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in 2010 with funding from 

University of Toronto 



http://www.archive.org/details/lemnestrel84pari 



4471. -84° Année. 'N°l. 



Paraît tous les Vendredis. ^ ' » Vendredi 6 Janvier 1922 



r 



FONDÉ EN 1835 



1-7 f> \ 



LEMENESTREL 

MUSIQUE- ET- THET^TRES 



DIRECTEUR JTVCQUES HEUGEL 




DIRECTEUR. 

DE 1833À1ÔÔ3 

J.L. HEUCEL 



^l/Ci" 



7^ /y- 




DIRECTEUR^ 

DEI883À19I4. 

HENRIHEUCEL 



Le personnage de Don Juan dans 

l'œuvre de Mozart ■fiENRI DE OURZON 



Les Grands Concerts: 

Concerts-Lamoureux p. de LAPOMMERAYE 

Concerts-Pasdeloup JEAN LOBROT 

Concerts Divers. 



SOMMAIRE ' , ^ ^ 

Le Mouvement Musical à l'Étranger ; 

Angleterre MAURICE LENA 

Belgique ARMAND MASSAI) 

Italie G.-L. GARNIES 

États-Unis MAURICE LENA 



Le Mouvement Musical en Province, 



Éclios et Nouvelles. 
♦ ♦ ♦ 
SUPPLÉMENT MUSICAL 

four les seuls abonnis d la musigue 



IWOSIQUE DE PIHJÏO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro : 

CONTE POUR UNE NUIT D'HIVER, de Ernest Moret, extrait de Chansons des Beaux Soirs. 
Suivra immédiatement : Presque une Valse, de Paul Puget. 



]VIDSIQUE DE CHAflT 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant : 

Soupir, de André Gaïlhard, poésie de Sully-Prudhomme. 

Suivra immédiatement : Dolent, de Georges Hue, poésie de Paul Arosa, 

extrait de 7Voi5 Rondels dans le style ancien. 



Le Numéro ; 

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(Voir les Quatre modes d'abonnement an page 2 de la couoerture) 



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BUREAUX:RUE VIVIENNE^ bis PARIS (2î) 

TÊLÊri-iaMt:CUTeNBeR(ii 55-S9 

ADRESSE TÊLéCRA^niOUE: M ENESTftCU PARIS 



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Le Numéro ; 

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CONDITIONS D'ABONNEMENT 

A l'année seulement 

Pour Paris et les Départements 

I' TEXTE SEUL 20 fr. 

a* TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (î5 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

3* TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au I" janvier) 40 fr. 

4* TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) .... 60 fr. 
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 fr.; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ; 

Abonnement complet, 6 fr. 50. 
Frais d'envoi de la Prime au i" ianvicr (Province et Étranger) : 2" et 3« modes : chaque, 1 fr. 50; 4* mode : 3 francs. 

Les Abonnements partent du i" de chaque mots. 

En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che:^ tous les Libraires et Marchands de Musique 

ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal. 



HEUQEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", Z"», rue Vivienne, Paris (2') 
Le grand succès du Thêûtre National de l'Opéra : 

HÊRODIADE 



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La Partition Chant-Piano : 
Prix net : 40 fr. 

La Partition Chant seul : 
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DE MM. P. MILLIET et H, GRÉMONT 

Musique de J. MASSENET 



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La Partition Piano seul : 

Prix net : 24 fr. 

La Partition Piano 

à 4 mains : 

Prix net : 50 fr. 



•• I. — Air : Salom6 (sop.) : Il est doux, il est bon, sa parole 

est sereine (M"« Kanny Heldy) 5 

I bis.-he même, transposé pour mezzo-soprano 5 

a. — Air : Hkrodiadb (mezzo-sop.) : Ne me refuse pasl toi, 

mon seul bien! (M-' Lyse Charny) 5 

2iù.-Le même, transposé pour soprano 5 

3. — Duo : Jean, Salomé (tén.-sop.) : Ce que je veux : te dire 

que Je t'aime /... (M. Franz, M"« Fanny Heldy) ... 7 

4. — Air : Salohâ (sop.) : Charme des jours passés où 

j'entendais sa votx! (M"» Fanny Heldy) 5 

4^ù.-Le môme, transposé pour soprano 5 

5. — Duo : HÉROOE, Salové (bar., sop.) : Cen est fait, la 

JudéeappartientàTibère!{ÎA.RoviaTd,li"'F.lis\dj). 7 
6. — Air : HânoDE (bar.) : Vision fugitive et toujours pour- 
suivie! (M. Rouard) 4 

6its.-Le même, transposé pour basse 4 

6 ter.'he même, transposé pour ténor 4 

ARRANGEMENTS POUR 

i3. — Air : Phanuel (basse) : Le monde est inquiet... la patrie 

est en larmes (M. Journet) 5 

1 3 iù.-Le même, transposé pour baryton 5 

14. — Air : HâRODE (bar.) : Salomé! Salomé ! (M. Rouard . S 

i4iù.-Le même, transposé pour ténor . . 5 



N" 7. — Chant de la Sulamite (sop.) : Comme la rose nouvelle 

Mon bien-aimé resplendit) 

jbis.-'Le même, transposé pour mezzo-soprano 

8. — Stances : Salomé (sop.) : C'est Dieu que l'on te nomme! 

c'est Dieu! (M'" Fanny Heldy) 

8èw.-Les mêmes, transposées pour mezzo-soprano .... 

9. — Air : Jean (tén.) : Ne pouvant réprimer les élans de la 

foi (M. Franz) 

9 iù-Le même, transposé pour baryton 

10. — Duo : Jean, Saloub (tén., sop.) : Ahl c'est donc vrai. 

Seigneur, que tu pardonnes! (M. Franz, M"* Fanny 

Heldy) 

II. — Chœur des Romains : Romains! Romains! nous 

sommes Romains! 

1 1 bis.-Le môme, sans accompagnement, in-8" 

Chaque partie séparée 

12. — Quintette final : Pourquoi me retirer celte faveur 

suprême? 

CHANT ET PIANO 

i5. — Chœur de femmes (avec solo) : Hosannah! Hosannah! 
Hosannah! . 

16. — Chœur d'esclaves (chœur de femmes avec solo) : A 

tous deux richesse et bonheurs 

17. — Scène : Phanukl (basse) : Dors, ô cité perverse! 
(M. Journet) 



3 50 
3 50 



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LE BAXiXiET COMPLET (cinq numéros), pour piano à deux mains Prix net. 

Le même, pour piano à quatre mains • — 

(Les cinq numéros à deux mains et à quatre mains se vendent séparément.) 



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La dernière création du Théâtre National de rOpéra=Comique : 

mm LOIDBRE DE Lil CilTHËDRULE 



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La Partition 

Chant et Piano : 

Prix net : 40 francs 



DRAME LYRIQUE EN TROIS ACTES, d'après Blasco IBANEZ 
Poème de Maurice LÉNA et Henry FERRARE 

Musique de GeORGES HUE 



MORCEAUX DÉTACHÉS 

friiHB. 



Le Livret : 
Prix net : 3 francs. 

|8 ;iVMMUIJU. l JU ll I ■l . i .UJ.U J J I J. I AX B 



N** t . Récit : Tu sais de quelle ardeur, quand éclata la guerre . 3 50 

a. Récit : Pour moi, content du sort que le bon Dieu m'a fait 3 50 

airs. Le môme, pour ténor (en ré) 3 50 

3 . Légende : C'est de saint Leucanère et de sainte Leucille. 3 60 



N" 4. Menuet de la Vierge (piano) 5 

5. Prière : Mère compatissante, tout notre espoir est à vos 

genoux 3 

6. Récit et air : Quelle étrange faiblesse ! Dans cette vision 

de ma dévole enfance. . 5 



i gft g ie i gagM B igtt n fl i g ig i gagt g g gigM 



1922 



TABLE DES MATIERES 



TEXTE ET MUSIQUE 



N" I. — 6 janvier 1922 (pages i à 8). 

Le personnage de Don Juan dans l'œuvre de Mozart. 
Henri de Curzon. — Comptes rendus des Concerts. — Le 
Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Ernest MORET : Conte pour une Nuit d'hiver. 



IM» 2. — 13 janvier 1922 (pages g à 20). 

Sur Saint-Saëns, Jean Chantavoixe. — La Semaine musi- 
cale : Opéra-Comique : Don Juan, Paul Bertrand. — La Se- 
maine dramatique : Odéon : Coliche et Griffelin, Les Uns chez 
les Autres, Pierre d'OuvRAV. — Comptes rendus des Concerts. 
— Le Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Chant. — André QAILHARD : Soupir. 



N° 3. — 20 janvier 1922 (pages 21 à 32). 

Molière et la Musique, Henri de Curzon. — La Semaine 
dramatique : Potinière : Calixte ou l'Amoureuse sans le savoir; 
Ueux-Masques : Spectacle nouveau, Pierre d'OuvRAY. — Comptes 
rendus des Concerts. — Le Mouvement musical en Pro- 
vince et à l'Étranger. 

Piano. — Paul PUQET : Presque une valse. 



N° 4. — 27 janvier 1922 (pages 33 à 44). 

•( Antar » et Lamartine, Adolplie Boschot. — La Semaine 
musicale : Tliéâtre des Ciiamps-Êlysées : Skating Rink, P. de 
Lapommeraye. — La Semaine dramatique : Nouvel-Ambigu : 
La Flamms ; Théâtre-Femina : Un Chien dans un jeu de quilles; 
Nouveau -Théâtre : Spectacle nouveau, Pierre U'Ouvray. — 
— Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement nausi- 
cal en Pi-ovince et à l'Étranger. 

Chant. — Georges HUE : Dolent. 



N" 5. — 3 février 1922 (pages 45 à 55). 

L'Esthétique de l'Orgue, Alexandre Celmer. — La Semaine 
musicale ; Opéra : La Mégère apprivoisée, René Brancour. — 
La Semaine dramatique : Maison de l'Œuvre : L'Age heu- 
reux, Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — 
Le Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Charles SILVER : 

Gaillarde (ta Mégère apprivoisée). 



N» 6. — 10 février 1922 (pages Sy à 68). 

La Conception du drame chez Renan, Edouard Schneider. 
— La Semaine dramatique : Gymnase : L'Ame en folie (re- 
prise), .lacques Heugei. ; Théâtre des Arts : L'autre Fils; Poti- 
nière : Banco; Marigny : My Love, Pierre d'OuvRAY. — Comptes 
rendus des Concerts. — Le Mouvement musical en Pro- 
vince et à l'Étranger. 

Chant. — Charles SILVER : 
Crois en mon amour, ma petite Reine (la Mégère apprivoisée) . 



W° 7. — 17 février J922 (pages 69 à 80). 

Musique Russe, Louis Laloy. — La Semaine musicale : 
Théâtre -Mogador : Monsieur l'Amour, P. de Lapommeraye; 
Trianon-Lyrique : Le Roi l'a dit ; A la Poule gros sel, René Bran- 
cour. — Comptes rendu-S des Concerts. — Le Mouvement 
musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Edmond LAURENS : Tea Flirtation. 



N» 8. — 24 février 1922 (pages Si à 92). 

Le Tempérament du Chef d'Orchestre, André Schlemmer. 
— La Semaine dramatique : Vaudeville : La Chair humaine, 
Pierre d'OuvRAv; Comédie des Champs-Elysées : Le Mangeur de 
Rêves, Léandre Vaillat ; Salomé; Devant les Portes d'or, 
Jacques Heugel; Théâtre-Antoine : L'Heure du Berger, P. Saeoel; 
Nouveau-Théâtre : Spectacle nouveau, Pierre d'OuvRAY. — Comp- 
tes rendus des Concerts. — Le Mouvement Musical en 
Province et à l'Etranger. 

Chant. — Qabrîe! DUPONT : 

Allons, je suis armé (Antar)* 



N" 9. — 3 mars 1922 (pages gS à 104). 

La « Protection de l'Édition Musicale Française », Paul 
Bertrand. — La Semaine dramatique : Maison de l'Œuvre : 
Ubu, roi, P. Saegel; Théâtre -Daunou ; Théâtre des Champs- 
Elysées (reprises). — Comptes rendus des Concerts. — Le 
Mouvement musical çn Province et à l'Étranger. 

, Piano. — Alfredo BARBIROLLI : Allegrador. , :^ Q^ 



W" 10. — 10 mars 1922 (pages io5 à 116). 
L'Im.itation Musicale dans la Composition, Paul Rou- 
GNON. — La Semaine musicale : Théâtre des Champs-Elysées: 
Séance de Danses, P. de Lapommeraye. — La Semaine drama- 
tique : Théâtre-Michel : Paris ou le Bon Juge; La Chance du 
Mari; Nouveautés : Diane au bain, P. Saegel; Apollo : You-You, 
Pierre d'OuvRAv. — Comptes rendus des Concerts. — Le 
Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Reynaldo HAHN : 

Madrigal de Yamato (la Colombe de Bouddha). 



- .-141 — 



LE • MENESTREL 



N» II. — 17 mars 1922 (pages 117 à 128). 

Évolution et Tradition, Charles Kœchlin. — La Semaine 
musicale : Opéra : Boris Godounow, Paul Bertrand. — La Se- 
maine dramatique : Porte Saint-Martin : La Dernière Nuit 
de Don Juan, Pierre d'OuvRAv; Le Vieux-Colombier : L'Amour, 
livre d'or; La Mort Joyeuse, Léon Morris; Deux-Masques: Spec- 
tacle nouveau; Nouveau -Théâtre : La Montée vers l'Amour, 
Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — Mou- 
vement musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Sigismond STOJOWSKI : Intermède lyrique. 



H' 12. — 24 mars 1922 (pages 129 à 140). 
La Musique Russe et Berlioz, Adolphe Boschot. — La Se- 
maine dramatique : Odéon : Molière; Théâtre de Paris : Mi- 
quette et sa Mère, P. Saegel; Théâtre- Édouard-VlI : L'Illusion- 
niste; Athénée: Atout... Cœur, Pierre d'OuvRAY. — Comptes 
rendus des Concerts. — Le Mouvement musical en Pro- 
vince et à l'Étranger. 

Chant. — Georges HUE : 
Légende de Sagrario (Dans l'Ombre de la Cathédrale) . 



N" 13. — 31 mars 1922 (pages 141 à i52). 

Impressions d'un Fauteuil, René Brancour. — La Se- 
maine dramatique: Théâtre- Sarah-Bernhardt : Les Aigles 
dans la Tempête, Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des 
Concerts. — Le Mouvement musical en Province et à 
l'Étranger. 

Piano. — Gabriel DUPO.NT : Danse du Feu (Antarj. 



N» 14. — 7 avril 1922 (pages i5? à 164). 
Quelques Notes sur la prononciation latine du Latin, 
Henri de Curzon. — La Semaine musicale : Opéra : Falstaff, 
Paul Bertrand. — La Semaine dramatique : Palais-Royal : La 
Seconde Nuit de Noces ; Cigale : Va l'dire à Gênes, Pierre d'OuvRAv. 
— Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement 
musical en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Max d'OLLONE : Guitare. 



H° 15. — 14 avril 1922 (pages i65 à 176). 

Les Chants populaires bretons et leur destinée 
Edouard Schneider. — La Semaine musicale : Opéra de 
Monte-Carlo : Amadis, J.-H. Moreno; Trianon-Lyrique : Le Ju- 
gement de Midas, Paul Bertrand; Théâtre-Femina : Maria Kous- 
nezoff et sa Compagnie, P. de Lapomueraye. — La Semaine 
dramatique : Variétés : La Belle Angevine; Théâtre Daunou : 
Ta Bouche; Théâtre des Arts: Natchalo, P. Saegel; Renaissance : 
La Femme masquée; Maison de l'Œuvre : Dardamelle, Pierre 
d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — Le Mouve- 
ment musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Florent SCHMITT : Dans la Forêt ensoleillée. 



W° 16. — 21 avril 1922 (pages 177 à 188). 
Contradictions et Inconséquences, E. Jaques-Dalcroze. — 
La Semaine dramatique: Odéon : Une Danseuse est morte; 
Nouveau-Théâtre : Papassier s'en va-t en guerre; Connaître, 
Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — La 
Musique et le Théâtre au Salon de la Nationale, Camille 
Le Senne. — Le Mouvement musical en Province et à 
l'Étranger. 

Chant. — Gabriel DUPONT : 
Non, non, ce n'est pas un linceul (Antar). 



N" 17. — 28 avril 1922 (pages 189 à 200). 
A propos de Bruckner, Jean Chantavoine. — La Semaine 
musicale : Théâtre -Mogador : Le Fakir de Bénarès, Léon 
Morris ; ApoUo : Dolly, P. de Lapommeraye. — La Semaine 
dramatique : Vieu.x-Colombier : Les Plaisirs du Hasard ; 
Théâtre des Ternes : Les Aviateurs au Couvent; Cluny : Manœu- 
vres de nuit, Pierre d'OuvRAv. — Comptes rendus des Con- 
certs. — Le Mouvement musical en Province et à 
l'Étranger. 

Piano. — Georges BRUN : Pavane au Clair de Lune. 



N" 18. — 5 mai 1922 (pages 201 à 212). 
Rossini et la Musique d'Église, Henri de Curzon. 



La 



Semaine musicale : Opéra : Artémis troublée, Frivolant, Paul 
Bertrand. — La Semaine dramatique : Théâtre-Sarah-Bern- 
hardt : Régine Armand, P. Saegel; Théâtre-Antoine: Le Spec- 
tre de M. Imberger, Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des 
Concerts. — Le Mouvement musical en Province et à 
l'Étranger. 

Chant. — Philippe GAUBERT : Mon Petit Ane. 



N" 19. — 12 mai 1922 (pages 2i3 à 224). 
L'Orient et la Musique de l'Avenir, E.-C. Grassi. — La 
Semaine dramatique : Odéon : Le Songe d'une Nuit d'Été, 
P. Saegel; Porte-Saint-Martin: Les Don Juanes, Pierre d'OuvRAY; 
Théâtre-Édouard-VII : Une Petite Main qui se place, P. Saegel; 
Théâtre-Marigny : Péché de Jeunesse, Pierre d'OuvRAY. — 
Comptes rendus des Concerts. — La Musique et le Théâ- 
tre au Salon des Artistes Français, Camille Le Senne. — 
Le Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — J. MASSENET : 

Danse du Jongleur (le Jongleur de Notre-Dame). 



H' 20. — 19 mai 1922 fpages 225 à 236). 
L'Orient et la Musique de l'Avenir Oîn^, E.-C. Grassi. — La 
Semaine musicale : Opéra-Comique : Les Noces Corinthiennes, 
René Brancour. — La Semaine dramatique : Comédie-Fran- 
çaise : Vautrin, P. Saegel; Théâtre-Michel : Le Bel Ange vint; 
Théâtre des Deux-Masques : Nouveau Spectacle; Maison de 
l'Œuvre : Le Dilemme du Docteur, Pierre d'OuvRAY; Comédie des 
Champs-Elysées : Mesure pour Mesure, Léandre Vaillat. — 
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvenaent musical 
en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Félix FOURDRAIN : 

Romance (le Secret de Polichinelle) . 



W 21. — 26 mai 1922 (pages 237 a 244). 

Les Projets de l'Opéra, Raoul Brunel. — La Semaine 
musicale : Opéra : Baliets russes, Paul Bertrand; Gai té-Lyri- 
que : Gilles consolé; Apollo : Pouick, P. de Lapommer.\ye. — 
La Semaine dramatique : Théâtre-Femina : Spectacle russe ; 
Potinière : Un Jeune Ménage, Pierre d'OuvRAY. — Comptes ren- 
dus des Concerts. — Le Mouvement musical en Pro- 
vince et à l'Étranger. 

Piano. — Félix FOURDRAIN : 
Valse militaire (le Secret de Polichinelle), 



N- 22. — 2 juin 1922 (pages 245 à 256). 

Contrainte et Liberté, Charles Kœchlin. — La Semaine 
musicale : Vaudeville : Monsieur DumoUet, Paul Bertrand. 
— La Semaine dramatique : Gymnase : Barbe-Blonde, Pierre 
d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — Le Mouve- 
ment musical en Province et à l'Étranger. 
Chant. — Reynaldo HAHN : 
Chanson de Jonquille (la Colombe de Bouddha). 



W» 23. — 9 juin 1922 (pages 267 à 264). 

Massenet, Adolphe Boschot. — La Semaine musicale : 
Théâtre des Champs-Elysées : Représentations italiennes, André 
ScHAEFFNER. — La Semaine dramatique : Théâtre-Sarah- 
Bernhardt : La Môme; Théâtre des Arts : La Perle de Chicago, 
Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — Le 
Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 
Piano. — Théodore DUBOIS : Feuillet d'Album. 



W 24. — 16 juin 1922 (pages 265 à 272). 

L'Hommage National à Gabriel Fauré, Jean Chantavoine. 
La Semaine musicale : La Petite-Scène : L'Ivrogne corrigé, 
Sancho Pança dans son Isle, Joseph Baruzi ; Théâtre des Champs- 
Elysées : Les Ballets de la Loïe FuUer, P. de Lapommeraye. — 
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musi- 
cal en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Ernest MORET : Sérénade italienne. 



LE • MENESTREL 



W 25. — 23 juin 1922 (pages 273 à 280). 

Du Courage en Musique, Henri Bûsser. — La Semaine 
dramatique : Opéra : Le Martyre de saint Sébastien, P. Saegel ; 
Vieux-Colomhier : Saùl, Léon Morris. — Comptes rendus des 
Concerts. — Le Mouvement musical en Province et à 
l'Étranger. 

Piano. — Gabriel FAURÉ : IX^ Prélude. 



N° 26. — 30 juin 1922 (pages 281 à 28S). 

Hoffmann et la Musique, Henri de Curzon. — Concours 
du Conservatoire, Louis Schneider. — Comptes rendus 
des Concerts. — Le Mouvement musical à l'Étranger. 

Chant. — AxeJ-Raoul WACHTMEISTER : L'Illusion. 



N° 27. — 7 juiHet 1922 (pages 289 à 296). 

Lettres et Souvenirs, Henri Maréchal. — La Semaine 
dramatique : Gaité-Lyrique : Le Pont vivant, P. Saegel. — 
Concours de Rome, Paul Bertrand. — Concours du Conser- 
vatoire, Louis Schneider. — Le Mouvement musical en 
Province et à l'Étranger. 

Piano. — Robert-Charles MARTIN : Les Deux Vieilles. 



N° 28. — 14 juillet 1922 (pages 297 à 3o8). 

L'Amitié de Liszt et de Saint-Saëns, Georges Servières. 
— Concours du Conservatoire, Louis Schneider. — La Musi- 
que et le Cinéma, E. Rey-Andreu. — Le Mouvement musi- 
cal en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Q. QUÉRANDE : La Détresse. 



N° 29. — 2i juillet 1922 (pages 309 a 3i6). 

La Défense du Prix de Rome, Henri Bûsser. — Distri- 
bution des prix du Conservatoire, P. de Lapommeraye. — Le 
Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Paul ROUQNON : Chanson de Grand" Maman. 



H' 30. — 28 juillet 1922 (pages 317 à 324). 

Les Orgues et les Organistes, Cavaillé-Coll. — La Se- 
maine dramatique : Gymnase : La Rançon, Pierre dOuvRAY. 
— Le Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Henri MARÉCHAL : Sonnet duXVW siècle. 



N" 31. — 4 août 1922 (pages 323 à 332). 

Lettres et Souvenirs, Henri Maréchal. — La Muse aux 
deux visages, M. Daubresse. — Une Élève du Conservatoire 
, en 1812, René Brancour. — Le Mouvement musical à 
l'Étranger. 

Piano. — Alexis de CASTILLON : Première Mazurka. 



N° 32. — Il août 1922 (pages 333 à 340). 

L'Anneau du Nibelung, William Ward. — A propos des 
Concours de Chant et de Déclamation lyrique au Conser- 
vatoire, Max d'Ollone. — Une Élève du Conservatoire en 
1812 (fin), René Brancour. — Le Mouvement musical à 
l'Étranger. 

Chant. — Georges HUE : Galant. 



H' 33. 



18 août 1922 (pages 341 à : 



L'Anneau du Nibelung (suite), William Ward. — A propos 
des Concours de Chant et de Déclamation lyrique au 
Conservatoire (fin), Max d'OLi.oNE. — Le Mouvement musi- 
cal à l'Étranger. 

Piano. — Georges BRUN : Chant d'Amour. 



N» 34. — 25 août 1922 (pages 349 à 356). 

L'Anneau du Nibelung (suite), William Ward. — Impres- 
sions de Grèce, Armand Marsick. — Le Mouvement musical 
en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Emile PALADILHE : Beau Page de la Reine. 



N° 35. 



I" septembre 1922 (pages 357 à 364). 



L'Anneau du Nibelung (suite), William Ward. — Impres- 
sions de Grèce (suite), Armand Marsick. — Le Mouvement 
musical en Province. — Au sujet d'un Concours interna- 
tional de Musique, Mario Versepuv. — Le Mouvement 
musical à l'Étranger. 

Piano. — Armand MARSICK : Le Jeune Berger. 



N" 36. — 8 septembre 1922 (pages 363 à 372). 

L'Anneau du Nibelung (fin), William Ward. — La Semaine 
dramatique : Théâtre-Èdouard-VII : Le Retour d'Hélène, 
G.-L. Garnier. — Les Musiques Militaires, Henry Revers. — 
Le Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Louis MAINQUENEAU : 

Mon Cœur est un Oiseau fidèle et ^1 vec les A ns qui passent vite. 



N» 37. — 15 septembre 1922 (pages 373 à 38o). 

Halévy, Henri de Curzon. — La Semaine dramatique : 
Odéon : Penthésilée, Jacques Heugel. — Impressions de 
Grèce (suite), Armand Marsick. — Le Mouvement musical 
en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Alfredo BARBIROLLI : Négus. 



W 38. — 22 septembre 1922 (pages 38i à 388). 

Lettres et Souvenirs, Henri Maréchal. — La Semaine dra- 
matique : Théâtre-Michel : La Pomme, Jacques Heugel. — 
Impressions de Grèce (fin), Armand Marsick. — Le Mouve- 
ment musical en Province et à l'Étranger. 

Chant. — Ernest MORET : Loin de tes yeux. 



N" 39. — 29 septembre 1922 (pages 38g à 396). 

A propos de Meyerbeer, Antoine Banés. — La Semaine 
dramatique: Vaudeville : L'Avocat; Maison de l'Œuvre: Le 
Lasso, Pierre d'OuvRAY; Théâtre des Arts : Le Réveil du Fauve 
G.-L. Garnier. ^ Le Mouvement musical à l'Étranger. 

Piano. — César CUI : Deuxième Valse. 



N» 40. — 6 octobre 1922 (pages 397 à 404). 

Petites Notes sans portée : Pour le Centenaire prochain de 
César Franck, Raymond Bouyeb. — La Semaine dramati- 
que : Variétés : La Petite Chocolatière (reprise); Moulin-Bleu : 
Elle était faite pour l'amour, Pierre d'OuvRAY ; Potinière : Ta 
Douche... Bébé, P. Saegel. — Aux jeunes Artistes, P. de 
Lapommeraye. — Le Mouvement musical en Province et à 
l'Étranger. 

Chant. — Julien TIERSOT : Rossignolet sauvage. 



543 - 



LE • MÉNESTREL 



N° 41. — 13 octobre 192a (pages 4o5 à 412). 

Petites Notes sans portée : Pour le Centenaire prochain de 
César Franck Cfin), Raymond Bouyer. — La Semaine drama- 
tique : Odéon : La Dent rouge, P. Saegel; Théâtre-Antoine : 
L'Insoumise, Pierre d'OuvRAv ; Nouveautés : Chouchou, poids 
plume, P. Saëgel. — Comptes rendus des Concerts. — Le 
Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Robert=CharIes MARTIN : Jour de Pluie. 



N° 42. — 20 octobre 1922 (pages 413 à 420). 

Henry Février, Henri Wooi.lett. — Comptes rendus des 
Concerts. — Le Mouvement musical en Province et à 
l'Étranger. 

Chant. — Charles SILVER : Il y avait de l'amour. 



N" 43. — 27 octobre 1922 (pages 421 à 432). 

Théophile Gautier et la Musique, Henri de Curzon. — La 
Semaine dramatique : Gymnase : Judith; Palais-Royal : La 
Merveilleuse Journée, P. Saegel; Maison de l'Œuvre : L'Enfant 
truqué; L'Atelier : Spectacles d'Ouverture, Pierre d'OuvRAY. — 
— Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement mu- 
sical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Maurice PESSE : Madrid. 



H" 44. — 3 novembre 1922 (pages 433 à 444). 

A propos des Représentations de Salzbourg, Joseph 
Baruei, — La Semaine musicale : Opéra : La Fille de Roland, 
Paul Bertrand. — La Semaine dramatique : Comédie-Fran- 
çaise : Le Chevalier de Colomb; Théâtre des Arts : La Pension- 
naire; Potinière : Spectacle coupé, Pierre d'OuvRAY. — Comptes 
rendus des Concerts. — Le Mouvement musical en Pro- 
vince et à l'Étranger. 

Chant. — René LENORMAND : Deux Textes Asiatiques. 



N° 45. — 10 novembre 1922 (pages 445 à 466). 

De la Destinée de quelques préjugés antiwagnériens, 
André Schaeffner. — La Semaine musicale : Opéra-Comi- 
que : Les Uns et les Autres, Quand la Cloche sonnera..., Gianni 
Schicchi, G. Samazeuilh. — La Semaine dramatique : Odéon : 
Les Fruits défendus, Pierre d'OuvRAY; Théâtre-Mogador : Peer 
Gynt, P. Saegel. — Comptes rendus des Concerts. — Le 
Mouvement musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — Alfred BACHELET : 

Prélude (Quand la Cloche sonnera...). 



N° 46. — 17 novembre 1922 (pages 457 à 468). 

De la Destinée de quelques préjugés antivp-agnériens 

(fin), André Schaeffner. — La Semaine musicale : Théâtre- 
Femina : Annabella, P. de Lapommeraye. — La Semaine dra- 
matique : Théâtre de Paris: Le Vertige; Comédie des Champs- 
Elysées : Candida, Jacques Heugel ; "Variétés : Le Blanc et le 
Noir; L'Atelier : Carmosine, La Mort de Souper, P. Saegel; 
Théâtre des Champs-Elysées : Représentations de M. Zacconi, 
Concert de danses, G.-L. Garnieh; Théâtre Albert-I-' : Destruc- 
tion, Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — 
La Musique et le Théâtre au Salon d'Automne, Camille 
Le Senne. — Le Mouvem.ent musical en Province et à 
l'Étranger. 

Chant. — Alfred BACHELET : 
Chanson de Yascha (Quand la Cloche sonnera...). 



N° 47. — 24 novembre 1922 (pages 469 à 480). 

L'Enseignement du Chant, D' J. Baratoux. — La Semaine 
dramatique : Odéon : Le Mariage d'Hamlet, Jacques Heugel; 
Marigny : Dis qu'c'est toi!; ApoUo : Le Baiser aux enchères, 
Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — Le 
Tiîouvement musical en Province et à l'Étranger. 



Piano. 



- Alexis de CAStiLLON : 

Appel du Soir. 



W" 48. — I" décembre 1922 (pages 481 à 492). 

Le Centenaire de César Franck., Jean Chantavoine. — 
Franck intime : Une Conversation avec M. Gabriel 
Pierné, P. de Lapommeraye. — La Semaine dramatique : 
Vaudeville : Femmes, Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus 
des Concerts. — Le Mouvement musical en Province 
et à l'Étranger. 

Chant. — César FRANCK : 
3'^ Air de V Archange, de Rédemption. 



W" 49. — 8 décembre 1922 (pages 493 à 504). 
Ibsen chez Uii, D' Raoul Blondel. — La Semaine musi- 
cale : Opéra : Grisélidis, René Brancour. — La Semaine dra- 
matique : Potinière : Les Chevaux de bois, Pierre d'OuvRAY. — 
Comptes rendus des .Concerts. — Le Mouvement musical 
en Province et à l'Étranger. 

Piano. — ROLAND-MANUEL : 

Barcarotle (Isabelle et Pantalon). 



ti' 50. 



15 décembre 1922 (pages 5o5 à 5i6). 



Grisélidis et les Mistères du Moyen Age, Louis Laloy. 
— La Semaine musicale: Trianon-Lyrique : Isabelle et 
Pantalon, Gustave Bret; Opéra-Comique : Le Festin de l'Arai- 
gnée, Paul Bertrand. — La Semaine dramatique ; Comédie- 
Française : L'Ivresse du Sage, Pierre d'OuvR.iy; Théâtre-Antoine: 
Locus Solus, L. m. — Comptes rendus des Concerts. — 
Opinions de quelques Musiciens anglais sur César 
Franck. — Le Mouvement musical en Province et à 
l'Étranger. 

Chant. — Henry FÉVRIER : Noël. 



W° 51. — 22 décembre 1922 (pages Siy à 528). 

La Fête et les Chants de Noël dans l'ancienne France, 
Maurice Lena. — La Semaine dramatique : Théâtre des Arts : 
Terre inhumaine, P. Saegel; Théâtre dé TAthénée : La Son- 
nette d'Alarme, Pierre d'OuvRAY ; Théâtre-.Albert-I" : Soirées 
Yvette Guilbert, Léon Morris ; Châtelet : Capoulada de Marseille, 
Pierre d'OuvRAY'. — Comptes rendus des Concerts. — Lé 
Mouvemient musical en Province et à l'Étranger. 

Piano. — César FRANCK : Introduction de Ruth. 



H' 52. — 29 décembre 1922 (pages 529 à 540). 

Bruits et Frissons modernes, Jacques Heugel. — La Se- 
maine musicale: Opéra : La Flûte enchantée, René Brancour. 
— La Semaine dramatique : Théâtre-Sarah-Bernhardt : Paul et 
Virginie ; Vieux-Colombier : Michel Auclair, Pierre d'OuvRAY ; 
L'Atelier : La Volupté de l'Honneur, Antigona, G.-L. Garnier. — 
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement Musi- 
cal en Province et à l'Étranger. 

Chant. — ROLAND-MANUEL : 

Air d'Isabelle (Isabelle et Pantalon). 



— 544 



LE MENESTREL 




Le Personnage de Don Juan 
dans l'œuvre de Mozart 




L faut avouer que le personnage de Don Juan, 
sur la scène, fait une étrange figure. On le 
donne comme irrésistible et tout le monde 
lui résiste; il passe pour le séducteur par 
excellence et personne n'est par lui séduit; 
il brave les vivants et les morts, mais il ne 
garde jamais le dernier mot. La fascination qu'il exerce 
est pourtant incontestable, mais c'est par l'idée qu'on 
se fait de lui et indépendamment de ses actes. 

Ces actes, comment les rendre intéressants? Comment 
faire pour qu'ils expliquent et justifient cette fascination? 
C'est la solution que cherchent tous les poètes ou les 
artistes épris de cet énigmatique héros, tous les inter- 
prètes, vraiment dignes de ce nom, qui aspirent à le 
faire vivre devant la rampe. Le champ est libre, en 
somme, aux études d'âme et aux extériorisations de 
caractère. 

Il l'est surtout pour les poètes, et c'a été la dernière 
conception d'Edmond Rostand que celle d'un Don 
Juan qui fût bien à lui, et nouveau. Mais il l'est aussi 
pour les interprètes, à condition qu'ils restent en har- 
monie et d'accord avec l'oeuvre d'art, avec le drame, 
lyrique ou non, dont l'évocation leur a été confiée. De 
même que, lorsqu'on joue le Fatist de Gounod, ce n'est 
pas sur le Méphistophélès de Gœthe qu'il est à propos 
de prendre modèle, mais c'est celui de Gounod, de Bar- 
bier et Carré qu'il convient de réaliser; de même, pour 
le Don Juan de Mozart, ce serait trahir et Mozart et 
Da Ponte que d'incarner le Don Juan de Tirso, de 
Molière ou de Zorrilla. Il est, toutefois, loisible à 
l'artiste qui assume la responsabilité de cette redoutable 
évocation de chercher à mettre en valeur tout ce qui 
peut la rendre intéressante, d'en faire comprendre la 
jouissance et la séduction. 

Ce serait une étude curieuse que celle des plus admi- 
rables Don Juan de Mozart, de ceux qui ont su doter 
leur réalisation de plus d'éloquence et de plus d'origi- 
nalité ! Elle devrait, d'ailleurs, laisser de côté la stricte 
interprétation vocale; car, s'il est assuré que les trois 
plus caractéristiques que Paris ait applaudis sont Gar- 
cia, Nourrit et Faure, le dernier seul avait la voix 
choisie par Mozart, celle du créateur du rôle, Luigi 
Bassi. Mais, n'importe : chacun d'eux, à sa façon, évo- 
quait en perfection son personnage. 

Garcia fondait, en quelque sorte, dans son interpré- 
tation, la fougue de l'Otello hors de pair qu'il était et 
la grâce de l'Almaviva qu'il avait créé; et c'est peut- 
être en quoi il fut le plus complet. Aussi bien, sa natio- 



nalité espagnole achevait de donner à son Don Juan 
une saveur particulière de race. On comprenait, avec 
lui, que le célèbre séducteur pût Être à la fois irrésistible 
et déçu. Il faisait naître également l'amour et la crainte, 
il charmait et horrifiait. Son autorité n'allait pas, au 
surplus, sans quelque vulgarité, mais elle était d'autant 
plus grande que sa voix de ténor possédait un médium 
exceptionnel et tout le mordant indispensable à ce rôle 
de baryton. 

Ce n'était pas le cas d'Adolphe Nourrit, pour qui il 
fallut pointer tous les airs et arranger les ensembles, et 
qui eût dû se contenter d'incarner Ottavio, comme 
Rubini, s'il n'eût été qu'un chanteur. Mais cet admirable 
comédien lyrique était la séduction même : la grâce 
exquise dans le charme et la légèreté dans la verve, une 
gaîté pétillante et désinvolte, une finesse et une élégance 
raffinées, une tendresse de voix comme frémissante et 
un jeu à la fois vigoureux Qt prenant au possible. 

Mais alors, comment pouvait-on résister à ce Don 
Juan-là? C'est sans doute en se posant cette question 
que Faure voulut tenter une autre conception du per- 
sonnage. Il était, avant tout, grand seigneur; dilettante, 
ironique, sceptique..., constamment maître de soi; sa 
curiosité de gourmet avait une sorte d'indulgence dédai- 
gneuse quand elle s'abaissait à courtiser Zerline ou à 
chanter sous une fenêtre de camériste, un orgueil sans 
défaillance, une fierté sans brutalité mais indomptable, 
quand elle s'attaquait à Donna Anna ou évoquait le 
Commandeur. Il n'imposa pas tout de suite cette inter- 
prétation, et l'expression profonde de sa diction, et la 
sobriété raffinée de son ajustement, et l'autorité impo- 
sante de son geste. Des critiques lui reprochèrent de 
n'avoir pas la fièvre du triomphe, la passion qui dévore, 
l'air enivré qui séduit, le faste un peu fou qui éblouit... 
Mais c'est bien ce que je disais tout à l'heure : si Faure 
ne répondait pas à l'idéal qu'on se fait communément 
de Don Juan, c'est que cet idéal H'es/jcas celui de Mozart. 



Don Juan, pourtant, est aimé. Par qui? Par Elvire, 
sans doute, qui, jusqu'au bout, s'efforce de le sauver. 
Mais Donna Elvire, si elle a les plus belles pages à 
chanter, est en quelque façon sacrifiée à Donna Anna, 
et c'est entre celle-ci et Don Juan que s'exerce l'essentiel 
conflit. Nouvelle question, soulevée pour expliquer la 
fascination de Don Juan : Donna Anna l'aime-t-elle? 
Rien ne l'indique, à bien examiner l'œuvre. Mais c'est 
une idée, lancée, comme on sait, par cet extraordinaire 
Imaginatif qu'était Hoffmann, et dont l'éloquence pas- 
sionnée a fait la fortune. Comme elle tend, en même 
temps, à approfondir le caractère même de Don Juan, 
il n'est pas inutile de la rappeler; mais ce serait peu 
connaître l'âme souriante de Mozart que d'y voir la 
source de ses inspirations. 



LE • MENESTREL 



Selon Hoffmann, — ■ qui, sous le nom d'« un enthou- 
,siaste en voyage », se trouve assister à une merveilleuse 
représentation italienne de Don Juan, et la décrit comme 
sous le coup d'une dévorante émotion. — il y a du 
Méphistophélès dans le personnage. La beauté de sa 
figure est traversée par une expression, un jeu de muscle, 
sur le front, qui éveille une involontaire horreur. « Il 
semble que les femmes sur qui il a jeté les yeux ne 
puissent plus se détacher de lui et doivent, forcément, 
enveloppées par sa sinistre puissance, consommer elles- . 
mêmes leur perte. » Et, de fait, c'est l'histoire même de 
Donna Anna, telle qu'il la conçoit d'après l'interprète 
du rôle, telle que la lui révèle VEspi'it même de cette 
interprète, avant de succomber, à la fin de la soirée, à 
l'excès de sa passion d'artiste : tout illuminée de haine 
et d'amour, tant que la lutte est engagée entre elle et 
Don Juan, elle est glacée d'angoisse et d'horreur une 
fois que l'abîme l'a englouti, et elle meurt de n'avoir pu 
l'arracher de l'enfer. 

a Deux choses, le mépris profond du point de vue vul- 
gaire d'envisager la vie, auquel il s'est senti supérieur, 
et l'amère raillerie de l'humanité qui a pu attendre sa 
satisfaction de l'amour heureux, de l'union bourgeoise... 
l'excitent, le poussent à ceci surtout: se révolter, mar- 
cher hardiment contre cet Etre inconnu, maître du 
destin, qui ne lui paraît qu'un monstre malicieux, se 
faisant un jeu cruel des misérables créatures de son 
caprice moqueur. Chaque séduction d'une fiancée 
aimée, chaque ruine du bonheur d'un amant est pour 
lui un triomphe superbe sur cette puissance ennemie... 
sur la nature... sur le Créateur... 

» Donna Anna est placée, sous le rapport des faveurs 
de la nature, en opposition avec Don Juan. De même 
que Don Juan était, par cs.sence originelle, un homme 
merveilleusement fort et beau, elle, de même, est une 
femme divine, sur l'âme pure de laquelle le diable n'a 
rien pu. Tout l'art de l'enfer n'est arrivé qu'à la perdre 
sur la terre Qui sait si Donna Anna n'a pas été des- 
tinée par le Ciel à faire reconnaître à Don Juan, dans 
l'amour même qui l'a perdu, la nature divine qui est 
en lui, et à l'arracher au désespoir de ses efforts chimé- 
riques? Il l'a vue trop tard, il l'a vue au moment de sa 
plus ardente audace, et alors, seule, la joie diabolique 

de la perdre pouvait le satisfaire Lui seul pouvait 

embraser en elle cet égarement voluptueux dont elle 
l'enlaça et qui accomplit son œuvre avec la rage des- 
tructive des esprits infernaux. Quand il a voulu fuir, la 
pensée de sa chute l'a étreinte d'angoisses torturantes. 
La mort de son père par la main de Don Juan, son 
union prochaine avec le froid Qiordinairc Don Ottavio, 
qu'elle croyait aimer auparavant, et même, dans le plus 
intime de son être, l'amour, exalté par un feu dévorant, 
qui s'est embrasé et brûle comme une flamme destruc- 
tive... tout déchire son cœur. Elle sent que, seule, la 
mort de Don Juan peut donner la paix à son âme, mais 
cette paix est en même temps sa propre mort sur la 
terre. Elle presse donc sans relâche son glacial fiancé 
de la venger; elle poursuit elle-même le traître; et ce 
n'est que lorsque les puissances souterraines l'ont- 
entraîné qu'elle devient plus calme... Seulement il lui 
est impossible de céder à son fiancé : Lascia, o Caro, 
un anno ancora!... mais elle ne passera pas cette 
année... ». 

Évidemment, c'est aller un peu loin dans les déduc- 
tions et Hoffmann voit ici des choses que Mozart ne 



pouvait même pas soupçonner. A l'époque où il 
écrit son rêve enthousiaste (1812), vingt ans se sont h 
peine écoulés depuis la mort de cet esprit de lumière, 
et des souffles nouveaux de passions inouïes passent à 
travers les esprits. La Donna Anna d'Hoffmann ne fait- 
elle pas pressentir l'Isolde de Wagner (qui, d'ailleurs, 
avait une prédilection pour le conteur-musicien)? Mais 
Hofî'mann apprécie avec tant de pénétration et de poésie 
l'admirable partition en elle-même qu'il faut bien lui 
passer un peu d'hallucination. 

La contre-partie existe, de ce conflit dont le destin de 
Don Juan est le gage. Il était fatal qu'une conception 
plus moderne voulût sauver le grand séducteur, et c'est 
en Espagne même, où si souvent le théâtre a montré le 
salut dans le rachat, qu'elle devait naître à son tour. 
Dans le Don Juan Tcnorio de Zorrilla (1844), dont 
le succès populaire a fait une sorte de « mystère » 
annuel pour le Jour des Morts, Don Juan est sauvé par- 
le sacrifice d'Inès. Mais cette fois, ce n'est plus Anna 
qui apparaît, c'est Elvirc, l'épouse arrachée à son cou- 
vent, que le remords a tuée, mais dont l'amour a su 
pénétrer, après la mort, l'âme indomptable de Don 
Juan, jusqu'au renoncement, jusqu'à l'humiliation 
même, et qui la conquiert à la vengeance du Comman- 
deur... 

Mais je m'aperçois que je quitte, ici, le domaine de 
la Musique... N'allons pas plus avant. 

Henri de Curzon. 



LES GRANDS CONCERTS 



Concerts - Lamot^reux 

En ces jours de fêtes précédés de réveillons, il est bon 
d'offrir aux auditeurs des œuvres de tout repos, qui fassent 
peu travailler leur attention émousséc par la dinde tradi- 
tionnelle, le Champagne de la veille, un sommeil écourté et 
agité. Ainsi s'imposait, dimanche 1'^'' janvier, un festival 
Beethoven-Wagner : côté Beethoven, l'Ouverture d'Egmont 
et la Symphonie pastorale, et, côté Wagner, Lohcngrin et 
les Maîtres Chanteurs. 

C'était commencer l'année dans une sage tradition, et 
sous les applaudissements qui accueillirent l'orchestre et 
son chef il y avait à la fois remerciements pour le passé et 
vœux pour l'avenir. Nous y avons joint les nôtres en toute 
sincérité. Pierre de Lapo.mmerave. 

Concerts-PasdeSofxp 

.')Z décembre et i'^'' janvier ig22. — Les Concerîs-Pasde- 
loup nous ont donné aujourd'hui, en hommage à la mémoire 
du Maître disparu, un festival Sainî-Saëns. 

Les œuvres choisies sont exécutées si fréquemment que 
d'autres, sinon moi, ont eu l'occasion de vous dire ce qu'il 
en faut penser. Je ne parlerai que de l'interprétai ion. Les 
quatre poèmes symphoniques : Phaéton, la Jeunesse d'Her- 
cide, le Rouet d'Omphale, la Danse macabre, furent fort 
bien rendus, et, dans le dernier, le violon de M. Dorson, 
ménétrier d'enfer au visage débonnaire, fut chaleureuse- 
ment applaudi. 

Le Concerto en la inineur pour violoncelle, dont, toutes 
proportions gardées, l'allegro con moto présente de si 
curieuses analogies avec le Menuet de l'Amour médecin de 
Poise, fut interprété correctement,... sans plus, par M. Victor 
Pascal. 

ïi'Henri VIII, les belles voix de M"'* Demougeot, impec- 
cable musicienne, de M"" Courso, pathétique mezzo, et de 
MM. Tossié et Dubois, nous donnèrent le Quatuor qui n'a 
pas trop vieilli, mais qui n'est guère à sa place au concert, 



^- LE • F.1ENESTREL 



l'action étant, i ce moment du drame, si rapide, si \iolenle 
même, qu'elle ne saurait se passer du jeu scénique. 
M"- Demougeot, vibrante tragédienne, le sentait si bien que, 
malgré elle, elle esquissait gestes et jeux de physionomie. 

L'orchestre, à part lui fâcheux « pain >i de trombone // 
sur un silence, accompagna honorablement ces chanteurs 
fort applaudis. 

La belle Symphonie en ut mi7ieiira\'cc orgue, qui fut fort 
bien jouée, terminait ce copieux programme. 

Jean LonK.OT. 

CONCERTS DIVERS 

M. Edouard Risler, avant de partir pour Lausanne, a 
exécuté dans l'intimité, chez M. et M"'" Paul Ettlingcr, les 
quatre sonates de Beethoven figurant au programme des 
séances qu'il va donner en Suisse : la Pathétique etles trois 
sonates qui la suivent (op. 14, n^^^ i et i, et op. 22). 

Jamais le grand pianiste ne sembla mieux en possession 
de tous ses moyens : ce fut, pour les quelques privilégiés 
auxquels il fut donné de l'applaudir, une émotion renou- 
velée, une joie intense de s'abandonner à la séduction 
de celte sonorité unique et d'admirer, en même temps, la 
conscience compréhensive de cette interprétation aussi 
sobre qu'émouvante. 

En écoutant cet extraordinaire artiste, comme nous 
déplorions davantage encore l'indisposition malencontreuse 
qiii, en immobilisant récemment M. Risler, ne lui a 
malheureusement pas permis de donner au public parisien, 
avant son départ pour l'étranger, une nouvelle audition 
intégrale des sonates de Beethoven, comme il l'avait 
annoncé! Ce ne sera, heureusement, que partie remise à 
bientôt. P. B. 

La Cantoria. — ■ La belle oeuvre à la fois artistique, cha- 
ritable et patriotique dont nous avons souvent parlé, a 
donné le mercredi 28 décembre, à la salle de Géographie, 
un très beau concert consacré aux « Chants de Noël ». Sous 
l'habile direction de M. Jules Meunier, cet excellent 
ensemble choral, formé, surtout d'orphelin.s de guerre, a 
interprété avec un art achevé un remarquable ensemble 
d'œuvres de Palestrina, Bach, Ha^ndel, Berlioz, César 
Franck, Vincent d'Indy, et de fort beaux Noêls, harmonisés 
par Gevaert ou par MiVL Julien Tiersot et Jules Meunier- 
L!exécution homogène, souple, nuancée, fut un enchante- 
ment ininterrompu. 

M"'* Marie-Ange Henry, violoniste, soliste des Concerts- 
Pasdeloup, prêtait son concours à la « Cantoria ». Son 
succès a été considérable : Un Concerto de Vivaldi et 
diverses pièces de Fr. Bach, Schumann et Pugnani ont 
permis d'apprécier l'ampleur de son style et les rares qua- 
lités de son jeu. P. B. 

Association des Concerts artistiques (2g décem- 
bre 1021). — De nouveaux et d'intéressants concerts sym- 
phoniques sont organisés depuis peu salle Gavcau, sous une 
excellente direction de M. Léon Loicq. L'orchestre, quoique 
assez réduit, sonne très bien et se prête aux interprétations 
les plus nuancées. Celle de la Symphonie de Franck, le 
39 décembre, fut parfaite d'expression. L'ouverture de 
Gwendoline, pleine de fougue, le prélude du troisième acte 
de Ninon de Lenclos de M. Maingueneau, très coloré et 
dramatique, la Fantaisie sur deux Noëls VFj//o)is de Jongen 
eurent un égal succès. Seule la Sérénade de Mozart, 
qu-oique très rj'thmée, resta sèche. 

M"': Antoinette Veluard possède le sens do certains états 
crépusculaires auxquels se complaît la sensibilité roman- 
tique. Dans les Variations symphoniques de César Franck, 
c'est plutôt ceux-ci qu'elle traduisit en des sonorités dia- 
phanes, mais toujours avec une sorte d'élan qui, à défaut 
■encore de puissance, sauvegarde en l'œuvre l'ampleur de 
l'inspiration. A. S. 

Concert Francis Coye (2S décembre igsij. — Le jeu de 
M. Coye est Icrme et d'une technique très sûre, mais 



manque un peu de clarté et gagnerait i^ar un usage plus 
modéré de la pédale ou d'expressions alla ruhato. L'art de 
Schumann lui réussit mieux que celui de Chopin : dans le 
premier (Etudes symphoniques. Papillons) il surfaire appa- 
raître cet éternel aspect de carnaval qui se glisse, fimtasque 
et. nostalgique, en presque chaque œuvre de Schumann. 

A. S. 

Concert Qa!eotti=Poulet (2C) décembre). — Tout d'abord 
une rencontre rare, — et qui devrait être, au contraire, fré- 
quente, si, lorsque se pose le problème de la collaboration 
artistique, le souci de réalisation totale et de pleine perfec- 
tion était le seul qui intervînt. Les deux instrumentistes qui 
donnent ensemble un concert ne sont point seulement, ce 
soir-là, deux hommes d'un talent accentué et à la fois libre 
et strict; mais encore, chez l'un et chez l'autre, ce qu'il y a 
de net et de souple oriente vers des recherches apparemé'es; 
et l'accord s'établit ainsi non par série de renoncements et 
double atténuation de personnalité, — mais au contraire 
par commune expansion et patiente et joyeuse recherche. 

De la sono fut rendue possible, de la Dixième Sonate 
{op. g6) de Beethoven, une interprétation d'une extrême 
beauté. Dès le début, il sembla que le son du violon se 
délivrait de toute sa part pondérable et ne gardait de lui- 
même, pour ainsi dire, que la cime et l'élément aérien. Tout 
cela sans artifice et sans nul abandon. Au contraire, quel- 
que chose de nerveux; — une fine, bondissante robustesse. 
Pendant ce temps, le piano paraissait apporter à cette sorte 
de volonté subtilisée le vaste consentement de la terre spec- 
tatrice, — la rumeur des forêts et des ruisseaux et, dans 
la dernière partie, une allégresse pastorale. Sorte de trans- 
position du dialogue des protagonistes et du chœur, dans 
les tragédies antiques. 

MM. Cesaro Galeotti et Gaston Poulet firent entendre 
ensuite la Sonate en ut mineur de Bartholoni. Cette sonate, 
qui n'avait point encore été exécutée à Paris, est composée 
de façon très savante; et, ainsi que le montrait un intéressant 
programme, le souci d'architecture, — ou, tout au moins, 
le principe « cyclique » et cellulaire, — y est constamment 
observé. Deux thèmes s'énoncent et s'opposent, puis s'atti- 
rent et se rejoignent, et do nouveau se séparent puis s'inter- 
pénétrent. Edifice de vastes proportions, — à travers lequel 
se meut une inspiration souvent vigoureuse. Les deux 
interprètes, — et l'auteur, que l'on reconnut dans la salle, — 
furent longuement acclamés. 

La séance se termina par la Sonate de Franck. MM. Ga- 
leotli et Poulet en mirent en relief l'élément lyrique, — et 
ce qui fait que chaque note est ici brûlante et en même 
temps toute proche des larmes. La dernière partie surtout 
fut pa:r eux supérieurement traduite. C'était bien, après une 
longue suite d'implorations et de replis, la voie droite enfin 
découverte, • — et l'élan triomphal de l'être, qui est mainte- 
nant tout enveloppé de joie. Le violon, à ce moment, sem- 
blait projeter autour de soi, avec chaque note, un poudroie- 
ment lumineux, comme celui qui enveloppe les êtres en 
tels tableaux du xv'-' siècle. J. B. 

L'Heure musicale (Mercredi 2 S décembre, salle Gaveau). 
— D'abord une inoffensive Sonate pour violon et piano, de 
M. Blair Fairchild, fort bien exécutée par M"= Léonie 
Lapié et M'"<î G. Gauthier. La distinguée violoniste joua 
aussi des « dislyques », — nous supposons qu'il faut lire : 
« diptyques » — de M. Maurice Imbert, sorte de charges 
d'ateliers qui, moins longues, sembleraient plus drôles. 
j\jmè j^i_ villot chanta avec intelligence, mais parfois avec 
un volume de voix qui dépassait les dimensions de la salle, 
d'ingénieuses mélopées de M. de Bréville, et aussi d'ori- 
ginales Mélodies populaires espagnoles, harmonisées avec 
beaucoup de goût et d'entente du pittoresque par M. Raoul 
Laparra : L'Homme de Bidarrai, la Lumière morte et la 
Jota furent particulièrement goûtées. 

Un Trio pour violon, violoncelle et piano, de M. Cha- 
noine-Davranches, interprété par M"" Lapié, M. Choinet 
et l'auteur, terminait la séance. Solidement construite selon 



LE • MÉNESTREL 



les traditions classiques, cette composition est cependant 
romantique par la chaleur passionnée des motifs qui l'ani- 
ment. Les dialogues mélodiques du mouvement médian 
sont d'un beau caractère. Constatons qu'il eût fallu quelques 
études supplémentaires pour apporter à l'ensemble de 
l'exécution toute la cohésion nécessaire. R. B. 



Voir à. la dernière page les programmes des Concerts 

Saint-SaëQs et l'Ofientalisme espagnol 



La presse de l'autre côté des Pyrénées a consacré d'im- 
portants commentaires à Saint-Saëns. On croirait, d'ail- 
leurs, relire simplement nos articles français, traduits. C'est 
toujours le même concert d'éloges sur la forme de l'œuvre, 
les mêmes réserves concernant la personnalité des idées et 
leur émotion. 

En somme, à notre suite, le monde entier a catalogué 
Saint-Saëns parmi les génies infaillibles, mais froids. Cela 
est fort curieux, cette décision du grand troupeau de 
Panurge; curieux surtout lorsque l'on ouvre la partition de 
Samson et Dalila. Dans toute notre école française, excepté 
Berlioz et Bizet, je ne vois, pour ma part, rien qui 
approche de cela comme « lumière », comme compréhen- 
sion, surtout, du caractère des âmes et des aspects. Lorsque 
je repense à mes heures d'Orient, Saint-Saëns m'apparaît 
comme le plus grand orientaliste musical qui ait jamais 
existé. Tout le reste, à des degrés de goût plus ou moins 
raffiné, me fait revoir la Parisienne ovale de i83o ou cubique 
de 1922 en turban turc. 

L'art « fausse-moukère » et « chameau-sentimental » est 
autour de nous comme le mirage d'un désert où l'art de 
Saint-Saëns mettrait une oasis rafraîchissante de vérité. Le 
personnage de Dalila à lui seul accuserait le contraste par 
sa composition plastique et tonale, par l'étude d'âme qu'il 
constitue en ses langueurs du sud, ses silences mystérieu- 
sement terribles et l'espèce de fluide parfumé que dégage 
son orchestration. Quoi de plus foule et joie d'Orient que 
le troisième acte de Samson : « Rue du Caire! » exclame- 
ront ceux qui n'ont connu le suprême conte du soleil qu'à 
travers les bazars d'exposition ou l'ont conçu en Cook's 
globe-trotters. Quelle merveille pourtant que ce thème 
arabe du ballet, resté cru et vrai dans la clarté du traitement 
symphonique, dans toujours plus d'exaltation, à la façon de 
ces danses marocaines où il y a de la femme et du lion! A 
la façon encore de ces amours dansées, sœurs du tango 
d'Andalousie, contenant en germe la grande fleur du fla- 
menco épanouie au jardin d'Espagne. Il s'est trouvé des 
gens pour nier ces parentés qui forment la famille même 
du soleil. Saint-Saëns s'étonnait récemment devant moi 
que l'on pût les contester. Les doctrines sont secondaires. 
Il suffit que le Flamenco soit lui-même, c'est-à-dire 
l'étrange magicien, à voix si aigre, à voix si douce, dont 
l'incantation, à jamais, délicieusement vous damne. 

Raoul Laparra. 

Le Mouvement musical en Province 



Angers. — ■ Cinquième Concert populaire (692''). — La 
manne sonore que l'on nous distribua par ce dimanche de 
Noël fut, en tous points, accueillie chaleureusement par un 
public toujours fidèle. 

Deux œuvres en première audition devaient d'abord 
retenir notre attention : i» Évocations, de M. Albert Rous- 
sel; 2° Paysages basques, de Cl. Guillon-Verne. 

Les Evocations, traitées dans la note moderne, décrivent 
comme à travers un voile les mystères d'un Orient imprécis 
où la « Ville Rose » brille cependant d'un éclat magique. 



Les Paysages basques chantent avec clarté, et sans inu- 
tiles recherches, l'amour de Ramuntcho et la poésie d'un 
jour de repos au village. Ces deux œuvres, très différentes, 
furent très bien accueillies. 

M. de la Patellière, ténor à la voix harmonieuse et bien 
conduite, fut l'interprète applaudi de la Procession de 
C. Franck et du « Repos de la Sainte Famille » de l'En- 
fance du Christ de Berlioz. Le Divertissement des jeunes 
Ismaélites offrit à MM. Moncelet, Schreurs et Durand, 
instrumentistes distingués, l'occasion d'un succès très 
mérité. 

Un article tout entier ne serait pas de trop pour louer le 
magnifique talent de M. Reuchsel, dont la carrière de pia- 
niste s'ouvre avec une moisson de triomphes. Le Concerto 
en mi bémol de Liszt, Prélude et Fugue en la mineur de 
Bach-Liszt, un Scherzo de Chopin et Saint François de 
Paule marchant sur les flots de Liszt confirmèrent sa 
jeune réputation qui, chez nous, vient de s'affirmer d'une 
façon si éclatante. 

L'Ouverture d'Egmont de Beethoven et la « Pastorale » 
de l'oratorio de la Nuit de Noël de Bach, complétaient cet 
imposant programme que M. Jean Gay dirigea avec la pré- 
cision et la sûreté qui lui sont coutumières. 

— Troisième séance de musique de chambre. — Nous y 
retrouvons les deux solistes de la veille. Avec des pièces 
anciennes de Rameau et Gluck, ainsi que dans des lieder 
de Schumann, Moussorgsky et Debussy, M. de la Patellière 
se montra chanteur émérite et artiste distingué. 

M. E. Reuchsel connut à nouveau le grand succès après 
sa belle exécution de la Sonate en si bémol de Chopin. La 
Marche funèbre, sous ses doigts, prend une importance 
tragique qui est la plus parfaite signification du tempéra- 
ment de ce jeune virtuose. Albeniz, Fauré, A. Reuchsel et 
Liszt (12'' Rapsodie) furent encore commentés par lui avec 
un brio salué des plus insistants rappels. 

Le 13° Quatuor à cordes de Beethoven, avec ses six mou- 
vements d'un ensemble d'exécution difficile, fut pour nos 
quartettistes habituels la raison d'applaudissements prolon- 
gés et mérités sans la moindre réserve. L.-Ch. M. 

Decize (Nièvre). — M. MarnefF, violoncelle-solo des 
Concerts-Lamoureux, vient de donner une belle audition. 

Il joua le Concerto en la mineur de Saint-Saëns avec 
une précision, une virtuosité remarquables. Sa sonorité est 
d'une très grande ampleur. Il fut accompagné par sa fille, 
M""= Germaine MarnefF, qui joint à une musicalité parfaite 
un mécanisme impeccable. 

Montpellier. — • Gismonda d'Henry Février, donnée en 
soirée de gala, a obtenu un tel succès à la première repré- 
sentation que la direction crut devoir le jouer le samedi 
suivant aux lieu et place de Faust. 

Nantes. — Le Théâtre Graslin a donné Ninon de Len- 
clos, de M. Louis Maingueneau. Il n'est point utile de 
conter aux lecteurs du Ménestrel le livret de Ninon de Len- 
clos: il est vivant, intéressant, avec une véritable intrigue 
et du mouvement. La musique est traitée suivant les 
conceptions modernes de l'opéra; quand je dis modernes, 
c'est dans le meilleur sens du mot. M. Louis Maingueneau, 
élève du maître Gédalge, se serait bien gardé, avec son bon 
sens de vendéen, d'aller aux excentricités qui font la joie 
d'un petit public de snobs. Par moderne, j'entends que la 
symphonie joue un rôle important dans l'œuvre, sans tou- 
tefois écraser la mélodie répandue à chaque page de la 
partition. 

Le pittoresque vieillot du grand siècle y est traduit en 
imitations charmantes, et sous l'archaïsme voulu des thèmes 
court une amusante et chaude harmonie. Et quel joli senti- 
ment dans les scènes d'amour! quelle mélancolie exquise 
dans le Prélude du quatrième acte, page symphonique de 
premier ordre qui, si je ne me trompe, est déjà au réper- 
toire des grands concerts! 

Ce qui distingue M. Maingueneau de tant de jeunes 



— 4 



LE • MENESTREL 



compositeurs, c'est qu'il asservit lu science à l'émotion et 
ne craint pas d'être sincère. 

Le succès de l'œuvre fut considérable. 

M. Emile Rachet a monté l'œuvre avec une véritable ma- 
gnificence. M""^ Niza Bladel assumait la tâche difficile de 
jouer le rôle de Ninon. Possédant une voix magnifique, 
elle s'est révélée en outre comédienne de véritable tempé- 
rament, car le rôle demande autant à être joué que chanté. 

M. Blouse fut un excellent Villarceaux et M. Orand un 
jeune de Villiers touchant MM. Euryale et Plumer com- 
posèrent habilement les rôles de Scarron et de Boisrobcrt ; 
M"« Préville fut une imposante M"" Scarron. 

L'orchestre, dont la tâche est si ardue, fut parfaitement 
dirigé par M. Dobbelaer. 

Ce sont là des représentations dont notre ville peut être 
fière. Y. L. 

Rennes. — Théâtre Municipal. — Bonne reprise de 
Louise. La partition de G. Charpentier fut bien exécutée 
par l'orchestre, très en progrès, sous la direction de Léon 
Tart. Le ténor Mirés (Julien), Madeleine Camp (Louise), 
et Pol Virly (le père) sont artistes adroits et chanteurs 
parfaits. M"" Léonnety (la mère) fut assez bonne comé- 
dienne. Ne parlons pas du reste ! 

— Premier Concert de la Société du Conservatoire. — 
Au Théâtre, belle matinée d'art. M. J.-B. Ganaye, direc- 
teur du Conservatoire, dirigea avec goût des œuvres de 
Wagner, Mendeissohn, Lalo, etc. Le violoniste Touche, de 
l'Opéra, vint jouer la Sérénade Espagnole de Lalo et le 
Poème d'E. Chausson avec la maestria que l'on connaît. 
Triomphe. M™" Marcella Doria, soliste des Concerts-Co- 
lonne, chanta avec art le grand airdu/^ï-e_rsc/î!if^,deWeber, 
et des mélodies modernes. 

— Au Cinéma-Pathé, le Cercle Orphéonique donnait un 
beau concert, où il fit venir le charmant ténor Rodolphe 
Plamondon, le violoniste L. Wyns et le pianiste G. Dan- 
delot. Tous trois remportèrent le plus vif succès, cette fois 
devant une salle remplie. G. P. 



Le Mouvement musical à l'Étranger 



ANGLETERRE 

Sociétés d'amateurs. — Au Brixlon Théâtre, représenta- 
tions de la Véronique de Messager. Salles combles. 

— Les events musicaux se sont succédé, ininterrompus, 
à Leicester. La Philharmonie Society, sous la baguette de 
sir Henry Wood, y a exécuté VElie de Mendeissohn. 
M™« Tetrazzini, MM. Kreisler, Cortot, Kubelik, Mischa- 
Léon y ont donné des récitals. 

— Covent Garden, pour le moment, hospitalise un ci- 
néma. On y déroule, sous la direction musicale d'Eugène 
Goossens, un film des Trois Mousquetaires. 

— Miss Dorothy Moulton, propagandiste attitrée de la 
musique anglaise, a chanté l'autre jour, à l'jËolian Hall, 
des pages de Purcell, Arne, Vaughan-Williams, Quilter, 
Bax, Gerrard Williams, Bliss, et des arrangements modernes 
de chants populaires britanniques. 

— Les concerts Goossens, au Queen's Hall, sont fidèle- 
ment suivis. Au dernier : Bach, Ireland, Malipiero. Les 
honneurs de la séance furent pour Stravinsky, de plus en 
plus goûté chez nos voisins (Symphonie pour instruments 
à vent, Sacre du Printemps). 

— En Angleterre comme en Allemagne, articles de presse 
où l'on malmène les chefs d'orchestres symphoniques. 
Qu'une œuvre nouvelle soit inscrite sur le programme d'un 
concert, la voilà, du même coup, s'il faut en croire certaines 
leuilles, jalousement exclue des programmes rivaux, car elle 
n'offre plus, dès lors, l'intérêt d'une première. La théorie 
du moindre effort prévaudrait parmi les conductois. Il arri- 
verait, nous dit-on, qu'ils se présentent aux répétitions sans 
connaître l'ouvrage que l'on va répéter, d'où la préférence 



qu'ils témoigneraient à la musique d'une exécution facile. 

— M. James White, qui s'est mis en quête, moderne 
Diogène, d'un librettiste et d'un compositeur anglais capa- 
bles d'écrire une bonne comédie musicale, n'arrive point 
les découvrir. Les Musical News and Herald ne s'inclineni 
point devant la compétence, qu'ils estiment douteuse en 
l'espèce, de ce riche financier, et si l'on écrit peu d'ou- 
vrages de ce genre en Angleterre, cette revue n'en accuse 
que les managers, qui manquent de «flair» et n'accueillent 
musiciens et librettistes que par des rebuffades. 

Maurice Lena. 
BELGIQUE 
Liège. — Les récitals hebdomadaires organisés par 
M. Guilleaume ont révélé au public liégeois plusieurs 
artistes d'un rare mérite tels que Marcel Ciampi, Laurend 
Swolfs, le violoncelliste Maurice Dambois, les pianistes 
Germaine Thyssens et Robert Casadesus. 

— La première séance Ysaye a eu lieu avec le concours 
du violoniste Mischa Elman dans des œuvres de Vivaldi, 
Lalo, Bach, Sarasate..., la seconde, avec le pianiste Yves 
Nat et le violoncelliste Gaston Poulet. 

— Le cercle « A Cappella Liégeois », dirigé par Lucien 
Mawet, a repris son activité. Au programme du i3 décembre 
figuraient des œuvres de Frescobaldi, Vittoria, Payen, Bach, 
Ha;ndel, avec le concours de l'organiste Fernand Mawet et 
du violoncelliste José Wéber. 

— A la première audition d'élèves du Conservatoire nous 
avons eu le plaisir d'entendre Deux Sérénades, op. 6i, pour 
quatuor, de Joseph Jongen, la Flûte de Pan, pour flûte, de 
J. Mouquet (soliste H. Magnée), et le Sextuor de J. Brahms 
(R. Collette, H. Koch, V. Vaillant, H. Hanson, J. Wéber et 
M. Dorssers), tandis qu'à la distribution des prix (17 dé- 
cembre) se produisirent des lauréats médaillés de cette 
année : José Wéber, dans le Concerto en ré mineur, 
pour violoncelle, de Lalo, Rodolphe Collette, violoniste, dans 
le Poème de Chausson, et Jean Stiennen, dans le Concerto 
en mi bémol, pour piano, de Liszt. Ce dernier s'est fait 
remarquer par un jeu brillant, une technique développée 
déjà et une certaine musicalité. La soirée se terminait par 
une exécution bien mise au point de la Guerre, épisode 
dramatique de Valère Gille pour soli, chœurs et orchestre, 
musique de Joseph Leroy, premier second prix de Rome 
(élève de Sylvain Dupuis). Cette œuvre possède de nom- 
breuses et sérieuses qualités et a révélé un compositeur 
connaissant à fond son métier. 

— Au cours de son récital du 19 décembre, le pianiste 
Walter Rummel a fait sensation dans des œuvres de Bach, 
Liszt, Chopin, Wagner et Debussy. 

— Le Quatuor Ad Artem (M"'= Jeanne Maison, pianiste, 
MiM.J. Robert, violoniste, J. Rogister, altiste,et A. Dechesne, 
violoncelliste) ont ouvert la série des concerts Dumont- 
Lamarche, le 21 décembre, avec le Quatuor en la de 
Chausson, la Sonate en la majeur de Fauré et le Quatuor 
en sol mineur de Brahms. 

— Signalons encore le brillant concert donné au Conser- 
vatoire, le 28 décembre, par deux maîtres wallons dirigeant 
leurs œuvres : Albert Dupuis, directeur du Conservatoire 
de Verviers, et Joseph Jongen, professeur de fugue au Con- 
sei-vatoire de Bruxelles. Dupremier nous entendîmes Lucas 
et Lucette, égloge enfantine en quatre parties pour orchestre, 
tout imprégnée do poésie, et le Concerto pour violoncelle 
et orchestre, magistralement exécuté par Maurice Dambois. 
De Joseph Jongen, nous avons pu apprécier le charme 
exquis de ces Pages intimes, op. 55 (i''* exécution), trois 
miniatures pour petit orchestre : a) Il était une fois ; 
b) Dansej Mi-felle ; c) Le Bon Cheval, œuvres bien conçues, 
qui s'imposeront certainement par leur simplicité et leur 
claire ordonnance ; ensuite le Concerto pour violoncelle, 
défendu avec une réelle ferveur artistique par Maurice 
Dambois, qui détailla, maintes pages pleines de vie et de 
sens. Le concert se terminait par Ronde Wallonne, pour 
orchestre, de J. Jongen. Le succès du virtuoses et des deux 
maîtres fut grand et mérité. Armand Massau. 



LE • MÉNESTREL 



ITALIE 
Bologne. — La Leggcnda di Sakiintala, opéra en trois 
actes de M. Franco Aliano, directeur du Licco Musicale de 
celte ville, a été représentée avec un grand succès, sous 
rémineatc direction de T. Scrafin. 

Milan. — Le célèbre théâtre de la « Scala » a fait sa 
réouverture solennelle avec Fatsiaff, sous ia directioa émi- 
nente du maestro Toscanini. Trois années d'interruption 
avaient été nécessaires pour la constitution de la nouvelle 
société autonome qui préside désormais aux destinées de ce 
théâtre et pour sa remise en état, dont nous avons maintes 
fois décrit les travaux considérables. Parsifal et II Barbiere 
succéderont sur l'affiche à l'œuvre de Verdi qu'un public 
enthousiaste a longuement acclamée dans une interpréta- 
tion de premier ordre, en tête de laquelle il convient de 
citer le baryton Mariano Stabile. Nul doute que la « Scala » 
ne retrouve son ancienne et universelle réputation. Sa pre- 
mière représentation — un événement musical pour tonte 
ritatie — fut couronnée du plus éclatant succès. 

— Au « Dal Verme », Rosina Lejat s'est fait applaudir 
dans une excellente interprétation de la Rosine du Barbiere. 

Rome. — L'éminent maestro Pietro Mascagni avait op- 
posé son veto formel aux représentations purement litté- 
raires que le « Costanzi )> préparait de \d. Paris ina àe Gabriele 
d'Annunzio. Ce poème dramatique avait en effet été destiné 
primivemenî à Mascagni qui le mit en musique. Des repré- 
sentations de cet opéra eurent lieu en igiS à Milan, puis à 
Rome. Or, voici que d'Annunzio veut voir son œuvre 
paraître au théâtre dépouillée du vêtement musical, qui, 
sans doute, ne l'habillait pas au gré du poète. 

Les représentations littéraires de la Parisina de d'An- 
nunzio ont eu lieu, malgré le veto que leur opposait le 
maestro Mascagni. 

— Le concert d'inauguration de ri< Augusteo » réunissait 
sur son programme les noms de Martucci, de Vivaldi et de 
Wagner ilaSj'mjj/^oni'ecn ré, du premier, n'apas été accueillie 
sans réserves; pour les deux autres maîtres, leur éloge n'est 
plus à faire. B. Molinari conduisait avec son grand talent 
habituel. 

— La saison lyrique du « Costanzi » a fort heureusement 
débuté. Le maestro Zandonaï dirigea lui-même sa Francesca 
da Rimiixi, dont les principaux interprètes étaient Gilda 
dalla Rizza, le ténor F. Michèle et le baryton Mangeri. Le 
second spectacle (ut consacré aux Maîtres Chanteurs sous 
la direction de Fritz Reiner, de l'Opéra de Dresde. 

— Première à !'« Eliseo » de Yuschi balla, opérette de 
Benaisky, jouée avec succès à Vienne et à Berlin. 

Le charmant théâtre de marionnettes « Théatro dei 
Piccoli 1) a repris dès le début de décembre ses opéras en 
miniature. Nous relevons au programme Cencrentola (Cen- 
drillon) de Massenet, // Barbiere^ la Bella dormente del 
bosco de Gian Bistolfi, musique de Respighi, Ciottalino de 
Forgano, musique de Ferrari-Trecate, et d'autres œuvres de 
Mozart, Gluck, César Cui, Pergolèse, Paisiello, Petrella, 
Wagner, etc. G.-L. Garnier. 

MONACO 
Monte-Carlo. — Le septième concert classique fut parti- 
culièrement brillant. Il débutait par la magnifique Ouver- 
ture de Frithiof de, Théodore Dubois; on entendit ensuite 
une remarquable Suite symphonique pour violoncelle et 
orchestre de M. Léon Jehin, qu'interpréta M. Fernand 
PoUain, Nocturnes de Debussy et un Concerto de Boc- 
cherini. 

ÉTATS=UNIS 
Le président Harding vient d'accepter la présidence de 
la Caruso Ivlemorial Fundation qui se propose, comme 
nous le disions l'autre jour, de seconder financièrement les 
efforts des jeunes artistes américains. 

— A l'Auditorium de Chicago, V Amour pour les trois 



oranges, l'œuvre nouvelle du compositeur slave Prokofieff, 
sera chanté, non pas en russe, mais en français. 

Au Cordon Club de cette ville, exécution très applaudie 
de la Sonate pour piano et violon de Gabriel' Grovlez, 

— Qui sera, parmi les ténors, l'héritier, au Metropolitan, 
de Caruso? Gigli? Martinelli? Peut-être un outsider. 

— Le chef d'orchestre anglais, Albert Coates, vient d'ar- 
river aux Etats-Unis. Il dirigera pendant dix semaines les 
concerts de la New-York Symphony. Walter Damrosch, 
le chef titulaire de cet orchestre, ira, cependant, en Europe, 
pour y conduire, à Londres, deux concerts de la London 
Symphony, à Stockholm, un concert de la Stockholm Sym- 
phony. 

— On sait l'activité généreuse de la Society of Amerfcan 
Friends of Musicians in France. M. Jules Hanscn, direc- 
teur de l'École municipale de musique de Reims, a reçu 
de cette société et, d'autre part, de M. Plagier, une dona- 
tion dont l'ensemble s'élève à lo.ooo dollars. Nos amis 
d'Amérique ne s'en tiendront pas là. L'an prochain ils aide- 
ront cette école, qui ne dispose encore que d'un local pro- 
visoire, à se procurer une installation permanente. 

— Sous la direction d'Artur Bodanzky, la Société des 
Amis de la Musique a donné l'écemment la musique de 
scène écrite pour Beaucoup de bruit pour rien par Erich 
Korngoid dont le Metropolitan joue en ce moment la Ville 
morte. La presse a jugé favorablement cette partition 
qu'elle déclare amusante, colorée, et qui, pour s'adapter 
mieux à l'œuvre de Shakespeare, pastiche agréablement 
les caractères essentiels de la musique anglaise. 

— Triomphe de Chaliapine dans Boris Godounoff, dont le 
Metropolitan a donné ces jours-ci la première. Eloge una- 
nitne, dans la presse, du « Caruso des basses ». 

Ce n'est pas la première fois que Chaliapine chante au 
Metropolitan. En 1907 il y avait tenu les rôles, entre autres, 
de Mephistopheles, dans Fausf; de Basile, àzn^ le Barbier ; 
de Leporello, dans Don Juan. Il n'avait alors obtenu qu'un 
succès moyen. 

Sa revanche est éclatante. Chaliapine a chanté Boris en 
russe. Les autres interprètes et le chœur chantaient en 
italien. Maurice Lena. 



licH 



Tmeentenmpe de polièpe 



Cette fête de l'esprit français sera célébrée officiellement 
du 14 au 18 janvier. 

Samedi 14 janvier, il y aura une grande cérémonie 
d'inauguration à la Sorbonue, sous la présidence de M. Mil- 
lerand; discours de MM. Léon Bérard, Robert de Fiers, 
Emile Fabre et lectures d'adresses par les représentants des 
pays étrangers. 

Dimanche i5, galas populaires gratuits au Théâtre-Fran- 
çais et à l'Odéon. 

Les jours suivants seront marqués de cérémonies diverses. 
Le collège de Clermont, aujourd'hui Lycée Louis-le-Grand, 
où Molière fit ses éludes, organise des fêtes spéciales de 
son côté. 

Un dîner sera donné au Cercle Interallié. La Comédie- 
Française donnera, dans la salle des Cariatides du Louvre, 
une petite représentation. 

Le 19 janvier, réception, en soirée, à la direction des 
Beaux-Arts. 

Voici les 'dates arrêtées par M. Emile Fabre, administra- 
teur général, pour les représentations du cycle de Molière, 
qui commencera le samedi 7 janvier : 

Samedi 7 janvier (soirée) : Aimer Molière^ l'Etourdi, A la 
gloire de Molière, les Comédies de Molière, cérémonie avec 
les sociétaires et les pensionnaires : les Précieuses Ridicules. 



LE MENESTREL 



Lundi 9 : l'Avare, l'Amo-ur mcdecin. 

Mordis 10 CI 17, jeudis is et 19 janvier (abonnements) : 
Don Juan. 

Mercredi 11 : l'École des ATaris, Monsieur de Pourceciii- 
gnac. 

Samedi 14: le Malade imaginaire, la Cérémonie, la Com- 
tesse d'Escarbagnas. 

Dimanche i5, matinée gratuite : l'Etourdi, Monsieur de 
Pourceau gnac; soirée de gala offerte par le Gouvernement 
aux représentants des natio^is étrangères : A la gloire de 
Molière, les Comédies de Molière, avec les sociétaires et 
pensionnaires, le Bourgeois gentilhomme. 

Lundi lô, soirée de gala offerte par le Gouvernement à 
l'Université et aux grandes écoles : Tartuffe ou rimppsteur, 
Monsieur de Pourceaugnac. 

Mercredi iS : les Femmes savantes, le Tombeau de 
Molière, les Fourberies de Scapin. 

Jeudis iQ et 26 janvier (matinées abonnement) : la Com- 
tesse d'Escarbagnas, le Bourgeois gentilhomme. 

Samedi^ 21 : le Misanthrope, le Sicilien ou l'Amour 
Peintre, Epilre à Molière. 

Dimanche 22 (matinée) : Sganarelle ou le Cocu imagi- 
naire, le Bourgeois gentilhomme. 

Lundi 23 janvier : l'Ecole des Femmes, la Critique de 
l'Ecole des Femmes, l'Impromptu de Versailles. 

Mercredi 25 : le Dépit amoureux. Don Juan. 

-Samedi 28 : Georges Dandin ou le Mari confondu, les 
Fâcheux, le Médecin malgré lui. 

Dimanche 29 janvier (soirée) : Amphitryon, le Mariage 
forcé. 

Danses et divertissements réglés par M'"* Chasles; musiqae 
de LuUi, reconstituée par M. Raymond Charpentier. 

Décors nouveaux de M. Bailiy (V Ecole des Femmes), de 
AL Bertin (l'Autour médecin. Monsieur de Pourceaugnac, 
le Sicilien, les Fâcheux), de M. Charles Granval Iles Four- 
beries de Scapin). Costumes dessinés par M. Betout. Décor 
nouveau et costumes dessinés par M. Dresa (l'Etourdi). 



La ville de Paris donnera, au Châtelet, une représentation 
gratuite du Bourgeois gentilhomme. 

Le Théâtre-Michel, le Théâtre du Vieux-Colombier, 
l'Ambigu donneront des œuvres de Molière à des dates qui 
seront ultérieurement fixées. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 

A l'Opéra : 

iïeVoaiaie poursuit le cours de sa triomphale carrière; 
l'accueil du public s'affirme toutours aussi chaleureux, et 
chaque représentation est une suite ininterrompue d'accla- 
mations, de bis, de rappels enthousiastes. 

M™'' Lyse Charny, l'admirable créatrice du rôle d'Héro- 
diade. étant partie en congé, a été remplacée lundi dernier 
par M"« Griàlys, qui avait, à Bruxelles, interprété le rôle 
avec un très grand succès. 

Elle n'a pas été accueillie moins favorablement à l'Opéra. 
Son autorité, son intelligence scéniquc, sa saisissante com- 
position du personnage, dont elle n'a pas craint de mettre 
en relief le caractère tarouche, passionné, et aussi sa belle 
voix, d'un admirable éclat, surtout dans l'aigu, ont produit 
grande impression. P. B. 

Antar, le superbe drame lyrique écrit par Gabriel Dupont 
sur le célèbre poème de M. Chckri-Ganem, qui a pris si 
brillamment place au répertoire de l'Opéra et dont une suc- 
cession d'œuvres nouvelles ou de reprises avait interrompu 
les représentations pendant quelques semaines, sera donné 
le lundi 9 janvier, avec tous les artistes de la création : 
M"" Fanny Heldy, Yvonne Courso, MM. Franz, Rouard, 
Delmas, Noté, Rambaud, Narçon, etc. 

M. Roucbé vient d'engager M. Ghereau en qualité de 
régisseur général. 

— A l'Opéra-Comiquc : 

La matinée de gala de Don Juan, que l'Opéra-Comique 



devait donner le 4 janvier au bénéfice de la caisse de 
retraites de son personnel, est remise définitivement au 
samedi 7 janvier i i h. i5. 

— A la Comédie-Française : 

Nous avions, dans notre dernier numéro, indiqué que 
M. Léon Bérard, ministre de l'Instruction publique, avait 
adressé quelques observations au Comité do la (Comédie- 
Française. 

Parmi ces observations figurait un rappel à l'observation 
des Statuts. Le grand maître des Beaux-Arts invitait le Co- 
mité à examiner s'il n'y aurait pas lieu de mettre à la 
retraite quelques jeunes premiers de soixante ans. 

C'était donc tout d'abord trancher la question de la 
retraite de M. Paul Mounet, qui devait se retirer le t" jan- 
vier 1922, mais qui... Enfin, il fallut s'incliner. M. Paul 
Mounet quittera donc la maison de Molière ; il n'empor- 
tera d'ailleurs que des regrets. M. Emile Fabre lui a expri- 
mé ceux de ses camarades au dernier Comité. Majs ce n'est 
pas totit. Le Comité a décidé de proposer au ministre la 
mi.se à la retraite de M""= Thérèse Kolb et de M. Mayer, 
qui ont accompli vingt années de sociétariat. 

Mais pour reconnaître les bons et loyaux services de ces 
troi_s artistes, on priera M. Léon Bérard de les nommer 
sociétaires honoraires. 

11 est certain que M. Léon Bérard se conformera à ce 
désir. 

— Au Perchoir, triomphe l'Ecole des Chansonniers, pré- 
texte plaisamment imaginé par MM. Jean Basiia et Paul 
Cordeaux pour présenter un ensemble de chansons gaies 
particulièrement bien venues, agrémenté, au début du 
second acte, par une « Distribution des prix de l'École des 
Chansonniers » extrêmement divertissante et dont le succès 
fut très vif. 

Félicitons particulièrement M. Jean Bastia, le brillant 
meneur de jeu; M. Jean Lcmarguy, tour à tour Briand ori- 
ginal et Dédé remarquable; M. Alfred Pasquali, excellent 
Pendu; M"= iMissia, qui imite Hyspa de manière fort réussie 
et est parfaite dans la scène du Nouveau Jeton; M. Michel 
Herbert, chansonnier spirituel, et la délicieuse M"" Gaby 
Benda, dont la grâce et la diction intelligente font mer- 
veille sur le tréteau du Perchoir. P. S. ' 

— A l'occasion du 40" anniversaire de la création à'Hé- 
rodiade. M"'" Mathilde Homsy-Massabo, grande et fervente 
admiratrice de Massenet, a confié à« l'Emulation française » 
le soin d'ouvrir un concours de poésie dont le sujet est 
une Ode à Massenet, ou tout autre genre de poème dans 
lequel sera glorifié le génie du Maître. 

La date de clôture du concours est fixée irrévocablement 
au 3i mars 1022. 

Les manuscrits devront être inédits et n'avoir pris part à 
uucun concours. 

Ils devront être écrits très lisiblement et au recto seule- 
ment, en double exemplaire. 

Ils ne seront pas signés et porteront une devise répétée 
sur une enveloppe cachetée, contenant le nom et Tadresse 
de l'auteur. 

Les personnes étrangères à l'œuvre de l'Émulation fran- 
çaise » pourront concourir en joignant à leur envoi un droit 
de 3 francs, en bon poste. 

Le jury sera présidé par le maître Xavier Privas; M"'' M. 
Homsy-Massabo, excellent poète elle-même, en fera partie 
de droit. 

Un prix de 5oo francs en espèces sera décerné à l'auteur 
de l'œuvre classée première. 

Deux seconds prix de deux cents francs chacun seront 
attribués aux auteurs des manuscrits classés à la suite. 

M"'!^ M. Homsy-Massabo, l'aimable donatrice, se réserve 
le droit de réunir et de publier en plaquette les œuvres des 
trois lauréats. 

La distribution des prix auralieu, si possible, le 12 mai 1923, 
anniversaire de la naissance du maître regretté. 

Adresser les manuscrits à M. Edmond Martin, directeur 
de « l'Emulation française », 3i, rue de Ponceau, Châtillon 
près Paris. 

— M. Briand vient d'élever au grade d'officier de la 
Légion d'honneur M. Fernand Rooman, à Bruxelles. 

M. Rooman, fondateur du Gardénia Roval d'Anvers, lutte 
depuis trente-deux ans pour la pensée française en pays 
flamand. Professionnellement, il a rendu les plus grands 
services aux auteurs français en sa qualité de représentant. 



= LE • MENESTREL 



pour la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et les 
Indes, des Société des Auteurs et Compositeurs drama- 
tiques, Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs 
de musique et Société des Gens de lettres. 
Voilà une rosette bien placée. 

— M"« Leone Jankowsky donnera, le samedi 14 janvier, 
à la salle Gaveau. un concert avec le concours de M'"'= Car- 
men Forié, M"" Alice Espir, Pierre Brun et Louis Fournier. 

— Les Concerts spirituels de l'Église de l'Etoile, sous la 
direction de M. Gustave Bret, annoncent quatre grandes 
auditions qui auront lieu, en soirée, les vendredis 10 et 
24 février, 10 et 24 mars. Au programme du 10 février : 
l'Oratorio de Noël, de J.-S. Bach, avec M""=^ Malnory, 
Marseillac et Vlalin-Mathieu, MM. Rodolphe Plamondon 
et Georges Valmier. Aux programmes suivants figurent le 
Magnificat. l'Actus Trasiciis et plusieurs grandes Cantates 
de J.-S. Bach, trois Concertos pour orgue de Haendel, 
interprétés par M. Alex-Cellier, etc. Les jeudis, veilles de 
chaque concert, en matinée, à quatre heures, répétition 
générale publique. 

— On annonce l'arrivée prochaine à Paris des chanteurs 
de la chapelle Sixtine, au nombre de soixante-dix, dont 
vingt-cinq enfants. 

Les chanteurs de la chapelle Sixtine viennent spécialement 
pour chanter une messe do Requiem à la mémoire des morts 
de la guerre. 

La cérémonie, qui sera donnée au bénéfice de l'Œuvre 
des pupilles de la nation, aura lieu le mardi 24 janvier, en 
l'église de la Madeleine, sous la direction de Ms"' Casimiri. 

— Comme chaque année au moment du budget, 
MM. les rapporteurs parlementaires se livrent à quelques 
investigations sur l'exploitation de nos théâtres subven- 
tionnés. Comme l'an dernier M. Chastenet, sénateur, nous 
donne quelques renseignements intéressants. 

Après avoir regretté que la triste situation financière du 
pays ne permette pas d'améliorer par un supplément de 
subvention celle de l'Opéra, M. Chastenet rend hommage à 
l'activité et au goût de M. Rouché. 

8 Le directeur de l'Opéra montre, dit le rapporteur séna- 
torial, le souci dominant d'approprier le style des architec- 
tures, des paysages et des costumes au style musical auquel 
ils doivent être judicieusement associés. Il lui est apparu 
que, sous prétexte de tradition, l'art de la scène à l'Acadé- 
mie Nationale de Musique, pas plus que dans un autre 
théâtre, ne devait rester figé dans la convention. Les idées 
et la sensibilité artistique évoluent, et l'on ne voit pas 
pourquoi la décoration théâtrale ne devrait pas obéir à ce 
mouvement. La musique dramatique elle-même s'est trans- 
formée. Le décor, qui en est l'expression, doit en même 
temps se modifier. La musique, le geste des artistes, la 
décoration sont les trois éléments du drame lyrique c[ue le 
directeur doit mettre d'accord avec le sujet de la pièce, et 
qu'il convient d'ordonner avec l'époque et le caractère des 
événements représentés. Une œuvre dramatique a « un 
style », un r3'thme et une harmonie préétablis par l'auteur. 
Le décor peut lui-même être stylisé, c'e.st-à-dire recevoir 
une ordonnance harmonieuse, qui l'élève au-dessus de la 
reproduction purement réaliste des lieux. 

Cet effort de rénovation des spectacles de l'Opéra ne 
tend pas, comme certains le pensent, à l'économie par 
l'effet de la simplification des décors. Les tentatives que le 
directeur de l'Opéra vient de faire dans le sens que nous 
venons d'indiquer pour la mise en scène à'Antar, des 
Troyens et de Daphnis et Chloé montrent les charges que 
supporte le budget de l'Opéra chaque fois qu'une création 
artistique est décidée par le directeur : Antar, 149.030 francs; 
les Troyens, 227.027 francs ; Daphnis et Chloé, 98.624 francs. » 

Les charges qui pèsent sur la gestion de l'Opéra ne sont 
pas plus légères à l'Opéra-Comique, qui joue tout le long 
de l'année. 

Quelques chiffres prouvent que la vie a augmenté à ce 
théâtre comme à la ville. 

Les artistes, qui coûtaient 646.813 francs en 1912, en coû- 
tent aujourd'hui i. 418. 894; l'orchestre coûtait 229.910; il 
coûte aujourd'hui 1.455.595; et tout est à l'avenant. 

Mais la saison dernière, l'Opéra-Comique a fait 
7.790.438 francs de recettes, ce qui lui a permis de faire face 
sans augmentation de subvention à toutes ses obliga- 
tions... y compris les taxes formidables de l'Etat et de 
l'Assistance publique. 



Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 

Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro. 
Conte pour une Nuit d'hiver, de Ernest Morct, extrait de Chansons 
des Beaux Soirs. 

programmes des ^ORcerts 

GRANDS CONCERTS 

Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 
8 janvier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 
M. Philippe Gaubert). — Saint-Saëns : Marche héroïque. — Li-; 
Borne : Troisième Symphonie avec orgue. — Mendelssohn : Con- 
certo pour violon (M. Gabriel Bouillon). — W.igner : les Maîtres 
Chanteurs, 3= acte (M"" Isnardon, Lapeyrette; MM. Devriès, Del- 
mas, Rambaud). 

Concerts-Colonne (samedi 7 janvier, 34 h. 3/4, au Châtelet, 
sous la direction de M. Gabriel Piernè). — Beethoven : Corio- 
lan (Ouverture). — Mozart : La Flûte enchantée : a) Ouverture: 
bj Récit et air de la Nuit (M"° Romanitza). — César Franck : 
Symphonie en ré mineur; Roland Manuel : Barcarolle, extraite 
d Isabelle et Pantalon, i" audition (M"' Romanitza). — Berlioz : 
Roméo et Juliette. 

Dimanche 8 janvier, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Mozart : La Flûte enchantée. 

— Beethoven : .Symphonie héroïque. — Cantelouee : Le Mas, 
deux Préludes (i" audition). — F. Liszt : Concerto en mi bémol 
(M. Marcel Ciampi). — Paul Dukas : La Péri. 

Concerts-Lamoureux (dimanche 8 janvier, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Alfred 
Bruneau : Messidor : a) Entracte; b) Chanson du Semeur 
(M. Franz). — Saint-Saëns : la Jeunesse d'Hercule. — Wagner : 
Tristan et Yseult (i" acte) (M"' Demougeot et M"" Challet-Vicq; 
MM, Franz, Murano et Sautelet). 

Concerts-Pasdeloup (samedi 7 £t dimanche 8 janvier, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhené-Baton). — Beethoven : Lluitième Symphonie. — Georges 
HûE : Fantaisie (M. Léon Zighera). — Ciîsar'Franck : le Chasseur 
maudit. — .\lbeniz ; Ibéria. — Wagner : Tannhduser. 
CONCERTS DIVERS 
SAMEDI 7 JANVIER : 

L'Œuvre inédite (à 3 heures, salle Touche). 

Société moderne des Instruments à vent (à 9 heures, 
salle des Agriculteurs). 

Concert de la Revue musicale (à 5 heures, théâtre du Vieux- 
Colombier). 

U. F. A. M. (Festival César Franck, à g heures, salle GaveauV 
DIMANCHE 8 JANVIFR : 

Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous 
la direction de M. V. Golschmann). — Beethoven : Ouverture 
d'Egmont. — Haydn : Symphonie « la Surprise ». — Rinsky-Kor- 
sakoff : Concerto (M. 'Marius-François Gaillard). — Wagner : 
Siegfried Idyll. — Blair Fairchild : Légende (M. Gabriel Bouillon) . 

— Dvorak : Danses slaves. 

Concert Chailley-Richez (à 3 heures et demie, salle Pleyel). 
Soirée de danse Alexandra Balachova (à 9 heures, Théatrc- 
Femina). 

LUNDI 9 JANVIER : 
U. F. P. G. (à 4 heures, salle Gaveau), 
Concert Marcel Gaveau (à 9 heures, salle Gaveau). 
Soirée de danse Alexandra Balachova (à 9 heures, Théâtrc- 
Femina). 

MARDI 10 JANVIER : 
Concert Hélène Léon (à g heures, salle Pleyel). 
Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). — 
Quatuor Bastide. 

Soirée de danse Alexandra Balachova (à 9 heures, Théâtrc- 
Femina). 

MERCREDI II JANVIER : 
L'Heure musicale (à 4 heures, salle Gaveau). 
Concert Yvonne François (à g heures, salle Gaveau). 
Concert Jean Courbin (à g heures, salle Gaveau). 
Soirée de danse Alexandra Balachova (à 9 heures, Théâtre- 
Fémina). 

JEUDI 12 JANVIER : 
Concert Basset (à 9 heures, salle Erard). 
Concert Klinski (à 9 heures, salle Gaveau). 
Concert de la Société Olénine d'Alheim( à 9 heures, salle 
des Agriculteurs). 

VENDREDI 13 JANVIER : 
Concert Garcet de Vauresmont (à 9 heures, salle Pleyel). 
Concert Lucien Capet (à g heures, salle Gaveau). 
Quatuor Loiseau (à 3 heures, salle Gaveau). 
Concert Paterson-Stroobants (à g heures, salle des Agri- 
culteurs). ^^ 

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Paraît tous les Vendredis. 



Vendredi 13 Janvier 1922 



FONDÉ EN 1835 



LEMENESTREL 

MUSIQUE- ET- THE7\TRES 



DIRECTEUR JJ^CaUES HEUGEL 




DIRECTEUR-. 

DE 1833À1Ô83 

J.L. HEUCEL 




DIRECTEUR-, 

DE1883À1914 

HENRIHEUCEL 



SOMMAIRE 



Sur Saint-Saëns 

(avec un portrait hors-texte.) 

La Semaine musicale : 

Opéra-Comique : Don Juan. . 



La Semaine dramatique : 

Odéon : Collcbe et Oriffelln 
Uns chez les Autres . . . 



Les 



JEAN CHANTAVOINE 



PAUL BERTRAND 



PIERRE O'OUVRAÏ 



Les Grands Concerts : 

Concerts du Conservatoire p, de LAPOMHERAYE 

Concerts-Colonne RENÉ BRANCOUR 

Concerts-Lamoureux PAUL BERTRAND 

Concerts-Pasdeloup JEAN LOBROT 



Concerts Divers. 

Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger 

Allemagne 



Angleterre. 
Belgique . 
Hollande . 
Italie . . . 
Pologne. . 
Roumanie . 
États-Unis 
Canada . . 



JEAN GHANTAVOINE 
MAURIOE LENA 
J.-H. MORENO 
LUGIEN SOLVAY 
J. CHANTAVOINE 
G.-L. GARNIER 
H. ORWIDE 
A. ALESSANDRESGQ 
MAURICE LENA 
LOUIS MIOHIELS 



Échos et Nouvelles. 

♦ 



SUPPLÉMENT MUSICAL 

pour les seuls abonnés d la musique 

Nos abonnés à la musique de chant recevront avec ce numéro : 

SOUPIR, de André Gailhard, poésie de Sully-Prudhomme. 

Suivra immédiatement : Crois en mon amour, ma petite reine, de Charles Silver, extrait de La Mégère apprivoisée, 
comédie lyrique en 4 actes, d'après l'adaptation de P. Delair, paroles de Henri Cain et Edouard Adenis. 




JVIUSIQUE DE PlHflO 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano : 

Presque une valse, de Paul Puget. 

Suivra immédiatement : Gaillarde, de Charles Silver, extrait de La Mégère apprivoisée, comédie lyrique en 4 actes, 

d'après l'adaptation de P. Delair, paroles de Henri Cain et Edouard Adenis, 

83 ^ ^ ^ 

(yoir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoerture) 



Le Numéro 

(lexle seul) 

O f-^ 75 



J 



BUREAUX: RUE- VIVIENNE 2 bisPARtS(2?l 

TÉLÉPHONE ; CUTEN BERG : 35-3f2 
/VORE-SSETÉLÉGRaPHIOUE; MENESTREL-PARIS 



L 



Le Numéro 

Itexie seul) 

fr 75 



S^:^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^®^^^^^^^^ 



LE MENESTREL 



= JOURNAL HEBDOMADAIRE = MUSIQUE ET THEATRES 
= = = = = Bureaux : a*'^, rue Vivienne, Paris (2*) = = = = 

CONDITIONS D'ABONNEMENT 



A L'ANNEE SEULEMENT 



20 fr. 
40 fr. 
40 fr. 
60 fr. 



Pour Paris et les Départements 

1° TEXTE SEUL ■ • .•■••; 

2» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 

3° TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 

4° TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au 1" janvier) . . 
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 fr.; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ; 

Abonnement complet, 6 fr. 50. 
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84' ANNÉE DE PUBLICATION 



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Recueil iii-8° (24 numéros) 
Henry FÉVRIER 

LES CHANSONS DE LA WOÈVRE 

De André Piédallu 
Recueil in-8» (9 numéros) 



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Ernest MORET 

POÈME D'UNE HEURE 

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Recueil in-4° (3 numéros) 



Gustave CHARPENTIER 

LES FLEURS DU MAL 

Poésies de Charles Baudelaire 
Recueil in-4'' (4 numéros) 



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'our Piano à quatre mains 
Recueil in-4« (3 numéros) 



J. MASSENET 

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Recueil in-8» (5 numéros) 



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Recueil in-S" {7 : 



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LE'MENESTREL 



4472. — 84° Année. — N» 2. 



Vendredi 13 Janvier 1922. 



SUR SAINT- SAÉNS 




ous savions qu'il n'était pas immortel et que 

N\ la nature relèverait un jour le défi que sem- 
I blait lui porter, avec une sorte de gaminerie 
provocante, l'activité de cette magnifique 
vieillesse. Il est mort, parce qu'on ne peut 
pas faire autrement. Du moins, il n'a pas 
été malade. Sa fin a été nette et catégorique, comme sa 
vie, comme son caractère, comme son œuvre. Mais la 
brusquerie de cette fin nous prend à l'improviste, si 
nous cherchons, sans attendre le recul des années, à 
mesurer sa grandeur, qui « passe » de loin sa popu- 
larité. 

Ouvrez ou parcourez de mémoire le catalogue de son 
œuvre. Une première constatation s'impose aussitôt : le 
musicien qui vient de mourir est le plus grand que la 
France ait eu, avec Berlioz, auquel il ressemble si peu. 
Il en est, au moins, le plus complet : Tintensité du sen- 
timent, l'originalité de la mélodie, la singularité du 
style peuvent, chez tel autre, se montrer plus accen- 
tuées. Pour la diversité des genres où il a excellé, aucun 
autre, dans notre histoire musicale, ne peut lui être 
comparé. Musique de chambre, symphonie, théâtre, il 
s"est montré un maître dans tous ces domaines. A ce 
titre, il est le seul que nous puissions, non pas opposer 
aux grands classiques allemands, mais compter comme 
leur digne et véritable disciple. Rameau est, auprès de 
lui, raisonneur et guindé; Berlioz, avec les élans iné- 
galés de son génie, semble souvent malhabile; Gounod 
et Massenet se cantonnent à peu près dans la musique 
de théâtre; la vertu un peu épaisse de César Franck ou, 
à l'opposé, le dillettantisme précieux de Debussy n'at- 
teignent pas davantage à l'ampleur de son art. L'uni- 
versalité musicale de Saint-Saëns est donc le premier 
irait qui distingue son œuvre. 

A quoi tient-elle? Saint-Saëns n'est peut-être pas, de 
tous nos musiciens, celui qui a le plus aimé la musique. 
Il n'en a pas cherché, comme Rameau, avec une opi- 
niâtreté d'inventeur, la pierre philosophale; elle ne lui 
a pas arraché de cris, ni infîigé de tortures, comme à 
Berlioz, ni d'extases comme à Gounod; peut-être 
Debussy l'a-t-il goûtée avec un raffinement plus aigu. 
Mais si, de tous ceux-là et de quelques autres, Saint- 
Saëns n'est pas celui qui a le plus douloureusement ou 
le plus voluptueusement aimé la musique, il est celui 
qui l'a le plus vécue, celui à qui la musique a été le plus 
naturelle et, pour ainsi dire, le plus congénitale. Elle 
ne lui a causé aucune incertitude, mais encore aucune 
angoisse; elle ne lui a posé aucun problème. II la savait 
presque en venant au monde et, selon ses propres pa- 
roles, il a produit de la musique comme un pommier 



produit des pommes. On ne peut pas parler chez lui de 
«vocation », puisque vocation veut dire « appel >;, un 
appel qui parfois vient de loin et risque de n'être pas 
entendu ou suivi du premier coup. Il faut parler de 
don, et d'un don qui rarement fut aussi total. La pensée 
de Saint-Saëns se mouvait dans la musique comme 
celle du commun des hommes dans leur langue mater- 
nelle, — langue faite parfois pour la poésie, pour 
le drame, pour la spéculation, pour l'éloquence, mais 
faite aussi pour des entretiens plus modestes, voire 
plus familiers, et qui ne déroge pas en sachant y 
satisfaire. A cette langue il confie l'expression de 
sentiments moins individuels qu'un Berlioz, qu'un 
Gounod, qu'un Massenet, qu'un Debussy ; cela ne 
veut pas dire qu'il en fasse l'instrument de la banalité 
ou du lieu commun. Cela veut dire qu'elle est chez 
lui plus objective que subjective ; elle prend, maniée 
par lui, un caractère qui, loin de rester en deçà 
de l'accent individuel, le dépasse. Voilà en quoi ce 
musicien, né à l'époque romantique, incarne ou renoue 
la grande tradition classique. Un Haydn, un Mozart, 
devaient fournir au prince Esterhazyou à l'évêque de 
Salzbourg, aux souverains, aux prélats, aux dilettantes, 
aux directeurs de théâtre, la musique demandée par 
chacun d'eux : symphonie, messe, oratorio, quatuor, 
opéra. Saint-Saëns, dans des conditions sociales diffé- 
rentes, a possédé après eux la sorte de génie qu'il faut 
pour suffire à cette diversité de tâche. Que cette concep- 
tion et cette pratique de l'art entraînent parfois un peu 
de rapidité, cela va de soi, mais cela ne suffit pas à taxer 
ce génie d'infériorité. 

De l'œuvre si étendue et si multiple que laisse Saint- 
Saëns tout ne survivra pas; tout, du moins, n'occupera 
pas le premier rang dans la mémoire des hommes. Lui- 
même avait, à cet égard, beaucoup moins de prétentions 
que ne lui en prêtaient ses détracteurs; il traitait cer- 
tains de ses ouvrages, comme l'étincelant Septuor avec 
trompette, de simples amusettes et savait fort bien vous 
prier de n'y pas chercher autre chose, ni surtout y attri- 
buer plus d'importance. Peut-on aujourd'hui, sans une 
sorte d'inconvenance d'abord, mais surtout sans risque 
d'erreur, deviner quel tri fera ici l'avenir? Je m'en abs- 
tiendrai, pour la première de ces deux raisons. Mais, dès 
maintenant, un grand nombre de ces œuvres sont assu- 
rées de conserver dans l'histoire une place toujours pré- 
se>nte : avant tout Samson et Dalila, qui est bien le 
monument musical le plus solide et le mieux établi 
(avec Carmen^ dont il est tout l'opposé) qui illustre le 
drame lyrique français; avec Samson, la Symphonie en 
ut mineur, d'une construction si parfaite, d'un art si 
délié, si ingénieusement spontané, tour à tour si fin et 
si magnifique et qui, dans la musique universelle, est 
jusqu'à présent le type le plus achevé de la symphonie 
française; la Danse macabre, qui est le poème sympho- 
nique le plus net, par son dessin et sa couleur, comme 



9 — 



LE • MÉNESTREL 



par son incisive sobriété, où s'illustre cette forme d'art; 
le deuxième et le quatrième Concertos de piano où l'éclat 
de l'ornementation instrumentale se fond à merveille 
dans la trame orchestrale; les deux Trios pour piano, 
violon et violoncelle, surtout peut-être le premier, en 
fa (qu'il fallait entendre jouer par Saint-Saëns lui- 
même), si alerte, si limpide, si lumineux; la première 
Sonate pour violon et la première pour violoncelle; les 
grands oratorios du Déluge et de la Lyre et la Harpe. 
Que d'autres œuvres alimentent, pendant longtemps 
encore, le répertoire des artistes, le programme des 
concerts, l'affiche des théâtres {Henry VHI mérite d'y 
être maintenu ; Proserpine le mériterait pour son déli- 
cieux second acte), cela n'est pas douteux. Faut-il traiter 
avec mépris, comme un négligeable déchet, les ouvrages 
qui resteront moins populaires? Je ne le pense pas. 
Tout l'œuvre de Voltaire, par exemple, n'est pas resté à 
l'ordre du Jour. Il n'y a pourtant pas d'œuvre secon- 
daire, voire oubliée, de Voltaire, qu'on ne relise avec 
délices, pour le plaisir de suivre la course d'un esprit 
aussi souple et d'entendre une langue aussi nette. Il n'y 
a pas d'œuvre, secondaire elle aussi, de Saint-Saëns, 
qui ne réserve au véritable amateur un agrément ana- 
losue. 



Sans chercher plus longtemps de quelle quantité de 
musique Saint-Saëns aura véritablement enrichi l'art de 
son pays et celui du monde entier, peut-on définir 
maintenant la qualité de cette musique? La tache est 
difi&cile. Son œuvre est d'une transparence où rien n'ac- 
croche le regard; l'œil la traverse comme un cristal 
pur; n'essayez pas d'en distinguer la couleur : sa 
lumière, comme la lumière qui nous éclaire et qui se 
confond presque avec l'air que nous respirons, sa 
lumière contient toutes ces couleurs et ne semble les 
effacer que parce qu'elle les combine. Tous les éléments 
qui la composent participent de ce caractère. 

Sa mélodie, par exemple, a moins de relief que celle 
de Massenet, mais elle se prête mieux au développement 
symphonique. Elle est moins une fleur qu'un germe. 
Son harmonie a moins de suavité que celle de Gounod, 
mais c'est une harmonie plus mouvante, où la vie sym- 
phonique circule également avec plus de vivacité. Son 
orchestre n'a ni les fulgurations, ni les empâtements de 
Berlioz, mais un équilibre choisi, qui évite la faiblesse 
dans la douceur et la violence dans la force. Le discours 
musical, enfin, révèle chez lui un ordre naturel, une 
aisance élégante, une délicatesse innée qui nous y mon- 
trent le règne souverain de la raison. Il est permis de 
préférer des qualités d'un autre ordre, moins infaillibles, 
plus capricieuses, et qui courent plus volontiers le ris- 
que des excès. Mais on ne peut mépriser celles-là sans 
mentir aux traditions de l'esprit français lui-même. Un 
musicien adroit ou malicieux pastichera un arioso de 
Massenet, une Arabesque de Debussy : pasticher Saint- 
Saëns est chose impossible. Je ne crois pas que les spi- 
rituels auteurs de A la manière de... qui ont réussi un 
Chateaubriand et un Maeterlinck, aient tâté d'un Vol- 
taire. Personne n'a su mener une phrase avec plus de 
facilité, moduler par des courbes plus fines et plus fer- 
mes, mettre sous le dessin mélodique une trame har- 
monique à la fois plus légère et plus souple, marier les 
timbres de l'orchestre avec un sens plus certain de leurs 
proportions sonores et de leurs affinités naturelles, bref 
écrire dans un style plus pur et plus châtié. Peut-on ici 



parler de science? Non pas, si vous entendez par science 
une discipline acquise, faite de préceptes classés. Car, 
chez Saint-Saëns, l'habileté la plus consommée reste 
spontanée : il fait d'instinct ce que d'autres s'évertuent 
à faire, sans y parvenir, à force d'étude. Rien n'est chez 
lui scolaire, pédant ou guindé. 

Chose singulière, l'histoire de cet artiste si clair et si 
raisonnable — dans le plus beau sens de ces deux mots 
— est une longue contradiction. A onze ans, il triom- 
phait comme pianiste à la salle Pleyel et pouvait se 
mesurer avec les plus fameux virtuoses de son époque; 
son jeu devait être dès lors ce qu'il a été depuis : un 
modèle de perfection classique et de style sobre. Il nous 
semble, rétrospectivement, fait pour tontes les récom- 
penses ; il n'en a jamais remporté aucune, hormis, je 
crois, un prix d'orgue au Conservatoire. A vingt ans, il 
écrivait le Quintette en la mineur, à vingt-huit ans, cette 
merveille de dialectique sonore qu'est le Trio en fa^ et 
il n'a jamais décroché le prix de Rome. En 1877, Sam- 
son est représenté au Théâtre de Weimar, l'année sui- 
vante Saint-Saëns échoue à l'Institut, qui lui fait faire 
antichambre. Et jamais il n'a été professeur de compo- 
sition au Conservatoire. 

Y a-t-il là de quoi réconcilier avec lui ses adversaires? 
Je l'ignore. Il y a de quoi leur donner à réfléchir, et à 
nous tous par la même occasion. Le caractère personnel 
du Maître a été pour quelque chose dans la persistance 
de cette contradiction. Personne n'a jamais su rendre 
le bon sens plus agressif que n'a fait Saint-Saëns, ou 
donner à la raison une apparence plus paradoxale, plus 
hérissée et plus taquine. Je ne parle pas de ses dernières 
années, où il a parfois manqué de celte sérénité qui 
orne l'âme des vieillards comme une belle barbe blanche 
orne leur menton. Mais, dans sa jeunesse, il a rompu 
des lances pour Berlioz et pour Liszt, dans son âge 
mûr, pour Wagner; il a été, pour cela, traité de révolu- 
tionnaire et de novateur. Plus tard, jamais une mode, 
devancée par lui, ne l'a entraîné plus loin qu'il n'enten- 
dait aller du premier coup. Après avoir lutté pour 
Wagner, il a crié halte-là au wagnérisme, de même 
que, sans sortir de chez nous, i! a estimé César Franck 
et houspillé le franckisme. Si bien que le révolution- 
naire et le novateur de jadis a fait ensuite figure de 
misonéiste et de réactionnaire. 

J'ai essayé de montrer, l'an dernier, en étudiant ici 
même son œuvre dramatique, que l'apparence seule 
lui donnait deux attitudes successives, réputées contra- 
dictoires, et qu'en réalité il n'avait pas changé. 

Comme s'il eût, dès son jeune âge et malgré une 
santé fragile, anticipé sur sa longévité, Saint-Saëns a 
toujours eu, si je puis dire, le sens historique. Tel il l'a 
eu dans son jugement, tel il l'a manifesté dans son 
œuvre. Devant le spectacle du temps qui se déroule, 
nous sommes presque tous myopes ou presbytes : il faut 
à ceux-ci, pour juger sûrement, un champ de quelques 
années; ceux-là, au contraire, tachant leur nez affairé 
à l'encre fraîche des manuscrits, négligent les vastes 
proportions et les horizons sereins et prennent la mode 
la plus éphémère pour une formule définitive. L'œil de 
Saint-Saëns, également étranger à l'une et l'autre infir- 
mité, s'ajustait du premier coup avec une exemplaire 
sûreté d'accommodation. Sur place et sur l'heure, il don- 
nait aux gens et aux œuvres le rang que leur réservait 
l'avenir; l'éclectisme de son goût servait ici la netteté 
de son intelligence. Il dosait à merveille ce qu'on pou- 
vait retenir de Meyerbeer, de Liszt, de Wagner, c'est-à- 



LE MÉNESTREL 



dire non pas les emprunts qu'on y pouvait faire, pour 
sacrifier à la vogue, mais les enseignements qu'on en 
devait tirer pour enrichir la musique éternelle. 

Ces enseignements, du premier coup, passaient dans 
son œuvre. Elle aussi dédaigne les modes éphémères et 
les conventions actuelles, plus tyranniques que les con- 
ventions acquises. Le musicien qui. je le répète, âgé de 
vingt ans, en i855, écrivait alors le Quintette en la 
mineur, et qui, huit ans plus tard, en i863, écrivait le 
Trio en fa, dépassait d'une belle enjambée la musique 
symphonique française d'alors. Un peu plus tard, Sam- 
son et Dalila montre, entre les survivances de l'opéra 
meyerbeerien et les premières velléités wagnériennes, 
un équilibre qui est le contraire de la timidité ou de 
l'opportunisme, et qui me semble être bien plutôt un 
magnifique exemple d'indépendance, d'assurance et 
d'originalité. La Symphonie avec orgue, en ut jnineur, ne 
mérite pas un moindre éloge. En un mot si, comme je 
je le disais, l'œuvre entière de Saint-Saéns n'est pas 
également durable, dans l'acception vulgaire du terme, 
son style, dans tout ce qu'il écrit, porte l'empreinte de 
la durée. Ne devant rien à la mode, il n"aura pas à lui 
payer de ces dettes terribles qui absorbent l'actif de tant 
d'autres. La mode, il l'a devancée dans sa jeunesse; il l'a 
dédaignée dans sa maturité; il l'a détestée, peut-être 
avec un excès d'emportement, dans sa vieillesse. Et 
c'est l'histoire, dont il faisait déjà partie, qui l'élevait 
ainsi au-dessus de la mode. 

On voit dès lors quelle signification historique et 
esthétique possède, outre son étendue et sa valeur, 
l'œuvre musicale de Camille Saint-Saëns. Elle s'éche- 
lonne sur cinquante-cinq années — je néglige celles 
qui, depuis, en porteraient le nombre à soixante-cinq ou 
soixante-dix — où la musique française a traversé une 
période de croissance prodigieuse, avec quelques-unes 
des crises qui accompagnent, dans les arts comme chez 
les individus, cette sorte de phénomème. L'art de Saint- 
Saëns a. plus que tout autre, contribué à cette crois- 
sance. Mais il est resté indemne des maux qui sévissaient 
tout autour de lui. Son œuvre n'est que rectitude et 
santé. Etant, je le répète, plus que toute autre, historique 
du jour même où elle se créait, page par page, elle nous 
fournit un admirable instrument de mesure pour appré- 
cier la valeur historique des œuvres qui en sont contem- 
poraines. Elle en est le mètre ou le nireau d'eau. Je ne 
prétends pas du tout par là que les œuvres d'autres 
musiciens n'aient de valeur que par leur ressemblance 
avec elle. Le mètre sert à mesurer des longueurs qui lui 
sont, par définition ou par hypothèse, inégales, mais 
nous les jugeons par le rapport qu'elles ont avec lui. Le 
niveau d'eau ne s'arroge pas davantage de niveler les 
diflerentes hauteurs qu'il permet d'enregistrer. De même, 
l'œuvre de Saint-Saéns nous donne la mesure exacte des 
apports dont la tradition musicale a pu s'enrichir, au 
cours d'un demi-siècle, de ceux qu'elle a su assimiler, 
de ceux, au contraire, qu'elle n'a pas conservés. 



Célèbre sans être populaire, Saint-Saëns a été plus 
qu'aucun autre décrié et, depuis vingt ans, vilipendé 
par quelques-uns. On en pourrait dire assez long sur la 
cause de certaines rancunes personnelles dont il était 
poursuivi et sur les raisons profondes de son apparent 
discrédit dans certains cénacles. Qu'il ait de son côté, 
par quelques boutades d'enfant terrible, par une souve- 



raine liberté d'appréciation et, pendant la guerre, par 
l'opiniâtreté de certaines polémiques, attisé sans déplai- 
sir ce feu de paille, je n'en disconviens pas. Souvent, 
élevant ou feignant d'élever plus haut le débat, on lui a 
reproché sa froideur, son impassibilité, son défaut 
d'émotion, une certaine indifférence dans le choix de 
ses pensées que lui donnait sa certitude de les bien 
exprimer, si même elles ne valaient pas la peine que 
d'autres se seraient donnée pour les exprimer moins 
bien. Presque tout est injuste dans ce reproche et, 
disons le mot, dans ce procès de tendance. D'abord, pour 
nier que Saint-Saëns soit capable d'émotion ou pour 
nier du moins que son œuvre soit, à l'occasion, émou- 
vante, il faut oublier les plus belles pages de Samson et 
Dalila^ les chœurs du début, la révolte et, après cette 
scène, l'exquise aurore de liberté qui précède l'hymne 
quasi rituel des vieillards hébreux ; au second acte la 
pathétique progression du duo; enfin, au troisième acte, 
la scène de la Meule. Si, d'ailleurs, la musique prête une 
voix incomparable aux sentiments déchaînés, pourquoi 
ne connaîtrait-elle pas, comme les autres arts, une 
beauté sans exaltation? Pourquoi exiger d'un Saint- 
Saëns, lorsqu'il chante le Déluge, ce que vous ne deman- 
dez pas à Poussin quand il le peint? La musique ne 
serait qu'un balbutiement sublime, une magnifique 
onomatopée, c'est-à-dire un moyen d'expression court 
et hasardeux, si elle ne devait prêter sa voix qu'aux 
désordres et aux paroxysmes. Pour être entière et pour 
être une (i), il faut qu'elle ait, avec ses poètes émus, ses 
parfaits prosateurs. 

Un maître incomparable de la langue musicale, tel 
est, je crois, le caractère à la fois le plus général et le 
plus vrai sous lequel apparaisse et doive survivre Saint- 
Saëns. Chez d'autres, l'idée est plus personnelle, peut- 
être, mais, pour autant, plus limitée; le sentiment plus 
vif, mais plus étroit et plus intermittent. Chez aucun le 
raisonnement n'est plus lucide, le tour plus élégant, la 
svntaxe plus pure, la phrase plus aisée, le vocabulaire 
plus alerte. Cette langue musicale, si forte dans sa 
légèreté, si ductile dans sa précision, c'est celle où nous 
retrouvons le mieux les qualités dont nous nous enor- 
gueillissons de faire gloire à l'esprit de notre pays. La 
musique française, comme interprète de l'esprit français, 
a peut-être eu des penseurs plus profonds ou plus ori- 
ginaux que Saint-Saëns : elle n'a jamais eu de plus 
srand écrivain. Jean Chantavoine. 



LA SEMAINE MUSICALE 



Opéra-Comique. — Don Juan, opéra en quatre actes et 

neuf tableaux, paroles françaises de Paul Ferrier, 

musique de 'V^^-A. Mozart (Reprise). 

Dans le but, sans doute, de contribuer à la célébration 
du tricentenaire de Molière, l'Opéra-Comique a remis 
Don Juan à la scène. Cette reprise, assez brillante dans 
l'ensemble, a été cependant loin d'égaler en perfec- 
tion celle, encore récente, de Cosi fan tutte. 

Il est vrai que Don Juan, qu'on a surnommé " l'opéra 
des opéras », est une œuvre extrêmement complexe, 
dans laquelle Mozart semble déjà pressentir le roman- 
tisme qui va naître : la tragédie lyrique, qui inspire à 



(i) Sur l'Unité de la Musique, je signale un bel article de 
M. Ferruccio Busoni dans le premier numéro de la revue Faust, 
qu'il vient de ionder et dirige avec M. Gcrhardt Ilauplraann. 



LE • MENESTREL 



Donna Anna et au Commandeur des accents dignes de 
Gluck, y côtoie l'élément plaisaiit, que personnifient 
Mazetto et Zerline, et se mêle, avec Leporello, aux tru- 
culences de l'opera-buffa. Ces personnages, de carac-' 
tères très différents, sont tous constamment mêlés à Tac- 
tion ; ils participent à des ensembles comme le sextuor 
et le fameux trio des Masques, où le génie de Mozart 
sait fondre en une parfaite harmonie l'expression indi- 
viduelle et simultanée de leurs sentiments si divers. On 
conçoit donc quel soin particulier doit être apporté à la 
distribution, pour que chaque interprète dispose exacte- 
ment des moyens scéniques et surtout vocaux appropriés 
à son rôle, et pour que soit assurée, en même temps, 
l'homogénéité de l'ensemble. A ce point de vue, la reprise 
actuelle, bien que comportant des éléments de premier 
ordre, ne peut manquer de susciter certaines réserves. 

M. Vanni-Marcoux joue le personnage de Don Juan 
de façon remarquable, non pas en grand seigneur, mais 
en condottiere d'amour, se rapprochant, en cela, moins 
de Faure et de Renaud que de Victor Maurel. Ses 
étonnantes facultés de composition se donnent libre 
carrière; sa merveilleuse diction communique aux réci- 
tatifs un extraordinaire relief, et son habileté lui permet 
même de donner, dans les passages de pur chant, l'il- 
lusion d'une voix de qualité rare : ce fut le cas, 
notamment, pour la fameuse sérénade, qu'il a magni- 
fiquement chantée, d'abord en italien, puis bissée en 
français... ce qui accusa, hélas! la plate insignifiance de 
la traduction. 

Remplaçant M. Vieuille, grippé, M. Dupré fut un 
Leporello très adroit, auquel ont eût peut-être souhaité 
plus de rondeur, mais qui sut conduire avec art une 
voix un peu blanche et pas toujours bien assurée. Don 
Ottavio, ce fut M. Cazette, ténor dont la voix exquise 
gagne chaque jour en volume, sinon en charme. 
M. Audouin fut parfait dans le personnage du benoît 
Mazetto, et M. Azéma impressionnant à souhait 
dans celui du Commandeur. Donna Anna vibrante, 
Mlle Yvonne Gall, sans s'attacher à tracer une halluci- 
nante silhouette d'Hamlet féminin, s'affirma du 
moins excellente chanteuse de grand opéra et triompha 
dans l'air, si ardu, de i'avant-dernier tableau. M™° Aline 
Vallandri interpréta avec sa conscience et son habileté 
vocale habituelles le personnage assez ingrat de Donna 
Elvire, exprimant avec une dignité parfaite les lamen- 
tations de l'épouse délaissée. M""' Marguerite Carré 
fit maintes créations plus éclatantes que celle de Zerline ; 
ce rôle un peu efi'acé de paysanne madrée ne convient 
pas absolument à ses moyens. 

Comme pour Orphée, c'est à M. Paul Vidal qu'a été 
confiée la direction des études. On sait de quel soin 
éclairé ne manque jamais de faire preuve ce parfait et 
érudit musicien ; c'est dire que la musique du chef- 
d'œuvre nous fut restituée avec une fidélité pieuse. 
Mais M. Paul Vidal se trouvait malheureusement lié 
par une tradition ancienne, et fort discutable, qui 
consiste à faire accompagner au piano la plus grande 
partie des récitatifs. De cette assez vaine préoccupation 
d'archéologie musicale, il résulte en réalité une im- 
pression de disparate^ et en même temps de lourdeur, 
qui pèse fâcheusement sur tout l'ouvrage. Si l'on jugeait 
absolument nécessaire de ressusciter les procédés maté- 
riels en usage il y a un siècle et demi, pourquoi n'avoir 
pas employé le clavecin au lieu du piano? Peut-être 
d'ailleurs eût-il mieux valu encore substituer fran- 
chement le parlé au récitatif. En tout cas, la mono- 



tonie de ces accords massifs, ponctuant chaque phrase 
des récits, semble se prolonger en grisaille même lorsque 
l'orchestre reprend la parole; elle contribue sans doute 
à faire souhaiter, dans l'exécution, ces accents, ce mor- 
dant, cette vie, dont, moins que toute autre, la musique 
de Mozart ne peut se passer, et qui semblent trop 
dilués dans le flot placide d'un continuel me:{^o- forte. 
On a revu avec joie les féeriques décors de Jusseaume 
encadrant la mise en scène toujours si remarquable de 
M. Albert Carré. Paul Bertrand. 

Les Ballets Suédois ont fait leur rentrée au Théâtre 
des Champs-Elysées, avec le programme très varié dont 
nous avons parlé à maintes reprises au cours de la pré- 
cédente saison. Le meilleur continue à y voisiner avec 
le pire : l'admirable Iberia^ d'Albeniz, le plus grand des 
musiciens espagnols, avec les mystifications tapageuses 
de l'ancien Groupe des Six, qui ne sont déjà plus que 
cinq, et par lesquels une petite poignée de snobs per- 
sistent seuls à se laisser encore intimider. 

La note autochtone est représentée par une œuvre 
nouvelle, Daiisgille, suite de danses suédoises évoquant 
en de charmants tableaux les costumes et les paysages 
Scandinaves, et accompagnées par une partition où 
M. Bigot a fait un heureux emploi des thèmes popu- 
laires. P. B. 



LA SEMAINE DRAMATIQUE 

Théâtre de l'Odéon. — Coliche et Griffelin, comédie 
en trois actes, de M. Louis Bénières; Les Uns che~ 
les Autres, comédie en un acte, de M. Paul Giafferi. 

La pièce de feu M. Bénières eût pu s'intituler « Les 
Deux Avares », car si Griffelin est un digne descendant 
d'Harpagon, Coliche est un dilettante de l'avarice. 
Tandis que Griffelin, après avoir amassé une fortune 
par un labeur incessant, une économie sordide de tous 
les instants, aime l'argent pour ce qu'il lui rappelle 
d'efforts, Coliche a mené une vie de paresseux et de 
mendiant, vivant au crochet des autres, accumulant 
sou par sou des milliers de louis qu'il porte sur lui, 
cousus dans son vêtement. Coliche n'a jamais dépensé, 
c'est l'Avare type, ce que les Allemands appelleraient 
l'Avare idée. Toute la pièce de M. Bénières n'est que 
le développement de ces deux caractères. 

D'intrigue, peu ou point, calquée d'ailleurs sur celle 
de l'Avare de Molière : un mariage entre la nièce de 
Griffelin et le fils de riches propriétaires voisins, le vol 
inévitable de la cassette ; juste ce qu'il faut pour placer 
les détails destinés à mettre en lumière le caractère de 
Griffelin. L'intrigue, en ce genre de pièces, n'a d'ailleurs 
qu'une importance secondaire, et l'on sait avec quel 
mépris, exagéré quelquefois, Molière traitait cette partie 
de son théâtre. 

Mais d'où vient qu'avec des qualités certaines de 
comique la pièce de M. Bénières a paru froide? C'est 
que l'auteur moderne a fait de ses deux avares des rai- 
sonneurs et des psychologues. Coliche et Griffelin 
s'observent, ils connaissent leur vice, en ont noté les 
progrès, les détails, ils l'ont raisonné, organisé; or, il 
n'est rien au théâtre de plus réfrigérant qu'un person- 
nage qui se raconte et se définit lui-môme : c'est l'occa- 
sion de jolis couplets qui seraient m-ieux à leur place 
dans un roman que dans la bouche d'un acteur. Le 
fameux « sans dot » de Molière peint mieux en deux 



LE • MENESTREL 



mots Harpagon que ne le font pour Coliche et Griffelin 
les tirades alternées qu'ils échangent au troisième acte. 

Le succès eût été plus grand si Fauteur s'était borné 
■aux scènes d'observation, dont quelques-unes sont excel- 
lentes, telle l'explication entre Griffelin et le répartiteur 
d'impôt, où Griffelin, désirant échapper i la taxe sur les 
■chiens, diminue tellement l'utilité de son chien de garde 
que le répartiteur classe celui-ci parmi les chiens de 
luxe à quadruple taxe. Voilà du bon théâtre et qui vaut 
tous les couplets du monde. Molière n'eût point renié 
pareille scène. Il en est d'autres du même genre, mais 
qui ne réussissent point à animer les trop longs mono- 
logues de Coliche et Griffelin. Et puis il est toujours 
■dangereux de vouloir refaire Molière! 

L'interprétation n"a pas contribué à alléger la pièce. 
M. Chaumont, qui joue Griffelin, appuie trop sur tous 
les détails; il alourdit ainsi son personnage en l'exagé- 
rant et lui enlèvcjle peu d'humanité que lui conserva 
l'auteur. M. Vargas, au contraire, met une bonhomie 
charmante et de la philosophie dans l'invraisemblable 
personnage de Coliche. 

Les femmes ont toutes des rôles sacrifiés. M"" Ker- 
wich, Malber et Romanne leur donnent néanmoins 
toute la valeur souhaitable. 

La soirée se terminait par un acte, les Lhis che^ 
Jcs Autres, de M. Paul Giafferi : peinture de mœurs 
bourgeoises. Les ménages Dupont et Dubois voisinent 
le soir. M. Dubois s'aperçoit que cent francs ont dis- 
paru de son portefeuille : « C'est la bonne qui les a volés, 
s'écrient-ils tous : il faut la renvoyer. » On fait venir la 
bonne, mais personne n'ose l'interroger, on retrouve le 
billet dans le porte-monnaie de Dubois; le courage 
revient aux Dubois et aux Dupont : sous un futile pré- 
texte on renvoie la domestique fidèle, qu'on redoutait 
infidèle. 

M. Giafîeri, avec un peu plus de tact, eût fait une jolie 
comédie : il a cru devoir pousser jusqu'à la farce, il a 
par là détruit une partie de ses effets. 

M'"' Nivette a tracé avec esprit une silhoutte de bonne 
un peu gourde. MM. Asselin, Grouillet ont cru devoir 
jouer leurs rôles en charge. M'""=^ Théray et Barsange, 
au contraire, ont su rester dans une juste mesure. 

Pierre d'OuvRAY. 



LES GRANDS CONCERTS 



Société des Concerts da Conservatoire 

Matinée bien remplie, puisque, commencée à trois heures 
exactement, elle ne se termina que passé cinq heures et 
demie, et pas un instant on ne songea à la trouver longue. 

Le concert débuta par la Marche héroïque de Saint-Saëns, 
jouée in metnoriam du grand maître disparu, et se continuait 
par une Symphonie de M. Fernand Le Borne. Cette sym- 
phonie, déjà jouée en 191 1 aux Concerts-Lamoureux, est 
une œuvre sérieuse : n'entendez point par là qu'elle est- 
ennuyeuse, mais que l'auteur l'a travaillée, qu'il en a mûri le 
plan, établi les proportions, faisant un choix sévère entre les 
idées, les thèmes et leur mode de développement. Ce qui 
frappe en effet à l'audition de cette symphonie, c'est l'unité 
de sa construction et la réalisation d'un ensemble voulu, 
conçu et méthodiquement exécuté. Dès les premières notes 
lancées sur un rythme décidé par les cuivres, on sent qu'on 
va marcher sur un terrain solide et qu'on ne risquera point 
de vaciller dans les ornières où s'enlisent tro souvent les 



courtes inspirations modernes : par ce souci du plan, 
M. Le Borne se rattache à la grande tradition symphonique. 

Divisée en quatre temps, d'allure à la fois classique et 
cyclique, mais de polyphonie très complexe sous la simpli- 
cité de la ligne, l'œuvre emprunte à l'emploi judicieux des 
cuivres une allure martiale, tantôt soulignée parle murmure 
des bois, tantôt rompue par la souple mélodie du quatuor. 
L'emploi du contrepoint et de thèmes fugues donne aux 
développements une variété et une vigueur qui montrent 
tout le parti qu'on peut tirer de ce que nos jeunes musiciens 
appellent l'écriture horizontale, sans avoir besoin de recourir 
à la pol^nonie. 

C'est une œuvre de belle venue, robuste et sonnant bien. 
L'orchestre du Conservatoire en mit en valeur tous les 
détails, se jouant, à son habitude, de toutes les difficultés 
de rythme et de mesure. 

M. Gabriel Bouillon interpréta ensuite le Concerto pour 
violon de Mendelssohn, œuvre fort bien choisie pour le 
talent de l'ai-tiste, qui semble fait de délicatesse et de charme 
plus que de force. 

Enfin M. Philippe Gaubert, pour clore la séance, dirigea 
des fragments importants du premier tableau du troisième 
acte des Maîtres Chanteurs, auxquels il ajouta la Valse des 
Apprentis et la Marche des Corporations du deuxième tableau. 

Il me plaît d'unir dans un même éloge les artistes de 
l'orchestre et leur chef. Il est impossible de rêver interpré- 
tation symphonique à la fois plus jeune, plus poétique et 
plus colorée. Je me souviens de représentations en Alle- 
magne où certes la Marche des Corporations ne prit point ce 
relief et cet éclat : M. Philippe Gaubert sut ajouter à la 
force massive germanique cette fleur de gaieté et de joie 
souriante cueillie par Wagner sous le ciel d'Italie, qui 
imprègne Tristan et Yseiilt et les Maîtres Chanteurs, malgré 
l'apparenee si ludesque de ce dernier ouvrage. Il y a aussi 
de l'esprit dans les Maîtres Chanteurs, ce dont n'ont pas 
toujours l'air de s'apercevoir les kapellmeisters d'outre-Rhin. 

M. Delmas chanta le rôle de Hans Sachs avec l'autorité 
dont il est coutumier. M"'^ Isuardon fut une Eva souriante 
et de belle voix, M. Devriès un Walther mélodique à 
souhait et M. Rambaud un alerte David. Quant àM^i^ Lapey- 
rette, on regretta de ne l'entendre que dans le fameux quintette 
qui montre à quel point Wagner savait se servir des 
ensembles vocaux quand il le voulait. 

Pierre de L.4.pommeraye. 

Goncerts-Goïonne 

Samedi y janvier. — Je voudrais bien, une fois en ma 
vie, entendre jouer l'Ouverture de Coriolan avec le respect 
des valeurs, lorsque apparaît le troisième motif, aux sou- 
bresauts d'un si tragique effet, lequel disparaît aussitôt 
qu'on le transforme en tarentelle, ce qui ne doit pas être 
conforme aux intentions de Beethoven, d'autant plus que 
Tarente est fort éloigné de cette Rome dont le héros shake- 
spearien faisait le siège. 

L'Ouverture de la Flûte enchantée fut exécutée avec pré- 
cision, et peut-être aussi avec une vitesse légèrement exa- 
gérée; « un allegro ne devrait jamais devenir un presto », 
écrivait justement Lenz après avoir rappelé ces paroles de 
Mozart lui-même : « Lorsque le feu n'est pas dans la com- 
position, on ne l'y fait pas entrer en courant plus vite. » 
Or, ce n'est pas le feu qui manque à cette Ouverture, il 
convient seulement de ne pas souffler trop vite sur son 
incandescence. 

La Symphonie en ré mineur, de César Franck, apparais- 
sait au programme pour la première fois depuis le début 
de la nouvelle année. C'est assurément l'un des triomphes 
de M. Pierné et de son orchestre, et ils le prouvèrent de 
nouveau. Notons au passage la poétique interprétation de 
M. Brun dans le chant confié au cor anglais. 

M"'= Romanitza, qui appartient à la troupe de l'Académie 
Nationale de Musique, possède une belle voix et sait la 
mettre en valeur. Elle se joua des plus ardues vocalises et 
se montra digne de représenter la Reine de la Nuit, de la 



LE . MÉNESTREL 



Flûte déjà nommée. Mais elle ne fut pas moins favorable- 
ment appréciée dans un chant de genre bien différent : une 
Barcarolle extraite d'Isabelle et Pantalon, opéra-bouffe de 
M. Roland Manuel. Cette Barcarolle donne le désir de 
connaître le reste- de l'ouvrage, car elle est tout à fait char- 
mante : esquissée d'après un thème populaire, elle s'associe 
à des jeux d'orchestre d'une coloration exquise et d'un 
piquant emploi. Il y a du Marivaux chez M. Roland 
Manuel — du Marivaux de la période italienne, alors que 
Pasquin se nommait encore Arlequin, — et l'esprit s'unit 
chez lui à la délicatesse. 

Berlioz termina la séance, avec la tristesse romantique 
de Roméo, suivie de la fête sonore donnée chez le brave 
Capulet. 

Dimanche 8 janvier. — Bonne exécution de la Sympho- 
nie héroïque. Naturellement et suivant la coutume, les cors 
transformèrent en rythme binaire le rythme ternaire, dans 
le trio du Scherzo. Mais il faut reconnaître que l'exécution 
exacte en est bien malaisée et peut-être impossible. 

Le Concerto en mi bémol, de Liszt, mit en relief les qua- 
lités de fougue et de brillant qui distinguent le talent de 
Marcel Ciampi, lequel, d'ailleurs, en possède aussi d'autres, 
plus intimes mais non moins louables, telles que la finesse 
et l'élégance. F"aut-il rappeler ici le jugement un peu sévère 
de Mendelssohn sur les compositions pour piano de l'au- 
teur des Préludes? « Elles sont, écrivait-il, inférieures à 
son jeu, et en réalité sont faites pour les seuls virtuoses. » 
Il y a pourtant du vrai en cette appréciation ; mais il n'en 
est pas moins réel que les idées nobles et délicates foi- 
sonnent en ce concerto, et que la péroraison en sonne 
comme un hymne triomphal. 

Deux préludes tirés du Mas, de M. J. Canteloube, nous 
étaient présentés en première audition : « C'est, en quelque 
sorte, un poème grégorien (??). » Soit ! Ecoutons : L'Intro- 
duction symphonique du prologue nous offre un tableau 
crépusculaire, longuement et minutieusement décrit dans 
le programme. A quoi bon ? La musique y suffisait. Ce 
tableau est fort réussi et paré de teintes atténuées qui 
rappellent certains vers des Géorgiques repris par Victor 
Hugo : 

A l'heure où le soleil se couche, où l'herbe est pleine 
Des grands fantômes noirs des arbres de la plaine... 

Par contre, l'Introduction symphonique du i"' acte nous 
amène à la vie et à la lumière. C'est la fête des moissons. 
Tableau rassemblant, comme il convient, toutes les voix 
de l'orchestre. On y entend jusqu'au « bruissement continu 
des cigales » et même jusqu'au « bruit d'une faucille qu'on 
aiguise ». Cette évocation, au surplus bien dressée, ressem- 
ble trop à d'autres décors du même genre. En somme, 
musique intéressante et intelligemment ouvrée. Mais pour- 
quoi, encore une fois, tant de thèmes numérotés, classés, 
dénombrés? Ne pourrait-on réduire le « programme» au 
strict nécessaire ? En cette abondance de texte la musique 
risque de se noyer. 

La Péri de M. Paul Dukas terminait la séance et lut 
remarquablement conduite et rendue. On connaît ces belles 
pages féeriques. Il n'est donc pas besoin d'y insister. 

René Brakcour. 
Concerts - Lamoureax 

Splendide programme. 

D'abord, deux fragments de Messidor, de M. Alfred 
Bruneau : le Prélude symphonique du quatrième acte, qui 
est exécuté fréquemment dans nos concerts dominicaux, et 
le « Chant du Semeur», magnifiquement interprété par 
M. Franz. Le public goûta profondément le lyrisme de ces 
deux belles pages qui expriment avec une ampleur émou- 
vante la force éternelle de la vie, jaillissant en moisson d'or 
dans l'été triomphal. 

Un légitime hommage fut rendu à Saint-Saëns, avec la 
Jeunesse d'Hercule, celui de ses quatre poèmes sympho- 
niques qui, peut-être, semble le plus solidement construit, 
et dont l'exécution témoigna d'un « fini » remarquable. 



Le louable éclectisme de M. Camille Chevillard n'hésita 
pas à rapprocher Saint-Saëns de Wagner en terminant la 
séance par une audition intégrale, du premier acte de Tris- 
tan et Yseult, qui alla aux nues. M""' Marcelle Demougeot 
fut une admirable Isolde. Nous espérons l'entendre bientôt, 
à l'Opéra, dans ce rôle où, en musicienne accomplie, elle 
s'élève vraiment au niveau des grandes interprètes wagné- 
riennes.M.Franz fit acclamer, comme toujours, la splendeur 
de sa voix unique et la netteté de son incomparable diction. 
Le rôle de Tristan sera pour lui l'occasion d'un nouveau 
triomphe, s'ajoatant à tous ceux dont est faite déjà la 
carrière exceptionnellement brillante de ce très grand 
artiste. Un peu au second plan, à côté de ces deux extra- 
ordinaires protagonistes. M'"'' Challet-Vicq fut une excel- 
lente Brangaine, M. Murano un solide Kurwenal. M. Sau- 
telet et les chœurs d'hommes complétèrent heureusement 
l'ensemble. 

On sait de quelle maîtrise M. Camille Chevillard fait 
toujours preuve, particulièrement quand il dirige l'exécu- 
tion d'œuvres de Wagner. Il s'est peut-être , cette fois, 
surpassé encore; il est impossible de concevoir une inter- 
prétation plus compréhensive et plus émue que celle qu'il 
assura avec autant d'autorité que de flamme. Le public lui 
rendit hautement hommage par une ovation prolongée. 

Paul Bertrand. 

Concerts-Pasdelottp 

Remplaçant au pied levé M. Rhené-Baton grippé, M. In- 
ghelbrecht conduisit le concert avec une souplesse élégante, 
une précision qui lui valurent les applaudissements mérités 
du public. 

Géniale certes, mais portant à un degré moindre l'em- 
preinte de la griffe du lion, la Huitième Symphonie de 
Beethoven, aux rythmes bondissants, mais où l'on regrette 
l'absence de quelque motif large, d'un de ces adagios 
sublimes dont le titan eut le secret, fut bien interprétée 
par l'orchestre. 

La Fantaisie ponr violon et orchestre de M.Georges Hue 
est charmante. Bien qu'une large part soit faite à la virtuosité 
du soliste, la phrase demeure toujours d'une extrême élé- 
gance mélodique. L'orchestration en est claire, ingénieuse, 
n'étouffant jamais la partie principale et sollicitant cepen- 
dant à un degré égal l'attention de l'auditeur. Le soliste, 
tout en gardant le premier rôle certes, cesse d'être le bril- 
lant ténor qui s'épuise en roulades et en airs de bravoure, 
tandis que l'orchestre ne l'accompagne que de platitudes et 
de pauvretés, auxquelles il fait succéder de bruyants « tutti » 
pour permettre à l'exécutant de souffler un peu. La for- 
mule du morceau de concert réalisée par M. Hue, si diffé- 
rente de cette conception, est, je crois, la bonne. Il doit 
être, je pense, satisfait de son interprète. M. Zighera, qui. 
même dans les passages d'extrême virtuosité, possède un 
son exquis et une justesse impeccable (et c'est plus rare 
qu'on ne croit), ce qui n'exclut pas un phrasé délicieux. 

Le Chasseur Maudit de Franck, œuvre célèbre et fort 
bien venue, fut -excellemment interprété, ainsi que l'étince- 
lante Iberia d'Albeniz, orchestrée de si piquante façon par 
M. Inghelbrecht. Dans l'Ouverture de Tannhàuser, celui-ci 
eut bien raison de ne pas exagérer, comme on le fait trop 
souvent, la lenteur du thème des Pèlerins ; l'œuvre lut aussi 
fort bien exécutée. 

Donc tout marcha à merveille, et cela se trouva fort bien, 
car le public était, au début, nerveux et assez impatienté 
d'avoir espéré si longuement l'orchestre et son chef, et ne 
comprenait pas très bien pourquoi on avait attendu à la 
dernière minute pour remplacer un chef défaillant. 

Jean Loerot. 

CONCERTS DIVERS 

Orchestre de Paris. — Ce n'est pas seulement un bon 
accueil qui fut réservé à M. Vladimir Golschmann, comme 
nous en pria M. Francis Casadesus avant de lui céder sa 
baguette, mais un vrai triomphe que remporta le jeune chef 
d'orchestre au cours de la dernière séance, qu'il dirigea avec 



— 14 — 



LE . MÉNESTREL 



une autorité, une fermeté, une souplesse et une fougue des 
plus remarquables. 

En premier lieu, il nous donna une interprétation des 
plus fouillées et très énergique de l'Ouverture d'Egniont, 
de Beethoven, puis une très fine exécution de la sémillante 
Symphonie en sot majeur, op. 80, dite « la Surprise », de 
Havdn, à propos de laquelle il n'est peut-être pas inutile 
de rappeler ces paroles de Saint-Saëns publiées par lui- 
même dans l'Écho de Paris du 7 janvier 1912, au sujet des 
œuvres du « père de la symphonie » : « Quand on explore 
cette mine de pierreries, on est tout étonne d')' rencontrer 
à chaque pas tel joyau dont on attribuait l'invention à tel 
ou tel moderne, d'être ébloui par des couleurs chatoyantes, 
alors qu'on s'attendait à des grisailles, à des pastels pâlis 
par le temps. » 

M. Golschmann nous fit ensuite entendre S/e^n'ei-/^?'"^', 
qui fut traduite par l'orchestre avec tout le charme et la 
délicatesse désirés. 

On fit également grand succès à M. Leonidas Leonardi 
dans le Concerto en ré mineur pour piano et orchestre, de 
Mozart (cadences de Reinecke), qu'il détailla avec puis- 
sance, finesse et stv'le tout à la fois, ainsi qu'à M. Gabriel 
Bouillon dans une Léo'eHiit; pour violon et orchestre, pleine 
d'ampleur, de M. Blair Fairchild, qu'il joua avec un pro- 
fond sentiment musical, une beauté de son et une justesse 
absolues. 

En fin de séance, une chaude et nerveuse exécution d'une 
Danse slave de Dvorak, d'une instrumentation très colorée. 

P. T. 

Concert Reine Orléans (6 janvier). — Au début de ce con- 
cert, une impression d'une haute qualité. Devant nous un 
violoncelliste, très jeune encore, — et qui peut-être n'a 
jamais joué devant un public aussi nombreux et dans une 
salle aussi vaste. Avee M"'' Orléans, — elle aussi très 
jeune, — ce violoncelliste, M. Tony Glose, va interpréter 
la Sonate en la majeur de Beethoven. Et il n'y a en lui ni 
vaine assurance, ni timidité méfiante. Dans l'attitude, — 
puis le coup d'archet, la sonorité, l'expression, — rien qui 
ne soit direct, naturel. Nulle préoccupation de l'effet, de 
l'applaudissement. Uniquement un souci de l'œuvre; — un 
être qui découvre en elle tout ce qui est d'accord avec sa 
propre jeunesse. — Et sans doute il y a en cette Sonate 
bien d'autres éléments; — notamment dans « l'alIegro 
molto » quelque chose de brisé, de presque spasmodique. 
Mais M. Close a eu l'instinct qu'il ne traduirait cela qu'en 
superposant à sa personnalité réelle une personnalité d'em- 
prunt; et il a porté ailleurs son effort; — mettant en relief 
dans ces pages ce que la plupart des interprètes y négli- 
gent : une juvénilité inattaquéc ; un calme qu'aucune épreuve 
n'a pu détruire. M. Close est assez indéniablement doué 
pour que son jeu, — rapidement peut-être, — gagne en com- 
plexité et en puissance. Puisse-t-il, en ce développement, 
no rien sacrifier de cette franchise et de cette spontanéité! 
S'il y parvient, nous aurons, en ce 6 janvier, vu les débuts 
d'un vrai artiste. 

Une grande sincérité aussi dans le talent de M"" Orléans. 
C'est l'Etude en do mineur de Chopin qui mit le mieux en 
valeur cette sincérité et le brillant mécanisme qu'elle 
anime. 

Très remarquable aussi fut l'exécution de VEspaiia de 
Chevillard (d'après le thème de Chabrier). Œuvre qui est 
beaucoup plus qu'une série de variations ou de commen- 
taires. Elle pénètre jusqu'au plus secret de ce thème, — le 
saisit en sa genèse, — l'interroge, le quitte, le reprend, — • 
puis, le projetant de toutes parts et le traquant en sa fuite, 
découvre comment il se prolonge en les gestes et en l'émoi 
de tous ceux qui l'ont entendu. Pages pleines d'éclat, qui 
aident à surprendre comme en sa source ce qui donne tant 
de puissance à l'interprétation de telles ou telles grandes 
œuvres par M. Chevillard chef d'orchestre. 

Deux œuvres de M. Léon Moreau : Pastorale et les Deux 
Joueuses de Jli'ite (extrait de la musique de scène de Dionysos) 
obtinrent un très lésitimc succès. J. B. 



Concerts de la Revue musicale. — Le concert du 7 jan- 
vier, organisé par M. Prunières au Vieux-Colombier, était 
consacré à la musique ancienne et tout particulièrement à 
celle de clavecin. — M™* Wanda Landowska, tant par ses 
articles que par ses tournées de concerts, est le principal 
auteur du revirement dans l'opinion concernant le clavecin. 
L'usage de cet instrument répond chez M"'" Landowska non 
à quelque goût de l'antiquaillerie, mais à une expérience 
profonde : elle cherche non une désuétude du timbre, mais 
une variété vive de timbres — et par là une possibilité de 
mettre en lumière simultanément toutes les lignes de la 
polyphonie en les étageant selon des plans différents de 
registration. De cette polyphonie, dont l'équilibre sans cesse 
variable nous est pleinement perceptible, naît l'expression, 
qui ne demeure plus, comme au piano, forcément restreinte 
à l'intensité relative des noies entre elles (à quoi le roman- 
tisme a trouvé un magnifique emploi). — Grâce à une tech- 
nique particulière du toucher et grâce à une combinaison 
des registres, la sonorité n'est point grêle, mais atteint à 
une puissance à peine croyable, qui explique que des con- 
temporains de Haydn et de Mozart aient préféré le clavecin 
au piano-forte et que ces deux musiciens aient écrit égale- 
ment pour l'un et pour l'autre des deux instruments. Sur 
cette scène du Vieux-Colombier le clavecin sonnait comme 
un petit orchestre — qu'il fut autrefois. Et si cet instrument, 
parvenu à la perfection, a disparu, n'est-ce pas en partie 
qu'il répondait, lui tout seul, à un idéal orchestral qui évo- 
luait à mesure que les instruments anciens, un à un, cédaient 
la place à de nouveaux, de timbres différents? 

Avec une science minutieuse et jamais maniérée de ces 
« ornements », qui, loin d'être une parure négligeable, font 
corps avec l'œuvre même. M""" Landowska interpréta, outre 
des pièces du Clavecin bien tempéré, celles de deux 
prédécesseurs de J.-S. Bach : l'admirable Passacaglia de 
Johann Gaspar Fischer, des Magnificat de Johann Pachel- 
bel, évoquant « un petit village bavarois doré de soleil 
couchant, une petite église de bois qui résonne et vibre 
tout entière du son de l'orgue et des clochers » (notice de 
M'"« Landowska); une Chaconne de Couperin, dont ni la 
grâce somptueuse ni une espèce de tourbillonnement final 
ne parviennent à cacher la mélancolie foncière ; un Gi'ound 
de Purcell, au sautillement bizarre de marionnettes; enfin 
des œuvres de Scarlatti. 

Avec ses qualités habituelles, M. André Hekking exécuta 
une très belle Sonata a cembalo e viola da gamba de 
J.-S. Bach et une Sonate de Veracini — la première 
accompagnée par M""' Landowska et la seconde par 
M. Gibert-Camins, dont il fallut tout le talent et tout le tact 
pour remédier au dérangement » pianistique qui affuble 
cette sonate. A. S. 

S. M. I. — Deux intéressantes auditions au concert du 
5 janvier, donné par la Société Musicale Indépendante. 

Trois Chants populaires persans harmonisés par M. Blair 
Fairchild, dont M""» Speranza Calo traduisit tantôt l'impres- 
sion d'immensité, où il semble que la mélodie se prolonge 
indéfiniment entre ciel et terre, tantôt la saveur rythmique. 

Un Trio pour piano, violon et violoncelle de M'"= de Man- 
ziarly — très bien exécuté par M"« Nadia Boulanger et par 
MM. Bellanger et Maréchal, — plus personnel qu'un 
quatuor donné la saison précédente, avec toujours ce 
caractère slave des tournures mélodiques qui ferait croire 
à un emprunt au folklore russe, avec une sobriété et une 
certaine gravité auxquelles répondait le motif pesant du 
début. A- S. 

Les Sakharoff. — Clotilde et Alexandre Sakharoff sont 
revenus au Théâtre-Mogador, et, comme l'an dernier, ce fut 
un enchantement. Il est impossible de rêver adaptation 
plus complète des attitudes, des mouvements au rythme de 
la musique; nul effort : une souplesse et une précision de 
gestes dont la mesure égale l'harmonie. 

Ce n'est pas tout : en quelques pas, ils évoquent tout un 
milieu, toute une époque, toute une civilisation. Alexandre 



LE • MÉNESTREL 



Sakharoff, en grand seigneur Louis XIV (à noter l'admi- 
rable costume), fait surgir tout le xvu'' sjècle de cour, com- 
passé et élégant à la fois, héroïque et pompeux, précieux 
et tendre. Clotilde Sakharoff, dans ses danses chinoises, a 
toute la mièvrerie languissante de l'Extrême-Orient; de 
même que dans sa danse nègre elle met toute la sauvage- 
rie, disciplinée et fantaisiste, d'une fille de l'Afrique tropi- 
cale civilisée par le music-hall. Et quel joli printemps que 
ce berger tout de bleu tendre vêtu, en sa tunique ajustée ! 
Mais il faudrait tout citer, et les fantaisies du cirque et la 
valse de Chopin. Il n'y a pas une faute de goût, pas. une 
défaillance. Si l'on a jamais l'impression de la perfection, 
c'est bien en voyant les Sakharoff. P. de L. 



Voir à la dernière page les programmes des Concerts 



Le Mouvement muskaJ en Province 



Angers. — Sixième Concert populaire (ôgS^). — Deux 
toutes petites heures ont suffi pour distiller le programme 
dont la nomenclature n'est cependant pas inférieure en 
quantité à celle des précédentes auditions. 

La Symphonie en ut majeur dite « Jupiter », de Mozart, 
nous offrait, d'abord, son amabilité géniale autant que 
sentimentale, et l'orchestre nous la servit parlaitement. 

De quelques vers de Brizeux, la Cloche des Morts de 
Guy Ropartz en est le développement mélancolique et qui 
eut un très sympathique accueil. On applaudit encore 
beaucoup la Snegourotchka de Rimsky-Korsakoff, qui est 
un recueil de bien jolis contes aussi fantastiques que 
charmants. 

Que nous sommes loin avec M. Ravel de cette Espagne 
conventionnelle tant de fois décrite avec renfort de casta- 
gnettes! Sa. Rapsodie espagnole un peu maladive, dépouillée 
d'artifice et si ingénieusement savante, fut pour sa première 
audition à nos concerts saluée très chaleureusement. De 
toute cette partie instrumentale M. Jean Gay fut le direc- 
teur que nous apprécions grandement. 

M"« Madeleine Grey, cantatrice à l'organe délicieux, 
interpréta avec beaucoup d'aisance et de talent des extraits 
des Croquis d'Orient de G. Hue, le prologue d'Alceste de 
Lully, Silence de Louis Aubert et la délicieuse Troisième 
Ballade de Villon de Debussy qui lui valurent, à deux 
reprises, les rappels les plus flatteurs et les plus mérités. 

L.-Ch. M. 

Besançon. — Pour la reprise de ses séances d'hiver, la 
Société des Concerts Symphoniques a frappé un coup de 
maître. Elle a fait appel à M"e Hortense de Sampigny, dont 
la musicalité, la chaleur et l'intelligence d'interprétation ont 
obtenu le plus vif succès. Entendue dans la Fantaisie de 
Rimsky-Korsakovv avec orchestre, puis dans diverses œuvres 
anciennes ou modernes, elle a su donner partout l'expres- 
sion juste, le charme et la pureté du son. D'enthousiastes 
applaudissements l'ont saluée, et la jeune violoniste a dû 
emporter de sa soirée les impressions les meilleures. 

Le concert, où figuraient la Symphonie de Dvorak et la 
Pavane pour une Infante défunte, s'est terminé par une belle 
exécution de l'Enfant prodigue de Debussy, magistrale- 
ment enlevé par deux excellents amateurs, M™ Bourgeau 
et M. le docteur Gonot, secondés par le baryton du Théâtre 
Municipal. 

Caen. — Le Concert de l'École Nationale de Musique. — 
Depuis le temps qu'a disparu l'Association des Grands 
Concerts Caennais, la seule occasion qui nous reste d'en- 
tendre des œuvres importantes, nécessitant un orchestre 
complet, est la série des concerts de l'École Nationale de 
Musique, intitulés « populaires ». Populaires, ils le sont en 
effet doublement, et par leur gratuité et par l'empressement 



du public; mais par leur exécution ils sont souvent supé- 
rieurs à de grandes auditions payantes. 

Le dernier concert, notamment, fut particulièrement 
remarquable, et par la composition de son programme et 
par sa belle tenue artistique. 

L'exécution de la Symphonie pastorale fait le plus grand 
honneur à l'excellent musicien qui la dirigea, M. Mancini, 
et à la vaillante phalange d'artistes qu'il conduisait. 

L'exécution des Perses, à la fin du concert, n'est pas 
moins à l'honneur de l'orchestre de l'école. 

Nantes. — La deuxième représentation de Ninon de 
Lenclos, de Louis Maingueneau, a eu lieu samedi dernier 
avec un succès plus grand encore, s'il est possible, qu'à la 
première. 

A cette dernière représentation, M. Louis Maingueneau 
conduisit lui-même le quatrième acte dont le Prélude fut 
bissé. Il fut accueilli par de longues ovations. 

Le public vient d'ailleurs en foule à Ninon de Lenclos. 
L'assistance très élégante apprécie avec une justesse de 
goût extrême les moindres détails de la partition, séduite 
par le charme et la vie qui se dégagent de cette œuvre 
d'une si haute musicalité. 

Toulon. — Grand-Théâtre. — La Juive, la Favoriiet 
Werther continuent à tenir l'affiche. Reprise : les Hugue- 
nots avec le ténor Fontaine. 

Création, le 29 décembre, de Gismonda. Ce bel ouvrage a 
remporté un vrai succès, devant une salle comble. Le ténor 
Fontaine, créateur du rôle dans plusieurs villes, a produit 
ici une belle impression et fut acclamé aux deux représen- 
tations. 

Le rôle de Gismonda convenait bien à M'''^ Purnode, qui 
fut très appréciée. 

La création de cet ouvrage, à Toulon, marque un 
sérieux effort artistique, fait par la direction et toute la 
troupe; la belle carrière que fera ici Gismonda sera une 
réfcompense et aussi, pour l'avenir, un encouragement à des 
créations nouvelles. 

Citons également 'W^'^^ Philippot, Demars et Bonneval, 
MM. Gahuzac, Auriol, Dupas et Monteri. 

Il faut féliciter de ce résultat tout d'abord M. Grangeon, 
l'actif directeur du théâtre, M. Bardou, régisseur général, 
et M. Finance, premier chef d'orchestre. 

Il serait injuste de ne pas signaler la bienveillance du 
maire de Toulon et de la commission théâtrale qui ont fait 
leur possible pour que la représentation ait tout son éclat. 

L'auteur, le maître Février, n'a pu venir assister à la 
première, L. Excoffier. 

Tunis. — Le Foyer Musical vient de donner son troisième 
concert symphonique au bénéfice de l'œuvre des Orphelins 
et des petites communes du département de l'Aisne rava- 
gées par la guerre. 

Son orchestre de cinquante exécutants, sous la direction 
de M. M. Paulet, a interprété l'Ouverture de la Flûte 
enchantée, les Indes galantes, une partie du Children's 
Corner, de Claude Debussy, — le succès en fut considé- 
rable, — la Quatrième Symphonie de Schumann et le 
Deuxième Concerto de Saint-Saëns qui permit à M™"!. Cur- 
telin, pianiste, de feire montre des plus sérieuses qualités. 
On a particulièrement goûté son jeu très nuancé et la 
délicatesse de son toucher. 

Ce beau concert avait attiré une grande affluence au 
Théâtre-Rossini. 

Devant les résultats obtenus, il serait à souhaiter que le 
gouvernement tunisien fît à son tour un effort financier et 
subventionnât largement cette intéressante société artistique, 
présidée- par le distingué critique H. Leca, qui en est, en 
quelque sorte, l'animateur. 

— Au Théâtre Municipal, M. Boucoiran, poursuivant 
une saison remarquable, vient de donner une reprise fort 
intéressante de Gismonda avec le ténor Ed. Fraikin. 

Ch.-Roger Dessort. 



— iG 



LE • MENESTREL 



Le Mouvement musical à l'Étranger 



ALLEMAGNE 

Un comité vient de se fonder à Munich, sous la prési- 
dence de M. Bruno Walter et de M. S. von Hausegger, 
pour faire connaître en Allemagne la musique espagnole. 

— Une réunion de musicologues allemands (professeurs, 
historiens, critiques) vient d'avoir lieu à F'rancfort pour 
jeter les bases d'une vaste association professionnelle. 

Jean Chantavoine. 

ANGLETERRE 

Le Monlhly Musical Record passe en revue, dans son 
numéro de janvier, les events musicaux de l'année 1921, 
qu'il estime excellents pour l'Angleterre. II affirme — avec, 
peut-être, quelque optimisme — que Londres est devenu 
le centre des manifestations de musique moderne ». On 
trouvera dans cet article l'énumération des principaux réci- 
tals et concerts donnés à Londres, des principaux virtuoses 
dont cette ville a reçu la visite, des ouvrages les plus inté- 
ressants qu'on j a exécutés ou publiés. 

II ne semble pas toutefois que les différentes saisons du 
théâtre lyrique y aient été brillantes ni bien prospères. Les 
Ballets russes et la saison d'Opéra intime organisée par 
M. Rosing à l'yEolian Hall ont trouvé bon accueil auprès 
du public. Mais on a sévèrement critiqué les représenta- 
tions de la Cari Rosa Company à Covent-Garden. 

Un article de Hermann Klein, dans le Musical Times, 
constate mélancoliquement, d'autre part, que les beaux 
jours ne sont plus où le Royal Italian Opéra, durant l'ère vic- 
torienne, florissait à ce théâtre. L'a operatic lead », la pré- 
séance musicale au théâtre lyrique, a passé, déclare-t-il, de 
Londres à New-York. Cette Marie Jeritza, que Puccini 
déclare la plus magnifique des Toscas et qui triomphe en 
ce moment au Metropolitan, n'a jamais chanté devant un 
public anglais. Londres ignore de même le ténor Gigli, 
successeur probable de Caruso, le baryton russe Joseph 
Schwartz, le plus remarquable, paraît-il, des Rigolettos; il 
ignore Stracciari, Muratore, Rimini, Rosa Raisa, Rosa 
Ponsella, Lucrezia Bori, l'exquise chanteuse espagnole. 
Toutes ces gloires de la scène Ivrique dédaignent aujour- 
d'hui de s'arrêter à Londres, qui ne sait pas les retenir, et 
volent tout droit vers l'Amérique et ses dollars. 

— Au Royal Collège of Music, exécution de la Pavane 
pour orchestre et quatuor vocal de Gabriel Fauré. 

— Une intéressante déclaration. Le Times est d'avis 
que « l'art musical français a pris la place de l'art musical 
allemand et qu'il sait la garder ». 

— Le Musical Times affirme — est-ce bien exact? — que 
nos organistes français ne jouent que rarement la musique 
de leurs confrères étrangers et, notamment, de leurs con- 
frères anglais. C'est ainsi que Joseph Bonnet et Marcel 
Dupré, même au cours de leurs récentes tournées en 
Grande-Bretagne, n'auraient joué, négligeant l'école anglaise 
moderne, que de courtes pièces de compositeurs anciens, 
Byrd et Purcell. Il est naturel, pourtant, que ces deux 
artistes français se soient de préférence attachés à faire 
connaître au public anglais les oeuvres de notre école fran- 
çaise, classique et moderne. Maurice Lena. 

BELGIQUE 

Anvers. — M. Coryn, directeur du Théâtre Royal, s'est 
grandement honoré en montant, le premier après M. Rouché, 
la noble œuvre éclatante de Gabriel Dupont, An/ar; et ill'a 
fait avec un goût, un soin, une conscience auxquels il n'est 
que juste de rendre l'hommage le plus chaleureux. En de 
très bons décors, qui n'empruntent à la quatrième dimen- 
sion du monde astral aucune de ses perspectives do cau- 
chemar, — l'oasis a bien l'air d'une oasis et non d'un hallu- 
cinant jardin potager aux plantes vénéneuses, — M. Coryn 
et ses excellents seconds n'ont pas craint de mettre de la 
lumière, avec des levers et des couchers de soleil physique- 



ment possibles. II y a de jolis groupements autour des feux; 
la joute poétique entre Cheyboub et le vieux berger est 
mise en scène de façon très pittoresque; enfin il y a un 
beau cheval blanc, fin, nerveux, docile cependant, généreu- 
sèment prêté au théâtre par un riche Anversois, et des 
nègres, de vrais nègres, originaires du Congo belge, — 
toutes choses, beau cheval et bons nègres, qu'on ne semble 
pas découvrir facilement à Paris. M. Verdier, de notre Aca- 
démie Nationale de Musique, a bravement tenu le rôle du 
poète-guerrier; il se sert avec adresse do sa voix, qui ne 
manque ni de charme ni d'accent, et met dans son jeu une 
fougue héroïque. M"'s Cuvelier, légèrement indisposée le 
soir de la première, n'en a pas moins obtenu un vif et légi- 
time succès dans le rôle d'Abla. Le reste de l'interprétation, 
avec M""-'s Nordier (la mère d'Antar), Lauwers (Selma), 
Francine (Leïla), et MM. de Lay, un Cheyboub très vivant, 
Colbert, remarquable Amarat, Lesens, Zobeir émouvant, 
Marcelly et Rosseels, qui ont intelligemment compris les per- 
sonnages de Malek et du vieux berger, a fort bien encadré 
les deux protagonistes. Chœurs très acceptables, suffisam- 
ment mobiles; orchestre dirigé avec chaleur et précision 
par la baguette souple mais impérieuse de M. Deveux; 
ballet, sans coupures inutiles, réglé par M™|= Versturme et 
agilement dansé par M"*^ Lange, Lambertiny et Franck. 
Enfin, je ne veux pas terminer ce trop court compte rendu 
sans avoir souligné le geste très sympathique de M. Mau- 
rice Gauchez, qui fit sur la personnalité d'Antar et sur 
l'œuvre de Chekri Ganem et Gabriel Dupont une excel- 
lente conférence, instructive et enthousiaste. La haute 
société d'Anvers, généralement froide, paraît-il, s'est épa- 
nouie au chaud soleil d'Arabie et n'a pas retenu ses applau- 
dissements, qui furent nombreux et serrés. 

J.-H. MORENO. 

Bruxelles. — Le Théâtre de la Monnaie vient de nous don- 
ner une pi'imeur curieuse : la première représentation fran- 
çaise d'un des « panneaux » du Trittico de M. Puccini, 
joué en Italie en 191S. Ce triptyque se compose, comme 
on sait, de trois pièces en un acte, de caractères et de sujets 
complètements différents : la Houppelande, un acte réaliste 
et violent. Sœur Angélique, sorte de petit miracle mystique, 
et Gianni Schicchi, une bouffonnerie endiablée, dontle sujet 
s'apparente étroitement avec le Légataire universel de 
Regnard, bien que l'action se passe au xv'= siècle et que 
l'idée de l'œuvre ait été puisée dans deux vers de Dante, 
où il est question de ce Gianni Schicchi, jeté en enfer pour 
avoir pris la place d'un mort et dicté un faux testa- 
ment. Lucien Solvay, 
HOLLANDE 

La saison d'opéras français, au Théâtre-Carré d'Amster- 
dam, s'est poursuivie avec les Huguenots et Guillaume 
Tell. 

— Le grand chef d'orchestre M. Willem. Mengelberg 
vient de rendre un magnifique hommage à la mémoire de 
notre grand Saint-Saëns, en consacrant aux œuvres du 
regretté maître un concert dont le programme était ainsi 
composé : Prélude du Déluge (violon solo : M. Louis Zim- 
mermann), le Rouet d'Omphale, la Danse macabre, Con- 
certo en la mineur pour violoncelle, op. 33 (M. Mario 
Lœwensohn), et Troisième Symphonie avec orgue. 

— M. Dirk Schâfer a donné à La Haye, le 27 décembre, 
un récital dont la première partie était consacrée à la 
musique française (Franck, Debussy, Ravel). 

— La « Société Bach », de Rotterdam, vient de donner 
dans celte ville VOratorio de Noël. 

— La « Schola Cantorum Néerlandaise » lera entendre 
prochainement le Stabat Mater du regretté compositeur 
hollandais Diepenbrock. 

— Le flûtiste Kwast, M""-" Kwast-Tôrngrecn, cantatrice, 
et le pianiste JanWangenaar ont donné au Concertgebouw 
d'Amsterdam un concert où ils ont fait entendre des 
œuvres de Rameau, de MM. Ravel et D. Inghelbrecht. 

— Le « Quatuor de Grôningue » a donné au Concert- 






LE • MÉNESTREL 



gebouw d'Amsierdam le Quatuor de Debussy, avec le 
Quatuor (op. 5i) de Dvorak et le Quatuor (op. 59, n° 3) de 
Beethoven. Jean Chantavoine. 

ITALIE 

Rome. — Au dernier concert de !'« Augusteum v, la Sym- 
phonie en ut mineur de Glazounow (A. Gasco, l'éminent 
nritique de la Tribuna, lui préfère la plus petite pièce de... 
Moussorgsky), // Cigno morente, une nouveauté du maestro 
Carlo Perineilo dont le même critique, signalant l'allure 
guerrière de telle page imprévue, pensa que le cygne s'allait 
transformer en aigle. Il reconnaît toutefois la valeur musi- 
cale de ce poème symphonique. 

Le violoncelliste Tito Rosati joua mélodieusement une 
Serenata simple et chantante du maître Zandonaï. Enfin, les 
noms glorieux de Berlioz et de Wagner clôturaient ce pro- 
gramme largement international que B. Molinari conduisit 
avec toute l'autorité et la diversité voulues. 

— Première, pour cette saison, de la Tosca au « Costanzi », 
qui donna précédemment les Maîtres Chanteurs eiFrancesca 
da Rimini. L'opéra de Zandonaï, qui demeure sur l'affiche, 
est chanté par le ténor Fleta et non par F. Michèle, ainsi 
qu'une erreur nous l'avait fait écrire. 

— Audition à l'« Augusteo » du poème symphonique avec 
chœurs Dantis Poetœ Transitus, écrit par le maestro Don 
Licino Refice pour le sixième centenaire du Dante et qui 
fut exécuté en septembre à Ravcnne, puis à Ferrare. Œuvre 
considérable, mais dont l'ensemble serait un peu gris. 

— A la « Sala Bach », le « Quartetto Romano », composé 
des professeurs Spada, Grandini, iMatteucci et ZuccaroUi, a 
joué remarquablement le Quatuor de Leone Sinigaglia, le 
Quatuor en ré majeur de Boccherini et celui en fa majeur 
de Dvorak. 

— Le compositeur Vincenzo Davico, de Turin, auteur 
d'une Tentation de Saint Antoine, d'après Flaubert, a eu 
son poème lyrique exécuté au « Cercle des Etrangers », à 
Monaco. 

— A Naples, au « Bellini », première de la Stella del 
Canada, opérette du maestro Gennaro Abbate. 

— Le Quatuor de Ravel a été joué àTrieste avec celui de 
Boccherini par le « Quartetto Triestino ». G.-L. Garnier. 

POLOGNE 

Varsovie. — L'Opéra de Varsovie vient de donner la 
première représentation de Pan Twardowski, le nouveau 
ballet du célèbre compositeur polonais Ludomir Rozycky, 
dont l'opéra Éros et Psyché fut naguère joué souvent à 
l'étranger. 

L'action du ballet est tirée d'une vieille légende polo- 
naise. Dans la pittoresque ville de Cracovie, Pan Twar- 
dowski, éminent alchimiste du xV siècle, est mis en pré- 
sence du diable auquel il vend son âme en échange d'une 
vie opulente et voluptueuse ; mais c'est à Rome seulement 
que Pan Twardowski doit livrer son âme. Après une vie 
mouvementée pleine de larces et de tours qu'il joue au 
diable, Pan Twardowski lui échappe enfin en s'envolant 
dans la lune où il restera jusqu'au jugement dernier. 

Le ballet constitue une suite de neuf tableaux sur lesquels 
Rozycky a écrit une musique d'une richesse étonnante, 
bien expressive de l'âme polonaise, pleine de gaieté et de 
sentiment mêlés à un profond mysticisme religieux. L'in- 
strumentation est ample et colorée. 

Ce qui caractérise ce ballet, c'est qu'il est accompagné de 
chœurs et de soli du plus heureux effet. 

Le succès fut considérable. H. Orwide. 

ROUMANIE 

Bucarest. — L'Opéra, devenu institution d'État sous la 
direction de M. Ch. Cocoresco, a ouvert ses portes le 
8 décembre avec Lohengrin, qui obtint un succès triomphal. 

L'œuvre de Wagner fut admirablement dirigée par 
M. Georges Enesco. Les protagonistes en furent : 
jVjraes ivony, Roman, MM. Vrabiesco, Téodoresco, Folesco 



et Magiari. La mise en scène, due à M. A. Markowsky, de 
l'Opéra de Vienne, fut excellente. 

On a encore représenté la Vie de Bohème et Mefistofele 
de Boïto, sous la direction de M. Egisto Tango. Prochai- 
nement Carmen et Lakmé. 

— M. G. Georgesco, le directeur de la « Filarmonica», a 
ouvert la série des concerts symphoniques d'abonnement. 
Aux cinq premiers concerts, les programmes comportaient 
des œuvres de Mozart, Beethoven, Weber, Schumann, 
Tchaïkowsky, Brahms, Enesco, Glazounow, Wagner et 
Richard Strauîs. 

Citons comme solistes de ces concerts le pianiste Léo 
Sirota (Concerto de Tchaïkowsky), M'ii^ Magda Weil, violo- 
niste de mérite (Concerto de Brahms), M. Filip Lazar, pia- 
niste et compositeur, qui donna une très musicale interpré- 
tation de la Burlesque de R. Strauss, et M""' Muza Germani- 
Ciomac, pianiste remai'quable, qui exécuta magnifique- 
ment le Concerto en mi bémol de Beethoven. 

— La vaillante société chorale « Carmen », dont le 
directeur est M. D. Kiriak, a fêté son vingtième anniver- 
saire. Au programme : Lauda di Béatrice, chœur pour huit 
voix a cappella, que le très distingué compositeur Alfonso 
Costaldi écrivit sur un poème de Dante, Canton di Ven- 
demmia, du même compositeur, une pièce de Roland de 
Lassus, ainsi que le Désert de Félicien David, dirigé par 
Georges Enesco. Alfred Alessandresco. 

ÉTATS = UNIS 

Brillante saison musicale à San-Francisco. Beaucoup 
de musique française, exécutée notamment par le pianiste 
français Robert Schmitz (Ravel, Debussy, Florent Schmitt, 
Mariotte). 

— La Boston Symphony, sous la direction de P. Mon- 
teux, a donné récemment un concert à Montréal. Au pro- 
gramme, Beethoven, Debussy, Berlioz, et VJstarde Vincent 
d'Indy, présent à ce concert et qui joua, chaleureusement 
acclamé, le Concerto pour piano de Bach. 

— Une étoile nouvelle au Metropolitan. C'est la chan- 
teuse viennoise Marie Jeriiza. Son draw poiver 'puissance 
d'attraction), égal, paraît-il, à celui même de Géraldine Far- 
rar, remplit, les soirs heureux oti elle chante, la salle et la 
caisse de ce théâtre. 

— Joseph Bonnet, l'un de nos maîtres organistes, com- 
mencera ses cours d'orgue en février prochain à la « East- 
man School of Music » de Rochester. 

— M"" Jeanne de Mare fait ce mois-ci, dans plusieurs 
salons de New-York, une série de conférences en français 
sur la musique française, illustrées par elle-même et par 
d'autres artistes d'exemples choisis de piano ou de chant. 
Elle a parlé dans ses premières conférences de Franck, 
d'Indy, Chausson, Chabrier, Duparc, de Bréville et De- 
bussy. 

— Ted Shawn, le célèbre danseur, et sa compagnie ont 
donné récemment une séance à l'Apollo Theater. Le pro- 
gramme comprenait la célébration dansée ou tout au moins 
rythmée d'un office religieux; et ce numéro, si l'on ose, 
dans l'espèce, s'exprimer ainsi, était d'une beauté, paraît- 
il, et d'une solennité tout à fait émouvantes. 

— Le Musical Courier adresse une requête à ses lecteurs 
afin de réunir la somme d'argent nécessaire à des achats 
d'aliments et de vêtements qui permettraient de venir 
en aide à Glazounow, dont la situation matérielle, en 
Russie, serait précaire. 

— Nous avons reçu quelques-uns des programmes du 
Saint-Louis Symphony Orchestra. Excellemment dirigé par 
Rudolph Ganz, c'est assurément, parmi les orchestres sym- 
phoniques de l'Union, l'un des meilleurs et des plus actifs. 
Ses programmes sont éclectiques. Classiques et modernes, 
toutes les écoles de tous pays y sont représentées. Nos 
musiciens y occupent une large place et nous y relevons 
cette année les noms de Massenet, Sâint-Saëns, Gounod, 
Benjamin Godard, Ambroise Thomas, Delibes, Meyerbeer, 
Fourdrain, Debussy, Dukas. 



-^ LE • MENESTREL ==:: 



La Pageant Choral Society de cette même ville, avec le 
concours du Symphony Orchestra, a donné fin novembre 
une belle exécution, in concert forin, de Satuson et Dalila. 

— On sait que l'Opéra français de la Nouvelle-Orléans 
fut naguère incendié. Un groupe de mélophiles se propose 
de le rebâtir. Par voie de souscriptions il réunit des fonds 
à cet effet; il organise, d'autre part, des fêtes et des bals 
dont les recettes sont affectées à cette reconstruction. 

— ■ La Boston Society of Singers, dont nous avons relaté 
la fondation toute récente, a représenté l'autre jour, à 
FArïington Theater, Cavalleria Rusticana et Pagliacci. Les 
opéras français auront leur tour. 

— Les opéras chantés à l'Auditorium de Chicago pourront 
être entendus par voie téléphonique dans un rayon de huit 
cents milles. Des essais préliminaires ont donné d'excellents 
résultats. 

Tamaki Miura, la diva japonaise, jouera cette saison à ce 
théâtre. 

Nombreux concerts à Chicago. Au joint récital du 
contralto Eleanor Reynolds et du baryton William Beck 
mélodies de fiizetjWidor, Georges Hue. Maurice Ltîna. 

CANADA 

Montréal. — L'orchestre de Boston, directeur Pierre 
Bîonteux, a donné le 12 décembre, avec le concours du 
maître Vincent d'Ind)^, un concert au Théâtro-Saint-Denis. 
Au programme : la Symphonie héroïque de Beethoven, 
variations symphoniques (Istarj de Vincent d'Indy, deux 
Nocturnes (Nuages et Fêtes) de Debussy, la Marche Hon- 
groise de la Damnation de Faust de Berlioz, et enfin un 
Concerto de Bach pour piano et orchestre. L'auditoire, très 
nombreux, a fait une véritable ovation à l'orchestre de Bos- 
ton et à son excellent chef, Pierre Monteux, ainsi qu'à Vin- 
cent d'Indy. Jamais orchestre sj'mphonique, depuis la visite 
d'André Messager avec ses artistes du Conservatoire de 
Paris, n'avait reçu un aussi chaleureux accueil. L'illustre 
compositeur Vincent d'Indy fut rappelé dix fois après l'exé- 
cution du Concerto de Bach. L'enthousiasme fut délirant 
pour les Nocturnes de Debussy, qui furent joués avec une 
perfection rare. Vincent d'Indy fut l'objet d'une touchante 
manifestation : les membres de la Chorale Brassard, qui 
avaient interprété récemment les Béatitudes, offrirent à 
l'illustre élève de César Franck deux palmes. Vincent 
d'Indy s'avoua fort ému en disant quelques mots à l'audi- 
toire. Louis MlCHIELS. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



A l'Opéra : 

Antar a été donné lundi dernier. Le bel opéra de Gabriel 
Dupont a été joué par la plupart des acteurs qui l'avaient 
créé, et ce lurent de longs rappels, notamment pour 
M"<=Fanny Heldy, pour MM. Franz, Delmas, Noté, Duclos, ' 
ainsi que pour l'orchestre qui exécuta magnifiquement la 
marche funèbre du quatrième acte. 

Les répétitions de la Mégère apprivoisée de M. Gaston 
Silver sont très avancées; on pense pouvoir passer le 
20 janvier. 

On continue en même temps les études de Boris Go- 
dounoff. 

— • Le tricentenaire de Molière : 

Le 17 janvier, grande matinée de gala à l'Opéra oii des 
œuvres de Molière seront jouées par des artistes de tous 
les théâtres de Paris, dont voici le programme : 

Ouverture de Lulli, par l'orchcsti-e de l'Opéra. 

Tartufe (3<= acte), joué par M™=' Jeanne Granier, Vera 
Sergine; MM. Huguenet, Signoret, Bernard. 

Le Misanthrope (i™ acte), joué par MM. Lucien Guitry, 
Pierre Magnier et Louis Gauthier. 

C/iej- Jean de La Fontaine., le soir du ij février i6j3, 
écrit pour cette circonstance par M. Sacha Guitry et joué 
par m. Sacha Guitry et M"« Yvonne Printemps. 

Répliques du Malade imaginaire, par M'"" Marthe 



Régnier, Yolande Laffon ; MM. Polin, Lefaur et Simon 
Girard. 

Enfin : la cérémonie du Malade imaginaire, avec tous 
les acteurs de Paris. Le Praeses, M. Max Dearly. 

L'orchestre et les chœurs de l'Opéra. 

— Nous apprenons avec grand plaisir la nomination de 
notre collaborateur Lucien Soivay comme commandeur de 
la Légion d'honneur. 

En lui notifiant sa nomination, M. de Margerie écrivait à 
M. Soivay. , 

« En vous attribuant cette distinction, le Gouvernement 
français a été heureux de rendre un témoignage public de 
l'appréciation dans laquelle il tient votre talent d'écrivain 
et de critique d'art. Les hautes distinctions qui vous ont 
déjà été décernées en Belgique, votre qualité de membre 
de l'Académie Royale, vous désignaient tout particulière- 
ment à l'attention du Gouvernement de la République. » 

— Les Fêtes du Peuple donneronl samedi prochain, 
14 janvier, à 20 heures, à la Bourse du Travail, leur dix- 
septième samedi poétique et musical, sous la direction de 
M. Albert Doyen. 

— M"'" Kutscherra est maintenant à Paris et la grande 
cantatrice se propose de donner prochainement un concert 
à la salle Gaveau. Après s'être, pendant la guerre, dépensée 
pour venir en aide aux Alliés (son mari était officier belge 
et son beau-frère capitaine français), M"'= Kutscherra va re- 
prendre ses leçons et ses auditions. 

— Dernièrement ont eu lieu, à Dax, les obsèques de 
M. Pascal Teyssandier, professeurde musique, anciendii-ec- 
teur de la Chorale et de l'Harmonie Municipales. M. Pascal 
Teyssandier était un musicien de valeur. 

— Joan Manén naquit à Barcelone en i883. A i3 ans il 
composa une sonate pour piano et violon et c'est à ce mo- 
ment-là qu'il se révéla comme un extraordinaire virtuose 
du violon. Depuis cette époque, il fit des tournées de 
concerts en Espagne, Portugal, Amérique du Sud, puis aux 
Etals-Unis. 

Il revint en Europe et joua avec un immense succès en 
Angleterre, Russie, Allemagne, Autriche, Italie et en France, 
en igiS, à Paris, aux Concerts- Lamoureux. La saison der- 
nière il remportait de nouveaux triomphes à New-York, à la 
Philharmonie Society, à Boston et dans les villes les plus 
importantes des États-Unis. 

Joan Manén vient de faire en Scandinavie une tournée 
qui a duré plus de deux mois. Il donnera deux concerts à 
Paris, salle des Agriculteurs, les mardis 17 janvier et 27 jan- 
vier 1922, en soirée. 

— Evelyn Howard Jones, qui a donné mercredi dernier 
un concert dont nous parlerons dans notre prochain 
numéro, est né à Londres d'une famille celte originaire du 
pays de Galles; il commença sa carrière musicale à l'âge de 
ans. En 1892 il obtint une bourse d'études au « Royal 
Collège of Mûsic Institution », il suivit brillamment les 
cours de cet Institut qui lui décerna, offerte par feu le roi 
Edouard VII, la médaille d'or de la classe de piano. Il 
travailla ensuite avec d'Albert. 

Evelyn Howard Jones fait chaque année d'importantes 
tournées de concerts en Angleterre et dans les principaux 
pays d'Europe. Il est le fondateur du « New Symphony 
Orchestra » dont il a dirigé la première série de concerts. 

Professeur à !'« Académie Royale de Musique » et au 
« Collège Royal de Musique de Londres », il était titulaire 
d'autres chaires importantes, mais il en a démissionné pour 
se consacrer entièrement à la carrière de virtuose. 

M. Evelyn Howard Jones donnera un second concert le 
25 janvier. 

— L'Humour anglais : Les journaux anglais, nous dit le 
Daily Chronicle, .s'occupent d'un curieux procès fait au 
Sunday Times par l'actrice Elhel Irving, sous prétexte que 
le critique dramatique do cet organe a parlé d'elle en 
termes injurieux. Dernièrement, miss Ethel Irving jouait 
les Trois Filles de M. Dupont, de Brieux, auThéâtre-Garrick, 
et voici ce que le Sunday Times écrivait, au lendemain de 
la représentation : 

« Lorsqu'elle se maîtrise, M"<= Irving est l'une de nos 
meilleures comédiennes. Mais aujourd'hui elle a été singu- 
lièrement indisciplinée. L'actrice a économisé ses forces 
pour le troisième acte, puis elle nous a désolés. Aucune 
réserve dans son jeu. C'était une furie déchaînée, une épi- 
leptique écumante, se roulant à terre et mordant ses 
orteils. » 



LE • MÉNESTREL 



L'avocat de miss Irving trouve ces termes « offensants, 
d'autant que l'actrice ne mérite que des louanges ». 

Miss Irving fit remarquer dans sa déposition que le 
public l'avait rappelée quatorze fois. 

Devant la cour, M'= Hogg, avocat de la plaignante, lui 
demanda : « Aviez-vous l'air d'une furie î Ecumiez-vous ? 
Votre jeu permettait-il de penser que vous vous mordiez 
les orteils? 

» — Mais non », lui dit-elle, au milieu des rires de l'as- 
sistance. 

A ce moment, le juge posa à Miss Irving cette question : 

<i Répondez-moi : portiez-vous des bottines? » 

Des éclats de rire saluèrent aussi ces paroles. 

« Mais oui, s'empressa de dire la plaignante. 

» — Et des bas? 

» — Oui. 

» — Les mordiez-vous? 

» — Non. » 

Voilà qui donne une idée de l'atmosphère dans laquelle 
se déroula cet amusant procès. 



BIBLIOGRAPHIE 



Edouard Schuré : L'Ame celtique et le Génie de la 
France à travers les âges (Libraire académique Perrin et 
O"). — Un beau livre enthousiaste qui semble conclure les 
études du grand songeur alsacien sur le génie celtique de la 
France. Schuré y définit d'excellente manière les rapports de ce 
génie, créateur de la conscience profonde de la France, et primi- 
tivement représenté par Vercingétorix, avec le génie latin, à qui 
la France doit son bon sens et son goût de la mesure, et le génie 
germanique, importé par les Francs, solide ossature de l'âme 
trançaise. L'auteur met aussi en lumière le beau mythe de Luci- 
fer, si puérilement déformé par des siècles de foi aveugle, et l'on 
sent qu'il aspire de tout son être, avec sa « Druidesse >>, symbole 
de l'âme humaine, à la réunion de la science et de l'amour, de 
Lucifer et du Christ, de la Terre et du Ciel, dans une sagesse 
supérieure qu'atteindra peut-être un jour le grand enchanteur 
Merlin, inspirateur de la France. Citons encore, entre autres 
belles pages, l'apologie du lyrisme romantique, cette sublime 
explosion de l'âme celtique qui, sans renier les précieux apports 
des âmes latine et franque, s'élance éperdument vers l'inlini de 
l'amour et de la liberté divinement unis; puis le jugement, d'une 
lucidité remarquable, sur l'anarchie bolcheviste et sur les forces 
capables de régénérer l'humanité en créant une nouvelle hiérar- 
chie spirituelle; enfin, la belle défense de Jeanne d'Arc contre 
l'esprit négatif, superficiel et mesquin de certain grand écrivain 
moderne qui s'est fait un dieu de son scepticisme. .1. H. 

Camille Bellaigue : Souvenirs de Musique et de Musiciens. 

(Paris, Librairie Nationale.) 
Beaucoup de gens aiment la musique de façon à ne pas la faire 
aimer : ils la rendent dédaigneuse, pédante, renchérie, rébarba- 
tive, hostile. L'amour que lui porte et le culte que lui voue notre 
éminent confrère Camille Bellaigue est fait au contraire de ten- 
dresse généreuse et communicative. Après tant d'études fortes et 
charmantes, qui lui ont assuré une place d'honneur dans la cri- 
tique, il a publié récemment, en une plaquette, dont les dimen- 
sions menues conviennent à la modestie de son dessein mieux 
qu'à la curiosité du lecteur, quelques-uns de ses <x souvenirs de 
musique et de musiciens ». La vocation et l'éducation musicale 
d'un enfant, sous l'aile d'une mère tendrement aimée, les soi- 
rées artistiques en famille, la classe de Marmontel au Conserva- 
toire sont autant de tableaux émus ou pittoresques, tous égale- 
ment attrayants. Gounod, Massenet, Verdi, le pape Pie X, tant 
d'autres, paraissent dans ces quelques pages : M. Camille Bel- 
laigue ne nous donne pas de chacun d'eux un portrait en pied, 
complet, historique et solennel; il se borne, en quelques traits 
légers et précis, à des croquis intimes, où il sait surprendre les 
attitudes de la vie et les caractères les plus personnels de la phy- 
sionomie. Jean Chantavoine. 

— Notre collaborateur Lucien Solvay, de l'Académie Royale de 
Belgique, vient de publier chez Van Oest deux importants 
volumes sur l'Evolution théâtrale. Le premier concerne le 
drame et la comédie, le second la musique. Une documentation 
très sûre et un goût délicat marquent cette œuvre importante de 
critique. 

Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 



Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro, 
Soupir, de M. André Gailhard, poésie de Sully Prudhomme. 



. programmes de$ <5oi?eert5 

GRANDS CONCERTS 
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 
13 janvier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 
M. Philippe Gaubert). — Beethoven : Symphonie héroïque. — Tar- 
TiNi : Concerto pour violoncelle (M. Maurice Maréchal). — Paul 
Dukas : La Péri. — Fauré : Elégie (M. Maurice Maréchal). — 
RiMSKv-KoRSAKOKK : Grande Pdgtte russe. 

Concerts-Colonne (samedi 14 janvier, à4h. 3/4, au Châtelet, 
SOUS la direction de M. Gabriel Piernéj. — Berlioz : Ouverture 
du Carnaval romain. — Beethoven : Symphonie kéro'iijue. — Dra- 
GONETTi : « Andante » et « Rondo » du Concerto pour contrebasse' 
(M. Nanny). — Paul Dukas : La Péri. 

Dimanche i5 janvier, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Festival Saint-SaIjns : Septuor 
(piano : M. Jean Duhem; trompette : M. Foveau). — Le Rouet 
d'Omphale. — La Xuit. — a) Havanaise; b) Rondo capriccioso 
(M. Cantrelle). — A^uit persane (Récit: M"= Delvair; chant : 
M"»' Y. Courso, M. Gabriet Paulet). —La Jeunesse d'Hercule. 

Concerts-Lamoureux (dimanche ib janvier, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Saint- 
Saëns : .'iuite algérienne. — César Franck : Quatrième Béatitude 
(Récit : M. Franz; voix du Christ: M. Murano). — Wagner : 2ViS- 
tan et Yseult, 1" acte (M'"" Demougeot, Challet-Vicq ; MM. Franz, 
Murano et Sautelet). 

Goncerts-Pasdeloup (samedi 14 et dimanche i5 janvier, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhenè-Baton). — Beethoven : Ouverture à'Egmotit. — Beet- 
hoven : Quatrième Concerto pour piano (M. Ernst Lèvy). — 
Rabaud : la Procession nocturne. — Ravel : la Valse. — Chaerier : 
Ouverture de Gwcndolinc. 

CONCERTS DIVERS 
SAMEDI 14 JANVIER : 

Samedi Musicaux du Théâtre Albert-I" (à 4 heures et 
demie, Théâtre-Albert-I"). — Œuvres de Léo de Pachmann et 
de Mario Versepuy. 

Société nationale de Musique (à q heures, salle du Conser- 
vatoire). — Robert Siohan : Quatuor à cordes. — Jacques de la 
Presle : Heures d'Eté. — Debussy : Pièces pour piano (M. Ricardo 
Vinès). — R0HOZANSKY : Sonate, piano et violon. — Mariotte : 
Sonate d'Automne (M"" Madeleine Grey). — a) .\lbeniz : Almeria: 

— c) MoMPOu : Scènes d'Enfants ; — de Falla : Danse du Meunier 
(Ricardo Vinès). 

Concert Leone Jankowsky (à g heures, salle Gaveau). 

Quatuor Poulet (à 9 heures, salle des Agriculteurs). — Festi- 
val Debussy-Ravel. 

Concert de M'"' A. Cartier (à g heures, salle Pleyel). — Réci- 
tal de violoncelle. 

DIMANCHE 15 JANVIER : 

Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs]. 

Concert Marie-Hélène Bonnet (à 3 heures, Schola Canto- 
rum). — Récital de piano. 

LUNDI 16 JANVIER : 

Concert "Wiener (à 9 heures, salle Gaveau). 

MARDI n JANVIER : 
Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). — 
Quatuor Bastide. 
Concert Mark. Hambourg (à 9 heures, salle Gaveau). 
Concert Loyonnet-Lévy (à 9 heures, salle Erard). 
Cercle Musical Universitaire (à 9 heures, à la Sorbonne). 

— Conférence de M. Julien Tiersot: la Musique pendant la Révo- 
lution. 

Concert Jean Manén (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

MERCREDI 18 JANVIER : 

Récital d'orgue G. Jacob (à 4 heures et demie, salle du Con- 
servatoire, rue de Madrid). 

L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert de Musique romaine (à 9 heures, salle du Conser- 
vatoire). 

U. F. P. C. (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Violes et Clavecins (à 9 heures, saiie Gaveau). 

Concert Jeanne Jouve (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concerts Historiques (à 9 heures, Maison des Artistes, 
i53, avenue de Wagram). 

JEUDI 19 JANVIER : 

Concerts artistiques Léon Loicq (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert Gabrielle Gills (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert A. Hekking-M. Amour (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert V. Staub (à 9 heures, salle Erard). 

VENDREDI 20 JANVIER : 
Quatuor Pascal (à 5 heures, salle Gaveau). — Quatuor. 
Concert Vavin (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 
Concert Grandjany (à 9 heures, salle (javeau). 

JACQUES HKUGKL, directeuT-gérant . 

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MUSIQUE • ET- THEATRES 



DIRECTEUR JACQUES HEUG EL 



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DIRECTEUR. 

DE 1833À1Ô83 

J.L. HEUGEL 




DIRECTEUR^ 

DEI883À19I4 

HENRIHEUCEL 



Molière et la Musique. 



SOMMAIRE 
HENRI DE cURZOîl Le Mouvement Musical en Province. 




l^ Semaine dramatique : 

Potinière : Callxte ou l'Amoureuse 
sans le savoir 

Deux-Masques : Spectacle nouveau 

Les Grands Concerts: 

Concerts du Conservatoire 

Concerts -Colonne 1 JEAN LOBROT 

' PAUL BERTRAND 

Concerts-Lamoureux P, de LAPOMMERAYE 

Concerts-Pasdeloup JEAN LOBROT 

Concerts Divers. 



PIERRE D'GUVRAY 



RENÉ BRANCOUR 



Le Mouvement Musical à l'Étranger : 

Allemagne JEAN CHANTAVOINE 

Angleterre S MAURICE LENA 

' JEAN ROVER 

Belgique • • . J. BESSIER 

Espagne RAOUL LAPARRA 

Hollande j. CHANTAVOINE 

Hongrie, EMÉRIO VADASZ 

Italie e,-L, GARNIER 

Norvège ANNE-HÉLÈNE.KNUTSEN 

Suisse JÉAGÉ 

États-Unis MAURICE LENA 



i échos et Nouvelles. 
♦ ♦ ♦ 

SUPPLÉMENT MUSICAL 

four Us seuls akonnis i la musique 

IWOSIQUE DE PlflflO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro : 

PRESQUE UNE VALSE, de Paul Puget. 

Suivra immédiatement : Gaillarde, de Charles Silver, extrait de La Mégère apprivoisée, comédie lyrique en 4 actes, 

d'après l'adaptation de P. Delair, paroles de Henri Cain et Edouard Adenis. 



JHOSIQOE DE CHflJSlT 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant : 

Dolent, de Georges Hue, poésie de Paul Arosa, extrait de Trois Rondels dans le style ancien, 

Suivra immédiatement : Crois en mon amour, ma petite reine, de Charles Silver, extrait de La Mégère apprivoisée, 

comédie lyrique en 4 actes, d'après l'adaptation de P. Delair, paroles de Henri Gain et Edouard Adenis. 



Le NtJMÉRo : 

(Uxtê uul) 

Ofr 75 



(l^olr les Quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoejrture) 



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Le NtncÉRo 

IttxU uul) 



BUREAUX:RUE VlVlENNE2bisPARlS (2î) 

TÈLÉPMONC:CUTEMBERCi 55-3a 
__^ ADRESSE TÉLÉGRAPWIOUe:MENt5TRELPARl5 



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 A l'année seulement 

K Pour Paris et les Départements 

W I» TEXTE SEUL 20 fr. 

K i" TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

E 3* TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

£ 4» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) .... 60 fr. 

ï Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 fr. ; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ; 

B Abonnement complet, 6 fr. 50. 

c Frais d'envot de la Prime au t" janvier (Province et Etranger) : 2' et 3« modes : chaque, 1 fr. 50; 4* mode : 3 francs. 

à Les Abonnements partent du i" Je chaque mois. 

g En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che^ tous les Libraires et Marchands de Musique 

K ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal. 

I HEUQEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2"", rue Vivienne, Paris (2*) 



ŒUVRES RÉCEMMENT PARUES 

Signes d'abréviation : (t. f.) très facile; (t.) facile; (a. f.) asse^ facile; (m. d.) moyenne difficulté; (a. d.) asse^ difficile; 

(d.) difficile; (t. d.) très difficile. 



MUSIQUE POUR PIANO 

^ Prli Mis. 

BARBIROLLI (A.). — Allegrador, Paso, doble (M. d.) 4 » 

— Négus, fox-trot (M. d.) . 4 » 

BRUN (Georges). — Causerie, op. 81 (m. d.) 3 » 

— Pavane au clair de lune, op. 83 (M. d.) 5 » 

— Tarentelle, op. 80 (A. D.) 5 » 

— Trois Pièces, op. 79 : 

I. Mélodie (m. d.) 2 i 

II. Harmonie (A. D.) 2 » 

m, Rythme (a. d.) 3 » 

Les trois numéros réunis en recueil . 5 » 

LAURENS (Edmond). — Risleriana, •/ '• Suite, pièces impressionnistes, 
op. 53 (T. D.) : 

1 . Des farfadets s!ébattent 4 » 

2. Au crépuscule, des chants rustiques et naïfs s'élèvent (pour main 

gauche seule) 4 » 

Le même, transcrit pour deux mains par l'auteur 4 » 

3. Des gnomes grouillent et, croassant, grimacent 4 » 

4. Des sirènes rêvent, bercées par les vagues miroitant sous les rayons 

lunaires 5 > 

5. Il fait triste... le vent souffle 5 » 

Le Recueil in-4» 16 » 

— Tea Flirtation (a. d.) 4 i 

Le même, main droite seule (d.) 4 d 

MORET (Ernest) — Chansons des Beaux Soirs : 

^ . Berceuse pour un soir solitaire (m. d.) 3 50 

2. Dans l'oasis près d'une source... (a. D.) 4 s 

3. Berceuse pour la fin d'un beau jour... (M. D.) 3 50 

4. Venezial (a.d.) 3 50 

5 . Berceuse de la mort (m. d.) 3 i 

6. Conte pour une nuit d'hiver (A. D.) 6 » 

Le recueil in-4» 16 » 

PÏ!RILHOU(A.), — Carillon (M. D.) 5 . 

PUGET (P.). — Presciueune valse (M.o.) 3 » 

ROUGNON (Paul). — Danse ancienne (F.) 3 50 

— Elégie (m. D.) 3 50 

— En volant I caprice (u. d.) 3 50 

— Sans souci I caprice (F.) 3 « 

MUSIQUE INSTRUMENTALE 

DUBOIS (Th.). — Airs arméniens recueillis, adaptés p' le violon et harmonisés : 

i. Dans la Montagne (M. D.) ". . . 3 50 

2. Chanson de Fillette (A. F.) 3 50 

3. 1" Chant liturgique (M. D.) 3 so 

4. 2" Chant liturgique (m. d.) 3 50 

5. Elégie (A. F.) 3 50 

6. Danse (m. d.) 3 50 

Le Recueil in-4» 12 » 

— Canon, pour violon, violoncelle et piano (M. D.) 3 50 

Dix pièces pour grand orgue (M. D. et A. D.). Recueil in-8° ...:.. 16 > 

i. Entrée. — 2. Pièce canonique. — 3. Déploration. — 4. Pastorale. — 
S. Prélude. — 6. Fugue. — 7. Évocation. — 8. Introduction : Fantai- 
sie, Fughetta et Coda. — 9. Imploration. — iO. Sortie (grand chœur). 
LAPARHA (R.). — Suite ancienne en marge de Don Quichotte, 
pour violon (ou alto) et piano (m. d.) : 

K" «. Entrée 6 » 

2. Sarabande 4 , 

S. Passepied ! . ! ! . 6 o 

4. Estudiantina !!!!.. 7 » 

La suite complète 16 » 



MUSIQUE VOCALE m..,. 

CHAUVET (R.). — Si vous m'aimez (poésie de Carmen de Crécy) : 

I. Pour baryton ou mezzo-soprano 3 » 

n. Pour ténor ou soprano 3 » 

DUBOIS (Th.). Quam suavis est, motet au Saint-Sacrement, à 

quatre voix a cappei/o, avec accompagnement d'orgue ad Ziiitem. . . 3 » 

— Les petits lits blancs, poésie de Miguel Zamacois 3 50 

— Salut à trois voix (soprano, ténor, basse), avec accomp' d'orgue . . 6 » 

I. Verbum supernum ; II. Memorare ; III. Tantum ergo. 

FÉVRIER (H.). Gismonda, drame lyrique en quatre actes, d'après Vic- 
torien Sardou, poème de Henri Gain et Louis Payen. 
La partition, chant seul 8 » 

GAILHARD (André). — Six Mélodies : 

I. Lassitude (poésie de Roucau) 4 > 

II. Clarté (poésie de X...) 4 » 

IIL Soupir (poésie de Sully Prudhomme) 4 » 

IV. Le Géant (poésie de Victor Hugo) 4 » 

IV bis. Le même transposé en si mineur (pour voix élevées) 4 o 

V. Idylle (poésie de Victor Hugo) 4 » 

VL Soir paien (poésie d'Albert Samain) .4 » 

Les six mélodies en recueil in-4» 16 » 

GAUBERT (Ph.). — Mon Petit Ane (poésie de M. Lena) : 

A. — Pour voix moyennes 3 50 

B. — Pour voix élevées (ton original) 3 60 

GRASSI (E.-C). — Trois Poèmes Bouddhiques pour chant avec 

accompagnement de violon, hautbois ou second violon, violoncelle et 
piano à quatre mains. 

I. Les Oiseaux inspirés 8 s 

U. La Procession. 8 n 

m. Le Réveil des bouddhas 8 p 

Le recueil in-4'' 20 s 

GUËRANDE (G.). — Deux Mélodies (poésie de la Comtesse de 
Noailles) : 

L La Détresse ; 4 » 

n. Les Plaintes d'Ariane 4 » 

BUE (Georges). — Trois Rondels dans le style ancien (poésies de 
Paul Arosa) : 

L Galant 3 50 

n. Dolent 3 60 

m. Ardent. 3 80 

Le recueil in^" 8 » 

MORET (Ernest). — Poème d'une Heure (poésies de Paul Bourget) : 

1. Musique et silence de l'heure I 4 j> 

2. Sérénade italienne . 4 n 

3. Loin de tes yeux 4 » 

Le Recueil in-4° 8 » 

— Trois Mélodies : 

1 . Je parerai tes bras... (poésie de Gustave Kahn) : 

A. — Pour voix graves 3 50 

B. — Pour voix élevées 3 50 

8. Que m'importe I je t'aime... (poésie de Jean Lahor) 3 50 

3. De la neige et de l'ombre tombent (poésie de A.^F. Hérold) 3 50 

LIBRAIRIE 

CHANTA'VOINE (Jean). — L'Œuvre dramatique de Camille 
Saint-Saëns (Conférences prononcées aux Concerts historiques Pas- 

deloup. Opéra, 3 et 24 Février 1921) ,• • ■ 2 » 

CURZON (Henri de). — Ambroise Thomas (Conférence liie le 2 dé- 
cembre 1920 aux Concerts historiques Pasdeloup) 2 r> 

MALHERBE (Henry), — Georges Bizet (Conférence prononcée aux 

Concerts historiques Pasdeloup, Opéra, 10 février 1921) 2 » 

— Edouard Lalo (Conférence prononcée aux 
Concerts historiques Pasdeloup, Opéra, 23 décembre 1920) 2 » 



Tous les prli el-denas tont nets, maloratloo eamprlst. • Pour reeewlr franco, aloutor en sus 5 0/fl pour (rais dt port et d'envol. 



LE'MENESTREL 



4473. — 84' Année. — N" 3. 




MOLIÈRE ET LA MUSIQUE 



EPUis quelque temps, et avant mcme d'avoir 
mis en question la célébration solennelle du 
tricentenaire de la naissance de son fonda- 
teur, la Comédie-Française a entrepris de 
rétablir, dans des conditions à peu prés 
authentiques, les divertissements et la mu- 
sique des comédies-ballets de Molière. L'idée est heu- 
reuse, beaucoup plus heureuse, même, qu'on n'imagine 
en général. Car il ne s'agit pas seulement ici de piquer 
la curiosité du public, qui, en effet, accourt à cet appel et 
fait salle comble; il s'agit encore de rendre à Molière 
une justice dont on ne s'était guère soucié pendant ces 
trois siècles, et ceci est mieux. 

Il importe, en effet, qu'on le sache et qu'on y prenne 
garde; dans ces intermèdes, ces danses mêlées de chant, 
ces scènes mimées ou dialoguées, et sauf la musique 
proprement dite, tout est de Molière, tout est imaginé, 
combiné, voulu par Molière. Peut-être n'en aurait-il 
pas eu l'idée s'il n'avait voulu satisfaire le goût du Roi 
pour ces divertissements et ces ballets où celui-ci aimait 
paraître en personne. Mais, l'occasion étant donnée, il 
s'efforça d'en tirer tout le parti possible. Il voulut que 
ces éléments accessoires ne fussent pas plaqués et sans 
lien avec l'action; il chercha à accentuer leur significa- 
tion et leur portée; il innova constamment d'œuvre en 
œuvre; et son initiative, relevée au surplus par une 
force d'invention, une saveur de style et une vivacité 
de pensée qui ne sont qu'à lui, a été à jamais féconde. 
Oui, l'on n'en saurait trop souligner l'importance, car 
c'est dans ces essais, non ailleurs, qu'il faut chercher les 
premières intuitions du spectacle national dont allaient 
sortir, successivement, l'opéra et l'opéra-comique. Il 
n'a pas tenu à lui qu'il n'en donnât même, enfin, des 
types décisifs. Mais, d'une part, la jalousie privilégiée 
de Lulli arrêta les développements d'exécution musicale 
dont Molière eût eu besoin de disposer; de l'autre, le 
pubhc n'était pas mûr encore et se déclarait trop pré- 
venu contre l'idée de faire chanter, non plus des com- 
parses spécialement introduits, mais les personnages 
mêmes de la pièce. 

On saisit donc aisément combien l'étude spéciale et 
progressive, dans leur ordre, de ses comédies-ballets 
est d'un intérêt essentiel dans l'histoire de l'évolution 
de la musique. 

Notre époque, plus éprise que les précédentes des 
origines de notre art et de ses anciens monuments, 
prendra donc un plaisir extrême à ces reconstitutions 
et ne trouvera que remerciements à adressera M. limile 
Fabre et à son initiative. La Comédie-Française n'avait 
guère maintenu qu'au Bourgeois gentilhomme ce carac- 
tère de festival et de m,ascarade dont, évidemment, ilîne 



saurait se passer. Par occasion, à l'Odéon, nous avons 
apprécié un Malade imaginaire et une P5rf//f' authen- 
tiques. Mais ce sont là, en quelque sorte, des aboutis- 
sants, dont les préparations nous échappaient. On ne 
pouvait plus ingénieusement rendre hommage à Molière 
qu'en interrogeant sa pensée sur ce point. 

Qui sait, s'il avait vécu davantage, jusqu'où son génie 
eût développé l'art théâtral? Ne rêvait-il pas d'un véri- 
table théâtre lyrique? L'abbé Perrin, après sa Pastorale 
en viusiqtie (de Cambert) , première forme d'opéra 
hasardée par lui à Issy, en lôSg, après son Ariane tx. 
sa Pomone (du même Cambert), avait obtenu le privi- 
lège d'une Académie de Musique (1669). Molière pro- 
jeta de le lui racheter. Mais lorsqu'il eut confié son idée 
à Lulli, son collaborateur ordinaire et dont, en somme, 
il ne pouvait se passer, celui-ci, devinant le parti que 
lui-même en pourrait tirer, n'eut rien de plus pressé 
que de prendre les devants. On sait comment, ensuite, 
il sut profiter de quelques divisions qui entravaient 
l'entreprise de Perrin pour forcer celui-ci à lui céder 
son privilège. C'est à cet instant que Cambert, ruiné 
dans son avenir, passa en Angleterre, où il obtint du 
roi Charles II la même place qu'occupait Lulli à la cour 
de Louis XIV. L'Académie de Musique n'avait plus à 
sa tête un poète utilisant un musicien, comme Molière 
pensait faire de Lulli, mais un musicien s'attachant un 
poète ordinaire (Quinault). 

Mais ne songeons pas à ce que Molière aurait pu 
faire; voyons ce qu'il a fait. Son dessein premier est 
nettement indiqué par lui dans l'avertissement dont il 
crut bon de faire précéder l'édition de sa première 
comédie-ballet, les Fâcheux; et M. Emile Fabre, pour 
en bieit marquer l'importance, n'a pas manqué de le 
mettre en relief, lorsqu'il a repris cette pièce, depuis 
longtemps abandonnée : il a fait paraître Molière lui- 
même, et lui a fait dire au public, devant le rideau 
encore baissé, ce que nous lisons dans cette préface : 

« Le dessein était de donner un ballet aussi. Et 
comme il n'y avait qu'un petit nombre choisi de dan- 
seurs excellents, on fut contraint de séparer les entrées 
de ce ballet; et l'avis fut de les jeter dans les entr'actes 
de la comédie, afin que ces intervalles donnassent temps 
aux autres baladins de revenir sous d'autres habits. De 
sorte que, pour ne point rompre aussi le fil de la pièce 
par ces manières d'intermèdes, on s'avisa de les coudre 
au sujet du mieux que l'on put, et de ne faire qu'une 
seule those du ballet et de la comédie... C'est un 
mélange qui est nouveau pour nos théâtres et dont on 
pourrait chercher quelques autorités dans l'antiquité; 
et, comme tout le monde l'a trouvé agréable, il peut 
servir d'idée à d'autres choses qui pourraient être médi- 
tées avec plus de loisir. » 

Comédies-ballets ou divertissements, on ne trouve 
pas moins d'une quinzaine d'ouvrages ainsi conçus 



— 21 • — 



LE -MÉNESTREL 



dans le théâtre de Molière. Passons-les rapidement en 
revue. 

Les Fâcheux (iSôj) constituent donc le premier^ : 
c'est la septième pièce depuis l'Etourdi. Elle est précé- 
dée d'un prologue (dit par une naïade) et de quelques 
danses, et comporte deux entrées de ballet après le pre- 
mier acte, quatre après le second, et deux à la fin. 
Toutes ces entrées, scènes mimées et dansées, font par- 
tie intégrante de la comédie, et l'infortuné Eraste s'y 
yoh encoTe. fâcheusement -poMKwWi. Dune façon géné- 
rale, pour ces reconstitutions, ici et ailleurs, M. Emile 
Fabre a jugé qu'il n'était à propos de retenir que ce qui 
fait ainsi corps avec la comédie : il a eu raison. La mu- 
sique des Fâcheux était du danseur Beauchamp. 

Le Mariag-e foixé (1664) est la première comédie 
pour laquelle Molière fit appel à Lulli. Aussi la parti- 
tion est déjà bien mieux ordonnée et coxitientdu chant. 
C'est « le Ballet du Roi » en trois actes, comprenant : 
une ouverture, deux entrées après le premier acte (deux 
couplets et deux airs de danse), deux après le second 
(avec un récit de basse), quatre après le troisième (avec 
des couplets en espagnol, pour voix de femme). 

La Princesse cTÉlide (1664) nous montre le chant 
introduit, cette fois, dans le dialogue même, et non plus 
en divertissement. Le premier « intermède » comporte, 
après l'ouverture, le récit de l'Aurore, le trio des valets 
de chiens ec diverses entrées; le second, des danses; le 
troisième, les deux chansons du satyre; le quatrième, 
les deux airs de Tircis et la chanson de Moron (que 
chantait Molière) ; le cinquième, le dialogue de Clymène 
et Philis; le sixième enfin, un chœur général avec six 
parties d'instruments. 

L'Amour médecin (166 5) demande aux comédiens 
mêmes (les médecins) de faire leur partie dans les 
rythmes de danse et de mimique. Après un prologue à 
trois voix, il y a un entr'acte ainsi mimé, diverses danses 
à la fin, et surtout toute une scène dans l'esprit de la 
comédie : l'opérateur, vendeur d'orviétan. 

La Pastorale comique (1667), qui suivait Mélicerte 
et précédait le Sicilien, en un ensemble de festival tout 
à fait exceptionnel, comportait : des scènes dansées et 
mimées, un morceau chanté à trois voix, deux scènes 
chantées à deux voix (amants rivaux et rebutés), un air 
dansé (un Egyptien dansant et chantant). Le Sicilien, 
outre les chants nécessaires aux scènes de la comédie 
même (sérénade de trois chanteurs, chanson d'Hali 
avec danse) amenait des danses et mascarades finales et 
était suivi du Ballet des Aluses, en quatorze entrées 
mêlées de chants en français et en espagnol (« mascarade 
espagnole » à la sixième entrée) et dont la dernière était 
une sorte de petit opéra-comique impromptu. 

Georges Dandin (1668) est un type plus neuf encore, 
où la comédie est indépendante du divertissement, mais 
où celui-ci est, pour sa part, une petite pièce suivie, — 
pour mieux dire, le cadre même, entre les trois actes 
duquel est intercalée la comédie, les uns et les autres 
alternant régulièrement (le plus étrange, c'est que 
Georges Dandin n'est pas sans être parfois mêlé à cette 
action parallèle, mais tout juste pour éviter une trop 
nette coupure). Le premier acte du divertissement com- 
prend : danses et mimes, chansonnettes à deux voix 
(les deux bergères), scène à quatre voix (leurs amants 
venant à elles) ; le second : la plainte de l'une des ber- 
gères à la nouvelle que son amant s'est noyé; le troi- 
sième : danses et mimes, les amants reviennent, avec 
les bateliers qui les ont sauvés. Enfin, la comédie ter- 



minée, la conclusion de la pastorale prend un dévelop- 
pement considérable : danses et chants, couplets ' si 
connus de Cloris : « Ici l'ombre des ormeaux — donne 
un teint frais aux herbettes... », ensemble à quatre 
voix, cortèges de Bacchus et de l'Amour, double 
chœur, etc. 

Monsieur de Pourceaugnac (1669), où la partition, 
copieuse, est intimement liée à la comédie, débute, 
après l'ouverture, par un grand concert de voix et d'in- 
struments, une sérénade à trois voix, conduite par Eraste. 
Viennent ensuite (scène X du premier acte) deux musi- 
ciens italiens en médecins grotesques, chantants, et huit 
matassins dansants; au second acte, deux avocats musi- 
ciens chantants, avec cortège de procureurs et sergents 
dansants; au troisième, une mascarade à deux voix et 
chœur. 

Les Amants magnifiques (1670) offrent le type le plus 
complet du genre, mais trop « divertissement royal »■ 
pour être d'une remise à la scène possible aujourd'hui. 
Les intermèdes tiennent ici la première place et le 
sixième est un opéra en règle. Le premier tableau 
(bords de mer) met en scène Eole, des tritons, des 
amours : c'est une symphonie avec chœurs et-soli. Le 
troisième (une forêt) organise, pour divertir la prin- 
cesse, toute une petite comédie mimée et chantée, une 
pastorale à quatre voix avec grand chœur de bergers, 
six ou sept scènes. Le sixième (un amphithéâtre) 
reproduit des « jeux pythiens « avec soli, chœurs, 
danses. 

Le Bourgeois gentilhomme {i6j 6) est, plus que toute 
autre comédie, lyrique, mimique et chorégraphique : 
c'est un de ses attraits essentiels. Dès le début, les pré- 
paratifs de la leçon de danse et de la leçon de musique 
sont soulignés par l'ouverture; un musicien chante pen- 
dant la leçon; puis c'est un c dialogue en musique » à 
trois, et des danses. Les tailleurs habillent en cadence et 
se réjouissent, en dansant, de leur pourboire. Les cuisi- 
niers apportent en dansant les mets du repas, que deux 
chansons à boire, à trois voix, viendront égayer. Enfin, 
c'est la cérémonie turque. Pour conclusion, indépen- 
dante de la comédie, le Ballet des Natioiîs, en six 
entrées : la foire aux livres, acheteurs. Gascons, Suisses, 
babillards; — danses variées; — trois Espagnols chan- 
tants; — deux Italiens chantants; — deux Français 
chantants; — chœur général et danse. 

Psyché (i6ji), presque un opéra par tableaux enca- 
drant la « tragédie ». Le prologue fait chanter Flore et 
Vénus, dryades et sylvains, Vcrtumne et Paléinon. Des 
chants italiens composent le premier intermède; 
Vulcain et ses cyclopes, le second ; des amours et des 
zéphyrs, le troisième. Amour et Zéphire dialoguant; 
des furies, le quatrième, qui nous mène aux Enfers ; 
Apollon, les Muses, Bacchus, Mars, tous les dieux, le 
cinquième, qui nous ouvre le Ciel et que termine un 
ballet. C'est la dernière partition de Lulli. 

La Comtesse d'Ei-carbagvas (1671) offre encore quel- 
ques divertissements vers la fin, et une pastorale s'y 
intercalait, qui est aujourd'hui perdue. 

Le Malade imaginaire (1673), dont la musique est de 
Charpentier, a moins de cohésion que les autres comé- 
dies-ballets, et ce n'est qu'au divertissement « égyptien », 
avec quatre voix de femmes et des danses'de « Mores », 
organisé par Béralde après le second acte, et à la céré- 
monie burlesque qui conclut l'ouvrage, que se marque 
le souci habituel de Molière de faire jouer un vrai rôle à 



LE • MÉNESTREL 



la musique. En revanche, le prologue est un petit opéra- 
ballet, où chantent Flore, Tircis, Pan, etc., et le pre- 
mier intermède, avec Polichinelle, la vieille, les violons, 
les archers, les couplets italiens, le très comique dialo- 
gue, le ballet, est tout un petit opéra-comique. 

Henri de Curzon. 



LA SEMAINE DRAMATIQUE 

La Potiniére. — Calixie ou l'Amoureuse sans le savoir, 
trois actes en vers de M. Gabriel Nigond. 
M. Gabriel Nigond avait donné l'an dernier, au Nou- 
veau-Théâtre, une pièce charmante, Sophie Aniould, 
que d'aucuns avaient traitée justement de chef-d'œuvre : 
on était donc en droit d'espérer beaucoup de la nouvelle 
œuvre du poète. Ces espoirs ont été pour partie déçus. 
Écrite dans l'uniforme tonalité de demi-émotion, Calixte 
laisse une impression de monotonie dans les dévelop- 
pements : M. Nigond abuse de la verdure des arbres, 
de la chaleur du soleil, du chant des oiseaux, éléments 
éternellement poétiques, c'est vrai, mais bons surtout 
pour des débutants. M. Nigond n'est plus un élève : il a 
les qualités d'un maître et il doit se montrer plus difficile 
vis-à-vis de lui-même. 

Calixte est une jeune fille de trente ans échappée par 
miracle aux massacres de la Terreur : les terribles évé- 
nements auxquels elle a assisté ont détruit chez elle 
toute sensibilité amoureuse, mais en même temps l'ont 
rendue somnambule. Elle est aimée par le fils d'un de 
ses fermiers, Jacques Fayral, son frère de lait, qui, 
pendant la tourmente, a sauvé la fortune de ses maîtres. 
Calixie en est séparée non seulement par son insensi- 
bilité, mais par les préjugés de caste qui lui interdisent 
toute union avec un manant. Une nuit, cependant, au 
cours d'un accès de somnambulisme, elle pénètre dans 
la chambre de Jacques; celui-ci l'éveille d'un baiser. 
Voilà soudain Calixte convertie : la froide statue s'anime , 
son cœur s'émeut et puisque, noble, elle ne peut être 
l'épouse de Jacques, elle deviendra sa maîtresse. 

Cette intrigue de psychologie un peu simple a donné 
à M. Nigond l'occasion de deux ou trois aimables scènes 
et de couplets de valeur inégale. La pièce est reposante 
cependant, car tous les personnages, très conventionnels, 
sont sympathiques, depuis la vieille grand'mère jusqu'au 
jardinier fidèle : ils sont très « bibliothèque rose » à usage 
de grandes personnes; M""= de Ségur n'eût point hésité 
à les adopter. 

La pièce est remarquablement jouée par M™* Marie- 
Laure et M"" Magdeleine Damiroff. M. Darry Krimer est 
un beau ténébreux d'une rare distinction, qui a certai- 
nement plus cultivé André Ghénier que les pommes de 
terre : il fait prévoir déjà l'aristocratie napoléonienne. 

Deux tout petits actes complétaient le spectacle : 
Juliette le sait vième pas, de M. Doillet, et le Tournant, 
de M. Lionel Nastorg. Dans sa saynète, car la pièce 
n'a guère plus d'importance, M. Nastorg s'est certaine- 
ment souvenu à- Amants, de Maurice Donnay. 

Tout le spectacle est fort bien mis en scène par 
M. Henry Beaulieu, qui est en outre très bon comédien. 

Pierre d'OuvRAV. 

Théâtre des Deux-Masques. — Spectacle nouveau. 

Six actes, telle est la nouvelle ci:>ntribution qu'apporte 
à l'art dramatique le Théâtre des Deux-Masques : trois 



actes de terreur, trois actes de vaudeville; une vraie 
douche écossaise; escouade terroriste : MM. Marcel 
Rieu avec la Tête, et Palau avec la Peur ; escouade 
comique : MM. Auguste Achaume avec la Douche, 
Armand Massard et Vercourt avec le Placard, et 
M. Armory avec Nuit d'alerte. 

La partie tragique a été traitée cette fois avec une 
louable mesure, et, bien qu'on voie dans l'une des pièces 
la tête d'un décapité, l'horreur qu'on cherche à éveiller 
chez le spectateur est plus intellectuelle que physique. 
La Peur de M. Palau est, à ce point de vue, remarqua- 
blement nuancée : il s'agit de tenanciers d'une pension 
de famille qui croient avoir bien assassiné l'un de leurs 
hôtes; ils ne l'ont cependant ni suffisamment tué (ils 
ne l'ont tué qu'un peu, comme dirait le Père Ubu), ni 
parfaitement enterré, car celui-ci revient et torture ses 
assassins par la peur. 

Les trois vaudevilles sont gais, mais il ne me viendra 
point à l'idée de vous expliquer quel rôle joue un lit où 
les gens se trouvent chacun à leur tour soit dessus, soit 
dessous, soit derrière, par un ou par deux. M. Armory 
a renouvelé le problème que se posent les auteurs gais 
depuis tant d'années : étant donné un lit de 2", 20 sur 
i'°,6o, combien en une heure peut-il y passer de person- 
nages et quelle est la moyenne de leur âge ? 

Deux artistes, M. Mevisto et M"*^ Blanche Derval, ont 
composé avec beaucoup d'art et de simplicité leurs 
rôles de la Peur. Citons ensuite M'"*"^ Jane Meryem, 
Loulou Doris, Jane EUy et MM. Almette, Carlos Avril, 
Sémery et Dutet, tour à tour sombres ou souriants. 

Pierre d'OuvRAV. 



LES GRANDS CONCERTS 



Société des Concerts du Conservatoire 

La Symphonie héroïque et la Péri de M. Paul Dukas, 
ayant été exécutées dimanche dernier aux Concerts-Colonne, 
ont naturellement été reprises aujourd'hui par un autre. 
Nous ne nous en plaignons pas... Quant à la Grande Pâque 
russe de Rimsky-Korsakow, elle n'avait pas été entendue 
depuis au moins trois grandes semaines. Inutile d'ajouter 
que le tout fut remarquablement interprété. Le soliste du 
jour était M. Maurice Maréchal, élève de M. Lœb, et 
d'abord de l'École de Musique de Dijon, sa ville natale, 
premier prix de violoncelle en 191 1, et assurément l'un des 
plus légiiimement appréciés parmi les tenants de ce bel 
instrument. *■ 

Il nous joua un Concerto de Tartini, ce « personnage 
étrange et magnifique, puissant musicien, créateur de la 
haute technique du violon, grand escrimeur, physicien, phi- 
lologue... un raisonneur et un fantaisiste, un artiste sensible 
et un esprit lumineux », ainsi que le dépeint si justement 
M. Maurice Emmanuel. L'œuvre et l'exécutant furent 
accueillis par un enthousiasme unanime. 

René Brancour. 

Concerts-Colonne 

Samedi 14. janvier. — L'orchestre paraissait aujourd'hui 
particulièrement en verve. Il nous donna d'abord une fou- 
gueuse interprétation de l'étincelante Ouverture du Carna- 
val Romain de Berlioz, étincelante, non pas tant à cause 
de la valeur des thèmes (celui de la saitarelle par exemple 
est quelconque, et pourrait figurer dans quelque Ouverture 
d'Auber ou d'Halévy), mais surtout à cause de l'habilcié 
inouïe, de la richesse prodigieuse de la mise en œuvre et 
de l'orchestration. Ici la sauce est de si haut goût, relevée 
avec tant d'art, que le poisson n'a plus aucune importance. 



— 23 



LE • MENESTREL 



La Symphonie héroïque qui suivait fut interprétée 
parfaitement... oui, même les cors furent impeccables, et 
je n'ai jamais entendu mieux jouer cette célèbre Sympho- 
nie. 

P"aut-il prendre au sérieux 1' « exhibition » de contrebasse 
qui venait après? Je ne crois pas, puisque M. Pierné sou- 
riait lui-même dans sa barbe en remontant au pupitre diri- 
gerle morceau suivant. Quelle que soit la virtuosité de l'exé- 
cutant, cet instrument, lorsqu'il abandonne son rôle, qui est 
d'être la base solide de l'architecture sonore, prête toujours 
à rire, surtout lorsqu'il s'efforce à des mièvreries qui no lui 
conviennent guère; il ressemble alors à quelque grosse 
dame faisant la petite follette, et l'on a envie de crier à la 
fausse mineure. Mais, outre que le Concerto de Dragonetti 
n'a rien de bien passionnant, la partie solo se maintient 
constamment dans l'aigu : conséquence : les sons sont 
: grêles, voilés, et, dans le cas qui nous occupe, rarement 
justes. 11 en résulte des effets comiques absolument impré- 
vus et, dans le « Rondo », je n'étais pas le seul critique à 
tenter vainement de réfréner un fou rire inextinguible. 
M. Nanny qui est, je crois, un excellent contrebassiste 
d'orchestre, fera bien de méditer les vers du fabuliste, qui 
s'appliquent si bien, non à lui, mais à son instrument : 

.lamais un lourdaud, quoi qu'il fasse, 
Ne saurait passer pour galant. 

La Péri, de Paul Dukas, d'une somptuosité d'orchestre 
et de rythme réellement éblouissante, termina magnifique- 
ment cet intéressant programme. Jean Lobrot. 

Dimanche 1 5 janvier. — Beau festival, donné à la mémoire 
de Saint-Saëns, et s'ouvrant, d'une manière assez inattendue, 
pai' le célèbre Septuor avec trompette, exécuté avec la parti- 
cipation de tous les instruments à cordes! Rien ne pouvait 
justifier cette transformation arbitraire en un morceau d'or- 
chestre d'une œuvre de musique de chambre, qui se trouva 
ainsi entièrement déséquilibrée, au pointd'endevenirpresque 
méconnaissable lorsque l'unique piano et la seule trompette 
dialoguèrent avec une niasse de cordes que l'auteur n'avait 
pas prévue. Citons les noms des deux interprètes devenus 
inopinément solistes : I\1M. Jean Duhern (piano) et Foveau 
(trompette). 

Le Rouet d'Omphale remporta un succès considérable; il 
fut exécuté splendidement par M. Pierné, ainsi que la Jeu- 
nesse d'Hercule, qui terminait la séance : rarement il nous 
fut donné de voir figurer sur un même programme deux 
des admirables poèmes symphoniques qui occupent dans 
l'œuvre de Saint-Saëns une place d'honneur. 

Après l'audition de la Nuit, chœur pour voix de femmes 
avec solo de soprano fort bien interprété par M""'- Cesbron- 
'Viseur, M. W. Cantrelle fit longuement acclamer, dans la 
Havanaise et le Rondo Capriccioso, le charme et la précision 
de son jeu, auquel on souhaiterait seulement un peu plus 
d'ampleur sonore. 

Dans la Nuit pei'sanc, dont M"^ Delvair déclama avec 
autorité le récit. M"» Y. Courso et M. G. Paulet chantèrent le 
contralto et le ténor solo avec un talent remarquable et en 
exprimant avec une parfaite justesse d'expression l'orienta- 
lisme romantique de cette belle suite, qui mériterait d'être 
entendue plus fréquemment. Paul Bertrand. 

Concerts - Lamoureux 

Nouvelle audition du preinicr acte de Tristan et Yseult. 
Gomme dimanche dernier, acclamations vigoureuses pour 
M. Chevillard, pour M"« Demougeot, remarquable Yseuh, 
pour M. Franz, magnifique Tristan, et pour M. Murano, 
excellent Kurwenal... et aussi pour Wagner. M"* Demou- 
geot et M. Franz appartiennent tous deux à l'Opéra, ils 
possèdent cornplètement leurs rôles, ils l'ont prouvé hier 
une seconde fois ; pourquoi M. Rouché... ? Mais parions 
qu'il y a déjà songé. 

Le concert s'ouvrait par la Suite Algérienne de Saint- 
Saëns. Quelques spectateurs eurent l'inconvenance de sifHer. 
M. Chevillard-, avec un tact parfait, les rappela à la décence 



et ses quelques paroles furent couvertes d'aplaudissements. 
Mais, ceci dit, il faut reconnaître que la Suite Algérienne 
n'est point des meilleures œuvres du maître et que, pour 
honorer la mémoire de Saint-Saëns, surtout le jour où l'on 
donnait Tristan et Yseult, il eût mieux valu jouer autre 
chose, Phaéton, par exemple, qui n'est guère plus long et 
eût placé l'auteur français en meilleure posture. 

Une admirable exécution de la Quatrième Béatitude de 
Franck ramena le calme en incitant les auditeurs à l'œuvre 
de justice, ce dont ils s'acquittèrent en applaudissant 
MM. Chevillard et Franz. P. de Lapommekaye. 

Concerts-Pasdeloup 

M. Rhené-Bathon, remis de sa grippe, nous a donné 
aujourd'hui vin excellent concert. Il débuta par l'Ouverture. 
d'Egmont, dont il donna une exécution pleine de tact et 
de mesure. 

Que dire de l'interprétation du Concerto en sol de Beet- 
hoven par M. Ernst Lévy (un Suédois ou un Suisse, j'es- 
père î). Elle fut d'une absolue perfection... à ce point qu'une 
brave dame, assise auprès de moi, s'écria: o Que c'est bien 
joué, on dirait un piano mécanique ! » Et cette naïve excla- 
mation constitue la meilleure critique qu'on puisse faire. 
Moins de perfection, plus de vie et surtout un mouvement 
moins lent dans l'a Andante con moto »... con inotOy vous. 
entendez, monsieur ?... et c'eût été sublime, c'est-à-dire 
mieux que parfait. 

La Procession Nocturne de H. Rabaud est une œuvre 
admirable qu'on exécute souvent maintenant dans les. 
grands concerts, surtout — étrange coïncidence — depuis- 
que ce grand musicien est devenu directeur du Conserva- 
toire. -Avait-on donc besoin de cette consécration pour en 
reconnaître la grande valeur, si bien mise en relief par îa 
belle exécution d'aujourd'hui? 

La Valse de Ravel n'est pas ce que j'aime le mieux de cet 
excellent auteur. C'est une adaptation ingénieuse des. 
rythmes de valses viennoises si en faveur sous le Second 
Empire. Ce n'est pas une caricature piquante, ce serait 
plutôt une très belle photographie. Alors... j'aime mieux 
l'original, car, en dépit de la truculente orchestration de 
M . Ravel, on ne saurait être Strauss plus que Strauss lui- 
même. 

Que de belles choses dans l'ouverture de GwendoUne, et 
que j'aime ce début exposant sauvagement le thème des. 
Barbares ! Évidemment, il y a là-dedans quelques souve- 
nirs un peu trop wagnériens, mais le reste est si personnel 
que celte œuvre mérite amplement les bravos chaleureux, 
qui saluèrent l'interprétation vibrante qu'en donnèrent l'or- 
cliestre et son chef. Jean Lobhot. 

CONCERTS DIVERS 

Société Nationale de Musique. — Séance de réouverture,, 
avec une série de premières auditions : tout d'abord un 
Quatuor de M. Siohan, dont j'ai particulièrement apprécié 
les deux premiers temps bien construits, solidement com- 
posés, l'un avec de curieuses recherches de rythmes, l'autre 
très tendre, aux harmonies rares sans être hardies, et qui 
dénotent un tempérament musical spontané et une nature j 
beaucoup moins bon le troisième temps, où M. Siohan, 
voulant « donner une impression de joie rude », a super- 
posé tous les tlièmes de l'œuvre en des r\'thmes et tons 
différents. C'est fort bien de vouloir utiliser en même 
temps des thèmes variés. C'est un procédé que Wagner a 
manié avec un art consommé. Mais pourquoi le faire 
systématiquement dans le mode polytonal? Pour faire 
autre chose? Mais cette autre chose a été déjà réalisée par 
Stravinsky; alors, imitation pour imitation, pourquoi prendre 
la plus heurtée et peut-être la plus facile? Ajoutons que ce 
qui est acceptable dans Pétrouchka, où les différences- de 
tons se fondent et s'estompent dans les timbres de l'or- 
chestre, ne convient point au quatuor à cordes, où chaque 
instrument (de même timbre) ne fait qu'accentuer ladiscor- 



r^ LE • MENESTREL 



dance. M. Siohan a trop de talent pour se livrer à ces 
petits exercices, qui ne surprennent plus depuis qu'on en a 
tant mésusé. Ses dons naturels lui suffisent pour arriver 
sans excentricités. 

La Sonate pour piano et violon de M. S. de Rohozinsky a 
paru, terne et hésitante : la partie pianistique, très bien 
exécutée par M""= Loiseau, estfort habilement traitée, variée, 
de joli dessin; elle a semblé très supérieure à la partie de 
violon, sans éclat, difficile à suivre dans ses ruptures 
soudaines; nous pouvons attendre mieux de M. de Roho- 
zinsky. 

M. Ricardo Villes, l'interprète si pénétrant de la musique 
espagnole, joua Almaria d'AIbeniz et, en première audition, 
les Scènes d'Enfant de M.Mompou. De ces dernières, deux 
sont charmantes, Jeu (la première) et Jeunes Filles- dans le 
jardin. 

M. Jacques de la Presle nous fit entendre, par la voix de 
M. Panzera, cinq mélodies écrites sur des poèmes de 
Samain. Sa musique, très sincère de sentiment, a lait 
heureusement disparaître le côté un peu précieux et 
recherché de la poésie de Samain; l'accompagnement de 
piano est soigné et ne se contente pas de souligner le 
chant. M. Panzera le détailla fort habilement. Enfin, 
M"^ Madeleine Grey donna toute leur force dramatique à 
de poignantes Sonatines d'Automne de M. Mariette ; Bru- 
mes d'Automne, notamment, fut dit dans un excellent mou- 
vement et très habilement nuancé. P. de L. 

Orchestre de Paris. — Bonne exécution de la Symphonie 
^n ut mineur de Beethoven; le final a valu à M. Georges 
de Lausnay et à son orchestre une ovation méritée; mais 
n'y aurait-il pas moyen de venir à bout de cette mèche de 
cheveux rebelle que la main gauche s'évertue en vain à 
redresser? Ne serait-il pas possible non plus de modérer 
celte amplification des gestes, bien inutile, à notre avis, 
dans la. conduite de l'orchestre, et qui n'a rien d'esthé- 
tique? 

Le jeune violoniste Raymond Gaullet peut être fier du 
succès qu'il a obtenu pour son interprétation de la 
Romance en fa de Beethoven, de la Havanaise de Saint- 
Saëns, ainsi que de la Gavotte de la Sonate en mi majeur 
pour violon seul, de Bach, qu'il a ajoutée au programme : 
sons purs, justesse dans les doubles cordes, hardiesse et 
sûreté dans les traits difficiles, telles sont les caractéris- 
tiques du réel talent de cet artiste d'avenir. 

On a fort applaudi aussi M"° iMarguerite Carleys, soliste 
des Co-ncerts-Lamoureux, dans trois mélodies : Prière 
d'Elisabeth, de Wagner; // est d'étranges soirs (poésie d'Al- 
bert Samain), de Paul Paray, et Viole, du même composi- 
teur (ces deux dernières finement accompagnées au piano 
par M. de Lausnay), que sa voix sympathique de soprano 
a su mettre en relief avec expression et sobriété. 

M"" Hélène Chevillard a triomphé à son tour dans l'ori- 
ginal et difficile Concerto pour piano de Grieg, dont 
l'orchestration est très riche, et où elle a pu faire admirer 
sa brillante technique où se juxtaposent la force et la 
délicatese, sans omettre un style et un phrasé qui ont été 
appréciés à leur juste valeur. 

Un curieux et chatoyant Interme^^o de Moussorgsky 
clôturait cet intéressant concert. P. T. 

Concert Olénine d'Albeim (12 janvier). — Chantées par 
Al™« Oléiiine d'Alhcim, — et tandis qu'au piano IVl'ie Doro- 
thy Swainson pénétrait et rendait sensibles toutes les nuan- 
ces du double texte, — les mélodies de Debussy sur des 
poèmes de Verlaine furent soustraites à ce qui trop sou- 
vent en fait méconnaître le caractère essentiel. Désormais, 
nulle mièvrerie et nul apprêt; rien de ce qui flatte un goût 
furtif; mais, en chaque cadence ou chaque vers, et presque 
en chaque note et chaque mot, l'élément d'éternité, de toute 
part, atteint et saisi. Tout cela sans que jamais s'affirme 
quelque intention systématique. Au contraire, à tout in- 
stant, l'attrait de ce qui est à la fois longuement prémédité 
et subitement découvert. 



M. Ricardo Vinès, par son jeu tour à tour précis et écla- 
tant, permit que ne fussent point brusquement contredites 
les émotions et les pensées qu'avaient pu susciter de tels 
chants. Il interpréta avec une constante maîtrise des 
œuvres de valeur plus inégale : quelques-unes, en effet, 
simplement descriptives; d'autres plus complexes et plus 
profondes, telles, avant tout, les Canls 7nagi.cs du compo- 
siteur catalan Frédéric Mompou et la Danse rituelle du Feu, 
de Manuel de Falla. 

M'"<' Jane Bathori se fit applaudir en les Cinq Chansons 
de Clément Marot, musicalement traduites par Enesco et 
Ravel. Et l'on fêta longuement une jeune cantatrice espa- 
gnole, M"'^ Raia Valero, qui interpréta, d'une voix chaude 
et claire, des mélodies de Guetary, Alvarez et Granados, 
ainsi que le chant populaire : Vidalita. J. B. 

Récital Howard^Jones (11 janvier). — M. Howard- 
Jones est un artiste délicat et souvent subtil. Visiblement, 
l'effort d'interprétation est chez lui avant tout d'ordre in- 
tellectuel. Apercevoir en chaque œuvre un ensemble de 
problèmes, dont les solutions devront être découvertes 
selon un ordre très strict; puis, ces solutions atteintes, faire 
disparaître toute trace des démaVches qui les préparèrent. 
Aucun pédantisme, en effet, au milieu de cette incontesta- 
ble réussite technique. 

Après avoir remarquablement cxéculé deux Préludes et 
Fugues de Bach (la bémol et si bémol) et la Sonate en ut 
dièse mi7ieur, op. 27, de Beethoven, M. Howard-Jones fit 
applaudir la très intéressante et vigoureuse Sonate d'un 
auteur anglais contemporain, John Ireland. Par la première 
partie, « allegro moderato », nous sommes mêlés, dès le 
début, à une sorte de ruissellement sonore. De toutes parts, 
des notes bondissantes — qui s'enchevêtrent — et jamais 
ne s'attardent. Mais voici qu'avec la seconde partie, « non 
troppo lento », survient comme un scrupule en face d'un 
tel élan. C'est tout d'un coup, après la période de joie 
impersonnelle et presque inconsciente, une méditation 
dans la solitude. Et la troisième partie, « con moto mode- 
rato », apporte la synthèse de ce qui jusque-là demeurait 
opposition pure. Retour, désormais, à la possibilité de la 
joie ; mais cette joie sera maintenant individualisée et lucide. 
Les formes qui au commencement de l'œuvre n'étaient que 
de fuyantes ébauches, reparaissent isolées et distinctes. 

Le récital se termina par de brillantes interprétations de 
Debussy et de Chopin. M. Howard-Jones joua de façon par- 
ticulièrement remarquable la Ma^urkaen la bémol. J. B. 

M"^ Hélène Léon a rendu hommage à Albeniz en don- 
nant, le mardi 10 janvier, à la salle Pleyel, une audition 
intégrale d'Jbéria : programme extrêmement lourd, dont la 
jeune pianiste soutint cependant le poids avec vaillance. Si, 
par moments, on eût pu souhaiter une interprétation déplus 
large envergure, l'exécution fut toujours irréprochable, 
d'une parfaite tenue et d'un très joli coloris musical. 

El Puerto a beaucoup plu, bien que la pretnière partie 
nous semblât comporter un peu plus de lumière. Triana, 
brillamment enlevé, a valu à la jeune artiste quatre rap- 
pels. Lavapies, dans l'exécution duquel nous eussions désiré 
plus de force sonore, lut néanmoins extrêmement goûté 
et remporta un vif succès. P. B. 

Concert Paterson=Stroobants. — La soirée musicale 
donnée le i3 janvier par M""^ Paterson semblait impliquer 
l'existence de quelque organisation, dont nous serions 
heureux de voir désormais se renouveler des témoignages 
périodiques. Un programme clioisi avec goût, sans parti 
pris, réunissait en un bref mais substantiel aperçu d'histoire 
musicale des œuvres du xvui* siècle, un trio pour deux 
flûtes et harpe de l'Enfance du Christ de Berlioz et un 
Triodu compostieur anglais le plus moderne, M. Goossens. 

Ce programme aurait même été meilleur si on n'y avait 
pas joint une œuvre aussi fade, aussi indigne d'un concert 
sérieux que le Gazouillement du Printemps de Sinding, et 
d'une façon générale des transcriptions — d'une opportu- 



25 — 



LE • MÉNESTREL 



nitc toujours coniestable — de pièces anciennes ou 
modernes, composées soit pour le clavecin, soit pour le 
piano, mais nullement pour la harpe : il y fallut la netteté 
de jeu, la légèreté de toucher, tout le parti qu'une excel- 
lente harpiste comme M'"'^ Paterson-Stroobants peut tirer 
de ces deux qualités pour animer par une vivacité de 
dialogue la grisaille un peu monotone de la harpe. 

En ce qui concerne les deux œuvres qui commençaient ou 
terminaient le concert, tant parleur choix que par le talent 
de leurs interprètes (M""' Paterson, MM. Bruhold, Cari- 
venc, Devémy, Le Roy et Mangeot), le succès fut total. A 
l'agréable sonate d'un musicien inconnu, von Esch — Suite 
dans le style ancien pour harpe, clavecin, flûte et cor dont 
les timbres se mariaient délicieusement — s'opposait le 
Trio de M. Goosscns pour flûte, violon et harpe — d'une 
grande richesse instrumentale, aux rythmes nerveux, aux 
fusées imprévues, traits d'un tempérament musical s'affir- 
mant à la fois comme chef d'orchestre et comme composi- 
teur et auquel l'Angleterre, malgré un très beau passé, ne 
semblait pas près de donner naissance. .V. S. 

Quatuor Capet (i3 janvier). — On dit maintes fois quelles 
sont les caractéristiques du Quatuor Capet : minutieuse 
étude des œuvres exécutées ; scrupuleux et constant respect 
des intentions les plus diverses: méfiance à l'égard de tous 
vains ornements. Rien n'est plus laissé au hasard; tout est 
calculé, et chacun des interprètes se subordonne à l'en- 
semble. 

Le public, visiblement, est de plus en plus sensible à 
de tels mérites; car MM. Capet, Hewitt, Benoit et Delo- 
belle furent plus que jamais applaudis, en cette première 
séance, après leurs exécutions du Onzième Quatuor de 
Beethoven, du Premier Quatuor de Brahms et du Quatuor 
de Debussy. J. B. 

Concert Jean Courbln. — Du récital abondant que donna 
M. Jean Courbin, je veux tout d'abord extraire les Scènes 
de la Forêt de Schumann et le Tombeau de Couperin de 
Ravel, que l'artiste a joué avec une technique excellente, 
soutenue et animée, d'une recherche intellectuelle remar- 
quable. Ces deux interprétations, sur lesquelles on ne peut 
élever aucune critique, montrent que M. .lean Courbin 
pourrait se corriger de deux petits défauts qu'il faut lui 
signaler. Tout d'abord il abuse de la pédale, ce qui a 
l'inconvénient (dans les œuvres espagnoles notamment) de 
tout brouiller et de masquer certains détails. Ensuite, 
M. Jean Courbin, qui a une excellente main gauche, 
exagère quelques-uns de ses accents et, voulant lui donner 
de la force, n'obtient que des notes dures. Ceci apparut 
notamment dans la Polonaise de Chopin. 

En s'observant un peu, M. Jean Courbin transformera 
vite en qualités ces deux défauts, car il a de la fougue, de 
la vie et une juste conception musicale. P. de L. 

JM"" Leone Jankowsky a donné, samedi dernier 14 jan- 
vier, un très brillant concert à la salle Gaveau. Cette jeune 
pianiste qui fut, on s'en souvient, lauréate du dernier 
concours « Musica », et que nous entendrons bientôt aux 
Concerts-Pasdeloup, se place de plus en plus en haut rang 
parmi les virtuoses femmes, grâce à une très brillante techni- 
que mise au service d'un sentiment artistique remarquable. 

Son programme, très varié, permit d'apprécier, dans la 
Sonate en ut majeur de Mozart, dans la Rhapsodie d'Au- 
vergne de Saint-Saëns, dans la Bourrée fantasque de Cha- 
brier, des dons pianistiques exceptionnels et un acquis 
extraordinaire au point de vue de la légèreté, de l'égalité et 
du brio. Dans deux Etudes et deux Valses de Chopin, elle 
témoigna d'un sentiment musical à la fois délicat et profond, 
ainsi que dans les Scènes d'enfants de Schumann, dont elle 
exécuta la célèbre Rêverie avec un goût parfait et une 
sonorité d'une rare séduction. 

On a regretté vivement que l'heure avancée l'ait obligée 
à supprimer la belle Elégie de Rachmaninoff et le Scherzo- 
Valse de Chabrier qui figuraient au programme, consé- 
quence, sans doute, de l'importance considérable du 



Quintette pour piano et cordes, de Florent Schmilt, qui 
commençait la séance. 

Ce bel ensemble, remarquablement construit, mais aux 
développements un peu amples, fait penser par la structure 
et l'esprit général au célèbre Quintette de Franck, bien 
qu'écrit dans une langue musicale extrêmement personnelle 
et châtiée, qui ne devient vraiment pathétique que vers la 
fin de la troisième partie. M™<= Carmen Forte, M"" Alice 
Espir, MM. Pierre Brun et Louis F"ournier prêtèrent leur 
concours à M"^ Jankovi'sky et .issurèrent, avec elle, une fort 
belle exécution. P. B. 

Le dix-huitième samedi poétique et musical des Fêtes 
du Peuple. — Le programme qui réunissait, samedi soir, 
dans la grande salle de la Bourse du Travail, les auditeurs 
fidèles des « Fêtes du Peuple », se trouvait être un magni- 
fique hommage rendu à Franz Schubert. Au début de la 
séance, une causerie documentée et fort vivante de 
M. Albert Doyen avait présenté Schubert et son œuvre, 
ainsi que les trois poètes inscrits au programme : Gérard 
de Nerval, L.amartine et Baudelaire. 

Inutile de dire que ce fut devant un public nombreux et 
enthousiaste que M™" Louise Albane, secondée au piano 
par ^L Doyen, interpréta à merveille les vingt-quatre 
« lieders » qui composent l'émouvant Voyage d'Hiver. 
Nous eûmes, en outre, le plaisir d'applaudir M™"' Colette 
Schûltz-Gaugain dans deux Moments Musicaux elVadorahle 
Impromptu en la bémol, ainsi que M""" Nivette, de l'Odéon, 
qui avait assumé la tâche de dire les poèmes des auteurs 
précités. 

Séance d'une ordonnance parfaite, et qui fait grand hon- 
neur à M. Doyen, fondateur et « animateur » persévérant 
de ces « Fêtes du Peuple » dont le Ménestrel, un des pre- 
miers dans la presse, a loué les admirables efToris et les 
grandioses résultats. 

Samedis musicaux. — Une indisposition de M"'" Suzie 
Welty ayant désorganisé le programme du concert donné 
le 14 janvier, nous ne pûmes entendre les P/èces pour piano 
de M. Mario Versepuy. De cet auteur, le Cantique des 
Cantiqites, chanté avec talent par M""' Marthe Feuille, se 
déroule à travers un décor d'une somptuosité orientale, aux 
arabesques compliquées. A. S. 

Les Bonnes Soirées. — Deuxième concert où se sont fait 
entendre M™ H. Deblauwe, M. A. Deblauwe, J. Lefranc 
et Pierre Jamin dans le Quatuor avec piano de Gabriel 
Fauré. M. André Deblauvi'e se montra artiste averti dans 
des œuvres de Pugnani et compositeur charmant dans trois 
mélodies : la Pervenche, Dans l'Air léger et Chanson, que 
chanta M""^ Myriel-Perpignan. 

Voir à la dernière page les programmes des Concerts 

LE MONUMENT DE MASSENET 



Interrompue par les longues années de guerre, l'activité 
du Comité formé en igi'i pour l'édification d'un monument 
à Massenet s'est manifestée de nouveau, tout récemment, 
à l'occasion de la triomphale entrée d'Hérodiade au réper- 
toire de l'Opéra. 

On sait, en effet, que, sur la généreuse initiative de 
M. Jacques Rouché, la répétition générale publique de l'il- 
lustre ouvrage a été donnée au profit du Monument. Le 
résultat financier, dont on trouvera ci-après le détail, a été 
des plus brillants, puisqu'aux 78.612 fr. 40 c. représentant 
le montant de la souscription il y a deux mois sont venus 
s'ajouter : 55.422 fr. 45 c. (produit net de la représentation 
et versements supplémentaires faits par des souscripteurs 
de loges et de fauteuils en plus du montant de leurs places), 
plus 6.226 fr. 5o c. de dons qui ont suivi cette représenta- 
tion. Le total à ce jour s'élève donc à 140.261 fr. 35 c, c'est- 



LE • MENESTREL 



i-dire que la somme en caisse s'est, en grande partie 
grâce à M- Rouchd, trouvée presque doublée. 

D'autre part, l'exemple donne par l'Académie Nationale 
de Musique a été suivi aussitôt pur un certain nombre de 
scènes de France et de l'étranger qui se sont également 
déclarées désireuses de témoigner leur reconnaissance à la 
mémoire d'un Maître à qui elles doivent tant de belles et 
fructueuses soirées, soit en souscrivant pour une somme 
tixe, souvent très importante, soit en organisant une repré- 
sentation de gala dontle bénéfice sera destiné au Monument. 

Le Comité a tenu à exprimer à M. .Jacques Rouché toute 
sa reconnaissance, au cours d'une visite qu'un certain 
nombre de ses membres ont rendue, ces jours derniers, 
à l'éminent directeur de notre première scène lyrique. 
En leurnom, M. Gustave Charpentier, Président du Comité, 
a prononcé l'allocution suivante : 

Mon cher Directeur et Ami, 

Au nom du Comité du Monument Massenet, nous venons vous 
remercier, — non seulement officiellement, mais encore avec tout 
notre cœur, — de l'aide magnifique que vous avez offerte à notre 
œuvre en acceptant de donner à son profit la répétition générale 
à'HcTodiadc. 

Nous sommes heureux que votre beau geste ait trouvé sa récom- 
pense dans le succès triomphal et les recettes des représentations 
de cet ouvrage où le génie de Massenet s'épanouit avec tant de 
force et de grâce. 

Mais nous n'oublions pas qu'à moins de lire dans l'avenir, nul 
ne pouvait prévoir ce splendide résultat auquel la collaboration 
d'artistes éminents et une présentation hors de pair ont juste- 
ment contribué. 

C'est pourquoi nous avons tenu à vous apporter — dans la joie 
de la réussite — rhonirnage de notre gratitude, infinie comme 
votre désintéressement. 

Voici le détail des encaissements effectués depuis 1914 : 
SOUSCRIPTIONS ANTÉRIEURES A LA GUERRE : 

Recettes au 6 février I C) 1 4 Fr. 62.302 gS 

M. Marsick (mai 1914) i5 j- 

Le Figaro (juin 1914) 3.641 83 

Fr. 65.95g So 
Inicrèts des soniines placées ( rq 14-1 1)2 i] 12.65260 

Fr. 78.612 40 
RÉPÉTITION GÉNÉRALE PUBLIQUE d'« HÉRODIADE ■- 
(Opéra 22 décembre 1921) : 

Produit net de la recette Fr. 32.472 45 

I Versements faits, àl'occasion de cette représentation^ par 
des souscripteurs de loges ou de fauteuils en sus du 
montant de leurs places : 

M. le Président de la République Fi'. i.ooo ■> 

M. le Président du Conseil des Ministres 200 » 

M. le Directeur des Beau."i-Arts 200 " 

M"' Massenet 9.700 « 

M"" Hamsy-Massabo 5. 000 " 

Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques. . 700 « 

Conseil général de la Seine 200 « 

Conseil municipal de Paris 200 ■> 

M. le général Massenet de Marancour 200 « 

M. le Docteur Stephcn Osusky, ministre de Tchéco- 
slovaquie 200 » 

M. Jacques Rouché 3oo » 

M. le baron Edmond de Rothschild aoo '< 

M. Georges Leygues 700 » 

M"' Roger Douine 700 b 

M. Alfred Massenet 200 » 

M"" Henri Heugel 700 « 

M. Jacques Heugel 700 i^ 

M. Léon Bessand 200 » 

M. Francis de Croisse! 200 « 

M. René Failliot 200 >■ 

M. Louis Renault 200 » 

M"" Fanny Heldy 200 " 

M. Georges Massenet de .Marancour i.So » 

M"° la comtesse de Béhaguc i5o « 

M. Charles Levadé loo i: 

M. Paul Bertrand 100 i- 

Divers i5o » 

.1 reporter. . . Fr. 134.034 85 



BONS DIVERS : 

Report Fr. 134.034 83 

Coinœdia illustré, pourcentage sur la vente de pro- 
grammes igo )' 

M. de BrunofF 60 '< 

M. Marcel Ballot 100 u 

M. Léon David 20 » 

M. David Weill 200 » 

M. Georges Hûe 5o » 

M. Léon Bourgeois, président du Sénat 100 » 

M. Tchenkély, ministre de Géorgie 100 * 

M. Jean d'Udine 5o » 

M"" Hortense Parent 20 » 

M. Deglos 100 ï> 

M"* Fernand Halphen 5oq -i^ 

M. Basil ZaharolV 5oo » 

M. Louis Stern 100 >< 

M. le docteur Blondel 5o « 

M. Gustave Charpentier 5oo » 

M. Armand Lowengard 200 j> 

Casino de Vichy 5oo » 

M"" du Forez 20 « 

M. Michau 200 » 

Famille Clément 5o » 

M"" C. Duval Jeanson icx) » 

M. Albert Goossens 5i 5o 

M"' la princesse de Faucigny-Cystria i5o » 

M. Marcel Grange 100 d 

M. Raymond Roussel i .000 2 

M. Louis Ganne 5o » 

S. L 40 » 

Intérêts des sommes placées I.i25 » 

Total. . . Fr. 140.261 33 

Voici la liste des théâtres de France et de l'étranger qui 
ont actuellement promis soit une souscription, soit l'orga- 
nisation d'une représentation de gala au profit du Monu- 
ment : 

Théiitre National de l'Opéra-Comique (Directeurs : MM. Al- 
bert Carré et Isola frères). 

Amiens : Société des Concerts Symphoniqucs (Prési- 

dent : M. A. Renard). 
— Théâtre Municipal (Directeur : M. Antoine). 

Angers : Grand-Théâtre (Directeur : M. G. Coste). 

Anvers : Théâtre Royal (Directeur : M. Coryn). 

Besançon : Théâtre Municipal (Directeur : M. Bon- 
nemoy). 

Bordeaux : Grand-Théâtre (Directeurs: MM. R. Chauvet 
et G. Mauret-Lafage). 

Bruxelles : Théâtre Roval de la Monnaie (Directeurs : 
MM. C. 'de Thoran, J. Van Glabbeke et 
P. Spaak). 

Cannes : Casino Municipal (Directeur : M. Cornuché). 

Gand : Théâtre Roval (Directeurs : MM. E. do Loose 

et F. G. Roselli). 

Liège: Théâtre du Gymnase (Directeur: M.Jules 

Truyen). 

Menton: Casino Municipal (Directeur : M.. Gouver- 

neur). 

Montpellier : Opéra Municipal (Directeurs : MM. Cottve et 
Villaret). 

Nancy : Grand-Théâtre (Directeur : M. Prunet). 

Nantes : Théâtre Graslin (Directeur : M. Rachei). 

Rotibaix : Casino-Théâtre (Directeur; M. Montignies). 
(Cette liste sera prochainement complétée.) 
Le montant de la souscription de chaque théâtre sera 

indiqué ultérieurement. 

La correspondance et les envois de fonds concernant le 
Monument Massenet doivent être adressés à M. Jacques 
Heugel, trésorier du Comité, « Au Ménestrel », 2 bis, rue 
Vivienne, Paris (2"). 

ci=:xocxc:x)ocC30o=c=o=oo=c=o:xc=oo=:xoocr:=cxx:^^ 

Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 

Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro, 
Presque une Valse, de Paul Puget. 



LE . MÉNESTREL 



Le Mouvement musica! en Province 



Aagoulême. — La Société des Concens vient de donner 
sa quatre-vingt-douzième séance, sous la direction de 
M. Lebéfaude, avec un éclectique programme. A côté de 
Gluck et de IVIozart figuraient diverses œuvres de Dalay- 
rac, Debuss)', Erlanger, H. Maréchal, Massenet, G. Sporck, 
fort bien défendus par M"^ Nespoulous-Reynard et par 
un orchestre remarquablement discipliné. 

Bordeaux. — MM. René Chauvet et Mauret-Lafage, dont 
l'activité directoriale et le zèle heureux se sont amplement 
manifestés depuis le début de leur association, viennent 
d'ajouter tin succès de plus à la série de bons spectacles 
qu'ils nous donnent chaque semaine. lis ont offert aux 
dilettantes, dans des conditions artistiques rares, Gismonda, 
l'émouvant drame lyrique de M. Henry Février. 11 serait 
vain de rappeler aux lecteurs du Ménestrel les éminentes 
qualités dramatiques et la magistrale technique par quoi se 
recommande aux amateurs l'œuvre de M. Heniy Février, 
œuvre qui a été acclamée sur les principales scènes de 
l'ancien et du nouveau monde. Les auditeurs bordelais ont 
longuement manifesté leur satisfaction profonde, et le 
compositeur lui-même, qui dirigeait à la première le troi- 
sième acte do son drame lyrique, a été l'objet d'une flatteuse 
ovation. 

Les interprètes réunis par MM. Chauvet et Mauret-Lafage 
ont chanté et joué Gismonda avec un talent et une foi artis- 
tique propre à faire valoir les nombreuses belles pages 
de la partition. M"'' Saïman.MM. Ovido, Lasserre, M"= Lise 
Landral, MM. Cazauran, Bernard, M™|== Stabelli, Maryse 
Dietz, MM. Carie, Lacome et leurs camarades, l'orchestre 
dirigé par le maître E. Henry Petit, le ballet remarquable- 
ment stylé par M. LafTont, ont été justement applaudis par 
un auditoire de choix. 

La présentation, d'autre part, a été l'objet des soins éclai- 
rés de la direction et de l'excellent metteur en scène M. Joël 
Fabre, Les décors d'Anus et les costumes ont été juste- 
ment admirés. 

— Le cinquième concert donné par la vaillante Société 
de Sainte-Cécile a permis d'applaudir un de nos meilleurs 
maîtres du clavier, M. Georges Boskoff, et aussi la talen- 
tueuse Association des Musiciens que dirige avec une 
maîtrise unanimement louée M. Crocé-Spinelli. La Deu- 
xième Symphonie de Saint-Saëns, Namouna, de Lalo, 
Ma Mère l'Oye, de Ravel, joués avec un art profond des 
nuances et un sentiment juste, ont confirmé la valeur de 
cet orchestre d'élite. H. B. 

Cannes. — La représentation du mercredi ii janvier, à 
laquelle assistaient MM. A. Briand et l^oucheur, nous valut 
d'applaudir la rentrée de M"'' Lyse Charny, dans le rôle de 
Marie-Magdeleine, où elle fil valoir avec éclat son talent 
de chanteuse et d'actrice. 

M. Salignac composa et chanta le rôle de Jésus avec l'art 
qu'il apporte à toutes ses créations et M""' Bordes et M. Sel- 
lier complétèrent une interprétation excellente en tous 
points de l'œuvre de Massenet. M. Reynaldo Hahn condui- 
sit magistralement cette représentation. 

Associons à ce succès les chœurs qui, malgré les diffi- 
cultés de leur tâche, firent preuve d'intelligence et de 
justesse. Décors somptueux, mise en scène impeccable et 
dont MM. Devaux et Depori doivent être félicités, tout l'en- 
semble concourut au succès de cette soirée. 

M""' Lyse Charny avait, quelques jours auparavant, inter- 
prété Charlotte, de Werther, avec le même succès. 

Dax. — Le S janvier dernier a eu lieu au Houga, patrie 
du compositeur Paul Laçôme, une fête artistique donnée 
en l'honneur du maître, au bénéfice du monument que 
comptent lui élever ses admirateurs et amis. 

Assistance très nombreuse et gros succès. Des vers, Salut 



à Lacôme, de M. A. d'Anglade, furent dits par M. de Ber- 
cegol, et plusieurs œuvres du maître : Berceuse, Morica, 
Ninon, furent interprétées avec talent par des artistes de 
la région. 

Lille. — La « trêve des confiseurs » étant terminée, les 
concerts vont reprendre leur cours. Dimanche dernier, la 
seconde séance organisée par « Mûsica » avait attiré dans 
la salle du Conservatoire un public choisi. Elle comportait 
une audition du quatuor vocal Marguerite Villot qui com- 
prend, outre cette cantatrice, M""^ Mire)'', alto, M. Varelly, 
ténor, et M. Suscinio, basse. Outre le Chant élégiaque de 
Beethoven, VAve Maria de Liszt et de charmantes chan- 
sons de Clément Jannequin, de Costeley et de Carrey, ces 
excellents chanteurs interprétèrent, avec toute la perfection 
désirable. C'est toi de Paul Vidal, le Madrigal de Fauré ei 
la Chanson du Blé d'amour de Poueigh. 

La partie instrumentale était confiée à M""" Lobry, qui fit 
valoir toutes les ressources de l'orgue dans l'exécution d'un 
Prélude de Bach, de pièces de Franck, d'une transcription 
de l'andanie d'une Symphonie de Haydn et de la belle et 
expressive Rêverie de Bonnet. Dans une intéressante cau- 
serie qui précéda cette exécution, le docteur Bédart expli- 
qua la formation des différents timbres qui appartiennent 
exclusivement à l'orgue et qui en constituent là richesse 
pittoresque et expressive. 

Le Théâtre Municipal a donné deux belles représentation! 
de Carmen et d'Orphée avec M"'= Alice Raveau qui y 
remporté son succès habituel. 

Gismonda vient d'y être donnée deux fois et a été montée ° 
avec un soin particulier. Henr)"" Février est venu présider 
aux répétitions et a dirigé lui-même le troisième acte de son 
œuvre. Je ne sais pourquoi certains ont dit que M. Février 
n'avait pas tenu dans Gismonda les promesses qu'il avait 
faites avec Monna Vanna. La musique de Gismonda est 
claire, dramatique, expressive, elle dit ce qu'elle doit dire, 
sans complications inutiles, elle va droit au but qui est de 
provoquer l'émotion et de la soutenir sans défaillance jus- 
qu'à la péroraison de l'œuvre. Et, en ceci, M. Henry 
Février a pleinement réussi. 

Toulouse. — Le 5 décembre, la Société des Concerts du 
Conservatoire a donné son premier concert de la saison 
avec le concours de M. Robert Krettly, violoniste, soliste 
des Concerts-Pasdeloup, et de M"" Odette Godeau, harpiste; 
premier prix du Conservatoire de Paris. 

M. Krcttly exécuta, avec la maîtrise du virtuose, le Con- 
certo en mi bémol de Mozart, sut tirer de belles sonorités 
de l'Aria de Bach, et obtint un très grand succès dans la 
Danse Tsigane de Nacher. M"'' Odette Godeau vint illus- 
trer de sa (grâce ces concerts, quelquefois austères, en 
interprétant le Concertstiick pour harpe et orchestre de 
Pierné. Il est regrettable que son jeu ait été un peu noyé 
par une orchestration trop puissante. L'orchestre, sous 
l'active direction de M. Aymé Kunc, nous donna une excel- 
lente exécution de la Symphonie héroïque, de Beethoven, 
d'Istar, de Vincent d'Indy, de la Fileuse de Pclléas etMéli- 
sande, de G. Fauré, et du Carnaval Romain, de Berlioz. 

— Les tournées Sexer se poursuivent avec le plus grand 
succès. Jacques Thibaud a donné un récital inoubliable. 

— Le ig décembre, 2"^ concert de la Société des Concerts 
du Conservatoire avec M. Gontran Arcouët, pianiste soliste 
des Concerts-Lamoureux. Il nous donna une puissante 
exécution du Concerto en la mineur, de Grieg, une inter- 
prétation bien nuancée de trois pièces de Debussy : Reflets 
dans l'eau, Bruyères, et Tierces alternées. Il excella dans 
l'interprétation de Chopin dont il donna, la Valse en la bé- 
mol, .la Ballade en la bémol et \' Etude en la bémol. 

En mémoire de Saint-Saëns, la, séance débuta par la 
Marche héroïque. L'orchestre exécuta dans le cours de la 
soirée Antar, de Rimsky-Korsakow, deux Nocturnes\dt 
Debussy : Nuages et Fêtes, puis Siegfried -Idyll et l'Ouver- 
ture des Maîtres Chanteurs. A. B. 



28 






LE MENESTREL 



Le Mouvement musical à l'Étranger 



ALLEMAGNE 

La revue du groupe musical Anbvuch consacre un 
numéro spécial, très intéressant et très instructil", à la vie 
musicale de Berlin, laquelle semble plus intense et plus 
mouvementée que jamais. 

— Le Théâtre Municipal de Nuremberg vient de repré- 
senter une tragédie musicale de M. Max Ettinger, Judith, 
d'après le drame de Hebbel. 

— Le festival Brahms, organisé par la Société allemande 
Brahms, pour le vingt-cinquième anniversaire de la mort du 
maître, aura lieu du 27 au 3o mai prochain, à Hambourg. 

— Une chaire de « politique musicale appliquée » vient 
d'être créée au Conservatoire de Berlin et confiée à M. le 
professeur Léo Kestenberg, conseiller musical du Minis- 
tère prussien de l'Art et de la Science, (à propos, le Minis- 
tère français équivalent possède-t-il un tel conseiller?). 

— L'Allemagne tête, elle aussi, le troisième centenaire de 
Molière, et une nouvelle partition vient d'être écrite par le 
compositeur Hans Ebert (de Dusseldorf) pour accompa- 
gner la représentation d'Amphitryon, au Théâtre de 
Darmstadt. 

— On se rappelle que Mozart, dans la scène finale de 
Don Juan, cite un air de la Cosa rara. Le Théâti'e Muni- 
cipal de Halle vient de représenter le petit opéra-comique 
en un acte de Vincenzo Martin y Soler, d'où Mozart a tiré 
sa célèbre citation. Jean Chantavoine. 

ANGLETERRE 

La musique anglaise à l'étranger. — Josef Holbrooke 
a donné récomment un concert de ses œuvres à Munich. 
Le taux du change lui permit d'engager un orchestre de 
85 instrumentistes pour la somme (y compris le coût des 
répétitions) de six livres. 

— Un article de M. Francis Rogers, dans le Musical 
America, exprime l'opinion sévère que la saison musi- 
cale 1921. à Londres, fut à peu près « inexistante ». 
Quelques journaux anglais partagent cette opinion, du moins 
appliquée aux représentations de théâtre lyrique, dont 
l'ensemble fut médiocre. Mais nous lisons d'autre part un 
article où, partant du principe que « de toutes les formes 
de musique il n'en est point de plus basse que la forme de 
l'opéra », l'auteur n'a pas grand'peine à se consoler de 
l'insuffisance notoire, celte année-ci, des représentations 
données à Covent-Garden. Il préfère l'exécution d'une 
belle œuvre symphonique nouvelle à toute la virtuosité des 
étoiles de théâtre, d'une Gaili-Curci, par exemple, ou 
d'autres « laryngologymnastes ». 

— La British National Opéra Company jouera probable- 
ment à Covent-Garden de mai à juillet. Au programme de 
sa tournée sont inscrits Parsifal, et l'Orfèvre de Tolède, 
d'Offenbach. 

— Peu de musique française, ces dernières semaines, 
dans les provinces britanniques. Au bulletin mensuel du 
Musical Times nous avons relevé seulement les noms de 
Ravel, Charpentier, Berlio.-?, Bizet, Franck et Saint-Saëns. 

— Au Queen's Hall exécution in concert form de l'En- 
fant prodigue de Wormser. 

— M™ Ethel Smyih, la plus réputée des compositeurs- 
femmes d'Angleterre, vient de recevoir le titre officiel de 
Dame (Ladyj. C'est une distinction rarement accordée. 

— Le film des Trois Mousquetaires, à Covcnt Gardcn, 
s'accompagne d'un orchestre de 3o musiciens que dirige 
Eugène Goossens, l'un des conductors et des compositeurs 
les plus réputés d'Angleterre. Le cinéma, chez nos voisins, 
s'eflorce de plus en plus à devenir artistique. 

Maurice Lkn.\. 

De notre correspondant de Londres : 

On constate avec plaisir, à Londres, que M. Adrian 
C. Boult a pu donner à Prague un concert composé unique- 
ment de musique britannique : Deuxième Symphonie 



d'Elgar, Mêlée fantasque d'Arthur Bliss, Deux Idylles 
anglaises de Butterworth, ainsi que des chants populaires 
et des madrigaux du temps d'Elisabeth. Le chef d'orchestre 
anglais a été agréablement surpris de voir que les musi- 
ciens avaient lu et étudié leurs partitions, ce qui est inconnu 
à Londres, et qu'ils suivaient avec intelligence les indica- 
tions d'un dirigeant étranger. 

— Richard Strauss est arrivé d' .'Amérique. Il donne deux 
concerts, l'un à l'Albert Hall, l'autre à Manchester, avant de 
partir pour Vienne. Outre son nouveau ballet Crème fouet- 
tée, il travaille à une comédie musicale : Intarmejjo, ana- 
logue au Rosenkavalier. La presse anglaise comble d'éloges 
le compositeur bavarois : portraits, fac-similés d'autographes, 
longues interviews remplissent les journaux. Un journa- 
liste, manquant d'épithètes assez puissantes, l'appelle, on 
ne sait vraiment pas pourquoi : « Le Napoléon de la 
Musique! » 

Strauss a résumé d'une façon curieuse les effets de la 
guerre sur la musique allemande; peu d'exécutions de 
nouvelles œuvres, mais un remarquable développement du 
goût et dos connaissances musicales chez le peuple alle- 
mand. Jean Royer. 

BELGIQUE 

Aavers. — Au Théâtre-Lyrique, où l'on avait espéré 
pouvoir admirer tant d'œuvres artistiques, ce n'est pas 
pour le moment « tout en rose ». C'est, non pas « de la 
musique avant toute chose », comme dirait Verlaine, mais 
bien « de la misère avant toute chose n.Déjà nous avons eu 
l'occasion d'en parler dans une correspondance précédente. 
Il n'y a guère que Princesse Soleil, de Gilson, qui m.érite 
notre attention. Récemment, le directeur, M. Fontaine, qui 
a déjà un âge très avancé, a donné sa démission pour cause 
de maladie. Pour la saison prochaine on parle de Ruhl- 
mann et de Stony, du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles. 

— Au Théâtre Royal, Puccini, Massenet et Gabriel 
Dupont sont surtout joués. En effet, pour le moment, les 
aifiches annoncent : Antar, Thaïs, Werther, la Bohème 
et la Tosca. Mais n'oublions pas Faust. Comme Faust lui- 
même, cette œuvre restera toujours jeune et élégante. 

— Aux Conccrts-Ysaye, il y eut également beaucoup de 
monde ; cette fois-ci, non pas pour entendre Mischa 
Elman, mais le pianiste Yves Nat et le violoniste Gaston 
Poulet. Au programme les noms de Schumann, Bach, 
Grieg et Debussy. L'orchestre, sous la direction très artisti- 
que de Frank van don Stucken, qui donne aux exécutions 
toutes les nuances voulues, commença par la Symphonie 
«° 4 en mi mineur de Brahms qui, sans avoir été influencé 
par Wagner, est resté fidèle au grand maître qui se nomme 
Beethoven. Rondes du Printemps par T)e\iussy et l'Apprenti 
Sorcier de Paul Dukas furent longuement applaudis. D'une 
façon irréprochable, Yves Nat a joué le Concerto de Schu- 
mann et les Variations symphoniques de Franck.^ Son jeu 
est soutenu pnr un sentiment très profond, sans trucs ou 
cabotinage. 

Le violoniste Gaston Poulet mérite toutes nos félicitations 
pour son interprétation des Etudes de Stravinsky, et surtout 
de la Fille aux cheveux de lin de Debussy, qui fut bissée. 

— La Société des Nouveaux-Concerts, sous la direction 
de De Vocht, a donné une exécution très soignée des 
Saisons de Haydn. Le succès a été tel qu'on a dû donner 
une seconde exécution. 

— A la Zoologie on a fêté Saint-Saêns. Presque toutes 
les grandes œuvres du compositeur avaient déjà figuré aux 
programmes des concci-ts du mercredi. L'excellent violon- 
celliste M. J. Pollain a pu faire valoir son talent par l'inter- 
prétation admirable de Sicilienne de Fauré et Musette de 
Bach, tandis que l'orchestre, sous la direction de M. Al- 
paerts, a été l'objet d'une ovation. 

Bruges. — Le quatuor Zimmer a donné une audition 
devant un public malheureusement peu nombreux. Même 
remarque pour le concert du Conservatoire sous la direc- 
tion de Mestdagh. Mais ici le programme était assez mono- 



LE • MÉNESTREL 



lone. Puis Walter Rummel a joué un soir rien que du Cho- 
pin. Je constate, d'après M. Lucien Solvay, qu'à Bruxelles 
le public féminin l'a acclamé. Ici hommes et femmes ont été 
satisfaits. J. Bessier. 

ESPAGNE 
Madrid. — Au « Real », l'Or du Rhin a fait, une fois de 
plus, triompher Wagner. Julio Gomez appelle la réalisation 
scénique de Loge, par Walter Kirchoff, « un prodige 
d'art ». Léo Blech, le compositeur bien connu et chef 
d'orchestre de l'Opéra de Berlin, a magistralement conduit 
l'ouvrage. En somme, l'art allemand est représenté à Madrid 
par ses éléments les mieux choisis; forts du répertoire 
wagnérien, admirablement coordonnés et encouragés, ces 
éléments font triompher l'idéal germanique. Pour ce der- 
nier, la situation est d'ailleurs des plus favorables : l'école 
espagnole, qui donne cependant des signes intéressants de 
vie, n'est guère prophétesse dans son pays; d'autre part, 
l'effort français des saisons précédentes ne s'est pas renou- 
velé. La France ne manque pas, cependant, de beaux 
ouvrages et d'excellents artistes. On devrait eniin s'orga- 
niser à Paris pour obtenir de leurs mérites un meilleur 
rendement à l'étranger. En cela, on ne combattrait pas en 
vertu d'un nationalisme étroit, mais au nom d'une raison 
d'art qui, à coté de la gloire justifiée de Wagner, réclame 
pour notre production gauloise sa part naturelle de rayon- 
nement. 

— La Loïc Fuller et son école de danse ont du succès à 
r« Eslava ». Certains se réjouissent de l'envahissement du 
tablao espagnol par l'interprétation chorégraphique inter- 
nationale. Ce mouvement unis-ersel, auquel les Russes 
notamment ont pris une part si intense, est plein de belles 
promesses; la danse n'est-elle pas, en effet, Vinterprètc la 
plus synthétique? 

Mais attention, en Espagne! Tout en faisant la part large 
à l'art nouveau et cosmopolite, il ne faudrait pas arriver à 
mépriser la danse ibérienne ou à en faire une métisse, car 
la divine Flamenca est cet art nouveau depuis qu'elle est 
née, comme elle est celui du passé et celui de toujours. 

Raoul Laparra. 
HOLLANDE 

L'Association « Excelsior », de Rotterdam, vient de 
donner dans celte ville une b audition de concert » du 
Rien^i de Wagner. 

— Les représentations d'opéra français au Théâtre- 
Carré d'Amsterdam se sont poursuivies avec Carmen , 
Guillaume Tell et Mignon. 

— Le pianiste Paul Loyonnet a joué avec succès le 
Concerto en ut mineur de Beethoven, aux concerts de 
l'Orchestre de la Résidence, de La Haye. 

— Un concert a été donné par la section d'Amsterdam 
de r « Union Néerlandaise des Artistes Musiciens », au 
profit de la famine russe. 

— La société royale de chant 1' « Étoile de Maestricht » 
donnera, les 20 et 22 avril prochain, deux concerts dans la 
grande salle du Théâtre de Fontainebleau : au programme 
l'Ame immortelle du Soldat, Foi, la Chanson des Vagues et 
un chœur de Saint-Saëns, les Soldats de Gédéon. 

— La section néerlandaise de 1' « Anbruch » a donné un 
second concert de musique de chambre avec des œuvres 
de MM. Max von Schillings et Philippe Jarnach et du 
compositeur hollandais M. Brucken Fock, M"" Jeanne 
Beijermann, M. Alexandre Voormolen et feu C. Diepen- 
brock. Jean Chantavoine. 

HONGRIE 

Budapest. — Dans mon dernier compte rendu, j'ai men- 
tionné la surabondance des concerts. Bien entendu ce ne 
sont pas les grands concerts, mais les concerts et récitals 
des divers solistes dont le nombre est démesuré; nos deux 
grands orchestres donnent chacun une vingtaine de concerts 
par saison, leurs programmes comprennent les œuvres 
interprétées partout par les grands orchestres symphoniques. 

L'un des concerts de la Société Philharmonique était 



consacré à la Messe de Requiem de Verdi, interprétée avec 
le concours des chœurs de l'Association Chorale sous la 
direction de M. Dohnànyi. Comme premières auditions 
nous avons entendu les Quatre Fontaines de Rome de^ 
M. Ottorino Respighi et Deux Tableaux caractéristiques de \ 
M. Ladislas Toldy. 

La suite pour orchestre, A'^i/if transfigurée, du compositeur 
autrichien, réputé « ultra-extravagant », Arnold Schœnberg, 
peut être également considéré comme nouveauté, puis- 
qu'elle n'était auparavant connue à Budapest que sous la 
forme de sextuors, mais cette œuvre ne témoigna d'aucune 
extravagance et parut, au contraire, fort curieuse. 

— Sous la direction de M. Abranyi, l'Orchestre sympho- 
nique consacre ses concerts de cette saison à une histoire 
chronologique et méthodique de la symphonie, depuis les 
classiques jusqu'aux modernes de nos jours. 

— Je dois encore mentionner les concerts donnés par un 
petit orchestre de chambre, composé d'artistes de l'orchestre 
de l'Opéra, dirigé par deux musiciens de valeur, MM. Komor 
et Strasser, également de l'Opéra. Nous devons à cette 
entreprise artistique des auditions exquises de petits chefs- 
d'œuvre de Mozart, Rabaud, LuUi, Beethoven : Concerto 
en si bémol pour piano, joué par M. Dohnànyi; Men- 
delssohn : Concerto pour violon, joué par M. Koncz; de 
l'Ouverture Beaucoup de bruit pour rien de Korngold et 
des Mojartiana de Tchaïkowsky. 

— La musique chorale est remarquablement cultivée par 
l'Association Chorale, par les Chœurs Palestrina et autres, 
qui ont leur propre orchestre composé en partie d'amateurs, 
tous excellents musiciens. Le directeur-chef d'orchestre 
de l'Association Chorale est M. Lichtenberg. 

MM. Basilides, Medck, Marchalko et Székelyhidy, tous 
de l'Opéra, ont été les solistes pleins de style. 

— Un des événements les plus importants de notre vie musi- 
cale est incontestablement la première audition originale, sur 
manuscrit, du poème symphonique Vita Nuova de notre 
grand maître Eugène Hubay. On a déjà souvent apprécié 
l'activité productrice variée et étendue du compositeur du 
Luthier de Crémone, d'Aliénor, des Scènes de la Tcharda. Ce 
poème symphonique, composé pour célébrer l'anniversaire 
six fois séculaire de la mort de Dante, est un des plus nobles, 
des plus harmonieux du maître, surtout par l'adaptation de 
la musique au poème de Dante qui a inspiré le com- 
positeur. Cette inspiration émane chez la plupart des com- 
positeurs de Françoise de Rimini, tandis que l'héroïne de 
Hubaj' est Béatrix, personnage principal de la Vita Nuova, 
et Dante apparaît dans la symphonie, exprimant son amour 
pour Béatrix; cet amour fanatique mélangé de désespoir 
et d'extase, sa vision mystérieuse, sa douleur après la mort 
de l'adorée et la glorification de celle-ci sont déclamés, 
chantés, pleures et exaltés par la voix du ténor-solo, soute- 
nue par les chœurs et l'orchestre. 

L'impression produite par l'œuvre du maître Hubay, 
dont il a lui-même surveillé les répétitions et conduit 
l'audition, a été considérable; les chœurs de l'Association 
Chorale furent impeccables, M. Székelyhidy mérite une 
mention particulièrement honorable comme ténor-solo. 

— Je ne puis pas en finir avec les grands concerts sans 
mentionner la première audition à Budapest de la Troi- 
sième Symphonie de Mahler, interprétée par l'orchestre et 
les chœurs du Conservatoire National sous la direction 
pénétrante de M. Fleischer, un des jeunes chefs d'orchestre 
de l'Opéra, et professeur au Conservatoire. 

Eméric Vadasz. 
ITALIE 
Rome. — Dans la salle du « CoUcgio Nazzareno », second 
concert de la société des » Amici délia Musica ». La canta- 
trice Ghita Lcnart, à qui cette soirée était réservée, y obtint 
un grand succès, particulièrement dans des œuvres des 
jeunes maîtres italiens Respighi et Castelnuovo et quelques 
vieilles chansons de France : le Bossu (i555); le Roi fait 
battre tambour (1600} ; les Cloches de Nantes (1620) ; l'Inu- 
tile Dépense (1760); et Aminie (xviii<^ siècle). 



LE . MENESTREL .:=rr= 



— Le « QuartcUo vocale », composé de Alba Anzilloiti, 
Livia Garofolini, de Santini et Salvatore Baccaloni, a donné 
son premier concert dans la « Sala Bach » avec le concours 
de la jeune organiste Chiara Bruno. Œuvres de Paleslrina, 
Marcnzio Galante, vieux maîtres italiens; et Préluda et 
Fugua en la mineur de Bach. 

— Le journal Musica organise des it lectures » au piano 
d'œuvres célèbres et d'oeuvres nouvelles. La première 
séance sera consacrée au maître Zandonaï, qui jouera et 
commentera en personne sa Franccsca da Rimini. Des 
auditions de musique de chambre auront également lieu 
avec le concours de virtuoses, tels que les maîtres Bossi, 
Alaleona, Respighi, Zanella. Enfin, Franco Martica fera 
des conférences sur l'histoire de la musique. 

— A i'ii Augusteum », concert dirigé par le maestro De Sa- 
bato. Au programme, la Sposa venduta de Smetana 
(ouverture); Suite romantique d'Alfano; Nocturne de Prin- 
temps de Roger Ducasse; Siegfried-Idyll de Wagner; Till 
Eulenspiegel de Strauss. 

L'éminent critique A. Gasco juge très favorablement la 
Suite romantique du maestro Alfano, l'auteur de la Leg- 
genda di Salcuntala, récemment applaudie au u Teatro Com- 
munale » de Bologne, et d'un nombre important d'œuvres 
insuffisamment connues du public. Il se montre plus 
sévère pour le Nocturne de Printemps de Roger Ducasse, 
dont il préfère la Sarabande donnée l'an dernier par le 
maestro Gui; il loue, d'autre pari, l'œuvre vivante et 
limpide du compositeur tchèque Smotana. 

G.-L. G.4RNIER. 

NORVÈGE 

Christiania. — La saison des concerts à Christiania com- 
mença aux dernières semaines du mois d'août, avec des 
soirées de solistes. La Société Philharmonique ne reprit 
ses auditions qu'aux premiers jours de septembre, sous la 
direction de M. le Professeur Géorg Schnéevoigt et de 
M. José Eibenschùtz. On y entendit de Schubert : la Sym- 
phonie en ut majeur; de Franck: les Eolides ; de Beetho- 
ven : les Cinquième et Septième Symphonies ; le Concerto 
pour piano et orchestre de Glazounow, excellemment joué 
par la pianiste norvégienne Johanne-Margrethe Somme, 
De Tchaikowsky, la Quatrième Symphonie ; de Spohr, le 
Concerto pour quatuor à cordes avec orchestre ; de Johan 
Svendsen (norvégien), la Symphonie en si bémol majeur \ 
de Hjalmar BorgstrOm (norvégien), Jésu en Gatsemanc, 
poème symphonique, et de Beethoven Concerto pour violon 
et orchestre, parfaitement joué par Hugo Kolborg. Quelques 
concerts furent dirigés par M. Armas Jurnefelt, de l'Opéra 
de Stockholm, et M. Schnedler-Petersen, de Copenhague. 

M. Siegfried Wagner a été invité à diriger quelques 
œuvres de son père, les ouvertures do Tristan, Lohengrin, 
Tannhàuser, du Vaisseau-Fantôme et des Maîtres Chan- 
teurs., et aussi ses propres œuvres, notamment les ouver- 
tures de Bdrenhàuter, Friedensengel et Sonnenjlammen. 

— Le quatuor à cordes de la Société Philharmonique a 
fait entendre avec beaucoup de succès les Quatuors de 
Beethoven, Debussj' et Schubert, op. i63, en ut majeur. 

— Par suite de la situation économique, l'Opéra-Comique 
a fermé ses portes. Les dernières soirées turent données au 
mois d'août, avec la Flûte enchantée de IVlozart. 

— Parmi des nombreux concerts de solistes, notons les 
soirées du grand Italien Battistini, qui a obtenu un succès 
considérable, la cantatrice Sigrid Onegin et le pianiste 
allemand Severin Eisenberger. Les grands violonistes russes 
Toscha Seidel et Max Rosen sont venus d'Amérique pour 
des tournées Scandinaves et ont donné plusieurs concerts ici. 

Parmi les concerts des artistes norvégiens citons ceux 
des cantatrices Elisabeth Munthe-Raas (deux soirées con- 
sacrées aux œuvres des compositeurs norvégiens), Marta 
Vcstby, Dogny Scheldcrup, Ingeborg Sandvik, Lalla Môl- 
lcr;ceux des chanteurs Cari Struve, Johannes Berg-Hanson 
et Erling Krogh. N'oublions pas les pianistes Johanne- 
IVlargrethe Somme, Jo Tronitz, Brandt-Rantzau (trois soi- 
rées), Fridtjof Backer-Grondahl, Melvin Simonsen, Odd 



Grûner-Hegge et Dagny Knutsen (trois soirées) avec des 
œuvres françaises, très peu connues ici, de Paul Dukas, 
Fauré, Ravel et Debussy. Annc-Helene Knutsen. 

SUISSE 

Genève. — Au Grand-Théâtre, M. Barras a créé, sous la 
direction de l'auteur Henry Février, Gismonda. La salle, 
pour les deux représentations, était comble et l'auteur fut 
très acclamé. 

— Pendant les fêtes, le Papa de Francine a obtenu le 
plus grand succès avec une excellente distribution. 
M'"" Prieur, dans le rôle de Francine, fut charmante ; le 
trio des cambrioleurs de M. Badès était très réussi, ce jeune 
comique, très aimé du public genevois, promet beaucoup 
Je n'oublierai pas le ballet dans lequel M. Mériadec et ses 
partenaires, M"es Rosy Médec, Blanche Will et Georgette 
Latour et, d'ailleurs, tout le corps de ballet obtinrent à 
plusieurs reprises de chaleureux et mérités applaudisse- 
ments. La musique était du compositeur Edwards. 

La direction du Grand-Théâtre montera prochainement 
un ballet intitulé Danse des Peaux-Rouges, du composi- 
teur Egon Edwards. 

— Au Théâtre Omnia, Phi-Phi continue à faire salle 
comble. Chacun a remporté sa part de bravos, y compris 
les douze charmants modèles de Paris que déshabillait 
admirablement la légère tunique. Inutile de rappeler que 
la musique est de notre compatriote Christine. 

— Quatrième Concert Risler. — M. Risler ouvrait la 
séance par la Sonate, op. 26, de Beethoven. Le thème et 
variations est une délicieuse mélodie. La forme tradition- 
nelle de la sonate est rompue^ car on voit, par la suite, une 
marche funèbre qui fut instrumentée douze ans plus tard 
par Beethoven lui-même. Les deux Sonates, op. 27, qui 
suivent, sont toutes deux « quasi una fantasia ». La seconde, 
de beaucoup la plus belle et qui est connue de tous, fut 
intitulée Clair de Lune. Enfin Top. 28 appelée la Pastorale 
a un caractère de sérénité touchant. M. Risler fut un inter- 
prète respectueux et convaincu, comme à l'habitude, de 
ces chefs-d'œuvre. Chaleureusement applaudi, M. Risler 
joua encore un bis. 

Frjbourg. — L'éminent professeur et organiste Joseph 
Gogniat va donner les Sept Paroles du Christ de Théodore 
Dubois. Les choristes seront les élèves des collèges de 
Fribourg et l'orchestre celui de la Suisse Romande ; 
environ 400 exécutants. M. Gogniat est lauréat de l'École 
Niedermeyer et élève de M. Gigout. Jéagé. 

ÉTATS-UNIS 

La Navarraise poursuit sa carrière au Metropoliian, 
chantée par Géraldine Farrar et Rothier, dirigée par Albert 
Wolff. 

A ce même théâtre, reprise de la Walkyrie, chantée en 
anglais. Triomphe de Marie Jeritza (Sieglinde), l'étoile 
nouvelle. 

Vincent d'Indy, en décembre, a donné deux concerts à 
Boston. Pierre Monteux, chef de la Boston Symphony, 
avait, pour la circonstance, cédé le bâton au maître 
français. Accueil chaleureux, l'assistance debout. 

Même programme aux deux séances : Mozart, Lalande, 
un Concerto de Bach (au piano Bruce Simonds) et, pour 
finir, l'un des ouvrages les plus récents de Vincent d'Indy, 
son Poème des Rivages. 

A Boston encore, récital et grand succès de Magdeleine 
Ducarp, élève du maître Philipp. Saint-Saëns, Pierné à son 
programme. 

Dans celte même ville nous relevons à d'autres concerts 
les noms de Florent Schmitt, Franck, Debussy, Fourdrain, 
Jaques-Dolcroze, Ravel, Charpentier. 

— Le Musical Courrier constate que l'on entend peu 
d'artistes français et de musique française aux États-Unis. 
L'explication qu'il en donne est que nos artistes manquent 
d'adresse et de hardiesse : ils n'osent pas courir de risques 
et ne savent pas se conformer aux méthodes américaines. 



LE • MENESTREL 



— Benjamen Gigli, le ténor italien du Metropolitan, fait de 
rapides progrès dans la faveur du public américain. L'autre 
jour, dans un concert, il a chanté pour la première fois en 
anglais. Ce ténor, comme on voit, est un diplomate qui sait 
« prendre le vent ». Il possède d'ailleurs une voix admi- 
rable et qu'il mène savamment. Il a fait merveille, 
naguère, à JMonte-Carlo. Maurice Lena. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 

A l'Opéra : 

La répétition générale de la Mégère apprivoisée, la co- 
médie musicale de M. Charles Silver, aura lieu le 28 jan- 
vier, et la première le 3o. 

— A rOpéra-Comique : 

Le grand écrivain espagnol Blasco Ibancz, que son état 
de santé avait empêche d'assister, à l'Opéra-Comiquc, à la 
première représentation du drame lyrique que MM. Georges 
Hue, Maurice Lena et Henry Ferrare ont lire de sou 
célèbre roman Dans l'ombre de la Cathédrale, se trouve en 
ce moment à Paris, où il est venu représenter officielle- 
ment l'Espagne aux fêtes organisées en l'honneur du tri- 
centenaire de Molière. 

M. Blasco Ibanez a assisté jeudi dernier, en matinée, à 
la représentation de Dans l'ombre de la Cathédrale, qu'in- 
terprétèrent M"<= Davelli, MM. Charles Priant, Dupré, 
M"« Tiphaine, MM. Azéma, Pujol, Panzera, M"« Coiffier, 
M. A. Catherine dirigeant l'orchestre. 

— Le tricentenaire de Molière : 

Tous les théâtres célèbrent plus ou moins le tricentenaire 
de Molière, qui par un acte, qui par une pièce entière : 
les corp.s constitués, même récemment, comme le nouveau 
Ministère, assistent à des représentations de gala, à des 
cérémonies à la Sorbonne, entourés des quarante-quatre 
représentants des nations étrangères qui ont tenu à mani- 
fester leur admiration pour notre grand poète dramatique 
en envoyant des délégués. 

Nous ne pouvons entrer dans le détail de toutes ces fêtes 
dont les journaux quotidiens sont remplis. Mais annonçons 
que le tricentenaire de Molière, comme tout centenaire qui 
se respecte, donnera lieu à une promotion exceptionnelle 
de croix de la Légion d'honneur; toutes les occasions sont 
bonnes; on assure même que dans cette promotion artis- 
tique, comme Molière est passé par Pézcnas, les viticul- 
teurs du Midi réclameront leur part. 

Si Molière avait pu prévoir l'avenir, au lieu de faire 
d'Alceste l'homme aux rubans verts, ill'eût appelé l'homme 
aux rubans rouges. 

Pauvre Molière ! Quels passe-droits va-t-on commettre 
sous ton nom? 

— Emma Calvé écrit ses mémoires. Elle y déclare, si 
l'on en croit le Musical Mirror, qu'elle a souhaité toute 
sa vie de chanter avec un ténor dont la sincérité fût assez 
grande et les muscles assez vigoureux pour qu'il fût capa- 
ble, dans un mouvement d'incoercible passion, de la saisir 
à bras-le-corps et de la précipiter au milieu de l'orchestre. 
Le Daily Mirror se demande impertinemment quel est le 
poids de M™*' Calvé. 

— Nos confrères américains ne sont pas chiches de 
louanges métaphoriques. Une revue new-yorkaise relève 
ironiquement, au cours de la saison dernière, 54H triom- 
phes, 722 ovations, 944 tempêtes d'applaudissements, 
846 salves d'approbation et 617 cataclysmes d'enthou- 
siasme. 

BIBLIOGRAPHIE 

La librairie Flammarion publie le premier volume du 
Théâtre complet de Pierre Woltf (à 7 francs). L'auteur acclamé 
du Ruisseau, de l'Age d'aimer, du Secret de Policltiiwlle, des 
Marionnettes et des Ailes brisées a réuni, dans ce premier volume, 
leurs Filles, deux actes qui furent l'un des plus grands succès du 
Théâtre-Libre, et qu'interpréta Antoine, les Maris Je leurs Filles, 
sa seconde pièce représentée au Théâtre-Libre, et Celles qu'on 
respecte, qui fut jouée sous la direction Koning au Gymnase. 

Pierre Woltï a tenu à respecter son texte. Il eût pu, comme 
tant d'autres, le modifier, le rajeunir. Son dialogue a gardé, 
malgré tout, ces exceptionnelles qualités de vie, de profondeur, 
d'esprit et d'émotion qui classent Pierre Woltf parmi la peu 
nombreuse élite des dramaturges contemporains. 

La publication de son Théâtre complet sera favorablement 
accueillie par le grand public — car elle comble un vide sur les 
rayons des bibliothèques — et par les artistes et les auteurs, 
pour lesquels elle sera un indispensable instrumcntde travail. 



programmes des Concerts 

GRANDS CONCERTS 

Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 
22 janvier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 
M. Philippe Gaubert). — Schumann : Quatrième Symphonie. — 
Debussy : Fantaisie pour piano et orchestre (M»'" Marguerite 
Long). — Wagner : Siegfried-IdfU. — Gabriel Fauré : Ballade 
(M°' Marguerite Long). — Berlioz : La Damnation de Faust ({Tag- 
ments). 

Concerts-Colonne (samedi 21 janvier, 14 h. 3/4, au Châtelet, 
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Beethoven : Fidelio 
(Ouverture); Quatrième Symphonie. — Mignan : Andalouse, 1" au- 
dition (M"' Fernande Capelle). — SAiNT-SAJiNs : Le Rouet d'Om- 
phate ; Septuor; Marche héroïque. 

Dimanche 22 janvier, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Schubert : Symphonie inache- 
vée. — CÉSAR Franck : Nocturne; Rédemption (M"' Martinelli). — 
Rabaud : Procession nocturne. — Wagner : J'ristan et Yseult, pré- 
lude du 3' acte. Prélude du i" acte et Mort d'Yseult (M"» Marti- 
nelli); /.ex jl/iH7rci' Cliauteurs (Ouverture). 

Concerts-Iiamoureux (dimanche 22 janvier, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Paul Paray), — Beethoven : 
Septième Symphonie. — Mozart : Concerto en la majeur (M. E. 
Saury). — Maurice Ravel : Rhapsodie espagnole. — Vincent d'Indy : 
Symphonie sur un thème montagnard (M. José Iturbi). 

Goncerts-Pasdeloup (samedi 21 et dimanche 22 janvier, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhené-Baton). — Rimsky-Korsakoff : Le Tsar Sallan. — Wie- 
NiAwsKY : Six chants polonais, \" audition (M"° Wieniawska). — 
Glazounow : Rapsodic orientale. — Wagner : Préludes de Lohcn- 
grin; de Parsifal et de Tristan et Yseult. 

CONCERTS DIVERS 
SAMEDI 21 JANVIER : 

Samedis Musicaux Edouard-VII (à 4 heures et demie, 
Théâtre-Édouard-VII). — Le passé do la France à travers ses 
refrains (M"« Jane Lempé, M. Lucien de Flagny). 

Concert de Musique roumaine (à 9 heures, salle Gaveau, 
avec le concours de M"' Paule de Leslang et de M. Georges 
Enesco. Orchestre sous la direction de M. H. Morin). 

Quatuor Poulet (à 9 heures, salle des Agriculteurs).— Festi- 
val Chausson. 

Concert Yvonne Herr-Japy- Thérèse Coiubarieu (à 
9 heures, salle Erard). 

Concert E. del Pueyo (à 9 heures, salle Pleyel). 

Association des Professeurs de la Scliola (à 4 heures, 
Schola Cantorum). 

DIMANCHE 22 JANVIER : 

Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs), avec 
le concours de M"'" Jeanne Jouve, Germaine Lefort et Joseph 
Szigheti. 

Concert de M"= Raisse-Soudarskaia. 
LUNDI 23 JANVIER : 

Concert Yves Nat-Krettly (à 9 heures, salle Erard). 

Quatuor Le Feuve (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Société des Compositeurs (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert Marcel Grandjany (à 9 heures, salle Gaveau). 
MARDI 24 JANVIER : 

Chanteurs de la Chapelle Sixtine(à 10 heures et demie du 
matin. Eglise de la Madeleine). 

Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). — 
Quatuor Bastide. 

Concert Gard-Hèléne Arnitz (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Vera Janacopulos (à 9 heures, salle des Agricul- 
teurs). 

Concert Closson-Deboni (à 9 heures, salle Pleyel). 
MERCREDI 25 JANVIER : 

L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau). — Quatuors. 

Concert Loyonnet- André Lévy (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Yvonne Astruc-Jane Bathori (à 9 heures, salle 
Gaveau). 

ConcertEvelyn Howard Jones l'àgh., salle des Agriculteurs). 

Récital d'orgue Georges Jacob (à 4 heures et demie, au 
Conservatoire, rue do Madrid). 

JEUDI 26 JANVIER : 

Concert Madeleine de 'Valmalète-Gabriel Bouillon (à 
9 heures, salle Gaveau). 

Concert Yves Chardon (à 9 heures, salle des Agriculteur.sK 

Quatuor Andolfi (à 4 h. 1/2, salle Gaveau). — Quatuors. 

S. M. I. (à 8 heures et demie, salle du Conservatoire). 

Concert Gellibert Lambert (à 4 heures, à la Potiuière). 
VENDREDI 27 JANVIER : 

Quatuor Loiseau (à 3 heures, salle Gaveau). — Quatuors. 

Concert Andrée Aloin (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Tektonius (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Joan Manen (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Joseph Debroux (à 9 heures, salle Plej'el). 

Nouveaux-Concerts (à 9 heures. Hôtel Continental. 

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DIRECTEUR Ji^^cQUES HEUGEL 




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DE 1833À1Ô83 
J.L. HEUGEL 




DIRECTEUR, 

DEI883À1914. 

HENRIHEUGEL 



SOMMAIRE 



«t Antar » et Lamartine. 



ADOLPHE BOSCHOT 



La Semaine musicale : 

Théâtre des Champs-Elysées : 

Les Ballets suédois : Skatiag Rink P. de LflPOMMERAYE 

La Semaine dramatique : 

Nouvel-Ambigu : La Flamme . . . 
Théâtre-Femina : Un Cbien dans 

un jeu de quilles > PIERRE D'OUVRAY 

Nouveau-Théâtre : 

Spectacle nouveau 

Les Grands Concerts : 

Concerts du Conservatoire p, de LAPOMMERAYE 

Concerts-Colonne j i!f/nTf„„„ 

' RENÉ BRAN0OUR 

Concerts-Lamoureux JOSEPH BARUZI 

Concerts-Pasdeloup RENÉ BRANOOUR 



Concerts Divers. 

Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger 

Angleterre 

Belgique 

Espagne 

Hollande 

Hongrie 

Italie 

Suisse 

États-Unis 



MAURICE LENA 
LUCIEN SOLVAY 
RAOUL LAPARRA 
J. CHANTAVOINE 
EMÉRIC VADASZ 
G,-L, GARNIER 
JÉAGÉ 
MAURICE LENA 



Échos et Nouvelles. 
♦ ♦ ♦ 

SUPPLÉMENT MUSICAL 







i(/5 abonnés à la 



JVIUSIQOE ÎDE CPflriT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront avec ce numéro : 

DOLENT, de Georges HiJE, poésie de Paul Arosa, extrait de Trois Rondels dans le style ancien. 

Suivra immédiatement : Crois en mon amour, ma petite reine, de Charles Silver, extrait de La Mégère apprivoisée, 
comédie lyrique en 4 actes, paroles de Henri Cain et Edouard Adenis. 



" IWOSIQOE DE PlflflO 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano : 

Gaillarde, de Charles Su.ver, extrait de La Mégère apprivoisée, comédie lyrique en 4 actes, 

paroles de Henri Cain et Edouard Adenis. 

Suivra immédiatement : Tea Flirtation, d'Edmond Laurens. 



Le Numéro : 

(tcztt uul) 

fr- 75 



(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoerture) 



1 



BUREAUX:RUEVIV1ENNE 2bis PARIS (Î2?) 

TÉLÉPHONE : GUTEN BERG > 55-32 
ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE; M E.NE5TRELPARI5 



L 



Le Numéro : 

{textt seul) 

fr 75 



i IF MFNFSTRFI ■ ° journal hebdomadaire - MUSIQUE ET THÉÂTRES - - 
m L.L iTIL^lllLO I IxLLi .„-... Bureaux : a"»»», rue Vivienne, Paris (a») 

CONDITIONS D'ABONNEMENT 

A l'année seulement 

Pour Paris et les Départements 

!• TEXTE SEUL 20 fr. 

2' TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

?• TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au I" janvier) 40 fr. 

4" TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) .... 60 fr. 
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 fr. ; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. j 

Abonnement complet, 6' fr. 50. 
Frais d'envoi de la Prime au i" janvier (Province et Etranger) : v et 3' modes : chaque, 1 tr. 50; 4* mode : 3 francs. 

Les Abonnements partent du i" de chaque mots. 

En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che^ tous les Libraires et Marchands de Musique 

oit par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal. 



HEUQEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2"», rue Vivienne, Paris (2*) 

ŒUVRES RÉCEMMENT PARUES 

Signes d'abréviation : (t. f.) très facile; (f.) facile; (a. f.) asse:{ facile; (m. d.) moyenne difficulté; (a. d.) asse^ difficile; 

(d.) difficile; (t. d.) très difficile. 



MUSIQUE POUR PIANO 

^ Prh nets, 

BARBIROLLI (A.). — Allegrador, Paso, dûble (M. d.) 4 » 

— Négus, fox-trot (M. D.) 4 » 

BRUN (Georges). — Causerie, op. 8t (M. d.) 3 » 

— Pavane au clair de lune, op. 83 (M. D.) 5 » 

— Tarentelle, op. 80 (A. D.) 5 » 

— Trois Pièces, op. 79 : 

I. Mélodie (M. D.) 2 « 

II. Harmonie (A. D.) 2 » 

m. Rythme (a. d.) 3 » 

Les trois numéros réunis en recueil 5 » 

LAURENS (Edmond). — Risleriana, 4" Suite, pièces impressionnistes, 
op. 33 (T. D.) : 

1 . Des farfadets s'ébattent 4 » 

2. Au crépuscule, des chants rustiques et naïfs s'élèvent (pour main 

gauche seule) 4 » 

Le même, transcrit pour deux mains par l'auteur 4 » 

3. Des gnomes grouillent et, croassant, grimacent 4 » 

t. Des sirènes rêvent, bercées par les vagues miroitant sous les rayons 

lunaires 5 » 

5. 11 fait triste... le vent souffle . 5 » 

Le Recueil in-4» 16 » 

— Tea Flirtation (A. D.) 4 » 

Le même, main droite seule (d.) 4 » 

MORET (Ernest). — Chansons des Beaux Soirs : 

1. Berceuse pour un soir solitaire (M. D.) 3 50 

2. Dans l'oasis près d'une source... (a. D.) 4 » 

3. Berceuse pour la fin d'un beau jour... (M. D.) 3 50 

*. Venezial (a. d.) 3 50 

5. Berceuse de la mort (m. d.) 3 s 

6. Conte pour une nuit d'hiver (a. D.) 6 » 

Le recueil in-4» 16 » 

PÏ:RILH0U(A.), — Carillon (M. D.) 5 » 

PtIGET (P.). — Presque une valse (M. D.) . 3 » 

ROUGNON (Paul). — Danse ancienne (F.) 3 50 

— Elégie (m. d.) ; 3 50 

— En volant I caprice (M. D.) 3 50 

— Sans souci 1 caprice (f.) 3 » 

MUSIQUE INSTRUMENTALE 

DUBOIS (Th.). — Airs arméniens recueillis, adaptés p' le violon et harmonisés : 

1. Dans la Montagne (M. 0.) 3 50 

2. Chanson de Fillette (A. F.) 3 50 

3. 1"Chant liturgique (M. D.) , 3 50 

♦. 2' Chant liturgique (m. D.) 3 50 

6. Elégie (A. F.) 3 50 

6. Danse (M. d.) 3 50 

Le Recueil in-4» 12 > 

— Canon, pour violon, violoncelle et piano (M. D.) 3 50 

Dix pièces pour grand orgue (u.D. et A. D.). Recueil in-s» 16 » 

1. Entrée. — a. Pièce canonique. — 3. Déploration. — 4. Pastorale. — 
5. Prélude — 6. Fugue. — 7. Évocation. — 8. Introduction: Fantai- 
sie, Fughetta et Coda. — 9. Imploration. — io. Sortie (grand chœur). 
LAPARRA (R.). — Suite ancienne en marge de Don Quichotte, 
pour violon (ou alto) et piano (m. d.) : 

N" i. Entrée g » 

2. Sarabande ."...'. 4 » 

3. Passepied 6 » 

4. Estudiantina 7 » 

La suite complète 16 » 



MUSIQUE VOCALE ..«. 

CHAUVET (R.). — Si vous m'aimez (poésie de Carmen de Crécy) : 

I. Pour baryton ou mezzo-soprano 3 » 

II. Pour ténor ou soprano 3 » 

DUBOIS (Th.). O quam suavis est, motet au Saint-Sacrement, à 

quatre voix a coppelto, avec accompagnement d'orgue ad H6i/Mm. . . 3 » 

— Les petits lits blancs, poésie de Miguel Zamacoïs 3 60 

— Salut à trois voix (soprano, ténor, basse), avec accomp' d'orgue . . 6 » 

I. Verbum supernum ; II. Memorare ; III. Tantum ergo. 
FÉVRIER (H.). Gismonda, drame lyrique en quatre actes, d'après Vic- 
torien Sardou, poème de Henri Cain et Louis Payen. 

La partilion, chant seul 8 > 

GAILHARD (André). — Six Mélodies : 

I. Lassitude (poésie de Roucau) 4 » 

n. Clarté (poésie de X...) 4 » 

lu. Soupir (poésie de Sully Prudhomme) 4 » 

IV. Le Géant (poésie de Victor Hugo) 4 » 

IV bis. Le même transposé en si mineur (pour voix élevées) 4 » 

V. Idylle (poésie de Victor Hugo) 4 » 

VI. Soir païen (poésie d'Albert Samain) 4 » 

Les six mélodies en recueil in-i" 16 » 

GAUBERT (Ph.). — Mon Petit Ane (poésie de M. Lena) : 

A. — Pour voix moyennes 3 50 

B., — Pour voix élevées (ton original) 3 50 

GRASSI (E.-C). — Trois Poèmes Bouddhiques pour chant avec 
accompagnement de violon, hautbois ou second violon, violoncelle et 
piano a quatre mains. 

I. Les Oiseaux inspirés 8 

n. La Procession 8 

III. Le Réveil des bouddhas 8 

Le recueil in-4'' 20 

GUËRANDE (G.). — Deux Mélodies (poésie de la Comtesse de 
Noailles) : 

I. La Détresse 4 

II. Les Plaintes d'Ariane 4 

HUE (Georges). — Trois Rondels dans le style ancien (poésies de 
Paul Arosa) : 

I. Galant 3 50 

U. Dolent 3 SO 

m. Ardent 3 50 

Le recueil in-4° 8 » 

MORET (Ernest). — Poème d'une Heure (poésies de Paul Bourget) : 
i . Musique et silence de l'heure I 4 « 

2. Sérénade italienne 4 » 

3. Loin de tes yeux. 4 » 

Le Recueil in-4° . 8 » 

— Trois Mélodies : 

1 . Je parerai tes bras... (poésie de Gustave Kahn) : 

A. — Pour voix graves 3 50 

B. — Pour voix élevées 3 50 

2. Que m'importe I je t'aime... (poésie de Jean Lahor) 3 50 

3. De la neige et de l'ombre tombent (poésie de A, -F. Uérold) 3 60 

Max d'OLLONE. — Trois Mélodies : 1. Lèvent - . 5 > 

3. Jeunesse 3 s 

3. Guitare 3 60 

LIBRAIRIE 

CURZON (Henri de). — Ambrolse Thomas (Conférence lue le 2 dé- 
cembre 1920 aux Concerts historiques Pasdeloup) 2 » 

MALHERBE (Henry), — George» Bizet (Conférence prononcée aux 

Concerts historiques Pasdeloup, Opéra, 10 févrien 921) 2 » 

— Edouard Lalo (Conférence prouoncéa aux Concerts historiques 

Pasdeloup, Opéra, 23 décembre 1920) 2 • 



Tous les prix ci-dessus sont nets, maloratlon comprlst. - Pour recevoir franco, alouter en sus S 0/0 pour frais de port et d'envol. 



LE "MENESTREL 



4474. — 84" Année, — N» 4. 



Vendredi 27 Janvier 1922. 



"ANTAR"& LAMARTINE 




ORSQCE je vis Atitar à l'Opéra, pourquoi la 
belle œuvre de Gabriel Dupont et de M. Che- 
kri Ganem réveilla-t-eile des souvenirs im- 
précis, où passait le nom de Lamartine?... 
En lisant cette phrase même, certes, plus 
d'un lecteur se demandera quel lien il peut 
y avoir entre le poète arabe et le chantre d'Elvire. On 
ne soupçonne guère, tout d'abord, que le jeune élègiaquc 
de 1820, qui ouvrit une ère nouvelle à toute la poésie 
française, doive quelque chose à la poésie orientale. 

Pourtant, ouvrons le Voyage en Orient, publié par 
Lamartine. 

En mai i832, à Marseille, Lamartine « noiise un 
navire de 23o tonneaux et de 19 hommes d'équipage ». 
Il part pour visiter les lieux saints, les ruines de Tyr et 
de Balbek, les forets du Liban et de l' Anti-Liban, les 
plaines éblouissantes et désertiques où les sables succè- 
dent aux sables. Il veut éprouver 

Sous quel poids de néant la poitrine respire, 
Comment le cœur palpite en approchant des dieux. 

Certes, son imagination est de formation chrétienne ; 
mais ce serait trop demander à ce rêveur d'avoir une 
pensée organisée par un dogme constant. Platonicien, 
comme il l'avait prouvé dans la Mort de Socraie, il 
s'arrête à peine dans le sillage des dieux de la Grèce. 
Jérusalem l'émeut davantage, ainsi que tous les lieux où 
sa rêverie se plait à reconstituer les scènes bibliques et 
les grandioses spectacles des civilisations orientales : 

— " J'aime dans l'Orient, uvouc-t-il, le pays natal de 
mon imagination. » 

Tout enfant, il avait appris à lire, sous la direction de 
sa mère, dans une Bible ornée de gravures : « C'était 
Sara, écrit-il, c'était Tobie et son ange, c'étaient surtout 
ces belles scènes patriarcales où la nature solennelle et 
primitive de l'Orient était mêlée à tous les actes de la 
vie simple et merveilleuse des premiers hommes. » 

Dès huit ans, il brûlait du désir de visiter ces pays 
enchantés. — En i832, à quarante-deux ans, dans toute 
la maturité de son génie, quand il partit pour son 
voyage en Orient, il accomplissait (constatait-il) un 
grand acte de sa vie intérieure : 

— « Je construisais éternellement (sic) dans ma pen- 
sée une vaste et religieuse épopée dont ces beaux lieux 
seraient la scène principale... Je devais y puiser des cou- 
leurs pour mon poème. » 

Quel poème?... On connaît au moins l'extraordinaire 
Chute d'un Ange, inspirée en partie par le voyage en 
Orient. Faut-il dire qu'on la lit fréquemment aujour- 
d'hui?... Pourtant les descriptions du Liban, le chœur 



des cèdres », et l'admirable Huitième Vision méritent 
autre chose que l'oubli. 

Projetant son « épopée Vaste et religieuse », Lamar- 
tine errait, méditait, rêvait. Les paysages, les ruines, 
les mœurs patriarcales des peuplades du Liban, lui 
apportaient '< la couleur locale » qu'il cherchait. Il 
écoutait aussi les récits, les chants, les longues mélo- 
pées auprès de la tente; il lisait même (mais à sa 
façon!) des ouvrages d'érudition qu'il avait apportés 
d'Europe; si bien qu'il prit contact avec les Poèmes 
d'Antar. 

Plus de deux mille lignes, dans le Voyage en Orient, 
sont fournies par une traduction des Poèmes d'Antar. 
Mais plus de deux cents grandes pages, auparavant, sont 
également fournies par d'autres traductions. Ce sont 
des « Chants serviens, fleurs sauvages du Danube »; — 
puis, un « Récit du séjour de Fatalla Sayeghir chez les 
Arabes errants du grand désert », traduit par M. Mazo- 
yer. 

Lamartine, qui eut, comme malgré lui, de prodigieux 
bouillonnements de génie, fit aussi les travaux de 
librairie les plus improvisés. Souvent, faute d'argent, 
talonné par des créanciers ou quelque dette de jeu, il 
ramassait, pêle-mêle, ce qu'il avait dans ses tiroirs ou à 
proximité de la main. Ainsi, il gonflait, il doublait ou 
il triplait un volume. Il noyait l'excellent dans du 
fatras. Et il faisait, à grands coups de ciseaux, des cita- 
tions de mille ou deux mille lignes; sa femme l'aidait 
à recopier tous ces textes improvisés. 

Pour les Poèmes d'Antar, il utilisa une traduction 
anglaise, qu'il retraduisit, sans doute avec l'aide de sa 
femme, dans un français magnifique et flottant, harmo- 
nieux, noblement amolli comme les grandes courbes 
d'une étoffe orientale qui retombe. 

Et même, pour grossir encore le volume, il « em- 
prunta un noupeau fragment du poème d'Antar à la 
Collection de la Revue française ». 11 le présenta au 
lecteur par quelques phrases savoureuses, et qu'il n'a, 
bien certainement, jamais relues : 

— n Le cheval manquait au trophée de la Chevalerie 
nomade. Le voici, sacré comme une idole, aimé comme 
une maîtresse, fraternel comme un compagnon d'armes. 
Cet épisode est, après les strophes de Job, le poème par 
excellence du cheval et de l'équitation orientale... » 

Et, trente ans plus tard, Lamartine, en i863, publia 
tout un volume intitulé Antar. 



C'était encore un travail de librairie. 

Malgré son abondance, et même sa facilité, Lamar- 
tine avait pensé à se ménager. Pauvre et grand poète, 
touchant à sa fin si douloureuse, combien on soufl're de 
le voir pris, à cause de la misère, dans de telles 
besognes ! 



— 33 — 



LE -MENESTREL 



! Le livre, qui n'a pas deux cents pages (exactement 
i86), ne compte que dix-sept lignes à la page (je dis: 17). 
Pour que les pages semblent à peu près remplies de 
noir, on utilisa donc de gros caractères. Comme Lamar- 
tine improvise, peut-être comme il dicte et se laisse 
aller au débordement de son éloquence, on voit d'ad- 
mirables phrases oratoires qui tiennent plusieurs pages. 
On peut les 
lire ; on peut 
les passer. 

Trente-six 
pages, pour 
l'ai/atii -propos. 
En poète, et 
même en pro- 
phète, l'aède 
de Jocelyn et 
des Girondins 
développe de 
grands motifs 

philosophi- 
ques : il im- 
provise sur les 
grandes orgues 
de l'idéologie. 
Sa pensée 
monte et plane 
dans le séjour 
des nuages... 
Tout à coup, 
des coups de 
lumière, ou du 
moins d'élo- 
quence : 

— L'homme 
ignore tout de 
sa destinée ; . . . 
« Il passe sans 
avoir rien su 
du mystère de 
son origine ni 
de son but : fils 
de famille dont 
l'héritage est 
immortel et 
qui ne connaît 
ni ses titres ni 
ses aïeux. » 

Et Antar ? 

Cher lecteur, 
ne brusquons 
pas Lamartine. 

Il nous faut 
encore fran- 
chir plus d'une page d'introduction. Du moins on y 
trouve Lamartine. — ■ L'histoire, expiique-t-il, doit être 
un « foyer de moralité nationale ». Pour cela il faut 
qu'elle soit « vivante » et qu'elle nous montre de vrais 
grands hommes, c'est-à-dire de hauts exemplaires d'hu- 
manité. Et il faut, souvent, les chercher dans les dé- 
serts... Alors, d'admirables pages sur l'Arabie, le Liban 
et l'Anti-Liban; alors, une étonnante vision de l'Arabe 
et surtout de l'Arabe d'avant Mahomet : 

— « L'Arabe, mystérieux cornme le silence, méditatif 
comme la nuit, concentré comme la solitude, a des sens 
de plus que nous pour sentir Dieu dans le désert. Sa 




cof^TeHÊROiQue 

en auatrs Bcles 

et cinaTableaux 



^ nosîc,ueieUa8Rf£.LlJOPOI1T 

THÉÂTRE NATJON^L DE L'OPÉRA 



FAC-SIWILÉ DE L'AFFICHE COMPOSÉE PAR G. ROCHEGROSSE 
POUR L'OPÉRA DE GABRIEL DUPONT 



vie est une adoration perpétuelle, que rien ne distrait 
du Créateur. L'immensité estavant tout un temple. » 

Cette expansion de l'être, et j'oserai dire cette dilata- 
tion et cette évanescence dans la solitude, voilà certes 
comment l'àme (je ne dis plus la pensée) de Larmatine 
s'épanouit et s'évanouit dans les silences lumineux de 
l'Orient. Par cette nécessité intérieure, il semble se rap- 
procher des 
puissances de 
rêverie des 
vieux poètes 
arabes et d'un 
Antar même., 
lit c'est bien 
avec la même 
ingénuité, en- 
fentine et di- 
vine, qu'il con- 
çoit l'héroïs- 
me, l'amour, la 
poésie, et qu'il 
nourrit en son 
cœur le « sens 
de Dieu ». 

Eniin Lamar- 
tine en vient à 
parler d'Antar. 
D'après la tra- 
duction de M. 
Dugat, d'après 
les travaux 
qu'il avait uti- 
lisés déjà dans 
le Voyage en 
Orient, il im- 
provise un on- 
doyant et sou- 
ple récit oii les 
fragments des 
poésies orien- 
tales apparais- 
sent comme 
des broderies 
sur une étoffe. 
La mort 
d' Antar, telle 
qu'il la rap- 
porte, ne man- 
que pas de 
grandeur. Près 
'^ de l'Euphrate, 
blessé par une 
flèche empoi- 
sonnée, le 
comment pourrait-il 
qu'elle échappe à 



■MAQUEÎ*.SjCç/i«13 



guerrier prévoit qu'il va mouri 
sauver sa bien-aimée Abla, et tan' 
l'armée ennemie? 

— '( Pour retourner vers la terre qu'habitent les enfants 
d'Abs, lui dit-il, revêts-toi de m.es armes et monte mon 
coursier Abjer... Sous ce déguisement, qui fera croire 
aux yeux de mes ennemis que j'existe encore, ne crains 
pas d'être attaquée. Ne réponds rien à ceux qui te salue- 
ront sur la route : la vue des armes et du cheval d' An- 
tar suffira pour intiniider les plus hardis. » 

Abla, doiic, commence la route. Mais bientôt elle est 
accablée par le poids des armes et de la lance. De loin. 



— -H 



LE • MENESTREL 



notre compatriote Berlioz. Bien montée, le cadre de 
chœurs renforcé par plusieurs sociétés chorales de la ville, 
cette représentation a obtenu la faveur du public. L'or- 
chestre, sous l'impulsion du chef Kamm, rendit do façon 
parfaite les pages difficiles de la partition et les artistes 
engagés spécialement rehaussèrent fortement l'éclat de la 
représentation; une mention spéciale à M™" iMazarin {de 
l'Opéra) qui interpréta Marguerite en grande artiste. 

— La Société des Concerts-Berlioz a donné le iG courant 
son -deuxième concert annuel avec le concours du baryton 
Charles Murano, qui interpréta, à la satisfaction générale, 
les airs d'Iphi^énis en Aiitide de Gluck, des Saisons de 
Haydn et la mélodie /;: qiiesîa tomba oscura de Beethoven. 

L'orchestre, en sérieux progrès, rendit de façon très satis- 
faisante la Sym-phonie pastorale de Beethoven, le prélude 
d« Tristan et Ysculc et l'Ouverture de Tannhàuser. Le 
public nombreux et sélect qui assistait à ce concert est 
l'indice que la musique classique a des adeptes de plus en 
plus fervents dans notre population. Ad. Salomon. 

Nantes. — Le Théâtre-Grasiin donnait samedi dernier la 
cinquième représentation de Ninon de Lendos. Le compo- 
siteur Louis Maingueneau qui, sur la demande du direc- 
teur, M. Rachet, conduisait Torchestre, fut l'objet de 
longues ovations. 

Toulon. — Grand-Théâtre. — Les reprises se succèdent 
avec une rapidité qui montre l'activité de toute la troupe. 

Le 5 janvier : la Tosca, pour la rentrée du ténor Martel. 

Le 7 i Manon, où le ténor Martel et M"" Purnode triom- 
phent. 

Le 14 : reprise de Thaïs, avec M"" Purnode et M. Cahnzac. 

Gismonda a été jouée pour les troisième et quatrième fois 
avec les créateurs à Toulon, sauf le ténor Fontaine, rem- 
placé par le ténor Salles. D'autres reprises sont annoncées. 
Et la création de Gismonda étant chose faite, les études 
d^Antar, le beau drame lyrique de Gabriel Dupont, ont été 
commencées. L'ouvrage passera fin février, très probable- 
ment, et Toulon sera ainsi une des premières villes à con- 
naître ce bel ouvrage. 

M. Grangeon, directeur, met, cette année, Ja scène qu'il 
dirige à un niveau bien supérieur à celui de l'an deriuer. 
Souhaitons que, l'an prochain, ce soit encore mieux, par 
l'amélioration de l'orchestre; on ne saurait assez dire que 
trente-trois musiciens sont absolument insuffisants pour 
jouer les ouvrages du répertoire, à plus forte raison les 
orëaîions modernes. Et ceci dit, sans autre critique que la 
constatation des charges pesant sur les directeurs, comme 
taxes et autres. Excoffier. 

Première tournée de musique française sous le patro- 
nage de la Société Nationale. — Dans la région du Centre 
vient d'avoir lieu, à Moulins, Riom, Clermont, Le Puy et 
Saint-Etienne, lîi première séance organisée à titre d'essai 
pour la divulgation de la musique française. Le succès très 
vif que vient d'obtenir cette première tournée laisse espérer 
la réussite complète du projet préconisé par la Société 
Nationale. Déjà de nombreux groupes régionaux sont eu 
voiie de formation un peu partout à l'exemple de ce qui a 
été fait en Auvergne. 

Le récital de piano donné par Yves Nat a prouvé que, 
loin de se montrer hostile aux harmonies neuves et mo- 
dernes de notre admirable école française, le public de 
province s'y intéresse avec enthousiasme et en ressent 
toute la séduction. Il est vrai que l'interprétation parfaite 
de ces pièces difficiles aide beaucoup à leur compréhen- 
sion, et Yves Nat a su magnifiquement faire ressortir toute 
la beauté et tout le charme des œuvres inscrites au pro- 
gramme. Toute la presse locale des villes où furent donnés 
les concerts est unanime à proclamer le gros succès de ces 
séances. On a tout particulièrement applaudi l'émouvant 
Cortège des Adorateurs du Feu, de Florent Schmitt, la 
page si évocatrice de Déodat de Séverac, En Tartane, et 
les pièces de Fauré et Ghabrier. Au programme figuraient 
également des œuvres pittoresques d'Yves Nat et les très 



intéressants Chants de Caslille d'Henri Collet, pour les- 
quels le public a manifesté un goût très marqué. Les 
concerts avaient été précédés d'une conférence exposant 
le projet de la Nationale. Mario Versepuy. 

Le Mouvement musical à l'Étranger 



ANGLETERRE 

Premières auditions, en Angleterre, d'ouvrages s3'mpho- 
niques : Horace victorieux, de Honegger; Suite orchestrale 
tirée du nouveau ballet de Manuel de Falla, El Amor 
brujo; the Perfe-ct Fool, musique de ballet détachée d'un 
opéra, qui porte ce nom, de Gustave Holst; Oriente itnina- 
ginario, de Francesco Malipiero. 

— Sociétés d'amateurs. — Nouvelle représentation de la 
Véronique de Messager. Elle fut donnée cette fois au King's 
Hall par la Chiswick O. S. Il n'est pas, outre-Manche, 
d'opérette fiançaise plus populaire que Véronique. 

— Le pianiste anglais Edward Mitchell est le champion 
fidèle de Scriabinc à Londres. Diverses pages de ce com- 
positeur, qu'il a jouées excellemment, ont illustré, l'autre 
jour, une conférence que M. Herbert Antcliffe a faite sur 
l'œuvre de Scriabine à l'une des réunions de rincorporaled 
Society of Music. 

— Mort du pianiste et chef d'orchestre Julian Clifford. 

— The Saturday Revimv s'étonne et s'aiHige que les 
artistes anglais — il s'agit, dans l'espèce, des exécutants — 
soient toujours «acrifiés, en Angleterre même, aux artistes 
étrangers. Il en accuse le préjugé public, en-tretenu par les 
réclames des agents de presse. 

— Le film des Trois Mousquetaires, à Covent GaTdeh,-est 
accompagné de musiques empruntées aux compositeurs 
anglais du xv!i'= siècle et d'anciens « madrigaux » chantés à 
plusieurs voix. 

— Nous relations dernièrement que M°"^ Ethel Smyth, la 
pkis connue des compositeurs-femmes d'Angleterre, avait 
reçu le titre de Daine. C'est le mot français conservé tel 
quel en anglais et pris dans une acception officiellement 
honorifique. Deux cantatrices, à notre connaissance., portent 
également ce titre, Clara Butt et Melba. Maurice Léna. 

BELGIQUE 

Bruxelles. — Le quatrième Concert Populaire présentait 
un intérêt particulier, et il a obtenu le plus vif succès. De 
curieuses fanfares, — simples sonneries de trompettes, — 
de MM. de Falla, Goossens, Prokofieff et Paul Dukas, 
ouvraient le programme. La Rhapsodie orientale (op. 29) de 
Glazounow le terminait. Mais l'intérêt principal était dans 
l'audition du Troisième Concerio pour violon et orchestre 
de Saint-Saëns, exécuté par M. Enesco, et surlout de trois 
mélodies des Chants et Danses de la Mort, de Moussprgsky, 
et des trois poèmes de la Shéhérazade de M. Ravel, chantés 
par M""= Véra Janacopulos avec un sentiment exquis, 
un art suprême du chant et la plus délicieuse musicalité. 
Quelques jours auparavant, cette admirable cantatrice avait 
donné au Conservatoire un récital composé d'œuvxes 
russes, espagnoles et françaises, qui lui avait valu un succès 
triomphal. — Nous n'en pourrions dire autant d'une autre 
cantatrice, M'"^ Sonia Nagarina, qui, au dernier Concert- 
Ysaye, chania le premier acte de Tristan et Yseiilt de 
façon à faire prendre en grippe l'œuvre de Wagner à ceux 
qui l'eussent ignorée encore. Dans la salle du Conservatoire, 
où la résonance est extrême, cette musique a paru, d'ailleurs, 
cette fois du moins, terriblement bruyante, et la malheu- 
reuse artiste eut fort à faire de lutter avec l'orchestre déchaîné 
derrière elle. La Symphonie fantastique de Berlioz, exécutée 
avec beaucoup d'intelligence et de soin sous la direction de 
M. Van der Stucken, étant mieux à saplaoe, fut goûtée davan- 
tage, encore qu'elle ait paru d'un romantisme suranné. 

— A signaler aussi un remarquable récital d'œuvres.clas- 



41 



LE • MÉNESTREL 



siques pour violon donné, dans cette même salle, par 
M. Enesco, et l'intéressante tentative que font cet hiver 
les Concerts Populaires en inaugurant une série de « petits 
concerts » consacrés à l'audition d'œuvres anciennes et 
modernes pour orchestre réduît, dirigé par M. Ruhlmann. 
Ces œuvres seront exécutées autant que possible avec les 
moyens dont disposaient les auteurs qui les conçurent. 
C'est ainsi que la première de ces séances a été consacrée à 
la musique de clavecin, avec M""» Wanda Landowska, sur 
un clavecin Pleyel à deux claviers; au programme : Con- 
certo de Hœndel, Suite de Bach, Sonate de Mozart, etc.; 
et, pour commencer, la Symphonie militaire de Haydn. 

Lucien Solvay. 

Qand. — Antar, le superbe drame lyrique tiré par Gabriel 
Dupont du conte héroïque de M. Chekri Ganem, a été créé 
lundi 23 janvier. On sait que, trois semaines auparavant, le 
Théâtre-Royal d'Anvers avait été le premier à faire con- 
naître l'œuvre au public belge. Gand aura suivi de près; 
puis viendra Liège, en attendant que le Théâtre de la 
Monnaie de Bruxelles fasse d'Antar la grande création 
française de sa prochaine saison. La carrière de cette belle 
œuvre s'annonce donc aussi brillante en Belgique qu'en 
France. 

Une récente grève de choristes ayant fâcheusement inter- 
rompu les études d'Antar à Gand, une certaine hâte a été 
apportée aux dernières répétitions, dans l'intention de rega- 
gner le temps perdu; de là certains flottements d'exécution 
musicale et de mise en scène, qui s'atténueront au cours 
des représentations suivantes. L'ouvrage n'en a pas moins 
été accueilli avec grande faveur, et le ballet, en particulier, 
exécuté pour la première fois sans aucune coupure et 
fort habilement réglé par M. Leroy, a été très applaudi. 
M. Blaimont est un Antar à la voix éclatante dans l'aigu, 
mais dont le métier, encore incertain, doit à la fois s'affir- 
mer et s'assouplir. MM. Daman, Dutoit, Mahieu, Desmous- 
tiers interprètent avec autorité les rôles de Cheybouh, 
Malek, Zobeir et Amarat. M""^ de Ley joue et chante Abla 
avec un charme réel et une délicate sensibilité. M™^ Pau- 
-wels, Dony, Linardy complètent heureusement l'ensemble. 
M. Roels dirige en musicien consommé l'orchestre, qui est 
excellent, ainsi que les chœurs. P. B. 

Gismonda a été jouée à Vcrviers, à Namur et à Mons avec 
le plus grand succès. A Verviers, M. Fassin, directeur du 
théâtre, jouait le rôle d'Almerio; à Namur, M°"= Benetti, 
femme du directeur du théâtre, fut une délicieuse Gis- 
monda. A Mons, M"" Chasle s'est révélée tragédienne 
accomplie et M. Deru a donné un relief particulier au rôle 
d'Almerio. 

ESPAGNE 

Madrid. — Les Rapsodias de la Mancha, œuvre sympho- 
nique de Vega, ont reçu du public un accueil sympathique. 
Au même concert, l'orchestre philharmonique donna la 
Septième Symphonie de Beethoven, du Wagner et des 
œuvres de Chapi (prélude de la Revoltosa), Jiménez et 
Alonso. 

— Au « Real », les Maîtres Chanteurs, après Parsifal et 
le Ring, continuent la série des triomphes wagnériens. 
Charles Muck conduisait. Toute victoire de la beauté est 
juste et nous devons nous réjouir de voir le public espagnol 
en mesure d'apprécier à fond l'immense visionnaire qu'était 
Wagner. Mais, en raison de ce principe même, souhaitons 
une fois de plus que les sommets de l'école française, Ber- 
lioz et Saint-Saëns notamment, apparaissent aussi dans leur 
pleine lumière. L'Allemagne a les Léo Blech, les Karl Muck 
pour exprimer ses maîtres; l'Italie possède le prodigieux 
Toscanini ; mais la France a ses Gabriel Pierné, ses Gaubert, 
Chevillard et tant d'autres!... Question de s'organiser un 
peu, enfin, douce Gaule! 

En attendant, d'heureux échanges d'artistes s'opèrent 
entre la Belle-aux-yeux-clairs du nord des Pyrénées et sa 
sœur enflammée du sud, en ce qui concerne surtout le 
concert. Parmi les champions français, Jacques Thibaud, 



Risler ont répandu une bonne parole qui porte de plus en 
plus ses fruits en Ibérie. La présence et les visites fréquentes 
à Paris d'artistes espagnols complètent le mouvement de 
fusion. On se réjouit, par exemple, beaucoup à Saragosse 
(sa patrie) des récentes victoires parisiennes du jeune 
Eduardo del Pueyo. L'histoire de cet enfant, descendu de 
la montagne pour apporter dans le milieu le plus âprement 
critique du monde la note de sa sincérité et de sa volonté, 
est comme le symbole même du cœur espagnol. Lourd des 
lauriers conquis à Madrid et du deuil paternel, isolé avec 
sa jeune mère dans l'orage de la vie, Del Pueyo vint à Paris, 
ignoré de tous, mais fort d'une foi basée sur une compré- 
hension personnelle et sans concessions de l'art. Et cela en 
plein printemps (seize ans), mais en un printemps qui aurait 
déjà toutes les poussées et les maturités estivales. Son 
concert du 31 janvier, chez Pleyel, sur l'estrade où les 
grands aèdes Chopin et Liszt vibrèrent (hélas! pourquoi 
est-il question d'abandonner cette salle?), s'unit au triomphe 
de Manén, à l'activité de Nin, de Ricardo Vifiès, au souve- 
nir ému d'Albeniz, de Granados, de Malatz, pour fortifier 
notre espoir en un contact toujours plus intensifié des deux 
âmes française et espagnole, chacune chantant dans son 
mode propre le même grand hymne à la vérité. 

Raoul Laparra. 

HOLLANDE 

L'Opéra National de La Haye vient de reprendre Louise, 
de M. Gustave Charpentier. 

— L'Association « Toonkunst », de Rotterdam, vient de 
donner un concert de musique française avec la Sympho- 
nie et Rébecca de César Franck et la Dainoiselle. élue de 
Claude Debussy. Jean Chaktavoine. 

HONGRIE 

Les concerts de virtuoses ont été non moins fréquents 
que les grands concerts : 

Parmi les chanteurs je dois tout spécialement attirer 
l'attention sur M. Helge Lindberg, une basse-baryton, à 
moins que ce ne soit un ténor? je ne puis pas le déterminer, 
tellement le registre de sa voix est étendu. 

— Les artistes de chant hongrois se laissent actuellement 
très souvent entendre dans les salles de concert, mais rien 
d'extraordinaire à signaler. Par contre, nous avons décou- 
vert, parmi les jeunes violonistes hongrois, qui sont 
presque tous des élèves du maître Hubay, un virtuose, qui 
est en même temps doué de toutes les facultés d'un musicien 
et ne tardera pas à atteindre les sommets de son art : je 
parle de M. Jean Koncz. 

— Le grand violoniste universellement estimé, M. Bur- 
mester, donna deux concerts où, comme d'habitude, il 
enthousiasma ses auditeurs. 

— Citons parmi les pianistes M. Sauer, qui est égalé parquel- 
ques-uns, mais point dépassé, surtout au point de vue de la 
douceur du jeu; M. Théodor Szânto, dont la puissance 
impétueuse de musicien pur-sang a autant de fervents à 
Paris et à Londres que dans sa ville natale, Budapest; 
M. Keéri -Szânto, l'interprète rêveur des romantiques, qui a ce- 
pendant des sursauts qui ne nuisent jamais à l'impression qu'il 
produit; MM. Dohnànyi, Bartok et Kodâly, ces trois 
maîtres dont nous sommes fiers à si juste titre. 

— Le maestro italien Enrico Bossi donna deux récitals 
en maîtrisant l'orgue récalcitrant de notre Académie des 
Hautes Études Musicales. C'est après un intervalle de huit 
ans que nous avons pu de nouveau admirer la puissance 
architcctonique et le coloris spirituel de son jeu. 

— A l'Opéra National Royal, au Théâtre Municipal et à 
l'Opéra Populaire on travaille ferme. Les amateurs de 
Budapest, pas plus que les connaisseurs, ne souscrivent au 
jugement écrasant porté par M. Pierre Lalo dans le numéro 
du 7 décembre duTemps sur Meyerbeer, et sont incapables 
de découvrir, malgré l'invitation suggestive de M. Lalo, la 
moindre relation entre les mélodies de café-concert et 
celles du compositeur des Huguenots. 

Même sans l'aide des fameuses girandoles envoyées par 



LE 



lENESTREL ^- 



ont recueillis ont déj:'i traversé bien des salons, ils sont 
émoussés. 

La pièce, décors et interprétation, est fort bien 
montée. 

MM. Harry Baur (Pasiouille) et Alerme (Larsange) 
forment un contraste très amusant. M. Harry Baur, 
l'homme de décision, parlant toujours bas et doucement; 
M. Alerme, l'homme faible, à la voix et aux gestes 
tranchants. M"" Madeleine Carlier est fort jolie, elle 
marque de traits charmants les successives et nom- 
breuses évolutions du caractère de M™'^ de Larsange. 

Pierre d'OuvR.w. 

Houveau-Théâtre. —^ Le Collet d'Hermine^ comédie en 
un acte de M. Edouard Saey; — Dans l'Ombre, 
drame en deux actes de M. José Germain; — • L'Héri- 
tage, pièce en trois actes de M. Emile Gluck, d'après 
Guy de Maupassant. 

Du spectacle que nous offre M. Irénée Mauget, il n'y 
a guère cette fois à retenir que le drame de M. José 
Germain : mélange du Roi s'amuse et du Juif Polonais. 
Un aubergiste, croyant assassiner un voyageur, égorge 
son fils et, à son tour, est tué par sa femme. Ce n'est 
pas très gai; mais M. José Germain sait conduire un 
drame. 

L'Héritage, tiré par M. Gluck de la nouvelle de Guy 
de Maupassant, est beaucoup moins triste; mais Fau- 
teur, inexpérimenté, ne sait pas encore donner du relief 
a.ux scènes. 

Parmi les interprètes, citons M"*^ Djem Dax, au talent 
très souple. P. d'O. 



LES GRANDS CONCERTS 



Société des Gonccris du Conservaioîre 

M. Philippe Gaubert avait cédé la baguette à M. Tracol, 
qui dirigea très habilement les divers morceaux inscrits au 
programme : on eût pu souhaiter un peu plus de roman- 
tisme dans la Quatrième Symphonie de Schumann, si 
pleine de vie, si variée, tour à tour ardente et mélancoHque ; 
mais la Fantaisie de Debussy et la Ballade de Fauré furent 
menées avec un soin et une délicatesse qui ne méritent 
que des approbations. 

La Fantaisie de Debussy pour piano et orchestre date de 
ti'ente ans environ, elle a gardé toute sa sève de jeunesse; 
Debussy l'a retouchée un peu, au point de vue de l'orches- 
tration, je crois, mais il a su lui conserver sa fraîcheur, sa 
transparence et sa lumière. On y sent éparse une sensibilité 
sympathique à tout ce qui est beau, vrai et clair. Debussy 
a écrit des œuvres plus profondes : il n'en est pas où le 
cœur parle plus librement, où l'on sente plus intense la 
volupté de la vie. On ne pouvait rêver pour cette Fantaisie 
de meilleure interprète que M""^ Marguerite Long. Il serait 
déplaisant de parler de technique, là où l'intelligence et la 
spontanéité dominent, mais quelle leçon auraient pu 
prendre certains de nos jeunes virtuoses ! Un son diaphane 
dont on ne perd pas une note dans les piano et qui s'enfle 
sans jamais cire dur dans les forte, donnant exactement 
l'intensité qu'il faut pour tenir sa place dans le concert 
engagé avec les autres instruments, des transitions ména- 
gées sans apparentes préparations, des oppositions franches 
sans être brutales et une âme sous tout cela. Mêmes 
qualités de mesure et de tact dans la Ballade de Fauré, 
dont M™ Long exprima toute la poésie, avec une sorte de 
pudeur. 

Debussy et Fauré encadraient la Siegfried-ldyll de 
VVagner. Jamais plus qu'entre ces deux œuvres aériennes 



le délassement musical de Wagner n'apparut plus long, 
malgré son apparente et compliquée naïveté : on s'endort à 
ces thèmes inlassablement repris, dans le même balancement 
berceur. L'année 1871 a été pour Wagner une année de 
mauvaise inspiration. Pierre de Lapommeraye. 

Concerts-Colonne 

Samedi 21 janvier. — Après une excellente exécution de 
l'Ouverture de Fidelio (quand l'Opéra-Comique nous ren- 
dra-t-il l'œuvre entière?), l'orchestre se fit acclamer pourla 
magnifique interprétation qu'il donna de la Quatrième 
Symphonie de Beethoven. 

Moins généralement connue que certaines autres, celle-ci 
ne leur cède cependant en rien comme ampleur et beauté ; 
r« adagio », notamment, est l'une des pages les plus sereines 
de Beethoven. 

La nouveauté du jour :4/ïifa/ou5e, pour violon et orchestre, 
de M. Edouard Mignan, n'a de l'Andalouse que le titre, car 
c'est à peine si son rythme caractéristique s'esquisse de 
loin en loin aux violoncelles et contrebasses. La partie solo, 
toute de virtuosité, fut fort bien exécutée par M"" Fernande 
Capelle, au jeu énergiquement masculin (ce n'est pas un 
reproche, mademoiselle, au contraire!...). Ce morceau de 
concert est agréable et contient de jolies harmonies, d'un 
modernisme très sage, mais le tout est loin de valoir l'œuvre 
de M. Hûe que nous analysions dernièrement. 

Le Rouet d'Omphale tourna ensuite congrûment sous les 
doigts malhabiles d'Hercule... et cependant des mutilés de 
la grande guerre font d'exquise façon de la broderie 
anglaise ! 

Le Septuor avec trompette, de Saint-Saëns, est l'une des 
œuvres de ce mahre que je préfère. 

Pourquoi faut-il que M. Pierné ait persévéré dans l'erreur 
qui consiste à faire jouer toutes les coi'desî 

Errare humanum est... perseverare autem diabolicum ! 

L'équilibre du Septuor en est complètement rompu et la 
trompette solo, M. Foveau, qui, disons-le franchement, ne 
m'a pas paru très « en lèvres », s'époumonnait à essayer de 
se taire entendre. 

La Marche héroïque du même compositeur, enlevée dans 
un excellent mouvement, terminait le programme. 

J. LOBROT. 

Dimanche 22 janvier. — Commençons par la « première 
audition » d'Eshual Herria. 

L'œuvre nouvelle a pour auteur et principal exécutant 
M. Adolphe Borchard, premier prix de piano en igoS et 
l'un des élèves les plus réputés de l'excellent maître que fut 
Louis Diémer, en outre lauréat des classes de contrepoint 
et fugue. 

Le titre : Eskual Herria (Patrie basque). La dédicace : 
« Au primitif, recueilli, à l'enivrant pays basque, je dédie 
ces quelques notes. » Enivrement d'autant plus touchant 
que celui par qui il fut éprouvé et sincèrement exprimé 
naquit assez loin des provinces vascongades — exactement 
au Havre. 

Cet hommage se déploie longuement. Le thème principal 
« tend à exprimer l'dme primitive de ce peuple, ...âme de 
montagnards, croyante et fière ». Il est d'ailleurs intéres- 
sant, comme le sont aussi les thèmes auxiliaires, parmi 
lesquels surgit « un motif de plein air, de ce peuple qui 
danse au pied des montagnes et qui cultive de tout temps 
les jeux et l'amour ». (Convenons que cette double culture 
ne luiicst point exclusive!) 

Notons que cette composition « n'est la traduction d'au- 
cune fiction littéraire, mais une simple expression musicale 
de la patrie basque ». Simple? Hum!... La vérité semble 
être ceci : une suite de jolies et prenantes idées, un assai- 
sonnement orchestral riche de tons et de chaleureuses 
combinaisons sonores, mais le tout se suivant ou se combi- 
nant sans plan préconçu, au petit bonheur. On lui pourrait 
donner pour épigraphe ce vers de Lamartine adressé à 
Casimir Delavigne : 

Quelques sons décousus de tes brillants concerts. 



-37- 



LE . MÉNESTREL 



• En somme, une improvisation laborieuse et distinguée, et 
où se décèlent l'esprit et la main d'un incontestable artiste- 
Joignons que M. Borchard tint la partie de piano de 
manière à satisfaire entièrement le compositeur dont il 
était l'interprète. 

M"« Martinelli possède une fort belle voix, dont elle se 
sert avec intelligence. Le Nocturne de César Franck, qui 
n'occupe pas l'un des sommets de son œuvre, et le bel air 
de l'Archange, de Rédemption, mais surtout la Mort 
d'Yseult lui valurent un très favorable accueil. 

Tristan porta également bonheur à M. Picrné, qui en 
conduisit le prélude initial et celui du dernier acte avec 
beaucoup de passion et de mélancolie, et à M. Brun, dont 
le cor anglais résonna avec une douloureuse poésie sur la 
plage de Karéol. 

Le programme comportait en outre l'admirable Proces- 
sion nocturne de M. Henri Rabaud, la magistrale, spirituelle 
et fulgurante Ouverture des Maîtres Chanteurs de Nurem- 
berg — et aussi l'adorabie Symphonie en si mineur (ina- 
chevée, pourquoi? disait le regretté Bourgault-Ducoudray) 
de Schubert. Je me fais un plaisir, à ce propos, d'apprendre 
à messieurs les chefs d'orchestre que Schubert a écrit neuf 
autres symphonies, dont l'une en ut, qu'admiraient profon- 
dément Schumann et Liszt. Les noms de ces illustres 
répondants ne détermineront-ils pas un jour l'un de nos 
directeurs dominicaux à nous faire entendre ce chef- 
d'œuvre? Et il sufKra d'un seul, car aussitôt tous les autres 
s'empresseront de suivre son exemple; pendant plusieurs 
semaines la Symphonie en ut leur servira, pour notre 'plus 
grand avantage, de morceau de concours. 

René Brancour. 

Concerts • Lamofireux 

Il y a environ un an, M. Paray conduisait pour la pre- 
mière fois la Symphonie en la. Jamais auparavant il n'avait 
dirigé de symphonie de Beethoven; et, visiblement, il n'a- 
bordait une telle œuvre qu'avec une émouvante ferveur et 
une sorte d'effroi sacré. l3e là une incontestable grandeur, 
mais aussi une persistance de quelque chose d'hésitant; — 
par instants une sorte de vertige, — des intentions mul- 
tiples, mais qui ne parvenaient point à pleinement s'expri- 
mer. En ces lacunes mêmes il y avait une promesse de 
force; et ceux qui gardèrent de tout cela un confiant souvenir 
savent désormais combien cette confiance fut justifiée. 
Tout ce qui était jadis entrave a disparu, en effet, mainte- 
nant. L'œuvre est perçue et traduite en toute son opu- 
lence; et si, en quelques passages des deux premières 
parties, le minutieux cfiort d'analyse ne parvient point 
encore à se dépasser lui-même et à ne laisser place à nulle 
discontinuité, le « presto » et l\( allegro » final apparaissent, 
au contraire, avec tout leur dynamisme et toute leur bon- 
dissante cohésion. M. Paray fit ressortir avec une particu- 
lière puissance le moment où, dans le « presto y, semble 
s'ouvrir une vaste perspective de forêt, et où monte, comme 
des profondeurs de la nature, une tendresse infinie, qui ne 
sera jamais une défaillance. 

Le Concerto en la majeur pour violon et orchestre n'est 
pas une des plus grandes œuvres de Mozart. Trop souvent 
les développements y ont quelque chose de prévu et de 
facile. Violoniste probe et délicat, M. Eugène Saurj-, fut 
longuement applaudi. 

Le concert se termina par de très belles exécutions delà 
Rhapsodie espagnole de Ravel et de la Symphonie sur un 
Chant montagnard de Vincent d'Indy. A la chaleureuse 
ovation que valut à M. Paray sa magistrale interprétation 
de la troisième partie de cette symphonie le public associa 
M. José Iturbi, pianiste au jeu coloré et expressif. 

Joseph Baruzi. 
Concerts-Pasdeloup 

L'on sait combien est pittoresque, colorée et vivante la 
musique inspirée à Rimsky-Korsakoff par le « Conte du 
Tsar Saltan, de son fils, l'illustre et brave héros, le prince 
Gvidou Saltanovitch et de la charmante tsarcvna Lebed ». 



I O bienheureux poète et bienheureux compositeur dans la 
compagnie desquels on ne risque jamais d'éprouver un 
seul moment d'ennui! 

Après le maître l'élève : Glazounov et saRhapsodie orientale 
Qui débute en romance et s'achève en orgie, 
le tout bien rendu par l'orchestre et son chef majestueux. 

Entre deux fragments de l'école russe prit place un spé- 
cimen de l'école polonaise dont l'auteur porte un nom 
célèbre. M. Adam Wieniawski, natif de Varsovie, est, en 
effet, le neveu du violoniste Henri et du pianiste Joseph 
qui illustrèrent leur nom de famille. M. Adam Wieniawski 
a déjà composé un quatuor à cordes, des mélodies sur des 
paroles françaises et polonaises, des poèmes pour orchestre, 
une suite symphonique; enfin, un opéra illustrant une 
légende japonaise : Megaë, représenté d'abord à Varsovie en 
1912 et, en 1916, à Petrograd. Il paraît même que la direction 
bolchevique a maintenu cet ouvrage au répertoire de son 
Grand-Opéra. Serait-ce pour ménager une entente cordiale 
entre le Japon et la Russie? Les chants, au nombre de six, 
que nous entendîmes, sont empruntés, tant pour les paroles 
que pour la musique, au folklore polonais. Ce sont des 
chants du terroir. Les sujets? Oh! assez peu variés : une 
jeune fille, un jeune homme, tin vieillard, un berger et, 
nattirellement aussi, des oiseaux chantant sous la feuillée 
la chanson éternelle... 

M""" Tatiana Wieniawska, l'épouse même du compositeur, 
chanta des mélodies populaires de façon à réaliser le vœu 
de Sully Prudhomme : 

...Un doux air qui touche 
Avec peu de voix. 

Les quatrième et cinquième chants furent les plus 
applaudis. D'ailleurs, tout le concert se déroula le mieux 
du monde, et un sympathique auditoire fêta les musiciens 
et leur animateur. René Brancour. 

CONCERTS DIVERS 

Troisième Concert Jean Wiener (/ 6 janvier). — Au début 
de la séance, — avant de se placer devant ce piano auquel, 
durant toute l'exécution du Pierrot lunaire, il donnera avec 
grand talent son plein sens orchestral, — M. Wiener vient 
dire quelques mots, — peut-être pour orienter l'impression 
de surprise que vont éprouver les auditeurs. Il indique que 
le rôle attribué à la voix est ici à égale distance de la simple 
récitation et du chant; • — et à ce propos il remercie 
^me Marya Freund de l'art patient et ardent avec lequel, au 
cours de répétitions nombreuses, elle domina les difficultés 
ainsi proposées. Eloge que le public ratifia, après chaque 
fragment. Et, en effet, avoir su conférer une totale valeur 
figurative et émotionnelle à une sorte de zone médiane, en 
laquelle la parole pathétique, — parméfiance raffinée à l'égard 
de sa propre puissance, — se refuse au complet épanouisse- 
ment lyrique et de la musique attendue ne retient que l'élé- 
ment rythmique et les divers degrés do hauteur; — c'est là 
une réussite dont était seule capable une grande artiste telle 
que M"^ Freund. 

Selon M. Wiener, le Pierrot lunaire lut composé par 
Schonberg en iqio. Mais, dans son livre sur Schonberg, le 
très scrupuleux écrivain Wellesz indique une autre date : 
1912. Il importerait de déterminer quel est de ces deux ren- 
seignements celui qui doit être maintenu. 

Une œuvre du poète belge Giraud, parue en 18S4, inspira 
Schonberg. En elle se meuvent des thèmes auxquels un 
Jules Laforgue donna un éclat plus durable. Mais, ce que 
transpose musicalement Schonberg, c'est moins la fantaisie 
lyrique d'un Laforgue que le dessin d'un Beardslev ou d'un 
Rops. Ce Mélodrame en 2t parties, — d'une technique si 
complexe, si riche et si neuve, — isole et amplifie l'élément 
musical latent en un art plastique antérieur. Mais, d'autre 
part, lui-même a comme une nostalgie de cet art; et en tel 
fragment, — le dixième, par exemple, Vol, — la suggestion 
visuelle devient quelque chose non d'accidentel et momen- 
tané, mais de fondamental et durable, — et qui crée autour 
de soi une insistante atmosphère de rêve. 



— 38 



LE . MÉNESTREL 



M. Darius Milhaud conduisit avec délicaiesse le « petit 
orchestre ». Au grand succès de M""-' Marya Freund et de 
M. Wiener furent associés les autres interprètes, MM. Flcury, 
Delacroix, Roëlens et Feuillard. J. B. 

Orchestre de Paris. — Sous la direction expérimentée de 
M. Paul Vida!, qui remplaçait au pupitre M. Francis Casa- 
desus, malade, auquel nous souhaitons un prompt rétablis- 
sement, l'entracte symphonique de Messidor, du maître 
Alfred Bruneau, a pris toute son ampleur et a été interprété 
avec un souci des moindres détails qui en ont fait valoir 
toute la mâle beauté. 

Puis se sont fait successivement applaudir : M"<' Germaine 
Lefort,dansJa magniiîque et complexe Suite pour piano et 
orchestre de Paul Lacombe, œuvre d'une variété de rythmes 
et d'une richesse d'idées étonnantes, avec son Aria, d'une 
profonde religiosité, que l'interprète a joué en très grande 
artiste et qui a produit une vive émotion; M"" Jeanne 
Jouve, contralto dont le registre vocal est très étendu, dans 
Quatre Poèmes de Henri Heine, commentés musicalement 
d'une façon fort ingénieuse, avec cette facture particulière 
à M. Guy Ropartz, et dans l'air de Didon des Troyens de 
Berlioz qu'elle a chanté avec un bon style ; en£in,'M. Jacques 
Goutmanovitch, dans le Concerto en mi majeur pour violon 
et orchestre, de J.-S. Bach. 

La Symphonie pastorale, qui figurait en fin de programme, 
fut rendue avec maîtrise par M. Paul Vidal, sous la con- 
duite duquel l'orchestre se sentait en parfaite sécurité. 

P. T. 

Concert Marcelle Meyer [Mardi ij janvier). — M™* Mar- 
celle Meyer donne trois concerts, chacun précédé d'une 
causerie. Le premier a eu lieu le mardi 17 janvier. Le pro- 
gramme, composé d'oeuvres de Bach, Gluck, Monteverdi, 
Couperin, Scarlalti et Erik Satie, était présenté par M. Erik 
Satie. Celui-ci, en quelques mots pittoresques, a proclamé sa 
vénération pour Bach, admirable contrapuntiste qu'il a 
opposé aux « harmonistes modernes, monstres à quatre 
pattes, bien vilains ». 

Et M"^ Marcelle Meyer, avec une sûreté, une netteté et 
une finesse de doigté remarquables, refléta les moindres 
nuances d'oeuvres charmantes de Bach, notamment cet 
exquis Caprice sur le départ d'un a/n/ où l'émotion se joint 
à l'esprit, la Fuga ail' imitation délia cornctta di Postiglione, 
montrant ce qu'un génie peut faire avec un rien. 

M"'° Berthe Albert chanta un air de VOrfeo de Monte- 
verdi : quelle force il y a déjà dans cette déclamation 
lyrique, embryon de l'opéra moderne! 

Enfin nous eûmes les œuvres de M. Erik Satie dont pour 
ma part je n'ai guère apprécié que la spirituelle Sonatine 
bureaucratique, où j'ai retrouvé l'esprit narquois du confé- 
rencier; tout y est: la paresse rêveuse du rond-de-cuir, 
son agitation dans le vide, sa vaine importance et sa fugue 
quotidienne. M""'= Marcelle Meyer la joua avec une char- 
mante ironie. P. de L. 

Violes et clavecins. — C'est un charme que de réentendre 
telles qu'elles ont été conçues ces œuvres délicates des 
xvii'> et xviu'' siècles. Il faut féliciter MM. Maçon, Bittar, 
Francis Thibaud et M"" Pauline Aubert de leur initiative : 
M'ie Pauline Aubert a fort joliment exécuté la Toccata sur 
le jeu du Coucou de Pasquini, et MM. Maçon, Bittar et 
Francis Thibaud ont joué le Divertissement en mi bémol ài^ 
Haydn avec un sens exact des valeurs de la musique 
ancienne et de la technique des violes. Bien que ce diver- 
tissement date de cent cinquante ans, il a conservé la jeu- 
nesse éternelle qui ne quitte point les œuvres marquées 
de l'empreinte du génie. M""-' Louise Albane prêtait son 
concours à ce concert. E. L. 

Festival Chausson (Samedi 21 janvier). — Très belle 
séance consacrée entièrement à Chausson par Yves Nat, le 
Quatuor Poulet, M™" Croiza. Un petit incident : M. Poulet, 
qui se prodigue trop en ce moment, fut pris d'un malaise 
subit au début an Poème pour violon et dut s'interrompre; 
il ne tarda pas, d'ailleurs, à se remettre et, avec une énergie 



qui lui valut les acclamations du public, joua avec ses 
camarades le Concert. Ce Concert est une œuvre qu'on 
entend trop rarement : c'est peut-être la plus belle qu'ait 
écrite Chausson; très noble, très haute d'inspiration, elle 
atteint à la puissance sans effort apparent. Elle trouva en 
MM. Yves Nat et Poulet des interprètes hors de pair, et 
l'impression fut profonde. P. de L. 

Récital Joan Manén (i y janvier). — Trop de virtuoses 
maintenant croient impressionner favorablement le public 
en faisant précéder leur programme d'une louangeuse 
notice biographique et d'extraits de presse qu'on dirait 
calqués sur un même type uniforme. Il est toujours à 
redouter que de tels procédés n'éveillent plutôt une certaine 
mauvaise humeur chez celui qui désirerait justement chas- 
ser de son esprit le moindre parti pris... Et pourtant 
M. Joan Manén possède assez d'authentiques qualités pour 
se dispenser d'en faire part à l'avance : sonorité souvent 
parfaite, qui ne traîne avec elle aucune impureté; puissance 
de son ; technique que l'on trouve assez rarement portée à 
ce degré de virtuosité, au détriment — il est vrai — de la 
sincérité et de la chaleur d'expression. Le jeu est élégant, 
fin — comme dans le Concerto en ré de Mozart — mais 
demeure d'une placidité et d'une froideur excessives. 

Mais M. Manén était à même d'interpréter cette musique 
si extraordinaire et que la plupart des violonistes semblent 
dédaigner — peut-être parce qu'ils la redoutent — celle de 
Paganini : pizzicati de la main gauche et harmoniques 
évoquaient un monde de feux follets et de grincements 
inienia.\i^ (Di tanti palpitij. A. S. 

Troisième Concert Jeanne Jouve. — Le troisième con- 
cert donné par cette excellente cantatrice a eu plein succès. 
M""^ Jouve, douée d'un bel organe de contralto, possède 
en plus l'art de savoir dire avec expression. Les mélodies 
de J. Pillois, la délicieuse Berceuse de Paul Fiévet furent 
vigoureusement applaudies. M"" de Valmalète fit montre 
d'une grande maîtrise d'exécution, d'un doigté impeccable. 

M. Bouillon, remplaçant M. Szigheti, malade, exécuta 
avec beaucoup de brio, de justesse et de sentiment 
quelques œuvres hérissées de difficultés. M. René Le Roy, 
flûtiste, accompagna en artiste la Chanson orientale de 
Rimsky-Korsakow. E. L. 

Récital Mark Hambourg ( 1 y janvier). — Une incontes- 
table virtuosité; — une habileté à opposer les lumières et 
les ombres, — le pianissimo amorti et l'éclatant /orfiMimo; 
— une prestesse qui de chaque trait fait un obstacle 
aussitôt surmonté; tout cela assure à M. Mark Hambourg 
les applaudissements d'un public fidèle. Mais, par delà cette 
virtuosité, il y a un domaine vaste et ûpre, en lequel trop 
rarement ce pianiste de talent nous fait pénétrer. Des 
œuvres telles que la Ballade en sol mineur, la Ballade en 
fa mineur ou la Sonate en si bémol mineur de Chopin 
exigent quelque chose de plus qu'une interprétation bril- 
lante. Et quand, avec M. Mark Hambourg, la Marche 
funèbre se développe, somptueuse et cadencée, on regrette 
que ce luxe évoque l'image de riches et officielles funé- 
railles, — et non la mort nue et tragique, — celle de 
chacun et de tous, — et la résignation ou la révolte qu'elle 
suscite. J. B. 

— M"" .lane Arger a donné, le 19 janvier^ une fort intéressante 
audition de ses élèves qui toutes ont fait nonneur à leur profes- 
seur en interprétant des œuvres de Caccini, Péri, Lotti, Stradella, 
Buononcini, Monteverdi. 



Voir à la dernière page les programmes des Concerts 

Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 

Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro, 
Dolent, de Georges Hûe, poésie de Paul Arosa, extrait de Trois 
Rondcb dans le style ancien. 



39 



LE • MENESTREL 



LA MÉGÈRE APPRIVOISÉE, à l'Opéra 

Après Hérodiade, l'œuvre-iype conçue pour le vaste vais- 
seau de notre première scène lyrique, l'Opéra va représen- 
ter une comédie musicale tirée de la Mégère apprivoisée di 
Shakespeare, et qui est attendue avec la curiosité la plus 
vive. 

Voici d'abord quelques précisions biographiques con- 
cernant le sympathique compositeur de ce nouvel ouvrage : 

Né à Paris, le i6 avril i86S, M. Charles Silver entra au 
Conservatoire, où il est aujourd'hui professeur d'harmonie, 
et y fut élève de Théodore Dubois et de Massenet. Après 
avoir obtenu son premier prix d'harmonie, il remporta, en 
1891, le premier grand Prix de Rome avec sa cantate l'In- 
terdit. 

Pendant son séjour à Rome, la reine Marguerite d'Italie 
étant venue à la villa Médicis, M. Ch. Silver composa, à 
l'occasion de cette réception, le Ballet de la Reine, suite 
pour orchestre exécutée depuis dans de nombreux concerts, 
ainsi que Bérénice, ouverture dont la première audition fut 
donnée aux Concerts-Lamoureux; le Poème Carnavalesque, 
suite symphonique en quatre parties exécutée pour la pre- 
mière fois aux Concerts de l'Opéra; Folie, mystère en 
quatre actes, poème de P. Collin, exécuté par l'orchestre et 
les chœurs du Conservatoire; Naïs, poème élégiaque de 
P. Collin, pour soli, chœurs et orchestre, donné pour la 
première fois à la salle Pleyel ; le Jardin du Paradis, 
musique de scène pour le conte d'Andersen adapté par 
Romain Coolus et A. Athis, plusieurs autres suites pour 
orchestre, pantomimes, etc., et de très nombreuses mélo- 
dies. 

Mais l'œuvre important de M. Ch. Silver devait être d'ordre 
théâtral. Il donne en effet successivement plusieurs grands 
ouvrages : la Belle au Bois dormant, opéra-féerie en cinq 
actes et dix tableaux, poème de Michel Carré et P. Collin, 
créé à l'Opéra de Marseille et représenté ensuite au Théâtre 
de la Monnaie de Bruxelles, ainsi que sur les principales 
scènes lyriques de France; le Clos, pièce lyrique en quatre 
actes, poème de Michel Carré, créé à l'Opéra-Comique; 
Neigilde, opéra-ballet en deux actes et cinq tableaux, livret 
de Jean Lorrain, d'après Andersen, créé à l'Opéra de Monte- 
Carlo; Myriane, drame lyrique en trois actes, poème de 
Paul Ferrier, créé à l'Opéra de Nice. 

Enfin voici la Mégère apprivoisée, comédie lyrique en 
quatre actes, poème de Henri Cain et Edouard Adenis. 

La Mégère apprivoisée ne peut manquer d'être une pièce 
heureuse, car elle n'a pas d'histoire. Alors qu'il cherchait, 
à travers la légende, l'histoire et la littérature, des person- 
nages bien vivants, sortant un peu de l'ordinaire et du déjà 
vu, M. Silver reçut une lettre de son ami Henri Cain lui pro- 
posant de tirer, avec la collaboration d'Edouard Adenis, une 
œuvre lyrique de la Mégère apprivoisée. Les personnages 
de Petruchio et de Catharina séduisirent de suite le com- 
positeur. Comme il se documentait sur les traductions exis- 
tantes de l'œuvre de Shakespeare, l'adaptation de Delair, 
que jouèrent Coquelin et Marsy aux Français, lui tomba 
entre les mains, adaptation dont les trois collaborateurs 
décidèrent de suivre le schéma général. 

La première esquisse de l'ouvrage était terminée en 1914. 
La guerre fit ranger ce premier travail dans les tiroirs. Il 
en ressortit pour être poussé, achevé, orchestré et livré à 
M. Jacques Rouché, qui le monta rapidement avec son soin 
habituel. 



Nous avons pu joindre M. Silver, au cours d'une des 
répétitions de son ouvrage. Il nous dit, tout d'abord, com- 
bien il est touché de constater l'entrain et la bonne humeur 
qui ont présidé aux études, et la sympathie que tous ses 
interprètes et collaborateurs ont témoignée à cette œuvre 
gaie, dont la création constituera une innovation heureuse. 

« L'intention de M. Rouché est, en effet, nous dit M. Sil- 



ver, d'élargir son programme, en représentant, sur la scène 
de l'Opéra, un peu vouée jusqu'ici aux œuvres tragiques, 
une comédie musicale de demi-caractère occupant à peu 
près tout le spectacle. » 

Et comme nous demandons à M. Si]ver quelques préci- 
sions sur la marche des études et la présentation de la 
M^ère apprivoisée, il nous exprime un très vif enthou- 
siasme pour ses interprètes : 

« Marthe Chenal, nous dit-il, sera une Catharina sen- 
sationnelle tant au point de vue musical qu'en ce qui con- 
cerne la composition du personnage, qu'elle joue avec au- 
tant d'autorité que de spirituelle fantaisie. Rouard se révé- 
lera une fois de plus un comédien lyrique de tout premier 
ordre, habile à composer son personnage et chanteur à la 
voix d'une qualité rare. Le couple amoureux de Lorenzo 
et Bianca sera personnifié par M. Rambaud et M™'' Mons}', 
dont les voix charmantes s'unissent dans un ensemble très 
homogène. M. Huberty, dans le rôle de Baptista, fera 
preuve d'une truculente fantaisie en s'affirmant, comme 
toujours, splendide chanteur. MM. Ernst et G. Dubois, 
ainsi que iVI"^ Dubois-Lauger, seront très amusants dans 
leurs rôles de composition. Tous les petits rôles sont d'ail- 
leurs remarquablement tenus. Je dois ajouter qu'un groupe 
de jeunes gens du Conservatoire participera à la scène du 
mariage, au second acte, et que M. Staats a réglé, pour ce 
même tableau, des danses de caractère fort habilement 
conçues. » 

— Et les décors, et les costumes? 

M. Silver nous répond : « Ils seront tout particulière- 
ment réussis. Trois décors de M. Paquereau paraîtront 
successivement; le premier représentant l'intérieur chez 
Baptista, avec loggia donnant sur le jardin; le second, 
l'intérieur du château de Petruchio, et le troisième le parc 
du même Petruchio. Les costumes, dus à M. Dethomas, 
sont extrêmement heureux de couleur et de style. 

» Je dois un tribut de reconnaissance à M. Rouché, dont 
l'activité bienveillante en faveur de mon œuvre m'a vive- 
ment ému, à mon ami Henri Bùsser, qui a conduit les 
études musicales avec tout son cœur et tout son dévoue- 
ment; à M"" Krieger, chef du chant, à M. Chadeigne, chef 
des chœurs, qui ont fait preuve du zèle le plus actif et le 
plus éclairé, et aussi à M. Merle-Forest, régisseur général, 
qui, secondé par M. Reffet, régisseur de la scène, s'est 
dépensé sans compter et est arrivé à un résultat remar- 
quable. » 

Rappelons que la répétition générale de la Mégère 
apprivoisée a eu lieu hier jeudi 26 janvier; la première 
représentation est fixée au liuidi 3o janvier. Notre prochain 
numéro en rendra compte. 



Le Mouvement musical en Province 



Caen. — Belle représentation de Gismonda avec M™^ Ra- 
dino, charmante Gismonda, et le ténor Pallier, solide 
Almerio. 

La partition, d'une belle intensité de couleur et de 
lumière et d'une orchestration riche en nuances, fut accueillie 
avec enthousiasme. Le maître Henry Février conduisait 
l'orchestre. M. de Ricarre, l'excellent directeur du théâtre, 
a tort bien monté la pièce. Décors et costumes lui font 
honneur. 

Dax. — Marie Delna, la créatrice de Werther et de la 
Vivandière, a donné un concert à Dax. Elle était accompa- 
gnée de M. E. Graux, premier prix du Conservatoire en 
1921, dont la voix souple et nuancée a fait excellente 
impression dans Hérodiade, Werther, Carmen, et -de 
M"<= Alberte Heskia, soliste des Concerts-Pasdeloup, dont 
le succès a été très grand. E. Daru. 

Grenoble. — Le Théâtre vient de reprendre avec grand 
succès l'adaptation scénique de la Damnation de Faust de 



40 



= LE • MENESTREL 



les ennemis reconnaissent que ce n'est plus là l'énergi- 
que et rude aspect qu'ils redoutent; Antar est mort, se 
disent-ils, et ils attaquent aussitôt. 

Antar, en les voyant, surgit de sa litière, pousse un 
cri terrible... « Il vit donc encore! » s'écrient les ennemis 
épouvantés et qui reculent. 

Antar fait replacer la blanche et faible Abla dans la 
litière, et remonte sur Abjer. Ils arrivent ainsi à une 
gorge de la montagne. On l'appelle la « Vallée des Ga- 
zelles ». Elle est entourée de rocs inaccessibles; elle ne 
donne passage qu'à trois cavaliers de front. 

La nuit vient. Antar s'arrête. Il sent la mort toute 
proche. Alors, pour qu'Abla puisse échapper aux enne- 
mis, il leur fait face, seul dans l'étroit passage, presque 
mort, mais dressé sur son cheval. 

Trente cavaliers ennemis, lentement, s'approchent... 
Ce fantôme les arrête : ils tremblent, lorsque le vent 
soulève un peu de sable entre les pieds d'Abjer. Et bien 
qu'Antar soit immobile, ils n'osent pas aller voir s'il est 
mort. 

Au matin, leur chef, un vieux cheik rusé, descend de 
son cheval et le pousse dans le défilé. Le cheval a peur 
du fantôme immobile; mais le cheik le pousse entre les 
rocs, en lui piquant la croupe avec sa lance. 

Tout à coup, le fidèle Abjer fait un mouvement. 
« Antar s'écroule comme une tour, et le bruit de ses 
armes retentit dans le défilé... » Les trente cavaliers 
fondent sur lui comme des corbeaux et le dépouillent. 

Mais la ruse d'Antar avait donné toute une nuit 
d'avance à la caravane qui ramenait Abla. 

Les trente cavaliers ne purent s'emparer d'Abjer : 
« Le fidèle et superbe coursier, après avoir flairé son 
maître mort, sent qu'il n'aurait plus désormais de maître 
digne de lui : plus rapide que l'éclair, il échappe et 
s'enfonce dans la liberté du désert. )> 



Telles sont ces pages où, malgré tout, on retrouve 
encore Lamartine : même dans ses besognes mercenaires 
et bâclées, on respire cette noblesse, cette haute aspira- 
tion, ce prodigieux mouvement d'effusion, qui sont le 
propre de son génie. Il regardait toujours vers le ciel. 
C'est lui qui écrivit : 

L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieus. 

Et ainsi, le goût de Lamartine pour l'Orient, pour les 
poètes et les paysages orientaux, et pour tout ce c^i 
semblaitle rapprocher des mirages d'un paradisterrestre, 
— ce goût correspondait vraiment à une nécessité inté- 
rieure, à une native aspiration de tout son être. 

Le clairvoyant Théophile Gautier a proclamé, sans 
doute le premier, « Lamartine n'est pas un poète, c'est 
la poésie même ». En effet, peu soucieux de la forme et 
de l'art en poésie (bien qu'il ait eu des réussites qui 
l'égalent aux plus étonnants artistes en vers), il est sur- 
tout une aspiration indéfinie, puissante, entraînante, 
harmonieuse et radieusement belle : oui, il est la poésie 
même. 

Et les images, les illustrations qu'il vit, tout enfant, 
dans la Bible de sa mère; les visions qu'il se fit des peu- 
plades patriarcales et primitives; les paysages déserts, 
les ruines des villes disparues, le silence et la lumière 
qui régnent sur le lac de Tibériade ou sur les pentes du 
Liban; les chants spontanés, naïfs et fleuris, pleins 
d'héroïsme et d'amour, de rêverie vague, et magnifiés 
par la présence d'une divinité qui éclaire tout ensemble 



la nature et le cœur de l'homme, — voilà ce dont a 
besoin l'aspiration de son génie, et voilà ce qu'il trouve 
dans tout ce qui est de l'Orient. 

Au lendemain de 48, après avoir été quelques jours le 
maître de la France, les événements le font retomber à 
la misère : il se tourne encore vers l'Orient, et il écrit : 

« La véritable destinée d'un homme, c'est la pente de 
son esprit. La mienne a toujours été vers ces climats : 
mon imagination est de la même eau que cette mer et 
ce ciel. » 

Une autre fois, disant pourquoi il aime les poèmes de 
l'Orient, il avoue : 

« Leur accent est profond comme l'infini, les mots 
transparents comme l'éther limpide, les images semblent 
le miroir des mers et des cieux; le sentiment jaillit 
comme un flot de l'éternité. » Adolphe Boschot. 



LA SEMAINE MUSICALE 



Théâtre des Champs - Élysées . — Ballets suédois : 
Skating Rink. 

Un skating de barrière où un peuple laid et vulgaire 
tourne, comme sur des patins à roulettes; un matelot, 
un apache, des ouvriers, des filles, semblent oublier 
dans cette ronde monotone et hallucinante les peines et 
les déboires du travail quotidien; un homme tout vêtu 
de noir, avec des taches orange cubistes sur son vête- 
ment, entre dans le cercle; une femme se détache de 
l'assistance, séduite, sans doute, par sa relative élégance; 
il la prend dans ses bras et ils dansent (toujours comme 
si leurs pieds étaient emprisonnés de patins). L'apache 
veut tenter de reprendre celle qu'il protège, sans doute. 
L'homme entraîne la femme pendant que les couples 
reprennent leur circulaire exercice. Voilà ce que j'ai vu; 
mais le programme m'a enseigné que j'étais un esprit 
simple : « Skating Rink est un poème dansé. Le patinage 
représente ici l'angoisse sensuelle qui pousse les êtres 
les uns vers et contre les autres et suscite les chocs, les 
unions, toutes les harmonies et toutes les désharmonies 
de l'amour et de la haine. » 

L'homme en noir est le Poète ou le Fou (il paraîtrait 
que c'est la même chose) et avec la femme qui l'a choisi 
il constitue le couple parfait. Le Poète prend la femme 
comme « un holocauste à toute la beauté et à l'ivresse de 
la vie ». 

Cet argument serait parfait et, pour ma part, je serais 
tout disposé à y souscrire, si la réalité correspondait à 
l'intention; mais rien dans l'assemblage invraisemblable 
de couleurs crues, dans les masques figés des danseurs, 
dans la danse contorsionnée du couple idéal, n'insinue 
en l'esprit de si vastes pensées. 

Evocation poussée et curieuse d'un fait -divers de 
monde spécial, le ballet eût paru original; il est manqué 
s'il a la prétention de peindre « le sens éperdu de toute 
la vie ». M. Canudo, qui a écrit le livret, bien que très 
moderne, doit connaître La Fontaine et la fable de la 
montagne qui accouche d'une souris... 

M. Honegger a écrit la musique de ce poème dansé; 
il y a largement fait usage de la polytonie : il eût, sans 
cela, été honni par les Cinq : mais, cette concession faite 
à la mode éphémère, M. Honegger a, cette fois, laissé 
quelques coins où la musique s'épanouit : sur un rythme 
balancé, nostalgique, que suivent les mouvements sinueux 
des patineurs et qui sert comme de fond aux thèmes de 



— 35 



LE • MENESTREL 



l'ouvrage, M. Honegger a projeté quelques phrases 
vibrantes qui rappellent ses meilleures compositions. La 
musique ne désespère point encore de voir revenir au 
logis l'enfant prodigue, instruit d'ailleurs par ses 
voyages aux pays des Papous, qui finiront bien aussi par 
se civiliser. 

Nous ne saurions trop admirer l'ardeur, la confiance 
et la foi des artistes des ballets suédois. 11 y a là un 
ensemble extrêmement sympathique qui a réussi nombre 
de fois d'heureuses tentatives : le Gréco, le Tombeau de 
Couperin, les Vierges folles, Ibdria, la Nuit de Saint- 
Jean, et aussi une délicieuse fantaisie sur Chopin où Ton 
voit que ces artistes ne sont pas que des mimes et que 
pour eux les pointes et les jetés-battus n'ont pas de 
secret. Ils sont tous charmants; pourquoi s'achament- 
i!s à s'enlaidir sous les formes d'un cubisme suranné et 
vieillot? 

M. Inghelbrecht, avec une lucidité et un tact parfaits, 
a malicieusement mis en valeur les meilleurs passages 
de la partition. Pierre de Lapommer.we. 

Dimanche soir, en même temps que Skating Rd»li, on 
donnait PHomme et son Désir, de M. Darius Milhaud. 

La mode a passé. C'est le côté curieux de ces innova- 
lions qui ne reposent sur rien de très solide. L'effet de 
surprise disparu, il ne reste pas grand'chose. Les soi- 
xante et quelques mesures de batterie ne font même 
plus sourire, le procédé est usé. Déjà ! En revanche, quel 
succès pour l'alerte musique du Tombeau de Couperin! 

P. de L. 



LA SEMAINE DRAMATIQUE 

Nouvel- Ambigu. — La Flamme, quatre actes de 
M. Charles Méré. 

L'aa dernier, en rendant compte ici même des Conqué- 
rants, de M. Charles Méré, j'avais indiqué la force dra- 
matique du talent de l'auteur, son habileté (ce terme 
pris dans son meilleur sens) à tirer parti des situations, 
du choc des caractères. Les mêmes qualités se retrouvent 
aujourd'hui dans la Flamme. 

L'action, cette fois, domine l'observation, ce qui assu- 
rera sans doute à la pièce un plus grand succès encore 
auprès du public, mais me laisse une ombre de regret, 
car je me souviens toujours de quelle analy.se pénétrante 
avaient été l'objet ces conquérants du monde : les indus- 
triels aux mœurs nouvelles. 

Cleo, une chanteuse, eut de ses relations avec un lord 
anglais, lord Sadley, un fils, Hu-gues. Pour soustraire 
ce fils aux mauvais exemples que lui eût donnés la con- 
duite plus qu'irrégulière de sa mère, lord Sadley l'^ 
eaalevé, conduit en Angleterre, l'a adopté, lui laissant 
croire que sa mère était morte il y a longtemps. Mais, 
au moment de mourir lui-même, il avoue la vérité à 
Hugues, qui recherche sa mère et la retrouve dans un 
bar, en compagnie d'un bohème, Boussat, dont elle a 
fait son amant et qui l'aime d'un amour farouche. 

Cleo suit son fils, malgré les efforts de Boussat. Elle 
part en Suisse, mais là, elle comprend tout ce qui la 
sépare de ce jeune homme si droit, appelé aux plus 
hautes alliances. Elle perçoit qu'elle sera toujours pour 
lui plus qu'une gêne, et puis, il y a toutson passé qui la 
tire en arrière : elle n'a pas la force de lui résister, elle 
revient à Paris, laissant à Hugues une lettre d'adieu 



dans laquelle elle 1« supplie cle ne plus chercher à la 
revoir. 

Ce qui est très particulier chez M. Charles Meré, 
c'est que, tout en ayant l'air de négliger les préparations, 
il ne laisse décote aucun des éléments psychologiques 
ou autres qui sont nécessaires au développement de 
l'îicrion. 

Aucune scène ne fait « hors-d'œuvre » : toutes sont 
liées intimement au drame, contribuent à sa marche, de 
sorte qu'on ne saurait en détacher une sans nuire à 
l'ensemble : c'est un don que possèdent peu de drama- 
turges. 

Ce qui distingue également une pièce comme la 
Flanvne des drames de l'ancien Ambigu, c'est la sobriété 
de l'expression dans la violence des sentiments : point de 
couplets, il eût été si facile d'en écrire sur l'amour 
maternel ou la piété filiale', point de tirades, des répliques 
qui se heurtent comme dans la vie où la passion ne prend 
pas la forme de discours. 

La pièce a été jouée comme il convenait, c'est-à-dire 
que chaque acteur est entré dans la peau de son person- 
nage, sans chercher le succès personnel, ce qui est le 
meilleur moyen de l'obtenir. M"*^ Polaire s'est soumise 
à celte discipline, son jeu y a gagné en force et en vérité. 
MM. Alcover et Pierre Blanchar, deux victimes de l'art 
oflficiel, s'affirment tous les jours comme de remar- 
quables artistes. M.Jean d'Yd a très sainement composé 
le rôle de lord Sadley. Pierre d'OovRAY. 

Théâtre-Femina. — Un Chien dans tin Jeu de Quilles, 
comédie en un prologue et trois actes de MM. André 
de FoDQuiîTREs et Raymond Silva. 

Il est des hommes au caractère faible qui, dans la vie, 
sont capables de décision seulement quand un autre la 
prend pour eux : ce fut le cas de grands hommes poli- 
tiques, de princes, de rois, dirigés par leurs ministres, 
de ministres, dirigés par leurs chefs de cabinet; c'est 
aussi le cas de bien des maris. C'est le cas du comte de 
Larsange, inégalable pantin entre les mains de son ami 
Pastouille. 

Pastouille veut réaliser en Larsange ses propres aspi- 
rations : Pastouille aime une jeune fille, il faut que Lar- 
sange l'épouse; Pastouille adore la politique, il fait élire 
Larsange député; Pastouille aime les pays lointains, il fait 
voyager Larsange pendant que lui reste à Paris en. s'ima- 
ginant les péripéties des traversées. Larsange a besoin 
de Pastouille comme un mineur de son tuteur. Pastouille 
dirige le ménage : rien ne peut réussir sans Pastouille. 

On se prenait à regretter, l'autre soir, que MM. de 
Fouquières et Silva n'aient pas trouvé de Pastouille pour 
mettre au point leur pièce, qui témoigne de louables 
intentions, de gentilles qualités, mais d'une ignorance 
complète de l'art du théâtre. Intrigue obscure, senti- 
ments flous, personnages mous; il eût fallu qu'une main 
ferme émondât par-ci, redressât par-là. 

Le théâtre, à moins d'être symboliste, n'aime point 
les demi-teintes et l'incertitude : au dénouement, on ne 
sait pas exactement quel sera le rôle de Pastouille dans le 
ménage Larsange. Ami? Amant? Critici certant. Tou- 
jours est-il que le public ne va pas se coucher tranquille 
sur la l'ertu de M""^ de Larsange. Aime-t-elle son mari? 
Aime-t-elle Pastouille? On n'en a jamais rien su. 

MM. André de Fouquières et SQva manient agréable- 
ment la satire, sans méchanceté, mais.aussi sans assez de 
légèreté et sans choix suffisant; certains des traits qu'ils- 



LE • MENESTREL 



Meyerbeer à Berlioz, « pour éclairer ses lumières sur la 
partition du Prophète », le public de Budapest est parfaite- 
ment renseigné sur ce qu'il y a de précieux dans l'œuvre de 
Meyerbeer, et il a très favorablement accueilli les reprises 
de ce même Prophète, au ThcStre Municipal, et des Plugiie- 
nots, à l'Opéra. 

Je note ici, à titre de curiosité, que l'Opéra Populaire de 
Vienne a repris, quelques jours avant les reprises indiquées 
de Budapest, Robert le Diable, et, à en juger d'après la cri- 
tique viennoise, cet opéra obtint, sous la direction de 
M. Weingartner, un succès très considérable; mon collègue 
de Vienne me pardonnera cette immixtion dans ses attri- 
butions, qui n'a qu'un but purement documentaire. Meyer- 
beer n'est donc encore tombé en désuétude ni à Vienne, 
ni à Budapest, deux villes où on le classe, du reste, con- 
stamment parmi les compositeurs français. Il est évident que 
des coupures s'imposent, mais savoir les pratiquer à l'en- 
droit convenable et monter les œuvres ainsi présentées, 
c'est déjà de l'art. Puis, la mise en scène doit être soignée 
quand il s'agit de ces oeuvres, qui doivent être en outre 
chantées et non pas hurlées; mais où sont les anciens pro- 
tagonistes de Meyerbeer? 

L'ensemble et la mise en scène du Prophète, au Théâtre 
Municipal, furent un peu faibles; M"'' Budanovits fut 
cependant une Fidès très remarquable. 

Nous avons eu aussi une première représentation à 
l'Opéra : celle d'une féerie-ballet-pantomime, la Petite 
Princesse royale Mauve, musique charmante et légère de 
M. Mader, directeur de l'Opéra, livret de M. Kéméndy, 
chef de la mise en scène de notre premier théâtre lyrique. 

Enfin, le Théâtre Municipal a monté, comme première 
représentation sur cette scène, le Baron Tsigane du 
célèbre compositeur viennois Johann Strauss. Ce fut une 
représentation parfaite à tous points de vue, sous la direc- 
tion de M. Abranyi. Eméric Vadasz. 

ITALIE 
Rome. — La Commission permanente pour l'Art musical 
a déjà examiné vingt-cinq partitions pour l'attribution des 
deux prix de 60.000 lires destinés à récompenser les deux 
meilleures œuvres lyriques présentées au concours annviel 
qu'organise le Sous-Secrétariat des Beaux-Arts. 

— Première à 1' « Eliseo » de Riki, opérette d'Oscar 
Strauss. 

— A « Santa Cecilia », le pianiste Maria Daviso diChar- 
vensod, s'est fait applaudir dans des œuvres de Beethoven, 
Franck, Chopin et Debussy. 

— Le dernier concert dominical de 1' « Augusteo « fui 
dirigé par Fritz Reiner. Au programme : la Symphonie en 
ut majeur, de Schubert; l'Ouverture de Benvenuto Cellini, 
de Berlioz; la Ballata délie Gnomidi, du maestro Respi- 
ghi, poème symphonique de caractère « parodistico- 
erotico-macabro », dit un critique, tout en reconnaissant 
la valeur musicale de l'œuvre; et, poitr linir, le prélude et 
la mort de Tristan et Yseult. Fritz Reiner s'y lit acclamer 
comme il l'avait été au pupitre du « Costanzi » dans son 
interprétation des Maîtres Chanteurs. 

— A la « Sala Bach », second concert du remarquable 
« quartctto Romano » qui fit entendre : deux Idylls, de 
Bridge (première exécution) ; la Venere donnente, du maître 
Gasco (d'après un tableau du Giorgione); le Quatuor en ré 
majeur, de Mozart; et celui en soi mineur, de Grieg. 

— Aux concerts de S. Cecilia sont annoncés pour cette 
saison les concours de Carlo Flesch, Baiardi, E. Consolo, 
Alfred Cortot, M. Rosenthal, A. Spalding, etc. 

— Le dernier numéro de la trimestrielle Rivista Musicale 
Italiana, paru en décembre, contient une fort intéressante 
étude de V. Fedeli sur la musicalité du Dante. Notre con- 
frère et compatriote J. Marnold y poursuit un remarquable 
travail: a Nature et évolution du son musical », et R. Giani 
y consacre un article substantiel au maestro Franco Alfano, 
le récent triomphateur de la Leggenda di Sahuntala. 

G.-L. Garnier. 



SUISSE 

Genève. — Onzième Concert populaire. — Concert d!ex- 
cellente tenue surtout dans la partie orchestrale. Non pas que 
M""-' Herr-Japy, qui prêtait son concours à la séance, ne soit 
une artiste de valeur. Elle donnait le Concerto de Korsa- 
koff et la Ballade de Fauré. Le programme orchestral 
comprenait tout d'abord la Deuxième Symphonie de Boro- 
dine; M. Ansermet nous a restitué dans une exécution 
chaleureuse les mouvements exacts de cette œuvre. La 
séance fut close par Ibéria de Debussy, avec une tenue 
parfaite. M. Ansermet comprend et dirige admirablement 
les œuvres de ce genre. 

Bâie. — Au Grand-Théâtre, Der Rosenkavalier, de Richard 
Strauss, a été donné avec succès le ii janvier. Le i3, on 
jouait Faust de Gœthe. La Compagnie de Michel Bohner 
donnait, mardi dernier, les Maîtres Chanteurs ; une excel- 
lente distribution contribua au succès considérable de 
l'opéra de Richard Wagner. 

— Concert des Compositeurs Bâlois. — Sous le patronage 
de la c. SchweizerischeMusikgesellschaft », les compositeurs 
bâlois faisaient entendre quelques-unes de leurs œuvres. 
Le jeune directeur de musique de Burgdorf, M. Louis Kel- 
terborn, donna son Quatuor en soi majeur, R.odolph 
Moser son Quatuor en la mineur. La soirée se termina 
par quelques lieds du compositeur Hans Mùnch, interprétés 
par M"" Vallerie-Mùnch-Hausmann; ce fut un franc succès. 

JÉAGÉ. 

ÉTATS = UNÎS 

Rosa Raisa doit jouer à l'Auditorium de Chicago, avant 
le départ de la troupe pour l'annuelle saison de New-York, 
la Fille du Far- West et la Navarraise. C'est en français 
qu'elle chantera l'ouvrage de Massenet. 

— Muratore fera cette saison une tournée de concerts 
dans les Etats. 

— Une Army Miisic School s'organise à Washington sur 
l'initiative du général Pershing, avec le concours de Wal- 
ter Damrosch. 

— Quinze musiciens français dans le Boston Symphony 
Orchestra. 

— Il n'est guère de programmes du Saint Louis Sym- 
phony Orchestra, si bien dirigé par Rudolph Ganz, où la 
musique française no figure. A ses derniers concerts, Saint- 
Saëns, Massenet, Chabrier, Ravel. 

— Une interview de Calvé par un repo-rter new-yorkais. 
L'illustre chanteuse est en quête d'une jeune Américaine, 
belle voix, aptitudes scéniques, dont elle ferait, artistique- 
ment, sa fille adoptive, qu'elle formerait surtout à chanter, 
à jouer Carmen, et qui deviendrait ainsi l'héritière d'une 
tradition qui se fonde, affirme Calvé, sur les intentions 
expresses de Bizet. 

— • John Alden Carpenter, l'un des compositeurs améri- 
cains les plus réputés, a dernièrement écrit un ballet, 
Krajy Kat, dont Adolf Bolm a réglé la chorégraphie. Il 
sera donné prochainement au Town Hall de New- York. 

— Aux récitals du Conservatoire de Louisville beaucoup 
de musique française (Flégier, Reynaldo Hahn, Weckerlin, 
Debussy, Massenet, Ravel). 

— A Boston, joùî^^ concert de Vincent d'Indy et du fameux 
hautboïste Georges Longy. Au programme, entre autres 
ouvrages : de Chabrier, Six Pièces pittoresques ; de 
V. d'Indy, Poème des Montagnes et la Fantaisie pour haut- 
bois sur des airs populaires, où le maître tenait le piano. 
Chaleureux accueil. Maurice Lena. 

EGYPTE 

Le Caire. — Au Théâtre-Sultanien : Gismonda. Mary 
Dorska a interprété le rôle de la duchesse d'Athènes 
avec une voix superbe et une intelligence dramatique 
remarquable. 

Le public si difficile de l'Opéra-Sultanien a accueilli 
l'œuvre et l'interprète avec une faveur marquée. 



-43- 



LE • MÉNESTREL 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



A l'Opéra : 

Belle reprise deMoniia Vanna, le drame lyrique d Henry 
Février. M»« Chenal reparaissait dans le rôle de Monna 
Vanna, dont elle a fait une figure si curieuse; M. Franz 
jouait Prinzivalle : sa voix magnifique y fit merveille. Les 
autres rôles étaient tenus par MM. Hubëriy, Gresse et Nar- 
çon. M. Philippe Gaubert conduisait Monna Vanna pour 
ia première fois; il le fit avec une ardeur, une passion qui 
mirent en valeur l'importante partie d'orchestre. 

Des rappels après chaque acte accueillirent tous les inter- 
prètes. 

— Les fêtes pour le tricentenaire de Molière continuent 
à être célébrées, tant on France qu'à l'étranger, avec un éclat 
digne du génie de notre grand écrivain. 

Conférences, représentations de gala se succèdent sans 
interruption. 

Une promotion de la Légion d'honneur comportant 
9 croix de commandeur, ii d officier et 5o de chevalier va 
être proposée, dit-on, au Parlement. On cite déjà des noms 
de comédiens et comédiennes, avant que le contingentne 
soit voté. Gardons-nous de ce petit jeu des pronostics, 
mais l'importance des projets nous fait supposer que cette 
promotion exceptionnelle ne comprendra pas que des co- 
médiens et que les auteurs y auront aussi leur petite part. 

Ne pourrait-on y comprendre aussi quelques artistes 
musiciens? M. Léon Bérard sait-il que Risler et Thibaud, 
par exemple, qui ont tant fait pour le bon renom artistique 
de la France à l'étranger, ne sont pas décorés? 

M. de Fiers, dans un couplet d'ailleurs charmant, a pro- 
posé de convertir l'avenue de l'Opéra en avenue Molière. 
Est-ce bien utile ? La gloire des hommes ne se mesure pas 
à l'importance des voies qui portent leur nom. Corneille, 
Racine ont de toutes petites rues, sur la rive gauche. La 
Fontaine se trouve exilé à Auteuil. Des hommes comme le 
cardinal de Richelieu, Colbert, Louvois, qui ont bien fait 
quelque chose pour la France, ont des rues voisines de 
celle qui est consacrée à Molière. Notre grand empe- 
reur, en dehors de l'Arc de Triomphe, n'est rappelé aux 
populations parisiennes que par une voie étroite, la rue 
Bonaparte... Les hommes d'autrefois étaient modestes. 

Laissons les avenues, les boulevards aux grands ora- 
teurs républicains comme Barbes, Jaurès, Ledru-Rollin. ou 
aux souverains étrangers qui ont rendu service à notre 
pays, comme le Président Wilson ou le roi Georges V 
d'Angleterre. Molière, lui-même, conseillerait sans doute à 
M. de Fiers de renoncer à sa proposition, car si Molière 
fut comédien, il ne fut jamais cabotin ; il lui suffirait, sans 
doute, que ses œuvres soient en toutes les mains : c'est là 
la vraie gloire et la plus solide immortalité. 

— Nous apprenons la mort de M'"'= Le Borne, mère du 
compositeur. Nous adressons à notre confrère nos senti- 
ments de bien sympathique condoléance, 

— Le Théâtre du Gvmnase va reprendre l'Ame en folie 
de François de Curel. 'La première sera donnée le 2 février, 
en soirée de gala dont le bénéfice sera destiné à soulager 
les nombreuses misères du monde des artistes dramatiques 
€t du théâtre en général. 

— A la Potinière, la nouvelle comédie de M. Alfred 
Savoir, Banco! passera en répétition générale le mercredi 
!«' février, en soirée et en première, à bureaux ouverts, le 
jeudi 2. 

— Les Sociétés chorales d'Alsace qui, pendant de trop 
longues années, furent contraintes de chanter des chœurs 
en langue allemande, ont mis un point d'honneur à étudier 
des œuvres en langue française et s'apprêtent avec une 
saine joie patriotique à montrer bonne volonté aux audi- 
teurs qui se presseront dans les salles de concours pour 
les entendre. Aussi bien est-ce une véritable soleiitiité 
nationale qui se préparc à Mulhouse, et plus les sociétés 
chorales de toutes les provinces françaises qui y prendront 
part seront nombreuses, plus les Allemands seront à même 
de constater que le lien qui existe entre l'Alsace et la popu- 
lation française est réel, solide et éternel. 

Les adhésions seront reçues jusqu'à la fin de janvier par 
M. Lang, secrétaire général du concours, 10, rue du 
Manège,"à Mulhouse (Haut-Rhin). 

— Nous apprenons avec plaisir que M. Edouard Con- 
tesse, contrôleur général de l'Opéra-Comique, vient d'être 
nommé chevalier de la Légion d'honneur. 



— M. Pierre Hans, ingénieur et compositeur belge, 
inventeur du double clavier de piano, viendra à Paris pour 
donner trois séances de démonstration. La première aura 
lieu le 10 février, à 3 heures, au Lyceum-Club de France. 

Les personnes désireuses d'assister à ces séances sont 
priées de prendre leurs invitations au Lyceum, 8, rue de 
Penihièvre (Vni«). 

pro^ramme$ des Concerts 

GRANDS CONCERTS 

Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 
2q janvier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 
M. Philippe Gaubert). — Berlioz : S/mphonic fantastique. — Saint- 
Saëns : a) Phryné; b) Le Bonheur est chose légère (M-° Ritter- 
Ciampi). — Bach : Suite en ré. — Mozart : Air de Cosi fan lutte 
(M"' Ritter-Ciampi). — Rabaud : Marouf {Danses) . 

Concerts-Colonne (samedi 28 janvier, à4h. 3/4, au Châtelet, 
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Gluck : Iphi génie en 
Aulide (Ouverture) ; Iphigénie en Tauridc, Récit et Aird'Iphigénie 
iM»" Martinelli). — Schudkrt : Symphonie inachevée. — Rabaud : 
Procession nocturne. — Canteloube : Le Mas {2" audition). — 
Wagner : Tristan et Yseult, Prélude du i»'' acte, Mort d'Yseult 
(M"" Martinelli). 

Dimanche 2q janvier, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Beethoven : Septième Sympho- 
nie; Cinquième Concerto en mi bémol (M. Robert Casadesus). — 
Debussy : La Mer. — Stravinsky : L'Oiseau de feu ; Feu d'arlijîce. 

Conoorts-Lamoureux (dimanche 29 janvier, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M.iCamilIe Chevillard). — Beetho- 
ven : Troisième Symphonie. — Kœchlin : Choral, orgue et orchestre, 
!'• audition (M"° Nadia Boulanger). — SAiNT-SAiiNS : Le Rouet 
d'Omphale. — Wagner : Adieux de Wotan (.M, Huberdeau). — 
RiMSKY-KoRSAKOFK : Shéhérazade. 

Concerts-Pasdeloup (samedi 28 et dimanche 39 janvier, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhené-BatonK — Paul Dukas : Symphonie. — Sylvio Lazzari : 
Prélude d'Armor. — Lalo : Symphonie espagnole [M. Jacques Thi- 
baud). — Hkelioz : Marche Hongroise. 

CONCERTS DIVERS 
SAMEDI 28 JANVIER : 

Samedis Musicaux du Theâtre-Albert-I" (à 4 heures et 
demie, Théàtre-Alben-1"). — Musique italienne et moderne. 

Société Nationale de Musique (à 8 h. 3/4, ancien Conserva- 
toire). — Pierre Kunc : Sonate. — J. Crab : L'Offrande lyrique. — 
Roger Ducasse : Sonorités; Deuxième Barcarolle. — 'Marcelle 
Soulage : Trio. 

Concert de M"' Gineste (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert Mad. Grey-H. Moscovltz (à g heures, salle Gaveau). 
DIMANCHE 29 JANVIER : 

Concert Claire Galeron (à 9 heures, salle Pleyel). 

Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous 
la direction de M. Paul Vidal). — Bach : Sinfonta. — Lalo : Con- 
certo pour violoncelle /M"' Madeleine Monnier). — Maurice Ravel: 
Shéhérazade (M"'° Talazac). — Lalo : Symphonie espagnole 
(M. Âloscovitzi. — Théodore Dubois : Frithiôf (OuveTture). 
LUNDI 30 JANVIER : 

Concert E. Closson-Deboni (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert de la Société Olénine d'Alheim (à 9 heures, salle 
des Agriculteurs). 

MARDI 31 JANVIER : 

Mardis de la Chaumière (à 4 heure», à la Chaumière). , 
Quatuor Bastide. 

Concert de M"» Kastler (à 3 heures, salle Pleyel). 

Société Philharmonique (à g heures, salle Gaveau). 

Concert do M"' Marcelle Méyer (à 9 heures, rue de la Ville- 
TEvèque). 

Concert Maurice Desrez (à 9 heures, ancien Conservatoire). 

Concert de M"" Carré (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Carembat (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau). — Quatuor. 
MERCREDI I" FÉVRIER : 

Concert Molié-Goutmanovitch (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert Ferrer-Murano (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert "Walter Rummel (à 9 heures, salle des Agricul- 
teurs). 

Concert Rossotti (à 9 heures, salle Erard). 

JEUDI 2 FÉVRIER : 
S. M. I. (à 9 heures, salle Pleyel). 

Quatuor Courras (à 3 heures, salle des Agriculteurs). 
Concert Emma Boynet (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 
Orchestre Nègre (à 9 heures, salle Gaveau). 
Concert Youra GuUer (à 9 heures, salle Erard). 

VENDREDI 3 FÉVRIER : 
Concert Koubitzky (à 9 heures, salle Gaveau). 
Concert M. Lamarre (à 9 heures, salle Pleyel). 

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DIRECTEUR JT^CQUES HEUGEL 




DIRECTEUR. 

DE 1Ô33À1883 

J.L. HEUCEL 




DIRECTEUR, 

DE1.883À1914 

HENRIHEUCEL 



SOMMAIRE 



L'Esthétique de l'Orgue ALEX. CELLIER 



La Semaine musicale : 

Opéra : La Mégère apprivoisée 



RENÉ BRANGOUR 



La Semaine dramatique : 

Maison de l'Œuvre : L'Age heureux PIERRE D'OUVRAY 

Les Grands Concerts: 

Concerts du Conservatoire RENÉ BRANGOUR 

Concerts-Colonne P. de LAPOMMERAYE 

Concerts-Lamoureux A. SCHAEFFNER 

Goncerts-Pasdeloup JEAN LOBROT 




Concerts Divers. 

Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger : 

Allemagne JEAN CHANTAVOINE 

Angleterre MAURICE LENA 

Espagne RAOUL UPARRA 

Hollande JEAN CHANTAVOINE 

Italie G.-L. GARNIER 

Suède PATRIK VRETBUD 

États-Unis MAURICE LENA 

Échos et Nouvelles. 

♦ 



SUPPLÉMENT MUSICAL 

pour les seuls abonnés à la miistgue 



^WUSIQOE DE PmjSlO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro : 

GAILLARDE, de Charles Silver, extrait de La Mégère apprivoisée, comédie lyrique en 4 actes, 

paroles de Henri Gain et Edouard Adenis. 

Suivra immédiatement : Tea Flirtation, d'Edmond Laurens. 



JVIOSIQI^E DE CpflJStT 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant : 

Crois en mon amour, ma petite reine, (chanté par M. Rambaud), de Charles Silver, extrait de La Mégère apprivoisée, 

comédie lyrique en 4 actes, paroles de Henri Cain et Edouard Adenis. 

Suivra immédiatement : Déjà, du joug persan, (chanté par M. Franz), de Gabriel Dupont, extrait à!Antar, 

conte héroïque en 4 actes et 5 tableaux, poème de Chekri Ganem. 



Le Numéro : 

(ttxt€ seul) 

fr- 75 



(yoir les Quatre modes d'atonnement en page 2 de la couverture) 



J 



BUREAUX:RUE VIVIEISNE âblsPARlS (Q^ 

TÉLÉPHONE : GUTEN BERC I 35-33 
ADRESSE TÊLÊGRAPWIOUE: M ENE5TRELRARI5 



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Le NtJMÉRO : 

llactt seul) 

fr- 75 



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LE MENESTREL 



= JOURNAL HEBDOMADAIRE - MUSIQUE ET THÉÂTRES 
•, = = » = Bureaux : a**'^, rue Vivienne, Paris (2*) - - = = 

CONDITIONS D'ABONNEMENT 



A L'ANNEE SEULEMENT 



20 fr. 
40 fr. 
40 fr. 
60 fr. 



Pour Paris et les Départements 

I» TEXTE SEUL • 

î° TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 

?• TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT {26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 

4° TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) .... 
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 fr.; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ; 

Abonnement complet, 6 fr. 50. 
Frais d'envoi de la Prime au i" janvier (Province et Étranger) : 2' et 3» modes : chaque, 1 fr. 50; 4' mode : 3 francs. 

Les Abonnements partent du i" de chaque mois. 

En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che^ tous les Libraires et Marchands de Musique 

ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal. 



HEUQEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2"'% rue Vivienne, Paris (2") 



^1 



La dernière création du Théâtre National de l'Opéra 



LA MÉGÈRE APPRIVOISÉE 



(Taming of the Shrew) de Shakespeare 

Comédie lyrique en quatre actes 
d'après l'adaptation de p. DELAIR 



PAROLES DE 

Henri GAIN et Edouard ADENIS 



La Partition : 

Chant et Piano 

Prix net : 40 francs. 



MUSIQUE DE 

Charles SILVER 



Le Livret : 
Prix net : 3 francs. 



MORCEAUX 
Prix nets. 
ACTE I 
I . — Catharina : Je suis un être insupportable (M"' Marthe 

Chenal) 4 » 

ACTE II 
1. — LoRENzo : Crois en mon amour, ma petite reine 

(M. Rambaud) 3 50 

2 ^«- Le même, pour baryton (en /a) 3 50 

3. — BiANCA : Tout en cet instant évoque cette heure 

(M"« Monsy) 3 » 

4. — Aubade aux mariés : Sous ses longs voiles blancs. » » 

5. — Gaillarde (piano seul) 4 d 



DETACHES 

N 



6. — Padouana (piano seul) 

7. — Forlane (piano seul) . 



Prix coll. 

4 » 

5 » 



ACTE III 

8. — Catharina : Ce voyage, ce voyage (M"" Marthe 

Chenal) 5 » 

9. — Pétruchio : Elle dortt Oui, la fatigue l'a domptée 

(M. Rouard) , 3 50 

ACTE IV 
10. — Catharina: Aht comme il prend plaisir à m'irriter 

(M"« Marthe Chenal) 5 » 



AFFICHES ILLUSTRÉES 



Dupont (R.) - 
Flameng(F). - 

GOTTLOB. 

Grasset. 

LiANDRK(Ch.) 

Nadar (P.) • 
Orazzi (M.) • 
Orazzi (M.) - 



La Glu (Gabriel Dupont). 

Grisélldis (J. Massenet), double colombier^ 

Les Pêcheurs de Saint- Jean (Ch.-M. Widor). 

Werther (J. Massenet) . 

Panurge (J. Massenet). 

Thérèse (J. Massenet). 

Aben-Hamet (Th. Dubois). 

Thaïs (J. Massenet) (i°,o5Xo",38). 



POUR COLLECTIONS (Format colombier) 
EXTRAIT DU CATALOGUE 

RocHEGROssE (G). - Antar (Gabriel Dupont). 

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- Gismonda (H. Février). 

- Le Jongleur de Notre-Dame (J. Massenet). 

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Chaque affiche, net : 10 francs, sauf Grisélldis (double colombier), net : 20 francs. 
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TOUS les pris ci-dessus sont nets, maforatlon eomprlss. • Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour frais de port et d'envol. 




It'ESTHETIQOE DE Ii'Of{Gl)E 



L n'est pas d'instrument dont le monde musi- 
cal moderne ait encore aussi imparfaitement 
défini le caractère et le rôle que le grand 
orgue. Malgré son origine vénérablement 
lointaine, ou peut-être en raison de cette 
distante majesté que confèrent les siècles et 
leurs légendes, l'orgue reste encore très en marge de 
l'activité musicale actuelle. Les comparaisons flatteu- 
sement inexactes que l'on fait de ses ressources avec 
celles de l'orchestre contribuent, entre autres, à pro- 
longer un malentendu qui persiste à ne pas situer 
encore l'esthétique de cet instrument à son plan exact, 
comme on l'a fait pour le piano et le violon, par exemple. 
Sa consécration comme instrument d'église n'est plus à 
faire, mais là encore on l'a rendu tellement inséparable 
de l'édifice et du culte, qu'instrument et instrumentiste 
même en ont ressenti un isolement souvent sans splen- 
deur, les renfermant en des attributions trop liturgiques 
où la musique elle-même s'étiolait. 

Cependant, si l'orgue est à sa place dans une église, 
c'est parce qu'il fait partie intégrante de l'édifice, par sa 
stabilité architecturale, par son adaptation harmonieuse 
aux dimensions et par ses sonorités linéaires et pures; 
cela autant que par le caractère religieux de ses jeux. 
Le caractère particulier à chaque instrument est 
d'ailleurs déterminé par son rendement acoustique dans 
le vaisseau, presque autant que par l'art du facteur, et ce 
n'est pas un des moindres intérêts de la question que 
l'étude des styles sonores particuliers à chaque orgue. 
Ajoutons qu'en France, notamment, les buffets 
renfermant l'instrument sont souvent de magnifiques 
morceaux d'architecture ornementale, ce qui enrichit 
encore les inépuisables aspects sous lesquels l'orgue se 
présente aux appréciations des dilettantes. 

Chose étrange! alors que bien des instruments sont 
arrivés à un type « ne varietiir » après une rapide évo- 
lution, l'orgue séculaire, immuable en apparence, 
évolue sans cesse; bien peu d'antiques boiseries renfer- 
ment tuyaux et mécanisme d'autrefois. On pourrait 
croire que l'usure en soit la cause première; il n'en est 
rien. A condition d'être entretenu avec le soin consacré 
à un précieux monument historique, un orgue bien 
', construit il y a 200 ans devrait arriver jusqu'à nous en 
état d'être joué; dans la pratique, il en est, hélas! autre- 
ment, grâce au peu de soin et au vandalisme si coutumier 
en France. Mais les remplacements d'orgues ont, indé- 
pendamment de celle que je viens d'indiquer, uneautre 
cause : les évolutions sonores liées au style musical 
lui-même entraînent une transformation analogue 
à celle de l'orchestre et de l'orchestration. La 



musique du xix' siècle, plus primesautière et moins plas- 
tique que l'ancienne, s'est éloignée de ce qui convient par- 
ticulièrement au style d'orgue, qui, musicalement, ne 
saurait se passer d'une inflexible logique architecturale 
un peu délaissée de nos jours. Cela explique combien 
le romantisme a eu peu recours a l'orgue, sauf pour les 
effets d'église. 

Cette évolution a entraîné les facteurs à la recherche 
de timbres et de ressources mécaniques nouvelles, 
recherches qui poussent à l'abus de l'imitation orches- 
trale, orientant trop le virtuose à la poursuite de 
fantaisies qui dénaturent la personnalité de l'orgue. 
Ceci est à noter surtout en Angleterre et en Amérique. 
Il n'en est pas moins vrai que, pour être parfait, 
l'orgue moderne doit garder les anciens timbres en 
s'enrichissant de jeux nouveaux plus puissants ; cela 
sera nécessaire dans les salles de concerts pour lutter 
contre l'orchestre, car, à Paris notamment, il y a 
toujours une fâcheuse disproportion entre l'importance 
de l'orgue et celle de l'orchestre. Le principe de l'éco- 
nomie du vent, qui ne permettait pas jadis d'utiliser de 
trop fortes pressions, lorsque les pompes des souffleries 
étaient actionnées par des souffleurs, n'est plus à 
respecter avec les moteurs mécaniques modernes. On 
pourra donc augmenter la puissance des jeux; de plus, 
toujours en vertu du principe de l'adaptation à un local 
et à une destination définie, l'orgue de concert devra 
être établi sur des données peut-être moins pures que 
celles de l'orgue d'église, mais plus riches en ressources 
pour les changements de jeux, souplesse sonore et 
puissance. 

Comme le piano, l'orgue est un instrument autonome, 
mais dont la collaboration avec l'orchestre et les instru- 
ments est d'un grand intérêt. Jadis, aucune cantate, 
motet, oratorio ou passion ne se passait du continue de 
l'orgue; aujourd'hui, à quelques belles exceptions près, 
orgue et orchestre font moins bon ménage, et cela tient 
à l'ignorance des compositeurs, très ferrés sur les par- 
faits mérites des cordes, bois et cuivres dont ils dissertent 
savamment, mais mal renseignés sur les fonds, mixtures 
et anches de l'orgue. Avouons aussi qu'ils y sont peu 
encouragés par l'absence ou l'insuffisance de ceux-ci 
dans nos concerts. 

Indépendamment de leur collaboration avec l'or- 
chestre, les orgues modernes peuvent, mieux que les 
anciens, se prêter à l'exécution de vieilles sonates à 
basse chiffrée, le clavecin ayant de grandes affinités de 
caractère avec l'orgue. 

Dans des locaux un peu vastes, ces transcriptions sont 
d'un excellent effet, et c'est un travail de mise au point 
aussi intéressant et minutieux que celui d'un quatuor à 
cordes. 

Dans le domaine des rapports psychologiques existant 
entre l'instrument et le virtuose, il est à remarquer qu'à 
l'inverse de ce qui se passe ordinairement, où l'instru- 



-45 



■^. LE 



lENESTREL 



ment est véritablement dominé par celui qui le tient en 
ses mains ou prend place devant, l'orgue n'est pas 
dominé par celui qui a mission de le faire entendre. 
Ceci ne diminue en rien le mérite de l'organiste, au 
contraire, mais on peut dire, et ceci est un argument en 
faveur de la noblesse de l'orgue, que le succès est inté- 
gralement partagé entre l'interprète et l'instrument. 
L'un ne fait jamais oublier l'autre, alors qu'à part 
quelques rares connaisseurs spécialisés, le violoniste 
seul existe dès qu'il joue, et le violon disparaît. 

On peut affirmer bienfaisant ce retour à une matière 
de son impersonnalisée; au milieu de cet abus de l'in- 
dividualisme des virtuoses, de cette course au cabotinage 
et au succès personnel qui fait si souvent perdre de vue 
la Musique pour elle-même, c'est une saine école que 
celle d'un instrument qui vous impose son être avant 
de livrer ses inépuisables ressources. La science et l'in- 
spiration de l'artiste, pour être moins instinctive et plus 
réfléchie que pour d'autres instruments, ne doit pas 
moins être d'essence élevée, faite de parfaite logique, de 
réalisation précise et d'initiative d'autant plus savante 
qu'elle doit varier constamment d'un orgue à l'autre. 
La personnalité du jeu d'orgue ne réside pas dans l'af- 
firmation du propre tempérament de l'artiste, mais dans 
la recherche d'une perfection généralisée, d'essence 
haute et pure. 

Pour l'interprétation d'une pièce d'orgue, il faut : 
mécanisme d'une parfaite précision, appréciation du 
m.ouvement toujours variable selon le local et l'impor- 
tance de l'instrument, registration adéquate, non seule- 
ment à l'orgue dont on dispose, mais à l'esprit de 
l'œuvre, choix de jeux lorsqu'il n'y a pas de registration 
indiquée et, constamment, modifications opportunes 
lorsqu'elle l'est, recherche de la poésie sonore, présence 
d'esprit absolue pour l'appel des combinaisons, phrasé, 
rythme, etc. Et nous laissons de côté encore la science 
si captivante de l'improvisation, cette éloquence musi- 
cale qui ne va pas sans un profond savoir et des dons 
particuliers. L'éducation du public étant fort en retard 
en ce qui concerne la compréhension et la connaissance 
de la musique d'orgue, il est à souhaiter que le goût se 
forme à cette branche musicale, à cette esthétique si 
parfaitement élevée qui n'a jamais tenté que les grands 
maîtres. Alex. Cellier. 



LA SEMAINE MUSICALE 



Académie Nationale de Musique. — La Mégère appri- 
voisée (Shakespeare's Taming of the Shrew), comédie 
lyrique en quatre actes, d'après l'adaptation de Paul 
Delair, paroles de MM. Henri Cain et Edouard 
Adenis, musique de M. Charles Silver. 
A wittie and pleasant comédie called the Taming of 
thé Shrew, as it ivas acted by his Maiestics servants at 
the Blacke Priers and the Globe (i), ipritten by Will. 
Shakespeare. Ainsi parle le vénérable titre, âgé d'environ 
deux cent quatre-vingt-dix ans, si heureusement re- 
produit en tête de la partition de la Mégère apprivoisée, 
mais qui ne se rapporte point à la première édition, 
celle-ci ayant paru en 1623, sept ans après la mort de 

(i) Shakespeare demeura fidèle au souvenir du Globe, puisque, 
longtemps après, et vers la fin de sa carrière, il y faisait allusion 
dans son Hamlet. 



l'auteur. Ce dernier, au surplus, avait trouvé son plan 
dans une yieille comédie rappelant la manière bizarre 
et Imaginative du romancier Greene, et peut-être n'avait- 
il pas été seul à en goûter le sujet, car, de son vivant 
même, l'on en comptait déjà trois éditions anonymes. 
Au reste il importe fort peu, nous abandonnons la 
solution de ce problème historique aux savants disser- 
tateurs qui né se sont point jusqu'ici mis d'accord pour 
décider si le mystérieux auteur de l'œuvre de Shake- 
speare est décidément le chancelier Bacon, lord Derby 
ou M. René Fauchois. 

Comme la plupart des pièces du grand inconnu, la 
Mégère fut dénaturée par les soins du célèbre tragédien 
Garrick, et devint une farce quelconque, intitulée Cathe- 
rine et Pétruchio. Paul Delair l'arrangea aussi, — assez 
adroitement du reste, — mais il eut tort d'en supprimer 
l'ingénieux et amusant prologue tiré des Mille et une 
Nuits et dont on a pu justement dire qu'il n'était pas 
moins comique que ne l'est la f-ièce elle-m«me. Il peut 
être comparé, d'assez loin, à ce cadre établi par Cor- 
neille pour cette délicieuse Illusion que la Comédie- 
Française oublie annuellement de reprendre aux anni- 
versaires de l'illustre poète. 

Chacun sait le sujet et l'affabulation de la Mégère. 
Avec la Comédie des Méprises, elle forme un curieux 
diptyque où se retrouve le coloris du théâtre comique 
de l'Italie, et qui termine la première époque du dra- 
maturge. Ajoutons seulement que domptée traduit mieux 
c\u'' apprivoisée le terme originel, et aussi que les dames 
auraient grand tort de reprocher à Shakespeare le fémi- 
nisme un peu haut en relief de son héroïne, car que 
serait-ce si elles se faisaient présenter celles des comé- 
dies de Fletcher ou de Ben Jonson 1 

Il est curieux d'observer que notre comédie ne 
semble avoir inspiré aucun compositeur anglais. Depuis 
la Fairy Qiieen de Purcell (1692) jusqu'à Much ado 
about nothing de M. Villiers Stanford (igoo), nul d'eux 
n'a tenté d'apprivoiser la mégère. Un Français se 
montra plus audacieux, sinon plus heureux : Frédéric 
Le Rey, dont la partition fut exécutée en iSgS au Thé- 
âtre de la Porte Saint-Martin, avec le chanteur Labis 
dans le rôle de Pétruchio. 

Le livret de l'œuvre dont il est aujourd'hui question 
est très scénique, ce qui suffirait à le distinguer de beau- 
coup d'autres! Dès le lever du rideau, poème et musique 
s'accordent pour que l'action ne languisse point. Un 
thème alerte qui semble représenter Pétruchio, se résoud 
en un élégant « air à danser » accompagnant les pas de 
Bianca au son du luth de Lorenzo (pourquoi avoir 
changé le nom de Lucentio de Shakespeare?). Et c'est 
ensuite l'entrée ex abrupto de Catharina, dont l'explo- 
sion acariâtre est menée avec beaucoup de variété et de 
verve. On peut en dire autant de l'invocation de Bianca 
à Pétruchio, si joyeusement confirmée par ses amis, et 
de ce que j'appellerai « la déclaration de principes » du 
futur dompteur, comme aussi du dialogue entre celui-ci 
et sa récalcitrante bien-aimée. 

Tout ce premier acte est fort amusant, et le second, 
qui se passe dans le même décor, en forme une natu- 
relle amplification en nous faisant assister aux noces de 
Catharina. L'absence de Pétruchio et les conséquences 
qui en découlent, l'entrée burlesque et truculente du 
retardataire, tous les hors-d'œuvre enfin d'une copieuse 
fantaisie sont heureusement commentés par la musique. 
Celle-ci, à un moment donné, se range sous le rythme 
entraînant de la Gaillarde, que Prœtonis considérait 



-46 



LE . MÉNESTREL 



comme une invention du diable, mais dans laquelle le 
marié mérite les éloges décernés par Shakespeare lui- 
même : « Je pensais, en voyant l'excellente constitution 
de tes jambes, qu'elle fût formée sous l'étoile d'une Gail- 
larde. » Celle-ci est charmante, notamment lorsque les 
voix s'y viennent mêler, avec les broderies vocales con- 
fiées au soprano de Bianca; la padotiana, [a fo/iane et 
le rigodon qui s'y enchaînent complètent une attrayante 
reconstitution chorégraphique tout à fait à sa place. 11 
convient de ne point oublier l'effet pittoresque apporté 
par des groupements vocaux de jeunes filles et de jeunes 
gens en marge du chœur principal. 

Le voyage accidenté des nouveaux mariés à travers 
l'orage est rendu par un entr'acte symphonique. Rien 
n'y manque, ni les chants de l'époux, ni le dur galop 
des chevaux, ni leurs culbutes, ni le détraquement des 
cieux courroucés cinglant de leurs averses le dos des 
fantastiques voyageurs. — Nous sommes enfin arrivés 
chez Pétruchio où va s'accomplir le domptement de la 
hautaine épouse. Au milieu de l'ahurissement des 
domestiques, le souper disparaît sans qu'elle ait pu seu- 
lement y goûter; le lit nuptial est dispersé... A demi 
morte de fatigue et de faim, la belle s'endort en un fau- 
teuil. Les tempêtes du foyer s'apaisent à leur tour, et 
Pétruchio, abandonnant pour un instant son rôle de 
matamore, laisse échapper, devant le visage endormi de 
sa femme, l'aveu de son très réel amour. 

Le musicien, dont la verve n'avait pas faibli au cours 
de ces multiples épisodes, a prouvé, dans ce retour au 
calme et dans cette expression d'un amour véritable, 
des accents d'une émouvante sincérité. 

Au dernier acte, tout s'arrange — un peu longuement 
peut-être. Catharina est vaincue; elle l'était d'ailleurs 
depuis le moment où elle avait entendu, à l'insu de son 
époux, les tendres paroles par lui murmurées. Et tout 
finit par une action de grâces prononcée, au nom de 
l'amour, par les protagonistes, enfin tombés d'accord. 

Ainsi que l'on a pu en juger au cours de cette brève 
analyse, la partition de M. Silver s'unit constamment et 
intimement à l'action, dont elle forme la décoration 
lumineuse et sonore. Une vie intense y circule, à laquelle 
l'auditeur est entraîné à prendre part. N'étant l'esclave 
d'aucun système, le compositeur a librement exprimé 
sa pensée, au moyen des coupes mélodiques et ryth- 
miques les plus variées. Son orchestration est nourrie 
sans atteindre — heureusement ! — à la pléthore, et elle 
laisse aux instruments le privilège de leur individualité. 
Le musicien sait d'ailleurs, lorsque l'occasion s'en 
trouve (et l'on peut penser qu'elle ne manque guère en 
la circonstance), les amalgamer de la façon la plus 
comique. C'est, en somme, l'adaptation musicale d'une 
comédie shakespearienne, quelque peu francisée déjà par 
les librettistes, et qui évoquerait volontiers l'image d'un 
Regnard d'outre-Manche. 

Les auteurs n'ont qu'à se louer de leurs interprètes. 
Ce n'est pas assez de dire que M""^ Marthe Chenal chante 
et joue le rôle de Catharina : elle le vit! Elle a des 
colères merveilleuses et des trépignements géniaux, sans 
doute, mais aussi des douceurs et des humilités char- 
meresses. Au reste, Shakespeare lui-même semble l'avoir 
prévue lorsqu'il parle, en son Richard II., de r« artiste 
comblée de grâces » sur qui se fixent les regards de l'au- 
ditoire! 

M. Rouard est un comédien accompli : intelligence, 
esprit, finesse, aisance se trouvent joints en lui à une 
voix des plus agréables. Toutefois, sa taille ne répond 



point à celle de son élue et il ne possède pas son « aba- 
tage ». On comprend qu'il la séduise, mais moins aisé- 
ment qu'il la dompte. Il y parvient cependant, grâce à 
la chaleur de ses accents et au feu de son regard, véri- 
fiant une fois de plus ce vers de Phèdre : 

Vos yeux ont su dompter ce rebelle courage. 

D'ailleurs, nous n'admettrions pas en France les pro- 
cédés jadis instaurés par Garrick et par Woodward, 
lequel lardait de coups de fourchette l'infortunée mégère 
après l'avoir jetée sur le sol. « Il ne faut pas, dit — appro- 
ximativement — un proverbe arabe, frapper une femme, 
fût-ce avec un pot de fleurs. » Ne nous plaignons donc 
point de la relative douceur du Pétruchio actuel. 

M"'' Monsy et M. Rambaud figurent de fort aimable 
manière les gentils amoureux dont le babil permet aux 
incandescents époux de prendre les temps de repos indis- 
pensables; M. Huberty, à la voix superbe, est un père 
majestueux, plaintif et bon enfant tour a tour. Et 
M'"*' Dubois-Lauger, MM. Ernst et Dubois tiennent 
avec talent des rôles secondaires, mais non pas effacés. 

M. Henri Bûsser dirige l'exécution avec l'intelligente 
précision et la communicative ardeur dont il a déjà 
donné tant de preuves. 

La mise en scène, très dignement élaborée, les décors, 
qui font honneur à M. Paquereau, les costumes, judi- 
cieusement dessinés par M. Dethomas, et les danses 
enfin, dont les adroites évolutions furent réglées par 
M. Staats, — tout contribue à une heureuse impression 
d'ensemble. Nous sommes persuadés que M. Rouché 
n'aura point à regretter d'avoir ouvert les portes de 
l'Opéra à cette attrayante comédie musicale, et que 
M. Silver retrouvera, dans le beau jardin du palais de 
Pétruchio, un nouveau Jardin du Paradis. 

René Brancour. 



LA SEMAINE DRAMATIQUE 

Maison de l'Œuvre. — L'Age heureux, trois actes de 
M. Jacques Natanson. 

Étude de jeunes gens par un tout jeune homme. Il 
paraît, en effet, que cette pièce fut écrite par M. Jacques 
Natanson alors qu'il avait dix-huit ans; il en aurait 
vingt aujourd'hui. 

M. Jacques Natanson mérite qu'on lui dise la vérité : 
il n'a point fait un chef-d'œuvre; on ne peut en faire un 
à cet âge tendre, lorsqu'on écrit une pièce d'observation : 
l'étude des sentiments contemporains demande un peu 
plus d'expérience, mais le jeune auteur reproduit bien 
les choses vues autour de lui avec assez de relief pour 
que ses personnages prennent figure : qualité primor- 
diale pour un auteur dramatique. 

Ce que M. Natanson a désiré peindre, c'est l'éveil de 
l'amour chez le jeune homme: si j'en crois son tableau, 
les manifestations n'ont guère changé depuis que j'ai 
quitté le lycée, il y a déjà quelques années. Nous avons 
tous connu en philo des Georges Tarnier, élève intelli- 
gent mais paresseux, se vantant, devant des auditeurs 
complaisants et admiratifs, de ses succès féminins; il fut 
aussi de nos camarades, ce René Béjart, naïf et tendre, 
proie facile à tous les romans; avons-nous assez blagué 
ces braves Lernain, studieux et forts en thème, bêtes à 
concours, dans la jeunesse desquels la femme n'occupe 



— 47 — 



LE • MÉNESTREL 



que bien peu de place : types bien connus, mais que 
M . Natanson a revêtus de fraîches et amusantes couleurs. 

En revanche, ce que nous ignorions autrefois, c'est le 
cynisme moderne des jeunes filles et des jeunes femmes. 
Entre-t-il tant de noirceur et de corruption dans le cœur 
des vierges d'après-guerre? les jeunes femmes sont-elles 
si calculatrices et prévovantes? Il faut le croire, puisque 
M. Natanson, qui doit bien les connaître, nous le dit. 
Il n'est pas le seul d'ailleurs, et je puis avertir charita- 
blement les jeunes filles que beaucoup de jeunes hommes 
qui s'amusent de leurs libertés en sont cependant effrayés ; 
ils ne se gênent point pour le confier à leurs amis plus 
âgés. Les demi-vierges du temps de M. Marcel Prévost 
n'étaient qu'une exception; espérons que M. Natanson 
exagère en nous insinuant qu'elles sont devenues la règle. 

Et puis M. Natanson n'a-t-il pas surtout vécu dans un 
milieu un peu spécial, mi-mondain, mi-artiste, où cer- 
taines attitudes n'ont point toute la gravité qu'il a cru 
devoir leur prêter? A dix-huit ans, on aime paraître 
sceptique et désabusé. 

Quoi qu'il en soit, il y a dans ces trois actes mieux 
qu'une promesse : on y trouve un commencement 
d'exécution, un bourgeon de talent qui ne demande 
qu'à éclore; je suis sûr que nous en verrons la frondai- 
son. 

La pièce est jouée fort bien par M. Lugné-Poé, par 
M"^^ Sarah Rafale et Jeanne Ùgalde, convenablement 
par les autres interprètes. Pierre d'OuvRAY. 



LES GRANDS CONCERTS 



Socîété des Concerts du Conservatoire 

Irai-je vous conter le libretto de la Symphonie fantas- 
tique? Non! — ou vous confier que la Suite en ré de 
Johann-Sébastien Bach décèle de grandes dispositions 
musicales chez ce compositeur? — Encore non! — ou vous 
affirmer que M"* Ritter-Ciampi est la plus exquise canta- 
trice que puissent rêver Mozart et S^int-Saëns — entré, lui 
aussi, dans l'immortalité, — pour Cosi fan tittte, Phryné et le 
Timbre d'argent? — Toujours non! — ou vous assurer que 
les Danses de Maroiif sont merveilleuses d'esprit et de 
grâce poétique? — Non! Non! — ou, enfin, que M. Phi- 
lippe Gaubert n'a pas discontinué d'être le chef excellent 
d'un excellent orchestre? — Non! Non! et non! — Je ne 
dirai rien de tout cela, attendu que le lecteur le sait aussi 
bien que moi, et je clos sur cet aveu cette chronique assu- 
rément superflue. René Brancour. 

Concerts-Colonne 

Samedi 28 et dimanche 2g janvier. — En ces deux 
séances, M. Gabriel Pierné « reprenait y des œuvres déjà 
par lui exécutées fréquemment et quelques-unes récem- 
ment. Samedi : l'Ouverture d'Iphigénie en Aiilide, de Gluck; 
la Procession nocturne, de M. Rabaud ; les deux préludes 
du Mas, de M. Canteloube, dont j'ai surtout aimé le pre- 
mier, tout empreint de poésie et de douceur; j'ai moins 
goûté le second qui veut peindre une fête et la joie des 
champs : beaucoup de procédés déjà connus; l'un et l'autre 
témoignent que le musicien est en possession d'un métier 
excellent. 

Et puis la Symphonie inachevée, de Schubert. Dans le 
mystère qui entoure et la composition de cette symphonie 
et le soin avec lequel elle fut dissimulée par son auteur (on 
sait qu'elle fut mise au jour quarante ans seulement après 
sa mort), il doit y avoir un drame. En écoutant ses thèmes 
émus, rompus par de brusques accords, où gronde comme 
une sourde colère, ne peut-on supposer qu'il y eut dans la 



vie de Schubert une passion profonde, contrariée ou inter- 
rompue et que, l'aimée, disparue ou envolée, Schubert n'a 
plus voulu toucher à l'œuvre qu'elle avait inspirée. Par une 
sorte de pudeur intellectuelle, rare chez les romantiques 
qui ne répugnaient point à étaler leurs souffrances et leur 
peine qu'ils se complaisaient à amplifier, il a peut-être 
gardé par devers lui cette relique d'un amour brisé. 

Enfin, M™= Martinelli chanta la mort d'Yseult. M"^ Mar- 
tinelli a une voix magnifique, presque trop riche, qu'elle 
devrait atténuer quelquefois, ce qui est facile. 

Dimanche, l'Ouverture de Fidelio, la Quatrième Sym- 
phonie de Beethoven, oii l'orchestre montra quelque hési- 
tation dans le scherzo,, le Concerto en mi bémol pour piano 
et orchestre de Beethoven, qui valut un gros succès à 
M. Robert Gasadesus, dont le jeu gagne tous les jours en 
sonorité et en moelleux, enfin une admirable exécution de 
la Mer, de Debussy, de la Berceuse de l'Oiseau de feu et 
de Feu d'artifice, de Stravinsky. 

Dimanche prochain : Harold en Italie, de Berlioz, qu'on 
entend si rarement, ce sera certainement une grande joie. 
Pierre de Lapommeraye. 

Concerts - Lamoureax 

A ceux qui, depuis 1920, le suivent dans la moindre de 
ses démarches avec une sympathie réelle, M. Paul Paray 
réserve sans cesse de nouveaux témoignages d'une progres- 
sion vers la maîtrise définitive, dont il sera, d'ailleurs, 
impossible de dire à quel moment précis elle se sera tota- 
lement affirmée, tant elle aura caractérisé dès les premiers 
concerts, telle un leitmotiv à la puissance multiple d'allu- 
sion, chaque exécution confiée à ce jeune chef d'orchestre. 
Si Mozart, Berlioz et Franck avaient trouvé spontanément 
en M. Paray un interprète soucieux de leur style et de leur 
poésie propres; si, ce dernier dimanche, le Rouet d'Om- 
phale et Shéhéra:^ade répondirent en lui à une qualité toute 
juvénile de fougue, qui se traduit tantôt par des jets nerveux 
et saccadés, tantôt par une élasticité plus ample, Beethoven 
et Wagner se voient conquis lentement, mais avec une 
audace et avec une sûreté grandissantes qui leur arrachent 
à chaque fois des traits particuliers dont, un jour très pro- 
chain, M. Paray nous livrera une synthèse. 

De la Huitième Symphonie en fa émana ce charme pas- 
toral qui, depuis la Sixième Symphonie jusqu'à la dernière 
Sonate pour violon, marque toute une période, assez resser- 
rée chronologiquement, mais où s'exprime le mieux le goût 
de Beethoven pour la nature et pour les joies champêtres. 
On y saisit quelle atmosphère de grâce rêveuse et de plai- 
sir le maître de Bonn devait respirer dans cette campagne 
viennoise qu'il aimait à parcourir : valses enrubannées du 
dimanche, sonneries de cors, courses en chaise de poste, 
dans ce mélange de frénésie et de mélancolie, il faudra, 
après la Scène au bord du ruisseau, attendre le troisième 
mouvement de la Neuvième Symphonie pour que la sym- 
phonie s'apaise en quelque adagio... 

Aux Adieux de Wolan — chantés avec une sobriété par- 
faite par M. Huberdeau — M. Paul Paray ôta tout caractère 
de scène détachée en plongeant l'orchestre, dès le début, 
dans une mer convulsée où grondent les derniers échos 
monstrueux du drame. 

Tant par la science d'une écriture qui demande au 
contrepoint les éléments les plus complexes que par la 
sincérité et par la noblesse de l'inspiration, le Choral de 
M. Charles Kœclilin est des rares « premières auditions » 
dignes réellem-ent de figurer sur un programme à côcé 
d'œuvres consacrées. Après un long prélude à l'orgue, où 
les registres graves pèsent d'une lourdeur de plomb comme 
une- angoisse sur notre esprit, s'engage dans l'éclat des 
trompettes un conflit entre deux sentiments, dont l'un reste 
vainqueur et plane dans un azur de sonorités aiguës. 

A cette œuvre de foi M"" Nadia Boulanger prêtait son 
concours en exécutant avec intelligence l'importante partie 
d'orgue. André Schaeffner. 



LE • MENESTREL 



Concerts-Pasdeïotïp 

La Symphonie en ut majeur de Paul Dukas est une 
œuvre de jeunesse ; toujours intéressante, elle est cependant 
inégale. Le premier mouvement, d'une fougue toute roman- 
tique, s'apparente comme allure générale à Mendelssohn. 
Il contient des rythmes très francs, des harmonies neuves... 
pour l'époque, mais la péroraison est beaucoup trop longue 
et s'entache de quelque vulgarité. L'Andante et l'Allégro 
spiritoso sont charmants. Bien que l'on puisse dire qu'à 
cette époque l'arbre bourgeonnait seulement, déjà plein de 
sève, et ne produisait pas encore les fruits magnifiques 
qu'il a portés depuis, — et encore... l'Apprenti Sorcier, ce 
pur bijou, est de la même année — -il serait à souhaiter que 
beaucoup de compositeurs soient capables, dix ans seule- 
ment après leur sortie du Conservatoire, de produire des 
symphonies de cette envergure. 

J'aime beaucoup le Prélude d'Armer de S. Lazzari. Les 
mystérieuses harmonies des Korriganes, le motif de la Mer, 
d'une grandeur sauvage, puis le thème d'Armor, le héros, 
éclatant tout à coup, majestueux, aux cuivres, sont les élé- 
ments d'une réelle beauté qui composent ce prélude, situant 
admirablement le drame dont le sujet est emprunté au cycle 
d'Arthus. 

Jacques Thibaud nous exécuta ensuite la Symphonie 
espagnole de Lalo. Cette œuvre convient admirablement au 
tempérament de cet artiste ; aussi ce fut un pur délice que 
de l'entendre. Quel phrasé délicat! Quelle virtuosité qui, 
souriante, se joue des pires difficultés! 

Onze rappels vinrent remercier M. J. Thibaud du plaisir 
de choix qu'il nous avait procuré. 

Le concert se terminait par la Marche hongroise de la 
Damnation de Faust, enlevée nerveusement par l'orchestre 
qui, d'ailleurs, avait parfaitement exécuté tout le pro- 
gramme. Jean Lobrot. 

CONCERTS DIVERS 

Société Nationale de Musique. — De M. Pierre Kunc, 
une Sonate en si mineur pour piano et pour alto offre une 
surabondance verbale qui gagnerait peut-être à se con- 
tracter sous la rigidité de quelque cadre dramatique, où, 
entre le récitatif si dépouillé du premier mouvement et 
l'exubérance fîorale du troisième, s'établirait un heureux 
équilibre. Cette Sonate de M. Kunc avait trouvé de par- 
faits interprètes en M. Louis Neuberth et en M"|^ Rachel 
Blanquer — celle-ci en particulier excellente pianiste par 
la virtuosité et la netteté rythmique du jeu. 

Après M. Alfredo Casella, après d'autres encore, M.Jean 
Cras a été tenté de tirer du Gitanjali de Rabindranath 
Tagore un recueil de mélodies. Cette entreprise, bien 
qu'elle nous ait donné en l'espèce une réussite musicale- 
ment honorable, nous semble fort discutable : elle deman- 
dait ce même effacement pieux auquel M. André Gide a 
voulu que se réduise son acte de traducteur et auquel un 
musicien de nos jours ne pouvait s'astreindre, à moins de 
ce renoncement total à des habitudes de jouissances sen- 
sorielles qui sont contraires à l'idée profonde de l'Offrande 
lyrique. 11 se peut que la richesse des images employées 
par Tagore soit bien trompeuse et que les mélodies que 
celui-ci a composées pour certaines de ses œuvres soient 
loin de nous procurer le même genre de satisfaction qu'en 
attend d'ordinaire un musicien épris de sonorités moder- 
nes. D'où cette erreur de prêter quelque sens trop 
concret aux mots qui n'ont été choisis que faute d'autres 
plus impalpables et de perdre parfois l'idée générale 
en un poudroiement de détails matériels et vains. Si 
M. Jean Cras a commis cette erreur, il l'a du moins fait en 
excellent musicien, et le talent probe de M™" Gabrielle 
Gilles nous a permis d'apprécier la juste valeur expressive 
de certains des poèmes. 

Mme Marguerite Long se joua des difficultés pianistiques 
dont M. Roger Ducasse avait parsemé avec un plaisir un 
peu abusif deux pièces : Sonorités et Deuxième Barcarolle. 

En son Trio en la mineur — très bien exécuté par 



M"« Hortense de Sampigny, M. William Van den Burg et 
l'auteur — M'ii^ Marcelle Soulage fit preuve des mêmes qua- 
lités de fraîcheur et de vivacité rythmique que nous lui 
connaissions déjà : une poésie jusqu'à présent un peu à 
fleur de peau y a tendance à s'approfondir. 

A. SCHAEFFNER. 

Idéal et Réalité (26 janvier). — Formant un intermède 
musical entre des séries de danses, trois jolies mélodies de 
M. E. de Marangue, interprétées avec talent par M"" Vau- 
thier, par un quatuor vocal et par quelques instruments, 
jetèrent leurs harmonies discrètes d'autant plus agréables 
qu'un silence trop prolongé les avait précédées. 

A. ScHAEFFNER. 

Orchestre de Paris. — Après la Sinfonia en ré majeur à^ 
Philippe-Emmanuel Bach, que M. Paul Vidal fit traduire 
par son orchestre de telle façon qu'elle souleva les bravos 
unanimes du public, ce fut l'audition du Concerto pour 
violoncelle de Lalo, œuvre souvent jouée, mais que l'on 
entend toujours avec un nouveau plaisir, tellement les 
rythmes en sont variés et la mélodie pénétrante. M"« Made- 
leine Monnier l'interpréta encore plus en musicienne qu'en 
virtuose, ce qui est tout à son éloge. Elle fut vivement 
applaudie. Un moment après, en remplacement du violo- 
niste Henri Moscovitz, grippé, qui devait interpréter la 
Symphonie espagnole de Lalo, cette jeune artiste accomplie 
obtint un triple rappel réellement motivé et par la profonde 
expression qu'elle mit dans l'exécution de VAria de 
J.-S. Bach et par le charme et la virtuosité avec lesquels 
elle joua la Sonate de Boccherini, ces deux pièces accom- 
pagnées au piano, avec discrétion, par M™« Monnier mère. 

La Shéhérazade de M. Maurice Ravel n'est certainement 
pas aussi éblouissante que celle de Rimsky-Korsakow, 
mais, en sa conception personnelle, elle nous a paru tout 
intime, avec son instrumentation fluide, aérienne, raffinée 
en un mot. M""^ Odette Talazac, avec sa magnifique voix 
de soprano et sa parfaite articulation, en a fait valoir, dans 
les trois pièces détachées : « Asie, la Flûte enchantée, 
l'Indifférent », toutes les subtilités avec une intensité si 
expressive que l'assistance lui fit un beau succès dont elle 
dut être satisfaite. 

Si l'on a assimilé avec juste raison, de son vivant même, 
Saint-Saëns aux grands classiques, on peut aussi ranger 
parmi eux les maîtres Théodore Dubois, Widor et Gabriel 
Fauré, qui ont également traité tous les genres. En effet, 
leur œuvre musical n'est-il pas des plus variés, de style 
châtié, fait de clarté, de parfait équilibre, de puissance, de 
profondeur et de grande élévation dans les idées? 

Telles sont les précieuses qualités qui nous ont paru le 
plus ressortir de la très belle Ouverture de Frithiof, du 
maître Théodore Dubois, qui fut exécutée à la fin du con- 
cert avec un soin des plus scrupuleux et une chaleur com- 
municative qui fit éclater les applaudissements de^^l'auditoire 
nombreux, dans lesquels étaient naturellement compris les 
valeureux exécutants et leur excellent chef, M. Paul Vidal. 

Paul TOURENG. 

Concert Yvonne Astruc (25 janvier). — Il faut louer 
M"^ Astruc d'avoir rompu avec la coutume des récitals et 
de nous avoir donné un beau concert où le programme, 
remarquablement composé, était exécuté par des artistes 
de tout premier rang : M™ Yvonne Astruc, M"= Balhori, 
M"« Nadia Boulanger et M'"= Youra Guller (l'ordre alpha- 
bétiqjae peut seul donner la priorité à l'une d'elles) et 
M. André Caplet. 

Le Concerto avec orgue, de Bach (M"" Nadia Boulanger 
à l'orgue), est une œuvre de grande et majestueuse envolée 
d'où la tendresse n'est point exclue. M'^^" Astruc sut en 
montrer non seulement la solide architecture mais aussi la 
souplesse et l'humanité, de même qu'à la fin du concert 
elle sut rendre l'aspect tourmenté de la Sonate pour piano et 
violon de M. Enesco. 

Cette Sonate de M. Enesco est fort bien écrite et le finale 
notamment, dont M"' Youra Guller joua pathétiquement 



— 49 



LE . MÉNESTREL 



la partie de piano, est plein de vigueur. C'est là un aspect 
qu'excelle à traduire M""^ Astruc. 

M"^ Bathori chanta un Pie Jesu et Reflets de Lili Bou- 
langer où se retrouvent l'originalité qui marque toutes ses 
compositions. 

On ne saurait trop dire la saveur des mélodies de 
M. André Caplet : elles ne ressemblent à aucune autre; on 
n'y sent point d'imitation : elles s'épanouissent à leur propre 
soleil. M"« Jane Bathori les dit fort bien. 

P. de Lapommeraye. 

Concert Vera Janacopulos (24 janvier). — Concert en 
grande partie consacré à la musique hébraïque. Pour se 
mettre en voix, M°"= Janacopulos avait chanté d'abord en 
russe des mélodies de Moussorgsky et des chansons 
anciennes; puis se déroula la série des chants juifs : la 
Fille de Jephté, A la Lune et Au Héros, de Schumann 
(en allemand), le Chant juif de Moussorgsky, la Chanson 
hébraïque de Rimsky-Korsakoff (en russe), les très beaux 
Poèmes juifs de M. Darius Milhaud (en français). Ce sont 
trois mélodies populaires, amples, colorées, vivantes; 
il semble que, du moment qu'il s'agissait de sa race, 
M. Darius Milhaud ait voulu être respectueux; jusqu'ici 
c'est peut-être ce qu'il a écrit de meilleur. Enfin, les 
fameuses Mélodies hébraïques de M. Maurice Ravel, Kad- 
disch (en hébreu) et V Énigme éternelle (en yidich). 

Au milieu de ces belles œuvres, on avait glissé la pre- 
mière audition de deux psaumes de M. Ernest Bloch, qui 
firent piètre figure. 

Quel que fui l'idiome dont se servit M"^ Janacopulos, 
l'intensité de sa diction, la variété de ses intonations per- 
mit à chacun de la comprendre. Elle anime tout ce qu'elle 
dit. 

jyjme Vera Janacopulos fut délicatement accompagnée à la 
harpe par M™*^ Roger Trêves. 

M"^ Schlepianoff tint le piano avec une distinction et 
une musicalité tout à fait remarquables. E. L. 

Concert Madeleine Qrey=Henri Moscovitz (28 jan4>ier). 
— M"<-' Madeleine Grey se fit entendre samedi dernier, à la 
salle Gaveau, dans des oeuvres de caractère différent : tout 
d'abord deux Cantates de Purcell et un air de Mupo Sce- 
vola de Haendel, où elle fit preuve d'un grand style; puis 
des œuvres modernes de Gabriel Fauré, Ravel, Debussy, 
qu'elle chanta avec une intelligence et une émotion qu'on 
ne peut guère souhaiter plus vives. Du sévère au plaisant, 
du grave au spirituel. M"" Madeleine Grey sut donner 
toutes les nuances, avec une juste mesure. Grand succès. 

A côté d'elle, M. Henri Moscovitz, toujours en progrès, 
joua un Rondo de Mozart, Aria de Bach et la Symphonie 
espagnole de Lalo, qu'il interpréta remarquablement, sans 
exagération de rythme, pas à la tzigane, à la française, 
c'est-à-dire avec joli son et beaucoup de charme. 

M. Wagner tenait le piano d'accompagnement; il le fit 
avec cette tenue et celte compréhension qui lui sont habi- 
tuelles. P. de Lapo.mmeraye. 

Concert Madeleine de Valmalète ° Gabriel Bouillon = Olav 
Svèrénus (26 janvier). — Les Chants Scandinaves, dont 
M. Svèrénus fut, en ce concert, le remarquable interprète, 
nous ont trop peu dépaysés. Des poèmes à la fois très net- 
tement situés et très généraux, — comme le Sommersang, 
de Welhaven, — les ont cependant inspirés ; mais l'atmo- 
sphère initiale ainsi créée par les vers n'a le plus souvent été 
prolongée par les compositeurs qu'à l'aide de procédés trop 
conformes à ceux de musiques étrangères. Dans le Mais- 
trofe, de Torjussen, il y a, d'ailleurs, une fraîcheur alerte 
qui à la fin s'épanouit en une floraison triomphale ; et dans 
le Februarmorgen, d'Alnès, une ardeur panlhéistique très 
fidèle au beau texte de Collet-Vogi. 

M. Gabriel Bouillon joue du violon avec fermeté et pres- 
tesse, et les difficultés mécaniques sont par lui aussitôt 
surmontées ; mais le son de l'instrument garde une sorte de 
rudesse et d'impersonnalilé, et tout élément de pathétique 
en est exclu. Tout ce qui est imitatif, transcription instru- 



mentale de murmures ou de bourdonnements, par exem- 
ple, est fidèlement retracé; et des œuvres telles que le 
Ballet de Rosamunde, de Schubert-Kreisler, ou la Salta- 
relle, de Wieniawski-Thibaud, sont mises en pleine valeur. 
En revanche, la Deuxième Sonate de Schumann demeure 
abstraite et comme resserrée. 

Le talent de M"« Madeleine de Valmalète, avec ses alter- 
nances de subtilité et de fougue, apparut pleinement dans 
Ondine ou Jeux d'eau, de Ravel, et dans ÏÉtude en forme 
de valse, de Saint-Saëns. J. Baruzi. 

Deuxième Concert Marcel Qrandjany (23 janvier). — Un 
concert, ou plutôt une série de concerts, car le lien entre 
les diverses œuvres exécutées était assez frêle, et également 
trop peu mis en évidence le rapport entre les talents des 
interprètes successifs. Or, il n'y a complète tentation d'art 
que si un programme témoigne d'un constant effort con- 
structif et si les sentiments et réflexions du public se grou- 
pent spontanément autour d'une sorte de dominante. Eût- 
on évité cette discontinuité, l'art tour à tour pathétique et 
nostalgique de M'°<= Olénine d'Alheim, chantant, accom- 
pagnée de M"" Dorothy Swainson, les Chants et Danses de 
la Mort, de Moussorgsky, puis, plus tard, quatre Mélodies 
de Debussy, se fût prolongé de façon plus vaste encore 
dans l'esprit des auditeurs. De même, en entendant 
MM. René Le Roy et Marcel Grandjany, ont eût plus inti- 
mement songé à ce que la beauté d'instruments tels que la 
flûte et la harpe recèle de mélancolique. Les œuvres capi- 
tales écrites pour ces instruments sont en nombre très res- 
treint ; et cependant il y avait en de tels timbres une ample 
richesse latente, qui eût pu orienter des hommes de génie 
vers des problèmes insoupçonnés. Là, comme en d'autres 
domaines, ce qui advint ne se réalisa que par le sacrifice 
de possibilités innombrables. Les Bucoliques, de Jacques 
Pillois, « sonatine pour flûte et harpe », que MM. Le Roy 
et Grandjany interprétèrent avec une fraîcheur et un élan 
qui semblaient rejoindre et continuer la fraîcheur et l'élan 
mêmes de la nature pastorale, montrèrent combien les sono- 
rités ainsi unies permettent de susciter de sentiments et de 
paysages. Des remarques analogues avaient été antérieure- 
ment suggérées par la Suite pour flûte, violon et harpe, 
d'Eugène Goossens, et par diverses œuvres pour harpe 
seule, — la Rhapsodie et les Deux Chansons populaires 
françaises de M. Grandjany, l'Impromptu de Roussel et 
la Ballade fantastique de Renié. 

Le Quatuor Merckel exécuta avec talent les Novelettes, 
de Glazounow, — et, avec le concours de M. Verney, cla- 
rinettiste, et de MM. Le Roy et Grandjany, {'Introduction 
et Allegro pour harpe, quatuor à cordes, flûte et clarinette, 
de Ravel. J. Baruzi. 

Festival de Musique moderne italienne (28 janvier). — 
Séance trop brève, car très nombreuses étaient les œuvres 
inscrites au programme. Il est vrai que deux d'entre elles 
n'ont pas été exécutées, sans que, d'ailleurs, eût été indiqué 
le motif de cette suppression. 

De Paribeni, Perrachio, Alfano, on eût aimé recueillir 
une impression moins fugitive, car leur inspiration apparut 
toujours vigoureuse et sincère. 

Malipiero fut plus favorisé. Les deux Poemetti lunari que 
joua M'"^ Denyse-Molié donnent, en effet, une idée assez 
précise de la diversité de son talent. En ces pièces, avant 
tout, un effort pour dépasser la simple notation pittoresque 
ou la facile et pâle rêverie. Plutôt est traduite Vinfluence 
lunaire, avec ce que l'on y croit distinguer tour à tour de 
stimulant et de maléfique. Au début du premier poème, 
une suite d'accords, qui s'élargissent bientôt; puis tout 
retombe, se ralentit, comme si quelque nuage avait amorti 
l'éclat astral. Ce qu'exprime le second poème, c'est, au 
contraire, semble-t-il, la réaction de l'être. Et voici, après 
de rapides bondissements, une sorte de vaste expansion, 
rappelant certaines pages de Liszt. 

Le Notturno de Respighi, avec son dialogue initial entre 
la lente mélodie que tracent les notes hautes et les notes 



LE • MENESTREL 



haletantes que la main gauche fait s'élancer, est également 
une œuvre d'un noble caractère. 

De Davico, M""^ Denyse-Molié joua le Sixième Notturno 
et M"" Germaine de Casiro chanta les Liriche giapponesi. 
Mélodies sur des poèmes elliptiques illustrant un aspect ou 
un sentiment. L'une des plus évocatrices est celle qui passe 
comme une interrogation en face de la mort. Quand cette 
mort sera venue, « aura rendu mon corps à la terre mater- 
nelle, que me restera-l-il qui soit encore à moi? » 

Un Trio de Babilla Pratella a été joué avec fougue et 
précision par M™" Denyse-Molié, Léonie Lapié et 
M. Yves Chardon. Œuvre inégale, qui tantôt donne trop de 
place à des développements, tantôt, au contraire, est ner- 
veuse et sobre. J. Baruzi. 

Concert Yves Nat-Krettly (23 janvier). — Nos lecteurs 
connaissent les mérites de ces deux artistes qui ont tant 
d'affinités : c'est dire que la séance du 23 janvier fut un 
véritable enchantement. La Sonate de Bach pour piano et 
violon, celle de Fauré, la première si différente d'écriture 
et d'inspiration, leur furent une occasion de montrer la sou- 
plesse de leur talent à la fois vigoureux et discipliné, tendre 
et poétique. M. Yves Nat avait joué seul deux charmantes 
compositions dont il est l'auteur, le Bûcheron et le Clown. 

E. L. 

M. Georges Jacob a donné, dans la salle du Conserva- 
toire, rue de Madrid, quatre séances d'un haut intérêt, au 
cours desquelles il a fait entendre une sélection d'oeuvres 
composées pour l'orgue par les maîtres les plus renommés 
de toutes les écoles, depuis i5io jusqu'à nos jours. 

Chaque programme comprenait des pièces des trois 
grandes époques, que nous désignerons par : primitifs; 
grands classiques; modernes. M. G. Jacob, avec un goût 
sûr, un style impeccable, une virtuosité superbe, une regis- 
tration appropriée, a tenu sous le charme un public nom- 
breux, choisi, qui l'a acclamé comme il le méritait. 

M. G. Jacob est assurément un de nos jeunes organistes 
les plus distingués. Théodore Dubois. 

Concert de M"^ Marthe Giaeste (Salle Pleyel, 28 janvier). 
— Pianiste experte et douée d'une grande souplesse de 
mécanisme, M"'^ Marthe Gineste s'est fait de nouveau 
apprécier dans l'interprétation de sonates classiques et de 
pièces romantiques. M. Auguste Chapuis, qui prêtait à cette 
séance son précieux concours, fut applaudi pour l'origina- 
lité de sa Suite construite sur la gamme orientale et aussi 
pour la musique dont il a si poétiquement enveloppé les 
Caresses de M. Jean Richepin, et dans laquelle fut fort 
goûtée la belle voix de M"" Malnory-Marseillac. Enfin, 
M. Emile Maçon, dont on connaît le remarquable talent 
d'altiste, joua d'irréprochable façon une Sonate pour viole 
d'amour, du xviui= siècle, et les Légendes féeriques de Schu- 
mann. Le programme, heureusement établi et agréable- 
ment varié, recvieillit, ainsi que ses interprètes, d'unanimes 
applaudissements auxquels nous joignîmes les nôtres de 
grand cœur. René Brancour. 

Voir à la dernière page les programmes des Concert& 



Le Mouvement musical en Province 



Angers. — Septième Concert populaire (6g4^). Festival 
Beethoven -Wagner. — Le légitime hommage qui vient 
d'être rendu à ces deux grands noms de la musique a per- 
mis à la Société des Concerts populaires d'enregistrer à 
nouveau un éclatant succès. 

C'est d'abord Beethoven avec l'Ouverture de Lêonore qui 
nous expose la noblesse de sa parole musicale, précédant 
directement cette émotive et incomparable œuvre qu'est 
la Symphonie Pastorale. L'orchestre en détailla remarqua- 



blement les nuances les plus subtiles, s'assurant ainsi une 
ovation aussi longue que méritée. 

Avec Wagner nous abordons la partie plus spécialement 
vocale : un fragment de Lohengrin, le rêve d'Eisa, et une 
grande partie de Siegfried, dont « le Chant de la Forge », 
acte I, et les scènes II et III du troisième acte entre lesquels 
s'intercalaient les « Murmures de la Forêt ». 

M"'= Germaine Lubin et M. Verdier, tous deux de l'Opéra, 
défendirent savamment les rôles qui leur avaient été con- 
fiés. De longues acclamations saluèrent à chaque reprise ces 
vaillants chanteurs qui, pour terminer, y associèrent 
M. Jean Gay, le très habile chef, à qui nous sommes tou- 
jours redevables de ces belles manifestations d'art. 

Grand-Théâtre. — Pour la première fois à Angers il nous 
a été donné d'entendre entièrement jeudi dernier cette 
œuvre magistrale de Wagner qu'est Tristan et Yseult. 

Nous ne saurions trop féliciter M. Coste, le sympathique 
directeur, d'avoir fait représenter cet opéra avec des inter- 
prètes de tout premier ordre. Yseult : M™° Germaine Lubin ; 
Brangaine : M"»" Daumas; Tristan: M. Verdier; Kurwenal : 
M. Blouse; le roi Marke : M. Meurisse. Une assistance 
nombreuse et choisie acclama longuement tous ces parfaits 
chanteurs. M. Cherubini, chef d'orchestre très distingué, et 
M. André, régisseur et metteur en scène des plus habiles, ont 
aussi droit aux plus sincères compliments. 

Unesecondeet dernière représentation auralieu jeudi pro- 
chain; nul doute qu'elle n'obtienne, comme la précédente, 
le plus unanime et le moins contesté des succès. 

Musique de chambre (quatrième séance). — Nous y avons 
applaudi M. Jacques Février pianiste, dans des pièces de 
Debussy, Henry Février et Chopin. Accompagnant 
M. Scëtens, violon solo de nos grands concerts, dans la 
Sonate de Gabriel Pierné et se mêlant plus intimement au 
Deuxième Quintette de Fauré, il nous révéla son jeune talent 
et fut très remarqué. 

Le Quatuor en si bémol de Haydn complétait cette séance 
très intéressante à tous les points de vue. L.-Ch.-M. 

Limoges. — MM. Jean Noceti, violoniste, et Paul Fiévet, 
pianiste-compositeur, viennent de nous donner une audi- 
tion très intéressante. M. Noceti, doué d'un tempérament 
d'artiste, fit valoir une technique de tout premier ordre. 

M. Paul Fiévet possède un réel talent de compositeur 
aux harmonies distinguées et fouillées. 

Le succès de ces deux artistes fut très grand. 

Narbonne. — Premier concert de la Symphonie Amicale. 
— La plus grande partie de ce concert était consacrée à la 
mémoire de Saint-Saëns. Nous avons remarqué que l'or- 
chestre dirigé par M. Fabre avait, cette année, un pupitre 
de premiers violons et de violoncelles très fourni et absolu- 
ment remarquable. — Nous pensons qu'il en profitera pour 
attaquer résolument des œuvres modernes un peu'plus diffi- 
ciles. 

Une cantatrice au timbre puissant, à la mimique expres- 
sive, M"^ Mary Cara, a chanté avec fougue des mélodies du 
maître que nous venons de perdre. 

Le clou était certainement le récital des deux virtuoses 
Roger Mendez et Pierre Montpellier, dont l'éloge n'est plus 
à faire. L'un, par l'élégance'et la pureté du style, l'autre, par 
l'ampleur et la puissance de sa sonorité, ont enthousiasmé 
l'auditoire. Nous espérons les entendre souvent cette année. 

B. E. 

Nice. — Théâtres et concerts convient tour à tour le public 
à des manifestations dont certaines sont d'un intérêt évident. 
Telles, par exemple, les représentations qu'avec les mêmes 
interprètes donnèrent de Manon, de Massenet, et de Manon 
Lescaut, de Puccini, nos théâtres municipaux, l'Opéra pour 
la première de ces œuvres, le Casino pour la seconde, qui 
d'ailleurs y fut créée le 19 mars 1909, pour la première fois 
en France et dans l'excellente version du regretté Maurice 
Vaucaire. 

Ces deux ouvrages furent interprétés avec beaucoup de 



5i — 



LE • MENESTREL 



bonheur par M"^ Kousaezofi, MM. Charles Fontaine, 
Vigneau et Francis Combe. 

— Au Casino, reprise chaleureusement accueillie de la 
Colomba de M. Henri Bûsser, où M"^ Lyse Charny se mon- 
tre inégalable. L'œuvre est belle et forte, d'une inspiration 
généreuse et d'une conception bien française. 

— Parmi les concerts, à signaler les belles séances de 
musique de chambre organisées par l'Artistique qui nous 
fit entendre MM. Georges Derbesy, les pianistes Andoci et 
Gil Marcheix, l'admirable Alfred Cortot, le violoncelliste 
Pollain et la parfaite violoniste Mary-Ange Henry. 

— A signaler l'Académie de Musique et de Déclamation 
qui vient de se fonder avec l'adhésion des membres de la 
colonie élégante de Nice, dont le violoniste polonais Zenon 
de Jakubowski est l'animateur et qui se propose de donner 
des séances sensationnelles. G. A. 

Nîmes. — Avec son dévouement habituel, M. Thouzellier 
s'est donné beaucoup de peine pour monter la Fête 
d'Alexandre. Cette œuvre de jeunesse n'ajoute rien à la 
gloire de Haendel. Elle était remarquablement défendue 
parl'éminente cantatrice M^^Mellot-Joubert, dont on admire 
toujours la science vocale, par M. Demaugane, à la voix 
généreuse, et par M. Fréville. 

— M. Reille, poursuivant son programme de musique 
italienne, a donné VOrfeo de Monteverdi, œuvre très inté- 
ressante, où ont été remarquées M^'^* Fabrègue et Puginier, 
M. Ducros. 

— Récital curieux donné par un jeunevioloniste, M. Spé- 
dalière. Quel dommage de nous avoir donné un tel pro- 
gramme, quand on possède des dons aussi sérieux ! 

— Belle soirée avec le violoncelliste Jacques Serres. Il 
eut en M. Louis Bonnet un admirable partenaire, fort 
apprécié ici. M"^ Fabrègue fut excellente dans les œuvres 
de Wagner, Gretchaninow, Duparc et Chausson. 

— Grâce à l'initiative de MM. Ricardon et Fontayne, 
nous avons entendu Cortot! Quel artiste et quel admirable 
poète! Tour à tour s'adressant à notre esprit, à notre cœur, 
il nous a profondément émus. 

L'orchestre du Conservatoire, sous la direction de 
M. Fontayne, donna au début du concert une bonne exé- 
cution de^rOuverture d'Obéron et iit aussi entendre V Aubade 
de Lalo. 

— Animée d'une pieuse pensée, M"^ Blanche Selva nous 
donna mercredi un récital en mémoire de ses trois amis : 
Bordes, Albeniz et Déodat de Séverac. Le jeu souple, spi- 
rituel, les sonorités variées de M"« Selva nous permirent 
de suivre les descriptions évoquées par les œuvres qu'elle 
interprétait. N. 

Rennes. — On ne chôme pas, la musique sévit avec rage 
en ce moment pour la joie des dilettantes. 

Jules Boucherit, le distingué violoniste, et Magdalena 
Tagliaferro, pianiste de grand talent, se firent entendre et 
applaudir dans des œuvres de Mozart, Rameau, Porpora, 
Beethoven, Bach, Francœur et Brahms, pour le concert de 
l'École libre de Musique (docteur Gaston Lavello). Beaucoup 
de monde. Grand succès. 

La deuxième audition des Concerts du Conservatoire 
valut, dimanche en matinée, au Théâtre, un triomphe pour 
la remarquable pianiste H. Krysanowska, dans le Concerto 
capriccioso de Théodore Dubois, et pour le baryton Huber- 
deau dans'les « Adieux de Wotan », !'« Incantation du Feu », 
de Wagner, et une mélodie de H. Duparc. L'orchestre, con- 
duit par J.-B. Ganaye, fit merveille dans la Marche héroïque 
du regretté maître Camille Saint-Saëns, la Symphonie ina- 
chevée en si mineur de Schubert. In memoriam mortiioritm, 
belle page de Théodore Dubois, et Ouverture dramatique, 
de J.-B. Ganaye, ont aussi obtenu tous les suflrages. 

G. P. 

Roanne. — Le premier concert de l'année vient d'être 
donné par la Société Philharmonique. Le désir de renou- 
veler ses programmes n'a pas été inutile à cette Société qui 
semble en progrès réel, et la Première Symphonie de 



Beethoven, suivie des Variations Symphoniques de Franck, 
ne parut pas au-dessus des forces de ses exécutants. 
M. Jean Henry y fit applaudir, une fois de plus, son solide 
et probe talent de pianiste. Les chœurs de la Schola, qu'il 
dirige avec dévouement, interprétèrent quelques œuvres de 
Chausson et de Fauré, et des chansons anciennes. 

— La liste des concerts de musique de chambre, depuis 
l'été dernier, se résume en une séance de quatuor, par 
d'excellents artistes locaux, M""= Dieudonné-CoUon, 
MM. Grau, Garangou et Soler, et, en novembre, deux réci- 
tals de piano, l'un par M. Reuchsel, toujours virtuose 
impeccable et froid, l'autre par l'admirable Ricardo Viiiès, 
qui s'est donné pour tâche de révéler à la province les 
maîtres modernes du piano, français, russes ou espagnols. 

J.-F. B. 

Strasbourg. — Peu d'œuvres symphoniques, assurément, 
sont mieux faites que le Faust de Liszt pour illustrer un 
point de contact indéniable entre musique française roman- 
tique et musique allemande moderne : dédiée à Berlioz et 
destinée à émouvoir Wagner, elle se trouve vraiment au 
carrefour des inspirations et des échanges. Ajoutons que le 
plus étrange, ce n'est pas qu'un Hongrois ait ainsi fait la 
liaison, dans l'histoire de la musique, entre- la fièvre pitto- 
resque de notre romantisme et le relief violent du germa- 
nisme montant; c'est que la France de i88o ait retrouvé, à 
l'écart de cette tradition-là et en défiance de ses dangers, 
les incomparables mérites d'intériorité et de lyrisme épuré 
que notre école franckiste remettra en si grand honneur. 

Cette remarque incidente me ramène à mon sujet. 
M. Guy Ropartz a été bien inspiré en nous donnant, au 
concert d'abonnement du ii janvier, cette pièce de résis- 
tance. Voilà une œuvre issue des années quarante qui, par 
la conception et les oppositions contrastées, a ses racines 
dans l'art français de la monarchie de Juillet, et qui, par 
son goût du coloris instrumental et du procédé pittoresque, 
fait prévoir le matérialisme orchestral de l'Allemagne fréné- 
tique : en dehors même de ses durables mérites, ce Faust 
offrait une excellente leçon de choses. M. Ropartz l'a con- 
duit avec une calme maîtrise qui faisait regretter parfois le 
sarcasme et le diabolisme de tels de ses confrères : je me 
souviens d'une audition où Nikisch déchaînait vraiment 
l'enfer dans les trilles et les triolets du s sempre allegro 
animato », faisait déchirer par l'archet de ses violons ou 
les pizzicati de ses cordes toutes les suavités, toutes les 
confiances, et même, dans la première partie, enfiévrait les 
plaintes de Faust de je ne sais quelle âpreté déjà démo- 
niaque. C'est plutôt le Liszt contemplatif et le chrétien 
final que M. Ropartz semblait mettre en tiers dans sa 
présentation d'une œuvre complexe. 

L'An Mil de M. Piemé terminait fort honorablement la 
soirée, avec, en entre-deux, le Lied de M. Labey pour vio- 
loncelle et orchestre, fort bien détaillé par M. Marvet, un 
peu long assurément pour un « lied », s'il doit s'agir sous 
ce titre d'une mélodie rappelant l'effusion de la parole 
chantante, et, de plus, le soliste était parfois couvert par 
l'orchestre. Les effets, dans le poème symphonique de 
M. Pierné, sont peut-être un peu trop balancés et prévus ; 
l'humour de la joie populaire, s'opposant au Kyrie des 
clercs, ne manque-t-il pas de truculence instinctive? L'en- 
semble n'en constitue pas moins une réussite excellente, 
dont la technique possède, à elle seule, son mérite et dont 
la couleur gardera son intérêt. 

Le troisième concert de musique de chambre, le 6 jan- 
vier, avait permis d'apprécier dans des œuvres connues de 
vaillants artistes locaux. Une séance réservée aux membres 
de la Société des Amis du Conservatoire, le i3, a mis en 
particulière valeur la personnalité de M. Lucien Chevaikier, 
musicien consommé et professeur dans l'active institution 
municipale. Personnalité qui sait s'exprimer de manière 
fort diverse et qui n'ignore aucune des techniques les plus 
modernes, mais que ses affinités profondes conduisent vers 
un art nerveux et cérébral plutôt que vers l'effusion ou la 



52 — 



LE • MÉNESTREL 



description : même les titres qu'il donne aux trois mouve- 
ments de sa Sonate en fa pour violon et piano, les subdi- 
visions de ses Plianthasmes, le pathétique tout intérieur de 
la Science suggèrent une sorte de prise de conscience per- 
pétuelle des choses de la vie. 

Hûtons-nous d'ajouter qu'il y a bien autre cliose dans cet 
art sincère; et ses interprètes de ce soir-là, ceux qui sont 
le plus étroitement associés à son activité et à son enseigne- 
ment, ont su mettre en valeur l'éclectisme de son inspi- 
ration. 

Un récital de musique vocale, le i8 janvier, ramenait deux 
d'entre ceux-ci devant le public strasbourgeois. Un peu de 
musique allemande — romantique, ^ — beaucoup de musique 
française — moderne : le moment approche où il paraîtra 
indiqué de doser la nationalité des programmes d'une 
façon qui permette aux « Français de l'intérieur » de s'ini- 
tier à certains noms d'outre-Rhin, et aux mélomanes 
locaux de constater que des artistes français peuvent aussi 
bien que leurs émules aborder un répertoire différent de 
leurs habitudes. M. Petit a, en particulier, une souplesse 
d'adaptation qui lui permettrait l'expérience, et la méthode 
de M"^ Lelorrain pourrait, elle aussi, s'y prêter. 

Deux séances de danse rythmique ont ajouté d'autres 
prestiges, dans le courant de ce mois, aux divertissements 
musicaux de la ville. Vous souvenez-vous d'une ingénieuse 
fantaisie de Camille Mauclair, comparant jadis le chef 
d'orchestre, avec sa gesticulation qui commande à la fois et 
obéit, à l'artisan qui, derrière une toile des Gobelins, fait 
naître le dessin voulu par le dessinateur? C'est un peu de 
la sorte que se présente, poicr la musique dont le rythme 
intérieur est évident, la mode de la danse mimée musicale- 
ment. jM'os Petit et M"iî Erb y déploient des grâces et des 
qualités différentes sans être opposées... 

Enfin, le 22 janvier — et tandis que le Théâtre Municipal 
a mis en scène la Basoche dans de louables conditions 
— audition du Messie de Hcendel à l'église Saint-Paul, sous 
la conduite de M. Niessberger. Quelques nuances contes- 
tables, du flottement aussi, dans l'orchestre et dans telle 
interprétation de soliste, plus habituée à la scène qu'à la 
rigueur de la polyphonie; mais un ensemble encourageant, 
d'autant qu'il s'agissait d'émouvoir les voûtes d'une église 
dont la mauvaise acoustique est légendaire. 

Fernand Baldensperger, 
Professeur à la Faculté des Lettres 
de Strasbourg. 

Toulon. — Concerts Classiques. — Le 7 janvier, M"" Mag- 
deleine Brard a donné, salle Lambert, un récital très appré- 
cié. La jeune artiste a enthousiasmé l'auditoire. 

Le 17 janvier, le maître A. Cortot se fit entendre dans un 
programme de choix. 

L'émotion, la puissance, le charme intense de son exécu- 
tion le firent rappeler plusieurs fois par un auditoire frémis- 
sant. ExCOFFIER. 

Le Mouvement musical à l'Étranger 



ALLEMAGNE 

Le célèbre chef d'orchestre Arthur Nikisch vient de mou- 
rir, à Leipzig, d'une crise cardiaque consécutive à un accès 
de grippe. 

D'origine hongroise, Arthur Nikisch était né le 12 octo- 
bre i855, à Lebeny Szent IMiklos. Élève au Conservatoire 
de Vienne, il était devenu, en 1878, second, puis premier 
chef d'orchestre au Théâtre Municipal de Leipzig. Quelques 
années plus tard, il dirigeait l'orchestre du Gewandhaus, 
de Leipzig, et celui de la Philharmonie de Berlin. 

De nombreuses tournées dans les deux mondes lui avaient 
assuré une réputation universelle. Paris se souviendra de 
lui comme d'un des interprètes les plus inspirés des grands 
classiques et surtout, peut-être, des grands romantiques, 
qu'il lui ait été donné d'applaudir. 



Il y a quelques jours, Nikisch rendait à Saint-Saëns 
dans une revue française, l'hommage le plus élevé. Nous 
apportons aujourd'hui à sa propre mémoire le juste tribut 
de notre admiration et de nos regrets. 

— Lettres et mémoires : parmi les publications récentes, 
on signale des lettres d'Hugo Wolf à M""= Rosa Mayreder 
et la seconde partie des Mémoires du ténor Léo Slezak. 

D'autre part, projetant une édition complète de la corres- 
pondance de Gluck, M. le docteur Erich Mûller (Dresde, 
A, 20, Wasastrasse, 141) prie les propriétaires de lettres 
manuscrites ou imprimées de Gluck, ou adressées à Gluck, 
de vouloir bien lui en communiquer le texte. 

— L'orchestre de l'Opéra de Berlin jouera trois fois par 
semaine, en été, au Lustgarten, pour reprendre le rôle que 
jouaient naguère dans l'éducation musicale du peuple les 
musiques militaires. Étant donné le caractère de ces con- 
certs, les musiciens renonceront à toute rétribution. 

Jean Chantavoine. 

ANGLETERRE 

Les Musical News and Herald se plaignent que la musique 
anglaise ne soit qu'à peine représentée aux Queen's Hall 
Symphony Concerts. Il souhaiterait que la direction de ces 
concerts eût l'activité, l'esprit de suite, le sens de la publi- 
cité qui font que la Fédération of British Music Industries 
est aujourd'hui si prospère. 

— Manchester possède un orchestre fameux en Angle- 
terre, le Halle Orchestra. Il a joué la suite symphonique 
que Strauss a tirée de son Bourgeois Gentilhomme. Bon 
accueil de l'auditoire ; avis partagés dans la presse. 

— Walter Dararosch, le « conductor » du New-York Sym- 
phony Orchestra, est en ce moment à Londres. Il a dirigé 
l'autre semaine le London Symphony Orchestra. Au pro- 
gramme, la Septième Symphonie de Beethoven et la Troi- 
sième de Saint-Saëns. 

— L'orchestre philharmonique de Prague (Tchéco-Slo- 
vaquie), sous la direction du chef d'orchestre anglais Adrian 
Boult, adonné récemment un concert de musique anglaise^ 
Le programme réunissait des ouvrages de genres différents. 
Deux Idylles de G. Butterworth y représentaient la 
manière simple; la Mêlée fantasque d'Arthur Bliss les com- 
plications harmoniques de l'école avancée; la Symphonie 
en mi bémol d'Elgar l'école conservatrice qui s'en tient à 
la technique de Liszt. Les English Singers, venus avec 
Adrian Boult, ont chanté des madrigaux et des arrange- 
ments de chants populaires. 

— Les directeurs de la British National Opéra Company 
ont invité l'autre jour à une réunion les représentants des 
grandes institutions d'enseignement musical. Instrumen- 
tistes et chanteurs, jusqu'ici, n'étaient guère engagés par 
un théâtre que sur audition spéciale, La British Opéra 
Company estime que cette méthode doit se compléter par 
une autre qui consiste à surveiller dans les principales mai- 
sons d'enseignement « l'éclosion de jeunes talents a dont 
la scène et l'orchestre d'un théâtre seront heureux de s'en- 
richir. Maurice Lena. 

ESPAGNE 

Almeria. — Au Cervantes, le commandant de cavalerie 
Verdugo (nom prédestiné, verdugo veut dire bourreau) a 
tué sa femme, la jeune actrice Concha Robles, durant une 
représentation. 

Verdugo avait pénétré dans les coulisses et lira sur son 
épouse au moment où elle entrait en scène. Concha Robles 
fit quelques pas, entre la vie et la mort, entre l'action fic- 
tive et le drame réel, puis vint s'abattre, expirante devant 
la rampe. En même temps, un second coup de feu retentis- 
sait dans la coulisse : le commandant Verdugo se suicidait. 
Des cris d'efiroi et des applaudissements éclatèrent dans 
la salle où une partie du public réalisait ce qui arrivait et 
l'autre s'imaginait un épisode de la pièce. Voilà un bout de 
sujet pour un librettiste secondé par un bon musicien, peut- 
être... 



— 53 — 



LE • MÉNESTREL 



Navarre. — Cette province a donné naissance à IVIaria 
del Villar, l'une des meilleures danseuses espagnoles de 
l'époque actuelle, bien qu'elle ne soit pas encore l'une des 
plus connues. Il faut admirer en Maria del Villar un culte 
profond et sans mélange pour la danse populaire. Lesjotas, 
il va sans dire qu'elle les exprime aussi naturellement que 
la lumière scintille sur les lignes paysagiques de son pays 
natal. Mais ce qui est surprenant surtout, c'est la façon 
dont cette Navarraise s'est adaptée à la chorégraphie d'An- 
dalousie, au style gitane en particulier. Il faut la voir évoluer 
dans les bulerias, gitanerias diverses, la cava de Triana, 
fiesta de los majos et certaine Granadina où je veux être 
garrotté si elle n'y a pas mis tout l'Orient, toute l'Asie et 
ce je ne sais quoi englobant tout, mélange d'atavismes en 
bataille, qui est l'Espagne simplement. Un coup de talon 
de cette vraie flamenca, les regards au sol, le sourire 
retroussé et les bras en couleuvres, et ça y est : ça y est, le 
paysage, la ville cuite dans son jaune et son ocre avec, çà 
et là {pif, paf!), des touches en force criarde et des relents 
grinceurs de guitares, bouges, coins de ports bariolés, 
arènes sous la canicule, et le sang et l'amour, et aussi une 
expression sacrée qui enveloppe l'ensemble de recueille- 
ment et l'espace. En somme, un art qui vous feraitdire des 
bêtises, comme j'en dis ici, tellement tout y est rapide dans 
le charme, frappant à la fois et insaisissable et tellement 
aussi, le terme est inutile, impuissant à côté de la vision. 

Raoul Laparra. 
HOLLANDE 

Au Concert de VEruditio Musica [de Rotterdam , 
M"^ Marie-Ange Henry vient de jouer avec succès le Coti- 
certo russe d'Edouard Lalo. 

— Le Quatuor Capet va entreprendre une tournée en 
Hollande et jouera dans les villes suivantes : Amsterdam, 
La Haye, Rotterdam, Nimègue, Heerde, Haardewijk, 
Eindhoven, Bois-le-Duc, Harlem, Utrecht, Hengelo. 

Jean Chantavoinë. 
ITALIE 
Rome. — Reprise à 1' « Eliseo» de Casta Susanna, l'opé- 
rette de Gibert. 

— Comme le faisait récemment notre confrère Henry 
Prunières dans la Revue Hebdomadaire, la Tribuna con- 
sacre un article à Stendhal amateur de musique. L'on sait, 
en effet, quelle prédilection l'écrivain avait pour cet art. 
Sans connaissance technique, il eut pourtant un jugement 
très ferme et très juste. 

Il fut un des premiers à parler de Weber à Paris, com- 
prit la vivacité de Rossini et laissa la palme à... Mozart. 

— AS. Cecilia, concert applaudi du violoniste Carlo 
Flesch, homo novus pour le public romain. 

— Soirée d'honneur à 1' « Eliseo » pour le maestro cav. 
Rino Maggioni, l'un des meilleurs chefs d'orchestre de 
l'opérette. Après le deuxième acte de Mapirka bleue, celui-ci 
conduisit les deux premiers mouvements de la Première 
Symphonie de Beethoven. Nul dôme que l'excellent musi- 
cien ne se soit montré un digne interprète du grand maître. 
Mais tout de même ime soirée Lehar-Beethoven-Lehar... 

— Le 26 janvier, au « Quirino », concert du violoniste 
tchèque Kocian. 

— Et, troisième violoniste, non le moindre, certes, 
Remy Principe, s'est fait entendre à 1' « Accademia Filar- 
monica » dans des œuvres anciennes et modernes. Parmi 
ces dernières : La Vergine alla culla de l'éminent composi- 
teur et critique A. Gasco. 

— Au Théâtre « dei Piccoli » se donne en miniature une 
« fiaba-zarzuela » des frères Quintero, dont la musique est 
du compositeur espagnol A. Vives. 

— La Petite Chocolatière, devenue opérette italienne 
(La Piccola Cioccolataia) par les soins du maestro Schi- 
nelli, se joue « au Quirino », après avoir obtenu maint 
succès à Milan, Trieste, Gênes, Turin. 

— Enthousiaste accueil pour Louise au « Teatro Verdi » 
de Turin. L'œuvre populaire de Charpentier est vaillam- 
ment conduite par le maestro Marinuzzi et chantée par des 



artistes tels que la Poliakova, le ténor Capuzzo, la basse 
Ludikan et le baryton Giraldoni. 

— En signe de deuil, tous les théâtres et concerts sont 
restés fermés le soir de la mort du pape. 

G.-L. Garnier. 
SERBIE 

Belgrade. — On a fêté ici solennellement le tricentenaire 
de Molière. Commencé un dimanche par une conférence 
de M. Bogdan Papovic, professeur à l'Université, il se ter- 
mina le mardi par une représentation du Malade imagi- 
naire avec les ballets et les intermèdes. 

Ce soir-là, M. Iliya Stanoywitch, qui joue depuis bien- 
tôt quarante ans les principaux rôles de Molière, fut décoré 
au nom du Gouvernement français. A. S. 

SUÈDE 
La vie musicale à Stocicholm pendant l'automne 1921. 

La saison passée s'est distinguée par une vive activité 
dans le mouvement musical, surtout à Stockholm. 

Le Théâtre Royal (l'Opéra) commença en août avec les 
œuvres suédoises Harvard Harpolekare, opéra de Kurt 
Atterberg, et Alvorna (les Sylphes), fantaisie chorégraphique 
de Natanael Berg. Macbeth, de G. Verdi, a été joué le 
i5 octobre dans de nouveaux décors et avec une- nouvelle 
traduction du Dr. Helmer Key, rédacteur en chef du Svenska 
Dagbladet. De la longue liste des représentations on peut 
signaler de bonnes reprises de Mignon (M™*Ebba Nystrôm- 
Strandberg), de Samson et Dalila, qui exerce toujours de 
l'attraction sur le public, surtout grâce aux décorations 
modernes et raffinées d'Isaac Grùnewald, de Myrtode 
(Mlle Gôta Ljungberg, artiste intelligente), du Barbier de 
Séville (M"= Greta Sôderman, pensionnaire de Jenny Lind, 
fut une charmante Rosine), de la Valkyrie (M'""= Nanny 
Larsén-Todsen), etc. 

Parmi les artistes d'opéra de passage, citons M. Georges 
Baklanoff et M^i^ Yvonne Gall. Deux concerts de la série 
annuelle d'abonnement de l'orchestre de l'Opéra méritent 
d'être retenus. M. Armas Jârnefelt, premier chef d'orchestre, 
y a présenté la Symphonie n" 7 de Beethoven, le Concerto 
pour violon de Brahms (Toscha Seidel) et Juventus, pièce 
symphonique de M. A. de Sabbata, bien instrumentée, 
mais qui manque un peu d'invention, et au second con- 
cert trois petits préludes de Palestrina, de Pfitzner, et le 
Concerto en sol majeur pour piano de Beethoven (Max 
Pauer, de Stuttgart). 

La Konsertfôreningen (la Société de Concerts) donne deux 
concerts par semaine (mercredi soir et dimanche après- 
midi) depuis le 1'='" octobre dans la grande salle de l'Audi- 
torium. On y entendit des œuvres suédoises, une sympho- 
nie de Franz Berwald, une pièce symphonique : Fràn de 
siora skogarna (Impressions des grandes forêts), d'Oscar 
Lindberg, ex Festspel de Hugo Alfvén, les Symphonies n"^ i 
et 2 de Kurt Atterberg, le Concerto en ré mineur pour piano 
de Wilhelm Stenhammar, et une i?/îap50(i/e de H. Melchers, 
qui conduisit son œuvre, ainsi qu'une Suite d'orchestre de 
J.-H. Roman (1694-175S), « le père de la musique suédoise ». 

L'art Scandinave était également représenté par Louis 
Glass (Symphonie svasticaj. Cari Nielsen {Symphonie n" 2 
et Hanedansj et Jean Sibelius (Symphonie n° 2). 

Parmi les œuvres des maîtres français citons la Mer de 
Debussy, le Tombeau de Couperin de M. Ravel, le Con- 
certo en sol mineur pour piano de Saint-Saëns (O. Wibergh), 
la Symphonie de César Franck, l'Ouverture de Benvenuto 
Cellini et la Marche de Rakoc^y de Berlioz. 

Parmi les solistes retenons MM. Joan Manén et Arthur 
Schnabel. 

La musique de chambre est entendue, soit à la société 
« Kammarmusikfôreningen », soit dans des soirées données 
par les quatuors étrangers. Parmi les derniers notons ceux 
de Budapest et de Prague (« Sevcik » ensemble), les Qua- 
tuors Sven Kjellstrôm et celui de Julius Ruthstrôm. 

La musique vocale est toujours aimée en Suède. Les 
Mattei Battistini, M. Montesanto, Dimitri Smirnoff et sur- 



-54 



LE • MÉNESTREL 



tout M"" Sigrid Onegin oni eu grand succès. Des récitals 
de MM. Augustin Kock, Josef Herou, Harald Falkman et 
M™"^ Gertrud Rydbeck-Olson méritent d'être signalés. 

Les chœurs d'hommes de Brooklyn, de Christiania et sur- 
tout celui de Prague (des maîtres d'école) ont visité notre 
pays. 

La société de chœurs « Musikforeningen » (chef: profes- 
seur Victor VViklund) a donné une reprise du Requiem de 
Mozart. La Société de Madrigaux (chef: M. Félix Paul) a 
donné d'intéressantes auditions. 

Le vieux maître Andréas Hallén a été fêté lors de l'anni- 
versaire de ses ji ans. 

Enfin, il faut ajouter les concerts donnés par les pianistes 
Nathalie Radisse, W. Kempff, Iris Tôrn et Kerstin Strôm- 
berg (soirées intimes), le violoniste Henri Marteau et l'orga- 
niste professeur Albert Schweitzer, etc. 

Patrik Vretblad. 

ÉTATS=UNIS 

Au Metropolitan, rentrée de Lucrezia Bori, l'exquise diva 
espagnole, dans la Bohème. « C'est la Mimi par excellence », 
déclare une revue, et quiconque a pu l'entendre, voilà deux 
ans, à Monte-Carlo, contresignera ce juste éloge. 

A ce théâtre, encore, nouvelles représentations de 
Louise, avec Géraldine Farrar, sous la direction magistrale 
d'Albert WolfT; et, sous o l'énergique et vivante direction » 
de ce même chef, première et grand succès du Roi d'Ys. 
Interprétation supérieure avec M""^^ Frances Aida (Rozenn), 
Rosa Ponselle (Margared); MM. Gigli (Mylio), le chanteur 
français Rothier (le Roi), Danise (Karnac), Ananian (Saint- 
Corentin). Magnifiques décors. 

— A l'Auditorium de Chicago : 

La Salomé de Richard Strauss. Triomphe de Mary Gar- 
den et de Muratore ; 

Thaïs avec Marguerite Navara qui, tout de suite, s'est 
imposée dans ce vàÏQ, qu'elle chantait pour la première fois 
à Chicago ; 

Manon, avec Edith Mason, que la presse déclare « ravis- 
sante » et qui retrouve dans cet ouvrage le même succès 
que chez nous, à l'Opéra-Comique. Parmi les autres inter- 
prètes notre baryton Maguenat, excellent Lescaut, à son 
habitude. Gabriel Grovlez a conduit Thaïs et Manon. 
C'était ses débuts à l'Auditorium, chaleureusement accueil- 
lis par le public et la presse. 

A ce même théâtre première de VAmour pour les trois 
oranges de ProkofiefT, auteur également du livret, qu'il a 
tiré d'un conte de Carlo Gozzi. Un prologue et quatre 
actes. Pièce fantastique, satirique et bouffonne. Quinze per- 
sonnages principaux d'importance à peu près égale. On a 
chanté l'ouvrage en français. Partition, dit la presse, origi- . 
nale, difficile; orchestration ultra-moderne. Prokofieff diri- 
geait lui-même. On a fait très bon accueil à l'ensemble de 
cette œuvre curieuse, et même un accueil particulièrement 
flatteur au second acte. Interprètes les plus remarqués : 
Octave Dud, qui se révéla aussi bon danseur que bon chan- 
teur, Defrère, Nicolay, Cotreuil. 

L'Auditorium a magnifiquement monté l'Amour pour les 
trois oranges. Il y a dépensé cent mille dollars. 

— Le pianiste Siloti, ancien chef de l'Orchestre impérial 
de Petrograd et qui fut élève de Liszt, a donné l'autre jour 
à New- York un premier récital avec Pablo Casais et le 
violoniste Paul Kochanski. 

— Pour honorer la mémoire de Saint-Saëns, le Boston 
People's Orchestra a donné un concert dont la Marche 
héroïque, la Danse macabre, le Concerto pour piano, en sol 
mineur, le ballet de Samson et Dalila et la Suite algé- 
rienne formèrent le programme applaudi par un auditoire 
enthousiaste. 

— Muratore fera cette année-ci une tournée de récitals. 
Dans l'un d'eux, à Chicago, il chantera pour la propagande 
de '( l'Alliance Française », l'association jadis créée par 
Foncin. 

— Sur les programmes des concerts qu'il a dirigés Vin- 
cent d'Indy a fait bonne place aux ouvrages de nos com- 



positeurs. A plusieurs noms que nous avons déjà cités 
ajoutons ceux de Paul Le Flem et d'Albert Roussel. 

— Succès considérable do Marcel Dupré à chacun de ses 
concerts. Il a joué, l'autre jour à New-York, des œuvres de 
Bach, de Franck, et la Symphonie gothique de Widor. Il 
avait ouvert la séance par une improvisation en forme de 
svmphonie sur des thèmes donnés par quelques musiciens 
de son auditoire. 

Marcel Dupré fera, l'an prochain, une nouvelle tournée 
aux États-Unis et au Canada. 

— Le Boston Symphony Orchestra vient de jouer avec 
grand succès un ouvrage symplionique. Rhapsodie sur un 
air persan, d'un compositeur américain, Stuart Mason. La 
critique salue avec joie ce succès d'un compatriote. 

— Le ténor américain Charles Hackett chantera, cette 
année-ci, à la Scala de Milan et à l'Opéra-Comique de 
Paris. 

— Nous avons dit récemment que, sur l'initiative, à Paris, 
du maître Philipp, et sous l'impulsion, aux Etats-Unis, de 
Rudolph Ganz et du Musical Courier, une souscription 
s'était ouverte afin de prêter assistance au compositeur 
Moszkowski, malade et sans ressources suffisantes. Dans 
cette même intention, un concert fut donné, fin décembre, 
au Carnegie Hall. Quatorze pianos sur l'estrade. Célèbres 
ou connus, quatorze pianistes ont alterné solos, duos, etc. 
Sous la direction de Walter Damrosch, un ensemble a 
réuni les vingt-huit mains pour « l'exécution tonitruante » 
de quelques pages de Schumann, Moszkowski et Schubert. 

La recette s'est élevée à près de i5.ooo dollars. 

— D'après le Musical Courier, Paderewski reparaîtrait 
prochainement à l'estrade. Maurice Lena. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



A l'Opéra : 

La première de la Mégère apprivoisée, dont nous rendons 
compte d'autre part, a eu lieu devant une salle extrêmement 
élégante qui n'a cessé de marquer sa joie par ses applau- 
dissements. Les artistes ont été fêtés, et si l'on eût écouté le 
public, plusieurs morceaux eussent été bissés. Le nom des 
auteurs a été accueilli de plusieurs rappels. 

On répète actuellement Frivolant, le ballet de M. Jean 
Poueigh dont le principal rôle sera tenu par M"^ Anna 
Johnsson, qui est en ce moment une des favorites du public 
et des abonnés de l'Opéra. Rappelons qu'elle vient de 
danser Hamlet et Coppélia où sa légèreté, sa grâce spiri- 
tuelle, sa virtuosité ont fait d'elle une exquise Swanilda. 

— A l'Opéra-Comique : * 

M. Ruhlmann reviendra la saison prochaine à l'Opéra- 
Comique comme chef d'orchestre. 

M. Ruhlmann avait provisoirement quitté Paris pour 
Bruxelles, où il avait fondé des concerts classiques. 

Tous les musiciens seront heureux de voir M. Ruhlmann 
de retour parmi nous. 

— Le tricentenaire de Molière va-t-il se terminer par des 
pleurs? A la suite d'un incident soulevé dernièrement à la 
Chambre par M. Archimbaud qui, en quelques mots, brefs 
mais violents, se montra fort dur à l'égard de nos corné- 
diennes et comédiens, M. Taurines a retiré sa proposition 
de loi portant attribution d'un contingent de croix de la 
Légion d'honneur. 

Sera-t-elle reprise par un autre député ou par le Gouver- 
nement? 

Cela n'a pas d'importance, sans doute, car nous sommes 
persuadés que toutes les bonnes volontés c}ui se sont mani- 
festées étaient pures et qu'aucune n'espérait de récompense. 

M.. Blair Fairchild, l'éminent compositeur américain, 

vient d'être nommé membre de l'Académie Royale de Flo- 
rence. 

Marcel Ciampi, qui remporte en ce moment un succès 

considérable en Espagne, donnera, à son retour à Paris, 
deux récitals, salle des Agriculteurs, les 3 et 8 mars pro- 
chain en soirée. 

j^me Garcet de Vauresmont fera entendre en deux 

concerts, les 3 et i3 mai, à la salle Pleyel, l'œuvre vocale 
entière de Debussy (œuvres lyriques exceptées). 



— 55 — 



LE • MENESTREL 



— Les concerts donnés par les Chœurs de la Chapelle 
Sixtine, retardés en raison des funérailles pontificales, 
auront décidément lieu : le 14 février^ à l'Opéra, et le 
i5 février, à la Madeleine. 

— La Ligue de l'Enseignement organise, au profit des 
bibliothèques populaires d'Alsace et de Lorraine, les mer- 
credis à 5 heures, du 1*'' février au 8 mars, salle Récamier, 
3, rue Récamier, une série de six conférences par M. Ch. 
Couyba, sur l'histoire de la chanson française du xv^ au 
xx" siècle. 

Les plus belles chansons de France seront interprétées 
par M""^ Dussane, de la Comédie-Française; Javotte Kinlys, 
de la Chanson Française; Seguy-Huguet, des Concerts 
Classiques; Esther 'Lekain, des Concerts Parisiens; 
MM. Hérent, de l'Opéra-Comique ; Dominique Bonnaud, 
de la Lune Rousse; René de Buxeuil, des Concerts Pari- 
siens; Guivel, des Concerts Populaires. 

Le vendredi à 4 heures et demie, en douze conférences, 
M. Tiersot fera également l'histoire de sept siècles de 
musique française; toutes ces conférences sont accompagnées 
d'auditions. 

Le lundi M. Camille Le Senne continue son feuilleton 
parlé. 

— Scission dans le Syndicat des comédiens : les uns 
veulent être autonomes et les autres continuer à être affiliés 
à la C. G. T., M. Carpentier est le secrétaire du Syndicat 
cégétiste et M. Mauloy secrétaire du Syndicat autono- 
miste. 

— Un grand concours international de chant d'ensemble 
aura lieu à Tourcoing les dimanches 11, 18, 23 juin et 
dimanche 2 juillet. 

Pour tous renseignements s'adresser à M. Charles Wat- 
tinne, 8, rue Gaspard, à Tourcoing. 

— La place de professeur de piano (classe supérieure) 
est vacante à l'École Nationale de Musique de Tours. 

Un concours ouvert aux deux sexes aura lieu à Tours à 
l'Ecole, 8, rue Littré, le jeudi 16 mars 1922. 

Pour tous renseignements, s'adresser, jusqu'au 8 mars, à 
M. Gravrand, directeur de l'Ecole. 

— Nous apprenons avec regret la mort de M'"'^ Schiden- 
helm, mère du pianiste Henri Schidenhelm. 

M""^ Schidenhelm était un remarquable professeur. 



BIBLIOGRAPHIE 



La Maison de Molière, connue et inconnue, par Emile 
Genest et E. DuBERRY, préface de M. André Rivoire, avec 12 gra- 
vures hors texte. — Librairie Fischbacher. 
Voici un ouvrage que se devront de posséder tous ceux qui 
aiment Molière et sa maison. Depuis la naissance de l'immortel 
comique nous l'accompagnons jusqu'à la tombe. Après le maître, 
la demeure, dont nous suivons «c les étapes », depuis le xvi' siècle 
jusqu'à nos jours. Les coulisses nous en sont ouvertes: décorset 
costumes, tableaux et statues, foyers et couloirs nous sont mon- 
trés, commentés, expliqués avec toute l'érudition et toute la 
bonne grâce désirables. En un mot, le mécanisme de cette puis- 
sante machine est démonté, pièce à pièce, devant nos yeux, et 
chacun de nous peut désormais proclamer, avec non moins d'as- 
surance que le personnage racinien : 

Conduit dans le sérail, j'en connais les détours. 
Joignez que tables et index, comme aussi inventaire bibliogra- 
phique, sont annexés à cet attrayant volume, et vous conclurez 
qu il doit trouver place dans la bibliothèque de tout amateur du 
théâtre, de l'histoire et des lettres. R. B. 



programmes des ^oneerts 

GRANDS CONCERTS 

Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 
5 février, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 
M. Philippe Gaubert). — Beethoven : Quatrième Symphonie. — 
Schubert : a) Le Sosie; b) Marguerite au Rouet (M"" IVIontjovet). 
— Mozart : Concerto en u^ma/>ur (M"* Youra Guller). — a^ Chaus- 
son : La Caravane; — b) Franck : Nocturne (M"= Montjovet). — 
Ravel : Daphnis et Chloé. 

Concerts- Colonne (samedi 4 février, à 4 h. 3/4, au Châtelet, 
sous la direction de M. Gabriel Piérné). — Hi;NDEL : Concerto 
grosso en ré. — Bach : Concerto pour piano en ré mineur (M"' Mar- 
celle Meyer). — A. Bruneau : L'Ouragan (Préludes). — Gabriel 
PiERNÉ : La Croisade des Enfants, la Mer méditerranéenne (M. G. 
Paulet). — Debussy : La Mer. 



Dimanche 5 février, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Festival Berlioz : Ouverture 
de Benvenuto Ccllini; — Béatrice et Bénédict, duo nocturne 
(M"" Alice, Allix et Germaine Filliat); — Harold en Italie; — 
Nuits d'été (M'" Alice Allix); — Roméo et Juliette, scène d'amour; 
— La Damnation de Faust, fragments. 

Concerts-Lamoureux (dimanche 5 février, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Schu- 
MANN : Manfred (Ouverture). — Maurice Desrez -.Retour du Prin- 
temps, i" audition (M. Paulet). — Beethoven : Neuvième Sympho- 
nie avec chœurs (M'"" Campredon et Hélène Mirey; MM. Paulet 
et Murano). 

Concerts -Pasdeloup (samedi 4 et dimanche 5 février, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhené-Baton). — Mozart : Le Directeur de Théâtre ; Concerto 
pour violon et alto (MM. Dorson et Jurgensen) ; Air des Noces de 
Figaro; Air de la Flûte enchantée (M»' Lydia Cutileigro). — 
Albert Roussel : Pour une fête de Printeinps. — Debussy : Pré- 
lude à l'Apr'es-Midi d'un Faune. — Ravel : Rapsodic espagnole. 
CONCERTS DIVERS 
SAMEDI 4 FÉVRIER : 

Concert Juliette Laval (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Marcel Lamarre (à 9 heures, salle Pleyel). — 
Œuvres de M. Marcel Lamarre. 

Concert Marika Bernard (à 9 heures, salle des Agricul- 
teurs). 

Schola Cantorum (à 9 heures, salle Gaveau). — Eros vain- 
queur, de Pierre de Bréville (i" audition à Paris). 

L'CEuvre Inédite (à 3 heures, salle Touche). 

Orchestre Nègre (à 3 heures, salle Gaveau). 
DIMANCHE 5 FÉVRIER : 

Orcliestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous 
la direction de M. de Lausnay). — G. Enesco : Rhapsodie rou- 
maine. — Liszt : Concerto en mi bémol (M. Harold Henry). — 
Marcel Rousseau : Noël berrichon. — Mendelssohn : Concerto 
pour violon (M"" Frigard). — Massenet : Ouverture de Phèdre. 

Concert Cécile Winsback (à 3 heures, salle Pleyel). 
LUNDI 6 FÉVRIER : 

Concert Leone Janko'wski (à 9 heures, salle des Agricul- 
teurs), avec le concours de MM. Crickboom et Suscinio; œuvres 
de Beethoven, Schumann et Franck. 

Concert Nova Barelli (à 9 heures, salle Gaveau). 

U. F. P. C. (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert de Musique Moderne (à 5 heures, salle Zaslawsky, 
io3, rue de la Pompe). — Œuvres de Rohozinski, Roussel, Goos- 
sens. 

MARDI 7 FÉVRIER : 

Société Philharmonique (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Lesueur (à 9 heures, salle Erard). 

Concert de M"" Prévôt (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Orchestre Nègre (à 9 heures, salle Gaveau). 

Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). 
Quatuor Bastide. 

Cercle Musical Universitaire (à 9 heures, à la Sorbonne). 
MERCREDI 8 FÉVRIER : 

Récital d'Orgue Marcel Dupré (à 9 heures, salle Gaveau). 

L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau). — Quatuors. 

Concert Walter Rummel (à 9 heures, salle des Agricul- 
teurs). 

Chœur Mixte de Paris (à 9 heures, salle Pleyel). 

Orchestre Nègre (à 3 heures, salle Gaveau). 
JEUDI 9 FÉVRIER : 

Concerts artistiques (à 4 heures, salle Gaveau). 

Quatuor Gapet (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Griset-Saint-Bris (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Marcelle Dubois (à 3 heures, salle Pleyel). 

Concert Binder (à 9 heures, salle Pleyel). 
VENDREDI 10 FÉVRIER : 

Concert Casadesus (à 3 heures, salle Pleyel). 

Concert Spirituel de l'Etoile (à 3 heures, église de l'Étoile, 
avenue de la Grande-Armée). 

Concert Rossotti (à g heures, salle Érard). 

Les Bonnes Soirées (à 9 heures. Hôtel Majestic). 

Quatuor Loiseau (à 3 heures, salle Gaveau). 

Concert de M"' Magd. Brard (à 9 heures, salle du Conser- 
vatoire). 

Société Olénine d'Alheim (à 9 heures, salle des Agricul- 
teurs). 

Orchestre Nègre (à 9 heures, salle Gaveau). 

Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 

Nos abonnés à la musique trouveront, encartée dans ce numéro, 
Gaillarde, de Charles Silver, extrait de la Mégère apprivoisée, 
coméd'ie lyrique en 4 actes, paroles de Henri Gain et Edouard 
Adenis. 

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Vendredi 10 Février 1922 



FONDÉ EN 1835 



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MUSIQUE ETTHETVTRES 



DIRECTEUR JT^CQUES HEUGEL 



DIRECTEUFL 

DE 1833À1Ô83 

J.L. HEUOEL 




DIRECTEUR, 

DE I883À1914. 

HENRIHEUGEL 



La Conception du drame eh' 

La Semaine dramatique : 

Gymnase : L'Ame en toile (reprise) 
Théâtre des Arts : L'Autre Plis . . 

Potinière : Baaco. 

Marigny : My Love 



Les Grands Concerts: 

Concerts du Conservatoire 

Concerts-Colonne 

Concerts-Lamoureux . . . 
Concerts-Pasdeloup. . . . 



SOMMAIRE 



OOUARD SCHNEIDER 



JACQUES HEUGEL 



PIERRE D'OUVRAY 



RENÉ BRANCOUR 
P, DE LAPOMMERAVE 
JEAN LOBROT 
A. SCHAEFFNER 



Concerts Divers. 

Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger : 

Allemagne JEAN CHANTAVOINE 

AnRleterre ... 1 "^"""'^ '■^'** 
Angleterre | ^_ ^^^^^ 

Belgique LUCIEN SOLVAY 

Espagne RAOUL LAPARRA 

Hollande JEAN CHANTAVOINE 

Italie G.-L, GARNIER 

États-Unis MAURICE LENA 

Échos et Nouvelles. 



♦ ♦ ♦ 

SUPPLÉMENT MUSICAL 

pour les seuls abonnés à la musique 



IVIUSIQUE DE CpflflT 

Nos abonnés à lâ musique de chant recevront avec ce numéro : 

CROIS EN MON AMOUR, MA PETITE REINE (chanté par M. Rambaud), de Charles Silver, 

extrait de La Mégère apprivoisée, comédie lyrique en 4 actes, paroles de Henri Gain et Edouard Adenis. 

Suivra immédiatement : Allons, je suis armé (chanté par M. Franz), de Gabriel Dupont, extrait d'Antar, 

conte héroïque en 4 actes et 5 tableaux, poème de Chekri Ganem. 



JHOSIQUE DE PIHIIO 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano : 

Tea Fllrtatlott, d'Edmond Laurens. 
Suivra immédiatement : Allegrador, paso-doble, d'Alfredo Barbirolli. 




Le Numéro : 

Iteztt nul) 

Qfr 75 



(Voir tes Quatre modes d'aiionnement en page 2 de la couoerture) 



ï^ 



J 



BUREAUX:RUEVIVIENNE 2bi5 PARIS (2?) 

TÈLÉPMONE:CUTENBERC I SS-Z3 
ADRESSE TÊLÉGRAPPIIOUE: M EN tSTRELPARiS 



L 



Le Numéro ; 

fttxte seul) 

fr- 75 



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I F MFNFSTPFI ■■ ' journal hebdomadaire - MUSIQUE ET THÉÂTRES - - 
"L iTlLl^L.t3 I IxLiLi „ = „ = = . Bureaux : 2"'», rue Vivienne, Paris (2») = 

CONDITIONS D'ABONNEMENT 

A l'année seulement 

Pour Paris et les Départements 

p TEXTE SEUL 20 fr. 

a" TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

3* TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au I" janvier) 40 fr. 

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HEUQEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2"% rue Vivienne, Paris (2*) 
La dernière création du Théâtre National de l'Opéra : 

LA MÉGÈRE APPRIVOISÉE 

(Taming of the Siirew) de Shakespeare 




Comédie lyrique en quatre actes 
d'après l'adaptation de p. DELAI R 



PAROLES de 



Henri GAIN et Edouard ADENIS 



La Partition : 

Chant et Piano 

Prix net : 40 francs. 



MUSIQUE DE 

Charles SILVER 



Le Livret : 
Prix net : 3 trancs. 



MORCEAUX DETACHES : 

Prix net9. 



ACTE I 
N"' r . — Catharina : Je suis un être insupportable {M"« Marthe 

Chenal) 4 d 

ACTE II 

2. — LoRKNzo : Crois en mon amour, ma petite reine 

(M. Rambaud) 3 50 

2 iw- Le même, pour baryton (en /a) 3 50 

3. — BiANCA : Tout en cet instant évoque cette heure 

(M»' Monsy) 3 » 

4. — Aubade aux mariés : Sous ses longs voiles blancs. » » 

5. — Gaillarde (piano seul) 4 » 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦4 



Padouana (piano seul) 4 

Forlane (piano seul) 5 



ACTE III 

8. — Catharina : Ce voyage, ce voyage (M"" Marthe 

Chenal) 5 » 

9. — Pétruchio : Elle dortl Oui, la fatigue l'a domptée 

(M. Rouard) '. 3 50 

ACTE IV 
10. — Catharina: Ahl comme il prend plaisir à m'irriter 

(M"- Marthe Chenal) 5 » 



AFFICHES ILLUSTRÉES 



Dupont (R.) 
Flameng (F). 

GOTTLOB. 

Grasset. 

L£ANDRE(Ch, 

Nadar (P.) 
Orazzi (M.) 
Orazzi (M.) 



- La Glu (Gabriel Dupont). 

- Grisélidis (J. Massenet), double colombier. 

- Les Pêcheurs de Saint-Jean (Ch.-M. Widor; 

- Werther (J. Massenet) . 
)- Panurge (J. Massenet). 

- Thérèse (J. Massenet). 

- Aben-Hamet (Th. Dubois) . 

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LE "MENESTREL 



4476. — 84° Année. — N"6. 



Vendredi 10 Février 1922. 



THÉÂTRE ET LITTÉRATURE 



La Conception du Drame chez Renan 



TONNERAi-jE mcs lecteurs en observant que le 
théâtre passe auprès d'esprits chaque jour 
plus nombreuK pour un genre inférieur? 

a C'est un fait, qu'on tient de plus en plus 
communément la production dramatique 
»«s*î' pour étrangère à la littérature, et j'entends 
encore de quel accent définitif deux écrivains parmi les 
plus notoires de l'heure présente m'affirmaient, voici peu 
de temps, qu'Ibsen, c'est de la littérature, et non pas 
du théâtre ». Comme je m'empressais de leur demander 
le nom d'une œuvre qui à leur avis fût vraiment du 
théâtre : — « Eh! s'écrièrent-ils, de vraies pièces de 
théâtre, nous n'en manquons point! » Ils me citèrent 
aussitôt un certain nombre de comédies légères, voire 
de vaudevilles et de farces fêtés chaque soir en des boites 
bien parisiennes, et ajoutèrent : « Le théâtre ne doit 
prétendre qu'à un objet : amuser! » 

Ces paroles, je ne les avais guère surprimes qu'aux 
lèvres du public que, par une bizarrerie des mots, on a 
coutume de nommer « legrand public». En l'occurrence, 
elles me hiissérent quelque peu déçu, car il m'apparut 
que ces intellectuels, si exigeants dans le choix de leurs 
plaisirs, se faisaient l'écho fidèle des gens qui ne deman- 
dent à l'existence que des joies plutôt faciles. 

En vérité, qu'il s'agisse d'intellectuels éprouvés ou de 
boulevardiers en quête de spectacles aptes à entretenir 
l'équilibre de leur rate et de leur estomac, il n'e^t pas 
possible de laisser s'accréditer une manière de penser 
qui n'aboutirait à rien moins que de ruiner dans l'esprit 
public la notion saine qu'il nous convient de posséder 
du théâtre. 

Le mouvement continu de la vie intellectuelle comme 
la tradition la plus sûre nous ont accoutumés à consi- 
dérer, au contraire, dans toute œuvre théâtrale digne de 
ce nom une production proprement littéraire. Nous ne 
comprendrions guère les gens soucieux de contester que 
les tragiques grecs, Aristophane, Plaute,Térence, Shake- 
speare, Goldoni, Molière, Racine, Marivaux, Beau- 
marchais nous ont légué, en même temps que des chefs- 
d'œuvre dramatiques, des créations littérairesau premier 
chef. Et, pour ce qui est du dernier siècle, je le demande : 
notre embarras ne serait-il pas étrangement pénible si 
l'on nous priait de discerner la part exacte des lettres et 
du théâtre dans l'œuvre dramatique d'un Musset, d'un 
Becque, d'un Jules Renard, d'un Ibsen, d'un Bjôrnson, 
d'un Wilde, d'un Shaw, d'un Tolstoï, d'un Tchekoé? 

Ces noms suffisent à répondre aux affirmations de nos 
deux écrivains et à ceux qui, trop nombreux, parlent 
comme eux. Et je crois qu'on ne peut commettre une 



erreur plus luneste aux intérêts de la littérature et du 
théâtre que de les opposer ou même de les séparer sans 
plus d'examen. 

La vérité, c'est que le théâtre, depuis trop d'années, 
est devenu la chose d'industriels spéciaux, d'exploiteurs 
sans scrupules dont l'argent et l'audace n'égalent que 
« l'illettrisme » bien connu. Ces primaires ou ces sous- 
primaires, les financiers, les épiciers fortunés et, depuis 
la guerre, les nouveaux riches, attirés par l'incontestable 
prestige que donne sur une foule crédule le fait d'appro- 
cher des actrices et de diriger une scène boulevardière, 
ont trouvé de la sorte à satisfaire des ambitions où l'art 
n'a que faire. En s'emparant de nos théâtres, en y 
apportant leurs habitudes professionnelles, ces estimables 
entrepreneurs en ont fait des établissements de lucre 
quand ils ne les ont pas transformés en officines du plus 
bas mercantilisme. Par un effet naturel, les auteurs de 
leur choix ne pouvaient être que des hommes leur 
ressemblant comme des frères. Leur présence a suscité 
la production de leur goût. Et cette production avilie 
qui,plusinsolemmentavec les jours, a occupé nosscènes, 
a contribué peu à peu à former dans l'esprit public lui- 
même inéduqué une image du théâtre dont on ne pour- 
rait le délivrer aujourd'hui qu'au prix d'un rude et long 
effort. 

Le théâtre n'a d'autre objet qued'amuser, affirme-t-on? 
Fort bien. Mais qui ne voit qu'entre l'amusement que 
nous donnent les Femmes Savantes et celui que prétend 
offrir tel sous-produit d'un Mouézy-Eon, d'un Gandéra 
ou d'un Yves Mirande, la comparaison devient apriori 
impossible? La claire et vivante comédie dont nosgrands 
classiques français nous ont livré la tradition constitue 
l'amusement le plus littéraire et le plus artistique qui 
se puisse imaginer. Les petites productions des hommes 
que je signale, parmi tant d'autres, ne sauraient favo- 
riser que la diminution du bon sens et de la santé 
morale de nos concitoyens. Amuser, distraire? Voilà des 
mots courants qu'il conviendrait de soumettre de nou- 
veau à l'examen! Aussi bien n'est-il que de se*rappeler 
la signification choisie que leur donnait notre xvn'= siècle 
pour comprendre qu'à l'instar de la sous-production 
dont je parle, ces beaux mots ont failli, eux aussi, dans 
le cerveau de nombre de nos contemporains. L'usage 
de la sottise et de la médiocrité ne va pas sans atteindre 
la masse d'abord, parfois aussi telles bonnes volontés 
dont l'indulgence devient une véritable complicité. 

L'erreur que l'on commet en proclamant une sorte 
de divorce entre le théâtre et la littérature est-elle due 
pour la plus large part à l'abaissement progressif que 
ce mercantilisme a provoqué dans l'esprit public? Je ne 
suis pas seul à l'avoir toujours pensé. Et, récemment, 
comme je relisais les Drames Philosophiques, j'ai trouvé 
une nouvelle confirmation de mon opinion dans la 
préface qu'y inscrivit Renan. 



-57 



LE • MÉNESTREL 



« La forme dramatique est de beaucoup la plus beiie 
forme littéraire b, dcclarc-t-il dès les premières lignes de 
cette préface. 

Renan pense que pour exprimer un certain ordre 
d'idées rien ne vaut le dialogue. Quelle forme se montre 
capable de mieux rendre les nuances et les oppositions 
de la sympathie et de l'antipathie, de l'amour et de ià 
haine, des sentiments et des passions qui se dissimulent 
plus ou moins hermétiquement sous l'aspect de l'idée 
et de la parole? Le dialogue devenant un moyen d'ex- 
position spontanée transporte en quelque sorte la pen- 
sée sur le plan sensible où se livre le duel des esprits, 
et, pour apparaître plus complet encore, plus achevé 
dans sa tendance et son objet, il ne lui reste qu'à s'ad- 
joindre un nouvel élément : l'action, c'est-à-dire l'in- 
vention d'une histoire, d'une légende, d'une intrigue où 
chaque idée prend un visage humain, l'incarne en un 
être vivant et se libère définitivement de la forme abs- 
traite accessible seulement à un groupe d'initiés. 

En nous présentant cet aspect du dialogue drama- 
tique, Renan, sans écrire le mot, ne songeait-il pas au 
théâire d'idées? Il est difficile d'en douter, surtout si l'on 
se rappelle que, bien plus que des peintures romaines, 
le Coriolan et le Jtiles César de Shakespeare n'étaient 
autre chose à ses yeux que « des études de psychologie 
absolue ». 

La démonstration que l'auteur de VHisioire d'Isracl 
nous a laissée de cette pensée, ce sont les Dranes philo- 
sophiques. Sans doute est-il permis d'estimer que le 
grand historien n'a pas atteint l'obiet qu'il poursuivait 
en les écrivant. Mais cela tient uniquement à ce que, si 
admirable psychologue fùt-il, — le5a/«/ Paul, XeMarc- 
Auràlc, l'Antéchrist ne le prouvent-ils pas souveraine- 
ment! — il ne possédait pas ledon d'animer les person- 
nages dramatiques avec l'intensité capable d'illustrer 
comme il convenait la vérité de sa thèse. C'était là, si 
l'on peut dire, déficience personnelle et non erreur du 
jugement. 

La pensée se manifestant par un fait ou par un geste, 
par une parole ou par une réaction de l'intelligence ou 
du cœur, voilà, n'est-il pas vrai, la condition en même 
temps que l'objet de l'œuvre dramatique. Mais il y faut 
ajouter un sens évocateur de la vie, un pouvoir d'exté- 
riorisation qui fasse de chacun des personnages du 
drame un être sur le visage et dans les gestes duquel 
nous découvrions spontanément le reflet de nous-mêmes 
et de nos semblables. Il faut encore que nous saisissions 
en eux cette indéfinissable vibration par quoi se mani- 
feste le mystère de nos profonds mouvements intérieurs, 
ceux que nulle parole humaine n'est capable de formu- 
ler ni de traduire. Et Renan exprime avec bonheur 
cette nécessité quand il écrit : c< La musique et les illu- 
sions de la scène lyrique serviraient admirablement à 
continuer la pensée, au moment où la parole ne suffit 
plus à l'exprimer, a 

Conception synthétique au premier chef, où la pensée 
rentre dans le tout humain dont elle n'est qu'un des 
éléments composants, mais où elle revendique la place 
qui légitimement est la sienne. « On arrive ainsi à con- 
cevoir, dans une humanité aristocratique où les gens 
intelligents formeraient le public, un théâtre philoso- 
phique qui serait un des plus puissants véhicules de 



l'idée et l'agent le plus efficace de la haute culture. » 
Humanité aristocratique? Sans dôme, au meilleur sens 
de terme. Pourtant, devant cette déclaration, comment 
ne pas songer à tel décret de la Convention qui, ne- 
visant qu'à atteindre un but proprement démocratique, 
définissait le théâtre comme le moyen d'éducation.ie 
plus direct et le plus efficace pour le peuple? Opposition 
tout extérieure 1 L'aristocratisme de Renan et le démo- 
cratisme de la Convention obéissent aux ambitions les 
plus sérieuses. L'un et l'autre s'accommodent mal de 
l'amusement tel que l'entendent nos actuels entrepre- 
neurs de théâtre, et il convient de reconnaître l'à-pro- 
pos avec lequel Renan affirme : « Un tel théâtre n'au- 
rait évidemment rien de commun avec le théâtre actuel 
{déjà! sa préface est datée de mars 1888), succédané du 
café-concert, où l'étranger, le provincial, le bourgeois 
ne cherchent qu'une manière de passer agréablement 
leur soirée. » Aussi bien, par un désir d'éclectisme 
inhérent à son caractère, concluait-il : « Il ne faudrait 
pas que cet honnête divertissement disparât, mais il y 
faudrait quelque chose de plus. » 

Quelque chose de plus? Qui ne devine ici le sourire 
du plus serein des sceptiques? Quelque chose de plus? 
Mais il y a tant dans ce quelque chose qu'on est tenté 
d'estimer, n'est-il pas vrai, que ce quelque chose est 
l'essentiel ! Et sa définition première s'impose plus for- 
tement à notre esprit : « La forme dramatique est de 
beaucoup la plus belle forme littéraire. » Nous nous 
rappelons de même sa conception du dialogue, celle du 
drame et celle de l'opéra où il prévoit la dernière 
expression delà philosophie moderne, sans oublier cette 
musique et ces illusions de la scène lyrique « qui conti- 
nueraient la pensée au moment où la pensée ne suffirait 
plus à l'exprimer ». 

Bref, Renan fait appel à tous les éléments sans les- 
quels nous ne saurions obtenir une image fidèle de la 
vie. Il veut que toute attitude, que toute pense'e con- 
coure à une action propre à ramasser l'idée où l'auteur 
prétend exprimer tel aspect de la réalité. Et, dans 
l'œuvre ainsi accomplie, il entend voir au surplus « la 
plus belle forme littéraire ». 

Ce que l'avenir semble devoir réserver à cette concep- 
tion synthétique, voilà, certes, une passionnante matière 
à réflexion et, peut-être, l'aborderons-nous en uii pro- 
chain article. Mais, dès maintenant, comment ne pas 
mesurer la distance qui sépare semblable conclusion de 
l'opinion des deux écrivains que je citais au début de 
ces lignes? Loin qu'il nous faille découvrir dans la véri- 
table formule dramatique quelque chose de radicale- 
ment opposé à la littérature, nous voulons y voir, 
comme Renan, une fusion étroite, quasi indiscernable 
avec elle. Nous ne craignons point d'affirmer qu'une 
œuvre théâtrale, impropre à répondre, dans une cer- 
taine mesure au moins, à la formule du grand écrivain, 
n'est pas vraiment du théâtre. Certes! c'est cette œuvre- 
là qui n'est pas du théâtre! An&%ï\Àen, pour atiester ie 
bien-fondé de notre prétention, n'avons-nous qu'à con- 
sidérer l'histoire des chefs-d'œuvre français et étrangers. 
Et puisque nous avons évoqué le nom d'Alfred de Mus- 
set, nous prouverions sans peine, — ce ne serait pas là, 
d'ailleurs, une démonstration nouvelle, — que ce n'est 
pas en qualité de poète, mais en tant qu'auteur drama- 
tique, que le père à'' André dcl Sarto et des Caprices de 
Marianne réalisa pleinement son génie d'écrivain. 

Edouard ScuNEmEK.» 



LE • MÉNESTREL 



LA SEMAINE DRAMATIQUE 



Gymnase. — L'Ame en Folie, pièce en trois actes de 
M. François de Curel (créée en 1920 au Théâtre des 

Ans). 

Le Gymnase s"iionorc grandement en reprenant cette 
très belle pièce de M. de Curel, dont notre collaborateur 
P. Saegel a fait un juste éloge dans le Ménestrel du 
9 janvier 1920. Œuvre très objective, consiruite uni- 
quement sur les données d'une intelligence rigoureuse 
et claire, baignée dans une atmosphère un peu dure, 
comme celle qui auréole les hautes cimes neigeuses, 
l'Ame en Folie n'en contient pas moins des morceaux 
d'un magnifique lyrisme, qui rappellent l'austère splen- 
deur de Lucrèce, et ouvre par moments sur la nature 
des choses, notamment sur les merveilleuses alchimies 
de l'insiinct sexuel, les vues les plus hardies et les plus 
profondes en leur dionysiaque mysticisme. Il faut noter 
l'heureuse modification que M. de Curel a apportée à 
la conclusion de son ouvrage : le squelette fantôme, 
répondant à la moribonde comme une partie objectivée 
d'elle-même, ne la désespère plus par son satanisme, 
mais, au contraire, la console doucement dans un délire 
où sont évoqués les anges. 

Des artistes de la création il ne reste plus que 
M""^ Mady Berry, parfaite dans le rôle de Blanche 
RioUe. Justin Riolle, c'est M. Chambreuil; il a bien 
compris le caractère de ce savant qui joint à un esprit 
aigu d'observation un besoin ardent de communier avec 
la nature. M. Jean Worms est un excellent Fleutet, 
^iic Provost une Rosa Romance piquante. Les rôles 
secondaires sont remarquablement tenus par M'"= Rienzi, 
MM. Numès, Montclair et Béai. Jacques Heugel. 

Théâtre des Arts. — L'Autre Fils, pièce en trois 
actes de M. Pierre Decourcelle. 

Voici un drame excellent, invraisemblable, comme 
tous les drames, mais si bien conduit, si bien fait pour 
émouvoir, qu'on ne regrette point les postulats qu'on 
est obligé d'accepter... pour ainsi dire sans s'en aper- 
cevoir; un drame où il n'y a point de traître, pas de 
femme brune fatale, où tous les sentiments sont beaux, 
les personnages bons, où la fatalité seule amène les 
catastrophes que la droiture et l'affection redresseront. 

Le professeur Fougeray, aujourd'hui célèbre et con- 
sidéré, a eu autrefois, d'une maîtresse, un fils naturel, 
Paul Lormont, qu'il n'a jamais vu, sa maîtresse ayant 
eu la délicatesse rare, quand il l'abandonna pour se 
marier, de lui cacher qu'elle allait être mère. Il n'apprit 
sa paternité que beaucoup plus tard, lorsque la mère 
mourut; de son mariage avec la fille d'un industriel 
lyonnais il a un fils légitime, Georges. Selon la tradi- 
tion, fortement inaugurée par Diderot et suivie par 
Alexandre Dumas fils, le fils naturel est un admirable 
sujet, laborieux, courageux; l'enfant légitime, au con- 
traire, est un garçon dissipé, recalé à tous ses examens, 
noceur, et qui fait le désespoir de ses parents. 

Le samedi i" août 1914, Paul Lormont vient trouver 
son père naturel pour luidemander une lettre de recom- 
mandation, car il va s'expatrier. A peine sont-ils en- 
semble que l'ordre de mobilisation est publié. Paul 
Lormont, comme Georges Fougeray, e'gaux devant le 
service militaire, vont rejoindre l'armée. 

Georges Fougeray, mauvais sujet en temps de paix, 



est naturellement un héros sur le champ de bataille; un 
jour il est blessé et transporté à l'ambulance où Paul 
Lormont est médecin auxiliaire. Celui-ci, aidé de sa 
jeune femme, une camarade de l'Ecole de Médecine, 
infirmière aux armées, soigne Georges avec un dévoue- 
ment admirable. Mais l'ambulance est bombardée, atta- 
quée, l'ennemi avance; au moment où Paul Lormont 
se penche sur le lit de Georges à l'agonie, il est lui- 
même blessé d'une balle ; Georges, dont l'état est déses- 
péré, est abandonné aux Allemands et l'on fait parvenir 
à sa famille la nouvelle de sa mort. 

M™* Fougeray, qui cherche de tous côtés des détails 
sur les derniers moments de son fils, apprend ce qu'a 
fait pour lui Paul Lormont; elle le fait venir, et bien 
qu'on lui découvre alors qui il est, en souvenir du dis- 
paru, elle recevra au foyer légitime « l'autre fils « avec 
sa femme et leur jeune enfant. 

Cette nouvelle famille apporte un peu de consolation 
dans le deuil des Fougeray. La vertu est toujours 
récompensée dans les drames de M. Pierre Decour- 
celle : Georges n'est pas mort. Pris par les Allemands, 
il a été miraculeusement sauvé par un major ennemi. 
Guéri et retenu prisonnier, il a tenté de s'évader; il a été 
mis au secret sans pouvoir écrire aux siens. Un jour 
enfin il réussit à s'échapper et débarque à Paris. Com- 
ment prévenir M'"^ Fougeray de cette bonne nouvelle, 
tout esta redouter, car « la joie fait peur »; M. Fougeray, 
Paul Lormont, la jeune M"" Lormont, dans une scène 
exquise, et qui tirera bien des larmes des spectateurs, 
préparent M™'= Fougeray et, quand Georges se montre 
enfin, il n'a plus qu'à tomber dans les bras de sa mère 
aux applaudissements frénétiques du public. 

Malgré les insistances touchantes de Georges et des 
Fougeray, les Lormont quitteront la maison ; mais ils 
iront habiter tout à côté, on se verra tous les jours, 
Paul travaillera avec son père, Georges continuera à 
faire la noce sous les yeux indulgents de sa mère. 

Souriez, sceptiques, en lisant cette histoire, mais je 
vous défie d'aller au Théâtre des Arts sans que votre 
cœur batte plus vite, sans que vos yeux deviennent 
humides. Et puis on ne s'imagine pas comme cela 
repose de la vie quotidienne, de voir tant de braves 
gens. Pendant deux heures, vous pourrez vous imaginer 
que l'humanité est excellente, que le destin seul est 
cruel; et tous ces personnages sont bons sans être trop 
grandiloquents, le minimum de tirades à effet : je n'ai 
aucune honte à avouer que j'ai passé une excellente 
soirée. 

Une interprétation remarquable ajoute aux mérites 
du drame. M""" Megard est une mère indulgente, digne 
dans sa douleur quand elle retrouve son fils; son cri est 
admirable de tendresse, de joie et de mesure. M. André 
Dubosc est un savant distingué, discret, plein de tact; 
M"^ Simone Frévalles est une jeune épouse fort jolie et 
qui sait être émouvante en restant simple. MM. Charles 
Boyer, Maury et Arvel, M'"' Jacqueline Leclerc sont 
très bons dans des rôles secondaires. 

Pierre d'OuvRAV. 

Théâtre de la Potinière. — Banco, comédie en trois 
actes et quatre tableaux de M. Alfred Savoir. 

Il est de par le monde des êtres, d'une volonté de fer, 
que les obstacles n'arrêtent point, au contraire, et pour 
lesquels la difficulté est un excitant : vivant un peu en 
marge de la société, ils font les héros ou les grands cri- 



— ?9 



LE • MÉNESTREL 



minels; nos conventions, nos lois sont des rets fragiles 
qu'ils brise it d'un geste. Tel est M. de Lussac. 

Au moment où le rideau se lève, M. de Lussac, 
depuis quatre-vingt-trois heures, est assis devant une 
table de baccara, dans un casino de bains de mer. Il 
taille, mais les pontes lui rognent sa fortune. Sa mal- 
îheureuse femme, mariée seulement depuis trois mois, 
attend devant la porte de la salle pour enlever son mari 
et le ramener à l'hôtel... et à une plus saine conception 
de la vie et du mariage. Singulière jeune femme que 
Charlotte de Lussac : elle connaissait, avant de l'épou- 
ser, les vies de son futur mari; mais il ne lui a pas 
dépJu d'essayer de lutter avec eux, de les vaincre et de 
dompter le fauve en l'introduisant dans la cage de 
l'union légitime. Jusqu'ici ses efforts ont été vains, mais 
elle aussi a de la persistance : elle attendra cent heures, 
s'il le faut, devant cette porte; elle arrachera son mari à 
la dame de pique. Malheureusement, une enquête, 
maladroitement menée par un commissaire de police, 
— pourquoi la police est-elle toujours maladroite au 
théâtre? — lui apprend que son mari a conservé une 
liaison et que. sa maîtresse l'a même suivi pendant son 
voyage de noces. Ça, c'est raide; le cas est fréquent 
cependant, dit la chronique mondaine. Du coup, Char- 
lotte, qui avait tout supporté, car elle aimait son mari, 
renonce à la lutte et demande le divorce. 

Lasse des aventures, elle épouse un brave gentil- 
homme campagnard de tout repos, Henri Deiiniéres, 
riche, pour lequel, en dehors de sa femme, la chasse et 
les chiens sont la seule distraction; et, dans un château 
du Périgord, Charlotte mène une vie calme, heureuse, 
sans histoires. Son premier mari, redevenu garçon, a 
pratiqué l'aviation avec la même frénésie que le bac- 
cara : c'est aujourd'hui un aviateur célèbre, officier de 
la Légion d'honneur; il va tenter la traversée de l'Atlan- 
tique. Les journaux parlent de ce raid et s'en vont dans 
la province lointaine exciter la jalousie rétrospective de 
Deiiniéres, qui ne connaît d'ailleurs Lussac que par sa 
renommée. 

Un accident amène au château de Deiiniéres deux 
automobilistes ; évidemment, l'un des deux ne peut être 
qu'Alexandre de Lussac, qui, au bout de quatre ans, a 
pensé à sa femme et, décidé à la revoir, a provo- 
qué l'accident, pensant bien qu'il serait recueilli au 
château de son successeur. Il se présente sous un faux 
nom; il est accueilli à bras ouverts par Deiiniéres. 
Charlotte ne le vend pas. Eh! eh! Lussac déclare à 
Charlotte qu'il est venu pour la reprendre, car, aux 
yeux de l'Eglise et du Pape, elle est toujours son 
épouse et il lui annonce brutalement qu'il ira la nuit la 
retrouver dans sa chambre. Oh I oh ! Charlotte refuse : 
voici la lutte engagée à nouveau entre le fauve et sa 
dompteuse. 

Pour arriver à ses fins, Lussac emploie tous les 
moyens : escalade, incendie de meules pour écarter le 
mari; il se trouve enfin seul avec Charlotte, dans la 
chambre de celle-ci; mais la lutte des deux volontés 
n'est, cette fois, plus égale : Lussac est en état d'infério- 
rité, car il désire sa femme; tout homme qui désire une 
femme devient son esclave : Charlotte joue de Lussac 
comme d'un gosse mal élevé, avec une clairvoyance, 
un sang-froid et une lucidité que Lussac a perdus; le 
jour se lève, il n'a rien obtenu et, honteux, c'est le cas 
de le dire, comme un renard qu'une poule aurait pris, 
Lussac, désemparé, avoue sa défaite : il est vaincu par 
ce qu'il aime. 



Ce que la violence, l'audace, la brutalité, les menaces 
n'ont pu faire, la douceur, les larmes, la faiblesse l'ob- 
tiennent; Charlotte tombe dans les bras de ce grand 
enfant qu'elle n'a jamais cessé d'aimer, elle aussi, et 
dont, par l'amour, elle compte désormais faire un 
homme. 

L'idée est jolie, elle est vraie. 

M. Alfred Savoir, qui fut, nul n'en ignore, l'heureux 
auteur de la Huitième Femme de Barbe-Bleue, excelle à 
traduire ces caractères de femmes, fortes de leur sensi- 
bilité môme, habiles à profiter du désir qu'elles provo- 
quent pour établir leur autorité et leur volonté. 

Le public, séduit par une action qui ne traîne pas, 
par des répliques étincelantes, a été un peu surpris du 
dénouement si brus luement amené après une si longue 
résistance : avouerai-je, — peut-être est-ce esprit de con- 
tradiction, — que je ne partage point cette surprise? 
Logiquement, le dénouement devait être tel : pendant 
toute la pièce, Charlotte a lutté non seulement contre 
son mari, mais contre son amour à elle, pour obtenir la 
victoire : dés l'instant où elle Pa gagnée, rien ne s'op- 
pose à ce qu'elle s'abandonne à l'homme qu'elle aimait, 
autrefois infidèle et inconnu, et qui lui revient aujour- 
d'hui soumis et glorieux. Et la chute est d'autant plus 
rapide que la résistance fut plus longue. Chez le& 
femmes, les détentes sont brusques. 

Le seul reproche qu'on pourrait peut-être adresser à 
M. Savoir, c'est d'avoir, en deuic ou trois scènes, donné 
à son héros des allures de goujat. M. de Lussac a de la 
race : il est des milieux où, même quand on est aviateur, 
on ne dit pas certaines choses lorsqu'on parle à une 
femme... fût-ce la sienne. 

La pièce est interprétée à merveille. M"'^ Charlotte 
Lysès ne laisse aucune nuance dans l'ombre : elle joue 
vrai. M. André Lefaur est un gentilhomme campagnard 
fort aimable et M. .Iules Berry a de l'autorité, de l'élé- 
gance et de la fantaisie. 

Je crois que nous ne retournerons pas d'ici longtemps 
à la Potinière, à moins que ce ne soit pour revoir 
Banco. Pierre d'OuvRAY. 

Théâtre Marigny. — My Love..., pièce en quatre actes 
de M. Tristan Bernard. 

Un oncle d'Amérique a laissé 12 millions à l'un de 
ses neveux, Renaud Verneau, sous la condition expresse 
qu'il épouserait, dans un délai fixé, Jeanne Arpin, fille 
naturelle du défunt, qui vit retirée à Avranches 
(Manche). Mais Renaud Verneau n'est pas le seul 
parent du testateur, il y a deux autres neveux, Lucas et 
Merlin, qui convoitent les 12 millions; il s'agit d'empê- 
cher Renaud Verneau d'épouser Jeanne Arpin : enlève- 
ment, substitution de jeune fille, tout leur sera bon, 
mais, inévitablement, leurs efforts seront vains et Jeanne 
tombera, juste à temps, en même temps que le rideau, 
mais dans les bras de Renaud, ainsi qu'elle le devait. 

Ne reconnaissez-vous point là l'une de ces intrigues 
bêbêtes et familiales qui font la joie des amateurs de 
cinéma et que, par le jeu du paradoxe qu'il adore, 
M. Tristan Bernard s'est amusé à projeter sur la scène? 
Pour peu que vous soyez au courant de la littérature 
classique contemporaine, et vous l'êtes tous, vous savez 
que M. Tristan Bernard professe pour l'intrigue le 
même mépris que Molière et qu'il s'attache surtout ù la 
« peinture des caractères de son temps », comme dirait 
un professeur de rhétorique. M. Tristan Bernard, qui 
promène dans tous les mondes son apparente noncha- 



60 — 



LE • MÉNESTREL 



lance, ses petits yeux clignotants derrière sa btirbe et 
son placide scepticisme, ne s'élève point aux caractères 
généraux qu'il est si rare de rencontrer : la synthèse 
n'est point son affaire; il s'amuse à noter les menus 
détails de !a vie quotidienne, il s'intéresse surtout au 
petit monde interlope qui gravite autour des hôtels, des 
cafés, des courses et des matchs sportifs, monde qui le 
séduit, par son allure pittoresque, son esprit spontané, 
sa populaire saveur et l'originalité de ses termes d'argot. 
Alors le « blanc et noir » de l'intrigue cinématographi- 
que disparaît pour faire place au jeu de chaudes et vives 
couleurs : la photographie devient un tableau. On ne 
peut redire l'esprit du dialogue, l'ironie des péripéties; 
il semble à chaque instant que l'auteur se plaisante lui- 
même. 

M. Deval a très joliment m.is en scène la pièce; ses 
décors sont gais et véridiques. M"'-' Germaine Risse a 
de l'esprit naturel, il lui était facile de mettre en valeur 
celui de l'auteur; M. Palau, en déclassé vertueux, est 
inénarrable et sympaithique; M. Puylagarde est naïf et 
tendre comme tous les amoureux. Citons encore 
M"" Denise Hébert, MM. Cazalis, Pizani et Vila. 

Pierre d'OuvR.vv. 

LES GRANDS CONCERTS 



Société des Concerts do Conservatoire 

Beethoven fat représenté par la Symphonie en si bémol, 
celle-là même que Mendelssohn avait choisie pour figurer 
au programme de son premier concert, dans la salle du 
Gewandhaus de Leipzig, le 4 octobre iS35. Je ne pense 
pas que le noble et charmant compositeur l'ait pu mieux 
diriger que ne le fit M. Philippe Gaubert. 

Mozart, en la personne de son Concerto en ut mineur 
pour piano, n'eut pas non plus à se plaindre de son inter- 
prète : IM"'' Youra Gulier l'exécuta avec une netteté qui ne 
fut pas dépourvue de quelque sécheresse. 

M™'^ Jeanne Montjovet mit son impeccable correction au 
service de Schubert, de César Franclc et de Chausson, et, 
pour terminer cette intéressante séance, la seconde Suite 
d'orchestre consacrée par M. Maurice Ravel à Daphnis et 
Chloé fut rendue par l'orchestre avec toute la délicatesse 
et l'esprit désirables. René Brancour. 

Concerts-Colonne 

Samedi 4 février. — Un Concerto de Hrandel pour qua- 
tuor, un Concerto pour piano de J.-S. Bach dressaient 
tout d'abord leur solide architecture musicale au seuil de 
ce concert. Grâce aux nuances harmoniques du quatuor et 
peut-être aussi au tempérament dramatique de Hœndel, 
l'œuvre de ce compositeur parut plus tendre et plus 
humaine que celle de son rival et contemporain. 

Le Concerto de Bach, plus sévère, sous les doigts respec- 
tueux de M""* Marcelle Meycr, resta un peu froid. Il y a là, 
sans doute, question d'instrument: le clavecin, pour lequel 
ces œuvres ont été écrites, avait un son moins tranché, 
plus près des harmonies du quatuor : le piano les dénude. 
Mme Marcelle Meyer n'en est point cause : elle possède une 
technique excellente, elle se range parmi les interprètes de 
Bach qui ne se permettent aucune fantaisie de mouvements : 
elle n'a peut-être pas tort, bien que certains prétondent que 
la monotonie risque de naître de tant d'égalité. 

Puis, quittant les réguliers du contrepoint, M. Pierné 
nous entraîna vers les descriptifs de la mer et nous montra 
celle-ci sous les espèces de MM.Bruneau, Gabriel Pierné et 
Debussy. 



De M. Pierné, nous entendîmes le commenccmeia de la 
troisième .partie de la Croisade des Enfants. Les enfants, 
partis de tous les points de l'Europe, arrivent à Gênes de- 
vant la Méditerranée, « cette mer sans flux ni reflux dont les 
plis sont bleus, qui est ourlée de blanc comme une robe 
divine, berceuse d'azur », et qui reçoit le fleuve où Jésus fut 
baptisé. C'est une mer de lumière, de joie et d'espoir. 
M. Gabriel Paulet chanta avec conviction les divines 
paroles du récitant : le public n'eut qu'un regret, c'est que 
le fragment fût si court. 

Plus âpre, la mer bretonne que M. Bruncau a peinte dans 
les Préludes de l'Ouragan; même dans la douceur des 
beaux jours on la sent inquiète; prête à bondir, sa longue 
houle, qui vient des lointains océans, a quelque chose de 
formidable en son apparent apaisement, et sa colère sau- 
vage et brutale brise et tue, puis se calme : c'est l'image de 
la vie. M. Bruneau a su rendre tous ces aspects avec la 
sincérité et l'ampleur qu'il met dans toutes ses œuvres; 
entre ces quatre Préludes on perçoit le lien intellectuel qui 
les unit;de sa volonté. 

Plus qu'aucune autre œuvre de Debussy, au contraire, sa 
i\/er mérite le qualificatif d' « impressionniste », et ceci ne 
comporte aucune critique. Elle est faîte de touches morce- 
lées, peu léchées, comme diraient les peintres, mais qui, 
par leur juxtaposition d'ensemble, donnent bien l'image de 
la mer, avec la transposition inévitable de l'auteur. 

Ce qu'on pourrait peut-être constater, et deux auditions 
rapprochées l'ont rendue plus tangible, c'est la répétition 
des procédés comme l'abondant usage de la harpe et de la 
flûte. Mais quel est l'auteur qui, inventeur d'une formule, 
n'en a point usé et quelquefois abusé? 

M. Pierné dirigea fort bien les classiques, mieux peut- 
être encore les modernes. 

Dimanche 5 février. — Festival Berlioz : M. Pierné 
n'avait pas cru devoir, pour des raisons d'équilibre do pro- 
gramme, sans doute, observer l'ordre chronologique, ce 
qui eût peut-être complété l'excellente leçon que donnent 
des séances do celte nature. L'Ouverture de Benvenuto 
Cellini est trop connue pour que j'en parle aujourd'hui ; il 
en est de même de Roméo et Juliette et de la Damnation 
de Faust où le public fit, selon un rite de longue date con- 
sacré, bisser la Marche hongroise. Les musiciens ne 
bougent même plus : ils savent qu'ils recommenceront. 

L'intérêt de la séance consistait surtout dans l'audition 
d^Harold en Italie, rarement joué dans nos concerts. Avant 
de l'entendre, je m'étais naturellement reporté au livre de 
notre collaborateur et ami Boschot; je dois même avouer 
qu'ayant commencé mes recherches, je l'ai lu en entier une 
fois de plus. J'y constatai que Berlioz paraissait avoir un 
faible pour cette œuvre; dans les nombreux concerts qu'il 
donna à l'étranger, il ne manqua presque jamais de l'in- 
scrire au programme. Elle lui rappelait, sans doute, le temps 
heureux, bien qu'agité, qu'il avait passé à la villa Médicis, ou 
plutôt à côté de la villa Médicis, car ses escapades furent 
nombreuses. Le personnage ténébreux et douloureux de 
Lord Byron eut une influence considérable sur la jeunesse 
romantique, et Berlioz, qui vibrait plus qu'aucun de ses 
contemporains, ne devait pas manquer de le considérer 
comme un modèle. 

Le personnage de Berlioz est un Tlarold assagi et ses 
promenades symphoniques dans la campagne de Rome 
n'ont point l'allure fatale et un peu morbide de Child 
Harold à "Venise. Le premier temps de la symphonie, avec 
sa rêverie que chante l'alto, évoque seule le héros tour- 
menté de Byron. 

Le pittoresque extérieur, au contraire, semble avoir 
séduit Berlioz dans la Marche des Pèlerins, la Sérénade du 
Montagnard et l'Orgie des Brigands, et la phrase d'alto 
qui revient en rappel indique seule qu'un être attristé 
contemple ces spectacles. 

On ne retrouve pas dans cette symphonie, qui date de 
1834, la richesse d'orchestration, le mouvement, la vie qui 
animent la Damnation de Faust. Berlioz n'est pas, évidem- 



LE • MÉNESTREL 



ment, en possession de tous ses moyens, mais on y sent 
craquer les formes anciennes; les recherches heureuses 
d'harmonie, de rythme, de timbres surgissent presque à 
chaque mesure. En écoutant l'Orgie chez les Brigands, on 
ne peut s'empêcher de songer à ce que doivent à Berlioz 
les grands musiciens russes, qui professaient d'ailleurs pour 
lui la plus sincère admiration. Dans aucune des partitions 
de Berlioz, peut-être plus que dans Harold, on ne touche 
de près les progrès qu'il a fait faire à la musique, et, pour 
en comprendre toute la valeur, il faut replacer l'œuvre au 
moment où elle fut composée. On a, depuis, fait beaucoup 
plus de bruit encore; on n'a pas écrit plus de musique. 
M. Lefranc a tenu avec autorité la partie d'alto et M. Pierné 
a conduit l'œuvre entière avec un sentiment des nuances, 
des oppositions et, dans la dernière partie, avec une fougue 
et une vigueur que Berlioz eût certainement applaudies. 

Au début du programme figurait un duo de Béatrice et 
BénéJict, l'une des dernières œuvres de Berlioz : le génie 
de l'aiiiste s'est apaisé et l'œuvre est marquée de cette ten- 
dresse, compagne de l'amour platonique qu'il nourrissait 
alors pour sa camarade d'enfance, devenue grand'mère. 
M"^ Filliat, de sa belle voix de contralto, et M"= Alice Allix 
l'interprétèrent dans une note exquise. 

Des trois mélodies que chanta seule M"« Alice Allix, 
l'Absence, à juste titre la plus connue, est la seule à retenir : 
les deux autres ne sont point sans agrément, mais c'est 
tout. 

Une belle séance, telle que nous en souhaiterions sou- 
vent, intéressante et instructive, qui nous sort des mor- 
ceaux perpétuellement joués et rejoués. 

Pierre de Lapommeraye. 

Concerts - Lamoureux 

Rien de nouveau à dire sur l'Ouverture de Manfred, si ce 
n'est que M. Chevillard la dirige parfaitement et que son 
orchestre la joue... divinement (ces deux adverbes joints 
font admirablement). 

Le Retour du Printemps de M. Maurice Desrez est un 
poème lyrique composé sur des vers (pas des meilleurs) 
d'André Chénier. 

Deux thèmes s'y opposent : celui de l'Hiver que dépeint 
une succession de quintes (vous pensez bien que les quintes 
entrent en jeu dès qu'il s'agit de dépeindre le froid hiémal; 
voyez plutôt le troisième acte de la Vie de Bohème) et celui 
du Printemps, « purement mélodique », dit le programme... 
et c'est exact. Ces deux thèmes sont exposés successivement, 
puis juxtaposés pour la péroraison. La partie vocale est 
très mélodique et bien venue et fut excellemment chantée 
par M. Paulet. 

Somme- toute, l'ensemble de ce poème est très heureux, 
orchestré agréablement et sans lourdeur. Ça n'est pas très... 
très personnel, mais cela témoigne de beaucoup de tact, de 
mesure et de goût, compliment qui n'est pas si banal qu'on 
pourrait le penser. 

La pittoresque Iberia de Debussy (j'aime mieux vous 
avouer franchement que je préfère celle d'Albeniz) fut exé- 
cutée correctement mais sans éclat, 

M. Chevillard donne, vous le savez, de la Neuvième 
Symphonie une interprétation vivante et très personnelle. 
Aussi cela marcha merveilleusement d'abord... 

Mais quelqu'un troubla la fête 
Pendant qu'ils étaient en train. 

Je ne vous dirai pas qui était ce quelqu'un... ni même si 
c'était un homme ou une femme Qu'il vous suffise de 
savoir que, dans le quatuor vocal, « une personne « s'obs- 
tina à chanter un demi-ton trop bas. Je sais combien la 
tessiture élevée de ce passage en rend l'exécution difficile, 
mais, tout de même, s'il est impossible de faire de jolis 
sons, on peut au moins chanter juste. C'est ce que firent, 
d'ailleurs très suffisamment, les chœurs. Et l'orchestre fut, 
en tous points, dignes des bravos qui le saluèrent et de son 
excellent chef Jean Lobrot. 



Concerts-Pasdelottp 

En ce Théâtre des Champs-Elysées, il est loisible de 
saisir combien la musique symphonique exige d'espace, de 
décoration et de lumière judicieusement apprêtées à la 
maintenir en quelque sorte diffusive et à n'en réduire point 
l'éploiemenl par un heurt à des murs étriqués ou surchar- 
gés. Et celle de Mozart tout comme une autre. De nos 
jours on en vante tant la discrétion et la préciosité qu'on 
oublie ce qu'elle rêvait justement d'espace, de faste théâtral 
ou bien de turbulence. Dans l'andante de la Symphonie 
concertante pour violon et alto, la grisaille des cordes, que 
les instruments à vent venaient pailleter de leurs sono- 
rités, Hottait comme un large décor autour d'une scène où 
dialoguaient deux personnages tragiques; le cadre se mou- 
vait, s'évasait en des perspectives trompeuses... Dans le 
presto de ce concerto, dans l'Ouverture des Noces de Figaro 
et dans celle du Directeur de Théâtre — courte musique 
de scène que Mozart composa en 1786 pour une comédi- 
nette — nous retrouvions au contraire ce style pétillant et 
impertinent d'opéra buffa, si proche encore, malgré tous 
les raffinements intervenus, de la farce napolitaine, et dont 
la vivacité rythmique produit en nous une excitation d'une 
qualité stendhalienne. Jamais rien de menu, aucune com- 
plaisance au goût d'un jour, aucune visée médiocre. On 
devine un homme d'une lucidité extraordinaire — presque 
douloureuse — donnant sans cesse, quel que soit le genre 
adopté, avec une hâte toujours très calculée la pleine 
mesure de son génie; chez lui, le don ne perd rien à être 
prodigué, car l'esprit reste attentif. (Et l'on pense à cet 
étonnant portrait anonyme — peint alors que Mozart 
n'avait que vingt ans, à l'audace froide de ce regard!) 

Tenons gré à M. Rhené-Baton d'avoir inscrit à son pro- 
gramme des œuvres de Mozart aussi peu divulguées que la 
charmante ouverture du Directeur de Théâtre et la belle 
Symphonie concertante en mi iénjo/ ; cette petite manifes- 
tation mozartienne lui valut, ainsi qu'aux brillants solistes, 
MM. Ch. Dorson et Philippe Jurgensen et — dans les 
Noces de Figaro — M""" Lydia Cutileiro, des applaudisse- 
ments très mérités. 

Le concert se termina par trois bonnes exécutions du 
Prélude à l'Après-Midi d'un Faune de Debussy, de la 
Rapsodie Espagnole de Ravel et de Pour une Fête de Prin- 
temps de Roussel — trois états successifs de notre harmo- 
nie moderne au travers desquels les amateurs de casse- 
tête auraient de quoi relever les progrès d'une polytonie 
de plus en plus flagrante. André Schaefi'ner. 

CONCERTS DIVERS 

Orchestre de Paris. — M. Georges Enesco n'est pas 
seulement le réputé violoniste que l'on sait, c'est, au sur- 
plus, on ne l'ignore pas, un compositeur d'une certaine 
valeur. Sa Rhapsodie roumaine, qui figurait en tête du pro- 
gramme de dimanche dernier et dont les thèmes ont, sans 
doute, été puisés au folklore de sa patrie, est une sorte 
d'évocation du milieu dans lequel évolue le peuple rou- 
main, tour à tour joyeux, exubérant ou mélancolique, et 
qui ne manque ni de saveur, ni de couleur. Dirigée fort 
consciencieusement par M. G. de Lausnay, elle reçut un 
accueil favorable de la part du public. 

M. Harold Henry se mesura ensuite avec le redoutable 
Concerto en mi bémol, pour piano, de Liszt, et, après une 
lutte hérissée des plus hautes difficultés, en sortit vainqueur 
aux grands applaudissements de tout l'auditoire qui l'obli- 
gea à ajouter un morceau au programme. 

Suivait l'audition d'un très intéressant Noël berrichon de 
M. Marcel Rousseau, suite pittoresque de cinq petites 
pièces : i" « Danse et chanson sur la grand' place », d'une 
piquante originalité et d'une couleur locale tout à fait 
caractéristique; 2" «Veillée de minuit»; 3° <i Refrain de 
Noceux », d'une allure très humoristique, que le basson, 
principal interprète, mit, on ne peut mieux, en relief; 
4° « Les Promis », d'une grâce naïve, que le violoncelle et 



62 - 



LE • MÉNESTREL 



la clarinette rendirent avec un tel charme que l'on dut les 
bisser; 5" « Assemblée », bâtie sur le thème de la fameuse 
chanson « Au paj's du Berry », d'une verve et d'un entrain 
véritablement endisblés et qui forme la conclusion de cette 
œuvre tout à fait spéciale, au goût de terroir très accentué, 
et qui a recueilli les suffrages unanimes de l'assistance. 

Comme il y avait longtemps que nous n'avions eu le 
plaisir d'entendre le Concerto pour violon de Mendelssohn, 
c'est-à-dire depuis le dimanche i8 décembre, on crut devoir 
nous en donner une nouvelle audition. M"" Frigard, qui 
possède un mécanisme de toute sûreté, l'exécuta avec un 
excellent style et y remporta, à son tour, un vif et légitime 
succès. 

L'Ouverture de Phèdre de Massenet, dirigée et exécutée 
brillamment, clôturait la séance. Paul Toureno. 

Récital Youra auller. — Un Concerto de Friedemann 
Bach, ce Carnaval de Schumann où dans une série de fan- 
tasques oppositions tantôt pirouette et tantôt rêve une 
capricieuse, mais savante fantaisie, du Chopin, deux danses 
de Brahms, des pièces d'Albeniz et de Granados. 

Il y fallait et M"» Guller y dépensa l'exquise diversité 
d'un talent où s'unissent à la maîtrise technique l'esprit, la 
grâce, aussi la force, et ce don suprême d'émotion qui, tout 
de suite, « prend » et garde une salle. 

Tout ce bel art, d'ailleurs, sait rester simple, sobre. Je 
ne crois pas qu'on puisse jouer une mazurka de Chopin 
avec un sens plus naturel et, cependant, plus subtil de son 
rythme plus complexe. Élève du maître Philipp, M"'' Guller 
n'est-elle pas — c'est une opinion qui, certes, se répand — 
l'une des premières, des toutes premières d'entre les pia- 
nistes femmes? Maurice Lkna. 

S. M. I. (St" Concert, 2 février). — Tout d'abord, 
brillamment jouée par MM. Loyonnet et Livio Boni, une 
Sonate pour piano et violoncelle, l'œuvre la plus person- 
nelle peut-être et la plus vigoureuse que Pizzetti ait com- 
posée. Écrite en 1921, elle esldiviséeen trois parties : Largo, 
— Motto concitato ed angoscioso , — Stanco e triste; largo, 
et semble traduire les phases multiples d'une lutte intérieure, 
tantôt actuelle, tantôt remémorée, que symbolisent non seu- 
lement divers thèmes, mais les sonorités tour à tour rivales 
et concordantes des deux instruments. Particulièrement 
puissante apparaît, durant le deuxième mouvement, l'évo- 
cation d'une sorte de désarroi et d'orage de la pensée, — 
évocation que les interprètes surent présenter en tout son 
vertige farouche. Non moins significatif le début du stanco 
e triste, alors que le piano se tait et que le violoncelle tout 
à la fois affirme sa volonté de solitude et se lamente de cette 
solitude réalisée. 

M""= Carleys chanta ensuite avec grande finesse deux 
mélodies de Trepard : Dans le parc de Chantilly et Com- 
plainte de cette bonne lune, ingénieux commentaire musical 
du poème de Jules Laforgue; et M. Loyonnet joua un Hom- 
mage à Debussy de M. de Seroux, œuvre sincère, où 
l'admiration ne dégénère jamais en abdication d'indépen- 
dance. Après avoir donne leur couleur exacte à une série 
de pièces de M. Léo Sachs : Effluves ei Préludes, il seconda 
par un accompagnement subtil le talent précis et ardent 
d'un jeune artiste japonais, M. Yoshinori-Matsuyama. Sur 
le piano, on pouvait apercevoir le manuscrit que, peintre 
en même temps que musicien, cet artiste avait orné de cou- 
leurs et de formes, — prolongeant ainsi plasiiquement les 
mélodies populaires qu'il recueillait et transcrivait, attentif 
à ne rien laisser dépérir de l'inspiration originelle. Grjce à 
un magnifique don de chanteur, M. Yoshinori a par sur- 
croit le pouvoir de soulever lors de ces pages précieuses 
cette inspiration lointaine; cl, d'une voix tour à tour péné- 
trante, puis comme nimbée d'ombre, il fit pénétrer en l'esprit 
d'auditeurs aussitôt captés la mélancolie ou l'allégresse de 
Cinq Mélodies japonaises. 

Le concert se termina par les Équinoxes, de Grassi, — 
œuvre à la fois tumultueuse et dominée, qui mériterait une 
longue et minutieuse analyse et que joua avec puissance 



M™" Eminger-Sivade, — et par le Quatuor a cordes en fa 
mineur de Lucien Durosoir, dont les qualités de sobre émo- 
tion furent mises en évidence par le Quatuor Krettly. 

Joseph Baruzi. 

Premier Récital Numa Rossotti {1'^ février). — Une plus 
profonde unité artistique sera réalisée sur la terre quand 
les contrées qui ont coutume d'appeler vers elles les plus 
célèbres musiciens d'Europe enverront également vers nous 
des exécutants non moins doués. Le récital de M. Numa 
Rossotti, pianiste argentin, est en cela symptomatique. Il 
nous permit de reconnaître une sensibilité à la fois vigou- 
reuse et subtile, qui, après avoir résolu de façon brillante 
les problèmes de pure virtuosité, dépasse ces problèmes et 
en aborde de plus complexes. C'est ainsi que M. Rossotti a 
su donner de la Sonate appassionata une interprétation 
d'un très noble style. Aucune froideur, mais quelque chose 
de contenu et de replié ; l'intuition que chez Beethoven la 
passion est d'autant plus vaste qu'elle ne se dépense point au 
dehors, mais élargit, creuse et soulève l'être dont elle s'est 
emparée. 

Diverses œuvres de Chopin, et avant tout peut-être la 
Ballade en la bémol, furent ensuite exécutées avec une déli- 
catesse qui n'excluait point la force. Et le concert se termina 
par une sorte d'appel au monde extérieur. Trois Danses 
espagnoles de Granados ou le Hopak de Moussorgsky; — 
un Tableau de voyage de Vincent d'Indy ou le Prélude 
automnal de Malipiero évoquèrent une série de rythmes et 
de paysages. Joseph Baruzi. 

M"« Marika Bernard, violoncelliste roumaine, a eu un 
premier prix à notre Conservatoire. Son programme très 
varié était de nature à faire valoir la souplesse de son 
talent. Elle a été particulièrement appréciée dans une 
Elégie de Florent Schmitt, dans une Sicilienne de Gabriel 
Fauré et dans une pittoresque Danse de Nadia Boulanger. 
On a aimé à juste raison sa sonorité si variée et la sûreté 
de son mécanisme. 

jjme Cella Delavrancea, qui lui prêtait son concours, a 
fait admirer la puissance de son jeu, l'intelligence de son 
style, sa fine et sûre compréhension, la perfection de sa 
technique dans plusieurs pièces de Chopin (Études, 
Mapirkas, Quatrième Ballade). Son interprétation de la 
Quatrième Ballade fut éclatante de passion, de puissance 
et de noblesse. Grand succès. P. A. 

Les Fêtes du Peuple, sous l'active impulsion de M. Albert 
Doyen, continuent leur inlassable propagande artistique 
parmi le public populaire de Paris et de sa banlieue. 
Samedi dernier, dans la grande salle des Fêtes de la ville 
de Saint-Ouen, plus de deux mille personnes se pressaient 
pour jouir d'un programme de tenue et d'unité parfaites. 
Les solisies, les chœurs populaires et l'orchestre, au nom- 
bre de aSo personnes, interprétèrent avec fougue, sous la sûre 
et chaude direction de M. Doyen, des œuvres de Mozart, 
Janequin, Wagner, Borodine, Bach, Chabrier, Berlioz ei 
Gustave Charpentier. 

Notons surtout, pour les chœurs, une spirituelle audi- 
tion de cette difficile fantaisie musicale de Janequin : 
le Chant des Oiseaux, ainsi qu'une endiablée exécution de 
la truculente Fête polonaise du Roi malgré lui de Cha- 
brier, qui, ainsi, avec les voix, prend toute sa signification 
de haute et comique parodie. 

Nous avons pu ensuite apprécier une chaleureuse et 
subtile exécution des Impressions d'Italie et goûter la 
saveur de trois mélodies populaires russes, harmonisées et 
orchestrées avec tact par M. Albert Doyen lui-même. E. L. 

Société des Concerts Olénine d'Alheim ^J« séance). — 
Séance consacrée, dit le programme, à Bach et au 
xvin" siècle français. Par Bois épais de Lulli, que chanta 
magnifiquement M""" d'Alheim, fut, d'ailkurs, attesté le 
lien de ce siècle et du siècle précédent. 

Au début, M'"" Gabrielle Gills, de sa voix tour à tour 
puissante et comme flexible, interpréta des œuvres de 



C3 



LE • MÉNESTREL 



Grétry, Campra et Rameau; mais ce qu'elle traduisit ieplus 
pleinement, ce fut le Pauvre Jacques, attribué à Gacat. 
Elle donna une réalité musicale et emblématique ù un per- 
sonnage blotti et délaissé, vers lequel, — peut-être en 
vain, — monte une parole consolatrice. Plus tard, accom- 
pïignée par IVl"" Suzanne Astruc et M. Louis Fleury, elle 
chanta un fragment de la cantate italienne : Non sa cke 
sia dohre, ds Bach. 

Après cette cantate fut exécutée, avec un profond et 
constant souci de sincérité et de style, par M. Louis 
Fleury et iW™ Fleury-Monchablon, la Première Sonate 
pour flûte et piano de Bach. Œuvre limpide et ardente, 
qui propose un curieux problème d'histoire musicale. Le 
thème dç 'la fugue, dans Prélude, Choral et Fugue de 
Franck, rappelle en effet, presque textuellement, l'un des 
thèmes de cette Sonata. Il importerait de savoir s'il y eut 
là souvenir ou emprunt, ou, au contraire, simple rencontre. 

Pendant le reste du concert, on écouta M"" Olénine 
d'Alheim. Elle chanta, après Sois épais, le « Songe >< 
(Tlphigénic en Tauridc de Gluck, puis deux airs de Can- 
tates de Bach. Avec quel sens intime de l'ensemble et de 
chaque déiail, — et quelle puissance animatrice, — cela a 
été dit plusieurs fois ici même. Mais, lors de toute séance 
nouvelle, ce que l'on a pu dire ainsi devient incomplet; 
car on se trouve en présence de quelque recherche sans 
analogue et d'une réalisation plus que jamais totale. Le 
« Songe rrd'Iphigénie,pstr exemple, ce ne fut point seule- 
mentun fragment d'une tragédie musicale, mais cette tra- 
gédie tout entière en son instant culminant; — et, par delà 
encore, l'idée même, au sens platonicien, de la tragédie 
hellénique, — telle que Gluck sut la retrouver. 

Joseph Barl'zi. 

Concert André Laumonier-^Ëdouard Buntschu. — Au 

cours du concert organisé le 3 février par la Société ami- 
cale des « Amis de l'Avranchin », nous pûmes d'abord 
apprécier ks qualités de discrétion et de sobriété avec les- 
quelles M André Laumonier accompagna une, Sonate de 
Biber. Mais ce fut surtout dans les œuvres modernes (de 
Rachmaninoffou de Ravel), plus que dans Chopin dont il 
ne sembla pas saisir tout le cruel pathétique, que M. André 
Laumonier fit valoir les nuances de ses « pianissimi », la 
variété presque orchestrale de ses sonorités, une certaine 
animation juvénile avec quoi il interpréta en particulier de 
jolies pièces de M. Marcilly, d'une veine d'ailleurs assez 
schumannicnne. Souhaitons-lui d'acquérir peu à peu cet 
équilibre, cette gravite du son, ce mordant que possède 
déjà M. Edouard Buntschu et dont ce dernier marqua ses 
belles interprétations de Hœndel et de Vivaldi (Concerto 
en mij. A part la Sonate de Biber, les pièces pour violon 
furent accompagnées avec tact par M"" Jehanne Fariné 
et Simone Godard. A l'issue du concert, M. André Lau- 
monier exécuta trois de ses œuvres, d'une grande habileté 
de facture, mais qui gagneraient à être condensées. 

A. SCHAEFFNER. 

La Provence chantante. — Sous ce titre, M. Camille Bel- 
laigue donna la semaine dernière, à l'Université des 
Annales, une conférence pittoresque et instructive. M. Bel- 
laigue a développé et justifié cette thèse que la Provence 
n'était pas seulement le pays de la joie et du soleil, mais 
aussi le pays de la tristesse, de la mélancolie et du drame. 

Les exemples qu'il a choisis ne permettent point de 
douter qu'il a raison. 

Le magnifique lamento de Paladilhe, les pages de l'Ar- 
lésienne et de Afirei7/e qu'il a jouées et chantées lui-même, 
illustrèrent cette attachante conférence. M. Camille Bel- 
laigue a montré, par son exemple, que l'art du chant ne 
consiste pas uniquement dans la puissance de la voix : 
quelle jolie impression il donna en maniant avec une 
singulière deitériié ce que des professionnels appelleraient 
un filet de voix; mais quelle excellente leçon d'intel- 
ligence des auteurs ceux-ci auraient pu prendre! 

Pierre de Lapommeraye. 



The World Famous Internationa! Orcfaestra, autrement 
dit l'orchestre nègre doublé de chanteurs, a donné, cette 
seûjaine, à la salle Gaveau, un certain nombre de séances. 
Nous, l'avions déjà entendu l'an dernier au Théâtre des 
Champs Elysées. Nous avons retrouvé la même fantaisie 
exubérante, les mêmes rythmes et les mêmes naïves chan- 
sons : nous avons aussi revu Buddie Gilmore, ce virtuose 
de la batterie qui tire des chants de sa baguette. On passe 
là. deux heures fort amusantes et le jazz apparaît presque 
musical. P. de L. 

Voir à /a dernière page les programmes des Concerts 



Le Mouvement musical en Province 



Grenoble. — Les mauvais exemples sont plus faciles à 
suivre que les bons. 

La municipalité vient de demaindjeriau 'Parlement l'auto- 
risation de taxer les pianos, tout comme à Paris. Lerprojet 
est actuellement devant le Sénat. 

Il y a des « modes de Paris », plus élégantes, et, si nous 
devons imiter la capitale, 

C'est par les beaux côtés qu'il lui faut ressembler. 

Nice. — L'Opéra de Nice a donné Antar de Gabriel 
Dupont : la presse niçoise, unanime, constate le grand 
succès de l'œuvre. 

« Bien peu d'œuvres, dit l'Eclairetir de iVrce, ont paru 
aussi magnifi-quement riches de toutes les richesses .que 
peut posséder une œuvre musicale, richesse mélodique, 
fruit d'une inspiration toujours haute et soucieuse de pro- 
bité, richesse harmonique p>roduite, non par la recherche 
pénible de solutions algébriques, mais par les combinaisons 
sonores qu'un musicien porte en lui, richesse modale et 
richesse rythmique, richesse d'instrumentation, enfin preuve 
de la sûreté d'un métier impeccable. » 

L'œuvre, très bien montée par M. Roy,futtrcs bien jouée 
par MM. Granier, Demarcy, Baldous, Reymond et par 
M""=^'BrunIet, charmante dans le rôle d'Abla, M""'^ Bour- 
geois, Dalmas, Stach et Desprès. 

Le ballet, admirablement réglé, a beaucoup plu, et M. S. 
Bovy, chef d'orchestre, a su animer ses excellents musi- 
ciens et les masses chorales. 

Strasbourg. — Semaine Vincent d'Indy. — Je dh-ais 
même, au risque de troubler d'un calembour les mânes de 
l'Ouvreuse du Cirque d'Eté, que ce fut la « semaine des 
quatre d'Indy ». Car l'hcuretix accord de diverses sociétés 
de la ville a permis de présenter au public strasbourgeots 
quatre aspects différents d'une personnalité magistrale. La 
puissance intérieure du musicien de théâtre, l'intensité 
rythmique du maître sj^mphoniste, la distinction du com- 
positeur de musique de chambre, la bonne grdce diserte 
du conférencier ont apparu successivement comme autant 
de facettes d'un solide diamant : car on sentait là- dessous 
— et ce fut une révélation pour certains Alsaciens, formés 
à croire que le charme inconsistant et la brillante gentillesse 
étaient les seules qualités dévolues à un artiste français — 
la forte individualité cévenole qui, de bonne heure initiée 
à Wagner, attachée aux prestiges orchestraux de Berlio;'., 
fervente de Franck, attentive aux chatoiements debussystcs, 
s'était frayé son chemin propre à travers cinquante années 
démodes et d'écoles musicales successives. 

— Le sixième concert d'abonnement, conduit par 
M. d'Indy, comprenait Wallanstcin et la Queste de Dieu de 
la Légende de Saint Christophe comme solide encadrement 
de la. Deuxième Symphonie et de la Fantaisie, pour haut- 
bois et orchestre, sur des airs populaires français. Magni- 
fique déploiement de richesses, qu'on a parfois prétendu 
déprécier sous le reproche de a construction de l'intelli- 
gence », de «-musique volontaire s, et qui, animé de la vie 



64 



LE • MENESTREL 



la plus authentique et d'une puissance sans verbosité, pal- 
pite d'énergie et d'une liaute émotion qui n'exclut pas la 
grâce et la tendresse. 

La veille et le lendemain de ce concert, le fondateur de 
la « Schola » fit deux conférences aux membres des socié- 
tés des Amis du Conservatoire et des Amis de l'Université : 
la persistance du chant grégorien dans la musique moderne, 
la vie et l'œuvre de César Franck illustrèrent ces deux 
idées fondamentales du maître, la nécessité de ne pas igno- 
rer, pour faire œuvre qui vaille, la substance artistique du 
passé, l'importance d'un principe de bienveillance et 
d'amour dans toute création vivante. 

— Le concert de la Société de iVIusique de chambre (où 
Witkowski, remplaçant M. Mawet, grippé, témoigna, par 
la promptitude d'un renfort excellent apporté à MM. Sou- 
dant et Munch, de la solidarité qui règne entre ceux qu'a- 
nime encore l'ombre séraphique do César Franck), permit 
de goûter le Quatuor avec piano et son émouvante « bal- 
lade », le Quatuor à cordes, le Trio pour clarinette, vio- 
loncelle et piano, où M. Hublart fit merveille, et dont le 
Chant élégiaque restera l'une des pages les plus pathétiques 
du maître. 

— Quant à la représentation, au Théâtre Municipal, do 
l'acte peu connu Attendez-moi sous l'Orme et de l'Etranger, 
elle opposait par un contraste piquant un amusant délas- 
sement de jeunesse et l'œuvre la plus significative sans 
doute de la maturité. S'ingéniera-t-on jamais à retrouver à 
toute force, dans le lever de rideau où revit l'atmosphère 
des Annette et Lubin d'autrefois, les indices du développe- 
ment fort divergent que devait prendre la veine dramatique 
de M. d'Indy? Ce serait une assez inutile gageure : encore 
faut-il noier que l'abandon de tout accompagnement « en 
guitare x, pour des couplets qui appelleraient cet artifice, le 
recours à la chanson populaire, la complète absorption des 
ensembles vocaux dans la trame syraphonique laissaient 
assez voir, avant 1882, que le compositeur avait rompu 
avec des procédés qui devaient encore se perpétuer long- 
temps. 

Quant à l'Etranger, il va de soi que les anciens auditeurs 
de Delmas et de M"^ Bréval, lors de la reprise à l'Opéra, 
n'oubliaient pas, le soir du 4 février, l'autorité avec laquelle 
ces deux artistes avaient imposé des rôles aussi peu « ordi- 
naires B que l'Étranger et que Vita ; M. Danse et M""" Man- 
cini ont cependant repris assez heureusement les linéaments 
de mystère et de noblesse, l'intensité do symbole qui con- 
viennent à ces personnages. Conduit par le maîtie lui- 
même, dont l'infatigable entrain est resté l'admiration de 
tous, l'orchestre a fait grand honneur à une solennité excep- 
tionnelle. Louons sans réserve la municipalité et la direc- 
tion du théâtre d'avoir pris une initiative dont le succès a 
vérifié l'opportunité. 

Ce qu'il ne faut pas, surtout, se lasser de dire, c'est com- 
bien une présentation synthétique, comme celle-là, d'une 
œuvre musicale sous ses divers aspects rend de services à 
ceux qui veulent se faire une opinion consciente et une 
notion claire de leurs admirations et de leurs antipathies. 
Depuis que les grands musées se sont mis à grouper les 
toiles d'un même artiste au lieu de les éparpiller au hasard 
des renommées ou des espaces disponibles, le gotlt du pu- 
blic cultivé a fait d'immenses progrès : c'est ce que signi- 
fierait, dans l'ordre de la musique, la possibilité de goûter 
tour à tour, mais côte à côte, des œuvres significatives du 
même maître. Sans jouer au prophète, je dirais volontiers 
que c'est dans la symphonie que la supériorité éclatante et 
la valeur d'initiative de celui-ci seront surtout reconnues. 
Outre de fiers prestiges instrumentaux et des trouvailles 
incomparables comme le carillon de la Queste de Dieu ou 
comme le célèbre basson de Wallenstein, M. d'Indy me 
semble y manifester plus à l'aise que partout ailleurs les 
mérites qui classent un homme dans le développement d'un 
genre : la vie rythmique profonde qui, sous sa main, a fait 
éclater bien des cadres médiocres et rendu possibles les 
complexes structures polyphoniques ; un goût décidé pour 



les « dépouillements d'idées » qui font sor^irsi souvent, d'un 
épisode très plein, une belle et grave m^'iodie, d'.- même 
que les sommets de son Vivarais se dégauent tl'nn fouillis 
de reliefs, de même que l'hiératique Ista' se défait île ses 
voiles pour apparaître dans sa noble nudité. 

Fernand Baldf.nspei'Gek, 
Professeur à la l'acitUf Jf\ Lettres 
de Slrasbiniri;. 

Tunis. — Une dépêche nous apprend le grand sm cè^ de 
Ninon de Lenclns à Tunis. Notre corjespondant nous pro- 
met des détails sur celte belle représentation. 

Le Mouvement musical à rÉtran.i?er 



ALLEMAGNE 

Suivant le désir du défunt, l'incinération d'Arthur Nikisch 
a eu lieu à Leipzig dans une stricte intimité. 

— Ainsi que nous l'avons récemment annoncé, M. Ri- 
chard Strauss vient de terminer un ouvrage intitule Crème 
fouettée. C'est un ballet qui se passe dans une pâtisserie, le 
premier acte dans la cuisine, le second dans 1^ ma^iasin. 

— L'Opéra de Breslau a dû fermer ses portes. 

— Le Conservatoire de Leipzig, qui a joué dans le déve- 
loppement musical de l'Allemagne un rôle si considcrable 
et dont l'mfluence a rayonné sur le monde eniier, est au- 
jourd'hui dans une situation financière si pri-cairo qu'il 
adresse un appel pressant à tous ses anciens élèves pour 
obtenir d'eux un secours qui lui permette ds conserver une 
existence honorable. 

— La Srmplionie Pastorale de Beethoven vient d'être 
convertie en film ! ! Mehr Ausdruck der Empfindung ah 
Malerei, avait écrit Beethoven : il n'avait pas prévu le 
Ciné... Jean Chantavolne. 

ANGLETERRE 

A l'jEolian Hall, concert d'un éclectisme audacieux, où 
des chansons comiques chantées par Sterndale Bonnet 
alternèrent avec des œuvres de Couperin, Glazounow, 
Frank Bridge, Vaughan Williams, Ireland. 

C'est un essai que le Musical Times apprécie et qui reçut, 
paraît-il, un excellent accueil du public. 

— Les articles anglais à l'étranger. — Le « Meredyli 
Pianoforte Quartet » fait une tournée dans les prmcipales 
villes de Hollande et de Rhénanie. 

— La saison lyrique se réduit, à Londres, aux représen- 
tations populaires de l'Old "Vie, aux opéras légers de Gil- 
bert et Sullivan que joue le Princes Théâtre, tandis que, 
d'autre part, le Beggar's Opéra poursuit triomphakment 
son interminable carrière. 

— Plusieurs récitals de chants sans accompagnement. 
Ce genre est à la mode, et non pas seulement povr les 

chants populaires ou des chants exotiques. Des musiciens 
modernes en ont récemment composé : entre autres, Cyril 
Scott, Herbert Bedford, Frédéric Austin et Miss Jane 
Joseph. 

— Les récitals sont nombreux à Londres. 11 en est peu 
qui rémunèrent l'artiste, à moins qu'il n'ait la grande célé- 
brité. On estime que les frais d'un récital, alors même qu'il 
est donné dans l'une des petites salles de Londres, s'élève^nt 
au minirnum à 70 livres, tandis que la recette, quand 
l'artiste n'est pas connu, ne dépasse guère 5 à 10 livres «n 
moj'enne. C'est donc vin déficit d'environ 60 livres. 

Quelques journaux suggèrent l'idée qu'il soit fondé par 
les artistes une caisse commune dont leurs cotisations for- 
meraient le premier apport. Cette société d'entr'aide con- 
fraternelle ne se recruterait qu'avec soin et sur de prudentes 
enquêtes. Pour assurer à l'ensemble des recettes une 
moyenne suffisante, des concerts, à succès plus certain, 
alterneraient avec les autres, et, pour ces derniers, une 
adroite composition des programmes y soutiendrait la 



— 65 — 



LE • MÉNESTREL 



présentation d'un artiste nouveau par une alternance de 
numéros vwriés capables d'attirer le public. 

L'idée nous paraît bonne. Réalisation difficile. Il y fau- 
dra, chez les artistes, un esprit d'ordre et de concorde que 
peut-êire n'ont-ils pas toujours, même en Angleterre. 

— Dans le Musical Times, article de Herman Klein : 
« Saint-Saëns tel que je l'ai connu. » Publication à Londres 
d'un Saint-Saëns d'Arthur Hervey. 

— A Livcrpool. récital d'orgue de Marcel Dupré, revenu 
d'Amérique (Bach, Franck, Vierne, Widor). 

Maurice Lena. 

De notre correspondant de Londres: 

Strauss à Londres. — Le concert de Richard Strauss 
donné à l'Albert Hall a été presque un désappointement. 
Composé de Don Juan, Till Eulenspiegel, Mort et Trans- 
figuration, c'était un résumé excellent des œuvres sages du 
compositeur. Mais le public, qui a entendu ces poèmes 
symphoniques plus d'une fois aux concerts du dimanche, a 
été déçu. 11 avait entendu parler de quelques nouvelles 
œuvres, en particulier de V Alpensymphonie, où intervient 
un tonnerre mû par l'électricité ; il savait qu'à une audition 
de cet ouvrage un bon quart de l'assistance avait fui de 
terreur en entendant ce déchaînement de musique et de 
bruit. On attendait une pareille orgie de sons avec une cu- 
riosité à peine mêlée de qt^elque peur ; on aurait pardonné 
à Strauss les dissonances, la vulgarité des thèmes ; au lieu 
de cela, la prudence exagérée qui avait dicté le choix du 
programme a empêché le public de s'illusionner sur le 
modernisme du musicien bavarois. 

Car la musique de Strauss a beaucoup vieilli ; non pas 
que son art soit le moins du monde un art factice, qui ait 
dû sa renommée à des formules qui ont flatté le public un 
moment et qui sont passées de mode aujourd'hui ; bien au 
contraire ! mais la vogue avait créé un Strauss poète, phi- 
losophe, bravant toute bienséance et toute harm.onic, bref 
un Titan qui aurait tout inventé, tout entrevu ! Il faut avouer 
que les louanges outrancières, l'abus de commentaires, le 
besoin d'analyser dans les plus menus détails les partitions 
du maître, avait formé autour de lui une épaisse barrière 
de pédantisme qui le protégeait et le cachait. Aujourd'hui 
que l'on peut juger froidement, on s'étonne de voir que 
Strauss est différent du Strauss de la légende; sa musique 
ne nous touche plus autant, la vulgarité de certaines 
mélodies nous choque plus qu'avant, parce que, plus habi- 
tués à la prestigieuse habileté de Strauss à recouvrir ses 
idées musicales par une fulgurante rhétorique, nous recon- 
naissons, pour notre malheur, le laideron sous ses magni- 
fiques oripeaux. 

Des trois poèmes symphoniques qu'il a joués, c'est Don 
Juan qui a le moins plu ; Tod und Verklàrung, un chef- 
d'œuvre au point de vue technique, traduit un état d'âme 
très éloigné des émotions actuelles ; c'est du Wagner re- 
froidi. Ce qu'il y a de plus personnel dans l'œuvre de 
Strauss, c'est Till Eulenspiegel — l'humour — ou plutôt le 
cynisme goguenard. Un autre côté de la musique de ce 
compositeur, auquel on ne prêtait pas attention, c'est la 
délicatesse et le charme curieux, presque italien, de ses 
lieder. Miss Ethe! Franck, la chanteuse américaine, a inter- 
prété avec un sens très sûr six de ces chants, accompagnés 
par l'orchestre, et obtint un vif succès. 

Strauss reste, peut-être, après la mort de Nikisch, le plus 
grand chef d'orchestre du monde ; et sa manière simple, 
sobre, nerveuse de conduire, son coup de baguette ferme 
et volontaire, qui n'indique que ce qu'il faut (Grieg a dit 
de lui qu'il dirigeait avec les genoux, ce qui est fort juste), 
est une excellente leçon pour plusieurs a conduciors » an- 
glais ou américains chez qui le soin du détail étouffe le sens 
de l'équilibre. IJart du chef d'orchestre a peut-être fait du 
tort au compositeur. J'ai entendu dire : « Quel dommage 
que Strauss ai joué de sa musique, il aurait été si agréable 
de l'entendre jouer du Mozart I » 

— La troupe des Ballets Russes, après avoir représenté 
plus de cent fois la Belle au Bois dormant, de Tchai- 



kowsky, hommage rendu au grand compositeur russe et à 
Petipa, le premier chorégraphe de la troupe, part pour 
Madrid, Barcelone, Monte-Carlo, Paris et, peut-être. Gênes, 
à la suite du cirque ambulant, autrement dit le Conseil 
Suprême. 

— Le chevalier Luigi Denza, directeur de la London 
Academy of Music, vient de mourir. Parmi ses nombreuses 
œuvres, citons Funiculi-Funicula, que Strauss a pris pour 
un air populaire napolitain et à qui il a donné une place 
d'honneur dans une de ses premières œuvres: Aus Italien. 

— Le célèbre chanteur Chaliapine donnera un concert à 
l'Albert Hall, le 16 février, avant de retourner en Russie. 

H. ROYER. 

BELGIQUE 

Bruxelles. — M. Léon Du Bois se propose de faire en- 
tendre aux abonnés des Concerts du Conservatoire quel- 
ques-unes des œuvres symphoniques et lyriques les plus 
importantes inspirées par le Faust de Gœthe. Il a com- 
mencé par Faust-Ouverture, de Wagner, et plusieurs scènes 
du Faust de Schumann. La première n'est pas une des 
meilleures œuvres de Wagner ; elle a plus de grandilo- 
quence que de réelle inspiration. Le Faust de Schumann 
renferme de jolies pages, parmi beaucoup d'autres assez 
laborieuses. Telle est du moins l'impression que ces frag- 
ments ont produite sur un public peut-être gâté, en d'autres 
lieux, par les œuvres colorées et vivantes de la musique 
d'aujourd'hui. Il n'en faut pas moins louer le soin parfait 
de l'exécuiion. Nous en dirons autant des fragments de 
Parsifal, que M. Du Bois a dirigés avec une ferveur et une 
conviction tout à fait communicatives, encore qu'ils ne 
nous révélassent aucune surprise. 

— A l'occasion de sa distribution annuelle des prix, 
l'École de Musique de Saint-Josse-ten-noode-Schaerbeck, 
qui avait interprété l'an dernier la délicieuse Croisade des 
Enfants de M. Gabriel Pierné, a rendu un bel hommage ù 
la mémoire de Saint-Saëns en exécutant cette fois son 
admirable Déluge. Exécution remarquable, avec les chœurs 
si bien disciplinés de l'École. Puis les enfants ont chanté 
les Carillons de M. Léon Du Bois, — une œuvre char- 
mante, d'une couleur pleine de variété, où les carillons de 
Flandre et de Wallonie célèbrent tour à tour les gloires de 
la patrie. Le programme était complété par deux quatuors 
vocaux, inédits, de M. François Rasse, le très vaillant et 
talentueux directeur de l'École de Musique. Grand succès 
pour tous. 

— Plusieurs concerts sont particulièrement à signaler : 
un récital du pianiste Mark Hambourg, virtuose fougueux 
et indomptable ; une audition de la toute gracieuse harpiste 
chromatique. M"" Germaine Cornélis, artiste remarquable 
et vraiment accomplie, justement applaudie dans les ex- 
quises Danses anciennes et modernes de Debussy ; un ré- 
cital d'un tout jeune violoniste russe, M. Misha Weisbuod, 
qui promet de devenir une grande vedette ; et enfin un 
concert d'orchestre, dirigé par une femme, M"^ Eva Bru- 
nelli, avec une sûreté et une précision toutes masculines ; 
le programme était consacré A la musique russe et Scandi- 
nave ; il a valu à l'aimable kapellmeisieres des gerbes de 
fleurs et d'applaudissements. Lucien Solvav. 

ESPAGNE 

La Solea del Infellz. — Ce que l'automne a annoncé, le 
printemps le verra-t-il fleurir? 

Il s'agit de la Saison espagnole promise pour le retour 
des roses. En novembre, au traditionnel banquet de la 
direction du Real, le maître Arlegui avait dépeint les tour- 
ments et les aspirations des com]>ositeurs d'Ibérie, expri- 
mant son espoir de les voir, après leurs victoires dans le 
genre populaire, triompher dans le haut style musical. 

Haut style musical, qu'est-ce que c'est que cela? tout 
simplement, senor, la chanson d'un pauvre. 

A la même réunion, Julio Gomez exprima le désir que 
cette première saison nationale fût iUustrée par l'exécution 
d'œuvres de Pedrell, Breton et Emilio Serrano, arrivés au 



LE . MÉNESTREL 



criSpuscule d'une carricrc ciuiùrcment cons;icroc à l'idéal. 
Et ce sera justice, car il l";iut souffrir pour la chanter, cette 
solea dcrid(5àl,et ce n'est jamais celle d'un homme fortuné. 
Mais c'est toujours ce haut style musical qui me trotte 
par la tête et m'inquictc... Surtout que les Espagnols 
n'aillent pas le chercher en Russie, à Paris ou ailleurs, mais 
qu'ils l'empruntent plutôt à leurs pauvres qui, sous ce rap- 
port, sont doublement riches. 

— Surtout que les Espagnols n'aillent pas le chercher au 
pays de Midi à quatorze heures, ce haut style musical qui, 
aussi bien, se trouve dans le misérable joueur de vielle de 
Schubert, lequel, pour toute fortune, ne connaît qu'un triste 
accord de tonique, vide, affamé, mais grand comme le 
désert de sa détresse. 

Que les Espagnols n'imitent pas, en sens contraire, cer- 
tains Scandinaves qui veulent nous la faire à la gitane. 
Parisiens ou germaniques, ils seront aussi intéressants que 
les Japonais en chapeaux melon ou la fondante Norvé- 
gienne en chavala de Grenade. 

Cela conduit ma pensée à ces interprétations de danses 
espagnoles par des enfants du Nord. Encore s'il ne s'agis- 
sait que d'interprétation! Mais quand le costume s'en mêle, 
ainsi que les gestes soi-disant caractéristiques et pris sur le 
vif, il ne jaillit que le Kidicule avec un très grand R. 

Regardez donc, simplement, le pied d'une danseuse espa- 
gnole. N'est-il pas à lui seul, dans ses attaches et la façon 
d'épouser la Zapatilla, un personnage, un type que l'on ne 
remplace point, si l'on n'est pas animé de son^ ?ang et de 
ses nerfs?... Qui jouera comme lui du talon, avec toutes 
les nuances d'une percussion subtile? Qui emportera comme 
lui la danseuse fuyante dont les mains, par derrière, 
sèment en chiquenaudes électriques un charme où votre 
âme s'englue, pendant qu'enivrés, vos rêves la poursuivent, 
détestable et chère, dans le vertigineux sillage? 

Raoul Laparra. 

HOLLANDE 

L'École de Musique de l'Association pour l'avancement 
de la musique, de Rotterdam, dirigée par M. Wouter Hut- 
schenruyter,a donné, le 3 février dernier, un concert d'élèves 
dont la seconde partie se composait surtout d'œuvres fran- 
çaises et se terminait par une sélection de Saint-Saëns ; 
la demi-page réservée au maître regretté était bordée de 
noir en signe de deuil. 

— Une saison d'opérette viennoise vient de s'ouvrir à 
Amsterdam. 

— La section d'Hilversumde 1' « Association pour l'avan- 
cement de la musique i a donné, le 3 février, VEnfant pro- 
digue de Debussy. Jean Chantavoiîje. 

JTALIE 

L'excellente revue turinoise 11 Pianoforte publie dans 
son numéro de janvier un article de L. Perrachio sur le 
jeune maître Franco Alfano et son portrait hors texte, ot!i 
l'auteur de Sakuntala nous apparaît tel que son musico- 
graphe nous le dépeint : « Alfeno, poète de la douleur et 
de la passion... » Une belle tête énergique et grave. 

— Boris Godounow retrouve au « Costanzi » l'accueil 
enthousiaste du public romain pour qui IVloussorgsky est le 
premier des maîtres russes. 

Alberto de Angelis, l'éminent critique, rappelle dans la 
Tribuna que c'était aussi l'opinion du Français Claude 
Debussy, dont il cite les paroles suivantes : 

« Moussorgsky m'apparaît comme une sorte de Dieu de 
la musique. Les russes nous apportent de nouveaux motifs 
pour nous dégager d'absurdes contraintes. Us nous pous- 
sent à nous mieux connaître et à nous écouter plus libre- 
ment. )) 

Interprétation magistrale sous la direction de Fritz 
Reiner. Le grand artiste Sigismondo Zalewsky y fut un 
Boris Godounow inoubliable. 

— Beau concert avec orchestre du violoniste Flesch, 
sous la direction du maestro Morelli à 1' a Augusteo ». 

— Reprise au a Costanzi » du Triitico de Puccini. 



Gilda dalla Rizza et la Saduce s'y montrèrent exceUentes 
selon leur haibitude. 

— A Prague, dans la salle Smetana, première exécution 
de la Sensitiva, poème pour chant et orchestre du maître 
italien Respighi. Prochaine exécution à Berlin et à Vienne. 

G.-L. Garnier. 

ÉTATS-UNIS 

La ( Chicago Opéra Association » s'est dissoute peur se 
réorganiser sur d'autres bases, avec M. Samuel Insull, 
comme président du Conseil d'administration. 

— Nous sommes heureux d'apprendre que Mary Garden 
restera « General Director » de l'Auditorium, où s'est 
dépensée avec tant d'intelligence sa double activité d'artiste 
et de directrice. 

— Le compositeur américain Stuarî ?v!ason, dont le 
Boston Symphony Orchestra » vient de jouer, avec le 
succès que nous avons dit, la Rhapsodie sur un air persan, 
a fait ses études musicales en France. Il y fut l'élève, pour 
la composition, de Gedalge et, pour le piano, de Philipp. 

— Le « Bcggar's Opéra b retrouve au-x États-Unis le 
même succès qu'en Angleterre. C'est par Los Angeles qu'il 
a débwté. On l'a si bien accueilli qu'il y devra retourner. 
Même succès à San Francisco : après deux semaines de 
représentations, une pétition s'organise pour qu'il y reste 
deux mois. Il ira ensuite à Chicago, New-York, Philadel- 
phie, Boston. Il reviendra l'automne prochain aux États- 
Unis. 

— La « Boston Society of Singers », qui chantait l'opéra 
en anglais, n'a pu continuer les représentations. Déficit 
d'environ 40.000 dollars. 

iVIais on parle de la fondation possible, à Chicago, d'un 
théâtre lyrique, où les ouvrages seraient également chantés 
en cette langue. On y jouerait aussi des opéras de compo- 
siteurs américains auxquels seraient même allouées, au 
besoin, des bourses de travail. Maurice Lena. 



SOUSCRIPTION AU MONUMENT MASSENET 



Montant net des recettes au 20 janvier IQ2I . Fr. 140.261 35 

M.Raoul Péret, Président de la Chambre des Députés. 100 » 

M. et M"' Duquesne 100 > 

M. G. SpitzmuUer ao » 

M. Rooman 100 « 

M. L. Jouret ro ■ 

Total à ce jour Fr. 140.591 35 

ÉCHOS ET NOUVELLES 

A l'Opéra : 

M. Koussewitzky a commencé les études d'ensemble «Je 
Boris Godounov, dont il doit conduire les représentations 
à l'Opéra. 

Les trois premières représentations de la Mégsre appri- 
voisée ont eu lieu avec un très grand succès :' la fantaisie 
do l'intrigue, le pittoresque du spectacle et la qualité de 
l'interprétation ont séduit le public. 

En raison du succès considérable de la Mégère appri- 
voisée, M"e Marthe Chenal, qui devait quitter Paris pour 
Cannes le i5 février, en vertu d'un engaL'ement antérieur, 
a obtenu de la direction de Cannes de différer son départ 
jusqu'à la fin du mois, de manière a donner encore à l'Opéra 
quelques représentations de cet ouvrage qu'elle a su animer 
d'une verve prodigieuse par une des plus jolies créations 
qu'on^ ait jamais vues au tJiéâtre. 

Les prochaines représentations de la Mégère apprivoisée, 
avec M"* Marthe Chenal et M. R. Rouard, son digne par- 
tenaire, auront lieu les i5, 22 et 24 février. 

On continue les répétitions du ballet en un acte de 
M. Pierre Hortala pour le livret et de M. Jean Poueigh 
pour la musique. Frivolant. Interprètes: M"«Anna Johnsso.a 
et M. Léo Staats. 

On prépare égaleinent une mise à la scène du Falstaif 
de Verdi, avec M. Huberty dans le rôle créé par Maure!. 



-67- 



LE . MÉNESTREL 



M. Duclos, qui chaniait dimanche pour la première fois, 
à rOpéra, !e rôle d'Hérode dans Hérodiade, a été fort 
applaudi et chantera ce rôle pour la seconde fois vendredi, 
aux côtés de M°»^ Isnardon, Grialys et de MM. Cazenave 
et Hiuberty, qui interpréteront les rôles de Jean et de 
Phanuel. 

— A rOpéra-Comique : 

Le départ de M"« Davelli a obligé le directeur de l'Opéra- 
Comique à interrompre en plein succès les représentations 
de Dans l'Ombre de la Cathédrale, le bel ouvrage de 
Georges Hue. Ce drame lyrique sera repris dès que ses in- 
terprètes seront rentrés au bercail. 

Les Amoureux de Catherine, le charmant opéra-comique 
d'Henri Maréchal, a été joué mardi, en même temps que 
Lakmé. W"^^ Famin, Calas, MM. Pujol etCadayé furent les 
interprètes applaudis de l'œuvre de notre collaborateur. 

— Après les aventures de la promotion rouge de Molière, 
voici une nouvelle histoire. M. Le Roy, sociétaire de la 
Comédie-Française, a désiré faire célébrer un service 
solennel le 17 février, jour anniversaire de la mort du 
grand auteur. Il s'est adressé à Me'' Dubois, qui lui a spiri- 
tuellement répondu qu'il était tout disposé a célébrer une 
messe pour Molière, si la cérémonie était organisée 
soit par M. Le Roy, soit par une Association quelconque. 

Là-dessus émoi dans la presse: lettres, réponses, articles, 
bruits, cabale, publicité. 

Pourquoi M. Le Roy, s'il désirait faire dire une messe 
pour Molière, ce qui est d'ailleurs une fort touchante 
pensée, ne l'a-t-il pas fait modestement, sans réclame, en 
prévenant seulement quelques camarades pensant comme 
lui? 

Ah! oui! Mais voilà! 

— Il se fonde une Société Catulle Mendès qui distribuera 
deux prix de poésie annuels et dont le but est en même 
temps d'honorer la mémoire du poète qui donna toute sa 
vie aux belles-lettres et de continuer son action si élevée 
en faveur de la Littérature et des Arts. 

Cette Société organisera également de nombreuses mani- 
festHtions susceptibles d'assurer rex|iansion de la langue 
et du génie français et de favoriser l'éclosion des jeunes 
talents. Elle esi composée d'un Comité d'honneur de 
200 membres, d'un Comité-Jury dont le président est 
M. Robert de Fiers, les vice-présidents MM. Georges Cour- 
teline et Gusiave Kahn, les vice - présidents adjoints 
MM. Saint-Georges de Bouhélier, Romain Coolus, Paul 
Fort, Fernand Gregh, Edmond Sée; d'un Comité d'action 
présidé par MM. Georges Casella et Pierre Mortier et de 
membres fondateurs, bienfaiteurs et adhérents. 

Toute communication concernant la Société doit être 
adressée au siège social. 43, rue Spontini, ou à M. Alfred 
Bloch, agent général delà Société des Auteurs dramatiques, 
trésorier de la Société Catulle Mendès, 12, rue Henner. 

BIBLIOGRAPHIE 

Vient de paraître chez Delagrave : l'École française de 'Vio- 
lon, de LuUy à 'Viotti, par M. Lionel de la Laurencie. — Nous 
nous conientons aujourd'hui de signaler l'apparition d'un volume 

?|ui mérite une étude sérieuse que nous ne manquerons pas de 
aire un prochain jour. 



programmes des Concerts 

GRANDS CONCERTS 

Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 
12 février, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 
M. Philippe Gauberi). — Festival Saint-Saëns : Symplionie avec 
orgue; — Concerto pour violon et orchestre (M. Enesco) ; — La 
Jeunesse d'Hercule; — Nuit persatie ; — Le Cimetière; — Tour- 
noiement (M. David Devriès). — Suite algérienne. 

Concerts Colonne (samedi 11 février, à 4 h. 3/4, au Châtelct, 
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Berlioz : Bcnvcnuto 
Cellini, Ouverture. — Georges Enesco : Deuxième Symphonie en 
mi bémol. — Berlioz : Béatrice et Bénédict, duo nocturne (M""" A. 
AUix et Germaine Filliatl. — La Damnation de Faust, Menuetdes 
Follets, Danse des Sylphes, Marche hongroise. — Gabriel 
Pierné ; Solo de Concert, pour basson et orchestre (M. Dherin). 
— Steavinsky : L'Oiseau de feu; Feu d'artifice. 

Dimanche 12 février, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Wagner : Tannfiâuser, Ouver- 
ture; Tristan et 'iseull, 2" acte (M'"" Demougeot et Deauraont; 
M. 'v'erdier). — Georges Enesco : Deuxième Symphonie en mi 
bémol. — Wagner : Le Crépuscule des Dieux, Marche funèbre, 
Mort de Brunnehilde (M"' Demougeot). 



Concerts-Lamoureux (dimanche 12 février, ii 5 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Weber : 
Ouverture du Frcyschût^. — Boccherini : Dcu.xi'eme Concerto 
pour violoncelle et orchestre (M. Fernand Pollain). ~ Balaki- 
REW : Thamar. — Beethoven : Neuvième Symphonie (M"" Ca.mpTt- 
don et Hélène Mirey; MM. Paulet et Murano). 

Concerts-Pasdeloup (samedi n et dimanche la février, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhené-Baton). — Vincent d Indï : Wallenstein, le Camp. — 
ScHUMANN : Quatrième Symphonie, — César Franck : Rédemption, 
avec le concours de la i Schola Cantorum d de Nantes (Soli : 
M. Montjovet). 

CONCERTS DIVERS 
SAMEDI II FÉVRIER : 

Société Nationale (à 8 h. 3/4, salle du Conservatoire). — 
G. Enesco : Quatuor à cordes. — M. Bertrand : 3Vo)i Paysages 
français. — Gabriel Pierné : Trio, i" audition (l'auteur : Georges 
Enesco et G. Hekking). — M. de Manziarly : Deu.x Pièces pour 
piano, I" audition. — E. Chausson : Poème pour violon 
(M. Georges Enesco; M"= R. Blanquer). 

Schola Cantorum (à 3 heures, salle Gaveau). — Eros vain- 
queur, de M. Pierre de Bréville. 

Concert Jeanne £udes-Rogei' Mendès (à 9 heures, salle 
Gaveau). 

Concert Marthe Le Breton (à 9 heures, salle des Agricul- 
teurs). 

Concert de M"' "Vandevelde (harpe) (à 9 heures, salle Érard). 
DIMANCHE 12 FÉVRIER : 

Orchestre de Paris ;à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous 
la direction de M. Georges de Lausnay). — Mozart : Ouverture 
des Noces de Figaro. — Aymé Kunck : Nocturne. — A. Kulhann : 
Trois Poèmes (M"" Martinelli). — Saint-Saëns : Premier Concerto 
pour piano et orchestre (M"° Madeleine Peltier). — Max d'Ollone : 
Fantaùiie orientale. — Bach : Concerto en mi majeur pour violon 
et orchestre (M. Carembat). — Berlioz : Marche hongroise, 

Schola Cantorum (à 3 heures, à la Schola Cantorum). — 
Musique de chambre (M"'" Bonnet, Duranton, Bergeron; M. Ver- 
nei). 

Schola du Cours Saint-Louis (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Raymond Burt (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 
LUNDI 13 FÉVRIER : 

Concert E. Risler (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Orchestre Nègre (à 9 heures, salle Gaveau). 

Audition-démonstration du clavier Hans (à 9 heures, 
salle Pleyel). 

MARDI 14 FÉVRIER : 

La Chapelle Sixtine (à 9 heures. Théâtre de l'Opéra). 

Société Philharmonique (à 9 heures, salle Gaveau). — 
(M°" Croiza et M. A. Cortot). 

Concert Lesueur (à 9 heures, salle Érard). 

Concert de M"'' Hersent ( à 9 heures, sa! le des Agriculteurs). 

Audition-démonstration du clavier Hans (à 9 heures- 
salle Pleyel). 

Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). — 
Quatuor Bastide. 

MERCREDI 15 FEVRIER : 

La Chapelle Sixtine (à 10 heures et demie. Église de la 
Madeleine). 

L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau). — Quatuors. 

Concert Rosenthal (à g heures, salle Érard). 

Concert Henriette Renié (à 9 heures, salle Gaveau). 

U. F. P. C. (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert de M"' Saisset (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert de M"» Siohan-Psiohari (à 9 heures, Schola Can- 
torum). 

Petits Concerts Historiques (à 9 heures, Maison des Artistes 
— Confcrence de M. René Brancour. — M"" Gatineau, H. Poir- 
son, Brancour, Parodi, Migevant; MM. Abondance et Rousseau. 

JEUDI 16 FÉVRIER : 
Concert Enesco 'à 9 heures, salle Gaveau). 
Concert Bilewski (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 
Concert de M"" Souchon (à 3 heures, salle Pleyel). 
Concert de M"' Rabinovitoh (à 9 heures, salle Erard). 

VENDREDI 17 FÉVRIER : 
Quatuor Pascal (à 5 heures, salle Gaveau. — Quatuor). 
Concert Sallgnac-Lucas (à 9 heures, salle Gaveau). 
Concert Mansion (à 9 heures, salle des Agriculteurs}, 
Concert Odette Lemoine (à g heures, salle Erard), 
Concert Jean Façon (à 9 heures, salle Pleyel). 

Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 

Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro. 
Crois, en mon amour, ma petite reine (chanté par M. Rambaud), 
de Charles Silver, extrait de la Mégère apprivoisée, comédie 
lyrique en 4 actes, paroles de Henri Gain et Edouard Adenis. 

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477. • 84* Année. • N° 7. 



Paraît tous les Vendredis. 



Vendredi 17 Février 1922 



FONDÉ EN 1835 



^ 



LEWENESTREL 

MUSIQUE • ET- THEATRES 



DIRECTEUR JJ^CQUES HEUGEL 



DIRECTEUR- 
DE 1833À1ÔÔ3 
J.L. HEUCEL 




DIRECTEUR, 

DE1883À1914 
HENRIHEUCEL 



SOMMAIRE 



Musique Russe- 



LOUIS LALOY 



La Semaine musicale : 

Théâtre-Mogador : 

Monsieur l'Amour P. de LAPOMMERAYE 

Trianon-Lyrique : 

LeRotl'a dit • A la Poule gros sel. RENÉ BRANCOUR 

Les Grands Concerts: 

Concerts du Conservatoire P, de LAPOMMERAYE 

^ _ ^ , (A. SCHAEFFNER 

Concerts-Colonne î „ ...rn.«c 

( P, DE LAPOMMERAYE 

Concerts-Lamoureux RENÉ BRANCOUR 

Concerts-Pasdeloup JOSEPH BARUZI 



Concerts Divers. 

Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger : 

Allemagne JEAN CHANTAVOINE 

Angleterre MAURICE LENA 

Belgique ' ED. VERSOHEUREN 

Hollande JEAN CHANTAVOINE 

Italie G.-L. GARNIER 

États-Unis MAURICE LENA 

Échos et Nouvelles. 

♦ 



SUPPLÉMENT MUSICAL 

pour les seuls abonnés à la musique 



]VIUSIQUE DE PIA|40 

Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro : 

TEA FLIRTATION, d'Edmond Laurens. 
Suivra immédiatement : Allegrador, paso-doble, d'Alfredo Barbirolli. 



JVIUSIQUE DE CflAl^T 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant : 

Allons, Je suis armé, (chanté par M. Franz), de Gabriel Dupont, extrait d'Antar, 
conte héroïque en 4 actes et 5 tableaux, poème de Chékri Ganem. 

Suivra immédiatement : Madrigal de Yamato, de Reynaldo Hahn, extrait de la Colombe de Bouddha, 
conte lyrique japonais en un acte, poème d'André Alexandre. 



Le Numéro : 

Itatti teul) 

Qfr 75 



(Voir les Quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoerture) 



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BUREAUX:RUEVlVlENNE2bisPARlS(2î) 

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CONDITIONS D'ABONNEMENT 

A l'année seulement 

Pour Paris et les Départements 

I» TEXTE SEUL 20 tr. 

2" TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

3* TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

4» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) .... 60 fr. 
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 fr. ; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ; 

Abonnement complet, 6 fr. 50. 
Frais d'envoi de la Prime au i" janvier (Province et Etranger) : i' et i' modes : chaque, 1 fr. 50; 4» mode : 3 francs. 

Les Abonnements partent du I" de chaque mois. 

En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che^ tous les Libraires et Marchands de Musique 

ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal. 



HEUGEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2"", rue Vivienne, Paris (2*) 
La dernière création du Théâtre National de rOpéra : 

LA MÉGÈRE APPRIVOISÉE 



(Taming of the Shrew) de Shakespeare 



Comédie lyrique en quatre actes 
d'après l'adaptation de p. DELAI R 



PAROLES DE 

Henri GAIN et Edouard ADENIS 



La Partition : 

Chant et Piano 

Prix net : 40 francs. 



MUSIQUE DE 

Charles SILVER 



Le Livret : 
Prix net : 3 francs. 



MORCEAUX DETACHES 

Prli lets. 



N"I. 



ibis- 
3. - 



4- — 
5. - 



ACTE I 
Catharina : Je suis un être insupportable (M"' Marthe 

Chenal) 4 „ 

ACTE II 
LoRENzo : Crois en mon amour, ma petite reine 

(M. Rambaud) 3 50 

Le même, pour baryton (en /a) 3 50 

BiANCA : Tout en cet instant évoque cette heure 

(M°« Monsy) 3 d 

Aubade aux mariés : Sous ses longs voiles blancs. » s 
Gaillarde (piano seul) 4 x, 



Padouana (piano seul) 
Forlane (piano seul) . 



6. 
7- 

ACTE III 
8. — Catharina : Ce voyage, ce voyage (M"« Marthe 

Chenal) 

g. — Pétruchio : Elle dortl Oui, la fatigue l'a domptée 

(M. Rouard) '. 

ACTE IV 
10. ^- Catharina: Ahl comme il prend plaisir à m'irriter 
(M'" Marthe Chenal) 



Frli oete, 

4 > 

5 > 



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LEWENESTREL 



4477- — 84' Année. — N" 7- 



Vendredi 17 Février 1922. 




yHUSÎqUe Russe 



'Opéra s'apprête à donner, en langue fran- 
çaise, Boj'is Godounov, de Moussorgski. Les 
études sont déjà très avancées, et ce n'est 
pas sans émotion que, passant auprès du 
« petit théâtre », du « foyer deux », ou du 
« foyer des chœurs », il m'arrive d'entendre 
le récit de Pimène, la chanson de Varlaam, le jeu dia- 
logué de Féodor et de la Nourrice, ou la complainte de 
rinnocent qui termine le tableau de la révolte sur une 
si lugubre et véridique prophétie : 

Larmes, répandez-vous, 
larmes douloureuses, 
pleure ma patrie, 
pleure sur toi-même. 

Il appartenait à la France de recueillir la musique 
russe en exil. Dans les dernières années du xix'' siècle, 
elle fut pour les musiciens de l'Europe entière, rnais 
surtout pour ceux de notre pays, comme la révélation 
de l'avenir, et aujourd'hui, malgré le malheur des 
temps, elle montre une invincible vitalité. Ce n'est pas 
sans raison qu'après une soirée de saison russe où l'on 
avait donné d'importants fragments de Boris Godowiov, 
Charles Bordes, qui fut un musicien délicat et un char- 
mant esprit, me disait : k C'est le grand-père de Pelk'as, 
n'est-ce pas? » Mais Moussorgski a trouvé sur la terre 
natale un héritier plus direct en M. Stravinski, dont 
les ballets russes de M. de Diaghilev nous donneront 
cette année encore, après l'Oiseau de Feu, Petrouchka, 
le Sacre du Printemps, le Rossignol, une œuvre nou- 
velle. 

M. Stravinski est élève de Rim.ski-Korsakov, qui fut 
le compagnon d'études et l'ami de jeunesse de Mous- 
sorgski. Rimski-Korsakov est venu à Paris en 1907, 
pour la première saison russe qui fut une saison de 
concerts. Il avait alors soixante-trois ans, et depuis 
trente-cinq ans enseignait l'harmonie et la composition 
au Conservatoire de JPétersbourg. Très grand, très droit, 
sa longue barbe, ses besicles rondes, son air un peu 
abstrait et sa gravité bienveillante le faisaient, à première 
vue, reconnaître pour un professeur russe; il n'y a pas 
un pays en Europe où l'éducation de la jeunesse ait été 
prise au sérieux comme en Russie, et Renan, s'il eût 
été russe, n'eût jamais parlé du « léger ridicule qui 
s'attache aux choses de l'enseignement ». 

C'était pourtant ce professeur qui avait composé les 
étincelantes féeries de Shéhdra\ade, A^Atitar, de Sadko, 
éuT:{ar Saltan. Il n'en tirait pas vanité et cherchait à 
convaincre ses élèves qu'ils en feraient autant s'ils obser- 
vaient aussi exactement que lui les règles de l'harmonie, 
pareil à ces milliardaires qui prétendent, et croient 



peut-être, avoir fait fortune en se privant de déjeuner. 
Nous l'engageâmes vivement à aller entendre Pelléas et 
Mélisande. 11 y fut, et en revint fort embarrassé de ne 
pouvoir partager notre enthousiasme. Mais il emporta 
la partition pour l'étudier à loisir, et une lettre, reçue 
au mois d'août suivant, me rappelait fort amicalement 
nos discussions « sur l'importance du contrepoint ». 
Ses dernières œuvres, Kitège et le Coq d'Or, nous 
apportaient bientôt la preuve que la leçon de Pelléas 
n'avait pas été perdue pour lui. Mais la inort vint le 
surprendre deux années plus tard, en pleine lucidité 
d'esprit et force de talent, miné par ce découragement 
que plus d'un cœur russe a connu alors et dont nous 
ne savons que trop les raisons aujourd'hui. 

La même année, M. Charles Malherbe, bibliothécaire 
de l'Opéra et fervent collectionneur d'autographes, me 
confiait un manuscrit de musique russe qti'il venait 
d'acquérir et dont il désirait connaître le titre et, si 
possible, l'auteur. J'eus bientôt le plaisir de lui apprendre 
que le hasard avait mis entre ses mains un trésor inesti- 
mable : un manuscrit de Moussorgski, entièrement écrit 
par lui-même et en grande partie inédit. 

Sous le titre Années de Jeunesse, Recueil de Romances, 
ce volume oblong, du format italien, groupait en effet 
dix-sept mélodies, composées entre les années 1857 et 
1866, dont cinq seulement étaient déjà connues. Encore 
deux sur les cinq, la Nuit, sur des vers de Pouchkine, 
et la Berceuse du Paysan, tirée d'un drame d'Ostrovski, 
apparaissaient ici dans une version plus ancienne, plus 
hardie et plus complète que celle qui avait été justifiée 
par la suite. Les douze autres étaient restées inconnues 
jusqu'à ce jour, mais il était fait mention de l'une d'elles, 
la complainte du vieillard de WillielmMeister, dans une 
lettre de Moussorgski au critique Stassov, datée du 
23 juin i863; d'après le manuscrit, elle fut achevée le 
i3 août de cette année. 

Toutes les mélodies sont en effet signées et datées. 
Moussorgski les a copiées, de sa fine écriture, avec beau- 
coup de soin, et cependant a laissé échapper, selon sa 
coutume, plusieurs fautes d'inadvertance, lignes supplé- 
mentaires mal comptées, dièses ou bémols oubliés. 
Certaines de ces mélodies, dédiées à des camarades du 
régiment ou à leurs femmes, évoquent à nos yeux l'élé- 
gant officier qui, de i856 à iSSg, tint garnison à Péters- 
bourg. D'autres, composées après sa démission, attestent 
que, revenu à sa maison rustique, il a su loin du monde 
écouter les voix de la nature et les chants de son peuple. 
Toutes, en raison même de l'inexpérience qui leur donne 
une âpre fraîcheur, montrent déjà toute la force d'un 
génie primesautier et profondément musical. 

Cinq années plus tard, un manuscrit du même format, 
toujours cher aux musiciens russes, est ouvert sur mon 
piano, et deux artistes le déchiffrent : le plus âgé, fixant 
le réseau croisé des accords de ses yeux un peu bridés 
que le front surplombe, pendant que ses mains agiles 



69- 



LE . MÉNESTREL 



ondulent sur les touches; Tautre, à sa droite, mince, 
trépidant, prêt à bondir de sa chaise, porté par la houle 
sonore : Claude Debussy et Igor Stravinski lisent en- 
semble le Sacre du Pi'intemps. 

Non, la musique russe n'est pas morte, la musique 
russe ne doit pas mourir. Louis Laloy. 

LA SEMAINE MUSICALE 



Théâtre Mogador. — Monsieur l'Amour, opérette en 
trois actes de MM. René Peter et Henri Falk, mu- 
sique de M. Marcel Lattes. 

Deux divinités païennes inférieures, qui gravitent 
autour des dieux, s'aimaient d'amour tendre : elles 
avaient nom Thysis (c'est l'homme) et Myrtale (c'est la 
femme). 

Myrtale prend part à un concours de beauté organisé 
dans l'Olympe, et le président du jury, qui n'est autre 
que Vulcain, s'en éprend; mais Vulcain est muret laid, 
Myrtale le repousse. Pour conquérir le coeur de la 
rebelle, il vole une flèche dans le carquois de l'Amour 
et veut en frapper la jeune vierge. Thysis, qui survient 
juste à temps, arrache la flèche à Vulcain et, d'un geste 
énergique, la lance à travers l'éther. Cette flèche s'en 
ira tomber sur la Terre. Colère de Vulcain : l'Amour 
vient en aide aux deux jeunes gens, il facilite leur éva- 
sion de l'Olympe et leur traversée jusqu'à la Terre où 
ils trouveront bien moyen de se réunir. 

La colère de Vulcain s'accroît : il invoque Zeus qui 
éclaire et tonne, enlève à l'Amour tout pouvoir, à moins 
que, dans un délai de vingt ans, Thysis et Myrtale, 
errant sur la Terre, ne se soient retrouvés et aimés. 

Vingt ans se sont écoulés pendant les vingt minutes 
d'entracte, et nous retrouvons Thysis et Myrtale sur 
notre planète qui, l'Amour n'ayant plus de pouvoir, est 
livrée à l'exploitation d'une humanité grossière, mer- 
cantile et goinfre. Thysis est devenu un riche indus- 
triel, profiteur de guerre, et Myrtale a pris la forme de 
Niquette, fille de Pontaubac, homme d'affaires. 

L'Amour, qui s'est mué en Zinzolin, a déniché ses 
deux protégés et réussit à les mettre en présence; mais 
ses efforts sont vains. Thysis -Richard et Myrtale- 
Niquette parlent dot, toilettes, entremets et sucreries : 
leur cœur ne parle pas. Vulcain, Mercure, qui ont voué 
à l'Amour une haine éternelle, l'ont suivi sur la terre 
pour tenter de déjouer ses plans. Vulcain se présente à 
Niquette comme un très riche étranger : il n'a pas de 
peine à l'enlever à Richard. Il l'épousera; mais... il 
l'épousera en Provence, à Saint-Amandour. Vulcain, 
qui l'eût cru ! a de la fantaisie. 

Encore vingt minutes d'entracte et nous voici à Saint- 
Amandour, juste à l'endroit où tomba dans un magni- 
fique platane la flèche de l'Amour. Comme le hasard 
fait bien les choses ! Sous ce platane, Niquette et Richard 
sentent leur cœur battre à l'unisson, et bientôt ils 
joignent leurs lèvres, quelques heures avant que le délai 
imparti par Jupiter n'ait expiré. L'Amour reprend son 
pouvoir, l'humanité redevient folle. 

L'exposition de la pièce est laborieuse; le premier 
acte traîne un peu, mais le deuxième est très amusant et 
le troisième charmant. Sur ce thème de haute fantaisie, 
M. Marcel Lattes a écrit une partition qui a suivi la 
progression du livret. Le premier acte manque de véri- 



table gaieté; imitation ou parodie d'Oflenbach, il n'en 
a ni la joie truculente, ni la souriante bonhomie. Au 
second acte, au contraire, on peut citer, entre autres, 
agréables morceaux, un excellent duo bouffe et un joli 
trio; le troisième. acte est d'un niveau supérieur à ce 
que nous donnent généralement aujourd'hui les com- 
positeurs d'opérette : c'est presque de l'opéra-comique. 
Ce qui est d'une qualité rare, c'est la partition d'orches- 
tre, très claire, très légère et cependant très fournie, 
avec une juste utilisation des timbres : l'accompagne- 
ment du trio au deuxième acte se transformerait facile- 
ment en un joli morceau symphonique. Tout cela 
dénote en M. Lattes un musicien expert qui nous a 
donné aujourd'hui une œuvre où les qualités abondent 
et qui fera mieux encore. 

Cette féerie-opérette a été luxueusement montée par 
la direction de Mogador; de jolies femmes et de somp- 
tueux costumes évoluent dans des décors originaux. 

L'interprétation est remarquable. M"" Brigitte Régent 
est un Amour à la fois mutin et distingué, qui n'a pas 
besoin de son carquois pour vaincre; M"'' André Alvar 
se trouve plus à son aise que dans hs Brigands : dans 
sa grâce menue elle personnifie l'innocente Myrtale, et 
sa voix bien timbrée, assouplie, rivalise avec celle des 
oiseaux de Provence. M. Francell joue et chante avec 
aisance le rôle de Thysis, il est charmant. Citons éga- 
lement M. Massart, M. Rollin, très amusant au second 
acte, et M'"' Suzy Vinker, imposante Vénus. 

M. Jacobs dirigeait l'orchestre : il l'a fait cette fois 
encore avec une délicatesse et une précision qui ne sont 
point pour surprendre, mais qui ont mis en valeur 
toutes les nuances d'une partition plus complexe que 
celles des opérettes que son orchestre exécute habituel- 
lement. Pierre de Lapommer.we. 

Trianon-Lyrique. — Le Roi l'a dit, opéra-comique en 
deux actes, poème d'Edmond Gondinet, musique de 
Léo Delibes (reprise) ; ■ — A la Poule gros sel, 
opéra-comique en un acte, paroles de M. Henri Fa- 
BERT, musique de M. Edmond Malherbe. 
Les formalités administratives qu'impose maintenant 
l'Etat pour s'assurer que tout le monde a payé la taxe 
ou en est dûment exonéré, font que, vingt-cinq minutes 
seulement après mon arrivée au théâtre, j'étais enfin 
admis à me convaincre que le rideau était levé depuis- 
un quart d'heure. Et cependant il conviendrait de ne 
pas perdre une seule note de ce délicieux, spirituel, 
savoureux et tendre opéra-comique, où Delibes tient 
déjà tout entier. Il date d'environ cinquante ans, niai& 
est assurément plus jeune qu'une foule de partitions pré- 
tentieuses qui lui ont succédé. Il n'y a pas une note de 
trop, suivant un mot célèbre, en cet ouvrage si élégam- 
ment conçu, si finement réalisé. Le tour mélodique, 
les rythmes piquants, la coloration orchestrale s'unis- 
sent avec la plus complète fraternité pour charmer 
l'oreille et satisfaire au goût de l'auditeur. 

Oh! je sais ce qu'on a pu dire, à bon droit, contre le 
livret, à partir du deuxième acte. Mais je persiste à n'en 
pas moins regretter la condensation opérée en i8g8, lors 
de la reprise du Roi l'a dit à l'Opéra-Comique. Nous 
avons perdu un certain nombre de morceaux, alors que 
tous étaient dignes d'être conservés. Même la présente 
reprise en a supprimé un qui avait gardé sa place 
dans la précédente réduction. 

Delibes, au milieu même de la plus franche gaîté, 
garde toujours la distinction de l'allure et du langage; 



LE • MENESTREL 



le burlesque, chez lui, ne tourne jamais au trivial. 
D'autre part, dans l'expression de la tendresse, il sait 
faire entendre, sans jamais y trop appuyer, une note 
doucement émue, qui révèle en lui une sorte de Watteau 
de la musique. 

Il semble bien que ses nouveaux interprètes l'aient 
fidèlement servi. Tout d'abord M. Jouvin, qui joue 
avec autant d'esprit que de tenue courtisane le rôle du 
maître à danser Miton. M. Max Marrio fait vibrer une 
bonne voix et apprécier un jeu intelligent dans celui du 
marquis de Moncontour. S'il manque physiquement 
d'ampleur, ce déficit est amplement compensé par 
M"^ Jane Ferny qui figure avec une volumineuse pro- 
digalité la marquise de Moncontour. M. de Trévi 
(Benoît) ténorise fort agréablement. Et il faut louer très 
particulièrement M"^ Marcelle Evrard, fraîche et déli- 
cate Philomèle, mais surtout M"^ Maryse Reibel,Javotte 
accomplie, dont la voix, le jeu et l'aspect sont également 
attrayants. 

Une question : pourquoi, dans l'ensemble de la leçon 
de musique « à la manière de Rameau », les aimables 
filles du marquis invoquent-elles les Umcnidesl — (Oui, 
oui, je sais que certaines midinettes prononcent aussi 
Ugènc. Mais ce n'est pas une raison. Enfin!...) 

M. Edmond Malherbe, élève de Massenet et premier 
Grand Prix de Rome en 1899, est un musicien sérieux, 
auteur, si je ne me trompe, d'un quatuor pour instru- 
ments à cordes et d'un sextuor pour instruments à vent, 
sans compter bien d'autres oeuvres. En écrivant la par- 
tition d'^ la Poule Gros Sel, il a dû jeter un mélan- 
colique regard sur ses cantates d'autrefois : Radegoiide, 
puis Callirhoé; mais à coup sûr il ne les a point 
oubliées, et l'on reconnaît, en son œuvre d'aujourd'hui, 
la main d'un bon musicien rompu à la technique de son 
art. 

M. José Théry, en livrant au public, à la fin de la 
représentation, le secret du nom des auteurs, ignoré 
jusque-là, nous a révélé que le fruit de leur collabora- 
tion est une « fantaisie culinaire et musicale ». Soit! 
Néanmoins, l'on peut estimer que cette fantaisie est 
médiocrement fantaisiste, et que la gaîté en demeure un 
peu lourde, malgré les nombreuses évocations de 
potence et de pendaison qui ont pour objet de l'aviver. 
Il s'y agit d'un seigneur de Canteloison qui aime par- 
dessus tout déguster une poule au gros sel dont la 
recette est perdue. Le hasard la retrouve — ou du 
moins une autre encore meilleure — grâce à un jeune 
coquebin, amoureux de la fille de l'hôtelier, qui jette 
dans la marmite une poignée de fleurs en papier. Vous 
voyez que ce n'est pas compliqué. Joignez à ces person- 
nages un seigneur galant et ridicule et une accorte hôte- 
lière, et vous aurez une idée à peu près complète de 
cette poule dont le sel est effectivement un peu gros. 
J'oubliais de vous informer que l'action semble se pas- 
ser au xvi'= siècle, détail qui n'offre peut-être point une 
importance extrême. 

Venons à la musique : le seul reproche que je lui 
puisse adresser est de venir au programme à la suite 
de celle du Roi l'a dit. Dangereux voisinage, mais 
qu'enfin l'on ne peut imputer au second venu, — non 
plus d'ailleurs qu'au premier. La luminosité de Delibes 
rejette son voisin en une ombre relative. Ce n'est pas 
que M. Malherbe ait voulu sortir du cadre de l'opéra- 
comique. Les ensembles sont bien rythmés, clairement 
établis et d'un heureux mouvement. Ses intentions sont 



intelligemment affirmées et développées selon les meil- 
leures formules; en sorte que sa partition, des plus 
honorables, mérite les applaudissements qui l'ont 
accueillie. 

Nous y entendîmes de nouveau, et avec plaisir, 
M"' Marcelle Evrard, M. Max Marrio et M. de Trévi. 
M. José Théry, dont on connaît le solide talent, repré- 
sente un hôtelier digne de figurer dans Brantôme, non 
moins, au surplus, que sa digne compagne, M'"'= Valen- 
tine Rauly. Une mention favorable doit être décernée à 
M. Cadet-Grégoire qui dessina, en une énorme et cocasse 
silhouette, le vieux seigneur amoureux dont il est parlé 
plus haut. Son nez à la Cyrano mérite un éloge tout 
spécial, en ce qu'il forme l'élément le plus vraiment 
comique de ce nouvel ouvrage. 

L'orchestre fut dirigé de très satisfaisante manière par 
M. Maurice Frigara. René Brancour. 

L'abondance des matières nous oblige à remettre à la 
semaine prochaine le compte rendu de la Chair humaine, 
la pièce de M. Henry Bataille. Le succès en est discuté, 
elle n'en mérite pas moins une étude attentive. 



LES GRANDS CONCERTS 



Société des Concerts du Conservatoire 

La Société des Concerts rendit à la mémoire de Saint- 
Saëns le plus bel hommage en interprétant à la perfection 
diverses œuvres du maître. 

Ce qui frappe tout d'abord, à l'audition des œuvres de 
Saint-Saëns, c'est l'abondance des thèmes et leur dévelop- 
pement complet. On peut discuter sur la valeur de certains 
d'eux, les trouver plus ou moins rares, leur reconnaître plus 
ou moins de qualité, mais ce qu'il faut louer sans réserve 
c'est la méthode par laquelle l'auteur en tire tout ce qu'ils 
peuvent donner. Lorsque le thème est bon, l'ensemble est 
admirable; lorsqu'il est moins heureux, il n'en reste que 
l'impression d'une technique merveilleuse. 

La Symphonie avec orgue, que l'on peut sans crainte, 
dès maintenant, classer parmi les chets-d'œuvre, s'apparente 
nettement à la méthode de Beethoven : un plan directeur 
très ordonné, des thèmes clairs, développés avec toute la 
Ibrce et la vie que donne la solide étude dû contrepoint, 
une orchestration très équilibrée, abondante sans être 
lourde; voilà ce que les artistes du Conservatoire ont mis 
en relief avec une sorte de pieuse attention : l'effet fut con- 
sidérable, bien que l'orgue du Conservatoire soit insuffi- 
sant; il faut connaître la Symphonie pour en dégager la 
partie. 

Le Concerto en si mineur pour violon, interprété par 
M. Enesco, est connu. Le premier temps est vigoureux et 
carré, !'« andante », en forme de berceuse, est mélodique 
à souhait; quant au troisième temps, très brillant, il est 
d'inspiration plus banale. M. Enesco joua le tout avec une 
sûreté de technique et un goût parfaits. Il a contenu sa 
virtuosité avec une discipline méritoire, il fit chanter son 
violon juste ce qu'il fallait et lança ses traits avec une sim- 
plicité qui les firent paraître sous les doigts, et cependant... 

La Jeunesse d'Hercule est un des poèmes symphoniques 
les plus hauts en couleur de Saint-Saëns : il n'est pas dou- 
teux que Rimsky-Korsakoff ne l'ait connu et n'ait utilisé 
certains de ses procédés instrumentaux. 

M. Devriès chanta d'une jolie voix deux mélodies de la 
Nuit persane : œuvre de beaucoup supérieure à la Suite 
algérienne qui n'ajoute rien, au contraire, à la gloire de 
Saint-Saëns et qu'il faudra bien laisser tomber un jour. 



LE • MÉNESTREL 



Belle journée et qui, maintenant que Saint-Saëns est 
mort, contribuera à faire s'évanouir bien des haines injusti- 
fiées et des mépris irraisonnés, à moins qu'ils ne fussent 
intéressés. Pierre de Lapommeraye. 

Concerts-Colonne 

Samedi 1 1 février. — Le programme ne comprenait rien 
qui ne fût déjà connu — à part une assez brève « première 
audition » : un Solo de Concert pour basson, que M. Gabriel 
Pierné avait d'abord écrit pour un concours du Conserva- 
toire, puis a travesti d'une façon habile en pièce orches- 
trale. Tour à tour, une clarinette, un cor, le quatuor répon- 
dent au basson, dont les accents, tantôt cavaliers, tantôt 
rêveurs, furent parfaitement traduits par M. Dhérin. De 
longs applaudissements accueillirent compositeur et soliste,. 

Par un phénomène d'agglutination assez fréquent dans 
les programmes de nos concerts, le Menuet des Follets se 
vit accolé à la Danse des Sylphes et à la Marche hongroise 
comme le Feu d'artifice de Stravinsky fut non moins inévi- 
tablement précédé par la berceuse de rOiseau de feu. Rap- 
prochées, ces deux séries de fragments montraient curieu- 
sement, malgré les dissemblances d'époques, de races et 
d'esthétiques, qu'un même principe avait, à travers Liszt, 
Rimsky-Korsakoif, Strauss et Debussy, subsisté dans l'in- 
strumentation, à tel point que certaines pages du Carnaval 
romain et de Petrouchka offrent, oulre un même procédé 
de composition directe à l'orchestre, des similitudes dans 
l'amalgame singulier ou dans la dissociation imprévue des 
timbres; chez Berlioz comme chez Stravinsky les valeurs 
de timbres égalent les autres, sans cependant les éclipser. 

Dans la Deuxième Symphonie de Georges Enesco, c'est 
une autre part de l'héritage berliozien que nous percevions 
— le poème symphonique. Comme dans la Troisième Sym- 
phonie et dans un récent Quatuor à cordes du même auteur, 
nous devinons que les « idées » et les développements 
répondent à un programme, mais dont l'énoncé nous est 
refusé. Un certain désordre s'ensuit, qu'augmente encore 
une confusion balkanique de styles et d'influences. La 
personnalité d'Enesco y apparaît moins dans la matière 
sonore elle-même que dans la manière dont celle-ci est 
distribuée, dans une virtuosité orchestrale qui rappelle le 
coup d'archet et dans une poésie d'un ésotérisme un peu 
trouble. 

M. G. Pierné dirigea toutes ces œuvres inscrites au pro- 
gramme avec une parfaite maîtrise; il dut, comme de cou- 
tume, bisser la Marche hongroise. M"'^s AUix et Filliat furent 
également très applaudies après le nociurne de Béatrice et 
Benedict. André Schaeffner. 

Dimanche 1 2 février. — En dehors de la Symphonie de 
M. Enesco dont il est parlé plus haut, le concert dominical 
était consacré à Wagner : l'Ouverture du Tannhàuser, le 
second acte (jusqu'à l'entrée du roi Marke) de Tristan et 
Yseult, la Marche funèbre et la mort de Brunehilde du 
Crépuscule des Dieux, enfin la Chevauchée des Valkyries. 
Ce n'était pas la première fois que M. Gabriel Pierné con- 
duisait ces fragments, il le fit avec sûreté. 

Pour la critique, l'inérèt consistait dans l'interprétation 
vocale. M""^ Demougeot avait chanté récemment chez 
Lamoureux, avec beaucoup d'intelligence, le premier acte 
de Tristan; elle abordait dimanche le redoutable second 
acte. Elle y réussit pleinement; sa voix très souple rendit 
avec vérité les angoisses, les impatiences de l'attente et 
l'émotion profonde du duo. M. Gabriel Paulet, qui rem- 
plaçait M. Verdier, est un excellent artiste de concert; 
il manque un peu de chaleur dramatique. W^'^ Suzanne 
Beaumont lança d'une belle voix les appels de Brangaine. 
Pierre de Lapommeraye. 

Concerts - Lamoureux 

Et d'abord, l'un des joyaux les plus admirables du réper- 
toire symphonique : l'Ouverture du Freischiitj. Pourquoi 
nos chefs d'orchestre, toujours si enclins à fouiller les 
tiroirs du passé pour renouveler leurs programmes, ne 



s'avisent-ils point que Weber a écrit, outre ses trois grandes 
Ouvertures, quelques autres préfaces qui ne sont pas à 
dédaigner, celles de Preciosa ou de i?i/èt>fa/i/, par exemple, 
ou la Jubel-Ouverture'i 

Ensuite, M. Fernand PoUain nous donna la joie de 
goûter sa belle et prenante sonorité, son agilité subtile et 
son style d'une irréprochable pureté, dans le Concerto en 
ré majeur pour violoncelle, de Boccherini On sait que ce 
fécond producteur fut comparé à une fontaine dont il suffi- 
sait de tourner le robinet pour qu'elle fournit abondamment 
son eau presque toujours limpide. En effet, il ne composa 
pas moins de trois cent soixante-six œuvres instrumentales 
— soit la somme des jours d'une année bissextile — et nous 
ne parlons pas des autres ouvrages! 

Il admirait fort Haydn, à qui on l'a souvent comparé. Et 
de fait, l'andante du Concerto que nous venons d'ouïr est 
digne de ce maître. Rien de plus délicieusement tracé que 
cette mélodie gracieuse, auxméandresparfoismélancoliques. 
Le premier morceau n'offre rien de particulièrement original, 
non plus que le dernier, à la réserve d'un gracieux thème de 
couleur agreste. 

De Thamar, rien de particulier à dire, non plus, je pense, 
que de la Neuvième, à moins de rappeler un pas.^age des 
écrits de Schumann où il observe que « nous semblons enfin 
commencer à comprendre que dans cet ouvrage le grand 
homme nous a donné de ce qu'il a de plus grand ». Louons 
M. Chevillard de sa maîtrise, tant de fois constatée et 
applaudie, et rendons hommage aux artistes à qui était 
confiée la tâche ingrate de chanter ces beaux textes : 
M™" j_ Campredon et Hélène Mirey, MM. Gabriel Paulet et 
Charles Murano. René Brancour. 

Concerts-Pasdelotïp 

Ce qui conféra à ces concerts une signification exception- 
nelle, ce fut la présence de 175 choristes de la Schola Can- 
torum de Nantes. Grâce à ces artistes fut permise une totale 
et magnifique exécution de Rédemption, de César Franck; 
et par delà, en même temps, fut rendue évidente la possi- 
bilité d'une renaissance chorale dans les provinces fran- 
çaises. Il suffit qu'intervienne et se dévoue quelque volonté 
éclairée et ardente, quelque intelligence désintéressée, et 
tous les obstacles seront abattus. L'exemple de M™« Le Mei- 
gnen, fondatrice en igi3 et aujourd'hui encore présidente 
de cette Schola Cantorum, est en cela très net. Les plus 
grandes difficultés une à une surmontées; l'importance du 
but décident chacun des collaborateurs à vaincre tout 
découragement et à se subordonner à l'ensemble; c'est là 
l'histoire de huit années de clairvoyance et de hardiesse. 
Le résultat est maintenant précis : les œuvres les plus 
hautes et les plus complexes traduites en toute leur ampleur; 
et sur tous les visages de ces cantatrices et de ces chanteurs 
une conviction qui ajoute à l'impression musicale propagée 
une sorte d'évidence plastique. Particulièrement admirable 
fut, dans la première partie, le Chœur des Anges. On per- 
çut comment la musique de Franck s'apparente, en de tels 
moments, à l'inspiration des plus grands peintres du xiv<^ 
ou du xv« siècle, un Fra Angelico, par exemple, ou un 
Simone Martini. 

Succédant à de tels accents, la voix de M™ Montjovet 
sem.bla en recueillir et individualiser la force; et cet^4jr de 
l'Archange, trop souvent isolé de l'œuvre totale, put enfin 
apparaître en son sens véritable. 

Le « Récitant » était M. Jean Hervé, de la Comédie- 
Française. Il fut vivement applaudi. 

A la fin du concert, le public rendit chaleureusement 
hommage à M"" Le Meignen et à M. Le Guonnaud, chef- 
adjoint de la Schola Cantorum de Nantes. 

M. Rhené-Baton a nettement marqué ce que, dans- 
Rédemption, il y a tour à tour de supra-terrestre et de dou- 
loureusement rivé au sol. Du Camp de Wallenstein de 
Vincent d'Indy et de la 4<= Symphonie de Schumann il 
avait donné auparavant des interprétations vigoureuses et 
sincères. - Joseph Baruzi. 



LE • MÉNESTREL 



CONCERTS DIVERS 

Société Nationale de Musique (447<= concert, // février). 
— Pour la première fois était joué à la Société Nationale 
le Quatuor à cordes d'Encsco. MM. Marcel Chailley, 
Dodka Guilevitch, Léon Pascal et Ton)' Close en ont 
traduit avec souplesse et ardeur la multiple inspiration. 
L'œuvre est divisée en quatre parties; mais ce n'est là que 
la structure la plus apparente. Beaucoup plus importants 
sont les changements d'allure à l'intérieur de chaque partie. 
Plusieurs fois, en effet, le développement mélodique ou 
rythmique semble achevé; mais soudain tout se ressaisit, — 
comme si venait d'être entendue quelque question nouvelle, 
pour laquelle une réponse va être fiévreusement cherchée. 
Et voici dès lors, en un sursaut brusque, tels accents forte- 
ment scandés; — ou, au contraire, se dégageant lentement 
d'une sorte de gangue musicale, une indécise mais large 
mélopée. 

Mme Blanche Vallin, que l'auteur accompagnait, a chanté 
ensuite de façon sincère quatre mélodies de M. Marcel Ber- 
trand : Paysages français. Œuvre de demi-caractère, mais 
délicate et étrangère aux trop faciles procédés imitatifs. 

Une exécution comme celle qui a favorisé le Trio pour 
piano, violon et violoncelle de Gabriel Pierné permet 
d'écarter quelques-unes des hésitations qui, lors d'une 
« première audition », intimident à bon droit le jugement. 
Les trois interprètes, en effet, MM. Pierné, Enesco, Gérard 
Hekking, donnaient à toutes les intentions leur plein relief; 
et une sorte de profusion sonore enveloppait l'œuvre et en 
multipliait les accents. Des alternances de mélancolie et 
d'allégresse; — en toute la seconde partie, un joyeux et 
robuste élan, proche de la vie agreste; — à la fin, le repos 
accepté; mais les « variations » qui, dès lors, interviennent, 
semblent figurer le caprice des souvenirs où se transpose 
la richesse des aventures naguère traversées. 

Deux Pièces pour piano de M"* Marcelle de Manziarly 
furent ensuite brillamment exécutées par M. Robert Casa- 
desus; et la séance se termina par le Poème pour violon de 
Chausson, joué de façon émouvante par M. Enesco et 
M'ii^ Rachel Blanquer. Joseph Baruzi. 

Concert Edouard Risler. — Entre deux de ses triomphales 
tournées à l'Étranger et dans les grandes villes de province, 
M. E!douard Risler, cédant aux instances pressantes d'admi- 
rateurs innombrables, a bien voulu profiter de son court 
passage à Paris pour donner, lundi dernier, à la Salle des 
Agriculteurs, un récital dont le succès a au moins égalé 
celui des séances précédentes. 

Le programme, de caractère classique cette fois, était 
consacré à Beethoven, Chopin et Liszt. 

La Sonate pastorale (op. 2S) du premier, si prenante, fat 
interprétée avec une sensibilité d'une exquise délicatesse : 
une fois encore, le grand pianiste s'affirma l'idéal interprète 
de la pensée beethovénienne. 

Chopin lui valut ensuite un triomphe éclatant, avec la 
splendide Fantaisie en fa mineur, dans laquelle il fit preuve 
d'un incomparable brio, le Nocturne en si bémol mineur, 
murmuré avec cette sonorité dont émane une émotion 
pénétrante et dont M. Risler semble seul posséder le secret, 
VImpromptu en la bémol et la Ballade en sol mineur qui 
allèrent aux nues : le magnifique artiste y fit preuve d'une 
poésie intense et aussi d'une extraordinaire virtuosité. Il 
dut, après de longues ovations, ajouter à son programme 
la délicieuse Valse en ut dièse mineur. 

Liszt termina brillamment le concert avec // Pensieroso, 
Un Sospiro et la Polonaise en mi. Mais, devant l'insistance 
d'un public enthousiaste, M. Risler dut prolonger sa trop 
courte séance en faisant entendre VIdylle de Chabrier ; il 
tint à terminer par un délicat hommage à Saint-Saëns. dont 
il fit acclamer la Rapsodie d'Auvergne. 

La joie du public fut à son comble quand l'habile orga- 
nisateur du concert annonça que le succès éclatant de la 
séance décidait M. Risler à donner, dès son retour, le 
■27 mars, un nouveau récital. Réjouissons-nous de cette 



nouvelle occasion qui nous sera offerte d'acclamer l'un des 
plus grands artistes de ce temps, qui, prestigieux interprète 
des œuvres classiques, sait aussi, au cours de ses brillantes 
tournées, s'affirmer, comme il l'a fait dans sa belle série de 
séances de l'an dernier, un propagandiste ardent des musi- 
ciens français modernes. Paul Bertrand. 

M'™ Isabel Rosalès vient de donner à la salle du Conser- 
vatoire un concert avec l'orchestre Lamoureux dirigé à 
merveille par M. Paray. Dans deux Concertos, ceux de 
Schumann et de Liszt (n" i) et dans les Variations sympho- 
niques de Franck, M'"'= Rosalès s'est fait remarquer par un 
ensemble de qualités rares : la clarté du jeu, une étonnante 
solidité de technique, une grande bravoure et aussi une très 
belle simplicité de style. Elle a obtenu un éclatant succès, 
très mérité. P. A. 

Orchestre de Paris. — L'exécution de l'Ouverture des 
Noces de Figaro de Mozart, par laquelle débutait le concert, 
ne fut pas moins bonne que celle donnée le 35 décembre; 
le Concerto en r,ii majeur pour violon et orchestre de Bach, 
que nous n'avions pas ouï depuis trois longues semaines, 
fut joué magistralement par M. Carembat, très applaudi; 
et l'interprétation de la Marche hongroise de Berlioz, qui 
terminait la séance, fut aussi vigoureuse que celle du 
i3 novembre,... mais bis l'epetita placent! 

Entre ces œuvres nous entendîmes d'abord le Nocturne 
pour cor de M. Aymé Kunc, d'une étrangeté impression- 
nante, avec ses bruissements mystérieux, inquiétants, 
comme ceux que croient percevoir, à la nuit tombante, le 
passant crédule attardé, au milieu de la campagne, ou, 
peut-être, en longeant le mur d'un cimetière, pendant qu'au 
loin retentit le cor d'un chasseur, que M. Éprinchard, cor 
solo, fit sonneur du mieux qu'il put. 

M"^ Madeleine Peltier, qui n'avait pu, par suite d'indis- 
position, jouer le 18 décembre le Premier Concerto pour 
piano et orchestre de Saint-Saëns, vint ensuite prendre sa 
revanche de ce f.âcheux contretemps. La charmante artiste 
fut couverte de bravos pour le beau talent, fait de force, 
d'aisance, de grâce et de brio, qu'elle déploya dans l'œuvre 
ardue du maître disparu. 

Puis nous eûmes les Trois Poèmes, sur des poésies 
d'Albert Samain, de M. A. KuUmann, dirigés par lui-même, 
et dans lesquels fut fort apprécié et applaudi le puissant 
organe de soprano dramatique de M""^ Martinelli, au timbre 
expressif et aux accents superbes. Composition non sans 
valeur, agrémentée d'une orchestration d'une belle ampleur, 
sans aucun empâtement. 

Ce fut enfin la délicieuse Fantaisie Orientale de M. Max 
d'Ollone, qui nous sembla trop brève, tellement la musique 
en est évocatrice. Limpide comme du cristal, la trame qui 
en forme le fond, quoique ténue, en est solide, les tissus 
chatoyants et les broderies très fines. 

Elle débute par une suave mélopée avec â'élégantes 
variations, exprimée par la clarinette solo, qui valut à 
M. Jeanjean un vrai triomphe, puis, tout à coup, surgit une 
danse aux rythmes capricieux et pittoresques du plus gra- 
cieux et du plus suggestif effet, développée jusqu'à sa 
conclusion avec un art et une entente de toutes les 
ressources de l'instrumentation moderne. 

Il est regrettable que M. Max d'Ollone, alité, n'ait pu 
venir diriger son œuvre, comme le programme le promet- 
tait; il eût été vraiment heureux de constater le grand succès 
que r'emporta sa composition qui fait grand honneur à notre 
belle école française de musique symphonique moderne et 
qui peut se classer parmi les meilleures et les plus dis- 
tinguées, malgré sa brièveté. 

M. de Lausnay et son orchestre s'y dépensèrent généreu- 
sement pour en donner une traduction fidèle et méti- 
culeuse. 

Aussi furent-il récompensés de leurs efforts méritoires 
par les sincères applaudissements qui éclatèrent de toutes 
parts. Paul Toureng. 






LE • MÉNESTREL 



Schola Cantorum (5 février). — Dire d'ua pianiste qu'il 
possède une excellente technique demeure assez banal; ce 
l'est moins lorsqu'il s'agit d'un organiste. Il semble trop 
souvent que le fait de jouer de l'orgue supplée à des qua- 
lités que nous exigeons de n'importe quel autre musicien. 
Une disproportion entre l'effort ou l'agitation physique à 
quoi se livre l'organiste et 1' « immobilité » de l'instrument; 
rompant le cours d'un morceau, des hiatus qui laissent per- 
cevoir un bruit inharmonieux de machinerie ; je ne sais 
quelle mollesse tant d'attaque que de mouvement; enfin 
l'usage de poncifs dans la registration — tels sont les prin- 
cipaux griefs qu'il nous arrive plus ou moins consciemment 
de formuler dans maint concert d'orgue. Aucun de ces 
reproches n'est certes applicable à M. Achille Philip. Dès la 
Fugue et le Trio de Clérambault qui ouvraient le pro- 
gramme, par l'exécution incisive des ornements, par la 
vivacité de l'allure, par la virtuosité générale du jeu, par 
l'intelligence du style, par une certaine truculence même 
dont l'enjouement profane allait à rencontre de toute mys- 
ticité suave ou mièvre, nous sentions s'imposer à nous une 
maîtrise authentique. Chaque pièce nouvelle ne devait que 
renforcer un peu plus cette impression première à laquelle 
se joignait aussi le piquant d'entendre des œuvres très peu 
connues. Au nombre de celles-ci figuraient une des deux 
Fantaisies en fa mineur que Mozart composa entre 1790 et 
1791 pour un orgue mécanique et Deux études en forme de 
canon écrites par Schumann pour le piano pédalier. 
M. Philip y sut montrer en quoi, si particulières fussent 
leurs destinations, ces pièces se reliaient au style général 
de leurs auteurs : — chez Mozart, cette même majesté 
monumentale, puis cette pétulance qui, inlassable, vainc la 
pesanteur de l'instrument, glisse en les tuyaux un air plus 
léger et les emporte en des rondes enivrantes; — dans le 
Canon en si mineur de Schumann, ces perpétuels sautille- 
ments d'Arlequin et de Colombine en un carnaval de fan- 
taisie bariolé de serpentins et de neige... 

M. Philip exécuta également deux pièces de M. Fumet 
(le Sommeil des Innocents, les Chariots d'Israël), au sym- 
bolisme curieux, et une Toccata et Fugue en la mineur, de 
lui-même, d'une abondante richesse de développement et 
d'un intéressant stj'le canonique. 

A ce concert prenait également part l'excellent quartette 
vocal français (M""*^ Malnory-Marseillac, Legrand-Philip; 
MM. Georges Jouanneau, Georges Mary) dont l'existence 
constitue pour une future renaissance chorale un signe bien 
plus favorable que ces associations où la bonne volonté ne 
manque pas, mais dont le recrutement s'est opéré par 
masses et non progressivement par des individualités. Le 
quartette vocal français nous donnera bientôt sans doute 
l'occasion de reparler de lui et de détailler ses qualités 
multiples pour qtte nous nous contentions aujourd'hui de 
signaler simplement les belles interprétations de chansons 
de Costeley (Mignonne, allons voir si la rose...) et de Jan- 
nequin (Ce moys de may), aux primitives libertés tonales, 
de chants, avec accompagnement, de Mozart, de Beethoven 
et de Fauré — et surtout d'admirables pièces pour quartette 
et piano de Brahms (Langueur, la Nuit, Deux Chansons 
tjiganes) qui, différentes de l'art de Schubert et de Schu- 
mann, en sont pourtant le prolongement fidèle et dont le 
charme indéfinissable vous saisit comme au détour d'une 
allée une odeur de lilas. André Schaeffner. 

Chœur mixte de Paris (S février). — Il est inutile d'insis- 
ter sur ce fait trop connu qu'en France nous ne possédons 
pas de chœurs et que par là notre musique se trouve privée 
tant pour le présent que dans l'avenir d'un très appréciable 
facteur d'enrichissement. La rareté et la médiocrité des 
auditions chorales, si elles enlèvent au public la possibilité 
d'entendre convenablement les œuvres essentielles de la 
Renaissance et des siècles suivants, maintiennent l'emploi 
polyphonique de la voix inaccoutumé aux jeunes compo- 
siteurs et obligent chacun de ceux qui voudraient s'y livrer 
à improviser en quelque sorte leur technique : le courant 



n'existe plus ; la pratique et peut-être le goût en ont disparu. 
Les Chansons de Charles d'Orléans de Debussy et les Trois 
Chansons de Ravel restent de ces miraculeuses mais brèves 
réussites qui ne transgressent en rien un ordre défavorable 
de choses. Outre le vieil anathème jeté par Jean-Jacques 
Rousseau contre le chant français, outre les arguments nou- 
veaux et autrement pesants que l'économie mondiale oppose 
à tout essor artistique, il nous faut bien avouer que nous 
n'avons pas à notre disposition, comme autant d'objets qui 
nous seraient familiers et dont nous userions journellement, 
cette abondante littérature mélodique que possèdent les 
peuples germaniques comme un fonds courant de culture : 
chorals protestants, œuvres de J.-S. Bach et des maîtres 
anciens, cycles de lieder de Schubert, de Schumann, de 
Brahms, de Wolf, etc. Nous n'avons plus ou même nous 
n'avons pas eu un folkore assez vif pour exciter dans un 
incessant travail rapsodique cette verve mélodique propre 
aux nations slaves et à l'Espagne. 

Quelque chose de presque inculte et d'un peu atone — 
voilà notre part en cette matière et contre quoi s'insurgent 
courageusement des associations comme le Chœur mixte 
de Paris dirigé par M. Marc de Ranse. La multiplicité de 
telles entreprises pourra être d'un excellent effet. Malgré 
encore quelques défectuosités, l'œuvre de M. Marc de Ranse 
mérite bien des encouragements. Plus de souplesse dans 
les nuances, un usage moins fréquent du fortissimo, le sen- 
timent que chaque choriste offre une solide éducation 
musicale et une spontanéité de parfait soliste ; cette nou- 
velle association professionnelle pourra alors être comparée 
avantageusement à celles de l'étranger. 

Au programme du 8 février, parmi les œuvres les plus 
applaudies : Quand mon vtary vient de dehors et Fuyons 
tous d'amour le jeu d'Orlando di Lasso, Rose de haie et 
Ferme les yeux de Schumann, Chansons à quatre voix de 
Florent Schmitt, etc. André Schaeffner. 

Concert de M"<= Magdeleine Brard (salle de l'ancien 
Conservatoire, 10 février). — Nul n'ignore que M"« Mag- 
deleine Brard est une des plus remarquables pianistes 
qu'ait formées notre Conservatoire. Prix d'excellence et prix 
d'honneur, elle a reçu les plus hautes récompenses, qu'in- 
contestablement méritait la rare essence de son talent. 

Au cours du récital qu'elle vient de donner, nous avons 
pu à nouveau constater la compréhension profonde des 
chefs-d'œuvre qu'elle interprète. Les Variations sympho- 
niques de Schumann, dont celui-ci disait qu'il s'y était 
efforcé de « dépeindre en diverses couleurs le pathétique 
qu'elles renferment », furent assurément rendues avec la 
passion tragique que réclamait leur génial auteur. D'autre 
part, les Études et Préludes, le Nocturne et la Ballade de 
Chopin, qui leur succédaient, ont été interprétés avec une 
pleine intelligence de leur texte romantique, mais sans 
aucune de ces exagérations que trop de pianistes y viennent 
fâcheusement mêler. La délicate poésie de M. Gabriel 
Fauré, la grâce aérienne et la brûlante éloquence de Liszt 
achevèrent de réaliser un programme du choix le plus noble 
et le plus captivant. 

Toutes les qualités si harmonieusement groupées en 
M"<^ Magdeleine Brard, portées à un si haut degré, furent 
hautement et chaudement admirées par un nombreux audi- 
toire qui lui prodigua les plus légitimes applaudissements. 

René Braxcour. 

Concert Léo Tecktonius. — Dans son dernier concert, 
M. Léo Tecktonius a fait valoir mieux que jamais ses rares 
qualités d'artiste, de technicien et de musicien. La Sonate 
pathétique fut exécutée avec sobriété, émotion, et surtout 
avec cette sonorité remarquable qui caractérise tout parti- 
culièrement le talent si personnel de M. Tecktonius. Les 
effets de pédale, généralement si dangereux et si difficiles, 
sont toujours très heureux. M. Tecktonius a donné une 
remarquable interprétation de VEtude en mi majeur de 
Chopin; à signaler une clarté et une précision remarquables 
dans les doubles notes principalement. 



74 — 



LE • MENESTREL 



Enfin M. Léo Tecktonius a fait entendre quelques pièces 
dont il est l'auteur et nous a montré ainsi que, chez cet 
artiste complet, le compositeur égale le pianiste. 

Ce concert était donné avec le concours de l'excellente 
cantatrice M""' Jeanne Monijovet, dont le talent merveilleux 
est bien connu. H. E. 

M"" Leone Jankowsky a donné, le lundi 6 février, à la 
salle des Agriculteurs, avec le concours de M. Mathieu 
Crikboom, une très belle séance de sonates consacrées à 
Beethoven (Sonate en mi bémol), Schumann (Deuxième 
Sonate] et César Franck. 

Le succès a été très grand, particulièrement pour la 
Sonate de Franck, qui a été exécutée avec un brio et une 
homogénéité remarquables par les deux excellents artistes : 
la virtuosité expressive de la pianiste n'a eu d'égale que la 
sûreté d'archet et l'ampleur sonore du violoniste. 

M. Suscinio, baryton à la voix prenante, s'est fait égale- 
ment applaudir, notamment dans la Vague et la Cloche, de 
H. Duparc. Paul Bertrand. 

Concerts Touche=Leibovici. — Rendons hommage aux 
Concerts-Touche dirigés et organisés avec un grand soin 
artistique par M. Francis Touche. Dans la petite salle du 
boulevard de Strasbourg il règne une atmosphère musicale 
digne de nos meilleures salles de concerts. Le nombre res- 
treint des musiciens n'empêche pas que les œuvres clas- 
siques soient jouées et interprétées d'une manière irrépro- 
chable. 

A l'une des dernières séances, j'ai eu l'occasion d'entendre 
M. Joseph Leibovici jouer le Concerto de Brùck. 

J'aurais préféré un choix plus heureux, car l'oeuvre du 
compositeur allemand est sèche, possédant parfois et un peu 
au hasard des passages mélodieux. M. Leibovici est un 
violoniste qui sait allier la technique à un son pur et clair. 
Dans les passages difficiles, il déploya un mécanisme par- 
fait, tandis que l'archet du jeune exécutant sut faire ressortir 
la mélodie, un peu trop rare, que nous avons signalée dans 
l'œuvre du compositeur allemand. Joseph de Valdor. 

Concert Jeanne EudeS'Roger Mendez (ii février). — 
Très beau concert donné à la salle Gaveau par Roger 
Mendez, avec le concours de M""' Jeanne Eudes et de 
MM. Chapuis et Alexandre Cellier. 

Roger Mendez est un des espoirs, déjà presque réalisé, 
de la jeune génération. Ce violoncelliste délicat possède 
un phrasé exquis et une virtuosité incomparable, comme 
vinrent nous le prouver son interprétation de la belle 
Sonate d'Alexandre Cellier, de la Suite en ut de Boccherini 
et de diverses autres œuvres. 

Quand les temps seront révolus, j'espère que nous aurons 
le plaisir d'applaudir cet artiste complet dans un de nos 
grands concerts dominicaux. 

M'"^ Jeanne Eudes possède une fort belle voix et détailla 
admirablement de nombreuses œuvres, parmi lesquelles 
il faut citer spécialement les émouvantes mélodies d'Auguste 
Chapuis, qui les accompagnait lui-même avec talent. 

Jean Lobrot. 

Deuxième concert Joan Manén. — L'abondance des 
matières ne nous a pas permis de commenter plus tôt le 
second concert du violoniste espagnol M. Joan Manén, 
qui eut lieu le 37 janvier à la salle des Agriculteurs. 
Il exécuta le Concerto en si mineur de Saint-Saëns avec 
la technique si parfaite qu'exige cette composition. Grâce 
à un archet sûr et à un son assez large, M. Joan Manén 
donna une interprétation de l'œuvre de Saint-Saëns qui 
plut beaucoup à son auditoire. M. Manén manque peut- 
être un peu d'ardeur, c'est la seule et légère critique qu'il 
y ait à lui adresser. 

Notons au programme : 

Sonate en sol majeur (Porpora-Manén), le Streghe (Paga- 
nini-Manén), Sarabande et Double (Bach), Célèbre Gavotte 
(Marlini-Manén), Chanson (Manén) et Jota Navarra (Sara- 
sate\ Ajoutons que l'accompagnement de M. Varella-Cid 
fut excellent en tous points. Joseph de Valdor. 



Concert Marthe Le Breton. — M™" Marthe Le Breton 
vient de donner, à la salle des Agriculteurs, un concert 
qui a obtenu grand succès. M""^ Le Breton fit valoir une 
brillante technique : à son mécanisme impeccable s'ajoute 
une finesse de jeu remarquable. 

M. Diran Alexanian, violoncelliste au jeu large et expres- 
sif, M"" Yvonne Dubel, M. Suscinio, etc., eurent leur part 
bien méritée du succès commun. P. F. 

Éros vainqueur, conte lyrique en trois actes et quatre 
tableaux, poème de Jean Lorrain, musique de Pierre de 
Bréville (première audition à Paris, salle Gaveau, le 
samedi 11 février). 

La première représentation de cet ouvrage eut lieu, au 
Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, le 7 mars igio, et le 
second tableau du premier acte fut admis pour la première 
fois en France, aux Concerts-Lamoureux, le 20 novembre 
de la même année. Sur un poème assez compliqué le musi- 
cien a écrit une partition qui ne l'est guère moins, et dans 
laquelle le « leitmotiv » joue un rôle assez important. 

« Le talent de Pierre de Bréville, auteur de pièces sym- 
phoniques et d'un drame lyrique, Eros vainqueur, ne 
dépasse pas la délicatesse ingénieuse », écrivait notre con- 
frère M. Camille Mauclair (1). Certes, la délicatesse n'est 
pas absente de cette partition touffue, mais l'ingéniosité 
nous en semble constituer le principal caractère et l'attrait 
prédominant. On peut sans doute discuter l'intérêt musical 
et l'originalité de ses thèmes à l'aspect géométrique, mais 
comment ne pas s'incliner devant la maîtrise de leur mise 
en œuvre? Le compositeur 5' a déployé une habileté con- 
sommée, et un tel travail commande l'estime et le respect 
de l'auditeur. 

C'est principalement dans les ensembles vocaux, harmo- 
nieusement conçus et développés, que M. de Bréville a 
donné la mesure de son probe et laborieux talent, et il est 
à souhaiter qu'ils demeurent au répertoire de nos associa- 
tions lyriques. 

Parmi le remarquable choix de solistes qui figurait au 
programme, nous détacherons les noms de M™*^ Croiza, 
Malnory-Marseillac, Candé et Gabrielle Parodi, de 
MM. Georges Mary et Maurice Tremblay. L'orchestre, plus 
recommandable par ses « vents » que par ses « cordes », 
ces dernières fréquemment hésitantes, était dirigé par l'au- 
teur, qu'accueillirent do nombreux et sympathiques applau- 
dissements. René Brancour. 

Cirque d'Hiver. — Tristan et Yseut, film Louis Malpas. 
— Adaptation musicale d'après le drame de R. Wagner par 
M. Jemain. 

Ce n'est pas un film extraordinaire, mais c'est un très 
beau film ou Franz Toussaint a suivi presque pas à pas la 
magnifique version de M. Joseph Bédier. 

Au point de vue technique, l'écran du Cirque d'Hiver est 
un peu exigu pour les grandes scènes d'ensemble, telles par 
exemple que l'épreuve du fer rouge, où les personnages 
sont si petits que, lorsqu'on est placé assez loin et assez haut 
(ce qui fut mon cas), il est fort malaisé d'apercevoir leurs 
gestes. 

Ceci dit, il faut admirer le pathétique de M""= Andrée 
Lionel (Yseut) et de M. Sylvio Pedrelli, Tristan peut-être 
un peu trop gracile d'aspect, car on a peine à croire, — si 
elle n'est pas en fer-blanc, — que ses bras fluets puissent 
manier la lourde épée et pourfendre Morholt ou le Dragon. 

Venons à l'adaptation musicale qui nous intéresse plus 
spécialement. 

On sait que le drame de Wagner s'écarte beaucoup de la 
légende relatée par M. Bédier. Il est, à mon sens, plus 
élevé et plus dramatique, car certains détails des amours de 
Tristan et Yseult seraient à la scène peu compatibles avec 
nos mœurs moins primitives... et avec la musique. Il n'y a 
donc pas, dans le drame lyrique, de la musique pour toutes 



(i) En son Histoire de la Musique européenne. 



-75- 



LE 



lENESTREL 



les scènes du film. M. Jemain a dû choisir dans la partition 
des passages qui s'adaptent tant bien que mal aux nombreux 
épisodes. Pour qui ne connaît pas le drame de Wagner, 
c'est presque parfait, car, d'un bout à l'autre, la musique est 
« une », et il est certes préférable d'écouter, à la mort 
d'Yseult, la mélodie émouvante de Wagner que la mort 
d'Ase ou la prière de la Tosca, voire VAve Maria de Gounod, 
que n'auraient pas manqué de nous faire entendre, à ce 
moment, les chefs d'orchestre ordinaires de cinéma. Mais 
pour ceux qui, comme moi, considèrent l'œuvre de Wagner 
comme le plus sublime drame lyrique qui existe, il y a bien 
à souffrir. 

D'abord, l'interprétation vocale est à supprimer; elle est 
des plus médiocres et cadre en général fort mal avec les 
scènes du film. Pourquoi faire chanter par exemple l'im- 
mortel duo : c< Sur nous retombe, nuit d'extase », tandis que, 
devant le roi Marc, en proie au chagrin d'avoir perdu la 
douce Yseult, une danseuse s'épuise en entrechats destinés 
à le distraire? 

L'exécution orchestrale par un nombre assez restreint 
d'instrumentistes que viennent renforcer un orgue et un 
piano (!) est... mettons suffisante. 

Mais de l'épreuve d'hier, une conclusion très nette s'im- 
pose : quand le film ne cadre pas très exactement avec le 
drame lyrique duquel il est inspiré, il vaut mieux faire 
écrire par des compositeurs modernes (pour lesquels il y a 
là un intéressant débouché) une musique nouvelle qui suive 
le film pas à pas, chose facile avec le visiophone. Car, sans 
être très féru du cinéma, je crois que de l'union parfaite entre 
la musique et le film peuvent naître de très belles œuvres. 

Mais, pour l'amour de l'art, ne tripatouillez pas (comme 
eût dit Bergerat) les immortels chefs-d'œuvre! 

Jean Lobrot. 

Voir à la dernière page les programmes des Concerts 



Le Mouvement musical en Province 



Alger. — Gismonda, l'œuvre d'Henry Février, vient d'être 
accueillie triomphalement à Alger : les bis et les rappels ne 
furent pas ménagés. L'œuvre plut par son ampleur drama- 
tique et sa passion. 

Elle fut admirablement montée par M. Savona. M"<î Viard 
réalisa une Gismonda à la voix superbe, aux élans drama- 
tiques et humains. Elle supporta sans faiblir ce rôle écra- 
sant. C'est une grande artiste et nous ne serions pas surpris 
de la voir prochainement sur une des grandes scènes 
lyriques de Paris. 

M. Cochera fut un fauconnier chaleureux et tendre tour 
à tour, et sa voix est fort agréable. 

Citons encore MM. Colonne, Lapeyre et Garcia, 
Mlle Perelli, qui, avec le remarquable chef d'orchestre 
M. Montagne, contribuèrent au succès de la pièce. 

L'auteur Henry Février assistait à la représentation et, 
après le deuxième acte, dut saluer le public qui l'avait 
reconnu. 

Bordeaux. — Grand- Théâtre. — Nausicaa, poème de 
René Fauchois, musique de Reynaldo Hahn. 

Sur la trame un peu menue et d'allure uniformément 
calme du livret de M. René Fauchois, M. Reynaldo Hahn, 
dont la science musicale est infinie, a fait de l'érudition 
pure... Et c'est tant mieux, car je considère comme un tour 
de force, dont lui seul était capable, le fait d'avoir créé 
autour de ces deux actes, scéniquement assez peu mouve- 
mentés, une ambiance si complètement évocatrice qu'à 
l'audition musicale ils s'animent d'une vie intense... 

Musique de l'action, de la tradition du milieu — j'allais 
dire de l'époque : toute la raison de cette métamorphose 
est là. Et non qu'il s'agisse de musique d'interprétation 



objective, de pastiche plus ou moins réussi, nous trouvons, 
ici, la musique réelle du sujet, avec ses « modes » rétablis; 
avec, sur la ligne du chant, non pas la mélodie expressive 
dont eût été capable ce mélodiste infiniment élégant, 
mais avec cette sorte de mélopée asservie à la poésie dont 
elle reste invariablement l'esclave; — une musique aux 
rythmes purs, avec ses thèmes en « tétracordes conjoints » 
ou « disjoints », selon les moments ou les intentions 
de l'évocation; et toujours en participation directe avec 
la Poésie ou la Danse en vue de la fusion intime des 
moyens d'expression, ce qui était, comme l'on sait, la 
tendance essentielle de la conception artistique des Grecs. 

Et tout cela, arrangé, présenté dans un style d'une rare 
noblesse, et rnis en harmonie avec les possibilités du 
moment de façon si précise, qu'en écoutant l'orchestre de 
M. Reynaldo Hahn, l'imagination évoque les mouvements 
nombreux et harmonieux d'une fresque antique peuplant 
de visions ardentes tel portique divin.. 

Je parlais des thèmes. Il n'en est pas un seul qui ne 
vienne de ces rivages enchantés où les traditions vivent, à 
travers le temps et l'espace, avec une troublante sérénité, 
et qu'à l'heure grave des couchants somptueux, maints 
d'entre nous n'aient entendus s'élever de la blanche quiétude 
de quelque village macédonien.. 

Reynaldo Hahn a sans doute beaucoup voyagé, et 
beaucoup retenu. Il a surtout beaucoup étudié; et si la 
magnifique réalisation musicale de ces deux actes est un 
pur chef-d'œuvre, c'est que toute l'antiquité chante sa 
mélopée divine au-dessus de la s^'mphonie très pure et 
très douce qui règne d'un bout à l'autre de sa savante par- 
tition... 

Ainsi compris — et c'était à mon sens la seule conception 
rationnelle — le plan harmonique de l'ouvrage devait 
inévitablement conduire à exiger beaucoup des chanteurs. 
C'est bien ce qui s'est produit, en effet : M. Reynaldo 
Hahn a écrit ses différents rôles en utilisant au maximum 
l'étendue des divers registres, et en plaçant souvent les 
accents principaux aux endroits les plus délicats. 

Je ne nie pas que pour les chanteurs d'aujourd'hui le 
procédé ne soit assez sévère. Mais qui veut la fin veut les 
moyens. Et, d'ailleurs, M. Reynaldo Hahn avait raison 
puisqu'il a trouvé en M"'-' Davelli et en M. Couzinou deux 
interprètes remarquablement assouplis à cette gymnastique 
périlleuse. Je ne ferai certes pas état d'une constatation 
pareille s'il s'était agi d'envisager l'action des chœurs. 
Mais, toutes circonstances atténuantes accordées, — et je 
reconnais qu'elles sont méritées, — passons... 

Dans le rôle de Nausicaa, M"*! Davelli, de l'Opéra- 
Comique, a mis une plastique harmonieuse et une intel- 
ligence précise de la situation au service de son personnage. 
Sa voix sonore, jolie, bien posée, a franchi avec vaillance 
les moments délicats de la partition. 

M. Couzinou a joué dans le sentiment exact le person- 
nage d'« Ulysse ». Vocalement, il en déclama avec art les 
belles phrases et fut très applaudi. 

M"" Rose Montazel, Lise Landral, Dhamarys, Siabelli; 
MM. Lacome et Carie se firent également remarquer dans 
leurs emplois respectifs. 

Au deuxième acte, M. LafTont avait réglé des danses 
d'un hellénisme captivant, où le souple talent de M"*^ Dac- 
tys et Mimar fut très à l'aise. 

La mise en scène de l'ouvrage, ainsi que les éclairements 
et la présentation des décors mirent, une fois encore, en 
valeur la merveilleuse et très artistique manière de M. Joël 
Fabre, l'un des meilleurs metteurs en scène du moment. A 
signaler aussi, au jeu d'orgue des lumières, l'action remar- 
quablement intelligente et délicate de M. Sabatini. 

Avec toute l'autorité d'un chef qui conduit le classique à 
l'Académie Nationale de Musique, M. Reynaldo Hahn 
mena notre bel orchestre à la plus authentique des vic- 
toires. 

Cette victoire était d'ailleurs, et pour beaucoup, la sienne. 
Le public, nombreux et particulièrement élégant de cette 



LE . MENESTREL 



soirée exceptionnellement belle, le lui rappela en l'obligeant, 
après chaque acte, à venir saluer sous les bravos. 

— Le Grand-ThéAtre annonce pour le 24 courant la 
création d'Anta}-. A l'Apollo, le fin comique Mario mène 
avec grand succès une saison de vaudeville très suivie. 
Les Bouffes viennent de monter somptueusement la Dame 
en rose. Le succès à' Occupe-toi d'Amélie, à Trianon, vaut à 
ce vaillant petit théâtre des salles toujours combles. La 
revue C'est un Rêve, à l'Alhambra, toujours très goûtée, 
annonce cependant ses dernières représentations. A la 
Scala, les Vierges du Nil triomphent, grâce surtout à une 
mise en scène élégante et aux mérites réels d'une très 
homogène interprétation. L'Alcazar exploite avec Vingt ans 
après une mine de succès inépuisable. H.-B. 

Cannes. — La saison de Cannes, qui s'est ouverte au 
!«■' décembre, présente au point de vue musical le même 
intérêt que les années précédentes, les efforts de M. Cor- 
nuché pour réaliser, dans la ville qu'il a choisie, un théâtre 
modèle, d'intérêt supérieur, ne se ralentissant pas. La troupe 
dont nous avons publié les éléments exceptionnels, tant 
pour l'Opéra, l'Opéra-Comique, que pour la comédie, a 
reçu le meilleur accueil et l'on s'étonne déjà — à juste 
titre — de l'extraordinaire j quantité d'ouvrages qui ont été 
produits. Il n'est certes pas de théâtre en France qui puisse 
rivaliser à ce point de vue avec le Casino Municipal de 
Cannes. Tandis que les œuvres célèbres de Massenct, de 
Saint-Saëns, de Puccini, de Lecocq, d'Offenbach, d'Am- 
broise Thomas, de Messager, défilent, M. Reynaldo Hahn, 
assisté de M. Nestor Leblanc pour la conduite musicale 
et de M. Devaux pour la présentation artistique, monte 
de grandes reprises ou des créations qui sont ou vont être 
l'intérêt supérieur de la saison. 

Parmi celles-ci nous devons annoncer MarouJ, Louise, 
Hamlet, ex \a Janine de M. Nestor Leblanc, qui se donne 
en ce moment avec succès et sur laquelle nous reviendrons. 

Marouf avec son vêtement musical surbrodé, dont les 
couleurs chatoient si vivement sur un ensemble de person- 
nages de conte, aussi agréable qu'inspiré, a obtenu le plus 
vif succès. M""= Dyna Beumer a joué la princesse avec jeu- 
nesse, enjouement et cet art vocal qui tient de la meilleure 
école. M. Thomas Salignac personnifie l'ingénu Marouf avec 
une parfaite sincérité et une extraordinaire liberté d'inter- 
prétation. M. Alfred Sellier a su retrouver dans sa compo- 
sition du Sultan un comique qui le changeait de la gravité 
de ses autres rôles du répertoire. La création du Vizir par 
M, Aquistapace s'ajoute, pour cet artiste aussi souple que 
sûr, à ses amples réalisations précédentes, Leporello, Sga- 
narelle du Médecin malgré lui. Il reste à nommer dans les 
petits rôles M. Henri Grillières (le Fellah) et M""^ Borde 
(Faitoumah), excellents tous deux. L'orchestre, sous la direc- 
tion de M. Nestor Leblanc, n'a laissé passer sans les mettre 
en valeur aucune des nuances et aucun des mouvements de 
cette partition difficile et l'ensemble des choeurs du Casino, 
sous la direction de M. Fiori, s'est classé certainement 
parmi les meilleurs de nos scènes provinciales. 

Louise, de M. Gustave Charpentier, a conservé toute son 
action sur le public par la variété de ses tableaux réalistes, 
l'intensité du sentiment et la jeunesse de ses accents si 
justes. Les décors nouveaux de MM. Chambouleron ei 
Mignard l'encadraient et l'on doit dire que M. Léo Devaux 
a splendidement parachevé sa présentation. Conduite avec 
charme, force et souplesse par M. Nestor Leblanc, bien 
chantée par les chœurs qui se sont multipliés dans l'exacte 
présentation des petits rôles, Louise a déjà eu deux inter- 
prétations différentes, l'une et l'autre dans le personnage 
principal, avec M™' Dyna Beumer et Victoria Fer; toutes 
deux ont réussi. M. Marny tira du rôle de Julien, si diffi- 
cile, un excellent parti. M""= Lise Charny qui a bien voulu 
interpréter le rôle de la mère — ingrat en soi — a été cha- 
leureusement applaudie par un public tout disposé à réen- 
tendre aussi souvent qu'on le voudra cet ouvrage qui est 
un des plus attachants du répertoire. Il convient de ne 
point omettre également M. Gilly (le Pape des Fous), 



M. Tarquini-d'Or (le Chiffonnier), M"'"' Barrei, Gianini et 
Pachéco (l'Apprentie). 

Hamlet. — Pour M. Couzinou et aussi pour l'ouvrage 
lui-même, M. Reyna'.do Hahn a remonté Hamlet, qu'il a 
conduit avec ce grand souci de la musique et des chanteurs 
qu'il dislingue. Autour de M. Couzinou, qui donna une 
vision très personnelle du Prince de Danemark, M""-' Lyse 
Charny dans la Reine, M. Aquistapace dans le Roi criminel, 
et M°'» Victoria Fer dans Ophélie, furent très applaudis, 
ainsi que le ballet, réglé par M'"^ Sberna, dansé par 
M"=^ d'Astra et Del'fa. 

Une venue particulièrement importante à signaler est 
le début au théâtre du ténor M. Rogatchewsky, que 
l'Opéra-Comique a momentanément prêté à la direction 
de Cannes. Georges Loiseau. 

Dijon. — Belle représentation de Gismonda qui fait grand 
honneur au directeur du théâtre, M. Guy. M. Lemaire fiit 
comme toujours un parfait Almério et M™'' Thiesset une 
très belle Gismonda. 

Rennes. — Les concerts se suivent, et des meilleurs : le 
pianiste Arcouët et le violoniste Bertagne se firent applaudir 
à la salle Pathé, dans des œuvres anciennes et modernes. 

Le Cercle Orphéonique, même salle, avait organisé une 
soirée de bienfaisance avec le concours de l'éminente pia- 
niste M'"« Roger Miclos-Bataille et le violoncelliste Hekking 
qui, tous deux, triomphèrent. 

Théâtre Municipal. — La direction à monté Lohengrin. Le 
chef-d'œuvre wagnérien aurait demandé à être entendu dans 
un autre cadre avec des chœurs nombreux et d'autres artistes 
que ceux présentés. Seul, l'orchestre fut à la hauteur de sa 
tâche. Louangeons son chef précieux Léon Tart. 

Première de Ninon de Lenclos (création à Rennes). 
L'œuvre du jeune maître Louis Maingueneau, tant attendue 
par les musiciens « avertis », fut un succès et plut beaucoup 
aux délicats. L'auteur, qui conduisit la deuxième représen- 
tation, fut rappelé et très ovationné. 

Interprétation très homogène. M"«^ Tissier, de l'Opéra- 
Comique, nous donna une idéale « Ninon », belle et possé- 
dant une fort jolie voix. Le ténor Mirés, toujours beau 
chanteurs (Villiers), MM. Delhaye (Villarceaux), Pol Virly 
(Gourville), Chartus (Scarron) , Dechesne (Boisrobert), 
M"'" Madeleine Camp (M"<= Scarron) formèrent un ensemble 
parfait. 

La partition abonde en phrases captivantes comme : « La 
vie est un jardin... » (Ninon). L'ouverture du premier acte 
(délicieux Menuet), et surtout le prélude du troisième 
acte, page d'une grande beauté et d'une mélancolie pro- 
fonde qui valu à l'orchestre du maestro Léon Tart de vifs 
applaudissements. G. P. 

Toulon. — Grand-Théâtre. — Le 14 janvier : reprise de 
Thaïs. M'-"^ Purnode, dans Thaïs, M. Cahuzac, dans Atha- 
naël, ont remporté un franc succès. 

Le reste de l'interprétation a été bon, y compris l'or- 
chestre et le corps de ballet. 

Le 4 : reprise de Sapho, de Massenet. Ténor Martel (Jean 
Gaussin), M"» M. Mirai (Sapho). 

Bonne reprise; Massenet a toujours ici le privilège de 
faire de belles salles. 

Concerts classiques. — Après le maître Cortot, M"'= Marie- 
Ange Henry, violoniste, s'est fait apprécier dans un pro- 
gramme de choix. 

Septième concert : le pianiste Eugène Reuchsel, dans des 
œuvres de Chopin, Liszt, Albeniz, a obtenu un grand succès. 

Avec >son oncle, M. Reuchsel, violoniste, une bonne inter- 
prétation de la Sonate de Franck. 

Encore une belle séance de la Société des Concerts. 

EXCOFFIER. 

Tunis. — Théâtre Municipal. — M. Boucoiran, poursui- 
vant ici son effort de décentralisation artistique, ■ — effort se 
traduisant par trente-cinq ouvrages représentés en quatre 
mois de saison, dont quatre créations, — vient de nous offrir 
Ninon de Lenclos, la belle œuvre de Louis Maingueneau. 



— 77 — 



LE • MÉNESTREL 



Montée avec un soin extrême, luxueusement mise en 
scène, la belle pièce de Maingueneau a reçu un accueil 
digne d'elle, au cours d'une soirée organisée au profit de la 
Caisse des Mutilés de la grande guerre, soirée à laquelle, 
ai-je besoin de le mander, assistait l'élite de la population... 
l'élite seule, un grand match de boxe ayant drainé tout le 
populaire... M. Boucoiran peut être fier du succès remporté 
par Ninon de Lenclos. Il avait d'ailleurs donné tous ses 
soins à cette œuvre. L'admirable et rare partition du jeune 
maître, si riche, si merveilleusement orfévrée et si pathé- 
tique aussi, si évocatrice des grâces et des préciosités de 
cette époque superbe et pleine de panache, — celte parti- 
tion, bien exécutée sous la direction de M. Brouillac, a été 
longuement acclamée. — Quelle belle musique! était la 
réflexion couramment entendue... appréciation brutale sans 
doute, mais dont je retiens surtout la sincérité. 

Ninon de Lenclos a trouvé en M™« M. Vasilieff l'interprète 
idéale, fine, délicieuse et tellement pure... avec une voix si 
bien timbrée, si cristalline. M. Fraikin, ténor dont je n'ai 
point à refaire l'éloge, MM. Espiral, Bascoul, etc., formaient 
un ensemble de tout premier ordre. 

— Au cours de l'avant-dernier concert classique de la 
saison, consacré à Saint-Saëns, M. Léon Guller, violon solo 
au jeu sûr et émouvant, a obtenu un grand et très légitime 
succès. Ch. -Roger Dessort. 



Le Mouvement musical à l'Étranger 



ALLEMAGNE 

La grève des chemins de fer, qui vient de sévir pendant 
une semaine sur la rive droite du Rhin, nous laisse à peu 
près sans nouvelles artistiques d'Allemagne. 

— Parmi les innombrables concerts donnés à Berlin, 
signalons celui où M. Walter Siraram, bien connu à Paris, 
a dirigé non sans succès un concert d'orchestre où il a fait 
applaudir le poème symphonique de M. Louis Aubert, la 
Habanera, ainsi que trois mélodies de M. Maurice Ravel, 
chantées par M"« Julia Nessy. 

— Le Trio, op. 29, de M. Vincent d'Indy a été joué aux 
Concerts de 1' « Anbruch ». 

— La cantate de M. Hans Pfitzner De l'Ame allemande, 
dont le compositeur a emprunté le texte à des poésies iso- 
lées d'Eichendorff en leur donnant, avec un peu d'arbitraire, 
un titre commun que n'avait pas prévu le poète, vient 
d'être exécutée pour la première fois à Berlin. La renom- 
mée du compositeur et le caractère que les circonstances 
prêtaient au titre de son ouvrage, conféraient à cette exé- 
cution une sorte de solennité. L'œuvre elle-même, si elle 
contient plus d'un passage réussi, n'a pas cette ampleur et 
cette unité d'ensemble que le titre choisi par M. Pfitzner 
semblait promettre et qu'il eût, en tout cas, exigée. 

— A une vente récente d'autographes musicaux, à Berlin, 
on a noté les prix suivants : 

Mozart, manuscrit musical, quinze pages de douze por- 
tées, 146.000 marks; autographe moins important, 
71.000 marks; 

Mendelssohn, autographe de deux lieder pour chœur, 
Si.ooo marks pièce; 

Brahms, lettre autographe, 5. 100 marks; feuille d'album, 
4.100 marks. Jean Chantavoine. 

ANGLETERRE 

Deux concerts et deux représentations théâtrales au 
Royal Collège of Music. Les programmes, en majeure par- 
tie formés d'œuvres anglaises, comprenaient la Pavane pour 
quatuor vocal et orchestre de G. Fauré, souvent jouée chez 
nos voisins, et le troisième acte de Carmen. 

— M. Emmanuel Moor, compositeur, vient d'inventer un 
piano à deux claviers, accordés à l'octave l'un de l'autre, 
avec jeu de pédales. On en a fait à Londres la « démons- 
tration ». 



— Au Queen's Hall, exécution par la Royal Philharmonie 
Society d'une œuvre nouvelle de Vaughan Williams, Pas- 
toral Symphony. 

Autre concert, dans cette même salle, où l'on a fêté 
Busoni. 

— Au Steinway Hall, la pianiste Betty Goodden a donné 
l'autre jour un récital d'un plan nouveau. Les numéros de 
son programme étaient groupés par genres ou, plus exacte- 
ment, par sujets : sujets d'humour caricatural, marines, 
descriptions musicales de tels ou tels insectes, le papillon 
par exemple, arlequinades... etc., ce fut matière, pour l'au- 
ditoire, à d'intéressantes observations sur la manière com- 
parée des différents musiciens, sur leur façon personnelle 
de voir, de sentir et d'exprimer. 

— Erreur d'impression à rectifier. Dans le dernier numéro du 
Ménestrel nous avons parlé du « Meredith Pianoforte Quartet » 
et de sa tournée en Hollande et en Rhénanie. Lire, à ce passage : 
« artistes a et non pas « articles ». 

Maurice LÉN.i. 

BELGIQUE 

Gand. — Théâtre Royal Français. — Représentation de 
Cléopâtre donnée au bénéfice de M™ Béatrice Andriani. 

Durant toute la saison, M"* Béatrice Andriani obtint sur 
la scène de notre théâtre un succès toujours grandissant. 
Nombreuses furent ses créations et ses reprises, chacune 
triomphale. 

Dans Cléopâtre elle ne trompa point nos espoirs. 

Ce drame passionnel de M. Louis Paj'en a fourni à 
Massenet le thème d'une musique douce et chantante, atti- 
rante et captivante comme la reine d'Egypte elle-même. 

L'exécution en fut particulièrement soignée. M™« Andriani 
fut une Cléopâtre brillante; l'excellent baryton Daman 
interpréta le rôle de Marc-Antoine d'une façon magistrale. 
M. Legrand sut rendre avec beaucoup d'exactitude le rôle 
ingrat de Spakos. M"«^ Anghel et Pauwels complétèrent 
admirablement cette excellente distribution. Le superbe 
ballet obtint un grand succès et M"" Balenconi et Loretlyy 
furent longuement applaudies. 

Mais le triomphe fut pour M^^^ Andriani qui reçut une 
pluie de fleurs après le troisième acte. 

Nous ne savons si cette grande artiste au talent si rare 
sera encore attachée à notre théâtre l'année prochaine, mais 
son départ laisserait un vide difficile à combler. 

Ed. Verschueren. 

HOLLANDE 

M. Evert Cornelis est nommé professeur de piano au 
Lycée Musical d'Amsterdam. 

— Le célèbre chef d'orchestre hollandais M. Willem 
Mengelberg vient d'arriver en Amérique, où il doit, comme 
l'an passé, diriger une série de concerts. Le chef d'orchestre 
allemand M. Karl Muck le remplace au Concertgebouw 
d'Amsterdam. 

— Une saison d'opérette viennoise vient de s'ouvrir au 
Théâtre-Carré d'Amsterdam, avec le Boccace de Suppé. 

— L'Association « Symphonia » de Rotterdam a donné 
un concert réservé aux œuvres du compositeur hollandais 
Marins Kerrebijn. 

— Le trio Evert Cornelis, Herman Leydensdorff et Tho- 
mas Canivez a donné à Amsterdam, après le Trio, op. 70, 
n° 2, de Beethoven, celui de M. Maurice Ravel et un Con- 
cert royal de Couperin. Jean Chantavoine. 

ITALIE 

Dans son numéro de janvier, la Critica Musicale, l'inté- 
ressante revue dirigée par L. Parifi, publie un article à la 
mémoire de Saint-Saëns et cite, par ailleurs, plusieurs opi- 
nions de Monsieur Croche, antidilettante, à qui, comme 
chacun sait, Claude Debussy confia le soin de défendre ses 
propres idées sur la musique. Il en est de paradoxales, d'autres 
volontairement banales, mais toutes sont vivantes. Si notre 
cher musicien ne fut pas toujours, juste envers la musique 
italienne, n'a-t-il pas résumé curieusement la musique de 



LE • MENESTREL 



Wagner : a L'art beau et singulier, impur et déchirant... Il 
y a du thaumaturge dons Wagner... » 

— La vie musicale, à Florence, se manifeste surtout au 
concert. Intéressantes séances à la « Sala Bianca », orga- 
nisées par les « Amici délia Musica »; à la « Sala délia 
Filarmonica » où l'ancienne « Socicta Filarmonica Fioren- 
tina » s'est fondue et renouvelée en « Societa del Quartetto 
Fiorcntino » sous les auspices de la Signora Albortina Bro- 
glio; à la « Sala del Buon Umore » (de l'Institut Musical) 
qui reçoit les « Gantori di Firenze » dirigés par le maestro 
Daplicher et organisés par le comte Guido Visconti di 
Modrone. G'est ainsi que Florence a entendu, cette année, 
le « Trio Boemo », de nombreux solistes tels que Ruggie- 
rini, Lucietto, Gontessa, Marchisio, Laura Cumino, Pizzo- 
russo, etc.; le « Quartetto Busch » de Berlin, le pianiste et 
le violoncelliste Gonsolo et Mainardi qui jouèrent la Sonate 
d'Ildebrando Pizzetti, le pianiste Nino Rossi; et de nom- 
breux choeurs de Monteverdi, Lasso, Debussy, Pizzetti, 
Castelnuovo. 

— Le concours pour un morceau de piano, organisé par 
Musica italiana, a pour lauréat Mario Barbieri, de Gênes, 
premier prix, et Alberto Géjani, de Florence. 

Rome. — Musique de chambre à la « Sala del Collegio 
Nazzareno >; (« Amici délia Musica «). Parmi les œuvres 
modernes la Venere dormente d'Alberto Gasco. 

— Au dernier lundi musical de l'sAccade mi a Filarmonica», 
la chanteuse Flora do Grisognono, le pianiste Renzo Sil- 
vestri. Mélodies anciennes et modernes ; parmi ces dernières, 
compositions de Santoliquido, Gasco, Zanella et Zan- 
donai. 

— A la Sala Bach, concert de la cantatrice russe Eugenia 
Von Klemen-Sassoli. Œuvres italiennes, russes, allemandes 
et françaises, que l'éminente inierprète a chantées dans 
leur texte original. 

— Second concert de l'éminent violoniste Kocian au 
« Quirino ». 

— A l'Accademia Filarmonica la Société des Instruments 
à vent a joué la Suite (op. i-j) de Ch. Lefèvre, un Quintette 
original du jeune compositeur américain Léo Sowerby, 
dont le final s'intitule : « A la manière d'un fox-troti », et le 
Quintette en mi bémol pour piano, hautbois, clarinette, cor 
et flageolet de Beethoven. G.-L. Garnier. 

ÉTATS=UN!S 

Pelléas et Mélisande et Thaïs figuraient aux derniers pro- 
grammes de la saison, maintenant close, à l'Auditorium de 
Chicago. 

La « Compagnie de Mary Garden » ouvrit ensuite sa sai- 
son annuelle au Manhattan de New-York par une magni- 
fique représentation de Samson et Dalila. Affîuence énorme. 
Muratore, Marguerite d'Alvarez, G. Polacco qui dirigeait 
l'orchestre, acucillis par de vociferous acclamations. Mary 
Garden qui, dans une loge, assistait au spectacle, saluée 
par une ovation enthousiasie. Le Musical Coui-ier déclare 
que jamais la troupe de Chicago, ni son orchestre, ni son 
organisation ne parurent meilleurs qu'à cette « admirable 
représentation ». 

Le Metropolitan, d'autre part, a donné la première de 
Snegourotchka, de Rimsky-Korsakoff, avec, dans les rôles 
principaux, Orville Harold, l'un des meilleurs ténors amé- 
ricains, etiLucrezia Bori dont « le style plein de goût et le 
jeu piquant » ont fait, comme toujours, merveille. 

— A Saint Louis, sous la direction de Rudolph Ganz, le 
« S5'mphony Orchestra » continue la double série de ses 
concerts, dont l'une, la série « pop », est donnée à des prix 
populairement accessibles. Musiciens français aux pro- 
grammes : Saint-Saëns, Massenet, Franck, Ravel. 

— Avis aux harpistes. — La « National Association of 
Harpists, » publie le premier numéro d'une revue, yEolian 
Review, réservée spécialement à tout ce qui peut intéresser 

a musique de harpe et ses exécutants. 



— A Philadelphie, l'une des cités les plus mélophiles des 
Etats-Unis, vient de se fonder une « Music League » de 
propagande. 

Dans celte même ville, première très applaudie du Roi 
d'Ys, avec la troupe du Metropolitan, sous la direction 
d'Albert Wolff. Maurice Lena. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 

La promotion Molière : 

Cela tourne un peu à la scie : le projet est abandonné, il 
est repris, mais la Commission de l'Enseignement désire 
réduire le nombre des croix. Aussitôt deux députés, 
M. Girod et M. Gheusi (qui n'est point l'ex-directeur de 
rOpéra-Comique), demandent qu'on l'augmente et qu'on 
porte, au contraire, de i3 à i5, le nombre des croix d'offi- 
cier, et de 46 à 80, le nombre des croix de chevalier, en 
faisant part égale aux personnalités artistiques et aux 
membres de l'enseignement qui ont contribué à faire 
connaître Molière ! 

On nous affirme que le Syndicat des libraires va deman- 
der un contingent supplémentaire pour avoir vendu des 
œuvres de Molière, le personnel des chemins de fer égale- 
ment pour les avoir transportées et celui des écoliers pour, 
en les récitant, avoir fait connaître à leurs parents des 
pièces qu'ils avaient oubliées depuis longtemps. 

Et dire que le tricentenaire de Molière a été tout d'abord 
organisé uniquement pour célébrer un des grands génies 
qui honorent la France ! 

— Au début do l'hiver, M"<= Cécile Sorel donnait au 
Théâtre des Célestins, à Lyon, une série de représenta- 
tions. Les coulisses étaient mal chauffées. Et Célimène fut 
atteinte d'un rhume qui la fit pleurer dans la comédie. Son 
imprésario, M. Hertz, intenta une action en dommages- 
intérêts à M. Moncltarmont, directeur des Célestins. 

Celui-ci vient d'appeler la municipalité en garantie pour 
défaut de chauffage, et la municipalité se retourne contre 
l'adjudicataire de l'entretien des appareils de chauffage. 

11 ne faut pas plus plaisanter avec la santé qu'avec la 
beauté de M"^ Sorel. 

— Notre confrère, M. Louis Schneider, vient de publier 
dans le Gaulois un très intéressant article sur les Chanteurs 
de la Chapelle Sixtine : 

« La compagnie de chanteurs sacrés que nous allons 
entendre à l'Opéra et à la Madeleine est, rappelle-t-il, 
recrutée parmi les chœurs des églises patriarcales romaines, 
dont beaucoup, considérés comme les meilleurs qui existent, 
remontent au début du Christianisme. Le chœur pontifical 
proprement dit de la Chapelle Sixtine, date du pape Syl- 
vestre (3i4 après J.-C). Il fut fondé dans le but principal 
de maintenir intacte la tradition de l'art du plain-chant. 
Les voix de femmes étaient, il convient de le rappeler, 
proscrites de cet ensemble choral, c'est ce qui explique la 
légende d'une mutilaiion barbare qui malmenait aux 
enfants de douze ans leur voix de sopraniste. Ces artistes 
spéciaux n'ont jamais été recrutés par les chapelles ponti- 
ficales. Aujourd'hui, la corporation des chanteurs «de la 
Chapelle Sixtine est une réunion de professionnels du beau 
chant. 

En raison du grand succès obtenu par les chanteurs de la 
Chapelle Sixtine du Vatican, M. Jacques Rouché a obtenu 
qu'ils donnent un nouveau concert à l'Opéra le jeudi g mars 
en soirée. 

— Au Moulin-Bleu : les Fifilles de Loth, opérette en trois 
actes de M. Paul Murio, musique de M. René Mercier. 

C'est un spécimen d'opérelte grivoise ayant toutes les 
qualités et tous les défauts du genre. Livret voulant être 
spirituel, l'étant parfois, musique gentille et plaisante, 
inlerprétalion assez bonne qui, cependant, eût peut-être 
été meilleure s'il n'avait fallu chanter. Mise en scène assez 
heureusement réglée. 

Nous retenons les noms de M™"^ Cuzel, de Vouzy, Des- 
roches, May-Liette, de MM. Rizzi, Amato Sourget et de la 
danseuse (!) Lina Gypsie. 

— Le concert Maurice Rosenthal du iS février est remis 
au lundi soir 27 février, à la salle Erard; les billets pris 
pour la date du i5 seront valables le 27. Le récital du 24 
est maintenu ainsi qu'il a été annoncé. 



79 



LE • MÉNESTREL 



— La série des six conférences de M. Henry Prunières, à 
l'Ecole de Piano Louis Diémer, que dirige M. Armand 
Ferté, s'est terminée le i" février. A cette dernière séance, 
l'érud'it conférencier a parlé de l'évolution de la musique 
française, de César Franck à Claude Debussy. L'éminente 
cantatrice M"" Jeanne Montjovet a chanté — avec M. Ar- 
mand Ferté au piano — l'air de Rédemption et le Poème 
d'un jour de G. Fauré. Il est impossible de rêver une inter- 
prétation plus sensible et plus musicale. 

M"« Odette Lemoine, pianiste remarquable, se fit applau- 
dir dans des œuvres de Chabrier et Debussy. 

M"" Simone Serres et M. Maurice Marsac interprétèrent 
la Sonate, op. 32, de Saint-Saëns avec le plus vif succès. 

La deuxième série de conférences commencera en mars, 
chez Pleyel. 

NÉCROLOGIE 

La Comédie-Française vient d'éprouver une graride perte 
en la personne de P'aul Mounet, emporté vendredi dernier 
par une maladie de cœur. Le grand artiste meurt à l'âge de 
soixante-quinze ans après une carrière des plus brillantes. 
Depuis ses débuts dans Horace à l'Odéon, en 1880, Paul 
Mounet a joué la plupart des ouvrages du répertoire et 
créé presque toutes les œuvres montées à l'Odéon pendant 
le stage qu'il y fit jusqu'en 1889. A cette date, il entra à la 
Comédie-Française où il tint toujours une place éminente. 

Professeur au Conservatoire, Paul Mounet a formé des 
générations d'artistes et n'a cessé jusqu'à maintenant de 
prodiguer à ses élèves de précieux conseils. Mais l'âge 
était venu et Paul Mounet qui, se sentant fatigué, avait 
demandé sa retraite, était depuis l'année dernière sociétaire 
honoraire de la Comédie-Française, ce qui lui permettait de 
reparaître de temps en temps sur la scène. Sa figure restera 
dans la mémoire de tous ceux qui l'ont approché et le 
regrettent. 

Il était chevalier de la Légion d'honneur. 

— Nous apprenons avec le plus vif regret la mort de 
M. Henri Wemgaertner qui, depuis 1S94, dirigeait avec tant 
de dévouement l'Ecole de musique de'Nantes. Henri Wein- 
gaertner a fait briller d'un grand éclat l'Ecole de Nantes et 
lui a assuré des milliers d'élèves dont beaucoup connurent 
la notoriété. Nantes éprouve en sa personne une perte dou- 
loureuse à laquelle nous prenons vivement part. 

Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 

Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro, 
Tea Flirtation, d'Edmond Laurens. 

programmes des Concerts 

GRANDS CONCERTS 

Société des Concerts du Conservatoire (pas de concert). 

Ccncerts-Colonne (samedi 18 février, à 4 h. 3/4, au Châtelet, 
sous la direction de M. Gabriel Piernè). — Mozart : Symphonie 
en ré, n° ?8. — Berlioz : L'Enfance du Christ. — Ravel : Ma Mère 
fOye. — JoNGEN : Tableau gothique, i"audition; Chanson roumaine 
(M. Maurice Weynandt). — Franck : Le Cliasseur maudit. 

Dimanche 19 février, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — H^ndel : Concerto grosso en 
ré. — Bach : Oratorio de Noël, air (M. Weynandt). — Schuman.v : 
Concerto en la mineur (M. Cortot). — Roger Ducasse : Orphée, 
Bacchanale (i" audition). — Duparc : Invitation au Voyage. — 
César Franck : La Procession (M. Weynandt); Variations sympho- 
niques (M. Cortot), le Chasseur maudit. 

Concerts-Lamoureux (dimanche 19 février, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Paul Paray). —Chausson : Sym- 
phonie en si bémol majeur. — Haydn : Concerto pour violon et 
orchestre {M. Boucherit). — Paul Dukas : La Péri. — Guy 
RoPARTz : Quatre Poèmes (M. Panzéra).— Philippe GAUBEETiK^n- 
taisie pour violon et orchestre. — Rabaud : Fantaisie sur des 
Chants russes. 

Couoerts-Pasdeloup (samedi 18 et dimanche 19 février, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhenè Bâton). — Festival de musique belge : Lekeu : Fantai- 
sie sur deux airs angevins. — Léon du Bois : a) Les Kérels; b) Soir 
religieux. — E. Scharrès : Concerto pour piano (l'auteur). — A. 
Dupuis : Ouverture d' Hcrmann et Dorothée. — a) Boucherez : 
Mélodies; — bj Aug. de Boeck : Deux Mélodies (M"' Wybamo- 
DetiUeux). — /. Joncen : Prélude et Danses. — Th. Isay'e : Fantai- 
sie sur un air wallon. 



CONCERTS DIVERS 
SAMEDI 18 FÉVRIER : 

Concert E. R. Blanohet (à 9 heures, salle Érard). 

Quatuor Rosé (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Jeanne Hatto (à 9 heures, salle Pleyel). — Avec le 
concours de M. Max d'Ollone. 

Quatuor Talluel (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

L'Œuvre Inédite (à 'i heures (salle Touche). 

Quatuor Capelle (à 4 heures, salle Gaveau). — Quatuors. 
DIMANCHE 19 FÉVRIER : 

Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous 
la direction de M. Francis Casadesus). — Weber : Le Frcvschiil^. — 
Bach : Concerto en la mineur pour violon et orchestre (M. Charles 
Munch). — Nepokuceno : Suite brésilienne. — Beethoven : Qua- 
trième Concerto pour piano (M"' Herrenschmidt). — a) Mozart ; 
Les Noces de Figaro, Air; — b) Blair Fairchild : La Mélodie 
aimante; — c) Francis Casadesus : Rêveuse au bord de l'eau 
(MM. Kathleen, Mac Alister). — Francis Casadesus : Cachaprès, 
deux Préludes. 

Concert Raymond Burt (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Denise Délie (à 4 heures, salle Pleyel). 

Concert Odette Chalanda-Roger Debonnet (à 3 heures et 
demie, hôtel des Réservoirs, Versailles). 

LUNDI 20 FÉVRIER : 

Concert Lydie Demirgian (à 9 heures, salle Gaveau). 

Quatuor Le Feuve (à 9 heures, salle des Agriculteursi. 

Société des Compositeurs (à g heures, salle Pleyel). 

Concert Baltus Jacquard (à 9 heures, salle Erard). 
MARDI 21 FÉVRIER : 

Société Philharmonique (àgheures, salle Gaveau). — Jacques 
Thibaud. 

Quatuor Garembat (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). — 
Quatuor Bastide. 

Concert Paul Dupin (à g heures, salle Pleyel). 

Cercle Musical Universitaire (à 9 heures, à la Sorbonne). 
MERCREDI 22 FÉVRIER : 

L'Heure Musicale (à d heures, salle Gaveau). — Quatuors. 

Concert L. Léonard! (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Marthe Dron (à g heures, salle Pleyel). 

Concert Brillot (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Duhem (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Siohan-Psichari (à 9 heures, salle du Conserva toi re) . 

Concert Marcelle Meyér (à 9 heures, salle de la Villc- 
Léveque). 

JEUDI 23 FEVRIER : 

Concert artistique Loicq (à 3 heures, salle Gaveau). 

Concert Toscha Seidel (à 9 heures, salle Gaveau). 

Quatuor Andolfi fà 4 heures, salle Gaveau). — Quatuors. 

Conc -rt Lampré (à g heures, salle Erard). 

Concert Mamich (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Herblay-Genevet et Maïa Le Duc (à 9 heures, 
salle du Vignon). 

VENDREDI 24 FÉVRIER : 

Concert Rosenthal (à g heures, salle Erard). 

Quatuor Loiseau (à 3 heures, salle Gaveau). 

Concert Zighera (à g heures, salle Gaveau). 

Concert Rovinsky (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert du Continental (à 9 heures, hôtel Continental). — 
M. Vincent d'Indy. 

Concerts Spirituels de l'Etoile (à 9 heures. Eglise de 
l'Étoile, avenue de la Grande-Armée). 

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SOMMAIRE 
Le Tempérament du Chef d'Orchestre ANDRÉ SCHLEMMER Concerts Divers. 



La Semaine dramatique : 

Vaudeville : La Chair humaine . . . PIERRE D'OUVRAY 

Comédie des Champs-Elysées : 

Le Mangeur de Rêves LÉANDRE VAILLAT 

Salomâ. - Devant les Portes d'or. JACQUES HEUGEL 

ThéàlTe-Anloine: L'Heure du Berger. P, SAEGEL 

Nouveau-Théâtre : 

Spectacle nouveau PIERRE D'OUVRAY 



Les Grands Concerts: 

Concerts-Colonne. . , 

Concerts-Lamoureux 
Concerts-Pasdeloup . 



JEAN LOBROT 
P, DE LAPOMMERAYE 
JOSEPH BARUZI 
RENÉ BRANGOUR 



Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger ; 

Allemagne JEAN CHANTAVOINE 

Angleterre MAURICE LENA 

Belgique J. BESSIER 

Espagne RAOUL LAPARRA 

Hollande JEAN CHANTAVOINE 

Échos et Nouvelles. 
♦ ♦ 



SUPPLÉMENT MUSICAL 

pour les seuls abonnés d la vmsique 

JVIUSIQTJE DE CHAflT 

Nos abonnés à la musique de chant recevront avec ce numéro : 

ALLONS, JE SUIS ARMÉ (chanté par M. Franz), de Gabriel Dupont, extrait à'Antar, 

conte héroïque en 4 actes et 5 tableaux, poème de Chekri Ganem. 

Suivra immédiatement : Madrigal de Yamato, de Reynaldo Hahn, extrait de la Colombe de Bouddha, 

conte lyrique japonais en un acte, poème d'André Alexandre. 

POSIQUE DE PlfllSlO 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano : 
Allegrador, paso-doble, d'Alfredo Barbirolli. 
Suivra immédiatement : Intermède lyrique, de Sigismond Stojowski. 




Le Numi^ro 

(Icxlt seul) 

f' 75 



(^olr les Quatre modes d'atonnement en page 2 de la couoerture) 



I f'- 75 S 

L Â 



BtJREAUX:RUEVlVlETSNE2bisPARlS(52ï) 

TEUÉPHOrsE :GUTEN BERC ; 55-32 
ADRESSETÉLÉGRAPHIOUe: MENESTREL PARIS 



L 



Le Numéro : 

(lexlc seul) 

fr 75 




I F MFIMFSTRFI " " journal hebdomadaire - MUSIQUE ET THÉÂTRES - - 
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CONDITIONS D'ABONNEMENT 

A l'année seulement 

Pour Paris et les Départements 

1° TEXTE SEUL 20 ir. 

a" TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

3* TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

4° TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) .... 60 fr. 
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : 8 fr. 50 quel que soit le mode d'abonnement choisi. 
Frais d'envoi de la Prime au i" janvier (Province et Étranger) : V et 3' modes : chaque, 1 tr. 50; 4» mode : 3 francs. 

Les Abonnements partent du i" de chaque mois. 

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ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal. 




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ROI L'A DIT 

OPÉRA-COMIQUE EN TROIS ACTES 

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Prix net : 30 fr. 

Partition Chant seul ; 

Prix net : 8 fr. 




MORCEAUX DE CHANT DÉTACHÉS AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO 



1. — Dmo : Sais-tu que pour être Suisse 

I bis- Chanson à 2 voix : Jacquot courant par les bruyères. 

i/er- La môme, à une voix, pour soprano 

içuater- La même, à une voix, pour mezzo-soprano. . . 

2. — Con^lsls connq\xe.s : Il vous conte fleurette 

3. — Sérénade (à 2 voix) : Déjà les hirondelles ...... 

3 bis- La môme, à une voix, pour soprano 

3/er- La môme, à une voix, pour mezzo-soprano . . . . 

4. — Couplet du marc^uis : Marquise, soye^ indulgente . 



Mi nets. 
5 » 
3 50 
3 » 
3 » 

3 » 

4 X. 
2 50 

2 50 

3 I. 
2 50 



N"' 5 to- La même, pour baryton 2 50 



Trio : Au couvent! au couvent! c'est affreux! 

7. — Air: Quelle imprudence! 

8. — Rondeau du marquis: Oui,palsanguienne! etj'en^suis 

fier. '. . 

g. — Romance : // disait : « Toute ma vie à toi » 

gbis- La môme, pour mezzo-soprano 

10. — Rondeau de Benoit : Porter l'épée est agréable . . . 

11. — Couplets de la dévote : Portons toujours des robes 
sombres • . 

12. — Duo : Je suis Benoît, Benoît qui faime 



Couplets (pour ténor) : N'ai-je pas l'impertinence 

VINGT TRANSCRIPTIONS POUR PIANO SOLO, PAR Auguste BAZILLE 



50 



No. , 



— Ouverture 5 



N"' II. — Trio : Au couvent! 

12. — Palsanguienne ! rondo 

i3. — Finale : Ah! qu'il est doux d'avoir un frère . 

14. — 2' entr'acte : Menuet 

i5. — Chœur et romance : Sur les ailes de la féerie. 



16. 



Rondo : Porter l'épée est agréable 3 

17. — Ronde à danser : Géronte est plein de flamme ... 2 

r8. — La Dévote, couplets , 2 

ig. — Dmo : Je suis Benoît qui t'aime 3 

20. — Finale : Tout le monde est d'accord 3 



50 



— Scène de la révérence • 3 50 

3. — Ensemble et marche de la chaise à porteurs .... 350 

4. — Duo et chanson à deux voix : Jacquot courant par 
les bruyères 4 i 

5. — // vous conte fleurette, couplets de Miton 2 » 

6. — Leçon de musique et sérénade 4 » 

— Marquise, soye:^ indulgente ; coup\ets 2 » 

— Quatuor, chœur des marchands et valse de Javotte. 5 » 

— I" entracte : La chaise à porteurs 2 » 

— N'ai~je pas l'impertinence, couplets 2 » 

Oovetitape à deust et qaatire mains pav Iiéo DEIilBES 

Il existe encore d'autres arrangements pour piano à deux et quatre mains, par 6. BULL, CRAMER, TROJELLI, VILBAC, etc. 

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La dernière création du Théâtre National de l'Opéra : 

LA MÉGÈRE APPRIVOISÉE 

(Taming of the Shre-w) de Shakespeare 
Comédie lyrique en 4 actes, d'après l'adaptation de P. DELAIR Paroles de Henri GAIN et Edouard ADENIS 

Musique de Charles SILVER 

La partition : Chant et piano ■■ » »■ 



Prix net : 40 francs. 



N" 



4 



1. — Catharina: Je suis un être insupportable (M"' Chenal) 

2. — LoRENzo : Crois en mon amour, ma petite reine 

(M. Rambaud) 3 50 

2 èis- Le môme, pour baryton (en /a) ._ 3 50 

3. — BiANCA : 'Tout en cet instant évoque cette heure 
(M"' Monsy) 3 » 



MORCEAUX DETACHES : 

Prix oets. 



Le livret : 
Prix net : 3 francs. 



4. — Aubade aux mariés : Sous ses longs voiles blancs. 



Gaillarde (piano seul). 



4 



6. — Padouana (piano seul) 

7. — Forlane (piano seul) 

o. — Catharina : Ce voyage, ce voyage (M"' Marthe 

Chenal) 

9. — Pétruchio : Elle dort! Oui, la fatigue l'a domptée 

(M. Rouard) . 

10. — Catharina : Ah ! comme il prend plaisir à m'irriter 

(M"» Marthe Chenal) 



Prli nets. 

4 » 

5 > 

5 » 
3 50 



i TOUS les prix ci-dessus sont nets, majoration comprise. - Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour frais de port et d'envol. 



LEWENESTREL 



4478. — 84' Année. 



N^8. 



Vendredi 24 Février 1922. 



LE 




Tempérament du Chef d'Orchestre 



ous manquons de grands chefs d'orchestre. 
L'espèce en disparaît. On peut encore citer 
deux ou trois noms glorieux parmi ceux qui 
dirigent l'orchestre de nos concerts ou de 
nos théâtres; mais la plupart des auditions 
orchestrales ou chorales manquent d'une 
personnalité capable de les diriger. 

Il nous fut donné, récemment, d'assister à la reprise 
d'un chef-d'œuvre impérissable. Il faut bien le dire, 
nous étions honteux de penser que des étrangers pou- 
vaient croire entendre la meilleure exécution que la 
France pût donner de cette œuvre universellement 
célèbre. Malgré les efforts et l'autorité de certains 
artistes (le chant des autres n'avait pas la parfaite jus- 
tesse si nécessaire et si rare), l'ensemble était franche- 
ment médiocre, parce que tout le monde était paralyse 
par l'orchestre. Cette musique, pleine de vivacité, d'es- 
prit ou de tendresse, était exécutée dans le style le plus 
terne, le plus plat et le plus scolaire qu'on pût ima- 
giner. Avez-vous entendu deux petites jeunes filles 
déchiffrer à quatre mains en comptant à voix basse? 
C'était tout à fait le genre d'expression que l'orchestre 
imposait à toute l'audition, malgré les louables efforts 
du violon solo qui essayait de donner quelque vie à sa 
partie. Notez que les éléments de cet orchestre sont très 
bons, que son chef est un musicien excellent, érudit et 
distingué, mais... 

Il en est ainsi presque partout, par exemple dans tel 
concert, dont le chef suit complaisamment les expres- 
sions de son remarquable orchestre, ce qui donne un 
certain « flou » à l'exécution; et pourtant ce musicien 
est un fin compositeur... 

C'est que ce ne sont pas toujours les plus grands musi- 
ciens qui sont les plus grands chefs d'orchestre. Il faut, 
en effet, autre chose; il faut être un chef. Il faut avoir 
certaines qualités à''homme : la décision, la volonté domi- 
natrice, la clarté dans le commandement, le souffle qui 
soulève une foule, la chaleur qui vivifie et exalte tout ce 
qu'elle anime. Bien entendu, il faut avoir des dons et 
un talent de musicien et une forte éducation musicale; 
il faut un goût sûr et une intelligence claire; il faut 
aussi une certaine puissance et une certaine aisance 
d'expression, un sens des accents et des moyens de s'ex- 
térioriser, que l'étude de la Rythmique pourrait déve- 
lopper chez les jeunes musiciens qui veulent conduire 
un orchestre ou des chœurs. Mais ï'auto?-ité et la j^ic 
voici ce qu'un chef doit posséder pour diriger son 
orchestre et entraîner son auditoire. 

Ce sont là des tendances natives du caractère ; ce 



sont de véritables dispositions vitales et presque corpo- 
relles. Or on sait déterminer les qualités musicales et 
intellectuelles nécessaires pour conduire un orchestre; 
entre plusieurs musiciens, et ils sont nombreux, qui 
possèdent ces qualités, sait-on bien, et peut-on recon- 
naître par avance quels sont ceux qui ont les aptitudes 
générales indispensables? 

D'ordinaire, on ne le sait pas; mais on le peut, grâce 
à la connaissance des tempéraments. Cette science, c'est 
à la médecine traditionnelle et aux études physiogno- 
moniques qu'il faut la demander. Depuis Hippocratc, 
il existe une médecine qui cherche à rapporter les mala- 
dies aux fautes commises contre les lois de la vie saine. 
Pour guérir conformément à la Nature, elle met en 
œuvre l'art de nourrir, d'exciter et de conduire les indi- 
vidus selon les lois de l'espèce, en tenant compte des 
fautes commises, des habitudes antérieures et des cir- 
constances extérieures (année, saison, climat). Mais, 
môme pour un trouble morbide donné, les mêmes règles 
de vie ne conviennent pas à tout le monde. C'est la con- 
naissance du tempérament individuel qui permet de 
déterminer quels sont les aliments, l'exercice, les con- 
tacts avec l'air, l'eau ou le soleil dont chacun peut béné- 
ficier pour posséder ou recouvrer cette harmonie qui se 
nomme la santé. Les médecins de la tradition naturiste 
ont donc dû étudier et apprendre à reconnaître les 
tempéraments, comme l'ont dû faire aussi les auteurs 
qui ont cherché à déterminer le caractère des hommes 
d'après leurs manifestations ou leurs aspects extérieurs. 
Les données de la science des tempéraments sont donc 
éparses dans une quantité d'anciens livres. On les trou- 
vera groupées et résumées dans l'admirable ouvrage du 
docteur Carton : Traité de Médecine, d'Hygiène et 
d'Alimentation naturistes, d'où sont tirés la plupart des 
renseignements que nous donnons dans cette étude. 

Les quatre tempéraments des anciens : bilieux (ou 
moteur), sanguin (ou vital), lymphatique (ou flegma- 
tique) et nerveux (ou cérébral) , correspondent aux quatre 
besoins essentiels de l'homme : se mouvoir, respirer, 
manger et penser. Selon la prédominance de l'un ou 
plusieurs de ces instincts d'échanges vitaux, l'homme 
peut se classer dans l'un de ces quatre tempéraments, 
ou dans l'un des tempéraments mixtes. Il existe même 
des tempéraments équilibrés où toutes ces tendances se 
balancent. Chacune de ces catégories comprend des 
individus supérieurs ou inférieurs, et dont le tempéra- 
ment s'affirme en bien ou en mal. Le tempérament se 
manifeste dans la forme du corps, de la tête, des mains, 
dans les gestes, l'écriture, la parole, les actions, etc. 

Le tempérament bilieux peut être mieux appelé 
moteur. Ce qui caractérise les bilieux, c'est leur ten- 
dance à imposer leur personnalité au monde extérieur. 
Ils ont la peau chaude et sèche, mate et volontiers fon- 
cée, les cheveux bruns ou roux, les sourcils rectilignes 
et fournis, le regard autoritaire et plein de feu, les 



LE 



iENESTREL 



membres allongés, aux muscles durs, la main quadran- 
gulaire et ferme, les gestes prompts et sûrs, la parole 
nette et décisive. Ils sont actifs, courageux, fougueux, 
énergiques, durs à la fatigue. Ils excellent dans la 
marche, les sports, le combat, les fonctions de com- 
mandement et dans tout ce qui réclame de Pautorité et 
de la décision. La dureté, l'orgueil, l'irritabilité, l'in- 
transigeance, l'agitation, la précipitation, sont souvent 
leurs principaux défauts. Ils aiment la chaleur et sup- 
portent bien le soleil. En Art, ils recherchent ce qui a 
de la puissance, de la passion, du mouvement. 

Le tempérament sanguin est le type respiratoire, 
ou vital. Les sanguins sont courts, ronds, râblés, tra- 
pus; ils ont le thorax large, la peau fine et rosée, chaude 
et humide, les cheveux blonds ou châtains, les yeux 
bleus ou marrons, à fleur de tête, le regard animé et 
jovial, la main large et ronde. 

Ils sont gais, mais facilement attendris, Imaginatifs, 
exubérants, bons vivants, sensuels, amis de la bonne 
cuisine et des bons vins. Ils recherchent le grand air, 
les travaux de force, la société, les honneurs. Ils 
prennent de la place. Ils sont facilement emballés, 
inconstants, intempérants, vaniteux, combatifs, bru- 
taux et quelquefois violents; mais leurs emportements 
ne durent pas; ils sont « soupe au lait », sans rancune. 
Ils affectionnent, en Art, ce qui est de belle forme, em- 
phatique, pompeux, léger ou sensuel. 

Le tempérament nerveux, mélancolique ou cérébral, 
recherche avant tout l'excitation psychique. Les ner- 
veux ont la peau sèche, grisâtre, terreuse, le poil rude, 
les yeux petits, mobiles, inquiets, curieux ou farouches, 
la figure maigre et expressive, les membres grêles et 
noueux. Ils sont agités de mouvements incessants, ou 
bien inhibés par timidité. Chercheurs, ingénieux, ils 
ont le jugement vif et souvent critique. Ils sont, avant 
tout, émotifs, impressionnables, angoissés. Ils aiment 
les travaux cérébraux, les métiers d'art, la vie trépi- 
dante, et, avant tout, la variété dans les excitations psy- 
chiques, artistiques ou physiques; ils craignent les gros 
etforts continus et la monotonie. En Art, ils recherchent 
les émotions, la sensibilité fine, l'ingéniosité des pro- 
cédés. 

Le tempérament lymphatique peut être nommé fleg- 
matique, ou nutritif. Les lymphatiques ont le tronc et 
la tête allongés, les membres massifs, le ventre haut et 
souvent adipeux, la peau blanche, fraîche et facilement 
humide, les yeux bleus ou verts, la main grande et 
molle. Ils sont doux, dociles, indolents, patients, 
tendres. Leur jugement est lent, mais assez sûr; ils 
gardent leur sang-froid en toute occasion. Ils aiment la 
vie tranquille, le confortable, les travaux de patience, 
les nourritures lourdes et pâteuses. Si on les pousse à 
trop d'efforts, on les surmène facilem.ent. Ils supportent 
mal le soleil, mais aiment assez Peau. En Art, ils se 
plaisent à ce qui est doux et facile, sentimental ou 
gracieux. 

Il nous sera facile maintenant de déterminer quel est 
le tem.pérament du chef d'orchestre. Ce ne peut être 
aucun des tempéraments réceptifs (ou féminins) ; en 
effet, ni l'émotivité et l'incohérence du nerveux, ni la 
passivité du lymphatique ne lui conviennent. On peut 
citer plusieurs bons chefs d'orchestre bilieux : ils ont de 
la décision, de l'autorité, mais ils sont souvent secs, 
cassants. Leurs musiciens les craignent plus qu'ils ne 
s'enthousiasment avec eux. Les exécutions qu'ils diri- 
gent ne manquent ni de précision, ni de force, mais 



parfois de vie et de passion. Les chefs d'orchestre san- 
guins, par contre, se font aimer de leurs musiciens, 
malgré qu'ils leur parlent souvent assez grossièrement. 
Ils entraînent un orchestre à l'enthousiasme et, sou- 
vent, doniient beaucoup d'expression aux exécutions 
qu'ils dirigent. Mais elles manquent souvent de « fini »; 
elles sont à la fois vibrantes et confuses. Leur orchestre 
est parfois mal discipliné. 

Le tempérament idéal du chef d'orchestre entraîneur 
d'homme, insufïlateur de vie, et plein d'autorité, de 
décision et de précision, c'est le tempérament sanguin- 
bilieux ou bilieux-sanguin. Il allie la dureté du bilieux 
à l'exubérance corpulente du sanguin. Il est ardent, 
violent, emporté, généreux, combatif. C'est un tempé- 
rament qu'on rencontre beaucoup en France (d'une 
façon très générale, l'Allemand est sanguin-lympha- 
tique, brutal et soumis, emporté et « petite fleur bleue»; 
l'Anglais bilieux-lymphatique, orgueilleux et moteur, en 
même temps que flegmatique et aimant le confort). 
Dans l'état actuel de la musique en France, si nous 
savions utiliser nos ressources et porter les hommes 
qu'il faut aux places qui leur conviennent, nous devrions 
avoir la plus belle pléiade au monde de grands chefs 
d'orchestre. 

En terminant cette étude, rappelons que nous ne 
voulons pas exagérer le rôle du tempérament dans le 
déterminisme du caractère et des aptitudes des hommes. 
Les qualités de la sensibilité et de l'intelligence, la hau- 
teur morale, la vie spirituelle, dominent elles-mêmes le 
tempérament. Elles l'orientent en bien ou en mal et 
donnent à l'individu sa valeur. Seulement, entre ki 
coiiception de l'esprit et la réalisation matérielle il y a 
un intermédiaire obligé : la vie. Entre la pensée du 
musicien et l'exécution il y a, de même, le tempéra- 
ment. André Schlemmer. 

LA SEMAINE DRAMATIQUE 



Vaudeville. — La Chair Inuuaine, pièce en trois actes 
de M. Henry B.itaille. 

L'œuvre nouvelle de M. Henry Bataille a été fraîche- 
ment accueillie par le public de la répétition générale, et 
les critiques des journaux quotidiens se sont montrés 
sévères. Cette sévérité, qui s'explique par des raisons 
que nous verrons tout à l'heure, n'est peut-être pas 
d'une justice absolue. 

La pièce de M. Henry Bataille est dominée par une 
idée : c'est que la chair humaine, dans une société 
bourgeoisement organisée, est destinée au plaisir et à la 
sauvegarde d'une classe dominatrice. Sous l'ancien 
régime, cette classe était la noblesse; aujourd'hui, c'est 
le riche, je ne dis pas le nouveau riche, et cette iniquité 
est étayée, consacrée par la loi, enceinte solidement 
construite autour de la fortune, de la famille, expression 
de l'intérêt plus que de l'amour; aucun bouleversement 
ne peut atteindre cette forteresse redoutable, aux murs 
épais; déjà les tranchées de la grande guerre sont nive- 
lées, mais le code bourgeois et la société dont il est 
l'expression continuent à dresser leurs créneaux mena- 
çants et leur altier donjon. 

Cette idée a été illustrée en trois époques : avant, 
pendant et après la guerre. 

Vers 1888, Jeanne Boulard, , séduite par Gabriel 



82 



LE . MENESTREL 



Levasseur, le fils de son patron, a eu de cette union 
passagère un fils. 

Gabriel a pris Jeanne non par amour, mais parce 
qu'elle était jeune, fraîche; ce fut pour lui un agréable 
passe-temps. Gabriel ne songe môme pas un instant que 
la naissance de ce fils naturel lui crée d'autre devoir 
que celui d'assurer l'existence matérielle de l'enfant : 
une union « assortie » se présente à lui sous la forme 
de la fille du « Roi Dagobert », grand magasin de nou- 
veautés. Gabriel abandonne Jeanne en lui assurant une 
rente de 4.000 francs; mufle jusqu'au bout, il n'ose 
même pas adoucir la séparation de quelques mots affec- 
tueux : il fait annoncer à Jeanne la rupture par un de 
ses amis. 

Trente ans ont passé; nous sommes en 19 18 : la 
guerre sévit, pas pour tout le monde. Levasseur, gros 
industriel — les industriels sont toujours gros — déjà 
riche, a vu sa fortune s'accroître considérablement pen- 
dant les hostilités; il a su, par ses puissantes relations, 
mettre à l'abri un fils unique légitime, Pierre, qu'il a 
eu de son mariage. Cet enfant, choyé par son père et 
par sa mère, est tranquillement à Paris, à la censure de 
la presse. Le fils naturel, au contraire, est dans la 
bataille depuis le premier jour, sans que Levasseur 
paraisse s'en soucier autrement. Mais Jeanne Boulard 
vient annoncer à Levasseur que ce fils a été tué récem- 
ment au moulin de Laffaux. Cette mort héroïque bou- 
leverse Levasseur; il fait comprendre à Pierre ce que 
son embusquage persistant a d'odieux et de ridicule; il 
lui dit la mort glorieuse de ce frère naturel que Pierre 
a toujours ignoré; Pierre, qui avait jusqu'ici trouvé 
normal que d'autres défendissent sa fortune et sa vie 
précieuse parce que fortunée, ira remplacer le disparu à 
l'armée. 

L'armistice est signé. Pierre s'est bravement conduit, 
il est revenu sain et sauf. M. et M""= Levasseur sont dans 
la joie; Pierre, avec le minimum de sacrifice, a obtenu 
le maximum de gloire. La fortune de l'industriel s'est 
encore accrue. Mais quelqu'un trouble la fête. Le fils 
naturel, qu'on avait cru mort, ne l'est pas : grièvement 
blessé, il a été guéri dans les ambulances allemandes; il 
vient maintenant demander à son père sa part au festin 
de la victoire : la guerre n'a-t-elle pas fait tomber tous 
les préjugés? Il n'y a plus de bourgeois, plus de salariés, 
plus d'enfants légitimes, plus d'enfants naturels, il n'y 
a que des combattants. 

Levasseur serait assez disposé à reconnaître son fils et 
à l'admettre en marge de sa famille légitime ; mais 
M'"° Levasseur n'entend point cela : la guerre est finie, 
c'est vrai, mais le Code n'est pas aboli, la famille légi- 
time maintient ses droits; à quoi serviraient les oflSciers 
d'état civil, les sacrements religieux, si ceux qui sont 
nés sans eux, malgré eux, avaient les mêmes avantages? 
y[me Levasseur a laissé parler son cœur et ses sens seu- 
lement après que les notaires, le maire et le prêtre 
eurent prononcé les mots sacramentels; elle explique 
cela à Jeanne Boulard avec une logique acerbe et vio- 
lente. Boulard, qui survient, comprend que ses efforts 
seront vains; il emmène sa mère; la chair des pauvres 
sera toujours l'esclave de l'or triomphant au service 
duquel la société met sa force. 

La Chair humaine est, comme sujet, bien proche de 
l'Autre Fils àe M. Decourcelle : on dit que les deux 
auteurs ont eu connaissance de la même aventure qui 
serait réelle. Ils l'ont traitée chacun avec son tempéra- 
ment propre : M. Decourcelle avec indulgence, M. Ba- 



taille avec âpreté; l'un fit une pièce peu vraisemblable, 
mais qui plut; l'autre une pièce vraie, hélas! et qui, 
par là, déplut; explique qui pourra la mentalité du 
public. 

Il faut, d'ailleurs, reconnaître que, sauf au premier 
acte où M""-' Falconetti s'est montrée une admirable 
artiste dont on ne saurait trop vanter la grâce, l'émotion 
communicative et la mesure, l'auteur n'a pas été sou- 
tenu par ses interprètes. M"'' Granier, MM. Huguenet 
et Francen ont eu autrefois et récemment encore assez de 
succès pour qu'on puisse dire franchement aujourd'hui 
que leur talent ne convenait point aux personnages de la 
Chair humaine. M"'" Granier, tout comme M. Francen, 
a exagéré le côté peuple de son rôle : M""' Levasseur, 
qui a bénéficié d'une rente de 4.000 francs (c'était quel- 
que chose avant la guerre), son fils, « employé aux 
écritures » dans une Compagnie de chemins de fer, ne 
soiit pas des ouvriers, et les intonations faubouriennes 
qu'ils ont cru tous deux devoir utiliser au dernier acte, 
loin de produire l'effet qu'ils en attendaient, atténuent 
la haute leçon que voulait donner l'auteur. 

Comme celle-ci eût mieux porté et eût été mieux com- 
prise si les victimes étaient restées dans la juste mesure. 
Qui eût pensé que la fine ouvrière à la journée qu'était 
M"'' Falconetti se fût ainsi transformée? M"" Suzanne 
Munte, au contraire, donna la juste note de l'indigna- 
tion bourgeoise contre tout ce qui peut toucher à l'ordre 
établi. M. J. Silvestre, dans le rôle du fils Levasseur, a 
montré de la spontanéité et l'intelligence des nuances, 
il rappelle beaucoup Boucher par la qualité de son 
talent. 

Le premier acte avait été fort applaudi, le second et 
le troisième beaucoup moins; je n'y vois, pour ma part, 
qu'une question d'interprétation, car, dans leur impi- 
toyable logique, ils ne le cèdent point au premier en 
observation rigoureuse. Pierre d'OiVRAV. 

Comédie des Champs-Elysées. — Le Mangeur de Rêves, 
pièce en neuf scènes et un prologue, de M, H.-R. Le- 

NORMAND. 

C'est ainsi qu'on appelle, au Japon, le démon bien- 
faisant dont la fonction, en ce monde, est de délivrer 
les vivants des rêves qui les tourmentent. C'est la même 
besogne que prétend accomplir l'écrivain Luc de Bronti, 
quand il s'approche des âmes qu'il rencontre sur son 
chemin pour les scruter. 

C'est à lui que prétend ressembler, physiquement, à 
certaines secondes d'un éclairage adroitement composé, 
l'acteur Pitoëff. Ce sont précisément des rêves affreux 
qui pèsent de toute leur force sur l'âme désemparée de 
Jeannine Felsc, une jeune femme qui erre de pension de 
famille en pension de famille, loin d'un mari beaucoup 
plus âgé qu'elle, et dont elle vit séparée, par consente- 
ment mutuel... Quand elle avait six ans, sa mère a été 
tuée jadis, sous ses yeux, près de la frontière marocaine, 
d'une balle au front. Ce drame affreux la hante. Luc 
prétend la délivrer de cette hantise. A Jeannine qui se 
cabre devant l'amour, qui s'y refuse, qui croit com- 
mettre nn crime en y cédant, il réplique : « Si l'amour 
vous semble un crime, c'est que vous vous reprochez 
un autre crime, le crime ancien et imaginaire que tout 
enfant commet au berceau, envers ses parents. » Elle 
admet, après un instant d'hésitation, qu'elle a pu, tout 
enfant, éprouver une attirance passionnelle inconsciente 
envers son père et, par jalousie, des sentiments de haine 
envers sa mère. Apparemment rassurée par cette expli- 



83 - 



LE . MÉNESTREL 



cation de ses rêves, elle se donne au bon « mangeur de 
rêves ». 

Mais elle veut revoir les lieux de son enfance, l'Afri- 
que, le village de la Source Jaune, où est morte sa 
mère, le tombeau de la Chrétienne, où sa mère serait 
enterrée. A partir de ce moment, elle est reprise par ses 
fantômes. Luc de Bronti, entre temps, a retrouvé 
une ancienne maîtresse, Fearon, aventurière anglaise, 
cambrioleuse, intrigante, qui jadis aussi était une hon- 
nête jeune fille, et qu'il a poussée peu à peu, par ses 
théories, vers une existence hors la loi. Le tableau où 
Fearon nous est présente'e, pour la pretnière fois, cette 
chambre de cleptomane où sont attachées à une corde 
toutes les chaussures volées dans les magasins, est sai- 
sissant. Il se trouve que Fearon est venue dans les envi- 
rons du tombeau de la Chrétienne pour traiter avec les 
indigènes une affaire de munitions, d'armes, en vue 
d'une révolte prochaine contre la France. Fearon, qui 
déteste Jeannine, une rivale, profite d'une absence de 
Luc pour mettre en présence Jeannine et Belkacem, un 
chef arabe qui a assisté jadis à la mort de la mère de 
Jeannine. Il révèle a celle-ci que c'est elle qui, incon- 
sciemment, en agitant un mouchoir vert, a attiré les 
détrousseurs vers la cachette où l'enfant et la maman 
s'étaient réfugiées. Jeannine, atterrée, accepte le revol- 
ver que Fearon glisse dans ses mains, elle se tue ; à Laïc 
qui l'accuse d'avoir commis un assassinat, Fearon 
réplique qu'il en est aussi responsable. Comme il veut 
fuir, elle l'enchaîne à lui par la menace de la com- 
plicité. 

On retrouvera sans peine dans ce drame les doctrines 
de la psychanalyse de Freud. Ces doctrines sont si 
répandues en Allemagne, en Hollande, qu'un écrivain 
hollandais, M. Van Rossem, a pu faire jouer à Berlin, 
plus de cent fois, une pièce qui montre la dangereuse 
influence de cette psychanalyse sur des esprits inexpé- 
rimentés et les ravages qu'elle cause dans les familles. 
Nous n'en sommes pas encore là en France. La psy- 
chanalyse y est peu ou mal connue dans le grand public. 
Je dois avouer qu'autant M. Lenormand avait su, dans 
le Temps est un songe, assimiler les idées de Bergson et 
les rendre vivantes, autant il a laissé, ici, celles de Freud 
dans l'abstraction. Il arrive que la pièce, au lieu de 
s'élever vers la généralité humaine, reste emprisonnée 
dans l'actualité des doctrines de Freud. Certes, l'auteur 
excelle à créer autour de ses personnages une atmo- 
sphère de drame, une sorte de halo mystique, étouffant. 
En quelques répliques, il détermine admirablement, au 
début de chaque tableau, la tonalité de ce tableau. Sa 
coupure même en tableaux, cette coupure shakespea- 
rienne, n'a pas l'apparence artificielle de la coupure 
schématique en scènes et en actes et se rapproche de la 
vie fugitive. La mise en scène, le décor, ce décor simi- 
plifié, qui se compose d'une tenture sombre, sur laquelle 
s'enlèvent en quelques traits vivaces, hallucinants, les 
éléments pittoresques qui symbolisent et suggèrent l'ac- 
tion (quelques tables dans une pension de famille, les 
souliers chez le cleptomane, les rideaux bleus relevés 
par des embrasses, le rayon de lune qui descend du ciel 
jusqu'au front du protagoniste), renforce encore cette 
impression d'un art souple, en même temps qu'intellec- 
tuel. Mais on comprend mal l'anxiété de Jeannine, elle 
ne semble pas reposer (je ne dis pas qu'elle ne repose 
pas) sur une base suffisamment solide; la responsabilité 
n'apparaît pas avec évidence chez cette pauvre petite 
femme apeurée qui sort d'une maison de santé, qu'on 



nous présente comme malade moralement; elle appa- 
raîtrait mieux chez l'écrivain lui-même. Quel beau 
sujet que celui, au contraire, de la responsabilité se fai- 
sant jour dans le cerveau du mangeur de rêves ! 

Il se trouve que dans cette pièce émouvante, remar- 
quable comme tout ce qu'écrit M. Lenormand, il se 
trouve que le sujet principal nous attache moins que les 
côtés accessoires, j'allais dire les bas côtés, si je ne , 
savais assez qu'il n'y a point, en art, de bas côtés, et 
que, dans les cathédrales, par exemple, on y rencontre 
souvent des chefs-d'œuvre. Les tableau.x où se montre 
Fearon sont plus vivants, plus drainatiques que ceux 
où Jeannine est aux prises avec Luc de Bronti. Et l'in- 
terprétation suit le même succès. C'est Ludmilla Pitoëff, 
Fearon, qui obtient les plus vifs applaudissements, 
cependant que Marie Kalff et Pitoëff s'avèrent dignes 
d'eux-mêmes. 

J'ai regretté seulement que toute la pièce soit jouée 
dans un mouvement trop lent. Ces gens sont trop con- 
vaincus de l'importance de ce qu'ils disent. Le théâtre 
du boulevard avait eu le mérite, un instant, de mettre 
à la mode le jeu rapide. Certaines scènes, comme le 
Vieux-Colombier, ont mis à la mode la lenteur com- 
passée, méthodique. Bientôt, si elle continue, la Comé- 
die-Française sera le théâtre où l'on joue le plus rapi- 
dement. Enchaînons, Messieurs, enchaînons. Vous 
jouez en plomb, et vous ressemblez parfois à des ama- 
teurs très distingués, très fins, très cultivés, mais qui ne 
sauraient pas suffisamment leur rôle. 

Léandre Vaillat. 

Devant les Portes d'or, pièce en un acte de lord 
DuNSANY (traduite de l'anglais par Maurice Bour- 
geois) ; — Salomé, drame en un acte d'Oscar Wilde. 

Comme on le sait. Oscar Wilde écrivit Salomé direc- 
tement en français après avoir pris connaissance des 
premières œuvres dramatiques de M. Maeterlinck, les- 
quelles l'avaient impressionné fortement. Et l'on 
retrouve, en effet, surtout dans les premières scènes de 
son drame, la plupart des procédés du grand écrivain 
belge, procédés un peu agaçants, il faut bien le dire, et 
qui, loin de donner au sujet une vie plus profonde, ris- 
quent de le réduire à une factice image à deux dimen- 
sions. Mais, ceci dit, il est certain que la pièce de Wilde 
est une très belle pièce, conduite d'un bout à l'autre de 
main de maître, à travers l'épileptique ivresse du tétrarque 
qui vient se heurter constamment et de plus en plus 
au mystérieux entêtement de la vierge monstrueuse, 
depuis les premiers pressentiments de malheur jusqu'à 
l'abominable et sanglante conclusion. 

M. Pitoëff a été un étonnant Hérode Antipas. Tour 
à tour violent, sensuel, tendre, hagard, vaniteux, peu- 
reux, toujours hors de lui, ■ — je ne crois pas qu'il soit 
possible de mieux réaliser le prince asiatique voulu par 
Wilde. Parfaite aussi m'a semblé M°"= Pitoëff, Salomé 
puérile et horrible en sa voluptueuse idée fixe. Malheu- 
reusement, les seconds rôles sont moins remarquable- 
ment tenus. M""^ Marion est une Hérodias belle, mais 
un peu vulgaire, et son jeu conviendrait mieux à un 
vaudeville. M. Schimeck est physiquement un très bon 
lokanaan ; mais il a la voix trop blanche pour un fils 
du désert cuivré. M. Penay, par contre, est excellent 
dans le rôle court du jeune Syrien; les trois juifs et le 
nazaréen sont amusants. La mise en scène, de M. Pi- 
toëff, en d'heureux linéaments de décors, avec fort peu 



84 



LE • MÉNESTREL 



de chose donne une impression de somptuosité maladive 
qui convient exactement au drame. 

Salomé est précédée d'un acte court de lord Dunsany, 
auteur irlandais fort apprécie outre-Manche, Devant 
les Portes d'or. C'est des portes du ciel qu'il s'agit. 
Deux cambrioleurs, morts, l'un au gibet, l'autre d'un 
coup de revolver, se retrouvent devant le haut por- 
tail. Le pendu, Jim, est là depuis longtemps déjà; il 
a presque oublié la vie terrestre et, toujours assoiflé, 
passe son temps à vouloir vider des bouteilles éter- 
nellement vides. L'autre, Bill, ayant sa pince-monsei- 
gneur, forme le projet de forcer les portes du ciel. Il y 
parvient; mais, hélas! pour les criminels le ciel est vide 
comme les bouteilles, il n'est qu'un gouffre noir semé 
d'étoiles. Et l'on entend l'éclat de rire des anges. Telle 
est cette pièce assez curieuse, mais qui donne une 
pauvre idée de la charité des anges et des joies du para- 
dis soi-disant chrétien, qu'assaisonne le désespoir des 
misérables. Elle est très bien jouée par MM. Jim Ge- 
ralds et Michel Simon. Jacques Heugel. 

Théâtre-Antoine. — L'Heure du Berger, pièce en trois 
actes de M. Edouard Bol'rdet. 

Voici une bonne pièce ! Quelle finesse d'observation, 
quelle vérité d'expression, quelle sûreté et quelle élé- 
gance de style ! Quelque reproche qu'on lui fasse, il est 
une qualité que personne ne contestera à cet ouvrage, 
c'est le pittoresque. Toujours attaché à la vérité et au 
naturel, l'auteur nous présente les faits les plus normaux 
d'une manière piquante et originale, qui donne à son 
œuvre une saveur toute particulière. 

Un savant, M. Bellavoine, loue une maison pour 
passer l'été au pays basque avec sa fille Francine. Il est 
à peine arrivé que survient Tonio Lartigue, le fils de 
leur propriétaire, qui ne peut contenir son indignation 
en constatant que sa mère a, à son insu, loué cette villa, 
il explique à Francine surprise que c'est là qu'il a 
connu, l'année précédente, une femme, Hélène, qui l'a 
trahi et dont le souvenir a laissé une trace douloureuse 
et profonde dans son cœur. 

Tonio, dont la jeune fille prend pitié, revient souvent 
lui conter sa peine, se fait consoler et, peu à peu, oublie 
son chagrin pour s'éprendre de Francine, qui se met à 
l'aim.'îr aussi. Mais voici qu'Hélène revient. Trahie à 
son tour, elle est venue s'installer dans les environs et 
recherche à nouveau Tonio. C'est Francine qui la reçoit. 
Elle devine les intentions de celle qui est maintenant sa 
rivale et lui promet néanmoins de lui envoyer Tonio. 
Celui-ci, averti, part et laisse Francine éplorée. Mais il 
revient le soir même : il a vu clair dans son cœur, 
Hélène n'est plus rien pour lui, c'est Francine seule 
qu"i! aime, et il demande sa main. 

La pièce aurait pu finir là, par un mariage banal; 
mais M. Edouard Bourdet, redoutant justement cette 
banalité, a voulu terminer son œuvre par un dénoue- 
ment qui déconcertera peut-être un peu le public, mais 
reste dans la note de l'ouvrage. Francine est sur le point 
d'accepter la main que lui offre Tonio, mais son vieux 
bonhomme de père n'a plus qu'elle au monde et lui 
déclare avec un délicieux égoisme qu'il ne peut se faire 
à l'idée de son départ et en mourra. Francine émue 
signifie alors à Tonio qu'elle ne se mariera pas tant 
que son père vivra et se donne au jeune homme... en 
attendant 1 

M"'" Marthe Régnier, parfaite de naturel et d'émotion, 
a trouvé là un rôle convenant admirablement à ses 



moyens et qu'elle a déjà joué... bien des fois. EUeest une 
Francine remarquable. M. Lagrenée est un Tonio à la 
voix chaude et prenante, passionné à souhait. M. Gildès 
a campé un Bellavoine fort divertissant. M. Cazaux est 
plaisant. M"'' Marie-Rose est une M™" Lartigue très 
vivante. M"'° Sabrier, une excellente Hélène. M""' Pey- 
reus et Sourdat complètent très heureusement cette 
distribution. P. Saegel. 

Nouveau-Théâtre. — Anna Orgeshko, scènes de la vie 
intellectuelle russe (auteur anonyme) ; Un Homme, un acte 
de M. Farnoux-Raynaud; Robignol, comédie de M. Paul 
Brulat. 

M. Irénée Mauget, directeur responsable puisque l'auteur 
est anonyme, nous expose l'âme russe : c'est une âme bien 
compliquée pour nous. La venue des bolcheviks à Gênes 
et les pièces du Nouveau-Théâtre ne sont pas faites, je crois, 
pour nous l'éclairer. Les résultats pratiques auxquels la 
mentalité russe est parvenue ne sont pas faits pour nous 
la rendre très sympathique. La pièce du Nouveau-Théâtre 
est longuement développée, elle n'en est pas pour cela 
moins obscure. 

Robignol, de M. Brulat, est une ironique fantaisie. Le 
poète Robignol porté disparu pendant la guerre assiste 
incognito à l'inauguration du buste que lui ont élevé ses 
concitoyens. Il en profile pour dire à ceux-ci, sous une 
forme savoureuse, quelques vérités premières. Il me semble 
que M. Clemenceau avait, il y a peu de temps, fait pareille 
chose. La comédie de M. Brulat est sérieuse sous son aspect 
amusant. P- d'O. 

A l'Eden. — Un Coup de Téléphone, pièce en trois actes, 
de MM. Paul Gavault et Georges Berr. 
Nous ne cacherons pas que la nouvelle pièce de l'Eden 
nous a un peu déçu. La technique de l'auteur de la Petite 
Chocolatière et de celui de Monsieur Beverley a paru un peu 
démodée et seule l'interprétation remarquable de M. Max 
Dearly a pu lui donner un peu de vie. Aux côtés de Max 
Dearly, hilarant comme toujours, M™*!^ Jeanne Saint-Bonnet 
et Alice Clairville, MM. Gibard et Callamand complètent 
une interprétation vraiment excellente. R.-H. B. 



LES GRANDS CONCERTS 



CoîEceî'is-Goîonïse 

Samedi 1 8 février. — La Symphoiiie en ré de Mozart 
(n° 38) est assez rarement jouée dans les grands concerts^ 
c'est dommage, car elle est fort belle. 

Une introduction majestueuse que suit un allegro plein 
de feu (dont le thème, que Mozart utilisera à. nouveau 
dans l'Ouverture de la Flûte enchantée, est emprunté, si 
mes souvenirs sont exacts, à une Sonate de Clementi 
(op. 47, n" 2), composent le premier mouvement. Vient 
ensuite un andanle plein de charme, contenant même quel- 
ques innovations hardies, notamment des appogiatures 
frottant contre des notes réelles aux deux flûtes. Il n'y a 
pas de menuet, et la symphonie se termine par un final 
d'un esprit endiablé. Le tout fut inîcrprélé par l'orchestre 
d'exquise façon. 

Des fragments connus de l'Enfance du Christ de Berlioz 
n'eurent pas un succès moindre, spécialement le trio des 
jeunes Ismaélites, iinement exécuté par M"'" Meunier-Gen- 
drot, pour la harpe, et MM. Blanquart et Baudoin, dont 
l'éloge comme flûtistes n'est plus à faire. 

M. Weynandt, qui possède une voix de ténor d'une fraî- 
cheur et d'une pureté remarquables, détailla à ravir le 
célèbre Repos de la Sainte-Famille. Voici un excellent 
chanteur de concert, d'un style sobre et dépouillé d'effets 
de mauvais aloi ! 

Vous connaissez Ma Mère l'Oye, cette suite de déli- 



LE • MÉNESTREL 



cieuses bluettes, primitivement écrites pour les enfants, et 
d'ailleurs, ainsi que beaucoup d'autres, destinées au même 
usage, bien trop difficiles pour eux. 

Transformées ensuite en images chorégraphiques que 
M. Rouché présenta jadis au Théâtre des Arts avec un 
goût raffiné, elles continuent, en suite d'orchestre, à en- 
chanter les grands enfants, qui prennent à ces subtiles , 
illustrations de Perrault ou de M"'*" d'Aulno)- un plaisir 
extrême. 

Les deux mélodies de M. Jos. Jongen, nouveauté du 
jour, sont toutes deux fort agréables ; je préfère cependant 
la seconde. Chanson Roumaine, d'un rythme franc et par- 
ticulièrement heureux. Elles furent d'ailleurs admirable- 
ment servies par l'art de M. Weynandt déjà nommé. 

Il y a entre le titre du poème de C. Franck et l'anecdote 
que rappelle le programme une piquante analogie. N'était- 
ce pas lui le « chasseur maudit», embarqué avec G. Pierné 
dans une harassante « battue aux éditeurs » et n'en rencon- 
trant point qui consentissent à éditer cette œuvre admira- 
ble, jugée aussi compliquée qu'obscure? Que les temps 
sont changés ! Aujourd'hui son œuvre triomphe sous 
l'habile direction de son ancien compagnon de chasse, et 
les éditeurs, infiniment plus lettrés que jadis, sont en 
outre, on le sait, de fort aimables gens. Jean Lobrot. 

Dimanche ig février. — Tout d'abord le Concerto grosso 
en ré de Haendel, déjà joué il y a quinze jours; puis 
M. Weynandt, un ténor belge, si je ne me trompe, chanta 
un air de VOratorio de Noël de Bach, Y Invitation au 
Voyage de Duparc, la Procession de César Franck. 
M. Weynandt ne manque ni d'intelligence, ni de musica- 
lité. Signalons cependant qu'il chanta trop lentement Vln- 
vitation au Voyage, mais sa voix n'est pas suffisamment 
timbrée, elle est étendue et habilement conduite. M. Wey- 
nandt sera un excellent artiste de concert. 

Des ovations unanimes accueillirent M. Alfred Cortot. 
Pour éviter un bis, que la représentation de Jean qui rit 
succédant, à 5 heures, au Concert-Colonne ne permettait pas, 
on dut faire enlever le piano. Jamais M. Cortot ne joua 
mieux le Concerto de Schumann et les Variations sym- 
phoniques de Franck ; il donna au premier : tendresse, 
charme, souplesse de rythmes et ampleur (notamment dans 
la cadence), et, au second, grandeur et force joyeuse. Quel- 
que faiblesse aux « bois s.dans le Concerto de Schumann; 
à quoi pensait la clarinette à certaine rentrée ? 

Une première audition : Bacchanale, de M. Roger 
Ducasse. Cette œuvre symphonique est tirée d'un mimo- 
drame, Orphée, joué, en 1914, à Saint-Pétersbourg. Elle 
peint la mort d'Orphée déchiré par les Ménades. De jolies 
idées se trouvent noyées dans une instrumentation débor- 
dante ! Que de bruit! Que de bruit ! On ne peut en suivre 
le détail à une première audition, il en subsiste néanmoins 
une impression de vie et de sauvagerie: M. Roger Ducasse 
a emprunté aux Russes toute leur richesse de rythmes, 
leur couleur, il y ajouta même encore, mais tout cela ne 
surprend plus depuis Stravinsky. Combien je préfère 
M. Ducasse dans ses œuvres d'émotion, comme la Sara- 
bande, que M. Pierné nous fit entendre l'an dernier. 

Le Chasseur maudit, un des chefs-d'œuvre de Franck, 
terminait le concert. M. Pierné le conduisit à la perfection 
et lui donna l'allure fantastique et mystérieuse qui convient. 
Pierre de Lapommeraye. 

Concerts • Lamourefix 

Quand, dans l'histoire musicale, de grandes influences 
dominent de façon presque exclusive une époque, ainsi 
qu'il advint longtemps en France pour Wagner et Franck, 
vouloir à tout prix s'y soustraire est parfois, pour les com- 
positeurs» qui surviennent, un aussi grand risque d'artifice 
que s'y plier aveuglément. Disciples que l'effroi transforme 
en rebelles — ou disciples trop dociles — dans les deux 
cas, insuffisance de vie personnelle. Pour l'individualité 
véritable, un souci domine tout le reste : De la façon la 



plus directe atteindre ce qui se cache en elle de plus pro- 
fond. Ensuite, exprimer cela sans en rien laisser se volati- 
liser. En cet unique et double effort devra-t-elle refuser le 
secours que lui apportent les formes qui sont à ce moment 
plus naturelles que toutes les autres? Indépendance illu- 
soire. Plus tard et peu à peu, le temps fera le triage — 
rejettera dans l'ombre les imitateurs — isolera au contraire 
glorieusement ceux qui, grâce à la « génialité » autour d'eux 
diffusée, se sont reconnus et ont pris possession d'eux- 
mêmes. 

La magnifique interprétation que M. Paray a donnée de 
la Symphonie en si bémol de Chausson incitait à de telles 
remarques. Ce que cette symphonie doit à Wagner et à 
Franck est reconnaissable; mais jamais l'influence exercée 
ne s'y dégrade en principe de mensonge. Partout, au con- 
traire, affleure et se déploie une vie libre, passionnée, et 
qui en son essence est irréductible à toute autre. Un chant 
continu — constamment proche des sources — et tour à 
tour implorateur et hautain, se transmet de tels instruments 
à tels autres ou triomphe en une véhémence unanime. 
M. Paray a mis en évidence tout cela avec une robustesse 
et une subtilité qui suscitaient en quelque sorte chacune 
des inflexions mélodiques par leur perpétuelle équivalence 
aérienne. 

M. Boucherit exécuta avec délicatesse un Concerto pour 
violon et orchestre. Œuvre de demi-caractère et qui ne 
donne du génie de Haydn qu'une image très incomplète. 
Si cependant elle fut choisie, ce fut, sans doute, parce que 
le manuscrit en fut récemment découvert dans les archives 
de la Maison Breitkopf. 

Après une somptueuse interprétation de la Péri de Dukas, 
furent joués Quatre Poèmes pour chant et orchestre, 
(Euvre remarquable que VIntermej:^o de Heine a inspirée 
à Guy Ropartz. La couleur générale n'y devient sensible 
que peu à peu, comme si en devaient être saturés un à un 
les divers éléments orchestraux et les multiples modalités 
de la voix humaine. Lentement ainsi — et puissamment — 
est suggérée une impression de ténèbres, et de ténèbres 
injustement maudites. Quelque chose d'oppressif, d'opaque 
et de spectral. M. Panzera sut exprimer cette prise de pos- 
session d'un être par la mort, — et par une mort que les 
autres hommes redouteront de venir pleurer. 

Le concert se termina par la Fantaisie pour violon et 
orchestre de Gaubert, œuvre brillante et aisée, parfois un 
peu superficielle, et par la brillante et opulente Fantaisie 
sur des chansons russes, de Rabaud. Joseph Baruzi. 

Concerts-Pasdelottp 

Honneur à nos amis belges, dont M. Rhené-Baton têta 
si judicieusement l'école musicale. Il est vraiment à regretter 
qu'un plus grand nombre d'auditeurs n'eût pas été attiré 
par un programme qui ouvrait à leur attention de nouvelles 
perspectives. 

Tout d'abord, cependant, nous saluâmes une ancienne 
connaissance : la Fantaisie pour orchestre, écrite par le 
regretté Guillaume Lekeu sur deux airs angevins, qui 
compte actuellement trente années d'existence etfut exécutée 
au Concert-d'Harcourt, sous la direction de Vincent d'Indy, 
en 1894, œuvre charmante où chante une id5-lle, où vibre la 
passion, et dont les sonorités offrent une sympathique saveur. 

De M. Léon Du Bois, directeur du Conservatoire royal de 
Bruxelles, où il succéda à Edgar Tinel, nous eûmes le 
regret de n'entendre que deux mélodies, de haute valeur 
assurément : Les Kerel, à la robuste allure, extraits dés 
Chansons de Flandres de Camille Lemonnier, et le Soir 
religieux, empreint d'un profond mysticisme. Puisse leur 
succès nous valoir la présentation d'importants fragments 
de ses autres ouvrages, la Mort ou Edénie tout d'abord! 

M. Charles Scharrès, professeur au Conservatoire de 
Bruxelles, joua lui-même un Concerto pour piano dont 
la deuxième partie nous a semblé la meilleure; œuvre 
inégale sans doute, mais remplie d'ardeur et de poésie. 



86 — 



LE • MÉNESTREL 



Qu'on nous permelle ici d'exprimer un regret : pourquoi 
le commentaire du programme « officiel » fit-il une si géné- 
reuse consommation d'épithètes en l'honneur de cet intel- 
ligent musicien : «Intrépide virtuose, au mécanisme /tZc/Ze, 
au style coloré et réfléchi, à la sonorité élégante, riche et 
cristalline, k la technique solide, impeccables somptueuse... » 
Ce troupeau d'adjectifs était-il nécessaire, et qu'eût-on pu 
dire de plus d'un Liszt ou d'un Rubinsteinî 

S'agit-il ensuite de la charmante et sympathique canta- 
trice qu'est M'"'= Wybamo-Detilleux? Le commentateur 
nous informa qu'elle voulait être médecin, mais que « trois 
années de maladie écartèrent Esculape au profit d'Euterpe ». 
(Généralement, c'est Esculape qui intervient au cas de 
maladie!) — Ce n'est pas tout : « Cette décision causa peut- 
être du dommage à la science, mais l'art s'en trouve tout 
à fait ravi. Le père de la jeune fille tint d'abord ce change- 
ment pour un cataclysme. Puis, comme il était un homme 
excellent et de bon sens, il s'accoutuma... » Allons tant 
mieux! Mais que pensa de cette conversion le reste de la 
famille? Nous l'apprendrons sans doute une autre fois. 

Ce que nous constatons avec plaisir, c'est que M™'* W)^- 
bamo-Detillcux chanta fort bien les mélodies de M. Léon 
Du Bois, et celles aussi de MM. Bouzerey et de Bœck. 
L'Église paysanne, de ce dernier compositeur, est une 
page exquise qui reçut les honneurs du bis. Nous souhai- 
tons, après audition de ce lied religieux et aussi du Fléau, 
des Récoltes et des Mystères, que des fragments des 
œuvres symphoniques et dramatiques de ces deux musi- 
ciens nous soient un jour offerts. 

M. Albert Dupuis, directeur du Conservatoire do Ver- 
viers, était représenté par une Ouverture à'Hermann et 
Dorothée, inspirée par le chef-d'œuvre de Gœthe dans un 
sens naturellement tout différent de celui que nous révéla 
Schumann. Il y a beaucoup de charme et d'émotion dans 
cette évocation symphonique. 

Le Prélude et Danse de M. Joseph Jongen est honorable, 
mais sans particulière originalité. Professeur de contrepoint 
et fugue au Conservatoire de Bruxelles, il n'ignora évidem- 
ment aucun des secrets de la technique. Nous souhaiterions 
d'entendre des poèmes symphoniques dans lesquels son 
talent pourrait être apprécié de façon plus complète. 

Le concert se termina sur une Fantaisie sur un thème 
populaire wallon de Théophile Ysaye, frère du célèbre 
violoniste, composition remplie d'intéressants et pitto- 
resques détails, et d'une coloration heureusement variée. 

Sans doute une séance ne peut tout embrasser. Qu'il 
nous soit permis néanmoins de regretter en ce programme 
l'absence de quatre noms : parmi les morts, ceux de Jan 
Blockx et d'Edgar Tinel, — et, parmi les vivants, ceux de 
MM. Gilson et Mestdagh. Nous regretterons moins cette 
omission si elle se répare en une prochaine audition de 
musique belge. 

Ne quittons point celle-ci avant d'avoir loué sans réserve 
M. Rhené-Baton et son orchestre de leur interprétation, 
absolument irréprochable. René Brancour. 

CONCERTS DIVERS 

Salon des Musiciens Français (ij. février'). — Sous 
l'habile direction de M. Maxime Thomas, le Salon des 
Musiciens Français a donné une intéressante audition 
d'oeuvres de ses adhérents. 

Citer tous les numéros et toutes les interprètes de cet 
abondant programme serait impossible; contentons-nous 
de signaler les plus intéressants. 

Les trois mélodies d'Henri Wcisch : Idylle, Clair de 
Lune, Au Pays des Jours écoulés, sont positivement char- 
mantes. Très mélodiques, épousant admirablement le texte, 
d'une écriture élégante et d'une harmonisation raffinée, 
-lies obtiendront, je suis sûr, dès qu'elles seront éditées, le 
lilus vif succès. 

Miio Maslio, étoile qui disparut trop vite du firmament 
de la rue Favart, les détailla d'exquise façon. Elle fut 
d'ailleurs, — on n'est jamais si bien servi que par soi- 



même, — merveilleusement accompagnée par l'auteur. 
Mme Yié, parfaite musicienne, qui sait, à l'encontre de cer- 
tains pédants, qu'il n'y a que deux genres de musique : la 
bonne et la mauvaise, et qu'une œuvre légère, mais parfai- 
tement écrite, telle que le duo de l'âne de Véronique, est 
beaucoup plus « de la musique » (ainsi que toutes les 
œuvres de cet élégant et spirituel compositeur) que les 
productions de certains dadaïstes notoires, n'eut pas à se 
repentir de son éclectisme, car le public enthousiasmé lui 
fit bisser ce duo qu'elle avait d'ailleurs chanté avec beau- 
coup de charme en compagnie de M"« Cossini, contralto 
barytonnant. Un succès égal l'attendait pour son interpré- 
tation du Souvene:;-Vous de Massenet. 

Que vous dirai-je encore?... Que M"= Marié de l'Isle a 
une fort belle voix? Que M. Bellenot joue divinement de 
l'orgue, mais que nous eussions préféré entendre des 
œuvres de ce délicat compositeur?... Que l'Héroïque et la 
Française sont deux Sociétés où la conscience artistique 
égale le talent? Oui... tout cela, mais, surtout... ah! sur- 
tout! que tous les amateurs de musique de chambre doi- 
vent souhaiter que le Trio de M. Fernand Masson, parfai- 
tement exécuté par M"" Zurffuh, MM. Bas et Boulmé, soit 
bientôt édité, car c'est une œuvre absolument remarquable 
d'un compositeur qui ira loin; rappelez-vous ce que je 
vous dis! .lean Lobrot. 

Exercice d'élèves (16 février). — Classe d'ensemble in- 
strumental de M. Ch. TouRNEMiRE. — Classe d'ensemble 
vocal de M. Henry BOsser (Conservatoire de Musique et 
de Déclamation). — Le premier exercice de la saison avait 
attiré un nombreux auditoire. Inutile de dire que les pro- 
fesseurs y étaient en nombre respectable! M""^ Millerand y 
témoignait, par sa présence et ses applaudissements, du vif 
intérêt qu'elle prend à l'art musical, et spécialement à notre 
grande école. Parmi les compositeurs, nommons MM. Al- 
fred Bruneau, Vincent d'Indy, Georges Hue, Gustave Doret, 
Henri Maréchal, Gabriel Pierné et André Messager. 

Un charmant Quatuor, op. 76, de Haydn ouvrit le concert, 
exécuté par M"'' Alice Espir, élève de M. Lefort et premier 
prix en 1921; M'if^ Carm.en Binder, élève de M. Nadaud, 
second prix de la même année ; M"« Deruysem-MarieThoret, 
élève de M. Vieux, premier prix dito de M. Guy Reitlinger, 
élève de M. Loeb, premier prix également de l'an passé. 

Il serait difficile de souhaiter une meilleure sonorité, un 
style plus juste et un meilleur ensemble que ceux dont 
jouirent nos oreilles, pour lesquelles ce fat un parfait régal. 

Le Deuxième Quintette de M. Gabriel Fauré, si envelop- 
pant, si tendre et si spirituel tour à tour, n'eut aussi qu'à se 
féliciter de ses interprètes. La partie du premier violon fut 
partagée entre MM. L. Schwartz et S. Duplessis. MM. Jean 
Pasquier, élève de M. Nadaud, second prix en 1921, 
Jacques Desestre et Etienne Pasquier, élèves de M. Loeb, 
premier prix de ladite année, tinrent respectivement les par- 
lies de second violon, d'alto et de violoncelle. Le piano 
était confié à M. Jean Doyen, élève de M'"'^ Long, premier 
accessit en 1921. 

Quant à l'exécution chorale, elle fut simplement excellente. 
Dirigés par l'infaillible baguette de M. Henry Bûsser, jeunes 
filles et jeunes gens interprétèrent avec toute la finesse, le 
goût et l'esprit requis les délicieuses symphonies vocales 
de Passereau, d'Eustache du Caurroy, de Guillaurne Cos- 
teley et d'Orlando de Lassus, si remarquablement transcrites 
et publiées par le parfait érudit et musicien qu'est M. Henry 
Expert. 

Au milieu de la séance, le grand Jean-Sébastien avait fait 
entendre sa voix grave et pure, que nous transmirent avec 
tout le respect désirable M"" Espir, déjà louée, et sa parte- 
naire, M"'-' Simone Gouat, élève de M. Philipp, premier 
prix de l'an dernier. 

En somme, un triomphe pour le Conservatoire. Un pen- 
dant lui sera donné le jeudi 23 de ce même mois, en un 
second exercice où seront entendues les élèves du maître 
Vincent d'Indy. René Brancour. 



LE 



lENESTREL 



Coiicert Deblauwe. — La Société « Les Bonnes Soi- 
rées » a donné le lo février une troisième séance, à l'hôtel 
Majestic. Concert particulièrement intéressant. L'excellent 
quatuor Deblauwe a interprété remarquablement le Qua- 
trième Quatuor de Beethoven; la grande cantatrice qu'est 
M"" Marié de l'Isle s'est fait applaudir dans diverses « Mélo- 
dies exotiques » du compositeur René Lenormand dont pluT 
sieurs /"ZJ/e/aîj furent bissées. Enfin, M. André Deblauwe s'est 
affirmé une fois de plus exécutant remarquable autant que 
technicien accompli dans l'interprétation de la Première 
Sonate piano et violon de Saint-Saëns, qu'il a exécutée de 
nouveau, à la demande générale. R.-H. Bertrand. 

Les Chanteurs de la Sixtine. — Le gala organisé à 
l'Opéra avec le concours des Chanteurs de la Sixtine, du 
célèbre violoniste Bilewski et du chef d'orchestre Henri 
Morin, au bénéfice des Polonais rapatriés de Russie, fut 
des plus brillants, et la recette en a été, dit-on, magnifique. 
Aussi bien, le Tout-Paris assistait à ce concert. 

Les Chanteurs de la Sixtine, à vrai dire, parurent 
dépaysés, devant un décor de la Mégère apprivoisée. Ce 
ne sont pas des artistes, et leur répertoire archaïque n'est 
pas fait pour leur infuser la science musicale. Les chan- 
teurs d'une quelconque association profane leur sont nette- 
ment supérieurs au point de vue de la musique. Mais les 
Sixtiniens ont pour eux des voix superbes, des voix ita- 
liennes d'un admirable métal, et aussi la conviction, l'em- 
portement, la foi... J'avoue ne pas avoir goûté sans réserves 
leur interprétation des maîtres du xvi^ siècle que je connais 
pour en avoir fait une étude spéciale. Mais nous ne devons 
pas être plus royalistes que le roi ni plus papistes que le 
pape... Si celui-ci nous donne en modèle sa chapelle de 
chanteurs, nous n'avons qu'à nous incliner. 

Par une diversion heureuse, nous eûmes le régal pure- 
ment artistique de l'exécution d'un Concerto de Mozart par 
le maître violoniste Bilewski, bien Français (voire Ange- 
vin !) malgré son nom polonais. Bilewski est, à mon sens, 
l'un des quelques « as » actuels du violon. Avant toutes 
choses, c'est un musicien racé, d'une sensibilité exquise et 
profonde. Puis il possède des qualités uniques d'instrumen- 
tiste : son velouté et prenant, archet splendidc, virtuosité 
naturelle et sans seconde. Enfin, c'est un interprète qui se 
plie avec souplesse à tous les styles. A cet égard, la façon 
dont il a rendu Mozart eût émerveillé le maître de Salz- 
bourg lui-même. Je n'avais jamais entendu jusqu'ici une 
traduction aussi parfaite ! Et, par un prodige supérieur, le 
son du violon de Bilewski, d'une finesse inouïe, s'évadait de 
la masse compacte d'un orchestre de 80 musiciens et rem- 
plissait la vastitude de l'Opéra. En musique comme en 
toutes choses, « plus fait douceur que violence ». 

L'orchestre était dirigé par Henri Morin, notre plus beau 
chef d'orchestre, qui ressemble à feu Nikisch comme un 
frère... ou un fils spirituel. Il conduisit Beethoven et 
Weber de façon à nous inspirer le regret qu'il n'ait pas à 
cette heure la direction d'un grand orchestre parisien. 

Henri Collet. 

Concerts spirituels de l'Église de l'Étoile. — Très belle 
et bonne exécution de YOratorio de Noël, de J.-S. Bach, 
dans le cadre religieux et l'atmosphère de recueillement 
qui lui conviennent. Nous adressons ici à la direction des 
Concerts de l'Eglise et de l'Étoile le vœu de pouvoir l'en- 
tendre encore l'hiver prochain à la veillée de Noël. 

On réunit sous le nom d'Oratorio de Noël six cantates 
destinées à être exécutées les trois jours qui précèdent 
Noël et les trois dimanches suivants. Bach les termina à 
l'âge de 49 ans, en 1784, 5 et 10 ans après ses deux grandes 
Passions et 5 ans avant la Messe en si. Le choix qui en fut 
donné vendredi contenait l'essentiel de ces cantates. Leur 
ensemble constitue un formidable monument à la joie. La 
puissance avec laquelle Bach avait exprimé la douleur et 
l'angoisse religieuse dans ses Passions, c'est celle avec 
laquelle il nous imposa la joie dans VOratorio de Noël. 
C'est la joie triomphale, parfaite et écrasante des chorals 



soutenus par la jubilation solennelle de l'orgue et l'allé- 
gresse éclatante des trompettes; c'est l'enchantement glo- 
rieux des anges et des puissances célestes. C'est aussi la 
joie douce et sereine de la Nature, de la Vierge et des Ber- 
gers, qui adorent tendrement et respectueusement le nou- 
veau-né divin; c'est le charme de la délicieuse Sinfonia de 
la seconde partie, des airs et des chœurs calmes comme 
des prières. C'est enfin la joie humaine, la joie intime du 
croyant, faite d'espérance ardente, de piété fervente et de 
reconnaissance éperdue; mais le chrétien, dans son bonheur, 
pense qu'il en est indigne; son âme souffre au souvenir 
des douleurs que son Sauveur a acceptées pour venir vivre 
et mourir sur cette terre; et dans le grand cœur fidèle de 
Jean-Sébastien Bach monte, avec des larmes qu'il contient, 
une prière pleine de ferveur, d'abandon et d'amour, au 
nom de Jésus qu'il adore. 

En écoutant cet Oratorio, il aurait fallu nous refuser à 
l'émotion pour exercer notre sens critique : nous prions 
donc les lecteurs du Ménestrel de nous excuser s'ils ne 
voient pas ici d'appréciation sur les détails de l'exécution. 
Tout au plus nous souvenons-nous que pendant la pre- 
mière partie les sonorités de l'orchestre étaient un peu 
dures dans l'acoustique de l'Eglise. André Schlemmer. 

Quatuor Capet. — Un de ces concerts dont on garde 
longtemps un souvenir vivant. Tout d'abord, délicate exé- 
cution du Quatuor, op. 64, de Haydn, frais et clair. Puis le 
Neuvième Quatuor de Beethoven, joué avec la force et 
l'entrain voulus; les musiciens ont particulièrement bien 
exprimé la puissante et grave originalité de l'andante. 
Enfin, le Quatuor de Franck, dont nous n'avons jamais 
entendu plus parfaite et plus religieuse interprétation. 

A. S. 

jer concert Sioban-Psictiari (15 février). — Ud jeu franc 

— dédaigneux de tout ce qui est appel à la sensibilité 
superficielle — un souci de ne jamais, dans un concerto, 
songer à un succès personnel qui serait obtenu par un 
obscurcissement de l'ensemble; — une perpétuelle préoc- 
cupation, au contraire, de cet ensemble et du rapport chan- 
geant que l'œuvre établit entre lui et l'instrument principal; 

— tout cela permet que M"'' Siohan-Psichari soit une 
remarquable interprète de Bach. Tout cela également la 
met d'avance en plein accord avec M. Vincent d'Indy et 
l'orchestre de la Schola. 

Grâce à cet accord, les caractères fondamentaux des 
Concertos en la mineur et en mi majeur purent apparaître, — 
et avant tout, en effet, la relation mouvante et subtile de 
l'orchestre et du violon. Tantôt il s'agit d'un dialogue et 
presque d'un contraste. Notamment dans l'Andante du Con- 
certo en la mitieur et dans l'Adagio du Concerto en mi 
majeur. Ce qui y est mis en présence, ce sont moins deux 
sonorités particulières que deux modalités générales, 
ramenées pour ainsi dire à leur essence, — le grave et 
l'aigu, par exemple, ou encore le lent et le rapide. Tantôt, 
au contraire, il s'agit d'une alliance intime et d'un élan 
simultané. L'instrument isolé et les instruments groupés 
semblent alors se communiquer une sorte de vitalité supé- 
rieure et presque triomphale. Cela fut particulièrement sen- 
sible dans les Allegro assai qui terminent les deux œuvres. 
Figures de magnifique emportement, sans nul élément de 
déraison. Immense affirmation qui réagit sur ce qui précède 
et donne une couleur nouvelle au souvenir. 

Finement accompagnée par M"<= Paul Piédelièvre, 
M">° Siohan-Psichari tradtiisit en outre de façon brillante 
l'animation et la grâce de la Sonate en mi majeur. 

Joseph Baruzi. 

Orchestre de Paris. — Nerveuse et vibrante exécution de 
l'Ouverture du Freyschiitj de Weber, qui commençait la 
séance, et remarquable interprétation des autres œuvres 
inscrites au programme sous la conduite énergique de 
M. Francis Casadesus, que nous n'avions pas revu au 
pupitre depuis Noël dernier. 



88 



LE 



lENESTREL 



Dans le majestueux Concerto an la mineur pour violon et 
orchestre de J.-S. Bach, qui succédait à Weber, M. Munch 
fit montre des qualités principales requises pour l'exécution 
de cette œuvre du grand maître : ampleur du chant, larges 
attaques, son soutenu, expression et pureté de son dans 
l'andante. 

Vint après la première audition de la Suite Brésilienne 
de M. Alberto Nepomuceno, qui obtint un succès des plus 
flatteurs. C'est une œuvre fort bien conçue, aux chaudes 
couleurs, sans teintes violentes, d'une originalité et d'un 
parfum tout particuliers. 

Dans le Quatrième Concerto en sol majeur (op. 58) pour 
piano de Beethoven (cadences de Saint-Saëns), joué ensuite 
par M"'^ Marcelle Herrenschmidt, dont la personnalité 
s'impose de plus en plus à l'attention, cette artiste excel- 
lente montra un sentiment exquis et une délicatesse 
extrême. Elle extériorisa de cette œuvre admirable tout ce 
qu'elle renferme de sensibilité, d'esprit et d'allégresse. 

iVliss Kathleen iMc Alister fut aussi très goûtée et très 
applaudie dans le récit et l'air du troisième acte des Noces 
de Figaro de Mozart, dans l'expressive Mélodie aimante 
de M. Blair Fairchild, sur des paroles de Jean de Lahor, et 
la gracieuse et très délicate Rêveuse au bord de l'eau, sur une 
poésie de Paul Verlaine, de M. Francis Casadesus. 

Elle détailla ces trois œuvres avec charme et finesse, style 
et simplicité. Cette très jeune chanteuse, premier prix de 
chant du Conservatoire américain de Fontainebleau, fait 
vraiment honneur à cette nouvelle Institution. 

Enfin, les deux préludes de Cachaprès : « Dans le Verger » 
et « la Ducasse » (Kermesse Wallone), de M. Francis Casa- 
desus, reçurent un chaleureux accueil du public. 

Paul TOURENG 

Concert Thomas-Saîîguac (ty février). — M. Thomas- 
Salignac, en une conférence bourrée d'humour et de détails 
scabreux, nous entretint copieusement de la finesse audi- 
tive et de la mélomanie chez les bêtes. Sans doute fort 
curieux, les faits cités manquaient par trop de la plus élé- 
mentaire circonspection scientifique. Tous les genres zoo- 
logiques y passèrent avec cette fantaisie dont ont usé eux- 
mêmes les « animaliers » de la musique vis-à-vis de leurs 
modèles. Marmotte et Caille de Beethoven, le Nénuphar 
et le Cygne de Liszt, mélodies de Moussorgsky et de Cha- 
brier, Poissons d'Or de Debussy, Oiseaux tristes et Histoires 
naturelles de Ravel, pièces d'Erik Satie, fables d'André 
Caplet et Bestiaire de Francis Poulenc — nous permirent 
de réentendre tour à tour M™" Olénine d'Alheim, avec l'art 
qui lui reste très particulier de délivrer en chaque œuvre 
cette part éternelle de Dieu insensible aux vacillations de 
la mode; miss Dorothy Swainson, intelligente accompagna- 
trice de M''"^ d'Alheim; M. Pierre Lucas, qui possède un 
sens parfait de la musique moderne et qu'on a déjà appré- 
cié ici-même ; enfin M. Salignac, excellent « diseur» quoique 
ténor, comique plein d'esprit — avec une pointe méridio- 
nale. André Schaeffnee. 

L'Œuvre Inédite (Salle Tovidhe, 4 février). — L'abondance 
des matières nous a empêché de rendre compte en temps 
et lieu du beau concert donné par l'Œuvre Inédite. Heu- 
leusement il n'est pas trop tard pour signaler la belle exé- 
cution que M"° Odette Sauvage donna de deux pièces pour 
piano d'Henri Welsch. Un magnifique avenir attend cette 
jeune artisle pour son style impeccable, sa virtuosité et la 
fidélité remarquable avec laquelle elle sait rendre les 
moindres intentions des compositions. Les deux pièces de 
piano dont il est question. Danse au clair de lune, sorte de 
pavane mélancolique que dansent les Elfes sous les rayons 
de la pâle Phœbé, et la Plainte du vent qui pleure, hurle, 
gémit, sont d'un caractère très heureusement descriptif, 
mais difficiles d'exécution. 

M"'' Mastio vint ensuite d'une voix prenante interpréter 
six exquises mélodies du même compositeur. Sans les ana- 
lyser en détail, je voudrais, en quelques mots, dépeindre 
le talent de ce compositeur dont je prise particulièrement 



les œuvres. C'est un mélancolique et un tendre, en un mot 
un poète qui fait rendre à merveille les plus subtiles 
nuances, les intentions les plus fugitives des poèmes qu'il 
met en musique. N'ignorant rien des ressources de l'har- 
monie moderne, il reste avant tout un mélodiste et les 
artistes auront plaisir à chanter ces œuvres qui restent du 
chant et non, comme dans tant d'œuvres d'aujourd'hui, un 
vague récitatif plus ou moins expressif. Malgré cela, l'ac- 
compagnement reste très délicatement évocateur, et par la 
subtilité, la fluidité de ses harmonies rappelle Fauré tout 
en restant éminemment personnel. Citer toutes les mélodies 
exécutées dépasserait notre cadre. J'aime particulièrement 
« le Rêve », « Ronde » et la « Chanson de Flûte » des 
Poèmes orientaux, mais toutes sont tort belles. 

Dans le reste du concert — j'abrège faute de place — 
une intéressanre Sonate de Marsicket trois pièces de piano 
de M. Rey-Andreu, musique très littéraire ou littérature 
très musicale comme on voudra, très ingénieqse de facture 
et de rythme. Jean Lobrot. 

Concert Odette Lesnoîne (i 7 février). — Après les Pré- 
ludes de Debussy, — et avant le Prélude et le Nocturne de 
Louis Aubert et la Bourrée fantasque de Chabrier, — 
M'ii^ Odette Lemoine a joué les dix pièces descriptives qui 
ont été groupées par Gabriel Dupont sous le titre la Maison 
dans les Dunes. Ces pièces traduisent un site moins en sa 
permanence et son isolement qu'en son aspect changeant 
et en les perspectives qu'il ouvre sur le reste du monde. 
Plutôt même tableau d'une journée que tableau d'un frag- 
ment d'espace. Au début, la clarté naissante, et son lent 
passage de l'absolue monochromie à la relativité innom- 
brable des couleurs. Puis, après une première apparition 
de la mer et dos voiles errantes, la grande parenté que les 
vents et la pluie instaurent entre les formes extérieures et 
nos pensées ou nos désirs. Voici ensuite les jeux du soleil 
et des vagues, — puis le « soir dans les pins », — et le 
« bruissement de la mer, la nuit ». En tout cela, un ardent 
efl'ort pour dépasser l'impressionnisme et les banales 
recherches de transposition d'art. 

M"!^ Odette Lemoine donna de ces pièces subtiles et sou- 
vent émues une interprétation vigoureuse et fidèle. Et d'une 
voix puissante et nuancée, M'"'^ Marlinelli chanta Nocturne 
et Rédemption de Franck, le Temps des Lilas de Chausson, 
la FUite de Ravel et Fedia d'Erlanger. Joseph Baruzi. 

Concert Raymond Burt. — Si l'apparition du jeune pia- 
niste américain est passée inaperçue pour la majorité des 
amateurs du piano-forte, les auditeurs qui ont assisté à son 
concert du 19 février n'ont point eu à regretter leur soirée. 

Chaque pianiste témoigne d'une prédilection particulière 
pour certains compositeurs. M. Burt doit aimer Liszt, car, 
dans l'exécution de la Sixième Rhapsodie, il déploya une 
ardeur flamboyante, une force musculaire digne de Busoni : 
on le sentait inspiré par l'auteur qu'il interprétait^ 

M. Burt possède d'ailleurs la technique nécessaire pour 
vaincre les passages les plus difficiles. Son exécution de la 
Clochette de Liszt lui a valu des applaudissements enthou- 
siastes. Espérons que le jeune musicien trouvera l'occasion 
de reparaître devant notre public, car, parmi les étrangers 
qui nous visitèrent, M. Burt peut être considéré comme un 
des meilleurs exécutants. Joseph de Valdor. 

M"'' Clara Robinovitch, jeune américaine, élève de Phi- 
lipp, s'est fait entendre chez Érard dans un programme 
intéres>sant et varié, allant de Scarlatti à Bach (Fantaisie 
chromatique et Fugue), à Chopin (Nocturne en ut mineur, 
op. 48, Quatrième Ballade, Alapirkas), à Liszt (Napoli), 
Rachmaninoff et Albeniz. L'artiste s'est montrée à la hau- 
teur des grandes difficultés techniques et musicales de ces 
morceaux. La légèreté et la délicatesse de sa sonorité, 
son mécanisme précis, son style vivant et simple lui ont 
conquis dès le début du concert la sympathie du public. 
Rappelée plusieurs fois, elle a ajouté à son programme une 
Valse et une Mazurka de Chopin. P. A. 



89 



LE • MENESTREL 



Concert Blanchet. — Les œuvres de Blanchet, sponta- 
nées, sincères et d'une sève riche et abondante, mérite- 
raient d'être connues davantage. A son concert, il vient de 
faire entendre trois Écossaises, remarquables par le souci 
de l'écriture et l'élégance du rythnie, un Prélude, d'une 
grande richesse harmonique, et une iifuie, d'une expression 
rude et sombre, qui ont été appréciés et très applaudis. 
Mais c'est le pianiste Blanchet qui a été surtout acclamé. 
Dans les Variations sur un thème de Paganini, de Brahms, 
il a révélé des beautés trop souvent inaperçues. A la 
vigueur de sa sonorité il sait joindre la délicatesse, la 
variété. Il a intéressé au plus haut point en interprétant 
plusieurs œuvres de Chopin : Impromptu, Prélude (bissé). 
Étude et Fantaisie, cette dernière jouée avec une puissance 
de rythme, une ampleur de style, un sens intime très pro- 
fond de la poésie qui se dégage de cette œuvre grandiose. 
D'autres œuvres plus courtes de Liszt, Vierne et Philipp, 
complétaient le programme. L Phii.u'p. 

Voir à la dernière page les programmes des Concerts 



Un Avis aux Conscrits 



Territoire de la Sarre. — Il faut signaler l'œuvre remar- 
quable que poursuit à Sarrebrùck avec une énergie louable 
M. Louis Fourestier. 

Non content d'enseigner le solfège à 600 enfants aux 
écoles françaises des Mines, M. Fourestier rêve d'étendre 
l'enseignement de la musique à toutes les écoles françaises 
de la Sarre en créant des inspections (divisions administra- 
tives), au nombre de 12, avec chacune son orchestre et son 
chœur mixte. 

Ce n'est pas tout. M. Fourestier veut former à Sarre- 
brùck un orchestre symphonique de 60 musiciens, et pour 
cela il a songé à utiliser les ressources que peut lui offrir 
le recrutement militaire. 

Le ministre de la Guerre a décidé que le recrutement 
enverra dans les régiments de Sarrebrùck les musiciens 
qui en feront la demande, ces demandes étant adressées à 
lui-même, puis approuvées et transmises au ministre. 

Une note de service, émanant de l'état-major des troupes 
de la Sarre et signée du général commandant, fixe le statut 
de ces musiciens. Elle précise : 

1" Qu'ils seront, dès leur entrée dans la musique, à l'en- 
tière disposition du chef de musique, sauf pendant le temps 
nécessaire à la préparation et à l'exécution des concerts de 
l'orchestre; 

2" Qu'à cet effet M. Fourestier disposera des intéressés 
pendant trois après-midi par semaine; 

3° Que ces musiciens seront réunis dans un casernement 
spécial; 

4° Qu'ils jouiront d'une permission- permanente de 
minuit (à Sarrebrùck, les spectacles et concerts sont ter- 
minés, en général, vers 10 heures); 

5° Qu'ils pourront être mis au prêt franc. 

Il y^ a à Sarrebrùck une vie musicale allemande active et 
cela ne peut manquer d'être, pour les artistes français, 
intéressant à beaucoup d'égards. 

Ceux qui désireraient aller dans ces conditions à l'armée 
d'occupation de la Sarre devront indiquer leurs nom, 
prénoms, date et lieu de naissance, lieu de résidence et, si 
possible, leur bureau de recrutement, à M. Louis Foures- 
tier, Sarrebrilck (Sarre), 4j, Gutenbergstrasse. 

Ils auront à donner de façon précise et sincère leurs 
références d'ordre musical. Il est indispensable que les 
réponses parviennent aussitôt que possible, particulièrement 
en ce qui concerne les appelés du premier contingent de la 
classe 1922. 

Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 

Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro, 
Allons, Je suis armé comme pour la bataille, extrait d'Antar, opéra 
en 4 actes et 5 tableaux de Gabriel Dupont. 



Le Mouvement musical en Province 



Amiens. — Un gala Massenet. — Les mélomanes amié- 
nois ont pour Massenet une réelle prédilection. Werther, 
Manon, Hérodiade, Thaïs font salle comble à chaque 
représentation au Théâtre d'Amiens. Le gala organisé par 
la Société des Concerts Symphoniques au profit du monu- 
ment Massenet, avec la présidence d'honneur de M. Mille- 
rand et la présidence effective de M. Gustave Charpentier, 
dans le Comité organisateur, était donc assuré du plus 
complet des succès. 

Il a eu lieu au Cirque d'Amiens, mercredi soir, dans 
l'enthousiasme d'un public de 3. 000 personnes. On a donné 
intégralement, dans sa forme d'oratorio, la Marie-Magde- 
leine du maître, avec M""^' Monljovet (Meryem), Courzo 
(Marthe), MM. L. Dufrasne (Jésus) et Dupré (Judas). Les 
admirables artistes de l'Opéra et de l'Opéra-Comique ont 
été l'objet des plus belles ovations, en particulier M. Dupré, 
qui paraissait pour la première fois à Amiens et dont la 
voix de basse-chantante, d'une prodigieuse étendue et d'une 
égalité splendide, a soulevé l'assistance. La partie des 
chœurs était confiée aux célèbres Chanteurs de Saint-Ger- 
vais qui avaient bien voulu, pour la circonstance, sortir de 
leur répertoire habituel et ont donné de ces pages, des 
meilleures de la partition, une exquise interprétation. En 
intermède, cette phalange d'élite a chanté quatre chœurs 
sans accompagnement, de la Renaissance, notamment la 
célèbre Bataille de Marignan, de Clément Janequin, avec 
le choral à bouches fermées de G. Fauré, et Nicolette de 
Maurice Ravel. Enfin, MM. Dupré et Dufrasne ont chanté 
des fragments importants du Jongleur de Notre-Dame. La 
partie d'orchestre a été brillamment tenue par les 80 exé- 
cutants des Concerts Symphoniques d'Amiens, sous la 
baguette de M. Renard, imprésario de cette belle manifes- 
tation artistique. G. Héracle-Leroy. 

Angers. — Huitième Concert populaire (6q5«). — Festival 
de Musique française. Quatre grands noms ont fait les 
honneurs de ce concert : Franck, Debussy, Chausson, 
Saint-Saëns. 

C'est la Symphonie en si bémol de Chausson qui com- 
mence l'ère des harmonies dominicales. Deux fois exé- 
cutée l'an passé, elle fut longuement applaudie. 

Les Trois Nocturnes de Debussy (première audition 
à Angers) sont de délicates impressions, qui relèvent 
plutôt du domaine du rêve que d'un effet représentatif. 

Un chœur de dames prêtait au dernier Nocturne une 
suavité délicate et rare. 

La Marche héroïque de Saint-Saëns terminait la partie 
orchestrale par les vivifiants appels de ses cuivres guerriers. 

Alfred Cortot, dont l'art est fait de charme, de force et 
de sensibilité, a tissé autour des œuvres qu'il a interprétées 
une auréole de gloire et d'enchantement. 

M. Jean Gay dirigeait le concert; à chacune des œuvres 
exécutées, une ovation lui fut particulièrement adressée. 

Cinquième Séance de musique de chambre. — Récital 
Alfred Cortot, même enthousiaste accueil. L.-Ch. M. 

Le Havre. — La représentation de Gismonda, au Havre, 
fut un véritable triomphe et prit le caractère d'une solen- 
nité musicale. L'auteur, Henry Février, qui assistait à la 
représentation, fut particulièrement fêté. Il est en effet un 
peu enfant de Normandie, sa famille paternelle étant ori- 
ginaire de MontiviUiers. 

M'ii^ Saïman fut une admirable Gismonda et M. Ro- 
bert Lassalle un puissant Almerio. L'orchestre conduit par 
M. Flon fit merveille. 

A la fin de la représentation, le maire du Havre, M. Meyer, 
tint à féliciter chaleureusement l'auteur, les artistes et le 
directeur du théâtre, M. Maurice Durand, qui avait donné 
tous ses soins à cette belle représentation. 



— 90 



LE • MÉNESTREL 



Le Mooveraent rausicaî à l'Étranger 



ALLEMAGNE 
Le Théàirc de Breslau, qui avait dû fermer ses portes, 
va les rouvrir grâce à une subvention annuelle de 4 millions 
de marks, qui lui est allouée par l'Etat prussien et dont 
3 millions seront consacrés à l'Opéra. 

— La revue publiée à Vienne et à Berlin par le Groupe 
musical de 1' « Anbruch i), lequel a déjà des ramifications 
dans divers pays « neutres », annonce une intéressante 
transformation. Elle étudiera désormais, non seulement les 
manifestations proprement dites de l'art musical, mais 
toutes celles où les musiciens peuvent être de près ou de 
loin intéressés. 

— On envisage la création, à Vienne, d'un nouveau Con- 
servatoire dont M. Richard Strauss assumerait la direction. 

Jean Ghantavoine. 

Deux tournées françaises de concerts viennent d'avoir 
lieu, avec grand succès, en Allemagne occupée. 

Du 9 au i3 janvier, la Société des Concerts d'Autrefois 
s'est fait entendre à Bonn, Coblence, Trêves, Mayence et 
Wiesbaden; du 6 au 10 février, M"«s Madeleine Grey, 
Marie-Ange Henry et Marguerite Poulet à Spire, Neustadt, 
Ludwigshafen, Mayence et Trêves. 

ANGLETERRE 

La première d'un opéra de C)^ril Rootham, les Deux 
Sœurs, sera donnée prochainement à Cambridge. 

— La chanteuse Clara Butt, très populaire chez no's voi- 
sins, « totn-ne » en Australie. Elle y fait applaudir la mu- 
sique anglaise et notamment son répertoire de cliansons 
d'Ecosse. 

— En Angleterre comme en France, Rabindranath Ta- 
gore, le grand poète hindou, est à la mode parmi les musi- 
ciens. Eric Fogg vient de publier, sous le titre de Chants 
d'Amour et de Vie, cinq mélodies sur des poèmes de ce 
maître. 

— La Musique au Cinéma. — On sait que, dans l'inten- 
tion de former le goût populaire, la presse anglaise fait 
campagne pour que les films s'accompagnent, non plus de 
quelconques flonflons, mais de bonne musique. Les Mu- 
sical News and Herald, qui réservent aux films une page 
spéciale chaque semaine, constatent avec plaisir qu'un très 
bon orchestre, dans un grand cinéma de Londres, a joué 
l'autre jour du Mozart, du Liszt et du Borodine. 

Maurice Lena. 
BELGÎQUE 

Anvers. — Les concerts les plus intéressants et qui atti- 
rent régulièrement la grande foule sont ceux donnés le 
mercredi à la Zoologie sous la direction très compétente de 
M. H. Alpaerts. Comme solistes nous y avons pu admirer 
plusieurs artistes renommés. 

Citons, en premier lieu, M. Livon, violoncelliste, de 
Paris; son succès fut grand et mérité. 

Un autre jour M. Matliieu Crickboom, violoniste belge, 
s'est fait applaudir par le public qui, n'oubliant pas Thi- 
baud ni Mischa Elman, a cependant apprécié, non sans rai- 
son, des Romances de Beethoven, qui, vraiment, furent 
merveilleusement exécutées. 

A un concert d'orgue, c'était au tour de M. Léandre 
Vilain de se faire entendre. Son jeu se développe en un 
beau style, où le sentiment ne perd pas sa place. 
M"^ Arnouts, accompagnée par l'orgue, fit valoir sa voix 
chaude dans AcLus Iragicus de Bach. 

— Aux Concerts Nouveaux, M. Hekking, violoncelliste, 
professeur au Conservatoire de Paris, s'imposa par sa tech- 
nique vertigineuse et sa grande musicalité. Le prochain 
concert aura lieu sous la direction de M. Camille Chevil- 
lard des Concerts-Lamouroux de Paris. J. Bessier. 

— Première de GismonJa. — La représentation de Gis- 
monda, au rhéâtre-Royal d'Anvers, a obtenu un grand suc- 
cès. La musique de M. H. Février, si expressive, suivant les 



situations dramatiques de l'oeuvre avec une telle puissance 
descriptive, a soulevé l'enthousiasme du public. 

L'interprétation a été excellente. Mn>= Cuvelier fut 
remarquable, M. Mario fut un Almerio superbe, M. de Lay 
un Zaccaria fort bien campé. M. Février, présent à la repré- 
sentation, a dirigé lui-même un acte de son œuvre au milieu 
des ovations des spectateurs. 

ESPAGNE 

Barcelone. — L'Orquestra Sinfônica de Barcelone a 
récemment exécuté, sous la direction de son chef éminent, 
M. Lamote de Grignon, les œuvres suivantes : prélude de 
l'opéra Gari de T. Breton; Trois Danses fantastiques de 
J. Turina; Une Aventure de don Quichotte, de J. Guridi; 
Concerto pour violoncelle et orchestre, de i. Cassadô, admi- 
rablement exécuté par Gaspar Cassadô; Nit de Somnis, de 
J. Pahissa, œuvre passionnément discutée; Chansons pour 
orchestre de L. de Grignon, chaleureusement accueillies et 
merveilleusement traduites par la senorita Mercè Plantada; 
VAny Mil, poème symphonique de A. Vila, reçu avec 
enthousiasme. Voilà pour une séance! Si nous ajoutons à 
cela les programmes des coiicerts ultérieurs où triomphèrent 
les noms de Sancho Marraco, E. Morera, Enric Granados, 
J. Garreta avec sa victorieuse Suite en sol, G. del Campo 
(Airiiios, airiûos, aires), L. de Grignon encore avec El Testa- 
ment de n'Amelia et VAndalusia, etc., nous donnerons une 
idée de l'activité caractérisant la splendide organisation qu'est 
rOrquestra Sinfônica et, en même temps, de l'abondante 
production des musiciens espagnols, catalans en particulier- 
Raoul Laparra. 

— M™" Geneviève Vix est l'enfant chérie de Barcelone. 
Chaque fois que son nom figure sur un programme, la salle 
du Liceo se remplit comme par enchantement. Elle vient de 
jouer récemment la Salomé de Strauss et la Thaïs de Mas- 
senet. Elle y fut incomparable : elle chante, récite et danse, 
montrant à la fois la passion sauvage, l'énergie et la per- 
versité morbide de la fille d'Hérodius; elle donne un relief 
extraordinaire au personnage et n'a pas un instant de défail- 
lance. 

Dans Thaïs, ses attitudes toujours harmonieuses, sa plas- 
tique gracile et souple, sa voix pure, bien timbrée, font 
merveille. Jamais la célèbre courtisane n'eut d'incarnation 
à la fois plus artistique et plus vraie. 

La presse de Barcelone unanimement rend hommage au 
talent de la belle artiste. Elle ne se contente pas de chanter 
un rôle, mais campe un personnage humain et vivant. C'est 
là la méthode française disent les critiques : elle ne peut 
être mieux représentée que par M""^ Geneviève Vix. 

HOLLANDE 

Au « Kunstkring » de Rotterdam, M™" Annie Reballio- 
Siewe (chant) et M. Anton Verheij (piano) ont donné un 
concert de musique française : le programme comprenait 
des lieder d'Ernest Chausson, Lili Boulanger, MM. Guy 
Ropartz et Reynaldo Hahn, et Prélude, Aria et Finale de 
César Franck. 

— Au « Conccrtgebouw » d'Amsterdam, M. le D' Muck 
a consacré un des concerts d'abonnement, qu'il dirige en 
l'absence de M. Mengclberg, à M. Richard Strauss, avec 
des fragments de la musique de scène écrits par le célèbre 
compositeur pour le Bourgeois Gentilhomme, et la Sinfonia 
domestica. 

— Aux Concerts de 1' « Eruditio Musica », do Rotterdam, 
M. Alfred Cortot a fait admirer son art accompli dans le 
Tj-oisièfne Concerto de RachmaninofF et la Fantaisie pour 
piano et orchestre de Claude Debussy. 

— ■ La saison d'opérette viennoise, au Théâtre-Carré, 
d'Amsterdam, s'est poursuivie avec la Danse pour le 
Bonheur, de M. R. Stoltz. 

— La crise des théâtres : Les salles de spectacles et de 
cinéma de la ville d'Utrecht ont compté, au mois de jan- 
vier dernier, gz.i'i'i visiteurs, contre isS.oSi durant le 
même mois de l'année 1921. Jean Ghantavoine. 



— 91 



LE • MÉNESTREL 



ÉCHOS ET NOUVELLES 

A l'Opéra : 

Indépendamment du concert qu'ils donneront, ainsi que 
nous l'avons annoncé, le jeudi 9 mars en soirée, les Chan- 
teurs de la Chapelle Sixtine chanteront en outre le samedi 
II mars en matinée. 

Les études d'ensemble de Falstaff ont commencé sous 
la direction de M. Arturo Vigna. L'œuvre de Verdi passera 
vers la fin du mois de mars. 

— Pour la mémoire de Molière. — Vendredi dernier, en. 
l'église Saint-Roch, une messe de Requiem fut dite pour le 
repos de l'âme de Molière. 

Ms'' Roland-Gosselin, coadjuteur de l'archevêque de 
Paris, présidait la cérémonie. Celle-ci fut belle et imposante. 
Dans l'église tendue de noir, la maîtrise de Saint-Roch, 
assistée de la Société des Concerts du Conservatoire, sous 
l'habile direction de M. Philippe Gaubert, fit entendre de 
beaux chants liturgiques unis aux brillantes harmonies de 
la musique sacrée (Troisième Symphonie do Beethoven, 
Adagio de la Symphonie de Saint-Saëns, Pie Jesu de 
Fauré), cependant que le grand orgue, tenu par M. Ch.-M. 
Widor, emplissait l'église de son imposante mélodie. 

— La limita d'âge pour les concurrents aux Prix de 
Rome. — Nous lisons dans le Journal officiel du i3 fé- 
vrier 1922 que les candidats aux concours de Rome mobi- 
lisés pendant la guerre, qui, atteints par la limite d'âge, 
doivent exécuter leur dernier concours en 1922, auront le 
droit de participer à des concours supplémentaires et suc- 
cessifs au nombre de quatre au maximum. Dans aucun cas, 
toutefois, un candidat ne pourra concourir après l'année 
où il aura atteint l'âge de trente-quatre ans. 

— M™"^ L. Carteret, femme d'un membre titulaire de 
l'œuvre des Orphelins des Industries du Livre, donnera, le 
mercredi 8 mars prochain, un concert en faveur de cette 
intéressante œuvre philanthropique. Des billets sont en 
vente au Cercle delà Librairie, 1 17, boulevard Saint-Germain. 

— Nous apprenons la formation d'un nouveau groupe- 
ment : le Trio avec chant, composé de MM. Plamondon, 
Louis Wins et Georges Dandelot, qui se fera entendre très 
prochainement à Paris et dont le répertoire comprend des 
œuvres des xvii^ et xvin'= siècles presque totalement incon- 
nues. 

■;— L'École Niedcrmcyer vient d'être transférée 2, rue de 
l'Égalité et 22, rue Lasserre, à Issy (Seine). 

— Muratore, en ce moment à New-York avec la troupe 
de Chicago, vient d'être heureusement opéré de l'appen- 
dicite. Il était en scène, il chantait Carmen, quand il res- 
sentit, très douloureuses, les atteintes du mal. Il eut tovite- 
fois le courage do tenir son rôle jusqu'à la fin du spectacle. 

NÉCROLOGIE 

M°"= Henri Yvan, femme de notre confrère Théodore 
Henry et mère d'Antoine Yvan, tombé héroïquement au 
champ d'honneur, est décédée au Havre. Nous adressons 
à notre confrère nos sentiments de très sympathique condo- 
léance. 

— Notre confrère Chassaigne de Néronde qui écrivit 
beaucoup sur le théâtre et plus particulièrement sur la 
danse, vient de mourir à l'âge de ji ans. 

programmes des <5oi?Gerts 

GRANDS CONCERTS 

Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 
26 février, à 'i heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 
M. Philippe Gaubert). — Franck : Rédemption; Les Eolides; 
Variations srmphoniqucs (M. Motte-Lacroix). — Wagner : Tann- 
hàuser, le venusberg; Parsifal, Prélude et Enchantement du 
Vendredi-Saint; Ouverture des Maîtres Chanteurs. 

Concerts-Colonne (samedi 25 février, à 4 h. 3/4, au Châtelet, 
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Beethoven : Sixième 
.Symphonie. — Chabrier : Joyeuse Marche. — Lulli : /sîs(MM.Fa- 
bert, Duboscq et Royer). — Ravel : Histoires naturelles : a) Le 
Paon ; b) Le Grillon (MiM. Fabert et Eugène Wagner). ^ Saint- 
Saëns : Carnaval des Animaux, i" audition intégrale (MM. Garés, 
Etlin, Blanquart, Lopès, Juste). — Haydn : Symphonie du Départ, 
(final). -^ ' ^ ■ '■ 

Dimanche 26 février, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Chabrier: Gircndoline,OaveT- 
ture. — Ravel : Ma Mère l'Oye : a) Pavane de la Belle au Bois 
dormant; hj Landeronnelte; c) Jardin féerique. — Lalo : Con- 
certo en fa mineur pour violon (M. Jacques Thibaud). — Vincent 



dIndy : Poème des Rivages, 1" audiiion. — Chausson : Poème 
pour violon et orchestre (M. Jacques Thibaud). — Lalo : Rhapso- 
die norrégiene (finale). 

Concerts-Lamoureux (dimanche 26 février, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Paul Paray). — Schubert : Sym- 
pltonie inachevée. — P. Kunc : Suite symphoniqiie, \" audition. — 
Bach : Concerto en ré mineur pour piano (M. Consolo). — Rimskv- 
KoRSAKOFF : Contes féeriques. — q) Beethoven : Wt d'Adélaïde; — 
b) Campra : Papillons (M'"" Lucy Vuillemin). — Wagner : Ouver- 
ture des Maîtres Chanteurs. 

Concerts-Pasdeloup (samedi 25 et dimanche 26 février, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. André Caplet). — Weber : Ouverture du Freyschût^. — 
Debussy : La Mer. — Mozart : Concerto en la (M. Braïlowsky). — 
Beethoven : Cinquième Symphonie. 

CONCERTS DIVERS 
SAMEDI 25 FÉVRIER : 

Société Nationale de Musique (à 8 h. 3/4, salle du Conser- 
vatoire). 

Quatuor Capelle (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert S. Poinsard (à g heures, salle Erard). 

Concert Rudge-Borgatti (à 9 heures, salle Pleyel). 

Société Olénine d'Alheim (à g heures, salle des Agricul- 
teurs). 

DIMANCHE 26 FÉVRIER : 

Orchestre de Paris (à 3 h., salle des Agriculteurs, sous la 
direction de M. Fr. Casadesus). — Widor : Les Pécheurs de Saint- 
Jean, OuveTture. — Fr.Bach: Concerto pour deux orgues (M"" Flor- 
noy-Touéry et M.Mustel). — Brahms : Concerto pour violon (M. Szi- 
geti). — aj Saint-Saëns : Rhapsodie en la mineur; — b) Gabriel 
Pierné ; Scène féerique; — c) Guilmant : Scherzo (M°" Flornoy- 
Touéry). — Rimsky-Korsakow: Concerto pour piano (M"' Yvonne 
Herr Japy). — Borodine : Danses polovtsiennes du Prince Igor. 

Concert Claire Galeron (à 9 heures, salle Pleyel). 
LUNDI 27 FÉVRIER : 

Concert Consolo (à 3 heures, salle Gaveau). 

Concert Bilewski (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Debroux (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert Jankelewitch (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Maurice Rosenthal (à 9 heures, salle Erard). 
MARDI 28 FÉVRIER : 

Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). — 
Quatuor Bastide. 

Concert Marty Zipélius (à 9 heures, salle Pleyel). — Avec 
le concours de M"" Hélène Léon. 

MERCREDI I" MARS : 

L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert Mischa Elman (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Marthe Dron (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert Thérèse Vie (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Quatuor Marie Mayrano (à 9 heures, salle du Conserva- 
toire). 

Concert Duhem (à 9 heures, salle Erard). 
JEUDI 2 MARS : 

Société de Musique Indépendante (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Roso-wrsky (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Braïlowsky (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Chaalons (à 9 heures, salle Pleyel). 
VENDREDI 3 MARS : 

Quatuor Pascal (à 3 heures, salle Gaveau). 

Concert Petit (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Hervcegh (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Marcel Ciam'pi (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

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DE 1833À18Ô3 

J.L. HEUGEL 




DIRECTEUR^ 

DE1883À1914 

HENRIHEUGEL 



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Française » PAUL BERTRAND 



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Champs-Elysées {reprises). 

Les Grands Concerts : 

Concerts du Conservatoire . . . . 
Concerts-Colonne 



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P. DE LAPOMMERAYE 
JOSEPH BARUZI 



Concerts-Lamoureux 

Concerts-Pasdeloup RENÉ BRANCOUR 



Concerts Divers. 

Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger : 

Allemagne JEAN CHANTAVGINE 

Angleterre MAURICE LENA 

Belgique ARMAND MASSAU 

Espagne RAOUL LAPARRA 

Hollande JEAN CHANTAVOINE 

Italie G.-l- fiARNIER 

États-Unis MAURICE LENA 

Échos et Nouvelles. 



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SUPPLÉMENT MUSICAL 

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Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro : 

ALLEGRADOR, paso-doble, d'Alfredo Barbirolli. 
Suivra immédiatement : Intermède lyrique, de Sigismond Stojowski. 



IWUSIQUE DE CflfllSlT 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant : 
Madrigal de Yamato, de Reynaldo Hahn, extrait de La Colombe de Bouddha, conte héroïque en 4 actes et 5 tableaux, 

poème de Chekri Ganem. 

Suivra immédiatement : Légende de Sagrario, de Georges Hue, extraite de Dans l'Ombre de la Cathédrale, 

drame lyrique en 3 actes, poème de Maurice Lena et Henry Ferrare, d'après Blasco IbaSez. 




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•Amoroso 4 » 

•Los Misterios 3 50 

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•Amor senza oarezza (Amour lointain) 4 j> 

•Câlinerie passionnée. Valse-caprice . 4 » 

•Et puis... mourir! Valse lente. 4 » 

La même, pour Chant et Piano 4 » 

— — Chant seul » 70 



Valses (Suite) 



•Mou Becret, Valse lente 4 

•Parfum de Roses, Valse lente 4 

•Pourquoi ne plus m'aimerî Valse-hésitation 4 

•Vous avez brisé mon cœur, Valse lente 4 

IMOHCEflUX DIVEI^S 

•Addio! Marche 3 ! 

*Au Pays des Sphinx, Fantaisie orientale 3 

•Désespoir, Romance sans paroles 3 

•Dulce Argentina, Intermezzo 4 

'En te cherchant..., Air de Ballet 4 

•Je songe à elle. Pensée musicale 3 

Naïveté d'Enfant, Bluette 31 

•Passione mia, Capriccio napolitano 3 

•Petits Potins, Marche mondaine-intermezzo 4 

Rêve délicieux. Intermezzo 4 

Sérénade capricieuse. Intermezzo 3 

•Tout prés de vous! Air de Ballet 4 

•Une Nuit à Venise, Barcarolle 3 



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MÉLODIES 



Consolation . 3 » 

J'ai crié ma peine 2» 

La Mort d'une Rose 4 » | Tristesse de la Mer 3 

BARBIROLLI (Lucienne) : Regardez-Moi 2 



Le Mimosa, deux tons 3 50 

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Pril nets. 

51. HlIIer(F.) Légèreté .... a. d. 1 80 

52. Koehler(L.) Octaves brisées, m. d. 1 » 

53. Lltolff (H.) Staccato .... t. d. 1 80 

54. Doebler(Th.) Trille alterné. . a. d. » 80 

55. Eschmann (J. 0.) . . . Doubles noies . d. I 20 

56. Mayer (Ch.) Trille a. d. 1 20 

57. Cïerny (Ch.) Légèreté .... a. d. 1 20 

58. Mayer (Ch.) Arpèges .... a. d. 1 20 

59. Doebler (Th.) Tierces h. d. » 80 



M. D. Moyenne difficulté. — A. D. Assez difficile. — D. Difficile. — T. D. Très difficile. 
TROISIÈME SÉRIE 



60. Llsit (F.) (d'après F. David). Bravoure . 

61. Hlller (FJ Accords . , 

62. KuUak (Th.) Octaves . , 

63. Keailer (J. 0.) vélocité . 

64. Moscheles (I.) Tierces . . 

65. Koehler (L.) Octaves . . 

66. DoBhler (Th.) Trémolo . 

67. Berger (L.) Extension 

68. Bendel (F.) Octaves . , 



1 » 
1 60 



69. Oierny (Oh.) Arpèges . . . i 

'70. Harmontel (A.) Doubles notes 

71. Koehler (L.) Deux mains . i 

72. ZarembskI (J.) Bravoure . . 

73. HllUr(F.) Vélocité. . . i 

74. Stelbilt (D.) Doubles notes . 

75. Mathias (0.) Doubles notes i 



1 80 
1 20 
1 20 



Chaque série de 25 numéros, réunis en recueil. Prix net : 20 francs. — C^te Collection stra eont inuée. 

Tous les prix ci-dessus sont nets, majoration comprise. ■ Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour frais di port it d'envol. i. 



"MENESTREL 



4479. 



S4'' Année, 



N" 9. 



-.~s^.^''V^&- 



Vendredi 3 Mars 1922. 



La " Protection 
de l'Edition Musicale Française " 




■) remarquable article de notre confrère 
Emile Vuillermoz, paru sous ce titre dans 
le Temps du 24 février dernier, met en 
pleine lumière une question fort grave, qui 
touche à la diffusion des œuvres de notre 
école musicale française, et pour cette 
raison ne peut laisser indifférent aucun de ceux qui 
s'intéressent aux choses de la musique. Il s'agit de 
démarches faites auprès des pouvoirs publics, sous le 
couvert de la Chambre syndicale des Editeurs de 
Musique, en vue d'obtenir une « protection » contre la 
concurrence austro-allemande par le moyen d'une taxe 
douanière prohibitive, taxe qui, pour prévenir des 
« fuites » et des « camouflages » inévitables, devrait obli- 
gatoirement s'étendre, sous forme atténuée, à la musique 
importée de tous les autres pays étrangers. 

En fait, cette « protection » vise les éditions classiques 
d'outre-Rhin, qui, depuis un demi-siècle, dominent le 
marché mondial. On se rappelle que, dès le début de la 
guerre, il est apparu à beaucoup de bons esprits, artistes, 
professeurs, éditeurs, que le commerce de musique fran- 
çais se devait à lui-même de constituer une collection 
susceptible de supplanter les éditions ennemies, dont 
l'introduction était devenue impossible en France et 
dans les pays alliés. Mais, pour être viable, cette édition 
française devait pouvoir, au triple point de vue de la 
présentation, de l'importance et du prix, soutenir la 
concurrence avec les collections qu'il s'agissait de rem- 
placer. On sait aussi — il serait puéril de chercher à le 
nier — que ce but n'a pu être atteint, malgré les efforts 
éminemment louables de certains éditeurs, et cela parce 
que certains autres ne l'ont pas voulu. L'insistance 
pressante du Gouvernement lui-même n'a pu avoir rai- 
son de la résistance obstinée de certaines maisons, dont 
les convenances personnelles ont fait échouer le projet 
d'édition collective formé dès les premiers mois de la 
guerre. Or, seule, cette union pouvait permettre à l'édi- 
tion française de regagner rapidement, sur le marché 
mondial, l'avance prise depuis cinquante ans par les 
collections austro-allemandes. Seul ce consortium vrai- 
ment national, et auquel d'innombrables professeurs, 
amateurs et marchands de musique se déclaraient prêts 
à participer, pouvait réaliser la mise de fonds nécessaire 
pour constituer, à bref délai, un ensemble aussi complet 
que la plus complète des éditions allemandes et lui per- 
mettre de soutenir victorieusement la concurrence. 
Seul il était susceptible d'assurer à cet ensemble des 
conditions de présentation au moins égales, en le faisant 



bénéficier de la modicité des prix de revient qui eût 
résulté de la totalisation des tirages actuellement épar- 
pillés entre plusieurs éditions concurrentes, en provo- 
quant aussi l'indispensable amélioration de l'outillage 
des imprimeries de musique. 

Cetetfort collectif n'ayant pu être réalisé à temps, l'ac- 
tion des éditeurs d'oeuvres classiques s'exerça en ordre 
dispersé. On vit se multiplier les publications similaires 
des mêmes volumes de grande vente; quelques collec- 
tions se complétèrent par ceux de vente moyenne, sans 
qu'aucune d'elles essayât d'approcher, même de loin, 
des quatre mille numéros classiques de l'édition Breit- 
kopf. La compression indispensable des prix de revient 
fut souvent réalisée, faute de mieux, au détriment du 
format ou de la lisibilité, parfois des deux ensemble. 
Et nous ne parlons pas de la valeur des revisions, dont 
certaines provoquent pourtant, de la part des profes- 
seurs autorisés, les plus sérieuses réserves. 

Il advint donc... ce qui ne pouvait pas ne pas 
arriver : la vente de ces éditions, assurée en France 
pendant la guerre parce que les publications enne- 
mies ne pouvaient plus y pénétrer, assez impor- 
tante même dans certains pays étrangers en raison de 
la crise de production momentanée de l'édition alle- 
mande, devint de plus en plus difficile depuis la signa- 
ture de la paix, dès que recommença à se manifester la 
concurrence des collections étrangères, ennemies... ou 
alliées. Et dès lors, il était inévitable que, pour tenter 
d'étayer leur marche chancelante, certaines « éditions 
classiques » fissent appel à la béquille traditionnelle 
des droits de douane, éternel expédient de moindre 
effort, solution paresseuse à laquelle ont toujours 
recours ceux qui, pour racheter l'insuffisance de la 
préparation technique, s'en remettent à la providentielle 
intervention de l'Etat. Cette solution n'a jamais manqué 
de séduire nombre d'esprits simplistes, qui voient un 
élément de sécurité intangible dans cette muraille de 
Chine que représente, à leurs yeux, la protection 
douanière : tels ceux qui, dans une controverse, broient 
de bonne foi avoir mis définitivement la raison de leur 
côté quand ils ont réussi, pour un moment, à obtenir le 
silence du contradicteur. Hélas! les lois économiques 
qui dominent le monde sont plus fortes que toutes les 
volontés; et il ne suffit pas de vouloir les méconnaître 
pour qu'elles cessent d'exister aussitôt. Or, par la force 
des choses, un produit, quel qu'il soit, ne peut s'imposer 
que par sa valeur intrinsèque et non par la vertu éphé- 
mère d'une fragile palissade de carton-pâte. 

Quoi qu'il en soit, le principe d'une protection doua- 
nière s'était fait jour, dès 19 16, au sein de la Chambre 
syndicale des Editeurs, dans l'improvisation d'une fin 
d'Assemblée générale, et y avait réuni, sous forme de 
vœu, un de ces votes d'unanimité dans lesquels se réfu- 
gient timidement toutes les arrière-pensées. Mais, quel- 
ques mois plus tard, un rapport présenté au Congrès 



-93- 



LE 



ÉNESTREL 



national du Livre sur la question des éditions classiques, 
et dont l'auteur n'était autre que le signataire de ces 
lignes, tout en mentionnant le vœu exprimé précédem- 
ment, formulait à son sujet — avec l'approbation non 
moins unanime de la Chambre syndicale — des réserves 
expresses et formelles, qui contenaient déjà en substance 
toute la solide argumentation que M. Vuillermoz déve- 
loppe si courageusement aujourd'hui. On trouve dans 
ce fait une nouvelle preuve de la répugnance que cer- 
tains éditeurs avaient toujours manifestée à l'égard d'un 
protectionnisme étroit, qui leur semblait comporter, au 
point de vue professionnel, plus de dangers que d'avan- 
tages. Cependant, certains autres, fidèles à ce qu'ils 
croyaient être leur intérêt personnel, restaient cram- 
ponnés à leur projet, d'ailleurs toujours platonique, 
l'aggravant sans cesse, car sur ce terrain il n'existe 
aucune raison de s'arrêter jamais dans la voie des suren- 
chères. 

Leur thèse ne pouvait manquer de trouver, au lende- 
main de la guerre, un écho favorable auprès de nom- 
breuses personnes mal informées, mais chez lesquelles 
il était particulièrement aisé d'exploiter les sentiments 
patriotiques les plus respectables. Et, pour les impres- 
sionner davantage encore, on ne manquait pas de se 
retrancher derrière l'imposante façade syndicale, en en 
dissimulant avec soin les lézardes, en se gardant bien 
de révéler la gravité de certaines dissidences qui, aussi- 
tôt connues, parurent cependant à beaucoup d'une 
importance décisive. Et c'est ainsi que fut amorcée une 
campagne qui, si elle avait dû être couronnée de succès, 
n'aurait abouti à rien moins, comme nous l'allons mon- 
trer, qu'à condamner la musique française moderne à 
un isolement mortel, sans aider d'ailleurs en aucune 
manière à renflouer les éditions classiques. 

Les droits de douane envisagés seraient, en effet, inef- 
ficaces en faveur des éditions pour la protection des- 
quelles ils sont sollicités. Ils ne modifieraient en rien 
ni l'importance des collections, ni la présentation des 
volumes. Quant aux prix de vente, quelle que ?oit la 
ta.xation adoptée, la valeur actuelle du mark (valeur qui 
n'est sans doute pas près de se relever et qui constitue, 
pour les commerçants, allemands, la plus puissante des 
primes à l'exportation) permettrait aux concurrents 
d'outre-Rhin de supprimer une grande partie des majo- 
rations actuelles, tout en conservant encore une marge 
importante de bénéfices, et de garder ainsi l'avantage. 
D'autre part, l'efficacité de ce droit d'entrée prohibitif, 
fùt-elle aussi réelle qu'elle est imaginaire, ne vaudrait 
en tout cas que pour la France, sans aider en aucune 
manière à la conquête des marchés étrangers, dont l'im- 
portance est cependant prépondérante. 

Par contre, cette prétendue « protection » comporte- 
rait un danger des plus graves, que les promoteurs de 
cette malheureuse campagne s'obstinent à ignorer dans 
leur aveuglement volontaire, mais qui a frappé tous les 
esprits clairvoyants, en suscitant notamment chez de 
nombreux compositeurs — et non des moindres — les 
plus vives et les plus légitimes inquiétudes. Il est fatal, 
en eflet, qu'une mesure aussi brutale, prise à l'égard de 
tout lecommerce de musique des pays étrangers, provoque 
de leur part des représailles, surtout au moment où la 
situation économique a déjà une tendance à favoriser la 
création de nouvelles perceptions douanières. Et dès 
lors l'exportation de la musique moderne française, déjà 
paralysée par les bouleversements du change, se trou- 



verait très gravement compromise. Or, le devoir primor- 
dial des éditeurs est de consacrer tous leurs efforts à la 
diffusion des œuvres des musiciens de chez nous, et non 
de se laisser hypnotiser par la vente des classiques alle- 
mands débités sous l'estampille de firmes françaises. S'il 
le faut, ceci doit être sans hésitation sacrifié à cela, et, 
en dépit des dénégations intéressées, trop de signes 
indiquent que ce sacrifice est nécessaire. Car ce n'est un 
secret pour personne que, déjà, dans certain pays ami, 
les représailles s'organisent; que peu à peu tous les 
autres se fermeraient à la production de nos musiciens: 
les pays alliés, les pays neutres et même l'Allemagne, 
qui a toujours représenté pour notre musique un marché 
nullement négligeable, et où il n'est pas indifférent 
d'assurer, autant et même plus qu'ailleurs, le rayonne- 
ment de la pensée française. 

C'est donc de tout cœur que nous entendons seconder 
l'action vigoureuse des compositeurs éminents dont 
M. Vuillermoz vient de se faire l'éloquent interprète. 
Avec eux, nous défendrons l'intérêt supérieur, bien 
compris, non seulement de la musique française, mais 
encore de l'édition musicale française, qui n'a aucune- 
ment besoin d'une prétendue « protection » susceptible 
de se retourner contre elle et de lui porter un coup 
fatal. 

Nos musiciens sauront désormais qu'ils agissent en 
parfaite communauté de vues avec une maison d'édition 
qui représente, à elle seule, une notable partie de 
la production contemporaine, et que ceux qui abritent 
leurs convenances personnelles derrière le paravent 
syndical ne sont pas qualifiés pour engager la collecti- 
vité de l'édition musicale française. Il n'est d'ailleurs 
pas douteux que le Parlement refuse de faire sienne 
cette politique imprudente, et il est non moins certain 
que bien des éditeurs, dont nous exprimons tout haut la 
pensée intime, nous remercieront de les avoir défendus 
contre eux-mêmes, de les avoir aidés à voir plus haut et 
plus loin que la question très particulière des éditions 
classiques et à ne pas se laisser transformer inconsciem- 
ment en mercantis du patriotisme. Paul Bertrand. 

LA SEMAINE DRAMATIQUE 

Maison de l'Œuvre. — Ubu roi, pièce en cinq actes 
d'Alfred Jarry. 

« Adonc le Père Ubu Hoscha la poire, dont fut depuis 
nommé par les Anglois Shakespeare, et avez de lui sous 
ce nom maintes belles tragœdies par escript. » C'est 
ainsi que, par le moyen d'un calembour astucieux, 
Alfred Jarry rattachait à la lignée des types shakespea- 
riens son truculent personnage, au ventre énorme et 
aux propos grossiers, paresseux et goinfre, bélître et 
butor, et qui ne pouvait ainsi manquer de faire penser 
également à certain héros de Rabelais. Sous l'égide de 
ces deux grands noms, Ubu roz fut exalté, il y a quelque 
vingt-cinq ans, comme une manière de chef-d'œuvre et 
son apparition suscita une sorte de nouvelle « bataille 
à''He}iiaJii ». 

Reconnaissons qu'il faut aujourd'hui en rabattre : 
l'ouvrage n'a pas résisté à l'épreuve du temps et n'appa- 
raît plus que comme une farce guignolesque de pota- 
ches, assez divertissante dans ses premières scènes, 



— 94 — 



LE • MÉNESTREL 



mais qui, en se prolongeant, ne suscite bientôt plus 
qu'un sentiment d'indifférence un peu lasse. 

Rien de bien sliakespearien dans les tribulations de 
ces fantoches dépourvus d'iiumanité ; rien de très rabe- 
laisien non plus dans ce débordement de plaisanteries 
scatologiques empruntées au vocabulaire de la langue 
verte, mais dont on chercherait en vain la « substanti- 
fique moelle ». 

M. René Fauchois, Ubu remarquable, fait preuve 
d'une verve caricaturale très divertissante. M"*^ Jane 
Pierly, en Mère Ubu, lui donne excellemment la réplique. 

La pièce est accompagnée par une très humoristique 
musique de scène de M. Claude Terrasse. La mise en 
scène, très soignée, s'accompagne, pour chaque acte, de 
l'exhibition d'un tableau vivant placé sur une estrade, 
au fond de la scène, et dont l'opportunité nous est 
demeurée impénétrable. P. Saegel. 

Théâtre^Daunou. — Le Bonheur de ma Femme (reprise), 
comédie en trois actes de MM. René Peter et Maurice 

SOULIÉ. 

Jouée, il y a trois ans, aux Capucines, cette pièce y 
obtint le plus légitime succès. Comédie légère traitée 
légèrement, c'est-à-dire avec tact, esprit, bonne humeur et 
convenance, malgré son point de départ un peu scabreux. 
Elle fera encore la joie de nombreuses soirées au Théâtre- 
Daunou. 

Les principaux rôles sont tenus par ceux qui les ont créés : 
M"« Jane Renouardt, jolie, souple, intelligente et merveil- 
leusement habillée; MM. Boucher, exquis de naturel, 
Barrai, d'un comique très mesuré et qui porte d'autant 
mieux. MM. Belières, Blanche, Numès fils, M'ii^^ Marken et 
Loury ne pouvaient que suivre le mouvement donné par de 
tels chefs de file. Pierre d'OuvRAv. 

Théâtre des Champs-Elysées. — Celui qui reçoit des gifles 
(reprise), comédie en quatre actes de M. Andréief. 
J'ai eu l'occasion de dire l'an dernier tout le bien que je 
pensais de cette œuvre, à la fois mystique et vivante. Je 
n'ai rien à ajouter à ce que j'écrivais alors. Je ne puis 
qu'engager à nouveau le public à aller voir cette pièce qui 
est certainement une des plus curieuses que nous ait données 
M. Pitoëff. P. d'O. 



LES GRANDS CONCERTS 



Société des Concerts du Conservatoire 

Wagner et César Franck, représentés par des oeuvres qui 
n'ont vraiment pas besoin d'être commentées. Economisons 
donc au lecteur et à nous-mêmes les interjections, les 
comparaisons et les exaltations chères aux rhétoriciens de 
la critique, et bornons-nous à constater que Rédemption, 
les Éolides, le Vénusberg, Parsifal ex les Maîtres Chanteurs 
furent magnifiquement dirigés et interprétés par M. Phi- 
lippe Gaubort et son irréprochable orchestre. Les Variations 
symphoniques valurent à M. Motte-Lacroix (premier prix 
de piano de 1900) un succès aussi considérable que légi- 
time. René Brancour. 

Concerts-Colonne 

Samedi 25 février. — N'insistons pas, voulez-vous, sur 
la Symphonie Pastorale exécutée pour la n"" fois de l'hiver 
et d'ailleurs moins bien qu'à certains autres concerts. 

Sautons également la Joyeuse Marche de Chabrier, tru- 
culente fantaisie, mais souvent interprétée cette saison-ci. 

Le Trio des Frileux, imitant si curieusement la diction 
tremblotante de gens transis de froid, prouve que Lulli, à 
défaut de lyrisme et de chaleur (non erat hic locus), possé- 
dait au moins le sens du comique le plus réaliste. 



MM. Fabert, Dubosq et Royer firent bisser celte amusante 
page. 

M. Ravel s'est montré d'une extrême discrétion en met- 
tant très peu de musique dans la partie vocale des Deux 
Histoires Naturelles : le Paon et le Grillon qui nous furent 
offertes. Ce n'est même plus du récitatif, mais de la diction 
pure et simple. Il s'est rattrapé dans l'accompagnement, 
commentaire subtil, ironique et singulièrement évocateur, 
du texte de Jules Renard. 

Pour la première fois, en public du moins, nous enten- 
dîmes le Carnaval des Animaux, fantaisie zoologique du 
regretté Saint-Saëns. Cela est du meilleur goût parodique 
et follement réjouissant. Avec des moyens des plus res- 
treints : deux pianos et quelques instruments, le maître est 
arrivé aux effets descriptifs les plus piquants et les plus 
inattendus. Il faudrait un article spécial pour analyser 
comme il sied les quatorze numé.'-os de cette fantaisie, 
mais la place m'est mesurée et je ne puis que citer dans le 
genre poétique le délicieux « aquarium » (Fanelli?... déjà!), 
le « Coucou » au fond des bois et le « Cygne » qui est célè- 
bre, mais que la plupart des exécutants jouent trop vite. 
Dans le genre comique, « Poules et Coq » caquetant avec 
esprit, Personnages à longues oreilles, joie pittoresque de 
braiements, la « Tortue » s'évertuanl avec lenteur sur l'air 
du quadrille di'Orphée aux Enfers, andante amoroso; les 
« pianistes » martelant le crâne du compositeur aux abois de 
gammes sonores, lequel, exaspéré, se dépense en « zut » 
énergiques... les « Fossiles... » le Final... que sais-je?... 
tout en un mot... allez les entendre cela vaudra mieux. 

La Symphonie du Départ d'Haydn, qui se termine par la 
sortie successive de tous les musiciens et même du chef 
d'orchestre, est une aimable plaisanterie qui s'accommode 
mal de l'éclairage électrique, car, avec les bougies que 
chaque musicien éteignait avant de sortir, l'effet était bien 
plus réjouissant. Jean Lobrot. 

Dimanche 26 février. — M. Pierné donnait la première 
audition en France du Poème des Rivages de M. Vincent 
d'Indy, l'Amérique en ayant eu la primeur. C'est une 
réflexion symphonique, œuvre subjective, intellectuelle qui 
fuit la description et la couleur. Les quatre parties de cette 
symphonie expriment quatre états d'âme de M. Vincent 
d'Indy devant la mer : calme à Agay (Côte d'Azur), vibrante 
et jo)feuse à Majorque (Baléares), mélancolique sur les 
côtes de l'Adriatique et mystérieuse sur les rivages du Golfe 
de Gascogne; un thème, sorte de leitmotiv, transformé 
selon les différentes impressions du musicien, sert de trait 
d'union à ces quatre parties. 

On retrouve là toutes les qualités de M. Vincent d'Indy : 
la solidité de la construction et du plan, la force imposante 
et massive de son orchestration, le souci de la perfection 
des détails, la science harmonique et contrapunctique, le 
sens du rythme. Mais d'où provient qu'un ennui profond 
émane de toutes ces perfections? C'est qu'il n'y a pas d'élan, 
pas d'abandon.. Combien la magistrale sagesse d'un Vincent 
d'Indy fait regretter les emportements, la fougue brisante 
d'un Berlioz. Je connais trois des paysages maritimes évo- 
qués, l'œuvre musicale ne m'a rappelé l'impression que 
j'éprouvai jadis que contenue, incomplète, pour ainsi dire, 
bridée. Ah ! comme on a envie de crier à l'auteur : rendez 
la main ! 

M. Vincent d'Indy sait trop de choses et trop bien : l'audi- 
teur est comme étouffé de toute cette science, il réclame de 
l'air. 

Mais ceci dit, il faut témoigner de la parfaite probité de 
cet ai;t, qui ne fait aucune concession, qui garde une sorte 
de pudeur perpétuelle, dans la crainte de sacrifier à un 
goût qu'il jugerait trop facile; on a le sentiment d'une 
science immense mais abstraite, peut-être au-dessus, mais 
certainement en dehors de la vie et de la faible humanité. 

M. Pierné et son orchestre furent admirables de préci- 
sion, de sonorité, et, dans l'ovation qu'une partie de la salle 
fit à l'auteur, les exécutants et leur chef purent prendre 
leur large part. 



LE • MÉNESTREL 



Le Concerto de Lalo pour violon bénéficia du talent pres- 
tigieux de M. Jacques Thibaud. 

Trois fragments de Ma Mère l'Oye de Ravel, légers, 
aériens, menus et gracieux, furent conduits par M. Piernc 
avec une rare délicatesse. Pierre de Lapommeraye. 

Concerts - Lamoareiix 

Ce qui a conféré à cette séance une signification excep- 
tionnelle et pour ainsi dire centrale, c'a été la magnifique 
interprétation qui y fut donnée da Concerto en ré mineur, 
pour piano et orchestre, de Bach. Dès les premières notes 
de V Allegro risoluto, M. Ernesto Consolo parvenait à situer 
l'œuvre hors de toutes les perspectives coutumières. Il 
marquait comment, en un tel début, — d'un geste qui 
rompt toutes les amarres, — Bach élimine tout ce qui 
amoindrit et, sans recours à une solitude où les ardeurs 
du rêve se dissoudraient en des obsessions de mélancolie, 
emporte avec lui vers les plus hauts triomphes de pensée, 
non seulement un ensemble d'êtres imaginés et concrets, 
mais un ordre de formes, de concepts et de lois. De 
l'épopée idéologique qui, dès lors, se déroule, M. Consolo 
a traduit les multiples phases avec un art tout ensemble 
mesuré et ardent, — perpétuellement objectif — et si 
visiblement éloigné de toute préoccupaùon personnelle 
qu'un éloge trop direct semblerait indiscret. Que soit donc 
uniquement noté comment, par un très grand artiste, fut 
pénétrée et traduite la pensée de Bach hors de toute 
feinte exaltation, mais aussi hors de toute scolastique et 
de toute sécheresse! 

Au début du concert, M. Paray avait donné de la Sj^jn- 
p'ionie inachevée de Schubert une interprétation subtile et 
profonde. On eût dit qu'il voulait marquer comment ce 
caractère d'inachèvement ne se transcrit pas seulement par 
un fait matériel — l'interruption ou l'abandon de l'œuvre 
avant que la conclusion ne soit tracée. Cet inachèvement 
est au plus intime d'une destinée. Menace latente et impla- 
cable, que Schubert entrevoit de moins en moins confu- 
sément et qui brise ses élans au plus aigu sommet de leur 
course, De là ces murmures encore tout proches du 
silence, — puis soudain ces appels fortement scandés. 
M. Paray mit en plein relief un tel contraste. Et non 
moins fortement, à la fin du concert, dans l'Ouverture 
des Maîtres Chanteurs, l'opposition, puis la synthèse du 
conformisme et de l'ambition d'indépendance. 

Une Suite syinphonique en deux parties de M. Pierre 
Kunc était pour la première fois exécutée. Inspirée par le 
spectacle des cimes, puis des vallées pyrénéennes, elle est 
libre des menues intentions descriptives; et quelque chose 
en elle prolonge authentiquement le jeu titanique des 
forces qui sculptèrent les cirques, firent s'écrouler les 
rocs et maintenant encore, le long des gaves, multiplient 
la clameur des vents. En ces pages, il y a par moments un 
large sens panthéistique, — quelquefois entravé plutôt que 
secondé par le souci de plier aux rigoureux caprices d'une 
science très experte un thème populaire béarnais. 

Joseph Baruzi. 

Concerts-PasdcSoïip 

Ouverture de Freischiit^, dit le commentaire; — du Freis- 
chiit^, rectifie heureusement le programme. Symphonie en 
ut mineur. Concerto en la pour piano, de Mozart — 
Mozart, Beethoven, Weber, glorieuse trinité, qui fut 
d'ailleurs très honorablement fêtée par l'orchestre que 
dirigeait M. André Caplet, Grand-Prix de Rome de 1921, 
glorieux blessé de la guerre et désormais collaborateur de 
M. Rhené-Baton dans la direction des Concerts-Pasdeloup. 
Nous félicitons le nouveau chef, son aine et l'Association 
qui les a tous deux à sa tête. 

L'interprétation du Concerto de Mozart était confiée à 
M. Braïlowsky. Il s'y montra merveilleux de simplicité, de 
finesse précise et de grâce exempte d'afféterie. Nous 
devons à cet éminent artiste une sensation d'art abso- 
lument exquise. René Brancour. 



CONCERTS DIVERS 

Société Nationale (25 février). — Le Chœur mixte de 
Paris prêtait son concours : j'ai déjà dit tout le bien qu'il 
fallait penser de cette Société. Les voix de femmes cepen- 
dant sont de qualité et surtout de volume insuffisants, c'est 
là le défaut de tous les ensembles choraux français ou 
étrangers, mais hommes et femmes, sous la direction de 
M.Marcde Ranse, font preuve de cette discipline et de cette 
musicalité que nous n'avions pas jusqu'ici rencontrée dans 
nos ensembles nationaux. La constitution de. ce chœur 
mixte, celui de la Schola Cantorum de Nantes nous per- 
mettent désormais tous les espoirs. 

Du reste du programme, il n'y a guère à retenir qu'une 
remarquable exécution du 2" Trio de Castillon par M. Vin- 
cent d'Indy, M. Vernet et M"»*^ Bergeron-Brachet, et les 
Neuf Préludes pour piano de Fauré, joués par M™'= Nazly 
de Stœcklin ; quatre sont de petits chefs-d'œuvre : en 
ut dièse mineur, ea fa majeur, en ut mineur et en mi mi- 
neur. M""-' Nazly de Stœcklin en donna une interprétation 
sûre, claire et intelligente. 

Grâce à trois aimables mélodies de M. Blair Fairchild, 
nous eûmes l'occasion d'entendre la voix bien timbrée de 
M. Kraeckmann. 

M"'= Jeanne ThiefTry est l'auteur de six pièces pour piano 
destinées à illustrer les Mille et Une Nuits ; elle les joua 
elle-même. M"« Jeanne Thieffry eut, m'a t-on dit, une 
admirable conduite pendant l'occupation allemande de 
Lille : restons sur cette bonne impression. 

Pierre de Lapommeraye. 

Cercle Musical Universitaire. — En 1919 fut fondé à 
Paris un Cercle Musical Universitaire dans le but de faciliter 
aux étudiants la continuation de leurs études musicales et 
de « développer, dans l'Université, le goût delà musique ». 
Depuis, des organismes s'y sont multipliés, et l'intérêt que 
cette œuvre a éveillé auprès de professeurs comme 
MM. Guignebert, de Martonne, Pirro, Truchy et auprès 
d'un grand nombre d'étudiants prouve combien elle répon- 
dait à une nécessité. En ceci encore nous avions été 
devancés par des Universités étrangères. Déjà les cours de 
MM. Romain Rolland et André Pirro sur l'histoire de la 
musique étaient une importante innovation à la Sorbonne. 
Mais la possibilité de participer directement à des exécu- 
tions musicales manquait à peu près généralement aux 
étudiants qui, moins heureux que leurs semblables d'outre- 
Rhin, ne trouvaient auprès de la musique, outre le bénéfice 
que l'on recueille toujours à approfondir par soi-même une 
technique, l'excitation qui entretient un état intense de 
réceptivité à l'égard de la culture. (Il ne nous est pas 
indifférent par exemple que Nietzsche, alors jeune étudiant 
en philologie, ait chanté au « Riedelscher Verein » de 
Leipzig dans les chœurs de la Johanne passion et de la 
Missa solemnis...) 

Encore que modestes soient les réalisations obtenues par 
le Cercle Musical Universitaire elles n'en agiront pas moins 
efficacement : dès maintenant l'œuvre comporte d'une part 
un orchestre d'étude sous la direction de Vladimir Golsch- 
mann et des groupes de musique de chambre, d'autre part, 
des cours, des conférences et prochainement une biblio- 
thèque. 

Comme l'année précédente ce Cercle a organisé une série 
de conférences-auditions, auxquelles participent MM. Gui- 
gnebert, Pirro, Prunières, Vincent d'Indy, Boschot, 
P. Landormy, etc., sur la musique française de la fin du 
.xvin'^ siècle jusqu'à nos jours. — Le 7 février, M. Henri 
Lichtenberger parlait de l'influence de Wagner en France — 
à quoi l'on peut dire qu'il contribua intelligemment par de 
nombreuses et savantes études. Supposant connu l'œuvre 
de Wagner, M. Lichtenberger analysa successivement : 
l'état de la mentalité française à l'époque des premières 
auditions vcagnériennes; l'évolution du goût musical, 
effectuée par l'entremise de la Société Nationale (1871) et 
des grands concerts Colonne (1873) et Lamoureux (1881), 



9b 



LE • MENESTREL 



pour atteindre ce stade d'affinement et de complexité où 
Berlioz et surtout Wagner ont porté la musique moderne; 
les analogies soit poétiques, soit musicales qui existent entre 
le théâtre de Wagner et des œuvres comme Sigiird de 
Rayer, Fervaal et Saint Christophe de Vincent d'Indy; 
enfin, au contraire, les influences, comme celles de César 
Franck et des Russes qui, dès ia plus belle période du 
wasnérisme en France, opérèrent une dérivation vers la 
musique pure, vers le? ballets ou vers l'impressionnisme 
sonore. 

En terminant sa conférence, M. Lichlenberger reprocha 
à l'école moderne, dont il avait retracé le glorieux histo- 
rique de Pelléas à C Heure espagnole, un certain manque de 
« rayonnement », d' « humanité vraie », de qualités 
« monumentales » dont elle pourrait demander le secret à 
Wagner. Mais — ajouterons-nous — il est d'autres secrets 
que Wagner a gardés et dont certains compositeurs contem- 
porains ne semblent pas avoir hérité et négligent l'impor- 
tance : ainsi ce problème de l'interprétation, si capitale 
chez lui qu'il s'agisse des symphonies de Beethoven ou de 
son théâtre de Bayreuth, tout le soin infini et éclatant de 
génie qu'il mettait à « monter » une œuvre, les exigences 
sans nombre qu'à l'égard des interprètes il formulait en 
vertu de cet idéal qui lui faisait préférer de n'être pas 
exécuté plutôt que de l'être médiocremL-nt... Mais — ajou- 
terons-nous encore — ■ la destinée du wagnérisme en France 
se réduit-elle aussi nettement que remble le penser 
M. Lichtenberger à un mouvement simple de flux et de 
reflux, alors que vingt ans après Pelléas, en plein déclin de 
nmpressionnisme, dans des œuvres importées de l'étranger 
(Scriabine, Schœnberg) ou même dans celles d'un Honegger, 
un chromatisme issu de Tristan ou d'autres procédés portés 
à leur paroxysme laissent réapparaître sous des traits gri- 
maçants, comme défigurée en des miroirs convexes, mais 
d'autant plus obsédante, la personnalité de Wagner? 

André Schaeffner. 

Orchestre de Paris. — D'abord l'émouvante Ouverture 
des Pêcheurs de Saint-Jean, du maître Widor, avec ses 
belles sonneries de cuivres du début et son évocation delà 
mer en furie. M. Francis Casadesus sut bien exprimer 
toute la grandeur et la poésie qui se dégagent de cette 
œuvre puissante, d'une si belle inspiration et si solidement 
construite. Elle fut acclamée comme elle le méritait. 

Ensuite le Concerto pour orgue de Friedemann Bach 
(adaptation pour deux orgues Mustel), que M"'^ Flornoy- 
Touéry et M. Alphonse Mustel exécutèrent avec un sentiment 
musical très élevé qui fit ressortir et la beauté de l'œuvre 
et celle de la sonorité des deux instruments qui nous don- 
nèrent, dans la petite salle des Agriculteurs, presque 
l'impression imposante et majestueuse du grand orgue. Les 
deux excellents organistes furent salués de bravos una- 
nimes. 

Puis le très difficile Concerto pour violon de Brahms, à 
l'orchestration somptueuse, aux savantes harmonies, mais 
au style un peu aride, fut l'occasion pour M. Joseph Szi- 
geti, qui le joua avec fougue, d'un tel triomphe, dû à sa 
superbe technique et à la qualité et au volume de son qu'il 
tire de son instrument, qu'il dut ajouter au programme la 
Gavotte de la Sixième Sonate en mi majeur pour violon 
seul de J.-S. Bach. 

Suivit M""= Flomoy-Touéry qui, seule cette fois, se fit 
de nouveau applaudir dans trois pièces originales pour 
orgue Mustel, bien faites pour faire valoir les timbres 
pénétrants et très variés de ses divers registres : Rhapsodie 
en la mineur de Saint-Saëns, d'un grand charme; Scène 
féerique, de M. Gabriel Pierné, d'une délicieuse fantaisie ; 
Scherzo, d'Alexandre Guilmant, plein de verve et d'im- 
prévu. 

Mi'<= Yvonne Herr-Japy, à son tour, se fil très apprécier 
dans la vivante interprétation qu'elle nous donna de l'ori- 
ginal et curieux Concerto pour piano et orchestre de 
Rimsky-Korsakow. 



Enfin, pour clore la séance, brillante et chaude exécution 
des resplendissantes Danses polovtsienncs du Prince Igor, 
de Borodine. Paul Toureng. 

Concert Lydie Demirgian (20 février 1. — Évitant avec 
raison les morceaux de pure virtuosité dont sont trop sou- 
vent encombrés les récitals d'artiste, M""^ Lydie Demirgian 
nous fit entendre trois concertos pourviolon : le premierde 
Vivaldi, le second de Beethoven, le troisième d'Ambrosio. 
Cela représente de la part de l'exécutant un travail consi- 
dérable et réclame non seulement une technique très 
poussée mais de l'intelligence et de la mémoire. L'entre- 
prise est périlleuse; M"'' Demirgian a pleinement réussi. Je 
ne l'avais point entendue depuis quelque temps : elle est 
incontestablement en grands progrès : elle a gagné en sono- 
rité et en souplesse, ses attaques sont nettes et ses notes 
franches. Elle fut remarquable dans le Concerto de Vivaldi 
et dans celui d'Ambrosio, très à effet. Elle eut de très 
bons moments dans le Concerto de Beethoven, j'aurais 
désiré un peu plus de pénétration et d'ampleur, peut-être 
aussi un peu plus de légèreté dans le scherzo (un critique 
n'est jamais complètement satisfait). 

En revanche, l'andante fut traduit avec une mélancolie 
très prenante, l'ensemble se tenait fort bien. 

L'orchestre du Conservatoire, conduit par AL Tracol, 
accompagnait la soliste qui recueillit de légitimes applau- 
dissements. Pierre de Lapommeraye. 

Concert Marcelle Meyer (22 février). — Le troisième 
concert donné par M""' Marcelle Meyer à la salle de La 
Ville-l'Évêque était consacré, plus particulièrement que les 
autres à Stravinsky et au)i « Six ». 

Le programme, surtout en ce qui concerne les noms des 
différents interprètes, avait été modifié, par suite de grippes 
intempestives. Mais la large part que s'était réservée 
jVime Meyer resta intacte. Grâce à elle, nous eûmes tout le 
loisir de méditer sur les successions de quintes et sur 
l'agrément (ou le désagrément) que nous pouvons y trou- 
ver; il en fut de même pour la plupart des procédés poly- 
toniques, dont nous sommes à ce point saturés que nous 
demanderions aisément de passer à autre chose. Pourtant 
admirablement interprétées par une pianiste ayant un sens 
parfait de cette musique, la plupart des pièces se dérou- 
lèrent indifférentes, interchangeables avec ce caractère 
d'écriture anonyme où tout semble d'emprunt et rien de 
profondément personnel. Jamais peut-être la « formule » 
n'aura suivi de si près la découverte. Disons-nous qu'à 
chaque période dans l'histoire de la musique oii prédomi- 
nèrent les recherches d'ordre technique et où se formèrent 
des « styles », il y eut semblable encombrement d'œtivres 
stériles. 

Il se peut d'ailleurs que le bénéfice de la polytonie 
revienne un jour à quelqu'un qui n'aura participé en rien à 
cette tapageuse « invention ». ' 

Dans ce concert nous pouvions mettre à part ; Honegger 
(quoique, cette fois encore, assez mal représenté); Darius 
Milhnud, dont un recueil de danses sud-américaines, Sau- 
dades do Bra^il, offrait une matière intéressante et diverse, 
depuis le balancement lent et félin de Sorocaba jusqu'à 
l'éclatante Gavéa; enfin Igor Stravinsky, dont le nom est 
d'ailleurs en dehors du débat. De ce dernier nous réenten- 
dîmes le Raglime qu'il composa, tenté par les procédés de 
syncopation propres à ce genre musical : pièce que 
]\ime Mpyer joua avec une parfaite netteté rythmique et 
avec une constante opposition de valeurs claires et de 
valeurs sombres. Du même auteur fut exécutée en trio 
(piano, violon, clarinette) la suite de V Histoire du Soldat, 
que nous espérons bien une fois connaître dans la version 
originale pour sept instruments : Marche du soldat. Violon 
du soldat. Petit Concert, Danse du diable; chacune de ces 
pièces atteste, en dehors de la saveur toujours agreste des 
thèmes mélodiques, tout le parti que Stravinsky sait tirer 
des effets de timbre ou de percussion dans l'orchestration 
la plus réduite. André Schaeffner. 



— 97 - 



LE • MENESTREL 



Concerts André SaIonion=Quatuor Carembat. — Parmi 
les quatuors de fondation relativement récente, celui com- 
posé par MM. Carembat, Massis, ViUain, Chizalet, mérite 
tout particulièrement d'être mentionné pour le choix des 
programmes et pour la qualité des exécutions dont la valeur 
expressive ne le cède en rien à la mise au point. Au concert 
du 21 février, le Quintette en fa mineur de Brahms, joué 
nerveusement, décela ce qu'il y subsiste, surtout dans les 
premier et troisième mouvements, d'accent schumannien, 
avec quelque chose pourtant d'appesanti et de gauche dont 
le caractère fruste n'est pas dénué de saveur. Le Neuvième 
Quatuor de Beethoven fut traduit avec finesse : Vandante 
quasi allegretto, plus que le menuet qui lui succède, sembla 
avoir conservé un vieil aspect de danse — de danse lente, 
aux figures infiniment répétées, aux révérences inlassables. 
MM. André Salomon et Louis Carembat interprétèrent en 
outre la Sonate libre de Florent Schmitt dont ils mirent en 
valeur la richesse orchestrale — jamais portée à ce degré 
dans la musique de chambre — et, au début de la seconde 
partie, l'extraordinaire crépitement rythmique qui fait 
compter ces pages parmi les meilleures qu'ait écrites Flo- 
rent Schmitt. André Schaeffner. 

Concert Léon Zighera (24 février). — M. Zighera a de 
multiples dons de virtuose : un son varié, enveloppant, 
tour à tour ample et amenuisé; une habileté à aller au- 
devant de l'émotivité des auditeurs; une entente subtile de 
la progression ou de la brusque rupture des effets. Possède- 
t-il au même degré le souci et la faculté de scruter jusqu'en 
leurs intentions profondes les œuvres qu'il interprète? S'il 
n'avait joué que la Symphonie Espagnole de Lalo, la réponse 
serait affirmative; car il en traduisit avec éclat l'abondance 
rythmique et l'impatience rêveuse. Mais de la Chaconne 
pour violon seul, de Bach, et surtout du Concerto en mi 
bémol de Mozart, combien d'éléments furent laissés de 
côté! 11 est vrai qu'en ce dernier cas, il y avait comme une 
opposition entre les deux images que proposaient l'instru- 
ment isolé et l'ensemble orchestral. Tandis que M. Zighera 
accentuait à l'excès l'aspect tremblant, blotti et vaporeux 
du génie de Mozart, M. Rhené-Baton donnait aux masses 
un relief trop continu et parfois ne laissait aucune place 
aux ombres. Joseph Baruzi. 

Quatuor Rosé. — Le i3 février 1914, le Quatuor Rosé, 
invité par la Société Philharmonique, avait exécuté le Qua- 
tuor en la mineur de Schubert, l'op. i3ode Beethoven et le 
Quatuor en mi bémol, majeur, op. ^6, de Haydn. Huit ans 
après, le 18 février 1922, il se présentait à nouveau dans la 
même salle avec un programme à peu près semblable et en 
quelque sorte réalisant, malgré une sinistre pause interve- 
nue, la continuation du précédent Quatuor en la mineur 
de Schubert, l'op. i3i de Beethoven et le Quatuor en mi bémol 
majeur, op. 33, de Haydn. Ce geste semblait dire tout ce 
qui par delà les contingences doit survivre d'une vieille 
Europe. Il ne prenait que plus de force, venant d'un des 
lieux maudits où la misère étreint les corps — de cette 
Vienne où le plaisir n'a jamais couvert de ses rires la mé- 
lancolie et les pleurs dont l'âme d'un Haydn, d'un Mozart, 
d'un Beethoven, d'un Schubert, fut accablée; de cette 
Vienne d'où récemment encore Gustav Mahler et Arnold 
Schônberg exprimaient l'extraordinaire vitalité; de cette 
Vienne où bientôt la Valse de Ravel tournoiera, toupie 
monstrueuse, étincelante sous l'éclat des girandoles. Le 
public le comprit et spontanément y répondit par d'émou- 
vantes ovations. 

Il messied ici de parler de qualités techniques lorsqu'il 
s'agit d'un quatuor, dont l'existence remonte à près de 
vingt ans et dont la pensée a outrepassé ce stade liminaire 
où d'autres se stérilisent. A notre époque où les mots de 
servitude, de discipline sont invoqués à tout sujet et où la 
discrétion même reste un « eff"et », — cette profonde gra- 
vité, cette lente maturation par le temps, cette science qui 
(suivant l'expression de Nietzsche) ne vol^te plus les êtres, 
ce sens des grandeurs éternelles donnent à M. Arnold 



Rosé et aux collaborateurs qu'il s'est choisis — MM. Paul 
Fischer, Anton Ruzitska et Anton Walter — ■ des titres sin- 
guliers. Avec eux le mot de nuance acquiert une valeur 
infiniment limpide et dépourvue de clinquant. La sonorité 
presque grelottante au début du quatuor de Schubert évo- 
quait quelque gravure romantique devant laquelle d'abord 
passe la lueur d'une bougie, puis l'éclairemenl en a grandi 
démesurément sans qu'on en ait pu suivre la progression, 
tant elle a été subtile. — Les moments les plus beaux 
appartinrent sans conteste à l'op. i3i de Beethoven : paix 
religieuse planant au-dessus d'un monde souffrant; pui,'' 
frénésie d'ailes, concert d'oiseaux; enfin le grand motif 
d'héroïsme... A. Schaeffner. 

Concerts Maurice Rosenthal. — Le succès de M. Mau- 
rice Rosenthal à ses deux concerts, donnés à deux jours 
d'intervalle, a été considérable et indiscutable. M. Rosen- 
thal, cependant si acclamé dans les derniers concerts de 
Londres, gardera, je crois, le souvenir de ces deux soirées. 
Dès le début du premier concert c'a été un enchantement, 
et la Fantaisie en sol, de Schubert, a donné l'impression 
d'une chose parfaite et accomplie. On ne peut rien rêver 
de plus délicat, de plus tendrement ému, et dans aucun 
autre morceau des deux programmes M. Rosenthal n'a 
montré davantage son extraordinaire sûreté musicale et sa 
science de la sonorité. 11 a fait admirer ces mêmes qualités, 
auxquelles il faut joindre la sobriété, la simplicité et une 
tenue parfaite, dans une série de pièces anciennes de Bach 
(Suite en sol majeur), Rameau, Couperin et Scarlatti, dans 
la Sonate, op. m, de Beethoven, dans le Carnaval, op. 9, 
de Schumann, dont l'interprétation fut étincelante de verve, 
d'esprit, de sensibilité et de puissance, dans quelques 
Préludes et Mazurkas de Chopin... Le largo de la Sonate 
en si mineur du même maître a donné au public une 
intense émotion d'art. Dans toutes ces œuvres, M. Rosen- 
thal semblait soucieux de laisser oublier sa supervirtuosité. 
Mais il a pris sa revanche dans la Deuxième Rapsodie et 
dans Méphisto-Valse, de Liszt. Il faut constater l'effet 
extraordinaire qu'ont produit ces interprétations, mais je 
préfère personnellement l'art unique, fait de passion, de 
fougue, de rêve, qu'il fait admirer dans une simple 
Mazurka de Chopin. De nombreux bis ont obligé le grand 
virtuose à ajouter à son programme une série de morceaux : 
ses spirituels Papillons, deux Chants Polonais de Chopin- 
Liszt, une Etude de Thalberg, la Tabatière en musique de 
Liadow, etc. I. Philipp. 

Récital Jean Duhem (22 février). — Dès le début d'un 
récital, un signe permet de distinguer de l'exécutant, uni- 
quement soucieux de virtuosité, l'interprète chez qui la 
préoccupation d'art est dominatrice. Tandis que l'autre 
cherche à provoquer la surprise par quelque difficulté vain- 
cue, le vrai artiste, — par les premières notes qu'il fait se 
détacher du silence, — suscite une atmosphère qui ne sera 
pas seulement celle de l'œuvre alors traduite, mais où 
viendront successivement se rejoindre toutes les œuvres, 
peut-être inégales, que le choix aura rassemblées ce 
jour-là. 

Tel que l'a joué M. Duhem, !'« Adagio sostenuto » de la So- 
nate, op. 27, n" 2, de Beethoven réalisait cette composition de 
lieu. Trop souvent, à cause d'un titre surajouté et qui limite 
le sens de l'œuvre, on donne à ce premier mouvement une 
mélancolie facile. Avec M. Duhem est dépassée cette inten- 
tion de conventionnelle rêverie. Ce que l'on aperçoit, c'est 
en l'âme de Beethoven la coexistence de deux forces dont 
on ne peut prévoir encore si en se développant elles s'uni- 
ront ou deviendront, au contraire, irrémédiablement 
hos.tiles, — destinées à meurtrir sans répit une pensée que 
sa grandeur même déchire. De cette tragédie beethové- 
nienne M. Duhem a marqué supérieurement les phases 
initiales. Mais, si dans le « Presto agitato » final il a de 
même transcrit l'emportement qui- trouve en soi-même sa 
loi, a-t-il mis en assez totale lumière ce qu'il y a de divers, 
presque de contradictoire, en cet emportement? 



= LE • MÉNESTREL 



De la Sonate en si bémol mineur il a pareillement traduit 
de façon incontestable les trois premières parties. Il a 
montré par elles en Chopin un être que sa propre ardeur 
consume, — si bien qu'en la Marche funèbre c'est son 
destin futur que cet être semble méditer. Mais dans le der- 
nier mouvement, si la ligne musicale apparut en toute sa 
netteté, une trop complète schématisation élimina quelque 
chose peut-être du drame psychique dont cette ligne est 
issue. 

De grandes œuvres de Schumann, et avant tout les 
Études Symphoniques, puis diverses pièces de Debussy, 
particulièrement Cloches à travers les feuilles, ont, elles 
aussi, permis de reconnaître à quel point M. Duhem sait 
analyser une pensée. Joseph Baruzi. 

Voir à la. dernière page les programmes des Concerts 



Le Mouvement musical en Province 



Bordeaux, — Création d'Antar, au Grand-Théâtre. — • On 
peut écrire que le conte héroïque d'Antar a porté à la 
scène lyrique l'âpre et rude beauté de la pièce dramatique 
du même nom et qui connut, voici dix ans, de beaux jours 
de gloire au Théâtre National de l'Odéon. Le livret, poème 
lui-même, et poème animé, divers, puissant, n'est qu'un 
raccourci du poème initial. Grand mérite déjà, quand il 
s'agit d'une oeuvre qui a fait ses preuves! Mais tout ce que 
M . Chekri Ganem n'a pu sauver des ornements littéraires qui 
donnent si grande allure à sa pièce dramatique, et qui ne 
sont en somme que les caractéristiques du mouvement des 
forces intérieures, de l'action poétique, Gabriel Dupont en 
a fait l'objet d'un commentaire orchestral aussi vigoureux 
que sincère. Le poète, ici, se contente — en vers toujours 
heureux et d'une frappe habile — de décrire le « mouve- 
ment » du musicien, d'indiquer, en images sonores, la 
manière « d'aller ». 

Que voilà bien l'exacte formule, et combien fécond est 
l'accord des principes qui permit de la réaliser!... 

Si l'on considère plus spécialement la partition, il con- 
vient de distinguer entre la pensée mélodique et le style de 
sa présentation. A la ligne du chant le drame est exposé, 
tantôt à l'aide de procédés de déclamation d'allure toute 
moderne, tantôt par le moyen, plus près de la masse, de la 
mélodie classique. La déclamation est traitée largement par 
phrases robustes et par l'emploi fréquent des contrastes, tant 
dans les rythmes que dans les tonalités types. Gabriel 
Dupont cherchait plutôt le mouvement de la pensée dans 
les modulations lointaines que dans l'aggravation de l'accent 
dans la tonalité-type. Cette méthode est ici d'autant plus 
heureuse qu'il s'agissait avant toutes choses de donner à la 
mélopée le caractère éminemment changeant des inflexions 
de la phrase orientale. De la mélodie rien à dire, du moins 
de sa conception. Quand elle règne, elle est d'un classi- 
cisme entier en sa forme délicate et brillante, plus près 
cependant d'un Léo Delibes que d'un Bourgault-Ducoudray. 
Et cela se comprend encore puisque nous sommes en 
Orient, et qu'il s'agit d'un genre forcément imitatif. Reste 
l'harmonisation et l'orchestration. Ici, au delà de la délica- 
tesse, le sentiment et le goût : une grande impression de 
science. Toutes les conditions intérieures du drame sont 
notées à l'orchestre avec une minutie, voire un enthou- 
siasme qui ne va pas sans certain dommage pour les 
chanteurs, alors qu'ils évoluent dans un moment de puis- 
sance. Le grand malheur, je crois, est que Gabriel Dupont 
n'ait pu entendre son orchestre dans la réalisation des péri- 
péties les plus âpres. Il l'eût très certainement allégé, et 
ainsi, une homogénéité entière aidant, on eût pu voir, 
admirable et splendidement évocatrice, l'entière fusion des 
moyens d'expression dont son art lui permettait l'emploi. 
Mais cette réserve infime ne s'applique qu'à de très courts 
moments. En règle très générale, il s'agit d'une partition 



orchestrale d'une haute valeur scientifique, d'une qualité 
musicale très belle et d'une sincérité émouvante. Emou- 
vante même jusqu'à l'impression douloureuse, car rien n'est 
plus pénible que de penser que ce grand musicien de qui 
l'Art français était en droit d'attendre les plus grandes 
choses a dû se hâter d'achever les dernières pages de son 
œuvre, la mon si résolument héroïque d'Antar, parce qu'il 
en élait aux derniers jours de sa vie. 

Au prestige éclatant de cette très belle œuvre s'ajouta, 
vendredi soir, le mérite d'une présentation scénique de 
grand style qui fait le plus grand honneur à la belle et 
grande scène que dirigent, avec une distinction et une com- 
pétence auxquelles on rend ici un unanime hommage, 
MM. René Chauvet et G. Mauret-Lafage. 

M. Ovido, acteur émérite et chanteur vaillant, campa de 
manière on ne peut plus ardente le personnage héroïque 
d'Antar. M"<^ Mary Rizzini eut de très jolis moments 
vocaux dans Abla, dont elle sut rendre avec exactitude 
l'élan sentimental. M. Rougenet fut d'allure irréprochable 
et de musicalité très exacte dans Cheyboub. Dans Malek, l'ad- 
mirable science vocale et le haut prestige scénique de 
M. Lasserre trouvèrent un judicieux emploi. M. Cazauran 
chanta et joua Amarat dans un très noble sentiment. Les 
belles phrases de Selma furent traduites par M"^ Lyse 
Landral dans un style très pur. M. Carie joua la très belle 
et très prenante scène de l'aveugle Zobeir, à la fin du 
quatrième acte, en artiste sincère et adroit. M"«s Cazalis, 
Maryse Dietz, Y. Martin, MM. Cosson, Salvat, Lacome, 
s'acquittèrent de leurs rôles respectifs avec un égal bonheur, 
et je n'aurai garde d'oublier M"" Renée Morin qui fit apprécier 
les belles qualités d'une voix souple et puissante dans le 
rôle (d'apparence effacé) d' « Une Voix de Pâtre »._ 

La suite des danses du troisième acte avait été réglée par 
M. Camille Lafont dans un style aussi voisin que possible 
de celui que l'on peut supposer être, en l'espèce, le style 
véritable (iv^ siècle avant l'ère chrétienne; dans une petite 
oasis de l'Arabie). L'incomparable Mady Pierozzi dansa 
avec un brio étincelant— évidemment— la« Danse duFeu», 
et ses sveltes compagnes firent preuve de délicatesse et de 
rythme dans les « Pas des Pileuses s des « Roses » et dans 
le « Cortège des Noces». 

Avec sa compétence artistique si complètement^appréciée, 
M. Joël Fabre avait composé une mise en scène d'un 
charme poétique on ne peut mieux attachant. Les décors 
du maître Artus, éclairés de façon remarquable, furent sin- 
cèrement admirés, surtout celui du quatrième acte machiné 
de manière si ingénieuse que l'on voit un torrent, tout 
bouillonant d'écume, rouler sur la scène ses flots tumul- 
tueux... Le décor fut spontanément applaudi. 

Et pour associer au très grand et très franc succès rem- 
porté par le magnifique ouvrage l'un de ses éléments les 
plus directs, j'ai gardé pour la fin la très remarquable 
action de notre bel orchestre que dirigeait avec unç science, 
une précision et une compétence admirables M. G. 
Razigade. 

Observation des nuances, discipline des mouvements, 
mise en relief des moindres intentions harmoniques : tout 
cela fut recherché et réalisé sans la moindre défaillance, au 
point que la part la plus belle de la victoire remportée au 
cours de cette soirée revient à notre talentueuse phalange 
et à son chef infiniment distingué. H. B. 

— Le succès du bon comique Mario continue d'être très 
grand à l'Apollo en des programmes très variés et très suivis. 
Après Polin, on applaudit maintenant en intermède le déli- 
cieux fantaisiste Darius. 

— Aux Bouffes, on vient de reprendre avec un très grand 
succès la Chaste Sujanne, où l'exquise divette Gabrielle 
Naude obtient un succès éclatant. 

— Le Trianon fait des salles combles avec la Gueule du 
Loup, la jolie comédie de Hennequin et Bilhaud. 

— A la Scala, la reprise de Thérèse, une opérette locale 
assez gentiment tournée et surtout bien chantée et jouée, a 
été accueillie avec la plus grande faveur. 



99 — 



LE • MENESTREL 



— Nous rendrons compte dans notre prochain article de 
îa première audition, à la Société Sainte-Cécile, du Méné- 
trier de Max d'OlIone et du Festin de l'Araignée d'Albert 
Roussel, ainsi qttede la venue, en la basilique Saint-André, 
des chanteurs de la Chapelle Sixtine. 

Carcassoitne. — Le Si" concert de l'Association des 
Concerts symphoniques a obtenu un grand succès. Le Pré- 
lude symphonique de M. Michel Mir valut à son auteur une 
ovation prolongée. La Procession nocturne de Rabaud, 
admirablement exécutée, connut une fois de plus le 
triomphe. Enfin, grand succès pour les Perses de X. Leroux, 
©ù l'excellent flûtiste M. Guiraud recueillit des applau- 
dissements bien mérités. 

Le Havre. — ■ Dans sa dernière séance, le Conseil muni- 
cipal a renouvelé son mandat à M. Maurice Durand, l'actif 
directeur de notre scène lyrique. 

Pour la nouvelle saison, la subvention a été portée au 
chiffre de 140.000 francs, à charge pour le directeur de créer, 
en dehors du répertoire habituel, Monna Vanna, Grisélidis, 
Claudine, la Belle Hélène, les ballets de Coppélia, Sylvia 
et le Ballet des Myosotis. 

De nombreuses reprises viendront agrémenter un réper- 
toire choisi avec goût. De plus, la ville crée un prix qui 
sera décerné à une œuvre lyrique. 

Le maintien pendant une durée minimum d'un mois d'un 
corps de ballet rehaussera l'éclat de cette future saison. 

Souhaitons que les faits répondent exactement aux aspi- 
rations du public havrais. 

Salle des Fêtes. — Programme d'une haute tenue dans 
lequel figuraient la Symphonie héroïque, l'ouverture du Frei- 
schiit^, Rédemption de Franck et la Marche des Fiançailles 
de Lohengrin. L'orchestre, sous la direction de M. Revel, 
joua avec toute la ferveur due à des œuvres d'une beauté 
aussi émouvante. M. Dany Brunschwig, dans divers arran- 
gements de Kreisler, fit apprécier et applaudir une technique 
éblouissante. Accompagné au piano par M. J. Masson- 
Bonomé, il interpréta dans un joli sentiment la Première 
Sonate de Schumann. 

— Deux heures durant, M""^ Hélène Léon, nous tint sous 
te charme de son talent prestigieux; au même concert le 
Voyage d'Hiver de Schubert, la Bonne Chanson de Fauré 
nous permirent d'applaudir une fois de plus au joli et subtil 
sentiment de M™* J. Montjovet. 

Salle de la Lyre Havraise. — Les excellents quarttetistes 
de l'Université Populaire, M"^ Vinay-Leconte, MM. Gor- 
nond, Hermann et Gosselin, nous donnèrent une belle 
exécution du Di.xième Quatuor de Beethoven, des fragments 
des Quarante-Unième et Quarante- Deuxième Quatuors de 
Haydn, et du Quatorzième Quatuor de Mozart. 

Auparavant, le délicat conférencier M. H. WooUett, en 
passant d'Haydn à Beethoven, nous traça l'histoire de la 
création et de l'évolution du quatuor. L'auditoire très nom- 
breux fit au conférencier et aux exécutants un beau 
succès. G.-E. Letord. 

Lille. — MM. Capet et Loyonnet ont donné vendredi une 
séance comprenant trois sonates de Beethoven pour piano 
et violon : celle en ut mineur, la dixième en sol et celle 
dédiée à Kreutzer. Celle-ci a été exécutée d'une manière 
admirable. Les deux autres furent aussi fort bien rendues, 
quoiqu'elles nous semblent avoir subi quelques change- 
ments de mouvements et quelques légères fantaisies de 
style. 

Quoi qu'il en soit, le succès de deux artistes n'en a pas 
été moins chaleureux. 

— Le Quatuor lillois vient de donner une très intéressante 
séance avec le concours de M"^ Darcq, cantatrice, et de 
M"" Marie Ratez, pianiste. Après la Chanson triste de 
Duparc et l'air d'Orphée de Gluck, M"e Darcq nous donna 
îa première audition de deux nouvelles mélodies de 
M. Ratez, la Chanson de la Bergère et une Ronde flamande 



soutenue par un accompagnement de violoncelle très heu- 
reux. 

M. Callaut se fit applaudir dans trois études de style pour 
violon seul de sa composition et dans la belle Sonate de 
Lazzari dont M''*' Ratez tint la partie de piano avec son 
autorité habituelle. 

— Le Quatuor de Mouquet, pour instruments à cardes, 
est, je crois une des premières œuvres de ce compositeur, 
mais on y sent déjà un style moderne, qui cependant ne 
recherche pas l'originalité jusque dans l'incompréhensible. 

La séance se termina par une belle exécution d'un Quin- 
tette pour cordes et piano d'Arensky, œuvre importante sur 
laquelle une mélopée russe jette un charme paniculier. 

— Le pianiste Walter Rummel a donné au théâtre un 
second récital où il a fait apprécier ses qualités extraordi- 
naires de technique et d'interprétation. 

— Le troisième concert populaire de la saison a été donné 
sous la direction énergique de M. Francis Casadesus. 
Après l'Ouverture de Ruy Blas, de Mendelssohn, et la Sym- 
phonie héroïque qui furent brillamment exécutées, M. et 
Mme Bazelaire interprétèrent avec tout le charme, la finesse 
l'émotion et la puissance qu'elle demande la nouvelle œuvre 
du maître Théodore Dubois, Suite concertante pour violon- 
celle, piano et orchestre, qui fut vivement applaudie. Cette 
œuvre, admirablement écrite, possède en outre de telles 
qualités de fraîcheur et d'inspiration qu'on se demande à 
quelle fontaine de Jouvence l'auteur est allé la puiser, 

M. Bazelaire se fit également applaudir dans Trois Pièces 
anciennes dont il est l'habile transcripteur. 

La partie orchestrale comportait encore l'entr'acte sym- 
phonique de Messidor d'Alfred Bruneau, les airs de ballet 
et la Marche Hongroise de la Damnation de Faust, dont 
l'exécution fut parfaite. 

Rennes. — Gala Massenet. — Un gala au profit du monu- 
ment Massenet eut lieu au théâtre. On donna, du regretté 
maître, le chef-d'œuvre immortel : Werther. M^^" Germaine 
Baye, de l'Opéra-Comique, fut l'idéale « Charlotte », tant 
au point de vue voix qu'à celui de tragédienne. Hélas ! le 
ténor Lassalle, de l'Opéra, n'est pas le « Werther » rêvé : 
il est lourd et sans charme. Orchestre des mieux conduits. 
Grand succès pour la belle partition du plus charmeur des 
musiciens français. 

Salle Pathé. — Belle matinée donnée par l'excellent vio- 
loncelliste Fernand Pollain qui obtint dans le Concerto en 
ré majeur de Boccherini un grand succès, partagé avec 
M™'^ Andrée Piltan-Duparc, pianiste remarquable, et avec 
le violoniste G. Lavello, qui se distingua dans le Pre- 
mier Trio de Schumann. 

Troisième Concert de la Société du Conservatoire. — 
Matinée réussie, grâce au concours de Al"'= Jeanne Mont- 
jovet, qui interpréta deux airs de Claude Debussy et César 
Franck et trois mélodies de Paul Pierné, conduites par 
l'auteur. Puis première audition, ici, de la Suite sympho- 
nique de ce maître : De l'Ombre à la Lumière, sous sa direc- 
tion. Ces deux artistes de talent furent justement applaudis. 
N'oublions pas de mentionner le succès de l'Ouverture 
d'Euryanthe (Weber) et de la Symphonie en ut mineur 
(Beethoven) que dirigea avec autorité M.J.-B. Ganaye, direc- 
teur du Conservatoire. G. P. 

Touîon. — Concerts classiques. — Le 7, le célèbre Qua- 
tuor Poulet a donné une remarquable séance. Quatuors de 
Havdn, Schumann, Ravel. 

Le 14, concert, Maurice Maréchal, violoncelliste, 
Mme Bureau-Berthelot, cantatrice. Grand succès pour les 
deux artistes. 

La 10, un concert de danses organisé avec le concours de 
Mme Cleo de Mérode, M. Serge Peretti, et M. Emile 
Baume, i'^'' prix du Conservatoire, Paris 1920. 

EXCOPFIER. 

Valencîennes. — La saison musicale débuta par une 
excellente représentation des « Ballets Suédois » sous la 
direction de M.In."helbrecht. 



LE • MENESTREL 



La Sociélé des Concerts symphoniques a donné son pre- 
mier conceri le i8 décembre. M. Fernand Pollain, le violon- 
celliste bien connu, obtint un triomphal succès dans l'exé- 
cution du Concerto en ré de Boccherini, diverses pièces de 
Ropartz-Schumann, Fauré, Bach, Hillemacher. 

Les « adieux à la forêt », de l'Attaque du Moulin, et les 
« adieux au cygne », extraits de Lohengrin, furent chantés 
avec une savante méthode et une belle expression musicale 
par IVL Hugo Fontaine, professeur de notre Conservatoire. 

Le concert entior fit grand honneur à M. Fernand Lamy 
et son orchestre. 

Deuxième concert de l'abonnement. — Exécution ardente, 
colorée, dramatique du deuxième acte de Boris Godounov, 
le chef-d'œuvre de Moussorgski. 

Les interprètes : M"'» Magdeleine Gresle (le Tzarewitch), 
M"* Ghins (la Nourrice), M"'= Fernande Nicaise, M. Lheu- 
reux (le Prince), M. Jan Reder enfin, vibrant Boris, nous 
donnèrent un ensemble d'une musicalité rare en même 
temps que d'un sentiment expressif intense. 

Le concert avait débuté par le prélude du Déluge, en 
mémoire de Camille Saint-Saëns, écouté avec recueille- 
ment par le public. 

La création du très intéressant ouvrage de M. Henry 
Février, Gismonda, qui eût dû être un gros succès, fut mal- 
heureusement contrariée par la déplorable interprétation du 
principal rôle, M"« Chasle. M. D. Preys, chef d'orchestre, 
dirigea remarquablement cette belle partition. 

André Laurenti. 

La « Société Nationale >> en Province. — Le deuxième 
concert donné sous le patronage de la Société Nationale 
dans les villes de la région du centre fut un véritable 
triomphe pour les artistes et pour la musique française. 
M"" G. Gills et Suzie Welty furent partout ovationnées et 
bissées. Un public fin, sensible et enthousiaste marque 
décidément pour la musique française un empressement 
qui va grandissant, en chaleur et intelligente sympathie. 

Le public comprend enfin que nous avons chez nous tout 
ce qu'il admirait chez les auLeurs étrangers, avec un plus 
grand rayonnement de perfection, un goût plus sûr et un 
adorable sentiment de la mesure en tout. 

Il est certain qu'une grande part de ce succès revient aux 
interprètes qui se sont surpassées. C'est un enchantement 
d'entendre Gills; elle recrée, par son art profond, par une 
extrême intelligence musicale, par sa compréhension affinée 
des poèmes, tout ce qu'elle interprète. M"'' Suzie Welty 
s'est montrée l'artiste idéale, au jeu spirituel, infiniment 
chatoyant et sensible qu'elle sait être, et son grand talent a 
• énormément porté sur le public. 

Les auteurs interprétés dans cette tournée étaient, pour 
la partie moderne, G. Fauré, Debussy, M. Ra\el, Chausson, 
P. Le Flem, Louis Aubert, L. Vuillemin, J. Cras, Mario 
Versepuy, Albert Roussel, Bertelin etC. Chevillard. 

Mario Versepuy. 



Les Fesiivals de Béziers 
et !es Concerts d'Amateurs dans ie Midi 



Au sujet de l'article de M. Charles Kœchlin récem- 
ment paru (l'Enseignement de la Musique), M. Joseph 
■ Lignon, président de la Fédération des Sociétés musicales 
du Midi, nous communique une petite rectification. Les 
chœurs d'hommes seulement, à Béziers, étaient formés 
d'amateurs, la partie féminine ayant toujours été compo- 
sée de professionnelles venues de Paris ou d'ailleurs. Mais 
il y eut un assez grand nombre de représentations lyriques 
\ dans le Midi, intégralement interprétées par des amateurs, 
j et notamment : la Fille de la Terre (musique de Déodat de 
j Séverac) à Goursan (Aude), le 22 juin igiS; à Amélie-les- 
! Bains, le 3i août de la même année ; à CavaiUon (Vauclusc), 



le 4 septembre 1920; à Narbonne, le 28 août 1921. Quant à 
l'orchestre, il fut composé uniquement d'amateurs à Amé- 
lie-les-Bains, à CavaiUon et à Narbonne. Cette année, 
M. Joseph Lignon compte faire représenter à Narbonne la 
Velléda de M. Magre, musique de Maurice Galerne; les 
chœurs et l'orchestre seront formés d'amateurs (à l'exception 
d'une demi-douzaine de harpes indispensables). 

Il est du plus haut intérêt de noter l'existence de ces 
tentatives, et Ton conçoit tout l'appui qu'elles viennent 
offrir à la thèse émise par M. Ch. Kœchlin... 

Il y a beaucoup à espérer de l'avenir, et le présent est 
déjà très satisfaisant. Souhaitons que Paris ne reste pas 
trop en retard sur la Province ! 



Le Mouvement muskal à l'Étranger 



ALLEMAGNE 
A l'Opéra allemand de Charlottenburg a eu lieu, le 3 fé- 
vrier dernier, la création du Concert à la Cour, opéra de 
M. Paul Scheinpflug, sur un livret de M. Heinrich Ilgen- 
stein. 

— Une Association de Secours pour la Culture de la 
Musique allemande vient de se fonder sous la présidence 
de M. le professeur Cari Flesch, avec le programme 
suivant : « Protéger contre les dangers qui la menacent la 
culture de la musique sérieuse, aider en particulier les 
associations musicales dans une situation précaire à exé- 
cuter des œuvres importantes, subventionner les collections 
musicales et entreprises de science musicale, faciliter les 
études de musiciens exceptionnellement doués, secourir 
les musiciens malades ou tombés dans la gêne ». 

— L'Association des Artistes de concert d'Allemagne a 
obtenu du Ministère des Finances de l'Empire la sup- 
pression du double impôt qui frappait les honoraires des 
artistes : 1° impôt sur les honoraires proprement dits; 
2" impôt sur le chiffre d'affaires. 

— Les journaux allemands rapportent qu'à la Société Autri- 
chienne de Phonétique expérimentale, à Vienne, M. le pro- 
fesseur Réthi a présenté récemment un chanteur, Michaël 
Prénat, âgé de quarante-quatre ans, originaire du banat de 
Temesvar, et dont la voix embrasserait plus de cinq 
octaves, depuis le contre-/j (43 vibrations) jusqu'au la 
suraigu (1.740 vibrations)... 

— La ville de Hagen, en Westphalie, vient d'accorder à 
son théâtre un supplément de subvention annuelle de 
2.100.000 marks. La Neue Musik Zeitung recommande cet 
exemple à d'autres villes allemandes. Cette recommandation 
ne pourrait-elle s'adresser également à quelques villes 
françaises? Jean Chantavoine. 

ANGLETERRE 

La violoniste Marie Hall veut raviver, en Anglet^re, le 
goût d'écrire des sonates pour violon. Par l'intermédiaire 
de la presse, elle a donc prié les compositeurs de lui faire 
parvenir des sonates inédites. Sa prière fut abondamment 
exaucée : elle en a reçu quelques centaines. Dans un con- 
cert, au Wigmore Hall, elle vient d'en exécuter trois, 
qu'elle avait jugées les meilleures, et dont les revues ne 
font pas grand éloge. 

— Le Bohemian String Quartet est à Londres. Pro- 
grammes composites. Il y fait place aux œuvres anglaises. 
Il a donné, l'autre jour, le Quatuor en mi mineur de 
Dame Ethel Sniyth. 

— Braïlowsky, Mischa Elman, Lamond jouent en ce 
moment dans les concerts londoniens. 

— L'Irlande a le goût des lettres et de la musique. 
Dublin est un centre littéraire. Mais il semble que les Irlan- 
dais, au cours de ces dernières années, n'aient pas fait 
preuve de l'activité musicale qu'on attendait d'eux. Un 
organiste connu, M. William E. Hopkins, que l'Etat Libre 



= LE 



lENESTREL 



a nommé Directeur-Inspecteur de la musique, se propose- 
rait, dans l'intention de provoquer chez ses compatriotes 
un renouveau de production Ij'rique, d'y ressusciter, avec 
ses rites et ses honneurs, l'ancien Collège des Bardes, les- 
quels, ainsi que les Rhapsodes et que nos Trouvères, étaient 
à la ibis poètes et musiciens. M. Walton rendra-t-il aux 
bardes modernes la harpe de leurs ancêtres celtiques, la 
harpe d'argent à neuf cordes et la blanche robe flottante? 
II a donné récemment un concert à Londres. Il y a joué, 
entre autres oeuvres, une transcription pour orgue, dont il 
est l'auteur, de l'Après-Midi d'un Faune et la Cinquième 
Symphonie pour orgue de Widor. Maurice Lena. 

BELGIQUE 

Liège. — Un télégramme nous apprend que la représen- 
tation de Nausicaa de Reynaldo Hahn a été extrêmement 
brillante. Le public a applaudi vigoureusement cette oeuvre 
toute de poésie exquise et de nuances. Notre correspon- 
dant reviendra sur cette belle audition. 

— La deuxième audition d'élèves du Conservatoire com- 
portait l'exécution de la Symphonie en ré de M"« Vanden- 
boorn-ColIet, œuvre méritante à plus d'un titre; un Poème 
pour piano à double clavier Hans et orchestre de M.C.Smul- 
ders, poème écrit pour faire valoir les nouvelles ressources 
de ce système (combinaisons harmoniques et traits nou- 
veaux, im.possibles au piano à clavier unique), l'instru- 
ment soliste étant très bien défendu par M. Jean Stienon; 
Nuit d'Avril, esquisse symphonique de J. Rogister, 
empreinte de distinction et de couleur. M"« C. Landméters 
chanta plusieurs poèmes de Fauré, Parent et Duparc, et 
l'audition, sous la belle direction de M. Smulders, prit fin 
avec la Danse Slave de Chabrier. 

— Afin de rendre un hommage à la mémoire du grand 
maître Saint-Saëns, M. Sylvain Dupuis, directeur du Con- 
servatoire, a daigné prendre la direction d'une représen- 
tation, au Théâtre Royal, de Samson et Dalila et de la Mort 
du Cygne. La soirée débutait par une causerie de M. L. 
Vuillemin sur l'illustre compositeur. 

— Autre hommage non moins significatif. Le deuxième 
concert du Conservatoire était réservé à l'exécution des 
cinq concertos pour piano de Saint-Saëns. Le premier 
donné par M"« M. Peltier, le second par M"' de Valmalète, 
les troisième et quatrième par M"«J. -M. Darré, le cinquième 
par M"': M. Herrenschmidt. On a pu admirer les talents si 
divers de ces excellentes interprètes, élèves du professeur 
Philipp, et particulièrement le jeu brillant de M"'' Darré. 
Ces concertos étaient encadrés par une impeccable exécu- 
tion de la Marche héroïque pour orchestre (à la mémoire de 
Henri Regnault) et de la Marche Militaire française, 
conduite avec énergie par M. Sylvain Dupuis, directeur du 
Conservatoire. Armand Massau. 

Bruges. — Le second concert du Conservatoire, sous la 
direction de M. K. Mestdagh, n'a pas donné satisfaction à 
tout le monde. Malgré tout, Egmont de Beethoven et sur- 
tout la Jeunesse d'Hercule de Saint-Saëns étaient très soi- 
gnés. Une Cantate de Benoit a été massacrée, sans plus. 
M. Jacques Gaillard, violoncelliste, a reçu une véritable 
ovation après avoir interprété le Concerto de Lalo, Élégie 
et Papillons de Fauré. 

— Le réputé Quatuor Zimmer a donné une séance qui a 
été un vrai triomphe pour cette belle phalange d'artistes. 
Surtout l'interprétation du Quatuor de Ravel mérite d'être 
citée. 

— Une séance de musique de chambre nous a donné 
l'occasion d'applaudir M. A. Vanderlooven, violoniste, qui 
joua notamment, excellemment accompagné par M. Pae- 
linck, la Sonate en mi majeur de Sylvio Lazzari, cette 
belle oeuvre qui fut soulignée jusque dans tous ses détails. 
M. A Vanderlooven possède à côté d'une vélocité remar- 
quable une pureté de son qui va jusque dans les plus hautes 
notes. N'oublions pas de faire une mention toute spéciale 



de M"« Aima Borodine qui possède une voix ample et sym- 
pathique. 

— Au troisième concert du Conservatoire on adonné une 
audition assez soignée de la Deuxième Symphonie de 
Beethoven sous la direction par trop passive deM.K. Mest- 
dagh. 

Comme soliste, nous avons entendu M"« Gabrielle 
Tambuysen, qui a joué avec une belle simplicité le Concerto 
en ut mineur de Rachmaninow. Si l'orchestre a donné 
l'impression d'être parfois hésitant, la pianiste a certaine- 
ment su satisfaire les plus exigeants. J. Bessier. 

ESPAGNE 

Madrid. — Don Evariste Fernandy Blanco, dont le poème 
Impresiones montaneses a été exécuté par l'orchestre sym- 
phonique, sous la direction du maître Saco del 'Valle, est 
en route pour Berlin. Le jeune compositeur est, en effet, 
détenteur d'une bourse de voyage pour un séjour de près 
d'un an en Allemagne et en Autriche avec un arrêt d'une ving- 
taine de jours à Paris. Cela est en proportion de l'influence 
musicale respeciive de notre nation et des états germaniques 
à Madrid. Le théâtre n'est pas pour rien le plus puissant 
moyen de propagande. Nous avons signalé la façon mer- 
veilleusement organisée avec laquelle nos voisins de l'Est 
s'en servent à Madrid et aussi le feu de paille qu'y consti- 
tua malheureusement notre effort, faute de coordination et 
d'encouragements. Attendrons-nous que toute la jeunesse 
espagnole prenne le chemin d'outre-Rhin pour montrer que, 
nous aussi, nous avons des œuvres et que notre production, 
glorieuse au passé déjà, est encore plus celle du présent et 
de l'avenir? 

Pour revenir à notre jeune auteur, citons, parmi les 
remarquables qualités natives de sa manière, une belle 
franchise, sympathiquement rude et qui dit bien son ber- 
ceau : cette Astorga hautaine, bastionnée d'or, devant un 
paysage de sang et d'azur... Astorga! on lui a démoli cinq 
portes, récemment, cinq vilaines portes flanquées de tours 
couleur d'aurore, et on y construit une belle caserne, bien 
carrée... Surtout, ami Blanco, gardez vos « portes », vous 
et revenez de voyage sans avoir permis aux formules de 
l'époque d'altérer votre caractère. Restez la « vieille ville » 
qui, dans son site oublié, continue un rêve ancestral et pro- 
fond, et que l'idéale Sierra bleue, fermant l'horizon natal, 
fasse une huerta close de votre âme. Raoul Laparra. 

HOLLANDE 

Le célèbre chef d'orchestre allemand M. le docteur 
Cari Muck, qui remplace provisoirement au Conceri- 
gebouw M. Willem Mengelberg, vient de consacrer un 
programme entier à la musique française moderne, avec 
la 5;'nz/7/ïo«!e de César Franck, 7iv/a«e d'Ernest Chausson, 
des mélodies de M. Henri Duparc, chantées par M™« Mia 
Peltenburg, le Prélude à l'Après-Midi d'un Faune de De- 
bussy et VEspana de Chabrier. 

— Un concert a été donné, au Concertgebouw d'Am- 
sterdam, en faveur du « Mozarteum » de Salzbourg, dont 
l'existence est menacée par la crise financière qui sévit en 
Autriche. 

— Parmi les artistes qui se font entendre en ce moment 
en Hollande, citons les pianistes Frédéric Lamond et 
Max von Pauer, et le quatuor Capet. 

Jean Chantavoine. 

ITALIE 

Au « San Carlo », première représentation pour Naples 
du Piccolo Marat de Pietro Mascagni, livret de Forzano. 
Ippolilo Lazaro et la Vigano y furent chaleureusement 
applaudis. 

'— A r« Augusteum » de Rome, notre compatriote 
M"^ Nadia Boulanger s'est fait applaudir à l'orgue où elle 
a joué magistralement des pièces de Frescobaldi, Coupe- 
rin, Scarlatti, la Symphonie (aria et choral) de la Vingt- 
neuvième Cantate de Bach et un morceau de sa sœur, la 



— 102 — 



LE . MÉNESTREL 



regreuée Lili Boulanger, Pour les Funérailles d'un Soldat. 
Le talent de l'éminenle organiste fait regretter à la critique 
l'indisposition de l'orgue, atteint, paraît-il, de grippe et 
d'enrouement. La jeune pianiste Marcella Lantenay prêtait 
également son concours à ce concert avec le Concerto de 
Schumann, des Pièces de Chopin et de Granados. 

Rome. — La première représentation de Giuletta et 
Romeo, le nouvel opéra du maître Zandonai, a eu lieu au 
« Costanzi » devant un public enthousiaste. D'un sentiment 
dramatique très prenant et cependant d'une veine mélo- 
dique abondante et soutenue, il semble que cette partition 
soit une des meilleures de l'illustre compositeur de Fran- 
cesca da Rimini. La presse loue également le livret d'une 
« italianita cristallina », d'une grâce limpide et d'une langue 
chantante, qu'Arturo Rosso tira de l'immortel poème 
d'amour. 

L'interprétation, sous la direction de l'auteur, compre- 
nait au premier plan Gilda dalla Riz2a, Juliette shakespea- 
rienne dont la noblesse et la mesure, loin d'exclure le 
pathétique, en accusent la grandeur; le ténor Michel Fleta, 
digne Roméo d'une pareille Juliette; le baryton Mangieri et 
le ténor Nardi. 

De nombreux rappels ont salué le maître, les artistes et 
l'orchestre. 

— A r« Augusteo », Alfredo Casella s'est fait entendre 
comme compositeur et comme pianiste. Il a joué le Con- 
certo en ré mineur, n" 20, de Mozart, œuvre exquise, et les 
admirables Variations symphoniques de César Franck. Le 
virtuose y obtint un chaleureux succès. Il n'en fut pas 
exactement de même pour l'auteur lorsque l'orchestre exé- 
cuta È Noite alla, où se trouvent réunies toutes les audaces 
de ce jeune compositeur d'avant-garde. Le critique éminent 
de la Tribuna qualifie ce poème symphonique de nébuleux, 
affirmant que sa musique réussit à vous faire froid dans le 
dos. Si bien qu'à la fin de cette brumeuse et glaciale nuit 
d'hiver, le public manifesta nettement son hydrophobie. 

Le maestro Molinari conduisait l'orchestre. 

— La presse musicale annonce le décès du père Angelo 
de Santi, président général de l'Association italienne de 
Santa Cecilia et fondateur de l'École de Musique sacrée à 
Rome. 

— En ces temps de « Moliérisme », nous sommes heureux 
de rappeler que c'est la Scena ilhistrata, notre confrère de 
Florence, qui offrit, en 1901, à la maison du grand comé- 
dien, ressuscitée de ses cendres, le bas-relief en bronze 
(Molière et Goldoni) dû au professeur commandeur Rivalta. 
Les plus éminents artistes italiens avaient tenu à couvrir 
la souscription ouverte par la Scena illustrata. Molière n'a 
pas oublié le témoignage d'admiration de ses grands amis 
d'Italie : G. Verdi, Arrigo Boito, Pietro Mascagni, Eleo- 
nora Duse, Ermete Zacconi, Ermete Novelli et tant d'autres. 

Et voici qu'aujourd'hui la Scena illustrata s'associe aux 
fêtes du tricentenaire, envoie à l'exposition organisée à la 
Comédie-Française un tableau du peintre A. Sani, repro- 
duction agrandie du bas-relief de 1901. Touché par tant de 
fidélité, Molière envoie à ses frères latins et particulièrement 
au commandeur Ing. Pilade Pollazzi, l'actif et distingué 
directeur de la Scena illustrata, ses remerciements les plus 
affectueux. G.-L. Garnier. 

ÉTATS-UNIS 

Après ses triomphes répétés au Metropolitan dans Boris 
Godounoff, Chaliapine a signé pour la saison prochaine un 
engagement de vingt représentations à ce théâtre. Le der- 
nier soir, il a fait ses adieux au public de New-York dans 
un speech où son amusante inexpérience de l'anglais lui 
valut un surcroît d'ovation. 

Chaliapine est parti pour l'Angleterre où il va commen- 
cer une nouvelle série de récitals. 

— La presse constate avec satisfaction que, sur dix rôles 
principaux dont se compose la distribution, au Metropo- 
litan, de Snegourotchka, il en est six qui sont tenus par de 
jeunes artistes américains. 



— Notre pianiste Maurice Dumesnil a fait, la saison der- 
nière, une longue tournée dans les états de l'Union. Il y a 
remporté les plus beaux succès. 

— Au Manhattan : Pclléas et Mélisande, avec Mary Gar- 
den, Maguenat et Dufrannc dans les rôles principaux. Très 
belle représentation. 

— A Chicago, excellente exécution de la Croisade des 
Enfants de Gabriel Piorné. 

— A New-York, la chanteuse américaine Amy Grant a 
réservé spécialement tout un récital aux œuvres de 
Debussy. 

Nous relevons à l'un des programmes du « Cincinnati 
Symphony Orchestra » les noms de Massenet, Gounod, 
Delibes, Benjamin Godard; aux programmes du « Saint 
Louis Symphony Orchestra » ceux de Gounod, Debussy, 
Godard, Berlioz, Saint-Saëns, Meyerbeer. 

— Interviewée à Philadelphie, où sa troupe était de 
passage, Mary Garden a déclaré qu'elle n'avait pas encore 
pris une ferme décision de conserver, l'an prochain, la 
direction de la Chicago Opéra Company. S'il arrivait 
d'ailleurs qu'elle résignât ces fonctions, elle n'en continuerait 
pas moins de chanter à l'Auditorium (New-York Herald). 

— Le maître organiste Joseph Bonnet vient d'ouvrir sa 
classe d'orgue au Conservatoire de Rochester. 

— Au Metropolitan, Manon avec Géraldine Farrar. 
Hasselmans a conduit excellemment. 

— Au Manhattan, première du Ballet-Pantomime de 
Gabriel Grovlez sur un scénario des maîtres de ballet 
Paviez et Oukrainsky. Beau succès de public et de presse. 
« Musique attrayante, déclare une revue, harmonieuse, 
d'un rythme captivant, d'une orchestration subtile e/t 
colorée, pleine d'heureux effets d'instrumentation. » 

Maurice Lena. 

Notre Supplément musical 

(pour !es seuls abonnés à Sa musique) 

Imos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro, 
Allegrador, paso-doble, d'Alfredo BarbiroUi. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 

A l'Opéra : 

La représentation de Monna Vanna fut pour M. Vanni- 
Marcoux l'occasion d'un très grand succès. M. Philippe 
Gaubert, qui remplaçait M. Bùsser souffrant, dirigea l'œu- 
vre avec sûreté et science des valeurs. 

La Tragédie de Salomé et la Péri, dont les études sont 
très avancées, seront données aussitôt après Boris Go- 
dounow. . 

Le Martyre de Saint-Sébastien, qui n'avait pas reparu à 
la scène depuis sa création en 191 1, au Théâtre du Châ- 
telet, sera donné au mois de juin à l'Opéra avec M"" Ida 
Rubinstein. 

— A l'Opéra-Comique : > 

M"= Lucienne Bréval interprétera le principal rôle féminin 
de Quand la Cloche sonnera... de M. Bachelet, dont les 
répétitions sont commencées depuis quelques jours. 

— La manifestation que donnera la Société Catulle 
Mendès en l'honneur de la jeunesse littéraire française aura 
lieu le dimanche tq mars. 

Les écrivains qui seront particulièrement fêtés ce jour-là, 
sont, pour les poètes : MM. Henry-Jacques, Antoine 
Orliac, Jules Supervielle, Charles Tillac, Léon Vérane, 
Isabelle Sandy. Pour les romanciers : MM. Paul-Émile 
Cadilha^c, L. Chardourne, Benjamin Crément, Louis-Léon 
Martin, iVIartial Piéchaud, M"« Pernette GiUe. 

Pour les auteurs dramatiques : MM. Denys, Amiel, 
Boussac de Saint-Marc, Ph. Fauré-Frémiet, André Obey, 
Paul Raynal, Jean Sarment. 

— Notre confrère Adolphe Aderer mène dans le Temps 
une campagne contre les petits et grands abus dont souffre 
le public des théâtres. Longueur des entr'actes, sollicita- 
tions des ouvreuses, mauvaise disposition des vestiaires... 
enfin manque d'exactitude d'une grande partie du public. 



— io3 



LE • MÉNESTREL 



Cette campagne recueille des adhésions en foule et nous 
lui donnons la nôtre avec ardeur. Pour les entractes, les 
ouvreuses et les vestiaires, l'énergie des directeurs suffirait 
à apporter un prompt remède. 

Quant à obliger le public à arriver à l'heure et à ne pas 
troubler la représentation, il faudrait, je crois, commencer 
par une réforme de nos mœurs... féminines. Quel est le 
mari qui voyant son épouse rentrer, devant sa glace, un 
cheveu rebelle, ou passer sur un visage charmant une hou- 
pette de poudre, n'a pas dit à son aimable moitié : « Ma 
chérie, nous allons être en retard. — Qu'est-ce que cela fait, 
répond la compagne, légèrement courroucée, nous compren- 
drons toujours ». Réponse qui fait honneur à l'intelligence 
présumée de la future spectatrice et nullement à son souci 
d'autrui. Il faut songer qu'il y a des gens qui vont au 
théâtre pour entendre la pièce et non pour s'y montrer. 

Ce remue-ménage des vingt premières minutes, si désa- 
gréable dans les théâtres de comédie ou de drame, est 
odieux dans les théâtres de musique. 

L'exactitude serait une mode à lancer comme les autres, 
car la mode est la seule discipline à laquelle se plieront les 
snobs et snobinettes. 

— La Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de 
Musique a donné samedi son banquet corporatif annuel. 
Outre le Conseil d'administration, de nombreuses personna- 
lités du monde littéraire, musical et théâtral y assistaient. 
A la réunion qui suivit, MM. Paul Vidal, Léo Lelièvre et 
Georges Ondet ont été élus membres du Conseil d'adminis- 
tration avec une forte majorité. 

— Un décret publié au Journal officiel autorise 
l'Académie des Beaux-Arts à accepter un legs, s'élevant 
à 100.000 francs, de M""^ Amélie Tresse, veuve Duquesne. 
Les arrérages de cette somme importante serviront à fonder 
un prix destiné, chaque année, au premier Grand-Prix de 
Rome de musique. 

— M™^ Roger-Miclos donnera le vendredi soir lo mars, à 
9 heures, salle Pleyel, un récital de piano. 

— Samedi 4 mars, à 21 heures, Bourse du Travail, 
xviii^ samedi musical et poétique des Fêtes du Peuple. Au 
programme : Sonates pour piano et violon de Mozart et de 
Beethoven, Pièces de piano de Cl. Debussy, Duos de Men- 
delssohn et de Schumann, Récit et Songe d'Iphigénie[en Tau- 
ride de Gluck et deux cantiques spirituels de J.-S. Bach. 
Billets à l'ouverture des portes (20 heures) au prix unique 
de 2 francs. 

— Nous avons le regret d'apprendre* la mort de M"^ Au- 
guste Dorchain, la femme du délicat poète. Nous adressons 
à M. Dorchain nos sentiments de bien sympathique condo- 
léance. 

BIBLIOGRAPHIE 

André Gédalge. — L'Enseignement de la Musique par 
l'éducation méthodique de l'oreille (i" partie, texte). — 
Paris, librairie Gédalge, un volume gr. in.8°, 240 p., 15 francs). 
M. André Gédalge, compositeur distingué, éminent professeur 
au Conservatoire de Paris, savant auteur d'un magistral Traité 
de la Fugue, devenu classique, n'a pas cru déroger en consacrant 
ses loisirs à enseigner la musique aux enfants d'une école pri- 
maire, dans un village de Seine-et-Marne. Il présente aujourd'hui 
les résultats de cette expérience dans un traité destiné aux éta- 
blissement d'instruction publique où se forment et où professent 
les maîtres de nos écoles primaires. Une disposition typogra- 
phique trop dense donne d'abord à ce livre un aspect un peu 
rébarbatif : mais le texte lui-même est d'un caractère à la fois 
précis et familier qui répond parfaitement à l'objet pratique de 
l'ouvrage. Nous attendons avec impatience et confiance le 
volume d'exercices, qui doit y faire suite. 

M. André Gédalge est l'un des membres les plus justement 
écoutés de la Commission instituée au Ministère de l'Instruction 
publique pour la réforme (on pourrait presque dire : pour l'in- 
troduction) de l'enseignement musical et vocal dans les écoles, 
lycées et collèges. Toute réforme de cette nature, sous peine de 
rester lettre morte, doit commencer par les écoles normales 
d'instituteurs. Car, tant que nos instituteurs n'auront pas appris 
eux-mêmes la musique, ils seront hors d'état de l'enseigner. Et 
tant qu'ils ne l'enseigneront pas d'une façon générale et obliga- 
tçire, il y aura des musiciens en France, mais la France ne sera 
pas musicienne. 

Le livre de M. Gédalge fournit une base solide à l'établissement 
et à l'étude des programmes que comporterait une telle réforme. 

Jean Chantavoine. 

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programmes des Concerts 

GRANDS CONCERTS 

Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 

5 mars, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 

M. Philippe Gaubert). — Beethoven : Symphonie en la ; Promé- 

thée, air de ballet; Concerto en ut mineur pour piano (M. Staub). 

— Wagner : Prélude et Alort d'Yscult (M"* G. llubin); Tannhdu- 
ser, Ouverture. 

Concerts-Colonne (samedi 4 mars, à 4 h. 3/4, au Châtelet, 
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Debussy : Nocturnes, 
Nuages, Fétes. — Busoni : Concerlino, 1" audition (M. Busoni). 

— Lalo : Rhapsodie norvégienne. — Weeer : Ohéron, Ouverture. 

— Mozart : Concerto en ut mineur (M. Busoni). 

Dimanche 5 mars, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Vincent d'Indy : Poème des 
Rivages. — Mozart : Concerto en ut majeur (M. Busoni). — Busoni : 
a) Berceuse élégiaque ; b) Rondo arlecchinesco pour ténor solo et 
orchestre. — Liszt : Concerto en la (M. Busoni). — Chabrier : 
Marche joyeuse. 

Concerts-Lamoureux (dimanche 5 mars, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Berlioz : 
Benvenuto Cellini, Ouverture. — Haydn : Symphonie en ré majeur. 

— Wagner : le Crépuscule des Dieux, 3" acte (M"°' Bréval, Cam- 
predon, Schott, Challet-Vicq, Lapeyrette; MM. Paulet, Narçon, 
Murano). 

Concerts-Pasdeloup (samedi 4 et dimanche 5 mars, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhené-Baton). — Beethoven : Ouverture de Léonore, n° 3. — 
Haydn : Concerto pour violoncelle (M. Van Isterdael). — Louis 
Maingueneau : Ninon de Lenclos, Prélude. — Albert Roussel : 
Symphonie, i" audition. — Wagner : les Maîtres Chanteurs, 
Ouverture. 

CONCERTS DIVERS 

SAMEDI 4 MARS : 

L'Œuvre Inédite (à 3 heures, salle Touche). 

Quatuor Capelle (34 heures, salle Gaveau). 

Concert de Valmaléte-Lydie Demirgian (à 9 heures, salle 
des Agriculteurs). 

La Danseuse endormie (M"' Caro Campbell) (à g heures, 
salle Gaveau). 

Concert Victor Gille (à 9 heures, salle des Mathurins). 
DIMANCHE 5 MARS : 

Orchestre de Paris (à 3 h., salle des Agriculteurs, sous la 
direction de M. G. de Lausnay). — Franck : Symphonie. — Louis 
Aubert : Mélodies (M"° Germonde). — • Gabriel TFauré : Ballade 
pour piano (M. Gustave Cloez). — M. Fouret : Prélude cl Danse. 

— Wagner : Mort d'Yseult. 

Concert Victor Gille (à 3 heures, salle des Mathurins). 
LUNDI 6 MARS : 

Concert Russe (à 9 heures, salle Gaveau). 

U. F. P. C. (à 4 heures, salle Gaveau, Quatuors). 

Concert Pèchenart (à q heures, salle Pleyel). 

Concert M. Villot (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Pétri (à 9 heures, salle Erard). 
MARDI 7 MARS : 

Société Philharmonique (à 9 heures, salle Gaveau). — 
M'" Dettelbach; MM. Pierné etEnesco. 

Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). — 
Quatuor Bastide. 

Concert de M"" Mansion (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert Hilda Ferrari (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Jeanne Duchesne (à 9 heures, salle de l'ancien 
Conservatoire). 

MERCREDI 8 MARS : 

L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert de M"' Carteret (à 9 h., salle du Conservatoire). 

Concert Busoni (à 9 heures, salle Érard). 

Concert Marcel Ciampi (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Ed. Bernard (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert de M"' Boucher (à 9 heures, salle Pleyel). 
JEUDI 9 MARS : 

Concerts Artistiques (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert Griset-Sainbris (à 9 heures, salle Gaveau) 

Concert Yvonne Lefébure (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert Sigismond Dygat (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Yvonne Péan-Suzanne Thévenet-Armand 
Forest (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 
VENDREDI 10 MARS : 

Quatuor Loiseau (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert Jean "Wiener (à 9 heures, salle Gaveau). — Pierrot 
lunaire de Schônberg. 

Concert Spirituel de l'Étoile (à 9 heures. Église de l'Étoile). 

Concert Juliette Alvin (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Georges BoskoQ (à 9 heures, salle de l'ancien Con- 
servatoire). 

Concert de M»" Croiza (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Les Bonnes Soirées (à 9 heures, hôtel Majestic). 

Concert Roger-Miclos (à 9 heures, salle Pleyel). 

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avec six planches gravées à Teau-forte, texte et planches sur papier de Hollande, exemplaires numérotés. 



Avant-propos de l'Auteur 

En écrivant V Histoire des Instruments à archet et des 
Joueurs d'Instruments, j'ai eu l'occasion de parler de la 
Ménestrandie et de la Chapelle Saint-Julien des Ménes- 
triers. 

Plusieurs personnes que les souvenirs de notre vieux 
Paris intéressent particulièrement m'ont engagé à faire 
une publication séparée de cette partie du livre. 

Je réponds à cet encourageant appel. Le livre contient 
donc ce que j'ai écrit sur ce sujet, augmenté toutefois des 
résultats de recherches nouvelles. 

A. VIDAL. 

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Extraits de quelques Chapitres 

Les Scaldes du Nord. — Les Bardes dans les Gaules. 

Les Trouvères, Jongleurs, Ménestrels, Troubadours. 

Les Ménestrels à la cour des Rois de France. 

Les Minnesinger allemands. 

Royauté de Ménestrels. — Noms des Rois des Ménes- 
triers de i338 à 1741. 

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La Semaine musicale : 

Théâtre des Champs-Elysées : 
Séance de Danses (Ann-Lisa et 
Erica Duncan) P, OE LAPOMMERAYE 

La Semaine dramatique : 

Théâtre-Michel : Paris ou leBanJuge } 



La Chance du Mari 
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Les Grands Concerts: 

Concerts du Conservatoire . 

Concerts-Colonne 

Concerts-Lamoureux .... 
Concerts-Pasdeloup .... 



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PIERRE O'OUVRAV 



RENÉ BRANOOUR 
JEAN LOBROT 



SOMMAIRE 

Concerts divers. 

Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger 

Allemagne, 

Angleterre | 

Belgique 

Hollande 

Italie 

Norvège 

États-Unis 

Canada 



JEAN CHANTAVOINE 
MAURIGE LENA 
JEAN ROYER 
LUCIEN SOLVAY 

JEAN GHANTAVOINE 

G.-L. GARNIER 

ANNE-HÉLÈNE KNUTSEN 

MAURIGE LENA 

HENRI LETOUDAL 



j PAUL BERTRAND gchos et Nouvelles. 

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SUPPLÉMENT MUSICAL 

pour les seuls abonnés à la musique 



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Nos abonnés à la musique de chant recevront avec ce numéro : 

MADRIQAL DE YAMATO, de Reynaldo Hahn, extrait de la Colombe de Bouddha, conte lyrique japonais en un acte, 

poème d'André Alexandre. 

Suivra immédiatement : Légende de Sagrario, de Georges Hue, extraite de Dans l'Ombre de la Cathédrale, 

drame lyrique en 3 actes, poème de Maurice Lena et Henry Ferrare, d'après Blasco Ibanez. 



IVIUSIQUE DE Pin]40 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano : 

Intermède lyrique, de Sigismond STOiovirsKi. 

Suivra immédiatelnent : Danse du Feu, de Gabriel Dupont, extraite d'Antar, conte héroïque en 4 actes et 5 tableaux, 

poème de Chekri Ganem. 



Le Ncuéko : 

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(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoerture) 



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BUREAUX:RUEVIVIE1SNE SbisPARlS (2?) 

TÉLÉPHONE : GUTEN BERC I 35-32 
ADRESSE TÉLÉGRAPMIOUE: MENESTREL PARIS 



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LL. iTlLiULO I IxLLi ..„„„„ Bureaux : a""», rue Vivienne, Paris (2») 

CONDITIONS D'ABONNEMENT 

A l'année seulement 

Pour Paris et les Départements 

i' TEXTE SEUL • • • • 20 fr. 

2» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

3* TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 40 fr. 

4* TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) .... 60 fr. 
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : 8 fr. 50 quel que soit le mode d'abonnement choisi. 
Frais d'envoi de la Prime au i" janvier (Province et Étranger) : 2' et 3* modes : chaque, 1 fr. 50; 4" mode : 3 francs. 

Les Abonnements partent du i" de chaque mois. 

En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che^ tous les Libraires et Marchands de Musique 

ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal. 



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Œuvres de Georges HUE 



MÉLODIES 



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A une âme qui se tait 3 s 

Chansons du Valet de Cœur : 

N" 1 . Tête de femme est légère 3 50 

2. Ssr la tour de Montlhéry 3 i 

3. A la croisée 5 » 

4. Le Passant 4 a> 

Le recueil , 8 » 

Croquis d'Orient : 

1" Série : 

N°'l. Berceuse triste (•) 4 t, 

2. L'Ane blanc (•) 3 50 

3. Chanson d'Amour et de Souci (*) 2 « 

4. La Fille du Roi de Caiine (•) 4 » 

S* Série : 

N"5. Sur l'Eau (') 3 » 

6. La Barbe blanche 3 » 

7. La Bourse d'Or. . 4 » 

8. L'Oubli 3 » 

Chaque séi-ie 6 •> 

Les dettx séries réunies 10 » 

Deux Poésies de Jean Lahor : 

N- 1 . La Chanson du Vent 4 » 

2. Après l'Orage 3 » 

Esquisses marocaines : 

N"l. Paresse (*) 4 » 

2. La Charge du Spahi (•) 3 » 

Les deux numéros réunis 7 » 

L'Éternelle Sérénade, quatuor vocal (s.m.t.b.) 6 a 

Jeunes Chansons sur de vieux Airs : 

N-l. Les petits Bateaux (•) 4 » 

2. Guignol (•) 4 » 

3. Sonnez les Matines (') 4 " 

4. Valse fleurie (•) * * 

Le 1-ecueil *" 



PrliuK 

Lieds dans la Forêt : 

N"l. Vers les Bois 2 SO 

2. Les Vers luisants 3 50 

3. Exaltation . 2 » 

4. Les Lys (*) 2 50 

5. "Nos Chansons 3 » 

6. Le Miroir de la Source . 2 50 

7 . Rayon de soleil 2 60 

8. Éternels baisers (duo) 4 » 

Le recueil 10 » 

L'un et l'Autre 3 i 

Psaume d'Amour 3 i 

Sommeil 3 >, 

Triptyque : 

N°'l. Sur ce mur rose (•) 3 i 

2. Avant de quitter la maison ('} 3 50 

3. Parmi les tombeaux (') 4 > 

Le recueil 8 » 

Trois Poèmes maritimes : 

N"l. Mer grise (') 3 » 

2. Mer païenne (') 4 » 

3. Mer sauvage (') 5 » 

Le recueil 6 « 

Trois Rondels dans le style ancien : 

N-1. Galant 3 50 

2. Dolent 3 50 

3. Ardent 3 50 

Le recueil 8 « 

Versailles : 

N°'l. La Saison surannée (') 3 50 

2. Gestes de Menuet (') 3 50 

3. Prestiges enfuis (') 3 50 

4. Le Bosquet de Vertumne (*). 350 

Les quatre numéros réunis 10 » 



(•) Les morceaux dont les noms sont suivis d'une astérisque existent avec accompagnement d'orchestre (matériel en location). 

PIANO f'i'""'» I INSTRUMENTS P'i>«« 

Impromptu (n ) 6 » Thème varié, pour alto et piano (t.d.) 8 > 

Nocturne (o.) 4 " I Z.e»7»^n»«, pour alto et orchestre <en location). 

POUR TOUT PETIT ORCHESTRE (par H. Mouton) (Collection MELODIA) 

L'Ane blanc ..*........ Orchestre complet. 6. » 

_ ..,,.... En trio 4 » 



DJinS 1 OIDBRE DE IJ\ C/ITHEDR/ILE 




DRAME LYRIQUE EN TROIS ACTES, d'après Blasco IBANEZ 
Poème de Maurice LÉNA et Henry FÉRRARE 

Musique de GeORGES HUE 



S^i 1 1 i 'i. i j. ï .i. n >T»Ti nr n T«oaa > 3o y ny m ! 



Le Livret : 
Pris net : 3 francs. 

^ O^aXiroT I ^TI'l 1 Ï' 1 1 o JX I X I JJJUL IMOOC 



N- 



MORCEAUX DÉTACHÉS 

Prix nets. 

•' I . Récit : Tu sais de quelle ardeur, quand éclata la guerre . 3 50 

2. Récit: Pour moi, content du sort que le bon Dieu m'a fait 3 50 
2iis. Lemême, pour ténor (en ré) 3 50 

3. Légende : C'est de saint Leucanère et de sainte Leucille. 3 50 

EM PRÉPARATION : SIANG SIN (Rénovation mutuelle), Ballet-Pantomime, en deux tableaux, de Pierre Jobbé-Duval 



PriluB. 

A. Menuet de la Vierge (piano) S » 

D. Prière : Mère compatissante, tout notre espoir est à vos 

genoux 3 » 

6. Récit et air : Quelle étrange faiblesse I Dans cette vision 

de ma dévote enfance. 5 » 



I Tous les prix ci-dessus sont nets, majoration comprise. 



Pour recevoir franco, ajouter en sus S 0/0 pour frais de port et d'envoi. 



LEWENESTREL 



4480. — 84" Année. — N° 10. 



— ;sv^,a&~~ 



Vendredi 10 Mars 1922. 



L'Imitation musicale 

dans îa Composition 




différentes époques, des maîtres, doués d'un 
esprit novateur, ont créé des procédés de 
composition . musicale inusités avant eux. 
Ils ont enrichi l'art de découvertes géniales 
et ont jeté dans le monde musical une 
semence productrice d'abondante moisson. 
Certains compositeurs ont eu comme l'intuition de 
formes nouvelles, sans parvenir à conduire leurs tenta- 
tives novatrices à un degré de perfection. Après eux, 
d'autres compositeurs se sont emparés des embryons 
conçus par ces précurseurs et ont su leur donner une 
forme définitive par la puissance de leur génie inventif. 
De l'utilisation par certains maîtres d'éléments déjà 
créés est née l'imitation. 
L'imitation peut avoir lieu de plusieurs manières. 
La première consiste à reproduire intégralement des 
formes et des procédés déjà usités en leur donnant un 
autre aspect. Ce genre d'imitation constitue une sorte 
d'arrêt suspensif dans la marche progressive de l'art. Il 
se renferme dans une soumission à des formes connues 
sans qu'il y ait trace d'originalitécaractérisant une créa- 
tion personnelle, et résulte de l'impuissance de certains 
compositeurs à s'élancer par un vol de génie dans des 
régions inexplorées. 

Il est une autre forme d'imitation qui consiste à uti- 
liser certains éléments primitifs imaginés par des pré- 
! curseurs, pour les conduire, au moyen de dévelop- 
ipements transformateurs, à l'invention d'autres éléments 
fqui viennent les compléter. 

Cette manière d'imitation devient elle-même créatrice 
let profitable aux progrès de l'art, parce qu'elle éclaire 
d'une nouvelle lumière l'emploi de procédés déjà usités. 
I Par exemple, la sonate de clavecin inventée au 
xvii'' siècle par Eimtianucl Bach, l'un des fils du grand 
Sébastien Bach, se produisit d'abord sous une forme 
toute primitive. Par la suite, le grand maître allemand 
Haydn apporta des développements importants à la 
sonate à''Emmamtel Bach et ouvrit à la composition 
musicale une voie nouvelle, si glorieusement parcourue 
plus tard par ses successeurs: Mozart, Beethoven et tant 
l'autres ! 

Il en fut de même pour la symphonie classique dont 
plusieurs essais avaient été tentés par divers compo- 
.iteurs allemands de second ordre et qu'Haydn parvint 
'- conduire à un état définitif. Pour cette raison, il a reçu 
a qualification de « père de la symphonie ». 

Lorsqu'une forme de composition musicale quel- 
1 onque a été construite avec des procédés et des élé- 
aents soumis à certains principes et certaines formules 



établis par la science et la tradition, elle appartient au 
genre classique. 

L'imitation est très usitée dans le style classique, 
parce que les mêmes formes, les mêmes procédés se 
reproduisent invariablement dans des œuvres de diffé- 
rents maîtres. 

L'abus de l'imitation dans le style classique a donné 
naissance à l'école romantique, laquelle, animée d'idées 
de liberté, d'innovation et de réforme, chercha à s'af- 
franchir d'une imitation servile et improductive d'im- 
pressions et de sensations renouvelées. 

A certaines époques, le romantisme a été un sérieux 
élément de progrès, en raison des inventions nouvelles 
qui vinrent jeter leur souffle rénovateur à travers des 
formes désuètes. 

Si, d'une part, l'abus de l'imitation produit de la 
banalité et de la lassitude, d'autre part, l'abus de l'inno- 
vation et de la réforme fait naître un état de chaos, de 
trouble et d'instabilité qui échappe souvent à l'analyse. 

Paul RouGNON. 

LA 
"Protection de l'Édition musicale Française" 



Comme suite à l'article de M. Paul Bertrand, j'ai reçu 
de M. Jacques Durand, président de la Chambre syn- 
dicale des Editeurs de Musique, la lettre suivante : 
Mon cher confrère et ami, 

Notre Chambre syndicale ayant été visée par M. Bertrand 
dans un article du Afe';îe5(re/ au sujet des droits de douane 
que nous demandons pour nous protéger contre l'invasion 
des éditions austro-allemandes, je viens, dans ces quelques 
lignes, procéder à une mise au point. 

M. Bertrand est libre-échangiste endurci, c'est son droit; 
il constate la mort de l'édition classique collective, c'est un 
fait ; mais il n'a pas confiance dans la réussite des éditions 
classiques françaises individuelles et je ne saurais partager 
son avis. 

Du reste, c'est une controverse ancienne : en 1917, déjà, 
au Congrès du Livre, j'ai dû faire bonne contenance devant 
les feux croisés du rapport de M. Bertrand et de l'opinion 
de ceux qui avaient adopté ses conclusions. 

Au demeurant, les éditions classiques françaises ne s'en 
portent pas plus mal et l'ardeur qu'on met à les combattre 
égale celle qu'elles mettent à se défendre. 

Puisque nous remuons des dates et que M. Bertrand fait 
allusion à l'Assemblée générale de notre corporation en 
1916, où justement fut volé, à l'unanimité, un vœu en faveur 
des droits de douane, qu'il me soit permis de rappeler que 
le vœu en question était la conclusion d'un rapport dû pré- 
cisément aux directeurs de l'édition classique collective, 
vœu dont nous poursuivons la réalisation. C'est un souve- 
nir qui mérite d'être conservé. 

Je laisse volontairement de côté les critiques que M. Ber- 



— ïo5 



LE • MENESTREL 



tand adresse à noire Chambre syndicale, ne voulant me 
rappeler que les années pendant lesquelles, sous la prési- 
dence de mon père, il remplit avec une grande compétence 
et un inlassable dévouement les fonctions de Secrétaire du 
Conseil d'administration. 

Veuillez croire, mon cher confrère et ami, à l'assurance 
de mes sentiments tout cordiaux. 

Le Président, 
J. Durand. 

Je suis très heureux que la lettre de mon confrère et 
ami M. Jacques Durand me donne l'occasion d'une dis- 
cussion loyale et publique. 

Comme M. Durand doit bien le penser, le Ménestrel 
n'eût point accueilli l'article de M. Paul Bertrand si je 
n'eusse moi-même partagé de telles idées et adopté tie 
telles conclusions. L'auteur de cet article n'a pas eu 
pour mobile d'attaquer les éditions classiques : il a sim- 
plement voulu, en se plaçant à un point de vue tout à 
fait général, défendre ce qui lui semble être, comme à 
moi-même, les intérêts primordiaux de la musique 
française. 

Il a toujours regretté, comme moi encore, l'échec de 
l'édition collective, échec dû, avant tout, à la résistance 
de M. Durand lui-même, en 1916. C'est, en effet, par 
suite de cette résistance que Tédition collective ne put 
être entreprise que tardivement, dans des conditions 
défavorables, et dut être bientôt abandonnée. 

Il n'est pas non plus inutile de faire remarquer que 
le vœu émis par l'Assemblée générale de igi6 émanait, 
non des directeurs de l'édition classique française 
alors en projet, mais dhin seul des promoteurs de cette 
édition, et que, depuis, le regretté président du Conseil 
d'administration de cette Société, M. Alexis Rouart, n'a 
jamais caché à personne, notamment au retour d'un de 
ses derniers voyages en Suisse, sa très vive hostilité 
contre une mesure qu'il n'a pas craint de combattre au 
sein même de la Chambre syndicale. 

D'ailleurs, la question qui nous divise est d'un ordre 
beaucoup plus élevé; elle domine les considérations de 
personnes et les intérêts particuliers. En limitant sa 
réponse à des points de détail tout à fait secondaires, 
M. Jacques Durand semble vouloir s'abstenir prudem- 
ment de traiter cette question à fond. La forte argumen- 
tation de notre collaborateur subsiste donc tout entière. 

De l'extrême réserve de la lettre du président de la 
Chambre syndicale, de celle, aussi, d'une insertion ano- 
nyme faite ces jours derniers dans certains journaux, 
on pourrait conclure que, devant l'impossibilité d'obte- 
nir par surprise la taxation prohibitive à laquelle ils 
avaient tout d'abord songé, les promoteurs du mouve- 
ment ont pris le parti de battre sagement en retraite. 
Sous prétexte de « mise au point », n'est-il pas en effet 
déclaré dans cette note que, « comme la Chambre syn- 
dicale l'a déjà expliqué » (?), il s'agit seulement d'un 
petit droit bien modeste qu'on pourrait « réduire à la 
limite extrême des droits de contrôle, et même suppri- 
mer en faveur des pays qui donneraient la preuve 
d'une surveillance rigoureuse » ? Qui ne voit qu'une telle 
surveillance ne serait jamais qu'illusoire et que la géné- 
ralisation des certificats d'origine ne pourrait qu'inuti- 
lement compliquer des transactions déjà peu faciles, 
sans rien protéger de façon efficace? 

La note ajoute que l'imposition de ces droits, telle 
« une monnaie d'échange », amènerait les cinq pays qui 
frappent déjà la musique française à l'importation à 



nous accorder « un traitement de réciprocité ». C'est 
donc pour obtenir la réduction des taxes imposées 
depuis un temps plus ou moins long par cinq pays 
qu'il nous faut prendre d'urgence des mesures de pro- 
tection contre tous les autres! Je veux faire à la Cham- 
bre syndicale l'honneur de croire qu'elle ne s'est jamais 
sérieusement complue en un pareil enfantillage. 

La note invoque encore « l'intérêt de la main-d'œuvre 
de nos industries musicales » et même celui de « nos 
auteurs ». Sollicitude touchante, mais qui obtiendrait 
des résultats plus positifs si tous les éditeurs et impri- 
meurs mettaient, de préférence, leur activité au service 
des musiciens français, qui ont tant de peine à assurer la 
publicatioii de leurs œuvres. 

« Nos auteurs», un peu surpris vraiment de voir invo- 
quer « leurs intérêts » dans cette affaire, resteront d'ac- 
cord avec ceux qui, ne prenant en considération que 
l'intérêt général de l'édition française, demeurent atta- 
chés au principe de la « liberté commerciale », tant 
exaltée par M. Durand en 1916, quand il s'agissait de 
faire échouer l'effort collectif et national, si nécessaire 
alors. Faute initiale qui fut la cause de la situation 
actuelle et dont le président de la Chambre syndicale 
doit porter la responsabilité. 

On ne peut, en vérité, sacrifier la musique française, 
son expansion, son rayonnement dans le monde, si 
uule à la France et, j'ajouterai, au monde entier, on 
ne peut sacrifier la liberté de la pensée artistique au 
désir de sauver certaines éditions qui, d'ailleurs, ne 
semblent pas avoir tellement besoin d'être protégées, 
puisque, par une étrange contradiction, M. Durand lui- 
même se plaît à en vanter la santé florissante. Auteurs, 
professeurs, interprètes, tous les travailleurs intellec- 
tuels, tous les esprits clairvoyants, s'y refuseront. 

Jacques Heugel. 



LA SEMAINE MUSICALE 



Théâtre des Champs-Elysées. — Concert de Danses : 
Anna, Lisa et Erica Duncan. 

On se rappelle encore le succès qui accueillit autrefois. 
Isadora Duncan, lorsque, une des premières, elle apporta 
en France la danse rythmique et plastique à la fois. Ce 
fut une sorte de renouvellement de notre art chorégra- 
phique. 

Anna, Lisa et Erica Duncan, trois jeunes élèves d'Isa- 
dora, sont venues nous rappeler vendredi ces matinées 
triomphales. Bras et jam.bes nus, vêtues de tuniques 
ajustées telles que celle qui vêt la « Diane à la biche », 
elles forment à elles trois d'heureuses figures qui sem- 
blent descendues des vases ou des bas-reliefs antiques : 
l'un de ces plus jolis groupements est certainement le 
jeu de balle. 

Mais ces trois jeunes filles sont de valeur inégale. 
Anna domine les deux autres, tout d'abord, de son esthé- 
tique : d'une élégance de corps singulière, elle a le col 
dégagé, les bras souples et graciles, elle donne l'impres- 
sion d'une aisance joyeuse et saine. Très musicienne, 
elle suit le rythme sans effort, animée par quelque 
génie intérieur qui lui souffle le geste à faire. Et cela est 
infiniment beau. 

Chopin a fourni la plupart des motifs musicaux, et 
l'on ne saurait assez rendre grâce à ces trois jeunes 
nymphes de s'être contentées d'un accompagnement de 



LE • MÉNESTREL 



piano, de nous avoir épargné toutes ces instrumentations 
bizarres et échevelées qui dénaturent l'œuvre du com- 
positeur romantique et font hurler ceux qui l'aiment. 
M. Marcilly s'est parfaitement acquitté de sa tâche : si 
le « sentiment » de Chopin n'y fut pas toujours percep- 
tible, le rythme en fut toujours soigneusement respecté. 
Le concert de danses était précédé d'une audition de 
chœurs russes et de morceaux de balalaïkas. Nous 
avions déjà entendu la plupart des chants populaires 
exécutés l'autre soir ; quant aux ensembles de balalaïkas, 
certains rappellent, en leurs naïves harmonies, quelques- 
uns de nos refrains populaires. Il me semble même avoir 
pénétré en l'un d'eux une proche parenté avec la 
fameuse chanson de café-concert : « En revenant de la 
Revue. » La joie des peuples a des affinités singulières! 
Pierre de Lapommeraye. 

LA SEMAINE DRAMATIQUE 



Théâtre-Michel. — Paris, ou le Bon Juge, opérette en 
deux actes de MM. Robert de Flers et G. -A. de Cail- 
LAVET, musique de M. Claude Terrasse; — La 
Chance du Mari, comédie en un acte de MM. G. -A. 
de Caillavet et Robert de Flers. 

C'est un spectacle bien parisien, où pétille un esprit 
étincelant, de la qualité la plus rare. 

Paris, ou le Bon Juge, qui, il y a une quinzaine d'an- 
nées, connut des soirs prospères aux Capucines, a 
retrouvé tout son succès. Cette opérette légère, mais 
non licencieuse, qui nous conte à nouveau l'histoire du 
beau Paris, en la déformant de la plus piquante manière 
et en l'enrichissant de jolis traits de psychologie amou- 
reuse, est agrémentée d'une spirituelle musique de 
M. Claude Terrasse, qui court, \ive, gaie, alerte, et est 
pour l'oreille un véritable enchantement; L'interpréta- 
tion est de premier ordre, avec Edmée Favart, qui joue 
à ravir et chante divinement, avec le malicieux Charles 
Lamy, MM. George et Clermont, excellents, et les trois 
splendides déesses qui se disputent si plaisamment la 
fameuse pomme : M'""^ Huber, Dracy et Aubert. 

La Chance du Mari, des mêmes auteurs, commence 
fort agréablement la soirée; modèle de fine comédie 
dont chaque réplique suscite la joyeuse fusée de rire et 
qu'interprètent avec verve M'"^ Yolande Laffon, 
MM. Baroux, Etchepare et Clermont. 

P. Saegel. 

Nouveautés. — La Diane au Bain, pièce en trois actes 
de MM. Romain Coolus et Maurice Hennequin. 

Un américain richissime décide de faire l'acquisition 
de « la Diane au Bain », morceau de sculpture qui fait 
sensation au Salon. Mais l'artiste refuse, et dés lors, ne 
pouvant avoir la statue, le collectionneur épouse le mo- 
dèle, une piquante midinette, qu'il entoure du respect 
dû à un objet d'art... jusqu'à ce que la petite femme, 
exaspérée, et qui, malgré tout, adore son singulier 
mari, décide de s'enfuir loin du toit conjugal. 

Cette donnée assez mince, dont le développement 
languit quelquefois un peu, fournit la matière d'une 
comédie divertissante, grâce, en grande partie, à jl'en- 
train dont font preuve les interprètes, M. Tarride, 
I M"«= Marguerite Deval, Régina Camier et Janine Ron- 
ceray. P. Saegel. 



Théâtre de l'ApoUo. — You-You, opérette en trois actes 

de MM. J. Ardot et Sirrah, musique de M. Victor 

Allix. 

J'espère que les auteurs de You-You ont remercié 
comme il convenait leurs interprètes, qui furent le 
charme et la joie de la soirée. 

Le livret de MM. J. Ardot et Sirrah ne brille point 
en effet par une originalité particulière : You-You, fille 
de Sin-Sin Gum, a dû, pour recueillir un héritage, 
entrer dans une maison de thé, et vous savez ce qu'est 
au Japon une maison de thé; mais elle échappe à tous 
les dangers qu'offrent ces établissements extrême-orien- 
taux, pour épouser enfin un Français : voilà la question 
du Pacifique résolue, non comme à Washington par un 
accord à cinq, m.ais par un accord à deux. 

Il me souvient avoir vu, naguère, quelque chose de 
semblable au Théâtre-Michel ou des Mathurins; mais 
le fiancé était cette fois un Anglais, à moins qu'il ne fût 
américain. 

La musique de M . Allix est facile et aimable ; je doute 
qu'elle le conduise à l'Académie des Beaux-Arts. 

Et, cependant, cet ensemble un peu terne a été éclairé, 
ensoleillé, par l'entrain, la bonne humeur et la fantaisie 
des interprètes. 

Le joli sourire, bien parisien celui-là, de M'"' Simone 
Judic, sa voix aimable, ont fait de You-You une petite 
mousmé de Montmartre... mais ce sont les meilleures. 

M. Mouton, par son seul aspect, invite à la joie, et 
M. Robert Burnier chante avec conviction les romances. 

Citons encore M"° Mary Richard, MM. Faivre, Der- 
lane et Lenoir, M"*^^ Gama et Hélène Barty. 

Pierre d'OuvRAY. 

Les Deux=Anes ont renouvelé leur spectacle avec un 
sketch hilarant de M. Jules Moy, Deux Clients, et une 
suite de farces d'actualité en cinq \&h\ts.\xs.. Ruons gaîment, 
où les deux spirituels directeurs, MM. André Dabi et Roger 
Ferréol ont, une fois encore, dépensé à profusion les trésors 
de leur esprit incisif. Signalons surtout une fine satire des 
mœurs provinciales et une caricature cinglante des milieux 
parlementaires, qui a été aux nues. La troupe des Deux- 
Anes se dépense, au grand complet, toujours excellemment 
composée, en dehors des deux directeurs, par MM. Jules Moy, 
Georges Merry, Paul Colline, Crémieux, M™=^ France 
Martis, Olga Lekain, Sonia Alny, sans oublier le talen- 
tueux compositeur Trémolo ni la toute charmante Loulou 
Héaorubu. P. S. 



LES GRANDS CONCERTS > 



Société des Concerts du Conservatoire 

Fidèles à leur dessein de varier le répertoire classique 
par la reprise d'œuvres injustement ouîjliées, dues à des 
auteurs relativement inconnus, nos grands concerts pour- 
suivent donc, avec un louable zèle, leur révélation des 
noms et des œuvres de deux compositeurs qui nous 
semblent appelés à un grand avenir. Le premier se nomme 
.Becihovep (Ludwigvan) (1770-1827) ; il s'adonna principale- 
ment à la composition de musique symphonique et de 
musique de chambre. On admire notamment ses sympho- 
nies, ses sonates et ses quatuors. Le second est Wagner 
(Richard) (i8i3-i8S3) qui se fit surtout connaître par des 
drames lyriques. 

La Société des Concerts a eu l'excellente pensée de nous 
faire entendre la Septième Symphonie du premier de ces 
maîtres; elle est écrite dans le ton de la majeur et se com- 
pose de quatre parties. Venaient ensuite un air de ballet, 



— 107 



LE • MENESTREL 



extrait de Prométhée, et un Concerto pour piano, dans le 
ton àhit mineur. L'auteur aurait, assure-t-on, écrit égale- 
ment une symphonie dans cette dernière tonalité. 

Wagner (Richard), dont le talent ne doit certes pas être 
médiocre, puisque sa renommée a survécu aux terribles 
anathèmes proférés contre lui par M. Frédéric Masson (de 
l'Académie française), était représenté par la mort de 
l'héroïne de sa partition : Tristan et Ysetilt, et par l'ouver- 
ture d'un autre ouvrage intitulé Tannhàuser. Nous enga- 
geons le lecteur à retenir ces noms qui, par la suite, lui 
deviendront familiers. 

Le Concerto de Beethoven fut exécuté par M. Victor 
Staub, l'éminent professeur du Conservatoire, avec une 
belle sonorité et un style irréprochable. 

Et M. Maurice Maréchal se montra l'excellent violoncel- 
liste que l'on sait dans le fragment du ballet de Prométhée- 
Quant à M. Philippe Gaubert et à son orchestre, ils furent, 
comme de coutume, dignes de tous éloges. 

René Brancodr. 

Concerts-Colonne 

Samedi 4 mars. — Après une merveilleuse exécution de 
l'Ouverture d'Obéron, de Weber, M. Busoni interpréta le 
Concerto en itt de Mozart. Je suis très embarrassé pour 
vous parler de cet artiste. Il fut applaudi à tout rompre et 
rappelé avec tant d'enthousiasme par une salle frénétique, 
que, si je dis ce que j'en pense, je soulèverai sans doute 
de véhémentes protestations. 

Ayons cependant ce courage. M. Busoni est un excellent 
pianiste. Ses traits sont perlés, sa sénestre d'une vigueur 
incomparable ; mais nous avons en France dix virtuoses 
qui jouent au moins aussi bien le Mozart et auxquels on 
ne fait pas de semblables succès. Y a-t-il dans son cas un 
peu de snobisme, ou est-ce courtoisie pour la patrie qui 
l'a vu naître ? Je ne sais, mais il m'est impossible de par- 
tager l'emballement général. Ajouterai-je que ses cadences 
sont parfois d'un style fâcheux, peu en conformité avec la 
divine pureté du style de Mozart ? 

Quant à sa musique on a l'épiderme si sensible de 

l'autre côté des Alpes, où l'épithète « génial » est presque 
une insultCj que j'aime mieux n'en rien dire, si ce n'est que 
je ne l'aime pas... oh! non!... et c'est là une opinion toute 
personnelle, que sans doute le public ne partageait pas, 
car je l'ai vu, ce public dont l'éclectisme irraisonné m'ahu- 
rit parfois, saluer de ses bravos réitérés le Concertino de 
M. Busoni. 

Pour terminer, l'orchestre joua d'exquise façon les Noc- 
turnes de Debussy et la Rapsodie Norvégienne de Lalo, 
qu'il riie sera permis, j'espère, sans provoquer un incident 
diplomatique, de préférer à la musique de M. Busoni. 

Dimanche 5 mars. — J'ai lu bien de sévères critiques 
sur le Poème des Rivages de M. d'Indy. Oserai-je dire que 
je ne puis nt'y associer?... Que le n" 1 et le n" 4 me 
semblent absolument remarquables, et que le n" 2, dont la 
phrase initiale s'entache d'une vulgarité peut-être voulue, 
dégage une joie intense? 

Evidemment, cette musique ne dépeint peut-être pas très 
fidèlement les paysages que nous commente le programme, 
mais elle est probe, merveilleusement écrite, orchestrée 
avec une science rare... c'est, en un mot, de la musique 
«d'honnête homme » au sens qu'on attachait au xviii"^ siècle 
à cette expression. 

Relativement à l'interprétation par M. Busoni des Con- 
certos de Mozart et de Liszt, je n'ai rien à ajouter à ce 
que j'ai dit hier, si ce n'est que son succès fut encore plus 
grand que la veille et que j'ai failli avoir une histoire avec 
une voisine (c'était une Italienne... j'aime mieux vous le 
"dire) qui trouvait mes bravos un peu tièdes. 

Pour les mêmes raisons qu'hier, la courtoisie m'interdit 
de dire ce que je pense de la Berceuse élégiaque et du 
Rondeau arlequinesque du même artiste, qui cependant .... 
mais non, je ne dirai rien, M. Poincaré a déjà assez à faire 
avec Lloyd George ! 



La Joyeuse Marche de Chabrier vint ensuite, par sa blague 
savoureuse, me dérider et chasser l'humeur chagrine où 
m'avait mis mon impuissance à partager l'enthousiasme 
d'un public dont je persiste à ne pas comprendre la ps)'- 
chologie. Jean Lobrot. 

Concerts - Lamour eux 

Après la vibrante Ouverture de Benvenuto Csllini, de 
Berlioz, M. Chevillard avait eu l'heureuse idée de faire 
figurer à son programme une symphonie d'Haydn, hom- 
mage rendu irop rarement au créateur de la forme la plus 
élevée de la musique pure. La Symphonie en ré majeur, 
œuvre de grâce sereine et de charme ingénu, fut délicate- 
ment exécutée, et valut à l'orchestre et à son chef de lon- 
gues acclamations. 

Le reste du concert était consacré à l'audition intégrale 
du troisième acte du Crépuscule des Dieux, dont le succès 
fut prodigieux. On sait de quelle maîtrise M. Chevillard 
fait toujours preuve dans l'exécution du répertoire wagné- 
rien. Il fut, une fois de plus incomparable, surtout dans la 
Marche funèbre et dans la magnifique Scène finale en 
laquelle le quadruple drame se résume. M"<' Brévalse trou- 
vant souffrante, M"'^ Suzanne Balguerie, bien que prévenue 
au tout dernier moment, avait bien voulu la remplacer dans 
le rôle de Brunehilde. Cette très remarquable artiste, qui, 
par ses créations successives, se place de plus en plus au 
premier rang, a chanté la dernière scène avec une autorité 
et une intelligence qui ont suscité légitimement le plus vif 
enthousiasme. M. Paulet, qui conduit avec une habileté 
rare une voix au timbre très séduisant, fut un excellent 
Siegfried auquel, peut-être, on eût souhaité parfois un peu 
plus de mordant et d'éclat. M. Narçon, dont la voix splen- 
dide fait toujours merveille, fut parfait en Hagen, ainsi que 
M. Murano en Gunther. Le trio des filles du Rhin fut inter- 
prété par M"*^ Campredon, Challet-Vicq et Lapeyrette avec 
une homogénéité louable. M"<i Schott, dans le petit rôle de 
Gutrune, mérita sa part de succès. Paul Bertrand. 

Concerts-Pasdeloup 

Le grand attrait de la séance consistait en la première 
audition d'une Symphonie de M. Albert Roussel, oeuvre 
considérable par ses proportions et aussi par l'intérêt que 
suscite toujours une production nouvelle du remarquable 
auteur du Festin de VAraignée et des Evocations. D'où 
vient donc que, cette fois, l'audition de sa symphonie a 
produit une impression décevante?... 

On connaît les rares qualités dont témoigne toujours la 
musique de M. Albert Roussel : sa sensibilité contenue, 
la distinction et la richesse de sa langue musicale, l'art con- 
sommé dont fait preuve son écriture, sorte de marqueterie 
formée d'éléments d'une séduction rare, mais que n'étaye pas 
toujours une idée d'ensemble très solide. Art d'impression 
au premier chef, qui se déploie avec bonheur quand il se 
trouve soutenu par un « programme » d'ordre extra-musi- 
cal, mais qui peut moins aisément convenir à la Symphonie, 
où la Musique doit se suffire à elle-même et constituer à elle 
seule un ensemble harmonieusementéquilibré. Or, cet édifice 
sonore a besoin avant tout de lignes nettes, précises, évo- 
luant dans un certain équilibre tonal. C'est la loi fonda- 
mentale de la Symphonie, qui, à travers les transformations 
nécessaires du langage musical et avec une liberté crois- 
sante de développements, s'est imposée aussi bien aux 
classiques qu'aux symphonistes de l'école moderne. Si cette 
loi est méconnue, l'ensemble n'aura plus de Symphonie 
que le nom. 

C'est précisément cette aventure qui semble être arrivée 
à M. Albert Roussel, malgré et peut-être même à cause de 
son prestigieux talent. Son œuvre, divisée en trois parties 
qui se subdivisent elles-mêmes chacune en trois autres, ne 
comporte qu'une velléité de construction : les « thèmes », 
dépourvus de toute signification plastique, enveloppés dans 
des agrégations d'une subtile recherche, ne peuvent servir 
de guides pour suivre le développement de l'œuvre. Ce 



108 



LE • MENESTREL 



pointillisme à peu près continu est impuissant à constituer 
un principe d'architecture, et le morceau se poursuit, dans 
une sonorité diffuse, interminable, morcelé, sans plan appa- 
rent, malgré les intentions que nous révèle le programme, 
mais que le musicien ne parvient pas, en fait, à réaliser 
d'une manière intelligible pour l'auditeur désemparé. Celui- 
ci a heureusement la ressource de goûter au passage 
maintes trouvailles, qui révèlent un artiste hors de pair dont 
le seul tort fut peut-être de vouloir écrire une Symphonie. 

Le Concerto en ut pour piano, de Saint- Saëns, qui fut 
entendu ensuite, produisit par la netteté de son plan, la 
précision concise des idées, la clarté lumineuse de Tin- 
strumentation, une heureuse impression de plénitude satis- 
faite. M. Alfred Cortot l'exécuta avec une ampleur, une 
perfection de style qu'égale seule sa technique incompara- 
ble : cependant — est-ce la conséquence de la place que 
nous occupions, — il ne nous sembla pas retrouver entière- 
ment, chez ce grand artiste, toute sa vigueur d'autrefois : le 
crescendo nous parut rencontrer parfois quelque peine à 
arriver à son épanouissement complet. Et dans la splen- 
dide Ballade de Fauré, que M. Cortot fit entendre ensuite, 
certain trait de légèreté ne nous arriva qu'avec une petite 
défaillance. Le succès de M. Cortot n'en fut pas moins 
considérable, et d'ailleurs amplement mérité. 

Réservant celte fois à la virtuosité une place un peu 
indiscrète, le programme comportait encore un exquis Con- 
certo de Boccherini, que M. Jean Vaugeois, aussi agréable 
à entendre que peu gracieux à regarder, exécuta supérieu- 
rement. 

La partie purement symphonique était représentée par le 
beau prélude du troisième acte de Ninon de Lenclos, de 
Louis Maingueneau, page d'une émotion intense où se 
révèle le sens dramatique avisé d'un musicien remarqua- 
blement habile, et auquel sa première œuvre a déjà assuré 
une place brillante parmi ceux de nos compositeurs mo- 
dernes qui autorisent les plus grands espoirs. 

L'Ouverture de Benvenuto Cellini commençait et Espana 
terminait ce programme très copieux, que iVL Rhené- 
Baton conduisit magnifiquement, avec son autorité et sa 
flamme habituelles. Paul Bertrand. 

CONCERTS DIVERS 

Exercice des élèves du Conservatoire (2 mars ig22). — 
Classe d'ensemble instrumental de M. Lucien Capet. — 
Le Trio en mi bémol de Beethoven (op. 70, n° 2), le Qua- 
tuor en ut de Mozart, le Quatuor en mi bémol de Schu- 
mann (op. 47) furent exécutés avec un ensemble, une 
sobriété et une élévation de style véritablement irrépro- 
chables. On y sentait, vivante et vibrante, l'influence du 
maître éminent qu'est M. Lucien Capet. Comme précé- 
demment, deux et trois groupes d'instrumentistes s'y firent 
apprécier alternativement. Tous méritent d'être loués. 
Nommons donc : 

Piano : M"''^ Prougeansky, élève de M. Philipp, second 
prix; Papaïoannou, élève de M. Philipp, premier accessit; 
Blouet, élève de MM. Cortot et Lazare Lévy, premier prix; 
Lahaye, élève de MM. Cortot et Lazare Lévy, premier 
prix; M. Manuel, élève de M. Philipp, premier prix. 

Violon: M"'"^ Odette Gogry, élève de M. Lefort, premier 
accessit; MM.Temerson, élève de M. Nadaud, second acces- 
sit; Gaullet, élève de M. Lefort, premier prix; Meilhan, 
élève de M. Nadaud, second prix; Barras, élève de M. Na- 
daud, premier prix; Lepetit, élève de M. Lefort, second 
prix; Graven, élève de M. Nadaud, premier accessit. . 

Alto: MM. Chacaton, d'abord élève de l'École nationale 
de Musique de Moulins, premier accessit; Ginot, d'abord 
élève de l'École nationale de Musique de Saint-Étienne : 
élèves de M. Vieux. 

Violoncelle : MM. DelbouiUe, élève de M. Lœb, second 
accessit; Frècheville, élève de M. André Hekking, second 
prix; Krabansky, élève de M. Lœb, et d'abord de l'École 
nationale de Musique de Roubaix, premier accessit; Bou- 
line, élève de M. Lœb, premier prix. 



Nous avons énuméré ces jeunes instrumentistes, on le 
voit, non selon l'ordre hiérarchique des récompenses par 
eux obtenues, mais d'après celui de leur apparition au 
programme. S'ils différent entre eux par les degrés de leur 
habileté technique, ils se ressemblent par l'unité du style 
et la qualité de l'expression. Ils expriment ce qu'ils ressen- 
tent, et aussi ce que l'enseignement de leurs professeurs 
les a portés à ressentir. Maîtres et élèves ont été l'objet 
des chaleureux applaudissements d'un nombreux audi- 
toire. 

M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, assistait à cette 
belle séance, ainsi que MM. Alfred Bruneau, Henri Maré- 
chal, Gabriel Pierné, Cesare Galeotti, Georges Hue, Adol- 
phe Boschot, sans parler, naturellement, des musiciens 
appartenant à la maison et qu'avait réunis l'invitation de 
M. Henri Rabaud. 

La partie littéraire était confiée à deux jeunes filles. 
M"<= Lucienne Bellenger, élève de M^i^ Renée Du Minil, 
détailla avec intelligence et goût l'Amour mouillé de 
Ronsard et la Coquette et l'Abeille de l'aimable Florian. 
Deux fables de La Fontaine devaient être dites par 
jVlne Germaine Laugier, qui, bien que très souffrante, avait 
vaillamment commencé de nous conter les Deux Pigeons. 
Trahie par ses forces, elle dut interrompre son récit. On 
applaudit à son courage. Qu'elle se garde de le perdre ! 
Nous serons charmés de la revoir et de la réentendre en 
un jour plus propice au déploiement de son talent qui, nous 
l'espérons, ne sera point de nouveau trahi par ses forces. 

René Brancour. 

Concert Haro!d Henry-Ch. Hubbard. — Matinée musicale 
très agréable, l'après-midi du 24 février, dans le salon 
Paris-Adresses. Un public franco-américain écouta pendant 
deux heures un programme intéressant interprété par deux 
excellents artistes américains, MM. Harold Flenry, pianiste, 
et Ch. Hubbard, ténor. J'avais dit tout le bien que je pense 
de M. Henry, lors de ses deux récents concerts à la salle 
des Agriculteurs. Le brillant musicien se révéla à nouveau 
dans les exécutions de Brahms, Beethoven, Rusoni, Cho- 
pin, Skilton, Mac Dowell, Liszt et Moszkowsky. M. Henry 
accompagna son compatriote au piano d'une manière irré- 
prochable. 

A cette occasion, M. Hubbard interpréta, de M. Harold 
Henry, diverses mélodies, notamment Requiescat, En 
Automne, Désespoir, la Canonnade et les Chaussures dorées. 

De caractère moderne, ces mélodies sont de curieuse 
harmonie et de délicate inspiration. M. Hubbard sut modé- 
rer sa voix trop puissante pour le petit salon Paris-Adresses 
et les interpréta avec beaucoup d'ardeur et avec une diction 
parfaite. Le ténor américain, un admirateur de notre 
musique moderne, chanta merveilleusement quelques mélo- 
dies de Honegger, Ravel, Roussel et Milhaud. M"'« d'Ale- 
man l'accompagna avec une parfaite harmonie. 

Les deux musiciens furent applaudis chaleureusement et 
obligés de donner plusieurs morceaux hors du programme. 

Joseph de Valdor. 

Concert Cesare Qaleotti=Bilewski (2-/ février). — La 
musique de chambre tend, fort heureusement, à remplacer 
les récitals des virtuoses, qui prennent trop souvent le 
caractère d'exhibitions. 

Un pianiste ou un violoniste peuvent tout aussi bien 
montrer leur talent dans une exécution de sonates de 
maîtres que dans toutes les pièces arrangées (?!) pour faire 
valoir certaines acrobaties qui ne surprennent plus. 

La séance donnée, le 27 février, par MM. Bilewski et 
Galeotti, est une illustration de ce que je viens d'avancer. 

Trois Sonates pour piano et violon figuraient au pro- 
gramme : en la mineur de Schumann, en ut mineur de 
Beethoven, et la Sonate de Franck. L'union parfaite des 
deux interprètes qui sut donner à chaque instrument sa 
valeur exacte permit à chacun de montrer son talent 
propre et son intelligente conception musicale soumise au 
contrôle des deux volontés. 



— 109 — 



LE • MENESTREL 



La Sonate de Franck fut un enchantement; on l'abîme 
assez souvent pour qu'on en signale, cette fois, une exécu- 
tion souple, vivante et émotive. 

L'archet de M. Bilewski en fit monter toute la poésie, 
tandis que M. Galeolti étayait cette ascension de la solide 
harmonie du piano, assouplie par un toucher remarquable. 

E. L. 

Concert Thérèse Vié=Herscher Clément. — Le pro- 
gramme de ce concert assez intéressant dans l'ensemble 
fut très disparate. Après quelques mélodies de J.-S. Bach, 
Erlebach, Henrich Bach, fort bien détaillées par M'"^ Vie, 
M"" Herscher Clément exécuta une Sonate de Rust avec 
son talent habituel. 

Le reste du programme fut composé d'œuvres ultra-mo- 
dernes, de valeur différente. Je préfère ne pas insister sur 
les pièces de Stravinsky, non plus que sur celles de 
Schônberg, véritablement indignes de l'auteur du Pierrot 
lunaire. Seule Espaiia, la pièce charmante de Chabrier, a 
obtenu du public un succès grandement mérité. J. L. 

Les Fêtes du Peuple. — A chaque fois qu'il nous est 
donné d'assister aux concerts organisés par les Fêtes du 
Peuple, nous restons frappés de la sensibilité et de l'ins- 
tinctive compréhension du public populaire qui se presse 
à chacune de ces auditions. Quelle affectueuse déférence 
vis-à-vis des grands maîtres et de ceux qui se chargent de 
les interpréter! A vrai dire, le programme de samedi der- 
nier, tant au point de vue de sa tenue que de son exécution, 
était absolument impeccable. De remarquables artistes, 
M™^ Geneviève Lorrain, M"" Marguerite Debrie, dans deux 
Sonates pour violon et piano de Mozart et de Beethoven, 
M"« Cerati et M""^ Rachel Doyen, la première dans le songe 
d'Iphigénie en Tauride, la seconde dans deux Cantiques 
spirituels de J.-S. Bach, et toutes deux dans de charmants 
duos de Mendelssohn et de Schumann, furent saluées 
d'ovations bien méritées. Signalons une exécution hors de 
pair de Jardins sous la pluie et de Puerta del Vino de Cl. 
Debussy par M"'' Debrie. 

Société des Concerts Olénine d'Alheim (cinquième con- 
cert, 25 février). — Si brève qu'elle soit, et l'excuse de 
cette brièveté est en les lignes antérieures qui tentèrent de 
caractériser en ce qu'il a d'unique l'art de M"« Olénine 
d'Alheim, une note doit signaler la magnifique séance qui 
fut consacrée à Mozart et à Chopin. Aucune page de demi- 
teinte insinuée dans un programme pour le repos de l'atten- 
tion ou le succès superficiel; un écart de tout ce qui 
ramène l'esprit à quelque niveau coutumier; chaque audi- 
teur dès lors porté comme à la cime de lui-même et ainsi 
percevant de façon toute naturelle, comme la plus immé- 
diate et proche réalité, l'élément de sublimité qui est inclus 
en de telles œuvres. Chez les interprèles, parenté de pensée 
et désintéressement semblable, accord du don et du 
dessein, culture technique sans défaillance, mais en nul cas 
ne se détournant vers la satisfaction d'orgueil, une lumino- 
sité constante qui contraint chacun de percevoir ce qui en 
lui-même est le plus clair. Grave et tout d'un coup déployée 
comme le rj'thme de ces mazurkas que tout à l'heure elle 
va égaler à l'horizon illimité de la plaine slave, M"<' Youra 
Guller joua une Sonate de Mozart, de Chopin un Prélude 
où se recueille l'esprit même des vents qui s'épandent dans 
l'étendue sans bornes, la Quatrième Ballade et Quatre Ma- 
zurkas. M"^ Dorothy Swainson fit de la partie pianistique 
des mélodies l'ardent et sinueux appel de la nature incon- 
sciente vers la voix ordonnatrice; et M"'= Olénine d'Alheim 
inséra dans l'infinie unité du chant la ferveur des joies- et 
des larmes, — la grâce florale de Mozart, — l'abandon et 
le sursaut de Chopin, et son rêve qui s'empare de sa patrie 
déserte. Joseph Baruzi. 

Récital Liszt par Braïlowsky (2 mars). — En écoutant 
Braïlowsky donner de la Sonate de Liszt une interprétation 
minutieuse et ample, penchée vers chaque détail, mais sus- 
citant par ce détail même une plus ardente vision de l'en- 
semble, plusieurs avaient souhaité que, durant une séance 



entière, fût de la sorte rendu sensible tout ce que, dans le 
génie de Liszt, il y eut de luxueux et d'austère, d'exubérant 
et d'elliptique. 

En présence d'une oeuvre si diverse, grâce à quelles pages 
dresser le mieux, en la fugace durée d'un soir, une image 
exacte et totale? Devrait-on n'isoler que celles qui éludent 
toute objection parce qu'elles n'ont adnfiis le recours à aucun 
attrait passager? Méconnaissance des perspectives ; négli- 
gence de trop d'éléments. Que plutôt apparaisse, ainsi que 
l'a voulu Braïlovcsky, le Liszt intégralement vivant, qui 
tantôt s'élance vers les foules et les soumet à son prestige, 
tantôt se replie et ne trouve trop distant nul asile ! 

Le Récital fut comparable- à un triptyque, que précéde- 
rait une vaste fresque liminaire. Voici, en effet, tout d'abord, 
la Fantaisie et Fugue sur le thème B.A.C.H. Œuvre de 
signification universelle, comme la Sonate ou Après une 
lecture de Dante. En elle une sorte de pouvoir cyclique : 
des cryptes abyssales qui se replient ; mais soudain les plus 
pures lueurs d'astres. Contraste dont Braïlowsky transcrivit 
la puissance, quand il fit sourdre la Fugue d'une sorte 
d'empire souterrain, où elle se fût longtemps élaborée dans 
la nuit. 

Après cette image initiale, voici en la pensée de Liszt le 
retentissement de l'inspiration de l'Italie. Retentissement 
qui ne fut possible que par l'alliance avec la force raphaë- 
lesque. Et Braïlowsky fait se déployer, en séries de courbes 
aériennes, les motifs du Spojalipo. Mais cette alliance serait 
fragile si n'intervenait la clarté souveraine que l'idéalisme 
platonicien insinue en toute intelligence soucieuse à la fois 
d'exaltation et d'ordre ; et par les strophes du Sonnet de 
Pétrarque se retracent non les plaintes d'un amour éprouvé, 
mais l'archétype emblématique en lequel cet amour se ma- 
gnifie. Sur tout cela les ombres des Cyprès à la Villa 
d'Esté. Arbres pareils à des flammes qui se seraient figées 
en ténèbres. Lumières qui, en se stylisant, se sont revêtues 
de l'apparence qui pouvait le mieux les déguiser. En leur 
opacité, il y a la stable ardeur de torches inextinguibles. Et 
l'art avec lequel Braïlowsky sut évoquer l'image de cette 
incandescence, devenue rigide et végétale, eut quelque chose 
de si dominateur que seule pouvait ensuite recevoir son 
plein sens la figure d'un élément destructif inséré au plus 
profond de l'être. Et ce furent les volutes, les élans brisés 
de Méphisto-Valse. 

Les deux séries d'œuvres qui suivirent furent d'une signi- 
fication aussi multiple. Seule une longue analyse pourrait 
faire discerner comment Braïlowsky en transcrivit de façon 
constante l'opulence et le pathétique. Joseph Baruzi. 

Théâtre<=Caumartin. — Aux « quatre à six » que donne 
quotidiennement le Théâtre Caumartin sous la direction de 
M. W. Golschmann, nous avons entendu lundi dernier 
M. Jacques Février, qui joua tout d'abord avec M. Elzon la 
Sonate pour piano et violon d'Henry Février, puis la Sonate 
en la de Fauré, et seul diverses pièces de Chopin et Debussy. 

Récent premier prix du Conservatoire, M. Jacques Février 
possède une musicalité très avertie, beaucoup d'éclat dans 
le jeu et une technique impeccable. Malgré sa jeunesse, on 
perçoit chez lui une maturité et un goût qui sont certaine- 
ment l'effet d'un heureux atavisme. E. L. 

Récital Marthe Dron ('/" mars). — Un beau programme 
consacré à Schumann comportait les deux Sonates op. 11 
et op. 22, le Carnaval, les Études symphoniques et les 
Scènes d'enfants. Une trop égale brusquerie prêtait aux 
marionnettes schumanniennes un caractère anguleux et 
cassé. Par-ci, par-là, un peu de tendresse et de nostalgie 
venait d'ailleurs en estomper quelques contours. Beaucoup 
de simplicité ; aucun faux pathétique. A. S. 

S. M. I. (2 mars). — La séance débutait par une Sonate 
pour piano et violoncelle de M. Ygouw. Entre autres 
mérites, cette sonate a celui d'être courte, ce qui ne l'em- 
pêche pas de dire tout ce qu'elle a à dire. Le piano domine 
l'instrument à cordes qui, la plupart-du temps, ne sert que 
d'accompagnement. Les harmonies sont jolies et M. Ygouw 



LE . MÉNESTREL 



a prouvé qu'on pouvait être original sans écorcher les 
oreilles de ses auditeurs. Cette œuvre m'a beaucoup plu. 

Mirages, deux pièces pour piano de M. Florent Schmitt, 
ont une allure symphonique qui leur nuit. Nul doute que 
M. Florent Schmitt ne les orchestre un jour et elles seront 
bien meilleures sous cette nouvelle forme qu'elles appellent. 
M. Ernst Lévy leur a donné toute la puissance possible, 
mais la force d'expression du piano a des limites. 

Trois Mélodies de M"» Marcelle Soulage, d'un heureux 
mouvement dramatique, auraient gagné à être mieux nuan- 
cées par M. Eugènes Sizes qui ne sait pas modérer sa 
voix. 

Le concert se terminait par un Quatuor à cordes de 
M. Orban qui fut déjà donné, si je ne me trompe, à l'Œuvre 
Inédite l'an dernier. C'est une bonne composition intéres- 
sante, mais d'ensemble un peu gris. Elle fut remarquable- 
ment traduite par le Quatuor Le Feuve. 

Enfin M. Beaudoin, sur la flûte, M"« Henriette Renié, 
divine interprète de la harpe, mirent tout leur talent au ser- 
vice d'œuvres nouvelles bien banales. 

Pierre de Lapommerave. 

Au concert de l'Œuvre Inédite du samedi 4, de pittoresques 
Chansons des Steppes de M^^ Léa d'Aniezac ont été chantées 
avec beaucoup de goût par M"" Jane Gatincau, qu'accom- 
pagnait l'auteur. _ 

Voir à la dernière page les programmes des Concerts 

L'abondance des matières nous oblige à remetti-e au 
prochain numéro un certain nombre de comptes rendus de 
concerts. 



M. Georges Htîe 
à l'Académie des Beattx-Arts 



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Réunie sous la présidence de M. Albert Besnard, l'Aca- 
démie des Beaux-Arts a procédé, samedi dernier 4 mars, à 
l'élection d'un membre titulaire dans la section de compo- 
sition musicale, en remplacement du maître Camille Saint- 
Saëns. 

Il y avait 36 votants, dont les voix se sont ainsi réparties, 
au cours des cinq scrutins successifs : 
MM. Georges Hue .... 11 13 14 17 ig (élu) 

Alfred Bruneau . . 

Henri Maréchal . . 

Gabriel Pierné. . . 

Alexandre Georges 

Paul Vidal 

La personnalité de M. Georges Hue est bien connue, en 
particulier des lecteurs du Ménestrel. Renouvelons cepen- 
dant les indications d'ordre biographique que nous avons 
données déjà (1) : 

M. Georges Hue est né à Versailles en i858. Il fut l'élève 
de Reber au Conservatoire. En 1879, il remportait le grand- 
prix de Rome avec une cantate, Médée; en 1881, il obtenait 
le prix Crescent avec les Pantins, deux actes qui furent 
joués à rOpéra-Comique en i885. En 1886, il présentait au 
concours de la Ville de Paris une légende symphonique, 
Rube^ahl, qui lui valut le premier prix et fut exécutée aux 
Concerts-Colonne. Il écrivit la musique de la féerie en trois 
actes de Henry Bataille, la Belle au bois dormant, repré- 

(i) Deux études ont été consacrées à M. Georges Hûe, à rocca- 
siondela publication que nous avons faite des conférences pro- 
noncées aux Concerts historiques Pasdeloup (voir l'étude de 
M.Louis Vuillemin dans le Ménestrel du 3o avril 1920 et celle de 
M. Raoul Brunel dans les numéros des 5 et 12 août 1921). De 
plus, l'avant-première consacrée, dans le numéro du 25 novembre 
j J921, à son demi er ouvrage, JDa«s /'Ornera i^<? la Cathédrale, donnait 
1 à son sujet des renseignements biographiques et bibliographiques 
complets auxquels s'ajouta, dans le numéro du lo décembre 
suivant, une étude complémentaire de M. Raoul Brunel. 



sentée par l'Œuvre, au Nouveau-Théâtre, en 1894. Il a 
donné ensuite : le Roi de Paris, deux actes (Opéra, 1901); 
Titania, trois actes (Opéra-Comique, igoS). On lui doit 
encore Résurrection, une i^aîi/awie pour violon et orchestre, 
un Nocturne pour flûte et orchestre; un Thème varié pour 
alto et orchestre; une suite d'orchestre sur Titania, des 
scènes de ballet, trois Poèmes maritimes, Edith au col de 
cygne, des recueils de chansons et de mélodies : Chansons 
lointaines. Croquis d'Orient, etc. 

On sait enfin que son dernier ouvrage. Dans l'Ombre de 
la Cathédrale, a remporté tout récemment à l'Opéra- 
Comique un succès considérable. 

L'Institut s'est honoré grandement en appelant dans son 
sein cet artiste d'une qualité rare, ce musicien distingué, 
personnel, sincère et probe, qui est en même temps, parla 
séduction de son esprit et la droiture de son caractère, un 
homme exquis et un ami sûr. Sa nomination est, non pas le 
couronnement, mais la consécration d'une carrière qu'illus- 
treront longtemps encore de nombreuses et belles œuvres. 



Le Centenaire de Victor IDassé 



Il naquit à Lorient le 7 mars 1822, vint à Paris en sa 
douzième année et entra d'emblée au Conservatoire où il 
obtint tous les premiers prix souhaitables. En 1844, le prix 
de Rome lui échut à son tour. Puis arriva la révolution 
de 48 en l'honneur de laquelle il écrivit trois chants patrio- 
tiques. Il ne borna point là ses efforts et, bénéficiant d'une 
chance des plus rares, il put faire en moins de dix ans, 
représenter dix œuvres au théâtre : la Chanteuse voilée, 
Galathée, les Noces de Jeannette, la Fiancée du Diable, 
Miss Fauvette, les Saisons, la Reine Topaze, le Cousin de 
Marivaux, les Chaises à porteurs, la Fée .Carabosse. La 
moitié de ces pièces obtint un vif succès, et sans doute 
n'est-il pas besoin de rappeler que les Noces de Jeannette 
n'ont pas cessé d'être joyeusement célébrées devant des 
auditoires charmés par cette musique si aimablement enso- 
leillée? 

Certes, le musicien avait été bien servi par ses librettistes 
et l'on ne saurait trop approuver les élogieuses assertions 
de Théophile Gautier en son compte rendu de la première : 
« On respire, écrivait-il dans la Presse, on respire en ce 
charmant peiit acte un air jeune et frais, et l'on sent tout 
de suite qu'on n'a pas affaire à ces vieux librettistes poussifs, 
pour qui l'art de la scène est devenu un mécanisme mû par 
des ressorts et des ficelles connus de tout le monde 
(attrape, ô Scribe!). La donnée est d'une originalité char- 
mante, et les scènes se déduisent avec une logique parfaite. 
M. Victor Massé, qui a déjà obtenu un succès en la com- 
pagnie des deux jeunes poètes à qui l'on doit le livret des 
Noces de Jeannette (1) a quitté la lyre grecque pour le 
pipeau rustique : il a cherché la simplicité pour ce sujet, 
qui en effet ne comportait pas de grands développements 
d'orchestre, et s'est sensiblement inspiré de Grétry, de 
Méhul, de Dalayrac, de Nicolo et de Duni, les maîtres du 
véritable opéra-comique. » 

Et cela est exact. Dira-t-on peut-être que le poète d'Al- 
bertus n'était point musicien? Écoutons en ce cas la voix 
du maître récemment disparu : « Victor Massé avait eu la 
fortune de venir dans un bon moment; de plus, il a été un 
musicien'très français. C'est un des maîtres en qui se sont 
fondus le plus complètement, surtout dans ses premiers 
ouvrages, les éléments divers qui ont concouru à former 
l'École française. Plus tard, en cherchant à élargir sa ma- 
nière, l'auteur de Ga/a//iee avait un peu battu les buissons. » 

Saint- Saëns ajoute plaisamment que les musiciens de 
l'Opéra-Comique avaient manifesté au compositeur de cette 



(i) C'étaient Jules Barbier et Michel Carré, dont on connaît 
l'heureuse fécondité. 



— lit — 



LE 



iENESTREL 



partition des sentiments hostiles, parce qu'il avait, en 
maints endroits, divisé les altos. « Il est certain qu'un homme 
capable de semer la division dans l'honorable corps des 
altos, avait mérité toutes les haines! 

» Les temps sont bien changés. Massé est classé mainte- 
nant dans les « pompiers », avec Gounod, avec Ambroise 
Thomas, avec tous ceux qui n'ont pas pour les accords faux 
une passion immodérée, par la volée d'étourneaux qui s'est 
abattue depuis quelques années sur la critique musicale (i). » 

Trois insuccès, ceux de Pior d'Alé^a, du Fils du Briga- 
dier et de ta Mule de Pedro, dont une sémillante chanson 
demeura longtemps au répertoire des salons, assombrirent 
quelque peu Victor Massé, et, durant une dizaine d'années, 
il s'abstint de composer pour la scène. D'ailleurs, il n'avait 
guère à se plaindre du sort. Chef des chœurs de l'Opéra en 
1860, professeur au Conservatoire en 1866, membre de 
l'Académie des Beaux-Arts en 1872 (il y avait succédé à 
Auber), il menait par lui-même une existence fort occupée. 
Cependant, un très louable dessein hantait sa pensée. Il 
souhaitait démontrer au public que l'élégant et fin com- 
positeur d'opéras-comiques était capable de dépasser les 
frontières de ce genre aimable et d'aborder sans usurpation 
des sujets d'un ordre plus relevé. Il ne cachait pas, au sur- 
plus, l'agacement que lui faisait éprouver l'épithète 
d' « auteur de Galathée ». 

Depuis l'année 1874, il songeait donc à cette partition de 
Paul et Virginie, à peu près achevée, et à laquelle il ne 
manquait guère qu'un théâtre où la jouer, un directeur pour 
l'accepter. Les deux se rencontrèrent à la longue, et le 
Théâtre-Lyrique représenta, le i5 novembre 1876, ce très 
touchant ouvrage qui, sans être un chef-d'œuvre, renferme 
toutefois des pages de premier ordre, d'une inspiration pure, 
d'une noble conception et d'une réalisation pittoresque. 

On peut sans témérité affirmer que Massé s'y est montré 
le fidèle collaborateur de Bernardin de Saint-Pierre, et 
révélé véritablement poète, n'eùt-il pour cela écrit que 
le mélancolique entr'acte où les cors font entendre le 
thème que vont chanter les matelots. 

Deux éminents musicographes ont, en somme, résumé 
en d'équitables termes, tous les mérites de Victor Massé, 
comme aussi les limites qui bornaient leur extension : 
« Artiste délicat et fin, à l'imagination poétique et parfois 
rêveuse », écrivait le regretté Arthur Pougin. «'Il y a par- 
fois dans plusieurs de ses chants un charme personnel, une 
sobre gaieté et une douce émotion », déclare M. Adolphe 
JuUien. Ajoutons avec lui que le musicien savait maintenir 
« une exacte relation entre la musique et les paroles, qua- 
lité dans laquelle il excellait, et par où il se rattachait à 
l'école de Grétry ». Rien de plus juste. Ajoutons que Massé, 
comme bien d'autres, hélas ! eut le tort de vouloir forcer son 
talent en abordant des sujets un peu trop escarpés pour sa 
Muse. Une Nuit de Cléopâtre, exécutée à l'Opéra-Comique 
le 25 avril 1885, le démontra. Mais près d'un an auparavant 
la mort avait enlevé le compositeur, décédé le 8 juillet 1884, 
à la suite de longues et rudes souffrances. 

Il semble bien que l'on jouera longtemps encore les Noces 
de Jeannette, et nous croyons que l'on reprendra Paul et 
Virginie. Quant au reste, il serait bien aventureux de for- 
muler une hypothèse. Mais l'on pourrait conseiller aux 
chanteurs de feuilleter les recueils contenant les mélodies 
de Victor Massé. Ils trouveraient, parmi les Chants bretons, 
les Chants du soir et les Chants d'autrefois, des pages 
colorées et savoureuses qui contribueraient agréablement 
à varier leur répertoire. René Brancour. 

Le Mouvement musical en Province 

Angers. — Neuvième Concert populaire (bgô"), — Très 
souvent joué à nos concerts et sa réputation indiscutable 
le désignant comme l'un de nos plus grands musiciens 

(i) C. Saint-Saëns : Portraits et Souvenirs. 



français, M. Vincent d'Indy n'eut qu'à paraître pour qu'une 
magnifique ovation lui fût faite. Le maître venait, en effet, 
diriger sa Troisième Symphonie qui s'inscrivait pour la 
première fois à nos programmes. A l'encontre d'un sous- 
titre qui nous la désigne comme militaire, cette symphonie 
ne nous a point paru telle; mais ne cherchons point dans 
les intentions du compositeur, ses réalisations seules nous 
sont chères et celles qui nous furent présentées ont satisfait 
aux plus difficiles exigences. M. Vincent d'Indy fut très 
longuement acclamé. 

Le Prélude du Déluge de Saint-Saëns fut prétexte à 
M. Soëtens pour déployer sa science de violoniste et de 
soliste, et M. Jean Gay, par la voix puissante et prophétique 
de Rédemption de Franck et le génial emportement du 
Méphisto-Valse de Liszt, se taillait un beau succès pour sa 
direction sûre et maîtresse d'elle-même. 

Alternant avec ces pièces symphoniques, la belle voix de 
contralto de M""^ Camille Labully, de l'Opéra de Monte- 
Carlo, nous déclama les angoisses d''Orphée, puis, dans un 
style d'une délicatesse charmante, elle nous détailla fine- 
ment Air de Métrane de Rossi, Madrigal de Griselda de 
Buononcini et les Cigales de Chabrier; cela lui valut des 
rappels trop flatteurs pour qu'elle pût décliner les honneurs 
d'un bis très bien accueilli. L.-Ch. M. 

Brest. — Le mois dernier nous avons eu la bonne fortune 
de réentendre notre grand artiste breton, Jules Boucherit. 
Son triomphe a été complet dans l'exécution magistrale 
d'une Sonate de Mozart. Impossible de rendre avec plus 
de grâce et de simplicité cette musique du divin Mozart. 

Aux concerts toujours si appréciés de la musique des 
équipages de la Flotte, audition de plusieurs œuvres de 
Saint-Saëns : Marche héroïque, Danse macabre, Suite 
algérienne. 

Très applaudi, tout récemment, un poème symphonique. 
Nuit de Noël en Mer, de M. Mayau, le chef si réputé de 
cette belle phalange d'artistes. 

Cette œuvre si bien venue, a été exécutée avec un grand 
succès aux Concerts du Conservatoire de Nancy, sous la 
direction du maître breton Guy Ropartz; tout récemment 
aussi à Monte-Carlo. 

— La saison lyrique de notre Théâtre Municipal s'ouvre 
le II mars. On nous annonce d'intéressantes reprises '■ 
Werther, Manon, la Tosca; des créations : Gismonda, de 
Henry Février, etc. 

M. Rosthschild, qui dirige depuis sept ans notre scène 
bretonne avec tant de distinction, saura encore, cette année, 
nous en sommes persuadés, donner entière satisfactioa aux 
plus difficiles. M. G. 

Cannes. — Le Casino Municipal a inauguré ses créations 
par un ouvrage en deux actes, de son premier chef d'or- 
chestre, M. Nestor Leblanc, Janine, composé sur un livret 
de MM. Paul Milliet et Jules Méry. 

M. Nestor Leblanc aborde le théâtre avec science. Lié- 
geois, élève de Sylvain Dupuis et Jongen, il a eu l'appui de 
M. Reynaldo Hahn dans notre théâtre. Son essai a été des 
mieux accueillis. Conduite par ses soins, très bien montée 
par M. Léo Devaux, Janine est un début sans embarras, 
très franc et libre d'allure. Partition mélodique, d'une écri- 
ture orchestrale tout à fait nette, moderne, sans nulle exa- 
gération d'école, respectant ces purs instruments naturels, 
les voix, mais les soutenant avec sûreté d'une ambiance 
sonore, variée et pleine, très agréable. 

L'interprétation est aussi homogène quevivante. M^^^Dyna 
Beumer a chanté avec émotion le rôle de Janine et a parti- 
culièrement bien détaillé la chanson populaire du premier 
acte, dont les six couplets sont harmonisés et orchestrés 
différemm.ent. M. Jean Marny a chaleureusement joué le 
rôle d'un jeune amoureux. M. Alfred Sellier a chanté d'une 
voix ample. MM. Gilbert Moryn, Paul Lys et Libert se sont 
fait remarquer dans les petites rôles. Les chœurs, sous la 
direction de M. Fiori, ont « dansé » une amusante « Fricas- 
sée », d'une instrumentation originale. 



— 112 — 



LE • MÉNESTREL 



— Les Concerts classiques réunissent le vendredi un 
public des plus attentifs et qui a dernièrement prouvé l'in- 
térêt qu'il prend à ces manifestations d'art en demandant à 
M. Reynaldo Hahn, qui les dirige conjointement, quelque- 
fois, avec M. Nestor Leblanc, de bien vouloir donner 
certaines symphonies. Idée excellente, car, n'en déplaise 
à certain critique musical notoire, M. Reynaldo Hahn est 
un très remarquable chef d'orchestre. Parmi les artistes 
qui ont le plus marqué, il faut citer pour le chant 
jyfmes Croiza, véritablement exquise d'expression, Martinelli, 
Spéranza-Calo et Monjovet qui, dans des mtisiques anciennes 
et modernes, ont charmé l'assistance. Parmi les virtuoses, 
IVIM. Alfred Cortot, Risler, Lazare Lévy, M. Maréchal, 
V. et J. Gentil, M"«= Demirgian, Micheline Kahn. 

Le Mouvement missical à l'Étranger 



ALLEMAGNE 
Les manuscrits, lettres et partitions du compositeur Max 
Reger viennent d'être donnés par sa veuve à la Bibliothè- 
que de Munich. 

— Le Théâtre de Darmstadt a représenté Amphitryon de 
Molière, avec une musique de scène de M. Hans Ebert. 

— Le Théâtre de Brunswick a donné la première repré- 
sentation de la Saint-Jean, opéra-comique de M. Rod. 
Hartung. 

— Un festival Bach aura lieu à Dortmund, du 29 avril au 
I" mai prochain, et un festival Brahms, en juin, à Godes- 
berg; du 29 avril au i'^'' mai aura également lieu, à Breslau, 
un festival Reger. 

— Le Théâtre de Dessau a été détruit récemment par un 
incendie où la cantatrice Lily Herking a trouvé la mort. 

Jean Chantavoine. 

ANGLETERRE 

L'Operatic Society de Cambridge, société locale de bons 
amateurs, a donné l'autre jour l'opéra nouveau que nous 
avions annoncé, les Deux Sœurs de Binnorie, livret de 
M""î Marjory Fausset d'après une ancienne ballade popu- 
laire, musique de Cyril Rootham. Le Musical Times parle 
favorablement de cet ouvrage, qui se fonde sur une 
légende intéressante et dont la musique, où l'auteur emploie 
souvent les chants et les danses du folklore, ne manque 
d'ailleurs ni d'invention mélodique ni de couleur insiru- 
mentale. 

— L'Angleterre ne possède en ce moment que deux 
troupes d'Opéra, la « Cari Rosa Company » et la « British 
National Company », récente héritière de la « Beecham 
Company » défunte. Les tournées de ces deux troupes par- 
courent tout le royaume. L'exploitation, pourtant, n'est pas 
très fructueuse. Il serait question, pour éviter une concur- 
rence qui les désavantage l'une et l'autre, de les placer 
toutes deux sous une même administration. 

— A Liverpool, Jacques Thibaud (Concerto en si mineur 
de Saim-Saëns). 

— Concerts à Londres : 

Au Queen's Hall, Walter Damrosch, le chef d'orchestre 
américain, a dirigé l'exécution par le « London Symphony 
Orchestra » d'œuvres de Weber, de Brahms et du 
Cinquième Concerto pour piano en mi bémol de Beethoven, 
avec Busoni, qui fut triomphalement fêté, pour soliste. 

A l'jEolian Hall, premier concert Jaques-Dalcroze. Pro- 
gramme composé de ses œuvres : un Quatuor à cordes doni 
la qualité mélodique et les modulations d'une veine origi- 
nale furent chaudement applaudies; plusieurs mélodies de 
ce tour populaire qu'il aime et que M^'^ Jaques-Dalcroze a 
délicieusement chantées, et diverses pièces de piano que 
l'auteur a jouées lui-même et dont l'auditoire a vivement 
goûté les rythmes curieux. 

Nombreux concerts d'orgue à Londres et dans les comtés. 



La musique française, ayx concerts de ce genre, occupe 
aussi une assez large place. Nous relevons aux programmes 
de ces dernières semaines les noms de Saint-Saëns, Théo- 
dore Dubois, Vierne, Ravel, Widor, Debussy, Guilmant, 
Massenet, Franck, Bonnet, 

— La British National Opéra Company, au cours de sa 
tournée, n'a jusqu'ici représenté que trois opéras français, 
Carmen, Faust et Samson et Dalila. Elle jouera Z-oi/ise pro- 
chainement. 

Au répertoire italien ses programmes ont emprunté 
Madame Butter^y, la Bohème et la Tosca; au répertoire 
germanique la Flûte enchantée, Parsifal, les Maîtres 
Chanteurs, et le Cavalier à la Rose de Strauss. Peut-être 
que plus tard elle jouera tout le Ring. Maurice Lkna. 

De notre correspondant particulier : 

Mariage de la Princesse Marie. — Le mariage de la prin 
cesse Marie ne fut pas seulement un événement politique, 
ce fut aussi un festival de musique où les compositeurs 
anglais et français occupaient la plus grande place. Un goût 
très sûr avait présidé au choix des morceaux qui furent 
exécutés : ce fut un ensemble remarquable de fraîcheur, 
de jeunesse et de gaîté contenue. La cérémonie commença 
par l'imposante Marche impériale écrite par Elgar pour le 
jubilé de la reine Victoria en 1897. Ensuite venait une 
Mélodie solennelle, pour orgue et quatuor à cordes, de 
Walford Davies, et jouée en 1908 lors du tricentenaire de 
Milton. Ce choral, en deux parties, exposé d'abord par un 
violoncelle solo accompagné par l'orgue et repris par le 
quatuor, d'une ligne pure et noble, est comme un commen- 
taire pénétrant de l'œuvre poétique du grand puritain. Sir 
Henry J. Wood, le célèbre chef d'orchestre de Queen's 
Hall, avait arrangé le Trumpet volontary de Purcell pour 
orgue, trompettes, trombones et timbales. Puis la gracieuse 
Marche nuptiale de Guilmant. 

Sur la demande de la princesse Marie, on a joué une 
Suite tirée de the Water Music de Hajndel, qui est célèbre 
pour avoir fait rentrer le compositeur dans les bonnes 
grâces de son ancien protecteur, devenu roi d'Angleterre, 
et qui est resté toujours cher à la famille royale. M. Hamil- 
ton Harty fut chargé de choisir parmi les vingt et un mou- 
vements de la Water Music et de les adapter à un orchestre 
moderne; la Suite comprenait un Allegro (fortement res- 
tauré), un Air, une Bourrée, une Hornpipe, un Andante et 
un Final. 

Après venait la délicate Bénédiction nuptiale de Saint- 
Saëns, dont le caractère tout intime s'alliait à merveille au 
charme simple et discret de la jeune princesse. La Marche 
nuptiale de Sir Hubert Parry était tirée de la musique de 
scène écrite pour la représentation, à Cambridge, des 
Oiseaux d'Aristophane, en i883. Enfin la cérémonie se ter- 
mina par deux Marches tiuptiates, celle de Gounod (Roméo 
et Juliette) et celle de Mendelssohn (Songe d'une nuit 
d'été). 

Royal Choir Society. — La « Royal Choir Society » a 
donné un concert fort substantiel, à l'Albert Hall, samedi 
dernier, comprenant entre autres le Chant du Destin de 
Brahms, le Forging of the Anchor de Sir Frédéric Bridge, 
la Suite d'orchestre les Guêpes de Vaughan Williams et le 
Hymn of Jésus de Gustave Holst. Cette société chorale 
dispose d'un orchestre de 80 musiciens et d'un ensemble 
vocal de 800 personnes. Avec de pareils moyens on peut 
arriver à des effets grandioses, mais on risque de noyer la 
partie symphonique sous l'énormité des masses vocales et 
même de rendre impossible un accord rythmique et synr 
chronique rigoureux entre les divers bataillons du régiment 
des choristes, et, malheureusement, ces défauts se firent 
sentir quelquefois au concert de samedi dernier. 

La Suite d'orchestre les Guêpes, dirigée par l'auteur, est 
un charmant badinage, fort spirituel et plein d'imprévu. 
Le Forging of the Anchor, aussi dirigé par l'auteur, est 
une œuvre bien équilibrée et développée avec science. 
Mais le grand succès du concert fut VHymnc de Holst, 



ii3 



LE • MÉNESTREL 



écrit pour orchestre complet, chœur d'au moins i5o per- 
sonnes et petit chœur de solistes. Cette œuvre, de tout 
premier ordre, d'une vigueur saisissante, pleine de rac- 
courcis hardis et dramatiques, d'une logique interne, com- 
ment dirai-je?... shakespearienne, frémissante de vie, mais 
un peu déroutante au début pour un esprit français, forme 
une synthèse harmonieuse de la technique classique et des 
formules modernes. Cette œuvre gigantesque et d'une dif- 
ficulté d'exécution considérable fut dirigée entièrement 
par cœur par Sir Hugh Allen, directeur du « Royal Collège 
of Music » et chef d'orchestre incomparable. 

Jean Royer. 

BELGIQUE 

Bruxelles. — Le Théâtre de la Monnaie annonce pour la 
semaine prochaine la première représentation d'Olivier le 
Si?nple, drame lyrique de M. Vreuls, un de nos meilleurs 
compositeurs, dont ce sera le début au théâtre. 

— Les deux dernières séances des Concerts-Ysaye et des 
Concerts populaires ont été fort intéressantes. Au Concert- 
Ysaye, M. Jacques Thibaud a joué admirablement le Poème 
de Chausson et un Concerto pour violon de Bach, qui avait 
été tripatouillé et accommodé pour le clavier, et dont 
M. Tivador Nachez a reconstitué heureusement la première 
version dans sa tonalité sol mineur. Il y a là un largo, avec 
accompagnement d'orgue en sourdine, qui est de toute 
beauté, et un final endiablé. L'orchestre de M. Van der 
Stucken a fort bien exécuté la Symphonie héroïque de 
Beethoven, un Poème symphonique de M. Nielsen, des frag- 
ments d'opéras de notre compatriote M. de Boeck et, pour 
finir, l'Ouverture des Maîtres Chanteurs, tout à fait d'ac- 
tualité, hélas ! 

Au Concert populaire, on a beaucoup applaudi une Sym- 
phonie libre, en trois poèmes, de M. François Rasse 
(Douleur, Joie, Aspiration), d'une construction solide et 
d'une inspiration élevée. M. Enesco a fait entendre le joli 
Concerto de Saint-Saëns, joué avec un charme non dénué 
de quelque maniérisme. Et M. Ruhlmann a conduit une 
exécution merveilleuse de Daphnis et Chloé, le délicieux 
ballet de M. Ravel, et du Feu d'artifice de M. Slravinsky, 
pâle prélude à son Pèti-ouchka. 

Dimanche dernier, enfin, troisième concert du Conser- 
vatoire. Le programme comportait, comme suite à la réali- 
sation de l'idée qu'a eue M. Léon du Bois de passer en 
revue la littérature musicale de Faust, la Faust- Symphonie 
de Liszt, avec le chœur final : œuvre toujours admirable et 
qui a produit un grand effet ; puis l'adorable Psyché de 
César Franck, exécutée intégralement, les chœurs y compris. 
Le nouveau professeur de violoncelle, M. Marix Loeven- 
sohn, a remporté un vif succès dans le Concerto en la de 
Saint-Saëns et dans la Prière que M. Hekking joua aux 
funérailles du maître. 

— Les échos du concert belge, qui a eu lieu à Paris aux 
Concerts-Pasdeloup, n'ont pas été accueillis ici avec grande 
faveur. On s'est élonné — comme l'a fait d'ailleurs, très 
justement, M. René Brancour dans le Ménestrel — de la 
composition du programme, d'où avaient été exclus quel- 
ques-uns des principaux maîtres de la musique belge, no- 
tamment Blockx, Tiael, Gilson, etc., et même du choix de 
certaines œuvres parmi les moins importantes des compo- 
siteurs inscrits au programme. Il semble que cette manifes- 
tation, destinée à faire connaître favorablement l'art musical 
belge, ait eu surtout pour but de faire applaudir la canta- 
trice organisatrice du concert et auteur de l'étrange et mal- 
adroit boniment distribué au public à sa propre louange. 
Peut-être, à Paris même, eût-on trouvé, pour interpréter 
des œuvres de nos compositeurs, des artistes belges, tels 
que M"<= Fanny Heldy et M. Hùberty, ayant quelque talent 
aussi, et dont on se fût contenté sans trop de peine... Voilà 
ce que l'on dit, dans le monde artistique bruxellois, de ce 
concert, qui aura donné, je le crains, de la musique belge 
une idée assez incomplète. Le vieil adage reste vrai : « On 
n'est jamais trahi que par les siens. » Lucien Solvay. 



HOLLANDE 

Le violoncelliste Gérard Hekking se propose d'entre- 
prendre une tournée de concerts aux Indes, avec le pia- 
niste Schnitzler et la cantatrice Brigitte Engel. 

— L'Eruditio Musica de Rotterdam a fait entendre la 
Quatrième Symphonie de Gustav Mahler. 

— Le pianiste Max von Pauer a remporté un grand suc- 
cès, au Concertgebouw, dans le Concerto en la de Mozart. 

— Le violoniste Francis Kœne a donné, avec le concours 
de la pianiste Olga Elias, une soirée de sonates modernes, 
comprenant celles de Debussy, de M. A. Roussel et de 
M. Ph. Jarnach. 

— Le pianiste Moritz Rosenthal, si applaudi récemment 
à Paris, se fait entendre en ce moment en Hollande. 

Jean Chantavoine. 

ITALIE 

Les concerts : 

A Rome, se sont fait entendre le violoncelliste Livio 
Boni, très applaudi à Santa Cecilia; le pianiste russe Med- 
nikofF, dont le programme à la « Sala Sgambati » compor- 
tait des œuvres de Bach, Beethoven, Chopin et Liszt dans 
lesquelles l'éminent virtuose remporta le même succès qu'à 
Milan; et notre compatriote Paul Loyonnet, dont le second 
concert à la « Filarmonica » fut également goûté du public. 

A Florence, dans le « Palazzo Vecchio », concert d'or- 
chestre sous la direction du maestro Ildebrando Pizzetti; 
concert vocal au « Palazzo Pitti » organisé par les « Amici 
délia Musica » et qui permit d'entendre la Pina Bitelli- 
Agostini accompagnée au piano par la maestra Spada 
Blanc; au « Lyceum » enfin, la pianiste Olga Faggioni, de 
Milan, a joué des œuvres classiques et le Thème varié de 
Paderewski. 

— A r« Augusteum », concert émouvant à la mémoire de 
Luigi Mancinelli. Bernardo Molinari y conduisit avec fer- 
veur des œuvres du maître regretté : i° Isaïa : a) « Coro 
délia vergini » ; b] Finale de r« Oratorio » pour chœurs, 
orgue et orchestre; 2" Frate sole pour quatuor à cordes; 
3° Tii^ianelli, berceuse pour soprano et orchestre; 4° Danja 
Bergamasca, extraite du Sogno di una notte d'estate; 
5° a) Fuga degli Amanti, scherzo pour orchestre, b) Cleo- 
patra. Ouverture; 6° Ero e Leandro, « Peana » pour chant 
et orchestre. 

Le public a rendu un pieux hommage à la mémoire du 
grand musicien dont l'œuvre fut toujours dictée par une 
haute inspiration. 

• — Au « Politeama Verdi » de Sarrari, la Manon de Mas- 
senet, chantée par la signora Alfani-Tellini, le ténor Renzo 
Salanti et le baryton Matteucci. G.-L. Garnier. 

NORVÈGE 

La Société Philharmonique de Christiania a créé un en- 
semble choral dirigé par M. Ebenschùtz, qui débuta le 
8 janvier dernier et obtint un grand succès SMQcXt Requiem 
de Cherubini. Pendant cette saison, la société donna, en 
outre, plusieurs concerts à l'église Saint-Sauveur avec le 
concours de notre grand organiste Edmond Alnas. 

— Parmi les grands concerts dirigés par MM. Schnee- 
voigt et Ebenschùtz, une soirée fut consacrée aux œuvres 
de Brahms (Troisième Symphonie en fa majeur, Concerto 
en si bémol majeur pour piano joué par Arthur Schnabel) 
Furent joués en outre, dans la saison principalement : 
l'Ouverture de Léonore et la Cinquième Symphonie de 
Beethoven; la Sorcière, poème de Wildenbruch, musique 
de Schilling; la Troisième Symphonie de Sinding; Brand, 
poème symphonique de Scheldrup;la Symphonie d'Oxford 
de Haydn; le Concerto pour piano de Schumann; enfin 
une matinée entière fut consacrée à Wagner, et ce fut le 
plus grand succès de la saison. 

— Le jeune chef d'orchestre norvégien J.-L. Movinckel 
a donné plusieurs concerts où il exécuta des œuvres de 
Svendsen, Grieg, Selmer, Mozart et du compositeur nor- 
végien Harald Svi^end (Fantaisie Symphonique). 



— 114 — 



LE • MÉNESTRE! 



— Le chœur de l'Association Sainte-Cécile, dirigé par 
M. Halvoiseu, a donné, avec le concours de quelques 
solistes et de l'orchestre philharmonique, une audition de 
l'oratorio la Paix, poème de Bjornstierne Bjornson, musi- 
que de Thorwald Lammers, fondateur de l'Association de 
Sainte-Cécile. 

Les récitals de solistes, très fréquents, remportent en 
général un succès mérité. Citons : Jacques Thibaud, Wal- 
demar Aime, Mary Barrat-Due, Grete Schon, Ingrid Udnas, 
Per Bolstad, Kari Undset, Hugo Kolberg, Wilhelm Kempt, 
Haldis Halvorsen, Magnhild Styn, Lehman-Grung et Leif- 
Halvorsen. Anne-Hélène Knutsen. 

ÉTATS=UNIS 
Le Metropolitan montera probablement les Huguenots, 
l'an prochain, ainsi que le Loreri'^accio d'Ernest Moret, 
dont le succès, à l'Opéra-Comique, fut considérable. 

— Muratore détient le record des plus hauts cachets 
qu'un artiste lyrique ait encore touchés. Il avait, cette 
année, à Chicago, 2.800 dollars par représentation. Caruso, 
au Metropolitan, n'en eut jamais que 2.5oo. 

— Par un vote unanime des administrateurs, Pierre 
Monteux, chef d'orchestre de la Boston Symphonj', vient 
d'être maintenu dans ses fonctions pour deux années nou- 
velles {1922-24). 

Cincinnati, de même, a renouvelé pour un an le contrat 
d'Eugène Ysaye. 

— Nous avons parlé dernièrement d'une société, The 
Opéra in our Language Fondation », qui se propose d'en- 
courager réclosion d'opéras composés par des musiciens 
américains sur des livrets en langue anglaise. Le comité de 
cette fondation vient de « couronner » son premier lauréat, 
M. Frank Patterson, auteur d'un opéra en un acte, Echo. 

— Le Philadelphia Orchestra, sous la direction de Sto- 
kowski, son excellent « conductor », réunissait l'autre jour 
un auditoire d'environ 2.000 enfants. 

Au programme, des pages du Peer Gynt de Gricg, des 
pièces pour hautbois et orchestre, une Danse hongroise de 
Brahms, le chœur nuptial de Lohengrin. 

Avant chacun de ces numéros, explication préparatoire 
familièrement présentée par Stokowski; et, pour clore 
savoureusement la séance, distribution générale de crème 
glacée. Exemple à suivre. 

— Une pièce heureuse. — Les deux grands théâtres 
lyriques de New-York, le Manhattan et le Metropolitan, 
ont joué Louise, l'un le 7 février (Mary Garden), l'autre 
le 8 (Géraldine Farrar). 

Gabriel Grovlez conduisait au Manhattan, Hasselmans au 
Metropolitan. Maurice Lén.\. 

CANADA 

Montréaî. — Nous avons entendu pour la première fois, 
le 18 janvier, au Théâtre Saint-Denis, la pianiste Elly Ney. 
Le programme, très sévère, comprenait deux Sonates de 
Beethoven (si bémol) et de Brahms (fa mineur). Le reste du 
concert était composé de la Ballade en la bémol, du Noc- 
turne en ut mineur, des Études en fa et en ut mineur, de 
la Polonaise en la bémol de Chopin. Belle technique, bril- 
lante exécution. 

— Un concert spécialement consacré à la mémoire de 
Saint-Saëns a été exécuté par la Musique des Grenadiers, 
au théâtre His Majesty. Le chef d'orchestre, J.-J. Gagnier, 
avait mis au programme l'Ouverture de la Princesse Jaune, 
Phaéton, poème s^^mphonique, le prélude du Déluge, le 
ballet à'Ascanio et le Rouet cTOmphale. Il y eut aussi l'audi- 
tion d'une des dernières compositions de Saint-Saëns, la 
Prière pour violoncelle, jouée avec une belle sonorité par 
M. Dausereau. Cette pièce fut redemandée par le public. 
Le concert fut un vif succès et la soliste, M"» Crawford, 
soprano léger, très applaudie, chanta Petites Roses de Cesek, 
Ombre légère de Meyerbeer, V Air du Rossignol (Parysatis) 
et le Vent dans la Plaine de Saint-Saëns. 

— Le Quatuor Chamberland a donné son premier con- 



cert de la saison au Ritz-Carlton. Au programme : Quatuor, 
op. 113, de Saint-Saëns, Quatuor en si bémol de Rimsky- 
Korsakofl, Liadow, Borodine, Glazounow, et le Septuor, 
op. 20, de Beethoven. Le résultat fut très satisfaisant : 
ensemble parfait, jeu soigné, beaucoup de fini et la marque 
évidente d'une préparalion intelligente. Le Septuor de 
Beethoven fut joué admirablement par le Quatuor et 
MM. Moretti, clarinette, de Tupper, basson, Louis 
Michiels, cor, et Henri Delcellier, contrebasse. 

Henri Letoudal. 

»m»tm»«i>ui«Lmuij»ji.;i.^..iiu ni, i .i^mim.MM.,„.„ i i.j .„ ^l,^ 

hewry bataille 



Henry Bataille a été frappé brusquement jeudi dernier 
2 mars. Il corrigeait les épreuves de la Possession lorsqu'il 
fut emporté en quelques minutes. Il allait atteindre 5o ans. 

Né en avril 1872, il avait commencé par étudier la pein- 
ture, qu'il n'abandonna jamais complètement ; mais c'est aux 
lettres et plus particulièrement au théâtre qu'il consacra 
son activité. 

Il débuta par deux volumes de vers, et c'est en 1894 qu'il 
fit représenter au Théâtre de l'Œuvre sa première pièce, la 
Belle au bois dormant, féerie pour laquelle M. Georges Hiie 
écrivit une importante partition ; il donna ensuite la Lé- 
preuse, Ton Sang, l'Enchantement (1900), le Masque (1902), 
Résurrection, d'après le roman de Tolstoï (1902). 

C'est en 1904 que le Vaudeville représenta Maman Colibri, 
la pièce qui devait établir sa réputation, que vint bientôt 
consacrer la Marche nuptiale {1905). 

Se succédèrent ensuite Potiche, la Femme nue, la Vierge 
folle, les Flambeaux, le Phalène, l'Enfant de l'amour ; pen- 
dant la guerre Sœurs d'amour. Enfin ces dernières années : 
l'Animateur, l'Homme à la rose, la Tendresse, la Possession, 
et, ces derniers jours, la Chair humaine. 

Presque toutes ces œuvres ont été, lors de leur appari- 
tion, vivement et souvent violemment discutées ; un certain 
nombre sont restées au répertoire, comme Maman Colibri, 
la Marche nuptiale. Potiche et la Vierge Folle. Il serait 
aujourd'hui trop tôt pour essayer de discerner ce qui sub- 
sistera de ce théâtre à l'épreuve du temps. 

Henry Bataille fut un analyste cruel et précis, mais il fut 
en même temps un poète. Tous ses personnages partici- 
pent de ce double aspect. Chez tous il y a un besoin d'idéal, 
un désir de s'échapper des contingences de la vie et de ses 
lois pour obéir à l'instinct, que cet instinct soit physique ou 
qu'il soit intellectuel : ils luttent contre les forces qui l'en- 
travent. Que ce soit dans Maman Colibri, dans la Mai'che 
nuptiale, dans le Phalène, dans Potiche, on retrouve ce 
même élan qui vient se briser contre les inéluctables 
besoins, les désillusions et les lois de fer de notre état social. 

Tantôt les victimes vaincues se résignent (Maman Colibri, 
Potiche], tantôt elles disparaissent (la Marche nuptiale, le 
Phalène). Si monstrueuses que paraissent certaines des 
héroïnes de Bataille, elles ne sont jamais vicieuses, elles 
sont dominées par une sorte de démon intérieur, aussi im- 
périeux que le destin, qui les pousse à vouloir briser ce 
qui les entrave pour se livrer tout entières à la passion qui 
les brûle, à la plus puissante de toutes, à l'amour. Et sur 
toutes ces victimes Henry Bataille s'est penché avec sym- 
pathie : il a scruté le mal, il a souff"ert de leur douleur, il a 
pleuré avec elles; aucun détail ne lui a échappé : le fiux, le 
reflux de la passion, ses hésitations, ses réactions au con- 
tact des événements, il a tout noté, mais sans malveillance, 
avec une pitié sensible. De cet amoncellement de détails 
naît la vie qu'on sent palpiter ; si l'on peut compter pour 
ainsi dire les battements du cœur, on perçoit néanmoins 
qu'un sang pareil au nôtre circule dans ces artères fébriles. 
Les personnages d'Henry Bataille nous irritent quelquefois, 
mais nous les reconnaissons comme des frères ou des sœurs 
qui souffrent et que nous plaignons, lorsque quelquefois 
nous ne les aimons malgré tout. 

Henry Bataille est un des auteurs qui ont le moins usé 
de procédés, ou plutôt qui ont le plus réduit ceux qu'exige 
la scène : son objectivité lui a fait éviter les tirades où l'au- 
teur parle par la bouche de son personnage ; bien que son 
style soit châtié, il n'est jamais trop « écrit ». 

Il est un de ceux qui auront eu sur notre théâtre uhe in- 
fluence considérable et très certainement heureuse. 



ii5 



LE • MÉNESTREL 



ÉCHOS ET NOUVELLES 

Aux Variétés : 

L'ouvrage de MM. Maurice Donnay, de l'Académie Fran- 
çaise, et André Rivoire qui succédera à la Revue, devait 
s'appeler d'abord la Belle Angevine. Il aura pour titre : Une 
Idée folle. 

Toute la troupe des Variétés l'interprétera, avec, à sa 
tête, M"" Spinelly, Diéterle, Thérèse Dorny; MM. Raimu, 
Pauley, Pierre Juvenet, Koval et André Luguet. 

— Marcel de Valmalète nous informe que le violoniste 
Joseph Szigeti, professeur de virtuosité au Conservatoire 
de Genève, "'dont la réputation est mondiale, et que sa der- 
nière et magnifique interprétation du Concerto de Brahms 
à l'Orchestre de Paris classe définitivement au rang des 
plus grands virtuoses, reviendra à Paris en mai prochain et 
donnera un unique Récital à la salle des Agriculteurs. 

— La direction du Conservatoire de Musique de Nantes 
est vacante par suite de la mort de M. Henri Weingaertner. 
La municipalité invite les personnes aspirant à ce poste à 
déposer leur candidature à la mairie de Nantes. 

— Il est question paraît-il de supprimer la queue à la 
porte des théâtres. Nous ne nous dissimulons pas l'impor- 
tance que peut avoir une pareille inovation. Mais, outre 
que la chose re pratique déjà à l'étranger, n'apparaît-il pas 
un peu ironique, pour ne pas dire plus, d'obliger le spec- 
tateur aune attente prolongée sous le froid ou l'eau ? 

De plus, sur les boulevards, aux heures d'ouverture, les 
passants sont contraints de courir les dangers de la 
chaussée pour fuir « ces longs et disgracieux serpents 
humains » barrant le trottoir. 

Les directeurs eux-mêmes trouveraient leur compte à 
l'application de cette mesure, par la possibilité horaire 
laissée aux spectateurs en surnombre de se rabattre sur tel 
autre spectacle de leur choix. 

— On se souvient du drame survenu dernièrement à 
Bordeaux. M°'<= Perron, femme du directeur du Grand- 
Théâtre, a tué son mari infidèle. Le procès de l'épouse 
meurtrière vient de se terminer devant la Cour d'assises 
de Bordeaux par un acquittement. 

— C'est avec la plus sincère tristesse que nous apprenons 
la mort de M"'= Théodore Dubois. 

Nous adressons au maître vénéré l'assurance de notre 
profonde sympathie pour le deuil qui le frappe et l'assu- 
rons de la part que tous ses amis, et ils sont nombreux, 
prennent à sa grande douleur. 

Les obsèques de M""' Théodore Dubois ont été célébrées 
hier à Saint-Ferdinand-des-Ternes. 

BIBLIOGRAPHIE 
Richard "Wagner, l'homme, le lioète, le musicien, par 

Elle PoiRÉE, avec i6 planches hors texte (Henri Laurens, édi- 
teur). 

De nombreux — trop nombreux — ouvrages ont été consacrés 
à Wagner. Beaucoup furent écrits au cours de la lutte soutenue 
par les partisans du maître contre ses adversaires. Tout cela 
maintenant appartient au passé, et il était bien nécessaire qu'un 
livre fût composé qui établit avec impartialité le bilan exact de 
ts l'affaire Wagner t> en nous donnant de sa vie, de sa doctrine et 
de son œuvre une vue d'ensemble, précise sans sécheresse, com- 
plète sans surabondance, claire et harmonieuse à la fois. C'est ce 
que vient de faire M. Elie Poirée en un volume contenant une 
solide substance condensée sous une forme claire et attrayante. 
La vie de Wagner, l'étude des théories du musicien-poète, 
l'examen de sa philosophie, ou, pour mieux dire, de ses philoso- 
phies successives à travers l'évolution de sa pensée, l'analyse de 
ses œuvres; tels sont les divisions de ce livre auquel il ne nous 
parait point qu'on puisse reprocher le moindre manquement à 
la plus juste équité. Il est, à tous égards, merveilleusement équi- 
libré. 

Nous ne saurions donc en trop recommander la lecture. Non 
seulement les musiciens en tireront protit, mais aussi tous ceux 
qu'intéressent la poésie, le théâtre, la philosophie et l'histoire, 
qu'attire cette a puissante individualité, servie par un constant et 
laborieux effort », et qui admirent comme elie le mérite <t une 
des plus étonnantes et des plus hardies manitestations de l'art 
créateur ». René Brancour. 

oc=::x;ocir^ocrc=coc:=xDXXXD=:=o;xc=x;oc03cax=x^ 

Notre Supplément musical 

(pour les seuls abonnés à la musique) 

Nos abonnés à la musique trouveront, encarté dans ce numéro, 
le Madrigal de Yamato, de Reynaldo Hahn, extrait de la Colombe 
de Bouddha, conte lyrique japonais en un acte, poème d'André 
Alexandre. 



programmes des ^^oneerts 

GRANDS CONCERTS 
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 
12 mars, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de 
M. Philippe Gaubert). — Schubert : Symphonie i)iachevée. — 
Mozart : Concerto en ré mineur (M. Bus'oni). — Busoni : Sara- 
bande; Cortège. — Saint-Saëns : Cinquième Concerto (M. Busoni). 

— Weber : Ouverture d'Euryanthe. 

Concerts-Colonne (samedi II mars, à 4 h. 3/4, au Châlelet, 
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Schumann : Quatrième 
Symphonie. — Georges Soudrt : a) Le Grand Troupeau ; b) La 
Rafale ; c) Le Joyeux Forgeron, i" audition (M. Murano) . — Beet- 
hoven : Concerto (M. Enesco). — Paul Dukas : L'Apprenti Sorcier. 

Dimanche 12 mars, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la 
direction de M. Gabriel Pierné. — Mozart : Symphonie en ré. — 
Bach : Concerto en mi majeur (M. Enesco). — Debussy : Nocturne. 

— Brahms : Concerto pour violon et violoncelle (MM. Enesco et 
G. Heklùng). — Chabrier : Espaha. 

Concerts-Lamoureux (dimanche 12 mars, à 3 heures, salle 
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Mozart": 
Symphonie Jupiter. — Le Borne : Judith. — Wagner : Le Crépus- 
cule des Dieux, 3' acte (M"" Bréval, Campredon, Lapeyrette; 
MM. Paulet, Narçon et Murano). 

Goncerts-Pasdeloup (samedi 11 et dimanche 12 mars, à 
3 heures, au Théâtre des Champs-Elysées, sous la direction de 
M. Rhené-Baton). — Fauré : Caligula. — L. Aubert : La Forêt 
bleue (Chanteurs de Saint-Gervais). — Liszt : Faust-Symphonie; 
Concerto en mibémol (M. Rosenthal). 

CONCERTS DIVERS 
SAMEDI II MARS : 
Concert "Walter Gharmbury (à g heures, salle Érard). 
Concert Fromont-Delune (à 9 heures, salle Pleyel). 
Société Nationale (à 9 heures, salle du Conservatoire). — 
Lambotte : Sonate pour violon et piano. — J.-S. Bach: Thèmes et 
Variations. — L. Vuillemin : En Kernéo. — Sohy : Thème varié. 

— Trépard : Jnlerme^^o. — Labey : Quatuor à cordes. 
Concert P. Loyonnet (à g heures, salle des Agriculteurs). 
Concert J. Iturbi (à 9 heures, salle Gaveau). 

DIMANCHE 12 MARS : 

Orchestre de Paris (à 3 h., salle des Agriculteurs, sous la 
direction de M, G. de Lausnay). — Beethoven : Ouverture de 
Léonore. — Wagner : Tannhàuscr, Romance de l'Etoile (M. Mu- 
rano). — HùE : Fantaisie (M. G. Willaume). — Bernheim : Poèmes 
(M. Murano). — Mozart : Concerto en mi bémol (M"' Panthès). — 
M. Gaveau : Chansons de la Mort (J. Hatto). — P. Lacombe : Rha- 
psodie. 

Concert Israël (à 5 heures, salle Gaveau). 
LUNDI 13 MARS : 

Concert Ellker-Pigniot (à 3 heures, salle Gaveau). 

Concert "Wins-Dandelot (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert "Winsback (à 9 heures, salle Pleyel). 

Concert Olènine d'Àlheim (à 9 heures, salle des Agricul- 
teurs). 

Concert Bertile Robet (à 9 heures, salle Erard). 
MARDI 14 MARS : 

Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). — 
Quatuor Bastide. 

Concert S. Gilles (à 3 heures et demie, salle Gaveau). 

Concert J. Iturbi (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Bonhomme (à g heures, salle Pleyel). 

Concert Gérar (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Herr-Japy (à 9 heures, salle Erard). 

Petits Concerts Historiques (à 9 heures, i53, avenue de 
Wagram. Conférence de M. René Brancour). 
MERCREDI 15 MARS : 

L'Heure Musicale (à 4 heures, salle Gaveau). 

Concert Ghins-Veluard (à 9 heures, salle Pleyel). 

U. F. P. G. (à g heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Busoni (à g heures, salle Erard). 

Concert Casadesus (à g heures, salle Gaveau). 
JEUDI 16 MARS : 

Concert Jean Batalla (à 9 heures, salle Erard). 

Concert Monard (à 9 heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Debonnet (à g heures, salle Gaveau). 

Concert Boucher (à g heures, salle Pleyel). 
VENDREDI n MARS : 

Concert Pascal (à 5 heures, salle Gaveau). 

Concert Desrez (à 9 heures, salle Gaveau). 

Concert Herr-Japy (à g heures, salle Erard). 

Concert Groiza (à g heures, salle des Agriculteurs). 

Concert Martine (à 9 heures, salle du Conservatoire). 

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FONDÉ EN 1833 



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MUSIQUE • ETTHE7KTRES 






DIRECTEUR J7KCQXJRS HEUGEli ^^ 



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DIRECTEUR^ 

DE 1833À18Ô3 

J.L. HEUGEL 




'"'^LaiA , 



DIRECTEUR, 

DEI.883À1914 

HENRI-HEUCEL 




SOMMAIRE 



Évolution et Tradition 



CHARLES KŒCHLIN 



PAUL BERTRAND 



PIERRE D'OUVRAY 



La Semaine musicale : 

Opéra : Boris Oodounow .... 

La Semaine dramatique : 

Porte Saint-Martin : 

La Dernière Nuit de Don Juan 
Le Vieux-Colombier : 

L'Amour, livre d'or. - La Mort 

Joyeuse LÉON MORRIS 

Deux-Masques : Spectacle nouveau) 
Nouveau-Théâtre : l PIERRE D'OUVRAY 

La Montée vers l'Amour ) 

Les Qrands Concerts: 

Concerts du Conservatoire RENÉ BRANCOUR 

Concerts-Colonne ... i PAUL BERTRAND 

' ■ ■( JOSEPH BARUZI 

Concerts-Lamoureux P. de LAPOMMERAYE 

Concerts-Pasdeloup rENÉ BRANCOUR 



Concerts divers. 

Le Mouvement Musical en Province. 

Le Mouvement Musical à l'Étranger : 

Allemagne JEAN CHANTAVOINE 

Angleterre MAURICE LENA 

Belgique LUCIEN SOLVAY 

Espagne RAOUL LAPARRA 

Hollande JEAN CHANTAVOINE 

Roumanie A. ALESSANORESCO 

Suède PATRIK VRETBLAD 

États-Unis ' MAURICE LENA 

Échos et Nouvelles. 



♦ ♦ ♦ 

SUPPLÉMENT MUSICAL 

pour les seuls abonnés à U musique 



IVIUSIQUE DE PIRriO 

Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro : 

INTERMÈDE LYRIQUE, de Sigismond Stojowski. 

Suivra immédiatement : Danse du Feu, de Gabriel Dupont, extraite d'Antar, conte héroïque en 4 actes et 5 tableaux, 

poème de Chekri Ganem. 



JWUSIQUE DE CHfiJ*T 

Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant : 

Légende de Sagrarlo, de Georges Hue, extraite de Dans l'Ombre de la Cathédrale, drame lyrique en 3 ac 
poème de Maurice Lena et Henry Ferrare, d'après Blasco Ibanez. 

Suivra immédiatement : Chanson de Yascha, d'Alfred Bachelet, extraite de Quand la Cloche sonnera. 
drame, musical en un acte, paroles de Y. d'Hansewick et P. de Wattvne. 



Le NrstÉRO : 

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(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoerture) 



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2° TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jourSj et prime au i" janvier) 40 fr. 

3« TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au I" janvier) 40 fr. 

4» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) .... 60 fr. 
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : 8 fr. 50 quel que soit le mode d'abonnement choisi. 
Frais J envoi de la Prime au i" janvier (Province el Étranger) : 2' et 3" modes : chaque, 1 fr. 50; 4' mode : 3 francs. 

Les Abonnements partent du l" de chaque mois. 

En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che:( tous les Libraires et Marchands de Musique 

ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal. 

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Trois Chants pour voix et orchestre : 

I. - Le Grand Troupeau, pour chant et piano, prix net 6 fr. 

II. - La Rafale — — — 5 fr. 

III. - Le Joyeux Forgeron — — — 5 fr. 

Le recueil 12 fr. 

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Œuvres de Sigismond StOJOWSKI 



PIANO 

Prix nets. 

Aspirations, poèmes (a. d.), op. 3g : 

1 . Vers l'Azur, prélude 4 » 

2. Vers la Tombe, élégie 3 50 

3. Vers le Caprice, intermède 3 » 

4. Vers l'Amour, romance 3 50 

5. Vers la Joie, rhapsodie 4 » 

Le recueil 10 » 

Cadence pour le Concerto en ut mineur (n' 3) de Beethoven 

(a. d.). 3 50 

Fantaisie, op. 38 (d.). 6 » 

Intermède lyrique, op. 41, n° I (a. d.) 3 50 

Miniatures, op. ig : 

1. Feuillet d'Album (a. d.). 2 » 

2. Moment musical (m. d.). 2 » 

3. Arabesque (a. d.). 3 » 

4. Barcarolle (a. d.). 3 50 

5. Mazurka (a. d.). 3 » 

Le recueil 8 » 

Poèmes d'été, op. 36, 4 pièces : 

1. Rêves (a. d.). 3 » 

2. Rayons et Reflets (d.). 6 » 

3. Fleurettes (a. d.). 3 » 

4. Bruissements •. . .(d.). 6 d 

Le recueil 10 » 

Trois Ëtudes de Concert, op. 35 : 

1. En Ut naturel majeur (d.). 4 n 

2. Kn Fa dièse majeur (a. d.). 3 50 

3. En La mineur (p.). 5 n 

Le recueil 6 » 

DEUX PIANOS QUATRE MAINS 

Prologue, scherzo et variations ('a* concerto^, op. 32 (d.). 16 » 



INSTRUMENTS 

VIOLON ET PIANO 

Prix nets. 
2" Sonate en mt jnajeurf op. 3y (d.), 12 » 

VIOLON SEUL 

Sérénade (collection Selecta n° gS) i 60 

VIOLONCELLE ET PIANO 

Concertstuck, op. 8i (sous presse) (t. d.). » » 

ORCHESTRE 

Concertstuck, pour Violoncelle et Orchestre : 

Partition d'orchestre et Parties séparées (en location) . 

Prologue, scherzo et variations (2' concerto), op. 3» : 

Partition d'orchestre 30 > 

Parties séparées 60 > 

Chaque partie supplémentaire 3 » 

CHANT 

Euphonies 3 50 

Sérénade (textes français et polonais) 4 > 

Six Mélodies, op. 33 (textes français et polonais) : 

1. Où va ton rêve? 2 > 

2 . Parle, de grâce ! 4 » 

3. Si tu étais un lac insondable 3 > 

4. Comme un luth sonore 4 » 

5. Adieu 2 » 

6. Invocation , 3 50 

Le recueil 8 * 



Tous les prix ci-dessus sont nets, majoration comprise. - Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour frais de port et d'envol. 



-MENESTR 



4-i81. — 84*' Année. 



N" 11. 



ÉVOLUTION ET TRADITION 

A propos du PIERROT LUNAIRE de M. Schœnberg 




L semble qu'existent, dans l'humanité pen- 
sante, deux tendances contraires, manifes- 
tations opposées correspondant aux phéno- 
mènes matériels : inertie — mouvement. 

;^y Immobilité, évolution. Stabilité des anciens 

W^9 prit 



principes, théories nouvelles. Caractère défi- 
nitif, absolu, de la philosophie grecque; pragmatisme, 
évolutisme, relativisme, de William James, de Bergson 
et d'Henri Poincaré. Aux siècles d'ordre, tel le xvu^, 
un La Bruyère affirmera sans crainte : « Tout a été 
dit. » Aux époques de changements, un André Gide 
contestera qu'il n'y ait rien de nouveau sous le soleil, 
ou du moins, à coup sûr, qu'on ne puisse trouver de 
nouvelles images des choses et de nouvelles expressions 
d'une sensibilité même ancienne (i). 

La plupart des articles nécrologiques à la gloire de 
Saint-Saëns paraissent avoir célébré dans l'illustre musi- 
cien le meilleur représentant de la tendance d'ordre. 
Elle y est présentée comme une manifestation de l'es- 
prit classique, un élément de « civilisation », nécessaire 
à combattre le danger de « l'anarchie menaçante ». Au 
Châtelet, l'Association des Concerts-Colonne consacre 
une séance entière à un Festival Saint-Saëns. Mais le 
lendemain, i6 janvier, salle Gaveau, au concert Jean 
Wiener, première audition du Pierrot lunaire de 
M. Arnold Schœnberg! Inquiétante réponse... Riposte 
du tac au tac, et dont on ne saurait taire l'importance. 
L'auteur du Déluge faisait, paraît-il, de sérieuses 
réserves sur Debussy et les plus notoires de ses succes- 
seurs. Qu'eût-il pensé de M. Schœnberg? on le devine. 
Et pourtant, chose curieuse : la majeure partie du 
public approuva cette œuvre étrangement nouvelle. 
Impossible de crier au snobisme : il y avait là des musi- 
ciens et des critiques sérieux, et cette petite élite de 
Paris, si compréhensive, si réellement sincère : pour 
elle, le Pierrot lunaire, à n'en pas douter, c'était de la 
musique. 

Peut-on concilier les extrêmes? non, sans doute, si, 
d'une part, on ne prend que les réactionnaires les plus 
obstinément attardés; de l'autre, les iconoclastes-anar- 
■chistes-futuristes-amateurs, qui souhaitent de brûler les 
musées et pour qui le Passé n'existe point (souvent, 
d'ailleurs, parce qu'ils l'ignorent). Mais on a le droit de 
5e demander si, là encore, la vérité n'est pas entre ces 
extrêmes, — et ce qui peut résulter de l'affirmation 
nouvelle émise avec tant d'autorité par M. Schœnberg. 



(i) N'ayant pas le texte même de M. André Gide sous les yeux, 
nous nous excusons de ne pas citer ses propres termes, mais nous 
■espérons n'avoir point trahi sa pensée. 



Vendredi 17 Mars 1922. 



Où donc est la vérité? peut-être l'histoire musicale nou 
la révélera-t-elle dans Vévolution, sans qu'il nous faille 
pour cela négliger la tradition. Ce que les siècle