable de leur position et l'accroissement certain de leur bien- 
être dans l'avenir. 

Sans doute les grandes étoiles — surtout les étoiles féminines — 
n'ont pas été oubliées dans le chapitre des rémunérations d'usage, 
— si nous en jugeons par la gracieuseté dont l'héroïne du 
Papillon a été l'objet ; car, le 1 er janvier, l'Empereur de la 
finance, M. Rothschild, a fait remettre à M lle Emma Livry une 
magnifique broche en diamants, sous la forme d'un papillon, qui 
brillait de tous ses feux le lendemain mercredi soir à l'Opéra, 
notamment dans la Valse des rayons ; on sait que celte valse est 
tout un triomphe pour M" e Livry et pour la musique de M. J. Of- 
fenbach. 

Au Théâtre-Italien, on ne s'entretient que de l'œuvre de 
Verdi , un Ballo in maschera. On parle surtout d'un grand 
ensemble final auquel serait réservé un succès égal à celui du 
miserere du Trovalore (?) 

A I'Opéra-Comique la parole est à l'opéra de MM. Scribe et 
Auber, la Morte d'amour. Cet ouvrage se répète sous le titre 
provisoire d'Alexis. Espérons que l'année 1861 réservera un 
regain de gloire à cette heureuse collaboration qui a fait la for- 
tune de notre Opéra-Comique. 

En attendant la partition de M. J. Offenbach, le célèbre 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



43 



Barkouf, quelque pou allégée — insuffisamment à notre avis, — 
tiendra bon. Elle luttera de son mieux contre la baisse des 
recettes de nouvelle année et la température fiévreuse des feuille- 
tons de la semaine. C'est un grand honneur pour la musique de 
M. Offenbach que d'exciter ainsi la verve de nos critiques. Les 
imprécations d'Horace ne sont pas acquises à tout le monde. 
L'un voue aux serres des vautours les opérettes et le théâtre de 
M. Offenbach, — dans lequel il confesse du reste n'être jamais 
entré, — l'autre répudie la popularité des 350 représentations 
d'Orphée aux enfers; un troisième enfin est tellement préoccupé 
d'en finir avec Barkouf en personne, que sa plume se refuse à 
écrire le moindre éloge de M Ile Marimon, — qui s'est révélée 
délicieuse cantatrice de par M. Offenbach. Ceci, nul ne saurait 
le contester, et ne le point mentionner, c'est nier la lumière en 
plein midi. 

Deux mots encore de M. Offenbach, dont on a représenté 
hier soir samedi, la Chanson de Forlunio aux Bouffes Pari- 
siens. Cette nouvelle opérette tiendra l'affiche avec le Mari sans 
le savoir (voir notre article) et les Musiciens, grande bouffonne- 
rie en deux actes, promise pour samedi prochain. 

La nouvelle direction du Vaudeville a rouvert ses portes ; 
et dès la première soirée elle a récolté un succès du meilleur 
aloi. Les Femmes fortes, de M. Sardou (l'auteur des Pattes de 
Mouche et de Garât), forment le point capital de cette inaugu- 
ration. C'est une piquante comédie, dont tous les caractères font 
relief, une vive satire des mœurs américaines; les mots y 
abondent, notamment dans le premier acte, qui est le mieux 
réussi. L'excellent comédien Numa, le doyen de la scène du 
Gymnase, effectuait son entrée au Vaudeville dans cette pièce ; 
il a été salué par la salle entière, — ovation justifiée ensuite par 
la façon dont il a joué le rôle de Quentin. Près de lui brillait 
M" Fargueil, la comédienne au talent si souple et si nerveux 
cependant. Félix, dans le type d'un yankee brûlai, s'est égale- 
ment distingué. Citons encore M lles Jane Essler, Pierson, 
M mes Alexis, Guillemin, MM. Chaumont, Munie et Boisselot. — 
Cette spirituelle comédie a été précédée d'un prologue allégo- 
rique formulant le plan de campagne de la direction, et suivie 
d'un petit acte de M. Meilhac, intitulé : l'Étincelle. 

Le Palais-Boy al nous a donné deux vaudevilles ; l'un, inti- 
tulé : Chamarin le Chasseur, est dû a la triple collaboration de 
MM. Varin, de Jallais et Thierry et renferme des scènes très- 
plaisantes, fort bien interprétées par Arnal, Lassouche et 
M me Thierrel ; l'autre, Colombe et Pinson, est signé Paulin Des- 
landes, l'auteur des Deux Anges gardiens et de la Gamine. 
C'est dire que la pièce se signale par un fond sentimental. Delan- 
noy, Luguet et M lle Martine font" très-bien valoir ce petit acte 
plein de cœur. 

La Dame de Monsoreau poursuit toujours, à I'Ambigu-Co- 
mique, sa brillante carrière. Ce succès est justifié, du reste, par 
la façon remarquable dont l'œuvre est interprétée. 

Les Massacres de Syrie ont fait leur apparition au théâtre im- 
périal du Cirque. Ce grand drame, bâti sur le palpitant épisode de 
notre histoire contemporaine, orné d'une mise en scène splen- 
dide, a reçu le meilleur accueil. Dumaine remplit avec noblesse 
le rôle d'Abd-el-Kader. On n'a nommé que M. Victor Séjour, 
mais le nom de son illustre collaborateur, — déjà populaire sur les 
théâtres de nos boulevards, — n'est un mystère pour personne. 



La présence de S. M. l'Empereur, à la première représentation, 
a été acclamée et l'objet d'ovations réitérées et prolongées. 

Toutes les scènes du boulevard du Temple ont eu leur Revue. 
Celle du Théatre-Déjazet, due à MM. Ch. Potier et Dunan- 
Mousseux, n'est pas une des moins piquantes. La direction a 
recruté pour ce panorama un essaim de jeunes femmes, — ce 
grand élément d'attraction ; les couplets sont finement tournés, 
la mise en scène est fort belle ; et pour attirer les amateurs de 
musique, le directeur — en musicien consciencieux, — a composé 
une cantate sur V Annexion, chantée par cinquante membres de 
la Société des Enfants de Lulèce. 

Aussi notre ami Dantan disait-il, en sortant du théâtre, que 
cette Bévue était pleine d'esprit et de chœur. 

J. LOTT. 



THEATRE DES BOUFFES-PARISIENS. 

Le Mari sans le savoir, opérette de MM. Léon Halévy et de Servièrb , 
musique de M. de Saint-Rémy. 

Depuis la saint Sylvestre une gracieuse opérette marche côte à 
côte avec Orphée , ce Nestor du passage Choiseul, qui se décide 
enfin à quitter l'affiche. Le Mari sans le savoir a réussi corps et 
biens, c'est-à-dire texte et musique, — et ce n'est pas peu dire. 

Le sujet est passablement invraisemblable, et par cela mêma 
ne se trouve nullement dépaysé chez M. Offenbach. 

Chamaroux est parti pour quelques mois seulement, mais il 
a compté sans les colonies où il s'est rendu un peu à l'aventure ; 
aussi bon gré, mal gré, reste-t-il quatre ans éloigné de sa belle 
patrie. Pendant ce temps un de ses vieux camarades meurt, 
laissant une fille qu'il lègue à son ami absent , en le priant, par 
testament, de la protéger, — mieux que cela, — de l'épouser. Et 
afin que cette chère Antoinette soit protégée et respectée séance 
tenante, elle se dira mariée secrètement à Chamaroux, avant le 
départ de celui-ci. Telles sont les dernières volontés du défunt. 
Chamaroux ignore tout cela, et lorsqu'il revient à Paris, il trouve 
d'abord sa maison, — non pas démolie, — mais vide de ses 
meubles qui ont été déménagés. Son fidèle domestique, Mon- 
thabor,qui garde son nouveau logement, lui remet le testament 
du défunt, en lui apprenant qu'il a dû prendre un nouvclj ap- 
partement pour Monsieur, le premier logement étant trop res- 
treint pour recevoir M me Chamaroux. L'honorable mari sans le 
savoir, homme déjà mûr, paraît d'abord vouloir se résigner à 
son sort ; mais comme il a un vague souvenir et pas mal de let- 
tres d'une certaine Paméla, que d'ailleurs un sien neveu retrouve 
en Antoinette une amie d'enfance, il juge plus prudent de ma- 
rier la jeune orpheline à son coquin de neveu. Elle sera toujours 
M me Chamaroux et la clause du testament reste sauve. 

Le canevas de celte pièce est très-agréablement conduit par 
MM. Léon Halévy et de Servière, déplus il est particulièrement 
égayé par le type de Monthabor, un domestique qui n'a pas 
son pareil dans les quatre parties du monde — des domes- 
tiques. Ce type, poussé jusqu'à l'extravagance, trouve en Léonce 
un interprète des plus réjouissants. 

Parlons de la partition : elle est signée de Saint-Rémy, mais 
ce pseudonyme, — tout le monde le sait, — nous voile un haut 
personnage qui écrit de fort agréable musique à ses heures. 

Et la preuve, c'est que le Mari sans le savoir renferme un 
charmant trio : Marié ! marié ! marié ! dont la première partie 



LE MÉNESTREL. 



n'est point étrangère au Pendu ! pendu! du Postillon de Lon- 
jumeau ; un deuxième trio très-réussi , un duo des plus mélo- 
dieux et parfaitement accompagné, une suave romance et une 
très-jolie valse chantées par M lle Ghabert, finalement la chan- 
son nègre de Léonce, un des éléments comiques de la pièce, 
chanson dont le moindre mérite n'est pas de se faire attendre 
et désirer jusqu'au dénouement. 

Cette tentative lyrique de M. de Saint-Rémy a donc obtenu 
un franc et légitime succès. C'est une musique aristocratique 
et pimpante, s'adaptant à la situation, et ne donnant pas la 
moindre prise à l'ennui, à la satiété, aux crises de nerfs. 

M lle Chabert, MM. Léonce, Potel et Desmont font les hon- 
neurs de l'opérette. Léonce est ébouriffant. 

M. le comte et M me la comtesse de Morny, qui honoraient de 
leur présence la première représentation de cette pièce, ont fait 
remettre a M Ue Chabert une broche artistique du meilleur goût. 

Nous ne quitterons pas les Bouffes sans mentionner la re- 
prise de Savetier et Financier, une des meilleures opérettes 
d'Offenbach. M. Tacova a débuté dans cette pièce avec un demi- 
succès. Le souvenir de Pradeau ne lui a pas été léger. Par com- 
pensation, M" e Tostée et M. Potel ont été fêtés. 

J.-L. Heugel. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 
LE CONSERVATOIRE DE PARIS 

ET LES 

Conservatoires de province. 

( Le Sémaphore. ) 
III. 

Néanmoins, et malgré des circonstances qui auraient empêché 
tout élève doué d'une voix ordinaire d'entrer à notre école de 
musique, Lefranc y fut admis et confié à mes soins. Là, mettant 
à profit les rares moments dont sa place lui permettait de dispo- 
ser, il s'appliqua si bien, qu'après huit mois il fut jugé capable 
defi n urerau concours de 1859, où il remporta le premier acces- 
sit de chant dans la grande scène du 2 e acte de la Juive. 

Un accessit c'est peu, dira-t-on, pour un sujet si fâcheusement 
attardé sur la route des études et qui commençait son éducation 
à un âge où les autres la terminent d'ordinaire. Heureusement 
et sur ces entrefaites, M. Ambroise Thomas, inspecteur des Con- 
servatoires de France, vint à Marseille pour examiner notre 

école. «Soyez le bienvenu, dis-je à l'aimable auteur du Songe 

et du Caïd, vous arrivez fort à propos ; vous qui, à l'exemple du 
marquis de Torcy, cherchez des voix, des ténors surtout, dans 
les recoins les plus obscurs de la province, peut-être trouverez- 
vous ici un de ces oiseaux rares dont l'espèce se perd et que tous 
nos théâtres de France se disputent à des prix fous ». Ici, disons- 
le sans préambule, l'audition immédiate de notre élève eut le 
résultat que nous en attendions. Émerveillé de cette voix d'un si 
beau timbre, qui atteignait sans peine les notes les plus inacces- 
sibles aux ténors ordinaires, M. Ambroise Thomas félicita Le- 
franc. « Jeune homme, lui dit-il, vous avez une fort belle voix, 

et il ne tient qu'à vous de venir au Conservatoire de Paris où 
vous pourrez, en qualité de pensionnaire, continuer vos études.» 



Quelques mois après, Lefranc partit. Il n'entra point au Con- 
servatoire par des raisons qu'il est inutile de dire; mais sur le 
conseil de quelques personnes bien'inspirées, il vit Duprez, se fit 
entendre à lui, et c'est alors que l'éminent professeur s'engagea 
vis-à-vis du ténor à lui donner l'éducation et les moyens 
d'existence nécessaires jusqu'au moment de ses débuts sur la 
scène. 

D'après les détails qui précèdent et dont je garantis l'exacti- 
tude, il est facile de se convaincre que le Conservatoire de Mar- 
seille, loin d'avoir méconnu le jeune chanteur, lui a facilité les 
moyens de suivre brillamment sa carrière. Je dirai plus, sans le 
secours de cet auxiliaire, il est probable que le ténor en question 
n'aurait jamais eu la pensée d'aborder la capitale et qu'il en se- 
rait encore aujourd'hui à noircir du papier dans les bureaux du 
chemin de fer. C'est donc une différence du tout au tout, et voilà 
pourtant comme on écrit l'histoire!... 

Lettre de G. DUPREZ. 

Maintenant, si nos lecteurs désirent savoir l'opinion de Duprez 
sur le ténor marseillais, nous les invitons à lire la lettre suivante : 

« Mon cher Bénédit , 

« Au mois de novembre 1859, un jeune homme est venu se 
présenter à moi, me priant de vouloir bien l'entendre. Il tira 
de sa poche un petit papier de musique sur lequel était noté, 
de la manière la plus innocente, une cabalette italienne ; j'y 
aperçus un ut présomptueux, et voulus voir ce qu'en ferait mon 
gaillard. Je me mis au piano, mon jeune homme chanta. Je lui 
reconnus de la voix, de la chaleur, et comme il n'était pas dans 
des conditions à être reçu au Conservatoire, puisqu'il était marié, 
je lui trouvai, sous la responsabilité de l'éducation vocale et 
dramatique que j'avais l'intention de lui donner, une personne 
qui, pendant deux ans, subviendrait à ses besoins. 

« Depuis ce temps, Lefranc travaille chez moi. On ne lui 
apprendra pas la musique, il ne la saurait jamais ; mais, ainsi 
queRubini, Donzelli, etc., etc., son organisation et les exem- 
ples qu'il aura lui tiendront lieu de tout. 

« Celte organisation est aussi remarquable que sa voix ; il 
travaille avec ardeur, il marche à coup sûr ; ce qu'il fait déjà 
est miraculeux. Je l'instruis pour la grande carrière italienne , 
où il doit indubitablement faire sa fortune et laisser un beau 
nom de chanteur. 

« Si cet homme fût tombé entre mes mains à l'âge où l'on 
peut apprendre encore la musique, à cette heure on ne parlerait 
que de lui. 

« Voilà, mon cher Bénédit, tout ce que j'ai à vous dire sur 
Lefranc. 

« Mille compliments bien affectueux de votre vieux camarade 

et ami. 

« G. Duprez. » 



Malgré les obstacles et les difficultés de toutes sortes, malgré 
les ressources restreintes d'enseignement auxquels leur situation 
les condamnent, les Conservatoires de province, outre les sujets 
qu'ils ébauchent de temps en temps pour le Conservatoire de 
Paris, produisent un assez grand nombre d'élèves qui viennent 
chaque année recevoir les récompenses dues à leur intelligence 
et à leurs efforts. Parmi ces lauréats, dont la plupart se distin- 
guent comme lecteurs, instrumentistes, harmonistes, chanteurs 
et comédiens, les uns vont, en qualité d'amateurs, chercher dans 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



45 



les salons des succès qu'ils obtiennent presque toujours de leur 
indulgent auditoire ; les autres, voués à l'enseignement, par- 
viennent à professer à leur tour et soutiennent ensuite leur fa- 
mille ; les derniers enfin, séduits par les avantages d'un art où 
marchent d'ordinaire d'un pas égal la gloire et la fortune, con- 
fient aux destinées du théâtre leur avenir artistique, en deve- 
nant les interprètes plus ou moins harmonieux d'Auber, de Do- 
nizetti, de Meyerbeer et de Rossini. Ceux-là, il faut en convenir, 
sont les mieux favorisés, car, entrés au Conservatoire sans con- 
naître une note et sachant à peine parler français, ils en sortent 
avec un bagage artistique très-sufïisanl, pour aller gagner dans 
un mois autant que leurs professeurs dans le courant d'une 
année. Et notez bien qu'une fois arrivés à celte transformation, 
la reconnaissance n'est pas toujours la vertu de ces jeunes gens, 
dont le plus grand nombre, oubliant ce qu'ils doivent à leurs 
maîtres, rappellent, après dix-huit siècles, l'épisode des dix 
lépreux guéris par le Sauveur sur la roule de Samarie, et racon- 
tée avec une si naïve concision par l'évangéliste saint Luc. 

La conclusion de cette histoire, nous disait dernièrement un 
de nos confrères, la voici : « On a mis de tout temps l'orgueil 
en tête des péchés capitaux, c'est l'ingratitude qui devrait tenir 
cette place. » 

G. BÉNÉD1T. 
FIN. 



LA NOUVELLE SALLE DE L OPÉRA. 



S. Exe. le comte Walewski, ministre d'État, en rendant l'ar- 
rêté qui met au concours les projets d'édification de la nouvelle 
salle destinée a notre première scène lyrique, réalise une mesure 
de haute équité qui profitera certainement à tous les intérêts. 

Voilà une décision digne du ministre auquel sont confiées les 
destinées des beaux-arts et de l'art dramatique en particulier. 
Il n'est qu'une voix pour féliciter M. le comte Walewski. 

Voici cet important arrêté, déjà reproduit par toute la presse, 
mais qui n'en doit pas moins prendre une première place dans 
la table des matières de notre collection, année 1861. 

RECONSTRUCTION DE L'OPÉRA. 

MISE AU CONCOURS DU PROJET. 

Au nom de l'Empereur, 

Le ministre d'État : 

Vu le décret du 29 septembre 1860, qui déclare d'utilité 
publique la construction d'une nouvelle salle d'Opéra, avec 
toutes ses dépendances, sur un emplacement sis entre le boule- 
vard des Capucines, la rue delà Chaussée-d'Antin,larue Neuve- 
des-Mathurins et le passage Sandrié ; 

Considérant que la composition du projet du théâtre excite, 
avec juste raison, l'attention publique, et qu'il est du devoir de 
l'administration de faire un appel à tous les architectes et de 
solliciter toutes les intelligences, 

Arrête : 

Art. 1 er . 11 est ouveit un concours public pour la rédaction 
d'un projet d'Opéra à construire à Paris. 

Ce concours aura lieu, non sur des projets définitifs, mais 
simplement sur des avant-projets suffisamment indiqués pour 
faire comprendre la pensée de leurs auteurs, tant sur l'économie 
générale de l'édifice que sur son aspect monumental. 

Il sera clos le 31 janvier 1861. 



Les pièces à produire consisteront dans un plan d'ensemble, 
une élévation géométrale de la façade principale, une coupe sur 
la longueur de la salle, enfin un devis sommaire descriptif et 
estimatif. 

Les artistes pourront joindre à ces pièces celles qui leur paraî- 
traient utiles pour la plus complète intelligence de leurs travaux. 

Les dessins devront être aux échelles suivantes, savoir : 

Le plan d'ensemble à 4 millimètres; 

Le plan des façades et des coupes à 8 millimètres. 

Chaque projet portera une épigraphe qui sera répétée sur un 
billet cacheté. Ce billet renfermera, outre l'épigraphe, le nom. 
et le domicile du concurrent, et ne sera décacheté qu'après le 
jugement du concours. 

Art. 2. Un jury, présidé par le ministre d'État et composé 
des membres de 1 Académie des beaux-arts (section d'architec- 
ture) et de membres du conseil général des bâtiments civils, 
examinera les projets et les classera par ordre de mérite. 

L'auteur du projet qui sera reconnu non-seulement comme 
le meilleur du concours, mais encore comme répondant digne- 
ment à l'attente de l'administration, au point de vue de l'art et 
de la construction, sera chargé de la rédaction d'un projet défini- 
tif et de la direction des travaux. 

L'auteur du projet classé au second rang recevra une prime 
de 6,000 fr.; enfin l'auteur du projet n° 3 recevra une prime de 
4,000 fr. 

Dans le cas où aucun projet ne serait jugé digne d'être exé- 
cuté, il ne serait pas décerné de premier prix, et l'administration 
conserverait toute sa liberté d'action quant à la rédaction du 
projet définitif. Toutefois, les primes resteront acquises aux 
deux meilleurs projets. 

Les pièces des avant- projets seront remises au ministère 
d'État, bureau des bâtiments civils. 

Paris, 29 décembre 1860. 

A. Waleswki. 

PROGRAMME DU CONCOURS DE LA NOUVELLE SALLE D'OPÉRA. 

L'avant-projet demandé par l'arrêté ministériel ne pouvant 
présenter que des dispositions d'ensemble, le programme ne 
donnera que des conditions générales, l'administration se réser- 
vant d'indiquer tous les détails des besoins à satisfaire lors de la 
rédaction du projet définitif. 

Terrain. 

L'édifice sera élevé à l'extrémité d'une place donnant sur le 
boulevard des Capucines, a la jonction des rues de Rouen et de 
Lafayette, et sa façade sera établie dans l'axe de la rue projetée, 
en face le Théâtre-Français et aboutissant au boulevard des 
Capucines, près la rue de la Paix. 

Les façades latérales donneront sur les rues Mogador et La- 
fayette prolongées et sur la rue de Rouen ; la façade postérieure 
sur la rue Neuve-des-Mathurins. 

Le terrain disponible présente une surface de 10,000 mètres 
environ ; sa profondeur, mesurée de la place a la rue Neuve-des- 
Mathurins, est de 150 mètres ; sa plus grande largeur est de 
70 mètres. 

Bâtiments. 

Les bâtiments comprendront : 

1° Les constructions affectées au public; 

2° Les" constructions affectées à la scène, aux artistes et à 
fadminist ration. 



LE MÉNESTREL. 



Constructions destinées au public. 

Les portiques ou péristyles pour la descente de voiture à 
couvert. 

Les vestibules avec les bureaux de distribution de billets, et 
recevant le public avant l'ouverture des bureaux. 

Les escaliers desservant facilement tous les étages. 

Les dépendances diverses, telles que bureaux pour les ser- 
vices de police et de santé, les suppléments. 

Les corps de garde, etc. 

La salle pouvant contenir 1,800 à 2,000 personnes environ. 
Les baignoires et loges couvertes des premier et deuxième rangs 
seront précédées de salons. 

Nota. La salle actuelle contient 1,700 places; son diamètre 
est de 19 mètres, mesuré du fond des loges. 

La loge impériale avec une entrée particulière ; les voitures 
devront pénétrer dans un vestibule, afin d'éviter la descente 
dans la rue, et des emplacements seront ménagés pour recevoir 
les voitures et l'escorte pendant les représentations. 

Il serait utile qu'une entrée particulière pût être également 
affectée aux abonnés. 

Constructions destinées à la scène et au personnel. 

La scène doit pouvoir contenir 400 personnes environ ; son 
ouverture aura un minimum de 14 mètres ; sa profondeur sera 
de 32 mètres, mesurée de la rampe au fond du théâtre. 

Les magasins de décors à proximité de la scène renfermeront 
le matériel nécessaire au répertoire courant ; ils occuperont une 
surface de 150 mètres superficiels environ. 

Le personnel des artistes comprend deux divisions : le chant 
et la danse, lesquelles seront elles-mêmes subdivisées en 
hommes, femmes et enfants. Il convient que ce personnel ait un 
accès facile, soit à la scène, soit au grand foyer du chant et de la 
danse, qui seront disposés à proximité de la scène. 

Des dépôts de costumes et des postes d'habilleurs et d'habil- 
leuses seront à portée de chaque catégorie d'artistes. 

L'administration comprendra le concierge, le bureau de loca- 
tion, les cabinets du directeur, du secrétaire, du caissier et de 
quelques employés ; les ateliers de tailleurs et de couturières, les 
magasins de costumes et de matières premières ; enfin un poste 
de pompiers destiné à surveiller l'ensemble des bâtiments. 

A. Walewski. 



NOUVELLES DIVERSES. 



— On écrit de Vienne : Le Maenner gesang Yerein (Société chorale 
pour hommes), de Vienne, avait exécuté, le mois dernier, un hymne du 
duc de Saxe-Cobourg, Or, d'après les statuts de cette association, à l'auteur 
de toute pièce de chant à plusieurs voix qu'elle exécute pour la première 
fois elle fait remettre un ducat à titre d'honoraires. Ce ducat fut envoyé 
par conséquent au duc, qui l'accepta et adressa ù la Société une lettre do 
remercîment qui se terminait ainsi : « Par cette simple pièce d'or vous 
m'avez honoré plus que n'aurait pu le faire l'hommage le plus fastueux, 
et parmi les décorations que je possède, elle n'occupera pas la dernière 
place.. Et vous-mêmes, Messieurs, vous n'occupez pas une place moins 
élevée dans mon estime par la confiance toute allemande avec laquelle 
vous m'avez considéré comme étant égal parmi des égaux, et comme tel 
je vous offre mon amicale salutation de chanteur. » 

— Le compositeur allemand, M. Marschner, l'auteur du Templier et la 
Juive, du Vum,pire, et autres opéras renommés en Allemagne, est à Paris, 
et a l'intention d'y passer l'hiver. Peut-être le maestro tient-il à vérifier 
sur les lieux le genre d'accueil réservé au Tannhauser de son compatriote 
Richard Wagner. 



— L'Académie des Beaux- Arts vient de publier son avis annuel Concer- 
nant les concours de composition musicale pour 1861. Le programme est 
invariable. Une médaille d'or de la valeur de 500 fr. est offerte à l'auteur 
des paroles de la cantate choisie pour être donnée comme texte du côii- 
cours de composition musicale. La cantate doit être exécutée par trois per- 
sonnages, une femme, un ténor et un baryton ou basse-taille. Elle doit 
contenir un ou au plus deux airs, un seul duo ou un trio final, chacun 
de ces morceaux devant être séparé des suivants par un récitatif. Le poëte 
devra éviter de donner trop d'étendue aux récitatifs ; il devra renfermer, 
dans le moins de vers possible, l'expression des sentiments que le sujet 
amènera. S'il y a deux airs, il faudra nécessairement qu'ils diffèrent de 
caractère et de mouvement. Le poëte combinera son trio final de manière 
à ce que le compositeur puisse y trouver, soit au début, soit au milieu, 
Un motif de chant sans accompagnement. Le sujet pourra être choisi 
indifféremment dans la Bible, dans l'histoire ancienne, dans l'histoire du 
moyen-âge, dans l'histoire moderne, ou être tout à fait d'invention. Il faut 
que le poëte offre au compositeur un sujet clair, dans lequel il y ait du 
mouvement, de la passion, de la variété. Il est difficile de limiter précisé- 
ment la longueur de la pièce de vers, mais il est à désirer, dans l'intérêt 
des jeunes compositeurs, que la cantate, mise en musique, n'excède pas 
une durée de vingt ou vingt-cinq minutes. Chacune des pièces de vers con- 
tiendra, dans un billet cacheté, le nom de l'auteur, son adresse et l'épi- 
graphe de sa pièce. Il ne sera reçu à ce concours que des pièces de vers 
inédites. Les manuscrits ne seront pas rendus, mais les auteurs pourront 
en faire prendre copie. Les cantates seront reçues au secrétariat de l'Ins- 
titut jusqu'au 15 mai 1861, terme de rigueur. 

Concours de composition musicale pour 1861. — Concours d'essai. — 
Entrée en loges, le samedi 4 mai, à dix heures du matin ; sortie de loges, 
le vendredi 10 mai, à 10 heures du matin; jugement le samedi 11 mai. 

Concours définitif. — Entrée en loges le samedi 18 mai, à midi ; sortie 
de loges le mercredi 12 juin, à midi ; en tout vingt-cinq jours de travail 
en loges; jugement préparatoire le vendredi 5 juillet; jugement définitif 
le samedi 6. 

— Un artiste dramatique, dont les anciens habitués de l'Ambigu-Co- 
miqueel de la Porte-Saint-Martin ont gardé le souvenir, vient de mourir 
à Passy, à l'âge de soixante-deux ans. Il était membre actif et dévoué du 
bureau de bienfaisance. Vers 1838, après avoir quitté les théâtres de Pa-: 
ris, Walter alla jouer à l'étranger et demeura longtemps en Russie, où il 
fut régisseur du théâtre français à Moscou. Revenu en France avec la 
pension d'usage, il renonça définitivement à la scène. — Ses obsèques, 
qui ont eu lieu le 28 décembre, en l'église Notre-Dame de Passy, réunis- 
saient un grand nombre d'amis et d'artistes. 

— Carcassone. L'inauguration du grand orgue dont le Gouvernement 
vient de doter notre cathédrale, a eu lieu avec une grande solennité la 
veille de Noël et aux offices du lendemain. Mgr l'Évêque, entouré de son 
clergé, a d'abord béni l'instrument et en a tiré les premiers accords ; puis 
en présence des autorités locales et d'un public d'élite, M. Lefébure-Wély, 
ex-organiste de Saint-Roch et de la Madeleine, a déployé sur l'orgue son 
magnifique talent. Pendant deux heures il a captivé l'auditoire par les 
accents les plus riches et les plus variés. A la fin de la cérémonie, M. le 
Préfet de l'Aude, — suivi d'un grand nombre d'amateurs, — est monté à 
l'orgue pour exprimer sa haute satisfaction au célèbre facteur de l'orgue, 
M. Cavaillé-Coll, et à l'éminent artiste chargé de l'inauguration. Le jour 
de Noël M. Lefébure-Wély a tenu l'orgue pendant les offices. La cathé- 
drale n'a pu contenir tous les fidèles qui se sont présentés pour entendre 
le célèbre artiste et ce nouvel orgue que l'on considère comme un des 
meilleurs instruments de la facture moderne. 

— Le voyage du Midi entrepris par les frères Lionnet, et leurs concerts 
et représentations sur les théâtres de Marseille, Lyon, Saint-Ëtienne , 
Avignon, sont couronnés d'un franc et légitime succès. Partout on leur 
redemande leurs duos et les principales productions de Gustave Nadaud, 
qu'ils interprètent si admirablement. Les frères Lionnet vont se diriger 
sur Nice, où les attend la réception la plus cordiale, la plus brillante. 

— La société philharmonique de Reims a ouvert sa série de concerts 
de la saison. Le programme a été défrayé par M. Magnin, premier grand 
prix de violon do celte année, élève d'Alard ; par M. Hayet, ténor (prix 
de chant), élève de M. Revial, et par M. Egheralde, basse chantante. L'or- 
chestre et les chœurs, sous la direction de M. Robert, ont fort bien mar- 
ché. MM. Magnin, Hayet et Egheralde ont particulièrement brillé dans 
leurs divers rôles. 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



47 



— Une audition d'un opéra-comique a eu lieu à Passy, ces jours der- 
niers, dans une soirée particulière où les invités ont eu, de plus, le rare 
bonheur d'entendre Ponchard qui avait voulu consacrer par sa présence 
le mérite de l'œuvre ainsi représentée en petit comité. On a dit le poème 
de M. Clairville ; nous avons eu le regret de n'en pouvoir juger, mais nous 
avons été heureux d'applaudir les différents morceaux qui composent la 
partition. Fraîcheur d'idées, largeur de style, tout fait présager un succès 
pour le théâtre qui voudrait attirer à lui cette partition d'un jeune maître 
qui donne déjà plus que des espérances. L'exécution a d'ailleurs été des 
plus brillantes, grâce au talent de M lle Balbi, qui a retrouvé là ses succès 
du concert de J.-B. Wekerlin, et au triple concours de M. Petit, un ba- 
ryton distingué que le Théâtre-Lyrique vient de s'attacher, et de deux 
lauréats du Conservatoire, M. Gourdin, qui, malgré ses dix-huit ans, 
possède déjà une remarquable basse-taille, et M. Capoul, dont la voix sym- 
pathique et la méthode excellente font espérer un ténor que nos scènes 
lyriques se disputeront avant peu. La soirée a donc été bonne pour tout 
le monde : pour l'auteur, M. Gustave Canoby, qui, maître de chapelle de 
Passy, a prouvé son aptitude dans un genre tout différent ; pour les ar- 
tistes, puisque plusieurs morceaux ont été redemandés, et enlin pour les 
auditeurs, car indépendamment de cette primeur musicale, ils ont en- 
tendu notre cher doyen des chanteurs, Ponchard, qui est venu clore cette 
solennité en redisant ses deux romances favorites : Je chanterai, et les 
Quatre âges du cœur. 

— Un des salons princiers du faubourg Saint-Honoré offrait , il y a 
quelques jours à ses invités, un programme des plus attrayants. Le vio- 
loncelliste Samary y a exécuté, au milieu des applaudissements , sa fan- 
taisie sur la Dame blanche. Diemer, l'un des premiers de cette phalange 
d'élèves passés maîtres de l'école Marmontel , a fait entendre ses dernières 
compositions, pami lesquelles on a surtout remarqué l'Élégie et la Ma- 
zurka. De chaleureuses félicitations ont aussi accueilli les frères Guidon 
et leurs charmants duos; l'un d'eux, M. Auguste Guidon, a interprété en 
véritable artiste le Voyage aérien, de Nadaucl ; M lle Méa, la charmante 
transfuge de l'Odéon, et M. Ducros, poète improvisateur de talent, ont eu 
leur large part des bravos de cette soirée. 

— M Ue Marie Darjou donnera son concert avec orchestre le mardi 
29 janvier, à huit heures du soir, salle Herz. 

— Le virtuose Sarasate, le jeune et nouveau chevalier de Charles III, 
est de retour à Paris. 

— Parmi les œuvres musicales nouvellement publiées chez l'éditeur 
Saint-Hilaire, nous devons recommander à nos lecteurs toute une belle ej 
bonne collection de musique, composée par Arthur Kalkbrenner. Celte 
publication, qui ne comprend pas moins de vingt-cinq morceaux, em- 
brasse tous les genres de productions. Dans le genre sérieux et classique 
on trouve un grand trio pour piano, violon et violoncelle, et une intro- 
duction et rondo. Le chant y ' tient une large place ; il se compose de 
quatre ballades de Victor Hugo , la Grand' Mère, la Chanson du fou , la 
Fiancée du timbalier, la Légende de la nonne ; de deux chansons de Bé- 
ranger : le Vieux caporal et le Retour dans la patrie, d'une romance, 
d'une ballade et d'une grande cantate pour ténor, de Paul Saunière : 
Faites l'aumône à l'orphelin, le Sereno, Dieu le veut ! La cantate est 
surtout une œuvre capitale d'un style sévère et mélodieux. Dans la mu- 
sique de piano nous citerons les Chants d'Italie. Les morceaux de danse 
y figurent également, et les succès qu'Arthur Kalkbrenner a déjà obtenus 
dans ce genre, les recommandent aussi bien que leur fraîcheur et leur 
originalité. Nous avons surtout remarqué parmi ces productions : Cora la 
Negra, les Batteurs en grange, Karloucha, Emil'Ivan-Walzer, etc., etc. 

— Au concert donné à Vesoul par M" 1 * Gaveaux-Sabatier et le violon- 
celliste Nathan, M Uc Marie Battmann a exécuté avec une netteté remar- 
quable la musique classique aussi bien que la musique gracieuse et légère; 
elle l'a prouvé en jouant avec M. B..., M. Nathan et M. L. Battmann, le 
beau quatuor en sol mineur de Mozart, pour piano, violon, alto et vio- 
loncelle, et le délicieux cantabile de Félix Godefroid : les Soupirs, trans- 
crit par M. Battmann, pour piano et orgue. 

— On nous écrit de Clermont-Ferrand : « Le comique G. Bousquet , 
après avoir obtenu des succès à l'étranger, et tout récemment à Marseille 
et à Lyon, se repose en ce moment dans la capitale de l'Auvergne. Néan- 
moins M. Lattes, directeur du Casino de Clermont-Ferrand, l'a su retenir, 
ce qui rend son repos assez problématique. M. Bousquet réussit spéciale- 
ment dans une chanson intitulée la Table à rallonges, que Berthelier, à 
qui elle est dédiée, pourrait bien nous faire entendre cet hiver. » 



La partition illustrée de SÉMIRAMIS de Rossini, 
— texte italien et traduction française de MÉRY , 
récitatifs et airs de ballet de CARAFA, points d'or- 
gue et rentrées d'orchestre , — avec les DEUX 
PORTRAITS de G. ROSSINI (Naples «8SO et Paris 
1860) et les DESSINS REPRÉSENTANT LES 
SCÈNES PRINCIPALES DE L'OUVRAGE , — est 
actuellement délivrée aux abonnés du Ménestrel. 

Cette magnifique prime, offerte gratuitement 
pour tout renouvellement ou abonnement complet 
(chant et piano), prendra la place des quatre Albums 
du Ménestrel, dont les morceaux n'en seront pas 
moins publiés dans le Journal (voir ci-dessous). 

Les abonnés au CHANT seul, ou au PIANO seul, 
auront droit à la même prime, moyennant un sup- 
plément d'abonnement de dix francs , s'ils ne préfè- 
rent recevoir gratuitement : 

1° A la place des deux Albums annuels pour le 
Chant: la partition complète des SAISONSde J.HAYPN, 
chant, piano et traduction française de G. Roger, 
oratorio en quatre parties, seule édition conforme 
à l'exécution des concerts du Conservatoire , et 
ornée du portrait de HAYDN. 

2° En échange des deux Albums annuels pour 
piano : un beau Recueil de transcriptions et réduc- 
tions des célèbres oeuvres concertantes, sympho- 
niques et pour piano seul, de Haydn, MOZART et BEE- 
THOVEN, par Jules Weiss, et contenant : 

HAVDN : 1. Final du trio en fa* — Z. Menuet du 'mente trio. — 
3. Final du trio en la. — 4. Allegro, symphonie en mi bémol. 

BEETHOVEN : S. Adagio et allegro de la symphonie en ut. — «. Final 
du quatuor en fa. — 9. Menuet et scherzo du septuor. — s. Alle- 
gro du trio en mi bémol. 

MOZART : 9. Menuets extraits de ses symphonies. — f O. Final do 
la symphonie en ré. — II. Final du quatuor en sol mineur. — 
lï. Presto de la sonate en si bémol. 



CATALOGUE des morceaux séparés des quatre ALBUMS 
du Ménestrel [année 1860-1861), qui paraîtront de semaine 
en semaine, à partir du dimanche 11 novembre 1860. 



ALBUMS DE CHANT. 



ROMANCES ET CHANSONNETTES. 

G. NADAUD. 

La bruyère. 

PAULINE TII1S, 

Tes vingt ansf 

F. MAS1NI. 

Le Lever des Étoiles. 

IKillllll AMAT. 

Sympathie. 

H. POTIER. 

Adieu les Fées 1 

DORVAL-VALENTINO. 

Charmants Tyrans du cœur. 



SCENES ET MÉLODIES. 

G. NADAUD. 

Le vent qui pleure. 
PAULINE TI1YS. 

Harmonie de Lamartine. 

J.-B. WEKERLIN. 

9 :; Tyrolienne. 
FÉLIX GODEFROID. 

Ma mie Annette. 



ALBUMS DE PIANO. 



MUSIQUE DE DANSE. 

ARBAN. 

A vos Souhaits, polka. 

L. MICHELE 

Polka militaire du Camp de Saint-Maur. 

STRAUSS. 

Sémiramis , 2 e quadrille. 

PHILIPPE Sl'llï. 

Juana , polka- mazurka. 

MUSARD. 

Sémiramis, yalse. 

JC.-L. BATTMANN. 

Menuet et galop final à'Orphée aux 
Enfers, de J. OOenbach. 



MORCEAUX DE SALON. 

CROISEZ. 

Guipures et Dentelles (n° 1). 

Cit. NEUSTEDT. 

Il mio Tesoi-o, transcription de Don Juan. 

MARMONTEL. 

Musette, rondo pastoral. 

PAUL BERNARD. 

Sella sera, idylle. 

JLÉCUREUX. 

Fleuve du Tage, transcription. 

FÉLIX GODEFROID. 

Les Abeilles, étude extraite du 3 L " cahier 
de l'Ecole chantante du piano. 



Chaque demande ou renouvellement d'abonnement doit être accom- 
pagné d'un bon sur la poste [franco] : 1° de 15 fr. , Paris; 18 fr., pro- 
vince, pour chant et texte, ou piano et texte. 2° De 25 fr., Paris, ou 30fr., 
province, pour l'abonnement complet: texte, chant et piano réunis. 
Joindre, pour les départements, un supplément de 2 francs , montant de 
l'affranchissement des primes de l'abonnement complet, ou un supplément 
de 1 franc pour l'affranchissement des primes séparées, piano ou chant. 



J.-L. Heugel, directeur. 



3. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues frères, rue Jean-Jacques Rousseau, 8. 



BIBLIOTHÈQUE CONCERTANTE 



DES 



ŒUVRES 

PROGRESSIVES. 




PIANO 
QUATRE MAIW8. 



lECARPENTIEIl . 

Trésor (1rs jeunes Pianistes. Vingt-quatre Récréa- 
tions livs-fucilrs '■[ (loisirs Nui^iieiisnnent sur les 
romances de Loïsu Puget, niL'lodii's iLaliennes, etc., 
en deux suites; chacune 7 au 

Op. 56. La Hose bretonne 6 » 



I,. GUEUIEE. 

£m Petits pianistes, six petits morceaux très-faciles. 9 » 

Frais ombrages, id. « 50 

Gentil Hussard, ■<!• 3 " 

X. RIIMMEL. 

Valse de Ven^ano 6 " 

1. Barcarolle d'Oberon, de J.-A. PiCHEn fi » 

2. Fleur des Alpes, de J. Schad ,. 6 » 

3. Santa Luc ia, de Padl Bernard 6 » 

4. Carnaval de Venise, de J.-Cn.. Hess 6 » 

5. Les Noces de Figaro, de Cil. IS'ecstedt 6 » 

6. OU vas-tu, petit Oiseau? de Ch. Hess 6 • 

ÉCOLE CHANTANTE DE F. GODEFROID 
Var J. KUMMEE. 

1. Op. 26. Résignation, romance £ 50 

2. — 5&. Gouttes de rosée, rêverie 9 » 

3. — Ù8. Prière des Bardes , choral 1 50 

û. — ft8. Les Nuits d'Espagne, boléro 9 D 

5. — 35. Les Soupirs , and3nte 1 50 

6. — 38. Le Réveil des Fées, orientale 12 ■ 

II. BOSEELErV. 

Op. 60. Fantaisie sur Béatrice di Ténia 9 » 

Op. 72. Marche de la Caravane du Désert 10 » 

1" Quadrille italien varié 9 . 

2« Quadrille id 9 >i 

H. HERZ et LOUIS. 

Op. 118. Les trois Sœurs: 1. Gracieuse. 2. Senti- 
mentale. 3. L'Enjouée. — Chaque 7 50 

lA'Cartott'a Grisi, grande -valse..;; 6 » 

FÉLICIEN DAVID. 



II. HERZ. 

Op. Ir6. Grand duo concertant sur le Désert 9 » 

Op. 166. Marche nationale 7 50 

ENSEIGNEMENT 

INDIVIDUEL ET COLLECTIF A L'CSACE DES COLT.S DE PIANO 
Far FRANÇOIS STŒPEL. 

N° 1. Éléments de l'art du Pianiste, avec une Intro- 
duction raisonnée de toutes les méthodes, et précé- 
dée d'un Avant-Propos pour les Cours de piano. Net. 5 » 
N° 2. Exercices- préparatoires et 20 leçons progres- 
sives soigneusement doigtées, pour 1-2 ou 3 pianos 

concertants Net. 5 b 

i. Sicilienne, 
l 3 pianos con- 



nts. 



Net. 



H. VAI.IQUET. 

ECOLE CONCERTANTE DES PETITES MAINS. 



1. Illitclle des Grains tir Sable... 3 75 

2. Polka id. ... 3 75 

3. Musette id. ... 3 75 
tt. Pâquerette, polka des Brins 

d'Herbe 3 75 

5. Perce-Neige, marche id. . . 3 75 

6. Le Liseron , valse id. . . 3 75 

7. L'Été, pol.-maz. des i Saisons. 3 75 



8. L'Automne, valse des Quatre 

Saisons 3 75 

9. La belle au Bois dormant, 

berceuse des fontes de Fées., ù 50 

10. Le Chat botté, rondo id. . . ù 50 

11. Le Nain jaune, valse id. . . ti 50 

12. Le Prince Charmant , polka- 

mazurka des Coules de Fées. U 50 



(s« aaaa'jj 



CH. CZERS1. 



L'ART DU CHANT DE S. THALBERG. 



1, Quatuor ù'i Puritain', de Bel- 

lini 

2. Trc Giorni , air de Pergo- 



Adétmde, de Beethoven ... 7 50 

Air d'église, de Stradella 6 h 

LacrymosaelNozze di Figaro, 

de Mozart 7 50 

Duetto de Zelmira, Hossini... 7 50 
Le recueil complet, net 10 » 



7. Bclla adorata, de Mercadantc. 6 u 

8. Le, Meunier et le Torrent, de 

Schubert 6 n 

9. ttmio lesoro, air de Don Juan, 

de Mozart 7 50 

10. Chœur des Conjurés, du Cro- 

cialo, de Meyerbeer 7 50 

11. Ballade de Prrcinsa, de Weber. 6 » 

12. hiiodeFreyschUtz, de Weber. 7 50 
Le recueil complet , net 10 n 



LEFËBURE-WÉLY. 

ÉCOLE CONCERTANTE DU PIANO. 



(O,.. 85). 



1. Scherzo pastoral. .. 

2. Berceuse 



Marche . 



7 50 

varié 7 50 

Andante 6 » 

Scherzo-chasse * 7 50 



7. Scherzo-symphonioue. 

8. Rêverie 



.. G 



9. Presto 7 50 

10. Andantino 7 50 

11. Boléro 7 50 

12. Scherzo-poste 5 D 

DU MÊME AUTEUR: 

Op. 53. Fantaisie sur les Monténégrins 9 D 

Op. 58. Id. sur les Porcherons , 9 H 

Op. 93. Concert à la Pension 7 50 



CLASSIQUES-MARMONTEL 

BEETHOVEIV. 

Op. f>. Sonatine (n° 2û, école clas- 
sique} 6 » 

Op. £i5. Trois marches {11" 32, école 
classique) 7 50 

Variations à quatre mains sur un 
thème de Waldstein (n° 103, 
école classique) ■ 7 50 

m iiui- 1.. 

Op. 138. Tyrolienne ;\ U mains... 7 50 



MOZART. 

Sonate eu ri; naturel majeur (n° 92, 

école classique) 7 50 

Sonate en si bémol majeur (n° 93, 

école classique) 7 50 

CM. DE WEDER. 
Op. 3. Six pièces faciles ( n° 7ft, 

école classique) 7 50 

Op. 3 bis. Six pièces faciles (n° 75, 

école classique ) 9 » 



MORCEAUX DIVERS A QUATRE MA8NS. 



H\ ROSEffXEtV. 
Répertoire de* jeunes pianistes. 

Rondo sur la Gazza ladra 

PetiLe fantaisie sur Olîvo e Pasquale 

la cavatine de Gabriella di Vergy... 

? .duardo e Cristina 

A. IVELD1. 
Op. e. Dix Etudes primaires rhythmîques et mêïo- 



Le Déserteur, grande valse ., 7 50 

Le Ramier messager, id ,, -7 50 

Les Yeux bleus, id 7 50 

Ta Main , fantaisie- valse ." * 7 50 

La Sirène dr Sor renie, fantaisie- valse 7 50 

Benedetta, fantaisie brillante 7 50 

LE JEUNE PIANISTE CLASSIQUE. 

Transcriptions et réductions des œuvres célèbres 

de HAYDN, MOZABT, BEETHOVEN, 

d'une difficulté progressive, arrangées à U mains et doigtées 

par JULES WE1SS. 

HAYDN. 

1. Finale de la symphonie en ut 7 50 

2. Finale de la U c symphonie eu sol !. 7 50 

3. Andante de la symphonie en sol 7 50 

U. Finale de la l ce symphonie en sol 7 50 

BEETHOVEN. 

5. Sonate en sol mineur. Op. &9. no 1 7 50 

6. Sonate en sol. Op. I19. n° 2 7 50 

7. Allegro de la sonate en la. Op. 12 ] 7 50 

8. Allegro de la sonate en fa. Op. 17 '. 7 50 

MOZART. 

9. Allegro de la sonate facile 5 , 

10. Andante de la sonate facile ,, \ 5 » 

11. Finale de la sonate facile \\\\ 5 , 

12. Marche turque ! ! ! ! ! 5 » 

Cil. CZERIVY. 
Quatre grandes fantaisies concertantes. 

Op. 2a0. Wauerley 9 , 

Op. 2&1, Guy-Mannering 9 » 

Op. 2£i2. Ivanhoé 9 , 

Op. 2^3. Rob-Roy 9 , 

CH. LYSBERG. 

Souvenirs de Don Juan , a deux pianos 12 » 

C. STAM4T1. 

ï.e Ru 3 [lune des doigts. 

Exercices applicables à U mains et plusieurs pianos, 15 • 



exercices chantants en forme de duetlino 15 

L'Aride l'Accompagnement appliqué au. piano, mé- 
thode poiirappieiuhe aux chanteurs à s'accompagner. 15 

A. .\i:idv 

Dix Études primaires, arythmiques et mélodiques, 
piano et violon 12 



nolmetscli. Rêve du jeune âge (f.) 

comion. Op. htx. La Bague de ma Mère (f.) 

— Op. 50. Sur la Cracovienne (f.) 

II. kurr. Nocturne sur l'Illusion cf.) 

— Op. 180. La Pensée nocturne (F.) 

««. K.astncr. Grande valse (d.) 

utemczlnskl. Op. 5. Variations sur Don Juan (m. d.)... 

— Op. 6. Rovdolrlto, marche polonaise (M. d.). 



Kozeluck. Op. 19. Sonate (m. d.) 

IL. a, annuité. Marche des racoleurs, A'Ârva (d.) 

Latour. Le Petit Tambour (m. d.) , 

— Premier duo sur O dolec contenlo (m. d.) 

E. Lipart. Divertissement facile 

S. Louis. Op. 1W. Ma Champagne, fantaisie (M. d. \ 

Majetii. Grand yalop de la Méduse (m. d.) 

Marquerie. Op. 21. Deux bluettes sur le Diatestê, 
deux suites (f.). Chacune 



A. Weldy. Souvenirs de Saintonge [h. d.) 7 

Ries. Di tanti palpiti (m. d.) 6 

— Op. 53. Retour des Troupes (h. d.) 4 

A. Thys. Pas styrien (si. d.) U 

De vaucorheil. Tempo di Minuelto (m. d.) C 

OUVERTURES A QUATRE MAINS. 

Pilatl et Flotow. Le Naufrage de la Méduse C 

Ain». Thomas. Le Panier fleuri 6 

Paul Bernard. Sémiramis, de Hossiui 9 



IHUSiaUE CONCERTANTE POUR PIANO, VIOLON, VIOLONCELLE, ORGUE, ETC. 



ALEX. BATTA. 



A. B»D D.OE fl Itï . 

Scène (TOrphée, de Gluck, transcription pour violon 
ou violoncelle, piano et orgue, ad lib 

CH. OOIHVO». 

Méditation sur le premier prélude de Bach, pour 
piano, violon ou violoncelle et orgue 

LaJeunereligieusc, de Schubert, transcription pour 
violon, violoncelle, ad lib. , orgue et piano 

V" ■►■ GRMIITAE. 

Deuxième trio pour piano, violon et violoncelle 

n. iikrk et iv. i.oiriM. 
Les trois sœurs : la Gracieuse, la Sentimentale, 
l'Enjouée, 3 fantaisie^ pourpiano et violon. Chacune 
La Carlotla Grisi, valse 



AMlDli; MEBEAVX, 



Douze transcriptions concertantes d 

1. Duo de ta lettre, des Noces de 
Figaro, de Mozart. Piano et or- 
gue Duo . 5 u 

2. Mon cœur soupire, des Noces 
de Figaro, de Mozart. Piano, vio- 
lon et orgue Trio. 6 » 

3. La Prière, adagio varji': du 3 e 
quatuor d'Haydn. Piano et or- 
gue ou deux orgues. . . . Duo. 6 n 

U. BattiBatli, air de Don Juan t 
de Mozart. Piano, violon, violon- 
celle et contrebasse.. Quatuor. 7 50 

5. Adagio et polonaise de la S<?- 
rénade de Beethoven. Piano et 
orgue. Duo. 7 50 

G. Andantino de i:i^j;in(h' sympho- 
nie en mibêmol d'Haydn. Piano, 
violon et orgue Trio. 9 » 



aîlns. 



uvres célèbres des grands 1 

7- Chœur pastoral et gavotte 

iTArmide, de Gluck. Piano 

et orgue Duo . 

8. Menuet et trio des Masques, 

de Don Juan, de Mozart. 
Piano et orgue Duo. 

9. Air de basse de la Flûte en- 

chantée, de Mozart. Piano, 
violoncelle et orgue. Duo. 

10. Les Soupirs du Berger , 

de Weber. Piano et or- 
gue Duo. 

11. Quatuor de Fidelio , de Bee- 

thoven. Piano a U mains , 
orgue Trio . 

12. Andante du quatrième con- 

certo de Ilaindcl. Piano et 
orgue Duo. 



E. ir»l HARTOG. 
Pensée de Crépuscule, méditation pour violon, vio- 
loncelle, orgue et piano 9 t 

Souvenir de Pergolèse , andante religioso, pour 
violon, violoncelle, piano et orgue 7 50 

LEFÉBIIRE-WÉLV. 

ècle), pour piano, violon ou 



GUIS. — IV. LOUIS. 

n\ — Méduse, — Porcherons, — lù e sé- 

• des motifs de Loïsa Puget 6 et 7 50 



Paris, AU MÉNESTREL, 2 bis, ru Vivicnnc, IIEUGEL ctO, éditeurs , fournisseurs du CONSERVATOIRE. 



685 — Typ. Cliarlcs (le Mourgues rrtres, rue J.-J. Rousseau, 8. — 0409. 



757. — 28° Année. 

N" », 



J.-L._ HEUGEL, 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR, 



Dimanche 13 Janvier 

1861. 



££>3^ 




NESTREL 



JOURNAL 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'enchef. 



JLES BUREAUX , S Ijîs, rue Vivienne. — HEUGEL et C>«, éditeurs. 

(lui Magasins et Abonnement île Musique du MÉNESTREL. — Vente et location de Pianos et Orgues.) 



CHANT. 

1 er Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 30 Morceaux 
Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; î Album» 
primes illustrés. — Un an : 15fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 



2 8 Mode d'abonnement ; Jonrnol-Textc, tous les dimanches; ïO Morceaux 
Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; * Albmiu 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Étranger : 21 fr. 



CHANT ET PIANO REI'NIS : 

3 e Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les 5î Morceaux de chant et de piano, les 4 Albums -primes illustrés. 

Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 

On souscrit du I er de chaque mois. — L'année commence du 1 er décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser /ranco 
un bon sur la poste, à MM. IIF.irr.EI. et C ie , éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgues frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 273. 



SOTE.WAIE8E. 



TEXTE. 



I. L'opéra-comiqne, ses chanteurs et ses divers théâtres : Berton (21 e article). 
L. Meneau. — II. Semaine théâtrale. J.-L. Heucel. — III. Bouffes-Parisiens : 
première représentation de la Chanson de Fortunio, débuts de M"- Pfotzer. 
J. Lovy. — IV. Tablettes du pianiste et du chanteur : Bilan lyrique de l'année 
1860. — V. Nouvelles et Annonces. 

MUSIQUE DE PIANO ; 

Nos abonnés à la musique Je Piano recevront avec le numéro de ce jour: 
le premier quadrille composé par Strauss sur les motifs du ballet 

LE PAPILLON , 

musique de J. Offenrach. — Suivra immédialemenl après : la Valse 
des Fleurs, du même ballet, dansée par M lle Emma Livry. 

CHANT : 

Nous publierons, dimanclie prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Chant : 

TES VINGT ANS , 

Paroles et musique de M me Pauline Thys. — Suivra immédiatement 
après : la romance du deuxième acte de Barkouf, chantée par M llu Ma- 
rimon, paroles de MM. Scrire et Boisse vux, musique de J. Offenrach. 



I/OPËRA-COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



SECONDE PARTIE. — XIX e SIECLE. 

CHAPITRE VI. 

XXI. 



Henri Monta'n Bsrlon, né à Paris le 17 septembre 1737, était 
fils de Pierre Montan Berton, chef d'orchestre de l'Opéra et 
composi'eur. Comme Méhul, Chérubini cl Lesueur, Henri Berton 
é rivit à la fois pour l'Opéra el l'Opéra-Comique ; il n'appartient 
donc pas aussi complètement à celle histoire que les premiers 
compositeurs dont j'ai tracé la biographie détaillée : Monsigny, 
Grétry, Dalayrac... 



Il avait vécu dans la musique dès son enfance; aussi, à 
l'âge de six ans, déchiffrait-il déjà couramment une sonate. Il 
entra de bonne heure, comme violon, à l'orchestre que dirigeait 
son père et ce fut en accompagnant les chefs-d'œuvre de Gluck 
et de Piccini, qu'il fit son éducation, bien plutôt qu'en prenant 
quelques leçons d'harmonie de ses camarades d'orchestre. 

A quinze ans, il devint amoureux de la prima donna Maillart 
qui, de ballerine s'était élevée à l'emploi de première canlalrice 
à l'Opéra. Il en eut un fils, François Berton, compositeur qui 
donnait des espérances, mais qui mourut du choléra en 1832. 

Henri Berton avait mis en musique un librelto iutilulé la Dame 
invisible; il se demanda si ce qu'il avait fait était bien de quel- 
que valeur ; M Ue Maillart se chargea de montrer cette œuvre à 
Sacchini qui y vit le germe d'un talent réel et consentit à donner 
des conseils au jeune artiste. Grâce à ce patronnage, Berton put 
faire exécuter au concert spirituel des oratorios de sa façon ; en- 
fin, en 1787, un opéra -comique : les Promesses de mariage, et 
peu de temps après : la Dame invisible, dont il avait retouché la 
partition primitive. Après quelques œuvres de peu d'impor- 
tance, il donna a la Comédie-Italienne les Rigueurs du cloître, 
le 23 août 1790. Celte pièce, dont le libretlo était de Fiévée > 
eut un succès retentissant et mérité. La partition débute, aussi- 
tôt l'ouverture, par un duo brillant et mjuvemeaté entre Lucile 
elle comte : Ah! de grâce! ... Le chœur des nonnes : Ah! quel 
scandale abominable! est comique et bien réussi; l'allégro agi- 
tato de Lucile au second acte : Où fuir? et le chœur : Grand 
Dieu, reço'.s ce sacrifice ! sont très-pathétiques et ne manquent 
point leur effet. 

Berton écrivit après cela quelques ouvrages qui furent assez 
froidement reçus. Pendant la terreur, l'esprit public élait modé- 
rément tourné vers les comédies à ariettes et les seules pièces que 
l'on allât voir étaient des sjôues patriotiques, des à-propos qui 
coûtaient peu de travail à leurs autours el dont le nombre de 
représentations était du reste assez restreint. Les litléra leurs en 



50 



LE MÉNESTREL. 



renom ne voulaient plus se donner la peine d'écrire des libretti 
soignés. Or, Berton avait abandonné M lle Maillart qui régnait à 
l'Opéra, fort peu soucieuse de son ancien ami ; celui-ci s'était 
marié, il avait une famille à élever et se trouvait dans la plus 
grande gêne. Ne pouvant mettre la main sur un scénario, il ré- 
solut d'en écrire un lui-même et fut ainsi doublement l'auteur de 
Ponce de Léon , opéra-comique en trois actes , représenté 
en 1794, avec un bon succès d'estime, qui ne lui rapporta point 
cependant assez d'argent pour le tirer de la gène où les événe- 
ments politiques l'avaient jeté. 

En 1799, Berton habitait une mansarde ornée du plus simple 
mobilier , lorsque se présenta chez lui un parolier célèbre- 
alors, déjà son collaborateur dans le Nouveau d'Assas, repré- 
senté en 1791. C'était le poète Dejaure (1). Il apportait le li- 
bretto de Montano et Stéphanie, reçu au théâtre Favart et qu'il 
avait présenté d'abord a Grétry; mais celui-ci ne voulait plus 
composer, et lui avait répondu : « 11 vous faut un musicien qui 
« soit encore dans l'âge des passions et qui néanmoins ail fait ses 
« preuves au théâtre. Celui qui réunit toutes ces conditions, c'est 
« le petit Berton. Croyez-moi, choisissez-le, et il vous rendra un 
« chef-d'œuvre. » Cette prédiction se réalisa : Berton s'éprit pour 
le sujet qu'il avait à traiter etsa partition fut faite en un mois. C'é- 
tait bien réellement un chef-d'œuvre. On y remarque à un degré 
éminent l'entente de la scène, l'originalité de style qui placent 
Berton à part parmi les musiciens français. Pour s'identifier avec 
le poème qu'il avait à traiter. Il se représentait, en écrivant, ses 
chanteurs en scène. Berton dit en effet, à propos de la situation 
qu'il avait à rendre en musique dans l'introduction : « J'avais 
cinq rôles principaux à faire agir et parler. Je fis donc chois de 
cinq gros louchons : à la gauche du spectateur, le premier était 
Stéphanie; le deuxième, Léonali; le troisième, Salvator; le qua- 
trième, Montano, et le cinquième, Altamont. Les petits bouchons 
placés derrière représentaient les officiers et les gens de leur suite. 
Celte statistique exacte du tableau que je désirais que la scène 
offrît me fut d'un grand secours ; car, en faisant avancer ou re- 
culer à mon gré l'un de ces personnages, lorsque l'un d'eux me 
paraissait avoir trop tardé à parler, je m'identifiais plus directe- 
ment avec l'intérêt et le pathétique éminent de cette belle situa- 
tion dramatique. » 

La première représentation s'effectua le 26 mai 1799 et obtint 
un immense succès, malgré le tumulte affreux qui eut lieu lors- 
que l'on vit entrer en scène le chanteur Solié, sous des habits de 
prêtre ; le vacarme des républicains étouffa la voix de Gavaudan 
qui jouait le rôle de Montano et celle de Jenny Bouvier (1), 
chargée de celui de Stéphanie. La pièce ne put, du reste, avoir 
que trois représentations. On fut forcé de la retirer du répertoire 
« parce que, comme disait un critique du temps, elle exigeait la 
présence de personnages qui blessaient la susceptibilité des 
oreilles et des yeux républicains. » Elle ne fut reprise qu'en 
1801. Dejaure était mort, Legouvé fit au troisième acte quelques 
modifications jugées nécessaires au poëme. Parmi les morceaux 
qui doivent être cités dans celte pièce, il y a, outre la belle ou- 
verture que Berton écrivit le jour même de la première représen- 
tation, l'air : Oui, c'est demain que Vhyménée... d'une mélodie 



(1) Jean-Élie Bendenc Dejaure, né en 1761, mort le S décembre 1799. 
Il fut, comme on le verra plusloin, le collaborateur habituel de R. Kreutger. 

(1) Jenny Bouvier était fille d'un violoniste de l'orchestre; elle chantait 
avec goût, mais sa voix était faible. 



large et pleine de sentiment; le duo gracieux : Venez, aimable 
Stéphanie ; le trio : mes enfants;... Mais la pièce capitale est 
le finale, avec son crescendo célèbre qui n'a jamais manqué d'en- 
lever l'auditoire. 

Les meilleurs ouvrages de Berton après Montano furent le 
Délire, un acte (1799) qui fit ressortir jusqu'à quel point ce com- 
positeur savait donner à sa musique des couleurs variées et ap- 
proprier son style au genre qu'il avait à traiter. 

Deux œuvres de mérite bien différent se succédèrent dans les 
années 1802 et 1803. 1° Le concert interrompu, un acte dans 
lequel on remarque deux jolis airs de soprano : Jeunes beautés, 

craignezde tristes chaînes et Oui, fuyez loin de mon âme 

2° Aline, reine de Golconde, celui des opéras de Berton qu'on a 
repris le plus souvent. Cet auteur avait cherché avec soin et ren- 
contré souvent avec bonheur la couleur locale dans cette parti- 
tion. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire le premier et le troi- 
sième actes, empreints d'une originalité orientale, et le deuxième 
qui brille par un certain air de vivacité provençale. 

En 1806 Berton mit en musique l'opéra d'Elleviou : Dellia et 
Werdi-Kan. 

En 1806, il fit aussi la partition pleine de franche gaieté des 
Maris garçons, un bon type d'opéra-comique français. Elleviou 
enlevait son auditoire quand il chantait : Pour triompher de la 
beauté secondé supérieurement par son partenaire Martin. 

En 1809, Berton donna Françoise de Foix, ouvrage en trois 
actes, dans lequel on applaudit un joli trio : A mon aspect.... 

Dans ses derniers opéras, on ne reconnaît plus la verve de 
Montano et Stéphanie. Son esprit s'était affaibli par suite de 
différents chagrins ; sa carrière avait été peu heureuse en effet. 
Il avait survécu à sa réputation (elle est encore grande aujour- 
d'hui) tout au moins à la vogue de ses pièces ; désappointement 
profond pour un auteur. Sa vieillesse fut attristée aussi par l'é- 
tat de gêne qui le poursuivit toute sa vie 

Si nous remontons à l'époque où Dejaure venait le trouver 
dans sa mansarde pour lui porter le libretlo de Montano et Sté- 
phanie, nous le voyons en proie à un morne désespoir, il était 
sur le point de renoncer à l'espérance de traiter un sujet qui l'a- 
vait enthousiasmé, faute d'avoir de quoi acheter du papier à 
partition. Un ami lui procure un travail abrutissant au moyen 
duquel il parvient à vivre jusqu'à la première représentation de 
son opéra , mais à peine son œuvre a-t-elle conquis la faveur du 
public que le gouvernement républicain jette l'interdit sur la 
pièce. Par suite, elle ne lui rapporta presque rien. 

Plus tard, en 1820, on ne songeait plus à lui ; pour remettre 
son nom dans la mémoire des acteurs, il céda la propriété de ses 
compositions à l'Opéra-Comique, alors dirigé par les artistes en 
société, moyennant une rente viagère de trois mille francs. Mais 
le théâtre ayant fait de mauvaises affaires, Berton vit cette der- 
nière ressource lui échapper. 

Il mourut au mois d'avril 1842, après avoir perdu tous ses 
enfants. 

Léon Meneau. 

[La suite à un prochain numéro.] 



TABLETTES DU PIANISTE ET IW CHANTEUR. 



51 



SEMAINE THÉÂTRALE. 

Un nouvel Éléazar nous est apparu dimanche dernier à 
I'Opéra. M. Labat, ci-devant professeur d'histoire à la solde 
de noire première scène lyrique, est venu s'attaquer à ce for- 
midable rôle d'Éléazar,de la Juive. Il s'en faut que la tentative 
du nouveau venu ait été des plus heureuses, — selon le style 
consacré de la réclame. Ce n'est pas que le débutant ne soit 
doué de quelques belles notes de poitrine, mais que de défail- 
lances dans le médium ! que d'inexpérience au point de vue du 
chant I Pourtant M. Labat ne s'est pas mal tiré de la Pâque, 
notamment de la phrase : Dieu, que ma voix tremblante ! Le 
trio de l'ana thème lui a également été favorable , tandis que les 
passages les plus modestes laissaient considérablement à désirer. 
En somme, M. Labat possède un fort bel instrument dont il 
n'a pas suffisamment appris à se servir. — Les partenaires 
d'Éléazar, M mes Duprez-Vandenheuvel , Marie Sax, M. Belval, 
ont récolté leur succès habituel, et Dufrêne (Léopold) s'est fait 
remarquer, dans la bonne acception du mot, en sens contraire 
de M. Labat. 

Le lendemain lundi, les sœurs Marchisio, de retour de leur 
pérégrination à Nantes et à Angers, ont reparu dans la Semi- 
ramis, dont elles venaient de chanter triomphalement — hors 
Paris — le duo qui a fondé leur réputation, non-seulement en 
France, mais aussi en Italie. — Chacun se rappelle l'émotion 
communiquée à la salle entière de l'Opéra par le merveilleux 
ensemble des sœurs Marchisio dès la première soirée. Cette 
sorte d'électricité vocale ne pouvait manquer son effet, même 
au concert, où s'efface cependant tout le prestige de la scène. 

Voici ce que nous lisons à ce sujet dans le journal de Maine- 
et-Loire : 

LES SOEURS MARCHISIO. 

« Les sœurs Marchisio n'étaient guère connues ici que par leur 
triomphe à l'Opéra dans Sémiramis. Elles se sont présentées 
tout modestement , de rose vêtues, charmantes, sinon par la 
beauté, du moins par la physionomie, par le caractère, par la 
fleur de la jeunesse et par leur touchant accord fraternel. 

« Prodigues de leur talent, elles n'ont pas compté avec le public; 
elles ont fait, comme on dit, la bonne mesure, et cet avare de 
public n'a pas encore été content, il a fait répéter deux mor- 
ceaux. 

« Les deux sœurs ont débuté par le duo des Zingari, joli bijou 
de Gabussi. Leur succès a été aussitôt décidé. Il a fallu recom- 
mencer le morceau. 

« Elles ont ensuite chanté ensemble le fameux duo de Sémira- 
mis, dont l'andante se termine par de diaboliques vocalises à 
deux. On aurait bien voulu bisser, mais c'eût été cruel. Il ne 
faut jamais abuser, même des meilleures dispositions. 

•« Elles ont enfin terminé par un délicieux duo de Mathilde 
de Shabran, qui était, comme le bouquet d'un feu d'artifice, 
une pluie de perles et de diamants, une mélodie enchâssée par 
le bijoutier qui se nomme Rossini, dont le génie a inventé les 
traits et dont la science a guidé les jeunes virtuoses. Ce mor- 
ceau-là, par exemple, on l'a redemandé; c'était le dernier; il 
était [impossible de laisser partir les sœurs Marchisio sans les 
revoir et sans les applaudir. 

« Mais ce n'est pas tout. Elles se sont aussi fait entendre cha- 
cune isolément. 

« Carlotta, le soprano, a dit une cavatine deRigoletto, hérissée 
de difficultés, et la romance de Guillaume Tell .-Sombres forêts. 



« Barbara, le contralto, a chanté un gracieux air de Dona 
Carilea, de Mercadante. 

« Le timbre de voix de ces deux sœurs est a peu près le même, 
bien que l'une atteigne les notes les plus élevées et que l'autre 
descende aux plus profondes. Ces voix sont vigoureuses, pleines, 
bien trempées. Dans un grand vaisseau, elles doivent vibrer 
merveilleusement. Elles ont de l'éclat, du brio, et aussi, quand 
il le faut, beaucoup de douceur et de suavité. 

« Leur chant, évidemment façonné par le même maître, est pur 
et franc. La note est toujours juste, égale ; le caractère a de la 
hardiesse, le trait est enlevé vivement et comme à plaisir. Il est 
difficile de dire laquelle des deux sœurs on préfère, tant elles se 
complètent l'une l'autre. 

« Aussi, quand elles chantent ensemble, quelle entente I quelle 
perfection d'unité ! Ce sont les Siamoises du chant; elles pensent 
de même et elles ont le même sentiment au même instant. Toutes 
les nuances sont rendues avec une instantanéité impossible à 
atteindre dans d'autres conditions. 

« En somme c'est admirable, et nous avons passé deux heures 
délicieuses. » Louis Tavermer. 

Aux Italiens on annonce la première représentation du 
Ballo il Maschera pour ce soir dimanche. On attend beaucoup 
de ce nouvel opéra de Verdi, dont M me Grisi et M. Badiali ont 
fait apprécier plusieurs beaux fragments samedi dernier chez 
notre grand maître Rossini. A dimanche prochain les détails. 

Jeudi dernier le Théâtre -Français a représenté les Effrontés, 
de M. Emile Augier, comédie en cinq actes, qui a presque les 
allures d'un drame sous l'attrait piquant de la satire. Les mots 
abondent, la critique de mœurs ne tarit pas, et le rire fait de 
même. Citer les interprètes : M me Arnoukj-Plessy, MM.Samson, 
Provost, Régnier, Got, Delaunay, c'est nommer les collaborateurs 
naturels de ce grand succès. L'Empereur honorait de sa pré- 
sence cette brillante soirée et n'a quitté la salle qu'après avoir 
applaudi en personne le nom de l'auteur. 

L'Opéra-Comique a repris Barhouf, M lle Bélia et M. Nathan 
ayant pu reprendre leurs rôles respectifs; quelques nouvelles 
coupures ont d'autant mieux réussi qu'elles portent sur les 
ensembles dont l'exécution laissait beaucoup à désirer. M IIe Ma- 
rimon est toujours rappelée, et c'est justice. On annonce, comme 
très-prochaine, la première représentation du nouvel ouvrage 
de MM. Scribe et Auber. Cet ouvrage aura pour titre définitif 
la Circassienne, et pour principaux interprètes : MM. Montaubry, 
Couderc, Barrielle et M 1Ie Monrose. 

De son côté, le Théatre-Ltriqce promet pour demain lundi 
la première représentation de la Madone, opéra-comique en un 
acte, de Louis Lacombe, paroles de M. Carmouche. — Le nouvel 
ouvrage de M. Ernest Reyer se répète activement. 

Les Rouffes-Parisiens ont représenté leur Forlunio, qui 
n'est rien moins qu'un grand succès (voir notre article). \ A la 
bonne heure, voilà bien le genre du véritable opéra-comique, 
vif, léger, pimpant, avec uue agréable dose de sentiment. Forta- 
nio prendra le première place dans cette foule de jolies opérettes 
qui ont nom : le Violoneux, le Mariage aux lanternes, les Pan- 
lins de Violette, le 66, Monsieur Landry, le Mari à la porte, etc. 

Demain ou mardi, première représentation des Musiciens, 
ouvrage bouffe, qui va venir compléter l'affiche de Fortunio et 
du Mari sans le savoir. 

On le voit, les nouveautés ne manquent pas; l'année 1861 
s'annonce sous les meilleurs auspices. Puisse-t-elleJ ne point 
faillir! J.-L. Heugel. 



52 



LE MÉNESTREL. 



THÉÂTRE DES BOUFFES-PARISiËNS. 

~ LaZChunson de Fortunio , opérette en un acte, paroles de MM. Hector 
CnÉMiEux et Ludovic Halévy, musique de M. J. Offenbach. 

M. Offenbach vient de répondre aux ennemis de son théâtre 
et de sa musique par une délicieuse petite partition qui, celle-là 
aussi, fera non-seulement son tour de France et de Belgique, 
mais encore son tour d'Allemagne. Et Fortunio justifiera son 
titre sur toute la ligne, partout la faveur publique l'accueillera, 
avec son joli poëme, sa musique pleine de fraîcheur, de grâce et 
d'entrain. Là, pas un mot, pas une note qui n'intéresse ou ne 
plaise, ne déride et ne charme en même temps. Ajoutez à ces 
mérites essentiels une débutante qui, d'emblée, a conquis toutes 
les sympathies, et l'on comprendra la fortune prédestinée, par 
droit de baptême, à Fortunio. Mais abordons la pièce. 
Chacun connaît l'adorable chanson d'Alfred de Musset : 
Si vous croyez que je vais dire 

Qui j'ose aimer, 
Je ne saurais pour un empire 
Vous la nommer. 

Il'y a déjà quelque dix ans M. Offenbach, — alors violon- 
celliste très-couru dans nos salons aristocratiques, — écrivit pour 
Roger, sur cette poétique pensée, une non moins poétique mélo- 
die, qu'il accompagna d'une certaine barcarolle de Théophile 

Gautier : 

Dites, la jeune fille, 
Où voulez -vous aller? 
La voile ouvre son aile, 
La Irise va souffler..., 
dont notre grande cantatrice, M" 18 Cinti-Damoreau, faisait ses 
plus doux loisirs. Nos illustrations chantantes, qui pressentaient 
déjà la fibre mélodique du violoncelliste-compositeur, ne dédai- 
gnaient pas de le signaler au monde musical, bien au contraire. 
Or, c'est ce même musicien que certains feuillelonnistes ont 
systématiquement nié celte semaine. Qu'ils aillent entendre la 
Chanson de Fortunio aux Bouffes-Parisiens, et M. Offenbach 
sera suffisamment indemnisé. 

La donnée de la pièce repose, — comme tout le monde 
l'aura deviné, — sur cette même chanson d'Alfred de Musset, 
musique de M . Offenbach . 

Maître Fortunio, autrefois clerc chez M e André, avait clé 
cité comme un verl-galant. Il parvenait surtout à conquérir les 
cœurs féminins avec notre ravissante chanson : Si vous croyez 
que je vais dire, etc. 

Aujourd'hui M c Fortunio, établi tabellion, et marié, a par- 
faitement oublié ses folies de jeunesse; — je me Irompe : il les 
a si peu oubliées, qu'il redoute les entreprises des galanls et 
craint la'peine du talion. Il n'en faut pas davantage pour chan- 
ger cet officier' ministériel en un véritable Othello, voire en un 
tigre du Bengale. 

Or, ses appréhensions pourraient bien être fondées, car sa 
femme esl jolie, et ses clercs sont de vrais diables. Précisément 
en voici un, — le jeune Valentin, — qui rôde autour de 
M me Fortunio avec la tendresse respectueuse d'un Chérubin. 
Le jeune homme, excessivement timide, se serait éternellement 
borné à cueillir des roses à l'intention de sa châtelaine sans 
lui chanter sa flamme (vieux style), —si le petit clerc Friquet 
(représenté par le grand Bâche)! ne venait attiser le feu dans 
l'étude de maître Fortunio. Ce salané Friquet, en débrouillant 
un' vieux dossier, a trouvé le vieux brouillon de la fameuse 



chanson qui servit jadis au patron pour conquérir les cœurs. Et 
tous les clercs d'en prendre aussitôt copie pour leur usage per- 
sonnel. Ce n'est pas tout. Afin de ménager à son timide cama- 
rade Valentin une entrevue avec M me Fortunio, Friquet éloigne 
le palron on lui faisant accroire que le Châtelet est en feu. 

A son retour, maître Fortunio trouve son étude en pleine 
galanterie; tous les clercs, bras-dessus, bras-dessous avec de 
gentilles grisettes, entonnent à son nez et à sa barbe la chanson 
magique; et Valentin la soupire à la patronne. 

Le tabellion se voyant joué, devient plus Othello que jamais : 
mais les rieurs ne sont pas de son côté. La jalousie est un vilain 
défaut, — un défaut très-dangereux; et cela est si vrai, que la 
fenêtre du balcon s'ouvre, et que M me Fortunio jette au jeune 
Valentin une rose... une espérance. Et le rideau tombe sur cette 
piquante fantaisie, — pour sauver la morale. 



La musique de la Chanson de Fortunio, comme nous avons 
dit plus haut, est d'un bout à l'autre pleine de grâce, d'entrain 
et de fraîcheur. Tous les morceaux ont été fêtés, et pour être 
juste, il faudrait les citer tous. D'abord, les couplets de 
M 1)e Chabert (M me Fortunio), Mon cher époux, prenez garde à 
vous.' les couplets à boire des clercs : Verse l'eau clair de la 
fontaine, ceux de Bâche : C'est moi qui suis le petit clerc ; 
puis la chanson : Autrefois et aujourd'hui; la romance de 
M lle Pfotzer (Valentin), Je l'aime ; le joli sextuor en mouvement 
de valse : Nous le verrons à nos genoux, et le duo final de 
jjues chabert et Pfotzer, dans lequel se déroule et se développe en 
un chaleureux crescendo, la fameuse Chanson de Fortunio, la 
clé de voûte et le prétexte de la pièce : ce poétique bijou ne 
pouvait, certes, être plus finement enchâssé. . 

Désiré est un tabellion des plus désopilants et de bonne comé- 
die ; le grand Bâche nous offre un petit clerc comme on en voit 
peu : il est épatant sous tous les rapports (style local). M Ue Cha- 
bert est charmante dans le rôle de M me Fortunio. Quant à 
M" e Pfotzer (Valentin), son début est un véritable événement 
sur la petite scène lyrique des Bouffes-Parisiens. Une voix fraî- 
che., expressive, argentine , très-agréablement métallique déjà, 
quelque intelligence de la scène, enfin de l'expression dans le dé- 
bit, avec une apparence de gaucherie qui est une grâce de plus, — 
telles sont les qualités de la nouvelle étoile que l'on bisse et 
rappelle chaque soir dans la Chanson de Fortunio. 
* 

L'auteur de Fortunio se rend à Berlin et à Vienne où ses ou- 
vrages sont devenus populaires. Sa nouvelle œuvre l'y suivra 
bientôt et ne tardera pas à prendre place dans le répertoire al- 
lemand. 

Et si l'on veut juger de la place qu'y occupent les opérettes de 
M. Offenbach, laissons parler les relevés dramatiques publiés 
par la Gazette musicale de Berlin. 

« Au théâtre Charles, à Vienne, sous la direction de M. Nes- 
troy, huit opérettes ont été représentées 124 fois depuis janvier 
jusqu'en novembre. Orphée aux enfers, 54 fois ; le Mari à la 
porte, 26 fois ; Tschin Tschin (Bataclan), 13 fois; le Violo- 
neux, la Demoiselle en loterie, 4 fois; le Mariage aux lanternes, 
8 fois ; le 66 ou les Deux Savoyards, 2 fois. 

« Sous la direction de M. Braun, depuis novembre jusqu'en 
décembre on a donné 13 fois la Chatte métamorphosée. 

« Au théâtre Treumann, on a représenté 34 opérettes : Bâta- 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



53 



clan, 18 fuis; Ma tante dort, 1 fois ; le Mari à la porte, 3 fois, 
le Mariage aux lanternes, 1 fois. 

« A ce môme théâtre on a donné, le 5 janwer, pour la pre- 
mière fois Geneviève de Brabant, sous le titre : la Belle Mame- 
lonné. 

« La Belle Magelonne se joue avec succès sur plusieurs autres 
scènes allemandes. 

« A Breslau, on a joué 22 fois Orphée aux enfers. 

« A Berlin, Orphée aux enfers et Daphnis et Chlcê alternent 
avec la Clochette de l'hrrmite {les Drâgcnsde Villcrs), d'Aimé 
Maillart. 

« A Potsdam, Orphée aux enfers ne quitte pas l'affiche et ob- 
tient un immense succès. 

« A Posen,on en est à la 15 e représentation d'Orphée aux 
enfers. 

« A Dantzick, Orphée aux enfers fait fureur. 

« A Halle, la ville universitaire, Orphée excite un rire homé- 
rique, nonobstant la pauvreté de la mise en scène. » 

Nous en passons et des meilleurs, car nous ne transcrivons 
ici que le bulletin du dernier trimestre des scènes allemandes. 

Et le (lot monte toujours ! 

De pareils résultats peuvent consoler de bien des feuilletons. 

J. Lovt. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 
LE BILAN LYIUQUE DE 1860. 

Les feuilles théâtrales nous ont donné l'inventaire dramatique 
de l'année défunte. Fidèle à notre spécialité, nous ne nous occu- 
perons que des opéras et opérettes joués en 1860 sur les scènes 
de Paris, des débuts, reprises et autres événements lyriques, 
que nous venons ranger, à titre de renseignements, dans le 
domaine de nos tablettes du chanteur. 

Opéka. — 15 janvier, début do M lle Marie Brunet, dans les 
Huguenots (rôle de Valentine). — 17 février, deuxième début 
de M lle Brunet dans la Juive (rôle do Rachel). — 29 février, 
débuts de M. Michot dans la Favorite (rôle de Fernand). — 
9 mars, première représentation de Pierre de Médicis, opéra en 
quatre actes, de MM. de Saint-Georges et Pacini, musique de 
M. le prince Poniatowski. — 30 avril, deuxième début de 
M. Michot dans Lucie (rôle d'Edgard). — 15 juin, V Annexion, 
cantate de M. Méry, musique de M. J. Cohen, et début de 
M. Wicart dans Guillaume-Tell (rôle d'Arnold). — 4 juillet, 
représentation de M. Wicart dans les Huguenots (rôle do Raoul)". 
— 9 juillet, première représentation (à ce théâtre) de Sémira- 
mis, opéra en quatre actes, de Rossini, traduction française de 
M. Méry (débuts de M" es Carlotta et Barbara Marchisio). — 
3 août, reprise de Robert -le- Diable, pour les débuts de 
M me Vandenheuvel-Duprez (rôle d'Isabelle) et de M lle Sax (rôle 
d'Alice). —15 août, le Quinze août, cantate de M. Cormon, 
musique de M. Aimé Maillart. — 10 septembre, reprise du 
Trouvère (M lle B. Marchisio). — 12 octobre, reprise du Pro- 
phète, rentrée de M me Tedesco (rôle de Fidès). — 26 novembre, 
première représentation du Papillon , ballet en deux actes et 
quatre tableaux, de M llc Taglioni et M. de Saint-Georges, mu- 
sique de M. J. Offenbach. — 7 décembre, première représen- 
tation d'Ivan IV, cantate ayant remporté le prix de compo- 
sition musicale, de M. Théodore Anne, musiquede M.Paladilhe. 



— 24 décembre, rcntiée de M. Morrlli et début de M lle C. Mar- 
chisio , Guillaume Tell. 

Théatiie-Italien. — 2 janvier, première rr présentation de 
Marghcrita la Mendiccnte, opéra en trois actes, de M. Piave, 
musique de M. Braga. — 12 janvier, débuis de M lle Battu dans 
\aScnnambvla (rôle d'Amina). — 26 janvier, reprise de il Ma- 
trimonio segreto, opéra bouffe en deux actes, de Cimarosa. — 
5 février, débuts (à ce théâtre) de Roger, dans la Lucia. — 
14 février, reprise de Don Giovanni, opéra de Mozart. — 
1 1 mars, rentrée de Tamberlick dans Otello. — 27 mars, pre- 
mière représentation de la reprise d'il Crociato, opéra en trois 
actes, de G. Meyerbeer. — 16 avril, reprise de Poliuto, opéra 
deDonizetli. — 30 n:ai, clôture des représentations lyriques. — 
2 octobre réouverture : hSonnambula, opéra deBellini; débuis 
de M" e Vestri (rôle de Lisa). — 7 octobre, reprise d'il Trova- 
tore ; débuts de M. Pancani (rôle de Manrico). — 14 octobre, 
reprise d'ÎZ Barbiere d'i Siviglia, 18 octobre, reprise de la 
Cencrentola. — 23 octobre, reprise à'Ernani, opéra en quatre 
actes, de Verdi, — 29 octobre, reprise d'il Matrimonio segrelo, 
de Cimarosa. — 8 novembre, reprise de Rigolelto, opéra de 
Verdi. — 23 décembre, reprise de Semiramide. 

Opéra-Comique. — 4 février, première représentation du 
Roman d'Elvire, opéra en trois actes, do MM. Alexandre 
Dumas et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas. — 
19 février, reprise de Galalhée, opéra en deux actes, de MM. J. 
Barbier et M. Carré, musique de M. Victor Massé. — 6 mars, 
début de M" e Tuai, dans Fra-Diavolo (rôle de Zeiline). — 
30 mars, débuts de M" e Breuillé,dans le Chalet (rôle de Beltly). 

— 23 avril, première représentation de Château-Trompette, 
opéra comique en trois actes, de MM. Cormon et Carré, musi- 
que de Gevaërt. — 7 mai, première représentation de Rita ou 
le Mari battu, de M. Gustave Vaez, musique posthume de 
Donizetti. — 18 mai, première représentation de Y Habit de 
Mylord, opéra comique en un acte, de MM. Sauvage et de Léris, 
musique de M. Lagarde. — 14 juin, France et Savoie, cantate 
de M*'*, musique de M. Matton. — 5 juillet, représentations de 
M. Boger. — 6 juillet, rentrée de M me Ugalde, dans Galalhée. 

— 30 juillet, débuts de M 1,e Marimon, dans les Diamants de la 
couronne (rôle de Catarina). — 2 août, reprise du Petit Chaperon 
rouge, opéra comique en trois actes, de Théaulon, musiquede 
Boëldieu. — 15 août, Vive l'Empereur! cantate de M. Alfred 
Beaumont, musique de M. Jules Cohen. — 28 août, première 
représentation du Docteur Mirobolan, opéra comique en un 
acte, do MM. Cormon et Trianon, musique de M. Eugène Gau- 
tier. — 21 septembre, représentation au bénéfice des chrétiens 
de Syrie : première représentation (à ce théâtre) de ma Tante 
dort, opéra comique en un acte, de M. H. Crémieux, musique 
de M. Caspers. — 24 octobre, reprise du Pardon de Ploërmel; 
pour la rentrée do M". Wertheimber (dans le rôle d'Hoël). — 
30 octobre, reprise de la Clé des champs, opéra comique en un 
acte, de M. H. Boisseaux, musique de M. Deffès, et reprise des 
Deux Gentilshommes, opéra comique de M. Cadaux. — 4 dé- 
cembre, première représentation de YÉventail, opéra comique 
en un acte, de MM. J. Barbier et Carré, musique de M. L. Bou- 
langer ; reprise de la Perruche, opéra comique en un acte, de 
MM, Dumanoiret Dupin, musique de M. Clapisson. — 15 dé- 
cembre, débuts de M me Numa, dans le Caïd (rôle do Virginie). 

— 24 décembre, première représentation de Rarkouf, opéra 
bouffe en trois actes, de MM. Scribe et H. Boisseaux, musique 
de M. J. Offenbach. 



54 



LE MÉNESTREL. 



Théâtre-Lyrique. — 3 janvier, reprise de la Reine Topaze, 
opéra comique en un trois actes, de MM. Lockroy et L. Battu, 
musique de M. V. Massé. — 21 janvier, première représenta- 
tion de Ma tante dort, opéra comique en un acte, de M. Hector 
Crémieux, musique de M. Caspers. — 18 février, première 
représentation de Phiïémàn et Baucis, opéra comique en trois 
actes, de MM. J. Barbier et Michel Carré, musique de M. Ch. 
Gounod. — 24 mars, première présentation de Gil-Blas, opéra 
comique en cinq actes, de MM. Jules Barbier et Carré, musique 
de M. Semet. — 5 mai, première représentation (à ce théâtre) de 
Fidelio, opéra comique, paroles françaises de MM. Jules Bar- 
bier et Michel Carré, musique de Beethoven. — 2 juin, pre- 
mière représentation des Valets de Gascogne, opéra comique en 
un acte, de M. Ph. Gille, musique de M. Dufresne. — 5 juin, 
première représentation (à ce théâtre) des Rosières, opéra comi- 
que en trois actes, de Théaulon, musique d'Hérold. — 14 juin, 
France, Nice et Savoie, cantate. — 17 juin, première représen- 
tation de Maître Palma, opéra comique en un acte, de M.Fur- 
pille, musique de M lle Rivay. — 30 juin, clôture annuelle. — 
1 er septembre, réouverture : premières représentations de Cris- 
pin rival de son maître, opéra comique en deux actes, imité de 
Lesage, musique de M. Sellenick, et de l'Auberge des Ardennes, 
opéra comique en un acte, de MM. Carré et Verne, musique de 
M. Aristide Hignard. — 5 septembre, reprise des Dragons de 
Villars, opéra comique en trois actes, de M. A. Maillart; début 
de M lle Roziès (rôle de Bose). — 1 er octobre, début de M.Laves- 
sières, dans Richard Cœur de lion (rôle de Richard) . — 8 octo- 
bre, début de M Ue Giliess, dans les Dragons de Villars (rôle 
de Rose Friquet). — 15 octobre, première représentation (à ce 
théâtre) du Val d'Andorre, opéra comique en trois actes, de 
M. de Saint-Georges, musique de M. Halévy. — 5 novembre, 
reprise d'Orphée, début de M 1Ie Orwil (rôle d'Euridyce). — 
17 décembre, première représentation des Pêcheurs de Catane, 
opéra comique en trois actes, de MM. Cormon et Michel Carré, 
musique de M. A. Maillart; débuts de M Ue Baretti (rôle de 
Nella), et de M. Peschard (rôle de Fernand). 

Bouffes-Parisiens. — 14 janvier, première représentation 
du Nouveau Pourceaugnac, opérette en un acte, de MM. Scribe 
et Poirson, musique de M. Hignard, et de Croquignolle XXXVI, 
opérette en un acte, de MM. Desforges et Gastineau, musique 
de M. Lépine. — 16 janvier, débuts de trois artistes Lillipu- 
tiens : MM. Kiss-Jozsi, Vounderlich et Piccolo. — 4 février, 
première représentation de Monsieur Bonne-Étoile, opérette en 
un acte, de M. Ph. Gilles, musique de M. L. Delibes. — ■ 
10 février, première représentation du Carnaval des Revues, 
revue en deux actes et neuf tableaux, de MM. Grange et Philippe 
Gilles, musique de J. Offenbach. — 27 mars, première repré- 
sentation de C'était moi! opérette en un acte, de M. Deulin, 
musique de M. Debillemont, et première représentation de 
Daphnis et Chloé, opérette en un acte, de M. Clairville, musique 
de M. J. Offenbach. — 12 avril, première représentation du 
Petit Cousin, opérette en un acte, de MM. Rochefortet Deulin, 
musique de M. le comte Gabrielli. — 7 mai, première repré- 
sentation du Sou de Lise, opérette en un acte, de MM. de Saint- 
Yves et P.Zaccone, musique de M me Caroline Blangy. — 12 mai, 
première représentation de Titus et Bérénice opérette en un 
acte, de MM. Ed. Fournier, musique de M.Gastinel. — Clôture. 
— 1 er septembre, réouverture par Orphée aux Enfers.' — 
23 novembre, première représentation de l'Hélel de la Poste, 
opérette en un acte, de M. Gille, musique de M. Dufrêne. — 



31 décembre, le Mari sans le savoir, opérette en un acte, paro- 
les de M. Léon Halévy et Jules Servières, musique de M. le 
comte de Saint-Rémy. 

Théatre-Déjazet. — 4 février, première représentation de 
Fanchette, opéra comique en un acte, paroles et musique de 
M. Eug. Déjazet. — 16 mars, première représentation de Y lie 
de sol-si-ré, opérette en un acte, de M. Julian, musique de 
M. Ritter. — 11 mai, première représentation de Pianella, 
opéra bouffe en un acte, de MM. Octave Féré et de Saint-Yves, 
musique de M. de Flotow. — 14 septembre, réouverture; reprise 
du Docteur Tam-Tam, opéra en un acte, de M. Tourte, musique 
de M. F. Barbier. — 29 octobre, première représentation A' As-tu 
déjeûné Jacquot? opéra en un acte, de MM. Harmant, musique 
de M. Debillemont. 

OPÉRAS NOUVEAUX. 

Opéra, 2 ouvrages. 
Théâtre-Italien, 2. 
Opéra-Comique, 8 (14 actes). 
Théâtre-Lyrique, 11 (25 actes). 
Bouffes-Parisiens, 10 (11 actes). 
Théatre-Déjazet, 5 (5 actes). 



NOUVELLES DIVERSES. 



— L'Intendance royale du théâtre du Hanovre a décidé, d'après un 
ordre du roi, que les artistes, sur la scène, ne devaient plus avoir égard 
aux demandes de rappels et aux bis, afin qu'à l'avenir l'action drama- 
tique ne soit pas interrompue, comme cela se voit presque partout. Cette 
mesure s'applique à l'opéra, à la comédie, au drame, mais non au vaude- 
ville, qui s'en trouve exonéré. Pourquoi cette exception, — et que diraient 
les Théâtres Italiens si on leur appliquait cette rigueur royale? 

— Les représentations de Roger au théâtre royal de Hanovre , n'ont 
point permis d'appliquer la nouvelle mesure. — Neuf rappels ont accueilli 
le grand artiste français dans les Huguenots. —Il a dû reparaître jusqu'à 
quatre fois successives après le quatrième acte. Le Roi a fait appeler 
Roger pour un concert à la Cour, et lui a demandé une représentation de 
la Dame blanche. Aujourd'hui dimanche, Roger doit chanter le Prophète. 
Il se rendra ensuite à Brème, puis à Berlin, où la plus chaleureuse ré- 
ception lui est réservée. 

— Au théâtre de la ville d'Augsbourg on a donné tout récemment une 
opérette intitulée : Jean est là [Hans ist da), paroles du procureur du 
roi Bonn, musique du bourgmestre Foerg. La réussite a été complète; 
librettiste et compositeur ont été appelés sur la scène. Il paraît que les 
procureurs et les bourgmestres ont du loisir en Allemagne et marchent 
sur les brisées de M. Offenbach. 

— ALoewenberg (Prusse) on vient de représenter Ariane à Naxos, 
poème dramatique avec solos et chœurs, par M. Th. Krebs, musique du 
maître de chapelle de la cour, Max Seifriz. 

— On écrit de Berlin que M. le professeur Otto Lange, rédacteur de la 
Gazette musicale de Bock, est désigné comme devant succéder à feu 
Rellslab dans la rédaction du feuilleton musical de la Gazette de Voss. 
Gette dernière vient d'allouer à la veuve de Rellstab une pension annuelle 
de 300 thalers. Jusqu'ici il n'y a eu guère en Allemagne que la maison 
Cotta qui ait accordé des pensions aux veuves des correspondants de la 
Gazette d'Augsbourg. L'exemple était bon à suivre : les journaux, aussi 
bien que les théâtres, ont le droit de se souvenir de ceux qui ont contribué 
à leur fortune. 

— Il vient de se former à Berlin une Société qui se propose de jouer 
les opéras des jeunes compositeurs qui ne parviennent point à les faire 
représenter au théâtre. Il paraîtrait qu'à Berlin, comme à Paris, la pro- 
duction dépasse la consommation. 

— Les correspondances d'Italie nous apprennent que M. Lumley a 
loué, à Milan, le théâtre de Sainte- Radegonde, pour 'y donner une série 
de représentations avec les meilleurs artistes de sa compagnie. 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



B5 



— Schuloff vient d'arriver à Paris et se propose d'y passer quelque 
temps. Il doit nous faire entendre ses nouvelles œuvres. Ce sera une 
bonne fortune pour le publie et les artistes. 

— Un artiste, qui débuta avec succès à l'Opéra il y a quelques années, 
et que nous avons vu également sur la scène du Théâtre Lyrique, M. Rous- 
seau-Lagrave, est venu grossir le bulletin nécrologique de 1860. Sa santé 
n'a pu résister au climat de la Nouvelle-Orléans, et sa famille vient d'ac- 
quérir la certitude de sa mort. 

— On nous écrit de Lille : « Un succès qui n'a peut-être pas de précé- 
dent dans les annales dramatiques des départements, vient d'avoir lieu 
sur le théâtre de notre ville, à propos d'un opéra en trois actes intitulé 
Hérida, dont le livret est de M. Henri Dupont et la musique de M. Fer- 
dinand Lavairne. Il faudrait citer la plupart des morceaux de cette par- 
tition très-substantielle par son instrumentation et sa couleur générale ; 
mais nous signalerons particulièrement les chœurs, un très-beau quatuor 
et deux trios dignes de figurer dans les plus belles conceptions de ce 
genre. Les rôles ont été parfaitement interprétés par M m0 Gasc, MM. Tal- 
ion (ténor), Barré (baryton) , et Gadelaghi (basse-taille) ; les chœurs et 
l'orchestre ont fait merveille sous la direction de leur habile chef, 
M. Henri Bénard, qui avait apporté les plus grands soins aux études de 
cette partition. Trois représentations successives viennent de consolider 
ce succès qui a valu aux auteurs des bravos enthousiastes et des rappels 
réitérés. Cet ouvrage, par sa valeur musicale, a pris rang dans notre ré- 
pertoire, et M. Ferdinand Lavainne doit être fier de voir son opéra ac- 
cueilli et acclamé chaque soir, comme s'il s'agissait d'une œuvre de 
Rossini ou de Meyerbeer. » 

— Nos départements continuent à se créer un répertoire du crû. Au 
théâtre du Gymnase, à Marseille, on vient de représenter une opérette, 
Y Amour au village, ayant pour auteurs deux enfants de la maison, deux 
artistes de ce théâtre jouissant tous deux de la sympathie du public mar- 
seillais, l'un comme acteur et auteur, l'autre comme musicien. 

— L'Académie des Beaux-Arts, dans sa séance de samedi dernier, a 
procédé au renouvellement de son bureau pour 1861. Le compositeur 
Reber a été élu président. 

— Les soirées musicales devancent la saison de Carême, et si beaucoup 
de ces soirées prennent la musique pour prétexte de réunion et de con- 
versation, — à la façon anglaise, — il faut reconnaître que l'on rencontre 
encore dans Paris de ces salons hospitaliers où l'art musical retrouve ses 
vrais fidèles. Ainsi, dimanche dernier, nous assistions, rue d'Antin, chez 
M. et M me Dubois, à l'une de ces soirées musicales composées d'un petit 
nombre d'amateurs, gens de goût, heureux de se réunir dans le seul but 
d'entendre de bonne musique. Il est vrai que la maîtresse du logis, M me Du- 
bois, magnétise le clavier comme Chopin lui-même, dont elle est certai- 
nement la plus poétique incarnation. C'est une double et admirable école 
que celle de Chopin ! Au point de vue de la composition, c'est la forme 
la plus suave , la plus romantique, avec les harmonies les plus piquantes, 
les plus élevées ; sous le rapport de l'exécution, ses œuvres ont créé tout 
un style : le piano sentimentalisé. Il faut entendre les inspirations de 
Chopin interprétées dans leur vrai style, sous leur véritable forme, pour 
s'en faire une idée absolument complète. Aussi ne saurait-on trop féli- 
citer les privilégiés qui viennent s'initier près de M me Dubois à la tradi- 
tion, à la pensée du maître. 

; — Parmi les artistes qui ont pris part au programme intime de la soirée 
de M. et M me Dubois, nous avons retrouvé Franchomme, le violoncelliste 
de la grande école, et Georges Mathias, lui aussi élève de prédilection de 
Chopin. M. Mathias a joué plusieurs études inédites qui ont été très- 
goûtées. On a aussi fort applaudi M ,le Reeves qui nous promet une can- 
tatrice de bon style. 

— Une cérémonie religieuse des plus intéressantes doit avoir lieu 
mardi 15 janvier à Landrecies, à l'occasion du grand orgue construit pour 
l'église de cette ville, par la maison Merklin Schutze et C ie , de Paris et 
Bruxelles. C'est M. Edouard Batiste, professeur au Conservatoire, orga- 
niste de Saint-Eustache, qui est appelé à Landrecies pour faire entendre 
ce nouvel instrument dont on fait les plus grands éloges. 

— On lit dans V Aigle, journal de Toulouse : « Mgr. l'Archevêque a 
officié le jour de Noël dans l'église Saint-Etienne. La Messe en musique a 
produit un très-grand effet. On remarque la mélodie du chant et la puis- 
sance des chœurs. Cette messe fait le plus grand honneur à M. Lomagne, 
qui l'a écrite avec la constante préoccupation du sentiment religieux, sans 
s'astreindre aux exigences du style fugué. » 



— On se rappelle l'opérette Bredouille, de MM. Galoppe d'Onquaire et 
Paul Bernard. Cette agréable petite pièce semble vouloir recommencer, 
comme il y a trois ans, le cours de ses représentations dans les salons 
parisiens. Lundi dernier cette reprise s'effectuait rue du Sentier, dans les 
salons artistiques de M. R***. Comme d'habitude, M mE Gaveaux-Sabatier 
remplissait le rôle de Rosette, et cette fois c'était M. Lourdel qui lui don- 
nait la réplique. L'air de chasse , la Chanson des oiseaux et le grand duo 
final avec son orage, ont produit leur effet accoutumé. Les qualités scé- 
niques et mélodiques de Paul Bernard ont été reconnues une fois de plus, 
le poëme rempli de fraîcheur et d'esprit, a fait plaisir d'un bout à l'autre, 
et la réussite a été complète. Nul doute que cette reprise ne prenne toute 
l'importance d'une première représentation, et ne prépare une nouvelle 
carrière à ce petit opéra qui serait très-bien placé au théâtre. 

— Dimanche dernier, nous signalions le succès obtenu dans les salons 
de M. le prince ***, au faubourg Saint-Honoré, par le violoncelliste 
Samary, les frères Guidon, Ducros, M Ucs Huet et Mea. Ce même succès 
s'est reproduit cette semaine dans les mêmes salons, mais cette fois il faut 
y joindre les bravos qui ont accueilli M lle Angèle Cordier, de l'Opéra- 
Comique, dans deux airs italiens qu'elle a chantés de la façon la plus bril- 
lante. Aussi M me la princesse *** a-t-elle bien voulu la féliciter particu- 
lièrement en la priant de ne pas manquer à toutes ses grandes réunions 
de quinzaine. 

— C'est le samedi 23 janvier que les salons de Pleyel s'ouvriront à la 
première séance de quatuors de MM. Armingaud, Jacquard, Lalo et Mas, avec 
M. Lubeck pour pianiste de la première séance. Ce fidèle groupe instru- 
mental aura son fidèle auditoire. 

— Une intéressante matinée musicale sera donnée le 27 janvier, à deux 
heures précises, salle Pleyel, par notre violoniste de l'Opéra, A. Ropicquet, 
professeur au Lycée Louis-le-Grand, pour l'audition de ses nouvelles com- 
positions musicales, avec le concours de nos premiers artistes, comme 
d'habitude. 

— M. et M mo Ernest Lévi-Alvarès donneront, cet hiver, des soirées 
musicales régulières (les premier et troisième samedis du mois). La pre- 
mière a eu lieu le 5 de ce mois, avec le concours de M me Alard, de 
M 1Ie Marville (Jacob) et de M. Lafont, le baryton, lauréat du Conserva- 
toire. Ces artistes ont été très-applaudis, et M me Lévi-Alvarès, notre pia- 
niste-professeur, a été également fêtée. 

— Musard vient d'être engagé à Londres pour y donner une série de 
concerts dans la salle Saint-James, avec le concours de cinquante de ses 
principaux musiciens. Avant de quitter Paris, Musard a composé pour 
les bals de cet hiver le deuxième quadrille du nouveau ballet le Papillon, 
sous le titre : les Circassiennes. 

— A peine de retour de son voyage à Pau, où notre baryton M. Lyon 
avait été retenu plus d'un mois par plusieurs concerts, cet artiste vient 
d'être appelé à Angoulême par la Société Philharmonique. On lui a fait 
redire le fou Guilleau, le Voyage aérien, l'air de Jean de Paris, le Qui 
vive! àe, Léopold Amat. 

— Voici l'état des recettes qui ont été faites pendant le mois de décem- 
bre 1860 dans les établissements soumis à la perception du droit des indi- 
gents : —Théâtres impériaux, 450,139 fr. 99c; —Théâtres secon- 
daires, 899,316. 98; — Concerts, cafés -spectacles, cafés -concerts et 
bals, 204,528. 75;— Curiosités diverses, 14,791. 50.— Total.... 1,568,773 
francs 22 centimes. 

— Les bals de l'Opéra s'annoncent sous les meilleurs auspices. Le car- 
naval-1861 n'aura rien à envier à ses aînés. On redemande chaque soir 
les valses, polkas, mazurkas du nouvel album de Strauss, — 1' 'Album des 
Comtesses, — ainsi que sa valse, mazurka et premier quadrille sur le Pa- 
pillon; son deuxième quadrille sur Sémiramis, et la charmante valse 
le Bal, extraite de l'opéra-comique le Mari sans le savoir. Strauss pré- 
pare les quadrilles de Barkouf et de Fortunio, pour succéder à ceux 
à'Orphée aux Enfers et de Geneviève de Brabant. 



— L. Le Couppey vient de publier sous ce titre : le Rhythme, un nou- 
veau recueil de 25 Études pour le piano. 



J.-L. Hevjgel, directeur. 



1. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues frères, rue Jean-Jacques Rousseau, 8. 



ACADÉMIE IMPÉRIALE 

de musique. 

Du nouveau ballet 
de I'Opéra de 



EN VENTE au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. 



LE PAPILLON 



HEUGEL ET O , 

éditeurs. 

Musique de 

J. OFFENBACH. 



1. Marche paysanne. '" ™~«.~ «^„^.«i„ m ue i«. „., ^»i^ m-i.^p««.b^. g Marche du Palanquin. 

2. Chant du Papillon. ^&T13lil I JiS^Î ' 6 ' Pttall '« li « w »i»M. 

3. Andanle-Bohémiana. *" ' H "° 7. Valse des Fleurs. 

4. Toise dei %o K . 1 er Quadrille, Valse rfes 7?/l FO^S e< Polka-Mazurka Za LESGU1NKA. 8 Gff ; op dw Paj)iUons _ 

Composés pour les bals do la Cour el de l'Opéra. 

AnBAN .' Polka des Métamorphoses. La fée Hamza..M Ue Maiîquet. | PH. STUTZ '. La Fés des Moissons. Polka-mazurka. M lle Schlosser. 

; Les Circassiennes. Deuxième quadrille. | H. VÂLJQUET '• Quadrille et valse faciles, sans octaves. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL 

de l'Opéra-Comique. 



S3C£à"û*3-^ S3"»U3i.I^i^iS£S a 



HEUGEL ET C ie 

éditeurs. 



AIRS DÉTACHES, ARRANGEMENTS ET PARTITION PIANO ET CHANT 



Ojtés'a-coasiiquc 



trois actes. 



BARKOUF 



De 



. SCRIBE 
SSEAUX. 



Musique de 






LA CHANSON DE FORTUNIO 

Opéra-comique en un acte, paroles de MM. HECTOR CRÉMIEUX et LUDOVIC HAIiÉVY. 

— AIRS DÉTACHÉS, ARRANGEMENTS ET PARTITION PIANO ET CHANT. — 



o n « r .„ LE MARI SANS LE SAVOIR M » H ~ DaY,c 

Musique de 
Partition piano et citant M» DE SAINT^HÊMY. Airs détachés, VALSE-STRAUSS. 

SOUS PRESSE. — £2Jt^*3-Si££;Ep'v23-IS rnrst 33*a^^.a. _ a > CÏ>=. — SOUS PRESSE. 





Vingt-cinq nouvelles études de moyenne force. 

op. 50. LES HARMONIEUSES 2 ofr. 



7S8. — 28 e Année. 

M« 8. 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR, 



Dimanche 20 Janvier 

1861. 



ri^s-st 




iREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédjct'en chef. 



LES BUREAUX , S bis, rue Vivîenne. — HEUGEL et Ci», éditeurs. 

(Aux Magasins et Abonnement de Musique du MÉNESTREE. — Tente et location de Pianos et Orgues.) 

CHANT. <B@SÎSMÏÏÏÏÏ@SÏS 

l«_Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; ïo Morceaux 
,Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; ï Albums 



Scène: . 

primes illustrés 



■ Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr 

CIIOT ET PIANO RÉUNIS 



2» Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches ; IO Morceaux t 
Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; ï llbiinu- 
primes illustres. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Étranger : 21 fr. 



3 e Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les 58 Morceaux de chant et de piano, les 4 Albums-primes illustrés. 

Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 

On souscrit du l«de chaque mois. — L'année commence du 1" décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser/Vatico 
un bon sur la poste, à MM. HEUGEL et C J e, éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Yivienne. 
Typ. Charles de Mourgues frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — û5i. 



SOMMAIRE. — TEXTE. 

I. L'opéra-comique, ses chanteurs et ses divers théâtres : Kreutzer (22 e article). 
L. Ménead. — II. Théâtre-Italien : Un Ballo in ynaschera, de Verdi, première 
représentation. J. Lovy. — III. Théâtre-Lyrique : la Madone, de M. Carmouche, 
musique de Louis Lacombe. J.-L. Heugel. — IV. Semaine théâtrale. J. Lovr. 
— Y. Bilan mortuaire de l'année 1860. — VI. Le nouveau Théâtre-Lyrique. — 
VIL Premier concert du Conservatoire. E. Viel. — VIII. Nouvelles, Concerts 
et Soirées, Annonces. 

MUSIQUE DE CHANT : 

Nos abonnés à la musique de Chant recevront avec le numéro de ce jour: 
TES VINGT ANS , 

Paroles et musique de M me Pauline Thys. — Suivra immédiatement 
après : la romance du deuxième acte de Barkouf, chantée par M lle Ma- 
rimon, paroles de MM. Scribe et Boisseaux, musique de J. Offenbach. 

PIANO: 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano : 

LA VALSE DES FLEURS , 

Dansée par M 11 ' Emma Livry, dans le Papillon, musique de J. Offen- 
bach. — Suivra immédiatement après, du même ballet, la Polka des 
Métamorphoses, par Arban. 



I/0PË1U- COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



SECONDE PARTIE. — XIX e SIECLE. 
CHAPITRE VI. 

XXII. 

Kreutzer. 

En raison de la rivalité, si profitable à l'art, des théâtres 
Favarl et Feydeau, un même sujet fat quelquefois traité à peu 
près en même temps par deux auteurs différents et représenté 
sur chacune des deux scènes. C'est ainsi que les deux meilleurs 
ouvrages de Kreutzer : Lodoïska et Paul et Virginie avaient deux 
homonymes mis en musique, le premier par Chérubini, le se- 
cond par Lesueur, comme nous venons de le voir. 



Rodolphe Kreutzer avait reçu une éducation musicale plus 
incomplète que celle de Berton et de Lesueur. Il eut pour 
professeur son propre instinct musical. Il composait ses opéras 
en se promenant de long en large dans sa chambre son violon à 
la main, et notant à la volée les mélodies gracieuses qui nais- 
saient sous ses doigts, j'eusse pu dire sous ses pas. C'est ainsi 
qu'il trouva les inspirations chaleureuses et naïves à la fois, re- 
marquables, comme celles de Berton, par la recherche de la 
couleur locale que l'on rencontre dans son œuvre. 

Il était né à Versailles le 16 novembre 1766. Son père était 
musicien de la chapelle du roi. Rodolphe apprit de l'allemand 
Stamitz à jouer du violon, cet art qui devait le rendre plus célè- 
bre que ses compositions dramatiques et lui donner une place 
dans le glorieux triumvirat de violonistes français dont Rode 
et Baillot étaient les deux autres membres. A treize ans, il exé- 
cuta au concert spirituel, avec le plus grand succès, un concerto 
qu'il avait composé, bien qu'il ne sût point l'harmonie. 

Ceci l'encouragea à s'essayer dans un genre plus grandiose 
que le concerto, l'opéra, et il écrivit dans ce but la partition de 
deux anciennes comédies à ariettes qui furent jouées sur le théâ- 
tre de la Cour à Versailles. Grâce à cet essai et à la protection de 
la reine, il obtint de Desforges un libretto, Jeanne d'Arc, drame 
historique en trois actes. Kreutzer, abandonnant toutes ses au- 
tres occupations , ne songea plus qu'à sa partition qui fut ache- 
vée en peu de jours, et représentée à la comédie italienne en 1790. 
Le public l'accueillit assez bien. 

Le 15 janvier de l'année suivante, Kreutzer obtenait un suc- 
cès très-franc avec Paul et Virginie, pièce en trois actes. De- 
jaure, qui avait fait les paroles de cet opéra, s'empressa de remet- 
tre à son collaborateur un nouveau libretto aussi en trois actes, 
dont il avait tiré le sujet du Faublas de Louvet, et qu'il avait 
appelé Lodoïslca ou les Tarlares. Cette pièce fut reçue avec un 
véritable enthousiasme, quoique la partition ne valut peut-être 
pas celle de Paul et Virginie. L'ouverture est restée populaire; 



LE MÉNESTREL. 



toute l'armée française a défilé aux accents de la marche des Tar- 
tares. 

Kreutzer écrivit ensuite plusieurs opéras et opéras-comiques 
qui n'eurent pas un sort aussi heureux que ses premières œu- 
vres. Professeur au Conservatoire, il crut que cette nouvelle po- 
sition l'obligeait à travailler le contrepoint, et ces études, pénibles 
à l'âge où il'jles entreprenait, nuisirent à son inspiration. Je ci- 
terai, quoique ceci soit un peu en dehors de mon cadre, parmi 
ses grands opéras : la mort d'Abel, trois actes représentés en 1810. 

Kreutzer s'était cassé le bras en 1820, et depuis cette époque 
il ne jouait plus du violon. 11 mourut à Genève, le 6 janvier 
1831, d'une espèce de maladie de langueur, pour laquelle on 
lui avait ordonné l'air des montagnes. 

« La maison de Kreutzer, dit M. Vieillard dans sa biogra- 
phie de Méhul, était un vrai sanctuaire de l'art. A l'Opéra- 
Comique, les deux grands succès de Lodoïsha et de Paul et Vir- 
ginie; à l'Opéra, Astyanax, la Mort- d'Abel et Aristippe, avaient 
donné à Kreutzer un rang très -distingué parmi les composi- 
teurs français. Premier violon à l'Opéra, parmi ses contempo- 
rains, Rodaet Baillot pouvaient seuls être placés sur la même 
ligne que lui. Son frère et son élève, Auguste, promettait d'être 
son digne successeur. Ces titres divers h la vogue et à la célébrité 
avaient procuré à Kreutzer une des plus grandes existences d'ar- 
tiste dont il y ait eu d'exemple en France; par le talent il était 
arrivé à la fortune ; et la spirituelle intelligence d'une femme 
du plus haut mérite avait fait de sa maison le centre de réunion 
d'un petit nombre d'auteurs et d'artistes d'élite qu'il rassemblait 
toutes les semaines h sa table. » 

LÉON MENEAU. 



THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN. 

Un Ballo in maschera, mélodrame lyrique en quatre actes, 
libretto de M. Somma , musique de Verdi. 

Notre bonne ville de Paris, quoi qu'on dise, est générale- 
ment routinière, et lorsqu'une pièce apparaît sur l'affiche un 
dimanche, on la suppose à peu près sacrifiée. Quelques direc- 
tions de loin à loin bravent le préjugé, mais on parviendra 
difficilement à le déraciner, chez MM. les feuilletonistes, surtout. 

M. Calzado a voulu que le nouvel opéra de Verdi fît les 
honneurs de la soirée dominicale; son audace lui a réussi : 
chacun s'est trouvé à son posle. 

Avant d'aborder cette représentation, nous croyons devoir 
emprunter à notre confrère, Gustave Bertrand, de Y Entracte, 
quelques renseignements préliminaires qu'on ne lira pas fans 
intérêt. 

« La mort romanesque et tragique de Gustave III dans un 
bal masqué a d'abord été exploitée par les dramaturges. Nous 
avons eu entre les mains un drame, représenté et édité à Paris, 
sur le même sujet et sous le même titre. 

« M. Scribe vint ensuite, qui bâtit un livret de grand opéra- 
ballet sur cette magnifique donnée; et savez- vous à quel com- 
positeur le Bal Masqué fut primitivement destiné? ARossini. 

« Quand Rossini fut appelé à Paris, il accepta le traité sui- 
vant ; le ministère de la maison du roi lui assurait, en dehors 
de ses droits d'auteur, une rente de 10,000 fr. pendant six ans, 
et le maestro, de son côté, s'engageait a livrer dans ce délai 
trois grands opéras à l'Académie royale de Musique. 

« Les trois ouvrages désignés étaient Guillaume Tell, Gu..~ 



lave III et le Duc d'Albe. Mais, il n'y a pas à marchander avec 
le génie; Rossini s'est acquitté mille fois en donnant à la France 
un seul chef d'œuvre, celui de Guillaume Tell. 

« Le livret du Duc d'Albe fut confié plus tard par M. Scribe 
à Donizetti, qui mourut avant d'avoir achevé son travail. — 
Quant à Gustave III, l'ouvrage échut à M. Auber et fut donné 
à l'Opéra le 27 février 1833; les rôles étaient chantés par Nour- 
rit, Levasscur, Massol, Dabadie, Alexis Dupont, M" Falcon, 
M" e Dorus (qui devint peu après M me Dorus-Gras), ftM me Da- 
badie. Mais cet ouvrage était autant un ballet qu'un opéra, et, 
par une destinée bizarre, l'opéra fut écrasé par le ballet. Les 
airs de danse, d'une grâce ravissante, sont restés populaires; 
le ballet était un des mieux réussis de Taglioni; la mise en 
scène, réglée par M. Duponchel, était, au cinquième acte sur- 
tout, au tableau du bal, d'une magnificence éblouissante qui 
fit événement à l'Opéra; si bien que, lorsque la vogue de l'ou- 
vrage eut un peu diminué, le cinquième acte survécut et se 
donna longtemps encore b. la fin des spectacles et dans toutes 
les représentations extraordinaires. 

« Gustave III a fait le tour de l'Europe, mais c'est toujours 
plutôt comme ballet qu'il est donné à Bruxelles, à Pétersbourg 
et sur les théâtres allemands. 

« L'œuvre de Verdi est uniquement un drame lyrique au 
contraire, et il n'y a ras ombre de chorégraphie. Le libretto 
italien est de M. Somma, un jeune pcëte qui a écrit de très- 
belles choses, entre autres une tragédie intitulée : Parasina, 
pour M me Ristori. M. Somma était régisseur au Grand-Théâtre 
de Trieste. 

« L'ouvrage devait être donné au théâtre de San-Carlo pen- 
dant le carnaval de 1858; mais la censure napolitaine, qui n'ai- 
mait pas les conjurations, même au théâtre, suscita tant d'ennuis 
à Verdi, qu'un beau jour il ramassa musique et livret et s'en alla 
chez lui, sans plus s'inquiéter du procès dont la direction de 
San-Carlo le menaçait. On parlait simplement de 250,000 fr. 
de dommages-intérêts. La révolution des Deux-Siciles vient de 
renvoyer le procès aux calendes grecques. 

« L'affaire dormit pendant un an, puis le maestro entama des 
négociations avec le théâtre Apollo de Rome. Entre autres 
remaniements que le drame eut à subir, il fallut transporter 
l'action à Boston. La censure romaine jugea que le mal serait 
moins grand si l'affaire se passait très-loin, en Amérique, dans 
une capitale protestante, et si l'infortuné roi de Suède n'était 
plus qu'un gouverneur anglais. Mais on eut la main malheu- 
reuse en choisissant Boston, qui a toujours passé pour la ville 
puritaine par excellence, et où il n'y a peut-être jamais eu de 
bal masqué. 

« Un Ballo in maschera fut donc représenté, pendant le 
carnaval de 1859, à Rome, avec un succès et un retentissement 
immenses. Les principaux rôles étaient chantés par le ténor 
Fraschini, qui chante maintenant à Madrid; par le baryton 
Giraldoni,qui est à Pétersbourg; par notre compatriote M mo Ju- 
lienne Dejean (Amelia), M" e Sbriscia (Ulrica), et M" e Scotti 
(Oscar). » 

Grâce à M. Calzado, l'accueil ultramontain vient d'être 
sanctionné à Paris. La partition d'un Ballo in maschera, autant 
qu'il nous est permis d'en juger d'après une première audi- 
tion, peut prendre rang à côté des bonnes œuvres du maestro 
italien. Elle nous semble participer parfois de la vigueur du 
Trovatore et des accents plus délicats de la Traviata; elle accuse, 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



59 



de plus, un reflet de l'école romantique allemande, notamment 
au point de vue instrumental. 

Parmi les morceaux goûtés et acclamés dès la première soi- 
rée, citons au premier acte l'introduction, la romance du ténor 
(Mario), et l'air de Graziani (Renato), et une fort agréable bal- 
lade du page Oscar (M lle Battu); au deuxième, la scène de la 
bohémienne Ulrica (M me Alboni), son invocation en mode 
mineur Iîe dclV abisso, avec le chœur qui reprend le motif en 
majeur ; puis le terzelto avec M me Tenco (Amélia) et Mario 
(Riccardo); enfin une très-gracieuse canzone napolitaine, dite 
par Mario, et redemandée. 

Le troisième acte, qui nous transporte dans le champ des 
supplices, renferme des éléments non moins remarquables. La 
scène des apparitions fournit au compositeur une belle page, 
dont M me Penco prend triomphalement sa part. La scène sui- 
vante, le duo entre Amélia et Biccardo, le trio avec Renato 
(Graziani), et surtout le chœur sardonique des conjurés : 
Ha ha ha, ont enlevé tous les bravos. 

Au quatrième acte, il faut mentionner un suave canlàbik 
dit par Graziani, un quintette coupé par une ravissante fantai- 
sie vocale du page Oscar (M" e Battu); au deuxième tableau, la 
mélodie de Biccardo : Si, rivederti (motif qui domine tout l'ou- 
vrage), et la fête du bal masqué. Cette fête se signale d'abord 
par la chanson moqueuse du page Oscar, saper vorreste, chan- 
son qui a valu à M" e Battu des salves d'applaudissements et 
deux rappels. 

Le motif sautillant des instruments de cuivre de l'orchestre 
du bal pèche par la vulgarité ; mais le compositeur a su l'agen- 
cer, en contre-sujet, avec un chant large, confié au soprano 
et soutenu d'un dessin orchestral très-dramatique. Quant à 
la scène finale, celle du coup de poignard, elle est complète- 
ment écrasée par le souvenir de la poétique agonie d'Edgard 
dans la Lucie. 

En général, l'orchestre occupe un rôle important dans cette 
partition de Verdi. Ce ne sont plus ces accompagnements pla- 
qués sous un chant violent, mais un tissu instrumental des mieux 
travaillés, où les dialogues, les réponses et les contrastes 
frappent agréablement l'oreille du dilettante exercé. 

M me Penco, M lle Battu, M me Alboni, Graziani et Mario, — 
malgré ses défaillances du dernier acte, — ont droit à de sin- 
cères éloges, et le public nous a paru injuste en ne les rappelant 
point tous à l'issue du tableau final. 

A propos de tableaux, la mise en scène mérite d'être signalée. 
M. Calzado a fait tout ce qu'il a pu pour encadrer élégam- 
ment ce mélodrame dénué de gaieté et privé de l'élément cho- 
régraphique. 

En somme, Un Ballo in maschera tiendra une bonne place 
dans le répertoire de Ventadour. 

J. Lovy. 



THEATRE LYRIQUE. 

La Madone, de Louis Carmouche, musique de Louis Lacombe. 

Celte pauvre Madone vient enfin de voir le jour après des 
vicissitudes sans fin. 

D'abord destinée au concours de composition musicale sous la 
forme de la cantate traditionnelle, l'auteur du livret ambitionna 
plus tard le théâtre, et c'est à M. Lacombe qu'échut le sort de 
celte transformati m musicale. 



Le lecteur a déjà compris qu'il ne s'agit pas ici d'un opéra- 
comique — quoi qu'en puisse dire l'affiche, — mais bien de vers 
chantés et déclamés à la manière des odes-symphonies qui 
défraient depuis quelques années nos concerts à grand orchestre. 

Acceptée sous ce point de vue, la Madone révèle les qualités 
élevées que chacun reconnaît h Louis Lacombe, symphoniste 
qui a fait ses preuves : Manfred, Arva, sont des œuvres qui 
attestent la marque du musicien. Comme pianiste, et sous le 
rapport de la musique de salon, vocale ou instrumentale, 
Lacombe a produit de belles pages et du style le plus élevé. 
Tout ceci ne fait plus question. 

Ce qu'il restait à établir, à confirmer, c'étaient les qualités 
scéniques plus ou moins dévolues par la nature à ce composi- 
teur distingué. Par malheur, la Madone ne pouvait, à aucun 
titre, atteindre ce but, et c'est une épreuve à recommencer. Nous 
connaissons d'ailleurs dans le portefeuille de Louis Lacombe un 
acte de M. Clairville, écrit dans d'excellentes conditions d'opéra- 
comique avec musique à l'avenant. 

Quant à la Madone de M. Carmouche, elle est bien et 
dûment restée cantate comme devant, affublée, il est vrai, d'un 
modeste décor et d'humbles costumes , mais privée des inter- 
prètes de premier ordre, qui d'usage font ressortir les mérites 
de ce genre de musique ; — si bien qu'à l'orchestre près, — qui 
a très-habilement manœuvré sous la direction de M. Deloffre — 
le public a eu peine à saisir les qualités musicales de cette can- 
tate. Certains morceaux cependant, placés dans leur cadre natu- 
rel, chantés par de vraies voix, de vrais chanteurs, produiraient 
assurément leur effet. Nous citerons de ce nombre la romance 
du soprano (M" e Orwil) , la barcarolle-sérénade du baryton 
(M. Vanaud) , et le trio final par lequel se déroule l'action. 
En voici le sujet : 

Un artiste célèbre peint une madone pour le Vatican et prend 
pour modèle une jeune paysanne dont le visage angélique 
l'inspire. La paysanne est fiancée à un pêcheur (de Calaue, sans 
doute, pour rester fidèle à la couleur locale). Or ce fiancé, un 
jour d'orage, vient troubler les séances de l'atelier du maître 
par une scène de jalousie. Le peintre, afin de désabuser ce nou- 
vel Othello, disparaît un instant pour reparaître sous le capu- 
chon d'un moine, — preuve irréfragable que lui, ainsi que la 
jeune villageoise, avaient les intentions les plus pures et sont 
innocents comme l'agneau pascal. C'est d'ailleurs pour donner 
du pain à sa mère que la fiancée du pêcheur avait consenti h 
poser comme madone. Aussi l'Othello, doublement convaincu, 
rentre-t-il son poignard dans sa ceinture avec les derniers accents 
du trio final. 

Nous avons parlé de l'orchestre, et nous disions qu'il s'était 
distingué. C'est surtout dès l'ouverture, remarquable fragment 
symphonique, que le public aurait pu l'apprécier. Mais le 
moyen d'arriver au Théâtre-Lyrique à sept heures de relevée, 
par dix degrés au-dessous de zéro! C'était le moment fixé pour 
le premier coup d'archet. M. Deloffre a bien accordé quelques 
minutes aux retardataires; mais, hélas! la bise soufflait de la 
façon la plus glaciale, et la Madone n'avait pu conjurer cette 
dernière tourmente. Les auteurs n'ont eu qu'à se résigner : 
La volonté de Dieu soit faite. 

J.-L. Heugiîl. 



L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au dimanche 
suivant nos Tablettes du Pianiste et du Chanteur. 



60 



LE MÉNESTREL 



SEMAINE THÉÂTRALE. 

Le théâtre impérial de I'Opéba nous a rendu, mercredi der- 
nier, Pierre de Médicis, qui n'avait pas été représenté depuis 
assez longtemps. Gueymard, Obin, Dumestre, M me Gueymard- 
Lauters, ont retrouvé l'écho et la consécration de leurs succès 
primitifs dans la partition du prince-musicien. — De son côté, 
M me Ferraris a effectué une brillante rentrée dans le ballet du 
deuxième acte, les Amours de Diane. L' excellente ballerine a 
dansé son pas avec une merveilleuse perfection; aussi le public 
lui a-t-il prouvé, par ses salves de bravos, que le Papillon, — 
malgré son immense vogue, — ne saurait arrêter les ailes de 
la Reine des Elfes. — Le ténor Labat a amélioré ses débuts dans 
la Juive. On dit qu'il doit s'essayer également dans Guillaume 
Tell; — s'essayer est le mot, — seulement n'est-il pas fâcheux 
que ce soit sur la scène de l'Opéra ? 

La reprise à'Herculanum, que l'on espérait pour les derniers 
jours de ce mois, est encore retardée, M me Tedesco étant obligée 
de se consacrer entièrement aux études du Tannhauser, qui se 
répète jour et nuit. — Tout n'est pas rose à l'Opéra. 

Le Théâtre-Italien nous a donné, dimanche dernier, la 
première représentation d'un Ballo in maschera (voir notre 
article). Quatre représentations successives et quelques heureuses- 
coupures ont décidément amené cet ouvrage à bon port. 

A l'OpÉRA-CoaiiQUE M me Saint-Urbain , . qui devait faire ses 
débuts dans un ouvrage nouveau, paraît avoir renoncé à cette 
résolution. Cette artiste nous apparaîtra d'abord clans le rôle de 
Marie, de la Fille du régiment, rôle qui a bien son importance, 
surtout par les grands souvenirs qu'il nous a laissés. — On a 
fait relâche, hier samedi , pour les répétitions générales de la 
Circassienne. 

Mercredi dernier a eu lieu, au Théâtre -Lyrique, la première 
représentation de la Madone (voir notre article). — On nous 
promet, avant la fin de ce mois, la Nuit du mardi gras, opéra- 
comique en trois actes, de MM. Scribe et Boisseaux, musique de 
M. Clapisson. Le poëme, des plus amusants, si l'on en croit les 
bruits de coulisses, ne le céderait en rien à la partition, une des 
mieux réussies qu'ait écrites l'auteur de Fanchonnette. 

En attendant cet important ouvrage, on prépare, avec M IIc Gi- 
rard, unereprise deGil Blas,le grand succès de la saison dernière, 
et plusieurs nouveautés en un acte, destinées h être données 
avec les Pêcheurs de Catane et le Val d'Andorre, dont les recettes 
semblent devoir se maintenir au maximum. 

Le Théâtre-Français fait salle comble avec les Effrontés, de 
M. Emile Augier. Malgré ses défauts, que la presse a surabon- 
damment signalés, cette comédie excitera pour le moins un vif 
sentiment de curiosité. — Le Théâtre-Français va remettre à la 
scène les Fourberies de Scapin, qui n'ont pas été donnéesdepuis 
sept ans, et le Sicilien, qui depuis vingt-trois ans avait disparu 
du répertoire. M lle Ponsin continuera ses débuts dans ces deux 
pièces de Molière. Régnier et M"° Augustine Brohan joueront 
dans les Fourberies; Monrose et Talbot feront les honneurs du 
Sicilien. 

L'Odéon devient décidément une pépinière de tragédiennes. 
Voici venir une nouvelle aspirante, M lle Jeanne Tordeus. Mais 
ce nom ne nous était point inconnu : il évoque le souvenir de 
Rachel, qui honora jadis de ses conseils et de ses encourage- 
ments la jeune artiste belge, alors âgée de douze ans. M lle Tor- 



deus est élève deProvost; elle a remporté, l'année dernière, 
le premier prix de tragédie au Conservatoire de Paris. — Son 
début a eu lieu celte semaine dans le rôle de Chimêne, du Cid; 
elle l'a composé avec beaucoup d'intelligence; sa voix est tra- 
gique; sa tenue, son geste, sont assez nobles; en un mot, c'est 
une heureuse nature d'artiste : peut-être manque-t-elle de force 
pour les grands rôles tragiques, — à moins que le travail et la 
vigueur de l'âge ne développent ce jeune organe. Quoi qu'il en 
soit, la jeune débutante a été sincèrement applaudie et rappelée 
à la fin de sa grande scène avec Rodrigue. 

Au Gymnase, nous avons eu la première représentation de 
la Famille de Puimenée, comédie en quatre actes, de M. Edouard 
Foussier. Il y a des situations émouvantes et des détails heureux. 
La pièce est interprétée à souhait par M me Rose-Chéri, Lafon- 
taine, M lle Suzanne Lagier (qui débutait dans le rôle de Yanka), 
MM. Landrol, Lesueur, Francisque, M mes Chéri-Lesueur et 
Delaporte. 

La direction des Variétés vient d'engager Dupuis, du théâtre 
Déjazet, et plusieurs actrices du boulevard du Temple. — Ce 
théâtre a cru devoir remplacer son excellent chef d'orchestre 
Nargeot, auteur d'une foule d'airs et de mélodies devenus po- 
pulaires. C'est M. Victor Chéri qui doit succéder à M. Nargeut 
le 1 er avril prochain. 

Le théâtre de la Gaîté reprend Trente ans ou la Vie d'un 
joueur, avec Frédérick-Lemaître, le grand comédien qui, au 
milieu de ses nobles débris, a conservé toute la puissance du geste 
et du regard. 

* 
* -* 

Un mot encore : malgré la double vogue de la Chanson de 
Fortunio et du Mari sans le savoir, les Bouffes-Parisiens 
annoncent pour mardi prochain les Musiciens de l'orchestre, 
grande bouffonnerie en deux actes, par les. principaux comiques 
et toute la troupe féminine. Les Musiciens compléteront, avec 
les deux pièces nouvelles, l'affiche la plus variée qu'ait offerte 
depuis longtemps notre cinquième théâtre lyrique. 

J. Lovv. 



LE BILAN MORTUAIRE DE 1860. 

Les journaux do théâtres publient les tablettes nécrologiques de 
l'année défunte. On verra par l'extrait suivant, que cette fois 
encore l'art musical a largement payé le fatal tribut. 

COMPOSITEURS. 

Instrumentistes, maîtres de chapelle, chefs d'orchestre, etc. 

M. Luigi Gordigiani, compositeur. — M. Luigi Ricci, maître 
de chapelle de la ville et chef d'orchestre du théâtre de Trieste. 

— M. Girard, chef d'orchestre du théâtre impérial de l'Opéra. 

— M. le comte Pillet-Will , violoniste, amateur-compositeur. 
M. A. Goria, pianiste-compositeur. — M. Jules Couplet, 

compositeur. — M. Henri Enck. — M. Silker. — M. Roger, 
chef d'orchestre dans différents théâtres de province. — M. Jul- 
lien, chef d'orchestre, à Londres. — M. Fréd. Sébastiani, 
clarinette. — M. Sauva geot , violoniste. — M. J. de Buhl, 
ancien chef de musique des gardes du roi. — M. Nicolas 
Schaffner, ex-chef d'orchestre du Grand-Théâtre de Bordeaux. 

— M. Fumeri, chef d'orchestre à l'Opéra de Moscou. — M. Ely, 
flûtiste. — M. Charles Blinder, chef d'orchestre au théâtra 



MUSIQUE ET THEATRES. 



01 



Charles, à Vienne. — M. Finney, pianiste. — M. Brucker, 
chef d'orchestre, à Nîmes. 

PROFESSEURS DE MUSIQUE. 

M. Moreau-Sainli , professeur au Conservatoire. — M. Ch. 
Gieschner, ex-professeur au Conservatoire de Bruxelles. 

DIVERS. 

M. Devaux, — M. S. T. Zurasteeg, éditeur de musique. — 
M. Gosselin, maître de ballet au théâtre de l'Opéra. — M. Tée, 
éditeur de musique. — M me veuve Hérold, mère du compositeur 
de ce nom. — M m " Weigl, veuve du compositeur de ce nom . — 
M me Alexandre, mère de M. Alexandre, facteur d'orgues. — 
M.Rellslab, critique musical. — M. Wild, artiste lyrique. — 
M me Schroeder-Devrient , célèbre cantatrice allemande. — 
M me FélixMelolte. — M me Raby, — M. Cibot, artistes lyriques. 

P. S. Nous avons déjà dit que le bilan mortuaire de l'année 
1860 s'était accru de la mort du ténor Rousseau-Lagrave, dont 
chacun se rappelle la double apparition sur les scènes de l'Opéra 
etdu Théâtre-Lyrique. Aujourd'hui, nous avons à enregistrer un 
nouveau deuil, qui attriste bien douloureusement celte première 
quinzaine de l'année 1861. M mo Ménechet de Barival vient d'ê- 
tre enlevée à sa famille et à ses amis, après une longue et cruelle 
maladie. C'était une des femmes les plus distinguées du monde 
dilettante : artiste par le talent, le cœur et l'esprit, M me Méne- 
chet de Barival brillait d'un poétique éclat parmi nos pianistes- 
compositeurs. Le produit de ses œuvres, d'une réelle valeur artis- 
tique et commerciale, était destiné à des fondations de bienfai- 
sance; — aussi, les regrets universels ont-ils accompagné la 
femme et l'artiste jusqu'à sa dernière demeure. 



LA NOUVELLE SALLE DU THEATRE-LYRIQUE. 

Le gros œuvre du Théâtre-Lyrique étant terminé, les jour- 
naux complètent les renseignements déjà publiés sur ce nouvel 
édifice, construit sur les plans de M. Davioud, architecte de la 
Ville de Paris. 

Le nouveau Théâtre-Lyrique est construit sur un terrain 
isolé des quatre faces par quatre voies publiques, et occupe une 
surface totale de 1,844 mètres. 

L'entrée principale se développe sur la place du Châtelet, au 
moyen de cinq arcades comprenant, à droite et à gauche, les 
bureaux des loges et stalles principales et secondaires. Ces 
arcades donnent accès à un vestibule de 25 mètres de long 
sur 6 mètres de large. De chaque côté et derrière ce vestibule 
se trouvent deux escaliers, les escaliers du parterre, deux ves- 
tiaires et une salle d'attente. 

Les places secondaires sont desservies par deux escaliers, l'un 
en façade sur le quai, l'autre sur l'avenue Victoria : on y arrive 
par deux vestibules spacieux. Les ventilateurs sont adossés à ces 
escaliers. Les bureaux de location sont placés en façade sur le 
quai et sur l'avenue; enfin, au centre de l'avenue Victoria, il 
existe un vestibule et un escalier spécial donnant accès à la loge 
impériale. 

L'entresol de chaque côté de la salle comprend les bureaux et 
la direction, et sur le quai, le service des accessoires. L'entrée 
du parterre s'y trouve au centre, du côté de la place, et de 
grands couloirs entourent le parterre pour desservir les 
baignoires. 



Au premier étage se trouve le foyer principal, donnant sur la 
place et ayant à ses extrémités deux salons-foyers. Sur le quai 
sont cinq foyers pour les chœurs, la danse, les artistes, etc. 

Au deuxième étage, au-dessus des salons-foyers placés aux 
angles de la place, il y a d'un côté une bibliothèque de parti- 
tions, et de l'autre un bureau pour la copie de la musique. 

Au troisième étage, il existe un foyer pour les places secon- 
daires, occupant la même surface que. le foyer principal; des 
salles d'étude pour les dames, pour les chœurs ; les loges des 
artistes, etc. ; enfin le quatrième étage est consacré aux maga- 
sins, aux ateliers, salles d'armes. 

La salle a environ 19 mètres de largeur sur 19 mètres de pro- 
fondeur, et une hauteur totale de 19 mètres du parterre au lus- 
tre : elle contiendra 1 ,750 spectateurs. Elle se compose d'un par- 
terre avec loges de baignoires, quatre galeries et un amphi- 
théâtre. 

Les loges du premier et du deuxième étage ont chacune un 
salon donnant sur les couloirs, et toutes les galeries sont des- 
servies par de vastes couloirs. 

Le fond de la salle a la forme d'un demi-cercle parfait avec 
parties elliptiques de chaque côté rejoignant les avant-scènes. 
Celte forme a paru la plus convenable pour permettre à tous les 
spectateurs de bien voir et surtout de bien entendre. 

Enfin la scène a 25 mètres de large sur 15 de profondeur. 

Nous ferons connaître en temps et lieu les améliorations in- 
térieures projetées par M. Davioud, en vue de l'acoustique, de 
la venlilation et du confortable, améliorations qui promettent 
d'ajouter singulièrement à l'attrait du nouveau Théâtre-Lyrique, 
dont chaque loge aura un salon particulier. Tout est préparé 
pour fixer le public dilettante dans cette nouvelle résidence, dont 
l'inauguration se signalera, en outre, par la première représen- 
tation des Troyens, d'Hector Berlioz. 



SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE. 

PREMIER CONCERT. 

La Société devait ouvrir la série de ses séances par une œuvre 
imporlanle et nouvelle pour Paris : la Symphonie avec chœurs 
de Mendelssohn ; une indisposition de M. Paulin a fait ajourner 
celte solennité et nous a valu la symphonie en ré de Beethoven ; 
nous n'avons donc pas absolument perdu au change, toute 
réserve faite en faveur de l'inconnu. Mendelssohn était d'ail- 
leurs représenté au concert- de dimanche par son ouverture de 
la Grotte de Fingal, page ingénieuse, presque originale, qui 
renferme un motif des plus élégants et qui certes produirait 
plus d'effet encore sans ses développements excessifs. Parlez- 
nous du chœur des Génies à'Obéron : voilà de la musique d'une 
fantaisie, d'un romantisme adorables, et qui pourtant n'a garde 
de se perdre dans les divagations. M. Belval a été remplacé, 
au pied levé, par M. Cazaux, dans la scène de la Bénédiction des 
Drapeaux du Siège de Corinlhe; — la journée, paraît-il, était 
aux indispositions, ce qui n'a rien de bien étrange; — dans 
cette inspiration si énergique et si éclatante, M. Cazaux a su 
se faire applaudir, non pas seulement pour son acte de bonne 
camaraderie, mais encore à cause de sa belle voix et de son 
énergique accentuation, bien qu'il n'eût répété qu'au piano, le 
malin même, sous la direction de M. Vauthrot, l'habile et cons- 
ciencieux chef du chant de l'Opéra et de la Société des Concerts. 
Après le fragment fugué du 9 e quatuor de Beethoven, excel- 



62 



LE MÉNESTHEL 



lemment dit par tous les instruments à cordes, un Alléluia des 
Messes de Haendel est venu clore magistralement cette première 
séance. 

Artistes et public se sont retrouvés, avec un égal plaisir, dans 
la salle de la rue Bergère. M. Tilmant dirigeait sa phalange 
avec un zèle et une habileté qui ne sauraient être comparés 
qu'à l'habileté et au zèle des exécutants. Enfin les plus délicats 
ne se sont pas aperçus que l'abaissement du diapason portât le 
moindre préjudice à la sonorité de l'orchestre ou a l'exécution 
des œuvres. Tout cela n'est pas très-neuf ; ne nous en plaignons 
pas ; la perfection ne progresse guère, et si, plus tard, il se 
produit quelque nouveauté, — dansle répertoire bien entendu, — 
nous prenons l'engagement de vous en instruire. 

E. VlEL. 

P. S. On annonce, pour le second concert, la première appa- 
rition en public de Francis Planté, le virtuose-pianiste qui a 
placé si haut l'École-Marmontel. 11 exécutera le concerto en 
mi bémol de Beethoven, avec orchestre. C'est tout un événement 
pour le public de la Soci^ des Concerts. — Sarrasate, le jeune 
chevalier de l'ordre de Charles III, qui de son côté vient d'illus- 
trer l'École d'Alard en Espagne, se fera entendre à l'un des 
concerts suivants. 



NOUVELLES IIIYERSES. 



— L'anniversaire de Molière a élé, comme de coutume, le sujet d'un 
banquet annuel, auquel assistaient un grand nombre de convives, auteurs 
et artistes. M. le baron Taylor présidait le festin qui se donnait aux Pro- 
vençaux, mardi dernier. Ponchard, le doyen de nos célébrités lyriques , 
a été invité à chanter, et la romance du Petit Chaperon rouge lui a valu 
de telles ovations, que la couronne posée sur le front de Molière en a été 
détachée en son honneur. Ponchard s'est refusé à se parer de ce trophée, 
— à l'exemple de Samson , qui, l'an dernier, déclina un semblable hon- 
neur; — mais il a gardé, comme un précieux souvenir cette couronne, 
et l'a placée à côté des portraits de Rossini portant cette dédicace du grand 
maître : « Offert à mon ami Ponchard, modèle de charme et de grâce de 
a l'école française. G. Rossini. » 

— Les correspondances de Vienne nous apprennent qu'aucun impré- 
sario ne s'étant présenté pour prendre à bail l'entreprise du théâtre de 
l'Opéra, et le terme du concours étant expiré, ce théâtre devra continuer 
à être un établissement impérial. 

— Par suite de la mort du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV, les 
représentations théâtrales, les concerts , .les bals, les divertissements 
publics de tout genre ont été interdits à Berlin et dans tout le royaume, 
pendant seize jours. 

— Le premier maître de chapelle à Munich, M. Lachner, a été choisi 
pour diriger le prochain grand festival à Aix-la-Chapelle. 

— On nous écrit de Milan que M me Cambardi, prima donna du théâtre 
de la Scata, a été brillamment accueillie dans le rôle d'Anaïde, de Mosc, 
opéra qui alterne avec la Favorite, dont M mo Borghi-Mamo fait les 
honneurs. M me Cambardi vient d'être chargée du principal rôle dans une 
œuvre du maestro Bianchi : Leone Isuura. 

— On écrit de La Haye : M. Martin Lazare, pianisle-composileur, ancien 
élève du Conservatoire, lauréat de plusieurs concours, vient d'être décoré 
de l'ordre de la Couronne de Chêne. Cet artiste doit se rendre prochaine- 
ment à Paris pour faire entendre en public plusieurs compositions écrites 
pendant sa tournée artistique à travers l'Amérique du Nord. 

— On vient de jouer sur le théâtre national du Cirque, à Bruxelles, un 
drame en cinq actes et neuf tableaux, tiré des annales des Flandres, inti- 
tulé Jeanne de Constanlinople. L'auteur, M. A. de Peellaert, a intercalé 
dans son œuvre divers morceaux de chant de sa composition, qui ont élé 
vivemenl applaudis. 



— M Ue Louise de Ronvroy a terminé ses représentations à Versailles. 
Ses adieux au public ont élé signalés par une avalanche de fleurs et un 
gracieux cadeau offert par les abonnés. M" e de Rouvroy est engagée au 
théâtre de Gand. 

— M. Biche-Latour, le nouveau directeur choisi par la municipalité de 
Bordeaux pour diriger pendant trois ans les théâtres de cette ville, a dési- 
gné M. Charles Desolme, rédacteur de l'Europe Artiste et directeur d'une 
des meilleures agences théâtrales, pour son correspondant à Paris. Les 
artistes qui seraient dans l'intention d'être proposés à Bordeaux, soit pour 
tenir leur emploi pendant la prochaine campagne, soit pour donner des 
représentations, sont invités à faire connaîire leurs prétentions aux bureaux 
de l'Europe Artiste, 57, rue du Faubourg-Montmartre, en les accompa- 
gnant de leur répertoire. 

— Une exposition universelle des produits de l'industrie aura lieu à 
Metz vers la fin de mai prochain. Un concours d'Orphéon fera partie du 
programme de celte fête. 

— Poitiers. — La société chorale , sous la direction de M. Puisais, a 
donné hier soir, 15 janvier, son concert annuel au profit des pauvres. 
M Ue de la Pommeraye, artiste de l'Opéra, s'y est fait entendre dans plusieurs 
morceaux parfaitement interprétés. M. Lévêque, élève d'Alard, a joué 
une fantaisie de son maître sur des motifs de la Muette, avec élégance 
et une grande supériorité d'exécution. M. Dupuy, qui, l'année dernière en- 
core, était premier violoncelle-solo au Théâtre-Lyrique, est revenu se fixer 
définitivement dans sa ville natale. Il a dit d'une manière magistrale, et 
au milieu des applaudissements, un divertissement de sa composition. La 
société chorale a complété le programme par plusieurs chœurs heureuse- 
ment choisis et dont l'exécution n'a rien laissé à désirer. La salle était 
comble. 

— Les journaux parlent longuement du concert donné à Tours par 
notre baryton Géraldy, qui, non-seulement a chanté seul, — avec le 
style et la méthode qu'on lui connaît, l'air ù'OEdipe à Colonne et plu- 
sieurs mélodies de son répertoire, mais, de plus, a fait applaudir son 
élève, M lle Hœnen, dans les duos du Barbier et du Caïd. « Pour tout 
l'auditoire, dit le Journal d'Indre-et-Loire, ce concert a passé comme un 
éclair, et on aurait élé tenté de demander aux exécutants de prolonger la 
fête jusqu'au lever du soleil. » On le voit, les amateurs de Tours sont 
bien loin d'être blasés à l'endroit des concerts. 

— S. Exe. le Ministre delà guerre vient d'instituer une commission char- 
gée de préparer le travail de description des modèles-types d'instruments 
à employer dans les musiques militaires, et d'indiquer le prix et la durée 
légale de ces instruments et de leurs étuis. Cette commission est ainsi 
composée: MM. Dorus, flûte; Cokken, basson ; Dauverné, trompette; 
Meifred, cor à pistons ; Forestier, cornet à pistons; Ad. Leroy, clarinette. 
Elle se réunira sous la présidence de M. le général Mellinet, au ministère 
de la guerre. 

— Il est question de modifier la désignation officielle des places dans 
les théâtres de Paris. Elles porteraient désormais l'indication de l'étage où 
elles, sont situées. Ainsi les baignoires s'appelleront : loges du rez-de- 
chaussée ; les loges de la galerie : premières loges ; les premières loges de 
deuxième rang : secondes loges, etc. Cette désignation va devenir générale. 
Depuis longtemps, du reste, elle était réclamée par le public. 

— M. Montaubry, l'excellent artiste de l'Opéra-Comique, vient d'avoir 
la douleur de perdre son père, qui habitait Niort. Le même coup frappe 
en même temps M. Montaubry, frère du ténor, et ancien chef d'orchestre 
du Vaudeville. 

— M. Théodore Faivre, ex-professeur au Gymnase musical militaire, 
artiste au théâtre impérial italien, vient de mourir dans sa soixante-troi- 
sième année. C'était le père de M Ue Faivre, jeune artiste qui tient un ' 
rang distingué au Théâlre-Lyrique. 

SOIRÉES ET CONCERTS 

— Les premières représentations ne s'en sont pas tenues au théâtre, 
celte semaine; le salon a été favorisé des mêmes honneurs. Jeudi dernier, 
l'hôtel de M. et M me Jules Béer ouvrait ses portes à une fête musicale. Il 
y avait file de voitures de la rue d'Aumale à la rue Saint-Lazare. La plus 
élégante sociélé de Paris s'empressait d'accourir à l'appel de la première 
représentation des Roses de M. de Malesherbes , paroles de M. Delbès, 
musique de M. Jules Béer, le maître de la maison. A dix heures et demie, 
le parterre était éblouissant de femmes, de fleurs et de diamants. Les trois 
coups de rigueur ont élé frappés, et le rideau s'est lové sur un décor de 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



63 



roses et de verdure; puis M 110 Mira, MM. Gourdin el Capjul sont venus 
nous jouer et nous chanter, en costumes, la pastorale des Roses de M. de 
Malesherbes, avec Suzotle et Biaise pour héros. Ce petit poù'me est spiri- 
tuellement mené, et la musique aussi agréable que bien écrite, deux qua- 
lités qui ne se tiennent pas toujours. Mais noblesse oblige, et l'on sait 
que M. Jules Béer est de la famille de l'illustre auteur de Robert et des 
Huguenots ; aussi a-t-il semé à pleines mains, dans sa petite partition, 
de charmantes mélodies, de jolis duos et un remarquable trio de facture, 
que l'on a fait redire tout er.lier. On a rappelé les trois artistes, qui le 
méritaient bien à tous égards. C'est tout un succès de salon que les Roses 
de M. de Malesherbes. 

— Schuloff a fait entendre plusieurs nouvelles compositions, samedi 
dernier, chez Rossini. Le compositeur et l'exécutant ont été princièrement 
accueillis. On a également fêté le jeune virtuose Sarrasate, qui faisait sa 
rentrée dans le monde musical parisien. La basse chantante Biadialiet les 
frères Caslellani représentaient la partie vocale. 

— Jeudi dernier a eu lieu la première séance de quatuors de MM. Mau- 
rin, Chevillard, Viguierel Sabalier. L'exécution des quatuors de Beetho- 
ven, en mi mineur et en ut dièze mineur, a été splendide, et l'on peut 
ajouter que le quatuor de M. Maurin est arrivé à rendre les dernières 
pensées de l'illustre compositeur allemand avec une perfection qui n'avait 
jamais été atteinte jusqu'ici. On doit des éloges à M. Rilter, qui a exécuté 
en artiste consommé le trio dédié à l'archiduc Rodolphe. Quant à M. Mau- 
rin, il a conquis son brevet de grand artiste, et a su faire renaître l'archet 
de son maître , le célèbre Baillot. 

— Le salon de la Réunion des Arts vient d'inaugurer sa belle galerie 
d'exposition permanente, rue de Provence. L'Elément musical , avait été 
appelé à rehausser- l'éclat de celte soirée. Graziani, du Théâtre-Italien , 
Jules Lefort et plusieurs autresarlistes, notamment MM. Sighicelli.Zucchi- 
ni, Angelini, Reichardt,M mes Bertini, Sievers, défrayaient le programme aux 
applaudissements de toute l'assistance. L'exposition se compose particu- 
lièrement d'une collection de cent dessins de M. Ingres, qui n'ont jamais 
été vus ni par les artistes ni par le public. La Société a eu l'heureuse idée 
d'ouvrir ses salons le' soir aussi bien que le jour, et de montrer à la lu- 
mière- des réflecteurs les tableaux, sculptures, dessins et autres objets 
d'art qui composent son exhibition. Ouvert avec le concours des artistes 
éminents qui l'ont fondé et sous les auspices du grand peintre dont le 
nom seul est une consécration, le Salon des Arts-Unis est une institution 
toute nouvelle qui réunira les avantages de plusieurs autres en offrant au 
public une galerie charmante, et en logeant les beaux-arts dans un cercle 
et les amateurs dans un musée. 

— Deux intéressantes nouveautés musicales ont fait lundi dernier leur- 
apparition dans les salons de M. Rev***, riche financier, ce qui ne l'em- 
pêche pas d'êlre t-xcellent musicien. Ce sont les deux duos dont nousavons 
déjà parlé, le Médecin Tant pis et le Médecin Tant mieux, et la Mon- 
tagne qui accouche, fables de La Fontaine, mises en musique par M. Th. 
Ymbert. Ces morceaux, d'une véritable valeur musicale, ont charmé 
l'auditoire par leur gaîté de bon aloi, leur verve et leur originalité. Ils 
avaient pour interprètes Géraldy et Sainte-Foy : c'est dire qu'ils ont été ren- 
dus avec tout l'esprit et l'entrain possibles. 

— « Le premier concert de l'Association musicale de l'Ouest (Rennes, 
Laval, Le Mans), vient de s'effectuer des plus heureusement dans chacune 
de ces trois villes associées, grâce à la présence de M" e Balbi et de 
M. Cuslel. Les journaux de Rennes, Laval et Le Mans sont unanimes à ce 
sujet. A Rennes, surtout, le succès de M lle Balbi a pris les proportions d'un 
véritable triomphe. Plusieurs de ses morceaux ont été bissés. 

« M. Caste], qui, pour la seconde fois depuis un an, chantait dans les 
mêmes villes, a été très-chaleureusement accueilli. Il a dû redire Sapristi 
et le Serpent, qu'il avait chantées l'an dernier. On parle, pour le deuxième 
concert, d'un artiste éminent de. l'Opéra et de M. Fournier, violon dis- 
tingué, bien connu à Paris. Du Rocher. » 

— M lle Laguesse a ouvert , dimanche dernier, ses Matinées musicales, 
et cette première séance s'est signalée par la coopération de plusieurs de 
nos artistes aimés. M me Gaveaux-Sabalier a dit avec un sentiment parfait 
la Colombe, de Membrée, accompagnement du violoncelle de M. Casella. 
Une fantaisie de sa composition a valu ensuite de nouveaux bravos à ce 
virtuose. M. Hammer, le violoniste classique, M lle Manille, les deux frères 
Guidon et M Ue Laguesseont été très-fètés. Enfin, la séance s'est terminée 
par l'audition de deux nouvelles compositions de M. Salvator, pleines de 
finesse et de distinction. 



— Aujourd'hui dimanche, première séance de MM. Alard el Fran- 
chomme, avec M. Louis Diémer, succédant comme pianiste â M. Francis 
Piaulé. C'est là un nouvel honneur pour l'École -Marmonlel, dont 
M. Diémer, comme M. Planlé, esl l'un des dignes et remarquables disci- 
ples. Voici le programme de celle première séance : 1° 82 me qualuor en fa 
pour instruments à cordes, Haydn. — 2° 10 rac sonale en mi bémol pour 
piano et violon , exécutée par MM. Diomer et Alard, Mozart. — 
3° 5 me quatuor en la pour instruments à cordes, Beethoven. — 4° qualuor 
en mi bémol pour piano, violon, allô, violoncelle, alto. 

— Voici le programme de la première séance de musique de chambre 
de MM. Armingaud, Léon; Jacquard, Lalo et Mas, mercredi prochain, à 
huit heures du soir, dans les salons Pleyel-Wolff, avec le concours de 
M. Ernest Lubeck : 1° Grand trio en si bémol, de Beethoven ; 2° quatuor en 
mi mineur de Mendelssohn ; 3° scherzo et andante de Schumann ; 4° quin- 
tette de Beethoven, en ut majeur, pour inslrumentsà cordes. 

— Aujourd'hui dimanche 20 janvier, Malinée musicale donnée dans 
les salons d'Érard par M. et M me Deloffre. 

— Dimanche prochain 27 janvier , matinée musicale et dramatique, 
donnée par M Ue Marie Mira. Le programme se compose d'un proverbe de 
M. Verconsin : Le tout est de s'entendre, d'un intermède musical défrayé 
par MM. Stanzieri, Badiali, Sainte-Foy et M Ue Mira, etde l'opéra de salon : 
V Amour à l'èpée, de MM. Galoppe d'Onquaire et Wekerlin, joué par 
M lle Mira, MM. Sainte-Foy et Biéval. Voilà un attrayant programme; 

— Le concert de M lle Marie Darjou est toujours fixé au mardi 29 jan- 
vier dans la salle de M. H. Herz, à 8 heures du soir. M 1Ie Marie Darjou 
exécutera des œuvres nouvelles de sa composition, un Caprice de Men- 
delssohn, avec orchestre, ef plusieurs œuvres d'Emile Prudent. M. Crosti, 
de l'Opéra-Comique, M. Reichardt et M 1Ie Balbi prêteront leur concours 
à cette solennité musicale. L'orchestre sera dirigé par M. Placet. 

— M me Kolb, née Sophie Danvin, après une série de concerts en Alle- 
magne, se propose de rentrer à Paris et d'y donner un concert le mardi 
29 janvier, dans les salons Pleyel. 

— Lundi 28 janvier, concert vocal et instrumental donné par M 116 Elvire 
del Bianeo, avec le concours de M mo Grisi, MM. Géraldy, J. Sauzay et 
Casella. Salons Érard. M" e del Bianeo est une pianiste de premier ordre. 

— L'Association des artistes musiciens fera exécuter, le samedi 2 février, 
jour de la Purification de la Sainte Vierge, dans l'église Saint- Vincent-de- 
Paul, la première messe d'Adolphe Adam, dédiée au pape Grégoire XVI, 
avec solos et chœurs, accompagnés par des harpes et l'harmonie. Le pro- 
duit des chaises et de la quête est destiné à la Caisse de secours de la 
Société de bienfaisance des artistes musiciens. S'adresser, pour l'obtention 
de places réservées, à M. Bolle-Lasalle, agent trésorier de l'œuvre , rue de 
Bondy, n° 68. 



— Indépendamment de la célèbre Valse des Rayons, de la polka-ma- 
zurka la Lesguinka, dansées par M lle Emma Livry dans le Papillon, et 
orchestrées par Strauss pour les bals de l'Opéra, les éditeurs du Ménestrel 
viennent de mettre en vente les principaux airs de ballet du Papillon, 
musique de J. Offenbach. Voici les titres de ces morceaux transcrits avec 
soin pour piano, par Henri Potier : 1. Marche paysanne; 2. Chant du 
Papillon; 3. Andante-Bohémiana ; 4. Valsedes Rayons (originale); S. Mar- 
che du palanquin; 6. Polonaise des Bohémiennes ; 7. Valse des Fleurs ; 
8. Galop des Papillons. — Sous presse : i° le 2 me quadrille, par Musard, sur 
le Papillon, pour faire suite au 1 er quadrille de Strauss; 2° la polka des 
Métamorphoses, par Arban ; 3° la polka-mazurka la Fée des Moissons, 
par Ph. Stutz; 4° quadrille et valse faciles, par H. Valiquet. — Toutes ces 
productions sont ornées d'illustrations du ballet de M me Marie Taglioni et 
de M. de Saint-Georges, musique de J. Offenbach. 

— La maison G. Brandus et S. Dufour vient d'acquérir la propriété 
des Pécheurs de Catane, le nouveau drame lyrique d'Aimé Maillart. La 
grande partition, les parties d'orche=tre, la partition réduite pour chant et 
piano et les airs détachés paraîlront prochainement. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Tjp. Charles de Mouigues frères, rue Jean- Jacques Rousseau, 8. 



ACADÉMIE IMPERIALE 

de musique. 

Du nouveau ballet 
de I'Opéra de 



EN VENTE au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. 



LE PAPILLON 



HEIGEL ET C ie , 

éditeurs. 

Musique de 

J. OFFENBACH. 



i. Marche paysanne. 

2. Chant du Papillon. 

3. Andante-Bohémiana. 

4. Yalse des Rayons. 



Mme biakie TAGUONI et de M. »E SAINT-GEORGES. 

STRAUSS 



5. Marche du Palanquin. 

6. Polonaise des Bohémiennes. 

7. Valse des Fleurs. 
1 er Quadrille, Valse des RA YONS et Polka-Mazurka la LESGUINKA. 8 Gahv des Pap ui ons . 

Composés pour les Lais de la Cour et de l'Opéra. 

ARBAN .' Polka des Métamorphoses. La fée Hamza. M lle Marquet. [ PH. STUTZ '. La Fésdes Moissons. Polka-mazurka. M lle Schlosser. 

MUSARD H Les Circassiennes. Deuxième quadrille. | H. VALIQUET '. Quadrille et valse faciles, sans octaves. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL 

de l'Opéra- Comique. 



^dâ-ds-^ s>03.sssiâ a 



HEIGEL ET C ie 

éditeurs. 



AIRS DÉTACHES , ARRANGEMENTS ET PARTITION PIANO ET CHANT 

DE 

Opéra -comique Sf^li B& SFH WiM i^% 1 JfflBË Ut' MM. SGREBE 



en] 

trois actes. 



BARKOUF 



BOISSEAUX. 



Musique de 



a ©1?^MJ©^SI 



£Xi"Car sxis_2â s2jïi^ ^sv^jr-'o^i^'^Kiroâ. a 

LA CHANSON DE FORTUNIO 

Opéra-comifiiie en un acte, paroles «le MM. HECTOR CRÉMIEUX et LUDOVIC 1 HAIiÉVY. 

— AIRS DÉTACHÉS, ARRANGEMENTS ET PARTITION PIANO ET CHANT. — 



Opéra— Comique en 

un acte. 



LE MARI SANS LE SAVOIR M \X mm 



Musique de 
Partition piano et chant. Bd„ ©Es SAiUM^^HËBUTd Airs détachés; VALSE-STRAUSS, 



SOÏTS PRESSE. — spn-raa-gtTXT^-riit-r^ mna I5»I2<£^3Kr £•}<=» — SOUS PRESSE. 





Vingt-cinq nouvelles études de moyenne force. 

op. 50. LES HARMONIEUSES Ȏ 



730. — 28' Année. 

K° 9. 



TABLETTES 
OU PIANISTE ET OU CHANTEUR. 



Dimanche 27 Janvier 

1861. 



a>sa 




JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en cher. 



(Ail' 



LES MUBSEABJX , S bis, rue Vivieniie. — IIEUGEL et C'% éditeurs. 

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CHANT. <S®MH)E1'H©ST8 IB*âi)i ®Hiï mWISESW '• piano. 

1*' Mude d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 36 Morceaux: i 2e Mode cCabonnement . Journal-Texte, tous les dimanches ; a© 3forccmix 
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liriuios illustrés. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. I primes illustrés. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Étranger: 21 fr. 



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Un an 



ceaux de chant et de piano, les t Allm 
30 fr. — Étranger : 36 fr. 



On souscrit du 1 er de chaque mois. — L'année commence du 1" décembre, et les 5'2 numéros de chaque année — leite et musique, — forment collection 
un bon sur la poste, à rara. HEIlnEI. ot C'a, éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgues frères, ( Texte seul : 8 fr. — V.ilume annuel, relié : 10 fr. ) 



Adresser/Vanco 
Jean-Jacques Rousseau, 8. — C17. 



SOIvIIflAIRE. 



TEXTE. 



I. L'opéra-comique, ses compositeurs, ses chanteurs et ses divers théâtres : com- 
positeurs secondaires de la République et du premier Empire (23 : article). 
L. Meneau. — II. Semaine théâtrale. J. Lovv. — 111. Tablettes du pianiste et 
du chanteur : Préface aux douze transcriptions concertantes des chefs-d'œuvre 
des grands maîtres, avec introduction par Amédée Meneaux. J.-L. Helt.el. — 
IV. Petite chronique : l'Orgue de Barbarie et. la commission de salubrité musi- 
cale. Malliot. — V. Nouvelles, Soirées et Concerts, Annonces. 

MUSIQUE DEIMAiNi): 

Nos abonnés à la musique de Chant recevront avec le nu nié ru de ce jour: 
SLA VALSE »ES FLEURS , 
Dansée par M 11 " Emma Livrï, dans le Papillon, musique de J. Offen- 
dach. — Suivra immédiatement après, du même ballet, la Polka des 
Métamorphoses, par Arban. 

CHANT: 
Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano : 

LA BELLE EAU CLAIRE, 

Chantée dans Fortunio parM" c Pfotzeb, paroles de MM. Hector Grémieux 
et Ludovic Halévï, musique de J. Offexbach — Suivra immédiate- 
ment après : la romance du deuxième acte de Ba'kouf, la Chanson du 
Chien, chantée par M Uc Marimon, paroles de MM. Scribe et Boisseaux, 
musique de J. Offenbach. 



i/orÉiu- COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



COMPOSITEURS SECONDAIRES 

DE LA REPUBLIQUE ET DU PSEMIEIt EMPIRE. 
CHAPITRE VU. 

XXIII. 

DEVIENNE, STEIBELT, BRUNI, PLANTADE, GAVEAUX, SOLIÉ, CATRUFO , 
•M m ° GAIL, BOCHSA, KHEUBÉ, PAER, GOMIS. 

Les musiciens célèbres dont je viens de traiter la biographie 
n'étaient pas les seuls qui eussent écrit, pour l'Opéra-Cornique, 
des pièces intéressanles pendant la République et le premier 
Empire. 



Le 7 janvier 1792, le théâtre Feydeau donnait les Visilan- 
dines, deux actes très-spirituels de Picard (1). La musique était 
de François Devienne, né à Joinville (Haute-Marne), en 1759. 
On y remarque une foule de jolis morceaux ; je citerai entre 
autres l'air connu de Frontin : 

Qu'on est heureux de irouver en voyage I . . . 
et celui de Relfort : 

Enfant chéri des dames.. . . 
que Martin et Elleviou rendirent populaires. 

Les Visilandines, refusées par lo théâtre Favart, furent cha- 
leureusement accueillies à Feydeau. Ce succès suggéra aux 
auteurs la singulière idée d'y ajouter un troisième acte , qui ne 
plut pas au public. Ils le supprimèrent, et la pièce reparut dans 
sa forme première en 1795. En général, on peut approuver des 
coupures intelligentes faites dans le but de donner de la rapi- 
dité a l'action ; mais il est rare qu'une amplification ait chance 
de réussir. 

Sous la Restauration, l'opéra des Visilandines devint tour à tour 
le Pensionnat déjeunes demoiselles, puis les Français au Sérail; 
mais 1830 lui rendit son premier titre. 

Les orchestres de Devienne sont bien écrits pour les instru- 
ments à vent ; il jouait remarquablement de la flûte et du basson, 
■ et connaissait assez les autres instruments pour traiter l'harmo- 
nie avec une grande facilité. 11 fit faire à cette partie de l'in- 
strumentation des progrès dans les orchestres dont il fit partie. 

Il composa une très-grande quantité de morceaux , abusant 



(1) Louis-Benoît Picard, né à Paris en 1769, fui tour à tour avocat, 
acteur, directeur do théâtre et auteur; il mourut membre de l'Académie 
française, en 1828. Il a fait beaucoup de bonnes pièces, parmi lesquelles 
je citerai : la Petite ville et Médiocre et rampant , cinq actes qui ont in- 
spiré bien des comédies récentes de nos meilleurs auteurs contemporains. 



GO 



LE MÉNÉSTBEL 



ainsi de sa fécondité. Ce travail, au-dessus de ses forces, le con- 
duisit à Charenton, où il mourut le 3 septembre 1803. La folie 
est une maladie malheureusement commune chez les composi- 
teurs de musique. 

C'est qu'il y a dans la sensation indescriptible que l'on 
éprouve à entendre son œuvre reproduite par les voix multiples 
de l'orchestre et de la scène, dans cet ensemble qui est en quel- 
que sorte l'incarnation de la pensée tout entière, une volupté 
cent fois plus enivrante que celle que donnent l'ivresse et l'amour. 
Elle peut rependant leur être comparée, parce que cette sensation 
a quelque chose d'essentiellement matériel, d'essentiellement ner- 
veux. Les cerveaux ordinaires n'y tiennent pas longtemps : il faut 
une organisation puissante, plus fortement trempée que l'acier, 
pour pouvoir y résister indéfiniment. On voit en effet trop de 
musiciens mourir jeunes ou fous, non sans avoir connu sur terre 
les joies du ciel ou les tourments du purgatoire, selon qu'ils ont 
entendu leur œuvre bien ou mal exécutée. 

STEIBELT. 

En 1793 , le théâtre Feydeau avait donné Roméo et Juliette, 
du pianiste-compositeur Daniel Steibelt. 

Ce musicien était né à Berlin dans la seconde moitié du siècle 
dernier. La profession de son père, facteur de pianos, avait 
décidé de sa vocation. Son talent d'exécutant lui avait obtenu 
la protection du vicomte de Ségur, qui lui donna le scénario de 
Roméo et Juliette, que les auteurs présentèrent à l'Opéra en 
1792; mais ce théâtre n'ayant point voulu le monter, ils méta- 
morphosèrent leur pièce en opéra-comique, et ce fut sous cette 
dernière forme qu'elle fut accueillie du public, soutenue par le 
talent de M mo Scio. Quoique la musique n'en fût pas toujours 
convenablement écrite pour la voix, cet opéra eut un succès 
mérité par ses agréables mélodies. 

Steibelt mourut à Saint-Pétersbourg le 20 septembre 1S23 , 
laissant après lui un grand nombre de pièces écrites pour le 
piano dans le meilleur style. Ce sont aujourd'hui des œuvres 
devenues classiques. 

BRUNI. 

En 1797 paraissait le Major Palmer, opéra-comique en trois 
actes, du Piémontais Antoine-Barthélémy Bruni, violoniste de 
talent, né à Coni le 2 février 1759. Ce musicien, qui fut tour 
à tour chef d'orchestre du théâtre de Monsieur, de l'Opéra- 
Comique et du Théâtre-Italien, écrivit près de vingt partitions, 
qui eurent une existence modeste. Il retourna à Coni, où il 
mourut en 1821, sans s'être fait une réputation de compositeur 
dramatique, mais avec un nom des plus estimés parmi les vio- 
lonistes du temps. 

PLANTADE. 

Dans la même année parut aussi Palma ou le Voyage en 
Grèce, pièce en deux actes, dont la musique était de Plantade, 
compositeur et professeur de talent, né à Pontoise en 1767 et 
mort à Paris le 19 décembre 1839. Plantade fit plusieurs autres 
opéras, mais sa réputation s'établit surtout à l'église et dans le pro- 
fessorat. Il eut l'honneur, je crois, de donner les premières leçons 
de chant à M 110 Cinti, depuis M me Damoreau, la célèbre cantatrice 
qui a jeté un si grand éclat sur le répertoire moderne de l'Opéra- 
Comique. 

GAVEAUX. 

En 1798 fut représentée Léonore, opéra en trois actes, mu- 
sique de Pierre Gaveaux. Ce libietto— malgré sa couleur som- 



bre et terne — fut mis souvent en musique, et notamment par 
Beethoven, sous le titre de Fidelio. Gaveaux avait écrit pour 
cette partition un chœur de prisonniers : 

Que ce beau ciel !... 
qui fut justement applaudi. 

Léonore ne fut pas le seul titre de gloire de Gaveaux 
comme compositeur : en 1792, il avait donné au Théâtre- 
Feydeau les Deux Suisses, dont il changea le litre, après les 
affaires du 10 août, en celui de l'Amour filial ou lo Jambe de 
bois, dénomination sous laquelle cette œuvre est plus connue. 
Parmi les meilleurs morceaux de la partition il faut citer : 
Jeunes amants, cueillez des fleurs. 
En 1804, deux de ses partitions réussirent au Théàlre-Mon- 
tansier, le Diable couleur de rose et le Bouffe et le Tailleur; 
cette opérette se joue encore de nos jours, sinon à Paris, tout 
au moins en province. 

Il y a de jolis airs, tels que : 

Gaîment je m'accommode 

De tout; 
Je suis pour toute mode 
Mon goût. 
Gaveaux ne fut pas seulement une illustration de la scène 
française comme compositeur; il reçut souvent comme chan- 
teur les applaudissements du public de Feydeau , bien qu'il 
n'eût pas une voix très-agréable ni une taille des plus élégantes. 
Il était né à Béziers le 9 octobre 1760 (1). Après avoir été 
enfant de chœur dans celte ville, il se rendit à Bordeaux, où on 
l'engagea comme ténor à la chapelle de Saint-Séverin : il y 
apprit la composition et fit exécuter des motets. Malgré ses 
fonctions cléricales, il assistait aux représentations du Grand- 
Théâtre; en entendant un des artistes remporter un brillant 
succès dans un ouvrage de Monsigny, il trouva que ces ova- 
tions bruyantes avaient quelque chose d'autrement enivrant 
que les joies et les succès d'église : jetant donc de côté le petit 
collet, il s'offrit au directeur du Grand-Théâtre. Ses débuts sur 
cette scène eurent lieu en 1788 et lui conquirent ses éperons du 
premier coup. 

Il voulut faire connaître son nouveau talent à ses compa- 
triotes et s'engagea pour cela à Montpellier. En 1789 il jouait 
au théâtre de Monsieur, dont il suivit la fortune à sa fusion 
avec le Théâtre-Italien à la salle Feydeau. 

A l'arrivée d'Elleviou et de Martin, Gaveaux, qui n'était 
point aussi jeune qu'eux et dont la voix n'était plus assez 
fraîche, fut éclipsé; la faveur du public l'abandonna. Le cha- 
grin qu'il en éprouva troubla probablement sa raison : un pre- 
mier accès de folie (eu 1812) se renouvela en 1819, et il mou- 
. rut dans un complet état de démence le 5 février 1825. 

SOLIÉ. 

En 1806 eut lieu la première représentation du Diable à 
quatre, opéra-comique en deux actes, dont les paroles étaient 
de Sedaine et la musique de Jean-Pierre Soulier, plus connu 
sous le nom de Solié : il naquit à Nîmes en 1755. Se trouvant 
en 1778 dans l'orchestre d'Avignon, où il jouait le violoncelle, 
on afficha la Rosière de Saîency, deGrétry; mais l'acteur qui 
devait remplir le rôle de ténor se trouva malade. Solié s'offrit 
alors pour le remplacer, et son coup d'essai, qui fut un coup de 
maître, le détermina à se vouer complètement à la carrière dra- 
matique. Il chanta sur plusieurs scènes de province, et enfin de 

(1) Selon quelques biographes, en 1761 ; selon d'autres, en 1764. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



67 



Nancy il passa à la comédie Ilalienne en 1782. Il eut beaucoup 
de peine à se faire adopter par le public parisien et retourna en 
province : on le réengagea cependant dans la suite a l'Opéra- 
Comique pour servir de doublure à Çlairval ; mai-; en 1789 on 
jugea que la doublure commençait à valoir mieux que le chef 
d'emploi. 

Solié s'aperçut plus tard, en entendant chanter les artistes 
d'une troupe italienne, qu'il y avait un genre de voix intermé- 
diaire entre le ténor et la basse, et ce timbre, auquel Martin 
devait attacher son nom, et qu'on appelle plus généralement 
aujourd'hui baryton, était précisément le sien; il put ainsi par- 
venir à une réputation irès-hoDorable au théâtre en créant des 
rôles écrits spécialement pour lui par Méhul et Berlon. 

Ses débuts comme compositeur eurent lieu en 1792 par 
Jean et Geneviève; ses autres partitions d'opéra-comique, au 
nombre de trente-quatre, de 1792 à 1811, obtinrent du public 
assez de faveur, bien qu'elles ne se recommandent pas par des 
qualités saillantes : cependant les recettes du Diable à quatre 
luttèrent avec celles de Cendrillon. 

Le Secret (1796) est aussi un de ses chefs-d'œuvre ; il fut- 
repris à Berlin en 1853. On y remarque une belle romance : 
Je te perds, fugitive Espérance. 

LÉON MENEAU. 

{La suite au numéro prochain.) 



SEMAINE THEATRALE. 

Parmi les qualités inconnues du Tannhauser, que I'Opéra va 
livrer au jugement public, il en est une très-appréciable dès au- 
jourd'hui : c'est que cette œuvre est d'une longueur raisonnable. 
Malheureusement, cet adjectif jouit d'un crédit médiocre sur la 
place, et les habitués de l'Opéra se trouveraient désorientés, — 
j'allais dire déshonorés, — si on les renvoyait chez eux à onze 
heures. Aussi a-t-il été décidé qu'un ballet champêtre serait an- 
nexé au spectacle. Ce hors-d'œuvre chorégraphique aurait pour 
héroïne M me Ferraris, avec musique de M. Th. Labarre. Celle 
fin de soirée ne sera pas à dédaigner. 

Au Théâtre-Italien, Un ballo in maschcra s'est puissam- 
ment amélioré aux représentations suivantes. Le public s'est 
montré plus chaleureux, — et aussi plus juste — pour celte 
remarquable œuvre de Verdi, ainsi que pour ses interprètes Ma- 
rio, Graziaui, M mos Penco, Alboni. Toutefois, ce sont toujours 
les Irois premiers actes qui captivent les dilettantes. 

DÉBUTS BE NI"' SAINT-URBAIN. 

A I'Opéra-Comique, nous avons eu jeudi dernier la Fille du 
régiment, avec les débuts de M lle Saint-Urbain dans le rôle de 
Marie. Cette artiste française, dont l'éducation vocale s'est com- 
plétée en traversant le répertoire italien, ne pouvait échouer sur 
la scène de Favart, bien qu'elle n'y soit point absolument a sa 
place. Toutefois, l'événement a justifié et même dépassé toules 
les espérances. M lle Saint-Urbain est une jolie femme, — c'est 
toujours une excellente recommandation; de plus, elle est déjà 
presque comédienne, qualité indispensable pour ce lype de Ma- 
rie. Cantatrice exercée, douée d'un soprano franc, naturel et 
étendu, la débutante s'est vaillamment tirée de ce rôle qui a 
laissé tant de souvenirs. Peut-être abuse-t-clle parfois des vibra- 
tions. Le trémolo systématique imprimé de nos jours par tous les 
chanteurs aux notes à effet aurait besoin d'être pratiqué avec 
plus de sobriété. — MM. Warot, Prilleux, Nathan, M mc Casimir 



ont coopéré au succès de celle reprise, — chacun selon sa capa- 
cité. Warot a été particulièrement applaudi dans sa romance du 
second acte. Point n'est besoin de constater les impressions de la 
musique de Donizetti. Tout a été dit sur cette œuvre française du 
maestro italien, qui vient de valoir deux rappels à M Uo Saint- 
Urbain. 

FBSîOTBî-.KE ISEPUÉSEIÏTATIOIV D'ASTAKOTII. 

Le Tuéatre-Lyrique nous égrène son chapelet de petits actes 
pour faire cortège aux Pêcheurs de Calcine. Vendredi dernier, 
nous avons eu la première représentation ù'Aslaroth, paroles de 
M. Henri Boisseaux, musique de M. Debillemont. 

Ulrich est fiancé à Thécla ; mais perdu de dettes, adonné à 
la boisson, au jeu, il prend le parti héroïque de renoncer à la 
main delà jeune fille, de crainte de la rendre malheureuse. 
Thécla lui fait ses adieux en pleurant. Ulrich, pour s'étourdir, 

se jette dans les bras de sa chère bouteille, et tombe sur son 

lit, ivre-mort. — Ici l'action se poursuit sous la forme d'un 
cauchemar. Ulrich, désespéré, invoque l'enfer, et Astarolh lui 
apparaît. Le démon étale à ses yeux des monceaux d'or. Ulrich 
se laisse tenter, joue , gagne, perd ; puis, poussé par le démon, 
joue son âme et Thécla. 

Heureusement tout cela n'était qu'un rêve. Ulrich se retrouve 
sur son lit, et complètement corrigé de ses défauts (?), il épouse 
sa fiancée. 

L'auteur de la partition avait droit, de par Astarolh, de 
recourir à des cantilènes infernales, à des effets diaboliques; 
mais M. Debillemont s'est abstenu; il s'est borné à une instru- 
mentation un peu bizarre, souvent cherchée, et parfois décou- 
sue. Néanmoins la partie chantante se tient, et plusieurs mor- 
ceaux, tels que les couplets du Rouet, la chanson Qui vivra 
verra, et le duo d'Ulrich et de Thécla, ont été fort bien accueil- 
lis. Mais mentionnons particulièrement la chanson d'Ulrich, 
Evohé, qu'on a redemandée, son duo syllabique du jeu avec 
Astarolh, et le trio qui suit. 

M lle Gilliess, Delaunay-Biquier, et Wartel (qui représente à 
ja fois l'usurier Magnus et Astarolh), ont mené cet acte à bon port. 

LES MUSICIENS DE I/OSSCHESTRE, 
( l rc rcprésenlaiion. } 

Les Bouffes-Parisiens, — qui ne veulent pas laisser pousser 
l'herbe sur le chemin de la folio, — nous ont donné vendredi 
soir une bouffonnerie de carnaval. Les Musiciens d'orchestre, 
tel est le litre de cette opérelte dont la musique du premier acte, 
due à la triple collaboration de MM. Hignard , Erlanger et 
Delibes, a égayé la salle entière. 

La pièce (de MM. de Forge et Bourdois) a pour héros princi- 
pal un bourgmestre de Busenfeld. Ce personnage est l'homme 
le plus occupé et le plus ahuri de la Confédération germanique. 
Fonctionnaire public et dilettante forcené, il a composé une sym- 
phonie qui va être exécutée au festival de la localité. Son do- 
meslique, Schopp, est chargé de la partie de basson, et sa ser- 
vante, Gotte, joue des timbales. Ce n'est pas tout : sa femme 
tient une pension de demoiselles et se trouve en outre sur le point 
de donner un huitième rejeton au bourgmestre. Jugez des 
préoccupations de l'époux, du père, du fonctionnaire et du 
maestro I II faut penser au chef d'orchestre, au médecin, aux ré- 
pétitions, etc., elc. Or, voici venir le docteur : le bourgmestre 
le prend pour le chef d'orcheslre et lui fait toutes sortes de re- 
ommandations auxquelles l'autre ne comprend rien; d'ailleurs, 
il est sourd . De leur côté, les musiciens se révoltent parce que le 



G3 



LE MÉNESTREL. 



bourgmestre se propose, après le festival, de les enrôler dans 
la landwehr. La servante Gotle grise les jeunes pensionnaires de 
madame et les amène au festival où elles remplacent les musi- 
ciens. Finalement, on reconnaît que le prétendu chef d'orchestre 
n'est autre que le susdit médecin ; celui-ci s'apprête à vaquer à 
ses fonctions, mais il arrive trop tard, car on vient d'annoncer 
l'heureuse délivrance de madame : — trois garçons ! rien que 
cela ! 

Voila pour le poëme. 

La musique est pleine de verve et d'humour. Le premier acte 
surtout brille par une série de morceaux réussis. Citons le pre- 
mier trio, le chœur A ce soir, le duo Ma Golle,\e Caquet des 
femmes et le chœur bachique qui suit et termine le premier acte. 
C'est de la musique bouffe bien faite. 

Le deuxième acte comprend un morceau symphonique attribué 
à M. Offenbach, passé maître en ces sortes de facéties musicales. 

Léonce, Désiré, Bâche et M lle Toslée font les principaux hon- 
neurs de cette excentricité musicale, qui va compléter l'affiche de 
Forlunio et du Mari sans le savoir. 

L'Odéon nous a donné jeudi la première représentation des 
Frelons, comédie en cinq actes, en prose, de M. Ernest Ca- 
pendu. La pièce a obtenu un succès d'estime. Tisserant, Pier- 
ron, Febvre, Thiron, M lles Ramelli et Debay ont eu leur part de 
celte petite fête de famille. 

Le Vaudeville vient de mettre à l'étude une pièce de carna- 
val, due à la collaboration de MM. Edouard Martin et Albert 
Monnier. — On parle de la retraite de M Ile Fargueil, ou plutôt 
de son émigration vers la Porle-Saint-Martin ; mais nous dou- 
tons encore que la direction du Vaudeville consente à se priver 
d'une aussi parfaite comédienne. 

Le théâtre de la Gaité a repris Trente ans nu la Vie d'un 
Joueur, avec Frédérick-Lemaître. Le grand comédien a retrouvé 
de magnifiques élans dans les deux derniers tableaux, et M me La- 
croix !lui a donné vigoureusement la réplique. Le reste de la 
troupe n'a pas démérité de l'œuvre. 

J. Lovy. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 
TRANSCRIPTIONS CONCERTANTES 

d'oeuvres célèbres des grands maîtres, 
par 

AMÉDÉE MÈRE AUX. 

Les éditeurs du Ménestrel, les premiers, ont publié des trans- 
criptions jet grandes pages concertantes pour orgue, piano, vio- 
lon et violoncelle. En tète de ce genre d'œuvres, il est juste de 
placer la belle méditation de Charles Gounod sur le prélude de 
Bach. Celte première œuvre a fait école et donné naissance a un 
assez grand nombre de publications analogues, au nombre des- 
quelles nous signalerons : le célèbre air d'Église de Stradella 
et Y Hymne à la Vierge, méditations religieuses pour piano, or- 
gue, violon et violoncelle, parLEFÉBUKE-WÉLv; te Souvenir de 
Pergolèse et la Pensée de crépuscule, par E. de Hartog ; la 
Résignation, d' Alexandre Batta; la Prière des Bardes, de 
Félix Godefroid ; la grande scène d'Orphée de Gluck, par 
A. Deloffre ; enfin la Jeune Religieuse de Schubert, égale- 
ment transcrite pour piano, violon ou violoncelle et orgue, par 



Chaules Gounod, — avec facilité, pour la plupaildeces mor- 
ceaux, de pouvoir être exécutés en duos, trios ou quatuors. 

Les amateurs de musique concertante ont rencontré là, non- 
seulement une nouvelle source de jouissances musicales de l'or- 
dre le plus élevé, mais ils y ont aussi trouvé le sujet d'études 
concertantes du meilleur style. Or, chacun le sait, l'habitude 
de la musique d'ensemble, seule, peut rendre parfait musicien. 
A tous les points de vue, M. Charles Gounod a donc rendu un 
réel service aux artistes et aux amateurs, en créant un nouveau 
genre de musique de chambre, genre aussi instructif qu'intéres- 
sant, car il nous initie aux chefs-d'œuvre des différentes écoles. 

C'est dans lo but de développer et de compléter cette idée-mère, 
que nous publions aujourd'hui douze nouvelles transcriptions, 
empruntées aux chefs-d'œuvre de Haendel, Gluck, Haydn, 
Mozart, Lkethoven et Webek, transcriptions concertantes, 
écrites avec autant de religion que de talent, par M. Amédée 
Méreaux, l'un des artistes sérieux de notre époque. 

Les pianistes qui partagent leurs loisirs entre le clavier du 
piano et celui de l'orgue de salon, puiseront de précieux élé- 
'ments dans cette collection ; ils remercieront M. Amédée Méreaux 
de son remarquable travail, précédé d'une introduction sur les 
progrès, l'utilité de l'orgue de salon et l'incontestable intérêt, à 
tous les points de vue, des transcriptions concertantes des œuvres 
de nos grands maîtres. 

J.-L. Heugel. 



« Depuis quelques années, grâce à d'ingénieuses inventions, 
l'orgue est devenu un instrument de salon et de concert. En ap- 
propriant l'instrument des églises à un usage mondain, d'habiles 
facteurs ont su, dans des proportions restreintes et par de nou- 
veaux procédés de facture, lui conserver ses qualités naturelles et 
constitutives : la variété des timbres, la prolongation et la modi- 
fication expressive du son. 

« Plusieurs virtuoses ont étudié les effets de l'orgue expressif 
et se sont acquis une grande réputation par la manière brillante 
dont ils en ont fait valoir tous les avantages. Aussi, l'orgue, 
comme instrument solo, a-t-il été, depuis assez longtemps déjà, 
jugé, apprécié et reconnu pour une féconde et très-agréable res- 
source d'effets, offerte aux exécutants et aux compositeurs de 
musique instrumentale. 

« Toutefois, a un autre point de vue, je pense que cet instru- 
ment doit avoir une influence plus directe sur la marche pro- 
gressive et sur la propagation de l'ait musical. L'orgue expressif 
m'a toujours paru destiné à devenir un complément vraiment ar- 
tistique des moyens d'exécution de la musique concertante. C'est, 
à mon avis, l'élément orchestral introduit dans les concerts et 
dans la musique de chambre. Son union avec le piano produit de 
charmantes combinaisons de sonorité. Ces deux instruments ac- 
couplés se complètent l'un par l'autre : dans cet harmonieux 
ensemble, le piano apporte sa netteté, son articulation franche, 
sa précision de mécanisme, et l'orgue prêle un grand charme à 
ces qualités, en leur ajoutant le prestige- de ses sons liés, soutenus 
et expressifs. 

« Si l'on joint au piano et à l'orgue réunis le violon et le vio- 
loncelle, on arrive à la reproduction réduite, et, toute proportion 
gardée, à une imitation très-satisfaisante de l'orchestre. C'est là 
que réside l'importance artistique de l'orgue expressif. Il ne s'a- 
git plus alors d'une très-séduisante variété dont se trouve enri- 
chie la partie instrumentale des concerts; l'orgue n'est plus seu- 



MUSIQUE ET THEATRES. 



69 



lement un objet d'agrément : il devient sérieux, classique, et se 
prêle merveilleusement a la vulgarisation des chefs-d'œuvre de 
nos grands maîtres. 

« A notre époque, la transcription a été une salutaire réaction 
contre l'abus des mélanges, pots-pourris ou prétendus arrange- 
ments de motifs d'opéras ; on a commencé par transcrire, pour 
piano seul, des compositions vocales de tout genre ; puis des 
airs, des scènes entières, des morceaux d'ensemble, extraits d'ou- 
vrages lyriques, ont été transcrits pour piano, et souvent avec 
orgue, violon ou violoncelle. La musique théâtrale trouve ainsi 
une place de plus dans les concerts et dans les soirées intimes. 
Ses produits peuvent passer de la scène au salon, sans que, dans 
cette émigration, ils aient à subir, désormais, ni changement, 
ni mutilation, ni altération radicale. 

« La musique instrumentale aussi, — la musique de cham- 
bre, les quatuors et quintettes, qu'on ne pouvait entendre avec 
fruit que dans des réunions, toujours fort rares, de quatre ou 
cinq instrumentistes d'un talent réel, — la musique orchestrale, 
les symphonies, les ouvertures, dont l'audition n'était possible 
que dans les solennités musicales dont l'organisation est si diffi- 
cile, et qui, pour cela même, ne se renouvellent pas souvent dans 
le courant d'une année, — toute cette musique, la plus belle, la 
plus intéressante, la plus instructive, se popularise tous les 
jours, grâce à l'heureux système de la transcription, dans la- 
quelle l'orgue expressif est appelé à jouer un si grand rôle. 

« Avec l'orgue expressif, la transcription peut s'élever à de 
larges proportions et prendre un caractère tout à fait classique. 
C'est dans cette conviction et pour soumettre aux pianistes un 
spécimen des moyens nouveaux acquis par l'emploi de l'orgue 
expressif à la transcription des grandes compositions lyriques, 
instrumentales ou symphoniques, que j'ai écrit, avec le plus 
grand soin, les douze transcriptions concertantes dont ces quel- 
ques lignes sont la préface explicative. Je n'ai touché aux chefs- 
d'œuvre, choisis en vue de ce travail, que pour les retracer fidè- 
lement. Airs, duos, trios, quatuors, symphonies, j'ai donné de 
tout un peu ; mais tout a été arrangé avec la même rigueur de 
principes, avec le même respect pour le génie et pour ses moin- 
dres intentions. Ainsi, tous ces morceaux ont été transcrits d'a- 
près les grandes partitions orchestrales : je n'ai ajouté ni omis 
aucune note ; toutes les parties des divers instruments, je les ai 
reproduites, en conservant, autant que possible, l'effet et le co- 
loris de leurs timbres, au moyen de la variété de mécanisme, de 
nuances et de sonorité, que peut offrir la réunion du piano, de 
l'orgue, du violon et du violoncelle. On peut dire que ces trans- 
criptions sont textuelles dans toute la pureté mélodique et dans 
toute la plénitude harmonique de leurs modèles. 

« Amédée Méreaux. » 



PETITE CHROMQi'E. 



LES ORGUES DE BARBARIE. 

COMMISSION I>E SAM lîKITi: MUSICALE. 

Au moment où les orgues de Barbarie vont être soumises — 
comme tous les instruments à cylindre — à un droit de repro- 
duction , ne serait-ce pas le cas de réglementer une bonne 
fois l'usage et l'accord de ces instruments nomades qui vont 
à travers le monde troubler le repos public ou tout moins déchi- 
rer les oreilles les moins délicates. 



Le feuilleton musical du Nouvelliste de Rouen prend la ques- 
tion de plus haut : il demande la reproduction fidèle, exacte, 
des motifs empruntés aux opéras comme aux moindres airs de 
vaudeville. Il est en effet scandaleux de voir estropier nos motifs 
populaires d'une manière aussi déplorable, et si, en définitive, 
l'orgue de Barbarie doit éternellement demeurer le premier degré 
de l'éducation musicale du peuple français, améliorons au moins, 
réglementons l'exercice de cet engin musical. 

Mais laissons la parole au Nouvelliste de Rouen. 

* 
* * 

Comment les orgues de Rarbarie sont devenues aussi absurdes 

musiciens que le plus grand nombre de chanteurs de nos 

jours. 

« Autrefois l'orgue de Barbarie, instrument populaire de 

musique, se contentait de jouer des airs qu'il choisissait parmi 

les plus francs de rhythme et de mélodie. La chanson était son 

domaine ; il y prenait ses ébats en toute liberté, traduisant des 

valses, des airs de danse, des marches; il servait aussi de guide 

et d'accompagnateur à des marchands de chansons, dont les airs 

non notés sous les paroles n'étaient point trop défigurés , et se 

transmettaient ainsi avec assez d'exactitude parmi le peuple, 

quiles apprenait de même en les entendant régulièrement jouer. 

« Tout passe ici-bas, tout se transforme et trop souvent se 
déforme, sous prétexte de progrès. Ce progrès, ainsi entendu, 
s'est manifesté chez les orgues, qui ont abandonné la chanson 
pour l'opéra, et qui ont imité la plupart des chanteurs, hélas! 

« Parmi les chanteurs, en effet, il s'était opéré un progrès, 
chez quelques-uns surtout, qui voulaient toujours et partout 
produire des effets, c'est-à-dire être applaudis non pas seule- • 
ment à la terminaison des morceaux, mais encore dans le cou- 
rant des périodes musicales. Pour y parvenir, ils créèrent de 
fausses cadences, c'est-à-dire de faux repos à l'aide de rallenlendo 
intempestifs, arrêtant ainsi sans nécessité la marche du dis- 
cours musical, et par des tenues de voix non motivées ils pro- 
duisirent des effets de sonorité aux dépens du sens mélodique. 

« S'il fallait énumérer toutes les bévues faites chaque jour 
à ce sujet, un journal y suffirait à peine. De loin en loin on 
signale ces absences dégoût; mais cela ne corrige personne, 
et les chanteurs continuent à dire : Je vous souhaite bien le 

bon .jour! et la masse du public continue d'applaudir, en 

prenant pour un vrai plaisir la satisfaction qu'il éprouve de 
voir conclure et terminer une sotte suspension,*qui ne lui est 
réellement agréable que par la cessation du malaise qu'elle lui 
causait. 

« Jusque-là, les choses n'étaient qu'à demi-malheureuses, car 
l'erreur restait dans la fantaisie du mauvais goût et n'était pas 
érigée en fait acquis. 

« Mais voilà que les facteurs d'orgues de Barbarie, qui sont 
la principale musique du peuple, imitant ce qui a lieu dans les 
hautes régions musicales, ont pris le faux pour le vrai, et se 
sont imaginé de noter sur leurs mécaniques les sottises des 
chanteurs. 

« L'orgue de Barbarie a secoué la poudre de ses bonnes 
vieilles chansons pour s'affubler de la pompe des grands airs 
d'opéra, et aujourd'hui il ne joue plus que des morceaux de 
Lucie, AeNorma et du Trouvère. En cela, il a suivi la mode mu- 
sicale, il n'y a pas trop à le blâmer ; mais où a-t-il été chercher 
ses textes? Vous croyez que c'est d'après les partitions mêmes 
que les facteurs ont reproduit les airs de nos grands maîtres ; 



70 



LE MÉNESTREL. 



allons donc ! c'eût été trop naturel et trop simple ; ils ont pré- 
féré imiter les chanleurs, et surtout les mauvais. Ils ont voulu 
reproduire jusqu'à l'âme de ces chanteurs. Or, ce que beaucoup 
de gens appellent l'âme n'est autre chose qu'une sorte de vibra- 
tion factice qui donne à une voix ce petit tremblotement que 
possède la gelée découpée sur un plat. Nous avons beaucoup de 
comestibles à la gelée ; plus tard nous sont venues les voix 
accommodées à la même sauce froide. Eh bien! cela ne suffit 
pas; il nous faut supporter aujourd'hui les orgues de Barbarie 
trembloteurs, c'est-à-dire qui ont de l'âme. 

« Tous les bouchons coupés, toutes les mains calleuses frô- 
lant de la soie, tous les frottements et cris les plus agaçants 
sont des accords de harpes célestes en comparaison du bruit 
affadissant, irritant, énervant, produit par les orgues trembleurs 
que l'on est forcé d'entendre à chaque instant du jour. 

« Mais ce n'est pas tout; ils ont voulu faire aussi des rallen- 
tendo, de la fantaisie, du déclamé musical, en un mot, ils se 
sont inspirés de toutes les bêtises qu'ils entendent commettre 
journellement, et, qui le croirait? ils les ont notées ; si bien 
que maintenant nous entendons estropier et défigurer les 
plus belles inspirations par les fautes les plus grossières. Là, 
c'est une phrase de quatre mesures qui est ornée d'une prolon- 
gation qui la fait boiter ; ici, c'est une mélodie de quatre me- 
sures qui se trouve transformée en cinq, une de deux en trois, 
une de six en sept; c'est un sens binaire qui passe au ternaire, 
et vice versa; enfin, c'est un atroce massacre, une stupide pro- 
fanation, et les gens qui ont le bonheur d'avoir conservé une 
oreille juste au milieu de ce tohu-bohu sont forcés de jeter 
quelques sous au porteur du monstre pour se soustraire à ses 
blessures. Quant au peuple, qui généralement ne sait point ou 
que fort peu de musique, il subit tout; bien plus, il se nourrit 
de cette diabolique et malsaine musique, qui corrompt et per- 
vertit son sens auditif. 

« On a créé des Conservatoires, on enseigne un peu de 
musique dans les écoles publiques; c'est très-bien, c'est pro- 
gressif. 

On a même établi un diapason normal pour ménager les 
voix. Serait-il donc impossible de créer un bureau d'examen, 
devant lequel devraient passer les orgues de Barbarie, qui 
abrutissent et faussent l'oreille? Ne pourrait-on pas avoir autant 
de soins pour l'organe qui entend le son que pour celui qui le 
produit? On nous répondra : L'art doit être libre. Nous ne 
l'ignorons pas, et l'on ne saurait avoir la prétention d'empêcher 
tout un chacun d'aller, pour son argent, applaudir à ce qui 
est mauvais comme à ce qui est bon. D'accord : moyennant 
finance, on doit avoir la faculté de faire subir à son individu 
toutes sortes d'impressions. Mais ici, il s'agit d'une chose gra- 
tuite, qu'on ne peut éviter, qui se promène sur la voie publique, 
et qui, par cela même, devrait être assimilée aux choses sou- 
mises aux vérifications du conseil de salubrité; car enfin, nous 
ne voyons pas pourquoi il serait plus permis d'empoisonner nos 
oreilles que nos narines. 

(.<. Nous osons donc émettre le vœu qu'il soit établi une com- 
mission chargée de vérifier les orgues de Barbarie, et d'empê- 
cher qu'ils ne jouent dans les rues des airs connus en les estro- 
piant, et ce, sous peine d'être poursuivi et puni, sans préjudice 
des droits de la partie civile, c'est-à-dire des autours qui pour- 
raient réclamer des dommages et intérêts pour toutes les atteintes 
portées à leur considération professionnelle ! 

« Une institution de ce genre devrait avoir à sa tête quelques 



bons musiciens, quelques compositeurs, quelques prix de Rome, 
par exemple ; il y en a tant qui meurent de faim, que ce serait 
toujours un moyen de leur donner un emploi en attendant 
qu'ils puissent faire représenter leurs ouvrages. Il y aurait à 
cela un peu de profit pour eux et beaucoup pour l'art, et aussi 
pour les facteurs d'orgues de Barbarie, qu'on tirerait malgré 
eux de leur ignorance musicale. 

« Malliot. » 



NOUVELLES HIVEKSES. 



— Le ciseau de Danlan jeune, qui nous a doté tout récemment d'un 
buste si remarquable de notre grand maître Rossini, vient de créer un 
digne pendant à son chef-d'œuvre de l'an dernier. C'est l'illustre repré- 
sentant de la musique française, réminent directeur du Conservatoire, 
M. Auber, qui celte fois a inspiré la verve de Dantan. Le statuaire- 
anatomiste a fouillé jusqu'aux moindres lignes de la physionomie — 
spirituelle entre toutes — de l'auteur du Maçon, du Domino, de Fra- 
Diavolo, de l' Ambassadrice , du Cheval de bronze, delà Sirène et de 
tant d'autres chefs-d'œuvre lyriques devenus populaires, non par la 
vulgarité de leurs mélodies , mais bien par le rhythme naturel , pétil- 
lant, des moindres phrases musicales, par leur cachet de finesse, de bon 
goût et d'esprit essentiellement français. Tous les trésors de sa mu- 
sique, M. Auber les a sur les lèvres, dans les yeux; mieux que cela, dans 
chacun de ses traits, qui se divisent et se multiplient à plaisir sans 
perdre une parcelle de leur harmonie si caractéristique. Ce tout et ces 
mille détails, voilà ce que le ciseau bien inspiré de Dantan a reproduit 
avec autant de talent que d'admiration pour les œuvres et la personne du 
musicien français par excellence. 

— Avant de quitter Hanovre pour Brème, où il est attendu, Roger s'est 
fait entendre chez l'ambassadeur de France, M. de Malarey. Il y a chanté 
la grande scène de Membrée : Page, écuijer, capitaine, le Roi des Aulnes, 
de Schubert, et une romance de Meyerbeer. 

— C'est a Riga que doit avoir lieu, cette année, un festival de la Bal- 
tique, où se trouveront toutes les Sociétés de chant des provinces alle- 
mandes de la Russie. « 

— La Gazette musicale du, Bas-BJiin s'est amusée à dresser la statis- 
tique du personnel théâtral en Europe. Selon les évaluations de ce jour- 
nal, il y avait en Europe, à la fin de l'année 18G0, 18,140 acteurs et 
chanteurs, 21,609 actrices et cantatrices, 1,733 intendants et directeurs de 
théâtres. Si l'on dressait la statistique du mérite, il va sans dire que le 
chiffre serait considérablement plus modeste. 

— La musique de Jacques Offenbach crée des imitateurs en Allemagne. 
Les journaux de Vienne nous apprennent qu'une mauvaise imitation des 
opérettes de ce compositeur vient de se produire au théâtre An derWien. 
L'auteur se nomme M. Niemetz. Son œuvre, dépourvue de gaieté et d'en- 
train, a été froidement accueillie. Ne marche pas qui veut sur les tracés 
d'Orphée et de Fortunio. 

— La première nouveauté qui se produira sur le théâtre royal de 
l'Opéra de Berlin, sera un grand ballet de P. Taglioni, intitulé : Rêve et 
Réveil. 

— M. Aber, membre de la chapelle royale de Stuttgard et auteur d'un 
opéra en quatre actes, Anna de Landsfa'on, se trouve en ce moment à 
Paris. 

—Un dos excellents élèves de M. Marmonlel, le pianiste Colomer, lau- 
réat de 1859, a reçu de la reine d'Espagne, à la suite de plusieurs con- 
certs donnés à Madrid, de magnifiques boutons en perles fines, œuvre 
d'art du plus grand prix. 

— Les Sociétés philharmoniques d'Amiens et de Reims viennent 
d'appeler et de fêler le virtuose Sighicelli, en compagnie des sœurs Mar- 
chisio et du baryton Giorgo Bonheur. Bravo! voilà des programmes 
bien remplis. 

— Nous sommes en relard avec les pérégrinations artistiques de 
notre habile et élégant violoniste Léon Le Cieux, de retour à Paris, à la 
suite d'une excursion en Normandie et en Bretagne. Nous ne reprodui- 
rons pas les appréciations multipliées qui nous arrivent, et sous tant 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



71 



de formes, du talent de M. Léon Le Cieux. La presse bretonne a été dus 
plus chaleureuses, à en juger par les quelques lignes suivantes : « Toutes 
« les distinctions que puisse ambitionner un artiste et jusqu'à l'honneur 
« du rappel, ont été accordés d'enthousiasme à M. Le Cieux, dont le cœur 
« doit être pénétré de gratitude pour les populations bretonnes, qui 
o savent si noblement encourager les arts et honorer le talent. » A son 
passage à Caen, M. Le Cieux a donné, avec M me Miolan-Carvalho, un 
grand concert dans la grande salle de l'hôtel de ville. Dire qu'il a partagé 
les ovations de la soirée avec l'éminente cantatrice dont le talent résume 
la perfection, c'est constater que la ville de Caen n'a pas été moins pro- 
digue d'applaudissements que ses sœurs de la Bretagne. Si nous sommes 
bien informés, M. Le Cieux doit se faire entendre en ce moment à Bor- 
deaux, en compagnie de M m0 Miolan-Carvalho. Nous n'avons pas besoin 
de prédire de nouveaux succès à l'artiste qui sait allier la distinction de 
la personne à la supériorité du talent. 

— De retour des concerts de l'Ouest, M lle Balbi a été aussitôt deman- 
dée à Lille en compagnie du ténor Dufrêne, de l'Opéra, et de notre 
célèbre harpiste Godefroid, ce qui est tout un honneur. M Ue Balbi est 
une précieuse acquisition pour nos Sociétés philharmoniques 

— On assure que la nouvelle salle de l'Opéra aura son télégraphe élec- 
trique, qui correspondra non-seulement avec le cabinet du ministère 
d'État, mais de plus avec les principaux hôtels de Paris, afin que les 
étrangers puissent louer des places pour les représentations sans se 
déranger. [Extrait des journaux allemands, sans garantie du G.) 

— Les journaux se hâtent trop souvent d'annoncer comme faits 
accomplis des mesures qui ne sont encore qu'à l'état de projet. Cette 
semaine on a vu se produire un phénomène tout opposé, et le fait a 
devancé le zèle de la presse. Nous avions dit, comme la plupart.de nos 
confrères, qu'il était question d'une réforme officiellement apportée à la 
dénomination des loges de théâtre, qui seraient désormais désignées sui- 
vant l'étage qu'elles occupent : loges de rez-de-chaussée (baignoires]: 
premières loges jau premier étage); deuxièmes loges (au deuxième 
étage), etc. Or, cette réforme est accomplie. Le théâtre de l'Opéra s'est, 
depuis plusieurs jours, conformé à l'ordre ministériel : tous les autres 
théâtres suivent l'exemple. 

— C'est samedi prochain 2 février, à dix heures, dans l'église Saint- 
Vincent- de-Paul, que le Comité des Artistes musiciens doit faire exécuter 
la première messe d'Adolphe Adam, dédiée au pape Grégoire XVI, avec 
solos et chœurs accompagnés par des harpes et l'harmonie. M. Bat- 
taille chantera un Salutaris inédit, composé par Ad. Adam. 

SOIRÉES ET CONCERTS 

— Félix Godefroid vient d'ouvrir ses salons du boulevard Sébastopol 
par une grande soirée musicale, dans laquelle se pressaient à la fois le 
monde élégant et l'élite de nos artistes parisiens. Les élèves de M me Coche 
y ont exécuté, avec beaucoup de style, les nouvelles et remarquables 
œuvres, pour le piano, de Félix Godefroid. M. et M me Lyon, le ténor 
Michot, de l'Opéra, dans une mélodie de la Harpe d'or, MM. Gleichoff, 
violoniste, et Pœncet, violoncelliste de premier ordre, ont excité tour à 
tour les plus plus vifs applaudissements. Ajoutons à ce contingent, déjà 
confortable, le maître de la maison lui-même, qui, cédant aux instances 
de ses visiteurs, a pris enfin sa harpe d'or, muette depuis deux ans, et a 
transporté son auditoire dans les sphères les plus idéales. 

— Dimanche dernier, la Société des Jeunes Artistes du Conservatoire 
donnait son premier concert, sous la direction de M. Pasdeloup. La sym- 
phonie en ut de Mozart a été exécutée avec un ensemble et une vigueur 
remarquables, et l'on a pu admirer de nouveau la beauté de celte compo- 
sition, dont l'andante surtout et le finale sont de vrais chefs-d'œuvre. Le 
charmant chœur des Bacchantes, de M. Gounod, a eu les honneurs du 
bis, et l'ouverture de M. Gade a été bien accueillie. Le concert s'est ter- 
miné par les Ruines d'Athènes, splendide composition de Beethoven, 
dont l'exécution, si difficile, a été satisfaisante. Un peu plus d'ensemble 
et de vigueur dans les violoncelles et contre-basses, et l'orchestre des 
jeunes artistes deviendra irréprochable sous l'habile direction de son chef. 

— La première séance de MM. Alard et Franchomme a eu, dans son 
petit cadre, tout le retentissement du premier concert du Conservatoire. 
Dès son premier morceau, la 10 me sonate de Mozart, pour piano et violon, 
M. Louis Diémer, le nouveau venu, a su conquérir la faveur du public 
dilletlante qui se presse à. ces intéressantes réunions. Voilà M. Diémer 
placé au rang de nos grands artistes. 



— M. et M"'° Dclolîre ont donné, dimanche dernier, une fort intéres- 
sante matinée dans les salons d'Érard. Le couple artiste a récollé les plus 
vifs applaudissements dans la grande sonate de Meyerbeer et un duo 
sur les motifs de Gil Dlus ; puis le piano de M me Deloffre a été particuliè- 
rement fêlé dans plusieurs morceaux et de charmants airs nationaux 
espagnols, recueillis par M. Deloffre. Le violoncelle do M. Alard complétait 
la partie instrumentale. Quant au chant, il a été brillamment défrayé par 
M. etM me Meiilel etM me Alard. M. Meillet avec les Glouglous de Gounod, et 
M me Meillet dans l'air du Postillon, ont obtenu une véritable ovation. 
Malézieux, par ses chansonnettes, a gaiement couronné celte séance. 

— A peine de retour, M. Sighicelli a donné, chez lui, mercredi dernier, 
une première séance de quatuors, dans laquelle une œuvre de M. de Vau- 
corbeil a parfaitement tenu.sa belle et bonne place, près d'un quatuor de 
Haydn. Badiali a fait diversion dans une scène du Ballo in mascheia de 
Verdi. MM. Emile Rignaull et Sighicelli ont ensuite joué, l'un et l'autre, 
un solo de leur composition. 

— M me Edouard Chesueau, élève distinguée de Goria, elle-même pro- 
fesseur de talent, a donné, lundi dernier, un concert dans les salons de 
MM. Pleyel-Wolf et compagnie, avec le concours de MM. Lebrun, Las- 
serre, Lafont, de M mo Henri Polier, Moris et Henry. M m0 Edouard Chesneau 
a exécuté entre autres morceaux le concerto de Wéber et deux études de 
son maître : le Tournoi et l'étude de concert en la bémol. Des chanson- 
nettes par Paul Malézieux, le Roi boiteux et les Côtes d'Angleterre, de 
Gustave Nadaud, complétaient le programme. 

— Aujourd'hui dimanche a lieu, salle Herz, l'intéressante matinée 
musicale et dramatique de M Ue Marie Mira. 

— C'est demain soir lundi, salons d'Érard , que se fait entendre la 
virtuose-pianiste italienne Elvire del Bianco, en compagnie de M rae Grisi, 
de MM. Géraldy, Sauzay et Casella. 

— Demain lundi, concert donné par M. Edouard Lapret, salons de 
Pleyel (huit heures du soir). 

— Le premier concert du pianiste-compositeur Emile Forgues est 
annoncé pour le 23 février, salons d'Érard. 

— M. J. Schuloff, le célèbre pianiste, qui ne s'est pas fait entendre à 
Paris depuis plusieurs années, s'est décidé à donner un concert qui aura 
lieu jeudi, 31 janvier, à huit heures et demie du soir, dans la salle Pleyel, 
rue Rochechouart. 

— M. Henri Herz vient de composer et publier une grande sonate 
(di bravura) pour piano seul, dédiée à M. Auber. Nous reparlerons de 
cet ouvrage, que M. H. Herz fera entendre à son prochain concert. 

— Sous le titre : Marseille, quadrille des Phocéens, l'éditeur Roussel 
a eu l'heureuse idée de publier, avec illustrations, du nouveau et de 
l'ancien Marseille, un quadrille des plus mélodieux, des plus dansants et 
des plus variés, car chague figure est due à un amateur de la ville, choisi 
entre les meilleurs, et ils sont aussi nombreux que bons musiciens à 
Marseille. MM. P. Lamotte, de Rémusat, C. Pellissier, Emm. de Fonsco- 
lomb et L. Gouin sont les compositeurs-amateurs qui se sont chargés des 
cinq figures de ce quadrille, dédié par l'éditeur aux cinq cenls membres 
du Cercle phocéen de Marseille. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues I 



Pour paraître du 1 er au 5 février 1861. 

LES HARMONIEUSES 

25 NOUVELLES ÉTUDES DE 

HENRI 




Op. 5. — Prix : 20 fr., (moyenne force); 



ACADEMIE IIPÉRIAIil 

de niu&âtgur. 



Du nouveau ballet 
de I'Opéra de 



1. Hlarche paysanne. 

2. Chant du Papillon. 

3. Andante-Bohémiana. 

4. Valse des Rayons. 



K\ VENTE au Ménestrel, 2 bis, rue Vivicnne. 




PAPILLON 

mmc MARIE TAiKUOnll et de M. E>E SAïWT-îiEORGES. 

STRUUSS 

1" Quadrille, Valse des RA YONS et Polka-Mazurka la LESGU1NKA. 



HEUGEL ET C ie , 

éditeurs. 

Musique de 

J. OFFENBACH. 

5. Marche du Palanquin. 

6. Polonaise desBohémiennes. 

7. Valse des Fleurs. 

8. Galop des Papillons. 



Composés pour lés bals de la Cour et de l'Opéra. 
Polka des Métamorphoses. La fée Hamza. M 1 " Marouet. | PH. STUTZ '. La Fée des Moissons. Polka-mazurka. M lle Schlosser. 

; Les Circassiennes. Deuxième quadrille. | H, VALIQUET '. Quadrille et valse faciles, sans octaves. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL 

de l'Oftéra-Comique. 



(scjp.'ï^^ &iaiassîa a 



HEUGEL ET C Le 

éditeurs. 



AIRS DÉTACHÉS AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO, PAR M. L. SOUMIS. 



N° 1. Introduction : Couplets dialogues 
chantés par M lle9 Marimon cIBelia. 

N°2. Air de Xaïloun, chanté par M. Ber- 
thelier. 

N° 3. Couplets du Grand Mogol, chan- 
tés par M. Nathan. 

N° 4. Duo chanté par M lles Marimon et 

BÉUA. 

N° 5. Couplets de Bababek , chantés 

par M. Sainte-Foï. 
N° 6. 1" romance de Saéb, chantée par 

M. Warot. 




ARKOUF 



Musique de 



M3ÏB&S! 



N° 7. Duo chanté par M 11 » Marimon et 

M. Sainte-Foy. 
N° 8. Chanson du Chien. , chantée par 

M 110 "Marimon. 
N° 8 bis. La même transposée en fa. 
N° 9. Valse-entr'acte pour piano seul. 
N° 10. Couplets ch. parM.BERTHELiER. 
N° H. 2 me romance de Saéb , chantée 

par M. Warot. 
N° 12. Chanson à boire chantée par 

M lle Marimon. 
N° 12 bis. La même transposée en sol. 



BURGMUILER. 

Valse de salon à deux et quatre mains. 



STRAUSS. 



Quadrille à deux et quatre mains. 



EW VEMTE. 



— £S»\33- 5Prt-rt»iPT8T 5t ^."^^S^TS-Si 3 — EU" "VETVTE. 



LA CHANSON DE FORTUNIO 

Opéra-comique en un acte, paroles «e MM. HECTOR CRÉMIEUX et EjUDOVIC WAJLÉVW. 

— AIRS DÉTACHÉS, ARRANGEMENTS ET PARTITION PIANO ET CHANT. — 

TABLE DES MORCEAUX DE CHANT AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO. 



3. Couplets du Petit clerc Friquet , chantés 
par M. Bâche 



| 6. Duo et Chanson de Fortunio, chantés par 
50 M lles Chabert et Pfotzer 6 » 

, a ha 6 bis. Chanson de Fortunio, extraite du 

4. Autrefois, Aujourd feu., ronde des clercs. 2 50 du(j _ pour soprano QU ^ 2 50 

5. Toutes les femmes sont à nous , valse des q ter , La m â me j transposée pour baryton 
clercs, à une ou deux voix 3 75 et 4 50 I ou contralto 2 50 



1. Prenez garde à vous, couplets chantés 

par M 1 " Chahert 2 50 

2. La belle eau claire , chanson à boire, par 

M lle Pfotzer 2 50 

2 bis. La même, transposée pour contralto 

ou baryton 2 50 | 

Partition in-8° : Texte , chant et piano. Prix net : 7 francs. 



FORTUNIO. - 

ji.-li. Battmann. Fantaisie variée 5 » 

f. BurgmiiUer. Valse de salon 6 » 

— La même à 4 mains 7 50 

— La même en feuille 2 50 



Morceaux et arrangosneiits pour pisino. — FORTUNIO. 

a. Croisez. Morceau de s:ilon 6 » | Strauss. Quadrille de Fortunio, à deux 

Faut asernnr.i. Barcarolle et Chanson de ! mains 4 50 

Fortunio , transcriptions C « . 

,-, . ; n sr r> ■ ■ „ — A quatre mains 4 50 

h. vniiijiiii. Concerts desBouffcs Pa. isiens, : ^ 

petites fantaisies sans octaves. Chacune. 3 » | i*i>. stuu. Fortunio-Polka 4 50 



Opéra-Comique en 
un acte. 



LE 



LE BAL, 

Valse chantée par 

M 110 CHABERT, 

Prix : 4 50. 



Musique de 

M- DE SAÏNT-EÉM^. 



Oc M. LÉON et LUDOVIC 
HftLÉVY. 

CHANSON NÈGRE, 

chantée par 

M. LÉONCE. 

1 et 2, prix : 2 fr. 50 c. 



VALSE composée par STRAUSS pour les Bals de la Cour et de l'Opéra. — Prix : 6 fr. 
Partition piano et chant (avec texte), in-8°. Prix : 5 fr. 



751. 



— -28° Année. 

IV 10. 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche 3 Février 

1861. 



LLoa 




JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédaci'enchet. 



LES BUREAUX , S bis, rue Vivienne. — IIEUGEL et Ci», éditeurs. 

(lui Magasina et Abonnement «le Musique «lu MÉiVESTISEI.. — Tenle et location «le Pianos ci Orgues.) 



CIlA.liT. 

1 er Mode (l'abonnement ■ Journal-Texte, tous les dimanches; SU Morceau 
Scènes, Mélodies, Homances, paraissant de quinzaine en quinzaine; i Alliuit 
primes illustrés. — Un an : 15 fr.; Province: 1Sfr. ; Etranger: 21 fr. 



'■Jf i l'in». 

2 e Mode 'Vallonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; e« morceau 
Fantaisies, Valses. Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; Z Allmn 
primes illustres. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 



CHANT r.T riAIVO EtI l \l«* : 

3' Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les 5î rcioreonux de chant et de piano, les s Albums-prime» illustrés. 

Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Etranger : 3G fr. 

On souscrit du I er de chaque mois. — L'année commence du l« r décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresse! /Vanco 
un bon surla poste, a MM. BIKtTCKf . et cf e /éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) 



Typ. Charles (le Mourgues frer 



: Jean-Jacques boisseau. 



«.OTIVSAIKt, 



TK.XTF.. 



I. L'opéra-coraique, ses compositeurs , ses chanteurs et ses divers théâtres : com- 
positeurs secondaires de la République c! du premier Empire (24 e article, suite 
et Du). L. Meneau. — II. Semaine théâtrale. ]. Lovy. — 111. Tablettes du pianiste 
et du chanteur : Schnlhoff et ses œuvres. Marnoktf.i.. — IV. Deuxième concert 
du Conservatoire. E. Viel. — V. De la musique de chambre. F. Halêvï. — 
VI. Petite chronique : La musique chinois:;. Paul d'Iyoy. — VII. Nouvelles, 
Soirées et-Conccrts, Nécrologie, Annonces. 

MUSIQUE DR CHANT; 

Nos abonnés S la musique de Chant recevront avec, le numéro de ce jour: 
la chanson à boire ; 

LA BELLE EAU CLAIRE, 

Chantée dans Fortunio parM lle PFOTZEn, paroles de Mil. Hector Crkmieux 
et Ludovic Halévy, musique de J. Offenbach — Suivra immédiate- 
ment après : la romance du deuxième acte de Bwkouf, la Chunson du 
Chien, chantée par M" e Marimon, paroles de MM. Scribe el Boisseaux, 
musique de J. Offenbach. 

PIANO: 
Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 

de Piano : 

LA POLKA IDES MÉTAMORPHOSES, 

Composée par Arban, sur les motifs du Papillon, de J. Offenbach. — 
Suivra immédialemenl après, le quadrille de Fortunio, le grand succès 
des Bouffes-Parisiens , composé par Strauss pour les bals de la Cour 
et de l'Opéra. 



L'OPÉRA- COMIQUE 

Kl [\AlSaA\CK, SES MICGKÈS, SA TllOB> (.111MI1 EXTENSION. 



COMl'OSlTEUliS SECONDAIRES 

D2 LV RÉPUBLIQUE ET DU PREMIER EMPIRE. 
CHAPITRE VII. 

xxtv. 

DEV ENNE, STE1BELT, BRUNI, PLANTADE, CAVEAUX, SOL1É, CATRUFO , 
M m " GAIL, BOCHSA, KREUBÉ, PAER, COM1S. 

CATRIFO. 

Le Théâlre-Feydeau donniit, le 28 février 1813, FéUcwbù 
la Jeun?, fille romanesque : l'auteur, Jjscph Catrufo, élail né à 



Naplos en 1771. 11 avait appris la musique au Conservatoire de 
cette ville en compagnie de Spontini, deFaritielli el de Pacini. 
11 était chanteur et compositeur très-instruit; on lui doit un 
Traité d'instrumentation très-eslimé. En voyageant, Catrufo 
s'était fixé à Genève, où il donnait des leçons de chant. Madame 
de Staël, ravie de son talent, de ses délicieuses compositions, 
l'engagea à se rendre à Paris : elle lui donna une lettre de 
recommandation pour Dnpaly, qui lui fit la pièce en trois 
actes intitulée : Félicin, et lui donna pour interprètes : 
Martin, Julliel, M llc Pallart, depuis M mï Rigaull et M m » Bou- 
langer ; ces artistes d'élite enlevèrent le succès. Martin y chan- 
tait une romance que l'on faisait bisser tous les soirs : 

La sympathie est le lien des âmes, 
Lancé des cieux pour unir les amants... 

El un charmant duo avec M me Boulanger : 
Sij'ado-ais Li-elle, 
C'est qu'elle avait tes yeux. 

Peu de temps après Félicie, Catrufo cul un secorïtl succès : 
la Bataille de Dciiain. 

MADAME GAIL. 

La même année 1813, qui avait vu naître Félieie, vit aussi 
une opérette : les Deux jaloux, succès intéressant, parce que 
l'auteur était une femme : M ms Gail (lj. On applaudit surtout 
dans cet acte un trij et une jolie romance : 
Ta Fan.'hetle est charmante. 

La romance était du reste le d >maine de prédilection de 
M me Gail, qui s'interprétait olle-môms aveu autant de charme 
que d'esprit. 



(I) Edinc-Sopliie Garre, Dée à Miîun en 1776; se sépara de sou mari et 
mourut à Paris le 24 juillet 1819. 



74 



LE MÉNESTREL, 



En 1815 Bochsa donnait à la scène la Lettre de change, un 
acte qui reçut un bon accueil. Robert-Nicolas-Charles Bochsa 
était né à Montraédy, le 9 août 1789. Son père, hautboïste des 
théâtres de Lyon et de Bordeaux, avait écrit plusieurs morceaux 
de musique pour son instrument. Bochsa fils montra une préco- 
cité extraordinaire : à sept ans il jouait un concerto de piano; 
à neuf ans, il composait une symphonie; à onze, un concerto de 
flûte ; à douze, une ouverture, des ballets, des quatuors ; à seize 
ans, il faisait jouer à Lyon un opéra de circonstance pour le pas- 
sage de Napoléon. Il étudia à Bordeaux la harpe, qui devint son 
principal instrument. 

Élève de Catel pour la composition, il donna, en 1813, un 
opéra-comique en trois actes, les Héritiers de Paimpol, et puis 
après, trois ou quatre autres partitions, dont la meilleure est 
la Lettre de change. 

Plus tar,d obligé de s'expatrier, Bochsa se rendit à Londres, 
où il obtint la direction de l'orchestre du théâtre de Hay-Market. 
11 ne put se maintenir clans ce poste et se réfugia aux États- 
Unis, à San-Francisco, et en dernier lieu en Australie, où il 
mourut le 1 er janvier 1856. Peut-être fût-il devenu un des 
bons compositeurs français, s'il eût pu résider à Paris et s'as- 
treindre à soigner davantage ce qu'il écrivait. 

KREUBÉ. 

En 1819, Charles-Frédéric Kreubé, chef d'orchestre de 
l'Opéra-Comique, donnait à ce théâtre Edmond et Caroline, un 
acte qui fut assez bien accueilli. Cet auteur, qui se distingua 
comme violoniste (1), écrivit aussi d'autres partitions; ses meil- 
leures sont, outre Edmond et Caroline, le Forgeron de Bassora, 
le Coq de village, les Enfants de maître Pierre, et l'Officier et 
le Paysan. 

PAER. 

Un succès réel et qui n'est pas près do finir, se fit jour à 
l'Opéra-Comique en 1824: je veux parler du Maître de cha- 
pelle, charmant opéra en deux actes, dont le librelto avait été 
taillé par M mc Sophie Gay, dans la comédie deDuval, intitulée: 
le Chanoine de Milan. On ne joue guère plus que lo premier 
acte de cette partition, quoiqu'il y ait dans le second un très- 
joli quintette. Le scénario, ainsi estropié, ne signifie plus rien 
du tout, maison entend sans cesse avec plaisir le trio bouffe : 



Ce sont les Français, je gage , 

Qui profitent do la nuit, 

Pour commencer leur tapage. . . 

L'air de Martin : 

Ah 1 quel plaisir de pressentir sa gloire I 
enfin le duo classique : 



Perché crudele amore ? 
Lo compositeur , à la plume élégante duquel on devait cette 
partition, était l'Italien Ferdinand Paër, né à Parme, le 1 er juin 
1771 . 11 avait appris très-facilement, et presque tout seul, les prin- 
cipes de la composition ; l'audition des œuvres de Guglielmi, de 
Paisiello, de Cimarosa, compléta son éducation. Au piano, Paër 
régnait de la double puissance d'un grand chanteur et d'un 
grand compositeur. 

(1] Il était élève de Kreutzer. 



Napoléon s'élant emparé de Dresde, où Paër était maître do 
chapelle en 1806, fut séduit par la musique d'un de ses opéras : 
Achille, et l'attacha à la France en lui accordant une brillante 
pension; mais Paër ne justifia guère le choix de l'Empereur, 
au point de -vue de la composition dramatique du moins. Sa 
paresse était telle, que ce ne fut, comme on vient de le voir, que 
sous une autre dynastie qu'il écrivit la partition française du 
Maître de chapelle, à laquelle je ne connais qu'une sœur : 
Un caprice de femme. — Le Théâtre-Italien lui doit YAgnèse , 
un des triomphes de Pellegrini et de M mc Mainvielle-Fodor. 

GOMIS. 

Le 29 janvier 1831, avait lieu la première représentation du 
Diable àSéville, opéra en deux actes, de Joseph-Melchior Gomis, 
compositeur, né en 1793, à Anleniente, ville espagnole. 11 avait 
mis dans toute sa partition la couleur locale qui répandit sur son 
œuvre une teinte agréable, mais monotone. Plus tard, Gomis fit 
représenter le Portefaix et le Revenant, et mourut à Paris en 
1836, à la fleur de l'âge , au moment où l'Espagne pouvait se 
promettre un compositeur dramatique distingué. 



Pour terminer celle suite de biographies des auteurs morts 
qui ont écrit pour l'Opéra-Comique, il me reste à parler de 
Boïeldieu, de son élève Adolphe Adam , qu'une mort préma- 
turée et regrettable a tant de titres, fait entrer dans le cadre que 
je me suis tracé, et enfin d'Hérold, que je placerai après Adam, 
parce quo l'œuvre de ce dernier me paraît être la continuation 
immédiate de l'œuvro de Boïeldieu, et que , d'ailleurs, Hérold 
est incontestablement le plus jeune de tous les auteurs dont j'ai 
parlé. Je continue de cette façon à suivre les progrès, les déve- 
loppements successifs de l'opéra-comique français, au point de 
vue musical, dont Zampa me paraît le type le plus développé, 
comme je l'ai dit en commençant. 

Ma tâche, à présent, devient très-simple: il ne s'agit plus 
d'ouvrir sous les yeux du lecteur des partitions poudreuses, 
dont la plupart ne sont consultées qu'a de rares intervalles par 
les bibliophiles, mais de faire appel aux souvenirs de la veille. 

Léon Meneau. 



SEMAINE THÉÂTRALE. 

Sémiramis et le ballet du Papillon ont alterné cetle semaine 
au théâtre impérial de I'Opérv. Obin et les sœurs Marchisio 
reçoivent toujours le plus sympathique accueil dans l'œuvre 
francisée du maestro italien ; et, de son côté, M lle Emma 
Livry récolte chaque fois de nouvelles ovations dans le gracieux 
rôle de Far-falla. 

. La prochaine apparition du Tannhauser excite de multiples 
émotions. 11 y a d'abord les anxiétés fort naturelles desinlerprètes 
de l'œuvre; puis, au dehors, l'impatiente curiosité des divers camps 
dilettantes, des Wagneristes et de leurs adversaires; et enfin, 
par dessus tout, l'armée des résidents allemands, qui, par esprit 
national peut-être autant que par religion musicale, croit devoir 
soutenir et défendre le pavillon du Tannhauser. Bien plus, on 
assure que des députalions germaines sont en route pour se 
joindre aux amis, afin d'emporter de haute lutte le succès de 
la' musique de l'avenir. Tout annonce donc que la soirée du 
Tannhauser marquera dans les annales de notre première scène 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



75 



lyrique. Elle paraît toujours fixée aux derniers jours de ce mois, 
M me Tedesco ayant pu reprendre les répétitions. 

Une indisposition de Zucchini a fait changer, jeudi dernier, 
le spectacle au Théâtre-Italien. Un Ballo in maschera a rem- 
placé Don Giovanni, annoncé pour le soir. C'est partie remise 
à jeudi prochain. Aujourd'hui dimanche, il Barbiere. 

A I'Opéra-Comique, la Circassienne avait été également 
promise pour jeudi; mais les enrouements successifs de Mon- 
taubry, de Couderc, de M' le Monrose, l'ont fait reculer de deux 
jours. C'est hier au soir samedi que cette importante œuvre a 
été livrée au jugement public. A dimanche prochain notre 
comple-rendu. — M lle Saint-Urbain a continué plus brillamment 
encore ses débuts dans la Fille du régiment. C'est décidément 
une belle et bonne acquisition pour la salle Favart. 

Le Toéatre-Lyrique donnera jeudi prochain la première 
représentation de la Nuit du mardi gras, opéra-comique en 
trois actes, de MM. Scribe et Boisseaux, musique de M. Clapis- 
son. L'administration compte sur un grand succès: La pièce sera 
jouée, dit-on, avec un rare ensemble : M IIe Roziès, qui a débuté 
si heureusement, il y a quelques mois, dans les Dragons de Vil- 
lars et plus tard dans UVal d'Andorre, remplira le principal rôle. 
Les autres artistes auxquels est confiée l'interprétation-du nouvel 
ouvrage de l'auteur de Fanchonnette, sont MM. Fromant,Riquier- 
Delaunay, Wartel, Lesâge,M lles Moreauet Faivre. 

Aux Bouffes-Parisiens, beau fixe avec Fortunio, le Mari 
sans le savoir et les Musiciens de l'orchestre, et cependant on 
répète le Pont des soupirs, la pièce capitale de l'hiver. 

* * 

Le Gymnase a plusieurs nouveautés en perspective. 

Il s'agit d'abord du Sacrifice d'Iphigénie , — titre assez 
bizarre. Cette pièce est attribuée à M. d'Ennery , et aura 
Geoffroy pour principal interprète; on nous promet ensuite un 
acte de MM. Labiche et Delacour, provisoirement intitulé : 
Verdinet; et enfin, le Dernier des Lafrenaie, deux actes de 
MM. Dumanoir et Lafargue, avec Lafontaine dans un rôle de 
vieux marquis de soixante ans, — promesse piquante. 

L'intention de se séparer de M Ue Fargueil avait été prêtée 
gratuitement à la nouvelle direction du Vaudeville. Cette ex- 
cellente comédienne vient d'être rengagée à de fort bonnes 
conditions. Nous en félicitons le triumvirat du théâtre de la 
Bourse, car elle trouverait difficilement à remplacer une artiste 
qui aborde avec une égale perfection le drame et la comédie 
légère. — La pièce carnavalesque du Vaudeville est annoncée 
pour le dimanche-gras. 

Celle du Palais-Royal a dû voir les feux de la rampe, hier 
soir samedi ; M 1 ' Schneider, MM. Brasseur,~Hyacinlhe et Gil 
Pérès en sont les héros. On parle beaucoup d'une ronde de 
M. Sylvain Mangeant, qui vient couronner cette folie de car- 
naval . 

Le théâtre de I'Ambigu-Comiqoe s'apprête à représenter un 
drame étrange. Cette œuvre a pour titre : ['Ange de minuit; 
elle est due à la collaboration de MM. Théodore Barrière et 
Edouard Plouvier, et sera montée avec un grand luxe de mise 
en scène. De plus, elle servira de cadre à plusieurs débuts im- 
portants, -notamment celui de M lle Méa, la belle Andromaque 
de l'Odéon. 

J. Lovy. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 

SCHULHOFF. 

Les édjjeurs du Ménestrel, qui n'ont rien publié de Schulhoff, 
— à leur grand regret, — ne m'en avaient pas moins demandé 
une élude sur ce pianiste justement célèbre. En cela , ils sui- 
vaient le cri de leur conscience, qui , plus d'une fois, m'a permis 
de donner dans ces tablettes des places d'honneur à des artistes 
tels que Stephen Heller, Henri Ravina, Georges Mathias, J. Ro- 
senhain et tant d'autres compositeurs dont les publications enri- 
chissent les catalogues des maisons Lemoine, Brandus, Richault 
et Meissonnier. 

L'élude que je me proposais d'écrire sur le talent et .les 
œuvres de Schulhoff, s'est trouvée devancée par le concert- qui 
vient de signaler l'heureux retour a Paris du célèbre virtuose ; 
si bien que, bon gré malgré, voici mon humble prose passée 
à l'état de comple-rendu. 

Les lecteurs du Ménestrel me pardonneront cet empiétement 
involontaire. Qu'ils se rassurent d'ailleurs je ne recom- 
mencerai pas. 

Mais, pour aujourd'hui, qu'ils me permettent de leur dire que 
nous sommes encore sous le charme de l'impression vive et 
profonde causée par J. Schulhoff à son concert de jeudi dernier. 
Ceux qui, moins heureux que nous, ont été privés du plaisir 
d'assister à celte belle et intéressante soirée, nous sauront gré 
de leur parler des succès de l'éminent artiste, comme composi- 
teur et comme virtuose. 

Schulhoff nous revient après un long séjour en Allemagne. 
Le repos, l'air vivifiant de la patrie, et l'éloignement du foyer 
incandescent qui brûle l'existence des artistes parisiens, lui a 
rendu la santé, la sève et la force nécessaires pour fournir une 
nouvelle carrière. L'empressement général, l'accueil chaleureux 
fait à l'artiste ont dû vivement émouvoir Schulhoff et lui prouver 
que le public des concerts a fidèlement gardé souvenir de ses 
premières soirées. Nous nous souvenons tous, en effet, de l'im- 
pression produite par Schulhoff avec ses premières compositions, 
déjà populaires avant l'audition du jeune maître à Paris. Le bel 
allegro dédié à Chopin, op. 1 ; l'agitato, op. 15 ; les impromp- 
tus, op. 8 ; les Airs bohémiens, op. 10; le Carnaval de Venise, 
op. 22 ; les valses, op. 6 et 20 ; le galop, op. 17, avaient admi- 
rablement préparé la bienvenue du pianiste-compositeur, aimé 
de tous les amateurs et artistes avant même d'avoir pu être ap- 
précié el admiré comme virtuose. 

L'élégante distinction des premières compositions de Schulhoff 
repose principalement sur le tour original des idées, toujours 
accompagnées d'harmonies fines et ingénieuses, et sur la forme 
neuve et brillante des traits. L'excellente facture de sa musique 
a séduit non-seulement le public, mais encore tous les musi- 
ciens de goût et de bonne foi qui rendent justice au vrai mérite, 
sans distinction de clocher. Schulhoff sut donc conquérir, de 
prime abord, rrne des premières places parmi les célébrités mo- 
dernes du piano. 

Encouragé par le succès, il écrivit, quelque temps après, plu- 
sieurs petites pièces ravissantes, qui brillent entre toutes par 
l'invention mélodique et ce parfum de jeunesse qui séduit l'ima- 
gination et l'oreille. Citons tout d'un trait : le Chant du pécheur, 
op. 32; Souvenir de Vienne, op. 28; Souvenir de Varsovie, 
op. 30; Sérénade espagnole, trois idylles, op. 27; Souvenir de 
la Grande-Bretagne, fantaisie brillante; YOndine, etc. 



70 



LE SÎÈNESÏIltr. 



Artiste laborieux, amant passionné de l'art et du progiès, . 
Schulhoff n'a pas voulu refaire toujours le même caprice, et il a 
modifié sa manière, soit en donnant plus de développement à ses 
motifs, soit aussi par un travail d'harmonie et d'imitations plus 
serré. La belle sonate jouée au concours de piano du Conserva- 
toire est un exemple de cette modification de style ; la Bal- 
lade, op. 41, la Polonaise, op. 4î, l'Aubade, cp. 42 et les 
Chants d'amitié, op. 45, appartiennent encore à cette seconde 
manière, d'un travail plus recherché et dans laquelle, par cela 
même, l'inspiration a peut-être moins de jet et de naturel. 

N'oublions pas une œuvre de jeunesse que nous estimons 
comme un des beaux fleurons do la couronne de Schulhoff : les 
Études de concert, op. 12. 

U nous fallait, avant de parler du concert de jeudi dernier, 
constater cette tendance de l'artiste vers un idéal plus élevé, s'é- 
loignantavec intention de la forme première qui avait si agréa- 
blement séduit et impressionné le public. 

Celte grâce infinie des anciennes œuvres, nous l'avons re- 
trouvée jeudi dernier, parmi les œuvres nouvelles, sous la forme 
d'une perle fine : Souvenirs de Venise. 11 est difficile d'imagi- 
ner rien de plus suave et de plus poétique ; la Polonaise, d'un 
rbjlhme saisissant, — a la fière allure qui convient à ce genre de 
pièces, — est venue faire contraste à la rêverie vénitienne. Sou- 
venirs de Saint-Pétersbourg est une mazurka qui aura le succès 
du Souvenir de Kieffet de Varsovie : on l'a bissée. VOndine, 
que nous avons précédemment entendue, est un pendant au 
Chant dupécheur. Ce bruissement mélodieux est ravissant. 

La fantaisie sur les Mélodies bohémiennes, un caprice de con- 
cert à grand effet par l'originalité des motifs, la manière heu- 
reuse dont ils s'enchaînent, le brio des variations. 

11 nous reste à dire que Schulhoff a joué la sonate do Beetho- 
ven, op. 81, avec toute l'autorité d'un maîlro : son jeu coloré, 
chaleureux, tendre et passionné, a fait admirablement valoir 
toutes les beautés de celte œuvre de génie. Le trio en ut de Haydn 
a été aussi délicieusement inlerprété. MM. Dupuis et Jacquard 
ont rivalisé de talent avec Schulhoff; il est impossible de dire avec 
plus d'esprit et de verve cette musique d'une admirable simpli- 
cité où le génie du grand maîlre se révèle à chaque page avec 
tant de puissance et de bonhomie à la fois. 

Nous voudrions avoir l'esprit d'analyse de notre cher collègue 
M. Stéphen de la Madeleine, pour parler du gracieux (aient vocal 
de M lle Orwille ; mais nous nous devons tout entier à l'immense 
succès de Schulhoff, succès qui nous vaudra, nous l'espérons, 
plusieurs soirées semblables h celle de jeudi. Il n'est pas un pia- 
niste qui n'ait le désir d'entendre ses œuvres nouvelles et aussi 
celles qui ont précédé sa grande réputation; seulement, qu'il 
nous soit permis, en terminant celle causerie, d'émettre un vœu 
selon noire impression toute personnelle, à savoir: que Schulhoff 
ne sacrifie pas trop aux tendances modernes de l'école allemande ; 
que l'horreur du banal ne le jette pas dans les brouillards de 
l'avenir; enfin, que son jeu sympathique et naturellement entraî- 
nant se défie des sonorités stridentes, de l'abus de la force. No- 
tre admiration pour le grand artiste nous autorise a émettre ce 
conseil amical, qu'il voudra bien accepter comme une preuve de 
la sincérité de nos éloges. 

Marmontel. 



société nrs concerts du comîiyatoïre. 

DEUXIÈME CONCERT. 

La Symphonie-cantate de Mendelssohn, sur des paroles de la 
sainte Écriture, ouvrait la séance de dimanche dernier. Dans 
cette vaste composition, qui comprend douze morceaux et ne. 
dure pas moins de cinq quarts d'heure, le maître ne s'est pour 
ainsi dire pas écarté du plan suivi par Beelhoven dans sa neu- 
vième symphonie. D'abord, trois pièces symphoniques ; puis 
ensuite, la partie vocale entremêlée de chœurs et de solos. Un 
majestueux appel de trombone sert de début au premier alle- 
gro, et, se reproduisant à la coda de l'adagio, encadre en quel- 
que sorte le rôle do l'orchestre. Ce premier allegro a certaine- 
ment beaucoup d'éclat et de grandeur ; on observe pareillement 
de la conviction et de l'autorité dans ïadagio religioso ; il nous 
a pourtant paru que la pensée ne s'y dégageait pas toujours as- 
sez nettement des limites d'une facture d'ailleurs habile à 
l'excès. On ne saurait en dire autant de Vallegretto 6/8, placé 
entre deux et relié à la première partie : voilà une inspiration 
d'une franchise, d'une originalité et d'un charme incontestables. 
Parmi les nombreux morceaux do chant, nous avons surtout re- 
marqué un air de ténor à l'accent onctueux et attendri ; un duo 
pour soprano et contr'alto d'une suprême élégance ; un second 
air de ténor, qui a la prétention de peindre les tourmen'.s 
des damnés; enfin, plusieurs chœurs d'un caractère par trop 
uniforme, mais toujours parfaitement écrit*. Cette partie do 
l'œuvre rappelle au reste, à s'y méprendre, le style de l'Êlie et 
du Paulus; ce sont les mêmes qualités et le même talent do fac- 
ture : une sincérité qui arrive parfois à la chaleur et à l'émo- 
tion ; une science des procédés en usage dans les compositions 
dites religieuses, qui ne se dément jamais et chatouille délicieu- 
sement les oreilles amoureuses des artifices de la fugue et du 
contre-point. Paulin, quoiqu'encoro un peu souffrant, s'est bien 
acquitté de la partie qui lui avait été confiée. M me Vanden- 
Heuvcl-Duprez a chanté la sienne avec sa perfection accoutu- 
mée; elle a dit plus tard l'air du troisième acte des Noces, et 
comment?... nous ne prétendons l'apprendre à personne. 

M. Sarrasato, dont nous avons constaté plus d'une fois les 
éclatants triomphes, a triomphé une fois de plus dans des frag- 
ments — allegro et andante, — d'un concerto de Baillot ; de 
la fermeté, de la fougue, et en même temps une inaltérable pu- 
reté de style, voilà le secret des bravos que récolte partout 
M. Sarrasate,.et qui ne lui ont pas fait défaut dans la salle de la 
rue Bergère ; l'école d'Alard compte en ce jeune virtuose un 
digne et intrépide représentant. 

Pour finir, l'orchestre a rendu d'une façon merveilleuse l'ou- 
verture du Freïschutz, cette page empreinte tour à tour d'une 
sombre poésie et d'une radieuse inspiration. 

E. Viel. 



LA MUSIQUE DE CHAMBRE. 

Nous avons constaté l'active propagation des Sociétés de mu- 
sique de chambre. Chaque hiver, ces sociétés acquièrent plus de 
prosélytes, et c'est là un symptôme frappant des progrès de l'art 
musical. Aujourd'hui, nous allons laisser à un éminent compo- 
siteur, à un savant et disert académicien, M. Halévy, le soin 
de faire connaître à nos lecteurs ce qu'est au juste la musique 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



77 



do chambre. Lo fragment qui suit est emprunté h son vo'urre 
des Souvenirs cl Por'.raits, publié par la librairie Michel L ; vy. 



« Sous son apparence modeste, cette dénomination bour- 
geoise de musique de chambre ea<ho cependant lire origine 
illustre. La chambre : c'est ainsi qu'on désignait la chambre par 
excellence, celle du souverain, son habilatirn intime, particulière. 
On appelait musique de la chambre du roi, musique de la 
chambre, celle qui se faisait dans ses appartemén's ; aujourd'hui 
qu'il ne s'agit plus que de la chambre de tout le monde, on dit 
simplement musique de chambre. 

« Ce nom dit au reste tout ce qu'il veut dire. 

« La chambre, c'est l'intimité-, la retraite interdite aux impor- 
tuns. Le salon est consacré aux réceptions. nombreuses, aux fêtes 
bruyantes, aux invitations banales; on n'admet dans sa chambre 
que des amis, et encore un. sage amphitryon musical, dans sa 
réserve prudente et dédaigneuse, fait-il souvent son choix dans 
l'amitié. 

« On appelle donc aujourd'hui musique de chambre (musica 
da caméra) toute espèce de musique destinée à être exécutée 
devant un petit nombre d'auditeurs par un petit nombre d'ar- 
tistes. Cette expression, appliquée aussi en Italie 5 la musique 
vocale, alors surtout que les maîtres les plus célèbres ne dédai- 
gnaient pas d'écrire, pour un auditoire choisi, de petits morceaux 
pleins de grâce , véritables chefs-d'œuvre de mélodie et de 
finesse harmonique, est aujourd'hui, en France et en Allema- 
gne, presque exclusivement réservée pour désigner certaines 
compositions instrumentales. 

« Ce genre de musique permet, impose même au composi- 
teur une sorte de recherche et de coquetterie. Le plaisir que 
cause la musique fait toujours supposer une éducation première 
acquise par la seule habitude de l'oreille ou par l'étude de l'art. 
En écrivant de la musique de chambre, le compositeur sait 
qu'il s'adresse aux oreilles exercées, fines, délicates, à des intel- 
ligences musicales heureusement disposées ou développées par 
des études bien dirigées. Il ne craint donc pas de parer son 
ouvrage de perles qui seraient perdues pour des auditeurs vul- 
gaires. Un orchestre nombreux emporte le public par sa masse, 
par la richesse, par l'éclat de sa sonorité; le se luit par l'alliance 
heureuse des timbres divers, associés et non confondus dans un 
ensemble transparent; le charme par des dialogues ingénieux. 
La musique de chambre ne dispose que de quatre ou cinq exé- 
cutants, et encore les instruments qui doivent chanter enscmb'e 
ou se répondre sont-ils presque toujours de la. môme famille 
(famille à laquelle le piano ne reste point étranger). 

« Avec des ressources si bornées, le compositeur doit savoir 
être tour à tour passionné, tendre, élevé, rapide, gai, chaleureux 
et toujours discret et élégant dans ses plus grands écarts. Un 
petit nombre de cordes, mises en vibration par quelques archets, 
ou, si l'on veut être exact et parler la langue de la statis'.ique, 
un peu étonnée de se fourvoyer dans un quatuor, seize cordes, 
mues par quatre archets, voila toute la richesse dont il dispose. 
Mais ces cordes doivent vibrer sur des instruments de prix, sui- 
des bois sonores choisis et façonnés il y a trois siècles par ces 
savants luthiers de Crémone, Amati, Guarnerius, Stradivarius; 
ces quatre archets, construits selon toutes les règles de l'ait, 
doivent être remis aux mains les plus habiles, aux doigts les 
plus brillants, animés du sentiment le plus exquis. 



« À ces artistes d'élite il faut aussi un auditoire d'élite. Pour 
être digne d'entrer dans la chambre, devenue un sanctuaire; 
pour oser s'y asseoir et prendre part aux mystères qu'on y cé- 
lèbre, il faut être profondément dévoué à la musique, dévoué 
quelquefois jusqu'à la patience, n'avoir jamais laissé errer son 
goût ni ses préférences, être reconnu, proclamé amateur de 
bonne race, en posséder le brevet, en porter le blason sans 
tache. 

« t Si les succès obtenus par ce genre de composition n'ont 
pas l'éclat et le retentissement des succès remportés au théâtre, 
ils ont peut-être plus de solidité, parce qu'il s'établit bientôt 
entre l'auteur elles artistes, ou les amateurs habiles dont il sait 
satisfaire les talents et les goûts, une sorte de lien sympathique. 

« Comme leur admiration repose sur une conviction éclairée, 
ils sont moins avides de nouveautés. Comme la coupe et la 
forme des morceaux 'sont h peu près invariables, ils n'ont point 
d'exigences capricieuses. Aussi le succès est-il assis sur une base 
durable dans ces alliances fondées sur un goût pur, sur des 
études élevées, sur des convenances réciproques justement appré- 
ciées, sur un échange, affectueux de bons procédés, de bonne 
musique et de bonne exécution. » 

F. Halévy. 



PETITE CHRONIQUE. 

Musique chinoise. 

r La Chine est décidément ouverte , et chaque jour nous ap- 
portera, sur tout ce qui concerne cet étrange pays, des notions 
rien moins que certaines, exactes ou authentiques. Les nouvelles 
musicales de Pékin vont donc acquérir sous peu et acquièrent dès 
aujourd'hui un vif intérêt d'actualité. C'est à ce titre que nous 
eni] runtons les lignes suivantes à l'un de nos chroniqueurs pari- 
siens, M.Paul d'Ivoy, fantaisiste du grand format. 



Le mandarin lettré Lu-Ling, l'un des Jullien du pays, « se 
prépare à visiter l'Europe, afin de s'initier aux sottises musi- 
cales des peuples'arriérés, et de répandre les vrais principes de 
la musiquechinoise.il voyagera avecjtout un orchestre de musi- 
ciens chinois, les plus habiles de Pékin; il nous fera entendre 
ses plus belles compositions, ainsi que celles de Fo-Hi, leur 
premier prince, contemporain deNoé, et celles de Pscheng-Fo- 
Tsi, qui est le Rossini chinois, et vivait il y a environ deux 
cent vingt ans. 

« Voici quelques renseignements sur la musique chinoise 
que nous sommes exposés à entendre : 

« La gamme chinoise n'a nulle analogie avec la nôtre, qui 
n'a aucun charme pour les oreilles chinoises. Lorsque le père 
Amyot, missionnaire et assez bon musicien, voulut leur faire 
entendre des airs français et italiens, les Chinois lui dirent 
très-poliment : 

« — Cher mandarin de l'autre monde, tes airs ne sont pas 
faits pour nos oreilles, et nos oreilles ne sont pas faites pour 
tes airs. Notre musique nous entre dans le cœur et remue notre 
âme, la tienne nous paraît un vain bruit. 

« Les Chinois actuels n'ont pas changé de manière de voir. 
Ce qui nous surprend, c'est que Lu-Ling ne comprenne pas 
que nos oreilles pourraient bien ne pas être faites pour sa mu- 
sique. 



78 



LE MÉNESTREL 



« Un empereur chinois, grand musicien, nommé Tsaï-Yu, 
eut l'idée, pour conserver les proportions mathématiques des 
douze sons de la gamme, de faire fondre douze cloches, dont la 
réunion formerait une gamme modèle, la gamme étalon. Des 
collections de cloches étalons furent fondues et placées dans les 
établissements publics, où elles servirent à régler tous les ins- 
truments qui se fabriquaient dans l'Empire du Milieu. Alors 
la plus suave harmonie régna dans toute la Chine. 

« Vers la fin de la dynastie des Tong, lorsqu'eurenl lieu 
les révoltes des Nyou-Iou-cbaou et des Che-fee-ming, l'empereur 
prit la fuite, les insurgés pillèrent son palais, brisèrent les ins- 
truments, arrachèrent de tous les lieux où elles étaient gardées 
les cloches étalons. Tous les instruments qui se fabriquent au- 
jourd'hui sont, à cause de cela, inférieurs à ceux qu'on fabri- 
quait avant ces révoltes. Aussi les instruments de celte époque 
sont-ils recherchés en Chine comme les Amati, les Guarnerius 
et les Stradivarius en Europe. 

« Les Chinois ont huit corps sonores dont ils font des instru- 
ments : le métal, la pierre, le bois, !a soie, la calebasse, le 
bambou, la terre cuite et la peau. Ces huit matières figurent 
dans tous les orchestres chinois sous forme d'instruments h vent, 
à cordes et à percussion. Il y a des tschah ou luths; des Isi ou 
violons à sept cordes, des niorg leou, sortes de harpes à cordes 
de soie filée; des bisen, sorte d'œuf en terre cuite, percé de cinq 
trous et d'une embouchure; des cheug, espèce d'instrument qui 
tient à la fois de l'orgue et de la cornemuse, elc. 

« Dans un orchestre chinois, il n'y a pas de chapeau chinois.» 
Paul dTvoy. 



NOUVELLES DIVERSES. 



— L'exposition publique des nombreux avant-projets de construction 
d'une salle pour recevoir le Grand-Opéra, aura lieu au palais de l'In- 
dustrie, dans les premiers jours de février. — On s'occupe des prépa- 
ratifs. 

— On écrit de Berlin que la librairie Lassar vient de mettre au con- 
cours un prix de 100 ihalers, qui sera décerné à l'auteur du meilleur mé- 
lodrame avec lieder, chœurs, etc., en trois actes au moins et en cinq actes 
au plus. Le terme du concours est fixé au 31 mai prochain. Outre la 
somme énoncée plus haut, l'auteur de l'ouvrage couronné aura droit aux 
trois huitièmes du produit de la pièce, tous frais déduits. — S'agit-il seu- 
lement d'unïibretlo ou d'une partition? Le fondateur du concours a 
oublié d'éclairer la lanterne. 

— On annonce la publication prochaine d'une nouvelle biographie de 
Weber par son fils, Max de Weber, qui a eu à sa disposition des rensei- 
gnements authentiques, entre autres le journal où l'illustre composi- 
teur a consigné les événements de sa vie, jour par jour, à partir de 1816 
jusqu'à sa mort. . 

— Huit recueils d'esquisses manuscrits, de la main de Beethoven, sont 
en vente à Vienne. Ces recueils contiennent des esquisses pour les 2 e , 3 e , 
4 e , 5 e , 7 e et 9 e symphonies, pour Egmont et Fidelio, pour les quatuors et 
trios, les sonates pour piano et violon, les concertos pour piano, etc. 

— L'original do la partition des Nozze di Figaro est à vendre. La 
personne chargée d'opérer cette vente est M. H. Scheurig, â Presbourg. 

— Une Société philharmonique vient de s'organiser à Moscou dans le 
but d'arriver par la suite à la fondation d'un Conservatoire de musique. 
La partie musicale est dirigée par M. Nicolas Rubinstein. Aucune fantaisie 
ne pourra être exécutée; les concertos avec orchestre, sont seuls permis. 
Dans les concerts qui ont déjà eu lieu, on a entendu MM. Rubinstein, 
Honoré, Wehle et M mc Honoré. La Société doit donner dix concerts 
pendant la saison d'hiver. 

— On écrit de Constantinople que la musique italienne est en grande 
faveur à Péra. On a ouvert la saison avec Victor Pesant, opéra du maestro 



Péri. La pièce a réussi ; puis on a donné les Vêpres Siciliennes, sous, le 
litre de : Giovanna da Guzmann. 

— Une compagnie d'opéra italien exploite en ce moment le théâtre 
d'Hobarl-Town en Australie, — dans l'espoir sans doute de prélever sur 
les chercheurs d'or une dîme au nom du dilettantisme. 

— Les correspondances de Lisbonne nous apprennent que le roi Dom 
Fernando, dont le talent et les goûts artistiques sont bien connus, réunit 
souvent l'élite de la société et des artistes qui se trouvent à Lisbonne, 
pour donner des concerts où Sa Majesté ne dédaigne pas de montrer sa 
science musicale et do faire entendre sa belle voix de basse. 

— Le dernier télégramme de Rome parle d'un tumulte violent, le 22, 
au théâtre Apollo. A la suite de ce tumulte, attribué à des allusions 
politiques, II Trovalore aurait été interdit. 

— Au théâtre d'Anvers on vient de représenter les Joyeuses Com- 
mères de Windsor, opéra inconnu en France, mais très-populaire en 
Allemagne. La musique est d'Otto Nicolaï, de Berlin, mort en 1849, à 
l'âge de quarante ans, des suites d'une maladie de cerveau. 

— On nous écrit de Roanne : « Mardi dernier , 22 janvier, a eu lieu en 
l'église deSaint-Étienne l'inauguration des nouvelles orgues. Ces orgues 
figuraient autrefois comme orgues d'accompagnement à Notre-Dame-de- 
Paris; puis, reléguées pour cause d'insuffisance, elles passèrent dans les 
ateliers delà maison Merklin-Schutze, d'où elles sortent aujourd'hui répa- 
rées, renouvelées et augmentées de plusieurs registres, qui en font des 
orgues complètes et très-suffisantes pour une église de province. Tous les 
artistes des environs avaient été convoqués pour cette cérémonie. M. Vi- 
dor, organiste de la paroisse de Saint-François de Lyon, et M. l'abbé Ney- 
ral, celui de la paroisse de Saint-Bonavenlure, de la même ville, se sont 
fait successivement entendre et ont étonné leurs nombreux auditeurs 
par les effets tour à tour grandioses et gracieux qu'ils ont su produire 
avec des ressources relativement restreintes. L'on a pu apprécier à la 
fois le talent de ces messieurs, qui sont si justement estimés à Lyon, et 
je mérite de la maison Merklin-Schutze, qui est d'ailleurs au-dessus] de 
tout éloge. » 

— Aujourd'hui dimanche 3 février, à une heure et demie très-précise, 
salle des concerts du lycée Louis-le-Grand, séance d'expérimentation de 
l'école Galin-Paris-Chevé. Il a été fait appel à l'Institut (section de mu- 
sique| , au Conservatoire, aux diverses commissions de chant, aux com- 
positeurs, artistes, et à toutes les personnes dont la compétence dans cette 
question ne saurait être négligée. La presse y est convoquée. Dans cette 
séance, la Société chorale essayera de résoudre les questions de fait :. 
lecture à première vue ; écriture sous dictée, d'après la méthode usuelle, 
avec clefs et armures; exercices.... M. E. Chevésera prêt à répondre aux 
questions de théorie qui pourront être posées, 

SOIRÉES ET CONCERTS- 

— La musique n'a pas chômé cette semaine chez le maestro Rossini : 
samedi 19, M me la v sse de Grandval y faisait entendre ses mélodies favo- . 
rites : Ollivier et Ne le dis pas ! puis la romance de Guillaume Tell et le 
boléro des Vêpres. Badiali interprétait Mozart, et le pianiste Georges Ma- 
thias, Chopin, — grands compositeurs , grands interprètes I C'était tout 
un programme de bonne et belle musique, sur lequel Berthelier est venu 
broder deux chansonnettes du meilleur goût. 

Le jeudi suivant, Les Rotes de M. de Malesherbes, de M. Jules Béer, ont 
fait acte 'd'apparition avec M Ue Mira, MM. Capoul et Gourdin. Le samedi 
suivant, Duprez y présentait M 1Ie Marimon, quia égrené ses plus fraîches 
vocalises en l'honneur du grand maître. Comme femme distinguée, comme 
cantalrice.de la bonne école, M Uo Marimon a partagé les félicitations de 
l'assemblée avec Louis Dienier, qui a joué la Polonaise de Weber et le 
Mouvement perpétuel du même maître, avec autant d'élégance que de 
vélocité. Les rires de cette soirée ont été accaparés par Brasseur du Palais- 
Royal. Il a chanté et dansé toutes les cocasseries du genre. 

— Un pianiste qui brillait, — il y a quelques années, de l'éclat le plus 
modeste, — vient de se révéler le Paganini du piano. Nous voulons parler 
deGennaroPerrelli, qui avait convoqué, la semaine dernière, chez Ërard, 
un certain nombre d'amateurs à l'audition de ses œuvres. Il n'y avait 
point foule, mais les auditeurs étaient choisis. On remarquait le prince 
Ponialowski, le général Mellinet, le célèbre maître Duprez, donnant le 
signal des applaudissements. Impossible d'atteindre à plus de perfection, 
de souplesse et de force à la fois. Les octaves, notamment, sont rendues 
par M. Perrelli, avec le moelleux, la rapidité et l'élasticité des traits à 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



79 



simples notes les plus rapides. Quant à la main gauche du virtuose, elle 
défie à elle seule les quatre mains de deux pianistes brevetés. Aussi le 
petit orchestre appelé à accompagner M. Gennaro Perrelli a-l-il manqué 
son effet. Le piano l'écrasait de toute sa splendeur. 

— I.e salon de notre éminent professeur Harmonie! s'ouvrait, il y a 
quelques jours, en l'honneur de M mc Clara Pfeiffer, qu'il avait invitée à 
faire entendre une nouvelle sonate de sa composition ; celte œuvre a été 
accueillie par un auditoire d'artistes et d'amateurs avec de vifs applaudis- 
sements. M. DamcUe devait aussi faire enlendre un trio, auquel l'absence 
d'un des exécutants a fait substituer une remarquable composition pour 
piano et violoncelle, exécutée par l'auteur et M. Mullcr. 

— Le concert annuel de M llG Mira réunissait dimanche dernier, dans 
la salle Herz, son public annuel. La partie dramatique était formée d'un 
proverbe de M. Verconsin , Le tout est de s'entendre, joué par la bénéfi- 
ciaire et M. Lourde!, et d'une opérette de MM. Galoppe d'Onquaire et 
Wékerlin, Y Amour à l'êpêe, déjà représentée il 5' a deux ans, mais offrant 
aujourd'hui l'intérêt d'une nouvelle distribution. Sainte-Foy y remplissait 
un rôle auquel il a donné une franche gaieté et un comique de bon aloi. 
La pièce, apprécié? depuis longtemps pour son dialogue fin et spirituel et 
pour sa musique mélodieuse, a oblenu le plus chaleureux accueil. L'inter- 
mède musical était défrayé par M. Badiali, dont la verve magistrale a 
remporté les honneurs du bis dans le grand air an Barbier, et par M. Paul 
Bernard, qui, de simple auditeur qu'il élait, a bien voulu, séance tenante, 
remplacer M. Stanzieri, empêché par indisposition. Un vrai succès a re- 
mercié M. Paul Bernard de son obligeance; le public s'est montré très- 
heureux de faire connaissance avec son étude , les Brises du cœur et 
son Galop de concert, morceau des plus entraînants. Quant à M ,le Mira, 
charmante cornélienne et agréable chanteuse, elle a préludé ainsi aux 
succès qui l'ont certainement accueillie vendredi dernier à Nantes au con- 
cert de la Société philharmonique, dans celle mémo pièce de Y Amour à 
l'épéeel l'opérette Loin du bruit, de Galoppe d'Onquaire et Paul Bernard. 

— Miss Alice Mangold, pianiste de Londres, cl élève de lieuse! t, a profité 
du traité du libre échange pour se faire entendre à Paris le 31 de ce mois, 
salons d'Érard, avec le concours de MM. Hammer, Mas, Lee, Gouffé. Celte 
exhibition artistique a été des plus attrayantes. 

— Une erreur de nom s'est glissée dans noire compte rendu de la 
matinée de M. et M rae Deloffre. Le morceau qui a ouvert le roncert du 
ciuple artiste élait la grande sonate pour piano et violon, de Mayseder, 
et non"de Meyerbeer, comme nous l'ont fait dire nos typographes. 

— MM. Armingaud, Jacquard, Lalo, Mas, donneront, mercredi pro- 
chain 6 février, à huit heures el demie du soir, avec le concours de 
M me Massart, leur deuxième séance dans les salons Pleyel, Wolf et com- 
pagnie. On y exécutera : 1° 3 e quatuor (en si mineur) de Mendelsshon, pour 
piano, violon, allô el violoncelle ; 2° 7 e quatuor (en fa) de Beethoven, 
pour deux violons, alto et violoncelle; 3° sonate (en la) de Mozart, pour 
piano et violon; 4° 81 e quatuor (en sol) do Haydn, pour deux violons, 
allô et violoncelle. 

— M lle Corinne de Luigi, élève de Rossini, de retour de l'étranger, el 
avant son départ pour la Russie, .annonce un concert salle Herz, pour le 
8 mars. 

— Les frères Lionnet ont donné un concert à Nice, lundi dernier, 
avec le concours de MM. rerny, Belgrand, et de M Ile Fanny Darboville, 
qui s'est fait applaudir dans plusieurs oeuvres de Chopin, Perny et Doin- 
browbki. Quant à l'impression produite par les frères Lionnet, elle a élé 
sans précédent encore dans les annales des concerts donnés jusqu'ici 
dans le comté de Nice. La musique italienne y régnait pour ainsi dire 
sans partage ; les artistes français auront bientôt conquis leur légitime 
place au soleil de l'annexion. 

— A la dernière soirée de M. Bazzoni, nous avons remarqué une de 
ses élèves, M Ue Caroline Strauss, dont la belle voix el le talent promettent 
à nos scèues lyriques une future illustration. M lle Strauss a été très- 
applaudie, surtout dans le duo de la Fille du, régiment, qu'elle a chanté 
avec Tagliafico. 

— Le granl bal annuel au profit de la Caisse de secours et pensions 
de l'Associaliun des Artistes dramaliques aura lieu sous le patronage de 
LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice, le samedi 2 mars prochain, dans la 
salle du théâtre impérial de l'Opéra-Comique. Cette fêle toute spéciale est 
la plus belle de toutes celles qui sont données pendant la saison d'hiver. 
Pour la location des loges, s'adresser à M. Berthier, membre du Comité, 
régisseur de la danse au théâtre impérial de l'Opéra. 



NECROLOGIE. 

L'année 1861 ne compte qu'un mois, el déjà les arts et la littérature ont 
de nouvelles pertes à déplorer. Depuis quinze jours le bulletin nécrologi- 
que n'a pas chômé, et voici de nouveaux 'noms à consigner sur la liste 
funèbre. 

Le 30 janvier dernier, on a célébré à Saint-Roch les obsèques de M m « Le- 
sueur, veuve du grand compositeur. Un nombreux concours d'élèves de ce 
maître, d'amis et d'artistes se pressait à ce convoi.' A l'église, on a exécuté 
une messe en musique composée d'un Kyrie et d'un Offertoire de Lesueur, 
d'un PieJesud'A. Elwarl, el d'un Agnus de M. Vervoitte, maître de cha- 
pelle de la paroisse. — M. A. EIwart a prononcé au cimetière du Nord un 
discours d'adieux au nom des élèves de Lesueur. 

— Une autre mort, — doublement cruelle, car elle est des plus prématu- 
rées, — est venue douloureusement affecter cette semaine le monde des 
littérateurs el des artistes. — Henry Murger, le charmant écrivain, l'auteur 
de la Vie de Bohème, a succombé à un mal qui a duré dix jours à peine. 
Pendant cette courte maladie, Murger a été l'objet des plus vives et des 
plus hautes sympathies. M. le comte Walewski, à la première nouvelle de 
la situation où se trouvait le pauvre malade, s'est montré animé de la plus 
digne sollicitude, et, à la nouvelle de sa mort, il a exprimé la volonté qu'il 
fût fait à Murger des obsèques dignes de lui. 

Indépendamment des Scènes de la Vie de Bohême, publiées d'abord en 
chapitres dans le Corsaire, puis transformées en une pièce de théâtre, on 
doit à Henry Murger plusieurs travaux dans la Revue des Deux-Mondes ; 
une spirituelle comédie au Théâtre-Français, le Bonhomme Jadis ;_ quelques 
romans, enlr'aulres les Vacances de Camille, et un petit acte joué récem- 
ment avec un grand succès au Palais -Royal, le Serment d'Horace. Le Mé- 
nestrel a eu l'honneur de le compter également parmi ses collaborateurs : 
il lui doit le Dimanche matin ; Musette, empruntée, à la Vie de Bohème, et 
la Chanson du capitaine, pièce recueillie et complétée par Henri Murger 
pour son volume des Vacances de Camille. 

Les obsèques ont eu lieu jeudi dernier à la chapelle de l'hospice Dubois, 
en présence d'une foule considérable, composée d'écrivains, d'artistes et- 
d'étudiants. Au cimetière Montmartre, trois discours ont été prononcés: 
l'un par M. Ed. Thierry, au nom de la Société des gens de lettres ; l'autre, 
par M. Raymond Deslandes, au nom des auteurs dramatiques ; et le troi- 
sième, par M. Vitu, ami intime du défunt. 

— Nous avons aussi à enregistrer la mort de SI. Libert, deuxième chef 
d'orchestre et chef des choeurs au Théâtre-Lyrique. Sincèrement regretté 
de ses camarades, Simon Libert, bien que dans une modeste position, a été 
l'objet de funérailles de premier ordre. — L'orchestre et les chœurs de son 
théâtre, dirigés par M. Deloffre, s'étaient spontanément, réunis dans l'église 
Saint-Eugène. Les solos ont été chantés par MM. Batlaille, Serène et Le- 
grand. — Cette pieuse solennité est tout un éloge funéraire de l'honorable 
artiste, dont le nom vient grossir la douloureuse nécrologie de jan- ' 
vier 1861. 



J.-L. Heugel, directeur 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues Tr 



rue Jean-Jacques Itoussenu, I 



EN VENTE au Ménestrel, 2 bis. rue Vivienne. 



LES HARMONIEUSES 

2 S NOUVELLES ÉTUDES DE 




Op. 5. — Prix : 20 fr., (moyenne force). 



u \ion; imi'lïu.w; 

de musique. 



EN VENTE au Ménestrel, 2 bis, rue Viviennc 



Du nouveau ballet 
de I'Opéra de 



1. Marche paysanne. 

2. Chant du Papillon. 

3. Andante-Bohémiana. 

4. Valse des Rayons. 



LE PAPILLON 

Mme MARIE TAGI.IOlil cl de M. 5SE SAINT-GEORGES. 

STRAUSS 

1" Quadrille, Valse des RA YONS el Polka-Mazurka la LESGUINKA. 

Composés pour les bals de la Gour et de l'Opéra. 



IIEIGEL ET C ie , 

éditeurs. 

Musique de 

J. OFFENBÂCH. 

5. Marche du Palanquin. 

6. Polonaise des Bohémiennes. 

7. Valse des Fleurs. 

8. Galop des Papillons. 



An BAN I Polka des Métamorphoses . La fée Hamza. M 1,e Marquet. 
MUSARD : Les arcassiennes, Deuxième quadrille. 



PH. STUTZ 1 La Fée des Moissons. Polka-mazurka. M 1Ie Se hlosser. 
H. VALIQUET ". Quadrille et valse faciles, sans octaves. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL 

de l'Opéra-Comique. 



^GââT^r^ 5»sii3ssï^ a 



HEUGEL ET C 

éditeurs. 



AIRS DÉTACHÉS AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO, PAR M. L. SOUMIS. 



N? 1. Introduction : Couplets dialogues 

chantés par M lles Marimon etBEUA. 

N° 2. Air de Xuiloun, chanté par M. Ber- 

THEL1ER. 

N° 3. Couplets du Grand Mogol, chan- 
tés par M. Nathan. 
N° 4. Duo chanté par M llcs Marimon et 

BÉL1A. 

N° S. Couplets de Bababek , chantés 

par M. Sainte-Foy. 
N° 6. l re romance de Saëb, chantée par 

M. Warot. 



BARKOUF 



Musique de 






N° 7. Duo chanté par M lle Marimon et 

M. Sainte-Foy. 
N° 8. Chanson du Chien , chantée par 

M ,le Marimon. 
N° 8 bis. La même transposée en fa. 
N° 9. Valse-entracte pour piaDO seul. 
N° 10. Couplets ch. parM.BERTHELiER. 
N° 11. 2 me romance de Saëb , chantée 

par M. Warot. 
N° 12. Chanson à boire chantée par 

M lle Marimon. 
N° 12 bis. La même transposée en sol. 



BURGMULLER. 

Valse de salon à deux et quatre mains. 



STRAUSS. 

Quadrille à deux et quatre mains. 



EST VESTE. 



— nr^-rw 5Pi->r^ ïy>r^rst ^^^^^Ui 3 — EX VEIVTE. 



LA CHANSON DE FORTUNIO 

Oitéra-comitiue en un «etc, naro!es de MM. HECTOR CRÉMIEÎJX et LUDOVIC HA1ÉVÏ 

— AIRS DÉTACHÉS, ARRANGEMENTS ET PARTITION PIANO ET CHANT. — 

TABLE DES MORCEAUX DE CHANT AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO. 

3. Couplets du Petit clerc Friquet , chantés 
par M. Baohe 2 50 

4. Autrefois, Aujourd'hui, ronde des clercs. 2 50 

5. Toutes les femmes sont ci nous , valse des 



1. Prenez garde à vous, couplets chantés 

par M 1Ie Chahert 2 50 

2. La belle eau claire , chanson à boire, par 

M llc Pfotzer 2 50 

2 bis. La même, transposée pour contralto 

ou baryton 2 50 



6. Duo et Chanson de Fortunio, chantés par 

M Ues Chabert et Pfotzer 6 » 

6 bis. Chanson de Fortunio, extraite du 

duo , pour "soprano ou ténor 2 50 

6 ter. La même , transposée pour baryton 

ou contralto 2 50 



FORTUNIO. - 

jc.-t. Bnttmann. Fantaisie variée 5 » 

p. Biirgmuiicr. Valse de salon 6 » 

— La même à 4 mains 7 50 

— La même en feuille 2 50 I 



clercs, à une ou deux voix 3 75 et 4 50 

Partition in-8° : Texte , chant et piano. Prix net : 7 francs. 

Morceaux et arrangements pour piano. — FORTUNIO. 

a. Croisez. Morceau de salon 6 » 1 Strauss. Quadrille de Fortunio, à deux 

Paul Bernard. Barcarolle et Chanson de i mains 4 50 

Fortunio, transcriptions 6 » . , 

.. „ , / „ « _ .„•„. — A quatre mains 4 50 

h. vuiMinct. Concerts des Bon/jes-Parisiens, j H 

petites fantaisies sans octaves. Chacune, ,'i » | Pli. stutz. Fortunio-Polku 4 50 



Opéra-Comique en 
un acte. 



LE MARI SANS LE SAVOIR 



De MM. LÉON ci LUDOVIC 
HftLÉVY. 



LE BAC, 

Valse chantée par 
M llc CHABERT. 

Prix : 4 50. 



Musique de 

M. DE SAINT-RÉMY. 



CHANSON NÈGRE, 

chaulée par 

M. LÉONCE. 

1 et 2, prix : 2 fr. 50 c. 



VALSE composée par STRAUSS pour les Bals de la Cour et de l'Opéra. — Prix : 6 fr. 
Partition piano et chant (avec texte), in-8°. Prix : 5 fr. 



732. 



- 28 e Année. 

N° 18. 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanclie 10 Février 

1861. 



ILL.^ 




NESTREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédacl r en chef. 



LES BUREAUX , « bis, rue Vi vienne. — HEUGEL, et C>% éditeurs. 

(Au\ Magasins et Abonnement île Musique <ln MÉNESTREL. — Tente et location «le Pianos et Orgues.) 

CHANT. S®WIE>3I<2F3I@OT 

1 er Mode d'abonnement : J(ournal-Texte, tous les dimanches; 30 Morceaux 
Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; « Albums 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 



2 8 Mode d'abonnement : Jtonrnol-Texte, tous les dimanches; 20 Morceaux 
Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; * Albiinn 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Étranger : 21 fr. 



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3« Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les Sî Morceaux de chantet de piano, les 4 Albums-primes illustrés. 

Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 

On souscrit du 1" de chaque mois. — L'année commence du le' décembre, et les 52 numéros de chaque année — teste et musique, — forment collection. — Adresser/toiflco 
un bon sur la poste, à MM. HEIir.EI. et C 1 ", éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgues Titres, ( Texte seul': 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 001. 



SOMMAIRE. — TEXTE, 

I. Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : première représentation de la Circas- 
sienne, de MM. Scribe et Auber. J.-L. Heogec. — II. Théâtre-Lyrique : pre- 
mière représentation de Madame Grégoire, de MM. Scribe et Clapisson. Paul 
Bernard. — III. Semaine théâtrale. J.-L. Heucel. — IV. Nouvelles, Soirées 
et Concerts, Annonces. 

MUSIQUE 1)1! PIANO : 

Nos abonnés à la musique de Piano recevront avec le numéro de ce jour : 

LA POLKA DES MÉTAMORPHOSES , 

Composée par Aman, sur les motifs du Papillon, de J. Offenbach. — 
Suivra immédiatement après, le quadrille de Fortunio, le grand succès 
des Bouffes-Parisiens , composé par Stbauss pour les bals de la Cour 
et de l'Opéra. 

CHANT: 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Chant: 

LA CHANSON DU CHIEN , 

Chantée dans Barhouf, par M lle Marimon, paroles de MM. Scribe el Bois- 
seaux, musique de J. Offenbach. — Suivra immédiatement après : 
Adieu les Fées, paroles d'ARMAND Liorat, musique d'HENRi Potier. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE. 



LA CIRCASSIENNE 

Opéra-comique en trois actes, paroles de M. Scribe, 
musique de M. Auber. 

A propos du remarquable buste de M. Auber, par Dantau 
jeuue, nous disions — et toute la presse théâtrale nous a fait 
l'honneur d'un écho prolongé, — que le statuaire-anatomisle 
avait fouillé jusqu'aux moindres lignes de la physionomie — 
spirituelle entre toutes — de l'auteur du Maçon, Au Domino, 
de Fra-Diavolo, de V Ambassadrice, du Cheval de bronze, de la 
Sirène et de tant d'autres chefs-d'œuvre lyriques devenus popu- 
laires, non par la vulgarité de leurs mélodies, mais bien par le 
rhythme naturel, pétillant, des moindres phrases musicales, par 



leur cachet de finesse, de bon goût et d'esprit essentiellement 
français. Tous les trésors de sa musique, ajoutions- nous, 
M. Auber les a sur les lèvres, dans les yeux ; mieux que cela, 
dans chacun de ses traits, qui se divisent et se multiplient à 
plaisir sans perdre une parcelle de leur harmonie si caractéris- 
tique. Ce tout et ces mille détails, voilà ce que le ciseau bien 
inspiré de Dantan a reproduit avec autant de talent que d'ad- 
miration pour les œuvres et la personne du musicien français 
par excellence. 

La Circassienne n'a pas tardé à venir conflrmer une fois de 
plus combien M. Auber est, en effet, le musicien français par 
excellence. C'est là un modèle inaltérable, légué par la Provi- 
dence à deux générations de compositeurs, dans le but évident 
de sauvegarder l'école française des brouillards de la musique 
de l'avenir. 

Auber ne connaîtra pas les noirs frimats; c'est à peine si 
l'automne l'aura touché de son aile. Le printemps et l'été, — 
les fleurs et les fruits, — voilà les seules saisons qui lui soient 
familières; aussi M. Fiorentino écrivait-il, dans l'un de ses der- 
niers feuilletons : Auber a quatre fois vingt ans, — mais il n'a 
pas et n'aura jamais quatre-vingts ans. 

L'éternelle jeunesse de M. Auber est un fait acquis à l'his- 
toire, et , pour nos Scribe futurs, c'est tout un poëme d'opéra- 
comique en perspective. Malheureusement — c'est à craindre 
du moins, — le héros de la pièce ne sera plus là pour écrire la 
musique de sa propre histoire. 

Que nos jeunes musiciens se hâtent donc de s'inspirer de ce 
vivifiant modèle. C'est tout un enseignement, car la musique de 
M. Auber prouve, jusqu'à l'évidence la moins contestable, 
que non-seulement l'école française n'a pas vieilli, mais encore 
que seule, entre toutes, elle sait charmer en parlant à la fois à 
la raison, au cœur et à l'esprit, par sa vérité d'expression et 
la variété de ses formes. 



82 



LE MÉNESTREL. 



Pourquoi donc se traîner à la remorque des écules alle- 
mande et italienne, quand on a l'honneur d'être compositeur 
français? 

Laissons aux Allemands leur musique de l'avenir, qui va 
s'égarant chaque jour dans des régions inconnues, perdues, et 
abandonnons a l'Italie les stridentes cabalettes, les formidables 
unissons qui engendrent jusqu'à des révolutions. 

Respectons, admirons le passé de ces deux grandes .écoles, 
mais laissons-les suivre à leurs risques et périls les voies nou- 
velles qu'elles ont cru devoir s'ouvrir. 

Pour nous, musiciens du passé et du présent, restons fidèles à 
la musique française. Recherchons avant tout la vérité d'expres- 
sion, la simplicité, le caractère, l'élégance et le charme dans la 
mélodie, la couleur locale dans les moindres détails; sachons 
rendre notre harmonie intéressante, mais sans prétendre à la 
découverte d'horizons impossibles; bref, suivons le chemin tracé 
par Dalayrac, Grétry, Méhul, Roïeldieu,Hérold, Adam, Auber, 
Halévy ; et, si nous voulons atteindre aux grandes sphères de 
l'art dramatique, contemplons, avec un juste orgueil, Gluck, 
Rossini et Meyerbeer, car ils sont bien Français les musiciens qui 
s'inspirent du génie de notre langue pour créer à notre inten- 
tion et dans nos aptitudes des chefs-d'œuvre tels qa'Armide, 
Guillaume Tell et Robert-le- Diable. 

Ceci dit, abordons l'analyse du livret de la Circassienne , — 
moins les détails et les bons mots semés à pleines mains par 
M. Scribe dans les trois actes que M. Auber vient d'illustrer de 
sa musique la plus jeune, la plus spirituelle, la plus fine et la 
plus scénique à la fois. 

* 
* * 

Aux deux premiers actes , l'action se passe en Circassie. 
Le rideau se lève sur une humble forteresse russe, au milieu 
des neiges, et gardée par un poste avancé de hussards. Pour 
tuer le temps on ne peut plus glacial, chacun boit, chacun 
fume ; on se conte des histoires, on va même jusqu'à monter un 
petit opéra français : Adolphe et Clara, qu'apporte à point 
nommé, dans sa valise, un voyageur de comédie, un ami du lieu- 
tenant Alexis Zouboff, le peintre Lanskoï, chargé par le czar 
d'une exploration artistique dans le Caucase. Zouboff jouera le 
rôle de Clara: le travestissement lui avait déjà réussi en cer- 
taine circonstance a la villa d'une comtesse, où il s'était ménagé 
ses petites entrées, sous un déguisement de camériste. Il paraî- 
trait même que le beau-frère de ladite comtesse, le général 
Orsakoff, un rustre, un sauvage, bienqueprinceetgénéral,s'avisa 
à cette époque et dans la même villa, de tomber amoureux de 
la fausse soubrette, qui dut s'éclipser du château pour se sous- 
traire à la passion du général ; c'était le premier amour de ce 
tigre de Crimée, qui, jusque-là, avait ressenti un profond éloigne- 
ment pour le beau sexe. Or, le farouche Orsakoff commande 
précisément les troupes du Caucase, et le voici qui se présente 
à la forteresse au moment où commencent les répétitions du 
spectacle projeté, au moment où le lieutenant Zouboff vient d'en- 
dosser tant bien que mal son costume de Circassienne. Le 
général crie, tempête tout d'abord, il menace du knout, soldats, 
officiers, mais tout à coup il reconnaît sa soubrette adorée, 
la belle Frascovia. Alors, tout s'arrange, et le lieutenant se 
donne pour la sœur d'Alexis Zouboff. 

11 faut vous dire que, de son côté, le lieutenant s'est épris 
d'une certaine Olga, jeune et riche héritière, nièce et pupille 
d'Orsakoff, qu'il a connue en Crimée dans un château qu'elle 



habitait avec une tante, et où il a été soigné comme blessé. — 
La tante morte; Olga restée seule, est venue rejoindre son oncle, 
qui compte la mettre au couvent jusqu'à la fin de la campagne. 
En voyant la Circassienne, Olga lui trouve une ressemblance 
frappante avec Alexis. Quoi d'étonnant ? C'est son frère. Et, 
pour compliquer l'action, le général prie sa nièce de prendre 
en qualité de clame de compagnie, Frascovia, qui n'a garde de 
refuser ; mais les hasards de la guerre en disposent autrement : 
Une bande de Circassiens envahit le fort et emmène Frascovia. 

Celle-ci, ou plutôt celui-ci, est annexé au harem du sultan 
Aboul-Kazim. De son côté, Olga, également prisonnière par la 
trahison du guide chargé de la mener au couvent, charme parti- 
culièrement les yeux d'Aboul-Kazim , qui ne la cédera pour 
aucune rançon, et la nomme sa première sultane. Mais Olga et 
Frascovia ont une nouvelle entrevue ; et là, notre fausse Circas- 
sienne tombe aux pieds d'Olga, en lui avouant qu'elle n'est pas 
la sœur d'Alexis, mais Alexis lui-même 1 Survient une petite 
conjuration des femmes du harem, secondée fort à propos par 
l'arrivée d'officiers et troupes russes, qui s'emparent du harem 
et du bourg circassien. 

Le troisième acte nous transporte à Moscou, dans le palais du 
général Orsakoff. Celui-ci ne rêve qu'à Frascovia, qui a disparu 
après la prise du harem. Le peintre Lanskoï, ami d'Alexis, a 
inventé une lettre dans laquelle la Circassienne avoue au général 
qu'elle ne l'a fui que par excès d'amour, et que, s'il ne lui fait 
pas l'honneur de la prendre pour femme avant trois mois, elle 
s'enfermera dans un couvent. Comme cette lettre ne parvient 
au général qu'après six mois de date, celui-ci fait chercher le 
couvent où Frascovia s'est retirée; et, en attendant, il comble 
d'honneurs son futur beau-frère Alexis, le fait capitaine, aide- 
de-camp, colonel, et consent même à lui accorder la main de sa 
pupille Olga, à la condition expresse, qu'en retour, il consentira 
lui-même à l'union du général avec la belle Frascovia. 

A peine le premier de ces mariages est-il consommé, que, par 
les soins de Lanskoï, une nouvelle lettre arrive au général : 
« Votre silence me réduit au désespoir (écrit Frascovia); quand 
« vous lirez ces lignes, j'aurai cessé de vivre, et pour preuve, je 
« vous retourne l'anneau qui devait nous unir à jamais. » 

— Au fait, il n'y avait d'autre moyen que la mort subite de 
la Circassienne, pour tirer tout le monde d'embarras. Et comme 
celle-ci est morte d'amour, la vanité du général Orsakoff est 
au moins satisfaite: il a été aimé une fois en sa vie... et on ne 
l'y reprendra plus. 

* * 

Autant qu'il est permis de le pressentir par cette très-inco- 
lore esquisse de la pièce, le premier acte est le mieux rempli, le 
plus incidente. Aussi, le musicien y a-t-il prodigué sa verve. 
De la première à la dernière note, tout charme, tout séduit, 
tout caresse l'oreille: soli, chœurs, orchestre, se marient à plai- 
sir, se multiplient et pétillent à l'envi. On dirait un vrai bou- 
quet de feu d'artifice. 

Après l'ouverture, — quelque peu écourtée, — passons sur 
l'introduction des buveurs et fumeurs à moitié gelés, et sur les 
couplets du lieutenant : 

ma maîtresse! 
auxquels répond le brigadier Perrot, 

ma bouteille! 
pour arriver à l'entrée du peintre Lanskoï, qui projette tout 
aussitôt la mise en répétition d'Adolphe et Clara. Il faut voir, il 
faut entendre les militaires, s'épanchant clans un chœur de bra- 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



83 



vos, qui a été acclamé d'enlhousiasme par le public. M. Scribe 
l'avait bien prévu, en plaçant là ces paroles de circonstance : 
Quel bon public que celui-là. 
Sans nous arrêter à l'air héroïque du général Orsakoff ! 
Qu'on m'abhorre ! qu'on me déteste I 
C'est mon plaisir, à moi ! 

Signalons le trio et la romance de la Circassienne : 

Si vous m'aimez! 
Nouvel Orphée, les tendres accents de Montaubry ne tardent 
pas à attendrir le farouche Orsakoff : 

Tant de charme et tant de grâce I 
s'écrie le général dans un duo auquel succède le délicieux 
quatuor qui nous vaut la première apparition de la belle 

Olga: 

Au milieu de la Circassie! 

Avec quel charme et quel naturel M lle Monrose exprime, en 
chantant sur un rhylhme syllabique, sa surprise de trouver son 
lieutenant Alexis sous le costume d'une Circassienne 1 

Après ce quatuor, se développe un final aussi tempéré que 
brûlant, aussi simple que complexe, tant la clarté, l'art des so- 
norités, président à l'enchaînement des idées mélodiques et des 
marches harmoniques. 

Le second acte est plus tranquille : nous sommes dans le sérail 
du chef circassien Aboul-Kazim, M. Troy, qui chante avec 
rondeur et sonorité un air de basse d'une grande franchise de 
rhythme. 

Cet acte s'ouvre sur un chœur d'odalisques, en forme de 
gracieuse et poétique introduction; — les dames rêvent pa- 
rures nouvelles ; — puis, après l'air de basse déjà nommé, in- 
tervient la Circassienne, qui chante et apaise le sérail par une 
mélodie des plus- suaves. Ainsi que la Circassienne Fras- 
covia, la belle Olga fait une seconde apparition ; — nouvelle 
surprise, qui se traduit cette fois en un duo, sur lequel se 
déroule la scène de la toilette. — Il y a ensuite conjuration des 
femmes, et, enfin, rentrée de Lanskoï et du général, pour les 
besoins du final de ce second acte, qui renferme, entre autres 
jolis détails, les entrées et sorties vocales de l'eunuque Babel- 
Boudour, M. Laget, qui avaient déjà singulièrement égayé le 
final du premier acte. 

Dans le second acte, j'ai omis le pas des Aimées, que M. Au- 
ber fait danser sur un motif de valse emprunté à son ballet de 
Marco Spada. La couleur locale laisse à désirer; mais le motif 
est si gracieux et deviendra si populaire, que la cause est entendue. 
— Arrivons au 3 e acte : 

M" e Monrose (Olga), en fait les honneurs. Elle est chez elle, 
ou plutôt chez son oncle et tuteur. Il lui est donc permis de se 
donner une ballade à vocalises, un grand air également fiori- 
ture, et un duo d'amour avec Montaubry. Ce sont là des tours 
de force que la prima donna assoluta impose le plus souvent au 
compositeur. Quand la cantatrice est de force à magnétiser son 
public, les auditeurs se laissent faire, et attendent galamment la 
fin d'un air de bravoure, pour reprendre le fil de l'action; mais 
lorsque le talent faillit à la tâche, il en résulte des longueurs 
dont chacun souffre : auteurs, artistes et public. 

Ceci ne s'applique pas absolument à M lle Monrose; toutefois, 
sans nuire aux gracieuses et déjà brillantes qualités de la char- 
mante élève de Duprez , on peut craindre qu'il n'y ait point là 
l'étoffe d'une Ciuti-Damoreau ou d'une Miolan-Carvalho. Cepen- 
dant, réservons l'avenir et constatons que le présent ne laisse pas 



que d'être des plus agréables. M lle Monrose est d'ailleurs 
éblouissante de grâce et de beauté sous ses trois riches costumes, 
sans préjudice des qualités scéniques et vocales développées par 
elle, notamment au premier acte, où son entrée a ravi specta- 
teurs et auditeurs. 

Montaubry, lui, s'est constamment tenu à la hauteur de son 
rôle. S'il chante par trop dans la voix mixte et la voix de tête, 
cela tient au personnage qu'il représente aux deux premiers actes. 
Montaubry pose d'ailleurs si facilement pour le soprano, qu'on 
se laisse aller au plaisir d'applaudir, tout en regrettant le ténor. 
C'est un Téel succès pour lui que cette Circassienne, dont la 
création lui fait le plus grand honneur sous tous les rapports. 

Barrielle , le général Orsakof, n'a pas absolument satisfait 
tout le monde. On a condamné son air au troisième acte ; c'est 
le cas d'en rappeler. Aussi bien, il y a là un certain pas redoublé 
dans la coulisse, — à la manière italienne, mais au cachet fran- 
çais, — qui a séduit tout l'auditoire. On ne peut en dire autant 
du chœur lointain des Fiançailles ; placé dans un acoustique 
impossible, il n'a pu arriver jusqu'à la rampe. 

Parlez-nous des couplets de Couderc, au troisième acte : 
le peintre Lanskoï les dit en poète et en musicien; on ne perd 
ni un mot, ni une note, ni la moindre intention du parolier 
ou du compositeur. Aussi quel bis formidablet 

M mes Bousquet et Prost ne figurent qu'à l'état de dames du 
sérail; donc, passons et arrivons à l'événement capital et final 
de la soirée, le rappel spontané, unanime de M. Auber, dont 
le nom était dans toutes les bouches. 

Le succès était franc, l'assemblée émue, transportée; pour 
tout autre, l'occasion eût été tentante. M. Auber s'est empressé 
de la fuir, et il n'y a là de sa part qu'un nouvel acte de parfaite 
convenance, de cette exquise modestie que chacun lui reconnaît. 

Quelque temps avant la première représentation de la Cir- 
cassienne, un ami surprit le cher maestro à son pupitre, plumes 
et papier en main. Il écrivait tout simplement , sans le moindre 
effort, les derniers feuillets de sa partition, et, loin de recevoir 
le visiteur avec l'air contraint du génie qu'on sépare du feu 
dévorant de l'inspiration, il le remercia de l'agréable repos que 
sa conversation allait lui occasionner. 

Celui-ci en profita pour complimenter le maestro de tout ce 
qui se disait d'agréable à l'endroit de son nouvel opéra. — 
Puisse-t-il l'être, nouveau,! lui répondit malicieusement le 
maestro, avec le sourire d'un homme fort heureux d'avoir trouvé 
le moyen d'échapper, avant la lettre, aux éloges que la Circas- 
sienne devait si peu lui ménager après la première épreuve. 

La vraie modestie est si naturelle à M. Auber, qu'il évite 
instinctivement de se trouver dans la salle, au milieu des spec- 
tateurs, le jour où l'on joue l'un de ses opéras, fût-ce à la trois 
centième représentation. C'est à peine s'il paraît sur le théâtre, et, 
quand il y a danger de rappel, il s'empresse de confier au régis- 
seur le secret de la fugue la plus simple et du meilleur goût. 
Chacun a pu en juger samedi dernier, lorsque M. Paliautia dû 
dire, d'une voix sinon sonore, du moins convaincue : « Mes- 
sieurs, Mesdames, j'ai le regret de vous annoncer que M. Auber 
a quitté le théâtre. » 

Le regret était du côté du public. 

J.-L. Heugel. 



84 



LE MÉNESTREL. 



THEATRE LYRIQUE. 



Première représentation de Madame Grégoire , opéra-comique en trois 
actes, paroles de MM. Scribe et Boisseaux , musique de M. Louis 
Clapisson. 

Une grande douleur, un deuil de famille, prive pour celte 
fois le Théâtre-Lyrique de son chroniqueur habituel. Jules Lovy, 
notre excellent ami , dont nous connaissons tous les qualités 
pleines de cœur, vient d'être frappé bien cruellement. Qui de 
nous n'a éprouvé cette immense douleur d'être séparé vio- 
lemment de ceux qu'on aime ? Et quand la séparation nous 
enlève pour toujours un père, une mère , c'est-à-dire ceux qui 
ont entouré de soins toute notre enfance, qui nous ont défendu 
contre les premiers brisans de la vie et nous ont fait ce que nous 
sommes; quand, arrivé à la seconde période de l'existence, on 
espère à son tour devenir le protecteur de qui nous a protégé, 
et que ces têtes si chères , — si âgées qu'elles soient , — 
échappent à notre amour, oh 1 alors, le désespoir saisit et 
oppresse, et l'on se réveille meurtri de cette terrible épreuve 
que les indifférents appellent la loi de nature. 

Mon pauvre ami, permettez-moi de m'établir ici l'organe de 
tous ceux qui vous aiment, — le nombre en est grand, — et 
de vous assurer que votre deuil est le nôtre. 

Ce devoir rempli, disons de suite à nos lecteurs que, séance 

tenante, le Ménestrel nous a chargé de remplacer auprès d'eux 

son rédacteur absent. Le remplacer, nous n'osons y prétendre; 

aussi, nous bornerons-nous à vous transmettre, chers lecteurs, 

nos impressions de la veille, écrites au courant de la plume, 

aujourd'hui pour le lendemain, sans oublier, bien entendu, 

de réclamer toute votre indulgence , absolument comme cela se 

pratique au théâtre dans les occasions analogues. 

* 
* * 

Avant toutes choses, il est juste de constater les efforts inces- 
sants de la direction du Théâtre-Lyrique. Toujours sur la 
brèche, M. Réty fait se succéder les nouveautés avec une infa- 
tigable ardeur. La reprise du Val d'Andorre a été une preuve de 
goût et d'intelligence. Il y a un mois , c'étaient les Pêcheurs de 
Calcine; aujourd'hui voici la joyeuse Madame Grégoire présentée 
par MM. Scribe et Clapisson. Nul doute qu'en cherchant ainsi 
et en créant toujours, M. Réty ne trouve bientôt l'un de ces 
succès qui font la fortune d'un théâtre. Peut-être pourrait-il 
bien n'aller pas si loin pour cela , et la réussite de la première 
soirée laisse espérer pour sa nouvelle pensionnaire les longs 
jours que sa gaieté proverbiale lui promet. Rire, c'est vivre ; 
et M me Grégoire rit de la bonne manière. 

Maintenant, voulez-vous savoir en deux mots ce que fait 
M me Grégoire, tout en riant ainsi? Elle conspire, ne vous déplaise. 
Seulement, sa conspiration ne s'attaque qu'à M me de Pompadour. 
On parle d'une nouvelle favorite. Les courtisans ne savent de quel 
côté va se lever le nouvel astre. Le lieutenant de police, entre 
autres, finit par surprendre le nœud de la conspiration dans le 
cabaret même de M me Grégoire. Une femme masquée s'y trouve 
ayant une lettre du roi, annonçant que son règne commence. Ce 
brave baron d'Assonvillicrs , aussi aveugle dans ses propres 
affaires que tous les lieutenants de police passés et futurs, s'atta- 
che à la fortune de cette reine présumée, l'héberge chezlui, veut 
à toute force la reconduire près du roi, tout cela sans s'aperce- 
voir que c'est sa propre femme, qui, pour porter personnelle- 
ment son refus, a été forcée de quitter la maison conjugale, 



une nuit de mardi gras. Carnaval sert de prétexte à bien 
des choses. Toute la famille du baron, qu'il a mise sous clef 
avant de sortir, court la prétentaine; sa femme, pour lui rester 
fidèle il est vrai; sa nièce Lucette, pour accompagner sa tante ; 
son neveu Gaston, pour se consoler des dédains de sa cousine, 
qui cependant l'aime en cachette. Tous ces personnages vont et 
viennent, s'échappent de la maison, — grâce à M me Grégoire, 
filleule de la baronne et intime connaissance du secrétaire du 
baron, — se retrouvent au cabaret du Vert-Galant, rentrent en 
catimini au point du jour, et finissent par s'entendre parfaite- 
ment après avoir frisé la Bastille, menacé la Pompadour, et, il 
faut en convenir, amusé le public pendant trois actes; ce qui n'est 
pas aussi facile qu'on pourrait le penser. 

Mêlez à cela un grand seigneur amoureux de la baronne, qui 
veille sur elle, et un soldat suisse amoureux de la cabaretière, 
qui fait ses commissions en se desséchant de jalousie, et vous 
aurez tous les éléments de cetimbroglio, qui a l'énorme avantage, 
à mon avis, d'être du franc opéra comique, chose bien négligée 
depuis quelque temps, et pour laquelle nos pères cependant 
avaient un culte sincère. 

La musique de M. Clapisson est aussi du véritable opéra 
comique, et le premier acte est peut-être le plus riche de la par- 
tition. Une mélodie franche, une instrumentation claire, facile 
à saisir sans cependant négliger les recherches de l'art, distin- 
guent cet ouvrage, et nous ont fait retrouver l'heureux auteur 
de La Fanchonnelte. . 

Citons, parmi les morceaux qui nous ont le plus impres- 
sionné, l'ouverture, digne d'être remarquée pour son agréable 
sonorité et sa couleur joyeuse sans vulgarité ; le grand air de 
M me d'Assonvilliers (M lle Moreau); un très-joli trio, les couplets 
de M me Grégoire, où le refrain traditionnel arrive fort ingé- 
nieusement, et enfin le sextuor du bonsoir, ravissant morceau 
de facture. 

Au second acte, nous sommes au cabaret : signalons un 
chœur de masques; la ronde sur les paroles bien connues de 
l'époque, Cotillon deux, Cotillon trois; les couplets tyroliens 
du soldat, bissés; et un final, trop développé peut-être, mais 
dont la péroraison, sur les motifs de l'ouverture, est des mieux 
amenées. 

Le troisième acte, assez court comme poëme et comme mu- 
sique, n'offre guère de remarquable qu'un ravissant petit trio 
en canon, charmant d'effet et d'arrangement. Le grand air de 
M me Grégoire, difficile d'interprétation, sans nous plaire beau- 
coup, a cependant valu à M lle Roziès une large salve d'applau- 
dissements. Disons encore que cette jeune artiste a déployé dans 
ce rôle de l'intelligence et de la verve. M 1 ' Moreau joint 
au charme de sa personne celui d'une voix remarquable d'éten- 
due et de pureté. Elle nous a fait constater des progrès réels 
qui méritent les plus chaleureux encouragements. 

M" Faivre, MM. Wartel, Delaunay-Riquier, Fromant, Ga- 
briel et Lesage, ont vaillamment coopéré à la réussite de l'ou- 
vrage, lequel, espérons-le, fera durer sa nuit de mardi-gras bien 
au delà du carême. 

Paul Bernard. 



Les premières représentations de la semaine nous obligent h 
renvoyer au dimanche suivant, nos Tablettes du pianiste et du 
chanteur consacrées à une notice biographique du virtuose 

J. ScilULIIOFF. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



85 



SEMAINE THÉÂTRALE. 



L'événement de la semaine , c'est l'exposition au Palais de 
l'Industrie, des projets de concours pour la nouvelle salle de 
l'Opéra, — exposition qui a déjà eu l'honneur de la visite de 
Leurs Majestés. 

Cent soixante-dix-sept projets ont été soumis au concours en 
moins d'un mois. Il faudrait des années pour apprécier les dé- 
fauts et les mérites de tous ces projets. C'est l'affaire du jury, 
ainsi composé : M. Walewski, ministre d'État, MM. Caristie , 
Hittorff, De Gisors, Gilbert, H. Lebas, Lefuel et Duban, mem- 
bres de l'Institut. 

Cette commission supérieure fera bien de s'adjoindre une 
sous-commission, non-seulement pour écarler les plans médio- 
cres ou inexécutables , mais aussi pour apporter dans cet examen 
les lumières pratiques d'un directeur aussi intelligent et aussi 
versé à l'endroit des exigences de la scène, que M. Alphonse 
Royer, par exemple. Il nous semble de plus qu'un musicien 
comme Berlioz, un chanteur comme Dupiez, et bien d'autres 
notabilités dans chaque spécialité, n'eussent pas été de trop 
pour mener à bien les travaux d'une pareille commission; car, 
en définitive , le monument n'est pas la seule chose à consi- 
dérer dans la construction d'une nouvelle salle de l'Opéra. 
C'est un avis que nous soumettons humblement à qui de droit. 

A propos de nouvelle salle, il serait aussi question d'élever 
un petit théâtre au palais des Tuileries, pour les petits ouvrages, 
entre autres ceux des Bouffes-Parisiens. M. Siraudin serait dé- 
signé comme l'heureux directeur de cette bonbonnière musicale 
ornée de peintures à la "Watleau. 

Mais revenons à I'Opéra livré aux mains de M. Richard 
Wagner, qui a consenti à remanier quelques parties de son 
Tannhauser. Ainsi l'ouverture se relie à l'introduction du pre- 
mier acte, et le musicien intercale à cet endroit même des motifs 
nouveaux pour une scène à spectacle, où le corps de ballet pa- 
raîtra, mais seulement pour former des groupes et prendre des 
poses. Tout le premier tableau est refait dans de plus grandes 
proportions, et le rôle de Niemann s'en trouve largement aug- 
menté. — Après le Tannhauser, c'est Gounod qui entrera en 
répétitions. Les deux écoles opposées seront en présence, ou tout 
au moins se succéderont à courte échéance. 

Le Tiiéatre-Italien vient de reprendre Don Juan, qui avait 
été retardé par une indisposition de Zuchini. Ce chef-d'œuvre, 
où Mozart a déposé toutes les merveilles de son génie, a le rare 
privilège d'attirer la foule ; et cependant , depuis bien des 
années, l'exécution de ce magnifique ouvrage est loin de ré- 
pondre à l'attente des véritables dilettanti. Sous ce rapport, la 
représentation de jeudi dernier n'a pas été une exception , bien 
queM me Penco, — plus particulièrement, — et M llc Battu, 
dans les rôles de donna Anna et de Zerlina, aient mérité et 
obtenu de justes applaudissements. Quant à M"° Dalmondi 
(donna Elvira), sa voix nous a paru un peu fatiguée; faut-il 
attribuer cette fatigue à l'émotion d'un premier début ? Nous 
le désirons. Mario a été gracieux, élégant, plein de séductions, 
dans Don Juan , rôle qui n'est point écrit pour sa voix , 
comme chacun sait. Gardoni a été convenable, et Zuchini (Le- 
porello) fort amusant. — Le trio des Masques a été bissé, 
comme toujours. — Quelle musique que celle de Don Juan ! Ce 



n'est pourtant que de la musique du passé. — Aujourd'hui 
dimanche, la Ccnercntola, avec M Ile Alboni. 

A I'OpéraComique, le succès de la Circassienne n'a fait que 
grandir aux soirées suivantes. (Pour la première représentation, 
voir notre compte rendu). — M. de Saint-Georges a lu aux ar- 
tistes le livret de Maître Claude , opéra-comique en un acte , 
dont les études vont commencer immédiatement. La musique 
en est confiée à M. Jules Cohen, qui dirige la classe d'ensemble 
au Conservatoire, et s'est déjà fait connaître au théâtre par ses 
beaux chœurs ÏÏAlhalie exécutés au Théâtre-Français, et par 
diverses cantates très-remarquées à l'Opéra et à I'Opéra-Co- 
mique. — Les interprètes de Maître Claude seront : M" e Ma- 
rimon, M lle Angèle Cordier, MM. Berthelier, Troy et Gourdin, 
premier prix d'opéra-comique au Conservatoire, qui fera ses 
débuts dans cet ouvrage. 

Le Théâtre-Lyrique a changé le titre provisoire de l'opéra 
de M. Clapisson, en celui définitif de Madame Grégoire. La 
première représentation s'en est effectuée avant-hier vendredi 
(voir notre article). Il est maintenant question d'un certain 
nombre de représentations de M me Miolan-Carvalho avant son 
départ pour Londres, ce qui n'empêcherait pas la reprise de 
Gil Blas par M 11 » Girard-. 



Le Théatre-Fra.nçais va reprendre le Bourgeois gentil- 
homme avec des intermèdes de chant, que M. Pasdeloup fait 
répéter en ce moment aux élèves du Conservatoire. Dimanche, 
on a repris M. de Pourceaugnac avec moins d'éclat, c'est-à-dire 
moins le ballet mêlé de danse et de chant. La double verve 
d'Augustino Brohan et de Got, dans le personnage principal, 
tient lieu de tout et suffit au succès. Les autres interprètes sont 
Monrose, Maubant, Garraud, E. Provost, Jouanni, Coquelin 
et M mc Bon val. 

S. M. l'Empereur a honoré de sa présence la 34 e représen- 
tation des Femmes fortes, au Vaudeville. On remarque de 
l'élévation dans les recettes de cette spirituelle satire des mœurs 
américaines, depuis le discours du R. P. Lacordaire à l'Aca- 
démie. — Hier samedi, le Vaudeville a représenté sa pièce de 
carnaval signée Albert Monnier et Edouard Martin. 

La pièce carnavalesque du Palais-Royal , ta Mariée de 
Mardi-Gras, do MM. Grange et Lambert Thiboust, a tenu ses 
promesses. Grand succès pour Brasseur, Hyacinthe, Gil Pérès 
et M Ue Schneider, qui chante le couplet à la façon de Déjazet. 

Aux Variétés, une jeune comédienne, M lle Marie Basta , 
vient d'être engagée par M. Hip. Cogniard, à la suite d'un bril- 
lant début dans la revue de l'année. M" e Basta est venue rem- 
placer, au pied levé, M" e Judith- Ferreyra, indisposée, et elle 
s'est tirée de cette tâche avec un rare bonheur, en chantant 
les jolis couplets de son rôle avec une voix fraîche, beaucoup 
de goût et pas mal d'esprit. 

Signalons, pour clore cette semaine théâtrale, la nouveauté 
de la Gaîté : Us Trente-deux duels de Jean Gigon, dont le 
sujet a été emprunté , par Ferdinand Dugué, à l'ouvrage de 
M. Antoine Gaudon. C'est tout une pièce militaire, qui reve- 
nait de droit au théâtre impérial du Cirque. 

J.-L. Heugel. 



86 



LE MÉNESTREL. 



NOUVELLES DIVERSES. 



— Le lendemain du grand succès de la Circussienne, dimanche dernier, 
M. Auber a fait exécuter pour la seconde fois, à la chapelle de S. M. l'Em- 
pereur, son Salutaris, morceau de musique sacrée, dans lequel on re- 
trouve tout le charme et toute l'élévation de style que nous avions admirés 
la veille dans sa musique profane. Le talent du jeune violoniste Sara- 
sate se révèle sons un nouveau jour dans l'interprétation de cette œuvre : 
justesse et pureté de son, égalité et fini des trilles, largeur de style, 
font apprécier tout le mérite de cette page, où la voix se marie de la ma- 
nière la plus heureuse au violon, et donne à M" e Pannetrat l'occasion de 
produire toute la sûreté de sa vocalisation. Un délicieux accompagnement 
d'orgue et de harpe complète cet heureux ensemble. 

— Mario et M me Grisi ont contracté un nouvel engagement avec Lon- 
dres pour la prochaine saison, mais, cette fois, dit-on, pour le théâtre 
de Sa Majesté. 

— On annonce l'engagement de M lle Emma Livry par M. Gye pour la 
prochaine saison de Londres. Le Papillon servirait d'illustration à la 
sylphide parisienne sur la scène de Covent-Garden. 

— M me Cabel, avant de se rendre à Saint-Pétersbourg, s'est fait enten- 
dre au théâtre royal de Berlin, qui nous a rendu M lle Brunetti par le même 
courrier. On nous annonce aussi le retour de M 110 Trebelli, mais seule- 
ment pour le mois prochain. M. Calzado aurait engagé cette nouvelle 
étoile. 

— Nous lisons dans une correspondance de Stuttgart : « Enfin la voilà 
terminée, notre salle de concert du Palais-Royal, ce magnifique bâtiment 
que le roi a fait construire par notre célèbre architecte Leins, à qui la 
ville doit déjà tant de belles choses, entre autres la villa du prince royal, 
véritable chef-d'œuvre unanimement reconnu comme tel par tout le 
monde. Hier, on y a donné le premier concert d'abonnement, auquel le roi 
et toute la cour ont assisté. Chacun a été frappé de la beauté architectu- 
rale, de la pureté de style des décorations et de la magnificence de l'éclai- 
rage ; mais on était curieux de voir si le but réel avait été atteint sous le 
rapport de l'acoustique. On craignait que la grandeur de la salle, et sur- 
tout la manière dont l'orchestre aété disposé, ne nuisissent à l'effet. Tout au 
contraire, l'effet a été immense, merveilleux même dans un morceau à 
huit voix, avec accompagnement d'orchestre. » 

— A la Seala de Milan on répète en ce moment un nouvel opéra du 
maestro Péri. Cette partition, intitulée : l'Espiazone, sera interprétée par 
M me Borghi-Mamo, MM. Tiberini et Beneventano. 

— Le Conservatoire de Bruxelles vient d'inaugurer la Salle du Palais de 
la rue Ducale par un grand concert et par la distribution des prix aux lau- 
réats de 1860. 

— Franz Listz est à Paris. 

• — M me MiolanCarvalho, de retour de Bordeaux, n'a fait que poser la voix 
à Paris. D'autres triomphes l'attendent dans nos villes départementales, 
qui se disputent l'honneur de sa présence. 

— Encore un accident causé par les lumières de la rampe de nos 
théâtres. Dans une représentation du Caïd, à Caen, la robe de M me Ugalde 
a pris feu. On est heureusement parvenu à l'éteindre à temps ; mais de 
pareils faits devraient amener des prescriptions sévères. Il est un moyen 
bien simple d'isoler les rampes de théâtres ; pourquoi ne l'imposerait-on 
pas d'une manière absolue dans les départements comme à Paris? 

— Les journaux de Nantes et Angers félicitent la Société des Beaux- 
Arts et le Cercle philharmonique de leur avoir donné l'occasion d'ap- 
plaudir M lle Marie Mira, M. Sainte-Foy et M. Biéval, dans les deux jolies 
opérettes de MM. J.-B. Wekerlin et Paul Bernard : l'Amour à l'épée et 
Loin du bruit, paroles de M. Galoppe d'Onquaire. C'est une variété de 
genre qui a bien son charme pour nos sociétés philharmoniques. 

— M. et M me Tagliafico, engagés pour deux concerts à Besançon, en 
compagnie du pianiste Browner, sont de retour à Paris. Ces trois artistes, 
dit la Franche-Comté, ont obtenu les plus chaleureux bravos. 

— M 1 ' 8 François a été appelée à Troyes, en compagnie de Félix Gode- 
froid, avec qui elle a eu les honneurs de partager les applaudissements. 
Le public a pu juger des progrès réalisés par cette remarquable élève de 
Piermarini, qui devient tout une bonne fortune pour nos sociétés phil- 
harmoniques. 



— Les concerts ont devancé le carême, et déjà il devient difficile d'en 
rendre compte. Nous faisons amende honorable pour tous les programmes 
oubliés, en nous excusant sur le peu de place laissé à notre disposition 
par les premières représentations. M lle Marie Darjou la première nous 
pardonnera de ne pouvoir enregistrer que sommairement sa belle séance 
salle Herz. Mcndelssotin, Chopin et Prudent ont trouvé en elle une vail- 
lante interprète, tout comme Beethoven dans M. Reiehardt , un chanteur 
qui comprend l'élévation de style d' Adélaïde. 

— M. Nollet nous pardonnera aussi de ne pouvoir nous étendre sur 
l'audition de ses études de style, salon Érard. Nous nous bornerons, avec 
notre confrère du Messager des Théâtres, à souhaiter à ses études de plaire 
autant sous les doigts des élèves que sous ceux de l'auteur, qui les a dites 
avec un grand charme et une parfaite entente de l'instrument. Réussir à 
intéresser le public avec un ouvrage d'enseignement est un résultat peu 
commun de nos jours, et qui fait le plus grand honneur à M. Nollet. 

— Le second concert de la Société philharmonique d'Amiens a eu lieu 
mercredi dernier, dans la salle de spectacle, avec le concours de M 1,e Ba- 
retti, première chanteuse au Théâtre-Lyrique ; de MM. Hollebèke, pre- 
mier trombone au Casino ; Printz, premier saxophone à l'Opéra, et Gar- 
nier, violoniste. Indépendamment des morceaux chantés ou exécutés par 
ces artistes distingués, l'orchestre de la Société a fait entendre la Polo- 
naise de Struensée, de Meyerbeer, et l'ouverture de la Gazza-Ladra, de 
Rossini. Le concert de bienfaisance, donné quelques jours avant par le 
57 e de ligne, a produit net 1,699 fr. 05 c, qui ont été répartis entre les 
divers établissements hospitaliers de notre ville. On le voit, les concerts 
ont parfois du bon. 

— Nous empruntons à Y Observateur d'Avesnes cet extrait de tout un 
feuilleton spécial : « La ville de Landrecies conservera longtemps le sou- 
venir de la solennité qui s'est accomplie mardi dernier dans son église, 
à l'occasion de l'inauguration de son nouvel orgue. Ce bel instru- 
ment, destiné à animer , pendant de longues années sans doute, les 
voûtes de l'église dans laquelle il vient de faire son apparition, offre un 
aspect monumental, du caractère architectural le plus imposant... Sous les 
doigts de M. Ed. Batiste, organiste de Saint-Eustache, le clavier s'est bien- 
tôt animé ; une ardente prière porte au delà des airs avec la cloche d'ai- 
rain, vers l'empirée de Dieu, cet hosanna sans fin, le Sursum Corda, qui 
de tous les temples chrétiens s'élève incessamment de la terre au ciel... I 

« MM. Comtesse, Monchicourt, Damasse, ont ensuite rivalisé de zèle 
et déployé chacun les ressources de leurs voix flexibles. 

« La musique de la ville a exécuté, sous la direction de son chef, 
M. Péchies, plusieurs morceaux. 

« Il était midi et demi lorsque M. Batiste a terminé cette fête de l'inau- 
guration de l'orgue par la marche-symphonie de. Mendelsshon. A la der- 
nière note qui résonne, l'assistance se lève et quitte l'église vivement 
impressionnée. » 

— M. Missler, compositeur et professeur de musique, vient de recevoir 
de son souverain, S. A. R. le grand duc de Saxe, la décoration du Mérite. 

— Neuville, l'artiste amateur par excellence, qu'on a longtemps applaudi 
aux Variétés et au Vaudeville, est revenu de Russie, où il était allé faire 
sa petite moisson de roubles et de bravos. 

— M me Stéphanie Fraissinet, auteurde plusieurs recueils de poésies, et 
que nous avons vue, il y a quelques années, soutenir des luttes d'improvi- 
sation avec Eugène de Pradel, vient de mourir dans un âge peu avancé. 

— Un des biographes de Gluck, Antoine Schmid, avait dit que la parti- 
lion de l'opéra Erio était perdue. D'après le nouveau biographe du célèbre 
compositeur, Chrysander, cette partition se trouverait complète à la biblio- 
thèque du British Muséum, à Londres. 

— M. Lapret, l'habile violoniste, a donné un intéressant concert, dont 
il a fait dignement les honneurs. Près de lui se sont fait particulièrement 
distinguer notre gracieux pianiste Kruger, M lle Cornet, cantatrice alle- 
mande, et le baryton Marochetti. 

— Au nombre des jolis morceaux inspirés à nos pianistes-compositeurs 
par la magistrale partition de Sémiramis, nous mentionnerons la belle 
marche transcrite pour piano à quatre mains par M. S. Ponce de Léon. Ce 
morceau, court et simple, s'adresse aux jeunes pianistes de moyenne 
force. 

— C'est l'éditeur Colombier qui est resté l'acquéreur définitif de la 
Circassienne, de MM. Auber et Scribe, moyennant le prix de quinze mille 
francs. Il y avait surenchère. 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



87 



SOIRÉES ET CONCERTS 

— Malgré le brouillard de dimanche dernier, qui retenait en cage les 
gosiers délicats de M me3 Miolan-Carvalho et Duprez-Vandenheuvel, le 
programme de la soirée musicale de M. et M rac Crémieux s'est encore 
trouvé splendide. M me Viardot-Garcia n'a pas craint d'affronter la brunie, 
grâce au talisman d'Orphée. Elle a dit aussi, avec Gardoni, le duetto du 
Trovatore, et, seule, ses incomparables chansons espagnoles. Gardoni a 
chanté une romance d'Alary et la valse de Rigoletto. Dnprez, son fils et 
le ténor Lefrane, ont dit la fameuse scène des Trois ténors , et le fils 
Duprez un air du Mariage secret. M. Perelli tenait le piano solo , et 
M. Amédée Vandenheuvel le piano d'accompagnement. On le voit, nous 
avions raison de le dire, c'était encore un splendide programme. 

— La troisième soirée de M. Félix Godefroid, dimanche dernier, a été 
digne des précédentes. M 11 » Joséphine Martin a fait applaudir plusieurs 
compositions de piano du célèbre harpiste, qui s'est ensuite fait entendre 
en personne. Dans la partie vocale on a remarqué la romance de Marta, 
chantée par M. Dufrène de l'Opéra, et le Plaisir d'amour, de Martini, 
interprété avec autant d'âme que de style par M me Iweins-d'Hennin. 
Godefroid accompagnait de sa harpe : on a bissé. M me Iweins, qui a 
aussi chanté d'une manière charmante le Nid abandonné, de Nadaud , 
s'est encore fait applaudir , comme professeur : son élève, M lle Valen- 
tine Breus , a dit très-agréablement l'air des Mousquetaires et l'Ange 
exilé, de Félix Godefroid. 

— M. et M mc Charles Sebault ont inauguré leurs salons par un proverbe 
et un opéra-comique de M me Sebault (Pauline Thys), sous les titres déjà 
réputés : la Perruque du bailli et Quand Dieu est dans le mariage, Dieu 
le garde. M rae Gaveaux-Sabatier et M. Lourdel chantaient l'opéra, M. et 
M me Lyon le proverbe. Les entr'actes étaient défrayés par M me Pauline 
Thys, qui a fait entendre ses charmantes fables de La Fontaine, la France 
et Tes vingt ans. M. Jules Leforta été bissé dans la Sirène, autre compo- 
sition de la spirituelle et aimable maîtresse de maison, qui a fait, sous 
tous les rapports, les honneurs de sa soirée avec une grâce parfaite. Il y 
avait brillante assemblée, et les bravos, les bis, n'ont cessé de se multi- 
plier du premier au dernier morceau. 

— Les bals costumés du monde ont fait diversion aux soirées musicales 
de la semaine. On n'en citait pas moins de trois, qui ont révolutionné 
Paris sur toute la ligne. Les salons de M me Benazet, ceux de M. et 
M me Peigné et des libraires Goupil en étaient les théâtres animés. 

— Les symphonies en fa de Beethoven, trois fragments des Saisons, 
de J. Haydn ; l'ouverture du Vampire, deMarchner, et celle de la Muette, 
d'Auber, — les contrastes, — la scène des fiançailles de Lohengrin, de 
Richard Wagner, tels étaient les éléments substantiels du second concert 
de la Société des jeunes artistes. Il y en a eu pour tous les appétits; 
et la séance a été des plus chaudes. L'archet de M. Bazzini , comme 
violoniste , ne pouvait contribuer à refroidir le public ; aussi peut-on 
affirmer que M. Pasdeloup, cette fois , a triomphé sur toute la ligne. 
Dimanche prochain, troisième concert. 

— La deuxième séance de musique instrumentale, donnée à la salle 
Pleyelpar MM.Maurin, Chevillard, Viguier, Sabatier et Ritter, a été non 
moins remarquable que la précédente. M. Ritter a fait ressortir toutes les 
parties de la fugue de Beethoven avec une clarté saisissante. L'archet de 
Maurin s'est montré merveilleux dans le quatuor en ut de Beethoven, et 
l'allégro fugué qui termine cette admirable composition a été enlevé par 
les quatre instrumentistes avec une netteté et une chaleur qui ont ravi 
l'auditoire. 

— SI. Bergson a organisé une soirée dans le but de faire entendre au 
public parisien M. Nabich, qui possède un talent prodigieux sur le trom- 
bone. Cet artiste a interprété l'Éloge des larmes, de Schubert; l'air de la 
Somnambula et la Romance de la « Bohemian Girl » de Balfe , avec 
une expression et une grande suavité. Il chante sur son instrument 
comme la voix humaine seule pourrait le faire, et se joue des difficultés 
avec une aisance et une maestria extraordinaires. Depuis le contrebassiste 
Bottesini, on n'a rien entendu de pareil, et le trombone de M. Nabich 
nous paraît destiné à faire sensation dans les concerts. — La partie vocale 
de cette soirée a été remplie par M rae Mancel, très-agréable cantatrice, et 
M. Lucehesi, ténor. Ils ont interprété le grand duo des Masnadieri, de 
Verdi, et plusieurs autres morceaux. M. Marochetti a en outre très-bien 
dit l'air de la Traviata et celui du Chasseur du Pardon de Ploërmel. 
Dans les intervalles, M. Bergson a fait entendre ses dernières publications 
pour piano : la Sicilienne, Consolation (rêverie), et la Danse havannaise. 



— Le violoncelliste Ernest Nalhan, aux soirées qu'il donne chez lui et 
dans les salons de M. Marmonlel , vient de faire applaudir plusieurs de ses 
nouvelles productions, dont un duo concertant composé sur Marta en col- 
laboration du pianiste Le Somma, nous parait destiné à un grand succès 
de concert. 

— La première des trois séances de musique de chambre données par 
MM. Georges Pfeiffer et Julien Sauzay, avec le concours de MM. Fran- 
chomme et Mas, aura lieu le lundi 18 février, à huit heures du soir, sa- 
lons Pleyel, Wolf et compagnie, rue Rochechouarl, 22. 

— J. Schulhoff annonce un deuxième concert , salle Pleyel , pour jeudi 
prochain 14 février. 

— Joseph Wieniawski annonce aussi un deuxième concert, salle Pleyel, 
pour le jeudi 21 février, avec le concours de M me Mancel, de MM. Géraldi 
et Lebouc. M. Wieniawski fera entendre, entr'autres morceaux de sa com- 
position, sa sonate en si mineur, une fugue de Hœndel et le nocturne en 
fa dièze majeur de Chopin. 

— Une curieuse solennité musicale a lieu aujourd'hui dimanche, à la 
salle Herz : C'est le concours harmonique annuel de M. de Bombes, dont 
le programme annonce plusieurs fugues et divers fragments de cantates 
et d'opérettes, composés et orchestrés par des élèves de neuf mois seule- 
ment de leçons. L'exécution est confiée à des artistes de premier ordre ; 
mais le programme ne dit pas si le terme des neuf mois est obligatoire 
pour l'éclosion complète des élèves. 

— Les bals de l'Opéra arrivent à la fin de leur saison, avec une recru- 
descence de succès encore inconnue. Aussi l'orchestre de Strauss sem- 
ble-t-il improviser les quadrilles sur les nouveautés du jour. Comment 
s'expliquer autrement l'exécution du quadrille la Circassienne, au bal 
d'hier samedi ? N'en a-t-il pas été de même pour la valse et le quadrille 
du Papillon , les quadrilles de Fortunio et de Barkouf? 

— M. Laurent aîné, l'un des chefs d'orchestre du Jardin d'Hiver, a eu 
l'idée de transplanter à l'hôtel du Louvre les délicieux bals d'enfants qui 
se donnaient naguère dans l'Eldorado si regretté des Champs-Elysées. 
Demain lundi-gras, la salle des fêtes de l'hôtel du Louvre s'ouvrira donc 
aux familles et aux enfants parés et travestis qui ne peuvent manquer de 
se rendre à l'appel de M. Laurent. 

— Ce même lundi-gras, le Casino, — qui, lui aussi, donne, le jour, un 
bal d'enfants, — annonce pour le soir, à minuit, une fête parée et tra- 
vestie, par souscription, à laquelle sont invités tous nos artistes de théâ- 
tres. Arban conduira l'orchestre. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues frères, rue Jean-Jacques Rousseau, 8. 



EN VENTE au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. 



SCÈNES ET MÉLODIES NOUVELLES. 

Lombard. La Danse macabre. 

— Le Moka. 

— Le vrai Prêtre. 
Marmontel. Le vide du cœur. 
Jtlasïiii. Le Lever des Etoiles. 
Poisot. Les Lilas. 

H. Potier. Adieu les Fées. 

— Fais-toi petit. 

— Comire ou le nouvel ami des Enfants. 
P. Thys. Tes vingt ans. 

— Harmonie du soir. 

CLÉMENTINE BATTA. 

Amour et Prière. — Chant d'une Mère. — Prière à la Vierge. — 
La Valse de Marguerite. 

CHANSONS DE GUSTAVE NADAUD. 

La Promenade. . — ■ La Bruyère. — La Ferme de Beauvoir. — Le Vent 
qui pleure. — Florimond l'enjôleur. — La Mère Françoise. 



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Morceau de concert , varié "' 50 

Morceau de salon , varié » 

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Une Fêle à Sëvitle , boléro 7 50 

Valse brillante, 2 e édition " «0 

Deux Sérénades , n os 1 et 2 7 ,i0 



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Thème varié , ancien style 5 » 

Musette , pastorale 7 50 

Venezia , barcarolle 7 50 

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Barcarolle et Chanson de Fortunio 6 » 

Galop de concert 6 » 

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Elégie à la mémoire de sa Mère 5 » 

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4. En Aérostat , rêverie-étude 5 

5. Ciel et Terre , andante 5 

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1. Finale de la symphonie en ul 

2. Finale delà 4 e svmphonie en sol. . . 

3. Andante de la symphonie en sol 7 50 

4. Finale de la l rc symphonie en sol 7 50 



BEETHOVEN 

5. Sonate en sol mineur, op. 49, n" 1 7 50 

(i. Sonate en sol, op. 49, n° 2 7 50 

7. Allegro de la sonate en la, op. 12, n" 2. . 7 50 

8. Allegro de la sonate en fa, op. 17 7 50 



MOZART 

9. Allegro de la sonate facile 5 

10. Andante de la sonate d° 5 

11. Finale de la sonate d° 5 

12. Marche turque 5 



753. — 28 e Année. 



TABLETTES 
DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche M Février 

1861. 



T"fcT.5~m 




TREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en chef. 



LES BUREAUX , S bis, rne Vivienne. — HEUGEL et C>% éditeurs. 

(Aux Magasins et Abonnement de Musique du MÉNESTREL. — Tente et location de Pianos et Orgues.) 



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On souscrit du l"de chaque mois. — L'année commence du 1" décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser franco 
un bon sur la poste, à MM. hei'Cei. et C'9, éditeurs du Ménestrel al de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgues frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 1069. 



SOMMAIRE. — TEXTE. 

I. L'opéra-comique, ses compositeurs, ses chanteurs et ses divers théâtres: 
compositeurs de la Piépublique et du premier Empire : Boieldieu (25 5 article). 
L. Meneau. — II. Semaine théâtrale. J.-L. Heugel. — 111. Tablettes du pia- 
niste et du chanteur : J. Schulhoff, notice biographique , deuxième concert. 
J.-L. Heugel. — IV. Troisième conotrtdu Conservatoire. Ed. Viel. — V. Nécro- 
logie. — VI. Nouvelles, Soirées et Concerts, Annonces. 

MUSIQUE DE CHANT : 

Nos abonnés à la musique de Chant recevront avec le numéro de ce jour: 
LA CHANSON DU CHIEN , 

Chantée dans Barkouf, parM lle Marimon, paroles de MM. Scribe et Bois- 
seaux, musique de J. Offenbach. — Suivra immédiatement après : 
Adieu les Fées, paroles d'ARMAND Liorat, musique d'HENRi Potier. 

PIAiNO : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano , le quadrille de 

FORTUNIO, 

Le grand succès des Bouffes-Parisiens , composé par Strauss pour les 
bals de la Cour et de l'Opéra. — Suivra immédiatement après, Juana, 
polka-mazurka de Pu. Stutz. 



L'OPÊR A -COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



COMPOSITEURS 

DE LA RÉPUBLIQUE ET DU PREMIER. EMPIRE. 
CHAPITRE VIII. 

XXV. 

BoÏELDIEU. 

Boieldieu I... A ce nom, les vieux habitués de l'orchestre delà 
salle Favart, comme ceux de nos théâtres des quatre-vingt-dix dé- 
partements, fredonnent en souriant les refrains de bonne humeur 
de Jean de Paris, du Nouveau seigneur, de la Fête au village, de 
la Dame blanche. Celui-ci entonne, en entrant dans la salle à man- 



ger : Qu'on me serve le dîner! Cet autre, endossant son uniforme 
d'officier de la garde nationale, s'écrie : Pour un jour, je serai 
maître. . . Un souvenir de jeunesse rappelle à celui-là la romance : 
Simple, innocente eljolielte; enfin, n'entendez-vous pas le sol- 
dat, le touriste se chanter à eux-mêmes : Ah ! quelplaisir d'être 
soldai 1 Quel plaisir d'être en voyage! ou encore l'un et l'autre 
s'endormir près du feu, le soufflet de George Brown à la main, 
en murmurant : Viens, gentille dame /... 

Boieldieu, c'est le compositeur français dans toute l'acception 
du mot: on retrouve dans ses partitions celte facilité, cette fran- 
chise d'allure, qui plaisaient tant à nos aînés. Il sut modifier son 
genre selon les exigences du moment ; aussi pourrait-on presque 
dire que, comme Beethoven, il eut ses trois styles. 

L'homme de talent, au début de sa carrière, a dans son esprit 
le germe de sa troisième manière, c'est-à-dire de la forme la 
plus parfaite de son génie : au début, il suit les errements du 
maîlre qu'il a pris pour type ; il le copie en y mêlant timide- 
ment quelques-unes de ses inspirations personnelles. Dans son 
second style, le génie se recueille en lui-même, c'est l'époque où 
il produit le moins; il cherche sa voie : ce qu'il écrit est déjà 
plus ferme, plus en dehors des sentiers battus; — il n'est pas en- 
core cependant complètement dégagé de ses entraves, mais on 
pressent ce qu'il deviendra. C'est ainsi que la rentrée du cor en 
mi bémol dans l'allégro de la sj'mphonie héroïque : mi, sol, mi, 
si, mi, sol, si. .. sur le trémolo si, la des violons, fait pressen- 
tir les originalités des derniers quatuors de Beethoven. — Dans 
le troisième style, le génie vole de ses propres ailes : le papillon 
s'est débarrassé de sa chrysalide ; il a des couleurs qui lui sont 
particulières, il plane au-dessus de ses rivaux et la foule l'ad- 
mire, — mais non sans le discuter parfois. Cette dernière re- 
marque ne saurait en aucune façon s'attacher à Boieldieu, qui fut 
le musicien de son époque le mieux compris et le plus admiré de 
ses contemporains. 



90 



LE MÉNESTREL 



On dit que les peuples heureux n'ont point d'histoire ; cette 
maxime peut s'appliquer à la biographie de l'auteur de la Dame 
blanche . 

François-Adrien Boïeldieu naquit dans la patrie de Cor- 
neille, à Rouen, le 15 décembre 1775. 

Il prit des leçons d'harmonie d'un organiste de cette ville, 
qui, à ce que raconte Ad. Adam, avait encore plus de goût 
pour la dive bouteille que pour la musique. La première œuvre 
importante de Boïeldieu fut un opéra-comique joué à Rouen. 
Le jeune auteur, fier de l'encouragement de ses compatriotes, 
se rendit à Paris, comptant y faire exécuter ses compositions ; 
mais les Parisiens ne tiennent que très-peu compte des applau- 
dissements de la province. Il trouva donc les portes des théâtres 
de musique fermées pour lui, et, afin de subvenir à son exis- 
tence, il dut se faire accordeur de pianos, ce qui lui procura 
l'entrée de la maison Érard. Il s'y fit connaître comme com- 
positeur de romances, et lia connaissance avec Méhul et Chéru- 
bini, dont il reçut d'excellents conseils. 11 parvint ainsi à inspi- 
rer assez de confiance pour obtenir de Fiévée la Dot deSuzetle, 
un acte qui fut représenté avec succès au Théâtre-Feydeau en 
1795. A ce premier essai succédèrent : la Famille Suisse, 1796: 
Monbreuil et Merville, 1797; V Heureuse nouvelle, pièce de 
circonstance, composée après le traité de Campo-Formio. A cette 
même époque, la représentation d'un opéra de Méhul ayant subi 
du retard, le Théâtre-Feydeau consentit, pour faire attendre le 
public, à monter Zoraïme et Zulnar, partition queBoïeldieu avait 
écrite peu de temps après son arrivée à Paris et qu'on n'avait 
point encore voulu jouer. Les mélodies agréables, semées à pleines 
mains par le jeune compositeur dans les trois actes de ce 
drame, plurent aux auditeurs, qui n'étaient peut-être point 
fâchés de se reposer des œuvres sérieuses que donnaient alors 
Méhul-, Chérubini et Berton. 

En 1798, il fit jouer les Méprises espagnoles; en 1800. 
Beniowski, qui marqua un progrès sérieux chez l'auteur. 11 y 
avait, dans cet opéra, des chœurs traités de main de maitre; on 
applaudit aussi un air plein de sentiment : 

De l'amitié daigne entendre la voix. 
La pièce, cependant, n'eut pas, dans les premiers temps, l'a 
réussite qu'elle obtint lorsqu'on la reprit une vingtaine d'années 
plus tard. Boïeldieu donna en 1800 le Calife de Bagdad, un 
acte reçu avec enthousiasme, dont l'ouverture est restée célèbre. 
11 avait écrit cette pièce au milieu de ses élèves de piano au 
Conservatoire, soumettant à leur critique ce qu'il composait 
sous leurs yeux. 

Le succès du Calife ne l'aveugla pas ; il sentit au contraire 
qu'il pouvait faire mieux et songea à soigner davantage son 
orchestration, ce à quoi il parvint, grâce aux conseils de Chéru- 
bini. Le fruit de ses études fut la transformation de son style et 
l'inauguration de sa seconde manière par Ma Tante Aurore, 
charmant opéra, d'abord en trois actes, qui ne réussit point du 
premier coup ; le libretto de Longcbamps nuisit à la pièce; le 
dernier acte surtout était d'une platitude peu commune; les 
auteurs le retranchèrent, et la pièce y gagna beaucoup. 

On venait' applaudir plusieurs jolis morceaux : un quatuor 
bien mieux traité que ce que l'auteur avait fait jusqu'alors, le joli 
duo bouffe que chantaient Julliet et M mc Gonlhier : Quoi ! vous 
avez connu V amour!... Et les couplets : Non, ma nièce, vous 
n'aimez pas. ■ . . 



En avril 1803, Boïeldieu se rendit en Russie, où il obtint de 
l'Empereur le titre de maître de chapelle. Il était convenu qu'il 
composerait, pour les théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg, 
trois opéras-comiques par an; leczar devait lui fournir leslibretti: 
mais, comme cet'.e clause était difficile à remplir, Boïeldieu mit 
en musique des vaudevilles français, qu'il arrangeait en opéras- 
comiques; parfois même il écrivit de la nouvelle musique sur 
des opéras qui avaient déjà paru en France, tels que : Aline, 
reine de Golconde , Télémaque dans Vile de Calypso, elc. 

Après une absence de huit années, Boïeldieu revint à Paris 
et chercha à faire représenter ses pièces russes : la seule qui 
réussit fut celle des Voilures versées , paroles de Dupaty, — 
complètement retouchée pour le public parisien. On connaît 
l'air devenu classique : Apollon toujours préside. ... ; le duo : 
Partons pour ce charmant voyage. . .; les variations sur : Au 
clair de la lune ( liclo momenlo ) .' et le remarquable sex- 
tuor : Les belles clioses que voilà! . . . 

A son retour de Russie, comme je l'ai dit plus haut, Boïeldieu 
trouva Nicolo en possession de la faveur du public de Feydeau, 
et vint la lui ravir par des partitions telles que le Nouveau Sei- 
gneur, la Fête au village voisin, qui furent le commencement de 
sa troisième manière, dont la Dame Blanche est la plus complète 
expression . 

Il fut secondé par les étoiles du Théâtre-Feydeau : Martin, 
Elleviou, Julliet, M rae Gavaudan, M" e Regnault, la rivale de 
M me Duret, qui créait plus particulièrement les opéras de Nicolo. 

Jean de Paris, qu'il avait écrit depuis son retour en France, 
fut représenté pour la première fois le 4 avril 1812. Parmi les 
bons morceaux de la partition, on doit citer l'air chanlé par 
M lle Regnault : Quel plaisir d'être en voyage ! . . . que Boïel- 
dieu avait, tiré de Calypso, une de ses partitions russes; l'air de 
Martin : Qu'à mes ordres ici. ... et le duo : L'époux que je 
choisis est jeune. 

En 1813 parut le Nouveau Seigneur de village, un acte que 
tout le monde connaît et qui se joue bien souvent de nos jours. 
Ce fut encore un triomphe pour Martin. On sait combien tous 
les motifs de cette petite partition brillent par la facilité et la 
grâce des mélodies. 

Boïeldieu, après plusieurs autres collaborations, fit représenler 
la Fête au village voisin, dont la musique eut tous les hon- 
neurs. Ou entendit avec plaisir dans le premier acte le boléro : 
Profitez de la vie. . . ; le rondo : La gaîlé sied à notre âge; 
le trio final : Justine, Perrette, qu'entends- je! Dans le second 
acte, le quintette : Ne craignez rien, laissez-moi faire; dans 
le troisième acte, la romance de Martin : Simple, innocente et 
joliette. . . , précédée d'une ritournelle d'alto des plus gracieuses 
et le charmant duo : Attraits divins, simple parure. . . . 

Boïeldieu venait d'être nommé membre de l'Institut à la place 
de Méhul, lorsqu'il donna le Petit Chaperon rouge (30 juin 
1818), charmant ouvrage qui inaugure en quelque sorte sa 
troisième manière. Son style, dans cette partition, est plus large 
que dans ses œuvres précédentes (1). 

(1] On raconte, à propos du Petit Chaperon rouge, que la romance 
devenue célèbre : Le noble éclat du diadème , fut éeiïle en secret et à 
contre cœur par Boïeldieu , pour Ponchard, à titre d'obligeance et afin de 
répondre aux justes réclamations du ténor, qui se plaignait d'avoir un 
rôle sacrifié. — Ce morceau ne fut chanté qu'à la dernière répétition 
générale, il eut un tel succès, que Boïeldieu en remercia chaleureuse- 
ment Ponchard, et lui dit avec effusion : « Maintenant je tiens essentiel- 
lement à celte lomance, qui vous appartient autant qu'à moi. » 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



9J 



Après cet opéra, qui lui avait coûté plus de peine que ceux 
qui l'avaient précédé, il se retira à la campagne, dans sa pro- 
priété de Villeneuve-Saint-Georges : là, ses élèves de haute com- 
position venaient recevoir des leçons qu'il donnait sous forme 
d'une causerie attachante. 

Léon Meneau. 

{La suite à un prochain numéro.) 



SEMAINE THEATRALE. 



Les projets de concours pour la nouvelle salle de l'Opéra ont 
émotionné, non-seulement la presse, les artistes, mais le public 
en général. Une nouvelle exposition publique de ces projets serait 
transportée dans le centre de Paris, que la foule s'y porterait, 
dût-il en coûter un prix d'entrée assez élevé. C'est une idée que 
nous soumettons à M. le baron Taylor, en vue de ses associa- 
tions de bienfaisance. L'hiver a été rigoureux, les ressources 
ne sauraient trop se multiplier. On a beaucoup dit et écrit sur 
la construction de la nouvelle salle de l'Opéra; mais, en défi- 
nitive, sans signaler, ni, du reste, avoir rencontré rien de bien 
neuf. On a généralement regretté que M. Davioud, chargé des 
nouveaux théâtres Lyrique et du Cirque, n'ait point soumis de 
projet ; seul peut-être, entre tous, il était suffisamment préparé 
pour mener à bonne fin une question aussi importante. Mais 
prenons patience, la commission d'examen va délibérer, nous 
n'avons pas le dernier mot. 

Les répétitions d'ensemble du Tannhauser, se poursuivent 
activement au théâtre impérial de I'Opéra. L'œuvre prend un 
corps, et dès aujourd'hui les intimes de la rue Lepelletier peuvent, 
sinon saisir tout le dessin musical de la partition, du moins ap- 
précier la forme du libretto et les divers détails de la mise en 
scène. Cette mise en scène a été conçue avec ce scrupuleux res- 
pect historique qui a ajouté tant d'éclat aux représentations de 
Pierre de Médicis et de Sémiramis. Un rédacteur de la Presse, 
M. Th. Grasset, nous fournit à ce sujet quelques renseignements 
qu'on ne lira pas sans intérêt. 

« Les costumes du Tannhauser sont du treizième siècle et rap- 
pellent ceux de Robert le Diable. Cette pièce nous montrera 
quelle était l'existence d'un prince souverain d'Allemagne, au 
lendemain des croisades. La chasse étant à la fois le privilège et 
la passion de tout haut et puissant seigneur qui se respecte, le 
margrave fait son entrée, escorté de ses chevaliers, de ses pages 
et des écuyers caracolant, suivi de piqueurs qui conduisent une 
meute haletante et bruyante. A ces fatigues succèdent les 
prouesses de l'esprit, et le digne électeur dépose le fouet pour 
présider une cour d'amour, à laquelle il a convié sa noblesse. 

« Les décorations du Tannhauser tiennent tout ce que pro- 
mettent les noms des décorateurs qui les ont signées. 

« Le rideau se lève sur une vue de la grotte de Vénus, — le 
Venusberg. — Figurez-vous un amoncellement d'énormes ro- 
chers aux formes bizarres et fantastiques, qui donne le frisson. 
Les parois de cet entonnoir surnaturel sont en granit rouge. Çà 
et là pendent des stalactites raides comme des tuyaux d'orgue, aux 
arêtes brillantes de reflets aurifères. Ailleurs, des cristallisations 
s'épanouissent comme des végétaux monstrueux qu'aurait pétri- 
fiés une cascade furieuse qui bondit à travers les anfractuosités 
et se précipite dans le vide. A gauche, l'œil s'égare dans les pro- 



fondeurs infinies d'autres souterrains baignés d'une atmosphère 
bleue comme celle de la grotte d'Azur. Des voûtes, tombe un 
nombre infini de colonnes naturelles qui plongent dans une eau 
claire où nagent des sirènes. Au premier plan est le trône de la 
divinité, formé de conques de nacre étincelant et de fleurs bril- 
lantes comme le diamant, rouges comme le sang, fleurs anony- 
mes dans toutes les botaniques. M. Thierry a exécuté celte page 
magnifique. 

« Tout ce tableau sera rempli de mirages, d'apparitions et de 
fantasmagorie. C'est toute une féerie, mais une féerie comme 
l'Opéra seul est capable de la créer. 

« Le théâtre change. De ces profondeurs étranges, le spectateur 
est, sans transition, transporté dans le frais paysage de la Wart- 
burg. Il y a là un contraste très-saisissant, et qui saisira beau- 
coup, nous n'en doutons pas. M. Despléchin a peint ce suave 
paysage allemand avec un bonheur qui fait de ce décor un des 
plus beaux que nous ayons vus à l'Opéra. Dans le calme d'une 
belle matinée de printemps, la nature est parée d'une luxuriante 
verdure. Sur le devant du théâtre est la madone de pierre dont 
le chevalier vient d'invoquer le nom. La pelouse, parsemée de 
pâquerettes et de fougères, monte en talus dans un bois de sa- 
pins aux troncs droits comme des mâts de navires. Parmi les ar- 
bres est un petit sentier sinueux, qui conduit à la résidence du 
margrave. 

« Couronnant tout à fait les hauteurs, vous voyez les donjons 
crénelés et les fenêtres à ogives.de la Wartburg. C'est là que, trois 
siècles plus tard, Martin Luther doit traduire la Bible. L'hérésie 
n'était pas logée loin du paganisme. En effet, à l'horizon, vous 
découvrez la silhouette rose de la montagne de Vénus, de cette 
demeure enchantée dont vous venez de pénétrer les mystères. 

« Aux pieds, bien bas, du manoir, s'étale la paisible vallée 
encore baignée des transparentes vapeurs du matin, tandis que 
le soleil illumine déjà les cimes. 

« Le second acte nous introduit dans la grande salle d'honneur 
du paiais. Par les larges arceaux du fond, la vue s'étend sans 
obstacle sur l'enceinte du bourg et sur la vallée. Le parti pris 
du décor de MM. Nolau et Rubéest très-heureusement nouveau, 
et produit un effet fort original. Le faîtage, pris en perspective, 
est supporté par un enchevêtrement pittoresque d'ornements 
ciselés et sculptés, rappelant un peu ceux de la chapelle de l'ordre 
de la Jarretière à Westminster, ou de là chapelle royale à 
Windsor. Des bannières brodées et armoriées sont suspendues 
aux murailles. 

« Le troisième acte nous ramène dans la vallée de la Wartburg, 
déjà vue au premier acte. Mais quel changement ! L'automne est 
arrivé : des nuages rayent le ciel; les feuilles séchées jonchent 
l'herbe flétrie; la forêt étend tristement ses branches déjà bien 
dépouillées ; les sapins seuls ont conservé leurs aiguilles me- 
nues; mais de verts qu'ils étaient, ils ont pris un aspect noir et 
morose. M. Despléchin a été naturellement chargé de peindre 
cette mélancolique antithèse de sa première décoration. » 

On voit que la direction a fait les choses grandement et sans 
lésiner sur l'élément romantique et pittoresque du Tannhauser. 
— Le petit ballet que préparent MM. Nuitter, Pelipa et Théo- 
dore Labarre, ballet qui doit accompagner le Tannhauser , sera 
intitulé : Marianna. Plusieurs pas très-originaux sont déjà 
réglés. On cite, entre autres, le simulacre d'une course de tau- 
reaux, avec des quadrilles de toréadores, des piccadores et des 
matadores. 



92 



LE MÉNESTREL. 



Le directeur du Théâtre-Italien vient de s'attacher M" e Tre- 
belli par un engagement de cinq ans. Cette artiste touchera 
5,000 fr. par mois pour la première année, 7,000 fr. pour la 
seconde, 8, 9 et 10,000 fr. pour les troisième, quatrième et 
cinquième années. M" e Trebelli débutera, dit-on, en avril pro- 
chain, dans Tancredi. Cet engagement est lo résultat des deux 
brillantes saisons que vient de faire M Ile Trebelli à Madrid et à 
Berlin. 

On répète les Nozze di Figaro. M me Penco, dont l'engage- 
ment vient d'être renouvelé , remplira le rôle de Suzanne , 
M Ue Battu, celui de la comtesse, et M lle Dalmonti continuera 
ses débuts par le gracieux personnage de Chérubin. — Ah! 
M me Carvalho, que n'ètes-vous là ! Vous manquez à la fois sur 
chacune de nos trois scènes lyriques; aussi lirons-nous un jour 
dans les annales dramatiques de 1861 : « La première canta- 
trice française de son temps, M me Carvalho, ne put se faire 
entendre sur aucune des scènes lyriques de Paris, bien qu'elle 
fût, ou peut-être bien, parce qu'elle était française et dans tout 
l'éclat de son talent. » 

L'Opéra-Comiqde peut préparer à loisir ses partitions en 
perspective : la Circassienne lui garantit plusieurs mois de 
prospérité. Chaque représentation voit croître l'empressement 
de la foule pour le nouvel opéra d'Auber. De son côté, la presse 
s'est montrée unanime à constater la haute valeur de l'œuvre , 
et n'a été en ceci, du reste, que le fidèle écho des impressions 
publiques. 

On annonce un Eamlet de M. Ambroise Thomas, sujet tiré 
de Shakspeare, qui, on le sait, lui a porté bonheur dans le. 
Songe d'une nuit d'été. — Le Salvator Rosa de M. Duprato, 
André de M. Poise, se répètent activement. C'est M I,e Saint- 
Urbain qui tiendra le rôle principal de l'important ouvrage en 
trois actes de M. Duprato. 

* 
* * 

Le Gymnase nous a donné deux nouveautés; l'une, intitulée : 
J'ai compromis ma femme, vaudeville en un acte, de MM. La- 
biche et Delacour, amusant imbroglio dont les auteurs se sont 
habilement tirés ; l'autre, ayant pour litre : le Sacrifice d'Iphi- 
génie, comédie en un acte, de M. Adolphe Dennery, à laquelle 
le fécond dramaturge a su mêler un peu d'esthétique littéraire 
et théâtrale, avec quelques fines allusions à sa propre carrière. 
Geoffroy, Lesueur, Gilbert, M lle Albrecht, Derval, Berton fils, 
M ,les Mélanie et Antonine ont coopéré à ce double succès. 

Nous avons enregistré l'à-propos de carnaval que MM. Albert 
Monnier et Ed. Martin ont fait représenter au Vaudeville. 
Cette folie, intitulée : Vingt francs, s. v. p., a été accompagnée 
d'une comédie en un acte, Y Écureuil, dont le spirituel auteur 
se cache, non sans raison, sous le pseudonyme de Caries. 

Le drame que répète la Porte-Saint-Martin, et dont l'au- 
teur est M. Aug. Vacquerie, portera définitivement le titre des 
Funérailles de l'honneur, — une réminiscence de Caldéron. 



L'Allemagne a rendu M. J. Offenbach à son théâtre et aux 
répétitions du Pont des Soupirs, mélodrame bouffe de MM. Hec- 
tor Crémieux et Ludovic Halévy, les heureux auteurs d'Orphée 
aux enfers et de Forlunio. — Les journaux d'outre-Rhin nous 
apportent le compte rendu des ovations prodiguées par le pu- 



blic à M. Offenbach dans tous les théâtres d'Allemagne. Nous 
l'avons déjà dit : ses opérettes y jouissent d'une popularité qui 
s'explique, non-seulement par l'originalité des mélodies, la 
franchise des rhythmes, l'esprit scénique des moindres détails, 
mais aussi par la formidable réaction qui s'élève de toute part 
contre la musique brumeuse, prétentieuse, indéfinissable, inter- 
minable, mieux que cela : enfin... ennuyeuse au premier chef. 
Au total, pour aimer la musique, on n'est pas tenu de se mettre 
à la torture.... et ma foi, va pour les opérettes, puisque l'on 
s'entête à nous servir des impossibilités vocales et instrumentales. 
Voilà le cri de réaction des masses populaires de la vieille Alle- 
magne musicale. C'est un fait, nous le constatons. 

J.-L. Heugel: 



TABLETTES OU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



LES HOMMES DU JOUR. 

JULES SCHULHOFF. 

Notice biographique. 

Nous avons publié, dimanche 3 février, dans ces Tablettes, 
l'appréciation du double talent de Jules Schulhoff comme pia- 
niste-compositeur; nous venons aujourd'hui compléter ce travail 
de M. Marmontel par un résumé biographique concernant ce 
virtuose. C'est à une revue littéraire ayant pour titre : Les 
Hommes du jour, et publiée à Leipsick, que nous empruntons 
textuellement nos renseignements. 



La virtuosité, dans l'art moderne du piano, est arrivée à une 
telle hauteur, qu'il reste à peine un degré de perfection à fran- 
chir, et cela pour ajouter aux conquêtes du mécanisme poussées 
à leurs dernières limites, — celles du beau et du gracieux. 
C'est vers ce but que semble tendre la jeune génération. Or, 
dans cette catégorie de nouveaux pianistes , nous voyons briller 
au premier rang Jules Schulhoff. 

Schulhoff a su acquérir le renom de virtuose dans la meilleure 
acception du mot, et celai do pianiste-compositeur des plus 
remarquables, tant par l'attrayante originalité de sa pensée que 
par l'harmonieuse forme dont il l'a revêtue. 

Jules Schulhoff naquit à Prague, le 2 août 1825. Le profes- 
seur Kisch lui donna les premières notions musicales, et ses 
progrès furent tels , que dès l'âge de neuf ans il put se faire 
entendre en public. Il poursuivit l'étude du piano sous les yeux 
de Tedesco, pendant que W. Tomasckek guida ses études théo- 
riques. A dix-sept ans, il fit un voyage à Paris , après avoir 
donné des concerts publics à Dresde, à Leipsick et à Weimar. 
A Paris, il s'isola pendant plusieurs années, et serait resté long- 
temps inconnu, sans une circonstance exceptionnelle. 

Schulhoff se trouvait un jour chez un fabricant de piano 
pour marchander un instrument, quand il vit entrer dans le 
magasin deux hommes, dont l'un était Chopin. 

Notre pianiste allemand le reconnut sur-le-champ, et profita 
de l'occasion pour lier personnellement connaissance avec lui. 
Il demanda la permission de jouer quelque chose devant ce 
maître. Chopin, déjà souffrant, et d'ailleurs trop accoutumé à 
ces sortes de sollicitations, répondit d'une façon apathique, bien 
que polie; il consentit néanmoins à l'entendre. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



93 



Chopin écouta d'abord le jeune virtuose avec assez de non- 
chalance, croyant sans doute avoir affaire à un pianiste d'un 
ordre secondaire; mais, à mesure que Schulhoff jouait, l'atten- 
tion de Chopin s'éveillait et devenait plus manifeste. A la fin du 
morceau, il témoigna hautement sa joie, salua le jeune artiste 
du nom de frère et l'engagea vivement à se faire entendre au 
public parisien. 

Cet encouragement flatteur ne fut pas perdu : Schulhoff donna 
plusieurs concerts à Paris, et sa réputation se fonda rapidement. 

Il voyagea en France, en Espagne, en Angleterre. On ne se 
borna pas à l'applaudir comme exécutant, chacun l'admirait 
encore comme compositeur; et ses œuvres, écrites dans le 
meilleur style, acquirent une grande popularité clans le monde 
des pianistes. 

En 1849, Schulhoff se rendit à Vienne, où ses concerts firent 
époque, si bien qu'il y dut revenir après une tournée dans le 
nord de l'Allemagne et en Russie. Ce fut toute une série de 
triomphes pour le pianiste-compositeur, désormais classé parmi 
les célébrités de l'Allemagne. 

En 1852, il parcourut la Crimée, et enfin fit un second voyage 
à Paris en 1854, où de nouveaux succès l'attendaient. 

Depuis cette époque Schulhoff se produisit rarement en public. 
Des motifs de santé le forcèrent à interrompre la carrière mili- 
tante pour se livrer exclusivement à la composition. Dans ces 
dernières années, il vivait retiré à Dresde, où le retenaient des 
liens de famille et le repos auquel le virtuose avait été con- 
damné par ordonnance de la Faculté. 

Fort heureusement, l'ordonnance a pu être levée, et Schulhoff 
en a profité pour réaliser un troisième voyage à Paris ; c'est que 
Paris est et sera toujours le grand foyer artistique dont les 
rayons donnent la vie tout en la consumant. 

* * 
La plume toute compétente de M. Marmontel a enregistré 
dans ces Tablettes du pianiste l'accueil fait à Schulhoff et à 
ses œuvres au premier concert de son troisième voyage à Paris. 
Nous assistions vendredi dernier au deuxième concert du vir- 
tuose, soirée qui n'a pas été moins brillante que la précédente : 
même empressement, mêmes applaudissements. 

Sans nous arrêter à l'estimable sonate en si bémol de Men- 
delssohn, — dont le bel andante a particulièrement fait ressor- 
tir le violoncelle de M. Jacquard, — signalons tout de suite les 
morceaux de Schulhoff qui ont causé le plus d'impression : sa 
ballade d'abord, œuvre du style le plus élevé ; une polonaise a la 
manière de Chopin; un très-élégant caprice, et une mélodieuse 
aubade comme en pourraient rêver nos belles châtelaines sous 
les fenêtres de leurs donjons dorés. 

La marche finale, nonobstant quelques longueurs, a produit 
aussi le meilleur effet; un autre morceau bien écrit, mais qui 
justifie peu son titre, c'est le Toast à l'amitié. L'idylle Près de 
la fontaine a très-agréablement ouvert la série des morceaux 
de piano. Schulhoff en a joué jusqu'à huit, — plus la sonate, — 
et le concert a été trouvé trop court. 

Deux mots encore avant de quitter Schulhoff : le virtuose a 
fidèlement transcrit un andante d'Haydn, que l'on a bissé d'en- 
thousiasme. Quelle sobriété de notes ! quel charme dans la mé- 
lodie! comme toutes les parties d'harmonie concertent, s'isolent 
et se retrouvent avec cohésion, avec clarté 1 Décidément le bon- 
, homme Haydn est un bien adorable musicien du passé. 

J.-L. [ÏEUGEL. 



SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE. 



TROISIEME CONCERT. 

On ne saurait méconnaître le zèle que déploie, cette saison, 
la Société des Concerts, pour varier le programme de ses séances 
et offrir à ses abonnés de nouveaux et intéressants sujets d'étude. 
Il y a quinze jours elle exécutait la cantate-symphonie de Men- 
delssohn, œuvre aussi importante que consciencieuse ; dimanche 
dernier elle avait inscrit, à côté des noms d'Haydn, de Reethoven 
et de Gluck, le nom d'un compositeur qui fut l'une des gloires 
de l'école française, celui d'Hérold. L'ouverture de Zampa a 
été mieux accueillie, — il faut en convenir, — que la symphonie- 
cantate, par ce public d'élite qu'on ne saurait pourtant accuser 
de tendances trop françaises. Ainsi, même dans la salle des 
Menus-Plaisirs, l'inspiration prime le savoir-faire; mais aussi, — 
en admettant avec certains rigoristes que l'ouverture de Zampa 
ne se distingue pas précisément par le plan, la cohésion, la 
sobriété, — quel splendide pot-pourri, quelle délicieuse mo- 
saïque de charmants motifs 1 L'orchestre a dit cette page de 
notre cher Hérold avec une énergie et un entrain irrésistibles. 

Il eût peut-être été à souhaiter que ce même orchestre voulût 
bien modérer un peu sa verve dans l'accompagnement des scènes 
de Vlphigénie en Tauride, particulièrement en ce qui concerne 
les parties solos. Toute belle que soit encore la voix de Massol, 
qui réunit l'ampleur du baryton à l'éclat strident du ténor, il 
y avait tels passages où il lui était impossible de dominer la 
tempête des instruments. Le récitatif et l'air de Thoas, l'air de 
danse et le chœur des Scythes n'en ont pas moins produit un 
effet extraordinaire et n'en ont pas moins été redemandés avec 
frénésie. 

Que dire de la symphonie de la Reine, d'Haydn, autre mer- 
veille dans un genre tout différent ? 

Et du concerto en mi bémol de Reethoven, gigantesque sym- 
phonie avec piano principal? La dernière fois que nous enten- 
dîmes cette composition, d'un intérêt si puissant et si soutenu 
malgré ses développements, la partie de piano était tenue par 
Liszt, etRerlioz dirigeait l'orchestre. L'exécution de dimanche 
a été moins fougueuse, moins ardente, moins émotionnée 
peut-être, mais en revanche plus mesurée, plus fine, plus cor- 
recte, plus classique en un mot, sans pour cela manquer de 
coloris et de chaleur. M. Francis Planté a su faire applaudir, 
dans cette occasion décisive, la pureté de son style et la perfec- 
tion de son mécanisme. 

Au joli chœur de Rameau, que la Société exécute depuis 
plusieurs années déjà, on vient d'adjoindre un premier mor- 
ceau mouvementé; tout cela, sous le titre de : Scène des enfers 
et des Champs - Elysées, de Castor et Pollux, de Rameau, 
forme un ensemble complet et offre un très-curieux spécimen 
du vieux maître. 

Je ne parlerai de Marcello que quand un nouveau psaume 
aura pris la place de celui dont on nous gratifie depuis trop 
longtemps : il y en a tant d'autres, et, j'ose le dire, infiniment 
supérieurs ! 

E. Viel. 



94 



LE MÉNESTREL, 



NECROLOGIE. 

Les lettres françaises viennent encore de faire une perte dou- 
loureuse. Eugène Guinot, le spirituel chroniqueur, est mort le 
samedi 9 de ce mois, à Saint-Germain-en-Laye. Eugène Guinot 
est né à Marseille en 1805. A l'âge de vingt-huit ans il obtint 
au grand concours le prix d'honneur. Il débuta dans sa car- 
rière littéraire au Verl-Verl, dirigé par Anténor Joly. Plus tard, 
il devint chroniqueur du Courrier de Paris. Il travailla suc- 
cessivement à Y Europe littéraire, au Siècle, à l'Ordre, et en 
dernier lieu au Pays, où ses Revues de Paris étaient très- 
recherchées. Il collabora à plusieurs pièces de théâtre, entre 
autres avec Etienne Arago, avec qui il 'fit, sous le nom de 
Paul Vermond, les Mémoires du Diable, un des grands succès 
du Vaudeville. 

On lui doit une douzaine d'autre; pièces sous le même pseu- 
donyme. 

Ses obsèques ont eu lieu lundi dernier, en l'église paroissiale 
de Saint-Germain, en présence d'un grand nombre d'écrivains, 
de journalistes, d'auteurs dramatiques , etc. — Le deuil était 
conduit par M. Guinot, frère du défunt, et par M. Martin, son 
neveu. La Société des gens de lettres y était officiellement re- 
présentée par M. Francis Wey, son président, et par M. Michel 
Masson; la Société des auteurs dramatiques, par M. E. Grange. 



NOUVELLES DIVERSES. 

M. Smith, directeur du théâtre de Sa Majesté, à Londres, annonce 

que sa troupe se composera, pour la saison prochaine, de MM. Mario, Giu- 
glini, Mongini, Bélart, Gassier, Ëverardi, Ciampi et Vialetli, ainsi que de 
M n,es Titiens, Grisi, Borghi-Mamo, Alboni, Lotti et Gassier. 

— M. Matteo Salvi a été nommé directeur du théâtre de l'Opéra de la 
Cour, à Vienne. L'administration financière des deux théâtres de la Cour 
a été confiée au chevalier de Steinhauser. 

— L'académie de chant de Magdebourg vient d'exécuter, pour la pre- 
mière fois, l'opéra inachevé de Mozart, VOca del Cairo (l'Oie du Caire), 
que le compositeur écrivit en 1783. 

Un musicologue distingué, M. Keferstein, pasteur du village de 

Wickeestaeds, en Thuringe, est mort le mois dernier. Il fut un des pre- 
miers collaborateurs de Robert Schumann pour le nouveau journal de 
musique fondé par le célèbre compositeur sous le pseudonyme de K.Stein; 
il avait acquis une certaine réputation comme écrivain et journaliste. On 
lui doit un roman fantastique, le Roi Mys [Koenirj Mys), qui renferme 
une foule d'excellentes idées sur l'art musical. 

— Le célèbre compositeur Verdi vient d'être, pour la seconde fois, élu 
député au Parlement italien. On sait que sa musique a joué un grand rôle 
dans les affaires d'Italie. 

— A Crémone, on vient de jouer avec succès un nouvel opéra du 
rnaëstro Ponchielli, intitulé : la Savoïarda. 

— Un ténor, — que l'on dit être engagé par Lumley pour chanter sur 
les divers théâtres de l'ancien et du nouveau monde, — M. Naudin, avec 
lequel les dilettantes parisiens ont fait connaissance chez Rossini, 
vient de faire fanatisme (sic)' à Barcelonne, dans Un Bullo in maschera de 
Verdi. Los bis et les rappels ont été prodigués au nouveau ténor, dont 
les correspondances racontent merveilles. 

— Les frères Lionnet sont de retour à Paris, comblés des lauriers et 
des billets de banque de l'Annexion. Le comté de Nice et la Savoie leur ont 
été des plus hospitaliers. 

— S. Exe. M. le comte Waleski continue adonner une vive impulsion à 
tout ce qui concerne les arts. On assure que pour conserver à la France les 
chanteurs du Conservatoire qui annoncent des dispositions â se rendre à 
l'étranger, on leur fera signer, à l'avenir, un engagement de quatre ou 
cinq ans pour un des théâtres impériaux de Paris, avec jouissance d'un 
traitement convenable. De celte manière l'État sera récompensé des soins 
qu'il donne à des artistes qui souvent disparaissent, leur éducation à 
peine achevée. 



— S. Exe. le ministre de l'Instruction publique a décidé que le diapa- 
son normal, déterminé par l'arrêté du 16 février 1859. devra être adopté 
dès aujourd'hui pour l'enseignement de la musique vocale et instrumen- 
tale dms tous les établissements publics de l'Empire. 

« Liège. —Cercle artistique. — La première séance musicale donnée 
par le Cercle artistique était de nature à maintenir la réputation qu'il a 
su acquérir parmi les amis des arts. Fidèle à la mission qu'il s'est impo- 
sée dès son origine, de contribuer autant que possible â la propagation 
d'oeuvres élevées, il se propose d'ajouter plusieurs autres soirées à cette 
première, et l'on ne peut douter que le choix des morceaux, ainsi que 
celui des exécutants, ne témoignent du goût éclairé de la Commission or- 
ganisatrice. Parmi les morceaux qui ont inauguré cette première séance, 
nous devons particulièrement mentionner la symphonie en ré majeure, 
de Haydn, arrangée pour quintette, piano et flûte, et exécutée avec autant 
de finesse que de verve par MM. J. et R. Massart, violonistes; Léon Mas- 
sart et Lecortis, violoncellistes; Ed. Tricot, flûtiste, tous professeurs au 
Conservatoire royal de musique, et dirigée avec beaucoup d'intelligence 
par M. Th. Radoux, professeur de cor au même établissement. Les autres 
artistes étaient MM. Malherbe, Joanne, etc. Nous devons citer ensuite la 
grande sonate en si bémol, pour piano et violoncelle, de Mendelssohn, 
exécutée par MM. Léon Massart, violoncelliste du roi, et J. Van den 
Boom, pianiste, en véritables artistes. Aussi ont-ils obtenu les honneurs 
de la soirée, et c'était justice. M. Redbœuf a dit avec distinction l'air de 
Jérusalem, et M. Ilerbilon s'est montré habile corniste dans le concerto 
de Fuchs. Une mention honorable est également due à M Ue Douhard, qui 
toutefois a été plus heureuse dans le grand air du Prophète que dans 
l'air de Grâce, de Robert. Un peu plus de ménagement dans la force ne 
pourra que mettre mieux en relief les qualités qu'on lui reconnaît. » 

— La ville de Nantes prépare en ce moment une solennité du caractère 
le plus élevé : c'est une exposition qui promet d'être l'une des plus belles 
et des plus complètes dont la province ait donné le spectacle. Celte exposi- 
tion comprendra les produits de l'industrie, de l'agriculture, des beaux- 
arts et de l'horticulture de tous les déparlements de la France, de l'Algé- 
rie et des colonies. Elle ouvrira le 1 er juillet et fermera le 1 er octobre. 

A la fin de l'exposition, en séance publique, des médailles d'honneur, 
d'or, d'argent et de bronze, seront distribuées aux artistes et aux indus- 
triels dont les travaux auront été jugés dignes de récompense. 

SOIRÉES ET CONCERTS 

— Les derniers samedis de M. et M me Rossini ont été splendides. L'ar- 
chet magique du violoniste Bazzini a eu l'honneur de faire sa rentrée à 
Paris dans les salons du maître. Les sœurs Marchisio nous ont fait enten- 
dre une seconde fois l'admirable duo espagnol de Rossini, ainsi que le 
trio de Gordigiani avec M. Bonheur, jeune baryton qui a ensuite récolté 
seul sa bonne part de bravos. Un jeune ténor napolitain, M. Montaro ou 
Montanaro, — et peut-être ce nom n'est-il encore qu'un à peu près, — s'est 
fait entendre pour la première fois, en compagnie de Badiali, dont la verve 
est intarissable. Le jeune ténor a dignement répondu à l'entrain de son 
partenaire dans le duo àel'ltaliana in Algieri. On n'entend pas voix plus 
fraîche, vocalise plus nette et plus fine, phraser plus gracieux. Dans la par- 
tie instrumentale, M llc Joséphine Martin a fait applaudir un très-joli menuet 
de sa composition et sa remarquable Danse syriaque, à laquelle nous pré- 
férons cependant sa Fanlarella. Le violoncelle de M. Franco Mendès com- 
plétait ce riche programme. 

— La musique de chambre, en prenant élection de domicile dans nos 
salles de concerts, n'a pas absolument renié sa modeste origine. 11 est 
encore dans Paris quelques salons privilégiés où la sonate concertante, 
les trios et quatuors, trouvent une noble hospitalité, des exécutants et des 
auditeurs d'élite. Ce sont là les gourmets de l'art. Nous les avons trouvés 
réunis dimanche dernier chez M. et M" 10 Dubois. Armingaud tenait le 
violon, et chacun sait la justesse, la pureté, la distinction de son jeu ; 
Franchomme commandait au violoncelle en maître qui sait devenir esclave 
à un moment donné, et M me Dubois était au piano. Or, la poétique inter- 
prète de Chopin joue Mozart, Haydn et Beethoven avec une égale perfec- 
tion, avec le même amour du beau et du bon. Dans un pareil programme 

' instrumental, Schubert seul pouvait tenir une place légitime. M lle Marie 
Brousse s'est chargée de ce soin. Elle s'est accompagnée elle-même avec 
autorité, et a électrisé les assistants dans la Jeune religieuse, Rosemonde 
et le Nautonier, qu'elle a dramatisés, peut-être trop, mais avec autant 
d'inspiration que de talent. 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



95 



— A peine de retour à Paris, les frères Lionnet se, sont fait entendre 
mardi à l'ambassade ottomane , dans plusieurs œuvres nouvelles de Gou- 
nod, parmi lesquelles nous citerons le Soir, do Lamartine. Notre célè- 
bre compositeur tenait le piano et a chanté le Vieil Habit , de Bé- 
ranger. Les frères Lionnet ont fait entendre la Promenade et Florimond 
l'enjôleur, de Gustave. Nadaud, le lendemain mercredi, au Corps-Législatif, 
où se trouvaient Félicien David, Edmond Membrée, Ernest Lépine, Ch. 
Delioux, qui ont accompagné plusieurs de leurs œuvres. Le même soir, 
les deux frères chantaient chez M. et M me Ponchard, en compagnie de 
Levasseur et de Montaubry. Ponchard père a dit une nouvelle ro- 
mance composée pour lui et intitulée : Je n'ai plus vingt ans. Levasseur 
s'est fait entendre dans le duo de la Fausse Magie, avec Ponchard. 

— S. Exe. le Ministre d'État vient d'inaugurer ses nouveaux salons par 
un magnifique bal travesti. La splendeur de ses appartements n'a pu être 
compensée que par l'affluence des invités et l'incomparable richesse des 
costumes. Au nombre des danses à caractères exécutées, on a surtout re- 
marqué une mazurka avec éperons et costumes à la polonaise , par huit 
cavaliers et huit dames du grand monde. Waldleufel a très-bien saisi le 
rhythme de cette danse, et son archet n'a pas dû être médiocrement flatté 
d'obtenir les honneurs du bis. 

— M me Tardieu de Malleville a repris ses séances de musique de cham- 
bre avec le concours de MM. Maurin , Chevillard et Casimir Nêy, Dans ces 
intéressantes séances où Mozart, Mendelssohn, Beethoven, sont inter- 
prétés avec religion, une place d'honneur est réservée aux anciens cla- 
vecinistes, dont M me Tardieude Malleville a évoqué les traditions avec toute 
la supériorité de son remarquable talent. 

— M. Michiels a donné, chez lui, dimanche dernier, une intéressante 
matinée musicale, dans laquelle il a fait entendre plusieurs de ses œuvres, 
entre autres un trio en mi bémol pour piano, violon et basse, parfaite- 
ment exécuté par M lk ' Langlumé, M. Jouet et l'auteur, et un concerto 
pour violon, qui lui a valu de nombreux applaudissements. 

— Le virtuose Perelli annonce un grand concert au Théâtre-Italien. 

— Aujourd'hui dimanche, à deux heures, salons Pleyel-Wolf, troi- 
sième séance de MM. Alard et Franchomme. En voici le programme : 

1. Trio en mi bémol de Schubert, pour piano, violon et violoncelle. — 

2. Quatuor de Mozart, pour instruments à cordes. — 3. 9 e sonate en si 
bémol, de Mozart, pour piano et violon, exécutée par MM. Diémer et Alard. 
— 4. Quintette de Beethoven, pour deux violons, deux altos et violoncelle. 

— On annonce, pour mardi prochain, salons Pleyel-Wolf, une soirée 
musicale donnée par M 11 ' Sabatier-Blot, la brillante pianiste, au profit des 
pauvres de l'œuvre de Sainte-Geneviève. M Ile Sabatier-Blot jouera du Bach, 
du Beethoven, du Chopin, du Liszt, de l'Alkan et du Wagner. MM. Alard, 
Casimir Ney et Lée lui prêteront appui. M. Jules Lefort et M me Oscar 
Comettant feront les honneurs de la partie vocale. 

— Mercredi prochain, 20 février, aura lieu la troisième séance de 
MM. Armingaud, Jacquart, Lalo, Mas, avec le concours de M. Lubeck, 
dans la salle Pleyel, Wolf et C' e , à huit heures et demie du soir. On y 
entendra : 1° le trio en mi bémol, op. 70, n° 2, de Beethoven, pour piano, 
violon et violoncelle ; 2° le o c quatuor de Mozart, pour deux violons, alto 
et violoncelle; r° la sonate, op. 33, de Beethoven, pour piano; i° le 
quintette en la, op. 18, de Mendelssohn, pour deux violons, deux altos 
et violoncelle. 

— Le concert déjà annoncé de notre pianiste-compositeur Wieniawski 
reste fixé au jeudi 21, salons Pleyel. 

— Le surlendemain 23, audition des œuvres de D. Magnus, même salle. 

— Vendredi prochain , salle Herz , concert du célèbre tromboniste 
Nobich. 

— Le lundi 27, encore même salle, audition des œuvres de musique 
de chambre de Léon Kreutzer. 

— Le concert de notre pianiste-compositeur Krùger est Gxé au 1 er mars, 
huit heures du soir, salons d'Érard. 

— La plus brillante fêle d'hiver est, sans contredit, le grand bal des 
Artistes dramatiques, qui se donne chaque année dans la salle de l'Opéra- 
Comique. Placé sous le haut patronage de S. M. l'Empereur, ce bal de 
bienfaisance réunit le monde le plus élégant de tous les pays. Les étran- 
gers de distinction s'y donnent rendez-vous. Le cabinet de M. Berthier, 
membre du Comité, régisseur de la danse au théâtre de l'Opéra , est chaque 
jour envahi par une foule désireuse d'obtenir des coupons de loges et de 
stalles. 



— Le mardi 28, concert de la jeune élève d'Alard, M 1 ' 6 Julienne André, 
salle TIerz. 

— Nos lecteurs apprendront sans doute avec plaisir que M. Vincent 
Adler donnera définitivement un second concert le 25' février, dans les 
salons Ërard. 

— Le deuxième concert de Hans Seeliug est fixé au 27 de ce mois, dans 
les salons Érard. 

— Vendredi 1 er mars, à deux heures précises, salons Pleyel, Wolf et 
compagnie, une matinée musicale donnée au bénéfice de Baudouin, l'an- 
cien chef d'orchestre des bals de la Cour, menacé d'une cécit; complète. 
MM. Levasseur, Alard, Diémer, Lasserre, Hubans, M mc Sudre, M Ue Rrou 
de Lavayssière, MM. Capoul et Berthelier prendront part au programme. 

— Le concert de M. Emile Forgues reste fixé au samedi 23 février, 
dans les salons Ërard. M. Forgues fera entendre les œuvres suivantes, 
de sa composition : Grande fantaisie de concert sur deux motifs du Stabal 
mater de Rossini; les Flots, Liéder, le Trémolo, grandes études pathé- 
tiques inédiles; la Sérénade, romance élégiaque, Mazeppa, études pathé- 
tiques extraites du deuxième livre; thème varié et grand boléro espagnol. 
M mo Mancel et M. Lucchesi compléteront le programme. 

— M. A. Bessems vient de publier trois mélodies pour alto-viola, dont 
voici les titres : l'Amélia, Minuit et l'Étoile du soir. M. Bessems a égale- 
ment publié un menuet de Mozart, transcrit par lui pour piano seul. 

— L'orchestre de M. Laurent s'est distingué au bal d'enfanls de l'hôtel 
du Louvre. On a remarqué, entre autres productions dansantes, la Polka 
du clairon des zouaves et la polka-mazurka; Benito la magicienne, de 
L. Micheli. Nous citerons, du même auteur, la grande valse de la Roche 
peu élevée, exécutée avec tant de succès par l'orchestre d'Arban, aux bals 
du Casino. 

— M. Johann.Sullermann, l'auteur des six brillantes valses intitulées : 
le Désir, les Cascatelles, Feu follet, Valse italienne. Valse espagnole, 
Souvenir des Vosges, vient de faire paraître la Nuit d'été, la première de 
six mazurkas nouvelles qui vont défrayer les concerts du Casino et des 
Champs-Elysées. 

Erratum. — Nos typographes ont non-seulement défiguré le nom de 
la jeune et charmante élève de M rae Iweins-d'Hennin , M lle Valentine 
Brun, et non Breus, qui s'est fait entendre à la soirée de M. Félix Gode- 
froid, mais ils nous ont fait dire, dimanche dernier, entre autres erreurs, 
en parlant du retour de Neuville, l'artis'e amateur par excellence au lieu 
S artiste imitateur. Nous avons aussi à rectifier le numéro d'ordre de notre 
précédent numéro ; c'est le numéro onze qu'il faut lire, et non le numéro 
douze. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Low, réducteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues fr 



rue Jean-Jacques Rous 



En vente chez J. MAHO, 25 , faubourg Saint-Honoré. 



VINCENT ADLER 

Op. 17. Valse villageoise 6 » | Op. 18. N" e Scène de Bal 

STÉPHEN HELLER 

Op. 95. Allegro pastoral... . 9 » | Op. 96. G ûe Étude de concer 
Op. 97. Douze Landler et Vu'ses eu deux livres, chaque 

ERNEST LUBECK 

Op. 13. Berceuse 6 » | Op. lï. Grande Polonaise. 

Op. 11. Tarentelle 7 50 

HANS SEELIMG 

Op. 1. Deux Impromptus.. . 6 » | Op. 3. Nocturne 



t. 9 » 
. tî » 



— 2. Loreley, morceau ca- 
ractéristique 6 » j — 6. Idglle 

Op. 10. Douze grandes Études de concert, en deux livres, chaque. 
(Chaque Élude se vend aussi séparément). 



6 •> 
13 » 



fiCOIJE 



DU 



PIANISTE CLASSIQUE ET MODERNE 



CAMILLE 




APPROUVÉE et ADOPTÉE 

POUR IiES CITASSES BU CONSERVATOIRE, 

PAR MM. 

AUBER, ROSSINI, MEYERBEER, HALÉVY, CARAFA, A. THOMAS, BERLIOZ, REBER, CLAPISSON, 

G. KASTNER, Emile PERRIN, VOGT, GALLAY, PRUMIER, 

Éd. MONNAIS, Alf. de BEAUCHESNE. 



CHANT ET MÉCANISME 



2« LIVRE (op. 38). . 
SO Études de moyenne difficulté. 



lergLlVRE (op. 37). 

35 Études pour les petites mains. 

1 et 2. Coulés et détachés (m. d., m. g.). —3. Etude chantante. — 4. Solfège. 
5. Les cinq Notes. — 6. Le Violoncelle. — 7.LesdeuxTrompettes. —8. La Gamme. 
9. Persuasion. — 10. Les Révérences. — 11. Fanfare. — 12. Convalescence. 
13. Oui ou Non. — 14. Montagnarde. — 15. Etude à 4 parties. — 16. Le Staccato. 
17. Au Village. — 18. Le Fantôme. — 19. La Sauterelle. — 20. Ballade. —21. Une 
Caresse. - 22. Risoluta. — 23. Pas redoublé. — 24. L'Arpège. — 25. L'Enjouée. 

Prix : 18 fr. 3e LIVRE (op. 39). 

SI Études de perfectionnement. 

13. Espère encore! — 14. Simple Histoire. — 15. Bacchanale. — 16. Lied 
17. Etincelles. — 18. Souvenance. — 19. La Tournoyante. — 20. Feuille et Zéphyr. 
21. A pleines Voiles. — 22. Consolation. — 23. Abandonnée. — 24. L'Orgie. 



1. Agilité. — 2. Air de Rallet. — 3. Pas à Pas. — 4. Si j'osais! —5. Le 
Départ des Chevaliers. — 6. Sur l'Eau. — 7. Le Papillon. — 8. La Poursuite. 
9. La Bergeronnette. — 10. La Fuite. — 11. L'Angélus. — 12. Une Course 
à deux. — 13. Franchise. — 14. Hélas ! — 15. Le Ramier. — 16. Le Retour 
des Chevaliers. — 17. Conûdence. — 18. En Octaves. — 19. Grand'Mère et 
Grand'Père (canon). — 20. La Chromatique. 

Prix : 18 fr. 



1. Le Messager. — 2. Les Caquets. — 3. Au Bord du Ruisseau. — 4. Boute- 
Selle. — 5. Scherzetto. — 6. Ariette. — 7. Vieux Style. — 8. Prestezza.— 9. Redowa 
fantastique. — 10. Les Masques. — 11. Sous le Charme. — 12. Colombine. 



Prix : 18 fr. 



ÉTUDES CARACTÉRISTIQUES sur OBERON, de WEBER. 



Vision. — 6. Séduction et Magie. 



1. Chœur des Génies. — 2. Barcarolle. — 3. Ronde de Nuit. — 4. Ariette de Fatim 

lie Recueil : SO fr. — Chaque Morceau : 5 fr. 

SOUVENIRS DU CONSERVATOIRE 



Transcriptions. 



1. Plaisir d'Amour, de Martini, méditation 5fr. »c 

2. Célèbre Choeur de Castor et Pollux, de Rameau 6 ' » 

3. 18 e Psaume de Marcello, paraphrasé J ™ 

4. Romance et Chanson militaire i'Egmont, de Beethoven. . • . 7 50 

5. Andante de Mozart 5 » 



6. Allegretto-Scherzando de la 8 e Symphonie de Beethoven. . . 5f 

7. Menuet d'HAVDN 5 

8. Air d'Anacréon, de Grêtrv 5 

9. Voi che sapete, des Noces de Figaro 5 

10. Non più andrai farfallone, des Noces de Figaro 6 



LE 



RHYTHME DES DOIGTS 

Exercices-Types, à l'aide du métronome, 

Pouvant servir à l'étude la plus élémentaire comme au perfectionnement le plus complet du mécanisme du piano. 

Ce Recueil se divise en huit séries distinctes, embrassant, dans leur ensemble, toutes les principales difficultés du mécanisme d'exécution. 



Première série : exercices en notes simples, a main fixée, sur degrés conjoints. 
Deuxième série : suites de notes simples, exerçant les mains à parcourir le 
clavier sans passer le pouce. 

Troisième série : gammes simples diatoniques et chromatiques. 
Quatrième série : arpèges et accords brisés résultant de l'accord parfait. 
Cinquième série : jeu du poignet, — étude générale du staccato. 

Prix du Ilecueil complet : 15 fr 



Sixième série : doubles et triples notes à main fixée, — trémolos de triples et 
quadruples notes, — suites de doubles notes parcourant le clavier, — gammes 
diatoniques et chromatiques en tierces et en sixtes. 

Septième série : extension des doigts, — exercices à main fixée, arpèges et ac- 
cords brisés résultant des accords de cinq doigts. 

Huitième série : variétés de rhy thmes et d'exercices complétant chaque série. 



Paris, AU MÉNESTREL, 2 bis, rue Vivienne, 
=HECGEL et C% 



Éditeurs, Fournisseurs du Conservatoire. 



734. — 28 e Année. 

K> 13. 



TABLETTES 
OU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche 24 Février 

1861. 



LibOil 




NESTREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en che(. 



EES BUREAUX , S bis, rue Yi vienne. — HEUGEL et C'% éditeurs. 

(Ain Magasin* et Abonnement île Musique ilii MÉNESTREL — Vente et location tic Pianos et Orgues.) 



CHANT. 

1" Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 2(> morceau 
Scènes, Mélodies, lîoinances, paraissant de quinzaine en quinzaine; 2 Allum 
illustrés. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 



PIANO. 

2 e Mode d'abonnement . Jtournal-Teste, tous les dimanches; *6 Mo 

Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; * Allmnis- 
primes illustrés. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 



CHANT II' PIAtVO llll VIS : 

3 e Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les 51 Morcenui de chant et de piano, les 4 i IbuniH prîmes illustrés. 

Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Etranger : 36 fr. 

On souscrit du l"de chaque mois. — L'année commence du le' décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser/Vanco 
un bon sur la poste, à MM. ci i l il I et CM, éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgues frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) ru e Jean-Jacques Rousseau. 8. — 1228 



SOMMAIRE. 



TEXTE. 



I. L'opéra-comiijue , ses compositeurs , ses chanteurs et ses divers théâtres : 
compositeurs de la République et du premier Empire : Boieldieu (26 e article), 
{suite et fin). L. Meneau. — II. Semaine théâtrale : Eugène Scribe, nécrologie. 
,J. Loty. — III. Tablettes du pianiste et du chanteur : A propos d'une sonate 
de Henri Herz. Paul Bernard. — IV. Petite chronique : Les droits d'auteurs 
d'autrefois. — V. Nouvelles, Soirées et Concerts, Nécrologie, Annonces. 

MUSIQUE DE P1AM) : 

Nos abonnés à la musiquede Piano recevront avec le numérode ce jour : 
le quadrille de 

FOR TU MO , 

Le grand succès des Bouffes-Parisiens , composé par Strauss pour les 
bals de la Cour et de l'Opéra. — Suivra immédiatement après, Juana, 
polka-mazurka de Pu. Stutz. 

CHANT : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Chant, 

ADIEU LES FEES I 

Paroles d" Armand Liorat, musique d'HENRi Potier. — Suivra immé- 
diatement après : le Bal , valse chantée par M lle Chabert dans le Mari 
sans le savoir, paroles de MM. Léon et Ludovic Halévï, musique de 
M. de Saint-Rémy. 



L'OPÉRA-COMIQllE 



SA NAISSANCE, SES PltOCRES, SA TltOP GRANDE EXTENSION. 



COMPOSITEURS 

DE LA RÉPUBLIQUE ET DU PREMIER EMPIRE. 
CHAPITRE VIII. 

XXVI. 

Boieldieu (suite). 

Sapt ans de repos eurent pour résultat la Dame Blanche , 
le 10 décembre 1825. Il avait mis à profit ce long silence pour 
enfanter une œuvre qui devint la base du répertoire français. 



On ne saurait citer un opéra-comique qui se soit joué autant 
en Europe que la Dame Blanche. Boieldieu avait terminé cet 
ouvrage depuis longtemps, et cependant il n'osait pas encore 
le livrer à la scène. Resté si complètement éloigné du théâtre, 
il craignait que le public ne l'eût oublié. Il fallut que le direc- 
teur de l'Opéra-Comique , Pixéricourt , le forçât en quelque 
sorte à lui abandonner sa partition; on attendait cette œuvre 
comme on attend aujourd'hui les opéras de Meyerbeer. Le suc- 
cès fut immense, et l'ouvrage terminé , répété et joué en moins 
de trente-cinq jours, — exemple bien rare de célérité pour une 
partition de cette importance. Les répétitions commencèrent 
le 5 novembre 1825 et chez Boieldieu même, car il était souf- 
frant et ne put se rendre au théâtre que dans les derniers jours 
du mois. 

Voici quelle était la distribution de la pièce : Georges, Pon- 
chard père; Gaveston, Henry; Dikson, Féréol; Mac-Irton, Fir- 
min; Anna, M rae Bigault; Jenny, M me Boulanger. 



C'est ici le moment d'ouvrir une large parenthèse et de men- 
tionner combien l'Opéra-Comique jouit, pendant longues années, 
non-seulement d'une veine intarissable de compositeurs de pre- 
mier ordre, — se succédant comme à plaisir, — mais aussi d'une 
double et triple génération d'interprètes du plus grand mérite. 

Ainsi M mes Bigault, Boulanger et M. Féréol, — qui ont, à côté 
dePonchard, attaché leurs noms à la Dame Blanche, — avaient 
été précédés, accompagnés et suivis de talents justement répu- 
tés. En remontant à nos premiers chapitres de cette histoire de 
l'Opéra-Comique, nous voyons, en effet, se succéder sans inter- 
ruption d'éclat et de succès, sur les divers théâtres consacrés à 
ce genre spécial de musique, des artistes tels queM.etM me Trial, 
M. et M mo Lamelle, Clairval, Caillot, M me Dugazon, M lle Clai- 
ron, Philippe, M Ile Benault, M me Saint-Aubin, Gaveaux, Solié, 
Valère, Darboville, Elleviou, Martin, M. et M me Gavaudan, 



98 



LE MÉNESTKEL 



M me Philis, M mes Scio, Duret, Gonthier, Jenny Bouvier, Julliet, 
Chenard, et bien d'autres noms qui nous échappent. Puis après, 
ou avec M mes Rigault, Boulanger, n'avons-nous pas eu, entre 
autres célébrités, M me Pradher, M lle Prévost, M mes Casimir et 
Ponchard, qui créèrent les rôles d'Isabelle et de Marguerite dans 
le Pré aux Clercs ? Ne devrais-je pas encore citer, du même 
temps, M. et M me Huet, M. et M me Paul, M. etM mc Lemonnier, 
Lesage et Moreau, qui précédèrent Féréol, Henry et Moreau- 
Sainli, plus acteurs que chanteurs, — enfin Chollet, succédant 
d'abord à Martin pour se transformer ensuite en ténor, — témoins 
le Fra-Diavolo d'Auber, le Zampa d'Hérold. 

Je ne vous parlerai pas de Couderc, de Roger, ni de l'inimi- 
table M me Cinti-Damoreau , et dont le nom restera éternel- 
lement attaché au répertoire d'Auber; je vous parlerai encore 
moins des talents qui ont défrayé la scène de l'Opéra-Comique 
dans ces dernières années : ce serait faire de l'art contemporain, 
et je me dois au cadre tout rétrospectif que je me suis tracé. 

Je reviens donc à l'époque d'Elleviou, à Ponchard qui lui suc- 
céda et fut le digne héros de la Dame Blanche, a Ponchard qui ne 
chanta pas moins de cinq cents fois ce chef-d'œuvre de l'école fran- 
çaise : il est vrai que cet artiste ne criait pas et savait ménager 
sa voix, sans manquer cependant de puissance et d' expression 
dramatique ; mais il puisait ces précieuses qualités dans l'am- 
pleur et l'élévation du style, dans l'habile emploi des res- 
sources vocales qui lui étaient dévolues et un profond senti- 
ment de la parole chantée. Aussi , non-seulement Ponchard 
devint-il la bonne fortune des opéras-comiques composés sous 
son règne à Feydeau, de 1812 à 1837, mais il rendit ou maip- 
tint au répertoire, avec une grande supériorité, tous les ouvrages 
des prédécesseurs de Boïeldieu. 

Voici, du reste, ce qu'en écrit M. Scudo dans son volume 
de l'Année musicale 1859, et l'on sait que le savant critique de 
la Revue des Deux-Mondes n'est pas absolument prodigue d'é- 
loges à l'endroit de l'école française et des chanteurs français : 
« A Elleviou, dont le talent facile et la grâce étaient en par- 
faite harmonie avec le répertoire qu'il a créé, et dans lequel la 
musique n'est guère qu'un élément de la fable dramatique, suc- 
cède un chanteur proprement dit, d'un ordre plus élevé : nous 
voulons parler de M. Ponchard. Élève du Conservatoire, et par- 
ticulièrement de Garât, sans contredit le plus admirable chan- 
teur que la France ait eu, M. Ponchard, dont le physique n'était 
pas la qualité la plus brillante, a débuté, en 1812, dans l'Ami 
de la maison et le Tableau parlant, deGrétry. Vocaliste distin- 
gué, excellent musicien, homme de goût et de style, M. Pon- 
chard est le meilleur chanteur qui ait encore paru sur le théâtre 
de l'Opéra-Comique. Supérieur à Martin parlegoût et la sobriété 
du style, M. Ponchard nous paraît être le chanteur français qui 
représente le mieux, avec M me Damoreau et M me Carvalho, la 
phase de l'Opéra-Comique qui a suivi l'impulsion de Rossini. » 

*** 

Les Italiens reprochent h Rossini d'avoir abandonné sa vraie 
manière dans Guillaume Tell, que nous considérons générale- 
ment, en France, comme le chef-d'œuvre du maître : c'est tout 
au moins mon opinion et je la crois partagée. 

J'ai entendu de même des amateurs qui ont assisté aux dévelop- 
pements successifs de l'œuvre de Boïeldieu, lui reprocher d'avoir 
perdu de son originalité dans la Dame Blanche. Cependant, mal- 
gré la facture plus rossinienne de ses accompagnements dans cette 



partition, on y reconnaît toujours la facilité mélodique et la sim- 
plicité de modulations du Nouveau seigneur et de la Fête au vil- 
lage voisin : l'harmonie n'y est point recherchée, mais en revanche 
la mélodie y est si abondante qu'on n'y entrevoit aucune mo- 
notonie. Les différentes parties, dans les morceaux d'ensemble, 
sont admirablement dialoguées : ce n'est pas dans le duo du 
premier acte : Ils s'en vont et nous laissent ensemble...., ni dans 
le final du même acte : Grand Dieu! que viens-je d'entendre ! .., 
ni dans le trio du second acte : C'est la cloche de la tourelle..., 
que l'on entend de ces affreux unissons prolongés dont on fait 
aujourd'hui un abus si anti-harmonique (1). J'aimerais mieux 
moins de septièmes diminuées dans l'orchestre, et un peu prus de 
contre-point sur la scène. 

Sans avoir recours à toute cette grosse artillerie moderne , 
Boïeldieu , dans la Dame Blanche , sut faire quelque chose 
d'essentiellement intéressant, au point de vue musical, d'une 
scène qui n'avait rien de poétique, la vente du second acte : 

Nous quittons nos travaux champêtres C'est un tour de force, 

accompli sans le moindre effort. Il conserva dans ce morceau 
l'unité musicale , ce critérium qui fait reconnaître les grands 
compositeurs, malgré la diversité des scènes qui se succèdent à 
chaque instant. On ne se douterait point, en entendant cette 
scène, que Boïeldieu trouvât que la chose la plus difficile à écrire 
pour le théâtre était le chant comique. 

Je n'insisterai pas sur l'analyse de la pièce la plus connue en 
France. Chacun' sait que du trémolo par lequel débute l'ou- 
verture, jusqu'au chœur final , tout intéresse, rien ne choque, 
rien n'ennuie, tout charme l'oreille, l'esprit et le cœur. 

Ce fut à l'issue du succès de la Dame Blanche que Boïeldieu 

— rentrant avec Rossini dans la maison qu'ils occupaient sur le 
boulevard Montmartre, n° 10, — lui dit avec autant de naïveté 
que d'esprit : « On prétend que je me suis placé au-dessus de 
toi .... Et je m'en aperçois quand je monte mon escalier. » 
Il logeait au quatrième étage, tandis que le premier étage était 
occupé par Rossini, qui avait aussi près de lui son fidèle Carafa. 

L'amitié de Boïeldieu pour Rossini tenait de l'admiration. 
On en jugera par cette anecdote, que je tiens de M. Ernest 
Boïeldieu , fils de l'éditeur de musique chez lequel la partition 
de la Dame Blanche fut écrite en partie. C'était à Cormeilles, 
près d'Argenteuil', et lorsqu'y arriva notre compositeur, on 
discutait le genre de papier dont on tapisserait la chambre qui 
lui était réservée. — « N'as-tu pas dans ton fonds quelques 
exemplaires de la partition d'Othello,» dit Boïeldieu à son frère? 

— Sur la réponse affirmative de l'éditeur, les partitions furent 
requises, et, montant lui-même à l'échelle, il eut bientôt collé 
et placé dans leur ordre de pagination tous les feuillets de mu- 
sique : a Au moins, s'écria-t-il , de mon lit, chaque matin, 
j'étudierai le grand maître. » 

Cette amitié contemplative, Rossini la lui rendit avec effu- 
sion. Bien mieux, le souvenir de Boïeldieu est resté inalté- 
rable dans le cœur du grand musicien, qui récemment encore 
écrivait de sa main au bas d'un exemplaire de sa photographie, 
cette touchante épigraphe testamentaire : 

« Offert à M. Ernest Boïeldieu, neveu de l'auteur de la Dame 



(1) Tout le monde connaît et applaudit , au Théâtre-Italien, ce morceau 
d'un opéra en vogue, où le chant de la prima donna est doublé par le 
hautbois et l'ophicléide! à l'unisson et à la double octave. 



TABLEURS DU PIANISTE ET DU CHANTEUP.. 



99 



Blanche, dont je fus l'ami, le collègue et l'admirateur le plus 
sincère, — heureux de pouvoir tester aujourd'hui que ce der- 
nier sentiment ne s'éteindra qu'avec moi. 

« G. Rossini. » 



Après la Dame blanche, Boïeldieu resta quatre ans sans rien 
produire, et enfin, le 20 mai 1829, il fit représenter les Deux 
Nuits, trois actes dont M. Scribe (l'auteur du libretto de la Dame 
blanche) , avait fait les paroles en collaboration avec Bouilly. 

Cet opéra n'eut pas un sort très-heureux ; malgré l'incon- 
testable supériorité de la partition , elle n'obtint qu'un succès 
d'estime. 

Boïeldieu en fut si profondément attristé , que la maladie 
dont il souffrait depuis longtemps s'en aggrava. Il n'écrivit plus 
rien depuis, et le 8 octobre 1834 , il mourut à sa campagne de 
Jarcy , laissant un fils, homme distingué, musicien de talent, 
pour lequel on aurait pu, on aurait dû faire davantage. 

Ses compatriotes lui élevèrent une statue, et ils donnèrent le 
nom de Boïeldieu au cours sur lequel elle fut placée, devant la 
Bourse de Rouen. 

L'inauguration de ce monument eut lieu le 20 juin 1839. 

Léon Meneau. 



SEMAINE THEATRALE. 



Notre Semaine Théâtrale est en deuil : et à la place de 
notre bulletin hebdomadaire, il nous faut enregistrer un événe- 
ment funèbre, dont toutes nos scènes, depuis la plus élevée jus- 
qu'à la plus infime, ont ressenti le douleureux contre-coup. 

Certes, les lettres et les arts ont été cruellement éprouvés 
depuis deux mois ; mais nulle perte n'a été plus sensible, plus 
imprévue, plus profonde que celle d'Edgène Scribe. 

A l'heure qu'il est, tout Paris connaît les détails de cette 
mort subite, dont la nouvelle est venue consterner le monde 
littéraire et dramatique. 

C'est dans une voiture de remise, en se rendant rue de 
Bruxelles, chez M. Auguste Maquet, que l'illustre académicien 
a été frappé d'apoplexie. (Les médecins ont constaté la rupture 
de l'aorte). 

Le matin même, Eugène Scribe avait répondu à une lettre de 
M. Crémieux, qui l'invitait à dîner pour le lendemain jeudi. 
Cette réponse était une acceptation. Vains projets des hommes !.. 
Deux heures après, le signataire avait cessé de vivre. Il était écrit 
que M. Crémieux posséderait le dernier autographe du défunt. 
C'est une relique épistolaire, que l'éloquent membre du bar- 
reau de Paris conservera précieusement. 

Si tous les peuples de l'Europe, et même du monde entier, 
avaient été consultés pour nommer l'écrivain qui personnifie le 
plus complètement à leurs yeux le théâtre français et l'art dra- 
matique contemporain, celui dont les succès durables, l'inépui- 
sable fécondité, la clarté parfaite, la variété infinie, ont répandu 
la renommée dans les derniers recoins de la civilisation, nul 
doute qu ils n'eussent unanimement nommé Eogène Scribe. 
Partout où quelques. planches ont formé un théâtre, où quelques 
lampes ont fait une rampe, on connaît le nom de Scribe. Aussi 
le deuil sera-t-il immense, universel. Scribe était la providence 
et le génie du théâtre moderne. 



Cet écrivain privilégié, qui depuis quarante ans alimente nos 
répertoires dramatiques, en laissant partout des chefs-d'œuvre, 
a eu, de plus, cette gloire singulière de fournir des poèmes aux 
plus illustres musiciens de ce temps-ci. Il a tour à tour inspiré 
Boïeldieu, Hérold, Auber, Halévy, Adam. Quelle collaboration 
est comparable à celle-là? 

Rien que pour donner la nomenclature de ses ouvrages, il fau- 
drait plusieurs numéros de notre journal, et la liste môme de ses 
plus grands succès forme un long catalogue. Citons seulement : 

A l'Opéra : la Muette de Porlici, Robert-le-Diable, la Juive, 
les Huguenots, le Comte Ory, le Prophète ; 

A la Comédie-Française : Valérie, la Camaraderie, une 
Chaîne, le Verre d'eau, Bertrand et Raton, Âdrienne Lecou- 
vreur, les Contes de la reine de Navarre, Bataille de dames ; 

A l'Opéra-Comique : la Dame blanche, Fra-Diavolo, le Do- 
mino noir, le Maçon, l'Ambassadrice, le Chalet, Haydée, les 
Diamans de la couronne, l'Étoile du Nord, Giralda, la Circas- 
sienne. 

AuGymnase, plus de cent cinquante comédies-vaudevilles. Qui 
ne se rappelle Michel et Christine, la Marraine, la Chanoi- 
nesse, la Mansarde des artistes, le Diplomate, une Visite à 
Redlam, le Plus beau jour de la vie, le Mariage de raison, et 
tant d'autres charmantes pièces dont raffola la Restauration? 

On calcule que le nombre des pièces de Scribe approche de 
cinq cents. 

Jusqu'à sa dernière heure, M. Scribe a tenu celte plume 
féconde qu'il avait placée sur le champ des armoiries créées par 
lui avec cette devise : Inde fortuna et libertas. 

Ce travailleur infatigable, qui est mort sur la brèche, laisse 
encore plusieurs ouvrages en portefeuille : entre autres un opéra- 
comique en trois actes, complètement terminé ; la Fiancée du 
roi de Garbe, destiné à Auber, le fidèle collaborateur de l'illustre 
défunt. 



Les obsèques ont eu lieu vendredi dernier. Comme on pou- 
vait s'y attendre, la foule était immense. 

Auber, consterné, frappé de la plus profonde douleur , appa- 
raissait le premier dans la nef de Saint-Roch, tandis que le fu- 
nèbre cortège descendait la rue Pigale, M. le Ministre d'État en 
tête. S. Exe. suivait à pied, derrière la famille. 

Indépendamment des plus hautes notabilités officielles et 
politiques qui se pressaient, à ce convoi, on remarquait l'Ins- 
titut presque tout entier ; une députation de MM. les membres 
du Conseil municipal de Paris; la Commission des auteurs 
dramatiques ; le baron Taylor , président des cinq associations 
et les représentants de chacune d'elles , les directeurs et artistes 
de tous les théâtres de Paris; une députation d'élèves de Sainte- 
Barbe et de Chaptal. 

C'est dire que la nef même de Saint-Roch s'est trouvée 
trop restreinte, et que nombre d'amis, d'invités, n'y ont pu 
pénétrer. 

Le grand orgue a été touché par M. Auguste Durand, et 
l'orgue d'accompagnement par M. Leprévost, tous deux orga- 
nistes de Saint-Roch. Les chœurs de l'Opéra-Comique, du Con- 
servatoire et ceux de la maîtrise de Saint-Roch, ont chanté 
Y Introït et le Kyrie de la messe de Requiem de Cherubini. 
M. Faure a dit un Pie Jesu de M. Jules Cohen. 



100 



LE MÉNESTREL. 



Après la messe, M. le curé a dit l'absoute, et le cortège s'est 
dirigé au Père-Lachaise. 

Au cimetière, six discours ont été prononcés : 
M. Vitet a parlé au nom de l'Académie-Française, M. Au- 
guste Maquet au nom de l'Association des auteurs dramatiques, 
M. Labrouste pour le collège Sainle-Barbe, M. Paillard de Vil- 
leneuve pour le Conseil municipal, M. Thierry pour la Société 
des gens de lettres et la Comédie-Française, M. Monligny comme 
directeur du Gymnase. 

Le soir, la Comédie-Française, l'Opéra -Comique et le Gym- 
nase seuls ont fait relâche; mais le deuil était daus tous les 
théâtres. 

Jules Lovy. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



A propos d'une Sonate 



HENRI HERZ. 

Sonate !.... Ce seul mot comporte toute une histoire ; qui sait 
même si les éléments d'une carrière si bien remplie ne fourni- 
raient pas à une plume habile l'étoffe d'un véritable roman? La 
sonate n'a-t-elle pas eu , comme tous les grands hommes et 
toutes les grandes choses, ses jours de triomphe et ses moments 
de lutte ? Ne fut-elle pas, sinon bannie, du moins abandonnée? 
Le trait sanglant : Sonate, que me veux-tu ? que lui décocha 
Fontenelle dans un jour de colère, ne resta-t-il pas longtemps 
attaché à son nom comme une marque ironique et répulsive ! 

Et cependant, quoi de plus réellement beau, de plus complet, 
que la sonate en elle-même ! Sa forme définitive est celle que 
l'expérience des maîtres a sanctifiée. Cette forme se prête à 
toutes les recherches de la science, à tous les élans du génie et 
de l'inspiration. Les sentiments les plus multiples, les plus 
opposés, y trouvent une terre généreuse où s'étendre, où germer, 
où produire. Large épopée musicale formée de plusieurs parties, 
on peut l'interpréter dans son ensemble, ou n'en détacher qu'un 
chapitre qui devient alors à lui seul un petit poème. Du reste, 
la sonate est pour le piano ce que la symphonie est à l'or- 
chestre, c'est-à-dire un grand tout où chaque atome garde son 
importance, chaque détail sa valeur, où la pensée la plus im- 
mense peut toutefois trouver une place pour s'étendre et un 
cadre digne de sa grandeur. 

démenti, Haydn, Mozart, Hummel, Beethoven et Weber 
comprenaient si bien la supériorité de ce large plan, qu'ils 
l'employèrent chaque fois qu'ils voulurent donner à leur œuvre 
une vitalité plus complète. Comme la symphonie, la sonate est 
formée de trois ou quatre morceaux séparés, différents d'al- 
lures et de sentiments, mais reliés entre eux par une espèce 
d'homogénéité de facture, par des tonalités relatives et une teinte 
générale qui les font se ressembler comme les enfants d'une 
même famille. 

Nous écrivions plus haut le mot d'épopée. N'en est-ce pas 
une, en effet, que celle dont le premier chant, Y allegro, est un 
cri de force et de jeunesse ? La vie s'ouvre, l'horizon s'agrandit, 



les passions naissent et se heurtent; puis, viennent les pensées 
de tendresse et d'amour : Y adagio les berce dans une douce 
sonorité. La joie, l'enjouement, la coquetterie, le caprice, trou- 
vent place à leur tour dans le menuet ou le scherzo. Enfin, le 
rondo vient clore dignement cet ensemble grandiose. L'inspira- 
tion s'arrête sur des lignes plus accusées. C'est comme la pro- 
fession de foi de l'homme fait après les premières épreuves, les 
premiers rêves et les premiers combats. Et c'est dans ce dernier 
morceau surtout que la personnalité de l'œuvre se fait le mieux 
sentir. Tantôt la joie déborde et l'emporte ; ailleurs est le déses- 
poir avec tous ses déchirements et ses tortures ; ici se montre la 
résignation, là les aspirations du poète vers la gloire, ou les 
élans de l'âme vers Dieu, et quelquefois alors la pensée s'élève 
dans la péroraison jusqu'aux accents du plus chaleureux en- 
thousiasme. 

Aussi, que de chefs-d'œuvre ne trouve-t-on pas dans ce 
genre, depuis la symphonie, qui en est la grande expression, 
jusqu'à la sonate, qui en reste la manifestation intime ! 

Les trios, les quatuors, les concertos font eux-mêmes partie de 
cette grande famille et sont établis sur le même plan, lis for- 
ment le trait d'union qui rapproche les extrêmes; c'est le di- 
minutif des unes, l'extension des autres, le terrain neutre, le 
juste milieu. Qu'on fasse parler l'orchestre, le quatuor ou le 
piano, qu'on habite la plaine, le coteau ou la montagne, le 
lyrisme reste toujours le même, et toutes ces œuvres musicales 
doivent, en principe, garder la même forme et se fondre dans 
le même moule. 

Ce fut peut-être en raison de ce parti pris dans la forme que 
la sonate eut tant de démêlés avec la mode qui sème ses caprices 
un peu partout, malheureusement en musique comme ailleurs. 
L'abus du même plan amena la fatigue, le besoin du nouveau se 
réveilla, le mot de Fontenelle fil fortune et prit force de pro- 
verbe. La sonate, comme toute chose en France, succomba sous 
un bon mot et tomba en défaveur, non pas auprès des artistes 
qui ne pouvaient que lui rester fidèles, mais auprès de ce public 
changeant qu'une expression nouvelle entraîne et que le même 
plaisir lasse. La superbe réprouvée, comme Achille, se relira 
sous sa tente, attendant que le feu de paille qui se faisait autour 
des petites œuvres ne jetât plus que la lueur qui lui était propre. 
Aujourd'hui et depuis quelques années déjà la réaction s'opère, 
le classisme reprend faveur et la sonate en tient haut et ferme le 
drapeau. Certes les fantaisies, les nocturnes, les œuvres légères 
ont leur charme; mais les morceaux sérieusement conçus et 
largement traités n'en resteront pas moins , pour les gens de 
goût, les véritables titres de noblesse de l'art musical. 



Telles sont les réflexions qui me revinrent en mémoire en sor- 
tant l'autre jour de chez M. Henri Herz, après l'audition d'une 
grande sonate à laquelle il vient de mettre la dernière main et 
qu'il compte faire entendre à son prochain concert. 

Cette nouvelle œuvre, digne sous tous les rapports de rappeler 
l'attention sur un genre trop délaissé par les compositeurs mo- 
dernes, est d'une facture très-élevée et d'un grand style. A la 
majesté des lignes, à la distinction des idées, elle joint les qua- 
lités charmantes dont M. Herz a donné tant de fois l'exemple 
dans toutes ses productions. Le tour frais et brillant, le trait fin 
et gracieux dont fourmillent ses œuvres nous l'ont souvent fiât 
surnommer l'Auber du piano. Comme le délicieux auteur du 
Domino noir, il traite avec une extrême délicatesse tout ce qui 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



101 



demande du tact, du goût et de l'esprit. Sa musique est une 
broderie, son harmonie une ciselure, ses mélodies sont pleines 
de sentiment, et ses variations éclatent en bouquets d'artifices. 

Aujourd'hui, c'était sous un autre point de vue qu'il nous 
apparaissait. Sa muse facile, après s'être recueillie., parlait un 
langage plus élevé, et nous avons remarqué avec plaisir que, 
pour être plus sévère, elle n'en était pas moins aimable. M. Herz 
d'ailleurs a déjà depuis longtemps montré ce qu'il sait faire en 
ce genre ; ses concertos sont autant de preuves à l'appui. La 
sonate qu'il vient d'achever ajoutera certainement une nouvelle 
palme à son nom. On peut y constater une couleur classique 
très-prononcée, une consciencieuse étude des maîtres, une cha- 
leur de facture assez rare et une sobriété de moyens qui font le 
plus grand honneur à son auteur. 

Au dernier des trois morceaux, surtout, l'inspiration devient 
tellement vivace que l'œuvre semble s'être formée d'un seul jet. 
Elle appelle cependant à son aide les ressources de la science. 
Le contre-point y règne en souverain presque d'un bout à l'autre 
sans que l'idée mélodique en souffre, et une parcelle de fugue 
y trouve place sans avoir revêtu le costume trop rigide du maître 
d'école. Un artiste ne peut écrire que quelques pages de cette 
valeur dans sa vie, et il doit être fier le lendemain d'une sem- 
blable création. 

Paul Bernard. 



PETITE CHRONIQUE. 

Les droits d'auteurs d'autrefois. 

Les journaux allemands nous apprennent que Castelli, le 
vétéran des auteurs autrichiens, âgé de quatre-vingts ans, a fait 
paraître dernièrement le premier volume de ses Mémoires; et, 
dans ce volume, il apprend au lecteur, entre autres choses, que 
son poëme de la Famille suisse, qui a été traduit dans toutes les 
langues et qui a été représenté à Vienne des centaines de fois, lui 
a rapporté pour tout droit d'auteur huit florins. 

Ce fait n'étonnera personne : les annales théâtrales ne nous 
fournissent que trop d'exemples de ce genre ; et, pour s'édifier 
sur le sort des compositeurs d'autrefois, il n'est pas inutile de 
parcourir le livre de M. Jahn. Grâce à ce biographe de Mozart, 
nous savons positivement ce que les œuvres de l'illustre compo- 
siteur allemand ont rapporté à leur auteur. 

Dans la collection des Registres de comptes du Théâtre de 
Vienne, on lit, à l'année 1788-1789, page 45 : 

« Payé à Ponte Lorenzo, pour la composition du poëme de 
Don Giovanni, 100 florins. » 

Et un peu plus loin, à la page 47 : 

« Payé à Mozart Wolfgang, pour la composition de la mu- 
sique de Don Giovanni, 225 florins. » 

La partition de-la Flûte magique (c'est ainsi qu'il faut dire, 
et non pas la Flûte enchantée, comme l'usage s'en est établi par 
une traduction fautive du titre de la partition gravée en Alle- 
magne : ce n'est pas la flûte qui est enchantée, c'est elle qui 
produit les enchantements ; aussi les Italiens ont-ils bien intitulé 
cet opéra il Flauto magico, et non pas il Flauto incantato) ; la 
partition de la Flûte magique fut payée 100 ducats par 
Schickaneder, directeur du Théâtre-Impérial, à qui elle rap- 
porta des sommes énormes. Aucun opéra de Mozart n'a joui 



d'un succès aussi populaire dans toute l'Allemagne. La première 
représentation eut lieu le 30 septembre 1791. Dans le mois 
d'octobre, cet opéra fut joué vingt-quatre fois ; l'affiche du 
23 novembre 1792 annonça la centième, et celle du 22 octobre 
1795 la deux-centième représentation. 

Les partitions de l'Enlèvement au sérail et des Noces de Figaro 
ne furent non plus payées que 100 ducats chacune. 

Et tous les ouvrages de Rossini joués en Italie! . . . témoin le 
Barbier de Séville qui fut livré pour une obole, et non-seule- 
ment en ce qui touchait le droit de reproduction , mais aussi le 
droit de représentation. 

Convenons que les compositeurs de nos jours veillent mieux 
à leurs intérêts. 



NOUVELLES DIVERSES 



— On lit dans le Moniteur : « Le jury chargé de l'examen du concours 
d'Opéra a terminé son travail sous la présidence du ministre d'État. 

Après avoir consacré plusieurs séances à l'étude des projets envoyés 
au concours, le jury a été d'avis qu'aucun de ces projets n'était suffisam- 
ment complet pour que le prix d'exécution put lui être décerné. 

Mais, en présence des efforts tentés par les artistes et des résultats très- 
satisfaisants qu'ont présentés certains travaux, le ministre a accordé une 
nouvelle somme de 5,000 fr. pour être distribuée selon que le jury le 
croirait convenable . 

Cette somme a été partagée en trois prix, l'un de 2,000 fr., et les deux 
autres de 1,500 fr. chacun. 

En conséquence, et conformément aux dispositions de l'arrêté du 29 dé- 
cembre dernier, les prix ont été décernés ainsi qu'il suit : 

Projet n° 6, M. Ginain, 1" prix de 6,000 fr. 

Projet n° 34, MM. Crépinet et Botrel, 2 e prix, 4,000 fr. 

Projet n° 17, M. Garnaud, 3 e prix, 2,000 fr. 

Projet n° 29. M. Duc, 4 e prix, 1,500 fr. 

Projet n° 38, M. Garnier, o e prix, 1,500 fr. 

Un rapport fera connaître ultérieurement les motifs qui ont dicté le 
choix du jury. » 

— Les engagements et les mutations se succèdent au Théâtre-Italien de 
Paris. En voici le bulletin : d'abord le réengagement de M mc Penco est 
un fait accompli. Celte artiste se sentant à peu près indispensable, a élevé 
ses prétentions en conséquence, et M. Calzado s'est exécuté : 252,000 fr. 
pour trois saisons de sept mois, et de plus une loge sur scène, avec une 
multitude de grands et petits privilèges, voilà le résu'tat des négociations. 
— Gardoni sera remplacé par un ténor léger nommé Montanaro, dont la 
voix est, dit-on, d'une rare agilité et d'une grande fraîcheur. — Angelini, 
qui était engagé pour la saison prochaine, a demandé à résilier pour aller 
en Russie avec Graziani ; M. Calzado y a consenti de bonne grâce et sans 
aucune condition. Tagliaflco a été aussitôt engagé comme première basse, 
en remplacement d'Angelini. M me Tagliaflco fera également partie du 
personnel en qualité de comprimaria. — Pour remplacer Graziani nous 
aurons M. Beneventano (baron délia Piana). Quoiqu'assez jeune encore, 
Beneventano a déjà fait son tour du monde et chanté à Vienne, à Milan , 
à Turin, à Madrid, à Lisbonne, au Mexique, à la Havan> , à New- York, 
et fourni trois saisons au théâtre de Sa Majesté à Londres. — Quant à 
M 1Ie Trebelli, la nouvelle venue, nous avons dit les termes du traité qui 
vient de la lier au Théâtre-Italien de Paris. 

— On écrit de Londres que les compositeurs anglais s'occupent sérieu- 
sement d'alimenter le répertoire national. Wallace travaille à un opéra inti- 
tulé : la Fée Ambre; H. Glover prépare un Ruy-Blas; Franck Mori lient 
deux œuvres lyriques sur le métier : la Fiancée de Florence et Lambert 
Simnel; Bénédict s'occupe d'une Esmèralda; et enfin Mac Farren, le com- 
positeur aveugle, écrit la partition d'un Prince de Modène et d'un 
Hamlet. . . Bravo ! chers voisins ; voilà de quoi défrayer plusieurs saisons. 

— Les journaux anglais confirment l'engagement de M lle Emma Livry 
par M. Gye, pour la prochaine saison de Londres, c'est-à-dire que le Pa- 
pillon demande son acclimatation sur la scène de Covent-Garden. 



102 



LE MÉNESTREL. 



— On écrit de Saint-Pétersbourg que M. Saint-Léon a été nommé, par 
l'Empereur, premier maître de ballets de tous les théâtres impériaux de 
Russie. 

— Une correspondance de Berlin nous apprend que quelques chauds 
partisans de Richard Wagner ont formé le projet d'un journal de musique 
intitulé le Tannhauser. Le premier numéro doit paraître le 15 mars pro- 
chain, à l'issue de la première représentation du Tannhauser à Paris. 

— Le théâtre de Leipzig vient de reprendre avec beaucoup d'éclat la 
tragédie de Struensée, musique de Meyerbeer, qu'on n'avait pas fait re- 
présenter depuis quatre ans. — On a lieu de s'étonner que cette remar- 
quable œuvre n'ait pas encore été transportée sur la scène française. 

— On lit dans le journal français de Francfort : « La duchesse d'Ost- 
gothland, née princesse de Nassau, entendit chanter par hasard, en voya- 
geant dans la province, il y a quelques mois, une jeune paysanne suédoise. 
La voix de la jeune fille charma tellement la noble dame, qu'elle fit venir 
la paysanne dans la capitale, où des connaisseurs lui firent passer un 
examen. Ces derniers ayant rendu un jugement favorable, la duchesse 
envoya sa protégée à Paris, où elle devra se perfectionner. Un célèbre 
professeur de chant vient d'exprimer à la duchesse, dans une lettre re- 
produite par les feuilles suédoises, les grandes espérances qu'il est permis 
de fonder sur le développement d'un talent que le hasard a fait découvrir. 
Le jeune rossignol suédois s'appelle Christine Nilson. » 

— M. Ed. de Hartog, le jeune compositeur hollandais résidant à Paris, 
vient d'être nommé chevalier de l'ordre de Léopold par S. M. le roi des 
Belges. 

— M llc Bardoni est de retour de Son excursion en Hollande, où elle a 
joué, avecM me Vestvali, Roméo et Juliette, ainsi qu'Orphée et Eurydice. 
La Haye, Amsterdam , Rotterdam, ont applaudi les deux cantatrices, non- 
seulement au théâtre, mais au concert, où M lle Bardoni a brillé dans les 
airs et duos de Sèmiramis, Mathilde de Shabran et la Valse de Venzano. 

— C'est La Rochelle qui recevra cette année la grande association mu- 
sicale de l'Ouest (27 e Congrès). On a déjà choisi les morceaux d'ensemble 
qui devront être exécutés aux deux concerts. Ce sont, pour le premier 
jour, la symphonie cantate Lobgesang, de Mendelssohn; le chœur de Gou- 
nod, Près du fleuve étranger, et les Ruines d'Athènes, de Beethoven.' 
Pour le second jour, la symphonie en si bémol du même maître, l'ouver- 
ture de Robin des bois el celle de Guillaume Tell; l'introduction du pre- 
mier acte du Comte Ory et le finale du second acte de la Vestale. Le festi- 
val aura lieu dans la seconde quinzaine d'août. 

— L'Académie des Beaux-Arts (section de musique) a décerné, dans sa 
séance du 13 de ce mois, à M. Ch. Dancla, le prix annuel de composition 
de quatuor fondé par M. Chartier. M. Dancla a été proposé par M. Auber. 
Ses compétiteurs étaient MM. Adolphe Blanc et Ch. Estienne, présentés 
par MM. Halévy et Carafa. 

— Voici un nouveau petit bulletin de la décentralisation : un opéra- 
comique en un acte, intitulé Simonette , vient d'être présenté au Grand- 
Théâtre de Gand ; — à Douai, représentation de David, drame lyrique en 
un acte, de M. Charles Duhot ; — à Nantes, enfin, on annonce la Sca- 
bieuse, encore un opéra. 

— S. Exe. M. le ministre d'Étal vient d'accorder à M. Raignard le pri- 
vilège de la salle Lacaze, qui était devenue, dans ces dernières années, la 
succursale d'été des Bouffes-Parisiens. Cette salle portera à l'avenir le nom 
de Petit théâtre scénique des Champs-Elysées. Le répertoire de ce théâtre 
se composera de comédies-vaudevilles et d'opérettes, en un ou deux actes, 
a\ec cinq personnages parlant; de pièces féeriques en un acte ou deux 
actes, avec tableaux, chants et danses. M. Raignard, le nouvel imprésario, 
est le fameux machiniste de Cricri, dont un nouveau jugement l'a déclaré 
collaborateur. 

— Une grande soirée a eu lieu tout récemment à la Recette générale 
de Lille. M. Akerman avait convié de nombreux auditeurs, — parmi les- 
quels on remarquait AI. le maréchal duc de Magenta — pour leur faire 
entendre deux de nos artistes parisiens, MM. Faure et Lefébure-Wély. 
Cette soirée ne s'est terminée qu'à une heure du malin au milieu des plus 
enlhousiastes bravos. M. Lefébure-Wély a ôlé obligé de jouer jusqu'à dix 
fois, et sous ses magiques doigts l'harmonicorde de M. Debain a fait mer- 
veille. Le public a particulièrement applaudi la belle fantaisie surVArmide 
de Gluck. De son côté, M. Faure a chanté huit morceaux, entre autres une 
mélodie de sa composition, les Rameaux. Il a dit tous ces morceaux avec 
la verve et le style qu'on lui connaît. Enfin, nos deux artistes sont revenus 
enchantés de l'accueil princier que leur ont fait les dilettantes lillois. 



— M 110 Delphine Cbampon, la jeune et habile interprète de l'orgue de 
la maison Alexandre, dont elle a fait sa spécialité, se rend à Lyon et à 
Saint-Étienne, où elle vient d'être appelée pour s'y faire entendre dans un 
grand concert donné au profit des pauvres. 

• SOIRÉES ET CONCERTS 

— Après -demain mardi, premier concert au palais des Tuileries. 
L'Opéra-Comique fera les honneurs de la partie vocale, et M. Lefébure- 
Wély, qui représentera la partie instrumentale, fera entendre l'harmoni- 
corde de M. Debain. 

— Lundi dernier, les Poèmes de la Mer ont été chantés dans les salons 
de S. A. Lia princesse Mathilde. Nos plus grandes illustrations du barreau, 
de la peinture, de la musique, composaient l'auditoire , qui , par ses ap- 
plaudissements, a confirmé de nouveau le chaleureux accueil fait à cet 
ouvrage au Théâtre-Italien, le 19 décembre dernier. S. A. 1. a redemandé 
plusieurs morceaux et a félicité M. Wekerlin à plusieurs reprises. 

— Le programme du troisième concert des jeunes artistes du Conserva- 
toire a été fort attrayant. La vaillante armée, dirigée par son habile chef, 
M. Pasdeloup, a magistralement exécuté une symphonie de Schumann, 
l'hymne pour instruments à cordes de Haydn, et l'ouverture du Barbier de 
Séville. La partie vocale était représentée par M Ue Balbi, MM. Capoul et 
Gourdin. Ces artistes se sont fait justement applaudir, M. Gourdin dans 
une mélodie de Richard Wagner, et M. Capoul, dans la sérénade du Bar- 
bier. Quant à M 110 Balbi, elle a obtenu le plus légitime succès dans son air 
de Rosine et son duo avec Figaro. Comme femme et comme artiste, 
M 1,e Balbi a excité les sympathies de la salle entière. Enfin, constatons 
l'excellent effet qu'a produit le chœur deGounod : Près du fleuve étranger. 

— Dimanche dernier a eu lieu, à la salle Pleyel, la troisième séance de 
musique de chambre donnée par MM. Alard et Franchomme, avec le con- 
cours de M. J.. Diemer. Le tria en si bémol de Schubert, pour violon, vio- 
loncelle et piano, a été rendu par les trois virtuoses avec une finesse et 
une perfection qui ont fait ressortir toute la délicatesse de l'œuvre. L'exé- 
cution du quatuor en ré, de Mozart, et du quintette en mi bémol, de 
Beethoven, s'est également montrée à la hauteur de ces compositions, et 
l'on a pu remarquer le charme des phrases exprimées tour à tour par 
les divers inslruments, notamment par le violoncelle de Franchomme et 
par l'alto de Casimir Ney. Quant à la sonate en si bémol, de Mozart, c'est 
l'œuvre qui a le plus impressionné l'auditoire par la grâce exquise de 
l'interprétation, véritable triomphe de goût pur et classique : c'est nommer 
de nouveau Alard et Diemer. 

— La troisième séance de la Société de quatuors de MM. Armingaud, 
Jacquard, Lalo et Mas, n'a rien laissé à désirer. Les honneurs delà soirée ont 
été pour l'andante Cou variazioni de Mozart, et la sonate op. 33de Beetho- 
ven, exécutée par M. Ernest Lubeck avee une véritable maestria. Chaque 
séance de ces excellents artistes est un véritable progrès qui les rapproche 
de la perfection. Quoi d'étonnant? en travaillant chaque jour cette belle 
musique des maîtres, on s'initie de plus en plus à leurs idées et on pénètre 
plus avant dans leur sentiment. C'est ainsi que la musique classique trouve 
sa récompense en elle-même. 

— Notre célèbre harpiste, Félix Godefroid, qui annonce, sa rentrée offi- 
cielle dans le monde musical pour le jeudi 14 mars, salons d'Érard, a 
donné chez lui, dimanche dernier, une brillante soirée musicale, composée, 
entre autres éléments, d'un intermède lyrique : la Dernière bataille, pa- 
roles de M. Tourneux, musique du maître de la maison, interprètes : 
M. et M me Lyon. Le succès a été complet et s'est prononcé dès le spirituel 
prologue de M. Tourneux. On a rappelé les auteurs, et M. et M me Lyon, qui 
ont aussi bien joué que chanté. La Société du Conservatoire, dirigée par 
M. Ed. Batiste, avait ouvert la soirée par les fables chorales de Godefroid. 
Les chansonnettes de Paul Malézieux, et notamment la grande scène bouffe 
Parodie des romances, a couronné le programme. Mais ce n'était pas tout; 
avant de se séparer, on a demandé quelques accords à Félix Godefroid, 
el il a fait entendre cette merveilleuse harpe que seuls , aujourd'hui, ses 
doigts savent animer d'une façon si poétique et si élevée. Aussi, quel en- 
thousiasme et avec quel plaisir les auditeurs de M. et M me Félix Godefroid 
se sont donné rendez-vous le 14 mars, chez Ërard. 

— Les nouvelles éludes d'Henri Ravina : les Harmonieuses, qui viennent 
d'obtenir un si grand et si légitime succès dans les salons de M. Mar- 
montel, seront exécutées par l'auteur , jeudi prochain, en petit comité, 
dans les salons particuliers de MM. Pleyel-Wolff. 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



103 



— Mercredi dernier, à la séance hebdomadaire de M. Goufîé, un audi- 
toire choisi applaudissait un trio de M. Ad. Blanc et un quintelle de 
M. Estienno, parfaitement interprétés par M 1Ie Ney, et par MM. Guerreau, 
Rignault, Casimir Ney, Leboue et Gouffé. Le scherzo du trio, l'adagio et le 
finale du quintette ont surtout fait le plus grand plaisir. 

— Le deuxième concert de Joseph Wieniawski a tenu toutes ses pro- 
messes, et le célèbre virtuose a été acclamé de nouveau. On lui a rede- 
mandé sa valse, qui n'était pas sur le programme. Dans la partie vocale, 
on a beaucoup applaudi , à côté de Géraldy , la voix et le talent de 
M me Mancel, dont le nom se retrouve depuis quelque temps sur tous nos 
bons programmes de concerts. Le public ne s'en plaint pas, au contraire. 

— Schulhoff annonce un troisième et dernier concert, salons Pleyel- 
Wolff et compagnie, pour le vendredi 1 er mars. 

— ' M. et M me 'Viguier ont donné, dimanche dernier , une brillante ma- 
tinée musicale dans les salons d'Érard. Un quatuor de Mozart , un trio de 
Mendelssohn et un finale de Weber, ont été supérieurement interprétés 
par MM. Chevillard, Adam, M. et M mc Viguier. Un gracieux menuet , 
composé et exécuté par M me Viguier, nous a prouvé que celte artiste 
était aussi bon compositeur qu'habile virtuose. Un autre attrait de cette 
matinée, c'était l'audition d'une sonate pour piano et alto, composée par 
M. de Vaucorbeil. Cette œuvre, écrite avec talent et ce soin consciencieux 
que les vrais artistes mettent à tout ce qui est l'expression vraie de leur 
sentiment, a obtenu un grand succès. L'interprétation a élé excellente, et 
chose bien rare, le public a redemandé , par acclamation , la Pavanne , 
véritable diamant incrusté dans cette délicieuse symphonie de chambre. 

— Le concert que M. Henri Herz donnera chez lui, le lundi soir 4 mars, 
avec orchestre et chœurs, sera, sans contredit , l'un des plus intéressants 
de la saison. On y entendra M mc Grisi et M. Badiali, ainsi que le célèbre 
violoncelliste Servais. M. H. Herz exécutera son sixième concerto ; une 
grande sonate \di bravoura) ; un nocturne suivi d'une tarentelle nouvelle; 
Vandante du cinquième concerto et la Clochette, rondo russe. 

— Parmi les récents concerts, n'oublions pas de citer celui de M. Albert 
Lhôte, lauréat du Conservatoire et élève de M. Efwart. Cette soirée était 
exclusivement composée des œuvres vocales et instrumentales du jeune 
musicien. Trio, quatuor, sonate, mélodies, chansons, cantilènes, tout a 
été accueilli avec sympathie. Espérons que l'avenir justifiera les encoura- 
gements prodigués au compositeur. 

— Vendredi i er mars , concert de M. William Kruger, dans les salons 
d'Érard, avec le concours de M me Mancel, de MM. Lucchesi, Hammer et 
Rignault. 

— Mercredi 6 mars, concert de M. A. Bazzini (salle Herz). M me Bockholz- 
Falconi et M. Reichardt coopéreront au programme de cette soirée. 

— Le concert de M. Vincent Adler est remis au lundi 25 mars pro- 
chain. 

— M. de Casella, violoncelliste de S. M. le roi de Sardaigne, donnera 
un concert, le 5 mars, dans les salons Pleyel, avec le concours de MM. Sau- 
zay, Géraldy, Lucchesi, Wagner, M mes Casella, Mancel, etc. Une opérette 
de feu Cotlin, Pierre et Paul , servira d'intermède à cette soirée. 

— Miss Alice Mangold donnera son second concert le dimanche 3 mars, 
à une heure, dans les salons 'd'Érard. ' 

— Le concert de M ile Joséphine Perrelli aura lieu le 4 mars, salle Érard, 
avec le concours de M llcs Falconi, Ronzi, Noirot, Poicet. 

— M Ue Wilhelmine Belin de Launay donnera son concert le mardi 
5 mars, à 8 heures du soir, dans les salons Érard, avec le concours de 
M lle Dorus et de MM. Herman, J. Lefort et Berthelier de l'Opéra-Comique. 

— Le lithophone, ce bizarre instrument de pierres dont nous avons 
déjà entreténu nos lecteurs, est exposé dans les magasins de pianos de 
M. A. Bord, boulevard Poissonnière, de midi à cinq heures. 

— Sous le titre : Le quatrième Larron, la librairie nouvelle vient d'en- 
richir sa collection, format anglais , d'un intéressant volume de Charles 
Narrey, l'auteur de nombre de jolies pièces de théâtre, et collabora- 
teur, ehtr'autres succès, de la Dame de trèfle, dont il est question de 
faire un opéra-comique. Dans son volume du Quatrième Larron , 
M. Charles Narrey prouve aussi quelques velléités musicales : à côté de son 
héroïne , la marquise d'Herbelin , une célèbre cantatrice italienne tient 
une place d'autant plus intéressante, qu'elle fut la dame de cœur de 
notre Quatrième Larron, un certain Stéphen Servier , marquis de Ro- 
sendal, musicien lui-même, comme Schubert. C'est donc un livre qui se 
recommande à plus d'un titre aux abonnés du Ménestrel. 



CONCOURS DE MUSIQUE REI.IOIEUSE. 

La commission d'examen, instituée par la Maîtrise et le Congrès pour 
la restauration de la musique d'église, vase réunir prochainement à l'effet 
de classer, par ordre de mérite, les messes brèves à trois voix, les motets 
à une, deux et trois voix, et les pièces d'orgue applicables aux offices, 
adressées aux éditeurs de la Maîtrise par les organistes et maîtres de cha- 
pelle français et étrangers, dans le but de prendre part au concours de 
musique religieuse fondé par le journal la Maîtrise. Trois médailles en 
or, trois médailles en argent et douze médailles en bronze, d'une valeur 
totale de 1,250 francs, sont attribuéesaux meilleurs manuscrits déjà remis 
ou qui seront soumis à l'examen de la commission pendant toute la durée 
de ses séances, qui commenceront le 20 février et se prolongeront jusqu'à 
la fin du mois de mars. Écrire franco à MM. Heugel et C i0 , 2 bis, rue 
Vivienne, à Paris, pour recevoir le programme du concours. 



NECROLOGIE. 



Chaque semaine vient apporter son funèbre tribut aux tablelles 
mortuaires de l'année naissante. 

On écrit de Weimar que le célèbre compositeur et maître de 
chapelle Chelard, l'auleur de Macbeth, est mort dans cette ville 
à l'âge de soixante-douze ans. 

De son côté, le Conservatoire de musique de Liège a perdu 
Joseph Dupont, l'un de ses professeurs les plus distingués, vio- 
loncelliste hors ligne, et compositeur de mérite. Il venait de 
terminer un opéra intitulé : Ribeiro Pinlo. 

Et dans la même semaine mourait à Anvers, à l'âge de 
soixante-dix-sept ans, le dernier représentant de l'école de 
Lesueur et Catel, M. Henri Simon, auteur d'un grand nombre 
de compositions estimées, parmi lesquelles l'oratorio de Judith 
ou le Siège de Bélhulie , que l'on considère comme son chef- 
d'œuvre. 

Enfin à Paris, nous avons vu s'éteindre André Hoffmann, qui 
a occupé un rang distingué parmi les artistes dramatiques, et 
dont une maladie du cerveau avait brisé la carrière dans un âge 
peu avancé. Indépendamment de sa verve de comédien, André 
Hoffmann excellait dans la chansonnette. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgues frères, rue Jean-Jacques Rousseau, 8. 



EN VENTE au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. 



SCÈNES ET MÉLODIES NOUVELLES. 



Lombard. 



Marmontel. 
Masini. 
Poisot. 
H. Potier. 



P. Thys. 



La Danse macabre. 

Le Moka. 

Le vrai Prêtre. 

Le vide du cœur. 

Le Lever des Etoiles. 

Les Lilas. 

Adieu les Fées. 

Fais-toi petit. 

Comire ou le nouvel ami des Enfant. 

Tes vingt ans. 

Harmonie du soir. 



CLEMENTINE BATTA. 

Amour et Prière. — Chant d'une Mère. — Prière à la Vierge. — 
La Valse de Marguerite. 

CHANSONS DE GUSTAVE NADAUD. 

La Promenade. — La Bruyère. — La Ferme de Beauvoir. — Le Ven 
qui pleure. — Florimond Venjoleur. — La Mère Françoise. 



F=%t 



HAYDN Jr- 




TRANSCRIPTIONS CONCERTANTES 



D'CEUVRES CELEBRES 



[JUHntiMI 



AMÉDÉE MÈREAUX 




Op. 98. 



tsyoaKJûŒâo, ^i^^sce»^ ^m^ c^> , v^r^^ , o k '^rcii03.^ 



PIANO, ORGUE, VIOLON ET VIOLONCELLE. 



1. Duo de La Lettre, des Noces de Figaro, de Mozart. 

Piano et orgue Duo. 

2. Mon Cœur soupire, des Noces de Figaro , de Mozart. 

Piano, violon et orgue Trio. 

3. La Prière, adagio varié du 3 8 quatuor d'HAYDN. 

Piano et orgue ou deux, orgues Duo. 

4. BattiBatti, air de Don Juan, de Mozart. Orgue, piano, 

violon, violoncelle et contre-basse, ad lib. Quatuor. 

5. Adagio et polonaise de la Sérénade de Beethoven. 

Piano et orgue Duo. 

6. Andantino de la grande symphonie en mi bémol 

d'HAYDN. Piano, violon et orgue Trio. 



Chœur pastoral et gavotte à'Armide, de Gluck. Piano 

et orgue Duo. 

Menuet et trio des Masques, de Don Juan, de Mozart. 

Piano et orgue Duo. 

Air de basse de La Flûte enchantée, de Mozart. Piano, 

violoncelle etorgue Trio. 

Les Soupirs du Berger , de Weber. Piano et 

orgue Duo. 

Quatuor de Fidelio, de Beethoven. Piano à 4 mains 

et orgue' Trio. 

Andante du quatrième concerto de HjEndel. Piano 

et orgue Duo. 



DOUZE ŒUVRES CONCERTANTES DE DIVERS AUTEURS 



ALEX.. B.1TT4. 

1. Résignation, méditation pour violon, violoncelle, piano et 

orgue , ad. lib 9 » 

A. DELOFFRE. 

2. Scène SOrphée, de Gluck, transcription pour violon ou violon- 

celle, piano et orgue, ad. lib 9 » 

CH. GOENOD. 

3. Méditation sur le premier prélude de Bach , pour piano, violon 

ou violoncelle et orgue 7 50 

4. La Jeune religieuse, de Schubert, transcription pour violon, 

violoncelle, ad lib., orgue et piano 9 » 

V-"'' de GRANDVAL. 

5. Deuxième trio pour piano, violon et violoncelle. 9 » 

FÉLIX eODEFBOI». 

6. La Prière des Burdes, pour piano, orgue, violon ou violoncelle. 9 » 



MOZART Jj 



JT 



t* 



ll/ENDEL 






iUJr 



E. DE HARTOG. 

7. Pensée de Crépuscule , méditation pour violon, violoncelle, 

orgue et piano 9 „ 

8. Souvenir de Pergolèse , andante religioso , pour violon, vio- 

loncelle, piano et orgue 7 go 

LEFÉRERE-WÉLY. 

9. Air d'église de Stradella ( xvi e siècle ) , pour piano , violon ou 

violoncelle et orgue 7 go 

10. Hymne à la Vierge, méditation religieuse pour orgue-harmo- 

nicorde , violon, violoncelle et piano, ad lib 7 50 

S. THAERERG. 

11. Op. 69. 1 er trio, pour piano, violon et violoncelle 15 » 

A.-E. DE VAECORBEIL. 

12. Trois sonates pour piano et violon , chacune 9 » 



Paris, au MÉNESTREL, 2 bis, rue \iviennc, HEUGEL et C iu , éditeurs-fournisseurs du CONSERVATOIRE 

( Propriété France et Étranger. ] 

Abonnement de lecture musicale. — Tente et location de PiunOH. 





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WEBER 



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753. — '28 e Année. 

N« 14. 



TABLETTES 
OU PIANISTE ET OU CHANTEUR. 



Dimanche 3 Mars 



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TREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en chef. 



(An 



LES BUREAUX , S bis, rue Vivicnne. — HEUGEL et C'°, éditeurs. 

ivlasasins et Abonnement de Musique «lu IIIÉXËSTREL. — Vente ot location de Pianos et Orgues.) 



CHANT. S®ÎÎ1)25Î'2(SE?S œ' î A\!S@EÎHISKiISH^ÏÏ , S PIANO. 

er Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 8 G morceaux: i 2 e Mode d'abonnement : Jïournol-Texte, tous les dimanches : 
Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; 8 Albums- Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quin; 

primes illustrés. - Un an : 15 fr.; Province :18fr. ; Etranger: 21 fr. I primes illustrés. — Un an : 15 fr.: Province : 18 fr. ; Étra 



20 Itlorcenux i 
line; z Alliiinia- 

îger: 21 fr. 



CHANT ET riUO IlEl'NIS 

Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les 5î Mis 

Un an : 25 fr. — Province 



■eaux de chant et de piano, les 4 Albums-primes illustrés 

30 fr. — Étranger : 36 fr. 



tdu I er de chaque mois. — L'année commence du 1=' décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser/ranco 
un bon sur la poste, a MM. IIEIIGFI, et c», éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
• . ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) 



On so 
Typ. Charles fie Mourgues frères 



rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 1367. 



SOMIMAIKE. — TEXTE. 

1. L'opéra-comique, ses compositeurs, ses chanteurs et ses divers théâtres : 
compositeurs de la République et du premier Empire : Adolphe Adam (27 e ar- 
ticle). L. Meneau. — IL Semaine théâtrale. J.-L. Heugel. — III. Tablettes du 
pianiste et du chanteur : Audition des Harmonieuses, nouvelles études d'Henri 
Ravina. Léon Gatayes. — IV. Quatrième concert du Conservatoire et audition 
des œuvres de Léon Kreutzer. Ed. Viel. — V. Les oeuvres posthumes d'Eugène 
Scribe et le Domino noir a Londres. — VI. Hommage hongrois à Hector Berlioz. 
VIL Nouvelles, Soirées et Concerts, Annonces. 

MUSIQUE DE CHANT : 

Nos abonnés à la musiq ue de Cha.nt recevront avec le numéro de ce jour: 
ADIEU LES FEES ! 

Paroles d' Armand Liorat, musique d'HENRi Potier. — Suivra immé- 
diatement après : le Bal , valse chantée parM Ue Chabert dans le Mari 
sans le savoir, paroles de MM. Léon et Ludovic Halévy, musique de 
M. de Saint-Rémy. 

PIANO : 

Nous publierons, dimanche, prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano , 

JUANA, 

Polka-mazurka de Pu. Stutz, qui a été envoyé, par erreur, à nos abonnés 
de Paris, aux lieu et place du Quadrille- Fortunio qu'ils recevront diman- 
che prochain. — Suivra immédiatement après : Fleuve du Tage , 
transcription par Th. Lécureux. 



I/OPËRA- COMIQUE 



SA NAISSANTE, SES PROCHES, SA TRtOP GRANDE EXTENSION. 



COMPOSITEURS 

DE LA RÉPUBLIQUE ET DU PREMIER EMPIRE. 
CHAPITRE IX. 

XXVII. 

ADOLPHE ADAM. 

J'ai dit que je placerais la biographie d'Adolphe Adam 
aussitôt après celle de Boïeldieu, parce que le genre du disciple 
est la continuation de celui du maître. En effet, on trouve beau- 



coup d'analogie dans le style de ces deux musiciens. L'élève fut 
peut-être, parfois, plus brillant, mais d'un style moins élevé ; 
les couleurs dont il chargea sa palette furent plus éclatantes; 
mais, en revanche, il n'y avait pas dans la mélodie de Boïeldieu 
le laisser aller blâmable que l'on retrouve parfois chez Adam. 
L'auteur de la Fêle au village voisin n'acceptait point sans 
contrôle, sans examen, toutes les mélodies qui lui venaient à 
l'esprit. Boïeldieu n'eût jamais laissé, dans aucune de ses parti- 
tions, la ronde des Fraises, du Bijou perdu. Il est vrai que la 
popularité fut pour l'auteur du Chalet une mauvaise conseillère. 
En veut-on un exemple pris au hasard dans son œuvre? Ouvrons 
la partition du Roi d'Yvelot et celle du Brasseur de Preston, 
nous y voyons deux romances, l'une : 

Fi des honneurs, 

Des grandeurs ! 

Parlez-moi 

D'un chez soi 
Où l'on est bien à l'aise. 

est pleine d'entrain et d'esprit, franche d'allure et facile à garder 
dans la mémoire ; elle n'a eu cependant que le modeste sort 
d'une jolie bluette d'album ; on l'a chantée dans les salons. 

L'autre, au rhythme commun, à la tournure Pont-Neuf, fit son 
tour de France, colportée par les orgues de Barbarie ; il y a 
une vingtaine d'années, les apprentis, les ouvriers de nos usines 
et manufactures, comme nos conscrits, marins et simples mousses 
de nos ports de mer, hurlaient à l'envi dans les rues : 



Et si j'ai gagné la bataille , 

C'est que j'avais un bon cheval. 
Adolphe Adam composait ses opéras comme on écrit à un 
ami intime. La musique était sa langue maternelle, il s'en ser- 
vait avec la plus heureuse facilité. Selon l'expression d'un de ses 
biographes, il était né en pleine musique. Son père, Louis Adam, 
était un professeur de piano des plus distingués ; mais si le père 
de Beethoven se trouvait dans l'obligation de contraindre son 



106 



LE MÉNESTREL. 



fils à apprendre les éléments de son art, on doit constater que 

le contraire eut lieu pour le musicien dont je vais esquisser la 

biographie. 

# 
* * 

Charles- Adolphe Adam naquit à Paris le 24 juillet 1803. 11 
fut très-rebelle à l'instruction littéraire, ce qui ne l'empêcha pas 
d'écrire plus tard, sur la musique, des feuilletons aussi goûtés 
qu'intéressants ; au lieu d'apprendre à lire, il passait sa journée 
à tapoter sur un piano les improvisations qui, dès son bas âge, 
abondaient à sa pensée. On le plaça d'abord dans la pension 
où Hérold fit également son éducation, puis on le fit entrer au 
lycée Napoléon ; mais, en grandissant, sa passion pour la mu- 
sique se développa si bien, qu'il résolut de s'y. abandonner com- 
plètement ; aussi, pendant sa rhétorique et sa philosophie, au 
lieu de se rendre au collège, faisait-il , h l'insu de son père, 
l'école buissonnière au profit de l'art qu'il chérissait. Pendant 
que Louis Adam croyait son fils au lycée, celui-ci passait ses 
heures de classe dans l'atelier d'une aimable Jenny l'ouvrière , 
se réfugiant pour faire de la musique dans l'asile que l'amour 
lui avait ouvert. 

Son père lui permit enfin de suivre , comme amateur, les 
cours du Conservatoire, à la condition qu'il ne composerait 
jamais d'opéras. 

Dans ce but, on soigna si peu son instruction théorique, qu'il 
était déjà assez bon pianiste sans savoir solfier couramment , 
car il raconte, dans son autobiographie, que M. Halévy étant 
en loge à l'Institut, le pria de tenir sa classe de solfège; Adam 
accepta avec plus d'aplomb que de modestie, et ce fut ainsi 
qu'il apprit lui-même à lire la musique en l'enseignant aux 
autres. Plus tard, il devint professeur titulaire de cette classe. 

Adolphe Adam reçut des leçons d'harmonie d'un composi- 
teur allemand nommé Eller, auteur d'un opéra-comique : l'Ha- 
bit du chevalier de Grammont, qui réussit; grâce au scénario 
spirituel et au jeu de Martin, qui soutint la pièce. Des mains 
d'Eller, Adam passa dans celles de Reicha ; mais son véritable 
maître fut Fauteur de la Dame blanche, qui avait été nommé 
professeur de composition idéale, au Conservatoire, non sans un 
peu de scandale dans cette école, parce que ses œuvres n'y 
étaient pas en grande réputation de contre-point. A cette époque- 
là, Adam n'avait d'estime que pour les harmonies travaillées 
et les accompagnements complexes; Roïeldieu le ramena à 
l'amour de la simplicité et le replaça dans cette voie où il devait 
trouver les mélodies du Chalet, du Postillon, de la Reine d'un 
jour, de Giralda, de Si j'étais Roi. 

Son père l'avait consigné à la porte de tous les théâtres de 
musique et ne lui donnait point d'argent, de façon à l'empêcher 
d'y pénétrer d'aucune façon. Adolphe Adam parvint, en déses- 
poir de cause, à occuper la place de triangle au théâtre du 
Gymnase, pour devenir ensuite timbalier et copiste dans le 
même orchestre. 

C'est là qu'il fit ses premiers pas dans la carrière de compo- 
siteur dramatique. Se trouvant en relations avec les auteurs qui 
payaient au chef d'orchestre la musique de leurs couplets; 
Adam leur offrit de s'en charger sans rien leur demander pour 
son travail. 

Son premier succès fut un air intercalé dans Pierre et 
Marie, vaudeville joué au Gymnase le 6 janvier 1824. Toute 
sa carrière se ressentit un peu de ce début, car le couplet eut 
assez souvent dans ses partitions le pas sur les morceaux d'en- 
semble. 



Dans un voyage qu'Adam fit en Suisse, il rencontra M. Scribe, 
et il obtint de cet habile vaudevilliste le droit d'écrire la mu- 
sique d'une pièce qu'il destinait au Gymnase : La Batelière de 
Brientz. La pièce fut représentée en 1827; les interprètes étaient 
M me Déjazet, et Léontine Fay; Gonthier, Paul, Legrand et Fer- 
ville. Bocldieu, ayant entendu la musique de cette opérette, en 
témoigna sa satisfaction à son élève. 

Après quelques autres succès de Vaudeville,- il débuta à la 
salle Feydeau par Pierre et Catherine en 1829, un acte de 
M. de Saint-Georges. Cet opéra servait de lever de rideau à la 
Fiancée de M. Auber. Ce furent les deux dernières pièces jouées 
à Feydeau. 

A l'exception du trial Féréol, qui se trouva flatté déjouer un 
personnage sérieux, les artistes auxquels les rôles avaient été 
primitivement distribués les refusèrent : on eut recours à des 
chanteurs de réputation secondaire à cette époque ; mais la pièce 
n'en marcha pas moins bien, et la basse, Henry, entr'autres, fut 
applaudi dans un rôle bouffe, qu'il remplissait avec esprit. Il 
devait plus tard se distinguer de la même façon dans le rôle de 
Biju du Postillon de Longjumeau. 

L'ouverture de Pierre et Catherine, est une charmante pré- 
face symphonique qui n'a guère son pendant dans l'œuvre d'A- 
dam si ce n'est celle du Brasseur. 

En 1830, il donna à l'Opéra-Comique Danilowa, 3 actes de 
Vial et Paul Duport. 

Avant que cette pièce ne fût représentée, il écrivit pour le 
théâtre des Nouveautés; mais les mélodies semées par lui à pro- 
fusion sur cette scène portèrent ombrage à la direction de l'Opéra- 
Comique, qui fit défendre d'y chanter des airs nouveaux, sous 
prétexte que cela portait atteinte à son privilège : « les Nouveautés 
étaient alors dirigées par Bohain et Nestor Roqueplan, proprié- 
taires du journal le Figaro, dit Adam dans son autobiographie.» 
On venait déjouer à l'Opéra-Comique un nouvel opéra : ils ré- 
pondirent par une contre-assignation qu'ils firent signifier par un 
huissier nommé l'Écorché : ils y faisaient défense à Ducis de re- 
présenter son opéra, prétendant qu'il n'y avait pas un seul air 
nouveau, que tous les motifs étaient connus, et qu'il empiétait 
sur le privilège des théâtres de vaudevilles. Ils publièrent leur 
assignation dans le Figaro : cette facétie obtint un succès fou, 
les rieurs furent de leur côté et le procès n'eut pas lieu » (1). 

Danilowa montrait chez l'auteur plus d'habileté, plus de faire 
que Pierre et Catherine. La pièce était jouée par M mes Casimir, 
Pradher et Lemonnier, et par Moreau-Sainti et Lemonnier. 
On redemandait chaque soir l'air: Sous le beau ciel... Mais les 
nuages politiques s'amoncelèrent, et la révolution de juillet 
vint arrêter le cours des représentations de Pierre et Catherine. 

Adam donna ensuite, en moins d'un an, quatre ouvrages : 
Trois jours enune heure, un acte; Joséphine, un acte ; le Mor- 
ceau d'ensemble, un acte et le Grand prix, trois actes ( 1831 ). 
Ces pièces n'eurentqu'un succès d'estime; les préoccupations poli- 
tiques de cette époqne en furent peut-être cause. Les théâtres, à 
la fin de 1830 et au commencement de 1831, étaient peu suivis. 
Adam pensa qu'il fallait chercher fortune ailleurs, et se rendit 
à Londres, où il y fit jouer en 1832 The diamand, trois actes, 
The first compaign, deux actes ; en 1833, un ballet en trois 
actes, intitulé Faust. 

[La suite à un prochain numéro,) 

LÉON MENEAU. 

(1) Souvenirs d'un musicien. Notes biographiques. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



107 



SEMAINE THEATRALE. 

Le Tannhauser était annoncé pour demain lundi; une indis- 
position deVénus (M me Tedesco), fait remettre cette solennité 
au vendredi suivant. Ce serait le moment de livrer a nos lec- 
teurs les impressions des répétitions générales, de se faire l'écho 
des bruits de coulisses, des mille petites misères de la mise en 
scène de l'ouvrage de M. Wagner. Mais nous attendrons la 
semaine des premières épreuves, nous laisserons parler le vrai 
public. Immédiatement après le Tannhauser, I'Opéra se livrera 
aux études de la Reine de Saba, drame lyrique en cinq actes de 
M. Gounod. Le libretto a été emprunté par MM. Michel Carré 
et Barbier a un roman de Gérard de Nerval. Gueymard, 
M me Gueymard-Lauters et Belval sont chargés des principaux 
rôles. 

A la Reine de Saba succédera l'Africaine de Meyerbeer, à 
moins que les Troyens d'Hector Berlioz ne prennent place au 
soleil de l'Académie impériale de musique. On en parle, ce 
ne serait que justice. 

L'Opéra nous promet pour le 23 de ce mois une soirée excep- 
tionnelle. Deux cents exécutants feront entendre, sous la direc- 
tion de Félicien David, une partie des œuvres symphoniques de 
ce compositeur. Le programme comprendra le Désert, la qua- 
trième partie de Christophe Colomb, l'ouverture de la Perle du 
Brésil et le finale de Moïse au Sinaï. 

Au Théâtre-Italien, M. Calzado prépare une brillante fin 
de saison. Les Noces de Figaro seront prochainement données, 
et l'on annonce les débuts de M lle Trebelli dans Tancredi. En 
attendant, le virtuose Perelli prend place sur l'affiche et récolte 
nombre d'ovations, salle Ventadour. C'est un talent de haute por- 
tée, un véritable engin rayé que le piano de M. Perelli. On se de- 
mande pourquoi il appelle l'orchestre à son aide. C'est évidem- 
ment du superflu : les dix doigts du virtuose embrassent toute 
la partition et mieux encore. De sa seule main gauche, dans la 
Fille du régiment, M. Perelli joue une variation que l'on dirait 
écrite à quatre mains. Et pour produire de si puissants effets, 
pas de contorsions, pas de grimaces, mais une noble et placide 
aisance. Aussi, pas de fausses notes et une grande clarté dans les 
passages les plus compliqués. Quant aux octaves, M. Perelli s'en 
sert comme de simples notes et leur donne le tour le plus facile, 
le plus gracieux : pour lui, c'est Tab c du piano. 

Une indisposition de M IIe Lemercier a dû reculer de quelques 
jours, à l'OpÉRA-CoMiQUE,la première représentation du Jardi- 
nier galant , promise pour vendredi dernier. Cette nouvelle 
œuvre de M. Poise est définitivement annoncée pour demain 
lundi. 

Le Théâtre-Lyrique annonce aussi pour demain lundi, la 
première représentation des Deux Cadis, opéra bouffe en un acte, 
de MM. Ph. Gille et Furpille, musique de M. Imbert. On parle 
avec éloge de la partition de ce jeune compositeur, qui, pour son 
coup d'essai, pourrait bien, dit-on, se révéler par un coup de 
maître. . . au petit-pied. 

La semaine prochaine verra la reprise, de Gil Blas, par 
M lle Girard; puis suivra la Statue, deReyer; le tout sans pré- 
judice de Madame Grégoire et du Val d'Andorre, dont les re- 
cettes se maintiennent au taux le plus confortable. 

Une importante reprise a eu lieu cette semaine à I'Odéon ; 
Une Fête de Néron, tragédie en cinq actes, en vers, d'Alexandre 



Soumet et M. Louis Belmontet, a été tirée des cartons où elle 
dormait depuis la direction Lireux. Cette œuvre qui, par ses si- 
tuations dramatiques, la pompo du spectacle et son ballet, sort 
de l'ornière de la tragédie traditionnelle, a trouvé un regain de 
succès, devant le public de 1861. Sans doute M. Gibeau, chargé 
du rôle de Néron, ne fait pas oublier Ligier ; M" e Karoly (Agrip- 
pine) ne possède ni la majesté ni la puissance dramatique de 
M 1,e Georges; en revanche, M Ue Tordens remplit parfaitement le 
personnage de Poppée. Le divertissement des bacchantes et le 
décor du golfe de Baïa ont reçu une ovation spéciale. 

Nous sommes en retard avec le Gentilhomme pauvre, comédie 
en deux actes, de MM. Dumanoir et Lafargue, donnée ces 
jours-ci au Gymnase. Cette pièce, tirée des Scènes de la vie fla- 
mande, d'Henri Conscience, renferme des situations saisissantes 
dont quelques-unes, — surtout celles du deuxième acte — ne 
doivent rien au romancier flamand. Le rôle de Lafresnaie 
comptera parmi les meilleures créations de Lafontaine.M lle Vic- 
toria joue le personnage de Madeleine avec beaucoup de natu- 
rel et de sensibilité ; M 1!e Mélanie donne du relief au type de 
M me Godard; Derval, Prislon, Blaisot, Pierre Berton et Fran- 
cisque complètent cet excellent ensemble. 

Le théâtre des Variétés a renouvelé son affiche. A la Revue 
ont succédé trois pièces nouvelles : les Rameneurs, vaudeville en 
un acte, de MM. Siraudin et Choler; la Chasse aux papillons 
(Grange et de Nayac); Paris quand il pleut, deux actes de 
MM. Clairville et Jules Moinaux. Ces deux actes forment une 
joyeuse épopée de quiproquos dont Leclère, Kopp, Aurèle, 
Thierry, M lles Bader et Henry font vaillamment les honneurs. 
Les Rameneurs — sobriquet inventé à l'honneur des chauves 
qui veulent dissimuler leur calvitie en ramenant vers les tempes 
le reliquat de leur chevelure, — ont trouvé d'amusants inter- 
prètes en Potier, Alexandre Michel, Grenier, Blondelet, etc. 
Néanmoins, le succès des Rameneurs est quelque peu tiré par les 
cheveux.... disent les habitués de l'orchestre. 

* * 

Nous ne terminerons pas cette laborieuse semaine théâtrale 
sans signaler la prise de possession, par M lle Lise Tautin, du 
rôle de Valentin dans Fortunio, aux Bodffes-Parisiens. Par 
suite d'une indisposition deM lle Pfotzér, l'administration a sol- 
licité le bon office deM lle Tautin,qui s'est empressée d'apprendre 
le rôle en vingt-quatre heures. Prévenue le samedi, elle a joué le 
dimanche, avec autant de bonne grâce que de talent, sans la 
moindre annonce, sans le plus petit billet d'ami dans la salle. « 

Il y avait foule : bravos et rappels ont accueilli l'Eurydice 
d'Orphée sous l'habit du jeune clerc, qu'elle porte à ravir. Le 
ramage, de son côté, n'a rien laissé à désirer. 

J.-L. Heugel. 

P. S. Le Théâtre -Déjazet a donné cette semaine un 
tableau villageois de M. Carmouche : Galuchon ou la Parure 
normande, avec ariettes de M. Oray, le chef d'orchestre des 
Folies-Dramatiques. On a repris en même temps le Mariage 
en l'air, opéra-comique en deux tableaux, de MM. de Saint- 
Georges et Eugène Déjazet, joué d'origine en 1852 au Théâtre- 
Lyrique, alors Opéra-National. Il y a dans cette petite œuvre 
une grande abondance de musique, avec force orchestralion, et 
souvent des plus élégantes. M lle Géraldini, MM. Dupuis, Tis- 
sier et Geoffroy en font les honneurs à la satisfaction générale... 
dans la mesure de. leurs moyens. 



108 



LE MÉNESTREL. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 
AUDITION 

Des nouvelles études dlIErVRI RAVINA. 

LES HARMONIEUSES. 

Si l'art du pianiste virtuose est multiple, ses études préa- 
lables — même en ce qui touche l'exécution seulement — doivent 
nécessairement l'être plus encore. Ainsi, sans parler du style, 
de l'expression, de tout ce qui tient à la manifestation extérieure 
des sentiments de l'âme, le mécanisme seul exige déjà tout une 
suite — et une suite logiquement graduée d'exercices spéciaux; — 
car c'est par la combinaison de ces exercices physiques, par la 
progression de cette gymnastique sonore, que l'élève acquiert 
peu à peu l'agilité, la parfaite indépendance de doigts, l'égalité 
de son et de distances, la force, la légèreté, l'énergie, la sou- 
plesse, et enfin l'exécution irréprochable du maître. 

Pour surmonter un vice de prononciation qui l'avait fait cou- 
vrir de huées à l'assemblée du peuple, on sait que Démosthènes 
s'exerçait à parler avec des cailloux dans la bouche et au bruit 
des vagues de la mer. Il parvint ainsi à assouplir, à rendre agile 
son organe, et c'est par un travail analogue sur le clavier que le 
pianiste parvient à rendre agiles, à assouplir ses doigts. Mais il 
ne faut pas oublier que sans son génie, sans l'étude approfondie 
des grands maîtres — et particulièrement le Thucydide qu'il 
avait pris pour modèle — l'immortel élève d'Isée et de Platon 
n'aurait jamais été surnommé le prince des orateurs; malgré- 
toute sa persévérance, il ne serait sans doute parvenu qu'à faire 
un bavard plus ou moins loquace, grâce à la stérile fécondité 
d'une parole rapide. ... Et je ne jurerais pas que ce ne soit pré- 
cisément le cas pour certains exécutants de première force en 
musique. 

Mais cette parenthèse, — ouverte au reste sans la moindre 
préméditation, m'entraînerait bien loin aujourd'hui ; je la ferme 
donc pour arriver à mon sujet — c'est-à-dire au nouveau recueil 
d'études — les Études harmonieuses de Ravina. 

Pendant longtemps les anciens maîtres ont donné le titre 
d'Etude (au singulier) à des séries d'exercices gradués comme ceux 
de Cramer, par exemple. Chacun de ces exercices, affectant le 
retour constant d'un même doigté, depuis la première mesure 
jusqu'à la dernière, avait pour but spécial de faire pratiquer 
séparément tout ce qui concourt à l'ensemble de l'exécution. Il 
y avait des exercices entièrement composés d'oclaves, — d'autres 
de sixtes ou de tierces seulement, — d'autres encore de gammes, 
de trilles, d'arpèges, etc.; mais on ne les trouvait jamais réunis 
à la suite l'un de l'autre dans la même page, tandis que, pour 
apporter plus de variété dans le travail de l'élève, les composi- 
teurs modernes ont souvent donné le nom d'Études à de véri- 
tables petites fantaisies où les traits succèdent aux chants et les 
chants aux traits ; où les parties s'agencent de mille manières ; 
où la mélodie se transforme par les combinaisons de l'harmo- 
nie, etc. 

Rien que prenant place entre ces deux genres, les Éludes 
harmonieuses de Ravina se rapprochent plutôt du premier , 
chacune visant et atteignant un but spécial. Cependant, lorsque, 
jeudi dernier, l'auteur les a fait entendre en petit comité, disent 
les lettres d'invitation (quoi qu'en réalité devant la foule com- 
pacte d'artistes, — de pianistes surtout, — et de gens du monde 



qui encombraient les salons de MM. Pleyel-Wolffj , on aurait 
pu croire que ce but était surtout de charmer l'oreille. Mais, 
répétons-le, elles en ont un autre encore, celui de faire étudier 
une à une et séparément , les formes variées de toute musique 
de piano. Bref, c'est l'utile mêlé à l'agréable. 

Le piano n'a pas seul fait les honneurs des Harmonieuses de 
Ravina. M ,le Marie Brousse nous a fait entendre du Schu- 
bert, du Cimarosa, une mélodie dramatique de M me la v sse de 
Grandval : Ne le dispas, et une Zingara inédite de M. Bergson, 
qu'elle a interprétée avec autant de verve que d'inspiration. 

Tous ces morceaux, M" e Brousse se les accompagne elle- 
même en musicienne et coloriste de premier ordre, imprimant 
à chaque genre son type particulier, son caractère, donnant la 
vie à chaque phrase avec cette expansion qui captiverait l'audi- 
toire le plus indifférent, et ici ce n'était pas le cas. 

Les auditeurs de M. Henri Ravina , après trente mor- 
ceaux de piano, — car on a redemandé nombre d'études, — 
ne quittaient point le salon de M. Wolff, mis très-gracieu- 
sement à la disposition des Harmonieuses. On a dû prononcer 
les mots sacramentels : la séance est levée, pour décider les in- 
vités à la retraite. Encore a-t-il fallu , en guise de rafraîchisse- 
ment, que Ravina leur servît sa délicieuse chanson à boire. 



Je ne suivrai pas l'une après l'autre les vingtaines harmo- 
nieuses mélodies du nouveau recueil; mais, en ouvrantle cahier, 
si nous prenons précisément celle du milieu, la treizième (par 
conséquent nombre pas toujours si fatal, à ce qu'il paraît), nous 
trouverons un gracieux petit quatuor, où le dessin des parties, 

— tout en exigeant une parfaite indépendance de doigts, — 
concourt à la douce harmonie qui accompagne le chant prin- 
cipal : c'est un charmant croquis de musique de chambre. 

Dans des conditions d'exécution entièrement différentes , 
l'étude précédente .familiarise avec les rhythmes syncopés, et 
celle qui suit, avec la cadence d'un écho de ballet. D'abord, 

— et dans la vive allure d'une mélodie allègre et coquette, — 
le premier morceau de la série habitue tantôt un même doigt, 
tantôt deux, par la substitution de l'un à l'autre, à répéter avec 
prestesse une note rapide , et cet exercice est en même temps 
une étude de style léger. Enfin, sur les dernières pages de celte 
œuvre d'une difficulté accessible au plus grand nombre, les 
capricieuses arabesques de triples croches par degrés conjoints 
qui se succèdent sans interruption, sont d'avance à la perfec- 
tion du trille, à l'agilité du trait, à l'égalité de distance, ce qu'est 
le bouton au futur parfum des fleurs. 

Si ce rapide coup d'œil esquisse beaucoup trop imparfaite- 
ment la première et la dernière page des Harmonieuses , une 
part, même aussi minime pour chacune, m'entraînerait beau- 
coup trop loin. Il me suffira donc de constater ici qu'en feuil- 
letant ce nouveau cahier d'études (et tout en les pratiquant 
avec fruit), on rencontrera de fraîches mélodies, de style et de 
caractères variés. Aux modulations enharmoniques d'un grave f, 
par exemple, on pourra faire succéder les simples accords de 
tonique et de septième dominante qui, — quelques pages plus 
loin, — accompagnent comme la guitare d'un galant cavaliero , 
une vive et gracieuse sérénade espagnole ( sérénade qui, par 
parenthèse, a été bissée, même trissée). Et, tournant ensuite le 
feuillet, on trouvera le chant mystérieux d'un sombre trémolo. 

Quant aux qualités dominantes de ces études, — comme com- 
position, — dans l'œuvre nouvelle de Ravina, il y a encore plus 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



109 



d'allégresse que de profonde mélancolie, plus d'élégance que de 
passion. C'est la grâce surtout qui domine, car il ne faut pas ou- 
blier que ce sont là de véritables études, d'une coupe strictement 
uniforme pour chacune, et que, contrairement au sentiment, 
la grâce et l'élégance peuvent être acquises par le travail, sans 
jamais remplacer cependant les dons précieux de la nature. 

Mais cette passion entraînante, pleine de feu et d'élan, on la 
retrouve tout entière dans le caprice dramatique à deux pianos, 
composé expressément pour cette séance, et exécuté par M. et 
M me Ravina, avec autant d'énergie que d'expression. Aussi ce 
duo a-t-il été la grande toile dramatique de celte exposition 
sonore, près des ravissants petits tableaux de genre qui ont fait 
le charme de la soirée. 

L. Gâtâtes. 



SOCIÉTÉ DES CONCERTS DU CONSERVATOIRE. 

QUATRiÈME CONCERT. 
Audition des œuvres de M. Léon Kreutzer. 

Nous ne pouvons entendre la symphonie héroïque sans son- 
ger qu'elle fut l'ingénieux appât au moyen duquel Habeneck 
parvint à attirer dans les filets du grand maître allemand la pha- 
lange jusqu'alors récalcitrante des artistes français. Voici en 
quels termes M. Elwart raconte cette curieuse anecdote dans 
son excellente histoire de la Société des Concerts du Conserva- 
toire : 

«... .En novembre 1826, à l'occasion de la fête de Sainte- 
Cécile, Habeneck invita à déjeuner chez lui un assez grand 
nombre de ses amis, la plupart attachés à l'orchestre de l'Opéra, 
et connus de lui pour aimer la gloire de l'art, en les priant 
d'apporter avec eux leurs instruments. Ceux-ci, croyant qu'il 
s'agissait d'une aubade à donner sans doute à l'aimable com- 
pagne de leur ami et chef d'orchestre, obtempérèrent à son 
désir. La Symphonie héroïque (sublime aubade) fut essayée, 
mais avec tant d'acharnement que l'heure du déjeuner se passa 
sans qu'on s'en aperçut. 

« Il était près de quatre heures du soir lorsque M me Habeneck, 
ouvrant la porte de la salle à manger à deux battants, dit à ses 
convives: — Au nom de Beethoven reconnaissant, vous êtes 
priés de vous mettre à table pour dîner. — Il était temps, car 
les instruments à vent surtout étaient sur les dents, et la contre- 
basse commençait à pousser des cris de cannibale. ...» 

Le trait n'est-il pas joli et le berceau de la Société des Con- 
certs ne fut-il pas aussi joyeusement que spirituellement 
inauguré ? 

11 y a bien longtemps, d'ailleurs, que les choses ont changé 
de face : les exécutants n'essayent plus la Symphonie héroïque, 
ils la disent avec amour; de leur côté, les auditeurs n'ont plus 
besoin de se laisser séduire, ils l'écoutent avec admiration et 
l'applaudissent avec transport. 

Un air pour baryton et un chœur du Paulus de Mendelssohn, 
chantés par M. Guglielmi, ont paru un peu pâles à côté de l'œu- 
vre de Beethoven; nouveau triomphe pour ce dernier, avec 
les fragments du ballet de Prométhée, qu'on a fait bisser; 
quels délicieux pas se dansent en idée sur ces mélodies d'un 
tour si pur et si charmant, mais aussi comme elles sont inter- 
prétées par l'archet de Franchomme et la flûte de Dorus ! 

Du monde mythologique, le finale du premier acte A'Obéron 
nous a transportés dans les harems de l'Orient : l'air, le duo 



des femmes et le chœur turc en mouvement de marche pro- 
duisent toujours un immense effet, grâce à leur coloris original 
et puissant. M me Vanden-Heuvel, et après elle M me Rey ont su 
forcer les bravos dans des parties de chant qui ne sont pas 
médiocrement difficiles. Enfin, l'ouverture du Jubilé, si belle 
encore et si éclatante, — quoique à une grande distance des trois 
autres grandes ouvertures de Weber, — est venue clore le riche 
programme de cette séance, honorée de la présence de S. M. 
l'Impératrice. 

* 
* * 

M. Léon Kreutzer, dont la réputation d'excellent musicien 
comme d'écrivain distingué, est depuis longtemps faite, avait 
convié, mercredi, un public d'élite à l'audition de quelques- 
unes de ses œuvres; son succès comme compositeur a été com- 
plet. Sa symphonie en si bémol, qu'il a déjà fait exécuter à 
Paris, se recommande par une facture habile, par des thèmes 
heureusement choisis et par une entente parfaite de l'orchestre; 
le patron de l'œuvre n'est pas gigantesque, mais les idées en 
sont charmantes, très-bien exposées, travaillées avec un art infini, 
et les diverses parties en sont parfaitement équilibrées. 

Le grand Concerto à quatre parties pour piano et orchestre, 
qui venait ensuite, n'est peut-être pas d'un style aussi égal et 
aussi soutenu ; il nous a pareillement semblé moins harmonieux 
dans ses proportions, notamment au premier allegro, dont les 
développements sont excessifs ; et cependant nos préférences sont 
acquises, malgré ces légères imperfections, à cette large et belle 
page, à cause de ses tendances élevées et du cachet d'individua- 
lité qu'y a mis l'auteur. Quelques morceaux de chant et des 
airs de ballet ont témoigné des diverses aptitudes de M. Kreutzer 
et de la souplesse de son talent. N'oublions pas de dire que 
M me Massart a rendu la partie du piano, dans le concerto, avec 
autant de fermeté et de correction que de finesse, de grâce et 
de brio. . E. Viel. 



ŒUVRES POSTHUMES DE SCISilîE. 

11 est du plus vif intérêt, pour le public, de connaître ce que 
Scribe laisse en portefeuille. Notre confrère, M.Gustave Bertrand, 
de ÏEntr'acle, nous donne à ce sujet les renseignements suivants : 

Voici, à notre connaissance, les ouvrages qui sont complète- 
ment ou à peu de chose près achevés : 

L'Ecrindu roi de Garbe, opéra-comique en trois actes, sujet 
tiré du conte de la Fiancée du roi de Garbe, mais avec des 
modifications telles qu'elles constituent un sujet absolument 
nouveau. Tout le monde sait que Scribe inventait même en imi- 
tant ou en empruntant les sujets. Le livret est entre les mains 
de M. Auber; 

L'Ange gardien, opéra-comique en un acte, sujet d'invention 
tout à fait personnelle, et que l'on dit des plus originaux, ou- 
vrage écrit en collaboration avec M. Hippolyte Romand; la 
musique est de M. Adolphe Nibelle; 

La Beauté du diable, opéra-comique en un acte; la musique 
est de M. Giulio Alary; 

Un opéra-comique en trois actes, en collaboration avec M. Jules 
Adenis, dont le titre est, croyons-nous, la Dame des bruyères ; 

Une comédie en cinq actes, avec M. Henri Boisseaux. 

Quant aux projets de pièces, quant aux idées jetées sur le 
papier à l'état de titres ou de plans, d'enchaînements de scènes, 
de résumés d'actes, de canevas, le nombre en est prodigieux ; il 
faudrait compter par centaines. Cela peut donner l'idée, plus que 



110 



LE MÉNESTREL. 



tout ce que l'on a pu dire, des habitudes laborieuses et de l'é- 
tonnante fécondité de l'auteur, surtout si l'on songe que la 
réalisation de ces projets suffirait encore à remplir une autre 
carrière dramatique. 



LE DO» NOIR A LONDRES. 

Un fait assez digne d'être noté, c'est que le plus heureux ou- 
vrage dû à la collaboration de Scribe et Auber.le Domino noir, 
a été joué pour la première fois à YEnglish royal Opéra de 
Londres, le mercredi 20 février, jour môme de la mort de 
Scribe! 

La traduction du libretto [adaptation) ,due à M. H. F. Chor- 
ley, est, dit-on, une des meilleures qu'on ait faites ; — ( On sait 
quelles difficultés rencontre souvent la langue anglaise à s'assi- 
miler le rhythme des couplets français, dont les vers se com- 
posent fréquemment de quatre ou cinq syllabes. ) 

Miss Louisa Pyne, qui remplissait le rôle d'Angèle, a partagé 
le succès de la pièce. 

L'enthousiasme de la salle était au comble. 

« Mais l'émotion du public eût été centuplée, dit le Musical 
World, si, après la chute du rideau, quelqu'un se fût avancé 
vers la rampe, et eût dit : 

« Un télégramme de Paris nous apprend à l'instant que, le 
matin même, l'auteur du charmant libretto que vous venez 
d'applaudir, a été frappé de mort subite! » 

On sait combien nos voisins se délectent aux fortes émotions. 



HOMMAGE HONGROIS A HECTOR BERLIOZ. 

Une couronne il'argent. 

( A Hector Berlioz, la jeunesse de Gior. ) 
« Très-honoré Monsieur. 

« Recevez nos remercîments les plus sincères, et ce léger té- 
moignage de notre reconnaissance pour l'honneur que vous avez 
fait à la nation hongroise par votre transcription de la Marche 
de Racokzy ; pour la flatteuse sympathie que vous avez montrée 
en choisissant, dans toute la littérature musicale, notre thème na- 
tional comme le plus digne ; en accueillant ce bijou abandonné 
et en l'honorant de vos sublimes développements; pour le goût, 
l'enthousiasme, le caractère guerrier et national avec lesquels 
vous avez élevé au rang d'une œuvre d'art notre Marche popu- 
laire, qui nous anime au combat et nous conduit à la vie ou à 
la mort pour la gloire de notre pays. 

« Recevez les souhaits de nos sincères cœurs hongrois : que le 
Seigneur des cieux accorde à votre vie, qui jette tant d'éclat sur 
l'art musical de l'Europe, autant de félicité que votre esprit a 
montré de grandeur dans la production de cet ouvrage. 

« Nous sommes, Monsieur, vos admirateurs dévoués: 
« La jeunesse de Raab ( Gior ) . 

« Jules Tamassy, secrétaire. » 
« 31 janvier 1861. » 

Voici la réponse que M. Berlioz a adressée à la Société des 
jeunes Hongrois : 

« Messiedus, 

« J'ai reçu voire beau présent et la lettre flatteuse qui l'accom- 
pagnait. Ce témoignage de sympathie, venu d'un pays dont j'ai 



conservé un si cher souvenir, m'a vivement touché. L'effet de 
mon ouvrage est dû sans doute aux sentiments que réveille votre 
thème national en vous qu'il doiteonduire à la vie ( selon votre 
poétique expression), en vous de qui l'on peut dire avec Virgile: 

a Fur or traque mentes 

« Prœcipitant, pulchrumque mori succurrit in armis. 

« Mais, si vous avez trouvé dans ma musique une étincelle 
seulement de l'enthousiasme qui brûle les nobles âmes hon- 
groises, je dois m'estimer trop heureux et considérer ce succès 
comme l'un des plus rares qu'un artiste puisse obtenir. 

« Recevez, messieurs, avec l'expression de ma gratitude, mes 
cordiales salutations. 

« Votre tout dévoué. 
« Hector BERLIOZ 
« Paris, 24 février 1861. » 



NOUVELLES DIVERSES. 



— Oi) a fêté, jeudi dernier, le 68 me anniversaire de Rossini. C'était tout 
un pèlerinage du matin au soir, rue de la Chaussée-d'Antin. Autrefois on 
ne célébrait cet anniversaire que tous les quatre ans, le grand maître ayant 
vu le jour le 29 février, — année bissextile ; — mais depuis son retour 
à Paris, ses nombreux amis de la veille ont sollicité la commémoration 
annuelle, le 28 février. Voici, à ce propos, des vers improvisés par M. Ga- 
loppe d'Onquaire dans le salon de M. et M me Rossini : 

C'est aujourd'hui vingt-huit, que naquit le cher Maître. 

— Non pas!., c'est le vingt-neuf, à la pointe du jour, 
■ Alors que le soleil, comfrienoant à paraître, 

Versait sur Pesaro tous ses rayons d'amour. 

On entendit dans l'air passer des voix étranges 

Dont l'oreille aspirait les bruits mystérieux ; 
On eût dit le concert des anges 
Qui planait dans les cieux. 

Le souffle du Seigneur créait cette harmonie 

Dont jusque-là le monde ignorait la douceur. . . 

Dieu voulut la laisser à la terre bénie, 

Et c'est dans ce berceau qu'il plaça le génie 

En l'embrasant de tous les feux du cœur. 

Ce magique berceau fut la source féconde 

D'où jaillit sur la terre une immense lueur ; 

Comme un autre soleil, elle éblouit le monde, 

Et. . . c'est bien le vingt-neuf, que naquit sa splendeur. 

Alors, — me direz-vous, — nos soins sont inutiles : 

Le mois de février n'ayant que vingt-huit jours, 

C'est donc tous les quatre ans (dans les ans bissextiles), 

Que nos vœux les plus chers peuvent prendre leur cours. 

Que ce soit le vingt-huit, ou vingt-neuf, belle avancel 

Soumettons-nous la gloire aux dates d'ici-bas?. . 

C'est ce qui doit finir qui nait et qui commence ; 
Les immortels ne naissent pas I 

— M. Mocquard, chef du cabinet de S. M. l'Empereur, et l'auteur des 
Fiancés d'Albano, de la Tireuse de cartes et des Massacres de Syrie, 
vient de prendre place dans la Société des auteurs dramatiques. 

— Félicien David vient de terminer un ouvrage en deux actes qu'il 
destine à l'Opéra-Comique. On se demande comment les directions succes- 
sives de la scène de Favart n'ont pas encore songé à enrichir le répertoire 
d'une partition de l'auteur du Désert, de la Perle du Brésil et à'Hercu- 
lanum. 

— On écrit de Londres que M. Gye, directeur de Covent-Garden, a pu 
décider Jenny Lind à sortir de la vie privée, et qu'il l'a engagée comme 
prima-donna pour la saison prochaine (?). 

— On écrit de Vienne : « Les directions des théâtres des faubourgs ont 
reçu l'ordre de faire, pour toutes les pièces nouvelles, et avant la première 
représentation, une répétition générale en costumes devant le commis- 
saire de police, afin que ce magistrat puisse faire modifier le costume 
quand il le jugera convenable, au point de vue des mœurs et de la poli- 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



111 



tique. » Il faut convenir que la montre de la police autrichienne est un 
peu en retard. 

— Encore une artiste dramatique qui quitte les coulisses pour entrer 
dans le grand monde I M ,le Grosseman, actrice renommée en Allemagne, 
épouse le toron de Prokesch Osten, frère du ministre d'Autriche à Cons- 
tantino'ple. 

— Les correspondances de Bruxelles nous apprennent qu'un nombreux 
auditoire assistait à la première représentation du Faust de Gounod, au 
théâtre royal de la Monnaie. La partition a reçu, comme on pouvait s'y 
attendre, un accueil splendide. L'auteur a dû paraître deux fois sur la 
scène pour recevoir les ovations enthousiastes du public. 

— Nous recevons aussi d'excellentes nouvelles du Faust de Gounod en 
Allemagne : « Le lendemain de la première représentation de Faust, à 
Darmstadt, S. A. le grand-duc a reçu le compositeur et lui a remis la mé- 
daille d'or du Mérite, qui, depuis vingt ans, n'avait été accordée à aucun 
étranger. Darmstadt est la première ville d'Allemagne où le Faust de 
M. Gounod ait été représenté, mais on annonce que Carlsruhe se hâte de 
monter cet opéra. 

— Le comité de la Société de Sainte-Cécile, de Bordeaux, nous prie 
d'annoncer aux personnes qui ont pris part au concours d'opéra-comique 
ouvert en cette ville, que le terme de la clôture dudit concours est prorogé 
au 31 mars prochain. 

— Félix Godefroid a trouvé le moyen d'être à la fois dans Paris et dans 
nos départements ; il vient de donner une série de concerts à Langres , 
Colmar, Mulhouse, Metz et Nancy, ce qui ne l'empêche pas d'ouvrir ses 
salons, ce soir dimanche, comme d'usage, le tout à la plus grande gloire 
de la harpe d'Érard et du chemin de fer de l'Est. Le succès de Félix Go- 
defroid a été tel sur toute la ligne, qu'à Mulhouse on a dû refuser du 
monde , non pas seulement pour le train express . mais aussi pour le 
concert. Mieux que cela , la police a dû dissiper les attroupements. 
Certes, voilà les merveilles delà harpe antique distancées ! A Colmar, 
autre ovation : on a bissé les Fables chorales de l'auteur de la Danse des 
Sylphes, et rappelé sur la scène, Félix Godefoid a reçu, en public, les 
insignes d'honneur du président de la Société, aux applaudissements de 
tous. 

— L'excellent baryton J. Stockbausen a donné tout récemment un 
concert à Colmar, où son père vit dans la retraite, après avoir quitté la 
carrière de virtuose, qu'il avait parcourue avec distinction ; son instru- 
ment était la harpe, et le digne vétéran l'a reprise pour accompagner son 
fils, qui chantait le Nachtsliicic de Franz Schubert. A la fin du morceau, 
un tonnerre d'applaudissements a éclaté dans la salle. 

— M lle Angèle Cordier, appelée par les Sociétés philharmoniques de 
Rennes, Vannes, Laval et Le Mans, vient d'être redemandée dans celte 
dernière ville pour le prochain concert des pauvres. Ce rappel en dit plus 
que les meilleurs éloges. 

— La Société philharmonique de Troyes vient de donner son deuxième 
concert avec le concours de M me Barthe (M 1Ie Banderali). M. Pesme s'est 
fait applaudir en compagnie de M me Barthe dans le duo du Puits d'amour 
et un duettino de Donizetti, et seul dans la grande scène bouffe de Gus- 
tave Nadaud : Romance! . . romance!. . 

— M. Eug. Sauzay, professeur au Conservatoire impérial de musique, 
vient de publier un très-joli volume in-8° de 170 pages d'impression, sous 
le titre : Haydn, Mozart, Beethoven, étude des plus intéressantes sur le 
quatuor de ces grands maîtres. 

SOIRÉES ET CONCERTS 

— Le premier concert de la saison 1861, donné au palais des Tuileries, 
a eu lieu mercredi dernier. En voici le programme : 1° Trio du Pré aux 
Clercs, par M lles Marimon, Monrose et M. Montaubry ; 2° Duo de la Chaste 
Suzanne par MM. Crosti et Troy ; 3° les Noces basques, sérénade et air de 
danse , scène pastorale pour l'harmonicorde-Debain , par M- Lefébure- 
Wély ; 4° Air du Songe d'une nuit d'été, par M" 6 Monrose ; ïï° Chœur et 
air de la Circassienne, par M. Troy ; 6° Quatuor d'Alary, par M Ue Mari- 
mon, MM. Montaubry, Crosti et Troy; 7° Duo des Voitures versées, par 
M Ue Marimon et M. Crosti ; 8° Cantique du Domino noir, par M lle Mon- 
rose, M. Montaubry et les chœurs ; 9° Variations des Diamants de la 
Couronne, par M 1 ' 6 Marimon ; 10 J Scène de la Circassienne, par M. Mon- 
taubry, avec chœur. Le piano était tenu par M. Alary ; l'orchestre dirigé 
par M. Tilmant. — LL. MM. ont, à plusieurs reprises, félicité personnel- 
lement les artistes et donné le signal des applaudissements. 



— Dimanche dernier, une assemblée nombreuse, composée des 'plus 
hautes notabilités, applaudissait, chez Son Excellence M. le président du 
Sénat, les principales scènes à'Armide et à'Orphe'e, de Gluck, interpré- 
tées par M me Viardot. Puis M m6 Tardieu de Malevilllea fait entendre plu- 
sieurs compositions de Mozart et de Haydn, avec la pureté de stylo qu'on 
lui connaît. Il est impossible de fêter plus noblement les grands maîtres 
de l'art musical. 

— A la grande soirée organisée par Duprez, chez Rossini, avec le 
concours de ses principaux élèves et celui de M. et M mG Vandcnheuvel, 
— soirée qui avait attiré une énorme affluence chez M. et M" 10 Rossini, — 
est venu succéder un samedi plus calme, avec un auditoire moins com- 
pacte. Quatre artistes seulement : l'admirable basse chantante Badiali, le 
nouveau ténor Montanaro , les virtuoses Perelli et Bazzini, composaient, 
avec M me la v sse de Grandval, un vrai programme de gourmets. Le grand 
duo de Semiramide a fait fanatisme. On l'aurait redemandé tout entier, si, 
d'une part, Badiali n'avait chanté, le même soir, aux Italiens, et si, de 
l'autre, M me de Grandval n'avait prodigué avec la meilleure grâce, pen- 
dant toute la soirée , les trésors d'un talent aussi élevé que plein d'inspi- 
ration. 

— Nous sommes heureux de constater que M. Tilmant aîné, chef d'or- 
chestre de la Société des Concerts du Conservatoire, a retrouvé tout le 
prestige de son talent de violoniste. Ces jours passés, il a exécuté, dans 
les salons de M. le baron M***, un quintette d'Onslow, et le premier 
quintette de M. C. Estienne, avee toute la verve de la jeunesse. 

— Une pianiste di primo cartello, qui ne se fait entendre qu'à de 
rares intervalles, à l'occasion de grandes fêtes de bienfaisance, M Ue Clé- 
mentine Tinel de Kerolan, avait réuni quelques amis chez elle, dimanche 
dernier, pour leur faire entendre le trio en si bémol de Beethoven, la 
sonate op. 49 de Weber, la sonate de Mendelssohrî, en si bémol, et la 
Somnambula de Prudent. Les archets de MM. Sighicelli et Emile Rignault 
répondaient aux doigts de M lle Clémentine Tinel dans les œuvres concer- 
tantes. Aussi l'ensemble a-t-il été parfait, sans nuire cependant à la sonate 
de Weber pour piano seul, qui a fait merveille. 

— Un ténor allemand, qui s'est fait une réputation à Londres dans les 
concerts, M. Alexandre Reichardt, que M. Emile Perrin avait eu le désir d'en- 
gager à l'Opéra-Comique, vient de se faire entendre dans les salons Érard, 
avec un nouveau succès. C'est un chanteur distingué, doué d'une voix sym- 
pathique. M. Tagliafico, le violoniste Bazzini, M. Braga, M mc Dreyfus et 
jjmo A nna Berlini, qui s'est placée an premier rang de nos cantatrices de 
concerts, prêtaient le concours de leur talent à M. Reichardt. 

— La jeune et brillante violoniste, M IIe Julienne André, a donné son 
concert jeudi dernier, salle Herz, avec le concours de M lles Joséphine La- 
guesse, pianiste, et Herminie Toury, organiste. On a remarqué dans la 
partie vocale deux nocturnes et le Voyage aérien de Gustave Nadaud , 
chantés avec le plus grand succès par les frères Guidon. 

— M. Damcke annonce une séance musicale chez Pleyol, dont le pro- 
gramme comporte un hommage à Bach, fugue à la main, exécutée par l'au- 
teur, M. Damcke, et Louis Diemer ; un trio par M me Viardot, Servais et 
Bazzini ; deux chœurs d'église, une mélodie, par Servais; une pastorale, 
par Bazzini, et une sonate, par MM. Servais et Diemer. Certes, voilà 
quelque chose d'intéressant; aussi est-ce par lettres d'invitation, jeudi 
7 mars. 

— Aujourd'hui dimanche, quatrième concert de la Société des jeunes 
Artistes, salle Herz. 

— Mercredi 13 mars, grand concert avec orchestre et chœurs, donné 
par M. Henri Herz. Inutile de désigner le local : Lucullus dînera chez 
Lucullus. En tête du programme brille le nom de Servais, l'empereur du. 
violoncelle. M me Grisi et Badiali représenteront la partie vocale. M. Henri 
Herz fera richement les honneurs de sa soirée ; il exécutera, entre autres 
morceaux, son nouveau concerto (le 6 me ), et sa grande sonate di bravura. 

— Le pianiste compositeur Alfred Jaell, après avoir parcouru une 
partie de l'Italie, la Suisse, les bords du Rhin, est attendu à Paris, où il 
doit donner un concert le 27 mars, dans les salons Érard. 

— La première séance de musique de chambre de Georges Pfeiffer 
aura lieu lundi 4 mars 1861, avec le concours de MM. Herman et Fràn- 
chomme, dans les salons Pleyel-Wolff et compagnie. 

— M. A. Gouffé, contrebassiste-solo de l'Opéra et de la Société des Con- 
certs du Conservatoire, donnera une séance de musique instrumentale, 
à la salle [Pleyel, le mercredi 20 mars, à une heure et demie, avec le 



112 



LE MÉNESTREL. 



concours de M me Mattmann et de MM. Guerre'au, Rignault, Casimir Ney, 
Lebouc, Adam et Mohr. 

— La séance musicale deCh. Bessems aura lieu le 11 mars, dans les 
salons d'Érard, à huit heures du soir. M. Bessems aura pour interprètes 
MM. Lée, Goufle, Ancessy, Léon et M Uc Fanny Cornet pour le chant. 

— M. et M me Deloffre donneront leur deuxième concert le mercredi 
6 mars, à huit heures du soir, dans les saloïjs Érard, avec le concours de 
M me Ugalde, MM. Bataille, Ravina, Ch. Lebouc, Pascal-Lamazou et 
Malézieux. 

— Le pianiste-compositeur Ascher, de retour de ses pérégrinations en 
Alsace, annonce un prochain concert dans les salons Érard. 

— Mercredi 6 mars, salle Pleyel, quatrième séance de MM. Armingaud, 
L. Jacquart, E. Lalo, avec le concours de M rae Massart. On exécutera : 
1° Trio en mi majeur (Mozart), pour piano, violonfet violoncelle; 2° Qua- 
trième quatuor en ré mineur (Schubert), pour deux violons, alto et vio- 
loncelle; 3° Sonate en la, op. 69 (Beethoven), pour piano et violoncelle ; 
4° Quatuor en mi bémol, op. 12 (Mendelssohn), pour deux violons, alto 
et violoncelle. — On commencera à huit heures et demie. 

— Mercredi 5 mars, salle Herz, concert du virtuose Bazzini , avec le 
concours de M me Bockholz-Falconi, de MM. Reicbardt, Gnomea, Brandy et 
Peruzzi. 

— Vendredi soir 1S mars, salons d'Érard, grand concert donné par 
M Ue Marie Marchand, l'un des meilleurs élèves de F. LeCouppey. Nos 
artistes en renom concourront à cette solennité, heureux de pouvoir don- 
ner cette preuve de sympathie à la jeune et intéressante bénéficiaire. 

— Mardi 5 mars, salle Érard, concert de M" e Wilhelmine Belin de Lau- 
nay, avec le concours de M lle Dorus, de MM. Alard, Jules Lefort, Berthe- 
lier, etc. 

— Mardi 12 mars, concert de M. S. Castel, salle Herz. M mes Gaveaux- 
Sabatier, Balbi, MM. Jules Lefort, Sainte-Foy de l'Opéra-Comique , et le 



bénéficiaire , rempliront la partie vocale. L'élément instrumental sera 
défrayé par MM. Le Cieux, Ernest Nathan et Jules Simon, l'habile flûtiste. 
Une opérette : Au fond duverre, chantée par MM. Jules Lefort et Castel, 
sera l'appoint de ce menu musical. 

— On annonce que l'une de nos notabilités artistiques de la province, 
qui avait pris la direction d'une importante maison du commerce de mu- 
sique, pianos et orgues, dans le Midi, se dispose à reprendre complète- 
ment la carrière des arts, et par conséquent à céder cette maison, actuelle- 
ment en pleine prospérité commerciale. 



— L'administration des Bals d'enfants de l'hôtel du Louvre a pris des 
mesures afin qu'au prochain bal de la Mi-Carême l'espace soit encore 
agrandi, pour que les enfants, moins restreints dans leur cercle, puissent 
danser en toute liberté, et aussi pour qu'ils soient plus particulièrement 
en vue des parents. 

— Les Roses de Noël de M. Edouard d'Anglemont obtiennent toute la 
vogue que mérite ce livre qu'on pourrait appeler la légende de l'humanité, 
et dont M. de Lamartine a dit : « C'est le lyrisme dans l'élégie.» Ce nouvel 
ouvrage du poète des Légendes françaises et des Euménides , du rhythme 
les plus harmonieux, plein de tableaux émouvants, est une mine féconde 
que nos peintres et nos musiciens ne manqueront pas d'exploiter. La 
peinture et la musique doivent s'associer à des œuvres telles que l'Au- 
tomne, le Baiser, la Prima donna, le Pacha de Coron, la Fiancée du 
Pêcheur, la Chanteuse du Carrousel, la Grotte de Biaritz, les Fiancés 
de quinze ans. Un vol. in-8° , librairie Dentu.) 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Mourgu 



rue Jean-Jacques Uous 



En vente au MÉNESTREL, 2' bis, rue Vivienne. 



LA CHANSON DE FORTUNIO 

Opéra-coinique en hbs acte, paroles de MM. H2EC"r©18 CKÉMIEUS et LUDOVIC HAM5¥"Ï". 

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par M lle Chahert 2 50 

2. La belle eau claire , chanson à boire, par 

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2 bis. La même, transposée pour contralto 

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6. Duo et Chanson de Fortunio, chantés par 

M llos Chabert et Pfotzer 6 » 

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duo , pour soprano ou ténor 2 50 

6 ter. La même , transposée pour baryton 

ou contralto 2 50 



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f. BurgiuuiiiT. Valse de [salon 6 » 

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par M. Bâche 2 50 

4. Autrefois, Aujourd'hui, ronde des clercs. 2 50 

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clercs, à une ou deux voix 3 75 et 4 50 

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riiiii Bernard. Barcarolle et Chanson de \ mains 4 50 

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OU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche 10 Mars 



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J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



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SOIvIItïAIRE. 



TEXTE. 



I. L'opéra-comique, ses compositeurs, ses chanteurs et ses divers théâtres : Adolphe 
Adam {suite et fin, 28e article). L. Meneau. — II. Semaine théâtrale. J. Lovy. — 
III. Théâtre del'Opéra-Comique : première représentation du Jardinier galant. 
A. Dureau. — IV. Tablettes du pianiste et du chanteur : le Laryngoscope, ou 
Miroir de la voix, par Manuel Garcia. J.-L. Hedcel. — V. Nouvelles, Soirées 
et Concerts, Annonces. 

MUSIQUE DE PIANO: 

Nos abonnés à la musique de Piano recevront avec le numéro de ce jour ; 

JEAN A, 

Polka-mazurka de Ph. Stutz, qui a été envoyé, par erreur, à nos abonnés 
de Paris, aux lieu et place du Quadrille-Fortunio qu'ils recevront aujour- 
d'hui dimanche. — Suivra immédiatement après : Fleuve du Tage , 
transcription par Th. Lécureux. 

CHANT : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Chant, 

LE BAE , 

"Valse chantée par M lle Chabert dans le Mari sans le savoir, paroles de 
MM. Léon et Ludovic Halévy, musique de M. de Saint-Rémt. — 
Suivra immédiatement après : Fais-toi petit I paroles de Charles 
Potier, musique d'HENRi Potier. 



L'Ol'ÊRA- COMIQUE 



SA NAISSANCE, SES PROGRES, SA TROP GRANDE EXTENSION. 



COMPOSITEURS 

DE LA RÉPUBLIQUE ET DU PREMIER EMPIRE. 
CHAPITRE IX. 

XXVIII. 

ADOLPHE ADAM. 

Il revint à Paris en 1833 et fit représenter le Proscrit, trois 
actes; une Bonne fortune, un acte, et enfin le Chalet (1834), 
un acte qui lui avait été promis depuis longtemps par M. Scribe. 

Le Chalet est celle de ses partitions qui s'est le plus chantée : 
elle fait partie du répertoire de tous les théâtres de France et 



de l'étranger : cela tient non-seulement au mérite de la mu- 
sique populaire , à bon droit, mais aussi à la franche gaieté que 
MM. Scribe et Mélesville ont répandue dans leur libretto, d'une 
mise en scène facile, car il ne comporte que trois rôles : ub 
soprano, un lénor, une basse, ce qui suffit pour obtenir une 
très-grande variété de timbres. Nous trouvons en effet dans la 
partition, outre les morceaux seuls pour chacune de ces trois 
voix, un duo pour soprano et ténor, un autre pour ténor et basse, 
et enfin un trio. C'est donc là une œuvre très-simple et très- 
complète à la fois. 

Adam commença par appliquer un air de sa partition anglaise 
de Faust au chœur de l'orgie. A partir de ce début, il écrivit au 
courant de la plume, de façon que les huit morceaux qui com- 
posent le Châlcl et l'ouverture étaient terminés en six jours. Ce fut 
un grand succès. « Le Chalet, dès son apparition, fut classé parmi 
les meilleurs ouvrages du genre, dit M. Halévy dans sa biographie 
d'Adolphe Adam (1). Il y a dans le domaine de la musique de 
rianles et fraîches vallées où se plait la muse des accords lempérés. 
C'est cette muse qui inspirait Adam et lui dictait des chants gra- 
cieux, de joyeuses mélodies et des rhylhmes légers. Le Chalet 
résume celte heureuse inspiration. Il est resté le type du génie 
d'Adolphe Adam, et, si l'on dit souvent « l'auteur du Chalet», ce 
n'est pas qu'on soit injusle, ingrat, peu soucieux de ses nombreux 
travaux, mais c'est par une sorte d'ellipse, et pour concentrer 
en un seul mot le charme, la grâce , l'esprit du musicien. C'est 
un hommage rendu à sa mémoire, et l'éloge du Chalet devient 
ainsi l'éloge de l'œuvre tout entier. » 

Le nom d'Adolphe Adam est peut-être aujourd'hui le plus 
connu parmi ceux des compositeurs français dans ce qu'on ap- 
pelle le gros du public (2) . 

(1| Souvenirs et portraits. 

(2) C'est à ce point qu'on lui attribue des œuvres beaucoup au-dessus de 
son talent. Un jour, à une table d'hôte, dans une petite ville de Normandie, 
j'assistais à une discussion sur le mérite de Robert-le-Diable ; les opinions 



114 



LE MÉNESTREL. 



L'année 1835 vit paraître deux opéras en un acte, qui ont eu 
un nombre restreint de représentations : la Marquise et Mi- 
cheline. 

En 1836, il eut un nouveau succès populaire avec le Pos- 
tillon de Longjumeau. Le rôle principal fut remarquablement 
créé par Cbollet, qui revint le chanter à Paris, au Théâtre- 
Lyrique, en 1852; celui de Madeleine était tenu, dans l'ori- 
gine, par M lu Prévost. Adam prouva, dans cette partition, sa 
facilité pour la musique bouffe, le trio : Pendu! pendu!.... est 
un petit chef-d'œuvre de genre. 

En 1838, le Fidèle Berger ne réussit pas autant qu'il le 
méritait, par suite d'une cabale de confiseurs. La même année 
parut le Brasseur de Pre'slon, qui obtint assez de faveur. 

En 1840, Bégine, deux actes, et la Beine d'un jour, trois 
actes, eurent un bon succès d'estime ; la dernière de ces deux 
œuvres, surtout, qui servit de début de création au ténor J.-J. 
Masset, et de retraite à la gracieuse Jenny Colon, M me Leplus. 

En 1841, Adam partit pour Saint-Pétersbourg, afin de monter 
son ballet de Giselle, pour M me Taglioni. Le czar voulut le 
retenir dans sa capitale, mais le mal du pays força l'artiste 
français à prendre au plus vite la route de la patrie : il se fit 
transporter h grands frais à Berlin, où le roi de Prusse lui de- 
manda un opéra. Par suite de ce désir, Die Hamadryaden, 
deux actes, furent écrits, répétés et exécutés en trois semaines. 
« Le jour de la première représentation, raconte l'auteur, le 
public se montra si froid, que, peu habitué au flegme germa- 
nique, je crus à une chute et je me retirai désespéré avant la fin 
de la pièce. J'étais seul, jeté sur un canapé, dans une chambre 
sans lumière, lorsque je vis tout à coup la rue s'illuminer de 
torches et de flambeaux; une admirable musique militaire exé- 
cute plusieurs morceaux de mes opéras, et mes amis montent 
en foule pour me féliciter du grand succès que je venais d'ob- 
tenir et dont j'étais loin de me douter. » 

A son retour à Paris, il donna à l'Opéra-Comique, la Bose de 
Péronne; cette pièce, spécialement écrite pour M rao Damoreau, 
n'eut, malgré l'admirable talent de l'interprète, que quinze 
représentations. En 1841, la Main de fer en eut cinq; mais, en 
1842, le Boi d'Yvetot fut plus heureux : Chollet y était remar- 
quable et M 1Ie Darcier des plus séduisantes. Il écrivit ensuite 
des ballets et des opéras pour l'Académie royale de musique. 

Les affaires de 1848 lui furent aussi nuisibles que celles de 93 
l'avaient été pour Berton. Le 24 février trouva Adolphe Adam 
directeur du troisième Théâtre-Lyrique (Opéra-National), sa créa- 
tion. Il se ruina complètement dans cette entreprise; mais, avec une 
loyauté trop rare à notre époque, il abandonna à ses créanciers 
ses droits d'auteur, jusqu'à payement intégral de ses dettes , se 
contentant, pour vivre, d'un revenu à peine suffisant. Une nou- 
velle carrière s'ouvrit alors devant lui : le docteur Véron le 
chargea de la critique musicale du Constitutionnel. Il faisait 
ainsi à peu près trois feuilletons par mois, quatre au plus , qui 
lui étaient payés.... 50 fr. l'un. 

A ce moment là, M. Scribe lui offrit le libretto de Giralda, 
un des plus spirituels et des plus amusants qui soient sortis de 
cette plume féconde. Mais le succès immense et si mérité du 



émises par mes convives m'amusaient beaucoup, et j'étais loin de les 
troubler en y mêlant les miennes. Je restai auditeur muet ; un des assis- 
tants demanda quel était l'auteur de la musique, et Adam fut généralement 
nommé. — Souvent aussi, au sortir d'une représentation d'opéra-co- 
mique, j'ai entendu dire à des amateurs plus ou moins érudits : La musique 
que nous venons d'entendre est jolie ; elle doit ôtre d'Adam. 



Val d'Andorre, avait donné à penser à l'administration de 
l'Opéra-Comique que le public n'aimait plus que les pièces mélo- 
dramatiques. On ajourna en conséquence la première repré- 
sentation de Giralda. 

Pendant que ce double chef-d'œuvre (1) dormait dans les car- 
tons de M. Perrin, Adam écrivit en moins d'une semaine une 
charmante bouffonnerie en deux actes: le Toréador, composée à 
la demande de Mocker, pour une représentation à son bénéfice. 
Elle réussit pleinement : Bataille, préludant à ses succès du 
Songe d'une nuit d'été, s'y montra excellent chanteur comique, 
et madame Ugalde déploya une agilité surprenante dans les 
variations sur: Ah! vous dirai-je, maman!... Toutes les can- 
tatrices de concert voulurent dire ce morceau après la prima 
donna de l'Opéra-Comique. Le trio : Ugalde, Mocker et Bataille, 
assura à cette partition un nombre considérable de représen- 
tations. Elle fut classée dans le répertoire courant des scènes 
d'opéra-comique. 

Enfin, en 1850, Giralda fut présentée au public et accueillie 
comme elle devait l'être. Cette musique est, à mes yeux, la meil- 
leure de tout l'œuvre d'Adam. Il n'a jamais" rien fait d'aussi com- 
plet, surlout d'aussi distingué. Je ne ferai pas ici le détail des 
différents numéros de la partition ; je citerai , dans les principaux 
morceaux, le duo : C'est sous l'église du village, et le trio : Où 
donc est-il, mon doux seigneur ? puis encore les couplels que 
Sainte-Foy disait d'une façon si plaisante : Ah mon habit! 
Mon bel habit de mariage ! reliés par la jolie phrase des des- 
sus du chœur : Ah ! c'est la fiancée!.... à la cavatine: Bêve 
heureux du jeune âge !.... dans laquelle M IIe Félix Miolan 
montrait déjà ce qu'elle devait être plus tard, une cantatrice 
di primo carlello , la Miolan-Carvalho d'aujourd'hui. Je ci- 
terai encore le duo bouffe qu'elle chantait avec Sainte-Foy: 
Faut-il donc vous aider, ma chère?.... les couplets comiques 
de la Ginès au second acte : Tant que j'étais célibataire. Le reste 
de la partition était parfaitement interprété par Bussine, Audran, 
et M lle Meyer (2). 11 ne faut pas oublier non plus l'excellent 
Riquier, dont le rôle n'était point important au point de vue 
musical, mais qui donnait au personnage de Don Japhet d'A- 
tocha une physionomie des plus comiques. 

En 1852, Adam écrivit sur son lit, où il était retenu depuis 
quelque temps parla maladie: La poupée de Nuremberg, mu- 
sique gaie, vive et spirituelle, et quelques jours après: le Far- 
fadet, un acte très amusant, de M. de Planard, dont Bussine 
etM lle Lemercier créèrent lesdeuxprincipauxrôles. On applaudit 
beaucoup le duo: C'est le vent qui murmure..., pendant lequel 
l'orchestre imite le bruifd'un moulin à vent en mouvement, mêlé 
à celui d'un orage, accompagné des hou ! hou ! du prétendu re- 
venant, et enfin, après tout ce tumulte, le pianissimo : 
Dans les airs plus de bruit, 
Bonne nuitl bonne nuit! 

La verve inépuisable de notre charmant compositeur donnait 
encore, dans la même année : Si j'étais roi! trois acles de 
M. Dennery (4 novembre 1852). Ce fut un succès qui grandit 
surtout avec le temps, et nombre d'amateurs citent aujourd'hni 
cet ouvrage comme le meilleur d'Adolphe Adam. On y remarque 

(1) J'appelle Giralda un double chef-d'œuvre, parce que celte pièce me 
paraît aussi bien réussie pour les paroles que pour la musique. 

(2) Cette cantatrice, comme on le sait, est devenue la femme de M. Meil- 
let, l'un des bons chanteurs de nos jours, l'un des dignes successeurs de 
Martin, avec lequel il a plus d'un rapport. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



IIS 



l'air très-mélodieux de Zéphoris: Si fêtais roi!..., le duo co- 
mique : Oh! l'étonnante aventure!..., l'air de Néméa...,' le duo 
bouffe entre Zélide et Piféar..., etc., etc. Si j'étais roi, comme 
ses aînés le Postillon, le Chalet, Giralda, fit victorieusement 
son tour de France, et nous révéla un chanteur de mérite, le 
baryton Laurent {le roi) , qu'un douloureux événemeut enleva 
subitement à la suite d'un bain froid. 

L'année suivante parurent trois actes sans prétention, mais 
non sans mérite, arrangés sur l'amusante comédie de Desforges : 
le Sourd ou V Auberge pleine. Riquier était excellent dans le 
rôle du papa Doliban, Sainte-Foy étourdissant dans la scène du 
lit, et M" e Lemercier enlevait, de façon à les faire bisser chaque 
soir, les couplets du Pont d'Avignon. 

La même année le Théâtre-Lyrique représentait : le Roi des 
Halles et le Bijou perdu, début et triomphe de M me Cabel; en 
1854, le Muletier de Tolède et A Clichy; en 1855, le Houzard 
de Berchini; en 1856, Falslaff et Mam'zelle Geneviève, imitant 
ainsi la fécondité des Grétry, des Dalayrac et des vieux maîtres 
italiens, pour lesquels une partition d'opéra n'offrait pas, à beau- 
coup près, la somme de travail matériel qui existe dans les œu- 
vres de nos jours, l'orchestre n'ayant pas à cette époque le luxe 
de développement actuel. 

Adam avait commencé sa carrière par le vaudeville; il la 
termina par l'opérette. Il venait de donner un acte aux Bouffes- 
Parisiens, un délicieux acte, les Pantins de Violette, lorsque la 
mort vint arrêter le cours de ses succès. 

« J'ai payé mes dettes, disait-il en terminant son auto- 
biographie ; mais mon frère vient de mourir, me laissant des 
affaires embarrassées et ayant mangé de son vivant tout le bien 
de ma mère, qui pouvait avoir quelque valeur; je n'ai donc nul 
espoir de retrouver jamais, non pas la fortune, mais même l'ai- 
sance. Je mettrai quelque chose de coté pour ma femme et ma 
fille, mais ce sera bien peu. 

« Le travail musical est ma seule passion et mon seul plaisir. 
Le jour où le public repoussera mes œuvres, l'ennui me tuera. » 

Cette heure ne sonna pas pour lui ; car, après avoir écrit ces 
lignes, qui furent en quelque sorte son testament, il s'en- 
dormit sans souffrance du dernier sommeil (1), laissant la répu- 
tation d'un homme de cœur, d'un grand artiste, unanimement 
regretté et par ceux qui l'avaient connu personnellement et par 
ceux qui l'appréciaient dans ses œuvres. 

LÉON MÉNEAB. 



SEMAINE THÉÂTRALE. 

Le Tannhauser a fait cette semaine ses débuts au palais 

de justice. 

C'est, du reste, le sort de mainte œuvre à grand retentisse- 
ment ; plus d'un drame, plus d'un opéra ont eu maille à partir 
avec les tribunaux avant de descendre sur Ja scène , et se 
trouvent logés à l'entre-sol des feuilles judiciaires, avant d'aller 
s'installer au rez-de-chaussée du feuilleton. 

Donc, M. Lindau, un des traducteurs du poëme de M. Ri- 
chard Wagner, introduisait une instance auprès du tribunal 

(1) Le 2 mai 18o6 il assistait à l'Opéra au début d'une cantatrice, dans 
la Reine de Chypre ; le lendemain malin on le trouva mort dans son lit, 
sans qu'il eût proféré une plainte. s 



civil, pour voir figurer son nom sur l'affiche et sur le libretto du 
Tannhauser, à côté de ceux de MM. Roche et de Nuitter. Le 
maestro Wagner, par l'organe de M" Emile Olivier (gendre de 
Franz Listz), s'opposait h cette prétention, attendu que le travail 
de M. Lindau aurait été incomplet, et serait devenu la source 
de beaucoup de retards. 

Nonobstant les efforts de M e Marie, avocat de M. Lindau, ce- 
lui-ci n'a pas réusssi, et le tribunal, faisant droit aux conclu- 
sions de M. l'avocat impérial, a débouté M. Lindau de sa de- 
mande, lui réservant, toutefois, les droits pécuniaires pour son 
travail de traducteur. 

Et pendant ce temps, un autre conflit s'était élevé dans le do- 
maine orchestral. Le compositeur allemand demandait simple- 
ment à remplacer M. Dietsch au pupitre, et à diriger l'orchestre lui- 
même selon les us allemands et italiens, pendant au moins trois 
représentations. Ce débat, que l'on croyait terminé, est revenu 
sur l'eau. Les musiciens de l'orchestre, dit-on, s'étaient cepen- 
dant catégoriquement prononcés pour le maintien pur et simple 
de leur chef d'orchestre. Ce sont tous ces tiraillements, plus 
encore que l'enrouement de M me Tedesco, qui retardent le lever 
du rideau. On annonce, toutefois, l'ouvrage pour mercredi, et 
d'une manière définitive. M me Tedesco remplira le rôle de 
Vénus, que M lle Rey s'était apprêtée à doubler. — A dimanche 
prochain les impressions du public. 

Le Théâtre Italien a repris jeudi dernier Yltaliana in 
Algeri pour les débuts du ténor Montanaro. La ravissante œuvre 
bouffe de Rossini a été revue avec joie. Quant au débutant, suc- 
cesseur de Gardoni, sa voix n'est pas forte, mais d'un timbre si 
agréable! puis, il vocalise et phrase avec tant de goût et de mé- 
thode ! Zucchini est ébouriffant d'entrain et de gaieté ; nous n'en 
dirons pas autant d'Angelini, auquel nous eussions préféré] Ba- 
diali, et de beaucoup. 

Le trio papataci a récolté le bis de rigueur. — Que dirons- 
nous de M me Alboni? Ce rôle d'Isabella semble son élément 
vital; elle s'y épanouit à plaisir, et le public avec elle. 

Le mardi précédent, le virtuose Perelli reparaissait sur la 
scène Ventadour avec ses deux grandes fantaisies de la Norma 
et de la Fille du régiment. — Nouvelles ovations, nouveaux 
rappels. 

L'Opéra-Comique nous a donné cette semaine la première 
représentation du Jardinier galant, musique de M. Poise (voir 
notre article de ce jour) . 

M. de Saint-Georges revendique sa part de collaboration dans 
l'œuvre posthume de Scribe , la Fiancée du roi de Garbes, 
musique future d'Auber. Cette revendication a été accueilie avec 
plaisir par la presse. C'est un attrait de plus promis à nos 
plaisirs. 

Maître Claude de M. de Leuven et Jules Cohen, prendra l'af- 
fiche sous peu de jours. Ce sera peut-être bien la dernière créa- 
tion de M lle Marimon, délicieuse fauvette que l'Opéra-Comique 
va laisser s'envoler au moment d'en recueillir les fruits. — 
M" e Marimon est aujourd'hui la vraie prima donna de la salle 
Favart. Qui donc la remplacera ? 

Le Théâtre Lyrique a donné avant hier vendredi, les Deux 
Cadis, un acte de M. Imbert, paroles de MM. Gille et Fur- 
pille, chanté par MM. Grillon, Wartel, Girardot etM Ue Faivre, 
— A dimanche prochain le compte rendu de cette première re- 
présentation, mais dès aujourd'hui constatons un puëme amu. 



116 



LE MÉNESTREL. 



sant, une musique bien traitée , malgré le faiblesse générale 
de l'exécution. C'est , du reste , le sort des opéras-comiques 
en un acte, et c'est un fait d'autant plus regrettable. 

Les Bouffes Parisiens ont célébré lundi dernier la rentrée 
de M" e Pfotzer, dans le rôle de Valenlin de Fortunio. On a 
bissé sa chanson à boire et redemandé le petit clerc avec force 
bravos. La voix fraîche, métallique, pénétrante de M Ue Pfotzer, 
excite toujours les mêmes émotions : c'est du magnétisme dans la 
plus agréable acception du mot. 



Le Théâtre Français a repris jeudi dernier le Bourgeois 
Gentilhomme, avec la musique de Lulli. M Ue Nathalie a joué 
pour la première fois le rôle de M mo Jourdain. Jugez de l'attrait 
de cette soirée de mi-carême, défrayée par Samson, Provost, 
jjmes Augustine Brohan , Fix, Figeac, Nathalie et tutti quanti, 
avec la Cérémonie pour bouquet, et les Plaideurs comme ap- 
point !... — On poursuit les études du Jeune homme quine fait 
rien, comédie en un acte de M. Legouvé. — On répète également 
trois tragédies du fonds classique : Mithridate, Bajazet etNico- 
mède. Beauvallet fera particulièrement les honneurs de ces trois 
chefs-d'œuvre, en attendant la Rachel promise. 

Le Vaudeville nous a offert une comédie en un acte de 
M. Charles Hugo, intitulée: Je vous aime. C'est une spirituelle 
fantaisie, que les acteurs, notamment Brindeau et M lle Germa 
(débutante), se sont assimilée avec talent. 

On a joué, le même soir, les Petits moyens, originaires du 
Gymnase. Nuraa est toujours parfait de bonhomie. — Ce théâtre 
nous tient en perspective une pièce de M. Jaime fils : Pour bien 
marier sa fille, comédie en un acte qui avait été répétée au 
Théâtre Français, et même annoncée sur l'affiche, il y a environ 
deux ans, sans avoir jamais été représentée. 

Le théâtre des Variétés prépare une grande pièce de 
MM. Clairville, Lambert, Thiboust et Delacour, intitulée : les 
Danses nationales. 

De son côté, le Palais-Royal nous promet un Hector et un 
Ami des femmes pour succéder à la Mariée de Mardi-Gras. 

MM. Théodore Barrière et Edouard Plouvier ont doté la scène 
de I'Ambigu d'un drame fantastique : ÏAnge de minuit. Cela 
sort complètement de l'ornière du boulevard ; c'est une œuvre 
étrange, idéale, une donnée philosophiquement conçue et poéti- 
quement formulée. La mise en scène de ce drame est très-soignée; 
on a surtout applaudi l'acte du bal masqué. Trois débuts ont eu 
lieu dans l'Ange de minuit : Paul Bondois, ancien artiste de la 
Gaîté, s'est spécialement distingué ; l'on a fêté la bienvenue 
de M lle Méa, la belle transfuge del'Odéon. Enfin, la troupe or- 
dinaire du théâtre n'a pas démérité de l'œuvre : Castellano, 
M 1Ie Defodon, M me Caroline Gilbert tiennent fort bien leurs 
rôles. 

Une troupe de danseurs hongrois, sous la direction de M. Frie- 
drich Bekefy, maître de ballet du théâtre impérial de Pesth, 
donne en ce moment des représentations au théâtre Déjazet. 
Cette chorégraphie exotique, assez goûtée au boulevard du 
Temple, n'a rien d'inquiétant pour notre Grand-Opéra. 

J. Lovy. 



THÉÂTRE IMPÉRIAL DE LOPÉRA-COMIQIE. 



Le Jardinier galant, opéra-cormque en deux actes, trois tableaux , de 
• Mil. de Leuven et Siiuudin, musique de M. Perd. Poise. 

Une entente cordiale règn&en ce moment entre MM. les libret- 
tistes fournisseurs brevetés de nos principales scènes d'opéra- 
comique. Au Théâtre Lyrique, on conspire contre M me de Pom- 
padour ; à la salle Favart, on la chansonne. Cette reine du de- 
mi-monde d'autrefois, que S. M. le roi Louis XV daignait com- 
bler de ses familiarités, — pour parler le langage de M. de 
Leuven, — a grand besoin que M. Capefigue lui vienne en 
aide. 

Donc, le chansonnier Collé, de joyeuse mémoire, vient de 
lancer contre la Favorite , son Jardinier galant , petit recueil 
de chansons satiriques ; la marquise a frémi de colère, le roi a 
froncé le sourcil, le lieutenant de police a blêmi de stupéfaction, 
son greffier maître Tiphaine a pâli de crainte et d'effroi, et son 
exempt Léveillé n'est guère plus rassuré; car il faut que dans 
vingt-quatre heures le Jardinier galant soit détruit, et son au- 
teur envoyé à la Bastille. A défaut de l'auteur, M. le lieutenant 
de police a bien voulu promettre à son greffier qu'il l'enverrait 
remplacer le coupable jusqu'à la prise de celui-ci, et maître Ti- 
phaine, en homme qui connaît son monde, a fait la même pro- 
messe à son subordonné Léveillé. 

Léveillé, qui débute dans sa profession, commencera par un 
coup de maître: en arrêtant le premier innocent venu. Justement 
Collé vient à passer, l'exempt le saisit par l'habit pour lui donner 
tous les renseignements que le chansonnier ne lui demandait pas, 
et celui-ci, désormais bien informé, se hâte de placer les quelques 
exemplaires de son recueil dans une hotte de fleurs qu'un jar- 
dinier du nom de Galant a oublié là, comme par hasard ; puis, 
bonheur extrême, amour suprême, Collé retrouve dans M me Ti- 
phaine, la gentille Ninette, ses premières amours; il obtient 
aisément delà greffière un rendez-vous nocturne. En même temps 
le guet, dirigé par Léveillé, s'empare du galant jardinier, et le 
conduit chez maître Tiphaine, et celui-ci enchanté, court à Ver- 
sailles annoncer sa capture, pendant que M me Tiphaine, qui, moins 
heureuse que le public, ne s'explique pas l'imbroglio, — ordonne 
à Léveillé de placer le recueil dans son boudoir, au grand éton- 
nement de l'agent. L'ordre est exécuté; Galant apprend qu'il est 
chez la maîtresse de sa fiancée Clairette ; il sait qu'on l'attend, 
et, impatienté, dérange la greffière et Collé, au milieu d'un souper 
improvisé. Maître Tiphaine revient à l'improviste de Versailles; 
Collé effrayé s'enfuit avec Galant, — les amoureux ont bon 
' cœur, — plus de prisonnier ! On ira à la Bastille ou au Fort-l'E- 
vêque; mais Léveillé rattrape Galant au marché, et on le saisi- 
rait de nouveau, lui, sa hotte et le livre qu'il n'a pas fait, mais 
qu'il colporte, si Collé, son recueil à la main, ne venait régaler 
M. le greffier royal lui-même, de la fameuse chanson satirique. 
La Pompadour a régné, les familiarités du roi Louis XV sont 
acquises à sa rivale, on peut chanter tout à l'aise. 

Le poëme de MM. Leuven et Siraudin est un véritable livret 
d'opéra-comique. L'intrigue n'y est pas compliquée, l'imbroglio 
n'est point difficile à saisir ; mais l'œuvre est gaie et, pour ma 
part, j'ai toujours combattu, salle Favart, le genre larmoyant. 
Une pointe de sentiment n'est pas toujours une superfétation,mais 
les larmes sont, à coup sûr, chose maussade et fort ennuyeuse. 
— La musique de M. Poise est cherchée, trop cherchée pour un 
cadre si léger, et le plus grand défaut du compositeur, défaut que 



MUSIQUE ET THÉATIÎILS. 



117 



partagent comme lui les nouveaux musiciens, c'est de vouloir 
écrire quand même, de la graude musique. Le dramatique a tout 
envahi, le théâtre comme la littérature ; il semble que, parce 
que nos aïeux mouraient de gaieté, nous, leurs petils fils, nous 
devions finir nos jours tragiquement. 

Disons, pour être juste, que ce défaut s'adresse autant à la cri- 
tique qu'aux producteurs ; elle a si souvent reproché à ces derniers 
de ne donner que des œuvres légères, que ceux-ci ont dû mettre 
un crêpe à leur jeunesse, un voile funèbre à leur imagination. 

Parmi les morceaux accueillis avec plaisir, je citerai la chanson 
de Collé: Je vais vous conter le tableau d'une guinguette folle ; 
Bon agent, montrons-nous diligent, chanté par Léveillé, l'air 
d'entrée du jardinier, un duo que l'on a fait bisser: En tout 
bien, tout honneur , une romance, l'Heureux temps, l'espérance, 
le quatuor Bonsoir ma toute belle, la chansonnette du jar- 
dinier prisonnier, il a raison Bastien, et la morale est sage, un 
joli duo que l'on a faitbisser aussi : Ah ! la gentille chanson, etc. 
La pièce est très-convenablement interprétée par M" e Lemercier 
( M me Tiphaine ), M. Crosti ( Charles Collé), M. Ponchard ( Ga- 
lant ), MM. Prilleux ( M tre Tiphaine ) et Ambroise ( Léveillé). 

Mais je crains que le public de la Circassienne ne soit devenu 
bien difficile. 

A. Ddreau. 

NOUVELLES DIVERSES. 

— Dans la séance du 4 mars, au Sénat, plusieurs membres, à propos du 
vote de l'Adresse, ont proposé un amendement dans l'intérêt des sciences, 
des lettres et des arts. M. le prince Poniatowski s'est surtout rendu l'or- 
gane des besoins de l'art musical. Dans un discours habilement développé, 
le prince-musicien a exprimé, non sans autorité, des vœux en faveur du 
Conservatoire, du Théâtre-Italien et du Théâtre-Lyrique , et le monde 
musical se souviendra de cette généreuse sollicitude qui portera ses fruits 
tôt ou tard. 

— Roger, engagé par le théâtre italien de Berlin, renouvelle, dans le 
Trovatore et la Lucia , les succès et les recettes phénoménales qu'il ré- 
coltait naguère dans le Prophète, les Huguenots et la Dame Manche, en 
Allemagne. C'est le même enthousiasme. 

— On écrit de Berlin qu'Ellinor ou le Rêve et le Réveil, ballet en trois 
actes de Taglioni, musique de Hertel, a réussi au théâtre royal de Berlin. 
Les deux auteurs ont été rappelés , en compagnie du peintre décorateur, 
M. Gropius. 

— Une correspondance de Berlin rend ainsi compte d'une œuvre nou- 
velle du crû, représentée sur le théâtre royal de cette ville : « Après les 
Dragons de Villars, d'Aimé Maillart, et la Veuve Grapin, de M. de Flotow, 
nous avons eu Junker Habàkuk (monsieur de Habakuk), opéra comique 
en trois actes, de M. A. Schreffer. C'est de la musique de couplets; la 
source où puise l'auteur n'est pas sans doute l'Hippocrène, mais elle coule 
avec une abondance continue, et ne tarit que lorsqu'il essaye d'exprimer 
des sentiments vrais. » 

— L'opéra nouveau de Rubinstein , les Enfants des landes , a été re- 
présenté à Vienne le 23 février dernier, avec un succès d'estime. 

— Les journaux allemands nous apprennent qu'on doit faire entendre 
très-prochainement à Vienne, dans un concert public, un opéra-comique 
posthume de François Schubert. 

— Nous lisons dans la Gazette musicale de Berlin [Echo] du 3 mars, 
sous la rubrique de Hambourg : « La Giralda, de Halévy, n'a pas obtenu 
grand succès sur notre théâtre. » Est-ce par sympathie pour M. Halévy 
que ce correspondant de Hambourg lui fait endosser l'insuccès d'un des 
plus charmants opéras d'Adolphe Adam ? 

— On lit dans un journal de Gand, le Nouvelliste: « Le spectacle de 
jeudi, donné au bénéfice de M. Singelée, chef d'orchestre du théâtre, se 
composait du Mariage aux lanternes et de la reprise de la Fille du régi- 
ment. La salle était garnie d'une société d'élite désireuse de voir et d'en- 
tendre M 1,e Louisa Singelée dans le rôle de la vivandière. Le beau talent 
dont cette jeune cantatrice avait fait preuve huit jours avant au concert du 



Casino devait mettre le dilettantisme en émoi ; aussi, tous les amateurs 
étaient-ils exacts au rendez-vous pour encourager les premiers pas de l'in- 
téressante élève de Duprez dans la difficile carrière qu'elle se dispose à 
embrasser. Une triple salve d'applaudissements a salué M lle Singelée à 
son entrée en scène. Nous avions raison de dire que l'actrice ne serait point 
au-dessous de la chanteuse ; M 11 " Singelée possède un jeu naturel, plein de 
vivacité, qui lui permet de donner au rôle de Marie la grâce, la franchise 
et la brusquerie qui lui conviennent. On n'aurait jamais cru que l'artiste 
affronterait pour la première fois le feu de la rampe. Dès que les études de 
la séduisante élève de Duprez seront terminées, les premiers théâtres ne 
pourront manquer de se la disputer. » 

— A Varsovie, un opéra nouveau de Dutscb, la Femme Croate, a reçu 
bon accueil, nonobstant les circonstances politiques. 

— Les journaux italiens nous apprennent que le théâtre neuf, situé 
dans le quartier de Montecalvario, à Naples, a été, le 20 février dernier, 
la proie des flammes. Les pertes sont considérables. On ignore la cause 
de ce sinistre, qui a failli détruire tout ce quartier. 

— L'inauguration de la nouvelle salle destinée au Conservatoire de 
musique de Bruxelles, s'est faite, le 24 du mois dernier, par le premier 
concert de la saison. "Parmi les morceaux du programme, figurait une ou- 
verture de M. de Hartog, sur le sujet de Pompée. Cette œuvre, d'un style 
grave et sévère, a été très-goùtée du monde artiste. 

— M. le comte Jules de Castellane vient de mourir à Marseille. C'était 
un impressario dilettante bien connu à Paris, et son hôtel du faubourg 
Saint-Honoré, où il avait créé un théâtre, était le rendez-vous de tous les 
artistes célèbres, qui s'y trouvaient mêlés au monde le plus aristocratique. 
M. le comte Jules de Castellane avait épousé M 1 ' 6 de Villoutreys ; il ne 
laisse que deux filles ; mais ce beau nom est encore représenté par trois ra" 
meaux différents, l'un ayant pour chef le maréchal. 

— Levasseur vient [d'être appelé au grand théâtre de Lyon, pour une 
série de représentations. 

— On nous écrit d'Amiens: « Dimanche dernier, M 11 "* Mira, 'MM. Sainte- 
Foy et Lourdel étaient appelés à Amiens pour fournir le programme d'une 
fête offerte, par le nouveau préfet, M. Cornuau, à l'élite de la société, non- 
seulement de la ville, mais du département et de Paris même, où habi- 
baient encore, il y a deux mois, M. et M me Cornuau. Il est difficile de don- 
ner l'idée du coup d'œil de la longue galerie éblouissante de lumière et 
de charmantes femmes chargées de fleurs , de dentelles et de diamants, 
dans laquelle a eu lieu cette réception. Un petit théâtre formait l'extrémité 
de cette salle improvisée. C'est là que nos artistes parisiens ont joué et 
chanté les deux opérettes à succcès : l'Amour à l'èpèe, de Wékerlin, et 
Loin du bruit, de Paul Bernard, tous deux pour les paroles d'un poète de 
la localité, M. Galoppe d'Onquaire, qui se retire chaque été sous ses om- 
brages picards. Aussi, l'accueil chaleureux fait à ces deux amusantes 
pièces a-t-il été doublé d'un entrain de rationalité bien motivé du reste. 
Sainte-Foy s'est montré désopilant, M lle Mira, comme toujours, pleine de 
charme et de gentillesse, et Lourdel les a parfaitement secondés. Loin du 
bruit a enlevé tous les suffrages, d'autant plus que l'auteur en personne, 
M. Paul Bernard, tenait le piano. Après la soirée, il y a eu souper et réu- 
nion intime, et cette dernière partie du programme, tout improvisée, a 
été égayée par les chansonnettes de Sainte-Foy et un proverbe de Vercon- 
sin, délicieusement joué, en manière d'adieu, par M Ile Mira etM. Lourdel. » 

— Dijon. Une imposante solennité, qui offre un grand intérêt au point 
de vue de la musique religieuse, aura lieu le mardi 19 mars, à l'occasion 
de la réception et de l'inauguration du grand orgue de notre cathédrale. 
Grâce à la haute initiative de Monseigneur l'évêque, aux sacrifices du 
conseil de fabrique, notre ville va être dotée d'un des instruments les plus 
grands et les plus complets de France, et enrichie de tous les perfectionne- 
ments de la facture moderne. Une commission spéciale d'hommes émi- 
nents est appelée à juger les travaux confiés à l'établissement Merklin 
Schutz et C c de Paris et de Bruxelles. 

M. Edouard Batiste, professeur au Conservatoire impérial de musique, 
organiste de Sain t-Eustache à Paris, viandra prêter le concours de son talent 
et faire apprécier, dans cette séance d'audition, la richesse et la variété des 
ressources de ce nouvel et magnifique instrument. 

— Le journal de Rouen, sous la signature Méreaux, rend compte de 
l'accueil fait parles dilettantes de cette ville à M. Charles Delioux et à ses 
œuvres. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire ce feuilleton, qui est 
tout un honneur pour le virtuose et le compositeur. 



118 



LE MÉNESTREL. 



— ACaen, c'est la Sociélé musicale de la ville qui s'est chargée du 
soin de remettre à M me Anna Bertini des lettres de noblesse philharmo- 
nique, et un diplôme d'honneur à son nom. Demandée à Valenciennes, 
M me Anna Berlini va récolter de nouveaux bravos, de nouveaux bis. 
La Société philharmonique de Caen lui a redemandé deux morceaux dans 
la même soirée. 

— Jeudi prochain, 14 mars, messe solennelle à grand orchestre, avec 
chœurs, de M me de Maislre , exécutée à Saint-Euslache. Les soli seront 
chantés par les sœurs Marchisio, MM. Michot et Bonheur. 

— M. Ed. Hocmelle, l'habile organiste du grand orgue de Saint-Thomns- 
d'Aquin, vient d'être appelé en la même qualité à l'église Saint-Philippe- 
du-Roule. » 

— On sait que M. Clapisson est grand amateur de curiosités musicales. 
Depuis longtemps il avait collectionné des instruments de musique de tous 
les temps et de tous les pays. Le gouvernement vient de décider, assure 
l'Union, que celte précieuse collection serait placée au Conservatoire sous 
la garde de M. Clapisson, qui, par ses soins assidus, augmentera encore 
ce musée spécial,' digne de cet établissement sans rival. 

• . — Voici la lettre que M. Halévy, membre de l'Institut et secrétaire per- 
pétuel de l'Académie, a adressée à M. Ch. Dancla : « Je m'empresse de 
vous annoncer que l'Académie, dans sa dernière séance, décernant pour la 
première fois le prix fondé par feu M. Chartier, vous aaccordéce prix, sur 
la proposition unanime de la section de musique. » 

— M. Piermarini vient de publier six grandes vocalises dédiées à sa 
brillante élève M me Laborde , comme complément de son excellent cours 
de chant. La dédicace seule indique le but de ces vocalises écrites pour 
soprano, et résument les plus grandes difficultés de l'art du chant. 

SOIRÉES ET CONCERTS 

— Le virtuose Sarrasate, le jeune chevalier de l'ordre de Charles III , a 
été appelé à l'honneur de représenter la partie instrumentale au second 
concert donné au palais des Tuileries, avant-hier vendredi. Il a été parti- 
culièrement félicité par LL. MM., qui ont également complimenté, de la ma- 
nière la plus gracieuse, les artistes du Théâtre-Italien appelés à faire les 
honneurs de la partie vocale : MM. Mario , Badiali , Graziani , Zuc- 
chini ; M me Alboni et M me Penco qui a chanté . entre autres morceaux, la 
célèbre valse de Venzano. 

— Ce sont les sœurs Marchisio, MM. Gardoni et Tagliafico qui ont pris 
part au concert donné dimanche dernier chez M. le Président du Sénat. 
Dans les salons de S. Exe. le Ministre Delangle r ce sont encore les sœurs 
Marchisio, Faure et Sarrasate qui ont remporté les honneurs du pro- 
gramme. Ou annonce pour la prochaine soirée M me Wekerlin-Damoreau, 
qui s'est fait entendre avec le plus grand succès, mercredi dernier, chez 
M. le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations. 

■ — Au dernier samedi de M. et M mD Ro'ssini, on a fort applaudi M lle Bi- 
deau, jeune violoniste, élève de Mayseder, qui vient de nous arriver d'Alle- 
magne. Badiali a interprété avec un goût parfait une sérénade composée 
par C. Estienne, sur des airs de Métastase, et la soirée s'est terminée par 
un impromptu du virtuose Wieniawski, et la cavatine de Tancredi, inter- 
prétée par M Ue Marie Brousse, telle que le grand maître l'a arrangée pour 
elle, avec des traits écrits de sa main pour cette remarquable cantatrice de 
salon. 

— M me Erard, qui possède à Passy, pour la saison d'été, l'un de ces 
châteaux enviés par les tètes couronnées , vient de se donner, à Paris, 
un palais d'hiver, adhérant à sa royale manufacture de pianos. On a inau- 
guré, dans une soirée toute privée, ces apparlements princiers, dispo- 
sés au-dessus de la salle des concerts. A partir de l'escalier d'honneur, 
on admire le bon goût, la richesse bien entendue des moindres détails 
d'ornementation et de décoration. Les souvenirs de famille tiennent aussi, 
dans les salons comme dans le cœur de M me Érard, une digne et large 
place. La musique de chambre, avec MM. Armingaud, Jacquard et Ernest 
Lubeck pour interprètes , a d'abord présidé au baptême musical de ces 
nouveaux salons , baptême qui s'est célébré dimanche dernier. Les voix 
aimées de Graziani, du ténor Montanaro et de M me Ida Bertrand y ont 
ensuite résonné de leurs vibrations tour à tour suaves et pénétrantes, au 
plus grand honneur de l'acoustique. 

— Le même dimanche, M me 'Orfila et Mosneron de Saint-Pierre rou- 
vraient leurs salons momentanément fermés à la musique par un deuil 
de famille. Le programme comptait d'abord le ténor Montanaro et M llc Ida 



Bertrand, qu'on a bissés et qui sont allés récolter de nouvelles ovations, 
le même soir, dans les salons de M mc Érard. Quant à Badiali, fidèle au 
programme de M me Orfila, il en a fait les honneurs en grand artiste , 
avec libéralité, aux acclamations de tous. Ces acclamations se sont en- 
suite reportées sur la toute gracieuse et charmante M ,le Marimon, qui a 
reçu , entre autres félicitations , celles de M me la comtesse de Sparre 
et de Badiali, qui l'ont félicitée sur la manière dont elle chantait l'italien. 
Pour une cantatrice française c'est tout un honneur. Dans la partie ins- 
trumentale , le piano de M. Gennaro Perelli a fait furore. Son exécution, 
à la fois si fougueuse et si calme, si complexe et si simple, étonne et 
saisit autant qu'elle charme. C'est évidemment le Listz de la saison. 

— Les salons dillettantes se montrent infiniment plus hospitaliers que 
la scène Favart pour la musique de Barkouf. Partout où M Ue Marie Mari- 
monl est appelée, on lui demande sa Chanson du chien, qu'elle dit du 
reste à ravir. Cette chanson a été le bouquet de la soirée deM. et M me Pei- 
reire, mercredi dernier, de même que chez M. et M me Ernest André le 
lundi précédent. M Ile Marimon doit également chanter Barkouf cette se- 
maine chez S. A. I. la princesse Mathilde etdansles salons de M me Orfila. 

— L'école Duprez a tenu sa première séance d'examen dimanche der- 
nier. On y remarquait les sommités de tous genres. Les élèves ont fait 
honneur au maître, non-seulement comme soli, mais aussi dans les mor- 
ceaux d'ensemble qui ont été merveillensement exécutés. Nous y revien- 
drons; mais signalons dès aujourd'hui les progrès réalisés par M lle Brunet, 
aujourd'hui Brunelli, qui nous revient du Théâtre-Italien'de Berlin avec 
un talent souple, gracieux en même temps que dramatique. C'est décidé- 
ment une nouvelle étoile de première grandeur qui se lève à l'horizon de 
l'école Duprez. 

— Le 4 e concert de la Société des jeunes Artistes a eu lieu dimanche 
dernier, au milieu de I'affluence habituelle des amateurs de bonne mu- 
sique. Là viennent les déshérités du Conservatoire, que l'orcheslre Pas- 
deloup se charge de consoler ; là viennent aussi les élus de ces concerts, 
qui trouvent qu'on ne saurait trop souvent écouter les maîtres, même 
exécutés par de jeunes artistes. L'ouverture des Girondins, de Litolff, a 
été vivement applaudie, bien qu'elle ait paru mériter mieux le litre d'ou- 
verture des Montagnards. C'est une musique révolutionnaire , ou quel- 
ques apaisements viennent parfois interrompre l'énergie fiévreuse de 
l'orchestre. Que dire du Songe d'une nuit d'été , de Mendelssohn? Quelle 
poésie! quel charme mystérieux ! quel instinct du surnaturel! quelle 
prodigieuse traduction de Shakespeare ! L'exéculion a été parfaite pour la 
partie instrumentale; les chœurs ont montré quelque indécision; ces 
belles et piquantes jeunes filles ne sont-elles pas un peu trop préoccupées 
de leurs robes blanches et de leurs cheveux bouclés ? Pourquoi la femme 
ne s'oublie-t-elle pas davantage devant l'artiste ? Nous avons entendu avec 
plaisir le chœur des Moissonneurs, d' Auber (Enfant prodigue), malgré 
le voisinage redoutable de Mendelssohn ; l'agrément particulier à la mu- 
sique du plus fécond et du plus élégant de nos maîtres vivants, persiste 
même après les merveilles harmoniques de la musique allemande, et si 
les sensations sont moins complètes et moins vives, elles ont leur valeur 
encore, et surtout leur mérite propre. M lle Gallino a intéressé par la 
timidité gracieuse avec laquelle elle manie une voix claire et limpide. On 
a fini par le septuor de Beethoven, par MM. Auroux, Espeignet, Paquis, 
et tous les instruments à cordes. N'oublions pas M. Lancien, dont le 
violon a mérité d'unanimes applaudissements dans un concerto inédit 
d'AIard. 

— A la dernière séance de MM. Alard et Franchomme, on a remarqué 
Franchomme dans le menuet du quatuor de Weber, et Diemer dans le 
finale de ce même morceau. L'hymne d'Haydn, pour instruments à cordes, 
a été parfait d'exéeulion, ainsi que le trio de Mozart, par Alard, Fran- 
chomme et Diemer qui s'est distingué dans les variations finales. Alard 
s'est élevé à la hauteur du septuor de Beethoven dans les fragments de 
ce chef-d'œuvre réduit en quintette. 

'"—Jeudi dernier, salon Pleyel-Wolf, M. B. Damcke, qui jouit en Allema- 
d'une certaine notoriété comme critique, conviait une partie du monde 
musical parisien à l'audition de ses propres œuvres, comme producteur, 
et cette circonstance avait mis en émoi tous nos pianistes compositeurs. 
Ajoutons que M me Viardot devait se faire entendre sur le piano, l'instru- 
ment de ses premiers succès, et que le violoncelle du virtuose Servais était 
également sur le programme. 

La musique de M. Damcke a été acclamée sans conteste : remarquable 
par une simplicité de forme que n'exclut pas la grandeur, elle est saisis- 
sante, elle impressionne; ses mélodies sont douces et chastes, elles ont hor- 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



119 



reur de l'afféterie autant que du bruit. M. Damcke'est un musicien de la grande 
école, on le devine à ses accompagnements; il possède un riche clavier de 
nuances dont il se sert avec une habileté fort rare, ou plutôt avec une heu- 
reuse inspiration. Quant aux tours de force, quant aux variations àgrande 
vitesse, quant à la fureur de faire de l'effet quand même, je ne sache pas 
que le compositeur sacrifie à de pareils autels. 

— Nous devons mentionner l'audition intime à laquelle M. Hans 
de Bulow a convié ses amis et quelques organes de la presse, pendant 
son court séjour à Paris. Cette matinée a eu lieu dans les salons de Pleyel, 
le 6 de ce mois. L'éminent pianiste a vigoureusement justifié, dans cette 
occasion, la haute renommée dont il jouit et le rang qu'il occupe dans la 
pléiade des musiciens romantiques d'outre-Rhin. 

— M me Oscar Comettant s'est fait entendre au dernier samedi de 
M. Marmontel, en compagnie de Victor Sarrasate, de MM. Hammer, Muller 
et Rosenhain, dont M. Marmontel a dit deux fois la Calabraise. C'était un 
riche programme, bien qu'intime, au point de vue de la réunion. Un trio 
de Rosenhain, le finale de sa sonate, une barcarolle et une mazurka, 
représentaient, avec la Calabraise, la musique de piano. M. Ed. Lyon 
secondait M me Oscar Comettant dans la partie vocale, et les applaudisse- 
ments ne leur ont pas manqué. 

— Le concert de M. Bazzini, avec le concours de MM. Reicbardt, 
Gnone, Brandt, M Ue Bockholz-Falconi, a eu lieu mercredi dernier, salle 
Herz. Le bénéficiaire, comme d'habitude, a enlevé son auditoire par ses 
tours de force, ses feux d'artifice et sa manière de chanter, qui sait si bien 
impressionner à un moment donné. Mais pourquoi des variations sur la 
Marche funèbre de Chopin II! 

— La première séance de musique de chambre donnée par M. Georges 
Pfeiffer, avec le concours de MM. Herman et Franchomme, a eu lieu 
lundi dans les salons Pleyel-Wolf. Mendelsshon, Mozart et Beethoven 
défrayaient le programme de cette soirée, remarquable par le nombre et 
l'élégance des auditeurs accourus, non plus, comme les années précédentes, 
pour encourager de brillante? espérances, mais pour applaudir à de réelles 
victoires. 

M. Georges Pfeiffer est un de ces éloquents convertisseurs du piano 
qui considèrent l'art comme une sainte mission ; il est de ceux qu'on peut 
louer sans complaisance; son chaleureux auditoire le lui a largement 
prouvé : Le trio en ré mineur de Mendelssohn et Ta chasse ont valu à 
l'artiste une double ovation, et elle était méritée. Avec le concours de 
MM. Herman et Franchomme , il avait triple chance de succès, et l'on 
peut dire que sous ce rapport la i re séance de M. Georges Pfeiffer n'a rien 
laissé à désirer. 

Lundi 2o mars, seconde séance, dans laquelle nous aurons à le juger 
comme compositeur dans un trio inédit dont il est l'auteur. 

— Un pianiste qui partage avec M. Perelli le sceptre de la grande 
exécution sur le piano, M. Emile Forgues, vient de donner un premier 
concert chez Ërard, dans lequel il nous a fait entendre ses études pathé- 
tiques, composition de premier ordre, d'une difficulté peu commune, 
mais dont l'auteur se joue avec autant d'aisance que de maestria. Après 
neuf morceaux de piano accueillis avec les plus chaleureux bravos , on 
a demandé à M. Emile Forgues sa fameuse tarentelle, qui lui a valu une 
nouvelle et dernière ovation. 

— Nous sommes en retard avec l'audition et le concert donnés dans les 
salons de Pleyel par M. Magnus. Ce pianiste-compositeur a fait en grande 
partie les frais de son double programme , soit comme exécutant, soit 
comme compositeur, et le public ne s'en est pas plaint, au contraire. Il 
a fait connaissance avec de jolies productions rendues avec tout le charme 
qu'un habile pianiste peut y apporter. 

— Nous ne pouvons que signaler, comme c'est au moins notre devoir, 
les soirées de musique de chambre de M. Charles Lamoureux, qui suivent 
avec bonheur l'impulsion donnée depuis quelque années à l'art classique. 

— Le virtuose Servais, qui vient de se faire entendre à l'audition des t 
œuvres de M. Damcke, doit également prendre part au beau programme 
du concert de Henri Herz, mercredi prochain 13. 

— Au concert donné mardi dernier, salle Pleyel, par le violoncelliste 
M. Casella, le programme a trouvé d'excellents interprètes en MM. Sauzay, 
Géraldy, Lucchesi, M me Mancel, sans compter — ou plutôt en comptant le 
bénéficiaire et M me Casella, l'habile pianiste. La fantaisie il canto di Ro- 
meo, sur les Capuletli, a valu à l'auteur exécutant, M. Casella, un sucqès 
exceptionnel. L'opérette de feu Collin, Pierre et Paul, servait d'inter- 
mède ; M. Gérézer et M n ° Gallino l'ont joué et chanté. — Mentionnons 



aussi un des principaux accompagnateurs de cette soirée, M. Magner, et 
non Wagner, comme disait par erreur un de nos précédents numéros. Ce 
jeune élève est lauréat de l'École religieuse de Niedermeyer. Il est orga- 
niste aux Carmes, et a, pendant plusieurs mois, remplacé son maître 
Schmilt, organiste du grand orgue de Saint-Sulpice. 

— Le concert de Félix Godefroid est remis au 13 avril ; toutefois, le 
jeudi 14 mars, jour primitivement fixé, les salons d'Érard s'ouvriront à 
l'audition des éludes de Y Ecole chantante de Félix Godefroid, exécutées 
par Louis Diemer. 

■ — Mardi soir 12 mars, concert de M. et M me Viguier, salons d'Érard. 

— Le 18 mars, salon d'Érard, concert de M lle Ida Bertrand. Nous en 
donnerons le programme dimanche prochain. ' 

— Samedi soir 16 mars, concert de MM. Léon Le Cieux et Nollet , 
salle Herz. 

— Le concert de M. etM me Deloffre prendra place parmi les plus bril- 
lants de la saison. On a bissé Plaisir d'amour, chanté par M. Battaille, et 
Y Ave Maria de Gounod, chanté par M me Ugalde, avec accompagnement de 
violon par M. Deloffre, de piano par M me Deloffre, et d'orgue par M. d'Au- 
bel. Le duo A'Euryanthe , par Henri Ravina et M me Deloffre, méritait le 
même honneur. Entre les deux parties du concert, indépendamment de 
vers récités par M. d'Herment, Paul Malézieux a redit la Parodie des 
■romances, de Gustave Nadaud, spirituelle scène de concert, s'il en fut. 

— Le concert du bouffe Salabert aura lieu le 28 courant, à 8 heures du 
soir, salle Beethoven. Le bénéficiaire sera secondé, pour la partie vocale, 
par M me Sofia Marini, M me Bailini, MM. Reichard, Ronzi, Orsini et Reuz, 
et pour la partie instrumentale, par M lles Sabatier, Blot, etc. 

— Jeudi prochain 16 mars, salons de Pleyel, concert donné par 
M. et M me Edouard Lyon. La deuxième partie du programme se compo- 
sera de la Dernière Bataille, opérette de Félix Godefroid. 

— Parmi les artistes qui se recommandent en ce moment à nos salons 
parisiens et à nos sociétés philharmoniques de la province, nous nous em- 
pressons de signaler une jeune personne-doublement intéressante au point 
de vue du talent et de la plus cruelle des infirmités : M lle Zoé Lecocq, 
aveugle de naissance, n'est pas seulement une parfaite musicienne, elle 
est encore poète et chante ses inspirations de la voix, sur le piano ou sur 
Yharmoni-flùte. 

— La cantate composée par Adrien Boïeldieu en l'honneur de l'institu- 
tion de bienfaisance : Notre-Dame des Arts, vient de paraître au Mé- 
nestrel (voir aux Annonces). 

— L'éditeur Richault vient de publier un Sulutaris de M. Gouffé , 
avec accompagnement de contre-basse , cor anglais ou violoncelle, ad li- 
bitum. Cette composition est mélodieuse et d'une harmonie bien comprise 
et bien soutenue. 

— Les éditeurs du Ménestrel viennent de publier la mélodie inspirée à 
Gustave Héquet par la délicieuse poésie de Victor Hugo, intitulée : les 
Trois Chansons. 

— Le Monde parisien, revue d'actualités artistiques, littéraires et reli- 
gieuses, nouvelles de l'industrie parisienne, sous la direction de M. le 
baron de Kentzinger, paraissant' les 1 er et lo de chaque mois. Prix d'a- 
bonnement: 12 fr. par an. Bureaux à Paris, rue deMarengo, 6. 

— Folie-Polka, tel est le titre de la dernière publication dansante de 
l'année, due à M. J. Rousselot, pianiste-accompagnateur du joyeux réper- 
toire de Berthelier. 



J.-L. Heogel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ- Charles de Mouryu 



EN VENTE au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. 



SCÈNES ET MÉLODIES NOUVELLES. 

CLÉMENTINE BATTA. 

Amour et Prière. — Chant d'une Mère. — ■ Prière à la Vierge. — 
La Valse de Marguerite. 

CHANSONS DE GUSTAVE NADAUD. 

La Promenade. — La Bruyère. — La Ferme de Beauvoir. — Le Vent 
qui pleure. — ■ Florimond l'enjôleur. — La Mère Françoise. 



NOUVELLES PUBLICATIONS en vente au MÉNESTREL , 2 bis, rue Vivienne. 



TROIS NOUVELLES VALSES DE SALON 



VALSE 

du 

PAPILLON. 




LLER 

E5BSB C^^B msm B ■ 



VALSE 

de 

FORTUNIO. 



VALSE DE BARKOUF , 
Sur les motifs favoris «lu ballet et des opéras «le .1- OFFKSBACII. 



A. CROIZEZ. 

Morceau de salon sur Fortimio. 

CAZALIS. 

Ronde de nuit. 

A. GODARD. 

Pense à moi. 

L. ROQUE. 

Guz-la-Hi, valse du Talisman. 



Concerts 
des BOUFFES-PARISIENS. 



PAUL BERNARD. 

Barcarolle et Chanson de Fortunio. 

TRANSCRIPTIONS. 

LUCîiEN LAMBERT. 

Le Carnaval de Paris. 

EMILE FORGUES 

Fête des Aimées. 

J.-L. BATTMANN. 

Les Soupirs de Félix Godefroid, fantaisie concer- 
tante pour orgue et piano. 



ALIQUET 



J.-L. BATTMANN. 

Chanson de Fortunio. 

MOUGIN. 

Mazurka et Marche. 

C.-A. MAYER. 

L'Heure sainte. 

A. IYIIOLAN. 

Sémiramis, mosaïques pour orgue. 



Opéreltc 
de J. OFFENRACH. 



Dix-huit petites Fantaisies sans octaves. 



1. Orphée aux enfers. — 2. Croquefer, ballade. — 3. Croquefer, galop. — 4. Dragonnette. la Canlinière. — 5. Petits Prodiges, valse des animaux. — 6. Orphée 
aux enfers, galop infernal. — 7. Le Savetier et le Financier. — 8. Le 66, tyrolienne. — 9. La Chatte, miaou. — 10. Orphée, roi de Béotie. — 11. Orphée, 
couplets à Jupin. — 12. Geneviève, chanson de l'enfant. — 13. Le Mariage aux lanternes. — 14. Le Mari à laporte, valse. — 1b. La Demoiselle en loterie. 
-ï- 16. Les Trois baisers du Diable. — 17 . La Bonne d'enfant, la trompette. — 18. Le Carnaval des Reeues. 

Chaque morceau : 3 fr. 



Ed. Batiste. Quadrille des Touches blanches , 

sans dièzes ni bémols ; à 2 et 4 mains. 
J.-L. Hartmann. Les Petits chasseurs, qua- 

rille facile. 
J.-Ch. Hess. Les Platanes , quadrille. 
M. Alkan. Taise des Cygnes. 

— 2 e Mazurka brillante des Alpes. 



MUSIQUE DE DANSE. 



STRAUSS. 

Valse , mazurka et quadrille du Papillon , quadrille 

de Fortunio. 

.Valse et quadrille du Mari sans le savoir, quadrilles 

de Sémiramis et de Barkouf. 



Arban. Villa Stéphanie, valse. 

— Polka des Souhaits. 

— 2 e Quadrille de Fortunio. 

— Polka des Métamorphoses. 
Musard. Quadrille du Papillon. 

Pli. Stutz. Valse des Bergers de Prague. 

— Polka de Fortunio. 

— La Fée des Moissons, polka. 



Cantate : 

NOTRE-DAME DES ARTS. 



A. BOIELDÏEU 



Poésie de 

ROGER' DE BEAUVOIR. 



Pour voix de soprani, avec soli, chœur, violoncelle, orgue, piano et harpe, adlib. 
K» 1. Partition complète et parties séparées: O f . | N° S. Réduction pour chant et piano : 4 f. ?0 c. 



GUILLOT DE SAINBRIS. 

Isabelle. ' 

Hiver et Printemps. 

H. POTIER. 

Adieu les Fées. 

Fais-toi petit. 

Comire ou le Nouvel ami des Enfants. 



CLEMENTINE BATTA. 

Amour et Prière. 
Chant d'une Mère. + 
Prière à la Vierge. 
La Valse de Marguerite. 

G. HÉQUET. 

Les trois Chansons, poésie de Victor Hugo. 



PAULINE THYS. 

Tes Vingt ans. 
Harmonies du soir. 

LOMBARD. 

La Danse Macabre. 

Le Moka. 

Le vrai Prêtre, pour voix de basse. 



— SIX ROMANCES : — 

V LARDINOIS. Richesse du Cœur. Hymne à l'Amour. Il estsi doux d'aimer. Pensera-t-elle.àmoi. Page et Châtelaine. ALBUM DE SALON. 



757. — 28 e Année. 



TABLETTES 
OU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche 17 Mars 

1861. 



n^rra 



MENESTREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en cher. 



EES BUREAUX , S bis, rue Vivienne. — HEUGEL et O, éditeurs. 

(Aux Magasins et Abonnement de Musique <Iu MÉNESTREL. — Tente et location de Pianos et Orgues.) 



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1 er Mode d'abonnement • Journal-Texte, tous les dimanches; 3G Morceaux 
Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; 2 Albums 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Etranger; 21 fr. 



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Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; t Albunio- 
primes illustrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr. ; Étranger : 21 fr. 

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3 e Mode d'abonnement contenant le Texte complet, les 5S Morceaux de chant et de piano, les 4 Albums-primes illustrés. 

i Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 

On souscrit du t« r de chaque mois. — L'année commence du 1" décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser/Vanco 
un bon surla poste, a MM. eu t ci i et Cie, éditeurs du Ménestrel et de lu Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charlesde Mourgucs frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 1655. 



SOMMAIRE. — TEXTE. 

1. Académie impériale de Musique : Tannhauser de Richard Wagner; impression 
de la première soirée. J.-L. Heugel. — 11. Tablettes du pianiste et du chan- 
teur : le Laryngoscope, ou Miroir de la voix, par Manuel Garcia. J.-L. Hedgel. 
— 111. Troisième et quatrième théâtre lyrique : premières représentations des 
Deux Cadis et de la Servante à Nicolas. J. Lovt. — IV. Nouvelles, Soirées et 
Concerts, Annonces. 

MUSIQUE DE CHANT: 

Nos abonnés à la musique de Chant recevront avec le numéro de ce jour: 

LE BAL, 

Valse chantée par M Uc Chabert dans le Mari sans le savoir, paroles de 
MM. Léon et Ludovic Halévt, musique de M. de Saint-Rémy. — 
Suivra immédiatement après ; Fais-toi petit! paroles de Charles 
Potier, musique d'HENRi Potier. 

PIANO : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano , la transcription de Th. Lécureux , sur la romance populaire : 

FLEUVE DU TAGE , 

Suivra immédiatement après : Bella sera, idylle de Paul Bernard. 



ACADEMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE. 

TANNHAUSER 

Opéra en trois actes, de Richard Wagner. 

tes impressions de la première soirée. 

Avant tout, lecteurs, nous devons déclarer qu'à l'approche de 
la semaine sainte , nous nous sommes fait un devoir de nous 
mettre en état de grâce devant le Tannhauser. Nous avons de- 
mandé l'absolution pour tout ce que nous avions pu, dire, écrire 
ou penser de la musique de l'avenir; bref, nous nous sommes 
recueilli pour signer un armistice avec nos répugnances. C'est 
dans cette disposition d'esprit que le Ménestrel s'est présenté à 



la première représentation de l'ouvrage de M. Richard Wagner. 
Bien plus : pour mieux traduire les impressions générales et 
les nôtres en particulier, nous avons cru devoir confier l'analyse 
de la partition à une plume toute musicale , qui interrogera, 
scrutera chaque morceau ou plutôt chaque récitatif, et jusqu'aux 
moindres détails de la musique du Tannhauser. Cette analyse 
sera le sujet d'un second article, dont notre collaborateur Paul 
Bernard a bien voulu accepter la délicate et laborieuse mission . 

C'est donc dégagé de toutes préoccupations que nous avons 
pris possession de notre stalle, décidé à nous laisser impression- 
ner , non-seulement par nos sensations propres , mais aussi par 
celles de nos voisins, fluide communicalif auquel les esprits les plus 
forts, les tempéraments les plus énergiques sont rarement rebelles. 
Nous n'aimons guère à nous isoler ; nous sommes de ceux qui, 
en fait d'art, n'excluent point l'entraînement, et sans sacrifier 
absolument à la popularité qui touche souvent à la vulgarité, nous 
protestons cependant, et de toutes nos forces, contre la musique 
spécialement destinée à bercer l'amour-propre de quelques ima- 
ginations élhérées ou métaphysiques qui se donnent l'étrange 
prétention de voir, d'apprécier, un demi-siècle à l'avance, ce 
que, dans leur pensée, nos petits-fils devront admirer un jour. 

A notre avis, l'essence divine et indestructible de la musique 
réside dans le charme et le sentiment de la mélodie, intimement 
liée à l'harmonie, l'une inséparable de l'autre. Si l'auditeur 
n'est ni charmé, ni touché au cœur, le musicien a perdu sa cause ; 
il peut éblouir, surprendre, intéresser même, mais sans avenir 
pour sa musique. 

Or, interrogeons le public de mercredi dernier, à l'Opéra. 
S'est-il ému une seule fois durant toute la soirée? A défaut de 
cette émotion profonde qui enlève une salle entière, a-t-il été 
charmé par des mélodies limpides, des harmonies suaves, onc- 
tueuses, des effets piquants, des rhythmes nouveaux? Non, rien 
de tout cela. 



122 



LE MÉNESTREL. 



Disons-le hautement : il a été énervé, surexcité par une or- 
chestration stridente, insatiable d'effets et de dissonances, par 
une instrumentation complexe jusqu'à l'abus des détails et de la 
force permanente, par le paroxisme de la chanterelle, et sur- 
tout par une intempérance de récitatifs qui porte à la torpeur 
la plus prolongée et de la façon la plus dangereuse pour la santé 
des auditeurs. 

« J'y ai survécu, » s'écriait un robuste feuilletoniste, au sorlir 
de la dernière répétition générale; combien de dillettantes intré- 
pides, de femmes fortes dans toute l'acception du mot, n'ont pu 
en dire autant à la première représentation ! Et cependant, com- 
bien le spectacle de la salle, celui des loges en habits de fête, 
la présence de S. M., celle des personnages de la Cour, du 
corps diplomatique tout entier, combien enfin l'empressement 
des notabilités de tout genre offraient aux yeux une compensa- 
tion dont l'esprit, le cœur, les oreilles avaient grand besoin. Et 
quel luxe de mise en scène, que de merveilles prodiguées par 
l'art contemporain à la musique de l'avenir ! 

Certes, M. Richard Wagner ne se plaindra pas de la noble 
hospitalité qui lui a été faite par l'Académie impériale de mu- 
sique, et s'il n'a pas à se louer au même degré du public, cela 
tient à des causes qui sont inhérentes au système dont il se croit 
le Messie. 

Comme le lui disait un grand maître de notre connaissance : 
« Vous êtes bien heureux de pouvoir faire de nouvelle musique; 
que le public soit avec tous! S'il vous récuse, soyez martyr; 
à bien prendre les choses, c'est encore la mort la plus enviable, 
la plus glorieuse! » 

Eh bien ! dans l'opinion du public, l'auteur du Tannhauser 
vise au marlyrat. Il demeure évident pour tous que le talent, 
le caractère élevé, l'ampleur de style de certaines pages de l'œu- 
vre indiquent un grand musicien ; que la donnée générale du 
poème désigne à l'esprit un penseur, un poète ; mais que le 
musicien , le penseur et le poète se sont entendus pour commettre 
en définitive une interminable homélie musicale , sacrifiant la 
forme au fond, le fond à la forme, s'évertuant à développer 
plus que surabondamment les récitatifs de Gluck sans le génie 
concis et si profondément dramatique du créateur ! voila pour 
la partie chantée. 

Quant à l'orchestration, nous l'avons dit et le public tout en- 
tier le répétait de loge en loge, de stalle en stalle, c'est la néga- 
tion de la tempérance, du charme, de l'harmonieux; mais, en 
revanche, une désolante avalanche de notes qui s'abat sans pitié 
sur ce désert musical dont M. Richard Wagner a fait sa grande 
toile de fond. Certes, la belle marche des Chevaliers au premier 
acte, le remarquable chœur des Pèlerins, l'andanle du septuor 
et la première partie du final du second acte, sont de belles et 
grandes pages ; mais à quels titres ces grandes inspirations 
sont-elles là? A l'état d'irréfragable protestation contre l'œuvre 
dans son entier ! 

C'est là ce que le public n'a pas suffisamment compris, en 
acclamant d'une manière trop contenue la condamnation du 
coupable par le coupable lui-même. En effet, cette marche 
n'est-elle pas la digne sœur de celles du Prophète, de la Juive, 
de Sémiramis; l'andante du septuor, un fragment que Bellini 
et Donizetti auraient signé des deux mains, en confiant aux voix 
ce que M. Wagner fait chanter aux violons ; enfin, le chœur des 
Pèlerins, avec son caractéristique dessin d'accompagnement, une 
page empruntée au génie de Weber? 



Seulement Weber se serait arrêté à temps; ce n'est pas ce 
génie sensé et pourtant si poétique qui aurait développé à sa- 
tiété, sous toutes les formes, durant trois éternels actes, une 
formule d'accompagnement, — si belle qu'elle soit, — mais qui, 
à partir de l'ouverture, se prolonge indéfiniment, à l'instar du 
câble transatlantique, cet immense trait d'union entre les deux 
mondes. 

Résumons-nous, ou plutôt résumons les appréciations du 
public. Tout en rendant, souvent in petto, il est vrai, justice au 
talent incontestable de l'auteur du Tannhauser, je dirai même 
au cachet de génie imprimé à certaines pages, il a condamné 
par son silence, par ses chuts, ses rires et quelques sifflets, les 
excès d'un système dont le Tannhauser n'est cependant que 
l'expression amoindrie, ou plutôt naissante, — si on se reporte 
à la création de l'ouvrage en Allemagne. 

Nous eussions préféré le silence imposant de toute l'assem- 
blée ; c'eût été plus digne, et c'est ainsi que la soirée, du reste, 
avait commencé. Mais le moyen de supporter froidement les 
bravos d'une claque, dont, disait-on, l'appoint traditionnel avait 
été noblement repoussé ! On s'est laissé aller à des excès con- 
traires et regrettables, il faut l'avouer. 

Nous devons en tirer cette leçon que Paris, la capitale des 
arts, quoi qu'en puissent penser l'Allemagne et l'Italie, est bien 
décidé à ne point suivre les rêveurs, les athées, dans la décou- 
verte d'une musique nouvelle, appréciable, selon eux, un siècle 
après; qu'en définitive, tous ceux qui portent le sentiment de la 
musique dans leur cœur, et ils sont nombreux, sans se refusera 
des conquêtes nouvelles, inspirées par le vrai génie, n'entendent 
en aucune façon renier le passé, briser avec des chefs-d'œuvre 
qui sont leurs toiles de Raphaël, de Michel-Ange, de Rubens, 
la vie réelle de la musique, et son immortalité tout à la fois. 



Parlerons-nous maintenant des interprètes du Tannhauser ? 
C'est notre devoir. 

D'ailleurs, M lle Marie Sax, M me Tedesco, MM. Morelli, Ca- 
zaux, et M. Niemann, le complice en titre de M. Richard Wag- 
ner, peuvent s'écrier à bon droit : Tout est perdu, fors l'hon- 
neur! 

Impossible de remplir avec plus de conscience et de résigna- 
tion la tâche ingrate qui leur était dévolue. — Il fallait voir ces 
intrépides nautoniers esquivant de leur mieux les écueils semés 
comme à plaisir dans cet océan de récitatifs , manœuvrant 
sans boussole dans d'inextricables ensembles, bravant les raffa- 
les imprévues de l'orchestration qui vient vous surprendre jus- 
que dans les moindres détails. 

Certes, M lle Sax mérite une belle fiche de consolation. C'est 
une Elisabeth sans reproche, digne en tous points d'un meilleur 
sort. — M me Tedesco n'avait à prouver qu'une superbe Vénus, 
bonne à voir; les yeux ont été satisfaits, mais c'est tout. — M. Ca- 
zaux a donné tout essor à ses notes les plus paternelles, dans le 
Landgrave Herman. 

Quant à M. Morelli, il a chanté le personnage de Wolfram 
en Italien de bonne maison, et M. Niemann, lui, a répondu en 
digne Allemand qu'il est, animé, on le sent, du mal du pays. 

C'est qu'$ faut bien se garder de dépayser certains artistes. 
L'acclimatation leur est interdite, et M. Niemann nous paraît être 
dans ces conditions. Sa figure est expressive, distinguée, mais d'un 
seul ton ; sa voix, bien que certaines notes ne manquent pas de 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



123 



portée dramatique, est également d'un seul timbre, enfin nous 
avons eu le regret de ne pouvoir reconnaître en lui un artiste 
complet, au point de vue de notre première scène lyrique. Il 
paraît nier ou ignorer l'art du chant, comme M. Wagner nie 
la forme et la mélodie en musique. 

On assure cependant que M. Niemann a une grande réputa- 
tion de chanteur au delà du Rhin. N'en disait-on pas autant 
du Tannhauser, qui est cependant contesté, condamné sur plus 
d'un théâtre en Allemagne? 

Restent l'orchestre et les chœurs. A ce double égard, 
MM. Dietsch et Victor Massé méritent des éloges en partage avec 
M. Vauthrot, qui a donné tous ses soins, avec une intelligente 
et religieuse conscience, à la direction du chant. 

Si M. Dietsch a rencontré parmi ses amis des opposants à sa 
détermination de conserver quand même le bâton de chef 
d'orchestre, il faut dire aussi que des avis, également bien 
intentionnés, reprochaient à M. Wagner de vouloir brûler ses 
vaisseaux en ne se réservant pas le moindre parachute. D'ail- 
leurs, l'auteur pouvait - il bien risquer 'de sa personne une 
déconvenue qui ne devait s'attacher qu'à l'œuvre , dans ses 
infirmités , dans ses inacceptables excès , dans les éléments 
constitutifs enfin de ce que chacun appelle, avec raison, le sys- 
tème de la musique de l'avenir? 

Nous savons bien que M. Richard Wagner décline l'ensei- 
gne d'un pareil apostolat ; mais comment donc désigner une 
musique placée si fort au-dessus de l'intelligence des musiciens 
contemporains français, d'une musique destinée , selon les 
adeptes du genre, à faire époque. . . plus tard. . . le plus tard 
possible, nous l'espérons bien. 

Que dit-on aujourd'hui, même dans certains cercles parisiens, 
et que dira-t-on demain en Allemagne? «Le Tannhauser n'a 
pas été compris à Paris. Il a eu le sort des symphonies de 
Beethoven!... (1). » 

Hé bien , c'est contre cette énorme prétention que Paris pro- 
teste et doit protester. Nous avons compris ce qui était com- 
préhensible dans l'œuvre du Tannhauser; ce que nous avons 
condamné sans pitié, dans le présent et l'avenir, c'est le détes- 
table système intronisé dans l'ensemble de la partition, au 
double point de vue du chant et de l'orchestre, système qui 
n'abourait à rien moins qu'à la négation complète de la vraie 
musique. 

J.-L. Hedgel. 

P. S. Nous apprenons que la seconde représentation du 
Tannhauser a été remise à demain lundi, pour donner le temps 
à l'orchestre et aux artistes de prendre connaissance des cou- 
pures et modifications projetées par M. Richard Wagner. Quel 
que soit le sentiment qui a porté l'auteur à faire des concessions, 
le public lui en saura gré et n'en appréciera que plus à l'aise 
les réelles beautés de l'œuvre. 



(I) Relevons à ce propos toute confusion : c'est l'exécution compliquée 
des symphonies de Beethoven, à une époque où l'orchestre du Conserva- 
toire était loin d'être ce qu'il est aujourd'hui , qui a demandé du temps 
pour mettre au jour ces immortelles œuvres. Mais leur succès d'audition 
s'est décidé et consolidé sans avoir à compter avec les brouillards de l'avenir 



Le mardi de Pâques, 2 avril, il sera exécuté, à midi précis, dans l'église 
de Sainte-Clolilde, une messe en musique de la composition de M. Auguste 
Franck. M. le Cuvé veut bien accorder le produit des chaises et la quête, 
à une pauvre famille d'artistes réduite à la plus grande misère. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



LE LARYNGOSCOPE 



IUIROIR Dr LARYNX. 

M. Paulin Richard, musicien lettré, attaché depuis longues 
années à la Bibliothèque impériale , vient de publier une très- 
intéressante notice sur le larijngoscope ou miroir du larynx , 
dont la première idée, due à Manuel Garcia fils, paraît lui être 
disputée, bien à tort, si on en juge par les documents publiés 
par M. Paulin Richard, et dont voici quelques extraits : 



« Il y a quelques mois à peine, dit M. Richard, les mots 
laryngoscope et laryngoscopie, complètement ignorés de la plu- 
part des médecins, étaient connus de quelques rares adeptes de 
la science physiologique et de l'art musical. L'arrivée à Paris 
d'un docteur hongrois, M. Joh. Czermak, vint tout à coup ré- 
véler avec un certain éclat et le mot et la chose. Présenté d'abord 
confidentiellement dans quelques salons comme une curiosité 
piquante et nouvelle, puis expérimenté avec apparat en présence 
d'un grand nombre de praticiens dans les principaux hôpitaux 
de Paris, enfin officiellement introduit devant les corps savants , 
le laryngoscope a rencontré partout l'accueil le plus sympa- 
thique. Est-il besoin de dire que les divers organes de la publi- 
cité, les journaux de médecine surtout, toujours prêts à favoriser 
tous les progrès, remplirent leurs colonnes des faits curieux , 
des remarques ingénieuses que venaient leur offrir et la dé- 
monstration publique et les communications officieuses ? 

« Cependant l'idée d'examiner le larynx chez l'homme vi- 
vant, à l'aide de deux miroirs, appartient incontestablement à 
M. Garcia. Cela est facile à démontrer par des preuves évi- 
dentes, par des documents positifs. On ne trouvera donc pas 
étrange, au milieu de tout le bruit qui s'est fait autour du nom 
de M. Czermak, qu'un vieil ami de M. Garcia vienne revendi- 
quer les droits du premier inventeur de ce petit instrument et 
en raconter l'histoire assez laborieuse. » 

Ici M. Richard cite nombre de pièces officielles du plus grand 
intérêt, et met en scène tour à tour les docteurs Czermak, Turck, 
Dechambre, Liston, Mandi, Follin, Cloquet, Gavarfet, Second, 
Diday, Sharpey et Larrey, qui a pris les intérêts et la défense 
de Manuel Garcia devant la Société de chirurgie tenant séance 
le 4 avril 1860, sous la présidence de M. J. Marjolin. 

Voici, du reste, comment Manuel Garcia développe lui-même 
sa manière d'étudier le larynx au moyen du laryngoscope : 

. « La méthode que j'ai suivie consiste à placer, au sommet 
du pharynx, un petit miroir fixé à une longue tige convenable- 
ment recourbée. Le miroir est éclairé au moyen d'un second, 
destiné à recevoir les rayons du soleil. L'image du larynx se 
réfléchit d'abord sur le petit miroir , d'où elle est renvoyée au 
miroir extérieur. 

« A l'aide de ce simple appareil, j'ai pu étudier le mécanisme 
de la voix, mieux qu'on avait été en mesure de le faire jus- 
qu'alors ; et je suis arrivé à des résultats que je crois intéres- 
sants et nouveaux. Je demande la permission de rappeler , en 
quelques lignes, les plus importants. 

« Selon moi, les cordes vocales supérieures ne sauraient pro- 



124 



LE MÉNESTREL. 



duire des sons. En effet, les cartilages de Wrisberg et les liga- 
ments supérieurs eux-mêmes gardent en toute circonstance une 
position écartée ; ils ne peuvent entrer en contact pour donner 
lieu à Yexplosion de l'air, et ne servent qu'à encadrer l'espace 
elliptique formé par les ligaments inférieurs. A l'appui de ce 
que j'avance, il suffit de s'assurer que les muscles, d'ailleurs 
assez faibles, qui correspondent à ces ligaments, recouvrent 
entièrement à l'extérieur l'extrémité supérieure des muscles 
thyro-aryténoïdiens. Cette remarque, à ma connaissance, n'avait 
pas encore été faite, et je la crois très-importante, car elle per- 
met seule de refuser aux cordes supérieures une part active 
dans la formation des sons. 

« De ce qui précède, il résulte que la voix humaine est pro- 
duite uniquement par la glotte inférieure. 

« Restait à déterminer le procédé qui lui permet -de produire 
des sons isolés, et celui qui la met à même de les réunir en 
gamme. Ces deux questions sont résolues a l'aide des miroirs et 
de quelques observations anatomiques. 

« Détachées du larynx, les cordes vocales ne ressemblent aux 
cordes et aux anches, ni par la forme, ni parles dimensions , 
ni par aucune de leurs conditions matérielles; ce n'est donc 
point à leurs dimensions que les cordes vocales doivent la fa- 
culté de faire naître les sons. Elles la tiennent uniquement de 
leur élasticité. Lorsqu'en vertu de cette élasticité merveilleuse, 
elles s'agitent l'une contre l'autre, au sommet du tuyau vocal, 
elles s'ouvrent et se ferment alternativement avec une prompti- 
tude extrême et divisent le courant d'air qui s'en échappe en une 
série d'explosions rapides et isochrones qui constituent le son. 

« Les explosions de l'air, disons-le, sont la cause primordiale 
du son, tout aussi bien dans les instruments que dans la voix, 
et il est facile de reconnaître que le mouvement de va et vient 
des cordes, les pulsations de l'air dans les instruments a vent, 
les chocs de la sirène de M. Cagnard-Latour, etc., etc. ; en un 
mot, toutes les sources de vibrations, quelque variées qu'elles 
puissent être, suscitent uniquement dans l'air une série de dila- 
tations et de compressions alternatives qui vont enfin réagir 
contre notre tympan. 

« Par conséquent aussi, tout mécanisme qui, dans un mou- 
vement alternatif et rapide, arrête et laisse s'échapper un étroit 
courant d'air, doit produire des vibrations sonores. 

« C'est, en effet, ainsi qu'agissent les anches libres et bat- 
tantes dans les embouchures des hautbois , des bassons, des 
clarinettes: c'est encore ainsi que vibrent les lèvres de l'instru- 
mentiste pour faire parler le cor; c'est de même également que 
procèdent les lèvres de la glotte pour créer la voix humaine. 

« Si du mécanisme qui sert à produire les sons isolés nous 
passons à celui qui les réunit en gamme, nous distinguerons un 
mouvement progressif extérieur, visible avec le secours des 
miroirs, et une cause interne, qui détermine ce mouvement et 
que l'anatomie seule nous fait comprendre. 

« Le mouvement visible consiste en un raccourcissement pro- 
gressif d'arrière en avant et en un rétrécissement correspondant 
de la partie vibrante de la glotte. Dans ce double phénomène, 
la portion fermée gagne tout ce que perd le portion ouverte, et 
il se forme , pour ainsi dire, une nouvelle glotte plus petite 
pour chaque nouveau son. 

« La cause interne se révèle par la disposition remarquable 
que présentent les fibres du faisceau musculaire qui prend nais- 
sance dans la cavité intérieure de l'aryténoïde. Ces fibres, pla- 



cées horizontalement, partent toutes de la face antérieure de 
l'aryténoïde et sont superpostes par couches d'inégale longueur. 
« Les plus internes sont les plus courtes ; au fur et à mesure 
qu'elles se rapprochent de l'extérieur, elles s'allongentet étendent 
de proche en proche leur action sur tout le tendon vocal auquel 
elles vont toutes aboutir. On voit déjà comment, les contrac- 
tions se propageant des couches profondes aux couches super- 
posées, les fibres distendent progressivement les bords de la 
glotte, en amoindrissent la longueur vibrante et en rendent 
faciles les mouvements . accélérés. Divers autres muscles con- 
courent nécessairement à compléter ce résultat ; mais l'action 
principale appartient au faisceau dont nous venons de parler. 

« Ces caractères différents de la voix tiennent à la profondeur 
des surfaces mises en contact pendant les vibrations. Sous l'em- 
pire du registre de poitrine, les ligaments vocaux sont tendus et 
entrent en contact dans toute la profondeur de l'apophyse an- 
térieure de l'aryténoïde, tandis que sous l'influence du registre 
de fausset-tête, ce sont les bords seuls des ligaments qui se ten- 
dent et se touchent. 

« Comme les bords de la glotte consistent à la fois dans les 
apophyses antérieures de l'aryténoïde et dans les ligaments vo- 
caux, chaque registre se trouve formé de deux parties assez 
marquées : l'une, la plus basse, résulte des vibrations de la glotte 
bi-composée ; l'autre, la plus haute, de celles du ligament tout 
seul. 

« Dans une dernière observation , nous avons constaté que 
l'éclat ou le voile des sons dépend de ce que les bords de la 
glotte s'appliquent plus ou moins exactement l'un contre l'autre 
après chaque explosion. Si le contact est complet, chacune sera 
nettement détachée et le son sera pur ; si , au contraire , les 
explosions sont réunies entre elles par un filet continu d'air, le 
son sera terne et voilé. » 

Si nos lecteurs, maintenant, veulent remonter à l'idée pre- 
mière du laryngoscope, voici comment Manuel Garcia raconte 
l'historique de ses premiers essais. Le 4 mai 1860, il écrivait à 
son savant ami M. Larrey, une lettre qui a passé par les mains 
de M. Richard, et dont voici un extrait, aussi piquant par sa 
spirituelle conclusion qu'intéressant au point de vue de la science 
médicale et vocale : 

« Je vous suis très reconnaissant de la bonne amitié que vous 
me conservez, et je ne puis que vous remercier de vous sous- 
traire à vos sérieuses occupations pour soutenir de votre main 
secourablela vacillante réputation scientifique du maestro di bel 
canto. 

« L'idée de me servir de miroirs pour étudier l'intérieur du 
larynx, pendant l'acte du chant, m'était venue depuis longtemps 
et à différentes époques; mais toujours je l'avais repoussée, la 
croyant impraticable. Ce ne fut qu'en 1854 que, me trouvant 
en vacance à Paris, pendant le mois de septembre, je résolus d'é- 
claircir mes doutes et de voir ce que mon idée avait de réalisable. 
J'allai demander à Charrière s'il n'aurait pas un petit miroir 
qui, attaché à un long manche, pût servir à examiner le gosier. 
Il me répondit qu'il avait un petit miroir de dentiste, qu'il avait 
envoyé à l'exposition de Londres en 1851, et dont personne 
n'avait voulu. Je l'achetai ( je crois pour 6 fr., ) et, muni d'un 
second miroir à main, je rentrai chezmasœur, très-impatient de 
commencer mes essais. Je plaçai contre la luette le petit miroir 
préalablement chauffé dans de l'eau chaude, et bien essuyé. Puis, 
l'ayant éclairé par un rayon de soleil que reflétait le miroir à 
main, je vis le larynx béant et tel qu'il est décrit dans les trois 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



125 



premières pages du mémoire que vous connaissez. Bientôt après 
mon retour à Londres, les brouillards vinrent mettre un obstacle 
désespérant à mes études. Jem'adressai alors à M. Williamson, 
professeur de chimie à l'Université de Londres, pour qu'il me 
fit connaître une lumière artificielle vive et abondante, ma lampe 
à huile ne donnant qu'une lumière très-insuffisante. 11 m'indi- 
qua celle que fournit la chaux en combustion dans le mélange 
connu d'oxygène et d'hydrogène. Malheureusement, mes appareils 
étaient très-imparfaits, et mes tentatives échouèrent. La lumière 
électrique ne me réussit pas mieux. Je fus donc réduit h ne me 
servir de mes miroirs qu'aux apparitions assez rares du soleil. 

« Comme le but principal de mes recherches était de déter- 
miner le rôle que chaque muscle intrinsèque du larynx joue 
dans le mécanisme de la voix, je dus me remettre à disséquer. 
C'est à M. Williamson que j'eus encore recours pour obtenirdes 
larynx. Il me présenta au docteur Sharpey, professeur de physio- 
logie à la même université et secrétaire de la Société royale. Dès 
que le docteur Sharpey eut appris de quoi je m'occupais, il 
donna ordre au garçon d'amphithéâtre de me fournir autant de 
larynx que j'en demanderais. Il me conseilla en outre d'écrire 
un mémoire sur ce que j'aurais observé, s'offrant à le lire à la 
R. S. dès qu'il serait terminé. 

« La brochure du professeur Czermakn'a paru qu'en 1S58; 
encore le professeur Czermaky déclare-t-il expressément qu'il a 
pris l'idée des miroirs dans le mémoire que je viens de citer. Il 
consacre un grand nombre de pages à décrire les deux mêmes 
miroirs, et a confirmer la description que je donne des mouve- 
ments intérieurs du larynx. — ... Quant au trou pratiqué dans 
le miroir a la main, je l'ai essayé pour que MM. Williamson et 
Sharpey y pussent regarder pendant que j'expérimentais sur moi- 
même, mais sans avantage marqué; ils voyaient tout aussi bien 
par-dessus le miroir. ( Mon miroir percé a été fabriqué à Londres, 
chez Coxeter, dont il porte le nom el la marque. ) 

« Voilà, mon cher Larrey, toute l'histoire du miroir : celle 
du petit Poucet est plus amusante. » 

Manuel Garcia. 

« J'ai encore tous mes outils; si vous croyez que ce soit utile, 

je vous les enverrai. . . » 

* 
* * 

Nous nous arrêterons à l'exhibition des outils , lecteurs, vous 
priant de vous contenter de la reproduction des quelques pièces 
qui précèdent. Elles suffiront, et au-delà, à vous prouver que 
Manuel Garcia fils est bien et dûment le Christophe Colomb, 
ou plutôt le Leverrier du laryngoscope ou miroir de la voix. 
C'est là un fait désormais notoire. 

Puisse le laryngoscope nous valoir des Malibran, des Damo- 
reau, des Garcia , des Rubini ! Nous le souhaitons sans oser 
l'espérer. 

Les miroirs sont trompeurs. J.-L. Heugel. 

Nous publierons dimanche prochain, dans les Tablettes du 
pianiste et du chanteur, une appréciation de notre collaborateur 
Léon Gatayes, à propos de l'audition des études de V École 
chantante du piano, de Félix Godefroid, études exécutées par 
M. Louis Diemer, avec intermèdes de chant par M me Pauline 
Thys, MM. Jules Lefort et Guidon frères. A dimanche les détails 
de cette soirée, qui s'est terminée par la Prière des Bardes, de 
F. Godefroid, transcrite pour violon, piano et orgue, interprétée 
par MM. Magnien, Diémer et M lle Virginie Huet. 



TROISIÈME ET QUATRIÈME THÉÂTRE L\R10JE. 



THEATBE-LVRIQDE. 

Les deux Cadis, opéra bouffe en un acte, de 1IM. Gille et Fubpjlle, 
musique de M. Th. Ymbert. 

Nous avons contracté une dette envers ces deux cadis, dont 
nous ne vous avons entretenus que sommairement dimanche 
dernier. Cette amusante bouffonnerie sert de lever du rideau à 
Madame Grégoire, et vous ouvre l'appétit pour toute la soirée. 

Figurez-vous deux cadis — deux magistrats — qui détroussent 
nuitamment les voyageurs! Il est vrai que cela se passe aux envi- 
rons de Bagdad — par une belle nuit, — des Mille et une nuits. 
Tenez ! voici justement un jeune seigneur occupé à flâner sur la 
grande route : le cadi Badroulboudour l'arrête, et, le yatagan 
sur la gorge, lui emprunte son beau manteau de velours, semé 
de perles. Un peu plus loin, voici le cadi Bakbarock qui, avec 
non moins de courtoisie, invite le jeune seigneur à lui céder son 
magnifique turban orné de pierres fines. Mais, cette fois, les 
deux honnêtes industriels sont fort mal tombés : ils ont détroussé 
le propre fils du grand-vizir!... Ce prince voyageait incognito, 
— les uns disent pour inspecter l'isthme de Suez, d'autres affir- 
ment qu'il rôdait autour du logis de M Ue Bakbarock. 

Cette dernière version est la seule admissible ; car, dès le len- 
demain, le prince se présente chez Bakbarock comme un pê- 
cheur ruiné, et se propose comme esclave. La belle Aminé re- 
connaît Hassan, elle l'avait déjà remarqué à la mosquée. Aussi 
faut-il voir avec quel empressement elle refuse le Badroulbou- 
dour que son père veut lui donner pour mari! 

Mais, attention! voici l'imbroglio, et le dénouement. L'es- 
clave improvisé remet aux cadis deux lettres portant le sceau im- 
périal : Dans ces missives officielles, ordre leur est donné de dé- 
couvrir immédiatement les bandits qui ont détroussé le fils de 
Son Excellence. Pour sortir de ce mauvais pas, nos deux cadis 
n'imaginent rien de mieux que d'affubler l'esclave, par manière 
de cadeau, des deux objets accusateurs. Hassan se laisse arrêter, 
juger et condamner à mort par les cadis; puis se fait recon- 
naître, à un signe au bras gauche, pour l'héritier du grand-vizir. 
Vous voyez d'ici la terreur de nos deux coquins. Heureusement, 
tout s'arrange par le mariage du prince avec M 1Ie Bakbarock. 
— Peut-être les deux cadis seront-ils pendus plus tard, mais c'est 
le moindre des soucis de MM. Giîle et Furpille; l'essentiel pour 
eux était de fournir un divertissant canevas à leur musicien, et 
ils ont complètement réussi. L'un et l'autre, d'ailleurs, avaient 
déjà donné des preuves d'esprit sur plusieurs scènes; M. Fur- 
pille est, en outre, et à ses heures, — voyez Brantôme ^ — un 
des tirailleurs de cette presse légère où il se dépense tant de sève. 

La partition de M. Ymbert constitue un début lyrique des 
plus louables. La mélodie, — cet élément capital, — domine 
dans l'œuvre, et l'orchestre, de son côté, accuse un musicien dis- 
tingué, s'amoindrissant sagement en vue du cadre qui lui est dé- 
volu. Le public a vivement applaudi l'ouverture, un terzetto, 
les couplets d'Aminé, un duo bachique, un quatuor et l'air de 
Hassan : Choisissez, etc. 

Une exécution plus parfaite pouvait doubler le succès ; nous 
n'en constaterons pas moins le zèle et le bon vouloir de M Ue A. 
Faivre, de MM. Grillon, Girardot, et nous donnerons un satis- 
fecit à M. Wartel, tout en regrettant de voir celte jeune indivi- 
dualité se vieillir à plaisir et à perpétuité. 



12G 



LE MÉNESTREL. 



BOOFFES-PARISrENS. 

La Servante à Nicolas, opérette en un acte, paroles de MM. Desarbres 
et Nuitter , musique de M. Erlanger. 

Voici un petit tableau villageois pour faire pendant au char- 
mant pastel de Forlunio. 

Le paysan Nicolas vient d'hériter de son oncle ; aussi les 
bouquets pleuvent-ils sous son chaume, et toutes les jeunes villa- 
geoises le choient comme on choie une espérance. Mais tout à 
coup le bruit se répand que le testament de l'oncle est grevé 
d'un codicille. Ce codicille, — remis au magister Grinchu, — 
porte que le neveu Nicolas est déshérité.... s'il se marie. — A 
qui échoira l'héritage, alors"? A Grinchu, sans doute; c'est du 
moins la pensée de cet excellent magister, et le voilà qui ma- 
nœuvre pour induire Nicolas en mariage. Mais, grâce au fafal 
codicille, le vide se fait autour du jeune campagnard. Furieux 
de l'abandon général, Nicolas jette les yeux sur sa servante, la 
trouve jolie et jure de l'épouser. Là-dessus Grinchu ouvre le 
codicille, lequel porte ces mots : « La femme qui épousera mon 
neveu sera mon héritière, car l'amour seul aura fixé son choix.» 
— Ainsi le codicille corrige et rectifie la clause excentrique du 
testament ; la morale est sauve. 

Sur cette donnée, M. Erlanger, — un jeune compositeur du 
cru, qui manie l'orchestre avec autant de goût que de distinc- 
tion, — a écrit quelques pages de musique pleines d'entrain , 
et dans lesquelles percent, par moments, plus d'une lueur d'ori- 
' ginalilé. Les couplets de M Ue Chabert , ceux de Desmonts, la 
scène des crêpes : Ah! quel plaisir , tout cela est mélodique- 
ment conçu, sans tomber dans la trivialité. La ronde normande 
est habilement arrangée. Citons aussi, dans le trio des femmes, 
le joli motif de valse, un des thèmes de l'ouverture. 

Enfin, la réussite de la Servante à Nicolas a pour coopéra- 
teurs MM. Desmonts, Caillât et M Ue Chabert, une des plus 
gracieuses pensionnaires de M. Jacques Offenbach. Quelle ser- 
vante accomplie que cette jeune Berthe ! cela vous repose l'âme, 
à une époque où tout le monde se plaint des domestiques.... 

J. Lovy. 



NOUVELLES DIVERSES. 

— M. Hittorf, membre de l'Institut, a fait connaître, dans un rapport 
publié au Moniteur, le résultat des travaux du jury chargé de juger le 
concours pour le projet d'une nouvelle salle d'Opéra. M. le rapporteur 
conclut ainsi : « Arrivé au terme de sa mission, le jury regrette que le 
désir de décerner le grand prix n'ait pu se réaliser; il émet le vœu qu'un 
nouveau concours, qui aurait pour récompense l'exécution de l'édifice, 
ait lieu entre les auteurs des cinq projets jugés les meilleurs. La commis- 
sion, en émettant ce vœu, croit assurer l'équité du choix définitif, et réa- 
liser ainsi l'espoir de voir s'élever dans Paris une salle d'Opéra digne de 
la capitale et de la France. » 

— Nous avons reproduit l'arrêt de la première chambre qui déboulait 
M. Richard Lindau de sa demande, relativement à la collaboration du livret 
de Tannhauser. Il a été décidé,' en dernier lieu , que l'affiche ne porterait 
le nom d'aucun des traducteurs. M. Wagner sera reconnu, comme en Al- 
lemagne, seul auteur du Tannhauser, pour le poëme et pour la musique. 

— On écrit dé Londres que le nouvel opéra de Wallace, Amber Witch 
[la Sorcière à l'ambre), poëme de M. Chorley, a reçu un brillant accueil., 
Les principaux interprètes, Sims Reeves, Santley, Miss Huddard, M mc Sher- 
rington, ont été rappelés. Le directeur lui-même, M. Smith, a été obligé 
de paraître devant la rampe. A Paris, nous n'en sommes pas encore là. 

— La mortalité ne sévit pas seulement dans le camp des artistes fran- 
çais et allemands : l'Angleterre paye également son tribut funèbre. Londres 
vient de perdre un de ses plus anciens et plus habiles directeurs de théâ- 



tre, M. John Maddox. Il est mort dans sa résidence de Brompton, à 
l'âge de soixante-treize ans , après une longue et cruelle maladie. Fonda- 
teur du Princess's Théâtre, M. Maddox a conservé jusqu'à sa mort la 
direction de cette scène, témoin des derniers triomphes de Macready et 
terre d'adoption d'une foule d'opéras français. 

— La Gazette musicale de Berlin [Écho], nous apprend la réussite, sur 
le théâtre de Kœnigsberg, d'un opéra-comique en un acte de Louis Schu- 
bert, intitulé les Rosières : « Le compositeur et les artistes ont été rap- 
pelés. Le sujet de la pièce repose sur un gracieux épisode villageois 
(serait-ce une imitation du libretto de Théaulon, musique d'Hérold?| la 
partition a du caractère, elle est généralement mélodique, sans tomber 
dans le genre polka, comme certaines œuvres qui nous arrivent de Paris 
depuis quelques années. » 

— Les journaux allemands nous apprennent que le comte Jean Harrach 
a mis au concours deux prix de 600 florins chaque, pour deux opéras en 
deux actes, et deux prix (chacun de la valeur de 200 florins), pour le 
texte en langue tchèque. L'un de ces opéras doit reposer sur une base 
historique; le sujet de l'autre sera emprunté de la vie ordinaire des Slaves 
dans la Bohême, la Moravie ou la Silésie. 

— On annonce la publication prochaine de la correspondance de Félix 
Mendelssohn. Le premier volume (de 1830 à 1832) , contiendra ses lettres 
datées de France, d'Italie et d'Angleterre. 

— Un ballo in maschera, de Verdi, fait son tour du monde . A Madrid, 
ce sont M mes Julienne Dejean, de Méric Lablache, Sarolta, MM. Fraschini et 
Giraldoni qui ont été choisis par Verdi lui-même pour tenir les principaux 
rôles. Voici ce que disent de notre compatriote italianisée, par le talent du 
moins, les journaux espagnols : « Les premières louanges reviennent de 
droit à M me Dejean, à Fraschini et à Giraldoni, qui ont littéralement fasciné 
le public, et qui, à diverses reprises, ont porté les impressions de l'audi- 
toire à un rare degré d'élévation. Le trio du second acte a été rendu avec 
des accents de la plus grande énergie. M me Dejean a déployé un admirable 
talent dramatique, et elle est entrée profondément dans le caractère du per- 
sonnage d'Amélie en rendant, d'une façon saisissante, les sentiments de 
tendresse, de passion ardente, de crainte et de terreur qui animent tour à 
tour la femme de l'ami de Ricardo. » — On le voit, 40 degrés de chaleur. 

— Lundi, à l'Opéra, le Trouvère, annoncé depuis deux jours, a été 
remplacé, pour cause d'indisposition, parla Favorite. M lle Lapommeraye, 
qui jouait ce rôle pour la première fois, a donné au personnage de Léonor 
un cachet tout particulier. On a apprécié la méthode, la diction, et l'ex- 
pression à la fois sage et passionnée de la jeune cantatrice. 

— Le Théâtre Lyrique donnera incessamment la première représenta- 
tation de la Statue, opéra en trois actes et six tableaux, de M. Reyer. La 
semaine prochaine aura lieu la reprise de Gil Blas, opéra-comique en cinq 
actes, dans lequel M Ue Girard fera sa rentrée par le rôle principal. On 
annonce aussi quelques représentations d'Orphée, qui seraient données 
par M mc Pauline Viardot, d'ici à la fin du mois. Le Val d'Andorre n'aura 
plus que quelques représentations, des engagements contraclés depuis 
longtemps forçant l'administration à interrompre l'immense succès de 
l'ouvrage de MM. Halévy et de Saint-Georges. 

— On répète actuellement aux Bouffes-Parisiens, le Pont des Soupirs , 
opéra bouffe en deux actes et quatre tableaux, de MM. N. Crémieux, L. Ha- 
lévy et J. Offenbach. Cette pièce, montée avec un grand luxe de décors et 
de costumes, jouée par l'élite de la troupe comique et chantante, doit rap- 
peler les beaux jours d'Orphée. Le Pont des Soupirs sera incessamment 
livré au public. La Chanson de Fortunio n'aura donc plus qu'un petit 
nombre de représentations. 

— On lit dans l'Indépendance Belge : « Les frères Lyonnet ont fait hier 
leur première apparition, et leur succès a été complet; on les a applaudis, 
rappelés et bissés avec une véhémence extraordinaire. Il est vrai que le 
talent des frères Lyonnet est des plus sympathiques et des plus distingués ; 
ils disent et ils chantent avec une finesse, un sentiment, une variété de 
tons et de couleurs qu'on ne saurait trop louer. Nous reviendrons, du reste, 
sur ces artistes qui vont, sans nul doute, attirer la foule au théâtre des 
Galeries-Sainl-Hubert. » 

— L'Observateur Belge ajoute : « Comment pourrions-nous, alors, vous 
faire seulement entrevoir la nature du talent de ces Siamois de la chan- 
sonnette ? Allez entendre un des petits poèmes de Nadaud, ou seulement 
une des naïves mélodies populaires recueillies par Champlleury et Weker- 
lin, et vous reviendrez, comme nous, émerveillés de ce qu'on peut mettre 
d'esprit et de musique dans un couplet de chanson. » 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



127 



SOIRÉES ET CONCERTS 

— Le troisième concert donné au palais des Tuileries, mardi dernier , 
réunissait les principaux artistes de l'Opéra : les sœurs Marchisio, M. et 
M mc Gueymard, MM. Bonnehée et Belval, qui ont tous pris part au final 
àeMoïse,ce digne bouquet du programme dont voici, du reste, le détail : 
impartie. 1° Air des Vêpres, M. Bonnehée (Verdi) ; 2° Rondo des Hugue- 
nots, M lle Barbara Marchisio (Meyerbeer) : 3" Solo de violon {Trouvère) 
W Marie Boulay (Alard) ; 4" Quatuor des ftjpres, M lle Carlotta Marchisio, 
MM. Gueymard, Bonnehée et Belval (Verdi) ; 5° Air de Robin des Bois , 
M me Gueymard-Lauters (Weber). — 2 e partie: 6° Boléro des Vêpres, 
M lle Carlotta Marchisio (Verdi) ; 7° Duo de la Reine de Chypre, MM. Guey- 
mard et Bonnehée (Halévy) ; 8° Air de Pierre de Mêdicis, M nle Gueymard- 
Lauters (Prince Poniatowski) ; 9° Duo de Sémiramis, M lles Marchisio 

( Rossini ) ; 10° Final de Moïse , M mes Gueymard-Lauters , Marchisio , - 
MM. Gueymard, Bonnehée, Belval et les chœurs (Rossini). 

— Décidément, le Tannhauser n'a pas causé grand préjudice, mercredi 
dernier, au concert de M. Henri Herz. Unj auditoire fidèle et compacte 
est venu s'installer dans la salle de la rue de la Victoire. Le Théâtre-Ita- 
lien, représenté par son orchestre et ses chœurs, par M me Grisi, 
M. Badiali, puis Servais, l'empereur du violoncelle, ont fait cortège au 
bénéficiaire et partagé ses triomphes. Servais ne fait que de rares 
apparitions à Paris ; mais quand il se présente , son archet magislral 
s'impose et parle en maître. Badiali (bissé) et M me Grisi ont obtenu les 
honneurs qui leur sont dus; mais la charmante romance de Mariha a été 
plus favorable à M mc Grisi, — et cela se comprend, — que toute espèce 
d'air de bravoure. Quant à M. Henri Herz, il a princièrement défrayé sa 
soirée : grâce, agilité, énergie, netteté, tout ce qui forme le cachet de son 
individualité artistique, a été déployé par lui ; et son grand concerto avec 
orchestre et chœur, et sa rêverie nocturne, et sa nouvelle Tarentelle, et 
sa grande sonate, et sa Clochette, ont été chaleureusement accueillis. 
Enfin, pour compléter le bulletin de la séance, citons l'ouverture de Don 
Giovanni, cet impérissable chef-d'œuvre de la musique du passé. 

— Emile Forgues fera entendre, jeudi prochain, au Théâtre impérial 
Italien, son grand Allegro maesloso, un fragment de ses Etudes pathé- 
tiques et sa grande Tarentelle de concert. 

— Notre professeur Le Couppey vient de suspendre ses réunions du 
samedi. Il serait trop long de nommer tous les artistes éminents qui se 
sont fait entendre dans ces charmantes soirées, auxquelles le maître et la 
maîtresse de la maison avaient su conserver le caractère de l'intimité, 
malgré l'affluence toujours croissante qui, chaque semaine, encombrait 
leurs salons de la rue Laffitte. En dehors du piano qui, là, devait avoir, 
comme de raison, ses plus habiles représentants, on a tour à tour applaudi 
Battaille, Jules Lefort, Berthelier, Godefroid, Ilammer et M Ue Boulay, la 
jeune violoniste appelée cette semaine aux Tuileries. Parmi les œuvres 
nouvelles qui ont fait sensation, nous citerons particulièrement la sonate 
de M me Pfeiffer et le beau trio de M. Damcke. 

— Deux concertos de piano dans la même soirée, c'est là un fait d'autant 
plus curieux qu'ils ont complètement charmé les auditeurs, sans leur lais- 
ser une minute d'ennui ou de fatigue. Il est vrai que les auteurs de ces 
concertos étaient Mozart et Chopin, que les doigts de M me Dubois animaient 
le clavier, et qu'enfin les archets de MM. Franchomme , Ai mingaud et 
Lalo leur répondaient avec un merveilleux ensemble. N'importe, le fait 
mérite d'être enregistré pour le plus grand honneur du piano. 

— Nous sommes en retard avec le concert donné par M" c Sabatier-Blot, 
pianiste de talent et de style, qui a exécuté avec autorité la sonate à Kreut- 
zer, de Beethoven, avec Alard ; un quatuor du même maître, la Polonaise, 
de Chopin, avec violoncelle (M. Lée), la Berceuse, la Saltarelle, d'Alkan, et 
une gavotte de Bach. M me Oscar-Comettant et M. Jules Lefort, défrayaient 
la partie vocale. 

— En revenant sur nos pas , constatons les ; applaudissements qui ont 
accueilli, au concert classique de M. Damcke, sa belle sonate exécutée par 
Servais et Louis Diemer, le jeune virtuose de la grande école, dontle nom 
s'attache aujourd'hui à des artistes tels qu' Alard, Franchomme et Servais. 

— Au concert donné par M. et M rae Viguier, mardi dernier, salle Érard, 
M me Viguier a exécuté d'une manière remarquable le concerto en sol mi- 
neur de Mendelssohn , et l'op. 22 de Chopin, avec orchestre. On a aussi 
remarqué un menuet inédit de sa composition, qui, avec le final en ut de 
Weber, a terminé la séance. Ce menuet est aussi bien écrit qu'il a été 
exécuté, et de manière à faire ressortir la sonorité onctueuse et le précieux 
mécanisme à double échappement des pianos d'Érard. M. Viguier a joué 



sur l'alto un andante en fa et un allegretto de sa composition, qui ont 
également obtenu le plus grand succès. On sait que cet artiste joue l'alto 
d'une manière exceptionnelle. M. Michot a prêté son concours à cette 
soirée, et il y a été fêté, comme partout. 

— Mardi 19 mars 1861, à 8 heures du soir, salle Pleyel, troisième 
concert de Joseph Wieniawski, avec, le concours de M me Oscar Comet- 
tant et de MM. Archainbaud, Dupuis et Millier. Programme : l re partie. 
1. Trio (en ut mineur) pour piano, violon et violoncelle, exécuté par 
MM. Wieniawski, Dupuis et Millier. —2. Cavatine de Roméo et Juliette, 
de Donizetti, chantée par M me Oscar Comettant. — 3. (a) Pensée fugitive ; 
(6) (à la demande) Polonaise triomphale, pour le piano, composées et 
exécutées par Joseph Wieniawski. — 4. Cavatine de l'opéra Zaïre, de 
Mercadante, chantée par M. Archainbaud. — 2 e partie : 5. Air de la 
Muette de Portici, d'Auber, chanté par M rae Oscar Comettant. — 6. Adagio 
elegiaco e Rondo giocoso (inédit), pour piano, composé et exécuté par. 
Joseph Wieniawski. — 7. (a) Vieille chanson du jeune temps, paroles 
de Victor Hugo, musique de J.-O. Kelly (inédit) ; (6) Un regard au Ciel, 
(inédit), musique de H. Potier, chantés par M. Archainbaud. —8. Rarca- 
rolle-Caprice (grand morceau de concert), pour piano, composée et exé- 
cutée par Joseph Wieniawski.— Le piano sera tenu par M. Bernardel. 

— Mercredi prochain, 20 mars, à huit heures et demie, dans les salons 
Pleyel, Wolff et C 8 , aura lieu la 5 e séance de AIM. Armingaud, Jacquart, 

■ Lalo, Mas, avec le concours de M. Lubeck. On y entendra : 1° quatuor de. 
Schumann (op. 47), pour piano, violon, alto et violoncelle; 2° 2 e quatuor, 
(en si ■bémol), de Mozart, pour 2 violons,' alto et violoncelle ; 3° sonate dé-' 
diée à Kreutzer (op. 47), de Beethoven, pour piano ef violon; 4° variations 
sûr 4in liy.mne autrichien, de Haydn, pour 2 violons, alto et violoncelle. 

— C'est jeudi soir, 21 mars, qu'aura lieu à la salle Érard le concert 
donné par l'éminent violoncelliste Alexandre Batta, qui s'est assuré le 
concours de célèbres exécutants réunis à Paris en ce moment : Herman, 
Lefébure etRitter. La partie vocale sera défrayée par M me Bertini, Jules 
Lefort, et Berthelier terminera la soirée par ses chansonnettes. Voilà, 
certes, de beaux éléments. Aussi les nombreux admirateurs de Batta, et 
ceux des artistes renommés qui se joignent à lui, s'empresserorit-ils de 
leur porter le tribut de leurs applaudissements. 

— Le beau concert du guitariste Huerta, dans lequel on entendra 
M mes Penco, Graziani, Badiali, Zucchini et M. Casella, aura lieu mercredi 
20 mars, au foyer du Théâtre-Italien. On trouve des billets au bureau de 
location du théâtre et au Ménestrel. 

— Le célèbre pianiste Jaell est arrivé à Paris. Il donnera un concert le 
mardi 26 mars, dans les salons Érard. 

— Jeudi prochain 21 mars , salle Herz, concert de M lle Angèle Tail- 
hardet. 

— Le concert du bouffe Salabert, annoncé par erreur dans notre dernier 
numéro pour le 28 mars, a lieu le 20, c'est-à-dire mercredi prochain, dans 
la salle Beethoven, passage de l'Opéra. M. Salabert sera assisté de M me Sofia 
Marini,M lle Devençay, M Ue Sabatier-Blot, MM. Reichard, Ronzi, Reuz, etc. 

— Nous empruntons à la Revue et Gazette des théâtres, l'état des re- 
cettes brutes qui ont été faites pendant le mois de février 1861, dans les 
établissements soumis à la perception du droit des indigents : 

Théâtres impériaux subventionnés. 493,363 fr. 72 

Théâtres secondaires de vaudevilles et petits spec- 
tacles 964,048 95 

Concerts, spectacles-concerts, cafés-concerts, bals. 277,868 95 

Curiosités diverses 15,880 » 

Total 1,751,361 62 

— Le jeudi de la mi-carême, à l'Opéra-Comique, la représentation de 
la Circassienne a produit 6,700 francs, — chiffre bien éloquent! 

— La location s'annonce sur une grande échelle pour le concert-sym- 
phoniquede Félicien David à l'Opéra. Tout Paris dillettante voudra assister 
à cette solennité musicale. 

— M lle Joséphine Laguesse annonce son concert annuel pour samedi 
prochain, dans les salons d'Érard. Comme de coutume, les premiers artistes 
concourront à cette fête musicale. 



J.-L. Heugel, directeur. 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Typ. Charles de Moui| 



; Jean-Jacques Rou 



NOUVELLES PUBLICATIONS en vente au MÉNESTREL, 2 bis, rue Vivienne. 



TROIS NOUVELLES VALSES DE SALON 



VALSE 

du 

PAPILLON 



F. BURGMULLER 



VALSE 

de 

FORTUNIO. 



VALSE DE BARKOUF, 
Sur les motifs favoris du ballet et des opéras de .T. OFFEXBACH. 



A. CROIZEZ. 

Morceau de salon sur Fortunio. 

CAZALIS. 

Ronde de nuit. 

A. GODARD. 

Pense à moi. 

L. ROQUE. 

Gnz-la-Hi, valse du Talisman. 



Concerts 
des BOUFFES-PARISIENS. 



PAUL BERNARD. 

Barcarolle et Chanson de Fortunio. 

TRANSCRIPTIONS. 

LUCIEN LAMBERT. 

Le Carnaval de Paris. 

EMILE FORGUES 

Fête des Aimées. 

J.-L. BATTMANN. 

Les Soupirs de Félix Godefroid, fantaisie concer- 
tante pour orgue et piano. 



H. VALIQUET 

Dix-huit petites Fantaisies sans octaves. 



J.-L. BATTMANN. 

Chanson de Fortunio. 

MOUGIN. 

Mazurka et Marche. 

C.-A. MAYER. 

L'Heure sainte. 

A. MIOLAN. 

Sémiramis , mosaïques pour orgue. 



Opérette 

de J. OlFEMUdl. 



1. Orphée aux enfers. — 2. Croquefer, ballade. — 3. Croquefer, galop. — 4. Dragonnette, la Cantinière. — S. Petits Prodiges, valse des animaux. — 6. Orphée 
aux enfers, galop infernal. — 7. Le Savetier et le Financier. — 8. Le 66, tyrolienne. — 9. La Chatte, miaou. — 10. Orphée, roi de Béotie. — 11. Orphée, 
couplets à Jupin. — 12. Geneviève, chanson de l'enfant. — 13. Le Mariage aux lanternes. — 14. Le Mari à la porte, valse. — 15. La Demoiselle en loterie. 

16. Les Trois baisers du Diab'e. — 17. La Bonne d'enfant, la trompette. — 18. Le Carnaval des Revues. 

Chaque morceau : 3 fr. 



Ed. Batiste. Quadrille des Touches blanches , 
sansdièzes ni bémols; à 2 et 4 mains. 

J.-L. Battmann. Les Petits chasseurs, qua- 

rille facile. 
«f.-Ch. Hess. Les Platanes , quadrille. 
M. Alkan. Valse des Cygnes. 

— 2 e Mazurka brillante des AÎpes. 



MUSIQUE DE DANSE. 



STRAUSS. 

Valse , mazurka et quadrille du Papillon , quadrille 

de Fortunio. 

Valse et quadrille du Mari sans le savoir, quadrilles 

de Sémiramis et de Barkouf. 



Arban. Villa Stéphanie, valse. 

— Polka des Souhaits. 

— 2° Quadrille de Fortunio. 

— Polka des Métamorphoses. 
Musard. Quadrille du Papillon. 

Ph. Stutz. Valse des Bergers de Prague. 

— Polka de Fortunio. 

— La Fée des Moissons, polka. 



JCantate : 
NOTRE-DAME DES ARTS. 



A. BOIELDIEU 



Poésie de 

ROGER DE BEAUVOIR. 



Pour voix de soprani, avec soli, chœur, violoncelle, orgue, piano et harpe, adlib. 
W» t. Partition complète et parties séparées; 9 f . | W« S. Réduction pour chant et piano : 4 f. ÏO c. 



GUILLOT DE SAINBRIS. 

Isabelle. 

Hiver et Printemps. 

H. POTIER. 

Adieu les Fées. 

Fais-toi petit. 

Comire ou le Nouvel ami des Enfants. 



CLEMENTINE BATTA. 

Amour et Prière. 
Chant d'une Mère. 
Prière à la Vierge. 
La Valse de Marguerite. 

G. HÉQUET. 

Les trois Chansons, poésie de Victor Hugo. 



PAULINE THYS. 

Tes Vingt ans. 
Harmonies du soir. 

LOMBARD. 

La Danse Macabre. 

Le Moka. 

Le vrai Prêtre, pour voix de basse. 



— SIX ROMANCES : — 

V LARDINOIS. Richesse du Cœur. Hymne à l'Amour. Il est si doux d'aimer. Pensera-t-elle à moi. Page et Châtelaine. ALBUM DE SALON. 



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TABLETTES 
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Dimanche t'i Mars 

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un bon sur lu poste, à MM. aiiîlit.ait. et t'», éditeurs du Ménestrel et delà Maîtrise, 2 his, rue Vivienne. 
Typ. Charles île Monrgues Itères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacqncs Rousseau, 8.— 1800. 



SOJUMAlItE. 



TEXTE. 



1. Tannhauier. Le système et la partition de M. Richard Wagner. Paoi. BEniwnn. 
— II. Théâtre de i'.lpéra-Comique : première rcpréscnlation de Maître Claude. 
S. Lovï. — III. Tablettes du pianiste et du chanteur : Audition de l'Ecole 
'hantante de Féli\ Golefroid. Léon Gataves. —IV. Semaine théâtrale. J. Lovy. 
V. Nécrologie : L. Nicdermeyer. i. d'0i\tigoe. — VI. Nouvelles, Soirées et 
Concerts, Annonces. 

jiusinn; de iu.vno: 

Nos abonnés à la musiquedo Piano recevront avec le numéro de co jour : 
la transcription dp Tu. Lécureux , sur la romance populaire 

FLEUVE RU TAGE , 

Suivra immédiatement après : Be'.ln s?ra, idylle de Paul Bernard. 

CHANT : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Chant : 

FAIS TOI B'ETIT, 

Paroles de Charles Potier, musique d'HENiu Potier. — Suivra immé- 
diatement après ; l'Hiver, poésie d' Armand Bartiiet , musique de 
J. Offenbach. 



TÂNNHAUSER. 

I,a partition et le système do 
RICII4IC» WAGNER. 

L'arl veut qu'on le discute, disions-nous l'année dernière à 
cette même place et à propos des concerts de M. Richard Wag- 
ner, au Théâtre-Italien. 

Nous partirons du même principe cette fois encore, et nous 
ajouterons que , bien que les partisans du nouveau système 
musical semblent vouloir attendre la décision du public et des 
artistes de Paris, avec un parti pris d'ironie amère et de dédain 
bien mal placé, nous conserverons notre principe en redisant : 
, i'arl veut qu'on le discute, et cela sans parti pris, sans passion, 
sans arrière pensée, d'où qu'il vienne, quoi qu'il produise, mais 
avec conviction et liberté de conscience. 

Cette profession de foi établie , nous nous trouvons plus à 
l'aise pour blâmer de toutes nos forces d'artiste ce que nous 



reconnaissons de déplorable dans l'œuvre de M. Wagner, tout 
en lui accordant, plus que d'autres peut-être, les éloges que 
certaines parties de son Tannhauser et certaines qualités de son 
talenl doivent en toute justice lui faire adresser. 

Seulement, comment réclamer cette justice de gens qui, moins 
que nous, auront étudié la partition pour y découvrir ses beau- 
tés.... trop cachées, d'oreilles délicates qui se seront révoltées 
devant les fouillis et les dissonances de l'exécution, sans cher- 
cher à les analyser. Comment espérer que des organisations ner- 
veuses et délicates puissent pardonner trois heures d'ennui à 
l'auteur qui vient d'Allemagne , imposé par des circonstances 
plus ou moins véridiques, et qui arrive enfin à l'épreuve déci- 
sive, après avoir fait suer sang et eau au premier- théâtre mu- 
sical du monde, pendant trois ou quatre mois do répétitions 
consécutives, pour prouver quoi? — que tout ce qui s'est écrit 
en musique, jusqu'à ce jour, tout ce qui est signé Mozart, Ros- 
sini, Weber, Meyerbeor, Halévy, Verdi, — je ne parle que du 
genre dramatique, — est l'enfance de l'art, et que si l'on marche 
longtemps sur cette voie, c'est tout au plus si les nourrices de 
nos pelits-fils daigneront bercer leurs nourrissons avec le ser- 
ment de Guillaume Tell ou la bénédiction des poignards des 
Huguenots! 

Etonnez-vous donc, après cela, de l'espèce de révolte occa- 
sionnée dans la pléiade artistique et critique de Paris, à l'audi- 
'tion d'une œuvre qui pose pour le renversement des idées con- 
sacrées, pour le mépris do la forme ; qui veut établir un système 
néo-musical, et qui briserait volontiers les idoles do la veille, 
pour dire : la vérité, c'est moi ! Etonnez-vous donc surtout de 
l'espèce de colère ironique attachée à cette manifestation con- 
traire, quand on voit l'extension que prend cette tendance de 
l'autre côté du Rhin, et qu'on se sent envahir par un brouillard 
froid qui vous pénètre de torpeur. L'hospitalité est une noble et 
belle chose; mais la fable do ta Lice et sa compagne rappelle 
qu'il ne faut pas l'étendre trop loin. Derrière M. Wagner, sans 



130 



LE MÉNESTKLI. 



parler de toutes ses autres œuvres, la nouvelle école compte une 
foule d'adeptes tout disposés à le suivre. Serrons les rangs chez 
nous, nous autres vrais croyants de la vieille foi, et fermons 
notre porte, après l'avoir entr'ouverte un instant ; oui, fermons- 
la à ces rénovateurs, à ces iconoclastes, à ces utopistes insensés 
qui cherchent l'Icarie musicale, mais qui ne la trouveront pas 
à Paris, Dieu merci ! 

Et maintenant que notre mauvaise humeur s'est un peu 
épanchée , entreprenons l'analyse du Tannhauscr. Nous avons 
promis à M. Wagner d'être impartial. Nous allons lui montrer 
que le culte du vrai beau est notre seule religion, et que nous 
l'admirons partout où il se présente. 

M. Wagner est le poëte de ses propres œuvres. Sous ce rap- 
port, nous le laisserons juger par ses pairs, nous réservant plus 
spécialement la partie musicale , car ces lignes n'ont point une 
appréciation littéraire pour but , mais bien une simple analyse 
de la partition. 

Il faut cependant, lecteurs, avant de parler musique, arriver 
à vous dire que le chevalier Tannhauscr est tombé dans les 
enchantements du Vénusberg. Comment vous expliquer cela 
sans vous transcrire ici ce renseignement placé en tète du livret : 
« En Thuringe, près d'Eisenach, se trouve une de ces mon- 
tagnes que l'on croyait servir de refuge à la déesse Vénus. » 
C'est là que , toujours d'après la même note, cette déesse restait 
enfermée pendant l'hiver, emportant toutes les joies de la terre 
et s'en fais'ant un entourage magique, afin d'attirer les mortels 
dans sa retraite et de les y retenir captifs dans les égarements 
d'une volupté impie. 

Le premier tableau nous représente le chevalier commençant 
lui-même à s'ennuyer dans les délices de cette Capoue infernale. 
La belle déesse est impuissante h le retenir, car il a entendu en 
rêve les cloches de sa patrie, et quand après une scène de ménage 
un peu longue, elle lui fait le reproche de n'être plus aimée, il 
lui répond : 

Reine de volupté, non, je n'attends de toi 

Ni repos, ni salut!... Ma foi n'est qu'en Marie! 

Ce nom sacré rompt le charme. On se trouve alors dans un 
paysage frais et charmant, où Tannhauser est rencontré par ses 
anciens camarades et compétiteurs, les chevaliers chanteurs qui 
chassent en compagnie du landgrave Hermann , dont la nièce, 
nouvelle Calypso, ne pouvait se consoler du départ de son che- 
valier. Reconnaissance, oubli des torts passés , promesse de ne 
plus recommencer ; tous se réunissent et partent pour le Wart- 
burg, où se donne un grand tournoi poétique dont le prix sera la 
main d'Elisabeth. 

Le second acte est consacré à ce tournoi. On y chante l'amour. 
L'un prétend que ce sentiment est le plus pur de la terre, et 
veut y voir un parfum divin; un autre dit que c'est lui qui 
fait naître toutes les grandes choses, qu'il exalte le courage et 
ranime les faibles; enfin, l'inguérissable Tannhauser, encore 
sous le charme des enchantements du Vénusberg , s'écrie à son 
tour, en s'adressant à Vénus : 

Heureux celui dont tu comblas les vœux I 
Qui près de toi , sublime enchanteresse, 
A partagé la volupté des dieux! 

Grande stupéfaction de tous, fureur des chevaliers, désespoir 
d'Elisabeth et renvoi de Tannhauser dans une compagnie de 
pèlerins se rendant à Rome, à cette fin d'obtenir du Saint-Père 
la rémission de ses fautes. 



Le troisième acte nous ramène les pèlerins. Tannhauser n'est 
pas au milieu d'eux. Elisabeth, qui aimait toujours le coupable, 
s'adresse alors à la Vierge et lui demande de la rappeler près 
d'elle. Sous l'empire d'une foi profonde, elle retourne_au châ- 
'teau pour y mourir. Cependant Tannhauser n'était qu'en relard. 
Il arrive a son tour, mais non pas pardonné. Le malheureux, 
repoussé par le pape, ne rêve plus que de retrouver le chemin du 
Vénusberg. Ce troisième acte aurait pu se nommer le pécheur 
endurci, et il est vraiment pénible, au point de vue moral, 
de trouver si peu de charité dans la religion et tant d'impudeur 
dans la faute. Vénus , qui revient là comme les épices après 
dîner, répond à l'appel du malheureux maudit ; mais , fort 
heureusement pour le salut de son âme, un convoi descend du 
Wartburg. C'est celui d'Elisabeth qui, par sa mort, a racheté 
les péchés de celui qu'elle aimait. Tannhauser meurt à son 
tour, purifié par une espèce de miracle que je renonce à vous 
expliquer, et la pièce pourrait bien faire comme Tannhauser, 
mais sans avoir trouvé la jeune néophyte qui doit lui ouvrir les 
portes de l'éternité, toute musique d'avenir qu'elle soit. 



Nous voici enfin arrivé à l'analyse musicale; or j'ai entendu 
trois fois la partition, je l'ai sous les yeux en ce moment, et 
j'avoue en toute humilité que je suis aussi embarrassé que si 
j'avais à dessiner nettement les contours de la statue de Napoléon 
au plus haut de la colonne Vendôme par un jour de brouillard. 

Essayons cependant, lecteurs, de vous servir de pilote sur cet 
océan plein d'écueils. Je vous promets à l'avance de diriger votre 
course vers les îles fleuries de cet archipel ingrat. Et tout d'a- 
bord saluons l'une des terres les plus fécondes que nous ayons à 
rencontrer: l'ouverture. La prière des pèlerins, qui plane sur 
toute la pièce comme une idée mère , commence dès la première 
mesure et sert de canevas à ce long morceau symphonique, dans 
lequel on remarque un grand style et une pompeuse manière de 
traiter l'orchestre. Un milieu diffus vient pourtant assombrir 
cette page. C'est la couleur de Weber, moins l'élan, moins la 
distinction, moins la clarté. Puis la prière revient, accompagnée, 
cette fois, d'un caractéristique mais interminable trait de vio- 
lons poussant jusqu'au paroxysme le grincement de la corde. 
A dire vrai, l'effet est saisissant, mais il vous prend à la gorge 
comme si l'on mordait dans un citron. 

Le premier acte s'ouvre alors par un ballet voluptueux dont 
la musique n'est que tressaillements, que sifflements; la petite 
flûte se jette sur le hautbois, qui lance une ruade à la clarinette. 
Le basson s'interpose, mais il est bousculé par la masse des vio- 
lons, et tout cela sert de cadre aux danses des bacchantes et des 
nymphes. Si c'est là de la couleur locale, je suis loin d'envier le 
sort de Tannhauser, et je le plains sincèrement d'entendre tous 
les jours une semblable. cacophonie. 

Du reste, le pocte-musicien le fait dormir pendant celte bac- 
chanale, et, sitôt le réveil, Tanuhauserdemande à s'en aller. C'est 
alors que commence ce système de longs récitatifs coupés par 
des fragments sans rhylhme et sans tonalité. Dans la grande 
scène entre Vénus et le chevalier, une phrase, dite trois fois par 
le ténor, se présente à peu près carrée, dans une couleur alle- 
mande très-prononcée, mais vulgaire et mal écrite pour la voix. 
C'est ici le cas de remarquer que M. Wagner traite les voix comme 
les instruments, leur faisant franchir des sauts impossibles et 
attaquer des intervalles barbares. Cependant, dans de certains 
ensembles ce défaut disparaît, et les voix se marient alors avec 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



131 



un rare bonheur. Le musicien de l'avenir arrive, sous ce rapport, 
ii des effets que Verdi, le sonorisle coloré, pourrait à bon droit 
lui envier. Dans cet ordre de choses nous citerons le septuor du 
premier acte, l'andante du final du second et le chœur sans ac- 
compagnement des pèlerins, où l'agencement des parties produit 
un résultat d'une grande richesse harmonique. On sent que 
l'auteur manie ses masses comme un pianiste habile son clavier, 
cl l'on se demande pourquoi se priver de la lumière quand il fait 
jour et qu'on n'est pas absolument aveugle. 

Le premier tableau présente encore une phrase chantée par 
Vénus, et devant laquelle les Wagneristes tombent en adoration. 
Cette phrase de Venus, le tournoi soi-disant poétique et le grand 
.récit du voyage à Rome, voilà quels sont les signes principaux 
auxquels se rallient les initiés du nouveau monde musical. Si 
nous n'apprécions pas ces beautés poétiques , comme ils les ap- 
pellent, nous ne sommes pas dignes deles comprendre, et ils nous 
prennent en pitié. Eh bien! soit! pitié pour pitié! car le jour 
où votre nouveau sens auditif se délectera complètement à cette 
torpeur musicale, vous ne comprendrez plus nos chefs-d'œuvre 
à nous, notre Guillaume Tell, notre Don Juan, notre Lucie, 
notre Juive, nos Huguenots, et sincèrement nous vous plain- 
drons. 

Oui, certes ; nous nous plaisons à reconnaître que cette phrase 
de Vénus est fort belle, mais elle porte à nos yeux la tache origi- 
nelle de votre système ; elle module sans besoin, elle se heurte 
sans nécessité à toutes les septièmes diminuées du Vénusberg, 
où celte plante parasite croît à profusion ; elle est enclavée dans 
vos récitatifs impossibles, et il faut une oreille de lièvre pour la 
comprendre et l'apprécier quand elle arrive inattendue au mi- 
lieu de son chaos inextricable. 

Parlerai-je de la chanson du pâtre? Non, j'aime mieux la 
passer sous silence, ne la considérant que comme une erreur. 
Je préfère arriver de suite aux belles parties du deuxième ta- 
bleau. Il y a là une certaine couleur chevaleresque qui domine 
toute la scène et un septuor, à l'italienne il est vrai, touché de 
main de maître. La mélodie n'en est pas neuve, mais elle est 
consolante. A cet endroit, nous avons applaudi de grand cœur 
une musique qu'on sent vivre. Jusque-là, tous les personnages 
semblaient animés d'une existence factice, et, en les entendant 
chanter comme tout le monde, je me suis pris à fredonner tout 
bas, heureux de retrouver la vie, moi qui ne suis pas né pour les 
rêves creux et la solitude ascétique. 

Hélas ! cela ne devait pas durer longtemps. L'allégro désor- 
donné suivait le calme, et la toile tombait après un fouillis 
qui ne trouve son équivalent que dans le final du troisième ta-j 
bleau. 

Après cet aperçu déjà bien long du premier acte, j'éprouve 
le désir d'esquiver les parties obscures de l'œuvre, qui, du 
reste, se ressemblent toutes, pour ne m'arrêter que sur les mor- 
ceaux en relief. C'est ainsi que nous trouverons la marche de 
l'entrée au Warlburg. Là, l'auteur arrive à des effets d'un gran- 
diose magique. Les voix s'unissent à l'orchestre dans les meil- 
leures conditions, les cuivres sonnent sans écorcher l'oreille ; on 
se sent pris d'un enthousiasme véritablement moyen âge, on 
met la main sur la garde de son épée, et l'on porte plein d'ar- 
deur les couleurs de sa belle. Vivat! M. Wagner. Nous som- 
mes heureux de pouvoir louanger un homme de votre talent, et 
nous désirerions pouvoir le faire sans limites ; — mais non, vous 
ne le voulez pas, car vous nous dites dans votre théorie de la 
grande mélodie, que vous n'avez mis là celte marche, que pour 



sacrifier au goût vulgaire et aux habitudes du public. Pardon- 
nez-nous donc nos éloges, puisqu'ils sont une protestation de 
votre système. 

Nous ne parlerons pas du tournoi poétique, sujet éminemment 
musical, traité sans enthousiasme ef sans inspiration, pierre de 
touche de la partition devant laquelle M. Wagner a complète- 
ment failli, il faut le reconnaîlre. Nous arriverons à l'ensemble 
qui suit et qui présente encore un andante, genre septuor de 
Lucie, malheureusement gâté par une interminable scène dont 
l'auteur semble ne pas savoir sortir, lui et son pauvre Tann- 
hauser, qui resle à bouder dans un coin, et le public avec lui. 
La, le désordre arrive à son comble et le rideau baisse sur un 
Irait de violons qu'on pourrait appeler le trapèze de la chante- 
relle sans son Léotard. 

Le troisième acte ne nous offrira guère qu'une romance, 
adressée à l'étoile du soir par le chevalier Wolfram. Voilà de 
la véritable couleur poétique, et nous suivrons volontiers la nou- 
velle école sur ce terrain, tant qu'elle voudra bien nous offrir 
une mélodie claire et harmonieuse comme celle-ci. En l'écoutant, 
on se sent enveloppe d'une mélancolie douce et crépusculaire. 
C'est beau, c'est pur, c'est frais comme une belle nuit d'été.* La 
voix trouve où se poser, où s'étendre, et l'auditeur ému se laisse 
aller à des impressions d'autant plus complètes que ce sont vé- 
ritablement les premières, les seules qui se présentent. Car, il 
faut bien le dire, l'auteur semble au désespoir quand un lam- 
beau de mélodie se fourvoie sous sa plume. 

Ce dernier acte présente encore une prière d'Elisabeth, le 
rappel du Chœur des Pèlerins et un récitatif de quinze minutes, 
dans lequel Tannhauser raconte son excursion à Rome. Ceci est 
sans doute ce que les admirateurs appellent de la musique pro- 
fonde? Profonde d'où, profonde comment, profonde de quoi? 
Un puits aussi est profond, mais il est obscur, et le système de 
M. Wagner ne l'est pas moins. 

Résumons-nous ; M. Wagner est un profond musicien, puis- 
que profond il y a, mais un chercheur dans la mauvaise acceplion 
du mot, un rêveur, un ulopisle. L'harmonie n'a pas assez de 
secrets pour lui, mais la mélodie lui a fermé sa porte, et M. Wag- 
ner, en exposant sa théorie, ressemble fort au renard devant les 
raisins. 11 nie la forme en musique, parce qu'il veut que la mu- 
sique soit l'esclave absolue de l'expression parlée. Seulement il 
oublie que l'expression, que la pensée elle-même a une forme 
précise, qui est en quelque sorte la statuaire de l'intelligence, et 
qui, en poésie, a pris pour draperie la rime, le rhythme et la cé- 
sure. Pourquoi donc la musique serait-elle plus informe que sa 
sœur la poésie, quand au contraire son caractère particulier est 
de charmer l'oreille comme la forme physique charme les 3'eux? 
M. Wagner appelle à son aide pour nous convaincre la méta- 
physique et l'esthétique la plus impalpable de la philosophie 
allemande. Ah! grand Dieu! loin de nous ce fatras, quand il ne 
s'agit que de plaire et d'émouvoir. 

Au point de vue de l'orchestre, M. Wagner arrive parfois à 
des effets nouveaux qu'il doit surtout à sa manière de séparer, 
de tripler, de quadrupler les parties plus que les compositeurs 
ne le font d'habitude. Weber le faisait cependant pour les 
violons. L'auteur du Tannhauser pousse cela infiniment loin, 
écrivant presque toujours pour trois flûtes, trois hautbois, trois 
clarinettes, etc., etc. Un de ses grands moyens consiste dans 
l'emploi des harmonies suraiguës; sa musique est vinaigrée. 
Grétry disait à une représentation d'un certain opéra de Méhul, 
qu'il donnerait volontiers un louis pour une chanterelle; à ce 



132 



Ui MÈNESTI'Iil. 



compte, les caves de la Banque de Franco seraient insuffisantes à 
solder toules celles dont M. Wagner a illustré son œuvre. 

Le Tannhauser dans son ensemble est d'une monotonie qu'on 
pourrait attribuer à l'abus de certaines formules. La mesure h 
quatre temps y est presque perpétuelle; le chromatique y détruit 
le sentiment de la tonalité; la septième diminuée y jette partout 
sa teinte neutre; enfin le* récitatif y tient la première place, non 
pas le récitatif dramatique à la manière de Gluck, mais une cspôco 
de mélopée antique, lente, traînante, le plus souvent sans accent 
et sans but. Qu'on s'étonne après cela de l'accueil fait à la parti- 
tion de M. Wagner, accueil, hélas I qui n'a pu qu'augmenter à la 
seconde représentation. On ne saurait frapper un ennemi abattu. 
A plus forleraison, nousqui nesommes pas l'ennemi de M. Wag- 
ner, mais simplement le contradicteur de son œuvre, nous sen- 
tons-nous tout disposé à le considérer, depuis la sévérité de ce 
jugementpublic, comme un antagoniste sérieux que nous serions 
bien aise, à cause de sa valeur personnelle, do ramener vers les 
sentiers do la musique mélodieuse et dramatique; mais nous le 
savons, c'est prêcher dans le désert, et nos observations seront 
encore moins goûtées de M. Wagner que sa musique ne l'a été 
du publie. 

Paul Bernard. 

THEATRE IMPÉRIAL DE L OPÉRA-COMIQUE. 

lla'dre Claude, opéra-comique en un aclu, de MM. de Saint-Georges et 
de Leuven, musique du M. Jules Cohen. 

Uneplume gracieuse vientdovous faire planer dans les nuages 
de l'avenir. Je viens, — avec moins de grâce, — vous faire retom- 
ber sur laterre. — Salut, terreferme! Salut, mô\od)c intcrmillenle 
et musique du temps présent!.. .Nous sommesen plein Opéra-Co- 
mique : voici des chants humains et de l'air respirable. M. Jules 
Cohen nous a fait ces loisirs. Nourri à l'école du passé, loin des 
brouillards du Vénusberg et de l'esthétique du Wartbourg, 
M. Jules Cohen vient de se signaler par un début lyrique dont 
la génération actuelle conçoit les meilleures espérances. Du 
reste, ce jeune compositeur n'est point un étranger pour le 
monde artiste. Indépendamment de l'honorable poste qu'il oc- 
cupe au Conservatoire, il s'est fait connaître par des œuvres 
symphoniques, religieuses, des cantates, et surtout par ses chœurs 
d'Alhalie. La clarté et le sentiment mélodique sont ses qualités 
dominantes ; aussi pouvait-on prévoir que, tôt ou lard, la maison 
Favart lui ouvrirait un compte ; cela n'a pas manqué. 

Mais, en parlant de compte, réglons d'abord le nôtre avec 
les librettistes. 

Ce maître Claude n'est point un tabellion exaspéré comme 
maître Fortunio, ni un avocat famélique comme maître Pa- 
thelin. C'est tout simplement Claude Lorrain , le grand 
paysagiste. MM. de Saint-Georges et Leuven se sont emparés 
de ce nom illustre pour en faire le héros d'un petit épisode 
romanesque, — ainsi que cela se pratique au théâtre depuis 
un temps immémorial, — et je ne leur en fais pas un crime. 

Maître Claude a découvert un beau jour, en revenant d'Italie, 
un site lorrain des plus coquets, une auberge appétissante, et 
une jeune aubergiste plus appétissante encore. Il s'installe dans 
l'une, épouse l'autre, et partage sa vie entre ses fourneaux, son 
art et sa femme, dont il est très-jaloux. — Or, Pcrrinc, la jolie 
aubergiste, a une sœur, M" e Suzelte, qui s'est fiancée au sergent 
Bouton de Bose, lequel appartient au régiment de Boyal-Cravato, 
dont le duc d'Aiguillon est le colonel. Tout à l'heure le duc, 



au retour de la chasse, va s'arrêter à l'auberge de maître 
Claude. Le peintre-aubergiste craint beaucoup cette visite, car 
mon seigneur d'Aiguillon est une espèce de Don Juan, avec qui 

• les maris n'ont pas beau jeu. Que fait maître Claude? Afin de 
soustraire sa Perrine aux obsessions du duc, il imagine de faire 
passer Suzelte pour sa femme, et de présenter celle-ci pour la 
fiancée de Bouton de Bose. Mais le sergent, inquiet pour lui- 
même, dénonce le stratagème à son colonel. Le colonel, qui 
apprend en même temps à .quel aubergiste il voulait s'attaquer, 
se borne, pour toute vengeance, h donner une petite leçon 5 la 
jalousie du peintre : il invile Claude Lorrain à prendre ses pin- 
ceaux et à reproduire le paysage qui s'étend devant la maison. 
— Voilà maître Claude devant son chevalet, et en devoir d'es. 
quisser un soleil couchant. Les lointains ne laissent rien à dé- 
sirer, et voici au premier plan un cerisier qui fera bon effet. 
Seulement, il faudrait quelques personnages pour animer le 
tableau. Arrivent à point les personnages demandés. Uu couple 
amoureux descend la colline et vient réaliser le fameux tableau 
de Boucher, la scène du cerisier (scène concertée entre le duc, 
Perrine et Bouton de Bose). Maître Claude reconnaît sa femme 
et le sergent. Son anxiété est au comble, il fait mille efforts pour 
ne pas se trahir ; mais la jalousie l'emporte, et. . . la leçon est 
complète. 

M. Jules Cohen s'est inspiré de ce gracieux canevas avec un 
bonheur qui a justifié et même dépassé toutcsles espérances. Son 
organisation mélodique, secondée par de bonnes éludes, s'est 
merveilleusement assimilé le terrain sur lequel il a posé pied. 
Sa partition est écrite dans les conditions voulues; la coupe des 
morceaux est seénique, les motifs sont avenants ; aussi le public 
a-l-il presque tout acclamé avec entrain, car il y a là tout à la 
fois un opéra-comique de la bonne venue et surtout un trésor de 
promesses pour Pavenir. 

L'ouverture de Maître Claude — un peu trop développée, — 
résume les plus jolies mélodies de la partition. Nous y trouvons 
notamment un solo do cor, suivi d'arabesques de flûte auxquelles 
on a fait une ovation spéciale. Le chœur des soldats a de la 
verve, et les couplets de Berlhelier, Dans le Royal-Cravate , ont 
été fêtés ave3 justice. Trois morceaux sont venus remporter le 
grand prix de la soirée, c'est-à-dire les honneurs du bis : l'air 
d'entrée du débutant Gourdin (maître Claude); l'air de Troy, 
Allons au franc chasseur, etc., et la chanson de Perrine, Ah! 
que dira grand' mère? — Mais n'oublions pas le. quatuor Très- 
bien, fort bien, et citons aussi le duo de MM. Troy et Gourdin, 
morceau d'une excellente facture. 

» Certes, M. Jules Cohen n'a point à se plaindre des interprètes 
de son œuvre. Ils se sont vocalement cotisés pour la mener à bon 
port. M ile Marimon (Perrine) est une aubergiste comme on en 
voit peu, comme on n'en trouve pas. Elle joue et chante à ravir el 
détaille sa chanson, entre autres choses, avec une finesse exquise; 
Troy a donné un véritable cachet de distinction au rôle du 
colonel-duc, dans lequel cependant on préférerait un ténor; Ber- 
lhelier est un Bouton de Bose des plus désopilants, et M" Cor- 
dier une agréable Suzelte. Quant au débutant, M. Gourdin, c'est 
une véritable trouvaille, et son succès a été prononcé d'emblée. 
Lauréat du Conservatoire, M. Gourdin possède un baryton- 
basse au timbre sonore et sympathique; il phrase déjà avec goût 
et atteint sans effurt les notes les plus élevées. Comme acteur, son 
inexpérience est plus visible; mare M. Gourdin n'a pas vingt 
•ans, et nous pouvons lui ouvrir un largo crédit. Nous conseil- 
lons surtout à l'Opéra-Comiquo de s'attacher très-sérieusement 



TAIiLETTES DU PIANISTE ET DU CîlA.MKl i! 



133 



co chanteur, comme il devrait le faire pour M ,le Marimon. On ne 
retrouve pas facilement des artistes de cette jeunesse et de ce 
mérite. • 

Finalement Maître Claude a satisfait tout le monde, malgré — 
disons-le pour l'acquit de noire conscience, — un flux et reflux 
de_ trilles plus ou moins réussis, tous places sur la note sensible 
de chaque fin de phrase, de manière à vous agacer désagréable- 
ment le sens auditif. Ce sont là des exagérations vocales avec les- 
quelles un composileurdnit savoir compter dans l'intérêt de tous. 

J. Lovv. 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



AUDITION DE L'ÉCOLE CHANTANTE DU PIWO 



FELIX GODEFROID. 

Tout neutre qu'il se fait sournoisement appeler, le verbe 
médire n'est pcut-èlre pas beaucoup moins actif que ses con- 
frères calomnier et diffamer ; aus^i je ne sais pas trop si la cri- 
tique a toujours calomnié les pianistes modernes, lorsqu'elle leur 
a reproché de faire trop de notes et de bruit; — mais il est 
certain que le contre-coup a été de diffamer le piano, et pour 
mon compte je reconnais en avoir très-humblement, mais très- 
souvent médit. 

Cependant, semblable à la lance d'Achille, qui avait le pou- 
voir de guérir les blessures qu'elle avait faites , la critique vrai- 
ment musicale, la critique éclairée a toujours reconnu dans le 
piano, non-seulement un instrument parfait pour la musique 
qui lui est spécialement destinée, — mais aussi l'instrument par 

excellence pour remplacer à la fois l'orchestre et les voix ; 

car le piano peut chanter, et même très-bien chanter , d'autant 
plus, — ou plutôt d'autant mieux, — qu'il prèle à la mélodie 
tout le charme de l'harmonie. Et la mélodie sans l'harmonie, 
c'est une belle statue dont on aurait retranché les membres et le 
buste pour ne conserver que la tète, — et encore, en mutilant 
presque toujours et dénaturant cette tête. 

Les exécutants do première force sur le piano abondent ; 
mais, — à côté d'un très-grand nombre de virtuoses célèbres, 
on compte à peine quelques célèbres accompagnateurs. Cela 
tient à ce que, pour être accompagnateur parfait, — et sans 
même chanter soi-même, il faut cependant êire assez initié à l'art 
du chdnt pour pouvoir former et diriger des chanteurs. Il n'est 
donc pas. étonnant que lorsque l'art d'accompagner est si rare, 
celui de faire chanter l'instrument en même temps qu'il accom- 
pagne, le soit bien plus encore; aussi, on ne chante pas, ou l'on 
chante à peine sur le piano, — l'instrument le plus répandu 
du monde, — et cependant la musique, sans mélodie, c'est le 
plat dont parle Alphonse Karr, plat de perdrix aux choux, qui 
ne se composerait que de choux. 

Il appartenait à un prince des virtuoses, au grand musicien 
qui, pendant des années, a étudié le chant sous la direction 
d'un des plus célèbres professeurs de l'école italienne, — il 
appartenait au puissant dominateur du clavier qu'il a su dompter 
et asservir, — il appartenait à S. Thalberg enfin, de protester 
avec toute l'autorité de sa splendidc exécution contre les stériles 
tours de force des exécutants et il a fait l'Art du chant ap- 
pliqué au piano. 

liais, pour appliquer un art, il faut le posséder; — pour le 



posséder, il faut s'y vouer et l'étudier, — et pour l'étudier il faut 
une école. Celle école ne manquait-elle pas? — En tous cas, 
voici YEcole chantante du piano de Félix Godefroid, cet autre 
prince des virtuoses — le roi de la harpe — le barde inspiré; 
car si on trouve des chants toujours pleins de charmes dans ses 
productions écrites, on les retrouve encore dans les prodiges de 
son exécution, — même au milieu d'inextricables difficultés, où 
le cours limpide et pur de la mélodie murmure doucement 
comme l'eau de la source à travers les roches de la montagne. 

Voilà donc deux grands maîtres — Thalberg, Godefroid, — 
maîtres souverains d'instruments dont leurs doigts de virtuoses 
pourraient faire jaillir en toute sécurité mille cascades de notes 
éblouissantes, — voilà deux exécutants hors ligne enfin s'appli- 
quanl à propager l'art de chanter ! — N'y a-t-il pas déjà là tout 
un enseignement? 

Quant à ceux que l'on puisera dans l'Ecole chantante du 
piano, je n'entreprendrai pas de les énumérer, il reviendrait 
une trop large part à chaque mélodie-type, — à chaque exercice- 
type dont l'étude générale a pour but tantôt (et tout en accom- 
pagnant) de faire chanter le piano cemme une ou plusieurs 
voix, — tantôt d'interpréter tout un orchestre en en faisant 
ressortir les divers timbres. Pour un simple trémolo, par exem- 
ple, Godefroid recommande de se reporter aux effets d'orchestre, 

— de les écouter en soi-même et de rendre autant que possible 
les différentes variétés d'instruments qui le composent. Alors 
(après l'étude de l' exercice-type pour familiariser avec le méca- 
nisme du trémolo) commence un sombre tutti qu'illumine le 
timbre clair do la petite flûte; bientôt, sous le frémissant mur- 
mure des violons, la mélodie se dessine en sons liés par l'entrée 
des cors auxquels viennent se joindre les violoncelles d'abord, 

— les contre-basses ensuite; — et peu à peu chaque instrument 
ajoutant à la sonorité de la symphonie, celle sonorité éclate 
dans toute sa puissance, pour s'éteindre progressivement ensuite 
sur les timbres graves dans le mystérieux diminuendo d'un 
perdendosi qui va toujours ralentissant. 

J'ai choisi avec intention le trémolo, — une banalité pour 
nombre de pianistes qui se contenant d'en faire une espèce 
de roulement pâteux, inégal, intermittent, dont la sonorité flas- 
que et cotonneuse n'appartient ni à la musique ni au tambour. 

— Je l'ai choisi pour donner une idée du soin apporté par Go- 
defroid — non-seulement à faire chanter le piano, mais aussi à 
le rendre l'interprète le plus fidèle des divers timbres de l'or- 
chestre. Quant au chant, au style, à l'art de phraser, l'auteur, 
consacrant d'abord le premier exercice et la première mélodie 
à la sonorité, suit une à une toutes les transformations de celte 
sonorité en noies tenues enflées et diminuées, — en notes liées, 
répétées, détachées, rebattues, piquées, syncopées, etc., — en 
traits, en arpèges, fioritures et ornements, — en portamenti, 
gruppctli, — en tout ce qui constitue la phrase musicale 
enfin. A chacune de ces choses il consacre une mélodie 
spéciale, précédée d'un exercice-lype, où la main gauche est 
toujours appelée à reproduire ce qu'a fait entendre la main 
droite; et quelques lignes de'savante théorie, aussi claire que 
concise , quelques exemples tirés des plus grands maîtres ou 
empruntés aux plus grands virtuoses , n'indiquent pas seule- 
ment, mais enseignent à fond l'art d'obtenir et d'utiliser tous ces 
effets. 

Enfin, pour faire suite à ce premier livre d'études, Godefroid 
en a écrit deux aulres, dont l'un est spécialement destiné aux 
petites mains ; ce qui fait de ['École chantante du piano un en- 



13V 



LE MÉNESTREL. 



seignemenl semblable à celui des grands établissements univer- 
sitaires, où sont appelés, à la fois, des élèves plus ou moins avan- 
cés. Dans le premier livre, Vexercice-lype est la leçon à apprendre, 
.le devoir à faire, et la mélodie qui suit l'application immédiate 
et raisonnée de la chose apprise. 

Maintenant, en parlant de ces mélodies — et sans oublier 
celles du second et du troisième livre — je ne leur ai certes pas 
prodigué d'adjectifs louangeurs , puisque je n'ai encore eu 
recours à aucun; il me sera donc permis de dire en finissant — 
et tout en mettant une sourdine à la vivacité de mes souvenirs, — 
. qu'en dehors de leur utilité comme travail, chacune de ces études 
est un charmant morceau do salon. 

C'est pour les entendre à ce double titre, — et par invita- 
tion particulière des éditeurs que jeudi de la semaine dernière 
une nombreuse réunion d'artistes et de professeurs s'était 
rendue dans les salons Erard, où les pianos ne demandent 
qu'à chanter, lorsqu'on no les force pas h faire autre chose. On 
en a eu la preuve, ce soir là, en écoutant ce jeune chanteur 
accompli, qui a nom Louis Diémer, et dont la voix splendide, 
expressive, éblouissante de puissance, d'agilité, ou touchante de 
douceur, et toujours pleine de charme, — dont la voix à sept 
octaves, enfin, est un piano à queue. Destinée d'abord à la seule 
audition des études de l'Ecole chantante, cette soirée est cepen- 
dant devenue un véritable concert, auquel reviendrait à juste 
titre un compte rendu, aussi spécial qu'élogieux, si le nombre 
de ces lignes trop accumulées ne dépassait déjà, je le crains, la 
place blanche qui m'est réservée à l'imprimerie. Sans pouvoir 
suivre l'admirable talent du jeune Louis Diémer, qui semblait 
un Protée mélodieux pendant l'interprétation do ces études 
dont plusieurs ont été bissées avec insistance, je dois donc pour 
ainsi dire me borner à nommer des artistes qui tous ont recueilli 
des applaudissements aussi chaleureux qu'éclairés. : 

L'audition s'est terminée par une sorte d'apothéose sonore, 
c'est-à-dire par le splendide épanouissement de la Prière des 
Bardes de Félix Godefroid, transcrite pour violon, piano et orgue, 
et chantée en véritables bardes plutôt qu'exécutée par MM. Ma- 
gnien, L. Diémer et M lle Virginie Huet. C'était la fin, et pour 
commencer, MM. Guidon, qui sous plus d'un rapport rappellent 
les frères Lionnet, ont dit avec un grand charme la Veillée de 
Gaveaux, et Bonsoir, Bonne nuit, Bonjour, très-joli duo accom- 
pagné par l'auteur H. Potier. Puis est venu le tour de Jules Le- 
fort, dont la voix sympathique, au timbre vibrant et sonore, a 
raconté d'abord Le Nid abandonné de M. Nadaud, pour inter- 
préter ensuite le chant dramatique de la Sirène. Pour cette der- 
nière composition, il a été également accompagné par l'auteur, 
mais cette fois par l'auteur des paroles et de la musique, M me Pau- 
line Thys. Enfin M me P. Thys a chanté elle-même de sa voix 
de salon et de musicienne quatre autres de ces productions qui 
l'avaient révélée déjà comme poète et compositeur, et ne pou- 
vaient manquer de la faire comparer à Corinne, cette rivale de 
Pindare qui fut surnommée la Muse lyrique. 

Mais Corinne était disciple de Myrtis ( femme savante, mais 
pas de celles dont Molière devait tant se moquer deux mille 
ans plus tard); — tandis que, si je ne me trompe, M me P. Thys 
est élève de son père. Enfin Corinne était Béotienne, tandis que 
M me P. Thys est Française par le cœur, ( entendez-lui plutôt 
chanter Vive la France, ) Française par la grâce, Française par 
l'esprit, et de tous les pays par le talent. 

Léon Gatayes. 



SEMAINE THÉÂTRALE. 



Aujourd'hui dimanche, I'Opéra donnera la troisième repré- 
sentation du Tannhauscr, à la demande des abonnés du lundi 
et du mercredi, qui se sont déclarés satisfaits. Ceux du vendredi 
réclament une audition, et raison leur sera faite, après les nou- 
velles coupures actuellement réalisées. A la seconde représenta- 
tion, un certain nombre de belles dames ont sacrifié leurs oreilles 
et battu des mains avec le cœur. C'est une compensation aux 
infortunes du Tannhauser. Malheureusement, comme nous 
venons de le dire, messieurs les abonnés se sont montrés moins 
compatissants, et l'on a pu voir les plus nobles d'entre eux 
armés de ces sifflets, dont l'humble parterre de l'Opéra lui-même 
n'avait plus souvenance. — Demain, lundi, première représen- 
tation du ballet Graziosa, créé par M me Ferraris, musique de 
Théodore Labarre. L'administration adjoindra à ce ballet l'ode- 
• symphonie du Désert, à laquelle le concert de Félicien David 
vient de donner un regain d'éclat et de vogue. Depuis longtemps 
on n'avait vu pareil empressement au bureau de location. 

Il serait question de remonter le Freyschulz, avec Niemann, 
M lle Marie Sax, M mo Duprez-Vandenheuvel et Belval. Ce chef- 
d'œuvre serait exécuté sans mutilations. — A la bonne heure ! 

L'Opéra nous promet aussi les débuts de M IIe F*" de Nantes, 
cantatrice de concerts, élève de M. Piermarini. Elle nous appa- 
raîtrait d'abord, dit-on, dans le rôle de Lucie, sous le nom de 
M lle de Taisy. 



Le TnÉATRE-lTALiiiN adonné, lundi, une représentation extra- 
ordinaire de Semiramidc. MM mes Grisi et Alboni chantaient les 
rôles de Sémiramis et d'Arsace. On sait que ces deux grandes 
cantatrices ont, toutes deux, fait leur premier début, à Paris, 
dans ces deux rôles, la première le 1C octobre 1832, la seconde 
au mois d'octobre 1847. C'est assez dire quel intérêt s'attachait à 
cette représentation. Près do trente années séparaient M mB Grisi 
de son premier triomphe. Le public n'a pas été ingrat; et, fidèle 
au souvenir de ses jouissances passées, il a su donner à M me Grisi 
les plus sympathiques témoignages, et applaudir un talent qui se 
survit à lui-même, et que soutient d'ailleurs le sentiment dra- 
matique le plus admirable. Quant à M me Alboni, qui ne compte 
encore, à Paris, que quatorze années de succès non interrompus, 
elle a soulevé, comme toujours, dans ce rôle, l'un des plus heu- 
reux de son répertoire, les bravos unanimes de la salle. Que 
pourrait-on dire encore sur ce timbre de voix unique, sur celte 
facilité, celte sûrelé merveilleuse! rare privilège de la jeunesse 
et de la maturité du talent! Goûtons bien ces exquises satisfac- 
tions, sur lesquelles le temps aussi aura prise un jour ! L'âge est 
une justice dernière qui efface les inégalités présentes. — Badiali 
d'abord, et puis Angelini ont dignement secondé MM mes Grisi 
et Alboni ; et la musique du maître, aux Italiens comme à l'Opéra, 
n'a pas cessé de charmer tous ceux qui aiment encore la mé- 
lodie, la clarté, l'inspiration continue, le développement régu- 
lier de l'idée musicale, la sérénité du génie. 

Quelques jours avant la représentation de Semiramide, le 
Théâtre-Italien reprenait le Nozze di Figaro, dont il nous avait 
sevrés depuis une vingtaine d'années; il est vrai que le Théâlre- 
Lyrique a richement comblé cette lacune. Ce chef-d'œuvre de 
grâce et d'esprit n'a malheureusement pas rencontré une distri- 



NOUVELLES ET ANNONCES. 



135 



bution suffisante sur la scène de Ventadour; mais Mozart n'en 
a pas inouïs retrouvé dans la salle ses fidèles et fervents adora- 
teurs. Le duo de la lettre a été détaillé avec beaucoup de goût 
par M me Penco et M llc Battu. 

— Aujourd'hui dimanche, au Théâtre Impérial Italien, re- 
présentation au bénéfice de M rae Alboni, avec intermède musical : 
1° Grande fantaisie héroïque, composée et exécutée parM. Emile 
Forgues; 2° Air chanté par M. Graziani; 3° A. Thème varié, 
B. Mazcppa, grandes études pathétiques, composées et exécutées 
par M. Emile Forgues; 4° Air chanté par M mc Alboni. 

L'Opéra-Comique nous a- donné cette semaine Maître Claude 
(voir notre article). * 

Le Théâtre-Lyrique donnera demain lundi la reprise de 
Gil-Blas, opéra-comique en cinq actes. Le grand succès de 
l'œuvre de M. Semet, interrompu l'année dernière par la clôture 
de la saison, va trouver de nouveaux éléments dans les soins 
dont l'administration a entouré cette importante reprise. 
M" e Girard remplira le rôle de Gil-Blas, et va, dit-on, révéler 
des qualités qui la placent à la fois au premier rang de nos 
meilleures cantatrices et de nos plus excellentes comédiennes. 
Les autres rôles do la pièce seront joués par des artistes égale- 
lement aimés du public: MM. Meillet, Wartel, Lesage, Gabriel, 
Leroy, Girardot, M" cs Faivre et Vadé. 

Hier samedi, les Bouffes-Parisiens ont donné la première 
représentation du Pont des Soupirs, leur grande et tardive pièce 
d'hiver. — A dimanche les détails; constatons seulement, dès 
aujourd'hui, que le bureau de location est assiégé. 

L'Odéon nous a offert un agréable marivaudage en vers, le 
Portrait d'une jolie femme, deux actes dont le maréchal de 
Richelieu et le peintre Boucher sont les principaux héros. 
Auteur : M. Rochefort. 

Au Gymnase, on annonce quatre actes d'un auteur en vogue : 
les Ménages parisiens. 

Le Vaudeville vient de jouer coup sur coup deux pièces 
nouvelles: Ma Femme est troublée, comédie en un acte, de 
MM. Dumanoir et Decourcelles, parfaitement interprétée par 
Félix et M" e Pierson; puis les Vivacités du capitaine Tic, trois 
actes fort humoristiques de MM. Labiche et Edouard Martin. 
Félix, Boisselot, Munie, une débutante, M Ue Manvoy, et 
M me Alexis, complètent l'excellent ensemble de ce succès. 

Le théâtre des Variétés annonce la reprise de La fille du 
Diable. 

La Porte Saint-Martin nous promet son drame nouveau, 
les Funérailles de l'honneur, pour le 30 de ce mois. 

Et enfin la Gaité a renouvelé son affiche vendredi dernier, 
avec un drame en cinq actes , huit tableaux : La Fille des 
Chiffonniers. Nous en dirons le résultat. 

J. Lovy. 

NÉCROLOGIE. 

L. NIEDERMEYER 

C'est le coeur navré de douleur que nous annonçons à nos 
lecteurs la mort de notre ancien ami et collaborateur, M. L. 
Niedermeyer, enlevé subitement, dans la soirée du jeudi 14 de 
ce mois, 5 sa famille, à ses amis, à l'art musical, à sa chère École 



de musique religieuse, au moment où il venait de diriger la répé- 
tition d'une messe de M. Gastincl. Huit jours auparavant, nous 
avions eu le bonheur de le rencontrer et de passer quelques 
heures avec lui. Les premiers mots qu'il nous dit furent ceux-ci : 
« J'ai été bien malade depuis que je vous ai vu ; j'ai pensé mou- 
rir. » Le jeudi suivant, M. Niedermeyer n'était plus! Comment 
peindre la douleur de ses deux filles, de son fils, de tous ses 
élèves, qui le respectaient et l'aimaient comme un père, des pro- 
fesseurs et des ecclésiastiques chargés de l'éducation religieuse 
et littéraire dans le grand et utile établissement qu'il avait fondé, 
et auquel il s'était uniquement consacré? 

En attendant que nous puissions donner une biographie com- 
plète de celui à qui l'École de musique religieuse de Paris et la 
Maîtrise doivent leur existence, nous empruntons à un journal 
quelques détails sur ses œuvres : 

« M. Louis Niedermeyer était âgé de cinquante-huit ans. Fils 
d'un professeur de musique de Genève, il était allé achever ses 
études à Naples, et y avait donné son premier opéra: il Reo per 
amore. 

« En 1826, le jeune maestro vint à Paris et eut le bonheur 
d'y obtenir tout d'abord le précieux patronage et l'amitié de 
Rossini; et, grâce à lui, il eut un acte joué au Théâtre-Italien : 
la Casadel bosc.o. Après un séjour de deux ans à Bruxelles, il 
revint s'établir définitivement à Paris, en 1835. Il a donné 
successivement trois grands ouvrages à l'Opéra : Siradella, Ma- 
rie Sluart, dont plusieurs morceaux sont restés célèbres, et la 
Fronde. 

« Mais ce que Niedermeyer a écrit de plus beau, ce sont les 
quatre ou cinq Méditations de Lamartine qu'il a mises en mu- 
sique, l'Lsolement et surtout le Lac, romance incomparable, où 
l'inspiration musicale s'est élevée à la hauteur de l'inspiration 
du poëte. » 

Ajoutons sa belle messe en si mineur pour chœurs et orchestre, 
exécutée pour la première fois, en 1849, à Saint-Eustache, pour 
la fête de Sainte-Cécile, sous la direction de M. Dietsch, et, 
quelques années plus tard, à Saint-Eugène , sous la direction de 
M. H. Berlioz, ainsi qu'une quantité de remarquables morceaux 
religieux pour voix et pour orgue, dont la plupart ont été pu- 
bliés par la Maîtrise. 

Les obsèquesdeM. Niedermeyeronteu lieudimanche 17mars, 
au milieu d'un concours considérable où l'on remarquait M. le 
prince Ponialowski, sénateur, M. Plichon, député, MM. Am- 
broise Thomas, H. Berlioz, Gaslinel, Dietsch, Denne Baron, 
Scudo, Duprez, Elwart, A. Bùïeldieu, Émilien Pacini, et une 
foule d'artistes et de gens de lettres. 

M. Niedermeyer était protestant; la cérémonie religieuse a 
eulicuau'cimelière, où M. le pasteur Coquerel a pris la parole, en 
présence des ecclésiastiques attachés à l'École, qui avaient ob- 
tenu de M. le Cardinal-Archevêque la permission de rendre ce 
dernier devoir à l'illustre Directeur. 

L'art musical religieux fait une perte irréparable dans la per' 
sonne de M. Niedermeyer, qui avait si profondément étudié et 
la théorie de l'harmonie du xvi e siècle, et le style de l'orgue, 
et la tonalité du plain-chant. Son école survivra, nous en sommes 
certains, et nous sommes persuadés qu'en changeant de mains, 
elle restera fidèle aux traditions du fondateur. 

Au moment où nous livrons ces lignes h l'impression, un de 
nos plus aimables et de nos plus brillants poètes, M. Emile 
Deschamps, veut bien nous envoyer les vers suivants que lui a 
inspirés la mort de M. Niedermeyer, son ami et le nôtre. Ce 



1SG 



LE MÉNESTREL 



quatrain nous arrive fort à propos p.mr terminer cet article 
d'une manière digne de celui que nous pleurons. 

J. d'Ortigue. 
NIEDERMEYER. 

Il fut modeste et franc], plus que tout autre, il laisse 
Au cœur de ses amis un vivant souvenir , 

Comme, à ses enfants, la noblesse ; , 

D'un nom qu'adopte l'avenir. 

Emile Desciiamps. 



NOUVELLES MYEKSES. 

— Les théâtres de Londres sont fermés jusqu'à nouvel ordre, à cause 
de la mort de S. A. R. M mc la duchesse de Kent, mère de la reine d'An- 
glet 'rre. 

— Le directeur du Théâtre-Italien de Covent-Garden, à Londres, M.Gyc, 
vient dé publier son programme. Le théâtre sera ou vert le mardi 2 avril 1801. 
La compagnie se compose de : M mes Penco, Rosa Csillag, MMan-Carvalho, 
Didiée, Corbari, Rudersdorff, Taglialico, Levai, Orlolani-Tihej'ini, MM.Tam- 
berlick, Lucchesi, Neri-Baraldi, Rossi, Jourdan, Tiberini, Ronconi, Taglia- 
fico, Polonini,Palriossi, Zelger, Faure, Graziani, Formes. Pi incipales dan- 
seuses : M Ues Zina Richard, Salvioni. Maître de ballet : M. Desplaces. Chef 
d'orchestre : M. Costa. Administrateur : M. A. Harris. Les opéras suivants 
seront exécutés pendant la saison , savoir : les Huguenots, Dinorah, le 
Prophète, Meyerber; Don Giovanni, Mozart; un Bat bière di Siciglia, 
Otello, lu Guzza Ladra, Rossini; Lucreziu Borgia, Maria di Ilolmn, lu 
Favorita, Donizelti ; Norma, la Sonnambula, i Purituni, Bellini ; la Tra- 
viata, il Trovalore, Rigoletto, Verdi; Marlha, I'iotow; Zampa, Hérold; 
Fra Dinvolo, Auber ; il Giuramento, Mercadante ; Fidelio. Beethoven ; 
Orfet), Gluck, et le nouvel opéra de Verdi, il Ballo in mnsclicra. Comme 
on le voit, il y en aura pour tous les goûts et pour toutes les écoles. Le 
Tannhauser seul manque à ce plantureux approvisionnement. — De plus, 
le premier ouvrage nouveau pour Covent-Garden, joué cette saison 1801, 
sera îe.GuiitaJneTéM de Rossini, avec celte distribution pour les trois prin- 
cipaux rôles: Arnold, Tambeiïick; Guillaume, Faure; Malhilde, M mc Mio- 
land Carvalho. Dans le Don Juan, le rôle principal sera joué par Faure, et 
M me Carvalho chantera Zerline. C'est aussi M me Carvalho qui prendra le 
rôle du page dans un Ballo in maschera. Enfin, on annonce l'Étoile du 
Nord, par Faure etM rae Carvalho. Bref, on le voit, si les Italiens envahis- 
sent l'opéra français, les chanteurs français ne se privent pas de briller à 
leur tour sur la scène italienne. 

— Le Théâtre royal de la Monnaie, à Bruxelles, adonné cette semaine la 
première représentation de Y Enchanteresse, ballet en deux actes. Les cor- 
respondants belges ne nous disent pas si le public en a été enchanté. 



— Après un court séjour en Suisse, le baryton Slockhausen est retourné 
en Allemagne (on revient toujours à ses premières, etc.). Le 7 de ce moi*, 
ilachantéà Francfort; le 24 (aujourd'hui dimanche), il chantera à Cologne 
dans la Passion, de Sébastien Bach ; et vers Pâques il se rendra à Leipzig 
pour y donner un concert. Paris ne l'attend plus.... qu'à la Trinité. 

— Une correspondance de Bordeaux nous apprend que M mc Duprez- 
Vandenheuvel vient de débuter dans celte ville par le rôle de Lucie. Le 
succès a été immense et s'est formulé par trois rappels. Après Lucie est 
venu li Barbier. Le boléro dos Vêpres, dans la leçon de chant, a été 
bissé; puis le Songe d'une nuit d'été', même enthousiasme. On attend 
M rae Vandenhouvcl dans les Huguenots et dans Je Freyschutz. 

— A la messe en musique de M rac la baronne de Maistre, église Saint- 
Rocb, on a remarqué un motet de Cherubini, chanté par les sœurs Mar- 
chisio, et l'air de Stràdellti. par le baryton Bonheur, — sans préjudice des 
morceaux d'ensemble de la composition do M me de Maistre, qui ont produit 
leur effet, ■ — malgré ce dangereux voisinage. 

— Aujourd'hui, dimanche des Rameaux , M. Mullot fera exécuter, à 
trois heures et demie, un nouveau Stabat de sa composition. C'est à Saint- 
Yincent-dc-Paul que cette exécution aura lieu. L'auteur a eu l'heureuse 
idée d'illustrer sa composition pour le chant lilhurgique, dont il a conservé 
intégralement la mélopée pour strophes, prières. 

— Aujourd'hui dimanche, à quatre heures, autre solennité musicale 
en l'église Saint-Eustache. M. Léonce Cohen fera exécuter un salutaris 
(à trois voix, avec orchestre) de sa composition. 

— Aujourd'hui dim niche, 2't mars, à une heure précise, matinée mu- 
sicale donnée par le comité du Progrès artistique, dans la salle des concerts 
du lycée Louis-le-Grand (entrée par la rue Saint-Ëtienne-des-Grès). 

— Un jeune pianiste compositeur, M. Auguste Thurner, nous promet 
pour U 7 avril, salle Herz, une matinée musicale et dramatique. M. Ham. 
mer, M. Dufrène, de l'Opéra, et quelques autres artistes aimés, prendront 
part au programme. Le bénéficiaire fera entendre plusieurs de ses com- 
positions. La partie dramatique so composera d'une scène à'Horace, par 
M llu Tordeus, la jeune tragédienne de l'Odéon, et de Risette, avec M 110 Au- 
tomne, du Gymnase. 

SOIRÉES ET CONCERTS 

IL'anondancc îles matières nous oblige à ren- 
voyer sV dimanche prochain le compte-rendu des 
Soirées et Concerts de la semaine. 



J.-L. IltsucEL, directeur 



J. Lovy, rédacteur en chef. 



Tjp Charles île Mou 



rue Jean-Jacques ltous: 




En vente au MENESTREL, 2 bis, rue Vivienne. 

MORCEAUX DE CHANT — 

SÉPARÉS : 

1. Chœur : Allah I Allah! _ _ jr 

2. Marche de la Caravane, piano. 4 50 [j B ^ I \ Tjn 

3. Avec chœur. La tempête au |J 

désert. Le Simoun I i B 1 I 

4. Hymne à la nuit, air p r ténor. 3 75 M^Â . B A 
4 bis. Le même, pour baryton ... 375 

4 ter. Le même, pour basse 3 75 ODE-SYMPHONIE DE 

4 quat. Le même, en italien £ 75 

5. Fantasia et danse des Aimées, 

pour piano solo 4 . r >0 WŒESfâ I 

G Chœur. La liberté au désert . Lq 

7. Rêverie du soir, mélodie pour E 

ténor 3 73 

7 bis. La même, pourbaryton. . . 3 75 PoëSÎC fte COOÏ. 

7 ter. La même, pour basse 3 75 

7 quat. La même, en italien 3 75 

8. Le lever du soleil • 

9."chanfdu Muezzim.V ténor. "§ 50 Partition in-8°, piano et chant, net : 7 fr. — Grand format, piano et chant : 15 fr. 

10. Chœur. Départ de la Cara- 
vane Partition orchestre : 150 fr. 

Chaque partie de chœur séparée. » . '.,,,., 

N. B. Voix de soprano et de con- Parties séparées : 150 fr. - Chaqu j parl.e 3 parée : lo fr. 

trallo, ad libitum, chaque . 

partie séparée 6 » Partition piano solo, net : 10 fr. — Partition à qua'ro m uns, net : 1 i rr. 



MORCEAUX DE PIANO 

TRANSCRITS : 

a. de Kimt.i.i improvisata sur 

le Désert Aies Hirondelles. 8 » 

Btriiii. nieller. Caprice brillant. 

Op. 51 9 » 

e. Prudent. Le lever du Soleil. 

Op. 22 9 » 

m. Kosciicn. Marche de la Ca- 
ravane 9 » 

j. n. ntivcrnoy. Souvenir. Op. 

51 :.... .. s » 

a. tccarpcniicr. Fantaisie bril- 
lante. Op. 102 » 

MoichiorMocker. Fantaisie. . . 9 » 

t. David. Rêverie du soir 4 50 

iieuri lier*. Grand duo concer- 
tant, à 4 mains 9 » 

ii. iio.wiien. Marche de la Ca- 
ravane , à 4 mains 10 » 

a. ngusavd. Danse des Aimées, 

quadrille à 2 et 4 mains. . . 4 50 

a. Durand. Marche pour piano 
et orgue 6 



759. — % 28 8 Année. 

I\'° 18. 



TABLETTES 
OU PIANISTE ET DU CHANTEUR. 



Dimanche 31 

18G1. 



££>Oâ 



MENESTREL 



JOURNAL 



J.-L. HEUGEL, 

Directeur. 



MUSIQUE ET THEATRES. 



JULES LOVY, 

Rédact'en chef. 



LES BUREAUX , S bis, rue Vi vienne. — HEUGEL et C'% éditeurs. 

(Aux Magasins et Abonnement de Musique du MÉIVESTREÏ,. — Tente et location de Pianos et Orgues.) 

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2» Mode d'abonnement . Journol-Teitc, tous les dimanches ; au morceaux i 
Fantaisies, Valses, Quadrilles, paraissant de quinzaine en quinzaine; ï Aluunia- 
pi-inics illustrés. — Un an : 15 fr.; Province : 18 fr. ; Etranger: 21 fr. 

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Un an : 25 fr. — Province : 30 fr. — Étranger : 36 fr. 

On souscrit du I er de chaque mois. — L'année commence du 1 er décembre, et les 52 numéros de chaque année — texte et musique, — forment collection. — Adresser/rarcco 
un bon sur la poste, à MM. HEIIKEI. ct.C ie , éditeurs du Ménestrel et de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. 
Typ. Charles de Mourgues frères, ( Texte seul : 8 fr. — Volume annuel, relié : 10 fr. ) rue Jean-Jacques Rousseau, 8. — 1965. 



CHANT. 

1 er Mode d'abonnement • Journal-Texte, tous les dimanches; 30 Morceau 
Scènes, Mélodies, Komances, paraissant de quinzaine en quinzaine; a Albun 
istrés. — Un an : 15 fr. ; Province : 18 fr'. ; Etranger: 21 fr. 



SOMMAI KE. — TEXTE. 

I. Académie impériale de musique : Concert de Félicien David ; troisième soirée 
du Tannhauser; première représentation de Graziosa. Paul Bernard. — 
II. Troisième et quatrième théâtre lyrique : Reprise de Gil Bios; première 
représentation du Pont des Soupirs. J. Lovï. — III. Nouvelles , Soirées et 
Concerts, Annonces. 

MUSIQUE DE CHANT: 

Nos abonnés à la musique de Chant recevront avec le numéro de ce jour: 

FAIS-TOI PETIT, 

Paroles de Charles Potier, musique d'HENRi Potier. — Suivra immé- 
diatement après : l'Hiver, poésie d' Armand Barthet , musique de 
J. Offenbach, mélodie extraite du recueil des Voix mystérieuses , 
auxquelles nous avons déjà emprunté la Barcarolle et Chanson de 
Fortunio. 

PIANO : 

Nous publierons, dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique 
de Piano : 

BE1.1.A SERA, 

Idylle de Paul Bernard. — Suivra immédiatement après : la Belle Ni- 
çoise, polka-mazurka d 1 Auguste Durand. 



ACADEMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE. 

Concert de Félicien David. — Troisième représentation du Tannhauser. 
— Première représentation de Graziosa : M mc Ferraris. 

Le domaine musical est plein de contrastes, de caprices, de 
revirements, de compensations. 

C'est ainsi que du lundi au samedi de l'autre semaine, dans 
la salle de la rue Le Pelletier, le Désert succédait au Tannhauser, 
c'est-à-dire le grand jour aux ténèbres, la forme au chaos, la 
vérité à l'erreur. 

Les jours se suivent sans se ressembler, et les soirées de 
l'Opéra aussi. Les bravos prolongés renversaient les sifflets de 
la veille, et semblaient puiser une nouvelle force dans l'espèce 
de protestation qui naissait du rapprochement immédiat de deux 



œuvres aussi opposées de nature que le sont l'ode-symphonie 
de Félicien David et la partition de M. Richard Wagner. 

Il fallait voir ce public enthousiaste, le même, du reste, que 
celui de la première représentation du Tannhauser, les mêmes 
célébrités officielles , les mêmes sommités artistiques et litté- 
raires, les mêmes princes de la critique et du feuilleton, réunis, 
comme quelques jours auparavant, mais cette fois répondant à 
l'appel d'un compositeur modeste, trop modeste, dont le talent 
réveille les sympathies, et dont les œuvres comptent des succès 
nombreux et incontestés. 

Aussi quel triomphe et quelle recette ! — Il n'y avait pas 
une main inactive de l'orchestre aux loges du cintre, pas une 
voix qui ne criât bravo, et cependant pas un claqueur. Mettez 
le public, le public de bon aloi, vis-à-vis d'une œuvre vraie au 
point de vue de l'art, laissez-le tout entier à ses impressions, et 
vous jugerez alors s'il a besoin d'être stimulé pour applaudir. 
Établissez, au contraire, une claque formidable, doublée d'une 
imposante phalange de maladroits amis, et cela devant un ou- 
vrage contestable et révolutionnaire au point de vue musical, et 
l'on aura le déplorable spectacle d'une chute proportionnelle au 
succès imposé. On verra s'établir une lutte indécente entre les 
applaudisseurs quand même et les siffleurs surexcités. L'amour- 
propre, l'antagonisme, viendront se mettre de la partie. Chacun" 
s'égarera dans ce combat de l'intelligence; les plus patients pour- 
ront s'y oublier, et les natures expansives y deviendront sans 
retenue. C'est alors que les questions d'art seront entachées d'un 
jugement sans dignité : toute pudeur sera mise au vestiaire ; on 
sifflera, on rira, on chantera, on sera sans pitié pour les pauvres 
interprètes, on n'écoutera même plus , on troublera le public 
sérieux qui désire se rendre compte, et l'on donnera, dans la 
salle la plus aristocratique de l'Europe, le triste exemple d'un 
charivari indigne du plus petit théâtre des boulevards. 

Voilà pourtant ce qui s'est passé à l'Opéra dimanche der- 
nier, et ce qu'il faut déplorer sincèrement. Comme artiste, je 



138 



LE MÉNESTUE!. 



proteste; comme homme, je le regrette; comme critique, j'en 
suis navré; car l'auteur du Tannhauser, que nous avons battu 
en brèche il y a huit jours, pourra s'appuyer et s'appuiera 
certainement sur ce jugement tumultueux pour crier au 
parti pris, à l'injustice, au scandale. Nous parlions tout à 
l'heure de maladroits amis ; disons maintenant que les ennemis 
maladroits de M. Wagner lui ont ainsi préparé une porte de 
sortie dont il profitera, et il fera bien. Le martyrologe s'aug- 
mentera d'une victime. La question pouvait être jugée en der- 
nier ressort ; mais M. Wagner s'armera de ce vice de forme 
pour en appeler à la postérité. Voilà ce qu'une impatience mal 
comprise aura produit : elle remet tout en question. Loin de 
nous l'idée de contester au public le droit de protestation. Ce- 
pendant, il faut le faire dans une certaine mesure. L'œuvre 
repoussée dignement ne saurait se relever, tandis qu'on plaint, 
au contraire, l'auteur endolori qu'une chute trop cruelle rend 
plus intéressant. Cela est vrai, surtout en France, d'où est 
sortie cette noble et mémorable parole : Honneur au courage 
malheureux! 

Qu'on nous pardonne cette digression, écrite moins en faveur 
de M. Wagner que pour déplorer un scandale indigne du peuple 
qu'on cite comme le plus aimable et le plus poli de la terre. 
Sans celte soirée néfaste, le pauvre Tannhauser était bien et 
dûment enterré , et l'on aurait pu dire sans regret : Laissez 
passer la justice.... de Paris, ce roi du goût, de l'intelligence et 
des arts. 

Cet événement n'est pas le seul, du reste, qui se soit accompli 
à l'Opéra ; la semaine au contraire a été des plus fécondes. En 
voici le relevé : Évanouissement complet du Tannhauser dans 
les brouillards les plus épais de l'avenir; concert de Félicien 
David et succès traditionnel de ses œuvres; enfin, rentrée triom- 
phale de M me Ferraris par la première représentation de 
Graziosa, ballet-pantomime en un acte de MM. Derley et 
Petipa, musique de M. Théodore Labarre. 

Pour régler tout d'abord notre compte avec M. Félicien 
David, ajoutons qu'à son concert, des fragments de Christophe 
Colomb ont rivalisé noblement avec le Désert. Pourtant, il faut 
le dire, ce dernier ouvrage laissait un peu à désirer comme exé- 
cution. Les chœurs étaient insuffisants, et l'ensemble aurait pu 
être meilleur. La marche de la caravane, la danse des Aimées, 
ont été enlevées comme sait le faire l'orchestre de l'Opéra. 
M. Dufrêne s'est fait remarquer dans le chant du Muezzin. 
M me Gueymard-Lauters et M. Cazeaux ont parfaitement inter- 
prété les soli de Christophe Colomb. Enfin, le final de Moïse 
au Sinaï et le bel allegro de la symphonie en mi bémol com- 
plétaient le programme de cette soirée, qui marquera dans les 
fastes de la rue Le Pelletier. 

Deux jours après, le Désert reparaissait sur l'affiche et accom- 
pagnait, cette fois, la première représentation de Graziosa. L'or- 
chestre n'était plus , comme l'avant-veille, en amphithéâtre, et 
avait gardé sa place habituelle. Celte position, fort bonne pour 
accompagner les voix dans une action dramatique, est moins 
favorable pour une œuvre symphonique. Les détails d'instru- 
mentation sont moins indiqués ; le Désert, dans cette nouvelle 
sonorité, nous a fait l'effet d'un tableau posé à plat, et cepen- 
dant l'exécution offrait plus d'ensemble que le premier soir. 



Mais arrivons à Graziosa. Voilà un ballet comme nous les 
comprenons et les aimons ; un ballet où l'action vient agréable- 



ment couper les pas et les danses ; un ballet eu un acte, c'est-à- 
dire pas trop long, dans une juste mesure ; un ballet discret, 
coquet, vif, alerte, amusant. Nous lui prédisons un succès qu'il 
faudra reporter, en partie, sur la gracieuse ballerine si aimée, 
si choyée du public parisien, mais dont, cependant, les auteurs 
du livret et de la musique, et aussi les décorateurs, pourront, à 
juste titre, réclamer leur bonne part. 

Une jeune fille des environs de Naples est fiancée à un mule- 
tier ; rien de plus simple, et cette histoire aurait pu rester fort 
ignorée si une jeune dame masquée ne passait en ce moment au 
fond du théâtre, au bras d'un cavalier. Bien encore de plus na- 
turel. Cependant, un autre cavalier leur barre le passage et veut 
forcer la dame à se démasquer. Un duel s'ensuit. Le muletier 
Pietro va chercher main-forte, et Graziosa, attirant la dame dans 
un coin, se substitue adroitement à elle et sépare les combat- 
tants. Le provocateur dépisté, reconnaît sa méprise et tout rentre 
dans l'ordre. Cependant, la garde arrive, sous la forme tradi- 
tionnelle de quatre hommes et un caporal. Le podestat, ne trou- 
vant plus sur qui sévir, s'en prend à Pietro et le laisse prison- 
nier sous la surveillance des soldats. 

Ici, une scène charmante : Graziosa, par sa grâce et sabeauté, 
captive le caporal, fait tourner la tète aux quatre hommes et 
finit par les faire tous danser avec elle. Je n'ai rien vu déplus 
délicieusement comique que cette ravissante créature au milieu 
de ces soldats ridicules, tournant, haletant, se poussant et tom- 
bant. L'un d'eux est plus sec et plus long que l'obélisque. Pietro 
se sauve à la faveur de ce manège; mais il est repris bientôt, et 
tout cela pourrait fort mal tourner, si le jeune seigneur, l'obligé 
de Graziosa, n'était le vice-roi lui-même. Celui-ci obtient leur 
grâce du podestat, ce qui produit un tableau final pouvant 
porter pour exergue : Un bienfait nest jamais perdu. 

Tout cela est mêlé d'un combat de taureaux... sans taureaux; 
erreur espagnole de ce charmant petit acte, et ce qui ferait vo- 
lontiers dire : si vous voulez faire un civet, ne prenez pas de 
lièvre; mais il ne faut pas oublier qu'ici le lièvre serait un tau- 
reau, et que le public français aime infiniment mieux s'en tenir 
aux torréros, aux picadors, tels que nous les poétise l'Opéra, 
sous la forme et les délicieux visages de M 1Ies Marquet,Schlosser, 
Parent, Moncelet, Simon, Sloïkoff, Barette et lutte quante. 

Après ce piquant épisode d'invisibles taureaux, arrive le pas 
de la fiancée, par M me Ferraris, plus vaporeuse, plus sympa- 
thique que jamais. Aussi, le public l'a-t-il acclamée et littérale- 
ment couverte de bouquets. Au milieu d'eux fleurissait ce qua- 
train : 

Sa danse est un sourire , 
Et, quand elle bondit, 
Nul ne saurait traduire 
Tout ce que le cœur dit. 

La musique, nous l'avons dit, est de M. Théodore Labarre, 
encore un musicien trop modeste, et dont la place n'est pas 
assez marquée. On se sent à l'aise en l'écoutant. Elle est parfois 
italienne, parfois espaguole, toujours mélodique, ce qui ne nuit 
pas, et sans cesse de bonne maison. Le décor, de MM. Cambon 
et Thierry, représente un splendide paysage napolitain; la mise 
en scène est pleine de fraîcheur. Somme toute, la réussite n'a 
pas été douteuse un seul instant. 

Paul Bernard. 



MUSIQUE ET THÉÂTRES. 



139 



TROISIÈME ET QUATRIÈME THEATRE LYRIQUE. 

Reprise de Gil Blas. 

La reprise de Gil Blas a eu lieu mardi dernier avec éclat au 
Théâtre-Lyrique. L'agréable et spirituelle musique de M. Th.- 
Semet avait laissé des souvenirs vivaces dans le public et parmi 
les amateurs de la bonne et franche musique française ; il y 
avait donc toule justice à reprendre cet opéra, qu'une complainte 
a d'ailleurs rendu populaire sur tous nos théâtres de vaude- 
villes. 

Meillet, Legrand,. Wartel, Leroy, ont conservé les rôles qu'ils 
ont créés l'année dernière. Meillet joue avec un goût parfait 
celui de Melchior Zapata ; Legrand a montré sa verve accou- 
tumée, et Wartel est d'un comique achevé dans le personnage 
du docteur Sangrado. 

Mais tout l'intérêt de la représentation était dans la tentative 
de M" e Girard, qui acceptait, ou plutôt réclamait l'héritage bien 
lourd deM me Ugalde. On sait avec quelle aisance, quelle spiri- 
tuelle malice, quel aplomb de bon aloi, M me Ugalde avait joué 
le rôle de Gil Blas. M Ile Girard ne manque pas d'aplomb, ni 
même d'esprit, et son audace a été couronnée de succès. Sa voix 
franche et d'un timbre agréable , sa vocalisation facile, son jeu, 
qui ne pèche peut-être que par excès , devaient lui assurer les 
applaudissements. Dès l'air du premier acte : Me voici votre 
camarade, on pouvait prévoir l'heureuse issue de cette soirée. 
Cependant on semblait attendre avec une certaine curiosité la 
complainte du quatrième acte, où M me Ugalde semblait inimi- 
table, malgré tant d'imitations. — M" e Girard, elle-même, était 
visiblement préoccupée à l'approche de ce morceau, et, soit que 
son assurance l'ait un peu abandonnée, soit qu'elle ait voulu, 
par bon goût, modifier le cachet d'ironie gamine que M me Ugalde 
avait donné à cette chanson, elle l'a dite d'un ton plus sérieux 
et avec plus de conviction. Du reste , on l'a lissée deux fois : 
que pouvait-elle souhaiter de plus ? 

M Ile Girard avait laissé son rôle de Laure à M lle A. Faivre, 
et M 1Ie M. Faivre a gardé celui de Pierrette, où elle met si peu 
de voix et tant de gentillesse. 

En somme, chacun a aidé au succès de cette reprise, qui , 
entre autres mérites, a celui de nous montrer M" 8 Girard dans 
un rôle de primo carlello, honneur qui lui était dû depuis long- 
temps. 

BOUFFES-PARISIENS. 

Le Pont des Soupirs , opéra bouffon en deux actes , quatre tableaux , 

paroles de MM. Hector Chémieux et Ludovic Halévy, 

muoique de J. Offenbach. 

La veine musicale ne tarit pas chez le maestro Offenbach. 
C'est une source de mélodies claires, intermittentes et rhythmées 
qui jaillit suir et matin, depuis le 1 er janvier jusqu'à la Saint- 
Sylvestre, à la barbe de tous les l'annhauser de France et d'Al- 
lemagne. 

Voici un pendant à Orphée aux enfers et à toutes les joyeu- 
setés lyriques que nous devons à cette verve sans frein. Mais par- 
lons d'abord des deux compères, — j'allais dire des deux com- 
plices, — les librettistes du Pont des Soupirs. 

Je n'ai plus à exprimer mon opinion sur les ébouriffantes piè- 
ces qui se commettent à cet heureux théâtre. Aux Bouffes on en- 
tend de charmante musique, mais on se croit à Charenton : l'é- 
lément plaisant et l'élément bouffon, le rire et le fou rire, s'y 



entassent par couches superposées, et, comme je l'ai déjà dit, on 
y greffe l'extravagance sur la folie, on y parfume la rose. Voilà 
le seul défaut que je reconnaisse aux libretti de la maison. « La 
mariée est trop belle, » me répondra-t-on. — Non , mais sa 
beauté est trop chargée; voilà tout. Par bonheur, cette fois, ce 
sont MM. Crémieux et Halévy qui tiennent la corde, et leur es- 
prit est tout un dédommagement. 

Quoi qu'il en soit, je vous présente un mélodrame burlesque 
dans toute l'acception de l'adjectif. Si, après cela, nos modernes 
Pixcrécourt, les Dennery, Bouchardy, Dugué, e tutti quanti, 
vous donnent le moindre frisson avec leurs productions terri- 
fiantes, c'est que vous aurez la superstition chevillée dans le 
corps. 

Le Pont des Soupirs est une prodigieuse combinaison des in- 
grédients les moins historiques et les plus émouvants, et les hé- 
ros de cette histoire ou de cette légende vous jettent dans une 
étrange perplexité : on ne sait si l'on a devant les yeux Angelo, 
tyran de Padoue, Binaldo Rinaldini, Marino Falieri ou Croqui- 
gnolle XXXVI. Jugez vous-mêmes. 



Premier tableau. Une rue de Venise. Il fait nuit. Arrivée 
clandestine et sournoise de l'amiral-doge Cornaro Cornarini, 
suivi de son valet Baptiste, tous deux déguenillés comme feu 
Chodruc-Duclos. Cornaro (Désiré) raconte, dans une langue qui 
n'appartient qu'à lui, comme quoi il a pris la fuite, au moment 
d'une bataille décisive, pour rentrer au logis faire une surprise 
à sa femme Calarina, qu'il adore. — Première invraisemblance. 
— Là dessus, Cornaro et son valet entonnent une sérénade sous 
les fenêtres de Catarina, en s'accompagnant de mandolines qui 
sortent du musée-Clapisson. Bientôt l'on voit se glisser dans 
l'ombre le podestat Fabiano Fabiani Malalromba, cousin du 
doge; lui aussi donne une sérénade à Catarina, en s'accompa- 
gnant d'une autre mandoline-Clapisson. Puis arrive le page 
Amoroso. Quatrième -mandoline, quatrième sérénade. — Ces 
quatre soupirants chantent leur martyre sur les plus suaves ins- 
pirations de M. Jacques Offenbach. — Catarina apparaît sur son 
balcon, lance des œillades au page Amoroso, se lamente, et af- 
fecte des poses de Guignol aussi renversé que renversant. Mais 
le traître Fabiano, furieux d'avoir tant de rivaux, ordonne à ses 
sbires de les précipiter du haut du pont des Soupirs, — ce que 
les sbires exécutent très-imparfaitement, comme vous verrez plus 
tard. — Pendant ce temps, un crieur public distribue à la popu- 
lace une complainte sur la mort de l'amiral-doge, — une des plus 
populaires conceptions d'Offenbach : — Je parle de la com- 
plainte. 



Deuxième tableau. Salon de Catarina. Au fond, une horloge 
et un baromètre. Cornaro et son valet s'introduisent nocturne- 
ment par la fenêtre. Les sbires de Fabiano sortent par des trap- 
pes. Combat à coups de poignard. L'horloge et le baromètre 
servent de cachette aux cadavres. Arrivée de Fabiano Mala- 
tromba, qui déploie toutes ses séductions pour fléchir Catarina. 
Celle-ci fait la folle pour se tirer d'affaire. — De son côté, Cornaro 
demande à paraître devant le Conseil des Dix pour lui annoncer 
sa propre mort : — joie secrète do Malatromba, qui espère être 
nommé doge. — La musique de ce tableau est particulièrement 
réussie. Le chœur des femmes, le quatuor des poignards, la ro- 
mance de Fabiano (le Rêve), le boléro de Catarina, le Doge et 



140 



LE MÉNESTREL 



V Adriatique, et le final, sont des morceaux pleins de couleur et 
d'originalité. 

* "# . 

Troisième tableau. Séance du Conseil des Dix, présidé par 
M. Tacova. Réflexions philosophiques du président, auxquelles 
les aphorismes de Jocrisse ne vont pas à la cheville. Familia- 
rités scandaleuses du Conseil des Dix avec les gondoliôres. 
Cornaro vient apporter ses preuves, mais il est démasqué. 
Heureusement on apprend que la désertion de son poste n'était 
qu'une ruse de guerre. — Un délicieux duetto de femmes et 
une gracieuse barcarolle : Je suis la gondolière, chantée par 
M Ile Pfotzer, forment les éléments de ce tableau. La barcarolle 
a été bissée et le sera tous les soirs. 

*, 

* * 

Quatrième tableau. Joute sur l'eau et combat à coups d'avi- 
ron, entre Cornaro et Fabiano. C'est à qui restera sur l'eau , 
c'est-à-dire doge de Venise. Fabiano fait le suprême plongeon : 
juste châtiment d'un traître de cette espèce. — Nouveau car- 
naval de Venise , exécuté par M mes Catarina (Tautin) , Fia- 
mella (Pfotzer), Amoroso (Tostée), et Florina (Taffanel). 

Ici M lles Tautin et Pfotzer se livrent un sérieux combat vocal, 
elles se portent les coups de gosier les plus gracieux et les plus 
étourdissants. Et le rideau tombe sur les Fantoccini, ballet 
dansé par toute la troupe sur une tarentelle-galop qui se pré- 
lassera avec orgueil sur tous les pupitres de bal. 

*** 

Désiré, Potel, Bâche, Tacova, Desmonts, Guyot, Duvernoy ; 
jyjmes Tautin, Pfotzer et Tostée, sont les héros les plus saillants 
de ce mélodrame burlesque. Désiré joue l'amiral-doge en marin 
diplômé par les Bouffes-Parisiens. Bâche , l'écuyer Batiste, est 
digne de son maître. Potel a fort bien chanté et joué son rôle 
de traître : il a composé ce type de Fabiano-Fabiani de la façon 
la plus sérieuse, et il n'en est que plus comique. — Tacova, 
détestable financier , est un excellent président du Conseil des 
Dix : — ce que c'est que les vocations ! — ses a parte philoso- 
phiques sont merveilleux. — M Ue Tautin est incomparable dans 
sa scène de folie, et la lutte vocale du carnaval, entre elle et 
M lle Pfotzer, leur mérite un premier prix partagé. M lle Tostée 
porte à ravir le costume du page Amoroso, qu'elle personnifie de 
la façon la plus piquante. 

C'est vous dire que le Pont des Soupirs ouvre une nouvelle 
ère de fortune pour les Bouffes; car vous verrez que cette pièce 
attardée vivra encore au carnaval de l'an prochain. Ainsi soit-il ! 

J. Lovy. 



NOUVELLES DIVERSES. 

— Le Stabul de Rossini aura dignement fait les honneurs de la semaine 
sainte. Chanté jeudi dernier à la chapelle impériale des Tuileries, par les 
artistes de l'Opéra, il l'était le même soir au Théâtre-Italien par l'élite de 
la troupe. Le lendemain, vendredi saint, les sœurs Marçhisio, MM. Badiali, 
Solieri, des artistes et des amateurs du plus grand talent , du plus grand 
monde, l'interprétaient chez l'illustre maestro lui-même. Cette solennité, 
mémorable entre toutes, restera sans égale. Enfin, hier samedi, la salle 
Ventadour retentissait de nouveau des mêmes et sublimes accents dont 
la maîtrise de Saint-Euslache s'était également enparée la veille 

— Nous rendrons compte, dimanche prochain, de toutes ces fêtes mu- 
sicales religieuses, ainsi que des concerts spirituels du Conservatoire et 
delà Société des jeunes artistes, qui ont eu lieu concurremment le ven- 
dredi saint, sous les auspices de Haydn, Mozart, Beethoven , Cherubini, 
Rossini, Spohret Gounod. 



— C'est mardi prochain, 2 avril, qu'aura lieu la réouverture du théâtre 
italien de Covent-Garden, à Londres. Le Prophète, avec Tamberlick, inau- 
gurera la saison. 

— Mario et M me Grisi doivent donner quelques soirées au Palais de 
cristal de Sydenheim, dans une série d'opéras italiens de leur répertoire. 
M me Grisi veut se retirer définitivement (?) . . l'année prochaine. 

— Nous avons le très-vif, très-profond regret d'annoncer le départ des 
sœurs Marçhisio, qui se rendent d'abord à Bruxelles pour le mois d'avril; 
elles devront ensuite se diriger sur Londres, où les lie un engagement avec 
M. Beale : c'est enfin le Théâtre Italien de Berlin qui possédera les sœurs 
Marçhisio l'hiver prochain. Ainsi, les deux premières scènes lyriques de 
Paris, l'Opéra et Ventadour, laissent s'envoler cette incomparable dualité 
que nous ne retrouverons pas d'ici longtemps. Le public a constaté ses re- 
grets en se portant en foule à la dernière représentation des sœurs Mar- 
çhisio, malgré les austérités du mercredi-saint. Sainte Cécile se chargera 
des indulgences. 

— Le Tannhauser ne sera plus représenté à l'Opéra.Voici la lettre adres- 
sée à ce sujet par M. Richard "Wagner à M. Alphonse Royer, directeur de 
l'Opéra : 

« Monsieur le directeur, 

« L'opposition qui s'est manifestée contre le Tannhauser me prouve 
combien vous aviez raison quand, au début de cette affaire, vous me fai- 
siez des observations sur l'absence du ballet et d'autres conventions scé- 
niques auxquelles les abonnés de l'Opéra sont habitués. 

« Je regrette que la nature de mon ouvrage m'ait empêché de le con- 
former à ces exigences. Maintenant que la vivacité de l'opposition qui lui 
est faite ne permet même pas à ceux des spectateurs qui voudraient l'en- 
tendre d'y donner l'attention nécessaire pour l'apprécier, je n'ai d'autre 
ressource honorable que de le retirer. 

« Je vous prie de faire connaître cette décision à S. Exe. M. le ministre 
d'État. 

« Agréez, etc. richard wagnbr. » 

Les termes calmes et mesurés de cette lettre n'ont évidemment point 
servi de mot d'ordre aux journaux allemands qui maltraitent le public et les 
artistes de l'Opéra d'une façon aussi hostile qu'imméritée. . . au moins à l'é- 
gard de ces derniers. Nous en donnerons un échantillon dimanche prochain. 

— La saison italienne de Berlin a clôturé le 20 de ce mois avec le Tro- 
vatore et le bénéfice de M" e Artot. Le lion do ces dernières soirées se 
nomme Roger, qui a jeté le plus vif éclat sur nos solennités musicales et 
théâtrales. On lui a redemandé chaque fois le Miserere. Avant-hier, 
22 mars, il a été invité à chanter devant leurs majestés. C'était la fête du roi, 
et un concert avait été organisé au château. Roger et M lle Artot en faisaient 
les honneurs; Meyerbeer tenait le piano, et, chose curieuse, Meyerbeer 
n'a pas voulu qu'un seul morceau de lui figurât sur le programme. Voyez- 
vous d'ici l'auteur de Robert et des Huguenots accompagnant du Rossini, 
du Verdi et du Ricci 1 Ce trait d'abnégation mérite certainement d'être en- 
registré. La reine a fait bisser le duo espagnol d'Iradier, chanté par Roger 
et M lle Artot. Le prince Charles, le grand-duc de Nassau, le duc de Meck- 
lembourg-Strelitz, assistaient à ce concert et prodiguaient leurs compli- 
ments à nos deux artistes français. Après le concert, et en félicitant Roger, 
le roi lui a dit avec sollicitude : « Je suis votre aîné dans la famille des vic- 
times de la chasse, » et il lui a montré un doigt de la main droite toutmu- 
tilé. — Roger sera de retour à Paris dans les premiers jours de mai. Son in- 
tention est d'ouvrir un cours de chant et de déclamation, chez lui, à la 
campagne. Là , une demi-douzaine d'élèves logés , nourris, suivront un 
cours de six mois au milieu des fleurs et des arbres, du lait et des œufs, — 
préparation aux scènes françaises, allemandes et italiennes. Ce sera l'en- 
seignement musical et dramatique mis au vert. 

— On annonce l'arrivée de M" Trebelli, et son début, salle Ventadour, 
mardi prochain, dans l'Arsace de Semiramide. — Tout Paris y sera. 

— Le baryton Délie Sedié, l'un des plus grands chanteurs de notre épo- 
que, est également arrivé à Paris, après une série de nouveaux succès au 
Théâtre-Italien de Berlin. On assure que M. Délie Sedié se fera entendre 
dans quelques soirées et concerts ; nous en félicitons les dilettantes pari- 
siens. 

— Le nouvel opéra de Rubinstein, les Enfants des Landes, qu'on vient 
de représenter à Vienne, paraît obtenir plus de succès que les premières 
nouvelles ne l'avaient fait espérer. Une correspondance de Vienne s'ex- 
prime ainsi à ce sujet : « L'opéra nouveau se soutient et promet de four- 
nir une assez longue carrière. Ce qu'il y a surtout de remarquable dans 



TABLETTES DU PIANISTE ET DU ClIANTEUIt. 



l'tl 



la partition de Rubinstein, c'est l'élément caractéristique que l'on trouve 
dans ses lieder, et qui assigne au compositeur une place à part. Il excelle 
à donner à ses motifs un coloris qu'on pourrait appeler oriental. Rubins- 
tein a su peindre avec un grand talent la. vie sauvage des Landes, qui se 
révèle tantôt par une mélancolie profonde, tantôt par l'exaltation d'un 
courage héroïque. Il est toujours original, sans jamais tomber dans 
l'exagération. Parmi les meilleurs morceaux de son opéra, nous citerons, 
le premier duo entre Wanja et Isbrana , le chœur des compagnes de la 
fiancée, l'air de danse des Rohémiens ; mais l'air d'Isbram : Zedenko par- 
courait les Landes, est la perle de la partition. 

— A Nuremberg , on construit pour le grand festival de chant du 
22 juillet une salle de concerts spéciale, qui pourra contenir quinze 
mille personnes. 

— APesth (Hongrie), on vient de représenter, pour la première fois, 
l'opéra de Bank ban, par Erkel. Cette œuvre nouvelle , dans laquelle a 
été employé pour la première fois l'instrument national, le zimbal, a 
obtenu le meilleur accueil. 

— On écrit de Constantinople : « Nedgib-Pacha, surintendantdu Conser- 
vatoire impérial de musique, a été destitué, et cette charge a été remise à 
S. Ex. Ahmet-Rey, premier chambellan de Sa Majesté impériale. Nedgib- 
Pacha, ajoute le correspondant, connaît bien la musique et compose des 
airs populaires qui sont considérés comme autant de chefs-d'œuvre par les 
connaisseurs et les appréciateurs de la musique turque. » Est-ce pour cela 
qu'il aurait été destitué? 

— On écrit de New-York : « La ville de Rrooklyn , qui est notre très- 
proche voisine, a construit une salle d'Opéra. La société des artistes ita- 
liens a loué cette salle et celle de New-York ; elle donnera deux repré- 
sentations dans l'une et cinq dans l'autre. M mc Colson, notre compatriote, 
fait partie de cette troupe. 

— Il nous arrive de Lisbonne une triste nouvelle. M. Corradini, direc- 
teur du théâtre de San- Carlos, est mort subitement. L'entreprise, jus- 
qu'à nouvel ordre, continue sous la garantie du gouvernement. 

— On annonce une nouvelle série de représentations et concerts , par 
M me Vestvali et M lle Bardoni, en France et en Angleterre, pour faire suite 
aux succès recueillis par ces deux cantatrices en Hollande et en Belgique. 

— La commission nommée par M. le ministre de la guerre pour l'exa- 
men des candidats aux grades de chef et sous-chef de musique dans l'ar- 
mée vient de terminer ses travaux. Cette commission se composait de 
MM. le général de division Mellinet, président; le général d'artillerie Guiod, 
Berlioz, Ambroise Thomas, Clapisson et Georges Kastner, membres de 
l'Institut. 

Comme dans les années précédentes, M. Georges Kastner a rempli, cette 
fois encore, les fonctions de secrétaire-rapporteur. 

— Vendredi Saint, onaexécuté,àSaint-Roch,les Sept paroles d'Haydn. 
On exécutera, aujourd'hui dimanche, dans la même église, la Messe du 
sacre, de Chérubini, à grand orchestre, sous la direction de M. Ch.Vervoitte 
maître de chapelle. 

— Le comité de l'Association des artistes musiciens célébrera, selon sa 
coutume annuelle, la fête de l'Annonciation, en faisant exécuter le lundi 
8 avril, à midi précis, dans l'église de Notre-Dame, par quatre cents ar- 
tistes, une messe en musique de la composition de M. Gastinel, précédée 
de la Marche religieuse, avec accompagnement de harpes, d'Adolphe Adam. 
A l'Offertoire, M. Alard exécutera, sur le violon, YAndante de Mozart. 

— M. Gerdebat, ancien professeur de l'école de musique religieuse fon- 
dée et dirigée par Louis Niedermeyer, a prononcé, au nom des élèves, 
quelques paroles sur la tombe de leur si regrettable et si regretté direc- 
teur : « Excellent autant que célèbre, a dit M. Gerdebat, Niedermeyer, 
comme vous l'avez entendu proclamer, fut grand comme citoyen , grand 
comme artiste, grand comme administrateur! Mais, qui peut mieux que 
vous, proclamer qu'il fut le meilleur, le plus noble, comme le plus géné- 
reux des modèles et des amis? » Ce touchant et dernier adieu a produit sur 
les assistants la plus profonde impression. 

— Notre grand chanteur Duprez, dont l'école lyrique a déjà rendu tant 
de services à l'art, vient de choisir quelques-uns de ses élèves, qui sont 
déjà des artistes de premier ordre, et, le mois prochain, il doit aller, avec 
eux, donner dans les principales villes du midi de la France, une série de 
séances vocales et dramatiques de musique française et italienne. Il parti- 
cipera lui-même à ces séances, qui seront de véritables représentations, 
puisqu'elles auront lieu sur la scène, avec décorations et costumes. 



— Faust vient d'être représenté à Nantes avec un luxe de mise en scène 
qu'un théâtre départemental, régi par la ville elle-même, peut seul offrira 
ses habitants. Les artistes chargés des principaux rôles ont répondu aux 
efforts du conseil municipal, pour dignement fêter l'œuvre de Charles 
Gounod. M me Raynau (Marguerite) aété couverte de bouquets, qui s'adres- 
saient autant à l'artiste qu'à la cantatrice. Cette création lui fait le plus grand 
honneur. M. Castel-Marie (remarquable Méphistophélès) et M. Comte-Bor- 
chard, l'habile baryton, ont partagé, avec M me Raynau, les honneurs de 
la soirée. 

— On nous écrit de La Rochelle : Pendant que le passé et l'avenir se 
livrent un combat à outrance dans le champ-clos de la rue Lepelletier, nous 
avons en province des tournois à armes courtoises. Les ténors sont chers 
et le prix des places dans nos petits théâtres peu élevé; de là, impossibilité 
pour les directeurs des scènes départementales de monter les nouveaux 
opéras, qui exigent, comme vous savez, de grandes ressources vocales et 
des décors somptueux. Cependant, il nous faut de la musique dramatique 
quand même ; au point de développement musical où nous sommes arrivés 
en France, cet art est devenu une nécessité de premier ordre. Il nous faut 
donc avoir des opérettes chantables pour des comédiens dont la voix suffit 
à défrayer les couplets de vaudeville, mais qui n'ont pas de prétentions 
musicales plus élevées; de là, l'éclosion sur les théâtres de. province de 
petites partitions qui sont accueillies avecindulgence par le public pourlequel 
elles ont été écrites. Cependant, nous n'avons pas eu besoin de celte indul- 
gence pour applaudir, l'autre semaine, le Cabaret de Lusiucru, charmante 
partition que M. Lemanissier a écrite sur un vaudeville de MM. Jaime et 
Arago, métamorphosé en opéra-comique par un de nos compatriotes. 

Cette partition abonde en mélodies gracieuses et franches d'allures, 
comme doivent être les morceaux d'un opéra-comique bien fait. Il est à re- 
gretter que quelques-uns de nos impressari n'aient pas fait connaissance 
avec cette musique gaie sans trivialité, qui réussirait aussi bien à l'Opéra- 
Comique ou au Théâtre-Lyrique qu'aux Bouffes et au Théàtre-Déjazet. Il y 
a des duos, un trio, des quintettes, des airs, une romance, qui feraient 
leur chemin partout. Mais il est toujours difficile à un provincial de sortir 
de son obscurité. Il doit se contenter de faire de l'art pour l'art, sans autre 
ambition que celle d'avoir, par à peu près, une idée de ce que pourrait 
être son œuvre, convenablement rendue. Il doit, de plus, s'estimer heu- 
reux, si ces modestes succès n'ont pas excité la jalousie des impuissants 
qui ne peuvent pardonner leur talent à ceux qui ont plus de mérite qu'eux. 

L. M. 

— M llc Balbi continue à récoller plus que des succès, dans nos sociétés 
philharmoniques des départements. Voici ce qu'en dit, entre autres choses, 
le Journal de Rennes : « M Ue Balbi est proclamée par tous une des plus 
gracieuses cantatrices que nous ayons entendues dans nos concerts. La 
délicieuse pureté de sa voix, aussi limpide, aussi fraîche que brillante et 
sûre dans ses intonations, devait lui assurer le nouveau triomphe que lui 
réservait sa seconde visite à Rennes. Du reste, à l'heure qu'il est, n'entend 
pas qui veut M lle Balbi : les sociétés musicales se l'arrachent. Elle vient 
de chanter avec le plus grand succès à Orléans, à Lille, à Arras, à Nantes ; 
elle chantait mercredi à Saint-Malo; samedi, elle est attendue à Cambrai. 
Vous le voyez, dans le choix des artistes qu'elle engage, la commission de 
notre Société ne s'adresse pas à l'aventure. » 

— On nous écrit que dans une de ses excursions professionnelles au 
Havre, où M Ue Marie Brousse dirige de nombreuses élèves sans abandon- 
ner Paris, et cela grâce au chemin de fer, qui lui permet cette double élec- 
tion de domicile, la cantatrice professeur a fait entendre, avec le plus 
grand succès, la remarquable mélodie écrite par G. Héquet, sur les trois 
chansons de Victor Hugo. M IIe Brousse s'accompagnait elle-même, ce qui 
est un double attrait , car elle manie le clavier d'ivoire avec non moins 
d'habileté que le clavier de la voix. 

— On annonce l'engagement au Théâtre-Lyrique, et à de fort belles 
conditions, du baryton Jules Lefort , l'un des chanteurs les plus aimés 
de nos salons de Paris et de Londres. Nous ne saurions trop féliciter 
M. Rély de cette précieuse acquisition. 

— Parmi les nouvelles qui intéressent l'art musical, nous pouvons 
mentionner l'acquisition faite, par M. le baron de Rothschild, du fameux 
clavecin du xvi e siècle que possédait un architecte de la ville de Paris, 
fondateur de la Revue des Beaux-Arts. Cet instrument , fort précieux 
au point de vue archéologique, a été inauguré cette semaine dans les sa- 
lons du roi de la banque, et c'est encore M. Georges Pfeiffer qui a été prié 
de ressusciter sa voix endormie depuis trois cents ans. Rameau, Grétry, 
Mozart, Haydn, ont été interprétés sur ce léger clavier, l'aïeul du piano, et 



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LE MÉNESTREL. 



l'on a pu faire une étude doublement intéressante de l'exécution et de la 
fabrication de l'instrument qu'une plume, spirituelle a nommé l'orchestre 
des boudoirs. 

— On écrit de Bordeaux : « Le Cercle philharmonique , présidé par 
l'honorable M. Brochon père, a donné , le 23 , un très-beau concert 
dans lequel le tromboniste Nabich a eu les honneurs de la partie instru- 
mentale. Cet artiste doit se faire entendre à Toulouse, à Carcassonne et à 
Angoulême, avant de rentrer à Paris. 

— Alfred Musard est de retour à Paris, après avoir terminé la série des 
concerts pour lesquels il avait été engagé à Londres. Dans ses soirées, 
Musard a cru devoir essayer de quelques-unes de ces combinaisons extra- 
musicales qui fondèrent la popularité de Jullien. Nous ne savons si cette 
tentative locale a réussi à consoler nos voisins de la perte de leur maestro 
de prédilection ; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est la satisfaction 
des Parisiens, qui s'apprêtent à envahir les concerts-Musard des Champs- 
Elysées, sitôt leur réouverture, très-impatiemment attendue. 

SOIRÉES ET CONCERTS 

5 e ET 6 e COîsCERTS DU CONSERVATOIRE. 

L'événement du 5 e concert a été l'exécution des fragments empruntés 
à VAlceste française et à YAlceste italienne de Gluck. M mc Viardot a . 
excité des transports d'enthousiasme en interprétant avec un style incom- 
parable la musique du grand maître, dont elle a su approfondir le carac- 
tère et les secrets; l'air : Divinités du Styx.... a été pour elle un véritable 
triomphe, et nous ne craignons pas d'affirmer que, chantée ainsi, la par- 
tition entière n'obtiendrait pas un moindre succès que celle d'Orphée. 
Cazaux, dans le grand-prêtre, a fait preuve d'une belle voix et d'une bonne 
méthode. Nous aurions désiré que les fragments italiens fussent dits dans 
cette langue, et nous ne voyons pas pour quel motif on a pris la peine 
d'en faire la traduction. 

Il y a un monde entre la fougue de Gluck et la sérénité d'Haydn, séré- 
nité qui ne se dément pas plus dans sa symphonie, dite militaire, que 
dans ses autres œuvres symphoniques. Rien en effet, si ce n'est son titre, 
ne différencie cette charmante composition , dont le gracieux andante a 
été particulièrement remarqué et applaudi. 

Méhul, dans, son ouverture du Jeune Henri, est autrement militaire 
que Haydn, et cependant il ne s'agit ici de faire la guerre qu'aux hôtes 
des forêls ; celte belle page de musique imitative a été rendue par l'or- 
chestre avec une verve étourdissante. 

La séance s'est terminée par des chœurs du Judas Machabée deHaen- 
del. Ces morceaux élant les mêmes que le Conservatoire a l'habitude de- 
nous faire entendre, il n'y a rien à en dire, sinon qu'ils frappent toujours 
par leur tour grandiose et vigoureux. 

Beethoven, qui n'était pas représenté à la précédente séance , figurait 
au concert de dimanche, avec sa symphonie en si bémol, dont le second 
morceau (l'andante) est assurément l'une des plus merveilleuses choses 
qui soient sorties de cette plume si féconde en merveilles. 

Puis venait le duo A'Armide de Gluck : Esprits de haine et de rage..., 
chanté par M lle Rey et M. Massol, à qui l'orchestre a fait un accompagne- 
ment trop formidable, même pour une magicienne et un enchanteur. 

Entre ces accents d'une énergie presque sauvage et l'éclatante introduc- 
tion du Siège de Corinthe, le morceau de Viotti et l'exécution du vio- 
loniste Allés ont semblé un peu petits. Dans un autre cadre, il est à croire 
ipie l'un portant l'autre eussent produit plus d'effet et fussent arrivés à 
un meilleur résultat. 

Mais quelles acclamations pour Rossini, et comme ces mâles récitatifs, 
ce bel air, ce magnifique trio et ces chœurs d'un rhythme si entraînant, 
d'une mélodie si communicalive, ont enflammé la salle du Conservatoire I 
Si jamais la Grèce a besoin de nouveaux défenseurs, faites exécuter le 
Siège de Corinthe aux portes d'un bureau d'enrôlement, et vous verrez les 
signatures pleuvoir à la suite des applaudissements. 

La splendide ouverture d'Euryanthe, de Weber, d'un caractère entiè- 
rement opposé, pouvait seule supporter sans inconvénient le voisinage 
du maestro italien ; et, en effet, les bravos ne lui ont pas fait défaut. 

Dimanche, nous rendrons compte des concerts spirituels de la semaine 
sainte. E. Viel. 

— Quatre grands artistes : Félix Godefroid, Ravina , Servais et Lefé- 
bure-Wély, se sont fait entendre aux derniers samedis de M. et M mo Ros- 
sini. Ces noms seuls suffisent à tout éloge, surloutquand nous aurons dit 
que ces virtuoses hors ligne se sont inspirés de la présence du grand 



maître, pour le plus grand honneur de la harpe, du piano, du violoncelle 
et de l'harmonicorde. Dans la partie vocale de ces deux dernières soirées, 
on a entendu M llc Barbara Marchisio,M rao Iweins-d'Hennin,M. Badialiavec 
M 110 Mira, M. Solieri, les frères Castellani et M. Berthelier, dont les chan- 
sonnettes fines et spirituelles couronnent toujours si agréablement un 
programme de bonne musique. 

— La Société des jeunes artistes nous a fait enlendre dimanche dernier, 
à son cinquième concert, les fragments du Slruensée, de Meyerbeer : l'Ou- 
verture, la Révolte des gardes à pied, la scène du bal et de V arrestation. 
Le succès a été grand et digne de cette belle musique trop peu connue, 
Irop rarement entendue. On a surtout applaudi l'ouverture, la marche mi- 
litaire, et celte ravissante Polonaise, l'une des plus suaves et des plus en- 
traînantes inspirations du musicien qui a écrit les ballets du Prophète et 
la Marche aux flambeaux. Une symphonie de Gouvy, l'introduction d'O- 
béron, la symphonie en si bémol majeur, de Haydn, complétaient ce pro- 
gramme d'amateurs ou d'initiés. L'exécution, de plus en plus sûre et déli- 
cate, a été excellente pour la partie d'orchestre. Les chœurs restent un peu 
faibles. Ce ne sont pas les bons instrumentistes, ce sont les chanteurs qui 
font défaut. 11 faut en prendre son parti. 

— Les perturbalions météorologiques qui se sont produites depuis l'ap- 
parition du Tannhauser n'ont porté aucun trouble à nos sociétés de mu- 
sique classique. La cinquième séance des quatuors de MM. Armingaud, 
Jacquard, etc., en compagnie de M. Lubeek, a été des plus brillantes. Le 
2 e quatuor en si bémol, de Mozart , et la grande sonate œuv. 47 de Bee- 
thoven, ont eu les honneurs du rappel. On a fait un accueil chaleureux à 
l'hymne autrichien varié par Haydn ; mais le quatuor de Schuman, bien 
que supérieurement exécuté, n'a obtenu qu'un demi-succès. A mercredi 
3 avril, sixième et dernière séance, avec le concours de M me Massart. 

— Mercredi 20, a eu lieu la séance annuelle de M. Gouffé, contrebas- 
siste solo de l'Opéra. A côté de la musique magistrale d'Hummel, de 
Mozart et de G. Onslow, on applaudissait de gracieuses composi- 
tions de MM. Walekiers et Ad. Blanc, parfaitement interprétées par 
M me Mattmann , [MM. Guerreau , A. Rignault , Casimir Ney , Adam , 
Lebouc, Gouffé et