Skip to main content

Full text of "Le Ménestrel"

See other formats


LE 



MÉNESTREL 



JOURlSrAL 



MONDE MUSICAL 



MUSIQUE ET THÉATEES 



62° ANNEE — 1896 



BUREAUX DU MÉNESTREL : 2 bis, RUE VIVIENNE, PARIS 
HEUGEL et C'^ Éditeurs 



TABLE 

DU 

JOUENAL LE MAîTESTEEL 



62'= ANNÉE — 1896 



TEXTE ET MUSIQUE 



X» 1. — 5 janvier 1896. — Pages 1 à 8. 

I. La chanson ; Est-ce Mars, ce grand Dieu des 

alarmes (2- et dernier article), Julien Tiersot. — 

II., Semaine théâtrale : première représentation 

d'Evangéline au théâtrede la Monnaie, Lucien Solvay; 

première représentation des Dessous de l'année, au 

Nouveau-Théâtre, Paul-Émile Chevalier. — III. La 

Pierre, musicien-chorégraphe (6e et dernier article), 

A. Ball'ffe. — IV. Revue des grands concerts. — 

V. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — Antonin Slarmontel. 

Arabesque. 

X° 2. — 12 janvier 1896. — Pages 9 à 16. 

I. Une chanson du seizième siècle, Julien Tiersoi. — 
II. Semaine théâtrale : Le Théâtre-Lyrique, infor- 
mations, impressions, opinions (10' article), Louis 
Gallet. — III. Molière et la trompette marine, E. de 
Beicqueville. — IV. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Chant. — Robert Fischhof. 
Égtiintines. 

m» 3. — 19 janvier 1896. — Pages 17 à 24. 

I. Musique antique, les nouvelles découvertes de 
Delphes (1" article), Julien Tiersot. — II. Semaine 
théâtrale : première représentation de Jean-Marie, 
au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, Lucien Sol- 
vay. — III. L'art français sur les scènes lyriques 
allemandes, 0. En. — IV. Revue des grands con- 
certs. — V. Correspondance de Barcelone : premières 
représentations des opéras Pépita Gimenezet Aurcrra, 
A. -G. Bert.al. — VI. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Piano. — Cesare Oaleotti. 
Par le sentier fleuri, 

W 4. — 26 janvier 1896. — Pages 25 i 32. 

I. Musique antique, les nouvelles découvertes de 
Delphes (2» article), Julien Tiersot. — II. Bulletin 
théâtral ; La résurrection des Folies-Marigny, 
Arthur Pougin. — III. Ce que m"a dit la viole d'a- 
mour, Charles Grandmougin. — IV. La nouvelle loi 
autrichienne sur les droits d'auteurs (1" article). 
Oscar Berggruen. — V. Revue des grands concerts. 

— VI. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — Eruest Reyer. 
Le Dernier Rendez-vous. 

iX" 5.-2 février 1896. — Pages 33 à 40. 

I. Musique antique, les nouvelles découvertes de 
Delphes (3° article), Julien Tiersot. — II. Semaine 
théâtrale : Première représentation du Modèle, à 
rOdéon, Athur Pougin ; premières représentations 
i'une Semaine à Paris, aux Variétés, et de Coco, 
pantomime au Nouveau-Cirque, Paul-Emile Cheva- 
lier. — III. La nouvelle loi autrichienne (suite et 
fin), 0. Berggruen. — V. Revue des grands concerts. 

— VI. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — Philippe l<'ahrbach. 
Brises du cœur, valse. 

!«• 6. — 9 février 1896. — Pages 41 à 48. 

I. Musique antique, les nouvelles découvertes de 
Delphes (4° article), Julien Tiersot. — il. Le 
Théâtre-Lyrique, informations, impressions, opi- 
nions (11' article), Louis Gallet. — III. Bulletin 
théâtral : reprises de la Favorite et de Coppélia à 
l'Opéra, H. M.; premières représentations d'Inno- 
centl au théâtre des Nouveautés. Paul-Ésiile Cheva- 
lier. — IV. L'orchestre de Lully (l" article), Arthur 
Pougin. — V. Revue des grands concerts. — VI. 
Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 
Cbant. — Ch.-.M. Widor. 
La Nuit. 

TK' î. — 16 février 1896. — Pages 49 à 56. 

I. La mort d'Arnbroise Thomas, Henri Heugel. — 
II. Ambroiso. Thomas, notes et souvenirs, Arthur 
Pougin. —111. Semaine théâtrale : Débuts deM'''Gar- 
nier dans Lahmc à l'Opéra-Comique, .\. P.; pre- 
mières riprésenlations du Dindon, au Palais-Royal 
et de II Fiancée en loterie, aux Folies-Dramatiques, 
Paul-Émile Chevalier. — IV. Revue des grands con- 
certs. — V. Nouvelles diverses, concerts et nécro- 
logie. 

Piano. — Philippe Fahrbach. 
Le Joyeux L</ron, quadrille. 



IV" 8. — 23 février 1896. — Pages 57 à 64. 

I. Les obsèques d'Arnbroise Thomas : Discours de 
MM. Bourgault-Ducoudray, Théodore Dubois et 
J. Massenet, H. M. — II. Semaine théâtrale : la 
Cendrillon de Nicole à la Galerie-Vivienne, .Arthur 
Pougin ; premières représentations de Grosse Fortune, 
à la Comédie-Française, Paul-Éjiile Chevalier. — 
III. L'orchestre de Lully (2° article), Arthur Poogin. 
— IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — l^éon Relafosse. 



A' 9. 



■ 1" mars 1896. — Pages 65 à 72. 



I. Musique antique, les nouvelles découvertes de 
Delphes (5* article), Julien Tiersot. — II, Bulletin 
théâtral : Premières représentations du Voyage à 
Venise, au théâtre Déjazet, du Royaume des femmes, à 
l'Eldorado, et de Ninotte, aux Bouffes-Parisiens, 
Paul-Émile Chevalier. — III. L'orchestre de Lully 
(3' article), Arthur Pougin. — IV. Revue des grands 
concerts. — V. Nouvelles diverses et concerts. 
Piano. — Philippe Fahrbach. 
Fine Mouebe, polka. 



i\' 10. 



8 mars 1896. — Pages 73 ; 



I. Orphée de Gluck, à l'Opéra-Comique, JulienTiersot. 
— II. Semaine théâtrale : premières représentations 
de Manette Salomon, au Vaudeville, et de la Figu- 
rante, à la Renaissance; reprises de Thermidor, à la 
Porte-Saint-Martin, et des Danicheff, à l'Odéon, 
P-iul-Émile Chevalier. — III. L'orchestre de Lully 
(4' article), Arthur Pougin.— IV. Revue des grands 
concerts. — V. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Chant. — Robert Fischhof. 

Sur le Danube. 

ï«° 11. — 15 mars 1896. — Pages 81 à 88. 

I. Musique antique (6" article), Julien Tiersot. — 
II. Semaine théâtrale : Thaïs au théâtre de la Mon- 
naie de Bruxelles, Lucien Solvaï; premières repré- 
sentations de la Tortue, aux Nouveautés, et d'Ariette, 
à l'Olympia, Paul-Émile Chev.iuer.— III. L'orchestre 
de Lully (5° article), Arthur Pougin. — IV. Et la 
direction du Conservatoire'? H.Moreno. — V. Revue 
des grands concerts. — VI. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

Piano. — IV. Celeg;a. 

Le Réveil, n° 1 des Heures de rêve et de joie. 

I»I° 13, — 22 mars 1893. — Pages 89 à 96. 

I. Musique antique (7' article), Julien Tiersot. — IL Le 
Théâtre-Lyrique, informations, impressions, opi- 
nions (12" article), Louis Gallet. — III. L'orchestre 
de Lully (6» article), .-Vrthor Pougin. — IV. Le monu- 
ment de M"' Carvalho. — V. Revue des grands 
concerts. — VI. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Chant. — Xavier I>eroux. 

Surla tombed'un enfant, n'3 des Poèmes de Bretagne. 



X' 13. 



29 mars 1896. — Pages 97 à 104. 



I. .Musique antique (8" et dernier article), Julien 
Tiersot. —II. Semaine théâtrale : premières repré- 
sentations de Disparu, au Gymnase, d'Amoureuse, 
au Vaudeville, de la Gnin Via, à l'Olympia et de 
Hùlons-nousd'eii rire, aux Folies-Marigny. Paul-Émile 
Chevalier. — III. L'orchestre de Lully (7" et dernier 
article), Arthur Pougin. — IV. Le monument de 
M"' Carvalho.— V. Revue des grands concerts. — 
VI. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — Antonin Alarmoniel. 

Balancclle, valse de concert. 



A' 11. 



5 avril 1 



Pages 105 à 112. 



I. La Danse grecque antique, Julien Tiersot. — 

II. Musique et prison (1" article!, Paul d'Estrée. — 

III. Le monument de M°° Carvalho. — IV. Revue 
des grands concerts. — V. Nouvelles diverses, con- 
certs et nécrologie. 

Chant. — l^con Delafosse. 

Veux-tu ? 



X' 15.-12 avril 1896. — Pages 113 à 120. 

I. Une œuvre contestée de Palestrina et ses deux 

messes de l'Homme armé (1" article), Julien Tiersot. 

— H. Semaine théâtrale : première représentation 
de Ghiselle au théâtre de Monte-Carlo, Julien 'Tiersot. 

— m. Musique et prison (2' article) : captivités rovales 
et princières, Paul d'Estrée. — IV. Le concert du 
vendredi saint au Châtelet, A. Boutarel. — 
V. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — E/con Delafosse. 
Nocturne. 
!%• 16. — 19 avril 1898. — Pages 121 à 128. 
I. Une œuvre contestée de Palestrina et ses deux 
messes de l'Homme armé (2« et dernier article), 
Julien, Tiersot. — IL Semaine théâtrale : reprise 
de VEpreuve villageoise, au théâtre de la Galerie 
Vivienne, Arthur Pougin; premières représenta- 
tions de laMeute, àla Renaissance, du Grand Galeoto, 
auThéâtre des Poètes, etdu PelitMoujik, aux Bouffes- 
Parisiens, Paul-Émile Chevalier. — III. Musique et 
prison (3= article) : prisons militaires, Paul d'Estrée. 

— IV. Le monument de M"= Carvalho. — V. Nou- 
velles diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — Raynaido Rahn. 
Cantique sur le bonheur desjmtes et le malheur des réprouvés. 

I\' lï, — 26 avril 1896. — Pages 129 à 136. 
I. Musique antique; une lettre de M. Th. Reinach, 
Julien Tiersot. — II. Semaine théâtrale : première 
représentation d'Hellé à l'Opéra, la centième de la 
Korrigane, Arthur Pougin ; première représentation 
de la Falote, aux Folies-Dramatiques, reprise de 
l'Œil crevé, aux Variétés, Paul-Émile Chevalier. — 

III. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — i\. Cclega. 
Contemplation, n" 4 de Matinée aux Alpes. 
J*' 18. — 3 mai 1896. — Pages 137 à 144. 
I. La première Salle Pavart et l'Opéra-Comique, 
3" partie (1" article), Arthur Pougin. — II. Semaine 
théâtrale; premières représentations de Deux Sœurs 
et de Ruse de femme, à l'Odéon, et de Catherine de 
Russie, au Châtel.et; reprise du Prince d'Auree, au 
Gymnase, Paul-Émile Chevalier. — III. La musique 
et le théâtre au Salon du Champ-de-Mars (1" arti- 
cle), Camille Le Senne. — IV. Le monument de 
M»' Carvalho. — V. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Chant. — Xavier l^eronx. 
La Légende des trois petils mousses. 
X' 1». — 10 mai 1896. — Pages 145 à 152. 
I. Le nouveau directeur et la réorganisation du 
Conservatoire, H Mobeno. — II. Semaine théâtrale : 
Première représentation du Chevalier d'Harmental, 
à l'Opéra-Comique, .\rthur Pougin; première repré- 
sentation de Manon Rolund, à la Comédie-Française, 
reprise de Lysistrala, au Vaudeville, Paul-Éwile Che- 
valier. — III. La musique et le théâtre au Salon du 
Champ-de-Mars (2° article), Camille Le Senne. — 

IV. Le monument d'Ambroise Thomas. — V. Nou- 
velles diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — Edouard Slranss. 
Le Cœur et la Dot, polka-mazurka. 
X° 30. — 17 mai 1896. — Pages 153 à 160. 
I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 
3' partie (2" article), Arthur Pougin. — II. Bulletin 
théâtral : reprise du Roman d'unjeune homme pauvre, 
à l'Odéon, et première représentation de Nuit d'a- 
mour, aux Bou Iles-Parisiens, Paul-Émile Chevalier. 

— III. La musique et le Ihéâtre au Salon du Champ- 
de-Mars (3" article), Camille Le Senne. — IV. Musique 
et prison (4° article) : prisonniers politiques, Paul 
d'Estrée. — V. Le monument de M"" Carvalho. — 
VI. Nouvelles diverses et concerts. 

Chant. — A. Périlhou. 

Muselle du X VII' siècle. 

i\' a 1 . — 24 mal 1896. — Pages 161 à 168. 

I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 

3' partie (3" article), Arthur Pougin. — H Semaine 

théâtrale : répétition générale d'IIamlet à l'Opéra, 

souvenirs, H. Moheno; première représentation du 

Grand Galeoto, au Théâtre-Internalional, Paul-Emile 

Chevalier. — III. La musique et le théâtre au Salon 

des Champs-Elysées (4" article), C.wiille Le Senne. 

— IV. Musique et prison (5' article): prisonniers 
politiques, Paul d'Estrèi;. — V. Le monument de 
M"" Carvalho. — VI. Nouvelles diverses, concerts 
et nécrologie. 

Piano. — A. l<audry. 
Printemps nouveau. 



K" •£•£. — 31 mai 1896. — Pages 169 à 176. 
I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 
2» partie (4° article), Artbur Pougin. — II. La musique 
et le théâtre au Salon des Champs-Elysées (5" ar- 
ticle ), Camille Le Senne. — III. Musique et prison 
(6" article) : prisonniers politiques, Paul d'Estrée. 

— IV. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — Liéoa Ikelufossc. 
Près de Veau, n° 2 des Soirs d'amour. 
X" 23. — 7 juin 1896. — Pages 177 à 184. 
I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 
3" partie (5" article), Arthur Pougin. — II. Bulletin 
théâtral . premières représentations de Au bonheur 
des dames, au Gymn ase, et de la Demoiselle de magasin, 
à l'Olympia, Paul-Émile Chevalier. — III. La musique 
el le théAtre au Salon des Champs-Elysées (6° ar- 
ticle), Camille Le Senne. — IV. Musique antique : une 
nouvelle communication de M. Th. Reinach, Julien 
TiERSOT. ^ V. Nouvelles diverses, concerts et nécro- 
logie. 

Piano. — I. Pliilipi». 
En dansant, extrait des Pasttls. 
tu- 34. — 14 juin 1896. — Pages 185 à 192. 
I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 
3^ partie (6" article), .Arthur Pougin. — II. Semaine 
théi\trale : reprise du Pardon de Ploërmel à l'Opéra-- 
Comique, .A -P. — III. La musique et le théâtre an 
Salon des Champs-Elysées (7° article), Camille Le 
Senne. — IV. Musique ej prison (7» article) : La Bas- 
tille et les prisons d'Étal sous l'ancien régime. 
Paul d'Estuée. — V. Correspondance : une lettre de 
M. Th. Reinach. — VI. Nouvelles diverses, concerts 
et nécrologie. 

Chant. — Ernest Moret. 
Si je ne f aimais pas. 
K' 35. — 21 juin 1896. — Pages 193 à 200. 
l. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 
3° partie (7' article), Arthur Pougin. — il. Semaine 
théâtrale: Débuis de M"° Kutscherra et du ténor 
Dufiant dans ^ï Wallcifrie, répétition du Jeu de Robin 
et Marion à l'Opéra-Comique, .A. P. — III. Sur le 
Jeu deRobin et Marion d'Adam de la ?Ialle(l" article), 
Julien Tiersot. — IV. La musique et le théâtre au 
Salon des Champs-Elysées (8° et dernier article), 
Camille Le Senne. — V. Nouvelles diverses, con- 
certs et nécrologie. 

Piano. — Cesare Cialeotti. 
Maluiina. 
X" 36. — 28 juin 1896. — Pages 201 à 208. 
I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 
3' partie (8° article), .\rthur Pougin. — II. Semaine 
théâtrale : première représentation de la Femme 
de Claude et reprise de Don Pasquale, à l'Opéra-Co- 
mique, .\rthur Pougin. — III. Sur le Jeu de Robin et 
Marion d'Adam de la Halle (2° article), Julien Tiersot. 

— IV. Musique et prison (8» article) : La Bastille et 
les prisons d'État sous l'ancien régime, Paul d'Es- 
trée. — V. Nouvelles diverses, concerts et nécro- 
logie. 

Chant. — E'aiil l^aooiiibe. 
Aubade printanière. 
X' 27. — 5 juillet 1896. — Pages 209 à 216. 
I. La première salle Favartetropéra-Comique, 3" par- 
tie (9° article), Arthur Pougin. — II. Sur le Jeu de 
Bobin et Marion d'.\dam de la Halle (3" article), Julien 
Tiersot. — III. Musique et prison (9° article) : La 
Bastille et les prisons d'État sous l'ancien régime, 
Paul d'Estrée. — IV. Nouvelles diverses et concerts. 
Piano. — l'aul Wachs. 
Danse japonaise. 
i\"° 38. — 12 juillet 1896. — Pages 217 à 22i. 
I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 4° par- 
tie (lO» article), Arthur hougin. — II. Bulletin théâ- 
tral; Première représentation del'Outrageà laPorte- 
Saint-Martin, A. P. — III. M"" Desbordes-Valmore 
comédienne, Arthur Pougin. — IV. Sur le Jeu de 
Robin et Marion d'Adam de la Halle, (4° article). Julien 
Tiersot. — V. Musique pt prison (10" article) : La 
Bastille et les prisons d'État sous l'ancien régime, 
Paul d'Estrée. — VL Nouvelles diverses, concerts 
et nécrologie. 

Ch.\nt. — tiiicien l^aïubert. 
Au bord du ruisseau. 
i\° 39. — 19 juillet 1896. — Pages 225 à 232. 
I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 4° uar- 
tie (11" article), Arthur Pougin. — II. Le Théâtre- 
Lyrique, inl'ormations, impressions, opinions (13" 
article), Louis Gallet — 111. Sur le Jeu de Robin el 
Marion d'.Adam de la Halle (4° et dernier artio le, 
Julien Tiebsot. — IV. Musique et prison (Usarticie) : 
prisons révolutionnaires, Paul d'Estrée. — V. Nou- 
velles diverses, concerta et nécrologie. 

Piano. — Marmoiitel. 
Valse mélancolique, tirée des Impressions et Souvenirs. 
X' 30. — 26 juillet 1896. — Pages 233 à 2i0. 
l. La première salle Favartet l'Opéra-Comique, 4" par- 
tie (12" article), Arthur Pougin. — II. A Bayreuth, 
JhlienTiehsot. — III. Les concours du Conservatoire, 
Arthur Pougin. — IV. Nouvelles diverses, concerts 
et nécrologie. 

Chant. — Ijouîs Diénier. 
Si je savais. 
1V° 31. — 2 aoiit 1896. — Pages 241 à 248. 
1. La première salle Favartet l'Opéra-Comique, 4" par- 
tie (1.3" article), Arthur Pougin. — II. Les Concours 
du Conservatoire, Arthur Pougin. — III. Nouvelles 
diverses et concerts. 

PlA\o. — I»aul Waclis. 
Bras dessus, bras dessous. 



X" 32. — 9 aoiit 1896. — Pages 249 à 256. 
I. La distribution des prix au Conservatoire, Arthur 
Pougin. — H. Musique et prison (12" article): 
Prisons révolutionnaires, Paul d'Estrée. — III. Nou- 
velles diverses, concerts et nécrologie. 
Chant. — Oepret. 
Si vous étiez fleur. 
A'° 33. — 16 août 1896.— Pages 257 à 264. 
I. La première salle Favartet l'Opéra-Comique, 4° par- 
tie (14" article), Arthur Pougin. — II. Semaine théâ- 
trale : Le mois d'août et la musique, Arthur Pougin 
— III. Musique et prison (13" article); Prisons révo- 
lutionnaires, Paul d'Estrée. —IV. Journal d'un musi- 
cien (1°' article), A. Montaux. — V. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

Piano. — Cli. A'custedt. 
Un Rêve. 
iV" 34. — 23 août 1896. — Pages 26? à 272. 
I. La première salle Favart et l'Opéra-Comique, 4" par- 
tie (15" etdernier article), ArïhurPougin.— II. Semaine 
théâtrale : Autour d'une traduction, H. M. — III. 
Musique et prison (14" article) : Prisons révolu- 
tionnaires, Paul d'Estrée. — IV. Journal d'un musi- 
cien (2" article), A. MoNT,vux. — V. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

Chant. — Ernest lloret. 
Sérénade florentine. 
S' 35. — 30 août 1896 — Pages 273 à 280. 
I. Étude sur Orpltée de Gluck (1"' ariicle), Julien Tier- 
sot. — II. Semaine théâtrale : L'auteur de la Sonate 
du Diable, Arthur Pougin. — III. Musique et prison 
(15" article) : Prisons politiques modernes, P.4UL 
d'Estrée. — IV. Journal d'un musicien (-3" article) 
A. Montaux. — V. Nouvelles diverses et concerts. 
Piano. — C'h. fiirisart. 
Pastorale. 
X" 3(J. — 6 septembre 1896. — Pages 281 à 288. 
I. Étude sur Orphée (i' article), Julien Tiersot. — II. 
Semaine théâtrale : La prochaine saison théâtrale, 
Paul-Emile Chev.\lier. — III. Musique et prison 
(16" article) ; Prisons politiques modernes, Paul 
d'Estrée. — IV. Journal d'un musicien (4" article), 
A. Montaux. — V. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Chant. — Cesare C<aleotti. 
Attente. 
M" 3ï. — 13 septembre 1896. — Pages 289 à 296. 
1. Étude sur Orphée (3" article), Julien Tiebsot. — II. 
Bulletin théâtral : Don Juan à Munich, S. M. — III. 
Musique et prison (17" article) : Prisons politiques 
modernes, Paul d'Estrée. — IV. Journal d'un musi- 
cien (5" article), A. Montaux. — V. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

Piano. — l»anl Waclis. 
Femmes et Fleurs. 
TK' 38. — 20 septembre 1896. — Pages 297 à 304. 
I. Étude sur Orphée (4" article), Julien Tiersot. — II. 
Semaine Ihéâlrale : Première représentation de 
Jacqu-s Callot, à la Porte-Saint-Mari in; réouverture 
de l'Opéra-Comique; reprise de la Vie parisienne aux 
Variétés, Paul-Émile Chevalier. — III. Le Théâtre- 
Lyrique : Informations, impressions, opinions (14° 
article), Louis Gallet. — IV. Musique et prison 
(18' article): Prisons politiques modernes, P.aul 
d'Estrée. — V. Nouvelles diverses, concerts etnécro- 
logie. 

Chant. — Charles IjCTaiIé. 
Jows d'automne. 
X' 39. — 27 septembre 1896. — Pages 305 à 312. 
I. Étude sur Orphée (5" article), Julien Tiersot. — II. 
Bulletin théâtral : reprise de la Famille Pont-Biquet 
au Gymnase ; Paris-Péhin au Nouveau-Cirque, P.uil- 
Émile Chevalier. — Itl. Gilbert Duprez, notes et 
souvenirs, Arthur Pougin. — IV. Musique et prison 
(19' arlicle); l'risons politiques modernes, P.iul 
d'Estrée. — V. Nouvelles diverses, concerts et nécro- 
logie. 

Piano. — Cesare Cialeottî. 
Chanson d'automne. 
X' 40. — 4 octobre 1896. — Pages 313 à 320. 
I. Étude sur Orphée (6" article), Julien Tiersot. — 
II. Semaine théâtrale : la Dame aux camélias, à la 
Renaissance, et Montjoije, à la Comedie-Française, 
Paul-Émile Chevalier. — III. Musique et prison 
(20" article) : Religions, Paul d'Estrée. — IV. Le 
Conseil supérieur d'enseignement au Conserva- 
toire. — V. Nouvelles diverses, concerts et nécro- 
logie. 

Chant. — Ij. Delaquerrîére. 
Sérénade d'automne. 
X' 41. — 11 octobre 1896. — Pages 321 à 328. 
I. Étude sur Orphée (7" article), Julien Tiersot. — 
II. Ssmaine théâtrale: Les galas de l'Opéra et delà 
Comédie-Française; supplique au tsar, H. Morbno; 
première représentation de Mignonnette, au thfâtie 
des Nouveautés, Paul-Émile Chevalier. — III. L'Ex- 
position du théâtre et de la musique au palais de 
l'Industrie (1" article), Arthur Pougin. — IV. Musique 
et prison (21" article) ; Prisons pour dettey, Paul 
d'Estrée. — V. Jnunal d'un musicien (6" article), 
A. MoNT.AUx. — VI. Nouvelles divers, s, concerts et 
nécrologie. 

Piano. — Rejnaldo llalin. 
Alljert Cuijp, n" 1 des Portraits de peintres. 
X' 43. — 18 octobre 1896. — Pages 32'J à 336. 
l. Étude sur Orphée [8" article), Julien Tiersot. — 
II. Semaine théâtrale : les Deux Chasseurs et la Laitière 
de Dunl, t'Irato de Méhul, la Perruc e, de Clapisson 
au Théâtre-Lyrique de la Galerle-Vivienne, Arthur 
Pougin ; premières représentations du Capitaine Fra- 
casse l\, rOdéon et de la Reine des Reines à l'Eldorado, 
Paul-Émile Chevalier. — III. Journal d'un musicien 
17" article), A. Montaux. — IV. L'Exposition du 
théâtre et de la musique au palais de l'Industrie 
(2° article), Arthur Pougin. — V. Antoine Bruckner, 
0. BerggrueiN. — VI. Nouvelles diverses, concerts 
et nécrologie. 

Chant. — Ijéon Delafosse. 
Si j'ai parlé. 



X' 43. — 25 octobre 1896. — Pages 33? à 344. 
I. Étude sur Orphée (9" article), Julien Tiersot. — 
II. Semaine théâtrale; première représentation de 
la Vie pour le Tsar à l'Opéra russe, Arthur Pougin; 
premières représentations de la Poupée à la Gsîié, 
des Bienfaiteurs à la Porte-Saint-Martin et de la Villa 
Gaby au Gymnase, H. Moreno. — III. L'Exposition 
du théâtre et de la musique (3" article), Arthur Pougin. 

— IV. Nouvelles diverses, concerts -t nécrologie. 

Piano. — Rcynaldo llabn. 
Antoine Watleau, n° 4 des Portraits de peintres. ' 
X' 44. — 1"' novembre 1896. — Pages 345 à 352. 
I. Étude sur Orphée (10" article), Julien Tiebsot. — 
H. Semaine théâtrale; reprise de flore J«fm à l'Opéra, 
.Vrthur Pougin ; premières rporésentations du Par- 
tage an Vaudeville et de Rivoli aux Folies-Dramati- 
ques, H. MoRENO. — III. L'Exposition du théâtre et 
de la musique (4" article), Arthur Pougin.— IV. Mu- 
sique et prison (22" article): Prisons d'artistes, 
Paul d'Estrée. — V. Revue des grands concerts. — 
VI. Nouvelles diverses et concerts. 

Chant. — P. Alascagni. 

Il m'aime, m'aime pas. 

X' 45.-8 novembre 1896. — Pages 353 à 360. 

I. Étude sur Orphée (11" article), Julien Tiersot. — 

II. Semaine théâtrale ; première représentation du 
Papa de Francinc au Théâtre Cluny, H. M. — 

III. L'Espofition du théâtre et de la musique 
(5" artlclf), Arthur Pougin. — IV. Journal d'un mu- 
sicien (8° article), A. Montaux. — V. Un théâtre- 
lyrique populaire, H. M. — VI. Revue des grands 
concerts. — VII. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Piano. — U. Giorilano. 

Pastorale et Gavotte, extraites d'And'-é Ckénier. 

X' 4«. — 15 novembre 1896. — Pages 361 à .368. 

I. Étude sur Orphée (12" article), Julien Tiebsot. — 

II. Semaine théâtrale : Le Bijou perdu, au théâtre 
de la Galerle-Vivienne, Arthur i-ougin ; première 
représentation de Erreurs du mariage aux iSlouveau- 
tés, Paul-Émile Chevalier ; reprise de Don César de 
Bazan à la Porte-Saint-Marlln ; première repré- 
sentation du Carillon aux Variétés, H. Moreno. — 

III. Le Théâtre-Lyrique ; Inl'ormations, Impressions, 
opinions (15' article), Louis Gallet. — IV. L'Exposi- 
tion du théâtre et de la musii|ue (6° arlicle). Arthur 
Pougin. —V. Revue des grands concerts.— VI. Nou- 
velles diverses, concerts et nécrologie. 

Chant. — • Kenée Eldèse. 
Prélude. 
X' 4Î. — 22 novembre 1896. — Pases 369 à 376. 
I. Étude sur Orphée (13" article), Julien Tiersot. r- 
II. Semaine théâtrale: Don Juan k l'Opéra-Comique; 
Aude et Roland (concours Rnssinl) au Conservatoire, 
Arthur I'ougin ; la Biche au Bois au Châtelet, P.-É. C. 

— III. L'Exposition du théâtre et de la musique 
(7° et dernier arlicle), Arthur Pougin. — IV. Revue 
des grands concerts. — V. Nouvelles diverses et 
concerts. 

Piano. — Eiouis Diémer. 

Les Révérences nuptiales, n° 1 des Vieux Maîtres. 

X' 48. — 29 novembre 1896. — Pages 377 à 384. 

I. Étude sur Orphée (14" article), Julien Tiersot. — 

II. Musique et prison (23" arlicle) : Crimes de droit 
commun, Paul d'Estrée. — III. Jo'imal d'un musi- 
cien i9" article), A. Mont.aux. — IV. Revue des grands 
concerts. — V. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

Chant. — U. Giordano. 

Improvisation de Chénier, extrait.-, \i'André Ghénier. 

'X' 49. — 6 décembre 1896. — Pages 385 à 392. 
I. Étude sur Orphée (15" et dernier article), Julien 
Tiersot. — II. Semaine théâtrale ; Rentrée de 
M"" Van Zandt à l'Opéra-Comique ; Lorenzaccio à 
la Renaissance, H. Moreno; premières repr'senta- 
tlons de Monsieur J^ohengrin aux Bouffes-Parisiens, 
des Yeux clos, du Danger et de la Révolte k l'Odi^on ; 
le Feu au moulin au Nouveau-Cirque. Paul-Émile 
Chevalier. — III. Musique et prison (24' article) : 
Grimes de droit commun, Paul d'Estrée. — IV. La 
.Messe de saint François d'Assise, de Paladlihe. — 
V. Revue des grands con.eris. — VI. Nouvelles 
diverses, concerts et nécrologie. 

Piano. — U. Giordano. 

Muscadins et Mmcadines, extrait d'André Chénier. 

X' 50. — 13 décembre 1896. — Pages 393 à 400. 
I. Étude sur Don Juan (1" article), Julien Tiersot. — 
H. Semaine theâirale : premières rep'-éseniations 
de l'évasion à la Comédif-, rançaise et de Ferdinand 
le noceur an Palais-Royal, Paul-Émile Chevalier. — 

III. Journal d'un musii-len (10" article-), A. Montaux. 

— W .he chœur la Charité, df Rosslni, J.-B.Weceerlin. 

— V. Revue des gra..ds conceris. — VI. Nouvelles 
diverses, concerts et nécrologip. 

Chant. — U. Giordano. 
Cantabile de Madeleine, extrait d'André Chénier. 
X' 51. — 20 décembre 1896. — Pages 401 à 408. 
I. Élude sur Don Juan (2" urticlf), Julien Tiersot. — 
II. Snmaine théâtrale : audition dfS envols de Rome 
au Conservai oire, Fiaria de M. BHcnelet, Arthur 
Pougin; premiè'^e repiésentalinn du Sursis aux Nou- 
veautés, Paul-Émile Chevalier. — 111. Musique et 
prison |25° article) : Crimes de droit commun, Paul 
d'Estrée. — IV. Revue 'les grands concerts. — 
V. Nouvelles diverses ei cmcrif. 

Piano. — l^ouis Diénier. 

Gavotte pour les Heures et les Zéphyrs, de Rameau. 

.\"° 53. — 27 décembre 1896. — Pages 409 à 416. 

I. Etude sur Don Juan (3° srticli ), Julien Tiersot. II. 

Semaine théâlrale; Première repn si-ntatii'n d'7d»/lte 

tragique, au Gymnase, et ou Truc de Séraphin, aux 

Variétés, H. Moreno; premières leprési-ntations du 

Colonel Roquebrune, à la Porte S«int-Martin, des 

Vacances de Toto ft de Paris pour le Tsar, au theâlre 

Deiazel; reprise deX)tOTr(;ons,au Vaudeville, Paul-Emile 

Chevalier. — m. Journal d'un muslilen (ll°article), 

A. Montaux. — IV. Re ne des grands conceris. — V. 

Nouvelles diverses, ••once-rls et -léi-rologie. 

Chant. — II. de Eontcnaillcs. 

Fleur dans un livre. 



Soixante-troisième année de pixlbllcatlon 



PRIMES 1897 DU MÉNESTREL 

JOURNAL DE MUSIQUE FONDÉ LE 1" DÉCEMBRE 1833 

Paraissant tous les dimanches en luiit pages de texte, donnant les comptes rendus et nouvelles des Théâtres et Concerts, des Notices biographiques et Études sur 

les grands compositeurs et leurs œuvres, des séries d'articles spéciaux sur renseignement du Chant et du Piano par nos premiers professeurs, 

des correspondances étrangères, des chroniques et articles de fantaisie, etc., 

publiant en dehors du texte, chaque dimanclie, un morceau de choix (inédit) pour le CHAl^T ou pour le PIA.\0, de moyenne difficullé, et offrant 

à ses abonnés, cliaque année, de beaux recueils-primes CHAMT et PIAiVO. 



O Jri A. JN JL d^ mode D'ABOMEMEND 
Tout abonné à la musique de Chant a droit GRATUITEMENT à l'une des primes suivantes: 



J. MASSENET 

VINGT MÉLODIES 

4- ET NOUVEAU VOLUME 
Recueil în-S" 



P. MASCAGNI 

CAVALLERIA RUSTICANA 

DRAME LYIUQUE 

Partition française chant et piano 



REYNÀLDO HÀM 

VINGT MÉLODIES 

PREMIER VOLUME 
Recueil în-So 



LOUIS VARNEY 

LE PAPA DE FRANGINE 

OPÉRETTE EN QUATRE ACTES 
Partition in-S" 



Ou à l'un des trois premiers Recueils de Mélodies de /. Massenet 
ou à la Chanson des Joujoux, de C. Blanc et L. Dauphin (20 n"»), un volume relié in-S**, avec illustrations en couleur d'ADRIEN MABIE 

X^ I A. PS O (2^ MODE D'ABONNEMENT) 
Tout abonné à la musique de Piano a droit GRATUITEMENT à l'une des primes suivantes : 



P. MASCAGNI 

CAVALLERIA RUSTICANA 

DRAME LYRIQUE 
Partition pour piano solo în-S» 



n. GIORDANO 

ANDRÉ CHÉNIER 

DRAME HISTORIQUE 
Partition pour piano solo in-8^ 



EDMOND mSSÂ 

L'HOTE 

PANTOMIME POUR PIANO SOLO 
Livret de MM. Carré et Hugounet. 



LOUIS DIEMER 

LES VIEUX MAITRES 

13 TRANSCRIPTIONS POUR PIANO SEUL 
Société des Instruments £ 



OU à l'un des volumes in-S" des GLASSIQUES-MARMONTEL: MOZART, HAYDN, BEETHOVEN, HUMMEL, GLEMENTI, GHOPIN , ou à l'un des 
recueils du PIANISTE -LECTEUR, reproduction des manuscrits autographes des principaux pianistes - compositeurs, ou à l'un des volumes du répertoire de 
danses de JOHANN STRAUSS, GUNG'L, FAHRBAGH, STROBL et KAULIGH, de Vienne, ou STRAUSS, de Paris. 



REPRÉSENTANT CUACUXE LES PRIMES DE PIANO ET DE CHAKT RÉHES, PODR lES SEOIS AROIÉS A l'ARONlMENT COMPLET (3^ Mode) : 



U. GIORDANO 



ANDRÉ CHÉNIER 

Drame historique en 3 actes 



Traduction française de PAUL MILLIET 



GRAND SUCCÈS DE MILAN 



W.-A. MOZART 



DON JUAN 

Opéra complet en 2 actes 

de DA POIVTEl 



Seule édition conforme à la partition originale de l'auteur et 

LA SEULE QU'ON NE JOUE PAS 



PARTITION CHANT ET PIANO DOUBLE TEXTE FRANÇAIS ET ITALIEN 

NOTA IMPORTANT. — Ces primes snnt iléliTrêes s-ratuitement dans nos liiireaui. 3 bis, rue Vliieiine, à partir du ÎO Uécembre 1896, à tout ancien 
on nouTel abonné, sur la présentation de la quittance d'abonnement au SIËIVESTREli pour l'année 189Ï. Joindre au prix d'abonnement un 
supplément d'U!« ou de DEUX francs pour l'envoi franco de la prime simple ou double dans les départements. (Pour l'F.trangrer, I cnTol franco 
des primes se ré^le selon les frais de Poste.) 

les abonnés aiiChant peuvenl prendre la primePiano el îice versa- Cent au Piano el au Cbanl réunis onl seuls droil à la grande Prime.- Les abonnés au leile seul n'ont droit h aucune prime. 

CHANT CONDITIONS D'ABONNENIENT AU » MÉNESTREL » PIANO 

1" Moded-abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches ; 26 morceaux de chamt : 1 2" Moded'abonnement : Journal-Texte, tous les dimanches ; 26 morceaux de piano 
Scènes, Mélodies, Komarices, paraissant de quinzaine en quinzaine; 1 Recueil- fantaisies. Transcriptions, Danses, de quinzaine en quinzaine; 1 Reouell- 

Prime. Paris et Province, un an : 20 francs ; Étranger, Krais de poste en sus. | Prime. Paris et Province, un an : 20 francs; Etranger : brais de poste en sus. 

CHANT ET PIANO RÉUNIS 

3- Mode d'abonnemeni contenant le Texte complet, 52 morceaux de chant et de piano, les 2 RecueUs-Primes ou une Grande Prime. -Un an: 30 francs, Paris 

et Province; Ètr.mger: Poste en sus. 

i' Mode. Texte seul, sans droit aux primes, un an: 10 francs. 

On souscrit le 1" de chaque mois. — Les 52 numéros de chaque année forment collection. 

Adresser franco un bon sur la poste à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 'i bis, rue Vivienne. 



IMPnniERIE CEMTBALE DES CIIEMinS DE FER. — IMPRIMERIE CHAIX, RDE BERGÈRE, 20, PARIS. — (IncH lonllcos). 



3380. — 62™= mîl — ^"1. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 



Dimanche S Janvier 1896. 



(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
',Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 

MÉNESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du MÉNESTnEt.. 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et M'jsique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Etranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



1. La chanson : Est-ce Mars, ce grand Dieu des alarmes {%' et dernier article), 
Julien Tiersot.— IL Semaine tliéâtrale : première représentation d'Évangélinc au 
théâtre de la Monnaie, Lucien Solvay; première représentation des Dessous de 
l'année, au Nouveau-ThéiUre, Paul-Émile Chevalier.— III. La Pierre, musicien- 
chorégraphe (61! et dernier article), A. Baluffe. — IV. Revue des grands 
concerts. — V. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avecle numéro de ce jour: 
ARABESQUE 
d'ANTO.MN Marmontel. — Suivra immédiatement : Par le sentier fleuri, de 
Cesare GALEorxi. 

MUSIQUE DE CHANT 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
CH.4NT : Églantines, nouveau lied de Robert Fischhof. — Suivra immédiate- 
ment : Le Dernier Rendez-tious, sonnet de CiMiLLE DD LocLE, musique de 
Ernest Reyer. 



PRIMES POUR L'ANNÉE 1896 

( Voir à la 8' pig'^ de ce niiine'ro.J 



Tx 



Dans l'impossibilité de répondre à l'obligeant envoi de toutes les caries 
de nouvelle année qui nous parviennent au Ménestrel, de France et de 
l'Étranger, nous venons prier nos lecteurs, amis et correspondants, de 
vouloir bien considérer cet avis comme la carte du Directeur et des Colla- 
borateurs semainiers du Ménestrel. 



LA CHANSON: 

« Est-ce Mars, ce grand Dieu des alarmes. 

(Suite) 



Dans le même temps, la mélodie française, devenue chanson 
populaire flamande, était également connue en Allemagne, 
où un organiste célèbre, un prédécesseur de Bach, Samuel 
Scheidt, la prenait pour thème de dix variations, qui parurent 
en J(J24 dans sa Tahulaiura nova. Afln de la montrer sous une 
autre forme, et aussi pour ne pas me borner à reproduire 
les seuls éléments contenus dans l'intéressante étude de 
M. Van Duyse, je la transcris ici telle qu'elle est e.xposée 
dans l'œuvre de l'organiste allemand. 




Mais c'est surtout comme cantique qu'elle eut du succès. 
Nous avons vu que la première notation imprimée se trouvait 
dans un chansonnier pieux; voici Ltn autre livre, célèbre 
dans son genre, et vraiment digne de l'être, qui va la repro- 
duire sans tarder. Il a pour titre, et ce titre dit tout : La 
Pieuse Alouette avec son tire lire. Les petits cors et plumes de notre 
Alouette sont chansons spirituelles, qui toutes lui font prendre le vol et 
aspirer aux choses célestes et éternelles (Valenciennes, 1621). L'on 
a très fort blâmé les vieux maîtres de l'école polyphonique 
d'avoir composé des messes sur des thèmes profanes, et l'on 
a eu bien tort, car ces maîtres, qui étaient des esprits 
croyants, religieux et austères, loin d'avoir les intentions 
irrévérencieuses qu'on leur a prêtées, ne traitaient ces thèmes 
que comme une matière musicale indifférente, destinée 
uniquement à servir de base, de soutien à l'échafaudage 
harmonique, mais en même temps complètement étouffée, 
absorbée, et, en réalité, absolument méconnaissable. Mais 
que dire de l'usage postérieur — peut-être non aboli partout 
aujourd'hui même — de faire chanter des cantiques sur des 
airs profanes connus de tout le monde et n'ayant rien perdu 
de leur caractère mondain? Les paroles appropriées sont, en 
général, parfaitement dignes de l'air qu'elles accompagnent. 
C'est sous l'influence de l'esprit des Jésuites que cette forme 
regrettable de l'art religieux a été inaugurée, et Pascal a flétri 
avec force ces pratiques si contraires à la véritable dévo- 
tion (1). Il aurait eu beau jeu s'il avait connu l'adaptation de 
la chanson «Est-ce Mars» au martyre de saint Sébastien, telle 
qu'elle est chantée dans la Pieuse a/o«eMe. Comparez au couplet 
original, et il sera facile de reconnaître que, loin de tendre 
à faire oublier le souvenir de la chanson profane, le poète, 
tout au contraire, s'efforce d'en imiter la forme et le mouve- 
ment. C'est sainte Irène qui, apercevant Sébastien « couvert 
et hérissonné de sagettes », s'écriait: 

Est-ce là ce grand foudre de guerre, 

Sébastien? 
Si de piès bien je le considère, 

Je le tien. 
Toutefois, dardé de la façon 
Plutôt il semble un hérisson ! 

(Il Pascal n'a eu qu'à citer un couplet d'une des poésies de ce genre pour en 
faire ressortir le ridicule et l'inconvenance. Voici les premiers vers de son ex- 
trait d'une ode du P. Le Moine (onzième Provinciale). Il s'agit d'une description 
des anges : 

Les chérubins, ces glorieux, I Et qu'il éclaire de ses yeus; 

Composés de tète et de plume, 1 Ces illustres laces volantes 

Que Dieu de son esprit allume |. Sontloujour3rouse3etbrûlantes,etc. 



LE MENESTREL 



La mélodie était mieux à sa place au carillon du beffroi de 
Gand, où, arrangée de deux manières différentes, elle servait 
successivement à sonner les demi-heures et les quarts d'heure. 
Le carillonneur lui-même en a témoigné sa satisfaction en 
inscrivant, sous le tableau qui donne la notation de l'arran- 
gement spécial (reproduite par M. Van Duyse), ces simples 
mots : Seer goet ! « Très bien ! » 

Il en est encore question une fois ou deux, au commence- 
ment du dix-huitième siècle ; puis la mélodie fut oubliée peu 
à peu, et il n'en aurait plus jamais été question si M. Gevaert 
ne l'eût déterrée dans quelque vieux bouquin et ne lui eût 
donné un nouvel éclat. 

Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire de cette mé- 
lodie française, si bien acclimatée sur la terre flamande 
qu'elle a fini par y devenir presque un chant national. Avec 
tout cela, nous n'en avons pas encore pénétré l'origine, les 
premiers documents qui nous l'ont transmise nous la mon- 
trant sous une forme secondaire. 

Je crois pouvoir soulever en partie le voile qui cachait 
ce secrec. On a vu que la première notation musicale 
portait en titre: « Sur l'air du ballet français ». C'était 
là une indication précise et qu'il ne fallait pas négliger si 
l'on voulait remonter à la source. A la vérité, la musique 
des airs de danse antérieurs à Louis XIV n'abonde pas dans 
les anciennes collections. Il n'y avait guère que deux sortes 
d'ouvrages où l'on pouvait espérer trouver quelque trace du vieil 
air de ballet : l'un est VOrchésographie, dans laquelle se trouve 
un autre air à danser devenu, lui aussi, populaire et presque 
national: le branle coupé nommé C'assanrfre, qui n'est autre que 
le chant de Vive Henri IV! L'autre source est la collection Phili- 
dor, que possède la Bibliothèque du Conservatoire, et dont 
les premiers volumes renferment des danses de cour depuis 
François P' jusqu'à la jeunesse de Louis XIV. 

Or, le deuxième volume de cette collection nous a transmis 
la musique d'un Ballet des nègres dansé en 1601, dans lequel j'ai 
remarqué le thème ci-dessous : 




A quelques notes près, la première reprise est semblable à 
la portion correspondante de la première mélodie notée. Le 
passage en croches de l'avant-dernière mesure, dans celle- 
ci, n'était en effet qu'une variation des deux blanches montant 
diatoniquement, lesquelles se retrouvent dans toutes les ver- 
sions et sont originales; les deux croches initiales, qui ont 
disparu dans la plupart des versions postérieures, sont com- 
munes à la mélodie de danse et à cette première notation 
vocale, par conséquent originales aussi; il ne reste que la 
deuxième mesure, dans laquelle un dessin nouveau, d'un 
rythme d'ailleurs identique, a été introduit. Quant à la deu- 
xième reprise, elle est tout autre, jusqu'à la cadence finale 
qui se termine encore sur les mêmes notes. 

Malgré ces différences, il y a tout lieu de supposer que 
nous sommes là en présence de la mélodie originale: la date, 
conforme aux inductions de M. Van Duyse, la nature de 
l'œuvre, mentionnée par la première notation, tout concorde 
à faire adopter cette conclusion. Quant aux paroles: « Est-ce 
Mars, etc. », nous ne pouvons être étonnés de ne pas les 
trouver là : il est évident qu'elles sont postérieures, et furent 
composées sur l'air instrumental, qui sans doute, grâce à son 
allure crâne et franche, avait obtenu du succès tout d'abord. 
Il est même probable que c'est l'adaptation des paroles qui 
fit modifier l'air, le rythme des vers étant accordé maladroi- 
tement avec la forme première de la mélodie. 

Si pou que soit cette petite trouvaille, je n'ai pas voulu 
négliger d'en faire part à ceux qui s'étaient préoccupés les 
premiers du sujet, heureux si j'ai réussi à apporter une 
contribution efficace à leurs intéressantes recherches. 

JCLIEN TiERSOT. 



SEMAINE THEATRALE 



THEATRE ROYAL DE LA MONNAIE 



ÉVANGÉLINE 

Lëgemle acadienne en 'i actes, paroles de MM. Louis de Gramont, 
G. Hartmann et A. Alexandre ; musique de M. Xavier Leroux. 

Bruxelles, 2 janvier 1896. 
Dans une réunion cordiale qui a eu lieu samedi, après la repré- 
sentation d'ICvani/éline, M. Stoumon, portant un loast aux auteurs, 
a spirituellement baptisé la Monnaie : « le théâtre des impatients ». 
Que de patiences, en ellet, — de patiences françaises — ont lassées 
les deux uniques scènes lyriques de Paris ! Que de partitions moi- 
sissent dans les cartons de l'Opéra et de l'Opéra-Gomique, après 
avoir moisi dans ceux de leurs auteurs! La Monnaie s'est trouvée 
heureusement là, juste à point, pour ouvrir les bras à quelques-uns, 
parmi les plus pressés, de ces dédaignés et de ces oubliés, las d'at- 
tendre, et empêcher la moisissure de s'étendre à des ouvrages qui 
certainement ne la méritaient pas. Bruxelles est à deux pas de Paris, 
et l'on y est mieux qu'en province, — même qu'en province fran- 
çaise ; c'est un petit Paris, comme la Monnaie s'est trouvée être 
souvent le véritable Théâtre-Lyrique si longtemps souhaité. Grâce à 
elle — et elle peut s'en faire gloire ! — nous avons pu applaudir des 
œuvres maîtresses comme Hérodiade. Sigwd, Salammbô, grâce à elle 
aussi (car elle n'a pas servi de refuge seulement aux vieux impa- 
tients, mais aux jeunes), nous avons pu aider à Téclosion, dans la 
carrière lyrique, de compositeurs tels que Ghabrier avec Gweitdoline, 
et MM. Hillemaclier avec Saint-Mégrin . Après une certaine accalmie, 
la voici, celte année, qui voit les impatients revenir à elle ; ou plutôt ^ 
(car il n'en a jamais manqué qui sont venus frapper à sa porte !)■ 
la voici qui leur redevient accueillante. Et c'est à de vrais débutants 
qu'elle accorde l'hospitalité. M. Xavier Leroux est de ceux-là, et son 
Èvangéline est sa première oeuvre jouée sur la scène. Elève, un des 
meilleurs, de M. Massenet, auteur de mélodies charmantes, applaudi 
dans les concerts pour quelques fragments symphoniques de par- 
titions sur le métier, il n'était guère connu cependant du grand public. 
L'accueil que lui a fait la direction de la Monnaie n'en est que plus 
louable et courageux, et le succès à.'Evangéline — car la réussite a 
été complète et fort brillante — n'en est que plus flatteur. 

Le libretto d'Éoangéline a été tiré du poème célèbre de l'Américain- 
Longfellow. C'est l'éternelle histoire, toujours aimable et toujours 
touchante, de l'amour rendu malheureux par la séparation. Deux 
jeunes gens s'adorent, Èvangéline et Gabriel, deux cœurs purs et 
innocents; les circonstances les éloignent l'un de l'autre; ils souf- 
frent, et la mort seule les réunit. Le poème de Longfellow est le 
digne pendant de Paul et Virginie; il analyse les mêmes sentiments, 
dans une atmosphère psychologique et pittoresque à peu près sem- 
blable. La portée seule diffère. Le drame qui encadre et assombrit 
l'idylle caractéiise la douleur d'un peuple opprimé, d'une patrie 
avilie par des tyrans, de toute une race chassée de ses foyers pour 
n'avoir pas voulu subir le despotisme du conquérant. Il faudrait peu 
de chose, un simple changement de noms, pour modifier la légende 
et en faire de l'histoire contemporaine — 

Tout là-bas, à l'extrémité du Canada, dans une contrée qui s'ap- 
pelle aujourd'hui la Nouvelle-Ecosse et s'appelait jadis l'Acadie, les 
Français du dix-septième siècle avaient foudé une colonie, — une 
seconde patrie. Mais, un jour, l'Acadie devint possession anglaise, et 
les soldats de Georges II se mirent en devoir de s'y implanter par 
l'incendie, le massacre, la confiscation des biens et l'exil. Ce fut 
une date douloureuse, rendue plus cruelle par l'anfagonisme des 
deux religions, catholique et protestante, greffé sur l'antagonisme 
des races. 

Tel est le décor réel sur lequel se détachent les amours légen- 
daires d'Évangéline et de Gabriel, très adroitement découpées on 
quatre actes par les librettistes et que M. Xavier Leroux a musicalement 
illustrées, décrivaot et exprimant les nuances, l'atmosphère ambiante, 
les « états d'âme » exprimés en langage littéraire par Longfellovsr, 
nécessairement disparus dans la sécheresse d'un libretto et que le 
compositeur avait pour tâche de « transposer » dans son langage à 
lui. 

Un court prologue évoque « la forêt primitive, » dont la voix 
mystérieuse planera tout le temps sur le drame, et annonce, comme 
le prologue de Roméo et Juliette, les événements qui vont se dérou- 
ler. Puis, le premier acte nous transporte aussitôt en pleine paix 



LE MÉNESTREL 



familiale, dans le cadre rustique des vertus champêtres, où naît et 
se développe, parmi les chansons rappelant la terre française, la 
naïve affection des deux héros. La couleur de cet acte est discrète, 
et aboutit à une scène d'amour entre Évangéline et Gabriel ; sous 
les clartés des étoiles, les jeunes gens se disent leurs premières 
émotions ; et rien n'est plus délicieux que la façjn dont le composi- 
teur les a traduites, avec un charme et une poésie qui font de cette 
jolie page la plus réussie, la plus complèle peut-être de la par- 
tition. 

A ces scènes charmantes succède un deuxième acie, tout de mou- 
vement. On célèbre les noces des fiancés; un alléluia d'allégresse, 
d'un rythme plein de fraîcheur, chante la joie générale, lorsque tout 
à coup les vainqueurs apparaissent, changeant le bonheur en déso- 
lation ; en vain les Français essaient de lutter; l'Anglais est le plus 
fort, et déclare proscrits et séparés à jamais, les hommes d'une 
part, les femmes de l'autre. C'est l'épisode fameux de l'église de 
Grand-Pré, longuement décrit par Longfello-n' dans son poème. 

Au troisième acte, nous sommes dans la Louisiane, sur les bords 
arides de la Tèche. La nature semble participer à la tristesse des 
proscrits, qui errent, cherchant un abri. C'est là qu'Évangeline arrive, 
soutenue par sa fidèle servante Dahra, aux accents de laquelle se 
mêlent ceux d'un pâtre hospitalier. Toute cette scène est d'une 
poésie pénétrante. Mais, soudain, la voix de Gabriel a retenti au 
loin... C'est lui, en effet, qu'emporte, avec d'autres proscrits, une 
barque rapide. Il appelle, il pleure son Evangéline; trop tard, hélas! 
celle-ci le voit disparaître à l'horizon, sans que sa voix suppliante 
ait pu rejoindre la sienne... El la pauvrette tombe inanimée, après 
une scène pathétique, d'une superbe vigueur, montrant le jeune 
compositeur aussi apte à exprimer les sentiments dramatiques les 
plus intenses que les accents de la rêverie la plus caressante. 

Le quatrième acte nous conduit d'ans une maison de refuge de la 
Pensylvanie; Évangéline s'est consacrée à Dieu; des chants reli- 
gieux s'élèvent vers le ciel... Mais voici qu'un voyageur, exténué, 
à demi mort, vient implorer la protection des saintes femmes : c'est 
Gabriel... Au seuil de l'éternité, les amoureux sont réunis; leur 
amour, qu'ils expriment dans une longue scène très passionnée, 
très développée, où les différents thèmes de l'ouvrage interviennent, 
fleurira dans la mort, à jamais... Et peu à peu le décor change, ei l'on 
revoit le tableau du prologue, la forêt primitive, exhalant «ses longs 
-regrets » parmi les murmures et les soupirs des amants. 

Le principal mérite de cette partition, c'est la sincérité, la sponta- 
néité de l'inspiration, la séduction enveloppante de la forme. Assu- 
rément, elle n'est pas d'un bout à l'autre personnelle. M. Leroux a 
gardé encore çà et là, non pas tant dans les idées, mais surtout dans 
la couleur de l'instrumentation, dans certains dessins de phrases 
et certains procédés, la marque de son origine éducatrice. On est 
toujours fils de quelqu'un ; il n'y a pas à rougir d'avoir pour père 
un maître comme Massenet et d'en avoir conservé quelques traits de 
famille. Et ce ne sont que des traits de famille; la ressemblance ne 
va pas jusqu'à une imitation qui, chez d'autres, trahirait la faiblesse 
d'invention. Quels sont les jeunes qui ne procèdent de personne? 
Mieux vaut cent fois, étant Français, procéder de maîtres incarnant 
les qualités de la race française, la clarté, la grâce et la distinction, 
que de maîtres qui les méconnaissent, ou en sont l'antipode. 

M. Xavier Leroux est Français jusqu'au bout des ongles, il a 
raison ; et cela ne l'empêche point d'être, raisonnablement, « dans le 
mouvement o, de chercher, avec les plus avancés, l'expression juste, 
la vraisemblance théâtrale, en dehors des moules anciens et surannés, 
de donner à l'orchestre une importance qu'il n'avait pas jadis, et d'y 
trouver des moyens d'action et de coloration nombreux et nouveaux. 
Et justement, à cet égard, cette partition d'ÉtangéUne est heureuse, 
parce qu'elle vient nous prouver qu'il n'est point du tout impossible 
de faire de « l'art neuf » sans cesser d'être clair, sans tomber dans 
l'obscur et le quintessencié, sous le vain prétexte de profondeur, 
qui déguise trop souvent un vide complet d'idées et d'imagination. 

Des idées, de l'imagination, M. Leroux en paraît avoir, avec abon- 
dance. Ses idées sont d'une distinction raffinée, d'une santé élégante 
et robuste tout ensemble, d'une éloquence communicative souvent 
pleine d'émotion, le tout habillé de vêtements harmoniques exquis, 
d'une richesse peu commune. Et c'est un homme de théâtre, dans la 
bonne acception du mot. Avec un sujet presque na'if, il est parvenu à 
faire une œuvre vivante et colorée, dépeignant par une simplicité de 
lignes voulue des caractères simples dans la gamme même de sen- 
timents doux et tendres où ce sujet le forçait à se maintenir. Sa mu- 
sique rend bien l'atmosphère pittoresque et psychologique qu'il 
fallait obtenir, qui concourt au but poursuivi et à l'effet h atteindre, 
et qui pouvait facilement risquer d'être méconnue, dans la succession 



d'épisodes langoureux ou plaintifs dont la monotonie ne constituait 
pas le moindre danger. 

Si celte œuvre de début, écrite à 27 ans, ne marque pas déjà (il 
serait cruel de l'exiger !) comme une œuvre entièrement originale 
dans le fond comme dans la forme, l'originalilé s'y indique cependant 
d'une manière très nette, très caractéristique, par la chaleur, la 
franchise et la jeunesse, en même temps que par une étonnante 
sûreté de main. Ils ne sont pas communs, par le temps qui court, 
les jeunes compositeurs qui ont quelque chose à dire, qui osent 
le dire, comme ils le pensent et comme ils le sentent, — et qui 
le dire aussi bien. 

Voilà pourquoi Évangéline me semble particulièrement digne d'être 
louée, et voilà ce qui a décidé surtout de son succès auprès du 
public bruxellois, pourtant bien méfiant et bien difficile pour tout 
ce qui n'est pas « du dernier bateau », du bateau qui nous vient de 
la Sprée... 

C'est une victoire pour la musique française, sans aucun doute. 
Et je crois qu'on peut compter sur M. Leroux pour la rendre féconde, 
dans la suite, avec les autres œuvres, plus fortes, plus personnelles, 
qu'on attend de lui. Les acclamations dont sa partition a été l'objet 
pendant tout le cours de la représentation et les ovations auxquelles 
il a dû lui-même se prêter à la fin de la soirée, de la part de la 
salle très enthousiaste, lui seront le plus utile des encouragements 
à tenir toutes ses promesses. 

Ajoutons que l'interprétation d' Évangéline a été excellente. L'intel- 
ligence de M. Bonnard, la jolie voix et la grâce émue de M"» Merey, 
un peu faible dans les passages dramatiques, mais remarquable dans 
les pages de finesse et de poésie, l'admirable autorité de M"» Ar- 
mand et le talent de M. Gilibert et de M'"' Mileamps dans des rôles 
secondaires, ont servi l'œuvre à souhait. La direction de la Monnaie 
n'a épargné ni études, ni soins ; elle avait fait brosser des décors 
presque neufs ; et l'on a pu remarquer, dans la mise en scène, 
d'heureusbs innovations, que jusqu'à présent la sainte Routine n'avait 
pu faire admettre. L'influence bienfaisante des auteurs y serait-elle 
pour quelque chose ? Ce serait alors un bon exemple à suivre. N'ou- 
blions pas l'orchestre, qui a rempli sa tâche, très difficile et très 
délicate, comme il sait le faire le jour des grandes batailles. 

Lucien Solvay. 

Nouveau-Théâtre. Les Dessous de l'année, revue en 3 actes et 8 tableaux, 
de MM. Clairville, Vély etValin. 
Lâcher ses administrés accablés par plus de 40° de chaleur et 
complètement ruinés par le fameux Charlatan prometteur de fas- 
tueux dividendes aux actionnaires des mines d'or, et courir Paris 
en pénétrant partout, grâce à la baguette magique de dame Vérité, 
telle est la conduite de M. Lustueru, maire d'un Fouilly-les-Oies 
quelconque. Ce que peut voir notre homme à l'écharpe, vous vous en 
doutez bien un peu ; c'est le défilé habituel des revues annuelles, 
mais cette fois, présenté avec beaucoup de bonne humeur et de 
»aîté'. L'omnibus nocturne, la demi-mondaine actrice par occasion, 
fa politesse dans l'armée, le Gaulois grand format, les chanteurs, 
danseurs et peintres des cours au profit des pauvres, les aboyeurs- 
gentlemen pris pour des princes en déplacement, sont autant de 
scènes à succès très lestement enlevées parM"« Laporle, la triompha- 
trice de la soirée, Aimée Eymard. une commère de belle allure, 
Sidlev Andrhée Viviane. Debary, MM. Regnard, très boule en-train 
en m"aire Lustueru, Hurleaus, Modot, Maurice Lamy, Herissier, 
Dorlé, Waller. Jolie mise en scène qui contribuera, pour sa part, à 

la réussite des Dessous de l'année. r. -r. n 

Paul-Emile Chevalier. 



LA PIERRE, MUSICIEN-CHORÉGRAPHE 

Ei«ir x.Aisrc3^xjE:E>c»G - is-^o-issx 

(Suite et fin) 



VII 
A certaine période, vers l'exact milieu duXVIP siècle, il règne dans 
tout le Midi, et surtout en Languedoc, une irrésistible et umverselle 
voo-ue en matière de ballets, bals et danses en tous genres. On y 
déployait un luxe de costumes et de mises en scène inoui. Les grandes 
damesen prenaient prétexte pour l'exhibition de leursplus somptueuses 
toilettes et de leurs bijoux les plus étincelants. Tel intendant richis- 
sime donnait des soirées plus que princières, royales. Et du pet.t au 
o-rand la mode était souveraine. Sur les théâtres aussi les danses 



LE MENESTREL 



devinrent une nécessité; et à côté de |la tragédie ou de la comédie, 
il fallut méQager pour la satisfaction du public, même du parterre, 
des intermèdes chorégraphiques combinés avec un art ré'el. Les ama- 
teurs n'étaient pas toujours faciles à contenter. Toutes les pièces du 
Théâtre de Béziers se terminaient invariablement par des danses où 
les personnages de l'action se constituaient allègrement en corps de 
ballet en apparence improvisé, mais pour lequel ils n'étaient pas, 
certes, pris à l'improviste. On sait que dès ses tournées en Languedoc. 
M"* Du Parc se fit applaudir dans les représentations de Molière par 
des morceaux choisis de chant et de danse. Elle dut même, à l'in- 
vention d'un maillot excitant les désirs, des succès de plastique 
extraordinaires. Et il fallait bien inaugurer de piquantes nouveautés 
pour rompre avec la routine et captiver les spectateurs ! 

M"' Du Parc chantait à l'occasion, mais exceptionnellement. Ce 
n'était pas sou affaire, et une règle alors rehue interdisait, en effet, 
le chant aux acteurs comiques. 

Le bon comédien ne doit jamais clianter 
dit La Fontaine dans sa célèbre Epitre sur l'Opéra à M. de Aierl (1), 
où il formule quelques préceptes de l'art contemporain sur l'emploi 
des instruments dans les ballets. On raffinait déjà en ces questions 
d'esthétique élémentaire. Il fallait se garder des hérésies. A Toulouse, 
par exemple, où l'on raffolait de danse, on n'eût pas admis de trop 
criantes fautes par omission ou ignorance contre les théories imposées. 
Pas de ville au monde peut-être, soit dit en passant, où la chorégra- 
phie eût alors de plus fervents amateurs et disciples. Voilà juste- 
ment pourquoi il importait d'avoir des artistes irréprochables, 
d'experts chefs de ballets. Molière savait ses devoirs et il n'était pas 
homme à compromettre la position acquise de sa troupe — la pre- 
mière de la province — faute d'un maître de danse à la hauteur des 
exigences publiques. La Pierre était là. 

L'alternance des parties de chant, de musique et de déclamation 
(les récits incombaient à des acteurs de la troupe tragi-comique) ré- 
clamait un homme du métier dès que la composition des ballets fut 
plus compliquée. Quand La Fontaine, à l'enfance de l'art, dit que 

Le ballet fat toujours une action muette; 
quand il proscrit (selon les doctrines du P. Ménestrier) le théorbe et 
la viole, n'admettant que la trompette et le tambour. 
Car la viole, propre aux plus tendres amours, 
N'a jamais jusqu'ici pu se joindre aux tambours ; 

en s'exprimant ainsi, La Fontaine a peut-être fait la part trop petite 
à l'initiative combinée d'un Dassoucy, joueur de luth, et d'un 
La Pierre, aussi habile maître de musique et de chant que de danse. 
Le P. Ménestrier a beau décréter que le théorbe et le luth « sont trop 
graves », il n'y a pas d'instrument grave avec Dassoucy; et les foli- 
chonneries grivoises qu'il exécutait sur son luth, comme il lui arri- 
va à la cour de Savoie (ce qui causa sa disgrâce finale), n'étaient pas 
incompatibles avec « la vigueur de la danse ». S'il donnait « l'âme 
aux vers de Corneille », comme il s'en vantait à propos d'Andromède, 
il savait aussi, suivant un mot de Mascarille, donner « l'âme aux 
pieds » des danseurs. Il tirait de son luth des effets réjouissants. Entre 
ses mains, ce n'était pas « un instrument de repos destiné aux plai- 
sirs sérieux et tranquilles et dont la languissante harmonie est en- 
nemie de toute action et ne demande que des auditeurs sédentaires ». 
Pas plus que Dassoucy lui-même, avec lui, on ne tenait guère en 
place. Tout est permis aux maîtres; les lois, si elles sont faites pour 
eux, c'est avec la faculté de les transgresser. 

A Toulouse, où Dassoucy séjournait souvent, il était accepté; on ne 
trouvait rien d'incorrect, rien à reprendre à ses fantaisies. En fait de 
musique et de danse, ce que Guez de Balzac appelle « l'humeur du 
Languedoc », en ajoutant « qu'il faut s'y faire », c'est, comme tou- 
jours et en tout, une certaine indépendance de goûts et d'impressions 
qui ont force d'opinion légale. On ne dansait pas gravement, on ne 
chantait pas trislemeat dans le Midi. On voulait « s'amuser et rire ». 
Et tout le monde, au besoin, s'en mêlait. Les ballets étaient laits 
pour tout le mo.lde; et les ballets de cour eux-mêmes, plus fermés, 
plus exclusifs, englobaient dans leur organisation toute une foule de 
figurants et figurantes, jaloux d'y avoir leur part de plaisir. ' 

11 fallait bien compter sur la vanité aussi. En province, les jolies 
femmes n'ont jamais eu trop d'occasions de faire montre de leur 
beauté. Un ballet était un grand événement pour elles. Leur coquet- 
terie mettait toutes voiles dehors, et parfois tous les voiles aussi de 
côté pour ne point perdre un coup d'œil de ceux dont elles avaient à 

(1) Nyert était un des amis et maîtres de Dassoucy, et ce « gentilhomme de 
maison noble » avait été parfois salué — à « Grenoble» — par la troupe de 
La Pierre allant en Italie par le col de Tende. 



cœur de se faire admirer. Les ballets étaient dos numières do rendez- 
vous. Sous le couvert d'allégories poétiques, le librettiste interprétait 
eomplaisemment de véritables déclarations d'amour, transparentes et 
non douteuses pour les dostinalaires averties. Coniracnl n'auraient-elles 
pas fait des miracles pour être là avec tous leurs avantages! Avec la 
licence habituelle des mœurs, surtout en carnaval, les bals tournaient 
aux « saturnales », (1) elles ballets se prêtaient à tous les jeux et 
à toutes les joies de l'amour et du hasard. Les grandes dames « folles 
de leurs corps » y faisaient feu de leurs prunelles et de leurs dia- 
mants, au risque d'aventurer ceux-ci dans le scabreux tumulte d'une 
fin de soirée pareille au dénouement de certain bal donné chez un 
gentilhomme des environs de Béziers, qui se termina, raconte M'"' de 
Scudéry, par l'extinction des lumières et par la mise au pillage de 
leurs parures. Agréablement trompées, tout d'abord, sur les intentions 
des auteurs de ces subites téuèbres, elles furent volées comme dans 
un bois et détroussées. D'audacieux valets, scapins férus du seul 
amour de la bijouterie, les avaient, dans l'ombre, outrageusement 
dégrafées de leurs diamants. 

Parfois donc, par galanterie comme par intérêt bien entendu, La 
Pierre fut obligé de faire la partie belle aux dames. Dans le Baltet des 
Incompatibles, si elles ne sont pas en grand nombre, elles parlent du 
moins pour toutes, et le dernier mot leur reste pour bien finir. On ne 
parle guère que de séduction amoureuse, dans ce ballet. Il en appert 
qu'ici l'amour de cour a singulièrement succédé aux cours d'amour 
de jadis. Je n'ose pas dire que bien des jolies femmes de Montpellier, 
de celles qui faillirent faire brûler vif Dassoucy, étaient capables de 
regretter qu'on ne s'habillât pas pour une entrée de ballet comme à 
l'entrée de Gharles-Quint à Anvers. Mais le fait est que plus d'une 
eût volontiers joué jusqu'au bout le rôle de cette aimable et belle 
demoiselle de Béziers qui, le soir de l'arrivée du jeune Charles IX 
dans cette ville, représentait en costume plus que succinct Diane chas- 
seresse sortant d'un bois, et qui, moins vierge peut-être que la déesse, 
ne fut en tout cas farouche que jusqu'à la nuit! 

Le Ba/let des Incompatibles, qui peut donner une idée de ce qu'étaient 
les fêtes chorégraphiques organisées pendant la tenue des États, dont 
tant de membres étaient aptes à composer eux-mêmes des livrets 
selon les galanteries à la mode, ce ballet monté, arrangé, dirigé par 
La Pierre, par la seule présence de certains gentilshommes de haute 
lignée et de générosité chevaleresque, comme le « baron deFerrals, » 
partenaire de Molière dans une même entrée, réveille des souvenirs 
légendaires de la somptuosité languedocienne. Un ancêtre de ce baron 
au siècle dernier, pour fêter au château de Ferrais, près de Carcas- 
sonne, le roi Charles IX encore, avait machiné sa vaste salle de récep- 
tion comme un féerique décor d'opéra. Après un festin où le^ mets 
les plus fantastiquement rares et exquis avaient défilé à profusion, 
l'immense table où ont pris rang les plus illustres convives est 
enlevée comme par un coup de baguette magique; à la place du pla- 
fond, disparu par enchantement, flotte une nuée orageuse, traversée 
de fulgurants éclairs et qui, soudain, crevant sous l'explosion d'un 
tonnerre fabuleux à faire honneur aux carreaux mythologiques de 
Jupiter lui-même, laisse tomber une véritable grêle de dragées non 
fictives, mêlées à une pluie torrentielle de senteurs suaves. 

Ces prestigieux souvenirs où s'évoque, grâce aux prodiges de l'art 
et de l'argent, une vision du céleste palais des dieux antiques, ne sont 
pas les seules réminiscences que ravive ce ballet. Le baron df Ferrais, 
qui semble appartenir à la fable, a un frère ici-même : c'est le baron 
d'Angerville, officier brillant et poète à ses heures (2), et qui, lui, 
touche au domaine de l'Histoire littéraire; car il faillit épouser la fille 
de M'"" de Sévigaé. Et, sans le compter, que de futurs héros sont là, 
réunis autour de La Pierre et de Molière, comme si le grand siècle en 
formation voulait donner à celui qui sera le plus grand de ses poètes 
l'escorte d'une incomparable compagnie d'honneur, à son point de 
départ pour la gloire ! Des maréchaux de France, Villars, Bellefonds; 
des diplomates, Guillerague (•'>), Créqui-Canaples, d'antre.s encore, 
après avoir été dans ce ballet les satellites de Molière, deviendront les 
satellites de Louis XIV; et Versailles les reverra tous à l'œuvre — 
môme La Pierre, que l'estime de Molière n'y jugera pas déplacé ! 

Aur.usïiî BaluI'Fe. 

(1) Le mot est du Père Ménestrier en son livre des Devises, ballets, etc. 

(2) Dans les Allaitions aux Mémoires de l'abbé de Marolles, on lit, page 438 : — 
« Pour la poésie, outre ceux que j'ai marqués avec honneur dans le corps de ces 
Mémoires, nous avons MM. de Corneille, de Boisrobert, de Uensei'ade, de Bertaut, 
de Segrais et le baron d'Angeroitle, ce dernier si digne des faveurs de M. le 
prince de Conti, qui l'honora de son estime et de son amitié. » 

(3i Voir nos articles ?ur Guillerague et Molière dans le Ménestrel de juillet et 
août 1894. 



LE MÉNESTREL 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



Le dernier concert de l'Opéra s'ouvrait par une composition de M. Fer- 
nand Le Borne, « Temps de guerre, tableaux symphoniques pour orchestre, 
orgue et double chœur ». Il serait superflu de dire que c'est là de la mu- 
sique descriptive, de la musique à programme, programme qui se résume 
dans les titres de ces cinq morceaux: l. Choral de l'armée; 2. Au village ; 
3. AUeiile de la fiancée ; 4. Carillon; 5. Marche triomphale. Cela m'a paru sur- 
tout un peu long. Des cinq morceaux ainsi indiqués, un seul me semble 
vraiment original et bien venu, te Carillon; son rythme à cinq temps est 
curieux, curieux aussi le dessin obstiné des cors imitant les cloches, tan- 
dis que celui des flûtes est allègre et joyeux. Ici, l'effet produit est fort 
agréable, et le public l'a prouvé en demandant bis. Après un bel air de 
Vlphigcnieeii Tauride de Piccinni, nous avons entendu un fragment du second 
acte du Duc de Ferrare, opéra inédit écrit par M. Georges Marty sur des 
paroles de M. Paul Milliet. IMalgré la très réelle sympathie que j'éprouve 
pour le talent de M. Marty, je dois confesser que ceci m'a laissé absolu- 
ment froid. Dans ce fragment important j'ai cherché vainement^ la trace 
d'une idée vraiment musicale, la trace d'une émotion, d'un sentiment dra- 
matique quelconque, rien ne m'a fiappé, rien ne m'a touché. Est-ce ma 
faute? Je ne saurais le dire, et j'aime mieux ne pas insister. Je passe sur 
les Danses anciennes, en signalant seulement la jolie musique d'une jolie 
Pavane de M. Gabriel Fauré, et j'arrive à la Nuit de Noël IS70 de M. Gabriel 
Pierné, qui a été, on peut bien le dire, le triomphe de la journée, car son 
succès a été colossal et s'est traduit par un triple rappel à l'adresse de 
l'auteur. C'est encore là de la musique descriptive, ou plutôt, si l'on peut 
ainsi parler, de la musique accompagnante, car elle souligne des vers réci- 
tés. L'œuvre est qualifiée d'« épisode lyrique », et les vers sont de M. Eugène 
Morand. Ce o fragment de lettre » en explique le sujet : « Cette nuit, nos 
avant-postes étaient près des leurs. On échangeait, sans se voir, de rares 
coups de feu, quand une cloche au loin ayant sonné la messe de minuit, il 
revint au souvenir de l'un des nôtres un vieux Noël de chez nous. Et voilà 
que tout à coup, là-bas, les autres chantent aussi Noël. Les voix se répon- 
dent : Noël ! Noël ! Et c'est pendant un instant, entre eux et nous, comme 
un apaisement fraternel, comme une trêve de Dieu... » Très dilEcile à trai- 
ter, un tel sujet, parce que, au pur point de vue musical, il semble un peu 
bizarre, un peu incohérent. M. Pierné en a saisi la signification avec une 
intuition merveilleuse, et il lui a donné une existence sonore d'une inten- 
sité prodigieuse. Cela ne s'analyse pas, parce que cela n'a point de plan 
rutionnel, point de suite naturelle, point de régularité. C'est une série 
d'impressions, de sensations, d'oppositions qui semblent n'avoir pas de 
liens entre elles, et qui cependant s'accordent et s'enchainent de façon à 
former un tableau plein de couleur, de poésie et d'animation. Il y a de tout 
là-dedans, du pittoresque, de la chaleur, de l'émotion, du pathétique, de la 
grandeur, et l'auditeur, quoi qu'il en ait, est pris, comme disaient nos 
pères, par les entrailles, et tellement secoué par son émotion personnelle 
qu'il éclate en d'inévitables applaudissements. En réalité, M. Pierné a 
écrit une œuvre étrange, puissante, et dont l'effet sur la masse du public 
est absolument infaillible. Le concert s'est terminé par le beau finale du 
second acte de la Vestale, de Spontini, qui a valu à M°"= Caron, toujours 
admirable, et à M. Delmas, toujours remarquable, un succès bien mérité. 

A. P. 

— Concert Pister.Parmi les œuvres que M. Pister a fait entendre dans ses 
derniers concerts, il faut citer un beau fragment de Rédemption de César 
Franck, la Rapsodie et l'Aubade si charmante de Lalo, Béatrice, le très inté- 
ressant poème symphonique d'Emile Bernard, dit d'une façon extrême- 
ment remarquable, une symphonie de M. Le Borne, une suite de Massenet 
et la Danse macabre, dont le solo était interprété par le distingué violo- 
niste Fernandez. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire : Relâche. 

Concert Colonne : Relâche. 

Concert Lamoureux : Relâche. 

Opérj: Temps de guerre (Le Borne), tableaux symphoniques dirigés par l'au- 
teur. — Récitatif et air d'/p/jijénie m rawricte (Piccinni) : M. Delmas jOreste) et 
M. Gandubert (Pylade). — Le Dite de Ferrare (Mariy), drame lyrique de M. Paul 
Milliet, fragments du deuxième acte, dirigé par l'auteur; M"" Caron (Reginella). 
M"" Beauvais (Cinlia), M. Vaguet (Alfonse), M. Douaillier (Marsile). — Danses 
anciennes, réglées par M. Hansen, exécutées par M"" Mauri, Subra et le corps 
de ballei. — jV(rt( de Noël tSTO (Pierné), épisode lyrique dirigé par l'auteur; 
poème de M. Morand: M. Brémond (le récitant), W Laoombe (une voix), 
M. Barlet (un soldat). — Finale du deuxième acte do la Vestale (Spontini); 
M"° Caron (Julie), M. Delmas (le grand pontife). Le concert sera dirigé par 
M.Vidal. 

Concerts d'hlSircourt: Symphonie rotnanlirjue (V. Joncières). — Air d'£^/c (Men- 
delssohn), par M. Muratet. — Ouverture du Vaisseau- Faniùme (R. Wagner). — 
Le Rouet d'Omphale (Saint-Saëns). — Waltlier's Preislied, des Maîtres chanteurs 
(R. Wagner).— Symphonie en si bémol (n" 4, Beethoven). 

Concert du Jardin d'Acclimatation. Chef d'orchestre : Louis Pister. 

L'Etoile du Xord, ouverture (Meyerbeer); Ar/uso, de Haendel; Sérénade (Glazou- 
Tiow); Phaëlon, poème symphonique (Saint-Saëns) ; Jleformatim, andante (Men- 
delssohn); La Zamaoueca (Th. Ritter); La Farandole, adagio, valse des olivettes, 
cloches et violoneux, valsedes infidèles (Th. Dubois). 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 

Nouvelle liste d'œuvres françaises jouées en Allemagne et en Au- 
triche pendant les dernières semaines de 189b. A Vienne : Faust, le Petit 
Chaperon rouge, Carmen, Mignon, Roméo et Juliette, la Navarraise, Fra Diavolo, 
Manon, la Fille du Régiment, Werther, la Juive ; à Berlin : le Postillon de 
Lonjumeau, Mignon, la Fille du Régiment ; à Dresde : la Part du diable, Car- 
men, les Dragons de Villars, la Fille du Régiment, le Domino noir ; à Munich : 
Mignon ; à Mannheim : Guillaume Tell, Joseph, Orphée aux Enfers ; à Stutt- 
gart : Zaïre, les Huguenots, les Dragons de Villars, le Postillon de Lonjumeau ; 
à WiESBADEN : Fra Diavolo, le Prophète, le Postillon de Lonjumeau, la Muette 
de Portici, Carmen, Migimi, Faust, les Huguenots; à Carlsruhe : Guillaume Tell, 
Carmen, Fra Diavolo, les Deux Savoyards, la Poupée de Nuremberg, le Domino 
noir ; à Brème : Mignon, le Pardon de Ploêrmel, Faust, Fra Diavolo, la Part 
du diable, le Domino noir ; à Cologne : Carmen, la Fille du Régiment, les Hugue- 
nots, Faust, Guillaume Tell; à Breslac : l'Attaque du moulin, Fra Diavolo, 
Carmen, les Dragons de Villars ; à Hanovre : Carmen, Faust, Guillaume Tell ; 
à Cassel : Robert le Diable, Faust, les Dragons de Villars, le Cheval de bronze ; 
à Budapest : Sylvia, Coppélia, Roméo et Juliette, l'Étoile du Nord, Guillaume Tell, 
les Huguenots, Mignon, la Fille du Régiment. 

— A l'Opéra de Vienne, commenceront prochainement les répétitions de 
deux ouvrages importants : Walther von der Vogelweide, de M. Kauders, et 
le Grillon du foyer, de M. Goldmark. L'opéra de M. Kauders a déjà été joué 
avec succès à Prague. 

— Un nom célèbre dans la musique se trouve mêlé à un duel sérieux 
qui vient d'avoir lieu à Thionville enire deux officiers allemands et qui a 
été fatal à l'un des combattants. L'arme choisie était le pistolet, et le 
terrain était le champ de manœuvre situé derrière le fort de Jeutz. Au 
premier échange de balles, le lieutenant Khun, du 6« dragons, atteint 
mortellement, est tombé pour ne plus se relever. Son adversaire, le lieu- 
tenant Joachim, du IZo" d'infanterie, n'est autre que le fils du grand 
violoniste Joachim. 

— A Bayreuth on se prépare déjà activement pour les représentations 
de cette année. Dernièrement, M"» Cosima Wagner a fait jouer le premier 
acte de Siegfried dans une salle de Bayreuth — pas au théâtre même, ni à 
l'ancien Opéra des margraves devant quelques invités. L'orchestre était 
remplacé par deux pianos, mais les décors qui doivent servir au théâtre 
de "Wagner ont été plantés. Siegfried Wagner, le fils du maître, dirigeait 
cette représentation. Les deux autres actes de Siegfried seront répétés de 
la même manière. On assure que l'affluence à Bayreuth sera cette année-ci 
plu? grande que jamais. 

— Le théâtre de Coblentz va donner, le 12 janvier prochain, la première 
représentation en langue allemande du Winkelried de Louis Lacombe, dont 
le théâtre de Genève eut la primeur. Les principaux interprètes sont 
MM. Demuth, Leffler, Krauss, M"== Holtzenstein et Neiseh M"= V» Louis 
Lacombe quitte Paris ces jours-ci pour aller surveiller les dernières 
répétitions. 

— On vient d'exécuter pour la première fois dans son intégralité, au 
Gewandhaus de Leipzig, la Dammdion de Faust de Berlioz, dont jusqu'ici on 
n'avait entendu que des fragments. Cette exécution, qui était dirigée par 
M. Nikisch, le nouveau chef d'orchestre, a obtenu un succès d'enthousiasme 
et tel, dit un journal, qu'il serait impossible de le décrire. Les rôles 
étaient tenus par M"« Marcella Pregi (Marguerite), M. Brandowsky (Faust) 
et M. Schelper (Méphistophélès), qui ont été couverts d'applaudissements. 

— D'après les journaux italiens, l'Hennj VIII de M. Saint-Saëns ne 
parait pas avoir très bien réussi à la Scala de Milan. Cela n'ôte rien à la 
très grande valeur de cette belle partition, la plus belle peut-être de son 
auteur. 

— Nous avons sous les yeux un télégramme de Naples d'après lequel la 
première représentation de la Yalkyrie, au San Carlo de Naples, a donné lieu 
à des scènes, scandaleuses. Le public était resté assez tranquille jusqu'à 
la seconde moitié du deuxième acte; mais alors il devint impatient, se 
moquant de tout ce qu'on chantait sur la scène. Pendant le troisième 
acte, les démonstrations devinrent tumultueusbs ; on entendait à peine la 
musique. A la fin le public se mit à crier: « Ev viva Verdit » — « Abasso 
Wagner l » et quitta la salle en sifflant et en hurlant. L'imprésario n'ose 
pas représenter la Valkyrie une seconde fois. Il devra donc faire son deuil 
des frais assez importants qu'il avait faits pour la mise en scène. 

— Le théâtre Mercadante, de Naples, adonné, non sans quelque succès, 
la première représentation d'un opéra nouveau, Onore, paroles de M. Fré- 
déric Verdinois, musique de M. Consiglio. Les détails nous manquent 
encore, mais l'accueil fait à l'œuvre et aux artistes parait avoir été très 
favorable. 

— La société orchestrale romaine a ouvert à la salle Dante une série 
do quatre concerts dont le premier a eu lieu le âs décembre et dont les 
autres sont fixés aux 11 et 2o janvier et 8 février prochains. Parmi les 



LE MENESTREL 



œuvres qui seront exécutées dans ces intéressantes séances, on signale la 
Béformation-Symphonie de Mendelssohn, la symphonie en ré de, Brahms, 
celle de M. Guilmant pour orgue et orchestre, le Rouet d'Omphale de Saint- 
Saêns, les ouvertures de rilaliana in Londra de Gimarosa, de Phèdre de 
Massenet, de la Fiancée vendue de Smatana, des mélodies de Grieg, etc. 

— Lé Cercle philharmonique-artistique de Padous a donnée dans sa pre- 
mière séance de la saison d'hiver, la première représentation d'un gentil 
opéra en trois actes, yUo, dont la musique est due à l'un de ses membres, 
le marquis Francesco Dandi Dall'Orologio, et qui parait avoir été accueilli 
avec beaucoup de faveur. Un journal italien dit que c'est un ouvrage qui, 
sans manifester de grandes prétentions, " fait très bien augurer de l'avenir 
de son jeune auteur ». 

— On écrit de Genève : « W" C. Ketten, la fille du remarquable profes- 
seur du Conservatoire, vient de débuter dans Mignon. La jeune artiste a eu 
le plus grand et le plus mérité des succès. Le public l'a littéralement 
couverte de fleurs. » 

— Les Hollandais aiment la musique, et ils le prouvent intelligemment. 
La municipalité d'une petite ville comme Arnheim vient de voter, par 
16 voix contre 11, une subvention de 10.000 florins (un peu plus de 
21.000 francs) pour l'année 1S96 en faveur de VOrkcslvereeniging. Si les mo- 
destes villes de nos départements en faisaient autant, elles offriraient à 
leurs administrés des jouissances artistiques plus relevées que celles des 
ignobles cafés-concerts qui sont souvent leur unique distraction. 

— Voici le tableau complet de la nouvelle troupe du théâtre San Carlos, 
de Lisbonne. Soprani, M^'^ Bonaplata-Bau, Dardée, Fausta-Labia, Strom- 
feld-Klamsiska et Lina Bignardi ; mezzo-soprani, Santarelli et Pagnoni ; 
ténors, MM. Marconi, "Werner-Alberti et Perez ; barytons, Blanchart et 
Modesti; basses, Lanzoni, De Grazia, Dubois et Rinaldi. Les chefs d'or- 
chestre sont MM. Juan Goula et Vicenzo Pintorno. 

— Un petit lot de nouvelles espagnoles. La Société des concerts de Ma- 
drid prépare la prochaine audition de deux poèmes symphoniques: l'un, 
la Corza blanca, de M. Saco del Valle, l'autre, las Cruzadas, de M. Steger 
Taboada. — A Valence, à l'occasion de la Sainte-Cécile, le Conservatoire 
a donné une grande fête musicale dans laquelle il a fait exécuter deux 
compositions dues à deux élèves de l'établissement: un Prélude pour 
orchestre de M. Palanca, et un poème symphonique, intitulé : Orfeo en et 
Averno, de M. Fayos. Le public a fort bien accueilli ces deux essais. — 
A l'Eldorado de Barcelone, apparition heureuse de deux zarzuelas nou- 
velles : el SeTior Baron, en un acte, paroles de M. Jaques, musique de 
M. Zabala, et el Estudiante endiabtado, musique de M. Vidal y Llimona. — 
Au Tivoli de la même ville, autre zarzuela ; Carazon de fuego, musique de 
M. Nicoalau. — A Almeria, première représentation d'un " jeu oomico- 
lyrique » en un acte, l'erdon, tio ! dont la musique a pour auteur M""' Car- 
men L. de Brocca. — Ce n'est pas tout encore. A Santander, grand succès 
pour une zarzuela iutiiulée el Duque de Gandia, paroles de M. Diceuta, mu- 
sique de MM. Llanus et Chapi, et à Saint-Sébastien, bon accueil pour une 
pochade musicale, el Husar, dont on ne nous fait pas connaître les auteurs. 

— A l'occasion des fêtes de Christmas, le théâtre Drary-Lane a donné 
sa grande pantomime annuelle, qui a obtenu son grand succès annuel. 
Celle-ci s'appelle Cinderella (Cendrillon). Les auteurs sont MM. Augustus 
Hairis et Raleigh pour le scénario, Glover pour la musique, Goppi pour 
les danses, Gomelli et Alias pour les costumes, X... pour les décors, etc., 
etc. Tous ont droit à être nommés, car tous concourent également au 
succès. 

— On nous annonce de Londres que M. Luigi Arditi, le compositeur et 
chef d'orchestre bien connu, aécritsesmémoires, qui serontbientôtpubliés. 
La carrière du compositeur de la valse // Bacio est longue et bien remplie. 
Dès 18S0 il dirigeait l'Opéra italien de Castle-Garden, à New-York, et y 
faisait la connaissance de la famille Patti.Il devint ensuite chef d'orchestre 
à Covent-Garden, et en 18.59 il assista, en cette qualité, aux débuts de la 
Patti à Londres. Maurice Strakosch, le beau-frère et l'imprésario de cette 
artiste, l'engagea alors pour sa troupe d'opéra, et en 1862 il eut pour la 
première fois beaucoup de succès à Vienne, avec sa valse il Bacio, que 
la Patti n'a cessé de chanter à la fin du Buriner de Seville. M. Arditi a connu 
presque tous les grands artistes de ces cinquante dernières années et a 
parcouru tous les pays civilisés et mi-civilisés du monde. Ses mémoires 
offriront sans doute un grand intérêt. 

— h'Écho musical de Bruxelles nous apprend qu'un clown actuellement 
en représentation à Londres montre un cheval qu'il a dressé à jouer l'hymne 
national anglais sur un harmonium à pédales spécialement construit à cet 
effet. C'est peut-être très lort, mais en tout cas pas très respectueux envers 
l'auguste mélodie. 

— Les mémoires de Charles Halle, dont nous avons déjà annoncé l'appa- 
rition, occupent la presse anglaise, et nous y trouvons une jolie anecdote 
qui se rattache plutôt à son fils, M. Clifford Halle, qui est un chanteur 
distingué. Celui-ci avait, un jour, donné un concert dans une ville de la 
colonie du Cap, dont le théâtre est relégué dans un quartier excentrique 
où les animaux domestiques abondent. Comme la soirée était très chaude, 
la porte du vestibule du théâtre était restée ouverte. M. Clifford Ilallé 



avait déjà terminé la première partie de son programme lorsqu'il eut l'idée 
de chanter, à la suite d'applaudissements bien nourris, un lied allemand 
dont la dernière phrase est ainsi conçue : Bruder, sage : la ! (frère, dis : oui 1). 
Le chanteur venait de lancer une belle note aigui' sur le mot final la, 
lorsqu'un âne, montrant sa tête à la porte entr'ouverte de la salie, se mit à 
pousser des Yali ! Yah ! frénétiques avec une forte voix de baryton. Cette 
réponse à l'appel poétique du chanteur provoqua une scène des plus déso- 
pilantes. La femme du commandant de la garnison anglaise fut prise d'un 
accès de fou rire, les ollJciers applaudissaient à tout rompre et le comman- 
dant adressa à l'artiste tout ébaubi ce compliment : i. Mon cher monsieur, 
c'est le plus beau de vos jours, et vous n'aurez plus jamais un succès 
pareil; maisje ne vous conseille pas d'emmener votre « frère » quand vous 
rentrerez à Londres. » 

— Un juge londonien a dernièrement prononcé un arrêté digne du roi 
Salomon. Le directeur d'un grand Music Hall de Londres avait renvoyé un 
flûtiste parce que celui-ci était arr'ivé ivre à une représentation. Le chef 
d'orchestre, cité comme témoin par le musicien, qui réclamait une indem- 
nité, alDrma que le flûtiste était sinon complètement ivre, au moins 
légèrement pompette, pour employer un mot de notre langue verte cor- 
respondant à celui de la langue anglaise. Le juge adressa alors deux ques- 
tions au chef d'orchestre: d'abord, le flûtiste avait-il fait son service à 
l'orchestre ? ensuite, avait-il fait plus de fautes qu'à l'ordinaire ? Le chef 
d'orchestre ne pouvait nier que, dans cette mémorable soiiée, le 
flûtiste n'eût joué comme d'habitude. « Dans ces conditions, déclara alors 
le juge, il a été renvoyé sans motif valable; l'indemnité lui est due. » Le 
chef d'orchestre fut consterné. « Est-ce que Votre Honneur appliquerait 
la même théorie à celui de mes musiciens qui joue de la grosse caisse ? » 
demanda-t-il ironiquement. « Attendez qu'il vous arrive pompette, comme 
vous dites, et alors envoyez-le moi; vous verrez alors, » répliqua le juge. 

— Une anecdote relative à M. Sims Reeves, le fameux ténor anglais, qui 
était engagé récemment pour un concert à la cour de sa Gracieuse Majesté 
la reine Victoria. Au programme, qu'on avait dressé d'avance, se trou- 
vaient deux morceaux que l'artiste jugea en dehors de sa voix. 11 en 
référa au prince de Galles, qui alla vers la reine pour lui soumettre les 
observations de l'artiste. Pour toute réponse, la souveraine montra du 
doigt les deux initiales Y. B. (Victoria Rcgina) que portait le programme. 
Le prince de Galles comprit aussitôt, et retourna vers l'artiste pour lui 
dire qu'il n'y avait rien à faire, qu'il fallait s'exécuter... Reeves s'exécuta 
en elïet et chanta les deux airs, mais le second un demi-ton plus bas que 
l'original. La reine s'en aperçut aussitôt, et le fit comprendre à l'artiste 
en s'abstenant de donner le signal des applaudissements, de manière que 
le malheureux chanteur quitta l'estrade au milieu d'un silence glacial. 
Nous ne mettrons pas en doute ce fait, que nous rapporte un de nos con- 
frères de l'étranger ; nous constaterons seulement l'extrême habileté mu- 
sicale et la finesse d'oreille de la reine, qui, sans hésiter, s'aperçoit de la 
différence d'un demi-ton dans un morceau chanté devant elle, alors que 
certains professionnels seraient incapables de saisir cette différence! Qui 
donc prétendait que sa Gracieuse Majesté avait aujourd'hui l'oreille un 
peu dure ? 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 

Dès dimanche dernier, nous avons annoncé la nomination au 
grade de grand-olllcier de la Légion d'honneur de M. Ernest Legouvé, 
l'illustre doyen de l'Académie, qui plusieurs fois a bien voulu apporter au 
Ménestrel le concours de sa glorieuse collaboration, celle aussi de M. Mas- 
senet au grade de commandeur et celle de M. Théodore Dubois au grade 
d'ollicier, tous les deux aussi nos collaborateurs accoutumés pour la partie 
musicale de ce journal. Complétons aujourd'hui la liste de ces nominations 
faites a l'occasion du centenaire de l'Institut, en en prenant seulement ce 
qui regarde directement les lettres et les arts. Nous trouvons encore l'élé- 
vation au grade de grand-oiïïcier de M. Charles Garnier, l'éminent archi- 
tecte de l'Opéra. Dans la section des commandeurs, nous devons citer 
MM. Jules Claretie, l'administrateur général de la Comédie-Française, 
Frémiet, le remarquable statuaire, et SuUy-Prudhomme, le délicat poète; 
parmi les officiers enfin, M. Henri Houssaye, le dernier élu de l'Académie 
française. 

— Gomme nous l'avions annoncé, M. Théodore Gouvy, le très apprécié 
symphoniste, devait aussi figurer sur cette liste en qualité de membre 
correspondant de l'Institut. Mais au dernier moment, on s'est trouvé arrêté 
par des questions de formalité. On ne savait où prendre M. Gouvy, qui 
n'habite pas la France, et on n'a pu avoir de lui les renseignements néces- 
saires. C'est donc partie remise. 

— Mais la musique n'aura pas chùmé pour cela. Et à défaut de M. Gouvy, 
nous trouvons parmi les chevaliers de la Légion d'honneur du ["janvier, 
M. Josset, compositeur de musique, parait-il. Les mérites de M. Josset ne 
sont peut-être pas très connus, mais ils n'en sont pas moins certains 
puisqu'un ministre aussi éclairé que M. Combes a su les découvrir. De son 
coté, la chancellerie de la Légion d'honneur a fait chevalier M. Golomer, 
qui professe dans les maisons d'éducation de ladite Légion d'honneur, et 
qui est d'ailleurs un musicien délicat. 

— A signaler encore, parmi les heureux élus du l" janvier, M. Bernheim, 
l'aimable commissaire du gouvernement près les théâtres subventionnés, 
des artistes comme M. Cornu, statuaire, et Chigot, peintre, des hommes de 



LE MENESTREL 



lettres comme MM. Belon, Case et Ferrari, enfla le charmant desinateur 
Fraipont, bien connu des anciens abonnés du Ménestrel, car, de son gracieux 
crayon, il illustra nombre de titres de nos morceaux de musique. 

— Cette semaine, à l'Opéra-Comique, le jeune ténor Leprestre a pris 
possession du rôle d'Araquil dans la Navarraise et y a très bien réussi. En 
même temps, le baryton Karloni remplaçait M. Bouvet dans le rôle du 
général; belle voix et comédien intelligent. Tous les deux ont été très 
applaudis. Anita, c'est toujours M'"^ de Nuovina, farouche et superbe 
d'énergie. 

— M. Carvalho aurait, dit-on, quelque velléité de reprendre Bon Juan 
avec M. Bouvet. M"'= de Nuovina chanterait donna Anna et M""= Bréjean- 
Gravière donna Elvire. 

— Les dates des concours pour les grands prix de Bome en 189ti vien- 
nent d'être fixées par l'Académie des Beaux-Arts, ainsi que celles des 
opérations du jury. En ce qui concerne le concours de composition musi- 
cale, le concours d'essai est fixé au samedi 2 mai, et le jugement définitif 
au samedi 27 juin. Los cantates (poésie) devront être déposées au plus tard 
le m mai. 

— Parmi les nouveautés qui seront données aux prochains concerts de 
l'Opéra, on cite, une Sulamile de M. Audigier, une Saiide Cécile de Charles 
Lefebvre, une suite de ta Belle au bois dormanl, de M. Georges Hue, le Saint 
Georges, de M. Paul Vidal et des suites d'orchestre de MM. Busser et Hirsch- 
mann. 

— La matinée organisée par le comité du monument de Florian pour le 
samedi 11 janvier, au théâtre de la Gaité, sera certainement une des grosses 
attractions de la saison. Voici, entre autres numéros du programme, la 
distribution presque complète de la pantomime il//r/,o l'Enchanteresse, 
de M. Georges Boyer, musique de M. André PoUonais, dans laquelle 
M"»» Adelina Patti reparaîtra devant le public parisien : 

Mirka M"" Adelina Patti 

Frida, sœur de Mirka Sibyl Sanderson 

Hedwige, mère de Mirka X... 

Une Vivandière croate Simon-Girard (Bouffes) 

Un Génie Robin (Opéra) 

Carlomir MM. .\lbert Lambert 

Un Vieillard ' Paul Mounet 

Zug Taillade 

Le Chef croate Taskin 

Le rôle de la mère de Mirka reste à distribuer. II sera fort probablement 
joué par une personnalité dramatique très en vue. Au premier acte, grand 
divertissement des fiançailles, réglé par M»"^ Mariquita et dansé par 
M°"^ Adelina Patti, M"^ Lamotte et le corps de ballet de la Gaité. Au 
deuxième acte, M™" Patti chantera. Voilà une distribution de pantomime 
comme on n'en a jamais vu. Le bureau de location de la Gaité ne va pas 
désemplir. 

— M. Ed. Colonne est de retour à Paris, venant de Moscou, où ses 
concerts ont eu, comme toujours, le plus grand succès. A signaler particu- 
lièrement trois airs du ballet du tjid (Massenet), qui tous ont été bissés 
d'acclamation. 

— Parmi les ouvrages publiés ces temps-ci pour les enfants de 12 à 
15 ans, il en est peu d'aussi amusants en même temps qu'aussi instructifs 
que celui d'Oscar Comettant, notre confrère. Le brillant écrivain a su, 
dans l'Homme et les Bétes, se mettre à la portée des jeunes intelligences 
auxquelles il s'adresse ; il leur parle en véritable père de famille, leur 
montre tous les bienfaits rendus par les meilleurs serviteurs de l'homme 
et malheureusement aussi toute l'ingratitude que nous professons si sou- 
vent à leur égard. De charmants dessins, très nombreux, illustrent ce 
gracieux volume, qu'un père de famille peut donner à son enfant, garçon 
ou fille, avec la certitude de l'instruire en l'amusant. Cet ouvrage de 
notre excellent collaborateur, dont le nom est bien connu des lecteurs du 
Ménestrel, est publié à la librairie Garnier frères. 

— La Femme compositeur, par Eugène de Solenière. C'est le titre d'une bro- 
chure qui contient une dizaine de notices sur divers compositeurs fémi- 
nins, suivies d'une liste de femmes qui se sont produites sous ce rapport 
avec plus ou moins d'abondance et de succès. Bien que cette liste soit 
assez nombreuse, on est étonné d'y constater l'absence de certains noms, 
dont plusieurs fameux, qui avaient droit à y trouver place. Pour n'en citer 
que quelques-uns, nous rappellerons ceux de M""" Jacquet de Laguerre, 
de M"« Duval, de M"» Beaumesnil, de M""^ de Vismes, qui toutes quatre 
se sont produites à l'Opéra, de Lucile Grétry, de Florine Dézèdes, de ,Tulie 
GandeiUe, qui se sont tait jouer à la Comédie-Italienne ou àl'Opéra-Gomique, 
puis ceux de M"'= de Montgeroult, de la reine Hortense, de M""' Damoreau, 
et encore ceux de M^'^ Pauline Viardot, Ugalde, Zélie CoUinet, Renaud- 
Maury, etc., etc. Il manque encore à notre littérature musicale un travail 
complet, exact et bien fait, sur ce sujet qui est loin de manquer d'intérêt. 

A. P. 

— Aujourd'hui dimanche, l'orchestre Colonne donnera à Lille un grand 
concert au profit d'une œuvre de bienfaisance, avec le concours d'un jeune 
virtuose violoncelliste de grand talent, M. Marix Laêvensohn, que de 
récents succès à Londres ont mis tout à fait en lumière. 



De Lyon : La Vivandière, de M. Gain et Benjamin Godard, a obtenu au 

Grand-Théiitre un très réel succès. Le sujet, rapide, bien conçu, remar- 
quable même au point de vue scénique avec ses alternances de comique et 
de pathétique, a beaucoup plu. La musique de Benjamin Godard n'offre 
rien de particulièrement transcendant; mais elle a l'avantage de s'adapter 
admirablement à l'action. La partition abonde en motifs aimables, mélo- 
diques, bien venus sinon toujours très originaux. Plusieurs pages, comme 
le finale du ^' acte et l'amusante Fricassée, qui ont été bissés, la partie 
symphonique du 3'= acte, sont du meilleur filon. L'orchestration, due, 
ainsi qu'on sait, à la plume habile de M. Paul Vidal, est remarquablement 
pondérée, sonore sans tomber dans l'excès. M. Vizentini a monté /a Vivan- 
dière avec un grand luxe de décors et de costumes. L'interprétation est de 
tout premier ordre. M°"' Deschamps-Jéhin prête au rôle de Marion l'éclat 
de sa magnifique voix et l'intérêt d'un personnage fouillé jusqu'à ses 
moindres détails. Son succès a été considérable. A côté de l'éminente 
artiste il convient de louer M. Gluck (Georges de Rieul) ; M. Ghalmin, 
très amusant dans le sergent La Balafre ; M. Huguet (le capitaine Bernard) ; 
M"= Duperret, une touchante Jeanne ; enfin MM. Romieu, Larbaudière, 
Thomérieu et Garret. La Vivandière va certainement fournir une fructueuse ' 
carrière, qui permettra à la direction de préparer à loisir le Rêve de 
M. Bruneau, et la Statue de M. Reyer, encore inédite ici. J. Jemain. 

— A Pau, toujours grande allluence aux beaux concerts symphoniques 
si artistement dirigés par M. Ed. Brunet. Sur les deux derniers programmes, 
nous relevons les noms de Em. Bernard, B. Godard, Cherubini, Glinka, 
Massenet (Nocturne de la Navarraise), Meyerbeer, Léo Delibes (Suite de 
Sylvki), Saint-Saëns, Berlioz, Goldmark, Borodine, Franck, Wagner et 
Lalo (ouverture du Boi d'Ys). 

— On nous écrit de Bordeaux : Après le grand succès remporté au der- 
nier concert du Cercle philharmonique, M"' Clotilde Kleeberg a donné un 
récital. Plusieurs des morceaux de son programme, qui comprenait du 
Bach, Beethoven, Schumann, Brahms, Th. Dubois (les Poèmes sylvestres en 
entier), G. Fauré, E. Redon, etc., ont été bissés, et, de plus, la gracieuse 
artiste a dû ajouter trois études de Chopin à la fin de la séance. Dimanche 
dernier elle faisait ses adieux au public bordelais en se faisant entendre 
au 3'' concert populaire de la Société de Sainte-Cécile, et là encore, sous 
la direction de l'excellent chef d'orchestre M. Gabriel-Marie, le succès de 
l'éminente virtuose a été vraiment étourdissant. 

— La société d'Art vient de donner sa 21= audition. M. Mimart, secondé 
par un jeune pianste, M. Wurmser, y a mis en lumière une sonate pour 
piano et clarinette de M. Anselme Vinée. L'œuvre nouvelle, inédite encore, 
est fort intéressante. On y a apprécié aussi des mélodies vocales et sédui- 
santes de M.Camille Andrès, dites par M"« Éléonore Blanc avec le plus 
délicieux talent, et des morceaux de piano de MM. Emile Bernard 
(impromptu) I. Philipp (Barcarolle) Edmond Laurens (Papillon), une pièce de 
concert d'un brillant effet, remarquablement joués par M™ Carembat, des 
jolies valses à quatre mains de M. Charles René, un andarite pour violon 
de M. Boëllman, bien dit par M. Tracol. La séance avait commencé par 
un trio de M. Boëllmann. 

— Soirées et concerts. — M"' Vieuxtemps vient de faire entendre ses élèves. 
On a surtout remarqué M"" Salomon, Ferrand, de Fleurelle (/es trois Belles Demoi- 
selles, Pauline Viardot) et Quainon (air deJeande Nivelle, Léo Delibes). — M»' Mars 
chaud a donné une audition d'élèves dont toute une partie était consacrée aui 
œuvres de Diémer. Succès pour l'auteur et les charmantes interprètes, et aussi 
pour M"" Rose Delaunay, qui prêtait son gracieux concours et a fort bien chanté 
la Fauvette. — M"° Duranton a donné, salle Érard, une audition des œuvres de 
Gabriel Fauré et de A. Périlhou. Dans la première partie, à signaler quelques 
élèves de l'excellent professeur: M"" Panny d'.A., .Antoinette B., Marie-Thérèse B. 
et M"° G. L. Dans la deuxième partie, la Fantaisie, de Périlhou, exécutée par 
M"° Duranton et l'auteur, a eu un immense succès, après une exécution 
magistrale; M"° Duranton, seule, a tenu l'auditoire sous le charme en jouant 
avec une délicatesse exquise Werther, paraphrase de A. Périlhou. — M. Bernard 
a donné une soirée au cours de laquelle on a tout particulièrement applaudi 
M. Manoury et M"" Bernard dans le duo d'Hamlel et M"° Bernard, seule, dans 
l'air du Mysoli de- la Perle du Brésitet dans l'Ave Maria de Gounod, accompagné 
par M»° Dreyfus et Verdie de Saula. 

NÉCROLOGIE 
On annonce de Bruxelles la mort, à l'âge de 34 ans seulement, de Frantz 
De Mol, compositeur, maître de chapelle et organiste aux églises de 
Notre-Dame-de-la-Chapelle et de Notre-Dame-de-Bon-Secoun. Ce jeune 
artiste appartenait à une famille qui semblait vouée au culte de la 
musique, en même temps qu'elle est éprouvée d'une façon singulièrement 
douloureuse. Il était frère de Guillaume De Mol, ancien prix de Rome, 
de F. -M. De Mol, auteur d'un opéra, le Chanteur de Médine, représenté 
naguère à la Monnaie ("tous deux morts à l'heure présente), et de M. Joost 
De Mol, ancien chef d'orchestre au Théâtre flamand, et neveu de M. P. 
De Mol, ancien prix de Rome, directeur de l'École de musique d'Alost 

— A Cologne vient de mourir, à l'âge de 32 ans, Gustave Jensen, artiste 
distingué qui depuis de longues années était professeur de théorie musi- 
cale au Conservatoire de cette ville. Sans atteindre à la haute renommée 
de son frère, le compositeur Adolphe Jensen, il s'était fait pourtant une 
notoriété de compositeur de lieder et de musique symphonique. 

Henbi Heugei,, directeur-gérant. 



LE MENESTREL 



Soixaïite-d-euxlèrrie axinée d© publication 

PRIMES 1896 DU MÉNESTREL 

JOURNAL DE MUSIQUE FONDÉ LE 1" DÉCEMBRE 1833 

Paraissant tous les dimanches en huit pages de texte, donnant les comptes rendus et nouvelles des Théâtres et Concerts, des Notices biographiques et Études sur 
, les grands compositeurs et leurs œuvres, des séries d'articles spéciaux sur l'enseignement du Chant et du Piano par nos premiers prolesseurs, 

des correspondances étrangères, des chroniques et articles de fantaisie, etc., 

publiant en dehors du texte, ch.ique dimanche, un morceau de choix (inédit) pour le ClIA^T ou pour le PIAIVO, de moyenne dilBculié, et offrant 

à ses abonnés, chaque année, de beaux recueils-primes CIIA\T et PIAiWO. 



C xi A. JN T d" MODE D'ABOMEMENT) 
Tout abonné à la musique de Chant a droit GRATUITEMENT à l'une des primes suivantes : 



J. MÂSSENET 

LA NAVARRAISE 

ÉPISODE LYRIQUE 2 ACTES 

Poème de 
J. CLARETIE et ET. CAl^V 



AUGUSTÂ HOLMES 

LA VISION DE LA REINE 

GRANDE SCÈNE POUD VOIX DE FEMMES 

(So/i et chœurs) 

Acc piaxxo, violoxicelle, liarpe 



ÉDODARD 6RIEG 

CHANSONS D'ENFANTS (7 N-) 

ANDRÉ GEDÂLGE 

VAUX DE VIRE (8 N-) 

(Les deux recueils pour une seule prime.) 



J. MASSENET 

POÈME D'UN SOIR (3 N°») 

C. RLANC & L. DAUPHIN 

CHANSONS D'ECOSSE (lo N-) 

(Les deux recueils pour une seule prime.) 



Ou à l'un des trois Recueils de Mélodies de J. 
ou à la Chanson des Joujoux, de C. Blanc et L. Dauphin (20 n"'), un volume relié in-8", avec illustrations en couleur d'ADHIEN IflARIE 

X^ JL A. JN O (£= MODE D'ABONNEMENT) 
Tout abonné à la musique de Piano a droit GRATUITEMENT à l'une des primes suivantes : 



J. MÂSSENET 

LA NAVARRAISE 

ÉPISODE LYRIQUE 2 ACTES 

Partition, piano solo. 



LEON DELAFOSSE 

VALSES-PRÉLUDES 

POUR PIANO (12 ?i") 
"Un recueil grand in.-S° 



MARIE JÂÉLL 

LES BEAUX JOURS 

ET 

LES JOURS PLUVIEUX 

34 petites pièces pour piar 



THEODORE DUBOIS 

SUITE VILLAGEOISE 

ET 

OUVERTURE DE FRITHIOF 

R^diictioiis pf piano à -4 main: 



OU à l'un des volumes in-S» des CLASSIQUES-MARMONTEL: MOZART, HAYDN, BEETHOVEN, HUMMEL, CLEMENTI, CHOPIN, ou à l'un des 
recueils du PIANISTE -LECTEUR, reproduction des manuscrilp autographes des principaux pianistes - compositeurs, ou à l'un des volumes du répertoire de 
danses de JOHANN STRAUSS, GUNG'L, FAHRBACH, STROBL et KAULICH, de Vienne, ou STRAUSS, de Paris. 



Um ET DE CHANT 



A L' 



{i' Mode) : 



PARTITION 

POUR 

PIANO & CHANT 



XAVIERE 

Iciylle ca.r"Ei,in.Êit;±cï:-u.^ erx S ^.cti 

POEME DE LOUIS GALLET (PROSE ET VERS) 
d'après le roman de FERDINAND FABRE 



THÉÂTRE 



L'OPÉRA-COMIQUE 



MUSIQUE 

DE 

THÉor>ortE] i>xj^ois 

Avec un dessin inédit de Jules Lefebvre. 

NOTA IMPORTANT. — Ces primes sont «lélivrées sratuitpnMut iliiiis nos bnre:iux, 3 bis. Pue Vivieune, à partir ilu 15 Héccmbi-e lgt).>,à tout ancien 
ou nourel abonné, sur la présentation de la quittance d'abonnement an IIBiXESTRBli pour l'année I89G. Joindre au prix d'abonnement un 
supplément d'l].\ ou de DEUX francs pour l'euToi franco de la prime simple ou double dans les départements. (Pour l'Utranger, l'cnTOi franco 
des primes se rè^le selon les frais de Poste.) 

Ifs abonnés auChanl peuvent prendre la primePiimo el ïice versa.- Ceux au Piano et au Clianl réunis ool seuls droit à la grande Prime.- Les abonnés au le Jlc seul n'ont droit à aucune prime. 

CONDITIONS D'ABONNEMENT AU « MÉNESTREL » PIANO 

2" Moded'abonnemenl: .louraal-Texta, tous les dimanches ; 26 morceaux de piano 
K.intaUies, Tnan5nri|itioiis, Danses, da quinzaine en quinzaine; 1 Recueil- 
Prima. Paris et Pruvinne, un an : 20 francs; Étranger : l-'rais de posie en sus. 



CHANT 

1" iloded'aboniKmenl: Journal-Texte, tous les dimanches ;2S morceaux de cm\T : 
Scènes, Mélodies, llomances, paraissant de quinzaine en quinziine; i Recueil- 



Prime. Paris et Province, un an : 20 francs ; Etranger, i''i 



poiLe en 

CHANT ET PIANO RÉUNIS 



Afoie d^abunneinenl contenant le Texte complet, 52 morceaux de chant et de piano, loi 2 Recueils-Primes ou une Grande Primo. - Un an : 30 Irancs, Paris 

el Province; Étranger ; Poste en sus. 

i" fJcie. TE.ÏTE SEUL, sTns droit îiux primes, un an: 10 francs. 

On souscrit le 1" de chaque mois. — Les 32 numéros de chaque année forment collecti,in. 

Adresser franco un bon sur la poste à iH. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. 



X, HUE QEitcÈnE, 20, PARIS. — iiicre '.oriUeni; 



Diinaiiche 12 Janvier 1896. 



3381. — 62"^ ANNÉE — i\"> 2. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un on. Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texto, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Une chanson du seizième siècle, Julien Tieiisoi. — II. Semaine tliéâlrale : Le 
Tliéâtre-Lyrique, informations, impressions, opinions (10" article), Louis 
Gallet. — III. Molière etia trompette marine, E. de Bricqueville. — IV. Nou- 
velles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront, avecle numéro de ce jour : 

ÉGLANTINES 

nouveau lied de Robert Fischhof. — Suivra immédiatement : Le Dernier 
Reiidcz-vous, sonnet de Camille du Locle, musique de Ehnest Reyer. 

MUSIQUE DE PIANO 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
PIANO : Par le sentier fleuri, de Cesare Galeotti. — Suivra immédiatement : 
Brises du cœur, valse de Philippe Farbach. 



PRIMES POUR L'ANNEE 1896 

{ Voir à la 8° page du précédent numéro. ) 



UNE CHANSON DU SEIZIÈME SIÈCLE 

RESTÉE DANS LA TRADITION POPULAIRE 



Dans un précédent article, expliquant les différences caracté- 
ristiques entre les chansons populaires et semi-populaires, 
j'énonçais l'opinion que ces dernières, non sorties du peuple 
mais simplement adoptées par lui, avaient chance d'être 
oubliées bien plus toi, et qu'il était rare de voir ces chansons, 
même celles qui avaient eu la plus grande vogue en leur 
temps, traverser les siècles en se transmettant oralement, 
comme les premières. 

Mais il n'est pas de règles si rigides qui n'aient leurs 
exceptions; et précisément aujourd'hui je viens signaler une 
chanson semi-populaire qui a pu être retrouvée de notre 
temps, cette année même, dans les souvenirs des chanteurs 
populaires, mais qui, à l'origine, il y a au moins trois 
siècles et demi, avait existé sous une forme artistique 
éminemment distinguée, car, sous cette forme première, 
elle n'est autre qu'une composition polyphonique du plus 
grand mailre de la musique profane au XVP siècle : Rolmd 
de Lassus. 

Les Lecteurs modernes ont pu, tout récemment, refaire 
connaissance avec celte chanson, car elle ouvre le livre de 



Meslanges d'Orlamle de Lassus par lequel M. Henry Expert a 
inauguré sa belle collection des Maîtres musiciens de la 
Renaissance française. Encore ce livre, dont l'original parut en 
JS76, n'esl-il pas le premier dans lequel la chanson ait 
été imprimée, mais elle figurait déjà, vingt et un ans aupara- 
vant, dans une des premières publications musicales du 
maître montois, le Primo libro dovesi contengono Madrigali, Villa- 
nesche, Canson francesi, Molleti a qmUlro voci, imprimé à Anvers 
en 1853. 
Voici le texte de cette chanson : 

Las ! voûlez-vous qu'une personne chante, 
A qui le cœur no fait que souspirer ? 
Laissez chanter celui qui se contente. 
Et me laissez mon seul mal endurer. 

Là s'arrête le texte chanté sur la musique de Roland de 
Lassus. Mais nous savons par de nombreux exemples que 
les chansons en parties de ce temps-là n'étaient le plus sou- 
vent composées que sur les premiers couplels de leurs poésies, 
ce qui n'empêchait pas celles-ci d'avoir un développement 
beaucoup plus considérable. 

Or, en parcourant récemment un des meilleurs livres de 
chansons populaires recueillies de nos jours d'après la tradition 
orale (livre dont le seul tort est de ne donner presque jamais 
de musique et de se borner aux seules poésies des chansons), 
les Chants populaires recueillis dans le pays messin, par M. le comte 
de Puymaigre, j'ai été frappé au passage par la similitude du 
début avec celui do la chanson savante du seizième siècle. Et 
voici le texte complet de cette poésie, telle qu'elle fut. chantée, 
il y a quelques années seulement, à l'auteur du recueil par 
un paysan de Luttange, village de la Lorraine annexée : 

Pourquoi vouloir qu'une personne chante 
Lorsqu'ell' n'a pas le cœur en liberté? 
Laissez chanter ceux que l'amour contente. 
Et laissez-moi dans mon malheur pleurer. 

Pleurez, mes yeux, pleurez mon sort funeste, 
J'ai tout perdu en perdant mon Iris. 
Ne cess'rez-vous de dire, ma maîtresse. 
Ah ! rendez-moi ce que vous m'avez pris. 
Que faut-il donc, belle Iris, pour vous plaire? 
Faut-il mon sang? Il est prêt à couler. 
Mais si mon sang ne peut vous satisfaire. 
Faut-il ma mort? Vous n'avez qu'à parler. 

Après ma mort vous pleurerez, je l'jure ; 

Vous gémirez, il ne sera plus temps. 

Vous pleurere''. dessus ma sépulture 

En regrettant le plus funeste amant. 

Prenez mon cœur et n'en prenez point d'autre; 

Il est à vous, je n'y prétends plus rien. 

Mais si j'apprends que vous en aimez d'autres. 

Tout aussitôt je reprendrai le mien. 

L'i comparaison du premier couplet de cette poosie iivec 



10 



LE MÉNESTREL 



les quatre vers de la chanson de Roland de Lassus ne peut 
laisser aucun doute sur l'identité des deux textes : l'on ne 
peut même qu'admirer la sûreté de la mémoire populaire, 
quand on songe qu'elle a su garder fidèlement ces vers pen- 
dant si longtemps, — car les différences entre les deux stro- 
phes sont insignifiantes, procédant seulement de la nécessité 
instinctive éprouvée par les chanteurs de rajeunir par endroits 
les expressions d'une langue devenue archaïque; mais chaque 
vers a conservé son sens, sa forme et ses rimes, et le mouve- 
ment général de la strophe est, dans les deux cas, identique. 

L'on ne peut douter, de même, que la série des couplets 
suivants appartienne à la chanson ancienne, et qu'on ait 
chanté sur ces vers mêmes, au seizième siècle, les reprises 
successives de la musique de Lassus. 

Mais de toutes ces observations résulte évidemment cette 
conclusion imprévue: que ni l'écriture ni l'impression n'ont 
su nous conserver ce morceau, pourtant d'origine essentielle- 
ment littéraire et savante, et que seule la mémoire du peuple 
l'a apporté jusqu'à nous. 

Je regrettais vivement, au moment oii j'ai été amené à 
faire cette première confrontation, que le recueil moderne 
n'eût pas donné la mélodie sur laquelle la chanson est res- 
tée populaire en Lorraine : il n'eût pas été moins curieux de 
constater s'il y restait aussi quelques traits communs avec la 
musique contrepointée de Roland de Lassus. 

Par un heureux hasard, j'ai été amené moi-même à remplir 
cette lacune. Au cours de mon récent voyage dans les Alpes 
françaises, accompli sous les auspices du ministère de l'instruc- 
tion publique dans le but de recueillir les chansons popu- 
laires conservées dans cette région jusqu'alors inexplorée à 
ce point de vue, j'ai en effet retrouvé la chanson de la « belle 
Iris » : même la version qui m'en fut chantée dans le Brian- 
çonnais, outre que j'en pus noter l'air, était, au point de vue 
des paroles, plus développée que la version lorraine : elle 
avait en effet quatre couplets de plus. J'ai tout lieu de sup- 
poser, d'ailleurs, que les trois derniers appartiennent à une 
autre chanson, et sont venus artificieltement se souder à 
la suite de la précédente, cas fréquent dans la chanson 
populaire : la forme des vers et des couplets est la même ; 
mais le sentiment est tout autre, et le caractère de ces trois 
couplets est d'une inspiration bien plus franchement popu- 
laire : 

Dedans Paris, il y-a-t-il une fontaine, 
Toute entourée de lauriers alentour. 



Dans mon jardin, le rossignol y chante, etc. 

Le principal intérêt de la trouvaille — indépendamment du 
fait inattendu que la galante chanson de cour du XVP siècle 
s'est conservée dans la mémoire des habitants d'un pays si 
éloigné de tout centre de civilisation, — réside donc dans 
la notation de la mélodie. La voici : 



Assez leut. 




Quand eU' n'a pas son cœur en ti.ber. té? Laissez chiin. 




moi, et lais.sez moi dans mon malheur pieu . rer. 

Et maintenant, comparons avec la musique de Roland de 
assus. 
On sait quels étaient les procédés de composition les plus 



familiers aux musiciens du XV" et du XVI^ siècle. Les plus 
anciens avaient coutume d'emprunter à un répertoire spécial 
une mélodie préexistante et de la faire chanter plus ou moins 
textuellement par une voix qu'accompagnaient les contre- 
points des autres parties. L'usage original était de mettre ce 
« chant donné » au ténor; puis peu à peu la partie de Supe- 
rius tendit à l'emporter et prit le chant: pourtant, il resta tou- 
jours quelque chose au ténor de son ancienne prépondérance. 
Peu à peu, l'importance du chant antérieur diminua ; au 
temps de Lassus, bien que l'usage n'en eût pas absolument 
cessé, il arrivait souvent qu'aucun élément étranger ne s'in- 
troduisait dans la composition harmonique, dont l'invention 
appartenait dès lors entièrement au compositeur. 

En est-il ainsi pour la chanson qui nous iatéresse? Eq tout 
cas, dès la première inspection, il faut écarter l'hypothèse 
que la musique écrite par Roland de Lassus ait pu devenir 
populaire : elle est trop savante pour cela, et je tiens pour 
certain qu'aucun esprit inculte, comme est celui des chan- 
teurs populaires, n'en put jamais dégager aucune mélodie 
précise. Si donc nous parvenions à déterminer une aaalogie 
quelconque entre cette musique et la mélodie notée dans 
les Alpes, il faudrait en conclure que c'est Roland de Lassus 
qui a emprunté le thème de la chanson à la mélodie même 
sur laquelle se chantaient antérieurement les paroles. 

La composition est d'un style essentiellement polyphonique, 
et l'on ne peut guère, tout d'abord, reconnaître une partie 
pour être plus mélodique que les autres. En observant avec 
soin, cependant, on voit un chant se préciser peu à peu, cela 
tout justement dans la traditionnelle partie de ténor. Éla- 
guant les notes parasites, mélismes, répétitions, etc. et donnant 
à la notation, par l'emploi de valeurs plus brèves, uq aspect 
plus moderne, voici quelle mélodie j'ai pu extraire de cette 
partie : 




seul mal eu - du , tet, mon seul mal 



L'on ne saurait dire évidemment qu'il y ait identité entre 
les deux formes de mélodies. Et cependant, malgré les diffé- 
rences considérables, il existe entre elles de grandes analo- 
gies. La tonalité est la même; les cadences finales de chaque 
vers tombent presque toujours sur les mêmes notes ou sur 
des notes appelant harmoniquement le même accord (cela est 
très important, car si, dans la transmission des chants popu- 
laires, les altérations portent presque toujours sur les des- 
sins purement mélodiques, par contre le sentiment harmo- 
nique latent, virtuellement contenu en quelque sorte dans 
le chant, est toujours fidèlement respecté); même il est cer- 
tains mouvements mélodiques qui, sans être absolument 
semblables, présentent néanmoins de frappantes analogies: 
je citerai notamment le dernier vers: « Et laissez moi dans 
mon malheur pleurer », comme comportant de notables res- 
semblances, surtout au commencement et à la cadence finale. 

Au reste, il est plus que probable que les paysans des 
Hautes-Alpes ne chantent plus la chanson exactement comme 



LE MENESTREL 



dd 



on la disait à la cour d'Henri II : nul doute qu'ils y aient 
introduit des intonations qui correspondent mieux à la rus- 
ticité de leur nature; il se pourrait donc que leur mélodie 
dérivât elle-même d'un autre chant plus conforme à celui de 
Roland de Lassus. Et pour ce dernier il n'est pas douteux 
que, loin de reproduire exactement l'air antérieur, il en soit, 
en passant dans l'œuvre polyphonique, devenu en quelque 
sorte la variation. 

Quoi qu'il en soit, l'ancienneté de la chanson , paroles 
et musique, est bien établie, et cet exemple, fùt-il unique 
dans son genre, est suffisant pour démontrer combien est 
reculée l'origine des chansons exclusivement conservées par 
la mémoire populaire. Car si cette mémoire a pu garder si 
longtemps et fidèlement un chant tout artificiel, littéraire et 
nullement destiné à la transmission orale, combien ne doivent 
pas être plus anciens ceux qui, sortis du peuple, conçus 
pour lui et par lui, nous sont parvenus parfois en si mauvais 
état, incomplets, altérés, — en ruines, en quelque sorte, — 
conservant toutefois cette forte saveur qui reste toujours à 
ce que la nature a produit directement? 

Julien Tiersot. 



SEMAINE THÉÂTRALE 



LE THEATRE-LYRIQUE 

INFOBMATIONS — IMPBESSIONS — OPINIONS 



La clôture de l'exercice 1893 va donner très probablement, au 
conseil municipal, l'occasion toute neuve de reprendre l'étude 
de la création du Théâtre-Lyrique. On m'affirme que le rapport sur 
cette affaire émanera très prochainement de M. Deville. La grosse 
question financière y sera certainement traitée, et les membres de 
la grande assemblée municipale pourront prendre une résolution et 
en réaliser les effets, avec cette promptitude qu'ils savent mettre aux 
choses qu'ils ont vraiment à cœur; et celle-ci est du nombre, il n'en 
faut pas douter. 

Trop de sympathies l'entourent, trop d'encouragements d'en hant 
lui viennent, pour que nous n'ayons pas, cette année, ce Théâtre- 
Lyrique dont la nécessité s'impose, de plus en plus impérieuse, en 
présence du flot montant des œuvres nouvelles, de la diffusion de 
plus en plus grande du goût musical. 

Au théâtre, la musique est partout chez elle maintenant. Le drame 
l'a épousée; il n'est pas à la Comédie-Française, par exemple, 
d'œuvre un peu marquante qui se passe de sa compagnie. D'autre 
part, le nombre des concerts se mulliplie et on s'ingénie a y pré- 
senter, dans les meilleures conditions possibles, à l'état fragmen- 
taire, certains onvrages dramatiques inédits. 

Les concerts de l'Opéra, notamment, ont affirmé cette tendance 
louable à la vulgarisation des œuvres de la nouvelle génération de 
compositeurs qui, encore un peu, va devenir, comme celle des jeunes 
médecins, comparable à la postérité d'Abraham. Les uns fatalement 
vont manquer de malades et les autres de théâtres, dût-on inventer 
de nouveaux microbes ou fonder dix théâtres lyriques au lieu d'un. 

Si brillants et réussis que soient ces concerts de notre Académie 
nationale de musique, quelque considérable succès qu'ils aient ob- 
tenu, ils ont été, il faut bien le dire, en ce qui touche la musique 
dramatique, un excitant plutôt qu'une satisfaction. Ils ont fait voir 
plus clairement l'absolue nécessité de la création d'un troisième 
grand théâtre musical, car, mettant en lumière quelques jeunes 
symphonistes, ils ont, en quelque sorte, d'autre part amoindri les 
compositeurs de pure essence dramatique. 

Les œuvres conçues pour le concert seul y ont, en effet, éclaté de 
toutes leurs qualités réunies. Rien de ce que leurs auteurs y ont 
voulu mettre ne leur a fait défaut. Il n'en a pas été malheureusement 
de même des pages choisies dans les partitions destinées au théâtre. 
A l'audition de ces fragments, on a sans doute pu constater la valeur 
professionnelle des compositeurs, mais il y a manqué le principal 
agent du succès : la vie, le mouvement dramatique, l'action, en un 
mot, sans laquelle un opéra, un drame lyrique, ne peut se faire juger 
, en son inlégrité absolue. Il y a des Irons, des vides, ce qu'on appelle 



à la scène « des loups ». L'attention s'y fatigue, et l'œuvre y perd 
considérablement. 

Il est à croire que les jeunes essayistes, d'abord pleins d'ardeur 
pour ces expériences qui allaient les mettre face à face avec le 
public, y regarderont à deux fois maintenant avant de monnayer au 
concert un ouvrage dramatique, à moins que ce soit seulement pour 
en détacher une grande page instrumentale, comme cela fut fait pour 
l'ouverture du Roi d'Ys et pour celle de Sigurd. S'ils sont prudents 
et ménagers de leur avenir, ils se garderont comme du feu de risquer 
une scène comme celle de Fervaal ou celle du Duc de Ferrare ; ils ne 
peuvent sortir que diminués d'une telle épreuve. 

Mais un vaste champ reste aux organisateurs de ces beaux concerts, 
comme aux musiciens appelés à en défrayer les programmes. A côté 
de fragments d'ouvrages dramatiques classiques ou bien connus, et 
qui, eux, ne risquent rien à cette réédition, au contraire, puisqu'elle 
évoque parfois 1res heureusement le souvenir d'une exécution drama- 
tique intégrale et en prépare la reprise, comme cela s'est passé poui 
certains fragments du Roi de Lahore et plus récemment de Prose?'pine, 
on entendra, avec un intérêt de plus en plus vif, des œuvres poly- 
phoniques écrites sans préoccupation de la scène, etparoîi cependant 
des tempéraments dramatiques se peuvent révéler. 

Les concerts de l'Opéra concourront donc ainsi à l'argumentation en 
faveur du Théâtre- Lyrique, non par le débit imprudent des ouvra- 
ges inédils destinés au théâtre, mais par la mise en relief de person- 
nalités armées pour la conquête du théâtre. 

Maintenant, si tout nous dit et concourt à nous prouver que nous 
aurons, cette année, le Théâtre-Lyrique, rien ne nous dit de quelle 
façon nous l'aurons, sous quelle forme, et oh. 

On parle de combinaisons qui mettraient les trois grands théâtres 
de musique enlre les mêmes mains. Il faut réserver l'examen des 
avantages et des inconvénients de cette problématique Triplice pour 
le moment oîi elle se produirait. 

Il y a encore la conception que nous appellerons celle des étoiles 
doubles, dont l'une brillerait à la place Favart, et l'autre à la place 
du Châtelet, sous l'œil d'un unique dieu. 

Il y a le projet Morlet, plus modeste, qui par&it en passe d'aboutir. 
Il a au moins la valeur de l'indépendance, se présentant affranchi 
de toute servitude née de la poursuite d'une subvention. 

11 y a enfin d'autres idées ; des nébuleuses, qui vont se condenser 
certainement, dès que se sera ouverte une voie propre à leur évolution. 

Ce qu'il y a par-dessus tout, non de tangible encore, malbeureuse- 
m ent, c'est une bonne et ferme intention de bien faire, intention 
affirmée dans les sphères officielles, qu'on les explore dans la région 
de l'Hôtel de Ville ou dans celles du Corps législatif et delà direction 
des Beaux-Arts. 

« Bien insuffisante, dit notamment M. Maurice Faure, rapporteur 
de la Commission du budget pour les Beaux-Arts, bien insuffisante 
est une seule scène pour l'opéra-comique, où excellent particulière- 
ment nos auteurs, et très désirable serait la fondation d'un Théâtre- 
Lyrique. Il conviendrait de hâter, pour la faciliter, la construction 
du nouvel Opéra-Comique, en activant les travaux, dont la lenteur 
est vraiment déplorable. On donnerait ainsi au conseil municipal de 
Paris, qui a mis à l'étude la création d'un Opéra Populairejle 
moyen de réaliser ce projet dans la vaste et belle salle, devenue 
libre, de la place du Châtelet. » 

Pour .aujourd'hui nous resterons sur ces bonnes paroles, qui asso- 
cient très heureusemant la Ville et l'État dans une commune pen- 
sée très favorable à notre renaissance musicale. 

Louis Gallet. 



MOLIÈRE ET LA TROMPETTE MARINE 



Peu de personnes, même parmi les musiciens, savent au juste en 
quoi consiste une trompette marine. Mais, silôt le nom prononcé, tout 
le monde est prêt à citer le Bourgeois gentilhomme : 

LE MAITRE DE MUSIQUE 

!' Il nous faudra trois voix... qui seront accompagnées d'une basse de 
viole et d'un clavecin pour les basses continues. 

M. JOURDAIN 

Il y faudra mettre aussi une trompette marine. La trompette marine est 
un instrument qui me plaît et qui est harmonieux. 

g_ Il n'en a pas fallu davantage pour vouer l'instrument à un ridicule 
éternel. Ouvrez par exemple, le catalogue du Musée du Conserva- 



12 



LE MENESTREL 



toire, dressé par Gustave Chouqiiel. Vous y lirez ceci : « la trompette 
marine, dont Molière s'est spiritucUemeiil moqué ». H est probable 
que si l'illustre comique n'avait jamais trouvé de trait plus spirituel, 
sa gloire eût été un peu amoindrie. 

Kastner lui-même, le docte Kastner, si bien documenté d'ordinaire, 
tombe dans l'erreur commune : « C'était, — dit-il dans sa Parémio- 
logie mw^icale, — c'était l'instrument de M. de Pourceaugnac (le 
lapsus est un peu fort, mais passons), ce qui prouve que du temps 
de Molière, la trompette marine était déjà tournée en ridicule. » 

Or, est-il vrai que Molière se soit à ce point moqué de la trom- 
pette marine ? Assurément, si l'on se représente l'instrument comme 
une conque, un coquillage en spirale, tel qu'en emboucbent les 
dieux de plomb des bassins de Versailles, le choix de M. Jourdain 
parait au moins bizarre. 

Mais tout autre est l'appareil. Figurez-vous la caisse d'une harpe, 
surmontée d'un maache fluel, qui, lui-même, se termine en une 
tète on crosse, le tout mesurant de ■[",80 à 2 mètres et quelquefois 
plus de hauteur. 

A vrai dire, la construction de l'appareil sonore est généralement 
très simple. Le fond se compose de trois, cinq ou sept pans de bois 
d'érable, passé au même vernis que les violons ou les violoncelles; 
la table est de sapin ou de cèdre, quelquefois ornée d'une rosace 
découpée ; enfin, il n'est pas rare qu'une tête d'homme ou un masque 
de lion décore l'extrémité du cheviller. Il n'y a rien là. ou l'avouera, 
de plus grotesque, quant à l'aspect, que ce qu'on voit en une contre- 
basse, un basson, un serpent ou un trombone. 

Le long de la pyramide que nous avons décrite, une seule corde est 
tendue : elle porte, vers son extrémité inférieure, sur un chevalet en 
forme d'arc surbaissé, dont les deux pieds sont de hauteur inégale : 
l'un adhère à la table d'harmonie ; mais l'autre, plus court d'une 
ligne ou deux, tremblote sur une petite plaque d'ivoire, de corne ou 
de verre. 

L'exécutant, étendant l'instrument devant lui de manière que la 
crosse porte à peu près au-dessus du sein gauche, attaque la corde 
avec un archet do forte dimension, non pas à hauteur du chevalet, 
mais immédiatement au-dessous du sillet, et le pouce de la main gauche 
eflleure la corde aux endroits précis où. celle-ci peut donner ses 
harmoniques naturels. Il ne s'agit donc plus ici de monocorde 
proprement dit, simple appareil de physique à l'aide duquel les 
théoriciens du moyen âge étudiaient la hauteur mathématique des 
sons, mais d'un véritable instrument de musique. 

Donc, de ces trois artifices : 

i" Frottement de la corde vers son extrémité supérieure, 

2° Production systématique des aliquotes du son principal, 

3° Frémissement du chevalet sur une plaque de matière dure qui 
en renforce l'intensité, 

résulte une sonorité spéciale qui imite à s'y méprendre celle d'une 
trompette ordinaire. 

Nous en avons pour garant, outre notre propre expérience, le 
témoignage de tous les autours anciens qui ont traite de l'organo- 
graphie, en particulier de La Hire, le savant physicien qui consacre à 
l'étude de la trompette vingt pages grand in-4° des Mémoires de l'Aca- 
démie des Sciences (t. IX 1699) et, plus récemment, de l'Encyclopédie. 
Le rédacteur de l'article inséré dans ce recueil n'a point du tout l'air 
de trouver dans la phrase de Molière une « plaisanterie spirituelle ». 

Toutefois, la construction de l'appareil présentait d'assez grosses 
difficultés. Le point délicat, c'était de régler exactement le chevalet. 

Pour peu que le pied destiné à trembler touchât à la table, l'elfet 
ne se produisait pas et l'on ne percevait plus que le grincement de la 
corde. L'intervalle, au contraire, était-il trop grand, dans ce cas la 
série des chocs n'étant plus assez rapide pour constituer un sou 
musical, il ne résultait do l'ébranlement du chevalet qu'un bruit 
rauque, discontinu, épouvantable. 

La plupart des trom;^)ette3 marines qui sont arrivées jusqu'à nous 
ont perdu leur chevalet. Si cet accessoire indispensable n'a pas élé 
replacé selon toutes les règles, il est certain que le résultat obtenu 
justifie l'opinion do ceux qui voient, dans la phrase de Molière, une 
désignation au ridicule. 

Ce n'est pas tout. Le chevalet bien ajusic, il fallait encore déter- 
miner le point précis oîi il devait recevoir l'encoche pour la corde. El 
cette corde, il était nécessaire, en la choisissant, d'en bien calculer 
la force en vue des harmoniques qu'elle devait produire. Le Père 
Merscnne conseille « d'user de grosses corJos de raquettes qui sont 
faites de douze boyaux de mouton ». 

On devine que toutes ces opérations prélimioaiies exigeaient du 
temps, de la patience et surtout une main expérimentée. Il fallait 
alors fdire sonner l'instrument, ol ici, d'après tous les auteurs 



anciens, la difficulté était telle que l'on rencontrait peu de musiciens 
capables de la surmonter à l'entière satisfaction des auditeurs. 

Nous ne jugerions pas de la qualité d'un violon, fùt-il de Stradi- 
varius, en l'entendant racler par un ménétrier. Pouvons-nous avoir 
une idée juste de la valeur musicale d'un instrument qui nous arrive, 
après deux siècles d'abandon, tout désemparé, monté d'une corde 
de hasard, d'un chevalet grossier et joué en dehors des principes 
élémentaires? 

Il est certain que la trompette marine fut, en son temps, appréciée 
surtout dans les couvents de femmes oîi se donnaient fréquemment 
des auditions musicales. Il était plus facile aux nonnes de frotter 
une corde que d'emboucher un tube de cuivre. Nous ne connaissons, 
en fait de musique spécialement composée pour l'instrument, que 
trente-six petits morceaux insérés par un auteur a Uemand.J. M. GetHe, 
d'Augsbourg, dans un recueil intitulé : Musica genialis germanico 
lalino. 4674. 

Le compositeur italien Cavalli avait déjà introduit dans son opéra 
do Serse une entrée de matelots jouant de la trompette marine. L'ouvrage 
fut représenté devant la cour de Fiance, au Louvre, le 29 novem- 
bre 1660. 

Celte idée d'armer des matelots d'une trompette marine implique 
une pétition de principe. On n'a jamais su pourquoi la trompette 
monocorde s'était décorée de cette épithète, et aucune des explica- 
tions qu'on a voulu donner n'est admissible. Quelques-uns y ont vu 
une altération du mot mariana, la trompette en question étant 
employée surtout dans les couvents à accompagner les hymnes en 
l'honneur de la Vierge Marie. Nous donnons l'étymologie pour ce 
qu'elle vaut... et elle ne parait pas valoir grand'chose. En Allemagne, 
on l'appelle encore aujourd'hui Trummscheit, Nonnenbass, NonnentrompetI 
ou mieux Nonnengeige, « violon de religieuse », d'après son affectation 
la plus usuelle ; le terme primitif était Timpanischiza. Quoi qu'il en 
soit, l'art des constructions navales n'a rien à voir là-dedans. 

Saisit-on maintenant les raisons qui engageaient Molière à tourner 
on ridicule la trompette marine, plutôt que la basse de viole, le 
ihéorbe ou le clavecin ? 

Trouvait-il dans ce mot quoi que ce soit qui pût exciter le rire 
parmi un public familiarisé de longue date avec l'aspect et le son de 
l'instrument? Ce qui est comique, c'est la prétention du bourgeois 
gentilhomme de vouloir introduire dans sa musique de chambre, 
parmi les violons, les théorbes et les clavecins, cet instrument 
bruyant destiné à sonner en plein air ou à faire sa partie dans un 
orchestre complet. C'est comme si l'on engageait un trombone à 
venir concerter avec des violons et des mandolines. L'idée serait 
saugrenue, sans que le trombone perdît pour cela la considération 
qu'il mérite. 

Et encore, qui pourrait affirmer que, du temps de Molière, il ne se 
trouvait pas un virtuose capable de se faire applaudir sur la trompette 
marine, même dans un salon, comme ont su le faire, de nos jours, 
Vivier sur le cor et Bottesini sur la contrebasse? 

En somme, il n'y a pas d'instruments ridicules. 

Il n'y a que de sots musiciens. 

EUG. DE BftICQUEVILLE. 



:t^OUVELLES DIVERSES 



ÉTRANGER 



De notre correspondant de Belgique (0 janvier) : 

Une nouvelle, tout d'abord. A la suite du succès à'Evangéline, la direc- 
tion de la Monnaie a immédiatement reçu le drame lyrique, nouvellement 
terminé, de M. Xavier Leroux, William Ratctiff, dont les concerts Colonne 
ont exécuté naguère des fragments. L'ouvrage, tiré du poème de Henri 
Heine, est en trois actes et quatre tableaux ; il fera partie du programme 
de la prochaine saison théâtrale et aura pour principaue interprètes, 
choisis dès à présent, M. Seguin et M"" Georgette Leblanc, — si M"" Le- 
blanc, comme on l'espère, fait encore partie l'an prochain de la troupe de 
la Monnaie. 

Hier on a i épris le Roi d'Ys pour M'"" Landouzy, qui nous quitte mal- 
beureusement à la fin du mois. On saitque c'est elle qui créa à Bruxelles, 
il y a quelques années, le rôle de Rozenn dans le charmant et savoureux 
ouvrage de Lalo. Elle y a été, hier comme alors, pleine de gentillesse et 
de grâce, dessinant avec une finesse élégante les pittoresques mélodies 
bretonnes qui donnent tantde pittoresque et de couleur à cette belle par- 
tition. On a applaudi, à coté d'elle, M. Seguin, un superbe Karnac, et 
M"" Armand, pleine d'autorité et d'expression dans le rôle de Margared. 
Celui de Mylio convient peu à M. Gibert. L'orchestre a été remarquable, 
et l'exécution très brillante. 

En attendant le Tannhailser, — qui sera, avant Tlidïs, que Ton répète 



Lt; MÉNESTREL 



13 



régulièrement, la prochaine grande « première » attendue, — nous aurons, 
ce mois-ci encore, une reprise de la Fille du Régiment avec M'"» Landouzy, 
la reprise du ballet de M. Flon, Myosotis, et l'acte inédit de feu Rag- 
ghianti, Jean-Marie (orchestré par M. Paul Gilson), d'après le drame de 
M. André Theuriet. Enfin, j'apprends à l'instant que, le mois prochain, 
M"' Van Zandt viendra nous donner quelques représentations. Ce sera 
pour la Monnaie une attraction spéciale, la créatrice de Lakmc n'étant 
jamais venue à Bruxelles. 

Nous avons eu, en ces temps derniers, deux concerts particulièrement 
intéressants. Au Conservatoire, l'exécution de la grand'messe de Bach a 
été admirable, et l'impression en a été profonde. M. Gevaert avait préparé 
longuement, laborieusement, cette séance importante et en avait fait une 
solennité. Le chef-d'œuvre du vieux maître a été rendu dans tout son 
caractère, l'ampleur de son style et la grandeur de ses belles lignes, 
sobres et imposantes. Le Conservatoire de Bruxelles, outillé comme il est, 
et dans les conditions où se donnent ses concerts, est véritablement seul 
capable aujourd'hui de pareils tours de force, — seul capable surtout d'y 
apporter une pareille perfection, rappelant les belles solennités d'autre- 
fois, aux festivals rhénans. Et c'est d'ailleurs la gloire, — et c'est, pour- 
rait-on dire aussi, la récompense, — du grand artiste qui lo dirige, et qui 
y met à la fois tant de science et tant d'ardeur. 

Au Cirque royal, enfin, ont été inaugurés, dimanche, les concerts de la 
Société symphonique de M. Eugène Ysaye. L'orchestre, composé de musi- 
ciens pris en m-ijeure partie en dehors de l'orche.atre de la Monnaie, a 
exécuté d'une façon très vivante et très correcte en même temps, et un 
peu dans les traditions nouvelles allemandes, plus simples que les tradi- 
tions ordinaires, la symphonie en ut mineur de Beethoven, un pittoresque 
poème de M. Henri Du-parc, Lénore, la Marche joyeuse de Ghabrier et des 
fragments symphoniques de notre compatriote M. Gustave Huberti. Dans 
tout cela, M. Eugène Ysaye a fait preuve d'autant d'intelligence comme 
chef d'orchestre qu'il montre habituellembnt de talent comme violoniste. 
On a fait également un très grand succès à -M"* Kleeberg, la pianiste 
soliste de ce premier concert. Avec l'élégance, le brio et le syle qui ont 
fait d'elle depuis longtemps une des reines du clavier. M"' Kleeberg a 
joué le concerto en ta mineur de Schumann, des morceaux de Schubert 
et de Saint-Saëns et un délicieux fragment des Poèmes sylvestres de 
Théodore Dubois, qui lui ont valu des rappels aussi nombreux qu'enthou- 
siastes. 

Les théâtres de province ont fait, jusqu'à présent, assez peu de bruit. 
Mais voici le Grand-Théâtre de Gand qui sonne le réveil en représen- 
tant, pour la première fois en Belgique, le grand opéra de M. Henri Maré- 
chal, Calendal, qui parut à Rouen l'année dernière. L'œuvre, gracieuse, 
charmante, par moments très dramatique, — et que je n'ai plus à analyser 
ici, où elle le fut excellemment, — de l'aimable compositeur français, a 
obtenu jeudi, à Gand, un réel succès. L'accueil fait aux deux premiers 
actes avait été assez froid; on avait goûté toutefois le madrigal, l'air des 
joueurs et le finale du premier acte, ainsi que le duo du deuxième. Mais 
le troisième, avec le grand air de Calendal, celui de Severan, la scène 
d'orgie, le ballet, et surtout le quatrième, dont le ravissant duo a été 
acclamé, ont échauiïé le public et achevé la soirée victorieusement. L'in- 
terprétation est très satisfaisante. M"= Levering et la ténor, M. Gauthier, 
se sont spécialement distingués. Et le compositeur qui assistait à la pre- 
mière de son œuvre en Belgique et en avait surveillé les dernières répé- 
titions, s'est vu décerner par le public les honneurs du triomphe. L. S. 

— La famille royale anglaise va donner des concerts dont le produit est 
destiné à acheter de nouveaux instruments à vent pour les nombreuses 
bandes de musiciens allemands (Germon bandsj qui infestent Londres et les 
autres villes du Royaume-Uni, comme le sait quiconque a jamais mis le 
pied en Angleterre. Le prince de Galles a suivi l'exemple de son neveu, 
le compositeur de l'Hymne à Aegir, et a composé une cantate pour soli, 
chœur et orchestre qui sera exécutée dans un de ces concerts. Son fils, le 
duc d'York, donnera un récital de piano, et sa femme, la duchesse May 
d'York, se fera entendre sur le banjo, instrument des nègres américains 
qui est devenu très populaire dans les salons du grand monde anglais. La 
princesse Christian chantera enfin un solo de soprano dans le Messie de 
Hœndel, qu'une société chorale va produire à Slough. Ces princes et prin- 
cesses ne sont pas les seuls membres de la famille royale d'Angleterre qui 
pourraient débuter ainsi dans les concerts, sans parler de la re'ine Victoria 
elle-même, qui est une excellente pianiste. Son professeur Félix Mendels- 
sohn en était fort content, il y a soixante ans, 

— Le tabac, au théâtre... a Londres. Sir Augustus Harris, directeur de 
Covent-Garden, dans une interview récente, s'est prononcé carrément 
pour le droit de fumer au théâtre. « Ce n'est que le jour où l'on pourra 
fumer, manger et boire dans nos théâtres, a-t-il dit, que nous souffrirons 
moins de la concurrence des cafés-concerts et des théâtres de variétés. Je 
voudrais que le prince de Galles, qui s'est fait récemment servir un sou- 
per dans sa loge, trouvât beaucoup d'imitateurs. Combien de gens ne vont 
pas au théâtre, une fois leur besogne finie, que parce qu'il n'y trouvent 
rien à manger. C'est parmi ces gens-là que se recrutent la plus grande 
partie des habitués des cafés-concerts. .Je comprends qu'il ce soit pas 
permis de fumer partout: le parterre et l'orchestre pourraient être réser- 
vés aux non-fumeurs, mais je ne vois aucun inconvénient à ce qu'on 
fume dans les galeries et dans les loges. » Ce sera du propre! Musique, 
art, rosbeef et tabagie mélangés ! Conception bien anglaise. 



— La production musicale en Italie prend des proportions quasi fabu- 
leuses, et nos confrères d'outre-monts n'enregistrent pas moins de 78 ou- 
vrages dramatiques au compte de l'année 1895. Il est vrai que, d'une 
part, l'opérette sévit chez nos voisins avec une fureur que nous avons 
nous-mêmes à peine connue, et que sur c'est total de 78, on en compte envi- 
ron une cinquantaine, et que, d'autre part, les journaux enregistrent 
tout : les petits ouvrages représentés par des amateurs, ceux exécutés dans 
les Conservatoires et dus aux élèves de ces établissements, etc. En fait, 
la production sérieuse ne dépasse guère Je chifîre d'une vingtaine d'ou- 
vrages. Voici d'ailleurs la liste complète des œuvres nouvellement repré- 
sentées en 189S, telle que nous la résumons d'après nos confrères italiens: 
1. El Sogn de Milan, opérette en un acte, en dialecte milanais, de M. Buzzi- 
Pescia, Milan, th. Garcano. — 2. Santuzza, opéra en un acte, de M. Oreste 
Bimboni, Palerme, Politeama Garibaldi. — 3. L'Agenzia del Commendalore, 
scherzo-comique en un acte, de M. Castellani, Mantoue, th. Andreani. — 
4. La Topaledda, vaudeville-opérette, de M. Giuseppe Ferri, Campoligure. 
— S. L'Ispezione scolaslica, opérette en 2 actes, de M. Giuseppe Berrini, 
Varese. — 6. Il Sindaco innamorato, id., de M. Icilio Monti, Fiesole. — 
7. Le Baruffe Chiozzotte, opéra-boufl'e en 2 actes, en dialecte vénitien, de 
M. E. Benvenuti, Florence, th. Pagliano. — 8. A mesura, vaudeville-opé- 
rette en un acte, en dialecte napolitain, de M. Giuseppe Tinto, Naples, 
th. Parthénope. — 9. Il Maggiore Crénom, opérette en deux actes, de 
M. Bracco, Gènes, th. ApoUo. — 10. La Banda rossa, « bizarrerie comi- 
que », de M. V. Cunzo, Naples, th. Rossini. — II. Una Nolla nel deserlo, 
opéra sérieux en 2 actes, de M. Nicola Urien, Milan, Alhambra. — 12. Ei-a, 
« bizarrerie comique » en 3 actes, de divers compositeurs (?), Naples, 
th. de la Fenice. — 13. I Roumakal, opéra sérieux en 3 actes, de Fede- 
rico Rossi (posthume), Vercelli, th. Civique. — 14. Fragolina e Peripicchio, 
" fable-ballet », paroles et musique de M. Camenis, Colle Val d'Eisa. — 
lo. Il Suggerilore, vaudeville-opérette en un acte, paroles et musique de 
M. Copcevich, Padoue, th. Verdi. — 16. Vendetta Sarda, opéra sérieux en 

2 actes, de M. Cellini, Naples, th. Mercadante. — 17. Il Sindaco del villagio, 
opérette de M. Virgili, Pontedera. — 18. Rébus, revue en 4 tableaux, de 
M. Giovanni Bossa, Rome, th. Quirino. — 19. Sopra i tetli, opérette en 

3 actes, de M. Oscar Floridio, Padoue, th. Garibaldi. —20. Guglielmo Ral- 
clif, opéra sérieux en 4 actes, de M. Mascagni, Milan, Scala. — 21. Il 
Maestro di cavallara, scherzo comique en un acte, de M. Alessandro 
Peroni, Pérouse. — 22. Luna di miele, opérette en 3 actes, de M. Paolo 
Lanzini, Venise, th. Malibran. — 23. La Fata azzurra, fable-opérette, de 
M. Pizzetli, Reggio d'Emilie. — 24. Don Cardillo, opérette en 2 actes, 
de M. Tantaripe, Note, th. Victor-Emmanuel. — 25 Tui-Ko, id. en 
3 actes, de M. Manganelli, Todi, th. Communal. — 26. La vera Gran Via, 
« zarzuela génoise » en 2 actes, de M. Zambelli, Gênes, Politeama 
Margherita. — 27. Rita, « idylle » en 3 actes, de M. Dondi DalfOrologio, 
(paroles et musique), Padoue. — 28. Nonna, opérette, de M. D'Echens, 
Volterra. — 29. Rvgantino, id. en un acte, de M. De Gregorio, Venise, 
th. Rossini. — 30 Tarass Bulba, opéra sérieux en 4 actes, de M. .Arturo 
Berutti, Turin, tb. Regio. — 31 Silvano, id. en 2 actes, de M. Mascagni, 
Milan, Scala. — 32. Nozze Istriane, id. en 3 actes, de M. Antonio Smare- 
glia, Trieste, th. communal. — 33. / Due Sordi, vaudeville-opérette en 
un acte, de M. Emilie Muratori, Modène. — 34. Vede Napoli e po..., revue 
en 3 actes, en dialecte napolitain, de M. Giuseppe Tinto, Naples, th. 
Parthénope. — 35. Il Fiorentino in mare, opérette, de M. Gilardetti, Empoli. 

— 36. Mitsica ed amore, id. en 3 actes, de M. F. Martini, Prato. — 37. / Cava- 
lieri délia leva, id.,de M. Enrico La Rosa, Gênes, Jardin d'Italie. — 38. Ruis 
Hora, opéra sérieux en 2 actes, de M, Ettore Ricci, Pise, tb, Nuovo. — 
39. Al Campo, id. en un acte, paroles et musique de M. R.Romanini, Brescia, 
th. Guillaume. — 40. La Sagra di Valaperta, id., de M. Filippo Brunetto, 
Milan, th. Lyrique. — 41. Ettore Fieramosca, id. en i actes, de M. 0. Cer- 
quetelli. Terni, th. Communal. — 42. Fortunio, id. en 3 actes, de M. Nicolo 
van Westerhout, Milan, th. Lyrique. — 43. Eros, id. en 4 actes, de Nicolo 
Massa (posthume), Florence, th. Pagliano. — 44. Emma Liona, id. en 
3 actes, paroles et musique de M. Antonio Lozzi, Venise, th. de la F'enice. 

— 43. Musica e Pazzia, opérette en un acte, paroles et musique de M. Giu- 
seppe Ferri, Campoligure. — 46. Gran Piazza, id., id. du même, id. 

— 47. Mariedda, opéra sérieux en 2 actes, de M. Giovanni Bucceri, 
Catane, Ib, National. -- 48. Reciproci Inganni, opérette, de M. Luigi Dali' 
Argine, Milan, th. Fossati. — 49. El sogn del Tecoppa, vaudeville opérette 
en un acte, en dialecte milanais, de M. Giuseppe Vigoni, Milan, th. Pez- 
zana. — 50. Don Alonzo, opérette en 3 actes, de M. Prosperi, Civitavecchia. 

— 51. Atala, scène lyrique, de M. Arturo Luzzati, Milan, Conservatoire. 

— 52. La Vedovella, opérette en un acte, paroles et musique de M. Giuseppe 
Ferri, Campoligure. — 53. Ermengarda, scène dramatique, de M. Renato 
Brogi, Milan, Conservatoire. — 54.Per l'erede, opérette, de M. Diego Vitrioli, 
Reggio de Calabre. — oo. L'Aspitlato Candidalo di Terranova, id. en un acte, 
paroles et musique de M. Giovanni Zobel, Vérone, th. Manzoni. — .50. La 
Serca del prête, id., de M. Americo Giucci, Navacchio. — 57. Manda, opéra 
sérieux en un acte, paroles et musique de M. Mario Grablovitz, Ronchi. 

— 58. Don Asdrubale, opérette, de M. Guido Savori, Palazzuolo. — 59. Maria 
Sanz, opéra sérieux en 2 actes, paroles et musique de M. Giovanni Rossi, 
Bergame, th. Riccardi. — CO. La Breccia di Porta Pia, scènes, de M. Albino 
Agrara, Padoue, th. Garibaldi. — 61. Paron Giovanni, opéra sérieux en un 
acte, de M. A. Castracanc, Osimo. — G2. Un Sogno, opérette en un acte, 
de M. Nino Alberti, Cagliari. — 63. Los lijalcineros, id. en 3 actes, de 
M. Achille Adorni, Milan, th. Pezzana. — Ci. // Ventaglio magico, opérette. 



u 



LE MENESTREL 



de M. Gioacchimo Morra, Messine, th. Goldoni. — 65. — Evaldo, scène 
pour baryton et chœurs, de M. Alfredo Terri, Pise, th. Ernesto Rossi. — 
66. Claudia, opéra sérieux en 2 actes, de M. Gellio Goronaro, Milan, th. 
Lyrique. — 67. La Furia domata, comédie lyrique en 3 actes, de M. Spire 
Samara, Milan, th. Lyrique. — 68. — Tarcisio, esquisse musicale en un acte, 
paroles et musique de M. Alfredo Soffredini, Milan, th. Garcano. — 69. La 
Trecciaiuola di Firenze, opérette en 3 actes, de M"' Gisella Dalle Grazie, 
Trieste, th. Philodramatique. — 70. Dm Tiburzio, opérette, paroles et 
musique de M. Bernardo Trigona, Catane, th. du Prince de Naples. — 
71. Consiielo, opéra sérieux en 3 actes, paroles et musique de M. Giacomo 
Orefîce, Bologne, th. Communal. — 72. Nozze /..., opéra sérieux en 2 actes, 
de M. Enrico Loschi, Bologne, th. du Corso. — 73. Un Giorno di nozze, opé- 
rette, de M. Giuseppe Righetti, Melilli. — 74. Levais l'ancora, id. en un acte, 
de M.Faggi, Colonnata. — 'o.Ninon de Lenclos, comédie lyrique en 3 actes, de 
M. Gaetano Cipollini, Milan, th. Lyrique. — 76. Frine, opérette en 3 actes, 
de M. Gustave Tofano, Palerme, Politeama. — 77. Eva, id., de M. Giovanni 
Mascetti, Rome. th. Quirino. — 78. La Caccia allô stivale, « bizarrerie 
comique », de M. Giovanni Bossa, Naples, Politeama. 

— Voici qu'on parle, à Rome, d'une solennité musicale assez prochaine 
et d'un genre particulier. Il s'agirait d'un festival de musique moderne 
anglaise, organisé dans des proportions grandioses et pour lequel les 
compositeurs eux-mêmes viendraient diriger leurs œuvres. Déjà, pour 
prendre les premières dispositions, on a eu à Rome la visite d'un des 
professeurs du Collège royal de musique de Londres, M. Visetti, dont le 
nom sonne d'ailleurs d'une façon tout italienne. On attache à ce projet 
une grande importance internationale. Il est vrai que l'Angleterre a à 
s'occuper en ce moment d'une musique d'un caractère plus grave, et que 
sa partie dans le concert européen ne parait pas absolument un allegro 
brillante. 

— Parmi les cités italiennes qui font les plus grands sacrifices pour 
l'art, la ville de Turin est assurément à signaler en première ligne. Le 
municipe de l'ancienne capitale du Piémont dépense en effet, annuelle- 
ment, 42.000 francs pour son Lycée musical, 42.000 francs pour l'orchestre 
du Théàtre-Royal, 43.000 francs pour la subvention attribuée à ce théâtre, 
et enfin 47.000 francs pour la bande musicale civique. 

— La basilique de Saint-Marc, à Venise, est l'une des églises d'Italie 
où l'on couseive le plus le sentiment du grand art religieux, et où les 
exécutions musicales se distinguent par leur rare valeur. La veille de 
Noël, le maître de chapelle de cette église, don Lorenzo Perosi, y a fait 
entendre, à la fonction pontificale, une Missa Marciana de sa composition, 
pour quatre voix et orgue, à l'exécution de laquelle prenaient part 
70 chanteurs; après l'Offertoire, on a entendu aussi une « chanson latine 
antique », dite par cent voix partagées en deux chœurs. Dans l'église de 
Santa Maria Gloriosa dei Frari a eu lieu aussi une excellente exécution de 
diverses compositions religieuses de MM. Perosi, Ravanello et Tomadini, 
exécution confiée aux élèves de la nouvelle école de Sainte-Cécile, fondée 
depuis peu de mois, et auxquels s'étaient joints les chanteurs de la Sclwla 
Cantorum de Saint-Marc. 

— On nous écrit de Budapest que les éditeurs de musique Roszavôlgyi 
et G'= ont entrepris d'organiser des concerts gratuits dans lesquels ils feront 
connaître les œuvres des jeunes compositeurs hongrois. Le programme du 
premier concert ne comprenait pas moins de trente morceaux; il n'avait 
cependant pas effrayé le public, qui remplissait la grande salle de la 
redoute jusqu'au dernier strapontin et est resté jusqu'à la dernière note. Un 
prélude de Mihalovich pour un nouveau drame musical, une sonate pour 
violoncelle de Bator et plusieurs mélodies de Jambor, Engel, Moor, Zimay, 
Kun, Lanyi et Tarnay, ont été fortement applaudis. Cette tentative intelli- 
gente de la maison Roszavôlgyi, qui est actuellement dirigée par M. Dunkel, 
a procuré à plusieurs jeunes compositeurs l'avantage d'être rapidement 
connus du public. Parmi les exécutants se trouvaient quelques artistes de 
l'Opéra royal de Budapest, entre autres la célèbre, basse chantante M.Ney, 
et les excellentes cantatrices Mac-Abranyi et M""^ Komaromi, ce qui n'a 
pas peu contribué au succès de la soirée. 

— De Budapest: Il y a quelques jours, une scène conjugale s'est pro- 
duite dans les couloirs du théâtre lyrique de Budapest, entre une actrice 
et son mari, un membre de la société hongroise. Cette scène intempes- 
tive avait retardé d'une demi- heure le lever du rideau, au grand mécon- 
tentement du public. A la suite de cet incident, le baron Nopcsa, inten- 
dant des théâtres de la Cour, vient d'adresser la circulaire suivante aux 
maris des pensionnaires de l'Opéra : 

Monsieur, 
Par suite des récents incidents, que vous devez d'ailleurs connaître, je me 
vois contraint d'adopter les mesures suivantes : 

Les maris des chanteuses de l'Opéra de Budapest ne pourront désormais 
accompagner leurs femmes jusqu'à leur loge qu'avant le commencement du 
spectacle et ne pourront venir les reprendre qu'après la fm de la représentation. 
Au cours du spectacle et pendant les entr'actes, les maris ne seront pas 
davantage admis à séjourner dans la loge de leurs femmes, ni même autorisés 
à stationner dans les couloirs donnant accès à la scène. 

-Dans l'espoir que vous voudrez bien avoir la bonté de tenir strictement compte 
de ce règlement, j'ai l'honneur d'être votre dévoué. 

Baron Nopcsa. 
Commissaire du gouvernement 
Inspecteur des théâtres nationaux. 



Le même règlement existe déjà depuis longtemps dans les autres théâtres 
nationaux de Budapest, mais la consigne y est encore plus sévère, car on 
interdit aux acteurs mêmes de stationner sur la scène quand on y joue des 
pièces ou qu'on y donne des répétitions où ils ne figurent pas. 

— Le Garltheater de Vienne va jouer une nouvelle opérette, Satatiiel, 
dont la musique est due à M. Adolphe Perron, chef d'orchestre à ce théâtre, 

— De la pudeur au théâtre ou de la jalousie des époux d'actrices. 
M'^" Marie Ottmann, qui vient de débuter dans Waldmeisler, la dernière 
opérette de Strauss, a déclaré à la directrice du Théâtre an der Wien, 
M""' Schoenerer, que, pour des raisons de moralité, il lui est impossible 
de continuer à jouer le rôle qu'elle remplissait jusqu'à présent. Le mari 
de M™' Ottmann ne veut pas que sa femme joue ce rôle, « parce qu'on l'y 
force à montrer ses mollets au public. » 

— On lit dans l'Éventail, de Bruxelles : c Tandis que la Monnaie donne 
asile aux productions des compositeurs français, le drame lyrique de Franz 
Servais, l'Appollonide, va enfin être exécuté au Théâtre Grand-Ducal de 
Galsruhe, sous la direction de M. Félis Mottl. Bizarrerie du sort des livrets 
d'opéras : les vers de Leconte de Lisle, sur lesquels l'auteur a composé sa 
musique, et sur l'amplitude et la sonorité desquels il comptait assurément 
pour le succès de son œuvre, devront être traduits en allemand pour cette 
première exécution. Le traducteur parviendra-t-il à donner une traduction 
suffisante des vers parnassiens? Nous le désirons, tout en en doutant 
quelque peu ». 

— Le théâtre royal d'Oporto, en Portugal, a joué pour la première fois, 
la semaine dernière, Lakmé, et l'œuvre charmante de Léo Delibes a de suite 
conquis tous les suffrages. Le succès a été des plus grands et une grande 
part en revient àM""!Huguet Arnold, qui a été une exquise Lakmé. Il faut 
aussi mentionner tout particulièrement M. Francesco Nicoletti, un superbe 
Nilakhanta, et louer la mise eu scène et l'interprétation musicale. 

— De Madrid : Les événements de Cuba font déserter les théâtres aux 
Madrilènes. Aussi, l'imprésario du Théàtre-Royal vient-il de faire faillite 
et l'Opéra a-t-il dû fermer ses portes. On cherche un nouveau directeur et 
un concours est ouvert à cet effet, par le ministère du Tomento (instruc- 
tion publique), dont dépend le théâtre. 

PARIS ET DÉPARTEIÏIENTS 
Bilan des pièces jouées à l'Opéra, du i" janvier au 3i décembre 1895: 

COJlPOSITEDnS FRANÇAIS 

Faust 32 exécutions. 

Montagne noire ... 12 — 

Roméo et Juliette . . 16 — 

Salammbô 3 — 



15 - 



4 — 



COMPOSITEURS ETRANGERS 

12 exécutions. 




87 exécutions. 



Résumé: 

Wagner 54 exécutions. 

Verdi 33 — 

87 



Thais 

Samson et Dalila 
Frèdégonde .... 

Total 101 exécutions. 

Résumé : 

Gounod ^8 exécutions. 

Reyer 18 — 

Holmes 12 — 

Saint-Saëns .... 11 — 

Massenet 8 — 

Guiraud ^ — 

101 

Auteurs français: 8 pièces, 101 exécutions. 
Auteurs étrangers 6—87 — 

Non compris dans ce tableau les ballets, qui n'ont été que des complé- 
ments de spectacles pour Samsm et Dalila, Thais et Rigoletio. Donc, 101 soi- 
rées françaises contre 87 soirées étrangères. Subvention des contribuables 
français:' 900.000 francs. Subvention des contribuables étrangers: 0. A 
chacun de tirer de là les déductions qui lui conviendront. Pour nous, 
nous nous bornerons à demander encore et toujours la création immédiate 
d'un bon théâtre lyrique, fermement soutenu par l'Etat, avec une subven- 
tion importante qu' on pourrait prendre au besoin sur celle de l'Opéra, 
puisque notre Académie nationale de musique a trouvé d'autres ressources 
dans l'importation chez nous des œuvres étrangères, ce dont nous som- 
mes loin de la blâmer, du moment qu'elle y trouve son compte. Mais 
alors portons ailleurs les finances françaises pour le soutien d'œuvres 
françaises. Ceci serait assez logique et contenterait tout le monde. 

— Voici, pour Paris, le bilan des nouveautés musicales en ce qui con- 
cerne les théâtres durant l'année 189.'3 : 

Opéra. —La Montagne noire, 4 actes, paroles et musique de M"= Augusta 
Holmes (8 février). — Tannhiimer, de Richard 'Wagner (reprise, le 13 mai). 
— Frèdégonde, S actes, paroles de M. Louis Gallet, musique d'Ernest Gui- 
raud et M. Camille Saint Saëns (18 décembre). 

Opéra-Comique. Ninon de Lenclos, opéra-comique en 4 actes et 5 tableaux, 
paroles de MM. André Lénéka et Arthur Bernède, musique de M. Edmond 
Missa (19 Février). — La Vifandi&e, opéra-comique en 3 actes, paroles de 
M. Henri Gain, musique de Benjamin Godard (l"^' avril). — Pris au piège, 
opéra-comique en un acte, paroles de M. Michel Carré, musique de M. André 
Gedalge (7 juin). — Guernica, drame lyrique en 3 actes, paroles de MM. P. 



LE MENESTREL 



15 



Gailhard et P. B. Gheusi, musique de M. Paul Vidal (7 juin). — La Navar- 
raise, épisode lyrique en "2 actes, paroles de MM. Jules Glaretie et He nri 
Gain, musique de M. J. Massenet (octobre). — Xavière, opéra-comique en 
3 actes, paroles de M. Louis Gallet, musique de M. Théodore Dubois 
(26 novembre). — La Jacquerie, opéra en 4 actes, paroles de M. Edouard 
Blau ot M'"<! Simone Ariiaud, musique d'Edouard Lalo] et M. Arthur 
Coquard (23 décembre). 

Variétés. — Le Carnet du Diable, pièce fantastique en 3 actes et S tableaux , 
de MM. Erne.st Blum et Paul Ferrier, musique de M. Gaston Serpette 
(Octobre). 

Bouffes-Parisiens, ia DiKhesse de Fen are, vaasiqae de M. Edmond Audran 
(janvier). — La Saint-Yalenlin, 3 actes et 4 tableaux, paroles de MM. Mau- 
rice Ordonneau et Fernand Beissier, musique de M. Frédéric Toulmouche 
(mars). — La Doi de Brigitte, 3 actes, paroles de MM. PaulFerrier et Antony 
Mars, musique de MM. Serpette et Victor Roger (mai). — La Belle Épicière, 
3 actes, paroles de MM. Paul Decourcelle et Henri Kéroul, musique de 
M. Louis Varney (novembre). 

Folies-Dramatiques. — Nicol-Nick, i actes, paroles de MM. Hippolyte 
Raymond et Antony Mars, musique de M. Victor Roger (janvier). — La 
Perle du Cantal, 3 actes, paroles de M. Ordonneau, musique de M. Fré- 
déric Toulmouche (mars). — Le Roi Frelon, 3 actes, musique de M. Antoine 
Banès (avril). — Le Baron Tzigane, 3 actes et 4 tableaux, paroles de M. Ar- 
mand Lafrique, musique de M. Johann Strauss (décembre). 

Ghatelet. — Don Quichotte, pièce fantastique en 3 actes et 20 tableaux, 
de M. Victorien Sardou, musique de M. Albert Renaud (février). 

Théâtre Glunï. — Les Petites Brebis, opérette en 2 actes, paroles de 
M. Boucheron, musique de M. Louis Varney (juin). 

Nouveau-Théâtre. — Le Dragon verl, fantaisie en 3 actes et S tableaux , 
paroles de M. Michel Carré, musique de M. André Wormser (février). 

Théâtre-Lyrique de la Galerie Vivienne. — La Mare au diable, opéra en 
3 actes, paroles de M. André Lénéka, musique de.M. N. T. Ravera (avril) . 

Thévtre-Mondain. — La Redingote grise, opéra-comique en un acte, pa- 
roles de MM. Lénéka et Bernède, musique de M. F. Le Rey. — L'Ermite, 
épisode lyrique en un acte, paroles de M. Durocher, musique de M. Le 
Tourneux. — Le Capitaine Roland, opéra-comique en 2 actes, paroles de 
M. Armand Lafrique, musique de M. Louis Gregh(mars). 

— Les décorations données à l'occasion du centenaire de l'Institut 
n'avaient pas encore décroché leur dernier ruban. Voici à présent la 
fournée des membres étrangers, des « correspondants » comme on dit, qui 
paraît au Journal officiel. Détachons de la liste deux musiciens seulement, mais 
qui sont de marque. Il y a d'abord le compositeur délicat de la Norvège, 
Edouard Grieg, qui est fait chevalier de la Légion d'honneur, ensuite le 
général César Gui, élevé au grade de commandeur. C'est •un artiste d'inspi- 
ration très élevée que le général. On ne le connaît guère parmi nous que 
par sa partition du Flibustier, une œuvre peu ordinaire et non coulée dans 
le moule banal, ce qui explique peut-être sa non-réussite. Mais de ces 
oeuvres-là, on en a vu revenir. 

— Parmi les nominations d'officiers de l'Instruction publique et d'Aca- 
démie parues dans les numéros des 7 et 8 janvier du Journal officiel, voici 
celles qui ontplus particulièrement trait à la musique et au théâtre : 

Sont nommés officiers de l'Instruction publique : MM. André Antoine, 
artiste dramatique, ancien directeur du Théâtre-Libre ; E. Baillât, auteur 
dramatique à Paris; J.-V. Bertain, professeur de musique à Paris; Colin, 
chef de musique des Canonniers sédentaires de Lille; E. Deplaix, éditeur 
de musique à Paris ; L.-P. d'Herdt, professeur de chant dans les écoles 
communales de Viucennes; M^s Ducasse, M. A. Duchesne, professeurs de 
chant à Paris; MM. G. Fragerolles, compositeur de musique à Paris; 
Lucien Fugère, artiste lyrique à l'Opéra-Gomique ; Pierre Gailhard, directeur 
de l'Opéra ; Laurent Grillet, compositeur de musique, rédacteur du Ménestrel, 
à Paris; P. Hugounet, auteur dramatique, secrétaire du Cercle Funam- 
bulesque; J.-N. Karren, compositeur de musique à Paris; Albert Lambert 
père, artiste dramatique de l'Odéon; Ch. Le Brun, secrétaire du comité de 
l'Association des artistes musiciens, à Paris; M""* Le Grix, directrice de 
cours de musique à Paris; MM. Lénéka, auteur dramatique à Paris ; Ch. Mal- 
herbe, compositeur de musique, rédacteur du Ménestrel, à Paris; Edmond 
Missa, compositeur de musique à Paris; M"» Marie MoU, professeur de 
musique à Paris; MM. Mouliérat, artiste lyrique à l'Opéra-Comique; A. Ray- 
naud, chef d'orchestre au théâtre du Gapitole à Toulouse ; P. Renard, dit 
Lemaitre, professeur de musique à Paris ; J. Ritz, compositeur de musique 
à Annecy ;J. Sermet, inspecteur des théâtres; R. Torchet, compositeur de 
musique, à Paris; Julien Torchet, critique musical à Paris; M'^'^ Vasseur, 
professeur de musique à Versailles; Vincent-Garol, et M. E. Wartel, pro- 
fesseurs de musique à Paris. 

Sont nommés officiers d'Académie : M""» Abadie, née Moisset, ancienne 
artiste lyrique ; MM. Ed. Adenis, auteur dramatique à Paris; Alvarez, artiste 
lyrique à, l'Opéra; Audigé, médecin de l'Opéra ; M"» H. Auguez, profes- 
seur de chant à Paris; M^^iAvisse, professeur de piano à Orléans ; 
MM. Bachimont, dit Brémont, artiste dramatique à Paris ; L. Badart, com- 
positeur de musique à Paris : M""- Ballay (Nina Pack), artiste lyrique à 
l'Opéra-Comique ; MM. L. Bally, Baretti, M"« Beetz, professeurs de muai que 
à Paris ; MM. F. Benêt, auteur dramatique à Marseille ; Bergeret, directeur 
de la Fanfare « le Réveil de Pavilly » à Rouen : M"= A. Bertrand, professeu r 



de chant à Paris; MM. Maurice Bouchor, auteur dramatique à Paris; Bou- 
lard, directeur de l'École nationale de musique à Moulins ; P. Braud, pro- 
fesseur de musique à Paris ; Brouca, dit Broca, professeur de musique à 
Bayonne ; BruneL, artiste musicien à Saint-Donat; G.-BuatoiSj directeur 
de l'Harmonie de Javel à Paris; Ed. Cacan, compositeur de musique à 
Marseille ; M°"=^ Cadot-Laffite, Cartelier, professeurs de musique à Paris ; 
MM. Henri Carvalho, administrateur de l'Opéra-Comique ; Ch. Gaspar, 
compositeur de musique à Lunéville; Gastex, ancien directeur des théâtres 
de Nantes; M"° Chrétien, professeur de musique à Paris ; MM. N. dé- 
menti, professeur de musique à Marseille; L. Cordier, directeur do la 
Société chorale des Quinze-Vingts à Paris ; M. Coste, ex-professeur au 
Conservatoire à Marseille; P. Costecal, directeur de l'Orphéon «l'Avenir» 
à Milhau ; J. Darcq, professeur à l'École de musique à Lille; A. Dariès, 
professeur de musique à Pau ; Debray, directeur des Sociétés musicales à 
Poissy ; DeCfaux, artiste musicien à Reims ; M"" Marie Delna, artiste lyrique 
à l'Opéra-Comique; MM. Démarquez, professeur de musique à Poitiers; 
Desachy, secrétaire du Théâtre- Libre ; A. Docquois, professeur de chant à 
Boulogne-sur-Mer ; E. Domergue, chef d'orchestre au théâtre du Palais- 
Royal ; E. Dorion, contrôleur en chef au théâtre de l'Ambigu ; H. Drapier, 
professeur de musique à Paris; E. Duard, artiste dramatique à l'Odéon : 
Fr. Dubois, compositeur de musique à Tourcoing; Dufour, correspondant 
de la Société des auteurs et compositeurs de musique à Vichy; d'Estrée, 
publiciste, rédacteur du Ménestrel, à Paris: H. Eymard, professeur de 
musique à Paris; E. Eymond, président de la musique municipale du 
18" arrondissement à Paris; Floquet, directeur de l'Harmonie de Grenelle 
à Paris ; Fonlaine, professeur de déclamation à Arras; Fraiture, profes- 
seur de musiqueà Paiis ; L. Garnier, auteur dramatique à Paris ; A. Casser, 
chef de la Fanfare «l'Espérance» à Grenoble; Giraud, professeur de mu- 
sique à la Mure ; G. Goublier-Gouiu, compositeur de musique à Paris ; 
jimc Grammaccini-Soubre, professeur de chant à Paris ; MM. A. Grare, chef 
de l'Harmonie à Abbeville; E. Gruyer, professeur de musique à Paris; 
J. Guérin, directeur de la Société chorale à Nogent-Ie-Rotrou: M"'^^ J.Gué- 
roult, G. Herbault, professeurs de musique à Paris ; MM. Georges Hesse , 
H. Hirschmann, compositeurs de musique à Paris; Holmières, directeur 
de la «LyreMeldoise» à Meaux ; Jacob, dit Janoey, professeur de diction 
à Paris ; Cb. Jaunet, vice-président de l'Union musicale républicaine à 
Olivet : Jérôme, artiste lyrique à l'Opéra-Comique; A. Jolie t, pensionnaire 
de la Comédie-Française ; M""* Joubert, M"« Kryzanowska, professeurs de 
musique à Paris. 

MM. Labbé, secrétaire-trésorier des Orphéonistes à Arras; E. L^ch- 
mann, professeur de musique à Montbrison; L. Lafon, chef de musique à 
Cadillac; A. Laidet, professeur de chant au Conservatoire à Versailles; 
G. Lambert, chef de musique à Montesson; J. Lambert, directeur delà ' 
Société mixte d'harmonie et d'orphéon « l'Avenir musical » à Saint-Ju- 
nien ; M""^ H. Landolff, dessinateur-industriel i. Paris; MM. J. Leitner, 
pensionnaire de la Comédie-Française ; Leroy, chef de la Fanfare muni- 
cipale à Gentilly; M"" J. Ludwig, sociétaire de la Comédie-Française ; 
MM. Mansson, professeur de musique à Paris; Th. Mathieu, directeur de 
la Société chorale à Meaux; G. Mathieu, professeur de musique à Cler- 
mont-Ferrand; P. Monteux, chef d'orchestre à Paris; Muuch, directeur 
de la Fanfare municipal à Rambouillet; G. Nast, professeur de musique à 
Hénin; M^'^ A. Nathan, R. Orange, professeurs de musiqueà Paris ; 
MM. Paumier, artiste dramatique à l'Odéon ; Rayonne, professeur de mu- 
sique à Bourg-du-Péage ; E. Petit, professeur de musique à Perpignan; 
A. Philippe, directeur de la musique municipale des Sapeurs-Pompiers 
à Béthune ; Picard, chef de musique à Montrouge ; A. Piccaluja, artiste 
lyrique à Paris ; F. Pons, président de l'Orphéon « les Moissonneurs » à 
Marseille; E. Rebstock, professeur de musique à Compiègne ; Reghéere , 
chef de la musique des Sapeurs-Pompiers àBar-le-Duc; E. Régnier, pro- 
fesseur de musique à Amiens ; Renaud, artiste lyrique à l'Opéra; E. Ri- 
chard, chef delà Fanfare «les Amis réunis » à Château-Thierry; Ch. Riche, 
président de la Société chorale « l'Abeille » à Paris ; M""= C. Ritter-Ciampi, 
professeur de musique à Paris; MM. Rivière, chef de la musique muni- 
cipals à Vic-Bigorre ; M™ Victor Roger, professeur de diction à Paris; 
M. A. Rossel, compositeur de musique à Cherbourg ; M™ Marie Ro ze, 
M. G. Sailland, professeur de musique à Paris ; M. -F. Sali, compositeur de 
musique à Paris ; M"'= J. Séguin, professeur de chant à Paris ; MM. E . 
Spencer, compositeur de musique à Paris; A. Tarride, artiste dramatique 
à Paris; M™" Tempviré, professeur à l'Ecole de musique à Angoulème ; 
MM. A. Thévenin, directeur de l'Harmonie « la Grayloise » à Gray; L . 
Toussaint, artiste musicien à l'Opéra; Tracol, professeur de musique à 
Paris ; E. Tréfeu, auteur dramatique à Paris ; A. Trojelli, compositeur d e 
musique à Paris ; M"'' Turpin et Ch. Vormèse, professeurs de musique 
à Paris. 

— Au Conservatoire. Par arrêté du ministre de l'instruction publique et 
des beaux-arts, MM. Victorien Sardou et Jules Lemaitre, membres de 
l'Académie française, ont été nommés membres du comité d'enseignement 
pour la déclamation dramatique au Conservatoire, en remplacement de 
MM. Camille Doucet et Alexandre Dumas. M. Henri Lavedan a été nommé 
membre du comité d'examen des classes et du jury d'admission. 

— Depuis quelques semaines les travaux de reconstruction de l'Opéra- 
Comique à la place Favart ont pris une activité à laquelle nous n'étions 
pas habitués. Des foyers lumineux ont été installés sur le chantier et on 
travaille jusqu'à sept heures du soir. Il résulte de nos renseignements 



16 



LE MENESTREL 



que plus de cent ouvriers sont actuellement occupés à tailler et à poser les 
pierres. L'entresol sur la rue Marivaux est achevé et on est en train de 
poser les balcons. La façade Boieldieu est moins avancée, mais on peut 
cependant déjà se rendre compte de l'effet général de l'architecture du 
rez-de-chaussée. Espérons que cette activité, surtout parce qu'elle est 
tardive, ne se ralentira plus, et qu'il nous sera bienliit donné d'assister à 
l'achèvement de ce monument si impatiemment attendu. Nous ne pouvons 
que féliciter l'architecle et l'entrepreneur de cette activité donnée au 
chantier, et surtout les engager à persévérer. 

— Notre confrère le Malin croit pouvoir nous donner dès à présent les 
dates C-ces des prochaines solennités de l'Opéra : selon lui, c'est le lundi 
10 février que nous aurions l'heureuse reprise de la Favorite «it celle de 
Coppi'lia; mercredi 11 mars, ce serait le tour d'Hellc, l'opéra de M. Alphonse 
Duvernoy; enfin, il porte au 2) mai la rentrée de M"» Melba dans Hamiet, 
en compagnie du baryton Renaud. Mais il y a tant d'imprévu au théâtre ! 
Ce qui paraît plus certain, c'est le début du ténor Courtois dans Sigurd, 
pour demain lundi. 

Tout bonheur que la main n'atteint pas est un rùve. 

Et encore il suffirait d'un bon rhume! 11 n'y a pas si loin entre le 
coryza et la gorge d'un ténor! 

— Demain lundi aussi nous aurons à l'Opéra-Comique les débuts de 
M'" Marie Garnier dans Lakmé. 

— Dimanche prochain nous parlerons en détail de la nouvelle loi de 
protection pour la propriété artistique en Autriche, qui vient d'être votée 
à Vienne par la Chambre des seigneurs. Ce n'est pas encore tout ce qu'on 
pouvait rêver, mais il y a là toutefois des améliorations importantes sur 
la législation précédente. 

— M"= Pdtti est arrivée mercredi à Paris. Elle a été la proie dos coutu- 
rières pendant toute la journée de jeudi. Vendredi elle a répété à la Gaîté 
la pantomime Mirka l'Enchanteresse et hier samedi elle a joué cette char-- 
minte fantaisie, au bénéfice du monument de l<'lorian, devant une salle 
pâmée et enthousiaste. Patti, Patti for everl 

— Nous pouvons confirmer la nouvelle que donne d'autre part notre 
collaborateur Solvay dans sa correspondance de Belgique: dans la pre- 
mière quinzaine de février, M"« Van Zandt donnera au théâtre de la 
Monnaie de Bruxelles plusieurs représentations de Mignon et de Lakmé. 
Bru.xelles n'est pas si loin de Paris que M. Carvalho ne puisse, tout au 
moins à l'aide d'un bon téléphone, se rendre compte de l'action que peut 
toujours avoir sur le public son ancienne pensionnaire. Et alors... il pour- 
rait y avoir encore de beaux soirs pour la scène du Châtelet. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 

Conserva'oire: Symphonie en ré (Beethoven). — La Mer (Joncières), solo: 
M—Landi. — Ouverture de Coriolan (Beethoven).— Deuxième acte d'Orphée 
Gluck), soli: M"" Landi et Rieu. — Polonaise de Stniensée (Meyerbeer). 

Châtelet, concert Colonne : 75' audition de la Damnation de Faust (Berlioz), soli: 
M"' Marcella Pregi, MM. Cazeneuve, Auguez et Nivette. 

Cirqu; des Champs-Elysées, concerts Lamoureux (festival en dehors de 
l'abonnement): Ouverture de Manfred (Schumann). — Symphonie avec orgue 
(Saint-Saëns). — Défi de Phœbus et àe Pan (J.-S. Bach), soli: M"° Lovano, 
M"' Remy, MM. Lafarge, Charles Morel, Bailly. — Variations sympho- 
niques, pour piano et orchestre (César Franck), exécutées parM»"Henry Jossic. 

— Chœur des Pileuses in Vaisseau-Fantôme (R. Wagner). — Espafia {Emm. Cha- 
brier). 

Concerts d'Hircourt: Symphonie en «(mineur, n» 5 (Beethoven). — a. Mélopée 
duPâtre,!). Entrée d'Elisabeth, de ranîiftûusîr (Wagner), par M"' Ééonore Blanc. 

— Dames slaves (Dvorak). — Ouverture des Maîtres chanteurs (R. Wagner). — .\ir 
de Fidelio (Beethoven), par M"' Éléonore Blanc. — Symphonie romantique (V. Jon- 
cières). 

Concert du Jardin d'Acclimatation : Chef d'orchestre, Louis Pisler. — /îu»/ Blas, 
ouverture (Mendelssobn;. — Chant sans paroles (Tschaïkowsky). — Romance 
(Saint-Saëns). — Namoiina, suite d'orchestre (Lîlo). — Léonore, n" 3, ouverture 
(Beethoven). — La Korrigane, suile d'orchestre (Widor) : Mazurka, Scher 
zando, Valse lent;, Finale. — Marche (Borodine). 

— C'est le 16 janvier que l'on entendra pour la première fois la nouvelle 
sonate pour piano et violoncelle de M. Emile Bernard, à la quatrième séance 
de MM. Philipp, Berthelier et Loeb. Deux autres œuvres importantes figu- 
rent au programme : le quatuor de Rubinstein, op. 6B, et le quintette de 
César Franck. 

— La prochaine représentation du théâtre des Poètes, qui aura lieu du 
13 au 20 janvier à la Comédie-Parisienne, comprendra Pa-Hos et Zuclla, 
légende en vers en trois tableaux de M. Gabriel Martin, musique de 
MM. Ch.-M. Widor et F. Thomé, et la Jeunesse de Luther, drame en deux 
a:tes de M. Albert Fua. 

— L'Eldorado, qui semblait le foyer et l'âme de l'abject café-conceit, va 
abjurer ses anciennes erreurs et brûler ses faux dieux d'immondice et 
d'imbécillité. On transforme la salle et la scène en un véiitable théâtre, 
non pour y représenter encore les drames lyriques de Richard Wagner (cela 
viendra plus tard), mais pour y commencer modestement nar l'opérette. 
Spectacle d'inauguration -.le Royaume des femmes des frères Cogniard, remanié 



par MM. Paul Ferrier et Clairville, mis en musique par M. Serpette. Chef 
d'orchestre : M. Thibaut. 

— Un de nos confrères, en donnant une liste des pseudonymes adoptés 
au théâtre par certains artistes, et en mettant en regard de ces pseudonymes 
leurs noms véritables, croit pouvoir avancer que la cantatrice M"' Cécile 
Mézeray s'appelle réellement M"= Coslard, et que le premier nom n'est 
justement qu'un pseudonyme. Notre confrère se trompe, et l'artiste en 
question a un droit égal — et légal — à ces deux noms. Son père, l'un des 
plus fameux chefs d'orchestre de province, et célèbre à Bordeaux pendant 
trente ans sous ce rapport, s'appelait, en effet, Louis-Charles-Lazare 
Costard de Mézeray. 

— Quand les ministres se dérangent, on leur donne des « galas ». C'est 
ce qui est arrivé à M. Doumer, qui dirige nos finances, à ce qu'il paraît, 
et qui avait porté ses pas du côté de la « Côte d'azur ». Il a passé par Nice, 
et tout aussitôt on l'a régalé d'une belle représentation d'Hérodiade, avec 
« abonnements et entrées de faveur suspendus », disait l'affiche; ce qui 
fait que M. le ministre semble bien avoir été le principal artisan de la 
recette pour ce soir-là, et, comme elle était fort belle, l'habile directeur 
du théâtre a fort bien compris l'utilité d'un ministre des finances, ce qui 
n'est pas donné à tous les contribuables. 

— A signaler encore à Nice, cette fois au Casino municipal, un fort 
beau festival donné en l'honneur de M. Massenet. Au programme, l'ouver- 
ture de Phèdre, les Scènes alsaciennes, le prélude de Werther et des fragments 
du Roi de Lahore, à'Esclarmondt; de Don César, du Cid, de Manon, etc., etc. ; 
le tout acclamé. 

— Les nouvelles de Rouen signalent la réussite au théâtre des Arts de 
la Mégère apprivoisée, la nouvelle comédie lyrique du jeune musicien M. Le 
Rey. Parmi les interprètes, on cite surtout miss Maud-Roude (Catherina) 
et M"" de Graponne. Encore une bonne soirée à l'actif artistique de l'in- 
telligent directeur, M. d'Albert. 

— M. Paul Viardot vient de rentrer à Paris, après une très brillante 
tournée en France, Suisse et Belgique, et reprend ses cours et ses leçons 
de violon. 

— Vendredi prochain, chez M"'= Marie Rueff, aura lieu une intéressante 
audition de ses élèves. Le programme est entièrement composé des œuvres 
de M. Paul Vidal. 

— Soirées et concerts. — M"" Laure Taconnet_ vient de donner, à Versailles, 
une très réussie matinée musicale, à laquelle M. Léon Dela^osse a prêté le con- 
cours de son talent exquis. Le jeune pianiste a non seulement triomphé comme 
virtuose, mais encore comme compositeur en exécutant une de ses jolies Yalses- 
prétudes. Sérénade, et en accompagnant àM"° Laure Taconnet, qui les a fort bien 
dites, deux de ses dernières mélodies, Chanson et l'Étang mystérieux. On a beau- 
coup applauli aussi les élèves de l'excellent professeur dans un chœur récem- 
ment paru de Massenet, Noël. — Au 3' concert de la Société philharmonique, 
fondée par M. L. Breitner, et auquel prenaient part M"" Breitner, MM. Dup'îyron, 
Luzzato, Remy, ïracol, Bailly, Abbiate et Alary, on a surtout applaudi M"" S. 
Kerrion qui a fort bien chanté le grand air d'Hérodiade, de Massenet. — Bonne 
audition d'élèves de M"" Lafaix-Gontié. A signaler M"" B. (le Soir, Ambroise 
Thomas), M"" Hélène P. (Mélodie sentimentale de Xavière, Théodore Dubois), 
Louise B. (Barcurolle Massenet), Hortense D. ((Chanson dn bouvreuil, de Xaviére, 
Théodore Dubois) et Hélène P. et Marguerite D. (duo de Jea)i de Nivelle, Léo De- 
libes), qui font particulièrement honneur à renseignement de leur excellent 
professeur. — M. Charles Grandmougin a repris ses mercredis à l'Institut Rudy, 
interrompus par les fêtes du l"de l'an. La huitième séance a été aussi brillante 
que les autres. Signalons, entre autres pièces de vers, les Sirènes, petit poème 
exquis, remarquablement interprété par M"° Verlain, des Variétés, et l'auteur; 
M. Truffter s'est fait vivement applaudir dans les Fantassitis de marine. 

NÉCROLOGIE 
Une messe de bout de l'an sera dite mardi prochain 14 janvier, à 
dix heures et demie très précises, en l'église de la Trinité, pour le repos 
de l'âme de Benjamin Godard. 

— Le chef d'orchestre militaire Jean Népomucène Kràl est mort à TuUn, 
près Vienne, à l'âge de 69 ans. Pendant bon nombre d'années le défunt 
fut très populaire à Vienne, et sa musique de danse, ainsi que ses marches 
et ses arrangements pour musique militaire, étaient fort répandus. Sa 
marche : Vive Habsbourg, est restée une des plus populaires de l'armée 
autrichienne, et plusieurs valses de Kràl sont encore souvent jouées en 
Autriche. 

— A Vienne s'est éteinte, à l'âge de 7'J ans. M}"" Streicher, veuve du 
célèbre facteur de pianos J.-B. Streicher, (|ui était fils d'André et JeNanette 
Streicher. André Streicher avait été un ami de jeunesse du poète Frédéric 
Schiller, et sa femme pouvait se vanter de l'amitié de Beethoven. Tous 
deux avaient fondé à Vienne une manufacture de pianos qui est encore 
aujourd'hui très florissante. 



Henri IIeugei., directeur-gérant . 



A 



■VENDRE œuvres complètes Paleslrina pour orchestre. Trente 
volumes reliés. S'adresser à M. Gaston Roux. 57, rue Pierie Charron. 



3382. — 62-^ ANNÉE — N" 3. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 



Dimanche 19 JaDvier 1896. 



(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 

MÉNESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directe ur 

Adresser franco à M. Henri HELJGKL, directeur du MÉiNESTREL, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'aboniiemenL 

Un on, Texte seul : 10 fr.incs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les Trais de poste en sus. 



SOMMAIEE-TEITE 



I. Musique antique, les nouvelles découvertes de Delphes (1" article), Julien 
TiERSOT. — II. Semaine théâtrale ; première représentation de Jean-Marie, au 
théâtre de la Monnaie de Bruxelles, Ldciem Solvaï. — III. L'art français sur 
les scènes lyriques allemandes, 0. Bn. — IV. Revue des grands concerts. — 
V. Correspondance de Barcelone : premières représentations des opéras 
Pépita Gimenez et Aurora, A. -G. Beutal. — VI. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce jour: 

PAR LE SENTIER FLEURI 

de Cesare Galeotti. — Suivra immédiatement : Brises du cœur, valse de 

Philippe Fahrbach. 

MUSIQUE DE CHANT 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
Le Dernier Rendez-vous, sonnet de Camille du Locle, musique d'En- 



CHANT 

NESi Beyee.. — Suivra immédiatement 
Ch.-M. Widor, poésie de Paul Bourget. 



La Nuit, nouvelle mélodie de 



MUSIQUE ANTIQUE 

LES NOUVELLES DÉCOUVERTES DE DELPHES 



L'on n'a pas oublié tout le bruit qui fut fait, il y a un peu 
plus d'une année, à propos de l'exécution d'un hymne grec 
antique trouvé dans les fouilles de Delphes. Le monde en fut 
étonné, — tout au moins le monde musical. De nombreuses 
exécutions de ce vénérable débris d'un autre âge furent don- 
nées devant les publics les plus divers, et des discussions 
non moins variées s'ensuivirent. S'il m'était permis d'em- 
prunter à notre renommé confrère Francisque Sarcey les 
familiarités coutumières de ses discours, je m'écrierais : « En 
a-t-on dit, des bêtises I En a-l-on dit! » Dans de pareilles 
dispositions de l'esprit public, le moment eût été mal choisi 
pour parler sérieusement; il fallait attendre que la curiosité 
indiscj'ète des foules se fût calmée, — ce qui ne pouvait pas être 
long, d'ailleurs. En effet, personne n'y songe plus maintenant. 
Les précieuses découvertes de notre Ecole française d'Athènes 
redevisnnent donc le domaine des archéologues, — ce qu'elles 
n'auraient jamais dû cesser d'être, car il est évident que le 
public manque actuellement de l'iniiiation nécessaire pour 
les apprécier à leur juste valeur. Mais, désormais, il nous 
est permis de les étudier dans le calme et le recueillement 
favorables. 

Et précisément le feu de paille des premiers jours est si 
complètement éteint qu'il vient de paraître récemment la 



notation d'un nouvel hymne delphique (I) sans que personne 
en ait dit un mot, — ce qui est peut-être un excès contraire. 
Je vais tâcher de réparer cette injustice en étudiant avec 
quelque détail ce nouveau document, et en le prenant pour 
point de départ de quelques observations sur la musique 
antique qui, sans doute, pourront intéresser le public musical, 
auquel des notions claires et exactes sur la matière font trop 
généralement défaut. 

Il faut avouer, cependant, que cette découverte a moins 
d'importance que la précédente, car le premier hymne à 
Apollon nous était parvenu en bien meilleur état de conser- 
vation. Les deux morceaux ont été retrouvés dans le trésor 
des Athéniens, gravés sur des plaques de marbre; mais tandis 
que le premier renfermait des parties parfaitement intactes, 
le nouveau est très mutilé : la partie droite de la plaque, 
notamment, est brisée en neuf morceaux, qu'il a fallu assem- 
bler àgrand'peine. La patience et l'érudition, de MM. HomoUe, 
directeur de l'École d'Athènes, et Bourguet, sont parvenues à 
restituer à chaque fragment sa place primitive; mais une 
grande lacune est restée, formant une sorte de bande qui 
tient toute la hauteur du marbre, de sorte qu'il n'est pas 
une seule ligne complète, et qu'à chaque vers il manque 
quelques mots, tout au moins quelques syllabes, ainsi que 
les notes musicales correspondantes. 

Grâce aux doctes intuitions de M. Henri "Weil, les lacunes 
de la poésie ont été remplies. De son côté, M. Théodore Rei- 
nach, qui a transcrit la musique en notation moderne, a voulu 
tenter une restitution analogue : s'appuyant sur les règles 
concernant la correspondance entre l'accent et la mélodie, il 
a comblé les interruptions de la ligne mélodique par des notes 
hypothétiques qui, peut-être, aident à avoir une idée plus 
complète de l'ensemble du morceau. Je n'en retiens pas moins 
cet aveu, émanant de lui-même: 

« Aidée par le sens et le mètre, la science divinatoire de 
M. H. Weil a pu restituer tantôt avec certitude, tantôt avec 
une haute vraisemblance le texte poétique de notre hymne; il 
serait imprudent de prétendre aborder la reconstitution de la 
mélodie avec les mêmes chances de succès. Notre connais- 
sance de l'art musical des Grecs fùt-elle beaucoup plus avan- 
cée qu'elle ne l'est, il reste évident que la mélopée est plus 
libre et plus variée dans ses combinaisons que la versifi- 
cation, soumise au.x règles précises de la syntaxe et du mètre. » 

C'est pourquoi, dans les citations qui vont suivre, nous no 
reproduirons que les fragments transcrits expressément d'après 
la pierre (sauf dans de rares cas, où quelques notes ajoutées 
donneront une idée plus complète de l'ensemble d'une période 
ou d'un rythme cdractéristiques). La composition musicale 

^1) Bulletin de Correspondance hellénique, 1895, pp. 345 et suiv. - - Tirage à part. 



18 



LE MENESTREL 



nous est a rrivée e n ruin es, si l'on peut_ain^parler : prenons- 
la pour ce qu'elle est, el montrons-la telle quelle. Aussi bien7 
n'est-il pas de certaines mines qui sont beaucoup plus signi- 
ficatives dans leur état de ruines qu'après que la main des 
restaurateurs y a passé ? 

I 

Le nouveau morceau est, comme le précédent, un hymne 
à Apollon. Il se divise en sept périodes ou couplets d'inégale 
longueur, et tous chantés sur une musique différente : l'une 
de ces périodes, très développée, peut être divisée musicale- 
ment elle-même en trois parties parfaitement distinctes. La 
dernière période, qui est une prière destinée à servir de con- 
clusion religieuse, est dans un mètre différent des précé- 
dentes, composées toutes les six dans le même rythme. Nous 
déterminerons plus tard la nature de ces rythmes, ainsi que 
plusieurs autres particularités musicales ; pour l'instant, il 
importe bien plutôt de faire connaître l'œuvre dans ses parties 
essentielles. 

Dans la première strophe, l'aède invoque les Muses et ra- 
conte la naissance d'Apollon : 

Venez sur ces hauteurs qui regardent au loin, d'oii surgissent les 
deux cimes du Parnasse, et présidez à mes chants, ô Muses, qui 
habitez les roches neigeuses de rHélicon. Venez chanter le Pythien, 
le dieu aux cheveux d'or, le maître de l'arc et de la lyre, Phébus. 
qu'enfanta l'heureuse Latone près du fameux lac, quant, dans les 
luttes de l'enfantement, elle eut touché de ses mains une branche 
verdoyante du glauque olivier. 

La musique du commencement de la strophe est détruite ; 
puis quelques fragments incomplets apparaissent, formant 
plutôt une série d'inflexions musicales qu'une mélodie com- 
plète, se succédant, toutefois, dans un ordre assez harmonieux 
pour qu'on en puisse deviner la progression naturelle : 




La fin de la période est mieux conservée : en remplissant 
quelques vides de peu d'importance, on en peut avoir une 
idée complète jusqu'à la cadence finale. Les premières mesures 
semblent répondre au fragment précédent (1) : 




La seconde strophe décrit la joie de la nature après la nais- 
sance du dieu : 

Le ciel était tout en joie, sans nuages, radieux ; dans l'accalmie des 
airs, les vents avaient arrêté leur vol impétueux ; Nérée apaisa la 
fureur de ses Hots mugissants ; ainsi fit le grand Océan, qui en- 
toure la terre de ses bras humides. 

Ici, la musique est en très mauvais état. Par quelques dé- 
bris épars nous voyons que la mélopée se tient toujo.urs de 
préférence sur les notes n', mi, fa, ce que l'on avait pu ob- 
server déjà par les fragments initia ix. Cependant un chan- 
gement parait s'introduire dans la tonalité : le mi prend une 
importance qu'il n'avait pas dans la première strophe ; on re- 
marque -un saut d'octave caractéristique sur ce degré ; enfin 
le Si naturel se substitue au si bémol. Pour parler le langage 



(1) Les notes restituées sont indiquées par de petites notes. 



moderne.il semble que l'on module à la quinte; et, en effet, 
alors que la période précédente s'était achevée sur un la, 
celle-ci va conclure par la note mi : 



La troisième période se divise musicalement en trois sec- 
tions. La poésie raconte le voyage d'Apollon au pays des 
Athéniens : 

Alors, quittant l'ile du Gynthe, le dieu gagna la patrie du fruit de 
Déméter, la noble terre attique, près de la colline de Pallas. 

La phrase musicale, bien conservée, mérite d'être repro- 
duite en entier : 




On voit que les particularités tonales signalées dans la 
strophe précédente s'accusent, et que les notes mi si t; pren- 
nent une importance de plus en plus grande dans la gamme. 
Mais, dans la période suivante, le chrom'atique va faire son 
entrée. La poésie évoque une voix mystérieuse accompagnant 
le dieu de ses acclamations : 

Le souflfle suave de la flûte de Lybie se mêlait aux doux accents de 
la lyre en accords modulés pour accompagner sa marche, et, tout à 
la fois, la voix qui réside dans le roc fit à trois reprises entendre le 
cri : lé Péàii ! 



Malheureusement l'inscription est effacée après ce court 
début, et ne comprend plus, jusqu'à la fin de la période, que 
deux groupes de notes, séparés par une autre lacune et aux- 
quels manque la conclusion. Leur principal intérêt consiste 
dans l'emploi alternatif du sib et du si ij : 




La fin de la période décrit la joie d'Apollon après son arrivée 
dans l'Attique : 

Le dieu se réjouit: confident de la pensée de son frère, il reconnut 
l'immortel dessein de Zeus. C'est pourquoi, depuis lors, Péan est in- 
voqué par tout le peuple autochtone et par les artistes qui habitent la 
ville de Gécrops, sainte troupe que Bacehus frappa de son thyrse. 

La musique revient au genre diatonique, et la quinte inisi\ 
reprend son importance antérieure. Parmi les fragments épars 
que l'inscription a conservés, on rencontre parfois quelques 
mesures formant une ligne élégante et pure, bien en rapport 
avec l'idée que nous nous faisons de l'art grec : 



Ou bien une progression de notes se répondant avec une 
harmonieuse symétrie : 



La période finale de la strophe est complète, à quatre 
notes près : 




(A suivre.) 



Julien Tiersot. 



LE MÉNESTREL 



19 



SEMAINE THEATRALE 



THÉÂTRE ROYAL DE LA MONNAIE 



' Drame lyrique en un acte, de M. Mortier, musique d'Ippolito Raggtiianti, 
d'après le drame de M. André Theuriet. 

Bruxelles, 16 janvier. 
La Monnaie a donné mardi la « première » de Jean-Marie, dranae 
lyrique en un acte d'Ippolito Ragghianti. 

Cette œuvre inédite et posthume a toute une histoire, assez tou- 
chante. Ragghianti était né à Viareggio, près de Pise, de parents 
pauvres, vingt ans après le dernier de ses frères. D'une santé ex- 
trêmement débile, il avait montré tout jeune de vives dispositions 
pour la musique. Gela commence, vous le voyez, comme toutes les 
biographies de compositeurs. A sept ans, il faillit mourir d'une ménin- 
gite, conséquence de son travail précoce ; mais contre sa faiblesse _ 
de constitution luttait son esprit toujours en éveil. A quinze ans, il 
remportait à l'Académie de Florence un prix de composition. 

Peu de temps après, à Milan, il entendait un jour, dans un concert, 
notre compatriote, le violoniste César Thomson, se passionnait pour 
son art avec l'exaltation dont son âme enthousiaste et ardente était 
capable, et partait avec lui pour Liège, malgré les supplications de 
ses parents, qui craignaient justement pour sa santé chancelante les 
agitations et les émotions de la vie artistique. 

Dans la classe de M. Thomson, il perfectionne ses dons naturels, 
devient un virtuose accompli, remporte au Conservatoire toutes les 
distinctions, et, après s'être fait acclamer maintes fois dans sa ville 
d'adoption, où il s'était créé autant d'amis que d'admirateurs, se met 
à voyager et part pour Londres, où commence pour lui une série 
de succès, interrompus hélas! par la maladie. 

Il va à Nice, demander au soleil un peu de forces, revient vers le 
Nord, miné de plus en plus par la tuberculose, retourne à Viareggio 
près de ses vieux parents et, après nne lente agonie, meurt dans 
leurs bra."!, à la fin de l'année i894, à peine âgé de vingt-huit ans... 
Tout en travaillant le violon, Ragghianti s'était, à Liège, adonné 
à la composition avec l'ardeur qu'il apportait dans toutes choses et 
n'y montrait pas moins de dispositions. On connaît de lui un con- 
certo, un quatuor, des mélodies très remarqués. Son activité céré- 
brale est incessante. 

Et c'est ainsi que, même malade, étant à Nice, il est frappé du 
caraelère émouvant — et musical — de la petite pièce de M. André 
Theuriet, Jean-Marie, qui lui tombe sous la main, et aussitôt il rêve 
de la mettre en musique ; l'auteur lui accorde l'autorisation néces- 
saire ; un ami, un poète niçois, M. Mortier, se charge de transformer 
le drame pour la scène lyrique ; et alors il se met au travail avec 
acharnement et écrit sa partition, comme dans une fièvre... 

Il n'eut pas le temps d'aller jusqu'au bout... L'œuvre resta inachevée, 
c'est-à-dire non instrumentée; et même le manuscrit n'était-il guère 
qu'un simple brouillon, plein de notes contradictoires, de surcharges, 
qui durent être photographiées, examinées à la loupe, déchiffrées à 
grand'peine, — sans compter une foule de détails incomplets, hàlifs, 
que l'auteur eût certainement revus et corrigés, et qui ont dû exercer 
longuement la patience et la sagacité de M. Paul Gilson, à qui la 
famille — l'œuvie ayant été présentée et reçue à la Monnaie — ■ confia 
le soin de l'orchestrer et de la mettre au point. 

Grâce à l'intérêt très réel que cette partition présentait en elle- 
même, ajouté à celui de ce travail de collaboration, la direction de la 
Monnaie a bien fait de jouer celte œuvre d'un mort. L'entreprise 
n'était point banale; et elle a eu un cachet de manifestation artis- 
tique qui en a assuré le succès. 

On connaît le sujet de Jean-Marie. C'est l'histoire souvent racontée 
d'un disparu qu'on regrette, qui revient et qui, trouvant la place prise, 
s'en retourne. C'est la chanson saintongeoise de la Femme du marin; 
c'esl Jacques Damour: c'est même, avec d'autres héros, le Flibustier. 
Ce petit drame, développant des passions et des sentimenis peu 
compliqués, bien humains, plutôt que des événements, se prêtait par- 
faitement à une illustration musicale. Le jeune compositeur parait eu 
avoir saisi exactement la portée en lui donnant son expression juste 
et sa couleur. 

Mais ce qui est tout à fait surprenant, c'est la façon dont il s'y est 
pris, très différente de celle que l'on attendait d'un compositeur 
italien, aidé surtout d'un sujet qui pàr-aissait prêter plutôt à des can- 
lilènes mélancoliques et à des mélodies simples, aimables et tendres... 
Cette partition d'un Italien est tout ce qu'il y a de moins... italien! 
Wagner chantant les amours d'un autre Tristan et d'une autre Yseult 



ou traduisant les souffrances et les jalousies des dieux de la Wahalla 
ne s'y fût pas pris autrement que feu Ragghianti pour dépeindre les 
joies et les tristesses de Jean et de Thérèse... 

Cet Italien renie du premier coup ses ancêtres et ses prédécesseurs; 
il se lance à corps perdu dans le chromatisme, dans la mélodie con- 
tinue, dans le récitatif, avec le drame dans l'orchestre et, à peu de 
chose près, l'accompagnement sur la scène. C'est d'un modernisme à 
faire bondir dans sa tombe Bellini et à donner des crispations ner- 
veuses à M. Leoncavallo... Finis Italiœ! 

La chose s'explique par l'éducation du jeune auteur, par son « em- 
ballement » pour des œuvres et un système dont la nouveauté et l'in- 
térêt agirent puissamment sur lui, au point de contre-balancer les 
influences de son instruction première et de l'hérédité. 

Certes, en cette première œuvre, toutes ces études, tout ce wagné- 
risme, n'avaient pas eu le temps d'être complètement « digérés » ; il 
en résulte une assimilation encore trop servile des formes du « Maître », 
un manque de liberté et de spontanéité qui nuit à l'inspiration per- 
sonnelle de l'auteur, — en dehors de la prolixité, des longueurs, du 
manque de plan dans la construction générale, qui sont l'apanage 
habituel des débutants. 

Mais cela ne veut pas dire qu'il s'agisse ici d'un simple décalque 
plus ou moins habile ; — loin de là. Le sentiment instinctif de l'au- 
teur, la mélodie de race, pourrait-on dire, abondent, malgré tout, 
généreusement dans la trame de l'œuvre, et cela d'une manière si 
curieuse déjà que l'on pressent ce que cette union d'une vive person- 
nalité et d'une éducation musicale formée à des sources nouvelles 
aurait pu produire dans la suite. Le cas, à cet égard, est des plus 
intéressants, et il est unique jusqu'à présent. 

Et ce qui n'a pas peu contribué à le rendre séduisant, c'est l'appui 
qu'est venue prêter à cette tentative si audacieuse la collaboration 
de M. Paul Gilson. Avec une sûreté de main merveilleuse, M. Gilson 
a, pour ainsi dire, dissimulé les faiblesses et l'iaexpérience de l'au- 
teur, dirigé ses pas, fixé son langage, fait la toilette de l'œuvre, en 
la parant d'un vêtement harmonique prestigieux, d'une couleur, 
d'une vie, d'une diversité d'accents absolument remarquables. A cet 
égard, étant donnés surtout le système et l'importance ici tout à fait 
primordiale de l'orchestre, M. Gilson a fait œuvre, non de simple col- 
laborateur, mais de véritable créateur. On peut dire, sans faire honte 
à la mémoire de feu Ragghianti, que le succès de celui-ci a été dû 
en grande partie à celui-là... Cela s'est déjà vu en d'autres œuvres, 
— non certes lointaines de nous ! 

Jean-Marie, interprété par M"= Mastio, MM. Isouard et Cadio, et 
surtout par l'orchestre, a donc réussi beaucoup, — moins peut-être 
assurément auprès du gros public que des artistes, comme toute 
œuvre qui dépasse la moyenne portée ; il y avait assez longtemps, 
en tout cas, qu'on ne nous avait rien donné de plus sérieusement 
digne d'attention. Ce début n'aura malheureusement pas de suite 

si ce n'est cependant pour l'un des collaborateurs, le plus effacé, 

mais non le moins victorieux, M. Paul Gilson, qu'on attend main- 
tenant avec plus d'impatience que jamais, au théâtre, avec une œuvre 

à lui. 

Lucien Solvay. 



L'ART FRANÇAIS 

SUR 

LES SCÈNES LYRIQUES ALLEMANDES 

Nos lecteurs savent, par les notes que nous publions chaque mois parmi 
nos nouvelles de l'étranger, que les œuvres lyriques françaises contribuent 
pour une large part à la formation du répertoire courant des scènes lyriques 
allemandes. On aura remarqué que des œuvres qui, chez nous, sont vouées 
depuis longtemps au dédain de nos deux théâtres lyriques subventionnées, 
VArmide de Gluck, par exemple, et ses deux Iphigénies, Joseph de Mébul, 
tes Deitx Journées de Gherubini et, dans un ordre moins élevé, le Postillon 
de Lonjumeau d'Adam ou Fra Diavolo d'Auber, n'ont pas cessé, depuis leur 
création chez nous, d'être jouées de l'autre côté duRhin. Plusieurs vieilles 
partitions françaises qui y avaient été négligées pendant quelque temps 
ont été récemment reprises avec plus ou moins de succès, comme Vtlial de 
Méhul, le Clwval de bronze d'Auber, le Petit Chaperon rouge de Boieldieu, 
voire les Deux Petits Savoyards de Dalayrac et les Deux Avares de Grétry. 
Certes, la part que les scènes allemandes donnent à l'art français n'est 
pas partout la même. Parmi les grands théâtres subventionnés par les 
souverains. Vienne lui accorde l'hospitalité la plus large, Munich la plus 
restreinte; mais il n'existe pas une scène allemande, pas une seule, qui 
ne tablerait sur plusieurs opéras français, surtout des opéras-comiques, 
pour varier agréablement son répertoire. Un opuscule (1) publié par 

(1) Opern-SlatKlik der dmlschm Biwhnen, von Max Friedlrnnder, Leipzig, Bre:t- 
kopf und Ilœrtel, 1895. 



20 



LE MENESTREL 



M. Max Friedlœnder, de Berlin, chez MM. Breitkopf et Haertel à Leipzig, 
sous le titre Statistique de l'opéra sur les scènes allemandes en 'IS94, nous donne 
sous ce rapport des indications presque complètes qui ne manquent pas 
d'un grand intérêt. 

L'auteur s'est donné la peine de se renseigner sur toutes les représenta- 
tions lyriques qui ont eu lieu en 1894 sur les scènes européennes où l'on 
clianteen langue allemande, même en Russie et en Suisse, de les grouper 
d'après les noms des compositeurs et d'indiquer dans cet ordre, pour chaque 
œuvre du même compositeur, combien de fois elle a été jouée sur toutes 
les scènes de langue allemande pendant l'année en question. Celte statis- 
tique n'est pas absolument complète, comme M. Friedlœnder l'explique 
lui-même, et nous avons, par exemple, trouvé, à l'aide de la comptabilité 
du Ménestrel au sujet des droits d'auteur, que Mignon a été jouée sur deux 
petits théâtres allemands que M. Friedlaînder ne mentionne pas. Mais 
malgré ces lacunes, que l'auteur comblera sans doute quand il publiera sa 
statistique pour ISOd, son petit ouvrage nous offre des données fort signi- 
ficatives sur la popularité dont certaines œuvres françaises jouissent de 
l'autre côté du Rhin. 

Nous apprenons par la statistique de M. Friedlaender que Faust n'a pas 
perdu sa grande popularité en Allemagne ; on l'a joué, en tout, 204 fois, 
dont 10 à Berlin. La collaboration de Goethe semble y être pour quelque 
chose, car Pliilémon et Baucis n'a eu en tout que 15 représentations, Roméo et 
Juliette 9 seulement, et Mireille aucune. Après Faust il faut citer Carmen 
avec 180 et Mignon avec 107 représentations. Ces trois partitions sont res- 
tées les plus populaires en Allemagne. Meyerbeer est en baisse. Les Hugue- 
nots avec 96 représentations et l'Africaine avec 7i font encore assez bonne 
figure ; mais le Prophète est tombé à 48 représentations, Bobert le Diable à 23, 
et le Pardon de Pioërmel à 8, tandis que l'Etoile du Nord a complètement 
disparu. La Juive avec S" représentations et Guillaume Tell avec b"2, se 
maintiennent fort bien. Parmi les compositeurs d'opéra-comique, Adam 
compte en tout 134 représentations avec le Postillon de Lonjumeau et la Pou- 
pée de Nuremberg. Auber arrive à 149 représentations, dont 96 de Fra-Diavolo, 
Boieldieu à 52 représentations dont 4i de la Dame blanche. C'est peu quand 
on pense qu'on a joué 103 fois la Fille du Bégiment et 72 fois les Dragons de 
Villars. En 1894, Manon et Werther avaient à peine commencé leur carrière 
sur les scènes allemandes, et nous ne trouvons enregistrées que leurs 
premières représentations à Vienne avec celles d'Hérodiade à Breslau. 

Le rôle de l'art frarçais dans le répertoire des scènes allemandes nous 
paraît d'autant plus important que Richard Wagner n'a pas cessé de 
dominer l'art lyrique en Allemagne. Dans certaines grandes villes comme 
Berlin, Munich et Leipzig, on joue du Wagner deux et trois fois par 
semaine. Le maître de Bayreuth arrive cependant seulement à 1.037 re- 
présentations, malgré l'appoint du théâtre de Bayreuth qui, comme on sait, 
a donné des représentations en 1894. Les œuvres françaises comptent, en 
totalité 1 .496 représentations ; ils dépassent donc, et de beaucoup, le réper- 
toire de Richard Wagner. 

Il ne nous paraît pas superflu d'emprunter à l'opuscule de M. Fried- 
laender encore quelques chiffres significatifs. Mozart, avec huit ouvrages, 
com.pte 449 représentations, Weber 409, Lortzing 490, Beethoven, avec 
l'unique Fidelio, 149 représentations. Voilà les seuls compositeurs d'opéras 
allemands, en dehors de Richard Wagner, qui soient restés debout. Le 
répertoire italien, qui dominait tout en Allemagne il y a un quart de 
siècle à peine, est fortement en baisse. On a joué neuf ouvrages de Verdi, 
qui ont fourni 572 représentations. Bellini est tombé à 39 représentations 
etDonizetti, avec sept ouvrages, à 51. Nous avons naturellement, excepté 
la Fille du Régiment, qui appartient à l'opéra-comique français. CauaKeria 
rusticana compte bien 515 représentations et i Pagliacci 467, mais c'était 
justement l'année de leur vogue extraordinaire, et la statistique pour 1895 
nous fera voir déjà de ce côté une diminution importante. 0. Bn. 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



■ Le programme de la sixième séance de la Société des concerts s'ouvrait 
par la symphonie en ré de Beethoven, la seconde dans l'ordre adopté, 
celle que le maître dédia au prince Lobkowîtz et qui fut exécutée pour la 
première fois à Vienne en 1800 selon les uns, selon d'autres le ."j avril 1803. 
Dire que dès lors l'immortel créateur se trouvait en proie au mal qui 
devait empoisonner son existence, qu'il était atteint de cette surdité par 
laquelle sa vie fut transformée en un long supplice et qui ne l'empêcha 
pourtant pas d'enfanter tant et de si incomparables chefs-d'œuvre .' Celte 
seconde symphonie revêt un caractère tout particulier parmi toutes celles 
de Beethoven. A par' l'admirable et pathétique adagio, par lequel elle 
s'ouvre, tout y semble souriant, aimable et plein d'une grâce joyeuse. 
L'œuvre est d'une jeunesse et d'un chariïie vraiment entraînants. Elle a 
été dite par l'orchestre avec sa verve, son feu et son éclat habituels. Venait 
ensuite la Mer, l'ode-symphonie bien connue de M. Joncières, que le 
Conservatoire avait fait entendre pour la première fois voici quinze ans 
déjà, le 9 janvier 1881. Le solo en était chanté par M"« Landi, qui s'en 
est fort bien acquittée et qui a partagé les applaudissements adressés à 
l'œuvre elle-même. Nous retrouvions alors jiour la seconde fois le nom de 
Beethoven avec l'ouverture si étonnamment puissante et si prodigieusement 
dramatique de Coriolan, dont le début seul serait un trait de génie, puis 
nous avions le second acte de l'Orphée de Gluck, ce chef-d'œuvre d'un autre 
genre. Ici, on est tenté d'établir une comparaison et de se demander ce 



qu'aurait fait Wagner, l'artiste à la complication effrénée, en présence 
d'un pareil poème et avec les moyens simples à l'aide desquels Gluck est 
parvenu à inspirer à ses auditeurs une émotion si profonde, si intense et 
parfois si profondément douloureuse. L'auteur à'Orphér n'emploie pour 
ainsi dire jamais son orchestre au complet. Peu ou point de cuivres; avec 
le quatuor, sur lequel il s'appuie résolument, les bassons et les flûtes jouent 
un rôle important, tandis que le hautbois et la clarinette n'interviennent 
que par instants pour obtenir un effet particulier. Et pourtant cet orchestre 
est parfois saisissant, et il arrive à des effets d'une couleur enchanteresse. 
M"° Landi a chanté le rôle d'Orphée d'une voix pénétrante et sûre, avec 
un style excellent et sobre, qui lui ont valu un succès brillant, légitime et 
de très bon aloi. Elle a été très heureusement secondée par M™ Gabrielle 
Rieu, qui a su justement aussi se faire applaudir. Il serait injuste de ne 
pas adresser en même temps les éloges qu'il mériireà M. Hennebains, dont 
la ffùte s'est tout particulièrement distinguée dans les délicieux airs de 
ballet des Champs-Elysées. Ce programme magnifique se terminait par la 
superbe et fulgurante polonaise de Strucnsér. de Meyerbeer, que l'orchestre 
a enlevée, selon sa coutume, avec une verve, une crânerie et une fougue 
merveilleuses. A. P. 

— Concerts du Chàtelet. — La musique de la Damnation de Faust semble 
posséder le don de l'éternelle jeunesse, don précieux que la fée Mélodie 
a rarement laissé tomber sur une œuvre naisssante avec une telle pléni- 
tude. Que sont devenues, en effet, les œuvres contemporaines de celle de 
Berlioz, à deux ou trois exceptions près? Ecrite avant 1846, la Damnation 
de Faust conserve encore toute son originalité, toute sa fraîcheur. On n'a 
pas eu le temps de s'en lasser, pourrait-on dire ; mais ce n'est pas le nom- 
bre des auditions qui vieillit un ouvrage ; ce sont les formules trop in- 
dulgentes, les pauvretés instrumentales, la débilité des mélodies, toutes 
choses qui finissent par causer l'anémie de l'œuvre et nécessiter sa mise 
en réforme. Les temps sont loin, sans doute, où la Damnation de Faust per- 
dra sa place d'honneur aux programmes des concerts, mais alors même, 
elle apparaîtra de loin en loin à titre d'œuvre typique ayant rempli toute 
une époque de sa célébrité; elle reviendra, comme revient parfois la Pas- 
sion de Bach, toujours acclamée comme géniale, toujours impressionnante 
et toujours goûtée d'une élite. Les séances consacrées à la Damnation se 
ressemblent toutes : mêmes applaudissements, même bis aux mêmes en- 
droits, et ces bis sont tellement d'usage que le public s'abstient quelquefois 
de les demander, mais se fâche et interrompt violemment si M. Colonne 
fait mine de passer outre. En ce cas, les protestations nous arrivent des 
hautes régions de la salle, ce qui faisait dire à un habitué des fauteuils 
qu'exaspérait la froideur de ses voisins, que l'enthousiasme vient du ciel. 
L'interprétation est en partie renouvelée. M. Cazeneuve n'est pas arrivé à 
cette pureté d'émission, à cette épuration du style qui agissent plus effica- 
cement qu'une sonorité forte, mais peu maîtrisée. Ses intentions se feront réa- 
lité après quelques efforts nouveaux, car il est en bonne voie pour réussir. 
M. Auguez n'est jamais médiocre. Le voici excellent dans la chanson de 
la Puce et dans la sérénade, qui ne semblaient pas lui convenir, et su- 
perbe dans l'air des Roses. M. Nivette conduit avec entrain YAmen. Quant 
à M"'= Marcella Pregi, elle est la perle de cette interprétation. La musique, 
parée d'attraits exquis, grâce à sa délicieuse méthode, nous donne la vision 
même de cette poétique image que Berlioz a dessinée avec une prédilec- 
tion toute particulière et aux traits si habilement modelés. 

Amédée Boutarel.' 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 

Opéra: A la Villa Médicis (Biisser), suite symphonique, dirigée par l'auteur. — 
Fragment du deuxième acte d'CEdipeà Colone (Saochini), chanté par M"°Lafargue 
et M. Delmas. — Le Songe de /a Sutamiie (Bachelet), chanté par M"° Bosman et 
M. Affre, sous la direction de l'auteur. — Danses anciennes, par M"" Mauri, 
Subra et le corps de ballet, — Prologue de Françoise de Rimini (Amb. Thomas), 
chanté par M"" Heglon et Lafargue, MM. Renaud et AtTre. — Suite d'orchestre 
(Hirschmann), dirigée par l'auteur 

Chàtelet, concert Colonne : 76' audition de la Damnation de Faust (Berlioz), soli : 
M"' Marcella Pregi, MM. Cazeneuve, Auguez et .Xivêtte. 

Cirque des Champs-Elysées, concert Lamoureux: Ouverture de la Flûte en- 
chantée (Mozart). — Symphonie en ut mineur (Beethoven). — Stella (Lutz), chanté 
par M"° Passama. — Concerto en sol mineur pour piano (Saint-Saëns), exécuté 
parM. Louis Livon.— S(ey/n:ed/di///( Wagner).— Ouverture de 7'a)inftSuser( Wagner) 

Concert du Jardin d'accUmatation, chef d'orchestre : Louis Pister. Programme : 
Oberon . ouverture (Weber); Le Roman d'Arlequin (Massenet); a. Rêverie de 
Golombine, B. Sérénade d'Arlequin ; fiî/mne iiupliw/ (ïh. Dubois); Suite pour 
violon et orchestre (P. Chabeaux); violon, M. A. Lefort; Symphonie en sol 
mineur (Mozart, andante, menuet ; Chanson de Printemps (Mendeissohn) ; Benri VIII 
suite d'orchestre (Saint-Saëns) ; Jocelyn, carillon (B. Godard). 

Jeudi dernier, quatrième et fort belle séance de la société de musique 

de chambre moderne de MM. I. Philipp, Berthelier, Loeb et Balbreck, 
avec le concours de M. Lammers. Elle s'ouvrait par le quintette pour 
piano et cordes de César Franck, œuvre bien longue et bien inégale, dans 
laquelle l'intérêt est émoussé par des développements arides et qui ne 
paraissent pas avoir leur raison d'être. Le meilleur morceau est certaine- 
ment le lento, dont la couleur générale est tondue et harmonieuse. Le pro- 
gramme comprenait ensuite la première audition d'une fort belle sonate 
pour piano et violoncelle de M.' Emile Bernard, dont l'e.'ccellente exécu- 
,tion de MM. Philipp et Loeb a fait ressortir, avec sa rare distinction, 
toutes les nobles qualités. J'en citerai tout particulièrement l'adagio, qui 
est d'une mélancolie, voire d'une tristesse parfois poignante, et l'allégro 



LE MENESTREL 



21 



final, qui, tout au contraire, se distingue par le mouvement, la grâce et 
une vivacité pleine d'élégance. Le quatuor op. 66 de Rubinstein est, 
comme toutes les productions de ce maitre, l'œuvre inégale d'un homme 
de génie, qui, en regard de quelques faiblesses, étonne par sa puissance 
et certains éclairs admirables. Surtout l'allégro con fuoco qui le termine est 
très crâne, très coloré, très original et d'un effet infaillible. A. P. 

— MM. Carembat, Bailly, Papin, Lafleurance, Paradis, Couppas,Pénable 
et Soyer. de l'Opéra et de la Société des Concerts, viennent de donner, 
avec le concours de M. I. Pbilipp, le premier des trois concerts annoncés 
par eux. Un nonetto de Maumann, une œuvre tout à fait réussie, d'une 
jolie sonorité, était d'abord inscrit au programme. Puis l'on a entendu et 
très vivement applaudi les Veillées de Schumann, pour piano, clarinette et 
alto, remarquablement interprétées par MM. I. Philipp, Paradis et Bailly, 
et l'octuor pour piano, cordes, flûte, clarinette et cor de Rubinstein, dont 
l'exécution a été très brillante. Rarement joué, cet octuor renferme cepen- 
dant des parties exquises, notamment un scherzo du plus charmant effet. 

CHRONIQUE DE BARCELONE 



Barcelone, 10 janvier 1896. 

Après l'audition accoutumée des ouvrages plus ou moins réputés du ré- 
pertoire ordinaire, la direction de notre Gran Teatro dei, Liceo nous a enfin 
donné une œuvre complètement nouvelle, depuis longtemps annoncée : 
Pépita Gimenez, comédie lyrique en 7 tableaux, rie M. Isaac Albéniz. 

Le récent succès de M. Albéniz', — succès du meilleur aloi et qui faisait 
concevoir les plus belles espérances — avec son opéra HeJiri CHIford, avait 
attiré l'attention sur lui. 

Aussi l'eslreno (étrenne) de Pépita Gimenez avait attiré au Liceo tout ce que 
Barcelone compte d'aficionados du divin arte de la musica. 

Le livret de Pépita Gimenez est tiré d'un petit volume portant le même 
titre, œuvre justement célèbre de M. Valera,mais qui, tout exquise qu'elle 
soit dans sa formé, n'est guère qu'une espèce d'idylle, dépourvue d'action, 
de mouvement, de passion, et ne renferme aucunement les éléments scé- 
niques d'un drame, d'une comédie, et encore moins d'un opéra. 

Or, s'identifiaut avec beaucoup de talent d'ailleurs à son livret, le jeune 
compositeur n'a pu le traduire musicalement que d'une façon... poétique, 
certes, mais naturellement un peu terne et grise. 

M. Albéniz s'efforce tant qu'il peut de se montrer wagnérien. Mais, en 
musique, pour faire du Wagner, il faut être 'Wagner lui-même. C'est un 
genre, à notre avis, impossible à s'assimjler. Hélas! c'est précisément cet 
engouement irréfléchi, cette manie à la mode inconsidérée qui ont fait 
dévoyer, qui ont perdu tant de charmants talents ! Et nous craignons fort 
que le compositeur d'Henri CUfford et de Pépita Gimenez, qui est avant tout 
un mélodiste, ne se laisse entraîner par le symphonisme à outrance, et 
n'arrive à s'y noyer. 

Ce serait grand dommage. 

La nouvelle œuvre n'est, en efi'et, qu'un long enchainoment de phrases 
entrecoupées, inachevées, sans suite, reliées entre elles par une harmonie 
bien ordonnée, parfois élégante, mais le. plus souvent sans chaleur, sans 
spontanéité. 

C'est une revanche à prendre. M. Albéniz est solvable ; s'il ne gaspille 
pas trop sa belle monnaie d'art, il ne nous la fera pas attendre. C'est ce 
que nous désirons et enregistrerons avec grand plaisir. Mais, pour Dieu ! 
qu'il ne cherche pas à wagnériser ; qu'il albénize tout simplement, et tout 
le monde sera content. 

L'interprétation de Pejjifa Gimenez n'a été que médiocre : le défaut d'études 
et de répétitions se faisait par trop sentir. Sauf M"'= Zilly, une Pépita cor- 
recte, et le baryton Tissi;yre, excellent dans un rôle trop court, personne 
n'est à citer. 

Presque en même temps que le Liceo, le théâtre populaire d'El Tivoli nOMS 
offrait également une nouveauté — et un opéra en 3 actes, s. v. p. — inti- 
tulée Aurora, du maestro fsicj Espi, ouvrage « étrenné » à Madrid au cours 
de la saison dernière, avec un colossal succès, disent modestement les 
afSches. Au contraire de celle de M. Albéniz, la partition de M. Espi n'est 
qu'une en01ade de morceaux détachés, plus ou moins coulés dans les vieux 
moules du bon vieux temps. La mélodie, sans être d'une bien grande ori- 
ginalité, est cependant parfois d'assez bonne venue, et se laisse écouter 
sans fatigue ni ennui. Mais quelle singulière orchestration que celle du 
maestro Espi, et quelle bizarre entente des sonorités! Ah! celui-ci ne 
cherche pas à faire du Wagner ! Nous n'avons point le courage de lui en 
trop vouloir ; mais c'est égal, il devrait bien prier son confrère du Liceo de 
lui repasser un peu de ses tendances ultra-modernistes. 

Aurora est montée avec soin, bien jouée, et très convenablement chantée. 

A.-G. Bertal. 



NOUA^ELLES DIVERSES 



ETRANGER 

De notre correspondant de Belgique (10 janvier) : 

M. Vincent d'Indy, n'entendant plus parler de son Fervaal, est venu ces 
jours derniers à Bruxelles, et il a appris que l'œuvre était remise à l'an 
prochain, ce à quoi il a accédé, après que les directeurs lui eurent démon- 



tré l'impossibilité matérielle qu'il y avait à étudier une partition aussi dif- 
ficile que la sienne à la fin de l'année théâtrale, encombrée de reprises et 
de représentations extraordinaires. Plutôt que d'être « étranglé » ou mal 
soigné, M. Vincent d'Indy a préféré naturellement attendre quelques mois 
encore, la vie de compositeur dramatique étant faite de patience et de 
longanimité. Frrvaal (MM. Stoumon et Calabresi s'y sont formellement 
engagés), sera la première nouveauté de la prochaine saison, ce qui nous 
annonce en même temps qu'il nous faudra attendre jusqu'au mois de dé- 
cembre pour avoir autre chose que des reprises ou du répertoire. 

En fait de concerts, j'espérais avoir à vous signaler avec joie celui qu'est 
venu diriger dimanche dernier, à la Grande-Harmonie, M. Borch, un jeune 
chef d'orchestre de Christiania, et qui était consacré exclusivement à Svend- 
sen, à Grieg... et à M. Borch lui-même; malheureusement, ce concert a 
été compromis par une exécution vraiment par trop sommaire. Les œuvres 
de Svendsen (une symphonie et un Andanie funèbre), et celle de Grieg (la 
Suite-Holberg), inscrites au programme, ne comptent pas parmi les meil- 
leures de ces délicieux compositeurs ; et celles de M. Borch (des fragments 
de Féerie et un concerto pour piano), n'ont point paru assez originales pour 
éompenser l'insuffisance de l'interprétation. Lucien Solvay. 

— Est-ce que la saison de carnaval va ramener une série de désastres 
pour les théâtres italiens ? Voici qu'on annonce déjà la déconfiture, à 
Venise, du théâtre Rossiui. qui a fermé prématurément ses portes et dont 
la troupe reste sur le pavé. 

— Pour cette saison de carnaval, voici le nombre des théâtres ouverts 
dans les principales villes d'Italie : 8 à Rome, dont deux consacrés à l'opéra, 
le Nazionale et l'Argentina; 10 à Milan, dont 3 avec opéra, Scala, Dal 
Verme et Philodramatique; 8 à Turin, dont deux avec opéra et ballet 
Rbgio et Vittorio-Emanuele; 8 seulement à Naples (600,000 habitants), 
dont deux avec opéra, San-Carlo et Mercadante ; 11 à Gênes, dont un seul 
avec opéra et ballet, le Garlo-Felice; 6 à Florence, dont un seul aussi avec 
opéra, le Pagliano; 2 seuls à Livourne, dont un avec opéra, le Goldoni ; 
enfin 3 seulement à Venise, dont deux avec opéra, le Goldoni et le Rossini; 
encore ce dernier vient-il de fermer, â peine ouvert. En somme, comme 
on le voit, les scènes lyriques sont peu nombreuses dans les grandes villes. 

— Les wagnériens convaincus vont crier raca sur les dilettantes romains, 
indignes d'apprécierdans les conditions qui conviennent les chefs-d'œuvre 
du maitre. Il parait en effet qu'un certain nombre d'abonnés et d'amateurs 
du théâtre Argentina, où l'on joue en ce moment la Valkyrie, ont exprimé, 
par une lettre adressée au Don Chisciotte, le désir de voir mettre un terme 
à l'obscurité qui règne au théâtre pendant les représentations de l'ouvrage. 
Ces philistins prétendent que, « d'après les lois mêmes de la nature, les 
ténèbres, loin de réveiller l'intelligence, la poussent à s'endormir ». Ils 
demandent donc avec instance un po' di luce. A.-t-on idée de pareille sot- 
tise? — Pendant ce temps, on annonce que les étudiants de l'Association 
universitaire de Turin, où l'on joue d'autre part le Crépuscule des Dieux, 
préparent une parodie tant du poème que de la musique de cet ouvrage, 
parodie qu'ils représenteront devant le public qui visite l'exposition de 
photographie ouverte par eux dans leur salle de réunion. « Comme avec 
irrévérence parlent des dieux ces marauds I » 

— A Naples, où il s'est rendu en quittant Milan, M. Saint-Saëns a assisté 
à un concert symphonique donné dans la salle Romaniello sous la direc- 
tion de M. Rossomandi. Après l'exécution de la Danse macabre, qui était 
inscrite au programme, le compositeur a été l'objet d'une grande démons- 
tration de la part du public, qui l'a acclamé et qu'il a dû venir saluer sur 
l'estrade. 

— Au Théâtre-Royal de Turin aura prochainement lieu la première 
représentation de Saivitri, drame lyrique de M. Ganti. M"» d'Ehrenstein, 
de l'Opéra impérial de Vienne, a été invitée à créer le rôle de Sawitri, 
une Eurydice indienne qui obtient de Brahma la vie de son époux défunt. 
La direction de l'Opéra de Vienne a accordé un congé à sa pensionnaire 
pour qu'elle puisse chanter à Turin. 

— On' organise à Pesaro, pour le 29 février, anniversaire de la naissance 
de Rossini (qu'on ne peut célébrer exactement que dans les années bis- 
sextiles), une grande solennité musicale. M-. Mascagni, directeur du Lycée 
Rossini, fera entendre une de ses compositions, et il est probable qu'on 
exécutera la « petite messe solennelle » du maître, qui serait chantée par 
quelques-uns des artistes les plus célèbres de l'Italie. 

— On vient d'ouvrir à Naples, entre les musiciens italiens, un concours 
de composition pour le prix Bellini fondé par Francesco Florimo. Ce con- 
cours comprend : 1° une cantate « pour chœurs, voix seules, dialogues et 
orchestre », sur les vers du poème de Giovanni Prati : Convegm degli spirili; 
2° un poème symphonique, du troisième au quatrième acte de VAdclchi de 
Manzoni. Le concours est circonscrit entre les artistes qui n'ont pas dépassé 
leur trentième année. 

— On vient d'instituer, au Lycée musical de Turin, une chaire d'histoire 
et d'esthétique musicales. Cet enseignement est confié à un jeune écrivain 
que l'on dit fort instruit, M. L. A. Villanis, avocat, critique musical de 
la Gazzetta di Torino, 

— Au théâtre Mercadante, de Naples, première représentation d'un opéra 
nouveau intitulé Onore, paroles de M. F, Verdinois, musique de M. Gon- 
siglio. L'ouvrage a été bien accueilli. 



LE MlDNESTREL 



— Un comité s'est formé, à Vienne, pour faire représenter une grande 
œuvre lyrique, la Terre (Gaea), du compositeur Adalbert de Goldschmidt, 
l'auteur, des Sept Péchés capitauœ qu'on connaît à Paris. Cette société vient 
de publier, en vue de réunir les fonds nécessaires, un appel aux amateurs 
du grand art qui porte, entre autres, les signatures de MM. Massenet, La- 
moureux. Zola, Alphonse Daudet, Maîterlinck, Johann Strauss et du ténor 
Van Dyck, qui fait aussi partie du comité en question. 

— Une collection remarquable d'instruments musicaux îst mise en 
vente à Vienne. Elle appartient à M. Charles Zach, facteur d'instruments 
à archet, et a figuré à l'exposition du théâtre et de la musique à Vienne, 
il y a quelques années. On y trouve le piano à queue dont Beethoven s'est 
servi pendant longtemps et dont il fit cadeau à un de ses élèves ; le pro- 
priétaire en demande vingt mille francs. Un comité est en train de se 
former à Vienne pour faire l'acquisition de cette collection au complet, 
que convoite aussi un musée étranger. 

— Le compositeur et chef d'orchestre militaire Charles Komzàk quitte 
l'armée autrichienne, où il est fort populaire, pour se consacrer au théâtre 
et à la composition musicale. A cette occasion, trois de ses collègues ont 
organisé à Vienne une soirée d'adieu, à laquelle assistait un public fort 
nombreux. Les musiques militaires de quatre différents régiments, en tout 
près de trois cents musiciens, ont exécuté sous la direction successive de 
Komzàk et de ses collègues plusieurs morceaux, surtout des compositions 
de Komzàk. L'exécution était irréprochable, malgré le grand nombre de 
musiciens appartenant à quatre régiments différents qui n'avaient jamais 
eu l'occasion de jouer ensemble. La presse viennoise remarque que la 
vieille réputation des musiques militaires autrichiennes n'est pas moins 
méritée de nos jours qu'autrefois. 

— Une nouvelle opérette, le Major de table d'hôte, paroles tirées de la 
célèbre pièce de Gogol, le Reviseur, musique d'Alexandre Neumann, a été 
jouée avec beaucoup de succès au théâtre de la Joseftadt à Vienne. 

— Un fait sans précédent est arrivé à la chapelle royale de Berlin : son 
dernier concert a dû être dirigé par le premier violon, M. Halir, le chef 
d'orchestre "Weingartner, s'étant blessé à la main, son collègue M. Sucher 
étant la victime de l'influenza, et le troisième chef d'orchestre, M. Muck, 
ayant obtenu un congé pour donner un concert à Budapest. Les deux chefs 
d'orchestre pour les petits opéras et le ballet ne voulaient pas risquer 
l'entreprise, et le premiir violon s'est bravement offert. Tout a marché, 
du reste, à souhait, mais l'affaire a fait beaucoup de bruit parmi les 
abonnés et les autres amateurs de Berli n. 

— Grand succès pour VHamlet d'Ambroise Thomas à l'Opéra royal de 
Budapest, avec le célèbre chanteur italien Fumagalli dans le rôle principal. 
Cette reprise brillante d'Hamlet fait beaucoup d'honneur au théâtre, et les 
journaux de la capitale hongroise s'expriment dans des termes enthou- 
siastes sur cette belle soirée. 

— Le théâtre municipal de Nuremberg prépare la première représen- 
tation d'un nouveau drame lyrique, une Expédition de Viking, musique de 
M. Félix Woyrsch. 

— Richard Strauss est en train de terminer un opéra-comique, la Sor- 
cière de Scharfenberg, sur des paroles de M. 0. J. Bierbaum. 

— Le Musikverein de Ma nheim a eu l'idée d'exécuter, presque en entier 
et sous forme de concert, dans sa dernière séance, un des opéras les moins 
connus aujourd'hui de Mozart, Idomeneo, re di Creta. Il paraît que, en 
dépit de la valeur de l'exécution, cet essai n'a obtenu aucun succès. On 
sait qu'/doménée fut représenté pour la première fois à Munich le 26 jan- 
vier 1781. alors que Mozart venait, depuis deux jours, d'accomplir sa vingt- 
cinquième année. Ce qu'on sait moins, c'est que le livret de cet ouvrage, 
dû au poète Varesco, n'était qu'une traduction presque exacte d'un de nos 
opéras, Idoménée, que Danchet, membre de l'Académie française, avait écrit 
pour l'excellent compositeur Campra, et qui fut représenté à notre Opéra 
le 12 janvier 1712. 

— Un nouvel opéra, Dans une grande époque, paroles de M. Hausmann, 
musique de M. Ernest Heuser, vient d'être joué avec un certain succès au 
théâtre municipal d'Elberfeld. 

— Un nouvel opéra-comique, le Trésor de Rliampsinit , musique de 
M. Albert Gorter, a été joué avec succès au théâtre grand-ducal de Carls- 
ruhe. 

— M. Hermann Levi, le célèbre chef d'orchestre de l'Opéra de Munich, 
qu'une grave maladie nerveuse empêchait depuis quelques mois d'exercer 
ses fonctions, vient d'obtenir un congé illimité pour rétablir sa santé. 
M. Levi n'ira donc pas cet été à Bayreuth. 

— Le ministre de la justice de Suède ayant consulté plusieurs associa- 
tions sur l'opportunité d'une révision de la législation intérieure en vue 
de l'adhésion de la Suède à la convention de Berne, concernant le droit 
d'auteur, les directeurs des deux théâtres royaux et les sociétés d'éditeurs 
ont successivement déconseillé toute démarche tendant à signer ladite 
convention. Ces intéressantes associations préfèrent naturellement pouvoir 
s'approprier en toute tranquillité le mouchoir du voisin. D'ailleurs, nos 
bons alliés les Russes sont du même avis et pratiquent aussi avec succès 
le maniement de l'art à la tire. Alors, qu'aurions-nous à dire aux Suédois, 
qui ne sont pas nos alliés ? 



— Un riche dilettante russe, M. le baron Paul von der Wies, vient, dit-on, 
de faire don au Conservatoire de Moscou, pour sa nouvelle salle de con- 
certs, d'un grand orgue du prix de 30.000 roubles (environ 120.000 francs). 

— L'un des concerts donnés à Saint-Pétersbourg par le jeune pianiste 
Hofman, a rapporté la somme de 7.300 francs. Pour exprimer la vénéra- 
tion qu'il porte à la mémoire de son maître, Antoine Rubinstein, le jeune 
artiste a versé toute cette somme à l'œuvre du Fonds-Rubinstein. 

— Très remarqué à Pétersbourg, le jeune violoncelliste belge, M. Jean 
Gérardy, qui s'est fait entendre avec grand succès aux concerts du Conser- 
vatoire. 

— Ainsi que nous l'avons annoncé, la direction du Théâtre-Royal de 
Madrid estdéclarée en faillite, ce théâtre est fermé et la troupe se débande. 
Il nous semble que la cause de ce sinistre doit être,plus sérieuse que celle 
que le Trovatore nous raconte en ces termes : « Les artistes qui composaient 
la compagnie du Théâtre Royal de Madrid doivent vraiment une grande 
reconnaissance à la sottise d'une blanchisseuse qui, pour n'avoir pas été 
payée de deux blanchissages, a causé la fermeture du théâtre. Ainsi, cette 
blanchisseuse a porté un dommage énorme à tous les artistes, a ruiné le 
pauvre directeur et a fait rester sans théâtre le public madrilène. Il faut 
lui élever promptement un monument... » 

— La Société pour madrigaux d'Eton s'est fait entendre avec un succès 
énorme devant la reine Victoria, au château de Windsor. Parmi les exécu- 
tants se trouvait la princesse Victoire de Sleswig-Holstein. On a forte- 
ment applaudi un charmant madrigal du roi Henri VIII. Ce terrible 
Barbebleue fut, comme on sait, un des meilleurs compositeurs anglais 
qui précédèrent Henry Purcell, et ses madrigaux ont une tournure senti- 
mentale qui surprend doublement quand on pense au sort qu'il réservait 
aux reines qui avaient cessé de lui plaire. 

— A Londres existe un théâtre juif connu sous le litre pompeux de Tlw 
Hebrew Opéra Company., Cette compagnie d'opérahébreu a quelque tempspar- 
couru l'Amérique, où se trouvent beaucoup d'émigrants juifs venus de la 
Russie et delà Pologne, et s'est fixée à l'East End de Londres, qui est, comme 
on sait, le quartier des pauvres, quelque chose comme notre ancienne rue 
Mouffetard. Le théâtre juif joue des pièces tirées de la Bible, de la légende 
et de l'histoire des Juifs, et aussi des farces modernes d'un naturalisme 
outrancier. Ces pièces rappellent, par la simplicité de leur charpente et 
la naïveté du dialogue, le théâtre du moyen âge; celles qui sont tirées de 
l'histoire sainte ressemblent, sous plus d'un rapport, aux poésies naïves 
des maîtres chanteurs de Nuremberg, dont Richard Wagner s'est moqué 
avec humour dans son célèbre opéra. Toutes sont jouées dans ce jargon 
juif que les Israélites russes et polonais parlent entre eux et qui est, en 
somme, le vieux dialecte allemand de l'Alsace émaillé de mots russe et 
polonais. Ils appellent ce mélange de langues Yiddisch. La musique ne 
manque pas non plus au théâtre hébreu; elle est intercalée dans toutes les 
pièces du répertoire et contient non seulement des cantiques et des chants 
liturgiques hébreux, qui remontent au temps du temple de Jérusalem, 
mais aussi des compositions très modernes. Nous y avons constaté la 
présence de plusieurs airs de la Juive, ce qui n'a rien d'étonnant puisque 
Halévy s'est servi, dans cet opéra, de plusieurs mélodies fort anciennes de 
sa race; mais Meyerbeer n'y manque pas non plus. Los Juifs polonais et 
russes ont une grande prédilection pour les « cocottes, » et Bellini etRossini 
ont été mis aussi à contribution pour la musique de leur opéra hébreu; 
à notre grande stupéfaction, nous y avons enfin rencontré, sous un dégui- 
sement léger, l'air de Philine de ilignon et un air du t-'àid, d'Ambroise 
Thomas, qui ne se doute guère de sa popularité dans un milieu pareil. 
L'Opéra hébreu ne pèche pas par un grand luxe de mise en scène; les 
costumes n'ont aucune prétention à ce vérisine que les Italiens adorent 
actuellament, et les décors sont d'une naïveté presque ridicule. Moïso est 
tiré d'un bassin de Hyde Park; la belle Ruth se promène sous les .irbres 
de Bushy Park et le roi Salomon fait sa joyeuse entrée dans une rue de 
Jérusalem qui n'est autre que le Strand de Londres, avec ses lanternes 
multicolores et des maisons dépourvues de toute architecture. Mais, sous 
un certain rapport, l'Opéra hébreu ressemble à celui de Bayreuth : dès que 
le rideau se lève, tous les becs de gaz cessent de fonctionner et, entre les 
acteurs et le public, s'ouvre « l'abîme mystique » dont parle Richard 
Wagner. Nous croyons que le brave régisseur de l'Opéra hébreu n'a pas 
pensé â la théorie du maître de Bayreuth en créant son «abîme mystique», 
mais plutôt à la note de la compagnie du gaz. Si ce public manque 
furieusement de snobisme, il ne laisse rien à désirer au point de vue de 
l'enthousiasme. Impossible de trouver des amateurs plus passionnés et 
plus faciles à émouvoir que ces pauvres artisans juifs, pour la plupart 
tailleurs et cordonniers, qui travaillent pendant douze heures par jour 
pour pouvoir se payer, une fois par semaine, le luxe d'une soirée d'opéra. 
Comme il y a plus de quarante mille Juifs russes et polonais à Londres, 
l'Opéra hébreu au Standard-Théâtre fait de bonnes affaires; il attire même 
quelques amateurs du Westend, qui désirent connaître ce théâtre excen- 
trique. 

— Dépêche de New-York : « La représentation du Mcphistopliélh de Boito 
a été un triomphe pour M"" Emma Calvé, qui a interprété le rôle de Mar- 
guerite en grande cantatrice et en grande comédienne. Au cours de cette 
belle soirée, elle n'a pas été rappelée moins de dix fois par une salle en- 
thousiaste qui, à la fin du spectacle, lui a fait une véritable ovation. » 



Lt MÉNESTREL 



23 



— On ne s'ennuyait pas à Johannesburg lorsque l'invasion du capitaine 
Jameson est venue apporter quelque trouble dans- les coutumes de la vie 
quotidienne. Il paraît que les concerts faisaient rage (dans le Sud-Afrique !) 
et que, entre autres, on entendait chaque soir, à l'Amphithéâtre, un petit 
orchestre de dames viennoises dont le succès était complet. Cette petite 
phalange symphonique était fort bien dirigée par une jeune fille, M"° Clara 
Kirclimayer, vaillante violoniste, qui se faisait personnellement et vive- 
ment applaudir en exécutant des solos, particulièrement dans une fantaisie 
sur Fausl qui lui valait de réelles ovations. 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 

Nous recevons communication de la note suivante : 

MM. les compositeurs de musique qui prennent part au concours musical 
ouvert, en 1894-1896, par la ville de Paris entre les musiciens français, pour 
la composition d'une œuvre musicale avec soli, chœurs et orchestre, sous la 
forme symphonique ou dramatique, sont prévenus qu'ils devront, aux termes 
du programme de ce concours, déposer leurs manuscrits à la Préfecture de la 
Seine, Bureau des beaux-Arts (Escalier D), du 1" au 16 mars prochain, de midi 
à4 heures (le dimanche excepté). 

Les concurrents qui désireront garder l'anonyme devront revêtir leurs manus- 
crits d'une épigraphe reproduite dans un pli cacheté. 

Dans ce cas, ils devront : 

Soit en faire elTectuer le dépôt par un représentant parisien dont l'adresse 
sera connue; soit, s'ils envoient leurs manuscrits par la poste, se faire connaître 
confidentiellement k l'Inspecteur des Beaux-.\rts de la Ville de Paris. 

Chaque partition devra être complètement orchestrée. Une réduction au piano 
et chant sera fournie en un cahier séparé, ainsi qu'un exemplaire du livret sur 
lequel la partition aura été écrite. 

— Encore un lauréat du Conservatoire qui vient de faire d'excellents 
débuts à l'Opéra. Décidément, cette Ecole (nous parlons du Conservatoire, 
l'Opéra est, on le sait, une académie) semble avoir entrepris de se moquer 
des critiques influents qui la décrient tant chaque année à l'époque des 
concours et prétendent qu'elle ne produit plus rien'. Voilà encore un de ses 
produits cependant, et cette fois un ténor, rara avis, qui n'a pas la voix 
dans sa poche. Elle est claire, assouplie, forte quan.d il le faut, émue par ici, 
énergique par là, colorée toujours. M. Courtois, c'est son nom, qui est par 
surcroît un élégant cavalier et un comédien non maladroit, a donc rem- 
porté un véritable succès dans le rôle fort important de Sigurd. C'est tou- 
jours bon à enregistrer. 

— Nous donnons ci-dessous l'état des recettes réalisées durant l'année 1896 
pour les théâtres de Paris. 

Nous mettons en regard le bilan de l'année 1894 : 



Opéra •. . . 

Comédie-Française . 
Opéra-Comique. . . 

Odéon 

Renaissance . . . . 

Vaudeville 

Variétés 

Gymnase 

Palais-Royal .... 

Nouveautés 

Châtelet 

Gaîté 

Pbrte-Saint-Martin . 

Arribigu 

Bouffes 

Folies-Dramatiques. 
Menus- Plaisirs . . . 
Château-d'Eau . . . 

Cluny 

Déjazet 

Bou£fes-du-Nord . . 



1894 



3.146.670 
2.009.773 
1.545.267 
428.609 
1.305.551 
1.487.984 
930.144 
578.390 
778.349 
494.486 
953.391 
715.328 
766.531 
604.644 
521.644 
493.176 
143.741 
301.044 
330.775 
1.33.322 
150.952 



1895 


DIFFÉRENCE 


3.183.895 


-r 37.225 


2.126.295 


+ 116.522 


1.448.669 


— 96.698 


612.201 


+ 183.592 


873.052 


— 432.499 


1.198.447 


— 289.537 


1.189.332 


+ 259.188 


987. OH 


+ 408.654 


710.836 


- 67.513 


803.647 


+ 309.161 


905.260 


— 48.131 


1,109.467 


+ 394.139 


1.040.370 


-f 273.839 


518.706 


- 85.938 


453.915 


— 67.729 


425.157 


— 68.019 


94.103 


— 49.638 


289.913 


— 11.131 


388.669 


— 22.106 


100.075 


— 33.247 


133.771 


— 17.181 



Total de 1894: 17.819.771 francs. 

— 1895: 18.S12.624 - 
Soit, en plus, au profit de 1893 : 692.853 francs. 

— Le Figaro raconte cette anecdote peut-être piquante : 

On racontait l'autrejour, dans un bureau de l'administration des Beaux-Arts, 
un mot bien amusant du directeur d'une de nos scènes lyriques. Un jeune mu- 
sicien de talent, déjà connu, était venu lui apporter un ouvrage qui mettait en 
scène des ouvriers en costume de travail : 

— Comment voulez-vous, lui objecta le directeur, qui passe pourtant pour un 
homme d'esprit, comment voulez-vous faire accepter qu'un liomme habillé en 
plombier soit un personnage lyrique, et qu'il chante au lieu de parler argot ? 

L'auteur, un pince-sans-rire remarquable, ne répondait rien, hocliait la tète, 
voulant voir jusiju'où iraient les théories esthétiques de son interlocuteur. 
Et tout à coup, comme illuminé d'une idée imprévue, le directeur dit, en effet : 

— Si vous habilliez vos ouvriers en costume Louis XIII ou Louis XIV, ou 
Louis XV n'importe ! Hein?... Il y avait aussi des plombiers dans ce temps-là... 
Comme cela, tout s'arrangerait I... 

Le jeune musicien ne rit pas, et continua à hocher vaguement la tête. 

Eh ! mon Dieu, ce directeur n'était peut-être pas si mal avisé. Jusqu'à 
plus ample informé, nous estimons aussi que la blouse de « l'ouverrier » 
de nos jours contient dans ses plis bien peu de musicalité. 



^ Les personnes qui, sur la foi des programmes et des affiches, se ren- 
daient, dimanche dernier, aux concerts d'Harcourt, se sont heurtées à une 
clôture inattendue des portes de l'établissement. Le concert, en effet, 
n'avait pas lieu, par suite de difficultés intérieures, les artistes de l'or- 
chestre ayant, au dernier moment, refusé de continuer leur service. Voici 
la note que l'administration des concerts a fait parvenir à ce sujet à la 
presse : « Par suite de la grève d'une partie de l'orchestre, les concerts 
sont momentanément suspendus. Le remboursement proportionnel des 
abonnements est elîectué tous les jours, de deux heures à six heures, salle 
d'Harcourt, 40, rue Rochechouart. » 

— M. Massenet vient d'arriver à Milan pour les dernières répétitions de 
la Navarraise au théâtre de la Scala. La première représentation aura lieu 
mardi prochain. Auparavant M. Massenet s'était arrêté à Gènes, où il a pu 
surveiller les études de W'rt/ier, qui sera représenté aussi au courant de 
cette semaine. 

— M. Raoul Pugno n'a fait que traverser Paris cette semaine, venant de 
jouer à Marseille et à Nimes, où ses succès ont été de plus en plus écla- 
tants. Après le concerto de Schumann avec orchestre, les rappels et les bis 
ont été tels qu'il a dû jouer encore son Air à danser et sa Sèrinade à la lune, 
demandée par le public. M. Pugno a été réengagé pour un nouveau récital 
qu'il doit donner aujourd'liui à Marseille. De là, il se rendra à Montpellier. 

— L'éloquent poète parisien M. Georges Vanor est allé donner sur la 
scène de l'Opéra de Genève une conférence sur Sigurd dans la légende Scan- 
dinave, dans l'épopée germanique et dans la musique française. Notre spirituel 
confrère a instruit le procès de la musique actuellement composée en 
France : il a montré l'assaut germanique emportant les bastions italiens et 
ne laissant debout à l'Opéra de Paris que les forteresses françaises édifices 
par Reyer, Saint-Saëns, Massenet. Puis il a comparé les mythes dans toutes 
les nations et dans toutes les époques, équivalant Sigurd et Brunehîlde à 
Persée et Andromède, etc. Enfin, il a signalé les leitmotive de Sigurd, 
qu'un pianiste indiquait, et encadré de commentaires analytiques les prin- 
cipales mélodies, chantées par les artistes de l'Opéra de Genève. Grand 
succès pour le conférencier et les interprètes, et bel exemple pour les 
directeurs des théâtres de province. 

— M. Julien Tiersot, continuant la série de ses travaux sur la chaTison 
populaire française, vient de publier dans le dernier numéro des deux 
périodiques spéciaux : Méiusine et la Reoue des tradilitms populaires, des ar- 
ticles sur l'histoire et les formes musicales de deux chansons des plus 
répandues, soit anciennement, soit encore de nos jours : la Péronnelle, uni- 
versellement populaire au XV siècle, et la belle complainte du Roi Loys, 
qui a reçu de notre temps de nouvelles et nombreuses consécrations. En 
rapprochant ces études de celles que te Ménestrel a publiées dans ses der- 
niers numéros, l'on voit que M. J. Tiersot tient à considérer le sujet sous 
tous ses aspects. Il faut espérer qu'en multipliant ainsi les recherches de 
détail, l'on arrivera quelque jour à élucider la question, toujours si obscure, 
de l'origine de nos chansons populaires. 

— La Société des instruments à vent va revivre, à la grande joie des ama- 
teurs. Fondée par M. Taffanel et dissoute lorsque, coup sur coup, l'éminent 
virtuose fut nommé chef d'orchestre à l'Opéra et au Conservatoire, elle va 
se reconstituer. MM. G. Gillet, Turban, Hennebains, Reine et Letellier, ses 
anciens collaborateurs, viennent en effet de s'associer avec MM. I. Philipp, 
Berthelier, Loëb et Balbreck, dont les séances de musique de chambre ont 
eu un succès si brillant et si mérité, et annoncent à la salle Erard une 
série de trois concerts de musique ancienne et moderne. 

— Le Barde, opéra en quatre actes et six tableaux, poème et musique de 
M. Léon Gastinel, sera représenté du l""' au .5 février sur le grand théâtre 
municipal de Nice. Les répétitions d'ensemble sont commencées. 

— Dimanche dernier 12 janvier, aux Concerts Lamoureux, M""" Henry 
Jossic, la très remarquable pianiste, a exécuté fort brillamment les Varia- 
tions symphoniques pour piano et orchestre deCésar Franck. L'œuvre si belle 
du regretté maître a trouvé en M"" Jossic une interprète de choix, qui, 
avecautant de netteté que de charme, a su jouer en musicienne consommée. 

— La librairie Fischbacher vient de faire paraître sous ce titre ; La 
Musique à Paris(tS94-9a), un volume de M. Gustave Robert, qui rend compte 
du mouvement des concerts pendant la dernière saison. 

— L'École classique de la rue de Berlin, dirigée par M. Ed. Chavagnat, 
mettra au concours le jeudi 23 janvier courant : deux bourses supplémen- 
taires pour le piano supérieur 1™ division (femmes) et deux pour le piano 
(hommes). Le morceau d'exécution, laissé au choix du candidat, devra cor- 
respondre comme difficulté au concerto en fa mineur de Chopin. Pour 
renseignements complémentaires s'adresser à l'administration, 20, rue de 
Berlin, où l'on s'inscrit. 

— Très grand succès, à la Société des concerts populaires de Lille, pour 
Louis Diémer dans le concerto de Schumann, et pour le jeune violoniste 
Boucherit, qui a dit d'abord le concert-stûck de Diémer, avec orchestre, 
puis la jolie Page d'amour, de Fischhoff, qu'il lui a fallu bisser d'acclama- 
tion. Ce jeune artiste, dont le talent est si plein de charme, sera un grand 
virtuose avant qu'il soit longtemps. 

— Vendredi dernier a eu lieu, chez M""' Anna Fabre, la deuxième séance 
des Causeries qu'elle a créées avec le concours de M. Charles Grandmougin 
sur l'esthétique et l'histoire de la musique. A l'appui de cette causerie 



24 



LE MENESTREL 



qui comprenait la période de Scarlatti, Rameau, Couperin et Hœndel, 
différents morceaux ont été ciiantés avec un grand sentiment d'art par 
M"' de Francmesnil, M"' Mary Ador, M. Challet et les chœurs, dirigés par 
M. Weckerlin. Enfin, MM. Van "Waefelghem et Lucien Wurmser, avec un 
goût vraiment exquis, ont pour ainsi dire transporté l'élégant auditoire en 
se faisant entendre sur la viole d'amour et sur le clavecin. Ces deux très 
intéressants instruments avaient d'ailleurs inspiré à M. Ch. Grandmougin 
deux poésies charmantes qui lui ont valu de nomhreux applaudissements. 

— Voici le programme de la 10= séance des œuvres de Ch. Grandmou- 
gin (22 janvier, à 3 heures). Institut Rudy, 4, rue Caumartin : Scène de 
Jeanne d'Arc et ses voix, dite par M"" Gerfaut, de l'Odéon, avec le concours 
de M""^ Lannes, Duhamel et de M. Gallia, pour les voix (musique de Ca- 
rissimi, XVII" siècle) ; Orf'' ri Den/fT^. dite par l'auteur; Berceuse alsacienne, 
dite par M"'^ Gerfaut ; et la Marseillaise, poésie, dite par M. Falconnier. 

— Vendredi dernier, intéressant concert donné à la salle Pleyel par 
M"= Luranah Aldridge, dont la belle voix de contralto a fait merveille. 
M"« Luranah Aldridge, qui travaille depuis quelque temps sous la savante 
direction de M"' Yveliug RamBaud, vient d'être engagée par M"' Cosima 
Wagner pour chanter cette année, au théâtre de Bayreuth, plusieurs dos 
œuvres du cycle wagnérien. 

— Au Grand-Théâtre de Nantes, vif succès pour la Proserpine de M. Saint- 
Saêns, grâce au mérite de l'œuvre et à une interprétation de choix, fré- 
quemment applaudie : M.""^' Vaillant-Couturier et Buhl, MM. Scaremberg, 
Grimaud et Artus. Particulièrement remarquée M"= Buhl, dans le rôle 
gracieux d'Angiola. 

— Jeudi dernier, salle Pleyel, première séance de la Société de quatuors 
del'éminentvioloniste A.Weingaertner. Au programme, entre autres œuvres 
intéressantes, la belle sonate en ut mineur de Grieg. 

— On nous annonce le départ de M. Jean Rondeau pour la côte d'Azur, 
où l'appelle une série d'engagements. 

— On nous écrit pour nous signaler les succès qui ont accueilli MM. René 
et Henri Schidenhelm, violoncelliste et pianiste, dans la tournée qu'ils 
viennent de faire à Besançon, Dijon, Belfort, Montbéliard, Dôle, Vesoul, 
etc. Partout la déjà célèbre Méditation de Thais a été redemandée au jeune 
violoncelliste. A côté des deux excellents virtuoses, on a aussi beaucoup 
applaudi M°" Magdanel dans le grand air de Sigurd. 

— M. A. Lefort, professeur au Conservatoire, qui doit se faire entendre 
le 19 janvier aux concerts Pister dans une suite pour violon et orchestre 
de M. Paul Chabeaux, reprend ses concerts de musique de chambre le ven- 
dredi 17 janvier, à la Salle de géographie. 

— Soirées et concerts. — M"" Marie Rnefl' vient de donner, suivant son habi- 
tude, une séance d'élèves dont la seconde partie était uniquement composée 
des œuvres de M. Paul Vidal. Après le grand succès obtenu, le mois dernier, 
par l'audition Massenet, l'audition Vidal n'a pas moins bien réussi. Parmi les 
mélodies qui ont produit le plus d'effet, citons les Baisers, des fragments d'Eros, 
Gardénias, Oublions les jours moroses, les Toutes Petites, k Chant de l'arquebusier, 
Ariette et le Chant de Noël, dit par toutes les élèves. Dans la première partie, 
M"° Renée Bonheur (airs de Paul et Virginie et de Lakmé] et M""°Blad {Pensée d'au- 
tomne, 3. Massenet), se sont surtout fait remarquer. Le 5 février, M"' Rueff fera 
entendre les compositions de Ch. Lefebvre. — M"" Querrion s'est fait entendre 
avec un vif succès à la Société académique, musicale et littéraire de France, 
où elle a exécuté, avec son élégance. coutumière, une Ballade de Chopin, une 
Improvisation de Massenet et la valse-caprice de Schubert-Liszt. 



NÉCROLOGIE 
Triste fin! M. Henri Jahyer, un fort aimable garçon, qui avait fait 
dans plusieurs journaux du reportage théâtral et qui fut durant trois ans 
le secrétaire du théâtre de l'Opéra-Comique, s'est tiré dans la nuit du 
mercredi un coup de revolver dans la tête. Il avait pris, cet hiver, la direc- 
tion difficile des théâtres de Nantes, où les dilettantes prétendent avoir 
beaucoup en donnant peu. Sont-ce les soucis qu'il eut de ce côté, des 
embarras d'argent ou des chagrins de cœur qui l'ont réduit à cette funeste 
détermination ? Toujours est-il que M. Henri Jahyer s'en va avec les sym 
pathies de tous ceux qui l'ont connu, très attristés qu'un jeune homme 
comme lui ait désespéré si vite de la vie et n'ait pas cherché davantage 
autour de lui des soutiens qu'il eût certainement trouvés. 

— Nous apprenons la mort d'une ancienne artiste fort estimable qui avait 
eu son heure d'agréables succès, M™ veuve Sainte-Foy, née Clarisse 
Henri, qui vient de s'éteindre à Barbizon, à l'âge de 79 ans. M""-' Cla- 
risse Henri avait débuté à l'Opéra-Comique aux environs de 1840, 
et y avait été fort bien accueillie, ses qualités d'artiste étant doublées d'une 
beauté rare. Devenue l'épouse de son camarade Sainte-Foy, dont les an- 
nales du théâtre n'ont pas perdu le souvenir, elle crut devoir quitter la 
scène, mais continua son service à la Société des concerts, où elle resta 
jusqu'en 1870. Elle se retira alors à Barbizon avec sa sœur qui, comme 
elle, appartenait aux concerts du Conservatoire. A la suite de son mariage, 
M"" Sainte-Foy s'était consacrée sans réserve à l'enseignement. 

— La seconde fille de Meyerbeer, M"'= la baronne Blanche de Korff, est 
morte à Rome, à l'âge de 64 ans. Son mari est général de brigade dans 
l'armée prussienne et fait actuellement un voyage autour du monde. Son 
fils unique est chef d'escadron dans la cavalerie allemande, à Metz. 

— De Rome on annonce la mort, à l'âge de 60 ans, d'un artiste nommé 
Ercole Ovidi, qui fut tour à tour journaliste, compositeur, et... spéculateur. 
On lui doit la musique de plusieurs opérettes : Befana, Re Maccarone, etc., 
qui ne furent pas sans avoir quelque succès. Ce personnage, qui s'était 
enrichi jusqu'à devenir millionnaire dans la transformation édilitaire de 
Rome, se vit complètement ruiné lorsqu'arriva l'inévitable débâcle, et est 
mort dans la plus profonde misère. 

— A Budapest est mort, à l'âge de 57 ans, le pianiste Willy Deutsch, 
qui commença sa carrière comme enfant prodige, mais qui plus tard devint 
néanmoins un pianiste distingué et un excellent professeur. Deutsch jouait 
souvent aux concerts philharmoniques de Budapest, et s'est aussi produit 
avec succès à Vienne, où il était bien connu. 

— A Vienne est morte, à l'âge de 71 ans, M°"= Sophie Wlezek, profes- 
seur de chant au Conservatoire de cette ville, qui dans sa jeunesse fut 
une excellente cantatrice et fournit une carrière de plus de trente ans au 
théâtre de la cour de Bade. 

Henri IIeugel, directeur-gérant. 

THÉÂTRE ROYAl D'ANVERS 

LA CONCESSION POUR LA CAMPAGNE 1896-97 EST VACANTE 

Le cahier des charges est envoyé aux intéressés sur simple demande 
adressée au Bourgmestre. Les demandes pour la concession doivent être 
reçues à l'Hôtel de Ville d'Anvers au plus tard le 23 janvier courant. 



En l'ente au MÉNESTREL, 2 bis, rue Vivieniie. 

CONCERTS LAMOUREUX 

ciBQUÇ d'Été 
Dimanche J g janvier iSg6 



Ouverture de la FLUTE ENCHANTÉE 

Parties d'orchestre, net: 8 ». — Chaque partie supplémentaire, cet: 2 
Piano, disposé pour la conduite de l'orchestre : 7 50. 



L. DIÉMER, transcrip lion de concert 7 SO | G. MATHIAS, transcription . . 7 oO 
G. MATHIAS. transcription pour piano à 4 mains : 9 » 

LA MORT DE TMÏS 

SUR L'OPÉRA DE 

J. MASSENET 



PRIX : 
9 Irancs 



9 francs 



C. SAINT-SAENS 



En Tenlo AU MÉNESTREL, 2 bis, 



HEUGEL & C'«, ■'■dilcnrs-propiiéljirts. 



CONCERTS DE L'OPERA 

Dimanche i g janvier iSgO 



AMBROISE THOMAS 

FRANÇOISE DE RIMINI 

Op6ra en 4 actes, avec prologue et *:'i>ilOjp.'ue 

PROLOGUE 

AlRDEVlRGlLE:Pri«éd<;(ot((cai*'('cj6 » | DUO DES AMES: 4m(com;ja((SsaH( (Sel 1)6 ^ 

Partition complète piano et chant, prix net : 20 » 

Partition pour piano seul, prix net; 12 » 

J. MASSENET 



POÈME D'UN SOIR 

Extrait des Gloses orphiques, de George VAN OR 
Un recueil in-o°. — Prix net : 3 francs. 

III. Defuncta nascuntnr. 



li. Fleuramye. 



QEUGERE, 20, 1 



Dimanche 26 Janvier 1896. 



3383. — 62™^ mm — S" 4. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis^ rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du MÉrtESTREL. 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnemenL 

Un an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, :20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Gliant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Musique antique, les nouvelles découvertes de Delphes (2" article), Julien 
TiERsOT. — II. Bulletin théâtral : La résurrection des Folies-Marigny, Arthur 
PouGiN. — III. Ce que m'a dit la viole d'amour, Charles Granbmoogin. — IV. La 
nouvelle loi autrichienne sur les droits d'auteurs (l"' article), Oscar Berggruen. 
— V. Revue des grands concerts. — VI. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 



MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce jour : 

LE DERNIER RENDEZ-VOUS 

sonnet de Camille du Locle, musique d'ERNESi Reyer. — Suivra immédia- 
tement : La Nuit, nouvelle mélodie de Gn.-M. Widor, poésie de Padl 

BOURGET. 

MUSIQUE DE PIANO 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
PIANO : Brises du cœur, valse de ï^ilippe Fahrbaoh. — Suivra immédiate- 
ment : Le Joyeux Luron, quadrille du même auteur. 



MUSIQUE ANTIQUE 

LES NOUVELLES DÉCOUVERTES DE DELPHES 



I 

(Suite) . 

Les trois strophes suivantes, en très mauvais état, retracent 
l'arrivée d'Apollon à Delphes, la fondation de son temple, 
son combat avec le serpent Python, enfin la protection dont 
il couvre le pays. 

Mais, ô maître du trépied fatidique, marche vers la crête du Far- 
dasse, foulée par les immortels, amie des saintes extases. 

Là, ô Seigneur, tes blondes boucles ceintes d'un rameau d'olivier, 
tu traînais de ta main immortelle d'immenses blocs, fondements de 
ton temple, quand tu te vis en face de la monstrueuse fille de la 
Terre. 

Mais, ô fils de Latone, dieu à l'aimable regard, tu affrontas le 
dragon, et l'inabordable enfant de Géa expira sous les traits de ton 
arc... Et tu veillais près du saint ombilic de la terre, ô Seigneur, 
quand la horde barbare, profanant le siège de ton oracle pour en 
piller les trésors, périt dans une tourmente de neige. 

La musique de la première de ces trois strophes est si mal 
cûûservée que nous n'en reproduirons rien : bornons-nous à 
indiquer qu'on y retrouve des traces de la formule mélodique, 
déjà signalée, roulant sur les notes aiguës : ré mi fa, et que 
la cadence finale s'opère sur le mouvement d'octave descen- 
dante : mi mi, avec lequel les phrases précédentes nous ont 
aussi familiarisés. 



De la strophe qui suit, où reparait le genre chromatique, 
nous citerons ces deux fragments : 




La fin est effacée, sauf les deux dernières notes, qui mon- 
trent la cadence finale s'achevant sur un sol. 

Enfin l'octave mi mi reparaît dès le début de la dernière 
strophe, oii l'échelle redevient diatonique : 



Mais la suite est de plus en plus mutilée. Par places on 
retrouve la formule ré mi fd mi, qui semble former la base 
de la mélopée. A la fin, le ton s'élève, et la voix monte jus- 
qu'aux dernières notes du registre aigu : 




La fin manque. M. Reinach croit que la cadence s'opère 
sur le la du médium, comme dans la première strophe de 
l'hymne : cela est probable en effet. Comme dans cette même 
strophe, le si est constamment bémol. Nous voilà donc reve- 
nus à la tonalité initiale. 
Le récit est fini ; l'hymne se termine par une prière : 
Mais, ô Pbébus, protège la ville fondée par Pallas et son noble 
peuple, et toi aussi, ô reine des arcs et des chiens de Crète, Artémis 
chasseresse, et loi, ô vénérable Latone. Prenez soin des habitants 
de Delphes, afin qu'eux, leurs enfants, leurs femmes, leurs maisons 
soient à l'abri de tout revers. Soyez propices aux serviteurs de Bac- 
chus, couronnés aux jeux sacrés de la Grèce. Qu'avec votre aide le 
glorieux empire des belliqueux Romains, toujours fort et Jeune et 
florissant, puisse croître en marchant de victoire en victoire (1). 

Pour ce dernier épisode, le rythme a changé : il a pris un 
aspect plus lyrique. Comme, pour en faire sentir exactement 
l'impression musicale, il importe que les valeurs rythmiques 
soient représentées par des notes, j'adopterai ici la restitu- 
tion de M. Th. Reinach, en donnant entièrement les quatre 
premiers et les quatre derniers vers de la prière, et en sup- 

(1) La traduction française de l'hymne, comme la restitution des vers grecs 
(qu'il ne nous a pas sembléopporlun de reproduire dans ce journal), est due à 
M. Henri Weil. 



26 



LE MÉNESTREL 



primant le milieu, dont il ne reste que quelques notes épar- 
pillées çà et là : 




Ainsi s'achève cet hymne en l'honneur des dieux d'autre- 
fois: relique vénérable et précieuse, à laquelle il semble que 
son délabrement même ajoute un charme imprévu. C'est 
comme un chant très lointain, dont les vibrations subtiles 
nous seraient apportées du fond d'une vaste plaine. Parfois 
on dirait que la voix s'arrête, emportée par le vent : cepen- 
dant, prétons l'oreille, et, de la mélopée indécise et incomplète, 
nous saurons bien dégager une impression générale, qui se 
précisera par l'analyse, et grâce à laquelle il nous sera permis 
enfin de pénétrer le sens de cette antique inspiration. 

II 

Pour cela, il nous faut considérer les questions diverses 
que soulève la découverte et la transcription de ce chant. 

Tout d'abord, quelle en est la véritable ancienneté? Nous 
pouvons le savoir, du moins d'une façon approximative, sans 
chercher d'autre document que le texte même. D'une part, 
il est parlé à la fin de la poésie du « glorieux empire 
des belliqueux Romains », en faveur de qui le poète invoque 
la protection d'Apollon : c'est donc que le morceau est posté- 
rieur à l'établissement du protector'at de Rome sur les villes 
grecques, proclamé aux jeux isthmiques en 196. D'autre part, 
en une autre partie de l'hymne, il est fait mention d'une 
horde barbare qui envahit l'Hellade pour piller les trésors 
de Delphes, et que le dieu fit périr dans une tourmente de 
neige: ces barbares, c'étaient nos propres ancêtres, — sans 
nulle vanité, — lesquels firent leur incursion en Grèce en 278. 
Les fâcheux souvenirs qu'avait laissés le passage des Gaulois 
n'étaient pas oubliés, on le voit, au bout d'un siècle, puis- 
qu'il estmanifeste qu'on chantait encore à Delphes des chants 
de triomphe sur leur déroute après 196. Il est probable, cepen- 
dant, que l'hymne n'est pas de beaucoup postérieur à cette 
dernière date, et qu'il fut composé dans le courant du 
deuxième siècle avant Jésus-Christ. 

L'auteur, maintenant. Ici, le champ est ouvert à toutes les 
conjectures. N'a-t-on pas vu, après l'audition du premier 
hymne, un journaliste déclarer gravement que l'auteur n'était 
autre que... Socrate? Car il avait lu dans un dialogue de Pla- 
ton (ces journalistes savent toutI)que Socrate, — lequel avait 
coutume de dire de son illustre disciple : « Combien ce jeune 
homme me fait dire de choses auxquelles je n'ai jamais 
pensé! » — avait composé une poésie en l'honneur d'Apollon, 
dont les idées principales se retrouvaient, approximatives, 
dans l'hymne de Delphes. C'était assurément une conclusion 
qui s'imposait. 

Une hypothèse plus digne d'attention a été émise par un 
des membres de l'École d'Athènes, M. Couve, dans un article 
consacré à l'étude des inscriptions découvertes à Delphes (1). 
Parmi ces inscriptions, M. Couve avait remarqué un décret 
en l'honneur d'un certain Cléocharès, fils de Bion, Athénien, 
foètede chants (poiètèsmélôa), et auteur couronné de trois hymnes 
en l'honneur d'Apollon, savoir : un prosodion, un péan et un 
hymne, destinés à être chantés par un chœur d'enfants à la 
fête des Théoxénies. Cette inscription ayant été trouvée dans 
le Trésor des Athéniens, à l'endroit même où étaient les 



(1) Bulletin de corr 



nce hdténirjue, 1894, p. 70 et suiv. 



fragments musicaux, et présentant avec ceux-ci les mêmes 
caractères paléographiques, le rapprochement s'opérait natu- 
rellement: M. Couve concluait que Cléocharès, fils de Bion, 
Athénien, était l'auteur même des hymnes. 

Les observations postérieures ont établi, cependant, que 
cette conjecture, tout ingénieuse qu'elle fût, n'était pas fondée. 
Tout d'abord, les fragments musicaux trouvés ne constituent 
par trois morceaux distincts, mais deux seulement. Aucun 
de ces morceaux n'est ni un prosodion, ni un péan, ni un 
hymne proprement dit, mais l'un comme l'autre semblent de- 
voir être classés dans le genre de l'hyporchème. Enfin l'examen 
de la mélodie témoigne surabondamment qu'elle n'a pas pu 
être composée pour un chœur d'enfants. 

Une phrase de la strophe finale du second hymne peut 
seule jeter quelque lumière sur ce point: c'est la prière en 
faveur des « serviteurs de Bacchus couronnés aux jeux sacrés 
de la Grèce. » Ces serviteurs de Bacchus étaient les chan- 
teurs, musiciens et danseurs, auxquels avait été confié le soin 
d'exécuter l'hymne dans le temple d'Apollon : ils appar- 
tenaient au synode des artistes dramatiques et lyriques 
d'Athènes, et M. Weil dit qu' « on peut se tenir assuré que 
l'auteur de l'hymne était membre de la même association. 
Beaucoup de documents prouvent que les synodes dionysia- 
ques avaient des poètes à eux; et qui donc aurait fait figurer 
les artistes dans son œuvre à deux reprises et avec tant de 
sympathie, si ce n'est un sociétaire qui parlait de ses cama- 
rades? » (1). 

La conclusion est que l'auteur de l'hymne était Athénien, 
mais que son nom ne nous est pas connu. Aussi bien nous 
est-il indifférent qu'il s'appelle Cléocharès ou de toute autre 
manière, du moment que ce nom n'est que celui d'un obs- 
cur poète lyrique d'une époque de décadence. Je ne voudrais 
pas, certes, déprécier le résultat de recherches dont l'impor- 
tance est, malgré tout, considérable pour l'histoire de la 
musique ; cependant, il faut bien avouer que les deux hymnes 
à Apollon, infiniment précieux parce qu'ils sont les plus 
anciens monuments musicaux venus jusqu'à nous, ne sont 
que des œuvres d'une valeur secondaire, produites par des 
artistes sans génie et sans gloire: morceaux de concours 
couronnés aux jeux publics, fabriqués dans le moule con- 
venu, composés selon les règles, mais sans personnalité et 
sans essor : de simples cantates de prix de Rome 1 Combien plus 
précieux serait pour nous un simple fragment d'un nome de 
Terpandre, ou d'une mélodie de flûte d'Olympe, ou bien 
encore une ode de Damon, le maître de Périclès, ou quelque 
mélodieux chant de ce Phrynis, qui semble avoir été le 
Mozart de l'antiquité I 

Pour le genre auquel appartiennent les deux hymnes (on 
peut les réunir dans la même étude, car leurs analogies sont 
manifestes), il se détermine par le rythme et la structure 
générale : ce sont, nous l'avons déjà dit incidemment, des 
■ hyporchèmes, sortes de compositions lyriques d'un caractère 
religieux, où la poésie, la musique et la danse se combi- 
naient harmonieusement. L'ensemble des genres dans les- 
quels ce triple élément s'associait était l'orchestique, forme 
essentiellement propre au génie grec, et contenant, en une 
intime union, l'ensemble le plus complet possible des élé- 
ments de l'art lyrique. 

Quelques auteurs ont pensé que ces hyporchèmes étaient 
destinés à accompagner la procession des fidèles pendant sa 
marche vers le temple d'Apollon. Mais la mesure à cinq 
temps, qui est celle du premier hymne et de la plus grande 
partie du second, est peu favorable à la marche ; d'autre part, 
la grande étendue du chant et l'acuité de certaines notes 
semblent indiquer que la mélodie était chantée par une seule 
voix (d'homme) accompagnée par les instruments (cithare et 
peut-être wdos) ainsi que par une danse collective : telle est 
l'opinion exprimée par M. Gevaert dans l'appendice de son 
livre récent: la Mélopée anlùjue dans le chant de Féglise latine, et 

(1) Bulletin de correspondance hellénique, 1895, p. 348. 



LE MÉNESTREL 



27 



M. Th. Reinach la juge « très défendable. » Une combinai- 
son de ce genre est mentionnée au 18'= chant de VJliade, au 
cours de la description du bouclier d'Achille: 

« Hèphaistos représenta un chœur de danse semblable à ceux 
que jadis Dédale forma pour Ariadnèàla belle chevelure. Des 
adolescents et des vierges attrayantes, se tenant par la main, 
frappent du pied la terre. De longs -vêtements d'un lin fin 
et léger et des couronnes de fleurs parent les jeunes filles. 
Les danseurs ont revêtu des tuniques d'un tissu riche et brillant 
comme de l'huile ; leurs épées d'or sont suspendues à des 
baudriers d'argent. Tantôt le chœur entier tourne rapidement, 
semblable à la roue d'un potier; tantôt les danseurs se sépa- 
rent et forment de gracieuses lignes qui s'avancent l'une au- 
devant de l'autre. Un divin aède, en s'accompagaant de la 
lyre, les anime par ses chants. Deux agiles danseurs, dès 
qu'il commence, répondent à sa voix en pirouettant au milieu 
du chœur. » 

(A suivre.) Julien Tiersot. 



BULLETIN THEATRAL 



LA. RÉSURRECTION DES FOLIES-MARIGNY 
Oh ! ces Folies-Marigny ! Quelle histoire ! et quels souvenirs ! 
Quels trésors reeèlenl dans leur sein les annales de cet ancien et 
mignon théàtricule qui renaît aujourd'hui de-ses cendres, agrandi et 
transformé, et quel chroniqueur, nouveau Eroissart, voudra entre- 
prendre d'écrire son histoire héroï-comique"? 

Les souvenirs abondent el les noms se présentent en foule au 
sujet de ce petit théâtre qui, tout modeste qu'il était, altira tout 
Paris, el qui avait été construit d'abord, sous le nom de salle Lacaze, 
pour les séances d'un prestidigitateur habile. Puis, c'est Otfenbaoh 
qui s'en empara pour y fonder ses Bouffes-Parisiens, on sait avec 
quel succès ! Il y crée tes Deux Aveugles avec Pradeau et Léonce, le 
Violoneux avec Darcier, il y fait défiler Berlhelier, Désiré, Hortense 
Schneider, Gorahe Guffroy et tant d'autres. Après lui, c'est Charles 
Deburau, qui donne son nom au théâtre, qui y relève la pantomime 
et qui fait jouer les premières pièces de Charles Lecocq : te Baiser à 
la porte, Ondines au Champagne, Liline et Yalenlin, le Cabaret de Ramjjon- 
neau Vient ensuite la comtesse de Ghabrillan, alias Céleste Mogador, 
qui produit et joue elle-même ses prétendues comédies, avec de mer- 
veilleux effets de jambes. 

Après elle, quoi? Audray-Deshorties, puis le photographe Numa, 
puis le vaudevilliste Amédée de Jallais, puis le compositeur Eugène 
Moniot, connu jusqu'alors comme simple auteur de romances, st qui 
déballe là une demi-douzaine d'opérettes sans grande conséquence, 
tout en faisant jouer celles de ses confrères : J. Nargeot, chef d'or- 
chestre des Variétés, Robillard, chef d'orchestre du Palais-Royal, 
Oray, chef d'orchestre des Folies-Dramatiques, Kriesel, chef d'or- 
chestre des Délassements-Comiques, Auguste l'Eveillé, chef d'or- 
chestre... de la maison. Us y passent tous. 

Arrive Moatrouge, qui rend à la noble entreprise tout son lustre 
et toute sa splendeur. Vaudeville, opérette, revue, parodie, fantaisie, 
tout lui est bon. Il engage tout un bataillon de jolies femmes, dont 
quelques-unes, par surcroît, étaient comédiennes (on peut citer Cé- 
line Chaumont et Constance Bade), et il commence la série de ses 
innombrables succès : les Virtuoses du pavé (à toi, Busnach !), En 
classe, mesdemoiselles, les Gammes d'Oscar, l'Orphéon de-Fouillg-les-Oies, 
le Sire de Barbe-Bleue, et combien d'antres chefs-d'œuvre. 

Nous ne sommes pas au bout. On voit encore défiler là, comme 
directeurs, le « citoyen « Garnier, qui fut directeur de l'Opéra sous 
la Commune, puis l'infortuné Gaspari, ancien directeur du théâtre 
Beaumarchais, puis... jusqu'au chanteur Montaubry, l'ancien Fra 
Diavolo, l'ancien Shakespeare de l'Opéra-Comique, qui, se souvenant 
qu'il avait joué aussi à ce théâtre Horace du Domino noir, découvre 
tout à coup en lui la verve du compositeur et écrit une opérette 
intitulée Horace, qu'il joue lui-même, avec un succès médiocre d'ail- 
leurs. A ce moment, le beau temps des Folies-Marigoy était passé, 
leur astre était complètement obscurci, Montaubry s'éclipsa bientôt 
pour aller jouer Orpliée aux enfers à la Gaîté, le théâtre passa de main en 
main — jusqu'au plus vilain, c'est-à-dire jusqu'à celui qui, après une 
série ininterrompue de fermetures et de réouvertures, finit par le fer- 
mer définitivement. Je ne saurais, je l'avoue, révéler le nom de cet 
illustre inconnu. Toujours est-il qu'un beau jour l'ancienne salle 



Lacaze, devenue les Bouffes-Parisiens, devenue le théâtre Deburau, 
devenue les Folies-Marigny, disparut, comme on disait sous le règne 
édilitaire du baron Haussmann, sous la pioche des démolisseurs, 
et que Paris perdit un des plus beaux fleurons de sa couronne artis- 
tique. 

■ Une telle situation ne pouvait durer. La disparition d'un établisse- 
ment aussi essentiellement parisien créait un vide dans la Ville- 
Lumière. Les chevaux du Cirque se sentaient isolés, et les Champs- 
Elysées, veufs de leur plus bel ornement, faisaient entendre de 
plaintives doléances. Vint un homme audacieux qui jura de rendre 
aux premiers leur aimable voisinage, aux seconds la noble institution 
dont ils regrettaient si amèrement l'existence féconde en triomphes 
et en péripéties. Ce brave homme et cet homme brave se promit à 
lui-même de relever les Folies-Marigny de leurs ruines et de les 
rendre au public idolâtre. Mais comme ce siècle est l'ami du progrès, 
au lieu de la salle exiguë et mignonne à laquelle nous étions 
naguère accoutumés, il fit construire une salle vaste sans 
exagération, d'une forme élégante, décorée de la façon la plus 
délicieuse, en des tons doux et harmonieux, dont le fondu 
plein de délicatesse est pour charmer le regard le plus difficile. 
Il commanda à deux auteurs, MM. Michel Carré et Collas, un 
« à-propos-revue » en quatre actes et cinq tableaux auquel on donna 
pour titre le Dernier des Marigntj et qu'on accompagna, avec quelques 
bons vieux ponts-neufs, d'une musique écrite par M. Edmond Missa, 
il encadra le tout dans de jolis décors, avec des costumes tout bat- 
tant neufs et d'une élégance pleine de goût, et enfin, le mercredi 
22 janvier de l'an de serai-froidure 1896, il convia le bon peuple de 
Paris à l'inauguration des Folies-Marigny deuxième manière. 

Du Dernier des Marigny considéré en lui-même, je ne dirai pss 
grand'chose, parce qu'il me semble, à parler franc, que cela ne vaut 
pas grand'chose. U y a des revues meilleures assurément, et je crois 
en avoir vu de préférables. Mais la mise en scène est très soignée, 
mais il y a là nombre de minois aimables, et l'on rencontre quelques 
artistes qui ne sont pas à dédaigner. Deux entre autres, ceux qui 
mènent la revue, le compère et la commère, M. Pierre Achard et 
M"'^ Marguerite Deval, méritent de sincères éloges. Il y a aussi 
M"'= Ferai, fort agréable, une Anglaise authentique, miss Halton, 
d'une fantaisie un peu cherchée, mais douée d'une voie assez jolie, 
puis encore MM. Angély, Vandenne, Lagarde, etc., et un petit pelo- 
ton de danseuses qui ne sont pas pour déplaire aux yeux. Le tout 
est précédé d'un prologue en vers de M. Armand Silvestre, dit par 
M"'= Marianne Chassaing et souligné d'une discrète musique de 
M. Francis Thomé. Enfin, il faut mentionner un bon petit orchestre 
qui marche avec entrain, et dont le chef paraît bien connaître 
son métier. Le malheur, c'est que si la salle est charmante, elle est 
exécrable au point de vue de l'acoustique, et que malgré les efforts 
des artistes, on n'y entend pas la moitié de ce qui se dit sur la 
scène. 

Quoi qu'il en soit, je souhaite au nouveau théâtre tout le succès 
qu'il peut désirer. Les Folies-Marigny sont mortes, vivent les Folies- 
Marigny ! 

Arthur Pougin. 



CE QUE M'A DIT LA VIOLE D'AMOUR C) 

A Van Waeffelghem. 

Du Lido de Venise aux brumes d'Angleterre 
.T'ai frissonné longtemps sous des doigts enchantés, 
J'ai pleuré de tendresse et vu des cœurs domptés 
Par ma sonorité fine au léger mystère. 

J'ai rythmé pour le bal des menuets charmants 
Jusqu'à l'heure où la nuit enivrante s'achève. 
J'ai su dire sans mots la douleur des amants 
Et traduit en accords l'infini d'un beau rêve; 

Sept cordes de métal vibrent célestement 
Sous le premier réseau de mes cordes tendues; 
Tel, derrière les bois aux sombres étendues 
Vibre un doux crépuscule au fin rayonnement ; 

J'ai frémi longuement comme frémit une âme 

Devant des yeux de fée à présent endormis ; 

Oîi sont ils, les regards qui me furent amis ? 

Doux astres morts, où brûle à présent votre flamme'? 

(l) Cette poésie a été dite à la deuxième séance de M. Cliarles Orandmougin 
(Estliétique musicale, cours Fabre). 



28 



LE MENESTREL 



Tout un passé sommeille en moi, mystérieux, 
Passé vaste où l'ivresse à l'angoisse est unie; 
Quand je devins l'écho palpitant d'un génie 
Sur la terre un moment j'ai fait briller les eieux. 

Par de pieuses mains soudain ressuscitée 
J'exhale avec bonheur les doux chants d'autrefois ; 
Aux modernes amours je puis prêter ma voix 
Et devenir la plainte en pleurant écoutée. 

Ainsi que les forêts sous l'azur radieux 
Dorment sans mouvement, taisant leur harmonie, 
Et lorsque passe un souffle en leur voûte infinie 
Éveillent leurs sanglots longs et mélodieux. 

Ainsi dans sa prison, mon àme ensommeillée 
Attendait de chanter, sous un archet vainqueur, 
Et rêvait de répondre aux grands appels d'un cce'ir 
Comme répond au vent l'ondoyante feuillée . 

J'étais dans mon oubli la Belle au bois dormant 
Que tant de beaux seigneurs, jadis, avaient servie, 
Mais un bon chevalier brise l'enchantement 
Et me rend, jeune et belle, au charme de la vie. 

Charles Grandmougin. 



LA NOUVELLE LOI AUTRICHIENNE 

SXJR, I_iBS IDR,OITS D'-A-XJTBXJR, 



La loi du 26 décembre 1893 sur les droits d'auLeur, qui vient 
d'être promulguée en Autriche, est vraiment en grand progrès sur 
celle de 1846 dont les iniquités ont fait tant de tort aux auteurs et 
compositeurs. Cependant, la nouvelle loi ne reconnaît pas encore 
complètement le droit absolu de l'auteur sur son œuvre au même 
degré que la loi française, ou même que les nouvelles lois actuelle- 
ment en vigueur dans l'empire allemand et dans le royaume hongrois. 

Dans l'examen que nous allons en faire, nous nous occuperons 
spécialement des œuvres dramatiques et de la composition musicale; 
à cet effet, et en raison de l'importance des intérêts qui sont en jeu, 
nous croyons devoir, tout d'abord, donner à nos lecteurs un aperçu 
général du texte de la loi au point de vue qui nous intéresse : 

DISPOSITIONS GÉNÉRALES 

Le droit d'auteur s'étend sur l'œuvre considérée dans sa totalité et dans 
fontes ses parties . 

La protection des œuvres des auteurs étrangers est réglée par les traités 
conclus avec les Etats respectifs. 

Parmi les œuvres de littérature et d'art auxquelles s'applique la nouvelle 
loi, figurent les œuvres dramatiques lyriques (dramatico-musicales) et 
chorégraphiques, et enfin toutes les œuvres scéniques et œuvres musicales 
avec ou sans paroles. 

Est considéré comme date de l'apparition d'une œuvre le jour où elle a 
été éditée licitement, c'est-à-dire où elle a été répandue avec le consente- 
ment de l'ayant droit. 

Pour les œuvres musicales et pour les œuvres scéniques, ce jour sera 
eelui de la première représentation publique licite. 

Le droit d'auteur, en ce qui concerne une œuvre composée en commun 
par plusieurs personnes, appartient à tous les collaborateurs collective- 
ment et par indivis. Ils ne pourront disposer de l'œuvre, en particulier 
pour l'éditer, la reproduire, la représenter, qu'en vertu de leur consente- 
ment réciproque, mais chacun d'eux est autorisé à poursuivre judiciaire- 
ment les atteintes portées au droit commun à tous. 

Jusqu'à preuve contraire, est considéré comme auteur d'une œuvre pu- 
bliée celui dont le vrai nom est indiqué comme nom d'auteur lors de l'ap- 
parition de l'œuvre. Quand l'œuvre paraît en plusieurs exemplaires ou 
reproductions, il faut que tous portent le nom inscrit soit sur la feuille 
de titre, soit sous la dédicace, soit sous la préface, soit à la fin de l'œuvre. 

Lorsque l'apparition d'une œuvre a lieu sous la forme de représenta- 
tion publique, la publication du nom doit être faite lors de l'annonce de 
la première représentation. 

Les œuvres n'ayant pas paru avec indication du vrai nom de l'auteur 
sont réputées anonymes ou pseudonymes. A leur égard, l'éditeur, et, s'il 
n'est pas indiqué, le libraire-éditeur est autorisé à exercer les droits 
appartenant à l'auteur. 

Aussi longtemps que le droit d'auteur appartient à l'auteur ou à ses 
héritiers, il ne pourra donner lieu à des mesures de saisie-exécution ou de 
saisie-gagerie. Mais ces mesures pourront atteindre, même vis-à-vis de 
l'auteur et de ses héritiers, les exemplaires et reproductions d'une œuvre 
déjà publiée et tous les droits matériels acquis en vertu du droit d'auteur . 

Le droit de l'auteur passe à ses héritiers; la déshérence ne profite pas à 
l'État. 



L'auteur, ou son héritier, peut transmettre l'exercice du droit d'auteur à 
des tiers, avec ou sans restrictions, par contrat ou par disposition testa- 
mentaire. 

On peut disposer licitement d'avance d'une œuvre déterminée non encore 
créée. 

Toutefois, en vertu de la présente loi, le contrat par lequel un auteur 
s'engage à transmettre ses droits sur toutes ses œuvres futures ou sur 
toute une catégorie de ces œuvres, peut être résilié en tout temps. Le droit 
de résiliation appartient aux deux parties, qui ne peuvent y renoncer; il 
devra être exercé dans le délai d'une année, à moins qu'un délai plus 
court n'ait été stipulé. 

Lorsque la propriété d'une œuvre de littérature ou d'art musical est cédée 
sans rétribution à un tiers, cette cession n'implique pas, sauf stipulation 
spéciale, la transmission du droit d'auteur; mais celle-ci est présumée 
lorsque la cession a lieu contre rétribution, a moins que les circonstances 
du transfert n'indiquent manifestement le contraire. 

Lorsque l'auteur a transmis son œuvre à un tiers en vue de la faire 
éditer ou représenter publiquement et que, dans le délai de trois ans, 
l'édition ou la représentation n'a pas eu lieu, contre le gré et sans la faute 
de l'auteur, celui-ci rentre dans son droit primitif de disposer de l'œuvre, 
et il sera libre soit d'exiger l'exécution du contrat ou des dommages- inté- 
rêts, soit de disposer autrement de l'œuvre sans être tenu de restituer la 
rétribution déjà reçue. Il n'est pas permis de stipuler d'avance, par des 
conventions, ni la renonciation à ce droit de libre disposition, ni la pro- 
rogation du délai fixé ci-dessus. Ces dispositions sont également appli- 
cables lorsqu'une œuvre de littérature ou d'art musical épuisée n'a pas 
été rééditée, contre le gré et sans faute de l'auteur, pendant un délai de 
trois ans, à moins que, lors de la conclusion du contrat d'édition, on n'ait 
entendu exclure la faculté de faire une nouvelle édition. 

Quiconque s'arroge illicitement, c'est-à-dire sans le consentement de 
l'auteur, de son ayant droit ou de la personne autorisée à exercer les droits 
de l'auteur, un des droits réservés exclusivement à l'auteur, commet une 
atteinte à ce droit et en sera responsable conformément aux prescriptions 
générales existantes et aux dispositions particulières contenues dans la 
présente loi. 

Quand une œuvre reçoit la dénomination, surtout le titre, ou la form e 
extérieure d'une œuvre parue auparavant, sans que ce fait se justifie par 
la nature même de la chose, et qu il est, au contraire, propre à induire le 
public en erreur au sujet de l'identité de l'œuvre, l'auteur de celle qui a 
été publiée antérieurement a droit à une indemnité . 

Il en est de même quand la dénomination ou la forme extérieure de 
l'œuvre parue auparavant sont imitées avec des modifications si minimes 
ou si peu distinctes que le public ne peut saisir la différence qu'en y appli- 
quant une attention particulière. 

ÉTENDUE DU DROIT D' AUTEUR 

Le droit d'auteur comprend le droit exclusif de publier l'œuvre, de la 
reproduire, de la mettre en vente et de la traduire. Pour les œuvres scé- 
niques, le droit d'auteur comprend en outre le droit exclusif de représen- 
tation publique. 

Les traductions licites sont protégées comme les ouvrages originaux. 

Constituent, en particulier, une atteinte au droit d'auteur (contrefaçon) : 

La publication d'une œuvre non encore parue ; 

L'édition d'un recueil de lettres sans le consentement de leur auteur ou 
de ses héritiers ; 

L'édition d'un extrait ou d'une transformation (Bearbeitung) qui ne fait 
que reproduire l'œuvre étrangère en tout ou en partie, sans présenter le 
caractère d'une œuvre originale ; 

La réimpression d'un ouvrage par l'auteur ou par l'éditeur, contraire- 
ment aux stipulations du contrat d'édition. 

La confection, par l'éditeur, d'un nombre d'exemplaires supérieur au 
nombre convenu. 

N'est pas considéré comme contrefaçon la confection de reproductions 
isolées, qui ne sont pas destinées à la vente ; ni la réimpression de paroles 
déjà publiées auparavant, accompagnant comme texte une œuvre musi- 
cale, pourvu que la réimpression comprenne aussi cette dernière ou qu'elle 
soit faite seulement en vue d'être utilisée lors de l'exécution de l'œuvre 
musicale avec indication de ce but. Sont exceptés, toutefois, les textes des 
oratorios, opéras, opérettes et vaudevilles. 

En règle générale, le droit exclusif d'éditer une traduction d'un ouvrage 
paru licitement n'appartient à l'auteur que quand il s'est réservé expres- 
sément ce droit par rapport à toutes les langues ou à certaines langues 
déterminées. Cette réserve doit être visiblement apposée sur tous les 
exemplaires, soit sur la feuille de titre, soit dans la préface, soit en tête 
de l'ouvrage"; à l'expiration de trois ans à partir de la publication de l'ou- 
vrage, elle devient sans effet par rapport aux langues dans lesquelles la 
traduction réservée n'a pas été publiée complètement. 

La représentation publique d'une œuvre scénique constitue une atteinte 
au droit d'auteur, bien que, lors de l'apparition de l'œuvre, aucune ré- 
serve n'ait été faite du droit de représentation publique. Il y a également 
atteinte quand un remaniement ou une traduction illicites sont repré- 
sentés. 

LES OEUVRES MUSICALES 

Le droit d'auteur sur des œuvres musicales comprend le droit exclusif 



LE MÉNESTREL 



29 



de publier l'œuvre, de la multiplier, de la mettre en vente et de l'exécuter 
publiquement. 

En particulier, constituent une atteinte au droit d'auteur : l'édition 
d'extraits, de pots-pourris et d'arrangements, etles exécutions illicites. 

Ne constituent pas une atteinte au droit d'auteur : l'édition de varia- 
tions, transcriptions, fantaisies, études et orchestrations, pourvu que ces 
travaux se présentent comme compositions originales (eigenthûmliche Werke); 
la citation de passages isolés d'une œuvre musicale publiée ; l'insertion 
de compositions détachées, déjà publiées, ne dépassant pas une limite 
justifiée par le but poursuivi, dans le corps d'une œuvre qui, prise en 
elle-même, représente une œuvre originale de science, ainsi que dans le 
corps de recueils d'œuvres de divers compositeurs, destinés à l'usage des 
écoles, sauf les recueils destinés aux écoles de musique. Toutefois, le nom 
de l'auteur ou la source mise à contribution doivent être indiqués; enfin 
la confection de reproductions isolées, non destinées à la vente. 

Le droit exclusif d'exécuter publiquement une œuvre scénique appar- 
tient à l'auteur sans restriction. Pour les autres œuvres musicales, ce droit 
n'appartient sans restriction à l'auteur qu'aussi longtemps que l'œuvre n'a pas 
été publiée licitement; dès qu'elle l'aura été, ce droit ne lui appartiendra 
que dans le cas où il l'aura réservé expressément lors de l'édition. La 
réserve doit être visiblement apposée sur tous les exemplaires, soit sur la 
feuille de titre, soit en tête de l'œuvre. 

Le droit d'exécution s'étend également à toutes les transformations 
IBearbeitungen) d'une œuvre musicale dont l'édition est réservée à l'auteur 
et qu'il a créées ou fait créer et qui, dans le cas où elles ont été publiées 
licitement, portent la mention de réserve du droit d'exécution. Les trans- 
formations que l'auteur n'a ni créées ni fait créer, pourront être librement 
exécutées lorsque l'œuvre musicale ou une transformation licite de celle-ci 
aura été publiée. 

La fabrication et l'utilisation publique d'instruments destinés à repro- 
duire mécaniquement les œuvres musicales ne constituent aucune atteinte 
au droit d'auteur sur ces œuvres. 

DURÉE DU DROIT d'aUTEUR 

En règle générale, le droit d'auteur sur les œuvres de littérature et 
d'art expire trente ans après la mort de l'auteur. Pour les œuvres pos- 
thumes parues dans les derniers cinq ans du délai de protection, le droit 
d'auteur ne prend fin que cinq ans après la publication. Pour une œuvre 
due à la collaboration de plusieurs auteurs, le droit expire trente ans 
après la mort du dernier survivant des collaborateurs. Lorsque le droit 
d'un de ceux-ci expire plus tôt, sa part dans le droit d'auteur passe aux 
autres collaborateurs. 

Le droit d'auteur sur les œuvres littéraires et artistiques anonymes et 
pseudonymes prend fin trente ans après leur publication. Toutefois, l'au- 
teur, et, avec le consentement de celui-ci, son ayant cause, sont autorisés 
à notifier, dans ce délai, le vrai nom de l'auteur, pour inscription dans un 
registre public des auteurs, qui sera tenu par le ministère du commerce ; 
l'accomplissement de cette formalité portera le délai de protection à la 
durée fixée ci-dessus. 

Dans le calcul des délais légaux de protection et de réserve, on ne fait 
pas entrer en ligne de compte ce qui reste à courir de l'année où a eu 
lieu le fait qui sert de base pour fixer le commencement du délai. 

PROTECTION DU DROIT d'aUTEHR 

Quiconque commet sciemment une atteinte au droit d'auteur ou répand 
sciemment contre rétribution les produits résultant d'une telle atteinte, 
eommet un délit et encourt une amende de 100 à 2.000 florins ou un em- 
prisonnement de un à six mois. 

Commetune contravention quiconque, contrairement à l'obligation établie 
par la loi, omet d'indiquer le nom de l'auteur ou la source utilisée; qui- 
conque, après l'interdiction judiciaire, continue à se servir de la dénomi- 
nation et du titre ou à imiter la forme extérieure d'un ouvrage. La peine 
consiste dans une amende de S à 100 florins. 

Quiconque, avec l'intention de tromper, appose sur une œuvre étran- 
gère son propre nom ou le nom d'autrui sur sa propre œuvre, en vue de 
la mettre en vente, ou quiconque, sciemment, met en vente une telle 
œuvre, commet un délit, même dans le cas où aucune atteinte n'est 
portée au droit d'auteur, sous réserve de l'application des dispositions 
plus rigoureuses du code pénal. Commet également un délit quiconque, 
dans la même intention, fait opérer une fausse inscription au registre 
public des auteurs. La peine consiste dans une amende de 100 à 2.000 flo- 
rins ou dans un emprisonnement de un à six mois. 

La procédure au sujet de ces contraventions est confiée aux tribunaux 
compétents en matière de presse. La poursuite n'a lieu que sur la demande 
de la partie lésée. 

En statuant sur une poursuite, le tribunal prononcera, sur la demande 
de la partie lésée, la confiscation des reproductions et exemplaires desti- 
nés à la vente, quel que soit le possesseur qui les détient, ainsi que la 
destruction de la composition ; il décidera, en outre, de rendit impropres 
à tout usage ultérieur dans le même but les appareils (épreuves, clichés, 
planches, pierres et formes) destinés exclusivement à la reproduction ou à 
la multiplication illicites. Lorsqu'il s'agit d'une représentation illicite, le 
tribunal peut aussi prononcer la confiscation des manuscrits, livrets, par- 
titions et rôles. Les mêmes décisions peuvent être prises en cas de con- 
damnation pour faux. Quand une partie seulement de l'œuvre doit être 



considérée comme une reproduction ou multiplication illicite, les décisions 
mentionnées ci-dessus doivent se limiter à cette partie. 

Sur la demande de la partie lésée, le juge, en condamnant le contrefac- 
teur à la peine prévue par la loi, peut le condamner en outre à des dom- 
mages-intérêts, pourvu que les résultats de l'instruction permettent déjuger 
d'une manière sûre les réclamations de droit privé. Le montant des dom- 
mages-intérêts sera déterminé non seulement en vue de compenser, pour 
la partie lésée, le dommage proprement dit et le gain espéré, mais le tri- 
bunal lui allouera, en outre, en toute liberté d'appréciation et en tenant 
compte de toutes les circonstances de la cause, une somme équitable pour 
la dédommager du préjudice et d'autres torts personnels qu'elle a pu souf- 
frir. Les deux parties peuvent interjeter appel de la décision relative aux 
dommages-intérêts. 

La partie lésée peut être aussi autorisée à faire publier la condamnation 
aux frais du coupable. Le tribunal déterminera, dans l'aiiét, le mode de 
publication et le délai dans lequel elle doit avoir lieu, en prenant en con- 
sidération à cet effet les conclusions de la partie lésée. 

La partie lésée a le droit de requérir, avant le prononcé du jugement 
pénal, la saisie ou le séquestre des objets destinés à la contrefaçon, ainsi 
que toutes les mesures nécessaires pour empêcher que l'acte délictueux 
. soit commis ou répété. Cette requête doit faire l'objet d'une décision im- 
médiate du tribunal pénal, lequel est libre de n'autoriser les mesures re- 
quises que moyennant une caution. 

Indépendamment des poursuites pénales, l'auteur a le droit d'intenter 
une action civile en dommages-intérêts à quiconque aura porté une atteinte 
coupable à sou droit, ainsi qu'à toutes les personnes qui, d'une manière 
coupable, auront, moyennant rétribution, répandu des reproductions ou 
exemplaires illicites de son œuvre. 

L'auteur a, en outre, le droit d'intenter une action civile en reconnais- 
sance de son droit d'auteur et en cessation de toute atteinte qui y serait 
portée, et de demander à la partie défenderesse, même dans le cas où elle 
serait exempte de toute faute, la restitution des profits réalisés par elle. 

Lorsque les demandes en dommages-intérêts sont portées devant le juge 
civil, celui-ci se prononcera sur l'existence et l'étendue du dommage, de 
même que sur l'existence et le produit des bénéfices réalisés, en toute liberté 
d'appréciation et en tenant compte de toutes les circonstances de la cause. 

Le gouvernement est autorisé à constituer des commissions d'experts 
tenues de donner, sur la demande des tribunaux, des rapports préalables 
en matière de droit d'auteur. L'organisation et les fonctions de ces com- 
missions seront réglées par ordonnance. 

DISPOSITIONS FINALES 

La présente loi entrera en vigueur le jour de sa promulgation et sera 
également applicable aux œuvres parues avant cette entrée en vigueur; 
toutefois, en ce qui touche celles-ci, les délais de protection accordés 
jusqu'ici sont maintenus s'ils sont plus étendus. 

De même, les délais de protection plus restreints fixés jusqu'ici pour le 
droit exclusif de représentation d'une œuvre scénique sont, par exception, 
applicables dans les rapports de l'auteur avec les théâtres auxquels il 
avait cédé, avant la mise à exécution de la présente loi, le droit de repré- 
sentation, moyennant rétribution, pour toute la durée de la protection. 

Les reproductions et exemplaires existants à la date de la mise en vi- 
gueur delà présente loi, et dont la fabrication n'était pas interdite jusqu'a- 
lors, continueront à pouvoir être répandus. De même, les appareils destinés 
à la multiplication ou à la reproduction et existants à cette date, tels que : 
épreuves, clichés, planches, pierres et formes, pourvu que leur fabrication 
n'ait pas été défendue jusqu'alors, pourront encore être utilisés pendant 
un délai de quatre ans à partir de l'entrée eu vigueur de la présente loi. 
Toutefois, le débit de telles reproductions ou de tels exemplaires ainsi 
que l'utilisation ultérieure des appareils mentionnés ne seront permis que 
dans Is cas où ces objets auront été, à la demande faite par la partie inté- 
ressée, dans les trois mois à partir de la mise à exécution de la présente 
loi, inventoriés par l'autorité publique du district comprenant la localité 
où ils se trouvent, et pourvus d'un timbre spécial. 

Les œuvres musicales et scéniques qui auraient été représentées licite- 
. ment avant l'entrée en vigueur de la présente loi, pourront être aussi, à 
l'avenir, librement représentées. 

Une ordonnance du ministère autrichien, publiée en même temps que 
la loi, règH les questions qui se rattachent au registre pour les ouvrages 
anonymes ou pseudonymes, et fixe à cinq florins (douze francs cinquante 
centimes) la taxe pour l'inscription de chaque œuvre séparée. Le registre 
est public, et on peut en demander un certihcat d'inscription. La même 
ordonnance règle aussi les détails de l'inventaire et du contrôle des repro- 
ductions et exemplaires existants, ainsi que des appareils destinés à la 
fabrication de ces exemplaires pendant le temps restreint où leur vente 
reste permise. Ces dispositions sont purement transitoires. 

Après avoir présenté à nos lecteurs les parties essentielles de la 
nouvelle loi autrichienne en ce qui concerne les œuvres dramatiques 
et musicales, nous examinerons, dans un prochain article, les pro- 
grès accomplis, et aussi les modifications que les auteurs et éditeurs 
d'œuvres musicales doivent, dès aujourd'hui, désirer voir apporter à 
la nouvelle loi, qui n'est pas assez complète. 

(A suivie.) 0. Bebggruen. 



30 



LE MENESTREL 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



Trois noms de tout jeunes compositeurs brillaient sur le programme du 
dernier concert de l'Opéra, ceux de MM. Henri Bûsser et Alfred Bachelet, 
tous deux grands prix de Rome, et de M. Henri Hirschmann, l'un des 
vainqueurs du concours Rossini. De M. Bcisser, c'était une intéressante 
suite symphouiquo intitulée A la Villa Médicis, dont le premier morceau, 
plein d'ampleur, contient surtout une belle phrase solidement et nerveu- 
sement établie par les violons ; le n» 3, un Soir de mai au Bosco, est d'une 
couleur rêveuse et d'un joli sentiment poétique, et l'allégretto qui le suit, 
confié surtout aux flûtes, est d'une délicatesse et d'une grâce charmantes; 
on retrouve dans le finale la belle phrase de violons du commencement. 
La suite de M. Bûsser, bien écrite, bien orchestrée en s'appuyant sérieu- 
sement sur le quatuor, est à l'éloge de l'imagination et du savoir du com- 
positeur, qui a des idées et qui sait s'en servir. Son succès a été complet. 
M. Bachelet a été moins heureux avec une scène lyrique, le Songe de la 
Sulamite, dont le poème, tiré du Cantique des cantiques, lui a été fourni par 
M. Georges Audigier. Ici, l'inspiration est bien mince, la forme bien 
recherchée et bien obscure en ses effets, le tout bien embrumé et d'une 
audition difficile. La jolie voix et les efforts intelligents de M""' Bosman, 
bien secimdée par M. Affre, n'ont pu secouer l'indifférence et la torpeur 
du public en présence d'une composition peu faite en vérité pour lui plaire. 
M. Bachelet, qui est jeune, saura reprendre sa revanche. Avec la suite 
d'orchestre en quatre parties de M. Hirschmann, nous retrouvons de la 
jeunesse, de l'élan, de la chaleur. Le n» 1 (Hongroise), vif, brillant, coloré, 
est entrecoupé d'un épisode d'une rêverie pleine de langueur; le n° 2 
(Rêverie), auquel on souhaiterait plus d'originalité, n'en est pas moins 
d'un joli sentiment; l'Intermezzo se fait remarquer par sa grâce élégante; 
enfin, la Bacchanale qui termine a toute la couleur, tout l'entrain, tout le 
feu qu'on puisse désirer. C'est là, en somme, une composition intéressante 
et qui dénote chez son auteur de sérieuses qualités. M''^' Lafargue et M. Del- 
mas nous ont chanté un fragment important et superbe du deuxième acte 
d'OEdipe à Colone, de Sacchini, qui a produit sur le public une impression 
profonde et légitime. Quel style, quelle noblesse, quelle inspiration mer- 
veilleuse dans cette musique admirable, quelle pureté de lignes, quel 
sentiment de l'antique! Mais puisque MM. les directeurs de l'Opéra 
n'ignorent pas l'existence d'un si incomparable chef-d'œuvre, que ne nous 
le rendent-ils en entier, et pourquoi ne le font-ils pas rentrer dans le 
répertoire"? Je serais tenté surtout d'eu dire autant en ce qui concerne la 
Françoise de Rimini de M. Ambroise Thomas, dont on nous a fait entendre 
à ce concert le superbe prologue, d'une inspiration si haute, d'un style 
si sévère et si plein d'ampleur. C'est ici l'une des pages caractéristiques et 
tout originales du maître à qui l'on en doit tant de puissantes ou de char- 
mantes. Bien que la scène soit nécessaire à l'exacte compréhension d'épi- 
sodes de ce genre, celui-ci, chanté d'ailleurs d'une façon absolument 
remarquable par M^'^ Héglon et Lafargue, par MM. Renaud et Afîre, a 
produit chez les auditeurs une émotion intense, et l'eflet en a été tel que 
de toutes les parties de la salle on a acclamé le nom du compositeur. 
L'insistance était si grande que M. Ambroise Thomas, dissimulé jusqu'alors 
au fond d'une loge, a dû s'avancer pour saluer le public, qui lui a fait 
une longue et brillante ovation. A. P. 

— Chez M. Colonne, c'était la 70" audition de la Damnation de Faust. Voir 
nos précédents comptes rendus. 

— Concert Lamoureux. — Pourquoi M. Henri Lutz a-t-il décerné le 
nom de poème lyrique à cette page des Châlimenls qui, dans le livre de 
Victor Hugo, s'appelle simplement S(('//n? Admettons qu'ici poème est 
synonyme de poésie, et passons à la musique. Elle n'a absolument rien de 
déplaisant, cette musique, et, par le temps qui court, c'est déjà une rare 
qualité. Pas de tapage inutile, pas d'excentricités, pas d'affectation dans la 
recherche du coloris: un orchestre écrit avec délicatesse, selon la formule 
wagnérienne, mais sans éclairs de génie ; une mélopée vocale un peu trop 
prodigue peut-être d'intervalles écartés, mais intéressante en somme et 
soucieuse de l'expression des paroles. OEuvre très acceptable comme point 
de départ, remplie de bonnes intentions, et à laquelle l'auteur s'efforcera 
de donner des soeurs d'une beauté plus éclatante. — Nous avons parlé sou- 
vent de l'exécution par M. Lamoureux de la symphonie en ut mineur; 
elle est presque la perfection sous certains rapports ; nous pensons pour- 
tant quela symphonie en la convient mieux à l'orchestre du Cirque dont 
les attaques incisives et tranchantes, exclusives de tout sentiment de la 
véritable grandeur, altèrent parfois l'ensemble calme et imposant qu'a 
voulu créer Beethoven. Des œuvres comme celles-là ne doivent pas être 
rapetissées par le souci exagéré du détail au point de devenir des 
miniatures. Rien à dire de l'introduction de la Flûte cnduintce. C'est la 
grâce et l'élégance faites musique. Siegfried Mi/// commence â paraître en- 
nuyeux et l'ouverture de Tannhuuser n'est plus une nouveauté. — Le concerto 
en sol de M. Saint-Saëns ofi'rait plus d'intérêt. M. Louis Livon, qui ne 
dispose pas d'une grande sonorité, ne semble aucunement songer à racheter 
ce défaut par la chaleur communicative de l'exécution : jouer correctement 
lui suffit et il y parvient dans la plupart des cas. Il ne dédaigne pas les 
facilités permises, par exem.ple lorsqu'il va chercher avec la main gauche 
le ri/ culminant de la page 1^, ou qu'il attend pour presser le mouvement 
d'avoir franchi une mesure fort scabreuse de la page ',). Il semble qu'il y 
ait eu quelque légère révolte de ses doigts dans le trait de la page 18, et l'on - 



se demande ce qu'est devenue la main gauche dans celui de la page 20, 
première ligne. Mais ce sont là des détails qui ne peuvent nous empêcher 
de reconnaître que l'artiste possède un mécanisme arrivé au point, qu'il 
sait frapper les accords avec une sonorité homogène pour chaque note et 
qu'il joue la musique exactement comme elle est écrite, sans défigurer les 
rythmes. Il y a eu quelque léger déséquilibre dans l'ensemble, l'orchestre 
arrivant parfois un peu trop tard pour frapper un accord, mais le virtuose 
a obtenu malgré tout un honorable succès. Amédée Boutarel. 

— Concerts Pister. Le programme s'ouvrait par une fort belle interpréta- 
tion de l'admirable ouverture de "Weber, Obcron. Il comprenait ensuite le 
pittoresque Roman d'Arlequin, de Massenet, une œuvre fort remarquable 
de Théodore Dubois, Hymne nuptial, la suite d'Henri VIII, de Saint-Saëns, et 
la symphonie en sol mineur, de Mozart. M. A. Lefort a joué, avec une 
virtuosité étincelante et un son charmant, une suite pour violon et orchestre 
de M. Paul Ghabeaux. 11 a été chaleureusement applaudi et rappelé. 

— Programme des concerts d'aujourd'hui dimanche : 

Conservatoire : Ouverture de SIruensée (Meyerbeer). — Roméo et Juliette (Ber- 
lioz), le Père Laurence r M. Douaillier. — Symphonie en sol mineur (Mozart).— 
Psaume CL (César Franck). 

Opéra : A la Villa Médicis (Bûsser), suite symphonique, dirigée par l'auteur. - 
Fragment du deuxième acte d'Œdipeà Colone (Sacchini), chanté par M"' Lafargue 
et M. Delmas. — Le Songe de la Sulamite (Bachelet), chanté par M-" Bosman et 
M. Affre, sous la direction de l'auteur. — Danses anciennes, par M"" Mauri, 
Subra et le corps de ballet. — Prologue de Françoise de Himini (Amb. Thomas), 
chanté par M»" Héglon et Lafargue, MM. Renaud et Affre. — Suite d'orchestre 
(Hirschmann), dirigée par l'auteur. 

Châtelet, concert Colonne: 77° audition de la Damnation de Faust (Berlioz), soli: 
M"" Auguez de Montalant, MM. Cazeneuve, Auguez et Nivette. 

Cirque des Champs-Elysées, concert Lamoureux : La Damnation de Faust (Ber- 
lioz), interprétée par M"° Jenny Passama (.Marguerite), M. E. Lafarge (Faust), 
M. Bailly (Méphistophélès), M. P. Blancard (Brander). 

Concerts du Jardin d'acclimatation. — Chef d'orchestre M. Louis Pister : Eu- 
ryanthe, ouverture (Weber); Trois airs de ballet (Th. Dubois) : a. Tempo di 
Valzo, b. Allegretto, c. Saltarello ; Scherzo et berceuse pour orgue et orchestre 
(S. Rousseau); Danse des Morisques (B.Godard) ; Scènes a/saci'CTBes (J. Massenet) ; 
a. Prélude, b. Sous les tilleuls, c. Au cabaret; Andante-Cantabile(Tschaïkowsky); 
Coppélia, prélude et mazurka (Léo Delibes). 

— Beau concert mercredi dernier à la Société Philharmonique fondée 
par M. Ludovic Breitner. Le trio en sol mineur (op. HO) pour piano, vio- 
lon et violoncelle de Schumann, et le septuor dit de la Trompette, de Saint- 
Saëns (op, 95), charmant petit frèro du grand septuor que Beethoven a 
dédié à l'impératrice Marie-Thérèse, étaient les morceaux capitaux. Leur 
interprétation par MM. Breitner, Teste, Rémy, Tracol, Bailly, Salmon et 
Gontrone, ne laissait rie-n à désirer. M""-' Blanche Marchesi a été vivement 
applaudie après une cantate de Benedetto Marcello et plusieurs mélodies 
de Mozart, Schubert et Brahms, dites avec beaucoup de charme et d'intel- 
ligence. 0. B. 



NOUVELLES DIVERSES 



ÉTRANGER 



M. Siegfried "Wagner, le fils du maitre de Bayreuth, a été le grand 
événement de la semaine musicale à Vienne. Un disciple de son père, le 
célèbre chef d'orchestre Hans Richter, l'avait invité à venir diriger un 
concert de l'orchestre de l'Opéra impérial et à se présenter au public 
viennois pour la première fois. Le succès du jeune homme a été incontes- 
table. Il a conduit avec beaucoup de sentiment Vldylle de Siegfried, ce mor- 
ceau d'un charme pénétrant que le père heureux avait dédié â son fils quand 
celui-ci n'était, selon les paroles du nain Mime, qu'un enfant tétant en 
core (einzuUendes Kindj. Ensuite, M. Siegfried Wagner s'est aussi attaqué à la 
symphonie en fa de Beethoven et a fait preuve d'un réel talent de chef 
d'orchestre et d'une forte personnalité musicale. Les Viennois auraienthien 
voulu faire la connaissance de la cantate Nostalgie (Sehnsurht) que M. Siegfried 
Wagner vient d'écrire sur les vers célèbres deSchiUer, etqu'on a déjà jouée à 
Munich, mais le fils du maitre n'a pas voulu se produire cette fois comme 
compositeur. Il y avait presque un quart de siècle que Richard Wagner 
avait, pour la dernière fois, conduit un concert à Vienne. C'était en 
mai 1872, et il était venu pour récolter quelque argent pour l'entreprise de 
Bayreuth. Ce concert unique produisit la bagatelle de plus do cinquante mille 
francs. Il est vrai que Wagner y avait offert au public les prémices des 
Nibelungen et, entre autres fragments, le fameux enchantement du feu de 
la Valkyrie, dont la première exécution est restée légeudaire, car le ciel y 
mêlait ses éclairs et son tonnerre. On a beaucoup remarqué, à Vienne, la 
ressemblance de Siegfried avec son père, ressemblance que le temps ne man- 
quera pas de développer encore, selon toute probabilité; les yeux reflètert 
cependant ay^si un vague souvenir du regard inoubliable de son grand-père, 
Franz Liszt. 

— Le surintendant des théâtres impériaux de Vienne a recommandé aux 
directeurs de ces théâtres la plus stricte économie, surtout en ce qui con- 
cerne le luxe de la mise en scène. Malgré une augmentation de recettes, 
le déficit des théâtres impériaux n'a pas sensiblement diminué en 1895, 
et le surintendant croit avec raison qu'il faut faire des économies. 



Lt: MENESTREL 



31 



— Le plafond de l'Opéra impérial devienne subira pendant les vacances 
une restauration complète ; il existe depuis bientôt trente ans et a été fort 
noirci par le gaz, avant l'introduction de la lumière électrique. En raison 
de ces travaux, les vacances de l'Opéra de Vienne seront beaucoup plus 
longues cette année qu'à l'ordinaire, ce qui n'est pas pour déplaire aux 
artistes. 

— Dépêche de Coblence : 

Winlidried n'est pas un succès, mais bien un triomphe, dont je suis fier, 
moi Allemand. C'est un hommage au grand Français qui fut Louis Lacombe.— 

Lisez les journaux allemands! 

Signé: Auguste Grassl, 
Directeur du théâtre de Coblence. 

— A l'issue de cette première représentation, M""" Andrée Lacombe a 
reçu cette touchante lettre de M. KuU , le critique si distingué du 
Volkszeitung ; 

Très honorée, noble dame, 
Je m'empresse de vous adresser mes félicitations chaleureuses pour le grand 
triomphe remporté liier et comme il ne s'en est jamais produit à Coblentz. 

L'âme du grand maître a oerles plané au-dessus de nous I Je me réjouis 
d'autant plus de vous l'exprimer, qu'il s'agit d'un enfant de la grande France, 
que j'ai toujours tant aimée et adorée, et qui n'a jamais été aussi grande que 
dans son malheur. 
Avec le plus respectueux dévouement. 

Votre serviteur, H.-J. Kull. 

— Un procès 1res curieux en matière théâtrale vient d'être jugé à Mu- 
nich. Le gouvernement n'avait voulu accorder la concession d'un nouveau 
théâtre en cette ville qu'à la condition que le répertoire de ce théâtre ne 
porterait pas préjudice aux intérêts du théâtre royal. Les entrepreneurs se 
sont pourvus devant la cour administrative, qui remplit en Bavière les 
fonctions de notre conseil d'État. La cour a décidé que les autorités 
n'avaient pas à s'occuper des intérêts matériels du théâtre, mais seulement 
de la censure des pièces immorales et dangereuses. La concession devra 
par conséquent être donnée sans léserve au nouveau théâtre de Munich, 
qui prendra le nom de théâtre allemand. 

— Une nouvelle féerie japonaise, Lilie Tsee, paroles de M. Wolfgang 
Kirchbach, musique de M. François Curtis, vient d'être jouée avec suc- 
cès au théâtre grand-ducal de Mannheim. 

— Les directeurs de théâtres allemands ne paraissent pas ennemis d'une 
réclame bien entendue. Il en est même qui font preuve, à ce sujet, d'une 
rare faculté Imaginative, témoin celui de l'Alexanderplatz-Theater, à Ber- 
lin, qui adresse à la presse ce communiqué savoureux, à propos d'une 
pièce française dont le succès ne parait pas douteux : « Les 43 premières 
représentations des Pclites Brebis ont attiré 23. 147 spectateurs. Mardi der- 
nier, lorsque le 25.000° spectateur, un négociant hambourgeois, s'est pré- 
senté au contrôle, il a reçu de la direction, en souvenir, une collection 
de magnifiques photographies de M. X..., photographe de la Cour, repré- 
sentant les principales scènes de l'ouvrage. La direction se propose d'offrir 
le même souvenir au 30.000<^, au 33. 000"^, au 40.000" spectateur, etc. » Cet 
« etc. )i est plein d'une réticence habile, et fait supposer que l'entrepreneur 
en question est tout disposé à ne s'arrêter qu'au 300.000° spectateur. Et 
encore !... 

— Dépêche arrivée d'Odessa : « Le compositeur russe M. Alexandre de 
Fédoroff vient d'écrire un opéra dramatique, la Fontaine des pleurs, qu'on a 
monté avec énormément de succès à Ecathérinoslav. Les journaux font le 
plus grand éloge de la musique ; le sujet est tiré d'une fable de Pouschkine. 
Le principal rôle féminin est écrit pour M""" Bittner-Brandip, qui le créera 
en France (?). On s'occupe déjà de la traduction française. » 

— Vient de paraître à Bruxelles (Katto, éditeur) une brochure ainsi 
intitulée : A propos de « la Mélopée antique dans le chant de l'Église latine » 
de Fr.-Aug. Gevaert, commentaires, par Charles Meerens. 

— Hier soir, samedi, à la Scala de Milan, a dû être donnée la première re. 
présentation de la Navarraise, de M. Massenet. Le même soir, au théâtre Carlo 
Felice de Gênes, on donnait aussi pour la première fois Werther du même 
compositeur. Enfin, à La Haye, était également annoncée « la première » 
du Mage. Le cœur du compositeur a dû baltre ce soir-là d'une triple émo- 
tion. A huitaine, les nouvelles de ces diverses soirées. 

— C'est le 16 janvier qu'a eu lieu à Turin, au théâtre Regio, la première 
représentation de Savitri, l'opéra nouveau du maestro Conti. « Succès bon, 
mais non enthousiaste, dit le Trovatore. Neuf rappels à l'auteur (c'est 
maigre!). Exécution louable, d'où ressortent la De Ehrenstein et le ténor 
Grani. » 

— Les journaux italiens nous apprennent que M. Alberto Franchetti, 
l'auteur d'Âsrael et de Cristoforo Colombo, travaille en ce moment â un opéra- 
comique intitulé il Signor di Pourceaugnac, dont le livret lui a été confié 
par M. Fontana. Ce n'est pas la première adaptation de ce genre qui a été 
faite du chef-d'œuvre de Molière. Le 23 avril 1792, l'ancien théâtre Fey- 
deau, où l'on jouait à la fois l'opéra italien et l'opéra français, donnait la 
première représentation d'un opéra bouffe italien qui portait ce même 
titre, il Signor di Pourceaugnac, et dont la musique avait été écrite par un 
compositeur français, Jadin. Olivier Métra a aussi laissé dans ses papiers 
un Pourceaugnac inachevé. 



— Au théâtre Métastase, de Rome, succès complet pour une nouvelle 
opérette, Annila di Madrid, paroles de M. Campanelli, musique de M.Cunzo. 

— L'aimable éditeur de Madrid, M. Zozaya, a assumé la lourde tâche de 
rouvrir le « teatre rcale » sans subvention. Les journaux espagnols sont 
pleins de l'événement. L' Imparcial, le Libéral, l'Epoca, la Correspondencia le 
commentent, en se demandant comment le nouveau directeur s'y prendra 
avec les anciens abonnés, qui ont versé 123.000 pesetas à M. Rodrigo et 
qui prétendent en avoir pour leur argent. Or, cette somme, au lieu d'être 
régulièrement déposée à la Banque d'Espagne, a été « employée » par l'im- 
présario déchu. H faudra à M. Zozaya bien de l'énergie et de l'intelligence 
pour tirer le théâtre de cette situation difficile. 

— A l'Eldorado de Barcelone, première représentation de De vuelta de vi- 
vero, zarzuela en un acte et trois tableaux, paroles de M. Fiacro Irayzos, 
musique de M. Geronimo Gimenez. Et à Barcelone encore, Corazonde fuego, 
opérette, musique de M. Nicolau. 

— Le tribunal de Queens'Bench, à Londres, vient d'accorder à 1^ chanteuse 
d'opéra miss Ella Russell une indemnité de cent livres sterling, soit 2.300 
francs, parce que son imprésario, M. Percy Notcult, n'avait pas mis son 
nom entête des artistes annoncés sur l'affiche. L'étoile prétendait que ce 
fait était prémédité et lui portait grand tort. Trois chefs d'orchestre très 
connus, MM. Manns, Randegger et Barnby, ont été entendus comme 
experts et se sont prononcés en faveur Je l'étoile que l'imprésario n'avait 
pas placée en vedette. 

— C'est un journal de New-York, le Musical Courier, qui, sur la loi de 
M. Mortier, secrétaire du baryton Maurel, croit pouvoir annoncer et aflir- 
mer que Verdi vient de terminer un opéra sur le sujet de la Tempête de 
Shakespeare. C'est M. Maurel qui serait chargé par le maître de repré- 
senter le personnage de Caliban. Nous pensons qu'il faudra attendre la 
confirmation de cette nouvelle inattendue. 

— A Pernambuco (Brésil), le gouverneur de l'État a donné commission 
à l'imprésario Arturo Ferrari de se rendre à Gênes et d'y former une 
troupe pour fournir au théâtre Santa-Isabel une saison lyrique de ti'ois 
mois. L'inauguration de cette saison se fera avec Mignon, après quoi on 
jouera les Pêcheurs de perles et Mefislofele. La même troupe ira donner des 
représentations à Para et à Manaos. 

PARIS ET DÉPARTEMENTS 
Dans sa dernière séance, l'Académie des Beaux-Arts a décerné le prix 
Rossini à la partition inscrite sous len" 3 et qui portait le nom de M. Léon 
Honnoré. (C'est la seconde fois, que le jeune compositeur se voit décerner 
ce prix, et le fait est jusqu'ici sans exemple.) Les concurrents peuvent, dès 
aujourd'hui, retirer leurs manuscrits au secrétariat de l'Institut. L'Acadé- 
mie a décidé ensuite l'ouverture du prochain concours Rossini (poésie), qui 
sera clos le 31 décembre 1890. Elle a désigné enfin les jurés adjoints pour 
les concours de Rome 1896. Pour la musique, ce sont IVIM. Coquard, Maré- 
chal et Ch. Lenepveu ; et comme supplémentaires, MM. Fauré et Widor. 

— Cette semaine ont eu iieu au Conservatoire les examens semestriels 
des élèves des classes de déclamalion. Ont obtenu la pension les élèves 
dont les noms suivent : Femmes : M"°s Maille, Vandoren, Rabuteau et 
Even. Hommes : MM. Lemarchand, Gaillard et Emmeri. 

— Par décret est autoiisé le legs fait à l'Association des artistes musi 
ciens par M"° Caroline Beauvais, et consistant dans la somme nécessaire 
pour créer trois pensions annuelles de 300 francs chacune dont deux des- 
tinées à des artistes âgés indigents ou infirmes, et la troisième pour faci- 
liter les études d'une jeune fille peu fortunée et qui aura été reconnue 
comme ayant des aptitudes de pianiste. 

— M. Asquith, l'ex-ministre de l'intérieur dans l'ex-cabinet libéral an 
glais , parait être un croyant convaincu de l'influence bienfaisante de la 
musique sur les mœurs. Il a prononcé récemment un discours, dans le 
temple de la cité de Londres, avant un des concerts que le député Hazell 
a organisés dans le Temple hall pour les ouvriers de ce quartier qui ont 
un peu de temps de libre au milieu du jour. M. Asquiih a parlé à cette 
occasion de l'apaisante influence qu'exerce la musique sur les âmes 
échauffées et de la possibilité qu'il y aurait d'étendre cet avantage à 
d'autres classes de citoyens : « Dans les cours de justice, a-t-il dit, où c'est 
mon destin de retourner, dans la Chambre des communes, où je passe 
une grande partie de ma vie, je crois que l'interposition occasionnelle 
d'une heure de musique pourrait bien contribuer â rétablir l'harmonie 
entre des esprits combatifs et irréconciliables, à adoucir l'humeur et les 
querelles des partis. » Si l'action de la musique était telle, il ne serait que 
temps, croyons-nous, d'en recommander aussi l'emploi aux présidents de 
nos assemblées délibérantes. Une entente de leur part avec MM. Colonne 
et Lamoureux nous semblerait éminemment désirable. Un menuet de 
Haydn ou un scherzo de Beethoven au milieu d'une discussion rempla- 
cerait avec avantage telle exclamation de MM. Faberot et consorts. 

— M. Saint-Saëns, après avoir visité Rome et être resté quelques jours 
à Naples, s'est décidé à entreprendre son voyage annuel à la recherche 
de la chaleur, et s'est embarqué dans cette dernière ville pour l'Egypte, 
où il va passer la fin de l'hiver. 

— On se moque constamment, à l'étranger, de l'ignorance des journaux 
français pour tout ce qui ne concerne pas la France. Mais voici que les 
journaux viennois nous apprennent que M"" Miolan-Carvalho était née 



M 



LE MEiNESTREL 



en Autriche, qu'elle s'appelait de son nom de famille Springer, qu'elle était 
divorcée d'avec son mari, M. Alvarès de Carvalho, et qu'elle avait passé les 
dix dernières années de sa vie dans une grande maison d'un faubourgvien- 
nois ; à sa mort, qui serait survenue en novembre 1893, elle aurait laissé 
sa fortune à l'hospice des'Sœurs de la Miséricorde, à Vienne. Quel étrange 
amas d'erreurs et de sottises! les journaux de Vienne ont-ils donc si vite 
oublié les nécrologies publiées dans les journaux parisiens à la mort en- 
core récente de la grande artiste '? Attendons l'explication de ces quiproquos 
inimaginables. 

— Sait-on que le cardinal Perraud, évêque d'Autun et membre de l'Aca- 
démie française, vient d'écrire un livre sur la musique, d'après Platon ? 
Ce livre a pour titre : EuTxjlhmie et Harmonie. L'auteur y expose la doctrine 
platonicienne de l'assimilation de la musique et de la morale, et y déve- 
loppe, en s'appuyant sur l'Ecrilure, cette pensée, que « le sage est un 
musicien, et la vertu une harmonie ». 

— A l'un des prochains concerts de l'Opéra on entendra une œuvre fort 
importante de M.Charles Lefebvre. l'auleai de Zaïre de Judith et de Djelma. 
Cette œuvre, sorte de cantate-oratorio, de larges proportions, a pour titre 
Sainte Cécile et met en action l'existence entière de la sainte d'après la 
tradition religieuse. 

— Le programme des prochaines représentations théâtrales d'Orange 
vient d'être définitivement arrêté. Les représentations officielles dureront 
deux jours: Première journée: 1° le 3' acte de Samson et Dalila, par les 
artistes de l'Opéra; 2" le Gid, par les artistes du Théâtre-Français. 
Deuxième journée : i" une cantate de circonstance , par les artistes de 
l'Opéra; 2° Iphigénie, par les artistes du Théâtre-Français. — Une troisième 
représentation, non officielle, sera donnée à Orange, et elle pourrait bien 
constituer le véritable elou de ces fêtes. Il s'agit de la première représenta- 
tion de la Reine Jeanne, la tragédie de Frédéric Mistral. La commission a 
refusé d'organiser elle-même la représentation de cet ouvrage, parce qu'il 
n'est du répertoire, ni de l'Oprra, ni du Théâtre-Français. Mais les Félibres ont 
décidé de profiter des fêtes officielles d'Orange et de l'atïluence du public 
que ces fêtes attireront dans cette ville, pour organiser eux-mêmes cette 
représentation de la Reine Jeanne. L'ouvrage sera joué en langue proven- 
çale. On cite parmi les princijiaux interprètes de l'œuvre de Frédéric 
Mistral : M. Paul Mounet et M™' Lerou , de la Comédie-Française, et 
M. Duparc, de l'Odéon. 

— Je reçois deux brochures du même écrivain, M. Jean Hubert, singu- 
lièrement curieuses et suggestives l'une et l'autre, et qui valent mieux 
que bien des volumes compacts. L'une a pour titre : Des réminiscences de 
linéiques formes mélodiques particulières à certains maîtres, l'autre est intitulée 
Étude sur quelques pages de Richard Wagner (Fischbacher, éditeur). M. Jean 
Hubert me semble un nouveau venu dans la critique, mais il me paraît 
aussi que c'est un monsieur qui connaît son affaire, qui est en possession 
d'une prodigieuse lecture musicale et à qui il serait difficile d'en faire 
accroire. Son écrit sur les réminiscences, bourré de citations musicales à 
l'appui des assertions, est particulièrement ingénieux et instructif. Qu'on 
ne croie pas pourtant que l'auteur veuille faire du pédantisme, et que son 
intention soit de crier haro sur tel ou tel maître qui, à un moment donné, 
aura subi le souvenir de tel de ses prédécesseurs. Non. Mais il a voulu 
seulement faire voir qu'aucun, même parmi les plus grands, n'est à l'abri 
de ce souvenir involontaire, et que d'ailleurs, en matière d'art, la mé- 
moire est parfois l'une des conditions du talent, par ce fait que l'œuvre 
des devanciers contribue forcément à l'œuvre de leurs successeurs. C'est 
ainsi que nul, parmi les musiciens, n'est exempt de réminiscences, pas 
plus Mozart que Rossini, pas plus Schumann que Mendelssohn, pas plus 
Berlioz que Wagner, en passant par Auber, Meyerbeer, Gounod et Verdi. 
Ici, il n'y a point de discussion possible; les textes sont là, probants, qui 
ne laissent place à aucune équivoque, à aucune échappatoire. Ce sont 
précisément ces textes, judicieusement choisis et comparés avec soin, qui 
donnent à cet écrit toute sa valeur et toute sa solidité. La seconde bro- 
chure ne mettra pas l'auteur en odeur de sainteté auprès des wagnériens 
intransigeants. Non qu'il ne compte au nombre des admirateurs les plus 
sincères du maître, et il le montre suffisamment; mais son admiration ce 
va pas jusqu'au fétichisme, elle est réfléchie, et cette réflexion même 
amène de sa part la réserve et la discussion. Or, chacun sait que pour ces 
messieurs la réserve à l'égard de leur idole est un blasphème et la discus- 
sion un outrage. Il n'en reste pas moins que le lecteur impartial trouvera 
là des observations très sensées, traduites, ce qui ne gâte rien, dans une 
langue claire, précise et pleine d'élégance. L'auteur s'est souvenu de 
l'axiome de Boileau : « Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement, » et 
c'est un éloge qu'on n'a malheureusement pas l'occasion d'adresser sou- 
vent à ceux qui s'occupent des idées et des théories wagnériennes. 

A. P. 

— M"' Marcella Pregi, obligée de partir en Belgique pour une tournée 
de concerts, ne chantera pas aujourd'hui la Damnation de Faust au concert 
du Ghâtelet. Elle sera remplacée par une autre excellente élève de 
M""^ Colonne, M""" Auguez de Montalant. 

— Le violoncelliste Abbiate vient de rentrer à Paris, après une tournée 
en Suisse, où sou succès a été très grand. M. Abbiate se propose de donner 



les 5, 8 et 19 février, trois récitals, sorte d'historique du violoncelle; les 
programmes seront des plus intéressants. 

— De passage à Lyon, M. Bourgeois, le président actuel de notre con- 
seil des ministres, a fait quelques largesses de rubans violets. Nous 
sommes heureux de rencontrer au nombre des heureux élus notre corres- 
pondant du Ménestrel, M. Jemain, qui est en même temps un des plus distin- 
gués professeurs du Conservatoire de Lyon. 

— La première matinée musicale donnée hier par M"" Edouard Colonne 
pour l'audition de ses élèves a été un vrai régal artistique. Succès énorme 
pour M™<is Jeanne Remacle, Dettelbach, M""* Marcella Pregi, Marguerite 
Mathieu, qui ont chanté des œuvres de 6, Faurê, Paladîlhe (Chansons écos- 
saises), Gounod et Schumann. La partie instrumentale avait été confiée à 
MM. Wurmser et G. Remy, qui ont joué la sonate pour piano et violon de 
César Franck, et le premier un nocturne de G. Faurê et la 10= rapsodie 
hongroise de Liszt. M""*^ Edouard Colonne, fêtée comme professeur, a rem- 
porté un vrai triomphe en chantant et bissant le Cimetière de campagne, de 
Raynaldo Hahn, la Chanson de Scozzone , de Saint-Saëns, tiypris et les 
Griffes d'or, d'Augusta Holmes. Dans ce dernier morceau, écrit exprès pour 
elle, M""' Colonne, plus en voix que jamais, a fait valoir toutes ses grandes 
qualités de diction et de sentiment. Elle était accompagnée au piano par 
M"» Gabrielle Donnay, sœur de M. MauriceDonnay, l'autour d'Amants. Jean 
Hameau a dit des poésies fort goûtées par la nombreuse assistance, dont 
faisaient partie le monde élégant et les notabilités artistiques. (Figaro.) 

— Séance musicale de M"'" Saillard-Dietz, lundi soir 13 janvier, salle 
Pleyel, Programme intéressant; les bravos ont souligné la brillante inter- 
prétation de la sonate (op. 24) de Beethoven, par M"« Saîllard-Dietz et 
M. Carembat, qui a joué seul la Romance pour violon de Svendsen; la 
Procession, de César Franck, largement dite par M. Paul Seguy, et l'O quam 
tristis du Stabat mater de M™ de Grandval, bien chanté par M™ Pauline 
Smith. Toute la deuxième partie de la soirée était consacrée aux œuvres 
nouvelles de M"" de Grandval. Citons, parmi les plus applaudies, les mélo- 
dies: Le Vase brisé. Chanson de mer, et les pièces pour violoncelle et cor 
anglais, excellemment interprétées par M°"=' Smith et Lhermitte, MM. Lu- 
bet, Paul Séguy, Kerrion et Blenzet. R. B. 

• — Le concert de M''" Laure Taconet à la salle Erard a été extrêmement 
brillant. L'excellent professeur, qui fut elle-même une des meilleures 
élèves de M°"^ P. Viardot, s'est fait chaleureusement applaudir dans diverses 
mélodies de M"'^ Viardot, de M"° Chaminade, de M. Erlanger; puis dans 
Jeanne d'Arc à Domrémy, une belle scène du très jeune second prix de Rome 
de 189b, M. Max d'OUone; enfin et surtout dans Narcisse, le délicieux petit 
chef-d'œuvre de Massenet, qu'elle interprète d'une voix pénétrante et avec 
un sentiment exquis. Les chœurs, composés d'élèves choisies de M"'' Taco- 
net, lui donnaient la réplique de la façon la plus charmante, très habile- 
ment dirigés par M. Louis Derivis et accompagnés par M. Bourgeois. 
Grand succès aussi pour les Trois Relies Demoiselles, de M""-' Viardot. Enfin, 
triomphe éclatant — est-il besoin de le dire? — pour M""? H. Renié, 
MM. Léon Delafosse, Alfred Brun et Richard Loys. 

— Le théâtre de Nantes, qui ne s'est pas encore remis de l'émoi causé 
par la mort de son pauvre directeur Jahyer, est sous le coup d'un nouveau 
désastre, mais moins tragique. Son fort, ténor. M. Claude Mars, a quitté ses 
camarades, à l'anglaise, et en même temps que lui, a disparu un des plus 
charmants sujets du corps de ballet. M"" Rosine Kroning. Cette fugue en 
partie double défraie toutes les conversations des Nantais. 



Du Petit Journal : 



NÉCROLOGIE 



La mort à Paris, d'un rajah authentique, c'est un fait peu banal à enregistrer. 
M. Eugène-Joseph Courjon, appartenant à une famille d'origine française, 
depuis longtemps fixée aux Indes, et fait prince (rajah) de Chandernagor en 
raison de son influence, titre officiellement confirmé par le gouvernement 
français, vient de mourir en son appartement de l'avenue de Tourville. Il était 
âgé de cinquante-trois ans. A ses obsèques, qui ont eu lieu à l'église Saint- 
Pierre du Gros-Caillou, assistaient deux ou trois Indiens, en turban, attacliés à sa 
domesticité. Les armes du prince figuraient aux armoiries du corbillard. Le 
cercueil sera transporté à Chandernagor. 

Ajoutons à ces renseignements que ce rajah était un musicien fort dis- 
tingué, doué d'une imagination facile et abondante. Le Ménestrel a publié 
de lui quelques compositions pour piano non sans originalité : Le Dernier 
.Jour d'un oiseau, les Cosaques de Skobeleff, Darjorling, Fêle champêtre, etc., etc. 
Il les exécutait lui-même de grande verve. Au physique c'était un homme 
puissant, de la race des bons géants. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 

— On demande des enfants chantants, bons lecteurs, à la maîtrise 
Saint-Gervais pour les S offices de la Semaine Sainte. Les répétitions ont 
lieu tous les jeudis à 4 heures. Les présences sont payées 1 fr. 2 fr. etSfr. 
On s'inscrit à la maîtrise Saint-Gervais, 2, rue François-Miron. Auditions 
le dimanche 19 janvier à 9 heures du matin et le jeudi 23 à 10 heures du 
matin, à la maîtrise. 



> CQEniNS DE 1 



Dimiinche 2 Février 1896. 



3384. — «2- ANNÉE — N° S. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 



MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement 

Un an, Teite seul : 10 francs, Paris et Province. — Teite et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



S O 3V.d: MI-^I R, B - T E X T B 



I. Musique antique, les nouvelles découvertes de Delphes (3" arlicle), Julien Tiersot. — II. Semaine théâtrale : Premières représentations du Modèle, à l'Odéon 
Athur Pohgin; premières représentations ù'Une Semaine à Paris, aux Variétés, ec de Coco, pantomime au Nouveau-Cirque, Paul-kmile Chevalier. — III. La nouvelle 
loi autrichienne (suite et fin), 0. Bergcruen. — V. Revue des grands concerts. — VI. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce jour : 

BRISES DU CŒUR 

valse à danser de Philippe Faiirb.ach. — Suivra immédiatement : Le Joyeux 

Luron, quadrille du même auteur. 



MUSIQUE DE CHANT 
Nos abonnés à la musique de chant recevront dimanche prochain : 
LA NUIT 
nouvelle mélodie de Ch.-M. Widor, poésie de Paul Bourget. — Suivra 
immédiatement : Chanson de Léon Delafosse. 



LES 



II 

( Suite) 

Passons à la question 
de la notation musicale. 

Ce fut un des éton- 
nements du public, lors 
de l'audition du premier 
hymne, de penser qu'à 
la fia du XIX'' siècle il 
était possible de lire la 
musique des Grecs, répu- 
tée si mystérieuse! Beau- 
coup restèrent sceptiques, 
par la crainte qu'on pût 
dire que l'on s'était joué 
de leur crédulité. Certes, 
l'excès de confiance est 
un défaut, et l'on doit 
louer ceux qui, avant d'ad- 
■ mettre un résultat comme 
acquis, attendent qu'un 
examen approfondi en ait 
démontré la réalité. Mais 
il est un autre genre de 
scepticisme : c'est celui 
qui consiste à nier les 
choses tout simplement 
parce qu'on les ignore. 

Or, je suis obligé de ne 
point celer à plusieurs de 
mes coDtemporains qu'ils 
furent dans ce dernier 
cas lorsqu'ils contestèrent 
la possibilité de transcrire 
avec exactitude les notes 
musicales découvertes sur 



MUSIQUE ANTIQUE 

NOUVELLES DÉCOUVERTES DE DELPHES 






:vi 















)s^ <t^. 






u 



■f *'o>t 







'4-xi_<\\]:.i 



•.■.O'cV;':'-.;'^:, 









i.-i\'.'<. 









Iss monuments de Del- 
phes. En effet, la notation, 
ou, mieux encore, les 
divers systèmes de nota- 
tion des Grecs sont choses 
parfaitement connues, car 
le sujet se trouve étudié 
avec tous les détails dési- 
rables dans plusieurs ou- 
vrages techniques de l'an- 
tiquité, qui nous ont été 
conservés, notamment une 
certaine Introduction musi- 
cale d'Alypius, et divers 
chapitres de Bacchius , 
Aristide Quintilien, Por- 
phyre, Gaudence, Boëce, 
etc. Je ne veux pas dire 
que le nombre de ceux 
qui déchiffrent couram- 
ment cette notation soit 
infini; mais, si peu nom- 
breux qu'ils soient, ils 
suffisent. La meilleure 
raison qu'on puisse avoir, 
ce me semble, de se fier 
aux résultats de leurs 
investigations, c'est que, 
ne fusseni-ils que dix en 
Europe, si l'un d'eux se 
met au travail, les neuf 
autres se tiennent en ob- 
servation, tout prêts à 
marquer les fautes! Or, la 
transcription des notes 
musicales du premier 



34 



LE MÉNESTREL 



hymne, faite par M. ïh. Reinach, n'a donné lieu à aucune 
critique de la part des gens compétents : nous po avons 
donc la considérer comme fidèle, et, par analogie, conclure 
semblablement pour la seconde transcription. 

Ce n'est pas dans ce rapide exposé de nos connaissances 



^er^lTHAElCK OTToNTA> 

'aikopV<$'on k^eieÎt y.h V 

niie?IAESAlMl4>ôBoAOY 
ME A-n-ETE AETTY Ol ON. 
^OIBONONETIKTE 



r-ra 



en matière de musique antique (dont le présent monument 
musical a été le prétexte et l'occasion) que je puis songer à 
étudier les systèmes divers de la notation grecque. Mais les 
lecteurs ont sous les yeux la reproduction des documents ori- 
ginaux, et j'en puis profiter tout au moins pour leur indiquer, 
d'une façon générale, de quelle façon ces documents ont pu 
être utilisés. 

Ainsi que je l'ai dit en commençant, les tables de pierre 
sur lesquelles était gravé le second hymne delphique ont été 
découvertes en très mauvais état, brisées en un grand nombre 
de morceaux, dont il a fallu d'abord retrouver la place, puis 
qu'on a ensuite assemblés. Les figures 1 et 4 sont la repro- 
duction photographique de l'inscription après ce travail de 
reconstitution; les autres figures sont des transcriptions de 
quelques-uns des débris pri.mitifs. Le lecteur retrouvera sans 
peine, notamment, laplace du fragment qui constitue laflgure 2, 
lequel forme l'angle gauche supérieur de la figure d. Ces 
transcriptions n'ont pas d'autre but que de présenter sous un 
aspect plus net les caractères de la notation antique : exami- 
nons-les avec soin, et nous remarquerons, au-dessus des 
mots grecs, des signes d'une forme particulière. Ces signes 
sont les notes, purement et simplement. Dans le cas présent, 
ces notes, afi'ectant des formes de lettres renversées, ou pure- 
ment conventionnelles, appartiennent au système de la nota- 
tion dite instrumentale : maison voit par cet exemple, auquel 
peut être joint celui d'un autre fragment musical de l'anti- 
quité (l'ode de Pindare transcrite par le P. Kircher), que ce 
système servait fort bien aussi pour la notation des mélodies 
vocales. Les signes de la notation vocale proprement dite 
n'étaient autres que les lettres de l'alphabet ionien. La cor- 
respondance de chacun de ces signes avec les notes de la 
gamme ne fait doute pour aucun de ceux qui ont étudié les 
traités spéciaux. 

Signalons au passage une double particularité curieuse. Lors- 
qu'un son se répète sur plusieurs syllabes successives, le sign e 
musical n'est inscrit que sur la première, et reste sous-en- 
tendu sur les suivantes tout le temps que le même degré est 
maintenu. Par contre, s'il faut chanter deux notes sur une 
même syllabe, la syllabe écrite est répétée sur chacune des 
deux notes. C'est comme si, dans notre musique moderne, 
on écrivait : «. Mathilde, ido-ole de-e mon â-àme », ou le 
non moins célèbre vers de la Dame blandie : « Cette main, 
cette main si joli-i-i-e » ! 

Au reste, ce même sentiment de satire et de parodie que 
nous éprouvons devant une semblable lecture était ressenti 
par les Grecs eux-mêmes. 11 y a, dans les Grenouilles d'Aristo- 
phane, une plaisanterie restée célèbre, dans laquelle le poète 
comique, reprochant à Euripide de faire chanter ses canti- 
lônes sur des airs traînants et prétentieux, répète six fois de 
suite la première syllabe d'un mot: « eieieieicieilissete ». Cette 



plaisanterie a trait justement à la pratique ^musicale en ques- 
tion : elle veut dire qu'Euripide faisait chanter six notes sur 
la seule syllabe initiale du mot eilissete, ce qui, en ce 
temps-là, paraissaitêtre d'un mauvaisgoùttout à fait blâmable. 

Quant à la notation rythmique, elle est indiquée par la 
poésie même. 
Ce fut, en effet, un principe constant durant toute l'anti- 




FlGURIi 3. 

quité, que celui de l'union intime, au point de vue ryth- 
mique, du vers et de la mélodie. Le mètre poétique commu- 
niquait impérieusement sa forme à la mélopée, qui n'avait 
plus qu'à s'y adapter et s'y conformer scrupuleusement. 

Puisque j'écris ici uniquement dans un but de vulgarisa- 
tion, n'ayant aucune prétention à porter des clartés nouvelles 
sur un sujet dans lequel je ne puis être que l'écho de voix 
plus autorisées, mais pouvant sans doute intéresser le public 
à des questions qui piquent sa curiosité et dont les so.lutions 
n'ont pas encore été clairement mises à sa portée, je vais 
encore profiter de l'occasion pour réfuter une opinion qui 
fut plusieurs fois émise dans les discussions provoquées par 
le premier hymne. On objectait : « Gomment pouvez-vous 
affirmer que le rythme de la musique se conformait si exac- 
tement à celui de la poésie, quand, dans la musique mo- 
derne, dans la chanson populaire, dans les chants mesurés 
de la liturgie, musique et poésie s'associent souvent si mala- 
droitement entre elles? Pourquoi n'admettez-vous pas qu'il y 
ait eu dans la musique grecque, comme dans la nôtre, des 
fautes de prosodie ? » 

La réponse est facile. Non, il n'y avait pas de « fautes de 
prosodie » dans la musique grecque, parce que l'union in- 
time de la mélodie avec le vers était le princife même du 
rythme musical. Il est vrai que, dans la musique moderne, 
la mélodie a beaucoup plus de liberté vis-à-vis de la poésie, 
et l'objection ci-dessus formulée retrouverait sa valeur si, 
par exemple, elle s'adressait à quelque système de trans- 
cription de chants du moyen âge, basé sur un semblable 
principe. Dans l'antiquité, au contraire, la mélodie chantée 
était, par son essence même, dans la plus complète dépen- 
dance de la parole. Tout nous le prouve : les auteurs sont 
unanimes. Tous considèrent cette union parfaite, qui subor- 
donne le rythme musical à celui du vers, comme un 
axiome qui ne saurait être discuté. Pendant toute la durée 
des temps classiques, l'enseignement de la métrique et celui 
de la rythmique étaient absolument confondus. Ici, le point 
de départ de toute mesure musicale, c'est la syllabe, longue 
ou brève, et, une fois ce point établi, les proportions entre les 
diverses valeurs sont observées scrupuleusement. 

Au reste, il n'en pouvait être autrement avec une langue 
comme celle des Grecs. Nous parlions tout à l'heure des fautes 
de prosodie; mais, dans notre musique française, les fautes de 
prosodie sontsimplement produites par la non-coïncidence du 
temps fort de la mesure a.vec V accent tonique da mot : or, l'accent 
tonique, malgré son importance, joue un bien moindre rôle 
dans la constitution du vers moderne que, dans le vers an- 
tique, n'en jouaieutles éléments constitutifs du mètre. LeGrec 
aussi connaissait l'accent, lequel n'était pas sans influence au 
point de vue musical; mais la quantité primait tout, cai' elle 
exprimait réellement les valeurs rythmiques et indiquait les 
durées proportionnelles des temps. Les mots : longue, brève, 
sont assez significatifs pour qu'il soit inutile d'insister, et il 
suffit de constater que tous les théoriciens antiques s'accor- 
dent à assigner à la brève la moitié de la valeur de la longue 
pour n'avoir plus le moindre doute sur le principe. 



LE MENESTREL 



35 



"■-m 



TT^" 



/^<'' 



Dans la pratique, la transcription musicale peut offrir 
quelques difficultés, s'il arrive qu'une seule et même poésie, 
et, conséquemment, la mélodie correspondante, admettent 
l'usage de mètres différents, mélange qui rompt parfois l'unité 
de la mesure. Mais avec un peu d'habitude on arrive bien 
facilement à se rendre compte du véritable sens rythmique : 
les divergences qui peuvent se produire entre les inter- 
prétations ne sont, d'ordinaire, que des détails de minime 
importance, et je tiens pour très vaines les discussions qui 
n'ont pas d'autre objet. Je ne puis mieux faire, pour faire 
sentir cette vérité, que de rapporter une observation de 
M. Gevaert, qui, dans sa plus récente transcription de la pre- 
mière Pythique de Pindare, après s'être flemandé s'il faut 
traduire un certain groupe d'une longue et une brève par une 
noire pointée suivie d'une croche ou par un triolet d'une 
blanche et d'une noire, en arrive 
à conclure que la différence entre 
les deux formules n'est que d'un 
doiizième de blanche, et que, si la 
première est plus conforme à nos 
habitudes graphiques, la seconde 
est celle que tout le monde chanle 
d'instinct (1). La notation des mé- 
lodies populaires d'après la tradi- 
tion orale pourrait donner lieu à 
bien des remarques du même 
genre. Puis donc qu'il s'agit de 
si peu de chose, les divergences 
constatées sont d'un médiocre in- 
térêt, et, du moment que le mou- 
vement général et les proportions 
des diverses valeurs sont obser- 
vés, il est inutile d'en vouloir 
davantage. En matière de musique 
grecque, nos connaissances ne son t 
pas si complètes que nous nous 
perdions ainsi dans l'infmimenl 
petit. 

Donc , le rythme musical et 
le mètre poétique sont une seule 
et même chose. 

Dans les deux hymnes à Apol- 
lon (du moins dans le premier 
et la plus grande partie du se- 
cond), ce mètre et ce rythme 
portent le nom de péonique, carac- 
térisé par la division du pied en 
la valeur de cinq brèves, et for- 
mant par conséquent, au point 
de vue musical, une mesure à 
cinq temps. Cette mesure, quoique 
rare dans la musique moderne, 
n'y est pas inconnue. Cependant, 

les exemples classiques de me- '' 

sures à cinq temps n'ont que peu de rapport avec le 
rythme des mélodies grecques. Prenons pour exemple le duo 
de Magali, dans Mireille : le morceau est entièrement composé 
d'une succession de mesures à neuf-huit et à six-huit, qui, en 
effet, accolées deux par deux, forment des séries de mesures 
à cinq temps; mais la vérité est que chaque mesure doit être 
considérée comme complète par elle-même : les temps forts 
des mesures à deux temps sont aussi importants que ceux des 
mesures à trois temps, et inversement, et le rythme intérieur 
de chaque mesure est assez bien dessiné pour n'avoir pas 
besoin d'être complété par celui de la mesure voisine. Dans 
le rythme péonique, au contraire, le temps, représenté par 
la croche, est, de fait, indivisible, et la mesure entière seule 
forme un groupe complet. 

(i) F. -A. Gevaf.rt, La Mélopée imlique dans le chant de l'Érjlm lutine, p. 49. 



■--'r^' ■ 



On pourrait plutôt rapprocher ce rythme de celui de la 
danse basque appelée Zorsiico, laquelle est à cinq temps brefs; 
mais ici encore il n'y a pas identité, car le rythme du Zorstico, 
très symétrique et se répétant de mesure en mesure, ne sau- 
rait être assimilé à celui de la mélodie grecque, beaucoup 
plus irrégulière en sa coupe. 

En réalité, si l'on ne peut contester le fait matériel de la 
division du chant des deux hymnes en mesures à cinq temps, 
il est certain aussi que l'exécution ne donne aucunement 
l'impression d'un rythme quinaire, par suite du caractère peu 
marqué des temps forts et du manque de symétrie des périodes. 
Car non seulement la division intérieure des mesures est 
indécise, mais celle des Cola ou membres mélodiques corres- 
pondant en principe à la longueur du vers, n'est pas mieux 
dessinée. Il semble que ces poésies soient plutôt une prose 
rythmée que des vers, et la mé- 
lodie est une mélopée dans toute 
la force du terme. 

Aussi, revenant sur une idée 
précédemment émise, j'exprime- 
rai encore le regret que les chants 
delphiques ne présentent pas plus 
d'intérêt au point de vue du rythme 
que nous n'en avions constaté au 
point de vue général. Étant donné 
ce que nous savons de la ri- 
chesse de l'art grec à cet égard, 
il est évident que nous pouvions 
espérer mieux que ces mélodies 
aux lignes vagues et sans relief. 
Et déjà le dernier fragment du 
second hymne, malheureusement 
bien mutilé, nous offre un échan- 
tillon de cette variété et de cette 
beauté rythmique. Il est en gly- 
conien, mètre assez compliqué en 
apparence, et qui se prête à plu- 
sieurs interprétations. J'ai suivi 
celle qu'a adoptée M. Reinacb, 
mais en modifiant sa notation, 
laquelle est, à proprement par- 
ler, illisible, ou, tout au moins, 
complique considérablement la 
lecture (1). Le dactyle, le spondée 
et le trochée (ainsi que l'iambe, 
dans un passage du milieu queje 
n'ai pas reproduit), se mélangent 
dans ce fragment, qui, plus que 
tout autre, me semble donner 
l'impression juste et évoquer la 
vision exacte de l'antique mélo- 
die. 

(A suivre.) Julien Tiersot. 



SEMAIN E THE ATRALE 

Odéon. Le Modèle, pièce en trois actes, de MM. Henry Fouquier 

et Georges Bertal. 

C'est ici, une fois de plus, la lutte éternelle des deux amours: 

l'amour des sens, l'amour indigne, et l'amour pur et honnête. Un 

jeune artiste d'avenir, le statuaire Raymond Nanteuil, qui, presque 

adolescent encore, a été fiancé à la toute jeune fille de son maître, 



(1) M. Reinach, amené par diverses raisons à conclure que le glyconien cor- 
respond à une mesure à douze-huit, n'en a pas moins été forcé de transcrire 
les dactyles et les spondées par des groupes binaires, d'ailleurs fort mal notés 
la plupart du temps : en tout cas, ces mesures, qui dominent dans celte partie 
de l'hymne, sont très su rnsamment caractéristiques pour imprimer h l'ensemble 
de la mélodie un caractère binaire, les trochées et Ïambes, qui seuls sont 
ternaires, étant en nombre beaucoup moindre, et pouvant très facilement être 
exprimés par des triolets. 



36 



LE MENESTREL 



le sculpteur Mérina. s'est épris fiévrcusenieut d'une femrne galaute, 
Albertine Bonnin, qui a conseiili à lui servir de modèle pour ?a 
statue deCircé.Une liaison s'en est nalurellement suivie, et Raymond, 
presque honteux de lui-même, a négligé son maître et sa fiancée. 
Mérina, qui se doute de quelque chose, vient chez Raymond, 
le confesse paternellement et lui fait tout avouer. En présence de cet 
aveu sincère, il sent que foute remontrance serait inutile ( t qu'il 
faut attendre la fin de la crise. 

Raymond pourtant n'eft pas absolument coûfiant dans la fidélité 
d'Albertine, que poursuit de ses assiduités un jeune fat millionnaire 
du nom de Maxime Villars. Il tente de rompre avec elle; mais il est 
trop tôt encore, et elle a bientôt repris sur lui tout son empire. Mais 
voici qu'il tombe gravement malade, tandis que sa Cuvé, envoyée au 
Salon, lui vaut une médaille d'honneur. Albertine le soigne avtc 
dévouement. Mais Albertine est habituée au luxe, à la vie facile, et 
la misèie d'une existence d'artiste lui est insupportable. Que fait- 
elle? Sans cesser d'entourer de soins Raymond, qu'elle aime réelle- 
ment, elle devient la maîtresse de Maxime, qu'elle méprise, et elle 
lui vend pour 20.000 francs la fameuse Circé, en cachant, bien 
entendu, à Raymond le nom de ce riche amateur d'objets d'arl. 

Mais le hasard fait tout découvrir à Raymond, qui, rouge de honte 
du rôle indigne qu'on lui fait jouer à son insu, chasse de chez lui 
.Albertine, et, après avoir rendu à Maxime ses 20.000 francs, se bat 
avec lui et le blesse. C'est alors que, guéii de son amour fatal, il se 
retourne vers son vieil ami Mérina, vers sa douce fiancée Fernande, 
que son abandon avait désespérée. Nous le retrouvons dans son ate- 
lier, prêt au travail auprès de celle qui doit faire dé-ormciis le bonheur 
de sa vie. 

Mais pendant son absence, Albertine s'est introduite de nouveau 
chez lui, dans le dessein toujours ardent de lo ramener à elle. Elle 
lui a fait dire qu'on avait rapporté sa Circé, placée derrière un rideau, 
ce qui u'est pas vrai ; elle revêt la tunique... légère qui lui avait 
servi lorsqu'elle lui tenait lieu de modèle pour sa statue et se met à 
la place de celle-ci, pensant que lorsqu'il la reverra ainsi, il no 
pourra lui résister. C'est lorsqu'elle est dissimulée de la sorte qu'elle 
assiste, invisible, à la scène de tendre.=se de Raymond et de Ftrnande, 
et qu'elle entend celle-ci avouer à son fiancé qu'elle est jalouse de 
sa statue même, en raison du souvenir qu'elle ne saurait cesser de 
lui rappeler. Après avoir tenté de chasser cotte pcnsûo de son 
esprit, Raymond voyant ses efforts inutiles, lui déclare alors que 
rien ne lui coûtera pour la rassurer, et qu'il va détruire sa Circé. Il 
saisit un ciseau, ouvre brusquement le rideau et lève le bras pour 
frapper, lorsqu'il se trouve en présence d'Albeitine, qui lui arrache 
le ciseau des mains en lui disant : — a Non, pas toi; moi! » et qui, 
se frappant elle-même, tombe morte devant lui. 

Le premier défaut de cette pièce c'est la banalité de l'action, que ne 
vient traverser aucun incident, aucune péripétie, et qui marche son 
petit bonhomme de chemin sans exciter l'intérêl, l'angoisse ou 
l'émotion. Le second, c'est son dénouement qui ne dénoue rien, car 
on se demande ce que pourra être le futur ménage de Raymond et 
de Fernande avec un tel souvenir entre eux deux, à supposer que 
leur union s'accomplisse. Et si elle ne s'accomplit pa?... 

A part M. Magnier, qui fait montre d'excellentes qualités dans le 
rôle de Raymond, l'interprétation du Modèle, pour fort estimable 
qu'elle soit, reste un peu grise, un peu terne, et parait manquer de 
montanl. Peut-être est-ce un peu la faute de l'œuvre elle-même. 
M"' Dux n'est ni sans vigueur ni sans chaleur dans le personnage 
difficile d'Albertine, mais elle n'a guère le physique da rôle, et on 
lui souhaiterait plus d'autorité. M. Rameau représente avec bonhomie 
le vieux sculpteur Mérina. Quant à M"' Lara, que nous avons vue, 
l'an passé, obtenir au Conservatoire un si brillant premier prix, pour 
la bien juger en scène il faudrait la voir dans un autre lôle que celui 
de Fernande, qui lui servait de début et qui n'a qu'une scène, dans 
laquelle d'ailleurs elle a fait preuve de tendresse et d'émotion. 
Maxime, c'est M. Rousselle, qui est chargé d'une corvée bien 

désagréable. 

Arthur Polgin. 



Variétés. Une Semaine à Paris, revue en 3 actes et 12 tableaux, de MM. Mon- 
réal et Blondeau. — Nouveau-Ciroue. Coco, fantaisie comique. 

On dit, même assez haut pour que l'on puisse l'entendre, que 
M. Fern:nd Samuel fait les doux yeux au conseil municifal de 
Paris, de qui il aimerait tenir le bail, non encore vacant cependant, 
du Chàtelet. L'opération en soi semblerait assez risquée, M. Samuel 
ayant aux Variétés un théâtre fort achalandé, tandis que là-bas, sur 
les quais, la clientèle semble se faire de plus en plus rare. Quoi qu'il 



en soit, la façon dont a été montée la nouvelle "revue, une Semaine 
o Paris, semblerait donner quelque fondement à ces racontars, 
M. Samuel paraissant avoir voulu prouver qu'il était capable, plus 
que quiconque, de splendidement mettre en scène une féerie. 

Car c'est le côté féerique qui l'emporte celte année dans les 
trois actes de srevuistes justement fameux, Mooréal et Blondeau, et 
« la bataille d'Iéna », d'après Détaille, « le Centre de la Terre » et 
« lo Triomphe romain » rappellent les plus éblouissantes splendeurs 
des scènes oîi l'on s'adonne aux pièces à grand spectacle. Ce qui 
ne veut pas dire que le côté actualité ait été sacrifié: les chanteurs 
des cours au profit du budget, la lutte des chapeaux dans la salle, 
les maçons de l'Opéra-Comique, la voie triomphale, les parodies 
il'Amanls et de Marcelle sont spirituellement présentés. 

Et M. Samuel, prodigue impénitent, n'a pas seulement gaspillé 
l'or pour les costumes et les décors, il a encore su réunir sur son 
affiche un nombre important d'étoiles de toute première grandeur. 
Vuici Brasseur, dont l'invention est géniale lorsqu'il s'agit de se 
grimer. Baron, à l'organe si captivant, Milher, transfuge du Palais- 
Royal, Lassouche, Guy, compère plein d'entrain, Marguerite Ugalde, 
qu'on voit trop peu, Balthy, la fantaisiste et Lender, commère éblouis- 
sante. Puis encore MM. Ed. Georges, Simon, Petit, M'"" Lavallière, 
Théry, Fugère, Diéterle qui, pour leur petite pari, ne sont pas sans 
contribuer au succès d'une Seinaine à Paris. 

Le Jardin d'Acclimatation transporté au Nouveau-Cirque! Voilà 
qui va faire grandement plaisir aux babys que le mauvais temps 
présent empêche d'aller passer la journée dans leur jardin favori. 
Rue Saint-Honoré, nulle crainte de l'humidité : confortablement 
assis en un bon fauteuil, on y voit défiler moutons, chèvres, lapins, 
canards, tortues, chameaux, dromadaires, éléphants, girafes, on y 
voit aussi un roi nègre, l'authentique Ghocolal, et un marié légère- 
ment éméché qui se trompe de noce. C'est l'amusaut Foottit qui 
mène gaiement la fêle aux sons de l'orchestre entraînant de Laurent 
Grillet. Comme toujours, le décor de M. Ménessier est de fort agréable 
aspect. 

Paul-Emile Chevalier. 



LA NOUVELLE LOI AUTRICHIENNE 

SXJR I-.BS DPLOITS D'^^XJTBXJR, 

(Suite et fin. ) 



En examinant la nouvelle loi autrichienne sur le droit des auteurs, 
dont nous avons reproduit les dispositions essentielles dans noire 
piécédent article, nous devons d'abord regretter que cette loi n'ait 
point formulé clairement le principe de la propriété absolue de l'au- 
teur sur Fon œuvre. Sous ce rapport, la nouvelle loi est inférieure à 
celle de 1846, dont le premier article déclarait d'une manière géné- 
ale : « Les produits littéraires et les œuvres d'art sont la propriété de 
leurs auteurs. » Ce principe et les conséquences qui en découlent 
auraient été très utiles à l'application de la loi L.ans les cas multiples 
et souvent fort compliqués qui peuvent être soumis au jugement des 
tribunaux compétents. Aucune ambiguïté ne devrait, en effet, sub- 
sister sous ce rapport; il importe que tout le monde s'inspire du 
principe que la propriété littéraire et arlistique no diffère guère, en 
ce qui concerne sa protection, de la propriété ordinaire, matérielle. 
Beaucoup de dispositions iniques dans les législalions étrangères 
n'auraient jamais pris naissance si les législateurs avaient envisagé 
ce principe simple et clair au lieu de vouloir accorder aux auteurs et 
aux artistes une espèce de privilège. 

Si la législation autrichienne avait accepté franchement le prin- 
cipe de la propriété absolue qui régit la législatton française, elle 
n'aurait pas fait de distinction inique entre les auteurs autrichiens 
et ceux qui leur sont assimilés, c'est-à-dire les auteurs hongrois et 
allemands, et ceux de nationalité différente. Ces derniers ne sont 
.proté"-és qu'en vertu de traités spéciaux, et ils ne le sont pas du 
tout s'il n'existe pas de traité entre leur pays et l'Autriche. En France, 
pareille distinction n'est pas admise; les auteurs étrangers, même 
appartenant à des pays qui ne reconnaissentpas la propriété littéraire 
et artistique des Français, sont cependant protégés en France au 
même litre que les auteurs nationaux. L'honnêteté internationale 
nous semble vivement exiger cette protection. N'envoie-t-on pas en 
prison dans tous les pays civilisés tout individu qui soutire une 
montre à autrui, fùl-ce celle d'un étranger? 

Heureusement, le traité entre la France et l'Autriche du 11 dé- 



LE MENESTREL 



37 



cembre 1866 n'est pas touché par la nouvelle loi autrichienne dont 
les dispositions sont désormais applicables, en vertu de ce traité 
même, aux œuvres françaises. Mais les formalités prescrites par le 
traité de 18G6, surtout celle du dépôt, subsistent encore et doivent 
être remplies pour que les auteurs et éditeurs français puissent jouir 
de la protection de la nouvelle loi autrichienne. Il ne serait proba- 
blement pas impossible d'obtenir l'abolilion de ces formalités vexa- 
toires et inutiles, que la législaticn française n'exige pas pour la pro- 
tection des œuvres étrangères. On n'aurait jamais songé à cette 
paperasserie qui n'a aucune raison d'être, si on avait nettement 
posé le principe de la propriété littéraire absolue telle qu'elle est 
comprise par la législation française. 

Plusieurs autres dispositions générales de la nouvelle loi nous 
semblent également regrettables ou insuflisantes. 

On ne comprend d'abord pas pourquoi il est nécessaire, pour les 
œuvres exécutées publiquement, que le nom de l'auteur soit rendu 
public lors de l'annonce de la première représentation (Art. 10 : « Bei 
der Ankûndigung der erslen Aujfuhrung »). Cette disposition est d'autant 
plus inutile que la loi admet d'une manière générale (ait. Il) les 
publications anonymes et pseudonymes. L'exception pour les œuvres 
scéniques n'a donc aucune raison d'être, et nous en avons vainement 
cherché l'explication dans l'exposé un peu trop laconique qui a 
accompagné le projet de loi présenté par le gouvernement aux 
Chambres. Les auteurs et éditeurs français feront bien de ne pas 
oublier cette disposition. Werlher, de Massenet, par exemple, a été 
joué pour la toute première fois à Vienne, ainsi que le Carillon. La 
coutume française de ne pas indiquer sur -l'affiche de la prem ère 
représentation le nom de l'auteur porterait donc un grave préjudice 
aux auteurs et aux éditeurs si on la suivait dans le cas d'une « pre- 
mière » en Aui riche. 

La durée de la protedion est limitée à trente ans après la mort de 
l'auteur, ce qui est un progiès énorme en comparaison avec l'an- 
cienne loi de 1846, qui fixait à dix ans seulement après la mort de 
l'auteur la protection pour le droit de représentation des œuvres 
scéniques. Mais nous estimons que cette durée n'est pas suffisante 
encore et que la durée de cinquante ans, fixée par la législation 
française, n'a rien d'exagéré. L'exposé du gouvernement dit, non 
sans une certaine naïveté, que les œuvres scéniques vieillissent vite 
et qu'une protection trop longtemps prolongée en rendrait impossible 
l'exploitation dans le domaine public. Mais nous ne voyons pas la 
nécessité que le premier venu puisse se faire des renies avec le tra- 
vail d'un auteur ou d'un compositeur défunt, et il n'est pas exact, en 
outre, que toutes les œuvres dramatiques vieillissent si vite que 
cela. Aristophane pourrait encore loucher des droits d'auteur à 
Paris, de nos jours. Shakespeare, encore à présent, pourrait vivre 
en fort grand seigneur avec les droits de ses drames. Molière ne 
serait pas non plus à plaindre. Et à Vienne même, Lessing, Gœthe, 
Schiller et Gluck gagneraient encore de quoi vivre avec leurs œuvres, 
bien qu'elles datent du XVIiï" siècle. 

Nous ne pouvons qu'approuver la disposition de l'article 43 qui 
établit que la- protection ne cesse que trente ans après la mort du 
dernier collaborateur survivant d'une œuvre scénique. C'est surtout 
important pour les opéras et opérettes. Carmen, par exemple, ne 
serait pas encore tombée dans le domaine public, en Autriche, si une 
disposition analogue s'était trouvée dans la loi de 18i6, malgré la 
mort de Bizet survenue en 1875 et malgré la limitation à dix ans 
après la mort de l'auteur pour la protection des œuvres scéniques. 

Une attention spéciale est due aux articles 6S et 67 de la nouvelle 
loi qui règlent son application aux œuvres antérieures et statuent 
que les nouvelles dispositions sont applicables aux œuvres publiées 
avant la promulgation de la loi présente, mais que les œuvres musi- 
cales et scéniques déjà représentées antérieurement d'une façon 
licite peuvent être représentées librement dans l'avenir. Il en résulte 
que les œuvres d'.^uber, de Maillart et de Bizet, qu'on joue encore 
fort souvent en Autriche, y restent dans le domaine public, mais 
que les œuvres de Gounod et de Delibes, par exemple, profileront de 
la protection prolongée à trente ans après l'année de la morl tle ces 
compositeurs et de leurs librettistes survivants. C'est ainsi que pour 
Faust, pour Roméo et Juliette, pont Lakmé, pour Sylvia et pour Coppélia. 
l'année fatale du point de départ des trente ans n'a même pas encore 
commencé et, espérons-le pour les librettistes, n'arrivera pas de 
sitôt. 

Les œuvres musicales sont mieux protégées par la nouvelle loi 
autrichienne que par celle de 1846, mais plusieurs dispositions 



cependant ne correspondent pas encore aux exigences du droit d'au- 
teur bien compris et franchement admis. 

Après avoir fort bien dit que le droit d'auteur sur des œuvres mu- 
sicales comprend le droit exclusif de publier l'œuvre et de la multiplier, 
de la mettre en vente et de l'exécuter publiquement, et après avoir 
statué, en particulier, que l'édition d'extraits, de pots-pourris et 
d'arrangements est interdite, la loi fait tout à coup des exceptions 
fort fâcheuses. 

Elle permet d'abord d'éditer des vaiiations, transcriptions, fantai- 
sies, éludes et orchestrations, pourvu que ces travaux se présentent 
comme compositions originales I eigenthuml ichc Werke). Voilà une 
source de procès sans fin. Il est clair que le travail de transformation 
est oiiginal si un Beethoven écrit de magistrales et interminables 
variations sur un petit motif de valse de Diabelli, ou si un Berlioz se 
met à orchestrer l'Invitation à la valse de "W. ber, ou si de nos jours 
un Saint-Saëns brode, par exemple, une fantaisie charmante sur la 
Thaïs de Massenet. Mais en dehors de semblables maîtres, il existe 
beaucoup de compositeurs subalternes qui s'attaquent à des œuvres 
d'aulrui sans que leur travail de transformation paraisse d'une origi- 
nalité bien frappante. Les tribunaux seront sur ce point souvent fort 
embarrassés, et même dans les corporations d'experts que la loi a pré- 
vues et auxquelles les juges pourront s'adresser pour éclairer leur 
religion, les opinions seront plus d'une fois différentes. Aucune néces- 
sité, ni même aucune utilitén'exislait pour enfreindre decette manière 
la propriété absolue de l'auteur sur son œuvre. 

Ne nous arrêtons pas aux passages de la loi qui règlent les « cita- 
tions » et qui permettent la fabrication de copies d'une œuvre musi- 
cale pourvu qu'elles ne soient pas destinées à la vente. Les dommages 
que ces dispositions peuventeauser sont cependant assez regrettables. 
Mais ce qui nous [.araît plus grave, c'est la disposition que l'auteur 
d'une composition musicale, en dehors d'une œuvre scénique, doive 
se réserver expressément l'exécution et qu'à défaut de cette réserve 
l'exécution reste libre. Ainsi le compositeur d'un oratorio, d'une can- 
tate, est obligé de s'en réseri-er l'exécution s'il veut que ce droit ne 
tombe pas dans le domaine public. C'est justement le contraire qu'il 
fallait faire; on aurait dil statuer que toute exécution publique d'une 
composilion musicale reste interdite à moins que l'auteur n'en ait 
autorisé l'exécution publique expressément, par une note publiée sur 
chaque exemplaire de son œuvre. Il est évident qu'une autorisation 
pareille serait toujours donnée pour les mélodies, morceaux de 
piano ou de violon et autres, qu'on ne pourrait pas répandre par la 
vente si les artistes n'avaient le droit de les exécuter publiquement, 
sans aucune permission spéciale. 

Une restriction fort importante des droits de l'auteur est aussi la 
disposition de la loi qui permet la fabrication et l'utilisation publique 
d'inslruraents destinés à reproduire mécaniquement les œuvres musi- 
cales. Il est évident qiie par cette disposition, on a entendu ne pas 
immoler sur l'autel du droit d'auteur les intéressants citoyens qui 
tirent leur existence de l'orgue si bien dit de Barbarie. Mais la repro- 
duction mécanique des compositions musicales ne se borne plus à cet 
instrument primitif. Sans parler du phonographe, qui est certainement 
susceptible d'une forte amélioration et deviendra peut-être une con- 
currence dangereuse pour les auteurs et éditeurs de compositions 
musicales, nous devons attirer l'attention des législateurs sur les 
pianos mécaniques, qu'on a justement poussés à unhauttlegré de per- 
fe'ction à Vienne. Des facteurs viennois les fabriquent et les reven- 
dent actuellement un peu partout, et même à Pari--, et cesins'ruments 
forment un véritable danger pour les auteurs et éditeurs d'œuvres 
musicale?. Dernièrement nous avons pu voir, à Paris même, un piano 
viennois qui ne se distinguait guère de tout autre instrument pareil; 
le propriétaire pressa un bouton et le piano se mil à jouer loul seul, 
sans aucune force motrice apparente, une valso do Cbopin. Certes, 
Rubinslein a joué cetie valse avec plus de charme, mais néanmoins 
tout était rendu, mêmes certains capi'ices de tempo rubato, et peu de 
dilet'antes auraient aussi bien exécuté le morceau. L'.-lectricilé 
fournie par une installation d'éclairage ordinaire et un carton perforé, 
voilà quels étaient les artistes. Ces pianos mécaniques se répandent 
de plus en plus, car ils servent eu même temjis à l'usage extérieur, et 
la fabrication des carions perforés qui se vendent assez cher est une 
source de gros bénéfices. Or. il est absoluiucnt immoral et inadmis- 
sible qu'il soit permis à ces industriels de traduire une œuvre musi- 
cale en leur langue de carton pour s'en faire des rentes :^ans que 
l'auteur en profile également. Malheureusement, la protection contre 
les pianos mécaniques n'existe même pas en France, et la législation 
autrichienne a manqué là une belle occasion de présenter une innova- 
tion louable et utile. 



38 



LE MENESTREL 



Un mol encore sur une lacune de la nouvelle loi autrichienne. Elle 
a reconnu les droits des librettistes, qui étaient absolument sacrifiés 
par l'ancienne loi de 1846. mais elle reste muette sur les droits des 
auteurs d'un roman ou d'une nouvelle dont un livret a été tiré. Le 
projet de loi présenté par le gouvernement avait réservé aux roman- 
ciers le droit de tirer une pièce ou un livret de leur œuvre, mais la 
commission de la Chambre des Seigneurs a cru devoir éliminer ce 
droit, qui ne figure plus dans la nouvelle loi. Elle n'en parle pas du 
tout et. comme le principe de propriété générale n'a pas été établi 
tout d'abord, il faut en tirer la conclusion qu'un auteur autrichien 
peut parfaitement tirer une pièce ou un livret d'un roman ou d'une 
nouvelle d'un auteur français, sans se préoccuper le moins du monde 
de celui-ci! Ceci est certainement excessif, car le livret joue souvent 
un rôle fort important dans le succès d'un opéra, et il n'est jamais Lne 
quantité négligeable. Nous avons vu dans ces derniers temps que les 
tribunaux italiens ont accordé une somme fabuleuse à M. Verga, 
auteur primordial du sujet de Cavalleria rwtticana, car ils avaient 
justement reconnu qu'il était pour beaucoup dans le succès d'argent 
sans précédent remporté par l'œuvre musicale de M. Mascagni. Nous 
savons aussi qu'une vraie course au clocher a eu lieu au sujet de 
la Cigarette de M. Jules Clarelie, qui a servi à M. Massenet pour ta 
Navarraise. Eu Autriche, n'importe qui pourrait s'approprier la nou- 
velle de M. Claretie pour en faire une pièce ou un livret. Les Iribu- 
naux ne pourront pas facilement y porter remèle, car les transfor- 
mations (Bearbeitungenj sont en général permises par la nouvelle loi et 
il est évident qu'elle n'a pas voulu admettre le droit en question puis- 
qu'elle l'a éliminé du projet primitif. 

Malgré donc les progrès inconleslables et fort importants que la 
nouvelle loi autrichienne a réalisés, nous ne pouvons pas la consi- 
dérer comme un modèle de législation en malière de droit d'auteur. 
Les lois des États voisins, celles de l'Allemagne et de la Hongrie, lui 
sont mêmes supérieures sous certains rapports. Mais les jalons sont 
posés, et on peut espérer que les lacunes qu'elle offre seront comblées 
quand l'application de la nouvelle loi en aura fait suffisamment res- 
sortir les défauts. 0. Bergghuen. 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



Dans l'ombre du Ténare, l'ombre de Berliozdoit être satisfaite. Dimanche 
dernier, le nom de l'illustre artiste flamboyait sur les affiches de nos trois 
grands concerts, et tandis qu'au Chàtelet et au Cirque on jouait simultané- 
ment la Damnation de Faiist, on exécutait au Conservatoire, Dieu sait avec 
quelle verve et quelle ardeur, toute la partie symphonique de Roméo el 
Juliette. C'est le 24 novembre 1839 que Berlioz, en la dirigeant lui-même, 
donnait au Conservatoire la première exécution de cette œuvre importante. 
Deux mois après, il la produisait avec succès à Londres, et il le constatait 
dans cette lettre à son ami Humbert Ferrand (Londres, 31 janvier 1840) : 
« ... Me voilà content, le succès est complet. Roméo el Juliette ont fait cette 
fois verser des larmes (car on a beaucoup pleuré, je vous assure). Il serait 
trop long de vous raconter ici toutes les péripéties de ces trois concerts. 
Il vous suffit de savoir que cette nouvelle partition a excité des passions 
inconcevables et même des conversions éclatantes. Bien entendu que le 
noyau d'ennemis quand même leste toujours plus dur. Un Anglais a acheté 
120 francs, du domestique de Schlesinger, le petit bâton de sapin qui m'a 
servi à conduire l'orchestre. La presse de Londres, en outre, m'a traité 
splendidement... Alizard a eu un véritable succès dans son rôle du bon 
moine (le père Laurence, dont le nom lui est resté). Il a merveilleusement 
compris et fait comprendre la beauté de ce caractère shakespearien. Les 
chœurs ont eu de superbes moments ; mais l'orchestre a confondu l'audi- 
toire d'étonnement par les miracles de verve, d'aplomb, de délicatesse, 
d' éclat, de majesté, de passion qu'il a opérés...» Dimanche aussi, l'orchestre 
du Conservatoire s'est montré superbe dans l'interprétation de cette œuvre 
si travaillée, si difficile, si délicate parfois, parfois si puissante, et qui 
réclame une attention toujours en éveil. Il nous avait fait entendre d'abord 
avec éclat l'ouverture, si difficile aussi, de Siruensée, de Meyerbeer, et il a 
joué ensuite avec une grâce exquise la délicieuse symphonie en sol mineur 
de Mozart (car, par extraordinaire, le nom de Beethoven était absent cette 
fois du programme). La séance se terminait par la première audition du 
Psaume 150, de César Franck, page d'une jolie couleur et d'un heureux 
caractère, mais de proportions très modestes et qui n'appelle point de 
réflexion. L'orgue était tenu, comme de coutume, par M. Alexandre Guil- 
mant. A. P. 

— Concerts Lamoureux. — Nous avons assisté à une exécution irrépro- 
chable de la Damnation de Faust, dans laquelle M^^Passamaa été excellente; 
M. Bailly ne s'est pas contenté de son mérite reconnu coinme alto; il s'est 
révélé comme chanteur. M. Lamoureux, depuis l'année 1884, où M. Van 
Dyck et M'"" Brunet-Lafleur s'étaient justement fait applaudir dans l'œuvre 
de Berlioz, n'a guère donné la Damnation qu'une dizaine de fois. M. Colonne 
approche de 80 exécutions. Quoique le public ne se lasse pas d'entendre 



l'œuvre mai tresse de Berlioz, on sent une diminution dans l'enthousiasme. 
Nous ne serions pas étonné qu'il se lassât un jour sur les exécutions si 
fréquentes de la même œuvre. Certes, nous sommes de ceux qui sont 
absolument convaincus que le mérite intrinsèque subsiste malgré le temps 
et les circonstance.s. Mais le repos est quelquefois nécesaire et, après un 
certain intervalle, des œuvres que le public s'était fatigué d'entendre 
réapparaisse'nt jeunes et vivantes comme au premier jour. Shakespeare, 
qui était un génie extraordinaire et qui avait des clartés de tout, a souvent 
parlé musique ; il dit ceci : 

«La corneille chante aussi mélodieusement que l'alouette lorsqu'il n'y a 
personne pour écouter, et je crois que si le rossignol chantait durant le jour, 
pendant que toutes les oies piaillent, il ne serait pas jugé un meilleur musicien 
que le roitelet. Combien de choses doivent leur vraie perfection et leurs 
louanges à l'opportunité des circonstances (Portia, le Marchand de Venise}. 

Nous n'irons pas si loin que le grand poète. Mais le Faust de Berlioz, 
œuvre de pur romantisme, finirait par détonner singulièrement, si on en 
abusait par trop, et nous, qui admirons sincèrement l'œuvre du musicien 
français, nous commençons à souhaiter qu'on la laisse un instant reposer. 

H. Barbedette. 

— Chez M. Colonne, c'était également ta Damnai ion de Favsl, toujours avec 
la même remarquable exécution. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire ; Même programme que dimanche dernier. 

Chàtelet: Concerl Colonne : 78° audition de la Damnalionde Faust (Berlioz) soli , 
iV" Auguez de Montalant, MM. Cazeneuve, Auguez et Nivelle. 

Cirque des Champs-Elysées, Concert Lamoureux: La Damnalionde Faust (Ber- 
lioz), interprétée par M"- Jenny Passama (Marguerite), M. E. Lafarge (Faust), 
M. Bailly (Méphistophélès), M. P. Blancard (Erander). 

Concerts du Jardin d'Acclimatation, chef d'orchestre, Louis Pister. Lorelei, 
préludé (Mas-Bruch). Olfcrioire, orgue et orchestre (R. Mandl). Suite d'orchestre 
t Attaque du moulin (A. Bruneau). Scherzo en sol bémol (Scharwenkai, piano : 
M.Charles Foerster. Léonore, ouverture (Beethoven). Etude (.\. Uenselt), Rhap- 
sodie ii") (Litszt), Namouna, suite d'orchestre (Lalo), Sérénade, Prélude. Marche 
nuptiale (Rubinstein), 

— Gros succès, jeudi dernier, pour la très belle soirée musicale donnée 
par la Société des compositeurs, dont le programme était fort intéressant. 
A signaler un joli trio de M. Diémer, fort bien exécuté par MM. Joseph 
Thibaud, Boucherit et Choinet, la romance du concerlsUick pour violon du 
même compositeur, qui a valu de très vifs applaudissements au jeune 
Boucherit, dont le jeu est vraiment remarquable, le Voyageur, suite pour 
piano de M. Charles René, que deux rappels ont récompensé comme auteur 
et comme exécutant. Soirs d'été, de M. Ch.-M. Widor, doat l'effet est char- 
mant, enfin Prélude , fugue et variations de César Franck, pour orgue et piano, 
magistralement interprétés par MM. Al. Guilmant et Charles René. La 
séance a été on ne peut plus brillante. 

— Programme exquis à la fois et varié à la cinquième séance de musique 
de chambre moderne de MM. I. Philipp, Berthelier, Loeb et Balbreck, 
auxquels se joignait cette fois M. Delaborde. D'abord, le très beau trio 
(op. 26) de Lalo, dont le presto surtout est charmant et plein de grâce; 
puis une Fantaisie et Fugue — superbe ! — de J.-S. Bach et le scherzo 
du Songe de Mendelssohn, transcrits pour deux pianos par M. I. Philipp et 
magistralement exécutés par lui et M. Delaborde ; ensuite. Nocturnes, trois 
pièces en trio de M. Edmond Laurens, du genre romantique, toutes trois 
aimables, piquantes et pleines d'élégance, et dites à ravir par MM. Philipp, 
Berthelier et Loeb ; enfin, pour terminer, deux très belles, très intéres- 
santes Marches à quatre mains (op. 40) de Gliarles-Valentin Alkan, d'un 
effet irrésistible, surtout avec l'interprétation brillante et solide de 
MM. Philipp et Delaborde. Il n'est pas besoin d'ajouter si le succès d'une 
telle séance a été complet. A. P. 

— Salle Erard, très intéressante séance de la Société de musique nou- 
velle, fondée en 1894 par MM. Widor et Eymieu. M. Th. Dubois a accom- 
pagné à M""^ Éléonore Blanc des fragments de Xavière, Brunelle et Par le 
sentier. M. Delsart a joué excellement trois pièces de M. Widor avec l'au- 
teur, et M. Lefort a été parfait dans des pièces de violon de M. H. Eymieu. 
Un concerto de M. Pierné pour deux pianos, exécuté par l'auteur et M. Libert, 
la Rieuse, du même, chantée par M'" Blanc, des pièces de piano do Diémer, 
Stoyowski, Moskowzski et Widor, prestigieusement jouées par M. Diémer, 
ainsi que son beau trio, dans lequel il avait pour partenaires JIM. Delsart 
et Lefort, complétaient le programme. 

— Les programmes de la Société d'Art sont toujours des plus variés et 
des plus intéressants; c'est l'éclectisme qui dirige l'organisateur. Le quatuor 
à cordes de M. de la Tombelle, dont c'était la première audition, est une 
œuvre remarquablement écrite, d'une trame soutenue, rehaussée d'ingé- 
nieux détails. Si les idées ne tranchent pas fortement, du moins leur mise 
en œuvre requiert l'intérêt. Les Improvisations pour piano (l'^ audition) 
de M. Léon Boêllmann sont une série de délicates et trop courtes pièces 
de piano et ont été très goûtées. Le succès a été également grand pour une 
séduisante valse (Balancelle) de M. Antonin Marmontel, et pour l'habile 
arrangement à deux pianos des préludes el fugues de C. Saint-Saëns, par 
l'excellent artiste Charles Malherbe. Des mélodies exquises de Fauré et de 
G. Alary, chantées avec goût par M"= Choisnel, et deux intéressantes pièces 
d'alto de M. Vierne, dites avec un beau son par M. Balbreck, formaient 
le reste du programme. 



LK MENESTREL 



39 



— La première séance des quatuors classiques a obtenu un succès consi- 
dérable. Le quatuor eu la majeur a été exécuté par MM.Weingaertner, Furet, 
Hervouet et Gasadesus avec une entente parfaite des nuances et une fougue 
très entraînante. Le beau style de IVI. Weingaertner s'y est donné libre 
carrière ainsi que dans des fragments de quatuors de Haydn, dont un 
andantea été bissé avec enthousiasme. Remarquable exécution de la sonate 
de Grieg («( mineur), par M"« et M""» Weingaertner, qui y ont rivalisé de 
charme et de passion. 

— MM. A Geloso, Tracol, Monseur et Schneklud reprendront les séances 
delafondationBeethoven (salle Pleyel), les7 et 21 février, 6, 20 et .30 mars. 
Audition des quatuors à cordes de Beethoven, 7"" au 17" inclusivement. 



NOU^^ELLES DIVERSES 



ÉTRANGER 



De notre correspondant de Belgique (.30 janvier). — Avant de quitter le 
public de la Monnaie pour s'en aller passer deux mois à Nice, M°" Lan- 
douzy a chanté, cette semaine, la Fille du régiment. Elle y a été char- 
mante, comme cantatrice et comme comédienne, pleine de verve et de 
grâce, rossignolante à plaisir, telle enfin qu'elle peut l'être, avec sa voix 
et son tempérament, dans ces rôles légers qui lui conviennent si bien et 
où elle ne laisse guère à désirer. La résurrection du joyeux opéra-comique 
de Donizetti, qu'on n'avait plus joué depuis assez longtemps, avec une 
interprétation excellente, a fait un plaisir et a obtenu un succès dont le 
public lui-même a paru effrayé!... Eh quoi! au lendemain de toutes les 
choses graves, wagnériennes, compliquées, qui paraissaient décidément 
être seules possibles désormais sur cette imposante scène de la Monnaie, 
ces joyeux flonflons, cette orchestration ingénue, ces petits airs, cette 
bonne humeur, ont donc encore quelque charme?... On étail venu pour ■ 
sourire et s'ennuyer, dédaigneusement, et voilà qu'on s'amuse, que l'on 
rit, que l'on trouve cela délicieux!... La surprise a été considérable. A 
l'heure qu'il est, le bon public n'en est pas encore revenu. Il est furieux !... 
Heureusement, le Tannhauser, dont on active les dernières répétitions, lui 
fournira très prochainement une revanche. 

Un mot des concerts. Le deuxième concert populaire nous a révélé 
un virtuose nouveau du violon, M. Burmester, un Allemand, vraiment 
extraordinaire. Sur son violon, rien ne lui est impossible; feu Paganini, 
dont il joue la musique, l'eût jalousé lui-même, certainement, car il fait 
ce que Paganini n'avait jamais songé à faire et il ajoute à la musique de 
son prédécesseur des difficultés que l'auteur n'avait pas prévues ! Ce qui 
ne l'empêche pas de jouer aussi, très bien, ma foi, de la bonne musique. 
En somme, je le répète, un violoniste extraordinaire. Il a remporté natu- 
rellement le succès du concert, avec une très belle exécution, par l'orchestre 
de M. Joseph Dupont, de la Symphonie fantastique de Berlioz. — Dimanche 
dernier, le deuxième concert Ysaye nous a fait entendre un autre violo- 
niste, M. Ten Hâve, un des meilleurs élèves de M. Ysaye, et qui promet 
un véritable artiste, ainsi qu'une cantatrice, fidèle interprète des concerts 
dominicaux de Paris, M"" Marcella Pregi. Celle-ci n'était jamais venue 
encore à Bruxelles. Elle a chanté remarquablement un air de Gluck, le 
Lamenio de Fauré et la Procession de César F^ranck ; sa voix timbrée et sa 
belle diction lui ont valu un accueil extrêmement chaleureux. Le jeune 
orchestre du nouveau capellmeister a joué d'excellente façon une sym- 
phonie assez pâlotte de Brahms, les Eolides de César Franck et la pitto- 
resque Rhapsodie norvégienne da Lalo. Au prochain concert, M. Ysaye cédera 
son bâton à M. Vincent d'Indy, qui dirigera le concert dans le programme 
duquel il aura, cela va sans dire, une petite part, et se fera entendre 
comme soliste. L. S. 

— Notre confrère de Bruxelles, l'Éventail, annonce que les conseillers 
communaux socialistes de cette ville vont déposer une proposition tendant 
à rendre gratuit, dix fois par mois, l'accès des places du quatrième rang 
et du paradis au théâtre de la Monnaie. Ils demanderont, en outre, que ce 
théâtre donne deux représentations populaires gratuites au cours de 
chaque saison. 

— Très belle réussite à La Haye du Mage de M. Massenet. « Véritable 
soirée triomphale, nous disent les dépèches, et pas moins de seize rappels 
pour les artistes. » Parmi ces derniers, M"= Marguerite Picard, dans le 
rôle de Varedha, et M. Van Loo, qui jouait Zarastra, ont été réellement 
parfaits ; des ovations et des rappels leur ont été prodigués à la fin de 
chaque acte. L'orchestre était magistralement dirigé par M. Mertens, le 
sympathique directeur, qui se multiplie pour maintenir l'antique répu- 
tation du Théâtre Royal français, le seul de tous les Pays-Bas où l'on 
chante l'opéra en langue française. Aussi est-ce justice de voir tant d'efforts 
couronnés de succès. 

— La Navarraise joue de malheur à la Scala de Milan. On n'a pu encore 
en donner la première représentation par suite des indispositions succes- 
sives des deux grands ténors du théâtre, MM. GaruUi st De Lucia. En 
désespoir de cause, M. Massenet a quitté Milan, dont le climat est fort 
mauvais, et s'est réfugié très souffrant à Nice, où il est obligé de garder 
la chambre en attendant le soleil qui s'obstine à ne pas paraître. Pour en 
revenir à la Scala, on espère que le ténor De Lucia pourra enfin chanter 
mardi. 



— En attendant, cette même Scala a représenté cette semaine pour la 
première fois le joli ballet de Léo Delibes, Coppélia. Grand succès pour le 
mime et chorégraphe Saraoco et pour M"° Garlotta Brianza, la première 
danseuse, gui a donné à la poupée un charme particulier. En revanche 
on a reçu plus que fraichement la Damnation de Faust de Berlioz, bien 
faiblement exécutée d'ailleurs. 

— Le comité du monument Donizetti, àBergame, a fait son choix parmi 
les projets qui lui étaient soumis et dont l'exposition a eu lieu récomment 
en cette ville. C'est l'esquisse du sculpteur Francesco Jerace qui a réuni 
ses suffrages. Ce choix ne va pas sans soulever des critiques assez vives, 
dont plusieurs journaux se font les échos. 

— A Gênes, très beau succès de Werther, malgré une interprétation 
« discrète », comme disent les journaux italiens. Mais la partition est 
allée aux nues. Après le duo du clair de lune, toute la salle debout en a 
réclamé le bis. A la fin de la soirée, M. Massenet, qui était venu de Milan 
pour assister à la représentation, a été acclamé , et il aurait pu reparaître 
indéfiniment sur la scène; mais il lui a paru que onze fois, c'était bien 
suffisant pour un compositeur français. 

— L'Académie de l'Institut royal de musique de Florence vient de rendre 
son jugement sur le concours ouvert par elle pour une composition à 
quatre voix diverses, avec accompagnement de petit orchestre, sur les 
paroles du XV1<= Psaume de David. Le prix a été attribué à M. Guglielmo 
Mattioli, de Reggio d'Emilie ; trois mentions ont été décernées, à MM. Carlo 
Bersezio (Turin), Eligio Mariaui (Milan) et Terenziano Marusi (Parme). 
L'Académie a jugé, dans la même séance, le concours Stefano Golinelli , 
pour la composition de « six études de piano en forme de fantaisie. » Le 
prix a été dévolu à un recueil d'études de M. G. B. PoUeri, de Gênes, et 
deux mentions ont été accordées à MM. Luigi Romaniello, de Naples, et 
Emilie Perotti, de Sulmona. 

— Le musée Lizst, à Weimar, vient de recevoir un objet intéressant 
qui lui a été offert par un membre de la famille du grand musicien. C'est 
un moulage en plâtre de la main droite de Liszt, fait le 22 octobre 1874, 
à l'occasion de son ëZ" anniversaire. Le moulage fait ressortir le dévelop- 
pement extraordinaire de la main de l'artiste, qui dépasse de beaucoup 
les proportions ordinaires. Cette main merveilleuse et la force extraordi- 
naire des muscles du bras rompus à l'exercice du piano, dès la plus tendre 
enfance, étaient la base du jeu merveilleux de Liszt au point de vue méca- 
nique ; il est vrai qu'il fallait aussi son génie musical pour se servir de 
l'instrument puissant dont la nature l'avait doué. 

— Le petit château Fantaisie, près Bayreuth, bien connu des pèlerins de 
La Mecque wagnérienne, vient d'être vendu à un particulier saxon qui a, 
dit-on, l'intention de permettre l'accès du beau parc aux visiteurs de 
Bayreuth pendant les Festspiele. Richard Wagner a habité ce château pen- 
dant les premiers temps de son séjour à Bayreuth et y a travaillé à la par- 
tition du Crépuscule des Dieux. 

— A l'Opéra de Budapesth, l'opéra national Balassa Balint, musique de 
M. Ed. Farkas, a eu peu de succès. Le compositeur habite Klausenburg, 
en Transylvanie, et sa partition témoigne que l'orchestre moderne et les 
progrès de l'art musical de notre temps ne lui sont pas suffisamment 
familiers. 

— G'estM. Alexandre Glazounoff, le jeune compositeur qui paraît devoir 
être la future gloire de l'art musical russe, qui vient d'être chargé par le 
gouvernement d'écrire la cantate dont l'exécution aura lieu â Moscou, au 
mois de mai prochain, lors des fêtes pour le couronnement du czar 
Nicolas II. 

— Les hommages au célèbre compositeur Henry Purcell continuent en 
Angleterre, M. W. Harding Benner a fait récemment, à la Tonic Sol-Fa As- 
sociation de Londres, une conférence sur le grand artiste, accompagnée 
d'exécution de plusieurs de ses œuvres, avec exposition de portraits, 
manuscrits, autographes, etc. 

— On annonce de New-York le très grand succès remporté par M'"<' Melba 
dans Manon en compagnie du ténor Jean de Reszké. 

— Un journal de Pretoria annonce une collection de mélodies africo- 
hoUandaises. On y rencontre des hymnes nationaux pour les républiques 
d'Orange et du Transvaal et quelques chansons patriotiques, comme : 
WijU Tafelberg :al staan (Autant que la montagne du Cap reste debout) et Koml 
Broeders komt (Venez frères, venez I) Ce qui est curieux, c'est qu'un composi- 
teur anglais, M. Reginald Statham, a écrit non seulement la musique, mais 
aussi les paroles de ces chansons patriotiques des Boers, et que M. Reilz, 
président de la République d'Orange, les a traduites en hollandais. 

PARIS ET DEPARTEMENTS 

M. Gailhard est de retour de son voyage en Italie. Et, comme il 
n'aime pas à perdre son temps, même pendant ses vacances, il en rap- 
porte dans ses malles un tas de jolis petits souvenirs pour son cher Opéra 
de Paris : 

l" Le prologue du Mefistofele de Boito, qu'on exécutera à l'un des pro- 
chains concerts ; 

2" Une paire de timbales chromatiques ; 

3° Un jeu de cloches graves ; 

4° Des nouilles et du macaroni ; 



40 



LE MENESTREL 



0° Le portrait de Crispi ennuyé par le Négus d'Abyssinie. 
C'étaient de bien grandes malles ! 

— Aussitôt rentré, M. Gailhard s'est mis à la besogne et il a fait répéter 
la Favorite, dont la première représentation aura lieu demain lundi avec la 
distribution qu'on sait : M""'* Descbamps-Jehin et Agussol, MM. Alvarez, 
Renaud, Gresse et Gandubert. Le même soir aura lieu la reprise de 
Coppélia, qu'on n'avait plus jouée depuis Ijncendie des décors; rue 
Richer. 

— M. Paul Vidal, le jeune compositeur qui a si remarquablement dirigé 
les concerts de l'Opéra, vient d'être, sur la proposition de MM. Bertrand 
et Gailhard, nommé chef d'orchestre de notre Académie Nationale de 
musique, en remplacement de M. Madier de Montjau, admis, sur" sa 
demande, à faire valoir ses droits à la retraite. 

— M. Jambon, le peintre décorateur, termine l'installation intérieure du 
magasin de décors de l'Opéra, situé boulevard Berthier, aujourd'hui com- 
plètement construit. Grâce à un ingénieux système de chariot, les décors 
arriveront jusqu'à l'Opéra par les rails des dilïérentes lignes de tramways. 
Ces ateliers se composent de trois immenses pavillons en pierres, couverts 
de tuiles rouges. 

— Des remaniements ont élé reconnus nécessaires dans /c Chemlier 
d'Hiirmenlal, qu'on répétait à l'Opéra-Conr-ique, et comme ils demandent 
quelque temps aux auteurs, il est bien possible que l'Orplice de Gluck 
prenne le pas sur la partition de M. Messager. On en pousse activement 
les répétitions. 

— Note du Figaro : On a donné, dans différents journaux, des renseigne- 
ments inexacts sur le procès que les enfants de 'Victor Wilder intentent 
à M™' "Wagner. Voici la vérité sur cette affaire, qui vient d'entrer dans la 
période active. C'est cette semaine, en effet, que l'assignation a été déposée 
au parquet. Les héritiers Wilder avaient, on s'en souvient, soumis leur 
différend avec M"" Wagner à la commission de la Société des auteurs, accep- 
tant d'avance la sentence que cette commission croirait devoir rendre. 
M. Victoribn Sardou, président, offrit à M""= Wagner l'arbitrage de la 
commission. M™" Wagner repoussa tout arbitrage. C'est à la suite de ce 
refus que les héritiers Wilder ont résolu de s'adresser aux tribunaux, 
après avoir consulté l'éminent avocat M. Waldeck-Rousseau, qui a bien 
voulu se charger de les représenter à la barre du tribunal. 

— Les journaux viennois nous donnent l'explication de l'imbroglio 
concernant M"'= Miolan-Carvalho, que nous avons raconté dernièrement. 
Il parait qu'à Vienne est morte une dame Carvalho, qu'un reporter fan- 
taisiste avait confondue avec la célèbre artiste française. Les rédacteurs 
des faits divers, peu familiers avec l'art musical, avaient de bonne foi 
accordé une place à la note que ce reporter leur avait communiquée, sans la 
soumettre tout d'abord aux critiques musicaux, ce qu'ils auraient dû faire 
prudemment. C'est égal; une bévue pareille n'aurait pas dû être commise 
par les grands journaux viennois, d'ordinaire rédigés avec tant de soin et 
de compétence. Une autre erreur de la même nature se trouve dans le 
compte rendu du dernier bal de la ville de Vienne. Les journaux viennois 
citent parmi les personnes de marque qui y assistaient « M'"" Delays, 
du grand Opéra de Paris ». On se demande où les reporters viennois ont 
pu prendre ce nom, dont nous n'avons jamais entendu parler. Les quelques 
artistes de marque dont dispose actuellement l'Académie nationale de mu- 
sique sont cependant assez connus, même à l'étranger, pour qu'une erreur 
pareille puisse facilement être évitée. 

— M"« Juliette Dantin, la jeune et très charmante violoniste, vient de 
quitter Paris pour se rendre en Italie, où elle va entreprendre une grande 
tournée de concerts. 

— Au concert de l'Association amicale des anciens élèves du lycée 
Charlemagne, on a fort remarqué la jolie voix de M""' Mathieu dans les 
charmantes Chansons d'Àcril, de Blanc et Dauphin, Muç/uets et Coquelicots et 
les Caprices de la Heine. Beau succès aussi pour le jeune ténor Courtois, dans 
l'air et dans le duo de Siyurd, avec M"'-' Ganne pour partenaire. 

— Une nouvelle mélodie de Louis Diémer, écrite sur une charmante 
poésie du jeune poète André Foulon de Vaulx, Dernières Roses, excellement 
chantée par le ténor Clément, vient de remporter un succès d'enthousiasme 
dans une soirée musicale donnée boulevard Malesherbes. Il a fallu la bis- 
ser d'acclamation. 

— Mardi prochain, 4 février, à la galerie des Champs-Elysées, aura lieu 
un grand festival brésilien avec orchestre, organisé par le jeune composi- 
teur Francisco Brega. On y exécutera différentes œuvres de Carlos Gomes 
et de Carlos de Mesquita. 

— De Lyon : Mignon vient de servir de début au Grand-Théâtre ;i une 
jeune cantatrice d'avenir, M"« Cécile Ketten, Clle de l'éminent professeur 
de chant au Conservatoire de Genève, et nièce du regretté pianiste Henri 
Ketten. M'ie Ketlen a montré dans le rôle de Mignon, en même temps 
qu'une voix d'une pureté et d'une homogénéité remarquables, une diction 
parfaite et de réelles qualités dramatiques. Son succès a été des plus légi- 
times et la presse lyonnaise a été unanime u le constater. J. Jemai.v. 



— La Société des Beaux-Arts de Nantes dont les concerts sont célèbres 
depuis plus de cinquante ans, avait tenu, pour sa soirée de vendredi dernier, 
à s'assurer le concours de M"« Marie Weingaertner, la brillante élève de 
Delaborde. La jeune pianiste a obtenu le plus éclatant succès avec le 
4"! concerto de Rubinstein, sa Tarentelle, la Fantaisie de Chopin, le Rigothm 
de Thomé et la 6" Rapsodie de Listz. Bissée deux fois, elle a dû ajouter à 
son programme la Noce villageoise de Godard et l'Air à danser de Pugno. 

NÉCROLOGIE 
Nous avons le regret d'annoncer la mort d'un excellent artiste, Henri 
Fissot, enlevé prématurément, à l'âge de 52 ans, par une maladie aussi 
rapide que cruelle. Professeur d'une classe féminine de piano au Conser- 
vatoire, Fissot avait fait dans cet établissement des études exceptionnelle- 
ment brillantes. Né à Airaines (Somme) le 24 octobre lSi3, il y avait été 
admis avant même d'avoir accompli sa neuvième année, et voici la liste 
des récompenses qu'il y obtint : 1833, l" accessit de solfège; 1854, 1^' prix 
de solfège et second prix de piano; 1835, l«prix de piano; 1S3(>, 3'' accessit 
d'harmonie et accompagnement, et 1« prix l'année suivante ; 1858, l" accces- 
sit de fugue et 1='' accessit d'orgue; 1S39, second prix de fugue et premier 
second prix d'orgue ; 1860, 1" prix de fugue et 1^ prix d'orgue. Ainsi, 
Fissot avait terminé complètement le cours de ses études, en obtenant toutes 
les distinctions possibles, avant même d'avoir accompli sa dix-huitième 
année. Musicien consommé, pianiste de premier ordre, organiste remar- 
quable, il se livra alors à l'enseignement et à la composition, ce qui ne 
l'empêcha pas de se faire entendre avec succès dans les séances de musique 
de chambre fondées vers 1800 par M. Lamoureux et de faire apprécier son 
beau talent d'organiste comme titulaire du grand orgue de Saint-Vincent- 
de-Paul. Ses compositions assez nombreuses pour piano se distinguent 
par de réelles qualités de forme, de style et de pensée. (Juant à son ensei- 
gnement, on peut se rendre compte de sa valeur par les nombreux et 
brillants succès qu'obtenaient ses élèves dans les concours. Modeste f t 
vivant à l'écart malgré son très grand talent, artiste émineni, konnêtu 
homme sous tous les rapports, Fissot ne peut que laisser des regrets sin- 
cères à tous ceux qui l'ont connu. A. P. 

— Nous apprenons la mort de M. Jules Bordier, compositeur distingué 
et fondateur des concerts de l'association Artistique d'Angers, où pen- 
dant dix ans il rendit à l'art et aux artistes français, avec un dévouement 
et un désintéressement absolus, de très grands, très réels et très signalés 
services. M. Jules Bordier sera vivement regretté de tous les artistes dont 
il avait, avec une bonnegrâce inépuisable, encouragé et facilité les débuts. 
Il n'était âgé que de quarante-neuf ans. 

— A Londres vient de mourir soudainement, à l'âge de 58 ans, sir Joseph 
Barnby, compositeur, chef d'orchestre et directeur du Conservatoire national 
de musique de Guildhall, qui a succombé à une attaque d'apoplexie. Né 
en 1838 à York, il fut enfant de chœur dans la célèbre cathédrale de cette 
ville jusqu'en 1832, devint élève de l'Académie royale de musique de 
Londres jusqu'en 1837 et obtint en 1863 la place d'organiste de l'église 
Saint-André de cette ville. En 1872 il succéda à Charles Gounod comme 
directeur de la Société chorale d'Albert-hall, et en IS'iS, il fut nomme 
directeur des études musicales au collège d'Eton. La cour et le gouverne- 
ment s'adressèrent souvent à lui pour diriger des solennités musicales 
d'un caractère officiel ; mais il doit surtout sa grande réputation de chef 
d'orchestre à la musique religieuse. Ses compositions, qui ne s'élèvent 
pas au-dessus du niveau d'un talent moyen et se distinguent plutôt par la 
science que par l'inspiration, appartiennent presque exclusivement au 
domaine d'art religieux. Citons son oratorio Rébecca (1870), le Psaume XCVII 
(1883), et mentionnons que Barnby a écrit une certaine quantité d'hymnes, 
motels et autres chants liturgiques fort appréciés en Angleterre. Il est 
hors de doute que la mort prématurée de sir Joseph Barnby est dû à un 
excès de travail amené par ses occupations multiples et surtout par la direc- 
tion du Conservatoire de Guildhall, qui compte plus de trois mille élèves. 

— Un des plus célèbres directeurs de théâtre de ce siècle, M. Charles 
Maurice, vient de mourir à Hambourg, âgé de 91 ans. Né à Agen, il vint 
en 18"2i à Hambourg, où son père s'était fixé, et prit en 1831 la direction 
d'un théâtre devenu plus tard le fameux théâtre de Thalie. Le jeune Fran- 
çais devint un directeur bois ligne ; les représentations de son théâtre se 
distinguaient par une préparation artistique peu commune en Allemagne, 
et plusieurs générations de grands acteurs allemands se sont formées à 
Hambourg, sous la direction magistrale de Charles Maurice. Le Burg 
théâtre de Vienne lui doit la plus grande tragédienne allemande de nos 
jours, JA"" Wolter, et les époux Hartmann, les piliers du répertoire mo- 
derne. Dawison, le grand virtuose de la scène allemande, avait également 
passé par l'école de Maurice. Dans la société de Hambourg, le directeur 
du théâtre de Thalie occupait, grâce à son amabilité et à sa distinction, 
une place enviable; sa maison hospitalière était un véritable centre artis- 
tique et littéraire. Maurice conserva la direction de son théâtre jusqu'à un 
âge fort avancé ; il n'y a, en effet, que dix ans que le vieillard s'était 
décidé à prendre un repos bien mérité par une longue vie d'un labeur et 
d'une probité artistiques auxquels on a depuis longtemps rendu justice en 
Allemagne. "■ B. 

Hemii Heugei,, direclciir-yèranl. 



EMHS DE FER. — lUPRIMEIUE CBAIX, 



IS. — ^cre '.orlUcu^ 



Dimanche 9 Février 1896. 



3385. — 62- ANNÉE — IV° 6. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, nie Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri lïEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur dn Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Èltranger, les frais de poste en sas. 



SOMMAIEE-TEITE 



I. Musique antique, les nouvelles découvertes de Delphes (4" article), Julien 
TiïRSOT. — II. Le Théâtre-Lyrique, informations, impressions, opinions 
(11" article), Louis Gallet. — III. Bulletin théâtral : reprises de la Favorite et 
de Coppélia à l'Opéra, H. M.; premières représentations d'Innocentl, au théâtre 
des Nouveautés, Paul-Émile Chevalifr. — IV. L'orchestre de Lully (1"' article), 
Arthur Pougin. — V. Revue des grands concerts. — VI. Nouvelles diverses, 
concerts et nécrologie. 

MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce jour: 

LA NUIT 

nouvelle mélodie de Ch.-M. Widor, poésie de Paul Bouboet. — Suivra 

immédiatement : Chanson, de Léon Delafosse, poésie de Paul Bourget. 

MUSIQUE DE PIANO 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
PIANO : Le Joyeux Luron, quadrille de Philippe Faiirbacii. — Suivra immé- 
diatement : Fine mouclie, polka du même auteur. 



MUSIQUE ANTIQUE 

LES NOUVELLES DÉCOUVERTES DE DELPHES 

(Suite) 



III 

Nous arrivons enfin à la question qui prime tout lorsqu'il 
s'agit de musique antique : celle du mode. 

Le sujet est sans doute peu familier à nos lecteurs, — bien 
qu'ils en aient beaucoup entendu parler ! Peut-être, malgré 
son apparente aridité, quelques-uns me sauront-ils gré de 
profiter de l'occasion pour essayer d'en donner quelques 
notions claires et aussi brèves que possible. 

Tous les musiciens savent ce que l'on entend par mode, et 
la différence qu'il y a entre ce mot et celui de ton, avec lequel 
on le confond trop souvent. Les Grecs, eux aussi, connais- 
saient les tons et les modes, et de même ils pratiquaient fré- 
quemment la même confusion : l'erreur était d'autant plus 
facile que si, chez les modernes, le mode et le ton sont ca- 
ractérisés par des termes tout différents (on dit mode majeur ou 
mineur, ton de la, de ré, de sol, etc.), chez les Grecs, le ton et le 
mode étaient désignés parles mêmes dénominations: Dorien, 
lydien, phrygien, etc., ces mots s'appliquaient également aux 
Ions, ou échelles de transposition, et aux modes. La confusion 
s'est perpétuée jusque dans le plain-chant, dont les modes ont 
été désignés de tout temps par le mot ton, tonus : 4'^'' ton, 
7« ton, etc. De là une première source de confusion qu'il im- 
porte d'écarter tout d'abord. 



Nous ne nous arrêterons pas sur la théorie ni la pratique 
des ions antiques : la question n'a, pour les musiciens mo- 
dernes, qu'un intérêt plus que secondaire, presque nul. Que 
nous importe, en effet, qu'une mélodie grecque ait été chantée 
plus ou moins haut? La question de la hauteur absolue n'a 
d'importance que pour certaines productions de la polyphonie 
orchestrale moderne, comme les symphonies, que l'on désigne 
le plus souvent par leur ton, et où la contexture harmonique, 
les éléments sonores eux-mêmes sont combinés tout spécia- 
ment en vue de la tonalité choisie. Mais, en matière de 
musique antique, la chose offre d'autant moins d'intérêt 
que, malgré les plus belles hypothèses et les plus beaux 
raisonnements du monde, nous ne pouvons déterminer la 
hauteur absolue que d'une façon approximative, le diapason 
grec ne nous étant point connu. 

Les tons n'ont d'importance réelle qu'au point de vue de 
la lecture, car les signes de la notation étaient différents 
suivant l'échelle de transposition adoptée. Aussi, je comprends 
que M. Reinach y insiste parfois au point de sembler consi- 
dérer la question du mode comme à peine aussi importante : 
à son point de vue spécial d'épigraphiste, cette préoccupation 
s'explique, mais pour nous, musiciens, qui n'avons connu 
l'œuvre antique que transcrite à notre usage, et ne nous 
sommes préoccupés que modérément delà manière dont cela 
a été fait, la question du mode domine de beaucoup tout le 
reste. 

Finissons-en donc rapidement avec les tons antiques, en 
disant que le premier hymne à Apollon est écrit dans le ton 
phrygien (échelle naturelle transposée d'une tierce mineure à 
l'aigu, transcription moderne avec trois bémols à la clef), et le 
second dans le ton lydien (transposition de quarte à l'aigu, un 
bémol à la clef), et, pour les personnes qui désirent ne pas 
employer les mots sans savoir ce qu'ils veulent dire, ren- 
voyons au premier volume de la Musique dans l'antiquité, de 
M. Gevaert, où le chapitre des tons n'occupe pas moins de 
soixante pages, ou, ce qui sera plus pratique encore, à l'in- 
troduction de son dernier livre : la 3Iélopée antique dans le chant 
de l'Église latine, où la question est expliquée, sous une forme 
résumée, avec une clarté magistrale. 

Pour les modes, c'est bien différent, car il s'agit de la 
constitution intérieure des gammes, de l'ordre de succession 
des tons et demi-tons dans l'octave, et cela a autant d'im- 
portance aujourd'hui qu'il y a vingt siècles. Et d'ailleurs, il 
existe des systèmes de modes, différents les uns des autres, 
dans bien des contrées et à beaucoup d'époques : outre notre 
système moderne, restreint à deux modes, le majeur et le 
mineur, nous savons que le plain-chant a des modes qui se 
confondent plus ou moins avec ceux des Grecs, qu'il en est 
de même pour les mélodies populaires, que les peuples orien- 



LE MENESTREL 



taux ont des modalités spéciales, — et nous éprouvons volon- 
tiers pour l'étude de ces questions cette attraclion particulière 
que produit toujours le mystère, — car le mot n'est pas trop 
fort, la plupart de ces modalités nous étant encore très in- 
connues, dans leur principe comme dans leur application. 
Ce n'est pas moi, je le crains fort, qui soulèverai jamais com- 
plètement le voile : pour la musique grecque, cependant, nous 
commençons à être assez bien renseignés, et pouvons avoir 
l'espérance de pénétrer assez avant dans le secret des choses. 
La théorie grecque divise l'échelle générale des sons en 
sept octaves ayant pour point de départ une des sept notes de 
la gamme. Les tons et demi-tons se succèdent donc, dans les 
sept combinaisons, d'autant de manières différentes. En voici 
la nomenclature, avec les dénominations les plus usitées : 
Mode de la (Hijpodorien ou Eolien): 

— sol (Hypophrytjien ou laslien); 

— fa (Hi/polijclk'ii) ; 

— mi (Doi-ien) ; 

— iv (Phrygien) ; 

— do (Lydien); 

— si (Mixolydien). 

Devons-nous assimiler absolument ces gammes aux deux 
modes de la musique moderne, le majeur (gamme d'ut) et le 
mineur (gamme de la, avec sol dièse accidentel), basés l'un et 
l'autre sur un degré dont les fonctions tonales sont identi- 
ques (la tonique), et différant seulement parce que le 3'^ et 
le 6^ degré sont d'un demi-ton plus haut dans l'un que dans 
l'autre ? Non : nous verrons tout à l'heure pourquoi. 

Cependant, il ne faudrait pas tomber dans l'erreur contraire 
et considérer les notes des gammes antiques comme privées 
de tout caractère tonal. J'ai déjà cité à ce sujet, dans un au- 
tre travail, une page de M. Gevaert que je veux reproduire 
encore, car la doctrine qui y est contenue constitue la base 
en quelque sorte immuable, universelle, éternelle, de tout 
système musical : 

« Plusieurs savants ont considéré les modes helléniques 
comme des formules mélodiques entièrement dépourvues 
d'attractions harmoniques, et fixées, pour ainsi dire, au ha- 
sard. Une thèse semblable ne pourrait plus guère se soutenir 
aujourd'hui : ni les Grecs, ni apparemment aucun peuple civi- 
lisé, n'ont connu une musique de cette sorte. La subordina- 
tion, plus ou moins étroite, de tous les éléments mélodiques 
à un son principal, engendrant en soi-même un accord de 
quinte — peu importe d'ailleurs que le son principal appa- 
raisse ou non à la lin de la cantilène — cette subordination, 
disons-nous, est un principe aussi bien physiologique qu'es- 
thétique, et doué, par conséquent, de tous les caractères de 
la nécessité. Nous ne pouvons goûter une succession de sons, 
nous ne pouvons mnne renlonner sùrcuient, sans la rattacher par 
l'esprit à un point de départ fixe, à une tonique, alors même 
que celle-ci n'est pas exprimée dans la mélodie. Le principe 
que nous venons d'énoncer se manifeste avec plus ou moins 
d'énergie selon les temps et les lieux ; mais on peut hardi- 
ment affirmer que là oîi il fait absolument défaut, il n'existe ni 
musique, ni chant, mais une cantillation sans fixité, sans règle 
ni frein, semblable à ces dialectes rudimentaires de l'Afrique 
et de l'Australie qui, à quelques lieues et à quelques années 
de distance, sont devenus toialement méconnaissables (I). » 

En effet, tout nous prouve que la division de l'octave en 
deux intervalles essentiels, la quinte et la quarte, fut pra- 
tiquée partout et toujours. L'analyse des monuments, à défaut 
de documents plus explicites, fait ressortir ce principe sans 
aucune exception. Et, bien que les théoriciens grecs ne 
disent que des choses vagues sur ce sujet, il est cependant 
certain que cette division de l'octave en deux parties, égales 
physiquement mais mathématiquement inégales, ne leur 
avait pas échappé. Le système des tétracordes, bien que basé 
sur une théorie empirique et artificielle, le prouve déjà avec 
évidence : il suffit de rappeler que, par l'emploi des télra- 

(1) F. -A. Gevaekt, Musique dans l'antiquité, I, 161. 



cordes disjoints, il y a un Ion ajouté, qui ne compte pas dans 
leur théorie bizarre et fausse (que la routine a maintenue, 
hélas! jusqu'à nos jours dans les livres de solfège dils sujié- 
neM/-sj, mais qui, existant quand même, doit forcément s'ajou- 
ter à un des deux intervalles de quarte, et former avec lui 
un intervalle de quinte, complétant l'oclave avec l'autre 
tétracorde. 

D'autre part, la distinction, admise par tous les écrivains 
antiques, entre les intervalles consonanls et dissonants, l'oc- 
tave, la quinte et la quarte étant seules consonances (la 
tierce est une dissonance pour les Grecs) prouve combien 
ils avaient le sentiment vif de cette division essentielle de 
l'échelle musicale. Un philosophe de la grande époque, 
Adraste le Péripatéticien, semble avoir entrevu le principe 
fondamental de la consonance, base immuable de la géné- 
ration harmonique, lorsqu'il dit : « Deux sons consonnent 
entre eux lorsque l'un ayant été joué sur un instrument à 
cordes, l'autre résonne en même temps, en vertu d'une cer 
taine afEinité et sympathie naturelle. » Rameau, le grand 
théoricien de la tonalité moderne, n'aurait pas mieux dit. 

Ainsi donc, si l'on veut pénétrer le véritable sens des 
modes antiques, il faut, avant de rechercher la place des 
demi-tons, el, plus encore^ des prétendus quarts de ton, être 
bien convaincu de cette vérité: que la division primordiale 
de l'octave en une quinte et une quarte est le principe de 
toute tonalité, et que, par conséquent, la première nécessité 
est de chercher à la gamme sa tonique. 

Or, nous avons vu qu'il y avait sept gammes grecques. Ces 
sept gammes représentent-elles donc sept toniques? Les ob- 
servations faites jusqu'ici sont assez concluantes pour qu'on 
puisse répondre résolument: non. 

Les seules gammes où la cote qui donne son nom au mode 
fait fonction de tonique sont celle de la, de sol et de fa (Hypo- 
doriens, hypophrygiens, hypolydiens.) 

Dans trois autres, la note fondamentale du mode est une 
dominante : ce sont les gammes de ré, do, si (Phryien, Lydien, 
Mixolydien.) 

On peut éprouver quelques doutes au sujet du dorien, dont 
la fondamentale mi semble donner une impression tantôt de 
tonique, tantôt de dominante. Mais nous aurons l'occasion 
de l'observer de plus près, car ce mode est précisément celui 
des deux hymnes à Apollon : c'est aussi le mode classique 
par excellence, le plus fréquemment employé, de l'avis des 
auteurs anciens, celui enfin dont on retrouve le plus de traces 
dans les monuments venus jusqu'à nous. 

Sauf certaines exceptions sur lesquelles nous ne saurions 
insister ici, il est généralement admis (bien qu'aucun texte 
antique ne le spécifie) que la note qui donne son nom au 
mode en est la finale mélodique. 

L'on voit par cet exposé que les modes antiques diffèrent 
notablement des modernes, quant à la constitution intérieure 
de l'octave. Une observation montrera clairement cette diffé- 
rence: le majeur, le mode moderne par excellence, n'existe 
pas dans la théorie antique, puisque la gamme A'ul (lydien) 
est un des modes basés sur la dominante. 11 ne faut pas 
croire pour cela que le sentiment modal des Grecs soit abso- 
lument en contradiction avec le nôtre. Assurément leurs 
gammes nous étonnent au premier abord; mais la vérité est 
qu'elles déroutent bien plutôt nos habitudes que notre senti- 
ment musical intime. Je sais, par expérience personnelle, 
qu'on s'y accoutume très facilement, et qu'on finit par trouver 
les gammes dorienne ou iastienne aussi naturelles que le 
majeur et le mineur. 

11 en est de même pour les modes basés sur la dominante. 
C'est une erreur de considérer la prédominance de ce degré, 
secondaire dans la gamme moderne, comme ayant pour effet 
de causer une sensation de vague, d'incomplet, de produire 
une suspension du sens musical. Beaucoup de nos mélodies 
populaires sont basées sur la dominante, et elles sont parfai- 
tement nettes, franchement résolues, et satisfont pleinement 



LE MENESTREL 



43 



notre sentiment musical. Même dans la musique harmonique 
nous en pouvons trouver des exemples. Le plus caractéris- 
tique, à mon avis, nous est fourni par le dernier entr'acte de 
Carmen, construit sur un thème de danse espagnole : la phrase 
mélodique principale se déroule sur un mouvement descen- 
dant de la à ta, en ré mineur, et les accords de conclusion, 
prolongeant cette cadence à la dominante, donnent une im- 
pression de conclusion parfaitement caractérisée. 
(A suivre.) Julien Tiersot. 



LE THÉÂTRE-LYRIQUE 



IKFORMATIONS — IMPRESSIONS 



XI 

Il paraît certain que la question du Théâtre-Lyrique Municipal 
riîstera stationnaire jusqu'au renouvellement du conseil, qui doit 
avoir lieu en mai. Nos édiles actuels auront eu l'honneur d'une 
conception qu'il appartiendra à la proo'uaiue assemblée de réaliser. 
Mais, comme, selon toute probabilité, les mêmes éléments se retrou- 
veront en présence, il est permis de penser que l'idée sera reprise 
activement vers le milieu de la session et menée, cette fois, à 
bonne fin. 

Faisons, en attendant, un peu d'histoire, et résumons, pour l'édifi- 
cation des lecteurs que ces détails intéressent, les faits qui se sont 
produits, dans des circonstances à peu près analogues, il y a seize 
ou dix-sept ans, alors que la restauration du Théâtre-Lyrique était 
à l'ordre du jour, — où elle est malheureusement restée, — et s'agi- 
tait entre l'État et la Ville. La municipalité de Paris aujourd'hui agit 
seule. C'est une chance pour qu'elle agisse enfin plus elficacement. 

Dans la séance du conseil du 1 novembre 1878, le préfet de la 
Seine déposait sur le bureau une proposition émanant du ministre de 
l'instruction publique et des beaux-arts, et relative à l'ouverture d'un 
troisième théâtre lyrique subventionné. Aux termes de cette commu- 
nication, le ministre, après avoir exposé les motifs qui venaient de 
le déterminer à demander aux Chambres l'inscription au budget 
de son département d'une subvention en faveur d'un troisième 
théâtre lyrique, priait le préfet de consulter le conseil municipal sur 
la question de savoir si, dans le cas oii cette subvention serait volée, 
la Ville de Paris consentirait à mettre gratuitement à la disposition 
de la direction nouvelle la salle de l'ancien Théâtre-Lyrique, place 
du Châtelet. 

A ce propos, le préfet avait eu avec le ministre un entretien par- 
ticulier. 

Ce fut une joute assez instructive et qui, rappelée aujourd'hui, 
emprunte aux circonstances actuelles un intérêt tout spécial, le 
conseil municipal ayant, comme on le sait, établi en principe que la 
Ville de Paris, nonobstant ses autres charges artistiques, doit se 
donner le luxe d'un théâtre de musique lui appartenant en propre. 

Le ministre, en cette rencontre, faisait remarquer que la Ville de 
Paris est la seule des grandes cités de France qui ne subventionne 
pas de théâtre. Le préfet, alors, de répondre que si la Ville de Paris 
ne subventionne directement aucun théâtre, elle s'impose cependant 
des charges assez considérables. Elle a fait, notamment, construire 
des salles de spectacles louées s un prix qui ne représente pas l'in- 
térêt des sommes dépensées. Eu outre, le gaz est fourni à moitié prix 
aux entrepreneurs exploitant les théâtres municipaux. Il y a là une 
subvention indirecte qui représente un chiffre cousidérable. 

« M. le ministre, dit le compte rendu auquel j'empiunte ces 
détails, ayant ajouté que la Ville de Paris doit être d'autant plus 
disposée à accorder une subvention au Théâtre-Lyrique qu'elle 
perçoit le droit des pauvres, M. le préfet a répondu que la loi sur 
le domicile de secours impose à la Ville des charges très lourdes et 
que le droit perçu sur les spectateurs sous le nom de droit des 
pauvres, ne compense que très iniparfaitement ces charges. — M. le 
préfet a fait observer, en outre, que, si l'État doit se placer au point 
de vue de l'intérêt des compositeurs quand il subventionne un 
théâtre lyrique, l'administration municipale doit se placer au point 
de vue de l'intérêt de la population parisienne. Or, l'Opéra est exploité 
dans des conditions telles que la plus grande partie de la population 
parisienne, qui ne peut payer dix et vingt francs pour une place de 
théâtre, se trouve dans l'impossibilité d'entendre le répertoire des 
grands opéras classiques. D'autre part, le directeur de l'Opéra jouit 
du privilège exceptionnel de pouvoir engager, soit les lauréats des 



concours du Conservatoire, soit les sujets les plus remarquables des 
autres théâtres lyriques, et cependant il ne les utilise pas tous. 

)) Il semble donc qu'il serait possible d'obliger le directeur de l'Opéra 
à prêter au nouveau Ttiéâlre-Lyrique ce personnel artistique dispo- 
nible et de constituer ainsi une seconde troupe d'opéra, sans supplé- 
ment de dépense pour l'État. 

» C'est seulement dans les cas où une combinaison de cette nature 
pourrait être admise par M. le ministre, que M. le préfet sera-it d'avis 
de mettre gratuitement à la disposition de la direction des Beaux- 
Arts un des théâtres municipaux. Il devrait être entendu que, trois 
fois par semaine, le répertoire du grand Opéra serait exécuté sur le 
Théâtre-Lyrique. » 

Cette combinaison nous apparaît aujourd'hui des plus irréalisables 
que l'on puisse imaginer, et il faut s'étonner qu'elle ait pu être conçue 
et formulée même à l'époque où nous nous reportons. 

Le théâtre lyrique, surtout municipal et parce que municipal, doit 
être absolument autonome, ne rien demander à l'État qui, du reste, 
ne pourrait effectivement rien lui accorder, sinon une contribution à 
la subvention représentant l'intérêt qu'il attacherait à juste titre à la 
prospérité de cette institution ouverte aux compositeurs nouveaux. 

Mais, un répertoire? Mais, des artistes ? J'ai dit, naguère, sur le 
premier point, ce qui me semble suffisant pour établir la richesse du 
fonds constituant le domaine public, où peut s'alimenter le répertoire 
du futur théâtre. Sur le second point, l'expérience démontre que 
l'Opéra et l'Opéra-Comique, exerçant un droit magistral pour le 
choix de leurs artistes, ne prennent pas toujours le vrai dessus du 
panier, puisque, dans bien des cas, des premiers sujets remarquables 
leur sont venus, soit de la Monnaie, soit de divers autres théâtres, 
qui les avaient librement choisis, comme le pourrait faire l'adminis- 
tration du Théâtre-Lyrique municipal. Rien n'est parfois décevant 
comme les triomphes de l'école. Tel quitte le Conservatoire, chargé 
de couronnes, qui va souvent échouer piteusement dans la carrière 
largement ouverte. Tel autre, qui ne donnait que de vagues espé- 
rances, s'épanouit au grand soleil de la scène et passe parfois au 
premier rang. 

Nonobstant cet échange de propositions et d'objections que je viens 
de rapporter, l'affaire suivait son cours entre l'État et la Ville. Et 
M. Viollet-le-Duc, au nom de la commission spéciale, prenait des 
conclusions dans un rapport dont l'objet était d'examiner la pro- 
position du ministre en vue de la création d'un théâtre lyrique 
populaire. 

Le rapporteur défend assez vivement la Ville contre le ministre, qui 
voudrait la voir participer aux charges que l'État s'impose. Il trouve 
que les charges de la Ville sont très appréciables et font bonne 
figure en regard de celles de l'Etat. 

Bien que n'y arrivant que d'uae façon assez restrictive et froide, 
l'auteur du document conclut pourtant à autoriser le préfet à débattre 
avec l'Étal les bases d'une convention relative à l'établissement d'un 
théâtre lyiique populaire. 

Ces bases étaient soumises au ministre. Mais, le 17 décembre 1878, 
une lettre de ce dernier coupait court à toute négociation. 

« Permettez-moi, monsieur le Préfet, disait cette lettre, de ne pas 
entrer, quant à présent, dans la discussion des diverses conditions 
que vous avez bien voulu me faire connaître ; la question, pendante 
en ce moment, de savoir si le théâtre national de l'Opéra sera, dans 
l'avenir, confié à une régie, m'impose une réserve qui, je l'espère, ne 
sera pas de longue durée. » 

L'affaire sommeilla alors durant quelques mois. Le 23 juin 1879 
une lettre du sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts la réveillait tout 
à coup, mais pour la compliquer, semble-t-il. 

Elle annonçait au conseil municipal qu'une clause nouvelle venait 
d'être inscrite au cahier des charges de l'Opéra, obligeant la direction 
de notre première scène à abandonner au théâtre lyrique populaire, 
— dans le cas où ce théâtre serait créé et subventionné par l'État 
ou la Ville, — dix ouvrages du domaine de l'Opéra n'appartenant pas 
au répertoire courant. 

Clause purement décorative et sentimentale, il n'est pas nécessaire 
d'y insister, et qui ne pouvait avancer aucunement les choses. 

De plus, un projet de théâtre de drame se greffait sur le projet de 
théâtre lyrique. C'était trop beau ! 

Et M. Viollet-le-Duc, au nom de la commission municipale, après 
diverses considérations intéressantes, reprenait la plume pour con- 
clure à l'adoption de l'idée du sous-secrétaire d'Etat, déterminant la 
part des subventions directes et indirectes de chaque, partie.. 

Le 26 juillet, le conseil discuta et une commission fut nommée 
pour assister le préfet de la Seine dans ses négociations avec les 
Beaux-Arts. 



44 



LE MENESTREL 



C'est ici à peu près que l'on pourrait mettre, comme autrefois à 
propos du télégraphe aérien : Communication interrompue par le 
brouillard ! 

Il y a eu d'autres faits sans doute, mais rien, depuis 1879, n'a 
clairement émané de l'ombre où dort cette question du Théâtre- 
Lyrique, que le conseil a heureusement évoquée, en 1893, pour la 
faire exclusivement sienne — ce qui est, à noire humble avis, le seul 
moyen d'en faire quelque chose. — Un mariage entre la Ville et 
l'Etat serait, il faut le reconnaître, sinon impossible, du moins fécond 
en difficultés de toute espèce. Louis Gallet. 



BULLETIN THÉÂTRAL 



Sans en faire trop de bruit et sans vouloir y attirer l'attention des 
journalistes, la direction de l'Opéra a risqué cette semaine la reprise 
de la Favorile. Dame 1 il y a une jeune critique qui n'aime pas ce 
genre de plaisanterie et qui n'aurait pas manqué de montrer ses crocs 
si on l'avait convoquée à si maigre festin. Comme cela, se sont 
dérangés seulement ceux qui l'ont bien voulu, les vieux de la vieille, 
et tout s'est passé très convenablement. 

Nous ne savons trop si l'ouvrage est a formulaire » ou non, selon 
la belle et nouvelle expression trouvée par la naissante école, mais 
il parait contenir encore quelques pages qui ne sont pas trop dégoû- 
tantes et dont il a fallu se contenter en attendant les Maîtres chanteurs. 

Le ténor Alvarez et le baryton Renaud s'y sont présentés à leur 
avantage ; et M"'' Deschamps-Jehin chante le rôle d'Éléonore « avec 
ses défauts et ses qualités », comme dit un de nos meilleurs confrères. 
Nous lui empruntons très volontiers cette « formule » non compro- 
mettante, mais bien commode pour nous sortir d'embarras. 

Le même soir, on reprenait Coppélia, cette fine partition de Léo De- 
libes, qui commença sa réputation. C'est toujours jeune, frais et pim- 
pant, et M"' Subra ajoute sa grâce à la grâce de cette musique, ce 
qui compose un tout très français qui en vaut bien un autre, n'est-ce 
pas? H .M. 

NocvEAL'TÉs. Innocent! vaudeville en 3 actes, de MM. A. Gapus et A. Allais. 

Les Nouveautés varient les plaisirs de leurs spectateurs en passant 
avec une étonnante facilité de l'opérette au vaudeville. Cette fois 
les violons ne se font entendre que durant les entr'actes et, seuls, 
MM. Capus et Allais sollicitent l'attention d'un public qu'un second 
acte fort amusant a semblé mettre de complète belle humeur. 

Dans une petite ville des environs de Tours un homme a essayé 
d'escalader les murs de la propriété de M. Ramblay. Le garde cham- 
pêtre passant par là a voulu s'emparer du délinquant et n'a réussi à 
attraper qu'une vigoureuse volée. Les soupçons de la justice se 
portent sur Blaireau, plutôt. braconnier de son état, et on le con- 
damne à six mois de prison, malgré ses énergiques dénégations et 
malgré les protestations de la romanesque M"° Isaure, nièce de 
M. Ramblay, convaincue que l'homme n'était qu'un amoureux qui 
se voulait rapprocher d'elle. La nièce avait parfaitement deviné et le 
braconnier ne mentait pas en protestant. Le coupable est Brindoie, 
professeur de gymnastique qui, pour avancer ses affaires auprès de 
son excentrique élève Isaure, avoue sa faute. Et comme la belle 
demoiselle aime les héros, il se constituera prisonnier et fera rendre 
la liberté à l'injusteœent condamné. 

Or le jour même oii Brindoie fait sa démarche est celui oii la 
peine de Blaireau expirant, on va le relâcher. Et ici se développe 
une série de scènes divertissantes d'une piquante observation, bla- 
guant fort alertement notre parfaite administration. Blaireau ne peut 
plus être reavoyé que lorsqu'auront été accomplies les innombrables 
formalités destinées à bien prouver son innocence, tandis que Brin- 
doie, qui lient absolument à faire sa prison, se voit refuser un cachot 
jusqu'à ce que d'autres formalités, non moins innombrables, per- 
mettent de l'écrouer. Et l'ahurissement de ces deux hommes dont 
l'un, innocent, veut sortir, et dont l'autre, coupable, veut entrer, est 
d'un comique achevé. 

Tout s'arrange au milieu de quiproquos de qualité variée à travers 
lesquels s'entrechoque lout un petit monde sans grande importance 
réuni à une fête de bienfaisance organisée en l'honneur de la vic- 
time de l'erreur judiciaire. 

Innocent ! est tout à fait bien joué par MM. Germain-Blaireau, 
Gujon-Brindoie et Tarride-le directeur de la prison, un trio de 
vomédiens qui, pour une grande part, assurent la fortune des Non 
ceautés. Il faut aussi nommer MM. Colombey. Le Gallo, Laurel, 
Dupuis, M'"" Clem et Angèle. Pall-Émile Chevalier. 



L'ORCHESTRE DE LULLY 



Il n'est pas facile d'établir, avec une précision même rela- 
tive, ce qu'était l'orchestre de l'Opéra au temps de Lully, d'indiquer 
sa composition, de faire connaître l'ensemble de ses exécutants, de 
déterminer le nombre de ceux-ci à chaque partie, etc. Il est certain 
qu'on trouvait d'abord dans cet orchestre le quatuor des instruments 
à cordes tel qu'il existait alors, c'est-à-dire dessus, tailles, quintes et 
basses de viole, qui tenaient la place de nos premiers et seconds 
violons, altos et violoncelles (1). Les violons (dessus de viole) 
employés dès lors chez nous étaient les violons « à la française », 
ainsi désignés par les Italiens : piccoti violinialla Francese, parce qu'ils 
étaient montés de quatre cordes seulement, tandis que les leurs en 
portaient cinq (2). Quant aux instruments à vent, ils comprenaient 
diverses parties de flûtes, hautbois et bassons, avec des cors de 
chasse, la percussion étant représentée par les timbales. A cela il 
faut ajouter encore des théorbes, dont la présence dans le corps 
sym phonique nous est affirmée par Raguenet, bien qu'on ne s'explique 
guère l'utilité, dans un corps symphonique, de cet instrument à 
cordes pincées. Voilà pour l'orchestre ordinaire, sans que nous 
puissions, je l'ai dit, savoir quel nombre d'exécutants se trouvait 
à chaque partie, et dans quelle proportion le quatuor avait à lutter 
avec l'harmonie; j'inclinerais pourtant à croire que ce quatuor était 
relativement nombreux, car c'était sur lui que retombait presque 
eutièrementla responsabilité des airs de danse. Mais Lully nesegênait 
pas, à l'occasion, pour adjoindre des instruments supplémentaires à 
son orchestre, tels que trompettes et tambours (comme dans Je 
prélude fameux avec trompettes du cinquième acte de Bellérophon), 
et même, lorsqu'il voulait obtenir quelque effet extraordinaire, 
certains engins qui n'avaient rien de musical, mais qui produisaient 
une sonorité particulière. C'est ainsi que dans Acis et Galathée il fit 
entendre jusqu'à des sifflets de chaudronnier, et que dans un autre 
ouvrage, au milieu d'une scène infernale, il faisait frapper en 
cadence sur des enclumes, ce qui produisait sans doute un bruit... 
infernal (3). 

Castil-Blaze, qui ne doutait de rien, et qui, sans jamais appuyer 
ses assertions d'aucune preuve, avançait comme certains les faits 
souvent les plus problématiques, Caslil-Blaze écrivait avec un aplomb 
superbe, dans son Académie impériale de musique : « Je puis signaler 
ici la plupart des vingt symphonistes de l'orchestre que Lully diri- 
geait en 1673 et en 1674. » Or, l'excellent Gascon ne pouvait rien si- 
gnaler du tout, du moins avec la précision qu'il semblait apporter 
dans ses dires. D'abord, il se trompait d'une façon absolue en rédui- 
sant à vingt exécutants cet orchestre de Lully, qui certainement en 
comptait au moins le double, sans que nous puissions établir à cet 
égard un chiffre rigoureusement exacl. La Vieuville de Freneuse. 
que je viens déjà de citer dit encore à ce sujet: « Les Italiens ne 
mettent guère que vingt instrumenis dans leurs orchestres; en 
France, on y en met cinquante ou soixante. » En admettant que ce 
chiffre soit un peu exagéré, on voit ce qu'il en devait èlre. D'ailleurs, 
un document dont on ne saurait contester l'authenticité et qui dale 
de vingt-cinq ans après la mort de Lully, nous renseigne d'une 
façon précise sur ce qui se faisait alors et qui no devait pas différer 
beaucoup de ce qui se produisait au temps de Lully. Je veux 
parler d'un manuscrit de la biblothèque de l'Opéra, aussi précieux 
que curieux, qui est ainsi intitulé : Privilèqe accordé, arrests rendus 
et règlement fait par Sa Majesté pour l'Académie royalle de musique pour 
l'année I71'2-17I3. Ce manuscrit nous donne, sinon la composition 
exacte de l'orchestre, du moins la liste complète et nominative de 

(1) On sait que la contrebasse, déjà employée en Italie, n'était pas encore 
d'usage en France, et qu'elle ne fut introduite à l'Opéra, par Montéclair, qu'une 
vingtaine d'années après la mort de Lully. 

(2) <t Je vous supplie de remarquer qu'avec ses quatre ou cinq cordes le violon 
fait sentir d'une manière parfaite certaines passions, et les exprime toutes d'une 
manière passable et juste, ce qui n'appartient qu'à lui. Au reste, il importe 
peu qu'il y ait quatre cordes ou qu'il y en ait cinq. Les Italiens accordent leurs 
cinq cordes à la quarte, nous accordons nos quatre cordes à la quinte : cela 
revient au mùme point. Le violon, monté de ces deux diverses façons, est tou- 
jours et l'abrégé et la perfection de la musique. >■ (La Vieuville de Freneuse: 
Compnntkoii de lu musique iUilieme iivee In musique Ininroise.) 

(3) « Non seulement, dit La Vieuville de Freneuse, il a fait entrer agréablement 
dans ses concerts jusqu'aux tambours et aux timbales, il y a fait entrer jus- 
qu'aux sifflels de chaudronnier, et ces silllets de chaudronnier, mêlés dans la 
la sixième scène du second acte d'Acis et Gululliée et servant de refrain aux vers 
du récit de Polyphème et au chœur : 

iju'à l'envi chacun s'empresse 
De me suivre dans ces lieux... 
font un effet merveilleux. » 



LE MENESTREL 



45 



son personnel, dont malheureusement quelques noms seuls sont 
suivis de leur qualité (Nicolas Baudry, dessus de violon; Julien Ber- 
nier, flûte allemande; Bernard Âlberty, théorbe; Jean Theobalde, 
basse de violon ; etc.)- Nous apprenons ainsi que cet orchestre com- 
prenait, au total, 4S exécutants, non compris Lacoste, « batteur de 
mesure, » et Jean Rebel, « pour le clavecin. » Les appointements 
sont de 600 à 400 livres, excepté pour le timbalier, qui n'a que 130 
livres. Lacoste a l.OOO livres, et Jean Rebel, 600 livres (1). 

On voit donc qu'en ce qui concerne le nombre des symphonistes, 
Castil-Blaze était certainement et manifestement au-dessous de la 
vérité. Quant aux exécutants eux-mêmes, à part quelques violons 
dont les noms lui avaient été révélés par YHintoire de l'Opéra de Durey 
de Noinville, l'écrivain s'est contenté de prendre au hasard quel- 
ques autres noms d'artistes appartenant à la musique du roi, et de 
les introduire de son propre mouvement dans l'orchestre de LuUy, 
en les y classant à sa guise et d'une façon absolument arbitraire. Je 
me garderai, pour ma part, d'affirmer avec autant de solennité, et si 
mes recherches m'ont conduit à un résultat un peu plus important 
que le sien, je suis obligé d'avouer que ce résultat est encore fort 
incomplet. Toutefois, il était intéressant au moins de faire connaître 
avant tout, et d'une façon un peu intime, les trois chefs d'orchestre 
formés et employés à lOpéra par Lully : Lalouette, Collasse et Marais, 
et c'est à quoi je me suis effoicé. 

Quoiqu'il n'y ait pas à douter de l'existence de ces trois « batteurs 
de mesure », je n'en présume pas moins que Lully a été son premier 
chef d'orchestre. Habitué qu'il était depuis longtemps à exercer 
ces fonctions à la cour^ il n'est pas supposable qu'il ait pu, au com- 
mencement de son entreprise, avoir confiance en un autre que lui 
pour les remplir à son gré. Je serais aussi disposé à croire que, 
dans les premiers temps au moins, et alors qu'il n'était pas très sur 
encore de l'habileté et de la solidité de ses exécutants, il avait à 
à l'orchestre un clavecin, devant lequel il s'asseyait pour les diriger, 
prêt à parer par lui-même à tout accident qui pourrait se produire. 
Ce n'est là, je dois le dire, qu'une conjecture, mais elle est basée 
pourtant sur ce fait que lorsqu'il conduisait l'orchestre de Molière, il 
avait précisément un clavecin. A la vérité, le petit orchestre de 
Molière était loin d'avoir l'ampleur et l'importance de celui de 
l'Opéra. 

Quoi qu'il en soit, je reste persuadé que Lully dut se placer tout 
d'abord lui-même à la tète de ses symphonistes, et que ce n'est 
qu'au bout d'un certain temps qu'il confia à Lalouette le soin de les 
diriger. Il me semblerait même assez naturel qu'il reprit personnel- 
lement cette direction aux premières représentations de chacune de 
ses œuvres nouvelles, ne cédant de nouveau le bâton de commande- 
ment qu'une fois celte œuvre bien assise au point de vue de l'exécu- 
tion d'ensemble. C'est qu'en effet un artiste aussi soigneux, aussi 
consciencieux que l'était Lully ne devait rien laisser au hasard et 
n'avait sans doute confiance qu'en lui-même. Mais, encore un coup, 
je n'établis ici que des probabilités, et sous ce rapport je ne saurais 
me permettre de rien affirmer. 

Nous allons faire connaissance avec les trois chefs d'orchestre 
dont j'ai donné les noms, après quoi je grouperai les renseignements 
que j'ai pu réunir sur ceux des artistes de cet orchestre dont il m'a 
été possible de retrouver la trace. 

(A suivi-e.) Arthur Pougin. 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



Concerts Lamoureux. — Très bonne exécution de la Damnation de Faust, 
précise, correcte et brillante. M. Lafarge serait à la hauteur de sa tache 
dans les parties essentielles de l'œuvre s'il pouvait se défaire de l'habitude 
contractée au théâtre d'ajouter des points d'orgue et de chanter les fins de 

(I) A la fin de ce manuscrit se trouve une seconde liste, d'ensemble cette 
fois, qui nous donne une i|uasi-composition de l'orchestre, avec les traitements 
afférents à chaque partie. La voici : 

Batteur de mesure 1.000 liv. 

10 instruments du petit chœur à 600 1. . . . 0.000 

12 dessus de violon à 400 1 4.800 

8 basses à 400 1 3.200 

2 quintes à 400 1 800 

2 (ailles à 400 1 800 

.3 hautes-contre à 400 1 1,200 

8 hautbois, flustes ou bassons à 40U i 3.200 

1 timbalier à 150 1 150 

Cette liste, qui donne un total de 46 exécutants, offre donc avec celle que 
j'ai signalée plus haut, une dill'érence en moins de deux artistes, différence 
que je ne m'explique pas, mais 'iiii, en somme, est insigniliante. 



phrases avec affectation, comme un diseur en quête de bravos. M"» Passama 
n'a pas pénétré toutes les délicatesses musicales du rôle de Marguerite ; néan- 
moins elle est suffisante dans les parties de chant pur. Pourquoi a-t-elle 
introduit au premier couplet de la chanson une si mauvaise respiration 
après le mot vu-e dont l'e muet ne doit pas enjamber la mesure? M. Bailly, 
qui remplit habituellement des fonctions modestes dans l'orchestre des 
concerts du Cirque, était si plein de joie d'être sur l'estrade à un autre 
titre que sa jubilation est devenue contagieuse et que l'auditoire, désarmé 
par cette bonhomie doublée d'inconscience, a applaudi joyeusement ce 
diable improvisé. Le chœur de Pâques et le chœur d'apothéose ont été 
merveilleusement rendus, mais pas suffisamment appréciés de l'assistance ; 
est-ce que la structure de ces morceaux serait trop simple ou leur sentiment 
trop élevé? Il ne faudrait pas pourtant que ce genre de musique, qui est 
magnifique, fût étouffé par un autre, cet autre fùt-il excellent aussi. 
Somme toute, cette audition fait honneur à Berlioz et à M. Lamoureux. 

Amédée Boutarel. 

— Chez M. Colonne, continuation des auditions de la Damnation de 
Faust, toujours avec le même succès. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire : relâche. 

Opéra: Poème carnavalesque (Ch. Silver), première audition. — Sainte Cènle, 
poème lyrique de M. Ed. Guinand, musique de M. Ch. Lefebvre, chanté par 
M'" Berthet iCécile), M. Gautier (Valérien), et M. ISartet (Léfiusl, première audi- 
tion. — La Belle au bois dormant, féerie dramatique de MM. Bataille et d'Hu- 
mières, musique de M. Georges Hue, première audition.— Danses anciennes 
régiées, par M. Hansen a. Sarabande (Destouches), 6. Pavane (Paladilhe), 
c. Musette (Rameau), d. Menuet (Gluck), e. Passepied (Rameau), dansés par 
Ml'" Mauri, Subra, etc. — a. L'Enterrement d'OiMlie, b. liapsodie cambodgienne 
(Bourgault-Ducoudray). — Deuxième tableau du premier acte à'Alceste (Gluck), 
chanté par M- Rose Caron(A.Iceste),M. Delmas (le grand prêtre) et M. DouaiUier 
(l'Oracle). — Chœur triomphal de Mazeppa (C. de Grandval). 

Châtelet : Concert Colonne : 79" audition de la Damnation de Faust (Berlioz) ; soli : 
M-= Auguez de Montalant, MM. Cazeneuve, Auguez et Nivette. 

Cirque des Champs-Elysées, Concert Lamoureux: La Damnation de Faust (Ber- 
lioz), interprétée par M"° Jenny Passama (Marguerite), M. E. Lafarge (Faust), 
M. Bailly (Méphistophélès), M. P. Blancard (Brander). 

Concerts du Jardin d'Acclimalation. Chef d'orchestre, Louis Pister. Patrie, 
ouverture de Bizet; Danses anciennes de Rameau, Campra et Grétry ; Concerto 
en sol mineur de Saint-Sai-ns, piano, M. Harold Bauer; Suite à la hongroise 
(violon et orchestre), Paul Chabeaux, violon, M. Lefort ; Méfodie en fa de 
Rubinstein et 6" Rapsodie de Liszt, exécutées au piano par M. Harold Bàuer; 
Carmen, suite d'orchestre de Bizet. 

Les services rendus à l'art français par la société de M. Ed. Nadaud 

expliquent la faveur que le public montre à cette société, qui compte 
quinze années d'existence et dont la première séance a eu lieu salle Pleyel 
le 21 janvier. Deux premières auditions fort intéressantes : d'abord un quin- 
tette-fantaisie pour cordes de M. Alary, œuvre écrite dans un style parfait 
et dont l'interlude a été particulièrement goûté ; puis une charmante suite 
pour flûte et piano, de M""» Coedès-Mongin, dans laquelle le jeune Gaubert 
a remporté un gros succès. Exécution fine et bien musicale de la sonate 
de 6. Fauré, par l'auteur et le brillant virtuose Nadaud, et pour finir, le 
quintette de G. Pfeiffer, par l'auteur et les collaborateurs de M. Nadaud, 
MM. Gibier, ïrombetta et Gros-Saint-Ange. 

— Deux séances fort intéressantes ont été données à un jour de distance, 
salle de Géographie, par MM. Letort et Balbreck. Au concert de M. Bal- 
breck, on a entendu et vivement applaudi un agréable quatuor à cordes 
de M. Génin, le quintette beau de Schumann et l'ingénieuse sonate pour 
piano et violon de G. Saint-Saëns. Au concert de M. Lefort, le quintette 
avec piano, de Jadassohn, le trio de Lalo (op. 26j, des pièces de Hubay, 
remarquablement dites par M. Lefort, ont été fort appréciés. Aux deux 
concerts, M. I. Philipp a joué avec M'^" Edmond Laurens, une jeune pia- 
niste du talent le plus distingué, deux de ses transcriptions à deux pianos, 
fantaisie et fugue de Bach et scherzo de Mendelssobn, dont l'effet est déli- 
cieux. M. Philipp, qui interprétait la partie de piano des œuvres de Schu- 
mann, de Lalo, de Saint-Ssëns et de Jadassohn, et qui est certes un de nos 
meilleurs virtuoses, possède dans l'art spécial de la musique de chambre 
des qualités de premier ordre, le sang-froid, la notion exacte de son rôle 
de pianiste, un beau son, un rythme très sûr, de l'abnégation. Les quar- 
tettistes de ce talent sont rares, et méritent une mention spéciale. 

La seconde séance de la Société de musique de chambre pour ins- 
truments à cordes et à vent, fondée par les artistes de l'Opéra, MM. Carem- 
bat, Martinet, Bailly, Georges Papin, Soyer, Lafleurance, Bas, Paradis, 
Couppas, Penable et Lachanaud, a eu lieu samedi au milieu d'un public 
nombreux. Le programme comprenait le quintette de Beethoven pour 
piano, hautbois, clarinette, basson et cor, un nonetto de Spohr, pour 
violon alto, violoncelle, contrebasse, llûte, hautbois, clarinette, basson 
et cor, et le septuor de Saint-Saëns, la Trompette. Ces compositions, toutes 
trois d'un style très élevé, ont été interprétées de la façon la plus remar- 
quable et chaleureusem.ent applaudies. M"" Carambat, qui prêtait son 
concours à cette séance, a obtenu un succès mérité. 



46 



LE MENESTREL 



NOUVELLES DIVERSEf 



ÉTRANGER 



Pendant les dernières semaines, les théâtres d'outre-Rliin n'ont pas 
cessé d'exploiter le répertoire français. Voici une liste des ouvrages joués 
à Vienne : Manon, la Juive, l'Africaine, Mignon, Carmen, le Prophète, les Hugue- 
nots; à Berlin : Faust, Mignon, le Prophète, les Huguenots: à Munich : l'Africaine, 
Carmen, Faust: àCASSEL : Robert le Diable, les Dragons de Villars, les Huguenots; 
à Stuttgard : Fra Diavolo, la Juive, Mignon: à Leipzig : Mignon, Robert le Diable, 
la Muette de Portici, la Poupée de Nuremberg: à Breslau ; Carmen, hakmé, Fra 
Diavolo, la Dame blanche: à Bonn : les Huguenots, Carmen: à Cologne : Faust, 
la Juive, l'Africaine, la Fille du Régiment: à Wiesbadex : le Prophète, les Dragons 
de Villars, Carmen, là Muette de Portici; à Brème : la Fille du Régiment, le 
Pardon de Ploërmel, Joseph: à Carlsrdhe : les Dragons de Villars; à Dresde : 
la Muette de Portici, les Huguenots, Mignon, Carmen, les Dragons de Villars, Fausl, 
la Fille du Régiment; à Hambourg : Werther, la Dame blanche, Iphigénie en 
Anlide, Mignon, la Fille du Régiment, la Muette de Portici, l'Africaine, Guillaume 
Tell, le Prophète, les Dragons de Villars : à Budapest : la Muette de Portici, le 
Prophète, Mignon, la Navarraise, la Poupée de Nuremberg, Guillaume Tell. 

— Tandis que sur nos aflGches de concert on ne voit jamais paraître le 
nom de notre grand Rameau, des œuvres duquel on pourrait extraire des 
pages admirables et d'un effet saisissant, la Société des Amis de la musique 
de Vienne ouvrait récemment son deuxième concert avec une des ouver- 
tures les plus curieuses de l'illustre maître, celle de Nu'is, pour chœur et 
orchestre. tîe morceau a produit sur les auditeurs une excellente impression. 

— La société qui s'est formée à Vienne pour produire Gaed, l'œuvre 
d'Adalbert de Goldschmîdt, a émis des actions au prix de cinq cent florins 
(mille francs environ) chacune. Le comité en a déjà placé pour vingt mille 
francs et espère pouvoir arriver à la première représentation au cours de 
la saison prochaine. 

— Une nouvelle opérette, le Général Gogo, musique de M. Adolphe MùUer 
fils, a été jouée avec succès au théâtre An der Wien, de Vienne. 

— Un nouvel opéra, le Corrégidor, vient d'être terminé par M. Hugo Wolf 
et doit être prochainement joué àBerlin. M. "Wolf s'estfait connaître comme 
compositeur de lieder d'une grande originalité, qui ont vite fait leur chemin 
en Allemagne. 

— A Leipzig s'est formé un comité pour l'élévation d'un monument funé- 
raire à Jean-Sébastien Bach dans l'église Saint-Jean, pour y déposer le 
crâne et les ossements du maître, retrouvés dans l'ancien cimetière de cette 
église. Nos lecteurs se rappelent l'article que nous avons consacré à ces 
restes du maître et à la reconstitution de son buste par le sculpteur Charles 
Seffner. Le même artiste est chargé de l'exécution du monument. Parmi 
les membres du comité, nous trouvons Johannès Brahms, Arthur Nikisch 
et Cari Reinecke, chefs d'orchestre du Gewandhaus, l'anatomiste M.Hîs, 
professeur à l'Université de Leipzig, qui a publié un rapport remarquable 
sur les ossements retrouvés, et M. de Hase, chef de la maison Breitkopf 
et HiErtel. 

— Le surintendant des théâtres royaux de Munich, M. Possart, se pro- 
pose de jouer pendant l'été, sur la scène du théâtre de la Résidence, Don 
Juan et les Noces de Figaro, de Mozart, tandis que Richard Wagner régnera 
en maître sur la scène du grand théâtre royal. M. Possart désire que la 
reproduction des chefs-d'œuvre de Mozart se rapproche autant que possible 
de leur première représentation sous les auspices du maître, et sous ce 
rapport, les Noces de Figaro, que M. Possart a déjà fait jouer à Munich avec 
une nouvelle mise en scène, ont été un spectacle admirable. Don Juan sera 
joué cette fois d'apiès la partition originale que le Conservatoire de Paris 
possède aujourd'hui, grâce à la générosité de M'"' Viardot, et la mise en 
scène sera une fidèle reproduction de celle que Mozart avait ordonnée lors 
de la première représentation de son œuvre à Prague. On ne peut qu'ap- 
prouver cette tentative du théâtre de Munich, et il faut espérer qu'elle 
fera disparaître toutes les modifications de Don Juan que certains théâtres 
-allemands croient pouvoir se permettre. 

— Il est fort rare que les enfants d'un grand chanteur soient doués d'une 
belle voix. Cette règle est cependant sujette à des exceptions. Ainsi, le fils 
du célèbre baryton Eugène Gura, de Munich, semble avoir hérité de la 
voix et du talent de son père, et il vient de chanter avec beaucoup de succès 
à Munich. On espère qu'il prendra dans quelques années le poste de son 
père, après s'être perfectionné dans quelques théâtres de moindre impor- 
tance, selon la vieille coutume allemande. 

— Le roi de Wurtemberg a nommé membre honoraire des théâtres 
royaux le ténor Sontheim, qui s'est retiré de la scène il y a quelques années. 
Sontheim, qui a joui pendant plus de trente ans d'une grande vogue en 
Allemagne, avait une voix d'une beauté exceptionnelle : même actuellement 
il dispose encore de beaux restes. Il est loin d'ailleurs d'être aussi âgé que 
Duprez, le doyen des ténors européens; mais Sontheim vient cependant 
de célébrer son 76'= anniversaire. 

— Le théâtre ducal de Brunswick vient de jouer pour la première fois, 
non sans succès, un nouvel opéra, le Ménétrier, musique de M. A. Schulz. 
Le compositeur est chef de l'orchestre ducal. 



— Une jeune cantatrice norvégienne, M"' Lalla Wiborg, élève de l'école 
de chant de M""' Natalie Ilenisch, s'est produite récemment à Dresde avec 
succès. Elle s'est fait applaudir en chantant au Gewerbehaus plusieurs 
morceaux en allemand et en italien, et surtout en faisant entendre, en 
norvégien, deux lieder d'Edouard Grieg, que le compositeur a orchestrés 
expressément à son intention, ce qui prouve la sympathie qu'elle lui 
inspire et la confiance qu'il a dans son talent. 

— Une bien bonne histoire nous est racontée par les journaux de Leipzig : 
n La gare d'une petite ville des environs de la Wariburg peut se vanter 
d'avoir un portier qui est en même temps un excellent organiste. Quand 
le cantor de l'église protestante de cette ville tombe malade, ce qui 
arrive assez souvent, le portier musical tient l'orgue à ia grande satisfaction 
des fidèles. Dernièrement, à la fête de Noël, le portier devait, une fois de 
plus, remplacer le cantor. Il avait déjà joué un prélude de Bach et quelques 
morceaux liturgiques et n'attendait que la un du service pour exécuter son 
dernier morceau. Mais, fatigué par ses fonctions à la gare la nuit précé- 
dente et bien disposé à un petit somme par le sermon interminable du 
pastor loci, il s'endormit sur son siège. Le moment arriva enfin, où l'orga- 
niste devait se faire entendre, et le chanteur le secoua fortement en le 
voyant endormi. Le pauvre portier, qui rêvait de son métier principal, 
s'éveilla mal et, se croyant à la gare, se mit à crier : « Train express 
pour Leipzig, deuxième voie, en voitures! » 

— Le théâtre royal de Copenhague vient de jouer pour la première fois 
Lakmr, de Léo Delibes, avec un succès marqué. 

— Nous recevons de Stockholm la correspondance suivante : « On vient 
de donner la Manon de Massenet pour la première fois à l'Opéra-Royal, avec 
grand succès. Toute la salle était louée deux jours à l'avance. M"" Petrini 
a créé le rôle à merveille, et la charmante artiste n'a pas été rappelée 
moins de vingt-neuf fois au cours de la soirée ! lia « première» de Manon 
a donc été un vrai triomphe pour le compositeur et pour ses interprètes » . 

— Un compositeur suédois, M. André Hallen, vient de donner à Hel- 
singfors, avec le concours du chanteur Lamberg et de la Société philhar- 
monique, un concert pour l'audition de quelques œuvres de sa composition. 
On cite une Rapsodie suédoise (n" 2), une ballade, Skogsrael, pour baryton 
et orchestre, deux pièces pour orchestre et une suite symphonique «d'après 
la légende de Waldemar». Le succès a été considérable. 

— Le Werther de M. Massenet, traduit en russe, est en ce moment en 
répétition au théâtre impérial de Saint-Pétersbourg. Les deux rôles de 
Werther et de Charlotte seront tenus par M. et M"" Figner, les deux artistes 
favoris du public. 

— Le jeune pianiste Joseph Hofmann continue la série de ses triomphes 
en Russie, et devient décidément le héros du dilettantisme moscovite. 
H En moins de deux mois, dit le Journal (français) de Saint-Pétersbourg, faire 
sept fois salle comble à l'hôtel de l'Assemblée de la noblesse, cela ne s'était 
pas vu depuis les Concerts historiques du Rubinstein, et quand on pense 
que ce miracle a été opéré par un pianiste débutant, un adolescent, presque 
inconnu la veille de son premier concert, il faut convenir que c'est là un 
fait sans exemple. » A son concert d'adieux, le jeune Hofmann a produit 
un véritable enthousiasme, surtout en exécutant, avec uù sentiment poé- 
tique pénétrant, le Nocturne en fa de Chopin et la Marguerite de Schubert, 
qui lui a valu une ovation inénarrable. On l'a applaudi de nouveau avec 
fureur à la suite d'une mazurka de Chopin et de la Sérénade du matin de 
Schubeit. 

— Le Fra Diavolo d'Auber vient d'être joué à Moscou, avec un succès 
vraiment triomphal. Il est vrai que l'interprétation devait être idéale avec 
des artistes tels que Masinî (Fra Diavolo), M""" Sigrid Arnoldson (Zerline), 
Dufriche (Mylord) et M""! Solera (Paméla). 

— En Russie, le droit des pauvres, qui grève si lourdement le budget 
des théâtres parisiens, existe aussi peu que dans les autres pays européens, 
mais les salles de spectacle et de concert sont obligées de contribuer, dans 
une certaine proportion, aux institutions de charité fondées par l'impéra- 
trice Marie. Pour ce motif, on a dressé une liste exacte de tous ces établis- 
sements et on a appris qu'il existe actuellement en Russie 17'i théâtres, 
90 salles de concert et ll"2 sociétés musicales et dramatiques. Le nombre 
total de tous les lieux de plaisir soumis à l'impôt mentionné est de l.'iS.'j. 
Certains grands gouvernements russes ne possèdent pas un seul établisse- 
ment de plaisir. Le rendement de l'impôt est donc fort différent. A Saint- 
Pétersbourg, on obtient 161.548 roubles, soit 646. ICO francs, ce qui est un 
joli denier. 

— Les journaux hollandais sont unanimes à constater le grand succès 
remporté par M"= Clotide Kleeberg à Amsterdam, à La Haye, à Rotterdam 
et dans les principales villes de Hollande. Partout, la charmante pianiste 
française a été fêtée et acclamée. 

— Un déluge de premières représentations en Italie. Au Regio de Turin, 
c'est d'abord la Bohême, de M. Puccini, au sujet de laquelle on écrit au 
journal l'Italie : « La Bohème a eu un grand succès, surtout aux premier, 
troisième et quatrième actes. Magnifique exécution, grâce surtout à M. Tos- 
canini. Après le troisième acte, S. A. R. la princesse Lictitia a fait appeler 
l'auteur pour le féliciter du succès, de l'exécution et de la mise en scène. 
Le public a salué d'applaudissements enthousiastes Puccini, Toscanini 



Lt MÉNESTREL 



47 



et l'orchestre après chacun des actes. Nombreux rappels. La musique et 
le librttto sont remarquables par leur originalité, leur vivacité, leur brio, 
ce qui n'e,\clut pas les passages émouvants. » — Moins heureuse parait 
avoir été au Dal Verme de Milan la Corligiana, opéra en quatre actes de 
M. G.-T. Cimino pour les paroles, de M. Scontrino pour la musique (30 jan- 
vier). On reproche au livret, qui a pour sujet un épisode romanesque du 
siège de la Hochelle par Richelieu, sa structure banale, rendue plus 
fâcheuse encore par d'interminables longueurs qu'on retrouve dans la parti- 
lion, dont l'inspiration ne brille pas par une fraîcheur juvénile. Les 
interprètes sont MM. Tamburlini, Garbin, Sottolana et M™ Stehle, qui ne 
laissent rien à désirer. Succès conlrastalo, comme on dit là-bas. — Il en est 
à peu près de même au théâtre Social de Côme pour Ettore Fieramosca, 
le nouvel opéra en trois actes dont M. Vincenzo Ferroni, professeur au 
Conservatoire de Milan, a écrit les paroles et la musique, et qui a été 
représenté le,2B janvier. Livret faible, musique n bien faite o, à laquelle la 
personnalité fait complètement défaut. Bonne interprétation de la part de 
Mm.s Busi et Bruno, de MM. Saagnes, Valassa et Baldassari. — Médiocre 
succès encore, le 2S janvier, au Nazionale de Rome, pour Fadetle, opéra 
en trois actes, paroles de M. Bartocci-Fontana, musique de M. Dario de 
Rossi, auquel l'Italie se borne à consacrer ces quelques lignes dédaigneuses : 
« Nous ne dirons rien de Fadelle, le nouvel opéra de M. De Rossi, repré- 
senté pour la première fois, hier soir, au Nazionale, les amis de l'auteur 
ayant organisé une de ces claques si ridiculement bruyan'tes faisant revenir 
sur scène, à chaque mesure, ce malheureux compositeur en herbe. 11 nous 
a donc été impossible, devant un tel fracas d'applaudissements fastidieux, 
de noter les phrases musicales, quelque mauvaises qu'elles fussent, et de 
retenir même un lambeau de phrases de sa partition, destinée, hélas ! à 
l'oubli. » — Enfin, à Plaisance, on a représenté Aida, opéra du maestro 
Romaniello sur lequel nous n'avons pas encore de détails, mais dont le 
succès parait n'avoir pas été non plus des plus brillants. 

— Enregistrons aussi l'apparition de deux opérettes nouvelles : l'une, 
(/ Seminarista, paroles de M. Umberto Capello, musique de M. Raffaele 
Caravaglios, représentée à Alcamo ; l'autre, il Paradiso terrestre, paroles de 
M. Ulisse Barbieri, musique de M. Pannaria, représentée au Métastase de 
Rome avec M"'= Emilia Persico dans le rôle — sinon dans le costume — 
d'Eve. 

— On nous écrit de Rome que la vie musicale a pris cette année un 
grand essor dans la capitale italienne. Au théâtre Costanzi ont lieu les 
séances du Quintette classique dirigé par M. GuUi, et de la société Bach 
que dirige M. Costa. A la salle Principe Umberto, vont commencer celles du 
Quintette de la Reine, à la tète duquel se trouve M. Sgambati, qu'on peut 
considérer comme le chef du mouvement musical à Rome, tandis qu'à la 
nouvelle et belle salle de l'Académie de Sainte-Cécile (Conservatoire) on 
annonce quatre grands concerts de musique classique. Mais là où le 
public accourt surtout enfouie, c'est à la salle Dante, où la Société orches- 
trale de M. Ettore Pinelli, qui en est à sa 27'-' année d'existence, vient de 
donner un concert extrêmement brillant dans lequel M""^' de Bonucci, une 
élève de M. Benjamine Cesi, a remarquablement exécuté le i" concerto 
de Beethoven, qui lui a valu un très grand succès ; au programme du pro- 
chain concert figure la belle symphonie pour orchestre et orgue de 
M. Alexandre Guilraant. Le 29 janvier, à l'église Saiut-Louis-des-Français, 
excellente musique au service religieux célébré pour le repos de l'àme de 
M""' Jacob Desmaller, belle-mère de M. Eugène Guillaume, l'éminent direc- 
teur de l'Académie de France. Toute la colonie française de Rome assistait 
à cette cérémonie avec l'ambassadeur de France, M. Billot, et tout le per- 
sonnel de l'ambassade. 

— Un journal de Milan, il Mondo artislwo, dans un rapide coup d'oeil jeté 
sur l'histoire de la Scala, rappelle un souvenir de Rossini. «Après la re- 
présentation de la Pietra del piiragone, dit-il, Rossini devint l'idole de la 
société milanaise. C'est pour la Scala qu'il écrivit, en 1814, Aareliaiio in 
Palmira, qui ne plut pas, et il Turco in Italia, pour la rentrée de Galli, la 
célèbre basse. Le personnage représenté par Galli devait chanter eu entrant 
en scène : 

Bell' Italia ! alfmli miro, 

¥i saluto, amiche sponde. 
Le public trouva que Rossini avait traité un peu légèrement cette invo- 
cation si bien appropriée à la circonstance, et, tout en applaudissant le 
chanteur, se montra froid à l'égard du compositeur. Cet incident l'indisposa, 
et il partit alors pour Naples ; mais trois ans après il revint à Milan, pour y 
donner sa Gazza ladra. Les Milanais se rendirent en foule ay théâtre avec 
l'intention de le siffler. Mais la Gazza ladra désarma tous, les vrais dilet- 
tantes, qui firent au grand maitre une ovation enthousiaste. La vogue des 
opéras de Rossini prit alors de telles proportions que pendant quelque 
temps il eut le monopole presque e-xclusif du répertoire de la Scala. Pour- 
tant il n'écrivit plus pour Milan qu'un seul opéra, Bianca e Faliero, qui n'ob- 
tint qu'un très médiocre succès». 

— Un de nos confrères de Milan, le journal îï Teafro, publie le programme 
d'un concours très libéralement ouvert par lui entre musiciens italiens et 
étrangers pour la composition d'un opéra en un acte. Quatre prix de 
o.OOO, l.oOO, l.OUO et 500 francs (dont le montant est déposé dès aujourd'hui 
dans une maison de banque) seront attribués aux meilleures partitions, 
de même qu'un prix de 1.000 francs est réservé au meilleur livret, qui 
devra être écrit originairement en italien. Aucune condition d'âge ni de 



nationalité. La propriété des œuvres reste h leurs auteurs. Celles-ci 
doivent être entièrement nouvelles, n'avoir jamais pris part à aucun 
concours et ne pas dépasser, pour l'exécution, la durée d'une heure. Le 
choix du sujet et le genre de la musique (comique, sérieux, romantique, 
classsique, etc.) sont complètement libres ; la partition peut contenir des 
chœurs ou un ballet; sont exclus seulement les ouvrages qui comporteraient 
une mise en scène ou une machination compliquée. Le dispensateur 
généreux de ce concours est M. Gagor Steiner, qui s'engage à faire repré- 
sentera Vienne, au cours de l'Exposition qui aura lieu en cette ville de 
juin à octobre 1896, les six ouvrages considérés comme les meilleurs par 
le jury nommé à cet efl'et. Les artistes qui voudraient prendre part à ce 
concours peuvent en demander le programme à la direction du journal 
il Tealro, 3, via San Rafaele, à Milan. 

— Nous engageons l'auteur des éphémérides nouvellement publiées par 
le Mondo artistico à se renseigner d'une façon plus certaine. Le 'Petit Duc, de 
M. Gh. Lecocq, a été représenté le 23 janvier 1878 non à l'Opéra-Comique, 
comme il le dit, mais au théâtre de le Renaissance. Quant à la Bergère 
châtelaine (la Pastorctla castellana), ce n'est point, comme il le dit .encore, le 
premier, mais bien le troisième opéra d'Auber, qui avait donné auparavant 
le Séjour militaire et le Testament et les Billets doua. 

— Voici qu'on vient de traduire, de jouer et de publier en Italie un opéra 
français d'un compositeur italien, le Maitre de Cliajielle, de Paër, dont 
l'apparition à Paris remonte au 29 mars 1821. Mais, chose singulière, on 
a suivi la tradition actuelle et sotte de l'Opéra-Comique, où, au lieu des 
deux actes qu'il comporte, on joue aujourd'hui l'ouvrage en un seul acte, 
c'est-à-dire qu'on n'en donne que le premier, si bien que la pièce reste 
interrompue et qu'elle n'a plus ni queue ni tète. On n'indique même pas 
sur l'affiche qu'on n'en donne qu'un fragment, et on qualifie bravement 
cette moitié du Maitre de Chapelle « opéra-comique en un acte ». Il est 
probable que si surtout l'aimable auteur du livret. M""' Sophie Gay, reve- 
nait en ce monde, elle serait peu flattée de l'emploi d'un tel procédé, qui 
enlève à ce livret toute sa signification. 

— Au théâtre Social de Castelfiorentino, première représentation, 
accueillie avec faveur, d'une opérette nouvelle, i Ciarlatani di Spagna, avec 
musique de M. Pindaro Salvoni. 

— Succès à la Zarzuela de Madrid, pour une saynète lyrique, la Rueda 
de la Fortuna, paroles de MM. Larra et GuUon, musique de M. Fernandez 
Caballero. 

— On est en train de construire à Montréal (Canada) un » théâtre 
biblique ». Toutes les pièces et opéras qui seront représentés sur ce théâtre 
doivent être tirés de la Bible. 

— A!San;Antonio, dans le Texas,[existe une Société chorale allemande 
Beethoven, qui vient de contruire pourses concerts une salle qui ne lui coûte 
pas moins de bOO.OOO francs. 

PARIS ET DEPARTEIÏIENTS 

Il est fort probable que ce sera M. Raoul Pugno, le remarquable 
virtuose et le grand artiste qu'on sait, qui prendra au Conservatoire la 
classe de piano laissée vacante par la mort du regretté Fissot, le ministre 
ayant donné son approbation à cette proposition de M. Ambroise Thomas. 
M. Pugno serait remplacé dans la classe d'harmonie qu'il faisait aupa- 
ravant par M. Xavier Leroux, le jeune compositeur d'ÉvangéUne, Ce seraient 
là deux choix excellents. 



dans le midi de la 
e de composition au 



— M. Massenel est de retour à Paris de son 
France et en Italie. Dès vendredi, il a repris sa 
Conservatoire. 

— M"'' Van Zandt quitte Paris aujourd'hui dimanche pour se rendre à 
Bruxelles, où elle va donner des représentations de Mignon et de Laknté. 

— M""» de Nuovina, qui a dû interrompre en plein succès les représen- 
tations de la Navarraise à Paris, pour remplir un engagement d'un mois 
qu'elle avait contracté avec le Grand-Théâtre de Lyon, vient d'y débuter 
« triomphalement », disent les dépêches, dans le rùle de Marguerite de Faust. 
Les Lyonnais ont été conquis comme les Parisiens par « sa voix puissante et 
son jeu passionné ". Le 14 elle chantera la Navarraise, qui sera accompagnée 
sur l'affiche du joli ballet de Massenet, le Carillon, qui fut donné pour la 
première fois à l'Opéra impérial de Vienne et qu'on ne connaît pas encore 
à Paris. En mars, M"»^ de Nuovina ira donner quelques représentations à 
Monte-Carlo, puis elle reviendra se remettre à la disposition de M. Garvalho, 

— A l'Opéra-Comique, c'est décidément Orphée qui prend le pas sur le 
Chevalier d'Harmeidal, arrêté pour les remaniements dont nous avons parlé. 
On répète à force l'œuvre de Gluck. Les rôles sont sus, les décors sont 
prêts, les chœurs commencent leurs études et l'orchestre va entrer en 
danse. Tout fait donc espérer que la première de cette reprise sera donnée 
vers la fin du mois. 

— On songe également sérieusement au théâtre de M. Garvalho à une 
repiise AaPardon de Ploèrmel, avec la distribution suivante : IIocl, M. Bouvet; 
Corentin, M. Carbonne; Dinorah, M"^ Parentani ; le pâtre, M"= Wyns. 

— La direction de l'Opéra-Comique a engagé cette semaine pour trois 
années. M""" François Oswald, la veuve de notre regretté confrère. 



48 



LE MENESTREL 



— Le percement de la rue Réaumur, qui s'achève, va faire disparaître 
dans la rue Montmartre, à côté de la maison : A l'Image de la Grosse tète 
(numéro 12â), celle fort modeste que Paisiello habita pendant son séjour à 
Paris (1802-1S04). Cette maison fut habitée aussi par Strauss, le chef d'or- 
chestre des bals de la cour et de l'Opéra sous Napoléon III. 

— Deux concerts spirituels seront donnés à l'Opéra le Jeudi Saint 2 avril 
et le samedi 4 avril, où seront entendus le Saint Georges de M.Vidal et le Requiem 
de M. Bruneau, deux compositeurs qui se sont trouvés en loge ensemble lors 
des concours de Rome. Un grand festival clôturera, vers la fin d'avril, 
cette brillante série de concerts. 

— Jeudi prochain 13 février, à S heures et demie, salle Pleyel, aura 
lieu, sous la présidence de M. Victorin Joncières, l'assemblée générale 
annuelle de la Société des compositeurs de musique. Le rapport sur les 
travaux de l'année sera présenté par M. Arthur Pougin, secrétaire-rap- 
porteur. On procédera ensuite aux élections pour le renouvellement partiel 
du comité. 

— L'École de musique classique fondée par Kiedermeyer et si bien 
dirigée aujourd'hui par son gendre, M. Gustave Lefévre, vient d'être trans- 
férée du passage des Beaux-Arts, où elle était fixée depuis si longtemps. 
au Parc des Princes (Bois de Boulogne) où un superbe local vient d'être 
aménagé expressément à son intention. L'Ecole, qui a instruit et placé, 
depuis sa fondation, 400 organistes et maîtres de chapelle, se trouvera là 
dans d'excellentes conditions artistiques et hygiéniques pour les élèves 
qui viennent lui demander leur éducation musicale. Pour fêter sa nouvelle 
installation, elle donnera mardi prochain 11 février, à deux heures, une 
brillante séance musicale dans laquelle on entendra son nouvel orgue 
pneumatique, instrument remarquable qui comprend 12 jeux et deux 
claviers à mains de 32 notes chacun, avec un clavier de pédales de 32 notes. 
M. Loret, professeur, exécutera sur cet orgue une sonate de Mendelssohn, 
les élèves Massuelle et Frommer un thème de fugue de Bach et la l'"^ so- 
nate du même maître; M. Paul Viardot, professeur d'accompagnement, 
jouera une sonate de Haendel pour piano et orgue, et les variations de 
Tartini sur une gavotte de Gorelli. La séance promet donc d'être particu- 
lièrement intéressante. 

^ La. Rapsodie cambodgienne de M. Bourgault-Ducoudray, qui sera exécutée 
aujourd'hui au concert de l'Opéra, doit être aussi interprétée prochaine- 
ment à Gènes, avec la transcription de M. Léon Chic, par la musique munici- 
pale. Le Caffaro dans un article développé, très élogieux, annonce la 
prochaine exécution comme devant faire autant d'honneur au compositeur 
qu'à ses interprètes. 

— M. Constant Pierre s'est imposé la tâche de ne rien laisser ignorer 
au public de ce qui concerne l'histoire de nos institutions nationales de 
musique. Les deux nouvelles brochures qu'il publie chez Tresse et Stock 
se recommandent, comme les précédentes, par la sûreté des documents et 
l'attrait de l'inédit. La première, consacrée aux Anciennes Ecoles de déclama- 
tion dramatùjue, réunit une série d'articles publiés récemment dans le 
Ménestrel. La seconde retrace l'historique de VÉcole de chant de l'Opéra (1672- 
1807). On y trouve reproduit un manuscrit jusqu'ici inconnu de Gossec, 
exposant un ensemble de critiques sur VJicole et des vues sur une meil- 
leure organisation. I! y fait un procès curieux des méthodes et du per- 
sonnel enseignant de l'époque. E. de B. 

— A Bordeaux, le Cercle Philharmonique vient de donner son second 
concert avec un éclatant succès. Au programme M. Jehan Smit, l'élève 
préféré de Vieuxtemps, M"'= Fiérens, qu'on a littéralement acclamée dans 
l'air : « Il est bon, il est doux » à'Hérodiade, et le très artistique orchestre 
de M. Ch. Haring, qui a superbement joué l'ouverture du Roi d'Ys. 

— A Rennes, au concert populaire de dimanche dernier, grand succès 
pour la charmante pianiste M"'^ Weingaertner avec une sonate de Chopin, 
la Barcarolle et la Tarentelle de Rubinstein, le Nocturne de Tschaîkowski, 
et des transcriptions de Liszt. Devant l'ovation qui lui était faite, elle a 
dû ajouter encore au programme VAir à danser de Pugno. 

— Encore nn joli succès dans un concert à Mantes pour M°"-" Mathieu, 
avec les Caprices de la reine et les Poupées de Claudius Blanc et Léopold 
Dauphin. 

— CoscEBTS ET SOIRÉES. — Très bcau concert, le mardi 28 Janvier, à la salle 
Érard, où la société instrumentale d'amateurs la Tarentelle se faisait entendre. 
On a chaleureusement applaudi l'orchestre et les arlisles qui avaient bien 
voulu prêter le concours de leur talent: M""' d'Ergy, cantatrice très remar- 
quable, dans Pensées d'automne de J. Massenet, et dans la cantilène du Clievalier 
Jean de Joncières ; M. Ciampi dans ' Pauvre Martyr » de Patrie, de Paladilhe ; 
M"' Charlotte Vormèse, la virtuose violoniste si appréciée, et M"° Renée Delerba, 
également violoniste, dans le Rondo Capriccioso de Saint-Sacns pour violon et 
orchestre. — iM"' Lafaix-Gontié a repris la série de ses matinées mensuelles. 
Les deux dernières, très brillantes, ont encore fait valoir la sûreté et l'élégance 
de sa méthode. Ont été très applaudis des morceaux de Xaviére, le joli opéra- 
comique de M. Th. Dubois, ainsi que le bcau et difficile duo des deux femmes 
dans le Proyjltéle! Enfin, le cithariste M. llaufTmann a tenu ses auditeurs sous 
le charme de son talent expressif et délicat. — Très charmant « fîve oclock >., la 
semaine dernière, chez M"' la comtesse de l'isle de Fieff. On y a entendu 
M"° Jenny Dasti, une brillante élève de M°" Emilie Ambre-Bouichère, qui a chanté 
plusieurs mélodies d'Émilo Bouichère : Vlnvoadion à Lorelcu, la Berceuse et t'Aulie, | 



cette dernière avec accompagnement de violon par M. Paul Oberdceffer. — 
Dimanche 26 janvier, salle Érard, brillante audition des élèves de M"' Alice 
Marchai. A signaler parmi les morceaux les plus applaudis : la valse de 
coneert de Diémer, et la Sérénade éi la tune, de Pugno, par M. Georges G. ; le 
Caprice de Mendelssohn en la mineur, par M"- Anne-Marie D.; la fantaisie 
Impromptu de Chopin par M"" LéontineB.; l'Aragonaise duCidparM"'"ïvonneB.; 
la méditation de Thais par M"' Jeanne R.: le nocturne de Chopin en mi par 
M"- Madeleine W. La voix superbe de M"' Julie Weill et les spirituelles chan- 
sons de M. Teulet ont ravi l'auditoire, ainsi que l'exécution d'une sonate de 
Mendelssohn pour violon et piano par M"-' Alice Marchai et Alice Vigué. — 
Très intéressant, le concert donné à la Bodinière par la jeune harpiste 
M"' Achard, dont le talent fin et délicat de virtuose se double aujourd'hui de 
celui de compositeur. Elle s'est fait applaudir dans divers morceaux, et son 
succès a été partagé par M"' Grandjean et M. Ilollman dans la Chanson d'amour 
de ce dernier, pour chant, violoncelle et harpe. M. Pugère, de l'Opéra-Comique, 
s'est fait acclamer en chantant d'une façon délicieuse Pensée d'automne, de 
Massenet, et Plaisir d'amour, de Martini. 

NÉCROLOGIE 
Le 24 janvier est mort à Naples un artiste fort distingué, Michèle Ruta, 
à la fois professeur éminent, compositeur fertile et écrivain sur la mu- 
sique. Fils et petit-fils de musiciens, il fut, comme son père et son aïeul, 
élève du Conservatoire de Naples, où il eut pour professeurs Lanza, Cima- 
rosa fils, Crescentini, Parisi, Francesco Ruggi et Carlo Conti. Nous ne 
saurions raconter ici l'existence de cet artiste fort intéressant, et nous 
devons nous borner à une énumération sommaire de ses travaux. Né à 
Gaserte en 1827, Ruta fit ses débuts de compositeur dramatique en don- 
nant à Naples, en 1833, un drame lyrique intitulé Leonilda. Il fit jouer 
ensuite Diana di Vitry (Fondo 1839), l'Imprésario in progelto (id. 1873), et 
écrivit aussi la partie musicale d'une Rtvista del 'ISliS représentée au même 
théâtre. C'est pour le même théâtre encore qu'il composa la musique d'un 
grand nombre de drames populaires : Don Giovanni di Marana, Faust, la 
Nolte di San Bartolomeo, la ilonaldesca , Antonio Foscarini, la Griselda, un 
Santo ed un Palrizio, ainsi que celle d'un ballet intitulé Imelda. On lui doit 
encore un grand nombre de Messes, un Te Denni, des motets, et plusieurs 
albums de mélodies vocales, un recueil de Canti patriotici et un Ti'aité d'har- 
monie. Enfin, Ruta fut rédacteur musical du Carrière del mattino, fonda et 
dirigea lui-même un journal spécial, la Musica, et a publié plusieurs écrits 
utiles et intéressants. 

— Une cantatrice fort remarquable, qui eut en Italie, et même en Alle- 
magne, son heure de véritable célébrité, M""= Luigia Abbadia, vient de 
mourir à Rome, à l'âge de 74 ans; Fille d'un maître de chapelle de Gênes, 
où elle naquit en 1821, elle était à peine âgée de 13 ans lorsqu'elle débuta 
de la façon la plus heureuse à Sassari, puis à Mantoue. Elle fut engagée 
alors par le fameux imprésario Merelli, l'ami de Verdi, qui lui fit parcourir 
toute l'Italie, au bruit des applaudissements. A Novare, à Brescia, à Bologne, 
à Turin, à Padoue, à Milan, elle obtint des succès retentissants, non seule- 
ment comme cantatrice, mais comme tragédienne lyrique. Douée par la 
nature d'une voix de mezzo soprano étendue, sympathique, puissante, elle 
en doublait les effets par l'art avec lequel elle la conduisait et par la 
grandeur de son sentiment dramatique. Un goût parfait, une âme expan- 
sive, une ardeur brûlante, un rare enthousiasme, avec cela des élans d'ins- 
piration soudains et imprévus, telles étaient les qualités nombreuses et 
peu communes qui faisaient de cette cantatrice remarquable une artiste 
exceptionnelle et de premier ordre. Elle était admirable, dit-on, dans 
Maria Padilla, que Donizetti écrivit expressément pour elle, dans la 'Vestale 
de Mercadante, dans la Saffo de Pacini et dans YErnani de Verdi. En aban- 
donnant Id scène elle s'était consacrée à l'enseignement du chant, et l'on 
cite entre autres, parmi ses élèves. M""" Giuseppina Pasqua, les deux 
sœurs Ravogli, la Monteleone, etc. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 

l'aiis. AU MÉNESTREL, 2 liis, nie Tiïiennr, HEUGEL & C" cdilcuis-pMriiilaires puiir Imis |i«ys. 



CONCERTS DE L'OPERA 

Dimanche 9 février 1896. 

L.-A. BOURGAULT-DUCOUDRAY 
Rapsodie Cambodgienne 

Partition orchestre, net : 25 francs. 
Parties séparées d'orchestre, net: 50 fr.— Chaque partie suppl"- net: 21'r. 50. 



Réduction pour piano à quatre mains par G. CHEVILLARD : 
l'» Suite : 7 fr. 50. — 2= Suite : 9 fr. — Les deux suites réunies, net : 4 fr. 

— La place de professeur de clarinette à l'École nationale de musique 
de Caen et de première clarinette à l'orchestre du théâtre municipal sera 
vacante à partir du 1""' mars prochain. Les candidats sont priés d'adresser 
leurs demandes au directeur de l'École. La qualité de Français est obligatoire. 

— En vente chez l'auteur, Alfred Yung, à Bar-le-Duc, les Chants du 
snactuaire, 70 morceaux comprenant messes, motets, litanies, psaumes, 
antiennes, cantiques, etc., etc., à 1, 2 et 3 voix, alternant avec des solos. 



: BERGERE, 20, 1 



Dimanche 16 Février 1891). 



3386. — 62- ANNÉE — l\° 7. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs. 



LE 



MENESTREL 



MUSIQUE ET THÉ^TR-ES 

Henri HEUGEL, Direcieur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an. Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr,; Texte et Musique de Piano, ^0 fc, Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les trais de poste en sus. 



SOl!.d:M:.^IR,E-TBX:TB 



1. La mort d'Ambroise Thomas, Henri Heucei.. — II. Âmbroise Thomas, notes et souvenirs, Arthur Pougin. — III. Semaine théâtrale : Débuts de M''* Garnier dans 
Lakmé à l'Opéra-Comique, A. P.; premières ruprésenlations du Dindon, au Palais-Royal et de la Fiancée en loierie, aux Folies-Dramatiques, Paul-Émile Chevalier. — 
l'y. Revue des grands concerts. — V. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce jour; 

LE JOYEUX LURON 

quadrille de Philippe Fahrbach. — Suivra immédiatement : Fine mouche, 

polka du même auteur. 



MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront dimanche, prochain : 

CHANSON 

de LÉON Delafosse. — Suivra immédiatement : Sur la tombe d'un enfant, de 

Xavier Leroux. 



TLmjS%. ]VC0X^.T7 X3'.^^IKE15X^0IS; 



7HOIMC.A.S 



Il n'y a pas un mois encore que le public de l'Opéra avait 
pu fêter Ambroise Thomas, quand on y exécuta ce superbe 
prologue de Françoise de Bimini, qui semblait sortir tout rayon- 
nant de la tombe où on avait pensé l'enfermer. On vit alors 
le grand vieillard émerger en silhouette blanche du fond noir 
d'une baignoire et saluer la foule qui l'acclamait pour la 
dernière fois : visage grave comme toujours, mais avec plus 
de tristesse, comme si l'aile de la mort l'effleu- 
rait déjà. 

Déjà en effet il était touché et on le put 
voir frissonnant derrière la toile des coulisses, 
assis sur une chaise, attendant une voiture 
qui s'obstinait à ne pas venir, mélancolique- 
ment heureux de son succès, avec autour, du 
front, la pâle auréole de ceux qui vont bientôt 
disparaître. 

Mais c'était un fort de cœur et d'âme, un 
corps d'acier qui ne se rendait pas à la pre- 
mière sommation. Tout atteint qu'il se sentit, 
il n'en voulut pas moins remplir tout son 
devoir et, comme c'était période d'examens 
au Conservatoire, il continua chaque jour sa 
tâche de directeur et de président. Le soir, il 
était exténué et sa respiration devenait diffi- 
cile. S'aliter avant l'heure, il n'y voulait pas 
consentir : « Je ne pourrais plus me relever, 
disait-il ». 

Quanâ ses forces le trahirent tout à fait, il fallut bien 
pourtant en arriver là, et il ne se releva plus, comme il 
l'avait prévu. Les jours passèrent, avec des alternatives d'espoir 
et d'appréhension pour les siens; mais lui, il ne se faisait pas 
d'illusion : « Gomme c'est long pour s'en aller! » Ce furent les 
dernières paroles qu'il nous dit, bas à l'oreille, avec un geste 
désespéré et, quand nous le quittâmes, son grand regard 



Les derniers instants. 

bleu nous suivait attendri comme dans un dernier adieu. Et 
que de bonté dans tout ce pauvre être qui souffrait et qui 
ne voulait pas le laisser paraître : « 'Voyez comme tout est 
triste autour de moi et à cause de moi! » Et il tâchait de 
sourire à chacun, et de trouver des mots aimables et gais. 

Et puis, un jour, la tête tomba sur l'oreiller, et c'était fini. 

Ambroise Thomas dormait son dernier sommeil, laissant un 

grand souvenir et une douleur profonde dans 

le cœur de ceux qui l'avaient tendrement 

aimé et si hautement estimé. 

Henri Helgel. 
On ne sait pas encore au juste le jour des ob- 
sèques. Le Gouvernement, dont l'existence est assez 
secouée en ce momeni, n'a pu trouver l'instant 
favorable de faire aux Chambres la proposition que 
ces obsèques fussent nationales, comme on a fait 
pour Charles Gounod. C'est ce qu'est venu expliquer, 
non sans quelque embarras, le ministre des beaux- 
arts à M"»= Ambroise Ttiomas. Sans doute pour nos 
hommes d'État, la disparition d'un grand artiste 
compte peu, quand elle coïncide avec des événements 
politiques aussi considérables que le remplacement 
d'un juge d'instruction dans des affaires de tripo- 
tages ou l'arrivée du croquemitaine Arton à Paris. 
En attendant le boa plaisir de nos maîtres, on a 
donc mis en bière le corps d'Ambroise Thomas et 
on l'a déposé dans un des caveaux de l'Église Saint- 




Eugène, o'u il repose enfoui sous les fleurs et sous les couronnes 
qui viennent de partout. Ou ne l'en tirera pas avant jeudi, peut-être 
même vendredi ou samedi. 

En quelle église célébrera-t-on le service? Même incertitude 
encore. Sera-ce à la Madeleine oli à la Trinité? Plus probablement 
à Notre-Dame, si on écoute le vœu de la famille de l'illustre dé- 
funt. L'orchestre et les chœurs du Conservatoire prendront part au 
programme. 



oO 



LE MENESTREL 



AMBROISE THOMAS 

ITOTES ET SOXJ"VB3SriPiS 



Le courage me manquerait pour entreprendre, en ce jour 
de deuil, une étude sur la vie et l'œuvre du grand et noble 
artiste que l'art et la France viennent de perdre d'une façon 
si imprévue et si rapide. Qui nous aurait dit, lorsqu'il y a 
trois semaines à peine, à l'avant-dernier concert de l'Opéra, 
le public, qui venait d'entendre le superbe prologue de 
Françoise de Rimini, faisait au vieux maître une ovation si spon- 
tanée et si chaleureuse, qui nous aurait dit qu'il disparaîtrait 
si tôt et que nous le voyions pour la dernière fois ? Le 
cœur se serre à cette pensée et, pour ma part, je n'aurais 
pas l'esprit assez libre pour essayer de porter un jugement 
sur l'œuvre si considérable du maître que j'aimais d'une 
affection aussi sincère que respectueuse. Je me bornerai à 
grouper ici un certain nombre de notes et de souvenirs qu'on 
ne trouvera pas, je pense, sans quelque intérêt, remettant à 
plus tard toute espèce d'appréciation raisonnée. L'heure n'est 
pas à la critique; elle est tout entière au regret et à la 
douleur. 

* * 

Charles-Louis-Ambroise Thomas était né à Metz, le 
5 août 1811, d'un père et d'une mère qui tous deux profes- 
saient la musique en cette ville. Je possède une brochure de 
huit pages, sans date, mais évidemment de l'époque de la 
Restauration, car il y est question delà chapelle du Roi, qui 
a pour titre: Prospectus d\m établissement musiccd à Metz, et dont 
voici les premières lignes: « M. et M"" Thomas ont l'honneur 
d'annoncer qu'ils viennent d'ouvrir une École d'enseignement 
mutuel pour la musique, à l'instar de celles de Paris et de 
plusieurs autres grandes villes, pour l'un et l'autre sexe. » 
L'auteur de cette brochure prend le titre de « correspondant 
de l'Ecole royale de musique de Paris, » ce qui indique suffi- 
samment que c'était un artiste capable et instruit. 

C'est avec son père que, dès l'âge de quatre ans, Thomas 
commença l'étude de la musique, et Fétis assure qu'il cod- 
tinua l'étude du solfège pendant sept ou huit années. Il tra- 
vailla ensuite le violon et surtout le piano, et il était déjà fort 
habile sur ce dernier instrument lorsqu'on 1828 il se fît 
admettre dans la classe de Zimmermann, car dès l'année sui- 
vante, à son premier concours, il obtenait d'emblée le pre- 
mier prix. En 1830 il se faisait décerner, comme élève de 
Dourlen, le premier prix d'harmonie et accompagnement, 
entrait dans la classe de composition de Lesueur, ot)tenait 
en 1831 une mention honorable au concours de Rome, et 
l'année suivante emportait le premier grand prix. La cantate, 
qui avait pour titre Hermann et Kettij, était due au marquis.de 
Pastoret. 

Thomas partit donc pour Rome, où il se trouva avec Pré- 
vost, Berlioz et Montfort. Il y était lorsqu'on 1834 Ingres, qui 
succédait, je crois, à Horace Vernet, vint prendre la direc- 
tion de l'École. Ingres, qui, on le sait, adorait la musique, 
le prit aussitôt en affection, et écrivait à un ami de Paris, à 
la date du 2o mars 183S : — « ... Une chose me manque 
pourtant; je suis sans musique par le manque de ma grande 
caisse, dont je suis privé encore. Heureusement la providence 
est grande. Elle a eu pitié de moi en prolongeant le séjour 
à Rome d'un pensionnaire musicien compositeur, nommé 
Thomas : jeune homme excellent, du plus beau talent sur 
le piano, et qui a dans son cœur et dans sa tête tout ce que 
Mozart, Beethoven, Weber, etc., ont écrit. Il dit la musique 
comme notre admirable ami Benoist, et la plupart de nos 
soirées sont délicieuses... » 

Thomas ne perdait pas son temps d'ailleurs en Italie. Il 
écrivait beaucoup, et faisait exactement chaque année, à 
l'Académie des beau.x-arts, les envois réglementaires. Aux 
premiers jours d'octobre 1836, dans une séance de l'Institut 



où l'on exécutait précisément les envois de Rome, le pro- 
gramme comportait un duo italien de sa composition dont 
Berlioz, qui était de retour à Paris et qui déjà s'était lancé 
dans la critique, parlait en ces termes élogieux dans la 
Gazette musicale (16 octobre) : 

Le duo de M. Thomas a été fort goûté : M"» Nau et M. A. (lesis) 
Dupont l'ont fait valoir à l'envi l'un de l'autre. Ce morceau est écrit 
de verve, et déjà, à la répétition, il avait obtenu un succès marqué. 
M. Thomas est un des lauréats qui honorent le plus le choix de 
l'Académie; je le crois un de ces musiciens pleins d'amour pour 
leur art, prêts à faire pour lui toute espèces de sacrifices, et qui 
sont évidemment appelés à s'y distinguer quand nos institutions 
musicales voudront bien le leur permettre. Sa manière est auimée, 
brillante, souvent d'une élégance qui ne ressemble en rien à l'affé- 
lerie ni aux grâces musquées qu'un certain public regarde comme 
le type des bonnes manières et du style fashiouable. J'ai trouvé de 
l'élan dans le mouvement général de son duo, et une allure leste et 
dégagée dans son orchestre. J'aurais désiré seulement une mélodie 
plus saillante, plus accusée que le thème principal de l'allégro, qui ne 
me semble pas, en ouire, d'une bien grande originalité. Mais je suis 
loin de regarderie duo en question comme un morceau d'après lequel 
on puisse juger M. Thomas ; c'est une de ces partitions qu'on appelle 
envois de Home, et que les lauréats n'écrivent jamais qu'à contre-cœur, 
par cela même que le règlement les oblige de les écrire. Seulement, 
celle-ci est faite a^ec infiniment plus de conscience et de talent que 
les élèves n'en mettent d'ordinaire à remplir leur tâche académique. 

Thomas, comme il arrive souvent, était déjà de retours 
Paris lors de l'exécution de cet envoi de Rome. Il n'y perdit 
pas plus son temps qu'il ne l'avait fait dans la ville Éter- 
nelle. Il commença par publier un joli recueil mélodique inti- 
tulé Scuvenii's d'Italie, qui comprenait six romances italiennes 
avec traduction française, lesquelles se faisaient remarquer 
non seulement par leur style et leur caractère, mais par des 
recherches d'accompngnement et d'harmonie qui n'étaient 
pas absolument communes à cette époque. Les six morceaux 
de ce recueil, devenu aujourd'hui d'une extrême rareté, por- 
taient les titres suivants : Nina, la Serenata, Va via! Usa, Buona 
Notte et la Barchetta. Puis il songea, comme tous les compo- 
siteurs, à s'ouvrir le chemin du théâtre, et fut assez heureux 
pour y débuter par un succès presque éclatant, car son 
premier ouvrage, la Double Échelle, un petit acte plein de grâce 
et de vivacité, dont Planard lui avait fourni le livret et qui 
était joué par Gouderc et M"'= Prévost, n'obtintguère moins de 
deux cents représentations. La Double Echelle était jouée le 
23 août 1837. Sept mois après, le 30 mars 1838, Thomas 
reparaissait à l'Opéra-Comique, cette fois avec un ouvrage 
plus important, en trois actes, le Peiruquier de la Régence, dont 
les deux principaux rôles étaient tenus par Ghollet et Jenny 
Colon, et qui ne ht que confirmer la bonne opinion que le pre- 
mier avait pu faire concevoir de son talent. En rendant compte 
delà partition, dont il louait d'ailleurs la valeur elles tendances, 
Berlioz faisait pourtant à son auteur un reproche que celui-ci 
ne devait pas mériter souvent : « M. Ambroise Thomas eut 
mieux fait, selon nous, disait-il, de ne pas sacrifier à la 
mode en employant aussi souvent qu'il l'a fait les trombones 
et la grosse caisse. » On sait que si l'orchestre de Thomas 
s'est toujours distingué par son élégance et son ingéniosité, 
il s'est rarement fait remarquer par la brutalité. 

A ce moment, Thomas travaillait avec une activité remar- 
quable. On le voit, en 1839, à l'Opéra avec un ballet, la Gipsij, 
dont il avait écrit la musique conjointement avec Benoist et 
Marliani, à l'Opéra-Comique avec un acte charmant, le Panier 
fleuri, dont le succès fut presque aussi grand que celui de la 
Double Échelle, et il publie en même temps une messe de 
Requiem d'un style sévère et pur et d'un très beau caractère, 
ce qui indique la souplesse d'un talent qui se prêtait à tous 
les genres. 

Mais au théâtre il était serré de près par ses anciens : 
Auber, Halévy, Adam, sans compter Monpou, Grisar et quel- 
ques autres. Aussi bien, il ne me paraît pas sans intérêt de 
rappeler ce qu'Adam disait de sa carrière et de ses œuvres 



LE MENESTREL 



31 



dans un de ses aimables feuilletons de l'Assemblée nationale ; 
on verra ici le compositeur jugé par un de ses pairs. C'est 
en rendant compte de la Cour de Célimène qu'Adam parlait 
ainsi : 

... Ambroise Thomas, plus jeune que les deux illustres confrères 
que je viens de nommer (Auber et Halévy), u'a pas encore rencontré 
ce type qui résume la manière d'un compositeur, et s'empreint de 
son individualité. Son premier ouvrage, la Double Echelle, était un 
petit pastiche charmaat du slyle Louis XV ; il obtint un grand succès 
et fit présager l'avenir du compositeur. Son second opéra était un 
ouvrage en trois actes de Planard, intitulé le Perruquier de la Régence; 
il ne réussit pas autant qu'il le méritait, et, cependant, les amateurs 
et les artistes n'ont pas oublié la belle ouverture de cet opéra et des 
couplets d'un grand caractère que Chollet chantait à merveille. Un 
petit opéra en un acte, Angélique et Médor, n'a guère laissé d'autre 
souvenir qu'une musique agréable, mais peu caractérisée et ne 
tenant pas toutes les promesses des deux productions précédentes. 
Puis vint Mina, un charmant opéra en trois actes, dont une reprise 
renouvellera quelque jour le succès. 

Cependant Thomas semblait découragé de n'avoir pas encore pu 
obtenir du public le succès franc et décisif dont sa conscience et les 
arlistes ses confrères lui disaient qu'il était digne. Il s'essaya au 
grand opéra, oîi il donna un ouvrage en deux actes, Carmagnola, qui 
ne fut joué que cinq ou six fois, puis un autre ouvrage de même 
dimension, le Guérillero, qui, bien inférieur au premier, n'obtint pas 
moins de quarante à cinquante représentations. La musique en était 
pénible et cherchée : on voyait que le compositeur, mécontent ou 
étonné de n'avoir pas vu mieux accueillir ses premiers essais, s'attri- 
buait un tort qu'il n'avait certainement pas, qu'il voulait modifier 
sa manière, et qu'il cherchait une voie qu'il ne trouvait pas. C'est 
dans ces dispositions d'incertitude et de découragement qu'il écrivit 
la musique du Caïd: il crut ne faire qu'une charge de musique ita- 
lienne, et ii produisit un petit chef-d'œuvre de gaîté, de verve et de 
franchise. Le succès fut aussi décisif et aussi soutenu que mérité. 
Puis vient le Songe d'une nuit d'été. Le second acte de cet opéra offrait 
une couleur idéale et rêveuse, conforme au caractère poétique mais 
un peu indécis du compositeur, qui traduisit ses impressions avec 
un bonheur infini. Plus de cent représentations ont consacré à Paris 
le succès de cet ouvrage, et il a réussi partout où il a été représenté. 

Ce qu'Adam oublie de faire remarquer en parlant du Songe, 
c'est que le premier acte, qui oÊfre un contraste si frappant 
avec le second, est un chef-d'œuvre de musique franche, 
solide et inspirée. L'ouverture, toute la scène de Falstaff, le 
délicieux duo des femmes, le trio bouffe, dont le style est si 
siir, dont les modulations sont si exquises, forment autant de 
morceaux excellents. Je le laisse continuer: 

Raymond fat moins heureux à Paris seulement; car il eut un grand 
succès en province, où l'on se montra plus juste envers l'œuvre émi- 
nente d'Amb. Thomas. Ce qui porte à croire que la distribution des 
rôles dut contribuer au peu d'attraction que l'ouvrage exerça à Paris. 
Mocker jouait fort bien, mais chantait insuffisamment un rôle qui 
aurait exigé de grands moyens vocaux : Bussine, au contraire, chan- 
tait fort élégamment, mais jouait assez médiocrement un rôle qui 
demandait beaucoup de comique ; M"^ Lomercier figurait une com- 
tesse, et ce personnage jurait un peu avec son physique si charmant 
dans les rôles de demi-caractère : M"° Lefebvre n'avait pas assez de 
force dramatique pour les exigences de la pièce. Aussi, malgré un 
finale admirable au premier acte, un des plus beaux qu'il y ait ait 
théâtre; malgré la chansonnette pastorale du deuxième acte, peut-être 
un peu trop prolongée et sentant le placage ; malgré de beaux chœurs 
au troisième acte et un duo dont l'interprétation déguisait les beau- 
tés, l'ouvrage disparut-il trop promptement du répertoire. 

Vint ensuite la Tonelli, opéra en deux actes, la dernière création 
de M™ Ugalde. Le musicien dut y lutter contre l'obscurité et peut-être 
le vide de la pièce, et il sortit vainqueur du combat... Nous voici 
à la Cour de Célimène. Le personnage est peu musical; mais M. Rosier 
est un enchanteur bien habile, et l'on a pu croire que les roueries de la 
coquette, que ses manèges adroits fourniraient au compositeur assez 
de prétextes pour déployer cette élégance et ce bon goût qui sont les 
qualités les plus significatives de son talent. L'ouvrage est encore 
trop nouveau pour qu'on puisse présager la durée de son succès ; 
mais, musicalement parlant, on peut affirmer dès à présent que 
c'est une des plus jolies productions d'Amb. Thomas. Le premier acte 
surtout offre une succession de morceaux plus ravissants les uns 



que les autres. Peut-être cette musique est-elle trop fine et trop dis- 
tinguée pour avoir une action immédiate sur le gros du public; elle a 
besoin d'être écoutée comme elle a été conçue, avec attention, avec 
délicatesse, avec le respect do la pureté et de la grâce ; mais si elle 
ne frappe pas les masses de prime-abord, il n'est pas d'organisation 
musicale un peu élevée qui ne soit apte à en sentir sur-le-champ 
toute la valeur. 

Nous avons ici, et c'est ce qui m'a semblé intéressant, l'opi- 
nion d'un artiste qui avait suivi Thomas dès ses premiers pas 
dans la carrière, et qui, les connaissant, était à même de, 
juger personnellement tous les ouvrages dont il parlait. Or, 
on voit à quel point cette opinion était favorable au jeune 
confrère qui devait lui survivre pendant quarante années 
pleines. 

Jusqu'alors pourtant, comme le dit Adam, et malgré les 
gros succès du Caïd et du Songe d'wie nuit d'été, Thomas n'avait 
pas encore « rencontré ce type qui résume la manière d'un 
compositeur, et s'empreint de son individualité. » Malgré les 
jolies pages que contiennent les partitions de Psyché, du Car- 
naval de Venise et du Roman d'Elvire, aucun de ces trois ouvrages 
ne put lui donner celte satisfaction. Mais avec Mignon et Hamiet, 
qui paraissent à quinze mois de distance, l'une à l'Opéra- 
Comique, l'autre à l'Opéra, le compositeur donne enfin toute 
sa mesure et conquiert, avec le suffrage de la foule, la 
renommée dont il était digne. Ces deux œuvres maîtresses le 
font acclamer non seulement par la France, non seulement 
par l'Europe, mais par le monde entier, et il n'est aujour- 
d'hui pas un point du globe oij, grâce â elles, le nom de 
Thomas ne soit populaire à l'égal des plus grands. Je n'ai à 
m'étendre ici ni sur l'une ni sur l'autre ; toutes deux sont 
trop bien connues pour que j'aie besoin d'insister à leur sujet. 
Je rappelle seulement les titres des trois derniers ouvrages 
de Thomas: Gille et Gillotin à l'Opéra-Comique, et, à l'Opéra, 
Françoise de Rimini et le ballet de la Tempête. 



Après ses succès du Caïd et du Songe d'une nuit d'été, Thomas 
était tout naturellement désigné pour la première vacance 
qui se produirait à l'Académie des Beaux-Arts. En effet, Spon- 
tini étant mort au mois de janvier 18S1, il fut élu à sa place 
la 22 mars suivant, ayant pour concurrents Berlioz, Félicien 
David, Clapisson et Niedermeyer. Quelques années après, à la 
mort d'Adam (1856), il fut nommé professeur de composition 
au Conservatoire. Ici, un simple petit document donnera la 
preuve de la valeur de son enseignement ; c'est la liste, que 
voici, de ceux de ses élèves qui, dans un espace de quinze 
ans, obtinrent le premier grand prix au concours de Rome : 
Charles Colin (1857); Théodore Dubois (1861); Bourgault- 
Ducoudray (1862); Massenet (1863); Victor Sieg (1864) ; Charles 
Lenepveu (1865); Rabuteau et Wintzweiller (1868); Charles 
Lefebvre (1870) ; Gaston Serpette (1871) ; Gaston Salvayre 
(1872). Il faut encore joindre à ces noms-ceux de MM. Salomé 
et Charles Constantin, qui obtinrent le second prix en 1861 
et 1863. 

De même qu'il s'était trouvé désigné pour recueillir la suc- 
cession de Spontini à l'Institut, Thomas se trouvait tout 
désigné pour prendre la direction du Conservatoire lorsque 
Auber mourut, le 12 mai 1871, dans les circonstances ter- 
ribles que l'on sait. Cependant, des compétitions se produi- 
sirent, des influences se firent agissantes en faveur d'autres 
candidats, et l'on put craindre un instant qu'en dépit de 
l'unanimité de l'opinion qui se prononçait formellement pour 
lui, ses droits ne fussent méconnus. Voici, à ce sujet, le frag- 
ment plein de dignité d'une lettre qu'il adressait, à la date 
du 28 mai, à un ami qui l'avait questionné sur la situation: 

... Puisque vous me parlez aussi de cette affaire du Conservatoire, 
bien secondaire aujourd'hui, je n'ai qu'un mot à répondre : Je ne me 
remue pas. 

11 est des choses que l'on peut solliciter sans manquer au respect 
de soi-même, mais la direction du Conservatoire «e se demande pas. 
Ces messieurs de notre ministère doivent savoir, à Versailles aussi 



52 



LE MENESTREL 



bien qu'à Paris, quels sont mes titres et mes services; ils ne peuvent 
ignorer que depuis longtemps l'opinion publique me désigne à la suc- 
cession d'Auber. Que pourrais-je dire et qu'aurais-je éié faire à Ver- 
sailles? Me montrer là m'eût semblé malséant, aussi bien après 
qu'avant la mort de notre cher illustre maître. 

J'ai dit cela à ceux qui me sont venus voir ou qui m'ont écrit à ce 
sujet. Il y a, dit-on, des candidatures pour lesquelles on s'agite. Plus 
on me prouve qu'il y a indécision, plus je suis résolu à ne me point 
montrer. 

Laissons donc aller les choses... 

Thomas fut nommé, et il n'en pouvait être autrement. On 
sait ce qu'est devenu le Conservatoire sous sa direction à la 
fois ferme et paternelle. Il fallait d'abord réorganiser l'Ecole, 
après la fermeture causée par les événements. Puis il fallait 
renforcer et réformer l'enseignement, qu'Auber avait laissé 
relâcher plus que de raison. On créa d'abord deux chaires 
importantes, celle d'histoire et esthétique musicales et d'his- 
toire de l'art dramatique; on fortifia l'enseignement du sol- 
fège, qui est admirable aujourd'hui; plus tard, on créa des 
classes préparatoires de violon; plus récemment encore on 
forma une nouvelle classe d'opéra et on augmenta le nombre 
des classes de déclamation. Quant aux professeurs nouvelle- 
ment appelés et dont plusieurs, hélas ! sont morts déjà, il 
suffira de rappeler leurs noms pour prouver qu'on ne pouvait 
mieux choisir; c'était MM. Massenet, Théodore Dubois, Léo 
Delibes, Ernest Guiraud, Charles Lenepveu, Widor, Benjamin 
Godard, Charles Lefebvre, Léon Achard, Bax, Crosti, Warot, 
Taskin, Giraudet, Raoul Pugno, Louis Diémer, Edouard 
Mangin, Edmond Duvernoy, Delaborde, Fissot, Alphonse 
Duvernoy, Gh. de Bériot, Garcin, Berthelier, Marsick, Delsart, 
Lavignac, Taffanel, Gillet, sans compter tous ceux que j'oublie. 
En vérité, ceux qui se plaignent aujourd'hui du Conservatoire et 
de son enseignement devraient bien indiquer quels maîtres 
pourraient être mis en parallèle avec tous ceux-ci. La vérité 
est que cet enseignement est absolument remarquable, et que 
le personnel qui y prend part a été renouvelé, au fur et à 
mesure des besoins, de la façon la plus heureuse. La direc- 
tion que Thomas a exercée pendant vingt-cinq ans a donc 
été, on peut le dire hautement, à la fois digne, brillante et 
profondément honnête, et elle fait le plus grand honneur à 
l'École. 



C'est ce caractère de profonde honnêteté qui distinguait 
d'ailleurs Thomas, soit comme homme, soit comme artiste. 
C'est lui qui lui donnait, en ce temps de charlatanisme à 
outrance, de mépris apparent du public, de perversion du 
goût, de l'art et de l'esprit, une physionomie particulière, 
par laquelle il forçait l'estime et imposait le respect aux plus 
indifférents. La noblesse des sentiments, la grande et remar- 
quable dignité de la vie, le respect absolu de soi-même, 
l'horreur de la pose, de la montre et de la mise en scène, 
telles étaient les qualités morales qui, jointes à celles qui 
constituaient et caractérisaient son talent, faisaient de ce 
grand artiste un homme de cœur et de bien. 

Il me semble que c'est là le plus bel éloge qu'on puisse 
lui adresser, le plus bel hommage dont on puisse honorer sa 
mémoire. 

Arthur Poïïgin. 



SEMAINE THEATRALE 



DÉBUT DE M"' GARNIER DANS LAKMÉ 

L'Opéra-Comique nous a présenté cette semaine une nouvelle 
Lakmé en la personne d'une débutante, M"= Marie Garnier. Je 
dis bien une débutante, car la nouvelle venue, élève de M™ Krauss, 
n'avait encore jamais paru sur aucun théâtre, et s'était produite 
seulement dans quelques concerts. M""^ Garnier est une jeune et 
jolie femme, qui fait preuve d'intelligence et de goût, et dont on 
voit facilement que l'éducation musicale a été particulièrement 



soignée. La voix est un soprano sfogato de bonne qualité, voix 
jolie, très juste, un peu faible parfois dans le médium, mais qui 
prend dans le registre élevé, une teinte charmante el d'une trans- 
parence exquise. J'ajoute que la cantatrice est déjà expérimentée, 
qu'elle ne manque pas de goût ni de style, qu'elle vocalise avec 
légèreté et que surtout elle bat le trille, même dans les notes les 
plus élevées, avec une précision et une justesse qu'on ne nous pro- 
digue guère à l'ordinaire. 

Dès sou entrée en scène. M"" Garnier a montré ce qu'elle pouvait 
faire, s'annonçant de la façon la plus heureuse, en dépit de l'émotion 
inséparable... Elle s'est fait applaudir ensuite fort justement dans le 
duo avec Gérald, et son succès a été complet, au second acte, dan-î 
l'air des clocheltes, qu'elle dira mieux encore lorsqu'elle sera plus 
en posse'ssion d'elle-même. A ces qualités de cantatrice, la débutante 
joint de très heureuses dispositions au point de vue de la scène, et elle 
a joué sans gaucherie et non sans adresse et sans intelligence, ce rôle 
de Lakmé, qui, pour sympathique qu'il soit, n'est pas sans présenter 
certaines difficultés. 

En dehors de M"" Garnier, l'exquise partition de Delibes, toujours 
accueillie avec joie par le publie, trouve d'heureux interprètes en 
MM. Leprestre, Marc-Nohel etMondaud. Ce dernier, particulièrement, 
a su se faire vigoureusement applaudir dans les strophes du second 
acte, qu'il a dites avec un élan sincère et une chaleur communicalive. 
M"' Leclerc, elle aussi, est toujours tout aimable et toute charmante. 

A, P. 



Palais-Royal. Le Dindon, pièce en trois actes, de M. G. Feydeau. — Folies- 
Dram.atiqles. La Fiancée en loterie, opérette en trois actes, de MM. C. de 
Roddaz et A. Douane, musique de M. A, Messager. 

Encore une victoire de M. Georges Feydeau! Et l'une de ces 
victoires bruyantes et complètes où le rire franc et grandement sain, 
à lui seul, desaime toute critique. A quoi bon, d'ailleurs, critiquer? 
Pourquoi se plaindre que les situations, pour la plus grande partie, ne 
soient pas d'une indiscutable nouveauté, et que les types choisis 
aient fort souvent l'allure de très vieilles connaissances? Ne boudons 
pas contre notre plaisir, surtout à une époque où notre part de 
ce plaisir nous est si parcimonieusement comptée par MM. les 
auteurs dramatiques. Prenons M. Georges Feydeau pour le plus 
parfait amuseur qui se puisse trouver et, saus arrière-pensée, admi- 
rons l'entrain, la verve, l'adresse, l'étourdissante facilité qui, de ses 
vaudevilles, font, somme toute, des oeuvres originales. Reconnaissons 
même, avec très grand plaisir, qu'au premier acte, il y a deux scènes 
de comédie très finement traitées et rions, rions depuis le lever du 
rideau jusqu'à son baisser car, dans ces trois actes, — et ceci n'est 
point un miace mérite, - il n'y a pas une minute de lenteur. 

Le sujet? Fort simple. Vous connaissez, pour l'avoir vu maintes fois, 
le vaudeville au cours duquel la femme se vengera des fredaines de 
monsieur son mari? Vous connaissez le guerluehon choisi et la chambre 
d'hôtel dans laquelle monsieur sera pincé. Vous connaissez encore le 
dénouement qui s'arrange à la satisfaction de tous. Ceci est du domaine 
public. Si, pourtant, au lieu d'une seule femme, vous en prenez 
deux, si ces deux femmes choisissent le même guerluehon, si la 
chambre d'hôtel se trouve envahie, non seulement par les intéressés, 
mais encore par un lasdepantins lancésdansles plus folles situations; 
si, enfin, les deux dames viennent, à la même heure, pour assouvir 
leur vengeance chez le beau jeune homme qu'une nuit plus qu'agitée 
a rendu corap'èlementaphone, vous aurez làdu Feydeau et du Feydeau 
grande marque. 

Le Dindon, — eu l'espèce, c'estle mari de l'une de ces deux dames,. 
— est tout à fait bien joué par la troupe du Palais-Royal, très 
complétée par de nouveaux engagements. MM. Raimoud, Huguenet,- 
Gobiu, Miiugé, Dubosc, Francès, M""'* Ghreirel, Lavigne, Bilhaut et 
Burty enlèvent de verve ces trois actes d'inénarrable gaité. 

A Oviédo, en Espagne, pays des guitares et des lûtes chaudes,. 
M"' Zapata cherche à marier richement sa fille dout la dot n'est 
rien moins que problématique. C'est son vieil ami Lopez qui lui en 
fournira le moyen; Mercedes, qui est la plus jolie personne de la 
contrée, sera mise en loterie. Cent billets à mille francs, enlevés 
d'assaut, formeront l'apport de la fiancée qui se mariera avec le por- 
teur du numéro gagnant. Mercedes aura cependant pour elle un cent- 
unième billet; et sa chance, elle s'empresse de la donner à celui 
qu'elle aime, le chanteur Angelin. Mais Angelin a peur de n'être pas 
favorisé par le sort et, pour pouvoir enlever Mercedes, vend son billet 
à un jeune Parisien en excursion. 

Les amoureux envolés, Lopez n'a rien de plus pressé que de filer 
à son tour avec la caisse. Et toute la ville se lance à la poursuite des 



LE MÉNESTREL 



53 



fuyards que l'on rattrape à bord d^un vapeur en partance pour rAmé- 
rique. Ramenés à Oviédo, on les fourre tous en prison, et c'est là que 
se tiro la fameuse loierie. Le hasard désigne notre Parisien qui, tou- 
ché de l'amour de Mercedes et d'Angelin, renonce à son droit en leur 
faveur. 

Bien entendu, MM. de Roddaz et Douane n'ont pas omis de surchar- 
ger cette trame plaisante des arabesques chères à l'opérette : papa 
gâteux, maman coquette, policier déguisé en ours, prison-paradis, 
etc., etc., et, pour ces trois actes, M. Messager a écrit une pariition 
distinguée ». De fait, on aurait peine à se figurer la musique de 
M. Messager autrement que « distinguée »; d'aucuns y semblent 
regretter la fantaisie, l'originalité, la note qui touche ou séduit; 
ceux-là, évidemment, sont par trop exigeants. 

Im Fiancée en loterie, cette fois, est mieux défendue qu'à l'ordinaire 
par la troupe des Folies-Dramatiques. En toute première ligne, il faut 
nommer M. Jean Perier, charmant chanteur et aimable coméilien. 
MM. Vauthier, P. Achard, Hittemans méritent des complimenls, et 
Jolies Leriche, Cassive, MM.Vavasseur, Liesse. Batreau, Jannin, Baron 
fils, une mention. 

Pall-Émile Chevalier. 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



Le dernier concert de l'Opéra s'ouvrait par un Poème carnavalesque de 
M. Charles Silver, qui n'est autre chose qu'une simple suite d'orchestre. 
En vérité, nos jdunes musiciens commencent à abuser de cette forme un 
peu trop facile qu'on appelle la suite d'orchgstre, et qui devient d'une 
banalité désespérante. S'ils ne veulentpoint, par ciainte dus chefs-d'œuvre 
consacrés, se risquer da.is le domaine de la symphonie pure, ne peuvent-ils 
donc prendre la peine de chercher une forme symphonique autre que la 
suite d'orchestre, qui n'exige ni plan ni méthode, ne présente aucune 
difficulté, et par cela même ne peut donner une idée exacte de leur savoir 
et de leurs facultés? Le Poème carnavalesque de M. Silver, malgré la pré- 
sence et l'intervention de plusieurs mandolines, n'offre d'ailleurs qu'un 
bien mince intérêt. Quelle que soit ma sympathie pour le talent très réel 
et très élevé de M. Charles Lefebvre, sa Sainte Cécile m'a paru bien com- 
passée et pâle, en dépit de la maîtrise avec laquelle elle est écrite. C'est 
un poème lyrique à trois personnages, avec chœurs, dont les lignes un peu 
froides n'ont pas été réchauffées par l'exécution trop tranquille de la prin- 
pale interprète, M''" Berthet, mais qui nous a permis d'apprécier la voix 
fraîche etjolie d'un jeune ténor, M. Gautier (dont on a annoncé le prochain 
début dans Siyurd). Ce qui est fort joli, d'un caractère à la fois poétique 
et tendre, plein de grâce et de distinction, c'est la musique écrite par 
M. Georges Hue pour la féerie dramatique de MM. Bataille et d'ffumières, 
la Belle au bois dormant. Cette musique charmante et rêveuse a reçu du 
public l'accueil très sympathique qu'elle méritait. Mais le grand succès 
de la journée est allé à M. BourgauU-Ducoudray, qui faisait exécuter 
TEnterrement d'Ophélie, une pièce J'une mélancolie profonde, et sa curieuse 
Rapsodie cambodgienne, que d'autres concerts nous avaient fait connaître 
depuis longtemps. Après l'audition de cette composition originale et inté- 
ressante, la salle a fait une véritable ovation à Fauteur, que des applau- 
dissements unanimes et qui semblaient ne pas vouloir prendre tin, ont 
ramené à deux reprises sur la scène. Cela a dû consoler un peu M. Bour- 
gault-Ducoudray de l'injuste abandon de sa Thamara, l'une des œuvres 
les plus mâles et les plus heureusement inspirées que nous ayons enten- 
dues depuis longtemps à l'Opéra. Je ne reviendrai pas sur l'effet produit 
de nouveau par M"" Caron dans fa scène incomparable iWlasie. où son 
interprétation si pleine de grandeur, de noblesse et de pathétique est 
absolument admirable. Mais je me demande pourquoi, avec sous la main 
une Alceste pareille, avec un grand prêtre comme M. Delmas, l'Opéra 
s'obstine à ne pas nous rendre le chef-d'œuvre de Gluck, qui serait monté 
en quinze jours et qui ne coûterait pas .500 francs de mise en scène, fl est 
vrai que MM. Bertrand et Gailbard ne nous rendent pas davantage le Fidelio 
de Beethoven, où M"'° Caron est également remarquable. Le concert se 
terminait par un chœur sonore et coloré de Mazeppa, opéra de M"'^ de 
Grandval joué avec succès à Bordeaux, il y a quelques anuées. 

A. P. 

— îl y a eu séance extraordinaire jeudi dernier aux « concerts Lamou- 
reux » pour l'audition du jeune pianiste russe Lhevine, qui fut, cet été, 
le lauréat couronné du premier concours Rubinstein. Il a exécuté un con- 
certo de ce maître avec une très belle virtuosité ; l'art des nuances et de 
la couleur n'est pas encore poussé sans doute à son point extrême chez le 
jeune artiste, mais il a bien du temps encore devant lui pour acquérir ce 
qui peut lui manquer de ce coté. Pour l'orchestre, M. Lamoureux avait 
passé galamment le bâton à M. Safonoff, directeur du Conservatoire de 
Moscou, qui est un chef remarquable et qui l'a bien fait voir. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire : reliche. 

Opéra : Poème carnavalesque (Ch. Silver). — Sainte Cécile, poème lyrique 
de M. Ed. Guinand, musique de M. Ch. Lefebvre, chanté par M'" Berthet 



(Cécile), M. Gautier (Valérien), et M. Bartet (Lélius). - hn Belle au bois dormant, 
féerie dramatique de MM. Bataille et d'Humières, musique de M. Georges 
Hue. —Danses anciennes, réglées, par M. Hansen. — a.VEntcrnnmnl d'Opheiie, 
b. Rapsodie cambodgienne (Bourgault-Ducoudray). — Deuxième tableau du pre- 
mier acte à'Alceste (Gluck), chanté par M"" Rose Caron : Alceste), M. Delmas 
(le grand prêtre) et M. Djuaillier (l'Oracle). — Chœur triomphal de Mazeppa 
(C. de Grandval). 

Châielet, concert Colonne : Relâche. 

Cirque des Champs-Elysées, Concert Lamoureux: La Damnation de Faust (Ber- 
lioz), interprétée par M"" Jenny Passama (Marguerite), M. E. Lafarge (Faust), 
M. Bailly (Méphistophélès), M. P. Blancard (Brander). 

Concerts du Jardin d'Acclimalation. Chef d'orchestre, Louis Pister. — Les 
Joyeuses Commères, Nicolaï. — Mélodies religieuses, Th. Dubois. — Le Roman 
d'Arlequin, (Massenet). a. Rêverie de Colombine, b. Sérénade d'Arlequin. — Car- 
naval, (Guiraud). — Scènes Napolitaines (Massenet), la Danse, la Procession, 
l'Improvisateur, la Pét"^. — Menuet (Boccherini;. — Polijeucte, suite d'orchestre 
(GounodJ, a. le Dieu Pan, Invocation, Pastorale; b. 'Vénus, Apparition , les 
Néréides, o. Bacchus, Bacchanale, Choral. 

— Le 9" concert du Conservatoire, qui devait avoir lieu aujourd'hui 
dimanche Ifi février, a été remis au dimanche IS mars, en raison de la 
mort de M. Ambroise Thomas, président de la Société des concerts. Une 
bande blanche portant en grosses lettres le mot: Relâche, a été placée sur 
les affiches du concert, qui étaient déjà posées. La société nous fait savoir 
que les billets portant la date du 16 février seront reçus le lo mars. 

— Salle Pleyel, séance de musique de chambre très intéressante donnée 
par M"= Berthé Poêlle, pianiste. Grand succès pour le beau quatuor de 
Schumann, remarquablement exécuté par M"" Poélle et ses partenaires. 
M"« Baude, violoncelliste, a été très applaudie dans l'Auliade de Godard,, 
et la seconde sonate pour piano et violoncelle de notre collaborateur 
H. Barbedette. 

— Vendredi 7 février, à la nouvelle salle Pleyel, a eu lieu la première 
des auditions annuelles des derniers quatuors de Beethoven, données par 
la Fondation Beethoven. Au programme, les 'VI1'= et Xtl". Le succès a été 
très grand pour le quatuor Geloso, Tracol, Monteux, Schneeklud, qui a 
mis en relief avec une puissance et une bomogénéiié de sonorité remar- 
quables, une parfaite intelligence des œuvres et une maîtrise toutà fait 
supérieure, ces quatuors de pensée si haute, de développement si riche et 
si hardi. La prochaine séance aura lieu, à la même salle Pleyel, le ven- 
dredi 21 février. 

— Le récital de la jeune et si remarquable virtuose Marie "Weingaertner 
a obtenu un succès complet. La charmante pianiste a su, pendant une 
soirée tout entière, captiver l'auditoire fort nombreux. 

— La suite de flûte exécutée à la première séance de M. Nadaud est de 
la composition de M. André Cœdès-Mongin, élève au Conservatoire de 
MM. Lenepveu et Widor, et non comme nous l'avions dit par erreur, de 
M"'^ Cœdès-Mongin, sa mère, artiste elle aussi de beaucoup de talent. 



NOUVELLES DIVERSES 



ÉTRANGER 



De notre correspondant de Belgique (13 février). — Le Tannhduser, que 
la Monnaie nous a donné mardi, n'était certes pas une nouveauté pour 
les Bruxellois. La première représentation date d'il y a juste vingt-quatre 
ans; les interprètes étaient M"'-' Marie Battu (Elisabeth), M"« Hamackers 
CVénus), et M. Warot (Tannhiiuser). L'œuvre fut bien accueillie, mais on 
s'ennuya ferme, non pas à cause de la musique, qui ne parut, même à 
cette époque, rien avoir de très subversif, mais à cause du poème, que 
l'on trouva d'une médiocre gaité. On n'en était pas encore alors, comme 
aujouid'hui, à admettre des librettos crevants, pourvu qu'ils aient une 
teinte mystique et symbolique, et à les préférer même à tous les autres. 
Aussi, quand, après une faible reprise l'année suivante, Tannhàuser fut 
relégué définitivement dans les cartons, personne ne protesta. Depuis, 
nous avcms eu davantage et mieux, et le neuf qu'on nous a servi a fait 
dédaigner i'ancien. Il a fallu la résurrection inopinée du Tannhàuser à 
Bayreuth, puis à Paris, pour relever l'œuvre de ce dédain que les « poin- 
tus « du wagnérisme lui vouaient asiez volontiers et provoquer l'actuelle 
reprise. Celle-ci a éié entourée de beaucoup de soins ; et si l'interpréta- 
tion n'est pas excellente en tous ses détails, elle est du moins très suffi- 
sante dans son ensemble. Le succès a été pour M"» Raunay-FîUieau, 
récemment engagée. A défaut de fereaai, qu'elle devait créer cette année, 
c'est le rôle d'Elisabeth qui lui a servi de début. Début très applaudi, qui 
a mis en relief des qualités de distinction naturelle, une intelligence 
artistique évidente, un talent de cantatrice dramatique coloré et expressif, 
sans la moindre banalité. M. Seguin est un remarquable "Wolfram, 
M. Gibert un Tannhàuser qui a plus d'éclat que de charme, mais très 
vaillant et beaucoup plus heureux qu'il ne l'a été souvent en d'autres 
rôles, et M"" Pacary, une 'Vénus ayant les méritas de son emploi et ne 
craignant pas de les montrer. Les chœurs ont chanté assez faux, surtout à 
feur départ pour Rome (en revenant, ça allait un peu mieux); l'orchestre 
a été extrêmement brillant et bruyant; et la mise en scène a paru, en 
général, bien réglée. En somme, reprise intéressante, dont M. Van Dyck, 



54 



LE MÉNESTREL 



dans deux mois, viendra corser l'intérêt. — C'est demain que JM"' Van 
Zandt donnera sa première représentation très attendue et qui sera sans 
aucun doute « très courue », le prix des places ayant été doublé. Le hasard 
fera, à cette occasion, coïncider la reprise de Mignon avec le douloureux 
événement qui vient de mettre en deuil la France musicale, en lui enle- 
vant l'auteur de cette partition si populaire et si charmante. Ce sera, certes, 
pour M"" Van Zandt un sujet de juste et triste émotion que cette circonstance 
qui l'amène à interpréter l'œuvre du compositeur au moment même où sa 
reconnaissance d'artiste et d'élève le pleure. — Le deuxième concert du 
Conservatoire, dimanche, était purement symphonique. Un gros événement, 
néanmoins : l'entrée de César Franck dans l'Olympe, — digmis inlrare, — 
suivant celle de W'agner, qui date déjà de plusieurs années. M. Gevaert, 
avait inscrit au programme sa symphonie en ré majeur, d'exécution très 
ardue, pleine de hardiesses harmoniques, pleine de poésie et de sentiment 
aussi, et qui a été applaudie avec respect. M. Ysaye a joué !e concerto de 
Beethoven en virtuose accoirpli, avec une délicatesse peut-être excessive; 
Joachim, qui l'a joué souvent à Bruxelles, y mettait plus de simplicité et 
de caractère. Enfin la huitième symphonie complétait le programme. 
Inutile d'ajouter que l'interprétation a été, comme toujours, d'une absolue 
perfection. L. S. 

— Dépêche de Bruxelles : '■ On finit le deuxième acte de Mignon. Très 
grand succès pour Van Zandt, qui réapparaît telle qu'elle était il y a 
dix ans, avec toute sa voix et tout son charme. Comme hommage au grand 
maître disparu, une couronne avait été disposée au-dessus de la partition 
d'orchestre. » 

— A Gand, un nouvel opéra-comique en un acte. Razzia, paroles de 
,MM. Verneuille et Corre, musique de M. Van Damme, a eu un grand suc- 
cès. Le compositeur fait partie de l'orchestre du théâtre de Gand. 

— Programme des fêtes wagnériennes de Bayreuth en 1S96. Il y aura 
cinq séries de représentations de l'Anneau du Niebelungen. Les dimanches 
19, 26 juillet, "2, 9 et 16 août : le Rlieingold. Les lundis 20 et 27 juillet, 3, 
11 et 17 août : Die Walkiirc; les mardis 21, 28 juillet, .'i, 12 et 19 août : 
Golterdâmmerung, (le Crépuscule des dieux). — Rlieingold sera donné sans 
entr'actes et commencera à cinq heures de l'après-midi. Les autres ouvrages 
commenceront à quatre heure?. Le prix du billet est de 80 marks (100 francs), 
pour une stalle numérotée, valable pour la série complète. 

— De Bayreuth on annonce que M. Hermann Lévy, le célèbre chef 
d'orchestre, atteint de nouveau de troubles nerveux considérables, a 
demandé et obtenu, à Munich, un congé illimité. Cet artiste ne pourra 
donc prendre part, cette année, aux représentations vi'agnériennes de 
Bayreuth. 

— L'Opéra royal de Berlin prépare la première représentation d'un nou- 
vel opéra, Ingo, dont la musique est due à M. Philippe Ruefer. 

— Le théâtre de la place Alexandra, à Berlin, a joué avec succès une 
nouvelle opérette, Pi»s, paroles de M. Fritz Otto, musique de M. Hans 
Loewenfeld. ^- Succès aussi pour Iwein, opéra de M. Auguste Klughardt, 
qui vient d'être représenté au théâtre municipal de Ghemnitz. 

— Le succès de M"= Clotilde Kleeberg â son dernier concert donné 
dimanche dernier dans la grande salle de la Singacademie, à Berlin, a pris 
des proportions tout à fait inusitées. Un grand nombre de morceaux de 
son programme ont été bissés etl'artiste a dû y ajouter trois autres morceaux. 
Nous constatons avec plaisir le succès tout particulier des compositeurs 
français que M"' Kleeberg fait connaître et sait si bien faire apprécier en 
Allemagne et partout ailleurs. Nous relevons cette fois les noms de 
Rameau, Saint-Saëns, Ernest Redon et Gabriel Fauré, qui alternent avec 
Théodore Dubois, B. Godard, etc. 

— Les compositeurs allemands ne chôment pas et continuent d'envoyer 
leurs œuvres aux grands théâtres subventionnés par les difl'érentes cours, 
où elles sont soigneusement examinées et forment, en général, l'objet 
d'un rapport spécial. L'Opéra royal de Dresde n'a pas reçu en 1895 moins 
de trente-sept partitions d'opéras, qui, presque tous, ont été refusés. Les 
autres théâtres allemands ont sans doute reçu une quantité non moindre 
de partitions en quête d'une scène hospitalière. Malgré la décentralisa- 
tion énorme qui existe en Allemagne, où des théâtres, même de troisième 
ordre n'hésitent pas à produire des opéras inédits, la consommation 
d'œuvres lyriques ne peut pas égaler la production. 

— Au théâtre municipal de Francfort aura bientôt lieu la première 
représentation d'un nouvel opéra. Indigo, musique de M. Ed Uhl. 

— Aucassin et Nieolelte, l'opéra dont nous avions annoncé depuis long- 
temps déjà la prochaine apparition, vient d'être représenté avec succès au 
théâtre royal de Copenhague. La musique est l'œuvre de M. Auguste 
Enna, un jeune compositeur à qui l'on doit déjà un opéra intitulé la Sor- 
cière, et sur lequel on fonde en son pays les plus grandes espérances. 

— Au théâtre municipal de Bâle, le nouvel opéra Gudrun, paroles de 
M. Etienne Born, musique de M. Hans Huber, a remporté un grand 
succès. 

— Le théâtre social de Goritz a donné la première représentation de 
Jolanda, opéra du compositeur Grablowitz, dont le succès a été complet. 
L'auteur a été très fêté, ainsi que ses interprètes, M™ Monari-Rocca, le 
ténor De Rosa et le baryton Ciclitara. 



— Un facteur d'instruments qui a des idées pratiques, c'est M. .l.-F. 
Cuypers, de La Haye, qui vient de construire un nouveau type d'harmo- 
nium dont le meuble peut être également utilisé comme bureau à écrire et 
même comme armoire à livres. 

— Au Politeama Margherita, de Gênes, apparition d'une nouvelle 
opérette, una Noitc a Roma, paroles de M. Berardi, musique de M. Ruggeri. 

— Nous recevons de Florence le premier numéro d'un journal nouveau 
qui se publie en cette ville sous le titre de la Nuova Musica. Nous lui 
souhaitons longue vie et prospérité. 

— C'est M. Frédéric H. Cowen, le compositeur bien connu, qui a suc- 
cédé à sir Charles Hallé dans la direction des concerts de Manchester. 
M. Cowen a aussi accepté les fonctions de chef d'orchestre des concerts 
philharmoniques à Liverpool. 

— Un compositeur anglais, M. George Fox, vient de terminer un opéra 
intitulé Nydia, qui sera d'abord joué devant un public d'invités, à Victoria 
Hall, de Londres. 

PARIS ET DEPARTEMENTS 

Nous donnons ici la liste complète des ouvrages dramatiques d'Am- 
broise Thomas, avec la date de leur représentation : 1» la Double Echelle, -an 
acte, Opéra-Comique, 23 août 1837 (a obtenu 187 représentations); — 2° le 
Perruquier de la Régence, 3 actes, Opéra-Comique, 30 mars 1838; — 3° la Gypsy, 
ballet en 3 actes (en société avec Benoist et Marliani), Opéra, 28 jan- 
vier 1839 ; — 4» /e Panier fleuri, un acte, Opéra-Comique, 6 mai 1839 (128 re- 
présentations) ; — 5° Carline, 3 actes, Opéra-Comique, 24 février ISiO ; — 
6° le Comte de Carmagnola, 2 actes. Opéra, 19 avril 1841 : — 7'" le Guérillero, 

2 actes. Opéra, 22 juin 1842 ; — 8" Angélique et Médor, un acte, Opéra-Co- 
mique, 10 mai 1843 ; — 9° Mina, 3 actes, Opéra-Comique, 10 octobre 1843 ; 
— 10° Beltii, ballet en 2 actes, Opéra, 10 juillet 1846 ; — 11» le Cdid, 2 actes, 
Opéra-Comique, 3 janvier 1849 (362 représentations); — 12" le Songe d'une 
nuit d'été, 3 actes, Opéra-Comique, 20 avril 1830 (227 représentations) ; — 
13° Raymond ou le Secret de la Reine, 3 actes, Opéra-Comique, b juin ISol ; — 
14° la Tonelli, 2 actes, Opéra-Comique, 30 mars 18S3 ; — 1S° la Cour de 
Célimène, 2 actes, Opéra-Comique, 11 avril 185S; — 16° Psyché, 3 actes et 
7 tableaux, Opéra-Comique, 26 janvier 18S7 ; — 17° le Carnaval de Venise. 

3 actes, Opéra-Comique, 9 décembre 1837 ; — 18° le Roman d'Elvire, 3 actes, 
Opéra-Comique, i février 1860; — 19° Mignon, 3 actes, Opéra-Comique, 
17 novembre 1866 ; — 20° Hamlet, 5 actes. Opéra, 9 mars 1868 (276 représen- 
tations) ; — 21° Gille et Gillotin, un acte, Opéra-Comique, 22 avril 1874; — 
22° Françoise de Rimini, b actes. Opéra, 14 avril 1882 ; — 23° la Tempête, 
ballet. Opéra, 26 juin 1889. 

— Quelques souvenirs et quelques renseignements sur les œuvres les 
plus fortunées d'Ambroise Thomas. Mignon d'abord, dont la millième repré- 
sentation au même théâtre a eu lieu en présence de son auteur, ce qui est 
un fait assurément sans exemple dans l'histoire de l'art. La première 
remonte, on l'a vu, au 17 novembre 1866. L'ouvrage avait pour interprètes 
Mmes Galli-Marié et Marie Cabel, MM. Léon Achard, Couderc, Bataille, 
Voisy et Bernard. La centième eut lieu huit mois après, presque jour pour 
jour, le 18 juillet 1867 ; puis la 400<i en novembre 1876, la bOO^ le 22 octobre 
1878, la 6Û0« le 21 mars 1882, la 700' le 7 avril 188b, enfin la 1000^ le 
13 mai 1894, on se rappelle avec quel éclat. Il va sans dire qu'après 
M"" Galli-Marie, qui l'avait jouée plusieurs centaines de fois, un grand 
nombre de cantatrices se sont produites à l'Opéra-Comique dans le rôle 
de Mignon; sans les pouvoir citer toutes peut-être, nous rappellerons les 
noms de M™s Marie Van Zandt, Chapuy, Emma Nevada, Sigvid Arnoldson, 
Lise, Frandin, Simonnet, Samé, Esther Chevalier, Vaillant-Couturier, 
Tarquini d'Or, .Teanne Horwitz, Marcolini, Charlotte Wyns.... Mignon a 
fait sa première apparition à Anvers le 7 mars 1867, à la Monnaie de 
Bruxelles le 29 mars 1867, à Liège le 9 mars 1868, â Magdebourg le 
l'r janvier 1886. On en donnait la 100° à l'Opé.-a de Vienne le 9 mars 1889, 
la lb0° au théâtre royal de Copenhague le 14 avril 1890, la 100" à Stockholm 
le 11 septembre 1891. — Le Cdid, qui compte le plus grand nombre de 
représentations à Paris après Mignon, fut joué pour la première fois à 
Bruxelles le 28 juillet 1849, à Anvers le 22 novembre et à Liège le 24 dé- 
cembre de la même année, en anglais à Londres (théâtre Haymarket) le 
16 juin ISbl, en allemand (Der Kadij à l'Opéra de Vienne le 29 août 1856, 
à l'Opéra de Berlin en septembre 1857. — La première apparition du 
Songed'une nuit d'été eut lieu à laMonnaiede Bruxelles le 29 octobre 1850, 
au théâtre Friedrich-Wilhelmstadt de Berlin en octobre 1853. — Raymond 
ou //■ Secret de la Reine fut donné à Bruxelles le 4 février 1832, à Francfort- 
sur-le-Mein le 4 mars 1836, à Vienne (théâtre Josepstadt), en avril 1837. 

— On sait qu'Ambroise Thomas avait acheté, dans les Côtes-du-Nord, 
une des iles de l'archipel de Saint-Gildas, celle qui a nom Illiec, et qu'il y 
avait fait construire une jolie villa. M. Ardouin-Dumazet décrit ainsi, dans 
le Temps, la retraite où le maître abordait chaque année, dans un petit port 
où s'abritait sa flottille : Mignon et Trécor, noms de la plus populaire de ses 
œuvres et du pays celtique de Tréguier: 

Bien petite, cette île d'Illiec! Elle est formée par trois massifs de rochers 
réunis par un sillon de galets sur lequel une herbe épaisse a pu croître, Entre 
deux de ces rochers, sur une plate-forme couverte d'ajoncs, M. Ambroise 
Th omas a construit sa villa : maison de granit à un étage et un toit mansardé. 



LE MENESTREL 



5S 



Trois fenêtres à l'étage ; sur la façade regardant le conlinent une vigne court 
au-dessus de la porte, près d'une tourelle d'angle. Sur l'autre façade, précédée 
d'une terrasse gazonnée, en vue des étendues de l'océan, un pavillon carré fait 
saillie. Au pied des rochers, un jardinet dans lequel sont des hortensias gigan- 
tesques. Dans les roches quelques pins, la maison blanche et prfpretle du 
garde. Entre les ajoncs s'entrecroisent une multitude de petits sentiers, pro- 
menade favorite du célèbre compositeur, qui se plaît à suivre ces pistes serpen- 
tant au hasard. Il adore ce coin sauvage, les ajoncs sont sévèrement surveillés, 
il est défendu d'y toucher... 

Tel est ce petit royaume où Ambroise Thomas a composé Mirjiion. La villa a 
été meublée par lui au moyen de meubles et d'objels d'art achetés dans la 
contrée de Tréguier. Vieux bahuts, vieux sièges, motifs de sculpture ornent le 
vestibule et une partie des pièces. Depuis 1872, ces objets sont précieusement 
amassés. Dans la cuisine, le manteau de la cheminée, en granit sobrement 
sculpté, provient d'une ferme du continent. Toutefois, Ambroise Thomas a 
meublé les pièces intimes avec des meubles plus confortables que les sévères 
produits de la menuiserie armoricaine. Sa chambre est fort simple, un petit lit 
de fer dans un coin, une antique commode ornée de cuivres la remplissent ; 
mais aux murs sont tendues de vieilles tapisseries des Gobelins. 

Le choix de cet asile est heureux; l'île, malgré son exiguïté, est charmante, 
jetée ainsi entre l'océan toujours agile et la mer calme de Port-Blanc; on la 
quitte avec regret en jetant un dernier regard aux hortensias et aux yuccas qui 
fraternisent avec les choux dans le parterre. 

— La Revue et Gazette musicale publiait, dans son numéro du M mai 1879, 
la note suivante, destinée à relever une erreur singulière commise par un 
écrivain allemand : « Une éphéméride assez curieuse a été relevée ces 
jours-ci par plusieurs journaux dans uu almanach-bloc fort répandu : 
« 6' mai /<S'77. Mort (T Ambroise Thomas, compositeur français. >> Un de nos con- 
frères a cru que l'éphéméride devait s'appliquer à Félicien David; il 
n'en est rien, et l'erreur est plus facilement explicable. Le rédacteur fort 
peu attentif de ce petit mémento historique a pris Thomas Sauvage, li- 
brettiste, collaborateur d'Amhroise Thomas po.ur le Caïd, la Tonelli, Gille 
et Gillotin, etc., pour le compositeur lui-même. Bien mieux, Thomas Sau- 
vage est mort le "1 mai 1877 ; mais son décès n'a été annoncé que le 
6 mai dans la Revue et Gazette musicale, et c'est cette dernière date, copiée 
sans plus de réflexion que le nom du défunt, qui a passé dans l'éphémé- 
ride. » 

— Ainsi que nous le faisions pressentir dimanche dernier ; c est bien 
M. Raoul Pugno qui prendra au Conservatoire la classe de piano laissée 
vacante par le décès du regretté Fissot, tandis que M. Xavier Leroux 
Succédera ;i M. Pugno dans la classe d'harmonie qu'il faisait auparavant. 
.C'étaient les désignations faites par M. Ambroise Thomas lui-même, et le 
ministre des Beaux-Arts s'est empressé d'y donner son approbation. 
Choix d'ailleurs excellents, et comme on n'en pouvait espérer de meilleurs. 
M. Pugno est non seulement un virtuose du piano de premier ordre, 
mais il est encore un grand artiste ayant des lueurs vives de tout ce qui 
concerne son art, et il ne peut manquer de faire une classe élevée et inté- 
ressante, oii on ne se contentera pas de tripoter l'ivoire pour le plaisir des 
salons. Quant à M. Xavier Leroux, un musicien exquis, son récent succès 
i'Évangéliiie, au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, le désignait aussi tout 
naturellement pour une classe d'enseignement au Conservatoire. 

— Le Jouriud oiJiciel a publié cette semaine une liste supplémentaire de 
proraolions et de nominations académiques. Nous y relevons les noms 
suivants. O/jicieis lie l'instruction publique: MIM. Charles René, Louis Ganne, 
Besançon, compositeurs de musique; Fourneau, dit Xanrof, homme de 
lettres; Mouzin, auteur dramatique; M"" Grenier, professeur de musique. 
Officiers d'académie : MM. Benistant, Ghristiani, M'^Gignoux, compositeurs; 
M°"=Filliaux-Tiger, M"" Henriette Duval, M. Delaspre, professeurs de musi- 
que à Paris; MM. Seiglet, professeurs l'École de musique de Lille; Audran, 
professeur à l'École de musique de Toulouse; Renard, chef de musique des 
mines de Liévin; Blachère, chef de la fanfare de Pont-Saint-Esprit; Rouga, 
directeur des concerts Tournon, à Paris; Bouyer, M™" Riquet-Lemonnier, 
artistes dramatiques; M. Auguste Slœsser, vice-président du choral de 
Plaisance. 

— L'assemblée générale delà Société des compositeurs de musique a eu 
lieu jeudi dernier, sous la présidence de M. Victorin Joncières, qui a 
rendu un hommage mérité à la mémoire de M. Ambroise Thomas, prési- 
dent-fondateur de la Société. M. Arthur Pougin, secrétaire rapporteur, a 
donné ensuite lecture de son rapport sur les travaux du comité pendant 
l'année écoulée, lequel a été adopté à l'unanimité, après quoi on a procédé 
au scrutin pour l'élection de douze membres du comité. Ont été nommés 
pour trois ans : MM. Joncières, Anthiome, Bûsser, Canoby, Arthur Coquard, 
Léon Gastinel, André Gedalge, I. Philipp, de Saint-Quentin, Paul Rimgon; 
pour deux ans, M. Michelot; pour un an, M. F. de la Tombelle. 

— Notre collaborateur Julien Tiersot va entreprendre une tournée de 
conférences musicales sur la chanson populaire française. Les villes oi^i 
il s'arrêtera sont les suivantes : La Haye, Amsterdam, Utrecht, Arnheim, 
Groningue, Liège, Gand et Lille, où il donnera une séance au Conserva- 
toire, avec le concours des choeurs de l'École, dirigés par M. E. Ratez. 

— On annonce la prochaine représentation du Barde, opéra de M. Léon 
Gastinel, au grand théâtre municipal de Nice. 

— M. Léon Delafosse vient de terminer, chez lui, la série de ses matinées 
musicales. Il n'est point besoin de dire quel succès a accueilli l'exquis 
virtuose, qu'on a aussi grandement tété comme compositeur dans les 



Chauves-Souris, chantées par M. Clément et par M"" Eustis, Parmi les ar- 
tistes et amateurs applaudis à ces très artistiques séances, il convient de 
nommer M""' Dettelbach, M"= Eustis (air de Mignon), M"""- Auslin Lée, 
M"= Reichenberg, M"" Jameson, MM. Biaz de Soria {l'Heure exquise et 
l'Allée sans fin, de Reynaldo Hahn), Clément, Brun, Bailly, van Goens, 
Legrand et van "Waefelghem. 

— Naples qui chante! Un joli titre qui a donné occasion à M. George 
Vanor de faire, à la Bodinière, une charmante conférence, pleine d'esprit 
original, d'humour railjné et délicatement littéraire, sur les chansons 
populaires napolitaines. C'est M"'" Maria Severina, un nom à retenir, 
rayonnante de charme et de grâce en son costume aux lumineuses couleurs, 
qui a chanté, avec une pénétrante compréhension, sept chansons de 
sentiments très différents recueillis par l'exquis conférencier. Nos préfé- 
rences sont allés aux numéros gais, de rythme absolument typique, tels 
Furturella et Ë Spingote frongcse que la salle entière a redemandée d'accla- 
mation. Une heure à délicieusement passer. P.-E. C. 

— Très intéressante soirée musicale donnée à la salle Erard par 
M""= Jeanne Meyer, violoniste, avec le concours de M. Charles René, pia- 
niste compositeur, et de M""-' Boidin-Puisais, cantatrice. Au programme, 
deux œuvres capitales, lai'' sonate pour piano et violon de Raff et le con- 
certo de violon de Max Bruch, plus une délicieuse Rêverie, également pour 
violon, de M. René de Boisdefl're. M"'" Jeanne Meyer a été chaleureuse- 
ment applaudie dans les œuvres qu'elle a exécutées avec une rare perfec- 
tion. Ou a entendu avec le plus vif intérêt plusieurs œuvres vocales d,e 
M. Max d'Olonne, remarquablement interprétées par M™' Boidin-Puisais. 
M. Charles René a eu sa part de succès en exécutant quelques-unes de ses, 
compositions. H. B. 

— Très belle la séance donnée mardi dernier, par M. Gustave Lefèvre, 
directeur de l'école de musique classique, pour la première audition de 
l'orgue électi'O-pneumatique, système Hope Jones, placé par la maison 
P. Mader, Arnaud et C'", de Marseille. M. Loret, l'éminent professeur de 
l'école, a fait ressortir dans une sonate de Mendelssohn et une belle impro- 
visation toutes les qualités et les ressources variées du nouvel instrument. 
M. Viardot a montré une rare supériorité dans l'exécution d'une sonate de 
Haîndel avec accompagnement d'orgue et une variation sur une gavotte de 

Corelli, de Tartini. Deux élèves de l'école, MM.Massuelle etFrommuer, ont 
été très chaudement accueillis. Un jeune artiste, M. Andrieu, a chanté 
avec beaucoup de style et d'élévation l'air de Joseph, de Méhul, et l'élus- 
Maria de Cherubini. Qu'il nous soit permis de signaler également la nou- 
velle disposition de la console soutenant les deux claviers; cette pièce est 
entièrement mobile, ce qui permet de la transporter à volonté, suivant les 
besoins de la cause. La disposition des registres, également très heureuse, 
en facilite le maniement à l'organiste, de même que leur composition en 
ivoire est d'un très bel effet. Ce qui a surpris et émerveillé l'auditoire, c'est 
la franche attaque des notes et l'excellence delà répétition qui se produit 
sur cet instrument avec une inconcevable rapidité. Les jeux composant ce 
petit orgue, au nombre de douze, sont d'une harmonie juste et très appro- 
priée à leur timbre respectif. En un mot, MM. J. Mader, Arnaud et C 
ont obtenu un, succès bien mérité. Les deux claviers à mains sont com- 
posés de 56 notes chacun, et non de 32 comme nous l'avions dit dimanche 
dernier, et le clavier de pédales de 30 notes au lieu de 32. 

— Dépèche de Lyon: Navarraise, triomphe complet. M°'» de Nuovina- 
admirable, acclamée ; grande et profonde impression. 

— Ping-Sin, de MM. Henri Maréchal et Louis Gallet, ne sera pas joué 
quant à présent au Grand-Théâtre de Nantes. Henri Jahyer avait inscrit 
cet ouvrage au programme d'une représentation où devaient figurer le 
prmier acte de Brisé'is de Chabrier et Djamileh, un acte de Bizet joué en 
1872 à l'Opéra-Comique. La critique parisienne devait être convoquée à cette 
soirée, qui eùtprésenté un grand intérêt artistique. La saison étantaujour- 
d'hui trop avancée, les auteurs ont retiré leur opéra. 

— De Bordeaux : Au dernier concert donné salle Franklin, le violoniste 
-Albert Geloso a remporté un succès considérable dans la Rêverie de Vieux- 
temps et la Polonaise de Wieniawski. Il a été aussi acclamé dans deux 
czardas, de son frère César Geloso, d'une verve entraînante et originale. 

— A l'occasion de l'Exposition nationale et coloniale qui aura lieu à 
Rouen, du 16 mai au 15 octobre prochain, la municipalité organise de 
grands concours internationaux d'orphéons, musiques d'harmonie et fan- 
fares, fixés aux dimanche 25 et lundi 27 juillet pour les orphéons et au 
dimanche 2 août pour les fanfares. Les adhésions seront reçues au secré- 
tariat de la mairie de Rouen jusqu'au 1"' mai. Les sociétés qui n'auraient 
pas reçu le règlement des concours d'ici le 20 février courant pourront en 
faire la demande à M. le maire de Rouen. 

— D'Aix en Provence : La Nativité de M. Henri Maréchal vient d'être 
exécutée ici par 120 exécutants, sous la direction expérimentée de M. H. 
Poncet, maître de chapelle de la cathédrale. Trois auditions, honorées de 
la présence de Mf'' Gouthe-Soulard, archevêque d'Aix, ont dû être données 
de cet important ouvrage, fréquement interrompu par les chaleureux applau- 
dissements d'un public nombreux. 

— A Caen, grand concert donné samedi dernierpara la Lyre caennaise ». 
Au programme. M"» Laure Charton, qui a interprété l'Arioso de Delibes, 



56 



LE MENESTREL 



M. Hérouard, violoncelliste de talent, et l'artistique orchestre de M. Lair. 
qui a superbement exécuté le Roman d'Arlequin de Massenet. 

— La tournée Lerval part pour représenter Casilda, opéra-comique en 
3 actes, de M. le Chevallier de Boisval. 

— Concerts et Soirées. — Très jolie matinée musicale chez M"' Rose 
Delaunay, dont la première partie était consacrée à l'audition de ses élèves; 
M-" Anna C. (Tyrolienne, Wekerlin), Garolioe V. {Xoël pnien, Massenet) et 
Madeleine D. (air de Pliiline de Mignon, Ambroise Thomas) ont été surtout 
remarquées. Dans la seconde partie, M— Rose Delaunay a délicieusement chanté 
le.Voiuei de Diémer et, avec M. 'Vioujard, la Tourterelle elle Papillon de Bourgeois. 
On a fait grand succès encore à M. Diémer dans son Cnprice-I'aslorale, à M. Car- 
bonne dans la Vierge à la erèehe de Périlhou et dans l'air de Sii:anne de Fala- 
dilhe, à M. Jules Boucherit dans la première audition de la Romance pour vio- 
lon et piano de Diémer et, enfin, à Wekerlin qui a dit plusieurs chansons 
anciennes. — Audition des élèves de M»* Garerabat, composée, en majeure par- 
tie, d'œuvres de Théodore Dubois. Très applaudis Chœur el Danse des Iulins 
(M"' Gabrielle A.), Chaeonne (M"" Alice F.), Réveil (.M"" .Marie M. de H.) et les 
Poèmes sylvestres.— M" Cartelier vient de réunir Ees él'ives, salle Herz, et il faut 
mentionner, pour les bravos qu'elles ont recueillis, M"" de P. et A. {Chanson de 
Mai, Ei. Lassen), M. {Oiseaur légcr.i, Gumbert), M"" R. et M. B. (duo de Mignon, 
Ambroise Thomas), M"° I. {Fèleromaine, Paladilhe), M. G. (air de ymKa?em, Verdi) 
et M"' .\. (air de Psyehé, Ambroise Thomas). — Chez M"' J. P., dans ses salons 
de l'avenue Henri Martin, très jolie soirée musicale dont la triomphatrice a été 
M"' Julie Bressoles qui, accompagnée par l'auleur, a chanté en artiste délicate 
les Chansons urises de Reynaido Hahn. Le grand air A'bamiet a mis en valeur les 
qualités brillantes de l'excellente cantatrice. — Matinée musicale très intéres- 
sante chez M"' Marie Roze, applaudie dans le duo de Roméo el Julielte, avec 
M. Rivière, un jeune ténor, doué d'une voix superbe, qui a chanté seul le grand 
air de Sigurd. Parmi les élèves de l'excellent professeur, il convient de retenir les 
noms de M"'" France {Air du livre A'HamIet), de Héville {Pleure:, mes yeux du Cid) 
et Mac Kage. M. Hermann Léon a charmé l'auditoire en chantant des mélodies 
de Schumann et de Schubert. M. Allouard tenait le piano.— Réception des plus 
artistiques chez M"' Roger-Miclos en l'honneur de Th. Dubois, dont les œuvres 
formaient la première partie du programme. M"" Blanc et M. Clément ont, tour 
à tour, chanté, accompagnés par l'auteur, des fragments de Xariére et de ravis- 
santes mélodies [Q\ies qu& Dormir el rêver, Rosées, Par le senlier, Rrunette. Inutile 
d'ajouter que le public a applaudi avec enthousiasme l'auteur et les ialerpretes. 
Parmi les autres numéros du programme, sans compter M"" R iger-Miclos, il 
faut surtout citer M"" Teste, uoe remarquable élève de M"' Roger-Micloa, 
M"' Suger, M. Gerval. — Salle des fêtes de l'Hôtel Continental, les Passionist 
Fathess, de l'avenue Hoche, ont organisé un concert de Charily, quia fait sensa- 
tion dans le monde anglais. L'ambassadeur d'Angleterre y assistait. Entre 
autres œuvres, le Sylphe de Victor Hugo, sous lequel Louis Lacombe nous a 
laissé une adaptation musicale qui est un véritable chef-d'œuvre! Celle parti- 
tion, exécutée sur l'orgue par M'" Taine, a été pour elle l'objet d'un grand suc- 
cès. Le Sylphe déclamé par la si charmante M"" Dufrêne, de la Porte Saint-Mar- 
tin, lui a valu, ainsi qu'à M"° Taine, trois rappel:?. — Une jeune pianiste dont le 
talent est bien connu, M"" Aline Vivier, a donné un fort beau concert, dont le 
programme s'ouvrait par une superoe sonate de Haîndel, pour piano et vio- 
loncelle, magistralement exécutée par le bénéficiaire et M. Joseph Salmou. 
M'" Vivier s'est fait aussi vivement applaudir avec des variations de Beethoven, 
diverses pièces de Chopin, Field, Schumann, et la Chaeonne, le Seherzetto et la 
Danse rustique de Th. Dubois. — M. Isnardon a donné une très intéressante audi- 
tion des élevés de sa classe de chant scénique à l'Institut lyrique et dramatique. 
Professeur et élèves ont obtenu un vif succès. On a remarqué surtout M'"" Ah- 
berti dans l'air du Cid et dans la scène du 3" acte de Mignon, qu'elle a dite avec 
M. Martin, puis M"= Didier et M. Bonnet dans Lakmé, M. Martin dans l'air de 
la Reine de Suhu, etc. — Ssuperbe concert pour la distribution des récompenses 
aux nombreuses élèves du cours de M"» Galliano. Ont été très applaudis; 
la Méditation de Tha'is, de Massenet, pour violoncelle, admirablement jouée 
par M"° Larronde, l'Adieu au foyer, de L. FiUiaux-Tiger, chanié avec charme 
par M. Lecomte; la Ronde de mai, bissée à M" Boidiu-Puisais, accompagnée 
par l'auteur, Alph.Duvernoy. —Notre excellent confrère, Austin de Croze, a ter- 
miné lundi, de façon magistrale, la série tant intéressante de causeries sur la 
Poésie et la Chanson populaire de Corse, qu'il donnait à la Bodinière. Ce fut un 
triomphe mérité que son éloquence ardente, imagée, impeccable, lui valut de 
son auditoire choisi. M"" Claudia d'Olney, chanta, avec un talent accompli une 
exquise berceuse et ce splendide chant guerrier Yhymne de Sampiéro, M"' Julia 
Marchisio chanta de façon absolumeot parfaite un lamenlo étrange et, en le 
jouant avec une farouche beauté, un voeero qui metlait (de par sa savante mise 
en scène, due à M5I. Lagrange et Dupas;, sous les yeux des spectateurs, un 
coin de vie corse. L'orchestre était composé des virtuoses connus: M"" laxy; 
MM. Furet, Heindricks, Casadeéui, Léon Heymann, A. Muslel, Henry Ghys, 
Ravel, Kerpeless et Talamo. — Iiitéressan e matines d'élèves donnée par 
M"' Brelon-Halma Grand. M"' Jeanne Lyon y a été très applaudie dans la 
Chanson damour, de Ch. Levadé. — Très brillant succès à la salle Pleyel, 
pour M. Guidé, le violoniste êminent qui donnait son concert annuel. On 
a app'audi d'enthousiasme. M'" Ida Wilson, dont la voix charmante et bien 
timbrée a fait merveille. Cette jeune fille fait le plus grand honneur à son 
professeur M"" Yveling RamBmd. — Salle Erard, succès pour le concert 
organisé par M. Decq; on y a surtout remarqué M"* Leduc dans la gavotte de 
Manon, et la violoniste. M"" Verdie de Saula.— A « la Trompette " gros succès 
pourM"^ Remacle, dans Cimetière de campagne, de Reynaido Hjhn, les Caprices de 
lu Reine, de Blanc et Dauphin, et la Fille aux cheveux de lin, de Paladilhe. — Très 
belle soirée musicale musicale chezM"° la marquise de Brou, où M"' Deltelbach 
a délicieusement chanté les Chauves-Souris, de Delafosse et où M"' la marquise 
de Saint-Paul a joué, en artiste, les Valses-Préludes du même composilour. — 
Le concert de M. Cari Flesch, le brillant élève de Marsick, a eu, salle Pleyel, un 
succès très considérable. L'artiste a été merveilleux, spécialement dans le con- 
certo de Paganini, l'adagio de Luzzato et la Bohémienne, de M""' de Grandval, 
bissée d'acclamation. 



NÉCROLOGIE 

Nous avons le regret d'annoncer la mort d'une artiste qui, bien que 
retirée de la scène depuis longues années, avait laissé un nom qui n'était 
pas encore oublié. M™" Dorus-Gras. Sœur de l'excellent flûtiste Dorus, 
M"' Julie-Aimée-Josèphe Dorus (de son vrai nom Steenkisie, Dorus étant 
le nom de sa mère), avait épousé un violon de l'orchestre de l'Upéra, Gras. 
Elle était fille d'un chef d'orchestre de province avec qui elle avait com- 
mencé son éducation musicale, qu'elle vint terminer au Conservatoire, où 
elle eut pour maîtres Henri et Blangini, puis Paër et Bordogni. Elle fit 
son premier début à la Monnaie de Bruxelles le 9 novembre 1826, dans 
le rôle de la princesse de Navarre de .fean de Paris, et resta quatre ans à ce 
théâtre. Engagée à l'Opéra, elle y débuta avec succès en novembre 1830, 
dans le Comte Ory, et bientôt prit victorieusement possession de l'emploi 
des chanteuses légères, en se montrant tour à tour avec bonheur dans la 
Muette, Guillaume Tell, Fernand Cortez, le Rossignol. Ses créations ne furent 
pas moins heureuses, et elle établit successivement les rôles d'Alice de 
Robert le Diable, de Theresina du Philtre, de Marguerite des Huguenots, 
d'Eudoxie de la Juive, du page de Gustave, de Ginevra dans Guida et Ginevra. 
M""" Dorus-Gras fournit ainsi à l'Opéra une carrière brillante de quinze 
années, jusqu'en 1845, après quoi elle alla donner des représentations en 
province et à Londres, pour se retirer définitivement vers 1830. Il est bon 
de rappeler que lors de la fantaisie déplorable par laquelle M™ Casimir 
interrompit, après l'immense triomphe du premier soir, les représentations 
du Pré au.v Clercs, le docteur Véron, alors directeui; de l'Opéra, mit, avec le 
consentement de l'artiste, M»" Dorus à la disposition de son confrère de 
rOpéra-Gomique, pour suppléer la cantatrice récalcitrante. M°"î Dorus, 
toute dévouée, se mit elle-même à la disposition d'Herold, déjà gravement 
malade, se rendit auprès de lui pojr étudier sous sa direction le rôle 
d'Isabelle, l'apprit en quarante-huit heures et le joua avec un succès 
éclatant. C'est là un de ces traits de générosité qu'on ne doit pas oublier 
dans la carrière d'un artiste. M"" Dorus, dont la conduite a toujours com- 
mandé le respect, était d'ailleurs la bonté en personne. A. P. 

— Le compositeur et chef d'orchestre anglais Henry David Leslie vient 
de mourir à l'âge de 74 ans. Dès sa jeunesse il s'était fait connaître comme 
virtuose sur le violoncelle et comme compositeur d'un Te Deum; en 1847 
il entra en relations avec la nouvelle Amateur Musical Society, dont il 
devint plus tard le chef. En 185S il fonda à Londres la célèbre société 
chorale qui porta son nom et qui exista jusqu'en 1887, après avoir rem- 
porté en 1878, à l'Exposition de Paris, le premier prix dans le tournoi 
international des sociétés chorales. Cette société a eu le mérite d'intro- 
duire beaucoup de compositions étrangères en Angleterre, entre autres la 
Symphonie religieuse de M. Bourgault-Ducoudray. En 1864, Leslie fut placé 
à la tête du National Collège of Musit:, dont l'existence fut courte, et en 
1874 il prit la direction musicale de la Guild of Amatears Musicians. Henry 
Leslie exerça une excellente influence sur l'art musical de son pays par 
la grande perfection des exécutions musicales qu'il dirigeait. Dans les 
dernières années de sa vie, une grave maladie le força de se retirer com- 
plètement. Ses compositions sont nombreuses : citons ses oratorios Imma- 
nuel et Judith, son opérette Roynance, son opéra Ida, ses cantates Bolyrood et 
la Fille des iles, ses différentes pièces d'orchestre et ses œuvres chorales, 
parmi lesquelles de nombreux madrigaux et la belle composition les Pèlerins, 
qui sont encore souvent exécutés en Angleterre. 11 faudrait encore ajouter 
à tout cela une symphonie en fa, une ouverture dramatique intitulée le 
Templier, un quatuor et deux quintettes pour instruments à cordes, etc. 
Leslie était né à Londres le 18 juin 1822. B. 

— A Pétersbourg est morte, à l'âge de S9 ans, la grande artiste lyrique 
Dapya Mikaïlovna Leonova, la célèbre cantatrice russe qui a charmé 
pendant un quart de siècle les amateurs de son pays par sa voix hors ligne 
et par ses qualités dramatiques. Dans le répertoire national, surtout dans 
les opéras de Glinka : la Vie pour le Tsar et Rousslan el Loudmilla, M"'° Leo- 
nova s'est particulièrement distinguée. Elle avait commencé sa carrière 
étant toute jeune, et avait d'abord eu de grands succès dans le répertoire 
de Meyerbeer et d'Auber, qui étaient entrés en correspondance avec la 
spirituelle artiste russe. En 1879 elle entreprit une tournée triomphale 
à travers la Russie d'Asie, qui la conduisit encore au Japon et eu Amé- 
rique, mais peu de temps après une maladie cruelle la força de renoncer 
au théâtre; après dix ans de soullrances bravement supportées, la célèbre 
artiste succomba enfin à sa maladie. 

Henri Heuoei,, direcleur-gérani . 

— L'éditeur Paul Dupont met eu vente le premier volume des Aventures 
de ma vie, àe: M. Henri Rochefort. Bien intéressants, ces mémoires écrits 
avec toute la verve habituelle à leur auteur. 



En veille AU MENESTREL, 



HEUGEL & G « 



F^ft.E,^f^mi2^ft^SE IDE consrcEisT i^O'uie fijSs-Ito 

SUR L'OPÉRA DE 



J. MASSENET 



C. SAINT-SAENS 



3387. — 62"^ mm — I\° 8. 



Dimanche 23 Février 1896. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

■ (Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉATI^ES 

Henri JHEUGEL, Direcieur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur dn Ménestrel, 2 bis, rue Vivieune, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, l'es frais de poste en sus 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Les obsèques d'Ambroise Thomas : Discours de MM. Bourgault-Ducoudray, 
Théodore Dubois et J. Massenet, H. M. — IL Semaine théâtrale : la CendriUon 
de Nicolo à la Galerie- Vivienne, AniHun Pougin; premières représentations de 
Grosse Fortune à la Comédie-Française, Paul-Émilb Chevalier. — IIL L'orchestre 
de Lully {%• article), Arthur Pougin. — IV. Nouvelles diverses, concerts et 
nécrologie. 

MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront, avecle numéro de ce jour: 

CHANSON 

de LÉON Delafosse, poésie de Paul Boijrget. — Suivra immédiatement : Sur 

la tombe d'un, enfant, n" 3 des Poèmes de Bretagne de Xavier Leroux, poésie 



I'André Alexandre. 



MUSIQUE DE PIANO 



Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
puno : Fine Mouche, polka de Philippe Fahrbach. — Suivra immédiatement : 
Le Réveil, n° 1 des Heures de rêve et de joie du maestro N. Celega. 



LES OBSÈQUES D'AMBROISE THOMAS 



Elles n'ont pas été « nationales », dans l'acception offi- 
cielle qu'on donne à ce mot. Pas un des ministres dont 
l'existence était si menacée — et encore moins le ministre 
des Beaux-Arts qu'un autre — n'a eu l'honnête pensée de se 
désintéresser assez de ses affres personnelles pour monter 
â la tribune et tenir ce bon langage : « Messieurs, un grand 
artiste vient de disparaître. Oublions pour un instant nos 
querelles de parlement et pensons à faire à Ambroise Thomas 
les funérailles qui lui sont dues. » C'était une trêve d'une 
minute à de vilaines discussions, un peu d'air pur répandu 
dans la salle surchauffée des séances, un peu d'idéal enfin 
donné au pays, au milieu des scènes de violence, de men- 
songes, de concussion et de forfaiture dont on l'accable tant. 

Mais pour n'avoir pas reçu l'estampille officielle, les funé- 
railles d'Ambroise Thomas n'en ont pas moins été imposantes 
et populaires en même temps, et peut-être vaut-il mieux pour 
ce noble esprit et ce grand homme de bien de n'avoir eu 
aucune compromission, même après sa mort, avec les tristes 
politiciens qui nous mènent. 

Dès la veille, vendredi, on avait transformé en chapelle 
ardente le vaste péristyle de. la salle des concerts au Conser- 
vatoire. Tout y était tendu de noir, les lustres voilés de crêpes, 
et de grands lampadaires allumés répandant dans cette nuit 
des lueurs douces et y piquant comme des pointes de feu. 
Le catalfaque disparaissait sous des monceaux de couronnes 



fleuries. Et l'aspect était impressionnant de cette crypte 
funèbre, où dormaient tant de gloire et tant de bonté. 

Là, pendant de longues heures, ont défilé de véritables 
masses humaines, prises dans tous les rangs et dans tous 
ordres de la population parisienne, — chacun, le plus 
humble 'comme le plus haut, venant apporter au maître 
disparu un suprême hommage et répandre l'eau sainte sur 
ses restes mortels. 

Le samedi on enleva le corps, non sans qu'un des profes- 
seurs les plus estimés du Conservatoire, M. Bourgault-Du- 
coudray, ait, en ces termes émus, donné, au nom de l'École, 
le dernier adieu à celui qui la quittait pour toujours, après 
y avoir régné pendant vingt-cinq ans, aimé et estimé de tous : 

L'administration du Conservatoire n'a pas voulu que notre bien- 
aimé Directeur franchît pour jamais le seuil de cette école, sans qu'il 
lui fût adressé une parole d'hommage suprême et d'éternel regret. 

Désigné par elle pour remplir ce pieux devoir, je n'ai pas voulu me 
soustraire à cet honneur. S'il existe ici des voix plus autorisées que 
la mienne, il n'est personne qui ait ressenti plus douloureusement le 
malheur immense qui nous a frappés, quand nous avon? perdu notre 
vénéré Direcieur, qui fut non seulement un grand artiste, mais un 
grand homme de bien. 

Au nom de l'administration du Conservatoire, au nom des pro- 
fesseurs de cette Ecole, au nom de tous les élèves, interprète d'une 
douleur et d'un regret unanimes, je viens te dire adieu, cher et vénéré 
Maître! Nous garderons toujours la mémoire de tes bienfaits et de 
ton exemple! Nous, à qui ton cœur a prodigué les soins et le 
dévouement d'un père, nous, tes amis, nous tes enfants, nous te 
vouons, dans le sanctuaire dn souvenir, une reconnaissance et un 
hommage éternels. 

Adieu, cher et vénéré Maître! Paisse ton âme si noble et si haute 
planer encore sur cette maison qui va nous sembler bien déserte 
quand tu l'auras quittée pour toujours ! 

Puis le funèbre voyage commença, au milieu d'un concours 
inouï d'amis, de représentants des corps constitués et de 
délégations accourues de toutes parts, avec la foule amassée 
sur les trottoirs. Le défilé des immenses couronnes n'avait 
pas de fin. Deux bataillons d'infanterie avec musique et dra- 
peau, une demi-batterie d'artillerie et un escadron de cava- 
lerie, sous le commandement d'un général de brigade, accom- 
pagnaient le convoi. C'étaient là les honneurs dus au « grand- 
croix » de la Légion d'honneur. 

On passa par les boulevards, la rue Halévy et la chaussée 
d'Antin , pour arriver jusqu'à l'église de la Trinité. Là se déroula 
le service religieux, au milieu d'un profond recueillement. 
L'orchestre et les chœurs du Conservatoire, sous la conduite 
de M. Tafi'anel, exécutèrent la marche funèbre de la Symphonie 
héroïque de Beethoven et un Requiem d'Ambroise Thomas, œu- 
vre de jeunesse écrite à Rome en 1833. M. Delmas chanta, 
de belle maîtrise, un Pie Jesu adapté sur l'arioso d'Hamkt. 



58 



LE MENESTREL 



. et M. Alvarez, d'une voix délicieuse, un A<jmiv Dei plein de 
charme, de la composition de l'illustre défunt. 

Au cimetière Jloatmarlre on s'arrêta au grand carrefour, 
et la série des discours commença. M. Roujon parla de fort 
belle manière au nom du ministère des Beaux-Arts, M. Bonnat 
au nom de l'Instilut, M. Mézières en souvenir de Metz, dont 
Thomas fut l'un des plus glorieux enfants, M. Théodore Dubois 
pour les anciens élèves du Conservatoire, M. Massenet pour 
la Société des auteurs et compositeurs de musique, M. Gail- 
hard pour l'Opéra, M. Carvalho pour l'Opéra-Gomique. 

De tous ces discours, nous en retiendrons deux comme 
nous intéressant plus particulièrement, ceux qu'ont prononcés 
les orateurs musiciens, M. Théodore Dubois et M. Massenet, 
Le premier s'est exprimé en ces termes : 
Messieurs. 

C'est à moi, comme le plus ancien, qu'est dévolu l'honneur, Lien 
triste, d'apporter ici à Ambroise Thomas, au nom de ses élèves, le 
suprême et dernier hommage. 

Ce n'est pas de voire brillante el glorieuse carrière artistique, ô 
Maître bien-aimé, que je veux parler, d'autres se sont acquittés de ce 
devoir, mais de votre carrière professorale, qui, elle-même, a été sj 
féconde et a laissé dans nos cœurs d'impérissables souvenirs. — Quel 
professeur admirable vous étiez; quelle hauteur de vues vous apportiez 
dans votre enseignement! 

Qui de nous, mes chers camarades, ne se rappelle avec émotion 
ces belles heures de notre jeunesse oîi, groupés autour du Maître, 
nous écoutions, avides, sa parole à la fois douce, ardente et convain- 
cante, où éclatait avec tant de force son amour élevé de l'art et sa 
profonde admiration pour les grands maîtres du passé? — Et quel 
merveilleux commentaire à sa parole lorsque, se mettant au piano, il 
nous faisait entendre les plus beaux fragments que sa surprenante 
mémoire avait gardés comme des trésors précieux ! 

C'est ainsi, Maître, que vous nous avez fait aimer et admirer Bach, 
Gluck, Beethoven, et surtout Mozart, pour qui vous manifestiez une 
toute particulière prédilection. Weber, Mendelssohn étaient aussi de 
vos dieux préférés, et d'autres encore, car vous aviez l'éclectisme des 
esprits supérieurs, indispensable à un grand professeur, si fécond 
en résultats pour ses disciples. — Aucune pression sur nous : des 
conseils, des encouragements donnés avec une bonté toute paternelle. 

Tous, nous vous aimions et vous écoutions avec respect, car, par 
vos œuvres, vous joigniez l'exemple aux préceptes, et par votre vie 
si digne, vous nous montriez le chemin que doit suivre tout artiste 
simple, modeste et probe. 

Aujourd'hui nous vous pleurons et apportons à votre dépouille 
mortelle l'hommage de nos éternels regrets. — Adieu, illustre et bien- 
aimé Maître ou plutôt, au revoir. Nous garderons toujours de votre 
belle âme, retournée vers Dieu, et de votre grand cœur, un souvenir 
profondément ému et reconnaissant. 

Voici les paroles prononcées par M. Massenet : 
Messieurs, 

On rapporte qu'un roi de France, mis en présence du corps étendu 
à terre d'un puissant seigneur de sa cour, ne put s'empêcher de 
s'écrier : Gomme il est grand! 

Gomme il nous paraît grand aussi, celui qui repose ici devant 
nous, étant de ceux dont on ne mesure bien la taille qu'après leur 
mort. A le voir passer si simple et si calme dans la vie, enfermé dans 
son rêve d'art, qui de nous, habitués à le sentir toujours à nos côtés 
pétri de bonté et d'indulgence, s'était aperçu qu'il fallait tant lever 
la tête pour le bien regarder en face? 

Et c'est à moi que des amis, des confrères de la Société des auteurs 
ont confié la douloureuse mission de glorifier ce haut et noble 
artiste, alors que j'aurais encore bien plus d'envie de le pleurer. — 
Car elle est profonde, notre douleur, à nous surtout ses disciples, un 
peu les enfants de son cerveau, ceux auxquels il prodigua ses leçons 
et ses conseils, nous donnant sans compter le meilleur de lui-môme 
dans cet apprealissage de la langue des sons qu'il parlait si bien. 
Enseignement doux parfois et vigoureux aussi, ou semblait se mêler 
le miel de Virgile aux saveurs plus âpres du Dante, — heureux alliage 
dont il devait nous donner plus tard la synthèse dans ce superbe pro- 
logue de Françoise de Rimini, tant acclamé aux derniers concerts de 
l'Opéra. 

Sa muse, d'ailleurs, s'accommodait des modes les plus divers, chan- 
tant aussi bien les amours joyeuses d'un tambour-major que les 
tendres désespoirs d'une Mignon. Elle pouvait s'élever jusqu'aux 



sombres terreurs d'un drame de Skakespeare, en passant parla grâce 
allique d'une Psyché ou les rêveries d'une nuit d'été. 

Sans doute il n'était pas de ces artistes tumultueux qui font sauter 
toutes les cordes de la lyre, pythonisses agitées sur des trépieds de 
flammes, prohétisant dans l'enveloppement des fumées mystérieuses. 
Mais, dans les arts comme dans la nature, s'il est des torrents fou- 
gueux, impatients de toutes les digues, superbes dans leur furie et 
portant quelquefois le ravage et la désolation sur les rives appro- 
chantes, il s'y trouve aussi des fleuves pleins d'azur qui s'en vont 
calmes et majestueux, fécondant les plaines qu'ils traversent. 

Ambroise Thomas eut cette sérénité et cette force assagie. Elles 
furent les bases inébranlables sur lesquelles il établit partout sa 
grande renommée de musicien siucère et probe. — Et quand quel- 
ques-uns d'entre nous n'apportent pas dans leurs jugements toute 
la jusiice et toute l'admiration qui lui sont dues, portons vite nos 
regards au delà des frontières, et quand nous verrons dans quelle 
estime el dans quelle vénération ou le tient en ces contrées loiutaines, 
où son œuvre a pénétré glorieusement, portant dans ses pages vibran- 
tes un peu du drapeau de la France, nous trouverons là l'indication de 
notre devoir. N'élouCTons pas la voix de ceux qui portent au loin la 
bonne chanson, celle de notre pays. 

D'autres avant moi, et pluséloquemment, vous ont retracé la lumi- 
nueuse carrière du maître que nous pleurons. Ils vous ont dit quelle 
fut sa noblesse d'âme el quel fut aussi son haut caractère. S'il eut tous 
les honneurs, il n'en rechercha aucun. Comme la Fortune pour 
l'homme de la Fable, ils vinrent tous le trouver sans qu'il y songeât, 
parce qu'il en était le plus digne. C'est donc nou seulement un grand 
compositeur qui vient de disparaître, c'esl encore un grand exemple. 

Et l'assistance se retira fort émue, emportant dans son 
cœur le souvenir de ce bel artiste, qui fut si digne de toutes 
les affections et de toutes les estimes. 

H. M. 



SEMAINE THEATRALE 



Théâtre-Lyrique de la Galerie Viviense. — Cendrillon de Nicolo. 

Après Ma Tante Aurore, après Jean de Paris, après le Tableau parlant, 
après la Fêle du village voisin, et Marie, et tant d'autres, le gentil Théâtre 
lyrique de la Galerie Vivienne vient de nous rendre la Cendrillon de 
Nicolo. Tout l'ancien répertoire de l'Opéra-Comique y passera, au 
grand plaisir du public qui ne cesse d'emplir la petite salle et de 
venir entendre ces aimables chefs-d'œuvre, qu'on ne lui donne pas la 
possibilité de connaître ailleurs et qui le réjouissent à ce point que la 
Fête du village voisin n'a pas obtenu moins de quatre-vingts représen- 
tations. On nous promet pour un avenir prochain ce petit bijou qui 
a nom l'Epreuve villageoise, l'une des plus pures merveilles du génie 
de Grétry, puis l'Eau merveilleuse de Grisar, puis le Maréchal ferrant 
et peut-être k Sorcier de Philidor, puis... puis bien d'autres encore. 
Voilà une bonne aubaine et une bonne école pour ceux de nos jeunes 
musiciens dont l'esprit n'est pas envahi par certaines i.lées saugre- 
nues. Qu'ils aillent entendre, qu'ils écoutent tous ces ouvrages char- 
mants, et ils apprendront comment on fait de la musique qui parle 
à la fois à l'oreille, au cœur et à l'imagination. 

Le sujet de Cendrillon a donné naissance à trois opéras. Le premier 
en date est celui qui parut à l'ancien Opéra-Comique de la foire 
Saint-Germain, le 21 février 1759; il était dû, pour les paroles, à 
Anseaume, souffleur et répétiteur de ce théâtre, et pour la snusique, 
au chanteur Laruette, qui a laissé son nom à un emploi important 
du répertoire. Le second est la Cendrillon d'Êlienne et Nicolo qui fut 
représenté pour la première fois le 22 février 1810, c'est-à-dire presque 
jour pour jour, cinquante et un ans plus tard. Le troisième est la 
Cenerentola de Rossini. Mais ici, le parolier ne s'était servi que de 
la donnée générale du conte de Perrault, qu'il avait modernisée eu 
lui enlevant tout l'élément féerique. J'oubliais que Steibell avait 
remis en musique, à Saint-Pétersbourg, le livret qu'Etienne avait 
contié à Nicolo. 

On sait quel succès inou'i obtint en 1810 cette aimable Cendrillon, 
qui n'est pourtant pas à la hauteur des deux chefs-d'œuvre des 
mêmes auteurs : Joconde et Jeannot et Colin. Tout Paris en fut féru et 
y courut en foule, grâce surtout à* la présence en celte pièce de 
trois femmes charmantes, M"»riegnault et les deux filles de M'™ Saint- 
Aubin, Cécile et Alexandrine, dont la première était déjà M"'° Duret. 
La jeune Alexandrine surtout, qui personnifiait Cendrillon, faisait 
tourner toutes les têtes, et pendant cent représentations l'Opéra- 



Ll:; MENESTREL 



o9 



Comique ne put contenir la foule qui chaque soir l'envahissait. Un 
jour pourtant, — c'était aux approches de l'été — l'Opéra-Gomique 
resta à moitié vide, quoique ayant affiché sa merveilleuse Cendrillon. 
C'est que Garnerin, le fameux aéronaute, faisait au Champs-de-Mars 
sa première ascension en ballon, et que ce spectacle curieux et nou- 
veau avait attiré à lui seul une foule immense et accaparé toute son 
attention. C'est ce qui arracha à Camerani, le vieux régisseur de 
rOpéra-Comique oîi il était resté le seul débris de l'ancienne Comédie- 
Italienne, une exclamation douloureuse. Il était monté sur le toit du 
théâtre avec quelques-uns de ses camarades, désireux de voir de loin 
l'ascension, et il s'écria dans son dépit, avec l'accent dont il n'avait 
jamais pu se débarrasser : 

— Ces fissous Parisiens, qui vont voir ce moussu dans son panier 
à salade et qui laissent là notre Saint-Aubin, oune sarmante petite 
tille, et zolie comme oun anze ! Perché? Parce qu'elle a zoué cent 
fois la même soze!... C'est -y oune raison ? 

Le succès de Cendrillon fut tel à Paris que l'Allemagne voulut la' 
connaître. Le 14 juin 1811, l'ouvrage faisait son apparition à Berlin 
sous le titre de Roeschen gênante Aescherling, c'est-à-dire Rosette sur- 
nommée Cendrillon. Son succès fut moins grand qu'à Paris. Il est vrai 
qu'il n'y avait peut-être pas là les trois femmes séduisantes qui, pour 
leur bonne part, avaient contribué ici à ce succès. A Saint-Péters- 
bourg aussi on voulut voir Cendrillon; mais Sleibelt, alors en grande 
faveur et qui avait succédé à Boieldieu comme composileur de la 
cour, fut chargé d'écrire une nouvelle musique sur le poème 
d'Éticnne. 

A rOpéra-Comique, Cendrillon fut reprise avec un certain regain 
de succès en 184.5. et reprise de nouveau en 1877. Voici qu'on nous 
la rend sur la petite scène de la Galerie Vivienne, oii elle est montée 
avec le soin et le scrupule qu'on apporte ici en toutes choses. Et 
pourtant, c'est là un ouvrage exceptionnellement difficile à offrir au 
public, en raison de la réunion des trois femmes chargées de trois 
rôles extrêmement importants. Bh bien, ces trois femmes se sont 
trouvées, et elles sont en vérité fort aimables. Cendrillon, c'est une 
débutante. M"' Jane Valentin, qui n'avait jamais encore paru à la 
scène, et qui s'est tirée tout à son honneur d'une tâche singulière- 
ment difficile. Non seulement sa voix est charmante, non seulement 
elle s'en sert avec un goilt plein de sobriété, mais elle dit le dialogue 
avec une justesse rare et elle fait preuve d'une réelle intelligence 
comme comédienne. Tisbé. c'est M"* Silvia, dont la voix brille avec 
éclat dans les morceaux de virtuosité que Nicole avait écrits pour le 
gosier exquis de M"= Regnault. Je ne dirai pas que tout est parfait 
dans le chant de M"" Sylvia, mais l'ensemble est fort intéressant et 
l'effort de la jeune artiste est pour lui attirer des louanges sincères. 
Quant à M™* Jeanne Darbel, elle est tout aimable et toute charmante 
dans le personnage de Glorinde. 

Da côté masculin, il faut tirer de pair M Biard, qui déploie dans 
le rôle du prince de véritables qualités de chanteur, servies par une 
voix excellente et d'un timbre plein de fraîcheur. Les autres rôles, 
ceux de l'astrologue Alidor et de l'écuyer Dandini sont tenus très 
suffisamment par MM. Delbos et Berthon. Et l'ensemble de l'exécution 
ne laisse rien à désirer. 
En voilà encore pour deux ou trois mois à la Galerie Vivienne. 

Arthur Pougin. 



Co.médie-Française. Grosse Fortune, comédie en quatre actes, 
de M. Henri Meilhac. 

Pierre Mauras, de position modeste, alors qu'il va épouser 
M"" Marcelle Lavanneur, de condition à peu près égale, hérite d'un 
oncle d'Amérique quelconque la somme assez imposante de trente 
millions. Et la grosse fortune tombant a l'improviste sur ces amou- 
reux simples les rendra frivoles à l'excès, plus occupés à figurer 
tapageusement en un monde oisif et tout d'extérieur qu'à sauvegarder 
la paix honnête de leur Intérieur. Monsieur achètera très cher une 
amie de sa femme, la belle cosmopolite Georgette Narasly, dont le 
mari est familier de ses salons, et affichera sa tapageuse liaison tant 
et tant que madame se fâchera, sans cependant que cette fâcherie 
conduise le jeune ménage à la rupture, puisqu'au dernier acte tous 
deux retomberont dans les bras l'un de l'autre. 

Le thème choisi par M. Meilhac a servi plusieurs fois déjà, et il 
est plus que probable qu'il sera utilisé maintes fois encore. Aux 
époques où l'argent compte pour tout, il est sûr d'être le pivot de 
maintes comédies de mœurs, et, comme les mœurs se modifient 
incessamment, il y a grande chance pour qu'il ne soit jamais sinon 
absolument jeune, du moins complètement usé. t;'était donc par 
l'étude et la mise en œuvre des détails que M. Meilhac devait surtout 



faire œuvre de nouveauté. La légèreté de ton, alors même que les 
situations semblaient commander quelque élan dramatique, l'insi- 
gnifiance voulue de personnages à qui l'auteur ne pouvait prêter son 
esprit personnel, l'indécision des caractères, la bourgeoisie des sen- 
timents semblent malheureusement avoir desservi M. Meilhac, dont la 
comédie apparaît grise et timide à l'excès. 

M""== Bartet, Pierson et M. Le Bargy avec aussi M"" Brandès, 
MM. Duflos, Coquelin cadet et Boucher font ce qu'ils peuvent de rôles 
que l'absence de relief rend fort difficiles à jouer. 

Pacl-Émile Chevalier. 



L'ORCHESTRE DE 

(Suite.) 



LULLY 



LALOUETTE 
Jean-François Lalouette fut, en réalité, le premier des chefs d'or- 
chestre de l'Opéra, et il parvint fort jeune à cet emploi puisque, né 
en 16ol, il était à peine âgé de vingt et un ans lorsque ce théâtre 
commença à fonctionner sous la direction de Lully. Il avait déjà la 
réputation d'un bon violoniste, ayant reçu des leçons d'un nommé Guy 
Leclerc, artiste de la bande des 24 violons du roi, après avoir appris 
la musique à la maîtrise de Saint-Eustache. C'est en qualité do 
simple violoniste qu'il entra d'abord à l'orchestre de l'Opéra, dont 
ensuite Lully lui confia la direction. Il était bon musicien aussi, 
puisque Lully le prit pour secrétaire, en le chargeant d'écrire certains 
récitatifs de ses ouvrages, ainsi que d'instrumenter certains morceaux 
dont il n'écrivait lui-même que les parties vocales et la basse. Ce 
fut précisément ce qui les brouilla. Lalouette, parait-il, se serait 
vanté outre mesure des services qu'il rendait à Lully, et aurait été 
jusqu'à prétendre, lorsque parut his, que les meilleurs morceaux de 
cet opéra étaient son propre ouvrage. Avec le caractère de Lully cela 
ne pouvait durer, et Lalouette dut quitter l'Opéra (1). 

Lalouette se livra alors à la composition, mais certains écrivains 
se sont trompés en affirmant qu'il ne s'occupa que de musique reli- 
gieuse. Le Mercure nous apprend que dès 1677 il écrivit la musique 
d'une pièce représentée chez un particulier: — « ... On représentoit 
chez M. de Verneuil, conseiller au Parlement, deux ou trois fois la 
semaine, une comédie dont les intermèdes esloient remplis de balets 
et de chansons. Les entrées estoient admirables, et composées par 
M. des Brosses, c'est tout dire... Elles estoient mises en musique par 
le sieur l'Alouette, qui batoit la mesure à l'Opéra. Comme il estoit à 
M. de Lully, et qu'il a copié ses airs pendant plusieurs années, ceux 
qu'il compose ont tant de raport avec ceux de ce grand maistre, 
qu'on voit bien qu'il a étudié sous luy (2). » Quelques années après, 
en 168o, Lalouette écrivait une nouvelle musique pour une pièce à 
machines de De Visé, le Mariage de Bacchus, créée en 1672 au théâtre 
du Marais et dont on faisait à ce théâtre une reprise éclatante (3). 
Enfin, en 1708, il faisait exécuter à l'abbaye de Chelles, dont la supé- 
rieure était la sœur du maréchal de Villars, une cantate dont les 
paroles lui avaient été fournies par le poète Danchet (4). Je serais 
bien étonné que Lalouette n'eût pas cherché à faire représenter 
quelque ouvrage à l'Opéra, après la mort de Lully. Je constate pour- 
tant que son nom n'y parut jamais. 

Selon Fétis, Lalouette aurait accepté en 1693 la place de maître de 
chapelle de l'église métropolitaine de Rouen. Je ne sais si le fait est 
exact ; mais où l'écrivain se trompe certainement, c'est lorsqu'il 
ajoute : « Il ne la garda que deux ans, s'étant retiré au mois de mars 
1695 pour accepter l'emploi de maître de chapelle à l'église Notre- 
Dame de Versailles. » C'est à Notre-Dame de Paris que Lalouette 
devint maître de chapelle, après avoir rempli les mêmes fonctions à 
Saint-Germain-l'Auxerrois. Aussi est-ce à Paris qu'il mourut, le 
31 août 1728, et non à Versailles, le 1" septembre, comme le dit 
encore Félis (S). 

(1) «... J'avois aussi entendu attribuer à Lalouette le duo : Hélas ! une chaîne, 
etc. (de Plmeton), mais on m'a averti qu'il n'étoit pas possible qu'il y eût 
la moindre part, puisque I.ulli l'avoit congédié plus de quatre ans avant que de 
faire Phaeton. Lalouette avoit été secrél;aire de Lulli, et il l'avolt été avec beau- 
coup de distinctions et d'agréments, que son intelligence et son habileté lui 
avoient attirez. Mais Lulli crut s'apercevoir que son secrétaire faisoit un peu 
trop du maître, et il étoit homme que ces manières n'accommodoient pas. II 
revint; à Lulli qu'il s'étoit vanté d'avoir composé les meilleurs morceaux d'/sis, 
et il le congédia». — (La Vieuville de Preneuse: Comparaison de lammique 
Italienne avec la musiqae françoise. 

(2) Le Nouveau Mercure galant, 1677, T. I, pp. 70-71. 

(3) /ci., octobre 1685. 

(4) W., novembre 1708. 

(5) Voyez Mercure, septembre 1728. 



60 



LE MENESTREL 



« Ce musicien, dit Titon du Tillet dans son Paritasse français, a 
été un peu négligent à donner au public ses ouvrages. Il a fait graver 
seuXeroent qu.e\qaes Motets pour les principales fêtes de l'année, à une. 
deux et trois voix, avec la basse continue, volume in-folio. 1726. A 
l'égard de ses Motets à grrands chœurs, son frère et son héritier, qui en 
est le dépositaire, compte en faire part au public, et a commencé à 
donner à Ballard, seul imprimeur du Roi pour la musique, le Miserere 
en trio et quelques autres morceaux. » 

On a gravé, après sa mort, un superbe portrait de Lalouelte, au- 
dessous duquel sont placés les vers suivants : 

Orphée est descendu jusques aux sombres lieux. 

C'est un vieux conte, une chimère. 
Le fameux Lalouette est maintenant aux cieux: 

Ceci n'est point imaginaire, 
Et même par ses tons aussi sçavants que doux. 
Il a rendu le chœur des archanges jaloux. 

COLLASSE 

Pascal Collasse, l'un des musiciens les plus en vue de l'époque et 
de l'école de LuUy, qui fut chef d'orchestre à l'Opéra, sous-maître de 
la chapelle-musique du roi, maître de musique de la chambre, 
auteur de dix opéras et compositeur de nombreuses œuvres de mu- 
sique sacrée et profane, était fils d'un modeste bourgeois de Reims, où 
il naquit, sur la paroisse de Saint-Pierre-le- Vieil, Ie22jaavierl649 (1). 
Il fut amené sans doute fort jeune à Paris, puisqu'on sait qu'il fut 
admis comme enfant de chœur à l'église Saint-Paul, ou il fit une partie 
de ses études, et qu'à l'aide d'une bourse il acheva celles-ci au collège 
de Navarre. Comment se fit sa première éducation musicale, nul ne le 
dit; mais on peut croire qu'elle fut sérieuse, puisque Lully, instruit 
de ses bonnes dispositions, le prit ensuite pour élève, puis pour 
secrétaire, et enfin, après s'être séparé de Lalouelte, le chargea de la 
direction de l'orchestre de l'Opéra. Tout cela, et les emplois importants 
qu'il occupa par la suite, prouve bien que Collasse était un musicien 
sérieux, qui, s'il n'eut pas de génie, ne méritait pas pourtant le 
dédain que quelques-uns ont affecté à son égard. 

C'est lorsque Lully se fut brouillé avec Lalouette, en 1677, qu'il 
plaça Collasse à la tète de l'orchestre de l'Opéra et qu'il en fit 
en même temps son secrétaire, le chargeant alors de remplir les 
parties de chœurs et d'orchestre de ses ouvrages lorsqu'il jugeait à 
propos de n'en écrire que les parties de chant principales et la basse, 
ce qui impliquait en lui une grande confiance. Comme on le verra 
plus loin, Lully le prit d'ailleurs en grande affection. Pour le prouver, 
Fétis, copiant en cela les frères Parfait, dit que Lully obtint pour 
lui une des quatre places de sous-maître de la chapelle du roi. 
L'intervention de Lully n'eut pas lieu de s'exercer en cette circons- 
tance, car Collasse obtint cette place au concours. C'était en 16S3, 
alors d'une réorganisation de cette chapelle, pour laquelle Louis XIV 
voulait qu'il y eût à l'avenir quatre sous-maîtres, un par quartier sans 
doute, et que ces places fussent mises au concours. Trente-cinq 
concurrents se présentèrent pour subir l'épreuve, à la suite de 
laquelle furent nommés Minoret, Coupillet, Lalande et Collasse. Et 
l'on peut croire que ce concours n'était pas une lutte banale, puisque 
parmi ceux qui y prirent part sans succès se trouvaient des artistes 
tels que Lorenzani, Charpentier, Nivers, Lalouette, Oudot, Gervais, 
Lagarde, Salomon, etc., qui certes n'étaient pas les premiers 
venus (2). 

Collasse continua ses fonctions à l'Opéra jusque bien après la mort 
de Lully, dont il n'était pas seulement l'élève et le protégé, mais 
aussi le commensal, logeant et vivant chez lui, dans sa propre 
maison. Si bien que par son testament, lui manifestant toute sa 
confiance, Lully décidait que Collasse continuerait de demeurer 
avec les siens, le chargeant de les aider et de les conseiller en tout 
ce qui concernait la direction de l'Opéra. Voici ce passage du testa- 
ment : 

« ...Lelit sieur testateur... voulant que ladite dame son épouse 
conduise tout ce qui concerne ladite Académie de musique ou Opéra, 

(1) Tous les biographes s'étaient trompés sur la date de la naissance de 
Collasse, que les uns fixaient à 1636, d'autres à 1639, d'autres encore à 1652 
(tandis que sa mère était morte en 1631). Jal (Dictionnaire critique de biogmptiie et 
d'histoire) a établi la vérité en publiant son acte de naissance, qui donne la date 
que j'enregistre, et duquel il résulte que le père de tlollasse, Anloine Collasse, 
était " marchand tissutier-franger » à Reims, et que sa mère était née Anne de 
Martin. Jal publie aussi l'acte de mariage de Collasse avec M"' Blaisine Bérain, 
fille de Jean Bérain, le fameux dessinateur du cabinet du roi, qui fut célébré en 
l'église Saiat-Germain-l'Auxerrois le 7 janvier 1689, et enfin l'acte de décès de 
l'artiste, mort à Versailles le 18 juillet 1709. Ces diverses dates sont donc 
établies aujourd'hui d'une façon certaine. 

(2) Voy. Gtiillaume Minoret par A. Rouxel fParis. Jouaust, 1879, in-12). 



pans aucune exception ni réserve et ce par l'avis toutefois du sieur 
Frichet, ci-devant pourvoyeur de la maison de la Reine, son intime 
ami, lequel il supplie d'en vouloir prendre la peine, sans que ledit 
sieur Jean-Louis Lulli, son lils. puisse empêcher l'exécution de la 
présente disposition, ni troubler ladite dame, sa mère, ni ledit sieur 
Frichet, en tout ce qu'ils ordonneront pour la conduite de ladite Aca- 
démie, étant persuadé qu'ils feront le tout pour le mieux et pour 
l'avantage commun de la famille dudit sieur testateur qui prie aussi 
le sieur Collasse, maître de la musique de la chapelle du Roi, d'ai- 
der de ses avis ladite dame, sa femme, et ledit sieur Frichet en tout 
ce qui regardera ladite Académie et même d'assister ledit sieur son 
fils, nommé en survivance de sesdites charges, en tout ce qu'il 

pourra 

» A l'égard dudit sieur Collasse, devant nommé, ledit sieur testa- 
teur veut qu'il continue d'être logé et nourri en la maison dudit sieur 
testateur aux dépens de sa famille et que sa pension lui soit payée 
comme par le passé (1) . » 

(A Suivrej. Arïhui; Pougin. 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 



De notre correspondant de Belgique ("20 février). — Les deux représen- 
tations que nous a données jusqu'ici M"« Van Zandt ont fait accourir à 
la Monnaie une foule aussi nombreuse qu'élégante. Et dans l'empresse- 
ment du public se mêlait du regret, la surprise d'avoir dû attendre si 
longtemps pour entendre à Bruxelles une cantatrice de cette valeur et de 
cette réputation, dont l'enfance s'était passée en grande partie à Bruxelles 
même et que beaucoup considéraient un peu comme une compatriote. 
On sait, en effet, que M"' Van Zandt fit ses études dans un pensionnat 
d'ici; et elle-même ne se rappelle pas sans émotion être venue souvent, 
toute jeune à la Monnaie, assister au spectacle, sans se douter, certes, 
qu'elle ne resterait pas toujours simple spectatrice des succès des 
autres!... L'artiste étant surtout connue par sa création de Lat;mé, il y avait 
pour le public une curiosité non moins vive peut-être de la voir tout 
d'abord dans Mignon, dans ce rôle où tant de divas se sont fait entendre à 
la Monnaie, y apportant la marque de leur personnalité, depuis Galli- 
Marié et la Nilsson, dont le souvenir reste ineffaçable, jusqu'à l'an der- 
nier, M"'' Simonnet, qui supportait la comparaison avec les meilleures 
Mignon et les plus applaudies. Il paraîtrait oiseux de rapprocher M"= Van 
Zandt de ses rivales et de ses devancières et d'en tirer des conclusions. 
Elle joue le rôle de Mignon selon son tempérament. Et sa grande qualité, 
que nos confrères de la presse ont mise surtout en relief, c'est de l'avoir 
interprété avec une simplicité, une recherche de réalité douce et tran- 
quille, absolument exempte du « cabotiui.sme ». Mais c'est comme canta- 
trice que M"" Van Zandt, faut-il le dire ? a surtout brillé, avec sa voix 
d'un timbre si pur et si cristallin, la sûreté de son émission, l'art exquis 
d'exécution fine et adroite qu'elle met dans son phraser, dans ses voca- 
lises, dans les traits de virtuosité dont certaines pages de l'œuvre ont été 
agrémentées pour elle spécialement. Son succès, en somme, a été très 
grand. On l'a discutée comme une grande artiste, et on l'a applaudie 
comme une triomphatrice. Dans Lalimé, qu'elle vient de chanter ce soir 
même, ce succès a été encore plus grand. Dans ce rùle, de chant pur, 
écrit pour elle et dont elle possède toutes les traditions, on l'a trouvée 
absolument charmante, et elle a détaillé le fameux air des clochettes, — 
où on l'attendait — adorablement. Aussi ne l'a-t-on pas seulement applau- 
die, on l'a aussi fleurie, — ce qui arrive bien rarement à la Monnaie: la 
règle de la maison a souffert cette fois, pour elle, exception. On n'a eu à 
regretter qu'une seule chose, c'est que M"' Van Zandt fût si mal secondée. 

Deux mots pour constater la réussite de plus en plus brillante des con- 
certs, au Cirque Royal, de M. Eugène Ysaye. Au dernier concert, diman- 
che dernier, M. Ysaye avait cédé son bâton à M. Vincent d'Indy, et est 
descendu sur l'estrade, en simple soliste, exécutant le concerto de Beetho- 
ven et le concerto de Mendeissohn dans la perfection. M. d'Indy a dirigé 
sa trilogie de Wattenstein, remarquablement exécutée, des airs de danses de 
MM. Guy Bopartz et Chausson et une Esquisc inédite de Guillaume Lekeu, 
un jeune compositeur belge mort à la fleur de l'âge sans avoir pu réaliser 
les belles promesses qu'il avait déjà données. — Au Cercle artistique, on 
a entendu cette semaine M"'= Mailhac, une des pensionnaires du théâtre 
de Bayreuth, qui joue cette année le rôle de Vénus dans Tannliâuser, — 
dans quelques lieder, qu'elle a chantés assez médiocrement, d'une voix 
généreuse, mais avec la déplorable méthode allemande que l'on sait. Si 
une artiste belge se permettait de chanter aussi mal un programme aussi 
pauvre, on lui jetterait des pommes cuites; mais tout est permis à qui 
vient de là-bas. L. S. 

— Le 18' volume deV Annuaire du Conservatoire royat de musique de Bruxelles 
vient de paraître en cette ville, à la librairie Ramlot. Il comprend, n'ayant 
point paru l'an dernier, tous les renseignements relatifs aux deux années 



(I) Voy. Emile Campardon, t'Acudémie royiile de musique un 



XVni' siècle. 



LE MÉNESTREL 



61 



■1S94 et 189b. Outre les documents officiels, on y trouve la suite de l'inté- 
ressant catalogue du Musée international du Conservatoire, si bien dressé 
et rédigé par M. Mahillon, conservateur du musée. 

— L'archiviste de la surintendance générale des théâtres impériaux à 
Vienne, M. Albert Wellner, a publié une note intéressante au sujet des 
ceuvres d'Ambroise Thomas jouées à l'Opéra impérial de Vienne, d'abord 
dans le vieux théâtre « près de la porte de Carinthie », ensuite dans le 
monument actuel. Mignon et Hamlet ont été joués en tout 197 fois ; les œuvres 
suivantes ont été données en tout 88 fois : la Double Echelle (paroles alle- 
mandes de Karl Blum), en 1838-40; le Panier //euri (paroles allemandes de 
Jules Franke), 1841-47 ; le Songe d'une nuit d'été, 1854-59, et le Caïd, 1856-57. 
Mignon et Hamlet n'ont pas encore quitté le répertoire de l'Opéra impérial. 
Les six opéras d'Ambroise Thomas que nous venons de citer ont donc été 
joués jusqu'à présent 285 fois, ce qui est un chiffre éloquent, étant donnée 
l'obligation de l'Opéra impérial de Vienne de varier son répertoire autre- 
ment que l'Académie nationale de musique de Paris. 

— Un conseiller de commerce, M. Rœse, avait légué par testament à la 
municipalité de Bayreuth, sa ville natale, une somme de 150.000 marks 
pour la construction d'une grande salle de concerts. Un concours avait été 
ouvert à ce sujet, concours auquel vingt-quatre projets avaient été pré- 
sentés. Sur ces vingt-quatre projets, cinq ont été réservés, parmi lesquels 
le conseil communal aura à choisir le plus digne d'obtenir le prix. 

— Un nouveau théâtre qui jouera l'opéra est en construction à Lemberg, 
capitale de la Galicie. Les frais de construction sont évalués à plus d'un 
million de francs. L'architecte M. Gergolewski, dont le projet a obtenu le 
premier prix au concours, est chargé de la construction de ce théâtre. 

— Une troupe espagnole annonce une tournée en Allemagne, où elle 
jouera des zarzuelas de Breton, Barbierl et Ghapi. 

— On nous écrit de Munich qu'au premier concert de l'Académie de 
musique de cette ville, le plus grand succès a été remporté par un compo- 
siteur français qu'on néglige en France depuis longtemps. Musette, 
Tambourin et Rigaudon de Rameau, ont été applaudis avec enthousiasme 
et bissés. 

— Le théâtre municipal d'Erturt vient de jouer avec succès un nouvel 
opéra, Trois Femmes et aucune, paroles et musique de M. 0. Piper. 

— Le théâtre de la cour de Schwerin vient de jouer dans une seule soirée 
deux opéras inédits : un drame lyrinue en un acte, le Réveil de Helge, paroles 
■et musique de M. Alfred Lorenz, et un autre ouvrage en un acte, la Mouche, 
paroles de M. A. Wolf, musique de M. d'Ogaref. Ces deux pièces ont eu 
beaucoup de succès. 

— Il paraît qu'il existe en Russie, dans un village du nom de Petjano, 
un théâtre spécialement construit et destiné à l'usage des paysans par un 
instituteur nommé Bunastrow. La salle, très modeste et de modestes pro- 
portions, contient 116 places, dont vingt à 20 kopeks (environ 80 cen- 
times) vingt à 18 kopeks, dix à 5 kopeks et soixante-six à un kopek. Le 
personnel du théâtre se compose des élèves des écoles populaires du lieu; 
les décors, les costumes, l'éclairage sont fournis par le fondateur. Le produit 
des entrées est distribué intégralement aux jeunes acteurs, dont chacun 
se trouve ainsi gagner, au cours de la saison d'hiver, environ cinq roubles, 
ce qui n'est pas à dédaigner pour ces petits villageois. Le théâtre est tou- 
jours archi-plein, dit-on, et ses représentations sont d'un caractère haute- 
ment et éminemment moral. 

— La musique de chambre a trouvé cet hiver, au Conservatoire de 
Genève, de jeunes et vaillants interprètes : M'" Fanisewska (piano), 
MM. Pahuke (1" violon), F. Sommer (2« violon), Aimé Kling (alto) et A. Lang 
(violoncelle), qui, avec un succès toujours croissant à chaque séance, ont 
brillamment joué les œuvres du répertoire classique et moderne : Haydn, 
Mozart, Beethoven, Schumann, Brahms, Saint-Saëns, etc. On ne peut que 
féliciter les excellents artistes pour cette réussite et les encourager à per- 
sévérer dans la voie où ils se sont résolument engagés. 

— Les opéras nouveaux se succèdent sur les scènes italiennes, en cette 
saison de carnaval et carême, avec une rapidité qui tient du prodige. Nous 
«n avons encore quatre à enregistrer cette semaine, et l'on nous en promet 
■d'autres pour un avenir prochain. Voici les titres des quatre nouveau-nés. 
A Reggio de Calabre (9 février), Palmira, drame lyrique en quatre actes, 
dont l'action se déroule en Arménie, avant l'ère vulgaire, musique de 
M. Annanziato Vitrioli, joué par M^x^ Salvaggi et MM. Pignataro et Puma. 
Au théâtre Pagliano de Florence (13 février), un Dramma in vendemmie, 
musique de M. Fornari, qui dirigeait en personne l'exécution, confiée à 
Mmes Rappini et Passari, à MM. Ducci, Bacchetta et Meini. Au théâtre 
Communal de Todi, Go«nei/a, opéra en trois actes, livret de M. Ceci, musique 
de M. Manganelli. Enfin, à Valeggio (province de Vérone), il Feudatario, 
musique de M. Ettore Veronesi. Ces divers ouvrages paraissent avoir reçu 
du public un accueil très favorable. 

— On vient de terminer à Palerme, non sans peine, les travaux du 
nouveau Grand-Théâtre. La construction de cet édifice avait été commencée 
en 1874. 

— Un rédacteur du Fanfulla publie une interview qu'il a eue avec 
M. Pietro Mascagni â propos de son nouvel opéra, Zanetto (le Passant), qui 
figure sur le cartellone de la Scala de Milan. Le journaliste rapporte avec 



précision les paroles qu'il tient de la bouche du compositeur: « Je ne veux 
pas, lui aurait dit celui-ci, que Zanetto soit donné à la Scala cette saison. 
L'opéra est à moi, exclusivement à moi, et je ne le céderai à. aucun prix 
aux éditeurs italiens ou étrangers. Ceux qui voudront l'entendre viendront 
à Pesaro, où, le l'"' mars prochain, j'en donnerai la première représenta- 
tion, préparée par mol, dirigée par moi, à ma façon. » 

— Au théâtre Eslava, de Madrid, on a donné avec un très grand succès 
la première représentation d'une importante zarzuela en un acte et quatre 
tableaux, el Cortejo de la Irène, due à la collaboration de M. Carlos Fernandez 
Shaw pour les paroles et de M. Ruperto Chapi pour la musique, qui, dit 
un journal espagnol, est une véritable joie pour l'art espagnol. — Moins 
heureuse a été, au théâtre Romea, de Murcie, une autre zarzuela en un 
acte, el Assistente Zaragata, qui, par le fait de la mauvaise qualité du livret, 
n'a pu étrejouée qu'une seule fois, en dépit d'une musique aimable, due 
à M. Adolfo Gascon. 

— La place de directeur du Conservatoire de musique de Guildhall est 
convoitée par beaucoup de musiciens anglais et allemands. M. William H. 
Commings, ancien professeur à l'Académie royale de musique, M. Charles 
Maclean, compositeur et organiste, M. Henry Gadsby, compositeur et 
professeur de composition. M. Orton Bradley, chef d'orchestre et professeur 
de composition, M. William Carter, organiste et chef d'orchestre, 
MM. Meyer Lutz et Wilhelm Ganz, deux chefs d'orchestre allemands qui 
sont établis en Angleterre, se disputent cette place convoitée. 

— Le compositeur anglais Villiers Stanford a terminé la partition d'un 
opéra irlandais, Shamus O'Brien, qui conti-înt, dit-on, quelques mélodies 
populaires irlandaises. On espère que l'Opéra-Comique de Londres pourra 
jouer cette œuvre vers la fin du mois de février. 

— Oh ! oh ! voilà qui va faire rêver l'auteur de Sigurd et de Salammbô, et 
l'empêcher sans doute à tout jamais de remettre les pieds sur le sol de « la 
perfide Albion. » La nouvelle est grave en effet. Le conseil élu des écoles 
primaires de Londres (School board) vient de prendre une décision qui, si 
elle n'est pas du goût de Reyer, fera du moins, on peut le supposer, la 
joie de tous les facteurs de pianos du royaume. En suite de cette décision, 
il est établi qu'à partir du 1" mars prochain l'enseignement du piano sera 
donné gratuitement aux filles et aux garçons dans les écoles primaires 
publiques. Actuellement 209 écoles contiennent ensemble 272 pianos, et ce 
n'est pas assez: ce nombre sera doublé très prochainement et triplé avant 
la fin de l'année, et il restera encore un nonibre immense d'écoles à pour- 
voir. Mais alors, l'Angleterre va devenir une simple machine à pianistes ! 
Les flots de la mer ne lui suffisent plus, et il lui faut des torrents d'har- 
monie pour les verser sur ses obscurs blasphémateurs. 

— On nous télégraphie de New-York que la saison d'opéra vient de clô- 
turer par une représentation de Manon. Après la dernière représentation, le 
public a demandé à plusieurs reprises les directeurs, MM. Grau et Abbey, et 
leur a fait une ovation chaleureuse. On demandait aussi M™ Melba et les 
frères de Reszké. Le public ne voulut pas quitter la salle, et l'on fut obligé 
d'apporter un piano sur la scène pour permettra à M""= Melba, accompagnée 
par M.Jean de Reszké, de chanter la mélodie populaire Home, swet home I qai 
est, pour ainsi dire, le domaine privilégié de M"= Patti. Enthousiasme énorme 
et, ce qui vaut mieux pour l'artiste, une magnifique couronne en perles et 
diamants, offerte par un groupe d'amateurs, qui envahissaientles pupitres de 
l'orchestre et serraient les mains de l'artiste australienne par dessus la 
rampe. Les recettes, pendant les treize semaines de la saison, ont atteint 
la bagatelle de 600.000 dollars, soit trois millions de francs. Dans ces 
conditions, l'Opéra de New-York peut se passer d'une subvention de l'État, 
qui là-bas n'a pas la prétention de protéger le grand art. 

— Le Mikado, dont le trésor s'est enrichi par ses victoires sur les Chinois, 
est devenu grand amateur d'art lyrique et a donné l'ordre de réunir en 
Italie une troupe qui jouera l'opéra italien à la cour impériale du Japon. 
Nos lecteurs se rappellent que ce pays est déjà gratifié d'un Conserva- 
toire et de professeurs de musique européens. Mais malgré le don 
d'assimilation extraordinaire que les Japonais possèdent, ils ne sont pas 
encore parvenus à former eux-mêmes leurs artistes lyriques. Ne déses- 
pérons pas; cela viendra, et nous pourrons peut-être applaudir, dans une 
dizaine d'années, d'anciennes élèves du Conservatoire de Tokio. 

PARIS ET DEPARTEBIENTS 
jijme Ambroise Thomas a reçu de Metz la lettre suivante : 

Metz, le 14 février 1896. 
Madame, 
J'ai l'honneur de vous adresser oi-joint l'extrait de la délibération du conseil 
municipal d'aujourd'hui et de vous réitérer l'expression de la douleur que la 
ville de Metz ressent à la perte d'un de ses enfants les plus illustres, ainsi que 
la promesse que le souvenir du noble défunt restera pour toujours gravé dans 
sa ville natale, dont une rue portera son nom et dont le théâtre, la scène de ses 
labeurs et de ses triomphes, montrera son buste et sa gloire à ses anciens 
concitoyens et aux générations futures. 

Puisse ce souvenir reconnaissant contribuer à vous soulager dans ce moment 
de tristesse et de douleur. 

Je vous prie, madame, de vouloir bien agréer l'expression de mes sentiments 
les plus distingués. 

Baron de Kramer, 
administrateur de la ville de Metz. 



62 



LE MENESTREL 



— Suivait l'extrait du registre des déliljérations du conseil municipal 
de la ville de Metz. 

Séance du 12 février 1896. 

Présents : MM. le baron de Kramer, administrateur de la ville de Metz : 
Lallement, 2' adjoint; Augustin, 3' adjoint; Aubertin, Chevalier, Enders, 
Ferj', Hermestrofl', Henrich, Heyder, lîumbert, Lanique, Lévy, Moitrier, 
Ringenbach, Samson, docteur Sauvin, Tillement. 

Le 12 février est mort à Paris le célèbre compositeur, directeur du Conser- 
toire, M. Ambroise Thomas. M. Ambroise Thomas est né à Metz en 1811 ; la 
ville de Metz est fière de compter parmi ses enfants cet homme auquel ses 
œuvres ont créé un nom célèbre dans le monde artistique et une place impor- 
tante dans l'histoire du développement de la musique. 

La ville de Metz déplore la perte du grand artiste et de l'homme sympathique, 
et, en signe de son deuil et de sa vénération, décide de déposer une couronne 
sur le cercueil du cher défunt. 

Le conseil municipal, représentant la ville de Metz, exprime à la veuve du 
grand artiste ses vives condoléances pour la perte irréparrable qu'elle vient de 
subir; la ville natale du grand défunt s'unit à elle, ainsi qu'à lous les siens, 
dans un même deuil et une même douleur. 

Une plaque commémorative fera connaître la maison où est né le célèbre 
compositeur, et la rue de la Cathédrale, où est sise cette maison, portera doré- 
navant le nom rue Ambroise-Thomas. 

Un buste de M. Ambroise Thomas, fait par un artiste natif de Metz, sera 
placé au théâtre municipal de Metz. 

Ainsi l'ait à Metz, ledit jour 14 février 1896, 
Pour extrait conforme, 

L'administrateur de la ville de Metz, 
Baron de Kramer. 

— Profondément touchée de ces manifestations, M"^!" Ambroise Thomas 
a adressé la lettre suivante à l'administrateur et aux membres du conseil 
municipal de la ville de Metz. 

Messieurs, 

Au moment ofi mon cœur vient d'être si cruellement frappé, je me sens en- 
tourée de la sympathie universelle, et, parmi les témoignages que j'ai reçus, 
j'attache le plus grand prix à celui de la ville de Metz, qui s'associe à mon deuil 
en déplorant la mort d'un de ses plus illustres enfants. 

Je remercie le conseil municipal de son empressement à m'adresser ses vives 
condoléances et je lui suis profondément reconnaissante de la délibération prise 
immédiatement en l'honneur du noble défunt et dont vous avez bien voulu 
m'adresser l'extrait. 

-Abîmée dans ma douleur, je vous prie d'agréer, messieurs, mes bien sin- 
cères sentiments de gratitude. 

Elvire .Ambroise Thomas. 

— Extrait d'une chronique donnée au Temps par M. Jules Glaretie : 
.Ambroise Thomas aura recueilli en disparaissant le plus juste tribut d'hom- 
mages qu'on puisse rendre à un homme illustre et bon. C'était une âme bien- 
veillante et timide. Point de pose, une cordialité profonde, naturelle et sans rien 
de factice. Une générosité grande, vraiment digne d'un artiste et dont je ne 
citerai qu'un exemple, qui m'est personnel. 

Lorsque la Comédie-Française joua Hamlet — c'était le premier grand ouvrage 
que je montais — on me fit savoir que le directeur du Conservatoire s'était spon- 
tanément offert à écrire la partie musicale du drame de Paul Meurice et Dumas 
père. M. Perrin avait quasi accepté; il ne lui déplaisait point que le compositeur 
de l'Hamlel donné à l'Opéra tût celui qui écrirait quelques morceaux pour la 
Comédie. 

J'écrivis donc à M. Ambroise Thomas qu'il m'était agréable de tenir la pro- 
messe de mon prédécesseur, et le maître se mit à l'œuvre. II ne nous donna 
certes pas une partition nouvelle — seulement un air à boire, au prologue, une 
marche, des sonneries çà et là. des appels de trompettes pour le duel entre 
Hamlet etLacrte, une mélopée que M. Thomas fit répéter à M"" Reichenberg 
pour la chanson d'Ophélie — mais, au total, le travail, fait de si bonne grâce, cons- 
tituait une œuvre, une dépense de talent et de temps. 

Lorsque je voulus parler à Ambroise Thomas de la part de droits d'auteur 
qui pouvait lui revenir: 

— A moi? me dit-il, et de très bonne foi, mais j'ai à peine griffonné quelques 
noies ! ?<on, non, je ne veux rien. C'est moi qui vous remercie de m'avoir laissé 
toucher encore une fois à un tel sujet. 

Et comme j'insistais : 

— Je vous en prie, fit-il avec cette brasquerie apparente qui cachait une âme 
délicieuse, n'insistez pas. Si vous voulez mon opinion, je suis assez payé par 
l'honneur que vous avez fait au musicien d'//amte( de le consacrer à la Comédie- 
Française ! 

— De ce noble désintéressement, qui est souvent la marque des grands 
artistes, nous pouvons donner cet autre exemple. C'était à l'époque de 
Frarnoke de Rimini, bien avant la première représentation, alors qu'on faisait 
beaucoup de tapage dans les journaux et ailleurs de la prochaine œuvre 
attendue du compositeur i'Hamtet et de Mignon. Nous le vîmes entrer un 
jour au Ménestrel, un peu soucieux et l'air embarrassé : « Ecoutez, nous dit- 
il, je ne dois pas vous cacher que de bien des cotés des éditeurs me font 
des offres séduisantes pour ma nouvelle partition. Il faut pourtant que je 
Duisse leur répondre que je suis engagé avec vous. » Et alors, prenant une 
grande feuille de papier blanc, iî mitau bas sa signature : " Voili; écrivez 
au-dessus ce qui vous semblera bon.); Ainsi fut traitée 1' « affaire » de Fran- 
çoise de Rimini! 

— Le Journal o/ficiel publie une nouvelle liste de promotions et de nomi- 
nations universitaires, cette fois au titre étranger, dans laquelle nous 
relevons les noms suivants. Sont nommés officiers de l'Instruction publique: 
M°"= Gabrielle Krauss, « professeur de chant à Paris », l'admirable artiste 



que nous avons connue au Théâtre-Italien et à l'Opéra : M. Iloulllack, 
« compositeur de musique à Paris », l'excellent violoniste bien connu du 
public de nos concerts: M. de Loos, chef d'orchestre à Tournai ; M.Moul, 
représentant la Société des compositeurs de musique à Londres. — Sont 
nommés officiers d'académie : M""" Berthet, artiste de l'Opéra; M™ Divoite 
(Héglon), artiste de l'Opéra ; M"« Sibyl Sanderson, artiste lyrique ; 
M"' Fannie Edgar Thomas, critique musicale, correspondante à Paris du 
Musical Courier, de New-York ; MM. Fierons, critique au Journal des Débals; 
Jcihn Croisier, Mande, compositeurs; Rieudel, auteur dramatique; Egidio 
Rossi, maître de ballet et mime. 

— M. Massenet part aujourd'hui dimanche pour Bruxelles, oii la première 
représentation de Tha'is est prochaine. Il y va présider aux dernières études 
de son œuvre. M. Anatole France, l'auteur du subtil et délicat roman, et 
M. Louis Gallet, qui en a tiré un si curieux poème lyrique, l'y suivront 
sous quelques jours. 

— M. Combes, ministre des beaux-arts, vient de mettre en vigueur un 
arrêté auquel jusqu'ici on ne s'était pas conformé. Le ministre a décidé 
qu'on appliquerait à l'Opéra la loi sur le travail des enfants dans les ma- 
nufactures. Il en résulte que les enfants ne pourront plus paraître dans les 
ballets, ceux-ci commençant toujours après dix heures du soir. C'est une 
question qui va faire couler beaucoup d'encre. 

— A l'Opéra, on active beaucoup les répétitions d'Hellé, l'opéra de 
M. Alphonse Duvernoj. On espère pouvoir passervers la findu mois de mars. 

— A l'Opéra-Comique, la première représentation d'Orphée est toujours 
annoncée pour la semaine prochaine. Les répétitions d'orchestre sont 
commencées. 

— La sous-commission des finances des fêtes d'Orange s'est réunie rue 
de Valois, dans les bureaux des Beaux-Arts, sous la présidence de M. Gué- 
rin, sénateur. Le maire d'Orange, M. Capty, y assistait, etil a fait connaître 
la délibération du conseil municipal d'Orange relative à un emprunt de la 
ville destiné à fonder une caisse spéciale pour les frais de ces représenta- 
tions. — La commission plénière des fêtes d'Orange a ensuite décidé après 
un débat où furent discutées les propositions de la sous-commission, que 
les représentations de 1896 seront les suivantes : Samedi S août, Horace, 
précédé d'un prologue avec chœurs et musique. Dimanche 9 août, Aniigone. 
— Le jeudi suivant, les Félibres et les Gigaliers offriront en représentation 
libre la Reine Jeanne, de Mistral. Après avoir décidé la périodicité des 
représentations qui, tous les deux ans, seront données alternativement par 
la Comédie-Française et par l'Opéra, la commission a chargé MM. Bertrand 
et Gailhard d'étudier l'organisation d'une œuvre lyrique en rapport avec 
le caractère spécial du théâtre d'Orange, et dont les grandes lignes lui 
seront soumises. M. Félix Faure recevra aujourd'hui les membres de la 
commission qui lui exposeront le programme des fêtes d'Or.ange qu'il a 
promis de présider. 

— Si les journaux français publiaient sur l'étranger les bourdes et les 
sottises que nous trouvons chaque jour sur notre compte dans les feuilles 
étrangères. Dieu sait si on les accuserait d'ignorance et de maladresse. 
Voici ce que nous trouvons dans l'Éventail de Bruxelles, à propos de la 
reprise à Cologne d'un opéra-comique créé à Prague en 1867, Dans la fon- 
taine, dont l'auteur, un flûtiste nommé 'Wilhelm Blodek, est mort depuis 
plus de vingt ans dans une maison de santé: « Blodek a eu en France 
un homonyme, Pierre-Auguste-Louis Blodek, qui fut élève du Conserva- 
toire de Paris, obtint en 1S08 le grand prix de Rome et lit jusqu'en 1842 
partie de l'orchestre de l'Opéra de Paris. Ce Blodek est mort en 1836, n'a 
jamais composé d'opéia et jouait de l'alto. » Or, ce prétendu homonyme 
s'appelait non pas Blodek, q'jî n'a jamais été connu en France, mais 
Blondeau, ce qui n'est pas toutà fait la même chose, et il a fait représenter 
à Pérouse en 1812, au cours de son séjour en Italie comme prix de Rome, 
un opéra italien intitulé Cosi si fa ai cjelosi. Comment diable ce Blondeau, 
musicien français, a-t-il pu se transformer en Blodek à propos d'un opéra 
tchèque représenté en Allemagne, et trouver ainsi dans un journal étranger 
un souvenir aussi inexact qu'inattendu? C'est ce que nous ne nous char- 
gerons pas d'expliquer. 

— Programme des concerts d'aujourd'hui dimanche : 

Conservatoire : Symphonie avec chœurs (Beethoven), soli par M"° Éléonore 
Blanc, M"" Deni.i, MM. Warmbrodt et Auguez. — Cantate n° 21 (Bach), soli par 
M"" E. Blanc, Dupuy, MM. Warmbrodt et Auguez. 

Chatelet, Concert Colonne : Ouverture de PcUrie (Bizet). — Fragments de 
Jocdijn (B. Godard). — Rêves (Wagner), par M"'' Kutscherra. — Cinquième con- 
certo en mi bémol (Beethoven), esécuté par M. Risler. — Deuxième partie du 
troisième acte du Crépuscule des Dieuj; ('Wagner), soli par MM. Cazeneuve, Edwy, 
Vieulle, M"'" Kutscherra, Auguez de Montalant, Texier et Planés. — La Chevau- 
chée des Vatkijries (Wagner). 

Cirque des Champs Élysées, Concert Lamoureux : Symphonie en /a, n° 8 
(Beethoven). — Première audition du deuxième tableau du premiir acte de Circé, 
opéra en trois actes, de MM. J. et P. Barbier (Théodore Dubois), interprété par 
M." 3. Marcy (Miguela), M. Lafarye (Fray Juanito), .M. Bailly (Hernandez), 
M. Blancard (Fray Domingo). — Première audition des Chants de la forge, du 
premier acte de Siegfried (Wagner): Sie.gfried, M. Lafarge. — .Sixième audition 
de la scène finale du troisième acte du Crépuscule des Dieux (Wagner): Brune- 
hild. M"" J. Marcy. — h'Invitatinn à In valse (Weber), orchestrée par Berlioz. 

Concert du Palais d'Hiver. Chef d'orchestre, Louis Pister. Le Songe d'une nuit 
d'été, ouverture (Mendeissohn); Largo pour cordes (llœndel); Concerto en sol 
mineur (Saint-Saëns); piano ; M. llarold Bauer. Scherzo de la sérénade n° 1 



LE MENESTREL 



63 



(Jadassohn) ; £erce«se (Grieg) ; Légende; Saint François marchcuu sur les /Zo/s 
(Liszt); piano: M. Harold Bmier. Marche funèbre d'unemarLonnelte{Go\inoA).Ilamlet, 
la Fêle du Printemps (A. Tliomas). 

— M. Lamoureux ira, avec son orchestre, donner trois concerts à Lon- 
dres, le 13, le 16 et le IS avril prochain, au Queen'sHall. Des feuilles de 
location ont déjà été ouvertes par l'organisateur de la tournée, M. Robert 
Newman, au prix de une guinée (26 fr. 23) la place. 

— On annonce les fiançailles de M"« Mathilde Colonne, la charmante 
fille de M. et U<^' Edouard Colonne, avec M. Henry Neumann. 

— Ce Laurent de Rillé est insatiable. Président de la commission de l'en- 
seignement du chant dans les écoles du départem.ent de la Seine, profes- 
seur à la Sorbonne, conférencier disert et élégant, auteur de ballets frin- 
gants et d'aimables opérettes parmi lesquelles on rencontre des babioles 
pleines de grâce, compositeur de plusieurs centaines de chœurs pour voix 
d'hommes qui ont fait la fortune et la joie de tous les orphéons de France 
et de Navarre, ordonnateur et directeur de festivals dont les succès ont 
été retentissants, il n'est pas satisfait de la notoriété qui depuis si long- 
temps s'est attachée à son nom, et le voici qui court aujourd'hui à la re- 
cherche des succès littéraires. Ainsi font les ambitieux, dont rien ne sau- 
rait contenter l'avidité. La vérité est qu'il vient de publier sous ce simple 
titre : Chœurs d'orphéons, un gentil petit volume qui n'est autre chose qu'un 
recueil de vers, les vers de quelques-uns des nombreux chœurs mis par 
lui en musique, car Laurent de liillé est à la fois son poète et son musi- 
cien. Ce n'est point qu'il veuille marcher sur les traces de Berlioz ou de 
Wagner, et sa visée est assurément moins haute. Mais il s'est dit que si sa 
musique ne manque pas de qualités, ses vers ne manquent ni de grâce ni 
de couleur, et qu'ils pouvaient être appréciés pour eux seuls, abstraction 
faite du vêtement mélodique dont il les avait parés. Et son gentil volume, 
dont la physionomie est tout à fait engageante, aura tout le succès qu'il 
mérite, et ses Chœurs d'orphéons, sous leur nouvelle forme, vont refaire leur 
toui'de France, et ils seront bien accueillis partout, et ce sera bien fait, 

A. P. 

— De Lyon : La Navarraise vient de remporter ici un éclatant succès dû 
au mérite incontestable de la nouvelle partition de M. Massenet, impres- 
sionnante dans sa concision, d'une habileté remarquable, — et aussi à une 
interprétation de premier ordre. M"'« de Nuovina imprime au personnage 
de la Navarraise un relief inoubliable; la voix, fort belle et très homogène, 
secondée par un admirable tempérament dramatique, place JW'"" de Nuovina 
au premier rang parmi les cantatrices modernes. Ses très intéressantes et 
très personnelles créations de Marguerite de Faust et de Carmen l'avaient 
déjà fait apprécier du difficile public lyonnais; mais la Navarraise a été 
pour l'artiste l'occasion d'un succès d'enthousiasme, que les représentations 
suivantes ont vu s'accroître encore. L'interprétation de la Navarraise est 
excellente avec MM. Beyle, Moisson, Huguet, et l'orchestre sous l'habile di- 
rection de M. Luigini. Le Carillon, dont Lyon a eu la primeur pour la France, 
a été supérieurement monté par M. Vizentini. Cette charmante partition, 
d'une inspiration fraiche et souriante, d'une orchestration pittoresque, est 
une nouvelle preuve de l'admirable maîtrise de M. Massenet. L'accueil fait 
au Carillon a été des plus sympathiques, et l'orchestre en a souligné les 
finesses avec un rare bonheur. Entre temps nous avons eu la Statue, de 
Reyer. Cet opéra-féerie, dans lequel l'auteur de Sigurd se révèle déjà, con- 
tient de fort belles pages et, malgré quelques longueurs, a plu par la fraî- 
cheur et la sincérité de son inspiration. L'œuvre est fort bien défendue par 
M'^^ Mai-tini, MM. Vergnet, Beyle, Chalmin et Larbaudière. J. Jemain. 

— Un artiste fort distingué, M. Abbiate, vient de donner sous ce titre : 
« Historique du violoncelle en trois séances », une série de concerts très 
curieux, dans lesquels il a passé en revue le répertoire du violoncelle 
depuis le commencement du dix-huitième sièclejusqu'à l'époque présente. 
Dans la première séance (période classique), il a fait entendre une sonate 
de Berteau, un concerto d'Haydn, un concerto de Bernard Romberg et 
deux pièces de Duport et de Boccherini; dans la seconde (période roman- 
tique), la sonate en la majeur de Beethoven, un concerto de Schumann, 
un adagie et boléro de Franchomme et un morceau de concert de Servais; 
et dans la troisième (période contemporaine), le concerto de Lalo, celui 
de Saint-Saëns, et diverses pièces de Goltermann, Pop-per, Davidoff, Max 
Bruch et Piatti. Peut-être la division en trois périodes était-elle un peu 
arbitraire, mais les séances étaient fort intéressantes, M. Abbiate y a fait 
preuve d'un talent remarquable et sou succès a été complet. 

— MM. I. Philipp, Berthelier, Loeb et Balbreck viennent de terminer 
leurs belles séances par le sextuor de M.Alary, la sonate pour piano et vio- 
loncelle, tout à fait intéressante, de Fr. Gernsheim, et par une superbe 
exécution du quintette deSchumann. Les trois excellents artistes, réunis à 
MM. Gillet, Turban, Hennebains, Letellier et Reine, donneront encore trois 
séances des plus intéressantes, à la salle Érard, les S mars, 19 mars et 
2 avril. 

— Mardi 25 février, salle Pleyel, deuxième séance de la Société de 
musique française, fondée par M. Ed. Nadaud, avec le concours de 
MM.fiisler, Trombetta, Cros-Saint-Ange et Gibier. 

. — A la salle Erard, on prépare une intéressante séance pour le lundi 
2 mars; c'est la première audition de la Naissance du Christ, oratorio en 
trois parties, avec strophes déclamées, solos et chœurs, musique de J.-B. 



Wekerlin. Il paraît que c'est une œuvre de jeunesse du bibliothécaire du 
Conservatoire, qui donne ce concert par invitation. 

— Mardi 23 février, salle Erard, concert de M. Stéphane Elmas, pianiste- 
compositeur, avec le concours du violoniste J. White. Outre quelques- 
unes de ses compositions, l'excellent artiste fera entendre des œuvres de 
Chopin, Schumann, Mendelssohn et G. Chaminade. 

— Dimanche prochain 1" mars, à une heure et demie, salle Pleyel, 
aura lieu la séance très intéressante d'audition des élèves de M"^* Donne. 

— A l'Opéra de Nice, M"'» Patti vient de terminer la série de ses repré- 
sentations au milieu des ovations et des fleurs. Pour ses adieux, elle a chanté 
Zerline de Don Juan. A côté de la grande cantatrice on a aussi superbe- 
ment fêté M"'= Febea-Strakosch, une étoile qui se lève. 

— On nous mande de Lille le triomphe remporté par la Navarraise, l'épi- 
sode lyrique de MM. Claretie, Gain et Massenet, très bien interprétée par 
M"' Mailly-Fontaiue et M. David. Même réussite enthousiaste à Bayonne 
avec M"" Tarquini-d'Or, une toute palpitante Anita, et M. Cornubert, et à 
Renues avec M""" Flavigny-Thomas et M. Villatte. 

— A Pau, le superbe orchestre de M. Ed. Brunel continue à voir ses 
séances assidûment suivies par de très nombreux dilettantes. Parmi les 
auteurs les plus applaudis figurant sur les derniers programmes, il faut 
nommer Félicien David (ouverture de la Perle du Brésil], A. Rubinstein 
(le Bal costumé), Wormser, Gounod, Massenet (divertissement du Roi de 
Lahore et les Érimiyes), Godard, Saint-Saëns, Berlioz et Reyer (ouverture. 
Sommeil de Brunehilde, Pas guerrier de Sigurd). 

— Nos correspondances de Tourcoing nous apprennent le grand succès 
obtenu par l'excellent violoniste A. "Weingaertner au dernier concert des 
Crick-Sicks. Rappelé et applaudi après chacun de ses morceaux, il a dû 
ajouter au programme un numéro supplémentaire. Une des œuvres les plus 
appréciées a été le délicieux Duetlo d'Amore pour deux violons, de Théodore 
Dubois, exécuté par M. 'Weingaertner et une de ses élèves, M"= Rouillé. 
Au même concert on a applaudi avec enthousiasme M'"» Bonnefoy dans 
l'air des Pécheurs de perles et le ravissant duo de Lakmé. 

— Pendant qu'on applaudissait M. Weingaertner à Tourcoing', sa fille 
triomphait également à Bordeaux, où, dimanche dernier, elle se faisait 
entendre au Concert populaire, 

— On lit dans le journal le Républicain Orléanais : Le concert de bienfai- 
sance donné à l'Institut, au profit de M""" veuve Manière, a obtenu la meil- 
leure réussite. Le triomphe de la soirée a été pour le violoniste Charles 
Dancla, qui a reçu une véritable ovation : bravos, rappels et couronne de 
fleurs; et c'était justice, 

— A Tunis, les auditions Frémaux sont de plus en plus suivies. Au 
dernier programme, les abonnés de la salle « La Valette » ont fait fête à 
M°" F'rémaux qui, après de vieilles chansons, a délicieusement détaillé 
Pensée d'automne de Massenet et Sonnet du XVII" siècle d'Henri Maréchal, 

Soirées et Concerts. — Très jolie audition donnée par M"" Kohi, au cours de 
laquelle on a surtout fêté M"" Gellée {Les Toutes Petites, 'Vidal) , Gabrielle R, 
(Chanson du bouvreuil àe Xavière , Théodore Dubois), Marguerite R, (air du C^d, 
Massenet), M. Outhier (air d'Hérodiade, Massenet), M'" Bourgeois, MM, Zocchi, 
Vieulle et Edwy (finale du Roi de Laliore, Massenet), M™' Voluey (scène de la 
folie d'Hamlet, Ambroise Thomas), M"" Bourgeois, M, Zocchi (duo de Sigurd, 
Reyer), M— Volney et M. Dô (scène de Maître Ambros, Widor), — Brillante ma- 
tinée musicale donnée à laBodinlèrepar la baronne Ssotti, qui s'est fait chaleu- 
reusement applaudir, notamment dans -1 une fiancée de G, Ferrari, que l'auteur 
lui accompagnait. Grand succès aussi pour M, Dubulle dans i'£,r(ase deSalomon 
et pour M, Flachat dans l'air de Sigurd de Reyer. — Très jolie salle au festival 
brésilien donné à la galerie des Champs Élysées, Nous avons surtout remarqué 
le Paijsage, de Francisco Braga et un Épisode sijmphonique dirigé par l'auteur M. Car 
los de Mesquita, avec maestria, et qui est un morceau original et de grand elTet à 
l'orchestre,— Succès très vif pour l'aimable pianiste M"" Blan che Chambroux à son 
concert, oi)i elle s'est fait applaudir en jouant avec style, avec goût et avec grâce 
diverses pièces de Liszt, Chopin, Rubinstein, Delaborde, G,Pfeiaer,et en exécutant 
d'une façon remarquable, avec MM. Villaume et Hasselmans, qui l'ont supé- 
rieurement secondée, le trio en sol mineur de Rubinstein et le 2' trio de Benja- 
min Godard. 

NECROLOGIE 

L'art musical vient d'éprouver une vraie perte dans la personne de 
M"= Marie de Pierpont, compositeur et organiste d'autant de savoir que de 
talent, qui laisse d'unanimes regrets. 

— On annonce de Lyon la mort d'un amateur de musique for' distingué, 
M. le docteur Coutagne, qui avait rempli en cette ville les fonctions de 
médecin légiste. Le docteur Henri Coutagne était un amateur pratiquant 
qui, sous le pseudonyme de Paul Glaés, avait fait exécuter plusieurs mor- 
ceaux symphoniques d'un réel intérêt. Il s'était fait connaître aussi comme 
écrivain musical, surtout par une notice très substantielle et très curieuse 
publiée sous ce titre : Gaspard Duiffoproucart et les luthiers lyonnais du 
XVI" siècle, étude historique écrite comme discours de réception à l'Aca- 
démie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, et qui témoigne d'une 
véritable érudition et d'une rare connaissance du sujet. Ce n'était là, dans 
la pensée de l'auteur, qu'un fragment d'un travail considérable qu'il comp- 
tait mettre au jour. On doit encore au docteur Coutagne un livre intitulé 
les Drames musicaux de Richard Wagner et le théâtre de Bayreuth. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 



64 



LE MENESTREL 



En vente au MÉNESTREL^ 2^'% rue Vivienne, HEUGEL et C'% Éditeurs-Propriétaires pour tous Pays. 



AMBROISE THOMAS 



:M:ia-iTOi^ 



Opéra-comique en 3 actes. 
Partitiok piano et chant, française net 

— — — italienne net 

— — — allemande net. 

— — — anglaise net 

— pour CHANT SEUL, française net 

— PIANO SOLO (à 2 mains) net 

— — simplifiée net 

— — (ai mains) net 



HI-^DVCLET 



Opéra en actes. 
Paiitition piano ET CHANT, française net 

— — — française, version de ténor . , . net 

— — — italienne net 

— — — allemande net 

— pour CHANT SEL'L, française net 

— piano SOLO (à 2 mitins net 

— — (à 4 mains) net 

Le Ballet (Fête du printemps) extrait net, 



Arrangemeiits divers pour piano et autres instriamexits. 

Opéra en -l actes avec prologue et épilogue. 



Partition piano et chant net. 20 » 

— — italienne net. 20 » 



lents divers pour piano et autres iii.sti*uments. 



LE CDJ^XID 



Opéra bouffe en 2 actes. 

Partition chant et piano, in-8° net. 15 » 

— pour CHANT seul net. i » 

— pour PIANO solo net. 10 » 

Arrangements divers pour 



î^sl^^OH:E 



Opéra-comique en 3 actes. 
Partition piano et chant net. 



20 » 

20 » 

20 » 

4 » 

12 >. 

20 » 

3 » 



Partition pour chant seul net. i 

— piano solo (à 2 mains), in-S" net. 12 



Opéra en 4 actes. 

Partition piano et chant net. 20 

— piano solo (à 2 mains) net. 12 

En préparation : Partition italienne net. » 

piano et autres in.struments. 



LE SOn^C3-E L'XJIsrE IsrXJIT L'ETE 

Opéra en 3 actes. 
Partition piano et chant net. 20 » | Partition pour chant seul .... net. i « | Partition pour piano solo .... net. 10 

Arra.»gemen.ts divers pour piano et autres instrujnen.ts. 



L^^ TOISTELLI 

Opéra bouffe en S actes. 
Partition piano et chant net. 12 



Arrangements divers pour piano -et autres instrunxen.ts. 



LE I^.i^:]s^IEI^ elexjki 

Opéra-comique en i acte. 
Partition piano et chant net. 8 » 



L^^ TEIïJIIPETE 

Ballet fantastique en 3 actes. 

Partition piano net 10 » 

strunients 



Arraxigemeiits divers pour pia^iio et autres instrumexits. I Arrangomexi-ts divers pour* piaxio et autre 

MÉLODIES DIVERSES 
r.E soii^ — i>.a.ssifi<oi&e: — c i£ o -v .a. ni' c e: — rr-EXTit i>e iveigx:, etc 

COMPOSITION POUR PIANO 

I^A. 13'Élt.Oli'Ém, Fantaisie sur un air breton. 

MUSIQUE RELIGIEUSE 



iço^s I3JE3 sox^e^so-e: 

A CHANGEMENTS DE CLEFS 
Composées pour les Examens et Concours du Conservatoire de musique (Années 1872-1885) 

EN DEUX LIVRES 



AMBROISE THOMAS 



/" Livre | 2* Liiire 

LEÇONS POUR LES CLASSES DE CHANTEURS 1 LEÇONS POUR LES CLASSES D'INSTRUMENTISTES 

l-rix net: 1 O franC!«. I Prix net i 13 franc». 

(Ces Leçons sont autographiées d'après la copie en usage dans les classes du Conservatoire) 
Édilion gravée de ces 2 Livres réunis en un seul, Trix net : 8 Fr.; sans accompagnement de piano (Édition populaire), prix net : 2 fr. 50 c. 



; BERGÈRE, 20, PARIS. — *ncre UriHeia} 



Dimanche 1^' Mars 1896. 



3388. — 62-= Ar\rà — i\° 9. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 



Henri HEUGEL, Directeur 



Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du ]\IÉiNestrel, 2 bis, rue Vivienne» les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 
Un an, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et iMusique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 
Abonnement complet d'un an, Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en s 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Musique antique, les nouvelles décou vertes de Delphes (5" article), Julien 
TiERsoT. — Bulletin théâtral : Premières représentations du Voyage à Venise, au 
théâtre Déjazet, du Royaume (Us femmes^ à l'Eldorado, et de Ninette, aux Bouffes- 
Parisiens, Paul-Émile Chevalier. — L'orchestre de Lully (3" article), Arthur 
PouGiN. — IV. Revue des grands concerts. — V. Nouvelles diverses et concerts. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce jour : 

FINE MOUCHE 

polka de Philippe Fauhbach. — Suivra immédiatement : Le Réveil, n» 1 des 

Heures de rêve et de joie, du maestro N. Celega. 

• 

MUSIQUE DE CHANT 
Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
CHANT : Sur le Danube, nouveau lied de Robert Fischhof. — Suivra immédia- 
tement : Sut la tombe d'un enfant, n" 3 des Poèmes de Bretagne, de Xavier 
Leroux, poésie d'ANDRÉ Alexandre. 



MUSIQUE ANTIQUE 

LES NOUVELLES DÉCOUVERTES DE DELPHES 



III 

(Suite) 

Cet exposé général du système des modes antiques étant 
terminé, nous pouvons aborder l'étude de la mélodie. 

Malgré le mauvais état dans lequel elle nous est parvenue, 
le caractère modal s'en laisse pénétrer facilement d'un bout 
à l'autre. En la notant, j'ai, au fur et à mesure, déterminé 
ce caractère dans ses rapports avec la tonalité moderne : 
voyons maintenant de quelle façon nous pourrons l'interpré- 
ter en nous plaçant au point de vue de la théorie antique. 

La mélodie est, nous l'avons vu, notée dans le ton lydien, 
c'est-à-dire transposée à la quarte supérieure du degré qu'elle 
occuperait dans l'échelle naturelle (avec un si bémol à la clef). 
Or, la première et la dernière phrase donnent impérieuse- 
ment l'impression d'un ton de ré concluant sur la dominante 
la, — dans l'échelle naturelle, ton de la concluant sur mi. 

C'est le mode dorien. 

Mais, dans les reprises suivantes, le sentiment tonal se mo- 
difie. Dès la deuxième période, le bémol du si est remplacé 
par le bécarre, et le mi, non seulement devient note finale, 
mais prend dans la mélopée une importance qui s'accuse par 
des sauts d'octave plusieurs fois répétés. On a donc modulé 
à la quarte inférieure, et, par là, on est revenu à l'échelle natu- 
relle. Gomme le mi est devenu note fondamentale, on est donc 
encore en dorien. 



Mais il y a ensuite un pas.'^age plus compliqué, qui demande 
de nouvelles explications. Déjà, dans la première période mélo- 
dique, le mi naturel avait été par trois fois altéré par le bémol. 
La mâme altération se retrouvera dans la strophe finale. 
Mais, dans deux autres strophes, non seulement le mi, mais 
encore le si, se présentent alternativement dans la forme 
naturelle et bémolisée. Nous sommes donc en présence de 
plirases mélodiques appartenant au genre chromatique. 

Or, voici comment les Grecs procédaient pour introduire 
l'élément chromatique dans leurs gammes. 

On sait que les gammes antiques, basées sur l'accord de 
la lyre, étaient composées de tétracordes accouplés, les uns 
conjoints, c'est-à-dire ayant une note commune et formant un 
ensemble de sept notes, les autres disjoints, c'est-à-dire séparés 
par un ton, et formant par conséquent l'octave complète. 

Mais, d'une part, une certaine combinaison de tétracordes 
superposés, à laquelle on donnait le nom de système immuable, 
permettait d'avoir au milieu de l'échelle le si naturel et le si 
bémol simultanément. 

Quant aux autres degrés, ils pouvaient être altérés de la 
manière suivante : 

Prenons, par exemple, le tétracorde mi fa sol la. Pour passer 
du genre diatonique au chromatique, on abaissait d'un demi- 
ton le .soi : on avait donc mi fa fa^ la. 

Faisons-en autant pour le tétracorde voisin, et l'octave en- 
tière devient : mi fa faH la, si do do'^ mi. 

Poussant l'application de ce système à ses dernières limites, 
abaissons, dans le tétracorde mi fa sol la, la corde sol d'un ton 
entier : neus obtenons fa, unisson de la corde voisine. Mais 
celle-ci, à son tour, peut être abaissée d'un quart de ton. Ré- 
pétant l'opération sur l'autre tétracorde, nous avons donc 
cette gamme (le quart de ton descendant étant exprimé par 
la lettre q) : Mi faq fa la, si do q do mi. 

Telle est la théorie de ce fameux quart de ton dont on a 
tant parlé, et qui, en réalité, a tenu dans la pratique de l'art 
grec une très faible place. 

L'on voit que ce système avait pour effet de rendre l'échelle 
incomplète, et que la gamme chromatique grecque diffère de 
la nôtre en ce que, loin d'être composée de douze demi-tons, 
elle est formée seulement de sept degrés disposés d'une 
façon différente de la forme diatonique. 

Les deux passages chromatiques du milieu de l'hymne 
s'expliquent parfaitement d'après ce système, les deux' 
phrases étant construites sur l'échelle ci-après, formée de 
tétracordes conjoints : La si \{ si b ré, ré mi b mi 1; sol. 

Le mode, dans les deux cas, reste le dorien initial, basé 
sur la dominante la. 

Quant à la coexistence du nti bémol et du mi naturel dans 
la première et la dernière strophe, elle s'explique non 



66 



LE MENESTREL 



moins naturellement par la pratique du système immuable, 
ces deux notes correspondant aux si bémol et si bécarre de 
l'échelle naturelle. 

Au sujet de l'interprétation modale de l'hymne à Apollon, 
j'ai à faire une petite querelle à M. Théodore Reinach, car 
il me semble, lui si parfaitement irréprochable au point de 
vue de la notation, y avoir -vu ici un peu moins clair. 

Nous sommes d'accord pour la première et la dernière 
période musicale, qui établissent la tonalité générale du 
morceau, et que nous attribuons l'un et l'autre au dorien, 
« le mode delphique par excellence t>, dit avec raison M. Rei- 
nach. Mais il n'en est pas de même pour les périodes inter- 
médiaires, où il y a modulation, métabole, pour nous servir du 
terme grec. Dans un passage très confus, et dont je relèverai 
tout à l'heure les inexactitudes les plus évidentes, M. Rei- 
nach, après avoir examiné la possibilité de classer les repri- 
ses diatoniques secondaires dans le mode dorien (auquel 
j'ai démontré qu'elles appartiennent en eiîet), finit par dé- 
clarer que ces reprises sont en mixolydien, gamme de si 
avec mi pour tonique. Il est vrai que le mi a une grande im- 
portance dans ces fragments ; mais, par contre, le si n'en a 
aucune, tandis que le la est exprimé, rarement il est vrai, 
mais d'une façon tellement caractéristique qu'il ne peut être 
douteux que la quinte modale soit composée des notes la mi. 
La terminaison de la plupart des périodes sur mi est d'ailleurs 
une raison concluante. M. Reinach objecte que la règle 
concernant la terminaison « est naturelle pour la cadence 
finale d'une cantilène entière, mais qu'il n'y a pas de rai- 
sons pour l'appliquer uniformément à toutes les reprises 
intérieures. » L'examen de tous les restes de la musique 
grecque prouve au contraire que, si les reprises intérieures 
ne s'achèvent pas forcément sur la fondamentale du mode, 
cette terminaison est au contraire, et de beaucoup, la plus 
fréquente, — et nous trouvons un exemple de celte double 
disposition dans les phrases mêmes de l'hymne delphique, 
dont une finit sur sol, mais toutes les autres sur la note mo- 
dale mi. Enfin, le mixolydien est le mode Ihivnoclique par 
excellence, celui des chants funéraires et des déplorations 
dans la tragédie : fût-ce pour cette seule raison, l'idée en 
aurait dû être écartée tout d'abord, car il n'est pas admissible 
qu'un mode ayant une pareille expression, un pareil ethos, 
ait été choisi pour rendre hommage à Apollon en son temple 
consacré. 

« Quant à la détermination du mode des reprises chroma- 
tiques, outre qu'elle est extrêmement difficile, je la crois assez 
oiseuse, le compositeur ne s'étant probablement pas même 
posé la question. » Ainsi s'exprime encore M. Reinach. L'on 
a pu voir que l'analyse modale de ces reprises n'était pas si 
difficile, et pouvait donner lieu à des résultats parfaitement 
positifs. Mais ce contre quoi je ne puis trop protester, c'est 
que ce soit « chose assez oiseuse, le compositeur ne s'étant 
probablement pas même posé la question. » Voilà vraiment 
une singulière théorie ! Eh quoi 1 Ce musicien couronné aux 
agones, auteur d'une œuvre jugée digne d'être gravée sur le 
marbre et transmise à la postérité la plus reculée, il aurait 
composé dans un mode sans savoir lequel?... Vraiment, ce n'eût 
pas été la peine que les Grecs eussent des théories musicales 
si complexes si leurs lauréats les ignoraient I Et d'ailleurs, 
admettons cette invraisemblable ignorance : la musique en 
serait-elle moins dans un mode? Car il est impossible dp 
concevoir une musique qui n'appartiendrait à aucun mode. On est 
dans un mode comme M. Jourdain faisait de la prose, sans 
le savoir I C'est à nous, si la chose en vaut la peine, de cher- 
cher à déterminer ce mode, — et nous le pouvons toujour?. 

Mais la grande cause d'erreur chez M. Théodore Reinach, 
c'est qu'il se méprend sur la véritable signification des 
modes grecs, et qu'au lieu de faire appel au sentiment 
musical il cherche à les déterminer par des indices extérieurs 
très insuffisants. Je le cite encore : « Les critères sur lesquels 
on se fonde d'ordinaire pour déterminer le mode : fréquence 



de la mèse, cadence sur l'hypate, impression générale... » On 
le voit, l'impression générale est reléguée au troisième plan. 
Or, n'est-ce pas essentiellement 1' « impression générale » 
qui permet de distinguer un mode d'un autre ? Les traités de 
solfège indiquent des moyens de reconnaître à la vue si un 
morceau est en majeur ou en mineur: mais ce qui vaut 
mieux, c'est la plus simple audition, — et c'est là qu'est le vrai 
critérium. Cela est d'autant plus vrai que les règles sur les- 
quelles s'appuie M. Reinach sont parfaitement chimériques. Sa 
seule et unique autorité est une phrase d'Aristote, très obs- 
cure, en tout cas fournissa-jt des données très incomplètes et 
que voici: 

« Pourquoi, si un musicien, après avoir accordé les autres 
cordes de la lyre, dérange la seule mèse (la), et qu'il joue de 
son instrument, éprouvons-nous un sentiment de peine et de 
discordance, non seulement lorsqu'il touchera la mèse, mais 
encore dans le reste de la mélodie, tandis que s'il avait 
dérangé la lichanos (sol) ou tout autre son, cette impression ne 
se produirait que lorsqu'il se servirait de la corde faussée? » 

La réponse est que « la mèse est la note qui revient le plus 
souvent dans les mélodies bien construites : tous les bons 
compositeurs y ont fréquemment recours ; alors même qu'ils 
s'en écartent ils ont hâte d'y revenir. De même, lorsqu'on 
fait disparaître du discours certaines conjonctions, telles que 
-s et v.y.i, par exemple, ce qui reste ne sera plus un langage 
hellénique, etc. ». 

Pour comprendre ce passage il faut savoir que les mots mèse, 
lichanos, hypale, sont les noms des cordes delà lyre, correspon- 
dant, dans l'échelle naturelle, à la, sol, mi. S'il fallait inter- 
préter ce texte, — d'ailleurs unique, et émanant d'un philosophe 
qui considérait les choses musicales d'une façon plus générale 
que précise, tandis que nous ne trouvons aucune donnée 
équivalente chez les véritables théoriciens musicaux, — s'il 
fallait, dis-je, l'interpréter avec la même rigueur que M. Rei- 
nach, et voir dans la mèse un équivalent de la moderne toni- 
que, il en résulterait que tous les modes grecs auraient pour 
tonique la. Alors, qu'est-ce qui les distinguerait les uns des 
autres?... L'hypothèse se détruit par elle-même. — Plus loin 
M. Reinach parle de « la règle, nulle part formulée, que la 
mélodie s'achève sur l'hypate (mi) ». Je le crois bien, que 
cette règle n'est nulle part formulée, car elle est aussi fausse 
que la précédente. La vérité est que la mèse ne joue le rôle 
de tonique que dans les harmonies doriennes (modes dorien 
et hypodorien) et que Vhypate n'est finale que dans le seul 
dorien. Si donc le problème d'Aristote a un sens au point de 
vue modal (ce qui n'est pas prouvé), il faut admettre que le 
philosophe a sous-entendu ces mots : « Dans l'harmonie 
dorienne » , ce qui n'est pas impossible , vu l'importance 
caractéristique de cette modalité chez les Grecs aux temps 
classiques. 

Notons au passage que si la mèse (la) joue un tel rôle dans 
le mode dorien, cela corrobore l'opinion que ce mode est 
basé sur la dominante plutôt que sur la tonique. L'analyse 
des deux hymnes delphiques le confirme pleinement. Au 
reste, il n'est pas interdit de supposer que la mélopée antique 
se prêtait, à cet égard, à beaucoup plus de libertés que notre 
musique harmonique moderne, et qu'un même mode pou- 
vait osciller entre deux tons voisins; en effet, il est telle autre 
phrase musicale qui viendrait à l'appui de la thèse favorable 
au mi tonique: je veux parler de la mélopée dorienne de 
V Hymne à la Muse, où, le mi restant note fondamentale, le si 
tient une place beaucoup plus considérable que le la. 

J'ai dit qu'il n'était pas prouvé que le passage d'Aristote 
ait la signification qu'on lui attribue au point de vue modal. 
Je crois en effet que M. Gevaert en a trouvé le véritable sens 
en constatant que, si la jîiè.se joue un certain rôle dans toutes 
les mélodies, c'est qu'étant placée au centre de l'échelle géné- 
rale de deux octaves, elle est la seule note qui figure dans 
toutes les gammes de huit notes prises dans cette échelle: 
de là son importance, qui est tout occasionnelle. 



Lt: MÉ.^ESTREL 



67 



L'on voudra bien observer aussi qu'en assimilant la mèse à 
la conjonction, Ari«tote lui attribua un rôle parfaitement 
mondain. Si l'on voulait poursuivre cette comparaison 
grammaticale, ce n'est pas à la conjonction qu'il faudrait 
associer la tonique, mais au verbe ou au substantif, les mots 
essentiels du discours. 

Un autre auteur dit que la mèse sert de base à l'accord de 
la lyre, et M. Reinacb, après l'avoir cité, dit : « Le fait que la 
mèse est prise pour diapason révèle son caractère de tonique. » 
Vraiment? Alors, diapason et tonique, cela est la même 
chose? Je vois un autre intérêt dans le passage en question, 
celui de constater que l'usage de prendre le la comme dia- 
pason était déjà pratiqué chez les Grecs, et cette survivance 
est intéressante à relever; mais ni celte dernière phrase ni 
celle d'Aristote n'ont une valeur suflBsante pour nous faire 
douter des données acquises, avec lesquelles elles sont en 
contradiction. 

J'ai cru devoir présenter ces objections, afin qu'il en 
puisse être tenu compte lors des futures études sur la mu- 
sique grecque auxquelles, il faut bien l'espérer, de nouvelles 
découvertes donneront encore lieu. 

(A suivre.) Julien Tiersot. 



BULLETIN THEATRAL 



DÉJAZEI. Un Voyage à Venise, folie-vaudeville en 3 actes, de MM. M. Froyez et 
G. Laine, musique de M. A. Renaud. — Eldobado. Le Royaume des femmes . 
opérette en 3 actes et 6 tableaux, de MM.E. Blum et P. Ferrier, musique 
de M. G. Serpette. — Bolffes- Parisiens. Ninette, opéra-comique en 3 actes, 
de M. Ch. Clairville, musique de M. Ch. Lecocq. 

A Déjazel, théâtre populaire planté en un quartier populaire, 
MM. Froyez et Laine n'onl point essayé de dissimuler sous un titre 
pompeux les trois actes qu'ils donnaient en pâture à la joie de leur 
public spécial. Folie- vaudeville onl-ils bravement fait imprimer sur 
les colonnes Morris et, de fait, dans un Voyage à Venise c'est la folie 
qui l'emporte sur la raison. Pour ces sortes de pièces, il faut, du côté 
des auteurs, une ample provision de gaîté naturelle, le sentiment du 
mouvement scénique excessif, et l'habile maniement du jeu des 
courses désordonnées, des gifles et des coups de pied lancés au bon 
moment ; du côté des interprètes, des jarrets d'acier et un entraîne- 
ment spécial qui se réclame tout autant du Gymnase que du Conser- 
vatoire. Tous ont, cette fois, très bien mérité les applaudissements 
et les éclats de rire des spectateurs; pour preuve, l'étonnant second 
acte, avec son double escalier d'un hôtel de Venise, où l'amusante 
incohérence bat son plein, alors que le jeune Boisgonflé, tnarié de la 
veille, est relancé par deux anciennes, par beau-papa et belle-ma- 
man, par un ami gaffeur et par un mari jaloux. 

Vil Voyage à Venise, agrémenté de quelques couplets faciles de 
M. Albert Renaud, est joué comme il convient par MM. Violette, 
Bouchet, Monval, Roux, Lineuil, M™^'^ d'Orville, Alix, Régnier et 
Dumont. 

Du Royaume des femmes, il n'y a pas grand'chose à dire ; on connaît 
la pièce pour l'avoir vue, il y. a quelques années seulement, aux 
Nouveautés, et MM. Blum et Ferrier, aidés de M. Serpette, n'ont pu 
rendre bien fameux ces trois actes de Cogniard, que Toché avait 
déjà essayé de rajeunir. Ce qu'il faut retenir avant tout de cette 
représentation, c'est le coup d'audace très méritoire de M. Marchand 
le directeur, enlevant au café-concert un de ses temples consacrés. 
Avec les ressources budgétaires que lui fournissent et les Folies- 
Bergère et la Scala, avec, à la tête d'un bon orchestre, un chef tel 
que M. Thibault, avec des artistes comme la toujours charmante 
Mily-Meyer, comme l'amusante M"'' Mathilde, comme la roucoulante 
M"'" Simon-Girard et comme le comique Sulbac, avec l'évident désir 
de bien faire, luxueusement même, il y a gros à parier que, d'ici 
peu, M. Marchand aura mis sa très Coquette salle à la tête des 
théâtres d'opérette de Paris. Il y a là une bonne place à prendre; 
M. Marchand, qui est un malin, doublé d'un heureux, ne la laissera 
pas au voisin. 

Mais voilà qu'un autre champion se lève qui semble vouloir redon- 
ner aux Bouffes-Parisiens la place prépondérante que longtemps ils 
occupaient de si brillante façon au premier rang des théâtres du mu- 
sique légère. Lui aussi il a à sa disposition un chef d'orchestre, 



M. Baggers, avec lequel on peut faire de petites choses fort artisti- 
ques ; il a du goût et n'a l'air de vouloir ménager ni son activité, 
ni son argent ; il a également une troupe fort agréable dont le bien 
chantant M. Piccaluga, la charmante M"'= Bonheur, MM. Barrai, 
Taufîenberger, Bartel etDimcan, un nouveau venu de ténorino agréa- 
ble, forment la base solide; enfin, du Jour au lendemain, il crée des 
étoiles, telle M""= Germaine Gallois qui, dorénavant, à ses succès de 
jolie femme et de gracieuse comédienne, pourra joindre ceux de 
chanteuse à la voix sympathique et fort gentiment conduite. Donc 
M. Georges Grisier inaugure sa nouvelle direction aux Bouffes avec 
le vent en poupe ; et les soins précieux et le luxe de bon goùl avec 
lesquels il a monté Ninette nous sont un sûr garant de ce qu'il fera 
dans l'avenir. 

Cette Ninette, dont M. Clairville a fourni la pièce et M. Lecocq a 
écrit la musique, est un véritable opéra-comique tel qu'on le comprenait 
autrefois, tenant le juste milieu entre le genre en honneur, aujourd'hui 
à la place du Châlelet et l'opérette moderne. Livret et partition ^nt de 
tenue correcte, aimable, d'inspiration tranquille çt de faire distingué. 
Si rien n'arrête très particulièrement l'attention du spectateur, tout 
est plaisant à écouter et le plaisir des oreilles se trouve augmenté de 
celui des yeux tant la mise en scène est heureuse et chatoyante. On 
a beaucoup bissé, entre autres numéros, une chanson militaire de 
rythme franc, un duetto « Tant de charmes, d'attraits » qui contient 
un plaisant temps de valse, et des couplets « Sache oublier Ninon », à 
travers lesquels passe comme un ressouvenir discret de la Manon de 
Massenet, ressouvenir qu'on pourrait retrouver en plus d'une page, 
d'ailleurs très estompé. On aurait pu redemander encore les couplets 
« J'ai pris avec ma malle », « Mouzon est une ville forte » et « De 
votre serin, Sylvie » d'allure plus légère et de tour amusant. 

Ai- je dit que la Ninette dont il est ici question, n'est autre que 
Ninon de Lenclos, et qu'il s'agit d'une intrigue amoureuse et des 
plus convenables avec Cyrano de Bergerac? La place me manque 
pour en vous narrer les détails ; aussi bien ferez-vous mille fois 
mieux d'y aller voir ! Encore une fois, votre agrément y sera double 
et par la séduction douce de l'opéra-comique lui-même et par le 
régal du spectacle. 

Pal'l-Émile Chevalier. 



L'ORCHESTRE DE 

(Suite.) 



LULLY 



Malheureusement, Collasse, fort honnête homme d'ailleurs, mais 
d'un caractère un peu fantasque, une fois LuUy mort ne s'entendit 
peut-être pas très bien avec ses héritiers ; de sorte qu'un beau jour 
il quitta la maison à laquelle son maître avait voulu l'attacher. On 
refusa de lui payer sa pension, il réclama, voulut plaider, et perdit 
son procès (1). 

Cela ne l'empêcha pas, toutefois, de continuer de « battre la me- 
sure » à l'Opéra, et cela ne l'avait pas empêché surtout de songer à 
s'y faire jouer. Lully avait commencé la composition 'd'un ouvrage 
intitulé Aclùlle et Polyxène, dont il avait écrit seulemenl l'ouverture 
et le premier acte. Collasse semblait d'autant plus naturellement 
désigné pour l'achever, que non seulemenl il était familier avec la 
manière de son maître, mais que celui-ci, outre ce qu'il avait écrit de 
complet, avait laissé sans doute encore les esquisses de quelques 
morceaux que. mieux que personne, il pouvait employer. Il termina 
donc la partition d'Ac/iWe et Polyxène, qui fut représenté le 7 novembre 
168" et qui, il faut le constater, n'obtint aucun succès. Le Mercure 
en parlait en ces termes : 

» On a commencé à jouer icy un opéra nouveau, intitulé Achille 
et Polyxène. L'ouverture et le premier acte sont de la composition de 
feu M. de Lully, et c'est le dernier ouvrage de musique qu'il ait fait 
avant sa mort. Le prologue et les quatre derniers actes ont été com- 
posez par M"' Collasse, l'un des quatre maislres de musique de la cha- 



(1) On lit à ce sujet dans la Comparaison de la musique italienne avec la musique 
française : — « Lully prit Collasse (pour remplacer Lalouette), qu'il gardajusqu'à 
sa mort, et dont il éloit si content, qu'il lui laissa, par son testament, un loge- 
ment et' cent pistoles de pension. Mais Collasse ayant quitté les enlans deLulli, 
ausquels leur père avoit prétendu l'attacher, ils plaidèrent ensemble, et Collasse 
perdit sa pension et son logement. Cependant il ne perdit pas quantité d'airs 
de violon de Lulli, qu'il avoit gardez, et dont il a sçu taire un bon usage dans 
les Q«a(reS«îsons et ailleurs. Souvent Lulli faisoit un jour un air de violon, le 
lendemain il en faisoit un secand sur le même sujet, ce second lui revenoit 
davantage. Il disoit à Collasse, brûlez l'autre, et Collasse se dispensoit quelque- 
fois de lui obéir scrupuleusement ». 



68 



LE MENESTREL 



pelle du Rot et élève da même M. de Lully. (Ici, trois pages de 
rélicences, qui prouvent que l'écrivain n'ose pas dire tout le mal 
qu'il pense delà musique de Collas se. Puis il reprend)... L'un veut du 
vif, l'autre veut du languissant ; l'un veut rire, l'autre veut pleurer, 
et cela est cause que chacun juge de la beauté d'un ouvrage de 
musique selon que cet ouvrage est conforme à son goust. Ainsi, quoy 
que je puisse dire de la musique de M' Collasse, ce que j'en dirois 
ne serait pas généralement receu, et un particulier ne doit jamais 
donner sou sentiment pour règle sur une chose dont on peut juger si 
difTéremmenf. Je puis dire pourtant à l'avantage de M' Collasse, qu'il 
est presque impossible qu'un homme qu'on a trouvé assez habile 
pour remplir une des quatre places de maislre de musique de la cha- 
pelle du Roy, et qui a demeuré pendant plusieurs années avec le 
fameux M. de Lully, n'ait pas beaucoup de ses manières, et ne 
fasse pas de belles choses. Aussi je vous diray qu'il y en a dans 
son opéra, et qu'elles ont esté applaudies des connoisseurs. » A ce 
langage tortueux et alambiqué, il est facile de voir que l'écrivain 
n'était pas féru de la musique de Collasse. 

Celui-ci ne devait pas tarder à prendre sa revanche. Le il janvier 
1609, sur un poème de Pontenelle, il faisait représenter, cette ftiis 
entièrement de sa main, un nouvel ouvrage, Tlic lis et Pelée, dont les 
trois rôles principaux étaient tenus par Duménil, 31"° Le Rochois et 
Fanchou Moreau, et dont le succès fut retentissant. Le Mercure, 
cette fois, paraissait plus content, quoique encore un peu nébuleux : 
(t Les habiles connoisseurs, disait-il, asseurent que les endroits qui 
demandent une belle musique dans cet opéra, sont si bien poussez, 
qu'il est impossible de faire mieux. Le reste est traité comme il doit 
l'estre dans les ouvrages de cette nature, et il seroit assez difficile de 
faire autrement. Pour la symphonie, elle me paroist extrêmement 
applaudie par tous ceux qui jugent de bonne foy et sans préoccu- 
pation. » 

Le succès de Tliétis et Pelée fut, tel qu'on fit sept reprises de cet 
ouvrage, dont la dernière eut lieu le 29 novembre l'oO. Il y avait 
longtemps que Collasse élait mori, mais son collaborateur Fonte- 
nelle, alors âgé de quatre-vingt-treize an?, assista à la représenta- 
lion, comme il avait assisté à la première soixante et un ans aupa- 
ravant, 1). 

Collasse fut moins heureux avec Enée et iarmie, qu'il donna au mois 
de novembre 1690, et avec Astrée, dont La Fontaine lui avait fourni 
le livret, et qui fut représentée juste doux ans après, en novembre 
1692. L'un et l'autre tombèrent, ou à peu près. Eu ce qui concerne 
Aslrée on peut croire, de l'aveu même de La Fontaine, que le poème 
ne valait pas mieux que la musique, car on a raconté à son sujet 
une anecdote assez originale. Le fabuliste, présent à la représentation, 
s'y trouvait placé dans une loge, derrière deux dames qui ne le 
connaissaient point. A chaque instant il donnait des marques d'im- 
patience, se répandait en exclamations et, sans plus se soucier des 
compagnes que le hasard lui avait données, il s'écriait tout haut : 

— C'est absurde ! c'est détestable. On n'a pas idée de pareilles 
choses. 

A la fin, les dames, un peu impatientées a leur tour par les 
réflexions de- ce critique peu endurant, se tournent de son côté et 
lui disent : 

— Mais, monsieur, cela n'est pas si mauvais. D'ailleurs, l'auteur 
est un homme d'esprit ; c'est M. de La Fontaine. 

— Eh I mesdames, répond notre homme sans s'émouvoir, la pièce 
ne vaut pas le diable, et ce La Fontaine dont vous parlez est un 
stupide. Je le connais, et c'est lui-même qui vous parle. 

Bref, il s'ennuie tellement qu'il sort après le premier acte, quitte 
le théâtre et va s'endormir au café Marion, café oîi tout le beau 
monde de l'Opéra allait se distraire pendant les entr'actes. Un de ses 
amis, entrant une heure après, l'y trouve en effet profondément en- 
dormi, et, surpris de le voir ainsi, s'écrie : 

— Comment donc '? La Fontaine ici! Mais ne devriez-vous pas 
être à la représentation de voire opéra ! 

L'autre s'éveille à demi, et tout en bâillant: 

— J'en viens, dit-il. Le premier acte m'a si prodigieusement en- 
nuyé queje n'ai pas eu le courage d'entendre les autres. J'admire la 
patience des Parisiens (2). 

il) " On a remarqué qu'à la reprise de cet opéra, le 29 novembre 1750, Fon- 
tenelle étoit à 'amphithéâtre, où il s'éloit déjà trouvé, soixante et un ans au- 
paravant, et qu'il soupa ce jour-là même à l'hôtel du l'Iessis-Chaiillon, rue des 
Bons-Enfans, chez le petit-fds de M. de Nouant. Ce dernier avoit soixante et 
dix ans lors de la première représentation de Tluitis et Pelée en 1689, à laquelle 
il avoit lui-même assisté avec Fontanelle, et lui avoit donné à souper ce jour-là. 
et dans le même hôtel. » (Anecdotes dramatiques)'. 

(2) C'est à propos à' Aslrée que le poète Linières fit circuler cette chanson 
satirique : 



Quelques semaines avant l'apparition à'Astrée, le 1"'' septembre, 
Collasse avait fait exécuter à Villeneuve-Saint-Georges, devant le 
Dauphin, un ballet qu'on aïait précisément intitulé le Ballet de Ville- 
neuve-Saiiil-Georges, et qui, peu de jours après, fut joué à l'Opéra. 
Collasse ensuite se tient coi pendant trois années, et ce n'est que lo 
18 octobre 1693 qu'on le voit reparaître à la scène, avec un opéra- 
ballet qui avait pour titre les Saisoiu, dans lequel il avait inséré plu- 
sieurs morceaux qu'il tenait de Lully. Mais on lui avait si durement 
et si souvent reproché d'user clandestinement de ce procédé, que 
cette fois il agissait ouvertement, ainsi que le prouve cet « Avis aux 
lecteurs » placé en tête de la partition : 

» L'autheur de la musique de ce ballet n'a pas jugé à propos de 
mesler la musique qui est de feu Monsieur de Lully a.'^ec la. sienne. Il 
reconnoist avec admiration que tout ce qui est de cet excellent 
homme ne doit souffrir aucun meslange, et que si le public a trouvé 
supportable ce qui est de sa composition dans les représentations 
qu'on en a faites, c'est que l'on a (sic) pas le temps d'en connoistre la 
différence dans le jeu comme sur le papier. Il a sceu que ce meslange 
déplairoit à la famille de M. de Lully, à laquelle il est fort aise de 
donner (dans toutes les occasions qui se présenteront) toutes les 
marques d'estime et de respect qu'il a pour la mémoire de cet homme 
incomparable. » 

La partition indique donc, à chaque morceau, quel en est l'auteur. 
Est-ce à cette collaboration posthume de Lully que Collasse dut l'heu- 
reux sort de son nouvel ouvrage? Toujours est-il que tev Saisons 
obtinrent un succès que leur auteur ne devait plus jamais retrouver 
par la suite, pas même avec Ja.^on ou la Toison d'or, qu'il fit repré- 
senter au mois de janvier de l'année suivante, et que le poème de 
Jean-Baptiste Rousseau ne put sauver d'un naufrage à peu près 
complet. Rousseau, qui, on le sait, ne brillait ni par la modestie ni 
par la noblesse du caractère, mit cette chute sur le compte de Collasse, 
et il en fut à ce point furieux qu'il fit pleuvoir sur la tète de son col- 
laborateur une grêle d'épigrammes, entre autres celle-ci, adressée à 
son confrère Longepierre, qui avait eu l'audace grande de louer les 
vers des Saisons, dont l'auteur était l'abbé Pic: 

Toi qui places impudemment 

Le froid Pic au haut du Parnasse, 

Puisses-tu, pour ton châtiment, 

Admirer les airs de Collasse ! 
Ce Rousseau était un homme aimable ! (1) 

(A suivre). Arthur Pougin. 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



Le dernier programme delà Société des concerts du Conservatoire ne com- 
prenait que deux œuvres, mais quelles œuvres, de quelle valeur, et pourtant 
combien différentes entre elles ! C'était la Symphonie avec chœurs de Beetho- 
ven — la Neuvième, comme on dit en Allemagne par une sorte de consécration 
du chef-d'œuvre — et la21i^ cantate de Jean-Sébastien Bach. Ces deux mer- 
veilles suffisaient en effet à former et à emplir à elles seules un superbe 
programme, et le public toujours un peu trop tranquille du Conservatoire 

Ah ! que j'aime La Fontaine 
D'avuir fait un opéra I 
Je verrai finir ma peine 
Aussitôt qu'on le verra. 

Par 1 avis d'un fin critique, 
Jem'en vais louer boutique 
Pour y vendre dessiftlets. 
Je serai riche à jamais. 

On peut deviner sans peine 
A voir parler Céladon, 
Qu'il nous vient de La Fontaine, 
Mais non celle d'Hélicon. 
C'est de l'égout du Parnasse, 
Et l'on a choisi Collasse 
Pour y composer des airs 
Aussi méchants que les vers. 
(1) Dans un dialogue satirique en vers, Rousseau s'en prenait encore à Col- 
lasse. Evoquant l'ombre de Lully, il la faisait sortir de son tombeau et s'adres- 
ser en ces termes à l'infortuné compositeur : 

Tremble, malheureux plagiaire, 
C'est l'ombre de Lully qui paroît à tes yeux. 
Je viens revendiquer les vols audacieux 
Que Lu m'as osé faire. 
On peut se demander pourquoi Rousseau, que rien n'y forçait, avait consenti 
à se faire le collaborateur d'un artiste qu'il méprisait et insultait de la sorte, 
d'ailleurs en si piètres vers. 



iti i 



LE MÉNESTREL 



69 



était sans doute de cet avis, car rarement on l'a pu voir plus chaleureux, 
plus vibrant et plus enthousiaste. Je n'ai point à revenir sur les incompa- 
rables beautés de la Symphonie avec chœurs, aujourd'hui suffisamment 
connue et jugée. Je me bornerai à constater son excellente exécution, 
confié, pour les soli. à MM. AVarmbrodt et Auguez, à M^^^^^ Eléonore Blanc 
et Denis. Tous: orchestre, chœurs, solistes, ont fait vaillamment leur 
devoir, sans une hésitation, sans une défaillance, avec un ensfmble, une 
sûreté, une vigueur qui leur font le plus grand honneur. Cela était 
superbe, et digne en tout point du maître immortel. — Après les compli- 
cations de la symphonie (complications qui nous pariassent jeux d'enfants 
auprès de ce qu'on ne craint pas de nous faire entendre aujourd'hui), on 
eût pu croire que la cantate de Bach paraîtrait pale en sa simplicité char- 
mante. Il n'en a rien été, bien au contraire. Ici, pourtant, point d'effets 
d'orchestre, un orchestre même incomplet, ne comprenant ni flûtes ni 
clarinettes, parfois même un seul instrument pour accompagner le chant ; 
et avec ces moyens volontairement restreints, le vieux Bach a écrit une 
œuvre absolument délicieuse, d'une couleur et d'une grâce enchanteresses. 
C'est qu'aussi, il faut bien le dire, il a mis là-dodans des idées, ce dont 
quelques-uns de nos jeunes musiciens s'embarrassent fort peu, c'est que 
la mélodie, puisqu'il faut l'appeler par son nom, c'est que la mélodie 
coule à pleins bords, et que l'inspiration ne faiblit pas un instant. Aussi 
fallait-il voir la joie du public à l'audition de cette musique si fraîche, si 
limpide, si caressante de cette musique qui est de la musique enfin, et non 
un problème de contrapontiste ou un défi jeté aux oreilles les moins déli- 
cates. L'enchantement a commencé avec le délicieux air de soprano : 
Larmes, plaintes, soupirs, qui n'est qu'une sorte de duo de la voix avec le 
hautbois, uniquement accompagné par les basses, et qui a valu comme 
une sorte de triomphe à M"" Blanc et à M. Gillet; cela a continué avec un 
chœur plein de fraîcheur, puis avec un récit en duo, sorte de dialogue 
d'une couleur exquise, soutenu seulement par l'orgue et quelques notes 
de basses, enfin avec un air de ténor gracieux et frais : Mon cœur, sois en 
fêle, d'un rythme plein de franchise, accompagné aussi par l'orgue, avec les 
basses, et que M. Warmbrodt a dit d'une façon charmante. En résumé, 
l'ensemble est délicieux et l'effet a été grand, grâce à la beauté de l'œu- 
vre, à son exécution générale et aux quatre artistes chargés de l'interpré- 
Irer, MM. Warmbrodt et Auguez, M"=* Eléonore Blanc et M. Dupuy. 

A. P. 

— Concert Colonne. — Le 3'- acte du Crépuscule des Dieux, qui a été 
exécuté presque intégralement, présente, dans sa seconde moitié, les situa- 
tions les plus pathétiques dont Wagner ait doté le théâtre : la mort de 
Siegfried, suivie de cette marche fameuse qui recule l'horizon que la mu- 
sique nous avait ouvert sur les profondeurs tragiques, et le sacrifice de 
Brunehild, mort triomphale, celle-là, sans angoisses, puisqu'elle s'achève 
en apothéose sur les thèmes glorieux de la tétralogie. Les deux autres 
scèues, moins robustes et moins consistantes, supportent cependant fort 
bien l'épreuve du concert, mais, leur musique étant moins impérieuse- 
ment imposante, on sent que des décors et une action ne lui nuiraient pas. 
M"« Elise Kutscherra chante d'une façon un peu gutturale et avec un 
accent d'outre-Rhin les germanismes de l'œuvre wagnérienne ; sous cette 
réserve, on peut vanter l'énergie de sa diction souvent chaleureuse et 
l'ampleur de sa voix quand les notes lui sont favorables. M'"" Auguez de 
Montalant, M"« Texier et Planés forment un excellent trio de filles du 
Rhin. M. Cazeneuve peut être considéré comme excellent jusqu'à la décou- 
verte du ténor rêvé qui saura dire avec distinction les phrases musicales 
du rOile de Siegfried que Wagner a faites élégantes, malgré leur allure 
sauvage et leur apparente vulgarité. Il y a de la race des dieux chez le 
héros wagnérien. MM. Edwy et 'VieuîUe ont tenu convenablement leur 
place dans l'ensemble. La page la plus poignante de Wagner, sa marche 
funèbre, a pour point de départ celle de Beethoven dans la Symphonie 
héroïque. Ne soyons donc pas ingrats pour le maître sans lequel Wagner 
eût été impossible. L'accueil froid qui a été fait au concerto en mi bémol, 
œuvre d'une richesse inouïe d'inspiration, d'une tendresse et d'une puis- 
sance d'émotion inoubliable dans l'adagio, d'un élan et d'une verve qui 
n'ont jamais été dépassés dans le finale, cet accueil est injuste autant 
qu'attristant. M. Edouard Risler avait pourtant joué ce chef-d'œuvre en 
véritable artiste, avec une maestria superbe et un sentiment exquis dans 
les passages de douceur et de grâce, mais on pensait à autre chose, et 
l'orchestre n'a pas été irréprochable. N'importe ; M. Kisler a triomphé 
personnellement, on l'a applaudi quand on aurait dû l'acclamer, c'est la 
faute de Beethoven qui a mis trop de génie dans le 5'^' concerto. Il faut 
monter encore pour être à la hauteur, sursum corda. La belle ouverture de 
Pairie, Héves de AVagner, et trois fragments de Jocelyn, de B. Godard, 
complétaient le programme. Amédée Bodtarel. 

— Concert Lamoureux. — Que de fois l'avons-nous dit et répété: les 
fragments d'œuvres théâtrales ne peuvent que perdre naturellement a 
être interprétés dans les concerts; celles-ci n'y sont pas dans leur cadre. 
L'auditoire a beau avoir sous les yeux un texte explicatif, cela ne lui 
suffit pas. Le deuxième tableau du premier acte de Circé, opéra de 
M. Théodore Dubois pourrait, sans doute produire un grand effet à la 
scène, la figuration et le mouvement dramatique aidant. Au Cirque d'été, 
il ne pouvait prétendre l'i se montrer sous tous ses avantages: le public 
a bien senti qu'il était en présence d'une œuvre de valeur, consciencieuse- 
ment écrite par un musicien de talent (le prélude symphonique de 



ce fragment, avec ses belles sonorités et ses harmonies curieuses, a 
grande allure) ; mais il était évidemment dérouté par une action que 
rien ne préparait et que rien ne suivait, par un épisode dont le 
livret lui-même n'expliquait pas le rôle dans un sujet resté inconnu. 

— C'est pire encore quand il s'agit d'œuvres telles que Siegfried et le 
Crépuscule des Dieuœ, de Wagner. On peut contester le système musi- 
cal de Wagner. Il a ses admirateurs exclusifs, comme il a ses détrac- 
teurs absolus. Il serait plus sage de reconnaître les beautés de son œuvre, 
tout en signalant ses défauts. Il avait eu une idée géniale : il voulait 
faire du théâtre la synthèse de tous les arts : la poésie, la musique, la 
décoration picturale devaient, selon lui, former un tout indissoluble. Il 
avait même conçu une disposition particulière de son orchestre, un sys- 
tème particulier d'éclairage du théâtre et de la scène. S'il était encore de 
ce monde, il ferait une fière grimace en voyant ses œuvres découpées, 
jouées dans des conditions qu'il n'avait pas prévues, et il rirait bien de ce 
public qui se pâme par conviction ou par genre, croyant entendre du 
vrai Wagner, alors qu'il n'entend que du Wagner travesti. .l'ai connu un 
monsieur qui avait entendu trente fois Parsifal à Bayreuth et était resté, 

— du moins le croyait-il, — sain d'esprit. C'est qu'il avait entendu Parsifal 
dans les conditions voulues par l'auteur. Laissons donc l'opéra au théâtre, 
et que les grands concerts se contentent démettre à leur répertoire la sym- 
phonie, l'oratorio, et les œuvres faites pour le concert. Tout le monde, 
les œuvres elles-mêmes, y gagneront. Vraiment, je plaignais, de tout mon 
cœur M. Lafarge et M'»= Jane Marcy, deux artistes de grand talent, 
luttant contre un orchestre formidable que l'auteur n'avait fait formidable 
qu'à la condition qu'il serait établi dans une sorte de sous-sol, de façon 
à permettre au chanteur de chanter et d'être entendu. — Combien, à coté 
de ces œuvres touffues, il a été doux d'entendre la symphonie en fa de 
Beethoven, et cette délicieuse Invitation à la Valse, de Weber, si admira- 
blement et si sobrement orchestrée par Berlioz. H. Barbedette. 

— Programmes des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire : même programme que dimanche dernier. 

Châtelet, concert Colonne : Ouverture de la Princesse Jaune (Saint-Saëns). — 
Les Landes (Guy Ropartz). — Rèces (R. Wagner), par M»" Kutscherra. — Con- 
certo en ta mineur pour piano (Schumann), par M. L. Diémer. — Deuxième 
partie du troisième acte du Crépuscule des Dieux (Wagner), soU par MM. Cazeneuve, 
Edwy, Vieuilie, M-e- Kutscherra, Marguerite Mathieu, Texier et Planés. — La 
Chevauchée des Walkyrics (Wagner). 

Cirque des Champs-Elysées, concert Lamoureux : Symplionie en fa (Beetho- 
ven). — Deuxième tableau du premier acte de Circé (Théodore Dubois), par 
M"' J. Marcy (.Miguela), M. Lafargue (Fray Juanito), M. Bailly (Hernandez), 
M. Blancard (Fray Domingo). — Les Chants tie la Forge, du premier acte de 
Siegfried (Wagner) : Siegfried, M. Lafargue. — Scène finale du troisième acte du 
Crépuscule des Dieux (Wagner) : Brunhilde. M"" J. Marcy. — L'Invitation à la valse 
(Weber), orchestrée par Berlioz. 

Concerts du Palais d'Hiver. Chef d'orchestre Louis Pister : Rienzi, ouverture 
(Wagner). — Vision de Jeanne d'Arc (Gounod). — Thamara, prélude (Bourgault- 
Ducoudray). — Ballet persan, première audition (Moussorgski). — Le Songe d'une 
nuit d'été (Mendelssohn). — La Zamacueca (Th. Ritter). — Polonaise (V. Joncières). 

— La seconde séance du quatuor Nadaud-Gibier-Trombetta-Cros-Saint- 
Ange, qui a eu lieu avec le concours de M. Risler, était entièrement 
consacrée à la musique russe et présentait un très vif intérêt. Elle s'ou- 
vrait par le deuxième quatuor à cordes de Borodine, dont le Notlurno (n° 3j 
est charmant et d'une allure vraiment originale. La sonate de Rubinstein 
pour piano et violon (op. 19), que MM. Risler etNadaud ont jouée ensuite 
d'une façon remarquable, est une œuvre magistrale, d'un caractère superbe 
et plein de grandeur, après laquelle M. Risler nous a fait entendre, avec 
un plein succès, une pièce charmante de Tschaïkowsky, Doumka (scène 
rustique russe), d'une conception étrange et curieuse, et d'un effet infail- 
lible. Le programme se terminait par une série de pièces pour instruments 
â cordes de M. Alexandre Glazounow, Novellettes (op. 13), dont deux sur- 
tout sont charmantes: Vlnterludum in modo anlico, qui est d'une poésie péné- 
ti-ante, et l'Orientale, dont le rythme vivace est plein d'originalité. Les 
exécutants méritent les plus grands éloges, car toute cette musique est 
également difficile au point de vue du style et de la virtuosité. — A. P. 

— Superbe, la troisième séance de la Société pour instruments à cordes 
et à vent fondée par les artistes de l'Opéra, MM. Garembat, Martinet, 
Bailly, Georges Papin, Soyer, Lafleurance, Bas, Paradis, Couppas et Penable. 
Le programme comprenait un Andante et Vivace de M. Paul Taffanel pour 
flûte, hautbois, clarinette, basson et cor, morceaux d'une jolie facture et 
délicatement travaillés, qui ont obtenu un légitime succès. Le trio de 
Beethoven, pour flûte, violon et alto a été chaleureusement applaudi ainsi 
que le septuor de Ilummel, qui a valu une véritable ovation à ses inter- 
prètes. M. Charles René a tenu la partie de piano avec le talent qu'on lui 
connaît. L'Aubade de Lalo a terminé cette belle soirée. 

— Vendredi dernier, à la nouvelle salle Pleyel, remarquable exécu- 
tion des huitième et treizième quatuors de Beethoven, par le quatuor 
A. Geloso, Tracol, Monteux, Sohneeklud (fondation Beethoven). Les di- 
verses parties de ces œuvres ont été interprétées avec une ardeur très 
artistique, une intelligence très sûre et très personnelle des détails et une 
constante perfection d'ensemble. La prochaine séance aura lieu à la même 
salle le vendredi 6 mars, à neuf heures du soir. 

— A la salle Érard, concert des plus intéressants, donné par M"" Lucie 
Wassermann, avec le concours de MM. Berthelier, Loéb, et de M"^ Mar- 



70 



LE MÉNESTREL 



cella Pregi. La 2« Fantaisie de A. Perilliou, remarquablement exécutée par 
la bénéficiaire et accompagnée sur un second piano par l'auteur, a fait le 
plus grand effet sans le secours de l'orchestre. Le l'' trio pour piano et 
instruments à cordes de Saint-Saëns, et la sonate op. 103 de Schumann, 
pour piano et violon, ont été fort applaudis. Grand succès pour M. Loëb, 
violoncelliste, dans des pièces de Saint-Saêns et de Popper. M"» "Was- 
serman, a dit, pour piano seul, quatre pièces de Schumann, Scarlatti, 
BoêllmannetLiszt, dans lesquelles elle a fait apprécier son beau talent et son 
excellent style. M"= Marcella Pregi a chanté avec un sentiment dramatique 
très intense une mélodie de Perilhou et deux Lieder de Schumann, qui ont 
été pour elle l'occasion d'un succès considérable et mérité. H. B. 

— A la Société des instruments à cordes et à vent, M. G. Rémy, le 
brillant artiste que l'on sait, remplacera M. Berthelier empêché. 

— Trois séances de musique ancienne sur les origines de la musique de 
concert seront données au profit de l'CEuvre des campagnes (sous la 
présidence de S. A. R. M""" la duchesse d'Alençon) à la Galerie des 
Champs-Elysées, 72, avenue des Champs-Elysées, les mardis 3, 10 et 17 mars, 
à quatre heures et demie. Au programme : les Chanteurs de Saint-Gervais, 
Mlles Éléonore Blanc, Mary Garnier, Marcella Pregi, M™ Joséa Maya, 
MM. Louis Diéraer, 1. Albeniz, Delsart, "Warmbrodt, A. Challet, Chey- 
rat, etc. L'orchestre et les chœurs (~o exécutants) sous la direction de 
MM. 'Vincent d'Indy et Gh. Bordes. Au programme de la première séance, 
une Cantate de J.-S. Bach, des Canciones sacra de Schûtz, des pièces vocales 
du "KVl' siècle et un concerto de Bach, par le célèbre pianiste espagnol 
I. Albeniz. 



NOUVELLES DIA^ERSES 



ETRANGER 



On lit dans une correspondance adressée de Venise à la Gazz-etta musi- 
cale de Milan : « Ambroise Thomas, l'artiste excellent qui, à mon avis, 
pour la pure conception mélodique, dispute, ou au moins partage la palme 
avec ses autres éminents contemporains, tels que les Gounod, les Halévy, les 
Bizet, etc., qui ont illustré la France musicale, est mort. Venise ne pou- 
vait rester indifl'érente devant ce fait, et, moins que tout autre pouvait le 
faire la direction du théâtre de la Fenice, qui n'oubliait assurément pas 
que Mignon avait obtenu sur cette scène, il y a presque trente ans, un suc- 
cès splendide, et que plus tard Hamlel obtenait sur le même théâtre, te 
premier en Italie, avec le baryton Francesco Graziani pour protagoniste, 
l'accueil le plus sympathique. Pénétré de ces idées et se souvenant aussi 
de la visite que lui faisait l'illustre musicien en 1890, aussi bien que des 
amabilités dont Ambroise Thomas entourait naguère à Paris Giuseppe 
Verdi, la direction de la Fenice envoyait à la famille de l'illustre maestro 
Thomas le suivant télégramme (en français) : 

Li direction du théâtre le Phœnix, toujours flère d'avoir admiré, première en 
Italie, dans son théâtre, Hamlet, chef-d'œuvre d'Ambroise Thomas, i'ami de 
■Verdi, dépose sur sot tombeau la ileur du souvenir. 

Antonio ForuycM, sénateur du royaume. — Conte Alessandro Tornielli. — 
Giuseppe LizzARi. — Pietro Faustini, secrétaire. 

— D'autre part, voici ce que nous trouvons dans le premier numéro de 
la Cronaca musicale, journal dont nous annonçons avec plaisir la publication 
et qui vient de paraître à Pesaro : 

Le télégraphe nous a apporté une triste nouvelle, qui est un deuil pour 
notre art. Ambroise Thomas, dans une dernière crise de sa maladie, s'est 
éteint le 12 courant, à cinq heures et demie. 

La présidence, la direction et les professeurs du Lycée Rossini, en appre- 
nant l'événement, ont envoyé le télégramme suivant : 
Conservatoire musical, Paris (en italien). 
Lycée musical Rossini participe vivement au deuil de l'art et de la France 
pour la perte irréparable du grand maestro Thomas. 

Pour le Conseil d'admmislratiun. 
Le président : Auguste Guidi-Carnevali. 
Conservatoire national de musique, Paris (en français). 
Professeurs du Lycée Rossini), profondément émus par la perte illustre Direc- 
teur première École Française, envoient sincère expression de leur regret, 
s'associant au deuil qui frappe le monde artistique. 

Mascagni. 
De la direction du Conservatoire de Paris est parvenu ce télégramme en 
réponse : 

Mascagni, Pesaro (Italie). 
Vifs remerciements à directeur et professeurs Lycée Rossini pour les regrets 
qu'ils adressent au Conservatoire. 

— La Gazzetla officielle du royaume d'Italie publie un décret royal par 
lequel le terme de la durée du droit de propriété pour l'opéra k Barbier de 
Séville, de Gioacchiuo Rossini, est prorogé de deux années, à partir du IS 
février 1896. Le Barbier de Séville fut représenté pour la première fois le 16 
février 1816, et par ce fait devait, selon la loi, tomber dans le domaine 
public le 16 février 1896 (80 ans du droit de propriété) ; mais comme le 
Lycée musical de Pesaro vit en grande partie du revenu que lui appor- 
tent les représentations de cet ouvrage, on a jugé à propos de proroger de 



deux années le droit de propriété en ce qui le concerne. Pour très intéres- 
sante que soit en l'espèce la question, il nous semble singulier qu'un décret 
souverain puisse aller à rencontre d'une loi d'un effet général. 

— De notre correspondant de Belgique (27 février). — La Monnaie nous 
a donné une bonne reprise A'Orphêe, avec MU'* Armand, Fœdor, Milcamps 
et Hendrickx, qui forment un ensemble très satisfaisant, en attendant la 
première de Thàis, qu'on nous promet pour la semaine prochaine. M. Mas- 
senet est arrivé à Bruxelles — tout justement, hélas ! pour enterrer un de 
ses collaborateurs, Alfred Blau, dont la mort inopinée à Bruxelles, où il 
était venu passer quelques jours, a péniblement affecté tout le monde. 
Nous avions rencontré encore le pauvre homme à la reprise du Tan- 
nhuuser. Je ne sais si c'est cela qui l'a tué ; mais il est certain que rien 
ne faisait prévoir une fin aussi subite. Alfred Blau comptait rester à 
Bruxelles jusqu'après Aa première de Thais, et se faisait d'avance une joie 
d'applaudir l'œuvre de son collaborateur Massenet dans un cadre plus ap- 
proprié à son caractère que celui de l'Opéra de Paris, et interprétée par 
une artiste curieuse et personnelle comme M"" Leblanc. Une indisposi- 
tion de cette dernière est venue contrarier un peu les dernières répéti- 
tions ; mais elle n'a été heureusement que passagère, et la première 
représentation n'en aura pas été de beaucoup retardée. — L'école de mu- 
sique de Saint-JossB-ten-Noode-Schaerbeck, qui n'a pas sa pareille en Bel- 
gique pour l'enseignement du chant d'ensemble, auquel elle est consacrée 
exclusivement, a fêté hier soir son vingt-cinquième anniversaire par un 
grand concert qui a eu lieu au Cirque royal. Le programme se composait 
principalement du Fuustde Schumann. Le succès des chœurs de jeunes gens 
et de jeunes filles formés par les élèves de l'institution, au nombre de près 
de quatre cents, a été très vif. — Aujourd'hui enfin, le cercle de la Libre 
Esthétique a inauguré les matinées musicales que M. Eugène Ysaye orga- 
nise tous les ans pendant l'exposition de ce cercle d'artistes jeunes et no- 
vateurs. A cette première matinée nous avons entendu un adorable Qua- 
tuor slave de Glazounow, et une Suite ba.scjue, plus prétentieuse qu'originale 
de M. Ch. Bordes, exécutés admirablement, ainsi que des mélodies d'un 
musicologue russe établi en Belgique, M. Wallner, fort bien chantées par 
M"° Duthil, élève de M™' Cornélis-Servais et premier prix du Conserva- 
toire de Bruxelles. M"» Duthil n'a eu qu'un tort, celui de s'être amusé à cal 
quer M"'" Georgette Leblanc... Toutes les jeunes filles, surtout celles qu 
chantent, imitent aujourd'hui M"'" Leblanc; c'est une véritable épidémie 
elles l'imitent dans sa coifftire, dans ses toilettes, dans sa diction, et elles 
tâchent même de l'imiler dans son talent : ceci n'est pas toujours facile 
mais l'intention y est. L. S. 

— A l'occasion des fêtes du centenaire de Franz Schubert, on jouera 
à Vienne et à Dresde une opérette en un acte du maître : En faction pen- 
dant quatre am, qui n'a encore été représentée nulle part. 

— Les nombreux travaux qu'on exécute actuellement dans la ville de 
Vienne, fortement agrandie par l'annexion de sa banlieue et par la démo- 
lition des fortifications extérieures, ont mis à jour un souvenir de Franz 
Schubert, dont on va célébrer le centenaire. En reconstruisant une vieille 
maison dans le faubourg de 'tt'aehring, on a rendu visible une inscription 
qui se rattache à l'une des plus ravissantes mélodies du compositeur. Cette 
inscription est conçue dans les termes suivants : « Franz Schubert a 
composé dans cette maison, alors nommée Au sac à bière (sic !), en juillet 
1826, par une après-midi de dimanche, entouré de quelques amis et au 
milieu du brouhaha du cabaret, son aubade: Ecoute l'alouette dans les airs 
bleus... ». Il s'agit de sa célèbre aubade sur des paroles de Shakespeare, qui 
est restée plus fraîche que !a sérénade de Schu'nert sur les vers de Rellstab, 
qu'on a si souvent entendue qu'elle est devenue presque banale. Dans les 
faubourgs de Vienne, presque tous les cabarets sont pourvus d'un jardinet 
(Gastliausgartm) où les habitués s'attablent pendant la belle saison, ot c'est 
précisément dans le jardin d'un cabaret ouvert en 1791, par un restaura- 
teur nommé Biersack (sac à bière), que Schubert a composé son aubade. Le 
cabaret et le jardin existent encore, voire un vieux châtaignier sous lequel 
Schubert a écrit cette mélodie ; le propriétaire actuel du cabaret lui a 
donné comme dénomination nouvelle : Au jardin de Schubert. Le vin qu'on 
y boit n'a pas changé non plus ; c'est toujours le petit vin blanc des environs 
de Vienne, et que Schubert adorait comme tout enfant du peuple vien- 
nois. 

— L'ancienne salle du Reichstag allemand va être transformée en théâtre ; 
elle est devenue vacante à la suite de l'inauguration du nouveau monu- 
ment où siège actuellement le Parlement allemand. Dans cette salle, le 
prince de Bismarck a prononcé des discours retentissants, et les divers 
partis politiques ont joué leurs petites pièces à intrigues. Maintenant on 
y jouera la comédie pour de bon. 

— Le célèbre ténor Tamagno, dont les succès étaient éclatants à l'Aqua- 
rium de Saint-Pétersbourg, vient d'être l'objet d'une manifestation toute 
particulière du czar, qui désirait lui voir donner, avant son départ, une 
représentation i'Otello au Théâtre impérial. Mais Tamagno, aussitôt son 
engagement terminé, devait se rendre à Monaco, où l'appelait un nouveau 
traité. Qu'à cela ne tienne. Le czar écrivit à la princesse de Monaco pour 
la prier d'accorder au chanteur un délai, qu'il obtint naturellement sans 
peine, et la représentation eut lieu. L'aristocratie de la capitale russe fut 
sens dessus dessous pour assister à cette soirée toute spéciale, qui eut 



LE MENESTREL 



lieu le 3 février, en présence de l'empereur, de l'impératrice et des grands- 
ducs. Le prix des places avait subi une augmentation iuouïe. Un simple 
fauteuil coûtait 300 francs, et les loges étaient à 2.000 et 3.000 francs. Le 
succès fut immense. Tamagno partait le lendemain ; le czar, ne le voulant 
point remercier avec de l'argent, lui faisait remettre, à l'adresse de sa 
fille, un écrin rempli de joyaux de grande valeur, et cet envoi délicat lui 
causa une joie que l'on peut comprendre. 

— Dépêche de Boston : « La Navarraise, le drame lyrique de MM. Mas- 
senet, Jules Glaretie et Henri Gain, vient d'être donnée avec M""= Emma 
Calvé, MM. liUbert, Castelmary et Plançon. L'ouvrage et ses brillants 
interprètes ont été très applaudis, W' Calvé surtout, qui est toujours la 
superbe Anita que tout Paris a acclamée. » 

— Quelques détails sur les dernières représentations de la troupe 
Abbey et Grau, à New- York et à Brooklyn. Elles ont été triomphales. La 
Manon de Massenet a mis particulièrement le public en délire. M"" Melba 
chantait pour la première fois le rôle de Manon, et Maurel, celui de Les- 
caut, les autres étant tenus par Jean de Reszké, Plançon et Castelmary. 
L'ouvrage était chanté en français. « Les applaudissements, dit un cor- 
respondant, furent continuels, et surtout chaleureux au duo : Nous vivrons 
à Paris tous les deux. La Melba était suave et dramatique ; Jean de Reszké, 
délicieux dans le songe; Plançon superbe, comme toujours; quant à 
Maurel, il sut, par son talent extraordinaire, donner une physionomie 
toute spéciale à son personnage. ■•< La Damnation de Faust obtint aussi un 
grand succès, chantée par M™" de Vere-Sapio (remplaçant M"' Nordica, 
malade), MM. Lubert, Castelmary etPlançon. Enfin, avec Carme», eut lieu 
une grande soirée de gala, avec prix augmentés, celui des fauteuils étant 
fixé à sept dollars (35 francs). « New- York était couvert d'un mètre de 
neige, dit le même correspondant, et au Métropolitain, on voyait briller 
quatre étoiles : M'""^ Calvé et Melba et les deux de Reszké. Salle absolu- 
ment bondée, applaudissements, fleurs et couropnes, etc. ». 

PARIS ET DEPARTEIÏIENTS 

Note du Figaro : Après les obsèques d'Ambroise Thomas MM. Ber- 
trand et Gailhard ont, spontanément et d'un commun accord, résolu que 
l'auteur à'IIamlet aurait — et bientôt — son monument et sa statue à 
Paris. Instruits par des exemples récents et sachant par expérience que 
les comités s'endorment et que les souscriptions traînent, ils ont décidé 
que ce serait l'Opéra et eux-mêmes qui supporteraient tous les frais du monu- 
ment. La première représentation de la reprise à'Hamlet — annoncée pour 
le mois de mai et qui sera très brillante — sera donc donnée au profit 
du monument qui, d'ores et déjà est commandé à Falguière, un ami 
personnel des directeurs de l'Opéra. 

— Les nécessités de notre mise en pages de samedi dernier nous ont 
obligés à beaucoup précipiter notre relation des obsèques d'Ambroise 
Thomas. De là, un certain nombre de petites erreurs qui s'y sont glissées 
et qu'il convient de rectifier. Et d'abord, ce n'est pas M. Roujon qui a 
parlé au nom du ministre sur la tombe de l'illustre défunt, c'est bel et 
bien le ministre lui même. Gomme il n'avait pas jugé à propos de deman- 
der pour le maître disparu des n obsèques nationales », il a cru lui devoir 
tout au moins cette compensation de prendre en personne la parole pour 
cette circonstance mémorable. Était-ce bien une compensation suffisante? 

— Ensuite, ce n'est pas le Pie Jesu composé sur l'arioso d'Hamlet qu'a 
chanté M. Delmas, en remplacement de M. Faure indisposé, mais bien 
un Pie Jesu original écrit par Ambroise Thomas au temps de sa jeunesse. 

— Disons enfin que le grand orgue était tenu magistralement par M. Cb. 
Widor, qui, entre autres morceaux, a exécuté une absoute d'un beau 
caractère qu'Ambroise Thomas avait composée jadis pour les funérailles de 
jjnic Paul Delaroche, fille d'Horace Vernet, et qu'il y avait exécutée lui- 
même, à l'église Notre-Dame-de-Lorette. 

• 

— Parmi les délégations envoyées de province pour assister aux obsèques 
d'Ambroise Thomas, n'oublions pas celle du Conservatoire de Toulouse. 
M. Omer Guiraud, le distingué professeur, la présidait, accompagnant une 
superbe couronne et entouré de tous les élèves toulousains actuellement 
au Conservatoire de Paris. 

— On annonce pour cette semaine la première représentation (reprise) 
A'Orpliee à l'Opéra-Comique. C'est M'" Marignan qui, au dernier moment, 
a pris le rôle d'Eurydice, — les nécessités du répertoire obligeant de 
réserver M™" Bréjean-Gravière pour d'autres reprises en vue. 

— M"o Fernande Dubois, qui a créé, à l'Opéra-Gomique, la Xavière de 
M. Théodore Dubois, et la Ninon de Lenclos, de M. Missa, étudie en ce 
moment le rôle de Mignon. 

— On annonce que le ténor Van Dyck viendra, en mai et juin, donner à 
l'Opéra des représentations des opéras de Wagner. 

— Hier, 29 février, l'Académie nationale de musique aurait pu célébrer 
le soixantième anniversaire de la première représentation des Huguenots, 
si l'incendie du magasin des décors de la rue liicher n'était venu momen- 
tanément enlever cet opéra du répertoire. C'est en efl'et le 29 février 
1836, année bissextile comme 1896, que le chef-d'œuvre de Meyfrbeer a été 
joué pour la première fois. Les rares survivants de cette mémorable pre- 
mière auraient dû envoyer des fleurs à M°"= Falcon, qui créa le rôle de 
Valenline d'une façon admirable et qui est aujourd'hui l'unique artiste de 



premier ordre dont le nom se rattache à cette glorieuse époque de l'Opéra 
français. H serait curieux de savoir si M™'= Falcon. dans sa calme retraite 
parisienne, s'est souvenue de la première deï Huguenots qui fut pour elle 
un vrai triomphe et qui a donné son nom aux grands rôles de soprano- 
dramatique. 

— La transformation de la claque. L'administration des beaux-arts vient 
de prendre une décision que nous avions fait prévoir : le service de la 
claque est transformé dans les théâtres subventionnés, sur les mêmes 
bases qu'à la Comédie-Française. A partir du l"' mars, l'Opéra, l'Opéra- 
Comique et l'Odéon devront attacher à leur administration un employé 
payé et révocable par eux, chargé d'organiser la claque. Cet agent, qui 
ne disposera exactement que du nombre des places attribuées aux 
claqueurs, fera pénétrer ceux-ci sans billets par l'entrée des services 
administratifs, — cela afin d'éviter un commerce quelconque des places 
de claque. En outre, il sera formellement interdit à cet agent de rece- 
voir la plus petite rémunération du personnel du théâtre. L'adminis- 
trateur des beaux-arts a voulu éviter, en prenant cette dernière décision, 
que tel ou tel artiste pût se créer un succès illusoire à la faveur de la 
claque, et des ordres très sévères seront donnés pour en assurer la complète 
exécution. Quant à la suppression de la claque, contrairement au bruit 
qui avait couru, il n'en est pas le moins du monde question. On se rap- 
pelle sans doute que, sous la direction Halanzier, on avait tenté cette 
réforme pendant l'exposition de 1S7S et qu'on fut obligé d'y renoncer. La 
claque fut, en effet, rétablie au bout de quelques représentations sur la 
demande des auteurs, des artistes et... des danseuses. 

— Le 23 juillet prochain s'ouvrira au Palais de l'Industrie une intéres- 
sante « Exposition du Théâtre et de la Musique ». Cette exposition, dont le 
programme est des plus vastes, constituera à la fois un enseignement et 
une distraction. Le programme qu'en a tracé M. Lartigue, le secrétaire 
général, comprend, en effet, cinq sections ; section rétrospective, section 
documentaire, section d'informations statistiques, section consacrée à 
l'enseignement et section étrangère. Gela, sans compter de nombreuses 
attractions et reconstitutions artistiques. « Sans entrer, dit le Figaro, dans 
le détail de chacune de ces sections où les grandes collections, les méthodes 
d'enseignement comparatives et les divers projets réalisés joueront, comme 
leçons de choses, un rôle important, une partie d'attraction à la fois ins- 
tructive et curieuse sera présentée au public. L'histoire ancienne du 
théâtre fournira la reconstitution de l'art scénique de la Grèce et de Rome, 
avec des vues panoramiques des vestiges que les siècles ont laissé sub- 
sister, comme le théâtre d'Orange, par exemple ; les Mystères du moyen 
âge en France, les fêtes des Fous, les Soties, les Escholiers, les Farces de 
la basoche, les parades de la foire, les facéties de Tabarin et de Mondoir 
— enfin le théâtre d'aujourd'hui avec ses artistes... et le théâtre de demain 
avec ses décors où la projection électrique jouera un rôle prépondérant. Il 
serait prématuré défaire la description de la nef du Palais de l'Industrie 
transformée avec la reproduction du théâtre d'Orange, d'une ville antique, 
du parvis Notre-Dame, etc., etc. Disons seulement qu'au premier étage 
une salle, pouvant contenir cinq cents personnes, sera réservée aux audi- 
tions et aux grands concerts. » 

— Le comité de la Société des compositeurs-dé musique vient de renou- 
veler son bureau do la façon suivante : Président : M. V. Joncières ; vice- 
présidents : MM. E. Altès, A. Guilmant, G. Pfeiffer et J.-B. Weckerlin; 
secrétaire général-trésorier : M. D. Balleyguier; secrétaire-rapporteur: 
M. Arthur Pougin; secrétaires : MM. H. Bûsser, And. Gedalge, Samuel 
Rousseau, Ans. Vinée; bibliothécaire-archiviste: M. J.-B. Weckerlin. 

— M. Bourgault-Ducoudray reprendra au Conservatoire son cours d'his- 
toire de la musique jeudi prochain S mars. La première leçon sera 
consacrée à Ambroise Thomas et à son œuvre. M. Bourgault-Ducoudray 
s'est assuré, pour la partie musicale, du concours de M"'" Krauss, et de 
MM. Séguy et Raoul Pugno. 

— L'excellent baryton Isnardon prend en ce moment son congé annuel 
d'un mois. Il est allé le passer à Monte-Carlo, où il est engagé pour un 
nombre de représentations. 

— En ce moment, très intéressantes et aussi très artistiques matinées 
dans leur petit cadre à la salle de la Bodinière, avec la Chanson des Joujoux 
de MM. Claudius Blanc et Léopold Dauphin (paroles de Jules Jouy). 
M. Maurice Lefèvre fait précéder l'audition des plus charmants numéros 
de ce joli recueil, d'une conférence des plus intéressantes, verveuse, 
spirituelle, nourrie de faits et d'anecdotes délicieuses et même savante. 
Car il y fait l'histoire du joujou en remontant aux temps les plus reculés. 
Son succès a été complet. Les interprètes de la Chanson des Joujoux sont 
M"" Remacle, l'intelligente musicienne, et M. Isnardon, un joyeux compère 
plein de gaieté et fin diseur aussi. Un chœur d'enfants costumés à la 
façon de Greenaway prend part à la fête et n'est pas un des moindres éléments 
du succès. Parmi les numéros les plus applaudis, citons les Polichinelles, les 
Pantins, les Poupées, les Petits Jardiniers, les Cerfs-volants, les Sabots et les Toupies, 
le Petit Orchestre, les Crécelles, etc., etc. L'un des auteurs, M. Claudius Blanc, 
était au piano d'accompagnement. 

— A la Bodinière, lundi dernier, séance très intéressante pour l'audition 
de la petite Jeanne Blancard, une enfant charmante, à peine âgée de dix ans, 
qui se produisait à la fois comme pianiste, comme compositeur et comme 
improvisatrice. Le programme, entièrement composé de ses œuvres, ne 



72 



LE MENESTREL 



comprenait pas moins de quinze numéros : neuf morceaux de piano, exé- 
cutés par elle, deux morceaux de violon par M"« Charlotte Vormèse, deux 
morceaux de -violoncelle par M"'= Galitzin enfin deux morceaux de chant, 
par M°"î Varambon, dont un air d'un opéra intitulé Fingal. L'exécution de 
cette enfant est pleine de gr:ice, fine, aimable et d'un goût très pur. Comme 
compositeur, si ses morceaux manquent d'ampleur, si elle ignore encore 
l'art des développements, elle n'en est pas moins extraordinaire par la dis- 
tinction de ses idées, par la forme qu'elle sait leur donner, et par la ferti- 
lité de son imagination. Elle nous a joué, entre autres, une tarentelle d'un 
accent fort original. Mais c'est comme improvisatrice qu'elle est vraiment 
curieuse et provoque l'étonnement. Entre les trois ou quatre petits thèmes 
qu'on lui a donnés à traiter, je lui en avais présenté un de cinq notes : la, 
la '[>, sol, si, do, avec lequel elle a émerveillé l'auditoire par la facilité, la 
liberté et le charme avec lesquels elle l'a développé, par le parti très 
curieux qu'elle en a su tirer. La petite Jeanne Blancard est vraiment douée 
d'une façon remarquable, et deviendra certainement une artiste bien 
intéressante. A. P. 

— Deux séances très intéressantes, cette semaine, à l'Ecole Marches! 
Lundi c'était l'audition des élèves du cours de concert. On y a applaudi 
une dizaine de jeunes filles, douées de fort belles voix, dont plusieurs ont 
obtenu un succès brillant. Citons surtout M"" Mary Alcock dans le Soir 
d'Amhroise Thomas, M"» Thérèse Sievwrigt dans l'air du Cid de Massenet 
et .1 une fiancée de M™" Ferrari, puis M™" Aima RiboUa, et M"''' Mary 
Cabrera, Rose Ettinger et Alice Gurtis. Jeudi, c'était le tour des élèves du 
cours d'opéra. Très grand succès pour M"= Sanda et M°>= Vilna, qui ont 
chanté avec M. Douaillier, de l'Opéra, l'une le duo de Mignon, l'autre le 
duo à'Uamlet. On a vivement applaudi M. Cabillot et M"" Francisca dans le 
duo de Faust, M''^ Toranta dans la cantilène du Chevalier Jean, M'" Bouci 
caut dans l'air de Carmen, M"" Torriani dans celui des Pêcheurs de perles, 
M"' Sanda dans celui de Mireille. La joie de la journée a été l'exécution à 
l'unisson isVAve Maria de Gounod, par toutes les élèves, qui ont dû le dire 
une seconde fois. C'est un nouveau succès pour l'excellent enseignement 
de M""^ Marchesi. 

— On nous écrit de Nice : Hier mardi a eu lieu au Grand-Théâtre, avec 
un plein succès, la première représention du Barde, l'opéra inédit en 
quatre actes dont M. Léon Gastinel a écrit les paroles et la musique. Le 
poème, dramatique et intéressant, nous mène en Angleterre, au neuvième 
siècle, à l'époque de l'invasion de la grande ile par les Scandinaves ; la 
passion et le pathétique y ont un rôle important, que la partition souligne 
de ses inspirations d'un caractère très élevé. Sous le rapport musical, 
l'oeuvre est claire et procède par grandes lignes. Très sobre dans la forme, 
d'un esprit bien français, elle se distingue par sa franchise, par la couleur 
de son accent, en même temps que par des efl'ets d'orchestre d'une grande 
puissance. Parmi les morceaux qui ont produit la plus grande impression, 
il faut signaler, au premier acte, l'introduction, un chœur de laboureurs 
d'une fraîche inspiration et un duo dont l'effet a été très grand; au second, 
le finale, très puissant, qui a valu aux artistes un double rappel; au troi- 
sième, particulièrement remarquable, un fort joli ballet, la marche de 



l'Étendard, dont l'ampleur est superbe, et l'énergique invocation finale ; 
enfin, au quatrième, un beau duo et un air de soprano d'un grand carac- 
tère. Beau succès, je vous l'ai dit, dont les artistes peuvent prendre leur 
bonne part. Les principaux rôles sont tenus à souhait par M"'» Bossy 
(Edwitha). MM. Fonteix (le roi Arthur), Camoin (Inguard) et Geste (Am- 
mas); les autres interprètes sont M""s Restiau, de Meryanne et Bennia, 
MM. Darmand, Éehenne, Borramy, Argent et Athès. Orchestre, chœurs et 
ballet ont été à la hauteur de leur tâche. 

— Voici le programme des deux prochaines séances de M. Gh. Grandmou- 
gin. Institut Rudy, 4, rue Caumartin, le mercredi à 5 heures. — Mercredi 
4 mars, nouveaux poèmes (lS9o); Le Petit Lépreux, Souvenirs de la baie de la 
Somme, les Amoureux maudits, la légende de saint Sébastien, etc., dits par M"° Su- 
ger (du Gymnase) et l'auteur ; le Naufrage de l'amour , dit par M"" Dudlay 
(des Français). — Mercredi 14 mars, histoires sentimentales (18',13), en 
prose : L'Ami de la reine, Thibaut le jongleur. Madame Constant, etî., lus par 
l'auteur. — Ajoutons que l'auteur a eu, jusqu'ici, double succès, de poète 
et de diseur. Les interprètes, comme M"'= Marsa et Suger, et MM. Nolot et 
Primard ont été fort applaudis dans Gain, l'Empereur, etc. 

— Toute jeune et virtuose accomplie. M"" Solange de Groze, fille et 
élève du remarquable pianiste-compositeur Ferdinand de Groze, donnera 
le vendredi soir 6 mars prochain, un concert à la salle Érard. Au pro- 
gramme : Trio en sol mineur, de G. Salvayre (piano, violon, violoncelle), 
première audition; morceaux de concert des maîtres du piano; et enfin, 
avec les excellents instrumentistes, MM. VandœuvreetSamson,MM. Cham- 
bon, de l'Opéra, et Depas, de l'Odéon. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 



Tome 21. 
Tome 22. 
Tome 24. 
Tome 25. 



HUG Frères & C", Leipzig 

gratis et franco les catalogues suivants de iiiusii|uc tV 

l*iano avec oirhesli-c. 

Trios iivoc Piano, Quartetti. Quintetti, etc. 

Piano cl Violon. Piano cL Violoncelle. 

■■artitious iiiHir Piano et Chant 'l'Opéras. Oratorios, c-lc. 

Mélodies. Lieder, Chœurs, Livres sur la Musique. 

Nlii^sitiuc poiii' Insti'uiiK'iits à coi'fk'S. 
«ruvres chorales. Pailltions Piano et Chant. 
Orchestre. 

Partitions il'Oratorios. elc. 

Œuvres complètes <h- Bach et Hxndei. 

Violon .■! uivlif.Mn'. 

Musique de chambre lOttetti, Septetti, Sestetti. Quintetti, Quartetti) pour 



ides. Violon et Violoncelle. 



iflii 



■ (|ii 



Ti'strc. Septetti, Sestetti o[ Quintetti. iivoc Piano, Quartettiet Trios 
|inii! Piano L-t Violon. Piano t-t Violoncelle. 
Orchestre, iimsiqui' dr > lunnlii'i_\ Piano. Violon et Violoncelle. 
Partitions [lour Piano. Lhi'.s sui l;i Musique. 



Eiî vente AU MÉNESTREL, 2*", rue Vipienne, HEUGEL et C'°, Editeurs-propriétaires pour tous pays. 



Seule édition 

conforme 

à la représentation de 

L'OPÉRA-COMIQQE 



G- 



XJ O KL 



ORPHEE 

OPÉRA EN 4 ACTES 
Partition Piano et Chant, réduite par Théodore RITTER, prix net : 10 francs 



Seule idition 

conforme 

à la représentation de 

L'OPÉRA-COMIQUE 



Morceaux détachés pour Piano et Chant ; 



1. ROMANCE D'ORPHÉE : Objet de mon amour (C.) 3 75 

2. 1" AIR DE L'AMOUR : Si /es rfoua; accords rfe (a /(/re (S.) 3 » 

2 bis. Le même, pour contralto 3 » 

3. 2= AIR DE L'AMOUR : Soumis au silence (&.) 3 » 

3 bis. Le même, pour contralto 3 « 

i. GRAND AIR : L'espoir renaît dam mon âme {C.) 6 » 



N°= S. AIR avec chœur : Laissez-vous toucher par mes pleurs (C.) 3 75 

«. AIR DE L'OMBRE HEUREUSE : Cet asile aimable et tranquille (S.). . . 3 75 

6 bis. Le même, pour contralto 3 75 

8. DUO D'ORPHÉE ET D'EURYDICE :Fiens, suis UTKJpouxrywt J'adore (G. etS.) 6 » 

10. AIR FINAL D'ORPHÉE : J'ai perdu mon Eurydice (C.) 4 50 

10 bis. Le même, pour ténor ou soprano 4 50 



Transcriptions pour Piano à deux mains : 



G. RIZET. « Viens dans ce séjour » (N° 2 du Pianiste-Chanteur) . 3 » 

Air et pantomime (N" 33 du Pianiste-Chanteur) 3 » 

KRUGER. Op. 92. Scène des Enfers et romance d'Orphée .... 7 50 

Op. 93. Scène des Champs Élysées 7 50 

CH.NEUSTEDT.Op. 22. « J'ai perdu mon Eurydice • 5 » 



CH.NEUSTEDT.Op. 23. <c Les doux accords de ta lyre » 5 

E. PRUDENT. " .T'ai perdu mon Eurydice » 5 

C. STAMATÏ. L'ombre heureuse (N" 11 des Souvenirs du Conservatoire) . 5 

Les Champs Élysées (N° 12 des Souvenirs du Conservatoire. 5 

TROJELLI. « .T'ai perdu mon Eurydice » (H" 3U des Miniatures). . . 3 



Transcriptions instrumentales : 

FRANCHOMME. Scènes pour Violon et Piano 9 » I FRANCHOMME. Scènes pour Violoncelle et Piano 9 

DELOFFRE. Scène pour Violon ou Violoncelle, Piano et Orgue 9 n 



IÏ-\LE DES CUE1I1\S I 



; BEnGERE, 20, PARIS. — fnae lorillcia; 



3389. — 62-'' mil — IN" 10. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 



Diiiiunche 8 Mars 1896. 



(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 

MÉNESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel. 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnemenL 

Un on, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 50 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIEE-TEXTE 



I. [Orphie de Gluck, à l'Opéra-Comique, Julien Tieksot. — II. Semaine théâ- 
trale : premières représentations de Manette Salomon, au Vaudeville, et de la 
Figurante, à la Renaissance; reprises de Thermidor, à la Porte-Saint-Martin, et 
des Banidie/f, àl'Odéon, P.\ul-Émile Chevalier. — lU. L'Orchestre de Lully (4° ar- 
ticle), .\nTHun PooGiN. — IV. Revue des grands concerts. — V. Nouvelles 
diverses, concerts et nécrologie. 

MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce jour : 

SUR LE DANUBE 

nouveau lied de Robert FiscBHOF. — Suivra immédiatement: Sur la tombe 

d'un enfant, n" 3 des Poèmes de Bretagne, de Xavier Leroux, poésie d'ANDRÉ 

Alexandre. 

MUSIQUE DE PIANO 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
PIANO : Le Réveil, n° 1 des Heures de rêve et de joie, du maestro N. Celega. — 
Suivra immédiatement : Balancclle, valse d'ANTONiN Marmontel. 



« ORPHEE y> de Gluck 

x-.'Ot»3Éiî.-A.-c::o isa: i ^^ xjr e3 



Berlioz éorivait, à l'occasion des mémorables représenta- 
tions d'Orphée, en 1859, avec cet esprit de jeux de mots qui ne 
le quittait jamais, même au milieu de ses grands enthou- 
siasmes : 

•s Nous ne reprenons pas les chefs-d'œuvre; ce sont les 
chefs-d'œuvre qui nous reprennent. » 

Et il ajoutait: « En effet, voilà qu'O/'^j/ic'e nous a repris, nous 
tous qui sommes de bonne prise. » 

Au bout de trente-sept années et près d'un siècle et demi 
après la production même de l'œuvre, nous avons été con- 
quis à notre tour, nous aussi, que les chefs-d'œuvre du grand 
art n'ont jamais laissés indifférents. Sans doute, l'impression 
produite par la reprise d'Orphée, à l'Opéra-Comique, ne pouvait 
pas être absolument la même qu'en 1839 : en ce temps où, 
sous l'influence de la réaction rossinienne qui paraissait pour 
jamais triomphante — tempi passât!! — les nobles tragédies de 
Gluck avaient été complètement oubliées, l'audition du vieux 
chef-d'œuvre fut une surprise pour tous; son triomphe s'en 
augmenta d'autant et marqua le premier pas vers le retour 
à un art de tendances vraiment élevées. Depuis ce temps, 
l'on a fait du chemin dans cette voie-là. D'autre part, si ceux 
de ma génération n'avaient encore pu voir les œuvres de 
Gluck sur aucun théâtre de Paris, du moins avons-nous été 
élevés dans le culte du vieux maître, et sa musique nous est 



devenue familière, grâce aux auditions fréquentes qu'en ont 
données les concerts symphoniques. 

Donc, l'étonnement a disparu; mais l'admiration est de- 
meurée entière. Car l'œuvre a fièrement résisté aux atteintes 
des années et reste intacte en sa beauté première. Si parfois 
nos idées modernes nous la font considérer sous un aspect 
différent de celui sous lequel elle apparaissait au.x hommes 
du dix-huitième siècle, elle ne perd rien, au contraire, à ce 
changement de point de vue : parmi les interprétations va- 
riées et les conventions diverses à travers lesquelles elle a 
passé, elle est toujours restée vivante, expressive, parlant au 
cœur des nouveaux venus comme des premiers spectateurs ; 
et quelle preuve plus manifeste pouvait-elle donner de sa 
durée indestructible, de son éternelle vitalité? 

Sa forme générale mêoae a contribué à ce résultat: avec 
son court développement, l'absence de tout épisode parasite, 
de tout élément étranger à l'idée essentielle du drame, elle 
forme le résumé le plus parfait de toute l'œuvre gluckiste. Il 
y a dans Orphée quelque chose de sommaire, une condensa- 
tion d'idées, une substance abondante et forte, qui font de 
cet ouvrage celui qui, peut-être, donne l'idée la plus favora- 
ble et la plus exacte du génie de Gluck. Plus tragique peut- 
être, et surtout plus savant dans ses œuvres purement fran- 
çaises, il est ici plus musical; une fraîcheur encore juvénile 
anime ses chants : car Orphée, ou plus exactement Orfeo, est 
sa véritable première œuvre, la première du moins par 
laquelle se révéla son génie, antérieurement à toute théorie 
formulée, quatre ans avant VAlceste italienne et sa préface, 
plus de dix ans avant qu'il partit en guerre, c'est à dire 
s'en vînt en France, pour faire triompher ses idées sur la 
tragédie lyrique, en ajoutant à ces premiers chefs-d'œuvre 
Armide et les deux Jphigénies. Jamais, en vérité, Gluck ne fut 
plus intuitif, plus sincèrement, plus spontanément inspiré. 

Tout marche et se succède, dans cette œuvre, avec une 
logique admirable, sans embarras ni accessoires d'aucune 
sorte. C'est d'abord le chœur funèbre, avec ses sonorités 
lugubres, au travers desquelles transparaît pourtant une cer- 
taine grâce mé'ancolique, et qu'interrompt parfois le cri désolé 
d'Orphée répétant vainement le nom chéri d'Eurydice; puis la 
belle mélodie: « Objet de mon amour », entrecoupée par les 
plaintes incessantes qu'Orphée jette aux vents, et que, par une 
idée d'une poésie naïve et charmante, lui renvoient les échos 
du bocage. L'intervention de l'Amour nous ramène pour un 
instant à l'opéra ordinaire; du reste, son premier air: « Si les 
doux accords de ta lyre » a beaucoup de grâce. Mais, dès 
les premières notes annonçant l'arrivée d'Orphée dans les 
Enfers, le drame nous ressaisit complètement. Les chœurs des 
esprits infernaux ont une énergie sombre et farouche qui 
contraste vigoureusement avec les chants tendres et purs- 



74 



LE MENESTREL 



d'Orphée : les démons répondent à ses supplications par 
un « Non » formidable, inexorable, terrifiant; mais quand, 
ayant uni sa voix aux sons de la phormigx, le divin chanteur 
épand sur eux son charme mystérieux, leurs accents, sans 
abandonner le triste mineur, s'adoucissent et s'apaisent sou- 
dain; et rien n'est plus expressif que ces accords harmonieux 
des voix infernales célébrant avec extase la puissance irré- 
sistible de la musique: « Quels sons doux et touchants ! Quels 
accords ravissants!... » 

Quant au tableau des Champs Élysées, il se détache de ces 
sombres épisodes comme en une sorte de clair-obscur, mais 
d'une lumière douce, calme, et d'une sérénité parfaite. Faut- 
il rappeler l'introduction instrumentale, qui, pour les contem- 
porains de Gluck, n'était peut-être qu'un menuet, mais dans 
lequel nous nous sommes accoutumés depuis longtemps à 
voir un tableau symphonique complet, infiniment expressif et 
précis? Les chœurs des Ombreâ heureuses, d'une harmonie 
si simple, mais si suave, complètent merveilleusement 
l'impression; mais c'est peut-être à l'entrée d'Orphée que 
celle-ci s'accuse avec la plus grande intensité, quand, sous 
les paroles déclamées musicalement, la symphonie se déroule 
en un murmure, d'abord imperceptible, mais qui grandit peu 
à peu, et enfin s'unit à la voix en une progressioa d'une 
intensité d'accent profondément émouvante. Il est vrai que 
le morceau n'est pas à effet; mais il est peut-être le plus beau 
de l'œuvre entière. 

L'on ne retrouve pas d'aussi éminentes qualités musicales 
dans la scène entre Orphée et Eurydice, dont le mouvement 
dramatique est du reste digne de Gluck, ce qui est tout 
dire. Mais l'inspiration du maître s'épanouit en toute sa plé- 
nitude dans l'air : « J'ai perdu mon Eurydice », mélodie 
sublime, où la beauté plastique du chant italien est vivifiée 
par une puissante inspiration intérieure, un accent ardent et 
passionné, qui, au bout de cent trente-quatre ans, après 
tant de changements de styles musicaux et d'idéals esthé- 
tiques, sont restés entiers, et nous remuent encore jusqu'au 
fond de l'âme ! 

L'œuvre de Gluck nous a été présentée dans des condi- 
tions de sincérité fort louables. A vrai dire, telle qu'on vient 
de l'exécuter à l'Opéra-Comique, elle n'est absolument iden- 
tique à aucune des deux formes que Gluck en a données ; 
mais il faut avouer que dans l'état actuel des choses, il serait 
difficile qu'il en fût autrement. L'on sait en effet que, du 
vivant même de Gluck, l'œuvre a subi, du fait de l'auteur, 
des remaniements considérables. Elle avait été composée 
dans le principe (Vienne, 1762) sur un Ubretto italien, et le 
rôle principal était écrit pour un castrat, chanteur dont la 
voix avait l'étendue de nos modernes contraltos. Sous cette 
forme, elle était encore bien moins développée que nous ne 
la voyons aujourd'hui : aussi, lorsque Gluck la voulut donner 
à l'Opéra de Paris (en 1774), il ne se contenta pas de trans- 
former à l'aide d'une simple traduction Orfeo en Orphée, mais, 
outre qu'il dut transposer le rôle principal, qui passa de la 
tessiture du contralto à celle du ténor, ou plus exactement 
de la haute-contre, il remania de fond en comble plusieurs 
morceaux de la partition primitive, et en ajouta quelques 
autres. 

Il n'est pas douteux que toutes ces modifications aient été 
autant de perfectionnements. 

Cependant, le rôle d'Orphée est écrit si haut qu'il serait 
bien difficile aujourd'hui à nos ténors de l'interpiéter d'une 
manière satisfaisante : cette acuité est d'autant plus sensible 
que le diapason a monté considérablement depuis un siècle; 
pour bien faire, il faudrait donc transposer au moins d'un 
ton au grave l'opéra tout entier. 

Mais voilà qu'un jour M"' Viardot, ayant accompli une 
carrière italienne déjà longue et glorieuse, et mis le sceau 
à sa renommée par la création du rôle de Fidès dans le Pro- 
phète, voulut s'élever plus haut encore, en interprétant Gluck. 



Précisément le rôle d'Orphée, tel qu'il avait été écrit dans 
lapremière version pour le sopraniste Guadagni, se trouvait au 
diapason de sa voix si étendue, si vibrante, si souple, si prodi- 
gieusement expressive. Mais pouvait-on en revenir purement 
et simplement à la forme italienne primitive, alors que la 
version française l'avait tant enrichie et améliorée? Non, 
assurément: l'on fit donc, en quelque sorte, une troisième 
version d'Orphre en prenant pour base la partition française, 
mais en remettant le rôle principal au diapason de la version 
italienne. Berlioz se chargea de ce travail, qui ne pouvait 
pas être exécuté, certes, d'une main plus compétente ni plus 
pieuse; il récrivit lui-même une partie de l'œuvre, peut-être 
la partition entière: la Bibliothèque du Conservatoire garde, 
parmi ses autographes, plusieurs pages d'Orphée transcrites 
de sa main en grande partition d'orchestre. 

Enfin, depuis -ce temps, et sous l'influence même de Ber- 
lioz, une édition définitive des œuvres de Gluck fut entreprise 
par une admiratrice passionnée du vieux maître. M"' Fanny 
Pelletan: pour Orphée, la seule des cinqgrandes partitions qui 
restent à paraître, le travail de revision et de mise en œuvre 
fut confié à M. Saint-Saëns, qui, après en avoir exécuté en- 
viron la première moitié, me fit l'honneur de remettre à mes 
soins la fin de la tâche. Les matériaux principaux dont nous 
avons fait usage sont, outre les partitions française et ita- 
lienne (gravées l'une et l'autre), une copie de la partition 
qui servait autrefois aux chefs d'orchestre de l'Opéra pour 
diriger l'exécution d'Orphée, ainsi que les parties séparées de 
chant et d'orchestre ; enfin, et surtout, d'importants fragments 
autographes de Gluck conservés à la Bibliothèque de l'Opéra 
et à celle du Conservatoire. Par la confrontation de ces divers 
documents, nous avons pu nous convaincre que la partition 
française gravée, exécutée avec un manque de soin incroyable,' 
était très souvent fautive, surtout fort incomplète au point 
de vue de l'attribution et du nombre des parties d'orchestre; 
nous avons donc rétabli partout les véritables intentions de 
Gluck. 

Ce travail de restauration, bien que non encore livré au 
public, a été communiqué à M. Carvalho, qui en a profité 
pour la reprise d'Orphée. Au reste, sauf pour ce qui concerne 
des particularités orchestrales dans le détail desquelles je ne 
saurais entrer ici, la version adoptée est restée celle de 1859, 
c'est-à-dire un mélange des partitions italienne et française. 
Le ballet final de cette dernière, très développé à l'origine, a 
été remplacé, conformément à une tradition introduite à 
l'Opéra au commencement du siècle, par l'agréable chœu r 
d'Echo et Narcisse : « Le dieu de Paphos et de Gnide »; enfin, 
toujours d'après une tradition de l'Opéra qui date de Nourrit, 
on a emprunté à la même œuvre l'aii- agité : « G transports, 
ô désordre extrême », pour le mettre à la place de l'air de 
bravoure qui termine le premier acte de la partition française, 
air qui, dit-on, n'est pas de Gluck (point contesté), et qui, en 
tout cas, est d'un fort mauvais style, et fait tache dans l'en- 
semble si pur de l'œuvre; pour le rendre supportable, il 
fallait assurément toute la puissance de virtuosité da 
M""' Viardot. 

C'est à M"« Delna qu'est échue la redoutable succession de cette- 
dernière. L'on n'a pas oublié l'impression de surp rise et d'admi- 
ration que produisit, il y a trois ans environ, le début de cette 
jeune artiste, qui, presque sans étude, se révéla du premier 
coup une tragédienne lyrique de premier ordre , et, dès l'abord, 
incarna dignement la Didon de Berlioz. Depuis, M"° Delna a 
beaucoup chanté, et pas toujours des rôles dénature à déve- 
lopper en elle cette tendance innée vers le grand art. Elle 
jouait donc une forte partie en prenant ce rôle d'Orphée, le 
plus redoutable peut-être de la tragédie lyrique, car sa diffi- 
culté intrinsèque est encore accrue par cette circonstance que, 
femme, l'interprète doit donner l'illusion d'un personnage, 
certes, bien viril. 

Soit dit en passant, je suis assez tenté de considérer comm e 



LD: MENESTREL 



75 



regrettable cette tradition moderne, mais qui semble défini- 
tive, de donner le rôle d'Orphée à une femme. Avec M™° Viar- 
dot, c'était bien ; mais de même que l'artiste était exceptionnelle, 
de même cette interprétation aurait dû rester une exception : 
cette idée est en contradiction évidente avec la volonté de 
Gluck, dont le génie logique et ami de la vérité s'en fût cer- 
tainement révolté; et comme nous ne pouvons plus conserver 
l'espérance de retrouver jamais sur nos théâtres des artistes 
du genre d'(7 signor Guadagni, le mieux aurait été d'en revenir 
simplement à la version française d'Orphée, et de rendre son 
sexe au mythique personnage en le faisant chanter par un 
ténor. Un artiste tel que M. Van Dyck, par exemple, n'y serait 
pas déjà si mal. 

Mais revenons à M"' Delna. L'artiste avait donc à montrer 
si cette belle spontanéité du premier jour avait fait place à 
la science de composition désormais nécessaire au dévelop- 
pement de son talent. Dire qu'elle est définitivement en pos- 
session de celte science serait sans doute un peu prématuré; 
ce qui est certain, c'est qu'elle est en très bonne voie pour 
y parvenir, et peut-être à brève échéance. Toujours merveil- 
leusement servie par son instinct, M"'= Delna a cette qualité 
éminente : elle donne l'impression de la grandeur. Elle a été 
fort belle dans l'acte des Enfers, charmant les esprits infernaux 
par son chant et les sons de sa lyre ; elle a eu un geste infi- 
niment expressif à la fin de l'acte des Champs Élysées, quand, 
prenant avec une tendresse passionnée la main d'Eurydice, 
Orphée entraîne silencieusement cette épouse qu'il lui est 
interdit de regarder. Son succès a été triomphal après l'air : 
« J'ai perdu mon Eurydice ». Je lui adresserai cependant une 
critique : celle d'avoir ici trop déclamé, pas assez chanté, d'avoir 
trop complètement brisé la ligne si pure de la mélodie, tout 
au moins dans la strophe d'exposition qui doit conserver 
absolument son caractère de beau chant, plastique aulant 
qu'expressif. Mais cette réserve faite, si nous adoptons le 
point de vue de l'artiste, il faut reconnaître que l'interpré- 
tation de M"'' Delna a été infiniment pathétique, et que l'air a 
été dit par elle avec une puissance vocale, une justesse de 
mimique et une intensité d'accent qui la classent définitive- 
ment parmi les grandes artistes. Grâce à elle, voici une belle 
.série de représentations qui s'annonce : tous les admirateurs 
de Gluck — et ils sont aujourd'hui légion — s'en réjouiront. 
L'ensemble de l'interprétation est excellent. L'exécution 
orchestrale a été parfaitement disciplinée, sous la baguette de 
M. Danbé, bien que peut-être, parfois, insuffisamment 
expressive, et les chœurs ont chanté avec un charme harmo- 
nieux auquel les choristes de l'Opéra-Comique ne nous avaient 
pas trop accoutumés ! A côlé de M"" Delna, et dans des rôles 
moins en relief, M""Leclerc, Marignan et Laisné ont contribué 
à une exécution musicale irréprochable; enfin il faut louer 
l'animation qui règne sur le théâtre dans les évolutions d'en- 
semble, comme dans la scène de l'arrivée d'Orphée dans les 
Enfers, dont le mouvement tumultueux, obtenu à l'aide des 
seuls choristes, lesquels, enfin, consentent à jouer, a été fort 

habilement réglé. 

Julien Tiersot. 



SEMAINE THEATRALE 



"Vaudeville. Manette Salomon, pièce en 4 actes et 9 tableaux, de M. Ed. de 
Concourt. — Porte-Saint-Martl\. Thermidor, drame en 4 actes et 6 ta- 
bleaux, de M. V. Sardou. — Odéon. Les Danicheff, pièce en 4 actes, de 
M. P. Newsky. — Renaissance. La Figurante, comédie en 3 actes, de 
M. F. de Curel. 

Certes, ce n'est pas par ses qualités d'auteur dramatique que 
M. Edmond de Goncourt a pris, parmi les premiers de nos littéra- 
teurs modernes, nne place importante. Manette Salomon, tout comme 
Germinie Lacerleux, la plus connue de ses œuvres théâtrales, affirme 
un esprit curieux, d'allure acrimonieuse assez particulière en l'étude 
des moeurs et des caractères, et témoigne, une fois de plus, d'une 
IndifTérence hautaine pour tout ce qui pourrait ressembler à ce qu'on 



appelle des concessions au public. Mais Manette Salomon, toujours et 
même plus encore que Germinie Lacerteux, parait un défi volontai- 
rement jeté à tout ce qui se réclame de la logique, de la coordination 
et, il faut le dire, de la clarté, tl s'ensuit une pièce hachée par petits 
fragments dont le lien trop fragile échappe trop souvent, une pièce 
dans laquelle l'action principale s'efface continuellement, laissant la 
place prépondérante aux incidents complètement inutiles à cette ac- 
tion principale. 

Le roman dans lequel ont été découpés ces quatre actes analyse la 
mainmise méthodique, néfaste, aLnihilaute, toute-puissante de Ma- 
nette Salomon sur le peintre Goriolis. Manette Salomon est juive, 
juive à l'âme mercantile, au cœur sec, aux doigts hideusement cro- 
chus. L'art, que lui importe ! elle ne connaît qu'une chose : l'argent. 
Et lorsque, sentant l'avilissement honteux auquel il est tombé, souf- 
frant mille tortures de l'asservissement abject, le dégoût ayant fait 
place à l'amour, Goriolis cherche à se ressaisir, il est trop tard. 

Malheureusement, la pièce se contente d'indiquer par petites tou- 
ches légères ce travail lent d'absolue domination, et l'on s'étonne, à 
juste raison, que l'homme ne trouve pas le courage et les forces né- 
cessaires pour jeter dehors l'être immonde. Les quatre actes, pour 
ainsi dire vides de leur principale raison d'être, sont donc presque 
exclusivement remplis d'épisodes, et d'aucuns ne seraient pas trop 
mal venus à s'imaginer que le principal personnage n'est autre qu'Ana- 
tole, flanqué de son singe Vermillon. Cet Anatole ! quel joli croquis 
spirituellement dessiné, tendrement nuancé I C'est lui qui sauve la 
soirée ; c'est le rayon de gai soleil s'infiltrant en cet intérieur froi- 
dement sonabre, c'est l'émotion honnête et simple faisant oublier toute 
la vilenie et la lâcheté ambiantes. 

Le succès de l'interprétation est allé tout d'abord à M. Galipaux, 
qui a donné au rôle d'Anatole tant de belle humeur turbulente et 
bavarde et tant de douce tendresse. MM. Candé, Mayer, Lérand, 
Michel. Grand, M""»» Rosa Bruck, Grassot et Luce Colas défendent 
supérieurement Manette Salomon. 

Vous vous rappelez le bruit qui se fit à la Comédie-Française lors 
de la seconde représentation de Thermidor, bruit qui nécessita 
l'interdiction immédiate de la pièce île M. Sardou. La Porte-Saint- 
Martin ayant, à la tête de sa troupe, M. Coquelin, le génial créateur 
du rôle de Labussière, vient de remonter ce drame avec de très 
grands soins. Pour la circonstance, M. Sardou é. ajouté a son œuvre 
primitive deux nouveaux tableaux, la Convention et la Dernière 
Charrette, tableaux dont l'intérêt principal réside dans la mise en 
scène superbement réglée. A ce qu'ici même nous avons écrit en 
février ÎSQI, nous ne voyons rien à modifier; notre impression est 
demeuréela même absolument, etnous serionsfort étonné si Thermidor 
n'était pas un très gros succès de public. 

Tel nous avions vu M. Coquelin il y a cinq ans, tel nous l'avons 
retrouvé, et la grande scène des dossiers du tribunal révolutionnaire 
demeure une des choses les plus superbement établies par le mer- 
veUleux comédien. M"" Blanche Dufresne, MM. Volny, Desjardins, 
Laroche, Gravier, Péricaud, J. Coquelin, Nicolini, M"«" Kerwich, 
Miroir et tant d'autres encore, forment un très bon ensemble. 

Les i)amcfte/7 viennent de faire leur rentrée à l'Odéon, après avoir 
élu domicile et à la Porte-Saint-Martin et au Gymnase. Le public, 
fidèle à ses affections, a paru heureux de retrouver la comtesse, et au 
Vv^ladimir, et Anna et le cocher Ossip, et les larmes ont coulé comme 
premier jour. Très bonne distribution avec MM. Magnier, Rameau, 
Montbars, Lambert, Duard, Rousselle, M""'= Tessandier, Syma, de 
Boneza, Raucourt, Garniery et Béry. 

A la Renaissance, M. de Curel, prend, en grande partie, sa revan- 
che de la folle équipée eu laquelle il s'était engagé si à la légère, 
il n'y a pas bien longtemps, à la Comédie-Française. Des trois actes 
très conrls àe la Figurante, d'idée originale, de déduction plausible, 
de dialogue séduisant, le premier est tout à fait exquis, le second 
très bien encore, mais le troisième, en son principal personnage 
masculin, approche de si près le ridicule qu'il aurait suffi d'une 
fâcheuse disposition du public pour gâter le bon effet produit précé- 
demment. 

Henri Renneval, député, veut devenir ministre et l'objection la 
plus grande à son avancement politique est qu'il est célibataire. Qu'à 
cela ne tienne ! M"» Hélène de Moineville, avec qui il entretient 
d'étroites relations depuis plus de cinq ans et M. de Moineville, au 
courant de la conduite de sa femme, trop âgé pour essayer de réagir, 
trop philosophe pour se rendre ridicule par un esclandre, lui trouve- 
ront une femme qui ne sera sa femme que pour le monde, une 
« figurante ». Le choix des deux époux se porte sur une pauvre 



76 



LE MENESTREL 



orpheline, Françoise, jugée d'esprit pratique par Madame, devinée 
d'âme ardente par Monsieur. 

C'est M. de Moineville qui avait vu juste. Peu à peu Françoise 
conquiert Henri ; et après quelques scènes diplomatiques ou violentes 
entre la maîtresse épeurée et la femme légitime, qui n'est toujours 
que figurante, la victoire reste à celte dernière. 

La Figurante, dont chaque rôle offre une difficulté assez particulière 
d'interprétation tant les nuances y sont subtiles, tant les situations 
souvent délicates, est tout à fait bien jouée par M. Guitry, M'"' Thom- 
sen, Legault, M. Antoine et M"'' Caron. 

Pail-Émile Ghevauer. 



L'ORCHESTRE DE 

(Suite.) . 



LULLY 



Dans le courant de la même année 1696, le l" mai, Collaste repa- 
raissait à l'Opéra, en compagnie précisément de l'abbé Pic, avec un 
ouvrage intitulé ta -Vai.ssrt«ce cte Vénus, dans lequel il avait employé 
plusieurs morceaux de Lully (on voit qu'il en avait fait provision), ce 
qui amena, en tête de la partition, un nouvel avis ainsi conçu : — 
(c L'autheur a esté obligé de mettre ce mémoire pour faire voir qu'il 
n'y a que treise morceaux de symphonie de M. de Lully, dont l'on a 
voulu qu'il se soit servy pour l'embellissement de cet ouvrage ; mais, 
comme il ne lui a pas esté permis de les faire imprimer, il s'est contenté 
seulement de marquer les premières mesures de chaque air. » Ceci 
semble indiquer que Collasse ne se trouvait pas alors en très bons 
termes avec la famille de Lully. 

Collasse avait, pour se consoler de ses insuccès et des critiques 
dont il était l'objet, la protection bienveillante de Louis XIV, qui ne 
l'abandonna jamais. Le souverain avait pour lui une estime que son 
talent, à défaut de génie, suffisait à justifier, et il le lui prouva à di- 
verses reprises. Michel Lambert, le beau-père de Lully, étant mort 
le 27 juin 1696, Collasse songea à lui succéder dans ses fonctions de 
maître de !a musique de la chambre. Il acheta sa charge à ses héri- 
tiers au prix de 10.000 livres, et le roi lui en assura 6,000. Il fut 
nommé en titre le 14 aoùt(l). Ces nouvelles fonctions, jointes à celles 
de maître de la chapelle, pour laquelle il écrivait de nombreuses com- 
positions religieuses, ne l'empêchèrent pas de continuer à travailler 
pour le théâtre, bien qu'il y fût rarement heureux. Le 4 novembre 1700, 
il donnait à l'Opéra un nouvel ouvrage, i'anente, sur un poème de 
Houdard de Lamotte. Cet ouvrage ne fat pas plus fortuné que les pré- 
cédents, en dépit d'une interprétation qui devait être superbe, car 
elle réunissait les noms de M""* Desmatins, Maupin et Fanchon Mo- 
reau, de Thévenard, Dun et Hardouin, tandis que la danse était re- 
présentée par des sujets hors ligne tels que Pécourt, Balon, Despla- 
ces, et M"'* Subligny et Dangeviile. 

Celle fois, Collasse resta six années pleines sans reparaître à la scène. 
Je suppose donc que c'est à cette époque qu'il faut placer un fail que 
Félis a rapporté d'après le Dictionnaire des Théâtres des frères Parfait, 
les seuls qui en aient parlé, car je ne l'ai vu mentionné par aucun 
autre écrivain contemporain (2). <> M. Collasse, disent les frères Par- 
fait, eut le crédit d'obtenir le privilège d'un Opéra pour la ville de 
Lille, qu'il entreprit à ses dépens ; mais ce projet ayant été renversé 
par un incendie, le Roi, qui goùtoit extrêmement les morceaux de la 
composition de ce musicien, lui fit compter une somme de dix mille 
livres pour le dédommager de cette perle, et eut encore la bonté de 
lui conserver ses deux charges. M. Collasse sçut mal profiter de son 
bonheur et des grâces du Roi : il s'amusa à chercher la pierre philo- 
sophale. La chute de P/yrrAu-s et Polyxène, son dernier opéra, acheva 
de lui déranger l'esprit. Il mourut trois ans après cet accident. » 

Polyxène et Pyrrhus, représenté le 2t octobre 1706, n'eut en effet 
aucun succès, et Collasse en conçut un profond chagrin. On conçoit 
qu'il ne dut pas être plus heureux dans ses reclierches relatives à la 
pierre philosophale, au c grand œuvre, » comme on l'appelait alors. 
Tout cela, joint au désastre qu'il avait subi à Lille, ébraula sa raison, 
et l'on assure qu'il était complètement fou lorsqu'il mourut à Ver- 
sailles, le 18 juillet 1709. 

(1) "Voy: Jal : JJirlionnaire critique, etc. 

(2) Nul n'en parle, en etfet: pas plus Titon du Tillet 'te Pnrwiise Fmnçoisl que 
Bourdelot (Hidoire de ta musique), pas plus La Borde (Essais surla musiquî), que 
l'abbé Lambert (Histoire littéraire du sièdedc Louis XIV j, pas plus Durey de Noinville 
(Histoire de l'Opéra) qus Là. Vieuville de l''reneu3e (l'ompnroison de la musique ita- 
lienne avec la musique française). Le renseignement des frères Parfait ne manque 
pourtant pas d'une certaine précision. 



gPeu de musiciens ont été, autant que Collasse, l'objet des railleries 
et des critiques de leurs contemporains, qui ont été pour lui sans 
pitié. On lui reprochait à chaque instant de piller Lully, son maître, 
ou de l'imiter platement et servilement, et toute occasion semblait 
bonne pour lui décocher d'incessantes épigrammes. Cela commença 
avec son premier opéra, Achille et Polyxène, ou l'on enveloppa dans sa 
disgrâce son collaborateur, le poète Campislron : 

Entre Campistron et Collasse 

Grand débat s'émeut au Parnasse 
Sur ce que l'opéra n'a pas un sort heureux. 
De son mauvais succès nul ne se croit coupable: 
L'un dit que la musique est plate et misérable. 
L'autre, que la conduite et les vers sont affreux ; 
Et le grand Apollon, toujours juge équitable. 

Trouve qu'ils ont raison tous deux. 

On ne peut nier pourtant que Collasse n'ait occupé de son temps 
une situation artistique considérable. Mais il émettait peut-être la 
prétention de remplacer Lully,. et assurément cette prétention était 
excessive. Toutefois, en regard des brocards dont quelques-uns l'acca- 
blèrent, on peut placer quelques jugements plus équitables rendus à 
son sujet; tel celui-ci, que j'emprunte à l'abbé Lambert : — « ... A 
Lulli succéda Collasse, auteur de quelques opéras. Le plus connu, et 
aussi le meilleur, est Tliétis et Pelée, dont les paroles sont de M. de 
Fontanelle. On y remarque une tempête bien supérieure à celle que 
Lulli avoit mise dans Persée; mais il faut convenir que cette supériorité 
doit être en partie attribuée à la plus grande capacité de l'orchestre, 
qui, du temps de Thètis et Pelée, étoit devenu meilleur. Au reste, 
quoique cet opéra ait de grandes beautés, on n'y découvre cependant 
aucun de ces traits frappans qui déeellenl un génie particulier; c'est 
partout le tour et la manière de Lulli. Aussi Collasse ne peut-il être 
regardé que comme un des meilleurs disciples de ce grand homme (1). » 
C'est aussi un grand honneur pour Collasse d'avoir été désigné, sinon 
nommé, par La Bruyère, qui le mentionne ainsi dans son chapitre . 
Du mérite personnel : — « Quand on excelle dans son art, et qu'on lui 
donne toute la perfection dont il est capable, l'on en sort en quelque 
manière, et l'on s'égale à ce qu'il y a de plus noble et de plus relevé, 
V** est un peintre, C*'^ est un musicien, et l'auteur de Pyrame est 
un poète; mais Mignard estMignard, Lulli est Lulli, et Corneille est 
Corneille (2). » 

Les dix opéras qu'il fit représenter ne sont pas, tant s'en faut, les 
seules productions de Collasse. Il faut y ajouter les nombreux motets 
et cantiques qu'il écrivit pourle service de la chapelle de Louis XIV, 
ainsi que les cantates et cantatilles françaises qu'il dut composer 
pour celui de la chambre. Et Fétis nous fait connaître encore de lui 
plusieurs compositions importantes : — « On trouve, dit-il, à la 
bibliothèque de l'Arsenal la partition originale à'Amarillis, pastorale 
de Collasse, datée de 1689. Cet ouvrage n'a pas été représenté. Collasse 
a écrit aussi l' Amour et l' Hymen, divertissement composé d'un prologue 
et de huit scènes, exécuté au mariage du prince de Conti, et la 
musique d'un des ballets des jésuites, qu'on trouve dans un volume 
de la collection Philidor à la bibliothèque du Conservatoire de 
musique de Paris. » 

A tout le moins, peut-on dire de Collasse qu'il fut un travailleur 
acharné. Il parait certain aussi qu'il fut un des bons chefs d'orchestre 
de l'Opéra. 

(A suivre). Arthur Pougin. 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



Concert Colonne. — L'ouverture de la Princesse Jaune est une œuvre 
de la jeunesse de Saint-Saëns ; elle abonde en détails intéressants; mais 
c'est une simple ouverture d'opéra-comique, qui ne prépare guère à 
la tumultueuse musique de Wagner. — Les Landes, paysage breton de 
M. Guy Ropartz, appartiennent bien à la musique descriptive : c'est la 
lande aride et stérile, sur laquelle ne brille aucune fleur, sur laquelle 
soufîle une bise aigre et glacée. — M"« Kutscherra a interprété avec un 
excellent sentiment la mélodie de Wagner intitulée Révcs, qui n'a rien 
de bien saillant. — Grand succès pour le concerto en la mineur de Schu- 
mann, que M. Diémer a exécuté avec la perfection impeccable qu'on lui 
connaît. Ce concerto de Schumann, qui ne devait être à l'origino qu'une 
fantaisie (l^' mouvement), fut plus tard complété par l'addition d'une 
introduction-andante et d'un finale. Ce fut Alfred Jaëllqui le ât connaître 
en France, dans un concert du Conservatoire, où il produisit le plus grand 

(1] Histoire littéraire du siècle de Louis XIV, t. II. 

(2) "V" désigne Claude-François Vignon. membre de l'Académie de peinture; 
C" désigne Collasse; l'auteur de Pyrame est Pradon. 



LE MÉNESTREL 



77 



effet. Cette musique parut étrange; elle dérangeait tant soit peu les habi- 
tudes reçues, les traditions acceptées ; mais l'impression fut profonde. — 
La seconde partie du concert de M. Colonne était consacrée au troisième 
acte du Crépuscule des Dieu3:, de Wagner. L'œuvre a été montée avec beau- 
coup de soin : l'exécution a été parfaite. Mais nous persistons à dire que 
toute cette musique, faite uniquement pour la scène, n'a aucune raison 
d'être au concert, et laisse l'auditeur très indifférent et très froid. Il y a 
un moment, cependant, où il est secoué de son indifférence ; c'est lorsque 
s'élèvent les premiers accents de la Marche funèbre. A ce moment, la 
donnée est plus simple : Siegfried est mort, on célèbre ses funérailles, et 
Brunehild intervient, se désespère et se précipite dans le bûcher. Là, le 
public n'est plus dérouté : il n'y a aucune complication ; il saisit et devine, 
même sans livret, le sens de la musique qu'il écoute. On eût dû commen- 
cer par la Marche du Crépuscule et éliminer le reste : l'impression eût été 
plus profonde. Du reste, cette marche est admirable et une des plus belles 
inspirations qu'il y ait en musique. Le finale renferme des pages de toute 
beauté que M"' Kutscherra a fait valoir par sa dramatique diction et la 
sonorité puissante de son magnifique organe. H. Barbedette. 

— Concerts Lamoureux. — Très belle audition du 2" tableau du l" acte 
d'un opéra de M. Théodore Dubois: Circé. Le titre, emprunté à l'Odyssée, 
est pris au figuré. L'action se passe en 1809, pendant la guerre d'Espagne. 
Le fragment exécuté nous fait assister au réveil de l'enthousiasme patrio- 
tique provoqué par Hernandez, chef de partisans, et par Miguela, grande 
dame espagnole. Après un prélude aux sonorités retentissantes, la conster. 
nation de la foule est exprimée par des phrases chorales très expressives ; 
vient ensuite la ballade du Coq noir, très véhémente et indiquant à chaque 
mot le souci de rendre par la musique le sentiment des paroles. Mais la 
page la plus saisissante est consacrée au chant de Miguela entrecoupé par 
les chœurs. Les motifs y sont pleins de noblesse et les interruptions du 
peuple font naître une émotion réelle et forte. M. Théodore Dubois s'en 
tient d'ailleurs à la forme consacrée de l'opéra, mais ill'élève et la rejeunit 
par les correctifs nécessaires. On a fait à son œuvre et à ses interprètes, 
M"» Jane Marcy, MM. Lafarge, Bailly et Blancard un chaleureux succès. 
— Les Chants de la forge, extraits de Siegfried... musique d'un coloris intense 
et cru d'où jaillissent des étincelles comme d'un fer chauffé à blanc, un 
peu viae et creuse d'ailleurs si on veut lui demander compte de l'origi- 
nalité de ses dessins mélodiques. Ici, "Wagner n'a pas introduit de ces 
motifs révélateurs dont quelques-unes de ses œuvres sont ennoblies d'un 
bout à l'autre : le coloris de l'orchestre agit en véritable trompe-l'œil au 
point que l'on se demande comment cette exaspération de violence creuse 
serait supportée si l'auteur responsable portait un autre nom. La scène 
finale AuCrépusciile des Dieux faisait contraste, car celle-là est absolument 
géniale. On a pu remarquer, en ce qui concerne l'exécution, combien les 
nuances de l'orchestre sont faites mécaniquement. Il a manqué dans les 
deux fragments de Wagner le sentiment profond, l'allure pleine d'aisance, 
le souffle héroïque, la grandeur simple et pathétique, toutes qualités indes- 
criptibles mais qui se sentent à l'audition et qui font la différence entre 
la chose sentie, vécue, et la chose factice. On ne crée pas artificiellement 
le plus léger souille du zéphir et cent mille soulHets de forge ne donne- 
raient pas l'impression d'une rafale d'automne. L'orchestre Lamoureux, 
très correct et très parfait, pourrait peut-être viser à obtenir une allure plus 
libre et chercher ses efi^ets dans une sphère d'action moins étroite. Son 
horizon en serait certainement agrandi. M°" Jane Marcy et M. Lafarge ont 
bien chanté les deux scènes wagnériennes : mais il n'y a rien à dire de 
l'exécution de la Symphonie en fa de Beethoven sinon qu'elle fait tort au 
maître par sa sécheresse et ses moyens étriqués. Pour finir, l'Invitation à 
la valse de Weber, orchestrée par Berlioz. Amédéh Boutarel. 

— Programme des concerts d'aujourd'hui dimanche : 
Conservatoire: Symphonie en te majeur (Mendelssohn) ; chœur des Pileuses 

du Vaisseau-Funlùme (Richard Wagner); Symphonie pour orchestre et piano 
(Vincent d'Indy), eiécutée par M. Braud ; Motet, double chœur sans accompa- 
gnement (J.-S. Bach) ; ouverture de Léonore (Beethoven). 

Châtelet, concert Colonne: Ouverture de Coriolan (Beethoven); les Landes, 
paysage breton (Guy Ropartz); concerto en la majeur pour violon (Saint-Saëns), 
exécuté par M. Rémy. Stniensée, scènes dramatiques inspirées du drame en 
prose de M. Jules Barbier et mises en vers par M. Pierre Barbier, musique de 
Meyerbeer, avec la distribution suivante : 

Le pasteur Struensée MM. Silvain. 

Struensée Albert Lambert. 

Rantzau Pierre Laugier. 

La reine Mathilde M"" Renée Du Minil. 

La Reine-mère Hadamard. 

Cirque des Champs-Elysées, concert Lamoureux : Ouverture de concert en 
si mineur (L. Lacombe); symphonie en mi bémol (Schumann); concerto en ul 
mineur pour piano (G. Pierné), exécuté par M"" Roger-Miclos; les Chants de la 
forge du premier acte de Siegfried (Wagner): Siegiried, M. Lafarge; Prélude 
de Parsifid iWagnen; ouverture des }iiaUres-Chaii leurs (Wagner). 

Concerts du Jardin d'Acclimatation. Chef d'orchestre: Louis Pister, Béatrice, 
ouverture, de E. Bernard. — Largo, orgue et orchestre, de Sporck. — Sérénade 
hongroise, de V, Joncières. — LeRouet d'Omphalc, de Saint-Sacns. - Sérénade n°4, 
de Jadassohn. — Scherzo-nocturne, Dinse antique et Pavane, de G. Pauré. — 
i'eramocs, suite d'orchestre, de Rubinstein. 

— Le dernier concert de la Société des compositeurs, donné à la salle 
Pleyel, n'a pas obtenu moins de succès que le précédent. On y a surtout 
applaudi une fort intéressante sonate pour piano et violon de M. Charles 



Tournemire, fort bien exécutée par l'auteur et M. Delaurens, le Sommeil de 
l'Enfant Jésus, composition instrumentale pour violon, harpe et orgue, d'un 
accent plein de grâce, de M. Henri Biisser (M. Laforge, U"" Taxy et l'au- 
teur), des fragments d'un Requiem de M. Max d'Olonne, chantés par 
M"' Julie Guiraudon et M. Beyle, et En forêt, suite symphonique de 
M. Gesare Galeotti, réduite au piano par l'auteur et admirablement jouée 
par lui. Citons encore diverses compositions de MM. Henri Hirschmann, 
F. Halphen et André Fijan, ainsi qu'une œuvre posthume de Gounod, un 
quatuor pour instruments à cordes, exécuté par MM. Laforge, Dulaurens, 
Chazeau et Furet. 

— La première séance de la Société de musique de chambre pour ins- 
truments à vent et à cordes, a obtenu le succès le plus brillant et le plus 
complet. On y a entendu d'abord le nonetto de Spohr, pour cordes, flûte, 
hautbois, clarinette, basson et cor, exécuté par MM. Rémy, Balbreck, Loeb, 
de Bailly, Hennebains, Gillet, Turban, Reine et Letellier, qui, malgré son 
air un peu rococo, n'en est pas moins une composition intéressante. Une 
délicieuse sonate de J.-S. Bach, pour piano et hautbois, magistralement 
exécutée par MM. I. Philipp et Gillet, qui venait ensuite, a littéralement 
enchanté l'auditoire, de même que la jolie sonate de M. Saint-Saëns, pour 
piano et violon, dont le finale très curieux, en moto perpétua, a valu un 
double rappel bien mérité à MM. Philipp et Rémy. Le programme inscri- 
vait, pour finir, le beau septuor de Hummel, œuvre vraiment digne d'un 
maître par la solidité du plan, la sûreté de la facture et l'ampleur de la 
sonorité. La seconde séance est annoncée pour le 19 mars, avec les noms 
de J.-S. Bach, Haendel, Weber et M. Saint-Saêns. A. P. 

— Société d'art. Les Esquisses et Souvenirs de Paul Lacombe exécutés avec 
talent par M"" Toutain, sont d'une grâce mélodique, d'un charme harmo- 
nique rares. L'on peut dire la même chose de deux pièces. Clair de lune 
et Feux follets de I. Philipp dont M"" Edmond Laurens a donné une inter- 
prétation tout à fait remarquable. Des lieder-valses absolument charmants 
d'Edmond Laurens ont eu un véritable et vif succès. De même des Mélodies 
du même auteur, et la ballade de Maître Ambros, fort bien dites par 
M"" E. Philipp. Le programme se complétait par le beau trio de 
Ch.-M. Widor joué par l'auteur et MM. Balbieck et Gurt, par des pièces 
à deux pianos d'I. Philipp et par deux chœurs d'une jolie venue. Scène de 
mai d'Emile Bernard, et .Idieuxà la mer de Georges Mathias. 

— Mercredi dernier, à la Société de musique de chambre de MM. A. Pa- 
rent et Baretti, M'''^ Marcella Pregi a chanté le Cycle de mélodies, op. 24, 
de Schumann, encore inédit eu France. L'œuvre se compose de neuf mor- 
ceaux, on devrait dire neuf camées, présentant les péripéties variées d'une 
histoire d'amour. Les poésies sont de Heine. Sur chacunes d'elles est mo- 
dulé un dessin musical d'une absolue pureté de formes, tantôt délicieux 
de transparence,' tantôt d'une ironie cruelle, toujours en parfaite concor- 
dance avec le sentiment des paroles. M""^ Pregi a su prêter à ces minia- 
tures musicales le charme d'un talent inimitable dans ce genre particuliè- 
rement difficile d'interprétation. Applaudie et rappelée, elle a pu voir 
combien ia tentative vraiment artistique a provoqué de sympathie de la 
part d'un auditoire ravi et quelque peu surpris d'entendre du nouveau 
très inattendu. Au même concert, M. Risler a rendu avec un style très 
pur la sonate clair de lune de Beethoven. Le trio en fa de M. Saint-Saëns 
avec piano et le magnifique quatuor, op. 74, de Beethoven, ont valu aux 
interprètes, MM. Risler, A. Parent, Baretti, Sailler et Parent un succès 
entièrement mérité. Am. B. 

— La société « la Trompette » a donné, samedi soir, un concert des plus 
intéressants. Très applaudis, les chanteurs de Saint-Gervais (surtout dans 
la Bataille de Marignan, de Jannequin elles pièces de MM. Ch. Bordes et 
Alary) et le pianiste Fritz Schousboë dans le Cartiaval de Schumann. Mais le 
succès de la soirée a été l'admirable concerto de Haydn, magistralement 
interprété par J. Delsart, l'éminent professeur, membre de la société des 
Instruments anciens. « Nous ne prétendons pas, dit un de nos confrères, 
retaire l'éloge du maître incontesté du violoncelle. Disons, toutefois, qu'il 
faut avoir entendu cette merveilleuse virtuosité, cette sonorité à la fois 
puissante et exquise, cette science infinie du phrasé, toute cette si péné- 
trante poésie unie toujours au style le plus pur et le plus large, pour com- 
prendre ce qu'est en art, la souveraine maîtrise. » 

— La Naissance du Christ, oratorio en trois parties, de J.-B. Weckerlin. 
C'était lundi dernier, à la salle Erard. Au début oe la séance, M. Weker- 
lin a expliqué en peu de mots qu'on allait entendre un ouvrage de sa 
jeunesse, et que si on y trouvait des « naïvetés n, il fallait les écouter 
avec indulgence. La première partie commençait par la Prophétie d'îsaie, 
chantée par M. Auguez d'une façon remarquable ; la seconde partie 
de l'air d'Isaïe, Harpe longtemps délaissée, est une page heureuse, de 
mélodie franche. La scène suivante se passe aux enfers: Satan dévoile 
à son peuple de damnés la naissance du Christ: hurlements et grince- 
ments du chœur, chanté par la Société des chanteurs de Saint-Gervais. 
M. Challet (rôle de Satan), est doué d'une voix superbe; aussi, vrai 
succès pour ce chanteur, qui fait cette année ses débuts dans les 
concerts de Paris. La deuxième partie est d'un heureux contraste avec 
la première, où la sonorité dominait. Ici la scène se passe dans la cam- 
pagne de Jérusalem ; il fait nuit, un jeune pâtre (M"'- Ador) soupire une 
mélancolique ballade avec chœur à, bouche fermée. Un remarquable 
chœur à huit voix d'hommes suit cette ballade, puis un duo de deux jeunes 



78 



LE MENESTREL 



Israélites (M""" Letocart et M"* Ador) et l'apparition des anges qui for- 
ment un double chœur avec les pasteurs, finale sonore, vivant et heureu- 
sement venu. A la troisième partie apparaissent les rois Mages: air de 
ténor (II. Drouville) soupiré d'une jolie voix de lenorino, comme on peut 
en supposer aux rois d'Arabie. Très beau tiio pour les rois Mages, qui 
s'arrêtent à une fontaine, et écoutent chanter une jeune Benjamite accom- 
gnéepar ses compagnes. Arietto charmante a cinq temps, qui a fait rappeler 
son interprète M"= Achté, une toute jeune cantatrice finlandaise. Marche 
des rois Mages et triple chœur final à onze parties: les quatre anges, les 
trois rois et le chœur des pasteurs, chœur qui a fait applaudir chaleu- 
reusement l'auteur. Nous devons mentionner particulièrement les deux 
accompagnateurs, M. Morpain, 1"' prix de piano de l'année dernière, un 
musicien hors ligne, et M. Letocart, organiste de Saint-Vincent-de-Paul, 
qui a tenu l'orgue Alexandre avec une vraie maesiria. Avant de clore ce 
résumé, il convient de citer, avec les plus grands éloges, M'"^ Arbel, 
1*'' prix de piano aussi, qui a déclamé les strophes absolument comme si 
elle avait eu un I" prix de déclamation. M"" Letocart (dans la i' partie), 
a été bissée avec la chanson de l'Inde. 



NOUVELLES DIVERSES 



ETRANGER 



De notre correspondant de Londres (4 mars). — La Société du Bach- 
Choira offert à son public la primeur d'un Requiem àe M. Bruneau. L'œuvre 
a été écoutée avec l'attention la plus sympathique et, si le succès n'a pas 
jailli avec toute la spontanéité désirable, la faute en est au compositeur, 
qui n'a pas su donnera son inspiration l'accent qui touche et qui persuade. 
Et pourtant, quel arsenal de ressources, quelle variété d'effets M. Bruneau 
n'a-t-il pas mis en œuvre ! Malheureusement, tout ce luxe de rhétorique 
musicale n'affecte que nos sens; il ne parle pas au cœur. On sent qu'il n'y 
a pas là de conviction ni de foi sincère, mais seulement une mise en scène 
savante destinée à nous procurer une illusion, l'illusion du frisson d'outre- 
tombe. Mais cet apparat perpétuel serait encore supportable si M. Bruneau 
avait pu maîtriser un peu sa manie d'impressionnisme à outrance et 
donner une allure un peu plus noble et plus digne à ses idées. La note 
sinistre est poussée par lui à un degré qui parfois confine au grotesque, et 
la note tendre amollie jusqu'en des langueurs qui n'ont vraiment rien de 
religieux. 

Le début de l'œuvre, avec ses oppositions d'ombre et de lumière a du 
caractère et une tenue qui promettait une suite plus heureuse ; mais 
avec le Dies irœ, nous voici déjà en plein chaos. Les trombones se livrent 
là à des sauts de carpe et à des cabrioles qu'on peut à la rigueur s'ex- 
pliquer comme dépeignant la grimace d'une tète de mort! Le fragment Qui 
salvandos saluas gratis nous apporte la note suave avec des ressouvenirs des 
cantilènes religieuses de Gounod, et le Recordare est écrit dans le pire style 
italien. VHoslias est le meilleur morceau de l'ouvrage. C'est un solo pour 
voix d'enfant d'une grande fraîcheur mélodique et traité suivant les règles 
du chant grégorien. Cette jolie page n'eut pas manqué d'impressionner le 
public si elle n'avait pas été défigurée par les fausses intonations du jeune 
chantre chargé de l'interpréter. 

Parmi les solistes, je me contenterai de citer M. Edouard Lloyd, qui a 
exécuté sa partie en conscience et avec le meilleur de ses excellants 
moyens. Les trois autres solistes ne paraissaient chanter qu'avec hésitation 
et le chef d'orchestre, M. Stanford, avait bien du mal à faire marcher ses 
musiciens et ses choristes. Léon Schiesinger. 

— Le nouvel opéra-comique Shainus O'Brien, livret tiré de la ballade de 
J. SheriJan Le Fanu par M. G.-H. Jessop, musique de M. Stanford, que 
nous avons annoncé dernièrement, vient d'être joué au théâtre de l'Opéra" 
Comique de Londres, avec un succès énorme. Le compositeur ne s'est servi 
que de deux mélodies originales d'Irlande : Father O'Flynn et TJie Glory of the 
Viesl, une marche qui remonte à l'époque de Gromwell, mais il a su 
donner à sa musique un caractère irlandais si bien défini qu'on croit enten- 
dre des mélodies originales du pays. Le public a rappelé plusieurs fois 
les auteurs et leurs interprètes; le fameux directeur M. Harris a dû égale- 
ment se montrer au public et, selon son habitude, il y est allé de son 
petit speecli, qui a été fort bien accueilli. Shamus O'Brien est assuré d'un 
grand nombre de représentations dans le Boyaume-Uni. 

— Les candidats pour les fonctions, en ce moment vacantes, de directeur 
(principal) du Conservatoire de musique de Guildhall, à Londres, conti- 
nuent à affluer. La longue liste que nous avons publiée doit être complétée 
par le nom de M. Ralph Dunstan, docteur es musique de l'Université de 
Cambridge et professeur de musique dans plusieurs grandes écoles 
publiques. Cet artiste a publié plusieurs ouvrages pédagogiques. On cite 
aussi parmi les candidats, M. Hermann Klein, un jeune professeur au 
Conservatoire de Guildhall, qui n'a cependant aucune chance d'obtenir le 
poste si ardemment convoité. 

— Le flai/y-iVeitis a annoncé que M. Dvorak arriverait au mois de juin à 
Londres pour y diriger l'exécution de ses œuvres. Il ira ensuite se fixer à 
Prague, où il compte se consacrer entièrement à la composition. Il paraît 
que les fonctions de directeur du Conservatoire de Chicago, qu'il a exercées 



pendant plusieurs années, lui ont rapporté assez de « money » pour lui 
assurer une position indépendante. The Musical Âge, qui relate ce détail, 
remarque mélancoliquement que c'est peut-être pour cause de « fortune 
faite » que Dvorak ne veut plus accepter la direction d'un Conservatoire 
américain. 

— M. Georges Jacobi,le chef d'orchestre si populaire à Londres, où il 
a écrit récemment la musique de son centième ballot, vient d'être nommé 
professeur de composition au Collège royal de musique. On se rappelle 
que M. Jacobi, qui a fait son éducation musicale en France, fut naguère 
l'un des meilleurs élèves de notre Conservatoire, où il obtint, dans la 
classe de Massart, un brillant premier prix de violon. 

— De notre correspondant de Genève : La musique française vient de 
remporter ici une nouvelle victoire. P/io(«, comédie lyrique en trois actes de 
M. Louis Gallet, musique de M. Edmond Audran, a reçu du public gene- 
vois, l'accueil le plus chaleureux. 11 s'agit d'une agréable fantaisie placée 
par le librettiste à Byzance, au temps du bas empire, simple prétexte à 
décors lumineux et pittoresques et à costumes somptueux. Deux jeunes 
mariés, Gallus et Photis, sont en butte aux menées d'un coureur de dot, 
Ruâlus, secondé par deux parasites à tout faire et protégé dans ses entre- 
prises coupables par un empereur, ennemi des pures amours conjugales. 
On fait tant et si bien que Gallus et Photis, de par la loi, vont être obligés 
de divorcer. Tout s'arrange, grâce à un dénouement aussi ingénieux que 
juridique, et nos deux pigeons recommenceront à roucouler en paix. 
M. Audran a atteint sans effort, dans sa nouvelle partition, le style de 
l'opéra-comique ; sa musique, où la mélodie n'a jamais manqué, est spi- 
rituelle toujours et distinguée aussi, avec parfois des accents dramatiques 
d'une belle ampleur. L'orchestration, point fatiguée ni chargée hors de 
propos, est intéressante dans des recherches de dessins et de sonorités. 
Les récitatifs sont bien traités (il n'y a pas de parlé dans Photis) et les 
ensembles, toujours courts, ne sont pas moins bien venus. Les nombreux 
airs et duos d'amour de PJwlis, très modernes d'allure, ont été interprétés 
avec talent et conviction par le ténor léger Mikaelly (Gallus) et la chan- 
teuse légère M""« Julia Luca (Photis), dont la belle voix a fait merveille, 
semant les perles pour récolter les bravos. Et Myrilla, petit esclave malin 
dont l'intervention dénoue l'intrigue, à la satisiaction de tous, notre 
divette, M^^ 0. Dulac, en a fait une création amusante. L'élégant coquin 
Rufilus a été très bien chanté par la basse La Taste. MM. Émery et Guérin 
ont rempli à notre joie leurs rôles aussi comiques que musicaux. Belle 
mise en scène de M. Dauphin; c'est de tra.dition. Emile Delphin. 

— Une polémique s'est engagée, dans les journaux italiens, à propos du 
décret royal que nous avons fait connaître et qui proroge de deux années 
les droits d'auteur du Barbier de Séville de Rossini. Quelques-uns assuraient 
que cette mesure avait été prise dans l'intérêt du Lycée musical Rossini 
de Pesaro, dont ces droits constituent la meilleure partie du revenu. Le 
journal /a Sera, répondant à ce sujet à un de ses confrères, le Carrière délia 
Sera, avait avancé que la somme léguée à sa ville natale par Rossini, pour 
la fondation du Lycée, se montait à un million 230.000 francs. Or, il résulte 
d'un document certain, V « état patrimonial » du Lycée établi à la date du 
31 août 1893 par son président, l'avocat Ettore Mancini, que le legs fait par 
Rossini s'élevait au chiffre exact de 2millio!is6l9. 612 francs, et que le Lycée 
jouit aujourd'hui, de ce fait, d'une rente annuelle de 160.653 francs. En ce qui 
concerne les droits d'auteur de Rossini, dont il avait aussi légué la jouis- 
sance au Lycée, ceux-ci produisaient 'encore, en ISUl, une somme de 
1S.438 francs, mais cette somme, qui diminuait chaque année, n'étaitplus, 
en 1894, que de 8.847 francs. On peut donc s'assurer que ce ne sont point ' 
les droits d'auteur du Barbier qui constituent pourrétablissement un revenu 
appréciable, et que Rossini avait assez bien pris ses mesures pour que 
l'existence du Lycée fût assurée sans ce secours éventuel et destiné à dis- 
paraître dans un temps donné. 

— La solennité organisée par M. Mascagni à Pesaro pour célébrer l'anni- 
versaire de Rossini a commencé par un concert donné par lui au théâtre, 
et dont le programme a paru assez étrange. En effet, à deux ouvertures du 
maître, celles de la Cambiale di matrimonio et de Guillaume Tell, M. Mascagni 
avait joint la Symphonie héroïque de Beethoven, un largo de Hiendel et 
deux morceaux de "Wagner: le prélude de Lohengrin et l'ouverture du Tann- 
hàuser. L'accouplement des deux noms de Rossini et de Wagner est déjà 
singulier en lui-même, mais il le devient plus encore lorsqu'on songe qu'il 
s'agit d'une fête rossinienne. Ce concert avait lieu le jeudi '11 février. Le 
samedi suivant, 29, date exacte de l'anniversaire, la Messe solennelle de 
Rossini était exécutée au Lycée, avec un corps grandiose d'exécutants qui 
ne comprenait pas moins, pour l'orchestre, de 30 violons, 15 altos, 9 vio- 
loncelles, 12 contrebasses, et le reste à l'avenant. Les chœurs se compo- 
saient de 140 chanteurs. Quant aux solistes, c'était M"*^ Pizzagali et CoUa- 
marini, le ténor (5îraud, la basse Venturi et trois élèves de l'institution, 
MM. Beninsigna, Rossi et Viucenzi. 

^ On sait que, à propos de ces fêtes de Rossini, M. Mascagni a donné 
lundi dernier, au théâtre de Pesaro, la première représentation de son 
nouvel opéra, Zanello (le Passant). Certains journaux se permettent de 
trouver ce fait quelque peu anormal, et font justement remarquer qu'en 
une telle circonstance M. Mascagni aurait dû effacer complètement sa per- 
sonnalité devant le souvenir de l'illustre maître qu'il s'agissait de glorifier. 
Ils rappellent, non sans quelque à-propos, qu'en un cas semblable, c'est- 



LE MENESTREL 



79 



à-dire lorsqu'il y a quelques années on fêta à Milan l'anniversaire de la 
naissance de Rossini, Verdi, qui avait accepté de diriger l'orchestre, se 
garda bien de chercher des applaudissements pour son compte., et « oublia 
sa propre personnalité pour honorer exclusivement celle du grand homme 
dont on rappelait le souvenir. Ce fut une preuve exquise, de tact de la 
part de Verdi, dont chacun lui sut un gré infini. » 

— En ce qui concerne la représentation de Zanetto en elle-même, elle 
paraît avoir été un très grand succès. Presque toutes les villes d'Italie, 
surtout Livourne, la patrie du compositeur, avaient envoyé des représen- 
tants pour assister à cette première, attendue avec impatience dans toute 
l'Italie. On a dû répéter trois morceaux, et les journaux italiens prévoient 
une nouvelle édition du succès légendaire de Caoalleria rustimna. Cette fois- 
ci, l'infermeizo traditionnel manque; mais l'opéra, qui dure à peine une 
heure, commence par un chœur invisible chanté derrière la scène avant le 
lever du rideau et qu'on a dû bisser. Un critique enthousiaste, compa- 
triote de M. IVlascagni, écrit que Zanetto donne une idée complète de la 
Renaissance italienne. « Excusezdupeu ! « aurait dit ce grand philosophe 
qui fut Rossini . 

— Maigre carême! s'écrie douloureusement le Trovatore. Dans l'actuelle 
saison de carême, il n'y a de spectacle d'opéra en Italie que dans dix-sept 
théâtres seulement, savoir : Carrare, Ferrare, Florence (Pagliano), Forli, 
Lodi, Milan (Scala), Naples (San Carlo et Mercadante), Pise, Pignerol, 
Rome (Argentina et Nazionale), Sassari, Turin (Vittorio-Emanuele), 
Oneglia, Trapani et Venise (Rossini). Saison maigre, en effet. 

— Il s'est formé récemment à Pescia, ville où est mort le compositeur 
Giovanni Pacini, le vieil ami de Rossini, un comité pour organiser la cé- 
lébration du centième anniversaire de sa naissance. Pacini est né en effet 
enl79G,mais à Gatane, et il semblerait que ce fùtcette ville, où naquit aussi 
Bellini, qui eût dû prendre une telle initiative. Quoi qu'il en soit, c'est 
Pescia qui célébrera le centenaire de ce compositeur, âgé de dix-sept ans 
seulement lorsqu'il fit représenter à Milan son premier opéra, qui, dans 
l'espace d'un demi-siècle, n'en offrit pas au public moins de soixante et onze, 
et qui, en mourant, laissa encore, complètement achevées, les partitions 
de seize ouvrages qu'il n'avait pas eu le temps de faire paraître à la scène. 
La solennité est fixée au 12 avril prochain. 

— Encore toute une kyrielle d'opérettes à signaler en Italie. A Lucques, 
le Nozz-e di Bebè, musique de M. Domenico Cortopassi ; à Pralo, A. B. C, 
musique de M. Roberto Gipriani; et à Catane, il Ca/fé-concerto, musique de 
M. Langella. 

— On a donné à Cagliari, avec quelque succès, la première représenta- 
tion d'un opéra en un acte, Yirgo Dolorosa, dont le compositeur Alberti a 
écrit la musique sur un livret de M. Garzia. 

— On a exécuté dans la cathédrale de Catane, à l'occasion des fête s de 
sainte Agathe, une messe solennelle inédite dont l'auteur, le jeune maestro 
Domenico Cambria, est à peine âgé de dix-huit ans. Les journaux de 
Catane en disent grand bien. 

— Un éditeur milanais entreprenant, M. Carlo Aliprandi, invite les 
compositeurs, professeurs, chanteurs, poètes, auteurs dramatiques, etc., à 
collaborer à un numéro spécial du journal la Farfalla, qui sera publié le 
19 mars, jour de la Son Giuseppe, et qui sera exclusivement consacré à 
Giuseppe Verdi. 

— Les dépêches d'Anvers annoncent le très vif succès remporté par la 
Navarraise au Théâtre-Royal. II n'y a pas eu moins de cinq rappels au 
baisser du rideau. M"« Brietti paraît avoir été une très remarquable 
Anita et le ténor Dupuy s'est montré son très digne partenaire. Orchestre 
excellent sous la direction de M. Warnots. 

— Le célèbre ténor Masini cumule. Non content de gagner cinq mille 
francs par soirée à Saint-Pétersbourg, où il est engagé avec M"' Sigrid 
Arnoldson à l'Opéra italien, il vient encore de gagner la bagatelle de 
120,000 roubles avec un billet de l'emprunt à primes de l'État russe. C'est 
près de 400,000 francs en or que le chanteur va ainsi empocher, et cette 
somme doii faire plaisir même à un ténor di primo cartello. Il est certain que 
si Masini n'avait pas chanté actuellement à Saint-Pétersbourg il n'aurait 
pas pris ce bienheureux billet de loterie. 

— La société musicale de Varsovie, fondée le lo janvier 1S71, célèbre le 
vingt-cinquième anniversaire de son existence. Elle compte actuellement 
plus de neuf cents membres. Ses recettes entières montent à 23.000 roubles, 
73.000 francs environ; ses dépenses s'élèvent presque à la même somme. 

— Voici une liste des œuvres lyriques françaises jouées en Allemagne 
et en Autriche pendant ces dernières semaines. A Vienne : Mignon, l'Afri- 
caine, la Juive, Werther, Robert le Diable, Carmen ; à Beulin : Carmen, Mignon, 
Faust : à Munich : les Huguenots, le Postillon de Lonjumeau, Iphigénie en Aulide; 
à Hanovre : Les Huguenots, le Prophète ; à Wiesbaden : Mignon, Fra Diavolo, 
la Fille du Régiment, Faust, les Dragons de Villars, la Muette de Portici, la Juive; 
à Manniieim : Carmen ; à Leipzig : la Poupée de Nuremberg, Carmen, la Vivan- 
dière, les Dragons de Yillars ; à Brè.iie : la Juive, la Fille du Régiment, les Dra- 
gons de Yillars ; à Stuttgart : les Huguenots, la Muette de Portici, le Prophète, 
Bonsoir, Monsieur Pantalon ; à Cassel : Faust ; à Bbeslau : Lakmé, les Hugue- 
nots, Fra Diavolo, le Maçon, Mignon, Faust ; à Dresde : Carmen, la Part du 
niable, Djamileh, la Fille du Régiment, Mignon, les Dragons de Yillars ; à C.vbls- 



RUHE : Fra Diavolo, Guillaume Tell, le Postillon de Lonjumeau; à Hambourg : le 
Prophète, la Yivandière, le Postillon de Lonjumeau; à Budapest: le Prophète, 
Ilamlet, la Navarraise, Faust, Guillaume Tell, la Juive. 

— Un nouvel opéra du. compositeur tchèque Zdenko Fiebich a été joué 
avec succès a Prague. Le sujet en est tiré du Don, Juan de Byron, et l'ou- 
vrage a pour titre Haydée, tout comme l'œuvre d'Auber. On a tout particu- 
lièrement applaudi le deuxième acte et la ballet du dernier. 

— Un nouveau ballet, le Frère Bartolo, dont le livret a été tiré par le baron 
de Bourgoing du Barbier de Sévitle, et dont la partition est due à M. Joseph 
Bayer, de l'Opéra impérial, sera prochainement joué à Vienne, dans la 
salle des fêtes du président du conseil. Il s'agit d'une œuvre de bienfai- 
sance, On verra sans doute bientôt ce ballet sur une scène viennoise. 

— L'opéra en trois actes Waltlier von der Yogelweide, paroles et musique 
de M. Albert Kauders, qu'on a déjà joué avec succès au théâtre allemand 
de Prague, vient d'être représenté à l'Opéra impérial de Vienne. Le célèbre 
ménestrel Walther von der Vogelweide joue un rôle plutôt romantique 
qu'historique dans cette œuvre, que le public viennois a fort bien accueillie. 

— Le théâtre de la cour de Gotha vient de jouer, pour la première fois, 
un nouvel opéra an un acte, En flatnme, livret de M. Emile Strauss, mu- 
sique de M. Max Marschalk. 

— On vient de donner au théâtre San-Carlos, de Lisbonne, Irène, l'opéra 
italien du compositeur portugais Alfred Keil, qui avait été représenté 
pour la première fois, il y a quelques années, au Théâtre royal de Turin. 
Le public portugais a accueilli avec enthousiasme l'œuvre de son compa- 
triote, qui a été l'objet d'une vingtaine de rappels. 

— On a joué avec succès à Boston, un nouvel opéra, la Marque, avec 
paroles tirées du célèbre roman : The scarlet letter, de Nathaniel Hawthorne, 
et musique de M. Walter Damrosch. Ce compositeur cumule ; il est im- 
présario dune troupe d'opéra a New- York et son propre chef d'orchestre. 
C'est précisément sa troupe qui a joué le nouvel opéra, sous la direction 
du compositeur. 

PARIS ET DEPARTEBIENTS 

Une nouvelle thèse de doctorat es lettres vient d'être soutenue à la 
Sorbonne sur un sujet, sinon absolument musical, du moins confinant de 
très près à la musique : ta Danse chez les Grecs antiques; et ce qui ajoute 
pour nous à l'intérêt de ce travail, c'est qu'il a été accompli par un écri- 
vain, M. Emmanuel, qui, à son titre d'étudiant à la Faculté des Lettres, 
a joint longtemps celui d'élève du Conservatoire', où il a suivi les classes 
de composition du regretté Léo Delibes. La séance a été fort intéressante; 
les éminents hellénistes contre lesquels M. Emmanuel était appelé à argu- 
menter lui ont soumis diverses objections qui n'avaient pas, du moins comme 
pour certaine autre thèse musicale, dont i) fut question en son temps, 
l'inconvénient de n'avoir aucun rapport avec le sujet, — et l'on n'a pas 
parlé une seule fois de Wagner! M. Emmanuel a très brillamment soutenu 
sa thèse, et a été reçu docteur avec la mention très honorable. Comme, 
par une heureuse coïncidence, le Ménestrel va bientôt terminer la publi- 
cation de mon travail sur la musique antique, j'en profiterai pour donner, 
dans un article supplémentaire, un résumé du beau travail de M. Emma- 
nuel, auquel la Sorbonne vient d'accorder sa sanction. .1. T. 

— Aucun biographe n'était d'accord avec les autres relativement à la 
date de la naissance de l'excellente cantatrice M™" Dorus-Gras, dons nous 
avons récemment annoncé la mort. Vapereau la disait née en 181,3, Fétis 
en 1807, d'autres encore donnaient des dates différentes. Le billet de faire 
part de la mort disait l'artiste âgée de 9J ans, ce qui était exact, mais ce 
qui ne précisait rien. Notre confrère de la Semaine musicale de Lille a eu 
l'idée de faire relever à Valenciennes l'acte de naissance de M"'" Vansteen- 
kiste (dite Dorus, du nom de sa mère, qu'elle avait adopté en prenant le 
théâtre). Or, le registre des actes de l'état civil de Valenciennes porte que 
« Julie-Aimée Joseph Vansteenkiste, tille légitime d'Aimé Vansteenkiste 
et de Catherine Lionnet, est née le vingt et un du mois de Fructidor an 
treize de la République, » soit non le 8, comme le dit notre confrère par 
une légère erreur, mais le 7 septembre 1803, ce qui prouve qu'elle est 
morte en elïet à l'âge de 90 ans. On remarquera que la date de l'acte offi- 
ciel est encore empruntée au calendrier républicain, bien que déjà la 
France fût placée, depuis l'année précédente, sous le régime impérial. 
Quoi qu'il en soit, nous sommes fixés aujourd'hui d'une façon précise 
sur la date de naissance d'une des cantatrices les plus séduisantes qu'ait 
jamais possédées l'Opéra. 

— Pour renouveler le répertoire des levers de rideau à l'Opéra-Gomique, 
M. Carvalho songe à remettre à la scène le Calife de Bagdad, un petit chef- 
d'œuvre de Boieldieu. Les rôles de cet ouvrage (sauf un, qui n'a pas encore 
de titulaire), sont distribués à M""i' Leclerc, Mole et Pierron, MM. Marc 
Nohel, Gourdon et Jacquet. Le Calife de Bagdad, dont les paroles sont de 
Saint-Just, un Saint-Just qui n'a rien à voir avec le complice de Robespierre, 
fut représenté pour la première fois à l'Opéra-Comique le 16 septembre 1800, 
sous le Consulat. Le Premier Consul assistait à cette première représen- 
tation et fit mander les auteurs pour les féliciter. Le sujet de cet opéra- 
comique est emprunté aux contes arabes. Le Calife de Bagdad compte à 



80 



LE MENESTREL 



l'heure actuelle plus de mille représentations rien qu'à l'Opéra-Comique. 
Il fut repris aussi aux Fantaisies-Parisiennes, aujourd'hui théâtre des 
Nouveautés, sous la direction de M. Martinet. 

— La Korrigane, le charmant ballet de M. Widor, va atteindre, à l'Opéra, 
sa centième représentation. Chacune des dernières représentations de cet 
ouvrage a donné lieu, de la part d'une danseuse, à un acte de charité 
méritoire. M^'' Mathilde Salle qui joue dans ce ballet, le rôle du mendiant, 
ayant appris la maladie d'un vieux choriste de l'Opéra, a eu l'idée d'y faire 
une quête. Artistes, abonnés et MM. Bertrand et Gailhard en tête, ont 
donné à M"= Salle, qui a pu ainsi, en réunissant les sommes recueillies à 
chaque représentation, faire entrer le pauvre choriste à l'hùpital. 

— Les deux concerts spirituels de l'Opéra auront lieu les jeudi et samerli 
saints, 2 et 4 avril. Au programme : une ouverture de M. E. Mestres ; 
Requiem, de M. Alfred Bruneau; symp'ûonie en mi bémol, de Charles Gou- 
nod ; Saint-Georges, de M. Paul Vidal, dont les soli seront chantés par 
M"" Berthet et M. Affre; la Marche de Szabculy, de M. Massenet. 

— Notre collaborateur Arthur Pougin , qui est membre de la Ligue 
française de l'enseignement, a fait vendredi dernier, à Versailles, dans la 
salle de la Ligue, une conférence sur les chansons populaires. La salle 
était absolument comble, et Je public, que le sujet intéressait vivement, a 
fait au conférencier le plus chaleureux accueil et l'a vivement applaudi, 
ainsi que M. Morlet, qui, au cours de la séance, a chanté d'une façon 
charmante plusieurs chansons populaires, dont la saveur et le caractère 
ont enchanté les auditeurs. 

— M. Georges Mangin, interne des hôpitaux de Paris et fils de M. Ed. 
Mangin, le chef d'orchestre si distingué de l'Opéra, vient de passer brillam- 
ment sa thèse de docteur en médecine devant la Faculté de Paris; il a été 
reçu avec la note : extrêmement satisfaisant. 

— C'est encore la Semaine musicale qui nous renseigne sur la brillante 
carrière que fournirent, sur le théâtre de Lille, quelques-uns des ouvrages 
d'Ambroise Thomas. Le Cdid, qui fut joué le 21 mars 1830, n'a jamais 
quitté le répertoire et a obtenu plus de cent représentations. Le Songe d'une 
nuit d'été, qui parut neuf mois après, le 19 décembre 1830, a dépassé aussi 
la centaine; le rôle d'Elisabeth était établi par M"" Charton-Demeur, qui 
devait être plus tard l'admirable créatrice des Troyens de Berlioz. Quant à 
mignon, qui fut offerte au public le 9 janvier 1868, le nombre de ses repré- 
sentations à Lille ne s'élève pas à moins de 130, ce qui constitue un succès 
formidable pour une ville de province. Notre confrère rappelle, à ce sujet, 
les beaux chœurs orphéoniques écrits par Ambroise Thomas, entre autres 
celui intitulé le. Tyrol, avec lequel deux sociétés orphéoniques de Lille 
remportèrent à Paris, au grand concours organisé à l'occasion de l'Expo- 
sition universelle de 1867,' le premier et le deuxième prix. Aussi bien 
pouvons-nous reproduire, d'après l'ÉcIio des orphéons, la liste des intéres- 
santes compositions de ce genre qui sont dues à Ambroise Thomas. La 
voici : — Le Chant des amis, composé pour le concours de Lille en 1838; 
la Vapeur, pour le concours d'Arras 1839; le Salut aux chanteurs, pour le 
festival de Paris 1839; France! France! pour le festival de Londres 1860; te 
Tyrol, pour le concours de Lille 1862 ; le Carnaval de Rome, pour le concours 
d'Arras 1804; l'Atlantique, pour l'orphéon municipal de la Ville de Paris ; 
les Traîneaux, le Temple de la Paix, pour le festival de l'Exposition vniverselle 
de 1867; Paris, pour un festival à la même époque; la Nuit du Sabbat, pour 
le concours de Reims 1808; et enfin, les Archers de Bouvines et le Forgeron. 

— Le Grand-Théâtre de Montpellier a donné, la semaine dernière, une 
représentation à la mémoire d'Ambroise Thomas. Le programme se com- 
posait du 1" acte de Mignon, de l'ouverture de la Double Échelle, du grand 
duo d'HamIel, d'une ode spécialement composée pour la circonstance et 
fort bien dite par M. Bruno, du couronnement du buste d'Ambroise Tho- 
mas entouré de toute la troupe, et, enfin, des 2' et 3= actes de Mignon. 
M. Conte, l'intelligent directeur, M. de Bruni, chef d'orchestre, et 
M. Maxime, régisseur général, ont été bien récompensés, par l'empresse- 
ment du public, des efforts qu'ils n'avaient pas ménagés pour mener à 
bien cette manifestation en l'honneur de notre grand raaitre français. 

— Rouen et Bordeaux préparent aussi des représentations solennelles. 

— A la Bodinière, suite des conférences toujours très suivies de 
MM. Maurice Lefèvre et Pierre d'Alheim, qui présentent l'un les Chansons 
des joujoux, l'autre, le compositeur russe défunt Moussorgski, curieusement 
interprété par M"= Olenine. 

— La Société des Employés du commerce de musique vient de donner 
son concert annuel à la Bodinière. Matinée des plus variées et des mieux 
réussies, dont chaque numéro aura été un véritable succès. Parmi les ar- 
tistes qui prêtaient le concours de leur talent à cette fête, il n'est que 
juste de citer M. Charpentier, le distingué violoncelle-solo des concerts de 
l'Opéra; M. Jacques Dufresne, un jeune violoniste de onze ans qui a déjà 
l'assurance d'un maître; M'"'' la comtesse Borsari, une pianiste amateur 
douée d'un mécanisme remarquable; M"= Bonvalot, une chanteuse du 
plus grand avenir; enfin M. Amigo, un artiste espagnol qui atteindra vite 
en France à la réputation dont il jouit déjà par delà les Pyrénées s'il 
nous donne encore quelquefois l'occasion d'applaudir son extraordinaire 
talent sur l'harmonium. Quand, à ces noms, nous aurons ajouté ceux de 
MM. Fragson, FrageroUe et Fursy, on se fera une idée de ce qu'a pu être 
cette intéressante séance. 



— On nous écrit de Roubaix que les concerts populaires organisés cette 
année par M. Koszul, l'excellent directeur de l'Ecole nationale de musique 
de cette ville, obtiennent un très grand succès. LTn orchestre de 70 exécu- 
tants, un chœur qui comprend 90 voix masculines et 60 voix féminines, et 
des solistes expérimentés, ont fait entendre des œuvres de Mozart, Beetho- 
ven, Weber, Schumann, Mendelssohn, Gounod, Mas.'enet, Saint-Saëns, 
Th. Dubois, Guiraud, Lenepveu, Joncières, Maréchal, etc. Jeudi dernier, 
M. Ch. Lenepveu est venu diriger un festival dont le programme était com- 
posé de ses œuvres. On a beaucoup applaudi la conjuration de Velléda, le 
divertissement et le chœur des prêtresses, ainsi que l'hymne funèbre et 
triomphal. Ce festival a obtenu un énorme succès, et M. Koszul est dès à 
présent décidé à doubler l'année prochaine le nombre de ses concerts, 
dans les programmes desquels les noms de nos compositeurs français 
tiennent une large place. 

— Le théâtre de Valenciennes vient d'avoir la primeur du petit opéra- 
comique inédit, le Petit Lulli, qui devait être joué à Nantes, et dont la 
mort dramatique du pauvre Henri Jahyer avait empêché la représentation 
en celte ville. Les auteurs sont, pour les paroles MM. Louis Leloir et 
Paul Gravollet, pour la musique M. Charles Hess, dont le Dîner de Pierrot 
a été si bien accueilli à l'Opéra-Comique. Le Petit Lulli, fort gentiment joué 
par M'"' Viannet et M. Alberthal, a obtenu, nous écrit-on, un franc succès, 
etsa musique, vive et légère, a produit la meilleure impression. 

— MM. Louis Diémer et Juins Delsart viennent de donner à Bayonne et 
à Biarrit7. une série de concerts qui ont été, pour les deux grands artistes, 
l'occasion de triomphants succès, M. Diémer, avec des pièces de clavecin, 
des œuvres classiques et plusieurs de ses compositions, le Clmnl du nau- 
tonier, Yalse de concert, caprice, M. Delsart, avec des œuvres de Widor, 
Saint-Saëns et le Dernier Sommeil de la Vierge de Massenet. 

— Charmante soirée musicale à « la Betterave ». W' Kerrion et Bres- 
soles s'y sont partagé les bravos d'un public enthousiaste avec l'excel- 
lent violoncelliste Kerrion, la première en chantant de sa belle voix l'air 
d'Héy-odiade et le Poète et le Fantôme de Massenet, la seconde avec l'air des 
Noces de Figaro, la Chanson d'automne et l'Heure exquise de Reynaldo Hahn, 
et, toutes deux réunies, le charmant duo à'Aben-Hamet de Théodore Dubois. 
M. Achille Kerrion a joué admirablement sur son violoncelle un andante 
de P. de Wailly, une Rapsodie hongroise de Popper et le nocturne de la Na- 
varraise de Massenet. Le tout a fini par des Chansons du Chat noir, avec 
M. Maurice Brébant comme interprète. 

— Samedi dernier, dans les salons du docteur Blondel, la poétique par 
tition de M. Georges Hue, Rïibezahl, a remporté le plus vif succès, d'ailleurs 
partagé par ses interprètes : M"» Pauline Smith et M. Raquez (Hedwige 
et Rubezahl), M""> Steinheil et M"= Marthe Choisnel, MM. Baudoin-Bui- 
gnet, Damad et Picot. Le maître de la maison conduisait les chœurs et 
l'orchestre, au milieu d'une assistance artistique et mondaine. 

NÉCROLOGIE 

Nous avons le regret d'annoncer la mort d'un excellent artiste, Louis- 
Adolphe de Groot, qui. Hollandais d'origine, était depuis sa jeunesse 
établi en France, qu'il n'a jamais quittée. Compositeur aimable, de Groot 
exerçait les fonctions de chef d'orchestre à la Porte-Saint-Martin lorsque 
ce théâtre donna, pour les représentations de M"°' Hébert-Massy (laNicette 
créatrice du Pré aux Clercs), son fameux drame mêlé de musique, la Fan- 
rfond rtî'ne, et il collabora avec Adolphe Adam pour la musique de cet 
ouvrage, dont le succès fut éclatant. Da Groot, qui était âgé de 70 ans, 
était l'oncle par alliance de l'excellent pianiste-compositeur Charles René. 

— De Bruges on annonce la mort du doyen des musiciens belges. M. Jules- 
Auguste-Guillaume Busschop, compositeur amateur distingué , membre 
correspondant de l'Académie de Belgique. Né à Paris, de parents belges, 
le 10 septembre 1810, Busschop fut élevé à Bruges, ville natale de son père, 
et se livra avec passion à l'étude de la musique, pour consacrer ensuite 
son temps à la composition. On lui doit des symphonies, des ouvertures, 
des scènes lyriques avec orchestre, une Messe solennelle pour voix seules 
et orchestre, des motets, des morceaux de musique militaire et de nom- 
breux chœurs orphéoniques. En 1860 il faisait exécuter à Bruxelles, dans 
l'église Sainte-Gudule, un Te Deum solennel qui lui valait les éloges de la 
critique, et en 1874 il faisait entendre à Bruges de nombreux fragments 
d'un beau drame lyrique en trois actes intitulé la Toison d'or, dont le sujet 
était tiré de l'histoire de cette ville. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 

Étude de M' Er. Thibault, notaire à La Rochelle, 
4, rue G.-Admyrauld. 
A CÉDER : 
Maison de pianos, musique, lutherie, parfaitement achalandée, située 
dans la plus belle rue de La Rochelle. 
Long bail assuré. 
Pour tous renseignements, s'adresser à M° Thibault. 

Manette Salomon, la pièce de M. Ed. de Concourt, jouée en ce moment au 
Vaudeville, vient de paraître chez les éditeurs Charpentier et Fasquelle. 



R. — iMPniBlEniE CDAix, «UE BERGBHif, 20, PABls, — Siicre UriUeniJ 



Dimanche IS Mars 1896. 



3390. — 62'"« mm — [VMi. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs.) 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Direcieur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement, 

Dn on, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Teite et Musique de Chant, 20 fr.; Teite et Musique de Piano, 20 tr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMIIRE-TEXTE 



I. Musique antique (6'' article), Julien Tiersot. — II. Sdraaine théâtrale : Tlia'is 
au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, Lucien Solvav; premières représenta- 
tions de la ToTine, aux Nouveautés, et d'AHMe, à l'Olympia, Paul-Éhile 
Chevalier. —III. L'orchestre de Lully (5" article), Arthur Pougix. — IV. Et la 
direction du Conservatoire? H. Moreno. — V. Revue des grands concerts. — 
VI. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce jour : 

LE RÉVEIL 

n" 1 des Heures de rêve et de joie, du m.aestro N. Gelega. — Suivra immédia- 
tement : Balancelle, valse d'ÂNTONiN Marmontel. 



MUSIQUE DE CHANT 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
CHANT : Sur la tombe d'un enfant, n» 3 des Poèmes de Bretagne, de Xavier 
Leroux, poésie d'ANDRÉ Alexandre. — Suivra immédiatement : Veux-tu, 
mélodie de Léon Delafosse, poésie de M""^ Desdordes-Valmore. 



MUSIQUE ANTIQUE 

LES NOUVELLES DÉCOUVERTES DE DELPHES 

(Suite) 



IV 

Nous aurons examiné l'tiyŒine antique sous tous ses aspects 
quand nous en aurons considéré la forme d'ensemble et 
tàclié d'en dégager l'esprit. 

Bien que le mauvais état du monument n'ait pas permis 
de reconstituer la ligne mélodique dans toute son intégralité, 
il en reste assez pour que nous puissions nous rendre compte 
de son mouvement général. 

Nous avons vu que les périodes se succédaient logique- 
ment par modulations au ton voisin du principal, avec des 
épisodes chromatiques intermédiaires, et que le tout se ter- 
minait par une prière sur un rythme grave et nettement 
dessiné. De même, dans certains motets de Bach, le dévelop- 
pement polyphonique est suivi par le chant d'un choral. 

D'autie paît, nous avons observé, avant celte prière, dans le 
dernier épisode du mouvement principal, d€s séries de notes 
aiguës qui élevaient soudain le diapason vocal à un degré 
sensiblement plus élevé que le reste de la cantilène: il semble 
que, pour conclure, le compositeur ait voulu produire un eiîet 
vocal, le même, exactement, qui consiste à terminer les airs 
d'opéras par des strettes brillantes oîi les chanteurs font 
retentir les notes les plus éclatantes de leur voix. 



Or, la même remarque avait été faite pour le premier hyrtine, 
et cette constatation milite évidemment en faveur de l'opinion 
qui soutient que ces deux morceaux étaient faits pour être 
chantés en solo, non en chœur. 

Nous serions plus embarrassés de dégager de la mélopée un 
thème, dans le sens moderne du met. Cependant, nous savons 
que les Grecs avaient des nomes, formules musicales im- 
muables, sortes de matière que les compositeurs avaient 
mission de traiter, et qui formaient la base de tous les chants 
religieux. Or, les débuts des deux hymnes à Apollon pré- 
sentent des analogies si grandes qu'il ne paraît pas douteux 
que l'un procède de l'autre, et qu'il ne serait nullement 
impossible qu'ils fussent, tous les deux, des extraits d'un 
thème ou nome plus ancien. Je rappelle les premiers frag- 
ments du second hymne : 




Or, dans la première strophe du premier, nous trouvons la 
formule suivante, qui se reproduit cinq fois, dans son mouve- 
ment général, au cours de la mélopée : 




L'intonation présente, dans les deux cas, d'évidentes analo- 
gies. 

Poussant plus loin les rapprochements, je transcris encore 
la mélopée chrétienne du cbant de la Préface, qui est une 
des parties les plus anciennes de l'ofiice de la messe. Chaque 
note est destinée à être psalmodiée sur plusieurs syllabes: je 
me borne à reproduire le mouvement mélodique général, en 
maintenant le ton sur le degré aigu que nous a imposé 
l'hymne delphique : 



La ressemblance, ici, est un peu moins complète qu'entre 
les fragments des hymnes antiques: cependant elle est frap- 
pante encore. Voilà donc un exemple de plus de l'analogie 
des chants primitifs de l'Eglise avec les chants païens : si 



8û 



LE MENESTREL 



peut-êlre ils ne les reproduisent pas d'une façon absolument 
fidèle, du moins ils en procèdent et en ont subi profondé- 
ment l'influence. Et qui sait si le chant chrétien, en adoptant 
les formules principales et les intonations des deux hymnes 
chantés autrefois en l'honneur du dieu dont l'arc est d'ar- 
gent, ne nous a pas apporté un écho de quelque nome beau- 
coup plus ancien encore, dont les auteurs du n'= siècle 
avant notre ère n'auraient fait eux-mêmes que s'inspirer? 

Constatons encore le caractère très diatonique de la mélo- 
die. A la vérité, quand les intervalles disjoints sont employés 
ils sont présentés d'une façon généralement caractéristique, 
particulièrement par sauts d'oclave et de quinte (il y a 
même un saut de septième, mais qui pourrait très bien pio- 
venir d'une mauvaise lecture, car M. Reinach indique une 
des deux notes comme douteuse). Mais la plus grande partie 
de la cantilène se tient sur les notes ré mi fa, avec le si' bémol 
tenant lieu de Vut. Cette dernière note ne se présente pas une 
seule fois dans les passages en dorien basés sur la, ce qui 
est intéressant à constater, cette note correspondant au sep- 
tième degré mobile de la gamme mineure moderne : comme 
elle ne flgure pas dans le chant, cela dispense de nous 
demander si elle aurait joué ou non le rôle de notre 
moderne sensible. 

De cette succession de sons très rapprochés provient ce 
caraclère de chant lié, assez expressif, monotone d'ailleurs, 
qui est celui des deux hymnes à Apollon. Dans les pas- 
sages chromatiques du premier, l'emploi du style lié était tel 
que parfois les sons se suivaient par intervalles de plusieurs 
demi-tons successifs, exprimant en quelque sorte une impres- 
sion d'intimité à laquelle je trouve un très grand charme. Il 
me semble qu'il y a quelque chose d'infiniment délicat, par 
exemple, dans cette phrase intermédiaire : 




Ce n'est pas' du tout le chromatique moderne, plaintif, 
lugubre, exaspéré, mais quelque chose de très doux, exquis, 
subtil et raffiné. 

Je n'ai pas dit un mot jusqu'à présent de l'accompagnement 
instrumental qui soutenait le chant dans les deux hymnes, 
et dont toute trace a disparu dans la notation. C'est que la 
question de l'union des instruments avec la voix est une des 
parties delà musique antique qui nous sont les plus inconnues. 
Pourtant nous en savons assez pour assurer que ces accom- 
pagnements étaient très peu de chose, et que l'harmonie 
rudimentaire qu'ils constituent ne saurait faire songer en rien 
aux richesses de l'art moderne. Nous ne sommes pas moins 
autorisés à affirmer que jamais les Grecs ne connurent l'har- 
monie vocale, qui est la base par excellence de toute poly- 
phonie, et que, lorsqu'ils chantaient en chœur, c'était toujours 
à l'unisson. Pour le second hymne à Apollon, l'emploi des 
notes réservées habituellement à la notation instrumentale a 
fait supposer à des savants autorisés que le chant était pure- 
ment et simplement doublé par les instruments : acceptons 
cette conclusion, et généralisons-la pour la pratique moderne. 
Aussi, lorsqu'il s'agira de donner au public de nos jours une 
idée de la musique de l'antiquité, le mieux sera, je pense, 
de faire entendre le chant dans toute sa nudité, en se bor- 
nant, si cela paraît indispensable, à faire doubler la voix, à 
l'unisson ou à l'octave, par une flûte ou un instrument à 
cordes pincées, sans y rien ajouter qui rappelle les pratiques 
de l'harmonie moderne. Gela sera la façon la plus sincère, et 
peut être aussi la plus sûre, d'en faire comprendre aux audi- 
teurs mondains le véritable esprit. 

(A suivre.) Julien Tiersot. 

Erratum. — Le sujet de ces articles n'étant pas déjà si clair que l'on 



puisse encore l'obscurcir par des incorrections typographiques, je crois 
devoir relever une faute qui s'est glissée, en mon absence, dans le dernier 
numéro, page 67, colonne 1, lignes 2 et 3. Au lieu de : « Avistote attribue 
à la mèse un rôle parfaitement mondain », il faut lire : « Un rôle parfaite- 
ment secondaire. » 



SEMAINE THEATRALE 



THAÏS AU THEATRE DE Là MONNAIE 

Bruxelles, 12 mars. 

Le public de la Monnaie a fait, samedi dernier, à Thaïs un accueil 
chaleureux, unanime ; et quant à la presse, à part une couple de 
journaux innommables, connus pour faire de la critique, comme de 
toute autre chose, une arme de scandale, elle n'a pas été moins d'ac- 
cord pour admirer la charmante, délicate et spirituelle partition du 
maîlre français. Ou peut en conclure que c'a été, pour celui-ci, une 
belle victoire, d'autant plus earacléristique que le public d'ici, bal- 
lotté entre tant a'esthétiques diverses, est devenu d'un caractère très 
difficile, peu expansif, ne se « livrant » qu'en toute connaissance 
de cause, et fort méCant. 

L'oeuvre, d'ailleurs, à la Monnaie, se trouve dans son vrai cadre; 
ses élégances et ses finesses n'y sont pas pt-rdues. De plus, les trois 
tableaux du deuxième acte, au lieu d'être covipés d'entr'actes qui en 
arrêtent l'intérêt et le développement, s'enchaînent sans interruption, 
séparés seulement par les « interludes » symphoniques qui les 
relient naturellement; et le grand ballet de la fin a été complètement 
supprimé. Ainsi, l'action marche, d'une allure vive, égale, logique. 

La première à la Monnaie a donc été une victoire très décisive. Le 
premier tableau, d'un si joli sentiment religieux, a produit un effet 
profond, avec le délicieux decrescendo de la voix d'Athanaël se per- 
dant et s'effaçant dans le loinlain; — les trois suivants, oit l'on a 
volontairement coupé toute occasion d'applaudissements finals en les 
reliant l'un à l'autre, se sont terminés par un double rappel très en- 
thousiaste ; et la scène si pénétrante de la mort de Thaïs n'a pas été 
moins acclamée. 

Toutes les grâces, toute l'émotion, douce et enveloppante, de la 
partition, se sont trouvées mises en valeur, habillées, dirai-je, de leur 
vraie atmosphère, vêtues de la coloration distinguée et sobre, dans 
ses contrastes même de vivacité piquante et de pathétique touchant, 
qu'a bien certainement cherchée le compositeur, et que réclamait 
cette histoire tendre et souriante de la courtisane Thaïs, sauvée de 
l'amour par l'amour et rachetant son âme en perdant celle de son 
rédempteur. 

On a beaucoup disserté au sujet de cette histoire; on a raconté la 
vie réelle de Thaïs, de sainte Thaïs, telle que la racontent les Pères 
du désert; on a déterré même la première version dramatique de la 
légende, telle que la religieuse de l'abbaye deGaudesheim, Hrosvitha, 
la mit en vers latins au dixième siècle daus son drame de Paphmice; 
et l'on a paru regretter que M. Louis Gallet se soit écarté de la lé- 
gende, lui, et même du romau de M. Anatole France, dans son 
livret de Thaïs. Peut-être a-t-on oublié que l'intention du romancier 
n'a jamais été de suivre fidèlement la réalité du fait, qui l'eût eu 
traîné vraiment trop loin. — « Je m'en suis fort peu soucié », a-t-il 
écrit lui-même à ce propos. « J'ai pris la légende telle qu'elle se 
trouve, en cinquante lignes, dans les vies des Pères du désert, et je 
l'ai développée et transformée en vue d'une idée moderne. » Et, ap- 
prouvant les libertés prises de son côté par le librettiste : « M. Gallet, 
a-t-il ajouté, a trop le sens du possible pour avoir cherché à porter 
sur la scène une philosophie si trauquille. Il a du moins tiré de 
Thaïsun bel exemple de la puissance irrésistible etsourdede l'amour. 
Il a fait du moine Paphnuce (devenu Athanaël) une victime tragique. 
Paphnuce a vaincu Thaïs et Thaïs a vaincu Paphnuce. Cela était 
déjà marqué dans le livre. » On ne pouvait recevoir plus compétente 
approbation. M. Anatole France est venu d'ailleurs pour quelques 
jours à Bruxelles suivre les dernières répétitions, et assister à la 
première ; et il s'est déclaré enchanté de l'œuvre et de ses interprèles. 

Les interprètes, en effet, ont partagé le succès des auteurs. 
M""" Georgelte Leblanc a fait du rôle de Thaïs une création originale 
et tout à fait personnelle. Nulle comparaison à établir entre elle et 
M'" Sanderson. Le rôle avait été complètement modifié par M, Mas- 
senet pour la voix de M"'° Leblanc, et, d'ailleurs, ce n'est pas vocale- 
meut que celle-ci y est surtout supérieure. Elle l'interprète avec ses 
moyens très particuliers, sa beauté, ses qualités de tragédienne, son 
esprit curieux d'artiste, avide de donner à un personnage une inter- 



LK MENESTREL 



83 



prétation plastique et psychologique aussi complète que possible. 
Dans son jeu, dans ses attitudes, dans ses costumes, non moins que 
dans son chant expressif, elle a réussi à personnifier une Thaïs fidèle 
tout ensemble à la vérité et à l'imagination. Et c'est à la fois très 
saisissant à entendre et très séduisant à voir, avec la sensation que 
donnerait une statue vivante, parée d'une harmonie exquise de 
couleurs. 

M. Seguin prête au rôle d'Athanaël l'autorité de son talent toujours 
ferme et sur, de grandes lignes et d'accent vigoureux; M. Isouard 
est charmant dans celui de Nicias ; et les petits loles sont tenus 
très convenablement. La mise en scène est extrêmement soignée, et 
les chœurs et l'orchestre ont été remarquables, donnant à la belle 
partition de M. Massenet son mouvement, sa vie et son coloris. 

L. SOLVAY. 



Nouveautés. La Tortue, vaudeville en 3 actes, de M . L. Gandillot. — 
Olïjipia. Ariette, pantomime-ballet en 1 acte, de M. F. Bessier, musique 
de M. L. Gregh. 

Pour une tortue que monsieur affectionnait tout particulièrement, 
tandis que madame se complaisait à la taquiner en la mettant trop 
souvent sur le dos, ce qui, on le sait, est position désobligeante pour 
la bête à carapace, M. et M"'= Ghampalier divorcent. Il est fort juste 
de dire que Léonie a macbiavéliquement poussé son mari à bout, 
espérant devenir ainsi la femme du bol Adolphe. 

Pour Ghampalier, qui a horreur de la solitude, dès que le greffe 
lui a signifié l'acte de divorce, il se hàle de convoler en nouvelles 
noces avec M"° Juliette Gibonleau, qu'il a rencontrée dans une petite 
ville du Midi de la France. Mais le greffe a par erreur signifié l'acte 
avant les délais légaux, et Léonie, éclairée sur les sentiments peu 
sérieux d'Adolphe, ayant fait annuler le divorce, le pauvre Gham- 
palier se trouve, tiès inconsciemment, être bigame. 

El la nuit même des noces. M™ Ghampalier n" 1 vient relancer 
son mari, réclamantsa plaeesous le toitconjugal. Pourquoi M""" Gham- 
palier n° 1, M"' Ghampalier n° 2 et Ghampalier lui-même s'endorment 
successivement dans la chambre nuptiale, l'une dans le lit, l'autre 
sur lo chaise longue et le troisième sur un fauteuil, après avoir bu 
d'un élixir soporifique préparé par un joyeux farceur de la noce, il 
serait trop long de vous bien l'expliquer; d'autant qu'en y mettant 
toute la bonne volonté possible, on ne saurait qu'arriver à un assez 
piètre récit. La scène, de développements un peu longs, est d'une 
très curieuse adresse et amusante eu sa dernière partie. 

Au dernier acte, rempli de courses échevelées sur le palier de l'es- 
calier traditionnel, tout s'arrange. Ghampalier reprendra sa première 
femme, et Juliette Gibouleau épousera Adolphe, auquel elle avait été 
déjà fiancée. 

La Tortue, bien accueillie du public de la première représentation, 
manque cependant de ce mouvement continu et un peu fou qui, forçant 
le rire, est la seule excuse de ce genre de théâtre très superficiel, 
jjue périel, la jolie Rosaura de la Statue du Commandeur, rentrait au 
théâtre où elle créa si joliment la pantomime d'Adolphe David. Un peu 
dépaysée peut-être par les folies qu'on lui faisait débiter, il la faut, 
cependant, grandement féliciter du tact parfait avec lequel elle a 
procédé au déshabillage obligatoire. MM. Germain, Guyon, Tarride, 
Colombey, Regnard, Laurel, M""*^ Montrouge, Emma Georges, Clem 
et Irma Aubrys enlèvent de verve ces trois actes qu'ils joueront 
encore plus vivement lorsqu'ils les posséderont mieux. 

Tout comme dans la Kofrigaiie, il y a dans Ariette un vilain sonneur 
qui aime une jolie paysanne et qui, pour la faire sienne, essaiera de 
perdre son gentil fiancé, Jean. Que Jean, h minuit sonnant, frappe à 
coups de pioche sur une roche enchantée et la fortune s'offrira à lui. 
Jean, qui veut qu'Ariette soit la plus belle, suit mol à mot les pres- 
criptions du sonneur; mais à peine a-t-il attaqué le roc que parais- 
sent les fées gardiennes du trésor. Il serait perdu, si la jeune fille 
n'arrivait à point pour l'eatraîner dans l'église et le sauver ainsi du 
pouvoir infernal. Et c'est le sonneur qui est saisi par les fées et pré- 
cipité dans le goufre mortel. 

De développements clairs, l'affabulation de M. Bessier a l'avautage 
de fournir au compositeur matière à musique de danse et à musique 
de pantomime. M. Louis Gregh n'a pas laissé échapper cette occasion 
de donner quelque variété à sa plaisante partitionnette, fort bien mise 
en valeur par l'orchestre de l'Olympia, ayant à sa tête M. de La- 
goauère, le chef d'orchestre-directeur. 

Gostumes et décors sont charmants, et M"'' Julia Duval, de Riska, 
Gomez, Riccio et Lefèvre, avec aussi M. Bucourt et tout le corps de 
ballet, s'acquittent agréablement ds leur tâche. 

Paul-Émile Ghevalieu. 



L'ORCHESTRE DE LULLY 

(Suite.) 



MARAIS 



Marais, artiste fort distingué, virtuose extrêmement remarquable 
sur la basse de viole, entra en cette qualité à l'orchestre de l'Opéra 
au temps de LuUy, et devint ensuite chef d'orchestre conjointement 
avec Gollasse. 

Né à Paris, le 31 mars 16Stj (1), Marin Marais devint fort jeune 
enfant de chœur à la Sainte-Ghapelle, où il fut élève de Ghaperon, 
maître de cette chapelle, musicien aujourd'hui inconnu mais qui 
paraît avoir été fort habile, et dont l'habileté est en quelque sorte 
attestée par l'importance même de cet emploi. Le jeune Marais était 
en bonnes mains, et reçut certainement une bonne éducation théo- 
rique. Il s'adonna ensuite à l'étude de la basse de viole sous la direc- 
tion d'un artiste nommé Hotlmann, fort réputé sur cet instrument, 
puis d'un élève de celui-ci, Sainte-Colombe, qui lui-même était 
devenu célèbre. Titon du Tillet rapporte à ce sujet l'anecdote que 
voici : 

« Sainte-Colombe fut le maître de Marais ; mais s'étant apperçu au 
bout de six mois que son élève pouvoit le surpasser, il lui dit qu'il 
n'avoit plus rien à lui montrer. Marais, qui aimoit passionnément la 
viole, voulut cependant profiter encore du sçavoir de son maître pour 
se perfectionner dans cet instrument; et comme il avoit quelque 
accès dans sa maison, il prenoit le temps en été que Sainte-Colombe 
étoit dans son jardin, enfermé dans un petit cabinet de planches, 
qu'il avoit pratiqué sur les branches d'un mûrier, afin d'y jouer plus 
tranquillement et plus délicieusement de la viole. Marais se glissoit 
sous ce cabinet : il y entendoit sou maître, et profitoit de quelques 
passages et de quelques coups d'archet particuliers que les maîtres de 
l'art aiment à se conserver; mais cela ne dura pas long-tems, Sainte- 
Golombe s'en étant apperçu et s'étant mis sur ses gardes pour n'être 
plus entendu par son élève: cependant il lui rendoit toujours justice 
sur le progrès étonnant qu'il avoit fait sur la viole ; et étant un jour 
dans une compagnie où Marais jouoit de la viole, ayant été interrogé 
par des personnes de distinction sur ce qu'il pensoit de sa manière de 
jouer, il leur répondit qu'il y avoit des élèves qui pouvoient surpasser 
leur maître, mais que le jeune Marais n'en trouveroit jamais qui le 
surpassât (2). » 

Marais devint en effet le premier virtuose de son temps sur la 
basse de viole, à laquelle il apporta d'ailleurs plusieurs perfectionne- 
ment?. C'est lui qui ajouta à l'instrument une septième corde qui 
n'était pas en usage jusqu'alors, et c'est lui aussi qui eut l'idée de 
faire filer en laiton les trois grosses cordes basses pour leur donner 
plus de tension et par conséquent plus de sonorito, sans en aug- 
menter la grosseur et sans leur donner plus d'élévation au-dessus de 
la touche. Il acquit, fort jeune encore, une telle réputation, qu'en 
1683 il entra dans la musique de la chambre du roi en qualité de 
viole solo, emploi qu'il conserva pendant quarante ans. Depuis plu- 
sieurs années déjà il appartenait à l'orchestre de l'Opéra, où Lully, 
dont il reç^t, dit-on, des leçons de composition, l'avait pris en telle 
affection qn'il lui fit partager avec Gollasse la direction de cet 
orchestre. 

Et Marais se distinguait déjà comme compositeur à cette époque, 
car dès 1(38(3 il publiait un recueil de pièces de viole, et dans le cou- 
rant de la même année il faisait exécuter à la cour, devant la Dau- 
phine, qui s'en montrait très satisfaite, une Idylle dramatique dont le 
Mercure publiait la musique dans son numéro d'avril. 

Virtuose renommé, professeur recherché, chef d'orchestre, com- 
positeur, artiste répandu de tous côtés. Marais menait une vie très 
active. Après la mort do LuUy, il songea à se produire au théâtre. 
Il écrivit avec Louis de Lully, le fils aîné du maître, un opéra inti- 
tulé Alcide ou le Triomphe d'Hercule, qui ne triompha que médiocre- 
ment lors de son apparition aa mois d'avril 1693. Il en composa en- 
suite trois autres, mais seul cette fois: Ariane et Bacchus (1696). 
Alcyone (1706), et Sémélé (1709). De ces trois ouvrages, un seul, 
Alcyone, eut du snccès, mais celui-ful considérable, et pendant long- 
temps cet ouvrage resta célèbre, surtout à cause d'une « tempête » 
dont tous les contemporains sont d'accord à vanter l'effet prodi- 



(1) C'est Fétis qui donne cett3 date. Les frères Parfait, dans leur Histoire de 
l'Opéra, disent le 31 mai 1635. 

(2) Le Parnasse François. 



LE MENESTREL 



gieux. On ne peut s'empêcher, dit l'un d'eux, de dire ici un mot 
de la lempêle de cet opéra, tant vantée par tous les connoisscurs, et 
qui fait un effet si prodigieux. Marais imagina de faire exéculer la 
basse de sa tempête, non seulement sur les bassons elles basses de 
violon à l'ordinaire, mais encore sur des tanibours peu tendus, qui, 
roulant conlinuellemenl, forment un bruit sourd et lugubre, lequel, 
joint à des tons aigus et peroaus pris sur le haut de la chanterelle 
des violons et sur les haut-bois, font sentir ensemble loate la fureur et 
toute l'horreur d'une mer agitde et d'un vent furieux qui gronde et qu; 
siffle, enfin d'une tempête réelle et effective (i). » La fameuse lempêle 
d'Alcyoïie. qui contribua tant, pour sa part, à la renommée de Marais, 
fut l'un des premiers essais do musique iniilative au théâtre. Elle 
nous ferait sans doute un peu sourire aujourl'hui, hobilués que 
nous sommes à un régime instrumental autrement pimenté. Mais si 
l'on se rend eomple du temps et des moyens alors en usage, on doit 
convenir que le p'^océdé employé élait ingénieux et que le succès 
était mérité. 

Marai,", qui avait épousé fort jeune une demoiselle Catherine 
d'Amicuurt, avec laquelle il vécut cinquante trois ans, en eut rf/,r- 
Hew/' enfant?. Trois de ses fils, dont le plus fameux fut Roland Marais, 
devinrent aussi sur la viole des virtuoses forl distingués, ainsi qu'une 
de SCS filles. Il présenta un jour ces trois fils à Louis XI'^', dit un 
contemporain, « et donna à ce monarque un concerl de ses pièces 
de viole, exécutées par lui et ses enfans. Le quatrième, qui portoit 
pour lors le petit collet, avoit soin de ranger les livres sur le pupitre 
et d'en tourner les feuillets. Le roi entendit ensuite ses trois fils sépa- 
rément, et lui dit : — Je suis bien content de vos enfans, mais vous 
êtes toujours Marais et leur père (2). » Une autre fille, l'ainée de ceux- 
ci, épousa le fameux compositeur Bernier, maîire de la chapelle du 
roi, dont les motets el les cantates françaises obtenaient tant de 
succès. 

Vers IV^o, Marais, devenu vieux, se retira dans une maison qu'il 
possédait rue de Lourcine, et s'y livra paisiblement à la culture des 
fleurs. Il n'avait pas renoncé pourtant au plaisir de faire des élèves, 
car, dit encore un contemporain, « il louoit une salle rue du Battoir, 
quartier Saint-André-des-Arcs, oîi il donnoil deux ou trois fois la 
semaine des leçons aux personnes qui vouloient re perfectionner 
dans la viole. » Il mourut le IS août 1728, âgé de 72 ou 73 ans, et fut 
inhumé dans l'église Saint-Hippolyte. 

Titon du Tillot a donné, sur les compositions de Marais, des ren- 
seignements d'une précision telle que neje saurais mieux faire que de 
les reproduire : 

« Marais a fait graver cinq livres de piècts de viole: le premier à 
une et à deux violes, 168fi; le second à une viole et la basse con- 
tinue, 1701; le troisième à une viole avec la basse continue, 1711 ; 
le quatrième à une et à trois violes, 1717 ; le cinquième à une viole et 
basse continue, 17^.5. De plus, un livre de symphonies en trio pour 
le violon el la flûte avec la basse, dédié à M"" Roland, 1692 ; un livre 
appelé la Gamme, suivi d'une Sonate à la Marésienne el d'iiae autre 
pièce intitulée la Sonnerie de Sainte Geneviève- du- Mont, qui sont des 
symphonies pour être exécutées sur le violon, la viole et le clavecin, 
volume in-folio, 1723. 11 a laissé encore plusieurs ouvrages manus- 
crits, comme un Te Deum qui a été chanté aux Feuillants et aux PP. 
de l'Oratoire pour la convalescence de Monseigneur le DaU|jhin ; quel- 
ques Concerts de violon et de viole pour M. l'Électeur de Bavière; et quel- 
ques autres pièces à une et à deu.'c violes. On espère que sa famille 
les mettra au jour. 

« On connoit la fécondité et la beauté du génie de ce musicien par 
la quantité d'ouvrages qu'il a composez. On y trouve par-tout un bon 
goût et une variété surprenante : son grand sçavoir paroît dans beau- 
coup de ses ouvrages, et sur-tout dans deux morceaux dont les maî- 
tres de l'ait font un très grand cas : sçavoir, une pièce de son quatrième 
livre, intitulée le Labyrinthe, où après avoir passé par divers Ions, 
touché diverses dissonnances, et avoir marqué par des tons graves, 
et ensuite par des tons vifs et animez l'incertitude d'un homme em- 
barrassé dans un labyrinthe, il en sort enfin heiireuseri^ent, et finit 
par une chaconne d'un Ion gracieux et naturel. Mais il a surpris encore 
davantage les connoisseurs en musique par la pièce appelée la Gamme, 
qui est une pièce de symphonie qui monte insensiblement par tous 
les tons de l'octave, et qu'on descend ensuite en parcourant ainsi, 
par des chants harmonieux et mélodieux, tous les tons différents de 
là musique. » 

(A suivre). Arthujr Pougin. 



(1) Le Parnasse François. 

(2) Les frères Parfait : Histoire de l 



ET LA DIRECTION DU CONSERVATOIRE ? 



C'est le moindre des soucis d'un gouvernement radical. Assurément 
une œuvre d'art et d'enseignement comme celle-là a beaucoup moins 
d'intérêt qu'une loi de ravage comme celle de l'impôt sur le revenu. 
Pourtant il serait décent au ministre de l'Instruction publique de 
bien vouloir y penser en ses moments perdus. 

On dit avec insislance — que ne dit-on pas? — qu'à la direction 
des Beaux-Arts le principe serait admis de ne nommer un nouveau 
dirigeant au Conservatoire que pour une période de cinq ans. Cela 
doit être vrai, puisque ce serait déplorable. 

On s'appuie pour se lancer dans ces nouveaux errements sur ce 
qu'il en est ainsi pour l'Académie de France à Rome ! Mais quelle 
simililude peut-il exister entre une sorte de villégiature artistique 
qu'on impose à nos lauréats et une école dont l'enseignement doit 
être continu pour porter des fruits? 

Vouloir appliquer à une telle École un principe de directio" aussi 
fugitive, c'est vouloir sa ruine à bref délai. C'est vouloir aussi en 
écarter tous les candidats d'une réelle valeur, et c'est peut-être au 
fond ce qu'on désire. 

Il n'y en aura pas certainement qui voudront se prêter à cet acte 
de méfiance. A Rome, c'est l'habitude, depuis la fondation de l'Aca- 
démie de France, de n'y nommer qu'un directeur à temps; il n'y a 
donc rien là de blessant pour les titulaires qui s'y succèdent. Mais au 
Conservatoire au contraire, jusqu'ici, chaque musicien-directeur y a 
terminé son existence: Auber comme Gherubini, et Arabroise Thomas 
comme Auber. Un artiste de la même laiHe ne pourra donc accepter 
d'autre situation. 

Indiquez une limite d'ùge, pour la retraite, si vous craignez la 
sénililé possible de certaines directions. Mais aller plus loin, c'est 
vouloir réserver la place à quelque fonctionnaire sans prestige qui 
y entrera comme dans un fromage, et voilà tout. 

H. MOBENO. 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



C'est la jolie symphonie en la majeur de Mendelssohn qui ouvrait le 
programme du dernier concert du Conservatoire. Cette sj'mphonie, dési- 
gnée souvent sous le nom de Symphonie, romaine, ou italienne, est ainsi 
nommée parce que l'auteur l'écrivit au cours de son long séjour en 
Iialie (1830-31). Il avait déjà écrit à Rottié son ouverture des Hébrides et il 
s'occupait de la Nuit de Walpurgis lorsqu'il- commença aussi à songer à 
cette belle composition, qu'il baptisa lui-même, ainsi qu'on le voit dans 
une lettre à sa sœur du ti février 1831 : « Je compose en ce moment avec 
ardeur, lui écrit-il de Rome : la Symphonie italienne marche à grand pas; 
ce sera le morceau le plus gai que j'aie fait, notamment le finale. Je n'ai 
encore rien arrêté quant à Vadagio; je crois que j'attendrai d'être à Naples 
pour l'écrire.» Il en voulait écrire d'ailleurs deux à la fois, ainsi que nous 
le prouve une autre lettre, du 1"' mars : « Si je pouvais au moins com- 
poser ici une de mes deux symphonies! Quant à l'italienne, j'attendrai, 
pour l'écrire, d'avoir vu Naples, car j'y veux mettre un peu de l'émotion 
que cette vue m'aura fait éprouver. Mais l'autre symphonie m'échappe à 
mesure que je crois la saisir; plus approche la fin de cette période de 
calme que je passe à Rome, plus je suis préoccupé et moins j'ai de facilité 
au travail... u Elle est fort aimable, élégante et pleine de grâce, cette Sym- 
phonie italienne, qui, depuis sa première audition, n'a jamais quitté le 
répertoire de la Société des concerts. L'orchestre l'a dite, comme de cou- 
tume, avec la légèreté, la distinction et le charme qui lui conviennent. 
Après le joli chœur des Pileuses du Vaisseau fantôme, de Richard "Wagner, 
qui venait ensuite et dont il n'y a plus rien à dire aujourd'hui, nous avons 
entendu, pour la première fois au Conservatoire, la Symplionie sur un air 
montagnard de M. "V. d'Indy, connue ailleurs depuis une di.-îaine d'années. 
C'est là, en somme, une composition estimable, dont la troisième partie 
surtout est intéressante par sa verve, sa couleur et son entrain. Mais en 
entendant cette symphonie, où l'auteur a cru devoir augmenter l'orchestre 
de Beethoven d'un piano, d'une harpe, d'une troisième flûte, d'un cor an- 
glais, d'un saxophone, de deux trompettes supplémentaires et d'un ophi- 
cléide, je me reportais involontairement au concert précédent, où nous 
avions vu, dans une cantate, le vieux Bach obtenir des effets prodigieux 
avec le simple accouplement d'un hautbois et d'un violoncelle, et je me 
disais que quand l'inspiration visite véritablement le cei'veau d'un com- 
positeur, il n'a pas besoin de tant de complications harmoniques et ins- 
trumentales pour s'emparer de ses auditeurs. Nos jeunes musiciens, 
qui professent avoir avec raison une admiration si grande pour le 
patriarche de l'art, devraient prendre de lui quelques leçons sous ce rap- 
port. Le programme du concert se ccmplétait par un motet dû précisé- 
ment à J.-S. Bach, double chœur sans accompagnement qui a été fort 
bien chanté, et par l'ouverture (n" 3) de Lionore, de Beethoven, admirable- 
ment dite par l'orchestre. A. P. 



LE MENESTREL 



83 



— Concerts du. Chàtelet : Slruensée, scènes dramatiques inspirées du 
drame en prose de M. Jules Barbier et mises en -vers par M. Pierre 
Barbier pour relier les différentes parties de la partition de Meyerbeer.... 
Ajoutons à ces indications du programme que la musique fut écrite en 
1846 pour le drame posthume de Michel Béer, frère de l'auteur des 
Hiigtienols. Elle comprend douze numéros : ouverture, chœurs, mélodrames, 
entr'actes. Les parties déclamées ont été dites par M"" du Minil, M""= Ha- 
damard, MM. Silvain, Albert Lambert et Pierre Laugier, tous de la 
Comédie-Française. On retrouve dans la musique de Slruensée la qualité 
primordiale sans laquelle l'immense vogue de Meyerbeer ne s'expliquerait 
pas : l'habileté suprême dans l'art de draper une phrase mélodique, de 
l'enfler, de l'étayer, de la contrepointer jusqu'à ce qu'elle soit susceptible 
de rendre tout ce qu'elle peut donner en tant qu'effet scénique. Cette entente 
incomparable de la mise au point suffit à expliquer la vogue colossale des 
opéras du maître pendant un demi-siècle. Rarement Meyerbeer est naturel; 
il a pour lui l'emphase, l'éloquence pompeuse et un peu boursouflée, il 
déclame, il pontifie. — Avant son mélodrame de Slruensée, nous avions 
entendu une œuvre simple, consciencieuse et d'exquises proportions : les 
Landes, de M. Guy Ropartz. C'est une jolie impression musicale, discrète 
d'orchestration et bâtie sur un thème suffisamment mélodique. L'isolement, 
le calme, l'étendue sont exprimés musicalement avec bonheur. — M. Remy 
a obtenu lin brillant succès dans le concerto en la majeur pour violon de 
M. Saint-Saëns. Dans cette œuvre, les parties de pure virtuosité, savam- 
ment combinées avec les passages de chant, ont permis au virtuose de 
faire apprécier son talent sous différents points de vue qui lui sont, en 
définitive, tout à fait favorables. L'ouverture de Coriolan a jeté une lueur 
resplendissante au début de ce concert un peu mélodramatique. 

Amédée Boutahel. 



— Concert Lamoureux: L'ouverture de Louis Lacombe date de 1847; elle 
sent son époque; quels que soient ses mérites, elle semble un peu démodée. 
Louis Lacombe était un pianiste et un compositeur de grande valeur auquel 
on n'a pas toujours rendu justice. L'auteur de Manfred, à'Arva, de Saplio, 
de Winckelried et de tant d'œuvres magistrales était loin d'être le premier 
venu. Mais ce n'était pas l'ouverture en si mineur qu'il eût fallu choisir 
pour le remettre en lumière. — Le concerto en ut mineur pour piano, de 
M.Pierné, exécuté avec une rare vaillance parM""'Roger-Miclos, estorchestré 
avec tant de furie qu'à travers ses harmonies tumultueuses il est presque 
impossible de discerner le piano. On peut dire que l'éminente pianiste, 
malgré ses efforts, était en quelque sorte réduite au silence ; elle a pu 
cependant se faire entendre pendant de trop courts instants dans le scher- 
zando, qui est fort joli et n'a qu'un tort, celui de trop rappeler ceux du con- 
certo en sol mineur de Saint-Saëns. Cela a suffi cependant pour faire appré- 
cier et applaudir la parfaite exécution de M'"'=Roger-Miclos. — Il n'y a rien 
à dire de nouveau sur la magnifique symphonie en mi bémol de Schumann, 
qui a été magistralement rendue par l'orchestre de M. Lamoureux. Nous 
ne savons pourquoi Schumann a introduit dans cette symphonie le maesloso 
(scène religieuse) qui ne rentre pas dans le cadre habituel de la symphonie 
et qui est un splendide hors-d'œuvre, qui gagnerait incontestablement à 
être présenté à part. C'est un véritable chant d'église, du caractère religieux 
le plus élevé. — La partie wagnérienne du concert se composait du Chant 
de la forge de Siegfried dit avec une incontestable énergie par M. Lafarge, 
dii prélude de Parsifal, et de l'ouverture des MaUrcs Chanteurs. Sauf l'air de 
la forge, ces morceaux sont tellement connus que l'on tomberait dans les 
redites si l'on voulait en refaire pour la centième fois l'analyse. L'exécu- 
tion en a été excellente. H. Barbedette. 
— Programme des concerts d'aujourd'hui dimanche: 
Conservatoire : Symphonie en la majeur (Mendelssohn) ; chœur des Fileuses 
du Vaisseau- Fantôme (Richard Wagner); Symphonie pour orchestre et piano 
(Vincent d'Indy), esécutée par M. Braud ; Motet, double chœur sans accompa- 
gnement (J. -S. Bach); ouverture de Léonore (Beethoven). 

. Chàtelef, concert Colonne; Première partie: 1" acte de Judith (Cb. Lefebvre), 
soli par M"* Planés et M. Challet; Récit et Prière de Jocelyn (B. Godard), chantés 
par M"" Tériane ; Concerto en sol mineur, pour piano (Saint-Saëns), par 
M. Blumer; lEpée d'Anganlijr (Carraud), soli par M'"» Tériane et M. Challet. 
Deuxième partie : Slruensée, scènes dramatiques inspirées du drame en prose 
de M. Jules Barbier et mises en vers par M. Pierre Barbier, musique de 
Meyerbeer, avec la distribution suivante : 

Le pasteur Struensée MM. Silvain 

Struensée Albert Lambert 

Rantzau Pierre Laugier. * 

La reine Mathilde M"" Renée Du Minil 

La Reine-mère Hadamard 

Cirque des Champs-Elysées, concert Lamoureux : première audition du Missie 
(Ha;adel) : chceur, orchestre et soli par M""" Passama, Marie Maure), MM. La- 
farge et Auguez. Le grand orgue sera tenu par M. E. Lacroix. 

Concerts du Jardin d'.\cclimatation, chef d'orchestre ; M. Louis Pister : Oucei-- 
ture (B.Godard) ; Romance, pour violon et orgue (Saint-Baêns); Pavane IG. Fauré) ; 
Lei Préludes d'après Lamartine (F. Liszt); Symphonie i>astorale(Bee'.howGni\ Marche 
des trompettes d'Aidu (Verdi). 

— La Société nationale vient de faire entendre une série d'œuvres mo- 
dernes parmi lesquelles il faut citer tout d'abord la belle sonate pour 
piano et violoncelle d'Emile Bernard, la suite dans le style ancien de 
y. d'Indy et un Madrigal du même auteur. Trois numéros du programme 
étaient entendus pour la première fois: une suite pour piano, de M. Paul 
Lacombe, des mélodies vocales de M. Letocart, et le quintette pour cordes 



de M. Alary. L'œuvre de M. Lacombe est très remarquable dans ses trois 
premières parties, un prélude d'une rare beauté et deux courtes pièces 
fines et spirituelles, dignes de la plume d'un Schubert. Dans le quintette 
de M. Alary, on apprécie l'ingéniosité des détails et le souci de la facture. 

— Un public nombreux a fort applaudi vendredi dernier, nouvelle salle 
Pleyel, les 9°"= et ii°"^ quatuors de Beethoven, remarquablement interprétés 
par le quatuor Geloso, Tracol, Monteux, Schnecklud. Exécution vigoureuse 
et nette, ardente et précise. 

-- Mercredi II , salle Érard, très intéressant concert du violoniste Joseph 
While, qui a fait entendre avec ses partenaires, MM. Tracol, Trombetta 
et d'Einbrodt, le troisième quatuor à cordes de Schumann. Ce sont des 
œuvres vraiment délicieuses que ces quatuors de Schumann, longtemps 
dédaignés, plus appréciés aujourd'hui, et que M. White interprète avec 
une maestria remarquable. — Belles exécutions du trio en /a de Saint-Saëns, 
par MM. Diémer,"White et d'Einbrodt ; le bénéficiaire a dit avec un senti- 
ment exquis la romance si connue de Svendsen et une Styrienne de sa 
composition qui a excité, dans le public une explosion d'enthousiasme. 
Citons, au programme, une intéressante sonate de piano et violon de 
Diémer, et des mélodies de MM. Bomhery et Cœdês-Mangin, remarquable- 
interprétées par M'" O'Rocke. H. B. 

— La remarquable pianiste M""' Jossic vient de donner, à la salle Pleyel, 
trois récitals de piano consacrés à la musique classique, romantique et 
moderne. Tour à tour elle a su faire apprécier, que ce fût dans la sonate 
appassionnala de Beethoven, ou dans la Fantaisie chromatique avec fugue 
de J.-S. Bach, ou bien dans la Légende de Saint-François de Paule de Liszt, 
toute la souplesse de son beau talent. La soirée consacrée aux œuvres de 
Schumann et de Chopin fut un vrai régal d'art. La dernière séance, qui 
avait lieu mardi, 10 mars, était consacrée aux auteurs modernes. Elle fut 
d'un bout à l'autre un vrai succès. Signalons parmi les morceaux les plus 
applaudis la sonate de Schytte, le Réveil, pièce exquise de Th. Dubois, la 
belle étude d'Antonin Marmontel, qu'il fallut bisser, un impromptu de 
M. Jossic, et enfin le Caprice pastoral de Diémer. 

— Mercredi 18 mars, salle des Agriculteurs de France (rue d'Athènes), 
l-i""^ concert (séries A et B réunies) de la Société Philharmonique, avec le 
concours de M"'=Breitner, M"" Planés (des Concerts Colonne), MM. Breitner, 
Berkovitz, Bailly, Mariotli et la Société chorale les Enfants de Lutèce 
(100 exécutants, sous la direction de M. Pastor.) 

— Jeudi soir, 19 mars salle Pleyel, deuxième séance de musique de 
donnée par MM. Chevillard, Hayot et Salmon, avec le concours de 
MM. Touche et Bailly. 

— M. Léon Dalafosse donnera deux concerts, les 21 et 26 mars, à la 
salle Erard. A côté d'œuvres classiques et de concertos avec orchestre, 
le jeune maitre fera entendre plusieurs de ses œuvres: au premier concert 
un délicieux nocturne et une brillante mazurka pour piano; au second 
toute la série des Soirs d'amour, suite de mélodies fort intéressantes, et 
aussi les fameuses Chauves-souris, écrites sur des poésies du comte de Mon- 
tesquiou. 



NOUVELLES DIVERSES 



ÉTRANGER 
On nous télégraphie de Rome que le théâtre National a joué pour 
la première fois Chatterton, l'opéra de Leoncavallo dont le livret est 
tiré du drame d'Alfred de Vigny. Lo succès a été très vif, surtout après le 
deuxième acte. Le compositeur a eu sept rappels après le premier acte, 
trois après l'acte suivant et dix après le dernier acte, en tout vingt-cinq 
rappels. C'est suffisant, même en Ilalie. Les principaux interprètes étaient 
MM. Lucignani, Coda et M"» Gabhi. Chatterton est un ouvrage de la pre- 
mière jeunesse de l'auteur, alors qu'il était complètement inconnu. On a 
dit qu'il avait été refait en grande partie, ce qui est inexact, ainsi que le 
déclare M. Leoncavallo lui-même. « Jugeant mon travail de jeunesse après 
plusieurs années, disait-il dernièrement à un ami, je n'ai rien trouvé à 
changer dans cette conception, au point de vue de l'expression du senti- 
ment. Les mélodies écrites alors sous la première inspiration me semblent 
encore aujourd'hui les plus efficaces. J'ai laissé à cette partition la fraî- 
cheur d'une œuvre juvénile ; j'ai seulement corrigé quelquefois la forme et 
j'ai donné plus de coloris à l'orchestration. » Même au livret M. Leon- 
vallo a fait peu de corrections. Il en a pris la ligne générale dans le drame 
d'Alfred de Vigny, joué à la Comédie-Française le 12 février 1835. 

— Hamlet à la Scala. Dépêche de Milan au journal l'Italie de Rome : 
« Hier soir, première d'Ilamlet à la Scala. Grand succès. Public nombreux 
et d'élite. Applaudissements enthousiastes pour Hamlet et Ophélie. Riche 
mise en scène. Ce soir, deuxième représentation. » 

— Encore un succès d'enthousiasme pour le Werther de M. Massenet, 
cette fois à Trieste, avec des interprètes tels que la Bellincioni et le ténor 
GaruUi. Il n'y aura bientôt qu'à Paris qu'on n'entendra plus l'œuvre 
maîtresse du compositeur français; ■ 

— Nous avons annoncé sommairement le succès obtenu à Pesaro par 
la représentation du nouvel opéra de M. Mascagni, Zanetto. Ce succès a 
été bruyant et complet. « A la fin du spectacle, dit le Trovatore, huit rap- 



8() 



I.E MÉNESTREL 



pels à l'auteur, dont deux avec la GoUamarini et la Pizzagalli, et six pour 
lui seul. Les dames agitaient leurs mouchoirs, les hommes leurs chapeaux. 
Les rappels auraient continué si un évanouissement de M"» Mascagni, 
causé par l'émotion, n'avait décidé le public à ne plus troubler le maestro 
en une telle occurrence. « 

— Un de nos confrères italiens, M. Ippolito Valetta, a fait récemment 
à Rome, dans la grande salle du Collège Romain, sur l'invitation de la 
Société pour l'instruction de la femme, une conférence fort intéressante 
sur ce sujet: Les Lulliiers célèbres. C'est S. M. la reine Marguerite, prési- 
dente de la Société, qui avait elle-même indiqué ce sujet, traité par le 
conférencier de la façon la plus heureuse et qui lui a valu un très grand 
succès. 

— La ville de Brescia s'est beaucoup divertie, ces temps derniers, d'un 
incident original qui avait sa source dans une tentative en faveur de la 
moralisation du ballet. Un journal, il Cittadino, s'étant avisé tout à coup de 
r extrême indécence » du costume des danseuses, prit la résolution de réagir 
avec vigueur dans l'intérêt des bonnes mœurs et, à cet effet, ouvrit une 
souscription destinée à recueillir les sommes nécessaires pour permettre 
au directeur du théâtre d'allonger dans des proportions convenables les 
jupes de ses ballerines. Un certain nombre d'amateurs prirent la chose du 
bon côté, souscrivirent avec ensemble et portèrent sérieusement leur 
offrande au Cittadino, qui, ayant ainsi réuni une somme de S70 francs, 
s'empressa de la transmettre au directeur — y joint le vœu des souscrip- 
teurs. L'honorable imprésario ne se fit pas prier, et incontinent fit appliquer 
une rallonge aux jupes de ses danseuses, qui, à la représentation suivante, 
parurent devant le public en jupes mi-traînantes. Mais on raconte qu'à 
cette vue toute la salle fut prise d'un tel accès de fou rire que les danseuses 
elles-mêmes en furent atteintes, et que cette hilarité frénétique, qui d'un 
côté de la rampe avait gagné l'autre, donna au spectacle du ballet une 
allure absolument extraordinaire. La mesure était jugée, et dès le lende- 
main on en revint au costume habituel. On assure que le Cittadino se gar- 
dera à l'avenir de souscriptions de ce genre. 

— De l'Echo musical, de Bruxelles : « Un jubilé important se prépare au 
Conservatoire : le 28 avril, il y aura vingt-cinq ans que M. P.-A. Gevaert, 
nommé en 1871 en remplacement de Fétis, dirige notre première école de 
musique. Une souscription a été organisée, à laquelle participeront le 
personnel et les élèves, dans le but d'offrir à M. Gevaert son buste, œuvre 
du sculpteur de Lalaing ; l'artiste a été choisi par M. Buis, à qui les sous- 
cripteurs s'en sont remis pour éviter les compétitions. M. Gevaert ayant 
déjà posé devant le sculpteur, le buste est très avancé. Il sera remis à 
l'éminent jubilaire en une cérémonie tout intime à laquelle n'assisteront 
que les professeurs et une délégation des élèves, — un par classe. » 
L'hommage rendu par ses compatriotes à M. Gevaert sera donc digne du 
grand artiste dont la carrière, en Belgique comme en France, ne saurait 
inspirer à tous que l'estime et le respect le plus profonds. 

— M.Widor, le célèbre organiste de l'église de Saint-Sulpice, à Paris, dit 
un journal belge, a donné lundi après-midi, au Conservatoire de Bruxelles, 
une audition tout intime a laquelle assistaient la princesse Clémentine et 
la comtesse de Flandre, ainsi qu'un certain nombre d'artistes et de dilet- 
tantes privilégiés. La virtuosité de l'artiste charma et déconcerte soit dans 
le superbe Prélude et Fugue en ré, de Bach, qu'il a joué avec un style 
merveilleux, soit dans la Symphonie gothique, composée par M. Widor 
lui-même et que nous entendions pour la première fois à Bruxelles, 
œuvre tout à fait originale, aux eff^^ts surprenants. W^'^^ Kinen, Eustis 
et d'Aguiar, de gracieuses et élégantes mondaines, se sont également fait 
entendre dans de délicieuses mélodies de M. "Widor. 

— De notre correspondant de Belgique : Deux mots pour vous signaler 
le succès obtenu mardi, au théâtre des Galeries-Saint-Hubert, par une 
œuvre inédite de deux auteurs nationaux, la Bachelette, par M, 'Van der 
Elst et M'ie Eva Dell' Acqua, connue par de jolies mélodies. C'est la Chami- 
nade belge. Bruxelloise, née de parents italiens, elle unit, dans sa musique 
pétillante et gracieuse, la mélancolie des brouillards de la Senne à la viva- 
cité du soleil napolitain. La Bachelette est une opérette très mouvementée. 
L'on a applaudi surtout la partition. Il y avait longtemps qu'on n'avait 
plus assisté à ce spectacle, rare entre tous : une œuvre belge accueillie 
parles Belges favorablement ! L- S- 

— Le Grillon du foyer, le nouvel opéra dont M. Charles Goldmark a écrit 
la musique sur un livret de M. Willner, sera représenté pour la première 
fois à l'Opéra impérial de Vienne le 17 mars. M"= Renard y joue un rôle 
fort intéressant. La nouvelle œuvre de M. Goldmark sera donnée ensuite à 
Budapest et sur beaucoup de scènes allemandes qui en ont déjà fait 
l'acquisition. Pendant la prochaine saison le Grillon du foyer sera repré- 
senté à Londres, où cet opéra excite d'avance beaucoup d'intérêt, le livret 
étant tiré d'une nouvelle célèbre de Charles Dickens. Plusieurs grands 
journaux de Londres ont adressé une requête au surintendant général des 
théâtres impériaux, en le priant de réserver à leurs critiques musicaux une 
place pour la première représentation à Vienne. 

— Le théâtre An der "Wien, à Vienne, vient de jouer avec succès, pour 
la première fois, une nouvelle opérette, Mister Ménélas, avec musique de 
M. Joseph Bayer. 

— L'Opéra de Berlin a reçu un opéra inédit, le Carillon, dont la musique 
est due à M. J. Ulrich. Ce théâtre vient déjouer, avec grand succès, un 



ballet inédit, Laurin, avec musique de M. Maurice Moszkowski, de laquelle 
on dit beaucoup de bien. Pour compléter l'aiBche, on avait repris la Pou- 
pée de Nuremberg avec une distribution hors ligne qui assure un regain de 
popularité à la jolie partition d'Adolphe Adam. 

— On ne chôme pas à l'Opéra de Budapest, qui se prépare pour les fêtes 
du millénaire du royaume hongrois. Ce sera d'abord une reprise de 
l'Opéra national, le Roi Etienne, de Franz Erkel ; ensuite on jouera le Grillon 
du foyer, de Goldmark, Alàr, l'opéra inédit du comte Bêla Zichy, et finale- 
ment un opéra inédit, la Rose du village, musique de M. Jenô Hubay, le 
compositeur du Luthier de Crémone. On a joué dernièrement avec beau- 
coup de succès un nouveau ballet, l'Homme de bron:e, musique de M. Etienne 
Kerner, dont le livret a été tout simplement tiré du Cheval de bronze 
d'Auber. 

— Un comité s'est formé pour ériger, à Schwérin, un monument à 
Flotow, le compositeur de Martlia. 

— La Russland's Musik Zeitung raconte qu'un photographe de Munich 
ayant demandé à Mascagni, de passage dans la ville bavaroise, de bien 
vouloir poser devant son appareil, le maestro lui demanda pour cette 
faveur la jolie somme de 1.000 marks, sur quoi l'autre renonça naturelle- 
ment à l'honneur de fixer sur la plaque sensible les traits immortels de 
l'auteur de Cavalleria. 

— Les petits théâtres allemands ne cessent pas de produire des opéras 
inédits. Dans ces derniers jours, on a joué pour la première fois à Trêves 
Arnelda, musique de M. André Mohr, et à Stuttgart un opéra en trois actes 
Astorre, musique de M. Joseph Krug-Waldsee. 

— Un opéra-comique inédit, Clara Dellin, musique de M. Meyer-Olbers- 
leben, vient d'être joué avec succès au théâtre municipal de Wurzbourg. 

— De Vienne : M"» Clotilde Kleebeig, que nous n'avions pas entendue à 
Vienne depuis douze ans, a donné à la salle Bûsendorfer plusieurs concerts 
dont le succès a été retentissant. Rappels sans nombre, bouquets, couronnes, 
ovations, rien ne manquait. 

— M"''^ Berthe et Ciotilde Balthasar-Florence viennent de brillamment 
réussir dans un concert qu'elles ont donné à la Singacadémie de Berlin, 
La première est, comme on sait, une petite pianiste de dix ans tout à fait 
merveilleuse, et la seconde une virtuose-violoniste de solide éducation. 

— Le fameux luthier tyrolien Jacob Stainer, dont certains instruments 
sont fort distingués et aujourd'hui très justement recherchés, était né à 
Absam le 14 juillet 1621 et y mourut en 1683. Ses restes reposent dans le 
modeste cimetière d'Absam, situé en face de l'église, et sa tombe, qui 
depuis plus de deux siècles a subi les injures du temps, est, parait-il, 
dans l'état le plus déplorable. Ce que voyant, un comité s'est formé dans 
la petite ville qui a vu naître cet artisan fort distingué, dans le but de lui 
élever, à l'aide d'une souscription, un monument modeste, mais digne de 
ses talents et de sa renommée. On sait que Stainer, qui fut, à Crémone, 
l'élève du célèbre Nicolas Amati, dont il épousa la fille, eut plus tard pour 
élèves dans ses ateliers d'Absam les trois frères Klots, qui ont laissé aussi 
un nom dans la lutherie. Fétis n'a pu donner qu'approximativement la 
date de sa naissance, et a ignoré celle de sa mort. L'une et l'autre sont 
connues aujourd'hui. 

— Auber continue à faire florès en Allemagne. Le théâtre de la cour de 
Darmstadt vient de reprendre Gustave ou le Bal masqué, qu'on n'y avait pas 
vu depuis bon nombre d'années, et l'œuvre a remporté un succès con- 
sidérable. 

— Ce n'est pas seulement en Italie, en Allemagne, en France, que la 
question des chapeaux de femme au théâtre soulève des récriminations 
fort justifiées de la part des spectateurs du sexe laid. Voici qu'à Bucbarest, 
nous rapporte l'Indépendance roumaine, cette fameuse question vient d'en- 
gendrer un procès. A la représentation d'un drame intitulé Banul Maracine, 
un spectateur assis à l'orchestre et se trouvant placé derrière une dame 
dont, quoi qu'il fit, le chapeau monumental le mettait dans l'imposibilité 
absolue de voir rien de ce qui se passait sur la scène, protesta avec 
vigueur et réclama la restitution du prix de sa place. Cette satisfaction lui 
ayant été refusée, le spectateur s'adressa au tribunal, qui va être appelé à 
se prononcer sur celte afi'aire. 

- Une nouvelle opérette, la Fille ds Padoue, musique de M. Fédor 
Slevogt, sera jouée prochainement, pour la première fois, au théâtre muni- 
cipal de Riga. 

— La société des concerts de Madrid qui prend le nom d'Union artistico- 
musicale, vient de commencer une série de concerts classiques sous la 
direction du compositeur Manuel Giro et de M. Alvarez. Le premier con- 
cert, dont le succès a été très grand, a eu lieu le 6 mars, au théâtre Apolo. 
Le programme comprenait l'ouverture de la Grotte de Fingal, de Mendels- 
sohn, ouverture et ballet fantastique à'Errmonth, opéra de M. Manuel Giro 
(primé au concours ouvert par le Ministère des Beaux-Arts), suite d'or- 
chestre d'Ernest Guiraud, le Sommeil de la Vierge, de Massenet, et la che- 
vauchée des Valkyries, de Wagner. Le public, très chaleureux, a redemandé 
le Carnaval de Guiraud, le Sommeil de la Vierge et la chevauchée des Valkyries, 
ainsi que le ballet à'Errmonth, de M. Manuel Giro, qu'il a rappelé et 
applaudi avec enthousiasme. 



LE MÉNESTREL 



87 



— Grand succès au Savoy-Théâtre de Londres pour une nouvelle opé- 
rette, le Grand-Duc ou le Duel forcé, paroles de M. Gilbert, musique de 
sir Arthur Sullivan. Les heureux auteurs du légendaire Mikado ont mis 
en œuvre leur « truc » ordinaire pour mettre dans leur pièce tout 
sens dessus dessous. La langue théâtrale des Anglais appelle cela un 
topsy-luriy élément — et le vieux truc leur a de nouveau réussi. Cette 
fois-ci, cet élément comique est fourni par une comédienne qui doit parler, 
en Allemagne, un fort mauvais allemand. Naturellement, ce mauvais 
allemand est figuré, au Savoy-Théâtre, par un fort mauvais anglais. Or, le 
directeur malin a trouvé moyen d'engager pour ce rôle !VI""= Ilka Palmay, 
l'ancienne soubrette de Budapest, qui a aussi chanté à Vienne, où son alle- 
mand magyarisé a fait les délices des habitués de théâtre An der Wien, 
qui se tordaient chaque fois que la charmante Ilka chantait en allemand. 
On voit d'ici que son mauvais anglais doit être plus comique que nature, 
surtout si la ravissante artiste ne s'est pas départie de son habitude d'ac- 
centuer les syllabes à la hongroise. Le succès énorme du Grand-Duc, que 
constate la presse londonienne, ne nous étonne guère dans ces conditions. 

— Après-demain, 17 mars, le doyen de tous les artistes du chant, 
iVIanuel Garcia fils, entre dans sa quatre-vingt-douzième année, et ses 
nombreux amis de Londres lui feront à cette occasion des ovations bien 
méritées. Manuel Garcia est né en effet à Madrid le 17 mars 180S, et les 
guerres napoléonniennes forcèrent son père. Manuel Garcia, de se réfugier 
à Naples. Doué d'une très belle voix de ténor, son père apprit le chant 
avec le célèbre ténor Anzani, qui lui transmit les principes du bel canto du 
dix-huitième siècle. Garcia père se fixa plus tard à Paris, devint le pro- 
fesseur de ses propres enfants, et en 182.3 toute la famille Garcia se trans- 
porta à New-York, où elle joua le Barbier de Séville avec la distribution 
suivante, que notre collaborateur Arthur Pougin a fait connaître dans 
son intéressante notice sur la Malibran : Almaviva, Garcia père; Figaro, 
Garcia fils; Bertha, Garcia mère; Rosine, Marie Garcia, qui allait devenir 
M""^ Malibran, la sœur de M"" Viardot. La carrière de Manuel Garcia fils, 
comme professeur au Conservatoire à Paris et plus tard à l'Académie royale 
de musique de Londres, est trop connue pour que nous ayons à nous 
étendre sur ce sujet. Récemment, après avoir résigné ses fonctions à l'Aca- 
démie de musique, Garcia a publié un admirable Manuel de l'art du chant. 
Parmi ses élèves les plus célèbres se trouvait Jenny Lind. Par son autre 
élève, M"" Marchesi, Garcia a exercé une grande influence sur l'art du chant 
de notre temps. Espérons que le doyen des chanteurs deviendra le Chevreul 
de la musique. B. 

— Dépêche de Philadelphie : « Navarraise, très grand succès. Calvé accla- 
mée. » 

— Recettes américaines ! A Boston, les impresarii Grau et Abbey ont 
réalisé 8S.000 francs avec une seule représentation de W^" Calvé dans 
Carmen. 

— Extrait du Berliner Bœrseticmirier ; « M'"'^ Melba ne demande pas moins 
de 500.000 marks (623.030 francs) de dommages-intérêts au Times de Chicago, 
qui a affirmé que la célèbre artiste a entretenu des relations intimes avec 
des viveurs de cette ville. » Traduction textuelle. 

PARIS ET DEPARTEBIENTS 

Nous avons dit la curieuse détermination qu'avait prise la direction 
des Beaux-Arts de faire des « claqueurs a de nos théâtres subventionnés 
autant de fonctionnaires régis par des règles sévères. On ne pourra « cla- 
quer » désormais qu'avec l'autorisation du gouvernement, et aux endroits 
qu'il indiquera. Cela pourrait être drôle à une autre époque, mais aujour- 
d'hui il n'est plus rien vraiment qui puisse nous étonner. Donc, à l'Opéra, 
on a nommé un M. Sol pour donner le la aux applaudissements, et à 
rOpéra-Comique un M. Rémy. On ne pouvait vraiment mieux choisir. 
. Leur personnel embrigadé devra porter l'habit noir et la cravate blanche. 
Mais les gants sont interdits, comme étouffant les manifestations sponta- 
nées. Allons! voilà qui va bien, et il n'y a rien de tel qu'un ministre 
éclairé pour entendre les choses. 

— A l'Opéra, on croit pouvoir annoncer la première représentation 
i'Hellé, l'œuvre de M. Alphonse Duvernoy, pour la fin du mois. 

— Une indisposition malencontreuse de M"* Delna avait arrêté brus- 
quement, dès le commencement, les représentations d'Orphée à l'Opéra- 
Comique, en mettant le théâtre dans la pénible nécessité de faire relâche 
lundi dernier ; mais tout va bien à présent, et la belle œuvre de Gluck 
poursuit sa nouvelle carrière sans encombre. 

— Au même théâtre, le Chevalier d'Harmenlhal paraît momentanément 
écarté par la Femme de Claude, qui a repris possession de Ja scène. Est-ce 
pour de bon cette fois? On parle aussi d'une reprise du Pardon de PloSrmel 
pour les débuts de M"" Courtenay. 

— Avant tout, nous aurons aujourd'hui dimanche la reprise du Maçon, un 
des premiers ouvrages d'Auber. Le Maçon, paroles de Scribe et Germain 
Delavigne, nous dit Nîcolet du Gaulois, fut en effet représenté pour la pre- 
mière fois, à l'Opéra-Comique, le 3 mai 1825. Son succès fut considérable. 
Les interprètes d'alors étaient LafeuîUade, Ponchard, 'Vizentini, 
M™« Boulanger, Rigaud, Pradher et Colon. Une reprise eut lieu en 1813, 
avec Audran, Mocker, Ricquier, Henri, M"""* Prévost, Darcier, Pothier et 
Zévaco. D'autres reprises eurent lieu, avec Roger, puis plus tard Capoul, 



dans le rôle de Roger. La dernière reprise date de 1879, où elles réunissait 
les noms de Nicot, Herbert, Gourdon, M""«>^ Chevalier, Thuillier et Dupuis. 
Aujourd'hui, te Maçon est distribué de la façon suivante: 

Léon de Mérinville MM. Mouliérat. 

Roger Carbonne. 

Baptiste ■ Gourdon. 

M"' Bertrand M"" Chevalier. 

Henriette Mole. 

Irma 'Villefroy. 

Zobéide Delorn. 

— Nous croyons devoir rappeler aux compositeurs de musique qui 
prennent part au concours ouvert parla Ville de Paris entre les musiciens 
français, pour la composition d'une œuvre musicale avec soli, chœurs et 
orchestre, sous la forme symphonique ou dramatique, qu'ils doivent 
déposer actuellement, et seulement jusqu'au 1(3 de ce mois (dimanche 
excepté), leurs partitions à l'Hôtel de Ville, service des Beaux-Arts, de 
midi à quatre heures. 

— On sait avec quelle faveur a été accueillie la nouvelle de l'ouverture 
de l'Exposition du Théâtre et de la Musique, au Palais de l'Industrie, le 
25 juillet prochain. M. le président du conseil des ministres vient d'accepter 
la présidence du comité de patronage de cette exposition, dont l'organisation 
se poursuit avec activité. M. L. Abaye, directeur, et M. 0. Lartigue, secré- 
taire général, ont chargé M. Yveling RamBaud de l'organisation de la 
partie artistique rétrospective et documentaire de l'exposition. La grande 
compétence, en matière d'art, de notre sympathique confrère est un sûr 
garant de succès pour cette œuvre intéressante. La direction nous prie 
d'annoncer qu'elle organise une très importante section de tissus, modes 
et coiffures qui sera assurément une des attractions les plus courues par 
l'élément féminin. Bien entendu, il y aura un orchestre, dont la direction 
a été confiée à M. Achille Kerrion, le distingué violoncelliste. 

— La Commission de surveillance de l'enseignement du chant dans les 
écoles de la banlieue de Paris a tenu sa séance annuelle mardi dernier, 
à l'Hôtel de ville, sous la présidence de M. le directeur de l'enseignement. 
Après lecture et approbation du rapport sur les travaux de l'année, pré- 
senté par M. Laurent de Rillé, rapport qui rendait compte du festival très 
intéressant auquel prirent part, au Trocadéro, le 26 mai dernier, près de 
mi/fe enfants des écoles communales, après la discussion de diverses ques- 
tions concernant l'extension de l'enseignement du chant dans ces écoles, 
la commission a procédé au renouvellement de son bureau, qui est ainsi 
composé pour la présente année : président, M. Laurent de Rillé ; vice- 
président, M. Naudy ; secrétaire, M. Arthur Pougin. 

— Au cours du récent voyage qu'il a fait à Marseille, le président de la 
République a accordé les palmes académiques à plusieurs artistes dont 
voici les noms : M. JuUien, professeur au Conservatoire ; M. Michaud, chef 
d'orchestre du Grand-Théâtre; M.Simon, directeur du théâtre des Variétés; 
et M'iiî Marie Kolb, artiste de ce théâtre, bien connue du public parisien. 

— Ainsi que nous l'avions annoncé, M. Gravière, directeur du théâtre 
de Bordeaux, et M. d'Albert, directeur du théâtre de Rouen, ont consacré 
chacun une représentation à la mémoire d'Ambroise Thomas, composée de 
fragments d'œuvres de l'illustre maître. A Bordeaux, l'exécution du pro- 
gramme a été parfaite. Enthousiasme et recueillement, tel est le compte- 
rendu de la soirée. Beau succès pour M"'= Deschamps dans une pièce de 
vers de circonstance de M. Boue. A Rouen figuraient au programme l'ou- 
verture de Raymond, le P^'' acte du Ca'id, le ballet de Françoise de Rimini, le 
second acte de Mignon, le i" acte à'Hamlel et le chœur des Nymphes de 
Psyché, chanté par toutes les artistes du théâtre. Après Au Pays des rêves, k- 
propos en vers de M. Delesque, dit par M. Speck, toute la troupe, en 
costume, a couronné le buste d'Ambroise Thomas. 

— Comme Montpellier, Bordeaux et Rouen, le théâtre royal de La Haye 
a eu, sur l'initiative de son très distingué directeur, M. Joseph Mertens, sa 
raprésentation solennelle consacrée à la mémoire d'Ambroise Thomas. On 
jouait le Sortge d'une nuit d'été, dédié, comme l'on sait, au feu roi Guillaume III. 
A la fin de la représentation, grande cérémonie et couronnement du buste 
par toute la troupe ; après l'exécution de la marche funèbre d'Hamlet, le 
régisseur, M. Bouvard, s'est avancé à l'avant-scène et a prononcé quelques 
paroles émues associant en un hommage respectueux et le souvenir de 
celui qui illustra l'art musical et le souvenir du souverain mort. 

— Dimanche dernier, â Nancy, triomphe pour le Festival-Massenet or- 
ganisé par M. Guy Ropartz, le jeune et actif directeur du Conservatoire. 
De mémoire de Nancéens on ne vit enthousiasme pareil. Au programme 
la première audition en France de Visions..., poème symphonique, Narcisse, 
des mélodies adorablement chantées par M'"= Vilma et accompagnées au 
piano par le maître, et les Scènes alsaciennes. Supérieurement dirigé par 
M. Ropartz, ce concert ne fut qu'une longue suite ininterrompue d'ovations 
et à l'adresse de l'orchestre et de son chef, et à l'adresse des solistes, 
M"'^ Crépîn, la nymphe de Narcisse, MM. Hekking, Stéveniers, Robert, 
Hesse, Meyer et Scbwartz, etàl'airesse de la délicieuse M"» Vilma à qui 
on aurait tout voulu bisser, et à l'adresse de Massenet, que les hourras 
frénétiques suivirent jusque dans les rues de Nancy. Au nom de la Ville 
et de la commission du Conservatoire, M. Ropartz a remis au maître une 
superbe coupe signée Galle. Par une très délicate attention, M. Ropartz 
avait tenu à faire figurer au programme le nom de ses trois maîtres ; aussi 



LE MÉNESTREL 



le concert avait-il débuté par la très iielle ouverture de Frilhiof, de Théo- 
dore Dubois, et s'est-il terminé par le Chasseur maudit, de César Franck. 
Le soir, M. et M"" Ropartz réunissaient dans leurs salons les notabilités de 
la ville et, avec toute sa bonne grâce habituelle, Massenet se mit au piano 
et accompagna à M"- Yilma des fragments du Porirail de Manon et des mé- 
lodies. Comme à la salle Poirel, dans la journée, auteurs et interprètes 
tinrent sous le charme les invités de M. et M""^ Ropartz. 

— Le Christ de M. Ch. Grandmougin a été joué à Besançon avec un vrai 
succès. L'auteur, qui jouait le principal rôle, a reçu une palme d'or des 
étudiants. Belle interprétation et bonne musique de scène de M. Lippacher. 

— Le théâtre de Valenciennes entre de plain-pied dans la voie de la 
décentralisation. Après le Petit Lulli, de M. Gh. L. Hess, qu'il offrait à son 
public il y a quinze jours à peine, il vient de donner la première repré- 
sentation d'un autre opéra-comique en un acte, le Magicien, paroles de 
M. H. Piquet, musique de M. Claude Fiévet, professeur à l'École de mu- 
sique de Valenciennes. Ce petit ouvrage avait été écrit pour un concours 
ouvert naguère à Milan, et au sujet duquel on lisait ce qui suit dans la 
Gazzetta di Milano : — « Il y a deux ans s'ouvrait â Milan un concours inter- 
national de composition musicale (opéra et opéra-comique). Trente-deux 
compositeurs prirent part à ce tournoi artistique. Le premier prix 
(1.000 francs) fut attribué à Herndi, opéra en trois actes de M. "Werner, de 
Leipzig ; le deuxième prix (500 francs) à l'opéra le Magicien, de M. L. Fié- 
vet, de Valenciennes. Les deux premiers prix obtinrent la faveur d'être 
joués; mais un différend qui s'éleva entre les lauréats et l'éditeur mit fin 
aux représentations. M. Fiévet a écrit une partition simple et bien 
conçue. Tout y est traité avec élégance et une connaissance parfaite des 
accords. On sent un tempérament artistique à l'inspiration distinguée. Si 
la partition du Magicien eût été plus longue, M. Fiévet aurait sûrement 
remporté le premier prix, le jury s'étant longtemps montré indécis à cet 
égard. » La représentation du Magicien a été donnée pour le bénéfice du 
compositeur, M. Georges Fiévet, qui, sous le nom d'Alberthal, tient 
l'emploi de baryton au théâtre de Valenciennes. 

— De Tourcoing : Grand succès pour le festival Gustave Charpentier, 
donné par l'Association symphonique sous la direction de M. Albert 
Masurel. Succès pour l'auteur et ses interprètes: M. Louis Bailly, des 
concerts Lamoureux, M. Victor Charpentier, M"'^ Doris et Luigini. 

— Par les soins intelligents de l'abbé Paul Coqueret, un intéressant 
concert spirituel avait été organisé le samedi 7 mars dans la chapelle 
des catéchismes de Saint-Roch, au profit de l'œuvre de Saint-Thomas- 
d'Aquin. Les chanteurs de Saint-Gervais composaient le fond du pro- 
gramme. A signaler surtout le délicieux Noël du XVI' siècle, harmonisé par 
Gevaert. M. Théodore Dubois avait bien voulu prendre une part active au 
concert; on a joué de lui et avec son concours trois pièces capitales: le 
charmant Hymne nvplial pour violon, harpe et orgue, le Deus meus des Sept 
Paroles du Christ, et la belle Fantaisie triomphale pour deux pianos. Les solistes 
étaient l'excellent baryton Paul Séguy, très applaudi dans l'Espoir en Dieu de 
Faure et la Sainte Madeleine de Holmes, et le charmant violoniste Boucherit, 
qui a joué merveilleusement une romance de Fischhof et la méditation 
religieuse de Massenet, malheureusement accompagnée beaucoup trop fort 
par la harpe, ce qui en a gâté l'effet; mais M. Verdalle s'est rattrapé dans 
un joli solo de sa façon, le Sommeil de l'enfant Jésus. N'oublions ni 
M. Rayneau, ni la maîtrise de Saint-Roch sous la direction de M. Pérou, 
ni M. Jumel, maître-accompagnateur, ni surtout le sénateur de Lamarzelle, 
qui a prononcé une chaude allocution en faveur de l'œuvre de Saint- 
Thomas-d'Aquin, laquelle n'aura pas à se plaindre du concert organisé par 
l'abbé Paul Coqueret car la recette fut bonne. 

— Vif et légitime succès remporté à la salle Erard par la toute jeune et 
charmante pianiste M"" .Solange de Croze, au concertqu'elle a donné vendredi 
dernier. Fort brillamment secondée par MM. Samson et Vendœuvre, elle 
a fait applaudir un trio de M. Salvayre ; mais où elle remporta un véri- 
table triomphe, ce fut dans l'interprétation des œuvres de Beethoven, 
Schubert etc., audacieusement complétées par son père et professeur 
M. Ferdinand de Croze ! MM. Chambon de l'Opéra et Depas de l'Odéon 
contribuèrent aussi de belle façon à l'intérêt de la soirée. 

— Soirées et Concebtî. — L'audition mensuelle des élèves de M"' Marie 
Rueff avaitattiré comme de coutume, une grande arfluenoe dans les salons de 
la rue de Courcellee. On a beaucoup applaudi l'air d'Esclarmonde, le Nil de Leroux, 
accompagné au violon par M. Baudié, l'air d'Hérudiade, les Toutes Petites et 
Anelte de Vidal, chantés par des élèves qui sont des artistes. Le clou de la séance 
était la partie réservée aux œuvres de Charles Lefebvre sous la directiOQ de fau- 
teur. Ont été particulièrement appréciés : Ici-lias tous les lilias meurent, Soir d'été, 
Invocation, Berceuse, les fragments de Judith et de Vjelma, les Bords du Ml, et 
Cortège villageois, joué a quatre mains par l'auteur et M"* Toussain.— M""" Vieux- 
temps vient de l'aire entendre ses élèves avec un plein succès; à mentionner 
particulièrement M"- J. de Frick (Menuet d'Exaudet, Weckerlin), Maréchal et 
Belliou (le Vieux TUlad, Lassen,, J. Salomon (air du liai masqui; Verdi), A. Maré- 
chal (Annetle, Weckerlin). M. Cli. Lefebvre accompagnait ses œuvres, qui for- 
maient la seconde partie du programme et parmi lesquelles on a fort applaudi 
Cansonetia (M"" A. Maréchal), Invocuzionc et air du Trésor {M.— de Longueval), 
Lamenlo (M"' de Frick), Avril (M"" B. Salomon et de Faurelle) et Jci-bas tous les 
nias meurent (M"° Olénine). — Grand succès pour M"" Bressoles avec les Chansons 
■ rises, de Reynaldo Hann, qu'elle a chantées chez M"' Allred Robaut. — Bonne 



audition des élèves de M"' Le Grix, parmi lesquelles il faut nommer M"° J. La- 
fosse (le Petit Lapin, Blanc et Diuphin), A. Patouillard (Oiseaux légers, Gumbert), 
M. Salomon et S. Plancher (Cuppélia, à 2 pianos, Delibes-Lack), J. Salomon et 
A. Berthet (Polonaise, à 2 pianos, Laekl, J. et M. Roblin (Don Juan, 2 pianos, 
Lysberg). — A l'Hôtel Continental, fort belle soirée musicale donnée au béné- 
Pice des orphelins. Très gros succès pour Mm» Preinsler da Silva dans la para- 
phrase de Sainl-Saëns sur Mandolinata de Paladilhe, pour M. Ballar.i dans l'air 
à'Uerodiade de Massenet, pour M"" Bronville dans l'air du Cid de Massenet, pour 
M. Ballard et M"" Bronville dans le Crucifix- de Faure, pour M"" Vormèse dans 
la Scène de la Csardà deJ. llubay, pour M"°Benuvai3 dans Pensée d'automne et Noël 
paien de Massenet, et pour M"" de Marthe dans l'air des clochettes de Lakmé de 
Delibes. — Matinée musicale des plus intéressantes chez M"° Thérèse Duroziez, 
l'excellente pianiste. .A.u programme, des œuvres de Théodore Dubois, Lenepveu, 
Ilillemacher, etc., exécutées en perfection par M"" l'aul IliUemacher et Dulau- 
rens, MM. Mazalbert, Foucault, Brun et M"» Thérèse Duroziez, qui a fait 
applaudir la Chzconne et les Myrlilles de Dubois, qu'elle a jouées à ravir. Vif 
succès pour tous.— A la salle d'.\griculture, la société chorale Galin-Paris-Chevé 
a offert un concert à ses membres honoraires. Le cours de lecture à vue, direc- 
tion Chevé, a fait merveille et étonné tous les spectateurs. Celui de violon, 
direction Poileux. a été excessivement applaudi dans la ravissante Méditation de 
Tliais de Massenet. Pour finir, le magnifique finale d; Winkelried de Louis 
Lacombe a été supérieurement chanté par M. Auguez et la société. Véritable 
sensalion parmi le public qui ne cessait d'applaudir et de rappeler. — Concert 
des plus n sélect » au Cercle militaire. Au programme, la merveilleuse Méditation 
de Thaïs de Massenet; puis MM. Fournets et Clément, et M"°Adamson-Laudi qui 
a soulevé l'enthousiasme de l'auditoire dans l'interprétation du Chevalier Belle- 
Etoile, d'Holmes. — Chez M. et M"" \. Noël, le compositeur Lucien Lambert a 
obtenu un double succès : d'abord avec ses mélodies l'Ame en deuil, Clnnomniée, 
Chanson pelite-russienne chantéis par M"" A. Maureus, puis, coui ne pianiste, en 
jouant plusieurs compositions de Goltschalk d'un exotisme curieux, entre 
autres ; Solitude et ['Hymne brésilien.— A.13. réunion d'élèves donnée par M'"" Jouanne, 
on a remarqué MM. Thirion (Gavotte de Mignon, Ambroise Thomas), M"" Arqué, 
GillarJin, Meot, Coquiart (Enlr'acte-Sevilianu, Massenet), M""" Meot, Picot, Caire 
Marquis (Cortège de Bacclais de Stjlvia, Delibes). Dans les intermèdes, M^'Letocart 
s'est fait applaudir en chantant l'air du livre d'Hamlet. 

— Le vendredi 20 mars, à la salle des Agriculteurs deF.-ance, le pianiste 
russe Nicolas de Lestownitchy donnera un récital de piano des plus inté- 
ressants. Outre les maîtres classiques, les auteurs modernes, français et 
russes ont une large place au programme. 

NÉCROLOGIE 

Un excellent artiste, M. Alfred Turban, violoniste fort distingué, est 
mort ces jours derniers â Saint Cloud. Né à Strasbourg, il avait fait ses 
premières études au Conservatoire de cette ville, dans la classe de M. Grod- 
voU, puis était venu à Paris, où il avait été admis au Conservatoire dans 
la classe de M. Sauzay. Il obtint un premier accessit au concerts de 1867, et 
ensuite un brillant premier prix. Premier violon à l'orchestre de l'Opéra et 
à la Société des concerts, il avait été nommé il y a quelques années pro- 
fesseur d'une des classes préparatoires de violon au Conservatoire, mais 
peu de temps après il s'était vu obligé de demander un congé pour cause 
de santé, et depuis lors sa classe était faite par M. Hayot, qui va sans 
doute en devenir titulaire. 

— Une autre enfant du Conservatoire, où elle avait fait des études brillan- 
tes, une cantatrice fort aimable, M"^ Claire Issaurat, vient de mourir dans le 
Midi à la fleur de l'âge, ayant seulement accompli sa vingt-sixième année, 
car elle était née à Cannes le 30 octobre 1869. Élève de MM. Edmond Du- 
vernoy et Giraudet, elle avait obtenu en 1889 les deux premiers accessits 
de chant et d'ripéra, en 189J les deux seconds prix et en 1891 les deux pre- 
miers prix, après quoi elle était allée commencer sa carrière lyrique en 
province, où elle s'était fait applaudir dans l'emploi des falcons. 

— A Brème est mort à l'âge de "o ans le compositeur Reinthaler, orga- 
niste, chef d'orchestre et directeur d'une société chorale. Deux de ses 
opéras : Edda et Catherine von Kailbrown ont été beaucoup joués en Alle- 
magne; son oratorio Jephté est également connu, ses compositions pour 
divers instruments et pour chant sont très nombreuses. Reinthaler a exercé 
pendant plus de trente ans une excellente influence sur le développement 
de l'art musical â Brème. Organiste de la cathédrale, directeur de l'Aca- 
démie de chant fondée en 1813 par Riem, ainsi que Je la Liedertafel, et des 
concerts privés organisés sur le modèle des séances du Gewandliaus de 
Leipzig, il fit preuve dans ces diverses fonctions d'une grande habileté et 
d'un talent pratique incontestable. Aux œuvres signalées plus haut, il faut 
joindre deux cantates : Mœdchen van Cola et In der M'iiste (Dans le désert), 
le 90= Psaume, pour deux chœurs, nombre de chants religieux et plusieurs 
suites de lieder â une ou plusieurs voix. Reinthaler, qui fut élève du fameux 
théoricien A.-B. Marx, était né à Erfurt, le 13 octobre 1822. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 

Étude de M» Er. Thibault, notaire à La Rochelle, 4, rue G.-Admyrauld. 
A CÉDER : 

Maison de pianos, musique, lutherie, parfaitement achalandée, située 
dans la plus belle rue de La Rochelle. 

Long bail assuré. 

Pour tous renseignements, s'adresser à M= Thibault. 



3391. — 62"» ANNÉE — I\° 12. 



PARAIT TOUS LES DIMANCHES 



Dimanche 22 Nai's 1896. 



(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rcmliis aux ailleurs.» 

MÉNESTREL 

MUSIQUE ET THÉ^TÏiES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser franco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel. 2 6(S, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et lions-poste d'abonnenienL 

Un on, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et iMusique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, ~lÇi fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., f'aris et Province. — Pour l'Etranger, lei Trais de p^ste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



1. Musique antique (7" article), Julien Tieiîsot. — II. Le Théâtre-Lyrique, infor- 
mations, impressions, opinions (12« article), Louis Gallet. — III. L'orchestre 
de Lully (6" article), Arthur Pougin. — IV. Le monument de M»° Carvalho. — 
V. Revue des grands concerts. — VI. Nouvelles diverses, concerts et nécro- 
logie. 

MUSIQUE DE CHANT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront, avec le numéro de ce jour : 

SUR LA TOMBE D'UN ENFANT 

n" 3 des Poèmm de Bretagne, de Xavier Leroux, poésie d'ANDRÉ Alexandre. 

— Suivra immédiatement : Veux-tu, mélodie de Léon Delafosse, poésie de 

M™ Desbordes- Valmore. 

MUSIQUE DE PIANO 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
PIANO : Balancelle, valse d'ANTONiN'îllARMONTEL. — Suivra immédiatement : 
Nocturne, de Léon Delafosse. 



MUSIQUE ANTIQUE 

LES NOUVELLES DÉCOUVERTES DE DELPHES 

(Suite) 



V 

Cet examen approfondi des vestiges musicaux trouvés à 
Delphes nous a permis de donner aux lecteurs modernes que 
des formes d'art différentes des nôtres ne rebutent pas, une 
idée générale des pratiques essentielles de la musique 
grecque. On a pu constater que, sur bien des points, cette 
musique différait de la nôtre; mais I'oq a vu aussi' qu'elle s'en 
rapprochait par beaucoup d'autres. Nous ne sommes plus au 
temps où l'on tenait pour indubitables des légendes dont le 
seul mérite était de venir de loin. Il y a un personnage de 
Shakespeare qui, faisant le récit de ses voyages aux pays loin- 
tains, dit y avoir vu, entre autres merveilles, « des hommes 
qui ont la tête au-dessous des épaules ! » Eh bien, non : il 
n'y a pas d'hommes qui aient la tête au-dessous des épaules, 
ce qui n'empêche pas qu'il puisse y avoir des peuples de 
mœurs, de couleurs et de types différents ; et de même, dans la 
musique grecque, il y a des formules particulières, des modes 
divers, des rythmes et des instruments plus ou moins dis- 
tincts des nôtres; mais rien de tout cela n'est en contradic- 
tion avec les principes constitutifs de l'art. Sans doule, pour 
nous en rendre un compte exact, il faut faire un effort sur 
nous-mêmes, dégager nos esprits des habitudes du milieu 
ambiant; il faut surtout considérer l'évolution de la musique 



à travers les siècles les plus reculés. Cela fait, tout deviendra 
clair : on pourra comprendre la pensée iotime des anciens 
théoriciens, dont les formes extérieures semblaient d'abord 
si difficiles cà pénétrer, ressentir la véritable expression des 
trop rares fragments musicaux qui nous ont été conservés, et 
rattacher les pratiques de l'art aniique à celles d'une mu- 
sique plus moderne, ou, plus exactement, de la musique de 
tous les temps. 

Voilà pourquoi il est nécessaire que l'étude de la musique 
grecque soit faite par des musiciens. Mais, dira-t-on, celte 
étude exige des connaissances particulières que les musiciens 
ne possèdeot guère. Gela est vrai, et ce serait être trop ingrat 
que de mécoaoaitre les progrès que les hellénistes et les phi- 
lologues ont fait réaliser à cette science. Mais en même temps 
il faut bien avouer que co n'est pas eux qui en ont dit ni en 
diront le dernier mot. Car, pour étudier un sujet musical, 
on ne saurait se borner à déchiffrer et commenter unique- 
ment des textes, ce qui est malheureusement le cas de la 
plupart des hellénistes qui ont étudié la question. C'est une 
tendance, parmi quelques savants, de ne vouloir connaître 
en fait de musique que ce que les Grecs eux-mêmes en ont 
dit et laissé dans leurs écrits. Quelle erreur! De ce que cer- 
tains principes fondamentaux ont été découverts postérieure- 
ment, en étaient-ils moins mis en pratique? La vérité est tou- 
jours antérieure à sa découverte, a dit je ne sais plus quel phi- 
losophe: si Galilée a proclamé le premier que la terre tourne, 
elle n'en tournait pas moins déjà auparavant. Et de même, si les 
Grecs ont ignoré le principe de la génération des sons, ils n'en 
ont pas moins pratiqué, instinctivement, l'application. Aussi 
ne saurions-nous trop applaudir aux critiques de M. Gevaert à 
l'adresse « des philologues qui ne voient rien au delà de 
leurs textes » et qui sont « toujours portés à iraiter la mu- 
sique grecque comme une science abstraite, et non comme un 
art réel pratiqué pendant plusieurs siècles par des hommes 
physiologiquement semblables aux autres habitants de notre 
planète... » Et en même temps, combien ne devons-nous pas 
nous féliciter qu'un tel musicien, ayant approfondi l'étude 
des textes antiques autant que n'importe quel helléniste, en 
ait donné une interprétation si lumineuse, si logique, et, en 
réalité, inattaquable ! 

Si les anciens semblent avoir compris certains phénomènes 
musicaux différemment de nous, c'est que leur art, qui n'est 
que l'enfance de la musique, ne les avait pas familiarisés avec 
toutes les combinaisons sonores, et que, par conséquent, leurs 
notions étaient incomplètes. Les observations de leurs meil- 
leurs théoriciens nous paraissent souvent inutiles et pué- 
riles : ils emploient un luxe inouï de raisonnements à dé- 
montrer des choses qui ont pour nous l'évidence d'axiomBs. 
Le son, dans ses manifestations les plus simples, est ce qui 



90 



LE MÉNESTRI-L 



les frappe le plus. Leurs expériences sont tout empiriques : 
l'échelle des sons n'a pas pour eux d'autres principes que 
l'accord instinctif des instruments. Les progrès de la facture 
instrumentale jouent, dans l'évolution de leur art, un rôle 
dont nous ne soupçonnions pas l'importance : une corde 
ajoutée à la lyre était la cause d'une véritable révolution 
musicale ! 

Du reste, au point de vue technique, ce que leurs écrits 
nous font connaitre prouve qu'ils ne se sont jamais élevés 
au-dessus de ce qui est, pour nous, une pratique élémentaire 
(la virtuosité instrumentale, qui ne perd jamais ses droits, 
étant mise à pari). Mais aussi ils compliquaient à l'envi les 
choses les plus simples, — et c'est précisément à élucider 
ces fausses difficultés qu'il faut.que les modernes s'attachent, 
au lieu de prendre à tâche de les aggraver, comme semblent 
faire certains. 

En résumé, la musique grecque était un art savant, mais 
en même temps un art simple, car ses complications sont 
toutes superficielles. C'est d'ailleurs essentiellement un art 
primitif, et cela à un bien plus haut degré que toutes les 
autres branches de la littérature et des arts: à en juger par 
ce que nous laissent entrevoir les écrits théoriques et les 
vestiges musicaux qui les éclairent d'une si vive lumière, il 
nous est impossible de supposer que la musique grecque ait 
été aussi loin et ait produit des monuments comparables à 
r/liade, au Parthénon ou à la Victoire de Samothrace. La dé- 
pendance dans laquelle le chant était de la poésie, et dont 
nous avons donné de curieux exemples à propos du rythme 
des hymnes delphiques, est une preuve suffisante de cette in- 
fériorité relative. Par suite, la composition musicale, néces- 
sîirement modelée sur le vers, avait un certain caractère 
mécanique, d'où il semble résulter que les musiciens grecs 
étaient plutôt des sortes de praticiens que des artistes capables 
de se livrer à la libre inspiration. 

Malgré cela, il est impossible de méconnaître les effets puis- 
sants produits par la musique des Grecs, et je crois qu'on 
peut tout aussi bien les expliquer ainsi. D'abord, au point de 
vue artistique le plus élevé, ces admirables créateurs de formes 
avaient eu l'intuition géniale de l'association de trois arts 
faits pour se compléter les uns par les autres en un ensemble 
iufiniment harmonieux : la musique, la poésie, la danse. Mais 
le chant lui-même, pris isolément, a une force qui subsiste 
même pour les modernes habitués à tant de complications 
polyphoniques: combien son action ne devait-elle pas être 
plus grande sur un peuple si neuf aux impressions de ce 
genre! Tous les entraînements du rythme, ils y cédaient ; les 
chants qui cadencaient les évolutions, la fameuse pyrrhique, 
par exemple, c'était au rythme seul qu'ils empruntaient leur 
prestige. 

C'est donc dans l'emploi des formes les plus simples qu'il 
faut chercher les principales beautés ainsi que les effets les 
plus puissants de la musique grecque. 

(A suivre.) Julien Tiersot. 



LE THÉÂTRE-LYRIQUE 



1NF0RM.4.TI0NS — IMPRESSIONS 



XII 

Je devrais dater cette « impression » de Bruxelles, car c'est ù 
Bruxelles que je l'ai ressentie. J'y ai passé récemment une soirée, 
tout exprès pour entendre cette délicieuse Thaïs, dont je ne saurais 
dire le bien que j'en pense, sans être suspect de partialité, mais que 
je liens pour l'une des partilions les plus originales, les mieux ins- 
pirées, el les plus intelligemment modernes do celles qui composent 
le riche répertoire de Massenet. J'ai vu ly une très curieuse et inté- 
ressante artiste, M'"" Georgelte Leblanc, qui nous a donné de la cour- 
tisane alexandrienne une imago très nouvelle et très pittoresque, 
attirant et retenant tellement le regard qu'on oublie de l'écouter, 
pour la suivre on son jeu dramatique si personnel, en la recherche 



si délicate de ses ajustements, en la variété dos expressions de sa 
physionomie et de ses attitudes, dénotant une très rare pénétration 
de l'esprit et du caractère du personnage. 

Or, comme, après la soirée, en attendant le train qui ramène à 
Paris les spectateurs que le temps presse, j'étais venu m'asseoir dans 
le cabinet des directeurs, gens simples et méthodiques, d'une activité 
extraordinaire sous les dehors de la plus parfaite tranquillité, accom- 
plissant en peu de temps et silencieusement une formidable besogne, 
et que je leur parlais des services rendus à l'art français par le 
beau théâtre qu'ils dirigent, MM. Stoumon et Calabresi ouvrirent 
devant moi le livre oîi se trouve consigné l'historique sommaire de la 
Monnaie. 

C'est en feuilletant ces pages que je vis mieux que jamais quels 
services aurait rendus un Théâtre-Lyrique, faisant à Paris la mois- 
son d'œuvres que Bruxelles a faite. Et à ceux qui argumentent 
volontiers contre la création de ce théâtre, je veux dire contre sa 
restauration, et considèrent une telle entreprise comme aventureuse 
ou folle, je pensai qu'il serait opportun d'opposer le simple procès- 
verbal des faits qui jalonnent ce recueil. 

Ce que les directeurs de la Monnaie ont fait à Bruxelles pour nos 
compositeurs el pour nos grands théâtres même, en leur donnant des 
artistes, ils l'ont fait — il le faut noter — sans cesser de satisfaire 
aux exigences de leur situation officielle. Ils ont entretenu et enrichi 
leur répertoire d'œuvres classiques ou connues, varié leurs spectacles, 
en un mol. donné à l'Etat qui les commandite tout ce qu'il est eu 
droit d'attendre d'eux. C'est par surcroit qu'ils ont entrepris do tirer 
de l'ombre des œuvres que Paris oubliait ou dédaignait; et ce sera 
leur grand honneur de l'avoir fait, comme si celte tâche eût été leur 
principal devoir à remplir. 

Que n'aurait-on pas obtenu chez nous, durant le même temps, avec 
une direction n'ayant d'autre objectif que la restitution des chefs- 
d'œuvre classiques de toutes les écoles, la mise en lumière des 
œuvres inédites et la formation d'une troupe d'artistes lyriques, com- 
posée de sujets jeunes, trouvant sur une scène ouverte à leurs pre- 
miers efforts uu excellent terrain d'entraînement ? 

Une subvention de 300.000 francs — c'est celle que reçoivent les 
directeurs de la Monnaie, — eût suffi et suffirait encore pour l'accom- 
plissement d'une telle œuvre. Les années ont passé pourtant, n'appor- 
tant avec elles que de vaines tentatives ou des désillusions. 

Et peu tant ce temps, après avoir affirmé et affermi le succès de 
Faust-, plus tard celui de Carmen, la Monnaie donnait des œuvres, 
laborieuses et coûteuses à monter, comme Sigurd, comme Hérodiade, 
comme le Mefislo de Boïlo ; entre temps, elle offrait l'hospitalité 
aux Teiiip/iers, de Litolf, à la GivendoHne, de Ghabrier, au Saint- 
Mégrin, des frères Hillemacher. Enfin, les directeurs actuels, après 
un interrègne de peu d'années, non moins bien rempli par MM. Du- 
pont et Lapissida, reprenaient bravement l'entreprise inaugurée avec 
les grands ouvrages de Reyer et de Massenet;ils donnaient ,Sa/«Hi/H6(i. 
Jocehjii, Barberine et enliu, tout récemment, £'('aH(7e/me. J'en oublie 
sans doute, mais on en peut oublier : le fonds oîi je puise est assez 
riche. 

Et tout cela s'est fait sans préjudice d:s soins donnés au réper- 
toire wagnérien, à l'œuvre de Beethoven avec Fidelio, à l'œuvre de 
Gluck avec Orphée, à une série d'œuvres lyriques et chorégraphiques 
internationales, de production contemporaine. 

En même temps se révélaient des artistes qui, tous mis en lumière 
à Bruxelles, aguerris au théâtre de la Monnaie, sont venus à Paris, 
soit à l'Opéra, soit à l'Opéra-Gomique, briller parfois d'un très vif 
éclat. 

Nommons seulement M""' Caron, M""' Bosmau, M""' Melba, M""' Lan- 
douzy. M""' Deschamps, M"'' Galvé, MM. Grosse, Renaud, Soulacroix, 
Leprestre. Ici aussi, il en faut passer. 

Gela suffit pour justifier la valeur de mon « impression », à savoir 
qu'un théâtre de la Monnaie, en plein Paris, uu Théâtre-Lyrique, 
rendrait des services précieux el prospérerait, à cette simple condi- 
tion d'être géré avec la prudence, l'économie, l'activité et l'esprit pra- 
tique qui ont fait le succès de l'entreprise dont je viens do parler. 

Riais ce sont là des vertus rares et précieuses, et rien n'est plus 
difficile à grouper que les vertus. On en a une, on en a deux : il les 
faudrait toutes. C'est pourquoi, disposant des mêmes éléments et 
des mêmes forces, beaucoup pourront échouer encore où quelques- 
uns ont réussi. 

On trouvera peut-être que cette question du Théâtre-Lyrique 
revient bien souvent dans le Ménestrel, que les mêmes arguments 
el les mêmes considérations en sa faveur s'y répètent : c'est, en 
vérité, que si ancienne soit-elle, elle reste toujours actuelle et irri- 
tante; pour entretenir l'attention de ceux qui en peuvent être les 



LL: MENESTREL 



91 



arbitres, ces redites sont nécessaires. S'y appliquer, c'est agir selon 
■celte parole ancienne : Celui qui veut persuader doit faire comme 
un homme en train de percer un rocher : frapper toujours à la même 
place et multiplier les coups. 

Louis Gallet. 



L'ORCHESTRE DE LULLY 

(Suite.) 



Après avoir fait connaître les trois artistes auxquels, successive- 
ment ou conjointement, Lully confia le soin de diriger l'orchestre de 
rOpéra, je voudrais rappeler quelques-uns de ceux qui firent partie 
de cet orchestre en qualité de simples exécutants. C'est ici que les 
■difficultés se présentenl. Le seul renseignement un peu précis, et 
fort incomplet, que nous ayons à ce sujet est contenu dans ces quel- 
ques lignes de l'Histoire de t'Opéra, de Durey de Noinville : 

« ...Il est cerlain que si l'on avoit en alors euFrance la perfectiondu 
violon comme on la possède aujourd'hui, les opéras de Lully, qui ont 
été admirés à si juste titre, auroient été encore plus admirables. Le 
grand génie de Lully se trouva gêné par l'ignorance des musiciens de 
son terns, soit chanteurs ou joueurs d'instrumens. On ne savoitce que 
c'étoit d'exécuter à livre ouvert, on apprenoit pour ainsi dire par 
coeur, les moindres difficultés arrètoient longtems les exécuteurs, et 
il fallait se proportionner à leur faiblesse. Il a donc fallu, pour vain- 
cre cet obstacle, que Lully formât des musiciens en tous genres, et 
surtout les joueurs de violon, et l'on doit regarder comme ses élèves 
l'Alouette, Collasse, Verdier, Baptiste le père, Jouberl, Marchand, 
Rebel père et La Lande, qui tous exécutoient ses symphonies, et ce 
qu'on appelle musique franooise, mieux qu'aucun violon italien n'ait 
jamais pu faire. » 

C'est en se servant, — sans indiquer, selon sa coutume, la source où 
il puisait, — des lignes qu'on vient de lire, que Castil-Blaze a prétendu, 
aver l'aplomb superbe qui le caractérisait, reconstituer entièrement 
et à sa fantaisie l'orchestre de Lully. Pour cela, il s'est borné à ajou- 
ter, aux noms des violonistes indiqués ci-dessus, ceux de quelques 
autres instrumentistes du temps dont les noms sont connus, qui fai- 
saient partie de la musique du roi ou qui figuraient dans les diver- 
tissements de Molière, et qu'il a fait entrer de son propre mouvement 
dans cet orchestre. Voici donc le résultat qu'il obtient avec ce pro- 
cédé facile et qui économise les recherches : 

« Je puis signaler ici la plupart des vingt symphonistes de l'or- 
chestre que Lully dirigeait en 1673 et 1674: 

)) Baptiste aine, Baptiste cadet. Cotasse, Marchand, dessus de 
violon. 

» Lalouette, haute-contre; Verdier, taille; Joubert et Lacoste, 
quintes de violon (1). 

» Marais et trois autres dont les noms manquent, basses de viole. 

» Piesehe, Laîaé, flûtes, — Hotleterre (2), Duclos, flûtes ou haut- 
bois. — Plumet, Lacroix, hautbois. — Bluchot, hautbois ou basson. 
— Philidor, timbalier. » 

Mais j'ai déjà fait remarquer que l'orchestre de Lully comprenait 
certainement plus de vingt musiciens. Tout d'abord nous savons, 
d'une façon pertinente, qu'il s'y trouvait des cors de chasse, des 
trompettes, et même des théorbes, instruments que Castil-Blaze 
a négligé à tort d'y faire entrer. Remarquons, d'autre part, que s'il 
n'a pas été embarrassé pour le composer à sa guise, il s'est trouvé 
du moins gêné par deux noms qu'enregistrait Durey de Noinville et 
qu'il n'a pourtant pas osé reproduire dans sa liste fantaisiste : ceux 
de Rebel père et de La Lande. Pour Rebel père, comme le premier 
Rebel qu'il trouvait inscrit dans la Bior/raphie universelle des Mu-siciens 
deFétis était Jean-Ferry Rebel, qui n'entra à l'Opéra qu'en 1699 pour 
en devenir plus tard le chef d'orchestre, il crut sans doute à une 
erreur et il le supprima délibérément. C'est que Jal, à cette époque, 
n'avait pas encore publié son Dictionnaire, où nous voyons qu'un 
Jean Rebel, « violon du roi, » mari d'Anne Molleson, demeurait 
en 1667, rueFroidmanteau (3). Or, c'est évidemment celui-là qui faisait 
partie de l'orchestre de Lully, qui était le père de Jean Ferry, et que 
justement on appelait plus tard « Rebel père » pour le distinguer de 
son fils. Pour ce qui est de La Lande, Castil-Blaze a été pris d'un 
scrupule du même genre. Il a pensé qu'on avait voulu parler du fa- 

■;i) On remarquera retondante précision que l'historien apporte dans la dis- 
position des difTérentes parties de violons. 
{%) Lequel? Les Ilotteterre étaient toute une famille. 
(3) Voy. Jal, Dictionnaire critique de biorjrapliie et d'Itistoire, au mot La La.nde. 



meux compositeur Michel Richard de La Lande, qui, avaiit de s'adon- 
ner à l'orgue, avait étudié le violon, et il savait que La Lande, 
s'étant présenté un jour à Lully pour entrer dans son orchestre ot 
ayant été refusé par lui, avait, de dépit, brisé son violon en ren- 
trant chez lui et ne s'en était plus jamais occupé. Là donc encore, 
il crut à une méprise, et biffa simplement le nom de La Lande. En 
quoi il eut tort de nouveau. C'est qu'en effet il n'avait pas lu ces 
lignes de La Vieuville de Preneuse (1), qui lui auraient appris qu'il 
existait un aulre artiste de ce nom, lequel était violoniste : — « M. le 
maréchal de Grammonl avoit un laquais nommé La Lande, qu'il fit 
depuis son valet de chambre, et qui est aujourd'hui un des meilleurs 
violons rje l'Europe. A la fin d'un repas, il prioit Lulli de l'entendre, 
et de lui donner seulement quelques avis. La Lande venoil, jouoit, 
et faisant sans doute de son mieux... » .le ne crois pas m'avancer 
beaucoup en supposant que ce La Lande fut pris par Lully dans sou 
orchestre et que c'est celui dont s'occupe Durey de Noinville. 

Si, sans nous inquiéter autrement de Castil-Blaze, nous nous en 
tenons, en ce qui concerne les violons, au renseignement donné par 
ce dernier, nous trouvons donc les noms de Lalouette et de Collasse, 
qui, avant de devenir l'un après l'autre chefs d'orchestre, tinrent 
d'abord effectivement une parlie de violon, puis ceux de Verdier, 
Baptiste père, Jouberl, Marchand, Rebel père et La Lande. 

Verdier, nous l'avons vu déjà, était le mari d'une des chanteuses 
de l'Opéra, « • mademoiselle » Verdier, et les frères Parfait nous 
apprennent qu'il était premier violon à l'orchestre de ce théâtre. Là 
se borne tout ce qu'on sait en ce qui le concerne, sinon que sur l'état 
des pensions de 1713, il figure pour une pension de 300 livres. Il me 
parait pourtant probable qu'il était l'un des deux frères, Henry et 
Edme Verdier, qui figurèrent sur la scène du théâtre de Molière au 
nombre des musiciens de Psyché, où ils faisaient les 10" et 1S° con- 
certants. Qui sait même s'ils ne firent point tous deux partie de l'or- 
chestre de Lully ? 

L'artiste désigné sous le nom de Baptiste père n'a laissé aucune 
trace. J'inclinerais volontiers à croire qu'il était justement le père 
du violoniste fort distingué qui acquit un peu plus tard une grande 
réputation sous ce nom de Baptiste et qui s'appelait Baptiste Anel. 
Les dates rendent cette supposition vraisemblable, puisque c'est en 
1700 que celui-ci revint d'Italie, or. il avait été prenire des leçons de 
Corelli. 

Le violoniste nommé Joubert est resté, lui aussi, absolument 
inconnu. Il n'en est pas de même de Jean-Baptiste Marchand, qui 
faisait partie à la fois de la musique de la chambre du roi en qualité 
de joueur de petit luth (de « luthérien, » comme on disait alors), et de 
celle de la chapelle comme dessus de violon. Ce Marchand devait 
être bon musicien, car on sait qu'il écrivit une messe en sol mineur, 
intitulée Quis est Deus? qui fut exécutée à l'égliseNotre-Darae. Il avait 
un frère cadet, Jean-Noël Marchand, violoniste aussi, qui fut reçu 
en cette qualité à la chapelle du Roi en 1686. 

Celui qu'on appelait Rebel père, qni est resté ignoré de Fétis et que 
nous ne connaissons, outre la mention de Durey de Noinville, que 
par la note de Jal qui nous apprend qu'il appartenait à la musique 
du roi et demeurait en 1667 rue Froidmanteau, est évidemment le 
chef de cette dynastie des Rebel qui fournit ensuite à l'Opéra un chef 
d'orchestre (Jean-Ferry) (2), et un directeur (François, qui écrivit en 
société avec son ami Francœur une vingtaine d'opéras). Il me parait 
bien, comme je l'ai dit, être le père de Jean-Ferry et de sa sœur 
Aune Rebel, qui fut une artiste remarquable. Celle-ci, douée d'une 
voix admirable, devint l'un des sujets les plus en vue de la musique 
du roi, qui la prit eu grande affection ; elle créa à la cour plusieurs 
rôles importants dans divers opéras de Lully et épousa, en 1684, le 
célèbre organiste Michel Richard de la Lande. C'est Louis XIV en 
personne qui arrangea ce mariage, et qui voulut faire lui-même les 
frai.*' de la noce de ses deux protégés. Anne Rebel, épouse la Lande, 
mourut le 6 mai 1722, âgée de 67 ans (3) et était née, par conséquent, 
en 1656 ou 1657. Il est probable que Jean Rebel père, le violoniste de 
Lully, était lui-même un artiste distingué. 

Pour ce qui est de La Lande, on a vu plus haut qu'il avait été 
laquais, puis valet de chambre du maréchal de Grammont, ce qui 
ne l'empêchait pas, parait-il, de jouer passablement de son instru- 
ment. On n'en sait pas davantage à son sujet. 

Si des violons nous passons aux basses de viole (le violoncelle 

(1) Co/itparoison de la inusi'jue 'ilalicnne avec la musique françoi^e. 

(2) Une note de VUisloire de l'Opéra des frères Parfait nous apprend qu'avant de 
« battre la mesure » à l'Upéra, Jean-Ferry l^ebel avait lait partie des chœurs de 
ce théâtre « du temps de M. de Lully. » 

(3) Voy. le Mercure de France, mai 1122. p. 192. 



9:2 



LE MENESTREL 



n'élail pas encore en usage), nous trouvons d'abord Marais, dont j'ai 
suffisamment parlé pour n'avoir pas à y revenir, puis un artiste que 
Caslil-Blaze a oublié, et que sa notoriété pouitant recommandait à l'at- 
tention d'un historien aussi scrupuleux. Cet artiste était Tcobaldo 
di Gatli, un Italien qu'on eut coutume d'appeler en Fiance Théobalde, 
et qui, non seulement appailint durant un demi-siècle à l'orchestre 
de l'Opéra, mais écrivit la musique de deux ouvrages représentés 
sur ce théâtre. Théobalde était né à Florence, sans doute vers le 
milieu du dix-septième sièle. Titon du Tillel, copié servilement par 
tous les biographes à sa suite, raconte ainsi sa venue à Paris : — 
(> Il fut si charmé de quelques morceaux de symphonie des premiers 
opéras de Lully qui étoient venus jusqu'à Florence, qu'il voulut 
absolument en connoître l'auteur. Il partit pour Paris. Aussitôt après 
sou arrivée il courut chez Lully, son compatriote, et lui marqua le 
sujet de son voyage et l'erapresseraent "qu'il avoit de le voir. Lully 
lui en scutbon gré et le reçut avec beaucoup d'amitié. Il le plaça dans 
l'orchestre de l'Opéra, ayant reconnu sa capacité pour l'exécution de 
]a musique sur la basse de violon. » 

On croit que c'est en iôlo ou 1676 que Théobalde arriva à Paris, 
el l'on sait qu'il obtint de Louis XIV, sans doute à la requête de 
Lully, des « lettres denaluralité. » Aprèsla mort de celui-ci, il songea 
à se produire comme compositeur et il écrivit, sur un poème de 
Chappuzeau de Beaugé, la musique d'une pastorale héroïque intitulée 
Coronis, qui fut représentée le 23 mars 1691. Le succès de cet ouvrage 
parait avoir été modeste. Théobalde, qui avait acquis une véritable 
renommée comme instrumentiste, fut plus heureux avec Scylla, 
« tragédie lyrique » dont Duché lui avait fourni le livret et qui parut 
à la scène le 16 septembre 1701. Cette seconde partition lui fit beau- 
coup d'honneur, et deux reprises de Scylla. qui l'ureut faites en 1720 
et 1732, en confirmèrent le succès primitif. Eu annonçant, au mois 
de mars 1702, la publication de la partition, le jl/wcwre faisait précé- 
der cette annonce des lignes que voici : — « On a représenté l'esté 
dernier un opéra sous le nom de Scijlla. Il a esté fort estimé, et le 
succès qu'il a eu en a esté d'autant plus glorieux à M'' Theobaldo 
Gatli, qui l'a composé, qu'il a paru au mois de septembre, saison 
très désavantageuse pour les pièces de théâtre, puisqu'alors Paris est 
dégarni du beau monde et surtout des personnes de distinction qui 
vont souvent à l'Opéra. » Les principaux interprètes de Scylla étaient 
Thévenard, Chopelet, M"'^ Desmalins et Maupin. L'auteur du poème. 
Duché de Vancy, était un protégé de M""" de Maintenon, homme 
distingué d'ailleurs, qui, quoique mort jeune, h trente-six ans, était 
membre de l'Académie des inscriptions. 

Eutre ses deux ouvrages dramatiques, Théobalde avait publié chez 
Ballard, en 1696, un recueil de douze airs italiens, dont deux à deux 
voix. Ou ne connaît de lui rien autre chose. Cet artiste, dont le talent 
était très réel, mourut fort âgé à Paris, en 1727, occupant encore sa 
place à l'orchestre de l'Opéra. Il fut inhumé dans l'église Saint- 
Eustache. 

(A suivre). Arthur Potiom. 

UN MONUMENT A M"" CARVALHO 



Un Comité s'est constitué dans le but d'élever à M"'= Carvalho 
un monument au Père-Lachaiso. C'est à Anlonin Mercié qu'on a 
demandé l'exécution de ce monument, dont l'osquisse est aujour- 
d'hui presque entièrement terminée et qui comptera comme un 
nouveau chef-d'œuvre à l'actif du maître. 

Ce Comité, qui fait appel à tous les amis et à tous les admira- 
teurs de la grande artiste, est ainsi composé : 

MM. E. Rêver, Massenet, Sai.nt-Saens, membres do l'Institut; 

MM. Victoriou Saudou, Ludovic Halévv, membres do l'Académie 
française ; 

MM. BoNNAT, J. Lefebvke, Ed. Détaille, membres de l'Institut; 

MM. \iclorin Jo^cikres, Jules Bariiieh, Philippe Gille, Cieorges 
Cain, Henri Heugel, P. de Ciioudens, Pradel, Ch. Pitet (trésorier). 

Los souscriptions .'sont reçues aux bureaux du Ménestrel (2 his, 
rue Yivienne) 

et chez MM. Choudens, éditeurs de musique, 30, boulevard des 
Capucines, et Ch. Pitet, trésorier, 51, rue du Faubourg-Poissonnière. 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



Concerts Colonne. M. Colonne a fait entendre le premier acte de 
Judith, drame lyrique de M. Ch. Lefèbvre. C'est une œuvre des plus inté- 
ressante?, écrite dans un style qui se rapproclie de celui de foralorio. 



L'oi-chestrationest très soignée, très claire et très sobre, la pensée est toujours 
élevée, la mélodie très pénétrante. Pour beaucoup, M. Lefèbvre n'est pas 
évidemment» dans le train»; il ne semble pas assez avancé. Il nous paraît 
à nous qu'il n'est pas si loin de la bonne -voie.L'Épée d'Anganli/r, scène tirée 
des Pôvmes barbares de Leconte de Lisle, mise en musique par M. Gaston 
Carraud, se rapproche davantage du faire de la nouvelle école. C'est une 
œuvre d'un caractère très sombre et qui ne manque pas de grandeur. — 
Après le récit et prière de Jocehjn, œuvre exquise du regretté Godard, 
il nous a été donné d'entendre l'admirable concerto en so/ mineur de Saint- 
Saëns, dit par un pianiste d'un talent remarquable, M. Blumer. Son inter- 
prétation a été excellente, il a été chaleureusement applaudi, et c'était 
justice. La seconde partie du concert était tout entière remplie par la 
musique de scène de Slriieiisi^e, de Meyerbeer. Un abrégé en vers du drame 
en prose original, fait avec une rare intelligence par M. Pierre Barbier, 
permettait à l'auditeur de suivre les péripéties de ce drame. Disons tout de 
suite que MM. Silvain, Lambert et Laugier, M"' Du Ménil el M™» Hada- 
mard, de la Comédie-Française, ont eu un énorme succès. Il était impos- 
sible de mieux dire. Il fallait un certain courage à M. Colonne pour oser 
présentera son public une musique aussi démodée que celle de Meyerbeer. 
On est irrémédiablement traité d'idiot si l'on conserve quelque admiration 
pour Rossini ; on est considéré comme fortement ramolli si l'on éprouve 
du plaisir .1 entendre la musique de Meyerbeer. A ce maitre tant admiré, 
on ne reconnaît plus aucun mérite, son orchestration est banale, ses pro- 
cédés sont factices, il ressasse les mêmes formules, la Bénédieiton des poi- 
gnards n'est plus qu'une chose indigeste, le duo de Valentine et de Raoul 
qu'une vulgaire romance, le Prophète, l'Africaine, l'Étoile du Nord ne pèsent 
pas plus qu'un fétu, en préience des œuvres incomparables de nos jeunes 
pseudo-wagnériens. Siruensée n'est pas à la hauteur des grandes œuvres du 
maître. Mais on ne saurait comparer la musique de scène, ce que les Alle- 
mands appellent le mélodrame, avec la musique d'opéra; dans l'opéra les 
voix font corps avec la musique orchestrale, dans la musique de scène 
l'orchestre ne fait que souligner les situations; or, la musique de Meyer- 
beer remplit ce rôle avec une maestria sans égale; nous comprenons l'ad- 
miration dont elle jouit en Allemagne; et nous plaignons ceux qui ne 
comprennent pas combien, dans sa mâle simplicité, sa clarté incompa- 
rable, cette musique est supérieure à celle que nous oIVrent journellement 
des fanatiques en délire. H. BARBEDr;TTE. 

— Concerts Lamoureux. — Le Messie de Hicndel fut écrit pendant l'année 
1741, du 22 août au 14 septembre, donc en 24 jours. Si ce renseignement 
est exact, il faut admirer la puissance de travail du maître qui a pu pro- 
duire dans de telles conditions une œuvre d'architecture si ferme et de 
pareilles dimensions. Il faut admirer surtout les ressources immenses et 
l'infinie dextérité du contrapontiste qu'aucune dilliculté de métier n'a pu 
.-etai'der. D'ailleurs, la hâte dans la composition musicale a aussi ses incon- 
vénients et ils sont très apparents dans le Messie. Sans doute, la pompe et 
la majesté grandiose du style sont telles, ici, que l'esprit, pleinement satis- 
fait, ne songe même pas à se demander si quelques pages, consacrées à 
l'expression d'une ferveur plus humaine, d'une piété plus attendrie, n'au- 
raient pas- heureusement pu être substituées à certains morceaux de 
facture irréprochable mais dont la portée ne dépasse pas celle d'une page 
excellente de rhétorique musicale. Cependant, on peut considérer comme 
un symptôme non négligeable l'accueil tout spécialement chaleureux avec 
lequel a été accueilli l'air, d'une forme musicale toute simple : « Il garde 
ses ouailles » que l'on a bissé d'enthousiasme, tant sa mélodie caressante 
et dépourvue de tout artifice de facture a agréablement charmé l'audi- 
toire. Certes, à ce moment, nous étions plus près de la manière de d'Alay- 
rac que de celle de Ilrendel, mais la sensibilité vraie et le naturel sont 
d'un eiTet irrésistible. M"' Passama a dît cet air exquis avec une grâce un 
peu mièvre qui, loin de déplaire, semble lui prêter un charme de plus. Il 
faut tenir compte à cette artiste du soin qu'elle apporte à l'articulation des 
mois et des syllabes. Sous ce rapport. M""" Morel a été moins heureuse, 
mais il est juste de remarquer que la partie de soprano présente des diffi- 
cultés plus grandes que celle de contralto, quand il s'agit d'obtenir une 
belle sonorité; on l'a bien vu, il y a quelques années, quand le Messie fut 
chanté au Trocadéro par M"'« Caron et M™ Deschamps-Jehin. M. Lafarge 
met en relief, grâce à son bel organe, les pages qui lui sont réservées, 
mais sa façon un peu larmoyante de dire certaines phrases semble peu 
d'accord avec le style religieux dans lequel est conçu l'oratorio de Hrende'. 
M. Auguez seul a l'impersonnalité qui convient au genre, et lui seul en 
dégage pleinement la signification et la grandeur un peu arlilicielle, mais 
forte et vigoureusement entraînante. Amédée Boutarel. 

— Programme des concerts d'aujourd'hui dimanche : 

Conservatoire : Si/mphonie héroïque (Beeihoven). — Chœur et Marche d'Idoménée 
(Mozarti. — Le Runet d'Omphale (Saînt-Saéns). — Adieu auoc jeunes maries, chœur 
(Meyerbeer). — Ouverture du Carnaval romain (Berlîoz). 

Chfttelei, concert Colonne: Ouverture de Coriolan (Beethoven).— L' Absence [Ber- 
lîoz) et /(' Jeune Pécheur (Liszt), chantés par M'-' Kutsrlierra. — Deux Contes de 
Jean Lorrain (Pîerné), par M"' M. Mathieu et les chœurs. — Fantaisie op. !."> 
[V. Schubert), exécutée par M. Raoul Pugno. — 3° acte du Crépuscule des Dieux 
(Wagner), chanlé par M"" Kutscherra (Brunhilde), Mathieu (Woglinde), Texier 
(Wellgunde), Planés (Ftossilhde), MM. Cazeneuve (Siegfried), Edwy (Gunther), 
Vieuile illager). 

Cirque des Champs-Elysées, concert Lamoureux : deuxième audition du Messie 
(Ilœndel) : chœur, orchestre et soli par M""' Passama, Marie More), MM. La- 
farge et Auguez. Le grand orgue sera tenu par M. E. Lacroix. 



LE MÉNESTREL 



93 



Concerts du Jardin d'Acclimatalion, chef d'orchestre : M. Louis Pister : TuOa- 
rin, prélude (E. Pessard). — Dansvs à la viennoise (R. MandI). — Jocelyn, suite 
d'orchestre (B. Godard). — .tu soir, rhapsodie (J. RaD). — Miiilalion, sur l'op. 27 
de Beethoven (Hlavac). — L'Arlii^ienne, suite d'orchestre (Bizet). — Fêle hongroise, 
(C. de Grandval). 

— E.xtrèmement intéressante, la seconde séance de la Société d'instru- 
ments à vent et à cordes de M.\I. Gillet, Turban, Hennebains, Reine, Le- 
tellier, I. Philipp, Rémy, Loeb et Balbrecii, avec le concours de MM. De- 
laborde, Widor, Franquin, de Bailly, Courras etLammers. Au programme, 
un délicieu.x quintette de Mozart, pour piano, hautbois, clarinette, cor et 
bassou, d'une harmonie suave et pénétrante, et qu'on a bien rarement 
l'occasion d'entendre, puis une très coquette et très agréable sérénade de 
M. Ch.-M. Widor, dont le rythme est plein de grâce et dont le motif prin- 
cipal est souligné par le piano avec un curieux accompagnement ostinalo. 
Je n'ai trouvé, je l'avoue, qu'un médiocre plaisir à l'audition des singu- 
lières variations de Schumann pour deux pianos, cor et deux violoncelles, 
malgré leur exécution si brillante, mais j'ai réentendu avec une véritable 
joie la belle sonate pour piano et violoncelle de M. Emile Bernard, dont 
l'andanle est décidément une page hors ligne. La séance, très brillante et 
fertile en applaudissements pour tous les virtuoses, s'est terminée triom- 
phalement par le superbe septuor avec trompette^ de M. Sainl-Saëns, dont 
l'effet est infaillible. A. P. 

— Belle et bonne soirée, jeudi dernier, pour la Société chorale d'ama- 
teurs, fondée parGuillot de Sainbris. Au programme, deu.\ chœurs gracieux 
de M. Auzende, admirablement chantés, des fragments de beau caractère 
d'une Esther de M. Coquard, des mélodies de MM. Lenepveu et Charles 
René, dites avec art par M™ Conneau, quelques-unes des Sept Paroles du 
Christ, de M. Doret, qui ne sont pas sans valeur, Li-Tsin, charmante fan- 
taisie japonaise de Viclorin Joncières. Mais le gros morceau de la soirée, 
c'était une scène antique de M. Paul Puget, Ulysse et les Sirènes, écrite sur 
une poésie de Paul Collin, et c'est là une page de vraiment belle musique, 
qui a fait grande impression. Tout y est de belle ligne et de belle couleur, 
sagement pondéré sans jamais tomber dans le maniérisme ou la banalité. 
Cette scène, orchestrée en vue des concerts de l'Opéra pour la saison 
1897, y ferait certainement beaucoup d'tffet, et nous la signalons à 
MM. Bertrand et Gailhard. C'est aussi de bon augure pour le prochain 
ouvrage de M. Puget, Caprice de roi, que M. Carvalho doit représenter 
l'hiver prochain. La scène de M. Puget a été admirablement chantée par 
M'"« la vicomtesse de Trédern, M"° BalJo et le ténor Lafarge. Auteurs et 
interprètes ont été rappelés avec enthousiasme, et vraiment c'était de toute 
justice. Le concert a été dirigé de main de mailre par M. Ad. Maton. 

— La seconde séance donnée par le remarquable violoniste Weingaerl- 
ner a été d'une véritable saveur musicale. Le beau quatuor de Beethoven 
en la majeur, avec son merveilleux adagio, d'une si noble tristesse, ot son 
thème russe si curieusement travaillé, a produit un bel effet. Il a été remar- 
quablement exécuté par MiM. Weingaertner, Furet, Hervouet et Casadesus. 
La 2" sonate de Raff, en la majeur, jouée par !J"<= et M. Weingaertner, n'a 
pas été moins bien accueillie. Succès encore pour M. Weinga-ertner avec 
une fugue et une gavotte de Bach, et avec la jolie berceuse do Fauré. 
Celte intéressante séance s'est terminée par l'andante d'un quatuor de 
ïschaïkowski . 

— L'autre soir, à la salle Érard, l'éminent pianiste-compositeur Cesare 
Galeotti a obtenu un très grand succès en interprétant des œuvres de 
Mozart, Bethoven (Op. 110), Schumann (le Carnaval, audition intégrale), 
Chopin et ses dernières compositions pour piano, parmi lesquelles Valse 
poétique. Impromptu et Papillon-valse ont été acclamées. 

— La Société chorale « l'Euterpe », fondée il a dix ans, sous la prési- 
dence d'honneur de M'"=Glara Schumann, a donné, salle Érard, un concert 
par invitation, des plus intéressants; elle a fait entendre la cantate d'église 
de Bach, Bleib'bei uns (reste avec nous) : les chœurs ont remarquablement 
marché et le succès de cette belle œuvre a été très vif. La seconde partie du 
concert était consacrée à la musique russe. On a beau coup admiré deux chœurs 
pour voix de femmes, de Sokolow, intitulés Automne et Printemps : on ne 
saurait rien imaginer de plus pénétrant et de plus gracieux. On a moins 
goûté la Défaite de Sennacherib et le Chœur des suivantes, de Moussorgsky, 
d'après une excellente version française de M""= Louise Ott. Le concert se 
terminait par quatre extraits du Prinee Igor, de Borodine, qui ont été admi- 
rablement exécutés et très applaudis. N'oublions pas un jeune pianiste 
russe, M. Scriabine, qui a exécuté avec un réel talent trois pièces de sa 
composition, majtir/cœ, nocturne et allegro appassionato. H. B. 



NOUVELLES DIA^ERSES 



ETRANGER 



De notre correspondant de Belgique (19 mars). — La « première » de 
la Vivandière est fixée, à la Monnaie, à samedi. Les principaux rôles seront 
chantés par M'"^ Armand et Mastio, MM. Bonnard et Cadio. Le librettiste, 
M. Henri Gain, est venu passer quelques jours à Bruxelles pour surveiller 
les dernières repétitions et donner aux interprètes quelques utiles conseils. 
— En attendant, la Monnaie encaisse avec Tliais de superbes recettes. Le 



succès de l'ouvrage de MM. Gallet et Massenet, très vif, comme je vous 
l'ai dit, à la première, s'est alïirmé aux représentations suivantes d'une 
façnn très caractéristique ; les inepties débitées, par bêtise ou mauvaise foi, 
dans les colonnes de deux ou trois feuilles spéciales, loin de lui nuire, 
n'ont fait, dirait-on, que l'accentuer, par un sentiment naturel de juste 
réaction, si tant est que l'on y ait pris seulement attention ; ceux qui les 
lisent en connaissent le but et l'inspiration, et sont les premiers à en rire. 
— Lu Conservatoire a donné dimanche dernier une deuxième auiition de 
laGrand'messe de Bach, aussi belle et aussi admirable que la précédente; 
il consacrera son dernier concert à une reprise du Rheingold, dont la remar- 
quable exécution, l'sn dernier, produisit tant d'impression. Les Concerts 
populaire présentent pour dimanche un très intéressant programme 
d'œuvres instrumentales et chorales de Beethoven, Wagner, Chabrier, 
Humperdinck, etc., avec le concours de M"" Eléonore Blanc et de M. Engel. 
Enfin, pendant la semaine sainte, les concerts Ysaye nous donneront le 
Cliristus deM. Adolphe Samuel; et nous entendrons au théâtre Molière un 
Mystère inédit, dont le texte est de M. Camille Lemonnier, le romancier 
connu, et la musique de M. Léon Du Bois. L. S. 

— Il paraît être question au théâtre de la Monnaie de Bruxelles, pour 
la saison prochaine, de représenter une œuvre qu'on dit fort intéressante 
du compositeur belge, J. 'Van den Eeden, Numanc, drame lyrique en quatre 
actes, du à la collaboration de MM. Michel Carré et feu Charles Narrey. 
L'action s'en passe en l'an V.V.i avant Jésus-Christ et retrace l'histoire de la 
fin de la vieille cité espagnole. 

— Un journal italien nous apporte quelques renseignements relatifs au 
nouvel opéra de M. Leoncavallo, Chatterton, qui est le premier ouvrage 
écrit par son auteur et qui a été composé avant i Pagliacei et i Medici, A 
cette époque le jeune artiste, complètement inconnu, était bien loin de se 
trouver dans une situation florissante. N'ayant aucun espoir de rencontrer 
un imprésario qui consentit à monter son opéra, il alla trouver un édi- 
teur de Bologne, M. Trebbi, bien décidé, étant pressé par le besoin, à lui 
olTrir et à lui céder sa partition pour deux ou trois cents francs, c'est-à- 
dire un morceau de pain. Éditeur modeste, M. Trebbi était néanmoins 
intelligent et honnête. Il ne voulut pas abuser de la situation, aida 
M. Leoncavallo dans la mesure du possible, et garda sa partition en atten- 
dant une occasion de la faire connaître. L'occasion pourtant ne vint pas, 
M. Trebbi mourut, et l'auteur lui-même avait oublié son opéra, lorsque le 
successeur de l'éditeur en question, M. Tedeschi, s'avisa, dans ces der- 
niers temps, qu'après la mise à la scène des Médici et d';' Pagliacei et le 
succès de ceux-ci. Chatterton pourrait bien avoir son tour. Il pria l'auteur 
de revoir son œuvre, s'occupa de la présenter au public et put enfin, comme 
on l'a vu, la faire jouer avec succès au Théâtre National de Rome. 

— Il faut croire que la politique de M. Crispi n'a laissé au gouvernement 
italien que peu de ressources pour l'encouragement des beaux-arts. C'est 
du moins ce qui parait ressortir d'une com.munication faite à la presse 
par le ministère de l'intérieur pour annoncer la mise au concours d'une 
Messe funèbre destinée à être exécutée dans l'église métropolitaine de 
Turin, le 2S juillet prochain, pour célébrer l'anniversaire du roi Charles- 
Albert. Le dernier paragraphe de cette note est en effet ainsi conçu : — 
a Pour ladite Messe le ministère accorde une prime de 900 francs, laissant 
à la charge du compositeur tous les frais relatifs à l'exécution, lant en ce 
qui concerne la copie des parties de chant et d'orchestre que la rétribution 
aux chanteurs et exécutants. » C'est-à-dire que pour un prix de 900 francs, 
on impose au compositeur couronné quelques milliers de francs de dé- 
penses. Si tout se fait dans les mêmes conditions, voilà un anniversaire 
dont la célébration ne doit pas coûter cher à l'administration. 

— M. Mancinelli achève en ce moment, sur un livret de M. Arrigo 
Boito, la partition d'un opéra intitulé Ero e Leandro, qui doit faire son 
apparition au prochain festival de Norwich, et qui sera joué ensuite au 
théâtre de Govent-Garden, à Londres, au cours de la saison 1897. A Noi\Yich 
l'exécution sera confiée à M">" Albani, au ténor Lloyd et â la basse Milk ; 
à Londres l'ouvrage aura pour interprètes M'"" Melba et les frères 
de Reszké. 

— On a exécuté récemment, au théâtre Communal de Faenza, une com- 
position symphonique de M. Angelo Giacometti, intitulée Marie-Antoinette, 
qui avait été couronnée il y a quelques mois dans un concours ouvert à 
Bruxelles. L'œuvre a été applaudie, ainsi qu'une ouverture, il Canio 
di'll'amore, due à un autre compositeur. M: Giuseppe Cicognani, et qui a 
été exécutée au même théâtre. 

— Tout arrive à qui sait attendre. Mozart est mort bien avant Joseph 
Haydn, Schubert et Beethoven; ces compositeurs ont cependant depuis 
longtemps leur statue dans leur bonne ville de "Vienne, tandis que Mozart 
a dû se contenter d'un tout petit monument placé dans la maison de la 
Rauhensteingasse qu'il a habitée avant sa reconstruction et qui porte son nom. 
Mais voici qu'on va finalement inaugurer à Vienne un monument digne du 
grand maître, et c'est l'empereur François-Joseph qui présidera en per- 
sonne à la cérémonie, vers la fin du mois d'avril. Le hofkapellmeister de 
Joseph II recevra ainsi un honneur posthume dont aucun musicien autri- 
chien ne peut se vanter; même à l'inauguration du monument de 
Beethoven l'empereur n'assista pas en personne. A l'occasion de l'inaugura- 
tion du monument, l'Opéra impérial jouera pendant troiss cirées consécu- 
tives les Noces de Figaro, Don Juan et la Flûte enchantée. Le Conservatoire de 



94 



LE MÉNESTREL 



Vienne donnera un grand concert populaire, dont le programme sera 
composé exclusÏTement d"œuvres de Mozart. Le monument sera placé, 
comme nous l'avons déjà dit, à deux pas de l'Opéra, c'est-à-dire tout près 
de l'emplacement où se trouvait, au temps de Mozart, l'ancien " ïhéàtre- 
Impérial près de la porte de Carinthie o, qui a vu les premières représen- 
tations des Noces de Figaro et de Doit Juan. Quant à la Flûte enchantée, on 
sait qu'elle a étéjouée pour la première fois sur le théâtre du librettiste et 
directeur Schikaneder; les bas-reliefs des frontons du théâtre An der Wien 
rappellent la fortune que Schikaneder fit avec l'œuvre de Mozart. 

— Le théâtre municipal de Rostock vient de jouer avec succès un nou- 
vel opéra en un acte, le Braconnier, dont la musique est due à M. Alfred 
"Wernicke. 

— Lettre du professeur Jadassohn, de Leipzig, à M. Ch.-M. Widor ; 

Cher Monsieur et ami, 
J'ai le plaisir de vous communiquer que mon élève Félix Fox a joué ce soir 
votre superbe concerto en fn mineur, avec un succès complet. La grande salle 
du Conservatoire était comble d'un public choisi. Nous avons fait trois répéli- 
tions avec l'orchestre. Je me glorifie d'être le premier qui ai fait exécuter une 
de vos œuvres à Leipzig, et j'en suis largement récompensé par le succèsuni- 
nime que votrj belle œuvre a reçu. 

— Au théâtre Gran-Via, à Barcelone, on a donné ces jours derniers la 
première représentation d'une nouvelle zarzuela en un acte, la Branca IL, 
dont la musique est due à M. Ferez Aguirre. Plusieurs morceaux ont eu 
l'honneur du bis. 

— A l'Eldorado de la même ville, succès encore pour une autre zarzuela 
intitulée la Maja, paroles de MM. Perrin et Palacios, musique de M. Ma- 
nuel Nieto, qui dirigeait lui-même l'orchestre et qui a été très fêté. 

— L'université d'Oxford vient de rejeter le projet d'une réforme accor- 
dant des titres universitaires aux femmes. Les innombrables pianistes, 
organistes, chanteuses et professeurs de piano et de chant enjuponnés 
que compte le Royaume-Uni en sont toutes marries, car elles se prépa- 
raient déjà à obtenir le titre de bachelières es musique pour pouvoir ajouter 
à leur nom les six belles lettres convoitées : Mus. Bac. Les journaux fémi- 
nistes de l'Angleterre malmènent fortementles gros bonnets de l'Université 
d'Oxford, qui ne veulent pas entendre raison et disent comme au bon vieux 
temps : Mu'.ier laccal in universilale. 

— On a vendu récemment aux enchères, à Londres, un psautier précieux, 
imprimé en liS9 et qui provient de l'abbaye de Saint- Vincent, à Metz. 
Ce psautier, vendu pour une somme dérisoire en 1790 à un juif de Metz, 
vient d'être acquis par le British Muséum pour la somme respectable de 
5. 2b0 livres sterling, soit 131.230 francs. 

— Nous avons raconté, il y a quelque temps, que le doyen des pianistes 
militants, M. Antoine de Kontski, venait de quitter sa maison de BufCalo 
pour entreprendre une tournée artistique autour du monde. Or, nous appre- 
nons, par le Sitigapore Free Press, que M. de Kontski a donné en janvier des 
concerts à Singapour, et a émerveillé tout le monde par son jeu brillant et 
vigoureux et par sa mémoire extraordinaire, qui n'a pas trahi le pianiste 
octogénaire un seul instant, même lorsqu'il jouait par cœur des sonates de 
Beethoven. Le vieux lion du piano a remporté un succès hors ligne, et à 
la fin de chaque concert il s'est vu obligé de jouer son célèbre morceau le 
Réveil du lion, ainsi que sa charmante Gavotte Pompadour. Notre confrère de 
Singapour raconte que M. de Kontski se rend aux Indes, et de là en 
Sibérie; il fera ensuite une tournée en Russie et probablement aussi 
dans les autres pays de l'Europe. M. de Kontski, le contemporain de 
Beethoven, de Field, de Mendelssohn, de Chopin, de Thalberg et de 
Liszt ae trouvant encore salle Érard en 1897, ne serait, certes, pas une 
apparition banale. 

PARIS ET DEPARTEBIENTS 

Le ministre des Beaux-Arts sait-il que la direction du Conservatoire 
continue à être vacante? Pourquoi se faire tant prier pour accepter une 
solution que tout indique et qui lui est criée de toutes parts par la voix 
de l'opinion publique ? Les influences occultes sans doute, les fâcheuses 
intrigues de bureaux qui détournent si souvent nos ministres de la voie 
franche et droite, pèsent encore sur l'esprit de M. Combes; 

— Nous avons annoncé, dimanche dernier, la reprise du itfof on à l'Opéra- 
Comique. Elle a fort agréablement réussi. M. Carvalho avait eu l'ingénieuse 
idée d'engager, pour le principal rôle de cette aimable pièce, le maçon 
même qu'on voit quelquefois travailler place Favart à la reconstruction 
de la nouvelle salle. Il s'est trouvé qu'il avait une jolie voix et qu'il n'était 
pas tellement exténué par son labeur du jour qu'il ns put encore chanter 
fort agréablement le soir. Cela a été une joie pour le public de voir cet 
honnête ouvrier, dont la mémoire sera légendaire bienlùt; et, en le voyant 
manier si bravement en scène une truelle de carton, chacun se prenait à 
espérer qu'avec son aide on finirait bien, dans les premières années du 
vingtième siècle, à voir la nouvelle salle de l'Opéra-Comique prendre une 
belle tournure. 

— Vendredi dernier, à l'Opéra-Comique, M"° Nina Pack a pris posses- 
sion du rôle d'Anita dans ta Navarraise, où ses qualités dramatiques ont 
fort réussi devant le public, toujours très impressionné par l'œuvre capti- 
Tante de MM. Claretie, Gain et Massenet. 



— M. Jules Claretie avait écrit à M""-' Alexandre Dumas pour lui de- 
mander si elle voulait bien l'autoriser à faire prendre chez elle l'admirable 
buste de l'auteur du Demi- Monde, dû au ciseau de Carpeaux et légué par 
Alexandre Dumas lils à la Comédie-Française. La veuve de l'illustre écri- 
vain s'est empressée de se rendre au désir de l'administrateur du Théâtre- 
Français, qui, ces jours derniers, a envoyé chercher le buste, et l'a fait 
placer aussitôt au bas du grand escalier, entre ceux de Balzac et d'Emile 
Augier. Cela a donné lieu à une petite cérémonie d'inauguration, toute 
familière d'ailleurs, qui s'est accomplie en présence de tous les artistes de 
la Comédie, et qui a fourni à M. Jules Claretie l'occasion de prononcer 
non un discours, mais une allocution touchante et émue, dans laquelle il 
a rendu un dernier hommage au maitre qui restera l'une des gloires les 
plus éclatantes de notre théâtre. M"" Alexandre Dumas n'assistait pas, 
comme quelques-uns l'ont dit, à cette cérémonie intime, mais elle a fait 
remercier M. Claretie des paroles prononcées par lui en cette circonstance. 

— Ce n'est pas, comme on a pu le croire, une représentation de l'Eroslrule 
de Reyer qui sera donnée, le 29 courant, pour le festival de la fondation 
Agar, mais seulement une audition destinée à faire connaître une partition 
injustement méconnue et qui doit reprendre sa place au répertoire. Eros- 
Irate a été chanté pour la première fois à Bade, en ISC2, avec un grand 
succès, par le ténor Michot et M°" Marie Sasse. L'œuvre de M. Reyer fut 
reprise en octobre 1871 par les artistes de l'Opéra, qui étaient, eux aussi, 
en république sous la présidence de M. Halanzier. M"'' Julia Ilisson tenait 
le rôle d'Athénaïs et s'y montrait très inférieure â la créatrice. Le critique 
du Figaro, Jouvin, le dit comme il le pensait et sa franchise lui attira... 
un soufflet de la charmante artiste. Reyer a écrit sur cet incident un feuil- 
leton des jDi'fcnte qui est un bijou. Les damesdu corps de balletapprouvèrent 
l'héroïsme de M"« Ilisson, mais le public fut de l'avis de Jouvin. Est-ce 
cette insuffisance de la part de l'artiste ? Est-ce le défaut d'une mise en 
scène qui, il fautle dire, nebrillaitpoint par l'opulence ? Est-ceque l'ouvre, 
conçue pour le petit cadre du théâtre de liade, ne se trouvait plus dans 
son milieu en prenant place sur la vaste scène de l'Opéra? Toujours est-il 
que l'effet fut à peu près négatif et que les artistes, dérogeant à l'usage qui 
accorde à toute œuvre nouvelle au moins trois représentations, crurent 
devoir retirer Erosirale après la seconde, ce qui donna à M. Reyer, juste- 
ment blessé, l'occasion d'écrire et de publier une lettre pleine de tact et 
de dignité. On assure aujourd'hui que pour l'audition qui se prépare 
i'Erostrate, M. Reyer demande le concours de M™"^ Caron ou Bosman, et 
celui de MM. Delmas et Courtois. L'obtiendra-t-il de la part de MM. Ber- 
trand et Gailhard ? 



— On se rappelle l'incident qui s'est produit, il y quelques mois, à la 
bibliothèque de l'Opéra. Un des garçons de cette bibliothèque, le nommé 
Xavier Damade, convaincu de vol, avait été, à l'Opéra même, arrêté au 
milieu de la journée. Damade avait soustrait et revendu, après avoir très 
habilement fait disparaître, tant sur les feuillets marqués au timbre de la 
bibliothèque que sur le dos des volumes, les traces de leur origine, un 
certain nombre de partitions d'orchestre, entre autres celles du Pardon t'e 
Ploërmel, de Wertlier et de la Navarraise. De plus, il était accusé d'avoir volé un 
corsetet plusieurs « tutus » de danseuses. Damade comparaissait mercredi 
en cour d'assises, et malgré la plaidoirie de son défenseur, M" Pierre 
Bouchez, s'est vu condamner à deux ans de prison. Sa maîtresse et la mère 
de celle-ci, qui étaie.nt poursuivies comme complices, ont été acquittées. 

— La flûte Boehm, dont le célèbre Tulou ne voulut jamais se servir et 
qui est aujourd'hui entre les mains de tous nos flûtistes, courrait-elle des 
dangers? Voici qu'on annonce la venue d'un instrument nouveau, qui aurait 
la prétention de la détrôner. Cette nouvelle llûte, très simplifiée dans sa 
construction et dans son mécanisme, est de l'invention d'un musicien ita- 
lien nommé Giorgi. Cylindrique et sans aucune clef, elle se tient droite, 
parait-il, c'est-à-dire sans doute comme le flageolet. L'inventeur se flatte 
d'avoir résolu le problème d'obtenir, sans le secours des clefs, la gamme 
chromatique complète dans une môme étendue, d'une intonation parfaite, 
avec un son très plein, plus égal et d'un timbre fort agréable. Son instru- 
ment est simplement percé de onze trous, pur l'usage desquels le virtuose 
peut exécuter n'importe quelle dilBcullé avec une précision égale à celle 
des instruments les plus perfectionnés. Ce n'est pas à nous d'exprimer 
une opinion sur un engin sonore quci nous ne connaissons pas encore. 
Attendons — et laissons la parole à M. Tafl'anel. 

— Le Comité de patronage de l'Exposition du théâtre et de la musique 
s'est réuni mardi dernier au Palais de l'Industrie, sous la présidence de 
M. François Coppée. La nomination de M. Layus, en qualité de com- 
missaire général, a été votée à l'unanimité, sur la proposition de M. 0. Lar- 
tigues, secrétaire général, qui a exposé en termes éloquents le but et le 
program.me attrayant de cette exposition. 

— La question toujours brûlante des chapeaux de dames au théâtre a été 
résolue â Bordeaux d'une manière toute pacifique, et tout à l'honneur des 
dames bordelaises. Un conseiller communal avait demanJé au maire, en 
séance du conseil, de prendre un parti énergique et d'user de son autorité 
pourprohiber le chapeau des dames au théâtre communal; à quoi le maire 
répondit que sa galanterie et son tact ne lui permettaient pas de sévir 
contre le sexe faible. L'alfaire fit du bruit en ville, et dès le lendemain les 
dames bordelaises, désirant témoigner aumaireleur gratitude pour la déli- 
catesse de ses procédés, arrivaient au théâtre sans couvre-chef; aujourd'hui. 



LE MENESTREL 



95 



la réforme est complètement entrée dans les mœurs du public. Hélas! que 
n'en est-il de même à Paris, où les spectateurs continuent d'otre les vic- 
times innocentes et impuissantes des chapeaux des spectatrices! 

— Notre confrère M. Albert Soubies fient de faire paraître chez Flam- 
marion, dans sa charmante collection de VAlnmnach des Spectacles, un nou- 
veau volume, le XXIV^ auquel, comme aux tomes précédents, est jointe 
une jolie eau-forte de M. Lalauze. 

— M. E. Guilbaut, qui est un spécialiste et qui plus que tout autre était 
à même de mener à bien un pareil travail, vient de publier sous ce titre: 
Guide pratique d:s sociétés musicales et des chefs de musique, un excellent 
manuel qui sera accueilli par tout le personnel orphéonique de France 
avec la faveur qu'il mérite. Ce manuel ne s'adresse, en fait, qu'aux sociétés 
instrumentales: harmonies ou fanfares, et cependant son utilité sera grande 
aussi pour les sociétés chantantes, eu ce qu'il met les unes et les autres 
au courant de tout ce qui a rapport aux festivals et aux concours. Pour le 
reste, il sera précieux à tous les chefs de musique et à leurs sociétés, qui 
y trouveront les conseils et les préceptes utiles relativement à la composi- 
tion des corps de musique, à la disposition du personnel pour l'exécution, 
à la sonorité, à l'accord et à la justesse des instruments, aux soins à donner 
à ceux-ci, etc., etc. C'est là un vade mecum dont nul ne pourra nier l'im- 
portance etla valeur en son genre. A. P. 

— Je suis bien en retard avec un livre que je m'en voudrais pourtant 
dépasser sous silence, et qui fait grand honneur à son auteur. Je veux 
parler de l'intéressant volume publié par M. Constant Pierre, sous ce titre : 
/(. Sarretle et les origines du Conservatoire national de musique et de déclamation 
(Paris, Delalain, in-8). Ce n'est pas une raison, parce que nos gouvernants 
actuels semblent se soucier fortpeu du Conservatoire et de sa direction, pour 
que nous ne prenions pas, nous autres, le plus vif intérêt à l'histoire de 
notre grande École musicale, si admirable, si' glorieuse, et si sottement 
attaquée chaque jour par des gens qui ne connaissent pas le premier mot 
des conditions de son existence. Au point de vue de la biographie de 
Sarrette comme en ce qui touche l'histoire même du Conservatoire, le livre 
de M. Constant Pierre est à lire d'un bout à l'autre. Je ne veux pas le 
déflorer, je n'ai pas à en dresser la table des matières, mais j'en conseille 
vivement la lecture à tous ceux qui aiment le Conservatoire, qui le con- 
naissent, qui comme moi y ont été élevés, et qui savent les merveilleux 
services qu'il rend chaque jour à l'art français et aux jeunes artistes qui 
le fréquentent. A. P. 

— Au Nouveau-Cirque, changement de spectacle. L'Ile des bossus nous 
est une occasion d'applaudir à la souplesse et à l'originalité du clown 
Footlit, un véritable artiste qu'on aimerait voir se produire en une véritable 
pantomime. Gros succès aussi pour un amusant assaut que se livrent, 
entre eux, une dizaine d'hommes montés sur de légers bachots prompts à 
chavirer. MM. Deram, Pierantoni et M"« Renz mènent joyeusement la fan- 
taisie nouvelle qui fera rire les babys absolument comme de petits bossus. 

P.-E. C. 

— Samedi dernier 1-i mars, à la suite du banquet annuel de la Société 
d'histoire de la Révolution, présidé par M. Jules Claretie, a eu lieu une 
soirée musicale et littéraire, organisée par notre collaborateur Julien 
Tiersot et M.Truflier, de la Comédie-Française. M. J. Tiersot a fait entendre 
plusieurs morceaux du répertoire musical de la Révolution, notamment 
l'admirable Chant du l't juillet, de Gossec, qu'il a, à proprement parler, 
découvert et fait exécuter, il y a plus de quinze ans, ainsi que 
diverses compositions de Rouget de Liste, notamment le chant de Roland à 
Roncevaux, qui fut composé dans la même semaine que la Marseillaise. 
M"" Moreno, de la Comédie-Î'rançaise, a déclamé avec beaucoup d'énergie 
et d'accent les strophes de notre chant national; M"" Verteuil, de l'Odéon, 
MUos F'anny Créhange et Marguerite Ducy ontdit etchanté plusieurs autres 
morceaux, notamment des chansons populaires du recueil de M.J. Tiersot. 

— Soirée des plus brillantes, dimanche dernier, chez M"" Marie Roze. 
On inaugurait le charmant petit théâtre qu'elle a fait installer pour ses 
élèves. La charmante artiste est plus en voix que jamais, et elle s'est fait 
entendre elle-même dans le duo de Lenepveu, Renaud et Armide, en com- 
pagnie de M. Rivière, jeune ténor de ses élèves. Elle a ensuite chanté 
deux compositions de M"' Ferrari avec grand succès. M. Rivière a dit 
d'une voix généreuse l'air de Sigurd. M"' Amaury a fait applaudir deux 
mélodies de M. Le Borne; M"= Sang a chanté d'une manière charmante 
l'air de Xavière, de Théodore Dubois; ensuite, on a entendu l'air du Cul, 
de Massenet, la berceuse de Jocehjn, de Godard. M. Eddy Leyis a dit deux 
ctarmantes poésies de lui; M. PierreSechioni, premier violon des concerts 
Lamoureux, a charmé tout le monde par la manière dont il a joué un air 
de Bach, et les scènes de la Czardas, de Jeno Hubay. f^a seconde partie du 
programme, au théâtre, se composait d'une scène du \" acte de Galulhée, 
par M. Berriel, del'Opéra-Comique, et M"° Emelen, du théâtre de Lallaye. 
Grand succès pour tous deux. Ensuite est venu l'acte du Jardin de Faust, 
avec les élèves : Marguerite, M"° de Reville, douée d'une voix des plus 
sympathiques et possédant déjà un talent de comédienne. M"'= Amaury 
s'est fort bien acquittée du rôle de Marthe. M. Rivière a été parfait dans 
le rôle de Faust et M. Berriel (Méphistophélès) a été excellent. En somme, 
grande réussite pour tout le monde. 

— Dépêche d'Amiens ; Grand succès pour M. Victorin Joncières, au 



l'estival donné en son honneur au Cirque municipal. La M'c, la polonaise 
de Dimiiri et Li-Tsin ont valu à l'éminent compositeur une ovation enthou- 
siaste après chaque morceau. M""' Pauline Smith, qui chantait les soli, a 
été chaleureusement applaudie. W<^ Ilardel, harpiste, M. Llorca, pianiste, 
MM. DubuUe, Lallîte, et M"« Peppa Invernizzi et Garbagnati, dans leurs 
danses anciennes, ont eu leur large part dans le succès de la soirée. N'ou- 
blions pas de dire que le vaillant chef d'orchestre, M. Brument, a dirigé 
l'orchestre et les chœiirs (-200 exécutants) avec une rare habi'eté. 

— Samedi dernier, admirable concert à la Société philharmonique de 
Bordeaux avec Raoul Pugno et le violoniste Ysaye. Salle merveilleuse, 
près de deux mille personnes. 

— Au dernier concert de la Trompette, M^i'Remacle a chanté avec succès 
le Rouet de Paladilhe, les Caprices de la Reine de Blanc et Dauphin, deux des 
cliarmantes Bergerettes de Weckerlin, et un numéro de l'Album de la Chxind'- 
inaman du même auteur. 

— Au Casino municipal de Nice, on signale d'intéressantes représenta- 
tions de Mignon avec M°" Tarquini d'Or, l'intelligente artiste de l'Opéra- 
Comique. 

— La saison musicale de Pau se poursuit toujours avec de très grands 
succès pour M. Brunel et son excellent orchestre. Très grand effet, aux 
dernières séances données au Casino, pour J'enir'actede la Neige, \si Polonaise 
et les Airs de danse de Kassya.de Léo Delibes, pour les Scènes najohiaines, 
de Massenet, pour l'ouverture de Broceliande, de Lucien Lambert, et le ballet 
du Cid, de Massenet. 

— M"» Marthe Dron, qui a obtenu cet hiver un très vif succès à la 
Société nationale de Paris, vient de remporter à Nancy un nouveau triom- 
phe. La jeune artiste y a fait preuve de charme dans quelques jolies 
pages : r/mpn)mp(« de Neustedt, les Myrtilles de Dubois. M"= M. Dron, qui 
doit donner un concert à Paris, le 28 mars, salle Pleyel, est aussi appelée à 
Bruxelles pour s'y faire entendre en compagnie du violoniste Ysaye. 

— A Nîme s, encore, matinée de gala au Grand Théâtre à la mémoire 
d'Ambroise Thomas. Au programme, l'ouverture de la DouUe Échelle, Mignon, 
puis des fragments d'/Zoni/rf et du Songe d'une nuit d'été. Après un à-propos en 
vers dit par M. Recurt, tous les artistes en costume ont couronné le buste 
du maître illustre. 

— A la société Sainte-Cécile de Bordeaux, on a donné, au dernier concert 
populaire, et pour la première fois en province, toute la seconde partie de 
l'Or du Rhin, de "Wagner. C'est au distingué chef d'orchestre de la société, 
M. Gabriel-Marie, qu'on est redevable de cette tentative hardie. Très hello 
exécution, qui a fait grand honneur à son organisateur. Au même pro- 
gramme, les Érinnyes de Massenet, qui ont eu leur triomphe habituel ; gros 
succès pour M. Jlekking. 

— A Lille, complète réussite pour la Société des instruments anciens, 
MM. Diémer, Delsart, Grilletet Van "Waefelghem. A M. Diémer on a bissé 
sa grande valse de concert et à M"" Rose Delaunay, qui prétait son concours, 
la Fauvette, de Diémer. 

— A Douai, concert donné par la Société philharmonique au profit des 
rapatriés de Madagascar, qui a valu de grand succès à l'orchestre, conduit 
par M. Duhot, dans l'ouverture de Phèdre, de Massenet, à M"" Descamps- 
Deneubourg dans la Polonaise de Mignon, dans le duo du Roi d'Ys, avec 
M. Franchomme qui a chanté seul un air du Roi de Lahore, et dans le i\il 
de Xavier Leroux, accompagné par le violon de M"^' A. Maignien. 

— On nous écrit de Tours : Dimanche, notre confrère Millet-Beauvais 
donnait sa séance annuelle de musique. On a beaucoup applaudi M""'Millet 
dins l'air du i" acte de Manon, et M. M... dans la méditation de Thdis. 
Succès énorme du baryton Boyer dans l'arioso du Itoi ds Lahore de Mas- 
senet, et Ariette de Vidal. Enfin, M''^ AVyder, une jeune pianiste de dix-sept 
ans. a joué superbement le Chant du nautonier de Diémer. Quatre des 
artistes sont sortis du Conservatoire de Paris ou y sont encore. On a pu 
comparer leur école avec celle de certains provinciaux qui crient sur ce 
qu'ils ne peuvent atteindre. 

— On a beaucoup remarqué et vivement applaudi, au dernier concert 
populaire de Lille, une Suite symphonique de M. Paul Viardot, fort i>i.en 
exécutée par l'orchestre sous la direction de l'auteur. 

— M. Eugène Gigout fera entendre chez lui, les mardis M et 31 mars, 
les élèves de son école d'orgue et d'improvisation. M"'* Eléonore Blanc et 
Thérèse Roger, M. Warmbrodt et un chœur déjeunes filles du cours d'en- 
semble de M°"î Pauline Roger, prêteront leur concours à ces auditions. 

— Voici le programme des deux dernières séances que donnera M. Ch. 
Grandmougin à l'Institut Rudy : 

Mercredi, 25 mars. — Contes d'aujourd'hui, en prose (1886): — Le Paralytique, 
la Pin du monde, Bi-:marclt, etc., ins par l'auteur. 

Mercredi, 1" avril. — Le Clirisl (1894), drame sacré, en vers, joué à Paris, à 
Rouen et à l'étranger, couronné par l'Académie française; — Scènes de Naza- 
reth, de la Madeleine, des Oliviers, du Prétoire et de la Mort, inicrprélées par 
M"' Gablayx, M"" Verlain, M. Jahan (de l'Odéon), M. PrimarJ, l'auliur (musique 
de scène de M. Lippacher, exécutée par l'auleur). 

Le poète a été longuement .acclamé et rappelé mercredi dernier après sa ii'- 
gendede Quentin Mét::gs qu'il a dite lui-môme. A signaler aussi le Carillon, 
fort applaudi avec M^'^s Suger et Renaud-Kaury. 



96 



LE MENESTREL 



— Nous avons entendu dernièrement, dans les salons de M"' Kolh, une 
nouYelle œuvre de M. Georges Spork : VEpée d'Anganlyr, écrite sur le poème 
de Leconte de Lisle. L'œuvre très dramatique du jeune compositeur 
a produit grand effet, admirablement chantée par i\I"' Armande Bourgeois, 
de l'Opéra et M. Bailly. 

— Concerts et SoinÉEs.— Très brillante matinée musicale donnée par MM. A. 
et J. Coltin, les distingués artistes. .\u programme, illustré avec un goût 
exquis par M-* A. Cottin, un ravissant ensemble de dames et de jeunes 
fîlles du monde qui. sous l'habile direction de M. A. Cottin, ont exécuté 
sur la mandoline, la mandole et la guitare des œuvres de Rameau, 
Biiet, Thomé, Casella, Mouti, Coltin, etc. Dans les intermèdes, on a entendu 
M. Brémont, de l'Odéon, et MM. Cotlin qui ont chanté des mélodies de Faure, 
Menti, Choisnel avec leur succès accoutumé. — Brillante soirée artistique donnée 
par M"" Chauchereau et M. De:é et qui réunissait de nombreux artistes, 
MM. Falkenberg, Touche, Brémond, M'"- Filliaux-Tiger, à laquelle on a bissé 
sa Source capricieuse, enfin M"' Baboulène, qui a chanté l'Alouetle ayicUilome de 
Perronnet sur laquelle M. Vasquez avait réglé une danse délicieusement exé- 
cutée par M"" de Mérode, Mante et Kanat. — Soirée eharmanle, au Cercle de 
la Société des Orphéonistes d'.\rra=, où l'on fêtait les palmes académiques 
de MM. Paul Labbe, secrétaire trésorier, Tricart et Fontaine, membres de 
la Société. Plusieurs toasts et discours ont été échangés. M. F. Lemaîlre, 
président, au nom de la société, a remis de superbes souvenirs aux nou- 
veaux o'Hciers d'-\cadémie, et un concert improvisé a terminé celte réunion 
intime. — Exceptionnellement brillante, la séance d'audition des élèves de 
M"" Donne, et qui donne une très haute idée de la valeur de l'enseigneaaent des 
professeurs. En première ligne, nous y avons remarqué M""^ Eytmin, Rigali, 
Fdlcran, Roux, Bjucherit, qui sont déjà, on peut le dire, des artistes formées; 
puis M"" Ronesson, Jaulin, Richez, Ziegler, Lœwy, Choiaet, Birillon, Biizot, 
Limosin, Pons,Forcade, Parmenlier, Ortiz, Cora, Seiglet. Il faudrait les nommer 
toutes, cir toutes sont charmantes et toutes se sont fait applaudir eu même 
temps que leurs excellents professeurs. — Une très intéressante séance a eu 
lieu ce3 jours derniers à la sa!le de la rue d'Athènes. M"' Eme-Ronsseau avait 
eu 11 bonne pensée de faire entendre au nombre des œuvres qui liguraient 
au programme de son concert la cantate intitulée (a H/fedeyepft(e, avec laquelle 
Clément Broutin avait remporté le grand pri.x de Rome en 1878 et dont le poème 
est dû àM. Ed. Guiuand. On se souvient du succès qu'obtintcetle scène lyrique 
lorsqu'elle fut chantée aux Concerts Cjlonne; C!ément Broutin fut immédiate- 
ment considéré comme un des jeunes musiciens français devant lesquels 
s'ouvrait le plus brillant avenir. Hélas ! la mort vint surprendre bientôt 
Clément Broutin, nommé directeur du Conservatoire de Roubaix. — Très belle 
soirée donnée par l'excellent baryton Paul Séguy. M. Théodore Dubois accom- 
pagnait une sélection de ses œuvres, parmi lesquelleî Trima:o, plusieurs frag- 
ments d'Abeit-Eainet, Par le sentier, Ilijinne nuptial, Saltarelle, interprétées par 
M" ' Fauquez, Feijas, de Sylvabelle, Lubet, Audra et White. On a beaucoup 
applaudi M. Dreifus dans les stances de Lakmé, M. Pourian dans Noi-l paien, 
de Massenet, M"' Durand dans « Pleurez mes yeux » du Cid, M"" Baudrand dans 
un air de Jean de Nivelle et Sérénade du Passant de Massenet, M"° Balette dans // 
était nuit déjà de Duprato, et les chœurs dans Avril d.e Ch. Lefebvre. A bientôt 
des soirées consacrées à Massenet, Ambroise Thomas, Joncières, Fau'-e, Puget, 
etc. — Bonne audition des élèves de M'" Lafaix-Gontié. A signaler M"' H. B. 
de D. (P(ï:ica(i de Sijlvia, Léo Delibes), M.-L. de P. [Expansion de Xaviéro, Th. Du- 
bois), Al. P. (Gondoline, Diémerj, J.P. de M. {Toccata, .\ntOQinMarmontel), A. L.G, 
{La Vierge à la crèche, Périlhou], M. D. (l'Ame des ois'aux, Massenet), L. B. (Valse 
du veHige, Ad. David), M. N. (Mcdufna, Galeotti), et G. D. de S. {Pépa, Mathiasi. 
— A la dernière soirée de M-= Vincent Cirol, grand succès pouri'£(oife, de Maré- 
chal et Paul Collin, interprétée par M'»" Vincent CaroletChassinatet M. Dumon- 
tier. — A la Bodinière, brillante soirée donnée par les anciens élèves du lycée 
de Nantes. Gros succès pour M"° Vilma, à qui l'on a bissé plusieurs mélodies 
de Massenet délicieusement chantées, M"" Moreno, Frémaux, Chassing, 
MM. Bourgault-Ducoudray, Weingaertner et Karloni. — Chez M"" Mougin- 
Guitry, seize élèves ont joué, comme morceau de concours. Source copr.'c/euse, de 
Filliaux-Tiger. — A Nantes, la matinée donnée par M"" Nicolini, pour l'audition 
de ses élèves, a été des plus brillantes. Au programme étaient venus se joindre 
M"°' Madeleine Riffard et Marie Capoy, qui a chanté VArioso de Delibes. — Très 
intéressantes matinées chez M"' la comtesse de la Pommière. Aux amateurs de 
talent se joignent des artistes qu'on applaudit chaleureusement. Citons 
la baronne Scotti, M"" Luccioni, M"° Maud Boudé, qui a si bien dit l'air du 
Tasse de Godard, et M"" Yon, qui a charmé l'auditoire avec V Alléluia du Cid et 
le Soir d'A. Thomas, et le violoniste M. Sailland.— Très réussie réunion annuelle 
des élèves de M~'Galanio, parmi lesquelles il faut citer M"» Th. G. (Harpe éolienne, 
Neustedl), A. S. IVals^ arabesque, Lack), M.-L. D. iSorrentina, Lack), S. L. {Marche 
orientale, Dubois i, M. G. {Source capricieuse, Filliaux-Tiger), S. W. (feu follet, Kuhé), 
G. D. {Prélude dllérodiade, Massenel), 11. C. {le Retour, B zet), M. V. (Zamacueca, 
Ritter), L. C. (Sérénade, Galeotti) et Y. L. {Mélodie, Rubinstein.i. M. Bourdon, qui 
prêtait son concours, a été très applaudi dans Varioso du Roi de Lahnre. — Très 
brillante, l'audition-concert des élèves de M"' deTailhardat qui a eu lieu à la 
galerie des Champs-Elysées. Parmi les morceaux les plus remarqués, citons 
l'air du Cid, la phrase de Tha'is, V Enchantement de M. Massenet parfaitement 
chantés par M">' Bâillon, M"" Lotar et Tissot. Liszt, Chopin, Diémer, Massenel, 
etc., ont aussi été très bien interprétés par les élèves de piano. L'.Vragonaise 
du Cii et le prélude d'Hérudiade ont été joués avec beaucoup d'expression par 
M»' S. Depoix, qui est encore une enfant, et M"" Creux a très bien rendu la dif- 
ficile Valse de concert de Diémer. La jeune harpiste M"° H. Renié, qui a bien 
voulu se faire entendre, a ravi l'auditoire avec le Banc do mousse de Th. Dubois, 
et la Danse des sylphes de God^lroid. M"' Darblay et M. Mombrey ont eu leur part 
du succès en disant de cliarmiants monologues. — M"" Marthe Chrétien, une 
intéressante et habile pianisle, a donné un concert qui a été pour elle l'occasion 
d'un succès qu'ont partagé M"" Juliette Dantin et M. Ch. Furet, avec lesquels 
elle a exécuté un trio pour piano, violon et violoncelle de M. Alfred Kaiser, 
composition importante que le public a accueillie avec des applaudissements 



légitimes. M"' Chrétien s'est fait applaudir aussi dans diverses pièces de Schu- 
mann, Rubinslein, Fauré, PfeiCfer, ainsi que M"* Dantin dans la Légende de 
Wieniawski et la Danse tzigane de Tivadar Nachez. — Bonne audition des 
élèves de M"" Brin, au cours de laquelle on a surtout applaudi M"" H. L. (.Voc- 
tiirne, Massenet-Filliaux-Tiger), A. M. et C. \V. [Roman d'Arlequin, Missenet-Fil- 
liaux-Tiger), C. B. [Absence, C. de Grandval), S. M. et F. (Danse diabolii)ue, pour 
violon, -J. Hubay), J. F. et M"" Brin (mélodie des Erinmjcs, Massenet-Filliaux- 
Tiger, et Vieille Chanson, Armingaud-Filliaux-TigerJ. — Brillante matinée chez 
M"' Ducasse. M. Théodore Dubois, qui dirigeait ses o-uvres, a eu le plus grand 
succès et a vivement l'élicitè ses jeunes interprèles. — L'audition des élèves de 
M"" Marie Ruetf a été un grand succès pour le professeur et les excellents 
chanteurs qu'elle produisait. On a beaucoup applaudi l'air de Sigiird. par 
M"" Darly, le Dernier Rendez-Vous de Reyer, par M"" Trannoy, Chanson russe et 
Fabliau, de Paladillie, par M">" Blad et M. Lebourdais des Touches, fragments 
de Mir/non, par M"' Solma, Si mes vers avalent des ailes, de Reynaido Hahn, par 
M"" Lucy Kremer, air de Lakmé, M"° Bonheur, etc., etc. MM. I. Faure, lloll- 
mann Black, Gaston Selz et Emile Bernard, qui dirigeait l'eiécution de ses 
œuvres, complétaient ce très intéressant programme. — M"° Anna Fabre con- 
tinue avec le môme succès ses soirées-causeries sur l'histoire de la musique, 
avec le concours de M. Charles Crandmougin. Dans les deux dernières séances, 
qui comprenaient les époques de Bieh, Pergolèse, Haydn et Gluck, il nous a 
été donné d'entendre iM.^L Loeb, Laforge, Léon Delafosse, MM"" Taine-Boussac 
et de Morainvillo pour la partie instrumentale, MM. Gandubert, Challet, Gailia, 
M"" M. Ador, de Franemesnil et Tremblay. — Le Ménestrel a plusieurs fois men- 
tionné les brillants succès des cours de solfège et piano de M"' Vimont. Cet 
excellent professeur nous a conviés à une très intéressante audition de 
ses élèves, qui toutes, suivant leur degré de virtuosité, nous ont charmés 
par la grâce naturelle, par le style et par l'élégance de leur phrasé. L'audition 
était consacrée aux œuvres de Marmontel, père et fils; notons au passage : Ara- 
besque et Intermezzo, délicieusement exécutés par M""" Baron et deMontfort; 
puis l'Enchanteresse, deax pièces caractéristiques, et.S'c//erïo délicieusement joués 
par M"" B. Rose, M. le Roy, E. Vun. Tous ces morceaux font partie de l'œuvre 
d'Antonin Marmontel flls. M"' Duménil, le professeur de chant que M~" Vi- 
mont a eu f heureuse pensée d'adjoindre à ses cours, nous a fait entendre, par 
des élèves douées de jolies voix, chantant juste et avec goût, de ravissantes 
mélodies de Massenet, B. Godard, Paladilhe, Marmontel, Delibes, Offenbach. 
Puis elle a chanté, avec l'autorité de style d'une musicienne d'élite. Nous vou- 
drions donner les noms de toutes ces jeunes filles qui ont su vivement inté- 
resser l'auditoire. Plusieurs ont exécuté les dernières compositions du maître 
Marmontel : Impressions et Souvenirs, avec un charme exquis et une sonorité dé- 
licieuse; mentionnons M"" H. Carré, A. de Montfort, Berlhe Rose, C. Baron, 
M. Le Roy et E. Vun. Nous ne devons pas non plus oublier les jeunes élèves des 
premiers groupes, qui ont prouvé tout le savoir du maître qui a su les initier au 
bien dire : M"" Roquigny, M. Clerc, Al. Ménégoz, Louise Carpentier, Bl. Boivin, 
Berlhe Boivin, L. de Witte, Jeanne Fièves, M. J. Coppinger. — A ses séances 
musicales de la salle Pleyel, M""" Saillard-Dietz a exé;u'é au piano avec beau- 
coup de succès le jo'.i Menuet de l'Infante de Paul Rougnon. — M. Stéphane 
Elmas, dans une trèi intéressante séance donnée ces jours derniers à la salle 
Erard, a vivement excité l'intérêt de son nombreux auditoire. Outre quelques 
morceaux de Schumann et de Chopin, interprétés avec virtuosité, le jeune 
artiste fit entendre plusieurs de ses compositions. 

— CoriCCTTs ANNOxcÉs. — Mardi i4 mars, salle Pleyel, troisième séance de la 
Société de Musique française, fondée par M. Ed. N;daud, avec le concours de 
M-= G. HainI, MM. V. d'Indy, Cros-Saint-Ange, Thibaud, Trombetia et Gibier. 
— Jeudi 26, salle de la Société de Géographie, 184, boulevard Saint-Germain, 
concert de M"" Marie-Louise Blanchard, avec le concours de M"' E. Philipp, de 
MM. Berlhelier, Loeb et Balbreck. — M"' 'fhérèzc Duroziez et M. Emile Engel 
donneront deux séances de musique très intéressantes à la salle Erard, les 
lundis 30 mars et 11 mai consacrées l'une aux œuvres de Schumann et la 
seconde aux œuvres de Sainl-Saëns, Massenet, Chabrier, Hillemacher, etc. 

NÉCROLOGIE 

A Vienne est morte, à l'âge de 6^ ans. M"'' Anna Pessiak, née de 
Schmerling, professeur de chant au Conservatoire, ancienne élève de 
M™' Marchesi. M'°'" Pessiak est aussi connue par différentes compositions 
pour piano et chant, et par plusieurs messes exécutées dans des églises 
de Vienne. 

— On annonce de Palerme la mort d'un artiste distingué, M. Alvaro 
Stronconi, professeur de piano au conservatoire de cette ville, où il avait 
formé d'excellents élèves. 

Henri Heugel, directeur-gérant. 

Étude de M= Er. Thibault, notaire à La Rochelle, 4, rue G.-Admyrauld. 
A CÉDER : 

Maison de pianos, musique, lutherie, parfaitement achalandée, située 
dans la plus belle rue de La Rochelle. 

Long bail assuré. 

Pour tous renseignements, s'adresser à M<= Thibault. 

ON DEMANDE de suite en province, bon accordeur connaissant la 
réparation des pianos, des orgues et de la lutherie. Bonne situation, inté- 
ressé aux affaires. Inutile de se présenter sans de sérieuses et bonnes réfé- 
rences . — S'adresser aux bureaux du journal. 



B, 20, 1 



— Encre '.orOleiu; 



Dimanche 29 Mars 1896. 



3392. — 62'"° APiNEE — IN» 13. PARAIT TOUS LES DIMANCHES 

(Les Bureaux, 2 bis, rue Vivienne) 
(Les manuscrits doivent être adressés franco au journal, et, publiés ou non, ils ne sont pas rendus aux auteurs. 



LE 



MENESTREL 

MUSIQUE ET THÉÂTRES 

Henri HEUGEL, Directeur 

Adresser fhanco à M. Henri HEUGEL, directeur du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, les Manuscrits, Lettres et Bons-poste d'abonnement. 

Un on, Texte seul : 10 francs, Paris et Province. — Texte et Musique de Chant, 20 fr.; Texte et Musique de Piano, 20 fr., Paris et Province. 

Abonnement complet d'un an. Texte, Musique de Chant et de Piano, 30 fr., Paris et Province. — Pour l'Étranger, les frais de poste en sus. 



SOMMAIRE-TEXTE 



I. Musique antique (8" et dernier article), Julien Tiersot. — IL Semaine théâ- 
trale : premières représentations de Disparu , au Gymnase, d'Amoureuse, au 
Vaudeville, de /a Griin Via, k l'Olympia et de IMtons-nous d'en rire, aux Folies- 
Marigny, Paul-Émile Chevalier. — IIL L'orchestre de Lully (7" et dernier 
article), Arthur Pougin. — IV. Le monument de M-" Carvalho. — V. Revue des 
grands concerts. — VI. Nouvelles diverses, concerts et nécrologie. 



MUSIQUE DE PIANO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront, avec le numéro de ce jour ; 

BALANCELLE 

valse d'ANTONiN Marmontel. — Suivra immédiatement : Nocturne, de Léon 
Delafosse. 

MUSIQUE DE CHANT 

Nous publierons dimanche prochain, pour nos abonnés à la musique de 
CHANT : VerMc-tu, mélodie de Léon Delafosse, poésie de M""» Desbordes-Val- 
MORG. — Suivra immédiatement : Cantique sur le bonheur des justes et le mal- 
heur des réprouvés, poésie de Jean Racine, musique de Reynaldo Hahn. 



MUSIQUE ANTIQUE 

LES NOUVELLES DÉCOUVERTES DE DELPHES 

(Suite) 



VI 

Les lecteurs qui ont eu la patience de suivre jusqu'au bout 
ces explications trop arides sur la musique des anciens Grecs 
doivent se dire qu'il leur serait bien plus intéressant de 
connaître les quelques fragments notés qui nous sont par- 
venus. De même, dans la préface de Cromivell, Victor Hugo, 
critiquant l'usage des récits dans la tragédie, s'écriait: « Vrai- 
ment! Mais conduisez-nous donc là-bas. On s'y doit bien 
amuser, cela doit être beau à voir! » Aussi m'efforcerai-je de 
donner satisfaction à cette légitime curiosité, sinon en repro- 
duisant tout ce qui nous est connu en fait de musique 
antique, ce qui sortirait du cadre restreint de ce travail, du 
moins en transcrivant les fragments les plus caractéristiques. 

Les morceaux de musique grecque qui sont venus jusqu'à 
nous sont les suivants: 

Une strophe de la première Pythique de Pindare ; 

Trois hymnes du 11"= siècle après Jésus-Christ (Hymne à la 
Mme, Hymne à Hélios, Hymne à Némésis), les deux derniers com- 
posés- par Mésomède, musicien né dans l'île de Crète, et qui 
vécut à la cour de l'empereur Hadrien ; 

Quelques fragments de musique instrumentale, qui semblent 
être des études pour l'étude de la cithare ; 



Un fragment d'un chœur (ÏOreste, d'Euripide; 

Une chanson (fragment de scolie?), découverte àTralles(Asie 
Mineure) ; 

Enfin les deux grands hymnes de Delphes. 

L'authenticité de la musique de la première Pythique de 
Pindare a donné lieu à, des contestations. Cette musique fut 
notée pour la première fois auXVII" siècle dans \q Mijsurgia du 
P. Kircher: l'auteur l'avait transcrite d'après un manuscrit 
trouvé dans une bibliothèque de Sicile, en joignant à sa no- 
tation la reproduction des signes antiques. Mais quand, de 
nos jours, on voulut recourir au document original, il ne fut 
pas possible d'en retrouver la moindre trace. 

Malgré cette perte regrettable, le travail, de Kircher porte en 
lui-même d'assez grands caractères de sincérité pour que nous 
n'ayons pas lieu d'en douter. La principale raison qui milite en 
faveur de l'authenticité est que cette musique est parfaitement 
conforme aux données acquises aujourd'hui sur la composi- 
tion de la mélopée antique ; or, comme la plupart de ces par- 
ticularités étaient inconnues au XVIP siècle, il n'est pas admis- 
sible que le P. Kircher ait pu écrire un pastiche si réussi, 
alors qu'il ignorait les éléments essentiels qui auraient dû 
servir à le constituer. 

Il est à peine besoin d'ajouter que rien non plus n'indique 
que la mélodie remonte au temps de Pindare ni à Pindare 
lui-même, et qu'elle peut très bien avoir été composée pos- 
térieurement, — tout comme aujourd'hui on écrit des mélodies 
sur des vers de Ronsard, ou de François Villon, ou de poésies 
populaires plus anciennes encore. 

Voici donc cette mélodie, reproduite d'après la plus récente 
notation de M. Gevaert, mais transposée d'une octave et mise 
au diapason du soprano. Elle est dans le mode hypodorien 
ou éolien. 




.(/c . si.c/io . r<in ho.pii _ tdii pro - o 



•98 



LE MÉNESTREL 




Les hymnes du 11= siècle ont moins d'intérêt au point de vue 
musical: les mélodies, lourdement rythmées, ont peu de 
relief et d'accent ; comme, d'autre part, elles sont fort longues, 
je ne les reproduirai pas. Voici seulement la première phrase 
de VEymne à la Muse, qui est d'un joli dessin mélodique, et 
nous fournit un exemple intéressant de mode dorien à opposer 
à celui des hymnes delphiques, car ici la fondamentale mi a 
bien nettement un caractère de tonique (1). 
— fr 



=^ 



^ 



j ;> ij 



m 



pin 



I ^' U J, I J- IJ ^'1^ 



^ 




phre _ nos 



11 pourrait être intéressant de rapprocher ces mélodies de 
celles des hymnes delphiques composés trois siècles aupara- 
vant: l'on apercevrait en effet que, durant ce laps, le style 
musical s'était fort modifié. Ayant donné au début de cette 
étude tout ce qui nous est parvenu du second hymne, et, au 
cours du développement, plusieurs fragments caractéristiques 
du premier, je laisse au lecteur le soin de faire cette compa- 
raison. 

Le fragment d'Euripide nous serait bien précieux s'il était 
plus complet. Malheureusement il n'en reste que quelques 
notes, — disjecti membra poetœ, — des commencements et des 
fins de vers, le papyrus sur lequel le chœur d'Oreate était noté 
ayant été trouvé en si mauvais état qu'on n'a pu faire usage 
que des parties droite et gauche du feuillet, tout le milieu 
étant détruit. Malgré cela , la découverte a encore grand 
intérêt, puisqu'il s'agit d'un fragment lyrique de la tragédie 
grecque, le seul par lequel il nous soit donné d'en avoir une 
idée musicale, si faible soit-elle. 

Par le peu que nous en voyons, en effet, nous pouvons 
nous rendre compte que le caractère expressif est accusé avec 
une grande intensité, dès les premières notes, par l'emploi du 
genre chromatique. C'est comme des lambeaux de plaintes, 
des gémissements inarticulés, qui semblent se répéter inces- 
samment sur les mêmes degrés, avec, parfois, quelques notes 
qui s'élèvent plus haut, comme en une supplication éplorée : 



(1) Au moment où j'achevais de revoir les dernières épreuves de cet article, 
j'ai reçu une nouvelle brocliure de M. Tti. Reinach (l'Hymne à la Muse, extrait 
de la Revue des éludes grecques, chez Leroux), où se trouve proposée, pour cette 
mélodie, une notation quelque peu différente de celle qui a été admise jusqu'à 
présent. La principale nouveauté réside dans l'introduction, en trois passages, 
d'un so( dièse accidentel (dans le fragment ci-dessus noté, remplaçant les deux si 
de la fin de la onzième mesure et du commencement de la douzième, et suc- 
cédant au si initial de la quatorzième mesure en formant avec lui un groupe 
de deux croches liées), altération qui donne à la mélodie un caractère chroma- 
tique, dont, après les deux hymnes delphiciues, nous ne saurions être étonnés 
désormais. — Les autres variantes introduites par M. Reinach sont insigni- 
fiantes. Au point de vue rythmique, je n'attache absolument aucune impor- 
tance à l'adoption de la mesure à douze-lmil au lieu de celles à Iruis-huil ou à 
six-huit, et de la mesure à trois-deux remplaçant la mesure à dcu.i'-ijualrc, me 
bornant à dire que cette substitution ne me paraît réaliser aucun progrès: car 
c'est une erreur de croire que la mesure doit correspondre au coKii ou membre 
mélodique (en principe ; le vers), ce dernier ayant tout au contraire un déve- 
loppement qui, le plus souvent, correspond à plusieurs mesures, et la mesure 
correspondant bien plutôt au pied. — J'ajoute enfin qu'après avoir lu la partie 
de ce nouveau travail intitulé : Mélopée, je ne retranche rien, — au contraire, 
— aux observations que j'ai faites précédemment au sujet de l'interprétation 
modale de la mélopée antique telle que la conçoit M. Reinach. 




Tout autre est la petite mélodie vocale découverte à Traites, 
il y a peu d'années, sur un monument du I" ou du 11° siècle 
de notre ère. C'est un exemple charmant de la chanson 
familière des Grecs. Anacréon devait chanter ainsi. Ésrite sur 
une de ces maximes morales, plutôt banales, que les anciens 
aimaient à débiter inter pocula, couronnés de roses, elle est 
pleine de franchise, et, même encore, de fraîcheur. On la 
voudrait plus longue. Le mode est le phrygien, nettement 
caractérisé par le fa naturel et la conclusion à la dominante, 
et cependant si franchement présenté qu'il ne choque en rien 
nos habitudes de tonalité moderne, et qu'on croirait entendre 
du majeur. 




On en peut rapprocher ce court fragment d'une mélodie 
instrumentale, le seul exemple antique qui nous soit parvenu 
de l'harmonie lydienne: M. Gevaert le classe, à cause de sa 
terminaison sur la tierce au-dessus de la tonique dans l'échelle 
naturelle de fa, dans la variété dite syniono-hjjieii ou hijpohjdien 
intense, et il apprécie justement le caractère de la mélodie en 
la disant « la plus jolie, sans contredit, que l'antiquité nous 
ait léguée: piquante par ses bizarreries de rythme et de 
modalité. » 



C'est par ces vestiges d'un art simple, aimable et ingénieux 
que nous terminerons cette étude, déjà longue, pourtant bien 
incomplète et forcément superficielle. Sans doute, si l'on s'en 
tenait à ces derniers exemples, l'on n'aurait pas une idée 
fort exacte du génie musical des Grecs, qui n'apparaît là que 
par son plus petit côté : ce que nous voyons ici, c'est le côté 
intime de l'art lyrique, le bibelot musical, — des statuettes 
de Tanagra, quand nous désirerions tant connaître à la place 
Phidias et Praxytèle. Mais encore devons-nous nous estimer 
heureux d'avoir ces miettes de mélodies antiques, qui ont, 
après tout, gardé leur saveur et leur parfum. Au reste, les 
précédents exemples nous avaient ouvert quelques vues sur 
le grand art: en les éclairant par les nombreux commentaires 
que les contemporains nous ont légués, peut-être parvien- 
viendrons-nous à nous rendre un compte à peu près exact 
de cet art, qui, dès les temps les plus reculés, a joui d'un si 
grand prestige. 

Julien Tiersot. 



le: ménestrel 



99 



SEMAINE THEATRALE 



GvMNASE. Disparu I vaudeville en 3 actes, de MM. A. Bisson et A. Sylvane. 

— Vai:deville. Amoureuse, comédie en 3 actes, de M. G. de Porto-Riche. 

— Olympia. La Gran Via, zarzuela de M. F. Ferez, adaptation française 
de M. M. Ordonneau, musique de MM. Clieuca et Valverde. — Folies- 
Mabigny. Hâtons-nous d'en rire ! revue de M. Jules Lévy. 

Le vaudeville sur la scène du Gymnase! Et le vrai vaudeville avec 
sa suite obligée de déguisements et d'invraisemblables folies. Je ne 
sais si Disparu/ fournira une bien longue carrière au boulevard 
Montmartre ; mais le spectacle était curieusement amusant de voir 
la mine déconfite des prêtres et servants du grand art tout prêts à 
pleurer alors qu'une partie de la salle s'esclaffait bourgeoisement 
aux calembredaines de MM. Bisson et Sylvane. 

Et cependant, dans ces trois actes, il y a une petite indication de 
vraie comédie ; les auteurs ont préféré ne s'en point soucier, et verser 
carrément dans le burlesque ; c'est donc à ce seul point de vue qu'il 
convient d'écouter leur pièce contenue presque tout entière dans le 
second acte, avec ses fantoches désarticulés travestis en tigre, en 
Chinois, en nain, ou en géant, et le colossal ahurissement du pauvre 
huissier à qui est gratuitement offerte la carnavalesque sérénade. 
Pauvre huissier Rabuté qui, croyant son richissime cousin Mongi- 
rault mort en pays lointain, s'installe en maître et héritier chez lui, 
et, certaine nuit, voit revenir le disparu au milieu du plus tintamar- 
maresque des charivaris. « Adieu, veau, vache... », toute la moralité 
de Disparu! est dans la fable du bon La Fontaine. 

De l'amusante distribution, il faut nommer en première ligne 
MM. Noblet, Dailly, Torin et M"" Leoonte, sans toutefois oublier 
MM. Numès, Janvier, Numa, Mangin, M'"* Yahne, Médal et Maire. 

Le Vaudeville a pris à l'Odéon la comédie de M. Porto-Riche, 
Amoureuse, qui, voilà presque six ans, fut jouée au second théâtre 
français non sans un certain succès. Ici-même, il fut fait de très sé- 
rieuses réserves sur l'œuvre et aujourd'hui, que le recul permet de 
juger avec plus de sûreté, de toutes ces réserves une seule pourrait 
n'être guère plus de saison, celle de la hardiesse du sujet. C'est qu'on 
nous en a servi, en ces quelques années, de la « rosserie » I Et 
comme nous avons été littéralement, littérairement, si vous voulez, 
gâtés sous ce rapport. Amoureuse n'a forcément plus, en mars 1896, 
la piquante nouveauté qu'on ne pouvait lui dénier en avril 1891. 11 
n'en reste pas moins un dialogue exquis mis au service d'un esprit 
délicat; mais la pièce a des rides déjà... L'éternel recommencement 
de l'éternelle même situation dramatique, étudiée au télescope, et 
n'aboutissant à rien... 

De l'interprétation primitive, M"'= Réjane demeure l'idéale Ger- 
maine et MM. Dumény et Calmetles la secondent toujours adroite- 
ment. M'"" Rosa Bruck, Caron, Sorel et Drunzer font de courtes et 
aimables apparitions. 

La zarzuela, traduisez opérette espagnole, que l'Olympia nous a 
donnée a parcouru victorieusement l'Espagne, l'Italie et l'Amérique ; 
il n'y a aucune raison pour qu'à Paris, étant donné surtout la 
façon tout agréable dont M. de Lagoanère l'a montée, le succès ne 
soit tel qu'il a été partout ailleurs. La Gran via, traduisez la Grande 
rue, se réclame très directement de la revue ; les événements popu- 
laires de la vie madrilène s'y déroulent, sur la Puerta del Sol, sous 
l'œil bienveillant d'une jeune Parisienne, la piquante Bordo, escortée 
de son vieil oncle, M. Berille. Voici la Gran Via, elle-même, que la 
municipalité ne parvient pas à percer — quelque chose comme 
notre boulevard Haussmann — représentée d'éblouissante façon par 
M"° Micheline, que nous retrouverons, non sans plaisir, en bonne à 
tout faire, en jeune torero et en marinerito^ traduisez petit matelot 
d'eau douce ; voici les pick-pocket, avec leur chef, le Chevalier, voici 
les agents, le vieux torero, la fontaine et les principales rues de 
Madrid. Et tout cela va, vient, se trémousse, danse et chante, accom- 
pagné par une musique assez entraînante de MM. Chueca et Valverde, 
encadré dans un joli décor et habillé de séduisante façon. 

J'ai nommé M"== Micheline et Bordo et M. Berville; il faut 
complimenter aussi MM. Maréchal, Hurbain, Tavernier, Danvers, 
M'"" Busson, Nerville, Bero, Gomez et Riccio, ces deux dernières à 
la tète de gracieux divertissements, et enfin M. de Lagoanère, 
chef d'orchestre plein d'entrain, directeur plein dégoût. 

Deux mots seulement pour constater le succès de fou rire qui a 
accueilli la revue des Incohérents, Hàtons-nou^ d'en rire! Aussi bien 
la représentation n'était pas publique, et pour cause, dame Censure 
n'ayant pas été admise à laisser circuler ses ciseaux dans la prose 
très hardie de M. Jules Lévy. Beaucoup d'accrocs dans les entrées et 



les sorties, dans l'enchaînement des scènes et, encore, dans Ift voix 
de nombre d'interprètes ; n'empêche qu'il y a là plusieurs couplets à 
l'adresse de nos puissants du jour, peu tendres. Ah! il n'y va pas 
de plume morte monsieur le grand maître de l'incohérence ! 

Paul-Émile Chevalier. 



L'ORCHESTRE DE LULLY 

(Swite el fin.) 



Un autre artiste oublié par Gastil-Blaze, c'est le basson Le Bas, 
qui, ainsi qu'on l'a pu voir dans la notice concernant M"" Le Rochois, 
devint l'époux de cette grande cantatrice, après lui avoir écrit une 
promesse de mariage sur le revers d'une dame de pique. Cette union, 
qui avait été consommée avant d'être conclue (car la Rochois était 
dans une « position intéressante » lorsqu'elle montra à LuUy la 
fameuse dame de pique), dura peu après qu'elle eut été consacrée, 
car les chroniqueurs nous apprennent que Le Bas quitta Paris pour 
aller se fixer à Pau. Mais c'est d'eux aussi que l'on sait d'une façon 
certaine qu'il faisait partie de l'Opéra. 

Pour Je reste du personnel symphonique de Lully, on est réduit 
aux conjectures. Cependant l'abbé Raguenet, dans son Parallèle des 
Italiens et des François, en ce qui regarde la musique et les opéras, nous 
apporte un renseignement indirect qui peut être précieux. En com- 
parant les orchestres des théâtres italiens avec celui de l'Opéra, il 

s'exprime en ces termes : — D'ailleurs, outre toutes les sortes 

d'instruments qui sont en usage parmi les Italiens, nous avons 
encore les haut-bois qui, par leur son également moelleux et per- 
çant, ont tant d'avantage sur les violons dans les airs de mouve- 
ment; et les flûtes, que tant d'illustres (Philbert, Philidor, Desco- 
teaux et les Holteterres) sçavent faire gémir d'une manière si 
touchante dans nos airs plaintifs, et soupirer si amoureusement dans 
nos airs tendres. » Cela veut-il dire que les artistes ici nommés 
appartenaient à l'orchestre de l'Opéra? Il me semble qu'il est au 
moins permis de le supposer. 

Philbert et Descoteaux, qu'unissait une mutuelle et vive affection, 
étaient deux flûtistes particulièrement célèbres à celte époque, l'un 
et l'autre favoris de Louis XIV, et que La Bruyère a peints dans ses 
Caractère.^. Descoteaux, homme distingué, esprit cultivé, était l'ami 
de Boileau, de Molière et de La Fontaine; il comptait parmi les pre- 
miers « fleuristes, » c'est-à-dire amateurs de fleurs de son temps, et, 
comme plus tard Méhul, cultivait surtout les tulipes avec passion, 
désignant chaque espèce à sa convenance et lui donnant le nom qui 
lui plaisait. Il vécut très vieux, et Mathieu Marais en parlait en ces 
termes, dans son Journal, à la date de novembre 1723 : — » J'ai vu 
pendant les fêtes Descoleaux, que je croyais mort. Il a 79 ans (1). 
C'est lui qui a poussé la flûte allemande au plus haut point, et qui 
a perfectionné la prononciation du chant, suivant les règles de la 
grammaire et la valeur des lettres, qu'il sait mieux que personne. Il 
chanta des paroles de Verger très exactement. Il a encore au suprême 
degr.'i le goût des fleurs, et c'est un des grands fleuristes de l'Europe. 
Il est logé au Luxembourg, où on lui a donné un petit jardin, qu'il 
cultive lui-même. La Bruyère ne l'a pas oublié dans ses Caractères 
sur cette curiosité outrée de ses tulipes, qu'il baptise du nom qu'il 
lui platt. Il veut être philosophe, et parler Descartes; mais c'est bien 
assez d'être musicien et fleuriste. » 

C'est en effet comme « fleuriste » que La Bruyère parlait de Des- 
coteaux trente-deux ans auparavant, dans son chapitre : De la Mode (2). 
Il ne le nomme pas, bien entendu; mais les contemporains ne s'y 
sont pas trompés, comme nous le prouve Mathieu Marais, el ont una- 
nimement appliqué à Descoteaux le portrait un peu grognon que 
voici : — « Le fleuriste a un jardin dans un faubourg (3), il y court 
au lever du soleil, el il en revient à son coucher; vous le voyez 
planté, et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et devant la Soli- 
taire; il ouvre de grands yeux, il frotte ses mains, il se baisse, il la 
voit de plus près, il ne l'a jamais vue si belle, il a le cœur épanoui 
de joie; il la quitte pour l'Orientale; do là il va à la Veuve; il passe 
au Drap d'or, de celle-ci à V Agathe, d'où il revient enfin à la Solitaire, 
où il se fixe, où il se lasse, où il s'assied, où il oublie de diner; aussi 
est-elle nuancée, bordée, huilée, à pièces emportées: elle a un beau 
vase ou un beau calice : il la contemple, il l'admire : Dieu et la 



(1) Il était donc né en 164'i. 

(2) Dans la sixième édition des Caractères, publiée en 1691, et où ce qui a trait 
à Descoteaux parut pour la première fois. 

(3/ Deacoteaux avait alors son jardin au faubourg Saint-Antoine. 



100 



LE MENESTREL 



nature sont en tout cela ce qu'il n'admire point; il ne va pas plus 
loin que l'oignon de sa tulipe, qu'il ne livrerait pas pour mille écus, 
et qu'il donnera pour rien quand les tulipes seront négligées et que 
les œillets auront prévalu. Cet homme raisonnable, qui a une àme, 
qui a un culte et une religion, revient chez soi fatigué, mais fort 
content de sa journée : il a vu des tulipes. » 

Il faut pourtant croire, quoi qu'en ait dit La Bruyère, que Des- 
coteaux ne pensait pas uniquement à ses tulipes, puisqu'il devint 
l'un des premiers virtuoses de son temps. 

Son ami Philbert ne lui cédait en rien sous ce rapport; et tous 
deux se faisaient parfois entendre ensemble, aussi en compagnie de 
de Vizé, anssi fameux alors sur le théorbe et la guitare qu'ils l'é- 
taient sur la flûte (1). Mais Philbert n'était pas seulement fameux 
par son talent : il l'était par sa gaîté, par ses saillies, par la facilité 
qu'il avait à saisir les ridicules des autres et à les imiter dans le 
monde d'une façon burlesque, enfin par ses bonnes fortunes, qui 
étaient légendaires, et dont on retrouve la trace dans ce portrait 
que lui a aussi consacré La Bruyère, qui, s'adressant à Lélie, l'ap- 
pelle flracon dans son chapitre: Des Femmes : — « .... Mais vous avez 
Dracon le joueur de flûte; nul autre de son métier n'enfle plus 
décemment ses joues en soufflant dans le hautbois ou le flageolet; 
car c'est une chose infinie que le nombre des instruments qu'il fait 
parler: plaisant d'ailleurs, il fait rire jusqu'aux enfants et aux fem- 
melettes. Qui mange et qui boit mieux que Dracon en un seul repas? 
il enivre toute une compagnie, et il se rend le dernier. Vous sou- 
pirez, Lélie : est-ce que Dracon aurait fait un choix, ou que mal- 
heureusement on vous aurait prévenue? se serait-il enfin engagé à 
Césonie qui l'a tant couru, qui lui a sacrifié une si grande foule 
d'amants, je dirai même toute la fleur des Romains ; à Césonie qui 
est d'une famille patricienne, qui est si jeune, si belle et si sérieuse? 
Je vous plains, Lélie, si vous avez pris par contagion ce nouveau 
goût qu'ont tant de femmes romaines pour ce qu'on appelle des 
hommes publics, et exposés par leur condition à la vue des autres. 
Que ferez- vous, lorsque le meilleur en ce genre vous est enlevé?... » 
Ce caractère d'homme à bonnes fortunes aurait pu être fatal à Phil- 
bert, qui, sans s'en douter, se trouva mêlé dans sa jeunesse à une 
aventure tragique. Il avait excité une passion ardente chez une 
femme nommée Brunet, qui, pour se rendre libre et pouvoir l'épou- 
ser, n'imagina rien de mieux que d'empoisonner son mari. Philbert 
l'aimait sans doute aussi, puisque le mariage eut lieu en efl'et. Mais 
en 1680, lors du procès retentissant de la Voisin, celle-ci, parmi 
ses révélations, fit connaître le crime commis par la femme Bru- 
net, en ajoutant que c'était elle-même qui lui avait fourni le poison 
destiné à l'accomplir. Cette dernière alors fut arrêtée, jugée, 
puis condamnée à être pendue et brûlée en place de Grève, ce qui 
fut fait. Il va sans dire que Philbert, parfaitement innocent de ce 
forfait qu'il ignorait, comme tout le monde, ne fut nullement 
inquiété. 

Aux noms de Philbert et Descoteaux, cités par l'abbé Raguenet, 
celui-ci ajoute ceux de Philidor et des Hotleterre, qui, selon lui, 
sans doute auraient fait aussi partie de l'orchestre de l'Opéra. 
Mais lesquels? Les Philidor et les Hotleterre formaient deux familles 
nombreuses de musiciens distingués dont les membres, pour la 
plupart, faisaient partie de la musique soit de la chapelle, soit de la 
chambre, soit de la grande écurie du roi, et qui étaient justement re- 
nommés pour leur talent sur la flûte, le hautbois et le basson. Il y 
avait, à cette époque, quatre Philidor: Michel, Jean, André et Jac- 
ques, et cinq Hotteterre : Martin, Jean, Nicolas, Louis et Colin. Les- 
quels furent employés par Lully ? C'est ce qu'il est impossible 
de découvrir aujourd'hui. 

II n'est pas plus facile de désigner les théorbistes qui firent partie 
de son orchestre. Plusieurs étaient fameux alors : Dupré, Fleury, 
Pinet, de Vizé, Aubin, Lavaux, Lemoyne, Henri Grénerin. Parmi ces 
artistes, il y a toutefois une forte présomption en faveur de ce der- 
nier, et ce qui me fait supposer qu'il a pu être compté au nombre 
des musiciens de l'Opéra, c'est qu'il adressa à Lully la dédicace 
d'un ouvrage didactique sur son instrument : « Livre de tliéorbe, con- 
tenant plusieurs pièces sur difl'érens tons, avec une nouvelle méthode 
très facile pour apprendre à jouer sur la partie les basses continues 
et toutes sortes d'airs à livre ouvert, dédié à Monsieur de Lully, 
escuyer, conseiller-secrétaire du Roy et surintendant de la musique 
de Sa Majesté (2). «, 

Ici s'arrête ce que j'ai à dire sur l'orchestre de Lully. Je n'avais pas 
la prétention de le reconstituer en son entier, ce qui était une tâche 

(1) Voy. le Journal de Dangeau, T. V., p. 112. 

(2) Paris, Bonneuil, s.d. in-4' oblong. 



impossible. Mon seul désir était de grouper à cette place, les rensei- 
gnements que j'avais pu réunir sur les artistes qui, de façon certaine, 
avaient fait partie de cet orchestre, et de faire connaître ensuite ceux 
dont la présence offrait au moins de grandes chances de probabilité. 
On ne saurait faire davantage, et l'on n'avait assurément pas tant fait 
jusqu'ici. Comme dernier détail, et complémentaire, j'emprunte à 
Fétis le nom d'un artiste qu'il indique comme ayant été le copiste de 
Lully. « Jean Fischer, dit-il, né en Souabe vers 16.50, vint fort jeune à 
Paris et se fit copiste de musique chez Lully. » Et j'ajoute que de tous 
les artistes que j'ai cités, il en est bien peu qui aient été mentionnés 
par Fétis. Ce qui n'a d'ailleurs rien de surprenant. 

Arthur Pougin. 

LE MONUMENT DE M""'^ CARVALHO 



PREMIÈRE LISTE DE SOUSCRIPTION DU MÉNESTREL 

Le Ménestrel Fr. oOO 

La Société des Compositeurs de musique 100 

M. Massenet 200 

M"' Louise Grandjean (de l'Opéra) 40 

M. J. Hudelist 10 

M. Edouard Noël 10 

M. Alphonse Duvernoy 20 

M™ V' Calmann Lévy 100 

M. Sabatier 20 

Total. . . . Fr. T7ÔÔÔ 



REVUE DES GRANDS CONCERTS 



C'est par l'admirable Symphonie héroïque de Beethoven que s'ouvrait 
la dernière séance de la Société des concerts du Conservatoire , une 
œuvre qui date aujourd'hui de quatre-vingt-dix ans et que l'on dirait 
écrite d'hier, tellement les idées en sont toujours jeunes, tellement la 
forme en est mâle, solide, vigoureuse, et d'un style que les ans n'ont pu 
encore entamer. Depuis tantôt un siècle, nul, en ce qui concerne la sym- 
phonie, n'a pu approcher de cette puissance et de cette splendeur, et nul, 
d'autre part, n'a pu atteindre cette émotion et ce pathétique. Jamais l'in- 
comparable orchestre du Conservïtoire ne s'est montré plus en train, plus 
en verve que dans la merveilleuse exécution qu'il nous a donnée de ce 
chef-d'œuvre, et jamais non plus le public, souvent si froid et si guindé, 
n'a semblé plus soulevé d'enthousiasme par l'interprétation superbe de 
cette œuvre épique. Il a fait aux braves artistes si bien dirigés par 
M. Taffanel l'accueil le plus chaleureux et le plus expansif. La sympho- 
nie était suivie d'un chœur et d'une marche du l'Idoménée de Mozart; le 
chœur est d'une jolie couleur, et la marche d'un caractère mystérieux, 
jouée con sordini. est délicieuse et n'a qu'un défaut pour un concert : elle 
est trop courte. Le public, qui était décidément dans un jour d'enthou- 
siasme, a voulu entendre deux fois le Houet d'Ompkale de M. Saint-Saëns, 
tellement il avait été charmé par l'exécution de ce petit bijou sympho- 
uique, et il ne l'a pas applaudi moins vigoureusement la seconde fois que 
la première. Le programme était complété par le joli chœur sans accom- 
pagnement de Meyerbeer : Adieu aux jeunes mariés, et par l'ouverture du 
Carnaval romain de Berlioz, que l'orchestre a enlevé avec sa crànerie habi- 
tuelle. A. P. 

— Concerts du Chdtelet. — M. Raoul Pugno en est arrivé à ce moment 
de sa carrière où, sûr de dominer son public et maître absolu de ses moyens, 
il peut être considéré comme ayant acquis l'expérience la plus complète 
que l'on puisse atteindre dans l'art de jouer du piano. Son toucher est 
empreint d'une élégance extrême, il possède un modelé tel que chaque 
phrase vit et semble respirer sous ses doigts, maintenue d'ailleurs dans les 
limites de la plus rigoureuse correction; mais la qualité maîtresse qui s'y 
fait sentir, c'est la pureté d'émission d'où résulte la clarté pleine, absolue, 
entière. Joignons i cela un coloris discret, une aptitude toute spéciale à 
varier les sonorités sans abandonner la gamme des demi-teintes et cepen- 
dant une consistance de jeu telle que le pianiste ne perd jamais pied au 
milieu de l'orchestre, et nous comprendrons pourquoi l'interprétation de 
la Fantaisie, op. 15, de Schubert, orchestrée par Liszt, a valu à M. Raoul 
Pugno les témoignages réitérés d'une admiration unanime. — M"» Elise 
Kutscherra est parvenue très rapidement à se rendre la langue française 
assez familière pour la prononcer sans aucun accent vraiment désagréable; 
sa voix semble gagner d'une audition à l'autre, ce qui s'explique par le 
travail et par l'assurance que donne le succès. Beaucoup de fermeté dans 
les contours, une sonorité puissante et une vaillance extrême permettent 
d'accepter M"'= Kutscherra comme une des meilleures interprètes wagné- 
riennes de nos concerts. Moins heureuse dans le chant pur que dans la 
musique dramatique, elle a pourtant su donner à t'Absence de Berlioz le 
coloris voluptueux et au Jeune Pêcheur de Liszt la fraîcheur délicieuse qui 
conviennent à ces deux impressions musicales. — Deux contes de M. Gabriel 
Pierné : Les Petites Ophélies et Une belle est dans la forêt ont mis en relief la 



LE MENESTREL 



dOl 



jolie touche du musicien et le gracieux talent de M"" Marguerite Mathieu. 

— Mande, poème symphonique de M™ Augusta Holmes, a obtenu un 
accueil chaleureux ; c'est une œuvre de virile énergie, où parfois la force 
dégénère en tumultueux vacarme, mais la conception ne manque pas de 
grandeur et les passages consacrés à la peinture des mœurs champêtres 
sont pleins d'une pénétrante poésie. C'est là un ouvrage de nobles ten- 
dances, on ne peut le nier, et par la réalisation il reste, malgré tout, 
très au-dessus de la plupart des compositions de ce genre. — Le concert, 
commencé avec l'ouverture de Coriolan, s'est achevé par le 3" acte du Cré- 
puscule des Dieux. Amédée Boutarel. 

— Concert Lamoureux. — La seconde audition du Messie de Hicndel n'a 
pas eu moins de succès que la première. Cette composition est de colos- 
sales dimensions. On a dû, pour le public français, pratiquer un certain 
nombre de coupures; en Angleterre il n'en était pas ainsi, autrefois du 
moins. Lorsque Hœndel dirigeait l'exécution de ses oratorios, il les com- 
pliquait encore par des concertos d'orgue qu'il jouait entre les diverses 
parties. Le maître saxon eut le bonheur d'entendre toutes ses œuvres exé- 
cutées et acclamées de son vivant, et assista à sa propre apothéose. De là 
le caractère un peu théâtral et convenu de ses compositions ; elles brillent 
néanmoins par la grandeur, la simplicité et la clarté. On a souvent comparé 
Haendel et Bach: Hœndel est moins complexe et moins profond que son 
illustre émule. Bach s'était trouvé dans une situation de tout point diffé- 
rente: vivant presque toujours isolé, n'ayant point d'auditoire, sans am- 
bition ni désir de fortune, il ne trouva que dans l'art même la récompense 
de ce qu'il fît pour lui; chez lui, point de considérations de succès, point 
de formules comme on en voit trop chez Hœndel; delà ces hardiesses 
inouïes et les inventions qui débordent dans sa messe en si mineur, sa 
Passion et ses cantates. « Entre Bach et Hiendel, a dit excellement Ernest 
David, la différence est la même que celle qui existe entre un grand phi- 
losophe et un grand poète épique. Comme, par exemple, entre Platon et 
Homè