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Full text of "Le Ménestrel"

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LE 



MÉNESTREL 



JOUENAL 



MONDE MUSICAL 



MUSIQUE ET THÉATEES 



53' ANNÉE — 1886-1887 



r>u 5 décembre 1886 au 25 décembre 1887 



BUREAUX DU MÉNESTREL : S! bis, RUE VIVIENNE, PARIS 
HENRI HEUGEL, Éditeur 



TABLK 



JOTJENAL LE MÉNESTEEL 



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53« ANNÉE — 1886-1887 



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TEXTE ET MUSIQUE 



ClA^I'^^l'f^l'^ 



W" 1. — 5 décembre 1886. - Pages 1 à 8. 

I. Un grand théâlre à Paris pendant la Révolution (5« 
article), Arthur Pougin. — IL Semaine ihéàtrale : 
nouTelles, H. Moreno ; première représentation de 
Gotte au Palais-Royal; revue à l'Eldorado, Pal-l-Emile 
Chevalier. — III. Lakmé à Bruxelles, H. M. — IV. 
Correspondance d'Amsterdam : le festival "Widor, C. 
P. — V. Nouvelles diverses et concerts. 
Pi.iNO. — Arban. 
Viviane, quadrille. 

HJ" 2. — 12 décembre 1886. — Pages 9 à 16. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution {6' 
article), Arthi-r Pougin. — II. Semaine théâtrale : 
première représentation d'£3»ion(,à l'Opéra-Gomique; 
la Princesse Colombine aux Nouveautés, H. Moreno. 
— III. Bibliographie, Arthur Pougin. — lY. Nouvel- 
les diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — Pauline Viardot. 
Que l'on médise d'elle, 

X' 3. — 19 décembre 1886. — Pages 17 à 24. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (7« 
article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale ; 
la répétition générale de Patrie! H. Moreno ; Michel 
Pauper à l'Odéon, Paul-Émle Chevalier. — III. La 
musique en Angleterre : le Conservatoire de la Cité, 
Francs Hueffer. — IV. Nouvelles diverses et con- 
certs. 

Piano. — Philippe Fahrbach. 

La Tour merveilleuse, polka. 
RI" 4. — 26 décembre 1886. — Pages 25 à 32. 

I. Un grand théâtre 'a Paris pendant la Révolution (8" 
article), Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale : 

Fremière représentation de Patrie! au théâtre de 
Opéra, Arthur Pougin ; les Cinq Doigts de Birouk au 
Théâtre de Paris, Éden-Revue à l'Ëden-Théâtre, Paris 
en Général aux Folies-Dramatiques, Paul-Émile Che- 
valier. — III. Nouvelles diverses et concerts. 
Chant. — E. Paladilhe. 
Sérénade napolitaine. 

K" 5.-2 janvier 1887. — Pages 33 à 40. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (9» 
article). Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale: 
deux points d'histoire musicale éclaiicis ; nouvelles, 
H. Moreno. — III. Une nouvelle symphonie de Ca- 
mille Saint-Saëns. — IV. Nouvelles diveises, concerts 
et nécrologie. 

Piano. — Théodore liaek. 
Tziganyi. 

r«° 6.-9 janvier 1887. — Pages 41 à 48. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (10" 
article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale: 
Baryt ins; les Grenadiers de Monlcornetle aux Bouffes: 
nouvelles, H. Moreno ; reprise du Lion amoureux â 
l'Odéon, P.iUL-ÉMiLE Chevalier. — III. Les cendres 
de Rossini à Florence, Arthur Pougin. — IV. Nou- 
■velles diverses et concerts. 

Chant. — aloachim KaflT. 
Le Luth, lied. 

K" 5. — 16 janvier 1887. — Pages 49 à 56. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (11° 
article), Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale, IL 
Moreno. — III. La musique en Russie : Barold, opéra 
de M. Napiavnick (1"' article). César Cui. — IV. Nou- 
velles diverses et concerts. 

Piano. — Philippe I<'ahi*bach. 
Tendresse, mazurka. 



X' S. 



23 janvier 1887. — Pages 57 à 64. 



1. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (12° 
article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale: 
Jocelyn à l'Odéon; premières représentations de Fran- 
cillon à la Comédie-Française, et de la Comtesse Sarah 
au Gymnase, H. IvÏoreno. — III. La musique en 
Russie: Barold, opéra de M. Napravnick (2" et der- 
nier article). César Cui. — IV. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

Chant. — Antoine Rubinstein. 
Le Chanteur du soii\ 



X° ». — 30 janvier 1887. — Pages 65 à 72. 

I. Un grand théâlre à Paris pendant la Révolution (13* 
article). Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale: re-, 
prise de la Sirène, à l'Opéra-Comique ; première re- 
présentation de l'Amour mouillé, aux î^ouveautés, H. 
Moreno. — III. La musique en Angleterre : une 
opérette anglaise, Francis Hueffer. — IV. Nouvelles 
diverses et concerts. 

Piano. — Georges Pfeiffer. 
Sérénade tuni 



X° 10. — 6 février 1887. — Pages 73 à 80. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (14" 
article), Arthur Pougin. — IL Bulletin théâtral, Ar- 
thur Pougin; Franc-Chignon, au Palais-Royal, Paul- 
Émile Chevalier. — 111. La musique en Russie: le 
Méphistophélés de Boito, Gésar Cui. — IV. Nouvelles 
diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — Pauline Viardot. 
VoUiS parlez mal de mon amy. 

j\° 11. — 13 février 1887. — Pages 81 à 88. 

I Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (15" 
article), Arthur Pougin. — IL Bulletin théâtral, Ar- 
thur PouGiN. — III. La Musique en Italie : piemière 
représentaiion A'Otello à Milan, H. Moreno. — IV. 
Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 
Piano. — lleinrich Strobl. 
Passez, Muscade! polka. 



X" 12 



20 féviier 1887. — Pages 89 à 96. 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (16" 
article], Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale: 
les Petits Mousquetaires aux Bouffes-Parisiens, nou- 
velles, Arthur Pougin; premières représentations de 
Xuma Roumestan, à l'Odéon, et de Coup de Foudre, 
aux Variétés, Paul-Emile Chevalier. — III. La pre- 
mière salle de spectacle à Paris, Louis P.^gnerre. — 
IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 
Ch-INt. — J. Faure. 
Notre Père, prière du matin. 

X- 13. — 27 février 1887. — Pages 97 à 104. 

I. Un grand théâtre h Paris pendant la Révolution (17° 
article), Akthur Pougin. — II. Semaine théâtrale: 
une matinée à l'Opéra, nouvelles, Arthur Pougin ; 
reprise (ÏOrphée aux Enfers à la Gaîté, première re 
présentation du Ventre de Paris, au Théâtre de Paris, 
et de la Vie commune, au Palais-Royal, Paul-Émile 
Chevalier. — III. Conservatoire de musique: Dons 
faits au musée instrumental; legs d'un violon de 
Stradivarius, Léon Pillaut. — IV. Nouvelles diver^et 
et concerls. 

Piano. — Théotlore Lack. 
Mélodie persane, de Rubinstein. 

-A" 14. — 6 mars 1887. — Pages 105 à 112. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (18' 
article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale : 
Au pays des tremblements de terre, H. Moreno. — III. 
La Musique en Angleterre ; Joachim à Londres. 
Francis Hueffer. — IV. Nouvelles diverses et con- 
certs. 

Chant. — E. Paladilhe. 
Cœur Jaloux. 

X' 15. — 13 mars 1887. — Pages 113 à 120. 
I. Un grand théâtre k Paris pendant la Révolution (18" 
article), Arthur Pougin. — IL Bulletin théâtral, Ar- 
thur Pougin. — III. Théâtre Royal de la Monnaie, 
de Bruxelles : première représentation de la Valkyrie, 
de Richard "Wagner, traduction française de Victor 
Wilder, Théodore Jouret. — IV. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

Piano. — Charles IWeugtedt. 
iVoce IhOngroise. 

X' 16. — 20 mars 1887. — Pages 121 à 128. 
I. Soixante ans de Souvenirs: Chrétien Urhan, Ernest 
Legouvé. — II. Semaine théâtrale : première repré- 
sentation à l'Opéra-Comique de Proserpinc, opéra de 
M. Saint-Saëns, H. Moreno; première représentation 
de Durand et Durand, au Palais-Royal, Paul-Émile 
Chevalier. — III. La Mélodie populaire, Amédée 
Boutarel. — IV. Nouvelles diverses et concerts. 
Chant. — Antoine Uubinstein. 
Elle chantait. 



X' 17. — 27 mars 1887. — Pages 129 à 136. 
I. Soixante ans de Souvenirs: Adolphe Nourrit (l" ar- 
ticle), Ernest Legouvé. — II. Semaine théâtrale: 
Othello à l'Opéra; les deux Oiéron; le Lohengrin à 
rÉden ; premières représentations de la Noce à Nini, 
aux Variétés, et de Ninon, aux Nouveautés, IL Mo- 
reno. — 111. La musique en Angleterre, Francis 
Hueffer. — IV. Nouvelles diverses, concerts et né- 
crologie. 

Piano. — Heinrïch Strobl. 
Ricochet-Polka, 
X' 18. —3 avril 1887. — Pages 137 à 144. 
I. Soixante ans de Souvenirs : Adolphe Nourrit (2' ar- 
ticle), Ebnest Legouvé. — H. Semaine théâtrale: 
Encore à propos de Lohengrin; première représenta- 
tion de la Gamine de Paris, aux Bouffés-Parisiens, 
H. Moreno. — III. Un camarade de Molière : La 
Pierre, chanteur-chorégraphe (1"' article), Auguste 
Baluffe. — IV. Nouvelles diverses, concerts et né- 
crologie. 

Ch-ant. — César Coi. 

Ave Maria, 

X' 19. — 10 avril 1887. — Pages 145 à 152. 

I. SoiM.nte ans de Souvenirs: Adolphe Nourrit (3" arti- 
cle), Ebnest Legouvé. — IL Semaine théâtrale: VOtello 
de Verdi; première représenlation du Bourgeois de 
Calais aux Folies-Dramatiques, H. Moreno;/» Chatte 
blanche, à la Gaîté, P.-É. C. — IH. Un camarade de 
Molière: La Pierre, chanteur-chorégraphe (2" article), 
Auguste Baluffe. — IV. Nouvelles diverses, concerls 
et nécrologie. 

Piano. — César Cui. 

Impromptu. 

X° 30. — 17 avril 1887. — Pages 153 à 160. 

I. La « première » de Lohengrin ei les fêtes de Weimar 
en 1850, A. Bûutarel. — 11. Semaine théâtrale: Boni- 
ments wagnériens ; nouvelles, H. Moreno. — III. Pro- 
serpinc, une lettre de M. Camille Saint-Saens. — IV. 
Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 
Chant. — Théo»ïore Dnbois. 



Si" 31. 



Par le Sentier. 
24 avril 1887. — Pages 161 à 168. 



I. Lohengrin, les alEnités mythologiques et littéraires 
de l'œuvre dramatique et le style de l'œuvre musicale, 
A. Boutarel. — IL Semaine théâtrale: aux approches 
de Lohengrin, H. Moreno; h Gentilhomme pauvre et le 
Meurtrier de Théodore au Gymnase, Paul-É.milé Che- 
VALitR. — III. Un camarade de Molière: La Pierre, 
chanteur-chorégraphe (3° et dernier article), Auguste 
Baluffe. — IV. Nouvelles diverses, concerts et né- 
crologie. 

Piano. — l'héodore Laek. 
La Harpe de Sainte-Cécile. 

X' 22. — 1" mai 1887. — Pages 169 à 176. 

I. Épilogue à la question du Lohengrin: un chef-d'œuvre 
français, A. Bour.-iRF.L. — IL Semaine théâtrale: l'ajour- 
nement de Lohengrin, H. Mokeno. — III. La musique 
en Angleterre : deux œuvres françaises, Fb.ancis Huef- 
fer. — IV. Nécrologie : Maurice Kufferath, H. M. — 
V. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 
Chant. — Théodore Dubois. 



W 



Triiui.z:. 
Î3. — 8 mai 1887. — Pages 177 à 184. 



I. Lohengrin, première représentation à Paris, A. 

Boutarel. — IL Semaine théâtrale: Suppression des 

représentations de Lohengrin; débuts de M"" Adiny 

à l'Opéra, H. Moreno; réouverture de l'Opéra-Popu- 

laire, Paul-Émile Chevalier. — III. Ce paresseux de 

Rossini et l'administration française en 1831, Charles 

Read. — IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — Philippe Fahrbach. 

Fouette, cocher! polka. 

IS" 24. — 15 mai 1887. — Pages 185 à 192. 

I. Un siècle de musique française, Camille Bellaigue. 

— IL Semaine théâtrale : le nouveau chef d'orchestre 

de l'Ooéra; nouvelles diverses, H. Moreno; reprise- 

de Clâudie à l'Odéon, Paul-Émile Chev.\lier. — 111. 

Borodine (1" article). César Cui. — IV. Nouvelle^ 

diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — E. Paladilhe. 
Lamenta provençal. 



X° 25. — 20 mai 1887. — Pages 193 à 200. 

I. Un siècle de musique française (2° article), Camille 
Bellaigue. — II. Semaine théâtrale: première repré- 
sentation du Roi malgré lui à l'Opéra-Comique, H. 
MoRENO. — III. Borodine {i' article), César Cui. — 
IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — Charles Grisart. 

Serenata. 

TU' 26. — 27 mai 1887. — Pages 201 à 208. 

I. Un siècle de musique française (3= article), Camille 
Bellaigue. — IL Semaine théâtrale: l'incendie de 
l'Opéra-Comique, Authur Pougin. — III. La musique 
et le théâtre au Salon de 1887 (I" article), Camille 
Le Senne. — IV. Nouvelles diverses, concerts et né- 
crologie. 

Chant. — Théodore Dubois. 
Matin d'avril. 

.^■- 3?. — 5 juin 1887. — Pages 209 à 216. 

I. Le feu dans les théâtres (1" article), A. Boutarel. 

— IL Semaine théâtrale : l'Opéra-Comique ; premières 
représentations de Raymonde et de Vincenette à la 
Comédie-Francaisé, H. Mobeno. — III. La musique 
et le théâtre au Salon de 1887 (2" article), Camille 
Le Senne. — IV. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Piano. — Charles Grisart. 

Chanson Slave. 

X' 38. — 12 juin 1887.— Pages 217 à 224. 

I. Le feu dans les théâtres (2° et dernier article), A. 
BoDTAREL. — II. Semaine toéâtrale: première repré- 
sentation de Kérim, à l'Opéra-PopuIaire, Arthur 
PouGiiv; reprise du Mangeur de fer, au ïhéâlre de 
Paris, Padl-Emile Chevalier. — III. La musique et le 
théâtre au Salon de 1887 (3° article), Camille Le Senne. 

— IV. Concert de M"*^ G. Ferrari ; un souvenir d'Alfred 
de Musset, Charles Read. — V. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

'Chant. — Théodore Oubois. 

Quand Mignonne écrit. 

X' 29. — 19 juin 1887. — Pages 225 à 232. 

I. Un grand Ihéâtre à Paris pendant la Révolution 
(19' article), Arthur Pougin. — 11. Bulletin théâtral: 
les projets de l'Opéra-Comique, H. M. — III. La musi- 
que et le théâtre au Salon de 1887 (4» article), Camille 
Le Senne. — IV. La musique en Angleterre: la saison 
du jubilé, Francis Hueffer. — V. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

Piano. — Théodore Lack. 

PolJiettina. 

X' 30. — 26 juin 1887. — Pages 233 à 240. 

I. Un grand théâtre à Paris, pendant la Révolution (20e 
article), Arthur Pougin. — 11. Bulletin théâtral, IL 
M. — III. « Le livre de la contredanoe du Roy «, 
Michel Brenet, — IV. Nouvelles diverses et concerts. 

Chant. — J. Faure. 
iVe jamais la voir I 

X' 31. — 3 juillet 1887.— Pages 241 à 248. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (21' 
article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale: 
M. Vianesi à l'Opéra, M"^ Adiny dans les Huguenots, 
nouvelles <le l'Opéra-Comique, II. M.; repriie de la 
Petite Fadelte à l'Opéra-Populaire, Arthur Pougin. — 
III. Musée instrumental du Conservatoire national de 
musique : Le Gamelan javanais, Léon Pillaut. — IV. 
Nouvelles diverses et nécrologie. 

Piano, — Franz Behr. 

L'amour s'en mêle, gavotte. 



X" 32. 



10 juillet 1887. — Pages 249 à 256. 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution {22" 
article), Arthur Pougin. — II. Bulletin théâtral: 
rOpéra-Comiqiie, H. M. — III. La Musique jugée 
par un peintre, L. Janmot. — IV. Nouvelles diverses 
et nécrologie. 

Chant. — Gabriella Ferrari. 

Chanson d'exil. 

X' 33, — 17 juillet 1887. — Pages 257 à 264. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (23" 
arf.sïe), Arthur Pougin. — II. Bulletin théâtral : La 
fête nationale et les spectacles gratuits, Nicolet. — 
m. Leciàne d'Haydn. — IV. Nouvelles publications 
de César Cui, L.-A. Bourgault-Ducoudrat. — V. 
Nouvelles diverses et nécrologie. 

Piano. — Hector Salomon. 

Fantaisie. 
X' 31. — 24 juillet 1887. — Pages 265 à 272. 

I, Un g nd théâtre à Paris pendant la Révolution (24° 
article), -4.rthur Pougin. — II. Semaine théâtrale: le 
vole des crédits pour rinslallaliou provisoire de 
rOpéra-Comique, II. Woreno. — III. La musique eu 
Angleterre: chronique de l'Opéra, Francis Hueffer. 
— IV. Nouvelles diverses et nécrologie. 

Ch.ant. — Ciilbert Ilus Roches. 

Déclaration. 



X' 36. — 31 juillet 1887. — Pages 273 â 280. 
I. Un gi and théâtre à Paris pendant la Révolution (25' 
article), Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale : tou- 
jours l'Opéra-Comique, H. Moreno. — III. Corres- 
pondance de Reims: la Messe de Jeanne d'Arc, de 
M. Gounod, Louis Bouve. — IV. La Marseillaise jugée 
par un Allemand.— V. Nouvelles diverses et nécrologie. 
Piano. — Charles î^eustedt. 
Havanaise. 

X' 30. — 7 août 1887. — Pages 281 à 288. 
I. La distribution des prix au Conservatoire national 
de musique. — IL Bulletin théâtral, Arthur Pou- 
gin. — III. Nouvelles diverses. 

Chant. — Joachim RaS°. 
Résigne- toi. 

X' 37. — 11 septembre 1887. — Pages 289 à 290. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(26° article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale . 
la situation de l'Opéra-Comique; l'Opéra et les débuts 
de M"° Leisioger, H. Moreno; réouvertures, Paul- 
ÉMiLE Chevalier. — III. La statue de Victor Massé 
— IV. Nos morts, Arthur Pougin. — V. Nouvelles 
diverses. 

Pi.ANO. — Hector Salomon. 



Ronde d'enfants. 
X' 38. — 18 septembre 1887. — Pages 297 à 304. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(27" article), Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale : 
M"» Leisinger; incidents k l'Opéra; préparatifs pour 
la réouverture de l'Opéra-Comique, H. Moreno. — 
m. Histoire vraie des héros d'opéra et d'opér.i co- 
mique (1" article) : Hamlet, Edmond Neukomm. — 
IV. Correspondance de Belgique : ouverture du théâtre 
de la Monnaie, Lucien Solvaï. — V. Nouvelles di- 
verses et nécrologie. 

Chant. - Antoine Rubinsteiu. 
Le rocher. 

X' 39. — 25 septembre 1887. — Pages 305 à 312. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(28" article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale: 
le prochain centenaire de Don Juan à l'Opéra, H. Mo- 
reno; premières représentations de Jacques Damour 
et du Marquis Papillon à l'Odéon, Paul-Emile Cheva- 
lier. — III. La musique en Angleterre : le Festival 
de Worcester, Francis Hueffer. — IV. Correspon- 
dance de Belgique: les Concerts d'Hiver, Lucien 
SoLVAï. — V. Nouvelles diverses et nécrologie. 
Piano. — Hector Salonion. 
L'Éclat de rire. 

X° 40. — 2 octobre 1887. — Pages 313 à 320. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(29" article), Arthur Pougin. — H. Semaine théâtrale: 
Nouveaux incidents à l'Opéra-Comique; le centenaire 
de Don Juan: premières représentations des Satur- 
nales aux Nouveautés et de Dégommé au théâtre du 
Gymnase, H. Moreno. —III. Histoire vraie des héros 
d'opéra et d'opéra-oomique (2" article) : Robert el 
Jean de Leyde, Edmond Neukomm. — IV. Correspon- 
dance de Belgique, Lucien Solvaï. — V. Nouvelles 
diverses et nécrologie. 

Chant. — l'anl Viardot. 
C'était un matin. 

X° 41. — 9 octobre 1887. — Pages 321 à 328. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(30" article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale: 
Gâchis à rOpéra-Comique; projets à l'Opéra; réou- 
verture du Palais-Royal; premières représentations 
à l'Odéon de Maître Andréa et de la Perdrix; reprise 
de la Grnndc-Duchesse aux Variétés ; première repré- 
sentation de Surcoufàiix Folies-Dramatiques, H. Mo- 
KGNo. — III. Histoire vraie des héros d'opéra et d'opéra 
comique (3" article): Guillaume Tell, Ed.mond Neukomm. 
— Correspondance de Belgique : Quelques considé- 
rations sur l'art wagnérien , Lucien Solvat. — 
IV. Nouvelles diverses et nécrologie. 
Piano. — Iiéo Delibes. 



H» 42 



Souvenir lointain. 
16 octobre 1887. —Pages 329 à 336. 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(33» article]. Arthur Pougin.— IL Semaine théâtrale: 
Nomination d un administrateur provisoire à l'Opéra- 
Comique ; nouvelles de l'Opéra ; première du Sosie 
aux Bouffes-Parisiens. H. Moreno. — III. Festivals 
internationaux au Palais de l'Industrie, Henri Maré- 
chal. IV. La symphonie inédite de Richard 

Wagner, N. Sumien. — V. Nouvelles diverses et né- 
crologie. 

Chant. — Pauline Viardot. 
Ladinderindinne, à 2 voix. 

:>;" 43. — 23 octobre 1887. — Pages 337 à 344. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(34° article), Arthur Pougin. — 11. Semaine théâtrale: 
Réouverture de l'Opéra-Comique au Théâtre de Paris; 
projets; reprise de Souvent homme varie à la Comédie- 
Fiancaise, nouvelles, H. Moreno. — III. Le procès 
de iô/iengrin au tribunal de commerce. —IV. Expo- 
sition universelle de 1889: Auditions musicales. — 
V. Nouvelles diverses et nécrologie. 

Piano. — Philippe Fahrbach. 
Prenez mon ours, polka. 



X' 44. — 30 octobre 1887. — Pages 345 à 352. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 

(35° article), Arthur Pougin. — H. Semaine théâtrale: 

le centenaire de Don Juan à l'Opéra; le Jeu de l'amour 

et du Imsard à la Comédie-Française, H. Moreno. — 

III. La musique en Angleterre: le festival de Norwich, 
F. Hueffer. — IV. Nouvelles diverses et nécrologie. 

Chant. — A. .Uarmontel. 

Pantum indien. 

X' 45. — 6 novembre 1887. — Pages 353 à 360. 

I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 

(36° article), Arthur Pougin. — H. Semaine théâtrale: 

la 500° représentation de Faust à l'Opéra ; nouvelles 

de l'Opéra-Comique; première représentation de l'Ahbé 

Constantin au Gymnase, H. Moreno. — III. Festivals 

internationaux au Palais de l'industrie, H. Maréchal. 

— IV. Nouvelles diverses et nécrologie. 

Piano. — I.éo Helibes. 

Romance liongroise sans paroles. 

X' 46. — 13 novembre 1887. — Pages 361 à 368. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(37° article). Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale : 
Grispin; nouvelles de l'Opéra et de l'Opéra-Comique; 
première représentation de la Fiancée des Verts-Poteaux 
aux Menus-Plaisirs, H. Moreno. — III. La musique 
en Angleterre: deux décès, Francis Hueffer. — 

IV. Correspondance: Auguste Slœpel, A. Vitu. — 

V. Correspondance de Belgique, Lucien Solvaï. — 

VI. Nouvelles diverses et nécrologie. 

Chant. — Joachim RalT. 
Le Dernier Baiser. 

X' 4Î. — 20 novembre 1887. — Pages 369 à 376. 
I. Le Paradis et la Péri de R. Schumann, Camille 
Bellaigue. — IL Semaine théâtrale : reprise du Roi 
malgré lui â l'Opéra-Comique; première représentation 
de la Souris à la Comédie-Franfaise; le Club des Pannes 
au Palais-Royal; reprise de la Timbale d'argent aux 
Bouffes-Parisiens, H. .Moreno., — Ili. Deux souvenirs 
de Jenny Lind, Arthur Pougin. — IV. Correspon- 
dance de Belgique: première représentation d'Ali- 
Baba, L. Solvaï. — V. Nouvelles diverses, concerts 
et nécrologie. 

Piano. — Tli. ÎLécureux. 
Berceuse. 

X' 48. — 27 novembre 1887.— Pages 377 à 384. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(3S° article), Arthur Pougin. —II. Semaine théâtrale: 
nouvelles de l'Opéra-Comique et de l'Opéra; première 
représentation de Dix jours aux I^yrénées, à la Gaîté, 
H. Moreno. — III. Un projet théâtral au siècle der- 
nier. Michel Brenet. — FV. Histoire vraie des héros 
d'opéra et d'opéracoœique (4" articlej : Nevers, Edmond 
Neukomm. — V. Nouvelles diverses, concerts et né- 
crologie. 

Chant. — AmOroise Thomas. 
Passiflore. 

X- 4». — 4 décembre 1887. — Pages 385 à 392. 
I. Un grand tliéàtre à Paris pendant la Révolution 
(39° article), Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale: 
reprises dePhilémon et Baucis, du Cdid et de Galalhée 
à l'Opéra-Comique; débuts de M"" Legault et Raohel 
Boyer à la Comédie-Française; première représen- 
tation des Délégués aux Nouveautés. H. Moreno. — 

III. Le centenaire de la mort de Gluck, A. Boutarsl. 
— IV. Lukmé à Marseille, A. Rostand. — V. Nouvelles 
diverses, concerts et nécrolojîie. 

Piano. — Théodore I.,ack. 
Tunisienne. 

X' 50. — Il décembre 1887. — Pages 393 à 400. 
I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(4ii" article), Arthur Pougin. —IL Semaine théâtrale: 
le concert de M"° Patti ; nouvelles diverses. H. Mo- 
reno ; première représentation de Nos Bons Jurés, aux 
Variétés, Paui.-Émile Chevalier. — III. Correspon- 
dancede Russie : La Charimuse.opéTU de Tscbaikowsky, 
CÉSAR Cui. — IV. Grand-Théâtre de Lille: première 
de Zaïre, Arthur Pougin. — V. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

Chant. — J. Faure. 
Le Livre de la vie. 

X' SI. — 18 décembre 1887. — Pages 401 à 408. 
I Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution 
(41° article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâtrale: 
reprise de Mi(;>ion et début de M"° Arnoldsonà l'Opéra- 
Comique, H. Moreno ; première représentation de 
Beaucoup de bruit pour rien à l'Odéon, Paul-Emile 
Chevilier. —III. Histoire vraie des héros dopera et 
d'opéra-comique (5° article) : l'Empereur Sigismond, 
Edmond Neukomm. — IV. Nouvelles diverses, concerts 
et nécrologie. 

Piano. — Alfred Oesehlegcl. 
Flots de Champagne, galop. 

jV» 52. _ 25 décembre 1887. — Pages 409 à 416. 
I Un grand Ihéâlre à Paris pendant la Révolution 
42° article), Arthur Pougin. — IL Semaine théâtrale: 
les candidats à la direction de l'Opera-Comique, 
H Moreno; première représentation de la Lycéenne 
aux Nouveautés ; reprise de François les Bas bleus aux 
Menus-Plaisirs, Paul-Émile Chevalier. — 111- La 
musique à l'Odéon (1"' article), Julien TfERSOT. — 

IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — Ferdinand Poise. 
Jolin Andenon, chanson. 



Oiiiq.uante-qLixatr*ième année de putolieation 



PRIMES 1888 DU MÉNESTREL 

JOURNAL DE MUSIQUE FONDÉ LE i"' DÉCEMBRE 1833 

Paraissant tous les dimanches en huit pages de texte, donnant les comptes rendus et nouvelles des Théâtres et Concerts, des Notices biographiques et Études sur 

les grands compositeurs et leurs œuvres, des séries d'articles spéciaux sur l'enseignement du Chant et du Piano par nos premiers professeurs, 

des correspondances étrangères, des chroniques et articles de fantaisie, etc., 

publiant en dehors du texte, chaque dimanche, un morceau de choix (inédit) pour le cnANT ou pour le PIAmo, de moyenne difBcuUé, et offrant 

à ses abonnés, chaque année, de beaux recueils-primes cnAlIT et PIAIVO. 

PIANO 

Tout abonné à la musique de Piano a droit gratuitement à l'un des volumes in-8° suivants : 



F, CHOPIN 

OEUVRES POSTHUMES 

(Collection FontiQn. Pi'opriélé esclnsive.) 

Recueil in-S". 
ÉDITION MARMONTEI 

ou à l'un des volumes in-8- des CLASSIQUES-MARMONTEL: MOZART, HAYDN, BEETHOVEN, HUMMEL, CLEMENTI, CHOPIN; ou à l'un des 
recueils du PIANISTE-LECTEUR, reproduction des maniiscrits autographes des principaux pianistes-compositeurs, ou à l'un des volumes précédents du répertoire 
de STRAUSS, GUNG'L, FAHRBACH, STROBL et KAULICH, de Vienne. 



W. MOZART 

DON JUAN 

iVei'siou originale) 

Réduction pour piano solo par 
GEORGES BIZET 



AMBROISE THOMAS 

LE CAÏD 

Opéra bouffe en 2 actes 
PARTITION PIANO SOLO 



JOHANN STRAUSS 

LES OUBLIÉES 

3° rolume de danses (20 numéros). 
VAlSES-POLKiS-GALOPS-MAZDRKAS 



CHANT 

Tout abonné à la musique de Chant a droit à l'une des primes suivantes : 



A. THOMAS 

LE CAID 

Opér'a bouffe en 3 actes 
PARTITION CHANT ET PIANO I 



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Opéra lïoixffe en 3 actes 

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GRANDE PRIME REPRÉSENTANT LES PRIMES DE PIANO ET DE CHANT RÉUNIES, POUR LES SEULS ABONNÉS A L'ABONNEMENT COMPLET : 

^V. A. MOZART 



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SEULE EDITION CONFORME A LA VERSION ORIGINALE DE L'AUTEUR 

Opéra complet en % actes, revu, corrigé, mis en ordre avec tous les récitatifs , d'après la partition d'orchestre même de Mozart. 
TEXTE ITALIEN DE L'ABBÉ DA PONTE ET TRADUCTION FRANÇAISE 



NOTA IIVIPORTANT. — Ce» primes sont iléiivréea ^gratuitement dans nos bureaux, 3 bis, rue ViTieiine, à partirdu 1" Janvier 1888, à tout ancien 
ou iioiMol ahciiné, sur la préseutatiou de la quittance d'abonnement an MÉSESTKEÎj pour l'année 1S8S. iSoindre au prix d'abonnement un 
siupipléinent d'ÏJÎ% ou de BJEHJX francs pour l'envoi franco de la prime simple ou double dans les départements. (Pour l'Etranger, l'envoi franco 
des primes se rè^le selon les frais de K*oste.) 

lesabonBésauChanlpeuieniprendrc laprimePmnoelïice versa.-Ccux au Piano el au Clianl réunis onl seuls droit à la grande Prime. - les abonnés au lexle seul n'onl droil à aucune prime. 

CHANT CONDITIONS D'ABONNEMENT iU MÉNESTREL PIANO 



{"' Mode d'abonnement : Journal-Texte, tous le, s dimanches; 28 morceaux de chant : 
Scèaes, Méluilies, Uomauces, paraissant de quinzaine en quinzaine; 1 Recueil- 
Prime. Paiis et Province, un an : 20 francs ; Étranger, l'ïais de poste en sus. 



2" }tode d'abonnement: Journal-Texte, tous les diraanclies; 26 morceaux de piano : 
Fantaisies, Transcriptions, Danses, de quinzaine en quinzaine; 1 Recueil- 
Prime. Paris et Province, un an : 20 francs; Étranger ; Frais de poste en sus. 



CHANT ET PIANO RÉUNIS 

3' Mode d'abonnement contenant le Texte complet, 52 morceaux de chant et de piano, les 2 RecueUs-Primes ou la Grande Prime. — Un an : 30 francs, Paris 
et Province; Étranger : Poste en sus. — On souscrit le 1" de chaque mois. — Les 52 numéros de chaque année forment collection. — Texte sedl, sans droit aux primes, 
un an : 10 francs. Adresser franco un bon sur la poste à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. 



2909 — 33""^ ANAEC — l\° 1. 



Dimanche o Dceembre 18S6. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Cliant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'im an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (5" article], Arthuu Pougin. — 
II. Semaine théâtrale: nouvelles, H. Moreno ; première représentation de Gotic 
au Palais-Royal ; revue à l'Eldorado, Paul-Éjiile Chevalieii. — III. Lakmé à 
Bruxelles, H. M. — IV. Correspondance d'.\msterdam : le festival Widor, C. P. 
— V. Nouvelles diverses et concerts. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

VIVIANE 

quadrille brillant composé par Arban sur le ballet de MM. Raoul Pugno, 
Clément Lippacher et Edmond Gondinet. — Suivra immédiatement : La Tour 
merveilleuse, nouvelle polka de Philippe Fahubach, avec un dessin en chro- 
molithographie représentant la tour de 300 mètres de la prochaine Expo- 
sition universelle 1889. 

CHANT 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
CHANT : Que l'on médise d'elle, air italien du XVIII" siècle (auteur inconnu), 
avec accompagnement et harmonie de M""» Pauline Viardot, traduction 
française de Louis Pomey. — Suivra immédiatement une Sérénade Napolitaine, 
de E. Paladilhe. 



GRAND THEATRE A PARIS PENDANT LA REVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 
D'après des documeats inédits et les sonrces les plus authentipes. 

(Suite.) 



Ces artistes étaient fort loin d'être sans talent. Trois d'entre 
eux, Raymond, Valroy et M''= Julien, avaient appartenu pré- 
cédemment à la Comédie-Française; M™ Raymond, soubrette 
alerte et vive, était la belle-fiUe et l'élève de Mole, à qui elle 
faisait honneur; M'i<= Augustine Dnfayel cadette, qui jouait 
les ingénues, et M™ Forgeot-Verteuil, qui tenait l'emploi des 
grandes amoureuses, étaient deux comédiennes e.xtrêmement 
distinguées (1); M™" Lacaille s'était fait remarquer par sa 
verve dans les duègnes et les caractères, de même que Lan- 
glois-Courcelles dans les rôles à manteau ; quant à Thomas- 

(1) En I78i, M"'' Verteuil, devenue veuve fort jeune, avait épousé en 
secondes noces le poète dramatique Korgeot, qui fut le collaborateur de 
quelques-uns de nos meilleurs musiciens, Grétry entre autres, et qui 
mourut en 1798. On ne doit pas la confondre avec;j une autre M'"' Ver- 
teuil, excellente artiste aussi, qui, tandis qu'elle était à Favart, tenait à 
Feydeau l'emploi des duègnes avec beaucoup de succès. 



sin-Visentini, fils et petit-fils de deu.x acteurs dont le premier 
surtout s'était rendu célèbre dans l'emploi des Arlequins, il 
faisait une excellente ganache. Tout ce petit groupe se dis- 
persa. Thomassin accepta un engagement qui lui fut aussitôt 
offert à l'Ambigu ; Raymond quitta Paris pour aller se faire 
applaudir à Marseille ; Langlois-Courcelles, emmenant avec 
lui Valroy et M"* Forgeot-Verteuil, s'en alla fonder rue t^ul- 
ture-Sainte-Catherine, sous les auspices et, dit-on, avec l'ar- 
gent de Beaumarchais, un théâtre nouveau qui fit revivre 
l'ancien nom de théâtre du Marais, et qui fut fameux un 
instant par la représentation du drame retentissant de La 
Martelière, Robert, clief de brigands, et de la Mî^re. coupable, qu'y 
donna l'auteur du Mariage de Figaro ; enfin, M™ Lacaille re- 
trouva d'abord au théâtre Louvois, nouvellement fondé aussi, 
et ensuite au théâtre de la Cité, un public sympathique et 
ami ; pour ce qui est de M"'' Dufayel, elle mourut à la fleur 
de l'âge peu de temps après, vers 1791, ayant à peine atteint 
sa trentième année. De tous ces artistes, M™'=^ Gardon et Ju- 
lien sont les seules dont il soit impossible de suivre la trace. 
Dans les nouvelles conditions qu'elle s'éiait imposées, la 
Société de l'Opéra-Gomique se trouvait constituée de la façon 
suivante : 



Messieurs 

Clairval 3/4 de part. 

Trial 3/4 

Narbonne .... 3/4 

Michu 3/4 

Ménié .iM 

Dorsonville ... 1/2 

Rosière 3/4 

Gamerani .... 3/8 

Favart 1/4 

Philippe 3/4 

Granger 1/2 

tjhenard 3/4 

Solié i/i 

8 parts 1/8 



Mesdames 



Dugazon . . 
Gontier. . . 
Aileline . . 
Lescot . . . 
Desbrosses . 
Carline. . . 
Desforges . 
Renaut 1'"= . 
Saint-Aubin 
Grétu . . . 
Renaut cadette. 

Total des part; 
employées . . . 



8 parts 1/8 
3/4 
3/4 
3/4 

\/-2 
1/2 
3/4 
1/2 

0/8 

3/4 
1/2 

1/2 



L'économie de huit parts, réalisée par la nouvelle combi- 
naison, était considérable. Les sociétaires ne s'en tinrent pas 
là : ils réduisirent aussi le nombre des pensionnaires, de 27 
le firent descendre à 23, et diminuèrent le chiffre des trai- 
tements, qui de 75,70u livres se trouva abaissé à 28,700. Les 
réductions générales dépassaient ainsi la somme de 100,000 
francs. Il était vraiment impossible de faire davantage. G'est 
sous le bénéfice de ces réformes importantes que s'ouvrait 
Tannée 1790-91, dont les recettes, du reste, allaient fléchir 
encore, et rester de 73,000 francs au-dessous de celles de 
Tannée précédente. 



LE MENESTREL 



1790. 

S^oici rénumération des travaux de la Comédie du i" jan- 
vier au 31 décembre 1790 : 

13 janvier. — Pierre le Grand, opéra comique en quatre 
actes, paroles de Bouilly, musique de Grétry. 

A la date des 19 et 26 janvier sont mentionnées deux re- 
présentations au profit des pauvres. Le produit de la première, 
qui est de 2,826 livres S sols, est « remis à la Commune » ; 
la recette de la seconde, qui s'élève à 3,787 livres 10 sols, 
est « remise à M. le maire de Paris ». Pour cette dernière, les 
comédiens avaient fait insérer la note suivante dans le Jour- 
nal de Paris : « Le Roi ayant daigné accorder au Théâtre-Italien 
la permission de jouer dorénavant les mardis et vendredis 
des pièces de chant, les Comédiens ne croyent pas pouvoir 
faire un meilleur emploi de cette nouvelle faveur que de 
consacrer à l'indigence le premier effet des bontés de Sa 
Majesté, et ils remettront à M. le Maire de Paris le produit 
de cette représentation pour être employé dans la souscription 
ouverte chez lui en faveur des pauvres. » Pour comprendre 
la portée de cette note, il faut savoir que l'Opéra était, de- 
puis sa fondation, le véritable directeur de tous les théâtres 
de Paris, en ce sens qu'il jouissait de ce privilège exorbitant 
d'autoriser ou d'interdire l'ouverture de toat nouvel établis- 
sement dramatique, et qu'il ne donnait jamais son autorisa- 
tion que sous le bénéfice d'une redevance annuelle très 
lourde. Il n'avait pourtant, par le fait, aucun droit sur la 
Comédie-Française et sur la Comédie-Italienne, qui étaient 
ses ainées ; mais cette dernière était, comme les autres, de- 
venue sa tributaire depuis l'année 1761, où elle avait fait 
supprimer l'Opéra-Gomique, pour acquérir le droit d'avoir 
seule la faculté de jouer des pièces à ariettes. En s'emparant 
du privilège de l'Opéra-Comique, en se mettant en son lieu 
et place, elle avait forcément hérité des obligations auxquelles 
celui-ci était tenu envers l'Opéra. Or, l'Opéra n'avait donné 
son consentement qu'à deux conditions : la première, c'est 
que la Comédie-Italienne lui paierait une redevance annuelle 
de quarante mille livres ; la seconde, c'est que ladite Comédie- 
Italienne s'abstiendrait soigneusement de jouer des pièces à 
ariettes les mardis et vendredis, ces deux jours étant consi- 
dérés comm.e « les grands jours » de l'Académie royale de 
musique, qui ne voulait pas qu'on lui fit du tort en chantant, 
ces jours-là, ailleurs que chez elle. En relevant la Comédie 
de cette obligation, en supprimant cette entrave, le roi déchi- 
rait une partie du traité léonin que lui avait imposé l'Opéra. 
On peut, sans sourire, affirmer que ce fut là l'un des effets 
— secondaires, mais réels — de la révolution de 89. 

l" février. — Le Bon Père, comédie en un acte et en prose, 
de Florian. 

14 février. — Le Diable à quatre, ancien opéra-comique de 
Sedaine, remis à la scène avec une nouvelle musique de 
Porta. 

1S_ février. — L'Époux généreux ou le Pouvoir des procédés, 
comédie en un acte et en prose, de Dejaure. 

!«■■ mars. — Les Brouilleries, opéra-comique en trois actes 
paroles de LœiUard d'Avrigny, musique de Berton, ouvrage 
fortement secoué par le public à sa première représentation 
qui fut réduit en deux actes à la seconde (4 mars), mais 
qui ne put malgré tout en obtenir une troisième. 

15 mars. — Le District de village, vaudeville en un acte, de 
Desfontaines. 

22 mars. — La Bonne Mère, comédie en un acte et en prose 
de Florian. ' 

Le 23 et le 25 mars, les Comédiens donnent encore deux 
représentations au profit des pauvres. La première produit 
'1,99S livres, qui sont remises à la Commune; la recette de 
la seconde, remise au maire de Paris, s'élève à 3,225 livres 
6 sols. 

27 mars. — Clôture pascale, avec un compliment de Des- 
fontaines. — Cette clôture, qui d'ordinaire était de trois se- 
maines, n'est déjà plus que de quinze jours. Elle fut retardée 



d'une semaine, ainsi que nous l'apprend cette note du registre 
à la date du 20 mars : « Ce jour devait être la clôture ; mais 
elle a été renvoyée à huit jours plus tard. «C'est encore là 
un effet de la Révolution (1). 

La réouverture eut lieu le 19 avril. Elle est signalée par 
un fait curieux. A cette époque, l'usage était que dans 
chaque théâtre (l'Opéra excepté), l'un des acteurs vint adres- 
ser, ce jour-là, un compliment au public, compliment dans 
lequel il s'efforçait de retenir sur l'entreprise les sympathies 
des spectateurs, en leur faisant connaître les projets, les 
améliorations de toutes sortes que l'on se proposait d'effec- 
tuer pour varier et augmenter leurs plaisirs, et les attirer 
plus que jamais. Or, c'était Solié qui, cette fois, était chargé 
de débiter le compliment, et celui-ci avait un caractère poli- 
tique qui se ressentait singulièrement des circonstances et 
auquel, assurément, les auditeurs n'étaient guère habitués. 
Qu'on en juge : 

Messieurs, 
Si jamais l'art dramatique a pu devenir le premier, le plus inté- 
ressant de tous les arts, c'est au moment où nous vivons : la 
liberté, en rendant à l'homme tous ses droits, lui a rendu aussi 
toute l'aetivité de la pensée, et désormais la scène, débarrassée 
des entraves qui l'assujettissoient à une marche uniforme et pué- 
rile, pourra offrir aus spectateurs de tous les états des tableaux 
vrais dont il résultera des leçons utiles. Le comédien, autrefois 
victime d'un préjugé cruel dont le poids fatiguait son âme, en 
retrouvant les prérogatives du citoyen, a repris l'usage libre de 
toutes ses facultés intellectuelles, et son talent peut prendre un 
essor qu'avoient arrêté jusqu'ici les chaînes pesantes de l'opinion : 
de tels avantages sont inappréciables ; mais il est d'autant plus 
aisé de les rendre nuls, qu'il est plus facile d'en abuser. C'est à 
vous, messieurs, qu'il convient seulement de surveiller et de régler 
l'emploi qu'on en saura faire ; de repousser les abus avec la sévé- 
rité d'un peuple éclairé ; de vous servir de ce goût naturel et 
exercé dont vous avez donné tant de preuves, pour indiquer la 
limite oîi finit la liberté, et oii les excès commencent. Ainsi brillera 
un jour pur et nouveau pour l'art dramatique, dont vous êtes les 
admirateurs encore moins que les appuis. Quant à nous, messieurs, 
toujours lieureux de vous plaire en cherchant à mériter vos suf- 
frages, nous ne négligerons rien pour y parvenir, et nous nous 
efforcerons de nous montrer dignes de la confraternité patriotique, 
dont nous ne sommes glorieux d'être devenus membres que parce 
qu'elle ajoute à ce que nous vous devons, par conséquent à notre 
reconnaissance (2). 

19 avril. — Premier début d'un jeune artiste appelé, dans 
un avenir prochain, à devenir fameux entre tous, et à 
éclipser la gloire même de Clairval, son prédécesseur immédiat. 
Elleviou, qu'on a surnommé « le roi des ténors de l'Opéra- 
Comique », se montre pour la première fois dans le rôle 
d'Alexis, du Déserteur. Dix jours après, le 29 avril, il joue 
celui de La France dans l'Éjrreuve villageoise, ce qui prouve 
l'étendue ou la flexibilité de sa voix, Alexis étant un ténor, et 
La France un baryton. Les débuts d'EUeviou sont modestes, 
car il est engagé aux appointements de 1,800 francs; l'année 
suivante, ces appointements seront portés à 3,000 francs ; 
en 1792, il sera reçu sociétaire à trois huitièmes de part; en 
1793, il obtiendra part entière ; en 1795, trouvant la part 
insuffisante, il y renoncera pour exiger 12,000 francs d'ap- 
pointements fixes, et quelques années plus tard il se fera 
allouer 40,000 francs de traitement, des feux et deux mois 
de congé. 

(1) C'est seulement à l'époque de cette clôture, qui était celle du renou- 
vellement de l'année théâtrale, (]ue les acteurs de la comédie se sépa- 
rèrent de leurs camarades du chant, selon les conventions indiquées plus 
haut. On lisait à ce sujet dans le Journal de Paris du IS avril : — « Le 
Théâtre-Italien vient d'essuyer une sorte de révolution. Tous les acteurs 
jouant la comédie proprement dite se sont retirés, sans qu'on ait supprimé 
pour cela ce genre de pièces ; c'est-à-dire que les comédiens chantaus 
joueront aussi la comédie ; et ils s'efforceront par là d'ajouter à leurs 
travaux, sans rien ôter aux plaisirs du public. » 

(2) Un autre fait important se produisait ce même jour de la réouver- 
ture : Blasius remplaçait au pupitre du chef d'orchestre La Houssaye, 
qui passait au théâtre Feydeau. 



LE MENESTREL 



l^'" mai. — Les Fous de Médine ou la Rencontre imprévue, opéra 
comique en trois actes, paroles de d'Ancourt, extrait des 
Pèlerins de la Mecque, opéra de Gluck. Ce pastiche n'obtint 
aucun succès, ainsi que le prouve cette note envoyée par le 
théâtre au Journal de Paris : « La seconde représentation des 
Fons de Médine est retardée par les changemens que l'on se 
propose d'y faire, d'après les indications que le public a 
semblé donner lui-même en improuvant plusieurs situations 
et incorrections dans le dialogue, mais aussi en applaudissant 
nombre de morceaux de musique que l'on espère mieux 
encadrer. » Il paraît qu'on fut obligé de renoncer à cet espoir, 
car, malgré la note du journal, la seconde représentation 
des Fous de Médine ne fut jamais donnée. 

(A suivre.) .\rthur Pougin. 



SEMAINE THEATRALE 



Tout était prêt, la répétition générale avait eu lieu au jour fixé 
■et la première représentation d'Egmont était affiehée pour jeudi der- 
nier, quand au dernier moment on s'est avisé d'une amélioration 
en quelque endroit de la pièce. Oh ! un rien, quelques raccords 
pour le musicien, une vingtaine de mesures à composer, l'affaire 
d'une couple d'heures. Et tout aussitôt on installe M. Salvayre dans 
le cabinet directorial, au coin d'un bon feu pour en insuffler à ses 
inspirations : « Tiens, mon garçon, voilà une plume moelleuse qui 
■écrit toute seule ; voilà du papier soyeux pour la laisser courir. 
Va ton train et complète le chef-d'œuvre. » 

M. Salvayre est du Midi, c'est dire qu'il ne boude pas à la be- 
sogne et qu'il ne trouve rien d'impossible. Il retroussa gaillarde- 
ment ses manches et se mit à l'œuvre avec une bonne grâce inal- 
térable. Et les idées lui arrivaient à profusion, si bien qu'il en était 
embarrassé. Ce feu, d'ailleurs, qui lui grillait le dos, devenait in- 
supportable. A quoi bon cet âtre brûlant, quand on a dans le cœur 
je beau soleil de Toulouse ? Il ferma la trappe ; quelle imprudence ! 
un incendie faillit se déclarer dans la cheminée. Il fallut rouvrir 
aussitôt. Tout suant, tout composant, il retira son paletot, puis son 
^ilet, envahi de plus en plus par la fièvre de l'inspiration. A trois 
heures du matin, il était encore à table (quelle ironie !), quand il 
■sentit des tiraillements dans son estomac de musicien. Un vrai 
métier de jeûneur que celui d'artiste en doubles croches ! Il s'ima- 
gina d'aller voir son confrère Succi, pour lui dérober quelques gouttes 
de sa précieuse liqueur. Mais cet homme n'aimait pas la musique, 
trouvant cet art peu digestif depuis que Wagner y a mis la main. 
Il fut d'une grande froideur vis-à-vis de Salvayre, dont l'embon- 
point, pour comble de malheur, lui sembla une offense. 

Ceci se passait dans la nuit de mercredi. Jeudi, jour de la repré- 
sentation, dès l'aube on fit venir le copiste, qui s'indigna quand on 
lui remit '14i pages de copie à tenir prêtes pour le soir. Le prenait- 
■on pour un enchanteur qui n'avait qu'à souffler sur la besogne pour 
qu'elle s'accomplît tout aussitôt ? Alors tout le monde, — com- 
positeur, auteurs, directeur, régisseurs, — s'arracha les cheveux. 
Mais, quand on fut arrivé à la dernière touffe, il fallut bien se 
résigner. Et voilà pourquoi la première représentation d'Egmont. est 
remise à demain lundi, « irrévocablement » cette fois, dit l'aftîche 
■et on sait que les affiches ne se Irompent jairais. 

La semaine suivante nous aurons à I'Opéra celle de Patrie, dont 
la répétition générale sera donnée le mardi 14, au profit des inondés 
du Midi. Salvayre en aura-t-il sa part? On verrait alors ce fait 
curieux d'un compositeur enrichi par son rival. La voilà bien, la 
douce fraternité des Arts. L'idée de cette répétition à bénéfice est 
excellente et elle ne peut manquer d'avoir le plus grand succès près 
du public, si curieux de ces sortes de cérémonies, auxquelles il 
ne lui a pas été permis jusqu'ici de prendre part. Voir de près 
M. Ritt accoudé dans une attitude méditative sous l'abat-jour vert 
d'une lampe carcel, tandis que son bouillant acolyte, M. Gailhard 
■encore un incendié du Midi, arpente à grands pas le fond de la loge^ 
les mains derrière le dos comme un Napoléon de la scène, cela 
vaut son prix assurément (1). 

H. MORENO. 

(1) Fauteuils d'orchestre et d'amphithéâtre, avant-scènes et premières 
loges, -lOO francs la place. Baignoires, 80 francs la place ; deuxièmes loges, 
oO francs; parterre, 40 francs; troisièmes loges, 30 francs; quatrièmes 
loges, 1.5 francs, et cinquièmes loges, r; francs la place. 



Palais-Royal. — Gotle, comédie en quatre actes de M. Henri Meil- 
hac. 

Les époux Courtebec, une façon de Philémon et Baucis du Ma- 
rais, vivraient très calmes dans leur intérieur, si madame n'avait la 
rage du jeu et ne faisait filer toutes les économies du ménage dans 
des passes malheureuses au baccarat ou dans des combinaisons 
savantes aux courses de « petits chevaux », si monsieur de son 
côté n'était troublé par les déclarations incandescentes de sa cui- 
sinière, M"' Gotte. Sophie Courtebec ne joue pas pour le plaisir de 
jouer, mais bien dans l'espoir de gains fallacieux. Elle rêve de 
richesses et croit que le seul moyen, pour une honnête femme, de 
se faire des rentes est de les ramasser sur un tapis vert. La chance 
lui a été malheureusement contraire, jusqu'au jour où. elle apprend 
que Gotte hérite de dix-huit millions. Que n'est-elle à la pfàce de 
sa bonne ! Et alors elle cherche comment elle pourrait bien s'appro- 
prier cette fortune, et amène peu à peu son mari à en chercher le 
moyen avec elle. Courtebec, qu'une bouteille de vin généreux a 
légèrement étourdi et qui se rappelle à propos l'amour de la pauvre 
fille, prend la très sage décision de divorcer tout simplement et 
d'épouser sa cuisinière. Sophie ne veut pas entendre de cette oreille- 
là ; on se querelle pour se réconcilier à la fin et annoncer à Gotte 
qu'elle est désormais très riche; mais presque aussitôt l'on s'aperçoit 
que l'héritage lui a été attribué par erreur. — M. Henri Meilhac a, 
suivant son habitude, fait grande dépense de finesse et d'esprit dans 
cette pièce, qui contientdes scènes exquises de vraie comédie et reste 
toujours d'une tenue parfaite même lorsqu'elle semble verser dans 
la fantaisie pure. On a ri beaucoup ; on rira davantage encore lors- 
que l'a'uteur aura pratiqué quelques coupures indispensables, no- 
tamment dans les scènes consacrées à M""* Lahirel, scènes absolument 
charmantes, mais qui arrêtent, sans raison, l'action principale. 
M. Daubray, M'"'^'' Lavigne et Mathilde sont parfaits de gaîté, de 
bonhomie et de fantaisie dans les trois personnages principaux. 
M"' Raphaële Sisos, MM. Numa et Pellerin ont composé aussi avec 
talent des rôles pris sur le vif dans notre société contemporaine. 

Dans le steeple-chase des revues, I'Eldorado arrive bon second 
avec Carabo-Carabi, né d'Alfred Deîilia et Jean de Réaux, rondement 
mené par MM. Perrin, Gaillard et M""* Bonnaire, ayant à leurs côtés, 
pour faire le jeu, MM. Sulbac, Hurbain, Vaunel, Legrand et M°"' Paula 
Brébion-Nitouche, Liovent-Carabo, Stella-Bistouri, Pervenche-Ève 
et miss Vanoni-Terpsychose. Très gros succès, au tableau des 
actualités, pour un trio ultra-bouffon, chanté et dansé, avec la plus 
exubérante gaîté, par M'"^ Bonnaire, en Krao, et MM. Perrin et 
Gaillard, en Karamoko et en chef de Cinghalais. Un rideau couvert 
de notes et avis théâtraux de la fantaisie la plus cocasse qui se 
puisse imaginer, et que l'on descend entre les deux tableaux, est 
un des clous de la soirée. Enfin, à l'acte des théâtres, triomphe 
pour M"'^ Paula Brébion, qui détaille fort agréablement et très fine- 
ment un rondeau sur nos étoiles d'opérette. — Au résumé, très 
bonne soirée, qui sera suivie de beaucoup d'autres, et pour les au- 
teurs et pour les interprètes. Mais, pour Dieu, que l'on est mal 
assis dans les fauteuils (un euphémisme) de l'Eldorado, et qu'on en 
sort enfumé et moulu ! 

Paul-Éjule Chevalier. 



LAKME A BRUXELLES 



Toutes les feuilles de la Belgique, toutes les correspondances 
parisiennes l'ont déjà proclamé, Lakmé a remporté un succès con- 
sidérable au théâtre de la Monnaie. C'est une nouvelle victoire 
française dont il nous sera bien permis de nous enorgueillir quel- 
que peu, à un moment où certain parti vraiment trop exclusif et 
trop intolérant prétend fermer la route à tous nos compositeurs 
nationaux pour porter uniquement sur le pavois un grand musicien 
allemand, dont nous sommes loin de méconnaître le haut génie, 
mais qui ne doit pas nous faire oublier que l'école française tient 
un rang très notable dans le monde musical, et qu'elle présente à 
l'heure actuelle un faisceau de talents comme on n'en rencontrerait 
nulle autre part. C'est là une vérité dont il serait temps de s'aper- 
cevoir. Au train dont vont les choses, on mettra bientôt nos 
maîtres à la porte de chez eux, et ils trouveront plus de justice à 
l'étranger que dans leur propre pays. 

Il fut un temps où M. Pasdeloup — et ce sera son éternel hon- 
neur — n'avait qu'à frapper le sol de France de son bâton 
d'orchestre pour en faire sortir des Saiut-Saëns, des Massenet et 
des Guiraud. La terre était généreuse, elle l'est encore; mais 



LE Ml^ESTREL 



qui s'occupe aujourd'hui de la défricher? A quoi pensent nos chefs 
d'orchestre? Au lieu de porter uniquement leurs regards de l'autre 
côté du Rhin, ne feraicht-ils pas mieux de prendre leur lanterne 
pour chercher des hommes parmi nos jeunes musiciens? En vérité, 
je vous le dis, il y aura plus de gloire pour celui qui aura décou- 
vert un seul artiste français, bien sain de tempérament, de génie 
clair et lumineux, que pour ceux qui iront chercher des prophètes 
à Bayreuth. Sans doute, il est des renommées étrangères qui s'im- 
posent, qu'on doit subir et qu'on peut admirer à la façon dont on 
admire M. de Bismarck, mais il est tout à fait inutile de leur 
dresser chez nous un piédestal démesuré et de ne les entrevoir 
qu'au milieu d'une apothéose aveuglante. 

Et c'est pourquoi j'ai pris un plaisir extrême à parcourir les 
journaux de Belgique, d'une critique toujours si sage, si mesurée, 
et qui sait faire la juste part à chacun. 

N'est-il pas charmant de finesse, co portrait de l'auteur de Lcikme 
tracé par l'Indépendance belge ? 

« Tout est musique en lui, o nous disait un jour un compositeur de 
quelque renom, et l'observation nous a frappé.... 11 n'est pas jusqu'cà son 
nom qui ne sonne musicalement, par une sorte de prédestination: Léo 
Delibes ! Gela dit tout. N'allez pas l'appeler Léon. Un prénom très 
acceptable pourtant. Mais Léo est à la fois plus noble et plus coquet. Léo 
tient du page et du ménestrel. Léo est mélodique et frise le grand art. 
Delibes est parisien, opéra comique et mondain. Léo tout seul ne serait 
peut-être pas de l'Institut. Delibes non plus. Léo Delibes en est. 

Avant d'y entrer de par le Roi /'a dit ! Jean de Nivelle et Lalmé, Léo 
Delibes était l'auteur des Vieilles Gardes et de l'Omelette à la FoUembitche. 
Gardez-vous de lui rappeler ces péchés d'extrême jeunesse. Bien amusantes 
pourtant ces partitionnettes, écrites à une époque où les jeunes composi- 
teurs étaient condamnés à l'opérette, à moins de pondre un chef-d'œuvre 
en nourrice. Et encore, comment le faire jouer?.. , Mais il n'aime pas 
qu'on se souvienne de ces enfantillages. 

Coppélia, c'est une autre affaire. Il la reconnaît. Et Sylvia aussi sans 
doute, sinon la Source, son premier ballet, en collaboration avec le com- 
positeur russe Minkous. Et franchement, s'il les désavouait, ce serait un 
iugrat, car elles sont exquises et elles ont fait beaucoup pour populariser 
son nom. Coppélia est une simple merveille, et Sylvia aurait eu même 
fortune si la pièce, plus longue, n'était pas plus difficile à monter. 

Hans de BQlow est un fanatique de Coppélia. Un jour nous le rencon- 
trons dans un festival d'Allemagne, où il avait interprété en maître le 
premier concerto de Brahms, — une création, lui disions-nous. Une récréa- 
tion aussi, j'espère, ripostait ce diable d'homme, qui fait des mots dans 
toutes les langues. — Quelques semaines avant ce concert, il avait dirigé 
à l'Opéra de Hanovre le Benvenuto Cellini de Berlioz, que Paris hésite à 
reprendre. — Et où allez-vous de ce pas ? demandons-nous à cet éternel 
voyageur, à cet infatigable propagateur d'art. — Je vais à Hambourg, ré- 
pondit Bûlow, je vais me payer deux heures d'opéra sans paroles : je vais 
diriger Coppélia. 
Et là-dessus, avec sa verve humouristique, il se lance à fond de train : 
— Ah ! le ballet ! Si j'avais le temps et le tatent, je ne sortirais pas de 
là. Le ballet, quelle invention admirable! C'est du théâtre, et c'est de la 
musique. Une action et pas de chanteurs! Des rythmes, des timbres et 
pas de fausses notes. Il y a bien les danseuses qui, ne vont pas toujours 
en mesure. Mais ça ne dérange rien. L'orchestre s'en moque. Et quel 
orchestre que celui de Coppélia ! 
Et il allait, il allait !.. S'il avait été là, Delibes l'eût arrêté. 
Lulnné est le plus grand succès d'opéra qu'ait obtenu jusqu'ici Léo Delibes. 
Le Roi Va dit I eut d'abord du malheur. La première représentation 
tombait mal. Le 16 mai 1877. Le soir du 16 mai! Vous pensez si le 
public parisien, ce soir-là, était disposé à s'intéresser aux dires de 
Louis Xl'V. Il était bien trop préoccupé des actes des monarchistes! Le duc 
de Broglie éclipsait le roi-soleil. Et à partir du 17 on ne pensait plus 
qu'à la réélection des 363. «Ils reviendront 400. » Gambetta l'a dit! Ouant 
au Roi, avec ou sans musique, il n'en fut plus question. C'est seulement à 
la reprise, après plusieurs années, qu'on rendit justice à la spirituelle 
partition qui, dans l'intervalle, avait conquis le public viennois. Mais la 
pièce exige ure distribution nombreuse qui fait reculer la plupart des 
directeurs de théâtre. 

.lean de Nivelle réussit d'emblée à l'Opéra-Comique de Paris, grâce à une 
interprétation hors ligne qui mettait en pleine lumière tous les mérites 
de la musique et dissimulait les faiblesses d'un livret énigmatique et in- 
cohérent. A Bruxelles, l'ouvrage tomba pour n'avoir pas été sérieusement 
soutenu. Ce fut le contre-pied de Paris : Une interprétation insultisante 
accusant les trous de la pièce et effaçant les beautés de la pa-tition. Une 
exécution! 

Lakmé sera plus heureuse, assurément. Lakmé nous arrive recommandée 
non pas seulement par son succès parisien, mais encore par une série de 
succès sur les scènes allemandes, ce qui prouve bien qu'elle ne doit pas 
toute sa fortune au patronage d'une étoile. 

... U y a quatre ans, nous étions à Bayreuth, à la première de Par- 
sifal. Trois compositeurs français y assistaient: Vincent d'Indy, un jeune, 
qui depuis a décroché le grand prix de la Ville de Paris avec son poème 



symphonique, la Cloche; Gaston Salvayre, l'auteur du Bravo: Léo Delibes, 
qui n'était pas encore l'auteur de Lakmé. 

Tous trois admiraient Parsifal. 

Vincent d'Indy avec la conviction enthousiaste d'un disciple, pour ne 
pas dire d'un dévot; quand il disait t< le maître ! », il semblait formuler 
tout un programme. 

Salvayre avec courtoisie: « C'est un office », disait-il après le pre- 
mier acte ; et, bien qu'il s'inclinât au moment de l'élévation, on sentait 
qu'il n'était pas de la paroisse. Un protestant à la messe. 

Léo Delibes avec une nuance d'inquiétude et d'effarement. Il avait sur 
l'œuvre qu'il venait d'entendre des appréciations pénétrées, des émotions 
intimidées. Et quand on lui parlait de ses ouvrages pour le mettre à son 
aise, ce qui nous plaisait beaucoup c'est qu'il n'était ni hostile, ni con- 
verti, ni jaloux, ni découragé. « En face d'une œuvre aussi vaste, disait-il, 
on cherche un tout petit coin où l'on puisse être chez soi. » 

Il l'avait déjà trouvé, il y reste et il fait bien. 

Il Lakmé sera plus heureuse assurément ». disait l'écrivain ano- 
nyme des ligties qui précèdent. Elle l'a été en effet et nous trou- 
vons, le lendemain, dans la même Indépendance, un très remar- 
quable compte-rendu de l'œuvre, sous la signature XX. qui cache 
mal la personnalité de M. Fétis : 

C'est un grand succès que nous avons à enregistrer pour Lakmé, un 
succès obtenu devant la plus brillante assemblée qui ait été réunie dans 
la salle de la Monnaie depuis l'ouverture de la saison. 

... Pour arriver à Lakmé, M.. Léo Delibes n'a pas pris le plus court che- 
min. Non seulement il débuta par l'opérette ; mais encore il s'attarda 
longtemps dans une voie qui ne paraissait pas devoir le conduire à la 
source des inspirations poétiques. Ce tut, on le sait, Coppélia qui le tira du 
milieu banal où son talent d'essence vraiment distinguée était comme 
dépaysé. En écoutant cette œuvre où l'inspiration était si abondante et la 
forme si agréable en même temps que si variée, tout le monde se dit ■ 
« Voilà un compositeur qui fera honneur à l'école française! » M. Delibes 
a prouvé que tout le monde avait deviné juste. C'était à l'Opéra-Comique 
qu'était sa véritable place. Cetle place, il sut la prendre, la conquérir 
serait mieux dit, car il entra dans sa nouvelle carrière par la porte des 
succès qui, depuis lors, lui est restée ouverte. Après avoir déployé dans 
le Roi l'a dit un mélange d'esprit français et de verve italienne, il prouva 
dans les situations dramatiques de Jean de Nivelle qu'il savait faire vibrer 
une autre corde. Vint enlin Lakmé, qui le fit pénétrer dans un ordre d'idées 
absolument nouveau pour lui: celui de la poésie rêveuse, de l'idéal, de 
l'azur. L'esprit faisait place au sentiment. Décidément l'auteur de Lakmé 
faisant des opérettes, c'était un poète égaré dans la prose. 

Suit une analyse très approfondie de la partition, où nous re- 
grettons de ne pouvoir suivre l'auteur, la place nous étant me- 
surée. Puis M. Fétis ajoute : 

L'auteur de Lakmé est avant tout un mélodiste; mais la technique ne lui 
est ni étrangère, ni indifférente. Il n'est pas du parti de la résistance; ce 
n'est point un retardataire. Il a pris du nouveau système ce qui était 
applicable à son tempérament d'abord, puis au sujet qu'il traitait dans 
l'ouvrage dont nous venons de donner une rapide analyse. Il laisse souvent 
chanter les voix, c'est vrai ; mais le rôle de l'orchestre est très important 
dans Lakmé; c'est lui souvent qui colore l'idée mélodique dont la voix 
trace seulement le dessin. Ses effets de sonorité, très riches, très variés, 
ont généralement plus de délicatesse que d'éclat; mais c'était une né- 
cessité que lui imposaient la poétique donnée de Lakmé et la nature des 
sentiments exprimés par les personnages de ce drame intime. Il a prouvé, 
dans la scène du marché et dans le finale du second acte, qu'il connaît 
l'art des complications et qu'il sait au besoin faire entendre de brillantes 
sonorités. 

Si la pièce de Lakmé est intéressante malgré l'absence de ferles com- 
plications scéniques, si la musique a toutes les qualités d'une belle œuvre 
lyrique, l'exécution a été, il faut le dire, une des plus remarquables qu'on 
ait entendues au théâtre de la Monnaie. Le rôle de Lakmé sied à la na- 
ture de M'" Vuillaume, à sa personne, à sa voix, à son talent qui ne 
s'était pas encore manifesté, depuis ses débuts au théâtre de la Monnaie, 
d'une manière aussi heureuse. Elle a d'abord une qualité essentielle pour 
ce rôle étrange: elle a la jeunesse. Ne nous parlez pas, pour Lakmé, d'une 
actrice expérimentée, connaissant à fond les procédés et les moyens d'effet 
qu'enseigne la théorie de l'art dramatique, ayant ce qu'en termes du mé- 
tier on appelle des planches. L'héroïne de l'opéra de M. Delibes doit 
oublier les planches; il faut qu'elle les quitte tant qu'elle peut, pour s'é- 
lever dans de plus poétiques régions. Lakmé est une enfant du pays de 
l'idéal: c'est là que Gérald doit aller la chercher, ou plutôt c'est là qu'elle 
le transporte avec elle. Quand les réalités de ce monde lui apparaissent, 
elle comprend qu'elle n'a plus d'existence possible et elle meurt. M"= Vuil- 
laume est, à bien des titres, la personne qu'il faut pour le personnage de 
Lakmé. Elle ne joue pas son rôle avec art: elle y met simplement sa 
nature, son caprice, sa fantaisie. Sa voix, mieux posée que dans aucun 
des opéras où nous l'avions entendue précédemment, se meut à l'aise dins 
la sphère des inspirations lyriques où le compositeur s'est placé en créant 
le type musical de Lakmé. 



LE MENESTREL 



M. Engel chante le rôle de Gérald avec tout son art, toute son àme et 
toute son intelligence. Rien de ce qu'a voulu le compositeur n'a été omis 
par lui; toutes les nuances de tendresse, de passion qui colorent l'impor- 
tante partie du ténor dans l'œuvre de M. Delibes, il les a indiquées dans 
une interprétation parfaite, ne forçant rien, mais donnant à chaque chose 
sa valeur poétique et vraie. 

■ Le rôle du brahmane est chanté avec une grande largeur de style par 
M. Renaud, qui donne d'ailleurs au personnage une physionomie très 
accusée. N'avions-nous pas raison de dire dernièrement qu'il fallait réser- 
ver cet artiste pour les emplois sérieux du grand opéra, au lieu de le 
compromettre dans des rôles légers de l'opéra comique, pour lesquels il 
n'a pas d'aptitude? 

Lakmé, Gérald, Nilakantha, voilà les rôles principaux, les vrais rôles 
du nouvel opéra. Les autres sont absolument secondaires, ce qui n'em- 
pêche pas qu'on tient à ce qu'ils soient bien remplis, et ils l'ont été ; 
par M"° Legault dans miss EUen; par M™ Gandubert dans miss Rose; 
par M"" Gayet dans raistress Bentson ; par M"« Castagne, qui a prêté à 
celui de Mallika non seulement sa bonne volonté, mais encore sa jolie 
voix et son art de chanter; par M. Isnardon, qui joue avec naturel le rôle 
de Frédéric; enfin par M. Gandubert, qui a dit parfaitement, au second acte, 
un très beau récit de l'esclave Hadji, 

Les plus grands éloges sont dus à l'orchestre, qui a supérieurement rendu 
toutes les colorations le plus souvent fines et délicates, parfois brillantes, 
de l'instrumentation de M. Delibes. Le public a donc fait à l'œuvre le 
plus chaleureux accueil. 

Appelé après la chute du rideau, l'auteur a paru aux applaudissements 
de la salle entière. Les principaux interprètes de Lakmé ont été rappelés 
aussi, et cette fois l'ovation était méritée. Si avec toutes les attractions 
que nous venons d'indiquer, jMkmé ne fait pas une brillante fortune à 
Bruxelles, il y aura du malheur. 

Les autres journaux ne sont pas moins élogieux ; mais nous de- 
vons passer rapidement. 
n Étoile belge définit l'œuvre de cette manière : 

La musique que M. Léo Delibes a écrite pour cette idylle hindoue 
transportée dans les conventions modernes et européennes est de tout 
point attachante. C'est fait avec un rien d'inspiration, avec du rêve si 
vous voulez, mais c'est subtil, poétique et même troublant comme un de 
ces parfums discrets qui défient l'analyse. C'est l'œuvre d'un musicien de 
haute science, d'un artiste de goût, plus personnelle peut-être par- la fac- 
ture et la toilette des idées que par les idées mêmes. Le tout est présenté 
avec un tact et une discrétion rares. Lakmé nous rappelle ces délicieux 
pastels iu siècle dernier, si fluides, si ténus qu'on les dirait estompés 
avec ce pulvérin d'or qui danse aux rayons du soleil. 

...C'est un grand succès qui va faire affluer un Pactole dans les coffres 
de la direction et justifier le nom de notre Opéra, placé sous le patro- 
nage de la Monnaie. 

D'ailleurs, autre nom de bon augure, Lakmé veut dire, en sanscrit 
Prospérité. 

Le Journal de Bruxelles : 

Quelques-uns préfèrent le troisième acte aux deux premiers, à cause de 
son caractère tendre et passionné. D'autres déclarent que le second est 
le plus complet, tandis que nos préférences sont pour le premier. 

Quel plus bel éloge faire do la partition ? 
La Chronique : 

CEavre distinguée, d'une facture spiiituelle et habile, résultat de la 
collaboration de deux artistes délicats et offrant des qualités bien fran- 
çaises : clarté, simplicité, charme, finesse. 

...L'œuvre est travaillée dans une gamme discrète, dans une tonalité 
générale artistement assourdie, qui donne une impression douce de llnde 
mystérieuse en promiscuité avec la civilisation britannique. Sur le cane- 
vas de l'orchestre courent des arabesques d'une ténuité et d'une légèreté 
extrêmes, murmures, bruissements, bourdonnements, susurrements, pizzi- 
catos, toutes sortes d'harmonies compliquées, qui sont l'accompagnement 
de la mélopée, imité des voix multiples de la nature, aux pays du soleil. 

Iai Réforme : 

Tel est, en rapide résumé, le drame lyrique de M. Delibes ; il y a 
gardé les anciens procédés mélodiques, heureusement rafraîchis par sa 
curiosité de chercheur moderniste et de raffiné. 

...La brillante assistance qui remplissait lundi soir le théâtre de la 
Monnaie, a fait à l'œuvre de M. Léo Delibes un très vif succès, qui cer- 
tainement s'accentuera encore aux représentations prochaines. 

L'interprétation est d'un très bel ensemble. Hors pair. M"'' Yuillaume 
et M. Engel. Ce dernier a mis toutes ses qualités au service d'un rôle 
qui lui convient de tous points; c'est assez dire qu'il y est prestigieux. 
M"" Yuillaume, très chiffonnée par le trac au début, s'est bientôt remise, 
et a pu savourer plus d'une fois les joies du triomphe. 

Son chant fin, clair, agile et délié, s'est joué des dilficultés, et a fait 
applaudir longuement les principaux airs de Lakmé. La séduisante artiste 
a composé son rôle avec toute la grâce inconsciente et vierge qu'on pou- 



vait souhaiter ; un peu plus de relief aux passages empreints de hauteuw 
et d'énergie, et son personnage sera parfait. On a beaucoup apprécié aussi 
son superbe costume des derniers actes, qui lui sied à ravir, et trahi 
dans sa simplicité artistique le meilleur goût. 

M. Edmond Cattier, de la Gazette, ennemi de toute innovation, 
regrette que M. Delibes n'ait pas jugé à propos de refaire le Cheval 
de bronze, à l'occasion de Lakmé (c'est un regret que nous ne sau- 
rions partager), tandis que M. Lucien Solvay, dans la Nation et le 
Guide musical, enrage de trouver « si charmantes » des inspirations 
qu'il déclare coulées « dans le vieux moule ». Il paraît difficile de 
mettre d'accord ces deux critiques. 

Aux dernières nouvelles, nous apprenons que les deuxième et 
troisième représentations n'ont pas été moins brillantes que la pre- 
mière : salles combles. Tout promet donc à Lakmé une longue et 
fructueuse carrière. 

H. M. 



CORRESPONDANCE D'AMSTERDAM 



LE FESTIVAL WIDOR 

Amsterdam, le 28 novembre. 

Le passage de M. Widor à Amsterdam a pris «ne réelle impor- 
tance pour les intérêts de l'art français en Hollande. Au triple 
titre de compositeur, d'organiste et de chef d'orchestre, cet éminent 
artiste a produit ici une profonde impression. 

Le programme du concert qu'il a donné hier au Palais de l'In- 
dustrie contenait deux œuvres pour orchestre, de beaucoup de 
valeur, sa symphonie en la et une suite tirée de Maître Ambros. 

Validante con moto, principalement, et le scherzando final de la 
sj'mphonie, ont révélé des qualilés supérieures de pensée, de tra- 
vail harmonique et d'orchestration ; la grâce émouvante de l'un, la 
spirituelle délicatesse et la verve de l'autre, portaient également 
l'empreiiate d'un goût très châtié. Pas un écart de bizarrerie, pas 
une tache de recherche stérile. 

Les emprunts à la partition de Maître Ambros ont mis en relief 
deux tableaux de genre très divers : la ronde de nuit et la ker- 
messe. A deux pas du musée splendide qui renferme les plus 
beaux trésors de la peinture hollandaise et sur le sol même où ils 
sont éclos, on était, en vérité, frappé par une singulière analogie 
d'inspiration et de couleur entre les toiles de Rembrandt, celles de 
Van Ostade, de Teniers, de Jan Steen et les pages du maître 
français ; analogie toute d'intuition pourtant, puisque avant de pein- 
dre la Hollande, leur auteur ne l'avait jamais vue. Dans la ronde 
de nuit, de profonds clairs-obscurs pleins de mystère, puis, sou- 
dain, de magiques éclats tout vibrants de chaude lumière; dans la 
kermesse, le crescendo tout entier de l'échappée populaire, depuis 
les premiers éveils de la jovialité naïve jusqu'aux furibonds empor- 
tements de la masse, une fois l'an, à corps perdu dans le plaisir. 

Si, au surplus. l'ensemble de la manière de M. Widor est bien 
dans la tendance de la musique actuelle, sous l'influence plus ou 
raoius prononcée du procédé wagnérien, deux qualités la font fran- 
çaise : la distinction soutenue du fond et de la forme et la verve 
lucide du Irait mélodique. Une troisième, l'union d'une coupe et 
d'un coloris très personnels, lui imprime un cachet de grande 
individualité. 

Quant au talent de l'organiste, ici où l'orgue reste en général 
dans des errements tout opposés, il a excité autant d'élonnement 
que d'admiration. L'imperturbable sûreté, la finesse et la vigueur 
du mécanisme de M. Widor ne chancellent jamais ; jamais il ne 
s'écarte de la correclion la plus classique, mais en même temps il 
émeut, il entraîne, il sait, en un mot, captiver par un charme 
inexprimable. Pdr le choix et la fusion des sonorités où rien ne se 
heurte, même dans les contrastes, où tout s'enchaîne et se fond 
dans une harmonieuse unité, il arrive à des effets d'une poésie 
presque immatérielle. Par moments, dans l'andanle surtout de la 
symphonie en fa. l'orgue disparaissait pour ainsi dire, il ne restait 
que l'impression d'urio indéfinissable et pénétrante suavité. Mais 
aussi l'artiste avait-il sous la main un des plus boux instruments 
de Cavaillé-Gull. 

Le triomphe a été complet. Les fanfares de l'orchestre ont doublé 
les bravos et les enihousiasles applaudissements de la salle entière. 

La cantatrice qui secondait M. Widor a, liirgomont et au plus 
juste tilre, partagé avec lui les honneurs de la soirée. L'organe 
pur, égal et sympathique de M"'' Lépine. l'excellence de sa mé- 



LE MENESTREL 



Ihode, la clarté chaleureuse de sa diction, ont eu raison, comme 
en se jouant, des redoutables obstacles qu'accumule pour les chan- 
teurs l'immense salle du Palais. D'interminables applaudissements 
ont contraint à bisser la ballade de Maître Ambros et on a dû, en 
quelque sorte, faire violence au public pour ne pas reprendre de 
même la mélodie si originale les Enfants de Catane. 

On hésite presque à ajouter que le charme de la jouissance ar- 
tistique était singulièrement relevé par celui d'une simplicité exquise 
de distinction qui, dès le premier instant, avait, comme par en- 
chantement, conquis à la jeune cantatrice toutes les sympathies du 
public hollandais. 

C. P. 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 

Le correspondant viennois du Figaro nous apporte les dernières nou- 
velles relatives à la sépulture définitive de Liszt : — « La question de 
savoir où il reposera se trouve enfin définitivement réglée. M°" Gosima 
Wagner vient d'écrire à Budapest, au président du comité pour le trans- 
fèrement de la dépouille mortelle de Liszt, que, toute réflexion faite, elle 
voit la volonté de Dieu dans ce hasard qui a fait mourir son père à Bay- 
reuth et qu'elle désire l'y laisser reposer. Le président en question, c'est 
le cardinal Haynald, et quand on parle à un cardinal du doigt dé Dieu, 
il n'a qu'à s'incliner. Son Éminence, homme du monde accompli, a fait 
mieu.\: elle a souscrit mille francs pour le monument qu'on élèvera à 
Liszt — à Bayrenth. » Est-ce fini maintenant, et cette petite comédie fu- 
nèbre est-elle terminée? 

Nouvelles théâtrales d'Allemagne. — La presse viennoise s'e.xprime 
d'une façon très élogieuse au sujet d'une opérette nouvelle que vient de 
représenter le théâtre An der Wien et dont le titre est Je Fou de la cour. 
Le livret et la musique sont, paraît-il, également bien réussis, le premier 
ayant pour auteurs MM. Wittmann et .T. Bauer, tandis que la partition 
est signée Adolf Mûller. L'interprétation, qui avait été confiée à M™=Gonin 
et Hartmann, à MM. Girarsi et tJoseph, a contribué au succès général de 
l'ouvrage. — Le Sosie, opéra comique de M. Victor Léon, musique de 
M. A. Zannara jeune, a été favorablement accueilli au Residenz-Theater 
de Dresde. — A l'Opéra de Munich, le centenaire de Weber sera célébré 
par des reprises solennelles de Preciosa, Freischutz-, Euryanthe et Oberon.—Le 
nouveau ballet représenté ces jours-ci au Gentralhallen-Theater de Ham- 
bourg et intitulé le Vingtième Siècle, a remporté un succès considérable. 
Le livret est dû à M, de Bukowics et la musique a été composée par 
M. Raida, l'auteur de plusieurs opérettes applaudies. — La statistique du 
Théâtre de la Cour, à Mannheim, accuse cinq nouveautés pour l'année 
théâtrale qui vient de s'écouler : ce sont les opéras Benvenuto Cellini, die 
Folkunger, de Kretschmer, Rafaela de Max Wolff, et les ballets Coppélia et 
Wiener Walzer. — Le théâtre de Hanovre va mettre sn répétitions un 
nouvel opéra de Ernst Franck, tiré du drame de Shakspeare, la Tempête. 

— Le Stadtthéàtre de Hambourg a eu le 22 novembre la primeur d'un 
opéra-comique qui a été favorablement accueilli : le Curé de Meudon, de 
M. Félix de Woyrsch. Par la même occasion il a monté le Barbier de Bag- 
dad, de feu Pierre Cornélius, repris l'hiver dernier à Munich. 

— Le Noé d'Halévy et Bizet est accueilli à Cologne avec une sorte de 
fureur. Le jeune maestro Samara, l'heureux auteur de Flora iiûrabflis. s'est 
rendu en cette ville exprès pour entendre l'ouvrage, et a envoyé au Secolo 
de Milan, la dépêche suivante : •< Hier, septième représentation de Noé. 
Salle comble, grandissime succès, spectacle magnifique. » 

— Il est inexact, paraît-il, que M. Hans de Bùlow, à la suite des 
manifestations dont il a été l'objet à Dresde, ait adressé à un éditeur de 
Prague un télégramme peu aimable pour les Allemands. Cette missive a 
été fabriquée de toutes pièces par quelque rédacteur fantaisiste. Ajoutons 
que M. de Bulow vient de donner à Breslau un concert qui s'est achevé 
sans encombre. Et c'est là que lui-même a démenti le télégramme en 
question. La Gazette de Breslau assure que M. de Bûlow a l'intention de 
livrer à la publicité une lettre relative aux scènes récentes qui se sont 
produites à son sujet. Toutefois, M. de Bûlow a retrouvé à Ghemnitz, en 
Saxe, et à Posen, l'hostilité qui s'était manifestée à Dresde contre « l'ami 
des Tchèques », et qui l'a obligé à renoncer aux concerts qu'il devait 
donner en ces deux villes. On doit remarquer même qu'à Posen son concert 
a été interdit par la police, qui redoutait que le parti polonais, épousant 
la cause des Tchèques, ne prit parti pour le pianiste contre les Allemands. 
Au sujet de toutes ces manifestations, nous observerons que messieurs 
les Allemands ne sont guère conséquents avec eux-mêmes. Voilà quinze ans 
qu'ils nous rabâchent sur tous les tons, à propos de Wagner, que la poli- 
tique n'a rien à faire avec la musique, et les voici qui s'enflamment de 
la façon la plus sotte et la plus ridicule parce qu'un des leurs M. de 
Bûlow, a été donner des concerts en Bohème, et qu'il y a été bien reçu. 
Commencez donc par prêcher d'exemple, très chers voisins. 

— A Weimar vient de se constituer un comité en vue de l'érection 
d'une statue à Franz Liszt, qui serait érigée sur l'une des places de la ville. 



— L'Opéra Royal de Stockholm a représenté, le mois dernier, les ouvra- 
ges suivants : Faust, Mignon, le Songe d'une nuit d'été, Roméo et Juliette, Leo- 
nora, Mcphistoplielès, Si j'étais roi, Denbertagna, Don Juan, le Trouvère, et la 
Croix de diamant. — On annonce au même théâtre la reprise à'Obéron, pour 
le centenaire de Weber. 

— On nous écrit de Saint-Péterbourg : « Au théâtre Marie, l'opéra Harold, 
après plusieurs remises causées par des indispositions, a été enfin représenté 
mardi dernier; les derniers actes surtout ont été accueillis avec faveur; il 
y a au troisième et au quatrième deux chœurs admirables (une prière et 
une révolte), magistralement exécutés. Très brillante, mise en scène ; mais, 
au fond, l'oeuvre serait diflîcilement écoutée jusqu'au hout ailleurs qu'ici; 
le sujet est lugubre, et les cadavres qui défilent devant le public sont 
vraiment trop nombreux. J'oubliais de vous signaler une belle page sym- 
phonique, la tempête qui ouvre le dernier tableau. Le compositeur, qui est 
en même temps chef d'orchestre du théâtre, M. Naprawnik, a été acclamé, 
et son orchestre, orchestre merveilleux et dont Pétersbourg est justement 
fier, lui a remis une magnifique couronne. — La cour impériale a assisté, 
avant-hier jeudi, à la troisième représentation de Mamz'eUe Nilouche.S. M. 
l'Empereur a plusieurs lois donné le signal des applaudissements. C'est 
décidemment un très grand succès. » — S. M. 

— La direction des théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg vient ds 
commander à M. Tchaïkovsky la musique d'un nouveau ballet, dont le 
sujet serait emprunté à VOndine de Joukovsky. 

— Le théâtre allemand de Moscou est dans une situation désastreuse. 
Les appointements du mois d'octobre n'ont pu être payés, et on s'attend à 
une catastrojthe imminente. 

— Nous lisons dans le Secolo, de Milan : « Carmen, Mignon, les Pécheurs 
de perles, Flora mirabilis, sont les œuvres les plus en vogue pour la saison 
d'hiver en Italie, celles qui seront données dans le plus grand nombre de 
théâtres, comme le prouve le petit tableau suivant, à peu près complet : 
Carmen sera jouée à Turin, Palerme, Padoue, Messine, Ferrare, Fano, 
Savone, Udine, etc.; Mignon à Trieste, Palerme, Mantoue, Ferrare, Mes- 
sine, Crémone, Crema, Côrae, etc. ; les Pêcheurs de perles à Milan, Naples, 
Turin, Gênes, Vérone, Ancône, Messine, Livourne, Forli, etc.; Floramira- 
bilis à Milan, Naples, Turin, Trieste, Messine, Ancône. Mantoue, Crémone, 
Forli, Livourne, etc. » 

— Du Cosniorama pittorico : — « La chronique des faillites et désastres de 
théâtre est assez riche dans ces derniers jours. Au Politeama de Gênes, 
tumulte dans le public, clôture du théâtre et incarcération des trois impre- 
sarii. A Fiume, soulèvement du public contre la direction, fugue des 
artistes et emprisonnement de ceux-ci, qui pourtant ont été relâchés 
aussitôt, leur complète innocence ayant été reconoue. Le théâtre est 
fermé. A la Pergola, de Florence, éclipse de la direction, après l'aubaine 
de la représentation de gala ; artistes sur le pavé, opéra du maestro Cap- 
pelli remis à on ne sait quand. De New-York, nouvelles fâcheuses de la 
faillite du sieur Jacchia, suivie heureusement d'un arrangement dû au 
mari de la signera Valda, qui semble avoir assumé la responsabilité de 
l'entreprise. Et finalement, dissolution de la compagnie Antinori à la 
Havane après vingt jours seulement d'exercice. Quelques-uns des artistes 
sont en route pour revenir ; d'autres n'en ont pas les moyens, et Dieu 
sait comment ils vivront! », Voilà qui n'est assurément pas gai. Ajoutons 
que le théâtre d'Odessa, lui aussi, vient de fermer avant le temps, que 
certains de ses artistes sont de retour à Milan, et que les autres sont 
allés, à leurs risques et périls, donner des représentations dans l'intérieur 
de la Russie. 

— On dit qu'à Catane, au prochain carnaval, on donnera un nouvel 
opéra de M. Maugeri-Zangara, il Tempio di Cupido. On dit qu'au théâtre 
Carlo-Felice, de Gènes, à la même époque, on donnera un opéra nouveau 
du maestro Ronco, dont le titre est inconnu. On dit que le compositeur 
Luigi Ricci écrit une nouvelle opérette, il Frutto proibilo, sur un livret de 
MM. Gallo et Ducati. On dit enfin que l'opéra nouveau de M. Benvenuti, 
qui devait être représenté prochainement au Théâtre Communal de Bolo- 
gne, ne sera pas joué, l'auteur l'ayant retiré parce qu'il jugeait les études 
insuffisantes. 

— Voici que le Trovatore nous annonce que la traduction française de 
VOtello ne sera plus laite par M. du Locle, comme on l'avait dit tout 
d'abord, mais que ce serait l'auteur même du texte italien. M. Boito, qui 
se chargerait de la mener à bien. — Sous toutes réserves, comme disent 
nos grands confrères. 

— Beaucoup de villes d'Italie s'apprêtent, naturellement, à monter 
Otello. On le donnera à Rome au printemps, à Florence pour les 
fêtes de l'inauguration du Dôme restauré, à Parme à l'occasion du 
concours régional. Mais c'est Rome qui en aura la primeur après Milan, 
ainsi que nous l'apprend la dépêche suivante que publie le journal la 
Riforma, de Rome : — « Milan, 29 novembre. Aujourd'hui, l'imprésario 
Canori a signé le contrat pom- la reproduction immédiate d'Otello au Cos- 
tanzi. Il paiera (pour la musique); 2,000 francs de location pour chaque 
représentation, s'engageant à en donner au moins dix. Verdi recevra, de 
la maison Ricordi, 100,000 francs, plus la moitié des locations. Le maes- 
tro Saladino s'occupe en ce moment de la réduction de la partition pour 
piano et chant; l'édition sera prête pour le jour de la première représen- 



LE MÉNESTREL 



tation. Les décors de Ferrario seront reproduits au Costanzi, de même que 
les costumes d'Edel. Comme on le sait, les interprètes seront les mêmes 
iju'à la Scala, c'est-à-dire la Pantaleoni, Tamagno et Maurel. » 

— De la correspondance anglaise du Figaro : — « M. Prosper Sainton 
a été nommé professeur de violon au collège de la Cité, qui compte plus 
de 2,000 élèves; il était déjà professeur à l'Académie royale, et l'on s'é- 
tonne que notre compatriote, qui depuis vingt-cinq ans soutient si haut 
le drapeau de l'école française en Angleterre, n'ait pas encore reçu de son 
pays la récompense due à son talent et à ses nombreux services. » La 
réflexion est juste, car M. Sainton, qui a conservé plein d'ardeur l'amour 
de son pays, est à la fois un parfait galant homme et un artiste de pre- 
mier ordre. 

— Les concerts de Hans Richter à Londres, entrepris par l'imprésario 
Franke, n'ont pas donné, cette année, des résultats aussi favorables que 
précédemment. Ils ont laissé un déficit qui est, parait-il, considérable. Il 
parait même que le dernier concert n'aurait pu avoir lieu si M. Richter 
et plusieurs de ses amis n'étaient intervenus financièrement. L'orchestre 
n'était plus payé, et il a fallu toute l'autorité du célèbre chef d'orchestre 
pour empêcher une dislocation avant la clôture de la saison concertante. 
Les journaux d'outre-Manche rendent d'ailleurs justice au goût artistique 
qui animait l'imprésario Franke et qui lui avait acquis de nombreuses 
sympathies. L'entreprise a passé aux mains de MM. Ghappel et C'^, qui 
vont prendre toutes les mesures pour empêcher la dispersion de l'orchestre 
formé et discipliné par l'admirable capellmeister de l'Opéra de Vienne. 

(Guide musical.) 

— M™'î Georgina Weldon vient d'être de nouveau poursuivie par la 
police anglaise pour excitation au désordre. Ce désordre s'est produit dans 
des circonstances du plus haut comique, et comme seule l'excentrique 
chanteuse sait en provoquer. Ne s'est-elle pas imaginé — étant sans 
doute à court de réclames nouvelles — de se rendre à la dernière audience 
du tribunal montée sur un énorme bicycle, les cheveux au vent et 
vêtue d'un habit de soirée en satin noir! Son arrivée sur ce véhicule et 
dans cet accoutrement singulier au milieu d'une foule considérable qui se 
pressait aux abords du tribunal fut le signal d'un tumulte indes- 
criptible; les exclamations, les quolibets, les hourrahs pleuvaient de toutes 
parts. Une chanson, lui cria-t-on, vous ne descendrez pas avant de nous 
avoir chanté quelque chose! Bref, il fallut une intervention de la police 
pour que la manifestation ne tournât pas à la bagarre. On fit monter 
jjme Weldon dans un cab qui disparut au plus vite. 

— îiP^ Patti et M.. Nicolini viennent de débarquer en excellente santé 
a New-York. La salle de l'Aoademy of Music est entièrement louée pour 
les deux concerts que va y donner la diva. Le premier sera consacré à 
l'audition du deuxième acte de Sémiramis, le second à celle du troisième 
acte de Faust. 

PARIS ET DÉPARTEWENTS 

Le ministre des affaires étrangères a reçu cette semaine M. Souchon, agent 
général de la Société des auteurs et éditeurs de musique, qui, à la tête 
d'une délégation, venait appeler la bienveillante attention du gouvernement 
sur les difficultés opposées en Espagne à la récupération des droits des 
auteurs français. M. de Freycinet a pris connaissance des documents que 
lui apportait la délégation, et il a promis de les transmettre à notre 
ambassadeur à Madrid, en le priant de donner tous ses soins à cette affaire. 
M. Souchon et les délégués ont remercié le ministre de l'excellent accueil 
qu'il avait fait à leur démarche. 

— Au cours de la première représentation de Lakmé, au théâtre de la 
Monnaie de Bru.xelles, M. Léo Delibes a été mandé dans la loge de la 
reine, qui a tenu à lui remettre elle-même la croix de chevalier de l'ordre 
de Léopold. 

— Faure a promis son concours au prochain concert populaire de 
Nantes, fixé au 10 décembre. Il y chantera l'arioso de la Coupe du roi de 
Thulé, le Soir et la Chanson du printemps, de Gounod, fes Enfants, de Masse- 
net et Georges Boyer, et enfin son Alléluia d'amour. 

— M'"'= Fidès Devriès est de retour à Paris, ayant terminé à Londres par 
Rigoletto la série de ses représentations. A peine arrivée. M"" Devriès a 
reçu une dépêche où on lui demandait de retourner à Londres, le H dé- 
cembre, pour concourir à une représentation-gala. Elle a refusé — avec 
mille regrets — ayant d'autres engagements pour cette date. 

— On prétend que la jeune suédoise dont M. Strakosh a fait récemment 
la découverte, M"= Arnoldson, chantera à l'Opéra, au mois de juin, le rôle 
d'Ophélie d'Hamlet. Nous n'en croyons pas un mot. 

— Concerts Populaires. — Le public, qui avait témoigné une certaine 
hésitation à reprendre le chemin du Cirque d'Hiver à la première séance 
de M. Pasdeloup, s'est rendu à son appel en assez grand nombre, cette 
fois, pour que l'avenir des Concerts Populaires paraisse assuré. Le pro- 
gramme était du reste des plus attrayants. Marsick, notre grand violoniste, 
s'est fait entendre dans le concerto en ré mineur, de Wieniawski, et son 
interprétation vraiment magistrale lui a mérité les acclamations enthou- 
siastes de l'auditoire. On n'a pas fait un accueil moins chaleureux à 
l'Invocation de Théodore Ritter, page émue, inspirée au malheureux artiste. 



si rapidement enlevé à l'affection de ses amis, par ces vers de Baudelaire : 
C'est la mort qui console, hélas! et qui tait vivre; 
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir 
Qui, comme un élislr, nous monte et nous enivre 
Et nous donne le cœur de marcher jusqu'au soir... 
La phrase initiale, présentée par le cor anglais, a été dite avec un sen- 
timent profond par M. BouUard, et le bis unanime qui a salué l'œuvre 
de Ritter a justement récompensé M. Pasdeloup du délicat hommage 
rendu à la mémoire du regrelté pianiste. La première audition de l'Hiver, 
ballade tirée d'une suite d'orchestre de M. Marty (prix de Rome en 1882), ne 
nous a laissé, contrairement à notre attente, qu'une impression peu favo- 
rable. L'individualité de M. Marty s'efl'ace dans l'abus des procédés \va- 
gnériens, et, sauf le solo d'alto du début et quelques rares éclaircies mélo- 
diques bien vite assombries par des développements ardus, l'Hiver n'offre 
d'autre intérêt que cette habileté de métier qu'il devient banal de consta- 
ter chez les compositeurs modernes. Une œuvre rayonnante, pleine de 
vie, de clarté et d'originalité, c'est l'op. S2 de Schumann, Ouverture, 
scherzo et final. Le sclierzo principalement est un véritable bijou, qui par 
sa délicatesse rappelle le faire de Mendelssohn avec, en plus, cette ingé- 
niosité harmonique qui est une des caractéristiques du génie de Schumann. 
Mentionnons encore au programme la symphonie en si bémol de Haydn, 
la Sérénade de Beethoven, exécutée par tous les instruments à cordes, et 
l'ouverture du Carnaval Romain, de Berlioz, qui terminait brillamment 
cet intéressant concert. "V'ictor Dolmetsch. 

— GoNCEiiTS DU CH4.TELET. — La première symphonie de Schumann, en 
SI bémol, devait, paraît-il, s'appeler Symphonie du printemps. Le premier 
morceau eût été le Réveil du printemps, le dernier l'.idieu du printemps. 
11 est curieux de constater que ces titres eussent été fort bien justifiés 
musicalement. Néanmoins, Schumann les supprima au dernier moment. 
Son ouvrage est un chef-d'œuvre de grâce et de distinction. L'andante, 
qui séduit par ses allures nonchalantes et son charme rêveur; le final, 
dans lequel se joue, avec une coquetterie victorieuse, un motif pressenti 
dès le début, sont des inspirations très pures de forme et d'une grande 
sincérité d'expression. L'introduction et le scherzo présentent des analo- 
gies lointaines, mais cependant fort appréciables, que l'on retrouve aussi, 
quoique plus efi'acées, dans les deux autres parties. L'œuvre est fort ho- 
mogène, et l'instrumentation plus brillante que dans les autres sympho- 
nies du maitre. — Les airs de danse du Roi s'amuse, de Léo Delibes, ont 
obtenu un vif succès. Ces petites pièces, d'un archaïsme absolument 
réussi, ont les dehors charmants des compositions d'autrefois. C'est simple 
et gracieux, avec une pointe de galanterie dans le madrigal. — La Rêve- 
rie et Caprice de Berlioz, l'Introduction et Rondo de Saint-Saëns et V Allegro 

pathétique de Ernst ont été pour le violoniste M. Emile Sauret l'occasion 
de plusieurs rappels. Le prélude de Lorelei, de Max Bruch, renferme une 
phrase incontestablement belle et qui cependant impressionne peu. Enfin, 
la Chevauchée des Wcdkgries a terminé brillamment cette séance, qui avait 
commencé sous les auspices de la magnifique ouverture (n" 3) d e Léonore 
de Beethoven. — Amédée Boutarel. 

— Les concerts de I'Eden attirent toujours une grande aflluence d'auditeurs. 
M. Lamoureux est un chef d'orchestre remarquable, et les artistes qu'il 
dirige forment un des meilleurs orchestres de Paris. M. Lamoureux fait 
tous ses efforts pour élever ses séances à la hauteur d'un enseignement 
musical de premier ordre. La musique exécutée aux concerts de l'Eden 
se divise, selon nous, en deux catégories bien tranchées : la musique qu'il 
ne faut pas imiter, et celle qui doit éternellement servir de modèle. Ces 
deux catégories sont exécutées avec la même perfection, et c'est au bon 
o-oût de l'auditeur de choisir. La Symphonie pastorale de Beethoven a été 
dite d'une façon irréprochable. Après des œuvres d'une sonorité excessive 
et stridente qui vous énervent, après des mélodies filandreuses et inter- 
minables qui vous donnent la sensation du mal de mer, qu'il est donc bon 
d'écouter ces œuvres immortelles, où resplendit une pensée sereine, acces- 
sible à tous, où cette pensée se développe dans un ordre logique, où tout 
est net et limpide, depuis l'exposition du sujet jusqu'à la conclusion, où les 
effets sont d'autant plus saisissants que les moyens employés sont plus 
sobres ! — Voilà la vraie, la seule musique, voilà le grand art, et combien 
M. Lamoureux est à louer d'opposer .ainsi la musique qu'il faut faire à 
la musique qu'il ne faut pas faire! Les Spartiates aussi aimaient à montrer 
aux jeunes générations le spectacle de ce qu'il n'était pas bon d'imiter, 
et voilà pourquoi M. Lamoureux a droit à toutes nos sympathies dans 
l'œuvre considérable qu'il a entreprise. H. B.vrbedette. 

— Programme des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire, premier concert : Symphonie pastorale (Beethoven) ; chœurs 

de la Nuit du Sabbat (Mendelssohn) ; fragments de Dans la forêt, symphonie 
(Raff); Scène des Enfers, à.'Alceste (Lulli), chantée par M. Giraudet; ouver- 
ture du Pardon de Plo'érmel (Meyerbeer) ; 

Chàtelet, concert Colonne : Prélude de Lorelei (Max Bruch) ; Première 
Symphonie (Schumann); première audition du cinquième concerto (J.-S. 
Bach), exécuté par M. Diémer ; Scènes alsaciennes (Massenet); la Favorite (F. 
Couperin); le Rappel des oiseaux (Rameau), 11= Rapsodie hongroise (Liszt), 
exécutés par M. Diémer; ouverture de iéoitof-e (Beethoven) ; 

Éden-Théâtre, concert Lamoureux: ouverture du Carnaval romain (Ber- 
lioz); Irlande, poème symphonique (Augusta Holmes); Symphonie pastorale 
(Beethoven); ouverture du Tannhauser (-Wagner); Allegretto de la Sym- 



LE MENESTREL 



phonie- Cantate (Mendelssohn) ; Chevauchée du 3"^ acte de la Valkyrie 
(Wagaer). 

— Samedi dernier, M""|^ Boucicaut offrait dans le grand hall du Bon 
Marché un magnifique concerta ses invités pour faire entendre son choral 
et son harmonie, composés d'employés des deux sexes, qui ont interprété 
plusieurs morceaux en perfection. M"°<= Masson et M. Delmas prêtaient Inur 
concours à cett"^ petite solennité; la première a chanté l'aiv delà Heine de 
Saba, et le deuxième, les couplets de Vulcain, qui ont été bissés. Mais la 
grande attraction de la soirée était dans la présence de M. Faure, qui a 
charmé tout l'auditoire avec l'arioso de la Coupe du roi de Thulé, les Enfants, 
la Cliaiisoii. du Printemps, les Myrtes, l Alléluia d'amour et le duo de Mireille 
avec M""' Masson. A la demande générale, il a dû ajouter encore les Ra- 
meaux. Nous devons aussi des éloges à M. Mangin, l'accompagnateur par 
excellence. La partie comique a été défrayée par M"" DuparcetM. Paulus, 
du Concert parisien. — J. Gasamajor. 

— La préface du M' volume (année 1886) des Annales du théâtre et de la 
musique, par MM. Edouard Noël et Edmond StouUig, qui paraîtra dans les 
premiers jours de février prochain, sera de M. Jules Barbier, le librettiste 
de Faust et de Mignon, à'Hamlel et de Roméo et Juliette, l'auteur de Jeanne 
d'Arc, etc. Elle aura pour titre et pour sujet: Les Jeunes! 

— LiLi.E. — La Société des Concerts populaires vient d'inaugurer solen- 
nellement sa dixième année, par un festival en l'honneur de M. Victorin 



Joncières, qui dirigeait ses œuvres. Le morceau capital du concert, la Mer, 
ode-symphonie pour sali, chœur et orchestre, exécutée par M"" Reggiani, 
les chœurs du Conservatoire et l'Union chorale, a valu à M. Joncières 
un succès qui s'est transformé en un véritable triomphe après la brillante 
exécution de son chœur chinois, Li-Tsin, qui a été bissé. A la fin de la 
séance, M. Paul Martin, le vaillant directeur de la Société, a remercié 
l'auteur du Chevalier Jean, et lui a offert une superbe couronne. 

Félix Cuémont. 

— Dimanche dernier, M. Le Gouppey a inauguré ses nouveaux salons 
de la rue Lafayette par une séance de musique où se sont fait particu- 
lièrement applaudir la jeune pianiste M""^ Kryzanowska et un ténor, 
M. Rondeau, dont M"" Laborde a formé le talent. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 

— Vendredi prochain, 10 décembre, à l'Hôtel Drouot, Salle n^S, seront 
vendus deux violons faisant partie de la collection de feu M. le comte 
Moisant et désignés, au catalogue, sous les n"» H6 et 117. — L'un est 
signé : Georg. Kloz in mitten-wald an der Iser 1110, et l'autre: Niclaus aMatus 
Cremonem Hironym fil oc Antony nepos fecit. — L'exposition aura lieu le 
jeudi 9 décembre de 1 à b heures. — Avis aux amateurs. 



Cirtquarite-troislèm© année de publication 



PRIMES 1886-1887 du MÉNESTREL 

JOURNAL DE MUSIQUE FONDÉ LE !<"■ DÉCEMBRE 1833 

Paraissant tous les dimanches en huit pages de texte, donnant les comptes rendus et nouvelles des Théâtres et Concerts, des Notices biographiques et Etudes sur 

les grands compositeurs et leurs œuvres, des séries d'articles spéciaux sur l'enseignement du Chant et du Piano par nos premiers professeurs, 

publiant en dehors du texte, chaque dimanche, un morceau de choix (inédit) pour le CHAiW ou pour le riARIO, de moyenne difBcullé, et offrant 

à ses abonnés, chaque année, de beaux recueils-primes CHAUT et PIAIVO. 

PIANO 

Tout abonné à la musique de Piano a droit gratuitement à l'un des volumes in-8" suivants : 



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STRAUSS, GUNG'L, FAHRBACH, STROBL et KAULICH, de 'Vienne. 

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Opérette faiitastit]ue en 3 actes 
PARTITION CHANT ET PIANO 



GRANDES PRIMES REPRÉSENTANT, CHACUNE, LES PRIMES DE PIANO ET DE CHANT REUNIES, POUR LES SEULS ABONNÉS A L'ABONNEMENT COMPLET : 

AMBROISE THOMAS CH.-M. WIDOR 

MAITEE AMBEOS 

Drame lyrique co 4 actes el 5 lalileaux 
Poème de MM. François COPPÉE et A. DORCHAIN 

PARTITION CHANT ET PIANO 

NOTA IMPORTANT. — Ces primes saut driivrées sraluitemeiit dans nos bureaux, 2 bis, rue Vivicuue, à |iai-tii'<lu 1" Décembre 188<>, à tout aucien 
ou nouTcl abouné, sur la présentation de l.i iiuittanee d'abonnement au IIË^ESiTBEIi pour l'année 188«-8Î. Joindre an prix d'abonni-mcnt un 
supplément d'UM ou de UEU.\ francs pour l'envoi franco de la prime simple ou double dans les départements. (Pour l'IUranser, l'envoi franco 
des primes se règle selon les frais de Poste.) 

LesabonnésaiiChanlpeuventprendrelaprimePianoelvice Yersa.-Ceux au Piano el au Chani réunis onl seuls droit à la grande Prime. - Les abonnés au texte seul n'ont droit à aucuuc prime. 



LE SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ 

Opéra en 3 actes. — i)iouvelle édition 
Enlièrement regravée avec les nouveaux morceaux ajoutés 

PARTITION CHANT ET PIANO 



CHANT 



PIANO 



CONDITIONS D'ABONNEMENT AU MENESTREL 

\" Moded'abonnemenl ; Journal-Texte, lous les dimanches; 26 morceaux di; csant : | 2° Moied' abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches; 26 morceaux de pia.\o : 
Scènes, Mélodies, Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; 1 Recueil- i^antaisies. Transcriptions, Danses, de quinzaine en quinzaine; 1 Becueil- 

Prime. Un an : 20 l'rancs, Paris et Province ; Étranger : b'rais de poste en sus. | Prime. Un an : 20 francs, Paris et Province; Étranger : Frais de poste en sus. 

CHANT ET PIANO RÉUNIS 

3" Mode d'abonnement contenant le Texte complet, 52 morceaux de chant et de piano, les 2 Recueils-Primes ou la Grande Prime. — Un an : 30 francs, Paris 
et Province; Étranger : Poste en sus. — On souscrit le l"" de chaque mois. — L'année commence le l""" décembre, et les 52 numéros de chaque année forment collection. — 
Texte seul, sans droit aux primes, un an : 10 francs. Adresser franco un bon sur la poste à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel. 2 bis, rue Vivienne. 



I..VBBIE CE^ITRALE DES CUEUL\S DE FER. — 13IPH1MEBIË CHAI\. — RUE UEKGERE, 20, PARIS. 



Dimanche 12 Décembre 1886. 



29i0 — 53"^ imîl — !\° 2. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser fbanco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivieune, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un on, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Cliant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Prorince. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — l'our l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand tliéàtre à Paris pendant la Révolution (6° article), Arthur Pougin. — 
II. Semaine théâtrale: première représentation d'Eginont à l'Opéra-Comique; la 
Princesse Colombine aux Nouveautés, H. Moreno. — III. Bibliographie, Arthur 
PouGiN. — IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce 
jour: 

QUE L'ON MÉDISE D'ELLE 

air italiea du XVIIP siècle (auteur inconnu), avec accompagnement et 
harmonie de M™' Pauline Viardot, traduction française de Louis Pomey. — 
Suivra immédiatement une Sérénade Napolitaine, de E. Paladilhe. 

PIANO 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
PIANO : La Tour merveilleuse, nouvelle poliia de Philippe Fahrbach, avec un 
dessin eu chromolithographie représentant la tour de 300 mètres de la 
prochaine Exposition universelle de 1889. — Suivra immédiatement: Tziganyi, 
do Théodore Lack. 



UN GRAND THÉÂTRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 

D'après des docunients iuédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



4 mai. — La Suite des Solitaires de Normandie, vaudeville en 
un acte, de Piis. — C'était en effet la suite d'un autre vau- 
deville, donné précédemment sous le titre des Solitai7-es de 
Normandie. 

8 mai. — Premier début, dans le rôle de Gliton de l'Ami 
de la Maison, de Saint-Aubin, qui, quelques jours après, parait 
dans celui d'Apollon du Jugement de Midas. Il n'est pas en- 
gagé. Nous le retrouverons en 1793. 

40 mai. — Jeanne d'Arc à Orléans, opéra-comique en trois 
actes, de Cousin et Desforges, musique de Rodolphe Kreutzer, 
qui sera plus tard chef d'orchestre et directeur de la mu- 
sique à l'Opéra. 

29 mai. — La Soirée orageuse, opéra-comique" en un acte, 
paroles de Radet, musique de d'Alayrac. 

5 juin. — L'Incertitude maternelle, comédie en un acte et en 
prose, de Dejaure. 

19 juin. — Ferdinand ou la Suite des Deux Pages, opéra-co- 
mique en trois actes, paroles et musique de Dezèdes. — 



Nouvelle « suite » d'un ouvrage que l'auteur avait donné à 
la Comédie-Française sous le titre des Deux Pages, et dans 
lequel l'admirable acteur Fleury, personnifiant le grand Fré- 
déric, avait fait courir tout Paris. 

S et 8 juillet. — Débuts de M""* Richardi, d'abord dans le 
rôle de Céphise de Renaud d'Ast, ensuite dans celui de Léonor 
de l'Amant jaloux. 

10 juillet. — Le Chêne patriotique ou la Matinée du H Juillet 
4190, opéra-comique en deux actes, paroles de Monvel, mu- 
sique de d'Alayrac. 

2 août. — Louise et Volsan, comédie en trois actes et en 
prose, de Dejaure. 

22 aoîit. — Les Rigueurs du Cloître, opéra-comique en deux 
actes, paroles de Fiévée, musique de Berton. — Avec le Bis-- 
trict de village et le Chêne patriotique, l'Opéra-Comique avait 
commencé à introduire la politique sur le théâtre ; avec les 
Rigueurs du Cloître, il abordait ce qu'on appellerait aujourd'hui 
r « anti-cléricalisme. » 

4 septembre. — Euphrosine, drame lyrique en cinq actes, 
paroles d'Hoiîmann, musique de Méhul. — La musique d'Eu- 
phrosim, qui était le début de Méhul à ce théâtre, obtient un 
succès immense et fait véritablement révolution; le poème 
d'Hoffman est moins heureux, et l'auteur est obligé de le 
réduire en quatre actes (11 septembre). 

11 octobre. — Vert-Vert, « divertissement » en un acte, 
paroles de Desfontaines, musique de d'Alayrac. — «Iln'étoit 
pas facile, dit le Journal de Paris, de deviner comment on 
pourroit mettre au théâtre le charmant poème de Gresset. 
L'auteur a cru éluder la principale difficulté en faisant con- 
trefaire par un acteur la voix du perroquet. On n'a reconnu 
dans ce prétendu divertissement aucune trace du génie qui 
a dicté l'original; il n'y a jamais eu de plus parfait contraste. 
La pièce a été fort mal reçue. » Si mal, en effet, que la 
première représentation fut aussi la dernière. 

15 octobre. — Le Nouveau d'Assas, opéra-comique en un 
acte, paroles de Dejaure, musique de Berton. 

5 novembre. — Adèle et Didier, opéra-comique en un acte, 
paroles de Boutiller, musique de Deshayes. 

20 novembre. — Les Portraits, opéra-comique en deuxactes 
imité d'une comédie de Goldoni, paroles de Lœillard d'Avri- 
gny, musique de Parenti. 

6 décembre. — La Famille réunie, opéra-comique en deux 
actes, paroles de Favart fils, musique de Chapelle. 

31 décembre. — Jean-Jacques Rousseau à ses derniers moments, 
comédie en un acte et en prose, de Bouilly. 

J'ai dit que la recette totale de l'année 1790 était inférieure 
de 75,000 livres à celle de 1789. Cette dernière avait donné 
un chiffre de 782,768 livres, tandis que 1790 produisit seule- 
ment une somme de 707,938 livres, se divisant ainsi : 



10 



LE MENESTREL 



Recettes journalières. . . . 525.751 1. 

Loges à l'année 182.187 1. 

Il est à remarquer pourtant que la recette journalière se 
trouve en augmentation de près de 50,000 livres, tandis que 
la location des loges à l'année subit une énorme diminution 
de 424,117 livres ! Et il faut ajouter que la noblesse, qui 
commençait à se trouver gênée par suite des circonstances, 
non seulement louait beaucoup moins de loges, mais encore 
en faisait souvent attendre le paiement plus que de raison ; 
c'est ce qui résulte, entre autres, du compte établi par le 
caissier de l'Opéra-Gomique pour le mois de mars 1790, et 
dont j'extrais ce paragraphe : 

Loyers de loges à l'année de 1787 et 1788, dont le comptable a 
fait recette par 12°" et dont la rentrée à sa caisse n'a pas été faite, 
attendu le non paj'ement : 

U''' le M"' de Duras, genlilhomme de la chambre, les années 

1787 et 1788 d'un quart de loge n» 3 au rez-de-chaussée côté de 
la Reine, à 1,100 livres par année 2.200 1. 

M. le prince de Montbarey, ancien ministre de la guerre, l'an- 
née 1788 d'un quart de loge n° 7 aux 5'^ côté de la Reine 300 1. 
M. le vicomte de Fleury et M'' Des Entoiles (1), pour 6 d"^ mois 

1788 de la moitié de la loge n° 7 aux 4"'' côté de la Reine. 600 1. 

Cependant, si les artistes du théâtre Favart avaient à se 
plaindre de la diminution de leurs recettes, le public, lui, 
ne pouvait leur reprocher un manque d'activité, car dans le 
cours de cette seule année 1790 ils avaient trouvé le moyen 
de mettre à la scène vingt-trois ouvrages nouveaux, formant 
un total de quarante-six actes ! Quel est donc celui de nos 
théâtres qui voudrait se condamner aujourd'hui à un pareil 
travail ? 

Avant d'en finir avec l'année 1790, je reproduirai deux 
petites notes du caissier, qui ne sont pas sans intérêt. La 
première est relative au livre fameux de Grétry : Essais sur la 
musique, qu'on a si justement qualifié d'Essais sur sa musique, 
et nous apprend que le théâtre avait souscrit pour cet ou- 
vrage : 

Payé pour la souscription de la Comédie de 32 exemplaires de 
l'ouvrage de M. Grétry sur la musique 192 1. 

La seconde nous met au courant de certains usages dis- 
parus : 

Payé pour ports de répertoires de chaque semaine tant aux princes 
du sang qu'à MM. les gentil shomnies et survivanciers, qu'à la po- 
lice et à la mairie, trois courses aux voitures de la cour, fiacres, 
copies de lettres, pour les loges à l'année et payement de quittances 
au Trésor de Monsieur, ey 82 1. 16 s. 

1791. 

Nos comédiens ne laissèrent pas ralentir leur activité pen- 
dant tout le cours de l'année 1791, qui, comme la précé- 
dente, fut extrêmement laborieuse. Dès le mois de janvier ils 
offraient à leurs spectateurs quatre ouvrages nouveaux, dont 
trois fort importants. C'était là d'ailleurs, pour eux, le seul 
moyen de conserver un public fidèle, celui-ci étant sollicité 
de toutes parts par la création de théâtres nouveaux, que le 
décret de l'Assemblée nationale faisait surgir avec une sorte 
de fureur. Il fallait compter avec ces nouveaux venus, dont 
quelques-uns, tels que le théâtre Montansier, le théâtre Lou- 
vois, le Yaudeville, le théâtre Molière, le théâtre du Marais, 
formaient des entreprises considérables, appuyées sur de 
larges capitaux et ne ménageant rien pour s'attacher d'e.x- 
cellentes troupes. Mais celle de l'Opéra-Comique était abso- 
lument supérieure, elle avait l'avantage de posséder un 
répertoire d'une richesse et d'une variété sans égales, et son 
amour du travail lui rendait la lutte relativement facile. 
Voici ses états de service pour l'année qui s'ouvrait : 

8 janvier. — Griselidis, opéra-comique en trois actes et en 
vers, tiré du joli conte d'Imbert, paroles de Desforges, mu- 
sique de de Méreaux. 

(1) Ancien intendant des Menus-Plaisirs du roi. 



15 janvier. — Paul et Virginie, opéra-comique en trois actes, 
paroles de Favières, musique de Kreutzer. — L'apparition de 
cet ouvrage donna lieu à un incident assez singulier, dont 
je n'ai trouvé le récit que dans un petit recueil spécial, les 
Spectacles de Paris : « Le même jour oîi l'on donna au Théâtre- 
Italien la seconde représentation de Paul et Virginie, le rédac- 
teur des Petites Affiches en avoit rendu compte. Il n'avoit pas, 
au gré des amis des auteurs, donné assez d'éloges à cet ou- 
vrage. En conséquence, dès que la représentation fut ter- 
minée, on entendit crier de tous les coins du parterre : les 
Petites Affiches, les Petites Affiches! Il s'en trouva par hasard un 
exemplaire dans les coulisses, qui fut apporté sur la scène : 
Déchirez-les et brûlez-les. Les actrices ne se le firent pas dire 
deux fois, chacune s'y employa de bon cœur, et à l'aide d'un 
lampion, l'exécution se fit le plus gaiement du monde. Le 
public ayant pris plaisir à ce petit autodafé, voulut le renou- 
veller dans une autre circonstance ; mais alors un officier 
civil, préposé pour la police du spectacle, vint sur la scène, 
et démontra avec beaucoup de raison que chacun pouvoit 
brûler les Petites Affiches au coin de son feu, mais qu'il étoit 
contraire au bon ordre de les brûler ainsi en plein théâtre. 
Le public sentit la justesse de cette réflexion ; mais la misé- 
rable feuille ne l'échappa pas, et elle fut brûlée en sortant 
du spectacle sur la place du Théâtre-Italien. » On voit que 
cela se passait en famille, et que les spectateurs étaient 
moins gourmés alors qu'aujourd'hui. 

25 janvier. — Les Deux Voisins, vaudeville en deux actes, 
de Laroche. 

28 janvier. — Le Convalescent de qualité, comédie en deux 
actes et en vers, de Fabre d'Églantine. — Cet ouvrage obtint 
l'un des plus grands succès qu'ait connus l'auteur du Philinte 
de Molière et de la gracieuse romance 11 pleut, il pleut, bergère, 
lequel n'était encore ni secrétaire de Danton, avec qui il 
devait monter sur l'échafaud, ni membre de la Convention et 
du Comité de salut public. Le jugement le plus singulier qui 
ait été porté sur cette comédie, dont le mérite était supérieur 
à celui qui distingue d'ordinaire les pièces de circonstance, 
se trouve ainsi formulé dans VAlmanach général des Spectacles : 
« Cette pièce ne dément pas l'opinion que M. Fabre a donnée 
de son talent dans le Philinte de Molière. Cet auteur est un des 
plus faux politiques, des plus paradoxaux, des plus anti- 
philosophiques que nous ayons en France, dans un temps 
où le sophisme et l'absurdité ont prévalu sur la saine raison. 
Mais c'est aussi un des meilleurs versificateurs, et un de 
ceux qui mettent le plus heureusement la morale en action. 
La plupart de ses pensées sont fausses et ridicules, et l'on 
voit qu'il n'a jamais qu'effleuré la superficie du cœur humain. 
Il n'est pas possible de discuter avec plus d'extravagance et 
d'exagération, surtout en politique ; mais il n'est guère pos- 
sible non plus de tourner des vers avec plus d'élégance, et 
d'exprimer les choses avec plus d'énergie. Cet homme offre 
à l'observateur attentif un contraste monstrueux d'esprit et 
d'ineptie, de principes et d'immoralité, d'orgueil et de con- 
naissances, de talent et de ridicule. Son ouvrage est un de 
ceux qu'on joue le mieux à Paris. On trouve dans ses plus 
belles productions une sécheresse qui peint le caractère de 
l'auteur. Jamais d'épanchemens ; toujours des leçons fortes 
et dures. Ses écrits, en tout genre, charment l'esprit et ne 
vont jamais au cœur. Heureux l'homme de lettres qui sait 
verser des larmes ! » 

9 février. — Le Franc Breton ou le Négociant de Nantes, co- 
médie en un acte et en vers, de Dejaure. 

21 février. — Baijard dans Bresse, opéra-comique en quatre 
actes, paroles de Delisle, musique de Champein. 

19 mars. — Camille ou le Souterrain, opéra-comique en trois 
actes, paroles de MarsoUier, musique de d'Alayrac. — L'un 
des plus grands succès de larmes qu'ait eus à enregistrer 
rOpéra-Comique. 

27 mars. — Les Deux Sentinelles, opéra-comique en un acte, 
paroles d'Andrieux, musique de Berton. 



LE MÉNESTREL 



Id 



A la date du 2 avril, nous trouvons cette note sur le livre 
du caissier : « Le spectacle ouvert, le public a fait fermer 
pour la mort de M. Mirabeau, député à l'Assemblée nationale. » 
Le Journal de Paris nous apprend qu'il en fut de même pour 
tous les théâtres : « Tous les spectacles de la capitale, dit-il 
dans son numéro du 3, ont été fermés hier samedi 2 avril, 
à l'occasion de la mort de M. de Mirabeau l'aîné, décédé 
dans la matinée du même jour. » La mort du grand tribun 
était un véritable deuil public ; aussi, à la date du 4, le 
caissier insère-t-il cette autre note : « Relâche à cause de 
l'enterrement de M. Mirabeau. Le spectacle annoncé et affi- 
ché, il est venu une députation bourgeoise pour faire fermer 
le théâtre. » 

9 avril. — Guillaume Tell, drame lyrique en trois actes, pa- 
roles de Sedaine, musique de Grétry. 

15 avril. — Mirabeau aux Champs-Elysées, comédie en un 
acte et en vers, de M™ Olympe de Gouges. — On ne perdait 
pas de temps, à cette époque, pour s'emparer des circons- 
tances. Treize jours avaient suffi à la fameuse Olympe pour 
écrire sa pièce, la faire recevoir, la distribuer, la mettre à 
l'étude et la présenter au public ! 

Cette année, la clôture pascale, réduite encore, n'est plus 
que de huit jours. Le théâtre ferme le 17, et rouvre le 25 avril. 
7 mai. — L'Ombre de Mirabeau, comédie en un acte et en 
vers, de Dejaure. — Seconde oraison funèbre de Mirabeau, 
dont l'ombre errante se trouvait amenée deux fois sur la 
même scène à vingt jours de distance. 

M""* Méon, sortant de l'Opéra, oîi elle était restée trois an- 
nées, débute le 9 mai dans le rôle de Bélinde, de la Colonie. 
Deux jours après, le 11, un jeune amoureux, Colin, débute 
dans la Mélomanie et dans Biaise et Babet. 

6 juin. — Adélaïde et Mirval, opéra-comique en trois actes, 
paroles de Patrat, musique d'Armand-Emmanuel Trial, jeune 
compositeur à peine âgé de vingt ans, fils de l'excellent 
acteur de ce théâtre qui a donné son nom à l'emploi des 
ténors comiques. 

(A suivre.) - Arthur Pougin. 



SEMAINE THÉÂTRALE 



EGMONT 

Drame lyriquede MM. Wolff et Millaud, musique de M. Salvayre. 

C'est la seconde fois que l'Egmont de Goethe subit l'épreuve de la 
musique. On connaît l'ouverture et les entr'actes composés par 
Beethoven, ainsi que les deux airs qu'il a écrits pour Claire. Même 
aujourd'hui, la représentation du drame de Gœthe en Allemagne 
reste toujours escortée de cette glorieuse musique. Mais c'est la 
première fois qu'on a tiré d'Egmont ua véritable libretto d'opéra, 
et il faut convenir que MM. Albert WolfT et Albert Millaud y ont 
€u la main heureuse. 

Ecartant du drame, avec beaucoup d'habileté, les éléments para- 
sites au point de vue musical, ils se sont attachés surtout à mettre 
en pleine lumière l'amour de Claire pour Egmont. La musique ne 
vit que de passion et d'idéal, et il était inutile, en effet, de s'éten- 
dre comme les personnages de Gœthe dans de longues discussions 
philosophiques ou politiques, qui eussent glacé l'inspiration du 
compositeur. Il n'y a que Wagner pour se complaire à ces sortes 
de dissertations oiseuses à propos de bottes (voir les Maîtres Chan- 
teurs), mais il n'est pas démontré jusqu'ici que le publie y prenne 
autant de plaisir. 

Les librettistes français ont donné encore une preuve de tact en 
substituant au personnage un peu louche de la mère complaisante 
de Claire, un type plus vigoureux de père farouche et patriote. 
Egalement supprimé le je une amoureux transi, qui, dans la version de 
Gœthe, veut user « d'un poison salutaire, pour ne pas l'avoir dérobé 
vainement dans la pharmacie de son frère ». 

Autour d'Egmont et de Claire, points lumineux de l'adaptation, 
plus rien que des figures esquissées en quelques traits : la plus 
accusée est celle du père, qui ne veut pas sacrifier à sa juste ven- 
geance celui qui doit sauver la patrie; puis voici la silhouette gra- 
cieuse de Marguerite de Parme, la reine des ris et des grâces, en 



opposition avec la terrible image du duc d'Âlbe, et, enfin, un type 
aimable de gentilhomme espagnol, Ferdinand, fils d'Albe, et pour- 
tant rival généreux d'Egmont, une fleur d'honneur poussée sur un 
tronc rugueux. 

Gomme Gœthe, MM. WolfT et Millaud ont rendu le service à leur 
héros de le débarrasser de la femme et des treize enfants que 
l'histoire trop généreuse lui accorde légitimement, et, en faisant 
un célibataire endurci, lui ont permis de voler plus facilement vers 
l'amour de Claire. 

Il faut regretter davantage la jolie scène du drame de Gœthe où 
Egmont, entr'ouvrant son manteau, apparaît tout à coup à la jeune 
fille, au milieu d'un rendez-vous galant, vêtu de son superbe 
costume de Grand d'Espagne et la Toison-d'Or au cou. Les naïves 
admirations de Claire, sa façon de jouer avec le collier précieux 
comme avec un hochet sont tout à fait charmantes. C'était là un épi- 
sode gracieux à conserver soigneusement au milieu des terreurs 
d'une action bien sombre et qui eût servi à souhait le musicien en 
lui ménageant des contrastes. Et ce dialogue, n'est-il pas charmant? 

(Egmont rejette son manteau et parait dans un costume magnifique.) 

Claire. — ciel ! 

Egmont. — Maintenant j'ai les bras libres. (Il l'embrasse.) 

Claire. — Laissez I . . . Vous gâterez vos habits. (Elle recule de quelques pas.) Que 
c'est magnifique I Je n'ose vous toucher. 

Egmont. — Es-tu satisfaite? Je t'ai promis de venir un Jour en costume espagnol. 

Claire. — Depuis longtemps je ne vous le demandais plus. Je pensais que vous 
ne vouliez pas... Ah! et la Toison-d'Or! 

Egmont. — Tu la vois à présent. 

Claire. — C'est l'empereur qui t'a pendu cela au cou'.'... Et les dorures ! et 
la broderie !... On ne sait par oii commencer. 

Egmont. — Examine tout à souhait. 

Claire. — Dis-moi, dis, je ne puis comprendre... Es-tu Egmont? le comte 
d'Egmont ? le grand Egmont, qui fait tant de bruit, de qui l'on parle dans les 
gazettes, auquel s'attendent les provinces ? 

Egmont. — Non, Claire, je ne suis pas cet Egmont. 

Claire. — Comment? 

Egmont. — Vois-tu, ma petite Claire... (Il s'assied, elle se met à genoux devant 
lui sur un tabouret, s'appuie sur Egmont et le regarde.) Cet autre Egmont est un 
Egmont chagrin, contraint, glacé, obligé de s'observer, de prendre tantôt un 
visage tantôt un autre ; tourmenté, méconnu, embarrassé, tandis que les gens le 
croient joyeux et content ; aimé par un peuple qui ne sait ce qu'il veut ; honoré 
et exalté par une foule avec laquelle on ne peut rien entreprendre ; entouré d'amis 
auxquels il n'ose se confier ; observé par des hommes qui voudraient, par tous 
les moyens, avoir prise sur lui ; travaillant et se fatiguant, souvent sans but, presque 
toujours sans récompense... Oh! laisse-moi te taire ce qu'il éprouve, ce qu'il 
sent. Mais celui-ci, mon enfant, il est tranquille, ouvert, heureux, aimé et connu 
du cœur le plus excellent, qu'il connaît aussi tout entier, et qu'avec un amour 
et une confiance sans réserve il presse contre le sien. (Il l'embrasse.) C'est là ton 
Egmont. 

Claire. — Oh ! laisse-moi mourir !... Le monde n'a plus de Joies après celle-là. 

Quel joli duo sortant des banalités ordinaires ! 

Mais les librettistes ayant trouvé d'un ressort plus dramatique 
de laisser ignorer à Claire la qualité d'Egmont jusqu'à la fin du 
second acte, au moment même oii le drame se presse et ne permet 
plus de s'attarder aux gentils hors-d'œuvre, il a fallu supprimer 
tout ce joli ramage d'amoureux pour se hâter vers le dénouement 
fatal : la hache du bourreau. 

Les librettistes ont donc accompli leur tâche avecadresse, et on peut 
dire que tout ce qu'ils ont fait était à faire ou à peu près. Que leur de- 
mander de plus? Peut-être, çà et là, une forme plus châtiée dans 
le vers, une situation plus nettement accusée, l'enchaînement plus 
naturel de certaines scènes. Mais il était difficile, d'une manière 
générale, de tirer un meilleur parti lyrique de l'œuvre de Gœthe. 

Le musicien, de son côté, n'a pas démérité de son passé ; cette 
nouvelle partition est la meilleure qu'il ait écrite, celle qui a le 
plus de tenue d'un bout à l'autre. Dès l'École, il était convenu que 
M. Salvayre était un « tempérament » et qu'il possédait inné 
« l'instincl scénique ». On le dit encore aujourd'hui. Pourquoi pas? 
C'est là, en effet, ce qui parait la qualité dominante de M. Sal- 
vayre : une heureuse entente de la scène. Sa musique, bien cou- 
pée selon les exigences convenues du théâtre, les situations du 
drame soulignées musicalement dans la juste mesure et sans dé- 
bordement, en font un disciple déterminé de Meyerbeer et de Verdi, 
avec des prétentions parfois vers un idéal plus vaporeux et comme 
des ressoiivenirs de Gounod et d'Ambroise Thomas, Le fond de la 
nouvelle partition est donc d'une grande solidité, le canevas en est 
régulier et bâti dans les bons principes ; peut-être eùt-on 
aimé à le voir brodé d'une laine moins uniformément grise, et y 
trouver piquées çà et là quelques fleurs aux plus vives couleurs. 
N'importe, il règne dans toute cette œuvre une véritable franchise 
d'accent et même une certaine élévation, sinon toujours une grande 



12 



LE MENESTREL 



oriîîiiialité et une grande richesse dans les idées ; et cela, après 
tout, est préférable aux musiques hypocrites et contournées que 
nous entendons trop souvent. 

Si nous entrons dans le vif de la partition, en ne nous arrêtant 
qu'aux pages vraiment saillantes, nous signalerons : au premier 
acte les strophes de Blackembourg, un peu larmoyantes pour célé- 
brer un mariage, mais le père qui les débite est d'un naturel bé- 
nisseur en attendant qu'il s'emporte bientôt jusqu'à maudire sa 
fille- à ce même acte encore, une sorte de marseillaise flamande 
qui lui constitue un final chaud et mouvementé. Au second tableau, 
l'air de Claire et le duo d'amour contiennent d'excellentes parties. 
Les troisième et quatrième actes sont les plus riches en bonnes 
pao-es ; ce sont eux qui ont assuré à cette première soirée une issue 
satisfaisante. Au troisième acte, nous sommes chez la Gouvernante, 
la gracieuse Marguerite de Parme, qui reçoit les hommages des 
jeunes filles du pays. Toute la scène, avec les aimables stances de 
Mar°-uerite qui s'y trouvent intercalées, est d'un heureux sentiment 
mélodique. Une entrée sinistre du duc d'Alhe vient interrompre la 
fête, mais bientôt les danses reprennent de plus belle et le petit 
ballet qui se déroule ici est d'une charmante venue. On a voulu 
entendre deux fois une ravissante pavane d'un tour excellent, 
et très bien réglée par M"" Marquet. Après un nouveau duo 
d'amour, qui rappelle, par sa situation dans la pièce, celui si 
fameux des Huguenots, on procède à l'arrestation d'Egmont, et 
c'est là une scène capitale très bien comprise par le musicien. 
Nous nous trouvons enfin dans la prison du condamné, qui entend 
la sentence de mort et marche bientôt à Téchafaud, mais non sans 
avoir revu Claire, ce qui donne lieu à un duo suprême qui paraît 
être le morceau capital de la partition. La prière des agonisants, 
qu'on entend du dehors et qui vient à toutes minutes se mêler aux 
accents passionnés des deux pauvres amoureux, ne pouvait manquer 
d'amener ici un contraste de nature à saisir le public. Il l'a été et 
s'est confondu en applaudissements chaleureux pour les auteurs et 
les interprètes. 

Ceux-ci sont dignes de tous éloges. La soirée a même été 
triomphale pour M"" Isaac, qui n'a pas mieux chanté que d'habitude, 
elle est toujours parfaite et on ne peut pousser plus loin l'art de 
la voix. Mais elle a eu cette fois des attendrissements émus, des 
accents de passion sincères qui sont venus encore ajouter à son 
beau talent. Talazac se montre très vaillant de son côté, et chante 
tout le rôle avec une largeur de style et une autorité qui lui font 
le plus grand honneur. Taskin a bien tracé la physionomie du 
père outragé, mais plaçant l'amour de la patrie au-dessus même . 
de son honneur à venger. Le -rôle de Marguerite de Parme sied à 
W^" Deschamps, dont la belle voix et la prestance s'accordent 
mieux d'un personnage représentatif comme celui-ci que du mouve- 
ment et de la couleur d'une Carmen, par exemple. M. Soulacroix 
entre de plus en plus dans les faveurs du public et a su faire 
quelque chose d'un rôle bien menu et bien sacrifié. 

La partie symphonique est menée par M. Danhé, un chef d'or- 
chestre fin et délicat, vigoureux aussi à l'occasion. 

Voici donc un plat nouveau de certain goût qui ne pourra man- 

de plaire aux abonnés de M. Carvalho qui ont repris depuis 

huit jours leurs assises à la salle Favart et ont pu déjà contempler 

une dernière fois M. Maurel dans Zampa, avant son départ pour 

l'Italie. Heureuse Italie ! 

M""^ Caroline Salla, la belle cantatrice, a effectue sa rentrée ven- 
dredi dans la Traviata, qui lui avait valu tant de succès la saison 

j -'oro Vile V a retrouvé tous ses admirateurs et ses applaudis- 
dernière. OJtiC J , , T 1 < ■ -1 ■ J 

nts en compagnie du ténor Lubert, qui a pris la succession de 
Talazac^'empêché par Egmont et y a bien réussi. Bouvet complète à 
ravir cette excellente distribution. 

LA PRINCESSE COLOMBINE 
Opéra comique en trois actes d'après H.-B. Farme 
Paroles de MM. Maurice Ordonneau et Emile André 
Musique de M. Robert Pi.anquette 
C'est presque un produit anglais. Cela se sent, cela se voit. La 
Princesse Colomblne fut en effet imaginée dans l'origine pour être 
renrésenlée sous les brouillards de la Tamise, sur un texte anglais 
de M Farnie, Nell Gwine. Évidemment, pour cet objet d'exportation 
dans un pays' d'ordinaire peu sensible aux charmes d'une musique 
délicate M Planquette ne s'était pas mis en grands frais d'imagi- 
nation et même il ne s'était pas gêné pour faire des emprunts 
T)lus où moins dissimulés dans les partitions de ses confrères 
parisiens Cela n'était-il pas de mise dans la patrie par excellence 



du pickpockettage? Mais pourquoi s'être avisé de faire repasser la 
Manche à ce carnet d'échantillons variésdu talent des autres ? 

Sans doute la fantaisie et l'esprit de MM. Maurice Ordonneau et 
Emile André ont jeté quelques sourires dans la farce de M. Farnie, 
notamment au second acte, qui contient des scènes amusantes; sans 
doute, M. Planquette a dii revoir sa musique et lui lisser les plumes 
avant de la présenter au public de Paris. Malgré tout, ce n'est pas 
là une partition très succulente, et l'auteur des Cloches de Corneville 
nous avait habitués à mieux. Et puis, quelle immoralité! une pièce 
qui finit par quatre mariages, légitimes s'il vous plaît ! 

M. Berthelier a fait des prodiges, comme toujours, et M"' Juliette 
Darcourt lui donne gentiment la réplique. Le principal intérêt de 
la soirée consistait peut-être dans la présentation de nouvelles 
recrues, qui ne se sont pas trop mal comportées. D'oîi vient M. De- 
chesne? je l'ignore. Mais il pourra faire quelque chose quand il se 
sera débarrassé d'un débit trop emphatique. M. Guy a de la gaîté, 
à défaut de distinction. La voix de M. Delaunay n'est pas sans 
agrément. M"" Savenay a de la prestance, et M"° Blanche Marie 
presque du talent. Pour M"« Bonnet, elle a de jolis j'eux, cela vaut 
encore mieux. 

H. MORENO. 



LIVRES NOUVEAUX 



Les Origines de l'Opéra français, d'après les minutes des notaires, les 
registres de la Conciergerie et les documents originaux conservés 
aux Archives nationales, à la Comédie-Française et dans diverses 
collections publiques et particulières, par Ch. Nuitter et Er. Thoi- 
nan. — Paris, Pion, 1886, in-8°. 

Les lecteurs du Ménestrel se rappelleront peut-être que je publiai 
ici-même, il y a quelques années, un travail important sous ce 
titre : les Vrais Créateurs de l'Opéra français, que la critique voulut 
bien accueillir avec faveur lorsque ensuite je lui donnai la forme 
plus solide et plus complète du livre. C'était la première fois que, 
dans un écrit de longue haleine, on revendiquait hautement en 
faveur de Perrin et de Cambert l'honneur d'avoir été les véritables 
fondateurs de notre Opéra, honneur que les historiens avaient jus- 
qu'alors injustement reporté à Quinault et à LuUy, lesquels n'avaient 
fait que suivre, avec génie d'ailleurs, le sillon tracé par leurs pré- 
décesseurs. 

En matière d'art et de littérature, on peut dire que, à un certain 
moment, et par le fait d'un hasard assez singulier, certains sujets 
sont « dans l'air; » c'est-à-dire que, sans qu'il y ait pour cela de 
raison appréciable, plusieurs artistes s'occupent simultanément, 
chacun de son côté, de la même question, du même sujet, et cela 
sans s'en être mutuellement entretenus et alors que quelques an- 
nées auparavant personne n'y songeait. 

C'est ce qui arriva dans la circonstance présente. Alors que je 
songeais à réhabiliter artistiquement Perrin et Cambert et à leur 
rendre dans l'histoire la place qui leur était due, deux de mes 
confrères, deux de mes amis, MM. Charles Nuitter et Ernest Thoi- 
nan, chacun de son côté, travaillaient dans le même but. Seule- 
ment, tandis que j'avais déjà la plume à la main, ils en étaient 
encore aux recherches préliminaires, ayant trouvé des pistes parti- 
culières de documents précieux qui leur assuraient la primeur de 
nombre de faits inconnus. Se rencontrant dans leurs recherches et 
ayant chacun une gerbe bien fournie, ils résolurent, au lieu de se 
faire en quelque sorte concurrence, de mettre leur travail en com- 
mun et de s'associer pour la rédaction du livre important que cha- 
cun d'eux voulait mettre au jour. 

M. Nuitter, archiviste de l'Opéra, était lui-même à la source de 
documents abondants et curieux ; M. Thoinan, dont la riche bi- 
bliothèque est une des plus précieuses de Paris, était possesseur de 
pièces nombreuses et intéressantes sur les origines de notre Opéra. 
De plus, avec un soin, une patience que rien ne put rebuter, nos 
deux amis dépouillèrent les cartons des Archives nationales, les 
registres de la Conciergerie, consultèrent les Archives de la Comé- 
die-Française, et, mieux que cela, visitèrent les études des notaires 
de Paris et reçurent obligeamment communication de nombre de 
pièces fort importantes, qui leur permettaient d'établir des faits 
inconnus ou de rétablir des faits erronés. Après dix années de ces 
recherches minutieuses, ils publient enfin un livre vraiment neuf, 
définitif, qui précise d'une façon absolue tous les faits relatifs aux 
origines de notre Opéra, et qui enlèvera toute hésitation à l'écrivain 
futur qui voudra écrire une histoiie complète de notre grande scène 
lyrique. 



LE MENESTREL 



13 



L'Opéra et le drame musical, d'après l'œuvre de Richard Wagner, 
par M°" Henriette Fuchs. — Paris, Fischbacher, 1886, in-12. 

Artiste fort distinguée, directrice d'une sociélé de chant, la Con- 
cordia, où elle fait un excellent travail et rend de réels services, 
M""" Henriette Fuchs est encore un écrivain aimable, qui sait ex- 
primer ses idées avec netteté, élégance et précision, et qui ne se 
perd pas, quelles que soient l'importance et la gravité du sujet qu'elle 
traite, en une phraséologie obscure et indéterminée. M""* Fuchs 
avait déjà publié, dans la Revue générale, une série d'articles curieux 
et intéressants dans lesquels elle faisait connaître son sentiment sur 
les théories et sur l'œuvre du maître dont In génie à la fois magni- 
fique et inégal passionne depuis un quart de siècle le publie et les 
artistes de tous pays. Elle a repris en sous-œuvre ce premier travail, 
elle l'a agrandi, complété, unifié, et aujourd'hui elle nous offre, 
sous la forme d'un joli volume, une étude caractéristique de l'opéra 

ou plutôt du drame musical, puisque c'est le mot consacré par 

les adeptes, d'après le maître — considéré d'après les tendances, 
les théories et l'œuvre de Richard Wagner. 

J'ai d'autant plus de plaisir à dire du bien de ce livre, qu'il rentre 
plus volontiers dans le cercle des idées que j'ai toujours défendues 
moi-même. M"' Fuchs n'est ni une admiratrice quand même ni une 
dédaigneuse impénitente du génie de Wagner. C'est une artiste 
juste et consciencieuse, sans parti pris, sans mauvais vouloir, qui 
préconise ouvertement dans l'œuvre du maître saxon ce qu'elle ren- 
contre d'admirable, et qui blâme avec autant de franchise ce qui 
lui semble fâcheux et excessif. Si je voulais adapter à la langue 
musicale une expression spéciale à la langue politique, je dirais que 
]y[me Puçiis est centre gauche en musique ; c'est-à-dire qu'en recon- 
naissant parfaitement la nécesité du progrès, elle repousse comme 
il convient les inenées purement révolutionnaires et n'admet pas les 
soubresauts excessifs. Je crois bien que là est la vérité, et qu'en fin 
de compte c'est nous, artistes à l'esprit ouvert, large et libéral, mais 
qui ne voulons pas laisser périr les plus nobles traditions et qui 
prétendons rattacher toujours par un point l'avenir au passé, je 
crois bien que c'est nous qui finirons par avoir raison. 

En tout cas, je recommande le livre de M"'" Fuchs à tous ceux 
qu'intéresse la question wagnérienne. De quelque opinion qu'ils 
soient dans cette question, ils y prendront plaisir et y trouveront 
profit. 

Le Violon, ses luthiers célèbres et leurs imitateurs, par George Hart, 
traduit de l'anglais par Alphonse Royer. — Paris, Schott, 1886, 
in-4° avec 19 grandes planches hors texte. 

L'ouvrage très important que voici est une traduction faite sur la 
cinquième édition publiée en Angleterre. Je crois avoir rendu 
compte, ici même, de la première édition, lorsqu'elle parut à Lon- 
dres il y a quelques années. Depuis lors, l'auteur a amélioré, agrandi, 
complété son œuvre, et le volume superbe qu'il nous otTre aujour- 
d'hui paraît devoir être un texte définitif. « J'ai pensé, dit-il dans 
sa préface, sur les pressantes invitations de nombreux correspon- 
dants à l'étranger, qu'une édition française pourrait avoir quelque 
utilité. Le grand nombre des demandes que l'on m'en a faites, et 
qui m'ont été adressées de différents points du continent, m'ont, 
pour ainsi dire, forcé à prendre cette détermination, et j'ai choisi 
la langue française pour répondre à l'attente de personnes qui, 
appartenant respectivement à diverses nationalités, m'ont suggéré 
ce moyen, en me témoignant le vif désir de connaître plus parti- 
culièrement ce modeste ouvrage. » Ce qui prouve, entre autres 
choses, que la langue française est toujours, par toute l'Europe, 
celle qui sert de véhicule le plus actif à la pensée. 

L'ouvrage, fort intéressant, de M. Hart, le plus complet eu son 
genre que nous connaissions en France, est divisé en quinze sec- 
tions ou chapitres. Dans la première section, l'auteur a essayé de tracer 
une histoire hypothétique du violon, histoire malheureusement 
impossible à faire à cause de son obscurité. Le chapitre consacré à 
la construction est plus solide. Puis viennent l'examen des procé- 
dés des luthiers des différentes écoles : italienne, française, alle- 
mande et anglaise, et les biographies de ces luthiers (203 notices 
de luthiers italiens, 160 pour les Français, 138 pour les Allemands, 
1S2 pour les Anglais). Enfin, la treizième section a pour titre : le 
Violon et ses admirateurs, la quatorzième présente une Esquisse du 
progrès et du développement de l'art du Violon, et la quinzième, dont 
l'utilité est moindre, est consacrée à une série d'anecdotes. 

En résumé, le livre de M. Hart est très curieux, très utile et 
fort intéressant. Il ne me reste plus qu'à souhaiter que l'auteur 
nous donne maintenant une . traduction d'un antre ouvrage, très 
précieux, qu'il a publié récemment sous ce titre : The Violin and ils 



music (Londres, Dulau, 1881, in-i"". 11 nous aura rendu alors un 
double et signalé service. 

La Musique liturgique. 'L'a-ci moderne dans ses rapports avec le culle, 
par Félix Huet. — Châlons-sur-Marne, imp. Martin, 1886, in-8° de 
84 pp. 

Voici un petit écrit plus intéressant qu'il n'est gros, et plus im- 
portant qu'il n'en a l'air. Dans le court espace de 84 pages, dont 
se compose cette brochure substantielle, écrite dans une bonne 
langue et fertile en idées personnelles, l'auteur — un jeune artiste 
qui a fait à Paris, au Conservatoire, de solides études — discute 
avec une logique serrée cette question jusqu'ici si controversée : 
L'Église doit-elle s'en lenir uniquement à la pratique du plain- 
ehant, ou convient-il qu'elle fasse place à l'élément musical moderne 
et qu'elle s'approprie les compositions religieuses conçues dans un 
caractère séculier, c'est-à-dire dans les doctrines et avec les res- 
sources du véritable art musical ? 

L'auteur est pour l'interprétation libérale; je veux dire qu'en mani- 
festant pour le plain-chant pur l'admiration qu'il mérite, il est 
d'avis que l'Église doit admettre les œuvres religieuses des maîtres 
qui ont conçu, en ce genre, d'immortels chefs-d'œuvre, et ne pas 
s'immobiliser dans une tradition routinière. 

J'ai moi-même, dans ces colonnes, traité incidemment cette ques- 
tion il y a quelques années, en parlant des admirables messes et 
des autres compositions religieuses de Gherubini. Je suis heureux 
de voir qu'un esprit aussi libre et aussi sain que M. Huet conclue 
précisément dans le sens que j'avais indiqué, et je recommande, 
comme il le mérite, son opuscule à tous ceux que ce sujet intéresse. 
Ils y trouveront de bonnes idées, exprimées dans un langage aussi 

clair qu'élégant. 

Arthl'r PoiGIN. 



NOUVELLES DIVERSES 



ÉTRANGER 

La direction de la Scala, de Milan, vient de publier sou cartdlone, 
c'est-à-dire le programme de la prochaine saison. Voici les noms des 
artistes engagés : M™» Emma Galvé, Giulia Novelli, Pantaleoni, Petro- 
vich, MM. Maurel, GaruUi, Magini Goletti, Navarrini, Roveri, Tamagno, 
Fornari, Limonta, Paroli. Pour la danse : M^m Adelina Rossi et Garlotta 
Fiorio, et M. Cecchetti. Ghefs d'orchestre : MM. Franco Faccio et Gaetano 
Goronaro ; pour le ballet, M. Angelo Venanzi. Les opéras représentés 
seront Otello, Flora Mirabilis, I l'escatori di Perle (Bizet) et A ida ; puis, 
deux ballets ; RoUa et Narenta. Le personnel artistique comprend 100 ar- 
tistes d'orchestre, le corps de la musique municipale, 18 trompettes, 100 
choristes (y compris les élèves de l'école du chant du théâtre) et 20 en- 
fants. 

— Nous lisons dans la Gaszetta di Torino : — « Les journaux annoncent 
que l'opéra tant désiré d'Arrigo Boito, Nerone, sera mis en scène à la 
Scala en 1888. Il est possible que cela soit, et nous le désirons ; mais 
nous savons de source certaine que, au moins jusqu'à la fin de l'année 
dernière, Boito n'avait aucune intention d'affronter la scène, épouvanté 
qu'il était du succès de son Mefistofele. » 

— Puisque nous parlons de M. Boito, rectifions et complétons la nou- 
velle que nous avons empruntée au Trovatore, et d'après laquelle l'auteur 
du Meftstofele se serait chargé de mener à bien la traduction française de 
VOtello de Verdi, au lieu et place de M. Gamille du Locle. La vérité 
est et nous l'affirmons, que MM. Boito et du Locle travaillent ensemble 
et de concert à cette traduction. Ajoutons, à ce propos, que Verdi est 
reparti de Milan pour retourner à Sant'Agata, et qu'il ne sera de retour 
en cette ville que vers la fin du mois, pour commencer les répétitions 
i'Otello, qui sera donné vers le "20 janvier. G'est-à-dire que la Scala 
mettra en scène et représentera l'ouvrage nouveau dans un espace de 
vingt à vingt-cinq jours. Avis à nos directeurs. 

— A l'Apollo, de Rome, dit le Trovaiorc, sont arrivés tous les instruments 
au diapason normal. Le maestro Terziani fera exécuter prochainement 
quelques morceaux pour les éprouver. 

— A Florence, le 29 novembre, dans la salle de la Philharmonique, on 
a exécuté un poème lyrique en trois actes, yli Amori degli Angeli, paroles 
d'un jeune poète, le comte Gesare Pongileoni, musique d'un très jeune 
compositeur, le violoncelliste Gualtiero Sarti. La soirée était au bénéfice 
de la Casa dei Poveri que l'on construit en ce moment à Florence, les in- 
terprètes étaient M"'- Tetrazzini et Goppi, MM. Garobbi etUberto Caprile, 
et l'exécution était dirigée par le maestro F. Sbolci, qui avait sous ses 
ordres la Société orchestrale florentine et un chœur composé de 80 -">ix. 
L'œuvre et son auteur ont obtenu un très vif succès. 



u 



LE MENESTREL 



— Au théâtre Andreani, de Mantoue, on vient de donner la première 
représentation i'Ermangarda, opéra nouveau d'un jeune compositeur, 
M. Auguste Azzali, dont le succès parait avoir été médiocre. Les princi- 
paux interprètes étaient le ténor d'Enrici, le baryton Pini-Gorsi et 
M"« Arrigoni, les deux premiers satisfaisants, la dernière, très faible, 
paraît-il. 

— On va donner très procbainement, à Genève, la première représenta- 
tion d'un grand drame lyrique inédit, Jacques Clément, dont la musique 
est due à M. Raphaël Grisy, ancien artiste de l'Opéra et maître de cha- 
pelle de la Trinité. Avant de chanter les ténors à l'Opéra, M. Grisy avait 
fait de brillantes études théoriques au Conservatoire, où il fut successive- 
ment élève de Savard, de Bazin et d'Adam, et où il obtint les prix d'har- 
monie et accompagnement, de fugue et d'orgue. Il vient de se rendre à 
Genève, pour diriger les dernières études de son opéra. 

— On mande de Vienne que le monument élevé à la mémoire de Mo- 
zart, dans le cimetière de Saint-Marx, va être transféré au Friedhof, le 
principal cimetière de la ville, où il sera placé à côté de ceux de Schu- 
bert et de Beethoven. Les frais de ce transfert sont évalués à mille florins. 
Quant aux cendres du grand compositeur, ce n'est pas un secret qu'on 
ignore où elles ont été déposées. Mozart n'a pas eu les honneurs de funé- 
railles somptueuses; un seul ami a accompagné sa dépouille au cimetière, 
et plus tard, lorsqu'on a voulu en marquer la place, les rechei-ches pour 
la retrouver n'ont pas abouti. 

— Un fait dont on rechercherait en vain un précédent dans les Annales 
théâtrales, va se produire au Carltbéàtre, de Vienne. Cette scène de genre 
ne représentera rien moins dans le courant de cette saison que cinquante 
pièces nouvelles. Pourquoi cette avalanche de nouveautés? Parce que le 
directeur, M. Tatartzy, s'est peu à peu engagé à représenter toutes ces 
pièces, et qu'il serait obligé de payer des amendes s'élevant à un total de 
30,000 aorins s'il ne les représentait pas, Or, M. Tatartzy a déjà perdu 
plus de 100,001} florins avec le Garl théâtre, et il ne veut pas y ajouter les 
30,000 florins susdits. 

— On prépare à la Singakadémie de Berlin une exécution des Sept 
Paroles de Jéius-Christ sur la Croix, oratorio du compositeur Henri Schûtz, 
né en IbSb et mort en 1672. 

— Jusqu'où va la célébrité! M. Arrigo Boito, l'heureux auteur du 
Mefislofele qui a fait le tour de l'Europe et que nous ne connaissons pas 
encore en France, a vu donner son nom à un cheval de course, et 
aussi le nom de son opéra. Ces deux brillants coursiers sont la propriété 
d'un noble Espagnol, le marquis de Fernan Nunez, ancien ambassadeur 
d'Espagne à Paris. Boito paraissait ces jours derniers à Madrid, dans une 
course où il avait à lutter contre Bulgaria, au comte de Villamayor. 
Nous avons le regret de constater que Boito a été vaincu. 

PARIS ET DÉPARTEBIENTS 

M. Louis Helbronner vient de présenter à M. Dubois de l'Estang, 
inspecteur des finances, une nouvelle note relative à la Caisse de retraite 
des artistes de l'Opéra. Après avoir, dans cette note, reproduit les ren- 
seignements contenus dans le rapport que M. Audiffred, député, a déposé 
à la Chambre le 18 juillet dernier, M. Helbronner démontre, en se basant 
sur les chiffres donnés par M. Antonin Proust dans son rapport à la 
commission du budget, que les sommes produites par les ressources 
annuelles de la Caisse pourraient suffire pour parfaire, à la fin de l'année, 
le chilîre de la somme à verser à une compagnie d'assurances en faveur 
de chaque tributaire. « En résumé, dit en concluant M. Helbronner, si 
l'administration désire constituer à nouveau, à partir du 1"'' janvier 1887, 
une nouvelle caisse de retraites, il faut qu'avant tout on impose les 
artistes gagnant plus de 12,000 francs en faveur de ceux qui gagnent 
moins. La somme à leur retenir pourrait être établie d'avance et unifor- 
mément par appointements. Ce privilège de la retenue de 5 0/0, qui atteint 
exclusivement les artistes les moins rétribués, n'est pas équitable. Il 
faudra ensuite, pour arriver à un résultat probant : 1' Établir la moyenne 
du traitement des artistes pendant le cours de leur engagement ; 2" cette 
moyenne trouvée, établir le montant de la pension à laquelle ils auront 
droit, leur engagement terminé ; 3° s'entendre alors avec une de nos 
grandes compagnies d'assurances, qui, après une étude sérieuse avec l'ad- 
ministration, payerait les pensions ou rentes aux artistes, d'après un tarif 
spécialement étudié. » 

— Départs : M"" Fidès Devriès va bientôt prendre le chemin de Monte- 
Carlo pour y remplir ses engagements. Au retour, elle doit s'arrêter à 
Lyon, où elle chantera au bénéfice de la Société de bienfaisance de cette 
ville. — M"= Van Zandt est partie, cette semaine, à destination de Cannes, 
où elle doit passer tout l'hiver, non sans toutefois pousser une pointe sur 
Milan à l'occasion de la première représentation à'Otello. — M"i= Nevada 
s'est dirigée, de son côté, sur Florence, pour y traiter sur place plusieurs 
engagements qu'on lui propose au pays des orangers. 

— M"« Adèle Sax, fille du célèbre facteur d'instruments, M. Adolphe 
Sax, épouse prochainement M. Edouard Millet de Marcilly, statuaire. Le 
mariage sera célébré le mardi 21 décembre, en l'église Notre-Dame-de- 
Lorette. 



— M. Xavier Leroux, grand prix de Rome de 1883, vient, dit-on, de 
donner sa démission, et a quitté la villa Médicis. On sait que M. Leroux 
doit épouser très prochainement M"= Ribeyre, premier prix de chant du 
Conservatoire. 

— Pour chanter le rôle du roi dans Lohengrin, M. Charles Lamoureux 
vient d'engager M. Behrens, « un compatriote de la Nilsson ! », nous 
disent avec admiration toutes les feuilles publiques. C'est une bonne aubaine 
pour les futures représentations de l'Eden. Un compatriote de la Nilsson 
ne peut évidemment avoir que beaucoup de talent. Heureux pays que celui 
de la Suède ! Heureux peuple que les Suédois ! Tous compatriotes de la 
Nilsson ! Tous du talent, même avant de naître ! 

— Dans le but de nous présenter et de nous faire entendre M"" Juliette 
Folville, pianiste, violoniste et compositeur de musique, M. Oscar Comet- 
tant nous conviait jeudi dernier, dans ses salons du faubourg Montmartre, 
à une soirée musicale des plus intéressantes. Nous ne pouvons faire moins 
que de constater la phénoménale organisation de cette fillette de quinze 
ans qui, pendant deux heures d'horloge, a su tenir sous le charme de 
son merveilleux talent un auditoire où l'on pouvait remarquer MM. Am- 
broise Thomas, Benjamin Godard, Marmontel, G. Pfeiffer, Maréchal, de 
Bériot, R. de Boisdelîre, Sivori, Dolmetsch, Paul GoUin, Masset, Hassel- 
mans, M. et M°«= Viguier, L. Broche, etc. Parmi les compositions de la 
jeune artiste qui nous ont le plus particulièrement frappé, nous devons 
citer une suite de cinq petites pièces pour piano, intitulée Scènes de /« Mer, 
d'une fraîcheur et d'une distinction charmantes, une Aubade, poésie de 
M. Paul CoUin, chantée avec talent par M. Bosquin, et une Berceuse, 
soupirée par M"» Rosa Bonheur. Le grand attrait de la soirée a été 
l'audition du Concerto romantique pour violon de M. Benjamin Godard, 
exécuté par l'auteur et M"i= Folville. Véritable régal musical. — L. S. 

— La Société des concerts du Conservatoire a inauguré dimanche dernier 
sa soixantième année d'existence, en donnant sa première séance de la 
saison. Le programme, superbe, s'ouvrait par la symphonie pastorale de 
Beethoven, dont l'exécution, comme d'ordinaire, était digne d'éloges. Puis 
venaient deux chœurs de la Nuit du Sabbat, que je ne me rappelle pas avoir 
entendus jamais au Conservatoire, et dont le second (chœur du Sabbat) 
donne une note énergique et vigoureuse que l'on n'est guère accoutumé à 
rencontrer chez Mendelssohn. De la symphonie de Raff intitulée Dans la 
Forêt, si longue et si inégale, on avait choisi deux morceaux charmants : 
Rêverie et Danse des Dryades, qui, ainsi isolés, sont un véritable régal pour 
l'oreille. La Rêverie, si elle n'est pas fort originale au point de vue 
mélodique, est du moins d'une couleur exquise, et quant à la Danse des 
Dryades, si elle rappelle un peu à son début la manière de Meudelsshon, 
elle n'en constitue pas moins une page poétique et vraiment adorable, d'un 
style à la fois léger, aimable et plein de grâce. L'air si caractéristique de 
Garon de l'Alci-ste de Lully(167i) a valu un succès mérité à M. Giraudet, 
qui l'a chanté avec vigueur et avec feu, et à qui il a valu un rappel. Le 
concert se terminait par l'ouverture du Pardon de Ploërmel, ouverture un 
peu décousue sans doute, mais dont certains passages sont de toute beauté. 
En somme succès complet pour cette belle séance. — Il est dès aujourd'hui 
décidé que la Société nous fera entendre, dans le cours de la saison, deux 
œuvres importantes et inconnues de son public : d'une part, li Messe 
solennelle en ré, de Beethoven, composition colossale que le maître avait 
commencée en 1818 pour fêter la promotion de sou élève, l'archiduc Ro- 
dolphe, à l'archevêché d'Olmûtz, et qui ne fut terminée par lui qu'en 1822; 
de l'autre, la symphonie pour orchestre, piano (à quatre mains) et orgue, 
que M. Saiut-Saëns a fait récemment exécuter à Londres avec un très 
grand succès. Voilà qui est bien et, sur ce sujet, nous ne marchanderons 
pas nos éloges à la Société ; mais ne pourrait-elle, puisqu'elle se décide ;à 
renouveler et à rafraîchir son répertoire, songer un peu à nos vieux maîtres 
français, aux gloires de l'art national, vraiment trop négligées par elle? En 
Amérique, l'an dernier, l'institut Peabody donnait un grand festival Rameau, 
uniquement composé d'œuvres du maître, et chez nous, en France, nous 
n'entendons jamais une page de Rameau! Et Gherubini, et Méhul, dans 
l'œuvre desquels on pourrait faire un choix si vaste, si noble et si varié? 
Et Lesueur, et Spontini, et tant d'autres? Que la Société abandonne donc 
certaines compositions archi-usées, parfois d'une valeur secondaire, que ses 
programmes nous ramènent impitoyablement chaque année, et qu'elle 
cherche dans l'œuvre des maîtres qui ont été la gloire et l'honneur de la 
France. Elle y trouvera des merveilles, que le public sera étonné d'ap- 
prendre à connaître et qu'il ne pourra faire autrement que d'admirer. 

Arthur Pougin. 

— Concerts du Châtelet. — Une seconde audition de la Symphonie en si 
bémol de Schumann a fait ressortir avec évidence les beautés de ce petit 
chef-d'œuvre d'un genre éminemment gracieux et délicat. La première et 
la dernière partie ont, entre elles, de sérieuses analogies de facture. Une 
phrase typique, projetée largement d'abord, suivie bientôt d'un allegro 
plein de ténuité, puis une seconde phrase, plus pénétrante, qui alterne 
constamment avec elle, voilà en quoi consiste le plan général des deux 
morceaux. Un andante d'un sentiment doux et rêveur, suivi d'un scherzo, 
constitue le médium de l'œuvre. — Le cinquième concerto de Bach pour 
piano, flûte et violon avec orchestre, a été rendu par MM. Diémer, Gantié 
et Rémy de façon à satisfaire les oreilles les plus exigentes. Les inspira- 
tions du vieux maître ont conservé leur charme. On y sent une convic- 
tion sincère et une grande simplicité de style, unies à un savoir qui ne se 



LE MÉNESTREL 



Ib 



manifeste que par l'extrême aisance des combinaisons harmoniques. — 
Les Scènes alsaciennes de M. Massenet reçoivent toujours et partout le 
même accueil : succès mitigé pour les deux premiers morceaux et le 
dernier, mais émotion profonde après le troisième. Celui-là renferme, en 
effet, un motif d'une sentimentalité touchante, qui monte lentement et se 
repose sur la dernière note de la progression comme un aveu inachevé. 
C'est le meilleur de l'ouvrage, le seul qui ne soit pas entaché de quelque 
banalité. — La Rapsodie ^n<' H) de Liszt est remplie de ces effets de 
mécanisme que l'auteur jetait comme en se jouant dans ses œuvres de 
piano. Un thème très élégant, qui se balance sur un faux rythme de 
mazurka, retient d'abord l'attention, puis le finale se précipite, multipliant 
les notes répercutées et ne laissant pas un instant respirer l'auditeur. 
Aucun pianiste n'a su, comme Liszt, assurer le triomphe de la virtuosité 
sans sacrifier la pensée. M. Diémer a été fort applaudi. Il avait exécuté 
auparavant la Favorite de Couperin et le Rappel des oiseaux de Rameau. La 
séance, commencée par le prélude de Lorelei, s'est terminée avec l'ouver- 
ture de Léonore. — Aiiédée Boutarel. 

— Nous avons peu de chose à ajouter à notre dernier compte rendu 
des concerts Lamoureux. Le programme de dimanche dernier était, à peu 
de chose près, la reproduction du précédent. La Symphonie pastorale de 
Beethoven, admirablement dite, a reçu le même accueil enthousiaste 
qu'aux dernières auditions. Même succès pour le délicieux allegretto de la 
symphonie-cantate de Mendelssohn. M. Lamoureux a fait entendre le 
poème symphonique de W^" Augusta Hulmès, Irlande. C'était la seconde 
fois que le public était admis à juger cette œuvre intéressante, dans 
laquelle l'auteur a fait de louables efforts pour s'élever à la hauteur du 
sujet qu'elle traitait. — H. B. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire, même programme que dimanche dernier. 

Chàtelet, concert Colonne : ouverture de la Flûte enchantée (Mozart); 
première audition de la symphonie en ut (Schubert); cinquième Concerto 
(Bach), par MM. Diémer, Cantié et Rémy; Ballet des Troyens (Berlioz); 
Ghacone en sol majeur (Haendel) et H« Rapsodie hongroise (Liszt), par 
M. Diémer ; Scènes alsaciennes (Massenet) ; 

Eden-Théâtre, concert Lamoureux : Symphonie italienne (Mendelssohn) ; 
première audition de Solitude dans les bois, poème symphonique (Ernest 
Chausson); fragments symphoniques de yl/o/î/reci (Schumann) ; ouverture 
de Léonore (Beethoven); Prélude de Parsifal (Wagner); Irlande, poème 
symphonique (Augusta Holmes). 

— Nous recevons la lettre suivante : 

Paris, 7 décembre 1886. 
Monsieur. 

Permettez-moi de relever une inexactitude contenue dans votre numéro du 
21 novembre. 

Votre correspondant strasbourgeois, en racontant une fête consacrée à la 

mémoire d'Edmond Weber (page 4101, ajoute plus loin i Tandis que Victor 

Nessler allait chercher fortune en Allemagne après la guerre » Or ce n'est 

pas après la guerre que mon frère a quitté Strasbourg, mais en 1864,' après la 
représentation de Fleurette, son premier opéra. La Faculté de théologie ayant 
alors exigé sa démission comme étudiant, il la donna et partit pour Leipsick. 

Veuillez, je vous prie. Monsieur, insérer dans votre plus prochain journal ma 
rectification et recevoir l'expression de mes sentiments distingués. 

M"° Edouard Schuré, née Nessler. 

— On nous écrit d'Alsace que M. Eugène Gigout vient d'obtenir un très 
grand succès dans deux séances d'orgue données par lui, l'une au Temple- 
Neuf de Strasbourg, sur un instrument de la maison Mercklin, l'autre à 
l'église Saint-Étienne, de Mulhouse, sur un orgue sortant des ateliers de 
M. Cavaillé-GoU. « Le succès de M. Gigout comme exécutant, composi- 
teur et improvisaieur, a dépassé toute limite, .. nous dit notre correspon- 
dant, et l'Écho artistique d'Alsace, dans un intéressant article, confirme 
pleinement cette assertion. — De Strasbourg, M. Gigout s'est rendu à 
Londres, d'où l'on nous écrit aussi : « Il sera sans doute intéressant pour 
les lecteurs du Ménestrel d'apprendre que M. Eugène Gigout, qui vient de 
donner un récital d'orgue à Londres, y a obtenu un éclatant succès. Sur- 
tout deux de ses compositions : Marche funèbre et Grand chœur dialogué, 
ont été fort appréciées. i> M. Gigout retournera à Londres au printemps. 

— La Société philharmonique delà Rochelle, qui entre dans sa 72= année, 
vient de donner au théâtre un de ses concerts les plus réussis de musique 
populaire, sous la conduite de son nouveau chef d'orchestre, M. Edouard 
Simonneau. La partie purement symphonique se composait de l'ouverture 
de la Flûte enchantée, de Mozart, de la symphonie la Réformation, de Men- 
delssohn, et des Scènes alsaciennes de Massenet. Une jeune pianiste qui 
vient de faire un voyage musical en Allemagne, sous les auspices de 
Rubmstein, M"e Paula Bauché, s'est fait très applaudir dans le quatrième 
concerto de ce maître et dans une rapsodie de Liszt. Enfin un violoniste 
qui n'est pas un inconnu pour le public parisien, M. Max Reichel, a 
enlevé tous les suffrages dans un menuet de Louis EUer pour violon et 
quatuor, et dans le Rondo Capriccioso de Suinl-Snëas pour violon et orchestre. 

— A Boulogne-sur-Mer, comme à Paris, on a célébré la messe de 
Samte-Gécile, ce qui a servi de prétexte à l'audition d'une messe intéres- 
sante de M. Guilmant, dirigée par l'auteur en personne et chantée par 
M-"'' Paye, Stteleyn, C. Keene, MM. Dupont, Pellerin et WeiU. On a 
aussi entendu un jeune artiste de mérite, M. Moreau, qui, bien que mal- 



heureusement privé de la lumière, n'a pas joué en aveugle, sur le magni- 
fique orgue de la cathédrale, une partie de sonate et une marche de sa 
façon. 

— Cours Pasdeloup, 2« année. Jeudi 16 décembre, à 3 heures, salle 
Pleyel, première séance publique du cours de musique d'ensemble, avec 
le concours de M"" Ghaminade, qui fera entendre ses dernières œuvres. 
Voici le programme: 1™ partie: Trio de Mozart, op. 14 (piano, violon et 
violoncelle) ; sonate en ut mineur, op. 30, de Beethoven ; quintette, op. 44, 
de Schumann (piano et instruments à cordes), exécutés par les élèves du 
cours et MM. Nicosia, GoUongues, Brossa et Van Eimbrout. 2" partie : 
études de concert (Antonine, Scherzo, Fileuse, Marine, Guitare, Air de ballet), 
par M""= Chaminade. On trouve des billets à l'avance chez les éditeurs de 
musique, à l'Institut Rudy, 7, rue Royale, salle Gaveau, 8, boulevard 
Montmartre, et salle Pleyel. 

— Cet hiver, W-^'' M. de Pierpont donnera ses intéressantes auditions 
d'harmonium dans les salons de l'Institut Rudy, 7, rue Royale. La pre- 
mière séance aura lieu le jeudi 16 décembre, à huit heures du soir. 

NÉCROLOGIE 

Une cantatrice de grand talent vient d'être emportée en quelques 
jours des suites d'une fluxion de poitrine. M""= Iweins d'Hennin eut son 
heure de célébrité au temps heureux où florissait la romance. Elle fut 
rémule applaudie de M"" Lefébure-Wély et de M"'" Gaveaux-Sabatier, et 
il n'était pas de concert où on ne recherchât son précieux concours. Elle 
était douée surtout d'un talent de diction de premier ordre; l'accent était 
superbe et l'expression portée au plus haut point. 11 était difficile de re- 
tenir ses larmes quand elle chantait le Plaisir d'amour de Martini ou la 
Plainte du mousse d'Abadie. Elle professa aussi avec succès. Depuis la mort 
de son mari, qui fut longtemps attaché comme associé à la maison du 
Ménestrel, elle s'était retirée à Passy dans une petite maison de la rue de 
la Tour, où elle se plaisait à cultiver des fleurs, sa plus grande passion 
après celle du chant. C'était une digne et excellente femme, très accueil- 
lante encore, malgré son âge avancé, pour les jeunes artistes qui venaient 
lui demander des conseils qu'elle pouvait donner mieux que personne. 
Beaucoup de vieux amis s'étaient rendus au dernier rendez-vous et en- 
touraient son cercueil plongés dans une véritable affliction. 

Une femme charmante, une chanteuse de talent, une artiste élégante 

et distinguée, W"^ Louisa Singelée, qui eut de grands succès en province 
et à l'étranger, et qu'on applaudit à l'Athénée il y a une quinzaine d'années, 
vient de mourir à Paris à la suite d'une longue maladie. Fille d'un chef 
d'orchestre remarquable, M"'= Singelée n'était pas seulement une canta- 
trice et une comédienne aimable; c'était encore une violoniste extrêmement 
distinguée. 

— M"" Gotta, répétiteur de solfège au Conservatoire, vient de mourir à 
Cherchell en Algérie, où l'avaient envoyée les médecins. Elle n'avait que 
vingt-neuf ans. 

M™ Lebrun, femme de l'excellent violoniste Adolphe Lebrun, membre 

de la Société des concerts du Conservatoire, et sœur de M. ifrancis Thomé, 
le pianiste-compositeur bien connu, est morte cette semaine à l'âge de 
quarante-cinq ans. 

— L'Echo artistique d'Alsace nous apporte la nouvelle de la mort du doyen 
des organistes de l'Alsace, Georges-Frédéric-Théodore Stern, âgé de 83 ans, 
puisqu'il était né à Strasbourg le 24 juillet 1803. « Après avoir été orga- 
niste pendant quelques auuées à l'église Saint-Pierre-le-Vieux, dit l'Echo, 
il s'établit comme professeur de musique à Carlsruhe. En 1841 il revint à 
Strasbourg, où il fut nommé organiste à l'église du Temple-Neuf, poste 
qu'il a occupé jusqu'à sa mort. M. Stern était un organiste hors ligne ; il 
laisse une importante collection de pièces de sa composition pour orgue. 
En 1851, lorsque la Conférence pastorale a fait publier un nouveau recueil 
de cantiques pour les communautés protestantes de l'Alsace, M. Stern fut 
chargé de la révision de l'ancien recueil de chorals, qui était à basse chiffrée, 
et s'est acquitté de sa tâche à la satisfaction de tous les organistes. M. Stern 
était directeur d'honneur de la Société de chant sacré, dont il a été le 
fondateur en 1842. » 

— Un artiste alsacien, M. VVœhrlé, ancien maitre de chapelle et auteur 
de quelques compositions estimées, vient de mourir dans un âge avancé. 
Il était né à Geberschwlier. 

— On annonce la mort, à Darmstadt, du vénérable Louis Schlœsser, artiste 
distingué qui fut à la fois un virtuose remarquable sur le violon, un com- 
positeur fécond, un excellent chef d'orchestre et un critique très écouté. 
Élève, à Vienne, de Mayseder pour le violon, de Rinck, de Seyfried et de 
Salieri pour la composition, il était venu se perfectionner à Paris sous la 
conduite de Rodolphe Kreutzer et de Lesueur. On lui doit plusieurs opéras, 
une musique pour Faust, des symphonies, des ouvertures, une messe, des 
quatuors, des concertos, des lieder, des chœurs, etc. Né à Darmstadt en 
1800, il occupa pendant de longues années, en cette ville, le poste de 
maitre de chapelle de la cour. 

— A Milan est mort subitement le jeune baryton Sabatelli-Rey, qui donnait 
l'espoir d'une brillante carrière et qui avait obtenu des succès, l'an dernier, 
au Théâtre Royal de Madrid. 11 était âgé seulement do 26 ans. 



Henri Hedgel, direcUur-çierant. 



16 



LE MÉNESTREL 



L'administration des Concerls-Lamoureux demande des choristes dames 
et tiommes pour les représentations d'opéra qui doivent avoir lieu à 
l'Éden-Théàtre. S'adresser pour les inscriptions à M. Lue, régisseur, 2-2, 
rue Caumartin. Inutile de se présenter si l'on n'est pas musicien. 

YILLE DE ROUEN 

THÉÂTRE DES ARTS 
AT .A. O ^^ 3<r O E 

Le Maire de la Ville de Rouen porte à la connaissance des intéressés 
que la direction du Théâtre des Arts sera vacante à partir du 15 mai 1887. 

Les propositions pour l'exploitation du théâtre pendant les campagnes 
1887-1888 et 1888-1889, sont reçues dès à présent à la mairie. 

— La mairie de Roubaix publie l'avis suivant: « L'emploi de Directeur 
de l'Ecole Nationale de Musique de Roubaix, qui comprend en même 
temps celui de chef de la Grande Harmonie, musique municipale, sera 
vacant à partir du 1'"' janvier prochain, par suite de la retraite de M. De- 
lannoy, directeur démissionnaire pour raisons de santé. Les demandes 
d'emploi avec pièces à l'appui, ainsi que toutes les demandes de rensei- 
gnements, devront être adressées à M. le Maire de Roubaix, avant le 
23 décembre. La qualité de Français est obligatoire. » 



En vente cfte: SCHOTT, 19, boulevard Montmartre, et chez /auteur, 61, rue de Clichij. 



NOELS (OFFERTOIRES, ÉLÉVATIONS, COMMUNIONS, ETC.) 

Composés pour ORGUE ou HARMONIUM sur des mélodies anciennes 

PAR 

ALEXANDRE GUILMANT 



QUATRE LIVRAISONS PARUES — PRIX DE CHAQUE LIVRAISON: 10 FR. 



En vente chez FELIX MACIÏAR, éditeur, 2i, passage des Panoramas. 
LES OEUVRES DU COMPOSITEUR RUSSE 

P. TSCHAIKO'WSK Y 



A Céder, dans une grande villa de province, magasin de musique 
important. 

JEANNE D'ARC, drame lyrique de CH. LENEPVEU, exécuté avec 
grand succès l'été dernier, à la cathédrale de Rouen, vient de paraître 
chez l'éditeur O'Kellï, rue du Faubourg-Poissonnière, 11, à Paris. 



Ciiiq.uaii1;e-troisièm.e anné© cl© pixtolicatlon 



PRIMES 1886-1887 du MÉNESTREL 

JOURNAL DE MUSIQUE FONDÉ LE l''^ DÉCEMBRE 1833 

Paraissant tous les dimanches en huit pages de texte, donnant les comptes rendus et nouvelles des Théâtres et Concerts, des Notices biographiques et Etudes sur 

les grands compositeurs et leurs œuvres, des séries d'articles spéciaux sur l'enseignement du Chant et du Piano par nos premiers professeurs, 

publiant en dehors du texte, chaque dimanche, un morceau de choix (inédit) pour le CHANV ou pour le PIANO, de moyenne difficulté, et offrant 

à ses abonnés, chaque année, de beaux recueils-primes CHAIWT et PIAIVO. 

PIANO 



Tout abonné à la musique de Piano a droit gratuitement à l'un des volumes in-8° suivants ; 



A. THOmS 



II 



Opéra comique en 3 actes 
PARTITION PIANO SOLO 



R. PUliNO, C. LIPPACUËB 

!1!IJH 

Ballet d'Edmond Gondinet (5 actes) 
PARTITION PIANO SOLO 



THEODORE RITTER 



Six pièces de concert pour piano 
RECUEIL GRAND IN-4° 



J. GWL 

l'BlïSil 



¥ et nouveau volume de danses (20 n"*) 
VALSES-POLKAS-CSARDAS-GALOPS 



ou à l'un des volumes in-8' des CLASSIQUES-MARMONTEL : MOZART, HAYDN, BEETHOVEN, HUMMEL, CLEMENTI, CHOPIN; ou à l'un des 
recueils du PIANISTE-LECTEUR, reproduction des manuscrits autOEçraphes des principaux pianistes-compositeurs, ou à l'un des volumes du répertoire de 
STRAUSS, GUNG'L, FAHRBACH, STROBL et KAULICH, de Vienne. 

CHANT 

Tout abonné à la musique de Chant a droit à l'une des primes suivantes : 



EDOUARD LASSEN 

30 LIEDER ET DDETTI 

Traluctioii de Victor Wilder 



A. RUBINSTEIN 

MÉLODIES PERSANES 



et LIEDER 



W. CHAUMET 

HÉRODE 

Poème de G. Boyer (prix Rossini) 



G. SERPETTE 

ADAM ET EVE 

Opérette fantastique en 3 actes 



LE SONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ 

Opéra en 3 actes. — Nouvelle èdilion 
Entièrement regravée avec les nouveaux morceaux ajoutés 

PARTITION CHANT ET PIANO 



RECUEIL IN-S" RECUEIL IN-8° (24 N°=) PARTITION CHANT ET PIANO PARTITION CHANT ET PIANO 

GRANDES PRIMES REPRÉSENTANT, CHACUNE, LES PRIiMES DE PIANO ET DE CHANT RÉUNIES, POUR LES SEULS ABONNÉS A L'ABONNEMENT COMPLET : 

AMBROISE THOMAS CH.-M. WIDOR 

MAITEE AMBEOS 

Drame lyrique en 4 actes el 5 tableaux 
Poème de MM. François COPPÉE et A. DORCEAIN 

PARTITION CHANT ET PIANO 

NOTA IMPORTANT — Ces primes sont délivrées eratultemânt dans nos bureaux, 3 bis, pue Vivienne, à parardu l"Décembre 188«, à tout ancien 
on nouïcl abonné, sur la présentation de la quittance d'abonnement au MBWESTBBLi pour l'année 1886-8Î. Joindre au prix d'abonnement un 
supplément d'Ui^ ou de »ELIX francs pour l'envoi franco de la prime simple eu double dans les départements. (Pour l'Etrangler, l'envoi franco 
des primes se règle selon les frais de Poste.) 

LesabonnésauChanlpeuvenlprendre la prime Piano el vice versa. - Ceux au Piano el au Chanl réunis ont seuls droil à la grande Prime. - Les abonnés au lexle seul n'onl droit à aucune prime. 

CHANT CONDITIONS D'ABONNEMENT AU MÉNESTREL PIANO 

1" Mode d'abonnement ■ Journal-Texte, tous les dimanches ; 26 morceaux de cu\nt : | 2« Moded'abonneinent : Journal-Texte, tous les dimanches ; 26 morceaux de piano ; 
Scènes Mélodies Romances, paraissant de quinzaine en quinzaine; 1 Recueil- fantaisies, Transcriptions, Danses, de quinzaine en quinzaine; 1 Recueil- 

Prime. Un an : 20 francs, Paris et Province ; Étranger : Frais de poste en sus. | Prime. Un an : 20 francs, Paris et Province ; Etranger ; Frais de poste en sus. 

CHANT ET PIANO RÉUNIS 
3- Mode d'abonnement contenant le Texte complet, 52 morceaux de chant et de piano, les 2 ReoueUs-Primes ou la Grande Prime. - Un an : 30 francs, Paris 
et Province- Étranger: Poste en sus. — On souscrit le 1" de chaque mois. — L'année commence le 1" décembre, et les 5"2 numéros de cliaque année forment collection. — 
Tex'e seul, sans droit aux primes, un an : 10 francs. Adresser franco un bon sur la poste à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. 



K.MEHIB CBWTBALB DES CBEHiVS DE FBB. — 1.11PB1MEB1E i 



29ii — 53™ mm — :\" 3. 



Dimanclie 19 Déeembre 1886. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an. Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Ciiant, 20 fr.,- Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 tr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (7' article], Arthur Poucin. — 
II. Semaine théâtrale: la répétition générale de Patrie, H. Moreno; Michel Paiiper 
à rOdéon, Paul-Émile Chevalier. — III. La musique en .\ngleterre : le Conser- 
vatoire de la Cité, Francis Hueffer. — IV. Nouvelles diverses et concerts. 



MUSIQUE DE PIANO 
Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

LA TOUR MERVEILLEUSE 

nouvelle polka de Philippe Fahrb.ich, avec un dessin en chromolithogra- 
phie représentant la tour de 300 miHres de la prochaine Exposition 
universelle de 1889.— Suivra immédialement: Tziganyi, do Théodore Lack. 

CHANT 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 

chant, une Sérénade Napolitaine, de E. Paladilhe. — Suivra immédiatement: 
le Luth, lied de Joachiji Baff, traduction française de Pieiire Barbier. 



GRAND THEATRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 a 1801 

B'après des documents inédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



Le 21 juin, le caissier de l'Opéra-Gomique inscrit sur son 
registre un « relâche à cause du départ du roi et de toute 
la famille royale. » Il s'agit ici de la fuite de Varennes, qui 
causait dans Paris une si légitime émotion. Le Journal de Paris 
constate de son coté que « hier mardi 21 juin, il n'y a point 
eu de bourse ni de spectacles. » Le lendemain 22, l'Opéra- 
Gomique faisait « relâche pour la même cause, » le 23, re- 
lâche encore « pour la Fête de Dieu (sic), » et dans son numéro 
du 24 le Journal de Paris nous apprend de nouveau qu'il en a 
été partout de même : « Les spectacles ayant été fermés 
mercredi 22 et jeudi 23, il n'y a pas eu de bulletin pour 
ces deux jours. » Le même fait se répète encore le 2S, cette 
fois pour le retour des fugitifs, et le registre nous le fait 
connaître en ces termes : « Jour de l'arrivée du roi et de la 
famille royale. Relâche. On a ouvert le spectacle ; mais 
comme il n'y avait que 3 secondes et 4 parterres, on a fait 
fermer à 5 heures. » 

Le !<"■ juillet se produit une nouveauté assez singulière. Les 
artistes de la Comédie-Française (Théâtre de la Nation) vien- 
nent se joindre à ceux de la Comédie-Italienne pour jouer, 
sur ce dernier théâtre, VAtlialic de Racine avec les chœurs 



récemment écrits par Gossec pour ce chef-d'œuvre. Il est 
vrai que ceci n'était que le gage de la reconnaissance d'un 
bon office, et que précédemment les Comédiens-Italiens s'é- 
taient montrés à la Comédie-Française dans deux représen- 
tations du même ouvrage, données les 17 et 21 juin. Voici 
comment le Mercure rapportait cet incident intéressant: « Le 
Théâtre de la Nation a voulu remettre Athalie avec ses chœurs, 
dont M. Gossec a fait la musique il y a quelques années, et 
qui furent exécutés à la Cour. Les Comédiens ont demandé 
les choristes de l'Opéra, que l'administration de ce spectacle 
leur a refusés. Ils ont fait la même demande au Théâtre 
Italien: les Comédiens ont voulu leur accorder davantage; 
ils se sont offerts eux-mêmes, et l'on a vu avec surprise, inté- 
rêt et plaisir les premiers sujets de l'un et de l'autre théâtre, 
réunis sur la même scène, en parallèle d'emplois et de talens. 
• On a vu dans une marche, d'un côté, M. Clairval, de l'autre 
M. Mole, M. Michu avec M. Fleury, M. Chenard avec M. Da- 
zincourt. Madame Dugazon avec Mademoiselle Contât, etc., 
s'avancer sur deux lignes, se prendre la main en signe de 
fraternité, se diviser pour se rejoindre, et cet accord entre 
les acteurs de deux différents théâtres a plus ému encore les 
spectateurs que toute la pompe de cette tragédie, à laquelle 
on n'avait pourtant rien négligé. » 

Il devait être curieux et intéressant en effet de voir, sur 
la première scène du monde, un chef-d'œuvre comme Athalie 
joué par des artistes tels que M"'^ Raucourt (Athalie), Vanhove 
(Joad), Saint-Preux (Abner), Naudet (Mathan), M"'' Sainval 
(Jésabel), et M"' Ribon (Joas), tandis que les chœurs étaient 
chantés par Clairval, Caillot, Trial, Michu, Chenard, M™'* Du- 
gazon, Grétu, Desbrosses, Garline, Saint-Aubin, et que la 
simple figuration comptait dans ses rangs Mole, Fleury, Du- 
gazon, Dazincourt, Desessarts, Saint-Fal, M™= La Chassaigne, 
(Montât, Suin, Joly, Devienne, Mézeray, etc. C'est là un spec- 
tacle auquel assurément on n'est guère accoutumé, et que 
le public accueillit avec une sorte d'enthousiasme. Il ne 
laissait pas toutefois d'avoir un côté assez singulier, que les 
iMémoires de Fleurij, le grand comédien, font suffisamment res- 
sortir, tout en constatant le succès obtenu : 

. . . Nous nous associâmes, pour un temps, messieurs de la Comé- 
die-Italienne ; ils vinrent chanter sur le Théâtre- Français, et nous 
allâmes jouer sur le Théâtre-Italien. Ces voyages à'Athalie, prome- 
nant tour à tour sa puissance et ses terreurs sur les deux rives, 
attirèrent les curieux. Nous nous trouvâmes parfaitement de cette 
collaboration inouïe, et comme nous l'avions bien pensé, le goût 
des arts n'entrant pour rien dans l'attrait qui allait attirer à ce 
bizarre spectacle, nous singularisâmes encore l'opération en montrant 
la lanterne magique. 

Nous inventâmes une cérémouic pompeuse intitulée : Le Couron- 
NEME>iT DE JoAS. Premiers rôles tragiques, premiers rôles comiques, 
financiers, paysans, soubrettes et valets, Florise et Lisette, Ergaste 



18 



LE MENESTREL 



et Scapin, rois et confidents, chanteurs, dramatistes, choristes, dan- 
seurs, et jusqu'à la statue du Festin de Pierre, et jusqu'au fantôme 
de Sémiramis, tous enfin, nous étions déguisés en lévites et parta- 
gés de manière qu'un comédien-français donnait la main à un 
comédien-italien : Moié à Clairval, Contât à M'"^ Dugazon, Dazin- 
court à Trial. Nous fûmes applaudis à outrance ; celui-ci pour 
Zémire et Azor, celle-là pour le Diable à ijualre, cet autre pour le Séduc- 
teur, Contât pour l'hôtesse des Deux Pages, Dazincourt à cause de 
Figaro et Trial pour avoir peur si naïvement de l'ours des Deux 
Chasseurs et la Laitière, le tout dans le temple du Seigneur et sous 
les yeux d'Israël et de son pontife, 

Cette mascarade impertinente en tout autre temps; cette bur- 
lesque promenade unie à une pompe qui ne devait être que tra- 
gique et religieuse ; ces iîgures accoutumées à exciter le rire, 
paraissant pour conclure une pièce sublime oîi il y avait mort de 
reine; enfin, la procession du Malade imaginaire jointe a l'héroïque 
prise d'armes des enfants de Lévi, tout cela amusa fort le parterre 
et le grossit fort aussi. Bref, Athalie ainsi faite excita de grands 
transports, des battements de mains redoublés et des éclats de rire 
inextinguibles. En vérité, nous trichions en touchant l'argent de 
pareils spectateurs ; ils étaient plus curieux à voir que le spec- 
tacle. 

Quoi qu'il en soit des remarques de Fleury, le succès, on 
le voit, ne fut pas mince. Après avoir paru deux fois de la 
sorte sur la scène française, Athalie fut représentée cinq fois, 
au théâtre Favart, dans les mêmes conditions. Voici les chif- 
fres des recettes produites par ces cinq représentations : 

l"- juillet S,003 livres. 

12 — 4,147 — 

22 — 1,931 — 

2y — 2,303 — 

7 aoùl 2,376 — 

Entre la première et la dernière apparition d'Athalie se 
place la représentation de trois ouvrages nouveaux : le 6 juil- 
let, le Chevalier de La Barre, « fait historique » en un acte et 
en prose, de Marsollier ; le 31 juillet, la Veuve Calas à Paris, 
comédie en un acte et en prose, de Pujoulx ; le 1" août, 
Lodoïska ou les TarUircs, opéra-comique en trois actes, paroles 
de Dejaure, musique de Kreutzer. Les deux premiers de ces 
ouvrages pouvaient presque passer pour des pièces politiques; 
l'un et l'autre protestaient indirectement contre les jugements 
rendus dans deux procès fameux, auxquels la parole venge- 
resse et la verve indignée de Voltaire avaient donné le reten- 
tissement que l'on sait. En ce qui concerne le Chevalier de La 
Barre, qui rappelait l'épouvantable cruauté exercée au nom 
de la religion envers un enfant de dix-neuf ans, condamné 
pour sacrilège à être écartelé, l'auteur, Marsollier des Vive- 
lières, crut devoir faire connaître publiquement, avant la 
représentation, les motifs qui l'avaient engagé à porter un 
lel sujet à la scène; c'est ce qui lui fit écrire la lettre sui- 
vante, que le Journal de Paris publiait dans son numéro du 
juillet : 

Aux auteurs du Jourmd. 
Messieurs, 
Instruit de plusieurs faits relatifs au chevalier de La Barre, 
de plusieurs mots pleins de courage et de sang-froid qui lui sont 
échappés peu de tems avant son supplice, j'ai cru devoir les recueil- 
lir et les mettre au théâtre, pour faire connoitre et honorer davan- 
tage la mémoire de cet infortuné jeune homme. Tout le monde se 
rappelle sans doute que le l"' juillet 1766, il aété exécuté à Abbeville. 
à l'âge de 19 ans, pour avoir chanté quelques chansons trop libres 
et insulté un crucifix placé sur le pont, en sortant d'une partie de 
débauche où il s'étoit enivré ; encore cette dernière faute, qui mé- 
ritoit quelques mois de prison, n'a jamais été prouvée. On poussa 
la barbarie jusqu'à le mettre à la question; toute l'Europe fut 
indignée de ce jugement cruel, et l'on frémit encore en lisant dans 
Voltaire les détails de cet assassinat juridique. L'amour qu'un 
homme puissant dans la ville conçut pour M""" l'ahbesse de Brou, 
tante du chevalier, et qu'elle ne voulut pas écouter, sa vengeance 
la prévention d'un des juges, le fanatisme de l'ancien évêque 
d'Amiens, la condescendance coupable du Parlement de Paris, ont 
causé la mort d'un enfant intéressant que les âmes sensibles reo-rel- 



tent, et que la Révolution a vengé. Il annonçoit des talens, il seroil 
devenu certainement un excellent officier, il étudioit la guerre par 
principes, il avoit fait des remarques sur quelques ouvrages du 
roi de Prusse et du maréchal de Saxe, les deux plus grands géné- 
raux de l'Europe. 

M°" de Brou, sa tante, l'avoit élevé et traité comme un fils; 
mais le personnage de mère m'a paru plus dramatique et je me 
suis permis de l'employer ; du reste, toutes les situations de ce 
petit drame sont vraies; j'ai conservé jusqu'aux propres expres- 
sions du chevalier. Cette exactitude est le seul mérite qui puisse 
me donner quelques droits à l'indulgence du public. 

J'ai l'honneur d'être, etc. 

L'auteur de la pièce. 

Peu de jours après la représentation du Chevalier de La Barre , 
le 11 juillet, rOpéra-Gomique faisait relâche à cause de la 
translation du corps de Voltaire au Panthéon. Le 15, le spec- 
tacle était interrompu au milieu de la soirée ; Paris était 
animé, fiévreux, agité, en prévision de la grande manifesta- 
tion qui devait avoir lieu le 17 au Champ-de-Mars et qui 
malheureusement devait se terminer par une collision san- 
glante; on jouait l'Amant statue et Zémire et A::or, et les registres 
nous apprennent qu' « au second acte de Zémire, le peuple 
est venu faire fermer le spectacle. » Le 18, le caissier men- 
tionne un nouveau relâche, moins fâcheux, car celui-ci a 
pour cause « les réjouissances publiques et la proclamation 
de la Constitution acceptée par le roi. » Enfin, à la date du 
20, nous trouvons un spectacle gratis, composé des Femmes 
vengées et de Baoul, sire de Créqui, spectacle dont mention est ainsi 
faite : « Gratis en réjouissance de la Constitution acceptée 
par le roi. Le spectacle a été ouvert à midi précis, et l'on a 
commencé à deux heures. Il n'y a point eu de loges réser- 
vées comme anciennement pour les charbonniers et les pois- 
sardes, tout le peuple s'est placé indistinctement dans les 
loges ouvertes, il n'y en a pas eu une seule réservée pour 
les acteurs, qui que ce soit du public n'est entré dans l'inté- 
rieur ; après le spectacle chacun s'est retiré sans danser sur 
le théâtre. » 

Ces réflexions resteraient obscures pour qui ne serait pas 
au courant d'un usage assez singulier, qui s'était établi 
depuis une douzaine d'années à la Comédie-Italienne, et que 
je ne saurais faire mieux connaître qu'en empruntant à un 
annaliste le petit récit que voici : « Le mercredi 29 décembre 
1778, les Comédiens-Italiens donnèrent au peuple une repré- 
sentation d'Arlequin et Scapin voleurs par amour et de la Bataille 
d'Jori, drame lyrique, en réjouissance de la naissance de 
Madame, fille du Roi. Dans la première pièce, Carlin remplit 
son rôle d'Arlequin avec cette finesse de talent qui le carac- 
térise... Après le spectacle, les charbonniers et les poissardes 
descendirent sur la scène, saluèrent très respectueusement 
le public qui étoit resté dans la salle, et formèrent des 
danses comme ils avoient fait à la Comédie-Françoise. Les 
poissardes demandèrent à voir l'acteur qui avoit représenté 
leur bon Boi Henri, le remercièrent, le baisèrent, le compli- 
mentèrent et l'engagèrent à danser avec elles. M. Clairval 
dansa trois menuets au bruit des applaudissemens, et les 
autres acteurs et danseurs s'y prêtèrent avec la même grâce. 
Pendant ce bal curieux et nouveau, les Comédiens prodi- 
guèrent le vin, le pain et les cervelats (1). » Depuis lors, tous 
les jours de spectacle gratis, les charbonniers et les poissardes 
avaient pris la coutume de venir, après la représentation, 
danser sur le théâtre avec les acteurs, et l'on réservait à 
ces benjamins du régime royal un certain nombre de loges 
dans lesquelles le gros du public ne pouvait pénétrer. Ceci 
explique les remarques faites, au sujet du spectacle gratis 
du 20 septembre 1791, par le caissier de l'Opéra-Comique, 
qui les faisait suivre de ce nota, révélateur de quelques im- 
patiences témoignées sans doute par le public : « On obser- 
vera qu'il serait plus prudent dans les gratis de ne pas ouvrir 
les portes avant de commencer le spectacle, et que bien au 

(1) Les Spirlattes de Paris, ITSO. 



LE MENESTREL 



49 



contraixe, comme la salle est remplie dans un clin d'œil, il 
faudrait donner le spectacle tout de suite (l). » 

(A suivre.) Arthur Pougin. 



SEMAINE THÉÂTRALE 



La répétition généiiale de Patrie. 

C'est une simple répétition qui est l'événement à fracas de cette 
semaine, mais celle-ci, il le faut dire, n'était pas ordinaire. Et 
d'abord elle se présentait sous le couvert de la charité, cette sainte 
ctiarité qui donnait aux belles dames, pour la première fois de la 
saison, l'occasion tant cherchée de mettre au vent leurs épaules 
nues et d'exposer sur ce satin vivant tous les trésors de leurs riches 
écrins. Non, jamais inondés, qu'ils soient da Nord ou du Midi, n'ont 
été béais par de plus jolies bouches et jamais yeux perfides n'ont 
pleuré plus joyeusement sur des malheurs immérités. Ah ! mes amis, 
quel séducteur que ce Rhône ! Impétueux et charmant à la manière 
de Don Juan, il est le fleuve chéri de nos Parisiennes, l'organisa- 
teur préféré de leurs fêtes, et c'est lui qui, l'autre soir, trônait en 
roi majestueux dans la salle de l'Opéra. 

Donc l'assemblée élait brillante. Mais je ne jurerais pas que ce 
fût là un maître public pour l'estimation d'une œuvre d'art. On peut 
presque dire que l'attention et la compétence d'un auditoire sont 
en raison inverse de sa mise plus ou moins recherchée. Une larme 
inconsidérée peut détruire tout l'effet d'un fard savamment préparé; 
une commotion trop violente peut ébranler l'échafaudage d'une 
coiffure artistement surélevée. Les nobles dames doivent donc 
se garder avec soin de se livrer à leurs impressions. Il n'en va pas 
mieux du côté masculin ; la raideur du faux-col, la cravate blanche 
immaculée, l'habit serré et le plastron rigide laissent peu de facilité 
pour une libre expansion, et tous ces jeunes attachés de quelque 
chose se détachent très aisément des intérêts de la scène. Ce genre 
de société choisie se suffit, en général, comme spectacle : « Regarde- 
moi, je te regarde. » Ce n'est pas d'une intrigue très compliquée, 
mais on parait toujours la trouver nouvelle. 

C'est donc une bonne note pour l'œuvre de MM. Victorien Sardou, 
Louis Gallet et Paladilhe d'avoir réussi plusieurs fois à secouer 
cette masse de diamants et cette collection de gilets en cœur. Sans 
doute, l'assistance ne s'est pas toujours enlevée aux bons en- 
droits, — il y en a beaucoup, — mais elle a suivi très crânement 
la grosse caisse et le trombone oîi ils voulaient la mener, comme 
une armée qui marche au canon. On ne dira plus que M. Massenet 
ait seul à l'Opéra le privilège de frapper fort et de déchaîner des 
cuivres vengeurs, quand il s'agit do triompher de l'indifférence et 
des froideurs d'un public récalcitrant. Comme celle de l'auteur du 
Cid, la musique de M. Paladilhe a pris d'assaut les oreilles en leur 
faisant violence. Elle est entrée par la brèche, tout armée et en 
sonnant des fanfares de victoire. 

Nous ne croyons pas avoir le droit d'entrer de suite dans le vif 
de cette intéressante partition, puisque la première représentation 
officielle n'en aura lieu que demain lundi. La plume de notre col- 
laborateur Arthur Pougin, bien plus compétente que la nôtre, en 
rendra compte à nos lecteurs dimanche prochain. Mais dès à pré- 
sent nous pouvons dire pour notre part combien nous sommes heu- 
reux du succès qni se prépare. Et cela pour deux raisons princi- 
pales, d'abord parce qu'il sera démontré une fois de plus, par le 
superbe livret de MM. Victorien Sardou et Louis Gallet, combien 
il est inutile pour nos jeunes musiciens d'avoir recours à ces lé- 
gendes nuageuses qu'on prône aujourd'hui et qui tiennent bien 
plus de l'oratorio ou de la cantate que du théâtre proprement dit ; 
ils intéresseront davantage le public avec des drames basés sur 
les véritables passions humaines et des héros qui n'auront rien à 
emprunter à l'invraisemblance. 

Certes, on pourra discuter l'œuvre de M. Paladilhe — nous ne 
prétendons pas qu'elle soit sans reproche, — mais il faudra du 
moins convenir qu'il l'a écrite avec une grande sincérité. Et c'est 
une qualité principale dans les arts. En poussant les choses à l'ex- 
trême, si on prétend que le musicien n'a rien ajouté pour sa part 
au drame de M. Sardou, on devra tout au moins reconnaître qu'il 
n'a rien gâté non plus. Et pour nous, c'est un bel éloge que lui 

(1) Quatre théâtres seulement donnaient spectacle gratis à cette date du 
20 septembre 1791 : l'Opéra-Comique, le théâtre Feydeau, le théâtre Mou- 
tansier et le théâtre Louvois. 



a décerné son librettiste, — le propos est-il réel? — quand il s'est 
écrié : « Enfin, voici donc un musicien qui se tient à sa place ! » 
Depuis ce jour, on affirme que M. Massenet, qui a composé toute 
une petite partition pour le Crocodile du même Sardou, s'obstine, 
pendant les répétitions en cours, à demeurer dans les coulisses oti 
il prétend dissimuler sa modestie. Et quand on l'y vient chercher, 
il refuse de se montrer plus apparemment : « Non, non, dit-il, je 
suis ici à ma place. » N'est-ce pas d'une politique charmante et 
spirituelle ? 

Nous croyons donc à un vif succès pour l'opéra nouveau que 
nous allons applaudir demain, et quand même nous y mettrions 
un peu de partialité, ne serait-ce pas de mise pour une partition fran- 
çaise, et à une époque où il est besoin de réagir contre les tendresses 
excessives prodiguées aux productions étrangères? La partie était 
décisive pour M. Paladilhe ; il l'avait dit : « Si je ne réussis pas avec 
Patrie, je renonce pour toujours à la musique et je passe le restant 
de mes jours à pêcher à la ligne. » Le jeune compositeur peut 
remiser pour cette fois ses engins de destruction. Les goujons l'ont 
échappé belle ! 

H. MORENO. 

Odéon. — Michel Pauper, drame en S actes, de M. Henri Becque. 

Rien que ce ne soit là qu'une reprise et que le drame date à 
peine de seize ans, Michel Pauper est si peu connu qu'il est pres- 
que une nouveauté pour nous tous. A la veille des événeir^ents 
douloureux de 1870, M. Becque, qui n'avait pu trouver de direc- 
teur pour risquer la partie, prit à son compte la salle de .la Porte- 
Saint-Martin, recruta lui-même une troupe de comédiens et pré- 
senta audacieusement son œuvre au public. L'échec fut complet, et 
l'on peut s'étonner, que M. Porel ait eu la fantaisie de reprendre 
une sorte de mélodrame qui, malgré des qualités évidentes de 
force, de vigueur et de hardiesse, présente vraiment des inégalités 
trop grandes et même une certaine fausseté dans les idées que 
l'optique du théâtre rend encore plus flagrante. Dans Michel Pauper, 
plus encore que dans les Corbeaux, la Parisienne et la Navette, 
M. Becque s'est attaché surtout à porter des coups violents dénature 
à choquer tous les goûts du spectateur ; il en est arrivé à lui sou- 
lever le cœur. N'est-il pas répugnant, ce comte de Rivailles qui 
offre avec tant de cynisme un marché infâme à une hoanète jeune 
fille, et honteuse, cette Hélène qui se donne à l'homme qui la mé- 
prise? N'est-il pas désespérant, ce Michel Pauper, cet ouvrier de 
génie qui commence par l'ivresse, se corrige pour mériter la femme 
qu'il aime et, trahi, finit alcoolique? C'est M. Paul Monnet qui 
interprète ce dernier personnage et'y apporte ses qualités ordinaires de 
brusquerie et de sauvagerie. M""' Weber donne quelque monotonie 
au rôle d'Hélène. M. Dumény défend de son mieux la 'figure 
extravagante de Rivailles. M"'= Favart prête l'autorité de son nom 
à M"" de la Roseraie, la mère d'Hélène, et M. Lambert père débite 
très correctement les quelques scènes qu'il a à dire. Je doute fort 
que le public parisien, malgré un très beau dernier acte, prenne 
grand plaisir à cette reprise de Michel Pauper, mais il était intéres- 
sant pour ceux qui s'occupent des choses du théâtre de voir, à la 
scène, cette œuvre première d'un écrivain dont lefaire excite, en ce 
moment, une curiosité très naturelle. 

Paul-Émile Chevalier. 



LA MUSIQUE EN ANGLETERRE 



LE CONSERVATOIRE DE LA CITÉ 

La musique a fait, ces temps derniers, de grands progrès en An- 
gleterre ; c'est un fiit reconnu par tout le monde, excepté par le 
gouvernement. Ce gouvernement, qu'il soit libéral ou tory, mani- 
feste de nos jours autant de dédain pour la musique que lord 
Chesterfield en montrait au dernier siècle lorsqu'il disait à son fils 
qu'il préférerait lui connaître tous les vices plutôt que de le voir 
maître de danse ou violoneux. Ceux ([ui nous gouvernent aujour- 
d'hui sont évidemment du même avis, et c'est bien là leur ligne de 
conduite. Chaque année ils dépensent des sommes folles pour en- 
seigner aux petits écoliers le chant par l'oreille, système tant de 
fois condamné par les inspecteurs nommés à cet effet ; l'encourage- 
ment qu'ils donnent à l'enseignement supérieur de l'art se borne à 
une somme de l:2,oOO francs par an, accordée difficilement, à la 
Royal Academy o/ Music qui, entre parenthèse, n'est pas plus une 
académie royale que Her Majostys' Théâtre n'est une entreprise 
ayant quelque rapport avec Sa Majesté. Encore cette maigre sub- 



20 



LE MhMJ^STREL 



vontion a-t-elle été souvent combattue par quelques puritains du 
Parlement sous le prétexte qu'on pourrait ainsi encourager les élè- 
ves à monter sur le théâtre, qui n'est autre chose que le seuil de 
l'enfer. 

Heureusement que la sagesse qui fait défaut à notre gouverne- 
ment se retrouve chez les Pères conscrits de notre grande ville de 
Londres. On entend les radicaux crier que la Cité, avec son lord- 
maire et sa somptueuse procession, avec ses dîners interminables 
de vrai turlle soup el son système d'élection municipale qui date 
du déluge, est une anomalie; ils disent que ses grandes richesses 
devraient être confisquées, et les droits qu'elle impose sur les vins 
et les charbons abolis au profit des pauvres. Malgré l'opinion de 
quelques hommes politiques et des pauvres en général pour l'adop- 
tion d'un pareil bouleversement, les musiciens ont tout avantage à 
ce qu'il soit renvoyé aux calendes grecques, car il est assez curieux 
de constater que c'est au sein du commerce que la musique a ren- 
contré le seul encouragement officiel dont elle jouisse dans ce pays. 
Et cet encouragement s'est manifesté sous la forme d'un bel et bon 
bâtiment, construit à chaux et à ciment, élevé pour le « Guildhall 
School of Musie » qui vient d'être inauguré par le lord-maire en 
personne, entouré des conseillers municipaux el précédé de son 
massier, tous habillés de leurs belles robes de cérémonie. 

Avant do vous donner une description du nouvel établissement, 
je désirerais dire quelques mots de l'instilution qui vient d'y élire 
domicile. Ses progrès sont presque miraculeux : l'école fut ouverte 
au mois de septembre 1880 avec 62 élèves seulement ; à la fin du 
premier terme, elle en comptait 216 et il y avait 29 professeurs. 
Aujourd'hui 2,S03 élèves sont inscrits sur ses registres, et le pro- 
fessorat y est représenté par 90 maîtres. 

L'enseignement comprend à peu près toutes les branches de 
l'art musical, y compris le chant, le piano, tous les instruments de 
l'orchestre, lorgne, l'harmonium, la composition, la lecture à pre- 
mière vue et les langues italienne, française et allemande. La 
subvention annuelle s élève à la somme de o7,300 francs. La 
municipalité avait aussi fourni, près de son palais, une maison 
modeste qui bientôt se trouva insuffisante pour les besoins de 
l'école. Il fut donc nécessaire de se mettre à la recherche d'un 
endroit plus convenable, et c'est au quai Victoria qu'on éleva le 
bâtiment, qui fut terminé en juillet 188o. 

Les résultats de l'enseignement musical obtenus sous la direc- 
tion de M. Weist Hill sont généralement connus. Il n'a pas été 
donné moins de 121 concerts dans le courant des six années écou- 
lées, et la musique dramatique n'a pas été entièrement négligée : 
il y a eu deux représentations de l'opérette de Mendelssohn : Fils 
et étranger, et des fragments d'(7 Trovatore ont été joués. Plusieurs 
compositions des élèves ont figuré au programme des divers concerts. 
Le nouveau bâtiment, sur les rives de la Tamise, n'est pas d'un 
aspect imposant, mais il est fort bien aménagé à l'intérieur; il 
contient 42 salles de classe, qui sont de bonne dimension et sépa- 
rées des bruits du dehors par de doubles portes vitrées. Il y a 
aussi une salle d'études capable de recevoir un orchestre de 
MO exécutants. En un mot, tous les accessoires, y compris un grand 
orgue, ainsi que l'agencement des différentes pièces, sont du meil- 
leur goût. Les frais de la construction n'ont pas dépassé SSO,000 fr., 
somme lelativement modérée. 

La cérémonie d'inauguration a consisté principalement en dis- 
cours divers ; la partie musicale était très courte ; elle a été écourtée 
encore par le départ du lord-maire, appelé ailleurs par ses fonctions. 
Le soir a eu lieu l'inévitable diner, avec d'autres discours encore. 
Les dîners de la Cité ont toujours passé pour quelque peu lourds, 
et les discours de la Cité ressemblent assez à sa cuisine. Comme je 
me trouvais assis presque au côté du lord-maire, il me fut donc 
impossible de m'esquiver à temps, et j'eus tout mon soûl de bonne 
chère et d'éloquence. Le lord-maire, dois-je ajouter, est un homme 
jeune encore, très distingué, ce qui ne va pas toujours de soi avec 
les dignitaires de la Cité, et de plus un gradé de l'Université de 
Cambridge ; il parle bien sur la musique et autres matières. De 
l'autre côté, j'avais près de moi le Grand-Maître de la Corporation 
des Peaussiers, qui, d'ailleurs, n'est pas plus peaussier que moi- 
même. Il a fait, sans contredit, le discours le plus spirituel de la 
soirée en affîrmanl qu'Apollon, le dieu de la musique, était aussi 
un des plus honorables membres du métier de la peausserie, puis- 
qu'il écorcha Marsyas. 

On s'attend à ce que le changement de localité augmente de 
beaucoup et peut-être même double le nombre des élèves du 
Guildhall School. Au premier abord, on pourrait croire qu'une ins- 



titution aussi vaste est inutile dans une ville qui compte déjà plu- 
sieurs centres d'enseignement musical ; que son développement 
doit entraîner nécessairement la décadence et la chute des établis- 
sements rivaux. C'est une erreur. En musique, comme en autre 
chose, la consommation augmente avec l'abondance des provisions ; 
et puis, ces diflérentes écoles font appel à différenls types sociaux 
ou artistiques d'élèves. Si, par exemple, on compare le Guildhall 
School et le Royal Collège de South-Kensington, on trouvera que 
toute lutte ou compétition est impossible entre ces deux institutions. 

Le but du Royal Collège est d'attirer l'élite du talent musical, et 
ce but sera atteint mieux encore qu'à présent lorsqu'une subvention 
du gouvernement ou des libéralités individuelles permettront de se 
priver des élèves payants. Ceux qui concourent avec succès pour 
une bourse doivent posséder déjà une certaine quantité de talent, 
et on peut avoir toute confiance en sir George Groveetdans les pro- 
fesseurs distingués du Collège pour protéger et guider ce talent. Le 
Guildhall School, au contraire, repose sur des bases plus populaires. 
Ses prix sont presque nominaux, et il ne serait guère désirable qu'une 
partie de ses élèves vînt grossir encore les rangs déjà bien fournis 
des artistes, et encore moins qu'elle vînt se joindre aux amateurs 
ambitieux qui, sous prétexte de charité, donnent libre carrière à 
leur envie de paraître en publie. Sans doute il n'y a pas de raison 
pour empêcher l'élève bien doué de devenir un Sims Reeves ou un 
Sterndale Bennett, et tout ce qu'il faut pour préparer un artiste se 
trouve à l'école ; mais c'est une éventualité qui se présentera rare- 
ment. Le devoir plus immédiat du Guildhall School est de répandre 
le goût de la musique parmi toutes les classes de la société. A l'exé- 
cution de ce devoir il faut s'appliquer avec toute l'énergie et toute la 
consistance qui doivent dominer une grande mission d'éducation, 
ayant toujours pour principe : ars vera, lessevera. 

En Angleterre, la purification du goût est surtout indispensable, 
si nous voulons conserver la nouvelle position conquise par nous 
parmi les nations musicales du inonde. Les bons artistes ne peuvent 
prospérer s'il n'y a pas de bons amateurs pour les écouter et les 
encourager, car il faut presque autant d'intelligence pour bien 
écouter la musique sérieuse que pour l'exécuter avec art. Il n'y a 
pas de doute que nous n'ayons des compositeurs et des chanteurs 
de talent, mais on ne peut affirmer avec autant de certitude que 
nous ayons suffisamment d'auditeurs en mesure de formuler un ju- 
gement indépendant sur ce qu'ils entendent et de distinguer entre 
l'art vrai et ce qui n'est que du galimatias à effet. 

Franxis Hueffer. 



NOUVELLES DIVERSES 



ÉTRANGER 

De notre correspondant de Vienne : — « Nous venons d'assister à la 
première représentation du nouveau ballet la Création du Champagne, texte 
de M. Willner, musique de M. Ignace Brùll, qui a remporté un grand 
succès. Ce ballet nous ramène aux traditions des anciens ballets français, 
que les machines tapageuses qu'on fabrique actuellement à Milan et qui 
courent le monde nous avaient malheureusement fait oui)lier. L'action 
est simple et amusante, la partition est l'œuvre d'un vrai musicien, 
qui se distingue par la fraîcheur et la grâce des idées et aussi par 
la finesse de l'orchestration. M. BrûU a fait ses premières armes avec 
l'opéra comique la Croix d'or, qu'on a donné chez nous en même temps 
que la Coppélia de Delibes ; le hasard de ce voisinage a été de bon augure 
pour le jeune auteur, car la musique de son nouveau ballet nous rappelle, 
par son style et par son élégance, les délicieuses pages que nous devons 
au maître français. Notre première danseuse, M"' Cerale, s'est tailié un 
succès hors ligne dans le nouveau ballet, où elle a introduit un pas de 
deux composé par elle-même et qu'elle a dansé avec une virtuosité ver- 
tigineuse. On a également applaudi un talileau représentant les vins de 
tous les pays, figurés par tes danses nationales.— L'opéra .l/eHin, de M. Goîd- 
mark, est devenu la yreal attraction de la saison; il a été joué sept fois 
en trois semaines, et produit continuellement le maximum de la recette. » 

0. Bn. 

— Correspondance de Dresde. — Voilà bientôt trois mois que les salles 
de concerts ont rouvert leurs portes au public, et malgré un nombre ex- 
cessif d'auditions musicales de premier ordre, dans lesquelles se sont fait 
applaudir des artistes en renom tels que Joachim, Wilhelmy, d'Albert, 
jjmes Sembrich et Sophie Menter, il est un artiste irançais qui vient de 
soulever un enthousiasme sans exemple, et dont je désire vous entretenir : 
c'est Francis Planté 1 Le charme irrésistible de ce talent si personnel, de 
cette organisation d'une poésie si exquise, a conquis le public de notre 
ville, et la presse est unanime à dire que jamais pianiste n'a été ici 
l'objet de pareilles ovations. Après nous avoir donné, au 3"' concert de 



LE MENESTREL 



21 



la Société philharmonique, une interprétation poétiquement et sobrement 
classique du concerto de Mendelssohn, le succès n'a fait que croître dans 
le « récital » que l'artiste a organisé lundi dernier. — A. W. 

— Nouvelles théâtrales d'Allemagne. — Junker Heinz, l'opéra du comte de 
Perfall, a brillamment réussi au théâtre municipal de Cologne. Le princi- 
pal rôle était tenu par le ténor Gœtz, qui y a été, dit-on, admirable. — 
On annonce pour le 23 décembre, au théâtre de Magdebourg, la première 
représentation d'un opéra romantico-comique (nouvelle formule) de M. Richard 
Kleinmichel, intitulé Manon. 

— On nous annonce, de Berlin le succès très vif que vient de remporter, 
au théâtre Victoria, le joli ballet Viviane, de MM. Gondinet, Pugno et 
Lippacher. Le directeur, M. Scherenberg, a très fastueusement fait les 
choses et rectifié intelligemment plusieurs points défectueux de la mise en 
scène parisienne. La charmante partition de MM. Pugno et Lippacher a 
été appréciée à toute sa valeur par la critique allemande, qui la trouve 
Il remplie d'inspirations fraîches et originales ». L'interprétation a été 
excellente do la part des premières danseuses, et le tableau du Tournoi 
K a fait sensation ». Les journaux n'hésitent donc pas à prédire à 
M. Scherenberg « une longue suite de représentations fructueuses ». 

— Extrait de la correspondance viennoise du Figaro : — « Grand émoi 
dans le camp des wagnériens. Les journaux ont annoncé la mise en liberté 
de Parsifal ! Grands dieux, est-ce qu'il se consumait sur la paille, humide 
des cachots? Pas précisément, mais on sait que, de par la volonté du 
maître, Parsifal ne peut être donné sur aucune scène d'opéra. Cette œuvre 
vestale reste confinée au Temple de Bayreuth, et ce n'est que là qu'elle 
doit se dévoiler aux yeux des initiés. Or, les autres théâtres allemands 
sont mortifiés de cette décision du maître et tourmentent beaucoup sa 
veuve pour qu'elle lève l'interdit. Le bruit courut, ces jours derniers, que 
c'était chose faite. Mais, information prise, il n'en est rien. Parsifal res- 
tera enchaîné à Bayreuth et ne sera exécuté que là. Ceux qui ne vou- 
dront pas faire le voyage devront attendre vingt-six ans, c'est-à-dire jus- 
qu'au moment où Parsifal tombera dans le domaine public et pourra se 
jouer partout. » 

— 11 y a quelques semaines, pour la clôture des grandes manœuvres de 
l'armée allemande, a eu lieu une retraite aux flambeaux, suivie d'une 
sérénade donnée à l'empereur. Les musiques, clairons et tambours de tous 
les régiments j ont pris part ; le nombre total des exécutants était de 
1,200. On a beaucoup remarqué que le chef de musique qui a dirigé la 
sérénade avait, pour battre la mesure, une baguette dont le bout était 
lumineux, et l'on se demandait comment cette baguette lumineuse était 
construite. En voici l'explication. La baguette est creuse et renferme un 
tube de verre. Dans celui-ci se trouve un fil métallique qui communique 
avec un accumulateur chargé d'électricité. L'accumulateur est placé sous 
l'estrade du chef de musique. Au moment voulu on établit, en pressant 
sur un bouton, le circuit électrique, et l'extrémité du fil devient lumi- 
neuse. De cette manière, la baguette se voit de loin, et le chef de mu- 
sique peut donner la mesure à des centaines de musiciens. Cet appareil 
ingénieux avait déjà été employé lors de la grande retraite militaire qui 
a eu lieu le printemps dernier à l'occasion de la fête de l'empereur. 

— Un écrivain allemand qui est l'un des défenseurs les plus ardents de 
la musique religieuse catholique, M. Fr.-X. Haberl, vient de publier à 
Regensburg une brochure consacrée à l'un des plus grands organistes de 
l'Italie : Girolamo FrescobakU, sa vie et ses œuvres, d'après des documents 
d'archives et bibliographiques. Ces documents lui ont été surtout fournis 
par M. Leouida Busi, avocat à Bologne, M. Pietro Venzel, archiviste et 
bibliothécaire de Saint-Pierre de Rome, et par M. Federico Parisiiii, de 
Bologne. C'est d'après ces renseignements nouveaux que M. Haberl a pu 
établir la date et le lieu du baptême du célèbre artiste, qui aurait eu lieu 
à Ferrare le 9 septembre 1383, et celle de sa mort, qui serait advenue le 
2 mars 16ii. On sait que jusqu'à ce jour les dates de la naissance et de 
la mort de Frescobaldi étaient restées très incertaines. 

— Est-ce que les « représentations modèles » (?) vont devenir une manie 
en Allemagne ? Voici qu'on annonce que M. Hans de Bûlow va donner 
prochainement, à Hambourg, une représentation modèle de la Carmen de 
Bizet. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire? 

— Une maprifique salle de concerts appelée « Bern's Salong » vient 
d'être inaugurée à Stockholm. Elle contient 2,000 places, deux estrades 
pour l'orchestre, et les décorations en sont, paraît-il, d'excellent goût. Aux 
quatre coins se dressent les statues de grandeur naturelle de Jenny Lind, 
Christine Nilsson, Pauline Lucca et Adelina Patti. Les murs sont ornés 
de niches renfermant les bustes des plus célèbres compositeurs anciens, 
modernes et contemporains.de tous les pays. Il n'y en a pas moins de 
cinquante parmi lesquels nous citerons ceux d'Auber, Boieldieu, Cheru- 
bini, A. Thomas, Gounod, Saint-Saëns, Meyerbeer, Méhul, Halévy, Hé- 
rold, Bizet, Berlioz, OlTenbach et Johann Strauss. Une Marche triomphale, 
composée spécialement pour l'inauguration du « Bern's Salong » par le 
compositeur danois lijalmar Meissler, a été accueillie, lors de son exécu- 
tion, avec le plus grand enthousiasme. 

— Le 27 novembre, au Théâtre Marie, de Saint-Pélersbourg, a été cé- 
lébré le jubilé de la Vie j.onr le Tzar, l'opéra national de Glinka, qui avait, 
à cette occasion, été remonté à neuf par la direction. Décors et costumes 



ont été merveilleux; tous les rôles, même les plus petits, étaient tenus 
par les premiers sujets. Grand succès pour M""= Pavlovsky dans le rôle 
d'Antonida, pour M. Koriakine dans celui de Soussanine, et enfin pour 
M. Vassiliew dans Sabinine. Pour donner une idée de l'ensemble, il suf- 
fira d'ajouter que M. Mikhaïlow, un des meilleurs artistes, s'était chargé 
en cette occasion de chanter le solo du chœur de l'introduction, et 
M. Stravinsky du petit rôle du chef de la légion polonaise. M. Napravnik 
dirigeait l'orchestre, qui s'est distingué par une perfection rare. La salle 
était absolument comble, et brillante au possible; depuis trois semaines 
déjà, toutes les places avaient été retenues. Cette représentation solennelle 
était la 577= de cette œuvre populaire entre toutes en Russie. Ce n'est pas 
à Saint-Pétersbourg seulement, mais dans toutes les villes russes, que ce 
jubilé a été célébré avec tout l'éclat d'une tête nationale. A Moscou on a 
joué la pièce le même soir sur deux théâtres, à l'Opéra privé et au Théâ- 
tre allemand. A l'Opéra privé, après l'exécution de l'ouvrage, le buste de 
Glinka a été couronné, entouré de tous les artistes. Des députations des 
artistes et des compositeurs moscovites ont déposé des couronnes au 
pied du buste. Sur la demande du public, la Slava a été exécutée à deux 
reprises. 

— Le même jour, 27 novembre, on inaugurait à Smolensk le magni- 
fique monument élevé à la mémoire de Glinka. Le piédestal de ce monu- 
ment est, dit-on, une merveille de goût. Il est orné des différents motifs 
de l'opéra, très artistemeut groupés. 

— M"= Sigrid Arnoldson vient de remporter un beau succès dans le rôle 
de Violetta, de la Traviata, au Théâtre italien de Moscou. M"= Arnoldson 
doit y chanter très prochainement le poétique rôle de Laicmé. Il se pourrait 
aussi que M. Maurice Strachosh nous fasse entendre, au printemps pro- 
chain, la jeune cantatrice dans des représentations d'opéras italiens qu'il 
organiserait à Paris. 

— C'est jeudi dernier qu'a eu lieu, au Grahd-Théàtre de Genève, la 
première représentation de Jacques Clément, le grand opéra inédit de 
M. Grisy, que nous avons récemment annoncé. Les journaux genevois ont 
fait pour cet ouvrage ce que les journaux parisiens ont fait pour Patrie, 
c'est-à-dire qu'ils en ont longuement parlé avant l'apparition devant le 
public. Toutefois nous n'avons encore, de la représentation, que des nou- 
velles télégraphiques, lesquelles annoncent d'ailleurs, comme d'usage, un 
certain succès. Nous parlerons plus longuement de Jacques Clément la se- 
maine prochaine. 

— A la Monnaie, de Bruxelles, on a donné sans succès, le 11 de ce 
mois, un ballet-divertissement en un acte, Myosotis, scénario de M. Sa- 
racco, musique de M. Flon. 

— Milan n'aura pas moins de trois théâtres d'opéra ouverts pendant le 
carnaval : la Scala, le Dal Verme et le Garcano. Nous avons fait connaître 
les artistes et les ouvrages qui composeront la troupe et le répertoire de 
la Scala; le Dal Verme donnera i Goti, Attila, Faust, la Lucia et la Confessa 
d'Amalfi, plus un opéra nouveau du maestro E. Ferrari, iXotte di Aprile; 
au Carcano on annonce, entre autres, Salcator Rosa et Guarany, de Gomes. 

— Voici maintenant qui concerne le carnaval à Rome. A l'Apollo, 
qui est le grand théâtre de la capitale et qui vient de publier son 
cartellone, on donnera V A f ricana, Don Carlos, i Lituani, Luisa Miller, il Vas- 
cello fantasma, de Wagner, et un opéra nouveau du maestro Falchi, intitulé 
GiudiUa, plus deux ballets: Cleopatra et Sieba. Les principau.x artistes 
engagés sont les signore Medea BorelIi,ElenaBoronat, Gîulîa Novellî, Katte 
Rolla et Elvira Toni, et MM. Marconi, Signoretti, Devoyod, Sparapani, 
Casanova, Lorrain, Scarneo et Vecchioni. — Au théâtre municipal 
Argentina, on jouera l'opéra bouffe et de demi-caractère ; on ne connaît 
encore ni le répertoire ni le personnel, mais on a.naonce Fra Diavolo et on 
cite un bouffe e.xcellent, M. Frigiolti. — Au Gostanzi, saison de ballet et 
d'opérette bouffe; on jouera Excelsior, avec la première danseuse Rescalli. 
— Au théâtre Valle, représentations de la compagnie française Schur- 
mann, et ensuite de la compagnie dramatique Boetti-Valvassura. — Enfin, 
au Théâtre dramatique national, retour de la compagnie nationale, au 
Quirino, opérettes et- féeries, au Métastase, comédies avec Pulcinella et 
ballet, et au Goldoni, opérettes en dialecte romanesque. H y en aura, 
comme dit l'Opiaione, pour tous les goûts. 

— Nos chefs d'orchestre français pourraient envier le sort de leurs con- 
frères d'Italie en lisant ce petit récit, emprunté au Secolo, des ovations 
faites récemment à M. Franco Faccio, à propos de sa représentation à 
bénéfice, parle public milanais: — « La chronique d'hier soir, au Dal 
Verme, peut tenir en une seule phrase: imposante démonstration d'estime 
et d'affection à l'illustre Faccio, dont c'était la soirée d'honneur. Ce 
prince des modernes chefs d'orchestre, acclamé dès, son arrivée, a été 
pendant tout le cours de la soirée l'objet de chaleureuses ovations; et, à la 
fin de chaque acte, il a du se présenter au public avec les vailiants interprètes 
d'i Lituani. De riches cadeaux ont été offerts à M. Faccio ; citons : deux 
belles couronnes de laurier; un service de thé en or et argent, avec une 
carte de visite en or portant la dédicace; une riche pendule, et un service 
de table en or. Donateurs : la Gabbi, la comtesse Dal Verme et beaucoup 
d'admirateurs de Faccio. » Ou voit que nos voisins n'y vont pas de main 
morte lorsqu'il s'agit de rendre hommage à leurs artistes. 



LE MENESTREL 



— Le théâtre Malibran, qui a été pendant si longtemps l'un des plus 
fameux de Venise et où l'on a exécuté tant de chefs-d'œuvre du grand ré- 
pertoire lyrique, vient de rouvrir, après de longues années de fermeture 
et de silence, en se consacrant à... l'opérette et en offrant à son public la 
Fille de Madaim Angot. — Sic transit, etc. 

— On vient de reconstituer, à Turin, l'ancien comité des Concerts po- 
pulaires de musique classique, concerts qui, après le départ de MM. Pe- 
drotti et Faccio, en ISSi, avaient dû être abandonnés, par la faute de 
ceux-là mêmes qui étaient le plus intéressés à leur succès, c'est-à-dire les 
membres de l'orchestre. C'est le maestro Bolzani, chef d'orchestre du 
Ihédtre Regio, qui dirigera les séances. 

— Le Cosmorama pit'orico n'est pas tendre pour les premières œuvres de 
Verdi. Parlant de la reprise de Nahucco qui vient d'être faite au théâtre 
Dal Verme, de Milan, il dit: — « Nabucco, hier soir, au Dal Verme, 
résultat complètement froid. La musique a fait son temps, et l'on peut 
s'émerveiller aujourd'hui qu'elle ait pu exciter tant d'enthousiasme il y a 
quarante-quatre ans... Le théâtre était comble, ce qui ne se renouvellera 
pas, on peut l'affirmer, aux représentations suivantes. » Pas galant, le 
Cosmorama ! 

— Aux Variétés, de Madrid, on a donné récemment la première repré- 
sentation d'une « extravagance » musicale en un acte : el Club de los feas, 
qui a obtenu du succès. Auteurs : MM. Palacios et Perrin pour les pa- 
roles, Espino et Rubio pour la musique. 

— On nous écrit d'Angleterre que les Récitals d'orgue que M. Alex an-' 
dre Guilmant y donne annuellement obtiennent en ce moment le plus 
vif succès. Ses nouvelles compositions, ainsi que celles de MM. Saint- 
Saëns, César Franck, Salomé, A. Deshayes et Gh. Magner y sont accueil- 
lies partout avec la plus grande faveur. 

— Au Théâtre du Prince de Galles, à Londres, on vient de donner une 
opérette anglaise en un acte, dont la musique a été écrite par M. G. Ja- 
cobi sur un livret de M. F. Bowyer. Ce petit ouvrage a été très applaudi. 

— Effet de brouillard, à Londres. — Nous empruntons au Musical World 
la petite note suivante : « L'absence de M. Edward Lloyd au dernier 
« ballad concert » était due aux effets du brouillard. M. Lloyd s'était 
bien mis en route pour se rendre où l'appelait son engagement, mais 
arrivé à Brixton Hill, le brouillard devint si épais qu'il fut obligé de 
descendre de son liacre et même d'aider le cocher à rentrer ses che- 
vaux. » 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 

D'après la volonté exprimée dans ses dispositions testamentaires par 
la veuve de Rossini, les restes mortels du grand homme seront prochai- 
nement transportés du Père-Lachaise à Florence, pour être inhumés dans 
l'église de Santa-Croce, ce Panthéon des gloires italiennes, qui contient 
déjà le monument de Cherubini, ce vieil ami de Rossini. Le Parlement 
i'alien vient d'être saisi à cet effet d'un projet de loi, présenté et appuyé 
)i ir un grand nombre de députés. Cette translation aura lieu au mois de 
mai prochain, à l'époque où l'on découvrira la façade de la cathédrale de 
Florence, depuis si longtemps en réparation. Voici le passage du testa- 
ment de M"' Rossini, relatif à cet objet: — « Mes exécuteurs testamen- 
taires sont chargés de la translation de la dépouille mortelle de mon mari 
à Florence, dans l'église de Santa-Croce, comme il a été convenu avec le 
gouvernement italien... Je serai toujours fière du nom que j'ai porté. Sa 
foi et mes sentiments me font espérer d'être réunie toujours à lui dans 
une union qui échappe aux volontés d'ici-bas. » 

— Puisque nous parlons de Rossini et de sa femme, rappelons un mot 
qu'un journal italien remettait en cours récemment, et qui donne une 
idée de l'harmonie qui régnait dans le ménage du maître: — « Quelle 
différence, demande un jour Rossini à sa femme, qui venait de lui de- 
mander l'heure, quelle différence fais-tu entre toi et une horloge ? » Et 
comme sa femme, peu habituée aux charades, ne savait que répondre, il 
répondit lui-même: — « C'est que l'horloge m'indique l'heure, tandis que 
toi, tu me la fais oublier. » 

— M. Jules Barbier est de retour à Paris, rapportant de son petit séjour 
à Saint-Raphaël, — vacances bien employées — deux livrets d'opéra presque 
achevés, l'un, Circé, à l'usage d'Ambroise Thomas, l'autre. Bataille de 
Dames, pour le service de Charles Gounod. Le librettiste a mis sa coquet- 
terie à lire le même jour son double travail à ses deux illustres amis. 
Ce n'est pas tout, M. Jules Barbier a rapporté encore la préface qu'il 
destine au prochain volume des Annah:s du Théâtre et de la Musique (Noël 
et StouUig), préface qui fera quelque bruit dans le Landerneau musical, 
nous le pouvons prédire à l'avance. 

— Les journaux annoncent que M. Gounod vient d'achever la messe 
dont il avait entrepris la com'position en l'honneur de Jeanne d'Arc. 
Cette messe doit être exécutée dans la cathédrale de I^eims, au mois de 
juillet prochain. 

— L'assemblée générale annuelle des auteurs, éditeurs et compositeurs 
de musique aura lieu lundi prochain 20 décembre, à deux heures précises, 
dans la salle du Grand-Orient, rue Cadet, IG. L'ordre du jour est ainsi 
fixé: 1" lecture du rapport de M. le secrétaire général du syndicat sur 



l'exercice 1883-80 ; 2" mise aux voix du rapport des comptes adressé à 
messieurs les sociétaires avec la présente convocation; 3" lecture du rap- 
port de la commission des comptes par M. le président de la commission; 
4" élections, de trois membres au syndicat, un auteur, un compositeur 
et un éditeur, en remplacement de MM. Armand Liorat, Alfred d'Hack 
et Brandus, syndics sortants et non rééligibles ; de cinq membres devant 
composer la commission des comptes : de deux membres au conseil des 
pensions de retraite (éditeurs). 

— Dans la collection d'autographes composant le cabinet Baylé, — dont 
une nouvelle vente vient d'avoir lieu — nous trouvons, parmi nombre de 
pièces historiques, des lettres de musiciens extrêmement intéressantes. En 
voici une de Meyerbeer à Rossini, absolument inédite : 

Divin maître, 
Je ne puis laisser finir la journée sans vous remercier de Timmeuse plaisir que 
m'a fait éprouver la double audition de votre dernière sublime création. Que le 
ciel vous conserve jusqu'à cent années pour créer encore quelques autres chefs- 
d'œuvre semblables, et que Dieu m'accorde un âge égal pour pouvoir entendre 
et admirer ces nouvelles créations de votre immortel génie. 
Votre constant admirateur et vieil ami, 

L. Meïerbeer. 
Paris, 15 mars 1864. 
Voici maintenant un passage d'une lettre de Liszt adressée à Belloni : 
Liszt va s'occuper de la traduction du Benvenuto Cellini de Berlioz : 

Peu à peu, je compte bien employer tout le crédit que je suis certain d'acquérir 
pour établir et maintenir dans le répertoire des concerts de l'Allemagne les ou- 
vrages de Berlioz d'une manière plus définitive qu'on n'a pu le faire jusqu'ici, et 
Berlioz peut être assuré qu'au delà du Rhin il ne trouvera pas d'ami qui lui suit 
plus sincèrement dévoué que moi... 

— Les dimanches du Ghatelet ont toujours un énorme succès. M. Co- 
lonne sait admirablement varier ses programmes. Ses concerts, quelque 
longs qu'ils soient, ne fatiguent jamais l'auditeur; on y entend de la mu- 
sique de tous les maîtres, et surtout des bons maîtres. — De temps en 
temps une petite Chevauchée par-ci, une petite Rapsodie par-là, comme 
contrastes. — Que voulez-vous? on n'est pas parfait; et puis il y a quel- 
que chose d'extrêmement intéressant aux concerts Colonne, c'est le public. 
A l'Eden, on olficie suivant le rite wagnérien ; les fidèles ont un air 
béat et ennuyé; on dirait qu'ils attendent toujours une bénédiction de 
M. Lamoureux. C'est un public extrêmement distingué. Le public du 
Chàtelet est plus démocratique, il a les emportements irréfléchis des fou- 
les, mais aussi leurs instincts généreux, fl est tout en dehors. Je l'obser- 
vais dimanche, écoutant cette merveilleuse et interminable symphonie en 
itt de Schubert : il était un peu dérouté par cette accumulation de fines 
ciselures, par ces échappées vigoureuses succédant à des recherches sub- 
tiles d'instrumentation, à des effets de timbres inattendus, et cependant 
il sentait instinctivement que c'était beau et il écoutait avec respect, 
applaudissait avec discrétion. C'était la seconde fois que l'on entendait 
cette symphonie dans son entier à Paris; le Conservatoire n'en avait dit 
que des fragments, il y a fort longtemps ; M. Pasdeloup en avait donné 
une exécution complète, il y a dix ou douze années. Au Ballet des Troyens, 
de Berlioz, œuvre dans laquelle le peu de distinction de la mélodie est 
racheté par une incomparable instrumentation et une grande netleté 
de rythme, ce même public partait d'enthousiasme, de même qu'il applau- 
dissait à tout rompre les Scènes alsaciennes de Massenet, et était séduit par 
la grande clarté du style et la note attendrie et patriotique qui donne 
tant de charme à cette composition. N'allez pas demander à ce public la 
componction et le recueillement convenus qui doivent présider à l'audition 
des préludes wagnériens ; il applaudit ce qui l'amuse, il bâille à ce qui 
l'ennuie et il a, ma foi, bien raison. Il se trompe quelquefois, mais ses 
erreurs sont sincères. — Quand nous aurons mentionné une excellente 
exécution de l'ouverture de la Flûte enchantée et dit que M. Diémer a mer- 
veilleusement rendu le o« concerto de Bach, avec MM. Cantié et Remy 
comme partenaires ; quand nous aurons ajouté que le même M. Diémer a 
ravi l'auditoire dans la Chacone en sol majeur de Hiendel et rendu agréa- 
ble une Rapsodie de Liszt, nous aurons parcouru l'ensemble de cet intéres- 
sant concert. H. Barbedette. 

— Concerts Lamoureux. — M. Lamoureux, sans être précisément un 
éclectique, allie à sa grande admiration pour 'Wagner le culte de Men- 
delssohn. Nous constatons ce fait pour le simple plaisir de signaler un 
rapprochement qui nous semble bizarre, car s'il fut jamais deux tempé- 
raments opposés, ce sont ceux des auteurs de Parsifal et de la Symphonie 
italienne. L'œuvre de Mendelssohn a été bien exécutée, mais pas avec la 
même conviction que le prélude de Pcirsifal. Quelques amis inconsciem- 
ment perfides ont indisposé l'auditoire contre le poème symphonique : Soli- 
tude dans les bois, de M. E. Chausson. L'ouvrage, bien orchestré mais faible 
d'invention, ne méritait ni bravos, ni protestations. L'ouverture de Man- 
fred, de Schumann, suivie comme toujours du Banz des vaches, de l'en- 
tr'acte et de l'Apparilion de la fée des Alpes, forme un poème musical à la 
fois passionnel et figuratif. Ces fragments, ainsi détachés de leur cadre, 
paraîtraient bien décousus si la splendeur de l'invention ne rendait impos- 
sible ici toute critique de détail. — L'ouverture (n" 3) de Léonore a été 
rendue avec une fougue magistrale. Nous avons constaté avec plaisir que 
dans la grande phrase qui éclate d'abord soutenue par les cuivres et s'a- 
chève sans eux, les violons, loin de faiblir comme cela se produit presque 
toujours, ont terminé la période mélodique avec une sonorité aussi âpre 



LE MENESTREL 



23 



qu'entraînante. Interprétée ainsi, l'œuvre s'impose énergiquement. 11 n'en 1 
est pas de même du poème symphonique de M"'" Augusta Holmes : Irlande. 
Cette composition aux louables tendances a des effets d'instrumentation 
un peu lourds. L'inspiration est généreuse, bien qu'en général elle manque 
de distinction. Le début pourrait s'arranger en chœur d'opéra-comique. 
Les appels aux armes surprennent sans émouvoir profondément. Il y a là 
un penchant à la boursouflure, quelque chose de semblable à la rhéto- 
rique pompeuse et déclamatoire des orateurs trop remplis de leur sujet. 
Le choral de la En ne réussit pas à effacer cette impression; il est bruyant 
plutôt que sonore. Néanmoins, nous le répétons, Irlande est une œuvre 
de conviction sincère, qui fait honneur à l'artiste qui l'a signée. 

AmIÎDÉE BoilTAREL. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche: 
Conservatoire: Symphonie en sî bémol (Schuman); Marche et chœur 

des Fiançailles de Lohengrin (Wagner): Symphonie en j-émajeur (Mozart); 
Fantaisie pour piano, orchestre et chœurs (Beethoven), par M. Saint-Saëns; 
ouverture d'Eunjantlte (>Veber). Le concert sera dirigé par M. J. Garcin. 

Chàtelet, concert Colonne : ouverture de la Flûte enchantée (Mozart) ; pre- 
mière audition de la Symphonie légendaire (B. Godard), avec soli par 
M. Faure et M"« Durand-Ulbaoh ; air d'i/erodiade (Massenet), par M. Faure ; 
Prélude du Déluge (Saint-Saëns); Purgatoire (Coppée et Paladilhe), par 
M. Faure; Invitation à la valse (Weber). 

Eden-Théàtre, concert Lamoureux: ouverture de Léonore (Beethoven) ; 
Solitude dans les bois (Ernest Chausson); le Songe d'Andromaque, monologue 
dramatique (F. Berlin et A. Coquard), chanté par M">= Brunet-Lafleur ; 
Fragments symphoniques de Manfred (Scbumann) ; le Soir, mélodie (A. 
Thomas), par Mn's Brunet-Lafleur; Marche funèbre du Crépuscule des Dieux 
(Wagner); Prélude de Parsi (al (Wagnp.^); Fragments des MaUres chanteurs 
(Wagner). 

— Dimanche prochain, troisième concert populaire, au Girque-d'Hiver, 
sous la direction de M. Pasdeloup. En voici le programme: 1. Symphonie 
pastorale, de Beethoven; — 2. Sabina (marche et scène), opéra inédit de 
Albert Cahen ; — 3. Concerto en la mineur pour piano, de E. Grieg, exécuté 
par M"« Louise Steiger; — 4. Allegretto agitato, de Mendelssohn; — b. A'opV, 
d'Adolphe Adam, chanté par M. Auguez; — 6. Ouverture dCOhéron, du 
Weber. 

— Dimanche dernier, aux concerts populaires d'Angers, succès éclatant 
pour M"= Louise Steiger. Outre le concerto de Grieg, le public a chaleu- 
reusement applaudi V Inquiétude de Pfeiffer et V Automne de M"' Chami- 
nade. 

— Belle soirée de musique jeudi dernier, chez M"" Ziéger. La maîtresse 
de la maison a chanté, comme l'Alboni elle-même, l'arioso du Prophète. 
M. Plançon, de l'Opéra, a dit remarquablement l'air de basse du Songe 
d'une Nuit d'été, en présence de l'auteur, M. Ambroise Thomas, qui l'a 
complimenté. Puis on a entendu un quatuor de salon de M. Weckerlin, 
Ave Maria, qui avait pour interprètes M"» Lépine, M""' Alboni, MM. Duzas 
et Plançon ; vrai succès pour cette exécution et nussi pour l'auteur, qui 
tenait le piano. M. Diaz de Soria a charmé l'auditoire suivant son habi- 
tude, et M"* Lépine a dit avec infiniment de goût la ravissante ballade 
de Maître A mbros. La pièce de résistance consistait en VAgnus Dei de la 
messe de Rossini, solo de contralto avec chœur; l'Alboni y a été absolu- 
ment splendide ; aussi quel succès ! La princesse Mathilde a embrassé la 
cantatrice coram populo. Pour finir, la Fille du Vigneron chantée par 
M"° Marimon, puis un duo alsacien bissé, ces deux derniers morceaux de 
la façon de M. Weckerlin. 

— M. Lebouc a eu lundi dernier une matinée exceptionnellement inté- 
ressante : il en devait être ainsi avec des artistes tels que M""" Roger- 
Miclos, M"" Cécile Monvel, MM. Taffanel, Lefort, de Bailly, Prioré et 
Tourey. Une Sérénade nouvelle de Jadassohn, compositeur réputé de 
Leipzig, pour ilùte et instruments à cordes, a causé un grand enthou- 
siasme, et le talent si séduisant de Taffanel a contribué à ce succès. 
M""= Roger-Miclos a joué délicieusement, avec M. Lefort, la belle sonate 
de Saint-Saëns pour piano et violon, et, seule, une Valse appassionata de 
G. Pfeiffer et une rapsodie de Ten Brink. M"« Cécile Monvel, déjà si 
avantageusement connue comme pianiste, s'est produite comme cantatrice 
à cette matinée ; son succès a été complet, et elle le doit aux excellentes 
leçons de M""" Viardot, dont elle a chanté, entre autres morceaux, trois 
charmantes mélodies: En douleur et tristesse, le Roussignolet, avec flûte obli- 
gée, et Dinderindine, duo des plus fins, qui a été bissé. 

— Nous apprenons les grands succès obtenus eu Allemagne par un 
tout jeune violoniste français, Henri Marteau, élève de Léonard. Toute 
la presse allemande célèbre ses mérites. Le jeune Marteau n'a pas plus 
de treize ans, et il a déjà toutes les qualités d'un maître. Nous espérons 
bien que l'un de nos grands concerts de Paris aura la bonne idée de 
nous le faire entendre cet hiver. Il n'a contre lui que sa qualité de 
Français. Mais, pour une fois, on pourrait peut-être passer outre. 

— Le succès de Faure au deuxième concert populaire de Nantes a été 
considérable, comme on pouvait s'y attendre : « Il est impossible, dit le 
Phare de la Loire, de réunir, à une voix plus expressive, plus étendue, plus 
vibrante, plus flexible, un sentiment plus protond, plus intense et sachant 



se traduire d'une plus incisive façon. Cet organe embrasse — et même 
au delà — deux octaves des plus pleines, du sol grave de la basse au sol 
aigu et sol dièse de ténor, ainsi que Meyerbeer n'a pas craint de l'écrire 
pour Faure, dans le grand air d'Hoël, au premier acte du Pardon de Plo'érmeL 
Cette étendue vocale si considérable se formule — et c'est la merveille — 
dans l'égalité de timbre, dans la fusion des registres et dans l'homogénéité 
parfaite. Une voix assouplie, sonore, expressive comme celle de Faure, 
est la très rare et admirable exception. Que dire du grand chanteur qui 
n'ait été répété à satiété? Jamais interprétation n'a été poussée à de telles 
hauteurs au double et si difEcile point de vue scénique et vocal. L'art 
du chant ne va pas plus loin, a 

— Ainsi que nous l'avions prévu, M"= Emma Thursby a obtenu un 
très grand succès au concert de la Société philharmonique de Bordeaux. 
Elle a chanté la valse de l'Ombre du Pardon de Ploërmel, le chant du My- 
soli de la Perle du Brésil et l'air des Clochettes de Lakrné. A la fin de la 
soirée. M"" Thursby a été rappelée plusieurs fois et couverte des fleurs 
que lui envoyaient ses nombreux admirateurs. 

— On nous écrit de Bordeaux : — Le deuxième concert populaire de 
la saison, qui a eu lieu dimanche 12 courant, a été exceptionnellement 
brillant, grâce au concours d'Eugène Ysaye. Ce célèbre violoniste, remar- 
quablement secondé par l'orchestre et son digne chef, Henri Gobert, a 
transporté son auditoire. 

— Après deux années d'interruption, Marseille va de nouveau être 
dotée de concerts populaires. Un jeune violoniste de talent, M. Mirane, 
a eu la pensée hardie de grouper en société un orchestre absolument in- 
dépendant de l'orchestre du Grand-Théâtre et qui se consacrerait exclusi- 
vement aux auditions des grandes œuvres symphoniques ; il y a réussi, 
La société prend le nom d'Association artistique, et se place sous le patro- 
nage du Cercle artistique, qui est à la tête du mouvement intellectuel à 
Marseille. Elle annonce, pour la saison, quatorze concerts qui seront 
donnés, comme ceux des précédentes sociétés de Concerts populaires, 
dans le vaste théâtre des Nations. En attendant, l'orchestre de l'Associa- 
tion s'est produit dimanche dernier pour la première fois, dans une ma- 
tinée organisée par le Cercle artistique dans sa Salle des fêtes, et a 
obtenu un très vif succès. Il a exécuté avec beaucoup de précision, de 
feu, et même avec d'excellentes traditions, la première symphonie de 
Beethoven et l'ouverture de Ruy Blas de Mendelssohn. En conduisant ces 
deux pièces du plus classique des romantiques, M. Mirane a révélé un 
véritable tempérament de chef d'orchestre. On augure bien de l'avenir 
de l'Association artistique, qui a rencontré à Marseille d'unanimes sym- 
pathies et a déjà recueilli d'assez nombreuses adhésions de membres ho- 
noraires. — A. R. 

— Angers-Revue consacre un article fort élogieux pour le talent de 
M. Joseph Hollman, comme compositeur et comme virtuose, à la suite 
d'un concert de l'Association artistique où l'excellent violoncelliste a fait 
entendre son second concerto avec accompagnement d'orchestre. Rappelé 
par une salle enthousiaste, dit le journal en question, le charmant artiste 
a interprété avec une grande autorité l'Aria de Bach, qui n'était pas au 
programme. 

— La Société Philharmonique de Périgueux vient de donner son 
deuxième concert, pour lequel elle s'était assuré le concours de la char- 
mante M'"^ Fanny-Lépine, qui, de sa voi.x pure et fraîche, conduite avec 
un art exquis, a absolument révolutionné la salle. Il lui a fallu dire 
deux fois la poétique ballade de Maître Ambros, dont elle fait une mer- 
veille, et la Vieille Chanson, de Bizet. Ajoutons qu'avec la plus gracieuse 
simplicité elle a bien voulu ajouter au programme une délicieuse sérénade 
de Saint-Saëns. 

— Nous avons à mentionner le grand succès obtenu par M"" Caroline 
Brun, au 6= concert populaire d'Angers, dans une composition de M. L. 
de Maupeou, Cassandre, monologue lyrique, et dans l'air de Fidclio de 
Beethoven. L'excellente cantatrice a été plusieurs fois rappelée, et à juste 
titre. 

— A Lille, dans une séance donnée par la musique des canonniers, 
M. Leroux, chef de musique de l'Ecole d'artillerie de Vincennes et père 
du jeune prix de Rome de l'année dernière, a fait exécuter sous sa direc- 
tion une ouverture de sa composition, intitulée Mes adieux à l'Amérique. 

— La Semaine musicale, de Lille, nous apprend qu'un quintette harmo- 
nique vient de se former en cette ville dans le but de donner une série 
de concerts. Ce quintette se compose de MM. Durut (flûte), Delbar (haut- 
bois), Gabelles (clarinette), Flament (cor) et Brisy (basson). Le premier 
concert a dû avoir lieu hier samedi, au Conservatoire, avec le concours de 
M""= Sbolgi, cantatrice, de M. Gogny, ténor, et de M. Stupuy, pianiste. 

— L'opérette de M. Lacome, Madame Boniface, vient de réussir brillam- 
ment aux Bouffes-Bordelais. W^'^ Caylus, dans le rôle de Friquette, a eu 
beaucoup de succès. 

— Nous apprenons que M. Metzner Leblanc, luthier à Angers, vient 
d'obtenir une récompense à l'Exposition internationale de Paris 18SG pour 
son Cadran transpositeur, auquel avait été déjà décernée une mention hono- 
rable à l'Exposition de Cherbourg 



24 



LE MENESTREL 



— M. Charles de Bériot, le maître virtuose et l'éminent professeur, va 
donner chez M. Charles Rudy, 7, rue Royale, une série de huit récitals de 
piano, qui auront lieu le jeudi soir, à huit heures et demie, pendant le mois 
de janvier, et le jeudi, à quatre heures et demie, pendant le mois de février. 
Les programmes de M. de Bériot comprennent les noms de Cramer, Haydn, 
Mozart, Beethoven, Chopin, Mendelssohn, Liszt, Schumann, Weber, Rubin- 
stein, Stephen Heller, Clementi, Widor, Saint-Saèns, Ketten, Fauré, etc. 

— M"" Augusta Grandhomme, qui se sert d'un procédé à la fois singu- 
lier et ingénieux pour faire étudier au piano les fugues et morceaux 
polyphoniques, dont l'étude est toujours la pierre d'achoppement des 
jeunes pianistes, vient de rouvrir ses cours. 

— M. Béraud, ancien artiste de l'Opéra, gendre de notre regretté con- 
frère Stéphen de la Madelaine et successeur à son école de chant, a rou- 
vert ses cours et leçons particulières chez lui, 3, rue de Calais. — M™ A. 
Cazal, professeur de chant, reprend ses cours, G2 rue de Dunkerque. — 

M""s Emile Ratisbonne, l'excellente pianiste dont les succès ont été grands 
cet été à Houlgate, va reprendre ses intéressantes réunions musicales, 
63, boulevard Malesherbes. — M. Charles Bordes, dont le Ménestrel a eu 
plus d'une fois l'occasion de signaler les compositions, ouvrira prochai- 
nement un cours de solfège et de chant d'ensemble pour les enfants, avec 
le concours de M"' Clérambault, accompagnatrice. Les cours auront lieu 
tous les jeudis, à 4 heures 1/2, à l'Institut Rudy, 7, rue Royale. 

— Jeudi 23 courant, salle Pleyel, à 8 h. 1/2 du soir, grand concert 
donné par M. La Rosa, violoniste qui a remporté de beaux succès en 



Italie et en Suisse. Il s'est assuré le concours de M'" Marie Dihau, de 
Mme j^tii Ploux-Bonjean, de MM. Henry Bonjean, Calado, Désiré Dihau et 
Uzès. Quête en fav-eur des inondés du Midi et de la Société de sauvetage 
des naufragés. 

— Mardi 21 décembre, salle Pleyel, première séance de la Société de 
Musique Française, fondée par M. Ed. Nadaud, avec le concours de M"' Mar- 
tel, MM. Diémer, Gillet, Cocheris, Franck, Cros Saint-Ange, I;aforge et 
Prioré. 

Henri Heugel. directeur-gérant. 

— On demande pour l'orchestre du Casino de Menton un violoncelle- 
solo, un premier violon, un premier alto et un timbalier. S'adresser à 
M. Edmond Lemaigre, organiste-compositeur, 62, rue du Rocher, à Paris. 

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airs hongrois, pour violon et orchestre (ou piano) ; 2° Suite pour violoncelle et 
piano (Impromptu, Nocturne, Sérénade, Romance) par LÉON BOELLMANN. 



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GRAND CHOIX DE PARTITIONS RICHEMENT RELIEES 



DES CUEMINS I 



2912 - S3- mît - 1\° 4. PARAIT TOUS LES DIMANCHES Dimaiielie 26 Décembre 1886. 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET TIIÉA.TRES 

Henri HETJGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an, Texte seul ; 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Ctiant, 20 Ir.; Texte et Musique de Piano, "10 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SQMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (8" article), Arthur Pougin. — 
II. Semaine théâtrale : première représentation de Patrie I au théâtre dé POpéra, 
Arthur Pougin; les Cinq Doigts de Birouk au Théâtre de Paris, Éden-Reoue à 
l'Iiden-Théâtre, Paris en Général aux Folies-Dramatiques, Paul-Ëhile CHEV.iLiER. 
— III. Nouvelles diverses et concerl.s. 



MUSIQUE DE CHANT 
Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce 
jour, une 

SÉRÉNADE NAPOLITAINE 

de E. Paladilhe. — Suivra immédiatement: le Luth, lied de Joachim Baff, 
traduction française de Pierre Barrier. 

PIANO 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés k la musique de 
piano, Tziganyi, do Théodore Lack. — Suivra immédiatement: Tendresse, 
nouvelle polka-mazurka de Philippe Fahrbach. 

UN GRAND THEATRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 17 88 a ISOl 

D'après des documents inédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



Le 21 septembre a lieu la première représentation d'un 
opéra-comique en trois actes, les 'Espiègleries de garnison, paroles 
de Favières, musique de Champein, et le 8 octobre, le spec- 
tacle étant composé ■ des Deux Chasseurs et la Laitière et de 
F Amant jaloux, le registre nous apprend que « le Roi, la Reine, 
le Dauphin, Madame Royale et Madame Elisabeth sont pré- 
sens au spectacle, en grande loge. » On sait la joie qu'avait 
provoquée dans Paris l'acceptation par le roi de la Constitu- 
tion votée par l'Assemblée nationale ; un regain de popula- 
rité s'était attaché à Louis XVI, qui en profitait pour se 
montrer volontiers en public, en compagnie des siens. Le 
Journal de Paris rend compte ainsi de la soirée à laquelle il 
assista à l'Opéra-Gomique ; 

Le roi et la reine, aceompagués du prince ro.yal, de Madame 
Royale et de Madame Elisabeth, ont assisté hier à la représenta- 
tion de l'Amant jaloux, et ont été reçus avec des transports plus 
vifs encore, s'il est possible, qu'à l'Opéra et au théâtre de la Nation. 
Dans les entr'actes, l'orchestre a joué les airs les plus propres à 
renouvellcr ces sentimens, qui, en dépit des malveillans, seront 
toujours les mêmes tant qu'ils seront réciproques ; et chaque fois 
les cris de vive le Roi! vive la Reine! vive le Prince Royal! vivent 
Leurs Majestés ! ont longuement retenti dans toute la salle. On a 
crié aussi vioe la Co~.sliluiion ! 



Un journaliste nous a reproché d'avoir trouvé ces sortes de 
scènes louchantes, et a remarqué ingénieusement que nous sommes 
bien de notre pays. Oui, nous sommes François, et nous nous en fai- 
sons gloire ; nous sommes invinciblement attachés à la monarchie 
décrétée par la Constitution ; nous le sommes au monarque qui a 
juré de l'exécuter; et, comme la nation entière, nous désirons 
ardemment que rien n'altère l'union qui seule fera sa force et celle 
de son chef. 

M"" Dugazon a joué la Laitière dans la {" pièce, et le rôle de 
Jacinthe dans la 2''" On ne peut que donner toujours les mêmes 
éloges à cette actrice inimitable. Aucun comédien n'a jamais dit 
avec plus de naturel, plus de vérité; aucun n'a eu à la fois la 
grâce, l'accent, l'expression plus justes, ni plus marqués. Elle a 
été vivement applaudie, ainsi que MM. Clairval, Michu, Narbonne, 
Solier, M""" (^rétu et M"° Richardy. 

La représentation des deux pièces a été fort soignée, et le 
publie a pris un singulier plaisir à suivre tous les mouvemens 
du jeune prince royal, que l'on considère chaque jour avec un 
nouvel intérêt. 

Le bilan de l'année 1791 se solde par la mise à la scène 
de trois derniers ouvrages : Agnès et Olivier, opéra-comique 
en trois actes, paroles de Monvel, musique de d'Alayrac 
(iO octobre) ; El/'i-ida, drame lyrique en trois actes, paroles 
de Guillard, musique de Lemoyne (17 décembre); enfin, 
Philippe et Georgelte, opéra-comique en un acte, paroles de 
Monvel, musique de d'Alayrac (28 décembre). 

Financièrement, cette année 1791 présentait une améliora- 
tion sensible sur l'année précédente, à laquelle elle était supé- 
rieure de 60,000 livres. Elle offrait d'ailleurs le même phéno- 
mène, plus accentué encore, en ce qui concerne l'accrois- 
sement des recettes journalières, qui n'était pas moindre de 
408,000 livres, et la diminution du chiffre des loges à l'année, 
qui s'affaiblissait presque de 50,000. Le total atteignait la 
somme de 767,444 livres, ainsi partagée : 

Recettes journalières 63o,260 livres. 

Loges à l'année 134,184 — 

Dans son ensemble, la situation était réellement meilleure, 
non seulement parce que la recette totale était plus élevée, 
mais encore par ce fait que, d'autre part, les charges avaient 
diminué d'une façon notable. Par suite du décret de l'Assem- 
blée nationale relatif à la liberté de l'industrie théâtrale, 
tous les théâtres s'étaient vus exonérés de la redevance très 
lourde qu'ils payaient à l'Opéra. Cette redevance, qui était 
naguère de '40,000 livres pour la Comédie-Italienne, avait 
été réduite pour elle de moitié lors de la fondation du 
théâtre de Monsieur, qu'on avait chargé de l'autre moitié ; 
ce sont les registres de caisse pour 1789 qui nous l'appren- 
nent, par cette courte mention que nous y trouvons inscrite 
dès le premier mois de la réouverture : « Opéra, à 20,000- 1. 
seulement depuis l'ouverture du Théâtre de Monsieur : 



26 



LE MENESTREL 



1666 1. 13 s. 4 d. » Mais dès la réouverture de 1791, dans 
le compte de mars et avril, nous voyons que le caissier non 
seulement cesse de payer la redevance pour cette année, 
mais même qu'il passe en recette la somme de 15,000 livres 
qui lui avait été allouée à cet effet pour les neuf derniers 
mois de l'année précédente. La situation étant pressentie, 
on n'avait évidemment pas effectué les paiements ; c'est 
bien ce qui résulte de la note que voici, inscrite à l'article 
Becettes : 

Redevance à l'Opéra pour , le privilège de l'Opéra-Comique, 
passée en dépense dans les comptes des neuf derniers mois de 

1790 et non payée, altenrlu la liberté de tous les spectacles. 

De la somme de quinze mille livres que le comptable porte 
iey en recette, attendu qu'il n'en a pas fait le payement à l'Acadé- 
mie royale de musique, laquelle somme luy avoil été allouée en 
dépense à raison de 1666 1. 13 s. 4 d. dans les dépenses des frais 
fixes et annuels des neuf derniers mois 1790 de ses comptes 
desdits mois, comme non payée attendu la liberté des spectacles 
d'après le décret de l'Assemblée nationale, cy 13,000 1. 

La rédaction de M. du Rozoir, caissier de la Comédie- 
Italienne, avocat en Parlement, est toujours enchevêtrée, 
redondante et incorrecte. On finit cependant par comprendre 
ce qu'il veut dire. Un peu plus loin, il revient sur le même 
sujet à l'aide de ce nota : « Dans cet article se trouvoit com- 
prise jusqu'à décembre dernier inclusivement la redevance 
de l'Opéra pour le privilège de l'Opéra-Comique, qui étoit 
de 3,333 1. 6 s. 8 d. avant l'établissement du Théâtre de 
Monsieur, et depuis réduite à 1,666 1. 13 s. 4 d., qui sont 
icy totalement supprimés, attendu la liberté de tous les 
spectacles. » 

A la suppression de cette redevance, il faut ajouter la 
suppression de l'impôt des pauvres, dont les théâtres béné- 
ficièrent aussi dans le courant de cette même année 1791 
(pas pour longtemps !). Voici comment les registres nous 
l'apprennent : « Supplément d'honoraires payés à M'" les 
auteurs, tirés sur les sommes retenues pour le 1/4 des 
pauvres sur les ouvrages de leur composition du l'"' janvier 

1791 au 16 avril suivant, jour de la clôture, que ce quart 
des pauvres n'a plus été payé. » (Suit la nomenclature des 
sommes restituées aux auteurs.) Cet impôt des pauvres, qui 
ne constituait plus le quart comme autrefois, malgré le titre 
que la coutume lui avait conservé, n'en était pas moins fort 
lourd encore, car, dans les comptes précédents, il se trouve 
inscrit ainsi pour chaque mois : 

Pauvres. — Hôtel-Dieu : 1579,13 s. 6 d. 
Hôpital : 3003,13 s. I d. 
ce qui, multiplié par douze, donne un total de 55,000 livres 
pour l'année. Les 53,000 francs provenant de la suppression 
de cet impôt, joints aux 20,000 francs de la redevance de 
l'Opéra, diminuaient donc de 75,000 francs les charges du 
théâtre. 

Au reste, puisque ce sujet se présente, il ne sera pas 
sans intérêt de voir quel chiffre atteignaient, annuellement, 
les frais fixes de l'entreprise. Avec l'aide des comptes men- 
suels du caissier, nous allons pouvoir établir ce chilïre 
d'une façon précise et rigoureuse, en ce qui concerne l'année 
1791 : 

Acteurs appointés 23.S00 1. 

Actrices appointées 14.800 

Artistes de la danse 19.100 

Orchestre ,38.700 

Chef des chœurs 1.800 

Pensions : 

« Acteurs et actrices retirés » 42.6S0 

« Auteurs, musiciens et autres » . . . . 11.037 

Employés supérieurs 11.100 

Employés aux portes de la salle .... 9.220 

Peintre décorateur 4.000 

Machiniste en chef 2.400 

Maître tailleur 1.200 

A reporter. . . 179.. jO" 



Report. . . 179.307 

Maître perruquier 1.300 

Concierge 900 

3 gagistes (garçons de théâtre) 2.850 

Ouvriers divers 7.235 

Gratifications de fin d'année 17.800 

Éclairage 51.840 

Garde militaire 19.250 

Pompiers 2.100 

« Loyer de trois boutiques servant de 

salle d'assemblée » 2.000 

« Impositions royales » 10.655 

« Gapitation des acteurs et actrices reçus » H. 760 
« Gapitation des acteurs et actrices appoin- 
tés, musiciens, danseurs, danseuses, 

employés, gagistes et autres ». . . . 5.905 

Pour jetons de présence, environ. . . . 11.000 

Total 324.122 



La somme totale des frais fixes était donc de 324,000 livres 
en chiffres ronds ; si l'on ajoute à cela 80,000 livres environ 
de droits d'auteurs, plus les frais d'affiches, de chauffage, 
d'impressions diverses, de figuration, enfin les dépenses de 
matériel, de costumes, décors et mise en scène, on atteindra 
une somme considérable, qui, mise en regard du chiffre 
général des recettes, ne laissait aux artistes composant la 
société de l'Opéra-Comique qu'un bien mince partage comme 
rémunération de leur talent, de leur intelligence et de leur 
activité. Mais, à défaut de satisfactions matérielles difficiles 
à obtenir en des temps si troublés, ils jouissaient de l'estime 
générale, étaient aimés du public, et conservaient à leur 
théâtre la faveur et le bon renom qu'il s'était acquis depuis 
tant d'années; on n'en voudrait pour preuve que ce juge- 
ment porté sur eux par un chroniqueur contemporain : « Il 
est impossible de trouver plus d'union, plus d'ensemble en 
allant vers le même but, dans aucune société, que dans celle 
des Comédiens qu'on appelle encore Italiem. Cette société a 
constamment mérité la bienveillance du public par le zèle 
qu'elle a mis à multiplier les nouveautés. Elle a mérité 
aussi son estime par la droiture qu'elle a mise à liquider 
ses affaires ; elle s'est, comme on dit, exécutée pour y faire 
honneur, en se réduisant à vingt parts, et mettant les six 
parts supprimées dans une caisse d'amortissement au moyen 
de laquelle, en très peu de temps, elle sera quitte de ses 
dettes, et possédera de très précieux immeubles qui forme- 
ront une hypothèque sûre pour le paiement des pensions 
attribuées aux acteurs qui prendront leur retraite (1). Si le 
Théâtre Italien ajoute successivement à ces richesses fon- 
cières d'autres richesses non moins importantes, c'est-à-dire 
des talens solides et distingués, il sera toujours très suivi; 
il n'a pas cessé de l'être, même dans les temps les plus ora- 
geux de la Révolution (2). » 

(A suivre.) Arthur Pougin. 



SEMAINE THEATRALE 



PATRIE ! 

Opéra en cinq actes, poème de MM. Victorien Saiidou et Louis Gallet,. 

Musique de M. PALADILHE. 

(■1'" représentation, à l'Opéra, le 20 décembre ISSS.) 



C'était le 7 juillet 1860. A cette époque, le concours musical de 
Rome se faisait non au Conservatoire, comme aujourd'hui, mais à 
l'Institut même, et c'est à l'Institut que les concurrents étaient 
tenus en loge pendant les vingt-cinq jours qui leur sont accordés 
pour écrire leur cantate. 

(1) Il y a ici quelques en'eurs de détail, comme on peut s'en rendre 
compte par ce que nous avons rapporté d'après les registres. 

(2) Les Spectacles de Paris. 1792. 



LE MENESTREL 



27 



Ce jour-là, les membres de la section de musique de l'Académie 
des Beaux-Arts, auxquels seuls était alors dévolu le jugement du 
grand concours, étaient réunis au Palais-Mazarin pour rendre leur 
verdict et décerner le prix de Rome. Modérant leur impatience, les 
jeunes gens qui avaient pris part au concours so promenaient pai- 
siblement ensemble, dissimulant mal leurs craintes et leurs espé- 
rances, dans cette vaste cour de l'Institut, témoin muet de tant 
d'émotions, de joies expansives et de déceptions cruelles, et atten- 
daient fiévreusement la fin de la séance qui devait décider de leur 
sort. 

Tout d'un coup, à l'entrée du vestibule sur lequel donne le 
gran.d escalier, on voit apparaître le corps long et sec, le visage 
maigre et ascétique de Berlioz, qui, le jugement étant terminé, 
venait de quitter rapidement la salle des délibérations et se prépa- 
rait à traverser la cour pour sortir par le quai. Aussitôt, un bam- 
bin en veste ronde, tout frais et tout rose, qui depuis une demi- 
heure s'escrimait seul avec un énorme ballon (le ballon légendaire 
des élèves de l'Institut), s'approche en courant de Berlioz, qu'il 
arrête au passage, et lui dit vivement : 

— C'est fini. Monsieur ? Qui est-ce qui a le prix ? 

— Qu'est-ce que ça peut te faire, à toi, gamin ? lui répond Ber- 
lioz en souriant de son air mélancolique. 

— Mais, Monsieur, ça m'intéresse beaucoup ! 

— Eh bien, puisque ça t'intéresse, tu peux dire à Paladilhe que 
c'est lui qui a le premier prix. 

— Vrai, Monsieur ? mais Paladilhe, c'est moi. 

— Comment, c'est toi, bambin? Eh bien, viens m'embrasser; tu 
seras un artiste ! , 

Et prenant l'enfant dans ses bras et le soulevant de terre, Berlioz 
l'embrassa vigoureusement. 

II 

Tout étrange que puisse paraître cette anecdote, elle est pourtant 
rigoureusement vraie, et M. Paladilhe, le futur auteur de Patrie! 
fut un enfant prodige. Dès son plus jeune âge, il montra une na- 
ture musicale des plus étonnamment douées. Agé aujourd'hui de 
quarante-deux ans, il en avait neuf lorsqu'il fut admis au Conser- 
vatoire, 011 il eut pour maîtres M. Marmontel pour le piano, Be- 
noist pour l'orgue, et Halévy pour la composition. Sa carrière 
scolaire fut en quelque sorte prodigieuse. A douze ans, en '1836, 
il obtenait un second prix de piano et, ce qui est plus étonnant, 
un premier accessit de fugue ; l'année suivante, le premier prix de 
piano et un second accessit d'orgue ; en 18o9, un premier accessit 
d'orgue et une mention honorable au concours de Rome ; enfin 
en 1860, sa seizième année à peine accomplie, il se voyait décerner 
un second prix d'orgue et le grand prix de Rome. Les annales du 
concours de l'Institut ne présentent qu'un fait qui puisse être 
comparé à celui-ci : c'est celui de ce pauvre Renaud de Vilbac 
mort si misérablement il y a deux ou trois ans, et qui, en 1844, 
n'ayant encore que quinze ans, obtenait le deuxième premier prix 
alors que le premier était décerné à Victor Massé. 

Mais M. Paladilhe était doué, dans ses jeunes années, d'une 
activité et d'une faculté de production qui tenaient du prodige. Tout 
en faisant ses études au Conservatoire, il donnait des concerts se 
produisait comme virtuose avec un énorme succès, composait des 
morceaux de piano, des romances, et écrivait même des opéras. Il 
avait quatorze ans lorsque, dans un de ces concerts, il fit entendre 
la musique d'un opéra comique en un acte, le Chevalier Bernard, 
qui émerveilla les auditeurs ; il en avait quinze quand il produisit, 
dans les mêmes conditions, un autre ouvrage beaucoup plus impor- 
tant, la Heine Malhilde, opéra en trois actes, dont les principaux 
interprètes étaient MM. Ponchard, Petit, et cette charmante Blanche 
Baretti, morte il y a une douzaine d'années dans tout l'éclat de sa 
beauté si pure et si élégante. C'est à cette époque qu'il fut l'objet 
d'une rare faveur de la part d'Auber, qui n'aimait pas beaucoup 
s'employer pour qui que ce fût. Auber, qui avait pris l'enfant en 
affection, le recommanda personnellement à M. Heugel, directeur 
de ce journal, et c'est à cette recommandation puissante que le 
jeune compositeur dut de voir publier ses trois premiers morceaux 
de piano, qui parurent sous le titre de Premières Pensées. 

A quoi tient-il qu'ensuite, et pendant une dizaine d'années après 
son voyage de Rome, M. Paladilhe ne fit en aucune façon parler de 
lui ? Je ne sais. Il avait rapporté d'Italie cette adorable Uandoli- 

nata, qui fit le tour de l'Europe en faisant connaître son nom, 

et c'était tout. — Enfin, il aborda la scène en donnant à l'Opéra- 
Comique le Passant, que M. François Coppée avait adapté pour lui 
et dans lequel il inséra justement cette jolie mélodie ; mais la 



musique du Passant, quoique empreinte d'une jolie couleur, était 
plutôt l'œuvre d'un rêveur que d'un vrai musicien scénique. Vint, 
trois ans après, l'Amour africain, dont le succès fut à peu près 
nul ; puis, une œuvre charmante, Suzanne, qui n'eut pas le bonheur 
auquel elle pouvait prétendre, et dont le premier acte surtout était 
délicieux ; et enfin, Diana, dont, on se le rappelle, le sort fût 
assez fâcheux. Entre-temps, M. Paladilhe publiait diverses compo- 
sitions, entre autres un recueil de Vingt Mélodies et un autre de 
Six Mélodies écossaises, dans lesquels on distingue plusieurs pièces 
pleines de charme, de grâce et de fraîcheur. 

Ce qui est certain, c'est que, jusqu'à ce jour, malgré ses brillants 
débuts, malgré sa valeur très réelle, M. Paladilhe n'était point 
classé, ne prenait pas un rang particulier dans la petite et si 
remarquable phalange de jeunes compositeurs, qui sont l'honneur 
et la gloire de la France contemporaine. 



Le voici qui arrive à l'Opéra avec un ouvrage de haute allure et 
de grande envergure, ayant la chance de rencontrer, pour son début 
sur ce théâtre si difficile à aborder, un poème de nature à la fois 
héroïque et pathétique, tout palpitant de passion, et d'une grandeur 
véritablement épique. C'était une chance, je le répète; c'était aussi 
un écueil. Car il fallait, musicalement, soutenir le poids de ce 
drame superbe, et ne point faiblir devant les situations écrasantes 
et les vastes développements d'un sujet si grandiose. 

On raconte que lorsque M. Sardou posa sa candidature à l'Aca- 
démie et commença les visites d'usage, l'une des premières qu'il 
fit fut chez M. Legouvé, qui le reçut avec sa grâce et son affabi- 
lité coutumières. Mais l'auteur de Béatrix et des Deux Reines, qui 
n'est pas seulement un écrivain délicat et exquis, et qui est aussi 
le plus affectueux et le meilleur des hommes, qui n'oublie jamais 
ceux qu'il aime, et qui depuis longtemps s'est constitué le protec- 
teur de M. Paladilhe, posa presque brusquement cette question à 
M. Sardou : 

— N'avez-vous jamais eu l'idée de tirer de votre beau drame de 
Patrie un poème d'opéra ? 

Ma foi, je n'y ai jamais songé, répondit son interlocuteur. 

— Savez-vous que cela ferait un opéra superbe ! Le principe 
vous déplairait-il? 

, — Mon Dieu, je n'ai point de raison pour cela. Et la preuve, 
c'est que j'ai déjà tiré de Piccolino un livret d'opéra-comique à l'u- 
sage de Guiraud. 

— Eh bien, si jamais vous mettiez à exécution l'idée que je 
vous suggère, je vous demande le livret de Patrie pour mon jeune 
ami Paladilhe. 

De ce jour, l'adaptation musicale de Patrie fut décidée, et il fut 
convenu que c'était M. Paladilhe qui écrirait la musique de l'ou- 
vrage. M. Sardou, absorbé par beaucoup d'autres travaux, crût 
devoir s'adjoindre M. Louis Gallet pour la transformation lyrique 
de son drame, et de ce drame superbe naquit bientôt un des plus 
beaux poèmes d'opéra qu'on puisse- imaginer, l'un des plus puis- 
sants et des plus émouvants que nous ayons connus depuis ceux 
des Huguenots, de la Juive et du Prophète. 

Je ne ferai pas l'analyse de ce poème, qui suit d'aussi près que 
possible le drame original, connu de tous aujourd'hui, grâce sur- 
tout à la récente reprise qu'en a faite la Porte-Saint-Martin. J'indi- 
querai seulement les retranchements et les modifications qui ont 
été forcément opérés à l'œuvre primitive, non seulement pour 
aider la musique, mais pour lui permettre de prendre sa place. 

Tandis que les cinq actes du drame comprenaient huit tableaux, 
ceux de l'opéra n'en comportent que six. Au second acte, le tableau 
de la porte de Louvain a tout naturellement disparu, et s'est trouvé 
remplacé par celui qui représente une fête chez le duc d'Albe ; 
celui-ci nous amène, d'une façon assez heureuse, le divertissement 
obligé de tout opéra qui se respecte. Le quatrième acte, lui aussi, 
a disparu tout entier, et il est formé, à l'Opéra, par le tableau de 
l'Hôtel de Ville, qui a pris un grand développement et à qui je ne 
reprocherai qu'un défaut assez grave, l'apparition intempestive de 
dona Rafaele, qui vient alanguir l'action dans sa plus grande cha- 
leur et qui n'a aucune raison d'être. On avait ajouté, au cinquième 
acte, un tableau final qui représentait, sur une des grandes places 
de Bruxelles, le supplice des conjurés brûlés vifs sur un immense 
bûcher; ce tableau, d'un effet navrant et peu agréable, a été, fort 
heureusement, coupé après l'avant-dernière répétition générale. A 
ces constatations, j'ajoute que le personnage de Rafaele a pris, sur 
la scène de l'Opéra, une importance qu'il n'avait pas à l'origine, et 
que ce personnage féminin sympathique forme, musicalement et 



LE MhWESTREL 



scéuiquement. uu heureux contraste avec la physionomie indigne 
do Dolorès. 

Ainsi resserrée, pressée, condensée dans le cours de ses sis 
tableaux, la marche de l'ouvrage acquiert une rapidité rare tout en 
conservant ses situations les plus émouvantes, et le livret de Patrie 
constitue, ainsi que je l'ai dit, un des plus beaux poèmes d'opéra 
que nous ayons pu depuis longtemps admirer. 

Hélas! qu'ai-je dit? Voilà un mot bien rococo, et une forme 
théâtrale bien usée, bien démodée, bien ridicule au dire de cer- 
tains réformateurs enfiévrés. Comment, un opéra ! encore ! aujour- 
d'hui ! alors qu'on ne devrait plus faire que du « drame lyrique ! » 
C'est de la folie ! 

En effet, pour ces esprits férus d'un prétendu progrès, le fond, 
c'est-à-dire l'essence même du génie musical, l'inspiration du com- 
positeur, n'est plus rien ; ce qui importe — c'est la forme — 
comme chez Brid'oison. Si vous avez la faiblesse d'écrire des airs, 
des duos, des chœurs, de construire des morceaux logiquement 
conçus, avec un commencement, un milieu et une fin, vous êtes 
irrémédiablement condamné, traité de perruque, et considéré 
comme incapable. Mais si vous divisez votre œuvre en scènes, si 
voïj^ vous défendez de jamais laisser entendre une voix seule, ce 
qui est le comble du ridicule, si vous étouffez consciencieusement 
les sonorités vocales sous le fracas de l'orchestre, alors vous êtes 
proclamé grand homme, on vous donne un satisfecit absolu et l'on 
prononce à votre égard le dignus est intrare. 

Pourtant, voyez le malheur ! M. Paladilhe n'est pas de cette 
école, ou pour mieux dire il n'est d'aucune école, si ce n'est de 
celle du bon sens et de la sincérité. Ce n'est pas un musicien à 
tendances ni à parti pris. Il n'a piint de théories, il ne se propose 
point de modèle, il écrit simplement comme il sent, sans se pré- 
occuper de plaire à telle ou telle secte, à tel ou tel clan, à tel ou tel parti. 
Il cherche, de la façon la plus naturelle du monde, à tirer parti de 
son inspiration, et comme il a l'instinct de la vérité, le sentiment 
du pathétique, l'intelligence de la scène, il a écrit, sur un livret 
superbe, une musique pleine de grandeur, de passion, d'émotion, 
de poésie, et il s'est trouvé que cette musique a communiqué aux 
auditeurs l'émotion dont il l'avait animée, il s'est trouvé qu'elle a 
charmé le public, et qu'elle a empoigné, quoi qu'ils en eussent, ceux- 
là mêmes qui ne viennent au théâtre qu'avec des idées préconçues 
et bien arrêtées, décidés d'avance à juger mauvais ce qui ne ré- 
pond pas à leur idéal. Or, devant le succès de l'œuvre, succès 
incontestable et éclatant, devant l'impression reçue par eux-mêmes 
ces braves gens sont fort embarrassés et emploient toutes sortes de 
circonlocutions pour en arriver à faire comprendre qu'ils ont, mal- 
gré tout, éprouvé du plaisir et une véritable jouissance à l'audition 
de cette œuvre qui, si elle ne donne pas un démenti formel à leurs 
théories absolues, prouve du moins qu'en dehors de ces théories le 
vrai génie sait encore s'affirmer, s'imposer et se faire la place qui 
lui est due. 

J'en reviens à ceci, que M. Paladilhe est un artiste sincère, qu'il a 
écrit une œuvre de bonne foi, que cette œuvre est puissante, émou- 
vante, parfois grandiose, qu'elle a produit une impression profonde, 
et que pourtant elle est conçue complètement en dehors des pré- 
tendues règles et des trop réelles subtilités d'une école débili- 
tante dont l'unique résultat, si elle devait imposer ses lois, serait 
de couper les ailes à tout génie qui les voudrait méconnaître. 
M. Paladilhe n'imite personne ; mais comme, en matière d'art, on 
est toujours le fils de quelqu'un, si je m'aperçois qu'il a écouté 
attentivement Meyerbeer, et Halévy, et M. Gounod, je ne m'aviserai 
pas pour cela de lui jeter la pierre, parce que je trouve que, quoi 
qu'on en dise, M. Gounod, et Halévy, et Meyerbeer ont du bon, 
chacun de leur côté. 

V 

Ce que je trouve de particulièrement remarquable dans la par- 
tition de Patrie, en la considérant dans son ensemble, c'est la soli- 
dité monumentale de la construction, c'est la fermeté et la sûreté 
des attaches, qui ne trahissent jamais ni une faiblesse ni une né- 
gligence, c'est la belle sonorité de l'orchestre, orchestre vraiment 
scénique et non point symphoniquc (ce qui n'est point la même 
chose), c'est la coupe élégante et la belle ordonnance de la phrase 
musicale, dont les ondulations prennent parfois une ampleur su- 
perbe, c'est enfin un ensemble de qualités à la fois très musicales 
et très scéniques qui dénotent un véritable homme de théâtre, apte 
à saisir toutes les situations et à les traduire en son lano-a^o avec 



la plus grande fidélité et le plus grand effet possibles. Pour ma 
part, et quelque estime très réelle que je ressentisse pour son ta- 
lent, dont je ne connaissais encore que le côté délicat et tendre, 
gracieux et touchant, je ne m'attendais pas à voir ce talent pren- 
dre une si noble envergure et de si vastes proportions. Je lui vou- 
drais seulement peut-être un peu plus d'originalité, de personnalité 
dans l'idée musicale proprement dite, qui, si elle se développe 
toujours d'une façon magistrale, n'est pas toujours essentiellement 
nouvelle dans son premier jet. 

Si je veux signaler les pages les plus importantes de l'œuvre, 
je trouve d'abord, au premier acte, un chœur de soldats très crâne 
et très sonore, un élégant récit mesuré dit par la Trémouille, et la 
scène de l'instruction, qui est sévère et d'une belle ordonnance, et 
que vient couper la chanson très franche du sonneur Jouas, si 
bien rendue par M. Bérardi que le public a voulu la réentendre. 
Le chœur des prisonnières menacées de mort est d'un joli carac- 
tère ; le cantabile de Rafaele, qui vient ensuite, est par lui-même 
un peu pâle, ma s il est chanté d'une façon délicieuse par M°'° Bos- 
man. A remarquer la prière eu chœur, avec son accompagnement 
de cloches et de cors, et surtout le fragment symphonique qui 
suit, et qui est exquis. La phrase de Rysoor à la Trémouille : 

De cet enfer vous sortirez, je pense. 
Et bien, allez chez moi demain... 

est d'une mélancolie touchante, avec laquelle tranche la chanson 
de Riiicon : 

Je rentrais, ayant bien soupe, 

et l'acte se termine sur la scène des deux hommes. 

Au second, après le monologue de Dolorès, après son duo avec 
Karloo, duo dont la première partie est un peu pâle, mais qui se 
colore énergiquement en approchant de sa conclusion, vient la 
scène de Rysoor et des conjurés, scène excellente, traitée en décla- 
mation rapide et d'un dessin plein de fermeté. 

Quant au duo dans lequel Eysoor apprend à Dolorès qu'il se 
sait trompé par elle et qu'il tuera son amant, c'est une page très 
• puissante, très pathétique, d'une 'couleur chaude, et. si l'on peut 
dire, d'une violence émue, qui produit une impression profonde. 
Je remarque, dans ce morceau, le dédain très artistique de l'auteur 
pour l'effet final, car il se termine, ou plutôt il cesse brusquement, 
sans que l'auditeur en ait conscience, pour laisser entendre le 
chant des masques qui passent dans la rue. 

Voici le sourire de ce drame sombre : la fête chez le duc d'Albe. 
Le théâtre change, et nous sommes dans la salle d'honneur du palais 
ducal. Une courte scène épisodique mêlée de danses prépare l'arri- 
vée d'une immense galère, d'oîi descendent aussitôt, escortés des 
figures allégoriques de la Force, de la Justice, de la Paix et de 
l'Abondance, des représentants de toutes les nations el de toutes 
les villes soumises à l'Espagne. Ceci amène, naturellement, le di- 
vertissement, dont la musique est toujours distinguée, pleine d'élé- 
gance et parfois exquise. Il y a là, successivement, une Sicilienne 
charmante, un joli pas d'Indiennes, une entrée de Flamands (dans 
laquelle une phrase de pistons qui détonne un peu trop sur le 
fond général), puis, après un brillant ensemble, le premier écho de 
la première danseuse, un pas de dix dont le rythme plein de sou- 
plesse rappelle de loin celui du divertissement d'Hamkt, une valse 
adorable, dont le chant, confié à la clarinette, est délicieusement 
accompagné par les harpes, et enfin un dernier ensemble très vif. 
plein de couleur, de mouvement et de chaleur. 

A part le ballet, il faut citer encore dans cet acte le délicieux et 
trop court madrigal chanté par la Trémouille : 

Si maître Ronsard, qui parle aux déesses... 

et le chœur dansé pendant un dialogue du même personnage et de 
doiia Rafaele. Ce morceau est uu vrai petit bijou, d'une sonorité' 
douce, d'un rythme enchanteur et légèrement archa'ique ; avec sa 
teinte à demi-effacée, il donne l'impression d'une sorte de pastel 
musical. 

Troisième acte, dans le cabinet du duc d'Albe. Nous touchons 
aux grandes beautés de la partition, ici dans leur caractère intime, 
tout à l'heure, au quatrième acte, dans leur plus grande expan- 
sion. Dans la scène entre le due et sa fille, je remarque un fort 
joli cantabile, qu'écrase malheureusement la voix trop puissante 
de M. Éd. de Reszké, que le chanteur ne sait pas sufàsamment 
retenir. La scène suivante, dans laquelle on force Karloo à rendre 
son épée, est très bien traitée avec les iroix voix ; mais le morceau 
capital est l'épisode de la dénonciation faite par Dolorès. La situa- 
tion est puissante, dramatique, déchirante, et l'on peut dire que le 



LE MiiNESTKEL 



29 



musicien n'est pas resté au-dessous d'elle ; toute cette scène est 
magistrale, magistralement écrite, animée d'un grand souffle, et 
jjrae Krauss s'y est montrée admirable. 

Mais voici véritablement le point culminant de l'œuvre, l'acte de 
l'Hôtel de Ville. Le drame, la musique, la mise eu scène, tout con- 
court à son extrême puissance. Ici, l'émotion va toujours grandis- 
sant : la situation, d'abord dramatique, devient peu à peu terrifiante, 
et se dénoue dans une explosion formidable. 

C'est d'abord la scène de la conjuration et l'air superbe de 

Rysoor : 

C'est ici le berceau de notre liberté 

air d'un noble et beau caractère, d'une ampleur grandiose, qu'ac- 
compagnent merveilleusement les harpes et les trombones. Puis le 
duo si pathétique dans lequel Rysoor reconnaît en Karloo l'amant 
de sa femme, l'ami qui l'a lâchement trahi ; ce duo tantôt touchant, 
tantôt véhément, est divisé en plusieurs épisodes dont l'un des 
plus émouvants est la phrase si douloureuse de Rysoor : 

Ah ! malheureux que j'aimais tant. 

Voilà ce qu'il a fait pourtant ! 

dont le ton désespéré arrache des larmes à l'auditeur. 

À partir de ce moment, l'action se précipite. La rentrée des con- 
jurés, la prise d'armes, la charge qui sonne, les premiers bruits de 
trahison, le combat, les coups de feu, l'entrée des Espagnols, la 
tentative d'évasion de Rysoor et de ses amis, arrêtée par l'arrivée 
du duc d'Albe, la scène du sonneur, le meurtre de celui-ci, le trans- 
port de son cadavre percé de balles, les plaintes de Rysoor sur son 
corps, tout cela est rendu, musicalement, avec une grandeur, un 
élan, une chaleur, et en même temps une fermeté et une sûreté de 
main qui feraient honneur à un grand maître. De cet ensemble vrai- 
ment héroïque, je détacherai la scène oii Jonas, sachant qu'il 
marche à la mort en allant donner avec ses cloches le signal qui 
doit faire s'éloigner le prince d'Orange, dit à Rysoor: 

Seigneur, ils me tueront. Ce n'est pas pour ma vie. 
Mais ma femme, les miens!... 
et l'admirable déploratioii que Rysoor, un instant après, fait enten- 
dre sur le corps inanimé du malheureux : 

Pauvre martyr obscur, humble héros d'une heure, 
Je te salue et je te pleure ! 

Ce chant de douleur et de regret est l'une des plus belles, des 
plus nobles, des plus touchantes inspirations du musicien. 

Après cette page d'une émotion si intense, le dernier acte, cir- 
conscrit entre Karloo et Dolorès, paraît forcément un peu froid, 
malgré les accents mélancoliques de celle-ci, et le duo pathétique 
qui se termine par le meurtre de la femme indigne, tombant sous le 
poignard de son amant. 

VI 

Jamais je n'ai plus reconnu qu'en ce moment l'impuissance des 
mots à rendre les sensations musicales. Mais je déclare que pour 
moi la partition de Patrie constitue une œuvre hors ligne, et telle 
que depuis bien longtemps nous n'en avions entendu. Après cette 
œuvre pleine de noblesse et de grandeur, dont les grandes lignes 
sont si pleines d'éclat et d'une si riche couleur, M. Paladilhe a pris 
place au premier rang de nos jeunes musiciens les mieux et les 
plus inspirés, et il a montré qu'il était un de ceux sur lesquels la 
France a le plus le droit de compter. Au moment oii l'Italie entière 
s'apprête à acclamer avec fureur VOtelto nouveau que Verdi va offrir 
au public de la Scala, au moment oîi une série de représentations 
de Loliengrin donnée par M. Lamoureux va mettre sur pied le ban 
et l'arrière-ban des wagnériens, il me plaît de voir un des nôtres, 
un Français, planter au plus haut de l'horizon le drapeau de l'art 
national et, à l'aide d'une œuvre puissante et mâle, prouver que cet 
art est plus vaillant et plus vivant que jamais ! 

Il me reste bien peu de place pour parler, comme il conviendrait, 
de l'interprétation. Je me contenterai de dire que M'""= Krauss est 
admirable ; que M. Lassalle serait absolument excellent s'il voulait 
enfin consentir à ne pas toujours ralentir les rythmes et les mou- 
vements pour permettre aux belles notes de sa voix de briller hors 
de propos; que M^'Bosman est le charme et la grâce en personne; 
que M. Duc, dont la voix est si chaude et si généreuse, a encore à 
acquérir du côté de l'aisance scénique et de la distinction; que 
M. Berardi a fait par son talent, du rôle de Jonas, un rôle de pre- 
mier plan ; enfin que MM. de Beszké (le duc d'Albe), DubuUe (Noir- 
carmes), Muratet (La Trémouille), Sentein (Riîicon), Sapin (Vargas), 
et Balleroy méritent tous' des éloges. 

L'exécution d'ensemble, très bonne et très soignée, offre une fer- 



meté qu'on ne rencontre pas toujours à l'Opéra ; il faut en féliciter 
l'orchestre et les chœurs et leurs chefs respectifs. Le ballet est char- 
mant, et M"" Subra y a obtenu un succès très mérité. Enfin, pour 
n'oublier rien, je mentionnerai le talent dont ont fait preuve, dans 
des décors superbes, les peintres ordinaires de l'Opéra, MM. Pois- 
son, Robecchi, Amable, J.-B. Lavastre, Rubé, Chaperon et Jam- 
bon, sans oublier M. Mataillet, l'excellent .chef machiniste de ce 
théâtre, dont la besogne n'était ni légère, ni facile. Quand aux di- 
recteurs, MM. Ritt et Gailhard, ils sont amplement récompensés de 
leurs peines par le brillant et fructueux succès qui a accueilli 
Patrie. 

Arthur Pougin. 

Théâtre de Paris. — Les Cinq Doigts de Birouk, drame en S actes 
de M. Pierre Decoureelle. — Le bon vieux mélodrame n'est point 
encore près de mourir et voici venir un jeune auteur qui peut-être 
pourra recueillir, un jour ou l'autre, la lourde succession de 
M. d'Ennery. Que les amateurs du genre saluent donc un espoir 
en M. Pierre Decoureelle, le dieu nouveau du poignard et du tré- 
molo à l'orchestre. Nous avons personnellement quelque faible pour 
cette sorte de théâtre ; aussi avons-nous pris plaisir aux terribles 
menées de M"" Darras, qui fait assassiner son beau-père pour s'em- 
parer d'une fortune qui lui permettra de marier son fils à la jeune 
fille qu'il aime. C'est Birouk, un Croate, une brute presque in- 
consciente, qui doit étrangler le vieillard. Mais il n'a pas pris les 
précautions suffisantes, on le reconnaît, et justice sera faite du 
meurtrier, qui dénonce sa complice, Savine Darras s'empoisonne 
pour épargner, à son fils, la honte de sa condamnation. 

M. Louis Ulbach a, dans deux de ses romans populaires, fourni 
l'idée du drame. M. Pierre Decoureelle l'a fort habilement mise en 
œuvre; sa pièce est intéressante, vivante et très émotionnante en plus 
d'un endroit. Le Théâtre de Paris a voulu prouver que, bien que 
théâtre municipal, il n'est pas ennemi d'un certain luxe de mise 
en scène, et il y a réussi. MM. Laeressonnière et Taillade, M'"'^ 
Marie Laurent et Tessandier sont terrifiants ou attendrissants suivant 
l'occasion et se partagent applaudissements et rappels avec MM. 
Masset, Esquier, Barbe, Chameroy et M"'= A. Prévost et Mercedes. 

Édkn-Théathe. — Eden-Revue, revue en 4 actes. — Une revue à 
l'Éden-Théàtre ! Cette idée avait laissé plusieurs d'entre nous assez 
rêveurs, et pourtant c'est simple, absolument simple ! Vous avez 
plusieurs ballets entiers do provenance différente; vous coupez car- 
rément dans les uns et dans les autres les morceaux à sensation ; 
vous les mélangez fortement de façon à avoir une suite aussi variée 
que possible de divertissements, de pas de deux, de ballabiles, de 
variations, de scènes, d'apothéoses...; vous présentez ce spectacle 
dans un décor quelconque, pourvu qu'il soit éblouissant ; vous faites 
donner à force et la batterie de l'orchestre et la banda de la scène 
et vous servez vivement à vos invités. Pas besoin de compère ; 
inutile la commère; il n'y a rien à expliquer, puisqu'on ne doit 
rien comprendre. Tout cela marche sans transition, sans lien, sans 
raison aucune. Les forgerons de Sieba tapent à tour de bras sur 
leur enclumes assourdissantes, disparaissent pour laisser la place 
aux petits tambours de la Cour d'Amour, qui sont remplacés à leur 
tour par les clowns de Speranza. On passe brusquement de l'Italie 
à l'Espagne, à l'Algérie, à l'Egypte, à l'Inde ; on remonte même 
jusqu'aux Césars romains avec l'orgie de Messalina ; mieux encore, 
on pénètre dans la lune, habitée, pour la circonstance, par de pe- 
tits négrillons. Et finalement, après avoir applaudi au passage la 
scène des poignards de Brahma, tout le monde se retrouve au défilé 
des nations d'Excelsior qui a lieu au palais de l'Exposition de 1889 
sous la haute protection de la tour Eiffel. 

La soirée entière a été un long triomphe pour M"' Cornalba. Im- 
possible de danser avec plus de précision, de légèreté et de force. 
Pointes et ballon sont admirables, et la danseuse exécute des tours 
de force inouïs sans avoir l'air d'y prendre garde A côté d'elle, 
M"« Laus, la grâce et l'esprit en personne, a eu sa large part de 
bravos, surtout dans le fameux pas de la ribaude qu'elle mime 
supérieurement. Applaudis aussi, et très fortement, M"" ComoUi, 
Rivolta et Gerne, et MM. Natta et Poggiolesi. 

En levé de rideau, une scène comique très spirituellement enle- 
vée par M"°* Foriani, Tenti, Levêque et M. de Gasperis. 

FonES-DiiAMATiQUES. — Paris en Général, revue en quatre actes et 
dix tableaux, de MM. Monréal, Blondeau et Grisier. 

Les heureux auteurs d'Au clair de la Lune et de Pila-Mèle Gazelle 

se sont transportés cette année, avec armes et bagages, des Menus- 

, Plaisirs aux Folies-Dramatiques et y ont encore brillamment réussi 



30 



LE MENESTREL 



avec leur nouvelle revue, Paris en General. Le défilé des actualités 
de l'année ne se présente pas, comme il est de facile usage, à 
la queue Icu-leu et à la bonne franquette ; la revue contient un 
semblant d'intrigue de vaudeville. Floridor, compère de revue, veut 
épouser la nièce de Pitanchois. Mais ce dernier, naïf cultivateur 
de Normandie, ne veut pas donner Églantine à un saltimbanque et 
arrive à Paris pour la fiancer à son filleul, un pharmacien de 
3" classe des Batignolles, Saturnin. Floridor se met en campagne 
pour faire échouer les plans du vieux Pitanchois. Usant de dégui- 
sements multiples, il berne tant et si bien le pauvre campagnard 
qu'il force son admiration et obtient la main d'Églantine. 

Je ne vous parlerai pas des fantaisies obligatoires sur la police. 
Succi, Karakoko, M"= de Sombre-Accueil, Fatma..., qui sont tou- 
jours les mêmes, mais rarement aussi bien présentés qu'ici ; je 
dirai seulement que la salle s'est littéralement tordue tout le long 
de la soirée et principalement au tableau absolument désopilant 
qui se passe chez Saturnin, pharmacien de nuit. C'est Fusier qui 
mène tambour battant la revue, il reste partout et toujours le roi 
de la transformation à la vapeur et fait de la prestidigitation comme 
si c'était son métier. Gobin est extraordinaire de drôlerie en Pitan- 
chois, il a dit des couplets moralisateurs aux carpes de Fontaine- 
bleau qui ont fait pâmer tout le publie. M"' Chassaing, le Mot 
pour rire, est surtout agréable à regarder; j'en dirai autant de 
M"=' Decroza, Norette et Deval. 

Paul-Emile Chevalier. 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 

Les théâtres allemands viennent de célébrer avec éclat le centième 
anniversaire de la naissance de Charles-Marie de Weber. A Berlin, une 
représentation extraordinaire du Freischiitz a eu lieu au Schauspielhaus, 
où, il y a soixante-cinq ans, avait eu lieu la première représentation de 
cette œuvre qui marque une date importante dans l'histoire du théâtre 
germanique. A l'Opéra impérial avait lieu en même temps une représen- 
tation de Preciosa, avec le concours des artistes du Schauspielhaus. L'em- 
pereur Guillaume et le prince impérial ont assisté à une partie de la 
représentation dans les deux théâtres ; sur toutes les scènes allemandes, 
d'ailleurs, cet anniversaire a été célébré d'une façon analogue par la re- 
prise soit d'Obéron, soit du Freischiitz, soit de Preoiosa et Euryanthe. Les 
sociétés musicales se sont, de leur côté, associées à Ja célébration de cet 
anniversaire, qui a pris le caractère d'une véritable fête nationale. — Dé- 
tail piquant : il n'est pas certain du tout que la date du 18 décembre soit 
la date exacte de la naissance de Weber. A la cure de l'église d'Eutin, 
dans le duché d'Oldenbourg, on conserve l'acte de baptême authentique 
de Charles-Marie de "Weber, et cet acte porte la date du 20 novembre 
1786. D'après ce document, la naissance de Weber devrait donc remonter 
au 18 novembre. Mais on a adopté la date du 18 décembre parce que 
c'est celle qu'indique le père de Weber dans une notice manuscrite sur 
son fils. 

— La direction de la Société des Amis de la musique, de Vienne, vient 
de remettre au conseil municipal de la capitale autrichienne le projet 
relatif au monument qui doit être élevé à Beethoven dans le cimetière 
central. En même temps, la Société des Amis de la musique a demandé à la 
ville de Vienne un subside de 4,300 florins. Le monument est, du reste, 
la reproduction exacte de celui élevé sur la tombe de Beethoven dans 
l'ancien cimetière de Wûhringen. Seulement, à la place du médaillon de 
Beethoven qui ornait ce monument, on placera une lyre et un papillon, 
symbole de l'immortalité. 

— Une grave mesure vient d'être prise au théâtre de la Cour de Mu- 
nich. On annonce que dans le but d'opérer des réformes économiques, 
l'Intendance générale de cet infortuné théâtre va être abolie à partir de 
l'année prochaine et remplacée par un système d'administration plus mo- 
deste et un même temps moins coûteux. 

— Un nouveau poste de chef d'orchestre vient d'être créé à l'Opéra de 
Berlin. C'est M. Ludwig Deppe, directeur musical du festival silésieu, 
qui en a été nommé titulaire ; il entrera en fonctions dès le l^r janvier. 
Une autre nomination de chef d'orchestre a été faite an même théâtre : 
-celle de M. Félix Mottl, de Carlsruhe, qui remplacera M. Radecke, dont 
l'engagement finit le 1" janvier prochain. 

— Le nouveau festival musical silésien, organisé et protégé par le 
comte de Hochberg, aura lieu à Breslau, du 2 au 4 juin de la prochaine 
année. On cite, parmi les œuvres qui y seront exécutées : David pénitent, 
la grande cantate que Mozart écrivit en 1783 pour la Société musicale de 
Vienne ; la cantate de Beethoven, le Moment glorieux ; la Malédiction du 
Chanteur, de Robert Schumann ; une symphonie de M. Garl Reinecke ; 
un Psaume de M. W. Bargiel ; enfin, l'ouverture du Roi Lear, de Berlioz, 
et le Chant de Maliomet, de M. Ernest Fliigel. 



— On a exécuté récemment, à Magdebourg, un poème symphonique 
pour orchestre et harmonium, de M. G. Grunewald, intitulé : Lutte et 
victoire de Luther. C'est l'œuvre d'un jeune compositeur, qui, dit-on, y a 
révélé un véritable talent. 11 en a montré surtout beaucoup s'il a réussi 
à peindre musicalement, sans le secours des paroles, les troubles, les 
agitations, les incidents de toute sorte qui ont marqué l'existence ora- 
geuse de l'illustre réformateur. 

— Au théâtre Cari Schultze, à Hambourg, très grand succès, dit-on, 
pour une nouvelle opérette, Farinelli, dont la musique a été écrite par 
M. Hermann Zumpe. 

— La Belgique prépare pour 1888, sous le titre de Grand Concours 
international de sciences, de lettres et des beaux-arts, une grande Exposi- 
tion dont le comité organisateur a été présidé, mardi dernier, par M. le 
chevalier de Moreau, ministre des Beaux-Arts, assisté de tous ses col- 
lègues du cabinet. Après le discours du ministre, les membres des 43 
sections du comité ont procédé à l'élection des membres de leurs bureaux 
respectifs. Ont été élus pour la section 10 (musique) : président, M. Ge- 
vaert, directeur du Conservatoire de Bruxelles ; premier vice-président, 
M. le chevalier Van Elewyck, maître de chapelle de Louvain ; deuxième 
vice-président, M. Radoux, directeur du Conservatoire de Liège ; secré- 
taire, M. Victor Mahillon, directeur du Musée instrumental de Bruxelles. 
Plus de b,000 Belges ont assisté à cette première séance. 

— Les jourcaux de Genève nous apportent des nouvelles de la repré- 
sentation de Jacques Clément, l'opéra en quatre actes de M. Grisy, qui a 
eu lieu le 16 au Grand-Théâtre de cette ville. La critique est assez dure 
au livret de MM. L. de Garât, H. Sauvage et A. Larsonneur, qui, s'il ren- 
ferme d'heureuses situations musicales, est écrit en vers peu harmonieux 
qui se font remarquer par des inversions fréquentes et... farouches. La 
musique, dont l'originalité n'est pas la qualité dominante, est du moins 
très bien écrite, souvent inspirée et a trouvé bon accueil devant le public. 
Les chœurs surtout ont produit un grand effet, et les airs de ballet sont 
très bien venus. On cite, entre autres morceaux, le finale du premier 
acte, au second la scène de la malédiction, un trio et un quintette, et 
presque tout le troisième. Dans son ensemble, la partition de M. Grisy, 
qui arrive à certains effets remarquables, est conçue dans la manière de 
Meyerbeer et de Verdi. C'est la personnalité surtout oui parait lui faire dé- 
faut. Le compositeur n'en a pas moins été rappelé, et très applaudi par 
le public. L'interprétation a été généralement très satisfaisante, de la part 
de MM. Fronty, Larrivé, Saint- Jean, Quirot et Gense, et de M"'' Pitteri. 
Il faut tirer de pair M""" Dargy, qui s'est montrée tout à fait supérieure 
dans le rôle de la duchesse de Montpensier. Ballet fort bien réglé par 
M. Lamy, avec M"^ Lamy comme première danseuse, mise en scène très 
brillante, orchestre excellent, fort bien dirigé par M, Bergalonne, 

— Etat civil des opéras nouveaux, nés sur le territoire italien, mais 
jusqu'ici tenus en sevrage par leurs auteurs : Mocanna, paroles de M. Fer- 
dinando Fontana, musique du maestro Zuelli; un opéra sérieux, livret de 
M. Francesco Mottino, musique de M. Marenco, le musicien des ballets 
de M. Manzotti, auteur déjà d'un ouvrage intitulé Moncada, dont le succès 
a été médiocre ; en&n, Masnadieri o cavalieri? opérette du maestro Capotosti. 
Cette dernière est annoncée au théâtre Parthénope, de Naples. 

— Un violoniste florentin fort distingué, M. Federico Console, qui joint 
à un grand talent de virtuose et de compositeur une connaissance étendue 
de l'histoire de l'art qu'il cultive, s'apprête à donner à Milan, devant un 
public d'invités, une sorte de concert historique de violon dans lequel, 
après avoir tait une conférence sur l'histoire de l'école italienne de violon, 
il exécutera un certain nombre d'œuvres des vieux maîtres de cette école 
justement célèbre qui, à sa propre gloire, ajoute celle d'avoir été la mère 
des grandes écoles française, allemande et bel?e. Voici le programme 
exécuté par M. Federico Console : Largo, de Veracini, né à Florence en 
168S , Sonate-Prélude de Vivaldi, né à Venise (on ignore en quelle année); 
Affettuoso e allegro, de Geminiani, né à Lucques en 1680; Aria rustica, de 
Veracini; Adagio, de Lolli, né à Bergame en 1760; Tarentelle de Valen- 
tini, né à Florence en 1690; Courante, de Vivaldi; .indayite sostenuto e 
rondo, de Viotti, né à Fontanetto en 17S3. 

— Veut-on savoir le nombre d'élèves qui suivent les cours de l'Ecole 
de musique et de déclamation de Madrid ? Le voici, d'après un document 
publié par la Correspondencia musical de cette ville : solfège, 311 femmes, 
lb3 hommes ; harmonie, 143 femmes, 123 hommes ; composition, S femmes, 
26 hommes ; orgue, S ; chant, 71 femmes, 22 hommes ; piano, 679 femmes, 
138 hommes ; violon, 103 ; harmonium, 7 femmes, 1 homme; violoncelle 
8; contrabasse, §; flûte, 6; hautbois, 8; clarinette, 12; basson, 2; cor, 6: 
cornet à pistons, 12 ; trombone, 10 ; harpe, 23 femmes ; déclamation, 23 
hommes, 82 femmes ; déclamation lyrique, 13 femmes, 3 hommes ; lan- 
gue française, SO femmes, 8 hommes ; langue italienne, 26 femmes, 7 
hommes. Au total, 2,095 élèves, suivant 22 cours différents, 

— La fermeture subite de l'Opéra italien de New- York, dont non» avons 
parlé dernièrement, a jeté dans une profonde détresse la plus grande 
partie du personnel de ce théâtre. Grâce aux concessions accordées par 
la Compagnie transatlantique et à la générosité du consul d'Italie et de 
plusieurs autres résidents italiens à New- York, 23 choristes et 16 mem- 
bres du corps de ballet ont pu être embarqués à destination du Havre. 
Détail navrant : pas un de ces malheureux n'avait un centime sur lui en 
quittant l'Amérique ! 



LE MÉNESTREL 



31 



PARIS ET DÉPARTEBIENTS 

L'assemblée générale annuelle des auteurs, compositeurs et éditeurs 
de musique a eu lieu cette semaine dans la salle du Grand-Orient. Il 
résulte du rapport de M. Baillet que les recettes du dernier exercice ont 
été supérieures de 5S,000 francs à celles de l'exercice précédent. Les per- 
ceptions faites à l'étranger sont pour une bonne part dans cette augmen- 
tation. Ainsi, les agences de Belgique ont touché S,000 francs de plus que 
l'année précédente ; en Espagne, en Suisse, les droits ont également monté. 
Ce rapport, fréquemment interrompu par les applaudissements de l'as- 
semblée, est adopté à l'unanimité. Vient ensuite M. Hiélard, qui lit le 
rapport de la commission des comptes. Ce rapport donne lieu à de justes 
observations faites par M. Edouard Philippe, qui pense avec raison que 
les dépenses sont excessives et qu'il y a lieu de les réduire. Pour les se- 
cours, il estime, au contraire, que la commission doit se montrer plus 
large dans les allocations accordées aux sociétaires nécessiteux. Enfin, le 
secrétaire du conseil des pensions lit un troisième rapport, d'où il ressort 
que huit pensions de retraite ont été fondées. Les titulaires sont MM. Nar- 
geot, Ollagnier, Lockroy, Jouhaud, Isaac Strauss, E. Grange, Philippe et 
M™" Loïsa Puget. Il est procédé à l'élection de trois nouveaux membres du 
syndicat, de cinq membres de la commission des comptes et de deux 
membres du conseil des pensions. Sont élus membres du syndicat pour 
quatre ans : MM. Laurent de Rillé, compositeur, et Choudens père, éditeur ' 
de musique. Il y a eu ballottage, pour l'élection d'un membre auteur, entre 
MM. Grenet-Dancourt et Edouard Philippe. Ce dernier s'étant désisté, M. 
Grenet-Dancourt est élu à l'unanimité. Sont élus membres de la commis- 
sion des comptes : MM. Desormes, d'Arsay, Liouville, Blondelet et Hiélard; 
membres du conseil des pensions de retraite : MM. Hélaine et Ghatot. Le 
bureau du syndicat sera formé dans la prochaine séance, qui aura lieu au 
siège de la Société, rue du Faubourg-Montmartre. 

— On annonce que le théâtre Beaumarchais, qui avait pris il y a quel- 
que années le titre de Fantaisies-Parisiennes pour se livrer au culte de 
l'opérette, va revenir à la musique et prépare la représentation d'un opéra 
comique inédit, Jamite, dont les paroles sont de feu Bernard Lopez et la 
musique de M. Campisiano. Il y a déjà longtemps que, pour la première 
fois, le théâtre Beaumarchais avait recours à la musique pour essayer de 
se tirer du guignon qui a toujours entouré sa difficile existence : c'était 
en iSiS et 1849; il avait pris le titre d'Opéra-Bouffe, et son chef d'or- 
chestre était Pilati, compositeur très fécond, non sans talent, qui fut plus 
tard chef d'orchestre à la Porte-Saint-Martin. C'est à l'Opéra-Bouffe-Beau- 
marchais qu'Eugène Gautier, l'auteur du Docteur Mirobolan et le futur pro- 
fesseur d'histoire de la musique au Conservatoire, donna son premier 
ouvrage, le Marin ds la Garde, 

— Parmi les nouvelles nominations du ministère de la guerre, nous re- 
levons celle de M. Emile Jonas, compositeur de musique, membre de la com- 
mission d'examen aux emplois de chef et de sous-chef de musique, qui est 
nommé officier de la Légion d'honneur. 

— Depuis longtemps on n'avait assisté, dans les théâtres de nos grandes 
villes de province, à un tel massacre d'artistes à l'occasion des débuts de 
la campagne d'hiver. De tous côtés, les journaux signalent des chutes, 
des résiliations, des ruptures d'engagements causées par la férocité de spec- 
tateurs incontentables, et ce qu'il y a de bizarre et qui prouve à quel 
point nos différents publics montrent en ces circonstances d'injustice ou 
de maladresse, c'est que tel artiste outrageusement sifûé à Marseille, est 
reçu à Lyon comme un triomphateur, et que tel autre, accueilli à Tou- 
louse avec des huées, se voit acclamer à Bordeaux avec un enthousiasme 
indescriptible. La ville qui parait s'être le plus signalée dans le véritable 
hachis qu'elle a fait des chanteurs qui lui ont été successivement pré- 
sentés est Alger, où, à l'heure actuelle, les abonnés ont immolé sur 
l'autel de l'art quatre ténors légers, autant de chanteuses, trois forts 
ténors, trois basses nobles et deux secondes basses. Quels connaisseurs 
sévères, que ces braves Algériens! 

— La dernière séance de la Société des concerts du Conservatoire s'ou- 
vrait par la symphonie en si bémol de Schumann, œuvre inégale, comme 
toutes les compositions de cet artiste, mais qui est loin d'être sans valeur. 
Son meilleur morceau, à mon sens, est Vallegro initial, où l'on rencontre 
une vigueur assez rare chez l'auteur de Geneviève et de Manfred; Vatulante 
manque essentiellement de couleur et de caractère; le scherzo, dont le 
rythme rappelle Haydn, n'est pas sans quelque grâce, et le finale, léger et 
coquet, caresse agréablement l'oreille. Il m'a semblé que les traits des 
violons n'étaient ni assez détachés ni assez légers dans ce finale, où l'archet 
doit à peine effleurer les cordes. Après la Marche et le Chœur superbes 
des Fiançailles de Lohengrin, après la symphonie en ré majeur de Mozart, 
venait l'adorable Fantaisie avec chœurs de Beethoven, dans laquelle la 
partie de piano était tenue par M. Saint-Saëns. Je ne crois pas, au Con- 
servatoire, l'avoir jamais entendu exécuter par un autre virtuose, et je l'y 
ai bien entendue une demi-douzaine de fois. Quoi qu'il en soit, M. Saint- 
Saons s'est surpassé dimanche, et son interprétation magistrale de ce 
chef-d'œuvre lui a valu un véritable triomphe et un rappel unanime. 
L'exécution générale de la Fantaisie a d'ailleurs été excellente de tout 
point, et les chœurs, aussi bien que l'orchestre, méritent de sincères éloges. 
Le concert se terminait par la rayonnante ouverture d'Eiinjanthe, de 
Weber. — A. P. 



Concerts du Chatelet. — Nous devons citer seulement pour mémoire 
l'ouverture de la Flûte enchantée, le prélude du Déluge et l'Invitation à la 
valse, car le concert a été consacré presque en entier à la Symphonie lé- 
gendaire de Benjamin Godard. Cette œuvre avait été placée sous le patro- 
nage de Faure. Le grand artiste a obtenu une série d'ovations qui ont dû 
lui être d'autant plus sensible que, dans cette circonstance, la musique 
ne le secondait pas toujours suffisamment. Avec lui, tout prend vie comme 
par enchantement : grâce à son style admirable et à sa merveilleuse dic- 
tion, il arrive à l'auditeur d'éprouver l'illusion d'une belle pensée musi- 
cale, alors même qu'elle n'existe pas en réalité. L'air i'Hérodiade, dans 
lequel il a fait remarquer la souplesse extraordinaire de son organe au 
moment où reviennent les mots : Vision fugitive, puis le Purgatoire (bissé), 
de Paladilhe, ont suscité un véritable enthousiasme. — La Symplionie légen- 
daire se divise en trois parties, comprenant chacune trois morceaux. Les uns 
sont purement symphoniques, d'autres comportent un chœur de femmes ; deux 
sont écrits pour voix seule et orchestre. Des fragments littéraires cor- 
respondent respectivement à chacun des neuf numéros. Les uns se chan- 
tent, les autres sont là comme éclarcissement. Les deux premières parties 
ont reçu bon accueil. M™' Durand-Ulbach avait dit avec beaucoup d'ex- 
pression une ballade où revient par trois fois une phrase pénétrante, et 
Faure avait fait bisser une belle Prière ; le chœur de, la tentation avait 
aussi été très; applaudi, et les dernières pages, chantées en duo par Faure 
et M"" Durand-Ulbach, également redemandées ; mais la troisième partie 
n'a pas paru plaire autant au public. Le morceau symphonique intitulé 
Dans la forêt est vraiment de forme et d'idée bien banales. La bruyante 
sonorité des accords et l'abus de la percussion, loin d'échauffer la salle, 
ont produit l'effet contraire. Les Feux follets ont suscité des protestations. 
Heureusement le finale, où plusieurs thèmes épisodiques gravitent autour 
d'une mélodie gracieuse, a relevé l'ensemble. L'ouvrage a provoqué pen- 
dant l'entr'acte des discussions assez vives. La poétique nous en parait 
défectueuse, et les bizarreries de l'instrumentation surprennent quelquefois. 
A notre avis, M. Godard est un musicien de très grand talent, qui 
a peut-être le tort de se trop concentrer en lui-même et de croire trop fa- 
cilement que nous devons éprouver, en écoutant ses ouvrages, les impres- 
sions que lui-même a ressenties dans le feu de la composition. Avec un 
peu plus d'esprit de critique, il écrira des œuvres très remarquables et 
qu'on pourra mettre sans désavantage à côté du Tasse. 

A51ÉDÉE Boutarel. 

— Concert de l'Éden. — Mon excellent confrère du Ménestrel ne me 
laisse presque rien à dire du concert Lamoureux, qui a été, à peu de 
chose près, la répétition du précédent. A l'extérieur, il tombait de la 
neige, au dedans, il pleuvait de la musique wagnérienne, et il y avait 
comme un sentiment de souffrance résignée sur toutes les figures. Je crois 
réellement que les 'wagnériens commencent à être embarrassés de leur 
culte. Nous les avons vus traverser trois périodes significatives, celle de 
l'apostolat timide, puis celle du triomphe exultant et féroce; il semble 
aujourd'hui qu'ils sommeillent légèrement aux œuvres de leur idole. — 
Je mentirais, en revanche, si je ne vous disais pas que j'ai trouvé un plai- 
sir infini en assistant à une parfaite exécution de l'ouverture de Léonore de 
Beethoven, des fragments de Manfred de Schumann, et si je n'ajoutais pas que 
Mme Brunet-Lafleur a dit à ravir un 3.iT à'Armide de Gluck et une délicieuse 
et poétique inspiration d'Ambroise Thomas, le Soir. — H. Barbedetie. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 

Au Conservatoire, même programme que dimanche dernier. 

Chatelet, concert Colonne: ouverture des Noces de Figaro {W.oza.rt); Sym- 
plionie légendaire (B. Godard), soli chantés par M. Faure et M"= Durand- 
Ulbach ; air i'Hérodiade (Massenet), par M. Faure ; première audition de 
Rêverie {Y. Hugo, C. Saint-Saëns), par M. Faure; fragments du Septuor 
(Beethoven) : Purgatoire (Coppée, Paladilhe), par M. Faure ; Carnaval (E. 
Guiraud) ; 

Bden-Théâtre, concert Lamoureux: première audition du Cortège, frag- 
ment d'un opéra inédit (Ten Brink) ; ouverture du Vaisseau-Fantôme 
(Wagner); le Songe d Andromaque (A. Coquard), par M}^" Brunet-Lafleur; 
Symphonie en la (Beethoven); air A'Armide (Gluck) et fe Soir (A. Thomas), 
par W^' Brunet-Lafleur ; Marche funèbre du Crépiiscule des Dieux (Wagner); 
fragments des Maîtres chanteurs (Wagner) ; 

Cirque d'hiver, concert Pasdeloup: Symphonie pastorale (Beethoven); pre- 
mière audition de fragments de Sabina, opéra inédit (Albert Cahen) ; Con- 
certo en la mineur (E. Grieg), par M"= Louise Steiger ; Allegretto agitato 
(Mendelssobn); Noël (A. Adam), par M. Auguez; ouverture i'Oberon 
(Weber). 

— L'autre soir, un nombreux auditoire a fait fête, chez M. et M.'"'^ J. 
Garnier, à diverses œuvres nouvelles de M. Henri Maréchal. Citons, entre 
autres morceaux applaudis et bissés : la Chanson béarnaise, d'un grand effet, 
les Vivants et les morts, et l'Arioso tiré du Miracle de Naim, oratorio dont la 
première audition complète sera l'un des attraits du concert que prépare 
la Société chorale d'amateurs Guillot de Sainbris. M"«^ Richard et Ducasse, 
MM. Escalaïs et Melchissédec assuraient à l'auteur une exécution de tout 
point parfaite. 

— Dimanche dernier. M'"" Anna Fabre, officier d'académie, a donné, 
à la salle Pleyel-Wolff, la première audition annuelle des élèves de 



32 



LE MENESTREL 



son cours de musique. Matinée très Intéressante, .qui a permis d'ap- 
précier une fois de plus l'excellente méthode de l'éminent maître 
Marmontel. Indépendamment des élèves, qui ont toutes joué avec une 
perfection remarquable, plusieurs artistes avaient, comme les années pré- 
cédentes, prêté leur concours à cette fête. M. Plançon, de l'Opéra, a dit 
magistralement l'air du Songe d'une Nuit d'été. M. Loëb, violoncelle solo de 
ce théâtre, merveilleusement accompagné par M, Grandjany, professeur 
au Conservatoire, a exécuté avec son talent habituel la Gavotte de Popper 
et des motifs suédois. On s'est séparé en se donnant rendez-vous pour 
l'audition du mois d'avril prochain. 

— Lyon. — La première séance des concerts du Conservatoire a eu lieu 
dimanche dernier (19 décembre), devant une très belle salle. Le programme 
de ce premier concert se composait de la symphonie pastorale (Beethoven), 
de l' Angélus (d'Arcadelt), chœur à quatre voix, bien interprété par les 
élèves du Conservatoire auxquels s'étaient joints d'autres artistes de notre 
ville. L'orchestre a rendu avec beaucoup de goût deux fragments des 
Scènes alsaciennes de Massenet, ainsi que le ravissant menuet de V Artésienne 
de Bizet. M. Salomon nous a fait entendre le grand air de lienvenuto 
Cellini, de Berlioz. Un chœur de Castor et Pollux (Rameau) et l'ouverture 
du Tannhâuser ont été applaudis et ont brillamment terminé cette pre- 
mière matinée. — B. de F. 

— Lille. — Le deuxième Concert Populaire a eu lieu dimanche, 19 
courant, avec le concours de M"" Grémer, cantatrice, qui a chanté en 



artiste consommée. L'orchestre, sous la vaillante direction de M. Paul 
Martin, a brillamment exécuté l'ouverture de Patrie, de Bizet, la deuxième 
symphonie de Gounod, et l'ouverture des Joyeuses Commères de Windsor. 

— M"« Marie Garnier, fille de M. Edouard Garnier, l'excellent critique 
musical du Pliare de la Loire, qui est en même temps un compositeur fort 
distingué, vient d'obtenir un brillant succès à l'une des séances musicales 
de l'Exposition de Nantes. M"= Marie Garnier a exécuté une série de dix 
morceaux de piano, dont trois signés du nom de son père, à qui son ta- 
lent fait le plus grand honneur. Elle a été fort applaudie. 

— Le premier concert populaire d'Alençon a eu lieu le 19 décembre 
avec un succès sans précédent, tel qu'il a fallu en donner un second le 
lendemain. L'orchestre, dirigé par M. Pasdeloup, a fait merveille; et 
l'éminente violoniste Marie Tayau, engagée pour cette solennité, a été 
littéralement acclamée. L'heureux instigateur de ces concerts, M. de 
Crépy, mérite tous les éloges. 

Henri Heugel, directeuT-geran. 

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Dimanche 2 Janvier 1887. 



îm — US""' mÎË — W 5. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser ntANCO à M. Henri HEUGEL, directeur du Mésestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Dn on. Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus- 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand ttiéàlre à Paris pendant la Révolution (9" article), Arthur Pougin. — 
II. Semaine théâlrale: deux points d'histoire musicale éclaircis; nouvelles, H. 
MoRENO. — III. Une nouvelle symphonie de Camille Saint-Saëns. — IV. Nou- 
velles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE PIANO 
Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

TZIGANYI 

de Théodore Lack. — Suivra immédiatement : Temlreise, nouvelle pollia- 
mazurka de Philippe Fahbb.ach. 

CHANT 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 

chant : le Lath, lied de Joachim Raff, traduction française de Pierre Bar- 
bier. — Suivra immédiatement : le Chanteur du soir, mélodie d'ANTOiNE 
RuBiNSTEiN, poésie russe de Pouschkine, traduction française de Pierre 
Barbier. 



GRAND THÉÂTRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 

D'après des documents inédits et les sources les plus authentiques, 

(Suite.) 



Toujours est-il que les sociétaires de l'Opéra-Gomique, 
après s'être mis pendant deux années, comme nous l'avons 
vu, à la portion congrue, jugèrent à propos de rétablir leur 
situation personnelle telle qu'elle était avant 1790, et de 
reprendre le chiffre de leurs anciennes parts ainsi qu'il était 
fixé avant la réduction opérée par eux à cette époque. C'est 
ainsi que dans la liste des sociétaires arrêtée à l'ouverture de 
l'année théâtrale 1792-93, nous voyons : à part entière, Clair- 
val, Trial, Narbonne, Michu, Ménié, Rosière, Philippe, Che- 
nard, Solié, M™^Dugazon, Gontier, Adeline, Carline, Desforges, 
Saint-Aubin ; à sept huitièmes de part, Dorsonville et 
M""^ Desbrosses ; à trois quarts, Granger, M'"^'^ Grétu et Rose 
Renaut; à cinq huitièmes, Gamerani; à demi-part, Favart; 
enfin, Elleviou est admis à trois huitièmes, et M"" Richardy 
à un quart. Le total des parts remplies se trouve être alors 
de vingt et trois quarts, et deux parts un quart maintenues 
en séquestre complètent le chiffre normal de 23 parts. Mal- 
heureusement, l'année 1792 sera particulièrement terrible 
pour les théâtres, et nos Comédiens en subiront les désas- 
treux eiîets. Les événements du 10 août, qui amèneront une 
fermeture d'une semaine, ceux du mois suivant, qui en occa- 



sionneront une nouvelle de quinze jours, l'inquiétude gêné" 
raie, la fermentation des esprits, la misère toujours plus 
grande, l'insurrection vendéenne, la guerre étrangère, l'in- 
vasion du sol français par les armées ennemies, les enrôle- 
ments volontaires, les premiers revers subis par nos armes, 
la réunion de la Convention nationale, la détention et le 
procès de Louis XVI, l'agitation générale causée par une si 
étonnante succession d'événements dramatiques et grandioses, 
tout cela n'était pas de nature à favoriser l'essor des entre- 
prises théâtrales, qui pourtant, chose singulière! se multi- 
pliaient chaque jour davantage. 

Aussi le théâtre Favart se verra-t-il obligé, cette année 
encore, d'engager son avenir et de recourir à de nouveaux 
emprunts. Mais quoi! Il fallait bien manger, et payer un 
personnel nombreux qui n'avait d'autre ressource et d'autre 
recours que la caisse de la Comédie! Du 10 août au 20 sep- 
tembre surtout la crise prend des proportions encore incon- 
nues : le théâtre reste presque constamment fermé, et sur 
les dix-huit représentations qu'il réussit à donner dans un 
espace de quarante-deux jours, on en trouve trois qui sont 
au bénéfice d'œuvres patriotiques. La recette générale est 
de 37,000 francs seulement pour le mois d'août, et elle tombe 
à 20,000 le mois suivant, alors que la somme des frais men- 
suels s'élève à plus de 40,000 francs, sans compter le prélè- 
vement des parts attribuées aux sociétaires. Encore, des 
57,000 francs encaissés pour ces deux mois faut-il distraire 
environ 9,000 francs produits par les trois représentations 
que nous venons de signaler, ce qui réduit le total réel à 
48,000 francs ! C'est au sortir de cette crise cruelle que la 
Société se trouve dans la nécessité de contracter un nouvel 
emprunt de 60,000 livres, ainsi mentionné par le caissier 
dans le compte qu'il établit pour les mois d'août et de sep- 
tembre ; 

Emprunt de 60,000 livres à cause des eh'constances depuis le 
dix aoiit 1792. — Fait recette le comptable de la somme de soixante 
mille livres prêtée aux Comédiens Italiens par M. Louis-Charles- 
Thomas Bizouard pour moitié, et par Thomas-Marie-Simon Bizouard 
pour l'autre moitié, suivant un écrit double pour chacun d'eux et 
les Comédiens en date du [en blanc], avec condition d'une entrée 
en faveur du premier nommé et de deux autres entrées en faveur 
de l'épouse et de la fille du dernier nommé; ledit emprunt fait à 
raison de quatre pour cent sans retenue présente et à venir, et à 
la charge d'en faire le remboursement à raison de dix mille livres 
par année sous la condition de s'avertir respectivement six mois 
d'avance. 

1792. 

Malgré les difficultés de la situation, les travaux, comme 
on va le voir, ne furent guère moins actifs cette année que 
les précédentes. 



3/, 



LE MENESTREL 



Jl janvier 1792. — La Fille naturelle, comédie en un acte, 
de Dejaure. 

16 janvier. — Les Deux Couvents, opéra-comique en trois 
actes, paroles de Desprez et Rouget de Lisle, musique de 
Grétry. — On n'a jamais remarqué que Rouget de Lisle avait 
écrit le poème de cet opéra quelques mois avant de com- 
poser son immortelle Marseillaise; il en traça plusieurs autres 
par la suite, particulièrement celui de Jacquot ou l'École des 
Mères, mis eu musique par Délia Maria et représenté, aussi 
au théâtre Favart, le 28 mai 1798. Relativement aux Deux 
Coucents, Grétry adressait à Rouget, le 4 novembre 1792, une 
lettre dans laquelle il n'était question que de cet ouvrage. 
« ... La recette a été, le jour de la Toussaint, de près de 
4,000 francs, disait-il à son collaborateur. Cet ouvrage restera 
bt sera joué souvent, ce qui fera plaisir aux Èlarseillais du 
parterre, qui le réclamaient toujours. Vos couplets des Mar- 
seillais ; Allons, enfants de la pairie! sont chantés dans tous les 
spectacles et dans tous les coins de Paris ; l'air est très bien 
saisi par tout le monde, parce qu'on l'entend tous les jours 
chanté par de bons chanteurs (1). » 

l'^"' février. — Cliarlotte et Wertlier, opéra-comique en un acte, 
paroles de Dejaure, musique de Kreutzer. 

''8 février. — L'École des Parvenus ou la Suite des Petits Sa- 
voyards, opéra-comique en un acte, paroles de Pujoulx, 
musique de Devienne. — C'est la transformation et la réduc- 
tion d'une comédie en deux actes de Pujoulx, donnée, comme 
on l'a vu plus haut, le 2S septembre 1789, sous le titre de : 
Encore des Savoijards ou l'Ecole des Parvenus. 

18 février. — Adélaide et Mirval, opéreL-comique en un acte, 
paroles de Patrat, musique de Trial fils. — Ouvrage repré- 
senté en trois actes le 6 juin de l'année précédente. 

A la date du 20 février, le registre du caissier nous apprend 
que la reine, le Dauphin et Madame Royale assistent au 
spectacle, qui se compose de Renaud d'Ast et des Événements 
imprévus. 

5 mars. — Le Suborneur, comédie en un acte et en vers, 
de l'immonde marquis de Sade, auteur de l'infâme roman 
de Justine. — Cette pièce commençait le spectacle, qui devait 
se terminer par l'Amitié à répreuve; mais elle subit une chute 
si' caractérisée que le public refusa de l'entendre jusqu'au 
bout. « La 1'''' pièce n'ayant pas été achevée, nous dit 
le registre, l'on a donné en dernier l'École des Parvenus. » 

19 mars. — Mélite, opéra-comique en trois actes, paroles de 
Desfontaines, musique de Deshayes. 

En cette année 1792, où Pâques tombait le 8 avi'il, nous 
voyons pour la première fois la clôture pascale définitivement 
supprimée. Les théâtres pourtant n'osèrent pas prendre sur 
eux d'adopter une résolution aussi grave, et qui brisait avec 
une coutume plus que séculaire; ils jugèrent à propos d'en 
référer à l'autorité, et consultèrent à ce sujet la Commune de 
Paris. Cette démarche de leur part provoqua la lettre sui- 
vante de Manuel, procureur de la Commune, qui trancliait 
la question : 

Lettre du Procureur de la Commune de Paria à MM. les 
Administrateurs de police. 

Quelques directeurs de spectacles ont demandé aux magistrats du 
peuple s'il falloit fermer leurs théâtres pendant la quinzaine de 
Pâques. Je leur dois une explication, et c'est à vous, messieurs, à 
i^ juger. 

Lorsque la France se eourboil sous une religion dominanle. 
lorsque nous étions condamnés à faire tout ce qu'un seul vouloit. 
le lieutenant de police pouvoit bien faire une loi avec des prêtres • 
mais quand, après une longue nuit, la vérité se montre, fait honte 
aux dupes et peur aux frippons ; quand la liberté ne veut plus de 
tyrans, ni l'égalité d'esclaves ; quand une constitution prolèoe tous 
les cultes comme toutes les opinions; alors il n'y a plus que le 
peuple qui, par ses représentans, puisse commander des fêtes, les 
fêtes de la patrie, et il faut que les religions se renferment toutes. 

(1) Catalogue de lettres autographes, vente le 20 novembre 1S83. 

Paris, Eugène Charavay, 1883, in-8». 



sans se cacher, dans leurs temples. Choisit qui veut, ou une église, 
ou une synagogue, ou une mosquée. Personne ne conçoit mieiix 
que vous, messieurs, que si chacun est maître de ses talons comme 
de ses pensées, il ne doit pas plus être défendu de jouer une pièce 
le Vendredi saint, que de la faire, à ceux du moins qui ne par- 
tagent pas le deuil de la religion. L'industrie a les mêmes droits 
que le commerce, et il n'y a jamais que l'intérêt public qui puisse 
les suspendre. Mais sous quel prétexte la municipalité, gardienne 
de toutes les propriétés, condamneroit-elle au repos une foule de 
citoyens que le théâtre fait vivre, et une foule plus grande encore 
qu'il amuse et qu'il instruit: et après une révolution surtout qui 
prouve si bien que les tragédies de Voltaire formeront plutôt les 
nations que les sermons de l'abbé Maury ? Le théâtre ne me paroit 
pas seulement un moyen d'instruction entre ies mains du philosophe 
qui éclaire le peuple : il en est un aussi de bon ordre entre celles 
de l'administrateur qui le conduit. M. de Sartino, avec ses cent 
mille bras et ses cent mille yeux, convenoit que la ville trop im- 
mense de Paris ne l'embarrassoit jamais plus que quand le clergé, 
interdisant les plaisirs honnêtes, livroit des hypocrites à l'oisiveté 
qui conseille les vices et les crimes. Nous touchons à l'époque où 
le fanatisme doit tendre de nouveaux pièges à l'ignorance. Il seroit 
bien à désirer que Rome, toute entière dans la sacristie, s'apperçut 
à la fin du carême qu'elle n'a plus de privilèges ; et rien ne lui 
prouvera mieux les progrès de la raison que l'indépendance des 
théâtres, qui, pendant le tems que les chrétiens assisteront à ténè- 
bres, représenteront pour les Amis de la Constitution la Mort de 
César. 

P. Manuel (1). 

Les théâtres, pour la première fois, restèrent donc ouverts 
pendant la quinzaine de Pâques de 1792. 

Le 14 avril voit le début d'un acteur nommé Paulin, qui 
se présente dans la Colonie et dans l'Amant jaloux, et le 3 mai 
a lieu la première représentation d'un des plus admirables 
chefs-d'œuvre de Méhul, Stratonice, « comédie héroïque » en 
un acte, dont le poème avait été écrit par Hoffman. 

C'est peu de jours après, le 12 mai, que l'Opéra-Comique 
perdait un de ses auteurs les plus aimables, les plus ingé- 
nieux et les plus féconds, l'excellent Favart, qui pendant 
près d'un demi-siècle avait contribué à sa prospérité en lui 
fournissant une foule de petits chefs-d'œuvre dans tous les 
genres, comédie, opéra-comique ou vaudeville. La Chercheuse 
d'esprit. Acajou, lYinette à la cour, les Trois Sultanes, l'Anglais à 
Bordeaux, ' la Fée Urgèle, Isabelle et Gertrucle, les Moissonneurs, 
l'Amitié à l'épreuve, Annette et Lubin et tant d'autres jolis ou- 
vrages, écrits d'une plume tantôt alerte et vive, tantôt sou- 
riante et émue, toujours élégante et fine, avaient fait de lui 
l'un des écrivains les plus justement renommés de son temps 
et l'un des favoris du public. Son nom reste attaché à l'his- 
toire et à la gloire de la Comédie-Italienne, comme celui de 
son aimable femme, cette charmante, piquante et séduisante 
M""= Favart, dont le talent fut aussi pendant de longues 
années l'un des plus fermes soutiens de ce théâtre (2). 
{A suivre.) Arthur Pougin. 

(1) Jotmuil ih- Paris du "28 mars 17SJ2. 

Déjà, le 26 mars, l'Opéra-Comique s'était dispensé de fermer sa salle 
pour la fête de l'Annonciation, l'une de celles que tous les théâtres chô- 
maient d'ordinaire, sur l'injonction de l'Eglise. Il avait jugé à propos de 
le faire connaître par cette note communiquée aux journaux : — « Ce 
spectacle, qui est dans l'usage de fermer toutes les fêtes principales de 
l'année, sera ouvert demain lundi 26 ; on y donnera concert. La Société 
des Comédiens Italiens a prêté la salle à la D"<ï Camerani. Cette jeune 
personne qui, depuis deux ans, a e.xercé son talent sur le forte-piano dans 
différens concerts sous le seul point de vue de faire connaître au public 
et aux artistes ses talens naissans, donnera concert à son bénéfice. » 

(2) Les restes de Favart furent inhumés dans son jardin, et sur sa tombe 
on grava ce quatrain : 

Sous le lilas et sous la rose, 
Le successeur d'Anacréon, 
Favart, digne fils d' Apollon, 
En ce tombeau paisiblement repose. 
Pendant longtemps la Comédie-Italienne, devenue l'Opéra-Comique, fut 
désignée dans le public sous le nom de théâtre Favart. Bien que cette 
désignation n'ait jamais été oflîcielle, elle suffit à indiquer l'importance 
que ce nom avait acquise par rapport à ce théâtre. 



LE MENESTREL 



33 



SEMAINE THÉÂTRALE 



Puisque Patrie s'affirme à l'Opéra comme un succès décisif et 
que l'œuvre parait appelée à de solides destinées, il ne sera pas 
sans intérêt de reproduire ici la lettre suivante de M. Ernest 
Legouvé, qui fixe de façon irréfutable pour cette partition un point 
d'histoire raconté jusqu'ici inexactement : 

Mon cher Monsieur Heugel, 

Vous me demandez comment j'ai obtenu de M. Sardou qu'il tranformàt 
Patrie en opéra pour Paladilhe. Ce n'est nullement, comme on l'a dit, au 
moment de son élection académique, et le jour qu'il me faisait sa visite 
de candidat. Il y aurait eu là un petit marché de donnant donnant, qui ne 
m'aurait nullement convenu, ni à lui nonp lus. 

C'est deux ans après son élection, en 1879, que, dînant un jour avec lui 
chez Camille Doucet, et étant assis tout deux sur le même canapé après 
le dîner, je lui dis brusquement : Mon cher Sardou, connaissez-vous la 
Bible? — Comment, répondit-il en riant, si je connais la Bible? — Oui, 
je vous demande si vous connaissez la Bible. — Certainement ! — Eh 
bien, qu'est-ce que vous pensez de Jacob? — De Jacob? — Oui, de ce 
o-arcon qui offre de rester sept ans comme serviteur, pour obtenir la 
main de Racbel? — Je pense qu'un amoureux pareil mérite récompense, 
répondit-il gaiment. — Hé bien, je connais un jeune musicien qui est 
amoureux de Patrii', et qui travaillerait sept ans pour l'obtenir. — Com- 
ment se nomme-t-il ? — Paladilhe. — Gounod m'a déjà parlé de lui. » 
Là-dessns la conversation s'engage; je lui dis de Paladilhe ce que j'en 
pensais déjà depuis dix ans, et ce que tout le monde en pense aujourd'hui, 
et, quand nous nous levâmes du canapé, l'affaire était faite. 

Voilà, mon cher ami, la vérité vraie, et je vous autorise très volon- 
tiers à la dire. 

Bien des amités, 

E. Legoivé. 
29 décembre 1886. 

On pense si nous usons avec empressement de la permission et 
si nous remercions M.Ernest Legouvé de sa précieuse communica- 
tion. C'est donc par lui qu'un jeune auteur eut la bonne fortune de voir 
se réaliser le plus beau de ses rêves, — un rêve que les plus forts 
et les plus grands eussent à peine osé caresser : la collaboration 
de Sardou dans son meilleur drame. C'est ainsi que M. Ernest 
Leo-ouvé joua une fois de plus dans l'existence de Paladilhe le rôle 
de bonne fée et de providence, et cette fois d'une façon tout à 
fait décisive et de manière à n'avoir plus besoin d'y revenir. 



Fixons encore un autre point d'histoire musicale. 

On fait quelque tapage, aujourd'hui, dans plusieurs journaux, 
autour d'une note du Fremdenblatt, de Berlin, ainsi conçue : 

« L'air principal de Carmen, la Habanera, n'est pas de Georges 
Bizet. Ce compositeur l'a pris tout entier de YAreglito d'Yradier, 
sans indiquer la source, et il l'a mis simplement sur d'autres 
paroles. » 

Il y a 'du vrai et du faux dans cette note. Bizet s'est certainement 
servi sans vergogne de la chanson d'Yradier, mais à son insu, en igno- 
rant son auteur, et, d'autre part, il n'a pas négligé d'indiquer la 
source oîi il avait puisé quand elle lui fut connue. La partition 
porte, en effet, à cet endroit : « Imitée d'une chanson espagnole, 
propriété des éditeurs du Ménestrel. » 

Nous allons résumer brièvement les faits. 

Quelques jours avant la représentation de Carmen, il nous fut 
donné de rencontrer, an théâtre du Palais- Royal, Georges Bizet, 
avec lequel nous avons toujours été dans d'excellentes relations 
d'amitié. 11 était un peu fiévreux, comme on est à la veille d'une 
o-rande bataille : « Vous verrez, disait-il, oq prétend que je suis 
embrouillé, confus, ennuyeux, plus empêtré de science qu'illuminé 
d'inspiration. Eh bien, cette fois, j'ai écrit une oeuvre de clarté et 
très vivante, avec de la couleur et de la mélodie. Je serai amusant. 
Venez; vous serez content, je crois. » 

Nous étions au rendez-vous, et grand fut notre contentement de 
trouver l'œuvre comme il nous l'avait dépeinte. Il n'est pas besoin 
de rappeler que nous n'étions pas beaucoup à l'époque pour la 
iu°-er ainsi, et que Carmen fut loin de réussir d'emblée. Ce n'est 
pas sur ce point que nous voulons insister, mais bien spécialement 
sur l'habanera, dont la ressemblance avec celle d'Yradier nous 
sauta de suite aux oreilles. 

Êh ! mais dites-donc, cher ami, disions-nous quelques jours 

après à Georges Bizet, ttes-vous bien certain que cette chanson 
soit de vous? 



— Non, le motif m'en a été fredonné, un soir, par une dame 
espagnole qui me l'a donné comme une chanson populaire. 

— Chanson très populaire, en effet, dans toutes les Espagnes, 
mais ce n'est pas une raison pour qu'elle soit du domaine publie. 
On est toujours le fils de quelqu'un, et votre habanera est fille 
d'un père fort connu, Yradier, l'auteur d'Ay Chiquita. 

Et nous lui mimes sous les yeux El Aref/lito. L'affaire ne pouvait 
pas aller bien loin entre nous, et nous avions Bizet en trop grande 
estime pour désirer lui causer le moindre ennui. La petite note 
qu'on lit au bas de la page 43 de la partition suffit à sauvegarder nos 
droits, etnous demandâmes seulement qu'on ne publiât pas le mor- 
ceau séparément, afin de ne pas détruire complètement la vente de la 
chanson d'Yradier. Cette réserve nous semblait fondée. Mais quel- 
que temps après, l'éditeur de Carmen, M. de Choudens, — qui ne 
connaît aucun obstacle quand il s'agit de ses intérêts, — tenté 
par le gain, crut pouvoir passer outre et se fit de jolies rentes 
avec un morceau pour lequel, en bonne conscience, il nous aurait 
bien dû quelque indemnité. Car il est juste de reconnaître que si 
Bizet avait apporté la sauce, une sauce de haut goût, nous le 
reconnaissons, Yradier, du moins, avait apporté le civet. Nous 
fermâmes néanmoins les yeux, avec beaucoup de philosophie, pour 
ne pas créer de désagréments à Georges Bizet. 

Nous ne nous serions jamais vanté à coup sur de cette conduite, 
api es tout généreuse, si nous ne trouvions dans un livre d'ailleurs 
estimable, publié récemment par M. Charles Pigot en l'honneur de 
Bizel, quelques assertions assurément erronées sur la matière et 
qu'il nous importait de relever, puisque nous sommes mis en 
scène par l'auteur d'une façon peu avantageuse. 

Après avoir constaté « que la chanson d'entrée de Carmen fut 
refaite treize fois et que Bizet fixa enfin son esprit sur le thème 
d'une chanson espagnole qui avait attiré son attention, jadis, alors 
que, se préparant à écrire Carmen, il feuilletait des albums de chants 
caractéristiques de la Péninsule pour bien se pénétrer de leur 
rythme et de leur valeur », M. Charles Pigot ajoute,: 

A ce sujet Bizet eut à subir des revendications peu fondées (1) de la 
part d'un éditeur bien connu, M. Heugel, l'éditeur du Ménestrel. Voici ce 
dont il s'agissait : 

« Un médiocre musicien (2), galant homme assurément et que je 
crois complètement étranger à la réclamation dont il fat la cause (3), 
M. A'radier, auteur de plusieurs chansons et romances répandues et ayant 
joui en leur temps d'une vogue de mauvais aloi (4) assez considérable, 
avait eu l'idée de composer une chanson sur le thème populaire qui avait 
servi à Bizet pour son Itabanera fS). Cette chanson faisait partie d'un recueil 
propriété des éditeurs du Ménestrel. M. lleugel, dès qu'il eut connaissance du 
fait, s'empressa de réclamer auprès du maître et de son éditeur, deman- 
dant à ce qu'il fût fait mention, dans la réduction au piano, de l'emprunt 
fait à la chanson éditée chez lui. Le fait est que Bizet n'avait rien em- 
prunté du tout à M. Yradier; il avait puisé à une source originale, comme 
l'avait fait avant lui l'auteur des chansons espagnoles éditées au Ménes- 
trel, et, ayant à écrire une chanson franchement caractéristique, il avait 
pris pour point de départ un air espagnol tombé dans le domaine public, 
et dont personne, il me semble, n'avait le droit de réclamer la propriété 
exclusive. 

» Ennemi de toute chicane, Bizet accorda de suite la petite réclame 
demandée, et la note suivante : « Imitée d'une chanson espagnole, pro- 
priété des éditeurs du Ménestrel, » fut gvavée sur la partition, au bas de la 
première page de l'habanera. 

Et voilà comme on écrit l'histoire! Nous pensons avoir fait jus- 
tice suffisante de ces racontars qui ne reposent sur rien. Que nos 
adversaires nous apportent des preuves; jusque-là nous tiendrons 
pour bon le traité qu'a signé le maestro Yradier et oîi il se donne 
pour auteur de l'Areglito. 

La vérité est que Bizet nous remercia avec effusion d'un procédé 

(1) On a vu si elles l'étaient et sous quelle forme aimable elles se sont 
présentées. 

(2) Pas si médiocre; Yradier, à défaut d'une grande science, avait assu- 
rément de la fraîcheur et de l'originalité dans les idées et voici ce que 
nous lisons à son sujet dans la Biograpliie universelle des musiciens : « Yradier 
a rendu son nom célèbre dans le monde entier par certaines chansons, 
dont une entre autres : Ay Chiquita, a conquis une popularité vraiment 
prodigieuse. Aucune des autres chansons d'Yradier n'a le charme étonnant, 
la grâce voluptueuse et le caractère pittoresque de celle-ci. Presque toutes 
cependant ont une saveur étrange, un goût de terroir particulier et une 
originalité rare de rythme et d'accent. » 

(3) Il y demeura très étranger en effet, puisqu'il était mort depuis dix ans. 

(4) Voir la note n» 2. 

(5) Voyez-vous ce médiocre qui a la fâcheuse idée de déflorer un thème 
do.it le grand Bizet devra se servir dix ans plus tard! 



36 



LE MEJNESÏREL 



aflfectueux qui n'était d'ailleurs pas pour l'étonner. Car il a 
toujours, dans les moments difficiles de sa vie, trouvé au Ménesirel 
aide et protection de toutes les manières, et les quelques lignes 
qu'a bien voulu nous consacrer M. Charles Pigot ne seraient cer- 
tainement pas de son goût, si nous avions encore le honheur et la 
gloire de le posséder. 

Sur ce même sujet M.J.Weber, du Temps, dit excellemment dans 
son feuilleton du Si' décembre : 

« Lorsque Carmen fut représentée pour la première fois à Paris, on 
n'io-norait nullement que Bizet, pour écrire son Habanera, s'était servi 
d'une mélodie d'Yradier: les journaux Font dit, et d'ailleurs il a fallu à 
Bizet l'autorisation de M. Heugel, ce qui le justifie du reproche de 



« La nouvelle donnée par le Fremdenblatt, et dénaturée comme je l'ai 
dit. avait paru d'abord dans la Gazette de Francfort du 20 août. Le corres- 
pondant de ce journal, M. Félix "Vogt, qui habite Paris, vient de m'écrire 
à ce sujet et de m'envoyer son article; il n'a eu d'autre but que de rec- 
tifier une série d'erreurs commises par l'auteur d'une biographie de Bizet 
dont j'ai rendu compte il y a peu de temps (1). La mélodie d'Yradier a 
paru chez Heugel en 1862, sous ce titre : El Areglito (la Promesse de 
mariage), chanson havanaise chantée par M"' Trebelli, musique et paroles 
espagnoles du maestro Yradier, paroles françaises de Tagliafico. A partir 
de 1S62, Yradier, à l'exemple de LuIIy, a francisé son nom en l'écrivant 
Iradier. 11 est mort à Yiltoria en 186S, c'est-à-dire dix ans avant la repré- 
sentation de Carmen. Je n'ai pas sa mélodie sous les j'eux, mais voici les 
renseignements donnés par M. Yogt : Bizet commence sa première phrase 
chromatiquement comme Yradier, mais il donne à la fin une meilleure 
tournure; il a abrégé avec raison la suite; il a amélioré aussi le refrain 
dont les éléments existaient déjà dans la chanson d'Yradier. Quant à 
soutenir que Bizet et Yradier ont puisé tous les deux dans un recueil 
de chansons espagnoles, je crois, comme M. Vogt, qu'une telle prétention 
est inadmissible, à moins d'être appuyée sur des preuves. Je ne connais 
aucun recueil où l'on puisse en trouver, et, à mon avis, le début chro- 
matique de la mélodie ne paraît pas indiquer une origine populaire. 
D'ailleurs, si Bizet avait attribué une telle origine à son Habanera il l'au- 
rait dit, tandis qu'il a avoué s'être servi de la mélodie d'Yradier. Cela suffit, 
je pense. » 

Nous le pensons aussi et la question nous parait vidée d'une 
façon assez péremptoire pour qii'on n'y revienne plus. 



Petites nouvelles : 

A. rOpÉRA, l'engagement de M™' Rose Garon, qui devait expirer 
le ^" mai prochain, viendrait, assure-t-on, d'être renouvelé. Il fau- 
drait en féliciter les directeurs, s'ils ont la sagesse pour cette nou- 
velle période de bail, de ménager leur intéressante pensionnaire plus 
qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici, et s'ils ne lui font chanter que des rôles 
à sa taille. Il faut renoncer aux Valentine à tout jamais et à toutes 
expériences dangereuses. 

Voici les spectacles que se propose de donner l'Opéra pendant la 
première semaine fortunée de janvier : dimanche 2, Faust; lundi 3 
et mercredi 5, Patrie; vendredi 7, le Cid: samedi 8, Patrie. 

Et voici ceux de I'Opér.^-Comique : 

Samedi l"' janvier 1887 (Cinquième samedi de l'abonnement). — 
le Pré aux Clercs (M""' Simonnet, Chevalier et Mole. MM. Herbert, 
Fugère etBertin), et la Fille du Régiment ÇSl"" Salambiani, MM. Taskin 
et Mouliérat). 

Dimanche 2. — En matinée, la Daine blanche (M. Delaquerrière), 
et îiichard Cœur-de-Lion (MM. Talazae et Bouvet). 

Le soir. — Carmen (M"™ Deschamps et Patoret, MM. Lubert et 
Carroul), et les Noces de Jeannette (M"" Salambiani, M. Fugère). 

Lundi 'é. - En matinée, le Domino noir (M"« Adèle Isaac, M. Her- 
bert), et Philémon et Baucis (M"» Merguiller, MM. Taskin, Mou- 
liérat et Fournets). 

Le soir. — Le Barbier de Séville (M"" Cécile Mézeray, MM. Dela- 
querrière, Fugère, Bouvet et Fournels), et le Postillon de Lonjumeau 
(M""» Degrandi, M. Bertin). 

A I'Eden-Théatre. les études du Lohengrin, de Wagner, sont 
commencées et vont être poussées activement. C'est à M. Vincent 
d'Indy, le compositeur de la ■ Cloche, que M, Lamoureus a confié 
la direction des études de cet ouvrage, dont il compte toujours 
pouvoir donner la première représentation dans les premiers jours 
du mois, d'avril prochain. 

Nous avons eu, au théâtre des Nouve.M'Tés, la reprise du Cœur 
et la Main, une des plus aimables opérettes de M. Lecocq; cela nous 
a donné l'occasion de réentendre une jeune prima donna qui ne fit 

(1) Serait-ce de M. Charles Pigot qu'il s'bgit? 



que passer autrefois aux Folies-Dramatiques, je crois, et qui nous 
revient avec un très gracieux talent. M"° Nixau est au physique 
d'une belle venue et elle n'est pas du tout maladroite comme 
artiste. Bien que la vocalise soit parfois un peu lourde, la chan- 
teuse est certainement d'une moyenne supérieure à celle qu'on 
trouve d'ordinaire chez les étoiles d'opérette. On nous dirait que 
M"^ IS^^ixau est appelée à prendre un premier rang sur nos petites 
scènes de genre que nous n'en serions nullement surpris, et nous 
voulons l'espérer pour elle. M. Vauthier tient le rôle de Gaétan 
avec sa désinvolture habituelle, — un vrai gentilhomme du faubourg 

Saint -Antoine. 

On nous annonce aux Bouffes-Parisiens, pour la semaine pro- 
chaine, la première représentation de la nouvelle opérette de 
M. Lecocq : les Grenadiers de Montcornet, et on prépare à la Gaité 
une reprise d'Orphée aux enfers avec une distribution qui n'aura 
pas encore servi. 

H. MORENO. 



NOUVELLE SYMPHONIE 

(En ut majeur et mineur) 

DE 

CAMILLE SAINT-SAKNS 



La Société des concerts du Conservatoire va donner dimanche 
prochain la première audition à Paris d'une nouvelle Sj^mphonie 
de M. Camille Saint-Saëns, composée spécialement pour la Société 
philharmonique de Londres, oii elle fut exécutée l'été dernier. 
Notre savant collaborateur, M. Francis HuefTer, en a rendu compte 
ici même en son temps. 

Néanmoins, comme rien de ce qui sort de la plume de l'éminent 
compositeur ne saurait être indifférent aux amis de la musique, 
nous pensons devoir publier encore dans nos colonnes une rapide 
analyse préventive de cette Symphonie, pour permettre à ceux de 
nos lecteurs qui suivent les concerts de la Société, de s'orienter 
plus facilement à travers cette œuvre fort intéressante (1) : 

Cette symphonie, tout comme le quatrième concerto pour piano 
et la sonate pour piano et violon du même auteur, est divisée en 
deux parties. Néanmoins elle renferme en principe les quatre mou- 
vements traditionnels ; mais le premier, arrêté dans ses développe- 
ments, sert d'introduction à l'adagio, et le scherzo est lié par le même 
procédé au finale. Le compositeur a cherché par ce moyen à éviter, 
dans une certaine mesure, les interminables reprises et répétitions 
qui tendent à disparaître de la musique instrumentale. 

L'auteur, pensant que le moment était venu, pour la sympho- 
nie, de bénéficier des progrès de l'instrumentation moderne^ a 
établi son orchestre de la manière suivante : 3 fliites, 2 hautbois, 
1 cor anglais, 2 clarinettes, l clarinette basse, 2 bassons, 1 contre- 
basson, 4 cors, 3 trompettes, 3 trombones, 1 tuba, 3 timbales, un 
orgue, un piano (sur lequel on joue tantôt à deux mains, tantôt à 
4 mains). 1 triangle, une paire de cymbales, une grosse caisse et 
le quatuor à cordes habituel. 

Après une introduction lente consistant en quelques mesures 
d'un caractère plaintif, 

Adagio Oboe ^^^ ^^__ ~~ , 

le quatuor expose le thème initial, d'un sentiment sombre et agité : 




(t) Nous empruntons cette notice au programme de la Société Philhar 
monique de Londres. 



LE MENESTREL 



37 



Une première transformation de ce thème 




qui se distingue par un sentiment de tranquillité plus grande. Ce 
motif, après un court développement présentant les deux thèmes 
simultanément, apparaît dans une forme caractéristique 




de courte durée. Suit une deuxième transformation du thème initial 




qui laisse entendre par intervalles les notes plaintives de l'intro- 
duction. Des épisodes variés amènent avec eux un calme progressif 
et préparent ainsi 

l'Adagio 

en ré hémol, dont le thème extrêmement calme et contemplatif est 
exposé par les violons, altos et violoncelles soutenus par les accords 
de rors:ue : 




Ce motif est ensuite repris par une clarinette, un cor et un trom- 
bone, accompagnés par les instruments à cordes divisés en plu- 
sieurs parties. 

Après une variation (en arabesques) exécutée par les violons, la 
deuxième transformation du thème initial de l'allégro apparaît de 
nouveau, ramenant un vague sentiment d'agitation qu'augmentent 
quelques harmonies dissonantes: 

N? 8 

lesquelles font bientôt place au thème de l'adagio, exécuté cette 
fois par la moitié des violons, des altos et des violoncelles avec 
accompagnement des accords de l'orgue et du rythme persistant en 
triolets présenté par l'épisode précédent. 

Le premier mouvement se termine par une coda, d'un caractère 
mystique, faisant entendre alternativement les accords de ré bémol 
majeur et de mi mineur, et se résolvant de la façon suivante : 




Cello solo 

Le second mouvement débute par une phrase énergique, Allegro 
moderato, 

Allî mod*° 




TVmp 

suivie immédiatement d'une troisième transformation du thème 
initial du premier mouvement, 




plus agitée que ses devancières et à travers laquelle perce un sen- 
timent fantastique, qui se déclare franchement dans le presto, 

Wind. 




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oii apparaissent çà et là, rapides comme l'éclair, les arpèges et 
gammes du piano, accompagnés par un rythme syncopé de l'or- 
chestre et revenant chaque fois dans un ton différent (fa, mi, mi 
bémol, sol}. Ces badinages sont interrompus par une phrase 
expressive : 




A la reprise de l'allégro moderato succède un second presto qui 
semble vouloir être une répétition du premier, mais à peine a-t-il 
commencé qu'apparaît un nouveau motif grave, austère, 

Tromi. I ._. _ 




et dont le caractère est tout l'opposé du fantastique. Une lutte 
s'ensuit, se terminant par la défaite de l'élément inquiet et diabo- 



LE MÉNESTREL 



lique. La nouvelle phrase s'élève aux sommets de l'orehestre, y 
planant comme dans l'azur d'un ciel purifié, et, après une vague 
réminiscence du thème initial du premier mouvement, un maestoso 
(en ut majeur) 

Ali° mod" 




annonce le prochain triomphe de l'idée calii.e et élevée. Le thème 
initial du premier mouvement, complètement transformé, est ensuite 
exposé par les instruments à cordes (divisés) et le piano (à quatre 
mains), 




et une brillante coda, dans laquelle le thème initial, par une der- 
nière transt'ormation|, prend la forme d'un trait de violons, 




termine l'œuvre; le rythme de trois mesures y devient, par une 
logique naturelle, une vaste mesure à trois temps, chaque temps étant 
rempli par une ronde -.- douze noires formant la mesure complète. „ 




et repris par l'orgue avec toutes les forces de l'orchestre. Suit un 
développement construit dans le rythme de trois mesure's : 




fois 



Un épisode, d'un sentiment tranquille et pastoral, est répété deux 




NOUVELLES DIVERSES 



ÉTRANGEfl 

Voici la liste des opéras nouveaux (ouvrages lyriques sans parlé) 
représentés en Allemagne pendant l'année 1886: Loreleij, de M. Adolf 
Mohr (Dusseldorf); Andréas Hofer, opéra romantique, paroles et musique 
de M. Éraile Kaiser (Reicheuberg, b février); Urvosi, opéra en 3 actes, tiré 
d'un drame de l'ïalidsa, par M. Alfred Godel, musique du D"' Wilh. Kienzl 
(Dresdg, 20 février); Fata Morgana, drame lyrico-chorégraphique en i actes, 
de M. Mosenthal, musique de M. Jos. Ilellmesberger junior (Vienne, 
30 mars); cicr Bravo, grand opéra romantique en S actes, de M. Arthur 
Kœnnemann (Munster, en Westphalie) ; Juniper Hi'inz-, opéra en 3 actes, de 
M. G. Franz, musique de M. B. von Perfall (Munich, 9 avril; Francfort, 
1-i novembre; Regensburg, 29 novembre; Berlin, décembre); Loreley, 
5 actes, paroles et musique de M. Otto Fiebach (Dantzig, l'^'' avril); 
Dornroschen, opéra romantique de M. Ferd. Langer (Hambourg, IS mars); 
Uirlanda, 3 actes, de M. Wilh. Brucb (Mayence); das Sonntagskind (l'En- 
fant du Dimanche), de M. H. Bulthaupt, musique de M. Albert Dietrich 
(Brème, 21 mars); der Geigenmacher von Cremona (la Luthier de Crémone), 
opéra en 1 acte, de M. H. Trnecek (Schweirn, avril); Malanika de M. Félix 
Weingaertner (Munich, 3 juin); Hamiro, opéra romantique en 4 actes, de 
M. Th. A. Herrmann, musique de M. Eugen Lindner (Weimar, Leipzig, 
10 septembre); Marffa, opéra en i actes, tiré du français de E. de Coët- 
logon, musique de M. Johannes Hager, i-«/(/o HaEzlinger( Vienne, 



octobre); 
Ollo der Sctiiiis, opéra tiré de la légende de Kinkel, par M. Rudolf Bunge, 
musique de M. Nessler (Leipzig, lo novembre) ; Donna Diana, de M. W^itt- 
kowski, musique de M. H. Hofmann (Berlin, IS novembre); der Gohhna- 
cher von Strassbarg (l'Alchimiste de Strasbourg), de M. Muhldorfer (Ham- 
bourg, 6 novembre); die Hochzeit d'r Monche (le Mariage des Moines), de 
M. Pasqaé, musique de M. IClughardt (Dessau, novembre); Jean Cavalini, 
de M. Ernst Kuhl, musique de M. A. Langert (Nuremberg, L4 octobre); 
Myrrha. de MM. Stefano Interdonato et Ladislaus Zav'rtal (Prague); [■ionig 
Drosselbarl, du D'' M. Félix, vuJgo Félix Cohen, de Leipzig (Altenburg. 
7 novembre) : Merlin, poème lyrique en 3 actes, de M. Siegfried Lipiner, 
musique de M. C. Goldmark (Vienne, 19 novembre). Nous donnerons 
dimanche prochain le bilan des opéras comiques allemands qui ont vu le 
jour en 1886. 

— Le Sénat italien a discuté et adopté, dans sa séance du 20 novembre^ 
le projet relatif à la translation des cendres de Rossini à Florence. Le 
comte de Robilant a déclaré qu'aussitôt après le vote du projet de la 
Chambre, il avait examiné quels pourraient être les obstacles éventuels, 
ceux résultant notamment des dispositions testamentaires. Le ministre des 
afl'aires étrangères a déclaré en outre iiu'il avait reçu une dépêche du 
général Menabrea lui annonçant qu'il n'y avait aucun empêchement. La 
dépêche de l'ambassadeur dit aussi que M. Flourens, informé du désir de 
l'Italie, a donné des instructions au préfet de police pour que ce vœu soit 
réalisé. M. de Robilant a ajouté qu'il avait l'ait exprimer ses remercie- 
ments à M. Flourens. 



LE MENESTREL 



39 



— On sait qu'en Italie le jour de San Stefauo (Saint-Étienne) est le signal 
de la réouverture des théâtres pour la saison de carnaval-carême, la plus 
importante et la plus brillante de l'année. C'était dimanche dernier la San 
Stefano, et, ce jour-là, plus de soixante théâtres de musique ont rouvert 
simultanément leurs portes à un public qui l'attendait avec impatience. 
Il n'est pas sans intérêt de voir de quelle façon le répertoire général s'est 
trouvé organisé, à cette occasion. A Rome, le Fra Diavolo d'Auber a 
obtenu un véritable triomphe à l'Argentine, tandis qu'à l'Apollo la fai- 
blesse de l'interprétation valait un fiasco à l'Africaine. A Milan, pour la 
mome cause, deux ouvrages de Verdi ont subi un sort assez fâcheux : 
Aida àlaSeala, et Attila au Dal Yerme. Cela est d'autant plus regrettable 
que les interprètes d'Aida sont précisément ceux qui doivent chanter pro- 
chainement le nouvel Otello. « La Pantaleoni, nous écrit-on à ce sujet, a 
beaucoup baissé ; Maurel a eu de très beaux gestes, mais ne paraissait 
pas très bien disposé; Tamagno a donné de très belles notes, mais n"a 
déployé aucun talent. Bref, Aida ne fera pas de recette, et l'on va presser 
les répétitions de Flora mirabilis pour pouvoir faire passer l'ouvrage le 
S janvier si c'est possible. » Cette même Flora inirabilh, a réussi brillam- 
ment à Ancône. Mignon a été acclamée à la fois sur quatre théâtres, au 
Social de Gôme, avec M""' Berlinatto, à Crémone avec M">* Guerria, au 
Social de Mantoue avec M"» Terrigi, et au Social de Grema avec M"« Turri- 
Princig. Carmen a obtenu le plus vif succès au Communal de Ferrare, à 
Messine, et surtout au Politeama de Palerme, où notre compatriote. 
M'" Frandin, y a obtenu son triomphe accoutumé. Sur un autre théâtre 
de Messine, on a donné la Fausta de M. Bandini, Au Goldoni, de Li- 
vourne, Rer/ina e Contadina, de M. Sarria, et aux Avvalorati de la même 
ville. Lucia di Lammermoor. Grand succès à Padoue pour le Roméo et 
Juliette de M. Gounod, à Turin pour les Pêcheurs de Perles de Bizet, à 
Vicence et à Verceil pour ta Juive. A Reggio d'Emilie, à Trapani et à 
Novare on a donné la Gioconda de Ponchielli; à Faenza, i Promessi sposi; 
à Parme, au Communal de Trieste, à la Fenice de Venise, Méfistofele, de 
M. Boito ; à Bergame, à Barletta, à Gagliari et à Gatanzaro, la Forza 
del Destiiio; à Vérone, les Huguenots: au Carlo Felice, de Gênes, Robert le 
Diable; à Pavie, l'Africaine, ainsi qu'au Pagliano de Florence; à Pesaro, 
Dinorah (le Pardon de Ploërmel): à Terni et à Arezzo, le Guaramy de 
M. Gomes ; à Gunéo, l'Ebreon d'Apollini; à Brescia, le Vili àe M. Puccini; 
à Pérouse, i Lombardi ; à Modène, Don Carlos; à Sienne et à Pise, il Ballo 
in maschera; à Ivrée, la Traviata; à Savone, Aida; au San Carlo de Naples, 
Robert le Diable; enfin, à Pise, le Ruy Bios de M. Marchetti. On voit que 
dans tout cela une part singulièrement importante a été faite au répertoire 
français. 

— De l'un de nos correspondants de Londres : J'ai vu hier matin la 
répétition générale de la « pantomime » de Drury Lane, dont la mise en 
scène coule à elle seule 430,000 francs; c'est éblouissant, et cela surpasse 
tout ce qu'on a vu même ici dans ce genre. La musique est ravissante, 
toute composée ou toute arrangée par votre compatriote Wallerstein. Le 
soir, j'ai vu la répétition générale de votre autre compatriote, l'Hippodrome 
de Paris : une compagnie a construit ici pour lui une salle pouvant 
contenir 2,000 personnes et paie à l'Hippodrome pour deux représentations 
parjour pendant seize semaines 80,000 livres sterling (2 millions de francs). 
Les chevaux, les chiens, les éléphants ont eu un très grand succès près 
des élus admis à la répétition; mais que l'on fasse 150,000 francs par 
semaine rien que pour faire face aux dépenses me paraît bien difficile. 

— Dernière heure. — Un vent néfaste souffle sur les entreprises lyriques 
de l'Amérique. La National Opéra Company, qui semblait établie sur des 
bases si solides et dont les brillants débuts faisaient présager une fruc- 
tueuse carrière, serait à présent, parait-il, en pleine déconfiture. Les der- 
nières nouvelles annoncentque tous les décors, à l'exception de ceux d'.liiZa, 
ont été saisis judiciairement, sur la demande de M. Vicker, directeur 
de théâtre à Chicago, auquel il serait du par la compagnie sept mille 
dollars. M™ Thurber, l'administratrice, vient de partir pour Chicago dans 
le but d'arriver à un arrangement. Plusieurs artistes de la troupe ont 
envoyé du papier timbré à la direction, et M. de Vivo, l'imprésario de 
M°" Fursch-Madi, menace de révéler des faits scandaleux ayant trait à l'or- 
ganisation intérieure de l'entreprise. Bref, on s'attendait à une catastrophe 
imminente. 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 

Le Journal officiel a enregistré un long avis relatif à l'organisation 
du 6° concours Cressent. Cet avis ne concerne que le concours préalable 
du poème; en voici les principales conditions. Le poème pourra être dra- 
matique ou bouffe, opéra ou opéra comique, en un ou deux actes, mais, 
dans tous les cas, avec chœurs. L'acte unique pourra être divisé en deux 
tableaux. L'ouvrage envoyé devra être inédit. Ne sont admis à concourir 
que les littérateurs français ou naturalisés tels. Les auteurs ayant déjà 
obtenu le prix Cressent peuvent concourir à nouveau. Les ouvrages soumis 
au concours devront comprendre, en première page, un résumé très suc- 
cinct de l'action. Les manuscrits doivent être déposés au ministère de 
l'instruction publique et des beaux-arts, bureau des théâtres, 3, rue de 
Valois, du 16 au 30 avril 1887, inclusivement. Tout concurrent qui, avant 
laclôture des opérations du jury, aurait, d'une façon quelconque, appelé 
sur son œuvre l'attention d'un juré, sera immédiatement, et sur la simple 
déclaration de ce dernier, mis hors concours. L'auteur du livret choisi 
recevra d'abord une prime de 1,000 francs. Si, à la suite du concours des 



compositeurs, la partition couronnée a été écrite sur le poème choisi dans 
le concours préalable, l'auteur des paroles recevra un complément de 
1,S00 francs. On sait d'ailleurs qu'une somme de 10,000 francs sera allouée 
au théâtre lyrique de Paris qui aura monté l'œuvre. Les auteurs de la 
partition et du poème couronné resteront chargés de rechercher eux-mêmes 
le théâtre qui leur semblera le mieux en rapport avec le caractère, le 
genre et l'étendue de leur ouvrage. 

— Le jugement du concours de symphonie ouvert par la Société des 
compositeurs de musique a été rendu ces jours derniers. Le jury, présidé 
par M. Camille Saint-Saëns, a décerné le prix de 3,000 francs (don de 
M. Lévy, de Belfort) à la partition portant le n» 3. Le pli qui corres- 
pondait par une devise au manuscrit a été décacheté : il portait le nom 
de M. Paul Lacombe, de Carcassonne. M. Paul Lacombe a déjà été cou- 
ronné dans de précédents concours institués par la Société des composi- 
teurs de musique. Cette symphonie sera exécutée dans la séance d'audi- 
tions qu'organise le comité de la Société pour le mois prochain, à la salle 
Pleyel-Wolf. Le programme sera complété par d'autres œuvres couronnées. 

— M. le ministre des beaux-arts a reçu de l'administrateur du Théâtre- 
Français le rappct annuel sur l'exercice 1886, rapport qui a été approuvé 
par le comité. La part entière de sociétaire est fixée à 20,000 francs cette 
année. L'année dernière elle avait été de 28,000. Jusqu'en 1881 elle s'était 
élevée à près de 40,000 fr.; mais il n'en faut pas déduire que le théâtre 
périclite. En effet, Ilamlet a coûté 100,000 francs tout net de décors et 
costumes à la Société, et depuis bien longtemps on n'avait fait une 
aussi forte dépense pour une œuvre artistique. De plus, le mois de sep- 
tembre, en raison des chaleurs, a été désastreux au Théâtre-Français 
comme partout. On encaissait d'ordinaire 115,000 francs au minimum 
pendant septembre. On n'a encaissé cette fois que 63,000 francs à peine. 
Le rapport de l'administrateur sera approuvé sans doute avant la fin du 
mois par le ministre ; après quoi un nouveau comité, composé des anciens 
membres dissidents, sera nommé par le ministre, et c'est alors seulement, 
vers le 15 janvier, que le nouveau comité procédera à rélection des nou- 
veaux sociétaires. 

— La musique si excellente de la Garde républicaine va faire une 
petite escapade en Russie, sous la direction jie son chef, M. Wettge. In- 
vitée par la municipalité de Moscou à aller donner quelques concerts en 
cette ville, elle quittera Paris le 2 janvier pour se rendre à cette invi- 
tation et fera un séjour d'une semaine, dans la capitale historique de 
l'empire moscovite. Les artistes auront à se partager, dit-on, une 
somme de .30,000 francs qui leur est allouée en sus de leurs frais de 
voyage et de séjour. 

— La lettre suivante a été adressée à M. Oscar Comettant : 

Reims, 22 décembre 1886. 
Cher monsieur Comettant, 

Après être allé, envoyé parle gouvernement français, en Suède, en Norvège et 
en Danemark étudier les airs populaires Scandinaves et la musique des composi- 
teurs modernes de ces pays amis de la France, vous voulez, comme complément 
de votre mission, et pour rendre hommage à l'art de mon pays natal, organiser 
deux séances de musique exclusivement suédoise, norvégienne et danoise. Vous 
me demandez mou concours pour l'une de ces séances. Puis-je vous le refuser, 
quand d'ailleurs ces séances sont données au profit de l'Association des artistes 
musiciens ? Non, et c'est avec joie que je me joius à vous. Comptez donc sut 
moi. Je ferai expressément le voyage pour me trouver le 13 janvier à Paris. 

Recevez, cher monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués. 

Christine Nilsson. 

M™ Nilsson contribuera donc, avec autant d'éclat que de bonne grâce, 
à la séance Scandinave organisée par M. Comettant pour le 13 janvier. 
Inutile de dire l'accueil que lui feront les dilettantes parisiens, qui sont 
privés de l'entendre depuis trop longtemps. 

— Après son beau succès à l'Opéra, M. Paladilhe a pris le chemin du 
Midi pour s'y reposer des fatigues de longues répétitions et de l'énerve- 
ment même de son succès. II est allé retrouver à Nice son excellente mère 
et sa sœur, celle-ci assez souffrante en ce moment ; mais le retour d'un 
frère triomphant fera plus, pour son rétablissement, que toute la méde- 
cine réunie des Alpes-Maritimes. 

— Nous avons dernièrement parlé d'un projet de transformer Bataille 
de Dames, de Scribe et Legouvé. en opéra comique. M. Jules Barbier 
avait déjà tiré le libretto de cette spirituelle comédie pour M. Gounod. 
On parlait même de la représenter l'année prochaine à l'Opéra-Comique, 
quand M. Gounod s'est ravisé tout à coup. Nous croyons le projet aban- 
donné, tout au moins pour le moment. Il n'en est pas de même de la 
Circé, d'Ambroise Thomas, qui prend excellente tournure. 

— Trois éditeurs réunis de Paris, MM. Brandus, Ghoudens et Heugel, 
viennent de gagner un excellent procès, à Marseille^ contre le sieur 
Glaudius, agent théâtral en cette ville qui se livrait sur une grande 
échelle à la contrefaçon manuscrite de leurs partitions d'orchestre, dont 
il faisait commerce illicite. Aussitôt pris, aussitôt pendu. Sur les conclu- 
sions du ministère public, M. Glaudius a été condamné, comme contre- 
facteur, à vingt-cinq francs d'amende et trois cents francs de dommages- 
intérêts, à la confiscation de tous les exemplaires contrefaits et à la 
publication du jugement dans deux journaux au choix des plaignants. 
La réputation du sieur Glaudius va souffrir quelque peu de ce jugement 
dans les régions du Midi. Cet honorable contrefacteur avait, parait-il, une 



40 



LE MENESTREL 



excellente renommée dans les environs de Marseille, où on le surnom- 
mait volontiers « le père des artistes » ! D'ailleurs « le père des artistes » 
opère à présent du côté de Constantinople, où il s'est retiré à l'abri de 
la justice des Turcs, pour continuer son petit commerce de contrebande. 
Ah ! l'honnête homme ! le galant homme ! 

— Dans sa dernière séance, le syndicat de la Société des auteurs, com- 
positeurs et éditeurs de musique a renouvelé son bureau pour l'année d887. 
Ont été nommés à l'unanimité: MM. Laurent de Rillé, président; Le 
Bailly, vice président; Eugène Baillet, secrétaire-général; Pradels, tré- 
sorier. 

— M. Colonne a donné une seconde audition de la Symphonie légendaire de 
M. Benjamin Godard; nous sommes en présence d'une œuvre consciencieuse 
et d'incontestable valeur, qu'on ne peut pas se permettre de juger au pied 
levé. — M. Benjamin Godard n'est pas un wagnérien, ce dont il faut 
beaucoup le louer. C'est un mélodiste; mais dans son genre, c'est aussi 
un novateur : il a une manière de traiter les idées, de disposer son har- 
monie, d'utiliser les ressources orchestrales, qui lui est tout à fait person- 
nelle et qui rend l'audition de ses œuvres e.xtrémement intéressante. Ce 
qu'il a fait entendre n'est pas une symphonie; ce n'est pas non plui un 
oratorio. C'est un poème tantôt purement symphonique, tantôt sympho- 
nique et vocal; c'est le développement d'une idée plutôt que la mise en 
scène d'une action bien définie. S'il y avait un reproche à faire à l'œu- 
vre de M. Godard, ce serait le suivant : son caractère est trop uniformé- 
ment poétique et rêveur. Ces harmonies raffinées, ces ciselures délicates, 
ce parti pris de maintenir si constamment l'auditeur dans les régions du 
rêve et de la fantaisie engendrent à la longue une certaine fatigue. On 
voudrait, par instants, toucher un peu la terre. Signalons les parties qui 
nous ont causé la plus vive impression : l'introduction symphonique, d'a- 
bord, que le public eût mieu.\ comprise si, au lieu de porter le titre : Au 
manoir , on l'eût simplement intitulée Prélude , car c'est un prélude 
admirablement tait et du plus beau caractère ; la Mare aux Fées, pièce 
également symphonique où nous nous contentons de voir un Sclierzo d'une 
étonnante originalité ; Dans la Cathédrale est une pièce instrumentale de 
premier ordre, ainsi que la Prière, dite par Faure d'une façon merveilleuse ; 
la scène Tentation, est fort belle et se termine par un chœur à l'unisson : 
Par les bois, par les champs, dont l'effet a été très grand. A partir de la 
troisième partie, le succès a été moins vif, la pièce symphonique. Dans la 
forêt, a paru un peu longue. La charmante pièce les Feux follets, le finale 
les Elfes, n'ont pas produit tout l'effet désirable. Le public était fatigué. 
Somme toute, l'œuvre est remarquable et dénote un rare talent en même 
temps qu'une réelle individualité. — L'ouverture des Noces, de Mozart, les 
variations du septuor de Beethoven .complétaient ce beau concert, qui se 
terminait parle Carnaval de Guiraud. Faure a eu un énorme succès dans 
l'air à'Hérodiade et dans le Purgatoire de Paladilhe. M""' Durand-Ulbach a été 
très applaudie dans l'interprétation de l'œuvre de Godard. 

H. Barbedette. 

— Concerts Lamourei'X. — Trois fragments de Wagner, exécutés dans 
la dernière séance, nous montrent combien peu a varié, en matière de 
musique symphonique, l'esthétique du maître. Dans les ouvertures du 
Vaisseau-Fantôme et des Maîtres-Chanteurs et dans la marche funèbre du 
Crépuscule des Dieux, le procédé est le même. Nous y retrouvons, enchâssé 
avec art et présenté sous les aspects les plus changeants, le motif sur 
lequel repose la scène capitale de chacun de ces ouvrages : la ballade de 
l'Ashavérus des mers, la vision du jardin enchanté, où le poète a entrevu 
l'image de la nouvelle Eve avec laquelle il va s'unir, enfin la mort de 
Brunehilde. La poétique de Wagner se résume en ceci : évoquer vivement 
un sentiment par des associations d'idées, mais sans esquisser de tableaux 
purement descriptifs. — Lasymphonie en la de Beethoven brille'à l'Eden d'un 
incomparable éclat. Elle a été superbement rendue, et pourtant l'habile 
chef d'orchestre a paru éprouver quelque peine à entraîner sa phalange 
au début du final. C'est qu'ici la musique prend un tel caractère de 
violence que trente archets comme celui de Paganini ne seraient pas de 
trop pour en exprimer l'âpreté mordante et incisive. — Sous ce titre : 
Cortège, on nous a présenté une page intéressante, quoique peu originale, 
tirée d'un opéra inédit de M. J. Ten Brink. Il eût été facile, à défaut 
d'autre renseignement, d'en deviner la provenance, car la musique en est 
étagée en progressions comme pour accompagner un défilé. M""= Brunet- 
Lafleur a chanté l'air d'Armide o Ah, si la liberté », la mélodie si poé- 
tique d'Ambroise Thomas, le Soir, dont le suave contour se dessine sur 
un accompagnement d'une exquise délicatesse, et un « Monologue dra- 
matique », le Songe d' Andromaque, de M. Arthur Coquard. Cette œuvre 
renferme des phrases vocales fort belles et d'un accent très juste ; mais 
l'auteur, en se faisant wagnérien, a manqué, selon nous, de logique. La 
mélopée passionnelle de Wagner ne saurait être admise en dehors d'une 
action théâtrale qui la justifie, y prépare de loin l'auditeur et lui fait 
violence, pour ainsi dire, au point de lui enlever jusqu'au désir d'une 
jouissance musicale qui n'aurait pas un rapport direct avec le drame. 
Une scène détachée ne peut évidemment pas remplir cette condition. 

Amédée Boutarel. 
— Concerts populaires. — M. Pasdeloup donnait dimanche dernier la 
première audition de fragments de Sabina, opéra inédit de M. Albert 

IMPR.HEBIB CEaiTRALB DES CllEHUS DE FSB, — 13IPB1MER1E ( 



Cahen. Si nous ne connaissions d'autres pages — et de bonnes pages — 
du même auteur, nous pourrions supposer que M. Cahen possède insuffi- 
samment la technique de son art et qu'il dépasse le cadre approprié à ses 
inspirations. Dans une longue scène, composée d'épisodes complexes, pour 
laquelle le musicien a écrit nn enchaînement de morceaux, nous avons 
seulement remarqué une sorte de mélopée accompagnée par les harpes, 
d'une assez jolie couleur, et figurant, croyons-nous, la Danse indiquée 
dans la nomenclature du programme. La Marche de début n'est pas sans 
caractère ; l'impression qu'elle aurait pu causer a été malheureusement 
atténuée par ce fait que l'auteur conduisait lui-même son œuvre et que, 
peu familiarisé avec les délicates fonctions de chef d'orchestre ou ne pos- 
sédant pas les qualités requises pour cet emploi, il n'a pu obtenir de ses 
musiciens l'ensemble nécessaire pour faire apprécier ce morceau à sa juste 
valeur. Le programme offrait, du reste, des compensations aux nombreux 
auditeurs du Cirque d'Hiver. La Symphonie pastorale, VAHegro agitato de 
Mendelssohn et l'ouverture i'Obéron ont été rendus d'une façon très satis- 
faisante. Une jeune pianiste d'avenir, M"« Sleiger, s'est fait entendre dans 
le concerto de Grieg, qu'elle a joué avec charme et qui lui a valu de 
vifs applaudissements. Enfin, le Noél d'Adam, largement chanté par 
M. Auguez, a été bissé avec enthousiasme par la salle entière. 

Victor Dolmetsch. 

— Aujourd'hui dimanche, 2 janvier, pas de concerts Colonne et Lamou- 
reux. Relâche au Chàtelet et à l'Eden. 

— Grosclaude, du Gil Blas, rend compte en termes amusants d'un petit 
désaccord qui était survenu entre l'administration des Concerts Lamou- 
reux et celle de l'Eden-Théàtre, à propos des baraquements contruits au 
foyer pour le logement de la belle Fatma, — différend qui, croyons-nous, 
s'est d'ailleurs arrangé à l'amiable : « Nous voici menacés d'une nouvelle 
question tunisienne ; mais qu'on se rassure, elle n'est point de nature à 
troubler le concert européen, car elle intéresse uniquement ceux de 
M. Lamoureux, et le théâtre de la guerre ne s'étendra pas au delà des 
frontières de l'Eden-Théâtre. Je veux parler du conflit qui vient d'éclater 
entre l'orchestre de M. Lamoureux et celui de la belle Fatma, — querelle 
de doctrine : M. Lamoureux, qui consacre ses après-midi du dimanche à 
exécuter du Wagner sur la scène de l'Eden, a vu d'un mauvais œil ou, 
pour mieux dire, a entendu d'une oreille défavorable l'orchestre tunisien 
qui, depuis quelques jours installé au foyer du même établissement, se 
livre à une interprétation magistrale des classiques du tambourin ; bref, 
le maestro wagnérien attaque en concurrence déloyale le représentant 
parisien de l'école néo-kroumyre, dont il réclame l'expulsion. Mon éduca- 
tion musicale n'a pas été poussée assez loin pour me permettre de tran- 
cher un débat de cette importance, et il ne m'appartient pas de prononcer 
un jugement critique sur les tendances de ces deux écoles, également 
estimables par la recherche consciencieuse d'un idéal qu'elles poursuivent 
par des voies différentes; mais je crois pouvoir, sans empiéter sur le 
domaine de mon éminent confrère et ami Victor Wilder, faire connaître 
les préférences personnelles qui tendraient à me jeter dans les bras de 
Fatma plutôt que dans ceux de l'honorable M. Lamoureux, dont le genre 
de beauté n'exerce pas sur moi la même attraction, etc., etc. » 

— Lundi dernier, salle Duprez, très amusante représentation du Voyage 
d'agrément, la comédie si spirituelle de Gondinet. M. P. Hébrol, un des 
nouveaux pensionnaires de la Renaissance, et l'organisateur de la soirée, 
a joué avec beaucoup de gaieté et de brio le rôle de Bristol. MM. Deneu- 
bourg, Mallarmé, Bernay, et M'''^^' Tasny, Massé et Jeannine, tous élèTes 
du Conservatoire, ont joyeusement contribué au succès. 

— La première matinée scolaire de l'Ecole normale de musique, dirigée 
par M. A. Thurner, a eu lieu lundi dernier. Cette séance était consacrée 
spécialement aux œuvres modernes. Parmi les élèves qui se sont fait 
entendre, on pourrait aisément en citer quelques-unes qui sont déjà de 
vraies artistes. Au programme, les noms de Delibes, Lacombe, Hoffman, 
Moszkowski, Sgambati, Chaminade et Thurner. Prêtaient leur concours à 
cette solennité le violoncelliste M. Bindou, M"'' Pfégi, jeune cantatrice 
d'avenir, et le baryton Lafargue, sans oublier l'excellent comique, 
M. Menjaud. 

— Le concert de M. Ernest Moret aura lieu le mardi 11 janvier 1887, 
à 9 heures du soir, salle Erard, avec le concours de M"' Emma Gavioli et 
de M. Gaston de Try. Le jeune violoniste fera entendre des œuvres des 
maîtres Brahms, Yieuxtemps, Paganini, Wilhelmj et Rehfeld. 

NÉCROLOGIE 

Léo Delibes vient d'avoir la grande douleur de perdre sa vénérable 
mère, qui a succombé, à l'âge de 79, ans aux suites d'une pneumonie aiguë. 
Avec sa nature si sensible, notre pauvre ami éiait dans un tel état de 
surexcitation de chagrin qu'on n'a pas cru qu'il pût supporter toutes les 
cérémonies si cruelles des obsèques à grand apparat qu'on a l'habitude 
d'infliger à Paris à ceux qui viennent de perdre un être cher. La cérémonie 
l'unèbre s'est donc passée le plus simplement du monde, dans la petite église 
de Saint-Pierre de Chaillot. Des parents et une dizaine d'amis intimes à 
peine, presque des frères, assistaient en cette triste circonstance le pauvre 
maître, dont la douleur faisait peine à voir. 

Henri Heugel, directeur-gerani. 



Dimaiiclie 9 Janvier 1887. 



2914 - 53- A^* - W 6. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 

MÉNESTREL 

MUSIQUE ET TIIÉA.TKES 

Henri HEUGEL., Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEDGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivieime, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Cn an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (10' article), Arthur Pougin. — 
II. Semaine théâtrale: Barytons; les Grenadiers de Montcornette aux Bouffes; 
nouvelles, H. Moreso ; reprise du Lion amoureux à l'Odéon, Paul-Émile Cheva- 
lier. — III. Les cendres de Possini à Florence, Arthur Podgin. — IV. Nou- 
velles diverses et concerts. 



MUSIQUE DE CHANT 
Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

LE LUTH 

lied de Jo.4Chim Raif, traduction française de Pierre Barbier. — Suivra 
immédiatement : le Chanteur du soir, mélodie d'ANTOiNE Rubinstein, poésie 
russe de Pouschkine, traduction française de Pierre Barbier. 

PIANO 
Nous publierons dimanche procbain, pour nos abonnés à la musique de 
MANO: Tendresse, nouvelle polka-mazurka de Philippe Fahrbacu. — Suivra 
immédiatement une Sérénade Tunisienne, de Georges Pfeiffer. 



Dans l'impossibilité de répondre 


à l'obligeant envoi 


de toutes les cartes 1 


de nouvelle 


année qui nous parviennent au Ménestrel, de Fi 


ance et de 


l'Etranger, 


nous venons prier nos 


lecteurs, amis et 


correspo 


idanls, de 


vouloir bien 


considérer cet avis comme la carte du Dit 


ecteur et 


des Colla- 


boraieurs semainiers du Ménestrel 









GRAND THÉÂTRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 

D'après des documents inédits et les soui'ces les plus authentiques. 

(Suite.) 



C'est encore à cette date du mois de mai, le 1'='', que se 
place un événement qu'il est impossible de passer sous si- 
lence, la retraite de l'admirable comédien Glairval, qui fut 
pendant trente ans la gloire et l'honneur de la Comédie- 
Italienne. Le registre constate qu'il « a pris sa retraite le 
l" mai 1792 avec pension de 3,000 livres à cause de trente 
années de travaux, à commencer du l^^ avril, quoiqu'il ait 
en sus touché les produits de sa part entière dud. mois 
d'avril. » Le départ de cet acteur incomparable, qui a laissé sa 
trace dans l'histoire de l'art, fut un véritable deuil pour les 
amis de cet aimable théâtre Favart, dont il avait été pendant 
si longtemps l'un des soutiens non seulement les plus bril- 



lants, mais encore les plus zélés, les plus ardents et les plus 
dévoués. Le Mercure le déplorait en ces termes : 

Ne pouvant annoncer de nouvelles richesses sur les autres 
théâtres, nous parlerons d'une perte vraiment fâcheuse que vient 
de faire le Théâtre-Italien. Peu de temps avant la clôture des spec- 
tacles, les journaux annoncèrent que M. Glairval avait demandé sa 
retraite ; mais ils apprirent en même temps qu'une députation 
de la Comédie, qui honorait également et cet acteur estimable et 
ses camarades qui la lui adressaient, l'avait engagé à rester. Depuis 
l'ouverture, de nouvelles instances de sa part ont été acceptées, et 
il se retire avec une pension bien méritée par trente-trois ans de 
travaux et de succès non interrompus (1). 

M. Glairval débuta, très jeune, à l'ancien Opéra-Comique. Une 
très jolie figure, une voix agréable, une manière de chanter remplie 
d'expressiou et parfaitement d'accord avec les paroles qu'il chantait, 
une diction pure, toujours juste, dans laquelle on reconnaissait le 
ton du monde choisi qu'il voyait et l'éducation soignée qu'il s'était 
donnée lui-même, un maintien noble et cependant susceptible, lors- 
qu'il le voulait, de beaucoup de comique et de gaîté : telles étaient 
les qualités que cet acteur montra constamment jusqu'à la fin de 
sa carrière, et qui, dès ses débuts, relevèrent au premier emploi. 

On a vu la preuve de la flexibilité prodigieuse de son talent 
dans le premier rôle qui le fit connaître, celui d'Ore ne s'avise jamais 
de toul, où tour à tour jeune homme charmant, vieillard infirme, 
laquais bègue et vieille décrépite, il donnait à tous ces déguise- 
ments le juste caractère qui leur convenait; dans le Pierrot du 
Tableau parlant, qui contrastait si bien avec les amoureux nobles, 
son emploi ordinaire ; un rôle encore plus remarquable peut-être 
fut celui de Montauciel [dans le Déserleur], jeune soldat toujours 
ivre, mais toujours aimable et gai, que M. Glairval sut rendre avec 
cette nuance délicate de décence qu'il était si difficile de saisir sans 
affaiblir le comique, et en évitant la caricature où un acteur mé- 
diocre n'eût pas manqué de tomber. Qui ne se rappelle, dans ces 
derniers temps, et le ton noble et passionné qu'il mettait dans 
l'Amant jaloux, et l'insouciante légèreté du marquis des Évènemens 
imprévus, et le vif intérêt qu'il répandait sur le rôle de Blondel, et 
la vérité si comique du Convalescent de qualité, et de tant d'autres 
rôles oit M. Glairval développa des talens propres à faire la répu- 
tation de dix acteurs ? Il n'en est aucun qui ne laisse le regret de 
ce qu'une carrière si longue a pourtant été si tôt terminée. 

Ceux qui l'ont connu dans sa vie privée auraient encore d'autres 
éloges à lui donner. Ses camarades n'ont point oublié combien ses 
conseils et ses soins leur ont été utiles dans toutes les affaires ; et 
les auteurs se rappellent avec plaisir que dans les lectures de 
pièces, nul n'en sentait mieux le mérite et les défauts, n'en sai- 
sissait l'ensemble et les détails avec plus de facilité. La foule d'ac- 
teurs nouveaux que la liberté a fait éelore ne fera point oublier 
M. Glairval. On peut multiplier à l'infini les théâtres, mais créer 



(1) Glairval avait débuté à l'ancien Opéra-Comique en 17S8 et, à la 
suppression de ce théâtre en 1761, était entré à la Comédie-Italienne. 



LE MENESTREL 



des artistes distingués est le secret de la nature, et n'est pas celui 
de la Comédie (1). » 

Voilà comment la critique appréciait Glairval. Les auteurs, 
qui ont aussi voix au chapitre en pareille matière, n'expri- 
maient pas sur son compte une moindre admiration ; voici 
comment en parlait Grétry : — « Glairval, acteur aussi inimi- 
table que Lekain, Glairval ne faisait pas d'illusion quand il 
jouait le rôle du père de l'Amoureux de quinze ans, car il était 
ce père même ; mais quand il jouait le rôle d'Azor, il nous 
transportait dans le pays des fées. Quand il jouait le Convales- 
cent de qualité, il était l'être factice tel qu'on n'en verra plus 
en France ; il faisait illusion, parce que l'homme qu'il repré- 
sentait est hors de la nature. Je ne crois pas que jamais au- 
cun rôle ait été rendu au théâtre avec plus de vérité que 
celui de ce marquis de l'ancien régime. S'il me fallait le 
mettre en musique, je noterais, sans y rien changer, les in- 
flexions de Glairval, qui me sont toutes présentes... » Et 
ailleurs, en parlant de Richai-d Cœur de Lion : — ■ « Glairval 
remplit le rôle de Blondel d'une manière inimitable. La no- 
Messe d'un chevalier, la finesse d'un aveugle clair-voyant qui 
conduit une grande intrigue, il sut employer tour à tour 
toutes ces nuances délicates avec un goût exquis. Jamais un 
rôle ne périclite dans les mains de cet acteur ; il sait se 
retenir dans les endroits douteux, ou trop neufs pour le pu- 
blic ; mais à mesure qu'on s'y accoutume, l'acteur déploie 
toute l'énergie dont son rôle est susceptible. Le comédien- 
machine est le même chaque jour, il ne redoute que l'en- 
rouement ; mais Glairval n'a pas le malheur d'être le même 
à chaque représentation: la perfection de son jeu dépend de 
la situation de son àme, et il sait encore nous plaire lors- 
qu'il n'est pas content de lui (2). » On devine ce que pouvait 
être le comédien qui savait mériter de tels éloges, et l'on a 
vu que chez Glairval ce comédien était doublé d'un excellent 
chanteur. 

Un mois après Glairval, le 1" juin, Rosière à son tour se 
retirait, pour aller prendre une part dans la direction du 
Vaudeville, que venaient de fonder, rue de Chartres, les deux 
excellents vaudevillistes Piis et Barré, les collaborateurs in- 
séparables (3). Quoique le talent de Rosière, qui jouait les 
baillis et les financiers, ne piit entrer en parallèle avec celui 
de Glairval, celui-là aussi, pourtant, était un artiste fort dis- 
tingué et très aimé du public. Mais l'Opéra-Gomique allait 
subir une troisième perte, bien plus grave, celle de M'"'^ Du- 
gazon, qui, pour cause politique, se voyait obligée de dispa- 
raître, au moins momentanément. Cette actrice incomparable, 
qui depuis \-ingt ans, on peut le dire, était l'idole des Parisiens, 
avait eu le malheur de montrer un peu trop d'attachement 
pour la personne de la reine, qui l'avait prise en affection 
particulière lors des spectacles que naguère la Comédie- 
Italienne allait fréquemment donner à la cour. On raconte 
qu'un soir de cette année 1792, la reine se trouvant au théâtre 
Favart avec le Dauphin, et M"^** Dugazon jouant le rôle de 
Lisette dans les Evénements imprévus, celle-ci, dans le duo du 
second acte avec René, se serait tournée vers la loge de la 
souveraine et, mettant la main sur son cœur, l'aurait regardée 
fixement en chantant ces deux vers : 

J'aime mon maître tendrement, 
Ati ! combien j'aime ma maîtresse! 

« Aussitôt, rapporte M""' EUiott dans ses Mémoires, quelques 
Jacobins qui étaient dans la salle sautèrent sur le théâtre, et 
si les acteurs n'avaient caché M""= Dugazon, ils l'auraient 
certainement égorgée.... » Je n'ai pas trouvé trace de ce fait 
dans les registres du théâtre, mais je crois qu'on peut le tenir 

(1) Mercure français. 9 juin 1792. 

(2) Essais sur la musique. 

(3) (1 II a pris sa retraite le 1" juin 1792, dit le registre de caisse, 
avec une somme de 6,000 livres comptant et 1,500 livres de pension après 
quinze ans. » 



pour constant, d'abord parce qu'il est en quelque sorte de 
notoriété publique et que de nombreux chroniqueurs l'ont 
rapporté, ensuite parce que c'est à partir de ce moment qu'on 
voit M"<' Dugazon quitter le théâtre où le public l'avait en si 
grande affection. Toutefois sa retraite ne sera que passagère, 
et après une absence de deux ans et demi environ nous la 
verrons reparaître, le 4 décembre 1794, et sa présence attirer 
une foule et ramener des recettes dont on avait perdu le 
souvenir. Pendant ce temps, la plupart de ses rôles seront 
repris par l'aimable M""* Grétu, tandis que ceux du même 
genre qui se rencontreront dans les pièces nouvelles devien- 
dront surtout le partage de la toute charmante M""^ Saint- 
Aubin. 

Le 19 mai, l'Opéra-Gomique donne la première représen- 
tation des Beiiic Sous-lieutenants, opéra comique en un acte, 
paroles de Favières, musique de Berton, le 11 juin celle de 
Constance, comédie en deux actes et en vers, de Demoustier, 
et le 7 juillet, celle de Bornéo et Juliette, drame lyrique en 
quatre actes, paroles de Monvel, musique de d'Alayrac. Puis, 
à la date du i22 de ce mois de juillet, le registre nous annonce 
que le théâtre fait relâche, « à cause de la proclamation du 
danger de la patrie, et de l'amphithéâtre sur la place de la 
Comédie pour l'enrôlement. » 

On sait qu'un décret de l'Assemblée nationale, en date du 
11 juillet, avait déclaré la patrie en danger. L'Assemblée 
avait en même temps décidé que des enrôlements volontaires 
seraient faits dans le but d'organiser les forces nécessaires 
pour chasser l'ennemi du sol français, et bientôt elle adres- 
sait à la population parisienne une proclamation dans laquelle 
elle faisait connaître de quelle façon seraient reçus ces enrô- 
lements : 

Il sera dressé dans plusieurs places, disait cette proclamation,, 
des amphithéâtres sur lesquels seront placées des tentes ornées de 
banderoles tricolores et de couronnes de chêne ; sur le devant de 
l'amphithéâtre, une table posée sur deux caisses de tambours ser- 
vira de bureau pour recevoir et inscrire les noms des citoyens qui 
se présenteront. Trois officiers municipaux assistés de six notables 
placés sur cet amphithéâtre, délivreront aux citoyens inscrits le cer- 
tificat de leur enrôlement : à côté d'eux seront placés les drapeaux 
des bataillons de l'arrondissement, gardés par des gardes nationales. 

Devant l'amphithéâtre, il sera formé un grand cercle par des 
volontaires, lequel renfermera deux pièces de canon et de la mu- 
sique. Les citoyens inscrits descendront ensuite se placer au centre 
de ce cercle, jusqu'à ce que la cérémonie soit finie; alors lisseront 
reconduits par les officiers municipaux et la garde nationale jus- 
qu'au quartier général, d'où chacun se rendra dans les différons 
postes. 

Ce jour et demain lundi seront consacrés à cet enrôlement,, 
depuis 8 heures du matin jusqu'à 6 heures du soir (1). 

Les spectacles commençant à cette époque beaucoup plus 
tôt qu'aujourd'hui, c'est-à-dire vers cinq heures du soir, et 
l'un des amphithéâtres dont on vient de voir la description 
se trouvant précisément établi sur la petite place qui s'étend 
devant l'entrée même de l'Opéra-Gomique, ce théâtre se vit 
dans l'obligation de faire relâche le dimanche 22 juillet. Il 
ne fut pas le seul d'ailleurs, et l'Opéra, le théâtre de la 
Nation (Comédie-Française) et le théâtre Feydeau, placés sans 
doute dans des conditions analogues, ne jouèrent point non 
plus ce jour-là. Cependant, bien que les enrôlements conti- 
nuassent le lendemain lundi, le théâtre Favart s'arrangea de 
façon à pouvoir donner son spectacle, et à cet eS'et il en 
recula l'heure exceptionnellement. En enregistrant ce spec- 
tacle, qui était composé de Félix et de Philippe et Georgelte, le 
caissier ajoute en note: « On a ouvert à 6 h. et commencé 
à 7 h. 1/4 à cause du 2'= jour de l'enrôlement. » 

(A suivre.) Arthur Pougin. 



(1) Journal de Paris et Moniteur universel du dimanclie 22 juillet 1792. 



LE MÉNESTREL 



-i-S 



SEMAINE THÉÂTRALE 



La semaine est aux barytons. Les ténors, qui conduisaient le 
inonde autrefois, n'en mènent pas large aujourd'hui, et leur astre 
pâlit singulièrement ; c'est le triomphe complet de la clef de fa 
sur la clef de sol.' 

Nous trouvons d'abord dans le Figaro un éblouissant portrait de 
Jean Lassalle, premier baryton au théâtre de l'Opéra et l'un des 
héros de Pairie. La toile est signée Ignotus et menée de ce pin- 
ceau audacieux qui plane si haut au-dessus des événements et des 
hommes de ce temps. Jean Lassalle, qu'on le sache, a toutes les 
vertus et tous les talents. Doux avec les enfants, doux avec les 
femmes, il est bon père, bon époux, bien que divorcé, et serait un 
excellent garde national, si la garde civique était encore de ce 
monde. Il paie exactement ses contributions et ses différences à la 
Bourse. « C'est un Breton né à Lyon » assure Ignotus, ce qui peut 
paraître étrange au premier abord, mais le maitre-écrivain explique 
ensuite sa pensée en ce sens que l'éminent baryton, bien que 
« né d'une excellente famille de la bourgeoisie lyonnaise » (il était 
canut à l'origine), s'est fixé depuis quelques années à Pornichet en 
Bretagne, qu'il y a établi ses pénates et qu'il y fait sur une large 
échelle des spéculations de terrains, débitant aux Anglais sa patrie 
d'adoption par lots et le plus cher possible. Ensuite, Ignotus 
« imagine que Lassalle est à l'Opéra un des plus approvisionnés 
de nourriture intellectuelle. » C'est peut-être là, en effet, une 
simple imagination, car l'artiste a, de notoriété, conquis plus de 
grades au Conseiratoire qu'à l'Université, et il lui est plus utile 
assurément de savoir iiler un son que de connaître tous les secrets 
du carré de l'hypoténuse. 

Après avoir constaté « qu'aujourd'hui il y a deux musiques, la 
petite et la grande », que la petite « sent le pourri » et que la 
grande sue l'ennui, « seul défaut des éternités paradisiaques », 
l'auteur suit Lassalle sur la scène et là il n'hésite pas à le sacrer 
« grand tragédien lyrique ». Le voilà donc frère en art de 
Gabrielle Kraufs, la seule jusqu'ici qui eût joui sans partage de 
celte épithète épique. ,rt 

C'est le quatrième acte, écrit Ignotus; je l'écoute par un trou des 
décors, que je connaissais déjà et que je n'indiquerai point... on le bou- 
cherait ! (Le portraitiste prend-il donc MM. Ritt et Gailhard pour de 
simples bouche-trous?) 

Le public tressaille en Lassalle, pendant quarante minutes. C'est 
l'art de l'interprétation à son sommet. Que dis-je! Ici Facteur devient un 
artiste génial. Cette ampleur de style et cet éclat du son — cette sûreté 
et cette honnêteté des procédés musicaux — cette expression, parfois mor- 
dante, comme si la corde vocale était imprégnée de colophane — cette 
caresse pénétrante de la voix... sont bien à Lassalle seul. 

A Lassalle tout seul! En êtes-vous bien sûr, Ignotus? Bh ! 
que va dire Victor Maurel ? Est-ce qu'il n'a pas, lui aussi, de 
la colophane dans la voix? Est-ce que les belles dames ne tres- 
saillent pas en l'écoutant? N'est-il pas pénétrant? Quels sommets 
de l'art lui sont inconnus ? Croyez-vous donc que l'honnêteté et la 
justesse du son soient le seul apanage de Lassalle? Non, non, et 
vous allez vous mettre de mauvaises affaires sur les bras. C'est 
une gent très difficile à gouverner que celle des artistes. D'après 
eux, on n'en dit jamais assez sur leur compte et on en dit toujours 
trop sur celui des autres. 

Et puisque nous parlons de Maurel, premier baryton des théâtres 
de tous les mondes, il nous serait difficile de ne pas consacrer quelques 
lignes à l'iniemew qu'il vient d'avoir, à Milan, au sujet d'O^eWo, avec 
un reporter du Gaulois. On sait si l'éminent artiste est ennemi de 
toute vaine publicité, et comme il évite avec soin la réclame au- 
tour de son nom. C'est donc avec une certaine méfiance qu'il vit 
entrer en son logis le sieur Piccolino. Il voulut d'abord se dérober, 
mais, lorsque le journaliste lui eut fait part de sa mésaventure 
auprès de l'éditeur Eiccordi, italien subtil, et du compositeur 
Verdi, musicien sévère, qui tous deux l'avaient éconduit avec po- 
litesse, il se résolut à parler, non sans avoir soigneusement fermé 
toutes les portes : 

— Pour vous, dit-il, je commettrai une indiscrétion ; mais vous serez 
le premier et le seul informé. Pour ma part, je ne connais pas d'opéra, 
vraiment digne de ce uom, qui puisse être comparé à lOtello de Verdi. 



Voilà déjà qui est fort aimable pour les opéras que l'artiste a pré- 
cédemment interprétés; puis il ajoute : 

Si j'avais le temps, je vous en chanterais quelque motif et vous pour- 
riez juger (ici le reporter buvait du lait) ; à mon point de vue personnel, 
je n'ai pas encore eu de rôle aussi écrasant. Je doislutter vraiment contre 
toutes les difficultés de chant et de scène (un vrai jeu pour M. Maurel). 
Vous savez que je ne me ménage guère (on le sait en effet). Eh bien! à 
la fin du quatrième acte i'Otello, je suis complètement épuisé de fatigue 
(pauvre artiste!) Et cependant c'est alors que je dois donner toute mon 
action, c'est là qu'il faut me surpasser moi-même ! 

Se surpasser lui-même ! non, cela n'est pas possible, et nous vou- 
drions bien savoir comment M. Maurel s'y prendra. Montera- t-il sur 
des échasses? Rien que cela vaut le voyage, et nous le ferons cer- 
tainement. On peut surpasser Faure, on peut surpasser Lassalle, mais 
surpasser Maurel, cela nous semble interdit à Maurel lui-même. 

L'illustre baryton se livre ensuite à quelques considérations sur 
l'orchestralion nouvelle de l'œuvre : 

Verdi veut faire à'Otello une gloire nationale, et, ne voulant pas dans 
l'orchestre un seul cuivre allemand, il a été obligé d'inventer toute une 
instrumentation nouvelle : une clarinette à triple tonalité, en si bémol, 
en la et en do, le légendaire serpent, et cette viole d'amour dont je vous 
parlais tout à l'heure, et qu'il a payée vingt mille francs au musée de 
Bruxelles. 

Mais l'invention la plus originale consiste dans l'adaptation d'une cin- 
quième corde aux violons; cette simple transformation cause des elîets 
vraiment surprenants. 

« Les musiciens ne pourront s'empêcher de sourire en lisant tout 
cela, dit avec raison Jennius, de la Liberté. Qu'est-ce qu'un cuivre 
allemand? 

» Dans les orchestres de tous les pays du monde on emploie les 
trompettes, les cors et les trombones, qui n'ont pas de nationalité 
précise. Les trompettes étaient connues dès l'antiquité la plus 
reculée, et les cors datent des premiers siècles de l'ère chrétienne. 
Quant aux trombones, ils sont d'origine italienne. Ce ne sont pas 
non plus les instruments inventés par M. Sax qu'on peut qualifier 
de cuivres allemands, puisque M. Sax est belge. 

De tout temps la clarinette a été en si bémol, en la et en do. 
Le serpent et la viole d'amour sont également connus. Meyerbeer a 
accompagné la romance des Huguenots: « Plus blanche que la blanche 
hermine, » avec une viole d'amour. 

» Reste l'étonnante invention des violons à cinq cordes. Il faudra 
donc les construire exprès, et les artistes devront apprendre à en 
jouer. Nous ne voyons pas beaucoup en quoi l'adjonction d'une cin- 
quième corde produirait des effets vraiment surprenants. » 

Pour nous, ce violon à cinq cordes nous paraît proche parent du 
mouton à cinq pattes qu'on montre dans les foires. 

Après cet entretien vraiment étonnant, Victor Maurel se leva et 
ajouta gravement : 

— Vous voyez que l'Italie, quoi qu'on en dise, est toujours la patrie 
des arts. 

Ce qui nous donnerait à croire que, pour l'artiste, la patrie des 
arts est celle oii il est le mieux appointé. 

Il entre du reste toujours beaucoup de fantaisie dans les interview 
à la mode d'aujourd'hui, et nous ne pensons pas qu'il faille attribuer 
à M. Maurel toutes les responsabilités de celte curieuse conversation. 
C'est ainsi que nous lisons dans l'analyse de la pièce cette phrase, 
qui nous donne à réfléchir : 

La dernière insulte que je jette, moi, le More de Venise, à la femme 
que j'aime, semble une malédiction. 

Moi, le More de Venise ! Il est bien clair que l'artiste n'a pu 
« s'emballer » au point d'oublier qu'il jouait le rôle d'Iago et non celui 
d'Olello. C'est pourquoi cet interviewage nous paraît un peu sujet 
à caution el. que s'il contient quelques erreurs, on peut en mettre 
probablement une bonne partie sur le dos de Piccolino. 



Troisième baryton, celui-là tout à fait charmant, encore à l'aurore 
du talent et de la réputation, pas gâté par les adulations, et par 
suite d'une modestie qui double son prix. Nous le recommandons 
à Ignotus, — puisqu'il travaille à présent dans les barytons, — sinon 
poul- un portrait en pied, au moins pour un petit médaillon de sa 
bonne encre. Nous voulons parler tout simplement de M. Piccaluga, 
des Bouffes-Parisiens. Il a été le héros et la seule consolalion de la 
malheureuse soirée des Grenadiers de Montcornette au petit théâtre de 



44 



LE MHJNJiSTREL 



jjme Ugalde. Il sait vraiment donner do la valeur aux moindres 
choses, et depuis Faurc, il n'y a pas eu un chanteur pour mieux 
poser un andante et pour conduire la phrase musicale avec plus de 
charme et de méthode. A ses débuts, M. Piecaluga a passé par 
rOpéra-Comique, où on a eu tort de ne pas le retenir et oii on fera 
bien de le rappeler au plus vite ; il y a là tout un répertoire à son 
usage, qui vaudra au théâtre de M. Carvalho des succès certains. 

M. Piecaluga a donc été, en cette pénible circonstance, la fête 
des oreil!es, comme la gentille Marguerite Ugalde a été celle des 
yeux. Elle n'aurait pas demandé mieux non plus que de prendre 
sa part du concert. Mais le maestro Lecoeq n'a pas eu, cette fois, 
la main très heureuse pour sa ravissante interprète. Sa partition 
est assurément très proprette et écrite de main d'ouvrier, mais elle 
manque un peu de piquant et de nouveauté, souvent aussi elle 
passe à côté du succès, pour n'avoir su s'arrêter à temps. Nous en 
donnerons pour preuve le joli ensemble des coquettes au premier 
acte et le duo du livre rose au dernier, qui paraissaient partis 
pour la gloire, et qui, en se prolongeant, n'ont réussi qu'à fatiguer 
le public. 

Dans le libretto de MM. Daunis, Delormel et Edouard Philippe, 
il y a une scène où un gouverneur fantaisiste décrète « le rire », 
en réponse aux murmures de son peuple, et, pour mieux arriver à 
ses fins joyeuses, il fait charger ledit peuple eabre au clair par ses 
grenadiers,' jusqu'à ce que -l'eselaffement soit général. Il est mal- 
heureux que les auteurs n'aient pas poussé plus loin la charge et 
que les grenadiers, escaladant la rampe, ne soient pas venus prendre 
les spectateurs à la gorge pour les forcer au rire. C'eût été le seul 
moyen do donner un semblant de gaité à leur pièce. 



L'Opéra-Gomiql-e nous donnera vraisemblablement, cette semaine, 
la reprise de la Sirène, avec M"=^ Merguillier et Pierron, MM. 
Lubert, Mouliérat, Fugère et Grivot pour interprètes. L'ouvrage 
d'Auber n'avait pas été représenté depuis vingt-deux ans. 

La première représentation de Francine, , la nouvelle comédie de 
M. Alexandre Dumas, est fixée au Théatiîe-Français pour le lundi 
17 janvier. 

A I'Odéon, lecture de Nmna Roumestan, d'Alphonse Daudet, dont 
on va pousser promptement les études. 

Hier samedi, aux Variétés, reprise du Tour du Cadran pour les 
débuts de la jolie M"'' Humberta. Après quoi viendra la nouvelle 
comédie de MM. Albert Millaud et Philippe Gille, la Sous-Préfète, 
dont les principaux rôles sont distribués à M'"^ Judic, à MM. 
Dupuis et Baron. 

H. MORENO. 

Odéon. — Le Lion amoureux, pièce en cinq actes, en vers, de F. 
Ponsard. — Il serait, certes, fort mal venu, celui de nous qui pré- 
tendrait que M. Porel est un sectaire et que les portes de son 
théâtre s'ouvrent plus facilement à telle école qu'à telle autre. Con- 
sacrant ses lundis aux classiques, qu'il interprète sans distinction de 
genre ni d'époque, il semble avoir pris à lâche de faire étudier à 
ses spectateurs tous les genres dramatiques connus jusqu'à ce jour. 
C'est ainsi qu'il nous a présenté l'école de la fin du XIX* siècle 
violente et navrante, avec Michel Pauper; la pastorale calme et 
attendrissante avec l'Arlè sienne; le mélodrame romantique à gran- 
des phrases sonores avec Antonij; l'épopée dramatique et ses nobles 
idées noblement espiimées avec les Jacohites; les exquises scènes 
d'amour chuchotées sur le rythme musical de vers délicats avec 
Conte d'Avril; la comédie poignante avec Henriette Maréchal: la co- 
médie bourgeoise avec la Maison des deux Barbeaux ; la tragédie mo- 
derne avec les Fils de Jahel... que sais-je encore : quantités de pièces 
présentant toutes au moins quelques parties intéressantes. Aujour- 
d'hui, M. Porel, à force de chercher, a fini par découvrir qu'il ne 
nous avait pas encore donné le vrai type du genre. . . ennuyeux. 
Oh ! cette vieille morale à jet continu ! Ces lieux communs délayés 
en de banales tirades devers plats et maussades! M. Ponsard dort 
du parfait sommeil, et avec lui plusieurs de ses pièces semblaient 
devoir garder un éternel et bienheureux silence; quel besoin se 
faisait donc sentir de remuer leurs cendres ? Pourquoi exhumer ce 
pauvre Lion amoureux sans grifl'es, qui n'en peut mais malo-ré les 
éclats de voix enrouée de M. Paul Mounet, malgré la itràce délicate 
de M"° Panot, une comédienne qui a du charme, mais a besoin de 
s'accoutumer à la scène, malgré les galants déshabillés de M"= N. 
Martel et la beauté rayonnante de M"° RachelBoyer; malTé aussi 
Telles Dheurs, Leturc, MM. Aniaury, Rebol, Cornaglia, Golombey et 
tutti quanti? Il se peut que M. Prud'homme mène son polache de fils 



applaudir aux tirades d'Humbert et aux mouvements d'héroïsme des 
ci-devant ; il se peut que le parterre trépigne d'aise aux théories 
humanitaires des sans-culottes; mais je doute fort que le vrai pu- 
blie trouve quelque plaisir à écouter, trois heures durant, une pièce 
d'un piètre intérêt et des vers où l'on cherche en vain une ombre 
de poésie. 

Paul-Émile Chevalier. 



LES CENDRES DE ROSSINI 

A FLOEENCE 



Nous avons rendu compte de la séance du Sénat italien dans 
laquelle a été décidée la translation des restes mortels de Rossini de 
Paris à Florence, où ils seront définitivement inhumés dans la 
belle église de Santa Groce, qui est en quelque sorte pour l'Italie 
ce qu'est la chapelle de Westminster pour l'Angleterre, une sorte 
de Panthéon où reposent pour toujours les grands hommes qui, 
de façon ou d'autre, ont illustré la patrie. C'est là que Rossini dor- 
mira son dernier sommeil, aux côtés de Galilée, de Michel-Ange, 
de Dante, de Machiavel, d'Alfieri, de Lanzi, de Filicaja, et de tant 
de poètes et d'artistes illustres dont la gloire est universelle et qui 
ont porté si haut le renom de cette Italie enchanteresse, digne 
fille de la Grèce et digne mère de la France. 

Toute la Péninsule, cela va sans dire, a accueilli avec enthou- 
siasme cette idée du retour de Rossini sur la terre nalale. Je trouve 
un écho de cet enthousiasme dans le dernier feuilleton musical du 
journal de Rome, l'Opinione, feuilleton signé du nom de M. F. 
d'Arcais, l'un des critiques les plus distingués de l'Italie : 

Jj'Opinione a publié, dit l'écrivain, le te.xte de la loi pour le transfert 
des cendres de Rossini dans le temple de Santa Croce. On se prépare 
maintenant à Florence à célébrer dignement cet événement et à honorer 
l'illustre maître de la meilleure façon possible. Sachant que le soin de ces 
honneurs est confié à l'Institut royal de musique de Florence, je ne doute 
pas que les personnes si distinguées qui sont à la tète de cet Institut ne 
se montrent à la hauteur de cette tache difQcile. La glorification doit 
être digne de Rossini et de l'artistique cité qui recueillera sa dépouille. 
Je me permettrai pourtant d'pxpnmer deux vœux, avec l'espérance de les 
voir exaucés. 

Le premier est qu'on ne renouvelle pas pour Rossini ce qui est advenu 
pour Foscolo. Il ne suffit pas que les restes mortels de l'auteur de Guil- 
laume Tell et du Barbier de Séville aient une sépulture à Santa Croce; les 
Italiens ont l'obligation de lui élever dans cette église un monument; et 
l'occasion serait propiîe pour en élever un aussi à Foscolo. J'espère que 
mes paroles ne seront pas vaines, et que l'on pensera sans retard à ouvrir 
la souscription pour le monument, voire pour les deux monuments. 

Mon autre vœu ne sera pas nouveau pour les lecteurs de l'Opinione. De- 
puis qu'est mort l'illustre maître, j'ai dit que ce serait chose très oppor- 
tune que de réunir les lettres écrites par lui en grand nombre, d'en faire 
un choix et de les publier. Rossini, nul ne l'ignore, était un homme d'es- 
prit dans toute l'étendue du mot. Beaucoup de ses lettres sont des modèles 
àViumorisme, et, réunies, elles formeraient un des plus agréables épistolaires 
de notre siècle. 

Mais il faut que quelqu'un prenne la peine d'adresser un appel aux 
possesseurs de ces précieux autographes, et celle ensuite d'en diriger la 
publication. Notre Académie royale de Sainte-Cécile, c'est-à-dire la plus 
ancienne et la plus considérable parmi les institutions artistiques que nous 
possédons en Italie, devra participer dans une très large mesure aux hon- 
neurs que l'on s'apprête à rendre à Rossini. Il me plairait qu'elle prît 
l'initiative de recueillir Vépistolaire rossinien. Avec un peu d'activité et de 
bon vouloir, le volume pourrait être prêt d'ici peu de mois. 

Du reste, on sait qu'après avoir émis une proposition, je laisse volon- 
tiers à d'autres le soin de la développer et l'honneur de la faire accepter. 
Je voudrais que l'Académie de Sainte-Cécile prit soin de sa propre dignité 
et accueillît mon conseil ; mais s'il se trouve un meilleur moyen de réali- 
ser mon désir, je suis tout prêt à y aider de mon faible pouvoir. 

M. d'Arcais a raison d'avoir confiance dans l'Institut royal de Flo- 
rence pour célébrer dignement 'la gloire de Rossini. Il suffit pour 
cela de savoir que notre excellent président (car depuis longtemps 
déjà on m'a fait l'honneur de me nommer membre correspondant 
de l'Institut) est le marquis Filippo Torrigiani, député au Parle- 
ment, l'un des hommes les plus distingués de Florence et de l'Italie, 
et tout particulièrement qualifié pour remplir le rôle qui lui incombe 
en cette circonstance. Je trouve précisément dans un autre journal la 
lettre que voici, adressée par le marquis Torrigiani à M. F. Mariotti, 
initiateur de la loi rossinienne : 



LE MENESTREL 



45 



Florence, 23 décembre 1886. 
Très honoré monsieur, 

Je remplis l'agréable devoir dont je suis chargé par la Royale Académie 
musicale de cet Institut, en exprimant de sa part à votre illustrissime 
seigneurie les plus vives actions de grâce pour l'initiative prise par vous, 
relativement à la loi dernièrement approuvée par le Parlement, qui 
ordonne l'exhumation des cendres de Giovacchino Rossini du cimetière 
de Paris, et leur transport et inhumation dans le temple de Santa Groce, 
à Florence, aux frais de l'Etat. 

Un tel acte, qui vous fait le plus grand honneur, prouve comment votre 
esprit a été inspiré dans le sens du vrai patriotisme. 

Je vous informe en outre que la Royale Académie, dans sa même 
séance du 19 de ce mois et sur ma proposition, a décidé de prendre elle- 
même, agissant de concert avec les autorités administratives et munici- 
pales, et avec le comité déjà institué à cet effet, l'initiative des honneurs 
qui seront rendus à la mémoire de l'illustre maître, gloire éclatante de 
l'art musical italien dans le siècle présent. 

Croyez, je vous prie, honorable seigneur, à l'expression de ma plus 
haute estime. 

V^otre tout dévoué, 
Le Président : F. Torrigiani. 

A cette lettre, M. Mariotti a répondu par la dépêche suivante : 

Vous suis affectueusement dévoué. Lettre Académie toute courtoise. 
Me réjouis initiative prise honneurs Giovacchino Rossini, qui seront 
dignes de Florence, patrie de l'art. 

FiLippo Mariotti (1). 

Reste la question du monument à élever à Santa Croee. Pour cela, 
il faut espérer que les Italiens ne se feront pas tirer l'oreille comme 
les Allemands le font en ce moment au sujet du monument à élever 
à Weber. 

Quant à la correspondance de Rossini et à sa publication, l'idée 
m'en paraît d'autant plus heureuse que je l'avais eue moi-même et 
que je lui avais donné même un commencement d'exécution. Depuis 
quelques années, en effet, et au milieu de travaux importants et 
nombreux, je me suis occupé de réunir toutes les lettres, tous les 
billets que je pouvais rassembler de Rossini, avec l'intention d'eu 
former un recueil et de les publier un jour. Je ne pouvais toutefois 
m'occuper de ce projet que de loin en loin, accessoirement en 
quelque sorte, absorbé que j'étais par mille autres soins, et je lais- 
sais au temps celui de faire son office. Je n'ai donc réuni qu'une 
centaine de lettres du maître que j'ai bien connu et que j'ai beau- 
coup aimé. Si mince que soit mon bagage pourtant, je le mets de 
grand cœur à la disposition de ceux de ses compatriotes qui vou- 
draient réaliser le désir fort heureusement exprimé par M. d'Arcais. 
C'est à eux surtout que revient une pareille tâche, et je m'estimerais 
heureux de les y aider pour si peu que ce fût. 

Arthlr Pol'Gi.n. 



NOUVELJLES DIVERSES 



ETRANGER 
Voici la liste, telle que la donnent les Signale de Leipzig, des opéras- 
comiques nouveaux représentés en Allemagne pendant l'année qui vient 
de finir : Signor Lucifer, de L. Dumack (Berlin, 6 janvier); die Abentener 
einer Neujahrsnacht (l'Aventure d'une nuit de la Saint-Sylveslre), 3 actes, tirés 
d'une nouvelle de Zschokke par M. V. Schaumann, musique de M. Rich. 
Heuberger (Leipzig, 13 janvier) ; les Carabiniers du roi, d'Emile Kaiser 
(Berlin, février) ; der Pfarrer von Meudon, de Félix von Hoyrsch (Hambourg) ; 
les Carabiniers du roi, ou les Moines, de Gustave Hârtel (Breslau) ; Auf liohen 
Befehl (Par ordre supérieur), adaptation libre de la nouvelle de Riehl ; Omde 
à la cour, paroles et musique de M. Garl Reiuecke (Hambourg, 1" octo- 
bre). — Passons maintenant au bilan des opérettes : Studenten am Rliein, 
de M. Jos. Goldstein, de Vienne (Pest, 7 janvier) ; rfer Botschafler (le Mes- 
sager), de MM. Hugo Wittmann et A. Wohlmuth, musique de M. Ed. 
Kremser (Vienne, 2S février); der Giinstling (le Favori), de M. Cari Grau, 
(Hanovre) ; Fiorlti, de M. Landsberg, musique de MM. Alfred Strasser et 
Max von Weinzierl (Prague, 3 avril) ; der schone Kurfiirsl (le Bel Électeur}, de 
M. Bohrmann-Riegen. musique de M. Jos. Hellmesberger jeune (Munich, 
13 mai); Schloss Calliano, de M. G. Kadelberg, musique de M. B. Hol- 
laender (Hambourg, 8 septembre) ; der Doppelganger (le Sosie), opérette 
romantique de M. Léon, musique de M. Alfred Zamara jeune (Munich, 
16 septembre); Lorraine, de M. 0. Walther, musique de M. Rud. Dellin- 
ger (Hambourg, 2 octobre) ; der Nachtwander (le Somnambule), de MM. E. Zell 

(1) Obbligato affetluosammte Lei, Accademia lettera lutta cortesia, rallegromi 
iniziativa presa onoranze Giovacchino Rossini che riuscirannodegne Firenzejiatria 
deU'arte. 



et R. Gênée, musique de M. L. Roth (Berlin, 27 septembre) ; der Vice- 
Admiral, opérette comique (sic) en 3 actes et un prologue, de M. Cari 
Millôoker (Vienne, 9 octobre) ; Sataniel, opérette romantico-comique de 
M. Cari Gôrlitz, musique de M. Adolf Ferron (Dresde, 17 octobre): der 
Vagabund, de MM. West et Held, musique de M. Cari Zeller (Vienne, 
30 octobre) ; der Hofnarr (le Bouffon de la cour), opérette romantico-comique 
de MM. Hugo Wittmann et Jules Bauer, musique de M. Adolf MûUer 
(Vienne, 22 novembre) ; die Piraten, de M. Gênée (Berlin, novembre) : 
Farinelli, de MM. Wulfî' et Cassmann, musique de M. Herm. Zumpe. 

— Nouvelles théâtrales d'Allemagne. — Le théâtre de la Cour de Munich 
vient de représenter avec grand succès le ballet Sardanapale, de Taglioni. 
La mise en scène en est, parait-il, merveilleuse. — Le théâtre municipal 
de Magdebourg annonce comme imminente la première représentation de 
Manon, opéra comique en quatre actes de M. E. Heule, musique de 
M. R. Kleinmichel. — Les répétitions d'Henry VIU, de M. G. Saint-Saëns, 
sont poussées activement au théâtre municipal de Francfort; on espère 
voir passer l'ouvrage d'ici à quelques jours. — Le théâtre tchèque de Pesth 
s'est déjà assuré le droit de représenter Proserpinc, le nouvel ouvrage de 
l'auteur à'Henry VIII. — L'Opéra de Berlin vient de faire une brillante 
reprise d'un ballet de Taglioni, intitulé les iVillis. 

— Une importante vente d'autographes vient d'avoir lieu à Berlin. Parmi 
les pièces qui ont atteint les prix les plus élevés, il faut citer un essai 
de critique sur Meyerbeer, par Wagner, dans lequel les louanges de l'auteur 
des Huguenots sont prodiguées en termes chaleureux; une composition 
inédite du même Richard AVagner, qui a été adjugée à 960 marks 
(1200 francs); deux polonaises de Chopin (iOO marks); une lettre de Beetho- 
ven datée de Vienne. 29 septembre 1816 (200 marks); une de Joseph 
Haydn, datée d'Esteras, 10 octobre 1783 (225 marks); quatre marches 
pour piano par Schumann (100 marks); un manuscrit de J. -S. Bach 
(936 marks), et une aria pour soprano de Mozart, Conservati fedele, avec 
accompagnement de deux violons, alto et basse (119 marks). Ce dernier 
manuscrit est daté de 1763. Mozart l'aurait donc composé à l'âge de 9 ans. 

— On écrit d'Eutin que le czar Alexandre de Russie vient d'envoyer 
une somme de mille marks au comité pour l'érection d'un monument à 
Weber. Il était temps qu'on vînt au secours de ce malheureux monument, 
pour lequel les souscripteurs font si complètement défaut ! 

— On écrit de Dresde, le 20 décembre 1886 : — « Depuis une quinzaine, 
le public si assidu de nos salles de concerts se trouve dans un émoi peu 
ordinaire ; le charme qui a captivé tout le monde a été produit par la 
première apparition dans cette ville de l'inimitable pianiste français Fr. 
Planté. La séduction irrésistible de ce talent si personnel, de cette orga- 
nisation si fine et si distinguée, a conquis le public allemand dès l'appa- 
rition de l'artiste sur l'estrade, et la presse est unanime à dire que jamais 
pianiste n'a été l'objet de pareilles ovations. Après nous avoir donné au 
troisième concert de la Société Philharmonique (direction J. L. Nicodé) 
une interprétation poétiquement et sobrement classique du concerto de 
Mendelssohn, son succès n'a fait que croître dans « le récital » qu'il or- 
ganisa le 13 courant dans la salle de l'hôtel de Saxe, séance honorée 
de la présence du roi. La Dresdner Zeilung déclare que « la technique de 
Planté est aussi solide que brillante, et qu'elle prête à son jeu une clarté 
et une égalité sans rivales. Son toucher est capable de toutes les modu- 
lations, il peut être tour à tour doux, vaporeux, puis décidé et énergique, 
sans jamais tomber dans une exagération blessante pour l'oreille, ou d'un 
goût douteux. Rarement nous avons entendu chanter au piano d'une façon 
aussi captivante, aussi liée, et jamais nous n'avons rencontré autant de 
charme et de grâce chez un pianiste. » (Guide muncal.) 

— M""= Caroline de Serres a eu un vrai triomphe artistique à Vienne, 
le 28 décembre, dans la soirée donnée par elle au profit de la caisse de 
retraite des employés des chemins de fer. Le programme était consacré 
aux œuvres de son compatriote Camille Saint-Saèns. Une salle des plus 
élégantes, des rappels nombreux, un flot de bouquets ont prouvé à notre 
pianiste combien son talent est apprécié à Vienne. 

— M""! Mathilde Grabow, première chanteuse du Grand-Théâtre de 
Stockholm, où elle a obtenu de très grands succès, vient de quitter la 
scène pour se marier avec un jeune lieutenant de l'armée suédoise. Le 
public lui a fait, à sa représentation d'adieux, des ovations extraordinaires, 
et le roi lui a donné le titre de chanteuse de la Cour. 

— La politique se mêle même aux choses de l'art, et parfois elle trans- 
forme ou détruit en un clin d'œil les institutions qui pouvaient se croire 
les plus solides. Ainsi en arrive-t-il pour le théâtre allemand de Saint- 
Pétersbourg, ainsi que nous l'apprend un de nos confrères du grand 
format : « Alexandre lU vient de montrer une fois de plus son antipa- 
thie contre tout ce qui est allemand. 11 a, dit-on, donné l'ordre de sup- 
primer le théâtre allemand de Saint-Pétersbourg, théâtre impérial, sub- 
ventionné depuis cinquante ans et relevant du ministère de la cour ». 
La subvention de ce théâtre ne fait que changer de destination et sera 
attribuée à un nouveau théâtre, dont le czar a ordonné la construction 
et qui sera exclusivement consacré à l'opéra et au ballet russes. 

— Voici Quelques chilïres intéressants que donne le chroniqueur du 
Nouveau Temps sur la fréquentation des théâtres de Saint-Pétersbourg. Ces 
chiffres se rapportent aux deux mois d'octobre et de novembre. Le nombre 



'l(î 



LE MENESTREL 



des spectateurs a été, dans le courant de ces deux mois, dé 73,540 au 
Théàtre-Alexandra, de 69,970 au Théâtre-Marie et de 40,245 au Théâtre- 
Michel. Après les théâtres impériaux viennent: le Cirque (33,292), le 
Petit-Théâtre (32,970), la salle Kononow (15,033, dont 9,342 pour les 
spectacles de la troupe petite-russienne, qui ne joue que depuis le mois 
de novembre), la salle Pavlow (2,685), et la salle de la Société des loge- 
ments à bon marché (1,22b). Le chiffre total des spectateurs des théâtres 
particuliers s'est élevé à 85,204, et n'a dépassé que faiblement celui du 
Théàtre-Alexandra à lui seul, 

— Trente-neuf opéras ou opérettes de tout genre, tel est le bilan de la 
production musicale appliquée au théâtre, en Italie, pour l'année 1886. 
Voici la liste de ces trente-neuf ouvrages. — 1. Faticane e corda lenta, opé- 
rette, de M. C. Pascucci (Rome, i janvier) ; — 2. Leonora, opéra sérieux, 
de M. Serponti (Venise, 17 février); — 3. te Echicande di San Marcello, idylle, 
de M. Del Lungo (Florence, 20 février); — i. il Morto vivo, opérette, de 
M. Peloso (Latisana, 21 février); — 5. Arminio, opéra sérieux, de M. De 
Stefani (Mantoue, 24 février); — 6. Edmea, id., de M. Catalani (Milan, 27 
février); — 7. la Notte di San Giovanni, opérette, de M. Pascucci (Rome, 
février) ; — 8. l'Oasi, scène lyrique, de M. Orefice (Vicence, février); 

— 9. Fim-e fatale, opéra sérieux, de M. Krotkoff (Moscou, 20 mars) ; — 
10. M(fe, id., de M. Vigani (Ghiavari, mars); — Jl. Jnez di Castigtia, id., 
de M. Seghettini (Nice, 10 avril); — 12. Âlberigo da Roinano, id., de M. Ma- 
lipiero, ouvrage représenté en 1846, mais refait en grande partie (Venise, 
14 avril); — 13. Salammbô, id., de M. Nicolo Massa (Milan, 15 avril); — 

14. il Testamento dello zio Saverio, opérette, de M. Galassi (Naples, avril); — 

15. la Figlia di Jefte, opéra sérieux, de M.Giorgio Miceli (Naples, 21 avril); 

— 16. /a 5uo7io Fîg/«(o/a, opéra semi-sérieux, de M. Graffigna (Milan, 6 mai); 

— 17. Fiorina, opérette de M. Mario Vitali (Naples, 9 mai); — 18. Zerbina, 
id. (Venise, 13 mai) ; — 19. Flora Mirabilis, opéra sérieux, de M. Spire 
Samara (Milan, 16 mai); — 20. il Conte rosso, id., ouvrage posthume de 
Domenioo Lucilla (Turin, 23 mai); — 21. Lui?... Lei?.... opéra semi- 
sérieux, de M. Scarano (Naples, mai)'; — 22. la Cieca, opéra sérieux, de 
M. Ercole Cavazza (Milan, 29 mai); — 23. la Fata di Almese, idylle, de 
M. Gampanella (Naples, mai); — 24. Etalka, opéra sérieux, de M. Buon- 
giorno (Naples, 31 mai) ; — 25. Fomarina, opérette, de M. Paolo Maggi 
(Barcelone, mai); — 26. Don Cesare di Bazan, opéra sérieux, de M. Spara- 
pani (Milan, S septembre); — 27. Faiista, id., de M. Bandini (Milan, 45 
septembre); — 28. (7 Matrimonio di Figçiro, opérette, de M. Martini (Flo- 
rence, 27 septembre); — 29. gK Hue^i, opéra sérieux, de M. Antonio Gaccia 
(Trieste, octobre) ; — 30. l' Arriva del Duca, opéra-comique, paroles et musi- 
que de M. Ottavio Frangini (Florence, 16 octobre); — 3!. l'Oroscopo, id., 
de M. Ferrua (Turin, 19 octobre) ; — 32. Madama Bonifacio, opérette, de 
M. Zingara Maugeri (Gatane, octobre) ; — 39. Zadig, opéra sérieux, de M. Lu- 
cherini (Livourne, 13 novembre) ; — 34. Spartaco, id., de M. Giuseppe Si- 
nico (Trieste, 20 novembre); — 35. Ermengarda, id.,de M. Augusto Azzali 
(Mantoue, 27 novembre) ; — 36. Mxjrrha, id., de M. Ladislao Zavertal (Pra- 
gue, novembre) ; — 37. il Tempio di Cupido, opérette, de M. Zangara Mau- 
geri (Gatane, 19 décembre);— 38. Una Notte infernale, opéra semi-sérieux, 
de M. Fiuamore (Naples, décembre) ; — 39. Masnadieri o Cavalieri ? opérette, 
de M. Capotosti (Naples, décembre). 

— L'éditeur Ricordi a chargé notre ami et collaborateur, M. Francis 
Hueffer, de la traduction anglaise d'Otello. 

— La saison d'opéra italien a commencé au théâtre de Monte-Garlo par 
la représentation à.' Aida. La soirée a été magnifique; la nouvelle troupe, 
qui est vraiment une troupe d'élite, a fait merveille. M""^ Fidès-Devriès, 
qui a chanté avec sa voix splendide et un art consommé le rôle d'Aida, 
a été littéralement acclamée. La grande cantatrice a été parfaitement se- 
condée par M""" Mazzoli-Orsini qui, dans le rôle d'Amnéris, a déployé un 
grand sentiment dramatique et s'est montrée digne de sa redoutable par- 
tenaire; par Vergnet, dont la voix n'a jamais été plus exquise; par Po- 
voleri et par Maurice Devriès, qui s'est montré très dramatique dans le 
rôle d'Amonasro, qu'il a chanté avec une vraie maestria. En somme, un 
début qui fait prévoir une série de représentations de premier ordre. 

— L'Académie royale des Beaux-Arts de Belgique vient de s'adjoindre 
comme membre associé M. Bourgault-Ducoudray, le savant professeur du 
Conservatoire de musique de Paris. 

— A Bruxelles, le deuxième concert populaire est ajourné au dimanche 
16 janvier. Ce concert sera consacré tout entier à l'école russe. On y 
entendra d'importants fragments d'Angelo, opéra de César Gui, la cavatine 
du Prince Ygor, opéra de Borodine, le joli poème symphonique Dans les 
Steppes du même, enfin une symphonie de Glazounow ou une ouverture 
de Rimsky-Korsakoff. 

— Un compositeur allemand, Hermann Gœtz, qui promettait un bril- 
lant avenir et qui, après avoir fait représenter avec un énorme succès un 
opéra qui fit en peu de temps le tour de l'Allemagne, la Sauvage appri- 
voisée,, momnt à la fleur de l'âge à Hottigen, près de Zurich, eu 1876 
avant même d'avoir accompli sa trente-sixième année, a laissé dans ce 
pays un souvenir qui ne s'est pas éteint. C'est pourquoi, à l'occasion du 
dixième anniversaire de sa mort, la Société générale de musique de Zu- 
rich a donné récemment, avec le concours du Chœur mixte de Zurich 
un concert exclusivement composé d'œuvres de Gœtz. Le programme de 
«e concert comprenait : Nànie (chœur et orchestre), d'après le poème de 



Schiller; concerto de piano en si majeur; scène de Françoise de Rimini, 
opéra inédit; Chant d'amour. Salut ati printemps. Chant du berceau (piano); 
Oiseaux voyageurs. Ferme mes yeux. Mystère (chœur) ; symphonie en fa 
majeur. 

— Le théâtre d'opéra italien de Tunis, dont la campagne avait été peu 
brillante, vient de fermer ses portes, après mise en faillite -de la direc- 
tion. Les artistes, en débarquant en Italie, ont trouvé à organiser une 
série de représentations à Marsala. 

— Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas, vient d'être converti en opéra an- 
glais par cinq compositeurs. Ce nouvel opéra, qui a dû être représenté pour 
la première fois cette semaine au Gaiety-Theater de Londres, est, pour les 
paroles, de MM. Butler et Newton, et pour la musique, de MM. Ivan 
Caryl, Leslie, Hunt, Meyer Lutz et Hamilton Clarke. La mise en scène 
sera, dit-on, merveilleuse; on cite notamment la Cave aux diamants, qui 
sera éclairée par six cents lampes électriques incandescentes. 

— On sait que d'importantes cérémonies se préparent en Angleterre 
pour le « jubilé » cinquantenaire de l'accession au trône de la reine 
Victoria. Poètes et musiciens ne perdent pas de temps, et l'inspiration 
des uns et des autres s'exerce déjà en vue de la célébration de cet événe- 
ment solennel. Un des artistes les plus en vue de l'Angleterre, sir Her- 
bert Oakeley, a écrit, sur des paroles de M. J. Crosse, un choral inti- 
tulé Victoria, que le Musical Standard a inséré dans son avant-dernier 
numéro, et un autre artiste, M. J. Stainer, vient de publier un madrigal 
à cinq voix, le Triomphe de Victoria, dont il a composé tout à la fois les 
vers et la musique. Attendons-nous prochainement à une véritable ava- 
lanche de productions de ce genre. 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 
Le i" janvier a amené, selon la coutume, toute une série de nomi- 
nations d'officiers d'instruction publique et d'ofliciers d'académie. Nous 
allons les faire connaître, en reproduisant les mentions mêmes du Journal 
Officiel. Ofliciers de l'instruction publique : MM. Dupont- Vernon (artiste de 
la Comédie-Française), professeur de déclamation dans les écoles commu- 
nales de Paris; Marie Bouffé, doyen des artistes dramatiques; Mounet- 
Sully, sociétaire de la Comédie-Française; Victor Delannoy, directeur de 
l'Ecole normale de musique deRoubaix; Massart (Lambert), Obin (Louis- 
Henri), professeurs au Conservatoire national de musique et de déclama- 
tion. — Officiers d'académie : MM. Baillet, auteur d'une Encyclopédie de la 
chanson française, secrétaire de la Société des auteurs et compositeurs 
(et éditeurs) de musique; Bernadon, Dessane (L. -Auguste), Planchet, com- 
positeurs de musique; Maréchal (Henri), inspecteur de l'enseignement 
musical; Billaut (Jean-Baptiste), professeur de piano; Bled (Charles-Ed- 
mond), professeur de piano au collège Sainte-Barbe, 54 ans de profes- 
sorat; Dumont (Félix), professeur de piano; Marc de La Nux, idem; Gwi- 
silles (Jules-Louis), premier violon-solo à l'Opéra-Gomique, 53 ans de 
services; Schatté (Ignace), chef d'orchestre de l'Odéon; Boussagol (Émile- 
Justin), harpiste de l'Opéra; Henry (Fernand), président de la Société 
philharmonique de Riez (Basses-Alpes); Cornillon (Jacques-Thomas de), 
professeur de violon à l'Ecole de musique de Valenciennes; Dureau 
(Théophile-Louis), directeur de l'Ecole nationale de musique de Saint- 
Étienne; Tartanson (Ferdinand), professeur de musique à l'École natio- 
nale de musique de Digne; Schillio (Emile), professeur au Conservatoire 
de Lille; Laroche, sociétaire de la Comédie-Française; Boisselot (Paul), 
auteur dramatique, régisseur du Vaudeville; Guillaumot (Aug.-Étienne), 
auteur d'ouvrages sur l'histoire du costume au théâtre; Lévy (Sylvain), 
auteur dramatique, régisseur du théâtre du Gymnase de Marseille ; 
M°"'Blouet-Bastin, professeur de violon; M"" Besson, facteur d'instruments 
de musique; M"'5 Céline Chaminade, compositeur de musique; M""=Ducasse, 
professeur de chant ; M"= Jenny Howe, cantatrice : M°"= Le Grix, profes- 
seur de piano, 30 ans de professorat ; M"" Laluyé (Ernestine-Georges), 
M"= MoU (Marie), professeurs de piano; M°"î Lucie Palicot, pianiste; 
M"= Richard (Renée), artiste à l'Opéra. 

— Par décret de M. le Président de la République, M. Louis Gattreux, 
représentant, pour la France et la Hollande, de la Société des auteurs et 
compositeurs dramatiques, et de la Société des auteurs, compositeurs et 
éditeurs de musique, est nommé chevalier de la Légion d'honneur, en 
récompense des éminents services qu'il a rendus aux auteurs français en 
Belgique. 

— Dans sa dernière séance, le Conseil municipal a supprimé la 
subvention de 15,000 francs accordée au théâtre de l'Odéon pour les 
matinées données aux enfants des écoles de la ville de Paris. Une 
subvention de pareille somme a été cependant maintenue à M. Riquier 
pour matinées littéraires également données à la population scolaire. 

— C'est à tort que la nouvelle a circulé, dans la presse et dans le public, 
du réengagement à l'Opéra de M""= Rose Caron. Cet engagement se fera, 
nous n'en doutons pas. Il n'en est pas moins avéré qu'il n'est pas encore 
signé, et, tant que les choses ne sont pas signées... Une question de chiffre 
a divisé jusqu'à aujourd'hui les parties contractantes et il faudra des con- 
cessions de part et d'autre, assez importantes, pour que cette affaire arrive 
à conclusion. 

— Le testament de Liszt. — On se rappelle que, en sa qualité de léga- 
taire universelle de Franz Liszt, la princesse de Sayn-"VVittgenstein a 



LE MENESTREL 



47 



présenté à la cour de Budapest une requête tendant à se faire délivrer les 
livrets de caisse d'épargne déposés à la caisse centrale de l'Etat hongrois. 
La cour a repoussé la princesse des fins de sa requête, « attendu qu'il 
convient d'entendre auparavant les demandes des parents de Liszt ». La 
princesse de Sayn-Wittgenstein a joint à sa requête le testament de Liszt, 
dont voici la teneur : 

J'institue la princesse de Sayn-Wittgenstein, née Ivanowska, ma légataire uni- 
verselle, lui laissant le soin de classer et de publier, à son gré, tous mes papiers. 
Seules, les sommes dépose'es chez Rotlischild, à Paris, et que j'ai données comme 
cadeau de noces à mes filles, Blandine, femme Ollivier, et Cosima, femme Biilow, 
et dont elles ont touché les intérêts jusqu'ici, leur seront remises immédiatement. 
Ma légataire universelle devra payer à ma mère, vivant actuellement à Paris, et 
jusqu'à la mort de cette dernière, la somme que celle-ci recevait de moi annuel- 
lement. Je prie la princesse de Sayn-Wittgenstein de bien vouloir exécuter mes 
dernières volontés et de remettre à ceux qui me sont chers et à mes amis les 
objets que je leur lègue. 

Franz Liszt. 

Weimar, 15 aoîit 1861. 

— 11 semble que le problème jusqu'ici si compliqué de la sépulture de 
Liszt doive être bientôt résolu. Les moines franciscains de Pesth ayant 
affirmé sous serment que l'illustre artiste avait, à diverses reprises, 
exprimé le désir d'être enterré dans les caveaux de leur monastère, on 
croit que M"" Cosima Wagner ne s'opposera plus à ce que la dépouille 
mortelle de son père soit transférée de Bayreuth à Pest. Sera-ce fini, cette 
fois? Ce n'est pas encore sûr, car voici, sur ce sujet, les détails très 
curieux que publie le Figaro dans sa correspondance de Vienne : « Encore 
la question du tombeau de Liszt! Il y a quelques jours, l'avocat viennois 
M. Bricbta, exécuteur testamentaire de Liszt, a levé les scellés dans l'ap- 
partement que le maitre occupait à Budapesth, et, à ce propos, la question 
de son enterrement définitif, question qu'on croyait dûment réglée, a été 
violemment réveillée. L'enthousiasme magyare a le feu long, le cardinal 
Haynald lui-même n'a pas réussi à l'apaiser. Ces messieurs continuent à 
réclamer le cadavre de leur illustre compatriote. Que Bayreuth le rende, 
ou c'est la guerre entre la Hongrie et la musique de l'avenir ! Au point 
de vue juridique, la question est assez compliquée. Qui a le droit de dire 
le dernier mot dans cet étrange différend? M."" Cosima Wagner? Elle 
n'est que la fille naturelle du maitre. M"" la princesse Sayn-Wittgenstein, 
l'héritière universelle? Mais Bayreuth n'est pas obligé de lui obéir. Quant 
aux dernières volontés du défunt, on ne les connaît que par ouï-dire. Les 
franciscains de Budapesth prétendent que Liszt leur avait toujours ex- 
primé le désir de reposer un jour au milieu d'eux, et M. Brichta est en 
train de recueillir de nombreux témoignages à ce sujet. Liszt appartenait 
à leur ordre, on a des lettres de lui signées de son nom avec cette épi- 
thète : tertii ordinis sancti Francisci. Cela sufEra-t-il pour arracher aux 
bourgeois de Bayreuth la proie qu'ils tiennent, une curiosité pour les tou- 
ristes, presaue un capital? Pour comble de complication, ce ne sont pas 
seulement les franciscains qui réclament le grand artiste comme un des 
leurs, — les francs-maçons, eux aussi, s'adjugent cette gloire au même 
titre que les franciscains. Liszt est devenu franc-maçon en 1841, à Franc- 
fort ; une loge de Berlin lui a conféré le second degré ; depuis 1843, il 
était membre honoraire de la loge Modestia mm Libertate, à Zurich. Ce 
sont des faits que personne n'a jamais niés. La question est de savoir si 
Liszt est resté maçon après être devenu abbé. Il paraîtrait que oui. C'est 
en 1870 qu'il a été nommé maitre par la loge VVnion, à Budapesth, et le 
journal maçonnique qui publie ce fait ajoute : « S'il fut jamais franc- 
maçon qui pût se vanter d'être dans les bonnes grâces de Pie IX et de 
Léon XIII, ce fut le frère François Liszt, fait abbé à Rome en 1863. » 
Franciscain et franc-maçon à la fois, — il faut une grande habileté, sinon 
une grande naïveté, pour jouer ce double rôle jusqu'au bout.! » 

— Comme on écrit l'histoire! Nous trouvons dans un journal américain 
l'entrefilet suivant : « Les titres des principaux ouvrages de Berlioz ont 

. été gravés sur le piédestal du monument qu'on vient de lui élever à 
Paris, à l'exception toutefois de l'Enfance du Christ, qu'on a omis à dessein 
à cause de l'aversion du gouvernement pour tout ce qui a rapport au 
christianisme. » Bien trouvé, n'est-ce pas? 

— L'annonce de l'assaut qui sera donné aujourd'hui dimanche, au Cir- 
que d'été, sous la présidence du général Boulanger, ministre de la guerre, 
au bénéfice des inondés du Midi, a été le signal d'un premier assaut, 
celui du bureau de location : toutes les loges, le parquet et la plus grande 
partie des fauteuils ont été enlevés. Dans la partie musicale de la séance 
on entendra, entre autres, M. Talazac, de l'Opéra-Gomique, M. Marta- 
poura, de l'Opéra, et la musique de la Garde républicaine. 

— Une vente très importante d'autographes, en grande partie de musi- 
ciens et de comédiens, aura lieu le mercredi 19 de ce mois, en l'hôtel des 
commissaires-priseurs, par les soins de l'excellent expert M. Eugène Cha- 
ravay, qui vient d'en faire distribuer le très intéressant catalogue. Dans 
cette collection très curieuse, où l'on trouve non seulement des lettres^ 
mais de précieux manuscrits autographes de grands compositeurs, nous 
relevons les noms suivants : pour les musiciens : Liszt, Thalberg, Rossini, 
Mozart, Ambroise Thomas, Reyer, Gounod, Massenet, Chopin, Yiotti, Che- 
rubini, Meyerbeer, Verdi, Boieldieu, Adam, Onslow, Beethoven, Destou- 
ches, Ole Bull, Bochsa, Bizet, Ch. de Bériot, Doni, Donizetti, Chelard^ 
Dancla, Dreyschock, Flotow, Dussek, Fumagalli, Haydn, Gossec, Hummel, 
Kalkbrenner, Martini, Litolff, Perti, Teresa MilanoUo, Paganini, Moscheles, 



M°>= Norman-Neruda, Ferdinand Ries, Poise, Paisiello, Reicha, Spoutini, 
Salieri, Théodore Ritler, Saint-Saëns , Schumann, l'abbé Stadler, Sarti, 
Sarasate, M""» Clara Schumann, Vieuxtemps, Scarlatti, Spohr, Weber, 
Schubert, Widor, Richard Wagner, Joseph Wieniawski, etc. ; parmi les 
chanteurs et comédiens : Mme Carvalho, Talma, Lafon, M"» Raucourt, 
Bouffé, la Malibran, Jenny Lind, M""= Sontag, Crescentini, Mi" Contât, 
M"" Dorval, M"« Duchesiiois, M"" Quinault, Carlin, Larive, Got, Lekain, 
Frederick Lemaître, M'''^ Georges, Adelina Patti, M"»: Mara, M'" Mars, 
la Pasta, Monvel, Rachel , Christine Nilsson, Mole, M""i Saint-Huberty, 
M™e Ristori, Tamburini, Thérésa, etc. Une des parties les plus précieuses 
de la collection consiste en plusieurs manuscrits autographes de Félicien 
David, qui seront vendus en dernier. Ces manuscrits comprennent : la 
symphonie en mi bémol, complète (46l< pages de partition); un fragment 
important de Mo'iss au Sinai (93 pages); divers fragments i'Herculanum, du 
Jugement dernier, de VEden, du Saphir et divers autres morceaux. Voilà une 
vente qui fera sensation. Et c'est le moment de crier : — Amateurs, à 
vos pièces ! 

— En remarquant que les deux derniers opéras représentés à Paris, 
Egmont et Patrie, ont remis en honneur la Pavane, le Trovatore dit que 
notre musique de danse paraît vouloir « retourner à l'antique », et du 
même coup il nous donne l'étymologie du nom de cette danse, que nous 
ne connaissions pas en France. Il nous apprend en effet que le mot ita- 
lien pavana n'est qu'une corruption de padovana, évidemment parce que 
cette danse aura pris naissance ou se sera surtout répandue à Padoue. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche: 
Conservatoire, concert, sous la direction de M. Garcin : ouverture de 

Léonore (Beethoven); Gloria Patri (Palestrina) ; Symphonie en ut mineur 
(Saint-Saëns); les Bohémiens, chœur (V.Wilder, R. Schumann); Symphonie 
de la Reine (Haydn); Près du fleuve étranger, chœur (A. Quételart, Gh. 
Gounod); 

Chàtelet, concert Colonne: première audition de l'ouverture de Dimitri 
Donslioï (Rubinstein); Symphonie pastorale (Beethoven): Mouvement perpé- 
tuel (Paganini) ; Struensée (Meyerbeer) ; 

Eden-Théàtre, concert Lamoureux: ouverture du Faisseau-f an(ôme( Wag- 
ner); Symphonie en la (Beethoven); première audition d'un Adagio pour 
violoncelle (W. Bargiel) ; première audition de la Symphonie fantastique 
(Berlioz) ; Espana (Emmanuel Chabrier). 

— C'est jeudi prochain, salle Pleyel, qu'aura lieu la première des deux 
séances de musique Scandinave organisées par M. Oscar Comettant, au 
bénéfice de l'Association des artistes musiciens. On y entendra, avec 
M""" Christine Nilsson, le ténor suédois Bjorksten, M"»' Roger-Mîclos, 
M. Taffanel et M. de Greef, professeur au Conservatoire royal de Bruxelles. 
Le programme est tout entier formé de compositions danoises, suédoises 
et norvégiennes, œuvres très savoureuses et très curieuses, signées des 
noms d'Edouard Grieg, G. Wennerberg, L. Schytte, J. Andersen, A. Bac- 
ker-Grôndahl, R. Nordvaak, J. Svendsen, Berg et T. Sjôgren. 

— Ce n'est plus trois, mais quatre séances de piano que M'"'^ Marie 
Jaëll s'apprête à donner très prochainement à la salle Erard. La première 
aura lieu le jeudi 20 de ce mois, et la seconde le samedi 29. Les pro- 
grammes de ces deux séances, disposés par ordre chronologique, en font 
comme une sorte de concerts historiques, dans lesquels M""" Marie Jaëll 
fera entendre des œuvres de J. S. Bach, de Kirnberger, Scarlatti, Bee- 
thoven, Schumann, Chopin, de MM. Alkan, Borodine, Saint-Saéns, 
Brahms, Benjamin Godard et d'elle-même. 

— La fête de Noël que M'"' Marches! donne tous les ans à ses élèves, 
a eu lieu le jeudi 30 décembre. L'intéressant programme était, celte fois, 
composé presque exclusivement de musique française. Le chœur de Blanch:: 
de Provence, de Cherubini, ainsi que ceux du Chevalier Jean, de Joncières, 
et de Psyché, d'A. Thomas, ont été parfaitement exécutés. Les deux 
derniers, dirigés par les auteurs, ont été bissés. Parmi les élèves de l'é- 
minent professeur, nous avons remarqué M"" Hausen, qui a dit un air de 
Cinq-Mars avec une belle voix de mezzo-soprano et un style parfait. 
Mlles Horwitz et Le Brun, qui possèdent de très jolies voix de soprano, se 
sont fait applaudir, l'une dans les couplets du Page du Chevalier Jean et 
dans un air de Philémon et Baucis, et l'autre dans un air du Songe d'une 
Nuit d'Été, de A. Thomas. L'air de la folie à'Hamlet, chanté par M""= Melba, 
nous a révélé un soprano léger d'une étendue et d'un timbre des plus 
rares, doublé d'une vocalisation et d'une justesse d'intonation très remar- 
quables. Le trio à'Hamlet, chanté par M"== Benzengre et Kriebel et 
M. Bouhier, a été aussi fort applaudi. 

— Le quatuor Lefort. Guidé, Bernis et Gauthier a repris le mois der- 
nier ses séances de musique de chambre fondées, il y a quatre ans, à la 
salle de la Société de Géographie. Les deux premières ont eu lieu avec 
le concours de M. E.-M. Delaborde, professeur au Conservatoire de mu- 
sique, et de M°"= Roger-Miclos, la charmante pianiste. Une sonate de 
Bach et le quatuor en la majeur de Brahms ont été pour M. Delaborde 
l'occasion d'un succès. M"'= Roger-Miclos a mérité les bravos unanimes 
de son auditoire en exécutant le trio eu ut mineur de RalT et différents 
caprices pour piano seul. Parmi les œuvres qui ont été les plus appréciées 
du public, citons encore une Sérénade en sextuor de Jadassohn, exécutée 
par MM. TalTanel, de Bailly et le quatuor, puis VAndanle cantabile du 



48 



LE MENESTREL 



1" quatuor de TschaïUowsky, redemandé et bissé aux deux séances. Le 
Uni des exécutions de MM. Lefort, Guidé, Bernis et Gauthier, témoigne 
d'une rare conscience artistique et classe parmi les meilleures Sociétés 
de quatuors cette réunion d'excellents virtuoses, en même temps qu'elle 
assure à ces intéressantes séances un avenir durable et prospère. V. D. 

— Les quatre bals masqués annuels de l'Opéra auront lieu aux dates 
suivantes: Premier bal, samedi 22 janvier; deuxième, samedi S février; 
troisième, samedi 19 février, et quatrième, jeudi 17 mars (mi-carême). Il 
n'y aura pas de bal d'enfants. L'orchestre du théâtre sera conduit par Arban, 
celui du foyer par M. Ed. Broustet. 

— Lundi prochain, 10 janvier, à la salle Erard, aura lieu un grand 
concert donné par M. Rondeau, avec le concours de M""* Marcelle Julien, 
Kryzanowska, Lavigne, Ohrstrom, M"'= de Marcilly, MM. Dérivis, Hammer et 
Mangin. 

— Le violoniste Diaz-Albertini est parti pour l'Allemagne où il doit se 
faire entendre dans le courant du mois de janvier. 

— Le violoncelliste Hollman est de retour à Paris après de beaux succès 
dans une tournée de concerts à travers la Hollande et la Belgique, où 
on lui a bissé partout une jolie mazurka de sa composition. 

■ — Nous apprenons que M. Georges Auvray, chef d'orchestre et compo- 
siteur de musique, vient d'être nommé par Son Altesse le Bey de Tunis 
officier du Nicham Iftikhar. 

— La dernière matinée de M. Lebouc a encore offert un vif intérêt. 
M"« Cécile Monvel, qui y figurait cette fois comme pianiste, après avoir 
joué avec effet des œuvres de Raff et de Chopin, a fait entendre avec notre 
admirable flûtiste Taffanel une très remarquable suite de "VVidor, pour 
flûte et piano. M. Paul Viardot s'est distingué dans le 10= quatuor de 
Beethoven, et dans une jolie romance pour violon de sa composition. 
M. Ch. Prioré a fait entendre avec succès deux intéressantes pièces pour 
alto, de ses collègues du Conservatoire, MM. Venner et V^annereau. La 
partie vocale était confiée à une élève de M'"» Barthe-Banderali, M"'' d'Obi- 
guy, dont la charmante voix et la bonne méthode ont été bien appréciées. 
Les cours et matinées de M. et M""" Lebouc ont été transférés place 
des Victoires, n° 3, depuis le S janvier. 

— M. La Rosa, violoniste italien, s'est fait entendre le 23 courant à la 
Salle Pleyel et y a été bien accueilli, surtout dans le concerto de Saint- 
Saëns. VAlleluia d'Âimur de M. J. Faure et le Xo'el d'O'Kelly ont valu des 
applaudissements à M. fîenri Bonjean, qui a chanté aussi le duo de 
Mireille avec M"« Dihau. M""^ Ploux-Bonjean, sœur de la jolie artiste de 
l'Opéra, a dit avec émotion l'Épave de F. Coppée. Compliments à M. Ca- 
lado, l'habile pianiste, et aux accompagnateurs, MM. Uzès et Rosetti . 

— La Société des Concerts populaires à Marseille est sortie de la pé- 
riode d'organisation et se trouve à présent en pleine activité. Depuis que 
le Ménestrel lui a souhaité la bienvenue, trois grands concerts ont été 
donnés, qui ont attiré un public nombreux et sympathique. Les pro- 
grammes ont été composés avec une sûreté de goût et un éclectisme dont 
on ne peut que féliciter les organisateurs. Des pièces d'époques et d'écoles 
très diverses y ont figuré et ont été rendues, sinon avec le même bon- 
heur, du moins toujours avec le même soin passionné. On y peut relever 
notamment la symphonie en sol mineur de Mozart, la symphonie en ut 
majeur de Beethoven, la symphonie italienne, les ouvertures de littij Bios 
et à'Atlialie de Mendelssohn, l'Invitation à la valse, de "Weber, CJiant du 
soir de Schumann, l'ouverture des Maîtres Chanteurs, la marche des lian. 
cailles de Lohengrin de Wagner, l'Arlésienne de Bizet, les ballets A'Etienne 
Marcel de Saint-Saëns. Une part a même été concédée à la virtuosité avec 
le violoncelliste Casella, qui, au cours de la première séance, a obtenu 
beaucoup de succès dans un concerto de Sivert, d'une mince portée mu- 
sicale, mais on ne peut mieux écrit pour mettre l'instrumentiste en 
valeur. — H y a, d'ailleurs, en ce moment à Marseille un regain d'activité 
artistique. Le Cercle artistique va inaugurer le petit théâtre qu'il a 
installé dans sa salle des fêtes pour des représentations lyriques et dra- 
matiques. Enfin, parmi les récentes productions du petit groupe de 
compositeurs qui résident à Marseille, il faut signaler un trio pour piano, 
violon et violoncelle de M. Auguste Caune, qui, dans une réunion intime, 
vient d'être excellemment présenté à un auditoire d'élite par M'"^ Pijotat, 
MM. Grobet et Casella. Ce trio, d'une facture solide, d'une conception 
claire, d'un sentiment élevé et dont Vadagio a produit une vive impres- 
sion, fait le plus grand honneur à son auteur, déjà connu par une fort 
belle Messe et son oratorio du Veau d'or. — A. R. 

— La Société philharmonique de Boulogne-sur-Mer a ouvert jeudi, 29 dé- 
cembre, sa saison d'hiver 1886-1887 par une soirée intime qui a obtenu un 
vif succès. La musique classique était, pour cette fois, plus complètement 
représentée que l'art moderne. Deux fragments de quatuors de Mozart et 
Haydn et un trio de Beethoven ont été exécutés par MM. A. Mathieu, 
Thibout, Blanchard et Michaux. M. Eug. Aigre a fait preuve de virtuosité 
dans l'exécution de morceaux pour flûte de Demersseman et Herman. Une 
pianiste de mérite, M">= Cécilia Keene, a été vivement applaudie.il en est 
de même de M""^ Cowrath, qui a soupiré avec goût Luscia que pianga de 
Haendel et la célèbre valse de Venzauo. Mais le plus grand succès de la 



soirée a été pour les chœurs de la Société philharmonique, plus homogè- 
nes et solides que jamais. Plaisir d'amour de Martini (voix mixtes) et l'air 
des Pages de Françoise de Rimini, d'Ambroise Thomas (voix de femmes), 
ont montré une fois de plus avec quel soin M. Brunet, chef des chœurs,, 
et M™ Faye, professeur de chant, dirigent cette brillante phalange. 

A. Stolf 

— A l'un des derniers concerts de la Société artistique d'Angers, 
M'"' Roger-Miclos, la charmante pianiste, a été l'objet des plus vifs applau- 
dissements dans l'interprétation du redoutable concerto en mi bémol de 
Beethoven. Succès complet et ovations sans nombre. 

— A Nice comme à Paris, la bienfaisance donne des fêtes et s'exerce 
de sou mieux en faveur des inondés du Midi. La seconde fête, qui a eu 
lieu hier dans les jardins du Casino, comme la première, a été splendide. 
Le parc avait été décoré de plantes rares et de guirlandes de fleurs du 
meilleur effet. Les toilettes les plus exquises rivalisaient d'éclat entre 
elles, et formaient un spectacle magique. L'occasion était e.xcelleute de 
faire débuter la troupe d'opéra comique. Aussi en a-t-on profité pour faire 
chanter Mignon devant un auditoire très sélect. Les différents rôles étaient 
ainsi distribués : MM. Degenne (Vilhelm Meister), Dauphin (Lothario), Ri- 
chard (Laërte) et M""^' Haussmann (Mignon) et Julia Potel (Philine). Les 
artistes ont été à la hauteur de leur mission et le public leur a marqué 
à plusieurs reprises sa satisfaction. La représentation une fois terminée, 
il y a eu, avec le concours du Conservatoire de musique, une grande fête 
de nuit où la joie et l'entrain n'ont cessé de régner. 

— Nous lisons dans la Vraie France, de Lille : « Une place d'honneur 
avait été réservée, dans les deux parties du concert, à M"'= Balthasar- 
Florence. Les hommes de ma génération ont entendu dans tout l'éclat de 
sa jeune gloire l'illustre violoniste qui s'appela Teresa Milanollo et qui 
est aujourd'hui M™" la générale Parmentier. Leurs souvenirs leur donnent 
le droit de ne pas être aisément satisfaits. Mais les plus difficiles auraient 
été conquis, dès les premières mesures, par le grand style de la jeune 
artiste que nous avons déjà applaudie, il y a quelques années, et qui nous 
revient étoile de première grandeur, et par cet heureux mélange de vigueur 
magistrale et de suavité ravissante qui sont les deux traits caractéristiques 
de son talent. Elle fait ce qu'elle veut de son instrument, et elle a fait 
preuve d'une dextérité merveilleuse dans la danse hongroise de Brahms, 
comme aussi dans l'étincelant Caprice qu'elle avait voulu ajouter au pro- 
gramme. Mais cette virtuosité qui se joue des obstacles n'est pour elle 
qu'un brillant accessoire. Son violon est surtout «ne âme </«« cfta/ite, comme 
elle nous l'a montré deux fois dans la célèbre fantaisie appasionata de 
Vieuxtemps et dans une charmante berceuse con sordino, œuvre de l'ex- 
cellent compositeur dont elle est la fille. » — Amédée de Margerie. 

— Le concert donné dimanche par la Société des Concerts populaires 
d'Orléans a été des plus brillants. M"' Marie Masson, nous écrit-on, s'y 
est fait entendre avec le plus grand succès dans l'air des Noces de Figaro 
et le Sancta Maria, de J. Faure, qui a été bissé. 

— Nous avons annoncé la démission de M. Victor Delannoy comme 
directeur de l'École de musique de Roubaix et de la Société de la Grande- 
Harmonie de cette ville. La Semaine musicale, de Lille, croit que ce serait 
M. Clément Broutin, prix de Rome de ces dernières années, qui serait 
appelé à succéder à M. V. Delannoy dans ses doubles fonctions. 

— Le second concert populaire de Rennes, sous la direction de .M. Tap- 
ponier-Dubout, a eu lieu avec le concours de M. I. Philipp. Le brillant pia- 
niste, qu'on entendait pour la première fois dans cette ville, y a remporté 
un très grand succès. M. Tapponier a fort bien accompagné les morceaux 
pour piano et orchestre, et très habilement dirigé plusieurs pièces sym- 
phoniques. 

— A Bordeaux on a donné le 2Î décembre, aux Folies-Bordelaises, la 
première représentation d'une opérette en un acte, Lao-Iidi (un lycée de 
jeunes filles à Lang-Son), due à la collaboration de deux auteurs borde- 
lais : M. Gervais pour les paroles, et M. Gaston Maynard pour la musique. 
Le succès a été complet. 

— A Bordeaux aussi, le succès des concerts populaires de la Société 
Sainte-Cécile, sous la direction de M. Henri Gobert, s'accentue chaque 
jour. Le troisième a eu lieu dimanche dernier, avec le concours d'un 
pianiste distingué, M. Fonteneau. Entre autres œuvres, le programme com- 
prenait la symphonie en ut mineur de Beethoven, un air de ballet de 
Prométhée, le chœur des Pèlerins du Tannhduser et la Marche des Fiançailles 
de Lohengrin. 

— Le 12 janvier, salle Erard, concert de M"= Louise Riquier, avec le 
concours de M'" "Wôhrnitz, et de MM. Rémy et Loeb. 

Henri Heugel, directeur-yéram. 

En vente chez FELIX MACKAR, éditeur, 22, passage des Panoramas. 

LES œllVRES DU COMPOSITEUR RI!-SE 

p. TSCHAIKOWSKY 



l.MBBIB CE»TBALB I 



, — impbdiebif: < 



2911).;— 53- AMÉE — i\° 7. 



DiDiaiiche 16 Janvier 1887. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, me Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGBL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonneraenu 

On on, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Ciiant, 20 Ir.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, l'es frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (11» article), Arthur Poogin. — 
II. Semaine théâtrale, H. Moreso. — III. La musigiie en Russie: Harold, opéra 
de M. Napravmck(l«' article), César Cdi. — IV. Nouvelles diverses et concerts. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

TENDRESSE 

nouvelle polka-mazurka de Philippe F.iHRBACH. — Suivra immédiatement 
une Sérénade Tutiisienne, de Georges Pfeiefer. 

CHANT 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 

CHANT : le Chanteur du soir, mélodie d'ÂNTOiNE Rubinstein, poésie russe de 
PofscHKiNE, traduction française de Pierre Barbier. — Suivra immédiate- 
ment : Vous parlez mal de mon amy, vieille chanson du XV siècle, mu- 
sique de M"'^ Pauline Viardot, adaptation moderne de Louis Pomey. 



GRAND THÉÂTRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉB A- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 

D'après des documents inédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



Le 28 juillet, on donne la première représentation d'un 
opéra comique en un acte, les Petits Aveugles, paroles de Noël, 
musique de Trial fils. Mais bientôt la situation s'aggrave, les 
événements se précipitent, la sanglante journée du 10 Août 
approche, les massacres de Septembre ne sont pas loin, et 
le registre de notre pauvre Opéra-Comique devient l'écho in- 
direct des faits terribles qui remplissent Paris et la France 
d'une si poignante émotion. Ici, je vais me borner à le copier 
exactement, son laconisme ayant un accent significatif : 

10 aoiit. — Grande révolution dans tout Paris, le roi suspendu 
provisoirement de ses pouvoirs,, grand combat entre les Suisses et 
les patriotes, ce qui occasionne la fermeture de tous les spectacles. 

[Aucune mention pour les six jours suivants, pendant lesquels 
on fit relâche.] 

17 août. — Au bénéfice des veuves, orphelins et blessés à la 
journée du 10 de ce mois en défendant la cause de la liberté. [Le 
programme du spectacle a été omis. Celui-ci se composait de rAmaiU 
■jaloux et de Paul et Virginie.] 

"25 août. — Première représentation des Trois Sultanes, musique 
nouvelle de M. Blasius. 



2 septembre. — A'">. On avait affiché les Deux Petits Savoyards 
et les Trois Sultanes. A deux heures on sonna le tocsin, on battit la 
générale pour publier l'allarme ; Verdun fut pris par l'ennemi. On 
ferma les barrières, sur les cinq heures on déchira les affiches, et 
le théâtre fut fermé pendant 15 jours. On ouvrit le 17 septembre 
comme ci-après. 

17 septembre. — Au profit des parens des citoyens partis pour 
la défense de la patrie. Les Petits Savoijards, les Trois Sultanes. — 
(Recette : 3,063 liv. 16 s.) 

18 septembre. — Relâche. 

19 septembre. — Relâche. 

20 septembre. — Au profit. Azémia, la Bonne Mère, Stralonice. — 
(Recelte : 2,744 liv. 16 s,) 

Otfrande à la section de 1792, pour être répartie aux 100 vo- 
lontaires qui sont partis pour la frontière, de la somme de mille 
livres, seules espèces monnoyées en caisse (1), payée par le comp- 
table suivant le mandement du 3 7''re 1792, aux S'^ Camerani 
et Solié, députés par la Société, pour être par eux remis à la sec- 
tion de 1792 et être répartis aux 100 volontaires qui vont aux fron- 
tières, comme une preuve de la reconnoissance des soins et des 
égards de la section, ainsy que du civisme de la Société. 

6 octobre. — Au profit des épouses des citoyens partis pour la 
défense de la patrie, à la sollicitation de 'a section de Popincourt. 
L'École des Parvenus, les 3 Sultanes. — (Recette: 907 liv. 16 s.) 

13 octobre. — ■ La 24" de Stralonice, Paul et Virginie. Le produit 
de cette représentation sera remis à la Convention nationale pour 
être offert à ceux des habitans de Lille dont les propriétés ont le 
plus souffert (2). — (Recette : 2,784 liv. 14 s.). 

.\ partir de ce jour, et pendant quelques semaines, la ré- 
daction du livre est moins nerveuse, et se borne à l'annonce 
ordinaire des spectacles quotidiens. Le 17 octobre, nous 
trouvons la première représentation de Basile ou A trompeur, 
trompeur et demi, opéra comique en un acte, paroles de Sedaine, 
musique de Grétry, qui n'est joué que deux fois; le 24 et 
le 25, il s'agit des débuts d'une artiste de talent. M™ Justal, 
qui se présente d'abord dans le rôle de la comtesse du Comte 
d'Albert, puis dans celui de Catherine de Pierre le Grand. Le 

(1) A cette époque l'argent devient déjà rare. Il y a pour plus de deux 
milliards d'assignats en circulation. 

(2) Le siège de Lille venait d'être levé par les Allemands, grâce au 
courage et au patriotisme des habitants ; mais les effets du bombardement 
avaient été terribles. La ville avait reçu plus de 100,000 projectiles, et 
700 maisons avaient été détruites. Ce n'est pas seulement à Paris que les 
théâtres vinrent au secours des Lillois malheureux ; on peut le voir, entre 
autres, par ce passage du compte rendu de la séance de la Convention 
du 7 janvier 1793: — « L'entrepreneur du Grand-Théâtre de Marseille, 
représenté par le citoyen Mortainville, acteur de ce théâtre, a fait hom- 
mage à la Convention de la somme de 1,330 liv. 9 sols, pour les malheu- 
reux incendiés de Lille. Il a obtenu mention honorable et les honneurs 
de la séance. » (Journal de Paris du 9 janvier 1793.) 



50 



LE MENESTREL 



3 novembre on remet au théâtre une petite pièce en un acte 
de Uejaure, le Franc Breton, représentée sous forme de co- 
médie le 9 février 1791, et transformée cette fois en opéra 
comique, avec musique de Kreutzer. Le 21 du même mois, 
on donne la première représentation de Cécile et Julien ou le 
Sii^ge de Lille, opéra comique en trois actes, paroles de Joigny, 
musique de Trial fils. Chose extraordinaire et sans précédent, 
le succès de cette pièce — dû sans doute en grande partie 
aux circonstances — est tel qu'on la joue tout d'abord neuf 
jours de suite, sans interruption ! Il est vrai qu'elle réalisait 
des recettes auxquelles depuis longtemps ou n'était plus 
habitué ; voici celles de ces neuf premières représentations ; 

6"'^ 2,319 1. 6 s. 

7""^^ 2.703 14 



1'-'' 4,116 1. 12 s. 

2'^^ 2,136 12 



3°"= . . 


. . . 2.789 


4-"» . . 


. . . 2.289 


0"" . . 


. . . 4,126 



9- 



2,331 
1,300 



12 



10 



La dernière nouveauté de l'année est Jean et Geneviève, 
opéra comique en un acte, paroles de Favières, musique 
de Solié, qui est donné le 3 décembre. Et huit jours après, 
le il, jour de l'interrogatoire subi par Louis XVI à la Con- 
vention, le registre mentionne en ces termes un dernier 
relâche occasionné par cet événement : — « Ce jour, le ci- 
devant Roi a été à la Convention nationale ; il a passé sur 
le boulevard de la Comédie à 2 h''''^ Comme les citoyens 
armés sont restés à leur poste pour son passage retournant 
au Temple à 7 heures, qu'à l'ouverture de la porte du spec- 
tacle annoncé : Rose et Colas et Zémire et Asor, il ne s'est 
présenté personne, on a fait relâche et posé des colettes : 

RELACHE 

Tous les citoyens comédiens, musiciens et employés étant tous 

à leurs sections. » 

Comme je l'ai dit déjà, et par suite de la gravité que pre- 
nait la situation révolutionnaire, les recettes de cette terrible 
année 1792 furent loin d'être satisfaisantes. Elles présentent 
sur la précédente un écart d'environ 90,000 francs, et n'at- 
teignent plus qu'un total de 678,392 livres, dont 539,968 pour 
la recette journalière, et 118,424 pour la location des loges 
à l'année, qui allait chaque jour s'affaiblissant. Nos pauvres 
Comédiens ne sont pourtant pas au bout de leurs peines, 
car l'année 1793, plus fâcheuse encore, deviendra pour eux 
tout à fait désastreuse. Mais avant de passer à cette dernière, 
je vais emprunter encore aux comptes du caissier pour 1792 
quelques détails intéressants ou curieux. 

Dès le mois d'avril, les sociétaires de l'Opéra-Gomique se 
trouvaient si gênés qu'ils étaient obligés d'avoir recours à 
l'un d'entre eux pour une faible somme de quinze cents livres, 
et qu'ils empruntaient cette somme à Narbonne pour pouvoir 
effectuer un don patriotique voté par eux dans le but Je 
subvenir aux frais de la guerre. C'est ce qui résulte de cette 
note du caissier, dont la rédaction reste toujours aussi négli- 
gée : — « Offrande pour les frais de la guerre. Employé icy en 
dépense le comptable cent vingt-cinq livres pour le 1"='' 12""° 
de celle de ISOO livres avancée par M. Narbonne pour l'of- 
frande patriotique des frais de la guerre de 1792 à 1793; 
laquelle somme de 1500 livres j'ai rendu à mondit S. Nar- 
bonne suivant le mandement du 28 avril 1792, laquelle 
somme je me rembourserai chaque mois par l'emploi en 
dépense de 125 livres. » C'est par le moyen d'une députation 
prise dans leur sein que les comédiens de l'Opéra-Comique 
firent parvenir leur offrande à l'Assemblée nationale, oii elle 
fut reçue par des acclamations, et c'est dans la séance du 
25 avril que. leurs délégués se présentèrent pour remplir 
leur mission ; dans son compte rendu de cette séance, le Mo- 
niteur rapportait en ces termes l'incident : — « MM. Trial, 
Narbonne, Chenard et Glairval, de la Comédie-Italienne, sont 
admis à la barre, et déposent, sur le bureau, au nom de 
la Comédie, une offrande de 1500 livres ; ils la renouvelle- 



ront tous les ans. Ils sont applaudis et invités aux honneurs 
de la séance. » 

Au cours du compte d'octobre, dans le paragraphe con- 
cernant la garde militaire du théâtre, je rencontre ce nota : 
— « Cette garde militaire, qui pour les 29 représentations 
d'octobre, non compris les deux pour bénéfice [bénéfices des 
femmes des volontaires et des habitants de Lille], à 53 livres 
par représentation, auraient coûté 159S livres, comme le ser- 
vice a été fait par les citoyens armés de la section, on n'a 
rien payé. » Ceci était évidemment une gracieuseté faite par 
la section en remerciment du don de mille livres qu'elle 
avait reçu du théâtre, le mois précédent, à l'adresse de ses 
volontaires. Ces petits cadeaux entretenaient l'amitié. 

Au compte de décembre, nous trouvons des détails sur 
une délibération de la Société au sujet d'un incident, ou 
plutôt d'un accident qui semble, à juste titre, l'avoir assez- 
vivement émue. 11 s'agit d'un vol assez considérable, 
4,600 livres environ, commis au préjudice du théâtre dans 
la nuit du 24 au 25 de ce mois, et dont le caissier rend 
compte en ces termes : 

Suit le montant du vol fait à l'inspecteur Besson dans la nuit, 
du 24 au 23 décembre 1792, suivant le bordereau signé de lui,, 
savoir : 

De la représentation du samedi 22 X^'^<' . . . 3311. 

De celle du dimanche 23 3.3371. 

Et de celle du lundi 24 •. . 1.1311.18s. 



Total .... 3.0191.18s. 

Sur quoi dans le coffre de son armoire oîi le 
vol s'est fait il s'est trouvé indépendamment des 
assignats pour les loges à l'année que les voleurs 

ont respectés ^3^1. 

Partant le vol ne monte qu'à .... 4.3871.18 s. 

La Comédie a arrêté qu'il seroit alloué en dépense au caissier 
rendant le présent compte, attendu que son absence étoit connue 
de la Société, lad. somme de quatre mille cinq cent quatre-vingt- 
sept livres dix-huit sols composant le vol fait aud. S. Besson, sui- 
vant le détail qui vient d'en être fait, oy 4.387 18- 

Cependant, à l'appuy de cette dépense, la Société y joint : 

l" Le procès-verbal qui a été dressé à l'instant de la déclaration 
du vol et signé par M''* Narbonne, Ménié et Chenard ; 

2° Le bordereau fait et signé par l'inspecteur Besson contenant 
la distinction des objets volés, quoiqu'ils fussent dans le même 
coffre ; 

3° Et l'un des imprimés envoyés aux membres de la Société par 
led. Besson, pour le tout rester aux pièces justificatives du présent 
compte et avoir recours au besoin, sous toutes réserves et protes- 
tations de droit que fait lad. Société contre led. Sieur Besson pour 
le recouvrement du vol montant à lad. somme de quatre mille 
cinq cent quatre-vingt-sept livres dix-huit sols, soit au nom de la 
Société ou pour elle au nom du caissier. 

1793. 

La situation devenait de jour en jour plus difficile, on pour- 
rait dire plus dramatique, pour les infortunés sociétaires de 
l'Opéra-Comique. Dès les premiers mois de 1793 ils vont 
se trouver dans la nécessité de recourir encore à l'emprunt 
pour parer à l'insuffisance des recettes, et le chiffre des 
sommes ainsi empruntées par eux à diverses reprises, dans 
le cours de cette année néfaste, n'atteindra pas un total 
moindre de 158,000 livres! Ils ne se laissaient pourtant pas 
aller au découragement, et, en dépit de tout, leur étonnante 
et intelligente activité ne se ralentissait pas un instant. C'est 
ainsi que, cette année encore, leurs efforts furent tels qu ils 
purent ofi'rir au public dix-sept pièces nouvelles formant un 
ensemble de quarante actes, dont douze ouvrages lyriques, 
trois comédies et deux vaudevilles. 

Leur première nouveauté fut cette fois un gentil opéra 
comique en deux actes, dont le succès fut très vif, Ambroise 
ou Voilà ma journée, paroles de Monvel, musique de d'Alayrac. 
Cet ouvrage était représenté le 12 janvier, et le lendemain, 
jour de la seconde représentation, se produisait un incident 



LE MENESTREL 



51 



assez singulier. Avec Anibroise on jouait le Siège de Lille, dont 
l'un des rôles principaux était tenu par Philippe ; mais au 
commencement du spectacle celui-ci, par suite d'une indis- 
position subite, se trouve dans l'impossibilité de jouer, et 
l'on allait être obligé de faire relâche lorsque l'auteur de la 
pièce, Joigny, se charge de son rôle et le joue à la satisfac- 
tion du public. 

(A suivre.) Arthur Pougin. 



SEMAINE THÉÂTRALE 



Semaine d'attente, tout à fait vide d'événements, au théâtre du 
moins. M. de Bismarck a tiré l'attention de son côté, en jouant les 
premiers grands rôles au Reichstag allemand. Quand le terrible chan- 
celier éternue, toute l'Europe se mouche et n'a guère l'esprit aux 
futilités de la vie courante. 

Si donc on voulait chercher un semblant de vie nouvelle pour la 
musique en cette semaine déshéritée, c'est aux portes du Conserva- 
toire qu'il, faudrait aller frapper. C'est là, en effet, que dimanche 
dernier, pour un petit cénacle de fidèles et de privilégiés. Part fran- 
çais a brillé une fois de plus de tout son éclat avec la superbe 
■symphonie en ut mineur de Camille Saint-Saëns, un morceau de 
grand maître. Il en sera rendu compte plus loin à la rubrique des 
■concerts. Pour nous, nous devons nous renfermer dans nos attribu- 
tions et parler seulement des menus faits qu'on a signalés sur les 
principales scènes parisiennes. 

A POpéra, continuation des belles représentations de Patrie, mal- 
gré la double indisposition de M"' Krauss et de M. Duc, qu'on a 
•dû remplacer, pour un soir, par M"'^ Dufrane et M. Sellier. Les 
recettes se maintiennent à un taux élevé, entre dix-sept et vingt 
mille francs. Ce dernier chiffre a même été dépassé un samedi, 
jour de non-abonnement. 

A l'OpÉRA-CoMiQUE, nous n'avons pas encore eu la reprise de la 
Sirène, mais on nous l'annonce pour mercredi prochain. La vieille 
coquette, qu'on n'a pas vue depuis vingt ans, fait des façons pour 
■opérer sa rentrée dans le monde. Elle a la prétention d'y repa- 
raître dans tous ses avantages, aussi vive et aussi pimpante qu'en 
sa prime jeunesse. Et nous imaginons qu'elle doit pour cela se 
livrer à quelque replâtrage savant de ses attraits; elle s'attarde 
devant son miroir. Mais il faudra bien, cependant, qu'elle finisse 
par nous livrer sa frimousse enfarinée, oii nous tenterons de retrou- 
ver, sous le fard et les cosmétiques, les grâces et les sourires d'au- 
trefois. Entrez, belle dame : on a toujours des indulgences pour 
«es amours passées, et la chanson dit même qu'on y revient sans 
déplaisir. 

En attendant, nous avons revu Bornéo et Juliette, deux amoureux 
toujours jeuues et ardents, dont la passion semble devoir être de tous 
les temps, tant le musicien l'a enveloppée de caresses et de chaudes 
inspirations. C'est toujours un triomphe pour M"° Isaac et pour 
Talazac que cette fort belle partition, et ils ont tenu à nous la 
faire entendre de nouveau avant leur départ pour Monte-Carlo, où 
ils sont engagés, Pun et l'autre, pour tout le mois de février. 

Hier, samedi, au Gymnase, première représentation de la Comtesse 
Sarah, pièce en cinq actes de M. Georges Ohnet. Distribution : 

Sarah O'Donnor 5jmes jg^e Hading. 

Blanche de Cygne Rosa Bruck. 

Madeleine Merlot Julia Depoix. 

M""= de Pompéran Darlaud. 

M"" Smorden Villiers. 

Le général de Caualheilles. . MM. Lafontaine. 

Pierre Séverac Romain. 

Frossart Noblet. 

Le colonel Morlot Landrol. 

M. de Pompéran P. Achard. 

Capitaine Adhémar Charton. 

La Livinière Borel. 

Jean Seiglet. 

Demain, lundi, à la Comédie-Française, première représentation de 
Francillon, la nouvelle comédie de M. Alexandre Dumas. Distri- 
bution : 



Lucien de RiveroUes 

Marquis de Riverolles 

De Gandredon 

Henri de Simeux 

Célestin 

Pinguet 

Carillac 

Francine de Riverolles 

Ânnelte de Riverolles 

Thérèse Smith 

Élise 



MM. 



Febvre 

Thiron 

Worms 

Laroche 

Coquelin cadet 

Prudhon 

Truffier 

Julia Bartet 

Reichemberg 

B. Pierson 

Marie Kalb 



A dimanche prochain le compte rendu de ces deux soirées à sen- 
sation. 

Aux Bouffes- Parisiens, les Grenadiers de Montcornette paraissent 
descendre la garde encore plus vite qu'on ne l'aurait cru, puis- 
qu'on annonce déjà la mise en répétition des Petits Mousquetaires 
(reprise), la très charmante opérette de MM. Paul Ferrier, Jules 
Prével et Louis Varney, avec une nouvelle interprétation qui ne 
manquera pas de piquant. M"" Marguerite Ugalde, naturellement, 
reprendra le rôle de d'Artagnan, qu'elle a créé. M"' Bonassieux, 
ce sera la belle M"° Gilberte. Quant au rôle de M""' de Ti-éville, si 
plaisamment créé par M"'" Desclauzas, il sera repris par M"° Mily- 
Meyer et, bien entendu, remanié et adapté aux qualités de la gen- 
tille comédienne des Bouffes. Du côté des hommes, M. Piecaluga 
jouera Athos (avec plusieurs morceaux ajoutés à son intention) ; 
M. Gourdon, Porthos ; M. Maugé, Bonassieux; M. Lamy, Aramis ; 
M. Bernard, Bazin; M. Legrand, Grimaud, et M. Dequercy, Planchet. 

Aux Nouveautés, on annonce pour cette semaine la première 
représentation de l'Amour tnouiUé de MM. Prével, Liorat et Varney. 

H. MORENO. 



LA MUSIQUE EN RUSSIE 



Mon cher Directeur, 
Je suis bien en retard avec mes nouvelles musicales de Pétersbourg. 
— Mais aussi, pourquoi vous adresser à un homme surchargé de travaux 
comme je le suis? — Je profite de mes vacances de Noël (V. S.) pour 
payer mes arriérés, et s'ils arrivent tard. Ils sont du moins nantis de gros 
intérêts sous la forme d'un nombre de lignes peut-être trop respectable. 

Après Harold suivra Méphistopliétès, puis viendront quelques réflexions sur 
l'état de notre musique à propos du bO"'* anniversaire de la Vie pour le Czar, 

Bien à vous, 
G.Cui. 
HAROLD 
Opéra de M. Napravnik. 

Le libretto à'Harold est tiré d'un drame de Von Wildenbrueh. 
Comme le libretto joue un grand rôle dans les opéras contemporains 
et comme pour sa juste appréciation il est indispensable, non seu- 
lement de connaître le sujet, mais encore de voir quel parti on en 
a tiré, il convient d'examiner celui-ci, ne fût-ce que sommairement, 
acte par acte, scène par scène. 

Le fond du drame dont nous nous occupons repose sur la haine 
invétérée des Anglais contre les Normands, dont l'irruption, sous la 
conduite de Guillaume le Conquérant, avait pour but l'asservissement 
de l'Angleterre. 

Le premier acte est consacré, comme d'habitude, à l'exposition du 
sujet. L'action se passe à Douvres, au château de la comtesse Ghita, 
Anglo-Saxonne et patriote ardente. Ghita est veuve ; elle a deux fils, 
dont l'un, Harold, est déjà un adolescent, l'autre, Wulfnot, encore un 
enfant. — Elle pleure la mort de son mari et s'indigne contre Edouard, 
roi d'Angleterre, qui s'est soumis à la domination des Normands. On 
annonce à Ghita une visite prochaine du roi, pour lui proposer de 
recevoir en son château Guillaume' le Normand. Son indignation et 
celle d'Harold sont au comble, et le récit que lui font les habitants 
de Douvres des violences, des brutalités, et même des massacres 
commis par les Normands n'est pas fait pour diminuer cette indi- 
gnation. 

Arrivée du roi et commencement de son altercation avec Harold, 
au sujet de ces derniers incidents; arrivée de Guillaume; Harold 
refuse de le recevoir; le roi prononce alors l'exil d'Harold, et garde 
Wulfnot comme otage. Ghita suivra sou fils aine dans l'exil. 

Adieux de Ghita et de Wulfnot. 

Le premier tableau du second acte représente un jardin à Rouen. 
Adèle, fille de Guillaume le Conquérant, et d'autres jeunes filles 



LE MENESTREL 



chantent les chœurs et les cbansons d'usage. Guillaume, arrivant 
d'Angleterre, annonce que le roi Edouard l'a nommé son héritier 
présomptif, qu'il a gardé pour lui un médaillon contenant le portrait 
d'Adèle, et que lui. Guillaume, a emmené Wulfnot en otage; on 
amène le jeune gareon. qui tout de suite captive les sj'mpathies 
d'Adèle et devient son inséparable compagnon. 

Le second tableau de cet acte se passe à Londres. Le roi pro- 
nonce l'arrêt de mort de trente bourgeois de Douvres; puis il est 
torturé par le remords, et voudrait les sauver. Il apprend qu'Harold 
a réuni des troupes en Flandre, qu'il s'approche de la ville, et que 
le peuple se soulève. Le roi donne alors l'ordre d'ouvrir les portes. 
Entrée solennelle d'Harold, à cheval, sonnerie des cloches, etc. 
Ghita parait et demande où est Wulfnot. Sur la réponse du roi, 
Harold se décide à aller le réclamer en personne auprès de Guil- 
laume. 

En guise de sauf-conduit, le roi lui a confié le médaillon d'Adèle ; 
Harold reste émerveillé de cette beauté. Adieux à sa mère. A 
peine revenu, le voilà donc de nouveau en route. 

Premier tableau du troisième acte : Une forêt en Normandie. — 
Trois Normands spadassins guettent Harold pour le tuer ; ils en 
sont empêchés par la présence d'Adèle, qui assiste ce jour-là à 
une partie de chasse dans la forêt. Rencontre d'Adèle avec Harold. 
Guillaume survient. Échange de compliments. 

Second tableau : Le palais de Guillaume. — Duo d'amour entre 
Harold et Adèle. Tournois, marches, cortèges, etc. Guillaume pro- 
fitant de l'amour d'Harold pour sa fille lui fait prêter serment 
d'aider à la réalisation des promesses d'Édonard. Harold, suppo- 
sant qu'il s'agit seulement de la succession du trône de Normandie, 
prête serment, puis apprenant qu'il s'agit du trône d'Angle- 
terre, se répand en un torrent de malédictions et s'enfuit. On le 
poursuit. Adèle survient et annonce que Wulfnot lui a élé enlevé 
de force. Harold entre précipitamment. Scène déchirante. Adèle le 
fait évader par un chemin secret. 

Le quatrième acte se passe à Londres. Le roi, très aii'aibli, est 
eu proie aux remords de sa conscience. Harold apparaît et lui 
demande s'il est vrai qu'il ait promis à Guillaume la succession 
au trône d'Angleterre. Apprenant que c'est la vérité, il se résout à 
trahir son serment par amour pour sa patrie. 

Edouard mourant donne l'ordre de convoquer le peuple (nouvelle 
sonnerie des cloches) et abdique solennellement la couronne en 
faveur d'Harold. On invite les barons à prêter sermeni, mais les 
barons témoignent du désir de ne prêter serment qu'après la com- 
tesse Ghita. Cette dernière, qu'ont exaspérée la passion d'Harold 
pour la fille de leur ennemi et aussi l'impossibilité oli se trouve 
Harold de lui dire ce qu'est devenu Wulfnot, refuse énergiquement 
de prêter serment. Consternation générale. Mort du roi. Funérailles. 
Le peuple proclame Harold roi. Celui-ci apprenant que Guillaume 
vient de débarquer en Angleterre, se porte à sa rencontre à la 
tète de ses troupes. Marche. 

Premier tableau du cinquième acte. — Wulfnot est enfermé dans 
une prison. Adèle supplie qu'on lui permette de pénétrer auprès 
de lui. On ouvre la prison. Wulfnot s'y trouve étendu mort sur sa 
couche. Adèle devient folle de désespoir, chante une berceuse et 
meurt en murmurant le nom d'Harold. 

Second tableau. — Le champ de bataille d'Hastings. Ghita 
cherche le cadavre de son fils. Guillaume ne veut pas le lui ren- 
dre. Ayant appris pourtant qu'au moment de mourir Adèle invo- 
quait le nom d'Harold, il finit par céder aux prières de Ghita. 
Funérailles. Sonnerie des cloches. Rideau. 

11 est évident, d'après le résumé succinct de ce libretto long et 
compliqué, qu'il renferme beaucoup d'éléments dramatiques aïan- 
tageus pour un opéra. Le patriotisme. — le sentiment le plus puissant 
de l'âme humaine après le sentiment religieux, luttant chez une 
mère contre son amour pour son fils, ce fils étant épris de la fille 
d'un ennemi, — est capable assurément de produire des situations 
profondément émouvantes. — ■ Les caractères divers du roi, faible 
d'esprit, de l'ambitieux Guillaume, de la douce Adèle, la louchante 
et gracieuse figure de A'Vulfnot, fournissent aussi des matériaux 
variés très favorables à la scène. — Et cependant le sujet n'inté- 
resse pas les spectateurs, ne les émeut pas et les laisse insensibles 
aux malheurs des personnages. 

La cause en est pour une partie à la musique (dont il sera ques- 
tion plus loin) et aussi, pour une autre partie, à la charpente défec- 
lueuse du drame. Dans le libretto d'Harold, l'intérêt psychique est 
sai'iifié à celui des effets extérieurs, et il est écrit, au fond, en vue 
d'impressionner les yeux beaucoup plus que l'âme même. — Il est 
on quelque sorte composé de pièces de rapport, ajustées les unes 



aux autres de façon décousue ; toutes les scènes émouvantes, ly- 
riques ou tendres, s'y trouvent interrompues par quelque épisode 
étranger à l'action qui vient refroidir l'intérêt du spectateur. — Le 
premier tableau du dernier acte fait seul exception. 

Dans Harold. la recherche des effets extérieurs est poussée à un 
tel poiut qu'il a fallu suppléer à l'impossibilité d'en créer toujours 
de nouveaux, par la répétition de ceux déjà présentés. Ainsi cet opéra 
contient deux marches, deux tableaux de funérailles, deux chasses, 
deux scènes de remords, quatre sonneries de cloches pour le moins, 
etc.. etc. De pareilles répétitions mettent assurément le compositeur 
dans l'embarras, et la situation de l'auditeur n'est pas moins pénible. 

On ne reprochera pas à cet opéra de manquer de mouvement. 
Pendant les entr'actes, Harold traverse quatre fois la Manche et 
Guillaume trois fois pour sa part, et, cependant, toute cette agila- 
tion ne provoque aucune espèce d'intérêt. De plus, en dépit du 
fameux axiome que « ce qui est trop bête pour être dit doit être 
chanté », tous les personnages d'Harold dépassent vraiment la 
mesure et nous présentent une réunion de simples d'esprit vrai- 
ment invraisemblable, à commencer par le héros lui-même. En effet, 
peut-on s'intéresser à un homme qui prête serment avec une si 
inconcevable légèreté, sans s'informer bien à fond de quoi il s'agit' 
Comment ne pas sourire au passage suivant d'un dialogue entre 
Harold et Adèle? Harold : « Laisse-moi l'emmener (Wulfnot) dans 
ma patrie! » — Adèle : « Oh ! douleur, on vient de me l'enlever! » 
— Harold : « Alors je te confie le malheureux enfant. » C'est 
un peu comme si on disait, dans la vie ordinaire : « Vous avez une 
montre? » — « Non! » — « Eh bien, alors, dites-moi quelle heure 
il est ! » Guillaume est tout aussi absurde quand il s'écrie avec 
indignation: « Ce serait trahison ! « et quand, deux lignes plus loin, 
il dit : « C'est la seule manière d'agir qui soit possible ! » Ghita, 
se refusant à prêter serment à son fils, lorsque c'est le seul moyen 
de sauver la patrie, est une femme fantasque et déraisonnable, 
qui ne peut inspirer aucune sympathie. Quant au roi, je n'en parle 
pas, c'est un vieillard affaibli, tombé en enfance. Le caractère 
d'Adèle est le seul qui reste sympathique, bien qu'il soit empreint 
d'un sentimentalisme un peu maladif; et comme, au bout Hu 
compte, elle-même devient folle, on se demande si tout ce monde 
n'avait pas plutôt besoin d'un médecin aliéniste que d'un musicien. 
La tâche de M. Napravnik était des plus difficiles et des plus 
ingrates. Nous allons voir comment il s'en est acquitté. 

[A suivre.) C. Cci. 



NOUVELLES DIVERSES 



ÉTRANGER 

Rossini aura son monument dans l'église de Santa Groce de Florence, 
selon le désir exprimé par M. F. D'Arcais et que nous avons fait con- 
naitre à nos lecteurs. La souscription est ouverte, et le premier souscrip- 
teur n'est autre que le roi d'Italie, qui s'y est fait inscrire tout d'abord 
pour une somme de 3,001) francs. Nul doute que les choses n'aillent ra- 
pidement maintenant, après un tel exemple. Le Conseil municipal de 
Florence, dans une de ses dernières séances, a voté des remerciments aux 
députés signataires du projet de loi relatif au transfert des cendres de 
Rossini. Quant à ce transfert, qui doit avoir lieu le mois prochain, c'est 
M. le député Mariotti, initiateur du projet, qui est chargé de venir prendre 
à Paris la dépouille de l'illustre artiste et de la conduire à Florence. 

— Malgré les protestations du premier soir, qui toutes, nous assure-t-on, 
ne s'adressaient pas à l'œuvre uniquement, Flora Mirabilis n'en est pas 
moins arrivée à sa cinquième représentation au théâtre de la Scala de 
Milan et parait devoir s'y maintenir jusqu'à la représentation d'Oie//o, c'est- 
à-dire jusqu'à la fin du mois. Dans l'opéra du jeune maestro Samara, la 
belle M'^^Calvé a réussi par ses qualités de grâce et de charme, bien que 
la puissance lui fasse un peu défaut dans les passages dramatiques. Le ténor 
GaruUi a eu le succès de la soirée. 

— A la liste que nous avons donnée des ouvrages lyriques représentés 
l'année dernière en Italie, il faut ajouter une opérette intitulée un Tele- 
grumma, musique de M. R. Matini, qui a été donnée le 30 décembre au 
théâtre de la Pergola, de Florence. 

— Les cafés-concerts à l'instar de Paris vont-ils conquérir droit de cité 
en Italie? Nous nous rappelons bien avoir entendu au café Cova ou au 
café Gnocchi, à Miian, un petit orchesfre formé d'un piano et d'un qua- 
tuor, qui faisait la joie des consommateurs. Mais voici qu'on signale à 
Turin le Caffè Romano, qui fait florès et qui attire la foule en offrant à 
son public la Figlia di Madame .ingot, après avoir joué, dans ces derniers 
temps, une opérette inédite intitulée / Due Mencslrelli. « Le public, dit la 
Gazzelta dl Torino, accourra toujours nombreux au Ca/le Romano, où avec 



LE MilNESTREL 



53 



quelques sous on peut avoir une excellente tasse de café ou une autre 
boisson et un bon spectacle, tel qu'on n'en pourrait trouver de meilleur 
dans beaucoup de théâtres. » Evviva la musical 
V — Nous ne saurions dire ce que c'est qu'une opérette représentée ces 

jours derniers au théâtre Alfieri, de Turin, sous le titre de Kakatoa, pa- 
roles de M. Scalvini, musique d'Offenbach et de M. Ricci fils. Offenbach 
n'ayant jamais écrit d'ouvrage sous ce titre et n'ayant jamais pris de col- 
laborateur, il y a lieu de supposer que c'est là un arrangement ou un 
(Iirangemcnt d'une de ses opérettes, arrangement ou dérangement pour 
lequel on aura requis le concours de M. Luigi Ricci. 

— M. Carlo Catanzaro, directeur de la Rivista italiana, qui avait inséré 
dans ce recueil une notice biographique et critique sur le compositeur 
Gaetano Crescimanno et sur ses œuvres, vient de publier ce petit travail 
à part sous forme de brochure. 

— Le système plébiscitaire appliqué à la rédaction des programmes de 
concert se répand de plus en plus. Deux des plus importantes sociétés 
philharmoniques de Berlin viennent de l'adopter et les résultats en sont 
curieux à observer. Le dernier programme du Montags-Sijmphonie-Cvncert, 
à la suite du vote, s'est trouvé ainsi rédigé: Symphonie héroïque de Bee- 
thoven (ioOvoix); septuor du même (113 voix) ; ouverture du Tannhauser 
(246 voix); première rapsodie de Liszt (151 voix); Rêverie, de Schumann 
(152 voix) ; Ave Maria, de Gounod (Si voix). Ce système est certainement 
excellent pour se rendre compte des goûts du public, mais il ne faudrait 
pas qu'il prit une trop grande extension ; sans cela quel avenir serait ré- 
servé aux jeunes compositeurs? quelles chances leur resterait-il pour faire 
entendre et imposer leur productions? 

— L'Académie de musique de Peslh vient de consacrer une de ses der- 
nières séances à l'audition de deux œuvres importantes de JVl. Camille 
Saint-SaèDS, k Déluge et ia Lijre et la Burpc. Les solistes, chœurs et or- 
chestre étaient sous la direction de M. Szautner. Grand succès pour les 
œuvres et leurs interprètes. C'était la deuxième audition du Déluge en 
moins d'un an. Le grand effet produit par la première exécution s'est 
produit, et même augmenté, la seconde fois. 

— Le 19 décembre, à Darmstait, on a inauguré, en l'honneur de Weber, 
une pierre commémorative sur la maison qu'habitait en cette ville l'illustre 
artiste en 1810 et 1811, alors qu'il était élevé de l'abbé Vogler. 

— Le Chevalier Jean vient d'être représenté avec un très brillant succès 
au théâtre de Bàle. L'œuvre et les artistes ont été acclamés. C'est la dou- 
zième scène allemande qui a admis dans son répertoire le bel opéra de 
M. Victorin Jonoières. On répète également le CIteoalijr Jean à. Strasbourg 
et à Liège. 

— Le 27 de ce mois doit avoir lieu au théâtre impérial de Moscou la 
première représentation d'un opéra nouveau de M. Tschaikowsky, le 
Caprice d'Oksane. L'exécution sera dirigée par le compositeur en personne. 

— On nous signale le brillant succès que vient d'obtenir à Namur une 
jeune cantatrice française attachée au théàLre de la Monnaie, de Bruxelles, 
M"' Martini, dans une fête théâtrale où l'on représentait Faust. M"= Mar- 
tini, qui chantait Marguerite, s'est fait vivement applaudir, en compagnie 
de MM. Cossira, Kinnel, Mertel et de M'^^ Lafeuillade. 

— A l'Alhambra de Madrid on a donné, ces jours derniers, sous ce 
titre ; la Opéra espanola, un « jeu comique » en un acte, dont la musique 
offre une réunion d'airs espagnols de tout genre qui forment un ensemble 
fort agréable. La partition a été écrite, ou plutôt arrangée, par M. Ta- 
boada ; le livret, qui n'offre, paraît-il, qu'un intérêt médiocre, est du à 
MM. Eguilaz et Guerrero. Ce petit ouvrage a obtenu un grand succès. — 
Au théâtre des Variétés, on a représenté un « jeu comico-lyrique » en 
un acte, Caatar de piano, paroles de M. Enrique Sanchez Seûa, musique 
de MM. Jimenez et Espino. Ici encore, le livret est médiocre, et c'est la 
musique qui a assuré le succès. — Enfin, on a du donner ces jours der- 
niers, à l'Alhambra, une opérette bouffe en un acte et quatre tableaux, 
Se afeita a domleilio, paroles" de M. Ricardo Monasterio, musique d'un 
compositeur très réputé en Espagne, M. Isidoro Hernandez. 

— Deux opéras nouveaux vont voir le jour en Angleterre. Au Paddy 
Théâtre, de Londres, on doit donner le 22 de ce mois un ouvrage impor- 
tant de M. Arthur Sullivan, l'heureux triomphateur du Mikado; et trois 
jours après, le 25, aura lieu à Liverpool, par la troupe de M. Cari Rosa, 
la première représentation de .\ordisn, opéra de M. Corder. Suivant l'exemple 
parti de France, on croit que la presse spéciale de Londres sera invitée à 
cette fête provinciale. 

— Une dépêche d'Amérique annonce i(ue l'Opéra de Washington a élé 
entièrement détruit par le feu. De tout l'édiQce il ne reste plus que les 
quatre murs. L'incendie s'est propagé avec une rapidité effrayante; en 
moins de deux heures, le feu avait consommé son œuvre. Les maisons 
avoisinantes ont dû leur salut à la neige qui tombait en abondance au 
moment même du sinistre. 

— Les États-Unis sont le pays de la statistique ; on a fait récemment la 
suivante. Tant dans la République américaine qu'au Canada on compte 
3,24'J théâtres et salles de concerts; pour fournir ces établissements il 
existe de quatre à cinq mille sociétés ambulantes d'artistes et une centaine 
à demeure fixe, parmi lesquelles quarante ou cinquante seulement se con- 
sacrent à l'opéra et à l'opérette. Enfin, dans le cours do l'année 1S85-80, 



les théâtres des États-Unis ont encaissé une recette totale de i8 millions 
de dollars, soit environ 250 millions de francs. C'est un joli morceau. 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 

Les poètes se négligent, et l'Académie des beaux-arts les rappelle fort 
justement au sentiment de leurs devoirs envers la musique et les musi- 
ciens. C'est ainsi qu'en présence de la faiblesse des livrets envoyés au 
concours Rossini, l'Académie s'est vue obligée de proroger le concours au 
31 décembre 1887. En conséquence de cette première décision, elle a dû 
proroger également au 31 décembre 1888 le concours de la composition 
musicale. 

— Sur la façade d'une maison sise rue Mazarine, 42, et appartenant à. 
M. Frémont, consentant, on a posé une plaque portant une inscription 
commémorative conçue et disposée comme suit: 

ICI s'élevait 

LE THÉÂTRE DE GUÉXÉGALD 

OPÉRA 1671-1672 

TROUPES DE MOLIÈRE 

ET DU MARAIS RÉUNIES 

APRÈS LA MORT DE MOLIÈRE 

1673-1680 

COMÉDIE-FRANÇAISE 

1680-1786 

A l'ancien Jeu de Paume des métayers : 
ICI s'élevait 

LE JEU DE PAUME 

DES MESTAÏERS 

OU LA TROUPE DE MOLIÈRE 

OUVRIT 

en décembre 1613 
l'illustre théâtre 

— Hier samedi, M. Camille Saint-Saëns a dû prendre part à un grand 
concert organisé à Bordeaux au profit des inondés du Midi. L'auteur de 
la superbe symphonie, exécutée avec tant de succès au Conservatoire, 
devait y diriger en personne le beau quatuor à'Henri VIII, et s'y produire 
aussi comme virtuose avec la Rapsodie d'Auvergne et le Wcddlng-Cake, qu'il 
a composé dernièrement pour M°"= Montigny-Rémaury. 

— Nous avons fait le dénombrement des ouvrages lyrioues nouveaux 
représentés en Allemagne et en Italie dans le cours de l'année 1886. 11 
est temps de récapituler aussi les œuvres nouvelles qui ont vu le jour, 
dans le cours de la même année, sur nos scènes musicales grandes ou 
petites. En voici la liste. Opéra. L"s Jumeaux de Bergame, ballet en 
un acte, de MM. Nuitter et Mérante, musique de M. Th. de Lajarte 
(26 janvier); les Deux Pigeons, ballet en deux actes, de MM. Régnier et 
Mérante, musique de M. André Messager (18 octobre); Patrie, opéra en 
cinq actes, de MM. Victorien Sardou et Louis Gallet, musique de M. Pa- 
ladilhe (20 décembre). — Opéra-Comique. Le Mari d'un jour, opéra comique 
en trois actes, de MM. d'Ennery et Armand Silvestre, musique de M. Ar- 
thur Coquard (4 février); Plulus, opéra comique en deux actes, de MM. Al- 
bert Millaud et Gaston Jollivet, musique de M. Charles Lecoq (31 mars); 
Maître Ambras, drame lyrique en quatre actes de MM. Fr. Coppée et Dor- 
cbain, musique de M. Widor (6 mai) : le Signal, opéra comique en un 
acte, de MM. Ernest Dubreuil et W. Busnach, musique de M. Paul Pu- 
get; Juge et partie, opéra comique en deux actes, de M. Jules Adenis, 
d'après Monfleury, musique de M. Missa (17 novembre); Egmont, drame 
lyrique en quatre actes, de MM. Albert Millaud et Albert "Wolff. musique 
de. M. Salvayre (6 décembre). — Bouffes Parisiens. Les Noces improvisées 
trois actes, de M. Armand Liorat, musique de M. Francis Cliassaigne 
(12 [éYrier): Joséphine vendue par ses sœurs, trois actes, de MM. Paul Ferrier 
et Fabrice Carré, musique de M. Roger (20 mars); le Singe d'une nuit d'été. 
un acte, de M. Nocl, musique de M. Serpette (l"' septembre); Rose-Polka. 
un acte, de M. Grange, musique de M. Willent-Bordogni (11 novembre). 
— Folies-Dramatiques. Madame Cartouche, trois actes, de MM. Busnach et 
Pierre Decourcelle, musique de M. Léon Vasseur -(19 oclobre). — Nou- 
veautés. Serment d'amour, trois actes, de M. Maurice Ordonneau, musique 
de M. Edmond Audran (19 février); Adam et Èoe, quatre actes, de MM. Er- 
nest Blum et Raoul Toché, musique de M. Serpette (6 octobre); la Prin- 
cesse Colombine, trois actes, de MM. Maurice Ordonneau et Emile André, 
musique de M. Blanquette (7 décembre). — Menus-Plaisirs. Il était rinc 
fois .., trois actes, de MM. Ad. Jaime et Dozé-Simiane, musique de 
M. 0. de Lagoanère (1"' mai). — Eden-Théatre. Djemmah, ballet en deux 
actes, de MM. Léonce Détroyat et Pluque, musique de M. Francis Ttiomé : 
la Vie parisienne, pantomime en un acte, de M. Agoust, musique de M. l"r. 
Thomé (17 février); la Brasserie, ballet en un acte de M. Cbarles Narrey. 
musique de M. Vasseur; Viviane, ballet en cinq actes, de M. Edmond 
Gondinet, musique de MM. Raoul Pugco et Lippacher (28 octobre). 

— M. Purel aurait, dit-on, l'intention de monter à l'Odéon le drams 
de Struensce, de Michel Béer, avec la superbe musique que Meyerbeer 
écrivit naguère pour la représentation de l'œuvre de son frère en Allema- 
gne. On sait la renommée qu'ont acquise, entre autres morceaux, l'ou- 



LE MENESTREL 



verture et la Polonaise Je Slruensé^. qui comptent parmi les meilleures 
pages de l'an'eur des Huguetwts et du Prophète. M. Porel doit s'entendre, 
sur ce sujet, avec M. Colonne et son orchestre, qui ont obtenu déjà tant 
de succès à TOdéon lors des représentations ôi'AthaUe et de l'Artésienne. 

— L'Interview de M. Victor Maurel avec un soi-disant rédacteur du Gau- 
lois, conversation si curieuse à laquelle notre collaborateur Moreno 
faisait allusion dimanche dernier, se trouverait apocryphe. C'était, parait- 
il, une simple plaisanterie d'un petit journal humoristique de Milan, que 
le Gaulois avait reproduite le plus sérieusement du monde. Il est donc juste 
de rayer cette pièce amusante du dossier de l'illustre baryton, et nous le 
faisons avec beaucoup de plaisir. 

— Lundi prochain 17 janvier 1887, à onze heures très précises, aura 
lieu, dans l'église Notre- Dame-de-Lorette, l'exécution, au profit des écoles 
chrétiennes de Colombes, de la Messe en mi bémol avec soli, chœurs, 
orchestre et orgue de M. Adolphe Deslandres. Les soli seront chantés par 
MM. "Warot et Auguez. A l'offertoire, M. Henri Berthelier, premier violon 
solo de l'Opéra, fera entendre la première méditation de M. Ad. Deslandres, 
avec orchestre et harpes. M. Martin, maître de chapelle de Notre-Dame- 
de-Lorette, dirigera l'exécution. Le grand orgue sera tenu par M. E. Bour- 
geois, organiste de la paroisse. 

— Mardi dernier a été célébré à la Madeleine, au milieu d'une nom- 
breuse assistance, le mariage de M"« Papin, fille du compositeur, avec 
M. Merklen, ingénieur de la Compagnie de l'Ouest. Pendant la messe, 
M. Auguez a chanté le Pater noster de Niedermeyer ; une Méditation pour 
violoncelle et harpe a été magistralement exécutée par le frère de la 
mariée, M. Georges Papin, et M. Boussagol. M. Fauré, maître de cha- 
pelle, dirigeait la maîtrise, et le grand orgue était tenu par le savant 
maître M. Th. Dubois. 

— Au théâtre de Monte-Carlo, continuation des débuis de la troupe ita- 
lienne. On a donné cette semaine yhnfcio, avec M™^ Fidès Devriès dans le 
rôle d'Ophélie. La représentation n'a été qu'un long triomphe pour l'artiste. 
Au quatrième acte, dans la scène de la folie, elle a réellement transporté 
le public, qui l'a acclamée et rappelée plusieurs fois. M""' Orsini, dans le 
rôle de la reine, a fait très bonne impression ; M. Maurice Devriès (Ham- 
let) a montré de grandes qualités comme comédien et comme chanteur. 

— Dans sa séance du 6 janvier, l'Académie de Marseille, présidée par 
M. Eugène Rostand, a pris diverses décisions, dont une intéresse l'art 
musical. Elle a attribué pour 1887 le prix Beaujour aux heaux-arts, et 
spécialement à la composition musicale; puis, sur la proposition de deux 
de ses membres, MM. Alexis Rostand, compositeur, et Charles Vincens, 
critique d'art, elle a partagé ce prix entre M. Théodore Thuruer, profes- 
seur au Conservatoire de Marseille, auteur d'une symphonie, de deux remar- 
quables concertos pour piano et orchestre, d'un trio, d'une sonate pour 
piano et violon, de nombreuses pièces pour le piano d'une rare distinction, 
et M. Auguste Caune, organiste de l'église Saint-Joseph, connu surtout 
par une belle messe, un oratorio, le Veau d'or, exécuté à Marseille et à 
Genève, et un excellent trio pour piano, violon et violoncelle dont il a 
été parlé ici même récemment. A Marseille aussi, vient de mourir Ma- 
rins Audran, ancien ténor de l'Opéra-Comique, où il occupa longtemps 
le premier emploi, après que Roger eut passé à 1 Opéra. Audran s'était 
retiré dans sa ville natale et y était devenu professeur de chant et de 
déclamation lyrique au Conservatoire. Son souvenir est attaché à trop 
de créations, la Chanteuse voilée, le Val d'.iiidorre, Giralda, la Fée aux roses, 
Madelon, la Sirène, etc.. pour qu'il soit utile d'énumérer ici ses états de ser- 
vice; ils sont dans toutes les mémoires. Son nom a, d'ailleurs, acquis une 
notoriété nouvelle, que lui a donnée un de ses fils, Edmond Audran, le 
populaire auteur de la Mascotte. Mais ce qu'il convient de rappeler à cette 
heure, c'est que Marins Andran fut un galant homme, dans toute l'atcep- 
tion du mot; il était entouré à Marseille de l'estime et de la sympathie 
générales, que lui valaient son caractère éminemment bon, serviable, sa 
vie droite, honorable, son incontestable talent. Ses obsèques ont eu lieu 
le 11 janvier au milieu d'un grand concours d'artistes et d'amis. A. R. 

CONCERTS ET SOIRÉES 

Avec l'ouverture dé Fidelio, de Beethoven, avec la Symphonie de la 
Reine, d'Haydn, avec trois chœurs de divers styles : le Gloria Patri, de Pa- 
lestrina, les Bohémiens, de Schumann et Près du Fleuve étranger, de M. Gou- 
nod, le dernier programme de la Société des concerts du Conservatoire 
comprenait — o prodige ! — une œuvre nouvelle pour le public parisien, 
la troisième symphonie de M. Saint-Saëns, en ut mineur, dont la pre- 
mière exécution eut lieu à la Société philharmonique de Londres, au mois 
de juin 1883. L'œuvre avait obtenu en Angleterre un très grand succès; 
elle a été ici l'occasion d'un véritable triomphe pour sou auteur, et pour 
ma part je ne me rappelle pas avoir jamais vu le public du Conservatoire, 
peu enclin d'ordinaire à l'enthousiasme, applaudir avec autant de frénésie 
autre chose qu'un virtuose. C'était à croire que les bravos ne prendraient 
jamais fin. 11 faut dire que l'œuvre est fort belle, puissante, construite et 
écrite d'une façon magistrale, et qu'elle mérite de tout point l'accueil qui 
lui a été fait. Il me semble que depuis Mendelssohn on n'a pas entendu 
à Paris une symphonie de cette valeur, et l'éloge ne paraîtra pas banal 
si l'on songe que de très grands artistes se sont depuis lors essayés dans 



ce genre, et que parmi eux il faut compter des noms tels que ceux de 
Félicien David, de Reber, de MM. Gounod et Théodore Gouvy. 

Je constate, avant tout, que M. Saint-Saêns a augmenté quelque peu 
l'orchestre symphonique traditionnel. Il y a ajouté une troisième llùte 
(petite ou grande), un cor anglais, une clarinette basse, un contrebasson, 
une troisième trompette, un tuba, une troisième timbale, enfin un piano 
à quatre mains (il était tenu par deux jeunes prix de Rome, MM. Pierné 
et Vidal) et l'orgue. A ma connaissance, l'orgue n'avait jamais été em- 
ployé dans la symphonie; il n'en est pas de même du piano, dont Berlioz 
avait fait usage dans son ode-symphonie la Tempête. 

Le Ménestrel a publié il y a p-eu de temps, précisément en vue de sa 
prochaine exécution, une analyse de la symphonie de M. Saint-Saëns, 
avec citations à l'appui, selon l'excellente coutume anglaise. Je n'ai donc 
pas à m'étendre autrement sur lastruclure même de l'œuvre, qui d'ailleurs 
ne s'écarte guère des formes traditionnelles, car, si elle ne comprend que 
deux parties, elle n'en contient pas moins les quatre mouvements ordi- 
naires, Vallegro et l'adagio se trouvant réunis en un seul morceau, le 
scherzo et le finale dans un autre. Sous ce rapport même, Beethoven nous 
a laissé des exemples. 

Dans l'allégro se trouve exposé le thème prédominant, que nous retrou- 
verons, avec les modifications et les transformations nécessaires, dans les 
différentes parties de l'œuvre. La phrase d'entrée de l'adagio, établie par 
les violons et les altos, est d'une rare ampleur et d'un beau caractère; 
une seconde phrase, confiée aussi aux violons dans le grave, est d'un très 
bel effet, et la basse de ces chants, marquée par les trombones, leur 
donne un remarquable cachet de grandeur et de nouveauté; c'est dans ce 
morceau que la partie d'orgue acquiert la plus grande importance. 

Le scherzo, vif, original, débute d'une façon très alerte par un dessin 
rythmique en notes rapides et détachées que les instruments à vent, 
après l'avoir nettement posé, repassent bientôt au quatuor. C'est ici que 
le piano commence à se faire entendre, d'ailleurs d'une façon un peu 
fugitive. Je confesse que l'intervention très secondaire du piano dans 
cette œuvre importante ne me parait que médiocrement justifiée, par ce 
fait que l'instrument, employé d'une façon trop discrète, n'apporte ni un 
élément nouveau dans l'ensemble, ni une puissance réelle dans la masse 
instrumentale. 11 disparaîtrait sans aucun inconvénient. 

Le finale, attaqué par l'orgue, est d'une allure superbe et d'un mouve- 
ment plein de grandeur. Après une belle entrée du quatuor, en style 
fugué, vient une large phrase dite par les violons en manière de choral, 
bien accompagnée par le piano; c'est le développement du thème du pre- 
mier morceau, qui acquiert, par sa transformation, une étonnante puis- 
sance. Vient ensuite un tutti grandiose, un épisode auquel l'orgue se 
trouve mêlé dans un ensemble plein de noblesse, et enfin une péroraison 
à laquelle prennent part toutes les forces instrumentales et qui couronne 
l'œuvre de la façon la plus heureuse. 

Ce qui distingue cette œuvre d'un si grand intérêt, ce n'est pas, je l'ai 
dit, la nouveauté des formes, qui ne sortent pas du plus pur genre clas- 
sique. Il n'y a pas trace ici d'innovation, de recherches audacieuses, de 
ces bizarreries enfin dont, à défaut d'inspiration, certains artistes se 
montrent un peu trop prodigues. Mais ce qu'il faut louer, c'est la magis- 
trale ordonnance de l'édifice musical, c'est la clarté des idées et la richesse 
de leurs développements, c'est l'art exquis de la modulation, c'est l'élé- 
gante sévérité du style, c'est la puissance, la couleur et la variété d'un 
orchestre vraiment merveilleux, c'est enfin un ensemble de qualités supé- 
rieures qui décèlent à la fois l'imagination et la main d'un grand maître. 
11 ne m'est pas arrivé souvent, dans ma carrière de critique, de parler de 
M. Saint-Saëns avec cette chaleur. Ceux qui me font l'honneur de me 
lire peuvent m'en croire sur parole si je leur dis que la symphonie en 
ut mineur est une œuvre de grande portée et d'ordre tout à fait supé- 
rieur. Arthur Poi;gin. 

Concerts du Guatei.et. — La symphonie pastorale conserve sa jeunesse 
tandis qu'autour d'elle bien des œuvres moins anciennes vieillissent avee 
une rapidité bien faite pour nous attrister. Il est permis peut-être de sup- 
poser que Meyerbeer, s'il vivait encore, jugerait sévèrement quelques 
morceaux de Struensée et demanderait aux chefs d'orchestre de s'en tenir 
à l'ouverture et à la polonaise. Ce sont là, en effet, les pages les plus 
intéressantes de cette œuvre, et encore pourrait-on critiquer dans la pre- 
mière la pauvreté des développements et dans la seconde certains traits 
de tlùte qui viennent égayer mal à propos un motif évidemment destiné 
à peindre les pressentiments d'une assistance nombreuse à l'heure où va 
s'accomplir un terrible événement. — L'ouverture de Dimitri Donskoi de R\i- 
binstein date de 18i9. Elle est d'une sonorité un peu sourde au début. 
Les violons et les basses jouent constamment au grave avec le talon de 
l'archet, ce qui accentue un peu trop le caractère sombre de l'ouvrage. 
A la fin seulement tout s'anime, et un chant large se dessine avec vigueur. 
Pour se prononcer sur la valeur de cette préface instrumentale, il serait 
utile de savoir quel épisode de la vie du souverain russe a fourni le sujet 
du drame qu'elle précède. Le Moucement perpétuel de Paganini, exécuté par 
tous les violons, n'a pas produit l'effet attendu. La mélodie banale et 
insignifiante de cette étude n'a pas même le mérite, croyons-nous, d'offrir 
de grandes difficultés, surtout dans le mouvement ralenti que l'on avait 
adopté. Mais la Symphonie pastorale a suffi au succès du concert. La 
Scène au bord du ruisseau a été mieux rendue que les autres morceaux, 
bien que le sentiment poétique ait un peu manqué vers la fin. On sait 



LE MENESTREL 



que les collaborateurs de Beethoven dans le decrescendo final ont été le 
rossignol, la caille et le coucou. Précédemment il avait fait chanter le 
loriot. L'entrée de ce minuscule personnage est préparée par une admi- 
rable phrase de onze notes réelles que jouent les altos et les seconds 
violons et que la première flûte reprend pour la relier à l'arpège en sol 
majeur qui caractérise la voix éclatante de l'oiseau, un peu alan?uie pour 
la circonstance. La Symphonie pastorale a été entendue pour la première 
fois, en 1810, à Yienne, et à Paris, en 1829. — Amédée Boutarel. 

— Nous avons entendu avec plaisir, au dernier concert de M. Lamoureux, 
l'ouverture du Vaisseau fantôme de Wagner. Cet opéra est une des meilleures 
productions du maitre ; il est conçu d'après les traditions webériennes. On sait 
combien, à ses débuts, Wagner admirait ce grand coloriste musical. Du 
jour où il l'i renié il s'est, selon nous, enfoncé de plus en plus dans la 
nuit noire où il a finalement sombré. — La symphonie en la de Beethoven 
a été bien exécutée, et son terrible voisinage a quelque peu nui à la 
Symphonie fantastique de H. Berlioz, que l'on disait à l'Eden pour la pre- 
mière fois. On sentait trop clairement la difl'érence qui existe entre les 
pensées sublimes jaillissant comme une source intarissable du cerveau 
d'un géant, et celles qui s'échappent avec effort d'un esprit halluciné et 
maladif. Les unes touchent le cœur, les autres n'excitent que les nerfs. 
— Un adagio pour violoncelle de W. Bargiel, très bien dit par M. Salmon, 
a été vivement et justement applaudi. — M. Lamoureux a tenu à ce que 
ses fidèles quittassent le temple sous une impression de gaîté et il leur a 
donné, comme dessert, VEspaTia de M. Chabrier, qui a toujours le don de 
dérider les fronts assombris. — H. BAnuEDEnE. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche: 
Conservatoire: même programme que dimanche dernier. 

Châtelet, concert Colonne : ouverture de Dimitri Donskoï (Rubinstein) ; 
Symphonie romantique (V. Joncières); concerto de violon en la mineur 
(Viotti), exécuté par iVL Joachim ; romance pour violon (Max Bruch); Sa- 
rabande et Bourrée (J.-S. Bach), exécutées par M. Joachim; Struensée 
(Meyerbeer). 

Eden-Théàtre, concert Lamoureux : Ouverture i'Euryanthe (Weber) ; Sym- 
phonie fantastique (Berlioz); adagio pour violoncelle (W. Bargiel), exé- 
cuté par M. Joseph Salmon; ouverture de Coriolan (Beethoven); concerto 
pour deux hautbois et orchestre d'instruments à cordes (Haîndel) ; Espana 
(Emm. Chabrier). 

— ■ Le prochain concert de M. J. Pasdeloup, au Cirque d'Hiver, sera 
tout entier consacré à l'audition des œuvres de M. César Franck. 

— A la séance de réouverture de la Société nationale qui a eu lieu samedi, 
on a entendu un remarquable trio de M. César Franck, œuvre d'autant 
plus intéressante que, datant de la première jeunesse du compositeur, elle 
marque déjà très nettement les tendances élevées et avancées qui carac- 
térisent ses œuvres d'aujourd'hui ; deux ravissants fragments de Namouna, 
de M. Lalo, magistralement exécutés par MM. d'Indy et Messager; la so- 
nate pour piano et violon de M. Saint-Saëns, déjà jouée l'année dernière 
et qui a eu cette fois pour excellents interprètes M. et M"' Breitner; deux 
duos pour voix de femme de M. Ernest Chausson, pages de musique in- 
time d'une poésie charmante ; enfin, le quatuor de Grieg, œuvre de forme 
aussi sérieuse qu'elle est fantaisiste et savoureuse par la nature des idées : 
les deux derniers morceaux surtout en sont remarquables à tous égards. 
Le quatuor de la Société, composé de MM. Rémy, Parent, Van Waefel- 
ghem et Delsart, l'a très bien exécuté. En résumé, séance excellente, et 
qui fait espérer beaucoup pour la suite des concerts de la saison. 

J. 

— On aurait pu se croire, jeudi soir, à la salle Pleyel, transporté tout 
à coup dans le milieu si spécial des pays du nord ; en effet, le premier 
concert de musique Scandinave organisé par M. Oscar Comettant a tenu 
largement ses promesses. On y a entendu les productions d'une des écoles 
musicales assurément les plus intéressantes de l'Europe : œuvres d'Edvard 
Grieg et Johan Svendsen, dont M. Camille Benoit entretenait récemment 
encore les lecteurs du Ménestrel, d'autres compositeurs moins connus, 
G. Wennerberg, L. Schytte, Berg, Sjôgren, Andersen, M"" Backer Gron- 
dahl; enfin, des mélodies populaires aux ligues pures, à l'expression sou- 
verainement originale. Signalons seulement, parmi les compositions les 
plus remarquables, celles pour piano de Grieg, qui sont de purs chefs- 
d'œuvre, et la sonate de M. Ludvig Schytte, jeune compositeur danois 
dont l'œuvre exécutée jeudi, très remarquable par la forme comme par la 
tournure des idées, a été écrite spécialement pour les auditeurs de M. Co- 
mettant. Le succès obtenu par ces œuvres ne saurait que nous plaire, 
assurément, car il nous fait espérer que le public, qui a manifesté haute- 
ment son estime pour les mélodies populaires exotiques et une école étran- 
gère incontestablement avancée, saura faire, à l'occasion, aussi bon accueil 
aux mélodies populaires de la France, ainsi qu'à la jeune école française. 
Sur cette réflexion consolante, il ne nous reste plus qu'à ajouter que 
l'admirable Christine Nilsson a obtenu un succès considérable, une série 
d'ovations sans fin, ainsi que le flûtiste Tall'anel, le ténor Bjorksten et le 
pianiste de Greef. Vu l'aflluence du public, l'Association des Artistes musi- 
ciens devra une grande reconnaissance aux musiciens Scandinaves, à leurs 
dévoués interprètes, et surtout à M. Oscar Comettant, le promoteur et 
l'organisateur de cette belle manifestation musicale. J. 



— La Société de musique française, fondée par M. Ed. Nadaud, a donné 
le mois dernier sa première séance de la saison 1886-87. L'intéressant 
programme y avait attiré de nombreux amateurs et connaisseurs, qui ont 
beaucoup applaudi M"'' C. Martel, ainsi que M. Gocheris dans la Xuit 
de Mai, d'Alfred de Musset. La déclamation était soutenue par un accom- 
pagnement musical de M. A. Bruneau, plein de douceur et de poésie. 
M"= J. Nadaud a dit avec beaucoup de charme la Fauvette et Menuet, de 
M. Diémer, accompagnés par l'auteur. Le quatuor de H. Salomon, le trio 
en la mineur de Lalo, l'andante et le scherzo du quatuor de Saint-Saëns 
ont produit grand effet. Le public a salué de ses chaleureux bravos le 
fondateur de ces intéressantes soirées et ses collaborateurs, en se don- 
nant rendez-vous au 23 janvier, séance consacrée spécialement aux maitres 
classiques. 

— Nous relevons sur le programme du prochain concert de la Société 
chorale d'amateurs Guillot de Sainbris plusieurs premières auditions qui 
donneront à cette séance une réelle importance artistique : liiblis, de Mas- 
senet et Georges Boyer; le Miracle de Naïm, de Maréchal et Paul Collin; 
Iphigénie, dn Ch. Lenepveu et E. Guinand; Cendrillon, de L. de Maupeou 
et P. Collin. Sans compter une cantate de Beethoven tout à fait nouvelle 
pour la France. 

— Les trois concerts que M. Joseph "Wieniawski se propose de donner cet 
hiver à Paris, salle Erard, sont définitivement fixés aux lundi 31 janvier, 
7 et 14 février. Le troisième de ces concerts aura lieu avec orchestre, sous 
la direction de M. Ed. Colonne. Les programmes de ces séances contien- 
dront, outre des œuvres du répertoire classique et moderne du piano, plu- 
sieurs compositions intéressantes de M. Wieniawski. 

— Lundi dernier, salle Erard, charment concert donné par M. Rondeau; le 
jeune ténor s'est fait applaudir très justement, surtout dans le duo du premier 
acte de Lakmé, chanté avec la jolie M'"^ de Marcilly-Sax. Nous relevons encore 
au programme les noinsdeM^'e Lavigne, contralto de talent, de M"^ Ohrstrom, 
soprano, et de M. Hammer, le violoniste connu. M. Ed. Mangin tenait en 
maitre le piano d'accompagnement. M. A. Rondeau, comme M"" Lavigne 
et Ohrstrom, est élève de M'"'' Rosine Laborde, le si distingué professeur. 

P.-E. C. 

— Un tout jeune artiste, d'un très grand talent déjà et d'un brillant 
avenir, le jeune Ernest Moret, qui remportait il y a deux ans, alors qu'il 
en comptait quatorze à peine, un superbe premier prix de violon au Con- 
servatoire, a donné mardi dernier, salle Erard, up concert qui lui a valu 
un succès chaleureux et bruyant. Au cours de ce concert, qui avait attiré 
un nombreux public, M. Moret a exécuté diverses œuvres, de styles fort 
divers, qui ont montré le fini, la souplesse et la flexibilité de son talent: 
le premier allegro du troisième concerto de Vieuxtemps, la légende de 
Wieniawski, un Tema con variazioni de Paganini et une grande polonaise 
de Rehfeld. Ce dernier morceau, surtout, très coloré, très brillant, a été 
enlevé par le jeune virtuose avec une verve incomparable. Mais M. Moret 
est plus qu'un virtuose; c'est vraiment un artiste, au jeu plein de grâce, 
au goût très formé, aux qualités aussi solides que brillantes, qui certai- 
nement fera parler de lui. — A. P. 

— Mercredi prochain, salle Pleyel, à 8 heures et demie, première séance 
de musique de chambre donnée par M"* Wilbrod-Lautier et MM. Rémy 
et Binon, avec le concours de M"<= Marie Dihau. 

— On nous écrit du Havre : « Notre Société Sainte-Cécile a fait en- 
tendre, l'autre soir, plusieurs œuvres modernes déjà réputées, qui pourtant 
avaient pour notre ville l'attrait de la nouveauté : l'Artésienne, de Bizet, 
la Méditation, de M. Ch. Lenepveu, et la poétique légende de votre colla- 
borateur Paul Collin, Melka, qui a inspiré à M. Charles Lefebvre une 
musique si délicate et si colorée. Solistes, chœurs et orchestre, sous la 
direction de M. Cifolelli, ont mérité tous les éloges. Melka sera exécutée 
de nouveau à nos concerts populaires. » 

— La deuxième des séances classiques organisées par M. Auguste Gogue, 
au Havre, a eu lieu avec le concours de M. Charles René. Cette séance, 
qui avait attiré une assistance nombreuse, a été des plus brillantes. Des 
pièces pour piano seul (parmi lesquelles le Cavalier fantastique, de B. Go- 
dard) et plusieurs morceaux d'ensemble ont valu de chaudes ovations à 
M. Charles René et à l'excellent quatuor havrais : MM. Gogue, Hecking, 
Schermers et Van Emelryck. 

— Au premier concert de la Société philharmonique de Niort (60'-' année), 
on a fort remarqué une jeune pianiste, M'"= Jeanne Laburthe, qui a inter- 
prété en perfection l'allégro appasionato de Saint-Saëns et diverses autres 
pièces. 

— Lille. — Le concert donné à l'flippodrome par M™ Christine Nilsson 
en compagnie du ténor suédois Bjorksten, son neveu, et de M. G. de Try, 
pianiste, a été un triomphe éclatant pour la grande cantatrice, qui a dû 
non seulement bisser tous les morceaux du programme, mais encore en 
ajouter d'autres. — M. Paul Martin, directeur de la Société des Concerts 
Populaires, a offert une magnifique couronne à la grande artiste. — F. 0. 

— M"'" Guichardon a repris ses cours de solfège, de piano et de violon 
en son domicile. 4. rue de Sontay, place Victor-Hugo. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 



oG 



LE MENESTREL 



En vente AU ME?fESTREL, 2 bis, rue Vivienne, HENRI HEUGEL, éditeur-propriétaire. 

MÉLODIES_NOUVELLES 



SIX CHANSONS DU XV' SIÈCLE 

Avec ine adaptation moderne de Louis PUMEY 



N"* 1 . Aimez- 1110 3 

2 . Vous parlez mal de mon ami. i 

3. Chanson de l'Infante ... S 



lS'°^-i. Le Houssignolet {me Dùlt) . 6 

5. La dinderindine, à 2 voix , S 

6. Troishelles demoiselles (3r.) 5 



SIX AIRS ITALIENS DU XVIII' SIÈCLE 

Traduction française de Pierre BARBIER 



N"* I . Que l'on médise d'elle . S 

2. Cruel, la perfidie . . . i 

3. pauvre âme 4 



W^i. Songes 2 ol) 

3 . Dites, que faut-il faire ? 3 » 
6. Plus d'espérance. ... 5 » 



ANTOINE RUBINSTEIN 



Op. 36 

IDOTJZE LTEI3ER STJI?. DES FOIÉSIES 
Traduction française de PIERRE BARBIER 

IS'o^S. Le poignard (Leemontoff) 4 o N"' 

6. -Injoisse (Woskressexsky). . ■ 3 

7. Le chanteur du soir (Pouschkine) . ... 3 

8. Je bois à ma Rose (Pouschkine) .... 4 



« I . Le Rocher (Lermontofk) :> » 

2. Libre / (Lermontoff) 2 30 

3. La Barque (Lermontoff) 3 » 

i. Petits nuages (Lermontoff) 4 » 



K-TJSSES 



9. Soir de printemps (L Tourgueneff) 

10. Elle cliantait (C^'^" Rostoptschine) 

11. L'étoile filante (G'^^= Rostoptschine) 

12. Soir d'automne IG'^^" Rostoptschine) 



Chacune de ces mélodies est publiée en deux ions pour soprano ou ténor et pour mezzo-soprano et baryton. 

JOA^CHIM RAFF 

Op. 173 
Huit lieder sur des poésies de Th. MOORE, J. de RODENBERG, Otto INKERMAN, H. von ENDE. E. GEIBEL, H. NORDHEIM 

Traduction française de PIERRE BARBIER 



>;°*1. Le rêve à la Patrie . . 3 
2. Le luth 3 



LIEIDEI^, 



N°'3. L'appel des fées .... G » 
4. Au temps aimé des roses 2 30 


N"^D. Dernier baiser. . . 


. . S 
. . 3 







N°'7. Le citant du désespéré . 3 
8. Résigne-toi 3 



EDOUA.RD LASSEN 



Traduction française de VICTOR WILDER 



ET IDTJETTI 



Un rêve o 

Les deux nuages 3 

Une vieille cJianson 3 

La belle au bois doi'mant 4 

Le Poète 4 

Aspiration 3 

Fille de l'antique Athènes 3 

Quand tu parais 3 

Chanson printanière 5 

Je ne dois plus t'entendre i 



N» 



Nos 



11. Je pense à toi 3 

12. Laisse couler tes pleurs 4 

13. Nuit d'été 5 

14. Cantique d'amour 3 

13. Les roses de Jéricho 3 

IG. Berceuse de la Vierge Marie 3 

17. Minuit 3 

18. L'amiral captif 6 

19. ta /î/fe rf« Bo/ieme, chanson espagnole 3 
£0. Au son du tambourin, cbanson espagnole. . 4 

Chacune de ces mélodies est publiée en deux tons pour soprano ou ténor et pour mezxo- soprano ou banjton. 
Les 30 mélodies réunies en un recueil in-8° net: 12 fr. 



21 . La danseuse, cliauson espagnole . . 3 

Î2. Ma douce Espagm, chanson espa.gnole 3 

23. Chante encore, duetto 5 

24. Avril, duetto 6 

23. Le vieux tilleul, duetto 3 

26. Pî'omenorfe maïma/e, duetto 3 

27. Clianson de mai, duetto i 

28. Stations d'amour, duetto 3 

29. L'esprit de Dieu, duetto 3 

30. Le printemps et l'amour, duetto ... 5 



E. 



Premier sixain 



'^1. J'ai dit aux étoiles 

2. Chanson russe 

3. Mignonne 

4. Purgatoire 

3. dier enfantelet 

6. La Cigale, chanson provençale 



RALADILHE 

Deuxième sixain 



7. Sonnet de Pétrarque 3 

8. Le roitelet 3 

1). L£ mal d'aimer 3 

10. Chanson d'été, chanson provençale . 3 

M. Vous avez beau faire, beau dire ... 3 

12. Soîis fcsciironTOecs, chanson espagnole 3 



Troisième sixain 

13. Les bois i 

14. Rondalla 

13. Les trois prières 3 

16. Sérénade napolitaine 5 

17. Cœur jaloux 3 

18. La chanson du chêne 3 



Pour paraître prochainement les trois sixains réunis en un volume in-S". Prix net: 8 /)' 



J. EAU RE 



Mélodies 



Une fleur, un oiseau 3 » I Mignonnne, que désirez-rous': 

A'atoce 3 s Agnus Dei 

salutaris, motet à 2 voix 2 30 I Soleil de printemps 



Gloire à Marie, cantique 3 u 

Notre père, à 1 ou 2 voix 5et4 

Ne jamais la voir ! ^ . . . 3 » 



SOXJS FPtESSE : 
"\^ i n S t j\r ô 1 o cl 1 © s de 

THÉODORE DUBOIS 



B.MBB1E CBKTBALB DES CUEMIXS DE FBB. — 1 



Dimanche 23 Janvier 1881. 



2916 — ^r^ mm — î\° 8. parait tous les dimanches 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri JHEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri UEL'GEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-puste d'abonnement. 

(In an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique deCliant, 20 fr.; Texie et Musique 'ie Piano, -iOfr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texie, Musique de Cbant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SGMMAIRE-TEXTE 



ï. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (12" article), Arthur Pougin. — 

II. Semaine théâtrale: Jocelim à l'Odéon; premières représentations de i'Vfmci((oH 
à la Comédie-Française, et de la Comtesse S<:rah au Gymnase, H. Moreno. — 

III. La musique eu Russie: Jlarold, opéra de M. Napravnick (2* et dernier 
article), César Cui. — IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE CHANT 
Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

LE CHANTEUR DU SOIR 

mélodie d'ANioiNE Rubinstein, poésie russe de Pouschki.ne, traduction 
française de Pierre Barbier. — Suivra immédiatement : Vous parlez mal 
de mon amy, vieille chanson du XV» siècle, musique de M'"= Pauline 
yiARDOT, adaptation moderne de Lotis Pomeï. 

PIANO 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
PIANO, une Sérénade Tunisienne, de Georges Pfeiffer. — Suivra immédia- 
tement : Passez, muscade, polka de Heinrich Strobl. 



UN GRAND THEATRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 

D'après des doonments inédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



A la date du 14 janvier, le registre du caissier porte cette 
mention : Relâche par ordre de la Commune. Ce jour-là même, 
après une interruption d'une semaine, on reprenait à la 
■Convention les débats du procès de Louis XVI. Est-ce là ce 
qui put motiver l'injonction de la Commune? 

Dix jours après, le 24, nouveau relâche, ainsi indiqué : 
« Reltiche par ordre, pour le service du citoyen Saint-Fargeau, 
auquel toute la Convention a assisté. » On sait que Le Pel- 
letier de Saint-Fargeau, celui qu'on a justement appelé « le 
premier martyr de la République, » sortant le 20 janvier de 
la séance de la Convention, était assassiné, dans un restau- 
rant du Palais-Royal, par un ex-garde du corps nommé Paris, 
qui le frappait mortellement d'un coup de sabre. Tout Paris 
fut ému de ce meurtre, la Convention décida qu'elle assiste- 
rait en corps aux funérailles, et décerna à la victime les 
honneurs du Panthéon. C'est sans doute par son initiative 
que les théâtres reçurent non absolument l'ordre, mais une 
invitation pressante de ne pas jouer, car voici l'avis qui leur 
fut à ce sujet expédié par la Commune : 



DÉPARTEMENT COMMUNE DE PARIS 

DE POLICE 

Le 24 janvier 1793 

L'an premier de la République une et indivisible. 

Ce soir, citoyen, est un jour de deuil pour tous les bons citoyens. 

Nous aimons à croire que vous pleurez avec nous un patriote qu'un 

scélérat a assassiné, et nous vous invitons à ne pas ouvrir aujour- 

d'huy votre spectacle. 

Les administrateurs du département de police, 
VlGNEL (1). 

A ce moment, l'Opéra-Comique préparait un petit acte de 
circonstance, le Déserteur de la montagne de Hamm, « fait histo- 
rique, » paroles de Dejaure, musique de Kreutzer, qui fut 
présenté au public le 6 février; mais il mit aussitôt à l'étude 
un ouvrage du même genre inspiré par le crime de Paris, 
Le Pelletier de Saint-Fargeau, « trait historique » en deux actes, 
paroles de d'Antilly, musique de Blasius, chef d'orchestre du 
théâtre, et celui-ci fut joué le 23 février, un mois après cet 
événement. 

Avec le mois de mars commence à se produire dans Paris 
une sourde agitation. Les sections s'animent, deviennent tur- 
bulentes, et la Convention s'émeut de cet état des esprits, 
qui, au bout de quelques semaines, aboutira à l'immense 
mouvement populaire du 31 mai, à la victoire des Jacobins 
sur les Girondins et à l'établissement du régime de la Terreur. 
La situation s'aggrave d'ailleurs à l'extérieur comme à l'inté- 
rieur, et c'est coup sur coup que l'on voit se former la pre- 
mière coalition européenne contre la France, éclater la 
guerre de la Vendée, créer le tribunal criminel révolution- 
naire et instituer le Comité de défense et de salut public. 
Dès le 8 mars, instruite des dangers que court le pays, la 
population parisienne devient houleuse, menaçante, la soirée 
de ce jour est tumultueuse, et le maire de Paris fait savoir 
à la Commune, dans la séance du 9, qu'il a donné l'ordre 
de faire fermer les théâtres dans le cours de cette soirée. A 
cette date du 8 mars, où le spectacle de l'Opéra-Comique se 
composait de l'Ami de la maison et de Renaud d'Ast, le registre 
du caissier nous apprend qu'en effet, « au second acte de 
l'Ami de la maison, il est venu des ordres pour fermer le 
spectacle sur le champ, » et il nous fait savoir que le len- 
demain 9 on a fait « relâche, par ordre de la municipa- 
lité (2). » Le iO pourtant, les représentations reprennent 

(1) Cette pièce est inédite. 

("2) Commune de Paris du S mars (compte rendu du Journal de Paris) : — 
« On donne lecture d'un décret de la Convention en date de ce jour, qui 
invite tous les citoyens en état de porter les armes à voler au secours de 
leurs frères qui sont dans la Belgique. Le maire rend compte de ce qui 
s'est passé à Paris dans la soirée ; il a fait fermer les spectacles et battre 
un rappel pour engager les citoyens à se rendre dans leur section, à l'effet 



58 



LE MÉNESTREL 



leur cours, et à la date du 13 le registre porte cette men- 
tion : — « Au profit et pour les frais de la guerre. i3« d'.'lm- 
broise, Paul, et Virginie. Cette recette ne faisant point partie de 
celle du mois, a été répartie par portions égales à chacun 
des 21 comédiens reçus, qui en ont fait hommage à leurs 
sections respectives. » Le produit de la soirée était de i,553 
livres 12 sols. Le 16 on joue pour la première fois le Barbier 
de Séville de Beaumarchais avec la musique de Paisiello, et 
le 28, pour la clôture pascale, on donne un opéra-comique 
nouveau en un acte, le Jeune Sage et le vieux Fou, paroles 
d'Hoffman, musique de Méhul. 

On pourrait s'étonner de voir donner une première repré- 
sentation dans un spectacle de clôture, mais c'est que cette 
clôture n'est plus cette fois que de deux jours, et que le 
théâtre rouvre ses portes dès le dimanche 31 mars. Le lende- 
main 1'^'' avril, il corse son spectacle, comme nous dirions 
aujourd'hui, en introduisant dans une de ses pièces, le Déser- 
teur de la mmitagne de Hamm, les chevaux de Franconi. Le but 
cherché par ce moyen était évidemment de corser aussi la 
recette, et l'on peut dire qu'il fut pleinement atteint, car 
celle-ci s'éleva à un chiffre fabuleux pour l'époque : 6,142 li- 
vres 16 sols. Le Journal de Paris constatait en ces termes 
l'effet produit par ce mélange de chevaux, de musique et de 
prose patriotique : — « Le citoyen Franconi a exécuté sur 
ce théâtre un combat simulé de cavalerie dans le Déserteur de 
la montagne de Hamm. L'ensemble de ce combat et les détails 
d'une action entre deux cavaliers écartés du gros de l'armée 
ont été rendus avec la perfection qu'on devait attendre de 
l'habileté connue de ce fameux écuyer. Le public a fort 
applaudi à ce spectacle neuf, qui, si il est adopté sur les 
théâtres plus vastes, doit augmenter l'illusion théâtrale et 
éloigner de la scène les machines ridicules et les petits 
moyens qu'on y employait autrefois. » Six représentations 
du Déserteur furent données dans ces conditions, et, quoique 
les cinq dernières fussent moins brillantes que la première 
au point de vue de la recette, elles ne laissèrent pas pourtant 
que d'être satisfaisantes ; elles amenaient du reste, tout natu- 
rellement, un suplément de frais considérable, que cet ex- 
trait du compte du mois d'avril nous fait connaître avec 
précision : — « Payé au citoyen Franconi pour sa présence 
et celle de sa cavalerie dans les 6 représentations de la pièce 
du Déserteur de la montagne de Hamm, la 1''"= fois à 630 livres et 
les 5 autres à 530 livres chacune, suivant l'arrêté et quit- 
tance du IS avril 1793, cy : 3,280 livres. » 

Le 12 avril on voit débuter Saint-Aubin, mari de l'ado- 
rable chanteuse de ce nom, dans le rôle de Dalin de la 
Fausse Magie, et Fay, qui joignait au talent de chanteur celui 
de compositeur aimable, dans celui d'Azor de Zémire et Azor. 
Le 17, c'est le tour de M™ Saint-Amans, temme d'un com- 
positeur et chanteuse fort distinguée, qui se montre dans 
Colombine du Tableau parlant et la Comtesse du Comte d' Albert : 
elle renouvelle cette épreuve le 29, en jouant Hélène de 
Sylvain, mais n'est pas engagée, malgré ses excellentes qua- 
lités. Le 2 mai, on donne la première représentation A'Asgill 
ou le Prisonnier de guerre, opéra-comique en un acte, paroles 
de Marsollier, musique de d'Alayrac ; le 6, le théâtre fait 
relâche, « à cause du recrutement; » le 18, avec Raoul-Barbe- 
Bleue et la 42'5 de Lodoiska, il encaisse une modeste recette de 
1,053 livres 12 sols, dont le registre nous fait ainsi connaître 
l'emploi : — « Ce produit a été destiné aux frais de la guerre 
de la Vendée et réparti aux 23 comédiens existants, qui l'ont 
offert à leurs sections respectives à raison chacun de 45 1. 
16 s. 2 d.; » le 22, la première représentation de la Blanche 
Haquenée, opéra-comique en trois actes, dont Porta avait 

d'y entendre les commissaires que la Convention y enverra. 11 demande 
que le drapeau noir, qui annonce que la Patrie est en danger, soit placé 
sur les tours de Notre-Dame. (Accordé.) Le conseil général arrête qu'à 
l'instant un commissaire sera envoyé dans chaque section, pour y faire 
lecture d'une proclamation, et que demain elle sera faite dans les rues et 
carrefours de Paris. » C'est la proclamation qui commençait par ces mots: 
Aux armes, citoyens, aux armes! Si vous tardez, tout est perdu. .. 



écrit la musique sur un poème de Sedaine, est tellement 
bousculée que la pièce ne peut être achevée et qu'on est 
obligé de remplacer le dernier acte par Philippe et Georgette ; 
et enfin le 31, jour du grand mouvement des sections de 
Paris, le registre remplace par ces mots le programme ordi- 
naire du spectacle : — « Relâche à cause de la prise des 
armes par toutes les sections de la ville de Paris, pour la 
révolution nommée du 31. » 

On essaie de jouer le 1"'' juin, et l'on affiche un spectacle 
composé de l'Amant jaloux et de Clarice et Belton : mais on n'y 
parvient qu'à moitié : « Comme on finissoit le premier acte 
de cette dernière pièce, nous dit le caissier, la générale a 
battu et le spectacle a cessé. » C'est que Paris, comme Lyon, 
était en proie à l'anarchie la plus complète, et en révolte 
ouverte contre la Convention. Pour le dimanche 2, le lundi 3, 
le mardi 4, le registre contient cette note unique — et laco- 
nique : « Relâche par suite de la révolution du 31 may 
dernier. » On rouvre enfin le 5, mais ce mois de juin si 
tumultueux^ si tourmenté, sera terrible pour la caisse de la 
Société, dans laquelle il fera tomber à peine 32,000 francs; 
et comme il était difficile de' travailler avec fruit dans des 
circonstances si profondément dramatiques, ce même mois 
ne voit produire à la scène qu'une seule et mince nouveauté, 
le Coin du feu, opéra-comique en un acte, paroles de Favières,. 
musique de Jadin, qui est représenté le 10. Cependant, deux 
débutants se présentent encore : Valville, qui se montre le 
8 dans le rôle de Dorimon de la Fausse Magie, et Fleuriot, qui 
s'offre au public sous les traits d'Arlequin cadet dans les 
Jumeaux de Bergame. Le second seul est engagé, et presque 
aussitôt reçu sociétaire. 

On ne saurait s'étonner, en des temps si troublés, de la 
participation de certains êtres à certaines manifestations dont, 
au premier abord, le caractère semble un peu bizarre et un 
peu excessif. Il faut, en effet, tenir compte des circonstances, 
et, si l'on peut dire, se mettre au ton du moment. C'est 
ainsi que nous allons voir, mêlé directement à l'une de ces 
manifestations, en apparence assez ardente, Chenard, l'excel- 
lent acteur du théâtre Favart, Chenard, dont on n'a jamais 
autrement parlé au point de vue politique, Chenard, l'hon- 
nête homme et l'homme paisible par excellence, Chenard 
enfin, qui continua sans encombre sa carrière jusque pendant 
les premières années de la Restauration, tandis que son 
camarade Gavaudan, devenu l'objet d'avanies sans nombre, 
fut obligé de s'éloigner à cette époque non seulement de 
l'Opéra-Comique, mais même de Paris, où les ultra-royalistes 
ne voulaient plus le laisser se montrer. 

Nous avons vu Chenard une première fois, en compagnie 
de ses camarades Trial, Narbonne et Clairval, se présenter à 
la barre de l'Assemblée nationale, pour y remplir un devoir 
d'ailleurs beaucoup plus patriotique que politique, et le 
remplir au nom d'une société d'artistes dont il n'était que 
l'un des délégués. Nous allons le retrouver à la Convention, 
mais cette fois agissant en son propre nom et comme membre 
d'une sorte de groupe politique, de la section de 1792, dont 
il fait partie. L'incident dont je veux parler, et qui est resté 
complètement inconnu, est ainsi rapporté dans le Journal des 
Spectacles du dimanche 7 juillet 1793; il s'était produit deux 
jours auparavant, le vendredi 5, et il ne laisse pas que d'être 
curieux : 

« Vendredi dernier, lorsque la section de 1792 se rendit à la 
Convention nationale pour notifier qu'elle avait accepté l'acte 
constitutionnel, M. Chenard, acteur de l'Opéra-Comique-National, 
et MM. Vallière et Gliàteaufort, acteurs du théâtre de la rue Fey- 
deau, et membres de celle section, chantèrent l'Hymne des Marseil- 
lais [la Marseillaise], en présence de l'Assemblée. On fesait chorus 
avec eux. Lorsqu'ils en furent au couplet qui commence par ces 
mots : Amour sacré de la patrie, les représentants et les spectateurs 
se tinrent debout et découverts. M. Chenard, s'adressant ensuite à 
la Montagne, chanta la strophe suivante : 

Citoyens chers à la patrie, 

Nous venons vous offrir nos cœurs ; 



LÉ MÉNESTREL 



59 



Montagne, Montagne chérie, 

Du peuple les vrais défenseurs; (bis) 

Par vos travaux, la République 

Reçoit la constitution; 

Notre libre acceptation 

Yous sert de couronne civique. 

Victoire, citoyens, gloire aux législateurs ! 
Chantons, chantons, 
Leurs noms chéris sont les noms des vainqueurs (1). 

(A suivre.) Arthur Pougin. 



SEMAINE THEATRALE 



J'entends dire souvent que les éditeurs ne sont bons à rien. C'est 
une opinion que je ne saurais partager. Ils sont, de toute évidence, 
un rouage nécessaire dans les choses musicales, et on ne saurait s'y 
passer de leur zèle, d'autant plus intelligent et plus actif qu'il est 
intéressé à la réussite des œuvres auxquelles ils s'attachent. C'est 
une question qui mériterait d'être approfondie et sur laquelle nous 
reviendrons peut-être quelque jour en détail, ayant pour la traiter 
plus d'éléments et de documents certains qu'aucun autre. 

Pense-t-on, par exemple, — tenons-nous-en aujourd'hui à ce seul 
cas, — que ce n'a pas été une bonne fortune pour M. Benjamin Go- 
dard d'avoir rencontré sur sa route M. de Ghoudens et ses fils? 
Ceux-ci, d'ailleurs, sont ardents entre tous et il se peut même que 
parfois ils passent la mesure ; j'ai entendu des autours se plaindre 
qu'ils aient fourré le nez trop avant dans leurs partitions, en déran- 
geant l'économie ou en modifiant les dénouements avec trop de 
désinvolture et sans les consulter. Mais, — sans les excuser de n'avoir 
point pris pour cela l'avis des auteurs, ce qui est une faute lourde, — 
il faut bien reconnaître qu'ils n'en ont ainsi usé le plus souvent que 
pour des ouvrages qui semblaient peu viables autrement et dont ils 
essayaient de rétablir par tous les moyens la fortune compromise. Ce 
sont là des opérations qu'on peut oser dans des cas désespérés, et 
on en a vu réussir. Pour ce genre d'opérations, M. de Choudens a 
d'ailleurs sous la main et dans sa propre maison deux praticiens 
d'expérience : son fils Antony, musicien distingué, et son autre 
fils Paul, qui tourne le vers avec aisance. Rien ne sort de la 
famille et on peut s'en fier, jusqu'à un certain point, à leurs soins 
aussi paternels qu'éclairés. 

Voici donc M. Benjamin Godard, un des compositeurs de ce temps 
sur lesquels on est en droit de fonder de légitimes espérances, qui 
se morfondait dans une attente cruelle aux portes peu hospitalières 
de nos théâtres de musique. Vient à passer l'éditeur Choudens sur 
la roue de la Fortune, Plutus-Choudens, un Plutus clairvoyant qui 
flaire dans Benjamin Godard un cinquième étage à ajouter à son 
magnifique immeuble de la rue Caumartin, au-dessus du quatrième 
construit par Georges Bizet; on sait que c'est Gounod qui a posé les 
fondements de la maison : « Un livret? dit-il, le voici. Un chanteur? 
nous aurons Capoul. Un théâtre ? nous le trouverons. » Et rien que 
pour Jocehjn, il faillit s'improviser directeur de l'Opéra-Populaire, 
un poste dangereux. Comme il a toutes les chances, le Conseil 
municipal, en le récusant, lui évita ce mauvais sort qui pouvait 
très bien compromettre ses superbes constructions déjà vantées et 
lui coûter son troisième, celui qu'habite Charles Lecocq (loyer 
qu'on a dû augmenter depuis les Grenadiers de Montcornetie). 

Mais une meilleure occasion se présente. M. Porel, directeur de 

(1) Ce couplet est à ajouter aux innombrables couplets supplémentaires 
de la Marseillaise. Il ne sera pas le moins mauvais de la série. 

Le Journal des Spectacles, d'où est tiré ce petit récit, est le premier jour- 
nal quotidien de théâtres qui ait paru en France, donnant régulièrement 
le programme des spectacles. 11 se publiait seulement depuis une semaine 
(l" juillet), sous la direction d'uu écrivain-musicien qui n'était point sans 
talent, Pascal Boyer, né à Tarascon en 1743 et qui, auteur de quelques 
écrits intéressants, entre autres d'une bonne notice sur Pergolèse insérée 
dans le Mercure, avait aussi composé la musique d'une comédie-ballet de 
Gailhava, les Etrenncs de l'Amour, représentée à la Comédie- Française en 
l''69. On a pu remarquer qu'en pleine période de la Terreur, Boyer se 
refusait à employer le mot « citoyen », et qu'il écrivait M. Chenard, 
MM. Vallière et Chàteaufort. C'était évidemment un constitutionnel, un 
modéré, qui sait? peut-être un contre- révolutionnaire. Il lui en arriva 
malheur: traité de suspect, dénoncé comme tel au Comité de salut public, 
bientôt arrêté et incarcéré, il fut traduit devant le Tribunal criminel ré- 
volutionnaire, condamné à mort et exécuté le 19 messidor an II (7 juillet 
1794). 



rOdéon, qui n'est pas insensible aux charmes de la musique 
depuis les Erynnics et l'Arlésienne, dont il s'est bien trouvé, ne serait 
pas éloigné d'accueillir avec faveur la partition de Benjamin Godard. 
L'audition, qui a eu lieu chez M. Colonne, le chef d'orchestre dési- 
gné pour cette entreprise, a paru le satisfaire et, bien qu'il se dé- 
fende encore mollement dans les journaux d'avoir aucun projet de 
ce genre, il ne parait pas douteux que Jocelyn ne soit le couron- 
nement de sa présente saison sur la rive gauche. 

M. de Choudens tient son cinquième étage et M. Benjamin Godard 
peut déjà sans trop de présomption jeter des regards attendris sur 
la coupole de l'Institut, qui précisément se trouve dans les parages 
du nouveau Théâtre-Lyrique. Et j'en reviens à ma première propo- 
sition : Non, les éditeurs ne sont pas des êtres inutiles, même 
quand ils ont des ambitions de propriétaires, puisque nous devons 
à celui-ci un prochain Immortel et peut-être la création de la nou- 
velle scène lyrique si rêvée et si désirée par tous les musiciens. 
Car il n'est pas probable, si cette première tentative réussit, que 
M. Porel s'arrête en si beau chemin, et nous voulons espérer que 
tous les ans il nous régalera d'une petite fête musicale de même 
espèce. 

* * 

Comédie-Française. — Frarwillon, comédie en trois actes de 
M. Alexandre Dumas fils. 

Voilà une œuvre bien française, bien claire, bien nette, et qui 
mérite à tous égards le très grand succès qui l'a accueillie. Nous 
ne sommes pas toujours partisans des thèses à tapage que soutient 
à la rampe M. Alexandre Dumas, et certaines, comme celle de 
Denise, par exemple, ont le don de nous exaspérer, quel que soit 
d'ailleurs le talent déployé par l'avocat pour la défense d'une cause 
trop sujette à caution. Mais ici, dans F?-ancillon, il n'est rien dis- 
cuté que de très plausible : « Œil pour œil, dent pour dent, dit la 
femme ; si tu me trompes, je te tromperai. )j II n'y a rien là qui 
soit pour nous épouvanter, surtout quand il ne s'agit pas de pousser 
cette théorie à fond, et qu'il n'est question comme en l'espèce que 
de donner une verte leçon à un mari volage et fort peu intéressant. 

On peut donc applaudir cette fois, et sans arrière-pensée, à cet 
esprit si vif, qui nous éblouit, à cette langue si nerveuse, qui reste 
un modèle, à toute cette finesse et à toute cette verve. C'est une 
des meilleures soirées qu'il nous ait été donné depuis longtemps 
de passer au théâtre. Et cette œuvre supérieure a rencontré une 
interprétation de premier ordre en la personne de M"'' Bartet d'abord, 
dont l'accent mordant se prête si admirablement à toutes les pen- 
sées et à toutes les théories de l'auteur. Cela a été pour elle un 
véritable triomphe. Febvre, dans le rôle très ingrat du mari, a 
déployé, lui aussi, des qualités remarquables ; il n'est pas possible 
de n'être frappé de la vérité et de la vraisemblance du personnage : 
ce Lucien de Riverolles, nous le rencontrons à chaque pas, correct 
de tenue et le monocle vissé à l'œil, esprit parisien tout de surface, 
pas méchant de parti pris, seulement inutile et indifférent, voilà tout; 
le cercle est sa patrie et Rosalie Michon son occupation. Il est entouré 
d'amis taillés sur le même patron, qui lui sont supérieurs cependant 
en quelques points : Stanislas de Grandredon CWorms) a plus d'esprit 
très certainement (il est vrai qu'il s'en est approvisionné chez Alexan- 
dre Dumas, une bonne marque), mais il est trop de neuf habillé, 
ce qui ôte de l'aisance à ses mouvements; Henry de Symeux (Laro- 
che) semble avoir une apparence de cœur, à moins qu'il ne veuille 
en faire accroire tout simplement à la gentille Annette (Reiehem- 
berg), une riche héritière, mais il débite sans naturel et avec 
des gestes trop arrondis des tirades bien enguirlandées ; Jean de 
Carillac (Trulfier) a moins d'estomac, c'est la seule excuse de sa 
sottise. - Nous aimons mieux la charmante et vertueuse amie de 
M"" de Riverolles, Thérèse Smith, qui nous est représentée sous les 
apparences aimables de M"" Pierson. Thiron représente un vieux 
marquis d'ancien régime, tout d'une pièce, plus vraiment jeune et 
mieux pensant que son pauvre fils, avec des pointes d'esprit très 
fines; et comme il connaît son Brantôme! Coquelin cadet (un do- 
mestique) et Prudhon (le clerc) n'ont qu'une scène, mais elle a 
suffi à donner leur mesure d'artistes consciencieux. 

Gymnase. — La Comtesse Sarah, pièce en 5 actes de M. Georges 
Ohnet. — Le Gymnase semble aussi, de son côté, tenir un succès 
profitable. Il n'y a pas, bien entendu, de comparaison à établir 
entre M. Alexandre Dumas et M. Georges Ohnet. Celui-ei emploie 
des procédés infiniment plus bourgeois pour conquérir les faveurs 
du public, mais sa vogue n'en est pas moins sûre, au contraire. 
Le Maître de Forges l'a prouvé surabondamment, et la Comtesse Sarah 
pourra on fournir une nouvelle preuve. 



60 



LE MJUNESTREL 



M™° Jane Hading et l'excellent Lafontaine s'y sont disputé des 
applaudissements et des rappels très justifiés, la première toujours 
bien charmante, bien femme, le second plein de cœur et de no- 
blesse dans son rôle de vieux général énamouré. Landrol, Noblet. 
Romain, M"'=' Rosa Bruck, Darlaud et la jolie M"= Depoix complè- 
tent une interprétation sans peur et sans reproche. 

H. MORENO. 

P.-S. — Hier samedi, aux Nouveautés, première représentation de 
l'Amour mouillé. A. dimanche prochain le compte rendu. 



LA MUSIQUE EN RUSSIE 



HAROLD (Suite). 
M. Napravnik est un intelligent et excellent musicien, mais d'un 
talent peu saillant et auquel la variété et l'originalité manquent 
absolument. Sa musique est agréable, elle a même du Ivrisme 
mais elle n'est pas dramatique ; la finesse et la poésie lui font 
défaut. 

Ces quelques lignes suffiraient pour donner une idée o-énérale 
d'Harold: elles demandent cependant quelque développement. 

Précisément parce que M. Napravnik est un n.usicien intelli- 
gent, il n'a pu être question pour lui ' des anciennes formes de 
l'opéra, routinières et immuables, malgré les exigences diverses et 
les développements des situations scéniques. 

Dans l'œuvre de M. Napravnik, les formes sont libres, elles mar- 
chent d'accord avec le mouvement du drame et du texte. Il ne 
craint pas les récitatifs quand il en faut, et tout le premier acte 
se compose enlièrement d'une musique qui coule sans interrup- 
tion et sans les divisions habituelles par numéros de l'ancien 
opéra. Si l'on rencontre parfois chez M. Napravnik des épisodes de 
forme arrondie, comme, par exemple, la « romanzetta » d'Harold, 
adressée au médaillon, ou la « berceuse » d'Adèle, c'est seulement 
quand ils sont expliqués par la situation ou les exioences de la 
scène. Peut-être pourrait-on reprocher à M. Napravnik une couple 
d'ensembles, bien motivés en tous cas, mais qui font un peu traî- 
ner l'action en longueur. De plus, M. Napravnik sait très bien 
manier les thèmes fondamentaux et les emploie toujours à propos 
Tout en employant les formes nouvelles, M. Napravnik avait en- 
core à choisir entre la voie tracée par Wagner ou celle de la nou- 
velle école russe. H a choisi la première. Est-ce par conviction ou 
par inaptitude au style de la nouvelle école russe? je n'ai o-arde 
de le décider, mais il a commis une faute grave. Chez Wagner 
comme on le sait, l'idée musicale est confiée le plus souvent à 
l'orchestre, et pendant ce temps les chanteurs déclament, en quel- 
que sorte, le programme de la musique entendue à l'orchestre sur les 
notes absolument insignifiantes de l'harmonisation. De là provient 
cette continuité incessante de la sonorité, instrumentale, fatio-ante 
parce qu'elle est sans trêve ; et, comme l'attention des spectateurs 
se porte toujours plus volontiers sur les chanteurs, dont ils sui- 
vent l'action en scène, que sur l'orchestre, qui ne leur représente 
rien, l'intérêt musical principal se trouve sacrifié à un intérêt 
secondaire, et les chanteurs ne peuvent que nuire à l'effet de la 
musique symphonique, dont ils détournent l'attention. 

Dans les récitatifs de la nouvelle école russe, au contraire (voyez 
le Convive de pierre, Boris Goudounoff), chaque phrase du texte évoaue 
une phrase musicale correspondante ; c'est le récitatif mélodique. 
Ces deux phrases fondues ensemble se renforcent l'une par l'autre 
et, soutenues par un accompagnement sobre, produisent une impres- 
sion définie, concentrée, que rien ne distrait, et augmentent ainsi 
la diversité et la richesse des formes musicales. 

Mais M. Napravnik a choisi le système de Wagner. C'est pour- 
quoi bien des morceaux qui plaisent à la lecture au piano ne pro- 
duisent à la scène aucun effet, les chanteurs empêchant d'écouter 
attentivement la musique intéressante de l'orchestre. 

C'est ainsi que la musique qui sert d'accompagnement au récit 
fait par Ordgar des violences des Normands à Douvres passe trop 
inaperçue (1). 

C'est donc principalement à l'adoption de ce système wa°nérien 
aussi nuisible au texte qu'à la musique, qu'est due l'impuis- 



(1) Pour la plus grande clarté de ce résumé, je ne choisis partout qu'un 
exemple; mais on peut en trouver une quantité d'autres dans la partition 
d'Harold. 



sance où s'est trouvé M. Napravnik d'augmenter l'intérêt du 
drame et la sympathie pour ses personnages, intérêt et sympathie 
dont le libretto est par lui-même presque absolument dépourvu. 

Quant au système de la nouvelle école russe, système du récitatif 
mélodique, il exige une déclamation hors ligue et une inspiration 
mélodique intarissable : M. Napravnik ne possède ni l'une ni l'autre. 
Sa déclamation ne va pas au delà de l'observation exacte de l'accent 
juste, des syllabes longues et courtes, et sa prosodie est banale ou 
affectée, avec le débit tantôt lent et tantôt rapide dans la même 
phrase, ce qui n'est pas naturel, et est même quelquefois incorrect. 
Le peu d'aptitude de M. Napravnik pour le récitatif mélodique se 
révèle surtout dans les passages dramatiques où. le système de 
Wagner n'a plus aucune raison d'être, où il est indispensable de 
donner la phrase vocale dans toute sa pureté. Ea semblables cir- 
constances, le récitatif mélodique est remplacé, dans Hai-old, par des 
exclamations de mélodrame sans valeur musicale. 11 est possible 
que M. Napravnik ait été amené à choisir la méthode de Wagner 
par la conscience qu'il avait de son manque d'aptitude pour le réci- 
tatif mélodique, mais il est certain que cette méthode a été fort 
préjudiciable à l'œuvre. 

La musique d'Harold ne manque pas de charme mélodique et 
harmonique, mais c'est un charme monotone et sans consistance. 
Rien de trivial, mais pas de chaleur, pas de distinction, pas d'ori- 
ginalité. C'est la personnification de la médiocrité dorée et des 
vertus bourgeoises en musique. Les contours mélodiques et harmo- 
niques en sont uniformes, à tel point que les motifs les plus vifs" 
et les plus animés ont une analogie frappante avec les motifs calmes 
et tristes. Cette uniformité se manifeste encore davantage par le 
fréquent emploi de certains procédés tels que les points d'orgue, la 
répétition de la phrase à la quarte au-dessus, et surtout, dans les 
mélodies, la combinaison des rythmes binaires et ternaires. Sans 
doute le triolet, après le rythme binaire, donne de l'impulsion à la 
phrase musicale quand c'est le résultat de l'inspiration du compo- 
siteur ; mais l'emploi de cette forme dans Harold, depuis la première 
jusqu'à la dernière page, n'est évidemment qu'un simple procédé. 
J'ai signalé le manque d'originalité de la musique de M. Napravnik. 
Parfois ce manque d'originalité est remplacé par une ressemblance 
frappante avec la musique de Chopin, de Tscha'ikowsky, et surtout 
de Moussorgsky. 

L'instrumentation d'Harold est belle, mais monotone comme sono- 
rité, trop continuellement alourdie par des parties doubles, par 
l'abus des instruments à percussion dans les fl. Quelques épisodes 
charmants, d'un coloris plus délicat, ressortent parfois à travers 
cette monotonie, comme par exemple la petite berceuse, qui est ravis- 
sante. Les chœurs sont irréprochables sous le rapport de la sono- 
rité, bien qu'ils soient écrits un peu haut. Les parties des solistes 
sont presque toutes aussi écrites trop haut. Évidemment, M. Napravnik 
a compté sur ce moyen pour forcer l'effet, mais son espoir ne s'est 
pas réalisé. Les parties trop élevées sont fatigantes au possible 
pour les chanteurs et ne produisent pas d'effet, parce que les notes 
les plus hautes ne sont pas toujours les plus sonores. Et même, un 
effort trop prolongé dans les régions élevées de la voix, comme par 
exemple dans le rôle d'Harold, finit par produire un mélange de 
compassion pour le chanteur et d'inquiétude pour la musique qu'il 
chante. La petite berceuse, écrite dans le registre moyen, ressort' 
infiniment mieux que les autres motifs. 

La musique d'Harold est en général bien adaptée au sujet et 
correspond parfaitement aux situations scéniques, sauf pourtant 
quelques exceptions tout à fait inexplicables. Ainsi, les paroles' 
d'Harold : « Non! je te frapperai sur l'éehine ! » sont rendues par 
une musique douce, tendre et charmante. Aucun type caractéris- 
tique. Tous les personnages sont dépeints au moyen des mêmes 
contours mélodiques et des mêmes harmonisations. La phrase typique 
de l'orchestre, représentant le caractère de Vulfnot, est la seule qui 
fasse exception, et encore Vulfnot est un personnage qui parle et. 
qui ne chante pas. Ces phrases parlées à travers la musique pro- 
duisent une impression désagréable et un peu choquante. Il me 
semble qu'il eût été facile de l'éviter en donnant à Vulfnot des réci- 
tatifs à chanter sur une note tenue. Cela eût été à la portée des 
douze années du petit interprète. 

L'opéra de M. Napravnik est démesurément long. Il commence 
aujourd'hui et finit demain. S'il est déjà extrêmement diflicile 
d'écouter attentivement d'un bout à l'autre un opéra en cinq actes 
de Meyerbeer, resplendissant de talent et de variété, comment sup- 
porter l'écrasante monotonie d'Harold et la constante répétition des 
mêmes effets, dont il a été question dans l'analyse du libretto? Au 
quatrième acte, l'auditeur est déjà fatigué, son attention faiblit^ 



LE MENESTREL 



61 



de sorte que pour entendre l'opéra de M. Napravnik avec quelque 
fraîcheur d'esprit, il faudrait en faire deux tranches. 

J'aboutis à cette conclusion, que le trait principal et caractéris- 
tique d'Harold consiste en une certaine beauté uniforme, fatigante, 
sans relief et sans profondeur, à de rares exceptions près. 

C'est une œuvre écrite consciencieusement, avec intelligence, et 
digne de toute estime, mais lourde, uniforme, et pauvre d'inspira- 
tion. Le soin avec lequel sont achevés tous les détails démontre à 
l'évidence qu'elle est le fruit d'un laborieux travail, fait avec amour. 
Si le libretto n'avait pas été écrit exclusivement pour les yeux et 
pour la mise en scène, s'il y avait eu plus de sentiment, si le sujet 
avait été réduit, resserré, un bien meilleur résultat eût été obtenu. 

L'interprétation d'Harold est aussi consciencieuse que possible. 
L'orchestre et.les chœurs sont irréprochables; mais les solistes, mal- 
gré toute la peine qu'ils se donnent, laissent à désirer. M""" Pau- 
lowska (Adèle) ne sort pour ainsi dire pas des lieux communs d'un 
talent dramatique ordinaire. La voix de M""" Slavina (Ghita) sonne 
mal, par suite de la trop haute tessiture du rôle. M. Melnikoft 
(Edouard) ressemble à Boris Godounoff et au Meuriseur de Roussalka. 
M. Stravinski représente plutôt un hetman petit-russien que Guil- 
laume le Normand. M. WassilielT se consume en efforts, mais il 
n'est pas capable de rendre le caractère héroïque d'Harold. Quel- 
ques rôles de second ordre, seulement, sont remplis d'une manière 
absolument satisfaisante. 

Pour être juste, il faut bien observer que l'insuffisance de nos 
artistes dans Harold provient en grande partie du libretto et de la 
façon incommode et ingrate dont la musique a été écrite pour les 
voix. 

La mise en scène d'Harold est merveilleuse. Jamais encore noire 
scène d'opéra n'a vu d'aussi splendides décors. Les costumes sont 
fous beaux, à l'exception des costumes de chasse des femmes, abso- 
lument ridicules. C'est une sorte de frac à longues traînes, qui 
donne aux dames l'air de mouches comme on en voit dans les 
féeries. 

Indubitablement, Harold a. eu du succès, succès moins considérable 
cependant qu'on n'a l'habitude d'en voir aux premières représenta- 
tions, car les rappels de l'auteur n'ont commencé qu'après le troi- 
sième acte. C'était un succès d'eslime, et comme M. Napravnik est 
très aimé et très populaire comme chef d'orchestre, il est hors de 
doute que, même dans ce succès d'estime, le chef d'orchestre a 
beaucoup aidé le compositeur. 

C. Cui. 



NOUVELLES DIVERSES 

ÉTRANGER 

S'il faut en croire la Lotnhardia, de Milan, radministralion de la Scala 
aurait encaissé déjà, pour la seule première représentation i'Otello, 
30,000 francs de location. On sait, il est vrai, que le prix des places pour 
cette représentation atteint des proportions invraisemblables. Celui des 
fauteuils d'orchestre est fixé à 200 francs et le Trovatore raconte que la 
marquise Massari (qui n'est autre que l'ex-cantatrice Maria Waldmaan, 
qui a créé Aida à la Scala. avec le succès que l'on saitj a payé 1,200 francs 
une loge de troisième rang. 

— Voici qu'on parle, à la vérité d'une façon assez vague, d'un ouvrage 
nouveau qui se produirait à la Scala dans un avenir plus ou moins 
éloigné. 11 s'agirait d'un opéra-ballet en quatre actes et un prologue, 
Fatma, dont le livret, écrit sur un sujet arabe par M. Marco Praga, a été 
mis en musique par M. L. Gastaldon. 

— Chaque année paraît à Pesaro, ville natale de Rossini, VAnnuario 
scolastico del Liceo musicale Rossi7ii, établissement élevé, on le sait, grâce à 
un legs considérable fait à la municipalité par l'auteur du Barbier et de 
Guillaume Tell. Un nouveau volume de cet .innuario vient de paraître, par 
les soins de M. Carlo Pedrotti, l'auteur de Tutti in maschera et le direc- 
teur du Lycée. Ce volume-, qui retrace les faits de la quatrième année 
d'existence de l'institution (188b-18!i6), n'est pas moins intéressant que les 
précédents. Il donne les détails relatifs à l'enseignement, le nombre des 
classes, celui des élèves et des professeurs, ces derniers au nombre de 21, 
les programmes des saggi (exercices) de l'année écoulée, etc., etc. Parmi 
les prolesseurs on ne compte que deux femmes; il est vrai que ce sont 
deux grandes artistes. L'une est la célèbre cantatrice Virginia Boccaba- 
dati, qui est maestra di bel canto; l'autre, la signera Filoména Pratesi- 
Marenco, maestra di portamento e mimica. Tous les grands Conservatoires 
d'Europe devraient publier un annuaire de ce genre, et suivre l'exemple 
qui leur est donné par le Conservatoire de Bruxelles (qui vient, lui aussi, 
de publier le sien, dont nous parlerons prochainement) et le Lycée mu- 
sical de Pesaro. 



— S'il faut en croire il Trovatore, l'opéra un Telegramma, représenté le 
30 décembre dernier à la Pergola, de Florence, ne serait pas absolument 
nouveau; il aurait été joué une fois l'an dernier au théâtre Abbadia, de 
San Salvadore, ville natale du compositeur, M. Riccardo Matini. La mu- 
sique, dit le Trovatore, est gracieuse et sans prétention; l'ouvrage est 
bouffe et comporte trois actes. Le succès a été très vif à la Pergola, où l'on a 
fait répéter plusieurs morceaux. Ajoutons que la représentation avait lieu 
au bénéfice de l'institution des sourds-muets, et que tous les interprètes 
étaient des amateurs ou des élèves, à l'exception d'un seul, M. Sborgi, 
artiste de profession, âgé de 73 ans ! 

— Il semble, dit VAsmodeo, que Padoue n'aura plus prochainement que 
deux théâtres. Le ConcorJi serait vendu au marquis Doudi Orologio, le- 
quel le convertirait en une maison de rapport. Ce théâtre fut édifié vers 
1633 par la famille des Obizzi; restauré en 1793 par l'architecte Gloria, 
modernisé en 1820 par son propriétaire d'alors, François IV d'Esté, duc 
de Modène, il fut acquis, en 1842, par une société de signori padouans, qui 
lui donnèrent le nom de Concordi (il s'était appelé auparavant et jusqu'à 
la restauration de Gloria théâtre Obizzi, puis Nuovo et Nuo\dssiino sous 
le duc de Modène). Il ne restera donc à Padoue, pour l'opéra et pour les 
bals, que le théâtre Verdi ; pour la comédie, les cirques équestres, etc., 
que le Garibaldi, une vieille carcasse qui aurait besoin d'une restauration 
radicale, et par respect pour le nom qu'il porte et parce qu'il se trouve 
dans la plus belle situation, tout près du monumental café Pedrocchi. 

— Nouvelles théâtrales d'Allemagne. — Un très vif succès a accueilli 
la représentation de Manon, opéra de M. Kleinmichel, que vient de don- 
ner le théâtre municipal de Magd^^bourg. Le rôle de l'héroïne était tenu 
par M°"^ Monhaupt, qui a soulevé l'enthousiasme général. — Un nouvel 
opéra de M. Franz Sarosi, livret de M.L.Bartok, le Dernier des Abencérages, 
a convenablement réussi le 4 janvier, à l'Opéra de Pesth. La musique a, 
paraît-il, plusieurs points de ressemblance avec celle de Meyerbeer. L'au- 
teur, gravement malade, n'a pu assister à la représentation de son 
œuvre. 

— La situation financière du théâtre municipal de Francfort s'aggrave 
d'année en année. La crise est en ce moment à son état aigu ; une alloca- 
tion de 130,000 marks vient d'être votée par le Conseil municipal, pour 
parer aux besoins les plus pressants. On parle de l'introduction immi- 
nente d'un nouveau système d'administration. 

— L'Académie de musique de Pesth vient de procéder à l'audition de 
deux œuvres importantes de M. C. Saint-Saëns, le Déluge et la Lyre et la 
Harpe. Les solistes, chœurs et orchestre étaient sous la direction de 
M. Szautner. Grand succès pour les œuvres et les interprètes. C'était la 
deuxième audition du Déluge en moins d'un an. Le grand effet produit 
par la première exécution s'est reproduit et même augmenté la seconde 
fois. 

— Un accident est arrivé, il y a trois jours, au ténor Vogl, le célèbre 
chanteur wagnérien, pendant une représentation de Rienzi au théâtre de 
Barmen. Au second acte, au moment où Rienzi reçoit un coup de 
poignard d'Orsini, l'acteur chargé de ce dernier rôle frappa si maladroi- 
tement son partenaire que M. Vogl fut sérieusement atteint. L'arme 
d'Orsini, trop effilée pour l'usage du théâtre, perça l'étoffe et fit une 
égratignure assez profonde à M. Vogl. Bien qu'il eût perdu beaucoup de 
sang, M. Vogl continua de chanter jusqu'à la fin de la pièce. La blessure, 
quoique sérieuse, est sans gravité. Un peu plus protonde, elle touchait la 
région du cœur. 

— Au Théâtre Royal de Madrid, la Reine de Saba, l'opéra de M. Cari 
Goldmarck, dont le succès est si grand en Allemagne depuis quelques années, 
vient de subir une chute à peu près complète, malgré la présence du 
ténor Gayarre et le talent qu'avait déployé l'excellent chef d'orchestre 
Mancinelli dans la préparation des études de l'ouvrage et dans sa direction. 
Notre confrère, la Correspondencia musical, dît que tout le monde s'accorde à 
déclarer que la Reine de Saba est l'œuvre d'un grand symphoniste, à la- 
quelle manquent l'inspiration et l'effet théâtral. 

■ — Dans une représentation donnée à Madrid, au bénéfice des actrices 
du théâtre de la Princesse, on a joué à ce théâtre un à-propos en un 
acte, las Mujeres que matan, écrit expressément par M. Carlos Coello et 
mis en musique par M. Fernandez Caballero. 

— La dernière innovation américaine est l'introduction dans les con- 
certs du programme anonyme, dont le but est d'empêcher le public d'être 
influencé dans ses préférences par le prestige d'un nom célèbre. Le bas 
du programme est composé de plusieurs coupons numérotés, parmi les- 
quels les auditeurs sont priés de détacher celui correspondant au mor- 
ceau qui leur a procuré le plus de satisfaction. C'est à M. Bowmann, 
organiste de Minneapolis, qu'est due cette heureuse invention, qui a déjà 
eu pour résultat d'accorder à une composition d'un M. Dudley Buck (?) 
une majorité de 70 voix sur la sonate en ut mineur de Mendeissohn. Et 
la presse américaine d'exulter. Elle se demande, sans doute, ce dont elle 
doit s'enorgueillir le plus, de la supériorité de l'école américaine ou du 
goût de ses concitoyens. 

— Les joueurs d'orgue de barbarie de New- York ont une organisation 
plus sérieuse que celle de beaucoup d'entreprises industrielles. Ils ont di- 
visé la ville entière en plusieurs zones, absolument comme les porteurs 



62 



LE MENESTREL 



de journaux de Philadelphie. Quand un des membres de la corporation 
meurt ou retourne en Italie (ce sont presque tous des Italiens), sa zone 
est mise à prix et vendue au plus fort enchérisseur, et la somme ainsi 
prélevée versée dans la caisse de la corpordtion. Celle-ci se compose à 
présent de 8S2 membres. Il est encore curieux de constater que les airs 
sont choisis de façon à satisfaire le goût des différents quartiers. Ainsi, 
les orgues jouant de la musique classique ou des airs d'opéra vont tra- 
vailler du coté de la S' avenue ■ et des rues de Murray Ilill, tandis que 
ceux qui font entendre des mélodies d'un ordre plus populaire parcou- 
rent les quartiers de l'Est et de l'Ouest. On nous assure que le proprié- 
taire d'un orgue de barbarie et d'un singe peut amasser en cinq années 
de quoi retourner en Italie, et y subsister sans travailler jusqu'à la fin de 
ses jours. La recette moyenne d'une journée est de trois à quatre dollars. 

— Le bureau de poste de Boston est dans une très grande perplexité, 
raconte le Musical Courier, au sujet d'un imprimé qui vient de lui parve- 
nir, portant l'adresse suivante : « M. George F. Haendel, aux soins de la 
Haendel et Haydn Society, à Boston. » Si encore l'expéditeur avait pris soin 
d'ajouter l'indication : faire suivre I. . . 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 

Le concours Cressent vient d'être ouvert par la direction des beaux- 
arts, 3, rue de Valois. Le poème destiné à être mis en musique pourra 
être dramatique ou bouffe, opéra ou opéra comique, en un ou deux actes, 
avec chœurs. Les Français seuls peuvent concourir pour ce prix, dont la 
valeur est de 2,300 francs. Les manuscrits devront être déposés du 16 au 
30 avril 1887. 

— Nous recevons de meilleures nouvelles de la santé de M'''' Van Zandt. 
La jeune artiste, installée depuis quelque temps déjà à Cannes, à la villa 
Isabelle, a quitté, hier matin, l'appareil qu'elle n'avait pas quitté depuis 
plusieurs mois. Elle commence à marcher, bien que les jambes soient 
encore faibles. Mais on peut, aujourd'hui, prédire que son rétablissement 
complet n'est plus qu'une affaire de temps. Mignon s'est reprise de goût 
pour la musique et, souvent, l'on entend de joyeuses mélodies s'échapper 
de la villa Isabelle, qui, pendant les premiers jours du séjour de M"* Van 
Zandt à Cannes, demeurait tristement silencieuse. 

— MM. Armand Silvestre et Léonce Détroyat ont obtenu de MM. Vac- 
querie et Meurice l'autorisation de tirer un opéra de Ruy Blas, dont la mu- 
sique sera écrite par M. Benjamin Godard. 

— Voici un siècle que Mercier, dans son fameux Tableau de Paris, se 
livrait, en parlant de la coiffure des femmes et de la façon dont elles se 
comportaient au théâtre, à des critiques singulièrement justifiées et à des 
réflexions que l'on croirait nées d'hier, tant elles s'appliquent au moment 
présent. Qu'on en juge: « Il n'y a pas longtemps que les hautes coif- 
fures, les plumes, les panaches étaient sur toutes les têtes de femmes ; et 
au spectacle, une rangée de femmes placées à l'orchestre bouchait la vue 
à tout un parterre, la même chose à l'amphithéâtre et dans les loges. 
C'était un vrai désespoir pour les spectateurs; on murmurait tout haut; 
mais les femmes eu riaient et la politesse parisienne se contentait de 

gronder, mais n'allait point au-delà 

Autrefois l'on ne pouvait voir, aujourd'hui l'on ne saurait entendre ; le 
caquet de ces femmes à panache ne discontinue pas pendant toute la pièce. 
On entend sortir des petites loges des voix bruyantes, des éclats de rire; 
c'est un babil qui oblige celui qui veut entendre d'aller ailleurs. On en 
fait la remarque tout haut; les causeuses l'entendent très bien; elles se 
taisent, et puis recommencent de plus belle trois minutes après. Elles 
sentent que la colère des hommes se bornera à quelque réflexion maligne 
et qui tournera même à leur avantage, car, pendant la petite diatribe, on 
les considère, et le grondeur désarmé finit par rire le premier de son accès 
de mauvaise humeur. Oh! les femmes, à Paris, ne redoutent dans aucune 
circonstance le courroux des hommes! >: — N'est-ce pas le cas de répéter 
encore, avec Alphonse Karr ; Plus ça change, plus c'est la même chose? 

— Liste d'ouvrages théoriques, critiques ou historiques, ayant la mu- 
sique pour objet et publiés récemment en Angleterre : — Manuel d'harmonie, 
par Lindsay Sloper (Londres, J. "Williams) ; Manuel de théorie musicale, par 
Oakey (Londres, Curwen et fils); Nouvelle Histoire de la musique, par John- 
F. Rowbotham (Londres, Trubner, 3 vol. in-8) ; les Ballades et madrigaux 
de t Angleterre, leurs origines et leurs développements à travers les siècles, 
par "W.-A. Barrett (Londres, Langmans et Green) ; Manuel d'instruction 
musicale (Londres, Hammond) ; le Soliste chanteur, par Sinclair Dunn (Lon- 
dres, Curwen et fils), écrit qui contient d'excellents conseils à l'adresse 
des jeunes artistes lyriques; Traité de l'acoustique, par T.-J. Harris (id. 
id.), ouvrage très complet et écrit dans une forme très claire ; les Sujets 
des opéras, revue des livrets lyriques les plus connus, publiés par Fréd. 
Pitman (Londres) ; Dictionnaire biographique des musiciens, avec la biblio- 
graphie des écrits anglais sur la musique, par James-D. Brown (Glascow, 
Mitchell) ; les Principes du chant, par Albert-B. Bach (Londres, Blackwood 
et fils) ; Cours de théorie musicale, par John Taylor (Londres, Philippe 
et fils). 

— M"« Marie Tayau, l'infatigable virtuose,outreles séances d'audition qu'elle 
donne chaque semaine, nous promet la résurrection de son charmant qua- 
tuor féminin, dont les éléments sont, dit-on, di primo cartello. 



■ — M. S. BUrger, le violoncelliste bien connu, vient de rentrer à Paris 
après une tournée de concerts, qui lui a valu beaucoup de succès, en 
Autriche, M. Bûrger reprend ses cours et leçons chez lui, -44, passage 
Jouffroy, hôtel Jouffroy. 

— On lit dans la Semaine Musicale de Lille: « La nomination de M. Clé- 
ment Broutin comme directeur de l'Ecole de musique et de la Grande-Har- 
monie de Roubaix, que la Semaine Musicale avait annoncée à ses lecteurs il 
y a trois semaines, est officielle depuis le l''' janvier. Grand prix de Rome 
de 1878, compositeur de talent, musicien distingué, M. Broutin réunit 
toutes les qualités nécessitées par ce poste important; la succession de 
M. Victor Delannoy ne pouvait être mieux reprise. » 

— De Dunkerque, on nous annonce le très vif succès remporté dans 
Mignon par M"° Vandervall, la charmante élève de M"' Viardot. « C'est 
la Mignon rêvée, dit un journal de l'endroit. Elle a été une grande ar- 
tiste. ^> 

— Les cours d'éducation musicale de M"= Chauchereau sont en plein 
exercice, salle Flaxland. C'est M. Paul Viardot qui est chargé du cours 
spécial d'accompagnement. 

— L'administration des Concerts Lamoureux demande des soprani, des 
contralti, des premiers et seconds ténors pour les représentations d'opéra 
qui seront données prochainement à l'Eden-Théàtre ; s'adresser pour l'ins- 
cription à M. Lue, régisseur, 22, rue Caumartin. 

CONCERTS ET SOIRÉES 

Le 12" Concert du Chàtelet débutait par une seconde audition de l'ou- 
verture de Bimilri (Rubinstein), œuvre très sombre, éminemment drama- 
tique, d'une clarté parfaite et d'un grand souffle. La Symphonie roman- 
tique de M. V. Joncières n'avait pas été exécutée depuis 1874. C'est plu- 
tôt une suite d'orchestre qu'une symphonie. Le premier morceau, sorte 
d'ouverture dans le style de Mendelssohn, est bien fait, très clair et très 
intéressant; l'adagio, très mélodique, pèche par un peu de monotonie; le 
scherzando, très court, est d'un joli caractère, légèrement fantastique. Le 
finale est une marche à la Wagner, qui nous a moins plu que les autres 
parties de la symphonie. En somme, cette œuvre, d'ordre un peu compo- 
site, a fait bonne figure et a été fort applaudie. — M. Joachim, sur le 
merveilleux talent duquel il n'y a plus rien à dire, a fait entendre le con- 
certo en /«mineur de Viotti, un chef-d'œuvre, et l'a dit avec cette correction 
impeccable qu'on lui connaît. Nous eussions préféré un peu plus de chaleur 
et de passion, surtout dans l'admirable finale. Le grand artiste a joué éga- 
lement une romance de Max Bruch et des pièces de Bach sans accompa- 
gnement. Son succès, comme toujours, a été fort grand. — La deuxième 
partie du concert était consacrée à l'audition du Struensée de Meyerbeer. 
Nous avouons humblement que cette œuvre nous plaît de la première note 
à la dernière. Sans doute il y a dans Struensée des procédés de rythme, 
d'orchestration, d'harmonie qui sont propres à Meyerbeer, qu'on a observés 
dans un grand nombre de ses compositions, qui ne sont plus une surprise 
pour l'auditeur. Mais c'est bien là do la musique vivante; Meyerbeer ne se 
complaît pas dans le vague ténébreux où les contours et les figures dis- 
paraissent; il excelle à dépeindre les impressions des foules, le tumulte 
des passions;- il donne à ce qu'il dépeint une forme concrète, saisissante 
et claire. C'est là le grand art, et le seul grand art. H. Barbedette. 

— CoN'CERTS Lamoureux. — L'ouverture i'Euryanthe, celle de Coriolan et un 
joli fragment de Hœndel pour deux hautbois et instruments à cordes ont 
représenté l'élément classique du dernier concert de l'Eden. — Un adagio 
pour violoncelle, exécuté par M. Joseph Salmon, n'était pas de nature à 
captiver bien vivement l'auditoire. Les virtuoses qui ne s'imposent ni par 
une très grande sûreté de mécanisme, ni par une remarquable qualité de 
son, et qui ne cherchent pas à éblouir par le prestige de la difficulté 
vaincite, devraient mériter nos suffrages en se montrant artistes dans le choix 
de leurs morceaux. L'adagio de Bargiel est une importation allemande dé- 
pourvue d'originalité ; on pouvait se dispenser de l'introduire chez nous. 
— U'EspaTia, d'Emmanuel Chabrier, pèche par l'abus des sonorités excen- 
triques, mais certaines mélodies nous séduisent par leur coloris vaporeux; 
celles-là portent bien la marque de leur origine. Pendant l'exposition de 
1878, on en entendait de semblables dans un cabaret arabe installé au 
Trocadéro. — La Symphonie fantastique de Berlioz, grâce à une exécution 
superbe, ne cache plus aucune de ses beautés. Elle devient claire, trans- 
parente, pour ainsi dire, et nous révèle ses défauts de détail en même 
temps que sa prodigieuse richesse mélodique. L'idée de diviser les harpes 
en deu.x groupes, placés à droite et à gauche et alternant leurs traits, 
ajoute énormément à l'effet de l'introduction de la scène du bal et prépare 
la gamme descendante si gracieuse qui précède immédiatement la valse. 
Dans la Scène aux champs, rarement les thèmes épisodiques ont été si bien 
mis en lumière. La Marche au supplice, où se trouve la réminiscence si dra- 
matique du motif principal et la fausse relation produite, vers la fin, par 
la juxtaposition des accords de ré bémol majeur et de sol naturel majeurj 
est un fragment d'une concision magnifique. Le finale rentre dans la caté- 
gorie des œuvres dont il faut condamner la tendance. La conception en 
est faible musicalement, et les dernières mesures dépassent les bornes du 
romantisme le plus extravagant. Berlioz, et c'est fort heureux, n'a pas écrit 
souvent dans ce style. Au contraire, les péroraisons de la première et de 
la troisième parties sont admirables de goût et de distinction. 

Amédée Boutarel. 



LE MENESTREL 



63 



— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche: 
Conservatoire, sous la direction de M. J. Garein :■ Symphonie en la 

(Beethoven) ; Écoute ma prière, hymne de M. Paul Gollin (Mendelssohn), 
par M"» Fanny Lépine ; Concerto pour orchestre (Hcendel) ; Kol Nidrei 
(Max Bruch) ; Finale du ■l'*'' acte d'Eurijanthe (Weber) ; Ouverture de 
Tannhduser (Wagner). 

Eden-Théàtre, concert Lamoureux : Ouverture de Coriolan (Beethoven) ; 
concerto en si bémol (Hfendel); Prélude et l"* et 3'= scènes du 1='' acte de 
la Walkyrie (V. Wilder, R. Wagner), soli par M"'" Brunet-Lafleur et 
M. Van Dyck ; Ouverture à'Eiiryanthe ("Weber). 

Chàtelet, concert Colonne : Symphonie en ut mineur (Beethoven) ; 
Concerto pour violon (L. Spohr), exécuté par M. Joaehim; le Rouet d'Om- 
phale (Saint-Saëns) ; Fantaisie (R. Schumann), par M. Joaehim ; Dames 
hongroises, d'après J. Brahms, par M. Joaehim ; Ouverture de Betivenuto 
Cellini (Berlioz). 

— Le ¥ concert populaire que M. Pasdeloup donnera dimanche pro- 
chain, 30 janvier, sera un festival entièrement consacré à l'exécution 
d'œuvres de César Franck. En voici le programme : le Cliasseur maudit, 
poème symphouique d'après la ballade de Biirger; Variations sympho- 
niques, pour piano et orchestre (M. Diémer) ; 2= partie de Ruth, épisode 
biblique (M"'= Govioli, M. Auguez) ; airs de ballet avec chœur de Hulda, 
opéra inédit ; fragments des Béatitudes, poème musical (M"" Leslino, Go- 
violi, Balleroy, MM. Auguez, Dugas, Gaston Beyle). 

— Le succès de la première séance de musique Scandinave, organisée 
par M. Oscar Gomettant au bénéfice de l'Association des artistes musi- 
ciens, a été à la fois un grand succès d'artiste et un grand succès de 
curiosité. La seconde et dernière séance, qui aura lieu le 27 courant, 
dans les salons Pleyel, ne sera pas moins attrayante. On y entendra, pour 
la première fois à Paris, une jeune cantatrice norvégienne, M"'= Anna 
Kribel, qui, l'an dernier, a fait une tournée de concerts véritablement 
triomphale dans tout le nord de l'Europe. Avec Mi'« Kribel, prendront 
part à cette séance de musique danoise, suédoise et norvégienne, M.'^'^ Ro- 
ger-Miclos, MM. Lauwers, Taffanel, de Greef, le violoncelliste Biirger et 
le violoniste Marcel Hervegh. 

— Dans notre compte-rendu de la première de ces séances Scandinaves, 
nous avons oublié, et nous sommes impardonnables, de mentionner le 
nom de M™' Roger-Miclos, qui cependant en a été une des artistes les 
plus applaudies et à coup sûr le plus gracieux ornement. 

— Voici le moment venu des grands concerts à sensation. Le grand 
violoniste Joaehim, dont le succès a été si grand au Chàtelet, vient 
d'ouvrir avec ses partenaires MM. de Ahna, E. Wirth et R. Haussmann, 
une série de trois séances de musique de chambre, dont la première a eu 
lieu vendredi 21 et dont les deux autres sont fixées au 23 et au 28 cou- 
rant. M"' Marie Jaëll a donné avec un succès brillant sa première séance 
de piano, dont la seconde aura lieu le samedi 29, pour être suivie de 
deux autres. Le premier des trois concerts de M. Joseph Wieniawski , un 
autre pianiste éminent, aura lieu le 31 de ce mois, avec le concours de 
l'orchestre Colonne : dans ces concerts on entendra M"'^ Anna Grégoir, 
MM. Diémer, Rémy et Delsart. Une superbe séance sera celle donnée 
jeudi prochain par la Société chorale d'amateurs de M. Guillot de Sain- 
hris; le programme comprend trois chœurs de Beethoven (Cantate funèbre), 
de Hœndel (K^ Antienne), et de M. César Franck {Gloria de la messe en 
la), puis trois ipuvres importantes : le Miracle de Naïm, drame sacré de 
M. Henri Maréchal; Iphigénie, scène lyrique de M. Gh. Lenepveu; Biblis, 
scène lyrique, de M. J. Massenet; Ceiidrillon, scène féerique, de M. L. de 
Meaupou. 

— Hier samedi avait lieu, salle Érard, une soirée musi cale d'un inté- 
rêt absolument exceptionnel, organisée par M»" Clamageran, fille de 
l'auteur du Pré aux Clercs, et M™ Ferdinand Herold. Cette soirée était 
tout entière consacrée à l'audition d'œuvres posthumes du maître illustre 
dont la France déplorera toujours la mort prématurée. Le programme 
contenait, outre des traf;ments de la Gioventù di Enrico quinto, opéra italien 
écrit par Herold à Naples et représenté en cette ville en 1813, une 
sonate pour piano seul, deux scènes lyriques : Akyone et Hercule mourant, 
un duo pour piano et cor, un concerto de piano en la et des fragments 
d'une symphonie en ré. Ces diverses oeuvres datent de la jeunesse d'fle- 
rold et du séjour qu'il fit en Italie en qualité de prix de Rome ; elles 
sont, par conséquent, antérieures à 181-3. Nous rendrons compte, dimanche 
prochain, de cette intéressante séance. 

— Les matinées d'élèves de M™' Viguier sont toujours des plus inté- 
ressantes, et il est curieux d'y constater les résultats obtenus par l'excellent 
professeur. Les nombreuses jeunes filles et jeunes femmes que nous avons 
entendues dimanche ont toutes déjà un talent formé. Citons, parmi les 
artistes proprement dites, M"«s Kara Chatteleyn, Mary Château, M"'"Our- 
sel (Jenny Godin), Mi'= Clara Gïirtler-Krauss, déjà connues et appréciées 
du public de nos grands concerts. Nous nous faisons donc un devoir de 
rendre justice à l'enseignement si distingué de M"" Viguier. — A. G. 

— Un public de dilettantes assistait jeudi soir, dans les salons de M. Rudy, 
à la première séance de piano donnée par M. Gh. de Bériot. Le beau 
programme de l'excellent pianiste-compositeur a eu un grand succès. 
M. de Bériot s'est dit que trop rarement les professeurs ont le loisir 



d'initier leurs élèves au grand répertoire ancien et moderne du piano, 
et le voilà qui comble cette lacune de l'éducation des amateurs en leur 
offrant une série de programmes des plus belles œuvres des maîtres an- 
ciens et modernes. 

— Le vendredi 14 janvier, intéressante soirée salle Pleyel, donnée par 
Mi'= Caroline Ghaucherau, élève de M"»'' Pauline Viardot et Montigny. Nous 
avons pu applaudir la jeune artiste dans plusieurs morceaux, dont le Purgatoire, 
de Paladilhe. L'interprétation et le style font honneur à la belle école 
de M"'" Viardot. L'excellent violoniste Paul Viardot, professeur d'accom- 
pagnement au cours organisé, salle Flaxland, par M"^ Ghaucherau, a in- 
terprété la sonate en la majeur de Raff, qui nous a donné l'occasion 
d'apprécier sous un nouveau jour le talent de M'" Ghaucherau, puisque 
c'est elle qui tenait la partie de piano. 

— Du Havre : Le concert organisé par MM. Raoul Pugno et Holman 
avait attiré vendredi dernier, à la salle Sainte-Cécile, un public nom- 
breux, qui a accueilli avec enthousiasme les deux remarquables artistes. 
La jolie valse du ballet Viviane, brillamment interprétée par son auteur, 
M. Raoul Pugno, a notamment été très appréciée et applaudie. M"= Ta- 
nesi, de son côté, a obtenu un vrai succès, ainsi que le violoniste Hek- 
king. — L. B. 

— Au concert donné mercredi dernier, à Lyon, grand succès pour le 
célèbre violoniste Joaehim et pour M"" Le Poitevin, la remarquable pia- 
niste. 

— Au dernier concert populaire de Lyon, deux chœurs d'Henri Maré- 
chal ont été bissés d'acclamation : l'Étoile et les Vivants et les Morts. C'est, 
croyons-nous, la première fois que la charmante introduction de l'Étoile, 
si souvent fêtée dans les salons, est exécutée avec l'orchestre et dans une 
salle aussi vaste. Ce ne sera certainement pas la dernière, à en juger par 
le succès obtenu. 

— M. Francis Thomé vient de donner à Nancy, dans les salons de 
M. et M""' Hekking, les professeurs si estimés, une importante séance de 
piano qui a duré près de quatre heures. Passant en revue, dans la pre- 
mière partie du programme, tous les maîtres du piano, depuis Bach jus- 
qu'à Chopin, M. Tùomé a consacré la seconde partie à l'audition de ses 
œuvres, parmi lesquelles le Premier Nocturne, Badinage, les Préludes et sa 
sonate en sol mineur ont produit un très grand effet. Le Journal de la 
Meurthe, dans un article très élogieux, dit de M. Thomé qu'il est plus 
qu'un virtuose : un poète. Ce mot résume l'effet produit par l'exécutant 
et le compositeur. M. Louis Hekking a rendu avec un très beau style et 
un charme pénétrant quelques pièces de violon écrites par M. Thomé. 

— La semaine dernière, diverses œuvres de M. A. Coquard figuraient 
aux concerts populaires de Nantes et d'Angers. On a vivement applaudi, 
entre autres choses, le Songe d' Andromaque , tout récemment exécuté aux 
concerts Lamoureux, et que M"= Leslino a interprété à Nantes et à Angers 
d'une façon tout à fait remarquable. Dans la première de ces villes, 
M"'= Louise Steiger, la jeune et brillante pianiste, a obtenu un vif succès 
avec le concerto de Grieg. 

— A Lille, le quatrième concert populaire a eu lieu dimanche dernier, 
avec le concours de M. Gabriel Pierné, grand prix de Rome, qui dirigeait 
ses œuvres. — Il y a eu bis et rappel pour le jeune compositeur. 

— Concerts annoncés. — Aujourd'hui dimanche, à2 heures, salle Pleyel, 
séance musicale de la Société chorale l'Abeille, avec le concours de 
MM. Saint-Saëns, Matrat et Nobels, de M"»» Amel et Gastillon. — Lundi 
24, à 9 heures, salle Pleyel, concert de M. et M"»" Falisse, violoncelliste 
et pianiste, avec le concours de MM. Sudessi et Debroux et de M""' Nelly 
Doll. — Mardi 25, à 8 heures 1/2, salle Pleyel, deuxième séance de la 
Société de musique française fondée par M. Ed. Nadaud, avec le concours , 
de M"'' Roger-Miclos, de MM. Taffanel, Gros Saint-Ange, Laforge, 
Prioré et Riff. 

NÉCROLOGIE 

Le 19 décembre est mort au Havre un artiste qui a puissamment 
contribué au développement de la musique dans cette ville, où il était 
fixé depuis plus de quarante ans. Violoniste et compositeur de talent, André- 
Jean-Laurent OEchsner était né à Mayence le 14 janvier 1813. Fils d'un 
bon amateur, son goût pour la musique se prononça dès son enfance ; 
élève de Panny et de Frey pour le violon, de fleuschkel, de Eischborn 
et de Ett pour l'harmonie et la composition, il devint, en 1834, professeur à 
l'école de musique de Messerlîng (Alsace), qu'il dirigea plus tard. Après plu- 
sieurs voyages en Allemagne, où il se fit entendre comme virtuose, et un 
séjour à Paris, où il prit quelques leçons d'Alard, il vint en 1843 se fixer au 
Havre, qu'il n'a jamais quitté depuis. On lui doit la fondation de la société 
Sainte-Cécile, où il se fit apprécier comme chef d'orchestre. En 1872 il 
fut chargé de créer l'école municipale de musique et d'organiser l'ensei- 
gnement du chant dans les écoles de la ville. OEchsner laisse de nom- 
breuses œuvres inédites, particulièrement de la musique de chambre et 
un Stabat que ses élèves seuls connaissent, la modestie de leur auteur 
l'ayant empêché de chercher à les produire, quoiqu'il eût toute facilité 
pour le faire. On connaît de lui une Messe pastorale pour solo, orchestre 
et chœur, des morceaux pour violon et plusieurs chœurs pour quatre voix 
d'hommes. Sunday. 



(j'i 



LE MENESTREL 



— On annonce la mort, à Stockholm, de M. F.-Q. Berg, qui pendant 
bien longtemps avait exercé les fonctions de chef du chant au Grand- 
Théâtre de cette ville, après avoir obtenu lui-même de grands succès à la 
scène, particulièrement en Italie et surtout à Venise, où il s'était fait vi- 
vement applaudir dans le Jeplité de Generali et dans les opéras de Ros- 
sini, de Pacini et de Mercadante. Cet artiste fort distingué, qui portait le 
titre de chanteur de la Cour, était âgé de 83 ans. 

A Denver, dans le Colorado (Etats-Unis), est mort le 7 décembre un 

artiste italien, le maestro Operti, qui, après avoir été pianiste du roi 
Victor-Emmanuel, avait émigré en Amérique, où il était devenu compo- 
siteur, chef d'orchestre et imprésario. Il avait écrit là-has, outre deux 
opéras et un ballet représentés à New-York, la musique de divers vaude- 
villes, dont le dernier fut représenté il n'y a pas longtemps au grand 
théâtre de Brooklyn. 

— On annonce la mort à Nice, le 16 décembre, du D"' Edmond Thomas 
Ghipp, un des organistes les plus justement renommés de l'Angleterre. 
Issu d'une famille de musiciens, M. Chipp put se vouer de bonne heure à 
un art qu'il a cultivé avec passion. Il fut tour à tour organiste des prin- 
cipales paroisses de Londres, Belfast, Edimbourg et Dundee, et ses parti- 
cipations aux festivals de Birmingham le mirent en faveur auprès du 
public anglais. Compositeur de talent, le D' Ghipp laisse deux oratorios. 
Job et Xoémie, et un nombre considérable de pièces d'orgue. Il allait 



accomplir sa soixante-troisième année, étant né à Londres le 2S dé- 
cembre 1823. 

— Un artiste excellent et modeste, Charles Verroust, qui depuis plus 
de trente ans tenait l'une des parties de basson à l'Opéra et à la Société 
des concerts du Conservatoire, est mort subitement chez lui le IS de ce 
mois. Il était le frère puîné de Stanislas Verroust, ancien professeur de 
hautbois au Conservatoire, mort en 1863, dont le talent exquis aurait 
acquis une renommée bien plus considérable sans les excès qui détruisirent 
prématurément une nature musicale d'une valeur et d'un ordre exception- 
nels. Les Verroust n'étaient point, comme l'ont dit ces jours passés tous 
nos confrères, d'origine belge; l'un et l'autre étaient nés dans la Flandre 
française, à Hazebrouck, et leur père était de Saint-Omer. 

— On annonce la mort, à Vesoul, d'un vieux musicien qui était, parait-il, 
le doyen des accordeurs de piano français. Il s'appelait Joseph Fauconnet, 
et l'on assure que dans sa jeunesse il fut l'accordeur de Beethoven. Il fut 
plus tard celui de Meyerbeer et de Rossini. 

Henri Heugel, diTenteur-qérani. 

En vente chez FEUX MACKAR, éditeur, 22, passage clés Panoramas. 
LES OEUVRES DU COMPOSITEUR RUSSE 

P. TSCHAIKOWSKY 



En vente AU MENESTREL, 2 bis, rue Vivienne, HENRI HEUGEL, éditeur-propriétaire. 



MÉLODIES NOUVELLES 



I^^ULINE VI^RDOT 



SIX CHANSONS DU XV' SIÈCLE 

Avec une .adaptation moderne de Louis POMEY 



N°^ 1 . A imez-moi 3 » 

2. Vous parlez mal de nwti ami. 4 n 

3. Chanson de l'Infante ... S » 



N"=4. Le Roussignolet (avec Mit) . 6 

5. Ladmdermrfîïie,à2 voix, 5 

6. Trois belles detnoiselles {3 1.) S 



SIX AIRS ITALIENS DU XVIII' SIÈCLE 

Traduction française de Louis POMEY 



iSf^l. Que Von médise d'elle . S » 

2. Cruel, ta perfidie ... i » 

3 . pauvre âme -4 » 



N"s4. Songes 2 50 

5 . Dites, que faut-il faire .^ 5 » 

6. Plus d'espérance. ... 3 » 



ANTOINE RUBINSTEIN 

Op. 36 

IDOTJZE LIE3DEK, STJI^ IDES FOIÉSIES K,XJSSES 
Traduction française de PIERRE BARBIER 



is 1 . Le Rocher (Lerjiontoff) 3 » 

2. Libre / (Lermontoff) 2 50 

3. La Barque (Lermontoff) 3 » 

i. Petits nuages (Lermontoff) 4 » 



No^S. Le jOTg)îar(i( Lermontoff) 4 « 

6. Angoisse (Woskressensky) o » 

7. Le chanteur du soir (Pouschkine) . . . . 3 » 

8. Je bois à m,a Rose (Pouschkine) .... 4 » 



N°^ 9. Soir de printemps (I. Tourgueneff) 
10. Elle chantait (G'^^" Rostoptsciiine) 
'11. L'étoile plante (0''^^= Rostopischine) 
12. Soir d'automne (G«*= Rostoptschine) 



Chacune de ces mélodies est jmbliée en deux tons, pour soprano ou ténor et pour mez-so-soprano et baryton. 



JOACHIM RAFF 



Op. 173 
Huit lieder sur des poésies de Th. MOORE, J. de RODENBERG, Otto INKERMAN, H. von ENDE, E. GEIBEL, H. NORDHEIM 

Traduction française de PIERRE BARBIER 



N°^l. Le rêve à la Patrie . . 3 
2. Le luth 3 



N°-"3. L'appel des fées .... 6 » 
4. Au temps aimé des roses 2 50 



N'^S. Dernier baiser 5 » 1 lN°''7. Le chant du désespéré . 3 » 

6. Illusion 3 » ' 8. Résigne-toi 3 » 



J. EAU RE 

Mélodies 

Une fleur, un oiseau 5 » 1 Mignonne, que désirez-vous? 5 » 

Nature 5 » Agnus Dei 3 » 

salutaris, motet à 2 voix ........ 2 50 I Soleil de printemps S » 



Gloire à Marie, cantique 3 » 

Notre père, à 1 ou 2 voix 5et4 

Ne jamais la voir I 3 » 



SOXJS FR.ESSE : 
Vingt ]M: élotiies cl© 

THÉODORE DUBOIS 



I.HEBIB CBVTBALB DES CDEMINS 1 



' IMPHIUBBIE CBAIX. 



Dimanche 30 Janvier 1887. 



2917 - 53"^ AME - I\° 9. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 



MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivieune, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Cn an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



1. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (13" article), Arthur Pougin. — 
II. Semaine théâtrale : reprise de la Sirène, à l'Opéra-Comique ; première repré- 
sentation de l'Amour ntouillé, aux Nouveautés, H. Moreno. — III. La musique 
en Angleterre : une opérette anglaise, Francis Hueffer. — IV. Nouvelles di- 
verses et concerts. 



MUSIQUE DE PIANO 
Nos abonnés à la musique de PIA^o recevront, avec le numéro de ce 
jour une 

SÉRÉNADE TUNISIENNE 

de Georges Pfeiffeii. — Suivra immédiatement; Passez, muscade, polka 
de Heinwcii Strobl. 

CHANT 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 

CHANT : Vous parlez mal de mon amy, vieille chanson du XV= siècle, 

musique de M""^ Pauline Viardot, adaptation moderne de M. Louis Pomey. 

— Suivra immédiatement : Notre Père, prière du matin, de J. Faure. 



GRAND THÉÂTRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 

D'après des documents inédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



La Convention était habituée à des scènes de ce genre, 
qu'elle voyait fréquemment se reproduire. Quelques mois 
plus tard, ce n'était plus les acteurs du théâtre Favart, mais 
leurs rivaux, ceux du théâtre Feydeau, qui venaient lui 
donner un spectacle analogue ; et le héros, cette fois, n'était 
plus Ghenard, mais le baryton Martin, encore obscur alors, 
et qui ne devait acquérir plus tard sa grande célébrité que 
lorsqu'il aurait précisément quitté les planches de Feydeau 
pour celles de Favart. Voici le fragment de la séance de la 
Convention (du 19 novembre 1793), qui rend compte de cet 
incident : 

...Les citoyens de la Section de la Montagne, faisant partie de 
la paroisse de Saint-Roch, succèdent à celle de l'Unité, et abjurant 
comme elle le catholicisme, elle a déclaré qu'ils n'étoient plus dupes 
de leur patron et qu'ils n'en croiioient plus désormais que les 
maximes de la Liberté et de la Convention, que l'église Saint-Roch 
a été fermée et qu'on n'y prêcheroit plus que les principes de la 
raison, des vertus et de l'égalité républicaine. 

Les citoyens composant le théâtre de la rue Feydeau ont exécuté 
au nom de cette Section un morceau de musique qui a été fré- 



quemment applaudi, et le citoyen Martin, acteur de ce spectacle, 
a chanté seul des couplets dont le dernier a été répété. Le voici : 

Les traîtres seront tous punis, 
Leurs remords nous vengent d'avance ; 
Tous les despotes réunis 
Respecteront bientôt la France. 
Marchons pour les écraser tous, 
Depuis le Nord jusqu'à l'Espagne. 
Républicains, rassemblons-nous 
Autour de la Montagne (1). 

Revenons au théâtre Favart. 

La Chabeaussière et d'Alayrac avaient donné à la Comédie- 
Italienne, en 1783, un opéra-comique en trois actes intitulé 
simplement le Corsaire, qui avait obtenu un vif succès ; c'était 
leur second ouvrage. Après vingt ans, la fantaisie leur prend 
de le remettre à la scène, considérablement modifié, rema- 
nié, augmenté, et avec un titre plus retentissant. Le l'*"' juil- 
let, rOpéra-Comique fait donc reparaître ainsi le Corsaire 
algérien ou le Combat naval, qui, rarrangé ou plutôt dérangé 
de cette façon, laisse le public absolument froid. Le 22, 
M"" Renaud aînée, la plus âgée de ces trois sœurs au gosier 
mélodieux que le public du théâtre Favart enveloppait dans 
cette appellation gracieuse, « une couvée de rossignols », 
fait sa réapparition, après deux ans d'absence, sur la scène 
qu'elle avait quittée prématurément; elle avait, depuis peu, 
épousé un écrivain dramatique, le chevalier Lœillard d'Avri- 
gny, et c'est sous son nouveau nom de M""= Davrigny (sans 
apostrophe, et pour cause!) qu'elle fait sa rentrée dans le 
rôle de Rosine du Barbier de Séville. Le 25, on donne la pre- 
mière représentation d'Adélaïde ou la Victime, drame en cinq 
actes, d'Hofîman, le 10 août le théâtre fait relâche, « à 
cause de la fête de la Réunion, » nous dit le registre, et le 
17 paraît une nouvelle pièce politique, la Cause et les Effets 
ou le Réveil du peuple en 1189, opéra- comique en cinq actes, 
paroles de Joigny, musique de Trial fils, qui est réduit en 
quatre actes à sa troisième représentation. Dans le courant 
de ce mois d'août nous voyons inaugurer les premiers spec- 
tacles gratis qui portaient cette mention, un peu barbare au 
point de vue de la pureté grammaticale : Par et pour le peuple, 
c'est-à-dire : De par l'autorité du peuple et pour son plaisir. 
Il va sans dire que ces spectacles étaient presque exclusi- 
vement composés de pièces politiques ou révolutionnaires. 
On en donne quatre coup sur coup dans l'espace d'une 
quinzaine : le 13 août (Jean et Geneniève, Guillaume Tell), le 16 
(le Tonnelier, le Siège de Lille), le 20 (le Convalescent de qualité, 
les Rigueurs du cloître) et le 27 (la Cause et les Effets). Le 5 sep- 
tembre a lieu la représentation de la Moisson, vaudeville en 
deux actes, de Sewrin, et dans le compte du caissier pour 

(I) Journal de Paris, du i"' frimaire an II (21 novembre 1793). 



66 



LE MENESTREL 



ce même mois de septembre, au chapitre des dépenses, se 
trouve ce détail qui mérite d'être reproduit : — « Payé au 
peintre pour l'inscription mise sur le fronton du théâtre de 
l'Opéra-Gomique-National : ÉcALrrÉ, Fraternité, unité, indivisi- 
bilité DE LA République, ou la mort, suivant quitt™ du 20 
T"' : 29 1. § s. (1). J> 

Les mœurs théâtrales de cette époque agitée ne seraient 
pas sans causer quelque surprise à nos spectateurs modernes. 
Elles étaient, on peut le dire, originales, surtout très fami- 
lières, et il arrivait souvent que le spectacle, le spectacle 
véritable et inattendu, était bien plutôt dans la salle que sur 
la scène. Les représentations étaient loin d'offrir le calme 
qu'on y rencontre aujourd'hui, les théâtres étaient aussi 
mouvementés que la place publique, et il ne se passait pour 
ainsi dire point de soirée, dans aucun d'eux, sans qu'on vît 
se produire un ou plusieurs incidents, tantôt sérieux et même 
dramatiques, tantôt plaisants et même burlesques. Un jour, 
c'était un colloque politique plus ou moins animé qui s'en- 
gageait, d'un côté de la salle à l'autre, entre divers specta- 
teurs postés à diverses places; une autre fois, c'était une 
motion d'un caractère plus ou moins excentrique qu'un ora- 
teur improvisé proposait à l'assistance, du haut d'une loge 
ou d'une galerie, et dont il réclamait avec insistance l'adop- 
tion, non sans soulever des discussions parfois très orageuses ; 
ou bien un bulletin de victoire qu'un personnage bien infor- 
mé, membre de la Convention ou de la Commune, rapportait 
de la séance et qu'il lisait à haute voix, au milieu d'accla- 
mations bruyantes et d'un tonnerre d'applaudissements; ou 
encore une observation faite à un acteur en scène par un 
spectateur exigeant, au sujet d'un costume ou d'un dialogue 
qui ne paraissait pas à celui-ci assez révolutionnaire ; enfin 
— et c'était là le cas le plus fréquent — un papier tombait 
sur le théâtre, qu'on obligeait aussitôt l'acteur à déplier et à 
lire : neuf fois sur dix ce papier contenait un couplet ou 
une chanson, presque toujours écrite sur l'air de la MarseiJ^ 
laise, et que l'artiste devait chanter incontinent, comme nous 
allons en voir des exemples tout à l'heure. 

Parmi ces incidents, qui étaient devenus la monnaie cou 
rante de chaque jour, il y en avait, je l'ai dit, de singuliers. 
De ce nombre est celui qui se produisit un soir à l'Opéra- 
Comique, à propos de l'indisposition d'une actrice. Chenard 
ou Solié, je ne sais trop lequel des sociétaires, se présente 
au public, entre les deux pièces, pour lui annoncer le fait 
et lui demander l'autorisation de faire remplacer par une de 
ses camarades l'artiste subitement indisposée. Par malheur, 
il commence son petit discours par un solécisme politique, 

(1) Les représentations jJar «(pour le peuple dont il vient d'être parlé, et 
qui étaient données dans tous les théâtres, avaient leur origine dans cette 
motion présentée par Gouthon dans la séance de la Convention du 2 août 
1793 (texte du Moniteur) : 

<i Citoyens, la journée du 10 août approche; des républicains sont 
envoyés par le peuple pour déposer aux Archives nationales les procès- 
verbaux d'acceptation de la constitution. 

» Vous blesseriez, vous outrageriez ces républicains, si vous soulïriez 
qu'on continuât de jouer en leur présence une infinité de pièces remplies 
d'allusions injurieuses à la liberté, et qui n'ont d'autre but que de dépraver 
l'esprit et les mœurs publiques, si même vous n'ordonniez qu'il ne sera 
représenté que des pièces digues d'être entendues et applaudies par des 
républicains. 

)) Le comité, chargé spécialement d'éclairer et de former l'opinion, a 
pensé que les théâtres n'étaient point à négliger dans les circonstances 
actuelles. Us ont trop souvent servi la tyrannie; il faut enfin qu'ils servent 
aussi la liberté. J'ai, en conséquence, l'honneur de vous proposer le projet 
de décret suivant : 

,) I. — La Convention nationale décrète qu'à compter du 4 de ce mois, 
et jusqu'au l" novembre prochain, sur les théâtres indiqués par le ministre 
de l'intérieur, seront représentées, trois fois par semaine, les tragédies 
républicaines, telles que celles de Brutus, Guillaume Tell, Caius Gracchus, 
et autres pièces dramatiques propres à eatretenir les principes d'égalité et 
de liberté. Il sera donné, une fois la semaine, une de ces représentations 
aux frais de la République. 

j, li. —■ Tout théâtre qui représentera des pièces contraires à l'esprit de 
la révolution sera fermé, et les directeurs seront arrêtés et punis selon la 
rigueur des lois, n 



et, après avoir salué, '^"s'approche de l'avant-scène en 
disant : 

— Messieurs... 

— Il n'y a plus de messieurs, s'écrie aussitôt une voix 
bourrue. Dites : Citoyens. 

— Citoyens, reprend tranquillement l'orateur, mademoi- 
selle Jenny... 

— Il n'y a plus de demoiselles, bougonne la voix. Dites : 
la citoyenne Jenny. 

— Citoyens, la citoyenne Jenny étant indiposée et dans l'im- 
possibilité de remplir son rôle, nous vous prions d'agréer à 
sa place madame Chevalier. 

— Dites : la citoyenne Chevalier. 

— Pardon, citoyen ; mais si je dis la citoyenne Chevalier 
et la citoyenne Jenny, comment saurez-vous que l'une est 
une dame et l'autre une demoiselle ? 

Cette réflexion pleine de sens fut accueillie par un éclat 
de rire général, la substitution fut acceptée, et l'orateur se 
retira sans autre accident ('1). 

Le 9 octobre, ce fut une histoire d'un autre genre. On 
donnait la première représentation d'un petit ouvrage en un 
acte, que les registres du théâtre mentionnent en ces termes: 
« La Fête civique du village, divertissement en vaudevilles, du 

C™ , ofBcier en garnison à Metz. » Ce vaudeville, fort 

bien accueilli d'ailleurs, demeura anonyme, et aucun journal 
ne dévoila le nom de son auteur. Après la pièce, une chan- 
son fut lancée sur le théâtre, et Saint-Aubin, sur les cris du 
parterre, dut venir la faire entendre aux spectateurs; je la 
reproduis ici, non parce qu'elle est bonne, mais parce 
qu'elle est caractéristique de l'époque et de la préoccupation 
des esprits, tout le monde songeant alors à la guerre que la. 
France avait à soutenir sur toutes ses frontières : 

Air : Allons, enfants de ta patrie ! 

Assez et trop longtems la France 
A ?émi du poids de ses fers : 
Déployant enfin sa puissance, 
Elle va venger l'univers. (Bis.) 
Son peuple généreux s'élance ; 
Les rois vont être terrassés, 
Et sur leurs trônes renversés 
11 va fonder l'indépendance. 

sainte Liberté, seconde nos exploits ! 

Combats (bis) pour ton triomphe, et rends l'homme à ses droits. 

Si les despotes de l'Asie 

Sont des monstres à tous les yeux, 

Les rois de la France asservie 

Étolent bien plus coupables qu'eux. (Bis) 

Ici chéris comme des pères. 

Nous devions être leurs enfans. 

Et nous n'avions que des tyrans 

Qui s'engraissoient de nos misères. 

sainte Liberté! etc. 

Peuples encor dans l'esclavage, 
Sur nous attachez vos regards ; 
Enflammés du même courage. 
Rangez-vous sous nos étendards. (Bis) 
Comme nous armés de la foudre. 
Frappez et brisez comme nous 
Le sceptre et l'encensoir jaloux : 
Qu'ils soient par vous réduits en poudre. 

sainte Liberté! etc. 

Sectateurs lâches et perfides 

Des monstres par nous combattus, 

(1) C'est précisément à l'aide de ce raisonnement que, sous le Consulat, 
on commença, officiellement, à ne plus appliquer aux femmes la sotte 
qualification de « citoyenne ». Dans son numéro du 7 ventôse an VIII 
(26 février 1800), le Journal de Paris publiait la petite note que voici : — 
c< Le titre de madame est généralement rendu aux femmes chez le pre- 
mier consul, et dans les billets d'invitation qu'il leur fait adresser. Comme 
elles n'exercent aucun droit politique, la qualification de citoyenne man- 
quoit de justesse à leur égard, et offroit l'inconvénient de ne présenter 
aucune distinction entre les personnes mariées et celles qui ne le sont pas. » 



LÉ MENESTREL 



67 



Dans vos projets liberticides 
Vous serez à jamais déçus. (Bis) 
Voyez s'élever l'édifice 
Que nous fondons pour nos neveux ; 
Qu'il s'affermisse sous vos yeux 
Et soit votre éternel supplice. 
sainte Liberté! etc. 

Oui, nous te jurons, ô Patrie ! 

De défendre ta Liberté, 

De sacrifier notre vie 

Au maintien de l'Égalité. {Bis.) 

Contre tout pouvoir despotique 

Nos bras soutiendront l'unité 

Et l'indivisibilité 

De notre auguste République ! 
Et puissions-nous bientôt, paisibles sous nos lois, 
Chanter (bis) notre triomphe et la chute des rois ! 

(A suivre.) Arthur Pougin. 



SEMAINE THÉÂTRALE 



Reprise de la Sirène. 

Teneo Sirenem auribus! Mais j'auiai pour elle toutes les indul- 
gences qu'on doit à une personne de son âge et de son sexe. On 
a bercé mes jeunes ans avec ses douces mélodies, je puis Lien lui 
pardonner d'endormir encore mon âge mûr. Et tenez, — bien que je 
n'approuve guère les indiscrets, à la mode du jour, qui s'en vont 
relancer les gens jusque chez eus pour leur arracher de gré ou de 
force des confessions ou des pensées intimes qu'ils exposent en- 
suite toutes chaudes, toutes palpitantes aux yeux d'un lecteur 
avide, — je suis pourtant allé voir la vieille dame au lendemain 
de sa réapparition sur la scène, désireux de causer avec elle des 
choses d'antan et de l'interviewer très sérieusement à votre profit. 

C'était le soir. Je l'ai trouvée assise dans une bergère, tout en- 
tourée de coussins moelleux et assez brisée de son effort de la 
■veille. Elle était vêtue d'une chaude douillette rose tendre et pri- 
sait dans une bonbonnière d'écaillé de ce tabac d'Espagne si par- 
fumé, que le contrebandier Tempesta passe à la frontière eu fraude 
de la régie. L'œil était vif encore, et sur la joue en fleur se jouaient 
comme attardées quelques roses du printemps passé. Sous le bon- 
net de dentelles et de rubans, des mèches en papillotes déjà 
grisonnantes, mais toujours folles. Tout l'aspect aimable d'une 
ancienne douairière, toute la grâce et tout le sourire d'une époque 
disparue. Sur la table, une lampe discrète, ornée d'un abat-jour 
vert pour protéger la vue. 

J'entrai sur la pointe du pied, comme on entre dans la chambre 
d'un malade. Elle prit son air aimable, se redressa et fit bouffer 
sa jupe : 

— Eh ! c'est mon cher Ménestrel, dit-elle ; il a présidé à ma 
naissance, il était des dragées du baptême... 

— Et il a pu présider hier à votre renaissance. 

— Marivaudeur ! Mais, soyez franc, qu'est-ce qu'on dit de moi 
dans le public ? Ne me trouve-t-on pas bien ridicule d'exposer en 
spectacle des attraits peut-être surannés ? Savez-vous que c'est en 
1844, mon pauvre ami, le 26 mars, que nous nous sommes vus 
pour la première fois? 

— Mais ou n'est pas caduque à quarante ans, belle dame, et il 
est permis à une honnête femme même à cet âge, avec des soins et 
quelque habileté, de faire figure encore dans le monde. 

— Oui, c'était l'avis de Carvalho... Moi je ne voulais pas. Il fait 
si bon vivre tranquille sur sa bonne réputation; on s'en fiait au 
passé pour juger de mes mérites. Quel besoin de risquer en des 
parties nouvelles une renommée que personne ne vous conteste ? 
Mais résistez donc aux désirs d'un directeur quand il s'est mis quel- 
que chose en tête, — c'est un feu qui dévore, — et celui-ci, je vous 
assure, est d'une séduction toute particulière : « Un peu de cosmé- 
tique par ci..., du crayon noir par là..., une mouche assassine au 
coin de cette bouche... Eh ! madame, vous avez la fraîcheur de l'au- 
rore..., du satin rose pour celte taille, des mules pour ce pied 
charmant... moulons cette jambe fine et nerveuse dans la soie d'un 
bas vainqueur... Combien de jeunesses, dans mon répertoire, pour- 
raient lutter contre l'épanouissement de vos charmes?... Et l'éclat 
des lumières, madame, pour quoi le comptez-vous? Tout passe aux 
lumières, tout est séduisant. » Vous l'entendez d'ici, et pourtant 
j'ai résisté longtemps à ses cajoleries. Toujours j'ajournais cette 



rentrée, qui me remplissait d'inquiétude. Combien de fois les jour- 
naux ont-ils annoncé : C'est pour cette semaine, nous allons revoir 
la Sirène. Et je me dérobais encore. On disait que je faisais des 
coquetteries, et vous-même vous en êtes amusé. 
- Fugit ad salices... 

— Oui, mais comme personne ne courait après moi, j'ai fini par 
revenir toute seule, et me voici. Ai-je bien fait? Voyez-vous, mon 
ami, c'était un parti très grave à prendre. Nous sommes à une 
époque curieuse de la musique. Autrefois on n'y faisait pas tant de 
façon. M. Auber jouait un petit air sur sa flûte, et tout le monde 
était content. C'était le temps des partitions Watteau, en pâte tendre, 
gracieuses, enrubannées, poudrederisées. La mélodie coulait tranquille 
sur un fleuve de lait, et l'innocente vocalise, sans penser à mal, 
pointait dans les airs pour retomber en fusées multicolores, ce qui 
excitait invariablement l'ébahissement des dilettantes. Véritable âge 
d'or de la musique. Aujourd'hui, le siècle est devenu d'airain; on 
n'y rêve que de choses extraordinaires. On vous aveugle avec la 
lumière électrique, sous prétexte de vous mieux éclairer (et la bonne 
dame baissait encore son abat-jour vert); on se fait la cour par le 
téléphone pour avancer les mariages ; on guérit la rage en vous 
l'inoculant, que sais-je? La musique a suivi le mouvement. Il paraît 
qu'elle est devenue polyphonique, mon cher ami, et qu'un monsieur 
Wagner a déclaré qu'il allait reprendre la suite des affaires de 
monsieur Beethoven, en les augmentant encore. 

— Il fera faillite, ma bonne amie. 

— Je vous avoue que j'ai été glacée dès l'abord, quand j'ai vu 
par le trou du rideau la composition de la salle et qu'on m'a mon- 
tré la terrible critique tout entière à son poste. Quelles mines 
farouches, et comme tous ces gens-là avaient bien l'air d'être assem- 
blés rien que pour me dévorer avant même que de m'avoir enten- 
due ! Vous rappelez-vous ces princes de la critique d'autrefois, tous 

la gaîté sur les lèvres et la fleur à la boutonnière, fredonnant 
volontiers dans les couloirs le motif à la mode et devisant avec 
esprit de la cantatrice en évidence? Aujourd'hui, rien que des 
visages tourmentés et comme secoués par des passions intérieures. 
Non, la musique n'est plus un art d'agrément, puisqu'elle imprimé 
de tels soucis et de telles préoccupations sur la face des écrivains 
qui font profession de l'aimer et de la défendre. Ce n'est plus qu'un 
art de souffrance. 

Et comme ma noble amie s'animait, elle fut prise ici d'une quinte 
de tous à la dominante; j'en profitai pour changer le cours de ses 
idées et quitter un terrain brûlant. 

— Mais vous voici tout émotionnée. De grâce, ménagez-vous, et 
reprenons sur un ton plus calme. Que pensez-vous de vos inter- 
prètes? 

— Mon Dieu, si je vous disais que je leur préférais les anciens, 
les nouveaux ne manqueraient pas de dire que les vieilles gens 
ne font que radoter. Pourtant j'avais Roger, et j'ai Lubert; j'avais 
M"'^ Lavoye, et j'ai M"'' Merguiller, — ce qui ne veut pas dire que 
ces jeunes artistes ne donnent pas les plus grandes espérances. 
Laissons-les pousser encore et nous en reparlerons à la prochaine 
reprise. Fugère et Grivot étaient dignes de naître à une meilleure 
époque; le ténor Mouliérat et M"" Pierron no laissent rien désirer à 
mes souvenirs. 

Et elle ajouta aA'ec un soupir : 

— Enfin, telle quelle, pensez-vous que je fasse encore des con- 
quêtes? 

— Pourquoi pas? En tous les cas, quand on nous apporte, 
comme vous, un reflet d'art de toute une époque, on a droit à tous 
les respects. 

— Entendez-vous par là qu'il faut déjà me ranger dans la caté- 
gorie des vieilles médailles qui font le bonheur des numismates et 
des archéologues? 

Je me récriai poliment. Et, comme je vis que la bonne dame 
était fatiguée de l'entretien et qu'elle commençait à s'assoupir légè- 
rement, je pris congé en me félicitant d'être venu ; car il est 
toujours intéressant et instructif de causer avec les personnes qui 
ont beaucoup vu et beaucoup entendu. 



L'AMOUR MOUILLÉ 

Opéra-comique eu trois actes, de MM. J. Prével et A. Liorat. 

Musique de M. Louis VARNEY. 

Première représentation aux Nouveautés le 25 janvier. 

Nous avons tous plus ou moins souffert de l'Amour. C'est l'avis 
de Lauretta, jeune princesse de Tarente, qui s'empresse de jeter à 



68 



LE MENiiSTREL 



la mer, avec l'aide de ses compagnes, une slatue du dieu maliu 
qui ornait la principale place de la ville. Aussitôt éclate un orage 
vengeur, qui jette sur le rivage le prince de Syracuse. Beau comme 
l'Amour lui-même, il vient s'abattre précisément au pied du socle 
où se dressait auparavant l'altière statue de Gupidon; il s'y endoit 
brisé par la fatigue et trempé par les vagues. En le voyant si calme 
et si superbe en son sommeil, les jeunes filles ne doutent pas que 
ce ne soit l'Amour en personne qui soit revenu prendre possession de 
la ville. Comment le prince de Syracuse se jette au travers d'un 
mariage projeté pour Lauretta et devient son époux, malgré les obs- 
tacles qu'y apporte un oncle barbare, c'est ce que nous vous con- 
seillons d'aller voir de vos propres yeux et vous ne regretterez pas 
votre peine. La pièce est des plus amusantes et, ce qui vaut mieux, 
elle contient des scènes fort gracieuses et pleines d'ingéniosité, — 
celle, par exemple, du colibri enfermé en sa cage, qui seule suffirait 
à assurer un long succès à l'opérette nouvelle. 

La partition de M. Louis Varney est des plus agréables ; elle a 
même une certaine recherche, un certain ragoût que nous ne 
sommes pas habitués à trouver dans ces sortes de compositions, 
souvent trop légères. La mélodie, pour n'être pas toujours abon- 
dante, s'efforce cependant de n'être point banale, et le travail de 
l'orchestration est souvent intéressant. Il est clair que M. Varney 
porte ses vues au delà des Nouveautés, peut-être bien du côté de 
l'Opéra -Comique, et il pourrait y réussir. Il a eu la bonne fortune 
de rencontrer sur sa route deux chanteuses d'un certain talent, et il 
s'en est servi adroitement. La première est cette demoiselle Nixau, que 
nous avions déjà remarquée à la reprise du Cceur et la Main, vois 
solide et pleine qui demande seulement à s'assouplir davantage ; 
la seconde est une débutante, paraît- il : sa voix a des sonorités char- 
mantes dans le haut, des sons cristallins qui rappellent un peu ceux 
de M"" Van Zandt ; de là son vif succès de l'autro soir. Quand elle 
aura gagné de l'aplomb et de l'assurance, ce sera peut-être une 
étoile nouvelle pour nos scènes de genre. Les deux artistes se sont 
bien fait venir surtout dans la grande scène du second acte, qui 
a assuré le triomphe de la soirée. Cette scène très développée com- 
mence par une sérénade d'un joli caractère, continue avec un gra- 
cieux ensemble et se termine par un mouvement de valse très ori- 
ginale, avec appels de colibri, sur les paroles : « P'tit fi, p'tit mi- 
gnon ». On a bissé d'acclamation et en toute justice. 

C'est la page capitale de la partition, mais ce n'est pas la seule 
qui soit digne d'éloges. Nous aimons encore « le Conte de l'Amour 
mouillé », le joli duetto : « Réchauffez-vous », les couplets comiques : 
« J'ai- couru villes et villages », presque l'acte tout entier du cou- 
vent, une tarentelle et la chanson de la marchande d'oranges. 

M""* Desclauzas a été l'épanouissement de la soirée ; on n'a pas 
plus de verve et d'esprit, et elle a trouvé en Brasseur père et fils 
des partenaires qui lui renvoient la balle avec beaucoup de pres- 
tesse et de brio. Il ne faut pas oublier M"' Blanche Marie, tout à 
fait charmante de voix et d'allure dans le petit rôle de Fritella. 

H. MORENO. 



P.-S. — Peut-être bien l'idée des auteurs des Reines de l'Opérelte 
n'était-elle pas mauvaise en soi, mais la manière dont ils l'ont présen- 
tée au public de l'Eldorado est très certainement défectueuse et le lou"- 
défilé de toutes les opérettes fêtées, depuis celles de maître Offen- 
bach jusqu'à l'espiègle Joséphine, n'a rien eu d'amusant ni de très 
varié. La Belle Hélène, Orphée, Forlunio, M"' Favart, Finnçois-les-bas- 
bleus, la Fille de i/™' Angol, Méphisto du Petit Faust, Barbe-Bleue 
Benjamine de Joséphine, le Petit Duc, la Petite Mariée, les hommes 
d'armes de Geneviève, la Mascotte, etc., etc., viennent, on ne sait 
trop pourquoi, chanter, chacun à leur tour, de modestes cou- 
plets, qui n'ont que le seul avantage d'être écrits sur des airs 
connus et aimés du public. Des seize artistes femmes qui compo- 
sent la troupe de l'Eldorado, il n'y en a qu'une qui chante conve- 
nablement, M"' Lucy Durié; aussi lui a-t-on bissé ses couplets; 
une autre encore dit agréablement, c'est M"' Paula Brébion. On 
ne peut demander aux autres que dé belles épaules ou de jolies 
jambes... et cela est suffisant, paraît-il. Les hommes, toujours 
sacrifiés en ces sortes de choses, suivent le plus galment qu'ils 
peuvent leurs joyeux chefs de file, MM. Gaillard, Sulbac et Pcrrin. 
Mise en scène charmante et costumes exquis. 

P.-E. C. 



LA MUSIQUE EN ANGLETERRE 



UNE OPERETTE ANGLAISE 

Peut-être s'étonnera-t-on de me voir consacrer un article tout 
entier à une opérette, sorte d'oeuvre que je ne passe pas pour tenir en 
bien grande estime. Mais l'opérette dont je me propose de "ous 
entretenir diffère des autres en ce qu'elle est comme une partie 
intégrante de notre développement musical, tel qu'il se produit 
aujourd'hui, et en ce que son caractère est plus essentiellement 
nalional que toute autre branche de l'art musical parmi nous. Son 
non est difficile à prononcer pour un étranger : elle s'appelle 
Riuldygore. 

L'auteur du livret est M. Gilbert, un écrivain renommé surtout 
pour ses poèmes comiques, d'un talent merveilleux, et aussi pour 
un certain nombre de pièces tant légères que sérieuses, les pre- 
mières meilleures que les dernières, et toutes plutôt remarquables 
par la verve du dialogue que par leur fond dramatique. Le compo- 
siteur est Sir Arthur Sullivan, qu'il est inutile de présenter de 
nouveau à nos lecteurs. Lui aussi a frayé parfois avec l'art sérieux; 
il y en a même plusieurs d'entre nous qui lui donnent la première 
place parmi les compositeurs anglais. Tout dernièrement j'ai eu 
l'occasion de parler à nos lecteurs des mérites de la Légende dorée, 
exécutée au festival de Leeds, et qui, à mon avis, surpasse de 
beaucoup ses autres œuvres. Mais, malgré son succès extraordi- 
naire dans tout ce qu'il entreprend, et bien qu'il fût aussi bien vu 
à la Cour qu'à la Ville, Sir Arthur Sullivan n'atteignit le maximum 
de la popularilé que le jour où il s'associa avec M. Gilbert, et 
quand tous deux ensemble inventèrent ce genre d'opérette qui 
a été une mine de Golconde pour eux et pour leur imprésario, 
M. d'Oyly Carte. Celui-ci a bâti un théâtre tout exprès pour eux, 
le Savoy, et il envoie des compagnies en tournée, non seulement 
dans les provinces anglaises, mais encore en Amérique et même 
en Allemagne, comme tout dernièrement. 

Les deux collaborateurs, les jumeaux japonais, ainsi qu'on les 
nomme depuis le Mikado, dont l'action se passe au Japon, ont 
écrit jusqu'ici huit ou neuf opérettes, sur les mérites desquelles 
les opinions sont partagées : la plupart préfèrent celles qui sont 
venues en premier, parce que les suivantes semblent tourner un 
peu dans le même cercle. A vrai dire, l'auteur et le compositeur 
travaillent toujours d'après un modèle invariable ; il leur serait impos- 
sible, d'ailleurs, de s'en écarter, en supposant qu'ils le désiras- 
sent, parce que le public ne le souffrirait pas. 

Les pantins de M. Gilbert parlent et agissent à peu près de la 
même manière, qu'ils soient revêtus des costumes de cérémonie 
du vieux Japon ou simplement de l'habit moderne anglais, qu'ils 
appartiennent au monde réel ou au monde, féerique ou encore à 
tous deux à la fois, ainsi qu'il en était pour un de leurs héros, 
qui avait hérité de son père, un mortel, la partie supérieure de 
son corps, et de sa mère, une fée, les jambes seulement. Il y a 
toujours le même humour fantastique, les mêmes contorsions du 
langage, le même bouleversement excentrique, — amusant en son 
genre, — de toutes les choses existantes. Les pièces de M. Gilbert 
possèdent encore un autre avantage : chez elles, jamais de grossiè- 
reté ni de double entente ; la plus naïve des pensionnaires peut 
se rendre au Savoy-Theatre sans que sa pudeur soit effarouchée 
un seul instani, et pourtant l'homme le plus blasé peut aussi y 
trouver son amusement. 

La première de samedi soir avait attiré, comme de coutume, 
l'élite de la société de Londres ; on y pouvait voir, entre autres, 
lord Randolph Churchill, que la galerie s'est plu à siftler et à 
applaudir. 

La partition de Sir Arlhur Sullivan se trouve naturellement ren- 
fermée dans les limites du genre. La légèreté et la mélodie y sont 
de mise et obligatoires. Elles forment, d'ailleurs, le fond du 
talent de ce compositeur distingué. Une grande force dramatique 
serait ici hors de place, même si le compositeur en avait à son 
service, bien que, dans la caricature de certains finales d'opéra 
introduits^ dans Riuldi/gore, on puisse découvrir chez le musicien 
quelque prétention à faire grand. En un mot. Sir Arthur 
Sullivan est passé maître en son art : il connaît toutes les nuan- 
ces d'une fine orchestration, et il ne saurait écrire la moindre 
chanson sans y révéler son savoir de musicien. Il affecte, pour le 
style de ses opérettes, de s'en tenir aux anciennes traditions de 
l'Angleterre :"J1 n'y en a pas une sans un madrigal ou un « part- 



LE MENESTREL 



69 



song », et on y danse toujours quelque hornpipe ou pas de mate- 
lot, ou encore un vieux cotillon. 

Après ces observations générales, nous n'avons plus que peu de 
chose à dire de la nouvelle pièce. Si elle n'est pas un spécimen 
très heureux du genre, elle ne doit pas non plus être dédaignée 
tout a fait. Ce qu'on a à lui reprocher tout d'abord, c'est que son 
premier acte soit de beaucoup supérieur au second. Après le pre- 
mier acte, les applaudissements étaient frénétiques ; après le second 
ils étaient mélangés de sifflets, peu nombreux, sans doute, mais 
persistants, et c'est là un phénomène dont le Savoy-Theatre n'avait 
pas encore été témoin. 

Voici le nœud de l'intrigue. Un baronnet de vieille souche est 
victime de la malédiction d'une sorcière, qu'un de ses ancêtres 
avait brûlée vive autrefois. Il doit, suivant cette malédiction, com- 
mettre un crime chaque jour de la semaine sous peine de torture 
et de mort immédiate. Comme il est de nature bonne et douce, il 
s'efforce, autant que possible, de conjurer les suites des forfaits 
qui lui sont imposés. Si, par exemple, le matin ii vole un enfant, il 
fondera le soir un orphelinat pour le recueillir; avec le résultat d'une 
escroquerie il dotera un évêché, etc. Un jour pourtant, il omet d'accom- 
plir sa tâche quotidienne, et aussitôt les portraits de ses ancêtres 
s'animent et descendent en fureur de leurs cadres, le menaçant de 
leur courroux. En vain, il discute avec eux; pour sa justification, 
il leur rappelle qu'au nombre des atrocités commises, il a été jus- 
qu'à falsifier son propre testament, et à déshériter un fils qui n'est 
pas encore né. Rien ne peut apaiser les spectres. Ils exigent de 
lui qu'il enlève sans plus tarder une des filles du village, marché 
auquel il est obligé de consenlir. Or, il se trouve que la fille choisie 
par son vieux valet de chambre est une vieille et horrible mégère, 
et l'embarras du pauvre baronnet s'en trouve encore augmenté. Le 
dénouement, naturellement heureux, est trop compliqué et trop 
niais pour demander aucune explication. Les spectateurs de la 
première en ont paru mécontents, et c'est à cela qu'il faut sans 
doute attribuer les sifflets dont nous avons fait mention. 

Dans la partition, je citerai un fin madrigal pour chœur et soli, 
ainsi qu'une scène de folie qui parodie adroitement celle de la 
Lucie ou toute autre. La descente des portraits de famille donne 
lieu à un grand ensemble qui devrait être comique, mais qui est 
écrit si sérieusement qu'avec d'autres paroles il pourrait trouver 
place dans un grand opéra. Il y a aussi plusieurs ballades senti- 
mentales, et de jolis airs qui trouveront facilement le chemin des 
pianos et pourront aller de là jusqu'aux orgues de barbarie. 

Les représentations du Savoy-Theatre sont toujours des modèles 
de mise en scène. Les costumes de Ruddi/gore, dessinés par l'auteur 
lui-même, sont du meilleur goût, et les moindres détails d'archéolo- 
gie y sont respectés. Les acteurs principaux, MM. George Grossmith, 
Durward, Lely et Rutland Barrington, M'"'' Leonora Braham, 
Jessie Bond et autres, accomplissent leur tâche de façon parfaite. 
Tous leurs rôles leur vont à merveille. Acteurs excellents, mais 
chanteurs médiocres, ils sont par cela même parfaitement adaptés 
au genre de l'opérette. S'ils étaient des vocalistes distingués, ils 
s'occuperaient plus de leurs voix que des paroles curieuses que 
leur confie M. Gilbert, et qu'ils doivent prononcer avec netteté 
pour bien faire comprendre l'action. Une œuvre musicale qui exige 
des chanteurs sans voix pour réussir est une anomalie que vos 
lecteurs pourront ajouter à leur catalogue d'excentricités anglaises. 

Fra^'cis Hueffer. 



NOUVELLES DIVERSES 

ÉTRANGER 

Le répertoire français continue à défrayer les spectacles lyriques de 
l'Allemagne. Les ouvrages suivants ont été représentés pendant la semaine 
dernière sur les principales scènes allemandes : Berlin : Fra Diamio, 
le Chevalier Jean. — Cologne : les Huguenots. — Dresde : Robert le Diable, le 
Bot l'a dit, Faust. — Hambourg : la Muetle, Carmen. — Leipzig : le Maçon, 
les Huguenots. — Francfort : Mignon. — Vienne : Hanilet. 

— Nouvelles théâtrales d'Allemagne. — Le Chevalier Jean de M. Jon- 
cières vient d'accomplir une nouvelle et heureuse étape, celle-ci à Stettin. 
L'interprétation a été de tous points remarquable. — Les représentalions 
modèles (?) de Carmen, sous la direction de M. Hans de Bûlow, attirent un 
public nombreux au théâtre municipal de Hambourg. Le concours du 
célèbre chef d'orchestre n'était pas absolument indispensable à une bonne 
e.vécution, mais le prestige de son nom entourait cette reprise de Carmen 
d'une certaine solennité et le résultat en est tout au profit du chef-d'œuvre 



de Bizet. — Un nouvel orchestre vient d'être formé à Berlin, qui sera atta- 
ché spécialement au Théâtre royal de drame. La direction en a été confié e 
au Musikdirector Wegner. Jusqu'ici on avait été obligé de détacher des 
musiciens de l'orchestre de l'Opéra pour exécuter la musique de scène fai- 
sant partie de certains drames, comme, par exemple, la Puoelle d'Orléans , 
Chdllaume Tell, Egmont, etc. — Au théâtre An der Wien, succès pour une 
nouvelle opérette viennoise, Der liebe Augustin, de M. Hugo Klein, musique 
de M. Johann Brandi. — L'Opéra de Berlin vient de donner une brillante 
reprise de Fidelw, qui servait de débuts au nouveau chef d'orchestre, 
M. Ludwig Deppe. L'épreuve a été on ne peut plus favorable à ce dernier ; 
des applaudissements chaleureux lui ont été prodigués après l'exécution 
de la célèbre ouverture de Léonore, qu'il est d'usage d'intercaler après le 
premier acte de Fidelio. — Le théâtre de la Cour de Dresde prépare, à 
l'occasion de l'anniversaire de la mort de R. Wagner, une audition com- 
plète de l'Anneau des Niebelungen. Les représentations auront lieu du 6 au 
ii février. 

— M°"= Cosima Wagner vient d'adresser une supplique au prince régent 
de Bavière dans le but de faire interdire les représentations de Parsifal à 
Munich, ces représentations pouvant porter préjudice aux prochains Fest- 
spiele de Bayreuth. Nous croyons que l'intendance de l'Opéra de Munich, 
qui cependant possède le droit exclusif de représenter l'ouvrage en question, 
finira par faire droit à la demande de M™ Wagner. 

— On se rappelle les désagréments que s'est attirés récemment M. Hans 
de Bulow, dans diverses villes allemandes, pour de prétendues incartades 
politiques. Tout dernièrement encore, l'irritable artiste, assez fantasque 
d'ailleurs de sa nature, a failli ameuter contre lui, par ses excentricités, 
le public si pacifique de Vienne, où il donnait un concert-conférence. 
Le correspondant du Figaro lui envoie à ce sujet ces renseignements : — 
« Le concert, pardon, la conférence se serait passée sans interruptions, 
si M. de Bulow ne les avait pas provoquées lui-même. Malheureusement, 
ce diable d'homme ne saurait renoncer à ses excentricités. On croit qu'il 
va commencer, le voici qui se lève pour aller causer avec un confrère. Il 
commence, le voilà qui se ravise, s'approche de M""" Caroline de Serres 
pour lui serrer la main. Enfin, il a commencé, il est au milieu du mor- 
ceau ; il s'arrête tout d'un coup, appelant l'accordeur ! Une touche ne va 
pas, le fa dièze ne sort pas. L'accordeur arrive, il tape sur la maudite 
touche — tout cela se passe devant le public. Le fa dièze va très bien, 
c'est la mémoire du pianiste qui ne va pas, et pour masquer sa défail- 
lance, il n'a rien trouvé de mieux que d'accuser le piano, un magnifique 
instrument de Bosendorfer, qui a fait les délices de Rubinstein. Le tort 
de M. de Bulow, c'est de traiter le public par trop cavalièrement. L'hiver 
passé, le feuilleton du premier critique de Vienne a eu le tort de lui 
déplaire. Ne voilà-t-il pas qu'en plein concert il demande la parole, se 
la donne et essaye d'apostropher le critique en question devant le public! 
A vrai dire, c'est moins le public que M. de Bulow lui-même que la 
police redoutait cette fois-ci. Elle craignait que, par ses extravagances, 
il ne fit naître un scandale, et elle lui avait fait signifier avant le con- 
cert qu'au moindre écart de sa part, elle fermerait son piano et ferait 
rendre l'argent au public. » 

— Trois jeunes filles, trois sœurs, fort bien douées, M'"* Marianne, 
Clara et Emmy Eissler, dont l'une est violoniste, la seconde harpiste et 
la troisième pianiste, obtiennent en ce moment de grands succès en Alle- 
magne, en donnant des concerts dont elles font à elles seules tous les 
honneurs. Elles ont été vivement applaudies déjà à Berlin, à Francfort, 
à Prague et dans quelques autres villes. 

— Nous trouvons dans le Soir, à la date de Saint-Pétersbourg, 23 jan- 
vier, une correspondance ainsi conçue : — «Grand émoi dans les cercles 
artistiques de notre ville. M. Davydoff, le violoncelliste distingué, qui, 
depuis plusieurs années déjà, dirige le Conservatoire de Saint-Péters- 
bourg, a donné sa démission sans prévenir qui que ce fût. On attribue 
cette décision soudaine de M. Davydolï aux critiques dont il a été l'objet 
de la part de la presse russe, à cause de sa tendance prononcée à favo- 
riser les professeurs étrangers au détriment des musiciens russes, anciens 
élèves du Conservatoire. M. Davydoff sera remplacé par M. Rubinstein. 
Ce dernier, cédant aux sollicitations unanimes du monde musical de 
Saint-Pétersbourg, a consenti à reprendre la direction du Conservatoire, 
qui est son œuvre et qu'il dut abandonner en 1867 à la suite d'intrigues 
inqualifiables. » 

— On n'est pas encore fixé au juste sur la date précise de la première 
représentation à'Otello. Les uns tiennent pour le 3, d'autres parlent de 
la date beaucoup plus éloignée du 8 ; tout dépend du rétablissement 
complet du ténor Tamagno, rétablissement qui d'ailleurs est en bonne voie. 
En attendant, on continue de représenter la Flora Mirabilis du jeune 
maestro Samara. M"^ Calvé, qui a été victime d'une sorte de cabale à 
son début, paraissait cependant devoir en triompher quand elle est tombée 
très sérieusement malade, et il a fallu la remplacer par M'"» Di Monale. 
L'ouvrage a été ainsi représenté quatre fois encore cette semaine. Il y a 
loin de là à l'insuccès dont on parle. 

— Le Reichsanzeiger, journal officiel de Berlin, contient, dans son nu- 
méro du 2b janvier, la nomination de Verdi comme chevalier de l'ordre 
prussien « pour le Mérite ». 



70 



LE MENESTREL 



— Pendant que Fm Diavolo pénètre jusqu'en Russie et retrouve à Moscou 
le succès qui depuis deux ans l'accueille dans toutes les parties de l'Eu- 
rope, HamlH triomphe à Barcelone, sous les traits de M. Lhérie, notre 
compatriote, qui soulève, parait-il, l'enthousiasme du public, aussi bien 
que M"'' Bellinciani dans le rôle d'Ophélie. 

— On nous écrit que Mi"= Mauduit vient d'être très bien accueillie dans 
Carmen au théâtre de Padoue. Elle se prépare à y aborder maintenant le 

rôle de Mignon. 

— On a donné au théâtre Garibaldi, de Catane, une opérette du maestro 
Vilalini, Napoleone 1 in senUnella, qui a obtenu du succès. 

— Selon la Espmia musical, le ténor Masini serait, à l'expiration de son 
contrat avec Barcelone, engagé à Montevideo pour quarante représenta- 
tions, pour lesquelles il recevrait une somme de 2 millions 600,000 réaux, 
soit 630,000 francs, ou 16,250 francs par représentation. 11 est vrai que le 
Trovalore dément cette nouvelle, en affirmant que M. Masini doit se ren- 
dre à Moscou en quittant Barcelone. 

— Un fait rare vient de se produire à Lisbonne : la première représen- 
tation, au théâtre San Carlos, d'un ouvrage inédit dû à un auteur national. 
Il s'agit d'un opéra en quatre actes, os Dorias, dont le poème, emprunté 
par M. Ghislanzoni à la célèbre tragédie de Schiller, la Conjuration de 
Fiesque, a été mis en musique par M. Auguste Machado, un artiste dont 
la réputation s'est établie déjà dans son pays par divers travaux antérieurs. 
L'ouvrage, chanté par M""" Theodorini et Amélie Stahl, MM. Valero, 
Dufriche, Vidal, Durini et Solda, parait avoir obtenu un grand succès ; 
plusieurs morceaux ont été bissés, entre autres le chœur de la conjuration, 
une harcarolle et un morceau d'ensemble. Les compatriotes de M. Machado 
ont fait à son œuvre l'accueil le plus chaleureux et le plus enthousiaste. 

— Un concert consacré à l'école russe a été donné samedi dernier, à 
Amsterdam, à la Société Félix Meritis, sous la direction de M. Roentjen, 
qui a fait exécuter notamment presque tout le second acte du Prisonnier 
du Caucase, de M. César Gui. Le sextuor de cet opéra a été bissé. 

— Gekève. — Au programme du dernier concert classique figurait une 
symphonie en sol mineur de Méhul. Bien des érudits ignorent que l'illustre 
auteur de Joseph ait écrit des symphonies, car Fétis ne les mentionne 
même pas dans le catalogue des œuvres de Méhul. La symphonie en sol 
mineur est une admirable composition, et l'on doit hautement féliciter M. Hugo 
de Senger, chef d'orchestre des concerts, d'avoir remis au répertoire une 
œuvre magistrale oubliée depuis le commencement du siècle. Conçue 
dans la forme classique, la symphonie en sol mineur présente une vaillante 
liberté de développement et de séduisantes hardiesses de facture et d'ins- 
trumentation. Elle est écrite pour l'orchestre complet, Méhul, contrai- 
rement à l'usage de son temps, y employant simultanément des hautbois 
et des clarinettes ; pas de cuivres : les trombones ne furent que rarement 
admis dans la symphonie classique, puisque Beethoven les emploie avec 
la plus grande réserve et que Mendelssohn ne les fait intervenir épisodi- 
quement que dans deux de ses symphonies. Méhul a supprimé les trom- 
pettes, que l'insuffisance de leur échelle condamnait, en son temps, à de 
perpétuels remplissages et dont la sonorité vacillait, comme suspendue 
dans le vide de l'orchestre, privée qu'elle était de la puissante hase des 
trombones. Méhul n'a donc conservé de la fanfare que les timbales et les 
cors, usant avec le plus grand art des notes bouchées dont s'abstiennent 
généralement Haydn et Mozart. Sans pouvoir analyser en détail ce chef- 
d'œuvre ignoré, disons que l'allégro, traversé d'un souffle tragique, rappelle 
la scène de Joseph où Siméon maudit son crime ; une phrase mélodique 
en majeur, d'une séduction toute moderne, contraste avec les empor- 
tements du thème initiai. L'andante offre quelque chose de l'intimité de 
certaines pièces de Schumann, et le développement s'en poursuit par une 
irrésistible progression harmonique et mélodique. Un menuet et un finale 
débordants de verve, d'humour et de fantaisie, terminent cette superbe 
symphonie, dont l'exécution a fait le plus grand honneur à notre excellent 
orchestre et à son chef éminent, M. Hugo de Senger. H. M. 

PARIS ET OÉPARTEMEHTS 

L'Académie des beaux-arts a élu, dans sa dernière séance, les divers 
jurés qui, pris hors de son sein, se joindront à ses diverses sections pour 
juger les épreuves de Rome. Eu ce qui concerne la musique, sou choix 
s'est porté sur MM. Ernest Guiraud, Paladilhe et Victorin Joncières. 

— Dans sa séance de lundi dernier, le comité de la Société des com- 
positeurs de musique a constitué son bureau pour l'année 1S87-88.M. Vic- 
torin Joncières ayant déclaré préalablement qu'il désirait résigner les 
fonctions de président, qu'il exerçait depuis plusieurs années, on a procé- 
dé au vote, quia donné les résultats suivants : président : M. Saint-Saëns- 
Vice-présidents : MM. Guiraud, Guillot de Sainbris, Pfeilïer et Guilmant. 
Secrétaire général : M. E. d'Ingrande. Secrétaire-rapporteur: M. Ganoby. 
Secrétaires : MM. Balleyguier, Chapuis, de la Tombelle, de Vaux. Biblio- 
thécaire-archiviste : M. Weckerlin ; Trésorier et bibliothécaire-archiviste 
adjoint : M. Limagne. Sur la proposition d'un membre, du comité, 
M. Victorin Joncières a été nommé président d'honneur de la Société. 

— La séance d'audition des œuvres couronnées par la Société des composi- 
teurs, qui devait avoir lieu cette semaine à la salle Pleyel-Wolf, a dû être 
remise à mercredi prochain, 2 février. Les lettres d'invitation qui avaient 



été envoyées restent valables pour la nouvelle date du concert. Le prin- 
cipal attrait de cette séance' sera l'exécution de la symphonie de M. La- 
combe, l'heureux lauréat qui a obtenu le prix de 3,000 francs, offert si 
généreusement par M. Lévy, de Belfort. C'est également M. Lacombe qui 
a remporté le prix du Divertissement de piano, avec accompagnement 
d'orchestre, fondé par M. Wolff. M"" Roger-Miclos tiendra la partie de 
piano. M""* Raunay et Brun prêtent également le concours de leur talent 
à cette intéressante soirée. 

— Dans ces deux dernières semaines ont eu lieu, par les soins de 
M. Etienne Charavay d'une part, de M. Eugène Charavay de l'autre, trois 
ventes d'autographes, dans lesquelles les lettres et manuscrits de compo- 
siteurs, de virtuoses, de chanteurs, de comédiens, tenaient une large place 
et ont atteint des prix très élevés. 

Parlons d'abord de la première, où nous voyons un morceau autographe 
de Beethoven vendu 96 francs, une lettre de Rossini 25 francs, une de 
Spontini 20 francs, une de Verdi 10 francs, une de Mercadante 7 francs. Parmi 
trois lettres de Meyerbeer, l'une atteint 20 francs, l'autre 33, la troisième 
monte à 102. Cette dernière est d'ailleurs vraiment curieuse, car Meyerbeer 
s'y plaint à Scribe que celui-ci lui ait fait réclamer par huissier les deux 
premiers actes de l'Africaine et il proteste contre ce procédé. <t Dans un 
mois ou six semaines au plus tard, dit-il, je serai à Paris, et j'espère que 
je vous retrouverai ce que je serai pour la vie, c'est-à-dire votre dévoué 
et loyal ami, et que je vous embrasserai de cœur, sans intermédiaire 
d'huissier. » 

De Scribe précisément, trois lettres se sont vendues 22, 35 et 57 francs, 
tandis qu'Alexandre Dumas et M. Sardou trouvaient possesseurs à 6 et 
7 francs. Si nous revenons aux compositeurs voici les prix : Boieldieu, 
•15 francs; Donizetti, 20; Paisiello, 31; Schumann, 36; M. Gounod, 10. 
Puis, pour les artistes scéniques : M°" Catalani, 15 francs; M'" Clairon, 
160, pour une lettre adressée à Voltaire; sa rivale célèbre, M"= Dumesnil, 
50; Lekain, écrivant à son fils, 78; M""' Schrœder, la grande tragédienne 
allemande, 15 francs; M"'=Ristori, la grande tragédiei:ne italienne, 15 francs- 
Rachel, 10 francs; M''^^ Raucourt, 55; M"'= Mézeray, 15. Enfin, comme 
curiosité, la trop fameuse danseuse Lola Montés, qui fut reine de Bavière 
de la main gauche, 33 francs. 

Passons à la seconde collection, plus riche en ce qui concerne la mu- 
sique et le théâtre. J'y trouve d'abord, vendue 15 francs, une charmante 
lettre du grand violoniste Viotti, écrite par lui, de sa retraite de Schœn- 
felz, près de Hambourg, au fils de ses bons amis de Londres, M. et 
M""' Chinnery ; puis une lettre très curieuse de Spontini, qui valait plus que 
les 9 francs auxquels elle a été adjugée. Parmi les lettres d'autres com- 
positeurs, il faut surtout signaler les suivantes, dont voici les prix : 
Hummel, 15 francs; Donizetti, 38; Cherubini, 10; Chopin, 60; Boieldieu, 
15 ; Bochsa, le compositeur faussaire et voleur qui se fit condamner aux 
galères par contumace, S francs; Litolff, 15; deux lettres de Liszt, 20 et 
iO ; Moschelès, 8 ; Meyerbeer, une lettre intéressante à Léon Pillet, 
directeur de l'Opéra, 75 francs; Onslow, 15; Paisiello, 51 ; Spohr, 10; 
Salieri, iO ; Rossini, 35 ; Reicha, 12 ; Ferdinand Ries, l'ami de Beethoven 
et son élève, 30; Schumann, 32; Perti, 22; Dussek, 10; Flotow, 15; 
Gossec, 15; un contrat, avec une simple signature d'Haydn, 70 francs; 
enfin, une superbe lettre de Beethoven, 100 francs ; une de "Wagner, 35 ; 
deux de "Weber, 38 et 60. 

Pour ce qui est des virtuoses, chanteurs, comédiens, voici aussi quel- 
ques chiffres : Charles de Bériot, le grand violoniste, mari de la Malibran, 
10 francs ; la Malibran elle-même, 20 francs (un reçu signé par elle, de 
la somme de 1,075 francs, « pour ma première représentation de la se- 
maine courante » au Théâtre-Italien, daté de 1831, a été adjugé à 10 
francs); Ole Bull, 9; Kalkbrenner, 3; M™= Normann-Neruda, 5; Christine 
Nilsson, 15; Théodore Ritter, 7; M™" Garvalho, 5; Sarasate, 7; Thalberg, 
10 ; Tamburini, 10 ; Joseph Wieniawski, 6 ; Lekain, 25 ; Frédérik Le- 
maitre, 8 ; Jenny Lind, 15; W^" Mars. 12; Mole, 30; Monvel, 26; 
M"" Quinault, la reine des soubrettes de la Comédie-Française, deux 
lettres, 20 francs chacune; trois lettres de Rachel, 18, 20 et 20; deux 
lettres de M™= Ristori, 10 et 12; deux lettres de M»^'' Saint-Huberti, 15 et 
20 ; M™ Henriette Sontag, 15 ; deux lettres de Talma, iO et 70 ; Vieux- 
temps, 8; Bouffé, 15; Carlin, le fameux Arlequin de la Comédie-Italienne, 
12 francs ; Louise Contât, 10 ; Grescentini, 6 ; M.'"' Dorval, M"|= Du- 
chesnois, Fleury, 10 francs chacun ; M'" George, 32 ; Grandmesnil, 30 ; 
M."« Raucourt, 35 ; Larive, 10 ; Lafon, 12 ; Paganini, 15 ; la Pasta, 10 ; 
M"'" Clara Schumann, 12. 

Les manuscrits autographes de compositeurs ont atteint parfois des prix 
élevés. Je citerai surtout les suivants: Flotow et Boieldieu, chacun 15 fr. ; 
Donizetti, 38; Verdi et Vieuxtemps, 8; Sarti, 30; Johann Strauss père, 35; 
Johann Strauss fils, 25 ; Liszt (4 morceaux), 20, 25, 30 et iS ; Ambroise 
Thomas (fragment de il7Jna), 55 ; Rob. Schumann, 70; Alex. Scarlatti, 1-40; 
Schubert [Blondel à Marie, chanson), 175; Beelhoven, 200 francs. 

La perle de la troisième collection était une lettre de Mozart, écrite en 
allemand et en italien à l'âge de 1-4 ans et adressée à sa sœur; cette 
lettre a trouvé acquéreur à 505 francs. Une lettre de Berlioz à Belloni a 
été vendue 52 francs, de même qu'une lettre de Verdi, datée du 22 mars 
1861, dans laquelle l'auteur de Rigoletto parle de la chute de Tannhâuser à 
Paris, traite de blague le fait de parler de la « musique de l'avenir, » et 
prétend que le drame de Wagner est une bamboche telle que sa nourrice 
lui en racontait quand il avait trois ans. Une quittance simplement signée 



LE MÉNESTREL 



7'J 



par Lully a été vendue 3b francs; un morceau autographe d'Auber, 37 fr.; 
une Chanson persane àe Meyerbeer, 6b francs; une lettre de l'illustre violo- 
niste Tartini, 7b francs ; une série de sept lettres de M''"^ Qainault, la 
fameuse soubrette de la Comédie-Française, 100 francs, 

J'allais oublier de mentionner les prix atteints, dans la seconde vente, 
par une série de manuscrits autographes de Félicien David. Chose extra or- 
dinaire, ce sont ces manuscrits précieux aui ont été le moins disputés. 
Voici les chiffres : Symphonie en mi bémol (les parties séparées, formant 
l'orchestre complet), 8b francs (à M. Albert Gahen) ; fragments de Moise au 
Sinai, 2b francs; fragments i'Herculanum, 20 fr.; fragments du Jugement 
dernier, de l'Eden, du Saphir, 2b francs; air de baryton (inédit), 91 francs; 
fragments divers, 20 francs. 

— Une vente intéressante est celle qui aura lieu à l'hôtel Drouot le sa- 
medi S février, par suite du décès de M. Abel Bonjour, et par les soins de 
MM. Gand et Bernardel. Le catalogue, qui en donne les détails, vient 
d'être publié ; « Catalogue d'une collection d'instruments de musique, com- 
prenant neuf violoncelles de Stradivarius, Rugger, école Amati, Streinin- 
ger, quatuor de Gand et Bernardel frères, archets de Tourte, Lupot, Pec- 
cate, Henry, Voirin, pianos de Pleyel et de Chickering, musique ancienne 
et moderne. » On peut être assuré que les amateurs ne manqueront pas. 

— Sous ce titre : Verdi, an anecdotic history of his Ufe and works, la librairie 
Grevel, de Londres, vient de publier une excellente traduction, due à 
M. James E. Matthew, du livre si intéressant que notre ami et collabo- 
rateur Arthur Pougin a fait paraître il y a quelques mois sur l'auteur de 
Rigoletto et d'Aida. L'édition anglaise, de format in-octavo, est superbe et 
forme un splendide volume où sont reproduits, comme dans l'édition 
française, le portrait de Verdi et le fac-simite de son acte de naissance. 

— Les diants de l'Eglise Latine. — Restitution de ta mesure et du rythme selon 
la métliode natureUe, par Emile Burnouf. (Paris, librairie Victor Locoffre, 90, 
rue Bonaparte.) — Voici une publication destinée à faire du bruit dans 
le monde des savants et des artistes. En restituant aux mélodies grégo- 
riennes le rythme et la mesure, M. Emile Burnouf leur a rendu l'expres- 
sion, la vie et la beauté. Ce n'est pas seulement aux archéologues et aux 
curieux que son livre s'adresse, c'est à tous les artistes soucieux de con- 
naître et d'étudier les beaux modèles. On n'en pourrait trouver de plus 
achevés, au point de vue de l'invention mélodique et rythmique et de 
l'expression vraie des paroles, que ceux dont ce recueil est rempli. Outre 
les cent mélodies placées à la fin du volume, qui sufSraient à elles seules 
pour en assurer la haute valeur, M. Burnouf a consacré toute une pre- 
mière partie à l'exposé de sa méthode et à des considérations historiques 
du plus vif intérêt. 

— Ainsi que nous l'avons annoncé, M. Mathis Lussy, mettant lui-même 
à contribution son beau Traité de l'expression musicale, est allé faire à 
l'Académie de musique de Genève une série de conférences sur ce sujet 
si intéressant. Le succès du professeur a été plus grand encore qu'on ne 
l'eût pu concevoir, et les journaux de Genève nous font connaître l'en- 
thousiasme et l'émotion que sa parole chaude et vibrante a excités chez 
tous ses auditeurs. M. Lussy, à la suite de ce brillant voyage, s'est vu 
demander dans plusieurs villes, entre autres à Lausanne, à Lyon et à Ghâlons, 
où il doit se rendre prochainement pour y faire plusieurs conférences du 
même genre. 

— L'excellent violoniste Johannès 'Wolff vient d'arriver à Paris, de 
retour du Brésil, où il a obtenu toute une série de brillants succès. 

— Un concours pour une place de violoncelle à l'orchestre de l'Opéra 
a eu lieu vendredi. M. Georges Papin a obtenu la place à l'unanimité . 

— A Monte-Carlo, les fêtes musicales se succèdent et se ressemblent 
par le succès qui les accueille. A côté des représentations théâtrales qui 
valent à M°"= Fidès Devriès et à son frère de si éclatants succès, les con- 
certs classiques ne prennent pas moins faveur. M""= Conneau a fait les 
honneurs du dixième concert; elle y a chanté admirablement l'air de 
Samson et Dalila et tenu toute l'assistance sous le charme par sa ravissante 
interprétation du Soir, d'Ambroise Thomas. On lui a fait une ovation en- 
thousiaste. 

— On vient de donner, à Monte-Carlo, la première représentation de 
Nedjina, ballet inédit, scénario de M. Nuitter,musique de M. Paul Genne- 
vraye, dont le succès a été très grand. Le jeune compositeur est élève de 
M. Guiraud : c'est à lui que M. Emile Augier a confié le livret que M. Jules 
Barbier a tiré de la Ciguë. Après Monte-Carlo, Nedjina sera représentée au 
théâtre de la Monnaie de Bruxelles. 

CONCERTS ET SOIRÉES 

Après la symphonie en la de Beethoven, dite par l'orchestre avec sa 
sûreté et sa supériorité ordinaires, le dernier programme de la Société 
des concerts du Conservatoire nous offrait un bel hymne de Mendelssohn: 
Ecoute ma Prière (paroles françaises de M. Paul Collin), d'un heureux sen- 
timent mélodique et d'un très beau caractère. Les chœurs ont fort bien 
chanté cette page inspirée, dont le solo fort important aurait exigé un 
style plus ferme et plus sûr que celui que lui a prêté M"" Fanny Lépine, 
dont la voix, d'ailleurs agréable, n'était pas toujours d'une justesse abso- 
lue. Le concerto pour orchestre de Hœndel a produit une heureuse im- 



pression, bien que cette œuvre nous reporte bien loin du Hœndel de Jud/is 
Macchabée et du Messie; mais le succès de la séance a été incontestablement 
pour M. Loeb, qui a dit avec un son plein de rondeur, de moelleux et 
d'ampleur, avec un archet plein d'élégance, avec un style d'une rare pureté, 
un adagio pour violoncelle, Kol Nidrei, de M. Max Bruch. M. Loeb a été 
applaudi et rappelé par la salle entière, et c'était justice. On a entendu 
ensuite le finale du premier acte à'Euryanthe, qui, je l'avouerai au risque 
de me faire conspuer, ne me paraît que médiocrement à sa place au Con- 
servatoire ; il y a dans Weber des pages autrement nobles, autrement 
puissantes, autrement colorées. '"Le concert se terminait par l'ouverture 
de Tannhâuser. A. P. 

— Concerts du Chatelet. — La symphonie en ut mineur est une des œuvres 
dans lesquelles s'affirme le mieux l'individualité puissante de Beethoven. 
Elle était donc bien choisie pour captiver l'attention d'un public naturel- 
lement un peu préoccupé par la perspective d'entendre Joachim. Le célèbre 
professeur de Berlin, dont les tendances musicales sont toutes du côté des 
classiques, et qui, fervent admirateur de Schumann et de Brahms, témoigne 
peu de sympathie pour l'école wagnérienne, s'est montré aussi grand 
artiste dans le choix de ses morceaux que musicien de style et virtuose 
impeccable dans leur exécution. Le concerto (n" 8) de Spohr est fort 
agréable, et aussi chantant que bien écrit pour l'instrument. La Fantaisie, 
op. 131, de Schumann impose à l'auditeur un petit effort d'attention, 
mais elle devient très attachante pour qui l'a pénétrée. Le thème d'orches- 
tre qui lui sert de début est d'une allure franchement mélodique, tandis 
que le motif principal, que le violon redit plusieurs fois, brille discrète- 
ment et jette sur l'ensemble un rayon de poésie. Joachim l'a joué dans 
un mouvement très ralenti et avec beaucoup de sentiment. Le morceau 
tout entier est d'une difficulté presque excessive. Schumann l'a fait pour 
Joachim et le lui a dédié. Les Danses hongroises (n"^ 1, 3, 20 et 7) de 
Brahms, arrangées par Joachim et fort bien accompagnées au piano par 
M"= Marie Poitevin, ont valu à l'interprète une triple ovation. Ce sont, 
tous les pianistes le savent, de petites pièces d'une facture exquise, où 
l'uniformité n'engendre aucune monotonie, et où l'inspiration est aussi 
délicate que spontanée. Chez Joachim, le mécanisme étonne à force 
d'aisance et par l'apparente simplicité des moyens; néanmoins, l'impres- 
sion si vive et si durable qu'il nous cause vient de l'autorité de son style, 
et non de la vélocité de son archet. En lui, le musicien, le chef d'or- 
chestre, oserai-je dire, — car Joachim a son orchestre comme il a son 
quatuor — domine le virtuose et lui dicte ses effets. — Au milieu et à la 
fin du concert, l'auditoire a fait un chaleureux accueil au Rouet d'Omphale 
de Saint-Saëns, œuvre ravissante dans ses détails et parfaitement équili- 
brée dans son ensemble, et à l'ouverture de Benvenuto Cellini de Berlioz. 

Amédée Boutarel. 

— M. Lamourpux a redonné à son public de l'Éden les trois morceaux 
classiques entendus à la précédente séance : l'ouverture de Coriolan, de 
Beethoven, le concerto de hautbois de Htendel et l'ouverture à'Euryan- 
the, de Weber. Ces trois pièces symphoniques suffisaient à faire du on- 
zième festival de l'Eden un fort beau concert. Le concerto de Hiendel, 
malgré sa forme archaïque, plaît toujours au public ; il y a là tant de 
belle humeur, de clarté sereine qu'on est saisi et ravi en même temps. 
Coriolan est autrement mouvementé et dramatique que le concerto de haut- 
bois. Quel souffle puissant et quelle pureté idéale dans cette phrase mélo- 
dique qui illumine l'œuvre d'un bout à l'autre ! Avec Euryanthe, nous 
sommes en plein romantisme. "VVeber est, avec Mendelssohn, le grand 
inspirateur de tous les maîtres modernes. 11 y a une chose qui nous 
frappe dans les grands maîtres du passé. Tous n'ont pas eu le même idéal, 
mais quels que soient les sentiments qu'ils ont exprimés, quelles que soient 
les formules qu'ils ont employées, leurs œuvres respirent la santé morale, 
on y sent palpiter de grands cœurs, on y devine des esprits pleins de recti- 
tude et de grandeur. Chez eux rien de maladif, d'incomplet, d'obscur. — 
M""^ Brunet-Lafleur et M. Van Dyck ont déployé un énorme talent dans 
l'interprétation de l'interminable duo de la Walkyrie, de "Wagner. Nous 
ne pouvons que rendre hommage à leur talent. Quant à l'œuvre, aue 
M. Lamoureux fera bien certainement redire, nous en laissons bien vo- 
lontiers l'appréciation à ceux qui aiment et comprennent ces choses que 
nous ne comprenons pas et que nous n'aimons pas. H. Barbîdette. 

— Excellente musique, samedi dernier, à la troisième soirée musicale 
donnée chez M""' Emile Herman, la sympathique pianiste. Elle était en- 
tourée d'artistes de mérite, entre autres de sou beau-père, M. Ad. Herman, 
le célèbre violoniste. M"'" Emile Herman donnera le 11 mars, dans les 
salons Pleyel-AVolf, un concert avec le concours d'artistes distingués. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire, même programme que dimanche dernier. 

Cirque d'hiver, concert populaire, sous la direction de MM. César Franck 
et Pasdeloup ; festival consacré aux œuvres de M. César Franck : le Chas- 
seur maudit; Variations symphoniques, par M. Diémer : deuxième partie de 
Ruth, soli par M"» Gavioli et M. Auguez; airs du ballet de Hulda, opéra 
inédit; les Béatitudes, poème de M""^ Colomb, soli par M"'=5Leslino, Gavioli, 
Balleroy, MM. Auguez, Duzas et G. Beyie. 

Ghàtelet, concert Colonne: première audition de l'ouverture de Gene- 
viève (Schumann) ; Symphonie en si mineur (Schubert) ; Concerto pour 
violon (Beethoven), par M. Joachim; deux airs de ballet (E. Reyer) ; pre- 
mière audition de Variations pour violon et orchestre (Joachim), par l'au- 



72 



LE MENESTREL 



teur; te Trille du diable, sonate (Tartini), pur M. Joachim; Polonaise de 
Simemée (Meyerbeer). 

Eden-Théàtre, concert Lamoureux : ouverture d'Oberon (Weber) ; sym- 
phonie en ut mineur (Beethoven); prélude et 1"= et 3<^ scènes du premier 
acte de la Vall.-yrie (Wagner), soli par M'"" Brunet-Lafleur et M. Van Dyck ; 
ouverture du Carnaval romain (Berlioz). 

Une séance singulièrement, exceptionnellement intéressante, est celle que 

MoisClamageran, fille d'Herold,et M™" Herold, veuve du regretté préfet de la 
Seine, offraient le ii de ce mois aux admirateurs de l'immortel auteur deiMarie, 
de Zampa et du Pré aux Clercs. 11 s'agissait de l'audition d'un certain nom- 
bre d'œuvres posthumes d'Herold: une symphonie en ut: une sonate pour 
piano seul; deux scènes lyriques, Akyone, pour mezzo-soprano, et Hercule 
mourant, pour baryton; un duo pour piano et cor; le troisième concerto de 
piano, en la; des fragments de la Gioventà di Enrico quinto, opéra italien 
(qui, par parenthèse, n'est point posthume, puisqu'il fut représenté àNaples 
en I81S), et deux fragments d'une symphonie en ré. — 11 n'est pas besoin 
de dire si les artistes avaient répondu à l'appel de M'"^^ Clamagerau et 
Herold, dont la piété filiale s'exerçait d'une façon si intelligente; on remar- 
quait dans la salle Érard M'»" Carvalho, MM. Léo Delibes, Weckerlin, 
Charles Dancla, Masset, Léon Gastinel, Alphonse et Edmond Duvernoy, 
Thomé, Eugène Gigout, Madier de Monijau, Armingaud, Danhauser, Mau- 
rin, etc. De l'impression que j'ai reçue de cette soirée, il résulte pour moi 
cette certitude qu'Herold était, avant tout et surtout, un musicien drama- 
tique. Si j'ai remarqué de fort jolis passages dans la symphonie en ut, si 
le finale de la sonate m'a paru plein de jeunesse, de verve et de vigueur, 
si le concerto m'a fait le plus grand plaisir, particulièrement son char- 
mant andante, qui n'est autre chose qu'un joli morceau concertant pour 
piano et violon, et le llnale, qui est élégant, svelte et délicat, — l'immense 
supériorité de l'artiste s'est dévoilée surtout pour moi dans tout ce qui tou- 
chait à la scène. Les fragments de la Gioventù di Enrico quinto, qui nous 
reportent au pur style italien du commencement de ce siècle, sont abso- 
lument délicieux, et les deux scènes lyriques excitent le plus vif intérêt. 
Alcijone est une page très pathétique, très dramatique, qui pourtant brille 
plus encore par l'accent que par l'inspiration proprement dite. Quant à 
Hercule mourant, c'est une œuvre superbe, d'une ampleur, d'une noblesse, 
d'un éclat, d'un style merveilleux, d'une forme très indépendante et très 
neuve, et dont la fin est d'une poésie tout à fait émouvante. — En somme, 
cette soirée a été on ne peut plus profitable à la mémoire d'Herold. N'eût- 
elle eu d'autre résultat que de nous faire connaître cette belle scène d'Her- 
cule mourant, dont le Conservatoire devrait bien s'emparer, qu'on ne pour- 
rait que s'en féliciter. La place me manque pour louer comme je le vou- 
drais tous les excellents interprètes des œuvres entendues; je ne puis que 
les nommer en leur adressant à tous mes compliments: M"=* Pregi et Fan- 
ny Lépine, MM. Mazalbert et Balard pour le chant, puis MM. René Ghan- 
sarel, Charles René, Maurice Hayot et Renne, sans oublier M. Ch. Lefebvre, 
qui dirigeait l'orchestre avec autant de goût que de sûreté et de sobriété. 

Arthur Pougin. 

Le quatuor Joachim a commencé ses séances de musique de chambre. 

En vérité, ce n'est pas par le nom du seul premier violon que l'on devrait 
désigner cette société, dont les autres membres, MM. de Ahna, E. Wirth 
et R. Haussmann, ont tous les droits à être mentionnés en même temps 
que leur chef d'attaque, car ce quatuor se distingue avant tout parla fusion 
absolue de tous ses éléments : ici, le virtuose s'efface constamment dans 
l'intérêt de l'exécution d'ensemble; pas d'effets de soliste, mais une homo- 
généité parfaite, une précision absolue. On peut imaginer plus de verve et 
d'intensité d'expression, des qualités plus brillantes, mais non plus sérieuses 
ni plus solides. J. 

— Au concert donné à la salle Erard par la Société chorale la Concorclia, 
ont été chantées deux œuvres importantes qui n'avaient jamais été exé- 
cutées à Paris : le chœur des Filles-Fleurs de Parsifal, et la troisième 
partie du Faust de Schumann, sans coupures. La soirée n'eùt-elle pas eu 
d'autre résultat que de faire cesser la légende qui fait de la musique de 
■Wagner une chose indéchiffrable et inchantable, qu'il en faudrait déjà 
féliciter les organisateurs, puisque, malgré les très grandes difficultés 
d'intonation que présente le fragment de Parsifal, un chœur d'amateurs 
est arrivé à en donner une remarquable exécution. L'auditoire a d'ailleurs 
vivement ressenti le charme troublant et capiteux de cette musique, nou- 
velle pour lui, et l'a bissée par acclamations. — Ce n'est pas dans un aussi 
court article que nous pourrions évoquer les beautés d'une œuvre telle 
aue le Faust de Schumann: bornons-nous donc à dire qu'avec elle l'im- 
pression n'a pas été moins vive. La poétique Mort d'Ophélie, de Berlioz, et 
des chœurs de Rameau, Gounod, Saint-Saëns, complétaient le programme 
de cette intéressante soirée. J. 

— La deuxième séance de la Société nationale de musique a débuté 
par une bonne exécution de l'admirable quatuor, op. 132, de Beethoven. 
MM. Remy, Parent, van Waefelghem et Delsart ont délicieusement 
chanté la fameuse « Canzona » du troisième morceau. Après quoi, M. E. 
Chabrier s'est mis au piano pour accompagner deux mélodies, T'es yewr 
bleus et Chanson pour Jeanne; l'accompagnement est tour à tour discret ou 
entraînant, il indique les efl'ets de force comme le ferait un orchestre. Le 
compositeur a trouvé là deux inspirations charmantes. C'est lui qui a clos 



le programme en exécutant à deux pianos, avec un de ses confrères, une 
série de valses pleines d'entrain et de vigueur. Mais revenons en arrière 
pour louer comme il le mérite le quatuor pour piano et cordes de M. G. 
Fauré. L'artiste, assis au piano, a remporté un succès dont il se souviendra, 
caria salle entière lui a prodigué à plusieurs reprises ses applaudissements. 
Sa musique se recommande par la variété des idées, le mouvement et 
l'aisance des développements. M. Delsart a exécuté sur le violoncelle un 
Lento de M. E. Lalo, la valse de Namouna et un fragment de M. E. Ber- 
nard. Enfin, M. Gibert a chanté, non sans une nuance de coquetterie un 
peu trop accentuée, deux jolies mélodies de M. J. Tiersot, que l'auteur 
accompagnait lui-même. La première, intitulée A Fanny. est d'une grande 
simplicité; les paroles sont d'André Chénier. La seconde, Aubade proven- 
çale, a beaucoup d'allure et est construite sur un rythme entraînant. Toutes 
deux dénotent un musicien sincère et délicat. Aji. B. 

— Très brillante réunion vendredi dernier chez M""* Laborde, le si dis- 
tingué professeur de chant, qui a fait entendre ce soir-là quelques-uns de 
ses meilleurs élèves. M"'= Chaminade avait bien voulu prêter à cette séance 
le concours de son gracieux talent. Deux mélodies d'elle, chantées l'une 
par M. Rondeau, un jeune ténor d'avenir, et l'autre par M"= de la Blan- 
chetais, ont été très remarquées. Citons encore M"" Ruelle, qui a 
exécuté avec beaucoup de brio et de virtuosité une scène avec chœurs de 
M. Pfeiiîer, Wilda; un excellent contralto au timbre très chaud et très 
rond, M"« Lavigne ; le soprano très pur et très puissant de M"= Chrétien. 
Le duo de Jean de Nivelle a été exécuté avec une rare perfection. Grand 
succès aussi pour M. Widor, dont on a exécuté plusieurs compositions 
remarquables. 

— M. et M"' Lebouc et M"'= Halmagrand ont inauguré leurs nouveaux 
salons de cours, place des Victoires, 3, par une soirée dans laquelle on 
a entendu des ouvrages classiques parfaitement exécutés par M. Alphonse 
Duvernoy et M'"! Halmagrand, ainsi que par de bonnes élèves des cours, 
puis plusieurs morceaux d'auteurs vivants, présents et accompagnant leurs 
œuvres. M. Lebouc a fait valoir une jolie romance pour violoncelle de 
M. Jacques Durand. M"' Fanny Lépine, de sa voix fraîche et sympathique, 
a ravi l'auditoire avec la poétique ballade de Maître Ambras de M. Widor, 
et une charmante mélodie de M. Ch. René, enfin en chantant avec 
M. Dérivis le duo de la Tempête de M. Alphonse Duvernoy. M. Dérivis a 
interprété avec charme deux mélodies de M. G. Pfeiffer, et M. Lefort, le 
brillant violoniste, a joué avec plein succès une fantaisie-impromptu de 
M. G. Pierné. N'oublions pas de signaler le charmant chœur : Au bord du 
Ail, de M. Ch. Lefebvre, chanté par les élèves de son cours de chant d'en- 
semble. En résumé, programme varié et intéressant, dans lequel l'élément 
moderne était largement représenté. 

— Nous sommes en retard pour mentionner le concert de M"' Louise 
Riquier. Séance très intéressante, où l'éminente bénéficiaire a fait enten- 
dre un beau trio de M. Georges Mathias et divers ouvrages de Liszt, 
Chopin et Schumann. 

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2918 — nr^ mM — iV" 10. 



Dimanche Fëviier 1887. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteui-s. 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henhi HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Dr an, Texte seul ; 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 Ir.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolution (14" article), Arthur Pocgin. — 
II. Bulletin théâtral, ARiHun Pougin; Franc-Chignon, au Palais-Royal, Padl- 
ÊMUE Chevalier. — III. La musique en Russie: le Méphislophélès de Boito, 
OÉSAR Gui. — IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE CHANT 
Nos abonnés à la nausique de chant recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

VOUS PARLEZ MAL DE MON AMY 

vieille chanson du XV» siècle, musique de M""" Pauline Viardot, adapta- 
tion moderne de M. Louis Pomey. — Suivra immédiatement : Notre Père, 
prière du matin, de J. Fauhe. 

PIANO 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
piano: Passez, muscade, polka de Heinrich Strobl. — Suivra immédiatement: 
Mélodies persanes de A. Rubinstein, paraphrase pour piano de Théouore 
Lack. 



UN GRAND THEATRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

de 1788 A 1801 

D'après des documents inédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



Cette année 1793 est fertile en incidents de tout genre 
pour rOpéra-Gomique. Le 14 octobre, ce théâtre offre à son 
public un nouvel ouvrage en trois actes, Urgande et Merlin, 
paroles de Monvel, musique de d'Alayrac. Assez insignifiante, 
la pièce n'obtient qu'un succès médiocre ; mais un journal 
■ultra-jacobin, la Feuille de salut public, ayant déclaré qu't';- 
gaiidc et Merlin lui semblait un peu débonnaire pour un temps 
de révolution, surtout venant d'un écrivain tel que Monvel, 
qui avait attiré l'attention sur lui par des productions plus 
hautes en couleur, Monvel s'empresse d'adresser au journal 
une lettre par laquelle il annonce que, en présence de ses 
observations, il retire immédiatement sa pièce. Cette lettre 
est du 25 vendémiaire an II (16 octobre 1793), deux jours 
après la représentation ; la voici : 

Je viens de lire l'article de votre journal qui eoucerne ma pièce 
li'Urgandeet Merlin. Permettez-moi de vous remercier de ce qu'il 
contient d'agréable quant au faible mérite de l'ouvrage, et de vous 
soumettre quelques réflexions sur ce qui me regarde personnelle- 
ment. Je n'ai point lainsé moisir ma plume dans L'encrier. J'ai fait, 
lors de la première fédération, le Chêne pairiotiqiic ou la Journée du 



1i Juillet 1790, joué sur le théâtre des Italiens, avec succès ; j'ai 
donné au théâtre de la Nation les Victimes cloUrées, ouvrage atta- 
quant direclement des préjugés religieux qu'il étoit alors bien im- 
portant d'anéantir. On répète maintenant au théâtre de la République 
un drame en cinq actes, qui fera lui seul la durée d'un grand 
spectacle, et que j'ose croire plus révolutionnaire qu'aucun de ceux 
qui ont paru jusqu'à présent (1). 

Vous voyez que raa plume n'a point moisi dans l'encrier, et que si je 
n'ai pas été plus loin, c'est que ma santé et mes occupations, 
comme acteur, ne me l'ont point permis (2). Urgande et Merlni est 
reçue depuis 1788. Vous la croyez d'un genre trop insignifiant pour 
un temps de révolution; je la supprime. La pièce devait être jouée 
aujourd'hui ; elle va disparaître de dessus l'affiche. J* ferais bien 
d'autres sacrifices au bien de ma patrie. 

Veuillez bien, citoyen, insérer ma lettre dans votre journal. C'est 
ma justification, et vous êtes trop équitable pour me priver des 
moyens de la rendre publique. 

Le citoyen Dalayrac, auteur de la musique, les sociétaires du 
théâtre de l'Opéra-Comique-National, malgré les frais qu'ils ont 
faits pour établir ma pièce, partagent tous mes senlimens, et c'est 
en leur nom autant qu'au mien que je vous prie, citoyen, de ne 
pas me refuser. 

Je suis bien fraternellement, citoyen, votre dévoué compatriote. 

Monvel. 

La Feuille de salut public ne pouvait se dispenser de publier 
celte lettre sans l'accompagner de son approbation ; elle la 
fit suivre en effet du satisfecit que voici : — « Nous admirons 
sincèrement la résignation civique du républicain Monvel. 
Elle doit servir d'exemple à tant d'auteurs éphémères à qui 
il en doit moins coûter, si l'on pouvoit mesiirer leur amour- 
propre sur la nature de leur production. Le public n'y per- 

(1) 11 s'agit évidemment ici de Rixleben ou la Main de fer, ouvrage qui 
ne put voir le jour, et dont l'histoire, qui s'arrête à la veille même de 
sa première représentation, fut sans doute assez mouvementée. Dans une 
<i Notice des ouvrages représentés depuis le 13 nivôse sur les dilTérens 
théâtres », le Journal des diécUres du 1'='' fructidor an H mentionne celui-ci, 
tout en constatant cependant qu'il ne put voir les feux de de la rampe : 

« Théâtre de la République, rue de la Loi. — ...Le 13 ventôse, an- 
nonce de la première représentation de l'Homme à la main de fer ou Evrard 
RiMehen, drame héroïque en o actes, par Monvel; le 10 germinal, annonce 
de ce drame pour le 12; le 11, nouvelle annonce pour le lendemain ; le 12, 
défense de jouer la pièce. » 

(2) Ou sait que Monvel est un des plus admirables comédiens qu'ait pro- 
duits la France. Comme plusieurs de ses confrères, et des plus célèbres, 
notamment Talma, Dugazon et Grandmesnil, il avait embrassé avec ar- 
deur les principes de la Révolution, qu'il défendit avec sa plume dans 
des ouvrages souvent remarquables. Auteur dramatique d'un talent souple 
et divers, il ne lit pas seulement applaudir des drames émouvants et 
d'une véritable valeur littéraire ; collaborateur de Dézèdes et de d'Alayrac, 
il fournit à ces deux musiciens toute une série de charmants livrets d'o- 
péras-comiques, parmi lesquels il faut surtout signaler ceux des Trois Fer- 
miers, Biaise et Bubet, Alexis et Justine, Sargines, liaoul sire de Créqui, Pli.l.pjie 
et Georgelte, etc. Monvel était le père de M"" Mars. 



74 



LE MENESTREL 



dra l'ien; la musique reste, et le citoyen Monvel nous a pro- 
mis de l'adapter à une nouvelle pièce patriotique. La Société 
des artistes mérite des éloges pour avoir concouru avec un 
noble désintéressement à ce sacriflce. » 

Huit jours après Urgande et Merlin, le 22 octobre, l'Opéra- 
Gomique donnait un petit ouvrage en un acte et en vers de 
Lœillard d'Avrigny, l'Homme et le malheur, dont Parenti avait 
écrit la musique. Puis, le 22 novembre, il représentait MIarat 
dans son souleirain ou la Journée du 40 août, « fait historique » 
en deux actes, de Matlielin. Le Journal des Spectacles nous ap- 
prend qu'à cette occasion une « poésie » de circonstance 
dut encore être chantée sur la scène. « Voici, dit ce jour- 
nal (dans son n° 134), une chanson qui nous parvient dans 
l'instant, et qui a été chantée au théâtre de l'Opéra-Comique- 
National aux deux premières représentations de Marat dans le 
souterrain. Elle est sur l'air : Jeunes amants, cueillez des fleurs, et 
nous la devons à un jeune volontaire de l'école dramatique 
du citoyen Tonnelier : 

Que l'on se plaît à coBtempler 
Du Français le noble courage! 
On ne saurait trop admirer 
L'horreur qu'il a pour l'esclavage ! 
Qu'il est sublime, qu'il est grand. 
Quand aux tyrans il fait la guerre ! 
Que j'aime à voir en ce moment 
Le tableau qu'il offre à la terre! 

Sur le point de quitter son fils 
Si la mère verse des larmes, 
Le saint amour de son pays 
"Vient bientôt calmer ses alarmes. 
Liberté, dit-elle à l'instant, 
Que toujours ton flambeau l'éolaire ; 
Protège-le, c'est ton enfant. 
Comme moi n'es-tu pas sa mère ? 

Vive à jamais la Liberté, 
Vive à jamais la République ! 
Français, sois toujours animé 
D'une ardeur vraiment héroïque ; 
Et déployant de nos guerriers 
Le plus sublime caractère. 
Vole tnoissonner des lauriers 
Pour parer le front de ta mère. 

N'écoutons plus, mes chers amis. 
Que le cri de notre patrie; 
Soyons égaux, libres, unis, 
Pour terrasser la tyrannie. 
Que de sa lâche cruauté 
Elle reçoive le salaire. 
Allons venger la Liberté : 
Un fils doit défendre sa mère. 

Le 23 novembre, le théâtre Favart offrait à son public une 
comédie en trois actes et en vers, la Veuve du républicain ou le 
Calomniateur, due à un jeune écrivain nommé Lesur. Lesur, 
qui devait acquérir plus tard un renom mérité par l'excel- 
lent Annuaire historique qu'il publia pendant plus de trente 
années, était alors âgé de vingt-deux ou vingt-trois ans. Il fai- 
sait partie de la réquisition et se préparait à rejoindre son 
corps, lors de la représentation de sa pièce, dont le titre in- 
dique suffisamment le caractère politique; cette représenta- 
tion donna lieu à l'un de ces incidents dont je signalais 
plus haut la fréquence, et que le Journal des Spectacles rap- 
portait ainsi après avoir rendu compte de l'œuvre : 

. . . Elle obtint le succès le plus complet ; on en demanda l'au- 
teur à grands cris : le citoyen Granger vint nommer le citoyen 
Lesur, prêt à partir, comme faisant partie des jeunes gens en 
réquisition ; il ajouta que sa modestie l'avoit dérobé auz recherches 
des artistes ses camarades et aux applaudissemens qu'il venoit 
de mériter. Mais le citoyen Ghenard se montra aux premières 
loges, et promit au public impatient de voir cet auteur, de l'ame- 
ner bientôt sur la scène. Il y parut en effet à la fin de la troi- 
sième pièce ; on l'applaudit avec enthousiasme, et on voulut même, 
pour mieux le voir, qu'il vint jusqu'à l'avant-seène. 



Lorsqu'il se fut retiré, un des spectateurs demanda la parole, 
et fit la motion de nommer des députés pour aller demander à la 
Gonvention nationale de décréter que le citoyen Lesur, auteur de 
la Veuve républicaine, avoil bien mérité de la patrie. Alors un autre 
citoyen fit observer qu'on n'avoit pas le droit de nommer une dépu- 
tation, et qu'il falloit seulement se présenter à la Gonvention 
comme pétitionnaires. Le citoyen Poultier, député, qui se trouvoit 
au spectacle, prit la parole, et proposa de rendre compte à la Gon- 
vention de la scène intéressante qui venoit de se passer, et de 
conclure son rapport suivant le vœu du public. On accueillit avec 
reconnoissance cette proposition d'un représentant du peuple, et 
l'on décida que le lendemain on se réuniroit comme pétitionnaires 
aux acteurs qui avoient joué dans la pièce, qu'on se rendroit à la 
Convention pour la prier de décréter que le citoyen Lesur avoit 
bien mérité de la patrie, et que le citoyen Poultier prêteroit ses 
bons offices pour que la pétition ne soit pas renvoyée au jour de 
décade, le citoyen Lesur étant sur le point de partir pour l'ar- 
mée (1). 

Il fut fait selon cette décision, et le Moniteur nous l'apprend 
par ce fragment de son compte rendu de la séance de la 
Gonvention du 24 novembre : 

Une députation se présente au nom des citoyens qui se trou- 
vaient hier à l'Opéra-Gomique de la rue Favart, à la première r«- 
présentation d'une pièce patriotique intitulée la Vem>e du i^épubli^ 
cain ou le Calomniateur, on 3 actes et en vers. Elle demande que 
cet ouvrage, où l'instruction se trouve à côté du plaisir, et qui a 
réchauffé dans tous les cœurs l'amour de la liberté et la haine des 
rois, soit joué sur tous les théâtres de la République, et que la 
Convention décrète que son auteur, le citoyen Lesur, prêt à partir 
pour la première réquisition, a bien mérité de la patrie. 

Cette pétition est renvoyée au Comité d'instruction publique. 

Les pétitionnaires ne purent éviter ce que justement ils 
redoutaient, car le renvoi de leur pétition au Comité d'ins- 
truction publique équivalait à un enterrement pur et simple. 
Mais cette petite mésaventure n'empêcha pas le succès de la 
comédie de Lesur d'être réellement très vif et très prononcé. 
Ce qui le prouve, c'est qu'elle fut comprise dans un spec- 
tacle donné le 29 novembre « par et pour le peuple, » spec- 
tacle ainsi annoncé dans le registre du théâtre : — « Par et 
pour le peuple. 5" de la Veuve du républicain; 20"^ de la Fête ci- 
vique; li'^ de Marat dans son souterrain. On a ouvert à 3 heures, 
on a commencé à 4 heures 1/4, on a flny à 7 heures 1/2. » 
Ce qui le prouve encore, c'est que, le 21 décembre, le pu- 
blic la demandait spontanément en remplacement d'une 
pièce affichée et qui ne pouvait être jouée ; c'est le registre 
aussi qui nous fait connaître ce fait, par le nota que voici 
qu'il porte à la date de ce jour : — « On avoit annoncé 
Fanfan et Colas, mais une indisposition subite arrivée à la 
G"^ Gontier a empêché de jouer cette pièce. On a donné la 
Veuve du républicain, demandée par le public. » 

Le dernier ouvrage nouveau donné en 1793 était encore 
inspiré par les circonstances : c'était un opéra-comique en 
trois actes, le Cri de la patrie, paroles de Moussard, musique 
de Parenti, qui fut offert au public le 28 décembre. Deux 
jours auparavant, le 26, on avait encore donné un spectacle 
gratis, a en réjouissance de la prise de Toulon. » Gelui-ci se 
composait de la 16" représentation de Marat dans son souterrain 
et de la 59" du Siège de Lille. 

(A suivre.) Arthur Pougin. 



(1) Poultier d'Elmotte, dont il est ici question, fut un des membres les 
plus distingués et les plus honnêtes de la Convention. Instruit et éclairé, 
énergique et courageux, à la fois homme d'action et homme d'étude, 
aussi épris de la liberté qu'ennemi de tous ses excès, il avait été succes- 
sivement militaire, commis d'administration, comédien (au gentil théâtre 
des Élèves de l'Opéra), professeur, écrivain et chef d'un bataillon de vo- 
lontaires, jusqu'au jour où ses concitoyens du Pas-de-Calais le nommèrent 
député à la Convention nationale. Il fit représenter à la Comédie-Ita- 
lienne un petit ouvrage intitulé Galatliée, qui faisait suite au Pijgmalion de 
J.-J. Rousseau. 



LE MÉNESTREL 



75 



BULLETIN THÉÂTRAL 



Point de nouvelles de nos théâtres, cette semaine. A I'Opéba, on 
annonce la très prochaine reprise de Sigurd, le bel ouvrage de 
liî. Reyer, et l'on doit donner demain dimanche, en représentation 
populaire, les Huguenots, avec le début d'une jeune cantatrice dont 
on attend beaucoup, M"^ de Lafertrille. A I'Opéra-Comique, la grosse 
nouvelle de la cession de M. Garvalho à M. Gampo-Gasso est dé- 
mentie, comme il fallait s'y attendre. On a fait à ce théâtre, ces 
jours derniers, la première lecture à orchestre de la musique de 
Proscrpine, le nouvel opéra de M. Saint-Saëns. L'effet produit a été 
excellent. On espère pouvoir faire passer l'ouvrage dans les der- 
niers jours de ce mois. 

Ce n'est pas dans les faits et gestes de nos théâtres que résident, 
en ce qui les concerne, l'intérêt de ces derniers jours; c'est dans 
la séance de la Chambre, où devait se discuter la grave question de 
la suppression de la censure, réclamée par un jeune et farouche 
député de l'extrème-gauche, M. Laguerre, avocat émérite autant 
qu'intransigeant, et défenseur de la veuve et de l'orphelin. M. Laguerre 
demandait la suppression de la censure au nom de la liberté; 
M. Bertholot, ministre de l'Instruction publique etdesBeaux-Arts, récla- 
mait hardiment et justement son maintien, au nom de la morale publi- 
que qui ne saurait permettre que quinze cents ou deux mille specta- 
teurs puissent être surpris, au théâtre, par une série d'incongruités 
naturalistes plus ou moins révoltantes, ou par une suite de diffama- 
tions plus ou moins caractérisées sur tel ou tel personnage en vue, 
ou seulement par une de ces imprudences colossales qui pourraient 
faire naître des difficultés internationales. M. Berthelot était dans le 
droit, dans la raison, dans la logique, et ce savant, qu'on ne con- 
naissait pas orateur, a défendu sa cause avec talent, avec esprit, 
avec chaleur et conviction. La preuve, d'ailleurs, que la censure 
est une de ces choses, fâcheuses peut-être, avec lesquelles il faut 
compter, c'est que les Anglais, ce peuple libéral par excellence et 
qui n'aime guère à être gêné dans ses mouvements, ont _toujours 
maintenu le régime de la censure, et qu'elle y est même beaucoup 
plus rigide et plus sévère que chez nous. 

Bref, l'argumentation très serrée de M. Berthelot, sa logique spiri- 
tuelle et les excellentes raisons qu'il a données en faveur du main- 
tien de la censure ont convaincu la Chambre, qui lui a donné 
raison en votant ce maintien par 329 contre 160. C'était une bril- 
lante victoire, et c'était surtout la victoire du bon sens, de la 
prudence et de l'honnêteté. 

Mais tout n'était pas dit, par ce vote et dans cette séance, en ce 
qui touche le théâtre et la musique. Bientôt on voit s'avancer un 
député — un musicien, s'il vous plaît! — M. Charles Beauquier, 
qui vient, le croirait-on, réclamer la suppression des six maîtrises 
encore subventionnées. On peut cependant aimer la liberté et l'art 
à la fois, et se rendre compte, malgré tout, des services que peu- 
vent rendre les maîtrises. Il n'en est pas ainsi, paraît-il, de 
M. Beauquier, auteur d'une Philosophie de la musique qui ne l'a pas 
rendu plus philosophe et plus tolérant. C'est un véritable ami des 
arts, M. Anlonin Proust, dont on connaît les nobles sentiments en 
telles matières, qui a défendu l'utilité des maîtrises au point de vue 
musical. On ne peut pourtant pas laïciser le plain-ohant, s'est écrié 
spirituellement M. Antonin Proust, et ce joli mot a contribué à lui 
faire gagner sa cause. Les maîtrises menacées ont vu leur subven- 
tion maintenue. 

Ce n'est pas tout encore, et M. Tony Révillon, qui n'est pas tou- 
jours si bien inspiré, mais qui, en cette circonstance, a droit à 
toutes nos félicitations, a demandé et obtenu, en faveur des concerts 
populaires de M. Pasdeloup, une subvention de 10,000 francs. 
M. Révillon, qui n'est qu'un simple homme de lettres, est assuré- 
ment plus artiste que M. Beauquier. Je le regrette, mais je dois le 
constater. 

Dans cette même séance, qui décidément ne s'occupait que des 
choses du théâtre et de la musique, un autre député, M. Jules 
Carret, a réussi à faire supprimer la subvention donnée aux théâtres 
d'Algérie. Ceci me laisse froid, je l'avoue, et je ne vois pas, en- 
effet, pourquoi l'État subventionnerait ces théâtres. Que les villes 
algériennes, si elles veulent avoir des théâtres, fassent comme celles 
de la métropole : qu'elles les soutiennent elles-mêmes. Il me semble 
que ce n'est que justice. 

Arthur Pougin. 

Palais-Royal La salle du Palais -Royal résonne encore vague- 
ment des francs éclats de rire qui viennent de saluer la rentrée au 



bercail des amusantes Petites Voisines, et l'orchestre attaque gaie- 
ment ses flonflons les plus joyeux. Mais, tout à coup, il se fait 
un long silence; trois coups solennels sont frappés magistralement, 
côté cour; nouveau silence profond; trois autres coups sont frappés 
avec le même cérémonial, côté jardin, cette fois; puis le rideau se 
lève avec une lenteur majestueuse, mystique et pleine de noblesse 
sur le salon de Franc-Chignon. A droite, à une table, la. baronne 
Suite fait une réussite; à gauche, Franc-Chignon est à genoux sur 
un canapé, la tête posée sur le meuble même et l'opposé de la tête 
très élevé, faisant... pile au publie. Si j'insiste ainsi sur ce début, 
c'est que c'est justement ce contraste entre le cérémonial pédantesque 
du lever du rideau et la fantaisie bouffonne de la mise en scène 
qui a été le gros effet de la soirée. Ce qui démontre, soit dit en pas- 
sant, que ce n'est pas toujours en parlant qu'on prouve le mieux son 
esprit. Il y a certes encore quelques trouvailles gaies dans la 
pochade de MM. Busnach et Vanloo, mais ce n'est pas là vraiment 
de la parodie; la pièce de Dumas y est trop textuellement repro- 
duite, et les auteurs ne se sont pas assez attachés à en faire ressortir 
les défauts. « Parodie-Salade en trois nattes, avec un décor de plus 
qu'à la Comédie-Française. — N.-B. On verra Eugène », dit l'afifiehe; 
et de fait, on voit Eugène pontifier dans le cabinet n" 6 de la Maison 
d'Or. — MM. Daubray, Luguet, Calvin, Hurteaux, Numa, Maudru, 
jjmes Lavigne, Berthou, Descorval ont de réelles qualités, qui ne sont, 
cependant, comparables en rien à celles de leurs illustres voisins de 

la Maison de Molière. 

Paul-Emile Chevalier. 



LA MUSIQUE EN RUSSIE 

MÉPHISTOPHÉLÈS DE BOITO 

Il faudrait vraiment, à notre époque, répartir les opéras en deux 
catégories : ceux qui ne visent qu'au plaisir des yeux, et ceux qui 
sont écrits pour les oreilles. La science du décor et de la mise en 
scène a fait, dans ces derniers temps, de si immenses progrès, elle 
est arrivée à de tels résultats, que souvent les compositeurs à la 
recherche du succès en sont arrivés à se fier davantage au talent 
du décorateur, du costumier et du régisseur qu'à leur propre ta- 
lent de musicien, et souvent ils réussissent dans leur calcul. Re- 
nonçant au but essentiel de la musique, qui est de parler au cœur, 
d'exprimer les nuances les plus fines et les plus intimes du sen- 
timent, celles que la parole toute seule serait impuissante à 
rendre ils transforment la musique en un accessoire, une illustra- 
tion du décor, du costume et des évolutions scéniques. En considé- 
rant la marche de notre opéra russe depuis quelques années et 
l'étal peu satisfaisant de notre troupe par rapport aux conditions 
brillantes des décors, on pourrait supposer que notre direction des 
théâtres partage cette opinion, et qu'elle trouve que les décors et 
les costumes sont les véritables interprètes des opéras, et que les 
chanteurs n'y figurent qu'à titre de complément pour la mise 
en scène. 

Le Méphistophélès de Boito est un opéra fait pour les yeux — et 
Boito lui-même, talent de maigre importance, se posant cependant 
en o-énie, ressemble fort à un homme de petite taille qui s'effor- 
cerait de paraître grand au moyen de hautes coiffures et de talons 
élevés. 

La haute coiffure et les talons élevés représentent ici les procédés 
dont se sert Boito pour faire de l'originalité. Être original n'est 
pas donné à tout le monde, mais tout le monde peut faire de l'ori- 
ginalité. 

Commençons par le sujet du drame. — Avant Boito, les composi- 
teurs s'en sont pris souvent aux œuvres géniales des plus illustres 
poètes et penseurs ; ils ont pu ti'ansformer en opéras Hainlet. 
Othello, la première partie de Faust, ce qui était déjà bien risqué ; 
mais ceci n'a pas suffi à Boito. — Il a pris les deux parties de 
Faust, et, en retranchant le plus essentiel, il a comprimé par force 
tout le reste dans le cadre étroit d'un seul opéra. — Beethoven avait 
secrètement rêvé de mettre en musique le Faust de Gœthe, mais 
il arriva au terme de sa vie sans avoir pu se décider à réaliser cette 
idée. L'entreprise qui semblait dépasser les forces de cet immense 
o-énie musical a donc été tentée de gaieté de cœur par un Italien 
entreprenant, qui n'a pas craint d'exposer sur les tréteaux d'un théâ- 
tre, pour l'amusement des spectateurs, l'œuvre géniale de Gœthe, 
œuvre d'une portée si vaste et si profonde. 

Gounod, dont le talent est bien supérieur à celui de Boito, ne 
transforme en opéra qu'une partie de Faust. Boito prend l'œuvre 



76 



LE MENESTREL 



cutière et en fait un spectacle, avec le sabbat, les diables, les an- 
ges, etc., un spectacle enfantin, décousu, inintelligible, sans sujet 
déterminé, sans caractères, sorte de féerie ennoblie seulement par 
le rendu et la qualité de l'exécution au grand opéra. Le libretto de 
Méphistophélès « était extraordinaire : » Boito n'en demandait pas 
davantage. 

Je n'entrerai pas dans le détail de ce libretto, car je ne saurais 
comment l'éclaircir. Voici à peu près ce dont il s'agit. Faust s'é- 
prend d'abord d'une griselte, puis d'une déesse, puis enfin il 
n'aime plus personne, ce qui laisse le diable tout déconfit. 

Dans le but de donner à sa musique un aspect original, Boito a 
recours le plus souvent aux trois procédés suivants, qui sont pure- 
ment extérieurs. 

Premier procédé. — Il emploie souvent les quintes parallèles, in- 
terdites par la théorie de l'harmonie. Bien que cette prohibition 
repose sur une base sérieuse (la quinte déterminant clairement la 
tonalité, la succession des quintes entraîne presque toujours un 
changement de tonalité subit, désagréable à l'oreille parce qu'il 
n'est pas préparé), il ne faut pas s'incliner aveuglément devant les 
préceptes de l'école ; il ne faut pas oublier qu'en musique il 
n'existe qu'un juge sans appel, l'oreille, quand elle a été sérieuse- 
ment cultivée et développée ; et c'est pour cela que presque tous les 
compositeurs ont fait usage de quintes parallèles ; quelques-uns 
avec grand succès, Chopin entre autres. Mais Boito les emploie non 
pas comme l'expression d'une pensée musicale, mais de parti pris, 
en vue de faire de l'originalité, et la plupart du temps il n'arrive 
qu'à produire un effet désagréable et inintelligent. On rencontre 
déjà de ces quintes dès le prélude (2°>'' page de la partition au 
piano italienne) et elles sont particulièrement déplaisantes dans le 
« sabbat classique » (p. 219). Comme rare exemple de leur emploi 
avantageux, je signalerai la fin du scherzo à l'entrée de Méphisto- 
phélès (p. 21) ; ici elles produisent de jolies transitions. 

Deuxième procédé. — Boito a souvent recours à l'alternance des 
modes majeur et mineur, tous relatifs, mais de la même tonalité. 
Il donne, par exemple, l'accord d'«; majeur, et tout de suite après 
l'accord d'ut mineur. Schubert, entre autres, affectionnait beau- 
coup cette transition, mais il l'appliquait à l'expression d'une pen- 
sée musicale et non pas à des accords isolés, comme Boito. Chez 
ce dernier, ces transitions donnent rarement de bons résultats, et 
décèlent le plus souvent un manque de goût notable (Marguerite 
dans la prison, page 197). 

Troisième procédé. — Boito emploie souvent, au lieu d'harmonies 
pleines, des harmonies à deux voix seulement. Le procédé n'est 
pas nouveau. Meyerbeer y avait recours quelquefois, et avec beau- 
coup de bonheur. Mais leur emploi trop fréquent finit par ennuyer. 
et par suite de cette harmonisation trop maigre la musique devient 
pauvre et grêle. 

Boito n'a pas le génie inventif, ses mélodies manquent d'inspi- 
ration, d'originalité, et cependant ce sont là des qualités indispen- 
sables pour un compositeur d'opéra. Dans la musique instrumen- 
tale, on peut tirer parti de deux ou trois petites phrases courtes et 
peu importantes ; par le développement on peut même en tirer 
grand parti, et arriver quand même à produire une belle œuvre. 
Dans la musique vocale, et particulièrement dans la musique d'o- 
péra, il n'en est pas ainsi ; l'exploitation et le développement d'une 
idée ne sont possibles que dans une certaine mesure ; les thèmes 
doivent avoir une signification par eux-mêmes, et les changements 
de situation sur la scène exigent qu'ils se succèdent dans un cou- 
rant ininterrompu et varié, ce qui n'est pas le cas chez Boito. De 
plus, ses petits thèmes, très courts, rappellent vivement la manière 
de Gounod. d'Auber, de Meyerbeer, de Verdi. d'Offenbach et d'au- 
tres. Si nous ajoutons à ceci que Boilo s'est écarté des anciennes 
formes italiennes, souvent harmonieuses et larges (sous le rapport 
mélodique), et qu'il a écrit son Méphistophélès dans un style ba- 
riolé, dépareillé comme une mosaïque, que ses harmonies sont ce- 
pendant plus riches, plus intéressantes et plus agréables que ne 
le sont d'ordinaire celles des compositeurs italiens (sans en excep- 
ter Rossini et Verdi), que dans la poursuite infatigable du neuf 
de l'original, de l'imprévu, il lui arrive de loin en loin et comme 
par hasard de trouver ce qu'il cherche, nous aurons la caractéris- 
tique générale du talent de Boito comme compositeur, et nous 
pourrons entrer dans les détails de Méphistophélès, qui, du reste, ne 
demande pas un long examen. 

Le prologue se passe dans les nuages qui dissimulent aux specta- 
teurs la demeure des esprits célestes. Derrière les nuages on entend 
bien sept trompettes, mais on n'entend pas les sept coups de tonnerre 
qui sont indiqués dans la partition au piano : puis vient un 



scherzo instrumental auquel se mêle la voix de Méphistophélès 
un autre scherzo vocal pour les chérubins, chœur des phalanges 
célestes, etc. La difficulté de réaliser un semblable programme est 
évidente ; elle eût été presque insurmontable même pour un 
talent supérieur à celui de Boito. C'est pourquoi il vaut mieux 
considérer simplement ce prologue comme une grande ouverture 
d'opéra, moitié vocale, moitié symphonique, pondant laquelle le ri- 
deau se lève et Méphistophélès apparaît, ce qui prouve que déjà 
en écrivant l'ouverture, Boito ne songeait qu'à impressionner les 
yeux du spectateur. La partie la plus saillante de ce prologue- 
ouverture est le scherzo d'entrée de Méphistophélès. Ici, il serait à 
propos de dire que, de tous les personnages de son opéra, Méphis- 
tophélès est le seul auquel Boito se soit appliqué à donner un ca- 
ractère musical particulier, ce à quoi il est parvenu jusqu'à un 
certain point, au moyen de procédés purement factices : l'emploi 
exclusif de la mesure à trois temps, l'alternance du majeur et du 
mineur, des harmonies incomplètes à deux voix. Et malgré cela, 
son Méphistophélès n'est guère original : il n'est qu'une ombre, un 
reflet de celui de Gounod. 

Il n'a qu'un seul trait original, c'est le coup de sifflet par lequel 
il termine l'une de ses chansons ; c'est peu musical assurément, 
mais pour l'effet le but est atteint; et, vers la fin de l'opéra, quand 
l'esprit des ténèbres, vaincu par les esprits célestes, s'effondre dans 
l'abîme, ce coup de sifflet, qui déchire l'air comme un défi, ne 
manque pas d'un certain grandiose. Seulement, je ferai observer 
qu'il n'était pas besoin d'être musicien pour imaginer cet effet tout 
extérieur. Outre le scherzo d'entrée de Méphistophélès, il faut en- 
core remarquer dans le prologue, sous le rapport de la sonorité, 
l'appel des trompettes derrière la scène et la progression puissante 
des sonorités dans le double chœur des phalanges célestes. Ce qu'il 
y a de plus faible dans le prologue, c'est le scherzo vocal que les 
voix entament naïvement par la répétition de trente-trois petites 
mesures absolument identiques. Ici encore on reconnaît chez Boito 
la recherche exclusive de l'effet, par le crescendo et le decrescendo 
de ces notes toujours les mêmes ; pour de semblables choses, il 
n'est pas non plus nécessaire d'être musicien. Et malgré cela, le 
prologue-ouverture est encore le meilleur morceau de tout l'opéra. 

On pourrait écouter le premier acte avec les yeux, sans ennui ; 
car il n'est pas- long, et les scènes variées s'y succèdent vivement 
les unes aux autres. Sous le rapport musical, le petit ballet (Vober- 
tas) est mieux réussi que le reste de l'acte ; on y retrouve et le 
« berger d'Arcadie » d'Offenbach, et la valse de Faust de Gounod,. 
et aussi une chanson nationale polonaise. Au commencement de 
l'acte on rencontre encore un procédé tout factice, visant à l'origi- 
nalité, à savoir : un changement de rythme qui n'est motivé par rien 
et n'a aucune raison d'être. Au premier acte, il y a deux tableaux. 
En cas semblable, pendant qu'on procède au changement de dé- 
cors, Wagner n'interrompt jamais la musique, presque toujours 
belle et brillante, qui soutient ou évoque certaines dispositions 
de l'auditeur. Chez Boito, au lieu de musique symphonique, ou 
entend des notes isolées qui ne sont même pas données par tout 
l'orchestre, mais seulement par les contrebasses, avec des points 
d'orgue. Pour imaginer ceci encore, il n'était pas besoin d'être 
musicien. D'ailleurs, cet étrange procédé passe presque inaper- 
çu. Dans cet acte, Méphistophélès chante son second air à sif- 
flet, d'un caractère absolument identique au premier, mais plus 
faible, plus incolore sous le rapport musical. Dans ce même acte 
aussi, Faust fait tout ce qu'il peut pour arriver à chanter une mé- 
lodie, mais ses efforts n'aboutissent qu'à des phrases banales et à 
des modulations sans intérêt. 

Le second acte est absolument faible. La musique du premier ta- 
bleau, le jardin de Marguerite, ne déparerait pas une opérette. Par 
endroits même, elle cesse d'être mélodique et se transforme en 
simple accompagnement au rythme syncopé (fin du quatuor). Gou- 
nod avait métamorphosé la Gretchen de Gœthe en soprano d'opéra, 
comme d'usage. Boito est allé plus loin ; il l'a métamorphosée eu 
grisette, en héroïne d'opérette. Le jeu de cache-cache avec Faust, 
puis les rires, puis la fuite rapide dans les buissons, produisent 
une impression bien désagréable. 

Au second tableau, la musique de Boito est à la hauteur de l'ac- 
tion, qui se passe en scène ; c'est le sabbat sur le Brocken. Les 
diables, les sorcières, hideusement accoutrés, dansent en faisant des 
contorsions et des gambades ridicules. Ce spectacle trivial se 
trouve accompagné d'une musique assortie : de l'opéra nous pas- 
sons aux tréteaux. Il est assez curieux de remarquer que Boito se 
sert du même procédé chromatique pour tracer la silhouette musi- 
cale des sorcières ou celle des chérubins. Au beau milieu du sab- 



LE MENESTREL 



77 



bat, Mépbistophélès chante son troisième air. La situation est mer- 
veilleuse : il couvre l'univers de son mépris, il tient en mains le 
globe terrestre et le brise : rien de saillant, rien de remarquable ; 
l'air est plutôt inférieur encore aux précédents. 

Le troisième acte, dans la prison, n'est pas beaucoup préférable; 
Marguerite, que nous avons laissée grisette, devient chanteuse à fio- 
ritures. L'harmonisation de ses récitatifs est simplifiée au dernier 
point ; elle consiste en notes isolées et forme un pendant au mor- 
ceau syraphonique intercalé entre les deux tableaux du premier 
acte. Citons dans cet acte un duo d'amour, agréable pir la succes- 
sion des accords, bien en situation, mais assez insignifiant sous 
le rapport musical (pas de thème ; les voix soutiennent longtemps 
les intervalles des accords, qui ne présentent qu'un intérêt harmo- 
nique). Ce duo ne manque pas de noblesse au commencement, 
mais se termine par des banalités italiennes. Admirablement 
interprété par M""' Pawlowska et M. Michaïlofl', il a été bissé. Au 
milieu de la grande indigence musicale de Mcphistophélês. c'est là 
une des meilleures pages de l'opéra. 

Au quatrième acte, le « sabbat classique » est beaucoup mieux 
réussi que le « sabbat réaliste. » Dans celui-ci, Eleua, comme Mar- 
guerite au second acte, est représentée par Boito sous un étrange 
aspect. Elle apparaît sur la scène, chantant une barcarolle senti- 
mentale ; aussitôt après, la voilà prise de désespoir à la pensée de 
tout ce qu'Ilion a souffert pour elle. A peine aperçoit elle Faust 
qu'elle se jette à son cou. Dans le sabbat classique, les quintes pa- 
rallèles et les quintes augmentées régnent sans contrôle ; on y 
trouve de grands morceaux d'ensemble et un petit ballet. Tout cela 
n'a pas grande valeur sous le rapport musical ; c'est assez pauvre 
d'idées, mais l'effet en est agréable ; cela sonne bien. 

Dans l'épilogue (mort de Faust), on rencontre encore un épisode 
d'une naïveté musicale vraiment invraisemblable. Faust voit des 
visions célestes ; ceci devrait donner lieu à quelque musique poé- 
tique; mais Boito n'a rien imaginé de mieux que de promener la 
même petite phrase à travers neuf tonalités différentes, dans l'ordre 
suivant : mi, si, fa dièse, ré bémol, etc. C'est précisément ainsi que 
les commençants, en apprenant leui's gammes, passent d'un ton 
dans un autre. Il est assez curieux d'observer que Rossini a usé 
du même procédé dans le dernier finale de Guillaume Tell. Il faut 
bien supposer que lorsque le désir arrive à un compositeur italien 
d'écrire quoique chose de large et de profonl,iI se souvient malgré 
lui de ses premières leçons d'harmonie. Du reste, cet épilogue très 
court ne manque pas de beauté, et se termine par la musique du 
prologue. 

L'instrumentation de Méphistophélés est excellente , toujours 
agréable, limpide, colorée et variée. La partie vocale est écrite 
d'une manière avantageuse pour les chanteurs, peu fatigante, ni 
trop haut ni trop bas, et c'est pour cette raison que les voix y 
sonnent admirablement. 

Cette sonorité, constamment agréable (excepté au sabbat « réa- 
liste »), ces formes concises ou plutôt restreintes, l'absence de 
longueurs et la variété du spectacle scénique, font qu'on peut suivre 
des yeux sans ennui ce spectacle accompagné de musique. 

Il convient d'ajouter que Méphistophélés réussit parfaitement chez 
nous, et que cette musique fait admirablement valoir les .=olistes 
^jjmes Paulowska, Sionnitzka, MM. Stravinsky et MichaïlofF) ; les 
chœurs sont bons et l'orchestre, sous la direction de M. Napravnik, 
est au-dessus de tout éloge. 

Enfin, s'il fallait définir en un mol et l'opéra Méphistophélés et 
son auteur Boito, je dirais que Méphistophélés est une œuvre terri- 
blement sérieuse pour un dilettante, et terriblement superficielle 
pour un musicien, et que 13oito est un compositeur qui cherche con- 
sciencieusement, mais qui ne trouve pas souvent. 

CiisAR Cur. 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 



ti: Fijaro reçoit de son correspondant de Milan une dépêche ainsi 
conçue : — ce L'éditeur Ricordi et M. Gailhard ont signé le contrat pour 
les représentations A'Otello à l'Opéra. Verdi a promis de se rendre à Paris. 
On prétend même qu'il se serait engagé à conduire l'orchestre durant les 
premières représentations : jusqu'à ce que nous ayons vu Verdi le bâton 
;'i la main, nous en douterons. Olello serait donné à l'Opéra en mars pro- 
chain — une date un peu rapprochée — avec Lassalle, Duo et M""' Garon. » 
Le Gil nias, qui publie, par dépêche aussi, la même nouvelle, ajoute : 
I Quelques détails inédits sur la partition : le premier et le deuxième 



actes durent chacun une demi-heure ; le troisième est plus long : il dure 
quarante minutes. — Les principaux morceaux sont : un chœur de mate- 
lots dépeignent une tempête, un duo d'amour, les adieux d'Othello, la 
(t romance du Saule » de Desdemona, et un Ave Maria. » 

— Il n'est pas besoin de dire si Milan était sens dessus dessous cette 
semaine, à l'approche de la première représentation A'Otdto, qui a dû 
avoir lieu hier. La ville était envahie depuis plusieurs jours par la foule 
des étrangers qu'y attirait cette solennité. Dans, son dernier numéro, la 
Gazetta musicale disait : — « Sont déjà arrivés à Milan le D' 0. Berggruen, 
représentant de trois journaux de Vienne; MM. J. Bennett, critique mu- 
sical du Daily Tekgraph; le D'' Hueiîer, critique musical du Times et direc- 
teur du Musical World (chargé de la traduction anglaise d'Ofe/to); G. Caponi 
(Folchetto); Subert, directeur du Théâtre National de Prague; le composi- 
teur F.-P. Tosti; le compositeur Randegger. Arriveront prochainement : 
MM. Ritt et Gailhard, directeurs de l'Opéra, de Paris; Carvalho, direc- 
teur de l'Opéra-Comique; Vitu (Figaro); le maestro Reyer (Débats); le 
D^ Erlich, représentant de grands journaux de Berlin; Victor WiUler 
(GilBlas); Bellaigue (Revue des Deux-Mondes); le maestro Massenet; les édi- 
teurs de Paris Heugel, Hartmann, Durdilly; Clemenceau, député; Gus- 
tave Dreyfus; Antonin Proust; Gornély (Gaii/oisJ ; Pradelle (SémapAore de 
Marseille); Giuseppe Giacosa ; l'avocat Carlo Nasi ; Enrico Panzacchi ; le 
marquis F. D'Arcais; G. Turco; Ghecchi (Tom, du Fanfulla) ; l'imprésario 
Ganori; M""" Matilde Serrao ; le peintre F.-P. Michetti ; le peintre Bol- 
dini; le sénateur Piroli.... Et notre liste est bien incomplète. » Incom- 
plète, en effet, nous pouvons encore ajouter, entre autres : M. Edouard 
Southerland, du Standard, de Londres, et son confrère du Daily News; 
M. Edouard Hanslick, de la Nouvelle Presse, de Vienne ; M. du Locle, le 
traducteur français A'Olelto; M. Dupont, directeur de la Monnaie, de Bruxelles; 
M.Bergmann, dn W iener Tagbiatt; M. Albert Gahen; M. Bonnat; M. Gapoul; 
etc. Sans compter le représentant du Neic-Yoric Times, que son journal a 
chargé de lui envoyer, à l'issue delà représentation, un télégramme de quatre 
ou cinq cents lignes! 

— On lit dans la Perseoeranza, de Milan, du 3 février : 

Hier au soir, à 5 heures, le commandeur Gordero, directeur de la Maison 
royale, s'est rendu à l'hôtel Milan et a remis au maestro Verdi, de la 
part du roi, les insignes de grand'croix de chevalier de l'ordre des Saints 
Maurice et Lazare et la lettre suivante du ministre de la Maison royale : 

-v Rome, le 27 janvier iSSI. 
» Illustre et honorable monsieur, 

» S. M. le roi vous envoie les insignes de chevalier de grand'croix de 
l'ordre des Saints Maurice et Lazare. 

En vous conférant motu proprio cette haute distinction, notre auguste 
souverain a voulu vous témoigner solennellement sa très vive admiration 
pour le génie avec lequel vous honorez l'art et l'Italie. 

» S. M. le roi vous félicite aussi du merveilleux exemple d'activité 
infatigable donné par vous à la nation, et fait les vœux les plus chaleu- 
reux pour que vous puissiez jouir pendant de longues années de la gloire 
acquise à votre nom et à la patrie. 

» Avec un profond respect, 

» l£ ministre, 

» ViSONE. 

« A l'illustre et honorable cominandeur Giuseppe Verdi, 
sénateur du royaume. — Milan. » 

— L'origine à'Otello est curieuse, dit le correspondant milanais du Fi- 
garo. Verdi avait dirigé, à la Scala, sa Messa di Requiem au bénéfice des 
inondés. Le lendemain, il invita à dinar les solistes principaux de l'exé- 
cution, M">« Stoltz et V^^aldmann, le chef d'orcUestre Faccio et le com- 
mandeur Ricordi, son éditeur et ami le plus intime. On sollicita vive- 
ment Verdi de mettre la main à une nouvelle œuvre. Mais le maestro 
hochait la tête, en répondant qu'il n'écrirait plus rien. M""» Verdi déclaia 
qu'un sujet de Shakespeare aurait seul le pouvoir de décider son mari. Le, 
mot ne fut pas perdu pour M. Ricordi, qui courut chez Boito. Quelques 
jours après, Verdi recevait un scénario complet et qui suivait fidèlement 
le chef-d'œuvre anglais. L'idée sourit au maestro, et Boito se mil aussitôt 
au libretto. Tout d'abord. Verdi avait déclaré que ce drame intime ne 
comportait pas de chœurs, mais Boito et Ricordi lui ayant fait observer 
que, dans les conditions actuelles du théâtre, on ne pouvait pas renoncer 
aux chœurs, le maestro se rendit, et, de lui-même, il décida que l'opéra 
commencerait par la Tempête. 

— En attendant la représentation à'Otello, les éditeurs Ducati et Varisco, 
de Milan, viennent de publier un élégant petit volume de notes biogra- 
phiques sur Verdi. On ne dit pas le nom de l'auteur. 

— Les concerts populaires qui se donnaient au Conservatoire de Milan, 
sous la direction de M. Andreoli, sont suspendus. M. Andreoli, dit /./ 
Lanterna, n'a pas su résister à toutes les dilïïcuUés qui s'élevaient devant 
lui, et il a annoncé que, pour le moment du moins, ils n'auraient plus heu. 

— Ou écrit de Pesaro, ville natale de Rossini, qu'un comité sest 
constitué sous la présidence de M. Vaccai, comité dont font partie les 
assesseurs du municipe, les membres de la commission de vigilance du 
Lycée musical, et l'excellent compositeur Carlo Pedrotti, directeur de cet 
établissement, pour organiser, sur l'initiative prise par l'Académie de 
Sainte-Cécile de Home, des concerts de musique rossinienne, dont le 
produit sera consacré à la souscription du monument qu'on doit élever à 
l'illustre maitre dans l'église de Santa Croce de Florence. 



LE MENESTREL 



— Les choses vont mal au San Carlo, de Naples. Robert le Diabir est 
tellement usé que le public s'est refusé à l'entendre plus d'une fois, et 
comme, le baryton De Bernis étant tombé malade, on ne pouvait donner 
les Pêcheurs de perles, qui devaient paraître ensuite, on a dû fermer provi- 
soirement le théâtre. Même fait est arrivé au théâtre Pétrarque, d'Arezzo. 
Le public a fait un tel... boucan à la représentation du vieil opéra de 
Pacini, Nicolo de' Lapi, qu'une clùture s'en est immédiatement suivie. 

— Pendant la présente saison de carnaval, la plus brillante de l'année 
en Italie au point de vue théâtral, 200 théâtres sont ouverts dans la 
Péninsule, dont 78 consacrés à l'opéra et 122 occupés par des troupes de 
comédie ou d'opérette. 

— On enregistre encore la naissance, en Italie, de toute une série 
d'opéras nouveaux-: Clotilde d'Amal/i, paroles de M. Domenico Grisafulli, 
musique de M. Giuseppe Guardione, de Messine; Asael, musique du cé- 
lèbre contrebassiste et chef d'orchestre Botteslni, qui, venant de Naples, 
vient de s'arrêter un instant à Turin pour retourner à Londres ; Gtierra 
allô sposo, opérette du maestro Valente, que l'on doit représenter prochai- 
nement au théâtre Nuovo, de Naples ; enfin Lochin.var, drame lyrique qui 
doit voir le jour au théâtre de Salerne. L'apparition de ce dernier se 
produira dans des conditions particulièrement originales, car l'auteur de 
la musique, un Américain du nom de Robert Kelly, qui est aussi celui 
des paroles, se propose de chanter lui-même le rôle du ténor dans son 
opéra, et sera en même temps le directeur du théâtre où celui-ci sera 
représenté. 

— Voici, d'après l'Indépendance belge, la distribution exacte et complète 
de la Yalkyrie, qui passera dans les derniers jours de ce mois au théâtre 
ie la Monnaie : 

Siegmund, MiL Kagel. 

Wotan, Séguin. 

Hounding, Bourgeois. 

Brunnhilde, M"" Litvinne. 

Sieglinde, Martini. 

Frieka, Balensi. 

Guerhilde, Legaull. 

Waltraute, Wolf. 

Orlinde, Flon-Botmann. 

Schwertleite, Helleu. 

Helmwigne, Thuringer. 

Siegrune, Coomans. 

Grimguerde, Baudelait. 

Rossweisse, Van Besten. 

— M. Sylvain Mangeant, notre ancien chef d'orchestre du Palais-Royal, 
est, depuis vingt-six ans, chef d'orchestre du Théâtre-Michel, à Saint- 
Pétersbourg. 11 prend sa retraite cette année, avec une pension que l'Em- 
pereur, par une faveur spéciale, a élevée à la somme de 600 roubles (soit 
environ l,b00 francs), et il vient d'avoir sa représentation d'adieu avec les 
premières de Gotle et du Serpent à plumes. A cette soirée, où le bénéficiaire 
a été fort applaudi, car il a su se faire aimer et estimer là-bas de tout 
le monde, M. Sylvain Mangeant a reçu de nombreux cadeaux et cou- 
ronnes. A la tête de ces offrandes figurait une splendide pièce d'orfèvrerie 
en vermeil émaillé. Ce magnifique cadeau a été remis au bénéficiaire en 
silence, mais l'aigle russe qui ornait le fond en satin du couvercle de 
l'étui et la direction du profond salut de M. Mangeant indiquaient sulFi- 
samment sa provenance : les applaudissements du public ont redoublé. 
Parmi les autres offrandes, il faut citer une couronne en argent massif 
offerte par la colonie française de Saint-Pétersbourg, dont la Société de 
bienfaisance a toujours eu le concours empressé de M. Mangeant dans 
les belles fêtes qu'elle organise chaque année. 

— Les dernières nouvelles de Munich annoncent que le Théâtre de la 
Cour vient de renoncer définitivement aux droits de représentation de 
Parsifal, moyennant un versement de 100.000 marks effectué par les hé- 
ritiers de Wagner entre les mains de l'intendance dudit théâtre. Le Fest- 
spielhaus de Bayreuth possède donc à présent le droit exclusif de repré- 
senter Parsifal jusqu'en 1893, époque à laquelle l'ouvrage pourra être 
monté en Autriche, à volonté. 

— Les Signale, de Leipzig, publient le récit d'une anecdote bien origi- 
nale dont la cantatrice Marianne Brandt aurait été l'héroïne à New- York. 
Se présentant dernièrement au bureau de poste de cette ville afin de re- 
tirer une lettre chargée, il lui fut demandé par l'employé si elle possé- 
dait sur elle une pièce quelconque d'identité. «Non, répondit la cantatrice, 
je n'ai sur moi ni lettre ni carte de visite, mais je suis la kammersânge- 
rin Brandt. — Tout le monde peut dire ça, répliqua l'employé. — Mais 
tout le monde ne peut pas le prouver; veuillez écouter». Et aussitôt une 
gerbe d'étincelantes vocalises remplit le bureau de poste tout entier, et 
de tous côtés des portes s'ouvrirent, laissant paraître des visages stupé- 
faits. « Il n'y a pas de doute, balbutia l'employé saisi d'admiration, vous 
êtes bien la fameuse cantatrice Brandt. "Voici votre lettre. » 

— Les journaux allemands nous font connaître, nous ignorons d'après 
quels documents, les sommes que Weber a touchées pour chacun de ses 
opéras. Pour Sylvana, Weber a reçu 203 thalers; pour Abou-Hassan, 315; 
pour Preziosa, 9'21 ; pour le Freischiitz, 660 ; pour Euryantlw, 3,893 ; enfin, 
pour Oberon., 3,300. 

— On a exécuté récemment à Munich une composition jusqu'ici in- 
connue de Beethoven, l'une des deux cantates dont l'existence a été ré- 



vélée au monde musical, au mois de mai 188-i, par l'excellent critique de 
Vienne, M. Edouard Hanslick. Encore fort jeune, Beethoven avait com- 
posé à Bonn une cantate Pour la. mort de l'empereur Joseph, et une autre 
Pour l'avènement au trône de l'empereur Léopold II, qui ne furent jamais 
publiées. C'est la premièrede ces cantates qui vient d'être exécutée à Munich. 

— Voici la traduction littérale du testament de Liszt, que les journaux 
allemands viennent de publier textuellement : <( Je nomme la princesse 
Sayn-Wittgenstein, née Ivanovska, ma légataire universelle, et laisse à sa 
volonté le soin d'examiner et de publier mes manuscrits. Je fais une 
exception unique pour les sommes déposées à la maison Rothschild, de 
Paris, sommes que je désire être versées immédiatement entre les mains 
de mes filles Blandina OUivier et Gosima Bûlow, qui jusqu'à présent n'en 
ont touche que les intérêts; ces sommes constituent les cadeaux de noces 
que j'ai offerts à mes filles. Ma légataire universelle devra verser à ma 
mère, tant qu'elle vivra, une somme égale à celle qu'elle recevait de moi 
annuellement. Je prie la princesse Sayn-Wittgenstein de se conformer à 
mes dernières volontés, et de remettre à mes parents et amis les objets 
que je leur ai destinés. — Weimar, 15 août 1861. — Franz Liszt. » 

— Au dernier concert du Gewandhaus de Leipzig, un succès très flatteur 
a été remporté par M"" EUy Warnots, qui, quelques jours auparavant, se 
faisait applaudir aussi au concert de la Société philharmonique, à Berlin. 

— La compagnie d'opéra anglais de M. Cari Puosa vient de donner à 
Liverpool la première représentation d'un opéra inédit, Nordisa, dont 
M. Corder a écrit tout à la fois les paroles et la musique. Le poème, 
d'après les nouvelles qui nous parviennent, ne serait autre chose qu'une 
adaptation assez faible d'un vieux mélodrame français, et la musique se- 
rait écrite dans le plus pur style wagnérien. 

— Au théâtre des Variétés, de Madrid, on vient de donner sans grand 
succès une revue mélangée de musique, intitulée Madrid en el ano dos mil, 
dont les auteurs sont MM. Perrin et Palacio pour les paroles, MM. Rubio 
et Nieto pour la musique. — Par contre, on a représenté avec un vif 
succès, au théâtre Eslasa, un jeu lyrique en un acte, el Figon de las des- 
dichas, paroles de M. Llanos, musique de M. Ghapi. Cette dernière est 
charmante, dit-on, et de beaucoup supérieure à ce que l'auteur a fait en ; 
ce genre jusqu'à ce jour, 

— Un nouveau genre de réclame artistique vient d'être inventé en 
Amérique : le mariage religieux sur la scène ! Ce cas de haute excentri- 
cité s'est présenté récemment à Norwich, dans l'État de Gonnecticut, en 
présence d'une foule considérable venue de tous les points de la région 
pour assister à la bénédiction nuptiale donnée par le révérend Jewett, 
pasteur de l'Église protestante, à M.Delmar, jeune premier, et à M^e Adams, 
ingénue, tous deux artistes au théâtre de Norwich où la cérémonie a 
eu lieu. 11 va sans dire que le prix des places pour cette soirée unique 
avait été décuplé, et qu'il fallait se battre pour en obtenir. Le spectacle 
avait commencé, comme d'habitude, par la pièce en cours, où les fiancés 
re mplissaient les deux premiers rôles. 

PARIS ET DÉPARTEWENTS 
Le Conservatoire vient d'être mis en possession d'un titre de rente 
de .133 fr. provenant du legs fait à cet établissement par M""^ Provost- 
Ponsin, ancienne sociétaire de la Comédie-Française. La testatrice, on 
se le rappelle, avait obtenu le premier prix de comédie, au Conserva- 
toire, en 1860. Selon son vœu, il sera institué un « Prix Ponsin », qui 
sera décerné, chaque année, à l'élève femme des classes de déclamation 
la plus méritante. 

— La Société des concerts du Conservatoire mettra sur le programme 
de ses deux séances des 13 et 20 février le bel oratorio de M. Gounod, 
Mors et Vita, qu'on n'a encore entendu qu'au Trocadéro. Les soli de cette 
oeuvre si intéressante seront chantéspar M""'* Krauss et Masson, MM. Au- 
guez et Rinaldi. 

— M. le général Boulanger, ministre de la guerre, avait exprimé le 
désir que la Marseillaise et le Salut au drapeau fussent exécutés par les 
musiques militaires avec la même orchestration et dans le même ton. 
Un concours a été décidé pour atteindre ce but, et une commission, pré- 
sidée par M. Ambroise Thomas, a été chargée d'apprécier les cent quatre- 
vingt-neuf arrangements divers qui ont été envoyés par les chefs de 
musique de l'armée. Le jury, sur ce nombre considérable, a retenu les 
trois partitions qui ont le mieux réalisé le but que l'on voulait atteindre. 
Ces trois partitions ont été répétées, ces jours derniers, sur la scène de 
l'Opéra, par l'excellente musique de la garde républicaine, devant le 
général Boulanger, M. Ambroise Thomas et un personnel nombreux de 
compositeurs et de professeurs du Conservatoire. Une seule d'entre elles 
sera choisie et distribuée aux différents régiments. D'ici peu de temps, 
notre chant national sera donc, en toutes circonstances, exécuté d'une 1 
façon uniforme et dans les meilleures conditions artistiques. 

— L'Opéra-Populaire du théâtre du Château-d'Eau fera sa réouverture, 
le l'r mai prochain, sous la même direction que l'an passé. Le répertoire 
comprendra : Lucie de Lammermoor, le Trouvère, la Petite Fadette,le Voyage en 
Chine, Martlia, Lucrèce Borgia et Don Pasquale. 

— Une expérience téléphonique curieuse a eu lieu ces jours-ci. On a 
essayé de transmettre à Bruxelles la musique de l'Opéra de Paris. L'ex- 
périence a réussi, et la reine a pu entendre de son palais tout un acte 
de Faust. 



LE MÉNESTREL 



79 



— A rOdéon, les répétitions de Nmna Roumestan, la nouvelle comédie 
de M. Alphonse Daudet, sont poussées très activement, de façon à pouvoir 
passer la semaine prochaine. A l'acte de la soirée chez Numa, M"" Paul 
Mounet, qui a appartenu à l'Opéra sous le nom de M"" Barbot et y créa 
Virgile de Françoise de Rimini, chantera, dans la coulisse, un air de VAhen- 
Hamet de Théodore Dubois, et les stances de Sapho. 

— Le grand violoniste Sarasate, qu'on n'a pas entendu en public à 
Paris depuis assez longtemps déjà, se prépare à donner une série de trois 
grands concerts avec orchestre, qui auront lieu à la salle Erard les 3, 7 
et 10 mars prochain. Ce sera un régal pour les admirateurs de son beau 
talent. 

— M. Bourgault-Ducoudray vient de terminer un opéra en quatre actes, 
surun livret de MM. L. Gallet et L. Bonnemère. La musique de cet 
ouvrage, exécutée avec le plus grand talent, dans une réunion intime, 
par MM. Warot et Giraudet et par deux élèves du Conservatoire, M"" Le- 
vasseur et M, Lafarge, a produit sur l'auditoire l'impression la plus vive. 

— M"" Elena Kenneth, l'artiste bien connue, aujourd'hui professeur 
de chant, va ouvrir une classe supérieure de chant, pour le perfectionne- 
ment dans les écoles italienne, française et allemande, sous le patronage 
direct de ii'"'^ Christine Nilsson et de Tamberliclî;, qui interviendront 
comme inspecteurs des progrès des élèves. 

— Un concours pour la place de premier basson solo à l'orchestre de l'Opéra 
a eu lieu lundi 31 janvier. M. Léon Letellier, premier prix du Conserva- 
toire en' 1879, a été choisi. 

— Les fêtes théâtrales et musicales se succèdent à Nice et à Monte- 
Carlo, chaque jour plus brillantes et plus suivies. Une jeune cantatrice 
d'avenir, M"" Ella Russell, s'est fait remarquer dans une des dernières 
représentations de Faust données au théâtre municipal de Nice, où l'on 
va reprendre la Gioconda de Ponchielli, qu'on avait dû arrêter par suite 
d'une maladie du ténor Nouvelli. La semaine passée, concert très brillant 
donné par M™" Conneau et M. Diaz de Soria, avec le concours de 
M"" Ratisbonne et de M. Gibert. La veille avait eu lieu le grand concert 
de M"" Nilsson, qui réunissait à son nom ceux de MM. Bjorksten, Ernest 
de Munck et Gaston de Try. On en annonce bien d'autres. 

-- On vient de donner à Monte-Carlo la première représentation d'un 
petit ballet inédit, Nedjina. scénario de M. Nuitter, musique de M. Gen- 
nevraye, dont le succès a été très vif et qui doit être reproduit prochaine- 
ment à la^Morinaie, de Bruxelles. Le jeune compositeur est un élève de 
M. Guiraud, et c'est pour lui que M. Emile Augier a bien voulu donner 
à M. Jules Barbier l'autorisation de tirer de la Ciguë un livret d'opéra. 

— Un de nos grands confrères publie la dépêche suivante de Rennes : 
« Succès pour la Belle Etoile, opéra comique en un acte de MM. Georges 
Maillard et Henri Vaillard, deuxième chef d'orchestre de l'Opéra- 
Comique. Après la représentation, M. Vaillard -a. reçu une superbe 
coupe, une palme' dorée offerte par la presse rennoise et un splendide 
bouquet envoyé par le chef d'orchestre. » 

— Le conseil municipal de Bordeaux vient de voter une somme de 
30,000 francs pour la réfection des décors du Grand-Théâtre, qui étaient 
tombés dans un état lamentable. On a remarqué à ce sujet que Bor- 
deaux, tout en possédant un théâtre qui est une merveille d'architecture 
et de bon goût, ne fait pas pour les artistes qui y figurent autant de 
sacrifices que d'autres villes relativement moins importantes. Elle donne 
80,000 francs environ, tandis que Nantes en donne 100,000, avec jouis- 
sance de deux scènes et un droit des pauvres de 5,000. Toulouse donne 
ISO, 000 francs et un droit des pauvres de 10,000. Rouen donne 130,000 francs, 
avec des avantages qui élèvent ce chiffre à 190,000. Marseille a 147,000 francs, 
mais des servitudes qui rendent l'exploitation difficile. Lille a 80,000 francs, 
mais ne joue pas le grand opéra. Lyon, enfin, prélève bien strictement 
comme Bordeaux le droit des pauvres, mais la subvention est de 280,000 
francs environ, 

CONCERTS ET SOIRÉES 

Concerts populaires. — Le nombreux public, les critiques marquants 
et les notabilités artistiques qu'avait attirés au Cirque d'Hiver le Festival 
consacré aux œuvres de M. César Franck, prouvent quelle place occupe 
dans le monde musical la personnalité de l'auteur des Béatitudes. L'auto- 
rité de M. Franck est depuis longtemps établie et, que l'on goûte plus ou 
moins la poétique de son art, il faut reconnaître à ce musicien une 
science considérable, en même temps qu'une probité artistique que ne 
dément jamais la moindre recherche de l'effet banal. Nous devons nous 
borner à résumer ici nos impressions dans une rapide nomenclature des 
divers morceaux du programme. La première partie débutait par une 
pièce symphonique fort intéressante, le Clmssew maudit ; venaient ensuite 
des variations symphoniques pour piano et orchestre, dans lesquelles le 
piano nous a paru jo-uer un rôle bien effacé, malgré toute la virtuosité 
déployée par leur excellent interprète, M. Louis Diémer ; enfin, des frag- 
ments de Ruth, épisode biblique sur un poème de M. Guillemin. Ces 
fragments, sans avoir l'élévation de pensée et la grandeur de style que 
nous signalerons tout à l'heure dans certaines pages des Béatitudes, nous 
semblent destinés à survivre, comme une des plus heureuses inspirations 
de M. Franck. Tout le duo entre Ruth et Booz, chanté par M»" Gavioli 



et M. Auguez, est d'une couleur exquise et d'une poésie pénétrante. Au 
commencement de la seconde partie,' contre notre attente et celle du 
public, il n'a été joué qu'une courte entrée avec chœur des airs de ballet 
de Hulda, annoncés par le programme. Cette omission nous . a paru d'au^ 
tant plus regrettable que le caractère franc et l'orchestration ingénieuse 
de ce premier morceau promettaient une suite intéressante. D'importants 
fragments des Béatitudes complétaient le programme du concert. C'est, 
croyons-nous, l'œuvre maîtresse de M. Franck, et, en tout cas, celle qui 
donne la mesure exacte de sa valeur. L'écueil, dans une partition d'un 
tel développement, résulte de la monotonie même du sujet, et notre 
impartialité nous fait un devoir de dire que M. Franck ne l'a pas tou- 
jours évitée. Mais, pour ne parler que des fragments exécutés à cette 
séance, le prologue, les lamentations au début de la 3" Béatitude et l'air 
du Christ de la H" sont d'une intensité d'émotion, d'une élévation dç 
pensée et d'une puissance de facture qui dénotent un véritable maitre. 
M. Franck, qui était venu diriger la seconde partie du Festival, a été 
chaleureusement applaudi après chacune de ses œuvres, et le public lui a 
fait une longue ovation à la fin du concert. Victor Dolmetsch. 

— M. Colonne a donné, à son dernier concert du Châtelet, l'ouverture 
de Geneviève, de Schumann, et il doit s'applaudir d'avoir fait cet essai, 
qui a parfaitement réussi : l'ouverture est très claire, très mélodieuse et 
facile à comprendre. La symphonie inaclwvée de Schubert est une des 
belles œuvres de ce maitre; elle figure depuis plusieurs années sur le ré'- 
pertoire des grands concerts classiques de Paris. Elle avait été jouée pour 
la première fois en France, par une Société philharmonique de province, 
celle de La Rochelle, avec des fragments de la Symphonie tragique et la 
belle cantate Mirjams Siegs gesang, orchestrée par M. Lemanissier. — La 
Polonaise de Struensée a produit son effet accoutumé. Deux airs de ballet 
de M. Reyer figuraient au programme'; celui qui est tiré de Sigurd a été bissé. 
— Le grand intérêt du concert était dans la présence du grand violoniste 
Joachim, qui a dit avec son talent accoutumé le concerto de Beethoven, 
des variations de sa composition, et la belle sonate de Tartini, le Trille du 
Diable. Inutile de dire que le public lui a fait une chaleureuse ovation. 

H. Barbedette. 

— Concerts Lamoureux. — Au dernier concert, le l" acte de la Walkijrie,, 
moins la i" scène, a été entouré de chefs-d'œuvre : l'ouverture d'Ote'ron, 
celle du Carnaval romain et la symphonie en ut mineur ont précédé ou 
suivi l'œuvre de Wagner. L'ensemble musical de la Walkyrie présente une 
suite de mélodies qui s'enchainent, se complètent, se font valoir, sans 
que, pour cela, il ait été nécessaire d'opposer symétriquement un membre 
de phrase à un autre. Dire que la mélopée wagnérienne est composée de 
lambeaux de mélodie, c'est parler inexactement. Le sujet du 1*'' acte, c'est 
la rencontre fortuite de Siegmund et de Sieglinde, leur amour qui s'im- 
pose avec violence après la scène du printemps et la conquête du glaive 
qui doit servir à vaincre l'époux de la jeune femme. La scène du prin- 
temps est ravissante de poésie. La nuit, les deux amants enlacés voient 
tout à coup une porte s'ouvrir dans la cabane où ils se sont réfugiés^ 
« Qui vient, qui sort? » dit' Sieglinde effrayée; et Siegmund la rassure; 
i< Personne n'est sorti, mais quelqu'un est venu, le printemps radieux, la 
joie, l'espérance » et l'on verrait, si la mise en scène existait, un paysage 
éclairé par la lune s'étendre au loin et un rayon d'une douce clarté enve- 
lopper le couple amoureux. Alors Siegmund élève la voix et dit cette 
chanson du printemps qui est déjà devenue célèbre. M. Van Dyck, excel- 
lent dans les passages de force, n'a pas su prêter à ce morceau la teinte 
rêveuse qui lui convenait. En revanche, il a été superbe à la fin de la 
scène, partout où dominaient l'enthousiasme héroïque et la mâle vaillance 
du guerrier. Musicdlement, toute cette partie est entraînante au suprême 
degré. M"" Brunet-Lafleur semble un peu froide. Son rôle, d'ailleurs, 
offre un attrait moins vif que celui du ténor. Il est plus difficile d'y pro- 
duire de l'effet. Les deux artistes ont fait preuve d'un talent remarquable 
à tous les points de vue. Ils ont rempli fidèlement leur tâche difficile. 
L'orchestration de Wagner est très colorée. Les instruments à veut y 
jouent un rôle considérable. En résumé, nous pouvons dire que la pre- 
mière scène languit un peu au concert. Au théâtre, ce serait au con- 
traire une exposition assez rapide. Dans la troisième scène, la poésie et 
la passion sauvent tout. Amédée Boutarel. 

— Programme des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
(Relâche au Conservatoire.) 

Châtelet, concert Colonne : ouverture de Geneviève fR. Schumann); 
Symphonie en sol mineur (Mozart) ; Parsifal, deuxième tableau du 1^'acte 
(Wagner); Concerto en ut mineur (Beethoven), par M. Alphonse Duver- 
noy ; fragments de Sigurd (E. Reyer) ; Mouvement perpétuel (Paganini) ; 

Eden-Théâtre, concert Lamoureux : ouverture d'Ohéron (Weber) ; Sym- 
phonie en ut mineur (Beethoven) ; première audition de Ctiusse fantastique 
(E. Guiraud) ; dernière audition du Prélude et des première et troisième 
scènes du premier acte de laValhjrie (Wagner), avec soli par M""^ Brunet- 
Lafleur et M. Van Dyck ; ouverture de Tannhduser (Wagner). 

— La dernière séance du quatuor Joachim a été des plus intéressantes : 
Le programme se composait de trois quatuors de Beethoven, appartenant 
aux trois manières du maitre : le quatuor en si bémol, op. 18, si étourdis- 
sant de verve ; le quatuor en nu' bémol, op. 74, vulgairement dit les arpè- 
ges, et enfin le quatuor en la mineur, op. 13'2, de la série dite des derniers 



80 



LE MENESTREL 



ijuatiKirs. Jamais nous n'avions entendu un ensemble aussi complet, une 
précision aussi irréprochable dans les mouvements et les accentuations. 
Le style, de plus, était excellent. Si M. Joachim est un merveilleux vio- 
lon, il faut aussi reconnaître que ses partenaires sont dt^s exécutants de 
premier ordre, qui méritaient bien leur part d'ovation. Le quatuor est la 
pierre de touche des instrumentistes à cordes ; on ne peut être un bon 
violon, un bon alto, un bon violoncelle que lorsqu'on a été élevé à celte 
sévère école ; les meilleurs exécutants que nous ayons aujourd'hui sont 
encore ceux qui ont conservé les traditions du quatuor. Certes, M. Joachim 
est un soliste hors de pair, mais jamais nous ne l'avons tant apprécié 
que dans l'exécution de ces trois quatuors de Beethoven. 

H. Barbedette. 

— C'est une tâche réellement utile qu'accomplit la Société damaleurs 
Guillot de Sainbris, en faisant connaître, chaque année, plusieurs œuvres 
avec chœurs de compositeurs vivants et français, auxquelles les portes des 
concerts subventionnés sembleut être obstinément fermées. Mais comment, 
en quelques lignes, dire tout le charme de la Biblis de M. Massenet, chantée 
par M™" Durand-Ulbach; musique voluptueuse et originale brodée sur les 
vers caressants et colorés de notre ami Georges Boyer? Comment caracté- 
riser les mérites de genres divers, mais très appréciés, du Miracle de Aaim, 
page impressionnante de M. H. Maréchal, très bien interprétée par 
M"" Richard et M. Bosquin, qu'on a longuement applaudis; de Vlphigéiiie 
de M. Lenepveu, dont M. Martapoura a fait valoir le pathétique solo; de 
la ravissante Cendrillon de M. de Maupeou, sur le joli poème de M. Paul 
CoUin, détaillée avec grâce par M"" F. Lépine? Heureusement, on ne 
manquera pas d'occasions de reparler de ces œuvres, que les auditeurs ont 
confondues dans un égal succès. Le Gloria de M . César Franck est une 
page magistrale, qu'on a une fois de plus reconnue comme telle. L'exé- 
cution des chœurs a été, comme toujours, très délicate et distinguée. On 
a fort goûté aussi, dans la partie instrumentale. M"" Eme-Rousseau et 
M. Loeh. 

— La place nous a manqué dimanche dernier pour parler de la 
deuxième et dernière séance de musique Scandinave qui avait lieu le 
27 janvier à la salle Pleyel. Nous avouons avoir été profondément im- 
pressionné par ceUe musique si remplie de noblesse, de charme et d'ori- 
ginalité et qui, au plus fort même de son étrangeté, conserve toujours ce 
cachet d'impeccabilité qui caractérise le grand art, et où la logique et le 
goût trouvent également leur compte. Parmi les morceaux qui ont été le 
plus goûtés, il nous faut citer les chants populaires suédois, crânement 
enlevés par M"= Anna Kribel, une cantatrice à la voix fraîche et bien 
timbrée; la délicieuse Berceuse àe Gneg et la Danse no7-vérjienne A'Ohe Olsen, 
exécutées sur le piano par M. A. de Greef; le dernier mouvement de la 
sonatcpour piano et violoncelle de Grieg, où le jeu élégant de M"" Roger- 
Miclos et l'archet vigoureux de M. Burger ont fait merveille; une mé- 
lodie, Je l'aime, que la salle entière a bissée à M. Lauwers; enfin, deux 
pièces de violon, la première de Svendsen, la seconde d'Ole Bull, exécutées 
en perfection par M. Marcel Heiwegh. En somme, la réussite de ces 
deux séances a été complète, et M. Oscar Comettant a droit à la recon- 
naissance do tous les dilettantes présents pour la jouissance artistique qu'il 
leur a procurée. L. S. 

^- Le premier concert donné à la salle Érard par M. Wieniawski a été 
pour réminent virtuose une nouvelle occasion de se faire applaudir. Le 
succès de la soirée a été complet. Après avoir interprété les œuvres des 
maîtres, et notamment celles de Chopin, on a pu entendre quelques-unes 
de ses compositions nouvelles, très appréciées. Les qualités de M. Wie- 
niawski sont non seulement la correction parfaite dans les passages de 
virtuosité, mais aussi la vigueur dans l'exécution. A l'imitation de Ru- 
binstein, M. "Wieniawski a le don de reproduire la partie dramatique du 
style symphonique de Beethoven. M. Wieniawski, on le sait, a fait ses 
études au Conservatoire de Paris; l'élève est devenu un grand maître, qui 
fait le plus grand honneur à notre école. 

— Dimanche dernier, soirée musicale donnée au profit de M'"' Lilli 
Smada, avec un attrait d'une rare puissance : la présence de M. Camille 
Saint-Saëns, qui prélait son concours à la bénéficiaire et qui a exécuté 
avec une virtuosité prodigieuse sa brillante paraphrase sur le quatuor 
d'Heiiry VIII. On devine le succès ! M. Delsart et le violoniste Larapède- 
Delisle se sont fait aussi vivement applaudir. 

— Charmante soirée musicale, le 29 janvier, chez notre collaborateur 
H. Barbedette. M. Benjamin Godard, avec le talent de pianiste et de 
chanteur qu'on lui connaît et qu'il cumule, du reste, avec ceux de poète, 
de violoniste et de compositeur, a dit trois beaux fragments de sa sym- 
phonie légendaire : Dans la Calhèdrahi, la Prière, les Elfes. M"" Simonneau, 
qui ne fait entendre que dans les salons sa superbe voix de mezzo- 
soprano, a interprété, accompagnée par l'auteur, plusieurs mélodies de 
M. Godard, ainsi que le poème musical de M. Barbedette, la Journée. 
M. L. Dancla et M'"' J. Martin ont merveilleusement dit la sonate en la 
de ce dernier, pour piano et violon. Deux jeunes pianistes. M'"* Inès S. 
et Marguerite B., ont été également très applaudies. Enfin M"* L. Martin 
a spirituellement enlevé la jolie barcarolle de Th. Gautier ; -Dites, la jeune 
belle. 



— Lundi, brillante et intéressante matinée musicale, chez M""* Lafaix- 
Gontié. Programme varié. Succès très grand pour: Fot« parlez mal de mo» 
amy, et Ladiiulefindine, deux jolies chansons du X'V siècle, arrangées par 
M"" Viardot. M'"" Lafaix-Gontié a été très applaudie dans le duo de Gala- 
tluie, qu'elle a dit à ravir avec une de ses gracieuses élèves, M"" R. F. — 
Jeudi dernier, M'"": Lafaix-Gontié a également fait entendre les élèves de 
son cours d'accompagnement; M. Charles Dancla, qui dirige ce cours, a 
exécuté avec ses élèves de charmantes œuvres de sa composition. 

— Mercredi dernier, salle Érard, concert très réussi donné par M. Mario 
Calado, qui s'est fait applaudir à juste titre en interprétant, au piano, des 
œuvres classiques et aussi des compositions modernes, parmi lesquelles 
une Sérénade tunisienne très caractéristique de M. Georges Pfeiffer. Succès 
bien mérité aussi pour M'"' Marthe Ruelle, qui a parfaitement vocalisé 
l'air des clochettes de Lakmé et dit avec un très bon sentiment l'Étoile, de 
J. Faure. 

— De Bordeaux (24 janvier): Très beau succès, samedi, au concert 
du Cercle philharmonique, pour M. Louis Diémer, dont le jeu net et bril- 
lant a fait merveille dans son Concert-Stuck et dans différents morceaux 
de Rameau et de Liszt. Un tout jeune violoniste qui est déjà plus qu'un 
bon élève, M. Henry Marteau, a déployé les plus sérieuses et les plus 
charmantes qualités. On a fort applaudi le jeune exécutant, ainsi que 
jjme Durand-Ulbach, qui a fait apprécier comme ils le méritaient un 4in 
talent de bonne diseuse et une voix délicieuse, notamment dans les Ailes, 
la charmante mélodie de Louis Diémer qu'on lui a redamandée tout d'une 
voix. — Le lendemain dimanche, au Concert populaire de la Société de Sainte- 
Cécile, M. Théophile Ysaie, le frère du célèbre violoniste, remportait aussi 
un vrai succès dans le concerto de Liszt en mi bémol, dans la liapsodie 
Hongroise et dans diverses autres pages de maître. — Deux belles séances 
musicales en somme, dont la première affirme une fois de plus la répu- 
tation du Cercle philharmonique et de M. Portehaut, dont la seconde fait 
grand honneur à la Société de Sainte-Cécile et à M. Henri Sobert, fui a 
magistralement conduit la symphonie en sol mineur de Mozart et la sym- 
phonie n" S de Mendelssohn. 

— Jeudi prochain, 10 février, à la salle Erard, M"« Glotilde Kleeberg 
donnera une grande séance de piano, avec orchestre sous la direction de 
M. Jules Garcin et composé de la plupart des membres de la Société des 
concerts du Conservatoire. 

— Jeudi également, mais à la salle Pleyel, audition des élèves dé 
M"= Rosine Laborde avec le concours de MM. Dancla, de Munck, Besuier, 
Derivis et Mangin. 

— M. Gustave Lewita donnera, à la salle Pleyel, trois séances de mu- 
sique de chambre les 7 et 28 février, et le 7 mars. 

— Samedi prochain, 12 février, à huit heures et demie, salle Pleyel- 
Wolff, concert donné par M'"' Marthe Ruelle, avec le concours de 
M^o Roger-Miclos, de MM. Giraudet, Paul Viardot, Burger, Larcher et 
Ed. Mangin. 

— Les première et troisième séances de musique de chambre du Havre, 
organisées par l'excellent violoniste A. Gogue, ont eu lieu avec le con- 
cours du pianiste L Philipp. Le brillant artiste a remporté les deux fois 
un très grand succès. 

— La Société dite la Lyre, sous la conduite de M. G. Fauré, a fait 
applaudir, l'autre jour, à son public choisi, une excellente et fine exé- 
cution de l'Etoile, d'Henri Maréchal, avec solo très bien chanté par 
M. Bosquin. La Chanson Béarnaise, du même auteur, a été aussi fort appré- 
ciée, ainsi que le chœur des Vivants et des Morts. 

— Francis Planté vient de remporter un nouveau triomphe. Il s'est fait 
entendre à Pau, dans un concert donné au bénéfice des inondés du Midi, 
et le chiffre de la recette, qui s'est élevée à 6,000 francs, peut donner 
une idée de la foule qui s'est pressée pour aller entendre le grand artiste. 

NÉCROLOGIE 
De Naples nous arrive la nouvelle de la mort d'un homme excellent, 
d'un lettré fin et délicat, très original, qui savait parler musique avec 
goût, avec expérience, avec enthousiasme. Felice Cottrau, qui était âgé 
de 57 ans, appartenait à une famille française très populaire à Naples, où 
elle s'établit dans les premières années de ce siècle. Collaborateur de l'Ita- 
lie pour la partie musicale, du Capitan Fracassa, il avait fondé et dirigé 
sous c« titre : les Lundis d'an dilettante, un journal plein d'humour, d'esprit 
et de fantaisie. Il avait employé divers pseudonymes, entre autres ceux de 
Fix et i'Ettore Falucci, qui formait l'anagramme de son nom. Felice Cot- 
trau était le frère de M. Jules Cottrau, le compositeur bien connu. 

HeiNRI Heugel, directeur-çiérant. 
En vente chez FELLY MACh'AR, éditeur, 22, imssage des Pamramas. 

LES ŒUVRES DU COMPOSITEUR RUSSE 

P. TSCHAIKOWSKY 



inpBinBRm 



: BkHGBRB, 20, PABIS 



2919 - S3"^ ANNÉE - it H. 



Dimanche 13 Février 1887 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an. Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 Ir,; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



\ Un grand Ibéâtre à Paris pendant la Révolution Jlô" article), Arthur Pougin. — 
n. Bulletin théâtral, Arthur Pougin. — IIL La Musique en Italie : première 
représentation d'Otello à Milan, H. Morcno. — IV. Nouvelles diverses, concerts 
et nécrologie. 



MUSIQUE DE PIAXO 
Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

PASSEZ, MUSCADE 

polka de Heinrich Strobl. — Suivra immédiatement: Mélodie persane de 
A. RcBiNSTEiN, paraphrase pour piano par Théodore Lack. 

CHANT 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 

chant: Notre Père, prière du matin, de J. Faure.— Suivra immédiatement; 

Cœur jaloux, mélodie nouvelle de E. Paladilhe, poésie de Villemer-Soubise. 



GRAND THÉÂTRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 

D'après des documents inédits et les sources les plus authentiques, 

(Suite.) 



Le petit almanach intitulé les Spectacles de Paris, rendant 
compte des travaux de l'Opéra-Gomique pendant cette année 
1793, s'exprimait ainsi : — « Ce théâtre, dont les artistes 
sont du nombre de ceux qui ont su saisir plutôt l'esprit pu- 
blic et le sens de la révolution, a soigneusement écarté de 
son répertoire tout ce qui pouvoit choquer des oreilles répu- 
blicaines : les pièces patriotiques ont été accueillies par lui 
avec le plus vif empressement. Aussi a-t-il joui d'un succès 
soutenu. » En effet, les pièces inspirées directement ou indi- 
rectement par les circonstances avaient été nombreuses dans 
le cours de cette année ; c'était le Déserteur de la montagne de 
Hamm, Le Pelletier de Saial-Fargeau, Asgill ou le Prisonnier amé- 
ricain, la Cause et les Effets ou le Réveil du peuple, la Fête ci- 
vique du village, Marat dans son souterrain, la Veuve du .Républicain, 
le Cri de la patrie. Malheureusement, et en dépit des efforts 
faits en ce sens, si le succès était réel, si le théâtre conti- 
nuait d'être très populaire, les résultats matériels étaient 
loin d'être satisfaisants, à cause de la crise terrible que tra- 
versait alors la France. La recette de l'année 1792, déjà peu 
brillante, n'avait donné qu'un chiffre total de 078,392 livres ; 



celle de 1793, présentant un écart de près de 150,000 livres, 
atteignait seulement le chiffre que voici : 

Recettes journalières : 496.474 

Loges à l'année : 33.697 

Total : 330.171 livres. 

Aussi voit-on les emprunts faits par la Société se succéder, 
dans le cours de ces douze mois, avec une fréquence et une 
importance telles que leur ensemble s'élève aune somme de 
158,000 livres ; les voici, tels qu'ils sont inscrits en recette 
dans les comptes mensuels du caissier, avec les noms des 
prêteurs et la date des versements : 

M"'= Gibcrte (mars) 20.000 liv. 

M. Dufresiies (avril) 3.000 

M. Mathès (avril) 30.000 

M. Vandenyver l'ainé (juin). . . . 30.000 

M. Olivier, banquier(juillet). . . . 30.000 

« La citoyenne » Rosalie [l](août). 30.000 

« Le citoyen s Robert (août).. . . 13.000 

158.000 l iv. 

A cette époque, la Société des artistes de l'Opéra-Gomique 
devait déjà plus d'un million ! Nous ne sommes pas au 
bout, et nous verrons, par le fait des circonstances, leur 
dette s'augmenter encore. Et pourtant ils travaillaient crâ- 
nement, ces braves artistes, ils faisaient preuve de vaillance 
et de courage, et n'épargnaient ni leur temps ni leur peine ! 

Je ne trouve plus à relever, sur les comptes de 1793, que 
quelques détails plus ou moins curieux, mais d'ailleurs de 
médiocre importance ; je les transcris à leur date ; 

Compte de mai. — « Payé au S. Rouvez, contrebasse, pour supplé- 
ment de gratification et pour la compléter à 900 livres, attendu son 
exactitude rare et ses talents 100 liv. » 

Compte d'octobre. — « Payé la liste de l'assemblée pour les voitures 
des députations aux différentes fêtes des sections pour l'inaugura- 
tion des bustes de Marat et Le Pelletier 160 liv. » 

Compte de novembre. — «Payé au C"" Camerani, sociétaire, et pour 
être offert à la section Le Pelletier afin de concourir aux frais de 
la fête donnée par la section pour l'inauguration des bustes de Ma- 
rat et de Le Pelletier 1.000 liv. » 

Enfin, je remarque qu'à partir du 1'''' novembre 1793, la 
date placée sur le registre en tète de chaque spectacle est 
suivie de ces mots entre parenthèse: (Vieux stgle) ; puis, à 
partir du 21 du même mois, le rédacteur, adoptant la date 
et la formule du calendrier républicain, inscrit : Primidi 
y«'' frimaire l'an 2° de la République française une et indiiiisiblc, et 

(1) M"= Rosalie était une des artistes du théâtre. Elle était sociétaire à 
quart de part. 



82 



LE MENESTREL 



continue sous cette forme jusqu'au ii frimaire, où il prend 
l'habitude d'ajouter entre parenthèses, à la date républicaine, 
la date correspondante du vieux style (1). 

Cela n'empêche pas qu'au milieu des dangers que courait 
la patrie, tous nos théâtres, y compris l'Opéra-Comique, 
n'aient failli un instant être sacrifiés à un faux respect hu- 
main, et ne se soient vus menacés de disparaître dans la 
tourmente, au moins momentanément. Dans une des séances 
les plus agitées et les plus pathétiques de la Convention, 
celle du 14 août 1793, une discussion très grave s'était en- 
gagée à propos d'un rapport présenté par Barrère au nom 
du Comité de salut public, rapport relatif aux mesures à 
prendre en vue d'exciter l'esprit public à la résistance à 
l'étranger, aux moyens à employer pour organiser la défense, 
pour amener la délivrance du territoire, pour armer la na- 
tion, pour activer le départ des réquisitionnaires, pour con- 
jurer enfin les périls de tout genre que la trahison de Du- 
raouriez avait rendus plus grands encore. Après un discours 
enflammé de Danton, dont la parole puissante avait excité 
l'enthousiasme de l'assemblée et dont les propositions 
avaient été décrétées au milieu d'acclamations et d'applau- 
dissements unanimes, une motion avait été présentée ten- 
dant à la fermeture immédiate de tous les théâtres, ainsi 
qu'en fait foi le compte rendu du Moniteur : 

Le-ieune. — Vous venez de décréter de grandes mesures ; mais 
elles ne sont pas suffisantes ; il faut qu'il soit établi des forges dans 
les places publiques, et que devant les yeux du peuple on fabrique 
les instrumens de sa vengeance. Il faut que tous les plaisirs ces- 
sent, que tous les spectacles soient fermés dès cet instant. 

Delacroix (W Eure-et-Loir). — Je rends justice aux intentions 
du préopinant; mais il a proposé une mauvaise mesure; c'est par 
les spectacles qu'il faut échauffer l'esprit du peuple. Il n'est per- 
sonne qui, en sortant d'une représentation de Briitus ou de la Mort 
de César, ne soit disposé à poignarder le scélérat qui tenterait d'as- 
servir son pays. (On applaudit.) Je demande que le Comité de salut 
publie prenne des mesures pour qu'on ne joue que des pièces ré- 
publicaines. 

Cette proposition est adoptée. 

C'est ainsi que les théâtres virent écarter, dès son appari- 
tion, le péril qui les menaçait, à la condition qu'ils se con- 
formeraient à ce qu'on exigeait d'eux. Pour ce qui est de 
l'Opéra-Comique, il avait dès longtemps devancé le vœu de 
la Convention; il n'eut donc, pour déférer k ce vœu, qu'à 
continuer de suivre la route qu'il s'était tracée tout d'abord, 
et l'état de son répertoire pendant les derniers mois de 179.3 
donne une preuve suffisante de ses sentiments à cet égard. 
Plus encore que les précédentes, l'année 1794 sera consa- 
crée par lui à la représentation d'ouvrages politiques, patrio- 
tiques, révolutionnaires, ou tout au moins inspirés, de près 
ou de loin, soit par les circonstances immédiates, soit par 
l'état moral et intellectuel du pays. C'est à peine si, parmi 
les vingt-quatre pièces qu'il offrira au public, il s'en trou- 
vera cinq ou six dont le sujet ne reflétera pas avec chaleur 
les opinions, les inquiétudes, les préoccupations, les an- 
goisses, les espérances, les ardeurs de l'heure présente. D'ail- 
leurs, et la Convention même n'eùt-ellepas agité cette ques- 
tion, l'mtensité du mouvement populaire étai't telle que les 
théâtres se seraient bien vus dans l'obligation de lui obéir 
£Ous peine ou de se voir désertés, ce qui eût été grave pour 
leurs intérêts, ou d'être dénoncés comme contre-révolution- 
naires, ce qui eût été dangereux pour ceux qui se trouvaient 
placés à leur tête. 

Un moment vint pourtant oii les prescriptions imposées aux 
entreprises dramatiques ne parurent pas suffisantes à ceux 
qui se trouvaient alors les détenteurs -de l'autorité publique. 



(1) On sait que c'est seulement le 5 octobre 1793 qu'un décret de la 
Convention abolit en I-'raace l'usage de l'ère chrétienne et établit celui 
du calendrier républicain en reportant l'ère dos Français au 22 septembre 
1792, date de l'établissement de la République, ce qui donnait à ce ca- 
lendrier un eflèt rétroactif. 



A ce moment, où Robespierre et les siens étaient parvenus 
au comble de la puissance, où le Comité de salut public, 
plus fort que la Convention même, dont il était le délégué, 
concentrait presque entièrement le pouvoir entre ses mains 
et dirigeait réellement les destinées de Paris et de la France, 
les théâtres attiraient de nouveau l'attention des hommes 
que les événements avaient rendus les maîtres du pays. 
Ceux-ci voulurent réglementer tout à la fois leur organisation 
matérielle, leur administration intérieure, jusqu'à leur réper- 
toire, et le Comité de salut public prit à cet effet un arrêté 
qui, comme tout ce qui émanait de lui, devait avoir force 
de loi. Voici le texte de ce document, tel que le publiait 
le Journal de Paris dans son numéro du 16 juillet 1794 : 

Extrait des registres des arrêtés du Comité de salut public 
de la Convention nationale. 

Le Comité de salut public arrête : 

Art. I". — La Commission de l'instruction publique est exclusi- 
vement chargée, en vertu de la loi du 12 germinal, de tout ce qui 
concerne la régénération de l'art dramatique et la police morale 
des spectacles, qui fait partie de l'éducation publique. 

Art. H. — Elle est pareillement chargée de l'examen des théâtres 
anciens, des pièces nouvelles, de leur admission. L'administration 
de police de la municipalité de Paris, et toutes celles de la Répu- 
blique, feront parvenir, sans délai, à la Commission, tous les re- 
gistres et répertoires relatifs aux pièces de théâtre. 

Art. m. — La police intérieure et extérieure des théâtres, pour 
le mainlion du bon ordre, est exclusivement réservée aux munici- 
palités. 

Art. IV. — L'organisation matérielle de la direction des théâtres, 
leur administration intérieure et financière sont laissées aux soins 
des artistes, qui néanmoins en soumettront les plans et les résultats 
à la Commission de l'instruction publique. Les artistes ne pourront 
être membres de cette administration. 

Art. V. — 11 sera nommé, pour chacun des théâtres de l'Opéra 
national, rue de la Loi [l'Opéra], et de l'Égalité, faubourg Germain 
[la Comédie-Française], un agent national, qui aura la surveillance 
générale sur les propriétés nationales confiées aux artistes, sur leur 
conduite publique, morale et politique, sur l'exactitude des re- 
cettes et des paiemens aux artistes, sur l'ensemble de leurs opéra- 
tions, et sur tout ce qui concerne le service public ; ces agens. 
nommés par la Commission de l'instruction publique, sauf l'appro- 
bation du Comité de salut public, rendront régulièrement compte à 
la Commission. 

Signé au registre : B. Barrère, Carnot, C.-A. Prieur, 
Bij.laud-Varen.nes, Robespierre, R. Lindet, Collot 
d'Heiirois. Couthon.. 
Pour extrait , signé : Coli.ot d'Herbois. B, Barrère, 
Billaud-Vahennes (1). 

Il est juste d'ajouter que si le gouvernement républicain 
se préoccupait de l'attitude des théâtres au point de vue po- 
litique, il ne se montrait pas moins soucieux de les voir se 
maintenir dans les traditions de morale et de bienséance 
dont ils ne devraient jamais se départir. Voici ce qu'on lisait 
dans le Moniteur du 13 pluviôse an II (1<='' février 1794): — 
« Le Comité de sûreté générale de la Convention a mandé 
les directeurs de différens spectacles de Paris, et, dans un 
entretien amical et fraternel, leur a recommandé de faire de 
leurs théâtres une école de mœurs et de décence, leur per- 
mettant de mêler aux pièces patriotiques que l'on donne 
chaque jour des pièces oii les vertus privées soient repré- 
sentées dans tout leur éclat. Le comité de surveillance du 
département de Paris vient de seconder ces mesures dictées 

(1) Les théâtres de province n'excitaient pas moins que ceux de Paris 
l'attention des hommes qui, à un titre quelconque, détenaient alors le 
pouvoir. En voici une preuve : — « Commune de Paris. Conseil général. Séancf 
du 26 germinal an II. — ... Des citoyens artistes se présentent au conseil 
et demandent un passeport. D'après des observations très sages, et sur le 
réquisitoire de l'agent national, le conseil général, en ajournant les passe- 
ports, arrête qu'il sera écrit au Comité de salut public pour l'inviter à jeter 
un regard sévère sur l'esprit qui peut animer les difl'érens spectacles des 
départemens, sur les pièces qu'on peut y jouer, et sur les différens comé- 
diens qui les jouent. » (Moniieur du 28 germinal an 11 — 18 avril 1794.) 



LE MENESTREL 



83 



par un esprit d'ordre et de sagesse. Il a fait afficher un avis 
aux différens artistes des théâtres de cette ville, qui renferme 
des exhortations et des conseils propres à conserver la pu- 
reté des mœurs publiques et à vivifier ces arts qui ornent 
et embellissent la société. » 

(A suivre.) Arthdr Pougin. 



BULLETIN THEATRAL 



Peu de nouvelles encore de nos théâtres, cette semaine; de 
DOS théàti-es Ij^riques surtout, nos directeurs s'étant donné ren- 
dez-vous à la Scala de Milan, pour assister à la première de 
VOtello de Verdi, dont le Ménestrel, qui ne pouvait laisser se produire 
un tel événement sans y être présent, rend compte aujourd'hui 
même. MM. Ritt et Gailhard d'un côté, M. Carvalho de l'autre, 
étaient de la fête en efTet; on sait déjà que les premiers ont signé 
un traité qui assure à l'Opéra le droit de représenter la traduction 
française de l'œuvre nouvelle, et on ajoute aujourd'hui que Verdi 
aurait consenti à écrire, pour les représentations d'Otello à Paris, la 
musique d'un divertissement qui serait placé au troisième acte de 
l'ouvrage et qui aurait pour prétexte une fête donnée pour la 
réception de l'ambassadeur de Venise. M. Gailhard n'a pas tardé 
à rentrer à Paris, et on le dit tout préoccupé des préparatifs né- 
cessaires pour la prompte mise à l'étude de l'œuvre nouvelle. Il ne 
semble pourtant pas que celle-ci puisse être offerte au publie pari- 
sien avant le commencement de l'hiver prochain. 

Tout cela n'a pas empêché les choses de suivre leur cours ordi- 
naire. On assure que M'""= Rose Caron, qui doit être chargée du rôle 
de Desdémone, va voir renouveler son engagement, et il est certain 
que la toute mignonne, toute gracieuse et tout aimable Rosita 
Mauri a signé un nouveau contrat pour deux années, du l"' mai 1887 
au 1" mai 1889. Que de pirouettes et de passepieds cela nous promet! 
Quant à l'Opéra-Comiquc, l'absence momentanée de sou directeur aura 
eu pour effet de retarder de quelques jours la première représentation 
de Proserpine, annoncée d'abord pour la fin de ce mois. L'ouvrage 
de M. Saint-Saëns.dont les répétitions, d'ailleurs, n'ont pas discon- 
tinué, passera formellement dans la première quinzaine de mars. 
On pourrait bien avoir, presque en même temps, une nouvelle 
apparition de Zampa avec M. Soulaeroix pour protagoniste. Voilà 
qui ne manquera pas d'intérêt. 

Et voici qu'une grosse nouvelle surgit à l'horizon. 
On dit, et sans soupçon je ne puis le redire. 

que rOpéra-Populaire du Chàteau-d'Eau, qui a déjà fait annoncer à 
son de trompe sa réouverture future, songerait à remonter le Char- 
Us VI d'Halévy, avec... M. Devoyod, tout simplement, dans le rôle 
principal. Je crois que c'est la un de ces canards qu'on ne saurait 
plumer trop vifs. M. Devoyod s'est fait, depuis son départ de 
l'Opéra, une trop brillante situation en Italie pour que ses exig-ences 
ne soient pas en désaccord absolu avec les ressources très modes- 
tes de rOpéra-Populaire, qui d'ailleurs peut rendre d'autres services, 
et très appréciables. 

La Comédie-Française a repris cette semaine un petit ouvrao-e 
qui n'enrichira son répertoire que d'une façon peu appréciable, mais 
dont l'auteur, étroitement mêlé jadis aux choses de la musique 
appartient à la spécialité de ce journal. Je veux parler du Cercle ou 
la Soirée à la mode, comédie en un acte de Poinsinet le jeune 
qu'on qualifiait ainsi pour le distinguer de son cousin Poinsinet de 
Sivry, auteur dramatique aussi, à qui l'on doit la traduction de 
quelques comédies d'Aristophane, et plusieurs tragédies originales : 
Briséis, Ajax, etc. 

Poinsinet le jeune fut, pour plusieurs ouvrages, le collaborateur 
d'un de nos grands musiciens, André Philidor, l'un des créateurs 
du genre de l'opéra comique, oii, avec Duni et Monsigny, il précéda 
Grétry de dix années. Poinsinet et Philidor donnèrent ensemble à 
l'ancien Opéra-Comique de la Foire, Sancho Pança dans son isle' le 
Sorcier, qui n'obtint pas moins de deux cents représentations, Tom 
Jones, qui est musicalement une œuvre de premier ordre, et à l'Opéra 
Ernelinde, qui est presque un chef-d'œuvre. 

La reprise du Cercle à la Comédie-Française a donné l'occasion à 
deux lettrés de faire chacun une nouvelle édition de ce petit 
ouvrage, accompagnée d'une préface. M. Georges d'Heylli l'a fait 
reparaître ainsi chez Tresse, M. Auguste Vitu chez Ollendorff. Je 
n'ai sous les yeux que l'édition de M. Vitu, et je n'ai pas besoin 
de dire que la préface y est faite de main de maître. L'écrivain 



s'étonne, non sans quelque raison, du rôle de mystifié que joua 
Poinsinet dans sa courte existence, et du peu de cas que semblaient 
faire de lui ses contemporains. Il est certain que l'auteur du Cercle 
fut la victime d'un nombre illimité de charges plus ou moins spiri- 
tuelles, — plutôt moins que plus — qu'on se plaisait à lui faire 
subir, soit parce qu'il fût très crédule, soit parce qu'il fût fort dis- 
trait, ce qui pourrait ne rien enlever à sa valeur intellectuelle. Son 
collaborateur Philidor, qui ne fut jamais l'objet de plaisanteries 
— parfois cruelles — (elles que celles qu'on infligeait à Poinsinet, 
était cependant, lui aussi, traité quelquefois avec une certaine légè- 
reté, même par ses meilleurs amis, en raison de son incurable 
distraction. C'est de lui que le fameux fermier-général Laborde, 
l'entendant causer un jour, disait à son voisin : — Voyez cet 
homme; il n'a pas le sens commun, c'est tout génie! Or, Philidor 
était effectivement un homme de génie, mais, n'en déplaise à 
Laborde, c'était aussi un homme de grand sens et de haute intel- 
ligence. J'incline à penser, comme M. Vitu, qui prend sa défense, 
que Poinsinet n'était pas un sot non plus. Il n'en est pas moins 
qu'il fut l'objet de mystifications étranges et vraiment innom- 
brables, dont on peut lire les détails soit dans les Mémoires de 
Monnet, le directeur de l'Opéra-Comique, soit dans les Anecdotes 
dramatiques de l'abbé de Laporte, soit dans la Correspondance de 
Grimm, et divers autres ouvrages contemporains. 

Mais ce n'est pas ici le lieu de rapporter toutes ces histoires plus 
ou moins burlesques, dont le récit me mènerait beaucoup plus loin 
Je me contenterai de constater le succès très honorable — mais 
rien de plus — qu'a obtenu à la Comédie-Française la reprise 
quelque peu inattendue du Cercle, qui à sa création, en 1764, 
réunissait les noms glorieux de Mole, Préville, Bonneval, d'Auber- 
val, Bouret, Auger, M""'" Préville, d'Epinay, Doligny, Bellecour, 
Hus, et qui est joué aujourd'hui par MM. Prudhon, de Féraudy, 
Garraud, Boucher, Truffier, Béer, et M'»"' Pierson, Frémaux, Durand, 
Kalb et Du Minil. 

Arthur Pougin. 



LA MUSIQUE EN ITALIE 



OTELLO 



Drame lyrique en quatre actes d'ARRico Boito, 

Musique de GlUSEPPE VERDI. 

Première représentation au théâtre de la Scala de Milan, j février 1887. 

Théophile Gautier prétendait avec quelque raison que la musique 
était le plus cher de tous les bruits ; c'est surtout à Milan, pour 
la première représentation d'Otello, qu'on a pu se convaincre de la 
vérité de cet axiome. L'empressement était tel et on est accouru à 
ce point de toutes les parties de l'univers musical que les entre- 
preneurs du spectacle ont pu élever le prix d'un simple fauteuil 
jusqu'à 200 francs et que certaines loges, prises d'assaut aux en- 
chères, ont atteint parfois le chiffre fabuleux de trois mille francs. 
puissance de la musique ! prestige du grand nom de Verdi ! 

Et, d'ailleurs, jamais hommage rendu à un célèbre maître n'a été 
mieux justifié. C'est merveille de voir avec quelle verdeur ce 
patriarche de la musique se tient sur la brèche, s'efforçant de pro- 
gresser sans cesse et sachant, jusqu'au déclin de la vie, se montrer 
à la hauteur des circonstances. Du Nabucco de 1842 à VOtello de 
l'autre soir, que d'étapes diverses et de manières différentes ! Que 
de fougues apaisées et réduites à la portion congrue pour complaire 
aux goûts plus rassis, peut-être plus épurés, de notre époque ! 
Sans parler des ouvrages de la prime jeunesse de Verdi, le Ballo 
in maschera, en quelques-unes de ses parties, accusait déjà un 
changement dans la manière du compositeur de Hir/olelto et d'il 
Trovatore ; c'était une sorte de trait d'union entre deux esthétiques 
différentes, un pont jeté entre deux rives oîi ne germait pas le 
même grain. Avec Don Carlos, une œuvre forte qui n'a pas eu le 
sort qu'elle méritait, le mouvement s'accentuait encore ; avec Aida, 
on peut dire que le but était atteint ; on dira peut-être qu'avec 
Otello il a été dépassé. 

Dans l'œuvre nouvelle, la déclamation tient la première place : 
le livret remarquable d'Arrigo Boito, qui suit de très près le texte 
de Shakespeare, est d'ailleurs construit de telle façon que le com- 
positeur n'avait guère la possibilité de faire autrement ; bon gré 
mal gré, il lui fallait traîner ce boulet, et il a eu beau vouloir 
le dorer des mille feux de son génie, le public en a senti le poids 
à plusieurs reprises. Avec "Wagner lui-même, auquel on ne po'-;; 



LE MENESTREL 



refuser cependant une orchestration d'une variété de tons extraor- 
dinaire, le système est le plus souvent lourd et insupportable- 
Qu'est-ce donc quand ou n'a pas la même palette à son service et 
qu'on semble de parti pris repousser le h'ilmotivc, qui est d'un grand 
secours en ces sortes de choses, une sorte de fil conducteur ? On 
n'en trouve pas trace dans la partition d'Ottilo. Il y a bien une 
phrase du grand duo du premier acte qui revient par deux fois au 
dei'Dier ; mais ce n'est pas là 'e .leitmolivc proprement dit, c'est 
plutôt une sorte de ressouvenir amoureux qui assiège l'àme expi- 
rante d'Oh'Ilo. La déclamation, telle que la comprend Verdi, esl 
donc une sorte de compromis entre le recitativo secco et la manière 
introduite par "Wagner ; certes, le recitativo secco n'est plus fait pour 
nous plaire ; mais il est évident aussi que "Wagner tombe dans 
l'excès contraire, et que son orehestratioD, pleine et nourrie jusqu'à 
la pléthore, est trop préoccupante pour l'auditeur, dont elle détourne 
l'attention au détriment des chanteurs, qui doivent toujours rester 
au premier plan dans l'esprit du public. Verdi a donné plus d'al- 
lure, plus de justesse, plus de variété d'accent au récit; mais, 
encore qu'il fasse des efforts pour y arriver, son orchestration un 
peu nue manque de la souplesse et du fondu nécessaire pour enve- 
lopper la parole comme d'une pâte harmonique. Les angles y sont 
trop accusés, et, jusque dans ses caresses, on sent chez Verdi la 
rudesse du mâle. En cela, plusieurs de nos compositeurs français 
nous semblent avoir mieux trouvé la vraie formule et résolu !e pro- 
blème d'une manière très suffisante, en se tenant à égale distance 
des pauvretés d'autrefois et des redondances de l'avenir. 

Cette réserve faite, et elle était importante à faire puisqu'elle 
touche au fond même d'une œuvre consacrée en grande partie à la 
déclamation, nous arriverons de suite à l'analyse du nouveau drame 
lyrique. 

Kous avons dit déjà que le livret de M. Boito était remarquable ; 
conçu dans une forme littéraire excellente, il garde bien la couleur 
shakespearienne. C'est la traduction d'un homme de goût et d'un 
esprit cultivé. Il y a pourtant à faire un gros reproche à M. Boito : 
c'est d'avoir consenti à supprimer le premier acte du drame de 
Shakespeare, ce qui ne pouvait manquer d'apporter quelque obs- 
curité dans son libretto. Par suite de cette fâcheuse amputation, on 
ne sait plus d'où est né l'amour de Desdemone pour Otello. on ne 
connaît pas cette Bianca dont Cassius est épris, on ignore que 
Rodrigue est pour Desdemone un amoureux évincé et qu'il a pu 
dire à Otello. son rival heureux : « Elle te trompera eomms elle a 
trompé son père », — ce qui jetait déjà un premier trouble dans 
l'esprit du More. C'étaient là des points qui pourtant n'étaient pas 
sans importance pour éclairer la suite du drame. Il y avait aussi 
dans la réunion du Sénat vénitien et dans le départ d'Otello, qui 
s'en va courir sus aux musulmans, de bonnes pages à écrire pour 
le musicien. 

Comme l'Ipliigénie en TauriJi; de Gluck, le livret commence donc par 
une tempête. Des bords de l'île de Chypre, peuple, soldats et sei- 
gneurs en suivent avec anxiété les péripéties; on voit au loin, battu 
par les flots en fureur, le vaisseau qui ramène le More triomphant. 
La scène est traitée largement. Tandis que l'orage gronde à l'or- 
chestre, on entend sur la scène les cris des hommes, les plaintes 
des femmes; l'eflroi et la terreur régnent partout, jusqu'au moment 
oîi Otello peut aborder sain et sauf, « vainqueur des ennemis et 
des éléments ». Alors, aux éclats de la tempête, se mêlent des chants 
de victoire. Belle scène, où les masses sont traitées avec une énergie 
superbe. Une mise en scène terrifiante ajoute encore ici à l'effet général. 
Le ciel sillonné par les éclairs, les vagues soulevées autour de 
la petite flottille en détresse et qui retombent sur les rochers en 
cascades d'eau véritable, le mugissement des vents, l'effarement de 
la nature et des hommes, tout enfin vient en aide à la musique 
pour impressionner et secouer vivement le spectateur. 

Yago explique en quelques mots à Bodrigue, son complice, la 
haine qu'il porte à Otello : un grade donné à Cassius et qu'il croyait 
mériter davantage. Mais la tempête s'est apaisée, et des feux de 
joie sont allumés par le peuple pour célébrer les victoires de la 
république vénitienne sur les musulmans. Le choeur qui s'ensuit 
est une des pages charmantes de la partition : 

Fuoco di gioia" — rapide brilla ! 
Rapide passo — fuoco d'amor ! 

Un petit scherzo à l'orchestre, très finement ouvragé et oii domi- 
nent les pizzicati, emporte les voix dans un mouvement vif et gra- 
cieux. C'est plein de fraîcheur et d'esprit. 

Mais Yago invite Cassius, son rival heureux, à boire avec lui 
pour célébrer ce jour joyeux, et ici intervient le brindisi en usage 



dans tout opéra qui se respecte. Car, il importe de le remarquer 
et nous ne nous en plaindrons pas, la nouvelle partition de Verdi 
a beau être traitée dans les idées modernes, malgré ses airs 
d'éviter les subdivisions ordinaires et de s'eu tenir à l'unité et à 
la continuité du drame, on n'y distingue pas moins un certain 
nombre de morceaux d'une forme parfaitement définie, et nous les 
pourrons signaler au courant de cette analyse. C'est donc d'un 
brindisi, — frémissez, novateurs ! — d'un véritable brindisi, qu'il 
s'agit en l'espèce ; celui-ci est même d'allure très franche. Yago 
entonne la chanson bachique en si mineur ; les réponses du ténor 
(Cassius), en ré majeur, sont surtout d'un heureux effet. Une gamme 
chromatique descendante et une terminaison trop brève sur quatre 
croches, donnent malheureusement quelque vulgarité à la fin de 
cette chanson à boire, 

Cassius s'enivre, et les fumées du vin lui montent au cerveau. 
Dans une succession do scènes rapidement menées, nous voyons 
le brillant capitaine devenir un objet de risée pour le peuple ; nous 
assistons à ses emportements, à la provocation qu'il adresse à 
Montano, un autre officier, et au combat qui s'ensuit sur la place 
publique. Le tumulte est à son comble. Otello survient et punit 
sévèrement l'auteur d'un tel scandale : Cassio, non sei più capitano 
(rie sois plus capitaine). C'est le premier triomphe de Yago. 

L'acte se termine par un duo d'amour de belle inspiration en 
bien des endroits, et qu'une exécution assez molle n'a pas tout à 
fait permis d'apprécier à sa haute valeur. La péroraison surtout : 
Un bacio... ancora un bacio, est de toute beauté. Seulement, c'est à 
l'orchestre qu'il faut en chercher l'envolée mélodique, et le public 
du premier soir n'a pas paru s'en douter. 

Avec le dernier, qui lui est encore supérieur, ce premier acte 
constitue la partie vraiment remarquable du nouvel opéra; non pas 
que l'inspiration du compositeur faiblisse sensiblement dans les 
actes intermédiaires, mais il ne s'y trouve plus porté autant par 
un livret qui cesse le plus souvent d'être lyrique. Les infernales 
machinations de Yago, la jalousie féroce du More et sa cruauté 
pour Desdemone, amènent pendant deux longs actes une suite de 
scènes monotones où le maître fait des efforts visibles pour appor- 
ter un semblant de variété sans y réussir toujours. C'est ici que 
nous nageons en pleins récits, et que la déclamation s'étale dans 
toute sa splendeur. On ne niera pas l'énergie qu'y déploie Verdi, 
ni le tempérament extraordinaire dont il a fait preuve plus qu'en 
aucune autre de ses partitions (sous les réserves que nous avons 
exprimées plus haut); et cependant, si l'ouvrage devait succomber 
à la Heur de son âge, — ce qu'à Dieu ne plaise! — n'est-ce point 
là qu'il aurait été frappé au cœur? Et ne sont-ce pas les parties 
mélodiques du début et de la fin qui lui assureront le salut? Il y 
a là tout un enseignement qui pourrait être profitable également 
des deux côtés des Alpes. Mais nos jeunes compositeurs sont de 
trop grands garçons pour accepter aucune leçon, même quand elle 
vient de si haut, et ils entendent assommer leur prochain en toute 
liberté. 

Donc, au second comme au troisième acte, Yago abuse de Cassius 
pour tromper Otello et amener la perte de Desdemone. Nous ne 
pensons pas avoir à suivre par le menu toute cette action, qui 
est celle de Shakespeare même et où le traître joue du mouchoir 
avec l'habileté de Robert Houdin. Nous trouvons pourtant, au com- 
mencement du 2"= acte une sorte de monologue pour Yago. où 
Shakespeare n'a rien à voir et qui appartient en propre à M. Boito. 
C'est comme un credo du mal, un ressouvenir de Schopenhauer.. 
d'ailleurs parfaitement à sa place : 

Credo in un Dio crudel qui m'ha creato 
Simile a se, e che n'ell' ira io nomo. 
Dalla vita d'un germe o d'un atomo 
Vile son nato. 
Son scelerato 
Perctiè son uomo ; 
^ E seuto il fanao originario in me... 



Vien dopo tanta irrision la morte. 
E poi ? — La morte è il Nulla, 
E vecchia fola il ciel. 



Le morceau, dont nous ne citons qu'un fragment, est d'impor- 
tance, comme on voit, et pas banal dans la forme. Verdi n'a pas 
manqué d'écrire là-dessus une page vigoureuse ; il y en a une en- 
core à la scène suivante, que nous lui préférons. On entend au 
dehors le chœur gracieux des jeunes filles qui viennent féliciter 
Desdemone et lui apporter des fleurs. Sur ce petit chant de fête à 
la cantonade se détache, en scène, un récit de Yago à fleur de lèvres : 



LE MENESTREL 



85 



. . . Vigilate, sovenni le oneste e ben create 
Coscïenze non vedono la frode : Vigilate... 

qui est d'une impression vraiment faisissante. Puis le chœur entre 
en scène, et, bien qu'un peu trop développé, il est charmant au 
moins dans la première partie, avec un accompagnement piquant de 
mandolines. Quoi encore ? Un entretien pénible entre Otello et Des- 
demone, qui n'est qu'un doux prélude à quelques autres plus ter- 
ribles, et enfin un quatuor qui nous avait paru une pièce capitale 
à la lecture de la partition et n'a pas produit à l'exécution l'effet 
attendu : c'est une sorte de scène de ménage à quatre ; tandis 
qu'Otello gourme l'infortunée Desdemone, côté cour, Yago ne mal- 
mène pas moins sa fendre épouse, côté jardin, et finit par lui en^ 
lever de vive force le fatal mouchoir qui doit mener tout le drame. 

Pour finir, nouvelle entrevue d'Otello et de Yago, qui paraît devoir 
mal finir pour ce dernier, puisqu'à un moment la main puissante 
du More l'étrangle à moitié et le terrasse ; mais il reprend bientôt 
le dessus en racontant à son maître un prétendu songe de Cassius, 
— un des bons morceaux de la partition qui présente ce contraste, 
non sans agrément, d'être écrit pour la voix dans le pur style 
italien, tandis qu'à l'orchestre le maître emploie tous les raffine- 
ments de l'art moderne. J'ai passé à dessein sur la cantilène du 
ténor, dont le motif principal n'est pas empreint d'une grande ori- 
ginalité, et sur un serment de vengeance un peu bien brutal. 

Le troisième acte a surtout le tort de venir après le second et 
d'en répéter toutes les situations en les aggravant. On pouvait, en 
effet, accorder facilement des circonstances atténuantes au deuxième 
acte, puisqu'il avait jusqu'à un certain point le mérite de la nou- 
veauté ; mais on ne saurait avoir la même indulgence pour un réci- 
diviste. Que vous dirai-je? Nous avons encore des scènes de mouchoir, 
des imprécations, des damnations, des confessions, des perturbations, 
des commotions, des compromissions, et surtout des conversations. 
La perle de cet acte est certainement le petit trio entre Yago, Cassius 
et Otello caché. Il y a là beaucoup de grâce et de légèreté, aussi 
bien dans le débit des voix que dans l'orchestre qui les accompagne, 
'et qui semble dialoguer avec elles; malheureusement, le trio se 
terpiine par un ensemble vulgaire. Le finale est un morceau d'ar- 
chitecture construit selon les usages reçus ; les malédictions et les 
emportements d'Otello ont de l'étrangeté et prennent un caractère 
terrifiant sur les mots : 

Fuggite ! Tutti, fuggite Otello ! 

« Fuyez, fuyez tous Otello ! » Et quand il est resté seul, il y a 
de l'abattement et de la tristesse pénétrante dans ces paroles : 
ï'uggirmi io sol non so ! 

« Moi seul ne puis me fuir 1 » Puis il tombe a terre, écumant et 
convulsif, tandis que le chœur chante au dehors : 

Evviva Otello ! Gloria 
Al leon di Venezia ! 

« Gloire au lion de Venise ! » Alors parait le hideux Yago, qui 
met le pied sur le corps inerte d'Otello. et s'écrie dans un sarcasme : 
Eeco il leone ! 

« Le voilà le lion ! » Le finale, assez banal dans ses commence- 
ments, se relève donc vers la fin avec une certaine grandeur. 

Nous avons hâte d'arriver au quatrième acte, le point culminant 
de l'œuvre nouvelle. Nous trouvons là, en effet, une simplicité, une 
sobriété de moyens qui sont l'essence même du grand art. Il n'est 
pas besoin d'indiquer quel danger courait ici Verdi en traitant la 
même situation que son illustre prédécesseur Rossini : la mort de 
Desdemone. On ne pouvait faire mieux que Rossini, mais on pouvait 
faire autrement ; c'était la manière d'éviter toute comparaison fâ- 
cheuse. Ainsi a fait le maître. Il ne pouvait espérer donner à la 
célèbre romance du Saule plus de poésie, plus ds tristesse expan- 
sivc que son devancier; il l'a prise alors dans une forme archaïque. 

C'est une sorte de chanson de nourrice, précédée d'un récit naïf: 

Mia madré aveva una povera ancella 
Innamorata e bella... 

Et Desdemone chante la chanson de la pauvre servante. Toute la 
scène vous étreint douloureusement le cœur, et on y sent comme le 
pressentiment de la mort terrible qui s'avance. Il y a des sanglots 
et des larmes dans les mots répétés : 

salce! Saloe! Salce! 
qui vont en diminuant et en se perdant. A la chanson succède 
la prière du soir, un Ave Maria écrit musicalement sur le texte même 
de la liturgie, une pièce d'un sentiment religieux intime et péné- 



trant. Enfin, voici le More! Il entre sur une ritournelle puérile des 
contrebasses con sordini, qui est peut-être la seule tache de ce fort 
bel acte. Je dois dire qu'une certaine partie du public a bissé d'en- 
thousiasme cette ritournelle sans caractère et qui de plus a été jouée 
outrageusement faux par les « professeurs » de la Scala. Mais la scène 
qui suit est terrible ; elle va. rapide et palpitante, tenant le specta- 
teur haletant et terrifié : « Otello, ne me tue pas, crie la malheu- 
reuse poursuivie par son époux. — Tu te défends en vain. — Que 
je vive encore! — Non, à terre, prostituée! — Pitié! — Meurs! — 
Que je vive cette nuit... — Non. — Une heure... — Noa. — Un 
instant... — Non. — Que je dise seulement un Ave. .. — Il est trop 
tard ! trop tard! » — Et il l'étoufTe; puis, quand il est convaincu 
de l'innocence de Desdemone. il se poignarde lui-même au pied du 
lit en murmurant dans un souffle la belle phrase amoureuse du pre- 
mier acte : 

Un bacio... un bacio ancora... un altro bacio. 

C'est une péroraison vraiment superbe, oîi le musicien s'est mon- 
tré le digne collaborateur de Shakespeare. Elle suffira, nous l'espé- 
rons, à assurer devant le public le succès d'une œuvre intéressante 
au plus haut point, mais qui gagnerait à être entendue dans un 
cadre plus restreint que celui de la Scala. Bien des détails, — et c'est 
surtout une œuvre de détails plutôt que de grandes lignes, — se 
perdent dans cette salle immense, dont l'acoustique est cependant 
excellente. Nous voyons donc avec regret qu'on annonce la représen- 
tation d'Otello à Paris sur la vaste scène de l'Opéra, qui n'a pas les 
mêmes qualités que celles de la Scala, tant s'en faut. Nous ne 
craignons pas de le dire et de le prédire, l'œuvre y courra les plus 
grands dangers. Elle avait au contraire des chances de réussir sur 
la scène Favart. 

Point n'est besoin de dire le succès fait au glorieux maître par 
une assistance qui s'était peut-être montrée trop réservée jusque-là. 
C'était un spectacle vraiment grandiose et émouvant que de voir 
toute cette salle en délire acclamer l'illustre compositeur, les mains 
battant, les chapeaux en l'air et les mouchoirs volant. Combien de 
fois a-t-on rappelé Verdi? Qui le saura jamais? Nous l'avons vu 
seul, puis accompagné de Boito, et à plusieurs reprises entouré de 
tous ses interprètes, ce qui prêtait à des figures variées : tantôt le 
ténor était à gauche, tantôt c'était la chanteuse, quelquefois Maurel 
pointait en avant, d'autrefois il s'effaçait derrière Faccio. Mais l'en- 
thousiasme était toujours le même, et nous avons dû quitter la 
place, désespérant d'en voir la fin. 

L'exécution a été remarquable de la part de M. Maurel, qui a 
<• creusé » très curieusement la figure du traître Yago, avec quelque 
exagération sans doute. Mais combien sont préférables ces efforts, 
même quand ils passent le but, à l'inertie préméditée des partenaires 
qui entouraient le baryton français ! M""= Pantaleoni a certainement 
de l'intelligence et de l'acquis comme chanteuse, mais la voix n'est 
pas toujours bien sûre et donne de l'inquiétude à l'auditeur. Le talent 
de M. Tamagno n'est pas à la hauteur de son magnifique organe. 
Pas n'est besoin de chanter la gloire de Faccio, le célèbre chef 
d'orchestre. Nous l'avons vu à l'œuvre à l'Opéra italien de Paris. Il est 
sans peur et sans reproche. 

H. MOKENO. 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 

Quelaues détails relatifs à la représentation i'Olello, que nous grou- 
pons ici à titre de petits documents historiques. Voici d'abord la dépêche 
que l'agence télégrafbique italienne Stefani a adressée à tous les journaux 
italiens à l'issue de la représentation : 

Milan, ft février. 

Foule autour du théâtre de la Scala. 

La salle est comble et 1res brillante. 

Le spectacle commence à 8 b. 20. 

Au premier acte, la tempête, morceau de musique descriptive, provoque de 
bruyants applaudissements. Le ténor Tamagno est acclamé dès les premières 
phrases. 

On a fait répéter le chœur autour du feu de joie. 

On acclame Verdi, qui ne se montre pas. 

Applaudissements tVénétiques au toast. 

Au dao final, Verdi a été rappelé trois fois. 

-\u second acte, Maurel est 1res acclamé dans le grand morceau de Jago et 
dans son duo avec Olello. Applaudissements à Tamagno dans son grand morceau 
et son duo avec Maurel, excellent dans le récit du songe de Cassio. Tous deux 
acclamés. 

Au serment final, un rappel aux artistes et quatre à Verdi. 

Un grand nombre de spectateurs rappellent l'auteur du librsllo, Boito. 



86 



LE MENESTREL 



Verdi est encore rappelé trois l'ois après le second acte. 

Au troisième acte, le sploudide duoenlre Otello etDesdemouaaété bieu conduit 
et le trio entre Cassio, Olello et Jago a produit un grand eBèt. 

La Pantaleoni a été applaudie dans le grand morceau « A terra ». 

Bien Maurel dans le finale. Quatre ou cinq rappels aux artistes et trois à Verdi. 

Au quatrième acte, VAi'c Maria, chanté divinement par la Pantaleotii, a été 
répété. 

L'introduction orchestrale de la troisième scène est répétée au milieu d'accla- 
mations enthousiastes. 

Tamagno très applaudi dans le finale du quatrième acte. 

La représentation a fini à minuit et dix. Sept rappels à Verdi et aux artistes. 
'Verdi s'est présenlé deux fois avec Boito et Faccio. Les dames, debout dans les 
iloges, agitaient leurs mouchoirs, les hommes leurs chapeaux. Acclamations fré- 
nétiques à l'adresse de Verdi. Les artistes applaudissaient Verdi sur la scène. 

Après la représentation, quand la voiture de Verdi, retournant a l'iiùlel, est 
apparue, la foule a tait au maestro une ovation des plus enthousiastes. Les chevaux 
ont été dételés et les admirateurs du graud musicien ont traîné la voiture 
jusqu'à l'hôtel qui était illuminé. Sur tout le parcours, du Ihéàtre à l'hâlel, les 
maisons étaient également illuminées. 

Verdi a dû paraître cinq fois au balcon de son appartement pour remercier la 
foule qui poussait des vivats et des acclamations enthousiastes. 

Voici maintenant l'adresse de félicitations que la « Société italienne 
des Autp.urs » a fait parvenir à Verdi le lendemain de la représentation : 
Illustre Maître, 

La Société italienne des Auteurs, qui tient à graud honneur do voir inscrit 
sur ses registres voire nom glorieux, fait écho de grand oceur aux acclamations 
enthousiastes qui ont salué hier soir le triomphe d'O/e/to, superbe création du 
génie italien. 

Nous sommes joyeux de ce triomphe, qui honore tant, qui ajoute une nouvelle 
gloire il votre nom et à l'art national, et nous faisons les vœux les plus fervents 
pour que vous soyez conservé un long temps encore ii l'Italie et aux fastes de la 
mélodie. 

Daignez accueillir, illustre Maître, nos félicitations en même temps que l'ex.- 
pression de notre plus dévouée et profonde admiration. 

LA PRESIDENCE. 

Enfin, le Conseil communal de Milan, convoqué d'urgence et en séance 
extraordinaire lundi dernier, pour délibérer sur la proposition de conférer 
à Yerdi le titre de citoyen de Milan, a voté cette proposition à l'unanimité 
des membres présents. 

— Par suite d'une grave indisposition de Tamagno, on n"a pu encore 
donner la seconde représentation d'Oldlo. On espère seulement pouvoir 
continuer les représentations de l'œuvre nouvelle de Verdi au commence- 
ment de cette semaine. C'est un véritable désastre pour la direction. 

— Pour en finir avec Verdi et Otello, nous -reproduisons ce fragment 
d'une correspondance adressée de Milan à la Liberté la veille de la repré- 
sentation de l'ouvrage : — « Je veux finir cette lettre qui précède celle 
où je vous dirai la solennité de ce soir, par une nouvelle vraiment inté- 
ressante. On a dit qu'avec Otello, Verdi faisait son Guillaume Tell, c'est-à- 
dire une œuvre qui clorait sa carrière par un changement subit de 
manière. C'est ce que nous saurons bien ce soir. Mais il parait que Verdi 
ne croit pas avoir dit son dernier mot, et que si Otello est son Guillaume 
Tell, il penserait dès à présent à écrire... son Barbier de Séville. Verdi, 
dans les premières années de sa vie artistique, a écrit un opéra du même 
genre, Un giorno di regno, qui fut un insuccès complet dû principalement 
à l'état de tristesse dans lequel il se trouvait par la perte de sa pre- 
mière femme. Il a toujours regretté de n'avoir pas renouvelé l'épreuve. 
Aujourd'hui, c'est par un opéra bouffe, tiré d'une pièce de Golcloni, qu'il 
n'a pas encore choisi définitivement, qu'il réaliserait le rêve de cous 
donner un opéra comique. » 

— /( Mondo artistico assure que pour la cérémonie de la translation des 
cendres de Rossini à l'église de Santa-Groce, de Florence, M"' Alboni et M™= 
Barbara Marchisio, les deux grandes interprètes de la musique rossinienne, 
ont olîert spontanément le concours de leur talent, l'une par une lettre 
adressée au syndic de Florence par l'entremise du ministre des affaires 
étrangères, la seconde par une lettre au président de l'Institut musical 
de Florence. 

— Pour la solennelle ouverture du nouveau théâtre Bellini, de Catane, 
qui doit avoir lieu en mars prochain, dit un journal italien, le municipe 
de cette ville, qui a donné naissance à Bellini, a accordé une subvention 
de 100.000 francs. En hommage au grand Gatanais, qui donne son nom 
au théâtre, le premier opéra représenté sera ( Puritani. 

— C'est dans la même ville de Gatane qu'on a ouvert, le 15 janvier 
dernier, une école d'instruments à archet, de chant choral et de danse, 
.[ui est annexée à celle de l'Hospice royal dfc bienfaisance. C'est le com- 
positeur Paolo Frontini, auteur de nombreuses et remarquables compo- 
sitions vocales, qui a été nommé directeur de cette école. 

— Rendant compte dernièrement de la réouverture delà Scala avec Aida, 
le Ménestrel, sur des renseignements certains, avait cru pouvoir annoncer 
que cette réouverture n'avait pas excité l'enthousiasme par suite d'une 
interprétation insuffisante. Aussitôt, de divers points, des correspondances, 
qui venaient sans doute de personnes intéressées, ont été adressées aux 
journaux de Paris pour s'élever contre la véracité de nos informations. 
Eh ! bien, nous revenons de Milan et nous avons pu constater sur place 
que les informations de notre correspondant étaient parfaitement exactes. 
A la sixième représentation on laisait t9Ù francs de recettes ! Le chiffre 



est brutal. Ceci, bien entendu, n'atteint en rien la haute valeur de l'œuvre 
de Verdi. La mauvaise recette indique seulement Tinsullisance de l'exé- 
cution. Nous n'avons jamais dit autre chose. Le Ménestrel est toujours de 
bonne foi, et il se soucie peu de déranger certains intérêts ou de froisser 
l'amour-propre exagéré de certains artistes. — H. M. 

— On a dû donner cette semaine au théâtre de la Fenice, de Yenise, 
la première représentation d'un opéra nouveau de M. Smareglia. Titre ; 
lie Nala ; interprètes : la Cerne, le ténor Fagotti, le baryton Vaselli et il 
basso Sillich. 

— Les Bru.xellois, qui sont admirablement situés, à égale distance entre 
la France et l'Allemagne, pour apprécier avec équité le mouvement artis- 

, tique des deux écoles, sont loin de faire fi de nos compositeurs français. 
Voici quelques lignes que nous détachons d'un long article de M.Edouard 
Fétis, l'éminent critique de l'Indépendance belge, à l'occasion du troisième 
concert de l'Association des Artistes musiciens, consacré en partie à l'au- 
dition d'œuvres de M. Arthur Coquard. Après avoir constaté qu'il y a, 
dans le poème symphonique Oissian, « de beaux élans et d'ingénieuses 
préoccupations de coloriste du son, de dessinateur de rythmes et de 
marieur de timbres », M. Fétis ajoute : — « Et cependant, ce n'est pas 
là que se révèlent les qualités maîtresses de M. Coquard ; elles se mani- 
festent surtout dans le Songe d'Andromaque et la l'iainte d'Ariane, deux 
monologues dramaiiques, que caractérise un sentiment très juste, noble et 
rare de la déclamation musicale. Si le chevalier Gluck avait pu entendre 
ces deux morceaux, il eût consolé l'auteur du Mari d'un jour en lui pro- 
mettant à l'Opéra sa revanche de l'Opéra-Comique. Ils ont été dits d'une 
belle voix de contralto, sans chevrotement et avec une merveilleuse 
netteté de prononciation, par une jeune et charmante cantatrice, un 
contralto blond, cosa rara, M"= .leannc Raunay... Sachons gré à l'Associa- 
tion de nous avoir fait connaître cette jeune et déjà remarquable artiste, 
dont la voix, le talent et la personne alïïrment la vocation dramatique. » 

— Nouvelles théâtrales d'Allemagne. — On annonce les premières re- 
présentations suivantes : à Neustrelitz, die Madelin von Schilda, opéra de 
M. Alban Forster, sur un livret de M. Rudolf Bunge ; à Vienne, Harold, 
de M. Pfelïer, ouvrage qui sera donné pour la première fois au profit de 
la caisse de retraite du théâtre de la cour; à Prague, la Pucelle d'Orléans, 
opéra de M. Reznicek ; à Kiel, der Inkaschotz, opérette de M. Gaii Mûller- 
Berghaus. — On prépare à l'Opéra de Berlin une reprise de la Dame 
blanche, avec M. Kalisch et M"= Leissinger dans les deux principaux rôles. 
— Au théâtre de la Cour, de Vienne, on s'occupe de la production pro- 
chaine de Sanison et Dalila, le bel ouvrage de M. Saiut-Saëns, ainsi que 
de Flora Mirabilis, de M. Samara, le grand succès de Milan. 

— Une dépêche de San Francisco annonce que pendant un concert 
donné à la salle de l'Opéra par M"' Patti, un fou a lancé une bombe sur 
la scène. Cette bombe a fait explosion au moment même où elle était 
lancée, et n'a blessé que l'auteur de l'attentat. Un commencement de pa- 
nique s'est emparé des spectateurs; mais le calme a été promptement ré- 
tabli. C'est égal; cet anarchiste assurément n'aime pas la musique. 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 

Les examens semestriels du Gonservaloire ayant pris Un, M. Ambroise 
Thomas est parti hier samedi pour Hyères, où il va prendre une quin- 
zaine de jours d'un repos mitigé par le travail. M. Ambroise Thomas, en 
effet, emporte avec lui le poème de Cireé, et il ne serait pas étonnant 
qu'il rapportât des bords de la Méditerranée quelques pages inspirées par 
les flots bleus de la grande capricieuse. M. Ambroise Thomas devait 
quitter Paris dès lundi dernier ; son départ a été retardé par la maladie 
de son neveu M. Auguste WolIT, dont nous avons le regret d'annoncer 
plus loin la mort. 

— Dans sa dernière séance, présidée par M. Mesureur, et sur le rapport de 
M. Hattat, le conseil municipal a décidé l'oaverture et réglé les conditions du 
concours musical annuellement organisé par la ville de Paris. Un concours 
aura donc lieu en 1887, entre les musiciens français exclusivement, pour 
la composition d'uneœuvre musicale avec sili, chœurs et orchestre. L'au- 
teur de l'œuvre classée en première ligne recevra un prix de 10,000 f'r., 
et cette œuvre sera exécutée aux frais de la Ville, dans une solennité 
organisée à cet eft'et. 

— M. Wladimir-Alexandrowitch Davidoff a légué au Conservatoire un 
fort beau violon Stradivarius de l'année 1708 et qui est déposé au Musée. 
M. Davidolf a manifesté le désir que cet instrument soit joué tous les ans, 
à la distribution des prix, par le lauréat qui aura remporté le premier 
prix de violon. 

— M. Faure chantera au Ghàtelet le dimanche 27 février ; il fera en- 
tendre la grande scène : Hercule mourarJ, d'Herold, et des fragments des 
Pécheurs de perles, de Bizet. Ce sera une vraie fête artistique pour les 
habitués des Concerts colonne d'entendre interpréter, par ce merveilleux 
artiste, des pages de ces deux musiciens de génie, morts jeunes l'un et 
l'autre et sans avoir pu jouir de la gloire qui leur était si bien due. 

— On lit dans le Figaro: « Verdi viendra peut-être à Paris le mois 
prochain. Rien n'est encore décidé, mais le maestro a donné son autori- 
sation pour l'exécution prochaine de sa Messe de Requiem à l'église Saint- 
Eustache. Cette œuvre magistrale, composée en mémoire du poète italien 



LE MÉNESTREL 



Manzoni, n'a jamais été exécutée dans aucune de nos églises. Elle sera 
donnée au profit des écoles chrétiennes du deuxième arrondissement, 
comme l'an dernier la messe de, Gran, et on s'est déjà assuré le concours 
des principales maîtrises de Paris et de l'orchestre de l'Opéra. Nous trou- 
vons parmi les dames patronnesses qui sont à la tète de cette bonne œu- 
vre: M''''^ la princesse d'Arenberg, Dufour, la comtesse Foy, Gamar, la 
marquise de Plœuc, Georges Ville, Poriquet, de Saint-Clair, etc. La Messe 
de Requiem sera célébrée le 10 mars, à midi, à SaintEustache, et il est 
probable que Verdi, à l'occasion de cette solennité, viendra passer quel- 
ques jours à Paris. » 

— On a vendu à l'îlotel Drouot, le samedi b de ce mois, par les soins 
de MM. Gand et Bernardel, une remarquable collection d'instruments pro- 
venant de la succession d'un riche amateur, M. Abel Bonjour. Cette vente 
avait attiré un grand nombre de curieux, d'amateurs et de luthiers, dont 
quelques-uns venus exprès de divers points de l'Europe. Les principales 
pièces ont été disputées avec acharnement. Le joyau de la vente, un admira- 
ble violoncelle de Stradivarius daté de 1689, a été conquis, c'est le cas de le 
dire, par M. Jules Delsart, l'excellent professeur du Conservatoire, pour la 
somme de 19,000 fr. Un second violoncelle du même maître est monté au 
chiffre déjà fort respectable de 12,000 francs, et a été acquis par M. Hollman. 
Ces deux instruments avaient figuré brillamment aux deux Expositions 
internationales rétrospectives de Londres et de Paris (1878). Un troisième 
violoncelle, celui-ci de Francesco Rugger, a trouvé acquéreur à 3,200 fr.; 
il était daté de Crémone, 1630; un Amati s'est arrêté à 750 francs. Diverses 
autres basses italiennes ont été adjugées à des prix variant deS10à61Sfr. 
Un quatuor de MM. Gand et Bernardel frères a été vendu 1,300 francs. 
Les archets, eux aussi, ont fait florès. Il y en avait un grand nombre, 
dont quelques-uns fort distingués, qui ont été adjugés entre 50 à iOO fr. 
Mais la perle était un adorable archet de Tourte (le Stradivarius de l'ar- 
chet), avec hausse en écaille, bouton et plaque en nacre, garniture en or, 
dans un état maguifique, qui a été vendu non pas 11,000 francs, comme 
dit le Temps, ce qui eût été vraiment excessif, mais 1,100 francs, ce qui 
est un assez joli denier déjà. C'est la première fois qu'un archet obtient 
un tel triomphe, et j'ajoute que celui-là, vu sa parfaite beauté, ne me 
paraît pas avoir été payé trop cher. Dans son ensemble, la vente a produit 
une somme de 50,000 francs environ. 

— La librairie Baschet vient de publier nne Note sur les décors de théâtre 
dans l'antiquiti' romaine, — sous forme d'une ravissante plaquette ornée de 
nombreux dessins de Paul Steck ; c'est là un vrai régal de bibliophile. — 
Auteur : M. Camille Saint-Saêns, de l'Institut ; c'est dire tout l'intérêt 
littéraire et arcliéologique qu'on prendra à lire ce petit volume, édité 
avec un goût raffiné. 

— Mardi a été célébré, en l'église Sainte-Clotilde, le mariage de 
M. Auguste Dorcbain, le poète de Conte d'avril, avec M"" Marie Barthé- 
lemey. Pendant la cérémonie, M. VVidor a fait entendre, sur l'orgue, 
l'aubade qu'il avait écrite pour Conte d'avril. 

— Les journaux de Rouen nous apprennent que le conseil municipal a 
nommé directeur du Théâtre des Arts M. Mirai, pour une campagne de 
deux années, du 15 mai 1887 au 13 mai 1889. Deux autres propositions 
auraient pu séduire les conseillers: celles de MM. Leclère et Roudil. Mais 
finalement M. Mirai l'a emporté par 23 voix sur 27 votants. M. Henri 
Mirai, qui fut premier ténor d'opéra-comique, et à Rouen même, dirige 
depuis cinq ans le Grand-Théâtre de Dijon. La subvention que la ville de 
Rouen lui accorde s'élève, tout compte fait, à plus de 183,000 francs. 

— On nous écrit de Nice que M'^f^ V. Ilaussmann remporte tous les 
soirs de grands succès et comme chanteuse et comme comédienne. Sa 
belle voix de contralto fait merveille dans Mignon, qu'elle interprète en 
perfecliou. La Favorite lui a valu aussi de chaleureux et bien légitimes 
applaudissements, partagés par M. Degenne, également très aimé du public. 

— Très grand succès pour M"= Nevada, au Théâtre municipal de Nice, 
où elle a chanté la Somnambule. A la chute du rideau on l'a acclamée et 
on lui a tait bisser l'air final. 

— M. Philippe Fahrbach, le maestro viennois, est engagé par les étu- 
diants de Lyon pour venir conduire leur bal annuel, qui aura lieu le 56 
de ce mois. 

— Par suite du changement qui vient d'être introduit dans l'organisa- 
tion du théâtre municipal Je Strasbourg, changement motivé par le retrait 
de la subvention de l'État, l'administration dudit théâtre a été adjugée à 
M. Fischbach. La direction artistique est à présent entre les mains de 
M. Alexandre Hessler, qui a déjà occupé ce même poste en 1871. 

CONCERTS ET SOIRÉES 

CoNCEins DU GiiATELtT. — La belle ouverture de Geneviève aura dé- 
sormais sa place marquée au répertoire des concerts classiques. C'est une 
œuvre bien construite et dont les grandes lignes se dessinent nettement. 
La symphonie en sol mineur de Mozart a, pour la centième fois, charmé 
le public par sa gracieuse simplicité. L'orchestre l'a rendue avec un fini 
merveilleux et un sentiment exquis des nuances. M. Alph. Duvernoy s'est 
fait entendre dans le concerto en ut mineur de Beethoven. Le virtuose a 
obtenu un succès très grand et très mérité. On a beaucoup apprécié son 
style toujours sobre, la parfaite égalité de ses traits et l'aisance avec la- 



quelle, sans jamais altérer le rythme, il fait entrer dans la mesure les 
groupes les plus chargés de notes. — La grande scène religieuse de Par- ■. 
sifal oil're un exemple très frappant des ressources que peut offrir au mu- 
sicien une disposition spéciale des voix. Le 2' tableau du 1'='' acte de , 
l'opéra de Wagner représente l'intérieur d'un temple. Des chevaliers du 
Graal chantent près de l'autel, un chœur de jeunes garçons répond à mi- 
hauteur de la coupole, enfin des voix d'enfants descendent des tribunes 
les plus élevées. Au concert, l'effet est obtenu par l'éloignement respectif 
des trois chœurs. Le mélange des sonorités les plus pénétrantes de l'or- 
chestre et le retour fréquent du thème dit de la foi prêtent à l'ensemble 
une teinte mystique très particulière, que les chants alternés des chœurs 
font ressctir encore davantage. — Deux fragments de Sigurd ont été ac- 
clamés par la salle entière. L'air de ballet si coloré, si brillant et si in- 
génieusement orchestré a été redemandé. Quant au sommeil de la wal- 
kyrie, c'est un fragment symphonique d'une beauté achevée. Le passage 
qui, dans la partition, se chante sur ces mots : « Et que les dieux soient 
obéis, » impressionne profondément, même sans le secours des voix. Au 
théâtre, l'effet est grandiose. Une seconde audition du Mouvement perpétuel, 
de Paganini, a terminé la séance. Amédée Boutabel. 

— M. Lamoureux avait eu soin, dimanche dernier, comme toujours, 
d'entourer d'un superbe cadre les fragments de Wagner qu'il a donnés 
à son public de l'Edon. Les cadres, quand ils sont beaux (c'est ici 
une opinion toute personnelle), font ressortir les belles peintures. Ils 
écrasent parfois les œuvres d'art d'un ordre moins élevé ; donc, le cadre 
était superbe. La symphonie en ul mineur de Beethoven est un des chefs- 
d'œuvre sur lesquels il n'y a plus rien à dire et qui commandent l'admi- 
ration universelle. L'ouverture à'Obéron est une de ces pages exception- 
nelles, pleines de poésie, de jeunesse, de folle ardeur, auxquelles nul ne 
résiste, et nous devons dire que l'orchesire a enlevé ces œuvres avec une 
maestria superbe. M. Lamoureux avait donné asile à une œuvre française, 
la Chasse Fantastique, de M. Guiraud. œuvre intéressante, habilement or- 
chestrée, d'une belle allure, à laquelle le public a fait un accueil sympa- 
thique. H. Barbedette. 

— A la dernière séance de la Société Nationale a été exécuté le quintmr 
en fa mineur pour piano et instruments à cordes de M. Sgambati, direc- 
teur dn Conservatoire de Rome. L'on ne saurait dire que le génie italien 
soit rebelle au style instrumental, puisque antérieurement même aux plus 
illustres maîtres allemands l'Italie a possédé l'école classique des Corelli, 
des Tartini, des Scarlatti; mais leurs traditions sont depuis longtemps 
oubliées, et l'on doit considérer avec intérêt la tentative faite par un Italien 
pour restaurer et renouveler les formes de la musique instrumentale ten- 
tative qui, lors même qu'elle n'aurait pas parfaitement réussi, n'en reste- 
rait pas moins des plus honorables. — La musique française était repré- 
sentée par un trio pour piano, violon et violoncelle de M"" C. Chaminade. 
lequel, sans avoir beaucoup de relief, est écrit dans un style ferme et 
élégant. L'œuvre de M. Charles Bordes portant le titre de Paysages tristes 
se compose d'une série de mélodies qui dénotent un véritable tempéra- 
ment musical ; son seul défaut réside dans le caractère uniformément 
triste de chaque partie, caractère d'ailleurs exigé par le sens des paroles: 
mais l'expression en est intense, le sentiment très personnel et véritable- 
ment profond. Chantées avec beaucoup de charme et d'intelligence par 
HUe Fanny Lépine, ces mélodies ont obtenu un grand succès. Le concert 
s'est terminé par un brillant morceau d'ensemble de M. Saint-Saêns. — J. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche: 
Conservatoire: Symphonie en «( mineur (Beethoven); fragments de Mors 

et Vita (Gounod), avec soli par W""' Krauss, Marie Masson, MM. Rinaldi, 
Auguez ; Symphonie en si bémol (Haydn) ; 

Châtelet, concert Colonne: ouverture de Phèdre (Massenet); première au- 
dition d'Intermezzo (Paul Lacombe); Symphonie en si bémol (Beethoven); 
deuxième tableau du premier acte de Parsifal (Wagner); le Songe d'une 
nuit d'été (Mendelssohn); 

Eden-Théâtre, concert Lamoureux: ouverture de la Grotte de Fingal 
(Mendelssohn): première audition de la symphonie en sol mineur (E. Lalo); 
Concerto en ta mineur, pour piano (Schumann), exécuté par M"'' Szarvady; 
Chasse fantastique (E. Guiraud); Prélude du deuxième acte de Giocndoline 
(Emmanuel Chabrier); ouverture de Tannhauser (Wagner). 

— La 21^ séance de la Société de musique française a obtenu un succès 
bien mérité. Les œuvres de nos maîtres, interprétées avec perfection, ont 
enthousiasmé le public. M"'" Roger-Miclos et M. Cros-Saint Ange ont 
e-xêcuté avec un grand style une sonate de Mendelssohn. Le Trio-Sérénade 
de Beethoven a charmé l'auditoire. MM. Taffanel, Ed. Nadaud et Prioré 
se sont surpassés dans cette exécution. — Au mardi 15 février, la 
3=^ séance, avec le concours de M'" Jeanne Nadaud, MM. G. Pfeiffer et 
Gh. René. 

— Dimanche dernier, salle Érard, M. Bourgault-Ducoudray a fait exé- 
cuter par les élèves de l'Institut normal de M"= Désir une de ses plus 
charmantes œuvres: la Çonjuraiion des Fleurs, qui a été très applaudie. 
Nous signalons parmi les interprètes les plus fêtés M""' Terrier- Vicini 
(la Pensée), M"^ Levasseur (le Laurier), M""' Prosenzweig (la Violette) et 
M. Ragneau (le Génie). Le piano était tenu avec le plus grand talent par 
M"= Blankenstein. 



88 



LE MENESTREL 



— A la seconde séance de musique de chambre de MM. Lautier, Ver- 
gnais, Prioré et Binon, on a entendu deux morceaux intéressants de 
M™' Filliaux-Tiger : BvfiiiUance, pour piano et violon, et Gavotte, pour 
piano et violoncelle. L'un et l'autre ont été fort bien accueillis. 

— Jeudi soir, chez M""= Herold, réunion très nombreuse, pour l'audi- 
tion, plus discrète celte fois que la précédente, et intime en quelque sorte, 
d'oeuvres inconnues ou oubliées d'Herold. Nombre d'hommes politiques, 
de fonctionnaires, d'artistes, étaient présents : MM. Jules Ferry, Schœl- 
cher, Glamageran, Ka?mpfen, Philippe Burty, Alphonse Duvernoy, Gas- 
tinel, Danhauser, etc. Parmi les œuvres posthumes d'Herold, on a entendu 
deux quatuors pour instruments à cordes, l'un en ré, l'autre en ut, exécu- 
tés par MM. Hayot, Mâches, Laforge et Binon, puis le concerto exécuté 
précédemment à la salle Erard, et une sonate en »( pour piano et violon, 
dont MM. Charles René et Hayot ont fait ressortir, par leur jeu plein de 
distinction, toute la délicatesse, la grâce et la finesse. Le finale de cette 
sonate, qui sort de la note classique et forme comme une sorte de diver- 
timcnlo, est d'une allure et d'une désinvolture pleines de prestesse et de 
grâce. Pour la partie vocale, M'" Mathilde Auguez a chanté une jolie ro- 
mance à'Emmeline. elle a dit avec M"^ Marcella Pregi un duo de Lasthénie, 
sorte de nocturne plein de langueur et de poésie, et cette dernière a fait 
entendre une charmante Canzonetta et l'adorable rondo de la Clochette, un 
opéra qu'on a mille raisons de s'étonner de ne pas voir reprendre à 
rOpéra-Comique. Je m'en voudrais de ne pas signaler le nouveau succès 
qu'a obtenu M. René Chansarel en exécutant de nouveau le concerto en 
la. Mais le grand succès, le triomphe, il faut bien le dire, c'est pour cette 
musique d'Herold, qui charme toujours, qui surprend souvent, et qui ne 
cesse d'exciter l'admiration. A. P. 

— Tout ce que Paris compte de notabilités dans le monde des lettres, 
des arts, des sciences, de la politique et de la finance, avait répondu 
avec empressement, il y a huit jours, à l'invilation de M. Pierre Véron. 
Les salons si artistiques du spirituel et alïable directeur du Charioari ont 
retenti, la soirée entière, des ovations faites aux artistes. M"" Krauss a 
été acclamée après le trio de Faust, chanté avec MM. Edouard et Jean 
de Reszké, et aussi après une délicieuse mélodie, Partez! dont les paroles 
et la musique sont du maitre de la maison ; M'i" Richard a dit avec 
énormément d'ampleur et une qualité de son superbe les stances de 
Sapho; M. Faure a détaillé avec un charme, une poésie et une tendresse 
inimitables le duo de Mireille, dans lequel M"' Krauss lui donnait mer- 
veilleusement la réplique, et a déclamé le Purgatoire, de M. E. Paladilhe, 
avec cette autorité et ce sentiment qui en font toujours le maitre des 
maîtres ; M. Planté est demeuré le roi du piano et a tenu sous le charme 
son auditoire d'élite en interprétant différentes pages de Chopin, Men- 
delssohn, Brahms et Rubinstein ; bravos aussi pour MM. Jîdouard et Jean 
de Reszké, pour M"" Galitzine et pour M. H. Marteau, un violoniste de 
13 ans qui est déjà un véritable artiste. — L'exquise W- R. Mauri a été 
la fête des yeux en dansant un pas du Cid, qu'accompagnaient au piano, à 
quatre mains, MM. Massenet et Ed. Mangin. — Triomphe encore pour 
M"" Bartet, qui, avec son talent si simple, si vrai et si pénétrant, a dit 
plusieurs pièces de Sully-Prudhomme, pour M"' Reichemberg qui a prêté 
toute sa grâce à l'interprétation d'une délicate poésie de M. Georges 
Boyer, le Trèfle à quatre feuilles, et pour M. Mounet-Sully, qui a rugi et 
sangloté tout à la fois. — Enfin, succès de fou rire pour deux des plus 
spirituels et des plus fins comédiens de genre de Pans, M"» Milly-Meyer 
et M. Noblet. — En somme, soirée superbe et qui laissera de longs sou- 
venirs à tous les heureux élus qui y étaient présents. 

Paul-Émile Chevalier. 

— Le concert donné à la salle Erard par M'i^Clotilde Kleeberg n'a été 
pour la jeune et charmante pianiste qu'une longue suite d'ovations, A 
l'exception du concerto en sol majeur de Beethoven et de celui en fa mi- 
neur de Chopin, M"' Kleeberg n'a interprété que des pièces d'auteurs 
modernes. Le concours d'une partie de l'orchestre du Conservatoire, sous 
la direction de M. Jules Garcin, apportait un attrait de plus à cette inté- 
ressante séance. 

— Brillante et nombreuse réunion à la dernière soirée musicale de 
M""= Zina Dalti. La charmante cantatrice a soulevé des bravos chaleureux. 
Très grand succès pour le trio à'Hamlet, chanté par M™» Dalti, une de ses 
élèves, M'"' Jeanne Yaillant, et M. Vimont. Applaudis encore M"'=s de 
Nuwina, Charlotte Dreyfus, MM. Finelli et Mariotti. 

— Le concert donné à Marseille par Christine Nilsson avait attiré une 
grande affluence : le vaste Théâtre des Nations était rempli d'auditeurs 
de toutes classes, et les loges, où s'étalaient d'élégantes toilettes, offraient 
un pittoresque coup d'oeil. Tout le succès de la soirée a été pour la 
célèbre protagoniste. Elle a chanté le songe d'Eisa de Loheiigrin, l'air des 
bijoux de Faust, le Miserere du Trovatore, des chants populaires suédois, 
qui étaient au programme, et y a ajouté, par surcroit, la touchante mélo- 
die de Mignon, aussi connue aujourd'hui que « le pays où fleurit l'oranger ». 
Sans doute, dans cette énumération de morceaux, il y en a plusieurs 
qu'on est étonné de retrouver, tant ils ont charmé de générations, au 
théâtre, au concert et jusque dans la rue, redits par les chanteurs ambu- 
lants ou les orgues de Barbarie. Mais Christine Nilsson les a détaillés 
avec un soin, un accent, un style très particuliers, qui, pour prêter quel- 



quefois peut-être à la discussion, n'ont pas moins cette indéniable person- 
nalité qui est la caractéristique des grands artistes. Là est la part de 
création réservée à l'interprète, qui rend comme un visage nouveau aux 
œuvres dont les traditions ont immobilisé les traits. Aussi de nombreux 
rappels ont-ils salué Ophélie, dont la voix n'a plus ces notes suraiguës 
qui faisaient merveille jadis dans l'air de la Reine de la Nuit, mais a gagné 
en rondeur, en homogénéité, en étendue même à l'autre extrémité de 
l'échelle, et a cette vertu originelle de ceux qui naissent chanteurs, de 
sortir toujours facile, en demeurant sur les lèvres. A côté de Christine 
Nilsson, le jeune tenorino de M. Bjorksten a été accueilli avec sympa- 
thie. Pour M. de Munck. et surtout peut-être M. de Try, le public mar- 
seillais, très gâté en fait de violoncelliste et de pianiste dans le train 
courant de sa vie musicale, s'est montré un peu plus sobre d'applaudis- 
sements. La recette a excédé, dit-on, 12,000 francs. A. R. 

— Au treizième concert populaire d'Angers, succès très franc pour l'or- 
chestre, qui a exécuté d'une façon très remarquable le Promélhée de 
Beethoven, et ovations pour W^" Mathilde Bardout, une jeune pianiste de 
beaucoup de talent. L'interprétation du concerto en ré mineur de Men- 
delssohn, de la Ballade de Chopin et du Torrent de Louis Lacombe, mor- 
ceau d'une superbe facture, ont valu deux rappels à M'" Bardout, qui a 
dû jouer de nouveau une pièce de sa composition. 

— L'Association artistique d'Angers, dirigée avec un zèle si intelli?ent 
par M. Jules Bordier, a donné dimanche dernier d'importants fragments 
de la symphonie-cantate, Ariane, paroles de M. Ch. Barthélémy, musique 
de M. Alexandre Guilmant. M'"" Dalmont et M. Barrau, élève de M. Bus- 
sine, chantaient les soli et ont partagé avec M. Alexandre Guilmant et 
l'excelleni orchestre de l'Association le succès de cette belle matinée. 

NÉCROLOGIE 

Un artiste fort distingué, un galant homme, un homme de cœur, de bien 
et de talent, le chef d'une des plus importantes entreprises industrielles 
de Paris, de la France et du monde, M. Auguste Wolff, directeur de la 
célèbre maison Plejel-Wolff, est mort dans la nuit de mardi à mercredi, 
à l'âge de 63 ans. M. Wolff, qui était connu de tout le Paris artiste, avait 
commencé par être un artiste pratiquant. Elève de Zimmermann et d'Ha- 
lévy au Conservatoire, il remportait en 1839, avec notre pauvre Massé, 
qu'il aura suivi de près, un brillant premier prix de piano. Bientôt, et 
tout en s'occupant de composition, il devenait lui-même professeur de piano 
dans l'école dont il avait été l'élève; mais, étant devenu l'associé de 
Camille Pleyel dans sa fabrique de pianos, la mort de celui-ci le laissa à 
la tête de cette importante maison, à laquelle il se consacra désormais 
tout entier. H montra dans cette nouvelle carrière autant d'initiative, 
autant de talent, autant d'intelligence et d'activité qu'il en avait déployé 
dans sa carrière artistique. On lui doit, dans la facture de pianos, des 
perfectionnements et des inventions remarquables, entre autre la « pédale 
tonale, » qui rend de très réels services, et la haute situation que M. Wolff 
s'était acquise lui valut le ruban de chevalier de la Légion d'honneur. Il 
faisait partie des jurys de toutes les expositions, dont il était souvent 
nommé président. Mais si, chez M. Wolff, l'artiste était remarquable, 
l'homme était digne de tous les respects et de toutes les sympathies. Adoré 
de ses ouvriers, qu'il avait, par le fait d'une participation intelligente, 
associés à la prospérité de sa maison, il était toujours prêt à s'employer 
pour tout et pour tous. Toujours bon, charitable et dévoué, ce n'est jamais 
en vain qu'on frappait à sa porte et qu'on s'adressait à lui. Nous n'oublie- 
rons jamais, à la Société des compositeurs de musique, les services sans 
nombre qu'il n'a cessé de nous rendre et l'expansion que, grâce à lui, à 
son inépuisable générosité, a pu prendre notre compagnie. Ce n'est pas 
une phrase banale que de dire que l'art et les artistes perdent plus qu'on 
ne saurait dire en perdant cet excellent homme, au cœur si haut placé. 11 
n'est pas besoin de dire si tout le Paris artiste s'était rendu aux funérailles 
d'Auguste Wolff. Faure y a chanté son Pie Jesu au milieu du profond 
recueillement de l'assistance. Arthur Pougin. 

— Le ténor Morère, qui avait été frappé d'aliénation mentale il y a 
quelques années, et dont la femme mourait l'an dernier, vient lui-même 
de mourir, jeune encore, dans une maison de santé de Toulouse. Les 
commencements de la carrière de Morère, dont la voix de ténor était 
vaillante et vibrante, avaient été brillants. On se rappelle que c'est lui 
qui créa à l'Opéra le Don Carlos de Verdi, en compagnie de Faure, d'Obin, 
de Belval, de M'"^* Marie Sass et Gueymard. — Morère laisse (rois enfants: 
une jeune fille, professeur de piano et non sans talent, dit-on, et deux 
jeunes garçons, dont l'un de dix et l'autre de cinq ans, qui se trouvent 
orphelins de père et de mère. Avis à M"' Marie Laurent, la dévouée pré- 
sidente de l'orphelinat des Arts. 

— La mort vient de frapper d'une façon bien douloureuse un de nos 
artistes les plus distingués, les plus estimés et les plus aimés. M. Crosti, 
l'excellent professeur du Conservatoire, a perdu en trois jours l'un de ses 
deux fils, enlevé à l'afi'ection des siens d'une façon presque foudroyante, 
par une péritonite aiguo. Le jeune Edouard Crosti, âgé de vingt et un 
ans, était élève d'une des classes de composition du Conservatoire et ac- 
compagnateur dans la classe de son père. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 



'. FEB, — IMPHIMEHIK i 



2920 — 33™^ mm — \" 12. 



Dimanche 20 Février 1887. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteuis.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri I-îEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivieune, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 Ir,; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Cliant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand théâtre à Paris pendant la Révolutiou (16= article), Arthur Pougin. — 
II. Semaine théâtrale : les Petits Mousquetaires aux Bouffes-Parisiens, nouvelles, 
Artiiur Pougin; premières représentations de Xuina lioumestan, à l'OdéOD,et de 
Coup de Fomlre, aux "i^ariéte's, Paoi.-Éhile Cbevaher. — III. La première salle 
de spectacle à Paris, Locis Pagnerre. — IV. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 



MUSIQUE DE CHA^'T 
Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

NOTRE PÈRE 

prière du matin, de J. Faure. — Suivra immédiatement: Cœur jaloux, 
mélodie nouvelle de E. Paladilhe, poésie de Villemer-Soubise. 



PLWO 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
piano: Mélodie persane de A. Ribinstein, paraphrase pour piano par Théodore 
Lack. — Suivra immédiatement : ^oce Iiongroise, de Charles Nei'stedt. 



UN GRAND THÉÂTRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉPx A- COMIQUE 

de 178S A 1801 

D'après des documents inédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



Le Comité de sûreté générale avait été amené à s'occuper 
de cette question par un fait scandaleux qui s'était produit 
au théâtre de la Gaité, et qui avait provoqué de la part du 
■Comité de surveillance un acte de rigueur que celui-ci avait 
ainsi porté à la connaissance du public : 

Comité de surveillance du département de Paris. 

Le 26 nivôse, l'an 2= de la République Française, 
une et indivisible. 
Les théâtres doivent être l'éeole de la vertu et des mœurs ; les 
directeurs et acteurs sont responsables des abus qui se coramctient 
sur la scène. 

Le théâtre dit de la Gaité s'étant écarté de ce principe invariable, 
le Comité a appelle dans son sein les directeurs, acteurs et actrices 
qui le composent, et après leur avoir donné uue leçon des plus 
sévères, il a provisoirement gardé au Comité Nicolet, directeur, et 



le citoyen Rhomin, acteur, principalement coupables, l'un d'avoir 

commis les plus sales obscénités, et l'autre de les avoir tolérées ; 

le Comité en a sur-le-champ instruit le Comité de sûreté générale 

de la Convention. 

Signé : — Génois, Moéssard, Marchand, Guigne 
jeune. Delespine, Lécrivain, Fournerot, 
Frauchet, Chéry, Clémence, Brun, secré- 
taire-greffier (1). 

Les intentions étaient assurément excellentes et les mesures 
légitimes. Toutefois il faut remarquer que, là encore, les 
hommes du pouvoir agissaient « révolutionnairement », c'est- 
à-dire arbitrairement, arrêtant des citoyens et leur infligeant 
un châtiment de leur seule autorité, sans qu'il y eût cause 
entendue, débat contradictoire et condamnation légale. C'était 
toujours, quelque motivée qu'en pût être ici l'application, le 
procédé de la force remplaçant celui du droit, c'est-à-dire le 
pire des moyens de gouvernement. 

Par tout ce qui précède, on peut se convaincre que l'ex- 
ploitation des entreprises dramatiques était alors singulière- 
ment difficile. Quant à la situation des comédiens, elle n'était 
guère enviable, il faut le reconnaître, et des faits nombreux 
sont là pour l'attester. Surveillés de tous côtés, et par la 
Convention, et par le Comité de salut public, et par la Com- 
mune de Paris, et par les clubs dirigeants, se voyant l'objet 
d'une attention spéciale de la part de certains hommes poli- 
tiques farouches, tels que Collot d'Herbois et Fabre d'Eglan- 
tine, qui, devenus auteurs dramatiques d'acteurs qu'ils étaient 
eux-mêmes, n'étaient nullement disposés à la tendresse pour 
leurs anciens confrères et se montraient toujours prêts à les 
persécuter, les infortunés étaient en butte à toutes sortes de 
soupçons, de calomnies, d'attaques injustes, contre lesquels 
ils ne pouvaient pas toujours se défendre. Ce qui est certain, 
c'est que, même pour les plus innocents d'entre eux, cette 
situation n'était pas exempte de dangers très réels. Il semble 
que tout ce qui tenait alors au théâtre, de près ou de loin, 
attirait l'attention des hommes du pouvoir et leur était sus- 
pect, et surtout tout ce qui tenait aux grands théâtres, plus 
ou moins directement attachés jadis à la cour, soit par l'ad- 
ministration que celle-ci leur imposait, soit par les services 
qu'elle en exigeait. 

On trouve soit dans les journaux, soit dans les comptes 
rendus des séances du tribunal criminel révolutionnaire, un 
certain nombre de condamnations à mort prononcées contre 
des comédiens, ou des directeurs de théâtre, ou des auteurs 
dramatiques. Le S juin 1793, c'est Lieutaud, auteur de plu- 
sieurs ouvrages donnés à la Comédie-Italienne, parmi lesquels 
un drame en vers, le Duel, avait obtenu un vif succès. Le 

(I) Journal de Paris, du "29 nivose an II (\S janvier 179i). 



m 



LE MENESTREL 



13 avril 179i, c'est Grammout, ancien acteur de la Comédie- 
Française, qui était devenu, il est vrai, adjudant-général de 
l'armée révolutionnaire de la Vendée et qui s'était livré à 
d'abominables excès avec son âls, sous-lieutenant dans la 
même armée, lequel monta avec lui sur l'échafaud (i). Le 
17 juin suivant, c'est M"*^ Burette, chanteuse qui avait ap- 
partenu à l'Opéra et à la Comédie-Italienne, et le 22, un 
jeune comédien, âgé de vingt-six ans, P.-A. Gavaudan, alors 
soldat au régiment des Hussards de la Mort, et qui était évi- 
demment parent du fameux chanteur de l'Opéra-Comique. 
Avec le mois de juillet, et aux approches du 9 thermidor, 
les condamnations se multiplient. C'est Papillon de la Ferté, 
ancien intendant des Menus-Plaisirs et ancien directeur de 
l'Opéra, et Pascal Boyer, directeur du Journal des Speciacks 
(le 7 juillet); c'est le compositeur Frédéric Edelmann, l'ami 
de Gluck et le maître de Méhul, auteur de deux actes re- 
marquables représentés à l'Opéra (le 17); puis le financier 
Benjamin de La Borde, ancien fermier-général, compositeur 
amateur qui avait écrit la musique de nombreux ouvrages 
donnés à l'Opéra et à la Comédie-Italienne (le 22) ; puis 
Léonard Autié, ex-coiffeur de la reine Marie-Antoinette et fon- 
dateur, avec Viotti, du théâtre de Monsieur (le 25) ; celui-là, 
heureusement pour lui, était contumax (2) ; puis encore 
M™ A. Leroy, cantatrice qui se disait attachée à ce même 
théâtre de Monsieur, devenu le théâtre Feydeau (le 26) ; et 
enfin Loison et sa femme, directeurs d'un petit théâtre de bois 
situé aux Champs-Elysées (le 27) (3). 

Plus heureux que ceux-ci, beaucoup d'autres, emprisonnés 
sous la Terreur, recouvrèrent la liberté et sortirent sains et 
saufs de la tourmente, non toutefois sans avoir subi de 
cruelles angoisses. On vit parmi les gens de théâtre des ar- 
restations individuelles, puis en groupes, puis en masse. Le 
17 juillet 1793, sur l'ordre de la Convention, Francœur et 
Gellerier, les deux administrateurs de l'Opéra, sont enfermés 
à la Force ; le 26, on apprend l'incarcération de Larive, l'un 
des plus anciens et des plus célèbres acteurs de la Comédie- 
Française ; le 3 septembre au matin, tous les artistes de ce 
théâtre, qui avait pris le titré de théâtre de la Nation, sont 
arrêtés en masse à la suite d'une représentation effroyable- 
ment orageuse de Pamêla, pièce de François de Neufchâteau 
qui ameutait en ce moment tout Paris^ et restent pour la 
plupart en prison jusqu'au 9 thermidor (4); peu de jours 



(1) Lors du supplice de la reine Marie-Antoinette, le jeune Grammont, 
âgé de dix-huit ans, avait, dit-on, escaladé l'écnafaud pour aller tremper 
son mouchoir dans le sang fumant de la victime ! 

(2) Le même jour que Léonard Autié étaient condamnés Rouchei-, An- 
dré Chénier, le baron de Trenck, le marquis de Montalembert, le marquis 
de Roquelaure et M. de Créqui-Montmorency. 

(3) A ces noms on peut encore ajouter les suivants : Lécuyer, musicien, 
condamné le même jour que M"" Burette (i7 juin 1794); Toulan, mar- 
chand de musique (juin); Edelmann jeune, facteur d'instruments de mu- 
sique (17 juillet); enfin Renaudin, luthier de l'Opéra (avril 179o). Celui- 
ci avait fait partie du tribunal criminel révolutionnaire; il fut juo-é et 
condamné avec Fouquier-Tinville. dont le procès fut si long, si drama- 
tique et si retentissant. 

(t) Un journal infâme, la Feuille de salut public, dont il a déjà été rmes- 
tion plus haut, rapportait ainsi l'incident qui s'était produit au Thé,itre 
de la Nation, et réclamait en ces termes l'arrestation des comédiens : 

« Un patriote vient d'é're insulté dans une salle où les croassemens 
prussiens et autrichiens ont toujours prédominé, où le défunt veto trouva 
les adorateurs les plus vils, où le poignard qui a frappé Marat a été ai- 
guisé, lors du fau.x Ami des lois. Je demande en conséquence 

Que ce sérail impur soit fermé pour jamais, 
que pour le purifier on y substitue un club de sans-culottes de» faubourgs : 
que tous les histrions du Théâtre dit de la Nation, qui ont voulu se don- 
ner les beaux airs de l'aristocratie, dignes par leur conduite d'être regar- 
dés comme gens très suspects, soient mis en état d'arrestation dans les 
maisons de force; qu'enfin le citoyen I''rançois [de Neufchâteau] veuille 
bien donner à sa philosophie une pente un peu plus révolutionnaire. 

» Voilà le langage du Père Duchéne, m'allez-vous dire : à cela je réponds 
que c'est celui de la vérité républicaine, et que peut-être ma motion n'est 
pas loin d'être appuyée. » 



après, c'est le tour de Radet et Barré, les deux directeurs 
du Vaudeville, qui sont emprisonnés avec leur collaborateur 
Desfontaines et deux de leurs artistes, Léger et Monnier (1); 
le 21 du même mois, M™<= Lays, femme du fameux chanteur 
de l'Opéra, est enfermée à la maison d'arrêt des femmes (2) ; 
au mois de novembre, Dugazon lui-même, bien connu ce- 
pendant pour ses idées avancées, se voit conduire à Sainte- 
Pélagie, où il ne reste, il est vrai, que quarante-huit heures ; 
la semaine suivante, la Montansier, qui était à la tète de' 
deux grandes entreprises dramatiques fondées par elle, les 
Variétés et le Théâtre-National, est arrêtée, de par la Con- 
vention, sur les dénonciations intéressées de Chaumette et 
d'Hébert, le trop fameux Père Duchéne : presque en même^ 
temps, le premier machiniste du théâtre Feydeau, BouUet, 
homme fort distingué en son genre et à qui l'on doit un bon 
Traité pratique sur la construction des théâtres, Boullet, dont 
la fille allait épouser Hoffman, le brillant critique du Journal' 
des Débats, l'auteui* du Roman d'une heure et des Reiukz-Vousi 
bourgeois, se voit emprisonner à son tour ; puis, c'est une 
comédienne du théâtre de Nancy, Catherine Nemann (3), une- 
des bonnes artistes de l'Opéra, Emilie Gavaudan (11 mars 
1794), une actrice plus obscure, nommée Bastin-Betiza (16- 
mars), un auteur dramatique, Joseph-Marie Piccinni, fils du 
grand compositeur qui fut le rival de Gluck, et bien d'autres- 
encore (4). Et j'allais oublier de mentionner l'arrestation gé- 
nérale de tous les acteurs, chanteurs, danseurs, etc., du 
Grand-Théâtre de Bordeaux, qui avait mis toute cette ville- 
en émoi dans les derniers jours de novembre 1793 (5). 

Ceux des comédiens qui n'étaient ni jugés ni même em- 
prisonnés n'en étaient pas moins en butte à la méfiance et 
aux soupçons de tout ce qui représentait alors le pouvoir à 
un degré quelconque. La Commune de. Paris, particulière- 
ment, semblait avoir la haine et la crainte de tout ce qui 
tenait au théâtre ; et comme la Commune était toute-puis- 
sante, comme tout passait par ses mains, on peut se figurer 
ses tracasseries à l'égard des infortunés comédiens, suspects 
à ses yeux par le seul fait de leur profession. Quelques- 
exemples, pris au hasard, le démontreront. 

(A suicre.) Arthur Pougin. 

Elle le fut en effet, et très efficacement, au club des Jabobins, tout- 
puissant alors : en peu d'heures on arrêta tous les artistes du Théâtre de 
la Nation, qui fut fermé sur-le-champ, et l'on conduisit les hommes aux 
iWadelonnettes, tandis que les femmes étaient enfermées à Sainte-Pélagie- 

(1) C'était à propos d'une pièce intitulée la Chaste Suzanne, dont Barré, 
Radet et Desfontaines étaient les auteurs, et dans laquelle on leur repro- 
chait — peut-être non sans cause — d'avoir voulu faire allusion au procès- 
de Louis XVI, par ces paroles que l'un des personnages adressait aux 
deux -vieillards dénonciateurs de Suzanne : Vous êtes ses accusatctirs , vous 
ne pouvez pas être ses juges ! 

(2) « État des prisons. Maison d'arrêt des femmes. Du 21. — Entrée, 
Françoise-Elisabeth Duclos, femme de Lays, âgée de 6b ans, native de 
Rouen, sans état, rue de Roquépine, suspecte, ordre du Comité de sûreté 
de la Convention. » — [Journal de Paris, 24 septembre 1793.) 

(3) Elle fut jugée et acquittée par le tribunal révolutionnaii'e, le 26 mars- 
1794. 

(4) Impliqué dans une affaire très obscure, avec onze autres individus, 
comme lui anciens membres du comité révolutionnaire de la section du 
Bonnet-Rouge, il fut jugé et acquitté par le tribunal révolutionnaire, le 
7 novembre 1794. Dix de ses co-accusés furent condamnés à vingt ans de 
fers et six heures d'exposition. 

(5) « Extrait d'une lettre écrite par les représentans du peuple à Ilordeaii.r, au 
ministre de l'intérieur, le 10 frimaire de l'an 2" de la Réjyubliqve Françoise une et 
indivisible. — La Commission militaire marche toujours révolutionnaire- 
ment; la tête des conspirateurs tombe sur l'échafaud; les hommes suspects 
sont renfermés jusques à la paix. Les modérés, les insoucians, les égoïstes 
sont punis par la bourse. Avant-hier, tous les sujets du Grand-Théâtre, 
au nombre de 86, ont été mis en état d'arrestation ; c'était un foyer d'aris- 
tocratie: nous l'avons détruit. La veille, la salle de ce spectacle avoit été 
investie au moment où plus de deux mille personnes y étoient, et tous 
les gens suspects qui y étoient réunis en très grand nombre ont été in- 
carcérés... » — 'Journal de Paris, du 2o frimaire an II — (13 décembre 1793.) 



LE MENESTREL 



91 



SEMAINE THEATRALE 



Une surprise nous arrive de I'Opéra, qui nous annonce pour 
cette semaine une nouveauté sur laquelle, jusqu'à ce jour, on avait 
gardé le plus complet silence. Cette nouveauté n'est autre que... 
l'inauguration, sur notre grande scène lyrique, des matinées artis- 
tiques qui depuis dix ans sont entrées dans les mœurs de tous nos 
théâtres. Nous ne saurions dire si l'essai sera fort heureux, et si 
'l'idée a chance de s'acclimater solidement, en un théâtre où l'on 
a déjà tant de peine à organiser, sans trop d'accidents ou d'ac- 
crocs, les trois ou quatre spectacles qui forment le bilan ordinaire 
de chaque semaine. Toujours est-il que c'est au carnaval 1887 que 
nous devrons cette tentative hardie, et que c'est après-demain 
mardi-gras, 22 février, que l'Académie nationale de musique 
donnera sa première matinée, sous les espèces du Faust de 
M. Gounod. 

Et puisque le nom. de M, Gounod trouve naturellement sa place 
ici, profitons-en pour annoncer que le maître est en train de nous 
préparer une œuvre nouvelle. Ou se souvient du succès qu'obtint 
à la Galté, il y a quelque douze ans, la Jeanne d'Arc de M. Jules 
Barbier, ce beau drame tout ruisselant de beaux vers et tout 
vibrant de patriotisme, et l'on se rappelle aussi que pour ce drame 
M. Gounod avait écrit plusieurs morceaux remarquables, chœurs 
ou pages symphoniques, entre autres sa curieuse Marche funèbre 
d'une marionnette. Eh bien ! il serait question de transformer au- 
jourd'hui ce drame de Jeanne d'Arc en un véritable opéra, et les deux 
collaborateurs seraient déjà d'accord à ce sujet. M. Mermet n'a 
qu'à bien se tenir. 

En attendant, Sigicrd a reparu à la scène, et la belle partition de 
M. Reyer a repris noblement sa place dans un répertoire dont, 
nous l'espérons, elle n'est pas appelée à disparaître de si tôt. Par^ 
ailleurs, on s'occupe en ce moment de préparer les débuts de deux 
jeunes artistes qui se sont trouvés involontairement retardés : celui 
de M"" de Lafertrillc dans les Huguenots et celui de M. Delmas dans 
Faust. Enfin, les échos de la semaine nous rapportent le briiit qui 
s'est fait, dans le cabinet directorial, autour de la Dame de Montso- 
reau, de M. Salvayre. Le jeune compositeur aurait employé plu- 
sieurs journées à faire entendre à MM. Ritt et GailharJ la musi- 
que composée par lui sur cet ouvrage, et ces messieurs s'en 
seraient montrés enchantés. On sait, toutefois, que la Dame de 
Montioreau ne doit passer qu'après Otello — ou Othello. 

Du côté de rOpÉBA-CojiiQUE, on annonce que la représentation de 
Proserpine, le nouvel ouvrage de M. Saint-Saëns, pourra sans doute 
avoir lieu du .3 au 10 mars. Les dernières études sont poussées 
très activement depuis le retour d'Italie de M. Carvalho. Nous 
n'avions pas voulu nous rendre complice du bruit qui attribuait à 
M. Carvalho l'intention de monter au théâtre Favart V Othello de 
Rossini, tandis qu'on jouerait celui de Verdi à l'Opéra. Bien nous 
■en a pris ; malgré les détails très précis et très circonstanciés 
donnés à ce sujet par quelques journaux, on dépit d'une distribu- 
tion établie avec le plus grand soin, nous savons aujourd'hui que 
la nouvelle était fausse. Il n'était pas besoin d'être grand prophète 
pour s'en douter un peu. 

La Comédie-Française, qui nous a rendu cette semaine le Bour- 
geois gentilhomme, de Molière, avec la musique de Lully, chantée 
par M. Saléza et M. et M'"^ Fontaine, s'occupe de remonter Bajazet 
et de mettre à la scène un petit acte nouveau de M. Pierre Bar- 
bier, Vincenette. 

Une autre reprise, celle des Petits Mousquetaires de MM. Paul Fer- 
rier, Jules Prével et Varney, a eu lieu cette semaine aux Bouffes- 
Parisiens, avec un plein succès. La route n'est pas bien longue, 
d'ailleurs, de la rue de Bondy au passage Choiseul, et si tous ceux 
qui ont vu la pièce aux Folies-Dramatiques vont la revoir aux Bouffes, 
auteurs et direction n'auront pas lieu de se plaindre. La nouvelle in- 
terprétation donne à cette transplantation un intérêt 'particulier, et il 
est à peine besoin de dire que M"" Marguerite Ugalde, qui a pris 
possession du rôle principal, s'y fait applaudir pour sa grâce, pour 
son charme et pour son jeu plein de finesse. Quant à M"" Mily-Meyer, 
qui succède à M""^ Desclauzas, si elle ne la fait pas oublier, elle est 
du moins toujours l'actrice la plus fantaisiste, la plus amusante et 
la plus imprévue qui se puisse imaginer. 

AllTIIUR POUGIN. 



Odéo.n. — Nuiiia Houmcstan, comédie en S actes de M. Alphonse 
Daudet. 

« Avant ! Avant ! Vive Numa ! Vive Roumestan ! Avant ! » et la 
foule entassée dans les arènes ensoleillées d'Aps, acclame son 
grand homme du moment, hurle, chante, trépigne, grisée tout au- 
tant par la lumière brutale et crue qui rend aveuglants les blancs 
gradins de pierre, que par le verbe entraînant et vibrant de Numa 
Roumestan. Dans la tente, qui sert d'abri derrière la tribune offi»- 
cielle. voici défiler tous les personnages de la pièce, que le roman 
a déjà rendus populaires : c'est d'abord Rosalie Roumestan, une 
exquise fleur du Nord, aimante, droite et bonne, et sa sœur, Hor- 
tense Le Quesnoy, une nature enthousiaste, une fine Parisienne 
qui voudrait être du Midi, qu'un rayon de soleil affole et que la 
vue d'un beau gars de tambourinaire rend amoureuse ; puis voici 
-Davin et Lappara, les deux secrétaires du député : le premier froid, 
sérieux, modère les élans de folie de son patron ; l'autre, une 
« enseigne de tailleur », étourdi, fat, sert à ses intrigues; puis la 
tante Portai, une méridionale pur sang qui s'est fait croire à elle- 
même qu'elle a vu Paris ; puis Valmajour, le beau troubadour, à 
qui « ça est venu une nuit... » et sa madrée de sœur; puis encore 
le père de cette petite Dachellery qui, tout à l'heure, deviendra la 
rivale de Rosalie ; enfin Numa lui-même, avec ses favoris grison- 
nants coupés ras sur les joues, ses cheveux rejetés en arrière, la 
tête haute, le regard fier et satisfait, le geste large et protecteur, 
la voix grasse et tonitruante. Ce Numa Roumestan est la pièce à 
lui tout seul; sa femme, sa petite belle-sœur, la cabotine des Folies- 
Trévise, tous s'effacent devant lui. Je ne veux pas dire par là que 
M. Daudet n'a dessiné que la physionomie de cet unique person- 
nage, se contentant d'esquisser simplement la silhouette des autres. 
Loin de là, chaque type est absolument défini et très nettement 
présenté, — sauf peut-être celui d'Hortense Le Quesnoy, dont la 
nature si impressionnante est insuffisamment mise en lumière, — et 
les contrastes entre ces divers tempéraments sont bien cherchés 
et parfaitement rendus; mais l'auteur s'est surtout attaché à peindre 
cette physionomie complexe et presque incertaine de demi-fou dont 
la cervelle est vide à ce point qu'il peut dire : « Quand je ne 
parle pas, je ne pense pas !» Il a fouillé l'âme de cet être sans 
volonté, faible, mou, honnête mais inconscient de ce qu'est au 
juste l'honnêteté, se mentant à lui-même comme il ment aux 
autres ; marchant droit devant lui, poussé par une force quel- 
conque, sans savoir positivement où. il va, mais confiant en son 
prodigieux aplomb ; il a retourné l'enveloppe humaine de cet 
homme, très commun de nos jours, pour nous faire voir à l'inté- 
rieur le vide, le néant, que suffisent à dissimuler, pour une foule 
imbécile, des dehors tout d'éclat et de clinquant. L'étude psycholo- 
gique est juste, vraie, intéressante, bien présentée. Mainteoant 
suffit-il pour notre théâtre moderne de mettre à la scène tout sim- 
plement des personnages très étudiés, et l'intrigue, qui doit les 
faire se mouvoir, n'est-elle pas de quelque importance ? M. Daudet 
est un romancier exquis et un descripteur parfait; mais le roman 
n'est pas le théâtre, et la description ne remplace pas l'action. Eu 
un mot, les comédies de M. Daudet, et je parle tout aussi bien de 
cette dernière que des précédentes, sont faites de tableaux char- 
mants, mais elles manquent d'action. 

M. Paul Mounet a créé le rôle de Numa avec talent ; pourtant sa 
voix sourde le sert mal en celte occasion. M"'= Sisos est une tou- 
chante Rosalie. M""=' Laine, Favart, Crosnier, Cerny et MM. A. 
Lambert, Dumény, Colombey, Rebel tiennent très bien leurs rôles 
respectifs. M. Porol a monté la pièce avec grand soin et un luxe 
tout particulier. 

Variétés. — Le Coup de Foudre, comédie-vaudeville en trois actes 
et quatre tableaux de MM. E. Blum et R. Toché. — Edgard Plu- 
meau, sexagénaire calme et paisible, retiré des affaires après y avoir 
acquis une très rondelette fortune, se trouve tout à coup bombardé 
de bouquets odorants, de poulets sur papier rose ou bleu tendre et 
même de petits cadeaux, par une aimable demoiselle, Colette do la 
Glacière, qui se dit toquée do lui. Plumeau ne doute pas un instant: 
la blonde irrégulière a éprouvé, à son Edgard (pardon!) le Coup de 
Foudre. Mais, comme les poursuites de Colette troublent sa vie de 
famille, il se décide à se rendre chez elle pour la prier de mettre 
fin à ses déclarations qui n'ont pas chance de réussir. L'excellent 
Plumeau avait compté sans son hôtesse qui, — le repoussant d'abord, 
le. Plumeau auquel elle croyait envoyer ses souvenirs n'étant pas 
lui du tout, — finit par l'eujôlerde la belle manière, ce qui se com- 
plique encore par l'arrivée subite de Jules César, le protecteur de 
la dame, qui rompt sur-le-champ, laissant l'abandonnée à la charge 



92 



LE MENESTllEL 



(lu pauvro si'sagéuairc. Or, ce iiuMin' soir. Colette débute aux Am- 
bassadeurs : Jules César va au concert pour monter une cabale ; 
Plumeau s'y rend de son côté pour soutenir et défendre sa nouvelle 
protégée, malgré ledincrde contrat de sa fille. Bruit, tumulte, bagarre; 
Plumeau 2;rimpe sur la scène, cbantc U</ènc et se fait arrêter avec 
Jules César. Au poste, tout s'explique, et le rideau tombe au milieu 
des éclats de rire. Le vaudeville de MM. Blum et Toché est amusant, 
liabilemont présenté, et contient même quelques scènes assez jolies. 
C'est Baron-Plumeau qui mène la pièce à la victoire, très bien secondé 
par Christian-Jules César, par Lassouche, impayable en porteur de 
bains à domicile, Montrouge, Didier et par M"''^ Lender et Crouzet 
qui ont la grande qualité d'être de jolies femmes. — La mise en 
scène est des plus originales et le tableau du concert des Ambassa- 
deurs est un petit chef-d'œuvre de réalisme. 

Hier soir, samedi, au théâtre de la Gaieté, très hri liante reprise 
d'Orphée aux Enfers. Grand succès pour la musique si gaie et si 
spirituelle d'Offenbach, pour les interprètes, M"" Granier, Destrées. 
3IM. Alexandre et Vauthier en tète, et pour la mise en scène, qui 
est des plus luxueuses et des mieux réussies. Nous en reparlerons 
dans notre prochain numéro. — A huitaine également le compte 
rendu de la Vie Commune, dont la première représentation a eu lieu 
aussi hier au Palais-Royal, et celui du Vmtre de Paris représenté 
vendredi au Théâtre de Paris. 

P.\ul-Emile Chevalier. 



LA PREMIÈRE SALLE DE SPECTACLE A PARIS 



Nous n'avons pas à nous occuper ici des drames religieux du 
moyen-âge. Notre sujet est plus modeste. Nous voulons, en quel- 
ques lignes, entretenir le lecteur de la première salle de spectacle 
qui ait existé à Paris. 

Comme on sait, les mystères étaient représentés dans les églises 
ou à ciel ouvert sur les places publiques. On sentit bientôt le be- 
soin d'avoir une salle fermée, permanente, avec des représentations 
périodiques, à l'abri du soleil ou de la pluie. C'est au commence- 
ment du XV« siècle que fut établie à Paris la première salle de 
spectacle. Nous en ferons une description sommaire. En comparant 
cet édifice primitif avec nos monuments modernes, le lecteur iun-era 
des progrès accomplis en quatre siècles et demi dans l'aménao-e- 
luent des théâtres. Nos salles de spectacle les moins confortables 
à commencer par le Conservatoire, sont des palais mao-nifiques. à 
côté de ce premier théâtre, dit théâtre de la Trinité. 

L'hôtel de la Trinité était situé en dehors de Paris, sur la route 
non loin de l'ancienne porte Saint-Denis. Il avait été construit au 
commencement du XIII' siècle, dans un but de charité. C'était un 
asile ouvert aux pèlerins, aux mendiants, aux voyageurs de nuit 
qui s'étaient attardés, et qui attendaient jusqu'au lever du jour 
l'ouverture des portes, pour pénétrer dans la ville. Ce lieu d'hospi- 
talité offrait sans doute un aspect pittoresque, comme cour des 
miracles, mais il ne renfermait pas toujours une population bien 
choisie, et la Prévôté avait fort à faire de ce côté-là. Au XIV" siècle 
la destination de l'hôtel fut changée. On en iit un monastère le 
Moustier de la Trinité. En 1402, les confrères de la Passion eurent 
l'idée d'y représenter des drames religieux, et ils louèrent la °rande 
pièce du rez-de-chaussée, qui fut transformée en théâtre. Voilà la 
première salle de spectacle ! Le succès couronna l'entreprise On 
tarifa les places, et on tit recette. Le public venait en foule, si 
bien qu'il lui fallut se ranger en file devant la porte du théâtre 
sous la surveillance du sergent à verge, qui était le municipal de 
ce temps-là. Telle est l'origine de la queue au théâlre. 

On ne fait plus queue aujourd'hui, grâce aux hureaux de loca- 
tion. On se rappelle ces barrières à claire-voie oîi l'on parquait 
comme des moutons les spectateurs. Il pleuvait des fluxions de 
poitrine sur la queue qui s'établissait à l'air libre, suh Jore. sous 
la neige ou sous la pluie. La longueur de la file était une réclame 
et marquait le succès. Quand la recette faiblissait, les directeurs 
enrôlaient des queues pour maintenir la pièce dans i'esfime du pu- 
blic. Nous avons vu cela de nos jours, et il n'y a pas encore très 
longtemps. 

Mais revenons à notre sujet, c'est-à-dire à la salle de la Trinité. 
Cette salle aux murs salis, mal éclairée par des fenêtres étroites 
et dont le plancher était surélevé au-dessus du sol, avait S à 6 
mètres de hauteur (nouvelle mesure, bien entendu). Elle mesurait 



une largeur de 11 mètres SO cent., sur une longueur de 40 mètres. 
La scène destinée aux acteurs prenait o mètres sur cette longueur 
totale. Au fond, s'élevaient plusieurs tréteaux communiquant entre 
eux par des échelles. Ces petits échafauds tenaient lieu de décors, 
indiquant par leur ornementation ou par de simples inscriptions 
l'endroit oîi se passait l'action. Cette mise en scène plus que som- 
maire ferait sourire aujourd'hui M. Sardou. Parmi les accessoires 
figurait une petite niche mystérieuse et garnie de rideaux, où les 
scènes les plus délicates élaient censées s'accomplir, telles que 
l'incarnation de Notre-Seigueur ou l'accouchement de la Vierge. 

Les acteurs en costume étaient assis sur des gradins disposés 
de chaque côté du théâtre. Chacun d'eux, à tour de rôle, descendait 
des gradins pour jouer son personnage, et regagnait ensuite sa 
place. Morts ou vivants, les acteurs restaient pendant toute la re- 
présentation sous les yeux du public. Il n'y avait pas de coulisses. 
Les femmes n'étaient pas admises au rang d'artiste ; elles étaient 
remplacées par des garçonnets. 

Ces détails, bien qu'incomplets, démontrent que l'espace réservé 
aux acteurs était très restreint. Plus tard, la scène fut encore ré- 
duite par l'installation des banquclles. Ces places privilégiées appar- 
tenaient de droit aux gens de qualité. On juge si ces banquettes 
devaient troubler les acteurs dans leur jeu ou dans leurs mouve- 
ments, d'autant plus que les gens de qualité ne se gênaient pas 
pour causer entre eux de leurs petites affaires. Ils étaient là pour 
montrer leurs rubans et leur bonne mine. C'est à Lekain et au 
comte de Lauraguais que fut duo la suppression des banquettes. 
Kepoussées un peu plus dans la salle, elles devinrent les avant - 
scènes. 

L'espace réservé aux spectateurs, long de 3o mètres environ, 
s'appelait parquet, et pouvait contenir un millier de personnes. Il 
n'y avait pas d'autres places pour le public. Tout était de plain-pied 
au théâtre de la Trinité. Le droit d'entrée était uniforme : deux 
sols. Les meilleures places appartenaient aux premiers arrivants. 
Voilà pourquoi on faisait queue. Les représentations étaient données 
dans la jour^iée, dimanches et fêtes, entre messe et vêpres, c'est-à- 
dire de midi à quatre heures. On évitait ainsi les frais de chandelle. 

Cette salle, bondée de spectateurs, devait présenter un aspect 
singulier et curieux. Qu'on se figure, en 1402, une foule compacte,, 
bariolée, en vêtements du moyen âge, et composée d'hommes, de 
femmes et d'enfants, tous se pressant pêle-mêle, coude à coude et 
le nez en l'air, pour mieux voir; car personne n'était assis. 

De notre temps, dans un théâlre de province, on a pu voir aussi 
le parterre debout. Les Rouennais, nos contemporains, se souvien- 
nent de l'ancien théâtre des Arts. Le parterre de Rouen était une 
petite Bourse, oli les négociants venaient établir les cours et causer 
de leurs affaires. Quand on voulut poser des sièges, le public les 
brisa. Il n'y a pas longtemps que le public consentit à s'asseoir. 
Chose curieuse ! Le théâtre de la Trinité est le premier où l'on ait 
établi un parterre debout, et cette tradition s'est maintenue à Rouen 
jusqu'au beau milieu du XIX" siècle. 

Nous ne parlerons pas des pièces représentées à la Trinité. On 
continua d'y jouer les Mystères. L'étude des Drames religieux et 
des Moralités, envisagée au point de vue littéraire ou musical, a 
été présentée par des écrivains érudits. Mais on ne saurait trop- 
remarquer l'influence que les théâtres fermés et permanents ont 
exercée sur l'art dramatique. 

Les représentations en plein air étaient souvent des espèces de 
féeries. On y mettait de la pompe, des processions, des défilés. Les- 
processions sortaient de l'église qui servait parfois d'annexé au. 
théâtre. On voyait la voûte étoilée du Ciel, les arbres du Paradis- 
terrestre ; on voyait le gouffre de l'Enfer, figuré par un Dragon- 
lançant du feu. Le théâtre du moyen-âge avait aussi son Dragon.. 
Wagner, dont les livrets sont des mystères, n'a fait que reproduire- 
ces légendes. Wagner est un peu confrère de la Passion. 

Dans les Drames religieux, le Serpent était représenté par une- 
sorle d'automate {artijiciose compositus , dit le texte). L'animal, 
déroulant lentement ses anneaux, descendait de l'arbre et donnait 
le frisson au public. Ce truc n'a pas été négligé par nos drama- 
turges modernes. On se rappelle le Serpent des Pirates de la Savane,. 
à la Gaité. 

Enfin, on voyait Eve, mais une Eve pudique et vêtue en robe 
blanche. De nos jours, on n'y met pas tant de façon ; M"° Gilberte 
nous a représenté Eve avec un maillot pour tout costume, et une 
petite ligne de feuillage qui n'occupait pas beaucoup de place. 
M""= Octave, avant M"= Gilberte, avait encore simplifié le costume ; 
il n'y avait pas de feuillage du tout, si nous en croyons les spec- 
tateurs du célèbre vaudeville : la Propriété, c'est le Vol. 



LI-: MENESTREL 



93 



La féerie ne put trouver place au théâtre de la Trinité. Cette 
première salle fermée et permanente contribua à transformer le 
genre des œuvres dramatiques. L'espace étant plus restreint, la 
mise en scène fut obligée de se rétrécir aussi. On représenta des 
pièces plus intimes, et le dialogue eut un rôle plus important. Le 
spectacle donna moins aux yeux et plus à l'esprit. La gauloiserie 
s'en mêla, et ce théâtre, sorti d'une communauté religieuse, tendit 
bientôt à s'émanciper. On finit par jouer des pièces scandaleuses, 
au point que le Parlement dut intervenir et supprima, en 1547, par 
arrêt, le théâtre de la Trinité, qui devint hôpital, après avoir duré 
près d'un siècle et demi. N'est-ce pas un long bail pour un théâtre? 

Louis Pagnf.rre. 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 

Nouvelles théâtrales d'Allemagne. — La première représentation de 
die Madchen von Schilda. opéra en trois actes de M. R. Bunge, musique de 
M. Alban Forster, a eu lieu le 3 février, comme nous l'avons annoncé, au 
théâtre de la Cour de Neustrelitz, e* a remporté un très vif succès. — Au 
théâtre de la Cour de Wiesbaden, un nouveau ballet, la l'engeance des 
Fleurs, de M. A. Reissmann, a également été bien accueilli. — On prépare 
à Carlsruhe, pour la fin du mois, l'opéra du comte d'Osmond, le Partisan, 
dont la première représentation a eu lieu il y a deux ou trois ans à 
Monte-Carlo. Les deux principaux rôles seront tenus par M'"» Reuss-Belce 
et M. Oberlander. — Le Gaertnerplatz-theater de Munich donnera, à la 
fin du mois, une nouvelle opéretle, das ElUshorn, livret de MM. Buch_ 
binser et Philippi, musique de M. Rudolf Raimann. — Le théâtre de la 
Cour de Stuttgart vient de donner, pour la première fois, la tragédie de 
Byron, Manfred, avec la musique de Schumann. 

— Réformer encore et toujours parait être la devise du nouvel inten- 
dant des théâtres royaux de Berlin, le comte de Hochberg. 11 ne se passe 
pas de jour qu'une ordonnance ne vienne abroger d'anciens usages ou 
en introduire de nouveaux, cela souvent sans nécessité apparente. Comme 
exemple de futilité administrative, on peut citer le dernier ukase de 
M. de Hochberg, publié dans tous les journaux allemands et commenté 
par eux avec une gravité qui frise le grotesque. Jl s'agit de l'unité de pro- 
nonciation, sur les seénes royales, de la consonne G. Il paraît, en effet, que chaque 
artiste des troupes d'opéra et de drame avait une façon particulière d'ar- 
ticulier la consonne en question ; d'aucuns la prononçaient comme ch, 
d'autres comme /.', cela dépendait généralement du lieu de naissance de 
l'artiste. Bref, un tel état de choses ne pouvait plus durer, les oreilles les 
moins délicates s'en trouvant incommodées, et la nouvelle ordonnance, 
qui régit la façon de prononcer le G selon qu'il se trouve devant telle ou 
telle lettre, va faire faire à l'art allemand un nouveau pas en avant. 

— On annonce de Berlin que M. Félix Mottl, le chef d'orchestre ré- 
cemment nommé à l'opéra de Berlin, vient de demander l'annulation du 
contrat qu'il avait tout récemment signé avec l'intendant général des 
théâtres royaux de Prusse. Ou ignore le motif de cette détermination, qui 
fait une grande sensation dans le monde musical de Berlin où l'on atten- 
dait beaucoup du talent de ce jeune chef d'orchestre. D'autre part, on si- 
gnale la déconfiture de la Société philharmonique, la plus importante 
société musicale de Berlin après le Conservatoire impérial. Heureusement 
une société nouvelle s'est immédiatement constituée, et l'on assure que 
les tonds sont faits pour assurer le maintien de ces concerts, les plus 
courus de la capitale allemande. Mais le professeur Klindworth, qui en 
était l'un des chefs d'orchestre, est, dit-on, résolu à se retirer. Ce serait 
une grande perte pour l'art à Berlin, car M. Klindworth passait à juste 
titre pour l'un des premiers chefs d'orchestre de l'Allemagne, où il repré- 
sente l'école moderne de musique sans aucun parti pris de nationalité. 

— Le Trovatore se lamente du peu de succès qu'obtiennent aujourd'hui 
à Berlin l'opéra et les chanteurs italiens. On sait que, malgré la présence 
de la Donadio, la campagne italienne esquissée l'an passé au tbéàtre 
KroU n'a donné que des résultats fàcbeux. On disait néanmoins que 
M. de llulsen, intendant général des théâtres de la Cour, avait l'intention 
de donner cette année une saison italienne à l'Opéra, pendant les deux 
mois de vacances annuelles de ce théâtre. Mais M. de Hulsen est mort, 
et son successeur, le comte de Hochberg, a banni définitivement des 
scènes royales de Berlin la langue italienne. Une grande artiste polonaise, 
M'"' Marcella Sembrich, a dû se résigner, malgré ses habitudes, à chanter 
en allemand, et la Pattini n'a réussi à se faire engager que sous la 
condition expresse qu'elle ferait de même. Ainsi va le cours des choses. 

— La création d'un « Beethoven-Museum » à Pleiligenstadt, près Vienne, 
où le maître a passé la plus florissante partie de sa carrière, vient d'être 
olliciellement décidée. Ce musée, auquel viendra s'adjoindre l'importante 
collection connue sous le nom de « Beethoven-Sammlung », comprendra 
une immense bibliothèque, une galerie de tableaux et tous les meubles, 
objets d'art, bustes, manuscrits, éditions musicales et documents de toute 
espèce que l'on pourra réunir, se rattachant directement ou indirectement 
à la vie ou à l'œuvre de Beethoven. 



— Un des artistes les plus aimés de l'Opéra de Vienne, M. Gustave 
Walter, vient de prendre sa retraite après trente années de services. C'est 
dans le rôle de Wilhem Meister, de Mignon, et au milieu des plus chaleu- 
reuses ovations, qu'il a fait ses adieux au théâtre. M. Walter ne se fera 
plus entendre désormais que dans les concerts. 

— On vient d'inventer à Leipzig un nouvel instrument combinant les 
propriétés de l'orgue et du piano et pouvant se jouer de façon à faire en- 
tendre les deux timbres séparément ou simultanément, à volonté. Le nou- 
vel « orgelpiano » est exposé à l'hôtel de Pologne, de Leipzig. 

— Le théâtre provincial de Laybach vient d'être complètement détruit 
par un incendie. On n'a pas, fort heureusement, d'accident de personnes 
à sigaaler. 

— A Milan, le tribunal de commerce a déclaré la faillite des frères Corti, 
directeurs du théâtre de la Scala et anciens directeurs du Théâtre- 
Italien de Paris. C'est à la requête de M. Ravelli, ancien artiste du Théâtre- 
Italien et créancier de ce chef d'une somme de 40,000 francs, que la fail- 
lite a élé prononcée. Le tribunal a nommé un syndic provisoire qui a été 
autorisé à continuer l'exploitation du théâtre de la Scala. Les représenta- 
tions à'Otello ne seront donc pas interrompues. » On assure que le déficit 
de l'entreprise de la Scala est de 120,000 francs. 

— La veille même du jour où la Scala donnait la première représenta- 
tion de VOtello de Verdi, — ce qui a fait faire des suppositions aussi 
fâcheuses que gratuites, — un autre théâtre de Milan, le Dal Verme, 
représentait un opéra nouveau en deux actes, Notte d'Aprile (Nuit d'avril), 
du à un jeune compositeur qui faisait ses premiers pas à la scène, 
M. Emilio Ferrari. Celui-ci a écrit sa musique sur un livret que M. Fer- 
dinand Fontana a tiré d'un de ses romans. L'ouvrage était chanté par 
M™* Grassoni, MM. Gambardella et Rossato. Le succès n'a guère été qu'un 
encouragement donné à un jeune auteur. 

— Au théâtre Quirino, de Rome, première représentation d'une opé- 
rette nouvelle, la Rivincita di Ricarac, du maestro Viso Redi. 

— Il est question de représenter au théâtre ApoUo de Rome, dans la 
saison de carnaval 1887-88, un opéra nouveau du macstre Leonardi, 
intitulé Jacopo. 

— A Venise, l'opéra nouveau du jeune maestro Antonio Smareglîa, 
ex-élève du Conservatoire de Milan, Re Nala, était interprété par 
M.'^" Cerne, MM. Fagotti, Fari et Sillich. La faiblesse de cette interpréta- 
tion a nui, selon nos confrères italiens, au succès de l'ouvrage, dont les 
deux premiers actes avaient été bien accueillis, tandis que les deux autres 
ont élé reçus très froidement. Le fait est que le compositeur n'a obtenu que 
huit rappels, ce qui est un peu bien maigre en Italie. Le poème de Re 
Nala est dû à un publiciste milanais, M. V. Valle, collaborateur du jour- 
nal U Secolo. 

Le grand violoniste Camille Sivori est en ce moment à Gènes, sa 

ville natale, où il vient de donner coup sur coup deux concerts très 
brillants, l'un dans la salle même qui porte son nom: salle Sivori, l'autre 
au théâtre Carlo Félice. 11 n'est pas besoin de dire si les Génois ont fait 
accueil à leur compatriote, dont ils sont justement fiers. Il s'est fait applaudir 
avec enthousiasme dans deux sonates de Mozart et de Beethoven, dans 
une Tarentelle de sa composition, et dans un quatuor nouveau pour instru- 
ments â cordes, de M. Del Signore, qu'il a exécuté avec MM. Gilardini, 
Prat et D'Imporzano. 

Le i février on a exécuté à Florence, dans l'église de Sauf Annun- 

ziata, une Messa a cappella â deux voix de M. Emilio Cianchi, secrétaire 
de l'Institut royal de musique. C'est une œuvre tort intéressante, très 
honorable et heureusement inspirée. 

— On sait que c'est un peu la coutume, en Italie, pour certains journaux 
artistiques, de prendre pour titre celui d'une oeuvre à grand succès ou à 
grand retentissement. Aussi annonce-t-on la prochaine apparition, à 
Turin, d'une feuille théâtrale mensuelle qui sera intitulée Olello. « Nous 
aurons ainsi, dit un de ses aines, il Pirata, il Trovatore, Rigoletto, Fra Diavolo, 
Me/islofele, Mignon et Otello. » 

A Monselice on a donné, le 7 février, la première représentation d'une 

opéiette nouvelle. Don Pasliccio, du maestro Morandi, qui paraît avoir été 
bien accueillie du public, en dépit d'une interprétation très inégale et 
d'une mise en scène un peu trop discrète, comme on dit en Italie. 

— Il était tout naturel que la petite ville de Busseto, où Verdi a vu le 
jour, montrât publiquemeut sa joie du nouveau succès que venait de rem- 
porter le plus illustre de ses enfants. A peine y connut-on le résultat de 
la première représentation à'Otello, que la bande municipale se mit en 
marche, suivie d'une foule énorme qui applaudissait avec frénésie son 
exécution des morceaux les plus connus de Verdi. Après s'être rendue 
d'abord sur la grande place de la petite ville, )a musique parcourut à 
quatre reprises les rues principales « au cri unanime et enthousiaste de 
Viva Verdi I Viva la gloria d' Italia! » Le soir, au théâtre, quand, au lever du 
rideau, on aperçut le buste de Verdi couronné de lauriers, un seul et 
immense cri : Êeviva all'autore delf « Olello » sortit de toutes les bouches de 
la multitude enûévrée. » C'est ainsi que le Diritlo raconté les faits. 



LI-: MENESTREL 



— Vient de paraître à Florence, dans la Piccola Biblioleca (kl popolo italiano 
publiée par l'éditeur Barbera, une notice biographique sur Verdi par 
M. E. Ghecchi. 

— De la correspondance bruxelloise du Figaro : — « Enfin, la date est 
fixée au théâtre de la Monnaie, pour la première représentation de la 
M'alkyrie. Ce sera le 26 ou le -18 février, pas avant ni après. On se prépare 
très activement du reste à cet événement sur la scène et dans la salle. 
Je dis <i dans la salle », parce qu'on a décidé, pour donner à la solennité 
son caractère strictement wagnérien, de transformer les installations de 
l'orchestre. On abaisse le plaiicher de vingt centimètres, de manière à ce 
que les musiciens restent invisibles pour les spectateurs. L'orchestre fera 
face à la salle et tournera le dos à la scène ; seul, le chef d'orchestre, 
placé au dernier rang, dominera les musiciens et verra le théâtre. Comme 
on ne pourrait pas, pour ces représentations exceptionnelles, changer la 
canalisation du gaz, les pupitres seront éclairés par des lampes à l'huile. 
Cette transformation de l'orchestre amènera la suppression de vingt et 
un fauteuils et de deux strapontins. L'orchestre sera renforcé de quatre 
tubas, d'un trombone-contrebasse et d'une trompette-basse. On augmentera 
de plus le nombre des clarinettes, hautbois et bassons selon la formule 
de l'orchestre de Wagner. Le total des exécutants sera porté ainsi de 82 
à 96. Le rideau, à la façon wagnérienne, s'ouvrira par le milieu, adroite 
et à gauche. Pendant les actes, la salle sera dans une demi-obscurité, le 
lustre brûlant à bleu. On pourra se croire à Bayreuth. Déjà on s'occupe, 
à la Monnaie, des lendemains de la Walkyrie, pour fînii- la saison. On 
jouera le Caid, de M. Ambroise Thomas, le Médecin malgré lui, de M. Gounod, 
et le Maçon, d'Auber. » 

— Le Théâtre de la Bourse, de Bruxelles, qui a devancé de quelques 
jours la Gaité, de Paris, vient de donner Orphée aux Enfers avec un succès 
éclatant. C'est la version même établie en dernier par Offenbach qui a 
été montée. La mise en scène est superbe, les décors splendides et les 
costumes d'une très grande richesse. L'interprétation est très bonne dans 
son ensemble et parfaite même en ce qui concerne M'" Berthe Thibaut, 
à qui on a fait des ovations après l'EvoIw du dernier acte. 

— Le premier concert du Conservatoire de Liège a eu lieu le samedi, 
3 courant. Programme très riche, comprenant : la quatrième symphonie 
de Schumann ; des fragments de Tristan et Yseult de VS^aguer ; l'ouverture 
des Maîtres chanteurs et la Chevauchée des Walkyries du même auteur ; toutes 
œuvres admirablement interprétées par l'excellent orchestre du Conserva- 
loire, conduit par le savant directeur de l'établissement, M. Théodore 
Radoux. Les solistes étaient représentés par M. Tafl'anel, le célèbre flû- 
tiste, dont l'apparition a été accueillie par de longs applaudissements, et 
M. Oscar Dessin, violoniste, un jeune maître du Conservatoire de Liège. 
M. Taffanel a joué le concerto en sol de Mozart, le nocturne op. 15 et la 
valse en ré bémol de Chopin. Le public, transporté a fait à l'éminent ar- 
tiste français une superbe ovation. M. Dessin a joué avec un très grand 
succès le beau concerto en sol mineur de Max Bruch. 

— Le répertoire de la troupe d'opéra anglais que M. Cari Rosa conduit 
avec un grand succès dans les grandes villes du royaume, ne comprend 
pas moins de 59 ouvrages. De ces cinquante-neuf opéras, seize sont dus à 
des compositeurs anglais, Wallace, Balfe, .Julius Benedict, Macfarren, 
MM. Goring-Thomas, Cowen, Mackenzie, Villiers-Stanford et Corder; 17 
à des musiciens allemands, Mozart, Weher, Meyerbeer, Nicolaï, Beetho- 
ven, Wagner, Fiotow, fgnace Brûll, MM. Millœcker et Hermann Gœtz ; 
douze à des Français, Herold, Auber, Adam, Georges Bizet, Aimé Mail- 
lart, MM. Ambroise Thomas, Gounod, Guiraud et Masseuet ; enfin, qua- 
torze à des Italiens, Gherubini, Bellini, Donizetti, Ponchielli, MM. Verdi, 
Cîgnoni, Marchetti et Boito. 

— A Birmingham, on vient de donner Myn heer Jan, opéra bouffe an- 
glais de MM. Paulton et Jacobowski. C'est la troupe du Comedy Théâtre, 
de Londres, qui a prêté ses artistes, en attendant qu'elle revienne jouer 
la pièce dans son propre théâtre. Ce fait répond à une habitude prise 
depuis quelque temps. Avant de donner une pièce à Londres, on va l'es- 
sayer en province ; de cette façon, les auteurs jugent des effets et des 
coupures nécessaires; puis, après cette première pierre de touche, on rap- 
porte dans la capitale la pièce, qui a toutes les chances d'être au point 
lorsqu'on la présente au public. 

— Le théâtre de Northampton (Angleterre) a été presque entièrement 
détruit par les flammes, après la représentation. La salle, une des plus 
belles de l'Angleterre, était ouverte depuis trois mois à peine. On devait 
y jouer, cette semaine, les Cloclies de Corneville et la Mascotte. 

— Les théâtres russes célèbrent en ce moment le jubilé de Pouschkine. 
Au théâtre Marie, à Saint-Pétersbourg, jeudi, outre trois actes d'opéras 
sur des sujets empruntés à des poèmes de Pouschkine, on a représenté 
deux fragments de ses drames: Boris Godounow el la Roussalka, ainsi que 
la dernière scène i'Eugèm Onéguine, celle-ci dite par M. Sazonow et 
M^'i^ Savina. Le spectacle a commencé par l'ouverture de Rousslane et Lud- 
milla de Glinka, qui, dirigée par M. Napravnick, a été redemandée par 
acclamations. Le personnel de la troupe d'opéra a paru ensuite dans deux 
tableaux i'Eiujéne Onéguine et de Mazeppa, de M. Tchaïkovsky, et dans le 
premier acte de Housslane et Ludmilla. Les mêmes fragments ont été repro- 
duits au théâtre Alexandra avec le même succès. 



— Le Grand-Théâtre de Genève a représenté cette semaine un opéra- 
comique inédit, en trois actes et cinq tableaux, le Carillon, musique de 
M. Julien Bénard. L'action se passe en Danemark, au XVIIP siècle. Bâti 
sur une donnée originale et offrant des détails très soignés et très réussis, 
le libretto donne néanmoins prise à de sérieuses critiques. Le jeune 
auteur de la partition a le mérita, assez rare aujourd'hui, d'écrire en fran- 
çais et non en allemand, c'est-à-dire que sa musique est claire avant tout, 
élégante, très mélodique, tantôt d'une délicatesse sentimentale, tantôt d'une 
franche gaité et bien scénique. Les chœurs sont de très bonne facture. 
L'orchestre, sans accaparer l'attention, est intéressant. L'interprétation a 
été suffisante, pas plus. M. Bénard a été répétiteur d'harmonie au Con- 
servatoire, il a suivi les classes de Girard, Bazin et Théodore Dubois. 
Rien à dire des paroliers, MM. de Garât, Larsonneur et Lefèvre, sinon 
que les deux premiers sont également les auteurs de 7ac(;j(es Cteîieiiï, repré- 
senté à Genève il y a deux mois. — E. D. 

— Au théâtre Eslava, de Madrid, on a donné une saynète lyrique en 
un acte, las Criadas, qui a obtenu un très vit succès. Les auteurs sont 
M. Monasterio pour les paroles, et MU. Hernandez et Blasquez pour la 
musique. Ils ont été rappelés, en compagnie de leurs interprètes. — Au 
théâtre des Merveilles, on a représenté un « jeu lyrique » en un acte, Cambiar 
de rumbo, paroles de M. José Dominguez, musique de M. J. Estarrona. 
Succès aussi. 

— L'Egypte est décidément néfaste aux entreprises italiennes. On nous 
annonce que la troupe lyrique italienne, en représentations au théâtre 
khédival du Caire, vient d'être abandonnée par son imprésario, M. Boni. 
Les malheureux artistes ont été rapatriés aux frais du vice-roi. 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 

Si nous en croyons le Gaulois, les directeurs de l'Opéra auraient fait, 
auprès de M. Ernest Guiraud, une démarche pour le décider à écrire une 
œuvre en vue de l'Académie de musique. Le compositeur de Piccolino et 
de Gretna-Green n'a pas dit non ; mais, avant de dire oui, il veut connaître 
le livret qu'on compte lui proposer de mettre en musique. Rappelons, au 
sujet de M. Guiraud, qu'il compose, en ce moment, un Chevalier d'Har- 
metithal, dont M. Philippe Gille a écrit le livret, et qui est destiné à 
rOpéra-Comique. 

— On commence à s'occuper, à l'Opéra-Gomique, des études du nouvel 
ouvrage de M. Emmanuel Ghabrier, le Roi malgré lui, et depuis quelques 
jours déjà les chœurs sont au travail. Lorsque M"° Adèle Isaac, qui est 
chargée du rôle principal de cet ouvrage, sera revenue de Bordeaux, où 
elle donne en ce moment des représentations, les répétitions du Roi mal- 
gré lui s'entameront d'une façon sérieuse, de façon que le nouvel opéra 
puisse être prêt à être offert au public dans le courant du mois d'avril. 

— M. J. van Santen Kolff vient de faire paraître un important ouvrage 
ad majoreni Wagneri gloriam, d'où nous extrayons la curieuse lettre 
suivante, adressée par Wagner à M. Alphonse Royer, directeur de l'Opéra, 
au commencement de 1861, quelques jours avant la première représenta- 
tion de Tannhuuser à Paris. Cette lettre, dit M. Kolff, n'a jamais encore 
été publiée : 

« Monsieur le Directeur, 
» C'est probablement par un malentendu qu'on n'a pas encore fait droit 
à ma demande de cent (100) entrées pour la répétition générale de de- 
main. Jusqu'ici, si la salle a été trop encombrée aux dernières répétitions, 
ce n'est point de ma faute. Pour celle d'hier par exemple j'ai même refusé 
à ma femme la faveur de m'y accompagner, pour que la répétition eût le 
caractère le plus intime. J'ai été fort étonné alors de voir la salie rem- 
plie d'individus qui m'étaient parfaitement inconnus. Je crois être dans 
mon droit, en vous demandant, monsieur, de m'envoyer au plus tôt préa- 
lablement cent parterres, pour placer mes amis, que jusqu'ici j'ai discrète- 
ment renvoyés à cette répétition générale. En outre je vous prie. Mon- 
sieur, de satisfaire aux demandes des ministres étrangers pour loges et 
stalles à cette même répétition de demain soir. 
» Agréez mes civilités empressées. 

» RiGH.tRD Wagner. » 

— La librairie Ollendorff annonce la prochaine publication des Souvenirs 
d'un imprésario, par M. Maurice Strakosch. Si M. Strakosch nous raconte 
avec sincérité tout ce qu'il lui a été donné de voir dans le cours de sa 
longue carrière à'impresario, dans tous les pays du monde, son livre sera 
certainement l'un des plus curieux que l'on puisse imaginer. 

— Dans une circulaire adressée à ses membres par la société de la 
Grande-Harmonie de Bruxelles, nous trouvons le paragraphe suivant, qui 
nous parait fort intelligent: — « Des réclamations, parfaitemeni justifiées, 
nous ont été adressées lors de la dernière représentation, relativement 
aux chapeaux de dames. En conséquence, les dames prenant place aux 
fauteuils d'orchestre, aux stalles de parquet, ainsi qu'aux stalles de 
bourrelet du balcon, seront invitées à ne pas conserver le chapeau sur 
la tète; il ne sera fait exception à cette règle que pour les personnes 
âgées et sous la condition que le chapeau n'ait pas une hauteur exagérée. 



LE MENESTREL 



95 



Celte mesure, qui est prise dans l'intérêt de tous les spectateurs, 
ne peut être edîcace que si elle reçoit une application générale, et nous 
sommes convaincus que MM. les sociétaires voudront bien nous prêter 
leur concours pour qu'elle soit observée. » Est-ce que nos administrations 
théâtrales parisiennes ne pourraient pas s'inspirer de ces sages préceptes, 
et afficher quelques avis de ce genre à la porte de leurs établissements? 
Il nous semble qu'ils seraient bien vus de la partie mâle de la popula- 
tion, en présence du flot toujours montant — c'est le mot — des coiffures 
féminines. 

— La saison de Nice bat son plein. Après les excellentes représenta- 
tions de Mignon au théâtre du Casino, voici celles de Carmen, où nous 
retrouvons les mêmes artistes : M"" Haussmann, qui tient le rôle de 
Carmen avec beaucoup d'intelligence : M. Degenne, plus en voix que 
jamais ; M. Guillen, un toréador plein de verve, et M"» Potel (Micaëla), 
une chanteuse et une musicienne remarquable. N'étaient les chœurs, 
l'orchestre et les petits rôles, qui laissent à désirer, ou peut dire que ces 
représentations sont loin d'être inférieures à celles de Paris; aussi le 
théâtre ne désemplit-il pas. — Pendant ce temps, les représentations 
italiennes du Théâtre municipal réussissent aussi brillamment. M™^ Ne- 
vada vient de s'y produire avec beaucoup de succès, et M°"^ Tetrazzini, qui 
fait partie de la troupe, est une artiste du plus grand mérite. Malheureu- 
sement le ténor Nouvelli est tombé malade, et il a fallu pourvoir au plus 
vite à son remplacement par M. GaruUi (de la Scala de Milan), qui va débuter 
ces jours-ci. — A ce même théâtre, les représentations de Goquelin ont 
été une vraie fête. 11 a passé en revue, devant des salles combles, les 
principaux rôles de son répertoire. Ce n'est pas à Paris que nous avons 
à faire son éioge. 

— La Gioconda du regretté Ponchielli continue à tenir l'affiche du 
Théâtre Municipal, à Nice. On peut ainsi, sans sortir de France, faire 
connaissance avec un ouvrage qu'on n'a donné encore, que nous sachions, 
dans aucun autre théâtre de notre pays. C'est à coup sûr un opéra dis- 
tingué, écrit avec une remarquable entente de la scène, de belles sono- 
rités vocales, et même du coloris instrumental. On y souhaiterait je ne 
sais quoi de plus sincère, et, partant, déplus communicatif dans l'émotion, 
que ne suppléent ni l'habileté de main, ni la facilité de l'inspiration, ni 
le sens et la longue étude des effets. On y retrouve trop aussi ce bagage 
de dessins, de récits, formes mélodramatiques qui ont servi et servent 
encore dans beaucoup d'opéras; et aussi l'influence de certains maîtres, 
surtout de Verdi, du Verdi de RigoleUo, avec qui Gioconda a une lointaine 
parenté. Chose singulière, dans une œuvre conçue par un musicien italien : 
ce sont les chœurs, les ensembles, qui portent le plus; si on en excepte 
peut-être le dernier acte, la phrase mélodique y est souvent courte ou 
manque de naturel dans le contour. — L'exécution n'est pas assez homo- 
gène, par suite de l'inégalité de talent des interprètes. En première ligne, 
il faut citer M'"" Tetrazzini, chargée du rôle de Gioconda, qui, en dépit 
d'un physique un peu ingrat, s'y montre tragédienne lyrique de premier 
ordre. Douée d'un organe étendu et vibrant, elle tient sa partie avec une 
autorité, une énergie, une intensité de passion absolument remarquables ; 
elle a notamment une façon de dire le récit en en précipitant par ins- 
tants le débit, ou en atténuant le son jusqu'à le rapprocher du langage 
parlé, qui est neuve et saisissante. Le ténor Nouvelli (Enzo) a une voix 
charmante, un peu faible dans le grave, mais qui se meut à l'aise et 
avec une couleur de son toujours égale, du médium jusqu'au si au-dessus 
des lignes. M. Wilmant donne une physionomie très vivante au rôle de 
Barnabe, mais n'est pas toujours bien servi par une voix fruste et un 
peu sèche. M™ Bacchiani, dans le personnage épisodique de la Cieca, 
appuie trop sur ses notes de poitrine, et exagère les portamenti et les points 
d'orgue; les autres chanteurs ne sont que suffisants. En somme, audition 
fort intéressante, qui a, pour des oreilles françaises, le trop rare attrait 
de la nouveauté. — A. R. 

— Le Grand-Théâtre de Dijon a donné cette semaine avec succès la repré- 
sentation d'un opéra inédit en trois actes et quatre tableaux, k Tintoret, 
paroles de M. Ed. Guinand, musique de M. Ad. Dietrich, professeur 
d'harmonie au Conservatoire de Dijon. M. Dietrich, qui a été l'élève de 
M. Saint-Saêns, a dédié sa partition à son ancien maître. Les deux prin- 
cipaux rôles du Tintoret étaient joués par M"" Edanob, et M. Trémoulet. 
Un grand ballet, au second acte, a été réglé par M'"= Hennecart. La mise 
en scène a été l'objet de tous les soins du directeur, M. Mirai, qui a été 
choisi pour diriger, l'année prochaine, le Théâtre des Arts, à Rouen. 

— Sous le titre. Archives Théâtrales, notre confrère Paul Meyan com- 
mence à la librairie Tresse et Stock une publication périodique paraissant 
le 10 de chaque mois. C'est un recueil au jour le jour de tous les faits 
et événements dramatiques intéressant le monde des théâtres et des con- 
certs. Le numéro de janvier est en vente. 

— Une société d'instrumentistes amateurs, la Symphonie, vient de don- 
ner son premier concert de l'année. La salle Beethoven ne pouvait con- 
tenir tous les amis connus et inconnus qui avaient répondu à l'appel de 
cette société, qui, bien que fort jeune, a déjà su conquérir s-à place. Entre 
autres attractions, son programme comprenait des morceaux inédits qui 
ont été fort applaudis. Plusieurs artistes aimés du public avaient prêté 
leur concours à la Symphonie, qui peut inscrire à son actif une bonne 
soirée de plus à la fois pour elle et pour les assistants. 



— L'Académie Littéraire et Musicale de France organise des concours 
de tous genres. Appel est fait à tous: poètes, prosateurs, musiciens 
Demander les statuts â M. Georges d'Olne, directeur, 60, rue de Turbigo, 
f^aris. 

— Le Comité du concours musical, qui doit avoir lieu cette année au 
Havre, a définitivement choisi les dates des :29 et 30 mai. 

CONCERTS ET SOIRÉES 

Le dernier programme de la Société des concerts du Conservatoire, 
qui se répète aujourd'hui, comprenait la symphonie en ut mineur de Bee- 
thoven, qui a été dite d'une façon véritablement admirable, des fragments 
de Mors et Vita, oratorio de M. Charles Gounod, et la Si" symphonie (en 
si bémol) d'Haydn, qui, il faut bien le dire, malgré son charme et sa 
grâce aimable, faisait un peu maigre figure après deux œuvres de cette 
envergure. Les fragments de l'oratorio de M. Gounod étaient les suivants: 
Larrijmosa, Quid swn miser, Félix Culpu, Judex, Pie Jesu et Agniis Dei. Ces 
fragments ont fait sensation, et leur succès a dépassé de beaucoup, surtout 
pour le Judex, ce que nous avions vu l'an passé auTrocadéro. Il faut dire 
aussi que M°" Krauss était là, avec son admirable style, son phrasé mer- 
veilleux, son talent sans rival, pour donner à la musique du maître tout 
son essor et toute sa valeur, et qu'elle était bien secondée par M^^ Marie 
Masson, MM. Auguez et Rinaldi. Le quatuor avec chœur qui forme le 
Quid smn miser, très pathétique et très puissant, a permis à la grande ar- 
tiste de déployer ses superbes qualités, qui ont brillé davantage encore 
dans le solo de soprano du Félix Culpa. Dans le choix des morceaux portés 
sur le programme, celui du Judex était particulièrement heureux; le su- 
perbe prélude instrumental qui ouvre cette page noblement inspirée, la 
belle phrase dite par les violons, dont l'effet, merveilleux dès l'abord, se 
décuple ensuite lorsqu'elle vient soutenir le puissant ensemble choral, 
tout cela produit une sensation grandiose et saisissante. Le Pie Jesu, dont 
l'idée principale est secondaire, est néanmoins d'une jolie couleur blonde. 
Cette sélection, on l'a vu, se terminait par l'Agnus Dei, qui a été encore, 
pour M""' Krauss, l'occasion d'un de ces triomphes, accompagnés de rap- 
pels et d'acclamations, comme on en voit peu au Conservatoire. Pour ma 
part, je ne puis que rendre les armes devant un talent aussi noble, aussi 
pur, aussi exempt de toute recherche et de toute faiblesse, et je me borne, 
ne sachant faire mieux, à constater son immense supériorité. A. P. 

■ — Le programme du 16' concert du Châtelet était très varié. M. Colonne 
nous a fait entendre une ouverture de Massenet, Phèdre, écrite dans le 
style de Mendelssobn. Le premier mouvement, en mineur, est d'un beau 
caractère. L'œuvre est mélodique et fort intéressante. Ijintermezzo de 
M. Paul Lacombe, qui fait partie d'une symphonie couronnée en 1886 
par la Société des compositeurs de musique, gagnerait, croyons-nous, à 
n'être pas séparé de l'ensemble de l'œuvre. Il tient sans doute la place 
d'un scherzo ou d'un menuet; mais nous ne voyons pas trop ce que nos 
compositeurs modernes gagnent à s'écarter du type traditionnel de la 
symphonie classique, qui est parfait. La grande scène religieuse de Pur- 
sifal avait été intercalée entre la symphonie en si bémol de Beethoven, 
qui est une merveille d'élégance, de finesse et de poésie, et les fragments 
du Songe de Mendelssobn, cette musique véritablement ailée, comme disait 
Henri Heine. Cette massive conception fais^.it un singulier effet entre 
les deux chefs-d'œuvre de l'ancienne école : ou ne remplace pas les 
idées mélodiques par des cloches, fussent-elles justes, ni par des chœurs 
placés à des étages différents. Le public a cependant applaudi le chœur 
sans accompagnement, et la page dernière, qui ne manque pas d'un cer- 
tain caractère religieux. M. Colonne avait, du reste, monté ce fragment 
de Parsifal avec beaucoup de soin. Mentionnons le succès de M. Cantié, 
flûtiste, et de M. Gruyer, corniste, dans les fragments du Songe, et disons 
que le public a bissé, avec justice, le délicieux arrangement orchestral 
de M. Guiraud (Chanson du Printemps et Fileuse). — H. Barbedettë. 

— Concerts Lamoureux. — Mendelssobn a composé son ouverture des 
Hébrides pendant un voyage qu'il fit en Ecosse vers 1829. La forme géné- 
rale de cette œuvre et sa couleur lui furent suggérées par l'aspect de la 
grotte de Fingal, et c'est sur les lieux mêmes qu'il écrivit les premières 
mesures. On n'y retrouve pas cependant, du moins à un degré très mar- 
qué, la poésie du nord, telle que l'ont comprise et rendue d'autres artistes, 
Niels Gade par exemple. Il nous semble douteux que Mendelssobn se soit, 
beaucoup inspiré d'Ossian. La symphonie en sol mineur de M. E. Lalo 
est un ouvrage aux tendances sérieuses, mais où l'inspiration ne se dégage 
pas toujours avec ce relief puissant qui la rend inoubliable. Un efl'et très 
spécial que l'on retrouve dans l'ouverture de Coriolan est employé par 
l'auteur avec une insistance presque fatigante. Il consiste dans d'immenses 
poussées de son qui aboutissent à un accord violent et se résolvent en un 
bruit semblable à celui d'une pièce de soie que l'on déchire. Le second 
morceau comprend un thème aux contours anguleux, précédé et suivi par 
une jolie musette, h'interinezzo prend des allures plus graves; on dirait 
presque un chant religieux. Le finale présente des alternances de rythme 
à six-huit et à deux temps. L'œuvre dénote un louable efl'ort, et méritait 
les bravos qui l'ont accueillie. La Chasse fantastique de M. E. Guiraud a 
été fort goûtée. Il en a été de même du prélude du deuxième acte de 
Givmdoline. M. E. Chabrier a écrit là un petit poème symphonique gra- 
cieux et passionné, émouvant même parfois. M""" Szarvady a exécuté en 



LE MENESTR|]L 



véritable artiste le concerto en la mineur de Schumann. Néanmoins, 
l'interprète n'a peut-être pas sulïisamment fait ressortir le côté roman- 
tique et passionné de cette belle composition. Son jeu pur et sobre, son 
style très classique, lui ont mérité d'ailleurs une chaleureuse ovation. 
L'ouverture de Tonnhâusi'r terminait la séance. Elle renferme un trait "dé 
violons qui revient plus de cent fois et grince horriblement. 

AjllÎDÉE Boutahei.. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire : même programme que dimanche dernier. 
Concert du Ghâtelet : relâche. 

Eden-Théàtre, concert Lamoureux : ouverture de liieiizi (Wagner) ; 
Symphonie en sol mineur (E. Lalo) ; Concerto en la mineur, pour piano 
(Schumann), exécuté par M"'"= Szarvady ; prélude du 2» acte de GwendoVme 
(Emm. Chabrier) ; les Murmures de la forêt, de Siegfried (Wagner) ; Grande 
marche de fête (Wagner). 

— Dimanche 27 février 1887, S' concert populaire, au Cirque d'Hiver. 
Le programme comprend deux premières auditions des plus intéressantes : 
la dernière Symphonie de Rubinstein et une Fantaisie-Ballet pour piano et 
orchestre, composée et exécutée par M. Pierné, prix de Rome de 1883. 
Voici le détail du programme: Symphonie héroïque, Beethoven; Sérénade 
hongroise, V. Joncières; Symphonie (n" 6), première audition, Rubinstein; 
Fantaisie-Ballet pour piano et orchestre, Pierné, prix de Rome 1883, 
exécutée par M. Pierné ; Ouverture à'Euryantlie, Weber. (C'est par erreur 
que les billets de MM. les Abonnés portent la date du 20 février, ils 
seront bons pour le 27.) 

— Les premières matinées données par M. Lebouc ont eu un plein succès. 
M'"" Béguin-Salomon, bien secondée par MM. Gh. Turban, Nadaud, Prioré, 
Lebouc et de Bailly, s'est distinguée dans des ouvrages de Mozart et de 
Hummel, puis dans un charmant morceau de genre, la ^'aise-Arabesque, de 
Th. Lack. M"« Jeanne Nadaud a chanté avec beaucoup d'effet et MM. Le- 
bouc et Ed. Nadaud ont été très applaudis. Aux lundis suivants, M""* 
Emile Herman, Jeanne Meyer, Lafaix-Gontié, Anna Soubre, Poitevin et 
MM. Lebouc et Lefort ont charmé l'auditoire par leurs talents si sym- 
pathiques. 

— Chambrée pleine, mardi dernier, à la salle Pleyel, pour le concert 
annuel du violoncelliste Ph. Lamoury. Succès pour M. Thual, qui 
a rendu avec beaucoup de méthode et de sentiment Berceuse et Chanson 
d'Hiver, deux très jolies mélodies de M. Emile Bouichère, dont l'efl'et a été 
très grand. Excellente exécution d'une mazurka de M. G. Pfeill'er par 
M. Orange-Colombier, et réussite complète d'un Menuet enfantin pour vio- 
loncelle, qui a valu à son auteur, M. Lamoury, les applaudissemants les 
plus flatteurs. 

— Dimanche, à la salle Erard, séance fort intéressante. M. G. Falken- 
ber? y faisait entendre et applaudir quelques élèves, artistes déjà, ou se 
destinant à la carrière artistique. M'" Jeanne Nadaud et M. Edouard 
Nadaud ont produit une vive impression, et M. Falcke, un ancien élevé 
de M. Falkenberg, y a été grandement fêté. MM. Falkenberg et Falcke se 
sont fait longuement applaudir après l'exécution de morceaux à deux 
pianos. La séance se terminait par la charmante Marche cosaque, à quatre 
mains, de M. G. Mathias. 

— Le jeune violoniste Ernest Moret, dont nous avons eu déjà l'occasion 
de parler, s'est fait entendre jeudi dernier au Cercle de la Presse, où il 
a exécuté d'une façon superbe la Polonaise de Rehfeld, qui lui a valu le 
plus brillant succès. 

— Saijjedi dernier, salle Érard, concert donné par M'" Bardout, pia- 
niste d'un très grand avenir, qui a joué, après plusieurs morceaux de sa 
composition, le concerto en ré mineur de Mendelssohn qui lui a valu les 
bravos et les rappels de tout l'auditoire. M""' C. Vautier, MM. Ristori et 
Gaston Bardout, qui prêtaient leur concours à la vaillante artiste, ont eu 
leur bonne part de bravos. 

— M™' Roger-Miclos donnera cette année quatre concerts, dont les pro- 
grammes comprendront des classiques, des œuvres russes, et enfin des 
œuvres modernes françaises. La première de ces très intértsiantes 
séances aura lieu jeudi prochain 24 février, avec le concours de l'orchestre 
Colonne. 

— Mercredi 23 février, salle Érard, soirée-audition des œuvres de 
M. Tschaïkowsky, avec le concours de M"'" Conneau et de MM. Diémer, 
Marsick, Brandoukoff, Mas et Brun. 

— Mercredi 2 mars, salle Pleyel, concert donné par M"" Hélène 
Leybaque, pianiste, avec le concours de M"» Samé, de MM. Rémy, Loeb 
et Kaiter. 

— Jeudi 2i, salle Érard, concert donné par M"° Jenny Maria, qui 
fera entendre des œuvres d'auteurs classiques et modernes. 

— Le violoniste Emile Sauret donnera le vendredi 2o février, à la salle 
Érard, un intéressant concert avec le concours de MM. Louis Diémer et 
Delsart. 

— L'Association artistique d'Angers a consacré, dimanche dernier, son 
15* concert populaire à la mémoire d'Herold. C'est là une idée vraiment 



heureuse. Le programme comprenait, parmi les œuvres du maitre immortel, 
l'ouverture de la Clochette, le 'À" concerto de piano, merveilleusement 
exécuté par M. Charles René, la cantate i'Alcyone, chantée avec goût et 
sentiment par M™' Muller de la Source, et l'ouverture de Zampa. Ce 
programme était complété par un grand air de Judith, oratorio de M. Gh. 
Lefebvre, Dalila, scènes pour orchestre, du même auteur, le lied de Xadia, 
de M. Jules Bordier, et les Danses hongroises de J. Brahms. Succès complet 
pour cette séance pleine d'intérêt. — Puisque nous avons écrit le nom de 
M. J, Bordinr, constalons qu'aux concerts populaires de Boulogne-sur-Mer 
on a exécuté deux de ses compositions. Ilora Itumaneva el Souvenir de Buda- 
Pesth, et qu'au 6° concert classique de Genève on a vivement applaudi son 
Divertissement macabre. 

— Le concert donné à Versailles par M. Emile Cousin, directeur du 
Conservatoire de cette ville, a répondu à tout ce que l'on devait attendre 
du talent de M"" Soubre, de M. Bosquin et de M'"= Roger-Miclos, qui ont 
été acclamés. M. Emile Cousin s'est fait entendre avec succès dans un 
concerto de Mendelssohn. 

— Brillant succès pour le jeune pianiste G. Bondon. à la i"" séance de 
musique de chambre du Havre : il a interprété, entre autres morceaux, 
l'Impromptu en «(mineur de Schubert, avec une virtuosité exceptionnelle. Le 
programme comportait en outre un menuet pour instruments à cordes de 
Bolzoni, que l'excellent violoniste, M. Gogue, a dû bisser. 

— Au concert de la Société philharmonique de Boulogne-sur-Mer, qui a 
eu lieu le 8 février, très grand succès pour M. Henri Maréchal, dont on a 
exécuté, au milieu des applaudissements d'un public très nombreux, la 
yativilé, les Vivants et les Morts et l'Étoile exécutée en son entier. M. Bosquin. 
Mme Faye et M"= F. ont été très fêtés, et on a fait de chaleureuses ovations 
à l'éminent violoniste E. Ysaye. 

— M. Félix Godefroid vient de donner un concert à Soissons, et la 
presse locale ne tarit pas d'éloges sur le remarquable artiste, qui s'est 
fait applaudir comme compositeur et comme interprète. Ou a bissé aussi 
d'acclamation à M. Dérivis l'exquise mélodie T'aimer, accompagnée au 
piano par l'auteur. — M. Félix Godefroid jouera ces jours-ci à Rouen. 

— On nous écrit de Moulins : — » H y avait foule samedi 29 janvier au 
théâtre de Moulins, pour entendre le magnifiqua concert organisé, avec le 
concours d'artistes venus de Paris, au bénéfice des inondés du Midi et 
des pauvres de la ville. M"=* Tayau, Galitzine et Bardout ont soulevé 
l'auditoire par leur impeccable exécution. Quant à M"'» Montégu-Monti- 
bert, elle a chanté le récitatif et l'air d'Orphée avec un art et un sentiment 
très profonds. M. Mazalbert a soupiré le madrigal de Patrie, et a été très 
applaudi dans un air de Jean de Nivelle. L'orchestre était très artistique- 
ment dirigé par M. Boullard. » 

— On nous signale le brillant succès remporté par une jeune élève de 
Ijime Yachot, M"» Clarisse Lévy, qui s'est fait entendre, dimanche dernier, 
au concert de la Société philharmonique de Gompiègne. M'"' Clarisse Lévy, 
qui n'est âgée que de 17 ans, promet déjà de devenir une véritable artiste. 

NÉCROLOGIE 

M. Cari Goetze, chef d'orchestre du Théâtre municipal de Magdebourg, 
est mort dans cette ville le 14 janvier, à l'âge de ol ans. Il avait rempli 
autrefois les mêmes fonctions au KroU's Theater de Berlin, où il a laissé 
un souvenir sympathique. Compositeur de talent, on a de lui plusieurs 
opéras, dont un, Gustave Wasa, obtint une certaine vogue. Un dernier ou- 
vrage de lui, Judith, est en répétitions au théâtre de Magdebourg. 

— Le R. P. Matias Arostegui, maitre de chapelle et organiste du mo- 
nastère royal de l'Escurial, est mort ces jours derniers dans un âge 
avancé. C'était un homme fort estimable et un artiste fort distingué, dont 
la perte est vivement ressentie par tous ceux qui l'ont connu. 

— De Londres, on annonce la mort d'Edouard Collet May, artiste dis- 
tingué, qui était né à Greenwich en 1806, et qui était le père d'une 
pianiste fort remarquable, miss Florence May. H avait été l'élève de 
Potter, d'Adams et du célèbre chanteur Crivelli, et pendant longues 
années occupa les fonctions de professeur de chant au Queen's Collège 
de Londres. 11 avait pris sa retraite depuis deux ans seulement. 

— A Florence est mort, l'autre semaine, un jeune compositeur, M. Gus- 
tave Sarti, violoncelliste distingué, qui s'était fait connaître surtout comme 
auteur d'un poème symphonique intitulé VAmore degli .iiigioli, et qui, il y 
a deux ans, alors qu'il en avait dix-huit seulement, avait dirigé l'or- 
chestre du théâtre de la Pergola. 

— On annonce la mort à Turin, à l'âge de 74 ans, de M""' Francesca 
Ferni ex-artiste dramatique distinguée, qui était la mère de la grande 
cantatrice M'"= Virginia Ferni-Germano, dont la renommée est si considé- 
rable en Italie. 

Henri Heigel, directeur-gérant. 

En venlcchez FELIX .MACIÎAR, éditeur, 22, passage des Panoramas. 
LES OEtVRES DU COMPOSITEUR RUSSE 

P. TSCHAÏKOWASKY 



2921 - S3"' kmE - \" 13. 



Dimanche 27 Février 1887. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les maniiscriLs doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auleurd.) 



LE 



MENESTREL 



MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser fhasco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrei,, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un on. Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Jlusique de Chant, 20 Ir.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand thoitre à Paris pendant la Révolution (17° article), Arthur Pougix. — 
II. Semaine théâtrale: une matinée à l'Opéra, nouvelles, Arthur Pougin ; 
reprise d'Orpliée aux Enfers à la Gaîté, première représentation du Ventre de 
Paris, au Théâtre de Paris, et de la Vie commune, au Palhis-Royal, Paul-Émile 
Chevalier. — III. Conservatoire de musique: Dons faits au musée instrumental; 
legs d'un violon de Stradivarius, Léon Pillaut. — I\'. Nouvelles diverses et 
concerts. 



Nos abonnés à 
jour : 



MUSIQUE DE PIANO 
musique de piano recevront, avec le numéro de ce 

MÉLODIE PERSANE 



de A. RuBiNSTEiN, paraphrase pour piano par Théodore Lack. — Suivra 
immédiatement : .¥oce hongroise, de Chaiiles Neustedt. 

CHANT 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés k la musique de 

CHANT : Cœur jaloux, mélodie nouvelle de E. Paladilhe, poésie de Villemer- 
Soubise. — Suivra immédiatement : Elle chantait, mélodie d'ANTOiNE Rr- 
BINSTEIN, sur une poésie russe de la C-*= Rostgpschine, traduction française 
de Pierre Barbîer. 



UN GRAND THEATRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

DE 1788 A 1801 

D'après des documents inédits et les sources les plus authentiques. 

(Suite.) 



Dans sa séance du iO décembre 1792, la Commune, encore 
indulgente, accorde, non toutefois sans quelques débats et 
quelque opposition, un passeport à M"« Miller, danseuse de 
l'Opéra, engagée pour six mois au théâtre italien de Londres, 
à partir du 10 janvier 1793, aux appointements de mille livres 
sterling (1). Le 14 février 1794, elle refuse à M"« Guimard, 
la célèbre danseuse du même théâtre, de lui continuer son 
certificat de civisme : — « L'agent national réclame contre 
le certificat de civisme accordé à la citoyenne Guimard ; il 
rappelle ses liaisons avec le maréchal Soubise et autres 
grands seigneurs ; il ne croit pas qu'elle soit patriote, et le 
•conseil suspend le certificat de civisme (2). » Peu de jours 
, après pourtant, le 22 février, sans doute sur les instances des 
intéressés, la Commune revient sur cette décision et sur une 
.semblable qui avait été prise à l'égard de Vestris père : — 

(1) Journal de Paris, du 22 décembre 1792. 

(2) Feuille de salut public, du 20 pluviôse an II. 



« Le conseil lève la suspension du visa du certificat de ci- 
visme de la citoyenne Guimard, femme Despréaux, el accorde 
celui de Yestris père, qui avoit été ajourné (1). » Le 12 mars, 
elle retient leur certificat à deux jeunes fillettes du corps de 
ballet de l'Opéra, dont les intrigues étaient évidemment de 
nature à mettre la patrie en danger : — « Le conseil ajourne 
le visa des certificats de civisme aux citoyennes Peslin et 
Courtois, pensionnaires de l'Opéra (2). » Le 14, elle consent 
à accorder un passeport à M"'' Colombe, ancienne chanteuse 
de la Comédie-Italienne: — « La citoyenne Colombe demande 
et obtient un passeport pour aller jouer la comédie à Dun- 
kerque (3). » Mais, le 5 avril, elle prend la résolution de 
refuser dans l'avenir tout passeport aux comédiens qui ne 
satisferont pas à certaines conditions : — « Une jeune ci- 
toyenne attachée à un théâtre de Paris demande un passe- 
port pour aller à Marseille, oi^i elle dit avoir contracté un 
engagement. Plusieurs membres font sentir le danger d'ac- 
corder trop facilement des passeports aux acteurs et actrices; 
il est possible, disent-ils, que des émigrés et autres jouent 
pendant six mois sur un théâtre, et qu'ensuite, au moyen 
d'une attestation d'un directeur, ils se présentent pour obte- 
nir un passeport; en conséquence, le conseil arrête qu'il ne 
sera plus accordé de passeports aux acteurs et actrices, qu'ils 
n'ayent préalablement justifié de leur acte de naissance, d'un 
certificat de résidence, et du tems pendant lequel ils ont 
joué sur le théâtre qu'ils quittent (4). » Enfin, le 26 avril, 
la Commune revient sur cette décision après une discussion 
assez vive et sur les instances de F « agent national, » qui 
était rarement aussi bien inspiré et qui, par extraordinaire, 
parlait en cette circonstance le langage du bon sens et de 
la raison : ^^ « Plusieurs comédiens et comédiennes se pré- 
sentent pour demander des passe-ports, à l'effet d'aller exer- 
cer leur art dans les départemens. 11 s'élève une discussion 
à ce sujet. Un membre observe qu'il semble que la sortie 
des nobles soit suivie de celle des comédiens ; il craint que 
parmi eux il ne s'ij trouve des gens suspects ; il demande en 
conséquence qu'aucun, comédien ou comédienne ne puisse 
obtenir de passe-ports que sur la présentation d'un certificat 
de civisme, attendu que d'ailleurs il parait que la plupart ne 
quittent Paris que parce qu'on y joue des pièces patriotiques. 
L'agent national s'élève avec force contre cette mesure. Les 
lois, dit-il, permettent et la libre circulation des denrées et 
celle des personnes. D'après la loi tous les citoyens peuvent 
voyager librement dans la République, s'ils sont bons ci- 
toyens ; s'ils sont suspects, ils doivent être arrêtés. Devons- 

(1) Journal de Paris, du 6 ventùse an II. 

(2) Journal de Paris, du 2't venlose an II. 
(i) Journal de Paris, du 27 venlose an II. 
(l) Journal de Paris, du 18 germinal an II. 



98 



LE MKNESTREL 



nous d'ailleurs, ajoute-t-il, nous occuper ici des comédiens? 
Nous ne devons connaître que des citoyens. Pourquoi vouloir 
attaquer tel ou tel état ? Bornons-nous uniquement à pour- 
suivre le vice partout où il se trouve ; ne soyons rigoureux 
qu'à propos, ou plutôt soyons toujours justes. Lorsque la 
commission des passeports', qui jouit de votre confiance, 
vous présente des citoyens, accueillez-les en leur accordant 
leur demande, et ne jettez point de la défaveur sur les états 
qu'ils professent ; ils sont tous honorables quand ils sont 
utiles" à la patrie. On demande de toutes parts l'ordre du 
jour sur la proposition faite par le préopinant, tendante à 
exiger des certificats de civisme. L'ordre du jour est appuyé 
par l'agent national et adopté, et le conseil accorde tous les 
passeports demandés par les comédiens et comédiennes (1). » 
Tout cela démontre amplement combien la profession de 
comédien était difficile à exercer en ces temps troublés, et 
non seulement de quels dangers, mais de quels ennuis de 
tout genre elle était entourée. 

1794 

-Revenons à l'Opéra-Comique, dont les excellents artistes, 
pour n'être en aucune façon de farouches révolutionnaires, 
se voyaient bien obligés de suivre — sans jamais d'ailleurs 
susciter de scandales d'aucune sorte — la pente que leur 
indiquaient et le souci légitime de leurs intérêts et le soin de 
leur sécurité personnelle. 

Dès le mois de janvier 1794 ils lancent dans la circulation 
trois petites pièces de circonstance, toutes trois en un acte : 
le 4, V Intérieur d'un ménage républicain, vaudeville de Ghastenet (2) 
« avec accompagnemens du G™ Fay, » artiste pensionnaire du 
théâtre ; le 19, le Plaisir et la Gloire, « scènes patriotiques en 
vers, mêlées de chants » de Sewrin, musique de Solié, 
artiste sociétaire du même théâtre; et le 21, la Prise de Toulon 
par les Français, opéra-comique, paroles d'Alexandre Duval, 
musique de Lemierre de Gorvey. Le spectacle du 22 est 
inscrit en ces termes sur le registre : — « Gratis, pour l'an- 
niversaire de la mort du tyran, Mai-at dans son souterrain la 
Veuve du républicain, la Prise de Toulon par les Français. On a 
ouvert à 3 heures et commencé à 4. » Le 5 février on donne 
la première représentation d'Andros et Almona ou le Philosophe 
français à Ba^sora, opéra-comique en trois actes, paroles d'Alexan- 
dre Duval et Picard, musique de Lemierre de Gorvey, 
ci-dessus nommé, et le 2f> celle d'une pièce inepte intitulée 
le Congrès des Rois, qui présentait cette particularité curieuse 
que le poème, dû à un écrivain encore absolument inconnu, 
de Maillot, avait été mis en musique par douse compositeurs 
au nombre desquels se trouvaient les artistes qui faisaient 
alors la plus grande gloire de la France : Grétry, Méhul, 
Gherubini, Dalayrac, Berton, Kreutzer, Devienne, Solié Jadin 
Blasius, Desbayes et Trial fils. 

Par quel singulier concours de circonstances de Maillot, 
alors complètement obscur, et qui ne devait inventer que 
quelques années plus Lard le type devenu si populaire de 
Mme Angot, put-il à ses débuts réunir autour de lui une si 
riche et si florissante collafDoration? C'est ce qu'il serait bien 
impossible de dire, et ce qui reste d'autant plus incompré- 
hensible que son œuvre était plus sotte et plus ridicule. On 
se rendra compte de l'incohérence et de l'ineptie de celle-ci 
par cette analyse, que je choisis entre dix autres à cause 
de sa clarté relative, et qui peut donner une idée assez 
exacte du dévergondage d'imagination auquel l'écrivain s'était 
livré. Il est en tout cas assez curieux de voir jusqu'où peut 
s'étendre la bêtise humaine, et sous ce rapport les liones 
qu'on va lire sont suffisamment instructives : 

Le Congrès des Rois n'a pas eu tout le succès qu'on pouvait en 
attendre; et sans doute on en doit chercher la cause dans la len- 
teur de l'action. Les rois coalisés ont choisi la cour du roi de 
Prusse pour tenir un congrès où ils doivent discuter leurs intérêts 



(1) Journal de Paris, du 8 floréal an U. 

(2) Sans doute Ghastenet de Puységur. 



et se parlager tout bonnement la France, qu'ils sont bien éloignés 
d'avoir conquise. Là se renient le roi d'Angleterre et son ministre 
Pitt, les rois d'Espagne, de Sardaigne, de Naples et l'empereur. La 
Catau du Nord (Catherine II, impératrice de Russie) doit y envoyer 
son substitut, et le pape a choisi Cagliostro, qu'il a fait sortir du 
château Saint-Ange, pour le représenter à ce, congrès fameux. Six 
femmes, bien conseillées par M."'" Cagliostro, se promettent d'em- 
ployer tous leurs charmes pour enflammer les six brigands cou- 
ronnés et pour rire ensuite aux dépens de ces monstres. Ces femmes 
détestent la tyrannie, adorent la révolution française, et Cagliostro 
lui-même, qui arrive à la tête des soldais du pape, muni d'Agnus 
et de la mule du S. Père, est un chaud patriote qui se promet bien 
de mettre tout en usage pour seconder les efforts des Français et 
jouer quelques tours aux despotes de l'Europe. En effet, Cagliostro 
les assemble tous dans un salon obscur, où, après les avoir fait 
placer chacun dans une cruche (!), il leur fait voir des ombres, et 
la fameuse femme blatiche, spectre si redouté de la maison de 
Brandebourg : ensuite ce sont des troupes de Sans-Culotles qui 
viennent leur prédire le triomphe de la Raison et de la Liberté' 
sur l'erreur et la tyrannie. Cette vision effraye singulièrement les 
lâches couronnés, dont l'un console les autres en leur disant : 
Heureusement ce ne sont que des ombres. Au troisième acte, le congrès 
s'assemble. Chacun des rois ouvre un avis ridicule, et le résultat 
de la conférence est le partage de la France ; l'un s'approprie la 
Champagne, l'autre la Provence, etc., etc. Mais tout à coup le canon 
se fait entendre : ce sont les Français qui ont forcé le camp des 
despotes. Les patriotes investissent le palais, les rois se sauvent, et 
reviennent bientôt déguisés en Sans-Culottes et criant Vive la 
République / A la faveur de leur déguisement, ils échappent aux 
recherches, et les Français, après avoir planté l'arbre de la Liberté 
et brûlé les attributs de la servitude, forment des danses, en chan- 
tant le réveil des peuples et la chute de la tyrannie (1). » 

Toutes farcies que les imaginations fussent alors d'idées sin- 
gulières, elles ne purent supporter la vue de pareilles calem- 
bredaines. « La longueur de l'ouvrage et le peu de piquant 
des couplets du Congrès, ajoute le narrateur, ont fatigué un 
peu le public, qui a rejeté sa mauvaise humeur sur le ballet; 
les coups de sifilet les plus aigus et les plus redoublés se 
sont fait entendre, et l'on a oublié de demander l'auteur, 
ainsi que les artistes qui ont coopéré à la belle musique de 
cette pièce. » La vérité est que le tapage fut téf, non seule- 
ment à la première, mais à la seconde représentation, que, 
pour y mettre un terme, l'autorité crut de son devoir d'in- 
terdire les suivantes. Le Congrès des Rois ne vécut que deux 
soirées, et son existence fut aussi courte qu'agitée (2). 
(A suivre.) Arthur Pougin. 

(1) A ff elles, annonces el avis divers. 

(2) C'est la Commune de Paris qui prononça l'interdiction du Congrès 
des Pois, et, ce qui est le plus curieux, c'est que l'ouvrage fut défendu 
comme favorisant les idées et les principes réactionnaires. Il fut dénoncé 
en ce sens dans l'une des séances du Conseil général : — « ... Le citoyen 
Barrucand, membre du comité révolutionnaire de la section de l'Arsenal, 
a dénoncé une pièce intitulée : Congrès des Rois, qu'on joue depuis quelques 
jours sur le théâtre de la rue Favart, et où il a vu grand nombre d'aris- 
tocrates applaudir des scènes qui l'ont révolté. Il se plaint de ce que l'in- 
fâme Cagliostro est décoré du titre sacré de patriote et présenté avec 
toutes les vertus du républicain, tandis que l'immortel Marat, cet illustre 
fondateur de la liberté, est exposé aux yeux de la malignité et passe 
comme une ombre chinoise derrière une toile transparente. Plusieurs 
membres ont appuyé ces observations, et ont cru voir dans ces scènes des 
intentions pertides, un venin caché comme dans l'Ami des lois. Le conseil 
a arrêté que l'administration de police ferait un rapport sur cette pièce. » 
(Monilcur du 19 ventôse an II— 9 mars 179i.) C'est après l'arditiou du rap- 
port que fut pris l'arrêté d'interdiction : — « L'administration de police 
fait le rapport qui lui avait été demandé sur la pièce intitulée le Congrès 
des Rois. Le rapporteur entre dans des détails assez étendus sur cet ou- 
vrage. Il donne lecture de quelques observations de l'auteur sur les re- 
proches qu'on lui avait faits ; les réfle.xions relatives aux cruches et à 
Cagliostro ne sont pas fort goûtées du conseil. Il persiste à ne voir dans 
ce Cagliostro qu'un vil charlatan, un empirique indigne de jouer le rôle 
d'un patriote, et dans les cruches qu'une mauvaise pasquinade, digne des 
bateleurs de la foire. Observez de plus que c'était faire injure au bon 
sens du peuple que de croire qu'on put l'amuser avec de pareilles sottises. 
Des membres ajoutent qu'à cette pièce les aristocrates trouvent leur 
compte comme les patriotes. Le conseil en conséquence arrête que la 
pièce ne sera plus jouée, comme favorisant tous les partis. » (Moniteur du 
28 ventôse an XI — -17 mars 1794.) 



LE MÉNESTREL 



99 



BULLETIN THÉÂTRAL 



La grande matinée organisée à I'Opéra pour le mardi-gras a eu 
le plus grand succès, et l'on peut dire que cette tentative a 
réussi de la façon la plus complète. Public un peu mélangé, ce 
qui se comprend, bien que le prix des places a'ait été aucunement 
modifié ; toilettes sans apparat ; absence d'habits noirs ; les dames 
aux fauteuils d'orebestre. Dans les loges, enfants en grand nombre. 
S'amusaient-ils beaucoup, ces mignons, à la représentation de 
Faust ? D'aucuns auraient sans doute préféré le Tour du monde, ou 
les ombres chinoises du Casino Vivienne, voire le Guignol des 
Ghamps-Élj'sées. 

Quoi qu'il en soit, le succès, je le répète, a été grand, et la 
recette a dépassé le chiffre de 19,000 francs. Si bien que MM. Ritt 
et Gailhard étudient en ce moment,dit-on, la possibilité de renouve- 
ler l'expérience d'une façon presque régulière. Nous persistons à croire 
que cela est fort difficile, pour ne pas dire impossible, ne fût-ce 
que par ce fait qu'un grand nombre d'artistes de l'orchestre et des 
chœurs de l'Opéra font partie du personnel de la Société des 
concerts, et que d'autres choristes sont tenus dans des églises les 
grands jours de fête. D'où impossibilité à peu près absolue, au 
moins pour les dimanches. 

Il n'en faut pas moins accorder un bon point à M. Sellier, qui, 
après avoir chanté Sigurd lundi soir, revêtait, mardi à deux heures, 
le pourpoint violet de Faust, et sans se faire prier participait, avec 
M™ Lureau-Escalaïs et M. Edouard de Reszké à une satisfaisante 
interprétation du chef-d'œuvre de Gounod, dont l'exécution était 
dirigée par M. Madier de Montjau. 

On ne s'endort pas, d'ailleurs, à l'Opéra. On nous annonce pour 
cette semaine la remise à la scène d'Aîda, et voici qu'il serait ques- 
tion d'une reprise prochaine d'Hamlet avec une nouvelle Ophélic. 
Quelle sera cette Ophélie? c'est ce que nous vous dirons bientôt. 
Puis on s'occupera, sans beaucoup tarder, des études de VOtheUo de 
Verdi. Des flots d'encre ont coulé déjà au sujet du divertissement 
qui sera dansé dans cet ouvrage. Les uns (premier flot) assurent que 
le compositeur, sollicité, a nettement refusé d'écrire la musique nou- 
velle nécessaire à ce divertissement, et que les directeurs de l'Opéra 
ont songé alors à utiliser la musique de danse des Vêpres siciliennes, 
à laquelle "Verdi n'est pas complètement étranger; les autres (flot n°2) 
affirment au contraire que, loin de se dérober, le compositeur aurait 
spontanément offert de mettre sa muse à contribution en vue des 
pirouettes et des jetés-battus de mesdames du ballet de l'Opéra ; 
d'autres enfin (flot troisième et dernier) vont jusqu'à dire que Verdi 
s'est déjà mis à l'œuvre, et que sa musique de Hanse, déjà écrite et 
orchestrée, est prête à être livrée à la copie. Peut-être ceux-ci vont- 
ils un peu vite en besogne ; mais on peut avoir pour certain que 
tout s'arrangera à la satisfaction générale, et qu'aucune dilîicullé 
sérieuse ne se présentera sur ce sujet. 

Mais bien avant que nous ayons Othello à l'Opéra, nous auro)is pu 
applaudir à I'Éden le Lohengrin de Wagner, auquel M. Lamoureux 
apporte en ce moment tous ses soins. Quelques semaines à peine 
nous séparent de cette solennité, l'œuvre de Wagner devant être 
offerte au public dans le courant d'avril. Aussi les études sont-elles 
déjà fort avancées. On sait que c'est M""' Fidès Devriès qui jouera 
Eisa dans le chef-d'œuvre de Wagner. Nous apprenons aujourd'hui 
de façon certaine que c'est M"" Duvivier qui sera chargée de celui 
d'Ortrude, qu'elle a créé naguère à Bruxelles. 

Une nouvelle qui semble sujette à caution, c'est celle qui 
concerne les représentations de Mikado qui seraient données à 
I'Éden avant celles du Lohençjrin. On sait que, d'une part, les enga- 
gements des artistes danseurs de ce théâtre prennent fin très pro- 
chainement; et l'on sait, d'autre pari, qu'une opérette de M. Arthur 
Sullivan, intitulée le Mikado, a obtenu à Londres un succès légen- 
daire, succès qui s'est reproduit et confirmé en Allemagne et en 
Amérique, où l'ouvrage a obtenu des centaines de représentations. 
Or, il serait question, dit-on, de faire donner incessamment à 
I'Éden, par la troupe anglaise qui a été le jouer en Allemagne, 
une série de représentations du Mikado. Eh bien, non ! malgré mon 
estime très justifiée pour les comédiens anglais, qui sont pour la 
plupart gens de talent, je ne me figure pas du tout, mais du tout, 
une opérette anglaise jouée en anglais, à Paris, par des artistes 
anglais ! 

Point de nouvelles de la Comédie-Française, si ce n'est que lec- 
ture a été faite cette semaine, au comité, de deux petites pièces 
•dont l'une, De une heure à trois, avait pour auteur M. Abraham 



Dreyfus, et l'autre, les Vieilles Gens, M. Valabrègue. L'une et l'autre 
ont été reçues à correction. 

Dans nos théâtres lyriques secondaires, on songe aux pièces de fin 
de saison. C'est ainsi que les Bouffes-Parisiens se préparent à mettre 
en scène la Gamine de Paris, opérette en trois actes de feu Eugène 
Leterrier et M. Albert Vanloo, musique de M. Gaston Serpette, et 
que les Nouveautés ont recommencé les répétitions de Ninon, autre 
opérette en trois actes, dont M. Vasseur a écrit la musique sur un 
livret de MM. Burani et Blavet. Souhailons-leur bonne chance, et 
attendons patiemment leurs nouveaux exploits. 

Arthur Pougin. 

Gaité. — Orphée aux Enfers, opéra-féerie à grand spectacle, en 
4 actes et 12 tableaux, de M. Hector Crémieux, musique de 
J. Offenbach. 

Malgré des encouragements de toutes sortes, la Cigale s'étant 
refusée à chanter tout l'hiver, M. Debruyère vient de remonter 
Orphée aux Enfers, avec peut-être encore plus de luxe et plus d'éclat 
que lors de la dernière reprise qui en eut lieu à ce même théâtre de 
la Gaîté, sous la direction d'Offenbach lui-même. La mise en scène, 
très développée depuis la transformation- de la petite opérette des 
Bouffes en opéra-féerie, est simplement merveilleuse : la plaine de 
Thèbes, le palais des dieux, les jardins de Pluton, l'Enfer sont 
autant de tableaux magnifiques, qui font sensation; et le ballet 
pastoral, celui des Heures, le grandissime défilé des dieux, le ballet 
des Mouches et le grand galop final sont un éblouissement perpé- 
tuel pour les yeux. 

Mais le gros succès de la soirée est pour la musique d'Offenbach, 
si fine, si spirituelle, si mélodique, si tendre, si vive et si entraî- 
nante, et pour M'"' Jeanne Granier, la principale interprète. 
M"' Jeanne Granier chante le rôle d'Eurydice de façon exquise, et 
y déploie même des qualités réelles de virtuose : tous ses couplets 
sont applaudis ou bissés ; le soir de la première, on lui a fait 
r épéler, entre autres, une romance nouvelle intercalée au 8"= tableau 
et qui est d'un joli sentiment, et on lui a demandé jusqu'à trois 
fois VEvohé du dernier acte, qu'elle enlève avec un brio et une 
crânerie admirables. Cupidon a trouvé en M"'' Destrées une inter- 
prète mignonne et spirituelle, à la voix jeune et agréable, et qui a 
finement détaillé la gracieuse valse des baisers ; l'Opinion publique, 
c'est M"'= Clary, une transfuge des Folies-Dramatiques, qui est très 
adroite aussi. Pour porter la blonde perruque de Vénus, M. Debruyère 
a su dénicher, rara avis, une très, très jolie femme, M"° Demarsy. 
M""= Baudu est une luxuriante Junon et M"" Paula a, pour une 
Diane, une voix aiguë qui doit bien effrayer le gibier. Il faut nommer 
aussi M"'' Lola Bouvier, une petite Abeille souple, élégante et 
vive, et M"^ Carmen, une Aurore resplendissante. M. Vaulhier fait 
tonner sa voix à souhait dans le rôle de Jupiter et a dit, avec 
M"' Granier, le duo si original de la Mouche d'adorable façon. 
M. Alexandre est très gai en Pluton et MM. Petit (Mercure), 
Raiter (John Stix), Tauffenberger (Orphée) et Scipion (Minos) sont 
fort amusants. Les chœurs ont bien manœuvré, un peu mous 
d'attaque peut-être; gros succès pour celui des petits violonistes; et 
l'orchestre a détaillé avec soin la musique si variée d'Offenbach. En 
somme, belle et bonne reprise, qui va permettre à M. Debruyère 
de se reposer jusqu'à la fin de la saison. 

Théâtre de Paris. — Le Ventre de Paris, pièce en S actes et 7 ta- 
bleaux, de MM. Emile Zola et W. Busnach. 

Ces messieurs du Conseil municipal tiennent, cette fois, un gros 
succès a leur théâtre; mais il nous faut avouer que c'est un succès 
de mise en scène bien plutôt qu'un succès d'œuvre. Au point de 
vue du théâtre, le Ventre de Paris n'existe pour ainsi dire pas, 
malo-ré la belle et surtout très émouvante scène entre la mère 
Méhudin, sa fille, son pelit-fils et le père François. On suit peu 
l'histoire de ce forçat évadé, Florent, qui est dénoncé par la mère 
même de la femme qu'il aime. L'intrigue, assez pauvre, se trouve 
noyée dans une série de tableaux qui lui sont sinon étrangers, du 
moins totalement inutiles. Mais, en revanche, on est séduit par la 
vérité et la parfaite mise en œuvre des scènes populaires de ce 
monde grouillant et bien typique qui peuple les Halles centrales. 
C'est un défilé d'épisodes, mis à côté les uns des autres sans place 
bien déterminée ; c'est une collection de vues photographiques d'une 
certaine classe de la société. Inutile de dire que les cadres dans 
lesquels sont présentées ces vues sont tout aussi réalistes que le 
lan^ao-e des personnages ; mais, tout en étant réalistes, ils sont 
aussi très artistiques, et trois d'entre eux sont môme d'un effet re- 
marquable : l'octroi de Paris, la nuit, avec sa longue avenue piquée 



100 



LE MENESTREL 



des llammes du gaz ot fermée par l'Arc de Triomphe ; la rue des 
Halles, le matin, avec son remue-ménage de maraîchers qui dé- 
chargent leurs légumes ; et enlin le quartier de la marée, à l'inté- 
rieur même des Halles. Ces trois tableaux assurent à eux seuls 
une longue suite de représentations à la pièce de MM. Zola et Bus- 
nach, qui est, de par ailleurs, très bien jouée par M°'" Marie 
Laurent, MM. Taillade et Lacressonnière, et aussi par la petite 
Breton, une gamine qui dit plus juste que bien de ses camarades. 
H ne serait pas équitable de ne pas nommer MM. Alexandre père, 
Esquier, Barbe, Chameroy, M™^ Largillière, Caristie Martel, Saint- 
Marc et Regnault, qui font montre de talent. 

Palais-Royal. — La Vie commune, vaudeville en quatre actes, de 
MM. Henri Feugère et Jules de Gastyno. 

Baufinet et Têtard, qui, dans leur prime jeunesse, ont vécu 
ensemble au quartier Latin, imaginent, sur leur âge mùr, de refaire 
vie commune. Mais les années changent les goûts, font naître des 
rhumatismes à l'un, des maux d'estomac à l'autre, et à tous deux 
des manies. En sorte qu'au lieu de retrouver dans leur intérieur la 
bonne entente de jadis, les deux amis ne cessent de se chamailler, 
et la vie commune leur devient insupportable. 1\ y avait là matière à 
mieux qu'un simple vaudeville, et les auteurs avaient mis la main 
sur un bon sujet de vraie comédie. Mais ils ont préféré se lancer à 
corps perdu dans la bouffonnerie. Leur pièce contient quelques 
situations amusantes, mais a le défaut capital de nous faire voir la 
même scène depuis le lever du rideau jusqu'à sa chute, ce qui 
devient, à la longue, monotone. MM. Feugère et de Gastyne ont, 
en outre, pris un système qui consiste à faire des scènes absolu- 
ment identiques, de part et d'autre, pour Baufinet et pour Têtard : 
si Baufinet reçoit une femme dans l'appartement, on est sur que 
Têtard aura la visite de sa bonne amie ; si le mari de l'une de ces 
dames vient chercher querelle à l'un, on voit aussitôt après le mari 
de l'autre Avenir demander raison au second. Cette manière de pro- 
céder est drôle une fois, deux peut-être, mais, continuelle, elle irrite. 
Si la Vie cmnmime ne tient pas longtemps l'affiche au théâtre du 
Palais-Royal, les deux auteurs verront que leur manière de faire 
n'est réellement pas la bonne, et ils n'auront que des remercie- 
ments à adresser à MM. Daubray, Milher, Pellerin, Numa, Lnguet. 
Garon, et à M"=* Dezoder, Augier, Beehr, Bié, qui ont fait de leur 
mieux pour soutenir la pièce. 

Les succès d'un cabaretier qui sait manier la grosse caisse comme 
personne, et qui a eu la bonne fortune de s'attacher comme colla- 
borateur M. Caran d'Ache, empêchaient de dormir M. Zidier, le direc- 
teur du Casino Yivienue. Montmartre avait l'Épopée, les boulevards 
auront Nos Marins. Les ombres chinoises, découpées par M. Paul D.... 
mises en mouvement par M. Guillaume Livet, et agrémentées de 
musique par M. FrageroUe, sont amusantes et même intéressantes. 
Paris défilera tout entier dans le coquet Casino Vivienne, pour 
applaudir aux prouesses de Mathurin au Tonkin. 

Paul-Emile Ciievaukr. 



CONSERVATOIRE DE MUSIQUE 



DOiNS FAITS AU MUSEE IIVSÏRUMEJNTAL — LEGS D UN VIOLO.\ DE STRADIVARIUS 

Le musée instrumental du Conservatoire national de musique a 
reçu, pendant le cours de l'année '1886, plusieurs dons importants 
qui, avec quelques acquisitions, ont accru la collection de quaratite- 
cinq pièces nouvelles. 

Ce sont, pour la plupart, des instruments de musique originaires 
de l'île de Java et des possessions hollandaises de l'Extrême-Orient. 
Ils sont dus à la générosité de plusieurs hauts fonctionnaires du 
gouvernement hollandais et aux bons offices de M. Jouslain consul 
de France à Batavia, qui nous a transmis ces instruments. 

M. de Sturler, attaché au cabinet du gouverneur général des 
Indes néerlandaises, a fait uu don consistant en sept sortes d'ins- 
truments : une flûte à six trous (souling) ; un petit hautbois (seloin- 
pret) ; deux tambourins (Irebana) ; un petit tambour en forme de 
cône tronqué (rendang). 

Un violon (ketjapi) à trois cordes. La caisse a la forme d'une boîte 
oblongue ayant 0"' 3o de long sur 0"' 12 de large. Le manche, 
recourbé en avant, se termine par une tête d'oiseau; il a 0"'63 de 
long; une des trois cordes est tendue eu dehors du manche et vient 



passer sur un chevalet séparé. Le ketjapi ne peut se jouer qu'eu 
posant la caisse à terre et en appuyant le manche à l'épaule. La 
pointe de l'archet est munie d'un grelot. 

Une sorte de guitare appelée Irasvanr/sa, en forme de bateau plat 
sans fond. Sur le pont sont tendues dix cordes de laiton. 

Le rjambang pèlog est un harmonica formé de lames de bois dur 
reposant sur le travers d'une caisse de résonnance. Il est fort 
intéressant, en ce qu'il donne avec beaucoup de justesse la gamme 
de cinq sons familière aux Asiatiques et en particulier aux Chinois. 
Cette gamme de cinq sons se représente assez exactement en faisant 
parler les touches noires d'un piano. 

Ces instruments font partie du gainélan ou orchestre indigène de 
Java, qui accompagne les cérémonies religieuses, la danse et les 
représentations dramatiques javanaises appelées wajang-pouriva et 
ivajangtopençj. Les récits des légendes héroïques de l'époque indouo 
forment le texte de ces spectacles populaires; mais ce ne sont pas 
des acteurs qui figurent sur la scène; ce sont des marionnettes 
plates en cuir artistement découpé, peintes et dorées. M. de Sturler 
a joint à son envoi d'instruments vingt-cinq de ces curieuses 
figures, dont les traits bizarres et monstrueux reproduisent les 
types originaux consacrés par l'usage le plus reculé. 

Ce don est tout à fait rare, à tous les points de vue. En dehors 
du Conservatoire de Paris, on ne trouverait qu'en Hollande cet 
ensemble d'objets intéressants et curieux. 

Nous extrayons, de la notice que M. de Sturler a bien voulu 
nous faire parvenir, quelques mots touchant la façon dont le théâtre 
javanais est organisé. 

«Il n'y a pas de salles de spectacle, et les représentations ont tou- 
jours lieu chez des particuliers. 

» Au travers et au milieu du hangar oii se donne la représenta- 
tion, est tendue une toile d'étoffe blanche bordée de rouge, devant 
laquelle se meuvent les figures ; en face, du côté éclairé, se tien- 
nent les hommes et les enfants, ainsi que les musiciens et le 
dalang qui, en récitant la légende, fait mouvoir les marionnettes. 
Les femmes sont assises de l'autre côté et, par conséquent, ne voient 
que les silhouettes des figures. 

» A côté du dalang se trouve un instrument fait do feuilles en fer- 
blanc, qu'il agite avec le pied pour imiter le cliquetis des armes ; 
il est aussi pourvu d'un marteau, avec lequel il dirige le gamelau. 
■■ » L'attention des spectateurs ne se lasse pas facilement, 'car cer- 
taines représentations durent de sept à neuf nuits consécutives, 
comme, par exemple, le Romo. 

» Quand la représentation est donnée dans la maison d'un chef, 
le dalang se fait assister par une rougeng (baj'adère'), qui chante et 
danse. » 

En tenant compte de l'immense différence qui, e;i toutes choses, 
sépare l'art asiatique du nôtre, on peut rapprocher cette récitation 
dramatique des légendes indoues de la représentation des légendes 
Scandinaves, qui ont été mises à la scène par un des plus puis- 
sants génies de notre époque. 

Le Musée a reçu en même temps de M. de Sturler sis masques 
de comédie servant à la représentation du wageng-topeng. Dans ce 
genre de spectacle, ce sont des acteurs qui jouent, mais ils ne 
parlent pas; c'est toujours le dalang qui récite les rôles des per- 
sonnages. Seul, le Bodor ou bouffon mêle ses bous mots au récit du 
dalang. 

Quatre volumes de textes complètent le généreux présent de M. do 
Sturler. 

Le conservateur du musée de Batavia nous a fait parvenir aussi 
plusieurs instruments curieux, parmi lesquels ivois Anglank. Ce sont 
des tuyaux de bambou oscillant dans uu cadre de bois, et dont le, 
choc produit dos sons à l'octave les uns des autres. 

D'autres instruments bizarres et primitifs, qu'il serait trop long de 
décrire ici, font partie du don de M. 'Van der Chys, avec un ket- 
japi et un traswangsa de facture moderne, dont l'accord est diffé- 
rent de celui du gambang cité plus haut. 

M. Van Hasselt, secrétaire général des Indes Néerlandaises, a 
bien voulu aussi nous faire don de nombreuses pièces qui presque 
toutes proviennent des peuplades sauvages qui habitent les îles de- 
l'archipel indien. 

Nous citerons, comme la plus curieuse, l'instrument appelé cou- 
roung-courdung, originaire de Bornéo. Il se compose de sept tuyaux 
séparés, de longueur inégale, dont le plus long a 4", 85 et le plus, 
court 2",4o ; un petit bâton de bois dur, muni d'un morceau de 
corne de cerf à chaque extrémité, est enfermé à l'intéiieur entre 
deux cloisons de bois de fer; en laissant retomber le tube sur la 
terre, le choc du bâton sur la cloison ioférieure produit un bruit 



LE MENESTREL 



101 



qui est presque un son, dont la hauteur parait être en rapport avec 
la longueur du tube de roseau. 
Les sons produits sont à peu près les suivants : 




Le couroung-couroung est employé pendant les fêtes qui prési- 
dent à la semaille du riz. Chaque roseau, orné de fleurs et de rubans, 
est tenu par une personne qui l'agite au moment voulu par la mé- 
lodie, en marchant devant les semeurs. 

Le surplus des instruments javanais et autres se compose do 
llùtes de bamboa d'une sonorité assez douce, quelques-unes se 
jouant avec le nez, mais dont les intervalles sont peu exacts, et de 
tambours plus singuliers les uns que les autres ; car dans cette ca- 
tégorie d'instruments, les peuples do l'Extrême-Orient ont déployé 
une imagination vraiment surprenante. 

Les instruments européens qui ont été donnés au musée en 1886, 
s'ils n'ont pas l'attrait de la curiosité et de l'inconnu, ont une va- 
leur spéciale qui nous touche de plus près ; ce sont les suivants. 

Un trombone à pistons d'une facture remarquable, inventé par 
l'excellent facteur Besson, et une grande trompette indienne. (Don de 
M"" Besson.) 

Une petite harpe dilalo de Pfeiller, munie d'un mécanisme de 
transposition analogue à celui de la harpe d'Érard. (Don de M. Le- 
cronié.) 

Un cor anglais de Brod. (Don de AP" Chrétien.) 

Enfin, nous avons réservé pour la fin la mention du plus magni- 
fique présent que puisse recevoir le musée da Conservatoire, présent 
qui résume en lui toutes les perfections que peut réunir un ins- 
trument de musique : proportions admirables, facture impeccable, 
aspect magistral, d'où résulte une voix exquise, colorée, d'une dis- 
tinction suprême. 

C'est un violon de Stradivarius datant de l'année '1703, légué au 
Conservatoire par un Russe, grand amateur de musique, le général 
DavidoU, mort il y a peu de temps, et qui était aussi un violoniste 
distingué. 

JSous signalons à la reconnaissance nationale la généreuse pensée 
du donateur, qui, en laissant à cet établissement l'instrument qui avait 
fait le charme de sa vie, a enrichi notre musée d'un des plus beaux 
modèles de facture instrumentale qui soit au monde. 

Le musée, jusque-là, ne possédait du célèbre luthier crémonais 
qu'une tiès rare pochette et une guitare; cette lacune n'eût peut-êlre 
jamais pu être comblée, sans le legs du général DavidolT-, tant les 
violons de Stradivarius ont acquis de valeur aujourd'hui : celui-ci 
n'est pas estimé moins de quinze mille francs. 

Léon Pillalï. 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 

Nouvelles théâtrales d'Allemagne. — A Berlin, le Walhalla ïheater 
vient de représenter avec succès, — surtout pour le premier acte, — Joséphine 
in Jigijplen, la version allemande de Joséphine vendue par ses sœurs. — A 
l'ancien théâtre municipal de Leipzig, une opérette de M. Dellinger, livret 
de M. Walther, Lorraine, a échoué complètement. — La Cliattn mélamor- 
pliosée, un nouveau ballet de M. Zell, musique de M. Ilellmesbergerjeune, 
a brillamment réussi à l'Opéra de Vienne. Le scénario est des plus amu- 
sants, parait-il, et la musique d'une grande distinction. 

— h'Allr/ciiieinc Musikzcilung, de Berlin, e.\plique la démission de M. Félix 
Mottl, dont la nomination comme chef d'orchestre de l'Opéra royal, par 
le nouvel intendant, comte Hochberg, au lendemain des représentations 
de Bayreuth, avait été considérée comme une promesse de renouvelle- 
ment du répertoire lyrique dans la capitale de l'Allemagne. A peine 
nommé, M. Mottl se retire, préférant la situation indépendante qu'il 
occupe à Garlsruhe, où le grand-duc et la grande-duchesse de Bade ont 
vivement inaislé pour le retenir. Sa démission est motivée aussi par des 
difficultés, relatives au partage du répertoire entre les deux chefs d'or- 
chestre de Berlin. Le successeur de M. Mottl n'est pas encore désigné. 
On parle de M. Klindworth, qui partage avec Joachim la direction des 



Concerts symphoniques de Berlin, et de M. Antoine Seidl, qu'on a vu à 
Bruxelles lors des représentations allemandes de l'Anneau du Nibelung par 
la troupe de M. Angelo Neumann. On dit même que l'engagement de ce 
dernier est déjà décidé, mais le journal ne donne cette nouvelle que sous 
toutes réserves. M. Klindworth, dont nous venons de citer le nom, a, eu 
dernièrement une initiative assez hardie , qui lui a été inspirée par l'anni- 
versaire de la mort de "Wagner (13 février 1883). Il a fait exécuter au 
concert (le 15) toute la partition du Rheingold, laquelle n'a pas encore été 
donnée à l'Opéra de Berlin. Cinq répétitions lui ont suffi, avec un orches- 
tre de dOO musiciens, pour mener à bien cette entreprise, qui a été cou- 
ronnée de succès. 

— M""= Albani obtient de grands succès à l'Opéra de Berlin, où elle est, 
engagée pour une série de repré.sentations. Ses trois premières apparitions 
ont eu lieu dans la Traviata, Rigoletto et le Vaisseau-Fantôme. — M"'" Sem- 
brich se produira dans quelques jours à Hambourg, où elle chantera Lucie, 
Violetta et le Barbier. 

— Deux nouveaux genres d'instruments vont être introduits dans la 
composition de l'orchestre de l'Opéra, à Berlin. Ce sont d'abord deux 
trompes de chasse reconstituées d'après le modèle primitif, puis une nou- 
velle contrebasse à cinq cordes qui sera accordée une octave au-dessous 
du violoncelle. 

— Les démêlés que M. Hans de Bulow a eus avec le public allemand 
n'empêchent pas celui-ci de rendre pleine justice au talent si remarqua- 
ble de cet artiste éminent. A Vienne, où il avait annoncé quatre séances 
Beethoven, il a été obligé d'en donner cinq, et sa tournée autrichienne 
a été des plus heureuses. Le 16 février, il donnait à Hambourg un grand 
concert symphonique, où il se montrait tour à tour comme chef d'orches- 
tre, compositeur et pianiste. Jamais, dit-on, on n'a vu pareil enthousiasme. 
On signale surtout la sûreté de mémoire du capellmeister, qui toujours 
dirige par cœur, la magistrale virtuosité du pianiste et sa belle interpré- 
tation du concerto en mi bémol de Beethoven, et l'on vante aussi dans sa 
ballade symphonique des Saengers Fluch (d'après Uhland) la noblesse de la 
conception et l'intérêt du travail orchestral. Enfin, on constate que la 
première symphonie de, Brahms, dirigée par Bulow, a été chaleureusement 
acclamée. 

— Un de nos compatriotes, dit l Indépendance helge, M. Philippe Rufer, 
ancien lauréat du Conservatoire royal de musique de Liège, où il obtint 
les premières distinctions dans les classes d'orgue, de piano et de compo- 
sition, a réussi à faire recevoir, à l'Opéra de Berlin, une œuvre lyrique 
importante, Merlin, grand opéra en trois actes, paroles de Holl'mann. On 
dit grand bien de la partition, dont plusieurs fragments ont déjà été 
e.\éculés avec succès. La première représentation aura lieu le lundi 28 de 
ce mois. L'œuvre de M. Rufer est montée avec un grand luxe de décors 
et de mise en scène. Celle-ci a coûté, nous dit-on, 100,000 marks. La 
première de Merlin s'annonce comme devant être une véritable solennité 
artistique, à laquelle assisteront, plusieurs membres de la famille impé- 
riale d'Allemagne. 

— On annonce que le théâtre de la Cour de Munich vient d'acquérir la 
propriété exclusive et le droit de représentation de deux œuvres de jeu- 
nesse de Wagner, die Feen (les Fées), opéra composé en 1833 et tiré d'une nou- 
velle de Gozzi, et das Liebesverbot, opéra-comique d'après la comédie de Shaks- 
peare : Measure for measure. Ce dernier ouvrage a été représenté pour la 
première fois à Magdebourg en ■1838, sous la direction de l'auteur ; quant 
à die Feen, elles n'ont jamais quitté les cartons de Richard Wagner. Le 
théâtre de la Cour a l'intention de monter un de ces opéras dans le cou- 
rant de la présente saison. 

— Brillant succès remporté par Henry Vlll au théâtre municipal de 
Francfort-sur-le-Mein. C'était la première apparition en Allemagne du 
bel ouvrage de M. C. Saint-Saens. Les rôles principaux étaient tenus 
d'une façon très satisfaisante par M. Grienauer, M""'' Lûger et Juger. On 
dit grand bien également de la mise en scène et de l'excution à l'or- 
chestre. 

— La représentation de l'opéra du comte d'Osmond, le Parlisan, dont on 
a entendu naguère d'agréables fragments dans la salle du Conservatoire, 
et qui a déjà été donné à Nice non sans quelque succès, devait avoir 
lieu aujourd'hui même, 27 février, à Carlsruhe. Mais, d'après le désir 
même de l'auteur, l'apparition de l'ouvrage a été remise à la saison 
prochaine. 

— Liste de quelques ouvrages nouveaux publiés en Allemagne sur la 
musique et les musiciens. La musique considérée dans son action humanitaire, 
par J. Lœhner (Leipzig, Breitkopf et Haertel); — Etude sur la fabrication 
des instruments à archet et sur les travaux des lutliiers les plus célèbres, par 
J.-A. Otto (léna, F. Mauke); — Hector Berlioz, études et souvenirs, par 
Richard Pohl (Leipzig, B. Sohlicke); — l'Art de l'exécution musicale, par 
Mathis Lussy, traduction allemande de Félix Vogt (Leipzig, Leuckart) ; 
Histoire succincte de l'art musical, son rùle à l'époque actuelle, par Wilhelm 
Schreckenberger (Hanovre, Louis OErtel), ouvrage écrit à un point de vue 
plutôt polémique que didactique; —Manuel d'harmonie ; Manuel des conlrc- 
poinls simple, double, triple et quadruple ; Manuel du canon et de la fugue, par 
S. Jadassohn (Leipzig, Breikopf et Haertel); Juhann Gcorg Kastner, compo- 



102 



LE MENESTREL 



siteur alsacien, théoricien et novateur ; sa vie et ses œuvres, par Hermann 
Ludwig (Leipzig, Breitkopf et Haertel, 3 vol. in-S); ouvrage très important, 
qui a produit eu Allemagne une impression profonde et un sentiment en 
quelque sorte admiratif ; le caractère à la fois loyal et bon de notre cher 
et regretté Kastner y est retracé avec une rare franchise, et l'auteur 
constate que Kastner était un vrai Alsacien, qui aimait sa patrie française 
avec « une foi et une ardeur égales à celles d'un patriote allemand ; » — De 
l'emploi pratique du choral dans les modes anciens et modernes, ainsi que du 
prélude, par F. W. Sering (Lahr, M. Schauenburg). 

— La musique d'Auber trouve décidément de toutes parts, à l'étranger, 
un regain étonnant de popularité. Au Théâtre impérial de Saint-Pétersbourg 
on va remettre à la scène la Muette de Portici, avec la fameuse danseuse et 
mime Virginia Zucchi dans le rôle de Fenella. 

— On assure qu'Antoine Rubinstein, dont l'activité ne se lasse jamais, 
a chargé un auteur dramatique allemand de lui écrire un nouveau poème 
d'oratorio, dont le sujet sera emprunté à l'Ancien Testament. 

— On lit dans le Trovatore : — « On dit que Verdi aurait l'intention 
d'écrire un autre opéra, le Roi Lear. Nous l'espérons, mais nous ne le 
croyons pas. » 

— La Société orchestrale Romaine, sous la direction de M. Ettore 
Pinelli, a exécuté cette semaine avec un énorme succès, dans un concert 
donné au théâtre Argentina, /« Damnation de Faust, de Berlioz, qui n'avait 
encore jamais été entendue à Rome. L'exécution était excellente de la 
part de tous: orchestre, chœurs et solistes, et trois morceaux ont été 
redemandés avec enthousiasme, la Marche hongroise, la Danse des sylphes 
et la Sérénade de Méphistophélès. Les soi/ étaient chantés par M. Signoretti 
(Faust), M. Gotogni (Méphistophélès), et W-' Mililotti (Marguerite). Ce 
succès n'a pas empêché M. F. D'Arcais, le critique renommé de VOpinione, 
de publier dans ce journal un article à fond de train contre Berlioz et sa 
musique, et en particulier contre la Damnation de Faust. M. D'Arcais, qui 
fait le plus grand cas de Berlioz comme écrivain, avoue avec une certaine 
candeur le peu d'estime qu'il professe pour le compositeur. « Berlioz, dit-il, 
je ne le nie pas, a toujours eu un idéal élevé, mais il lui a manqué les 
qualités nécessaires pour le réaliser; il lui manquait surtout la qualité 
principale, c'est-à-dire l'invention. La musique de Berlioz est proprement 
une sauce sans poisson. Ceci est vrai aussi bien ^oar la Damnation de Faust 
que pour la symphonie à'Harold, pour l'Enfance du Christ, pour Benvenuto 
Cellini, pour les Trotjens et le reste. Il y a dans tous ces ouvrages un grand 
effort pour paraître original, mais aucune originalité vraie, car Berlioz n'a 
jamais réussi qu'à produire un mélange d'extravagance et de bizarrerie... » 
Passons condamnation sur ce jugement, dont on ne saurait du moins 
contester la franchise, et bornons-nous à constater le succès obtenu à 
Rome par la Damnation de Faust, dont la traduction italienne a été faite 
par M. Ettore Gentili. La reine d'Italie assistait au concert, et a donné 
plusieurs fois le signal des applaudissements. 

— Le Théâtre Philharmonique de Vérone a donné, la semaine dernière, 
la première représentation à'Edelweiss, opéra nouveau d'un compositeur 
inconnu jusqu'à ce jour, M. Castracane. L'ouvrage, en trois actes, avec 
prologue et épilogue, n'a obtenu qu'un mince succès. On lui reproche 
surtout un manque absolu d'originalité, et des réminiscences nombreuses 
d'œuvres connues. Au nombre des interprètes, on signale M. Baldini, et 
ïj^mes Roluti et Paltrinieri. 

— Une des cantatrices dramatiques les plus renommées de l'Italie 
contemporaine, M"' Emma TuroUa, dont la carrière était très brillante, 
est en ce moment gravement malade à Vienne. Atteinte d'abord d'une 
fièvre scarlatine, elle est aujourd'hui sous le coup d'une inflammation 
cérébrale qui ne laisse pas de causer de vives inquiétudes à son entou- 
rage. 

— L'état civil de la presse italienne enregistre la naissance d'un nou- 
veau-né, il Messaggcro tcatrhle, dont nous avons reçu le premier numéro. 
Le directeur est M. Italo Fava. 

— De la « correspondance anglaise » de notre ami Johnson au Figaro : 
— « Au Gomedy-Theatre, sous le titre de Mynheer Jan, M. Paulton, pour 
le livret, et M. Jaliobowski, pour la musique, ont donné une opérette que 
je me déclare incapable d'analyser. C'est une folie amusante pour laquelle 
M. Jakobowski a écrit une partition qui n'est point sans valeur. Sur les 
dessins de M. Besch, M. Alias a exécuté des costumes qui, avec le luxe 
de la mise en scène, contribueront au succès de l'ouvrage. Monte-Cristo 
Junior, au Gaiety-Theatre, est une parodie très gaie de Monte-Cristo. 
M™ Nelly Farren, une comédienne de beaucoup de talent, y est fort 
applaudie chaque soir, en compagnie de M. Leslie dont la verve est pro- 
digieuse en même temps que la voix excellente. La musique de M. Ivan 
Caryll aidant, la pièce atteindra au moins cent représentations. » 

— M. Hermann Klein, le critique du Sunday Times, vient de publier à 
Londres un volume intitulé Musical's Notes for 1886. Ce livre est ce que re- 
présentent chez nous les publications annuelles de MM. Noël et StouUig, 
ou bien celle de M. Soubies. On fonde l'espoir que l'auteur continuera 
chaque année cette utile publication théâtrale. 



— Les solennités musicales se rattachant au jubilé de la reine Victoria 
auront lieu dans l'ordre suivant : Le 20 juin, service religieux en musique 
à l'abbaye de Westminster, en présence de la reine. On y exécutera un 
nouvel Hymne du Jubilé, du D'' J.-F. Bridge ; le soir, concert de gala au 
Buckingham Palace, audition de la Cantate du Jubilé, de M. W.-G. Cusins. 
Le 22, audition au Crystal Palace de l'Ode du Jubilé, du D"' Mackenzie, 
sous la direction de l'auteur et avec le concours de M™° Albani. Des so- 
lennités analogues auront lieu pendant la semaine du jubilé, à l' Albert- 
Hall, à Saint- James 'Hall et au Royal Italian Opéra. 

— Les afl'aires de la scène italienne de San Carlos, à Lisbonne, sont 
loin, parait-il, d'être brillantes, et l'on ne sait si l'on n'aura pas à enre- 
gistrer une catastrophe prochaine. Certains artistes de la troupe sont loin 
de manquer de talent, mais ils sont entourés de la façon la plus déplo- 
rable, et l'ensemble est essentiellement défectueux. C'est à ce point que 
le public se dégoûte du théâtre et s'en éloigne peu à peu. Certaines re- 
prises, comme celles de la Traviata et de la Favorite, ont produit un effet 
plutôt fâcheux que favorable. Ce qui paraît évident, au dire de diverses cor- 
respondances, c'est la chute plus ou moins prochaine de la direction, 
dont les symptômes se font sentir. « La barque de l'entreprise fait eau 
de toutes parts, dit un critique, les paiements sont loin d'être faits avec 
régularité, et l'on parle d'un passif énorme. » Dans ces conditions, il ne 
paraît pas que la solution puisse se faire beaucoup attendre. 

— Au théâtre EsJava, de Madrid, première représentation d'une revue 
de M. Pina Dominguez, avec musique de M. Nieto. Titre: la Ficsta de la 
gran via. Succès pour la pièce, pour la musique, dont plusieurs morceaux 
ont été bissés, et pour la principale interprète, M'"' Pastor. — Au théâtre 
des Variétés, autre revue du même genre, Cuento del ano, paroles de 
M. Navarre Gonzalvo, musique de MM. Rubio et Espino. Succès aussi. 

— A un concert de bienfaisance donné dernièrement à Hasselt, on a 
beaucoup admiré le talent précoce d'une toute jeune débutante de huit 
ans, M"<^ Céleste Painparé, qui a émerveillé son auditoire en interprétant 
plusieurs pages de Mozart, Bach et Haydn. 

— L'imprésario Schurmann promène en ce moment en Hollande une 
troupe lyrique composée de Belges, de Hollandais, de Français et même 
d'Américains. Cette troupe doit représenter Faust et Carmen dans les 
diverses villes du royaume des Pays-Bas, et ces deux ouvrages seront 
chantés en hollandais. Toutefois, et c'est ici que la chose devient origi- 
nale, tandis que ses camarades se feront entendre dans la langue de 
Rembrandt et de Bylderdick, la prima donna. M"' Minna Hauck, chantera 
en italien les deux rôles de Carmen et de Marguerite. Carmen sera donnée 
pour la première fois, demain lundi 28, à Amsterdam. Après son séjour 
en cette ville, la troupe visitera Utrecht, Leyde, La Haye, Rotter- 
dam, etc. 

— Une nouvelle salle de spectacle, construite sur le modèle du théâtre 
de Bayreuth, va être inaugurée prochainement à Buenos-Ayres. 

PARIS ET DÉPARTEWENTS 

L'Opéra-Gomique, qui a donné cette semaine la centième représen- 
tation du Barbier de Séville, a joué hier samedi le Pardon de Plo'érmel, dont 
l'exécution a donné lieu à une innovation inattendue. L'ouverture de cet 
ouvrage, une des pages les plus curieuses de Meyerbeer, dont la durée 
est d'un quart d'heure environ et qui contient une partie chorale très déve- 
loppée, a été exécutée cette fois pour le lever du rideau du second acte, 
et le sera toujours ainsi désormais. Cette mesure a été prise pour éviter 
que cette superbe ouverture soit accompagnée, comme elle l'est d'ordinaire, 
par la symphonie insupportable et peu harmonieuse des petits bancs. 

— Une nouvelle fâcheuse nous arrive de la Société des concerts du 
Conservatoire. Nous avions annoncé, et nous étions particulièrement 
autorisé à le faire, la mise à l'étude et l'exécution, par la Société, en 
cette session, de la messe en ré de Beethoven. Depuis plusieurs semaines, 
en effet, on s'était mis au travail, sans se laisser rebuter par les diiS- 
cultés que présente cette œuvre magnifique et colossale. Et voilà qu'on 
annonce aujourd'hui que la Société renonce, au moins pour cette année, 
à présenter cette œuvre à son public. Nous ignorons quelles sont les rai- 
sons qui l'ont fait ainsi renoncer à son dessein, mais nous regrettons pro- 
fondément, et le public regrettera avec nous la détermination qu'elle a 
cru devoir prendre. 

— Puisque nous parlons de la Société des concerts, ajoutons que pour 
répondre à de nombreuses demandes qui lui ont été adressées au sujet 
de la troisième symphonie de M. Saint-Sacns, dont le succès a été si 
considérable, un concert supplémentaire, en dehors de l'abonnement, sera 
donné le 13 mars, à 2 heures, pour une dernière audition de cette œuvre 
remarquable. Le bureau de location pour cette séance extraordinaire sera 
ouvert au Conservatoire le jeudi 10, le vendredi 11 et le samedi 12 mars, 
de une heure à quatre heures. 

— Si nous en croyons les Signale, de Leipzig, M. Lassalle aurait signé 
un engagement avec l'Opéra de Pesth pour y donner des représentations 
de i.ifricaine, Rigoletlo, Hamlet et Don Juan. 



LE MÉNESTREL 



103 



— Notre excellent professeur Marmontel a donné ces jours derniers, à 
la salle Érard, une audition d'élèves. Le succès brillant obtenu par ce s 
jeunes filles prouve la valeur de l'enseignement du maître. Au nombre 
des morceaux les plus applaudis il faut surtout citer le Scherzo sur les 
Pêcheurs de perles de Bizet, de !\I. Saint-Saëns, exécuté par M"' Clara A..., 
VEtude sur le Freischillzàe Weber, de Itf. StepbeuHeller, par M"= Madeleine 

C , et la Chasse, du même compositeur, par M"" Léontine Duquesnoy, 

qui s'est fait encore vivement applaudir dans Vlmpromptii de Chopin. 

— M. Henri Logé, pianiste compositeur, professeur à l'Académie de 
musique de Londres, revient se fixer à Paris, où il passera désormais cha- 
que hiver. Il donnera, le 13 mars prochain, sou premier concert, chez 
M. le comte de Kessler. 

— Le conseil d'Élat vient de liquider la pension de retraite de M. Félix 
Lecouppey, le célèbre professeur de piano du Conservatoire, âgé aujour- 
d'hui de 76 ans. M. Lecouppey "avait 49 ans et 9 mois de services; il 
obtient une pension de 1,600 francs. 

— Après la traduction italienne et la traducticn anglaise, voici venir 
la traduction allemande du livre si intéressant de notre ami et colla- 
borateur Arthur Pougin sur Verdi et ses œuvres. Celle-ci est due à 
M. Adolph Schulze, et vient de paraître à Leipzig chez l'éditeur Cari 
Reissner. Elle est d'un très bel aspect typographique, et digne du sujet. 
On peut dire que rarement livre sur la musique aura eu un succès si 
considérable, si rapide et si complet. 

— Le grand violoncelliste David Popper vient passer quelque temps à 
Paris, où il arrivera ces jours-ci et où il se fera entendre prochainement 
après s'être fait applaudir dans quelques-unes de nos grandes villes. L'autre 
semaine, M. Popper jouait au Cercle philharmonique de Bordeaux; ven- 
dredi on l'acclamait au cercle des Beaux-Arts de Nantes, et hier samedi 
il prenait part au concert de l'Institut musical d'Orléans. L'excellent ar- 
tiste retrouve partout le succès auquel il est justement accoutumé. 

— On assure qu'une Société d'actionnaires va construire à Marseille, 
près des Docks, en face de la place de la Joliette, dans un des vastes 
terrains appartenant à la Société immobilière, une magnifique salle de 
spectacle qui, par ses proportions et son architecture, sera un des plus 
beaux et des plus vastes monuments de la ville. La création de ce théâtre 
contribuera à accroître l'animation et l'importance du quartier de la Jo- 
liette. Dans cette nouvelle salle de spectacle, on a l'intention de repré- 
senter, après un sérieux examen, les œuvres des écrivains marseillais ou 
provençaux. Le grand foyer des premières, dont la décoration sera confiée 
à un artiste marseillais (premier grand prix de Rome), contiendra les 
bustes et les médaillons des gloires locales, Puget, Thiers, Méry, Bazin, 
Gozlan, etc. Les travaux vont commencer très prochainement. 

— Le théâtre du Capitole, de Toulouse, vient de donner la première 
représentation d'un ballet inédit, en deux actes et trois tableaux, Orphée 
et les Bacchantes, dont M. Félix Galey a écrit la musique sur un scénario 
dont il est l'auteur avec M. d'Alexandri. On signale le grand talent mi- 
mique et chorégraphique déployé dans cet ouvrage par M""^ Alexandri, la 
première danseuse, chargée de l'interprétation du rôle principal. Succès 
complet, d'ailleurs. 

— Le Casino des Arts, à Lyon, s'est offert, l'autre semaine, le luxe d'une 
vraie première représentation. Le 16 de ce mois, cet établissement présen- 
tait à son public un petit ouvrage lyrique en un acte. Fleur de lotus, dont 
la musique avait été écrite par M. Georges Fragerolle sur un livret de 
M. Guillaume Livet. Cette musique est charmante, dit-on, et pièce, auteurs 
et interprètes ont obtenu le plus vif succès. 

— Le dimanche 16 février, l'Harmonie chorale de Schlestadt a donné 
au théâtre de cette ville une superbe représentation de l'opéra-comique en 
dialecte alsacien: la Dretjfach Hochzitt mi Bâsclhal (les Trois Noces dans 
la vallée des balais), poème de M. Mangold, pâtissier à Colmar, musique 
de M. Wekerlin. Cette musique, d'une verve bouffe endiablée, a retrouvé 
l'immense succès de gaité qu'elle a toujours eu le don d'exciter parmi ses 
auditeurs. Les Trois Noces datent déjà de 1863, et la pièce est devenue po- 
pulaire en Alsace, quoique inconnue eu France. 

— La dixième année de l'Annuaire du Conseivatoire royal de musique de 
Bruxelles a paru il y a quelques semaines, et nous sommes un peu en 
retard pour en signaler la publication. C'est un recueil de documents 
toujours intéressants, dont le groupement est loiu d'être sans utilité. A 
tous les renseignements qu'il offre au lecteur sur l'organisation, le fonc- 
tionnement et le règlement de l'institution dont il émane, r^-lnnunice joint 
la liste des dons faits à la Bibliothèque et au Musée instrumental du 
Conservatoire, celle des prix décernés aux concours, celle des auditions 
et exercices publics, et enfin tous les détails relatifs aux concerts du 
Conservatoire, avec les programmes de chacun d'eux. Le volume se ter- 
mine par une notice nécrologique sur Francesco Ghiaromonte, professeur 
de chant dans l'école, mort récemment, et il est accompagné d'un portrait 
de Jules Zarembsld, le professeur de piano mort si prématurément l'année 
précédente. 

— M. Adolphe Samuel, l'excellent directeur du Conservatoire royal de 
Gand, vient de publier un ouvrage très ingénieux, très curieux, très utile, 
auquel il a donné ce titre : Livre de lecture musicale, formant un recueil 



des airs nationaux les plus caractéristiques, rangés dans un ordre progressif, 
avec l'indication de leur structure rythmique. M. Samuel est parti de ce 
principe que l'enfant, être naturellement fantaisiste et frivole, doit être 
intéressé à l'étude de la musique, en même temps qu'il ne doit pas être 
rebuté par sa difficulté. Les exercices qu'on lui offre doivent donc être 
choisis avec tact, avec goût, de façon à lui faire parcourir peu à peu, 
progressivement, tous les détails d'intonation, de rythme et de mesure, 
depuis les plus simples jusqu'aux plus compliqués. L'auteur a eu l'excel- 
lente idée d'appliquer à ce système les airs nationaux — je dirais plutôt 
populaires — des différents peuples. Il en a choisi ainsi plus de quatre 
cents qui forment un recueil parfaitement gradué, et qui initient l'apprenti 
musiciun à toutes les difficultés de la lecture. On part donc de: Ah! vous 
dirai-je, maman et de l'air des Bossus, très simples dans leur allure, pour 
arriver à une série de chansons basques, flamandes et indiennes, dont 
les difficultés rythmiques et tonales sont beaucoup plus compliquées, 
mais qui ne cessent d'intéresser l'élève par leur caractère et leur tour 
mélodique. L'idée, je le répète, était ingénieuse; de plus elle était 
vraiment neuve, et la façon dont elle a été mise en œuvre fait le plus 
grand honneur à son auteur. — A. P. 

— La ville de Rennes organise pour les ^i et IS mai prochain un grand 
concours d'orphéons, do musiques d'harmonie, de fanfares et de quatuors 
à cordes. Ce concours, qui promet d'être exceptionnellement brillant, 
coïncidera avec l'exposition industrielle, artistique et commerciale qui 
aura lieu à Rennes à cette époque. 

— La ville de Chàteaudun organise, de son côté, sous les auspices de 
la municipalité, un grand concours musical dont la date est fixée au 
S juin prochain. 

CONCERTS ET SOIRÉES 

M. Lamoureux a fait entendre, dans son concert de dimanche der- 
nier, trois œuvres de Wagner dont deux nous plaisent particulièrement, 
malgré leur orchestration exubérante. L'ouverture de Rienzi, écrite en 
18-42, dans le style de Weber et de Meyerbeer, avec légère addition de 
formules italiennes, est d'une grande et superbe allure, l'introduction (ti- 
rée de sa prière du dernier acte) est de toute beauté. La Marche de Fête, 
quoique écrite en 1876, ne fait rien présager des tendances dernières du 
compositeur. Elle est franche d'allure et noble de style. Wagner devait 
avoir ces deux compositions en grand mépris lorsqu'il écrivait les Mur- 
mures de la Forêt (de Siegfried), conception qui nous a semblé enfantine, 
incohérente, mais qui se relève un peu par une coda ingénieuse et assez 
mouvementée. — La suite d'orchestre de M. Lalo, dans laquelle nous nous 
refusons à voir une symphonie, malgré sa division en quatre parties, offre 
de grandes qualités mélodiques et décèle un vrai talent. Le public l'a fort 
goûtée. Si M. Lalo aime la mélodie, M. Chabrier préfère les dissonances, 
dont il nous offre un bouquet dans son prélude de Gwendoline. Avec son 
tempérament artistique, quel excellent compositeur français serait M. Cha- 
brier si le brouillard wagnérien n'obscurcissait pas si souvent les belles 
idées qui sont en germe dans sa pensée ! — Le concerto en la de Schu- 
mann est une des plus poétiques inspirations que nous connaissions : ce 
concerto est de la famille des deux beaux concertos de piano de Men- 
delssohn. M™ Szarvady l'a dit avec une netteté irréprochable et une grande 
sûreté de mesure. L'éminente artiste a reçu du public un chaleureux ac- 
cueil, bien mérité par son beau talent. — H. Barbedette. 

— Une foule énorme remplissait, jeudi soir, la salle Erard, pour le 
festival consacré à l'audition des œuvres de M. Tschaïkowsky par 
M'"= Conneau, MM. Diemer, Marsick, Brandoukoff, Mas et Brun. Le plus 
grand succès a couronné l'initiative des excellents artistes qui avaient 
pris à tâche de faire connaître au public les œuvres du compositeur dont 
la Russie s'enorgueillit à juste titré. M""^ Conneau a chanté, avec l'art 
qu'on lui connaît, plusieurs romances. On a bissé celle en forme de séré- 
nade : « Ah! qui brûla d'amour... », accompagnée à ravir par le violon- 
celle de M. Brandoukoff, lequel, un peu plus tard, a remporté un vif 
succès avec sou andanle pour violoncelle. M. Marsick a fait applaudir une 
sérénade mélancolique. Enfin, M. Diemer, plus eu verve que jamais, s'est 
prodigué et surpassé. Parmi les dix œuvres pour piano seul que M. Diemer 
a fait entendre, on a remarqué principalement le tour gracieux de l'Im- 
promptu et de la Mazurka. Et le public lui a fait une véritable ovation 
après la Polonaise tirée de l'opéra Onéguine, transcrite par Liszt. 

— La sixième séance de la Société de musique de chambre, qui a eu 
lieu le 17 février, à la Société de géographie, a été, sans contredit, l'une 
des plus brillantes de la saison. M. A. Lefort, en outre de ses artistes 
ordinaires ; MM. Guidé, Bernis et Gauthier, était, ce soir-là, secondé par 
M. G. Pierné, M"= Caroline Brun, la charmante cantatrice, et M"° Clara 
JanÎFzewska, qui a obtenu avec la Gavotte variée, de Rameau, un succès 
incontesté. 

— Programme des concerts d'aujourd'hui dimanche: Conservatoire; 
Symphonie en fa (Beethoven) ; Récit et chœur des Pèlerins de Tannhduser 
(Wagner); ouverture du Carnaval romain (Berlioz); fragments de Dardanus 
(Rameau), avec soli par M. Auguez, M™'' F. Lépine et Boidin-Puisais; le 
Songe d'une nuit d'été (Mendelssohn); 

Cirque d'hiver, concert Pasdeloup : Symphonie hcro'ique (Beethoven) ; Séré- 
nade hongroise (V. Joncières); première audition de la 6° Symphonie 



104 



LE MENESTREL 



(Rubinstein): première audition de Fantaisie-Balkt, pour piano et orchestre 
(Pierné, prix de Rome en 1883), exécutée par l'auteur; ouverture d'Eu- 
njanthe (Weber); 

Cliàtelet, concert Colonne: ouverture du CarHaoah-oma;/» (Berlioz) ; Sym- 
phonie en la ("Beethoven); fragments des Pécheurs de perles (Bizet), avec soli 
par MM. Faure et Maury; Invocation de Dimitri (V. Joncières), chantée 
par M. Faure: Romance swu jmroles (Mendelssohn) ; première audition de 
Hercule moura7it, scène (Herold), par M. Faure; ouverture de rhiire (Ma.s- 
senet) ; 

Eden-Théàtre, concert Lamoureux: ouverture de Sakounlala (Goldmark); 
Symphonie en fa (Beethoven); Minuetto et Allegro pour violon (J. Ratîj, 
exécutés par M. Gorski; fragments des Erinnijes (Massenet); ouverture de 
liienzi (Wagner); les « Murmures de la forêt » de Siegfried (Wagner); 
Grande marche de fête (Wagner) . 

— Samedi 5 mars, à 3 heures, salle Pleyel, aura lieu la troisième 
séance publique du concert Pasdeloup, avec le concours de MM. Blumer 
et Zajïc. M. Blumer, l'éminent pianiste, nous est bien connu ; quant à 
M. Zajïc, c'est un violoniste de premier ordre, qui se fera entendre pour 
la première fois à Paris. Voici le programme de cette intéressante ma- 
tinée : Première.partie, par les élèves du cours et MM. Nicosia (violon) et 
Dumoulin (violoncelle): Trio en mi majeur, pour piano, violon et violon- 
celle, Mozart; Sonate dédié-i à Kieutzer, pour piano et violon, Beethoven; 
Trio (n" 2), piano, violon et violoncelle, Schumann. — Deuxième partie, 
MM. Blumer et Zajïc : Sonate en ut mineur, piauo et violon, Beethoven: 
a) Études, Henselt; 6) Valse-caprice, Schubert-Liszt, M. Blumer; Rêverie, 
Vieuxtemps; Mouvement Perpétuel, Paganini, M. Zajïc. — On trouve des 
billets à l'avance chez les éditeurs de musique, salle Gaveau,8, boulevard 
Montmartre, à l'Institut Rudy, 9, rue Royale, et salle Pleyel. 

— Nous avons entendu d'excellente musique, jeudi dernier, à l'église 
wesleyenne de la rue Roquépine. D'abord, une Méditation-Prière de 
M. Théodore Dubois, pour orgue, violon et liarpe, exécutée avec 
beaucoup de sentiment, sous la direction de l'auteur, par MM. Mac- 
Master, A. Brun et Boussagol ; puis une Toccata du même auteur, exécutée 
par son élève, M. Mac-Master, l'organisateur du concert, qui a également 
l'ait applaudir un fort beau Pater noster de sa composition ; le Crucifix, de 
M. Faure, chanté par M'" Duet-Darbel e» M. Lambert des Cilleuls; enfin 
un grand nombre d'autres œuvres intéressantes, qui toutes ont été chaleu- 
reusement applaudies. L. S. 

— Le mardi l" mars, M. et M™ L. Breitner donneront à la salle 
Érard leur troisième concert de musique classique et moderne, avec le 
concours de MM. Delsart, Van Vaefelghem et Hayot. 

Mercredi 2 mars, salle Érard, concert donné par M°" Duroziez-Bour- 

bonne avec le concours de M'"^ Homburger et de MM. Lefort, Gauthier et 
de la Tombelle. 

— A Marseille, M. Escalaïs vient de remporter de grands succès. Dans un 
de ses derniers concerts, le jeune ténor a chanté le Sancla Maria de 
M. Faure, et son directeur, M. Roudil, la Charité, du même auteur. Les 
deux chanteurs ont été très fêtés. 

— La troisième séance de musique de chambre moderne donnée par 
le quatuor Aimé Gros, à Lyon, a eu lieu, dimanche 20 février, avec le 
concours du pianiste I. Philipp, de Paris. Un trio de Saint-Saëna, une 
sonate de Rubinstein, divers morceaux de Chopin, Saint-Saêns, Jadassohn 
ont valu à ce brillant virtuose les applaudissements répétés du public. 

— Le concert donné aux Beaux-Arts de Nantes avec le concours de 
M. I. Philipp a été très réussi. L'excellent pianiste a été chaleureuse- 



ment accueilli par le public, et son succès a été très grand après l'exécu- 
tion brillante d'un programme où nous avons remarqué les noms de 
Saint-Sacns, Godard, Rubinstein et Brahms. MM. Weingaertner et 
Bernard ont partage le succès de M. Philipp. 

— A l'Association artistique d'Angers, très grand succès pour M°"° Boi- 
din-Puisais, qui a admirablement interprété Au pied d'un crucifix, \3. page 
grandiose de Louis Lacombe. M. Bordier a promis de faire entendre à 
ses habitués la Valse de l'amour, du regretté compositeur. 

— La ville de Poitiers, ou plutôt la Société du Tir de cette ville, a eu 
son concert annuel ces jours derniers. Le président, M. Marchand, avait 
demandé au Conservatoire de Paris un quatuor vocal de lauréats, repré- 
senté par M"== Durand, Marel, MM. Gibert et Lafargue, qui tous les 
quatre, d'après le Journal de l'Ouest, ont fait grand plaisir. Ce journal nous 
dit en outre : « Le quatuor de VAve Maria, par M. Wekerlin, est superbe, 
c'est un morceau de véritable inspiration qui a produit un effet saisissant ; 
la sérénade du même compositeur, Minuit, est charmante. M"' Durand a 
dit avec tant de grâce la styrienne la Main dans la Main, qu'elle a du la 
recommencer, aux applaudissements de toute la salle. Le succès de cette 
jeune cantatrice n'a pas été moins grand avec l'air du Pardon de Ploêrmel. 
Le côté instrumental était brillamment représenté par MM. Tolbecque 
et Lévéque et M"' Champon. » 

— On nous écrit de Bordeaux : « Samedi 19, grand concert au Cercle 
Philharmonique ; M. David Popper y a remporté un double succès de 
compositeur et d'exécutant, bien justifié par l'originalité de ses œuvres et 
la supériorité de son jeu. M"" Isaac, avec sa voix ravissante, sa méthode 
si sure et si parfaite, pouvait d'avance compter sur un triomphe qui ne 
s'est pas fait attendre et qui a été aussi complet que possible. Enfin, le 
jeune violoniste Geloso peut justement revendiquer une bonne part du 
succès de celte belle soirée. Le Cercle Philharmonique, qui vient de 
renouveler son président et son bureau, n'entend pas, comme on voit, 
déserter les bonnes traditions, et reste lidèle au grand art et aux vrais 
artistes. 

— Le sixième concert populaire de Lille a eu lieu dimanche dernier 
avec le concours de M. Henri Maréchal, grand prix de Rome, qui dirigeait 
ses œuvres. Les Vivants et les Morts, la dernière œuvre du compositeur, 
l'Étoile et plusieurs fragments de l'opéra comique la Taverne des Trabans, 
interprétés sous sa direction par M'"' Melodia et Armand, MM. Soleza et 
Darras et l'orchestre de la Société, ont valu un très grand succès à 
M. Maréchal. 

— A Narbonne, l'orphéon l'Avenir, sous la direction de M. L. Narbonne, 
a donné un concert vocal et instrumental, dont le programme très inté- 
ressant a été fort bien exécuté. Mentionnons surtout le succès de M. Carcy, 
un ténor à la voix chaude et sympathique, et de M. L. Ferlus, un maître 
pianiste. L'Orphéon VAcenir a été très applaudi. 

Hen'ri Heugel, directeur-rjérant. 

Étude de M» GORIOT, avoué, 88, rue de la Victoire. 

Vente en l'étude de M' FONTANA, notaire, 10, rue Royale, les 3 et 

4 mars 1887, à midi, du 

JPoinl» tle cotÊHitei'ce a'éfliteui' ae tàtusifjiite GJÉHAMtO 

îtlJElSSOXXMJEMt, sis 23, rue des Martyrs, et de la propriété litté- 
raire et artistique de divers ouvrages. 
S'adresser à M<='' CORTOT, avoué, FONTANA, notaire à Paris, ROBIL- 

L.4.RD, notaire à Vincennes, GAUTRON, administrateur-judiciaire. — 

PRADEAU, sur les lieux. 



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N"* 1 . Que l'on médise d'elle . S » 

2. Cruel, ta perfidie ... if 

3. pauvre âme i •> 



N"^!. Songes 2 50 

o. Dites, que faut-il faire'/ 5 » 
6. Plus d'espérance. ... 5 » 



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THÉODORE DUBOIS 



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(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



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Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser FRA^■co à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 6/5, rue Vivieiine, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an, Texte seul ; 10 francs, Paris,et Province. — Texte et .Musique de Chant, 20 l'r.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SQMMAIRE-TEXTE 



I. Un grand théâtre à Paris pondant la Révolution (IS' article), Arthur Pougin.— 
II. Semaine théâtrale : Au pays des tremblements de terre, H. Moreno. — 111. La 
Musique en Angleterre : Joachim à Londres, Francis Hueffer. — IV. Nouvelles 
diverses et concerts. 



MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de cha.nt recevront, avec le numéro de ce 
jour : 

CŒUR JALOUX 

mélodie nouvelle de E. Paladilhe, poésie de Wili.ejier-Sgubise. — Suivra 
immédiatement: Elle chantait, mélodie d'ANTOiNE Rubinstein, sur une poésie 
russe de la C^se Rostopschine, traduction française de Pierre Barbier. 

PIANO 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
PIANO : A^oce hongroise, de Charles Neustedt. — Suivra immédiatement : Ri- 
cochet, nouvelle polka de Henrich Strobl. 



GRAND THEATRE A PARIS PENDANT LA RÉVOLUTION 



L'OPÉRA- COMIQUE 

BE 1788 A 1801 

D'après des documents inédits et les sources les plus autientiques. 

(Suite.) 



Le 22 mars, rOpéra-Gomique représente Démosthèms, « ta- 
bleau patriotique en un acte et en vers, » dû à cet honnête 
excentrique dont le nom véritable était Beffroy de Reigny, 
mais qui occupa une si grande place dans la littérature de 
la Révolution sous le pseudonyme du Cousin-Jacques. Le 
4 avril on voit paraître un autre « tableau patriotique » en 
un acte, mais cette fois en prose, les Missionnaires républicains, 
sorti de la plume de cet autre excentrique, moins inoffensif, 
qui avait nom Sylvain Maréchal. Puis, viennent successive- 
ment: la Discipline républicaine, opéra comique en un acte 
paroles de Plancher-Valcour, musique de Foignet (20 avril